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03.0 Dictionnaire etymologique — AORTE – ATITRER

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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AORTE. C'est ainsi qu'on appelle la grande artere ou le grand vaisseau qui sort du ventricule gauche du cœur pour porter le sang dans tout le corps. Ce mot vient du Grec aouru, qui signifie la même chose que ayyous, c'est-à-dire, vas, vaisseau. L'aorte est le grand vaisseau du sang, le vaisseau par excellence. AOSTE ou AOUSTE. C'est un nom propre de quelques lieux. Il a été fait par corruption de Aorosta ou de Aorostum. Il y a Aoste ou Aoste, Ville dans la Savoie sur la Doere; c'étoit autre- A O U. A P A. fois *Augusta Pratoria*, ou *Augusta Sclavorum*. On prétend que l'Empereur Auguste en fut le Fondateur, & qu'il y envoya une Colonie Romaine. La vallée d'Aoste, autrement le val d'Aoste, c'est-à-dire la vallée dans laquelle est située cette ville, s'appelloit *Vallis Augustana*. C'est ainsi que d'*Augustus*, nom d'un des mois de l'année, nous avons fait *Août*. A O U. Nom propre d'un S. Evêque de Bourges, vers le commencement du neuvième siècle. Ce nom a été fait par corruption du Latin *Aygulphus*, *Agiulphus*, *Aiulphus*, mais en plusieurs matières; car on dit S. *Aou*, ou S. *Au*, ou S. *Hon*, ou S. *Aiou*, ou S. *Ayeul*. A O U I L L E R. Alain Chartier, au Quadrilogue investif, page 414. de ses Œuvres : *Et en pourrez tant user & si longuement vous y annuler, que trop en avoir pris vous sera joustrieux à toujours*. D'*adstantillare*, fait d'*ad* & de *satullus*, d'où nous avons fait *saoul*. S'*annuler*, c'est *se saoul*. Le Duchat. A O U R C E R. S'*aourcer*, c'est-à-dire *se jeter sur quelqu'un*. Le Roman de la Rose, fol. 57. v. *Ses cheveux luy rompt & deffire* *Le jaloux, & sur lui s'aource* *Comme fait ung Lyon sur l'Ours.* Peut être d'*adursare*, fait d'*ad* & d'*ursa*; ou plutôt d'*adoriri*, c'est-à-dire *attaquer*. Le Duchat. A O U R N E R. C'est un vieux mot François, qui signifie *orner, accommoder, ajuster*. Le Sire de Joinville, en la Vie de Saint Louis, page 7. Il *disoit que on se devoit porter, voftir, & aourner chacun selon sa condition*. Maître François I. 39. *Comment, dis? Poncocrates, jurez-vous, Frere Jean? Ce n'est, dis? le Moine, que pour aorner mon langage*. Et II. 5. *Car, disoit-il, au monde n'y a livres tant beaux, tant aorris, comme sont les textes des Pandelles*. D'*adornare*. Id. A O U S E. Le Roman de la Rose, fol. 51. v. *Femmes sont si très-accusées,* *Qu'elles ne quierent que bouffées.* C'est peut-être *avissées*, ou *osées*; ou plutôt *aissées*, d'*adustatus*, fait d'*ad* & d'*usus*, comme *rusé de renfus*. Le Duchat. A P A N A G E. Du Tillet, dans ses Mémoires, le dérive de *anysic*, qu'il dit *signifier* *sustentation*, ou *provision*: ce qui ne m'est pas connu. *anysic* se trouve dans Codin pour du *pain* *benit*: qui est un mot composé de *anisic* & d'*anisic*; c'est-à-dire, *pain saint*: car *anisic* est un mot Messapien, qui signifie du *pain*, & d'où le mot Latin *panis* a été fait, selon la remarque d'Athénée, au livre 3. de ses Dipnosophistes. Mais pour *anysic*, je ne crois pas qu'il se trouve dans aucun Auteur. Hotman dans sa Gaule Françoise, au chapitre 9. & dans son *Matago de Matagonibus*, le dérive du mot Celtique *abbanzen*, qui signifie *exclure*; les puissés des Rois de France, au moyen de leur apanage, étant exclus de la part qu'ils eussent plus légitimement prétendre dans la succession de leur pere. Ragnoux dans son Indice, & le P. Labbe dans ses Etymologies Françoise, pag. 9. sont du même avis. Il est à remarquer que sous les deux premières notes de nos Rois, les Fils de France puissés partageaient également avec leur frere aîné, & qu'ils possédoient leurs portions à titre de Royaume. Choppin, au chap. 3. du livre de son Traité du Domaine de France, après avoir rapporté diverses opinions touchant l'étymologie du mot *apanage*, entre lesquelles il n'oublie pas celle d'*annagium* & d'*abannagium*, dont il fera parlé ci-après, conclut enfin que ce mot a été dit de *anisic* & *anisic*, c'est-à-dire, *tout-saint*; le Domaine du Roi, d'où on prend l'apanage, étant comme sacré. Spelman, dans son Glossaire, incline à le faire venir d'*appendice*. Si *vero, quod antiquum & vulgarum est, scribendum sit* *appendagium, haud vidon cum non dicatur ab appendendo, quasi appendagium junioris filii, vel* *appendagium Coronae Francie: propterea quod res ipsa in iunc modum data ejusdem sunt appendices, & quales in Divi Eduardi legibus* *appendicia Coronae Regni Britanniae nuncupantur*. M. Besly, Avocat du Roi de Fontenay-le-Corne, dans une de ses Lettres qui m'a été communiquée par M. du Puy, Conseiller d'Etat, le fait venir de *pafus*: d'où il dit que nous avons fait premièrement *pas*, pour *paf*, & que de *pas* nous avons fait ensuite *paage*, trifyllabe; & ensuite *panage*, pour éviter la cacophonie; & enfin *apanage*. D'autres le dérivent de *panis*. Nicot : *Et estiment aucun que ce mot appenage, vienne de cet autre pain, prins en si large signification que lechem en Hebrieu, c'est-à-dire pour tout aliment de l'homme: comme de vie, viage; de part, partage; & semblable: car l'apanage se baille aux enfants de France, autres que Dauphin, pour entretenir leur estat & maison*. Pasquier semble être du même avis. *Anregard*, dit-il, de l'apanage, qui a exercité plusieurs esprits de la France, pour savoir dont il prenait son origine; il est certain que tant sous la première que seconde lignée de nos Rois, même bien avant sous la troisième, les apanages étaient incuençés entre les enfants puissés de la Couronne, tels que nous les observons aujourd'hui. Paul Emile, auteur duquel je fais grand compte entre tous nos Historiographes, dit que Baudouin, Comte de Flandre, & Louis, Comte de Blois, s'estant croisez avec le Vénicien, Baudouin s'estant emparé de l'Empire de Constantinople, départit entre les principaux Capitaines quelques provinces, par forme de panage. Henri Etienne, p. 154. de son Dialogue du Nouveau Langage François Italianisé, dit la même chose. Et ce qui rend cette étymologie assez vrai-semblable, c'est qu'on s'est servi du mot de *pain*, pour signifier toute sorte d'aliment de l'homme. Aniquelle ix. 2. *Ad Herodem adit, nobis praesentibus, palliatus quispiam & crinitus, barbaque prope ad pobem usque perrettâ, ac petit as sibi dari in dyrus* Marc Auréle, liv. 4. *dyrus in lyu, qout, epi iusitu 79 1/2u*. Et il se trouve en cette signification dans l'Oraison Dominicale : Et dans cet endroit de la 2. aux Corinthiens ix. 9. *Qui autem adminisfria semen seminanti, & panum ad manducandum prohibitis*: Et dans celui-ci du 1. de Ruch : *Quid coiffastis populum sumo dando eis panum*. Et dans cet autre d'Isaie III. 7. *Et respondabit in die illa dicens, Non sum Medicus; & in domo mea non est panis, neque vestimentum*. Les Ebreux, comme l'a remarqué Nicot, ont usé ainsi largement du mot *can* le-chum, qui signifie *pain*, pour toutes sortes de vivres. Et quelques Auteurs, & eux autres Paul Emile, liv. 6. en la Vie de Philippe Auguste, ont dit *panagium*, & non *pas* *appanagium*. Et *panagium au* 70. roit été formé de *panis*, comme de *vinum*, *vinagium*, de *potus*, *potagium*, & de *homo homagium* : Et on auroit dit *panagium* de *panis*, pour signifier une pension, une subsistance, comme on a dit *salaire*, de *sal* : Et on y auroit ajouté un A, comme en plusieurs autres mots. Antoine Loisel, après avoir improuvé cette étymologie, & celle de *wā ʾāʾ* , le fait venir d'*appennur*. Voici sa remarque, qui n'a été communiquée par M. Joly, Chanoine de Paris, son petit fils : *Tout ainsi que Caton disoit*, Gallia duas res studiosisime persequit, rem militarem, & argute *foqui* ; *ainsi nous avons aimé en France le parler court, signifiant, figuré par métaphore ou translations & similitudes, allégères ou énigmes, comme en ce que l'on dit* ; Tant que le Seigneur dort, le vaissal veille, pour signifier que le vaissal fait les fruits siens si le Seigneur l'endort en sa saisse. Item, que le Royaume ne tombe point en quenouille, pour dire que les femmes n'y succèdent point. Item, que le Roi sied en son lit de Justice, pour montrer qu'en se reposant, son esprit est plus en repos pour rendre justice. Que les aïssiez ont le vol du chapon et sies par précipite, en signifiant le territoire de leur avantage d'aïssise, & autres celles façons de parler. Je croy aussi que notre mot d'appennage se dit en cette forme & figure, & que c'est se donner trop de peine de le faire venir de pain ; ou de *wā ʾāʾ* ; & que tout ainsi que l'on dit rogner les ailes à celui que l'on veut assidifier, & que *Philippus de Commines*, qui tenoit encore de notre vieil Gaulois François, dit en son Histoire du Roy Charles VIII. qu'il ne faisoit que faillir du nid lorsqu'il entreprit le voyage de Naples. Et comme Ciceron dit au III. livre de son Orateur, en se raillant d'un Orateur nommé Corax, Coracem istum vestrum patiamur nos quidem pullos suos excludere è nido ; ainsi disoit-on que l'on appennoit les enfans sortans de minorité & prests à sortir de la maison de leurs peres pour chercher à faire fortune, commencans par maniere de dire, à voler d'eux-mesmes ; ainsi qu'on dit appenner une flèche ou un materas, & un materas desempenné : *Aussi le mot d'appenner & appennage ne se dit pas seulement des enfans des Rois, mais aussi des Seigneurs & Gentilichommes, ainsi qu'il apprit par plusieurs Coulommes anciennes, & en uſe-t-on mesme en parlant des filles qui sont mises hors la maison de leurs peres & frees par mariage. Ce qui pourroit procéder de ce qu'en plusieurs pays les plusfrez des grands, estans faits majeurs, avuiens pour une partage la levée de quelques gens de leurs pays pour aller brusquer fortum ailleurs, signamment depuis que les Danois & Normans, Saxons & autres nations Septentrionales sont venues par deça, ainsi qu'il se voit parce que Thomas Waisinghen en son Hypodigma Neustriae en écrit :* Olim mon erat in Dacia, (Dacia est ici pour Dania) cum repleta esset terra hominibus, ut, sancta lege, per Reges illius terræ cogerenur juniores de propriis sedibus emigrare. Nam pater adultos filios cunctos à se pellebat præter unum, quem hæredem sui juris relinquebat. Et Lambert de Scarnahure sur l'année 1070. In Comitatus Balduini qu'que familiâ, id multis hinc seculis servabarum, quasi sanctum lege perpetua, ut unus filiorum qui patri potissimum placuitser, nomen partis acciperet, & toetus Flandriae Principatum solus hereditaria successione obtineret : cæteri vero fratres, aut huic subditi dictoque obtemperantes ingloriam vitam ducerent, aut perogre profecti, magis propriis rebus gestis flutere contenderent, quam desidiæ ac socordia* dediti egestatem suam vana majorum opinione consolatentur. Hoc scilicet fiebat, ne in plures divisa Provincia, claritas illus familiae per inopiam rei familiaris obsolecctet. *A quy en peu adjongter ce qu'on lit dans Asso, (a) liv. 11. de la vie de Saint Bercher, & dans Gemetienis des Ducs de Normandie. Je croy doncques qu'appenner se dit comme qui diroit donner des pennes, c'est-à-dire, des plumes & moyens aux jeunes Seigneurs sortans du nid & de la maison de leurs peres, pour commencer à voler & faire fortune par quelques exploits de guerre, mariage ou autrement, comme Dieu les conduira : ce que depuis nos Rois plus pacifiques & justiciers ont depuis changé en domaines de quelques Ducs & Comtes de leur Royaume, selon les loix de l'appennage de Charles le Sage. Pierre Pithou, dans ses Mémoires des Comtes de Champagne, dit, qu'apanage est un mot purement François, comme celui de son larage. Et à ce propos il est à remarquer, que Joannes Faber, le Prince de nos anciens Docteurs Praticiens, sur le Titre des Institutes de legitima agnatorum successione, appelle annagium la Légitime des aînés nobles. ¶ Ce sont toutes les opinions touchant l'étymologie du mot apanage, qui sont venues à ma connoissance : dont la plus vrai-semblable, selon moi, est celle qui fait venir ce mot François du Latin *panis*. Et c'est aussi celle qui a été préférée aux autres par M. de Caseneuve, & par M. du Cange, fameux étymologistes. M. Voyez APPAINAGE.* Je crois qu'Apanage vient de la particule *ab*, & d'annagium, pour *ante natum*, comme qui diroit sous-ainage, & que ce mot signifie proprement la portion des fils qui ne sont pas les aînés d'une maison. Ainsi *Apanage* est une portion de la part de l'aîné, pour en accommoder les cadets. Monstrelet, édit. de 1511. vol. 3. fol. 276. a, rapporte en ces termes un des Articles de la Paix de Conflans : *Item, le Duc de Berry, seul frère du Roy, pour son partage du Royaume de France, auroit le Duché de Normandie par empennage, pour lui & pour ses hoirs maïtes. Le Duchat.*
APARINE. Simple, appelée autrement *grateron*. Du Latin *aparine*, fait du Grec *ἀνυρίω*, formé d'*ἀνυρίω*, ἀνυρίω, ἀνυρίω, ἀνυρίω, ἀνυρίω, c'est-à-dire, *mollicella*, *tenella*, *delicata*. Bodæus à Stapel, qui croit qu'*ἀνυρίω* a été dit *quasi* *ἀνυρίω*, *quod semine orbata videtur*, n'a pas bien rencontré. C'est à la page 883. M.
APARITOIRE. Herbe. De *parietaria*. C'est ainsi que les Latins ont nommé ce simple : & *muralium* : à cause qu'il vient d'ordinaire sur les vieilles murailles. On l'appelle autrement, & plus communément, *parietaire*. M.
APAS. Lat. *eſca*: Gr. *Klaup*. De *pastus*, *Pastus*, *adpastus*, *appastus*, APAS. M.
APATISSER. Vieux mot qui signifie *imposer tailles, faire contribuer les Garnisons des places voisines*. Juvénal des Urins, Eteque de Beauvais, dans la Lettre au Roi Charles VIII. pendant les Etats d'Orléans l'an 1439. *Appatissoient les villaiges. Tellement qu'une pauvre villaige estoit apparis à huit ou dix places. Et si on ne payoit, on alloit mettre le feu et villaiges*. Et en sa Lettre envoyée aux Etats de Blois six ans devant, parlant des misères de son Diocese : *Esquelles chutes le pauvre peuple de tous Etats cuidant mettre remède, délibéra* (a) *Acta Sanctorum & Breud, Adso Sacul, II. p. 831, & seq.* de soy appeticher à la Garnison plus prochaine. Mais tantos toutes les autres Garnisons commencèrent à courir les villaiges, voulant avoir paris. Le livre des IV. Dames : Es dofir tient tout apatis. Man vouloir qui est somatis. Alain Chartier au Lay de paix, pag. 544. Pastissages Et truages Tailles pour payer les gaiges, &c. De palticiaire. Paul Emile, en la Vie de Charles VII. Pacem qui circumcolebant, ab eis redimebant nt surò agros colere, manerique demi cum conjugibus libusique fòri liceret; ingentemque pro se quisque mercedem pacificabantur, co nomine uti ab injuria maleficisque caterorum prohiberentur: iique Pachtiti vocabantur. Voyez mes Origines de la Langue Italienne, au mot appaltare. M.
APE'DEFTE. Ce mot est devenu François par le chap. 1. du liv. 5. de Rabelais: Comment Pantagruel arriva en l'Isle des Apédeftes, Rabelais l'a fait du Grec «noibare», qui signifie ignorant. Or quoiqu'on prononce indifféremment «noibare», par apédeftes ou apédentes; l'une & l'autre de ces prononciations étant appuyée par des personnes içavantes; la première par les Peres Jésuites; & la seconde par Messieurs de Port Royal; on ne peut pas dire apédente: ce mot n'ayant pas été introduit de la sorte dans notre Langue. Il en est de même de Sialitie. M. On trouve cependant Apédentes dans de bons Auteurs; au lieu que, hors le style de Rabelais, il n'est pas permis de dire Apédeftes. On lit dans le Hueriana: Il se forme une cabale d'Apédentes, qui ne pouvant se résoudre à une étude assidue de plusieurs années, ont entrepris de se faire un mérite de leur incapacité, de ridiculiser l'érudition, & de traiter la science de pédanterie. Et dans les Ohiervat. sur les Ecrits mod. Autant qu'on se faisoit gloire autrefois de n'avoir aucunes Lettres, autant il est honteux aujourd'hui d'être tout-à-fait Apédente. On a dit aussi Apédentisme.
APENNIN. Célèbre montagne d'Italie, & que l'on peut regarder comme une branche des Alpes. Le mont Apennin a été ainsi appellé du Gaulois pen, qui signifie la pointe d'une montagne. C'est le sentiment de M. Huet, qui remarque à ce sujet, que les anciens Latins nommolent pennun & pinna ce qui est aigu. Fergy. Il est certain que pen est un terme de l'ancienne Langue Celtique, & qu'il signifie le sommet, le haut, la cime. C'est de-là que les Latins ont nommé pinna & pinnacula les sommités des murs, des Temples, & des autres édifices, & non pas de ce qu'elles ressemblent aux plumes que les Soldats portolent sur leurs casques, & qui s'appelloient penna. C'est de-là aussi qu'ont été formés les noms de pennins, penninus, & apenninus, comme qui ditait haut, élevé. De là pareillement Alpes pen- mina & apennina, c'est-à-dire Montagnes tris-de- vées, & Dens penninus & apenninus, c'est-à-dire Dens verticalis, ou bien in summa Alpium sacra- tus verric, comme s'exprime Tiso-Live, liv. 31. La lettre a dans Apennin & Apenninne n'est qu'un augment initial. Pinn & pfin en Alleman, signifie, comme pen en Celtique, haut, élevé, hauteur, élevation, sommet; & c'est au fond le même mot. Jupiter a été nommé en cette Langue pinn, à cause de son élévation au-dessus des autres Dieux. Voyez Wachter, Gloffar. German. au mot Pfin. APENS: qu'on prononce apans. Voyez guétan- pens. M.
APENTIS. Dans le premier Scaligérana, pag. 140. Subgrunda, est testi pars prolecta, qua viciæ stilicidium. Protelium, aut est subgrunda, Gracèz- ciens, aut est montanum, quod quidem significat id, quod Gracèzciens dicunt, Galii male hapentis pro hallepentis; hoc est prolectum quod quiescit; sul- tum scilicet columnis lignitis, vel lapidis: subgrun- da vero non quiescit. ¶ Apentis vient d'appendix, ce qui a été fort bien remarqué par Nicot. C'est un bâtiment ajouté à un autre. ¶ Henri Etienne dans ses Hypomnètes de la Langue Françoise, pa- ge 56. dérive appentis d'appendix. M.
APERTISE. Ce mot est en usage en basse Normandie, où l'on dit, pour se mocquer d'un conseil ridicule, & l'une imagination forte: voilà une belle aperitse! Comment s'orientant d'adperitia, fait de peritus. S. Add.
API. Sorte de pommes. Les Romains avoient des pommes appelées mala appiana, dont il est par- lé dans Pline. Mais ces pommes étoient différentes de nos pommes d'api. M.
APLOMMER. Je suis tout aplommé: c'est-à- dire, je suis tout appelanti. M. Guillemette dans Patinellin: Je croy qu'il repose. Il est ung petis aplommé. Le Dictionnaire Tou- loniain. Aplomba, enfoncer, assommer. Aplommé, c'est apelant de sommeil, enfoncé, enfeevel dans le sommeil. Le Duchat.
APOCAGYNE. Terme employé par la Pise, Préface de son Histoire d'Orange, où il semble devoir s'entendre de la lettre de divorce qu'un mari donne à sa femme qu'il veut répudier. Du Grec «noibare», qui signifie une quittance, & de 1000, ma- lier: d'où, pour le dire en passant, il résulte que l'Auteur aurait dû écrire apocagyne. Apocagine, ou plutôt Dapocagine, vient de l'Iralien Dapocag- gine, lâcheté. Du reste, le mot apocagine se trouve employé par l'Evêque de Plaisance Phi- lippe de Gega, dans une Lettre au Duc de Mayen- ne, de l'année 1592. Voyez le nouveau Journal de Henri III: 1719. tome 2. page 90. Le même mot se trouve aussi dans Aubigné, édit. de 1626. page 1186. Le Duchat.
APOCRISIAIRE. Nom qu'on a donné à plusieurs personnes en France. L'Apocrisiaire étoit celui qu'on nommolit aussi Référendaire; à qui ont succédé le Chancellor & le Garde des Sceaux. Le Grand Apocrisiaire, selon Mezeray, étoit le Chef des Prêtres & des Chefs de la Cour; & on le nom- ma aussi Archichapoleain, ou Garde du Palais. Il connoissait de toutes les affaires des Ecclésiastiques. On nommolit encore Apocrisiaires ceux des Clercs que les Evêques dépuissent à la Cour pour les affaires de leurs Eglises. Ce nom a été donné aux Envoyés & aux Ambassadeurs des Princes, & principalement aux Nonces & aux Légats des Papes, &c. Voyez du Cange, dans son Glossaire Latin, au mot Apocrisarius. Ce terme est Grec. ἀνέφησιν, signifie réponse, & ἀνέφησιν, qui porte réponse, parce qu'ils rapportoient les réponses des Princes, auprès desquels ils faisoient la fonction d'Apocrisaires. Vergy.
APOCRYPHE. Du Latin apocryphus, fait du Grec ἀνέφησιν, qui signifie absconditus. Vossus au chapitre 7. de son livre des Oracles des Sibylles, explique fort bien comment ce mot a passé de cette signification d'absonditus à celle de liber spurius, ou dubia fidei. Ses termes méritent d'être ici rapportés. Les voici: Antequam in Gracum sermonem à LXX. Interpretibus converterentur libri sacri, omnes erant apocryphi, utpote ad quos solis Levitis & Sacerdotibus pateret aditus. Et ipsum vocabulum & frequens ejus usus, apud quoscunque etiam Gracos, satis manifeste ostendis, non de aliis id acceptum fuisse libris quam, vel de raris & non passim obviis, vel de iis qui in archivis & sacris recondabantur armariis, qui quos solis, ut diximus, daretur accessus Sacerdotibus. Tales semper fuere Sibyllini, quorum custodia Decemviris erat commissa: tales Tusorum haruspicum libri reconditi; quorum tam creba passim sit mentio: tales Tyriorum & Egyptorum Annales sacri; qui ἀνέφησιν, μερικαίω & ἀνέφησιν, passim appellantur. Suidas, cum dicis Epaphroditum Grammaticum triginta millia ἀνέφησιν, μερικαίω, μερικαίω, interpretatur ἀνέφησιν. Atque hac vera hujus vocis significatio: neque ullum vetustum invenias Scriptorem, cui ἀνέφησιν non fuerit idem quod φύσιν: ita ut libri apocryphi idem fuerint qui arcani, inaccessi, sacri, & quibus merito credatur. Videmus nunc qua ratione factum sit ut vocabulum hoc apud Christiansa aliam, & priori quodammodo contrariam acceperit significationem; cum scilicet apocryphi pro spuriis, aut saltem dubia fidei, accipiuntur libris. Ego ne dubitandum quidem existimo, quin sinistra vocis hujus accepto à Judaïs propagata sit ad Christiansa. Antequam enim essent Christiani, in recta significatione vox hac ab ipsis quoque usurpata fuit Judaïs, &c. Denique, ne quid impietati in Christum deqser, cum publico cautum esset edicto, ne quis legeret Sibyllinos, aliosque fastidios libros, continentes adventum Regis jam sibi magis quam Romanis odiosi, libenter decreto Senatus paruere; anathemate etiam describentes, si qui inter Judaïs istus aut haberem aut confulerent libros: & hac ratione qui antea palam d'religione ab illis legabantur libri, facti sunt apocryphi, veluti interdicti, & a nemine legendi. Tum quoque factum ut arctiori quam antea sepe libri sacri confringerentur, omnesque qui Hebraic non exsforent, à reliquis separati, & pro apocryphis fuerint habiti; detorta à vero significatu vocis natura. Quippe cum antea libri sacri, aut etiam quilibet ad quos non pateret omnibus aditus apocryphi dicerentur, illi in sequiterem sensum acceptere hoc vocabulum; tanquam si ideo non essent aderendi quid spurit & dubia essent fidei. Satis ex his patet quam alieno sensu, & & veteribus Christianis complures, & nos ut atare sero plerique, vocem apocryphorum accipiant, cum adulterinos & exigui momenti libros isthoc signant titulo. M. M. Simon, dans ses Opuscules Critiques contre Vossus, dont le titre est: Richardi Simonis Gallicana Ecclesia Theologi Opuscula critica, &c. re- cherche quel est le sens du mot Apocryphie. Il soutient que quand il s'agit de Livres sacrés, ce nom ne se donne qu'à des Ouvrages que ni la Synagogue, ni l'Eglise n'ont point insérés dans leur Canon, quoiqu'on les joignit avec la sainte Ecriture, & qu'on les fût même dans l'Eglise. Il ne sera peut-être pas hors de propos de faire remarquer ici avec ce savant homme, qu'il s'est glissé une fausse dans ces paroles de Saint Jérôme, que l'on lit dans sa Préface sur le Livre de Tobie: Librum usique Tobia, quem Hebrai de Catálogo divinorum Scripturarum secantes hit qua hagiographa memorant nuncuparunt. Où l'on doit lire apocrypha, au lieu d'hagiographa; puisque Saint Jérôme a dû dire nécessairement, que les Juifs avoient mis le Livre de Tobie parmi ceux qu'ils noumvoient apocryphes. Dans la Préface du même Père sur le Livre de Judith, la même faute s'est glissée; & la preuve qu'en donne M. Simon, c'est qu'on feroit dire à Saint Jérôme, qu'un Livre hagiographe ne peut point servir pour la décision d'une controverse, ce qui feroit une absurdité. Vergy. APOINTER les parties. D'adpuntare: c'est-à-dire, comme l'explique fort bien M. du Cange, Litigantes ad hoc punctum adducere, ut de facto invicem conveniant. M. APOINTER: pour, donner le salaire & la récompense des services rendus. M. de Cafeneuve le dérive de punctum qui se trouve, à ce qu'il prétend, en la même signification, dans la Loy laudabile, au Code de advocati diversorum Judiciorum. Inter spectabilis sacri nostri Consistorii Comites, divina nostra Serenitatis manu, puncti conxiqui sc- latia. Mais comme ce mot ne se trouve en cette signification qu'en ce seul endroit, & qu'il n'est pas même bien constant qu'il faille lire en cet endroit de la sorte, comme Cujas l'a remarqué au ch. 2. du liv. 13. de ses Observations, j'ai peine à croire que cette étymologie de M. de Cafeneuve soit la véritable étymologie de ce mot apointer. Mais si elle n'est pas véritable, elle est ingénieuse. M.
APOINTER, s'est dit aussi pour accommoder, mettre à point des viandes, une chambre. La cinquante-neuvième des Cent Nouvelles Nouvelles: Puis après la bonne Damoiselle se lever ses gens, & appella sa chambre, & luy dit qu'elle print les deux plus gras chappons de la chapponnerie, & que les appointas très-bien. Et la quatre-vingt-unième: Le soupper assez toft après bien apprette, & chacun d'eux logie en belle & bonne chambre bien appointée, & bien fournie de tapisserie & de toute chose nécessaire. Et dans la soixante-unième: Et tandis qu'ils s'appointent & s'apparellaient pour s'en aller. Dans Froissart, vol. 1. fol. 46. v°. édit. de Verard, Appointeur se trouve dans la signification d'homme habile à trouver des expédiens. Servir à point, faire à point, sont de vieilles façons de parler qui sont encore en usage à Metz, dans la signification de servir & de faire au gré de celui qui nous emploie; comme qui diroit, ne s'écarter pas de son devoir en un seul point. C'est de la sans doute que vient le mot apointer, pour donner le salaire & la récompense à une personne qui nous a bien servi, ou qui doit nous servir à notre gré. Apointement, dans la signification de salaire, ce sont proprement les gages qu'on donne à un serviteur pour se mettre & entretenir en point, c'est-à-dire en état de servir son Maître. On diroit autrefois: me voilà bien à point, pour, me voilà bien bien accoutré, bien accommodé, accommodé de toutes pièces, c'est-à-dire équipé de toutes les pièces d'un harnois complet, & en état de marcher en campagne. Le Duchat. APOLOGIE & APOLOGUE. Quoique nous entendions par tes deux mots deux choses fort différentes, ils ont néanmoins une même origine, & viennent tous les deux du Grec ἀντίζω. Ce verbe signifie quelquefois rejeter, réfuter, d'où a été fait apologie, c'est-à-dire défense. Quelquefois il signifie raconter, d'où a été fait apologie : mot dont nous nous servons à la place de celui de fable, & sur-tout pour exprimer le sens moral que l'on tire d'une fable. Vergy.
APOSÉME. Potion médecinale, préparatif de la purgation. Du Latin ἀρσέμαι, fait du Grec ἀντίζω, composé de la particule ἀνε, & du verbe ζω. ξεννο, bulio; parce qu'on y fait bouillir quelques herbes, ou quelques racines. APOSEMA, aqua colta cum variis condimentis, dit Papias. M.
APOSTER. Appono, apposui, appostum, appostum, appostare, APOSTER. M.
APOSTILLE. Du Latin Barbare ἀροστίβα. Alexander Wendock, qui vivait environ l'an 1120, a fait un livre intitulé, Postilla in Rfalterium. Et Ricardus Fishaker, qui vivait quelque temps après, en a fait un autre, intitulé Postilla Morales. Vossius, dans son Traité de Virtis Sermonis, page 551, dit que Postilla a été pris pour explanatio; quia, qui sua Discipulis dictarens, identidem in ore haberens, Post illa: puta, ad hac, vel illa Auctoris verba, adscribite. Vossius se trompe. Postilla a été dit à ponendo: comme qui dirait, parva Nota, seu Explanatio adposita. ¶ Postia, postia, POSTILLA, Adposita, adposita, Adpostilla, APOSTILLA. On a appellé particulièrement Postillas de petites Notes sur l'Écriture Sainte. M.
APOSTOILE. Nos Anciens appelloient ainsi le Pape. Voyez M. du Cange dans son Glossaire sur Ville-Hardouin. M. On dirait aussi anciennement Apostole pour Apôtre. Villon, dans sa Ballade en vieux langage François : Et fense ly faincte. Apostoles D'aube vestus; demi iresse. Vergy.
APOSTOLORUM. Sorte d'onguent mondificatif, ainsi appellé des douze drogues qui le composent, qui est le nombre des Apostres. Les Grecs ont appellé de même *Rudus d'ou qiuquans*, un certain onguent composé de douze drogues. Voyez Paul Aginete, livre VII. & Gorraus dans ses Définitions, au mot *Rudus d'ou*. Ils ont appellé *irraququans* un autre onguent, parce qu'il étoit composé de neuf drogues. Voyez Spartien, dans la Vie de l'Empereur Hadrien. Ils ont aussi appellé *Ridua* une espèce de breuvage, à *dodran-te*, à cause des neuf ingrédients qui entroient dans sa composition. Voyez Auone. Scribonius Largus fait mention en ces termes, d'un certain onguent composé de quatre drogues : Hoc collyrium ex quator rebus, ne quadriga equis, conflat, & cèleres effectus habet. d'ou dicitur. Il faut *d'ou*: c'est-à-dire *chariot*. ¶ Voyez l'Aléandri, dans sa Réponse à l'Occisiale, pag. 217. & Caiaubon, sur l'Histoire Auguste, pag. 38. M.
APOSTROPHE. Terme d'imprimerie, c'est la marque de l'élision d'une voyelle, ainsi appellée du Latin *apostrophus*, fait du Grec ἀντίζω, qui signifie la même chose. Je remarquerai ici par oc- A P O. A P P. cañon, que cette marque n'est pas ancienne dans notre Langue. Jaque Peletier, dans son Dialogue de l'Ortographe, dit qu'elle a été inventée de son tems. M.
APOSTUME. Par corruption, au lieu d'*apostime*, fait d'*avicua*. Voyez mes Observations sur la Langue Françoise, chap. 118. de la 1. partie. M.
APOTHEOSE. Se dit de cette cérémonie ou consécration pratiquée par les Romains, lorsqu'ils mettoient quelqu'un de leurs Empereurs au nombre des Dieux. Ce mot est Grec, composé de la préposition ἀνε, & de τοις, Dieu; & signifie *transfation parmi les Dieux*. Comme ce qui s'observoit dans les Apotheoses a été décrit par Hérodien, au livre quatrième de son Histoire, le Lecteur curieux de ce détail pourra y avoir recours. Je me contenterai d'en rapporter cette principale circonstance. Afin que le peuple crût que réellement l'âme de l'Empereur s'étoit envolée au Ciel, pour y prendre une place parmi les Dieux, on cachoit un Aigle au haut d'un édifice composé de matières combustibles & odoriférantes, où devoit être brûlé le lit de parade ou catafalque de l'Empereur. Les liens qui retenoient l'Aigle enfermé étoient tellement disposés, que le feu pouvoit y prendre, & donner la liberté à l'Aigle avant qu'il eût pu être endommagé. Le peuple voyant cet Aigle s'envoler parmi les flammes, & se perdre dans les airs, pensoit avec admiration que c'étoit l'Empereur lui-même qui montoit au Ciel, pour aller prendre rang parmi les Dieux. Vergy.
APOTHICAIRE. D'*Apothecarius*: qui a été fait d'*apotheca*, dans la signification de *boutique*. Voyez *boutique*. M. Ce mot vient originellement du Grec ἀντίζω, qui signifie un lieu destiné pour arranger ce que l'on veut exposer en vente. Cet arrangement se doit principalement trouver chez les Apothicaires pour leurs drogues, crainte des qui *pro quo*. De là nous les avons appellés *Apothicaires*, du nom de leur boutique, qui doit être la boutique par excellence. Vergy.
APPAISER. D'*adpacare*. M. Quoique j'aye toute sorte de respect pour la mémoire de feu M. Ménage; je ne s'aurois être de son avis sur l'étymologie qu'il donne de ce mot. Il faut absolument qu'il y ait un *i* dans le mot qui a produit celui-ci, & il n'y en a point dans *adpacare*. Il est bien vrai que *pacare* signifie *appaifer*: mais *appaifer* ne vient non plus d'*adpacare*, qu'*arracher* d'*avellere*; quoiqu'*avellere* signifie *arracher*. C'est donc d'*adpacare*, formé de *pax*, *pacis*, que vient *appaifer*; comme *baifer*, de *baifare*; *faifan*, de *faifanus*; *raifon*, de *ratio*; *venafon*, de *venatio*, &c. S. Add. On a dit *appaier* dans la même signification; ce qui montre qu'effostivement *appaifer* vient d'*adpacare*, comme ci-dessous *payer* de *pacare*. Le Roman de la Rose, fol. 67. v. édit. de 1531. Car tam de blanches & de noires Leur ilire; ne vous esmaiez, Que vous en tiendrez *appaier*. Et fol. 69. v. Si me tenez pour cela quise, En quelque gré que vous soyez. Car c'est appaier qu'il faut lire pour rimer au vers suivant, & non appaiser, comme on lit dans cette édition, que Marot a revûé. Le Duchat.
APPANAGE. Voyez APANAGE.
APPANAGE. Durant les deux premières races de nos Rois, les Fils de France partageaient les Etats de leurs Peres en égale portion, qu'ils possédoient en Titre de Royaume. En la troisième, parceque dès son commencement presque tout le Royaume se trouva divisé entre les Seigneurs, en fiers héréditaires & patrimoniaux, l'aîné des Fils de France succéda seul au Royaume; les Cadets n'ayant pour tout partage, que les Terres du Domaine de la Couronne, tous le nom d'Appanage. Paule Emile, en la Vie de Philippe Auguste, dit qu'après la Conquête de l'Empire de Constantinople, faite par nos François, une grande partie des Terres en fut inféodée, par l'Empereur Baudouin, aux Seigneurs qui avoient aidé à le conquérir; sous l'obligation de la quatrième partie des rentes & des tributs, qu'ils devoient envoyer à l'Epargne de l'Empire: à quoi ils engagolent leur foi par une espèce de serment, que les Grecs appellent *mariens*; d'où par la suite nos François ont emprunté le mot de Panage, ou Appanage. Hi & si qui alii donat, sur urbium regionumne dition, jufti sunt quartam partem publicarum vestigialum Fisco Balduini Casatis inferre; ac ei se devincire sacratissimâ religione, Panagioque jurejurando: quo Graco vocabulo etiam vulgo postea Franci ufi sunt. Si cette étymologie est raisonnable, j'en fais le juge le Lecteur. René Choppin, livre 2. chapitre 2. de Domanio Francis, dit que les mots Panagium, ou Appanage, sont formés de *v. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95. 96. 97. 98. 99. 100. 101. 102. 103. 104. 105. 106. 107. 108. 109. 110. 111. 112. 113. 114. 115. 116. 117. 118. 119. 120. 121. 122. 123. 124. 125. 126. 127. 128. 129. 130. 131. 132. 133. 134. 135. 136. 137. 138. 139. 140. 141. 142. 143. 144. 145. 146. 147. 148. 149. 150. 151. 152. 153. 154. 155. 156. 157. 158. 159. 160. 161. 162. 163. 164. 165. 166. 167. 168. 169. 170. 171. 172. 173. 174. 175. 176. 177. 178. 179. 180. 181. 182. 183. 184. 185. 186. 187. 188. 189. 190. 191. 192. 193. 194. 195. 196. 197. 198. 199. 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tume de Nivernois, chapitre 23. article 24. *Fille mariée & appanée, ou dotée par pere & mere vivans.* Et au même lieu: *Doc & Appanage.* La Couronne de la Marche, art. 192. La mort, ne le jere, après la mort du pere, ne peuvent apanner leur fille, ou pour, des biens à elle écheux par l'uccession de ses Prédécossors. Et la Couronne de Bourbonnois, art. 265. dit *Apanner*, de toute sorte d'enfants; car parlant d'enfants mariés par échange, ils sont, dit-elle, censés & réputés être deslors apannés. Caseneuve.
APPARITEUR. C'est la même chose que Bedeau. Il ne se dit que dans l'Université, de ces Bedeaux, qui portent des Masses devant le Recteur & les quatre Facultés. On appelle aussi *Appariteurs Ecclésiastiques*, des Sergens de la Justice Eclésiastique. Chez les Romains, les Appariteurs étoient ce que sont en France les Sergens & les Huissiers; ou plutôt c'étoit un mot générique, qui signifiait, ainsi que Servius nous l'apprend sur l'Énéide, livre xii. v. 850. les Ministres des Juges, qui étoient toujours auprès d'eux, prêts à recevoir & à exécuter leurs ordres; & c'est de-là, ajouter, que leur nom leur étoit venu, c'est-à-dire, d'apparer, être présent, être en faction, suivant ces vers de Virgile: *Ha Jovis ad salium, savique in limine Regis Apparent, acuntique meum mortalibus agris.*
APPAS. Voyez APAS.
APPATISSER. Voyez APATISSER.
APPENS. Nous disons que quelqu'un a été attaqué de guet appens, lorsque ça a été à dessein, & non par cas fortuit. Les anciens François dissoient *guet appensé*. Enguerrand de Montrelet, volume 1. chapitre 73. *Trabsant par mis-grant maue-vistis de aguets appensés conspirées*: Où *apensé* signifie *résolu & prémédité*: aussi vient-il de *penser*, qui, comme nous disons sur le verbe *penser*, signifie quelquefois *penser & estimer*. Caseneuve. Voyez APENS.
APPENTIS. C'est un corps de logis, galerie, ou telle autre sorte de bâtiment, ajouté à une maison. Il vient d'*appendix*, qui signifie *accessoire & augmentation*. Les Glosés: *Appendix*, *Variations*. Caseneuve. Voyez APENTIS.
APPETITS. Sorte d'ail, appelée autrement *eschalotes*. De l'appétit, qu'ils provoquent. Charle Etienne, dans son petit livre de *Re Hortensi*: *Bulbus Gracis, sive bolbus, cibus, veneris irritamento potius quam vita uillis; quo tamen ad provocandam appetentiam utimur: unde vulgo nomen retiner, des appétits. Latisi alcalonitas vocare: quod etiam nomen vulgus retinuit: des schalotes. Les Médecins de Lyon disent la même chose: Franci appétits appellant, quia edendi aviditatem excitant. Les Écoltés pour cette raison les appellent *scaloninos*. M.*
APPETITS. Les femmes qui crient des harangs par les rues de Paris, crient *appétits, appétits*. Elles appellent ainsi les harangs pour qu'on en achete, comme étant propres à donner de l'appétit. *Vergy*.
APPIGRETS. Rabelais, liv. 5. chap. 7. *Mais l'huile fentoit le coffre au Prêtre, & Messieurs n'y trouverent pas grands appigrets.* Et liv. 4. ch. 40. *Apigrets* est le nom que Rabelais donne à l'un des cuisiniers qui entretent dans la truye. Les Contes d'Entrapol. chap. 1. fol. 4. v. *Le monde s'est apparessé; tomessons vient toujours quelque peu d'eau au moulin: s'il ne pleut, il dégoue. Ainsi Appigrets vient d'ad & de pigraura. Le Duchat.*
APPOINTER. C'est donner le salaire & la A P P. A P R. récompense des services rendus. Il est formé de *punctum*, qui signifie *salaire* & *récompense*. L'Empereur Anallaise, en la Loi *Laudabile*, Cod. de *Advoc. divers. Judicum* : *Inter spectabiles sacri nostri Consistenti Comites divina nostra Serenitatis manu, puncti consequi solatia*. Caïeneuve. V. APOINTER.
APPOSTER. Voyez APOSTER.
APPOSTILLE. Voyez APOSTILLE.
APPRIMER. C'est le flatter. Le Roman de la Rose, fol. 16. c. *Car d'estre aimé maim bon Amant* *Se tient or, & plusieurs tiendrom* *Qui ja nul jour n'y adviendrons :* *Pource il est foi qui s'en apprime*. Le Duch.
APPROCHER. Voyez APROCHER.
APPUYER. Les Latins appellent *podium*, aux maisons & aux Théâtres, cette petite muraille qui règne autour du comble du bâtiment, en forme de terrasse : laquelle, pour s'avancer environ un pied hors du plain de la principale muraille, est ainsi appellé de *mûre*, qui signifie *un pié* : & parce que ce *podium*, sert d'appui & de soutien à ceux qui veulent regarder en dehors, on en a fait le verbe Latin-barbare *appodiare* : duquel nous avons formé *appuyer*. Joannes Januenis, in *Catolico: Appodio*, *innitor*. Radulphus Ardens, en ses Homélies, parlant de l'Éléphant : *Huius venator insidians notat arborem cui se appodiat, cum requiescit*. Guillaume de Nangis, en la Vie de Saint Louis : *Appodiantes gladiovlatari ejus*. Guillaume le Breton dans sa Philippide, livre 2. *Fossis jam plenis, parmas ad mœnia miles* *Appodiat*. Rigordus, de *Gestis Philippi Augusti*, *Regis Francia* : *Turris autem qua maledicta dicebatur, qua longo tempore nostris multa malu intulerat, à Minariis Regis fuerat suffossa, & lignis ibi possit appodiata; ita quod ad ipsius ruinam non restabat, nisi quod ignis supponereur*. Caïeneuve.
APPUYER. D'appodiare. Le Poète Brito, livre 2. de sa Philippide : *Fossis jam plenis, parmas ad mœnia miles* *Appodiat, sub eisque secare Minarius audet*. Guibert, Abbé de Nogent, livre 3. de sa Vie, chapitre 5. *Erat autem columna appodiatus quidam, quam pliare vocant*. Ordèric Viral, liv. 8. pag 693. *Baculo, quem bajulabat, appodiatus, immobilis sterit*. Charles de Bovelles : APPUYER, *inniti est; pendet autem à podio, quia podiis ad ea inspectanda qua extra domum sunt, initiatur*. Est enim podium locus ad spectandum aptus, & prominens, vulgo puye, vel appuye. Voyez ci-dessous le mot puy, & Vossus de *Vittis Sermonis*, chapitre 1. Périon se trompe, dérivant appuyer de pedare. Voici ses termes : Pedamentum *adminiculum vitis dicitur* : & pedare, *sive impedare, vitem in pedamento fulcire : ex quibus verbis nostrum illud quod inniti appuyer interpretatur, ductum est*. M.
APRE'S. Sylvius dans sa Grammaire, page 145. & 146. le dérive d'*apprope*. Il vient de l'italien *appropo*. M. Ferrari dérive *presso* de *proximo*, en cette manière : *proximo, proxe, presso, presso*. M. A P R. A Q U.
APRE'TADOR. C'est un ornement que les Dames portoient sur leurs têtes, par exemple, un filet de perles, ou une petite chaîne de diamants, ou quelque autre chose semblable. De l'Éspagnol *apritador*, qui signifie la même chose, & qui a été fait d'*apritar*, qui signifie *treindre, ferrer*. Ce mot est nouveau en France, & c'a été la Reine Anne d'Autriche qui l'y a apporté. Il n'est présentement comme plus en usage. M.
APROCHER. D'appropriare. Exode III. 4. *Cernens autem Dominus quod pergeret ad videndum, vocavit eum de medio rubi, & ait Moyses, Moyses qui respondit, adsum. At ille, ne appropies, inquit, huc*. Saint Luc, x. 34. Et approprians, alligavit vulnera ejus. M.
AQUERIR. D'adquirire ; qu'on a dit par métaplasme pour *adquirere*. M.
AQUESTER. D'adquafitare. M.
AQUITAINE. D'Aquitania. Alain Chartier, dans sa Description de la Gaule, dit que l'Aquitaine a été ainsi appelée de la multitude de ses eaux. Si est nommée cette Province Aquitaine, parce qu'elle est plus abondante de fontaines & de fleuves que nulle autre. A *quoy*, dit le Président Fauchet, au chap. 1. du liv. 1. de ses Antiquités Gauloises, il n'y a pas grande apparence, puisqu'avant la venue des Romains, & que les Gaulois parlaient Latin, ce pays portoit *ja* le nom d'Aquitaine. Il est certain qu'elle a été ainsi appelée *ab aquis*. Voyez M. Haute-ferre, au ch. 1. du livre premier, de son *Rerum Aquitanicarum*, & M. de Valois dans sa Notice des Gaules. M. Il est bien vrai, comme dit Alain Chartier, & après lui M. Ménage, que l'Aquitaine a été ainsi appelée à cause de la multitude de ses eaux. Mais cela ne nous donne l'étymologie que de la première partie du mot, savoir de *Aquis*; & il reste à examiner ce que c'est que *tania* qui en fait la seconde. *Tania*, que les Latins ont employé dans les noms de pays, est pris du Grec *tania*, & celui-ci est imité du Persan *stan*, dont les Grecs ont été la lettre sifflante. Or le Persan *stan*, signifie un pays, une région, & il se met à la fin des mots. Ainsi *Arabistan*, en Langue Persané, c'est le pays des Arabes ou l'Arabie; *Indostan*, le pays des Indiens; *Turkistan*, le pays des Turcs au de-là de l'Oxus; *Gurgistan*, le pays des Georgiens; *Mogolistan*, le pays des Mogols; *Kurdistan*, le pays des Kurdes, &c. Les noms de plusieurs Provinces de Persé se terminent aussi en *Stan*, comme *Farshan*, *Khouzistan*, *Segestan*, *Tabarestan*, *Sabletan*. Les Latins ont dit de même, *Aquitania*, c'est-à-dire, le pays des eaux; *Lusitania*, le pays des Lusions; *Mauritania*, le pays des Noirâtres; *cat mauri* vient de *mir*, terme Celtique, qui signifie noir, noirâtre, brun; *Britannia*, ou plutôt *Britannia*, le pays des hommes peints : *brit* en Celtique, signifie un homme peint. On fait que les anciens Bretons se peignent avec du pastel. Le mot Persan *Stan* est en même tems un mot Scythique; car on le trouve dans le nom de la *Sacatene*, Province de Scythie, comme qui diroit *pays des Sâquis*, lesquels étoient un peuple Scythe. Ce mot est aussi un mot Celtique, & il s'est conservé dans le sens de régions chez les Allemans, où il se prononce *flein*. De-là le nom de *Holstein*, c'est-à-dire, *Pays-Bas*. La Langue Celtique ressemble en beaucoup de cho- K ij fes à la Scythique. Voyez Wachter, *Glosfar. Germ.* au mot *flein*.
AQUITTER. Sur le mot *quite*, je fais voir qu'il vient de *quietus*, parce que celui qui a payé ses dettes, est quiet & en repos. De *quietus* on a formé de verbe Latin barbare *acquietare*, duquel nous avons fait *acquitter*. Les Loix d'Ecoffe, intitulées *Regiam Majestatem*, lfv. 1. chapitre 42. *Hareditates inslauratas & de debitis acquietatas*. Et livre 4. chapitre 24. *qualiter homo acquietabit contra Dominum suum*. Et au chapitre 75, du même livre : *si autem per Sacramentum illorum acquietatur, quietus sit*. Mathieu Paris, en la Vie de Henri III. *Quadam debita dicti Abbatis, per se, & Priores Cellarum mercatoribus transmarinis benigne acquietabat*. Cafeneuve.
AQUITTER. Voyez *quitte*. M. ARABE : pour *exaltur, avare & sévere*. Je crois que ce mot nous est venu des Pelerins qui voyageaient en la Terre Sainte, où ils étoient maltraites par les Arabes. Je remarquerai ici par occasion, que les Anciens se font servis du même mot pour dire un *larron*. S. Jérôme sur Jérémie III. 1. *Pro larone, sive cornice, scriptum est Arabi : quod potest & Arabes significare : qua gens latrocinio deditas usque hodie incursat terminos Palestina, & descendens de Jerusalem in Jericho, obsidet vias*. Voyez Druffus, livre xi. de ses Observations, chapitre 13. Je remarquerai encore en passant, que le mot Ebreu, qui signifie *latro, insidiator*, & celui qui signifie *Arabs*, ne s'écrivent pas par mêmes lettres. Le premier commence par un *aleph*, & l'autre par un *ajin*. M. La remarque de M. Ménage est équivoque. Il est bien vrai que le mot *oreb*, écrit par un *aleph* au commencement, signifie *insidiator*, mais il ne signifie pas *latro*, sinon improprement. D'un autre côté, lorsque Saint Jérôme, Jerem. III. 2. traduit le mot Ebreu *Arabs* par *latro*, il ne donne cette signification que comme dérivée, parce que les Arabes, c'est-à-dire ceux du Désert, étoient voleurs, comme ils sont encore aujourd'hui. Quant à l'origine du nom des Arabes, tout ce qu'on dit là-dessus me paroît fort incertain, & il seroit inutile de le rapporter ici.
ARACHE-PIE. Comme quand on dit qu'on est demeuré dans une place trois heures d'*arache-pie* ; c'est-à-dire avec si peu de mouvement que le *pié* auroit pu y prendre racine. D'*adradicare*. On dit encore, qu'à tel voyage on a fait trois bonnes lieues d'*arache-pie*. Et cela suppose, selon moi, que soit que le chemin fût bon ou mauvais, on traçoit toujours d'une égale force, en sorte que souvent il semblait qu'il fallût s'arracher le *pié* de dedans les boîtes. D'*abradicare*. Le Duchat.
ARACHER. D'*abradicare*, ou d'*eradicare*. M. ARAGNE'E. Nous appellons en Anjou *aragnée* cet instrument à plusieurs crochets, avec lequel on tire les seaux tombés dans les pèles *Gr. apniza*. Lat. *hapago*. De sa ressemblance à une *aragnée*. En Basse-Normandie on l'appelle une *gripe*. M. ARAGNE'E d'eau : petit animal qui court sur l'eau : ainsi appellé de la ressemblance à une *aragnée*. Les Italiens l'appellent *capra d'acqua*. On l'appelle en Latin *tipula* : d'où vient le proverbe *tipula levior*. M. A. R. A. A. R. B. On dit maintenant *araignée*. Le nom de cet insecte que nous appellons *araignée*, en Latin *aranea*, vient du Grec *apniza*, que quelques-uns font venir d'*apnisc.* qui signifie *rare, délié, subtil*. Il n'y a rien de plus délicat que les toiles d'*araignées*. Il est bien plus vrai/semblable que ce mot vient de l'Ebreu *arac* *arag* ; non pas que ce mot signifie dans cette Langue *araignée* ; car *araignée* se dit en Ebreu *apniza accabisch* ; mais parce que c'est un verbe qui signifie *exere*, faire un *tiffu*, faire de la toile, & qui se dit dans l'laye, LIX. 3. de l'*araignée*, que David de Pomis définit un insecte qui fait de la toile, *arac* *arag schebreg areg*, pour prendre des mouches aux fenêtres ; se fervant deux fois de *arac*, & pour marquer l'action, & pour marquer l'ouvrage de cet animal, qu'un autre Rabbin, appellé Menahhem, nomme *arac* *aragah*, c'est-à-dire, le *tiffu*. Ainsi il faut dire que le *a* ou *g* Ebreu, s'est changé en Grec en *x*, de même que souvent le *x* Grec se change en *g* Latin, comme en *x* *cain, gaibanum, x* *in, lingo, ay* *in, ango, &c.* qu'enfuite d'*apniza* on a fait en Latin *aranea*, comme *lana* de *x* *in*, en retranchant le *x*, comme prétendent plusieurs Grammairiens. Voyez Bochart, Hieroz. liv. 4. chap. 23. page 608. Voyez aussi le Pere Thomassin, dans son *Glosfaire*.
ARAGNE'S. Le P. Labbe : *On nomme aragnes les contrevives faites d'archal, parce qu'elles ressemblent aux ress & filets d'araignées*. M.
ARAIGNE'ES. Le sieur Guillet dans son Dictionnaire de la Marine : ARAIGNE'ES, *font des poulies particulieres, par ou viennent passer les cordages appelées* Marticles. Ce nom d'Araignées leur a été donné à cause que les Marticles forment plusieurs branches qui se viennent terminer à ces poulies, à peu-près de la *même façon* que les filets d'une toile d'araignée viennent aboutir par petits rayons à une espèce de centre. M.
ARAINES. C'est ainsi qu'on appelle les trompetres dans nos anciens Romans. D'*as aris, Es, aris, ara, arania*. Virgile : *Ere cier, viros, Martemque accendere cantu*. M.
ARAN. Mot Meffin, qui signifie une étable à pourceaux. De *haranum*, qu'on aura dit pour *hara*. Dans les secondes Additions de Borel : *mettre un porc en rhan*, c'est-à-dire à l'engrais. Le Duchat.
ARANTELLES. On appelle ainsi en termes de Vénerie les filandres qui le trouvent au *pié* du *cert* : de la ressemblance qu'elles ont aux toiles d'*araignées*, qu'on appelle *arantelles* en Poitou : mot qui a été formé d'*aranea tella*. Les Espagnols disent de même *telarana*, & les Gafons *telaragne*, pour dire une toile d'*araignée*. Et nous disons en Anjou, *erantaigne & irantaigne*, pour dire une *araignée* : d'*aranea tinea*. Voyez Du Fouilloux, dans son Recueil des mots de la chasse, imprimés à la fin de son livre de la Vénerie. Nos Anciens disaient *telles*, pour *toiles*. Villon dans son Grand Testament : *J'en fais batu comme à tu telles.* Sur lequel vers Marot a fait cette Note : *Comme toiles à un ruisseau*. Les paysans prononcent encore *telle* pour *toile*. M.
ARBALESTE. Il est formé d'*arcus*, & de ballista. Guillaume le Breton, comme nous verrons ci-après, l'appelle arcu-balistarius. Rigordus, de Gestis Philippi Augusti: Quidam Arcubalistarius de Castro, indignatus, &c. Les Glofes: Arcubalista, eupoius. Aussi bien Scorpio en Latin est une machine de guerre, ainsi appelée à cause des traits qu'elle jettou, dont la pointe étoit mortelle, comme celle de la queue du Scorpion. Isidore, liv. 18. chapitre 8. Scorpio, est Sagitta venenata, arcu, vel termentis, excussa. Anciennement aussi ballista étoit une machine de baterie. Ovide, lib. 1. Tristium, Eleg. 2. Quam grave ballista mania pulsat onus. On s'en servoit aussi pour défendre les Villes, & les vaisseaux de guerre: Et parce qu'elle étoit bandée avec un tour, elle étoit appelée ballista à turno; & en François, arbaleste à tour. Marinus Sanutus Torfellus, in Secretis Fidelium crucis, lib. 2. cap. 8. Quid in quolibet novigio dulcis aqua, ballista grossa à turno, cum suis muniminibus, porterentur. Guillaume de Lorris, au Roman de la Rose: Vous poussez les mangoneaux Voir par-dessus les carreaux; Et aux archeres tout au tour Som les arbalestes à tour. A l'imitation de ces grandes arbalestes, on en fit de petites, dont un homme seul se pouvoit servit: & parce qu'en les lâchant on les appuyoit contre l'estomac, Marinus Sanutus, au livre ci-dessus allégué, chapitre 22. les appelle ballistas à peltoribus. Elles avoient un os, pour en lâcher le trait, qu'on appelloitissus; comme nous faisons encore. Guillaume le Breton, livre 5. de la Philippide: Guido nucem volvit ballista pollice lava, Dextra premis clavem. Il y avoit cette différence entre les traits de arbalestes, & ceux des arcs; que ceux-là étoient appelés quatreaux, & ceux-ci stèchet. Le même Guillaume le Breton, livre 2. Nec tamen interea cessat ballista, vel arcus: Quadrellos hic multiplicat; pluit illa Sagittas. Et Rigordus, de Gestis Philippi Augusti: Quarellos cum ballistis, & Sagittas cum arcubus. Guillaume le Breton, au même livre, écrit que l'usage des arbalestes étoit inconnu en France durant le règne de Philippe Auguste: Francigenis nostris illis ignota diebus Res erat omnino, quid ballistarius arcus, Quid Ballista forte: nec habebat in agmine toto Rex quemquam, sciret armis qui talibus uti. Et au livre 7. il dit que ce fut Richard, Roi d'Angleterre, qui en apprit le premier l'usage aux François. Car décrivant la Parque Atropos, qui veut que ce Roi meurt d'un coup d'arbaleste, il la fait parler de cette sorte: Hac volo, non alia, Richardum morte perire: Ut qui Francigenis ballista primitus usum Tradidit, ipso sui rem primitus experiatur; Quamque allos docuit, in se vim somniatis. Toutefois je trouve que durant la Vie de Louis le Gros; aveul de Philippe Auguste, l'usage des arbalestes étoit déjà en France; car Sugger, Abbé de Saint Denis, en la Vie de ce Prince, dit qu'il attaqua Drognem Montiacenem cum magna militaris Sagittaria manu, & ballistaria. Et plus bas: Radulphus Vromandensis, ballistarii quadro oculo est privatus. Pour concilier ces contrariétés, il faut remarquer que le Pape Innocent III. qui vivoit du zems de Philippe Auguste, & de Richard Roi d'Angleterre, défendit, sur peine d'excommunication, l'usage des arbalestes contre les Chreletus cap. unico de Sagittariis: que lorsque Guillaume le Breton écrit, que parmi les François, illis diebus, l'usage des arbalestes étoit inconnu, il marque le zems durant lequel on obéissoit à la défense du Pape; à laquelle Richard s'étant rendu déobéissant, il fut le premier qui par son exemple rétablit parmi les François l'usage des arbalestes, qui par un juste jugement de Dieu lui couterent enfin la vie. Caseneuve.
ARBALESTE. D'arcubalista. L'Onomasticon Grec-Latin: arcubalista, eupoius. Arcubalista a été fait du mot d'arcus, & de celui de ballista: pour lequel on a dit ballistra. Les Glofes: ballistra, eupoius, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis, salis. Rabelais, liv. 1. chap. 23. Les sortes arbalestes de passe. Et liv. 4. chap. 31. Comme une arbaleste de passe. M. de la Nouë, p. m. 119. de son Dictionnaire des rimes Françoïses, dit qu'on a appelé arbaleste de passe, une sorte d'arbaleste, parce qu'elle faisoit une grande passée, ou passoit fort avant: ce qu'il a pris du Président Fauchet, en son Traité de la Milice & des Armes, où fol. m. 529. parlant de ces sortes d'arbalestes, il donne à entendre qu'elles lançoient fort loin le javelot. Mais ce n'étoit point par rapport à la force dont se débandoit cette machine, qu'on l'appelloit arbaleste de passe, mais parce qu'on appelloit passe certaine machine de bois sur laquelle on la montoit. Ce que je prouve par Froissart, lequel au vol. 2. de son Histoire, fol. 231. v. de l'édition de Verard, dit que ce que nous anciens appelloient passe, étoit un engin de bois à plusieurs étages, & monté sur des roues. On metoit dans chacun de ces étages certain nombre d'Arbalesters; après quoi on l'approchoit des murs d'une Ville assiégée, & ces Arbalesters délachoient les arbalestes de passe, qui étoient d'une grosseur extraordinaire, sur ceux qui défendoient la Place. De dire présentement pourquoi on appelloit passe cette machine, je ne le fais point; mais il y a bien de l'apparence que c'est du Latin passer, & que c'est ce qu'en terme de fortification Rabelais appelle moineau, au Prol. du troisième livre: lequel terme de moineau H. Etienne, page 287. de son Traité de la Précellence, &c. prétend répondre à l'Ita-lien casemare. On se servoit de cette sorte d'arbaleste dans la Grande-Bretagne. Voyez le Roman de Perceforest, vol. 1. chap. 83. Le Duchat.
ARBOGASTE. C'est le nom d'un noble Franc, qui commandoit des Troupes Auriliaires dans l'Armée des Empereurs Gratien & Valentiniens II. Ce nom, suivant Wachter, signifie à la lettre telipotens. Il est composé de arf & de gast; deux mots Celtiques. Arf est encore aujourd'hui en usage chez les Gallois, ou habitans du pays de Galles, & il signifie un trait, une flèche. Au lieu de *art*, les Anglois disent *arrow* dans le même sens. *Gaff* signifie puissant, & ensuite Chef, Commandant, & c'est de-la qu'est formé le nom propre *Gaffon*.
ARBOIS. *Vin d'Arbois*: dont il est fait mention dans Rabelais, 5. 34. M. Jo. Bruyerin. *de re cibaria*, liv. 18. chap. 12. *Dulcia vina apud nos gratissima mulierculis et video, tum alba, tum rubentia*: *fed imprimis alba, adhuc turbida & acumen dulcedini conjunctum habentia, elegantioribus palatis gratissime bibuntur. Id vero genus apud Burgundus Arboisum (quod quidem Arvisio Chiorum gufu minime cedit) provenit. Quin haud absimile illi in Capraria insula, quod nos in triremibus Gallicis Romam navigantes (defuncto Clemente VII. Pontifice) degustavimus. Catera qua pigram & torquem dulcedinem obtinent, damnantur a gula proceribus, quale est Trebianum Florentiorum. Gilbert Coutin, dans la Description de la Franche-Comté, Bâle, chez Oporin, en 1552. page 72. Sed hinc relia Arboisum descendamus, quod inter egregia oppidula numerari potest. Peramno enim loco situm, atque omnium rerum copia, in primis optiui & ad vetustatem durantis vini florens ac celeberrimum est. Magnis circumquaque suburbiis impeditur. Circum se sunt montes, aspectu fontium & vinetorum ac arborum copia suavissimi: hinc Arboisum dictum, quod arboribus confitum sit. Fructibus enim sic referta est hac vallis ut pomarium tota videns possit. Charles Etienne, dans son *Pradium Rusticum*, page 412. de l'édition de 1554. appelle Arbois, *Derboys*, & le vin qui y croit *Derboisanum*. Pour moi j'ai toujours cru que le *D* étoit un article. *Le Duchat*.
ARBORER. *D'arbre*. Ce mot est nouveau dans notre Langue. Pasquier, viii. 3. *Je n'avois leu arborer une enseigne, pour la planter, sinon aux Ordonnances que fit l'Amiral de Chastillon, exerçant lors la charge de Colonel de l'Infanterie: mot, dont Vigeneire a usé en l'Histoire de Villebardouin. En termes de marine, on dit arborer, pour dresser un mat. Et c'est de-la qu'on a dit arborer une enseigne, un étendant. M.*
ARBOUSIER. *Arbre*. *D'arboisiarius*, inusité, formé d'arbois: ou plutôt d'arbutiarius. Les Latins l'ont appellé *arbutus*. Festus: *ARBUTUS, genus arboris*, frondibus *raria*. Virgile, *Eglogue* 7. *Et qua vos rara viridis tegit arbutus umbra*. Et ailleurs: *Cum jam glandes atque arbutas sacra deficient sitva*. Voyez Pline xv. 24. M.
ARBRE, pour *Mat de navire*: mot des Levantins. Les Latins ont usé du mot *arbor* en la même signification. Valerius Flaccus, liv. 1. de ses Argaunoriques: — *Donec jam celsior arbore pontus, Immensusque ratem spectantibus abshulit aer.* Papinien, en la Loi 3. *De Lege Rhodia de Jactu*: *Cum arbor, aus aliud navis instrumentum, removendi communis periculi causis dejectum est, contributio debetur*. Les Gloses Anciennes: *Arbor navis, ieie uoioiu*. Voyez *Arbre*. M. ARBRE FOURCHU. *Sorte de Poème*. Charles Fontaine, Parisien, livre 2. de son Art Poétique, chapitre 13. *Le Lay, ou Arbre Fourchu, car je les reçoy, & te les baille pour mesme chose; se fait en sorte que les uns Vers sont plus courts que les autres: d'ou lui vient le nom d'Arbre fourchu: &* *se posent en symbole à la forme que c'est exemple, pris de Maître Alain Chartier, te monstera plus clément qu'autres précepées.* Trop est chose avanturée, Prendre mort desharurée, Pour lots de peu de durée, Qui deschet: Car louange procurée Eri tel mort désguer, Est de leger obscurée, Et eschet. *Et ce qui suit. M.* Rabelais, livre 4. chap. 19. *A cette heure fait bien a point l'Arbre fourchu, les pieds à mont, la teste en bas. Ce proverbe vient de ce que dans le Poème appellé Arbre fourchu, le petit Vers qui est au bas, comparé aux autres, fait comme une pyramide renversée. Le Duchat.* ARC TURQUOIS. Rabelais, livre 1. chap. 2. *Mais l'an viendra signé d'un arc Turquois. M.*
ARCAJALET. Il est composé d'arc, & de jalet, qui, selon R. Etienne, en son Dictionnaire, signifie un globe, ou boulet: qui est formé de *laudors*, qui signifie *jeter*. Cafeneuve.
ARC-A-JALET. Il est composé, dit M. de Cafeneuve, d'arc & de jalet, qui, selon Robert Estienne en son Dictionnaire, signifie un globe, ou boulet. Il est composé d'arc, & de jalet, fait du Latin-Barbare *jaculatum*, diminutif de *jaculum*. M.
ARCANDOLE. Au chapitre 23. du Roman du petit Saintré, ce mot se dit d'une sorte de chemise. C'est une corruption de l'Espagnol *Alcanora*, que de même signification dans le Vocabulaire E. Connol & Italien du Francifon. Ce mot au reste, est pur Arabe. *Alcanora es camisa*, dit un Recueil de mots Arabes Espagnolises, composé par Francisco Lopez Tamarid, & imprimé à la suite de la deuxième Partie du Dictionnaire d'Antoine de Lebrixa, Séville, in-fol. 1610. *Le Duchat*.
ARCS-BOUTANTS. M. Félibien, dans son Dictionnaire des Arts: ARC-BOUTANTS, ce sont des arcs, ou demi-arcs, qui appuyent & soutiennent une muraille, comme ceux qui sont aux cofres des grandes Eglises. Vitruve, liv. 6. chap. xi. les nomme anterides, erisme. ¶ Arc-boutant, c'est *arcus pultans*, c'est-à-dire, *pultans*: un arc qui pouise. M.
ARC-EN-CIEL. *D'arcus in cælo*; ou plutôt *arquus*. Nonius Marcellus: ARCUS & ARQUUS hoc distant: (a) *arcus enim suspensus fornix appellatur*: *arquus nomiss qui in cælo*, quam Irim Poëta dixerunt: unde & arquati diountur, quibus color & oculi virent, quasi in arqui similitudinem. Lucretius lib. vi. Tum color in nigris existit nubibus arqui. Les Gloses anciennes: *Arcus cæli*, 1600. M.
ARCELER. La plus grande part des Hellénistes; j'appelle ainsi ceux qui dérivent la plus grande partie de la Langue Francise de la Grecque; le dérivent *d'ipgndier*, qui signifie *irriter*, & qui a été fait d'ipiu, qui l'a été d'iesc. *iesc. ipiu. ipiu. ipiu. ipiu*. D'autres, comme Trippaut, le (a) D'ifiation imaginaire. *Arquus*, ancienne Orthographe. dérivent d'ἀνέξειν. Nicot & le P. Labbe le dérivent d'arceffere. Il vient d'arcellare, inuité, diminutif d'arcere. Il faut écrire & prononcer harceler M.
ARCENAL. Quoique ce mot signifie toute sorte de magasin d'armes, il n'étoit originellement entendu que du lieu où sont bâtis & gardés les vaif-feaux de guerre & leurs équipages; tel qu'est l'Arcenal de Venise. Meurfius, en son Glossaire Grec-barbare : ἀφενόλως, navale. Aussi est-il composé du mot Latin Arx, qui signifie Citadelle, & de ἀλς, qui signifie mir. Caseneuve. Voyez ARSENAC. ARCE R. Enfermer dans un coffre. Le Roman de la Rose, fol. 12. v°. parlant de la manière dont les avares se laissent maîtriser par leurs richesses : Car après eux honteusement Ils les traînent, bousent & arcent. Et plus bas : Ainsi pecune se revanche, Comme Dame très-noble & franche, Des fers qui la tiennent encoize. Arce, d'arcare, fait d'arca, d'où nous avons fait arche, dans la signification de coffre. Le Duchat.
ARCHAL. Les Toulousains l'appellent aram, d'aramen. Dans l'ancien Dictionnaire Latin-François, publié par le P. Labbe, il y a AURICHA-CHUM, archant. Il faut archant. Voyez fil d'archal. M. ARCHE d'un pont. Parce qu'elle est courbée en arc. M. ARCHE E. C'est ainsi que les Chymistes appellent le feu qu'ils s'imaginent être au centre de la terre, pour cuire les métaux & les minéraux, & pour être le principe de la vie des végétaux. Quelques-uns entendent par ce mot un certain esprit universel, répandu par-tout, & qui est la cause de tous les effets de la nature. Ce mot vient apparemment d'ἀγία, principe, parce que ce feu est principe par excellence. ARCHE E. C'est un trait d'Arc. Le Roman de la Rose, fol. 48. v°. Si largesse prenez à dextre, Sans vous tourner à main fenêtre, Vous aurez, je plus d'une archée La fente battue & marchée. Le Duchat.
ARCHERS. Archers de la Prevoté. D'arcu-rit : parce qu'anciennement ils portent des arcs. D'arcus, on a dit de même arguites, pour arcu praisantes : qui est un mot qui se trouve dans Festus & dans Isidore. Voyez arguiter. M.
ARCHET. C'est un diminutif d'arcus. Paffe-rat sur Properce, pag. 258. PLÉCTRUM : Gracum est : παρὰ τὸ πλύτως, id est, à percutiendo. Celticè arches ; quid exigui arcus forma. Nos Anciens di-foient argon. Dans l'Ovide MS. Si portem l'argon & la lyre. M.
ARCHIERES. On appelait ainsi ancienne-ment les meurtrières ou embrasures, c'est-à-dire, ces petites ouvertures des murailles des châteaux, par où l'on tiré sur les ennemis. D'arcu-ria, fait d'arcus. Les Grecs les ont appellées de même τοξικαι Συμίδα. Voyez S. Jérôme, sur Exechiel, chap. 40. Cujas, liv. xiii. de ses Observations, chap. 50. Symmachus in Exechielem, fenestras obli-quas & angustieres, veluti quibus etiam bodiè tela emiti folent adversus hostes, τοξικαι νοτια. Et ita in his qua ex Julians architecæ retulii Harmenspu-lus, τοξικαι interpretari oporter, non arcus, sed fe-nestras angustieres, &c. M.
ARCHIMANDRITE. C'est un mot Grec, qui signifie Supérieur d'un Monastère, & ce que nous appellons Abbé. Mandra signifie en Grec une étable, un lieu où l'on enferme les bêtes, & par métaphore un Monastère : Mais il tire son origine de dour, qui en Ebreu, en Chaldéen, & en Syriaque, signifie demeurer, habiter, d'où vient en Chaldéen medar & medar, & en Syriaque metiro, demeure, habitation. De-là les Grecs, en insérant un n, ont formé leur mandra dans le sens de Mo-nastère, & mandrites, qui dans la même Langue, & selon la même métaphore, signifie un Moine. Les Syriens ont employé pareillement leur mot dairo, qui vient aussi de dour, & signifie proprement de-meure, habitation, dans un sens métaphorique pour Monastère, & ensuite dairoio pour un Moine. Les Arabes ont imité en cela les Syriens, comme en beaucoup d'autres choses. Dair signifie en Arabes un Monastère; dairani le Supérieur d'un Monas-tère, autrement Ras al dair, qui répond précisè-ment au Grec Archimandrite. De la même racine d'où vient dair, vient aussi le mot adouar, qui fi-ignifie des habitations, & Villages en rond que les Arabes habitent en certains endroits de l'Afri-que. ARCHIPERACITE ou ARCHIPHERACITE. Nom d'un Officier dans les Académies des Juifs. C'étoit le chef de ceux qui enseignent dans les écoles, mais différent du chef de la Synagogue, appellé Archisymagogus. Archiparacite est un terme hybride, composé du Grec ἀγία, & du Chaldéen pra perak, qui signifie proprement rompre, arra-cher, séparer, & métaphoriquement résoudre, expliquer une question, une difficulté, d'où se for-me pra perk, qui signifie rupture, division, frag-ment, chemin fourchu, articulation, tems déter-miné, moment, & ensuite section, chapitre d'un livre, leçon publique, enseignement dans une école. Ainsi les Pirke Aboth, & les Pirke de Rabbi Eliefer, ne sont pas des lectures & des explications que les anciens Docteurs ou R. Eliefer aient fait de l'Ecri-ture dans les Synagogues, mais leur doctrine, leurs décisions, leurs enseignements qu'ils ont donné à leurs Disciples dans les écoles. De ce mot pris en ce sens, c'est fait par les Juifs Hellenistes, & dans une forme Grecque celui de paracite ou pharacite, c'est-à-dire, celui qui enseigne dans une école publique, un Professeur. L'Archiparacite étoit donc le chef des Professeurs dans les Ecoles ou Académies des Juifs; mais non pas dans les Synagogues. Aussi les Juifs n'appellent-ils pas la lecture ou l'explication de l'Ecriture perak. Ils se servent du mot πυρ Keriah, pour exprimer la lecture de l'Ecriture; & de πυρ perach, ou πυρ derach, pour en signifier l'explication.
ARCHITRAVE. Terme d'Architecture. Mon-tagne, liv 1. chap. 52. Je ne j'ai ni en advient aux autres comme à moi; mais je ne me puis garder quand j'y nos Architectes s'enfer de ces gros mots de pilastres, architrave, comiches, d'ouvrage Co-rinthien, & Dorique, & semblables de leur jargon; que mon imagination ne se saisisse incontinent du Palais d'Apollidon, & par effet je trouve que ce sont les chitives pièces de la porte de ma cuisin. De l'italien architrave, composé d'archi, & de trabis, trabis. Trabis, trabis, trabe, TRAVE. M.
ARCHIVES. C'est le lieu où l'on garde les Actes & les Documents qui concernent le Public. Il est aussi appelé Tabularium, & en Grec χαρτοφυλάκων, & γραμματοφυλάκων. La Loi 9. paragr. 6. Digest. de pains : In publico instrumenta deponantur, Archio forte, vel Grammatophylacto. D'Archium, ou, selon quelques autres, Archivum, nous avons formé le mot Archives. Quelques-uns le dérivent d'ἀρχή, qui signifie Principauté : parce que, disent-ils, c'était dans la maison du Prince, qu'on gardoit les Actes & les Documents du Public. Mais on pourroit aussi le dériver d'ἀρχείν qui signifie ancien ; parce que c'est proprement le lieu où l'on garde les anciens Documents. Casenove.
ARCHIVES. D'Archivum, qui se trouve en la signification d'Archive dans l'Apologétique de Tertullien, & dans plusieurs endroits de l'ancienne Version de Joseph, attribuée hautement à Rufin. Je rapporterai ci-dessous les endroits de cette Version. Archivum a été fait du Grec ἀρχείν, ou ἀρχείν, comme Achivi d'ἀρχείν, & Argivi d'ἀρχείν. Et ἀρχείν, ou ἀρχείν, a été dit en la signification d'Archives. Eusebe, livre v. de son Histoire Ecclésiastique, chap. 18. en parlant de l'Hérésie des Marcionistes, rapporte ces paroles d'Apollonius : ἔχωσι τὸ τὰς ἔκαις ἀπώκειν ἀρχείν. In Archivis publicis apud Ephesum gesta servantur. C'est comme le prétendu Rufin a traduit ces paroles d'Apollonius. Saint Epiphane, livre 1. tome 3. en parlant de la même Hérésie : ἐταὶ ῥαβυρτήσαιν τὶς βακλαιὰ φρογῆματα, ἀπὸ ἦν ἀρχείν τὰ ἀντίγραφα φρογῆματα ἀφαιρεσθέντα, ἐχίτα, ἐλίζω τὰς ἀφαιρεσθέντα. C'est-à-dire, selon la traduction du P. Pétau, Imperatoris edicta, si qui corrompere aut depravare conentur, prolata ex Archivis fidelissima exemplaria infanos illos argunt. Joseph, livre 2. de la Guerre Judaïque, chap. 31. μ.δ. ἂ, τὸ πῶρ, τὸ ἀρχείν, ἀφαιρεσθέντα, ἀφαιρεσθέντα, τὸ ἀντίγραφα ἦν ἀντίγραφα. Post quod ignem Archivo intulerunt, volentes omnia creditorum documenta disperdere. Et livre vi. ch. 35. τὸ ἐρχείν, τὸ, τὸ ἀρχείν, καὶ τὸ ἀρχείν, καὶ τὸ βακλωτῆμα, καὶ τὸ ἐφιάζον ἀκάλυπτος, ἐφιάζον. Postero die, Archivum, Acrum, & Curiam, & qui vocatur Ophla, succenderunt. Et livre vii. chap. 9. οὐδὲν καταπράσιον τὰς τετραγώνες ἀγορὰς, ἀρχείν, τὸ, καὶ γραμματοφυλάκων, καὶ τὰς βακλαιὰς. Quadratum form exuri contigit, & Archiva, monumentorumque receptacula publicorum : itemque basilicas. C'est comme l'ancien Interprète de Joseph a traduit ces endroits de Joseph. Hésychius & Suidas donnent de même la signification d'Archive au mot ἀρχείν. Hésychius : ἀρχείν, ἐξαιρεσθέντα, ὁ Χαρτοφυλάκων. Suidas : ἀρχείν, ἐξαιρεσθέντα, ὁ Χαρτοφυλάκων. M. A Metz nous appellons Arche une Archive, & à Metz, comme ailleurs, les personnes publiques, comme les Notaires, & autres Notaires inférieurs, que nous nomnions Amans, d'amannenses, conservent les Actes passées ou infiniés chez eux dans des lieux voutés & bâtis en forme d'arcs, de peur du feu : ce qui me fait croire qu'Archive pourroit bien avoir été formé d'arctus, produit d'arcus ou d'arca. Arca, arctus. Le Duchat.
ARCIS. Saint Pierre des Arcis, Paroisse de Paris. Par corruption pour Ascentes, parce que cette Eglise servoit de Paroisse aux Ascentes, ou Moines de Saint Barthelemi, & aux Religieuses de Saint Martial. Voyez le Martyrologe Universel de Chatelain, Par. 4. 1709, page 1078. Le Duchat. Voyez ARSIS.
ARÇON, en vieux Langage, signifiou incendie. Voyez Pasquier, livre 4. chap. 1. & en cette signification il vient d'arfum : & c'est pourquoi il se devoit écrire par une S. Arfum, arfi, arfome, ARZON. M. ARÇONS d'une felle. De leur figure, faite en forme d'un arc. M. de Saumais, sur l'Histoire Auguste, page 164. ARÇIONES vocamus ab arcu, quod in modum arcus sint incurvi. Graci recentiores κυβία vocaverunt. Glossæ Græcorum : κυβία, τὸ καμπόδιον, καὶ σοφίδιον, καὶ σοφίδιον τὰ ξυδίαν τὰς σῆλας κυβίαν ἐξαιρεσθέντα, ὡς καμπόδιον. Ad verbum, κυβία sunt nostri arciones. On dit encore à présent en Picardie archon, pour dire un arc. Les Anglois l'appellent Saddle-bone, c'est-à-dire arc de felle. Les Hollandois l'appellent cadelboum & les Allemands fatteibogen, qui signifie la même chose. Voyez M. du Cange, en son Glossaire, au mot Arcis. M.
ARCUEIL. De arcus Juliani, arc de Julien. C'est le nom d'un Village à une bleue de Paris au midi, ainsi appelé, parce que Julien l'Apostat, pendant le séjour qu'il fit à Paris, fit construire un aqueduc dans ce Village pour conduire les eaux aux thermes de Julien, qui étoient où est aujourd'hui l'Hôtel de Cluny, & où l'on en voit encore des restes.
ARDABURE. C'est le nom d'un noble Goth ou Alain, qui étoit à la Cour & à l'armée de Léon, Empereur d'Orient. Ardabure signifie à la lettre vaillant citoyen. Ce mot est composé de hard & de bure, deux termes teutoniques. Hard en Gothique, en Flaman & en Anglois; Hart en ancien Franc & en Alleman; Hard en Suédois; Heard en Anglo-Saxon, font la même chose, & signifient proprement dur, & ensuite fort, robuste, vaillant, courageux, hardi, violent, obstiné, cruel, &c. fortement, violemment. Les Grecs disent de même καρτ. & force, καρτ. & robuste, courageux, καρτ. & se foutient courageusement, καρτ. & fortement, violemment, beaucoup, & dans ces mots Grecs le K répond à la lettre barbare H. Harto, en espagnol, assez, suffisamment, & ce mot est resté apparemment des Goths. De hard vient aussi le François hardi & hardiment. En Perian ancien & moderne, card ou carda signifie courageux, vaillant, belliqueux. Strabon interprète καρτ. & αδράσις καὶ σοφίσις. Dans Hésychius, καρτ. & c'est des hommes belliqueux, & ἀρτάσις des Héros : de-là, ἀντακτήσαιν, c'est-à-dire, Grand Héros. Voilà pour hard, qui fait la première partie du mot Ardabure. Quant à bure ou bur, qui est la seconde, c'est la même chose que bauer, qui signifie demeure, habitation, pays, ville, village, maison de campagne, habitant, citoyen. Dans Hésychius,references est un domicile. Ce bauer est formé du Celtique bau, mot des plus anciens, & qui signifie pareillement demeure, habitation, pays, &c. Les Anglo-Saxons disaient bye dans le même sens, les Goths bava, les Illandois disent encore bo & bu, & les Suédois by. Voyez Wachter, Glossæ. Germ. aux mots Bau & Hart.
ARDANS, maladie. D'ardentes. C'est une espèce d'érégipée, appelée par les Latins igni sacer. Un Auteur anonyme, des Miracles de Saint El, (en Latin, de Miraculis Sancti Agili) chapitre 5. Deux per ejus meritum operatur sanationes, & maxime ardemium restinguit ignes. Et c'est de-là que l'Eglise glisé de Sainte Geneviève des Ardans à pris son ron. Voyez M. du Cange dans son Glossaire, au mot ardentes, où vous trouverez tout ce qui se peut dire sur ce mot d'ardans. M. Du reste, selon l'Auteur cité par M. Ménage, Ardans est le nom, non pas de la maladie, mais des malades qu'ardoit ce mal, appellé communé- ment le feu de Saint Antoine. Ardentes appellati à noffris qui igneo quodam morbo correpti, toti quodam- modo ardehant, & membris depaftis toti consumeban- tur, dit M. du Cange, qui, comme on voit, n'a pas ici pris le change, comme M. Ménage. Le Du- chat.
ARDARIC. C'est le nom d'un Roi des Ge- pides dans Jornandes. Ce nom signifie fort & pusi- ssant, ou bien robore potens, ou fortitudine potens. De Hard; sur lequel mot voyez Ardabire; & de rich onreich, qui en Teutonique signifie puissant, vaillant, riche, opulent; d'où le François riche.
ARDENNES. C'est cette grande forêt de la Gaule Belgique. De arden, qui en vieux Gaulois signifie bois. De-là vient qu'en la Comté de War- vicks, Arden, qui étoit la plus grande forêt d'An- gleterre, s'appelle aujourd'hui Woodland. Voyez Cambden. Dans la Suède, près de l'Ostrogothie, est une forêt nommée Comarden. Observation de M. Huet. M.
ARDENS. Voyez ARDANS.
ARDENS. Sobriquet sous lequel Messieurs de l'Académie Française sont plus d'une fois désignés dans les Ecrits du Sieur de Saint-Germain. Ce qu'on appelle communément ardens, sont des feux sau- telans autour des rivieres & des lieux marécageux. De-là apparemment cet homme a appellé Ardens ces Messieurs, qui environ l'année 1634, commen- cèrent à s'assembler chez M. des Marêts, l'un d'entreux. Voyez l'Histoire de l'Académie, année 1717, p. 9. Le Duchat.
ARDILLON. C'est ce petit fer aigu qui prend & accroche la boucle. Il est formé de l'an- cien verbe François aerde, qui signifie prendre & accrocher; comme qui diroit aerdillon. Caseneuve.
ARDILLON. Casaubon le dérive du Grec àph. qui dans Hérodote signifie la pointe d'une flèche. Vestium fibula à parte sui ita sunt dicta: cum enim annulo constent & acu, propriè non utrumque, sed sola acus fibula dicitur. Ea pars est toto anti- quior: nam primus homines necessitas compuls ut vestem fluentem spina vel basula adstringerent, ut observant Rabbini, & legimus apud Tacitum de veteribus Germanis. Id igitur quod infigebatur, è re fibulam, quasi figulam Latini dixerunt. Nisi malis à findendo deducere cum Julio Staligeru. Graci à moi, quod est transfigere, moi & moi & ab hoi, quod immittere significat, coivus. Calli- machus: Dana xgacem iqgacim iqgacim Vulgè nobis ardille, vel ardillon: qua vox & fono & significatione affinis est Graca àph. Ars deinde accefis, qua annulo adjecto, & commodiorem & ho- nefiorem fibula usum prabui. Sed totum illud inven- sum Latini fibulam vocant: etis propriè id est quod diximus. C'est dans ses Notes sur Trebellius Pol- lio, à la page 111. Il n'y a point d'apparence que ce mot François vienne de ce mot Grec, qui est un mot rare dans la Langue Grecque, & qui ne se trouve que dans Hérodote; & qui d'al- leurs ne signifie point un ardillon. Les Italiens ap- pellent aussi ardiglione. Mais les Provençaux l'ap- Tome I. pellent dardiglione. Ce qui donne sujet de croire que les François ont pris ce mot des Italiens, & que les Italiens l'ont pris des Provençaux, & que les Provençaux ont fait ce mot de la diglo, diini- nutif de dard. M. du Cange, dans son petit Etymo- logique, le dérive d'ardatio. ARDALIO, dit-il, par fibula qua infigur: ARDALIO, Gluto, vorax; quod hac parte figlia mordetat: Et M. de Caseneu- ve dans ses Origines de la Langue Françoise, d'aerde, qu'il dit être un vieux mot François qui signifie prendre & accrocher, comme qui diroit aardillon. Dans la Basse-Normandie on dit erde, pour dire atteindre. Je n'y saurois erde, c'est-à-di- re. Je n'y saurois atteindre. M.
ARDILLON. Je crois que ce mot vient de ra- dius. Radius, radillus, radiilius, radiili, radiilo, radillonis, radilione, ardillone, ardillon. Le Du- chat.
ARDOISE. Philandre, dans ses Notes sur Vitruve, livre 1. chapitre premier, le dérive, d'ar- dere. Utrantur & mei, (Il parle des François: Phi- landre étoit de Bourgogne) caralei in nigro lapidis sectilibus laminis. Ii lapis serra denatâ, ut lignum; secatur, assulatimque frangitur; non, ut cateri, in cæmenta: ardefiam vocamus: credo, ab ardendo, quod è tectis ad solis radios veluti flammas ejacule- tur. Eu etiam Musici & Algorista pro abacis usun- tur, id est, tabulis. L'ardoise se forme de l'argille noire, ce qui pourroit donner quelque penfée que le mot d'ardoise auroit été fait de celui d'argilla, en cette manière: argilla, argillus, argilli, ar- gillidus, argilidus; argildensis, ardensis, ardeae, ARDOISE. On a dit de même arjadefie d'argillafie. C'est ainsi que nous appellons en Anjou la terre pleine d'argille. Martinus, dans la Vie de la Bien- heureuse Marie de Mailly, nombre 31. appelle les ardoises ardefias: Tectum lignum in lapidem com- mutavit: quod ardefias vocant. Scaliger, dans son Exercitation 119. contre Cardan, les appelle ar- doesas. Ardoesam Galli vocant, quas ad tegularum usum parant. Nos, ad mathematicas designationes, aliquot habemus. M.
ARDOISE. Cette pierre est fort commune dans le pays d'Artois. Ce qui me fait croire qu'on pour- roit bien l'avoir nommée ardoise, pour pierre Ar- toisenne, ou Ardoisine, comme Rabelais la nom- me, liv. 1. chap. 19. On peut aussi l'avoir nom- mée ardoise par contraction, pour Ardenoise; car il y en a quantité dans les Ardennes. Le Du- chat. L'Ardoise, qui est de nos jours si commune, a été in- connue aux Anciens. M. Ménage n'a pas bien rencon- tré dans l'étymologie de ce nom. A force de changer des lettres dans un mot, on le rapproche peu à peu d'un autre. Mais de pareilles étymologies ne satis- font guère un Lecteur, qui souvent même trouve ridicules ces fortes de gradations. L'origine du nom d'ardoise est toute simple. C'est du pays d'Ardes en Irlande, que les premières ardoises ont été tirées; & c'est du nom de ce pays, en Latin ardefia, que cette pierre qui n'étoit pas connue, & qui com- mença d'être transportée dans toute l'Europe, fut appelée lapis ardefius, laete ardefius, ardefia: d'où nous avons fait notre mot ardoise. Il y a en France des pierrieres d'ardoises, dont les plus fameuses sont en Anjou & en Bretagne. Vergy.
ARE. C'est une interjection, fort en usage L dans la Haute Normandie, & principalement à Rouen, où les Juifs l'ont apportée. Elle signifie vois, vois-tu, voilà. De l'Hébreu Rabbinique 791, qui signifie ecce. Huet.
AREMÉTI. Mot Gaïcon, dit Tripault, qui signifie tout maintenant. Rabelais s'est servi de ce mot. Il a été fait de l'arémet ipsa. M.
ARER. Vieux mot, fait d'arere. Le Moine Alexis dans ses Feintises : Tel ne veut arer ne semer, Qui veut bien recueillir les fruits. Ce mot se trouve souvent dans les livres anciens. Et Henri Etienne, dans son livre de la Précellence du Langage François, dit qu'il ne ferait pas difficulté de s'en servir. Voici ses termes qui sont de la page 145. En Savoye un Labourer s'en allant labourer la terre, dit qu'il s'en va arer : syncopant le Latin arare. Or je demande, si nous ne pouvons pas au besoin, en changeant leur A de la fin en nostre E, dire arer : Quant à moi je n'en serais point de conscience. M. Rabelais, liv. 4. chap. 2. Cettui jour & les deux subséquens, ne leur apparut terre, ne autre chose nouvelle ; car autrefois avoient aré cette route. Le Duchat.
ARERAGES. Par corruption, pour ariérages : & on le prononçoit ainsi anciennement. Ariérage a été fait d'arrière : & ariere, d'ad retro : d'où les Espagnols ont aussi fait arredrar. M.
ARISTE. D'Arista, dont Auïone dans sa Moselle s'est servi en cette signification. Segmentis corunt, sed dissociantur aristis. Et ailleurs, dans le même Poème : Squamous herbofas capito interlucet arenas, Viscere pra tenero furtim congestus aristis. Grégoire de Tours s'est servi du même mot dans la même signification, au chapitre 1. du livre 3. des miracles de S. Martin : Dum ad convivium residentes post jejunum ederemus, piscis infertur in ferculo : quem Dominica cruce signatum dum edimus, una mihi ex aristis ipsius piscis injuriosissim adhaest gurturi. Scaliger, livre premier de ses Leçons sur Auïone, chapitre 26. Notabis autem ab Auïonio aristas auri &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i & i ARESTEBEUF : herbe. Gr. &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i & i
ARGENT. Il a été ainsi nommé à cause de sa couleur. Du mot &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i &i & i ARGENTINE : herbe. De la couleur blanchâtre. Les Médecins de Lyon, ix. 46. Potentilla huic nomen ab eximiis viribus quibus pollet : argentine vero à foliorum argente splendore : Galli argentine. M.
ARGOT. Jargon des Bohémiens. Ce mot vient par transposition de Ragot, nom d'un fameux belistre du tems de Louis XII. & de François I. De-la le verbe Ragoter, murmurer, grommeler, &c. D. L. M. On trouve de l'Argot dans des Livres plus anciens que le fameux Ragot ; dans le Recueil des Pois piles entr'autres, & dans le Verger d'honneur, &c. A Metz les enfans ont entr'eux une espece de jargon ou d'argot, qui consiste à alonger chaque syllabe de leur discours de deux autres syllabes, dans la premiere desquelles domine un R, & dans l'autre un G. Par exemple, pour dire : Vous êtes un fou ; ils diront : Vous dregue esdregue undregue fondregue. Ce pourtrois bien être la proprement l'argot, qu'on auroit nommé de la sorte a cause de l'R & du G qui y dominent. Le Duchat. M. Furetiere a cru que le mot d'argot venoit de la Ville d'Argos, parce que, dit-il, la plus grande partie des termes de ce langage sont tirés du Grec. N'en déplaise à M. Furetiere, cette étymologie est risible. D'ailleurs, il est faux que la plupart des mots de l'argot soient formés du Grec. L'Auteur des nouvelles Notes sur Rabelais, prétend que l'argot a été ainsi appellé d'un gueux célèbre nommé Ragot, qui vivait du tems de Louis XII. & de François I. Il prouve que ce gueux a été fort renommé ; que le nom de Ragot est très-souvent répété dans un in-12. de vieille impression, traitant des gueux de l'Histoire ; que dans le Prologue des navigations de Panurge, imprimées à la suite du Rabelais, de l'édition de Doler, il est appellé le Prophète Ragot. Il cite ces paroles de Jacques Tahureau, dans ses Dialogues du Démocritique & du Cosmophile : Pensés-tu, si on avoit certaine cognosance des prédécesseurs anciens, & de la généalogie de beaucoup de gens, aujourd'hui fort riches & grands Seigneurs, qu'on ne les trouvait possible descendus de quelque pauvre belistre, qui n'aurait fait toute sa vie autre chose qu'estaler une jambe toute mangée & my-pourrie de chancre, à l'entrée de quelque Temple, ou aux lieux où le peuple convient & fréquente le plus ! Témoin l'élégant & l'insigne Orateur, belistral unique, Ragot, jadis tant renommé entre les gueux de Paris, comme le Parangon, Roi & Souverain Maître d'iceux, lequel a tant fait en plaidant pour le bizzat d'autrui, qu'il en a laissé de ses enfans pourvenus avec les plus notables & fameuses personnes que l'on saurait trouver. Et qui doute que si tels enfans sont gens de bien (toutes fois de bon esprit, & secretement mechans), que leur richesse ne l'augmente, & qu'étant poussés à mon par le vent de quelque bonne fortune, ils ne puissent acquérir grands biens & réputation ! Et voilà la personne de Ragot, Monsieur, premier Gentilhonme de sa race, qui aura de beaux mveux si Dieu plais. L'Auteur des Notes allègue encore les Dialogues du nouveau Langage François italianisé de H. Etienne, où Cetrophile demande si Parbelin & Regent ont toujours force Discipies, & à qui Philausone répond, plus que jamais. De-là l'Auteur conclut qu'il est vrai-semblable que c'est du nom de ce maître gueux, qu'à été fait celui d'argot, n'y ayant entre argot & ragot qu'une légère transposition de lettres. Je ne sais si cette étymologie trouvera beaucoup de partisans. Pour moi je suis convaincu que le mot argot vient du Grec, & qu'il a été fait d'agrion, qui signifie un fainéant, qui mène une vie oise, qui n'a ni travail ni métier : que de ce mot Grec, qui convient si bien à cette sorte de gens, on a appellé argot le jargon qu'ils parlent entre eux : de même que nous disons, l'Esclavon, l'Espagnol, pour exprimer la Langue que les Eclavons & les Espagnols parlent. Vergy. ARGOULET : pour, homme de néant. Les Argoullets étoient autrefois des Arquebusiers à cheval : Et comme ils n'étoient pas considérables en comparaison des autres Compagnies de Cavalerie, on a dit un Argoullet pour un homme de néant. Je croit que les Argoullets ont porté originellement des arcs, & qu'ils ont été appelés ARGOULETS d'arcus. Arcus, arculus, arculetus, ARGOULET. M. Les Argoullets, ainsi nommés d'arcus, étoient cette même Milice connue aujourd'hui sous le nom de Dragons, de Targa, à cause de la grande targe qu'elle portoit. Un Poème de l'année 1243. cité par M. du Cange, au mot Targa. Les arbalettes et points prises, Et les targes au col assises. Voyez ci-dessous les additions au mot Dragons. Le Duchat.
ARGOUSIN. Nous appellons ainsi, par corruption, un Sergent de Galere, au lieu d'alguassil, qui est un mot Espagnol, qui signifie Sergent. Le Père Thomassin, Tome 2. page 335. de son Traité des Langues, réduites à l'Ebreu, veut que ce mot Espagnol ait été fait de l'Ebreu Cassil, qui signifie bipennis; ou de celui de Cassar, qui signifie, jusus, rectus. M.
ARGUÉ. Lieu à Paris où l'on tire & où l'on dégrose l'or & l'argent pour les Orfèvres & les Tireurs d'or. Voyez le Dictionnaire de M. Richelet. M.
ARGUÉ, est aussi le nom de la machine dont se servent les Tireurs d'or, pour dégroller l'or & l'argent. Ce mot vient, par corruption, du Grec 1277, opus, parceque l'invention & la machine nous ont été apportées de Grèce. *
ARIBERT. C'est un nom Lombard, qui signifie bello clarus. De War, qui signifie bellum, & de ber, qui signifie clarus. On a ôté le W dans War. Ce War est formé de Wer, terme Celtique des plus anciens, & qui signifie, virum, bellum, defensionem, arma. De Wer, dans la signification de vir, vient peut-être le vir des Latins; & de Wer, dans le sens de guerre, vient assurément notre François guerre, & le Latin-barbare guerra & Werra. *
ARIERE. D'adreto. Voyez arirages, & dernier. M.
ARIEREBAN. On le dérive ordinairement de haribannum, ou heribannum, qui a été composé du mot Alleman hare ou here, qui signifie armée, & de celui de ban, qui signifie edis, convocation. Cujas, dans la Préface sur les livres des Fiefs : Vasallorum conditio hac est, ut cum delectus edictum, in militum eam, vel vicarium mitant, certum censum domini arario inferant, quod Heribannum, sive Haribannum, dicitur, a Germanum antiqua voce here, qua significatur exercitus: quo sensu & heriilit dixerant, l. 15. Lang. de Exercit. l. 17. De eo qui alii anteft. desertionem exercitus. Theodulphus in Chronicis : D. Pipinum Regem in exercitu derelinquens, & id quod Thedisca lingua HARISLIT dicitur. Idem Hermanus Comes, libro de Origine Francorum. Heribanni quantitatem definitivit Carolus, Legum Longobardarum libro 5. Fridericus pro ea portionem certam reditus Feudi, libro 5. BANNUM, est generale nomen, quo significatur edictum, sive citatio, HERIBANUM, speciale: citatio nempe ad delectum. Utrique nomine significatur etiam paina edicto non obtempteritis. Igitur heribannum non tantum edictio delectus est, sed etiam paina non respondentis ad delectum : quam & heriiludam Germani vocant, Aventis est. Coquille dit aussi que heribannum est un mot Alleman : mais il dit que ce mot est composé de celui de ban, qui signifie convocation, & de celui de ber, qui signifie Seigneur. Voici ses termes, qui sont de son Commentaire manuscrit sur l'Ordonnance de Blois, lequel est entre les mains de M. Joly, Chantre de Paris, son petit fils : l'ulgarement se dit arriereban par nom corrompu. De grande ancienneté se nommois hereban, comme se voit, et Capitulaires de Charlemagne & Louis le Debonnare, son fils. Qui est mot Alleman. Ban, est une convocation générale de tous, à cri public. Het en Alleman, signifie Seigneur. Par la loy des Fiefs, tous tenans fiefs, doivent service au Seigneur Feudal en ses guerres. Et quand le Roy de France avoit guerre entreprise, il appeloit à cri public tous les Vassaux, pour le ventur servir avec armes, & à leurs despens, pour six semaines hors le Royaume, & trois mois dans le Royaume, à compter du jour du rendez-vous. Ce service se doit faire par les Vassaux nobles, en personne, & par les Vassaux roturiers en contribuant deniers : le tout, selon la valeur du fief. Et si aucun est retenu pour le service, & son fief ne soit de telle valeur qu'il doive fournir un homme, les autres fiefs y aideront. Et s'Estats Généraux, les Roturiers tenans fiefs ont prétendu à juste cause qu'ils ne devoient contribuer en deniers à l'Arriereban : car ils sont quotices et tailles selon le revenu : auquel revenu est compris ce qu'ils recueillent de leurs fiefs. C'est sur l'article 316. Voyez Ragueau, dans son Indice sur le mot arriereban, & sur celui de ban ; Nicot sur les mêmes Notes ; Auguste Galland, dans son Franc-Alleu, page 242. Vossus de Viriis Sermonis, & M. du Cange, dans son Glossaire. M. de Caseneuve a une opinion particulière sur l'étymologie de ce mot arriereban, qui me semble la véritable. Il prétend qu'il a été composé du mot arriere & de celui de ban : L'Arriereban étant proprement, dit-il, la convocation des vassaux qui tiennent les arriere-fiefs, & ne relèvent que médianement du Roi, & le Ban étant celle des vassaux qui tiennent les fiefs mouvans du Roi sans moyen. Il me reste à remarquer, que Riereban, pour Arriereban, se trouve dans Guillaume Guyart. M.
ARIMASPES. C'est le nom d'un peuple de Scythie, dont parte Hérodote, livre 4. chap. 27. Supra Iffodones sunt homines unoculi, & Grypes auri custodes. Hoc Scythia acceperunt ab Iffodonibus, nos à Scythis, quos & Scythicis vocamus Arimaspos. Nam arima Scythia unum vocant, Spu vero oculum. On re- L ij trouve ces deux mots dans la Langue Celtique, qui convenoit en beaucoup de choses avec la Scythique. *Arima* signifie proprement *sans nombre*, c'est-à-dire, *un*, parce que l'unité n'est pas un nombre, quoiqu'elle ioit le principe du nombre. L'a qui est au commencement du mot, est un *a* privatif, dans les anciens Dialectes Teutoniques. *Rima* est la même chose que *rim*, qui en Teutonique signifie *raison*, nombre, vers *rimé*, & d'où, pour le dire en *passant*, vient le François *rime*, & l'*italien rima*. Il est remarquable que dans presque toutes les Langues, le même mot signifie *raison* & *nombre* ou *compte*. C'est parce que le nombre est un être de *raison*, & une idée abstraite par le moyen de laquelle l'esprit conçoit la multitude & la grandeur des choses. Les Allemands disent *reim* au lieu de *rim*. Les Illandois appellent un Calendrier *rym*, sans doute à cause du compte des jours. Quant au mot *spu*, qui fait la seconde partie de celui d'*arima spu*, & qui signifie *oculus* en Langue Scythique, il signifie la même chose en Langue Celtique, suivant Dom Pezron, qui aussi donne une origine Celtique aux mots Latins *specio* & *spicio*, *spex* & *aruspex*. Il pouvoit ajouter, qu'en Grec & est pareillement *oculus*, & que *ops* & *spu* ne diffèrent que par un renversement de lettres. Euïtathe, sur Denys, explique fort mal le terme *arimaspes*, en disant, qu' *des* en Langue Scythique signifie *unus*, & *unus*, & *oculus*. Hornius, dans la Préface qu'il a mis au devant des Origines de Boxhorn, fait encore une plus grande faute, en voulant corriger Denys; car il change *maspus* en *aspa*, qui dans la Langue Persanne signifie un cheval ou un cavalier. Du Scythique & Celtique *spu*, est dérivé le verbe Alleman *sphaben*, qui signifie voit, examiner, confiderer, deviner; le Flaman *spien* & *spieden*, le Suédois *speya*, l'Anglois *to spy*, l'*italien spiare*, le François *espier*, l'*Espagnol espier*; qui tous signifient examiner, observer. De-là le mot François *espien*, l'Anglois *spy*, l'*italien spia*, *spione*, l'Alleman *spior*, l'*Espagnol espia*, le Gallois *yspiur*, qui tous signifient ce que le Latin appelle *explorator*. Voyez Wachter, *Glosar*, *German*, aux mots *Reim* & *Sphaben*.
ARIOVISTE. Nom d'un Roi des Germains, dont parle César. Ce mot signifie *pratio validus*, *bello intrepidus*. Il est formé de *wer* ou *war*, guerre, combat, & de *vest*, ferme, constant, courageux, intrépide.
ARISTOLOCHIE, ou ARISTOLOCHE, herbe. D'*aristolochia*, fait d'*aegusoxia*. Cicéron, au livre 1. de *Divinatione*, chapitre 16. a écrit que cette herbe avoit été ainsi appelée du nom de son inventeur: *Quid aristolochia ad morbus serpentum possit, qua nomen ex invente reperit; rem ipsam inventor ex somnio*. Et Aristote a écrit que la personne qui l'avoit trouvée, étoit une femme. *Tuivius quivi agcyvius yunnia iupnita*: ce font les termes du Scholiaste de Nicandre. Ce qui a fait dire à Jean Brodeau, (en Latin *Johannes Brodeau*) au chapitre 1. du livre 1. de ses Miscellanées, que cette femme s'appelloit *Aristolochie*. Pline est d'un autre avis qu'Aristote & Cicéron. Il dit que l'*aristolochie* a été ainsi appelée parce qu'elle est salutaire aux femmes qui accouchent. *Inter nihilissimas, aristolochia nomen dedisse gravida videtur, quoniam esset aegus noxerus*. C'est au livre xxv. chap. 8. M.
ARIVER. D'*adripare*: comme qui diroit *ad ripam appellere*. Les Italiens disent de même *ariviare*. Pétraque a dit, Sonnet 84. *E che mia spemba venire a riva*. Et dans la viii. Chanson. *Allor saranno i miei pensieri a riva*, &c. *Che menan gli anni miei si sotto a riva*. M.
ARIVOUR. Abbaye de l'Ordre de Citeaux au Diocèse de Troyes. D'*Arripatorium*, ou *Ripatorium*, selon Cl. Robert. P. J. Add.
ARLAN. C'est un cri que nos soldats faisoient, il n'y a pas encore long-tems, quand ils vouloient piller. Je crois que nous avons emprunté ce mot des Hollandois, parmi lesquels il étoit aussi en usage, il n'y a pas long-tems; & que les Hollandois, après que Frédéric de Tolède eut pris sur eux la Ville d'Arlem qu'il traita fort cruellement, ayant pris ensuite quelqu'autre place sur les Espagnols, usèrent premièrement de ce cri, comme pour dire qu'ils le souvenaient du traitement qu'ils avoient reçu à Arlem. Ainsi en Italie, lorsque quelques Compagnies Suisses, contre la parole donnée, furent taillées en pièces par les Espagnols à Montdevis; quelque tems après, les autres Suisses égorgèrent tous ceux des Espagnols qui tombèrent entre leurs mains, criant, *Mont de Vis*. Il y a plusieurs autres exemples dans l'Histoire de semblables cris. Guicciardin, liv. II. après avoir décrit le combat de Fornou, où les François eurent l'avantage: *Seguiron gli i Francesi impetuosamente in sino al fiume, non attendendo se non ad ammazzare con molto furore coloro che fuggivano, senza farne alcuno prigione, & senza attendere alle spoglie, & al guadagno: anzi s'udivano per la campagna spesse voci di chi gridava*, Ricordatevi Compagnoni di Guineguasse. *E' Guineguasse una villa in Picardia presso a Terrana, dove ne gli ultimi anni del regno de Luigi XI. l'esercito Francese gia quasi vinciore in una giornata tra loro e Massimiliano, Re de Romani, disordinato per avere cominciato a rubare, fu messo in fuga*. M.
ARLES. Ville de Provence. D'*Arelas*, qui se trouve dans Orosius pour *Arelate*, pour lequel on a dit aussi *Arelatus* & *Arelatum*. Gaguin veut qu'*Arelate* ait été dit pour *Ara lata*, (qui est comme cette Ville s'appelloit autrefois) *a duabus columnis quibus ara imposita erat*; & il cite pour cela Gervasius. Le bon homme se trompe bien lourdement. On croit qu'*Arelate* vient du mot Celtique *Arlaith*, qui signifie *humidite*. Camden, dans sa Bretagne: *Arelate celeberrima Gallia urbis, qua solo uliginoso posita, ab ipso seu nomen sumpsisse videtur. At enim Britannis super, & laith humida significat*. M. Gassendi, dans la Vie de M. Petres: *Ad vivus doctos quod attinet, quos seu Landini, seu Oxonii, seu aliis in locis convenit, primus fuit ille de sua Britannia bene meritus Guillemus Camdenus, apud quem cum aliquando sermo incidisset de antiquitate Britannica Lingua, ad quam Aremorica spectat; & prosete Doctoro Tato, poss rogatus complures variarum Gallia regionum voces, requisisses etiam, quid Arelate, quid Tolonum significat, responsum tullit, Arelatem ea lingua dici civitatem in uliginoso loco constituat; & Tolonum, citharam: forte ob vicinum promontorium, cui Citharistes nomen fuit. Accepit & id genus alia: ex quibus parsi dedullus fuit in Strabonis, Tacisi, aliorumque sententiam, qui scripserunt Galles & Britannos eadem primitus lingua usus*. J'apprens de M. du Buisson-Aubenay, que M. de Peyreſe avoit un ancien Gloſtaire manuſcrit, où Arlate étoit expliqué par ad paſudes, ſen ad ſtagna. M. Le P. Jacob, à la fin de cette Note, a dit qu'il y a une Abbaye nommée Arles à cinq lieues de Perpignan; & en Latin Arulense Monasturium, ſeion le P. Labbe. S. Add. M. Bochart, livre 1. des Colonies des Phéniciens, chap. 41. dérive ce mot Celtique laſth de l'Ebreu min' lauth, qui ſignifie auſſi humidité. On appelloit autrefois cette Ville Theline. Aviens Feſtus, au Livre qu'il a fait de Ora maritima: Arelatus illic civitas aſtultur, Theline vocata ſub priore ſaculo, Graio incolente. Isaac Pontanus, dans l'Appendice ſur ſon Itinéraire, eſtime qu'elle ſut ainſi appellée à cauſe de l'abondance du lieu où elle eſt ſituée; du mot Grec Sub, qui ſignifie mammelle; d'où il croit qu'elle a été auſſi appellée Mamiliaria dans une ancienne Inſcription: (car c'eſt ainſi qu'il eſtime qu'il faut lire en cette Inſcription, & non pas Mamiliaria, comme elle porte) ce qu'il prétend prouver par Auſone, qui appelle la Ville d'Arles Gallula Roma, comme voulant dire la mammelle de la France; Roma, ſeion Feſtus, venant de ruma, qui eſt un vieux mot Romain qui veut dire mammelle. Cette explication d'Auſone eſt ridicule; & la correction de mamiliaria n'eſt pas heureuse. Voici les termes de l'Inſcription:
SALVIS. DD. NN. THEODOSTO. ET VALENTINIANO P. F. V. A. C. TRIUM SEMPER. AUG. XV. CONS. VIR. INL. I AUXILIARIS PRÆ. PRÆTO. GALLIA. DE. ARELATE. MA. MILIARIA. PONI. S. M. P. I. Scaliger, qui le premier l'a produite dans ſes Leçons ſur Auſone, livre I. chapitre 19. avoue ingénument qu'il ne fait pas la raiſſe pourquoi cette Ville a été appellée Mamiliaria. M. de Marca, livre I. de ſon Hiſtoire de Bearn, chapitre 13. ne croit pas qu'elle ait jamais été ainſi appellée, & au lieu de Mamiliaria, il croit qu'il faut ſepaſer ce mot, & lire MA. MILIARIA: La Siège du Prêſet du Prêſoire eſtabli dans Arles luy apporta beaucoup de gloire; de ſorte qu'encore qu'elle ſuſt en l'ordre de l'Empire ſujette anciennement à la Cité de Vienne, comme la Notice en fait ſoy; neanmoins par un privilège extraordinaire, ayant ſuccédé à la dignité de la Cité de Trèves, que Saint Athanase nomme la Métropole des Gaules, elle ſut auſſi avancée juſqu'au degré civil de Métropole ou Mère des Gaules, qui eſt le titre que l'Empereur Honorius & Valentinien lui baillerent dans une Conſtitution, comme réprêſenterent les Evoſques de cette Province au Papè Léon, l'an 450. Je pense qu'en conſéquence de l'Ordonance de Valentinien, cette Ville eſt nommée MATER en l'Inſcription gravée ſur la Colonne alléguée par Scaliger ſur Auſone en ces termes: Vir. inl. Auxiliaris Præ. Præto. Gallia. De Arelate. Ma. Miliaria. Poni. S. M. P. I. combien que l'Eſcale eſtime que cette Ville eſt ſurnommée Mamiliaria dans cette Inſcrip- tion. En quey il eſt ſuivi par Mérula: car la ſyllabé Ma. qui eſt au bout de la ligne, eſt ſepaſée par un point de la diſtion Miliaria; & le ſens de l'Inſcription eſt ſans doute céluy-cy, qu'Auxiliaris Prêſet du Prêſoire des Gaules eſtabli depuis Arles la Cité Mère des Milliers ou des Colones ſur les grands chemins pour en remarquer les diſtances; à l'exemple de Rome, où l'Empereur Auguste eſtabli le Millier d'or, auquel les grands chemins d'Italie venoient aboutir. Il eſt vrai que Scaliger dans ſes Leçons ſur Auſone, livre 1. chapitre 30. a cru que la Ville d'Arles étoit appellée Mamiliaria dans cette Inſcription; & c'eſt auſſi la créance d'Ortélius en ſon Tréſor Géographique, au mot Arelas. Mais depuis Scaliger s'en eſt dédit, comme je voi par ces paroles d'Isaç Pontanus au lieu allégué: Mémis me hic duo Scrivetius, primé virum illuſtrem Joſ. Scaligerum malle modo disjunctum interpretandum, DE ARELATE MASSILIAM MILIARIA, &c. Delude paulo aliter Inſcriptionem eam ex Knibbli Schedis à Grutero produiſtam, in hunc videlicet modum:
DE. ARELATE MA: MILIARIA PONI. S.: M. P. I. & capiendum de maritima, Cette derniere opinion de Scaliger me ſemble la plus vrai-ſemblable. M.
ARMAND. M. le Beuf, Sous-Chantre de l'Eglise d'Auxerre, a fait une Diſſertation pour rechercher l'origine du nom d'Armand. Il obſerve d'abord, que quoique pluſeurs ayent en ce nom, on doit pourtant convenir qu'il n'y a pas eu de Saint qui l'ait porté; puſſqu'aucun Martyrologe, ni Calendrier n'en a jamais fait mention. Il ajoute que quoique pluſeurs noms, portés même par des Chrétiens, tirent leur origine du Paganifme, tels que ſont ceux d'Hector & de Scipion, on ne doit pas néanmoins chercher celui-ci dans l'antiquité Payenne. Il fait encore remarquer, qu'on n'a pas dans tous les tems obligé les Chrétiens à porter le nom d'un Saint canoniiſe: Il leur étoit ſeulement recommandé de ne donner à leurs enfans que des noms reçus dans le Chriſtianifme. Chez les Grecs, par exemple, on ſe faitoit un devoir de donner le nom des Martyrs; & en pluſeurs autres endroits de l'Orient, on prenoit le nom des Apôtres, par reſpect & par dévotion pour eux. Mais en Occident, & ſur-tout dans le moyen âge, on donnoit ſouvent aux enfans le nom d'une perſonne de diſtinction de la famille: coutume que Saint Jean Chryſoſtome a blâmée dans ſon Homélie 11. ſur la Genéſe. Et c'eſt de-là que nous ſont venus ces noms d'Annibal, de Palamedes, & autres ſemblables. Ces réflexions portent M. le Beuf à croire que le nom d'Armand, qui eſt d'un uſage aſſez récent parmi les Chrétiens, étoit uſtit anciennement parmi eux; mais que la ſuite des tems l'a rendu méconnoiſſable, par les lettres qu'on y a changées ou tranſpoſées. Pour autoriser ſa penſée, il dit que le nom d'Armand a été en uſage parmi les Chrétiens du Nord; qu'on l'écrivoit originellement Arthmannus, & même avec une aſpiration Harthmannus; & que c'eſt abuſivement qu'en franciſant ce nom, on eſt venu à l'écrire Armandus, & à le prononcer de même. Ce qu'il confirme par la maniere dont nous écrivons Normand, que nous avons fait de Northmannus, ou Nordmannus. Et qui fait si insensiblement on ne dira pas un jour en Latin Normandus? Enfin, selon M. le Beuf, si l'on n'a pas encore si fort innové sur le terme de Normand que sur celui d'Armand, c'est que nous avons perpétuellement sous les yeux les Historiens originaux qui parlent des Normands; ce qui fait qu'on le transmet de l'un à l'autre le terme de Northmannus: au lieu que n'ayant pas si communément sous la vue le nom d'Harthmannus, on s'est accoutumé plus aisément à l'écrire sans les deux aspirations, & sans mettre de t ou de d au milieu, parceque ces lettres, qui conviennent à la prononciation Teutonique ou Germanique, rendent la prononciation rude dans notre Langue. Et comme les lettres terminales d'un nom se prennent souvent sur le modèle d'un autre, il se peut faire qu'on ait ajouté un d au nom d'Armand, à l'imitation de celui de Normand, où cette lettre est de surcroît, & qu'enfuité on ait formé le nom Latin Armandus sur le François Armand, qui n'est que celui d'Harthman, adouci & déchargé de son Teutonif-ue, Virga. En supposant qu'Armand vient d'Harthmannus, il signifiera homme courageux. De hart, robuste, vaillant, courageux; & de man ou man, homme. Ce mot man lert à terminer une infinité de noms propres dans la Langue Teutonique. Au sujet de hart, voyez Ardabure. Mais je crois qu'on peut aussi dériver la première partie du mot Armand de War, dans le sens de bellum, le W étant retranché; & alors Armand signifiera vir bellator: ou bien de her, en tant qu'il signifie exercitus; & alors Armand voudra dire vir exercitus, & sera la même chose que Herman. L'aspiration des noms Barbares se retranche souvent.
ARMES. ARMOIRIES. Nos vieux guerriers, à l'imitation des Romains, faisoient peindre sur leurs écus leurs blasons & leurs devises, comme les vieux Romans en font foi, & les anciennes sépultures; & c'est de-la qu'est venu le mot d'écusson en termes d'armoiries. Or comme les écus étoient l'arme la plus commune aux gens de guerre, on les appella particulièrement armes; lequel nom on donna ensuite aux blasons qui étoient peints sur ces écus. Bartole, au livre qu'il a fait des armoiries, a ufe du mot arma en la même signification: de quoi il a été repris par Laurent Valle; mais dont il a été justifié par Tiraqueau en son Traité de la Noblesse, chapitre IV. Secutus est Bartolus communem usum loquendi omnium populorum, & caterorum utrinque Juris Interpretum, ita insignia, armorum nomine, appellantium. Et forte non inepté, aut certe non sine ratione, quoniam plerumque hac insignia in armis inculpi, & antiquis & nostris temporibus solebant, ut hinc armati, facie armis operta, dignoscerentur. In quo sensu accipi potest illud Virg. 1. Eneid. Aut Capyn, aut celsis in pupibus arma Caici. Et lib. 3. — cristaque comantes, Arma Neoptolemi. Tanquam scilicet crista illa comantes essent illius insignia. Et lib. VI. Nomen & arma locum servant. Quo in loco Servius. Arma, inquit, depicta. Quod rectius de insignibus quam de armis proprii intellectis, imo vix de illis intelligi potest, &c. Voyez le Préf. Fauchet, Orig. des Chev. livre 1. chapitre 2. des Armoiries, & Loiseau, chapitre V. de son Traité des Ordres des simples Gentils-hommes, & M. de Cafeneuve, dans ses Origines Françoises. M.
ARMET. D'arme, par diminution, ou plutôt de belmetto, par corruption, pour elmet, comme qui diroit petit heaume. Ce mot n'est pas ancien en notre Langue. Pasquier VIII. 3. Ce que nos Anciens appellent heaume, on l'appella sous François I. armes. Nous le nommons maintenant habilement de tête, qui est une vraye sortisse de dire par trois paroles, ce qu'une seule nous donnait. M.
ARMINIUS. C'est le nom d'un célèbre Capitaine Germain, qui du tems d'Auguste, tailla en pieces trois Légions Romaines, & tua le Gouverneur Quintilius Varus. Ce nom signifie vir bellator, si on dérive ar de war, dans le sens de bellum; ou bien vir exercitus, si on dérive ar de her dans le sens d'exercitus: & suivant cette dernière étymologie, Arminius sera la même chose que Herman. Man, c'est homo, vir.
ARMOIRE. D'armarium, parce qu'on y mettoit ses armes. Perceforest, vol. 1. chap. 143. Et se il leur fulloit chevauux ou armoires, ils s'en allaissent en ses estables & en son armoire. Le Duchat. Omnibus immixtas como super aspire lauros, Atraque, vel Tizym, vel Delon habertia, vel quas Hic Deus immemora laxavis cade pharoras. Quant à l'origine des Armoiries, il est certain que l'ambition de se faire connoître dans les occasions de la guerre, en fit trouver l'invention. Car les gens de guerre craignant que dans le désordre & la confusion d'une mêlée, où le visage caché sous une vilière balisée, & l'uniformité des armes de tous les combattants, les pouvoit faire passer pour in- tonnus, la gloire de leurs belles actions ne leur pût être disputée, dans l'incertitude de ceux qui les avoient faites; ils s'avièrent de faire peindre ou graver des signes particuliers sur leurs Ecus, parce que, de toutes les armes, c'est celle qui est le plus exposée à la vue, puisqu'elle sert à couvrir les autres, & à essuyer les premiers coups des enne- mis. C'est pourquoi ces signes, comme il se voit dans Végèce, furent appelés Aizyura, c'est-à-dire indices & manifestations. Nos anciens François les appelloient aussi compissances. Le Roman de Guil- laume au court nez : Concus le Comte à son beaume gencé : As cognuissances de son Efeu bandé. Et Guillaume le Breton, livre 9. de sa Philippide, parlant de la Cotte d'armes des Chevaliers, où leurs armoiries étoient peintes; dit que c'étoient des si- gnes & des marques, pour les distinguer les uns des autres : Quaque armatura vestis confusta supremo Serica, cuique facis certis distinctio signis. Mais parce que ceux qui ont écrit des armoiries se tourmentent fort à la recherche de ceux qui en furent les Inventeurs : sans m'amuser à faire le rapport de leurs opinions, je dis qu'Hérodote, le plus ancien des Hiftoriens Grecs, au livre 1. écrit que les Cariens, peuples de l'Asie mineure, trou- verent l'invention de faire des Dorses sur les Ecus des gens de Guerre, d'enrichir leurs casques de pennaches, ou tel autre ornement, & d'attacher au revers des Ecus les anses qui servent à les ma- nier. Ce qui est confirmé par Strabon, au liv. 14. de la Géographie, qui fait voir par l'autorité des Poètes Anacreon & Alcée, qu'on donnoit aux pen- naches des casques, & aux anses des Ecus, l'epi- thete de la xéologie, parce qu'elles étoient de l'in- vention de ce peuple. Les Armoiries n'étoient anciennement que des Deviles volontaires, qu'un chacun prenoit selon sa fantaisie, sans que les enfans fussent obligés de porter celles de leurs peres, ni d'aucun de leurs Pré- décesseurs. Mais parce que maintenant elles sont héréditaires, & qu'elles passent à tous les descen- dans avec obligation de la porter, il faut que je dise en quel tems & pour quelle raison, de vo- lontaires qu'elles étoient, elles devinrent néces- saires. Je tiens donc qu'en France, & par confi- quent parmi les autres nations de l'Europe, qui n'ont été que les singes de ses anciennes Coutumes, les Armoiries fixes & héréditaires commencèrent avec l'acquisition générale de la propriété des fiefs, & que ce fut environ le commencement de la troi- sième Race de nos Rois, que le Roi Hugues Ca- per, pour affermir la Couronne sur sa tête & sur celle de ses Successeurs, & contenter un grand nombre de Seigneurs qui menaçaient de se déta- cher de son obéissance, se trouva obligé, par rai- son d'Etat, de relâcher à toute la Noblesse la pro- priété des fiefs, qui n'étoient la plupart tenus qu'à vie, comme sont maintenant les Bénéfices de l'E- glise. Cette générale acquisition de la propriété des fiefs se fit avec l'observation de certaines forma- liées du tems : d'où les Seigneurs prirent occasion de rendre les Armoiries fixes, héréditaires, & af- fectées aux familles. Je trouve que selon la prati- que des Romains, & de quelques autres nations, nos anciens François avoient de comme de s'in- troduire en la possession d'un bien dont on pré- tendoit la propriété, par une saisie, c'est-à-dire, par l'apposition des Armes du Prince, sous l'au- torité duquel on mettoit, comme en dépit, la chose prétendue, jusqu'à ce qu'elle fût ajugée par sentence définitive; ce qu'ils appelloient ad proprium sacire, & qui se pratique encore aujourd'hui en matière de saisies, qui en ont pris le nom, comme je fais voir sur le verbe saisie. La dessus je me per- suade, sauf meilleur avis, que la Noblesse qui avait reçu la propriété des fiefs avec attribution de certains droits Royaux, entre lesquels étoit celui de rendre justice en son nom, crut aussi qu'elle pouvoir saisie son fief en son nom, & de sa propre autorité, & qu'elle prit la hardiesse de faire cette saisie ou prise de possession, par l'apposition de ses propres Armes, dont à cet effet elle posa l'Ecu sur la porte de la principale maison du fief. D'où vient que depuis, les Seigneurs font peindre ou graver leurs Armes sur les portes des Hotels & Châteaux, pour faire connoître qu'ils leur appartiennent. Et parce qu'auparavant les Armoiries étoient chan- geantes & volontaires; les Seigneurs les rendirent des-lors fixes & nécessaires, & en transmirent l'u- sage à leurs successeurs, aussi bien que la propriété des fiefs. Par ce moyen les Armoiries furent telle- ment affectées aux fiefs, qu'elles n'en pouvoient pas être séparées; jusqu'à la même que lorsqu'un Seigneur prenoit le surnom d'un fief, il en devoit nécessairement porter les Armes. C'est pourquoi anciennement les Seigneurs, & sur-tout les Cadets, épousant l'Héritière d'un fief, en prenoient en mé- me tems le nom & les armes. J'en pourrois rappor- ter quantité d'exemples; mais quand j'aurai fait voir, que même les enfans de France le pratiquaient, il n'y aura personne qui le puisse révoquer en dou- te. Hugues, frère du Roi Philippe I, ayant épousé l'Héritière de Herbert, Comte de Vermandois, prit les Armes de sa femme, qui portoit d'or échi- queté d'azur. Robert, Comte de Dreux, fils de Louis le Gros, prit les Armes d'Agnès, Comtesse de Bren- ne, qui portoit d'azur échiqueté d'or à la bordure de gueules. Pierre de Dreux, l'un de ses Descen- dans, surnommé Manciere, ayant pris pour fem- me, Alix, Comtesse de Bretagne, prit aussi les Hermines de Bretagne, que ses successeurs, quoi- que Princes du Sang de France, ont depuis porté. Enfin Pierre, fils du Roi Louis le Gros, ayant épou- sé Isabelle de Courtenay, en prit le nom & les armes, qui étoient d'or à trois tourteaux de gueules. Ce que du Tillet avait sans doute remarqué, lors- qu'au chapitre des noms & surnoms des François, il écrit ces paroles : & dans celle ferme long-tems, que la plupart des familles n'étoient comme que par l'Efeu & Armoiries. De quoi & de la Couronne de saisie les fiefs, je trouve une belle preuve dans le Roman de Guillaume au court nez : où Anfeliise, Princesse Sarrazine, désirant connoître un jeune Seigneur François, lui demande seulement quelles font les armes de son fief. Elle l'appelle en Roman tot apris N'el-fos nomer, si li dit, Max amis, Con avés nom à la Cory Loeys! De queux Efeus est voître Fief faisis. Car à cause de cette faisie, ou prise de possession, qui se faisoit par l'apposition de l'Ecu, comme je viens de dire, le mot faisif vint enfin à signifier ce que nous disons maintenant, blafonner & armoyer: comme il se voit manifestement en ce lieu de Froissart, vol. 3. chap. 210. Fift des veloppes fa banniere, qui estoit faisie d'or & d'azur à un chef palé. Le Docte M. de Saumaisle dérive ce mot faisif de cour- niè, qui signifie cooper la bourse; bien que, s'il le fuit tirer du Grec, il y ait plus d'appatence de croire, que le verbe facire, duquel nous l'avons formé, vient de où, qui signifie un Ecu; puis- qu'en effet faisif est proprement mettre l'Ecu & les Armes du Prince sur la possession debattue en Justice. Je pourrois encore fortifier de quantité d'au- tres preuves ce que je viens de dire de l'origine des Armoiries: mais je les réserve pour un Traité particulier que j'en dois donner au public moyen- nant la grace de Dieu. Casenove.
ARMOIRIES. Espece de girofée sauvage. D'armeria. Voyez les Médecins de Lyon, vii. 8. M. Charles Etienne, page 44. édition de 1554. de son Pradium Rusticum: Viola affilis barbara ea est quam vulgus nostrum vocat des armoiries. Diofco- ride & Plinius Vettonicam coronarium appellare vi- dentur. Quidam etiam Britannicam vocavère, quod in Britannia sit frequens. Il se peut que de la Grande- Bretagne cette fleur aura été transplantée dans la petite, appelée Armorica, & que c'est de ce mot qu'elle aura été appelée armoirie. A Metz on appelle arménie une espece de petit ceillet sauvage, qui est ordinairement de couleur de sang. C'est une corruption d'armoirie, ou plu- tôt d'armerie, d'où les Médecins de Lyon dérivent armoiries. Le Duchat.
ARMOISE. Simple. D'Artemisia. Pline, livre xxv. au chap. 7. qui est des Inventeurs des plantes: Mulieres quoque hanc gloriam affectavère: in quibus Artemisia, uxor Mauduli, adoptata herba qua ante parthenis vocabatur. Sunt qui ab Artemide lligitia cognominatam putant, quoniam privatim medicatur sominarum multis. Le faux Macer, liv. 3. chap. 2. a suivi cette dernière opinion. Herbarum varias dicturus carmine vires, Herbarum matrem jufum pure ponere primo, Cui Gracus sermo dedit Artemisia nomen. Hujus opem fertur prior invenisse Diana, Artemis à Gracis qua dicitur: indeque nomen Herba tenet quia sic inventrix dicitur ejus. Pracipue morbis mulieribus ifta medetur. Et Apulée le Médecin, autrement le Sicilien: Has Artemisia tres species Diana dicitur invenisse, & virtutes earum & Medicinam Chironi Centauro tradidisse, qui primus de his horbis medicamenta inflituit. Has autem herbas ex nomine Diana, qua dermunt Gracè dicitur, artemisian nuncupavit. M. ARMOISIN. Sorte de tafetas, ainsi nommé pour armoisin, parce qu'il vient de l'Isle d'Ormus. Iluet. A R M. A R N.
ARMONIAQUE. Sorte de sel minéral. De l'italien armoniace, ainsi dit, par corruption, au lieu d'ammoniace, fait de àus, qui signifie du sable. Pline, livre 31. chapitre 7. Inter Ægyptum & Arabiam, etiam squaliensibus locis carpus est inveniri, detratis arenis: qualiter & per Africa si- tientia usque ad Ammonis eraculum: is quidem cref- cens cum Luna noctibus. Nam Cyrenasci tractus nobilitantur ammoniace; & ipso, quia sub arenis inveniatur, appellato. Rabelais, v. 18. a dit sel ammoniae. M.
ARMORIQUE. C'est un mot Bas-Breton, qui signifie maritime, & qui est composé d'or, qui signifie sur, & de more, qui signifie mer. Camden dans la Bretagne: Ante Britannorum nostrorum ad- ventum, hac regio (il parle de la Basse Bretagne) primum Armorica dicta erat, id est, ad mare fita: deinde, eodem sensu, Britannica Lydaw, id est, li- toralis; Latine Letavia apud nostris media ataris Scriptores. Voyez Argentré, livre 1. de son His- toire de Bretagne, chapitre 2. Favin, livre 3. de son Théatre d'Honneur, & Isaac Pontanus, dans son Petit Glossaire des mots Celtiques. On a appellé Armorique toute la côte des Gaules depuis les Pyrénées jusqu'au Rhin. César, livre vii. de la Guerre des Gaules: Gallerum civitates qua Ocea- num attingum, Veterum confuetudine Armorica ap- pellantur. Et ceux qui croyent que la seule Bret- agne, & même toute la Bretagne, soit Armorique, le trompent. Le dedans de cette Province ne l'est pas: & les villes maritimes de Normandie, contre lesquelles César eut affaire, sont Armoriques. Et de-là vient que les peuples de la côte de Calais, de Thérouenne, &c. sont aussi Armoriques. Boca- nan, livre 1. de son Histoire d'Ecosse: Morinus quidem à more. Id vetere lingua mare significat. Et de-là vient aussi que l'Aquitaine s'appelloit an- ciennement Armorique. Pline, livre iv. chap. 17. Gallia omnis comata uno nomine appellata in tria pe- pulorum genera dividitur, omnibus maximè distincta. A Scaldi ad Sequanam, Belgica: ab eo ad Garum- nam, Celtica: eadem, Lugdunensis. Inde ad Pyrenaï monis excursum, Aquitanica: Armorica ante dicta. M. L'Allemagne a aussi son Armorique, c'est la Po- meranie. Pomerania, Pomerye, Vandalicà lingua idem est quod maritima, vel suxta mare, ut notar Sigismundus ab Herberstein. Becman, Orig. Lat. Ling. au mot Pomerania. Le Duchat.
ARNAUD. Nom propre d'homme, que l'on a quelquefois confondu avec Arnold, ou Arnaud. Probablement ce n'étoit dans l'origine que la même chose; mais dans la suite l'usage les a distingués. On trouve aussi la même personne appelée Arnaud ou Renaud: ce qui montre que ces deux mots sont le même. Je crois qu'Arnaud a été fait de Renaud, par une transposition de lettres, & par le change- ment de l'a en e, ce qui est fort ordinaire. Aini- si, en ayant l'étymologie de Renaud, nous aurons en même tems celle d'Arnaud. Le François Renaud est formé, comme l'on fait du Larin Renaldus, ou Reinaldus, ou Reginaldus, par l'insertion du g. On peut regarder aldus comme une simple terminaison Larine, ainsi que dans Annibaldus, fait d'Anni- bal; & alors Renaud viendra de rein, mot Alle- man, Franc, Anglo-Saxon, & Flaman, qui signi- sie purus, mundus, & metaphoriquement, callidus, affutus, A R N. A R O. offretus, comme qui diroit defecatus. Au lieu de Renald, on a dit aussi Renard, par le changement de 1 en 2; & c'est de-là, selon M. Huet, qu'on a donné le nom de Renard à l'animal appellé en Latin vulpes, comme on a donné celui d'Henri à un hne, & celui de Bertrand à un finge. Si l'on ne veut pas que aldus dans le mot Reinaldus soit une simple terminaison, on pourra le faire venir de l'Alleman ait, en Anglo-Saxon eald, en Anglois ald, en Flaman oud, qui signifie vieux, ancien, de même que le Grec iux; & alors Renald ou Renand signifiera vieux, rufi. Ceux qui ne voudront pas non plus que Arnand vienne de Renand par transposition des lettres, pourront le dériver de l'Alleman art qui signifie un Aigle, & de ale, qui outre vieux, ancien, signifie aussi noble, généreux. De cette façon Arnand signifiera nobilis aquila.
ARNIERE. On appelle ainsi à Metz cette sorte de grilles qui se pratiquent dans le mur au-devant des fenêtres qui donnent sur la rue. Peut-être par corruption pour rayoniere, en tant que le Soleil n'y entre que sur quelques rayons. Le Duchat.
ARNOTTE. Mot Bourgulignon, qui signifie une espece de bulbe. M. de Saumais dans ses Homonymes des Plantes, chapitre 115, page 101. Callanorum saporem habent, ubi colti sub cineribus bulbi illi vulgaris, quod Burgundiones nostri rufici vocant armotas. Eui colligunt aratoris, dum terram proscindunt, exterius nigrus, interius candidos, fibris quibusdam quasi illis confertus & invicem connexos, majore semper minorem subsequente. Ornithogalum Dioscoridis esse perperam putavis Ruellius. Nunculii arut esse volunt, pariter fulfil. Pseudeapien quidam nominaverunt; qua de causa, nescio. Nullam enim habet notam, per quam videri possit rite hoc nomen ementiri. Arnottam Burgundi nostri vocant Belgico vocabulo, quod videntur tum accepisse, cum sub eodem essent dominio. Eertnote illi vocant, quod sonar nucem terrae. Nuncupant & glandem terrae, item murem terrae, hanc eandem radicem. ¶ On dit en Bourgogne, en parlant d'une chose vile: Je n'en donnerais pas une armote. Les Bretons disent iarnote & iarnote, au lieu d'arnote: & en Basse Normandie on appelle cette sorte de bulbe et note, ce qui pourroit faire douter de l'étymologie de M. de Saumais, qui d'ailleurs me paroît très-curieuse & très-naturelle. M. L'Alleman est russe signifie proprement noix de terre. Les Bas-Allemans disent ard notte. De-là arnotte. Le Peuple de Metz appelle macjon cette sorte de bulbe. Le Duchat.
AROCHER. On se sert fort de ce mot dans l'Anjou & dans les Provinces voisines de l'Anjou, pour dire jeter; comme quand on dit, arocher une pierre à la tête de quelqu'un. Les Espagnols disent de même arrojar. L'Espagnol & le François viennent de rue, ruxi, rufum, rucare: adrucare, adrucare; d'où le François arocher. D'arrocare, arrogare; d'où l'Espagnol arrojar: comme derrucar de derrucare, c'est-à-dire, mettre par terre, diruere. M.
ARONDE. C'est ainsi qu'on appelait anciennement une hirondelle. Marot, dans sa Complainte sur la mous de Louise de Savoye, mere de François I. Sur l'arbre sec s'en complaine Philomphier. Tome 1. A R O. A R P. 89 L'aronde en fais cris piteux & tranchant, &c: Bien le Dieu Pau, vien possit que l'aronde. Et dans un de ses Rondeaux: Plus qu'en autre lieu de la ronde Mon cœur vole comme l'aronde. D'Hirundo. Hirundo, hirundo, hirundo, ARONDE. En Basse-Normandie on dit encore aujourd'hui une éronde, pour une hirondelle. M.
AROY. Vieux mot qui signifie charrue. Rabelais, livre 1. chapitre 40. Le singe ne garde point la maison comme un chien; il ne tire pas l'aroy comme le bœuf. D'aratorium. Aratorium, aratium, aratium, aratium, AROY. Aror, pour labourer, se trouve dans nos Anciens Auteurs François. Voyez ci-dessus aror. M. unimelum, certaine composition d'étain avec d'autres métaux. Le Duchat.
ARRACHER. Voyez ARACHER.
ARRAMIR. C'est un vieux mot François qui signifie promettre de prêter fermeut à un certain jour & dans un certain lieu. Adhramire se trouve en cette signification dans la Loi Salique, dans les Formules de Marcuse, & dans les Capitulaires. Spelman dans son Glossaire, & Voëssus de Vitiis Sermonis, livre II. chapitre 11. croient que le Latin a été fait du François : & en effet le François est très-ancien, comme il paroît par ces vers que François Pithou a produits dans son Glossaire au mot adhramire. Mols les oiffes arramir, Serement faire & sey plevir, Que par morir ne l'y falleront : Tel fra comm'il fera feront. Voyez M. Bignon, dans ses Notes savantes & curieuses sur les Formules de Marcuse, Lindembrog dans son Glossaire, Pithou, Spelman & Voëssus aux lieux allégués. Le Pere Thomassin, dans son Traité des Langues réduites à l'Ebreu, à la page 34. du Tome 1. dérive adhramire de l'Ebreu arab, qu'il dit signifier négocier, prendre, ou donner des gages. M. Le Latin Adramire, ou adhramire, ou arrhamire, (car ce mot se trouve écrit indifféremment de ces trois manières) ne signifie point jurer, ainsi que l'a cru M. Rageau, dans son Indice des Droits Royaux & Seigneurs, & M. Pithou, dans son Glossaire sur les Capitulaires. Il signifie promettre & s'obliger devant le Juge de faire telle chose. Par exemple, adhramire restes, c'est s'engager de prouver par témoins. Adhramire Sacramentum, c'est promettre de jurer. Adhramire bellum seu duellum, c'est s'obliger de prouver par le duel la vérité de ce dont il s'agit. On peut en voir la preuve dans le Glossaire de M. du Cange. M. Bosquet, sur l'Epître 116. d'Innocent III. lib. 1. Regest. 14. pag. 145. & M. Bignon, sur le Tit. 39. de la Loi Salique, qui donnent la même signification à ce terme, font venir le Latin arrhamire, & le François arramir, d'arra, erres; parce que ce mot signifie promettre, & donner, pour ainsi dire, des erres de sa parole. M. de Lauriere, dans son Glossaire du Droit François, est de même sentiment. Vergy.
ARRANGER. C'est proprement ordonner & disposer par ordre. Il est croyable que ce verbe est formé du Latin-barbare arrigare; qui signifie ordonner. La Loi des Lombards, liv. 1. tit. 14. Loi 17. Et si, casu s'aciente, sine heredibus mortuus fuerit, & ante judicaverit res suas proprias, id est, andegaverit & arrigaverit, secundum legem Longobardarum, habeat cui donaverit. Où, comme témoigne Lindembrog, les Gloses ont marqué : ARRIGARE IN INFIRMITATE, res suas ordinare. Aussi-bien arrigaverit, en ce lieu, explique le verbe judicaverit; comme encore maintenant nous prenons le verbe ordonner, pour juger; & Ordonnance, pour jugement. Au reste il ne faut pas trouver étrange que d'arrigare on ait fait arranger; parce que, souvent nous prononçons par la syllabe ran, ce que les Anciens prononçoient par ri. Car l'illustre famille de Rome, qu'on nomme maintenant Frangipani, est appellée Fricapanem, par Geoffroi de Vendôme, livre 1. épître 8. & Domus Frigapanensium, par Prolomée, Evêque de Luques, en sa Chronique sur l'an MCXXXIII. Caseneuve. Je crois plutôt qu'arranger a été fait de rang; mais que rang vient de l'Alleman ring, qui signifie un anneau, un cercle, un rond, & métaphoriquement une séance de Juges, une assemblée; parce que les assemblée forment ordinairement un rond : c'est pourquoi les Latins les ont nommées circuli. Les Anglois appellent aussi un anneau ring; mais un rang ils le nomment ranc, & les bas Bretons ranc, mot qu'ils ont pris apparemment du Francois. Si l'on préfère l'étymologie de M. de Caseneuve, qui fait venir arranger du Latin-barbare arrigare; il faudra toujours convenir que ce verbe Latin a une origine Germanique; & s'il n'est pas formé de ring, il l'est nécessairement de reige, terme Alleman, qui signifioit anciennement, de même qu'aujourd'hui, une ligne, un sibou, & de-la une fuite, un ordre de choses. De l'Alleman reige s'est fait le François rate, l'italien & Latin-barbare riga, dans le même sens. Voyez Wachter, Glossar, German, aux mots Reige & Ring.
ARRERAGES. Voyez ARERAGES.
ARREST. Les Jugemens des Cours Souveraines sont ainsi appelés d'ἀρσίη, qui signifie un Decret & une chose conclue & arrestée. Les Gloses : ἀρσίη, placitum. Et un autre Glossaire : placitum, ἑνίρμα, ἀρσίη. Ce mot vient du verbe ἀρσίη, qui signifie plaire. Et il est vrai que les mots placitum, & plaisir, qui en est formé, n'appartiennent, en matière de jugemens, qu'aux Puissances & Cours Souveraines. Et de fait, ce qui est appellé Parlement, depuis le commencement de la troisième race de nos Rois, étoit appellé Placitum, durant la première & seconde race : & nous voyons encore qu'il n'y a que le Roi qui se serve de ces mots : CAR TEL EST NOTRE PLAISIR : où le mot plaisir, ne signifie pas proprement ce qui plait, mais bien ce qui est ordonné & arresté. Caseneuve.
ARREST. La plupart des étymologistes le dérivent d'ἀρσίη. Budée, sur la Loi dernière, au Digest de Senatoribus : Ejus autem Curia sententia (il parle du Parlement) Arresta vulgo dicuntur, cum aresta fortasse per unum R dici debeant : quo verbo Graco placita significantur. Cujus me verbi dudum Paulus Æmilius admonuit, Gallicarum Historiarum Scripter : qua quidem, cum hac scriberem, in magna spectatione inter-nostrates erant. Et dans ses Forentes, page 118. Aresta verbo Graco dicere malem quam Arresta, sententias Curia, id est, qua Curia commentanti placita sunt : & elegantius enim & verius sic vocantur. Arrestum sermone vernaculo moram nodosam significat, & porro mundi agendive obicem. At estum multa ita promuntantur, ut non lites finisse, sed lites peperisse dicantur. Quare Arrestorum, id est discordias fortenses silentium, vocabulum amitium : litigantium utique culpa frequentibus quam Judicum. Et page 154. Curia consulta ab arestis & sententis differunt. In his enim non causarum disceptatia agitatur, sed de re publica, aut principis deliberatio constituitur. Romani in Senatus consultis ferendi, hoc verbo placere usebantur; quasi aresta, id est placita Curia, appellantur. Ufus est Cicero, Philippica V. verbis Senatus loquens, & Philippica IX. Seneca ad Lucilium : Praeterea nulla ars contemplativa, sine decretis suis est, quar Graci vocant dogmata; nobis decreta licet appellare, vel scita, vel placita. Plinius, libro undeviscimo : M ij Eadem ætas, Neronis principatu, ad Theſſalum tranſiſivit, delemtem cuncta majorum placita, & rabie quadam Medicos perotantem : & ἄγγεσι Grace pla-ctum & gratum ſignificat. Plutarchus libros quatuor ſcripsit & vōs vōs ἄγγεσιν τύς ἀγορύμαις; id eſt, ut nos olim vertimus, de Placitis Philoſophorum; hoc eſt, de Dogmatibus. Pērion : Harum ſummarum pri-marumque Curiarum ſententiam lingua noſtra, ut ſcis, arteſt vocamus : quod à Graco, quod eſt ἄγγεσιν, id eſt, placitum, ut idem Budaus primus monuit, ortum eſt. Hoc autem verbum principis voluntatem & ſententiam declarat ratam & fixam, à qua nulla ſit provocatio. Chaſſaneus, en ſon livre intitulé Ca-nilegus gloria mundi, dit la même choſe, à ce que me dit M. Nublé : car je n'ai pas vu l'endroit. H. Etienne, dans ſes étymologies Françoiſes tirées du Grec, AREST DE LA COUR, & non Arreſt; ἄγγεσιν, ſeion Budé. Jean Picard dans ſa Celtopédie, page 119. ἄγγεσιν, ARREſT; vel patius ſimplicis, ARET. Eſt autem placitum vel ſententia in Curia lata. Benediétus Curtius, tout au commencement de ſon Commentaire ſur le livre intitulé Arefta amorum : Et eſt igitur Areftum Curia ampliſſima, ſive Senatus, ſententia. Quà voce Grace placita ſignificantur : de-berque per unicum & ſcribi. Cujus quidem interpre-tationis Guillemus Budaus totius Gallia ac Lite-vatura Gracanica pracipuum decus nos primus admo-nuit. Goſſelin, dans ſon Hiſtoire des anciens Gau-lois, page 41. Curia decretum ἄγγεσιν, quasi pla-citum. Voſſius dans ſon de Vſt. ferm. ARREſTUM, pro ἄγγεσιν, hoc eſt, placitum, ſive ſententia Cu-ria : ab ἄγγεσιν, placere. Ergo, pro areſto Curia, decretum melius ſit. Ita placuit Curia, frequens vox in foro : uti & verbum inde ſormatum arteſtare : quod & uſurpat Concilium Piſanum, &c. Rabelais ſem-ble être du même avis, ayant dit au chapitre 42. du livre 3. Il n'eſt de mauvaise cauſe qui ne trouve ſon Advocat. Sans cela jamais ne ſeroit procès au monde : ſe recommanderoit humblement à Dieu le Juſte : invoqueroit à ſon ayde la grace cſſeſe : ſe déporteroit à l'Eſprit Sacroſaint du hazard & per-plexité de Sentence diſſinitive : & par ce ſort explo-reroit ſon decret & ſon plaiſir, que nous appellons areſt. Mais perſonne ne révoque plus en doute que le mot d'arreſt n'ait été fait d'arreſter ; conformé-ment à l'opinion de Nicot : & c'eſt inutilement que le Père Labbe l'a voulu faire venir de reſte, en la ſignification de reliquum ; les Arrêts ne laiſ-fant rien de reſte dans les affaires. Voici les termes de Nicot : ARREſT, C'eſt le jugement d'une Cour Souveraine : ſupremæ Curia conſultum ſudicatum. En laquelle ſignification aucuns veulent qu'il le ſant eſcrire par ſimple &, comme venant de ἄγγεσιν, pla-citum Curia. Toutefois les Parlement & Cours Sou-veraines n'uſent point de ces mots, Il nous plaît, ou, Car ainſi nous plaît. Vray eſt que l'équité leur eſt permise. Et partant Arreſt eſt proſs de ce mot arreſ-ter, qui en François ſignifie cloſture & fermeture aux appellations & au cours d'un procès. Les Latins ont dit reſtare, pour dire l'arreſter & demeurer court. Depuis on a donné à ce mot une ſignification ac-tive, & on a dit adreſtare, pour faire arreſter. Et il ſe trouve en cette ſignification dans le livre de Henricus Kalteiſen de libera pradicatione verbi Dei. Et nous avons de-là appellé Areft ou Arreſt, les Jugemens des Cours Souveraines, parce qu'ils ren-dent les choſes ſtables, & qu'ils font que les par-ties en demeurent à ces Jugemens. M. du Cange dans ſon Gloſſaire, au mot areſta : ARESTA, apud Galos ſunt decreta, ſen ſudicia forenſſa, à ſuperiori Judice, à quo nulla intercedit appellatio, lata : cu-juſmodi ſunt Parlamentorum. Quà ſie appellata vi-dentur, quod poſt varias ab inferioribus & pedaneis Judicibus de te quapiam latas ſententias, liem & controverſiam ſupremo examine & ſudicio deſiniant ac decidant Arreſter enim noſtris, eſt decernere, ſtatu-re. Adreſtare a été fait du verbe ſtare, (d'où vient ſtatu & ſtatuum) & des particules ad & re, qui ſont ſles particules qui ſervent ſouvent à la com-poſition des mots. Et c'eſt auſſi de ce mot adreſta-re, qu'on a dit une ville d'arreſt, pour ſignifier une ville où les vaſſeaux s'arrêtent. Depuis que j'ai fait cette obſervation ſur le mot d'arreſt, j'ai lu les Origines Françoiſes de M. de Caſeneuve, où je voi qu'il a donné dans l'opinion de ceux qui dé-rivent arreſt d'ἄγγεσιν. M. ARREſTEBŒUF. Voyez AREſTEBŒUF. ARREſTER. Il n'y a point de doute, que lorſqu'il ſignifie terminer, conclure & reſoudre quel-que choſe, il ne vienne du mot Arreſt. Mais lorſ-que nous diſons arreſter un priſonnier, il eſt croya-ble qu'il vient de reſtis, qui ſignifie une corde. Guil-laume le Breton, liv. 13. de la Philippide, parlant des priſonniers que les François firent à la Bataille du pont de Bovines : Jam deſrint reſtes, jam deſunt vinca ligan-dis. Lindembrog, dans ſes diverſes Leçons ſur les Loix Barbares, dit que dans le titre 15. paragr. 4. de la Loi Salique, où il y a : Si quis hominem, pra-ceptum Regis habentem, contra ordinationem Regis adſalire praſumpserit, l'édition d'Allemagne porte, extra ordinationem Regis reſtare, vel adſalire, pra-ſumpserit. De reſtare on forma depuis arteſtare. La Loi des Lombards, liv. 3. tit. 1. paragr. 48. Domini temporales, Conſules, & Reitores, per ſecularem po-teſtatemres & bona Clericorum occupant & arteſtant. Caſeneuve. J'aimerois mieux, avec Wachter, dériver le mot arreſter, de l'Alleman raſt, repos; comme qui diroit, faire reposer. La particule ar chez les an-ciens Francs & Allemans eſt intenſive, & vaut la même choſe que la particule er, chez les Alle-mans d'aujourd'hui. C'eſt ainſi que des chez les Grecs eſt ſouvent intenſiſ. De-là Arreſt, pour ſi-gnifier une Sentence, parce qu'elle fait ceſſer le puccès; & auſſi pour ſignifier détention corporelle priſe de corps. Voyez Wachter, Gloſſar. German. au mot Arreſtieren. ARRHEſ. C'eſt ainſi qu'il faut écrire & pro-noncer dans le ſens ſipuré : car dans le ſens pro-pre & naturel on prononce ordinairement erres, & il y en a qui l'écrivent de la ſorte. Ce mot eſt dérivé du Latin archa, qui eſt en uſage dans cette langue, principalement chez les Jurisconſultes. Ceux-ci l'ont pris du Grec ἄγγεσιν, & les Grecs de l'Ebreu arabon, qui ſignifie gage, & qui vient de πᾶς àrab, qui veut dire, traſiquer, promettre, donner des aſſurances. Saint Paul s'eſt ſervi de ce mot ἄγγεσιν, dans ſon Epiſtre aux Ephéſiens, cha-pitre 1. v. 14. où il eſt dit que le Saint Eſprit eſt l'arche de notre héritage, ἄγγεσιν τύς ἀγορύμαις ἄγγεσιν. Il y a dans la vulgate pignus, c'eſt-à-dire, gage.
ARRI. On ſe ſert de ce mot en Languedoc, pour exciter les animaux à marcher. Les Italiens ſe ſervent du même mot en la même ſignification. Voyez mes Origines de la Langue Italienne, au mot arri. M. Le Roman de la Rose, fol. 52. 1. En tous les lieux où vous venez, Vous respondez, bary, bary: C'est pour l'amour de mon mary. Ou, comme Borel a rapporté ce passage : Vous reportez, bary, bary. Le Duchat.
ARRIERE. Voyez ARIERE.
ARRIERE-BAN. La commune opinion est que ce mot vient d'Heribannum, qui se trouve avoir deux significations : la première est le cri & la proclamation, par laquelle ceux qui étoient obli- gés de servir le Prince à la guerre, étoient aver- tis de se rendre à l'Armée. Et ainsi les Capitula- ires de Charles le Chauve expliquent Heriban- num par ces mots Hostis annuntiationem; où Hostis signifie Armée. L'autre signification de ce mot est l'amende à laquelle on étoit condamné pour ne s'être pas rendu à l'Armée. Les Capitulaires de Charlemagne, liv. 3. chap. 67. Quiconque liber demo in hostem bannitus fuerit, & venire contem- perit, plenum heribannum, id est, solidos 60. persol- var. Et ce mot est composé de Her, ou Heri, qui, en ancienne Langue Troise signifie Armée; & de bannum, qui veut dire cri, & proclamation. Je ne puis pourtant me persuader qu'Arriere-ban vienne d'Her-bannum. Car Arriere-ban est proprement la convocation des Vassaux qui tiennent les Arriere- fiefs, & ne relèvent que médiatement du Roi; & Bare est celle des Vassaux qui tiennent les Fiefs mou- vais du Roi, sans moyen. De sorte que, comme Arriere-fief est composé d'arriere, que nous avons formé de retro, comme pierre de petra; puisque les Feudistes l'appellent en Latin retrofendum; il faut par même moyen que la convocation de ceux qui tiennent les Arriere-fiefs, soit appelée Ar- riere-ban, de retro & de bannum. Car de même qu'Avant-garde est la première partie de l'Armée, & Arriere-garde la dernière; Ban en est la pre- mière convocation, & Arriere-ban la dernière. Cafeneuve. Voyez ARIERE-BAN.
ARRIERE-FAIX. C'est la membrane dont l'en- fant est enveloppé dans le ventre de sa mère. Les Grecs l'appellent xopios, qui est en Latin fecunda, ou fecundina. Nous l'appellons arriere-faix, c'est-à-dire, dernier fardeau; parce qu'il sort de la matrice après la naissance de l'enfant. Et c'est ainsi qu'arriere-fai- son est le dernier tems de la saison; & Arriere- garde, la dernière partie de l'Armée. C'est aussi de xopios, que les Romains nommoient chordos, les agneaux qui naissent au-delà du tems que la nature leur a prescrit. Varron, de Re Russica, li- vre 2. chap. 1. Dicuntur agni chordi, qui post tem- pus nascontur ac remanent in volvis intimis, vo- cant xopios, à quo chordi appellati. Columelle, livre 7. chap. 3. appelle aussi chordum, le foin qui vient en la dernière saison. Les Romains appel- loient chordos, les hommes qui avoient été dans le ventre de leur mère au-delà du tems ordinaire, Cafeneuve.
ARRIVER. Voyez ARIVER.
ARROCHE. Lat. arriplex. D'arriplice, abla- tif d'arriplex, dont les Italiens ont aussi fait arre- pice, Arrepice, arrepice, arropice, ARROCHE. Syl- vius, dans son l'agogue in Linguam Gallicam, pag. 73. c'est apperçu de cette étymologie. M.
ARROSER. D'admirare. Jururare se trouve dans la Vie de Grégoire VII. pag. 85. M.
ARROY. Nicot : ARROY signifie équipage, assortissement, & aussi ordre, ou plustus ordonnan- ce militaire. Ainsi dit-on, le Roi vient en bel ar- roi; c'est-à-dire, en bel équipage, bien pourvu, & assorti de ce qu'il falloit: on bien, en bel ordon- nance militaire. Donc par le contraire, on dit, met- tre une armée en defarroi; c'est-à-dire, la rempre, l'ouvrir, & lui déconfort les rangs. Concinnitas; & comme Cicéron dit, concinnitudo; aptitudo, s'il se peut dire. Militum ordines apti & compacti, ex qua- re concinnitas apparet. L'Espagnol dit aussi arreo; par aventure a l'imitation du François: & arrear la casa, eleganti domum supellectili ornare, in- struere. Mais arroyer n'est pas usité en François, ain- si que defroyer. Voyez defroyer. SANS ARROY, nullo ordine. Le Père Labbe, dans les étymologies Françoi- ses, au mot allouer, le dérive d'ad Regim. Dautant, ce sont ses termes, que les Seigneurs venant trouver le Roy, quand il tenoit son tinei, & faire leur cour, se mettoient eux & leur train au meilleur ordre qu'il leur étoit possible. ARROY vient de l'Italien arredo; d'où vient aussi l'Espagnol arreo. L'Italien arredo a l'air d'être Alleman d'origine; de même qu'arrefo, mot de même signification, qui vient de l'Alleman barmisch. Voyez mes Origines de la Langue Ita- lienne au mot arrefo. M. Ferrari le dérive ab ar- rois nuptialibus. Voyez-le au mot corredo. M.
ARROY. Signifie proprement l'ordonnance des troupes où chacun garde son rang, & se tient sur la ligne. Rabelais, liv. 1. ch. 27. a dit defrayé pour defrayé; ce qui fait voir qu'arroy vient d'ar- radium, fait d'ad & de radius. Pathelin au Mar- chand Guillaume: Car quoi! qui vous auroit craché Tous deux encontre la pavy, D'une maniere & d'un aroy Elles-vous & sans différence. Dans ce passage aroy est pris pour les linéamens & les traits du visage. Le Duchat.
ARRUMER. Voyez rum. M.
ARRUNER. Nicot : ARRUNER, pour arran- ger; dissonere, ordinare, componere. C'est un vieux mot inusité parmi les Auteurs, mais qui est encore en usage parmi le peuple de la Basse - Normandie. M.
ARSENAC, ou ARSENAL. Maynard a dit Arsenal. J'admire le Cardinal; Il préfère au luth des Muses Les flutes de l'Arsenal. C'est dans une de ses Odes à Flotte. Et il l'a même préféré à Arsenal: car aiant dit dans une de ses épigrammes: Quand liray-je dans l'Almanac Que la Paix fera des marmites De tout le fer de l'Arsenal. Il a depuis corrigé cet endroit, en mettant: Quand fera-ce, grand Cardinal, Que la Paix fera des marmites De tout le fer de l'Arsenal. Et c'est aussi comme il faut dire selon l'étymolo- gie; ce mot venant de l'Italien arrenale, & les Grecs des bas siècles s'étant servis d'apolombine, dans la même signification, comme il paroît par cette inscription, mise à l'Arsenal de Constan- tinople par l'Empereur Théophile, & produite par Grutérus, dans ses Inscriptions à la page 169. ΑΠΟ ΚΤΙΣΕΟΣ ΚΟΣΜΟΥ Δ. Φ. 4. Β. ΑΠΟ ΔΕ ΧΡΙΣΤΟΣ ΕΤΟΥΣ Ω. Α. Δ. ΒΑΣΙΛΕΥΣ. ΘΕΟΦΙΛΟΣ ΤΙΟΣ ΜΙΧΑΝΑΟΥ. ΒΗΓΑ ΑΡΧΩΝ. ΔΙΚΑΙΟΣ. ΚΑΙ ΕΥΛΑΒΗΣ. ΚΑΙ ΠΡΟΣ ΤΟΥΣ ΑΥΤΟΥ ΠΑΡΟΙΚΟΥΣ ΑΝΗΡ. ΑΓΑΘΟΣ ΕΚΤΙΣΕΝ ΠΡΟΣ ΑΝΑΠΑΤΣΙΝΤΟΥ ΛΑΟΥ ΤΟΥΤΟΝ ΜΕΓΑΛΟΤΑΤΟΝ ΑΡΣΗΝΑΛΗΝ. Meurfius, dans son Glossaire, estime que le Grec *arfenaux*, a été fait de l'Italien *arfenale*. Mais cette inscription ayant plus de huit cens ans, il y a plus d'apparence de croire que les Italiens ont pris ce nom des Grecs, & que les Grecs l'ont pris des Arabes. Les Italiens appellent *darfena* le lieu où ils mettent leurs Galères, & les Espagnols *darfena*. Ce qui donne sujet de croire qu'*arfenale* a été fait de *darfena*, pour lequel on aura pu dire *arfena*. Et c'est aussi l'opinion du Père Guadix, selon le témoignage de Covarruvas au mot *arfenal*, où il dit que *darfena* est un mot Arabe qui signifie la même chose qu'*arfenal*, c'est-à-dire, *navale*, *nue- gent*, *armamentarium*, *endodien*. Mais ce mot Ara- be est inconnu & suspect à M. Bochart. Les Turcs appellent *tershaneh* le lieu où ils mettent leurs Ga- lères: qui est un mot composé de deux mots Ara- bes, de *fers* qui signifie un *bouclier*, & de *haneh*, ou *chaneh*, qui signifie lieu; comme qui diroit, le lieu où l'on met les armes; le *bouclier* se prenant dans ce mot composé, pour toute sorte d'armes. Et le mot de *tershaneh* n'est pas éloigné de *darfena*. Et il est à remarquer que Philippe de Commines, par- lant de l'Arfenal de Venise, n'en parle que comme d'un lieu où l'on équipe particulièrement des vaisseaux. Après me feirent *moussure* leur autre thré- sor, qui est un Archenal où ils équipent leurs galées, & font toutes choses qui sont nécessaires pour l'armée de mer, qui est la plus belle chose qui soit en tout le demourant du monde aujourd'hui, & la mieux ordon- né pour cela. C'est au chapitre dernier du liv. VII. Mais nonobstant que le mot François *arfenal* vien- ne de l'Italien *arfenale*, nous disons plus souvent *arfenac* qu'*arfenal*; & M. de Vaugelas qui a écrit le contraire, n'a pas été en cela bien informé de l'usage. M. de Balzac, dans une de ses Lettres à M. de Monchal, Archevêque de Toulouse, qui est l'onzième du livre VI. *J'ay trop bonne opinion de tant de dignes Prélats qui sont en vos assemblées*, pour m'imaginer qu'ils voulussent armer les Rois, ou contre un pénitent, ou contre un homme de bien, of- fensé; & que dans l'intérêt de leur Ordre ils ne se contentassent pas d'empl. yer les foudres du Vatican, mais fussent encore leur possible pour évoquer ceux de l'Arfenac. Et il y a déjà long-tems qu'on pronon- ce de la sorte. Rabelais, livre 3. chapitre 45. En mon *arfenac* de Thalasse prenez équipage tel que voulez. Et livre 4. chapitre 25. Tout le peu- ple de l'Isle éteint Charpentier, & tous arrisans; tels que voyez en l'Arfenac de Venise. Et livre 5. chapitre 19. Descendans au port, trouvasmes en bar- be grand nombre d'Arcbiers, & gens de guerre, les- quels gardaient l'Arfenac. J'avoue pourtant qu'*ar- fenaux*, au plurier, est plus usité qu'*arfenac*. C'est aussi comme parle M. de Rohan, dans ses Mémoi- res, page 46. Mais avec le tems, *arfenacs* l'éto- portera sur *arfenaux*. Et j'apprens que Gombé- ville, dans son Polexandre, l'a préféré à *arfe- naux*. Il me reste à remarquer, qu'aujourd'hui à Paris on ne dit dans le discours familier, ni *ar- fenac*, ni *arfenal*, mais *arfena*; & que les Italiens disent de même *arzena*. M. Le tems pronostiqué par M. Menage, où l'on dira *arfenac* au plurier, au lieu de *arfenaux*, n'est pas encore venu: & l'usage d'aujourd'hui est d'écri- re, *arcenal* ou *arfenal* au singulier, & *arcenaux* ou *arfenaux* au plurier. Voyez *Arcenal*. Vergy. Je ne sais si *arfenac* ne viendroit point de *sar- cenacus*, fait de *sarracenus*. On a autrefois appellé *sarracinesques*, les herfes qu'on met aux portes des Villes, témoin Rabelais, dont voici les termes au Prologue du liv. 5. de l'édition de 1626. faite sur celle de 1552. qui est la meilleure de toutes: *Afferoient ma- chicoulis, renouoient herfes sarracinesques, & catarac- tes*. Et il se peut qu'on ait de-là appellé *arfenac* le lieu où l'on tenoit bonne provision de ces herfes, & de- là encore le magasin où l'on a coutume de tenir en réserve toutes sortes d'armes, soit offensives, soit défensives. Le traducteur de la Maréchallette de Laurent Rusc, ch. 108. *Prens savon sarracenic, ar- fenic & chaux vive*. A Metz on appelle *fenau*, de *feminale*, un solier de planches pratiqué tout alen- tour des caves au-dessus des tonneaux, où l'on con- serve contre la gelée toutes sortes de fruits d'hi- ver, comme pommes, poires, même les oignons, les navets, & autres fruits qui viennent de femen- ces. On a donc dit autrefois *fenai*. Ainsi je m'imag- gne qu'*arfenal* pourroit bien être un composé d'ar- mes, & de *fenai*, c'est-à-dire *armorum feminale*; & que ce lieu aura été ainsi nommé, parce qu'on y prenoit toutes les sortes d'armes qu'il étoit question de répandre dans une Ville, dans une Province, ou dans les armées de terre ou de mer. *Le Duchat*. Il n'est guère de terme sur l'étymologie duquel on soit plus partagé que sur celle d'*arfenal*. Les deux que proposé M. Le Duchat, ne sont nullement satisfaisantes, & d'ailleurs sont purement hazar- dées. Je veux bien croire avec M. Menage, que *arfenal* vient de l'Italien *arfenale*, & l'Italien *arfe- nale*, du Grec des bas siècles *arfenaux*. Mais il s'a- git de sçavoir d'où vient ce mot Grec, qui paroît visiblement un mot étranger. Or je ne vois rien de plus-vrai-femblable, que de le dériver de l'Arabe, *darfena*, ou plutôt *dar-fenah*, qui signifie à peu près la même chose, & à la lettre *domus opificis*. Si ce terme Arabe est suspect à M. Bochart, c'est qu'il l'a regardé comme un seul mot, & en ce sens il a raison; mais ce n'est plus la même chose quand on le considère comme composé de deux mots, sça- voir, de *dar* & de *fenah*, dont les Chrétiens en ont fait un seul, & dont on a même retranché la première consonne, apparemment pour la facilité de la prononciation, ainsi qu'il est arrivé à plusieurs autres mots dont on pourroit citer quantité d'exem- ples. Il est vrai qu'en matière d'étymologies on doit principalement faire attention aux consones radica- les, c'est-à-dire, à celles qui font, pour ainsi parler, l'essence d'un mot; & c'est à quoi on accuse avec raison M. Menage d'avoir souvent manqué: mais il est vrai aussi qu'il se trouve beaucoup de termes, qui, en passant d'une langue dans une autre, ont perdu une ou même deux de leurs radicales. Ainsi le retranchement de la première consone dans le mot *arfenal*, ne doit faire aucune peine. Au reste, un *arfenal* est véritablement *dar-fenah*, c'est-à-di- re, *domus opificis*. Par exemple, l'*Arfenal* de Veni- S'est le lieu où se fabriquent & se conservent les galères ; l'Arsenal de Paris, le lieu où l'on fond les canons ; l'Arsenal de la Salpêtrière, le lieu où l'on fait le salpêtre ; l'Arsenal de Côme, le lieu où l'on fabrique des mousquets. Il y a aussi des arsenaux du Marine, comme à Rochefort, à Toulon, &c. Ce qui confirme cette étymologie, c'est que les Italiens appellent darsena le lieu où ils mettent leurs galères, & qu'on se sert aussi de ce terme par toute la Méditerranée, pour signifier la partie d'un port de mer la plus retirée, & où les navires sont plus en assurance. *
ARSENIC. Sorte de minéral fort caustique, & poison fort violent. Ce mot vient du Grec aperitio, qui signifie, mas, masculum. Les Grecs ont nommé de la sorte ce poison, à cause de sa force & de sa violence. Aperitio imperator, termes dont s'est servi Galien, signifient un remède violent, vi mascula & acerrima proditum. Aperitio, dit Vossus masculum dici videtur a mascula vi ad hominem interimendum. Et Martinus : aperitio masculinum significat. Gracis forte illud a mascula vi ad occiderudum : aperitio est mas. Vergy.
ARSL. On dit à Beaune, que le vin sent l'arsi, quand il a un certain goût brûlé. D'arsius. Ardeo, arsi, arsum, arsium. M.
ARSIS. Il y a à Paris une Eglise appelée Saint Pierre des Arsi. M. de Launoy, dans sa Dissertation de Peteribus Christianorum Parisiensium Basilicis, chap. 10, prétend que cette Eglise s'appelloit anciennement des Syriens ou des Assyriens, & que ce n'est que par corruption qu'on dit aujourd'hui S. Pierre des Arsi. Il se fonde sur un Cartulaire de l'Eglise de Paris, de plus de cinq cents ans d'antiquité, où il est parlé de l'Eglise de S. Pierre des Assyriens. Ecclesia cui titulus Sancti Petri de Assyriis. Et il allègue pour confirmer ce sentiment, ces paroles de Grégoire de Tours, liv. 10. chap. 16. Ragnemodus quoque Parisiaca urbis Episcopus obiis. Cumque Germanus ejus Paramoides presbyter pro Episcopatus concurreret, Eusebius quidam negotiator, genere Syrius, datis multis muneribus, in locum ejus subrogatus est; isque accepto Episcopatu omnem scholam Decefuris sui dejecti, Syros de genere sui Ecclesiastica Domini minifrons statuit. Sur ces autorités, M. de Launoy conclut qu'il y avoit alors à Paris plusieurs négocians Syriens, & que l'Eglise qu'ils bâtirent, & qu'ils dédierent à S. Pierre, fut du nom de cette nation, appelée l'Eglise de S. Pierre des Syriens ou des Assyriens. Quæ igitur, dit-il, Beati Petris Ecclesiae Syrorum vel de Syriis primam dicta est, de Assyriis postmodum dici cæpit. Sed cum amorem vicibus gemina dependita esset nomenclatio, cognomen novum de Assiditis, de Arsiis, de Arsi, de Arsiibus, afficium est. Hadrien de Valois, au contraire, dans son livre intitulé, Disreparationis de Basilicis defensio adversus Job. Launoium, &c. part. 1. chap. 16. pag. 411. combattant l'étymologie de Launoy, en donne une toute différente. Après avoir486v et par diverses autorités, que dans le dixième, l'onéème & le douxième siècles, où régnoit cette maladie épidémique, qu'on nommoit les ardens, qui étoit, ainsi qu'on peut voir au mot ardens, une sorte d'érésipelle qui brûloit & consumoit presque entièrement ceux qui en étoient absolus, les Parisiens avoient eu recours dans cette calamité à la Sainte Vierge & à divers Saints, par A R S. A R T. l'intercession desquels ils avoient été guéris; & en reconnaissance du bienfait reçu, ils avoient souvent donné des noms aux Elysés, qui puissent perpétuer le souvenir des guérisons miraculeuses qui s'y étoient faites : que comme la chapelle qui se nommoit de Sainte Marie Mineure, fut appelée la Chapelle de Sainte Geneviève des Ardens; par la même raison on donna à l'Eglise de Saint Pierre, le nom de Saint Pierre des Arsi. Verisimilimum est, dit-il, Parisiacos, qui ignis sacri periculo, invocato B. Petri Apostoli nomine, Parisiis liberati erant, in civitate Parisiensium insulave, ex voto aut in accepti beneficii memoriam, Ecclesiam Sancto Petro edificavisse, qua à re cognomen invenerit, & Ecclesia Sancti Petri de Arsi, vel de Arsiis, aut de Arsiibus, vulgo dicta sit : sicuti Ecclesiam Sancta Geneveia de Ardens bus cognominatam idem oppidani sacro ipse laborantes condidere. Id qui negaverit, ipso Ecclesia cognomine temeritatis & contumacia statim convincatur; cognomine, inquam, non latino tantum de Arsi, de Arsiis, vel de Arsiibus, sed etiam vulgari : nam hodieque eam Ecclesiam l'Eglise de Saint Pierre des Arsi, hoc est des Ars, vocamus, non de Arsiis; & vicum ipsum in quo olim Ecclesiam Sancti Petri de Assyriis Launoius somniat, la rue des Arcis, non des Arsiis, appellamus. Les curieux pourront voir les dissertations de Messieurs de Launoy & de Valois, à l'endroit cité, pour mieux juger du différent sur ce point entre ces deux grands hommes. Ce que Sauvat rapporte la-dessus n'est qu'une traduction de ce qu'en a dit M. de Launoy. M. Brice, dans sa Description de Paris, parlant de Saint Pierre des Arsi, écrit des Arsi; en quoi il s'est trompé; puisque, quelque étymologie que l'on veuille donner de ce nom, on doit écrire des Arsi. Messieurs de Launoy & de Valois, qui sont d'une opinion si différente, conviennent pourtant en ce point. Vergy.
ARSOIR. Vieux mot qui signifie hier au soir. Meslin de S. Gelais, page 77. Mais quand je la revis arsoir, Toute seule en un coin s'asseoir. M.
ARTEMIS, *Aperitus*. C'est chez les Grecs le nom de Diane la chalseuse. Comme ce que dit la-dessus Wachter dans son *Glosar*. German, au mot *Haremis*, me paroît remarquable, je rapporterai ici ses propres paroles. Plerque Deorum nomina, dit-il, interpretationem capere à signis, jam aliquot exemplis offendi, & illam linguam in qua Deo & signo idem nomen communi, veram istisn nominis matrem esse, ex Logica probabilitati suppono. Signum autem Dea est cervus. Nam innummis antiquis vel insidet cervo, vel cæru vebitur à cervis, vel cervum habet aftantem. Hec signo duce nomen Dea à cervo desumprum esse reor. Nam cervus, lingua Anglo-Saxonica, dicitur heort apud Ælfricum in nominibus forarum, Scandica hiort, Anglica & Belgica hart. Littera n in vocibus Barbaris apud Gracus tape omittitur, ut hoc loco; vel in aliam & cognatam litteram, qualis est x. commutatur, ut alibi. Nomina Deorum Deorumque à Barbaris invenia esse Dechiffimi & vœuftiffimi Occorum ultro fatentur, quod produciis erram testimonis alibi offendo. *
ARTICHAUS. Toute la plante est appelée *peripsa*, & le bout, ou pour mieux dire, le fruit, *exiæque*, par les Grecs, & strobilus par les Latins, bien que qu'en soit propègent une pomme de pin. Charles Etienne, dans son Livre de Re Hortens, dit qu'Hippocrate appelle coca- lum, le fruit de cette plante; & qu'en y ajoutant l'article des Arabes al, on en fit alcocalus, & en- fin, par la corruption de l'article, arriccalus, d'où nous avons enfin formé artichaut. Caïeneuve.
ARTICHAUT. Lat. frictus cinara, Gr. eni- lous. M. Grotius, sur Arat, page 10. le dé- rive du Grec apterus, qui se trouve, dit-il, dans Trallian en la même signification. Le lieu de Tral- lian n'est pas venu à ma connoissance. Henri Etienne le dérive du même mot. Vulgo dicuntur artichaux, quasi apterus eximi. C'est dans son Trésor de la Langue Grecque. Apterus eximi, c'est-à-dire, carles conditi. Cette dérivation a été suivie par M. Lancelot. Et si elle est vérita- ble, il faut qu'artichaut ait été formé en cette ma- nière: arcticus, arcticaldus, ARTICHAUT. Mais je doute fort qu'elle soit véritable; cette dériva- tion arcticaldus ne me semblant pas naturelle. Les Grecs ont appelé cette plante unis, qui est un mot Sicilien. Voyez Athénée à la fin du Second livre, Antigonus dans ses Histoires Merveilleuses, & Hésychius dans son Glossaire, au mot unis? Et delà le mot Latin caelum, qui se trouve dans Ter- tullien de Pallio: d'où les Herbolistes ont fait arti- calum. Mais d'où peut venir cet arti? J'ai cru autrefois qu'on avoit dit articalum, au lieu d'hor- ticalum; comme qui diroit le chardon des Jar- dins, cardinus farrinus: car unis? & cardinus est la même chose. Athénée, au lieu allégué, le dit affir- mativement; & que les Romains ont appelé l'ar- tichaut cardinus. Le mot de cardo cardinis, qui se trouve dans les Glosses anciennes, & dont nous avons fait chardon, témoigne d'ailleurs qu'on a dit cardus cardi. Et comme le changement de l'a en est très-naturel, on peut avoir dit articalus: d'où le François artichaut. Mais comme les Italiens ap- pellent l'artichaut arctico, arcio, carcio, & carcio, & les Espagnols arctico, & alchar- cho, & les Arabes harscho & charscho; & que le mot artichaut ne me paroît pas ancien en notre Langue; je doute présentement de cette étymo- logie. Mais je n'en fais point de meilleure; celle de Charles Etienne, dans son de Re Hortens, ne me semblant pas meilleure. La voici: CINARA, cardus jarris species, cujus summitate & veluri fructus (quem Graci Icolymon, Larius Ictobium vocant, quod sa ipse echinus, vel capitulum unci pinea simile) in edulis utimar. Atque hunc quidem Hippocrates cocalum vocat: cui dicti articulus Arabum subinde a quibusdam est additus, & alco- calus dictus est: deinde vero, corrupto articulo, vulgo ARTICHAUT. Ruellius, 3. 14. & Dodonée, livre 5. chap. 6. de la cinquième Pemptade, ont dit la même chose. Il n'y a point d'apparence que l'article Arabe al ait été changé en arti. Il me reste à remarquer que les Allemans disent artichoc, & artichoc, qu'ils ont fait de notre François arti- chant; & que les Grecs modernes disent apterus, qu'ils ont formé de l'ancien Grec anop. M. Je crois que le mot artichaut a été fait de radi- calus, fait de radix calida; l'artichaut pouvant fort bien avoir été appelé de la sorte à cause qu'effectivement cette plante est très-chande. Ra- dix calida, arctica, artica, artica, ar- tichaut. On a de même fait arctican de radius. Le Duchat.
ARTICLES. Rabelais, liv. 1. chap. 20. A ces mots prindrent articles contre lui: lui de l'autre côté les fit adjourner. Et plus bas: Comme vous s'a- vez qu'ils font plus que nature, & contre leurs arti- cles propres. Les articles de Paris chantent que Dieu seul peut faire choses infimes... mais ces aval- leurs de frimars font les Proces devant eux pendant & infimis & immortels. Articuli dicuntur capitula in judicio probanda, &c. dit au mot articuli le Vo- cabulaire de Droit, attribué à Alberic de Rosate. Le Duchat.
ARTILLERIE. Nous appellons ainsi les ca- nons, couleuvrines, & autres pièces de batterie de campagne; bien qu'originairement ce mot si- gnifiât les arbalètes, les traits & les flèches. Aussi est-il formé d'arcus & de telum. Il est pris quelque- fois pour les arcs, & pour les arbalètes; comme dans le Sire de Joinville, en l'Histoire de Saint Louis: Nul ne teoit d'arc, d'arbales, ou d'autre artillerie. Mais le plus souvent il est pris pour les traits & pour les flèches. Froissart, vol. 1. chap. 142. Et tant furent en tel effet, sans eux mouvoir ne reculer, que ces Archers eurent employé toute leur artillerie. Lors jetèrent leurs arcs à terre. Le Sire de Joinville: Les Turcs leur lancerent par à travers les rues, qui estoient estruies, force de trait & d'ar- tillerie. Ce mot est aussi pris pour tout ce qu'on jette pour repousser un affaud. Froissart, vol. 1. chap. 40. Puis s'il armer ses gens, & chacun aller aux gouttes, pourvues de pierre & chaux vive, & de telle artillerie comme il appartenoit pour les gar- der. Joinville appelle Maistre de l'Artillerie, celui qu'il nomme peu après Maistre des Arbalestriers. Caïeneuve.
ARTILLERIE. Voissus, de Vitis Sermonis, li- vre 3. chap. 1. le dérive d'arcualia, parce qu'an- ciennement on se servoit de l'arc; mais il vient de l'ancien mot artiller, qui signifiait proprement rendre fort par art, & garnir d'ostis & d'instru- mens de guerre. Le Roman du Chevalier au Bari- zel: Près de la marche de la mer Avoit fait son Cessel fermer, Qui moult estoit bien batilliez, Si fors & si bien artilliez, Qu'il ne creinoit ne Roy ne Conte. Artiller ou Artillier vient d'art, artis. Ainsi les Grecs ont dit de même payois de pallo, dit l'Au- teur du Grand Etymologique. Les Latins ont dit aussi de même ingenium & ingeniarii. Alconius: Machina est, ubi non tam materia quam ratio artis atque ingenii dicitur. Itaque frandes, doli, insidia, in hoc nomen apud Comicus aliosque passim ventrum. Voyez Engin; & Lipse, livre 1. de ses Poliocræti- ques, chap. 3. M.
ARTISAN. Ars artis, articius, arcticanus, ARTISAN: comme curtisan, de curticanus: curs cortis, curticus, curticanus, COURTISAN. Les Es- pagnols d'arrastus ont fait artiere. M.
ARTISON. M. Félibien, dans son Diction- naire des Arts: ARTISON, petit ver qui s'engendre dans le bois. (Par corruption, au lieu d'artison.) C'est ainsi que nos anciens appelloient ce ver. Lo petit Dictionnaire Latin-François publié par le P. Labbe, à la fin de ses Etymologies Françoises: TINEA, artison. C'est ver de drap. TINEOSUS, artisonneux. L'étymologie d'artison ne m'est pas comme. M. Le mot Artison, est encore en usage à Metz, pour signifier un ver qui s'engendre dans le drap: ainsi ainsi ce mot, qu'on prononçoi anciennement ar- toison, ne se seroit-il point formé par corruption de ver toison ou ver de toison ? Arison est de la Courume de Tours, art. 63. & arison de celle de Loudun, ch. 5. art. 5. Le Duchat.
ARZEL. Un cheval arzel : c'est un cheval qui a une balzane, ou marque blanche, au pied de derrière du côté droit. Les Italiens, disent ar- los en la même signification. Voyez le Dictionnaire de Vigneron, autrement Vénéron. M.
AS. On appelle ainsi un point unique marqué sur une carte, ou sur un dé. Du Latin assus, qui signifie solus, merus; d'où les Italiens ont aussi fait asse, dans la même signification. Assa vox, pour une voix toute seule, non accompagnée d'instru- mens, se trouve dans un fragment de Varron, rap- porté par Nonius Marcellus, page 76. & 77. de l'édition de Sedan. Vossus, dans son Etymologi- que, au mot assum, croit que vox assa a été dit d'dom, qui signifie canere. Voici ses termes : Unde ignior, disceris aliquis, assa voce, aut tibia canere dicebantur. Num dicemus hanc assu notionem esse ab dom, id est, canere. Non displicet. Alii tamen ma- lunt hic assus significare merus. Idque propterea, quid, si quid asetur, aut torreatur, humidum abae, solumque id remaneat quod siccum aridumque est : sive, quod cibi, qui assantur, soli coquantur, non cum humore; eoque cibi assati totique, proprium solum saporem habeant, contra quam sit in elixis, qua varius à jusculo sapores accipiunt. Nonius : Assum assimandum est, ut in obsociis sine pig- mento saporis alieni, quemadmodum merum dici- tur solum. ¶ Assum, en la signification de tosum, vient d'ardo : ardo, arsi, arsum, assum, assatum : mais dans la signification de solum, & de merum, il vient d'æc, æc, mia, is, c'est, unus, una, unum : pour lequel on a dit ensuite æc, à la Dorique, & æc, à la Tarentine : d'æc, les Latins ont fait as assis. M. de Saumaise, pag. 576. de son livre De Usu- ris : Sed & assem pro unitate qualibet posuerunt, quia u: uumia quoque demuat, quia idem est cum æc Graceorum communi. Au lieu d'æc les Grecs ont aussi dit is: ce qui paroît par le féminin mia, una, qui a été fait d'ia, par le pléoname de la lettre μ, selon la remarque de Helladius dans la Bibliothèque de Photius : ce qui est confirmé par cet endroit d'Hé- lychius : 1A, mia, is, uum. Il me reste à remarquer que comme de uum, génitif de uum, les Latins ont fait camis, d'ivæc, génitif d'æc, ils ont fait unus : ivæc, æc, iæc, unus : on y a ensuite ajouté un μ, & on a dit uum, & uum. Au lieu d'ivæc, en la si- gnification de uum, on a dit aussi uum; d'où le verbe iæc, pour dire, être solitaire. Hélychius : uvæc, vā uumæc, uum vā uum. Et comme nous disons un as, pour un point unique sur un dé, ou sur une carte, les Grecs discient de même iæc & uum. Voyez Pollux, liv. 7. chap. 33. §. 104. M.
ASCARIDES. Hippocrate & Galien ont appellé Ascarides une sorte de petits vers qui viennent au boyau nommé le Reihum. Aenagabe, D'uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, uis, Nos Médecins donnent le nom d'Ascarides à cette multitude de vers qui viennent quelque- fois au fondement, & qui incommodent beau- coup. On les a nommés Ascarides, parce qu'ils sont dans un perpétuel mouvement : du Grec deu- ciens, qui signifie sauter. On a donné aussi le nom d'Ascarides, à cette sorte de vermine qui s'atta- che aux plantes. Vergy.
ASCENDANT. Ab Astro ascendente & dominante. M.
ASCETE. Ce nom qui est Grec, & qui signi- fie proprement celui ou celle qui s'exerce, a été appliqué en particulier, & dès ses premiers rems de l'Eglise, a ceux qui s'occupent aux exercices de la vertu dans une vie retirée, & sur tout à ceux de l'oraison & de la mortification. Ensuite on l'a donné en général aux Moines, sur tout à ceux qui vi- voient en solitude. On l'a dit aussi des Religieuses. Ce mot peut avoir tous ces sens en notre langue, mais il est peu usité. Il vient du Grec deuxi, qui est formé de devin, exercee.
ASIE. C'étoit anciennement le nom d'une pe- tite contrée au levant de l'Archipel, & le long de la côte de la mer. Elle comprenait l'Innie, la Carie & quelques autres très-petits Pays. C'est de cette petite Asie que l'Asie Mineure & la grande Asie ont pris leur nom : car c'est la coutume des voyageurs & de ceux qui découvrent un pays, de donner le nom de la première contrée qu'ils découvrent, à toutes celles qui sont derrière ou au-delà, quelques grandes souvent & quelques valles qu'elles soient. Ainsi les Européens qui pas- soient en Orient, ayant trouvé d'abord la petite Asie dont je viens de parler, qui dans ces temo-là se nommoit simplement Asie, ils donnerent ce nom à tout le pays qui étoit derrière, c'est-à-dire, à toute l'Anatolie, & ensuite généralement à toute la grande Asie. De cette remarque très-simple, mais très-vraie, il s'enfuit que c'est à la petite Asie qu'il faut attribuer & ajuster tout ce qu'on dit de l'origine du nom Asie, & que tout ce qui ne peut lui convenir est faux. Isidore, Etymol. liv. xiv. dit que ce nom vient originairement d'Asia, fille de l'Océan & de Thetis, & femme de Japhet. Si cela est vrai, comme il pourroit bien l'être, parce que les anciens noms des lieux sont presque tous des noms d'hommes, il faut dire que la femme de Japhet fut appelée fille de l'Océan & de Thetis, par une figure ou phasé ordinaire dans la Langue Ebraique, où se ra bah iam, c'est-à-dire, fille de la mer, signifie, qui demeure sur la mer. D'autres disent, que le nom d'Asie vient d'un certain Asius fils de Corys, & petit-fils de Manée Lydien, dont parle Herodote, liv. iv. Nos Savans modernes ont pris une autre route. Beeman prétend que Asia est composé de un, es, feu, & de m'iah, nom propre de Dieu abré- gé, en sorte que mon Asiah, signifie, feu de Dieu, feu devin; & que ce nom fut donné à la vaste contrée que nous appellons Asie, parce que dans la Perle, & dans plusieurs autres endroits de ce vaste pays on adorait le feu. On sent d'abord combien cette étymologie est forcée & peu natu- relle. D'ailleurs, comme on a remarqué ci-dessus, le nom d'Asie ne fut donné qu'à une partie de la côte de l'Anatolie, qui est sur l'Archipel, où l'ont ne fait point que le feu ait été adoré, surtout dans les premiers tems, & qui est bien éloignée de la Perie. Bochart, dans son Phaleg, liv. iv. ch. 33. pag. 337. dérive ce nom d'un autre mot Ebreu un *bhatfi*, qui signifie *moitié*; mais qui veut dire aussi ce qui est au milieu, Jof. x. 13. Jug. xvi. 3. Et il conjecture que ce nom fut donné à l'*Asie* (il entend l'*Asie* Mineure ou Anatolie) parce qu'elle est entre l'Afrique & l'Europe, & qu'elle s'avance au milieu des deux. Mais outre qu'il n'est pas sur que ce nom d'*Asie* n'ait été donné qu'après qu'on eut fait la distinction des parties du monde, & regardé l'Europe & l'Afrique comme deux parties différentes; qu'il n'est pas sur qu'elles étoient les bornes de l'Europe dans les tems qu'on a mis le nom d'*Asie* en usage; c'est que ce nom de *milieu* ne convient nullement à la petite contrée appelée *Asie*, puisqu'elle n'est point entre l'Europe & l'Afrique, mais seulement à l'extrémité de l'*Asie* en général. Ainsi la conjecture de Bochart n'a aucun fondement. Les autres étymologies que l'on donne du nom d'*Asie* sont aussi peu certaines que les précédentes, & il est difficile d'en adopter aucune préférablement à l'autre. Voyons néanmoins celle que propose Wachter, dans son *Glosar*, German, au mot *Asia*. Elle mérite d'être rapportée, quand ce ne seroit qu'à cause de sa nouveauté. *Asia*, dit cet Auteur, *pars mundi orientalis*, *sic dicta ab As Deus, quasi divina, quod patria esset Deorum. Nam Deus ex minore Asia, qua universa Asia nomen dedit, prodisse, & Phrygian pro natali solo agnoscere, constans fama est, & minime mendax, sicut alibi offendo. Hinc Gudmundus Andrea reille mihi videtur Asiam exposuisse terram Sacrum, folum Divinum, in Explicatium Falsyba*, §. 20. *Sic Europa dicitur terra illustrium, & Africa regio Simiarum. Qua conjectura etiam nova & audax sit, robur tamen accipit ab analogia*. Il avoit dit auparavant, au mot *At*, dans le même Glossaire. *As Deus, verus & summus. Gracis iens, quasi diu dea, semper existens, interprete Aristotele de Mundo, cap. vii. Quamvis etiam unus esse possit, qui Barbaris dicitur As, quia omnibus ex una ducendis sufficit unus. Cujus rei perspicuum symbolum est in numeris. Ab initio fuit nomen unus & summi Dei, quod & Aristoteles agnoscit, & significatus declarat. Unus Deus cum sit, inquit Philosophus, pluribus nominibus appellatus est. Et paulo post: Aeian denique dictum censuerint diu deus. A quibus, non addit. Ferosimile autem est, Deum sic appellatum esse ab iis qui apud Graces philosophati sunt, Orpheo, Pythagora, Platone, aliis. An etiam a Druidibus seu Philosophis Gallorum, dubito, etiam si Eius, quod somum, eo ducere videtur. Nam Eius Gallorum non fuit summus Deus, cujus denis meus mundus est refertus, in quo vivimus, movemur & sumus; sed Deus quercuum & damonium peculiare lucorum, a Druidibus effectum, nullisque beneficiis cultoribus novum nisi visco quercino, catena malum & immire, & lingua genis Eius dictum, non quod sit unus ille Deus & per se subsistens, quem sola reverentia videmus, sed quod feris altaribus horren, & victimis humanis placandum. Convenientia qua inter utrumque nomen est, neminem debet movere. Multa som conveniunt in omnibus linguis, qua non conveniunt significatu. Et hac equivocatio nulibi frequentibus occurris quam in veteri lingua Gallica. Phrygibus Galli sunt insani, Gallis vero populares. Gracis Dryades nympha Sylvarum, Gallis Druides Sacerdotes quercuum. Gallis Bardi cantores, Gracis & Latinis stupidi. Atque ut paucis me expediam, Eius* A S M. A S N. *est nomen Deastri, a terrore sic dicti, Aeia appellativum Dei, & usu volente, pluribus Diis commune. Et ensuite: As, homo divinus, opinione Deus. Quod ab initio fuit nomen veri Dei, postea etiam falsis nummbus tribui capis, & inprimis hominibus (nam origo Deorum ex hominibus est), qui inter rudes miraculo quodam, sive rerum gestarum, sive utilum inventorum, claruerunt, & humanam naturam excedere viis sunt. Hinc prater unum verum Deum multi celebrantur Asæ, qui etiam si natura Dii non sim, Dii tamen vocantur ab idolatatis, pracipui a Germanis borealibus. Le même Auteur, en parlant de l'Afrique au mot *Africa*, avoit dit: Africa, *pars mundi meridionalis, ab antiquis Celtarum Philosophis sic dicta quod regio Simiarum esset. Nomen videtur a Phrygibus conditum ex af & rice, quorum illud Simiam, hoc regiam, ditinem & regnum etiamnum significat. Constat enim Phryges antiquos uos esse lingua Germanica simili; quod ideo moneo, ne quis ad hanc etymologiam obsupescat. Nomen certo barbarum est, & a verustissimis Gracorum non intellectum. Herodotus, lib. iv. cap. 45. Neque possum conjectura colligere, unde, cum una sit terra, trifaria sint ei nomina indita & mulierum cognominibus. Unde dubium non est, Graces id nominis aliunde accepisse. A quibus autem nisi a Phrygibus mortalium antiquissimis & sapientissimis... Res ipsa mihi respondet vocabula. Quis enim in Geographia adeo hospes est, ut Africam Simiarum quasi natale solum esse nesciat: Solinus in Memorabilibus Africa: Omne aurem latifundium quod inter Ægyptum, Æthiopiam, Lybiamque diffunditur quantumumque lucis opacum est, varium implevit Simiarum genus. Ad qua verba Commentator Solini Georgius Drandius in margine notavit: Africa Simiarum patria. Similia refert Strabo & Posidono de Silvis Lybia, Lib. 17. Geographia. Cette étymologie du mot *Afrique*, paroit au moins plus vraisemblable que toutes celles que l'on en donne ordinairement.*
ASMODE'E, ou ASMEDE'E. C'est le nom que les Juifs donnent au prince des Démons, ou au Roi des Démons, comme parle la Paraphrase Chaldaïque, sur le chap. 1. de l'Ecclésiaste. Il en est aussi fait mention dans le Livre de Tobie III. 8. où il est dit qu'un Démon, nommé *Asmode*, avoit tué sept maris de Sara, fille de Raguel. Buxtort le père rapporte ce nom à *exem ascham*, qui signifie *pécher, être ou devenir coupable*. Cette étymologie n'est pas juste, parce que le 7 *Dalerb* à la fin du mot n'est pas une lettre fertile: c'est pourquoi il faut le dériver du verbe *Chaldem aschmed*, qui signifie *perdre, ravager, détruire*; ce qui convient parfaitement à ce Démon.*
ASMONE'EN. C'est le nom que l'Historien Josephé donne aux princes enfans de Mathathias, qui gouvernerent la République des Juifs jusqu'au règne d'Herode Aficadonte. Ce nom est originalement Ebreu, & vient de *pern* *bhaschman*, qui signifie un Grand, un Prince, un Seigneur. On lit au Pseumme LXVII. 32. *Des Princes viendront de l'Égypte: à la lettre, des bhaschmanem. Les Juifs en Italie appellent de la sorte les Cardinaux.*
ASNIER. D'*asinarius*, qui se trouve pour A S P. A S S. agafò dans Soétoue, en la Vie d'Auguste, chap. 96. M.
ASPIC. Simple. Lat. *nardus Celtica*. De *spicum*, dit par méraplaïsme pour *spica*. *Spica*, *spicum*, ASPIC, ASPIC. Périon s'est apperçu de cette étymologie. M.
ASSAILLIR. Du Latin *affiliare* est formé le Latin-barbare *adfallare*, duquel nous avons fait *affallir*. La Loi Salique, tit. 19. parag. 40. Si *qui alterum in via adfallir*. Et tit. 37. parag. 2. Si *qui ingenus servum alienum adfallir*. Et les Capitulaires de Charlemagne, liv. 5. tit. 212. *Qui peregrino nocuerit*, *vel cum adfallir*. Cafeneuve.
ASSAILLIR. D'*adfallare*, qui se trouve en la signification d'*affallir* dans les Formules de Marcuse, & ailleurs. Voyer Spelman, Lindembrog, & M. du Cange, dans leurs Glossaires, & M. Bignon sur Marcuse; & Voissus de *Vitis Sermonis*. *Adfallare* a été dit pour *affiliare*. M.
ASSAISONNER. Lat. *condire*. De *flatione*, ablatif de *flatio*, les Italiens ont fait *flagione*, pour *anni tempestas*; d'où les Espagnols ont aussi fait *faxon*, & les Gaïsons *fason*, & les François *faison*. De *flagione*, les Italiens ont fait le verbe *flagionare*, pour dire, *conduire à perfection*; s'étant servis du mot *flagione*, pour le tems en général auquel les choses, selon l'ordre de la Nature, sont dans leur perfection. Et de là vient que les François ont dit *affallomer*, pour *condire*; & les Espagnols *faxon*. Et ainsi *affallomer les viandes*; c'est les mettre au meilleur état qu'elles puissent être. M.
ASSASIN. De même qu'en Latin *Sicarius*, qui signifie *Affafin*, est formé de *fica*, qui est une espèce de couteau: ainsi avons-nous formé *Affafin* de *fahs*, qui, en ancienne Langue Tiofée, signifie *couteau* ou *poignard*. Withikindus, lib. 1. *Geiforum Saxonicarum*, dit que les Saxons furent ainsi nommés, de ce qu'en un Traité, où ils devoient terminer les différents qu'ils avoient avec les Turingiens, leurs anciens ennemis, ils les poignardèrent avec des couteaux qu'ils avoient porté sous leurs cacaques: *Cultelli enim*; dit-il, *Lingua nofria fahs dicuntur*: *ideique Saxones nuncupatus, quia cultellis tantam multirudinem fudifent*. Ce qui se trouve aussi remarqué par le Poëtre Engelhufins, Saxon de nation: *Quippe brevis gladius apud illos faxo vocatur*: *Unde fibi Saxo nomen traxiffe videtur*. Isaac Pontanus, liv. 2. chap. 2. de ses Origines Gauloises, affure que pour cette raison les anciennes armes de la Saxonie, étoient deux couteaux passés en fautoir; & il ajoute, qu'encore de son tems les Danois & les Frisons Orientaux appellent *fahs* les ciseaux & les couteaux. Le Glossaire ancien, que Lipsie a inféré au 3. livre de ses Epitres *ad Belgas*: *Scarfahs*, *novacula*: *nam fahs cultrum notat*. Et Haiminifeld Goldast, dans ses Notes sur les anciennes Poësies Allemandes, remarque que *fachs* (qu'il dérive du Latin *fica*, ou *faxum*; parce que, comme il fait voir, les Anciens faisoient des couteaux de pierre) est proprement un *poignard* ou *conteau*: & *Ofterfachs*, *fica Pafchalis*; c'est-à-dire, le poignard qu'on portoit aux jours de Fêtes. Grégoire de Tôurs, liv. 4. chap. 49. dit que Frédegonde fit affaffiner le Roi Sigebert, *cum cultris validis, quos vulgo scramafaxos vocant*. Et l'Empereur Frideric, liv. 1. chap. 50. de *Arce venandi cum avibus*, dit qu'il y a une plume de l'aile des oiseaux, appelée *faxelins*, parce qu'elle ressemble à un couteau. Il y avoit anciennement en Asie, dans la Province de Tyr, un peuple appellé *Affafini*; & par corruption, *Affafides*, & *Chafii*, commandé par un Prince Sarrazini, nommé *le vieil de la Montagne*, qui, par une obéissance aveugle, leur faisoit entreprendre d'aller affaffiner ceux que bon lui fémbloit, & particulièrement les Princes Chrétiens. Ce peuple étoit proprement appellé *Bednins*, comme témoigne le Sire de Joinville, en la vie de S. Louis. *Tandis*, dit-il, que le Roi fejournoit en Acre, *avindrent de vers lui les messagers de Prince des Bednins*, qui se appellent le vieil de la Montagne. Et il est croyable que dans les voyages que les Princes Chrétiens firent en la Terre-Sainte, les Allemandes, dont les armées des Empereurs Conrad & Frideric I. étoient composées, donnèrent à ce peuple le nom d'*Affafins* de *fahs*, qui, comme je viens de dire, signifie *poignard* ou *conteau*, en leur Langue, en y ajoutant l'article *al* des Arabes; comme qui diroit *Affafins*; car ils les devoient du commencement appelier *Sacins*, puisque dans Nicétas ils font appelier *Chafii*. Et pour faire voir que le nom d'*Affafin* n'étoit pas de la Langue Turque ou Sarrafine, comme quelques-uns s'imaginent; Guillaume, Archevêque de Tyr, dans la Province duquel ce peuple habitoit, auprès de l'Evêché qu'il appelle *Antarade*, dit que les Chrétiens du Levant, & les Sarrazins mêmes, ignoroient pourquoi ce nom leur avoit été donné: *Hos*, dit-il, *tam nofri quam Sarraceni, nefcimus unde deduite vocabulo Affifinos vocant*. Mais ce qui fait voir encore plus clairement qu'ils font ainsi nommés de *fahs*, qui signifie, *conteau*, ce font ces paroles de Mathieu Paris, dans la Vie de Henri III. *Affafinos*, *quos Culteliferos appellamus*. Et je trouve dans un ancien Etablissement fait l'an 1152. par les habitants de Toulouse, que les mauvais garçons étoient appelés *Coneliter*, à cause des couteaux dont ils se servoient: *bominem malum quem Cultellarium vocant*. Cafeneuve.
ASSASSIN. C'est celui qui se loue à prix d'argent, ou autrement, pour tuer un homme: celui qui fait un meurtre de sang froid. C'est la définition que donne de l'*Affafin* la Coutume de Nevers, art. cxcv. Et c'est celle que j'avois donnée dans la première édition de ces Origines de la Langue Françoise, & qui a été suivie par M. du Cange, en ces termes: *Affafinarum appellatio transfata pofria ad sicarios, homicidas, graffatores*; *fed eos procipue*, *ut auiter est Schenau ad Leges Scoticas*, *qui ab alio pecuniam*, *vel mercedem*, *accipiunt*, *alterius interficendi causa*, & *qui huysmodis fcelus*, *data mercede*, *fieri procurant*. Et elle a été approuvée par Wendreck, dans sa troisième Note sur la sixième des Lettres Provinciales du célèbre M. Pafchal, imprimées sous le nom de Louis de Montalte. Et je ne puis comprendre comment elle a été blâmée par celui qui a répondu à ces Notes; lequel a dit, à ce propos, que j'étois un Auteur de nulle autorité. Je viens à l'origine du mot. Plusieurs croyent que ce mot *affafin* nous est venu d'Orient. Le Président de Thou, dans son Poème contre les parricides: N ij Notus & Eco tamium Aſſaſſinus in axe, Prob pudor ! in noſtro viſitur orbe frequent. Coquille, ſur l'article de la Coutume de Nevers, ci-deſſus allégué : Et dit-on que le mot d'Aſſaſſin est venu des Sarrazins au temps que les Chreſtiens étoient à la conquête de la Terre Sainte. Monta- gne, liv. 2. ch. 29. Ainsi ſur aſſaſſiné (ce mot est emprunté de leur nom) (il parle des Aſſaſſins) noſtre Contre Raymond de Tripoli. La Coſte, dans ſes Commentaires ſur les Dé- crétales de Grégoire IX. page 103. Huins quoque generis est homicidium, quod vulgo Aſſaſſinum dici- tur, ut in cap. 1. de Homicidiis, in vi. a metiſſimis Aſſaſſinis Vetuli Montani, quem Rigerdus naſter, ad an. Chr. 1192. vocat Vetulum Arſacidarum : à qui- bus primum forte dictum fuit Arſacidium ; & cor- rupte denique Aſſaſſinium : quamvis Guill. Tyrius, lib. 20. de Bello ſacto, eos tam à Ciriſſtanis, quam à Saracenis, Neſcimus, inquit, unde deſtoſte no- mine Aſſaſſinos dictos fuiſſe ſcribat : forte dicti fue- rum Arſacida, vel Arſacini, quod à Parthis, quos Arſacidas vocat, originem repetebant. Hoc ho- micidii genus eleganter Novella quædam Baſilii Macedonis, relata in 2. parte Juris Orientalis, vo- cat : quist in jubicens qui alijæur. Vetus Abiller-Som- ma Ruralis, Meurtre d'aguer & propos à penſé, vulgo corruptè, de guer à penſé. Beduinus, du tems de nos voyages d'outre- mer, s'étant fortifié dans un Château de difficile accès, y attiroit pluſieurs gens ramaſſés, qui ſe vouoient à lui pour aſſaſſiner ceux qu'il vouloit faite aſſaſſiner. Guillaume de Nangy : Ce tres-mau- vais & malveillant Seigneur des Aſſaſſins habitoit en la conſinité & contrée d'Antioche & de Damas, en chaſteaux tres bien garnis ſur montagnes. Celuy Roy eſtoit moult redouté & craint des Chreſtiens & des Sarraſins, Princes prochains & lointains ; pource que moult de fois eux par ſes Meſſagers indiſſerem- ment ſaiſoit occire. Car aucuns enfans commandois de ſa Terre eſtre amenez en ſes Palais ; & illez ap- premiens toutes manières de langues, & eſtoient en- ſeignez d'aimer leurs Seigneurs ſur toutes autres cho- ſes, & à luy juſqu'à la mort obéir ; qu'ainsi pour- rient aux joyes du Paradis parvenir ; & quiconque mourroit en obéidienne, eſtoit honoré au gré de la Terre des Aſſaſſins : & ainsi à leur Roy deſiſſans, moult de Princes occirent, comme ceux qui de leur mort avoient peu de crainte. Arnou, Abbé de Lu- bec, à la page 104. de ſa Chronique des Eſcla- vons : In terminis Damaſſei, Antiochia, & Ala- pia, eſt quoddam genus Sarracenorum in montamis, quod eorum lingua vulgari Heiſſeſſin vocatur. Voyez Rubruquis, dans ſon Histoire de Tartarie. Au lieu d'Heiſſeſſin, on a dit par corruption Aſſaſſin. Et de-la eſt venu, ſelon l'opinion de la plupart des Etymologiſtes, qu'on a appellé Aſſaſſins en France & en Italie, ceux qui ſaiſoient des meurtres de ſang froid. Nicetas, Matthieu Pâris, Volaterran, livre 31. de ſa Géographie, au chapitre des Sectes de Syrie ; Albericus, au mot Aſſaſſinus, au chapi- tre 1. Extra, de Homicidiis in Secto : & Paul Emile, livre v. ſont mention de ces Aſſaſſins ; & Nicole Gilles, qui les appelle Arſacides. Voyez Nicot, au mot Arſacide, Paſquier, livre viii. de ſes Recherches, chapitre 29. Favin, livre 5. de ſon Théâtre d'Honneur, page 18. Guenois, ſur le Titre premier de la premiere Partie de ſa Con- frontation des Coutumes, fol. 117. Voſſius, de Vittis Salmonis, & Spelman & M. du Cange, dans leurs Gloſſaires. C'eſt auſſi l'opinion de Barthius, livre 51. chapitre 2. de ſes Adverſaires, où il traite amplement de l'origine des Aſſaſſins, & où, au ſujet de cette origine, il rapporte un paſſage con- ſidérable de l'Histoire d'Orient de Jacobus à Vi- riaco. M. le Moine, très-favant Miniſtre de Rouen, & qui marche ſur les pas de M. Bochart, Miniſtre de Caen, a auſſi donné dans cette éry- mologie, dans une Lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire au ſujet de ce Vieux de la Montagne. Sa Lettre étant très-docte & très-curieuse, je la produirai ici, étant perſuadé qu'elle ne déplaira pas à mes Lecteurs. La voici : Le mot aſſaſſin a été dit du Vieux de la Mon- tagne, Roy des Aſſaſſins, qui aſt ainsi nommé, com- me qui diroit, Roy des Herbages, des Prez, des Jardins. En effet, ce Roy occupoit au pied du Li- ban une Terre fort bonne, & qui pouvait bien tirer ſon nom de ſa fertilité. Aſſeſa, on aſſiſa, ſigniſe des herbes, des paſturages, des jardins : toutes choſes qui ſe trouvent en abondance dans le pais de la do- mination de ce Prince. Vous ſavez ſon histoire. Vous ſavez comme à la ſaveur de ſes Jardins délicieux il trompoit pluſieurs de ſes Sujets, & comme il les en- gagent à tout entreprendre, dans l'eſpérance qu'il leur donnait qu'ils jouiraient après leur mort de tous ces lieux agréables. Alardin fit la meſine choſe, comme le rapporte Marc Paul, Vénicien. Et pour cela, pluſieurs ont confondu cet Alardin avec le Vieux de la Montagne, croyant que ce Vieux de la Montagne l'appelait Alardin. Mais c'eſt une bé- veure : car ce ſont deux Princes différents. Auroſte, le Vieux de la Montagne eſt appelé, le Vieux, non pas qu'il fuſt plus vieux que les autres Princes, mais parceque ce mot ſe prend pour un nom d'honneur. Car comme nous avons fait le mot de Seigneur de celui de Senior ; & comme les Hébreux employent le mot Ipt Zachen, pour un nom de dignité ; ainsi les Ara- bes, & les Sujets de ce Vieux de la Montagne l'ap- peioient ordinairement Scheic, c'eſt-à-dire, le Vieux ; non pas pour marquer ſon âge, mais pour marquer ſa dignité. De ce mot Scheic, on a fait celui de Sichée, qui étoit le nom du mari de Didon ; comme qui diroit Prince & Seigneur. Dela eſt encore venu Schah, qui ſigniſe Roi chez les Perſes ; & dont, comme vous ſavez, & comme vous l'avez remarqué dans vos Origines Françoiſes, eſt venu Schah mat, on eſchec & mat. Ce Prince donc étant nommé Scheic, qui ſigniſe un vieillard & un Seigneur, nos Voyageurs l'ont appelé le Vieux, prenant ce mot dans ſa primitive & plus fréquente ſigniſcation. Mais ils ne ſe font pas ſeulement trompez en cela ; ils ſe ſont encore mépris, & très lourdement, en le nom- mant le Vieux de la Montagne. Il ne commandoit point ſur une montagne : au contraire, il demeuroit au pie du Liban, ainsi que le remarque Benjamin Tudelenſis. Voici ce qui a causé l'erreur. Ce Prince eſt appelé Scheic Gebal, c'eſt-à-dire, le Seigneur de Gebal. Et comme ſcheic ſigniſe vieux, & gebal, on gibal, une montagne, nos gens, peu verſez en la Langue Arabique, ont traduit le Vieux de la Mon- tagne, au-lieu de traduire, le Seigneur de Gebal, on Gibal. L'Arabe gebal, on gibal ſigniſe, dis-je, une montagne : comme auſſi l'Hébreu 23, d'où vient Eliogabalus ; & d'où vient auſſi Mongibel, comme vous l'avez fort bien remarqué dans vos Origines Italiennes. Mais Gebal eſt auſſi un nom de ville. Et il y a pluſieurs villes qui ont été ainsi appelées. Vous les connoiſez, Monsieur, & il ſervit ſuperſin de vous en faire une énumération particulière. Ce du Latin ad satis. Voyez assai dans mes Origines de la Langue Italienne. Sylvius dans sa Grammaire, page 147. a fait la même remarque. Satis, assis, ab ad satis. Il ajoute, Nisi ab affatim mavis, 77 in 33 mutatis : qui est une étymologie non recevable. M.
ASSIDEENS. C'est le nom d'une fette des Juifs. Ils furent ainsi nommés du mot Ebreu CONN bhasidim, miséricordieux, juifes. Il est parlé d'eux dans les Livres des Machabées, livre 1. chapitre 11. 41. & VII. 13. livre 11. chapitre xiv. 6. Quelqu'un a dit que les Assideens étoient ainsi nommés, parce qu'ils étoient assidus au Service Divin. C'est une bève. Assidans n'est point un mot Latin, mais Ebreu. Un autre Auteur dérive ce mot du Chaldéen VEN aschid, c'est-à-dire, il a répandu, & prétend que ce nom signifie des gens répandus ca & là, ou fugitifs pour leur Religion, & pour ne point obéir au Prince qui vouloit la leur faire abandonner. Il paroît bien plus naturel de le faire venir de CONN, comme nous avons dit.
ASSIETTE. Les assiettes d'étain ou d'argent, qu'on range autour de la table, font ainsi appelées, parce qu'elles marquent les places de ceux qui s'y doivent asseoir, que les anciens François appellent assiettes. Froissart, volume 4. chapitre 91. décrivant le festin que fit le Roi Charles VI. à l'Empereur Vincellas, en la Ville de Rheims : Et fut l'assiette de la table telle que je vous diray. A la table du Roy fut tout premierement assis le Patriarche de Hierusalem; le Roy d'Allemagne après; le Roy de France le tiers; & le Roy de Navarre le quart. Caseneuve. ASSIETTES de table. Parce que, dit M. de Caseneuve, elles marquent les places de ceux qui se doivent asseoir à table. Et à ce propos il cite fort à propos cet endroit de Froissart, vol. 4. chap. 91. Et fut l'assiette de la table telle que je vous diray. Froissart parle du festin que fit le Roi Charles VI. à l'Empereur Vincellas : A la table du Roy fut tout premierement assis le Patriarche de Hierusalem; le Roi d'Allemagne après; le Roi de France le tiers; & le Roi de Navarre le quart. M.
ASSISES. Du Latin assisia, dit à sedendo. M.
ASSOMMER. De euyus, qui signifie charge, vient le Latin-barbare fauna, dont nous avons fait sommier, qui est une bête de charge : de-là je crois que nous avons aussi formé le verbe assommer, qui signifie proprement accabler sous la pesanteur des coups. Voyez Sommier. Caseneuve.
ASSOMMER. Jacques Sylvius dans son l'agoge in Linguam Gallicam, page 50. Somnus, somme, pour somme. Inde assommer; id est, in somnum mittere aliquem, & occidere iitibus; quod Olli dura quies oculos & ferreus urget somnus, in artemum clauduntur lumina noctem. Virgilus. Isac Pontanus, livre 6. de ses Origines Françoises, chap. 14. somnus, somme, vel sommeil : unde assommer. Pontus de Tyard, Sonnet 7. Sommeil, fils de la Nuit, faveur chère à nos yeux, &c. Vien assommer en moy le travail soucieux, &c. Guillemette, dans la Farce de Patelin : — Pardonnez-moy; je n'ose Parler hant : je croy qu'il repose. Il est un petit applommé. Hélat : il est assommé Le pauvre homme . . . Amadis Jamin, dans le Songe d'un Pêcheur : Car le sonci ne laisse sommeiller, Mais importun nous presse de veiller. Et tant soit peu si le dormir assomme Dessus les yeux les paupieres de l'homme, Incontinent ce soin qui le poursuit Le vient troubler : puis le somme s'enfuit. Ronfard dans son Hymne de l'Eté : O combien lui desplaise ce vieillard que le somme, Ronfard entre les draps si froidement assomme. Et dans sa Réponse au Ministre Mont-dieu : Quatre ou cinq heures seul je m'arreste enfermé : Puis sentant mon esprit de trop lire assommé. Plaute dans son Amphitruon, acte 1. scene 1. vers 147. a dit de même : Jampridem videtur fallum beri quod homines quatuor In soporem collocastis nudes. Où in soporem collocastis, signifie, comme les Glossateurs l'ont fort bien expliqué, interfectifs. D'autres dérivent assommer de somme en la signification de charge, fardeau : comme qui diroit, accabler sous la pesanteur du poids. Et c'est la véritable étymologie. M. ASSOUAGER ou ASSOUAIGER, comme Borel a mis ce mot : c'est soulager, adoucir. D'adsuaviare. Alain Chartier, dans son Discours intitulé l'Espérance, &c. Et cettuy est le basme de consolation des Saintes Ecritures, qui nous nourrit en espérance, & assouaige les douleurs des angoisses du monde. Le Duchat. ASSOUVIR : remplir & sauler. Il semble que c'est une Métaphore prise des étangs qui sont dits assouver, lorsqu'ils se remplissent suffisamment d'eau. La Coutume de Nivernois, chapitre 37. article 11. Estang qui n'assouve point de luy-mesme; s'il est d'assoult, est prise chacun arpent vingt sols; & s'il est de sontaine, vingt cinq sols; & s'il assouve de luy-mesme, trente sols. Caseneuve.
ASSOUVIR. D'adsoptere. Huer. Je crois qu'assouvir vient d'ad & de sufficio. Jean Molinet, dans son A. B. C. sauvage, pag. 137. de la Légende de Pierre Faifeu, édit. de 1613. Cueurs desconfiez en sont en deuil confits, non assoufils de regrets & de pleurs. Le Duchat.
ASSYRIE, & ASSYRIEN. Ces noms, pris dans leur signification propre & particulière, viennent originairement de l'Ebreu VEN, Assur, nom de celui qui fut le Fondateur de l'Empire d'Assyrie, & qui donna son nom à ses descendans les Assyriens, & au pays qu'ils habiterent : aussi l'un & l'autre, c'est-à-dire, tant le peuple que le pays, sont appelés dans l'Ecriture VEN, Assur, du nom de ce Patriarche, qui signifie en Ebreu incesus, gressus, ou felix, beatus. Les Grecs mêmes appellerent d'abord, & dans les premiers tems, les Assyriens, Ierovus, & non pas Ierovus. Eratoftheng A S T. A T A. en fait foi, au rapport d'Euftahias sur Denys le Géographe, page 116. de Fédération d'Etienne, & il ajoute que ce mot *Levoque* venoit d'*Aona*, *Affor*. Il ne faut pas confondre les Syriens avec les Affyriens, comme ont fait les Anciens, qui appellent souvent *Affyriens* les Phéniciens & les Syriens. Et dans les Poètes, la pourpre *Affyrienne*, la couleur, la laine *Affyrienne*, est la même chose que la pourpre, la couleur la laine Tyrienne ou Syrienne. Mais l'origine de ces deux noms est fort différente. La Syrie a été ainsi appelée du nom Phénicien de la Ville de Tyr, qui est *Thyr*, ou *Sour*; & de-là les Syriens ont été appelés *Thyr Sourim*, d'où s'est fait *Syrii*; & avec l'article *Thyr* *Haffurim*, d'où s'est pu faire *Affyrii*, qui est le même nom, quant au son, que celui des Affyriens, mais fort différent, comme on voit, d'origine & de sens; & c'est peut-être cette ressemblance de nom qui a donné occasion de confondre les Syriens avec les Affyriens. AST de mail. De *hafta*: dont les Italiens usent aussi en la même signification. Du même mot *hafta* on a fait aussi *hafte*, qui dans le Nivernois & dans plusieurs autres lieux de France signifie *une broche*. Dans la Maison du Roi on appelle le *Hateur* celui qui embryche : de *haftater*. M. ASTRAGALE: membre d'Architecture. M. Despreaux dans sa Poétique : *Ce ne sont que follons, ce ne sont qu'astragales*. D'astragalus, usité des Latins en la même signification. Vitruve : *astragali facienali sunt sclava parris* : & ainsi dit, de sa ressemblance à un talon d'homme : *astragalus* signifie proprement, l'ostélet du talon, & abusivement, le talon : du Grec *astragalus*. Voyez M. Félibien, dans son Dictionnaire des Arts, au mot *astragale*. M.
ATABALE. Tambour à la Morefique. De l'Espagnol *atabal*, d'où les Italiens ont aussi fait *ataballo*. L'Espagnol a été fait de l'Arabe *tabi*, qui est une espèce de gros tambour. Et ce mot Arabe a été fait du Grec *tabi*, dit pour *tabi*, mot usité parmi les Parches. Hésychius : *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi*, *Tabi, — *Streptiofs ndir da vari lati* *Le Trombe, i Cerni, i Timpani, e i Taballi*. M.
ATACHER. En Languedoc & en Gascogne on dit *estaca*. Les anciens François appelloient *etacque*, & depuis *etache*, un peu ou un pal planté dans la terre, pour y arrêter & attacher quelque chose. La Coutume de Haynour, chapitre 109. Faire une maison sur quatre *etacques*. Engrammait de Montrelet, volume 1. chapitre 2. Une *choisette to-* *nom à une etache*. La Coutume de Rheims art. 55. Plantee *bouques* & *etaches*. Celle d'Artois art. 98. *Estaches de moulins à vent*. Je crois que ce mot est formé de *flava*, qui selon Pichou se trouve dans les vieux exemplaires de la Loi Salique, tit. 30. 9. 32. au lieu de *flava*, & qui signifie un pal. Mais soit qu'il y faille lire *flava* ou *flava*, ces mots sont sans doute formés du verbe *flav*. De *etacque* ou *etache*, on fit *attache*, & de-là le verbe *attacher*, qui signifiait originellement *lire* & *arrester* quelque chose contre une etache; & qu'on a depuis étendu à tout ce qui est cloué & arrêté. Mathieu Paris, en la Vie de Henri III. *Reroux, quod vulgariter dicitur attachatus*. Dans une Charte rapportée par le même Auteur en la Vie du Roi Jean : *Licet Comiti, vel Ballivo nostro, attachare & imbriviare catalla defeniti*. Et dans ses Additions aux Vies des Abbés de Saint Auban : *Attachiare & difringere*. Les Loix de Malcolme, Roi d'Ecosse, livre 2. chapitre 9. *Malefaller debes attachari, & duci in cacerem*. Caenouve.
ATACHER. Les Auteurs de la Basse L'activité disent *attachiare*, qu'ils ont fait du François *attacher* : & les François ont fait *attacher* de l'Italien *attaccare*, qui signifie *appiccare*, *impiccare*, c'est-à-dire, *pendant*, *de, neo collum redare*. L'origine de ce mot Italien est fort difficile. Ferrari le dérive d'*affigicare*, diminutif d'*affigere*. J'ai cru autrefois qu'il venoit d'*apare*, & il en peut venir de cette manière : *apro*, *aparevi*, *apatarum*, *apataricum*, *attaticum*, *attaticare*, *ATTACARE*. *Laqueum sibi collo* *apare*, se trouve, pour se *pendre*. M.
ATACHER. Rabelais, livre 1. chapitre 8. a dit *etacher* dans la même signification que nous disons *atacher*. Dans le Patols Messin les Charpentiers appellent *tafche*, ou plutôt *tiche*, la grotte & longue poutre qui soutient toute une maison de paysan. Je ne fais si ce ne seroit pas de ce mot *tache*, que je suppose être ancien dans notre Langue, en la signification de poutre que viendroit le verbe *atacher*. Ceux du Languedoc disent *estaca* dans la même signification : ce qui me fait soupçonner qu'*atacher* & *estaca* pourroient bien venir de l'Alleman *stock*, d'où nous avons fait *esthe* & *estacade*. Ainsi *atacher* signifieroit proprement suspendre à un jour ou à un bâton; & c'est en ce sens que le Picard, dont parle M. Ménage, disoit au Bourreau de l'*attacher*. *Le Duchat*.
ATAINE, ATAINEUX. Vieux mot qui signifie *querolle*, & *querolleur*. La vieille Régie de Saint Benoit : *En l'Abbaye sont défendues toutes ataines*. Si *estabilisons*, que *si uns des Frères ne fere l'autre*. Alain Chartier dans le Quadrilogue Invectif, page 456. *Langue* fut & trop *ataineuse* qu'il n'affer, la contention de ces deux qui s'envolent ensemble par paroles mordans très-bainissement. Voyez André du Chesne, sur ce lieu d'Alain Chartier. M. ATAINE ou ATENNE, vient d'*atonnier*, composé de *tenner*, ou, comme on dit aussi, *tanner*, dans la signification de *chagriner*. Voyez ci-dessous au mot *tanner*. Le Roman de Perceforest, vol. 3. chapitre 15. Par les paroles du Roi recommence la *feste* entre ceux à qui il ne touchoit point, & tant furent joyeux que les aucuns s'en tannoient. Villon, fol. 10. 19. 5. S'ils en sont confiez ou *tanner*. Et Coquillat, dans son Maison des Armes & des Dames : *Souvent reven, safid, tami. Atainne se trouve dans le Roman de la Rose*, fol. 44. 5. Edit de 1531. & Rabelais a dit *contanner*, dans l'ancien Prologue de livre 4. Je me trompe fort si ces mots 104 ATA. ATE. ne viennent de quelque diminutif de *tadium*. Le Duchat.
ATANT. Vieux mot qui signifie *alors*. D'*ad tantum* : comme *partant de per tanum*. Voyez *autant*. M.
ATAQUER. De l'*Italien attacare*. Ce mot en la signification d'*attaquer*, n'est pas ancien dans notre Langue : car dans la signification d'*attacher*, il est très-ancien dans la Langue Picarde : témoin le Picard, qui étant mené au gibet aima mieux y être attaché, pendu, & étranglé, que d'épouser une fille boiteuse : disant à l'exécuteur, *attaque*, *attaque*, *elle cloque*. Montagne & Henri Etienne rapportent cette Histoire : celui-ci, dans son Dialoque du nouveau Langage François italianisé, page 82. & l'autre, dans le chap. 40. du liv. 3. de les Esfais, selon les premières éditions. M.
ATAQUER. *Adoriri*, *aggredi*. On prononçoit autrefois *attacher*. Amyot dans la Vie d'Agédias : *Et leur commanda qu'ils allaffent visiblement attacher l'Emremi*. Huet. On peut très-bien, ce me semble, dériver ce mot de l'Anglo-Saxon *et*, qui, dans plusieurs composés, signifie la même chose que *ad*, & de *tacare*, *prendre*, en Anglois *tate*.
ATAULPHE. C'est le nom d'un Roi des Goths, parent & fuccefleur d'Alaric. Ce nom peut signifier deux choses, savoir, *pater juvans*, & *felicitaris adjutor*, suivant qu'on dérive le commencement, ou de *atta*, *pere*, ou de *aud*, félicité, deux termes Gothiques. *Atta*, dans la signification de *pere*, est fort ancien, & on le trouve employé chez beaucoup de Nations, comme chez les Phrygiens, les Grecs, les Latins, les Goths, &c. Les Phrygiens, selon Arnobe, *adv. gentes*, liv. v. appellent un bouc *attagoz*, c'est-à-dire, *pere des chèvres*, de *atta pere*, & *goz chèvre*. Chez les Grecs, *atta* est un terme de respect, à l'égard d'une personne plus âgée, & Achille l'employe dans l'Illade d'Homère en parlant à Phoenix. Les Latins, selon Festus, appellent de même un vieillard *atta*, & c'est peut-être de-là que vient le mot *ata-vus*, comme qui diroit *pater avi*. Dans la Version Gothique des Evangiles, *Pater nofter qui es in cælis*, Matth. vi. 9. est rendu par, *atta unfar thu in himinam*. Les Cantabriens ou Basques disent *atta*; les Frisons *hayte*, *heyte*; les Hongrois *attya*; les enfans en Suisse *atte*. Je rapporte tout cela pour montrer la convenance des Langues. *Aud* en Gothique signifie biens, richesses, & ensuite félicité. En Anglo-Saxon c'est *ead*, en Alleman *od*. Quant à *ulphe*, qui fait la seconde partie du mot *ataulphe*, & qui signifie secours, secoureur, c'est un terme Celtique dont on a ôté l'aspiration, & qui se prononce diversement suivant les différentes dialectes. En Gallois, en Anglo-Saxon, & en Anglois, c'est *helpe*; en Anglo-Saxon encore *hylp*, & par aphé-ree *ulph*; en Alleman *hulf*; en Flaman *hulp*; en vieux Franc *helfa*; en Suédois *hialp*, *hialp*. Au reste *ataulphe* est la même chose qu'*adulphe*, & ces deux noms ne diffèrent que par la prononciation.
ATEDIER. D'*adtadiare*. *Adtadiari*, pour *tadio affici*, se trouve dans Joannes Major, *De Gothis Scutorum*. Voyez *Vossius de Vitis Sermonis*, iv. 1. M.
ATELER. Je crois qu'il vient d'*adtelare*, comme DÉTELER de *detelare*. *Protelam* dans les Gloves, est expliqué *Æquaryos*: *id est*, *Funis quo currui junguntur ad trahendum jumenta*. Il y a apparence que de-là on a dit *ad protelare*, & puis, par contraction, *adtelare*, d'où nous avons fait ensuite *atelier*. Dans Pline *protelam boum* se prend pour *jugum boum* : *Protelis boum* & in *Danubio extrahitur*. C'est au livre ix. chapitre 15. Et ailleurs : *Nec farnenda sunt hoc modo fata*, *fed protelis binis, ternisque fic arant*. Mais il signifie proprement *tenor in ducendo quidam*, *tradusque longus & continatus*. Turnèbe sur la première Oration contre Rullus, page 7. ADJUNXIT : *transfatio ducta ab equis*, qui *adjunguntur*, *ut jugalibus funales*, & *ipf inter se*: *id nec vernaculo verbo attelare Gallicè dicimus, more Latinam originem referente, ut me docuit vir hujus memoria doctissimus*, & *ad elegantiam litterarum, ad firpium, pifcium, animalium omnium, atque adeo omnis natura cognitionem recuperandam, atque renovandam, natus & imburus, Montis-Pesuli Epifopus*. Voyez Scaliger sur les Catalectes, & M. de Saumafé sur Solin, page 1318. & 1319. Nous appelons ATTELLES ces deux vaisseaux plats qui accellent le collier d'un cheval de trait, & Nicot croit que c'est de-là que vient le verbe *atelier*. M. Si on regarde le timon d'un carosse ou d'un chariot comme une espèce de flèche, on pourra croire qu'*atelier* aura été fait d'*adtelare*, fait de *telum*. Le Duchat.[{"box_2d": [517, 414, 880, 505], "label": "text", "caption": "ATELIER. Rabelais 3. 51. écrit *atelier* : ce qui pourroit donner sujet de croire que ce mot auroit été fait de celui d'*atelles*, qui sont de fléus aïssaux, & que ce mot d'*atelles*, selon la pensée du P. Labbe, pourroit avoir été fait du Grec *áçáçá*, dont Hélychius fait mention en ces termes : *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, *áçáçá*, 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bert, qui signifie illustre en noblesse; Adalhold, fier de la noblesse; Adelman, homme noble; Adelhaide, personne noble, de heit personne; Aldegonde, femme noble, de gund qui veut dire vira, virago. Au lieu d'Adalbert on a dit aussi Udalbert dans le même sens. * g
ATHANOR. C'est en terme de Chymie un grand fourneau immobile, fait de brique ou de terre, qui a une tour au milieu, où l'on met le charbon, & qui par des canaux ou ouvertures qui font aux côtés du foyer communique sa chaleur à plusieurs vaisseaux voisins. Ce mot vient des Arabes, qui appellent un four thanour, & avec l'article al, althannour. Au lieu de althannour on prononce athanour, d'où s'est fait notre Athanor, que les Chymistes ont pris apparemment des Médecins Arabes. Les Ebreux appellent aussi un four non thanour. *
ATIEDIR. D'adtepidire, qu'on a dit pour adtepidare. Les Gaïcons disent atieda. M.
ATIFER. Mot ancien, qui le dit encore aujourd'hui en parlant de la coiffure des femmes, comme l'ont remarqué Messieurs de l'Académie. Les femmes font long-tems à l'attifer. D'attifare, inusité, formé d'aptus & de facere. Le P. Labbe le dérive d'artifex: Lancelot de vœux, orgueil; ou de vœux orner, couronner, environner: qui est aussi l'étymologie de Périon. D'attifer, on a dit ATIFET, pour un ornement de tête pour les femmes: qui est un mot qui n'est comme plus en usage. Au lieu d'ATIFET, Claude Mitalier a dit ATIFEL, qu'il dérive de l'Ebreu. ATIFELUM Galli numerant inter muliebria ornamenta: est autem integumentum capitis auro ac segmentis ornatum, quod Hebrai nanzo, mahataphah appellant. Descendit autem à verbo nos, hataph, quod velare & operire significat. C'est dans sa Lettre à Jérôme de Chatillon, Président de Lyon, imprimée à la fin des Hypomnées de Henri Etienne. M.
ATIFER. Le simple tiffer, en la même signification, se trouve employé dans la cinquième des quinze joies du Mariage, & dans la sixième. Le Duchat.
ATISER. Joachim Périon, dans ses Dialogues de Lingua Gallica origine, tient qu'il est formé d'aviquis, qui signifie irriter. Mais Robert Etienne, dans son Dictionnaire, le forme d'ad, & de titio, qui signifie tison. Cafeneuve.
ATISER. D'ad & de titiare, fait de titius, dit par métaplasme au lieu de titio titionis. Voyez tison. Gosselin le dérive ridiculement d'aviquis: ce qu'il a pris de Périon. M. On a dit aussi aticer dans la même signification: ce qui fait voir qu'en effet ce mot vient d'ad & de titiare. Le Roman de la Rose, fol. 107. s*. Car garde n'aura d'avarice, Qui d'entasser les gens atice. Le Duchat. ATITRER un homme pour faire quelque chose. Attitulare se trouve dans Rufin, pour infertre, mettre un titre: Ex his praecipu libris quos vox opcio attitulavit. C'est dans sa Version de l'Apologie de Pamphile pour Origene: mais ce qui n'a rien de commun avec la signification de notre mot attirer. M.
ATITRER. C'est fournir un titre ou un pré- Tome I.