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03.0 Dictionnaire etymologique — PREPOSITION – ALERIONS

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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PREPOSITION, vient d'ad. L'on prononçoit & écrivoit ainsi autrefois. On le trouve dans Cretin, sur la mort d'Olvergan : *Ardem defie ad ce mon cœur allume* ; & souvent ailleurs. Le Continuateur de Monstrelet, chap. 185. *Qui l'avoit me ad ce. Huet.* Dissert. de Tillad. T. 2. p. 172. mauteur de Monstrelet, chap. 185. *Qui l'avoit me ad ce. Huet.* Dissert. de Tillad. T. 2. p. 172.
AA, Riviere qui passe à Saint Omer. Outre cette riviere, il y en a encore deux de ce nom à Bolduc, une autre à Munster, que les Allemans appellent en Latin *Alpha*, qui tombe dans l'Ems; & une autre non loin de Munster, qui tombe dans la Lippe. M. Sanfon, très-sçavant Géographe, croit que le mot AA a été fait du Latin *Aqua*. Pour moi je croirois plutôt que le Latin *aqua* auroit été fait du Grec *da*, qui, dans Hesychius, est interprété deux fois un amas d'eau, *vicqua ad veris*; & qu'on y auroit ajouté un *c*, comme en *specus*, de *veris*. Mais il n'y a guères d'apparence de croire que les Flamans & les Allemans ayent emprunté ce mot-là des Grecs. Dans le Dictionnaire Danois, *aa* est expliqué un *flence* : or comme les Danois ont possédé plusieurs endroits des Pays-bas, & particulièrement le Pays le long duquel coule cette riviere de Saint-Omer (car nous voyons dans l'Histoire, que Sifridus le Danois, vers l'an 918, occupa le Comté de Guines) : il y a grande *Tome I*. apparence que ne sçachant pas le nom particulier de ce Fleuve, ils l'appellerent du nom général *aa*, c'est-à-dire, *riviere* : comme les Arabes ayant occupé la Sicile, appellerent le mont *Aetna Gibel*, c'est-à-dire, *montagne*. Car je ne suis pas de l'avis de Scaliger, qui pense que *Mont Gibel* a été dit par corruption pour *Mulciber*, à cause de ses flammes : c'est dans ses Notes sur le Poème d'*Aetna*. Il a été ainsi dit, comme je crois, du mot Latin *Mons*, & de l'Arabe *Gibel*; comme qui diroit la *Montagne de Gibel*. Ainsi *Gibraltar* a été dit de *Gibal*, qui est la même chose que *Gibel*, & d'un Capitaine nommé *Tarik*, comme l'a curieusement remarqué le même Scaliger dans son Livre de l'Emendation des Temps. Quant aux Allemans, qui ont aussi appellé plusieurs rivières de ce nom d'*aa*, quoiqu'eux & les Danois ne s'entendent comme point à présent, il est certain néanmoins que la Langue Danoise est originaire de l'Allemande; & il est vrai-semblable que ce mot a signifié autrefois parmi les Allemans ce qu'il signifie aujourd'hui parmi les Danois. M.
AACHEE, Détresse. AACHEE est un substantif formé de l'interjection *Ab*. Dans les quinze Joies du Mariage, p. 172, de l'édition de 1726. *Or jugez quelle Aachee il a d'ouyr telles nouvelles*. Le Duchat.
ABACO. Rouillard, dans son Histoire de A. Melun, page 607. Amyot se fit expliquer les derniers Livres d'Euclide par un petit Ecrivain, mais fort subtil Mathématicien; qui apprenait aux refans à écrire, avec l'Abaco, selon qu'on parloit; c'est-à-dire, avec l'Archimérique, & l'art de calculer par jetons, ou par chiffres. De l'Italien abaco, fait du Latin abacus, unité des Ecrivains des bas siècles en la même signification. Guillaume, Moine de Malmeshuri; liv. x. chap. 10. des Gestes des Rois d'Angleterre, parlant de Gerbert, premierement Archevêque de Reims, ensuite de Ravenne, & enfin Pape sous le nom de Silvestre II. qu'il appelle Jean XV. Abacum cervi primus à Saracenis capiens, regulas dedit; qua à Iudentibus Abacifis v x intelliguntur. Et dans le livre 2. il dit que ce Gerbert avoit appris des Sarazins Espagnols, Astrologium, Abacum, ceterasque artes. Le Latin abacus, a été fait du Grec &c&c&c&c&c, qui signifie un comtoit. M.
ABANDONNER. Nous verrons sur le mot de Ban, qu'en matière de Police il signifie la Crie, ou Proclamation par laquelle il est permis, enjoint, ou défendu de faire quelque chose. De Ban, sont formés Banon, Bannie, & Bandée, qui se disent des choses dont l'usage est permis, par Ban, Crie, ou Proclamation. Le tems de Banon, dans la Coutume de Normandie, Art. 81. est celui durant lequel les bêtes peuvent impunément & indifféremment paître par tous les champs. La permission de vendanger, donnée par Ban, ou Crie, est appellée Bannie, ou Bandée. La Coutume de Nivernois, chap. 13. Art. 1. L'on ne peut vendanger vignes étant en Bannie, avant l'ouverture du Ban. La Coutume de Bourbonnois, Art. 351. Et parlant n'est entendu que les Seigneurs desdites vignes ne les puissent garder plus longuement, que du jour assigné de la Bandée. Et Art. 352. Vignes qui se vendangent hors Bandée. De même source vient le mot bandon, qui signifie la licence qu'on prend de laisser paître les bêtes, sans être gardées de personne, & sans que la permission en soit donnée par Ban ou Crie. La Coutume de Meaux, Art. 179. parlant des bêtes trouvées dans les prés ou gaignages: Si c'est à garde faite, ou à bandon. Celle de Nivernois, chap. 15. Art. 6. Si pouceaux sont trouvés fougéans en estangs vuides, & sont pris à bandon. Et celle d'Orléans, Art. 156. Prise de bêtes, soit à bandon & sans garde. De-la est formé le verbe Abandonner, qui signifioit originellement exposer les champs à la paître de toute sorte de bêtes. La Coutume de Nivernois, chap. 14. Art. 14. Pré en prairie régulièrement est abandonné pour paître toutes bêtes, réservé pourceaux, depuis que le foin est entièrement dehors dudit pré, jusqu'à la Notre-Dame de Mars. Mais enfin le verbe Abandonner a été transféré à tout ce qui est exposé à l'usage licite ou illicite. Cafeneuve.
ABANDONNER. Le mot de ban a été pris en plusieurs significations; & entr'autres pour une chose publique & vouée au public; comme nous le ferons voir en son lieu: ce qui a fait croire à Pasquier, au chap. 36. du livre VIII. de ses Recherches, qu'abandonner avoit été fait de ces trois mots, à ban donner; comme qui diroit, exposer à la discrétion du public. Pasquier se trompe. Abandonner a été fait de l'Italien abandonare; qui l'a été de bando bandonis, qu'on a dit pour bandum bandi. Voyez M. du Cange, dans son Glossaire, aux mots Abandum & Abandonum. M. Ferrari, Professeur de Padouë, dans ses Origines de la Langue Italienne, dérive l'Italien abbandonare de bandum, dans la signification d'un drapeau. Relitue tamen est à bando derivare; quod, ut infra dicetur, vexillum erat, quo expansio milites convocabantur: unde abbandonare, bandum deferere, & ab exercitu discedere, & simpliciter pro discedere, & aliquem relinquere: non autem ab abandonner, hoc est publico exponere; quod fit in re cujus nulla cura est. Mais, comme je l'ai remarqué dans la seconde édition de mes Origines Italiennes, abbandonare signifieroit plutôt aller au drapeau, que quitter le drapeau. C'est ainsi qu'appolliare se dit des poules & des poules qui vont au juchoir. Il me reste à remarquer, que nos Hellénistes dérivent abandonner de vâs d'æus, qui est une étymologie si peu vrai-semblable, qu'elle ne mérite pas d'être refutée. M.
ABANDONNER. A Bandon, se dit pour Abandon. Alain Chartier, dans un de ses Ouvrages, intitulé l'Esperance, &c. p. m. 354. Qu'est-ce autre chose fort mettre tout à bandon, & outre nature provoquer le monde à superflue de lit, & à commune & publicque luxure? Je crois que bandon vient de bande, dans la signification de vexillum. Du reste, voici un passage qui prouve qu'effectivement bandon a autrefois signifié un Drapeau militaire. Le Roman de la Rose, fol. 8. r. Moult eut largesse pris & lors Les saiges avoit & les fols Communement à son bandon. Je comprends fort bien qu'abbandonare peut avoir été pris pour à bando discedere: & c'est abbandonare, qui signifieroit à un besoin aller au Drapeau. Item, fol. 12. r. De ce me venoit tel guerdon, Quant le voyois en mon bandon, Que tous mes maux entroubliys. En mon bandon, c'est-à-dire, à moi comme abandonné. Item, fol. 36. v. Oncques Pucelle de paraige N'eut d'aymer tel bandon que j'ay: Car j'ay de mon pere congé De faire amy & d'être aymée. Il me vient une autre pensée touchant l'origine du mot abandonner. Bandum, au lieu de quoi on a dit bando, onis, vient sans contredit de l'Alleman band, qui a signifié un ruban, aussi-bien qu'un drapeau, ou une corneité; & encore aujourd'hui l'Alleman band signifie toute sorte de liens. Je m'imagine donc qu'abandonner vient de la préposition Allemande ab, qui est exclusive, & valut l'ex des Latins; & de l'Allemande band, dans la signification d'un lien. Etre au bandon d'une personne, dans le passage susdit du Roman de la Rose, fol. 12. r. c'est être dans ses chaînes, dans ses liens, aussi-bien qu'être rangé sous son drapeau. Et ainsi abandonner pourroit bien n'être autre chose que délier. Aussi dit-on d'un abandonné au crime, que c'est un cheval échapé. Le Duchat.
ABBATTRE. De l'Italien abbattere, qui signifie la même chose: & non pas de la particule ad, & du mot bas; comme l'ont cru Nicot & M. du Cange. Abbattere a été fait d'ad & de battere. Voyez M. Ferrari, au mot Battaglia. M.
ABBE'. D'Abbate, ablatif d'Abbat; qui vient du Syriaque non Abba, qui signifie Pere, parce que l'Abbe est comme le Peredès Moines. Voyez Claude Mitalier sur le Fragment De ratione Nominum, qui s'ajoute ordinairement aux neuf Livres de Valère Maxime. Les Glofes, Abba, Pater. Dans Hésychius, on veut est interprété à rougier; & il est pris pour l'ere dans une hymne de Callimaque à Diane. Ce qui a fait dire à Louis Capel, dans son Spicilegium post messem, sur le chap. 14. de l'Evangile de S. Marc, que ce mot d'Abba est aussi bien Grec que Syriaque. Ces deux riots, Abba & Pater, se trouvent joints ensemble dans l'Epître de S. Paul aux Romains, VIII. 15. Non enim accepistis spiritum servitutis iterum in timore: sed accepistis spiritum adoptionis filiorum, in quo clamamus, Abba Pater. Et dans l'Epître aux Galates, IV. 6. Quoniam autem estis filii, mihi Deus Spiritum Filii sui in corda vestra, clamantem, Abba Pater: sur lesquels endroits Drufus a remarqué qu'Abba Pater n'est pas un pléonisme; Abba étant un nom de dignité, & Pater un nom de nature. ¶. D'Abbat, Abbatis, on a fait Abbatisa, qui se trouve dans Sidonius, livre VIII. épître 17. d'où nous avons fait ABBESS. ¶. Je remarquerai ici en passant, que le mot Abbe a été pris autrefois parmi nous, pour celui de Noble & de Seigneur; les meilleures Abbayes étant inféodées aux grands Seigneurs, sous même condition de service personnel que les Fiefs. Cujas, sur le titre 1. du livre 1. des Fiefs: De Abbatis nomine illud non omittam, nonnumquam in Historiis Abbates accipi pro Nobilibus: quod nomen etiam hodie retinent in montibus Pyrenais nobiles quidam: & hoc sensu, quantum opinor, Antonius V. cap. 1. Carolus, inquit, ordinavit per totam Aquitaniam Comites, Abbatesque, necnon alios plurimos, quos Vassos vulgo vocant. Et capite 19. Quibusdam Abbatiolas, sicut erant, integras dedit. Et capite 50. Ludovicus, quos potuit, conciliavit sibi, dans eis Abbatias, & Comitatus, ac Villas. Suidegerus, in Chronicis Francia Gallicis: Abbates, inquit, in antiquis Historiis non sunt Monachi, vel Religiosi; sed Baronés, Magnatesque séculares, quibus Abbatias, vel Monasteria, Princeps dat ad tempus, vel quoad vixerit. Et comme ces Abbés étoient ordinairement Comtes, ils sont appelés Abbiocmites dans Gerbert, épître 17. Ils se trouvent aussi appelés Archibabates dans un Cartulaire de S. Aubin d'Angers: & Abbates milites, dans une Transaction entre l'Abbe de Moissac & le Comte de Monfort, comme M. Galland, célèbre Avocat au Parlement de Paris, l'a observé dans son Traité du Franc-alleu; où il a aussi observé qu'à la différence de ces Seigneurs Abbés, les Abbés qui faisoient les fonctions Ecclésiastiques, furent appelés revers Abbates: fondé sur un Titre de l'an 1219. par lequel la Communauté de Moissac rend hommage à Senhor revers Abbat. Mais ce revers Abbat est peut-être une faute d'écriture, au lieu de Rever. Abbat; c'est-à-dire, de Reverendus Abbat. ¶. Voyez Faucher, IX. 5. ¶. Il me reste à remarquer, que les femmes Langues ont tenu des Abbayes: ce qui a été remarqué par Juftel. M.
ABBEVILLE, Ville de Picardie. De Abbatis villa. Le Pere Sirmond, dans ses Notes sur les Epitres d'Alexandre III. epist. xxxvi. Villa Abbatis initio dicta est, qua possessio erat Abbatis S. Richarii, titula Prioratus in agro Pontivo Ampiamensis Diacesiis ad Semonam. Nunc priscum etiam nomen retinet, postquam ad justa amplitudinis oppidum excrevis. M.
ABBOIS. Etre aux abbois: c'est une façon de parler tirée de la chasse du Cerf. Henri Etienne, dans son Discours de la Précellence du Langage François, page 90. Si n'oublieray-je pas, entre ce peu d'exemples que je veux amener, ces façons de parler, rendre les abbois, & faire rendre les abbois; car c'est un des gensils emprunts que notre langage ait fait de Messieurs les Veneurs: disant d'un homme qui n'en peut plus, & pourtant est contraint de se rendre, qu'il rend les abbois: ou (comme les autres écrivent) les abbois. Et proprement se dit du pauvre Cerf, quand ne pouvant plus courir, il s'accule en quelque lieu le plus avantageux qu'il peut trouver, & la attendant les chiens, endure d'être abbayé par eux. Ce qui pourroit sembler toutefois être plutôt se rendre aux abbois, que rendre les abbois: mais tant y a que ces mots, suivant cette signification là, ont bonne grace en ce passage de Belleau, Aussi-toi que ces Avocats Nous ont empiétez une fois, Ils nous sont rendre les abbois. Et ne faut douter que cette façon de parler, Tenir quelqu'un en abbois, (ou en abbaï) ne soit aussi venue de la Venerie: mais il y a apparence que ce soit des bestes noires plutôt que des autres; comme quand un Sanglier se laisse abbaier par les chiens, perdans leur peine. M.
ABBONNER. Voyez ABONNER.
ABBOYER. De baubari, ou baubare, on a fait abboyer, comme qui diroit, abaubare. Les Glofes, Baubantur, vaxxioen. Baubant, latrant, vaxxioen. Non. Marcellus: Baubare, latrare: à canum voce. Lucretius, lib. 5. Et cum deferti baubantur in adibus. Caloneuve.
ABBOYER. D'adbaubare. Les Glofes anciennes, Baubantur, vaxxioen. Baubant, latrant, vaxxioen. L'Onomasticon Grec-Latin: Baubo, paubu. Lucrèce: Aut cum defertis baubantur in adibus. Baubare a été fait du son de la voix: duquel son les Grecs ont dit aussi paubu: Hésychius, paubu, vaxxioen. M. Baiter se dit encore à Metz en la signification d'abboyer. Le Duchat.
ABBREVER. En ancienne Langue Gauloise & Britannique, comme remarque Camdenus, en sa Bretagne, Briva signifioit le gué ou passage d'une rivière. Et ainsi, dit-il, le lieu d'Angleterre, appelé Duro-Briva signifie trajet d'eau, comme anfit en France, Briva Odera; Briva Isare, maintenant Pontoise; & Samara Briva, qui signifie le passage ou trajet de la rivière de Somme. De sorte qu'il y a apparence, que comme d'ordinaire on abbreuve les animaux dans les trajets ou passages des rivieres qui sont guéables, de briva on a formé le verbe abbreuver; comme qui diroit abrivare. Que si depuis on a pris briva pour un Pont; comme il se voit en Briva Isara, qui est Pontoise; c'est, à mon avis, parce qu'on a bâti des ponts sur les mêmes trajets des villes qui portoient déjà le nom de Briva. Je ne sçai si je dois assurer, que comme dans les gués des rivieres l'eau saute par dessus le gravier, les anciens Gaulois ont formé briva du verbe Riva, qui signifie le mouvement de l'eau lorsqu'elle jaillit de sa source, qui se dit en Latin scaturit. En effet, les Gaïcons A ij appellent Briv, le courant de l'eau. Caſeneuve. ABBREUVER. D'adbibare, qu'on a dit par métaplaine, au lieu d'adbibere. Et on a fait abbreuver d'adbibare, en y ajoutant une R: comme au mot Frontevaux, de Fons Ebraldi, & autres ſemblables. Voyez Breuvage. Nos Anciens diſoient abeuver. Une Charte de Jeanne d'Evreux, Reine de France & de Navarre, de 1343. De l'éponge dont il fut abeuvré en la Croix. M. du Cange dérive abbrevoir de prabendarium : quasi locus unde prabenda aqua hauritur pro quis. M. de Caſeneuve le dérive de briva, qui ſignifie le paſſage d'une riviere. Voyez-le. M.
ABBREUVER, & Breuvage. Je crois qu'ils viennent de Broix, Brout & Brout : & ces derniers viennent de Braia, ancien mot Gaulois, qui ſignifie de la Bouë, & qu'on a tranſporté à toute forte de liqueur épaille. Diſfert. de Tillad. T. 2. p. 172.
ABECE. Des trois premières lettres Françoiſes a bec, comme Alphabeth des deux premières Grecques, &ca & ſera. M.
ABECHER. De bec. Voyez Bec, Becquée, & béchée. M.
ABEE. Les Editeurs du Dictionnaire de Trevoux, diſent que l'Abée eſt cette ouverture par où l'on laiſte couler l'eau d'un ruiſſeau ou d'une riviere, pour faire moudre un moulin. Selon M. de Lauriere, dans ſon Gloſſaire du Droit, l'Abée eſt l'ouverture par où l'eau a ſon cours, quand les moulins ne moulent pas. Les Editeurs du Trevoux croient que ce mot peut venir de baye, qui ſignifie une ouverture. Il eſt plus vrai-ſemblable que le mot Abée, ainsi que l'écrit de Lauriere, a été fait du Latin abitus, formé du verbe abeo, & qui ſignifie une iſſue, un paſſage. Vergy.
ABEILLE. D'apicula : d'où vient auſſi aveille, & l'Eſpagnol abeja : comme avette & appette, d'apetta, diminutif d'ape, ablatif d'apis. Avette ſe trouve dans les Menus Propos de Pierre Gringore, feuillet 83. verſo. Comme apparait par aucunes mouchettes, Qui miel ſont, qu'aucuns nomment avettes. On a auſſi dit eps, d'apis. L'ancienne Coutume de Montreuil : Se aucuns eps, ou mouchet a miel, l'envolent. L'ancienne Coutume d'Anjou : Cil qui embie avettes, que l'on appelle eps en France, & abeilles en Poitou : l'en li doit crever les œils. Le Livre intitulé, Thoma Cantimpratani liber Apum, eſt intitulé en François : Le Livre des Eps de Thomas Cantimbray-les-Cambray. Cette verſion n'eſt pas imptitude. Voyez aboilage, & éves. M.
ABENER. En Poitou, c'eſt ſe marier. Voyez Epîtres Françoiſes écrites à Joſeph Scaliger, recueillies par de Reives, page 334. Peut-être par corruption pour l'abiner, c'eſt-à-dire, l'accoupler : peut-être auſſi eſt-ce comme qui diroit ſe mettre à bien, l'abiener. Le Duchat. ABET : mot Toulonſain, qui ſignifie ſapin. D'abiete, ablatif d'abies. M.
ABLETTE, Poiſſon. D'albuletta, diminutif d'albula, qui a été dit de ce poiſſon. Les Gloſes anciennes, albula, levupa, levupa eſt une eſpèce de poiſſon. Héſychius : levupa, levupa iſſon. L'Ecole de Salerne : Lucius & perca, & ſaxanlis, albula, tinca. Voyez Moreau, fur cet endroit de l'Ecole de Salerne, & Geſner, dans ſon livre des Poiſſons. Cet albula eſt apparemment l'alburnus dont parle Auſone, en ces Vers : Quis non, & virides, vulgi ſolatia, tincas Noiris, & alburnos, pradam puerilibus hamis. Et ce poiſſon a été appellé alburnus & albula, de ſa couleur blanchâtre. Voyez Gordon. Le Titre a été de même appellé Albula, de ſa couleur blanche. Feſtus, ALBULA, Tiberis flavius : diſtus ab albo aqua colore. Comme on a fait ablette d'albuletta, on a fait auſſi ABLE d'albula. Ce mot ſe trouve pour ablette, dans la verſion Françoiſe du Livre des Poiſſons de Rondelet. M.
ABOILAGE. C'eſt un droit qu'ont les Seigneurs Châtelains, de prendre les Abeilles qui ſe trouvent dans les Forêts de leurs Châtellenies. Un Titre de la Maiſon de Sully : A tous ceux qui ces Préfentes, &c. C'eſt à ſavoir ſur ce que il dit Meſſire Pierre avoit pris aboilles en ſon Bois, qui appartenoit à ladite Dame pour le droit de la Chaſtelenie, &c. à la parfin leſdites Parties préfentes, &c. Accorde ſut en Jugement en l'Aſſiſe de Chaſteau-Meillan, &c. que de cecy en avant ladite Dame prendra & aura ledit aboilage : & ly demora li droit & la ſaiſine de prendre & d'avoir ledit aboilage en Bois doudis Chevalier, & ailleurs, en ſa Terre, pour raiſon de ſa Juſtice, & du droit de ſon Cateaul & de ſa Chaſtelenie. Donné le Dimanche après la Saint Georges, l'an de Grace 1369. Il y a ſur le Titre : Lettre de condamnation de Monſire Pierre de Guirlay, Que toutes les aboilles qui ſeront trouvées en la Forêt de Nichier, ſeront à Madame. Un autre Titre de la même Maiſon : Universis, &c. Nobiles Viri Petrus de Gupelayo, Miles, & Guilemus, ejus filius, Domicellus, &c. recognoverunt ſe adſcenſſiſe, & ad cenſum tenere & habere in perpetuum, à Domina nobili Margareta Domina Soliaei & Caſtro-Meillani, pro viginti ſolidis Turoneniſibus annua penſionis, ſive cenſa, reddenda & ſolvenda in perpetuum, &c. abolagium nemorum de Nichier : quod abolagium eidem Nobili pertinebat ratione juris Caſtellania ſua de Caſtro-Meillani, &c. Datum die Veneris ante hyemale Feſtum B. Martini, anno Domini 1319. Et ce mot a été fait de celui d'aboilles, qu'on a dit pour abeilles, comme il paroît par le Titre François ci-deſſus allégué : lequel m'a été communiqué par M. de Launé, Avocat au Parlement. M.
ABONNER. Anciennement bonne ſigniſioit limite, & borne, qui en eſt formé par l'addition de la lettre R. Glaber Rodulphus, Hiſtor. lib. 2. cap. 10. Multi illi limites, quo alii bonnas nominant, ſuorum recognoverunt agrorum. Jean de Meun, au Roman de la Roſe : Les terres enſemble partirent, Et au partir bonnes y mirent. De bonne on forma le verbe abonner, qui ſignifie limiter & borner à certain prix la valeur de quelque choſe. La Coutume de Mante, art. 23. Si ce n'eſt que le ſiſe ſut amée & abonné. Où il eſt remarqué dans la note marginale, Améter & abonner, ſigniſient ici meſme choſe, qui eſt quand le Seigneur Féodal & le Vaſſal ſe bohent par accoré de ce que l'on doit payer pour les profits du fief. La Coutume de Tours, art. 122. Pour abonner ou changer hommage à devoir, n'est point le fief des fiefs, c'est-à-dire, pour en borner & limiter la valeur au paiement de quelque autre redevance. Dans la même Coutume de Tours, art. 96, abonner signifie apprécier, qui est le même que limiter la valeur de quelque chose à certain prix. Pour roncin de service non apprécié, ou abonné, sera payé la cinquième partie de la valeur du fief pour une année. Comme de bonne on a fait borne; ainsi d'abonner on a fait abonner, qui signifie la même chose. La Coutume d'Anjou, art. 131. Le fief qui doit cheval de service, est quitte en payant la somme de ceux sous tournois, sinon que le cheval de service s'est abonné à plus ou moins. La Coutume de Châteauneuf, art. 22. Si le fief est abonné, on se doit régler selon l'abonnage. Caïeneuve.
ABONNER. Comme quand on dit, terres abonnées; roucins de service abonnez à tel prix. Pasquier, livre VIII. chapitre 62. veut qu'on ait dit abonner par corruption pour abonner. J'estimetois plutôt qu'on auroit dit abonner au lieu d'abonner, & borne au lieu de bonne; le mot de bonne étant très-ancien dans notre Langue. Glabert Rodolphe, qui vivait environ le tems du Roi Robert: Multi ibi limites, quos alii bonnas vocant, suorum recognoverunt agrorum. C'est au chapitre 10. du livre 1. de son Histoire. En Périgord, on dit encore aujourd'hui boine pour borne; & bone en Picardie. Bonna peut venir de fure, qui signifie une bute, une petite éminence de terre; ces fortes d'éminences servant souvent de bornes. Faustus & Valerius: in limitibus, ubi rariores terminus constituimus, monticellos plantavimus de terra, quos botontinos appellavimus. Voyez Ragbeau dans son Indice. M. Le P. Jacob, Carme, dit qu'en Bourgogne on dit, Bomme & Bommer. M.
ABOUQUER. Abouquer du sel, c'est mettre du sel nouveau sur le vieux. Voyez Pomey & Vénéroni. M.
ABOUTIR. C'est proprement confiner, & se terminer. Les anciens élevoient des monceaux de terre, pour servir de bornes, & de limites aux champs, que le Jurifconoufie Paulus appelle bodones ou botones; & les Auteurs Finium Regundorum, botontinos; comme je dirai sur les mots bout & bouton. Ces monceaux ou levées de terre, sont appelés butina, dans la Loi des Kipuariens tit. 60. § 4. Si ibidem infra terminationem aliqua judicia (il faut lire abfique judicio) fua arte, vel butina, aut mutuli facti extiterint, ad sacramentum non admittatur, sed in prafenti cum lexis beneficio cogatur refti-ure. Nous appellons encore bute, une éminence ou levée de terre. Je ne fais nulle difficulté de dériver de-là le verbe aboutir; de même que nos vieux François, de marche, qui signifie terme & confin, ont formé amarchir, qui est se terminer & confiner. Caïeneuve.
ABREGER. Je serois porté à croire que ce mot vient de l'Alleman abbrechen, abrumpere, qui est composé de brechen, frangere, & d'ab, particule augmentative. *
ABRI. En Languedoc abric. Il n'y a point de doute que ce mot ne vienne d'apricus, bien qu'en une signification différente: Car nous difons, se mettre à l'abri du soleil & de la pluie, pour dire, se mettre à couvert: & apricus est proprement un lieu exposé au soleil. Les Glofes, apricus, apperdalis, iridias. Et un autre Gloffaire, vauclavus, apricus. Mais il y a apparence que nous avons pris se mettre à l'abri, pour se mettre à couvert: parce que les choses expolées au soleil sont en quelque façon à couvert du froid & du mauvais tems. En Languedoc & en Gaëcogne on dit abrica, ou abriga, pour se mettre à couvert: du Latin apricari. Varro, in Ministeriis: Licet videre multos quotidie in hyeme in sole apricari. Caïeneuve.
ABRI. Les Espagnols disent de même, abrigo. La plupart des Etymologiius dérivent l'Espagnol & le François du Latin apricus. Covartuvias, dans son Trésor de la Langue Caftillane: ABRICO vale reparo contra las inclemencias del cielo: particularmente contra el frío. Del Latino apricus, que vale Soli expolitus, vel apertus: porque los lugares abrigados, o puestos al medio dia, los calienta el Sol. Muret, sur le Sonnet 107. du premier livre des Amours de Ronfard: Ce mot abri, semble venir du Latin apricus, combien qu'il signifie tout le contraire. Ainsi cuidé-je que le mot liev vient du Grec vau, qui a toutefois contraire signification. Pasquier, livre VIII. de ses Recherches, chapitre 61. Je ne veux pas ici oublier le mot de apricus Latin, dont les nostres ont formé abri: & toutefois tous deux de contraire signification: car le Latin signifie estre à l'ouvert, & le nostre au couvert du Soleil. M. de Saumais sur Solin, page 990. Aprica loca dicuntur qua opportune Solem accipiunt, quasi aperica: quod Soli aperta sint: nam apericum Veteres dixere. Id tamen cum modo fieri debet: nec omnis locui Soli expolitus apricus, dicitur ex Latinie loquentium usit. Quod enim si adeo Soli patens sit & apertus, ut immodicis caloribus terreatur, hunc Latini apricum non dicerent. Et après plusieurs passages qu'il allègue, pour montrer que le mot d'apricus a été dit par les Latins dans la signification dont il vient de parler, il ajoute: Apricas terras Poeta simpliciter opposuit frigidioribus. Indo inepti Grammatici apricum, quasi sim quius dictum interpretantur, atque inde etiam appellatam Africam. Il entend parler de Pompeius Feltus. Ab ea voce apricum locum idiotismo suo Galli vocant, qui a vento, pluvia, & reliquis cali injuritis seclusus est ac raftus, abri, hoc est, apricum. Gloffa: apricus vau & vau. Reclé vau, qui Solem adcemperatum recipit. Je trouve dans les mêmes Glofes, apricum, vauclavus. M. de Caïeneuve: Il n'y a point de doute que le mot d'abri ne vienne d'apricus, bien qu'en une signification différente. Nicot, dans son Trésor de la Langue Françoise, improuve cette étymologie. ABRI, dit-il, est en la terre, ce que CALME est en mer; & partant ne peut être du Latin apricus: jacuit que Nebrissence rend en Espagnol abrigado lugar, pour locus apricus. Pierre Pithou est du même avis. C'est dans son Traité des Comtes de Champagne; où, après avoir dit que la Brie a été ainsi appelée du mot abri, qui signifie couvert, il ajoute: Ce qui me fait émerveiller de ceux qui faisant profession de la pureté de nostre Langue, interprètent abri. (car ainsi l'écrivent-ils) lieu découvert & exposé au Soleil; déduisant ce mot du Latin apricum; vau même que Solomach, ancien Rabi, &, comme aucuns pensent, Champenot, qui l'ayde bien souvent des mots de ceux entre lesquels il a vau, ufe de cettuy-cy en la premiere signification que nous avons dite; exprimant au 3. chapitre de Joël, ce que les autres ont tourné opertinentum, par le mot d'abri ; qu'encor en tout événement je déduirois plô- tois de arbre, selon notre prononciation. Je remar- querai ici en passant, qu'il y a dans Solomo abrici, versus [Ce Rabbi s'appelloit Solomo, & non pas Solomoth : & il n'étoit pas Champenois. Il étoit de Lunel en Languedoc, d'où il s'est appellé Jarci, du mot Jarach, qui signifie Lune.] Nicot & P. Pithou le font fort bien apperçu que notre mot abri ne venoit pas d'apricus : mais ils n'ont pas ççu d'où il venoit. Il vient d'opericus, inusité ; qu'on a fait d'operio, comme apricus d'aperio. On a changé l'O en A, comme en Dame & Damoiselle, de Domina & Domicella. Les Latins ont dit de mé- me, aratrum d'apryon : & les Italiens saldo de foli- das ; agio d'atium. Et on a changé, au contraire, l'A en O dans le mot d'ormoire, qui a été dit pour armoire. ¶ D'abri, on a fait le verbe ABRIER, qui est un vieux mot, qui signifie couvrir. M. Le Traducteur de Platine, de Opsonis, I. 3. au chap. de la Mente : Elle verdoye en este & flicit en yver, si n'est qu'elle soit en son abrich & lieu ch'ult ; mais elle renouvelle & fordiff tous les ans quant vient le beau temps, & par ainsi dure sans fin, puisqu'elle est une foye avenue en nos jardins. Rah. I. 2. chap. 12. Je m'en allay à eux rendre à l'abrit. C'est ainsi qu'on lit dans l'édit. de 1542. Le Duchat.
ABRICOTS. Les Latins ont appellé les abri- cots mala pracoqua, & pracocia, à cause que ce font fruits hâtifs. Et c'est ainsi, pour le marquer en pas- lant, que les Hébreux ont appellé les amandes שקי faked, du verbe שקי fakad, qui signifie être dili- gent. Et par cette raison l'Auteur du Grand Ety- mologique veut qu'on ait appellé les amandiers, Bérou, ἀπὸ τὰ δώσσα ἰδο καρτὸν πρὶντα, πρὶντα γὰρ ὑπρὶ τὰ λυτὰ δ'ἐνδρα. Mais, pour le marquer en- core par occasion, M. Bochart croit avec plus de raison que ces arbres ont été ainsi appelés de Tha- fos, Ille de la mer Egée. Je reviens aux mots pra- coqua & pracocia. Plusieurs Auteurs anciens se font lervis de ces mots dans la signification d'abricots. Martial, livre xiii. ép. 46. Villa maternis fueramus pracoqua ramis : Nunc in adoptivis Persica cara sumus. Calphurnius, Eglogue 2. Insita pracoquibus furepere persica prunis. Pline, livre xv. chapitre 12. Persica duracina poſt antunnium maturescunt ; aftate pracocia : intra tri- ginta annos reperta : & primo denariis singula ve- nandata. Diofcoride, livre 1. chapitre 166. ἀρμαι- γιακά, ῥυμαιςί, & πραικόκια. De pracocia, les Grecs ont fait premièrement προικύκεια. Galien, dans son livre de l'Enfant épileptique : καὶ τὰ πραικόκια κα- λύμια : & προικύκεια. Galien, au titre du chap- tre 20. du livre 2. des Facultés des Alimens : καὶ ἀρμαιγιακόν καὶ πρικύκια. Ils ont dit ensuite βιρ- κύκεια. Galien, livre 1. chapitre 4. du même Traité des Facultés des Alimens : εἰ δὶ τὴν ὄχραι καὶ ὑδατω- δῶς πυμάντων ἐστι τὰ δυρικόκια καλύμια, καὶ τὰ πύ- κια. Voyez Meurfius, dans son Glossaire au mot βιρικύκεια. Ils ont dit aussi, βιρικόκια. Les Glosses, βιρικόκια, pruna. Démocrite, cité dans les Géopo- nides, κοκκυμνῶν ἐνὶ ὁ παλῶς δυμακκυμῖν, ἀρμαιγιακόν ἐστι ὁ βιρικύκεια. De βιρικύκεια, οἱ βιρικύκεια, les Italiens ont fait berico, & bericocolo : & les Ara- bes, avec leur article al, albercoq : & les Syriens, bercoquia. De l'Arabe albercoq, les Espagnols ont fait alvarcoque. De l'Espagnol alvarcoque, les Fran- çois ont fait abricot ; que les Anglois ont ensuite emprunté des François. Les Gafons & les Langue- dociens prononcent encore abricot. Le P. Labbe, dans ses Etymologies des Mots François, dit que les abricots ont été ainsi nommés, parce qu'il faut élever les abricotiers à l'abri du mauvais vent, contre quelques murailles exposées au Soleil du midi : comme qui diroit, aberrioria. Voyez H. Etienne, dans son Trésor de la Langue Grecque, au mot μῶλεν πύρτικος, Tom. 2. pag. 1635. M.
ACABIT. Voyez Acheter.
ACACIA. Arbre. L'Auteur des Doutes sur la Langue Françoïse, dit que ce mot nous est venu des pays étrangers avec l'arbre qui porte ce nom. Acacia est un mot Latin, qui se trouve dans Co- lumelle, v. 7. dans Pline, xxiv. 12. & dans Mar- cellus Empiricus ; & qui vient du Grec ἱκκία, qui se trouve dans Diofcoride, I. 133. dans Galien, au livre des Médicaments des Simples, dans Ac- tius, dans Oribasius, dans Hélychius, & dans Sui- das. Et ce mot Grec a été formé par reduplication de celui d'ἀκί, qui a été dit à la Dorique, au lieu d'ἀκί, qui signifie la pointe aiguë de quelque cho- se : cispis, mucris. Et l'acacia a été ainsi appellé à cause de ses épines : d'où vient que Theophraste l'appelle simplement épine : ἀκκίδα. De ce mot ἀκί, ou ἀκί, les Grecs ont nommé plusieurs autres plan- tes épineuses, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, ἀκκίδα, comme je le fais voir dans mes Origines de la Lan- gue Grecque, & dans mes Botaniques ; où je fais voir aussi que le mot ἀκκίδα, qui signifie orte, à la même origine. Mais pour revenir au mot acacia, l'arbre que nous appellons de ce nom, n'est pas l'acacia de Diofcoride, ni des autres Auteurs dont nous avons parlé : c'est un autre arbre moins épí- neux, qui nous vint de Barbarie il y a quarante ou cinquante ans. Le premier acacia qui fut apporté à Paris, fut donné à feu M. Robin, célèbre Bota- niste du Roi, lequel le planta dans le Jardin Royal. Et c'est pour cela que ses Botanistes appellent cette plante acacia Robin. Feu M. Robin m'a souvent montré cet acacia. Et il me souvient qu'un jour en me le montrant, il me dit que dans le temps qu'on l'apporta à Paris, on y apporta aussi le premier maronnier d'Inde qui ait été vu en France. Ce ma- ronnier, pour le dire en passant, fut planté dans un des jardins du Temple, où il est encore pré- sentement. M.
ACADEMIE. D'Academia, fait du Grec ἀκκίδα; dit par corruption, pour ἀκκίδα, d'un nommé Ecademe. Voyez Diogène Laerce, dans la Vie de Platon. M.
ACAKIA, famille de Paris. Cette famille a été ainsi appelée d'Acakia, Médecin célèbre de François I. duquel il est fait mention dans Marot, en cette Epigramme, Tes Vers exquis, Seigneur Akakia, Mérisent mieux de Marot le renom, Que ne font ceux de ton ami, qui a Avec Marot confusité de nom. Et dans l'Epître au Roi : Et pour autant, Sire, que suis à vous, De trois jours l'un viennent tailler mon poux Messieurs Braillon, le Coc, Akakia, Pour m'empêcher d'aller jusqu'à Quia, J'apprends de Gabriel Naudé, dans son Jugement sur les Œuvres de Niphus, & de René Moreau, Médecin de Paris & Profeiteur du Roy, dans sa Vie de Sylvius, que ce Médecin Acakia s'appelloit Sans malice, & qu'il changea ce nom en celui d'Acakia, lequel en Grec signifie sans malice. Le P. Labbe, dans ses Etymologies Françoïées, traite cette histoire de fable. Le P. Jacob a remarqué sur ce mot, que Taxander, dans son Catalogue des Ecrivains Espagnols, fait le Médecin Acakia natif de Catalogne, parce qu'il est appelé Catalanensis, qui veut dire qui est de Chalons, d'où étoit ce Médecin. M. ACARER des Témoins. Voyez Confronter, & Chere.
ACARIASTRE. Jacques Sylvius, dans sa Grammaire Françoïe, page 104, le dérive de Saint Acaire. A Santô Aquarô, hujus mai propriatare. Nicot dit la même chose dans son Tréfor de la Langue Françoïe. ACARIASTRE : de Saint Acaire, qu'on appelle en Latin Acarius, & auquel on meine les Acariastres. Il y autoit plus d'apparence de croire qu'on autoit u recours à ce Saint pour ce mal, à cause de la conformité du mot acariastre avec celui d'Acarius. C'est ainsi qu'on s'est adressée à S. Maturin, pour guérir les fous, qu'on appelle maiti en Italien ; à S. Eutrope, que le petit peuple appelle Irope, pour les hydropiques ; à S. Avertin, pour les vertigineux, qu'on appelloit autrefois avertineux ; à S. Mammès, pour les maux de mammelles ; à S. Clou, pour les clous ; à S. Main, pour la galle des mains ; à S. Reyne, pour la rogne : on prononçoit anciennement Sre Roine : à S. Genou, pour la goutte au genou ; à S. Aignan, pour la reigne ; à S. Clair, & à S. Luce, pour le mal d'yeux ; à S. Ouen, pour la surdité ; à S. Fenin, qui est comme les paysans de Normandie appellent S. Felix, pour ceux qui sont en charte, qu'on appelle jenez ; à S. Atourni, qui est S. Saturnin, pour ceux à qui la tête tourne ; à S. Pris, pour les entrepris ; c'est ainsi qu'on appelle les paralytiques : à S. Fiacre, pour le fic ; aux Chartreux & à S. Denis de la Chartre, pour ceux qui sont en charte. Voyez Henri Etienne, dans son Apologie d'Hérodote, p. 471. Par cette raison de conformité de nom, on a eu recours pour les choses égarées, qu'on nomme épaves, à S. Antoine de Padoue. Coquille, dans ses Institutions, au chapitre des Droits de Justice en commun : L'autre cas est des épaves ; qui est un mot François signifiant des choses mobilières égarées, desquelles on ne s'ait le maître & propriétaire. Ce mot a donné à aucuns Chrestiens de facile créance, de s'adresser par prières à S. Antoine de Padoue, de l'Ordre de S. François, pour recouvrer les choses égarées ; parce qu'en ancien langage Italien, que les Contadins retiennent encore, on appelloit Pava ce qu'aujourd'hui on appelle Padova : en laquelle ville repose & est grandement revêtée le corps de S. Antoine, dit de Padoue, ou de Pade. Il est à remarquer, que S. Acaire s'appelle en Latin Acacia. Pour revenir au mot d'acariastre, quelques-uns le dérivent de naja, qui signifie teste ; & croyent qu'on a dit acariastre de naja, comme teste de teste. D'autres le dérivent d'axon, injuncundus. Je crois qu'il vient d'acriaster ; comme rouastre de rudaster. Acer, acris, acriaster, acariaster. Le P. Labbe, après avoir blâmé toutes ces étymologies, le dérive d'adquadrare. Car comme de quadrare (ce sont ses paroles) on a fait quarrer, ou carrer, quarre, quarriere, quarrier, &c. de mesme du compose adquadrare on a fait acquarrer, ou accarrer, comparer une chose à une autre, confronter, &c. & ensuite acariastre : (comme opiniâtre d'opiner) un homme qui allant confronté à ses témoins, ou délateurs, ou accusateurs, demeure ferme & inébranlable, sans varier, ny changer de sentiment. Meilleurs de l'Académie ont défini dans leur Dictionnaire ACARIASTRE, un homme d'humour aigre, opiniâtre & criarde : ce qui me fait persévérer dans mon opinion. M.
ACCABLER. La naturelle signi cablas de ce verbe est atterrer, ou porter par terre par la gassanteur d'une charge, ou par la violence des corps. Il pourroit bien être formé du verbe Latin barbare caplare ; duquel pourtant je ne trouve autre marque que le Participe caplosus, qui, dans les Glossaires de Papias & d'Antillesibus, signifie froisse & jette contre terre, ou contre quelque chose dure. Caplosus, Elifus. D'où vient sans doute le mot chablis, qui, dans les Ordonnances des Eaux & Forêts, signifie les branches des arbres que les vents, ou tel autre accident, font tomber à terre. Toutefois je ne s'ai si je le dois former d'une machine de guerre appelée cabulus, laquelle, selon la description qu'en a fait Guillaume le Breton, liv. 7. de sa Philipide, jettoit de si grandes pierres, que non-feulement elle abattoit les murailles, mais crevoit par le milieu & se froissoit elle-même. sed mox ingenitia faxa Emitiit cabulus, nequiesque fœtice, dehiscit ; Per mediumque crepat : pars cornut altera muri ; Altera pars stans recta manet : patutique foramen In sua damna ruens. Caieneuve.
ACCABLER. Méric Cabaubon, dans son Traité de la vieille Langue Anglicane, page 154, le dérive du Grec d'acariastres Cambden, dans sa Bretagne, le fait venir du Breton cabis, qui signifie opprimer. Et M. du Cange, dans son Glossaire Latin, le dérive de cable, dans la signification d'une machine de guerre. M. de Caieneuve le dérive du même mot. D'autres le dérivent d'accumulare : par le changement de l'U en A ; comme en chatouiller, de catullier. M.
ACCABLER. Peut être d'abcaballare, comme qui ditoit, faire tomber de cheval. Peut être de l'Alleman gabel, une fourche. En Allemagne le toit des anciens édifices est terminé par deux chevrons, qui se croisent en maniere de fourche. Ainsi accabler seroit proprement faire tomber sur quelqu'un le toit d'une maison, en sorte que cette fourche qui lie le toit tomberoit sur lui, & l'écraseroit. Le Duchat.
ACCARER. Comme confronter, qui signifie même chose, est formé de front ; parce que les témoins confrontés aux personnes accusées leur doivent être présentés & opposés front à front ; de même ce verbe vient de care, qui en Languedoc & en Catalogue signifie vélage ; mot dérive du Grec : car dans le Poète Sophocle, naja se trouve pris au même sens, dans la Tragédie intitulée l'Elèbre, page 137, de l'édition de H. Etienne. Caieneuve.
ACCARER. Voyez ACARER. ACCES de frevre. D'accesus : qu'on a dit pour accesio. Accesus se trouve en cette signification dans les bons Auteurs. L'ancien Glossaire, au 6. titre de Medicina : *accessio*, *incessio*. Vespasien dans Suétone : *pricia accessione Deus fio*. Comme on a dit *accessus* pour *accessio*, on a dit de même *accessio* pour *accessus*. Plaute : *Quid tibi interpellatio, aut in concilium huc accessio est*. M.
ACCOINTER. D'adcomitare. M.
ACCOISER. Voyez coy.
ACCOLADE. D'adcollare : fait de collum. M.
ACCOLEE. C'est le coup qu'on donnoit aux nouveaux Chevaliers lors de leur création, ainsi appellé, parce qu'il étoit donné sur le chignon du col. Le Roman de Guillaume au court nez, décrivant les cérémonies observées lorsqu'il fut fait Chevalier par Charlemagne : *Karles li baise la bouche & le menton : De sa main dextré le fiere el chaaignon ; Puis li a dit, Dex barnage te dont.* Lambertus Ardenis, en l'Histoire des Comtes de Guines & des Seigneurs d'Ardes, décrivant comme Saint Thomas de Cantorbie fit Chevalier Baldric, Comte de Guines : *Qui eidem Comiti in signum militia gladi: in lateri, & calcaria sui militis pedibus apravi, & alapam collo ejus infixit*. Olais Magnus, livre 14. de l'Histoire du Septentrion, dit que ce coup se donnoit sur le dos du nouveau Chevalier, afin qu'il lui fût comme un mémorial, & un moyen de s'en souvenir à l'avenir. Car parlant des Nations du Septentrion, qui ont coutume de s'entredonner des coups de poing sur les épaules lorsque le Prêtre met l'anneau dans le doigt de l'époulée : *Nec siendum est*, dit-il, *quod sub ipsa annuli imposatione, pugno dorso tenus sese aflantes impetunt, ut eadem ratione actum corroborent : ut in aurati militis creatione, ut memor sit, servari soler*. Mais, selon mon avis, ce coup, ou soufflet, se donnoit sur le chignon du col, ou sur les épaules du nouveau Chevalier, comme le dernier coup qu'il devoit recevoir par derriere ; l'exhortant par cette action de ne tourner jamais le dos aux ennemis : ce qu'il est aise d'inferer de ces paroles de Lambertus Ardenis ci-dessus alléguées, où il décrit comme Arnouil II. fils de Baudouin II. Comte de Guines, fut fait Chevalier. *Convocavit filios sus, & nothos, & amicos, in curiam suam apud Ghissias, in die sancto Pentecostes, & ei militarem non repercutiendus dedit alapam, & militaribus cum in virum perfectum dedicavit sacramentis*. Où, parce que le mot *repercutiendus* ne peut être entendu que du nouveau Chevalier qui reçoit l'accolée, il faut nécessairement lire, *non repercutiendo*, bien que les Auteurs de ce tems-là soient en possession de pécher impunément contre la Grammaire. Je ne sçai si le Chevalier Bayard faisoit réflexion à ce mystère de l'Accolée, lorsque se voyant bleifé à mort, il se fit appuyer contre un arbre, le visage tourné contre les ennemis, disant, que puisque durant sa vie il ne leur avoit jamais tourné le dos, il ne vouloit pas qu'on lui reprochât de l'avoir fait en sa mort. Mais encore qu'originairement l'Accolée se fit par un soufflet ou coup de main, on la donna depuis avec l'épée nue, du plat de laquelle on frappoit les épaules du nouveau Chevalier. J'entreourois alléguer quantité d'exemples, mais il me suffit d'en rapporter un que du Tillet a trouvé dans le Tréfier des Chartes. *L'an 1415. l'Empereur Sigismond seant au Parlement de Paris, assista au plaidoyer d'entre les Sieurs de Petrel & de Seignel, qui disputoient l'Office de Sénéchal de Beaucaire; & ayant qu'on* *reprochoit à Seignel, qui lui avoit été recommandé, qu'il n'étoit pas Chevalier, il l'appella, & prenant l'épée d'un de ses Gentilshommes, il en frappa trois coups sur son dos, lui ceignit l'épée, lui fit chasser les éperons, & le fit Chevalier sur l'heure*. Toutefois Jacobus Durantius Caffélius *Variar*, lib. 1. cap. 8. dit seulement, par conjecture, que cette façon de donner l'Accolée pourroit bien tirer son origine de cette ancienne coutume des gens de guerre ; qui, prêtant le ferment militaire, tenoient l'épée nue sur leurs épaules, comme il se voit dans le livre 21. d'Ammian Marcellin, dont voici les paroles : *Juffique universi in ejus jurare nomen solemniter ; gladiis cervicibus suis admotis, sub exercitationibus diris, verbis juravere conceptis*. L'usage de l'Accolée étoit jadis si fréquent en France, que toutes fortes de coups furent enfin appelés colier. Les anciennes Coutumes de Paris, intitulées, *Li etablissemens li Roi de France ; selon l'usage de Paris, d'Orleans, & de toute Baronnie, au livre 2. & doit dire ; Sire, il me frappa de ses armes émoulues, & me donna coup & colics, dont cuire creux & sang en siffie*. Et en un autre endroit du même livre : *Cil qui sera trouvé en son tort, & aura la collée donnée, & il soit de ce atteint par témoins, payera LX. sous d'amende à la jonlire*. Cafeneuve.
ACCOLEE. Comme quand on dit *donner l'accolée à un Chevalier*. D'adcollare, ainsi dit d'un coup qu'on donnoit à ceux qu'on faisoit Chevaliers. Voyez M. de Cafeneuve. M.
ACCOMMETTRE. D'adcommittere. Dans les premiers *Scaligerana*, page 3. ACCOMMETTRE LES CHIEUS. *Vieux mot François : pour inciter les uns contre les autres*. *Gracé, Évinou suévous Homerus. Larine, committere canes*. M.
ACCOMMICHER. Borel : *Accommicher, Communier*. Là il cite Froissard, & il auroit pu citer encore le Roman de Galien Reftauré ; mais il ne dit pas d'où vient ce mot. D'adcommunicare, ou peut-être d'adcommicare, fait de *mica*, dans la signification d'une miche de pain. A Metz, *engommicher à quelqu'un sa marande*, c'est lui soustraire par de belles paroles ce qu'il avoit de plus cher. *Le Duchat*.
ACCOMPLIR. D'accomplire, dit par métaplaïsme pour *adcomplere*. M.
ACCONEVOIR. C'est *atteindre*, qu'on disoit autrefois *Acconsutre*. Rabelais, liv. 1. ch. 23. qu'à grande course on ne l'eusit pu l'acconcevoir. Item, au chap. 26. Finalement les *acconceurent*, & *offerent de leurs fouaces environ quatre ou cinq douzaines*. Et liv. 5. chap. 39. *En témoignage sont les champs de l'Isle de Samas, des Panerias, c'est-à-dire, tout sanglants, auxquels Bacchus les Amazones acconcent, fuyantes de la Contree des Ephebiens*. D'adconcipere. *Acconcevoir*, c'est rejoindre, rattraper à la course. *Le Duchat*.
ACCORDER. *Mettre d'accord ; Unir des affections dévisées ; & concilier des opinions contraires*. Robert Etienne croit que ce verbe est formé de ces deux mots Latins *ad cor*, quasi *ad unum cor*, *sive ad eamdem voluntatem adducere*. Mais il est bien plus croyable que c'est une métaphore priée des instrumens de Musique, desquels on dit *accorder* & *mettre d'accord*, lorsqu'on en tend les cordes à un point capable de rendre une parfaite harmonie. Nous disons aussi *accorder*, par la même métaphore, quand une personne ne refuse pas à une autre ce qu'elle lui demande, parce que leurs volontés devenant conformes, deviennent semblables à deux cordes A C C. A C E. cordes de Musique accordées par unison & consonance. *Cafeneuve.* **A C C O R D E R.** Les Italiens disent de même accordare. L'un & l'autre viennent de corda, en la signification de corde. *Accorder*, se dit proprement d'un instrument de Musique, dont on met les cordes dans le ton qu'il faut pour faire l'harmonie. Et dela, concordare & discordare, qui se trouvent dans les bons Auteurs. Nicot s'est tout-à-fait trompé, en dérivant accorder de la particule ad & du substantif cor : quasi ad unum cor, sive ad eamdem volancarem adducere : ce qu'il a pris de Robert Etienne. Jules Scaliger, sur l'Histoire des Animaux d'Aristote, dérive aussi le mot d'accordare de corda en la signification de corde. M. **A C C O R T.** De l'Italien accorto. Pasquier vrit. 3. *Nous avons depuis 30. ou 40. ans emprunte plusieurs mots d'Italie, comme contrafte, pour contention; concert, pour conférence; accort, pour avisé; en conche, pour en ordre; garbe, pour je ne sçai quoi de bonne grace; faire une supercherie à un homme, quand on lui fait un mauvais tour à l'impourence, &c. Muret, sur le second des Sonnets de Ronfard : ACCORT, fin, avisé : mot Italien. Et Belleau, sur le vingtième. ACCORT, mot Italien, qui signifie de gentil esprit, bien né, honneste, gaillard, avisé, que les Grecs appellent monogramme. L'Italien accorto vient d'accorgere, qui a été fait d'adcorgere, comme porgere, de porrigere.* M. **A C C O U R S I E R.** Rabelais a dit, une sedition de ballivernes meue entre les Barragouins & les Accoursiers. M. de la Monnoye dit qu'on appelle Accoursiers dans la Saintonge les chalains d'une boutique, où ils ont accoutumé de prendre sur taille, comme on parle; & on les appelle de la sorte d'adcruciare; parce que sur les tailles chaque di-zaine est désignée par une coche en forme de croix. M. de la Monnoye pourroit peut-être s'être trompé. On disoit autrefois Accours pour dire chalandise, ou affluence d'advenans, ainsi que parle Nicot. Le mot Accours étoit formé du Latin Accursus, d'où avoit été fait celui d'Accourser. Cette érymologie est plus naturelle & plus conforme à l'écriture. Aux Accoursiers Rabelais opposé les Bar-guigneurs, qui n'achetent jamais; & selon le même M. de la Monnoye, il fait allusion aux Barragouins, ou Juristes barbares, qui proposent mille questions sans les résoudre, & aux disciples d'Accurse, qui se vancent d'avoir approfondi tout le Droit Romain. *Vergy.* s'ACCOUTER, ou, comme disent les Parisiens, s'accoter. Le premier se dit en Normandie; & l'un & l'autre signifie s'appuyer du coude, cubito innoit. Il vient d'accubitare se, dont vous trouverez des exemples dans le Glofsaire de M. du Cange sur ce mot. D'autres prononcent s'accouder : & les Anciens disoient s'acquenter; témoin ce Vers de la Chronique de Bertrand du Guesclin : *Disus une fœnette s'est allé acquenter.* S. Add. **A C C O U T R E R** : *orner & agencer.* Comme de culter, qui dans Pline liv. 18. ch. 18. signifie ce fer tranchant, duquel au labourage on se sert pour fendre la terre, nous avons fait le mot *cultere*, qui signifie la même chose; de même de *cultellare*, nous avons formé le verbe accourrer : car en matière d'habits *cultellare*, en Latin-barbare, signifie *pliser les habits*, parce que les plis en ayant été bien pressés, représentent le tranchant d'un couteau. Ainsi Pline, livre 32. chap. 2. appelle le dos *Tome I.* de la murène, *cultellatum*; parce qu'il est tranchant en forme de couteau : *Infocam homo invertere se quoniam sit dorso cultellato, spinaque lineam prafe-care.* Cæfarius, ancien Moine d'Alberstad, lib. 4; *Historiarum Mirabilium cap.* 5. introduisant Noradin, fils de Saladin, qui blâmoit le luxe des Chrétiens du Levant, lui fait dire ces paroles : *Superbia vero sic in iis regnavit, ut cogitare non sufficerent quali modo vestimenta sua incidierent, strin-gerent, atque cultellarent.* Or que *cultellare* signifie en cet endroit *pliser*, il se peut facilement juger de ces paroles du même Cæfarius, décriant la modestie de Noradin : *Nulla erat in vestibus plicarum multiplicitas, nulla curioficas; licet ipsa vest-tium materia foret satis pretiosa.* Ainsi faut-il entendre ces paroles du même Auteur, liv. 10. ch. 11. *Erat indurae vestibus porpureis atque cultella-tis.* Cette mode de plisser les habits étoit jadis en telle estime, & l'usage en étoit si commun, qu'il y avoit des femmes, qui, pour ne faire autre métier, étoient appelées *vestiplica.* Les Glofes d'Isi-dore : *Vestiplica, famina que vestes plicat.* Si bien que par la fuite du tems le verbe accourrer, qui ne s'entendoit que de cette sorte d'agencement, fut enfin étendu à toutes sortes d'ornemens d'habits. Ce mot ne vient point d'adcultellare. Il vient d'adculturare, formé d'ad & de cultura. *Cafeneuve.* **A C C R O C H E R** : *arreter, & prendre avec quelque chose de crochu.* Ce verbe est de l'ancienne Langue Françolée, ou Tioise. Dans la Loi Salique, Titre 69. Art. 2. *incrocare* est accrocher, ou pen-dre à une branche d'arbre taillée en forme de croc, qui vient de même origine. *Si quis hominem, sine consensu Judicis, de ramo, ubi incroca-tur, deponere presumperit.* Nos vieux François disoient encrouer. Le Roman de Guillaume au court nez : *Je te feroie encrouer à un arbre.* Le Roman de Guion de Tournant : *De noier, ou d'ardoir, ou d'encrouer au vent.* *Cafeneuve.* **A C C R A V A N T E R.** *Voyez. A C R A V E N T E R.* **A C C R O U E.** Rabelais, liv. 5. chap. 8. *Et nous mena en tapinois & silence droit à la cage en laquelle il étoit accroue.* Et plus bas : *Retournans à la beuverie, aperçumes un vieil Evegant à tête verde, lequel étoit accroue, accompagné d'un Sousslegon.* C'est ainsi qu'il faut lire, suivant les anciennes éditions, & non pas accroue, comme dans les éditions modernes. D'ad, & de curvatus. Le Duchat. **A C C U E I L L I R.** D'adcolligire, dit au lieu d'adcolligere. *Voyez Cuesikir.* M. **A C E E.** On appelle ainsi une beccasse dans la Saintonge & dans le Poitou. Du Latin *acceia*. Les Glofes anciennes : *accia & acceia, acceia*. L'ancien Lexicon Grec-Latin, au chapitre des Oiseaux : *accia, acceia*. Bonaventura Vulcanius, sur ce lieu des Glofes, a remarqué que ce mot étoit en usage parmi les Saintongeois & les Poitevins : *Avis est quam a rostris magnitudine Galli Beccasse, Belga Sneppe vocant, Piciones tamen hodie & Sentones acceia appellationem vernaculā suā lingua retinent.* Ce qu'il tenoit sans doute de Scaliger, qui avoit demeuré long-temps en Saintonge & en Poitou. M. **A C E R E R.** *Voyez Acier.* A C E. A C H.
ACESMER, c'est orner. Le Roman de la Rose, édition de 1531. fol. 100. v°. Et sous les meurs bien acçimes. Voyez Borel, aux mots Acheime, & Aceime. La Duchat.
ACHARNER. De la particule ad, & du substantif caro carnis. M.
ACHE. D'apium. v en cit. comme anchoye, d'apua; proche, de prope; échine, de spina. Voyez Achée. M.
ACHEE. Lat. lumbricus. Gr. yus in super. Ce mot est fort en usage dans les Provinces d'Anjou & du Maine. Belon, livre v. de la nature des Oiseaux, chap. 18. Ceux qui ont estimé que le Pluvier ne vit que de vent, semblent s'être trompez. Cela, dient-ils, parce que communément on ne lui trouve rien au l'estomac : mais l'on s'agit par expérience qu'il mange : & aussi qu'on en a surpris quelques-uns qui avaient encore les achées vivantes dedans la gorge à demi avalées. Il se trouve dans Nicot. A Blois on prononce ache, & non pas achée. De l'huile d'ache : c'est comme parlent les Apoticaires de Blois. M.
ACHEPTER. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, Tit. 16. chap. 13. Acaptare signifie se rendre vassal d'un Seigneur : comme il se voit en ces paroles, adressées à ceux qui s'étoient détachés du parti de Charles le Chauve : Et mandat vobis noiter Senior, quia si aliquis de vobis talis est, cui suus Senioratus non placet, & illi simulat ut ad alium Seniorem melius quam ad illum accaptare possit, &c. Ce verbe est formé de caput, parce que les vassaux reconnaissent leur Seigneur comme leur Chef; d'où vient que les Seigneurs Suzerains sont appelés souvent, Domini Capitales; de même que ceux qui commandent à la guerre sont appelés Capitaines, & en vieux François Chevaliers, à l'égard de leurs soldats. Or, comme les mots passent avec le tems d'une signification à une autre, & produisent d'autres termes qui portent toujours les marques de leur origine; le verbe acaptare, qui ne servoit que pour signifier la reconnaissance de celui qui devenoit vassal d'un Seigneur, fut étendu à toute sorte d'inféodation, & à celles même qui furent faites à certain prix d'argent : d'où se formerent les mots, Acapitum, Acapto, & Acaptemuntum, lesquels signifient proprement le droit d'entrée que les vieux Actes appellent intragium; & les Coutumes de Bourbonnois & de Nivernois Entrage, qui est certaine somme d'argent qu'on payoit au Seigneur, pour l'inféodation d'un bien, qui étoit de trop grand prix pour être donné sous la seule obligation de l'hommage, ou sous la redevance d'une petite Censive. Il y a dans le Registre Olim, de la Chambre des Comptes de Paris, intitulé Feuda, un Acte de l'inféodation du Château de Beaucaire, & des terres qui en dépendoient, faite à Simon-Comte de Montfort, par l'Archevêque & Chapitre d'Arles; dans lequel ils confessent avoir reçu du Comte, outre cent marcs d'argent de rente annuelle, à laquelle lui & ses Successeurs s'obligent, pro Acapto MCCC. marchas boni & legalis argent, ad pondus Villa Montifpeffuli. Ce droit d'entrée est appelé prim acapte; dans un vieux Acte en Langue vulgaire, de l'an 1255, en ces termes : Et avei nom donat d'intrada & de prim acapte & de conquerement XI. sols de Melgloires. Il y a dans un ancien Livre des Archives de l'Eglise S. Etienne de Toulonfe, un Acte où se lisent ces paroles; Et in hoc Fevo dederunt illorum Domino Prapolio v. solidos acaptionis. Et j'ai vu encore un Acte de l'an MCLXIV. où il est dit : Insuper soivet pro acaptamento virginii solidos Moneta Tolosa, bene pensantes, & nonum denarium ejusdem Moneta, annui census. Or parce que, par le moyen de ce droit, appelle acapitum, acapto & acaptemuntum, les Fœdataires achetoient en partie les possessions qui leur étoient inféodées; toutes sortes d'acquisitions faites à prix d'argent furent enfin appelées achapes, & la façon de les acquiert achepter : car je trouve que le verbe acaptare, duquel il est formé, signifie proprement achepter. Dans un Acte rapporté par Fray Diago, livre 11. chap. xxx. de l'Histoire des anciens Comtes de Barcelonne : Et ego, Raymundus, Comes Barcinonofis, dom axari mea dilmodi, & filiis quos de ea haboro, omnia qua acaptavi in Balaguerio. Après la Chronique MS. d'Ademar, Moine d'Angoulême, qui est dans la Bibliotèque de la Maison de Thou, j'ai vu interre un vieux Fragment de l'Histoire d'Aquitaine, sans nom d'Auteur, où se lisent ces paroles : Fac Castrum per tale conventum, ut si ego valeo acaptare eum Comiti Fulconi de pretio meo, & de tuo, una pars sit mea & alia tua. Cafeneuve.
ACHETER. Quelques-uns le dérivent d'acceptare. Il vient d'acaptare, qui, dans les Capitulaires de Charles le Chauve, est employé pour petere, captare, acquiere : d'où les Italiens ont aussi fait accattare. Nous prononcions anciennement achapter, comme le témoigne le mot achapt, & il est toujours ainsi écrit dans les vieux Livres. Voyez le P. Simond sur les Capitulaires de Charles le Chauve, page 58. Vossus de Vitis sermonis vv. 1. croit qu'accaptare a été cortompu d'acceptare. M. de Cafeneuve est d'un autre avis : c'est au chap. 11. du livre 2. de Son Franc-Alleu. Vqici ses termes : Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, tit. XVI. chap. 13. Acaptare signifie se rendre vassal d'un Seigneur, comme il se voit en ces paroles adressées à ceux qui s'étoient détachés du parti de Charles le Chauve : Et mandat vobis noiter Senior, quia si aliquis de vobis talis est, cui suus Senioratus non placet, & illi simulat ut ad alium Seniorem melius quam ad illum accaptare possit, &c. Or d'autant que les mots passent avec le temps d'une signification à l'autre, & produisent d'autres termes, qui portent toujours les marques de leur origine, de accaptare se formerent les mots; capitum, Acapto & Acaptemuntum, lesquels signifient proprement le droit d'entrée, que les vieux Actes appellent intragium, & les Coutumes de Nivernois & de Bourbonnois Entrage; qui est cette somme d'argent qu'on payoit au Seigneur pour l'inféodation d'un bien qui étoit d'un trop grand prix pour être donné sous la seule obligation de l'hommage, ou sous la redevance d'une petite Censive. Il y a dans le Registre Olim du Parlement de Paris, intitulé Feuda, un acte de l'inféodation du Château de Beaucaire & des autres terres qui en dépendoient, faite à Simon, Comte de Montfort, par l'Archevêque & le Chapitre d'Arles, dans lequel ils confessent avoir reçu du Comte, outre cent marcs d'argent de rente annuelle, à laquelle lui & ses Successeurs s'obligent, pro acapto M. CCC. marchas boni & legalis argent ad pondus Villa Montifpeffuli. Ce droit d'entrée est appelé Primacapte dans un vieux Acte en Langue vulgaire de l'an M. CCLV. en ces termes; Et avei nom donat d'intradac de prim acapté & de conqueremen xifols de melgoites. *Il y a dans un vieux livre des Archives de l'Eglise de S. Etienne de Tolosé un Acte où se lisent ces paroles*, Et in hoc Fevo dederunt illorum Domino Præpositio v. sol. Acaptiobis, & in uno quoque anno unum prandium optimum. *Et dans un autre Acte des memes Archives, ce droit est appelé munus, par une façon de parler plus douce & plus honorable à celui qui faisoit l'infeodation*: Alios vero feudos laticales quisque teneat, nostra manu teneat, & si pro honore Acaptationis derut munus, in medietas nostra & medietas Prioris. *J'ai vu encore un Acte de l'an MCIXIV. où il est dit*: Insiper solvet pro Acaptamento xx. solidos Monetæ Tolos. bene pensantes, & unum denatium ejusdem Monetæ anum census. *Je trouve aussi que* Acaptamentum signifie le droit qui se payoit à chaque changement de Seigneur & de Vassal, comme dans un autre Acte, extrait de ce Registre Olim, & passé entre Simon, Comte de Montfort, & l'Evêque d'Agen; Prædictas autem medietates Justitiarum, & Monetam, Agenni Episcopus, tenebit à Comite in Feudum, & in mutatione Comitis seu Episcopi, tanquam Domino iurabit Episcopus Comiti fidelitatem, salvà in omnibus Ecclesiæ Romanæ fidelitate, & dabit in mutatione Comitis seu Episcopi Acaptamentum in recognitione Domini unum ostearium. *De-là vient qu'en Languedoc Acapte & Réacapte sont des droits qu'on doit payer à la mort du Seigneur & du Féodataire. Et de-là vient aussi que le droit de rachapt, qui se paye lorsque le Fief tombe en ligne collatérale, est ainsi appelé, comme estant formé de Reacaptum. Tout cela témoigne clairement, contre l'opinion de nos adversaires, que Acaptamentum est un droit différent des lods & ventes, puisque primitivement ce n'estoit que le droit d'entrée qu'on payoit à la première investiture ou inféodation; & que même depuis, les mots de Acapto ou Acapitum, qui signissent même chose que Acaptamentum, n'ont été pris que pour ce qui se payoit à la mutation du Seigneur ou du Vassal; qui ne peut point convenir aux lods & ventes, lesquels ne furent jamais deux raison de la mutation du Seigneur. Et d'autant qu'en France presque tous les biens sont tenus en Fief, sur-tout et endroits où la règle, Nulle Terre sans Seigneur, a lieu; & que par le moyen de ce droit appelé Acaptamentum, Acapitum, ou Acapto, les Féodataires acheptoient en partie les possessions qui leur étioient inféodées; toutes sortes d'acquisitions faites à prix d'argent y ont été appelées Achapto, & la façon de les acquérir, Acheptor: Car du moins le verbe Acaptare se trouve pris en ce sens dans un Acte rapporté par Fray Diago liv. 1. chap. 80. de son Histoire des anciens Comtes de Barcelonne: Et ego Raymundus, Comes Barcinonensis, dono uxoril meæ Almodii, & filii quos de ea habuero, omnia quæ acaptavi in Balaguerio.* M. du Cange, dans son Glosfaite Latin, produit plusieurs autres exemples de ce mot *acaptare* dans la signification d'*acheter*; & il ajoute: *Hinc nostri vocem acheter, seu, ut Picardi efferunt, acater, velut est apud Fruissartem 1. volumine, capite 190. achapter, pro emere, hauerunt: quod qui à domino pradium in accapitum, vel cum onere prastationis, vel etiam in emphyteusm accipit, dato pretio illud sibi habeat ac comparet.* Il y produit aussi plusieurs exemples de cette façon de parler *ad accapitum dare*, pour dire *in emphyteusm dare*. Et comme ceux qui prenoient des héritages à emphytéose, étoient estimés les acheter en quelque façon, & que pour cette raison, on a dit *acaptare*, en général pour *acheter*, on a dit de même *accapitum*, en général, pour toute sorte d'achats. Et c'est de-là que vient notre mot d'ACABIT. Nous disons à Paris, *Ce fruit, ce mouton, ce drap, ne sont pas de bon acabit*, pour dire, ne sont pas bien conditionnés. Ce qui veut dire proprement, ne sont pas de bon débit. De tout ce discours, il paroît que le Latin *accaptare*, & l'Italien *accattare*, sont des contractions d'*acaptare*; & qu'*acaptare ad aliquem*, comme M. du Cange l'a très-bien expliqué, est proprement *ut caput & dominum agnoscere*. Voyez *Rachae*. J'oubliois à remarquer, que quelques-uns disent *Acabie*. Bourlault, dans la Comédie d'Élope, Acte 4. Scène 3. *Et de quelle acabie étoit-il Conseiller? M.*
ACHEVER. *Parfaire, ou venir à bout & à chef.* Je me persuade que ce verbe est une métaphore prise des femmes qui dévient du fil, lesquelles achevent leur nefogne lorsqu'elles trouvent le chef, c'est-à-dire, le bout de l'écheveau qui est sans doute formé de chef, car encore en Languedoc & en Gascogne on appelle *cab*, (c'est-à-dire *chef*) le bout ou fil; d'où il semble aussi qu'on a formé *acaba*, qui signifie *acheter*. Ce qui me porte à cette opinion, sont les paroles de l'ancienne Chronologie extraite de Grégoire de Tours, où l'Eunugue Nartes est introduit parlant de cette sorte: *Filum filabo, de quo Justinus Imperator, nec Augusta, ad caput venire non possint. Caesneuve.*
ACHEVER. C'est mettre à chef. V. Chef. M. ACHIER. Vieux mot *françois*, qui signifie le lieu où sont les ruches des Abeilles. L'ancienne Coutume d'Anjou & du Maine non imprimée, au titre *De honne qui suit avettes, ou eps: Si aucun a avettes & elles estinent, & il les envoie à l'air, & les suit toujours à ceux sans les perdre; & elles s'assoient en autre lieu que où sien, & celui a qui sera le lieu où elles se seront assises, les prègne avant que l'autre vienne, & l'autre dit, cettes avettes sont moyen: & l'autre dit que non, si doivent aller en justice, à qui soyent les espages du lieu: & dire, Sire, j'ay cueilly un essain d'avettes: & cet homme les avoue: & l'autre dit: Sire, l'essain est mien: & le vy partir de mon achier: & l'ay toujours ségu à veue jusques le vy asseoir ou lieu où cet homme l'a cueilly. Et s'il ois ainsi jurer, il les aura, & rendra à l'autre la valeur de son vesseau. La Coutume d'Anjou & du Maine imprimée, Titre 4. qui est des Amandes: *Celui qui emble avettes en ruche sur l'achier, ou siege, il doit avoir l'oreille coupée: Car c'est ainsi qu'il faut lire en cet endroit, & non pas archier, comme ont les éditions. Il est sans doute que ce mot vient d'apiarium, qui se trouve en cette signification dans Columelle. Duram, si diligenter excusé sont, in annos decem: nec ulium examen hanc atatem potest excedero: quamvis in demertuarum locum quaranis pulos substituant. Nam ferè decimo ab interneciome anno, gens universa totius alvei consumitur. Itaque ne hoc in toto apiaris fiat, semper propaganda erit foboles. C'est au chapitre 3. du livre IX. Et au chapitre 5. du même livre: Si villa situs ita compozis, non est dubitandum, quin adificio junius apiarium maceria circumdenus, &c. conferi deinde circa totum apiarium debent arbuscula. Les Grecs ont dit de même *qui l'ouin*, pour une ruche. Hésychius: *qui l'ouin*, si *qui l'ouin*. On a fait achier d'apiarium, par le changement du v en cu: comme en ache, d'apium: en proche, de prope, &c. M.* 2 ij 12 ACH, ACI. ACO.
ACHOISON, vieux mot François, d'Occasio. Huel. Dider. de Tillad. T. 2. p. 172. C'est occasion. Dans le Quadrilogue Invectif, p. m. 415. des Œuvres d'Alain Chartier; on lit Achison dans le texte, & Accoison à la marge. Le Duchat.
ACIER. C'est une effecé de fer, beaucoup plus dur que le commun; appelle chalybs, en Latin. Nous avons formé ce mot du Latin-barbare aciarium, dérivé de ἀκία, ἀρχαία, & acies, qui signifient, la pointe ou le fer tranchant des armes, & des instruments de fer qui servent à couper & à trancher, parce que la pointe, & le tranchant sont faits de cette sorte de fer. Les Glofes: Aciarium, ἀρχαία: car ce mot Grec signifie entr'autres choses, la force & la dureté du fer. Cazerneuve.
ACIER. D'acciarium; dont les Italiens ont aussi fait acci-rio, & les Espagnols acero. Les Glofes anciennes: acciarium, ἀρχαία: où acciarium est dit pour aciarium. Voyez M. de Saumais sur Solin, page 1084. & dans ses Epitres page 97. Aciarium vient d'acies, dont Pline s'est servi pour le mot de chalybs, parce que les pointes des outils de fer sont acérées. Du substantif acier, on a fait le verbe acierer, qu'on prononce acerer. Henri Etienne, dans ses Hypomneses, page 132. Active acier directement d'acies. Voici les termes: Voce acier, quam ex Latina acies jecerunt (falla ex Graco aus,) permiserunt sibi pro chalybe uti, quod acies, id est cuypis, ex chalybe fieri soleret: & ita ei quod cuypidis materia eras, nomen dederunt, quo ipsa cuypis à Latinis vo abatur. L'analogie ne souffre pas cette dérivation. M.
ACOLYTHE. Du Grec acci-rio, qui signifie Comes, affélicor. Les Acolybes ont été appelées de la sorte, parce qu'ils accompagnent & fervent le Soudiacre, le Diacre & le Prêtre, dans les fonctions où leur réunitère est nécessaire.*
ACONS. Les Poitevins appellent ainsi ces petits bateaux avec lesquels ils vont par les marais, & que celui qui est dedans mène en poussant la terre avec le pied: ce que Rapin a très élégamment décrit par ce Distique: Cimbola camofum plantis pulfata per aquer, Semiviro vehitur, semivirumque vehit. Je ne sçai pas bien l'étymologie de ce mot. Il vient peut-être d'acus, comme arconis d'arcus: à cause que ces bateaux sont pointus. On a dit aco aconis: ce qui paroît par le mot acuncula, qui se trouve dans l'Onomaiticon Latin-Grec, page 3. acuncula, acisca. 4. Aco aconis, aconicus, aconiculus, acunculus. ACUNCULA: d'où acuncula, & ensuite acicula. On a dit de même aco, aconis, aconicus, aconiculus: d'où AVUNCULUS. Et rano ranonis, ranonicus, ranoniculus: d'où RANUNCULUS. C'est la remarque manuscrite de M. Guyet, sur l'endroit de l'Onomaiticon ci-dessus rapporté. M. Guyet ajoute: Ab aco aconis, Acon, lembi genus agud Pitones. Je suis bien aïe de voir mon opinion confirmée par celle d'un si grand Etymologiste. M.
ACONS. De l'Anglo-Saxon afe, qui désigne un petit bateau de cuir. Voyez M. Eccard, page 50. de son Reges Francorum Salica, sur ces mots du Tit. 22. n°. 3. de la Loi Salique: Si quis afium de intro clavem furaverit. Le Duchat.
ACQUE, mot Messin, qui veut dire quelque choye. D'aïq. id. Le Roman du Grael, composé par Christian de Troyes, le dixième entre les anciens Poètes François, mentionnés par le Président Fauchet: Qui petit feme, petit cuel; Et qui acque recavilir volt, En tel lieu sa femence epande, Que fruit a cent double laissende. Voyez AUQUES. Le Duchat.
ACQUERIR. Voyez AQUERIR. ACQUESTER. Voyez AQUESTER. ACQUITER. Voyez AQUITER.
ACRAVENTER. Hélinand, dans son Poème de la Mort, Stance 3. Mors, qui en tos lieux as tes remes, Et de tos marchiez as les ventes; Qui les riches sez deiner; Qui les levez en haut adentes, Et les plus puissans acravantes. Du Latin gravis. Gravis, grave, graventum, graventure, adgraventare, AGRAVENTER, ACRAVENTER. Ou bien, selon Sylvius dans son Ifagoge, de gravens, gravantis. En balle Normandie on prononce encore agravanter. Les Espagnols disent, agravar. M. La Légende Dorée, imprimée en 1476. dans la Légende des Saints Crisant & Darie: En la parfin les deux Mariez jani corruptus parent mis en un parjon de fesse, & furent agravanter de terre & de pierre, & furent Martyrs de Jesus-Chris. Ce qui est pris du Latin, terra & lapidibus obristi. Le Duchat. Raguan en son Indice. *Acre* se trouve dans la Charte de la Fondation de l'Abbaye de la Trinité de Caen. *Emi ego*, *Methiditis Regina*, *quinquaginta acras terra*, &c. *In villa qua dicitur* Maintrud, *sexaginta acras terra*. M.
ACROU, ACROUSE, Adjectif, qui se dit à Metz d'une chose si indente, qu'elle fait fremir en la regardant. D'*Acrosus*, fait d'*acer*, qui se dit des choses acres, & qui offensent les sens. L'Epître de Philisterie à Plenus, dans le Verger d'Honneur : *Mais pour ton corps duyre en l'escorcherie,* Et dans l'Epître suivante : *Une douleur vehemente & acrouse,* *Dont s'ay la tefte ung bien petit trop crouse.* Le Duchat.
ADDEE. Nom de famille, dans l'Histoire Chronologique de la Chancellerie de France, de Fr. de Tullereau, page 251, & ailleurs : c'est une contraction d'*Amidée*, & de même le surnom Anglois *Addison*, comme qui diroit, fils d'*Addée*, ou d'*Amidée*. Le Duchat.
ADEZ. C'est un vieux mot qui signifie *ores*, *maintenant*. Alain Chartier, au Parlement d'Aumours : *Jamais n'eust fait adroit son point* *L'Amant : car cette femme adez* *Le faisoit jouer mal à point.* Helinand, dans son Poème de la Mort, s'est servi de ce mot. D'*adipsum* : en sousentendant *tempus*. Au lieu d'*ipsum*, on a dit *issum* : témoin l'endroit de Suétoue, où il est dit que l'Empereur Claudius condamna un Sénateur à l'amende pour avoir dit *isse* pour *ipse* (a). Au lieu d'*issum*, on a dit ensuite *essum* : comme *ella* pour *illa* : d'où l'Italien *ella*, & le François *elle*. *Essum* est interpreté dans les Gloises anciennes par *issimus*. *Essum* se trouve dans Plaute : mais pour *essum*. D'*essum*, les Italiens ont fait *esso* : comme *adeso* d'*ad ipsum*. Pasquier, livre VIII, de ses Recherches, chapitre 3, prétend qu'ils ont fait *adeso* du François *adez* : ce qui n'est pas vrai-semblable. Voyez mes Origines de la Langue Italienne, au mot *adeso*. M.
ADEZ, se dit à Metz, dans la signification de *toujours* ; & on l'y doit prendre aussi dans le passage de Chartier, où le mot *adez* est opposé à celui de *jamais*. Mais en voici un autre du même Auteur, où le mot *adez* se prend constamment pour *ores*, ou *maintenant*. Il est pris du Poème de la belle Dame sans mercy, en ces termes : *Après disnier on s'avança* *De danser chascun & chascune,* *Et le trisse amoureux dansa* *Adez a l'autre, adez a l'une ;* C'est-à-dire, *ores* ou *maintenant* à l'une, *maintenant* à l'autre. Le Duchat. (a) *Multaviv Senatorem qui iste pro iste dixerat, dite Suetouio parlando di Claudio Imperatore, Meug. Orig. Ital. Pusage que je ne trouve point dans Suetouio.*
ADIEU. Dire *adieu* à quelqu'un qui s'en va, c'est souhaiter que son départ soit au nom de Dieu. Dire à quelqu'un qu'il s'en aille au Diable, c'est comme si on lui dioit : Partex au nom du Diable. Voyez H. Etienne, page 111, de ses Prov. François epigrammaties, édition de 1594. Le Duchat.
ADJOURNER. Anciennement en France on donnait assignation à comparoître en Jugement le matin ; parce que, comme il est ordonné au liv. 1. tit. 62, des Capitulaires de Charlemagne, il falloit que les Juges fussent à jeun lorsqu'ils rendoient justice aux Parties. *Recium autem & bonestum videtur, ut Judices jejuni causas audiam & discernant*. De-la vientent adjournier & adjournement ; lesquels, en vieux François, signifient le matin, ou le point du jour. L'Histoire du Connétable du Guéschin, chap. 5. *Un logis auquel il reposa jusqu'à l'adjournement*. Et au chap. 9. *On cria aux armes droit à l'adjourner*. Et Froissart, vol. 1. chap. 27. *Par vespres & par adjournement* : c'est-à-dire, *soir & matin*. Le mot *adixantus* se trouve dans les Capitulaires de Charlemagne, pour cité & assigné, liv. 5. tit. 151. *Pro nimia reclamatione qua ad nos venis de hominibus Ecclesiasticis, seu fusculinis, qui non erant adixant. Je ne s'ai si je dois assurer, que tant le verbe manire, que les noms manitio, mannita, & mannima, qui signifient adjournier, & adjournement, dans les Loix barbares & dans les Capitulaires, viennent de *mane*; car aussi bien les Espagnols appellent *mannana*, le matin. *Caseneuve*.
ADJOURNER. Voyez *Adjournier*.
ADIRER. *Egarer*. Pièce adirée : terme de Palais. M. Nublé le dérive de ces deux mots, à dire : comme qui dioit *trouver à dire*. Plata, livre 1. chapitre 58. §. 1. a traduit *adire* par *adifrare* : *& poterit rem suam peire civiliter ut adifratam, quamvis furatam*. M. du Cange le dérive d'*adicare*. *Videt. vox orra a Latino adicare : adeo ut rei adirata, sit ea qua amissa & dependita, & qua adaratur, seu cujus pretium astimatur, quod posessori reddendum sit ; vel a voce italica adirato ; iratus : Nam qui sunt irati, seu quorum ira provocatur, (qui sont fachés contre quelqu'un) ab errum consortio absinem quibus irascuriter : ita ut ampliis non compareant, xii prius, cum iis : qua vii est vocis adiratus, in re qua amplius non comparei*. C'est au mot *adiratus*. Cette étymologie n'est pas naturelle. La véritable m'est inconnue. Af.
ADJUSTER, ou *ajuster*. Nous disons qu'une chose est *ajustere*, quand elle a ses proportions & ses mesures ; & un homme *ajustere*, lorsqu'il est proprement vécu. C'est une métaphore prise des mesures qui évolent dites *ajusteres*, lorsqu'elles contenaient ce que par raison & justice elles devoient contenir. Les Contumes du Comté de Bourgogne, Art. 55. *Avoir sects, & adjuster mesures à ble & vin*. Où il faut sans doute lire *ajuster* : aussi bien Charles du Moulin, dans la note marginale, explique ce mot, *aquas facere*. C'est pourquoi il y avoit anciennement certains pots ou mesures de vin, appelées *justa & justitia*. Petrus Venerabilis, au Livre des Statuts de Cluni : *Scatuitum est, ut non vasis illis vinariis ; qua justitiae vocatur ; sicut olim facere coquebantur, sed propriis scyphis unusquisque bibas*. Le même en l'Epître 20. du livre 1. 14 ADO. ADR. ADV. Vascula vinaria, que justitias vocant, vel similia, concavare, & componere teuta. Sur lequel passage André du Chesne rapporte ces paroles du Cartulaire de Marmouftier : Tres quotidiæ panes, & quatuor vini justas. Les anciennes Coutumes du Couvent de Fleury, qui sont dans le volume intitulé, Bibliotheca Floriacensis : Potus in justitiis, sicualitis diebus, gonitur. Caïeneuve. Voyez AJUSTER.
ADOUBER. D'adoppiare. Voyez Radouber. M. du Cange le dérive d'adoptiare. ADOBER. Proprié, armis militem instruire : adobet un Chevalier. Ex adoptiare : fiebat enim Miles per arma adaptāntis filius. Messieurs de l'Académie ont remarqué dans leur Dictionnaire, qu'adobber ne se dit guère qu'en cette phrase, J'adobbe, au jeu du Tréchar & au jeu des Echecs, pour faire entendre qu'on touche une pièce, sans avoir dessein de la jouer. J'adobbe, c'est-à-dire, je raccommode cette pièce, je ne la joue pas. L'étymologie de M. du Cange est réfutée par l'analogie. M.
ADOUBER, ou adouver, pour signifier assembler les douves d'un tonneau, & radouber, c'est-à-dire, raccommoder un Vaisseau, viennent tous deux du mot douve, qui vient lui-même de l'Alleman daube, tabula dollaris.*
ADOUCIR. D'addolcire. Les anciens Auteurs Latins ont dit edulcare. Matius, dans Nonius Marcellus : Quapropter edulcare convenit vitam, Curaque acerbas sensibus gubernasse (a). M.
ADOUR. Riviere. D'Atrus. La Ville d'Aire en Gascogne tire son origine de cette riviere. Urbs Auterensis : selon Nicolas Sanson, dans ses Disquisitions Géographiques, page 134. Lucain appelle cette riviere Ayrus. P. J. Add.
ADRESSER. D'addirelliare : d'où les Espagnols ont aussi fait adderegar. M.
ADROIT. La main droite fait toutes choses avec tant de facilité & de bonne grace, que celui qui fait quelque action, tant du corps que de l'esprit, au gré du monde, est à cause de cela appelle adroit : & l'action dextérité. De même les Grecs appellent àchie, & les Latins dexter, celui que nous appellons adroit ; & àchie, & dextéritas, ce que nous appellons adresse, & dextérité. Caïeneuve.
ADROIT. Voyez droit. M. ADVEU : ADVOUERIE. Parce que les Eglises & les Abbayes étoient sous la protection des Advocés, & que semblablement toute sorte de Vassaux & de Fendataires sont sous la protection de leurs Seigneurs, l'usage, qui par la suite du tems détourne les mots de leur naturelle signification, fit que le verbe advouer fut pris pour tenir & relever d'un Seigneur. Le chap. 2. De rebus Ecclesia non alternandis, in Sexto, parlant des biens inféodés par les Eglises : Ab ipsis eadem advocando, prout in quibusdam partibus vulgariter dicitur avo- (a) Dulcire dans Lucrece, I. 2. v. 473. her. Je laisse à part un grand nombre de lieux de diverses Coutumes de France, où advouer est pris en ce sens, pour ne pas abuser de la patience du lecteur. Du verbe advouer on fit advo, qui se trouve dans quelques exemplaires de la Coutume de Mons, Art. 7. & 8. d'où vient advo, qui signifie ordinairement la profession & la déclaration que le Vassal fait de tenir sa Terre d'un Seigneur; comme il se voit à tous propos dans les Coutumes de France. De la même source vient advouerie, que nous avons formé d'advocatio ou advocatia, mais qui signifie proprement tutèle & adoption. Car dans le Titre 94. de la Somme Rural de Bourtiller, advouerie signifie adoption. Et André du Chesne, dans les Preuves du troisième livre de l'Histoire de la Maison de Chatillon, allègue un Acte de l'an 1222. extrait du Registre des Chartes de Champagne, où se lisent ces paroles : Theobaldus, illustris Comes Campania, in prædita matris sua advocatia tenebatur. Où advocatia signifie tutèle. Caïeneuve. Voyez AVEU.
ADVIS, ADVISER. Nous les avons formé de visus, participe de videre : ainsi adviser, signifie voir & appercevoir. Mais comme videre ne signifie pas seulement l'action des yeux, mais encore celle de l'esprit, puisque videtur signifie il me semble, & que videre signifie confiderer : comme en ce lieu d'Ovide : — Video meliora, proboque, Deteriora sequor : Ainsi prenons-nous advis, pour conseil ; & adviser, pour penser à quelque chose, & la bien examiner. Nicolas de Clémangis : Deputatos puisse certos alios de singulis rationibus, ad adovirandum de remediis. Joachim Perion, & Jean Picard, livre 4. De prisca Celtopadiá, tiennent qu'adviser est formé de àchie, qui signifie confiderer & prendre garde. Caïeneuve. Voyez AVIS. ADVOES ou ADVOUES, qu'on prononce AVOUES. On appelfoit ainsi anciennement les Patrons, Protecteurs & Défenseurs des Eglises & des Monastères. D'advocati : c'est ainsi qu'ils sont nommés dans nos Histoires Latines, & leur charge y est appellée Advocatio & Advocatia. Cette charge fut introduite après le Consulat de Stilicon, pour maintenir les droits & les biens temporels des Ecclésiastiques contre les entreprises des Puissances séculières. Le Canon 99. du Concile de Carthage : Post Consularum Stiliconis induita est Advocatorum defensis pro causis Ecclesia. Et ces Avoués étoient pourvus par élection, qu'on faisoit ensuite confirmer par le Prince. Les Capitulaires de Charlemagne, livre v. 31. Defensores Ecclesiarium versus potentia Sacularum vel Divitum ab imperatore sunt poscendi. Et au livre VIII. 308. Pro Ecclesiarium causis ac necessitatibus earum & servorum Dei Executorii, vel Advocati, seu Defensores, quotiens necessitas inguerit à Principe possulentur. D'où vient qu'en la Chronique de l'Abbaye de Saint Pierre de Bèze, au Diocese de Langres, on lit que le Roi Clothaire, à la prière de Waldalenus, Abbé de ce Monastère, lui accorda pour Défenseur & Avoué un Seigneur très-illustre appellé Gengoul. Petit à nobis ut inuistris vir Gengulfus omnes causas ipsus Monasterii ad prosequendum & redintegrandum deberer recipere. Cui non hoc beneficium præstitisse cognoscite. Quapropter per præsens hoc præceptum subemus ad memoratas omnes causas ipsus Monasterii, inuistris vir ille ex nostro per- missu licentiam habeat profequi : & unum quodque ut justum est, restituat. Sic tamen quandiu eorum pariter suerit voluntas. Data xv. KL. Sept. anno VIII. regni Domini Chlotarii Regis. Ces confirmations n'ont pas toutefois toujours été requiées ni observées : car il se trouve un nombre infini d'élections & de provi- sions d'Avoués, faites par la seule autorité des Eglises & des Monafteres, comme l'a très-curieu- sement remarqué André du Chesne, en son His- toire de la Maison de Béthune, livre 1. chapitre 1, qui est de la dignité & charge des Advoués, où il produit plusieurs exemples de ces élections & pro- visions, faites sans avoir été confirmées par les Princes. Outre ces Advoués des Eglises & des Mo- naferes, il y en avoit des Villes, Pays & Com- munautés, comme l'a aussi très-curieusement re- marqué Pierre Pithou, en son Livre des Comtes de Champagne : Et tels sont, dit-il, ceux que nous trouons être appelés les Advoués d'Aubourg, de Zurich, de Béthune, de Bergues, d'Arras, de Théroienne, de Saint Michel Nomeni, & autres lieux. Ce qu'il confirme par deux Actes des années M. CLXXXVII. & M. CCX. par lesquels Berthoul, Duc de Zeringe, & Gouverneur de la haute Bourgo- gne pour l'Empereur, se qualifie légitime Advoué de Zurich. Ego Berchtoldus de Zeringe, Dax & Reitor Burgundia, Dei & Impiralis gratias Thure- gici loci legitimus Advocatus, quod Kaftuogt dici- tur, &c. Berchtoldus, Dax Zeringia, Dei & Im- peratorum ac Regam doxo Index constitutus & Ad- vocatus, qui vulgo Kaftuogt dicitur, in omne Thu- regium Imperialem Jurisdictionem tenens. Les Anna- les de Colmar remarquent aussi, qu'Adolphe, Roi des Romains, ayant résolu d'affilier le Roi d'An- gleterre contre Philippe le Bel, Roi de France, institua Thibaut, Comte de Ferrette, Advoué de la Terre d'Alsace, pour la défendre contre les en- treprises des François. Quant aux Advoués d'Arras, de Théroïenne, de Tournay, & de Bergues, ils ont été appelés Adlouez, non pas comme l'a cru Pierre Pithou, qu'ils le fussent de ces villes, mais parce qu'ils l'étoient des Eglises principales de ces lieux-là ; ce qu'André du Chesne a observé au lieu allégué, où il remarque aussi que ces Advoués des Villes & Communautés n'ont été ainsi appelés que bien tard, & à l'exemple des Advoués des Egli- ses, à l'exemple desquels les maris & les aussets ont été aussi appelés Advoués de leurs femmes & de leurs papilles. Ainsi les Seigneurs de Béthune se qualifioient Advoués d'Arras, a causé qu'ils étoient Protecteurs de l'Abbaye de Saint Vaast, à laquelle une partie de la Jurisdiction & Seigneurie de la Ville d'Arras appartenoit. Ils se désoient aussi Advoués de Béthune, non parce que cette Ville fût en le 2e. Advouerie, comme quelques-uns ont cru ; car le domaine & la propriété leur en appar- tenoit, & les habitans étoient leurs sujets ; mais parce qu'aïant l'Advouerie de Saint Vaast d'Arras, & étant avec cela Seigneurs de la Ville & Baronnie de Béthune, ils attribuoient à leur Seigneurie le titre de leur Charge & Dignité. Voyez M. Bi- gnon, dans ses Notes sur Marculie, Ragueau, dans son Indice, François Pithou & Spelman, dans leurs Glossaires, Cujas, sur le v. livre des Tiefs, Pierre Pithou, des Comtes de Champagne, page 471. & les suivantes, Ritterhufus sur Sal- vien, page 221. M. Grotius, de Im. Summ. patos. & sur-cout André du Chesne, en son Histoire de la Maison de Béthune. On a aussi dit ADVOUERIE & ADVOUERIE ; ce qui fait voir que pour Ad- vocatus & Advocatia, on a dit Advocatarius & Advocatoria. M.
ADVOUÉ, ou Avoyer. Parce qu'il est dés- fendu, par les Canons, aux gens d'Eglise de se mêler des affaires du monde ; & quo d'ailleurs il n'est pas seant aux Prêtres & aux Moines, de quit- ter les divins Offices, pour aller poursuivre dans les Cours de Justice les affaires des Eglises & des Monafteres ; on trouva bon d'établir à cet effet des personnes laïques, qui furent appelées Ad- vocati, & en François Advoue, ou Avoyer. Le Canon 99. du Concile de Carthage, remarque le tems de cette institution. Post Censulatum Sili- comis, induita est Advocatorum defensio, pro causis Ecclesia. Et parce que la protection & la défense des Eglises est un droit de la Couronne, tels Ad- voués devoient être demandés au Prince. Les Ca- pitulaires de Charlemagne, liv. 7. chap. 303. Pro Ecclesiarium causis, ac necessitatibus earum, atque servorum Dei, Executores vel Advocati, seu de- sensores, quatiens necessitas in: ueris, & Princes & po- tulentur. Chronicon Besuense : Anno VIII. Reg. i Chlotarius defensorem & Advocatum Gengulpham, virum illius fessimum, Monasterio Resuersi instituti ; quod ejus Littera indicant. Petiti a nobis, ut illius- trissimus vir Gengulphus omnes causas ipsius Monas- terii ad persequendum, & redintegrandum deberte recipere. Et une Charte de l'Empereur Henri le Noir, datée de l'an 1056. rapportée par Nicolaus Zylfesius, en son Livre intitulé, Defensio A batis imperialis saniti Maximini, parlant de Gilebert, Comte de Luxembourg, & ses Succesieurs, Ad- voués de l'Abbaye de S. Maximini, au Diocese de Trèves : Advocatus vero Gilebertus, qui impres- entiarum est ; a'ique successores ipsius, qui bamum à regia manu subcenerunt. La profession de ces Ad- voués étoit d'aller poursuivre & plaider les causes des Eglises, dans les Cours de Justice. Adréval- dus, Moine de Fleury, au Livre De Miraculis S. Benedicti, chap. 24. fait mention de deux Ad- voués, Advocati Ecclesia, qui plaidentent une cause en la Cour de Zheodoin Vignier, qu'il appelle V- carium Maxracensem. Et au chapitre suivant, il parle au long d'une autre cause debattue devant Jonas, Evêque d'Orleans, & Donat, Comte de Melun, Commissaires du Roi : Missi Dominici ; par l'Advoué de Fleury, nommé Epitavius, & par celui de S. Denis : Decurio exhibe non medico tem- pre, alia iterum oboritur controversa inter praescum hujus loci (il entend Fleury) Advocatum, atque Advocatum S. Dionysii. Le Chronicon Recherf- pergenie, sur l'an 1140. rapporte une Charte d'E- berhard, Archevêque de Saltsbourg, où se lisent ces paroles : Pradia, qua, Deo miserante, in po- serum loco accesserint, assignentur Advocatis talibus, à quibus in placitis judicialibus prologuit defensorem possint & vicino habere, ne longivquos Advocatus ad- vocandi, vel impossibilitas, vel difficultas in detri- mentum veniat, & absente legitimo Prolocutere, pra- dia, qua impugnantur, Ecclesia perdat. Où il faut remarquer, que prologuium signifie plaidoirie, & posulation ; & Prolocuter, Advocati postulatur. Or les Advocats étoient appelés Prolocutores, parce qu'ils parlent avant que le Juge prononée la Sentence : aussi étoient-ils appelés, par nos vieux François, Avant-parleurs ; & par corruption de langage, Avant-palliers & Amparliers. Les anciennes Cou- tumes de Paris, intitulées : Le Fissabilisment li Rey de France, selon l'usage de Paris, d'Orleans, & de toute Baronne, Livre 1. au Titre : Cement Avocas se doit contenir en sa cause : Li Avocas & li Avant-palliers doit mettre avant, & pour soy, en jugement, ses deffenses. Et Garondas se Caron, en ses Annotations sur le Titre 6. de la Somme Rural de Bourtillier : La mémoire des Advocés est abolie, mon vieil Praticien, que j'ay eſcrit à la main, les appelle Ampaliers, qui ont adveu de partie pour playdoyer pour li. Les Advocés avoient de plus, certaine juſſſiſiction dans le détroit des Terres & des Fiefs mouvans des Abbayes. Annoinus Monachus, liv. 3. De Miraculis S. Benediti, chap. 13, parlant de Gauzfre !, Avoué de Fleury : Eo, in domo propriâ, intra memorata Urbis Tricaſſina muros conſſiutâ, reſidente, & judiciariam inter ruſſi-canos agente actionem. Beſſy, dans les Preuves de ſon Hiſtoire des Comtes de Poitou & des Ducs de Cuyenne, rapporte une Charte de Gaufred, Archevêque de Bourdeaux, extraite des Archives de Maillezay, où il eſt dit que Sebrand étoit Advocé héréditaire de l'Abbaye de Maillezay ; & que l'Abbé ne pouvoit juger les affaires des vaſſaux de l'Abbaye, que l'Advoué n'en eûſe auparavant pris connoiſſance : Dicebat ſiquidem Sebrandus, ſe Advocatum eſſe Ecclesia Malleacensis ; ita videlicet, quod cuſodiam & deſenſionem ejuſdem Ecclesia paterno jure ſuam aſſerebat. Superaddebat, ne ſi quis ſuper aliquem de hominibus huijus Ecclesia clamaret, nec per Abbatem Ecclesia juſſitiam conſequi poſſet, priuſquam ipſe ſuſciperet inde clamorem. Cela pourtant ſe pratiquoit diverſement ſelon les Coutumes des lieux : car, comme il ſe lit dans la Charte de l'Empereur Henri le Noir, ci-devant rapportée, les Advocés de S. Maximin ne pouvoient eſpérer la fonction de Juges, que le lendemain de la Fête de S. Maximin : Proxima die, dit l'Acte, parlant de l'Advoué Gilebert & de ſex Succéſſeurs, poſt ſeſſium S. Maximini, ſuper pradia & mancipia eorum, qui Miniſtri vel Scarcmanni dicuntur, illâ ſolâ die, ſi ſeſſium celebre vel jejunium non fuerit, placitabunt ; ſin autem, cum prima puſſata fuerit, placitum intrabunt, & uſque ad Nonam illud tenebunt ; poſtra vero nullum ibi divtius diſtringere patero. Mais je me perſuade volontiers que le mot ibi s'entend de l'Abbaye ; & que les Advocés pouvoient tenir ailleurs leurs plaids. Il faut pourtant remarquer, qu'il y avoit deux ſortes d'Advoués ; les uns de petite, les autres de grande conſideration. Les premiers avoient la charge de pourſuivre & plaider les cauſes des petites Eglîſes, & de celles qui dépendoient des Abbayes : & je croit, ſauf meilleur avis, qu'il n'étoit pas néceſſaire de les demander au Prince, & que les Abbés les pouvoient nommer & établir de leur propre autorité : car encore que nous ayons veut ci-devant que les Comtes & Ducs de Luxembourg, Advocés de S. Maximin, devoient prendre l'inveſtiture des Empereurs, l'Abbé ne laiſſoit pas d'avoir la ſacult : d'inſtituer & deſtituer les petits Advocés des Eglîſes dépendantes de ſon Abbaye ; comme il ſe voit par une Charte de l'Empereur Othon, darée de l'an 990. rapportée par le ſuſdit Nicolaus Zyſleſius. Inſuper etiam concediucus, ut idem Abbas, ſibique commiſſa congregatio, eorumque ſucceſſores, poteſſatem habant Advocatias Monaſteri ſui cui velint dandi, cuique velint tollendi. Mais c'étoit toujours par conceſſion & privilège de l'Empereur. Et c'eſt de ces petits Advocés que doit être entendu le Roman de Guillaume au court nez, lorqu'il introduit Charlemagne en une remontrance qu'il fait à ſen fils Louis le Debonnaire, diſant qu'il ſe donne garde d'admettre en ſon Conſeil les enſans des Avoyers, qu'il met au rang des Vilains, c'eſt-à-dire, des perſonnes Roturieres : Que ſe tu veux il t'aura grant meſſier, Que de Vilain ne faſſes Conſeiller, Filh à Pruoſt, ne de filh Avoyer. Les autres Advocés que j'ai dit être de grande conſideration, étoient des Seigneurs, qui ne ſe méloient que de la protection & deſſenſe générale des biens & des droits des Abbayes ; leſquelles, pour avoir été dotées d'un grand nombre de poſſeſſions, furent enfin contraintes de ſe mettre ſous la protection de quelques grands Seigneurs, leſquels, pour repréſenter en la deſenſe générale des droits des Abbayes, celle que recevoient ordinairement les Eglîſes de ceux qu'on appelait Advocatos, furent auſſi appellés Advocati, & en François Advocés, & Avoyers. Et afin qu'ils fuſſent d'autant plus étroitement obligés à cette protection, les Abbayes leur inſeodèrent à ces fins des Terres de leur Domaine. Mais parce que ces Advocés en avoient d'autres ſous eux, ſur leſquels ils ſe déchargeoient de la pourſuite des affaires ordinaires, ils ſont appellés Principales Advocati, dans la Charte d'Eberhard, Archevêque de Saltzbourg, ci-deſſus alléguée ; & Advocati majorés, comme nous allons voir ci-après. Et afin qu'on ne puiſſe pas révoquer en doute que ces Advocés ne fuſſent de grands Seigneurs, les Seigneurs de Béthune, dont le nom eſt ſi célèbre dans les anciennes Hiſtoires, étoient Advocés de l'Abbaye de S. Vaaſt d'Atras, & prenoient la qualité d'Advoués de Béthune. Orderic Vital, liv. 6. de l'Hiſtoire Eccléſſiatique, parlant de Galbert, Advocé de S. Valery, témoigne qu'il étoit grand Seigneur, puisqu'il écrit qu'il mérita d'avoir à femme la fille de Richard, Duc de Normandie : Galbertus, cognominatus Advocatus de Sancto Galerico, filiam Ducis Richardi duxit uxorem. Les anciens Ducs de Limbourg étoient Advocés de l'Abbaye de S. Trudon : comme il ſe voit dans une Lettre de l'Abbé Rodolphe, à Valeram, Duc de Limbourg, qui ſe lit dans le Code Donationum piarum, d'Aubertus Miraus, dont le commencement eſt conçu en ces termes : Glorioſo Principi, & Advocato ſuo maori, Waleramo, Abbas Rodolphus, & Congregatio S. Trudonis. Où Aubertus Miraus remarque que Valeram eſt appellé Advocatus major, parce que la même Abbaye avoit pour ſous-Advoué le Comte de Duraſſe. Bref nous avons vu ci-devant, que les Ducs de Luxembourg étoient Advocés de l'Abbaye de S. Maximin, au Diocéſe de Trèves. Les noms d'Advocatus, & d'Advoué, devinrent enfin tellement illuſtres, qu'on les donna aux Ducs, & aux Princes meſmes ; non comme Advocés des Eglîſes, mais à cauſe de la protection & deſenſe générale qu'ils donnoient à leurs ſujets. Dudo Aquitanicus, liv. 2. De Moribus & Attibus Normanorum, parlant de Rollo, Duc de Normandie : Tunc Dacia, pio Duce, Parritioque, atque robuſſiſſimo Advocato privata, magno ejulato concuſſa, cœpit nimium fiere. Le même, au livre 3. Gratia Dei, te Regem & Advocatum nobis recuperavimus. Et plus bas : Puto te eſſe Regem Normanorum, & Advocatum. Caſeneuve.
ADVOUER. Les Advocats, ou Advocés, dont je viens de parler, devoient intervenir à tous les Actes qu'on paſſoit touchant le temporel des Eglîſes. Joachimus Vadianus, au Livre De Collegitis Monaſteriſique Manoffertisque Germani, veteribus, allégué cette clause d'un ancien Acte : Ego Bernardus, Angia Abbas, cum confensu fratrum meorum, & Advocati mei Wichardi. Et dans les Centuries des anciennes Charles Allemandes que Goldast a données au public, il y en a plusieurs où l'Advocé est nommé avec l'Abbé & les Moines, & entr'autres, la dix-septième. Contient inter quernam virum, nomine Tolonem, & inter Grimaldium, Monasferii S. Galli Abbatem, & Advocatum suum Libonem, uta cum confensu Fratrum, quoddam Concambium. Et parce que le consentement & l'approbation des Advocés étoient nécessaires en tels Actes, on forma de-la le verbe advocare, duquel nous avons fait advocar; qui signifie approuver quelque chose, & y donner son consentement. Mathieu Paris, dans ses additions aux Vies des Abbés de S. Alban : Quod frater tuus bene advocaret quod fecit. Caïeneuve. Voyez AVOUER.
AEROLE. C'est une petite ampoule pleine d'eau, qui se fait sur le corps. Il semble qu'il fau- droit écrire eavevole; car aussi bien ce mot est formé de eau, comme qui diroit aquariola. En effet, en Languedoc on l'appelle aiguardole; de câper, qui signifie eau; & lorsque l'eau s'est con- vertie en pus, on l'appelle poucré; de poucrit, qui signifie pourri. Caïeneuve.
AEROLES. Voyez Evroles. M.
ÆOLOPYLE. Rabelais, dans ses Notes sur son livre 4. ÆOLOPYLE, porte d'Æolus. C'est un in- strument clos, auquel est un petit perruis, par le- quel si mettez eau, & l'approchez du feu, vous verrez sortir vent continuellement. Ainsi sont engen- drez les vents en l'air, & les vœuissés et corps hu- mains, par échauffemens, ou concoction commencée, non parfaite, comme expose Claude Galen. Voyez ce qu'en a écrit notre grand ami & Seigneur Monsieur Philander sur le premier livre de Vitruve. Nous di- sons présentement Æolipyle : & c'est ainsi que ce mot le trouve dans le Dictionnaire de Messieurs de l'Académie. M.
AFAIRE. Nous le prenons absolument pour negotium. C'est proprement, agendum; c'est-à- dire, tout ce qui est à faire : aussi appelons-nous Agenda, le Mémoire, ou le Rôle, des choses que nous avons à faire. Et anciennement dans l'Eglise, Agenda signifioit l'Office des Prêtres, qui est pro- prement ce qu'ils ont à faire. Le Concile de Car- thage, 2. 9. Agenda mortuerum. Le Lectionarium B. Hieronimi : Agenda matutina. Caïeneuve. Voyez AFFAIRE.
AFAITER. C'est proprement faire souvent une chose en laquelle on croit avoir bonne grace. Nous l'avons formé du fréquentatif factitare. Les Gloves, factio, inquis; c'est-à-dire, travailler avec grand soin. Aussi dans un autre Glossaire, factiorarius signifie celui qui fait profession d'agen- cer & d'orner les choses : RAVIVARE, Factiorarius. Caïeneuve. Voyez AFFAITER.
AFFABLE. Digne de foi. Le Roman de la Rôle, tout au commencement : Si en puis trouver pour garant Macrob, ung Auteur très-affable Qui ne tient pas songer à fable. Affable, par contraction pour affable; d'addis- bitis, fait d'addidem; d'où nous avons fait affier : dans la signification de fidem dare. Le Duchat.
AFFAIRE. De l'Italien affare : qui a été fait d'adjacere. Et de-la, un agenda. M. du Cange le dérive d'avere, en la signification de biens & de facultés; Affare & affarium le trouvent en plu- sieurs endroits des Ecrivains de la baste Latinité. Voyez le Glossaire de M. du Cange. M. Voyez AFAIRE.
AFFAISSER. De fais : en la signification de poids, de charge, de fardem : comme quand on dit, obéir au fais; plier sous le fais; ne pouvoir porter le fais : elle a pris son fais, c'est-à-dire, elle s'est affaissée. M. Voyez FAIS.
AFFAITER. Un Oiseau. C'est l'affurer, l'ap- prévoiser. D'addititare, c'est-à-dire, le faire, le façonner : & de la factionarius, pour celui qui a soin d'agencer & orner les choses. M. Voyez AFAITER. AFFERMER : pour bailler à ferme. Pétrion : Sed illa me magis angunt, quibus locare & redi- mere, locaretem & redemptorem, affermer, & Fer- mier; interpretari solemus. Ecrum, inquam, non obscura est origo : ab affirmando enim mihi orta vi- dentur esse. Nam quoniam ii, inter quos ejusmodi contractus intercedit, se certam vim pecunia quot- annis dominis dissoluturus esse affirmant, quod illi ratum & firmum putant, ex est affermer & Ferme, & Fermier, dicta esse existimo : nisi tu melius ali- quid habes. Nihil, inquis, est quod tam originem improbem, aut ad eam possim addere. Hac inquam, verba non ita pridem inventa sunt. Qua res facit, ut ab imperitis Lingua Latina Jureconflutis, qui, cum Latina superiora ignorarem, primum affirmare, & firmam, & firmarios dixerunt; deinde verbum & verbo hac in nostrum sermonem transluerunt; con- ficta esse putem. Hunc enim eorum ornum tradere ma- lo, quam orta ea à Gracis illis qui qui est, id est, firmus & certus pras, aut quom, id est, dos, ut N in M. mutetur, dicere : quanquam hoc posterius similitudine quadam recte dici potest. Ut enim dos ad tempus datur, sic etiam hic contractus, & quasi pactio. Hoc, inquis, aliquid est, sed illud superus mihi magis probatur. Pétrion se trompe; ce qui a été remarqué par Nicot, en ces termes : Aucunt estiment que Ferme en cette signification de conduc- tion vienne du Latin : parce, disent-ils, que les Fermiers afferment aux Maîtres & Seigneurs des chis- ses prinses à ferme, leur payer l'argent ou moison ac- cordée par chacun an. Se redemptionis conventio- nem quotannis dominis dissoluturus esse affirmant, quod illi ratum ac firmum putant. Et cuydens que de-la vient qu'on dit affermer, pour prendre, ou bailler à ferme. Mais ils se trompent en cela. Voyez FERME. M.
AFFETE. Plein de façons; & quelquefois, fait au badinage. La soixantième des Nouvelles Nouvelles : Et s'en allerem develter, & mettre jus leurs habitz de dévation chez une certaine Matroie affetée. C'est-à-dire, qui étoit au fait de leur ren- dre service. Le Duchat.
AFFEURER, ou AFFORER. C'est un vieux mot François, qui signifie taxer, estimer, mettre à un certain prix. Le vieux Coutumier de Norman- die, chap. 20. au Titre des Usuriers : Tel a affermé son cheval à feur, &c. C'est-à-dire, a estimé son cheval au prix, &c. Voyez Spelman, au mot Affe- ra oret, & Ragueau, au mot Affe- r. Et de-la AFFEURAGE, pour le droit d'affeurer. Feur vient de forum. Voyez ci-dessous feur. M.
AFFIER. D'adsidaro: comme qui diroit fidem dare. M. AFFIER des Arbres. D'afficare. Charles Etienne, dans son Seminarium, sive Plantarium, page 33. Sed & illud omittendum non est, figere hunco plantas feraces, apud Virgilium quarto Georgicorum, elegamer id significare quod vulgus nostrum dicit affier, ou afficher, ou piquer des Plantes fertiles. Quod etiam ponere dixisse videtur Columella libro 2. capire 1. Plantasque ulmorum (inquit) nunc ponere utile est. M.
AFFIERT. Comme quand on difoit, cela ne m'affiert pas: cela ne m'affiert en rien. Voyez Nicot. De ferit: c'est-à-dire, tangit, attinet. Virgile: Nec folos tangit Atridas iste dolor. M.
AFFIN. Périon le tire ridiculement du Grec 1ra. Hoc nostrum afin à Graca conjonctionne ira ortum esse existimo. Si enim A primam litteram facias, & P interjicias, aphin existet. Itaque errant qui de-plici si hanc scribum. Il vient d'ad finem. Dans la Préface d'une Ordonnance non imprimée, de Charles VI. du 15. Aouft 1389. vérifiée le 27. du même mois: Plures ex ipsis alias plerumque Literas im- perrare conantur; & de salto obtinem; ad finem, quod dicta eorum causa in suspenso, sive flatu usque adlongum tempus remaneant & teneantur. Dans la Bulle d'or de Charles IV. Empereur des Romains, Titre 2. Missam de Sancto Spiritus faciant decantari, ad finem ut ipse Sanctus Spiritus corda ipsorum illus- trer, &c. Anciennement on difoit adfin: & c'est comme ce mot se trouve écrit dans Perceforest. M. AFFIQUET: parure de femme. D'Adifica- tus. Voyez Ficher, & Colificher. M.
AFFISTOLURE. Coquillart, fol. 113. édit. de 1532. Amours . . . . . Engendre m'ont affistoluré, Et fait fâtre maintes moites. Borel, aux mots Affistolure & Moïttes, n'a entendu ni l'un, ni l'autre de ces deux mots. Le premier vient de l'Italien Fifola, & se dit des ruses de l'Oiseleur, qui avec sa flute attire l'Oi- seau dans ses filets. Le Blafon des fausses Amours, page 37. de l'édit. jointe au Patelin, de 1614. Homme pourven, Qui tant a veu D'Affistolez, Bien est cornu S'il s'est venu Prendre au filetz. Ainsi c'est affistolé, qu'il faut lire dans la cin- quicme & la neuvième des XV. Joies du Mariage, & non pas Apistolé, qui fait un contre-fens. Moï- te, c'est l'action de l'oiseau appelle Mouvant, par- ceque par son chant il meut les autres oiseaux à se jetter dans les filets, &c Duchat. AFFOLLER: pour blesser. Gaston de Foix, dans son Miroir de la Chaise, page 12. Les Ours estreignent aucunefois un homme ou chien, sifort qu'ils l'affollent ou tuent. Et page 19. Le levrier revint à l'hôtel du Roy: & la trouva Machaire, qui étoit moult grand Gentilhomme, & dessus, & l'enft affollé, se on ne l'eust descendu à force à l'encontre du levrier. Et page 23. Quand un cheval est affollé & blessé de- vant l'espaule. Et page 51. Un ours mord, & effezion, & affolle. Et page 52. Car j'en ay veu des gens plages & affollés par le sanglier. Plagez, c'est plagatos. Et page 61. Car par tel cas vy- se affoller Missive Gode- froy de Harcourt de l'un des bras. Rabelais, iv. 47. Ha, dit la vieille, où est-il le méchant, le bourreau, le brigand? Il m'a affolée. Et ailleurs: Vous nous affolerez de coups. Voyez Nicot. L'étymologie de ce mot m'est inconnue. Car je ne puis approuver ce qu'a écrit de ce mot M. du Cange. Voici ce qu'il en a écrit: AFFOLER, leviter lader, quod facere solens qui invicem, follorum insar, myan- tur; vel se propellunt. Il paroît par les passages que j'ai allégues ci-dessus, & par ceux même que M. du Cange allègue dans son Glossaire, au mot affolare, qu'affoller n'est pas blesser légèrement, quoi- que Papias explique affolare de la forte. M.
AFFOLLER. De l'Alleman abfeller, écorcher, fait de fell, qui signifie peau. Le Roman de Perce- forest, vol. 2. chap. 10. Ma chere Dame, je veus fais s'avoir que Monseigneur le Roy a mande ses chiens pour chasser le porc perilleux, dont j'ay voy compter, long tems a, qu'il ne ferote prins, s'il n'a- voit affolé le Roy d'Escosse. Item Froissart, vol. 1. fol. m. 114. r. au chap. où il parle du Sieur de Vercler, Chevalier Anglois, qui fut blessé & pris par Jean de Helennes, Ecluyer Picart, que cet Anglois poursuivit à la déroute de Poitiers. Et quant il lui fut un petit amendé, il le mit en une litiere, & le fit mener ... en son Hôtel en Picar- die. Là il fut plus d'un an, tant qu'il fut bien gua- ry; mais il demeura affolé. Laurent Joubert, dans son Explication des Mots vulgaires, n°. 2. Notre vulgaire dit, fouler & affouler, le mal qui est de contusion, comme par cheute, coup de baston, de pierre, ou autre coup. Et d'autant que telle est la plus commune cause de l'avortissement, on dit s'affou- ler pour avorter. De même est ce qu'on dit en France blesser. Car il semble qu'une femme est blessée & na- vrée quand elle avorte; d'autant qu'elle a beaucoup de mal, & perd beaucoup de sang par un moyen con- tre nature. Dans le Languedoc, où affoler signifie faire une contusion, je veux croire que ce mot vient effectivement de fouler. Mais dans ces autres passa- ges, où affoler signifie faire une profonde blessure, je ne sai si ce mot ne viendroit point d'adsodilare ou adsolare, qu'on auroit dit pour adsodiculare, d'ad- fodicare, fait de fodere. Je me le persuade encore mieux en voyant ces Vers de Jean le Maire de Pel- ges, qui commencent la sixième Chanson de son Poème intitulé, le Temple d'Honneur & de Vertus: Dragons fumans, Ours, Lyon, Lyopards, Ne sont es parez de ton très-mêle Duc. Si Loups y a, ils y sont affolez D'arce & de gros d'ardez. Et ce passage pris de Platine, L. 10. De Obsomis, chap. De la Lamproye, où le Traducteur parle ainsi: Doncques ostées les dents & la langue de la Lamproye, & tirées les entrailles par la partie pusté- rieure, tu laveras bien icelle en eau chaude, & garderas d'affoler la peau en aucune part. Platine avoit dit, Nullibi comminut à pelle: ce que le Traduc- teur ayant rendu comme on vient de le voir, il est clair qu'affoler c'est proprement percer. Le Traduc- teur écrivoit en 1506. & il étoit du Languedoc, & écrivoit à Montpellier, comme on le voit à la fin du Livre, & dans sa Traduction, L. 10. fol. m. 93. v°. Autre passage de la même Traduction, L. 1. au chap. des Pommes de Grenades ; fol. m. 12. v°. Coummelle dit, que pour faire que lesdites pommes grannées ne se rompent point, ne ne s'ouvrent à l'arbre, fault ung petit tordre le pied de la dicte pomme, affin que la pluyre ne les fasse parcir, ne ouvrir, & après les lier à une aulire branche n'est puissante pour les fouftenir & garder de tomber à terre par aujeurs vens qui pourroient survenir ; & cecy doit-on faire quand le temps est beau, affin que l'arbre ne soit affoule. Affoule ici, c'est écorché. Le Duchat. AFFRES de la mort. Voyez affreux. M.
AFFREUX. Je ne sçai s'il le faut dériver d'Afer ; c'est-à-dire, Africain & More : parceque la plupart des Africains, & particulièrement les Nègres, ont le village hideux & épouvantable. Ca- feneuve.
AFFREUX. M. de Cafeneuve le dérive d'A- fer, les Africains, a couse de leur noirceur, étant affreux. Afer, agras, afrojus, AFFREUX. M. On peut aussi décriver ce mot du Flamand vrefe, crater, ou du Grec qu'il, horreur. *
AFFRIOLE. Voyez Friand. M.
AFFRONT. De l'Italien affronto. Pasquier, au chap. 3. du livre VIII. de ses Recherches, a remarqué que ce mot n'étoit pas ancien en notre Langue. M.
AFFRONTER. C'est s'opposer front à front ; résister en face. Voyez Confronter. M.
AFFUBLER, ou affuler. Ils signifent couvrir. Les Anciens, lorsqu'ils alloient aux champs, mettoient par dessus leurs habits un manteau, qui se fermoit par devant avec une agrafe, appelée en Latin fibula ; de mesme que nous faisons maintenant avec des boutons. Virgile, au 4. de l'Enéide, décrivant l'équipage de Didon allant à la chasse. Aurea purpureum subnectit fibula vestem. De fibula on forma le verbe Latin-barbare affibulare ; qui signifie couvrir ; d'où est sorti le François affubler. Hugo de Cleris, Gentilhomme Angevin, qui vivait du tems du Roi Louis le Gros, en un petit Traité que le Pere Sirmond, Jésuite, a fait imprimer à la fin de ses Notes sur les Epistres de Geoffroi de Vendôme : Pallium, quo in Curia affibulatus erit, dispensatori dabitur. Les Clofes d'Isidore : obfibulare, concludere, circumdare. Il est bien vrai qu'en bon Latin on trouve diffibulare, mais il signifie dégrafer la boucle. Stace, liv. 6. de la Thébaide : — torto chlamydem diffibulat auro. Toutefois le même Hugo de Cleris prend absolument ce verbe pour oter le manteau, & se mettre en pourpoint. Comes se defibulant à s'camno surget ; & de manu Senescalli ferculum accipiens, ante Regem & Reginam apponet. Et dans le chap. Clerici, De vita & bonest. Cleric. Aux Decrétales, il est pris pour se découvrir : Palliis diffibulatis non intantur in publico : sed vel per collum, vel ante pelius hinc inde connoxis. Cafeneuve.
AFFUBLER. D'affibulare. Dans le Traité de la Senéchausse d'Anjou de Hugues de Cleris : Pallium, quo in Curia affibulatus erit, Dispensatori dabitur. Les Picards disent encore aujourd'hui aff. Ier, & les Bas-Normands affuber. Fibula signifie une agrafe : affibulare signifie proprement agrafer un manteau : mais comme on trouve en plusieurs endroits, affibulare, pour se couvrir d'un manteau. A F F. A G A. (M. du Cange en cite plusieurs exemples) il faut qu'on ait pris fibula pour le manteau même. M.
AFFUST, AFFUSTER. Voyez Fust. M.
AGA. Mot Turc, qui signifie Seigneur : qui est un titre qui se donne particulièrement à des Officiers de guerre. Aga des Janissaires. Les Agas du grand Vifir. M.
AGA. Cette interjection d'admiration & d'étonnement, fort usitée à Paris, semble être formée d'agrès, qui signifie admirer, & s'étonner. Cafeneuve.
AGA. Interjection d'admiration. M. de Cafeneuve le dérive d'agrès, qui signifie admirer, s'étonner. M. Lancelot dit la même chose : ce qui est réfuté avec raison par le P. Labbe : AGA, mot vulgairement usité en quelques pays de la France, pour signifier admiration ou indignation, est tiré par nos Hellémistes, du Grec ἀγώνα, ou ἀγαμία, admirer, s'étonner, porter envie, s'indigner. Mais je croy que nos bons ancêtres ne l'ont point été chercher en Grèce, & que la nature le leur a fourni, comme les autres interjections d'ah, ho, hi, he, hu, &c. Ce sont les termes du P. Labbe. M. Ce mot Aga est purement Hébreu Rabbinique, πη, Haga. C'est une abbreviation de ces mots, πη πη, animadensis auctoris. Ainsi Aga a été employé pour animadverte. Ce mot est en usage dans toute la haute Normandie, & principalement à Rouen, où plusieurs Juifs, qui s'y font autrefois réfugiés, l'ont apporté. Hver. Diff. de Tillad. T. 2. p. 172.
AGACE. On appelle ainsi une Pie en Picardie, en Gascogne, & dans la Bourgogne : & agasso, à Toulouse. En Poitou on l'appelle agace ; & en Bretagne agace. Rabi Salomon, habitant de Lunel, & de là surnommé larchi, du mot πη iareach, qui signifie lune, expliquant sur le Lévitique, le mot Ebreu qui signifie une pie, ufe du mot agace. M. Bochart croyait qu'il avait été dit par transposition de lettres de l'Arabe azago, qui signifie la même chose. D'autres le dérivent du Grec vulgaire ἀγώνα, qui signifie aussi la même chose, selon le témoignage de Gesner, dans son Histoire des Animaux, au chapitre du Cerf, & de Gelenius dans son Lexicon. J'ai quelque opinion qu'il a été fait de l'inusité acax, acacis, formé du verbe aceo : d'où acesco, & acidus. On peut avoir dit acax, comme emax, vendax, fallax, currax, catax, &c. qui se trouvent dans les Auteurs anciens. Et de-là le mot d'agasser, acax, acacis, acacia, AGACE : acaciare, AGACER, & AGASSER. Les pies sont colères. Voyez Pie griefche. M. M. Menage devoit penser ici comme il a fait au mot Perroquet. Voyez-le à ce mot. Agace ou Agasse est dit pour Agashe. On a donné des noms d'hommes aux animaux. Voyez ci-dessous Agasse. * AGACER les dents. Latin, dentes hebetare. M. Lancelot : Quand le mot agacer se prend au sens que nous disons avoir les dents agacées, il vient d'accere, être aigre ; parceque ce sont les choses aigres, & qui ne sont pas meures, qui sont cet effet. Le P. Labbe : Je tire agacer, d'agiacer, qui vient d'agria, du verjus, de l'aigret. Pierre de S. Julien, de la Maison de Belleure, Doyen de Challon sur Saone, en ses Origines des Bourguignons, le tire C ij d'acacia, *àunia*, que quelques-uns ont pris pour du jus de prunelle, & autres méchans fruits verdaires; & l'arbre, pour un prunier d'Égypte. ¶. Il vient d'allégare, qu'on a dit, pour tier, ou agacer les dents, comme il paroît par le mot Italien allégare. Meilleurs de la Cruïca, dans leur Vocabulaire : ALLEGARE è anche quel effetto, che fanno le cose agre, o aspre a' denti, le quali, morse, quasi gli' legano. Morali di San-Gregorio, il denti di ciascuno huomo, il quale mangera l'uva acerba, s'allegheranno. *Albertano*, cap. 12. Non gli credere, acciocché non ti doglia, e di dietro non te n'alleghino i denti. Onde il Proverbio : Tal pera, o uva, mangia il padre, ch' al figliuolo allega i denti : che è quello che disse Dante. Et il en vient de cette manière allégare, alligataire, agatiare, AGACER. Le passage de Dante, pour le marquer en passant, est pris du Prophète Jérémie. M.
AGACER. On diroit autrefois *esquasser*, & c'est comme a parlé Rabelais dans le nouveau Prologue du L. 4. Ainsi comme agacer répond entièrement au mot *bèbetare*, je dérive ce mot d'*exaciare*, fait d'*ex* & d'*actes*, dans la signification du tranchant des dents. Des dents *agacées*, ou comme on paroît anciennement *esquassées*, sont des dents rebouchées, & hors d'état de couper. Le Duchat. AGACER quelqu'un, c'est le provoquer par paroles piquantes. De l'inusité *agaciare*. Voyez Agace. M.
AGARIC. *ayagacis*, *agaricum*, AGARIC. C'est une racine qui vient d'Agarie, région de la Sarmatie, dit Dioïcoride : ce qui est réfuté par Scaliger dans son premier Scaligerana ; où il soutient qu'il n'y a jamais eu de lieu appelé *Agarie*. Ce qu'a écrit M. de Saumais, au chapitre 101. de ses Homonymes des Plantes, au sujet de l'*agaric*, justifie Dioïcoride. Voyez, je vous prie, l'Observation de M. de Saumais. M.
AGASSE. On diroit autrefois *Agasse*, pour *Agathe*; comme *Mucien*, pour *Marthieu*; *Macé*, pour *Marthias*. La Venelle Sainte Agathe, qui est dans le Fauxbourg de Saint Gilles de Caen, est nommée dans les vieux Titres, la Venelle Sainte Agasse. On trouve dans les mêmes Registres, *Agasse* sa femme, pour *Agathe*. On a nommé les pies *Agathe*, comme *Margot*; les geais, *Richard*; les stourneaux, *Sandomer*; les ashes, *Henry*, & *Martin*. D'*Agasse*, dans la signification de pie, l'on a fait *agasser*. Huet. Differt. de Tillad. T. 1. p. 172. AGASSE : *quereller*, *barceler*. Ce mot est formé du bruit que font les pies, lorsque découvrant quelque animal qu'elles n'ont point accoutumé de voir, elles criaillent après lui. Jacques du Fouilloux, chap. 19. Que si il y a en un gagnage quelques cerfs ayant mué ; que si les pies ou grailles les agacent ou décèlent, ils retourneront tout incontinent. Et c'est pourquoi les Gaïcons & les Picards appellent les pies *agates*. Le Glossaire de Papias : *Pica*, *ajacis*. Caïeneuve.
AGATE. Pierre précieuse. D'*achate*, *achata*, fait du Grec *agace*, ainsi dit d'un fleuve de Sicile de ce nom-là. Pline xxxvii. 10. *Achates in magna fuit autoritate*, nunc in nulla est : *reperta primum in Sicilia iuxta flumen ejusdem nominis*; *poëta plurimis locis*; *excedens amplitudine*; *numeros varictatibus diversis*, *mutantibus cognumina ejus*, *Vocatur enim* jaspachates, *fardachates*, *hæmachates*, *leucachates*, *dendrachates*, *velut arbofula insignis*: *antachates*, *cum uritur*, *myrrham* redolens : coralloachates, *guttis aureis fapphiri modo sparfa*, *qualis copiopissima in Creta*, *lacra appellata est*. M.
AGE. On prononçoit anciennement *éage*. Villon, au commencement de son Grand Testament : *En l'an de mon premiere eage*. Où Marot a fait cette note : *Il fait eage trifyllabe*; comme péage : *si fait le Roman de la Rose*. Et en Provence on prononce encore ce mot de la sorte. D'*astatum* inusité, formé d'*aras*, *astatis*, *Ætatum*, pour *astatum*, génitif plurier d'*aras*, se trouve dans Ulpien, en la Loi premiere, *De Minoribus* 25. *auris*. M.
AGE. Fritch dérive ce mot d'*ævum*, qui feroit *ége*, & non pas *éage*, & *age* par le retranchement de la premiere fyllabe. Tous les mots qui en Latin commencent par un «, comme *Amilius*, *Æneas*, *equitas*, *æternitas*, &c. font en François Emile, *Emée*, *équité*, *éternité*. Le Duchat.
AGENDA. C'est un mor pur Latin. Voyez *Affaire*. M.
AGENCER. Voyez AIANCER.
AGENOUILLER. Comme de *fœniculus* nous avons fait *fœnouil* : ainsi avons-nous formé *genouil* de *geniculum*, diminutif de *genu*; desquels font aussi venus les verbes *geniculari* & *adgeniculari*; & de-là, *agenouiller*. Tertullien, dans son livre de la Pénitence : *Presbyteris advolvi*, & *caris Dei adgeniculari*. Les Glosses : *synervis*, *genicule*, *genicular*, *genua advolvo*. Caïeneuve.
AGENOUILLER. D'*adgeniculare*. *Ingeniculare* se trouve plus d'une fois dans la Vie de Sainte Colombe. M.
AGENT. D'*agente*, ablatif d'*agens*. Il y a un Titre au Code Thicodofien, de *Agentibus in rebus*. Symmaque fait souvent mention de ces Agens. M.
AGÉONS. Sorte de bruière. Voyez *Bruière*. M.
AGHAIS. C'est un vieux mot qui se trouve dans l'Article 63. de la Coutume de Lille. Qui entend profiter d'aucun marché à aghatis, est requis, à savoir le vendeur, consigner la demie par lui vandut, & l'acheteur des deniers du marché, avant le temps desdits aghatis expiré. M. Galland, célèbre Avocat du Parlement de Paris, expliquant au chapitre 6. de son Traité du Franc-alleu, le texte que nous venons d'alléguer de la Coutume de Lille, semble dériver ce mot d'aghatis de celui d'*aguester*. C'est une vente, dit-il, faire à terme de paiement & de livraison; de laquelle celui qui désire profiter, doit agustir, c'est à dire guetter, *quester*, *acquester*, observer le jour du terme, & ne le laisser écouter, sans avoir préalablement livré ou payé, & au refus de sa partie, consigné en Justice, & fait signifier. M. AGIOS : affiquets, bijoux. On dit à Paris, *agios de mariée de village*. Je ne s'cât d'où vient ce mot : car il n'a aucun rapport avec l'*Agios* & *Theos* du Vendredi-Saint. M. Le Livre I. du Nouveau Tristan de Leonnois, chap. 43. parlant d'un vieil Hermite consulté sur un longe du Roy d'Irlande : *De quoi se signant le Moyne*, & *ayam* fait l'espace d'un quart d'heure ses AGIOS, y fit telles gloses & commentaires, qu'ils passeiunt le texte de vous cèter. Ici Agios s'entend de certaines oraisons où se trouve ce mot dans les Livres d'Eglise. Rabelais, I, 5, ch. 12. Je ne vois oncques tant de flambeaux, de torchs, de glimpes, & d'agioux. Le mot Agios comprend tout ce dont la vue inspire des mouvemens d'un respect religieux ; & je ne doute point que ce mot en cette signification ne vienne de l'Agios à Theos du Venüredi-Saint, parceque ces paroles s'y prononcent ordinairement avec cet air de surprise & d'étonnement qu'inspire la vue de la Croix qu'on expose en ce jour destiné à rendre à la Croix une vénération toute particulière. Dans le même sens d'Agioux les Lotrains & le peuple de Metz disent plus communément Mirabiliaux, qui vient de mirabilia, pour exprimer des choses à la vue desquelles le peuple sent des mouvemens de surprise & d'étonnement. Dans les Dialogues de Mathurin Cordier, p. 330. de l'édition de Lyon en 1539. Delicias facis est interprété par, O que de mines ! vous faites trop de mines ; vous faites trop d'agios. Ce qui confirme l'explication que l'on vient de donner du mot Agios. Le Duchat.
AGNELET. Voyez AIGNELET.
AGOBILLES. Sainte-Aldegonde, Tableau, &c. quatrième édition, Tome I. folio 32. a. Et je trouvant abeuris de voir toutes ces dévotes Agobiles parées en leurs plus précieux habits des jours de Felles. Ce mot est du patois Messin, dans la signification des choses de néant, que celui qui les montre voudroit faire passer pour rares & précieuses. Voyez le même Volume, fol. 176. & 178. b. Item, fol. 293. & 294. Passer d'Agobiles, c'est-à-dire, de Marilles. Les Languedociens appellent les choses de néant, Escoubilles, c'est-à-dire balleures ; & ce mot, qui se dit aussi à Metz, vient du Latin Scopa, d'où Ecouvillon. Le Duchat.
AGRAFE. Jean Picard, dans son De Prisca Celtopedia, livre 4. après Budée, dit que ce mot vient d'ages, c'est-à-dire, capture, prise. Mais Budée ajoute, qu'il pourroit être formé d'ages, qui signifie beaucoup, & de agos, qui signifie atrochement : parce que l'agrafe fait que deux choses se touchent & se joignent. Caseneuve.
AGRAFE. Quod valde copuler, à noisris majoribus dictam puto agraphen, voys vir agos, agos agos : vel quasi vir agos au'soisus, agos au'soisus, dit Budée, dans ses Commentaires de la Langue Grecque. Périon, page 92. Solent interdum mulieres hoc genus vestis fibulis quibusdam conneclere, quas Parisi, ut, cum Lutetia effem, nuavi, agrafees dicunt, nos crochets vocamus. Illud, inquam Budaus ab agos, id est, captura, vel agos, id est, valde, & agos, id est tactu, quod valde copuler, orum esse dicit. Ego hoc addere possum, mihi etiam videri, orum esse à nomine aprova, quod instrumentum illud aduncum significat, quo ex putesi vasa extrahuntur. Nam si recto mutes litteras & P in PH aspiratans, agraphe exiftes. Hinc à verbo ipso, quod est agnatis, multa verba ejusdem significatioris, id est, qua vi & unco capere declarant : ut haper, har- per, agraper, & arraper duximus. Illud etiam inde orum viderur, que rei adunca vel acuta vestigium in manu vel pede vi expressum significamus, cum egraphigner dicimus. Le P. Laube : AGRAFFER a été supposé au lieu d'agrifier, & AGRAFFE en la place d'agrifie, la lettre A donnant une plus grande emphase au mot. Les Picards prononcent agrafe, que Charles de Bovelles dérive d'aripure, ou d'hassago. Les Touloufans disent agos pour accrocher, & les Anglois & les Bas-Bretons appellent cras une agrafe, & crâpas, une ancre. M. Ce mot ne viendroit-il pas plutôt de l'Alleman Krapper, ou Krapper, en ce aripure ? Il a de l'affinité avec le Grec, perse, qui signifie celui qui a le nez ou le bec crochu. *
AGRANDIR. Nous l'avons formé de l'ancien verbe grandire. Plaute, dans son Adullaria : Testudineum istum ego tibi grandibo gradum. Caseneuve.
AGRAS. Verjus, en Languedocien. De l'Espagnol Agras, qui signifie la même chose. M.
AGREER. Il n'y a point de doute qu'il ne soit formé de gratus, duquel il est croyable qu'on fit le verbe Latin-barbare gratare ; d'où vient agrier, & en Longuedoc agrada. Toutefois Spelman, dans son Glossaire, sur le mot Agreamentum, veut qu'il soit formé d'agradior ; qu'il dit être pris au sens d'aggrier, en quelque endroit de Ciceron, qu'il ne nous a pas pourtant indiqué. Caseneuve.
AGREER. D'agratare : comme AGREARIE d'agratabilis. Voyez GRE. M. AGREMENT : pour un lavement. On pourroit croire que ce mot en cette signification auroit été fait de l'italien argomente, qui signifie la même chose. Voyez mes Origines de la Langue Italienne. Mais comme ce mot argomento est peu connu en cette signification, & que le mot d'agrement en la signification de lavement, n'est pas ancien dans notre Langue, je ne puis donner dans cette étymologie. Je crois donc qu'on a ainsi appelé un lavement, à cause que les Dames prennent souvent des lavemens pour s'éclaircir le teint. M.
AGRIER, ou AGRIERE. Il vient d'agrarium, formé d'agr. C'est la part & la portion que le Seigneur prend sur le champ même, lorsqu'il est cultivé. C'est pourquoi il est appelé Terrage, ou Champart. Marcuse, livre 2. des Formules, Form. 61. Pafcuarium, aut agrarium, aut carropera, aut quodcumque dici potest exinde silvere. Voyez le Glossaire de M. du Cange ; & Voissus, De vitis sermonis, sur le mot carropera. La Loi des Bajuvariens, Tir. 1. chap. 14. §. 1. Qualia tributa reddant, hoc est agrarium, secundum estimatumem Judicis : provideat hoc Judex ; secunium quod habet donet : de triginta modis tres donet. Où l'on voit qu'anciennement ce droit d'agrier se prend sur le blé lorsqu'il étoit battu : au lieu que maintenant (du moins en beaucoup de lieux du Royaume) on le prend en gerbe sur le champ même, comme l'on prend la dixipe. En Languedoc on appelle ce droit Tague : de tessa, qui, en bon Latin, signifie des terres incultes & de peu de rapport ; parce que leur fertilité n'étant pas assez grande pour payer tous les ans une rente foncière, les Seigneurs se contentèrent, en les intendant, d'en exiger certaine quantité de gerbes lorsqu'elles étoient cultivées. Caseneuve.
AGRIER. C'est ce qu'on appelle autrement champart, ou terrage. D'agrarium ; qui se trouve en cette signification dans Marcuse. Voyez Spel- man & Lindembrog dans leurs Glóffaires, Ra- gueau dans son Indice, & M. Bignon sur Marcul- fe. M.
AGUET. Voyez GUET. M.
AGUILANLEU. Par corruption, pour an gui l'an neuf : ad viscum, annus novus. Paul Méru- le, dans la Cosmographie, partie 2. livre 3. cha- pitre XI. Sunt qui illud au gui l'an neuf, quod ha- tenus quotannis pridie Kalendas Jamar, vulgo pu- blice cantari in Gallia Selet, ab Druidis manaffe au- tumam : ex hoc forte Ovidii, Ad viscum Druidæ, Druidæ cantare solebant. Solitos enim aiunt Druidas per suos adolescentes vi- scum suum cunctis mistere, coque quasi munere, bo- num, fanglunt, felicem & fortunatum omnibus annum precari. Voyez Goropius Becanus in Gallicis, Vi- génaire sur César, Vinet sur Auone, Goffelin au chapitre 34. de son Histoire des anciens Gaulois, André Evyn dans son Théâtre d'Honneur, page 28. & sur-tout, Jean Picard dans la Cétropédie. Il est a remarquer que le vers ci-dessus allégué par Mérufe sous le nom d'Ovide, n'est point d'Ovide. En Touraine on dit encore Aguilanneu. Les Eipa- gnels disent Aguinaldo, pour les présens qu'on fait a la Fête de Noël. En basse Normandie, les pau- vres, le dernier jour de l'an, en demandant l'au- mone, disent hoguinanno. M.
AHAN. Nicot, dans son Tréfor de la Langue Françoise, & Pasquier, dans ses Recherches, liv. viii. chapitre 6. croient que ce mot a été fait du son que sont les Bucherons, & autres manœuvres, loi qu'ils sont quelque effort : & Messieurs de l'A- cedémie sont dans les mêmes sentiments dans leur Dictionnaire. Il l'a été de l'Italien affanno. Les Eipagnols & les Languedociens disent encore à présent affan. Et dans le Lyonnois, on appelle affan- neurs les Journaliers qui travaillent aux champs. Boutillier, dans la Somme Rural, appelle Terres abanables, les Terres qui sont de grand rapport, & qui se labourent avec peine. La Coutume de Bou- lenois, article 170. ule du mot d'abanables. Si au- ceux veulent planter jardins, haies, ou enclos, contre terres abanables. Mais c'est une faute d'impression. Il faut lire abanables comme M. Feramus, Avo- cat au Parlement, l'a restitué dans ses Commen- taires doctes & curieux qu'il a faits sur cette Cou- tume, non encore imprimés ; & comme il se voit par l'ancienne Coutume de Boulenois, rédigée sous Charles VIII. Item : Nul ne doit terres qui marchis- sent audites grands chemins, que ce ne soit en recou- vrant ladite terre à trois royes d'aban, &c. Item : Si anciens divisions sont entre bois & terres abanables. C'est au chapitre des Usages, Ordonnances, & Observations anciennes. On a dit abanier la terre, du mot aban, qui signifie peine, travail ; comme la- bourés, du mot labor, qui signifie la même chose. M. Rabelais, liv. 2. chap. XI. Je sue ici de baan pour entendre la procedure de votre différend, & tu me viens encore tabuiller. C'est ainsi qu'on lit dans l'édit. de 1542. dans celle de 1547. & dans celle de 1626, qui a été revue sur celle de 1552. qui passe pour la meilleure de toutes. Ce qui fait croire que Rabe- lais devroit le mot de baan, non du son que font les Bucherons & les autres Manœuvres, quand ils A H. A I A. A I D. A I E. font quelque effort, ni du mot Italien affanno ; mais du son qui sort de la poitrine d'un homme effou- flé, & a qui l'haleine manque. Le Duchat.
AHEURTER. On écrivit anciennement aburter. Voyez la Balade de le Maistre, au chap. 4. du Roman du petit Saintre. M. Voyez HEUR- TER. AHONNIER les chemins. Monstrelet, vol. 1. chap. 17. Unir, d'adunitare. Le Duchat.
AHUN. Abbaye de l'Ordre de S. Benoit, au Diocese de Limoges. D'Acedunum, ou Acedu- num, qui est employé dans le Gallica Christiana de Claude Robert. P. J. Add.
AJANCER. Sylvius, dans son Ifagoge in Lin- guam Gallicam, page 53. le dernier de gens, en la signification de gens. GENS, gentis, GENT : quod etiam adjectivum facimus, pro eleganti & culto : quens & gentilem, gentil, vocamus, unde ad-gencer, id est disponere, pro ad-genter. Cette étymologie paroit assez naturelle. M.
AIDER. De l'Italien aitare, qui a été fait du Latin adjutare. Les nouveaux Grecs disent german- zes : & sylvius pour l'Italien aita. En Arabe, icd signifie main & aide : ce qui a obligé Casaubon de tirer le François aider de la Langue Arabe. M. Ce mot ne viendroit-il point du verbe Syriaque adar, qui signifie la même chose :
AIDES. On appelle autrefois du nom d'Aides les deniers & les subides que les Rois le voient sur le peuple. On leur donna ce nom, pour faire en- tendre que ce n'étoit que pour aider a subvenir aux nécessités de l'Etat & aux frais de la guerre. Les Aides furent établies sous les Rois de la troisième Race. Quelques-uns les rapportent au temps du Roi Jean, & d'autres leur donnent une origine beau- coup plus antérieure. Aujourd'hui on appelle Ai- des le droit qui se prend sur les marchandises qui se vendent ou qui se transportent, & principale- ment sur le vin, eau-de-vie, cidre, biere, & autres boissons. Droit différent de celui qui se leve sur le sel, qu'on appelle Gabelle, & de celui qui se leve sur les terres & sur les personnes, & que l'on nom- ne Taille. La Cour des Aides a été ainsi appelée, parce qu'elle connoit des Aides du Roi. Elle n'a proprement commencé à être érigée en Cour ordi- naire que sous Charles VI. qui en 1382. créa huit Généraux des Aides pour exercer cette Jurisdic- tion. Elle fut alors composée d'un Président, de quatre Généraux, & de trois Conseillers, & cette Jurisdiction s'appelle les Généraux des Aides. Vergy.
AIE. Vieux mot qui veut dire aide. De-là vient l'interjection aie, que nous disons & que nous ré- petons toutes les fois qu'une douleur nous sur- prend, ou qu'elle se fait sentir plus fortement. C'est comme si nous disions, a l'aide. AIE est encore un mot que les paysans & les charliers disent à leurs chevaux pour les faire avan- cer. On veut qu'aie en ce sens soit l'imperatif du verbe aller, & qu'on dise aie par corruption pour aile : 1, ito en Latin. Vergy.
AIEUL. Voyez AYEUL.
AIGAIL. Rofée qui est sur les feuilles des herbes & des arbres. D'Aquale. M.
AIGLANTIER. Joachim Périon, dans son Traité De Lingua Gallica cum Graea cognatione, dit que c'est le Rofée Sauvage : & le dérive d'æmyb, qui signifie épine. Aussi dans Théophraste, & dans Dioécoride, æmyb, æmyb, & æmyb, sont des arbustes, ou des herbes épineuses. Quoi qu'il en soit, il est certain que l'aiglantier est épineux. Guillaume de Loris, au Roman de la Rofé : Par ronces & par aiglantiers, Dont en la haye avoit assez. Et Peyré de Cerbia, ancien Posté Provençal, appelle aiglantine, le Buisson ardent dans lequel Dieu apparut à Moyfe ; & le compare à Notre-Dame : Dompna, vos est l'aiglantina, Que troubés verds Moyfens, Entre las flammas ardens. Caïenceuve.
AIGLANTIER, AIGLANTINE. D'acanthus, Acanthus, acanthinus, acanthina, AIGLANTINE. Acanthus, acanthi, acanthiarium, AIGLANTIER. L'aiglantier est une espèce d'épine. Périon s'est apperçu de cette étymologie. M.
AIGLE. Du Latin Aquila.* AIGNELET : forte de monnoie. Voyez Montons à la grand laine. M.
AIGRE. Nous l'avons fait d'acer : comme maigre, de macer. On pourroit aussi le faire venir d'æmyb, & d'agrefte, qui signifient Sauvage : parce que les fruits Sauvages sont d'ordinaire aigres & amers. Joannes Hociémius, liv. 2. chap. 15. des Evêques de Liège, appelle agresta, ce que nous appellons aigres. Vina vero huius terra nihil valebant, sed id modicum quod excrevis, erant agresta. Caïenceuve.
AIGRE. D'acer : comme maigre de macer, & d'agrefte d'alacer. Les Italiens d'acer ont fait de même acro & agro. M.
AIGRE. D'acidus : comme mucre vient de mucidus. Mucor le dit en Normandie proprement du linge mal séché, & encore moite : on en a fait le mot ramacrer, pour dire, rendre moite. Huet. Diffet. de Tillad. T. 2. p. 173.
AIGRETINS. Sorte de monnoie. Rabelais, Progn. Pantagr. chap. 6. Et ces vieux doubles ducats, nobles à la rose, angelots, aigrefins, royaux, & moitons à la grand laine. M. On appelle en France Egrefin un Officier subalterne, dont l'emploi ne mérite pas qu'on ait la moindre considération pour celui qui en est revêtu. A Metz on appelle noix égreflées ou gressantes, celles qui viennent sur un Sauvage, ou sur un arbre qui n'a point été greffé. Je m'imagine donc que l'agrefin dont parle Rabelais, étoit quelque monnoie de bas or, qui n'étoit presque d'aucune considération, en comparaison des vieux doubles ducats, & autres vieilles & bonnes pièces d'or, dont il venait de parler. Aigrefins, monnoie d'or, est une corruption d'Aigrefins, forte de monnoie Impériale d'un très-fin or, comme sont les ducats, qui, d'un côté, ont la marque de l'Aigle. Le Duchat.
AIGREMOINE, simple : autrement Eupatie. Par corruption, au lieu d'Argement. C'est ainsi que quelques Auteurs Grecs ont appelé l'Eupatol- re : en quoi ils se sont trompés, comme l'a remarqué Dioécoride, livre 2. chapitre 207. «ἀνάσθαι, τὴ ἀρχιώτικὴ ὑπατὴρ, ἢ ἀνάσθαι» Photius, dans son Épître 223, a fait la même remarque. M. L'agremoine est une plante tout-à-fait différente de l'argémoine. On ne lui a point donné le nom d'agremoine, quod præcipui abundæ in agris, comme l'ont voulu quelques-uns : mais à cause de son suc aigre. C'est l'étymologie de Marthius. Hispanis, dit-il, est agrimonia, Gallis agremoine, quod sonat tanquam ab acredine sic dictâ ; & sane succus est nominòli acidus. Vergy.
AIGRETTE. Espèce d'oiseau ressemblant à un Héron. Belon, dans son Traité des Oléaux, livre 4. chap. 6. L'agrette doit être mise entre les espèces de hérons : car elle vit, fait son nid, & est de mesmes mœurs que les hérons. Les François l'ont ainsi appelée à cause de l'agretur de sa voix, qui est beaucoup plus puissante que celle d'un héron. Les Italiens la nomment agroti. Nous donnons à l'avoie s'ils l'ont pris de nous, ou que nous l'avons pris d'eux. Et ensuite : Il y a certaines plumes en deux cofèze des ailes sur le dos de l'agrette, qui sont détiées & blanches, & qui sont vendues bien chères et baféfaus de Turquie ; de quoi quelques hommes se réservent à eux pour secret de les arracher de dessus les aigrettes ; car ceux qui les prèment, ou apportent vendre et marchez, n'y prèment garde. Ces deux étymologies de Belon sont indubitables. Et cependant le P. Labbe dérive aigrette d'ardea. ARDIA : air, airon ; puis airette, ou aigrette, d'ardotea. Ce sont ses termes. ¶ Jules-César Scaliger a écrit Egreste. C'est dans son Exercitation 233, contre Cardan. M.
AIGRETTE. Par corruption pour Aiglette. Huet. Diffet. de Tillad. T. 2. p. 173.
AIGRETTE, dans la signification d'oseille. A cause de son goût aigret : pour lequel les Grecs l'ont appellée &c. Voyez Oseille, & Sur. M.
AIGRUN. D'acrumen : d'où les Italiens ont aussi fait agrume. Acrumen a été fait d'acrum. Les Glofés anciennes : acrum, &c. Auris Charisius a remarqué que Cneus Marthius dans sa Version de l'Illade s'étoit servi du mot acrum, au lieu de celui d'acrum. L'Italien agrume, & le François aigret se difent de toutes sortes d'herbes fortes, & de fruits aigres. Voyez mes Origines Italiennes. M.
AIGU. AIGUISER. D'acutus, & d'acutiare. Les Glofés : d'acutus, famiarius, cotiarius, acutiator. Voyez Voïfins de Vitis ferments liv. 4. chap. 1. On prononçoit anciennement agu : Marot : Viser est plus agu du tiers. En Baffé Normandie, on dit encore agu, & agucher. M.
AIGUE-MARINE. Pierre précieuse, ainsi appelée de sa ressemblance au vert de mer, c'est-à-dire, à de l'eau de mer. M.
AIGUES-MORTES. Ville. D'Aqua mortua. M. Cette Ville, qui est dans le Languedoc, a été ainsi appelée à cause des eaux mortes & croupissantes qui l'environnent. C'étoit autrefois un Port de mer. C'étoit même le seul que Saint Louis est sur la Méditerranée, ainsi que M. l'Abbé de Longuerue l'a observé dans sa description de la France, Part. 1. page 254. Aujourd'hui la mer s'en est retirée de près de deux lieues. Ver. 7.
AIGUIERE. Il n'y a point de doute qu'il ne vienne du mot aigne, qui signifie eau : dont l'usage est en Languedoc & en Gascogne : ce qui ne s'emblera pas étrange à ceux qui s'quièrent que les an- ciens François disoient aigue, pour eau. Le Maréchal de Ville-Hardouin, au livre 5. Li corant de l'aigue les emmenois contreval le bras. Cafeneuve.
AIGUIERE. AIGUIER. D'aquarium, & d'aquaria. Les Glofes : aquarium ; algosymptome. On disoit anciennement aigue, pour dire de l'eau : témoin le mot d'aignes-mortes : Aqua mortua : & les Gafons, & les Provençaux le disent encore aujourd'hui. Les Espagnols d'aqua disent de même agua. Nous avons fait aussi évier d'aquarium : & eave d'aqua : d'où Ronsard a fait eaver, pour dire changer en eau. Méduse seulement tournoit l'homme en vocher : Mais cette-cy-enroche, enéave, enfou, englace. C'est au Sonnet 55. du livre 2. de ses Amours. M.
AIGUILLE. Ce mot est formé de acucula, acuncula, ou acucla, diminutifs d'acus. Le Livre 1, De Repudis, Cod. Théodof. Opporter eam usque ad acutivum capitis in domo mariti deponere. Les Glofes : Acuncula, acus, aicopa. Un autre Glofaire : acucla, jaque. Cette sorte d'aiguille, que les femmes portent à la tête, & qui leur sert, ou à se grater, ou à démêler les cheveux, est appelée diserriculum par le Poète Lucibus, & gnason dans Festus. Car pour celles qui servent à tenir & attacher les affiques, & autres pièces d'atour ; & que nous appellons épingles, Scaliger à remarqué que les Latins les appellent quelquefois fistulas, & que leur nom Gree est enauchie, & eieysie. Cafeneuve.
AIGUILLE. De l'italien aguglia, fait du Latin acicula. On dit encore aiguille en plusieurs Provinces : lequel mot a été formé d'acucula, qui se trouve dans la Loi 1. au Code Théodofien, de Repudis. M.
AIGUILLETTE. Ce n'est proprement ni le ruban, ni la courroie, avec quoi on attache, mais bien le bout de fer ou d'argent ; qui, pour être semblable à une aiguille, a donné le nom à l'aiguillette. Cafeneuve.
AIGUILLETTE. D'aciculetta, diminutif d'acicula. Les premières aiguillettes étoient ferrées d'un long fer pointu : & il n'y a pas long-tems que les Cavaliers portoient de ces sortes d'aiguillettes sur leurs épaules. M.
AIGUILLETTE. Courir l'aiguillette, se dit proverbialement de ces courrues qui se prostituent à tout venant. Rabelais, liv. 1. chap. 11. parlant des femmes, dit : Si nature ne leur est arrose le fôtre d'un peu de honte, vous les voyrez comme forcenées courir l'aiguillette. Pour l'intelligence du Proverbe, il est nécessaire de savoir qu'anciennement il étoit défendu à ces sortes de femmes de porter des ceintures dorées ; & même afin qu'elles eussent une marque qui les fit connoître & distinguer des honnêtes femmes, il leur fut enjoint de porter une aiguillette sur l'épaule. Couthume, dit Pasquier, liv. 8. chap. 35. de ses Recherches, que s'y ven encore se pratiquer dedans Tholoise, par celles qui avoient confiné leurs vies au Chastel-verd, qui est le bordeau de la Ville. De cette couthume, ajoute Pasquier, est dérivé entre nous ce proverbe, par lequel nous disons qu'une femme court l'aiguillette, lorsqu'elle prostitue son corps à l'abandon de chacun. Bellingen, dans son Etymologie des Proverbes, dit à peu près la même chose. M. de la Monnoye dans la Note sur l'endroit de Rabelais que j'ai rapporté, semble donner une autre origine à ce Proverbe. Il dit que ceux de Beaucaire en Languedoc doc instituèrent une course, où les prostituées du lieu, & celles qui y venoient à la Foire de la Magdelaine couroient en public la veille de cette Fête, & où celle qui avoit le mieux couru, avoit pour récompensé quelques paquets d'aiguillettes. Jean-Michel de Nîmes, dans son Embarras de la Foire de Beaucaire, page 39. édition d'Amsterdam, 1700. parle de cette course comme se pratiquant encore de son tems. Et il est vrai que les filles de joie ont couru chaque année les aiguillettes à Beaucaire la veille de la Foire jusqu'un peu avant l'année 1676. C'est donc aussi peut-être de cet usage, qu'on a dit d'une femme, elle court l'aiguillette, pour dire elle est une prostituée. Cette coutume, qui a été abolie à Beaucaire, se pratique en quelque manière dans la plupart des Villages de Provence, où le jour de la Fête du Patron, l'on voit courir, non pas des filles de joie, mais les jeunes filles du Village, dont le prix de la course n'est de même que quelques aiguillettes, ou des épingles. Vergy.
AIGUILLETTE. Sorte de manger de trêshaut goût. Rabelais, liv. 1. chap. 1. Sept chameaux chargez d'aiguillettes. Car j'estime que c'est ainsi qu'il faut lire, suivant l'édition de 1626. & non pas d'aiguillettes, comme on lit dans les autres. C'est quelque ragoût qui excite à boire, comme des aiguillettes de jambon. Rabelais, liv. 1. chap. 7. a mis au nombre des plus curieux Livres de la Bibliothèque de S. Victor, l'aiguillon de vin, & l'éperon de fromage, comme aiguillonnées & épiconnées à boire. Plus bas, dans le même chap. 1. du liv. 2. les jambons, langues de bœuf fumées, & autres choses pareilles dont Rabelais venoit de parler, sont par lui traitées d'aiguillons de vin. Liv. 4. chap. 60. au lieu d'aiguillettes, salées, je crois qu'il faut lire aiguillettes. Le Duchat.
AIGUILLON. D'aculione, ablatif d'aculio, dit pour aculeo. Les Glofes : aquilio, xivroysion, qui exopion. M.
AIGUISER. De aigu, qui est formé d'acutus, vient le verbe aiguifer. Ou bien, nous l'avons fait du verbe Latin-barbare agusare, que je juge avoir été autrefois en usage ; parce que je trouve dans les Lois de Sicile la diction aguso, qui signifie la pointe d'un bâton aiguifé par le bout. Constitutionum Sicularum, lib. 1. Tir. 17. lin. 1. Campiones habeant clavias aquales, non spinosus, nec cum agusonibus. En Languedoc & en Gafogne, aiguifer se dit agusa. Cafeneuve. AILE d'oiseau. D'ala. M. Nous disions anciennement ale pour aile : de quoi il y a une infinité d'exemples dans nos vieux Livres ; le mot ale s'étant même conservé dans le Languedoc, où l'on dit d'une personne, qu'elle prend trop d'ales, ou qu'elle prend ales, pour dire que par ses manières hautaines, elle s'élève au-dessus de sa condition naturelle. Et c'est pourquoi aussi je ne doute point que ce ne soit en 2 pays-là que soit né le vieux Proverbe qui dit : Depuis que Decrets eurent ales Que gens d'armes porterent males, Moines allerent à cheval, En ce monde abonde tout mal. Car ce Proverbe ne veut pas simplement dire, à propos des anciens Decrets, que tout est allé de mal A I L. A I M. mal en pis depuis qu'à ces anciens Decrets ont succédé les Decrétales ; mais principalement que ce qui a fait tout le mal, c'est qu'on a donné aux Decrétales trop d'autorité, en les égalant aux anciens Decrets ; & c'est ce qui est entendu par le premier Vers : Depuis que Decrets eurent ales. Témoin ces paroles de Duaren, qu'il a mises au-devant de son Traité, De Særis Ecclesia Ministeris ac Benedictis : In eo Decretalium volumine multa intueri licet qua a prisca illa disciplina, quam Decretorum liber a Gratiano editus continet, multum degenerant. Atque hinc natum est illud apud nofraterritum ac vulgo fallatum, male cum rebus humanis actum esse ex quo Decretis ala accesserunt. Du reste, ce Proverbe, qui fait un quatrain dans le liv. 4. chap. 52. de Rabelais, est de cinq Vers dans un vieux Recueil de Proverbes & Ditcours Moraux, imprimés in 12. en caractères Gothiques, au commencement du règne de François I. p. 138. Les Decrétales ont été ajoutées au corps du Decret, comme des ailes à un corps. Le Duchat. AILE D'ÉGLISE. Les ailes de l'Église que Saint Namas (au Latin Namatius), Evêque de Clermont en Auvergne, avoit fait bâtir à Clermont, sont appelés afcelles par Grégoire de Tours, liv. 2. chap. 16. In altum intra capsum usque cameram, pedes 50. in ante absidem rotundam, habens ab utroque latere afcellas eleganti construcas opere : toumque adificium in modum crucis habetur expositum. Ce quidonne sujet de croire que ce mot d'aile en cette signification viendroit plutôt d'afcelles que d'ala. M. de Haute-Serre sur cet endroit de Grégoire de Tours : Afcellæ, sunt ala, seu latera Ecclesiæorum : qua dicuntur afcellæ a comparatione partium corporis humani. Afcellæ est ala, seu axilla, cava pars brachii. Gregorius infra lib. 4. cap. 31. naicente in anguine, aut in afcelles vulnere. M. AILLEURS : car c'est ainsi qu'il faut dire, & non pas ailleurs. D'aliosum. M.
AIMANT. Sorte de pierre qui attire le fer. Le Pere Fournier, Jésuite, a écrit dans son Hydrographie, que cette pierre avoit été ainsi nommée de l'amour que lui portent tous ceux qui en connoissent les effets : ou, parce que se tournant vers le pole, elle témoigne avoir plus d'amour pour cette partie du monde que pour les autres. Le Pere de la Philosophie, l'admirable : I. Gassendi, croyait au contraire qu'elle avoit été ainsi appelée de l'amitié qu'elle a pour le fer. Et il me souvient qu'il m'alléguait à ce propos ces beaux vers de Claudien, Flagrat anhela filax, & amicam saucia sentit Materiam, placidosque chalybis agnoscit amores. Monsieur Ferrari, célèbre Professeur de Padoue, dans ses Origines de la Langue Italienne, au mot calamia, est du même avis. Galli magourem aimant appellant, quia ferrum amet, & ad se pelliciat. Et Bourgoin dans ses Origines Françoises dit la même chose. Mais il est constant que l'aimant a été ainsi appelé d'adamas, qui se trouve en cette signification. L'ancien Dictionnaire Latin-François du Pere Labbe : ADAMAS, aymant. Remon Lulle dans son livre intitulé Ascensus & descensus intellectus : Potentia visus vere vider quod adamas Tome 1. 26 AIN. AIO. AIR. tus inusitè. On a fait *antius d'ante* : d'où les Ef- ps nols ont aussi fait *antes*. M. On a dit *avant d'ab anté*, dans la signification d'*ans*. Froifart, édit. de 1574, vol. 4, chap. 101. *Mais ledit Roy n'en avoit nul talent : avant faisoit tant le contraire. Einchicus*, dans la signification d'*ans*, se trouve dans la Préface des XV. Joyes du Mariage, ouvrage du XV. Siècle : & *einchicus*, fait aussi d'*antius*, se prononce *auschou* a Metz, où il a peu près la même signification. *Le Duchat*.
AINSI. Person le dérive de *eruc*. Il vient d'*enfic*. Anciennement on écrivait *enfic*. Huon de Villeneuve : *Il est enfic coustume en noître contrée*. On a écrit ensuite *enfi* : & vous le trouverez tou- jodes écrit de la sorte dans Ville-Hardouin. Les Épagnols disent *affi* : qu'ils ont fait d'*ad fic*. Moh- sieur du Cange le dérive du Grec vulgaire *irfa*. M.
AJOURNER, ou, comme on écrivait an- ciennement, ADJOURNER. D'*adiurnare* : qui est comme qui diroit *diem dicere* ; & qui se trouve en cette signification dans les Capitulaires de Charle- magne. Voyez Spelman & Lindembrog dans leurs Glorlaires, & Voissus de *Vittis sermonis*, livre 2. chapitre 22. Nous usons autrefois de ce mot dans une autre signification, comme la remarque Paf- quier. *Nous usons*, dit-il, du mot adjournier quand *nous faisons* , appeller un homme en justice par la *femme d'un Sergent*. Le Reman de Pepin en a *usé* pour dire que le jour *esroit* venu : qui n'*esroit* trop mal a propos. Nous en avons perdu la naïveté pour la tourner en *chicanerie*. C'est au chapitre 4. du liv. VIII. de les Recherches. M. de Cafeneuve dit que le mot de jour se prenait anciennement pour le ma- tin : & que c'est de-la qu'on a dit *adjournier*, pour donner *affignation* en jugement, parce qu'ancienne- ment on ne plaidoit que le matin : a quoi je ne crois pas qu'on ait visé lorsqu'on a fait le mot *ajourner*, pour *diem condicere*. M. Voyez *Adjour- ner*.
AIR. Ce que nous appellons *air de chanson*, est le *numerus* des Latins. Virgile dans ses Églogues : — *numerus memini*, si *verba tenerem*. M. de Saumaité a remarqué, qu'on a formé ce mot de *ara*, qu'on a pris pour le *nombre* : bien que pro- prement il signifie *la marque du nombre*. Nonius Marcellus : *Ara*, *numeri nota*. Le Poète ancien Lucilius, *Hac est ratio*, *perverba ara*, *subducta summa* *improb*. Cafeneuve. AIR DE CHANSON. Monsieur de Saumai- se, sur l'Histoire Auguste, page 552, le dérive d'*ara*, *ara*. *Hodierna Gallica Poesis tota rhythmica* *est*, *certo Syllabarum ad rhythmum copulatarum li- beres* *ribentis arbitrio curens*. *Ne enim proprie pe- dam dimensione graditur*. *Sed rhythmum male vo- camus in nostra poesi*, *Syllabarum ad finum cujusque* *versus in eundem sonum reidentium variandi*: *sic finem rhythmum rhythmum valoquae* *appella- mus*. *Rhythmum in cantione veteres vocarum*, *quam* *nos hodie aram cantionis dicimus* : *rhythmus enim* *Latine numerus dicitur*. *Virgilius* : *numeros me- mii*, si *verba tenerem*. *Ara autem idem quod nu- merus*. *Nam recentiores atas pro numeris*, *vel nu-* *merorum notis dixerunt* : *qua Veteribus æra diceban- tur*. *Lucilius* : *Hac est ratio*, *perverba ara*, *subducta summa* *improb* : *Hinc*, *hac æra æra*, *pro numero*, *vel numeri nota*, *vel calculo*, *apua Recentiores*. *Nonius* : *ÆRA*, *nu- meri nota*. *Sic æras breviores Sextus Rufus dixit* ; *Ac morem sequurus calculorum*, *qui ingentes sum- mas æris brevioribus exprimunt*, *res gestas signa- bo*, *non eloquatur*. *Inde nos æram cantionis pro nu- mero*, *vel rhythmo cantionis vocamus* : *& æras pro* *cantionibus*. *Eodem plane modo quo & Latini nume- ros pro canticis ipsi*, *vel carminibus usurparunt*. ¶ *Les Italiens disent æra* en la même signification : *Ce qui me fait douter de l'ectymologie de M. de* *Saumaité*. *M.*
AIR. Comme quand on dit *du bel air*. Les Al- lemans se servent du mot *arda* en la même signi- fication. Je crois pourtant que ce mot François a été fait du Latin *air*. M. Perceforest, vol. 6. chap. 8. *Et Blanor ferit le* *frere du Roy par tel ayr*, *qu'il lui abbait le dexite* *bras a tout l'épée emmy le champ*. Comme on voit par ce passage de Perceforest, qu'autrefois ce mot se prononçoit *av distylabe*, il est indubitable que cet *avr*, qui signifie proprement le *marcher*, tantôt d'une *chanson*, tantôt d'une personne, est une innhitif, comme *hair*, *our*, &c. & qu'il vient d'*adire*, com- me *hair d'odire*, & *our* d'*audire*. Il est sur qu'en s'est servi du mot *ader*, dans cette signification du mot *air*. Belleforest, dans la Traduction du Livre 16. des Histoires Tragiques de Bandel : *Cecy l'af- sura en son opinion*, & *plus y mit-il ses advis*, *voyant* *qu'a l'aller & en gelse cette Damoiselle qui sortoit*, *représentoit beaucoup mieux la contenance d'un hom- me que d'une fille*. *Qu'a l'aller & en gelse*, c'est-à- dire qu'a l'*air* & au gelse. Un habit de bon *air* est un habit qui va bien : un homme de bon *air*, un homme qui a l'*aller* bon : un bel *air* de chanson, une chanson qui va bien. *Air* dans cette signification, se prononçoit an- ciennement *air* : ce qui fait que je ne doute point que ce mot ne vienne d'*adire*. L'Histoire du Duc Jean IV. dans l'Histoire de Bretagne de D. Guy- Alexis Lobineau, T. 2. p. 710. *Ceux qui se prendront a souir* *Furent pourseus par tel air*. Et page 721. *Ils vont courir de grand air*, *Tant qu'a leur maître vont venir*. Et plus bas : *Se de cy nous voulons souir*, *Nous poursuivrons par tel air*. *Le Duchat*.
AIRAIN. D'*aramen* : comme *essain d'examen* : *mairrein*, de *materiamen*. M.
AIRAIRE. Jean Edouard du Noniu, en son Epitre Dédicatoire a Philippe Desportes : *Aulquels* *me criant Sauterelle dansante en Ete*, *frisonnante* *en Hyver*, & *ne leur découvrant que je raiss de mon* *airaire les seillons non terresses*, *ains celesses*, &c. P. J. Add. Le Pere Jacob n'en dit pas davantage : & je croit que ce mot *airaire* veut dire un champ, ou un terre labourable. Et ce mot vient d'*aracrium*, ou d'*aracium*. M. du Cange, dans son *Glorlaire* Latin, indique plusieurs exemples d'aratorium en cette signification. S. Add. A I R A U T, ou Erban. Riviere qui s'embouche à Agde dans la mer méditerranée. D'Araurais, qui est la même chose qu'Arar ou Ar. Ar, Arar, Arauris, Arauraris. M. Bochart livre 1. chapitre 42. des Colonies des Phœniciens, dit que ce mot ar est Breton, & qu'il signifie lent, cardis : Ara Britannis, lentum fonat, ut Hebrais Vn, ahari, Prov. 28. 23. a verbo Vn, a har tardare, morari. Inde Arari fluvio nomen, qui, Casare teffe, fertur incredibili lentate, ita ut oculis in quam partem fluat judicari non possit. Hinc Claudianus : Lincus Arar, Rhodanique celer. Et Seneca in Apotheos : Ararque dubitans quo sios cursus agat. Est & in Brigantibus fiusinus Arus, quem vix fluere scribit Cambdenus pag. 565. & maandris ita ludere quasi dubiam fontes an mare petat, ut septies femihora, spatio recto itinere sibi trajiciendus sueri. Outre ces rivières, il y en a encore plusieurs autres qui s'appellent du mot Ar ou Arar : L'Airoux, qui paise à Autun, l'Ar, qui divise la Germanie supérieure ou la Province de Mayence d'avec l'Intérieure ou la Province de Cologne, & sur laquelle est située Aunberg, Principauté tombée en la Maison d'Ascot; l'Arola, qui a sa source dans le Mont Adulas ou de Saint Godard, qui paise à Arberg & à Arburg, deux places qui sont en Suisse, & s'en va dans le Rhin auprès de Balle. Les naturels du pays l'appellent Ar. M. du Buisson, très-entendu dans la connoissance de l'ancienne & de la nouvelle Géographie, estime que cet Arola est l'Araris dont il est parlé dans ce vers de Virgile : Aut Ararim Parthus bibet, aut Germania Tigrim, contre l'avis des Grammairiens, qui l'entendent de la Saone, & qui croyent que Virgile a fait a dessein cette faute, faisant parler un Berger. Mais ce fleuve n'étant pas un des plus renommés de l'Allemagne, il n'y a guères d'apparence qu'un Poete aussi judicieux que Virgile eût feint qu'un simple Pasteur en eût eu connoissance : outre que l'Arola étoit aussi bien de la Gaule du tems de Virgile que l'Araris. M. A I R E. Les oiseaux de rapine, comme aigles, vautours, autours, faucons & autres, sont leur nid au sommet des rochers, des arbres, & autres lieux élevés. Ces nids sont appelés en Latin harbare aerea. Les Ordonnances de Jean, Roi d'Angleterre, qui se lisent dans l'Histoire de Matthieu Paris : Unusquisque liber homo, habeat in bofcis suis aereas accipitum, spervariorum, falconum, aquilarum, & heironum. Je crois que aire, & aerea, viennent de aér, parce que les nids de cette force d'oiseaux sont fort élevés en l'air : ou bien de aigus, qui signifie haufer, elever. Toutefois Henri Spelman, dans son Glossaire, tient que aire & aerea, sont formés du Saxon Egbe, & de l'Alleman Eye, qui signifient œuf, prenant aire & aerea, pour les poulins de ces oiseaux; de même que Virgile, au 4. des Georgiques, prend nidus en ce sens la : — ipsique Volucres. Ore ferunt dulcem nidis immitibus escam. Cafeneuve. A I R E. Pour nid d'oiseau de proye. Les Auteurs de la Balle Larinité se sont servis d'aria, d'aerea, & d'aeria, en la même signification. L'Empereur Frédéric II. en son Traité de la Chasse, livre 2. A I R. A I S. chapitre 5. Aves rapaces pullos sont à se abscirium, &c. Et ideo raro possint se invenire, nisi ad cerrum locum. Exspelam se invierem aliquando prope nidum suum consuetum, qui a quibusdam area dicitur. Joannes de Burgo, dans son Pupilla oculi, chapitre 22. Unusquisque liber homo habeat in bofcis suis aereas accipitum, spervariorum, falconum, aquilarum, & heironum. Voyez Spelman & Wars dans leurs Glossaires : Wats au mot aeria accipitum, & Spelman, au mot aerea. M. du Cange dans son Glossaire, au mot aerea, a fort bien remarqué que ces mots Latins avoient été faits du François aire. En Normandie, on dit, une aire de pigeons, & une paire de perdrix, pour dire une couple : Et les perdrix sont aerees, pour dire, qu'elles sont accouplées; &, comme disent les Angevins, adouées. M. Rabelais, liv. 5. chap. 45. Enjoye soit l'aire de Noach clofe, lequel de toynons fit la remplir. L'aire de Noach, c'est l'arche de Noé. Ainsi comme arche vient d'arca, aire en vient aussi; & il faut qu'on ait appellé aire le nid des oiseaux de proie, de sa ressemblance à un bahu ou coffre voute. Arca, ara, aire. Le Duchat. A I R E. Ville de Gascogne. D'Ayrum. Scaliger sur Auzione 11. 7. Atryrosium civitas retinet nomen, sed depravatione Vasconica. Vocatur enim Atrenium civitas, quia ypsion elizium est, & dixerunt Atrensium. Sic Elyta, quia ypsion corripitur, ut apud Claudianum : invadit muros Elyta, propterea fecerunt Eliam. Quod enim ypsion corripitur in Atyro, unde dicti Atryroses, ex Lucano cognoscimus, qui dixit & ripas Atyri, quas litore cutvo. Hoc in causa fuit ut Atrenies dixerint. Ipsi verò pronuntiant Atrenes. Nam nunquam auter solent T R efferre, quam per i n. Sic perram, periam dicunt, parrem, paire, matrem, maire. Nemini mirum videri debet, si cogar bis exemplis uti : In re enim nova non omnes fiatim mihi credituros, nisi his raticibus convictus, puto. Quod non dico propter noftrates. Ipsi enim fiatim sciunt quid velim, sed propter alios Gallia populos, præsertim Francos, quorum lingua & mores multum abhorrent à Novempopulamis. Novempopulanorum longe integrior lingua est, quam illorum, sed illorum cultior propter aulam Regis. Ipsi vero Franci contra T R depravant I R. Perram pierre, & similia. Non est quod aliquis nostra Gallia veteres appellationes locorum ad recentiora nomina revocare se possuler, nisi per scto omnium idiomata teneat : qua quidem facile Vaseo dicit, Francus negligit. Ou d'Adura. La date des lettres par lesquelles Alaric ordonna la publication de l'abregé & de l'interprétation qu'il avoit fait faire du Code Théodosien, est Aduris, c'est-à-dire, à Aire. Auberus Miraus en la Géographie Ecclésiatique : Adura, sive Atura, AIRE ad Atrum fluvium, Urbs Episcopalis Vasconia sub Arch. Auscens. M. A I S. D'axis. Festus : Tabula seclilis axis appellatur. Scaliger dans ses premiers Scaligerana, pag. 22. Axis, vel affis, vel affer, sunt soliveaux, non autem tabulae Latinis dicta : ut nos improprie aises Gallice nuncupare credendum sit. Ce mot d'ax est ancien dans notre Langue, étant expliqué par afserculus dans les Origines Gauloises de Boxhornius. M. On a dit antrefois aise dans la même signification, & ce mot étoit féminin. Rabelais, liv. 4. D ij chap. 52. Car il étoit couvert de grosses aisses, & firre a glas. Le Duchat. AISANCE : Commodité, facilité. Je ne sai s'il vient de même source que aise & aise. Toutefois nous le pourrions avoir formé du Latin-barbare Acentia, qui se trouve dans la Charte 39. de la Centurie des Chartes Allemandes, que Goldast a fait imprimer : Et in Reutimchova terras & sylvas, Saripha, vel alias acentias. Toutefois Goldast doute s'il faut lire adjacentes. Cafeneuve.
AISE. Contentement, plaisir. Henri Spelman dans son Glossaire, sur le mot aisamentum, dit qu'il vient de iatsu, c'est-à-dire guérison; par la transposition de l'A devant l'I; mais il est croyable qu'il vient de même origine que aise. Cafeneuve.
AISE. D'Asia : qui se trouve en cette signification dans un Glossaire François-Latin qui m'a été communiqué par M. Bigot. AISE. Asia. Et dans le Dictionnaire Latin-François du Père Labbe. AISE. aise : une région. Du substantif asia, en a fait le verbe asiatim, qui se trouve dans le Concile de Basse, Session 21. Statut Sancta Synodus, ut in cunctis Cathedralibus ac Collegialis Ecclesiæ, horis debitis, signis congrua pulsatione præmissis, laudes divina per singulas horas, non curam ac festinantur, sed asiatim, & tractum, & cum pausa decenti; præsertum in medio enjustibet versiculi Psalmorum; debitam faciendo inter soldemne ac seriale Officium differentiam, reverenter ab omnibus persolvantur. C'est ainsi qu'il faut lire en cet endroit, & non pas, comme porte la leçon de la marge, de l'édition de Binus, adeatim. Asiatim, c'est-à-dire posément, & comme diroient les Italiens, adagio. Asia a été fait de l'Italien agio : qui l'a été du Latin octum. Voyez mes Origines de la Langue Italienne. C'est la véritable étymologie du mot aise. Person, qui le tire d'asti, & Charles de Bovelles, qui le tire d'est, troisième personne de sum, n'ont pas bien rencontré. Monsieur de Cafeneuve a donné dans l'opinion de Charles de Bovelles. D'aise, on a fait aise, aisance, & aisément. M. Je crois qu'aise vient d'aise, qui est un mot Gaulois. AISE pour Aise, aussi d'Asia, se lit dans ces Vers d'Alain Chartier : Il est ce jour & plus riche & plus aise, Que s'il gaignoit tout l'or d'Aufrique ou d'Aise. C'est dans son Poème intitulé, Le débat des deux ferones d'Amours. On a dit autrefois agio dans la signification de facile, de l'Italien agiato, & ce mot se dit encore à Metz. Ce qui fait voir qu'Asia, dans la signification d'aise, vient en effet d'otium. Le Duchat.
AISE. On a remarqué qu'il vient de aise, qui signifie fortune & heureux. Cafeneuve. AISEMENTS : pour latrines. De leur commodité. M.
AISNE. Il faudrait écrire ainsné. Il vient de aise, formé d'anté, & de natus. Une ancienne Charte, intitulée Saïson Paganelli, qu'André du Chesne a donnée à la fin des Histoires de Normandie : Quod Guillelmus Paganellus habeat saisi-nam terra, qua fuit domini Radulphi Teffon, sicut ante-natus. Et plus bas : Ante-natus capter portionem suam primus; & post, secundo-natus. Cafeneuve.
AISNE. D'anté natus : comme puisné de post natus. Voyez Coquille dans la question 257. de son Traité de la différence d'ainelle & primogeni- ture, & Pasquier dans ses Recherches livre VIII. chap. 50. Anciennement on écrivoit ainsné : & vous le trouverez toujours ainsi écrit dans la Coutume de Champagne, & dans les Commentaires de Pithou sur cette Coutume. Voyez ains. On écrivoit aussi anciennement puissine pour puisné. ¶. Les Auteurs de la Basse Latinité ont dit antenatus pour privignus, a causé que le beau fils est ainé des enfans du second mariage. Les Glosses d'Isidore : Privignus vulgo antenatus. Filiaster, privignus, qui anté natus est. M.
AISNE, pour ains-né, ante natus. On disoit aussi maisiné, pour puisné. Froissard, liv. 1. ch. 162. s'est servi de ce mot dans cette signification. Il vient de moins né, minor natus. Le même Froissard appelle Philippe, Duc de Bourgogne, le plus jeune des fils du Roi Jean, son moins né fils. Huet. Dissert. de Tillad. T. 2. p. 173.
AISSELLE. En Latin axilla, qui depuis a été corrompu & changé en afcella, ou afcella. Le Glossaire d'Anfiteubus : Acella, locus sub brachio. Joannes Januenis, in Catholico : Afcella, locus sub brachio : dicta, quod ab eis afcelis brachia cillettur; hoc est, moveantur, secundum Papiam. A quoi il fait cette addition : melius ala, sive axilla, nam ala, sive axilla, partes sunt sub brachiis, per quas natura expellit fordidiores humores. Un ancien établissement de Rouen, qu'André du Chesne a fait imprimer ensuite des Histoires de Normandie : Si jamina conviaratur esse litigiosa & maledica : alligabitur fune subrus afcellas, tunc in aquam projicetur. Cafeneuve.
AISSELLE. D'afcella, qu'on a dit pour axilla. Les Proverbes de Salomon, chapitre xxvi. 15. Abfeondit piger manum sub afcella fua. Grégoire de Tours livre 4. de son Histoire, chapitre 31. nascente in inguine aut in afcella, vulner. Vous trouverez ce même mot dans Marcellus Empiricus, chapitre 18. Voyez Voissus de Pistis sermonis, liv. 3. chapitre 1. & Goldast dans ses Alemanniques sur l'onzième chapitre du livre d'Ison de Miraculis Sancti Othmari. M.
AISSIEU. D'axiculus. On écrivoit anciennement aiseul : & vous le trouverez ainsi écrit dans Joachim du Bellay, en son Prophonématique au Roi Henri II. M.
AITRE. D'Atrium. On appelle à Rouen l'Aitre Notre-Dame le parvis de Notre-Dame. ¶. AITRE : en la signification de foyer. Monsieur du Cange le dérive de l'Anglo-Saxon antrum. M. AJUSTER du Latin-barbare inusité adjustere, formé d'ad & de puxta. On a aussi dit adjustitiare. Voyez M. du Cange. Les Italiens disent, giustare, & adjustare; & les Espagnols ajustar. M. Voyez ADJUSTER.
AIX. L'on a donné à plusieurs Villes ce nom, qu'on a fait du Latin aqua, eaux. Aix. Capitale de la Provence, fut fondée par Sextius Calvinus, Général Romain, qui ayant passé les Alpes l'an de Rome 630. & ayant été obligé d'hiverner dans le pays des Saliens, battit une Forteresse pour défendre le territoire de Marseille des incursions des Gaulois. Il nomma cette Fortereſſe Aqua Sextia, à cauſe des eaux chaudes qu'il avoit trouvées en ce lieu, & auxquelles il donna ſon nom. On bâtit auprès de cette Fortereſſe; & cette Place devint une de ces Villes que les Romains appelloient Oppida Latina. Elle fut faite dans la fuite Colonie Romaine: mais elle ne l'étoit point encore du temps de Pline, qui ayant publié ſon grand Outrage ſous le regne de Veſpaſien, ne nomme Aix que Oppidum Latinum. Cependant s'il falloit ajouter ſoi à une prétendue médaille, qui a pour inſcription Colonia Julia Aqua Sextia, il ſembleroit qu'elle étoit déjà Colonie du tems d'Auguſte. M. l'Abbé de Longuerue, dans la Deſcription Histo-rique & Géographique de la France, Part. 1. page 346. dit que cette médaille ne ſe trouve point; qu'elle n'a point été mise par le célèbre Vaillant dans ſon grand Recueil des Médailles battues dans les Colonies; & que n'étant rapportée que par Simeonis, elle ne doit pas avoit plus d'autorité que pluſieurs autres qui n'ont été recueillies que par ce ſeu! Auteur; & il conclud, ſur l'autorité de Pline, qu'Aix ne peut avoir été fait Colonie Romaine avant le regne de Veſpaſien. Aix, petite Ville de Savoye, a été ainsi appellée à cauſe de ſes eaux minérales; & en Latin Aqua Gratiana, parce que l'Empereur Gratien fit réparer ſes bains. Aix-la-Chapelle, Ville Impériale dans le Duché de Juliers, a été nommée Aix par rapport à ſes thermes, ou bains d'eau chaude; & la Chapelle, par rapport à la magnifique Chapelle que Charlemagne y fit bâtit, où, par la Bulle d'or, le couronnement de l'Empereur devoit ſe faire, & où l'on devoit ſe ſervit pour cette cérémonie du Baudrier, de l'Epée, & de l'Évangile en lettres d'or qu'avoit Charlemagne, & que l'on y conſerve. Aix-en-Otte, parce que cette petite Ville de France dans le Sémonios, étoit autrefois dans une Forêt appellée Otte, en Latin Ota Sylva: ce qui l'a fait nommer Aix-en-Otte. Vergy.
ALAISE. Voyez Alée. M.
ALAITER. Ce mot n'eſt pas de difficile origine. Auſſi ne le mets je ici que parce qu'il a deux ſignifications, dont l'un des plus ſçavans Etymologiſtes de notre temps, je veux dire M. Guyot, a ignoré la plus ancienne. Il avoit lû, liv. 1. ch. 40. de ſon édition de Rabelais... C'eſt parce que ma nourrice avoit les tetins molers, en l'alaïctant mon nez y en endroit comme en beurre, &c. Et ſuppoſant que l'alaïctant ſignifiât lui donnant à tetter, il avoit pris cela pour une faute d'impreſſion, & au lieu de l'alaïctant, il avoit mis m'alaïctant à la marge de cet endroit dans ſon exemplaire. Il eſt vrai que les plus anciennes éditions ne portent point l'alaïctant, mais la laïctant, comme celle de 1553. ou la laïctant, comme celle de 1626. Mais encore n'eſt-ce pas ainsi qu'il faut lire, mais allaïctant, comme dans l'édition de 1542. Et l'embarras de M. Guyot venoit de ce qu'il ne ſcavoit pas que du temps de Rabelais, & même auparavant, & longtemps depuis, allaïcter ne ſigniſtoit pas, comme aujourd'hui, donner à tetter, mais tetter. Le Tra-ducteur du Traité de Platine, de Obſonis, qui étoit de Montpellier, & qui y écrivoit en 1505. liv. 4. au chap. du Mouton, Brebis, &c. fol. m. 44. t. Or deſ'agneaux il y en a des maſſes & des ſemelles. L'on garde les ſemelles voulontiers pour mul- A L A. A L B. tiplier, & des maſſes l'en choiſe le meilleur & le plus ſort pour ſouvrir à gouverner les brebis. Les autres, tandis qu'ils alaïctent, en les vend aux Boucliers, ou l'on les choiſre au cinquième mois au comp. Et cette ſignification, que j'appelle active, du verbe allaïcter, duroit encore du temps de Nicot, qui appelle un enfant à la mammelle, enfant qui allaïcte, & qui nomme cet enfant en Latin Icctes port. Les Faits & Gelles de Godriſmy de Bouillon, dans un des chapitres de la pren iere Partie: Car miraculeusement vint en la maïzen une belle chievre blanche, laquelle benignement ſe approche des ſepts petits enſans, en leur preſentant ſon laïct, & ils l'alaïctent naturellement comme leur nourrice. Et plus bas: Et ainsi cette chievre blanche allaïctoit continuellement ces poires petits enſans. Un ancien Picautier François, imprimé en Gothique environ l'an 1460. Pl. 10. Et tu as parfaicte la louange de la bouche des petits enſans & des alaïctans. Et la Légende Dorée, édition de 1476. ſur la fin de celle de Sainte Paule: Eufloche, fille d'icelle, ne pouvoit eſtre traitle de deſſus ſa mere, ainsi comme ſe elle alaïctoit, & la baiſoit. Perceforet, vol. 1. chap. 146. Et leur ſut advis que chaſcun chevroit alaïctoit ſa mere. Et au chap. 161. Dont c'eſt dommage qu'ils, empreignent ſi toſt les peſans faite, quand leurs os & leurs nerſs alaïctent encore & croiſſent. Le Duchat.
ALAMBIC. Scaliger dans ſes Notes ſur le Culex de Virgile, dit que les Arabes l'ont formé de leur article al, & d'auſſe, qu'Héſychius explique par Aſſa, uſſin; & qu'Athcnée met au nombre des coupes, comme fait auſſi Dioſcoride, dont Pline traduſſant les paroles, explique auſſe, par calix. Caſeneuve. Voyez ALEMBIC.
ALARME. De l'Italien all'arme. Gridare all'arme, c'eſt-à-dire crier aux armes. M.
ALATERNE. Arbre. Furetiere dans ſon Dictionnaire, au mot aile: Aile, en termes de Botaniques, ſe dit des branches, ou des ſenilles qui pouſſent à coſte l'une de l'autre. ſur les riges des arbres ou des plantes: d'où eſt venu le nom d'alaternus. Voyez ci-deſſous Pimprenelle. M. cet albâtre *buiou* *bissou*, *vaseulum* *virreum*, ont cru qu'il étoit de verre, & que cette femme, pour répandre plutôt & plus aisément l'huile, rompit l'ouverture, qui étoit étroite. *Vergy*. **ALBERGE.** C'est un mot Arabe, si on en croit Monsieur de Saumalise. Voici ses termes, qui sont du chap. 68. de ses Homonymes des Plantes; *Sum* & *in eo genere* (il parle des péches) que alberica *vocantur*, *Gallicè alberges*: *corrupta* *hac appellatione ex Arabico* *albebegi*, *vel albegi*, *Apud* *Atolimum* *ita scribitor*, *ut legi* *pofitt* *allebach*. *Vetus* *interpres* *feripse* *allabuch*. *Quoquomodo* *legatur*, *certum est* *hinc nomen* *invenisse* *alberica*. Je doute fort de cette étymologie dont M. de Saumalise parle avec tant de certitude. Et je croirois plutôt que les alberges auroient été ainsi appelés de la blancheur de leur chair. *Albus*, *alba*, *albarius*, *albaricus*, *albarica*, *albarica*, **ALBERGE**, Et je vois que c'est l'opinion des Médecins de Lyon. *Altera* *species* *est* *eorum*; dit, ni-ils a la page 294. du 1. volume, en parlant des péches; que duracina *Latini* *vocarum*, *Graci* *quidam* *rhodacena*. Duracina *quidem*, *non quod* *servari* *pofitt* *diutius*, *sed ob* *carnis* *duriorem* *ae* *solidiorem* *callum*: *rhodacena* *vero*, *aut* *quod* *odoris* *fuguitate* *rosam* *imitentur*, *aut* *quod* *plerumque* *roseo* *colore*, *id est* *rubro*, *altera* *fui* *parteniteant*: *Gallorum* *alii* *preises*, & *perfess*, *vocant*: *alii* *auberges*; *præfertim* *scandida* *eorum* *pulpa* *fuerit*; *alii* *myrecotons*, *si lutea*, *veluti* *Cydoniorum*. M. **ALBERGE.** Cette Pêche nous est venue du Languedoc environ l'an 1540. Mais en vingt ans de temps on en fit venir une si grande quantité de greffes, qu'en 1560, il y avoit à Paris peu de jardins où on n'en trouvât des arbres. Joan. Bruyerinus, *De re cibaria*, liv. xi. chap. 15. *De Persicis malis*: *Quin etiam quadam* *profert* *Narbonesis Gallia* *Auberica*, *modica* *magnitudinis* *fucavitatisque* *non ingrata*. *Arbor* *intra viginti* *amos* *in Franciam* *translata*, *nunc* *Luteia* *frequent*. *Plures vidimus* *illic* *in horto* (*in suburbis Germanis*) *Dionisii* *Coronet*, *viri* *omnium* *bonarum* *doltrinarum* *parentis*. Cet Auteur vivoit en 1560. *Le Duchat*. **ALBERGUE.** C'est une espèce de Cens qu'on paye en certains endroits du Royaume, & particulièrement en Guienne: duquel on a autrefois composé, pour s'exempter du logement des gens de guerre. Aussi est-il formé de *Heribergam*, qui étoit parmi nos anciens François, un camp ou un logement de gens de guerre: de *heri*, qui en Langue Tioise, signifioit *armée*. Le Glossaire que Juste Lipse a donné dans son 3. livre des Epîtres *ad Belgas*, *Heribergas*, *castea*, *Charles le Chauve*, dans ses Capitulaires, Titre 3. chap 17. *Heribergam* *nostrum*, *quod præterito* *anno fieri* *suffimus*. De la fut formé le verbe *heribergare*, qui signifie *loger* des gens de guerre, ou *contribuer* à leur logement. Les Capitulaires de Charlemagne, livre 3. chapitre 68. *Us non per aliquam* *occasionem*, *nec pro Wacha*, *nec de Scara*, *nec de Wardea*, *nec pro heribergare*, *nec pro aliobanno*, *heribannum* *Comes* *exactare* *præfumat*. De *heribergare* on fit *albergare*, qui signifie même chose. Les Constitutions de Raimond, Comte de Toulouse, que Papirius Maïlo a données dans les Annales: *Item*, *Satuimus*, *ne Baronet*, *milites*, & *alii homines* *nostri*, *Abbatias*, *grangias*, & *alias* *domos* *Religiosas*, *importunitate* *albergandi* *opprimere præfumant*. Il est bien vrai que déjà *albergaria* se prenoit pour toute sorte de logement. Jean Belly, dans les Preuves de son Histoire des Comtes de Poitiers, & Ducs de Guienne, rapporte une Charte de Guillaume Gaufred, Duc de Guienne, qu'il a extraite des Archives du Mouflier-ueuf de Poitiers, où se lisent ces paroles: *Ut nullus meorum*, *non filius*, *non filia*, *non xeer*, *non aliqui* *propinquus*, *non Dapifer*, *non Prapositus*, *non Mariscaleus*, *non Serviens*, *aut in aliquo* *ministerio positus*, *Monachos jam* *diti* *Monasterii*, *aut homines eorum*, *in quocumque loco eorum habitent*, *cogat sibi prabere albergariam* *aut hospitum*. Et un autre Acte extrait du même lieu & du même Duc: *Et concedo omnia, ad ipsum* *Monasterium pertinentia*, *libera ab hospitio* & *Albergaria*; *ficus Pater meus voluit*, & *in sit est* *ea libera* & *quieta*. Dans un Acte de l'Hôtel de Ville de Toulouse, daté de l'an 1204. *Albergatores*, & *Albergatrices*, signifient de *Hofes* & les *Hofesses* qui logeolent les Pelerins, dans une rue appelée pour cette raison de *Albergariis*: *Quod postquam* *Peregrini*, *vel Romevi* *venerint in Carria* de *Albergariis* de Ponte; *Albergatores* *vel Albergatrices* *non recipiant Peregrinos nec Romevas*. D'où vient aussi qu'en Italien *albergare* signifie *loger*; & *albergo*, *Logis* & *Hofellerie*. Ce droit d'Albergue est appelé *Albergaria*, aux Décrétales, chap. *Praterna* 25. de *Jure Patronatus*; que la Gloix explique mal, *Palliones*, que debentur pro *comestionibus*. Les François disent encore *Hebergement* ou *Héberge*, pour logement. La Coutume d'Anjou art. 30. *Celui qui tient à foi* & *hommage* le *hébergement* où il demeure. Celle de Normandie, art. 356. & celle de la Marche, art. 175. prennent aussi *hébergement* en ce sens. Les Courumes de Calais, art. 180. de Bourbonnois, art. 512. & les Nouvelles de Paris, art. 194. se servent du mot *Héberge*, pour dire *Logement*. Caïeneuve. **ALBERT.** Nom propre d'homme. C'est un mot Saxon, qui signifie *tout illustre*. *Bere* en Langue Saxonne signifie *illustre*, & *al* signifie *tout-à-fait*. Voyez ci-dessous au mot *Berte*, & *Camlden* dans son chapitre des mots Anglo-Saxons. M. **ALBERT.** C'est une contraction d'*Adelbert*, mot composé d'*Adel* & de *bert*, qui signifie *illustre* en *noblesse*. M. Frisch m'a fait remarquer cela. *Le Duchat*. Selon Wachter *all* est une particule intensive, qui augmente le sens dans les composés; & de cette manière *Albert* signifiera très-illustre, comme *Alaric*, très-puissant, &c. Voyez Wachter, *Glosser German*, au mot *All*. **ALBICORE.** Sorte de gros poisson, ainsi appelé à caule d'une espèce de pièce blanche qu'il a sur l'endroit du cœur. Jean Ouington, dans ses Voyages, page 44. dit qu'il a vu une chose singulière d'un *Albicore*, d'où il conclud que les poissons ne dorment pas; ce qui ne les empêche pas de vivre plus longtemps que les autres animaux. Nous harponnâmes, dit-il, sur la queue un *Albicore*, qui cependant échapa, en arrachant le crochet qui le tenoit. Ce même poisson suivit notre *Vaisseau* pendant une semaine entière, lors même que nous faisions par jour deux degrés, c'est-à-dire cent-vinge milles. Nous le voyons le matin dès que nous pouvions discerner les objets, & nous ne le perdons que lorsque l'obécurité de la nuit le dérobait à nos yeux. Ce qui nous le faisoit distinguer étoit la large blessure qu'il avoit sur la queue, & qu'il a étoit faite en arrachant le crochet du harpon. En un mot, il faisoit constamment la même route, & il allait aussi vite que nous. Ce que Jean Ouington vient de rapporter, peut bien prouver que ce poisson n'avoit pas dormi d'une semaine; mais ce n'est pas la une preuve A L B. A L C. que les poiffons ne dorment jamais. Et si cet *Albiage* s'obtina à suivre le Vaiffeau il long-temps, n'étoit-ce pas plutôt par un instinct qui le portoit à tâcher de se venger de ceux qui l'avoient bleifé : *Vergy*. **ALBIGEOIS.** Hérétiques. De la Ville d'Albi, où ces Hérétiques enseignoient leur doctrine. Un certain Pierre Bruis, Provençal, l'enseigna premièrement en Provence l'an 1140, d'où ayant été chaffé, il paifia le Rhône, & alla en Languedoc : & vingt ans après il fut brûlé à Saint Gilles. Ses fectateurs furent condamnés au Concile de Latran en 1150, & l'article de ce Concile, où il est fait mention de leur condamnation, porte qu'ils enseignoient leur fauffe doctrine, dans la Gascogne, dans l'Albigeois, & vers Touloule, sous le nom de *Cathares*, ou *Puritains*. Hugue, dans son Appendice, appelle l'héréfée des Albigeois l'héréfée des Bulgares. Et de-là vient que dans les anciens Titres écrits en langage François, ou Gafcon, ces Hérétiques font appellés *Boulgres* : c'est-à-dire, fectateurs de l'héréfée des Bulgares, qui étoient Manicheens. Voyez ci-dessous au mot *bougre*, & M. de Marca livre VIII, de son Histoire de Bearn, chap. 14. M. **ALBIN d'auf.** D'albinum, diminutif d'album. L'ancien Dictionnaire Latin-François du P. Labbe : **ALBUMEN. Albin d'auf.** M. **ALBRENT.** C'est un petit Canard sauvage. Joachim Périon, Jean Picard, & plusieurs autres, ont remarqué qu'il est formé de *Bivry*, qui signifie un *Canard*. Caïeneuve. Voyez **HALBRAN.** **ALBRET.** Nom de Duché. De *Leporetum*. M. de Valois, dans sa Notice des Gaules, au mot *leporetum* : *Vicus est Leporetum in arenis Burdigalensis vel Vafatenfibus, alias, truncato nomine, Lepretum, à re nomen habens, vulgo Labrit dictus, litteris E in A, P in B, & E in I conversis*. Labritum *nostri postea in Albretum mutavere; alias Alebret, quasi ad Lepretum*. Labret *Annales Flandrenis m dicunt. Pagus leporetarius, qui nunc in Ducatus fustigium evellus est, à vice isto nomen accepit, appellaturque l'Albret. Ab eodem vice cognominata familia Leporetana, vel Albretana. Arena autem Burdigalensis, les Landes de Bourdeaux, alias arena vel Landa Vafatenfesi, les Landes de Bazas dicita, falsum plena, à Martianensi Vicecomitatu, Scialocis (la Chaloffe) proximo, lato ad Oceanum versus promittuntur, & frogem quidem steriles sunt, sed leporibus fcatent : à quibus vigum Leporetum, vel Lepretum in prifcis monumentis vocari observavere Andreas Chesnius, & Othenarius. Aiunt leporem hodieque Bret indigenis appellari. M.* **ALCAIDE.** C'est le nom d'un Juge & Gouverneur d'une Ville de Barbarie; c'est aussi le nom d'un Juge Espagnol, & les Espagnols qui ont pris ce mot des Maures, disent aussi *Alcade*, & *Alcaide* par corruption, Il y a un *Alcade* de la Cour ou de la Maison Royale : c'est ce que nous appelons Grand-Prevôt de l'Hôtel. Diego de Torres, dans sa Relation ou Histoire des Chérifs, dit que les Puîres du Roi de Maroc ses frères & ses parents, sont au nombre des principaux *Alcaides*, que ce Roi a un *Alcaide* qui a charge de commander aux Ministres de la Justice, & de faire les exécutions secrètes, comme d'arrêter quelque *Alcaide* ou Seigneur; qu'il y a un autre *Alcaide*, A L C. A L D. A L E. 3t qui est comme Maître des Cérémonies, un autre qui a l'Office de Grand Ecuyer; un *Alcaide* des chameaux, qui a soin de les faire panier, &c. Ce mot vient de l'article *al*, & du verbe *Arabe Kada*, qui signifie gouverner, régir, administrer, être Gouverneur. Son participe actif est *Kaid*, dont on a fait aussi un nom appellatif, qui, chez les Arabes, signifie Gouverneur, Chef, Juge, &c.* **ALCANGE.** Nom d'herbe, dite en Latin *halicacabum*, & *vesicaria*. D'*halicacabum*. *Halicacabum, halicacabum, halicabum, halicabum, halicabum*, **ALCANGE. M.** Voyez **ALQUAGUENGE.** **ALCHERMES.** Voyez *Confection d'albermes*. M. **ALCHYMIE.** Voyez *alquemie*. M. **ALCORAN.** C'est un mot Arabe, qui signifie *Recueil de préceptes*, & qui est composé de l'article *al*, & de *coran*, ou *kpran*, qui vient de la racine *Kara*, qui signifie *coacervavit, coagessit*. Il signifie aussi *legit*. Et suivant cette signification, on pourrait dire que les Turcs (a) ont appellé leur Loi *alcoran*, comme les Hébreux ont appellé la leur **NYPTO** *micra*, c'est-à-dire, *lelis*. Les Turcs appellent aussi leur Loi *elphorcan* : qui vient de la racine *pharaca*, qui signifie *separavit, divisit : quasi liber discretivus : quod vera à falsis distinguat*. Voyez, je vous prie M. de Saumais dans ses Prolégomenes sur Solin. M. **ALCOVE.** De l'Espagnol *alcova*, ou *alcoba*, qui signifie la même chose, & qui vient de l'Arabe *alcobba*, qui signifie *conclave camerati operis, quo lelis circumdatur*, comme l'explique M. Bochart, dans son livre des Animaux de l'Écriture Sainte. M. **ALDERMAN.** C'est un mot Anglois, qui signifie *Echevin* : Et qui a été formé de celui d'*alder*, qui veut dire *vieux*, & de celui de *man*, qui signifie *homme*. Polydore Virgile dans son Histoire d'Angleterre, en la Vie de Richart I. *Sani Civitas in quatuor & viginti dividiturregians, quas Custodias nuncupant*, (Il parle de Londres) *quibus singulis singuli prasum Aldermani : id est Senatores. Nam elder Anglice senior, & man, homo dicitur. Sed E littera in A, soni cauia, mutata, Aldermani vocantur*. Voyez ci-dessous *Stathodder*. M. **ALECTRIOMANTIE.** C'est-à-dire *divination par le coq*; ce mot est Grec *l'abixuo*, signifie un coq, & *parria*, divination. Pour faire entendre comment se pratiquoit cette manière de deviner, je rapporterai ce trait connu de l'Histoire de l'Empereur Valens, lequel ayant voulu s'avoir par la magie, le nom de son successeur, s'adressa au Philosophe Jamblique, qui traça sur la terre un grand cercle, au tour duquel ayant marqué toutes les lettres de l'alphabet, il mit un grain de blé sur chaque lettre, & fit entrer un coq dans ce cercle. Pendant que ce prétendu Magicien disoit tous bas quelques paroles magiques, on étoit attentif aux grains que le coq bequeteroit les premiers, qui furent ceux qui avoient été mis sur les (a) Il falloit dire les Arabes, ou les Musulmans; les Turcs n'étant pas les premiers qui ont nommé la Loi de Mahomet *alcoran*, puisqu'elle fut ainsi nommée par Mahomet lui-même. lettres e. e. o. a. L'Empereur pour être plus sûr de ce qu'il souhaitoit sçavoir, voulut que le Magicien, les yeux handés, touchât lui-même du bout de sa baguette au hazard, des lettres du cercle ; & ayant touché les mêmes que celles dont le coq avoit mangé les grains qui étoient dessus ; l'Empereur se perfuada que le nom de son successeur commenceroit par ces lettres. THEOD. Desluns il forma le dessein de faire mourir toutes les personnes de considération, dont le nom commençoit par ces lettres, & fit périr en effet plusieurs Officiers de distinction, sans penser à Theodose, qui lui succéda. Du reste, Ammien Marcelin, Liv. 19, sur l'an 371, prétend avec Sozoméne, que le sort employé en cette occasion, fut la *Dachytonantie*, c'est-à-dire, la Divination qui se fait par un anneau. *Vergy*.
ALEMBIC. De l'article Arabe al, & du mot Grec ἀμεῖς, qui se trouve pour une espece de vaisseau dans Athénée, liv. xi. & dans Dioscoride, liv. v. chapitre 110. Casaubon, liv. xi. de ses Animadversions sur Athénée, chapitre 8. expliquant le mot ἀμεῖς : Ambix, *Vasis nomen quo Antiqui ita fermé utebantur ut nos hodie eo quod sermo vernaculus alambicem vocat. Ejus mentio in Graecorum Medicorum libris : ut apud Dioscoridem, libro v. ubi Plinius calicem vertere maluis Graea alia dictione, quam istam retinere. Arabes primi frequentarunt huius vasis usum, a quibus nos didicisse testatur nomen hybrida. Ejusdem natura cum alia vocabula quadam sunt; tum in primis famosissima artis Alchymia nomen, &c. Scaliger, sur le Culex de Virgile : Arabes, addito suo al, plerique Graea ad morem suum interpolarunt. Ut Liber Prolemal est Almageste : est enim à μυγίω φωγιωλία. Sic Alchymia, χωμία, & Alchymista, χωμίω. Sic Almanak, *Kalendarium, μυωκές à luna & mensibus : unde circulus Lunaris apud Vitruvium, μυωκές. Sic ALEMBIC à Graea ἀμεῖς apud Dioscoridem. Vossus dit la même chose dans le livre 1. de son de origine & progressu Idolelaria, chapitre 63. & dans son de *Vitis sermonis* livre 2. chapitre 2. 9. Du nom d'Alembic, on a fait le verbe ALEMBIQUER. M. Voyez ALAMBIC. Guichard tire le Grec ἀμεῖς, de l'Hébreu מֵהִיא abik, mot Talmudique, qui signifie un tuyau ou un canal par lequel l'eau coule dans un bain. Mais Matthäus Silvaticus, dans ses Pandectes de Médecine, dit que ce mot est Arabe, & signifie la partie supérieure du vaisseau distillatoire. Je crois qu'il a raison. On trouve dans Avicenne alambik, pour signifier alambic, vaisseau distillatoire : ce mot vient du verbe Arabe nabaka, qui à la huitième conjugaison *intabaka*, signifie *eduxit*, *elicoit*, il a tiré, d'où se forme le nom *ambik* ou *embik*, & avec l'article *alambik* ou *alembik*, d'où nous avons fait *alambic* ou *alembik*, en changeant l'n en m, sans rien changer au son ni à la prononciation. C'est aussi le sentiment de Monsieur d'Herthelot.
ALENOIS. Voyez *cresson alenois*. M. ALENOIS. Cresson Alenois. Fauchet dit, que dans les Cris de Paris de Guillaume de la Villeneuve, il est appelé *Cresson Orlenois*. Peut-être pour *Orleanois*. Huet.
ALERIONS. On appelloit ainsi anciennement une sorte d'Aigle. Guyot de Provius, qui vivait du tems de Philippe Auguste : Vers Dieu, qui li se fait savoir La droite voye, que Fanconi Ne Aigles, ne Alérions Ne peusse n' voir si clair. Et de-là vient que nos Anciens, parlant des seize alérions de armes de la Maison de Montmorency, les appellent *aiglettes*, & les figurent avec les ailes rabattues, & le plus souvent avec un bec & des pieds ; comme des petites aigles. Voyez André du Chesne, au chapitre 3. du livre premier de son Histoire de Montmorency : où il remarque qu'il n'y avoit pas cent ans que l'usage avoit prévalu de nommer *alérion* ces seize aiglettes, & de les représenter à ailes étendues, sans pieds & sans bec. C'est ce qui me fait croire que le mot *alérion* a été fait d'*alario*, contraction d'*aquilario*, augmentatif d'*aquila*; & non pas d'*alario* fait d'*ala*. Et ce qui me confirme dans cette créance, c'est cet endroit de Jean de Salébery, liv. 1. de son Polycraique, chapitre 13. *Aquila namque sicut rex avium est*, si non *alarionem excipius*; que sorte *aquilarum species potentissima*, omnium avium, si contra loquatur, *sidem evacuat*. Et ainsi ce que dit du Chesne que les alérions sont des petites aigles, ne seroit pas véritable. M.