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03.0 Dictionnaire etymologique — ATO – BALE

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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ATO. ATR. 105 texte pour faire quelque chose. Ainsi ce mot peut fort bien venir d'attitulare, dans le sens où Rufin l'a employé. Le Duchat. ATOUR: ornement. Henri Spelman, en son Archéologue, ou Glossaire, croit que ce mot est formé du verbe tourner, qu'il prend pour changer, & donner une chose au lieu d'une autre; parce que ceux qui ont le soin de donner les habits & les ornemens aux Princes, leur en changent souvent. A Gallico tourner, hoc est, vertere, commutare, remunam in vicem alterius dare; unde qui Nobilibus sunt à vestitum mutatione, esque crnam & inftrunam; (Cosmeta nempe & Camerarii) Atourneurs appellantur. Mais je ne sçais si en disant à Gallico, il entend la Guienne, où les Anglois ont été long-tems les maîtres; & où tourna signifie changer. Car pour tourner, les François ne le prennent point en ce sens. Toutefois on pourrait dire qu'atour vient de tourner, en tant qu'il signifie faire & agencer au tour; & que les ornemens des femmes ont été appelés atours, parce qu'en matière de gentilles & d'ornemens, qui sont ordinairement de figure ronde, il est nécessaire de les arrondir au tour. Cafeneuve. ATOURNE: Adornatus. On lit dans le Sextre, lib. 3. tit. 16. de Stat. Reg. cap. unic. Adornati, procuratores Abbatisarum. Huet.
A-TOUT. Ce mot signifie tantôt avec, & tantôt la triomfe à toutes sortes de jeux de cartes. Dans sa dernière signification, je crois que c'est parce que la triomfe aux jeux de cartes supplée à tout, du moins au défaut de la couleur dont on a rentré. Le Duchat.
ATRAPE. Il vient de trape, qui est une machine à surprendre les oiseaux, le diminutif duquel est trebuchet, en changeant le P. en B. François Pithou témoigne, que la où nous lisons, dans l'édition ordinaire de la Loi Salique, tit. 7. Si quis turturum de reti alterius, aut quamlibet aviculum de quolibet laqueo vel decigula furatus fueri; il y a dans les vieux exemplaires, & dans l'édition d'Allemagne: si quis aucellum de trapa furaverit. Cafeneuve.
ATRAPER. D'adrapare. Voyez trape. On disoit anciennement entraper, d'intrapare; & les Bretons le disent encore à présent. M.
ATRAPER. De l'Alleman treffen, qui veut dire decipere, irretire, dolo capere, en Anglois to trap. De-la aussi trape, decipula; & calcitrapa, qui signifie un fer triangulaire où les pieds sont pris, & une sorte de charbon, appellé autrement, carduus stellatus. *
ATRE. D'atrium. On appelle dans le Boulenois un Cimetière atre, à cause que les Cimetieres étoient ordinairement au-devant de l'Eglise: in atrio Ecclesia. M. La Légende Dorée, en François, imprimée à Lyon en 1476. Dans la Légende de Saint Alexien, on lit que ce Saint se tenoit au Porche de l'Eglise d'Edelle avec les pauvres, & plus bas on lit: Quand Alexien est été dix-sepe ans en l'atre desfusdit, au service de Dieu. Et plus bas: C'est celui qui s'est hors en l'atre; & doncques celuy yssis hors hastriment, & se mit dedans l'Eglise. A Metz le peuple dit atrie, féminin, dans la même signification, du plurier atria; comme de Biblia, plurier, on a fait Bible, on singulier & au féminin. Le Duchat.
ATTACHER. Voyez ATACHER.
ATTAQUER. Voyez ATAQUER.
ATTEDIER. Voyez ATEDIER.
ATTELIER. Voyez ATELIER.
ATTELLER. Voyez ATELER.
ATTELLES. Voyez ATELLES.
ATTIEDIR. Voyez ATIEDIR.
S'ATTINTER. C'est-à-dire, s'ajuster, se parrer. Ce mot est ancien, & on s'en sert encore en Baïse-Normandie, dans un sens ironique; comme quand on dit d'une femme qui emploie beaucoup de tems à s'ajuster: il lui faut bien du tems à s'attinter. Il se trouve dans Coquillard: Sera aujourd'hui attinité Comme un Duc, comme un Connétable. Et dans le Livre intitulé l'An des sept Dames: Besoin sera que je l'attinite Comme si se fait pour un Comte. S. Add.
ATTISER. Voyez ATISER.
ATTITRER. Voyez ATITRER.
ATTITUDE. Terme de Peinture & de Sculpture. Disposition de figure. De l'Italien attitudine. Aptitude, dans le petit Dictionnaire Latin-François du P. Labbe, est expliqué par convenableté. M.
ATTRAPER. Voyez ATRAPER.
AVACHIR. S'avachir, c'est devenir l'ache comme une vache, n'avoir plus qu'un cœur de vache, comme on parle. Ainsi ce mot vient de vache. Le Duchat.
AVALLER. D'advallare, qui a été fait d'ad, & de vallis; comme monter a été fait de mons mortis. Advallare veut donc dire proprement mettre à val. Au lieu d'advallare, on a dit avallare. Une Chartre du Roi Philippe: Nullus mercator cum mercatura sua poterat transire Rothomagum, per Sequanam, ascendendo, vel avallando, nisi per civesi Rothomagi. Voyez Vossus de Vitis Sermonis, liv. 4. chap. 1. Nous avons dit de-là, par métaphore, avaler, en parlant des choses que l'on boit & que l'on mange. Sénéque a dit demittere, en la même signification: Ardentes boletos, & raptim condimento suo merlato, demittunt pene fumantes, quos deinde restinguant nivatis potionibus. Le P. Thomassin, tome premier de son Traité des Langues réduites à l'Ebreu, page 911, prétend que le mot François avaler, en cette dernière signification, est d'origine Ebraique. M.
AVANCE, AVANCER. M. de Caseneuve: Il est certain, comme je fais voir sur le mot d'oresnavant que avant est formé d'antea, ou ante. Et ainsi avancer est fait d'antecedere, & avance d'antecessus: car antecedere, signifie prendre ou bailler par avance. M. de Caseneuve n'a pas ici bien rencontré, contre son ordinaire. Avant a été fait d'ab ante: dont l'inusité abantius; d'où abantia & abantiare. D'abantia nous avons fait AVANCE; & AVANCER d'abantiare. Amius est le comparatif d'ante, comme s'trius de propre. Voyez anzi dans mes Origines Italiennes: & ains ci-dessus. M.
AVANCER, AVANCE. Il est certain, comme je fais voir sur le mot Doresnavant, que avant est formé d'antea ou ante. Et ainsi avancer est fait d'antecedere; & avance, d'antecessus: car antecedere signifie prendre ou bailler par avance. Les Gloises: vyrastacum pracapio, antecapio, presumo, procedo, antecedo. Sénéque, livre 4. de Beneficiis: Ego quod cui debeam scio, aliis posi longum diem repno, aliis in antecessum. Quintilien, Declam. 12. Prossi mihi quod apud negociatores solet in antecessus dedi. Caseneuve.
AVANGER. Dans l'Anjou, le Maine & la Normandie on dit: Je ne saurois avanger à cela, pour dire, je ne saurois fournir à cela. Du Latin-Barbare inusité avantiare. L'1 voyelle devient consone. Voyez avancer. M.
AVANIE. C'est un mot d'origine Grecque-Vulgaire, qui signifie proprement, un affront avec supercherie, une querelle d'Alleman. Voyez acacia dans le Glossaire Grec de M. du Cange. Les Turcs prononcent avan. On veut que le Turc avan vienne de l'Ebreu my hava, qui signifie inique agere, marcher de travers en quelque chose. Mais la Langue Turque ne vient point de l'Arabe; si ce n'est en ce peu qu'il y a d'Arabe mêlé parmi cette Langue, depuis que les Turcs sont devenus Mahométans. Et si le mot d'avanie étoit d'origine Ebraique, il vient droit plutôt du substantif pu aven, qui signifie iniquité, que du verbe my hava. Je veux dire qu'aven approcheroit plus d'avanie, qu'ava. M. du Cange dérive aussi le François avanie du Grec-Barbare acacia, qui signifie la même chose. M. AVANIE vient de l'Arabe Havan, opprobrium. Huet.
AVANT. D'abante; comme en avant d'inabante. Inante se trouve non-seulement dans les Auteurs de la moyenne Latinité, comme dans Commodianus, Instr. 46. Cave ut non delinquas inante; & dans Gregoire de Tours II. 16. Inante abidem totundam habens; mais dans les Ecrivains Latins du Siècle d'or; comme dans Properce. Scaliger, dans son Traité de Re nummaria, pag. 91. au sujet d'une inscription de Barcelone, qu'Antonius Augustinus a donnée & expliquée, & que Gruterus a insérée dans son Trésor des Inscriptions: illud vero leviusculum videbitur quod dicam, mihi vero praterendum non videtur ob id quod cum levissimum sic, tanto viro ansam errandi dederit. In Inscriptione, initio est, ATLECTUS ABANTE quod est idem quid simpliciter ante. Ut inante apud Praperium nihil aliud est quam ante. Ravena Saxum: NEQUE AD ANTE ALIAM FONAT. Id est qui. Aliter in Inscriptione Romana: FUNDI. HUIUS. DOMINUS. INFANS. HIC JACET. SIMILIS. DEO. HUNG. ABANTE. OCULIS. PARENTIS. RAPUERUNT. NIMPHE. Nam ibi est quod Bibliis Gracis & Novo Testamento, qui cernus, qui opoeu, Inante, ou inantea, signifie aussi d'ici en avant. Le Titre de la Constitution de la Donation à cause des Noces que fit au mois d'Avril 1107. Guillaume, Seigneur de Montpellier, à Agnès son épouse: Decima partii omnium rerum mearum mobilium, ubicumque habeo & habere debeo, & inantea Domino largiente ubique locorum adquisitus fuero. M. AVANTGARDE; ARRIEREGARDE. Les Armées sont divisées en trois parties, Avantgarde, Bataille, & Arrieregarde. La première & la dernière sont pour garder, c'est-à-dire, conserver & maintenir la Bataille, en laquelle consiste la plus grande force de l'Armée. L'une est formée d'An- A V A. A U B. 107 tégarda ; & l'autre de Retrogarda. Le Gesta Ludovici VII. Regis, filii Ludovici Gressi R. Illi de Retrogarda punabant, quod, sicut ordinaverunt adscenfo monte ibi deberent siffere, & sua tentoria collocare, & propter hoc quia nesciebant Antegardam ulterius prætergrossam. Cafeneuve.
AVANT-GARDE. D'avant & de garde. Voyez le Glossaire de M. du Cange, au mot antegardia. M.
AVANT-PROPOS. D'avant & de propos. Les Latins ont dit de même antilogium, mot qui se trouve dans Symmaque, épître 71. du livre 1. & épître 13. du livre 8. Je remarquerai ici en présent, que ce mot d'avant-propos n'est pas ancien dans notre Langue. C'est l'observation de Pasquier. Voici ses termes, qui sont du chapitre 3. du livre VIII. de ses Recherches : Le premier qui mit en œuvre avant-propos pour prologue, fut Louis le Charron en ses Dialogues : dont on se mocquoit au commencement : & depuis je vois cette parole receue, sans en douter. Non sans cause : Car nous avons plusieurs mots de même parure : avant-garde, avant-jeu, avant-bras. Et croy qu'il y auront plus de raison de dire avant-chambre, que ce que nous disons anti-chambre. Il voulut aussi d'un Jurisconsulte Latin, faire en nostre Langue un Droit-Conseillant : mais il y perdit son François. M.
AVANTURIERS. Sorte d'ancienne Milice Françoise. Rabelais, liv. 1. ch. 16. Et fut par son édit constitué le Seigneur Trapelu sur l'avant-garde, en laquelle furent censées seize mille quatorze harquebusiers, trente mille & onze avanturiers. Et au ch. 47. du même livre : quatre-vingt neuf mille harquebusiers, cent quarante mille avanturiers. Dans les vieux Romans de Louis XII. & de François I. dit Brantome, dans son discours sur les Colonels de l'Infanterie Françoise, par les avanturiers de guerre, on entendait les Fantasms : c'étoient des gens habillés à la pendarde, comme on disait, c'est-à-dire, mal-proprement, portant des chemises à longues & grandes manches, qui leur durent plus de deux ou trois mois sans changer, monstrans leurs poitrines velues & pelues, & toutes découvertes, les chasses bigarrées & balassées, usans de ces mots, & la plupart monstraitent la chair de la cuisse, voire des fesses. D'autres plus propres, avoient du taffetas en si grande quantité, qu'ils les doubloient, & appelloient chasses bouffantes ; mais il falloit que la plupart monstraitent la jambe nue, une ou deux, & portassent leurs bas deschasses, pendant à la ceinture. Encore aujourd'hui les Espagnols usent de ce mot avanturiers ; mais ils ne sont pas soldats gagez, n'y soudoyez, mais qui y vont pour leur plaisir, soit soldats ou Gentils-hommes. Avant que ce nom d'avanturiers fût en usage, quelques-uns appelloient les soldats laquais même dans Monstrelet, sous Louis XI. on les appelloit laquais ou allaquais, comme voulant dire des gens de pié allans & marchans près de leurs Capitaines. Ces mêmes fantassins ou piétons étoient, aussi autrefois appelés Ruffres. Voilà quels étoient ces soldats qu'on appelloit avanturiers, milice sans gage, même en France, quoique Brantome semble infliger le contraire, & qui, si je ne me trompe, fut subsoigné jusqu'à ce que François I. leur subsoient les Régimens, troupes réglées & payées, que Rabelais au même chap. 47. appelle les légions de grand gonfier, & avec lesquelles ce Prince voulut se défendre contre les avanturiers & autres troupes de Picrocoke, refusant même le secours que ses sujets vouloient lui fournir, particu- lièrement en avanturiers, comme à ses autres prédécesseurs. Gens au reste très-mal-propres que ces avanturiers, & comme dit Brantome, monstrans leurs poitrines velues & pelues : & c'est pourquoi, au lieu de grippeminaud, que l'édition de 1542. donne pour chef aux avanturiers du liv. 1. ch. 16. de Rabelais, dans les éditions posterieures, leur chef est appelé rapelu, de transpilosus, qui signifie très-pelu, très-velu, & extrêmement maussade. Ce qu'on les nommoit avanturiers, j'estime que c'est parce qu'ils servoient sans solde, & dans l'espérance de trouver leur fortune dans les avantures, à l'exemple des Chevaliers errans, qui ne s'avoient ce que c'étoit de payer dans les cabarets, & qui de pauvres inconnus qu'ils étoient presque toujours, devenoient petit, à petit grands Seigneurs. Le Duchat.
AVANTURINE. On appelle de ce nom une certaine sorte de pierre factice, faite de verre fondu avec de la poudre de cuivre, de laquelle pierre on fait des chapelots. Et on l'appelle de la sorte, parce que cette composition fut trouvée fortuitement. Et nous avons appellé ensuite du même nom une pierre précieuse qui se trouve dans la Bobène & dans la Silésie, à cause qu'elle ressemble par sa couleur à cette pierre factice, étant jaunâtre comme elle, & marquetée de plusieurs petits points d'or. Et par cette raison de ressemblance, nous avons encore donné le même nom à une pierre qui se trouve dans des carrières de Provence. M.
AVARIE. C'est un Droit qui se paye pour l'entretien d'un port, par chaque vaisseau qui y mouille. Les Italiens disent avaria, pour une compensation du dommage de ce qui se jette dans la mer. Voyez mes Origines Italiennes au mot avaria. M.
AVARIE, signifie aussi le dommage arrivé à un vaisseau, ou aux marchandises dont il est chargé, depuis le départ jusqu'au retour. On répute aussi pour avaries les dépenses extraordinaires & imprévues, faites pendant le voyage, soit pour le vaisseau, soit pour les marchandises, soit pour le tout ensemble. Jean Mornac, sur la Loi 4. Dig. ad Legem Rhodiam de Jaffa, dit que ce mot est corrompu du Grec Boiss, qui signifie navire chez les Ioniens. Cela s'appelle en Alleman haveren, d'où l'on a fait haveria, pour exprimer la même chose en Latin. Ce mot, dit un Auteur Alleman, vient de hafen, qui signifie port. Les Espagnols appellent ce droit el gasto de haberia, & D. Juan Solerzano, dans son ouvrage de Indiar Guberniat. liv. 1v. ch. 1. prétend que ce nom vient de l'Espagnol haber, bien, ou haberes biens, qui vient du Latin habere. Voyez ce qu'il en dit au même endroit. Les Espagnols disent en Latin haberia, & non pas haveria, comme dans le Nord.
AVAUX. Terre en Champagne, érigée depuis peu en Comté en faveur de feu M. de Mesme d'Avaux, homme célèbre par ses Négociations. D'Avalis. C'est ainsi que ce lieu se trouve appelé dans les Annales de S. Bertin, écrites par un Moine de l'Abbaye de S. Bertin, qui vivait il y a plus de 800. ans. M.
AUBADE. Nous appellons aubades, les concerts de musique que donnent à la pointe du jour les amans à leurs maîtresses avec des violons, ou autres instruments de musique ; & sérénades ceux qu'ils donnent le soir. M. le Fèvre, Professeur de O ij Saumur, liv. 2. de ses Epières, pag. 251. Quid sit nomus in Musicis, notissimum est. 1914 & 1920s & erat canticum quod sub diunculum pro foribus accine- batur. Hodie apud nos dicitur une aubade, quod sub album, id est, auroram, edi soleat. M.
AUBAIN, AUBAIN. Les Etrangers, nés dans les Terres qui ne sont pas de la Couronne de Fran- ce, sont appellés Aubains. Il y a diverses origines de ce mot. Quelques-uns le forment d'albinatus, qu'ils compoient d'alibi & de natus. Les autres d'Advena: car les Aubains ou Etrangers sont ap- pellés Advena dans les Capitulaires de Charlema- gne, liv. 3. chap. 18. & dans ceux de Charles le Chauve, tit. 12. chap. 9. & tit. 13. chap. 6. Ils sont aussi appellés Adventitii, titre 31. chap. 31. Toutefois les Doctes ont déjà remarqué que le mot Aubain est formé d'Albanus ou d'Albinus. Les Ecoffois, ou, pour mieux dire, les Hibernois, ausquels appartient proprement le nom de Sceri, étoient anciennement appelés Albani ou Albini. C'est pourquoi, en quelques endroits d'Ecoffe, ils sont encore appelés Albauus. Et Gerardus Merca- tor, dans son Atlas, dit qu'encore maintenant, ceux des Ecoffois naturels, qui ont retenu quelque marque de leur ancienne Langue, appellent l'Ecof- fe Albain; & les Irlandois Alabani. Voire même George Buchanan, liv. 5. de l'Histoire d'Ecoffe, soutient qu'Alcuin est surnommé Albinus, parce qu'il étoit Ecoffois de Nation. D'où il aport que Julien Peleus, question 127. n'a pas raison de dire qu'Albinus est un mot corrompu, qui ne se trouve en aucun bon Auteur. Ceux de cette Nation avoient accoutumé de voyager dans les pays étrangers, & même d'y établir leur demeure. Walsfeldus Stabo, liv. 2. chap. 47. de la Vie de Saint Gal: De natuare Scotorum, quibus consuetudo peregrinandi jam pene in naturam conversa est, quidam advenientes, &c. De sorte que par la fuite du tems, toute sorte d'E- trangers, nés hors du Royaume, furent appelés Albani. Des Lettres patentes des Rois Lothaire & Louis, données en faveur de Lifiard, Evêque de Paris: Nec de liberis hominibus, Albanisque, ac Colonis in supradicta terra commentibus, aliquem censum, vel aliquas redhibitiones accipere prasumat. Et un Acte de l'an MLXV. extrait des Archives de l'Abbaye de Saint Pierre de Haïnon, rapporté par André du Chefne, dans ses Preuves de l'Histoire des Comtes de Guifnes: Advenas, quos Albanos vocant. Galfredus Monumentensis, liv. 2. chap. 1. de l'Histoire des anciens Rois de Bretagne, écrit que l'Ecoffe ou l'Hibernie, a pris le nom d'Alba- nia, de son ancien Roi Albanaelus; lequel, com- me remarque Ponticus Virunius ou Virunnius, liv. 2. de l'Histoire de Bretagne, étoit fils de Brutus, qu'on croit avoir donné le nom à la Bretagne. Mais il est bien plus croyable que le mot Alba- nia est formé d'Albion, qui est le nom que les an- ciens Auteurs donnent à la Bretagne. Du mot Au- bain sont formés Aubaine, Aubenage, ou bien Aubaineté ou Aubanité, comme disent les Cou- tumes d'Artois & de Haynaut; qui est le Droit par lequel le Roi succède aux biens des Aubains ou Etrangers qui meurent dans les terres de son obéif- fance. Ce Droit d'Aubaine, qui n'appartient qu'au Roi, & duquel on a fait un Droit de souveraineté, est dans le Royaume de France l'une de ces coutu- mes contraires à la liberté naturelle, que les na- tions du Septentrion ont introduites dans les Ter- res de l'Empire Romain par eux conquises; & l'un de ces Droits, que Boutiller, en sa Somme Rural, appelle Hayneus. Aussi certes est-il odieux, d'au- tant qu'il répugne à l'hospitalité, à laquelle la na- ture, la raison, & la Religion même oblige les hommes. Encore que nous ayons divisé le monde en tant de Provinces, il n'est à proprement parler qu'une ville, puisque tous les hommes n'y respirent qu'un même air, n'y sont éclairés que d'un même soleil; & que les Rois qui commandent aux Pro- vinces, n'y sont que des Capitaines ou des Com- misfaires de Quartier, relevant d'un seul Prince souverain, qui est Dieu. Le monde, dit Philon, Juif, au livre intitulé, La vie du Politique, ou de Joseph, n'est qu'une grande ville, i saponèeròsc o nòpsac 1921. Et Tertulien, dans l'Apologéti- que, assure que les premiers Chrétiens ne considé- roient le monde que comme une seule République: unam omnium Rempublicam agnoscimus mundum. Et c'est pourquoi ayant été demandé à Socrate d'où il étoit; du monde, répondit-il: rutius enim mundi, dit Cicéron. Tusculan. v. se incolam & civem ar- birabatur. De sorte que comme dans une Ville, ou dans un Etat, ceux qui paissent d'un quartier a l'autre, ne perdent point la qualité ou le privé- lege de citoyens, on ne devoit pas considérer comme Etrangers, ceux qui sortent d'un Royaume pour aller habiter dans un autre, y établir leur fortune, & y vivre soumis aux mêmes Loix que les autres habitans. Aussi selon le Droit Romain, dont les Loix sont sans doute les plus justes du mon- de, les hommes de condition libre, de quelque na- tion qu'ils fuisent, habitans dans les terres de l'Empire, y étoient tenus pour Citoyens Romains, depuis la Constitution de l'Empereur Antonin, dont il est fait mention en la Loi in nos orbe, 4. de Sca- tu hominum, & dans la Novelle 78. chap. 5. De-là vient que, selon le même Droit, il fut permis aux Etrangers, non-seulement d'établir leur habitation en tel endroit de l'Empire que bon leur semble- roit, mais encore d'y avoir la libre disposition de leurs biens: Omnes Peregrini & Advena liberè hos- pitentur ubi voluerint: & hospitati si testari volue- rint de rebus suis, liberam ordinandi habeant fa- cultatem, quorum ordinatio inconcusa servetur, dit l'Authentique. Omnes Peregrini, au Code Commu- nia de success. Les Aubains ou Etrangers ont aussi la même liberté de disposer de leurs biens dans les Loix des Lombards, L. unica, Titulo de Advenis, lib. 3. Cafeneuve.
AUBAIN. Cujas le dérive d'advena: Alii sunt in eadem civitate originarii, alii savones; qui & incolæ dicuntur. Posterior atas advenas quoque eos appellasse videtur: unde vox Gallica orta est AU- BANOIS, & in Basilici Gallicis AVENAGE. Sed non ita Latini, quibus advena is est qui in alienæ civi- tate moratur ad tempus. C'est sur la Loi 4. de Juro Fisci, au titre premier du livre dixième du Code. Il dit la même chose en ses Récitations Posthumes sur le Titre de Haredibus instituendis. Nicot le fait venir de l'ancien mot François Bober. Voici ses ter- mes: AUBAIN, est celui qui d'un pays dans il fut né, se transporte, & fait sa demeure en un autre: ad- vena, qui non est indigena, neque divièbus. Et semble qu'il soit dit de auber, mot usité parmy les gens de village, qui signifie bouger, & se remuer d'un lieu à l'autre. Et parce que tels adventifs ne peuvent jouir des droits & avantages des naturels du pais où ils fichent leur bourdon, sans être naturali- sez, & que leurs biens tombent au Fisc après leur dé- ces; pour cette cause on dit Aubin, ce que le Latin dit extraneus, peregrinus. Les Anciens désoient Hobain & Hobaine, ou Droit de Hobaine; qui viennent du verbe hober, signifiant déplacer d'un lieu pour se transporter à un autre: & l'écris-on aubeine. Antoine Loisel, dans ses Observations Meftées, veut qu'il vienne d'alihi natus. M. de Cafeneuve, dans son Traité du Franc-Alleu, livre 1. chap. 16. le tire d'Albanus. Le mot d'Aubaine, d'Aubenage, ou bien d'Aubaineté ou Aubanité, comme disent les Contumes d'Artois & de Haynault, vient du mot Aubain, qui signifie étranger, &c. M. Hauteferre, en son livre des Ducs & Comtes de Provence, improuve cette opinion de M. de Cafeneuve, & approuvant celle de Cujas, il en propose une autre. Voici ses termes, liv. 2.ch. 7. Idiotismus, Albinates, AUBAINS, dedisco-silicet nomine ex voce Latina advena. Eofdem Albanos appellasse videtur Diploma Lotharii & Ludovici ad petitionem Elifardi Parisiensis-Egiscopi apud Pithorum (c'est François Pithou, dans son Glossaire sur les Capitulaires). Quo ex loco male sibi persuasum habuit quidam, peregrinos in Gallia Albanos dictos ab Albanis, id est Scotis, quod peregrinationibus valde dediti essent. Scio Scotus Albanos quandoque dictus, quod Albionum Iofulam, id est Britanniam, occupariis. Sed ex eo non moveur ut Albanorum nomen inde accommodatum sit peregrinis in Gallia. Hic enim non alio quam Scotorum nomine celebratos invenies... Verius furtis vocem Gallicam AUBAINS semel ortam ex Latino advena, imperitia est in pejus ruente, Latini redditam Albanos, ob soni consensum. Quod si altiori investigationi hujusce nominis operam darej uvaret, Albanos potius dictos videtur, quasi Albatos, quod usum toga alba, qua erat insigne civis Romanus & hominis liberi, ambireus. M. du Cange, dans son Etymologicon vocabularum Lingua Gallica, qu'il a recueilli en ma faveur, comme il me l'a dit plus d'une fois, dérive aussi le mot d'Aubain du Latin Albanus en la signification d'Ecossis. AUBAINS, alienigena, advena: ex Albanis, seu Scotis, crebrius peregrinationibus. Ce sont ses termes. Et Cette étymologie, comme plus conforme à l'analogie que les autres, est préférable aux autres. Antoine Loisel, au lieu allégué, a écrit, que le Royaume de France ne reconnoissoit auxiennement que deux sortes d'Etrangers; qui enjoint les Anglois, appellés en Latin Albini, ou Albani, comme leur lise Albion, & les Lombards; ce qui confirme cette étymologie. M. 3. Jacques de Guise, fol. m. 34. r. du 1. vol. des Chroniques de Hainaut: hem, ils ordonnèrent que en toutes places là où les Albaniens (les Ecossis) seroient trouvez, ils fussent chassés & tués comme gens hors de foi & bestes sauvages. Et de-là vint un commun proverbe, lequel a duré jusqu'à présent, que tous adversaires de Princes, infracteurs de loi, sont réputés comme Albains. Le Duchat.
AUBAINE. Selon Wachter, ce mot vient du Latin-barbare Albanagium, qui signifie peculium peregrini. La première partie d'Albanagium, sçavoir Alban, est corrompue d'Alaman ou Alamban, qui signifie homme étranger: car all'ignifie autre, étranger, & man signifie homme. C'est de la forte que furent appelés les peuples de la Gaule & de la Germanie, qui allèrent occuper au de-là du Rhin & du Danube les pays qu'avoient abandonné les Marcomans, pour se retirer ailleurs. Agium signifie peculium, si on le forme du Saxon agen, proprium. Ainsi le composé Albanagium signifie le bien d'un étranger. De-là le jus Albanagii, en François droit d'Aubaine, qui est le droit du Roi sur ce bien d'un étranger. On prononçoit autrefois Aubaine; ensuite on a retranché la lettre l', & ce retranchement a obscurci l'étymologie de ce mot. Voyez Wachter, Glossar. German. au mot Albanagium. AUBE du jour. D'alba dies, quod air diurnus debiscat in candorem, ut ait festus, dit Pafferat sur Tibulle, page 98. Virgile, livre 4. de l'Enéide: Regina & speculis ut primum albescere lucem Vidis. Cn. Matius, dans ses Mimiambes: Jam jam albicascis Phobus & recentatur, Commune lux omnibus, voluptasque. Euripide, dans son Iphigénie, in Anide: ὅτι λυμαινὶ τὸ ὄψος ὡς Λυμαινὸς υἱός. M. AUBE de Prêtre. D'alba, qu'on a dit absolument, comme parlent les Grammairiens, pour alba vestis; comme pratexta, Dalmatica, Galbina, pexa, &c. Dans la Vie de Geoffroi le Bel, Comte d'Anjou, écrite par Jean, Moine de Marmoutier: Universus vero Cierus in albis & capis, cum cereis, & texris, & crucibus, cum hymnis & laudibus, obviam devotus procedit. Alba se trouve en la signification de robe dans Trebellius Pollio, en la Vie de Claudius: Albani subfericam, paragandem, triuncem unam. Et dans l'Epître de Valérien à Zofimion: Albani subfericam unam, cum purpura Girbitana. D'alba, on a fait albanus, qui se trouve dans le même Pollio, en la Vie de l'Empereur Galien. Inter rogatos Patres, & Equestrem Ordinem, albatos Milites, &c. M. AUBE des mouches. Le Dictionnaire Ital. & Fr. d'Ant. Oudin: Alhadi Tafani, l'aube des mouches, c'est-à-dire le soir. Le point, la pointe du jour, & l'aube du jour, sont synonimes, parce que le matin, l'air commence à se blanchir, le jour commence à poindre, c'est-à-dire, que les rayons du Soleil sont une infinité de pointes qui augmentent le jour, ou qui perdent à travers de la nuit. Et l'aube des mouches, c'est-à-dire, le soir, est un autre synonime avec la pointe ou le point des mouches, parce que c'est principalement sur le soir que les mouches & autres stèches volans, piquent les personnes & le bien. Rabelais, liv. 4.ch. 9. Au tiers jour, à l'aube des mouches, nous appûons une lise triangulaire, bien fort ressemblante, quant à la forme & affette, à Sicile. Le Duchat.
AUBEAU. Arbre, appellé vulgairement peuplier. D'albellum, à cause de la blancheur du derrière de ses feuilles, pour laquelle les Grecs l'ont appellé Λυκη, & les Latins populus alba. M.
AUBECON. C'est ainsi qu'à Metz on nomme un champignon. D'albicio, onis, augmentatif d'albicius, fait d'albus, parce que les champignons sont blancs. Voyez au mot champignon. Le Duchat. AUBE PINE. D'alba spina. C'est ainsi que les Latins ont appellé cet arbrisseau, à l'imitation des Grecs, qui l'ont appellé Λυκη. Et comme les Grecs l'ont appellé Λυκη, &, au genre masculin, on l'appelle dans l'Anjou, dans le Maine & dans le Vendome, aubepin. Ronfard, dans une de ses Odes: Bel aubepin fleurissant, Verdissant. Et c'est aussi comme l'a appelé Marot en plus d'un endroit. Dans son Eglogue sur Louise de Savoye, mère de François I. *Aubepius blancs, aubepius azur-* *D'autant que plus plaisent les blanches roses **AUBERE.** Cheval *ambère*, de couleur grissière, avant de grandes taches noires. Epoux ex albo fuscus, nigris distinctus maculis, dit le Père Potney, dans son *Indiculus universalis*. Et le sieur Guillet, dans son Art de monter à cheval : Cheval *ambère*, cheval *poil de fleur de pecher*, ou cheval *poil de mille fleurs*. C'est un cheval qui a le poil blanc, mais va-rie & feme par tous le corps de poil *alcan* & bay. D'albus. *Albus*, *alberus*, AUBERI. **AUBERGE.** De *beriberga*, ou *beribergum*, ou *beribergum*, qui dans les Capitulaires, & ailleurs, est pris pour *boeillerie*. *Heriberga* a été fait de l'Alleman *ber-berger*, qui signifie *loger*, ou recevoir une armée, mais qui a aussi signifie *loger*, en général. Et c'est de-la que nous avons fait *beberger*, *ejoerger*, & *berber-ger* : d'où les Italiens ont aussi fait *albergare*. Lip-se, dans les Notes sur son petit Dictionnaire Alle-man, *Epist. ad. Belg. 44. Centur. iij. HERIBERGA*, *castra*. Nos *latins pro omni diversario* : *sed illud pro-prie & primo*. Heribergo, *castrorum*. Voyez Som-ner sur cet endroit, dans son Dictionnaire Anglo-Saxon. Voyez aussi François Pichou & Lindem-brog, dans leurs Glossaires, le Père Sirmond, sur les Capitulaires de Charles le Chauve, page 80. & Vossius de *Vitis Sermonis*, 2.9. Les Espagnols di-sent *albergue*, & les Italiens *alberge*. **AUBERT.** Nom propre Teutonique. C'est la même chose que *Albert*, qui signifie *tout illustre*. Si on prend *al* dans le sens de *tous*, ou bien *fort illustre*, si on regarde *al* comme une particule in-tennive, qui augmente le sens dans les composés. C'est ainsi que *Alaric*, nom du fameux Roi Goth, qui s'accagea la Ville de Rome sous Hotronius, si-gnifie *fort puissant*. *Bert* signifie *illustre*, Voyez *Al-bert*. **AUBERT.** Rabelais, liv. 3. ch. . . . *Car leurs bouffes violent vusides*, de *soy ceſtient pourſuivre & folliciter*. Plus d'Aubert n'eint en ſouillouſte pour *folliciter & pourſuivre*. Il est indubitable qu'ici *Au-bert*, qui signifie proprement une pièce d'*alberg*, ou une monnoye blanche, vient d'*albus*. Or com-me *Aubert*, ou comme nos anciens écrivaient vo-lontiers *Haubert*, signifie aussi une corte de mail-le, il y a de l'apparence que *Haubert* ou *Aubert* est cette dernière ſignification, vient aussi d'*Albus*, ſuivant l'opinion de Fauchet, ci-dessous au mot *Haubert*; soit à cause du fer poil & clair comme argent, dont étoient composées les mailles du Haubert; soit plutôt, comme je me l'imagine, à cause de la blancheur des manches de toile, de laine, ou de cuir, qui pendoient au *haubert*. Le Duchat. **AUBETTE.** Guérite élevée sur une poutre traversée d'échelons pour y monter. Ce mot en ce sens, & qu'à Metz on prononce *boberte*, se trou-ve dans les Mem. de la Ligue, page 639. du tom. 3. édit. de 1601. C'est un diminutif d'*ambe*, fait d'*alba*; & cette guérite a été appelée de la forte, parce qu'elle n'est que de planches. Sinon, & au cas que *boberte* soit le vrai mot, ce mot viendra de l'Alleman *bober*, d'où *bober*, pour se lever de la place, comme fait la *boberte*, qu'on élève toute en élevant l'arbre au haut duquel elle est placée. *Le Duchat*. **AUBIFOIN.** Nous appellons ainsi cette fleur blanche qui vient parmi le blé, appelée de la cou-leur, *mérite* des Grecs, & *cyanus* des Latins, & *blues* de nos Herbolistes François. Je n'en sçais pas bien la raison; car *ambifion* a été fait d'*album fœnum*; & quel rapport d'*album fœnum* a cette fleur qui est bleue? Il y a un *cyanus flore al-bo*, qui apparemment aura été appelé *album fœ-num*, *ambifion*; & ce mot *ambifion* aura été dit en-suite du *cyanus flore carraleo*; de la même façon qu'on dit. *Ambric*, qui signifie *violette blanche*, du *Krii*, dont la fleur est jaune. *M.* **AUBIGNI.** Petite Ville du Berry. D'*Albinia-cum*. Quelques-uns croyent qu'*acus*, ou *acum*, est un vieux mot Gaulois, qui signifie *maïson*, *demeure*. Mais c'est simplement une termination qui mar-que une demeure. Ainsi Auïone appelle la *maïson* des champs *Lucaniacus*, que Paulin appelle *fundus Lucanus*, Poem. x. v. 156. C'est termination a été rendue par les François, tantôt en 1, tantôt en 2, & tantôt en 3. *Ambigni*, *Ambigni*, *Ambignac* Voyez du Chêne, dans son Histoire de la Maïson de Montmorency, livre 1. chap. 2. Outre cette termination de maïson des champs en *acus* & en *acum*, les Latins du bas siècle en ont une autre en *aria*, que nous avons rendue par *iere*. MORINA-RIA, *Moriniere*; c'est-à-dire, la *Maïson de Mc-rio*. Cette termination de Maïson des champs est fort commune dans l'Aujou. *M.* **AUBIJOUX**, famille. Voyez l'Histoire de Melun, page 61. *M.* **AUBIN.** Le blanc de l'œuf. D'*albinum*, dit pour *albumen*. Nos Anciens prononçoient *albin*. L'ancien Dictionnaire Latin-François du P. Labbe: ALBUMEN, *albin d'œuf*. *M.* **AUBIN**, pas de cheval; c'est une allure, ou un train rompu, qui tient de l'amble & du ga-lop, dit le Sieur Guillet dans son Art de monter à cheval. Voyez *Hobin*. *M.* **AUBOUR** d'arbre. D'*alburnum*; qui se trouve en cette ſignification dans les Gloſes anciennes: *Alburnum*, *ciap. iisbyu*. Pline, livre XVI. chap. 38. *Atque in totum corpori arborum*, *ut reliquerum ani-malium*, *cutis, fanguus, caro, &c. Proximi plerif-que adipes. It vocantur, a colore, alburnum: *mal-lis ac peſſima pars ligni*; etiam in *robere* ſacile *pur-reſcens*, *terodini obnoxia*: *quare ſemper amputabi-tur*. C'est au chapitre 38. du livre XVI. Et de-là le mot *ex-alburnare*, pour *eier l'aubour* d'un arbre; qui est un mot dont Pline c'est ſervi au chap. 40. du même livre. Nous diſons en Anjou proverbia-lement: *Il n'y a point d'aubour en mon fait*, pour dire, *il n'y a point de tromperie*. A Paris, & en plusieurs Provinces, on dit AUBIER, d'*alburium*, fait d'*albus*. *Albus*, *alba*, *alburium*. AUBOUR a été fait d'*albor*. *Albor*, *alboris*, *alborinus*, *alborus*, *alborum*. *M.* **AUBRE**, un mât, en Provençal. D'*albere*, ablatif d'*albor*, dit pour *arbor*. Les Latins ont ap-pellé de même *arbor*, un mât de Navire. Voyez *Arbre*, ci-dessus. *M.* **AUBRI**, ou **AUBERI**. Nom de famille. D'*Albericus*. Ainsi de *Medericus*, nous avons fait MERRI: de *Theodericus*, THIERRI: CHASTEAU-THIERRI, c'est *Castellum Theoderici*: de *Federicus*, FERRI: d'*Amadricus*, AMAURI: de *Castellum de Alarico*, CASTELNAUDARI: d'*Agericus*, ARRI, nom d'un Evêque de Verdun. Il est à remarquer, que la pénultième de tous ces noms terminés en icus, est longue : & c'est ce qui fait que cet icus est rendu par I en François. M.
AUCHI. Abbaye de l'Ordre de Saint Benoît, au Diocese de Saint Omer. D'Alciacum. P. J. Add.
AUCON. On appelle ancon à Metz certain poisson de riviere, qu'ailleurs on appelle Vilain. Peut-être de l'Iralien accore, qu'Antoine Oudin dit être le poisson appelé aiguilla; lequel mot Italien vient du Latin anus, qui signifie aiguille. Le Duchat.
AUCUN. D'aliguis unus : dont les Italiens ont aussi fait alcuno, & les Espagnols alguno. M.
AUDACE. On appelle ainsi depuis quelques années une gance qui sert à soutenir & relever les bords du chapeau. M.
AUDEFLEDE. C'est le nom d'une Reine d'Italie, femme du Roi Théodoric, & sœur du grand Clovis, dans Grégoire de Tours & dans Jornandes. Ce nom signifie opibus splendida : il est composé de deux mots Teutoniques, savoir de and ou od, qui signifie biens, richesses, & de fluid, qui veut dire splendida, & qui est encore en usage chez les Illandois, où il se dit d'une femme magnifiquement parée. Clovis avoit une autre sœur, qui fut baptisée le même jour que lui, & qui fut nommée Albofede, pareillement de fluid, c'est-à-dire albis splendida, à cause de la robe blanche que l'on donnoit aux nouveaux baptisés, pour marquer la pureté de leur ame, & qui s'appelloit alba. Cette Vierge fut nommée après la mort la Reine Blanche, parce qu'elle mourut lorsqu'elle portoit encore la robe blanche des nouveaux baptisés. Voyez Wachter, Glossar. German. page 1159. au mot Od. *
AVE. C'est un mot Latin, qui signifie je vous salue; mais qui est devenu François, comme lorsqu'on dit, cinq Pacer & cinq Ave. Etienne Guichard dérive ce mot de l'Ebreu : car il prétend que de mn bhavah, fut formé en Latin have, comme il se trouve souvent avec une aspiration, & puis ave simplement, omettant l'aspiration; comme au lieu de Hava on a dit Eva, en parlant de la premiere femme. Ave donc, si on le tire de cette racine Ebraique, signifie vive, vive. Or quelques-uns prétendent que les Anciens disaient ave pour saluto, selon ce que dit Plaute dans le Pannus: Havo, cujates estis, aut quo ex oppido. D. Havo. M. Salmat, &c. A la vérité on se trompe. Ave n'est point un mot Latin; c'est un terme Puisque ou Carthaginois, qui est l'impératif de mn, & signifie la même chose que ave en Latin. Mais cela n'en prouve pas moins que ave pourroit bien en effet avoir l'étymologie que Guichard lui donne. *
AVEC. Ce mot n'a aucune conformité avec tous ceux dont les autres Langues se servent pour dire la même chose, & l'étymologie on est fort cachée. On disoit anciennement an, & les paysans parlent encore de la sorte. Les Gascons disent ab. Ab ion ion, avec le jour : ab ion, avec moi. M. Guyet croit que les Gascons ont pris ce mot du Latin ab, qui se trouve dans Plaute à peu près dans la signification d'avec; & que de ce mot Latin ab on a fait ave; dont on a fait ensuite avec, pour éviter la rencontre des voyelles. M. On a dit autrefois an pour avec. Une ancienne Traduction Françoise des trois premiers livres de Polydore Virgile, imprimée à Paris en 1644. livre 3. chap. 10. Anciens femmes d'Inde se reputoient être bien heureuses, & se glorifioient d'être bruisées en leurs maris. On peut-être d'ubi. Mais M. Guyet s'est trompé de croire que d'ab on ait fait ave, avant que d'en avoir fait avec. Le Roman de la Charente, composé par Godefroi de Leigni, onzième des anciens Poètes François mentionnés dans le Recueil du Président Fauchet : Le evers qui est ferus & mettre De greigner pour assez, Est avec lui autre passez; Et si où sont remes dehors Plains de larmes avec le cors. C'est donc avec qu'on a dit; & il n'y a pas de preuve qu'on ait jamais dit ave. On a dit aussi pour avec, témoin le Manipulus Curatorum, fol. 116. v. où le passage, jejunia vestra fallis sunt in contentione, & percutiris pugno impie, est traduit par, vos jeunes sont faits en toutes noises & contentione, vous frappez l'un l'autre o le poing par maulvaïstie, &c. Le Roman de la Rose, fol. 91. v. Car loyestment vous veulx promettre, Que si on luy me voulez mettre, Que je vous y feriez service. Et plus bas : Ha Dieu, quel requesse y a, De vous mettre en prison on luy, Vous qui avez cœur tant joly, Et le sien est tant debonnaire. Cet an, qui est mis ici pour avec, m'a bien la mine de venir d'ubi, & avecque d'ubique. Jean le Maire de Belges, au Temple d'Honneur & de Vertus : En grand triomphe, en grand pompe funebre, Le corps fut mis o ses peres antiques. L'obsque fut admirable & funebre. En Languedoc on dit ambé pour avec. Ainsi avec pourroit bien en être venu. Le Duchat.
AVEINDRE. Ce mot signifie aujourd'hui proprement prendre, ou tirer à foi quelque chose, comme d'un coffre, ou d'une armoire. Ronfard : Qu'a mon retour des horribles combats Hors de son cruc mon luth j'aveigne à bas, &c. Et jamais de son coffre elle ne l'aveignoit, Sinon quand Jupiter l'Ocean bienveignoit. Il signifie aussi atteindre. Montagne, tout au commencement de son chapitre de la Grandeur, qui est le 7. du livre 3. Puisque nous ne la poivons atteindre, vengeons-nous à en médire. C'est comme portent les premières éditions. Dans celle de Paris, de Christophe Journel, il y a atteindre. Ce mot, dans l'une & l'autre de ces significations, a été fait d'adventre. M.
AVELINE. D'avellana, qui se trouve en cette signification dans les Priapées : Nucemque longam quam vocant avellanam ; & que Servius, sur le second des Georgiques, & sur le VII. de l'Enéide, Vers 740. dérive d'Avella, Ville de la Campanie. Pline, xv. 21. dit la même chose, ajoutant qu'on disoit autrefois abellina : ce qui approcheroit encore davantage du mot François aveline. Mais il distingue avellana, d'abellina. Cateris quiqui est, solidum est, ut in avellanis, & ipso nocum genere, quas antes abellinas patrio numine vocabant : in Asiam Graciamque & Ponto venere : & ideo Ponticae nuces vocantur. Nous disions anciennement avellane. Les Languedociens disent encore présentement avellane. Dans l'Onomasticon Latin-Grec, avellana est expliqué par Aueri-august. Voyez Condre. M.
AVERIEULE. On appelle ainsi à Metz les petites pultules qui se forment quelquefois sur la peau des mains. D'aqua variola. On écrit aussi auvericule. Le Duchat.
AVERLAN. Terme plutôt de mépris que d'injure. Rabelais l'emploie, livre 1. chap. 23. & dans deux endroits du chapitre 9. du livre 4. mais particulièrement livre 1. chap. 3. en ces termes : se vous prie par grace, vous autres, mes bons averlan. Les averlan, qui, dans la Lorraine & à Metz, sont connus sous le nom d'Haverlings, sont les habitans du Village de Herff, au pays de Liège. La plupart d'entre eux font le métier de Voiturier : mais comme chez eux, ou dans leur voisinage, il y a de bons chevaux, qu'on ne laisse pas sortir du pays sans payer de gros droits, leur principal trafic est de ces chevaux, qu'ils attelent à leurs chariots, sous prétexte de s'en servir pour voiturier des marchandises, les vendent ensuite en Champagne & en Lorraine. Or comme souvent n'ayant qu'un cheval à vendre, ou, faute de voiture, ils prétextent un voyage en France, pour avoir lieu d'y mener vendre ce cheval ; c'est ce qui oblige Rabelais de parler comme il fait à ceux qu'il traite d'averlan. Dans Brantome, page 135. de son Traité des Duels, ce fameux empoisonneur S. Barthelemi, est qualifié de bon averlan du Cardinal de Lorraine, qui s'étoit, disoit-on, servi de ce scélérat pour se défaire du Prince de Porcien. En cet endroit bon averlan, c'est suppé, maquignon, qui amenoit les choses au point où les vouloit le Prélat, & qui le défaîtoit de ceux dont la vie lui faisoit de la peine. Le Duchat.
AVERON, avoine bâtarde, appellée des Italiens vena vana. D'avenone. Avena, avenum, avena, avenonis, AVENON, AVIRON. Voyez les Médecins de Lyon, IV. 14. M.
AVERTI. Comme quand on dit, qu'un averti en vaut deux. C'est une corruption d'a, avec un accent circonflexe, autrement avec titre. Cet a vaut deux aa, comme en aage, qu'on écrit aujourd'hui âge. Voilà le sens littéral du Proverbe. Le Duchat.
AVERTINEUX. D'adverriginosus ; comme AVERTIN d'adverriginium. M. Godeau, Evêque de Vence, a employé le mot d'avertin dans son Eglogue xv. M.
AVET, arbre. C'est l'abies des Latins. De l'Italien abete, fait de l'ablatif d'abies. M.
AVETTE. Voyez Abeille. M.
AVEU. Nicot : C'est confession & recognoissance, Agnito, Profeffio. Selon ce, on dit en maiere feodale, bailler adveu, par le Vassal à son Seigneur de Fief, qui est le dénombrement & déclaration par le menu des choses esquelles se consiste le Fief tenu de luy, auquel est en telle l'adveu dudit Vassal ; c'est-à-dire, la recognoissance & confession par verit que le Vassal fait, de tenir dudit Seigneur feodal les choses communes dudit dénombrement qui s'enfuit. A cause de laquelle intimation dudit dénombrement, icelle déclaration mesmes est appelée adveu. ADVEU aussi signifie approbation & ratification, tout ainsi que DESAVEU, réprobation & désagréable d'un aste. Selon ce on dit, l'adveu du Seigneur y est ; & former un des-adveu de ce qui a été fait par un Procureur. Quant à l'étymologie, aveu vient d'advocum, qui a été fait d'advocare ; comme de convocare convicium, pour lequel on a dit ensuite convicium. Voyez mes Aménités de Droit, chap. 39. Et d'advocum, on a fait aveu : comme jeu, de jocus ; leu, (pour lequel on a dit ensuite lieu) de locus ; peu, de paucus ; feu, de focus, &c. Cette dérivation est plus selon l'analogie que celle d'aveu, pour aveu, fait d'avouer, suivie par M. de Cafeneuve. Voyez ci-dessus, au mot Avouer. M. Voyez ci-dessus ADVEU.
AVEUGLE. De la privative ab, & d'oculus, on fit le Latin-barbare aboculus ; duquel nous avons formé aveugle. Car il se trouve des Auteurs qui disent abocellus, pour aveugle. Petrus Blefcenus Sermane 13. Noli sequi retribuiones, ne faciant te senem abocellum. Et Sermane 43. Ne munera exculent te, & faciant senem abocellum. Cafeneuve.
AVEUGLE. D'aboculus ; c'est-à-dire, sine oculis : comme amens, sine meure. Pierre de Blois s'est servi d'abocellus en cette signification dans son Sermon 13. & dans son Sermon 43. Les Grecs ont appellé de même les aveugles & comparant. Voyez M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 117. & Voissus de Vitis Sermanis, & mes Origines de la Langue Italienne, au mot avocolare. M.
AUFERRANT. Sorte de cheval mentionné dans nos vieux Romans. De l'Arabe al-faras. Voyez M. du Cange au mot Farius. M. Ce mot, de même que celui de Ferrant, désigne le cheval de ce nom par son poil pommélé à la façon des Tigres, Pards, Léopards & Pantheres, que produit l'Afrique. L'un & l'autre viennent d'afar. Afer, aferus, aferanus, feranus, auferrant, ferrant. Le Roman de Maugis d'Aigremont, chap. 19. parle d'un Aufferant de Frise ; & l'ancienne Chronique de Flandres, chapitre 66. d'un Messiro Aufer d'Espagne, Aufferant & Ferrant lors, sinonimes & viennent constamment d'afar. Le Duchat.
AUGE. Henri Etienne le dérive d'ayfens. Il vient d'abia, qu'on a dit pour albea, dit par métaplaïsme au lieu d'alveus. Voyez M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 437. & sur Solin, pag. 1204. La Lettre L en albia se change en U, & l'1 devient consomme : comme en rige de tibia ; en singe de fimia. M. Guyet tire AUGE d'alveus, de cette façon : alveus, alvus, alva, alga, AUGE. Alvus se trouve dans les Glofes : alvus, alvus. Et de-là, l'Italien avello, pour alvello. Voyez mes Origines de la Langue Italienne. La première descente me paroît plus naturelle. M. AUGIVE : l'arceau d'une voute. De la ressemblance à une auge renversée. M.
AU-GUY-L'AN-NEUF. Les Gaulois nom- moient moient le mois de Décembre le mois sacré, parce qu'en ce mois les Druides cueilloient le Guy de chêne en grande cérémonie, & le distribuoient au peuple pour étrenne, & pour un heureux commencement d'année. D'où est venu ce provéche ancien, que nous avons retenu jusqu'à présent, *Au-Gui-l'an-neuf*. C'étoit donc la coutume parmi les Gaulois, que sur le soir du jour qui précédoit le premier jour de l'an, les Druides crioient d'une voix haute & résonnante, *Au-guy, Gaulois*. A ce est chacun se mettoit en quête dans les bois & les forêts pour trouver le guy de chêne; puis ceux qui l'avoient rencontré en donnoient avis aux Druides, qui le cueilloient avec beaucoup de respect & de cérémonie. Au lieu d'*Au-guy-l'an-neuf*, on a dit par corruption *aguilanien*. Voyez ci-devant *aguilanien*. **AVIGNON.** Ville de Provence, qui est fort ancienne. En Latin *avenio*. Grégoire de Tours a cru que ce nom venoit du mot Latin *vimum*; mais il n'y a pas d'apparence. *Avenio* est un mot Gaulois, dont nous ne savons ni l'origine ni la signification. **AUJOURD'HUI.** Ce mot est comprenait originellement quatre, savoir *au jour de hui*; que l'on écrivait ainsi séparément, *au jour d'hui*; ensuite on a réuni en un seul les trois premiers, & il n'y a eu que le dernier qui soit demeuré séparé des autres. Je n'en vois pas la raison, ou plutôt il n'y en a aucune; car pourquoi séparer celui-ci plutôt que les autres? Nos ancêtres, qui les séparaient tous, agissoient plus conséquemment. Je croirois donc que pour bien faire il faudrait écrire *aujourd'hui* en un seul mot de cette manière, *aujourd'hui*, comme a fait M. l'Abbé Girard dans son livre des *vrais principes de la Langue Française*, retranchant même la lettre à que l'on ne prononce pas. Au reste *hui* dans le mot *aujourd'hui* a été formé du Latin *hodie*. Voyez ci-devant *anni*. **AVIRON.** *Quod in undis gyret*, dit M. du Cange. M. **AVIS, AVISER.** *Video; vidi, visum, visare; advisum, advisare*, AVIS, AVISER. Barthius, livre 13, chapitre 4, de ses Adversaires, dit qu'il a été fait d'adversaire. Il dit la même chose au chap. 10. du livre 43. où il ajoute une étymologie du mot *Ambassadeur*, qui est si ridicule qu'elle mérite d'être ici rapportée. ADVISER, dit-il, *Latinum est* advertere. *Unde AMBASSADEURS dicti, qui intrumque manant; & cum apud quem habitant, si quid minus pro Principis sui amicitia geritur; & cum à quo missi sunt, si quid contra cum moliminis odorantur: quasi dicas, amborum Advisatorem*. Ce que dit Jean Picard, qu'AVISER a été fait d'adversaire, n'est pas moins ridicule. M. **AVIS**, dans la signification d'avertissement, n'est en usage que depuis environ l'année 1571. C'est la remarque de H. Etienne, page 169, de son Traité de la Précellence, &c. *Le Duchat*. Le verbe *aviser* vient peut-être de l'Alleman *Weisen, instruire, avertir*; & cette étymologie paraît assez naturelle. **AVIVES.** Les premiers Scaligerana, page 16. *Avives dicuntur ab aqua viva, quasi aquevives; quia ea epoea, dum summè summa cadent, pluritris lucendi, qua recto phlebotomia curatur, ut videmus in hominibus*. Nicot: *AVIVES de chevaux. Faux considérer si l'on dit avives, pour eaux vives: car les chevaux communément prennent ce mal pour boire des eaux vives, comme l'on voit à Etampes*. Cette étymologie ne me plaît pas; mais je n'en sais pas de meilleure. Les italiens disent *vivale*. Dans l'Anjou & dans la basse Normandie on dit *avivres*. M. Ce mal a été appelé de la sorte, parce qu'il vient à cette partie des oreilles qu'on appelle aujourd'hui les *ouies*, si je ne me trompe, & qu'on appelle autrefois *avives*, comme on les appelle encore aujourd'hui à Mets. Laurent Rufé, ou plutôt le Traducteur François de la Maréchallette, chapitre 61, appelle ce mal *morbilles* & *uvules*. Et plus bas, au chapitre 7, il l'appelle *vivules*. Les Espagnols le nomment *adivas*, & donnent le même nom à l'Esquinancie. Le Président Fauchet, en son Traité des Dignités & Magistrats de France, chapitre 9. *La foret d'Iveline en ce temps (de Hugues Capet) appelée Aquilina, ab aquis; c'est à cause des eaux ou des yves (en vieux langage appellées Jumens)*. J'estime qu'en ce passage Fauchet veut dire, que la forêt d'Iveline, Aquilina, ou Equilina, fut ainsi appelée, *ab aquis* ou *ab equis*, soit à cause des eaux, ou à cause des jumens, parce qu'au temps de Capet les eaux & les jumens étoient l'une & l'autre appellée *yves*, d'*aqua*, ou d'*equa*. Ce pourroit bien être de l'un de ces mots, ou de tous les deux, que viendroit le mot *avives*: ce mal étant causé aux chevaux par les eaux qu'ils boivent. *Le Duchat*. **A U M.** **AUMAILLE.** Joachim Périon; dans son livre *De Lingua Gallica cum Graca Cognatione*, dit que les Payans & les Marchands appellent les brebis & les moutons du seul nom d'*aumaille*; qu'il dérive ou de *aumé*, qui signifie *laine* & *toufon*, ou de *jabar*, qui signifie *brebis*. Toutefois dans la Coutume de Sens, article 147, il est pris pour les bœufs & pour les vaches: *On ne peut mener belles aumailles, chevalines, chèvres, ou autres qui peuvent porter dommage, au rejet et bois & taillis*. En effet Herman de Valenciennes, au Roman de la Bible, introduit Pharaon, qui raconte de cette sorte à Joseph le songe qu'il avait fait des sept vaches grasses & des sept maigres: *L'autre jour m'endormi, & en dormant son geay* *Que j'estoye en un champ; tout flori le trou-vay:* *Herbe i et aumaille, quatorze en i trou-vay.* *Caenéuve.* **AUMAILLES.** On appelle ainsi anciennement le gros bétail. Pierre Pithou, dans son Règlement pour le Quillage de Tonnere, article 16. du Titre de la Police: *Il est enjoint à chacun Boucher de cette Ville & Fauxbourgs, selon sa faculté & puissance, tuer par chacune sepmine aumailles; moutons, & autres beffiaux, en telle quantité qu'il conviendra pour la fourniture de ladite Ville*. M. du Cange le dérive de *Mannalia*; après avoir remarqué qu'on a dit *mannalia pecora*, pour *mansueta*. En Basse-Normandie, on dit *aumeau* pour dire un *jeune bœuf, un bouvard*. Ce mot vient d'*almellus*, & celui d'*aumailles*, d'*almalia*. *Alo, alis, alitum, alitimum, alitimum, almum, almellus*, AUMEAU. *Almum, alma, almalis, almalia* AUMAILLES. C'est-à-dire, animaux qu'on nourrit pour engraisser. L'étymologie de Périon est ridicule. La voici: *Coloni, dit-il, & mercatores tanum genus evium um* appellant nomine, id est, omaille : cujus originis me ignarum esse profiter. Creaca est, inquam, vel a nomine moulu, quod vellus significat ; vel a moulu, id est ab ove : moulu enim ovis etiam dicitur. Les Espagnols disent alimana. Covarruvias : Alimana et la beftia quadrupede, y particularmente dan esse nombre los villanos a las que crian en sus casas y son domesticas y de su servicio. M. A U M A I L E L E. D'animalia. Voyez Eccard, pag. 19 de son Leges Francorum Salica. Le Verger d'Honneur, &c. f. 1. D'extravagantes autres belles omailles. Dans ce vers, omailles semble signifier des animaux rares, qu'on nourrit par grandeur & par curiosité. Dans l'ancienne Traduction de Frontin, Paris, 1536. livre 3. chapitre 10. exemple 6. on lit dans la même signification, belles armailles; ce qui favorise l'étymologie de Ménage. Le Duchat. A U M A L E. En Latin albamala. C'est le nom d'une petite Ville de Normandie dans le pays de Caux, sur la rivière de Brêle. Quelques-uns croient qu'Aumale est un mot corrompu d'Albe-marie, c'est-à-dire, marne-blanche, parce que cette espèce de terre abonde dans son territoire. Dom Duplessis croit au contraire que ce mot est composé de au, qui est le nom Franc ou Teutonique de la rivière de Brêle, & de male ou malle, qui signifioit sous la première race de nos Rois, une espèce d'Assise ou de Cour ambulante pour l'administration de la Justice. A U M E L E T T E. Voyez amelette. M. A U M O S N E. Il est formé d'eleemosina, qui signifie en Grec misericorde. On le prenait anciennement pour toute sorte de charité faite aux pauvres, ou à l'Eglise. Les anciennes Coutumes de Paris, intitulées Li Estabilisment li Roy de France, selon l'usage de Paris, &c. De héritage qui est donné en aumône, en Religion. La Coutume de Normandie, article 139. Par aumône ou bienfait que l'aise le l'aise de son bien à l'Eglise. Les anciens François étoient si charitables, que comme s'ils n'eusent eu de bourse que pour faire l'aumône, ils l'appelloient aumônere. Les anciennes Coutumes de Paris, que je viens d'alléguer, disent au livre premier, que le Gentilhomme qui perd ses meubles par mesfait, s'il porte les armes, en conserve une partie, & entre autres, le lit de sa femme, une robe à contour sa femme, & un anel, & une ceinture, & une aumônere. Guillaume de Lorris, au Roman de la Rose : Lors a de l'aumônere traite Une petite clef bien faite. Et plus bas : De gains d'aumônere de seye, Et de ceinture de contoye. Une Morale manuscrite, composée par l'ordre du Roi Philippe III. parlant de la Charité : c'est le denier-Dieu, dont l'on achate tous les biens du monde, & toutes-voyes remain tousjours dans l'aumônere. Cafeneuve. A U M O N E. D'eleemosina, fait d'insecurion, qui signifie proprement misericorde, mais qui a signifié ensuite aumône : & il se trouve en cette signification, non-seulement dans le nouveau Testament, mais dans Diogène Lacerce, & dans Julien l'Apostat. M. A U M O N T, pour un lieu artenant à une Eglise, & où l'on fait l'aumône. Ce mot en cette significa- tion se lit plus d'une fois dans l'Histoire du Siège d'Orléans, &c. 1606. Voyez du Cange, au mot eleemosina dans la signification d'eleemosinaria, ou l'aumônere. Le Duchat. A U M O S N I E R E. On a ainsi appellé en vieux langage une petite bourse, a cause de l'argent qu'on y mettoit pour faire des aumônes. Voyez Nicot, dans son Trésor, & Henri Etienne, dans son Traité de la Précellence de la Langue Françoise. M. Sarasin a employé ce mot dans la Pompe Funebre de Voiture, qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser. Comme son premier Trésor lui est la en son aumônere. C'est au chapitre 6. de la Grande Chronique du noble Vetturius. M. Ja, quoſe armiclaſſa, C histerâ ablatâ. Les Gloſes du même Iſidore : Armilaus, Scapulare Monachorum. Quelques-uns ſe ſont imaginés qu'aumuffe eſt formé de haut & de muce, comme qui diroit haut-mure, parce qu'elle muce, c'eſt-à-dire, cache la plus haute partie du corps. Caſeneuve.
AUMUSSE. Baif, au chapitre 16. de ſon livre de re Veſtiaria, le dérive d'amicire. Sacerdotes qui Canonici dicuntur, lacernis nigris ornantur, ut cuculis, quum in adis Choro ſidentario ditvinos Davidis verſus alternis ultra citroque vicibus decantant. Tempore vero aſtivo utuntur amiciis peſtium, quem ab amiciendo, opinor, vulgo AUMICIAR vocant. L'Auteur de l'Histoire de Melin, page 195. eſt du même avis. Il vient d'aloucia, qui ſe trouve en cette ſignification dans un nombre infini d'Auteurs de la Baſſe Latinitè, & que Joannes Cognatus, dans ſon Histoire de Tournay, dérive avec beaucoup de vrai-femblance, de l'ancien Flaman Hop Nioſe, c'eſt-à-dire, capitis pileus. Voyez M. du Cange, & M. de Caſeneuve. M. Le mot Latin-bai bare alnucia, d'où a été formé le François aumuffe, vient, ſelon Wachter, de l'Alleman mutze, qui ſignifie mitra, capitis tegmen, en Flamand mut. Car cet ornement qui ſe porte aujourd'hui ſur le bras, étoit autrefois un habillement de tête. Voyez Wachter, Gloſſar. German. au mot mutze. *
AUNE. Aibre. D'alous : comme Aunay, d'alnetum. M.
AUNE. Meſure. D'ulna, fait d'alon. M. AUNE. Simple. C'eſt l'inula des Latins, mentionnée par Horace, dans la Sat. 2. du liv. 2. des Savires, & par Columelle, livre 12. chap. 46. Les Italiens l'appellent enola, & enna; & nos Herboſiſtes enula campana. Les Grecs l'ont appellée D'nou. Et c'eſt de ce mot Grec que notre mot François aunte a été formé. D'nou, helenium, helena, helenata, AUNE. M.
AVOIR, AVOIRS, en la ſignification de biens. Vieux mots inuſités. D'habere. Voyez M. du Cange, dans ſon Gloſſaire ſur Ville-Hardouin.
AVOUER. D'advocare. Une Chartre de Philippe le Bel de 1298. Poſquam ex parte Religioſorum requiſitus exſtitis, & ſe hominem de corpore dicti Manaſterii advocavit. Lambard : Erat in mbre poſitum, ut ſiquis rem forto ſurreptam mercatus, camdem alteri vendidiffet, atque is porro rem illam cuiquam alienafet, idemque feciſſent alii praetera plures, domino tamen per leges licebat rem ſuam ubiſis deprehensam ſue ſtri jure vendicare. Tum vero ejus quem penes erat res deprehensam, partes eram venditorem proſerre, cansaque illum advocare, ut is venditionem praſtaret, atque in ſe reciperet. Is demum cansa advocatus alium citabat aliquem, atque ita alio alium advocante, in ſipſum tandem furti auditorem culpa transſerobarur. On a dit de même AVOUS' d'advocatus. Voyez le Gloſſaire de M. du Cange, & ci-deſſus le mot advoce. M. Caſeneuve veut qu'on ait dit avouer pour conſequir, à cauſe que les Avoûés devolent intervenir dans tous les actes qu'on faſſoit touchant le temporel des Eglises. Voyez ci-deſſus ADVOUER. M.
AVOUES. Voyez advoue. M. AVOUILLER. Ouiller, pour remplir, ſe trouve dans Héliand. D'aquulare. Aqua, aquula, aquulare, OUILIER. L'U d'aqua devient conſone : aqua, aqua, (d'où nous avons fait éve, comme évier, d'aquarium) aquula, aquulare, adaquulare, AVOUILLER. Les Touloulains diſent aquula, pour dire remplir le vin : d'adaquulare. Dans la Baſſe-Normandie, on dit amiller, & non pas amiller. M. AVOUILLETTE : Entonner. Mot Breton, de même qu'Avoullier. Le Duchat.
AVOUTRIE, AVOUTRIE. Vieux mots, qui ſignifient adultere. M. Guyet dérive aoutrie d'abortus. Abortare, avertare, avortaria, AVOUTRIE. Les autres le dérivent d'adulter. Voyez Paſquier, livre vii. chapitre 50. Et cette dérivation me paroît plus naturelle que celle d'abortus. Adulter, avulter, AVOUTRIE. Avulteria, AVOUTRIE. Les Italiens diſent de même avulteria pour adulterer, & avulterare, pour adulterer. Et dans le Dictionnaire Bas-Breton, avulter eſt expliqué adulter. Avoulire ſe trouve dans Rabelais pour ſis de putain. Appellant un enfant en preſence de ſes pere & mere champis ou avoulire, c'eſt honnêtement, tacitement dire le pere coquin, & ſa femme ribaute. C'eſt au chapitre 14. du livre 3. Je remarquerai ici en paſſant que ces paroles de Rabelais ſont de Pierre de Fontaines, chapitre 16. nombre 63. Voyez le Gloſſaire de M. de la Taumafliere. M.
AVOUTRIE. La Légende dorée, imprimée à Lyon en 1476. dans la Légende de la Décollation de Saint Jean-Baptiste: Et lors le Décolleret vient & couppa le chief de Jehan, & le builla a la pucelle, & la pucelle le preſenta à l'avoultrie mere. Ce qui eſt pris du Latin : & à puella matri adultera praſentatur. Du reſte l'avoultrie mere; car c'eſt ainsi qu'il faut lire au lieu de l'avoultrie, eſt mis par ſyncope au lieu de ſon avoultrie mere, comme par m'amie pour par mon amie, & m'amie, pour mon amie, de même que l'amie, qu'on lit auſſi & qu'on dit encore pour ſon amie. Avoultrie vient donc d'adulter; & avoultrie, ſi tant eſt qu'il faille lire ainsi dans ce paſſage, doit venir d'adulterata. Et dans la Légende de Saint Luc : N'ouis pas, & ne fait pas avouterie. Le Duchat.
AUPRE'S. D'adpreſum : d'où les Italiens ont auſſi fait appreſſo. Voyez preſque & après. M.
AUQUES. L'Histoire de Geoffroi de Ville-Hardouin, édition de Vigenere, Paris 1585. pag. 144. Et les autres qui auques valoient, ſu les teſtes copes. Auques d'aliquid, c'eſt-à-dire, quelque choſe. A Metz, où ce vieux mot s'eſt conſervé, on le prononce acq. Le Duchat.
AUREOLE. Nous appellons ainsi la couronne dont les Peintres & les Sculpteurs ornent le Chef des images & des ſtarnes de nos Saints, pour marque de la victoire qu'ils ont remportée; les Martyrs, ſur les puſſances du monde; les Vierges, ſur les tentations de la chair; & les Docteurs, ſur les artifices & les ſeductions du Diable. D'aureola, qui ſignifie une couronne d'or, comme laureola; une couronne de laurier, & qui ſe trouve en cette ſignification dans la Verſion Vulgate du 25. vei- Pij fer du 25. chapitre de l'Exode. Sur lequel endroit Strabo, qui est l'Auteur, ou plutôt le Compilateur de la Glofe ordinaire; Anselmus Scholasticus Laudunensis, qui est l'Auteur de la Glofe Interlinéaire; & Nicolas de Lyra en son Exposition Morale, traitent des prérogatives des Auréoles : desquelles traitent aussi, & plus amplement, S. Thomas d'Aquin, en la troisième partie de sa Somme Théologique, question 96. article 7. distinction 49. du Supplément, Dominicus Soto, sur le quatrième des Sentences, distinction 49. question 5. article 2. conclusion 4. & Boetius Epo, dans la Harangue qu'il fit en 1582. de Aureola Doctorali. Cette Etymologie est confirmée par cet endroit de Saint Bernard, qui est de son Traité de Paffione Domini, sur ces mots de l'Évangile, Ego sum vitis vera, chapitre 31. Specialem gloriam, specialem coronam, donavit vobis in coelis, (il parle aux Vierges) quam nostri maiores aureolam appellant : quam idcirco ab auro aetimo nominatam, ut ipsum corona nomen qua dabitur vobis in præmism virginitatis, insinuet excellentiam gloria virginalis. Quid, inquam, dabitur sacris Virginibus Christi? Caeris Sanctis præmineant, sicut aurum caetera praecellis. Remarquez que du tems de Saint Bernard ce mot se disoit particulierement de la couronne des Vierges. Mais l'origine de la chose n'est pas si connue que celle du nom. Scaliger, dans ses Notes sur l'Impuissance de Tibulle, a remarqué au sujet de ces vers de Tibulle, Priap. Carm. 83. At, à Priape, sape floribus novis Tuas sine arte deligavimus comas, Abegimusque voce sape, cum tibi Senexve corvus, impigerve graculus Sacrum feriret ore corneo caput ; & de ceux-ci d'Horace, Mentor at si quid, (c'est le Dieu des Jardins qui parle) merdis caput inquisit albis Corcorum; que la coutume de donner des couronnes à nos Saints venoit de ce que les anciens Grecs voulant garantir leurs statues du bec des oiseaux & de leur emeur, ils munisfoient leurs têtes de certaines ombelles, qu'ils appelloient des lunes. Ce qu'il prouve par des vers d'Aristophane de la Comédie Intitulee les Oiseaux, où les oiseaux qui compoient le Chœur de cette Comédie, disent à leurs Juges que s'ils ne prononcent en leur faveur, ils feroit bien de s'armer de ces lunes de statues; car pour le venger d'eux, ils prendront l'occasion qu'ils auront pris leurs habits blancs, & ils les becqueront. A quoi on peut ajouter cet endroit d'Hélychius : MINIZIO, τὰ ἐπὶ τὰς κεφαλὰς ἢ ἀξιώθην ταξιώθην, ἢ μὴ τὰ ἀγνά ἐπωσθέντα. Les paroles de Scaliger sont considérables. Les voici : Hi planensis adhuc hodieque in templis Christianorum imponuntur capitibus statuarum. Cujustamen rei ignorantes Pictores, dum putant honoris causa imponi debere, non solum non omnibus statuis imponunt, sed & imaginibus quoque pictis adhibuerunt, quatamen illis opus non habent ut status. Mais le Père Sirmond (ce que j'ai appris de M. Nublé) croyoit que ces auréoles de nos Saints avoient pris leur origine des rayons que les Payens mettoient autour de la tête de leurs Dieux : car les Payens mettoient des rayons autour de la tête de leurs Dieux : ce que le Père Sirmond prouvoit par l'explication que Servius donne au mot nimbus, en cet endroit du second de l'Énéide : Jam summas arces Tritonia, respice, Pallas Injedit, nimbo effulgens, & gergone Sava. La voici : NIMBO, nube divina : est enim fulgidum lumen, quo Deorum capita trenutur. Et par l'explication que le même Grammairien donne au même mot, dans cet endroit du dixième du même Poème : — cælo se precinus alto Mifet, agens hiemem, nimbo succincta per auras. Virgile parle de Junon. Voici l'explication de Servius : NIMBO, id est, nubibus : quia præmiste, agens hiemem. Quod nisi esset, splendorem acciperimus qui est circa corpus Deorum. Et c'est pour cette raison, me disoit M. Nublé, qui étoit de l'avis du Père Sirmond, que les anciens Romains qui traitoient leurs Empereurs de Dieux, les représentoient avec des têtes rayonnantes : car les anciens Romains représentoient leurs Empereurs de la sorte : ce qui paroît par plusieurs médailles d'Auguste, & de ses successeurs, comme l'a remarqué Bernarius, sur ces vers de la Dédicace de la Thébaïde à Domitien : — licet ignipedum frunater equorum Ipse tuis alte radiantem crinibus arcum Imprimat. D'autres alléguent d'autres raisons de ces couronnes rayonnantes des statues & des peintures de nos Saints. Voyez Molanus, Professeur en Théologie à Louvain, dans son Histoire des Saintes Images, liv. 4. ch. 26. & Joannes Baptista Caïalius de sacris Ritiibus, chap. 3. M. AUREUM : sorte d'onguent, ainsi appellé de sa couleur jaune. M.
AURIOLE. Espèce d'épine, ainsi appelée en Provence, de la couleur jaune de ses fleurs. Voyez les Médecins de Lyon, liv. 14. ch. 10. M.
AURIPEAUX. Frere Jean des Entomneures dans Rabelais, 1. 39. En nostre Abbaye nous n'estudions jamais de peur des auripeaux. C'est un mot d'Anjou, qui signifie ce mal d'oreilles qu'on appelle orillons à Paris. Et ce mot a été formé d'auris, en cette manière : auris, auripus, auripellus, auripelli, AURIPEAUX. M.
AURONNE. Sorte de simple. D'abrotumum. Abrotumum, avrotumum, avronum, AURONNE. M. Il est bien vrai qu'Auronne vient d'Abrotumum. Mais que signifie ce mot, & d'où vient-il : Abrotumum est Grec, acciperum. On l'a dérivé de apurice, qui signifie une chose bonne à manger, & de la particule privative, comme qui diroit, une plante que l'on ne sauroit manger, à cause de son amertume, qui est plus grande que celle de l'abstin. Mais cette étymologie ne peut s'accorder avec la quantité d'abrotumum, dont la seconde sylabe est brève, & a un o micron en Grec. L'Abrotumum n'a pas été non plus appelé de la sorte, de la vœu, qui signifie morel, & dire que l'Auronne a été appelée Abrotumum parce que les Médecins la donnoient aux malades pour les préserver de la mort. C'est l'idée que nous donne Horace de l'Abrotumum, lorsqu'il dit dans la première Epière du second Livre : Abrotumum agro Non audet, nisi qui didicit, dare. A U R. A U S.
AURORE. Ce mot, selon le P. Thomasin, vient de l'Ebgu 7$^{e}$ *in* $^{er}$, *lumiere* : & cette étymologie paroît fort naturelle. Les Latins ont allongé le mot par la reduplication de la lettre *r* ; ce qui n'en change point l'essentiel. \*
AUROUX, ou OROUX. Ville, entre Aurun & Auxerre. D'*Arborosa*, selon Ammien Marcellin, & Nicolas Sanson. Ortelius s'est trompé en la nommant *Arbois au Comté de Bourgogne*. P. J. Add.
AUSBOURG. *Augusta Vindalierum*. Ville célèbre d'Allemagne. On dit que les Lycaïes, parties des Rhetiens, fonderent cette ville, & la nommerent *Damaise*. Drus la prit, & la nomma *Drasomagus*. Après la défaite de Varus, Auguste la reprit, la rétablit, & y envoya une Colonie de trois mille citoyens Romains. C'est de-là qu'elle prit le nom d'*Augusta*, qu'elle retient encore : car Aurbourg s'est fait d'*Augustoburgum*, composé d'*Augusto*, nom de l'Empereur Auguste, & de *burgum* bourg, mot Alleman, qui signifie lieu fortifié, Forteresse, Chateau, Ville. Ainsi *Aurbourg* signifie *Vila*, *Forteresse*, ou *Chateau* d'*Auguste*. Sous Tibere elle fut nommée *Tiberia Augusta*. \*
AUSCH, ou AUCH. Ville de Gascogne. Son nom vient de celui des anciens peuples qui l'habitoient, nommés *Aussi*. Et je remarquerai à cette occasion que plusieurs villes de France ont pris de même leur nom de celui des peuples qui habitoient les pays où ces villes étoient situées. C'est ainsi que la ville de Paris a eu ce nom à cause des peuples *Parisi* ; la ville de *Bourges*, à cause des peuples *Biturges*, & ainsi des autres. Nous voyons aussi qu'en Orient plusieurs villes ont pris le nom de la Province où elles sont situées. Par exemple, *Scham* est le nom Arabe de la Syrie, & c'est aussi celui de Damas, qui en devint la Capitale depuis que les Khalifes Omniades en firent leur résidence ordinaire. L'Égypte s'appelle en Arabe *Mef*, comme en Hèbreu *Mejrasm* : & *Mef* est aussi le nom du Caire, ville Capitale d'Égypte. *Abouaz* ou *Ebvaz*, est le nom d'une Province de Paris, & de sa Capitale. *Candahar* de même. \*
AUSINE. Mot Languedocien, qui signifie *chosne-verd*. *D'ilex*. *Ilex*, *siscis*, *ilice*, d'où l'Italie *elec*: *elcinus*, *elcinus*, *alcinus*, AUSINE. M. AUSSI. Périon le dérive de *érot*. Il vient aussi d'*ad sic*. M. Pourquoi pas d'*alind sic*, comme *amam* d'*alind rantum* ; & *amel*, qu'on dióit autrefois pour tel, d'*alind tale* ? Le Duchat.
AUSSONE. Ville. Claude Jurzin, dans son Histoire des Antiquités d'Aussone, pag. 2. Cette ville est assise sur le bord de la rivière de Saone devers le Comté de Bourgogne, & pour ce sujet se nomme Aussonne, en *Lactu* Aïsona, quasi ad Saonan, c'est-à-dire, proche de Saone, & le Comté Aussonium. M.
AUSTRASIE. C'est le nom qu'on donna à la partie Orientale de la France. Quelques-uns décrivent ce mot d'un Gouverneur qu'y envoya, dit-on, Justinien, & qui se nommait Austrasus. D'autres, d'un Roi nommé Austrasie, qui régna, dit-on, dans ce pays. La véritable étymologie de ce nom est Teutonique, & il est formé de *efe*, qui en vieux Franc, signifie l'Orient. De-là vien- nent les noms d'*Othelings*, c'est-à-dire, Saxons Orientaux ; d'*Othogoths* ; c'est-à-dire, Goths Orientaux ; d'*Othysie*, c'est-à-dire, Flis Orientale. Les Anglo-Saxons dióient *eef* ; ce que les Anglois conservent encore. De-là les noms d'*Efsaxe*, d'*Eflangie* ; d'*Aesens*, peuples sur la mer Baltique, desquels Tacite parle au chap. XLV. De *Mor. German*, c'est-à-dire, Orientaux ; d'*Eflanie*, partie Orientale de la Pruise, & beaucoup d'autres. Nous diions encore *eif*, pour dire, l'Orient, les Allemans diént *off*, les Flamans *off*, les Suédois *off*, les Illandois *anfir*, mot qui approche davantage de celui d'*Austrasie*. Ce pays fut donc ainsi appellé, parce qu'il croit la partie Orientale de la France. On l'appelle aussi Royaume de Metz. La division du Royaume François entre les enfans de Clovis fut l'occasion des nouveaux noms qu'on lui imposa. On nomma *Austrie* ou *Austrasie*, la partie de la France située vers l'Orient entre le Rhin & la Meuse ; & *Neustie*, c'est-à-dire Occidentale, l'autre partie qui s'étendait jusqu'à la Loire. Au reste, l'*Austrasie* a eu différentes bornes & a été plus ou moins étendue, suivant les divers tems. On prétend même qu'elle a compris quelquefois tous les pays que les François avoient conquis en Allemagne. Le mot *off*, d'où *Austrasie*, vient d'un ancien verbe qui signifie *surgere*, *egredi* ; & il se dit de la partie orientale du monde, parce que le Soleil paroît s'y lever & en sortir. On découvre des vestiges bien clairs de cet ancien verbe dans l'idième Gothique, savoir dans la version Gothique des Évangiles. On lit dans S. Marc, vi. 1. *Ussoth* *jaimbro*, c'est-à-dire, il *fortit de-la*. Dans S. Luc IV. 16. *Ussoth* *Siggwan*, il se leva pour lire. Et dans S. Jean XI. 31. *Ussoth* *Spranto*, il se leva promptement. Et au même endroit, *Ussof*, *résurrection*. Voyez Wachter, *Glofar*. *German*, au mot *Off*. \*
AUTAN. C'est proprement le vent qui souffle en France du côté de la mer Méditerranée ; ainsi appellé, d'*alum* qui signifie *la mer*. En effet, sur les côtes du Bas-Languedoc, on l'appelle *marin*. Toutefois *almanus* est proprement ce vent qui souffle seulement sur la mer. Car comme remarque Isidore, dans ses Origines, liv. 13. chap. XI. cette douce agitation de l'air, qui n'est pas assez forte pour porter le nom de *vent*, & qu'il appelle *spiritus*, est appelée *almanus* sur la mer, & *aura* sur la terre : *Duo sunt autem extra bas ubique spiritus, magis quam veni*, *Aura* & *Almanus*. *Aura ab aere dicta*, quasi aerea ; *quod lemis se motus aeris : agitanus enim aer*, *amam facis* ; *unde* & *Lucretius*, aerea *auras*. *Almanus*, qui *in pelago off*, *per derivatium ab alto*, *id est mari*, *vetatur*. La même chose est remarquée par Papias. *Almanus*, *flatus* qui *in alto est*, *id est in pelago*. *Cafeneuve*.
AUTAN. On appelle ainsi à Toulous, & dans tout le Languedoc, & à Narbonne, le vent de Sudeft. Et ce mot se trouve dans plusieurs Auteurs. Du Bartes, dans sa 2. Semaine, parlant du Paradis terrestre : *La le rohofo Adam ne femois point son corps* *Aggravd des Amans, ny roidi par les Nords.* M. Tristan, dans son Eglogue Maritime : Echanfe le Taureau céleste, Et que la rage des Autans Ne produit plus rien de funeste. M. Colletét, dans ses vers sur la mort de du Pin-Pager : Ainsi dans ses Jardins les fleurs impériales, Les rofas & les lie ne durent pas long- temps ; Tandis que les chardons dépitent les Autans, Et paissent des estes aux saisons hivernales. M. Perrault, dans son Poème de S. Paulin, au sixième Chant : Après que vostre flotte à l'aide des Autans. M. Du Perier, dans son Eglogue : Tel un chesne aux longs bras, au front haut & superbe, Tandisque les autans mettent plus bas que l'herbe, &c. J'ai dit aussi dans mon Oyseleur, Non loin du fier Egée, où l'on voit en tous tans Contre les Aquilons combattre les Autans. D'altanus : qui se trouve dans Pline en cette signi- fication : Namque & é fluminibus ac sinibus, & é mari, videmus, & quidem tranquillo, & alios quos vocant Altanos consurgere : Il parle des vents : qui quidem cum è mari redeunt, tropzi vocantur; si pergunt, apogai. C'est au chap. 43. du livre 2. Altanus a été fait d'altum, en la signification d'altum mare. ¶ A Berziers, & à Montpellier, & dans tout le bas Languedoc, on appelle l'autan le mari; c'est-à-dire, le vent de la mer; ce qui confirme cette étymologie. Les femmes disent dans le Bas-Languedoc, Fa mari, mon mari n'a fait res que valgue. Il me reste à remarquer que M. de Brébeuf, au liv. 12. de la Phariale a dit Auton : ce qui est mal dit. Il faut dire Auton. Nicot a dit Auton & Autonne, qu'il explique par vent de midi. César Oudin, dans son Dictionnaire François- Espagnol, dit la même chose. M.
AUTANT. Le P. Labbe, pag. 38. de ses Etymologies Françoïes, le dérive d'ad tantum. Il vient d'aliud tantum. Voyez atant. M. On a dit aussi dans la même signification austant, qui se dit encore à Metz. D'aliud sic tantum. Voyez les Lettres de Louis XII. tom. 4. pag. 7. Le Roman du nouveau Tristan de Leonnois, Paris 1554. ch. 19. Cent hommes non mariez de l'aage de vint & cinq ans : autant de pucelles de dix-huit ... & autre tant de jeunes chevaux de pris. Autre tant ici, après autant est une élégance de ce tems-là, qui revient à autant encore. Les Italiens disent alternés, pour aussi; altertale, pour tel; & altertante, pour autant : ce qui fait douter que l'au de ces mots dans le François ne vienne d'alterum. Boire d'autant. Rabelais, au Prologue du liv. 1. Toujours riant, toujours buvant d'au- tant à un chacun. Et liv. 1. ch. 24. Reillant, gau- dissant, buvant d'autant, jouant. C'est le Brindeg- giare des Italiens, & lich bring et cuch des Alle- mans, c'est-à-dire, porter des sants à quelqu'un & l'inviter à en faire autant, à boire comme nous. Item, liv. 3. ch. 24. Et boire d'auant le ventre contre terre. La vingt-neuvième des Cent Nouvelles Nouvelles : Ces gentilichommes & ces gentils compaignons beuvient d'autant & d'autel à l'espoufe & à l'espoufe. Le Duchat.
AUTEUR. Comme quand on dit, l'Auteur d'un Livre. D'Auteur : dont les anciens Ecrivains Latini se sont servis dans cette signification. Je remarquerai ici, en passant, ce que Calaubon sur Athénée, liv. 1. chap. 1. a remarqué, que les Grecs n'ont point de mot particulier, pour dire l'Auteur d'un livre, & qu'ils l'appellent père. L'Au- toir & juis à vie. C'est un verru. Eleganter pattern vocat qui est auctor libri, & si per veteres Latinos liceres, factor. Sed non habent Graei cum omni sua copia quomodo auctorem Gracé dicant : nam & ovypapole, & verru, non in universum de omni scriptione, sed de certis generibus, dicuntur. Propria igitur defellus voce, impropriè, sed elegantur, verru & du dixit. M. Dans Froissart, on voit que l'Auteur donne la qualité d'Alteur, non pas tout-à-fait en cette si- gnification, mais par rapport aux actes ou faits rapportés dans son Histoire. C'est dans le vol. 2. fol. 241. v. de l'édition de Vérad, en ces termes: Car je acteur en ay esté suffisamment informé par les nobles du royaume de Portingal. C'est encore dans le même sens, savoir d'Historien, que Rabelais, liv. 1. ch. 3. sous le nom Aleofribas, se qualifie le bon Fauteur de Gargannua, c'est-à-dire, le fidèle historien des faits de ce Prince. Le Duchat.
AUTHENTIQUER. Comme quand on dit, authentique une femme adultère. De l'Authen- tique de Justinien Si quando, par laquelle les fem- mes adultères doivent être mises dans un Monas- tère. Cette Authentique est au chap. 10. de la Novelle 134. collation 9. tit. 27. M.
AUTOUR. Toute sorte d'oiseaux de proie sont appelés accipiteres; ab accipiendo, comme qui diroit, oiseaux preneurs. C'est pourquoi ils sont aussi appelés acceptores. Charisius Solipater : Acceptor & accipiter dicitur, Virgilius enim acci- piter dixit; Lucilius, acceptor. Ainsi pourroit-on dire que le mot autour, est formé, par contrac- tion, d'acceptor. Mais parce que l'autour est appe- lé astere en Italien, & aston en Gascon, on pour- roit aussi dire, qu'il est formé d'asterias, c'est-à- dire, étoilé : qui est un oiseau de proie, ainsi ap- pelé, parce qu'il a le plumage marqueté, & com- me parsemé d'étoiles. Aristote en fait mention, liv. 9. chap. 36. de l'Histoire des animaux. Tou- tefois, Raphaël Volaterran, au liv. 25. dit que les Italiens ont formé astere du nom d'un oiseau de proie, appelé astergius : Astorgios Pausanias pont, quos Italici astores dicunt. Mais j'aime bien mieux dériver les mots d'autour, astere, & aston d'astur, qui est un oiseau de proie ainsi appelé, parce que les Asturies, Province d'Espagne, en produisent de fort bons, desquels fait mention Julius Firmicus, lib. 5. Matheos. Il est aussi ap- pelé astures, pour la même raison. Papias : Astur- co, Accipiter major. Au reste, nos anciens Fran- çois avoient en telle estime la chasse de l'oiseau, ou fauconnerie, que dans les Capitulaires de Char- lemagne, liv. 4. tit. 21. il est défendu de saisir pour l'amende, appelée Virgilius, ni l'Auteur, nil'épée : In composicionem Virgilius volumus, ut ra demur qua in lege continentur, excepto accipiter & spatà. Ce que l'Empereur Louis le Débonnaire ordonne encore dans la Loi des Lombards, liv. 1. tit. 9. Loi 31. Casenove.
AUTOUR. Sorte d'oiseau de proie. D'astur. Périon le dérive de *vultris* : en quoi il se trompe. Les Toulousains disent *afion*. M.
AUTRE. Ce que je cherche ici, n'est point l'origine de ce mot : chacun fait qu'il vient d'*alter*. Mon dessein est seulement de faire voir, que dans nos vieux Auteurs *Autre* signifie simplement l'une des deux choses qui sont toujours doubles, comme les ptes, les mains, les épaules; & que ce mot ne signofoit pas anciennement, qu'on eût déjà parlé de l'une de ces choses. Jean le Maire de Belges, en son Poème, sur la convalescence de la Royne : *Nous as-tu tant hays que tu nous est a chacun son autre mil ? c'est-à-dire, l'un de ses deux yeux*. Et Rabelais, liv. 4. ch. 15. *alleignant que un des records lui avoit desfœuromisibule toute l'autre épaule* : c'est-à-dire, l'une des deux épaules. *Le Duchat*.
AUTRICHE. C'est le nom d'une Province d'Allemagne. Les Allemands, l'appellent *Oesterich* ou *Oesterich*. Elle doit son nom à sa situation, car elle est la partie d'Allemagne la plus orientale, & est, signifie Orient. *Autriche*, est une corruption d'*Austria*, qui signifie la même chose que *Ost*, & *Austrasie*. Voyez *Austrasie*.
AUTRUCHE. Il n'y a point de doute qu'il ne soit formé de *fruthie*. Mais comme les François prononcent l'au par, il est croyable que de l'article Grec, & de *opin*, ils ont formé *autruche*. Et c'est l'opinion de Joachim Périon, dans son Livre : *De Lingua Gallica cum Gracæ cognatione*. Cæseneuve.
AUTRUCHE. H. Etienne & Périon, le dérivent de *opin*, & écrivent *otruche*. M. de Cæseneuve a suivi cette origine. Je crois qu'il vient d'*avis fruthia*. On a dit *fruthia* pour *fruthie*. M.
AUTRUL. D'*alterius*, génitif d'*alter* ; dont les Italiens ont aussi fait *autrui*. Et nous, & les Italiens, avons fait de même lui d'*illius*. M.
AUTUN. Ville de Bourgogne. Ce nom François a été formé par corruption du Latin *Angustodunum*. L'est à dit *Angustadun*, *Angstun*, *Austun*, *Austun*, *Angustodunum* est composé du Latin *Angustus*, & du mot Gaulois *Dun*, qui signifie *colline*, *élévation*, *montagne*, parce qu'en effet *Austin* est bâti sur une colline adossée à une haute montagne; & selon M. Baudot, c'est le désir de faire sa cour à Auguste, qui lui fit prendre ce nom; car cette Ville s'appelloit auparavant *Bibraille*. Il ne semble pas qu'on puisse douter de cette étymologie. Cependant Jean Picard, dans sa Cellopole, pag. 13.8. dit que Bartholomeus Chafanicus, dans son Livre des *Coutumes de Bourgogne*, tire le nom d'*Austin*, *Angustodunum*, du Grec. Picard semble l'approuver; & pour le confirmer il dit que l'autre nom de cette Ville, s'avoit, *Adua*, peut paraître venir aussi du Grec *ani vi* *ADU*, qui signifie *deux*, *agréable*. Mais on rejette avec raison ce sentiment, persuadé que le mot *Aduns* est purement Cekique. *Austin* étoit anciennement la Capitale d'une des principales Républiques des Gaulois, & il y avoit une célèbre & nombreuse Académie, où la jeunesse Gauloise alloit étudier. Les Druides y avoit leur Sénat. Le lieu où il se tenoit est celui qu'on appelle aujourd'hui le Mont-Dru, *Mont-Druidarum*. Ce qu'on appelle le Jantoye étoit un Temple de Jésus; le Mon-Jou, un mont consacré à Jupiter; le Marchant, un champ de Mars, *Marcis campus*. Il faut observer que le mot *Dunum* ou *Dun*, qui se trouve à la fin des noms de quantité de Villes, non seulement des Gaules, mais encore d'Allemagne, & d'autres pays, ne signifie pas toujours *colline*, *élévation*, *montagne*; mais quelquefois aussi Ville, c'est-à-dire, un lieu environné de *fostes*, de *retranchements*, de *palisades*. Car il y a des Villes qui portent le nom de *Dunum*, & qui n'ont jamais été ni plus être situées sur des hauteurs, comme par exemple, *Lugdunum Batavorum* Leyde. *Tosin*, en Anglois, signifie encore aujourd'hui une Ville; & *touin-man* un homme de ville. Or ce nom est la même chose que *dun*, ou, si l'on veut, il en est formé. Ainsi *dunum*, dans *Lugdunum Batavorum*, signifie Ville; & dans *Lugdunum in Gallia*. Lyon, il signifie colline, montagne, parce que Lyon étoit anciennement situé sur une montagne. Ceux qui ont toujours expliqué le mot *Dunum* dans ce dernier sens, comme Clavier, se sont trompés. *Dunum*, dans le sens de Ville, vient d'une autre racine que dans le sens de colline. Dans le premier sens, il vient, selon Wachter, de *tynen*, qui signifie *sipire*. Les Villes sont des lieux clos. Dans le second, il vient de *dunem*, qui signifie, *turgere*, *intumefere*, *elevari*. Les montagnes & les collines sont des élévations de terre. Les Flamans appellent encore aujourd'hui *dunem*, & nous *dunes*, des collines de sable qui sont sur le bord de la mer. Voyez Wachter, *Glosar*. *German*, au mot *dun*. Voyez aussi ci-dessous, au mot Lyon.
AUVANT. C'est une contraction d'*oëtavent* : & c'est pourquoi il faudrait écrire *oët-vent* : & il se trouve ainsi écrit dans la Version de la Bible par ceux de Genève, au chapitre 40, d'Exéchel, verset 9. Puis après il *meijera de huit condées l'allée du portail*, & ses *oët-vents de deux condées* : ensemble ceux de l'allée, qui menent à la porte la plus en dedans. Ce même mot est répété aux versets 10. 14. 16. 21. du même chapitre. Et les Commentateurs l'expliquent par le mot d'*avant-toits* : Ce qui fait voir que ces *arrivans* dont il est parlé dans ces endroits d'Exéchel, étoient des *arrivans* semblables aux nôtres. Le mot d'*oëtavent* se trouve dans Philippe de Commines, livre 4. chapitre 8. *Le Roi se mettre ledit Seigneur de Conay dedans un grand & vieil oëtavent, qui efoit dedans sa chambre, & moy avec lui; afin qu'il entendis, & pens faire son rapport à son maître, des paroles dont ufoit ledit Connetable, & ses gens, dudit Dun. Et le Roy se vine seoir sur un escabeau rasbus dudit oëtavent*. Et ensuite : *Monseigneur de Conay, qui efoit avec moy en cet oëtavent, étoit le plus ethaby du monde*. Mais par ces endroits de Commines, il paraît qu'un oëtavent étoit un paravent, puisque, c'étoit un lieu clos où l'on s'enfermoit, semblable à ces paravents d'aujourd'hui, faits en forme de petite logée M. de l'Etoile, dans sa Comédie des Piloux, s'est servi de ce mot d'*arrivans*, pour signifier une avance de *tois dans la rue* : qui est la signification dans laquelle nous nous servons aujourd'hui du *râline* mot. M. du Cange le dérive d'*altus vannus* : *quod vanni alti infur fupradatur*. M. A U V E. Dans la traduction Françoise du Traité de Platine de *borefa voluprate*, imprimée en 1505. ce que nous appelons *fain-doux*, est une fois appelée *fein d'autre*, & par-toutuées *fein ou autre de pure*. J'estime que lorsque l'auteur de cette traduction s'employé le terme de *fein d'autre*, on difoit ainsi au lieu de *fein-doux*; mais que cet hom- me ayant mal-à-propos dérivé *sein* de *fainis*, au lieu de le dériver de *saginamen*, il a cru que cette graisse pouvoir se nommer avec plus de raison *auve* de *porc*, que *sein* de *porc*, parce qu'elle se tire du ventre de cet animal, & que c'est la raison qu'il appelle cette graisse plutôt *auve* que *sein*; au lieu que selon moi, il devoit toujours dire *fain* d'*auve*, c'est-à-dire *saginamen alvi*, le *fain-doux* étant proprement la graisse qui se tire du ventre du porc. D'*alvus* on a fait *auve*, dans la signification de *ventre*. Voyez la remarque sur le mot *fain-doux*. Le Duchat.
AUVERNAS. On appelle ainsi à Orléans les raisons noirs, a causé que le plan y a été apporté d'Auvergne : de la même façon qu'on les appelle *blois* & *bourdelois* en Anjou, parce qu'ils y ont été apportés du pays Bléfois & de celui de Bordeaux. Aux environs de Paris, on les appelle *moriens*, de leur couleur noire. En Bourgogne, on appelle l'*auverna pineau*. Le pinceau en Anjou est un *taisin blanc*. M.
AUXERRE. Ville de Bourgogne, située sur le penchant d'une colline, au pied de laquelle coule la rivière d'Yonne. Elle s'appelle en Latin *Antissodorum*, *Antissodorum*, & *Antissodorum*, d'où s'est formé le nom François. Quelques Auteurs disent que l'éminence sur laquelle est aujourd'hui l'Evêché, s'est appelée autrefois *autricum*, & qu'elle a donné à la Ville le nom d'*Aurica*; d'autres disent *Autricum*. Ammien Marcellin, qui est le premier qui en parle, la nomme *Antissodorum* ou *Antissodorum*. Il n'est pas aisé de découvrir ce que signifie la première partie de ce nom, & on ne peut donner là-dessus que des conjectures fort incertaines. Quant à la seconde, s'avoit *dorum* ou *durum*, quelques-uns prétendent que ce mot qui est Gaulois, signifie ici *porte*, & que c'est la même chose que le *thor* ou *thur* des Allemans. Il est certain que *dor*, d'où a été fait en Latin *dorum*, & qui signifie *janna*, *ofium*, *fores*, est un terme Celtique de la plus haute antiquité. Il se conserve encore aujourd'hui dans la Langue Bretonne. Il y avoit anciennement dans le territoire de Lyon un temple payen, appelé *Isardorum*, c'est-à-dire, *porte de fer*, *Isar* est un terme Gaulois, qui signifie *fer*. Le mot *dor* ou *thor*, se reconnoit dans les diverses dialectes de la Langue Teutonique. En Gothique c'est *dour*; en Anglo-Saxon, *dora*, *dure*, *duru*; en vieux Franc, *duri*, *thuri*; en Flaman, *deur*; en Islandois, *dyr*; en Anglois, *dour*; en Suedois, *der*. Les Grecs disent de même *Sopa*, les Ebreux *sopa*, *schaar*; les Syriens *thera*, les Persans *der*. Quelques Sçavans, & entre autres Bochart, prétendent que tous ces mots, qui signifient *porte*, viennent de l'Ebreu *schaar*, comme étant le plus ancien. Quoi qu'il en soit, les mots Teutoniques que nous venons de citer, signifient dans leur origine une ouverture, soit artificielle, soit naturelle; de même que le Syriaque *thera* vient d'une racine, qui signifie rompre. Mais pour revenir à la seconde partie du nom de la Ville d'Auxerre, je crois qu'il faut plutôt dériver ce *dorum* ou *durum*, du mot Celtique *dur*, qui signifie eau, eau coulante, rivière, fleuve, passage d'une rivière, d'un fleuve; parce qu'Auxerre est situé sur une rivière. *Dur* est un terme Celtique des plus anciens. Les bas Bretons & les Hibernois appellent encore aujourd'hui l'eau *dur*,
AUX. AYE. AYL. AYM. AYN. comme témoigne Toland, dans son Vocabulaire Harmonique de ces deux Langues. Les Gallois ou habitans du pays de Galles en Angleterre, qui ont retenu aussi l'ancienne Langue Bretonne, disent *dur*. Le Grec *chup* paraît être la même chose. Wachter prétend que *dur* est originellement un terme Phrygien, & que le Grec *chup* en vient, ainsi que beaucoup d'autres mots de cette Langue, qui ont une origine Phrygienne, comme Platon le fait voir assez clairement dans son Cratyle. Le mot *Dur*, dans la signification de fleuve ou de rivière, & dans celle de passage de fleuve ou de rivière, se connoit encore aujourd'hui en plusieurs noms propres; comme dans *Duria*, rivière de Piémont, en François la *Doire*; dans *Durius*, fleuve de Portugal, qui se jette dans l'Ocean, aujourd'hui le *Douro*; dans *Bosodorum*, c'est-à-dire, *Trajectus Boiorum*; dans *Duren*, Ville sur la rivière appelée *Rora*; dans *Solodorum*, en François *Soleure*, Ville de Suisse, sur la rivière d'Aar; dans *Durnesfium*, en François *Dreux*; dans *Epamandorum* ou *Epamandodorum*, en François, *Mandere*, Village de la Franche Comté sur le Doux, & qui étoit autrefois une Ville considérable, laquelle fut ruinée par Attila, ainsi que toutes les autres Villes des Séquanois. Voyez Wachter. *Glosar*. *German*. aux mots *Dur* & *Thur*.
AUXOIS. Petit pays du Duché de Bourgogne. La Ville d'Alexia, si fameuse dans les Commentaires de César, étoit autrefois dans ce pays, à l'endroit où nous voyons aujourd'hui le Bourg d'Altice. C'est du nom *Alexia* que s'est formé celui d'*Auxois*. Voyez les Antiquités de Bourgogne, par le P. de S. Julien, page 217.
AYEUL. En Languedoc *anjol*. Ils ne sont point formés d'*avus*; mais bien de son diminutif Latin-Barbare *aviolus*. Un Acte de l'an 1194, qui est dans les Archives de l'Hôtel de Ville de Toulouse : *Idelphonsus*, *Comes Tolosa*, qui jute *Aviolus* *ipfuis Domini Raymundi*, *Comitis Tolosa*. Caen. AYEUL. Voyez *aicul*. M.
AYL. Nom d'un Saint. Rabelais, au Prologue du quatrième livre. Exemple au petit Zachée, duquel les Musaphis de S. Ayl près Orleans, se vantent avoir le corps & les reliques, & le nomment Saint Silvain. Ce doit être Saint Aignan. Le Duchat.
AYME. C'est-à-dire, *ame*. Un ancien Pseautier en Roman, imprimé en Gothique environ l'an 1460. P. 76. versée 3. *Mon ayme refuse d'être consolée*. Ceci sert à entendre un passage de Rabelais, liv. 1. ch. 10. où dans les éditions de 1542-1547. 1573. parlant des François, il est dit, que par nature ils sont joyeux, candides, gracieux, & bien-aymes, c'est-à-dire doues d'ames bien faites, non-pas qu'on les aime généralement parlant. Le Duchat.
AYNETS. On appelle ainsi ces petites gaules, ou verges, où l'on enfile les harengs qu'on veut faire saurer. Voyez Nicot. M.
AYO. AZA. AZE. AZI. AZU.
AYOU. Nom propre d'un Saint, qui étoit né à Blois sur la Loire. Ce nom est formé du Latin Aigulphus, en retranchant le g. & la fin du mot. Il y a un autre Saint Aigulphe, dont l'usage a changé le nom en Aioul, Aou, apeul, An, Hon. Cette diversité vient des différentes Provinces où ces Saints sont honorés & connus. On voit par ce léger échantillon quelle altération l'usage a causé dans les noms propres. *
AZAGAYE. Voyez Zagaye.
AZANITE. C'étoit autrefois le nom d'un Ministre ou serviteur dans les Synagogues des Juifs. Voyez S. Epiphane. Hares. Har. xxx. ch. 2. Ce mot vient, suivant toute apparence, de l'Ebreu par azan, écouter, & signifie des gens qui étoient établis pour écouter & exécuter les ordres que donnoient les Prêtres. * AZEDARACH: C'est le nom Arabe d'un grand arbre qui croit en Orient, & dont les fruits, qui sont fort petits & par grappes, ont une qualité venimeuse. Les habitans de la Province de Giorgian, où cet arbre croit en abondance, l'appellent zeber zemin, qui veut dire, poison de la terre : & c'est apparemment à cause de la mauvaise qualité de son fruit que les Persans le nomment azadirakbe, c'est-à-dire, arbre libre, parce que personne n'y touche. Le mot azedarach est une corruption du mot Persan, & il se trouve dans Avicenne. Les Arabes ont emprunté des Persans, plusieurs noms de plantes & de drogues. *
AZEROLES. Fruit de cet arbre, rouge-pâle, de la grofleur des cerises. M.
AZEROLIER. Espèce d'épine, qu'on appelle autrement épine d'Espagne : ce qui me fait croire que ce mot nous est venu d'Espagne. M.
AZIMUTH. Terme d'Astronomie. C'est un cercle vertical, qui paise par le Zénith, & qui coupe l'horizon à angles droites. Ce terme a été fait par corruption de l'Arabe al-fem, qui signifie à la lettre le chemin, la route, le droit chemin, & qui ensuite a été employé en particulier pour désigner le cercle vertical dont nous parlons, & que nous nommons azimuth. Notre mot zénith a été fait pareillement de l'Arabe fem par corruption. * AZUR: couleur bleue. Jul. Cæsar, Scaliger, Exercitation 115, contre Cardan, dit qu'il vient de lazul, qui en Langue Arabe signifie une espèce de terre ou de pierre qui teint en bleu : Maura vox bac & Arabum Lazul, à gleba, sive lapide, quem udare Graci, nos cæruleum, privato vocabulo. Frotarius, Evêque de Toul, en une de ses Epières, A Z U. A Z Y. 117 qu'André du Chesne a donné au 2e volume de son Recueil des Histoires de France : Peio ut nobis mitas, ad decurandos parietes, colores diversos qui ad manum habentur, videtices auripigmentum, folium Indicum, minium, Lazur, atque Præfium. Meurſus, en son Glossaire Grec-barbare : λαζύμαι, colob cæruleus. Cafeneuve.
AZUR. De l'Italien azure, qui a été fait comme l'Espagnol azul, de l'Arabe ou du Perfien lazurd. Jules Scaliger, contre Cardan, Exercitation 115. Maura vox bac & Arabum LAZUL, à gleba, sive lapide, quem udare Graci, nos cæruleum, privato vocabulo. M. Bochart, dans son Phaleg, livre 2. chapitre 12. Cæruleum pigmentum quoddam Persa & Arabes 1118, lazurd vocatur. Graci recentiores λαζύμαι. Nef azur, plicis repella. M. de Saumais a enchéri sur Scaliger & sur M. Bochart. C'est au chapitre 119. de ses Homonymes des Plantes, où il parle de l'érymologie de notre mot azur, en ces termes : Vetus Aultur Arabs apud Dioſcoridem et Apollus, exponit lazurd, quo nomine & uans Gracorum iidem Arabe ſolent appellare. λαζύμαι Graci barbari dicunt, & λαζύμαι. Unde lapis lazul. Azulum Latini barbari vocatur : quid miri depravatum ex illo lazurd, vel lazivard, &c. Ergo lazurd, abſolutè, pro pigmento, sive Armenio, sive etiam cæruleo. Alibi tamen lapidem Armenium à lazurd vel lazurdio ſic propriè dicto ſeparas Aviſena, ut infra offendo. Non potet aliter noſtris persuaderi quin lapis lazuli, vel λαζύμαι Gracorum, idem ſic cum hoc pigmenti genere quod Graci uans, Latini cæruleum vocatur. Atqui arena est, non lapis. Quid enim poſtimus per lapidem intelligere quam Lapidem verum? Talis non est cæruleum. Lapidis igitur lazuli nomine detemus accipere lapidem ſive gemmam qua Graci uans vocatur. Simili profus ervere Plinius uans gemmam cum pigmento cyano confudit. Et ensuite, parlant du lazuli des Latins & du λαζύμαι des Grecs, il ajoute : Utrumque ex Arabico illo lazurd depravatum. In quo vocabulo promutando, ultimum DAL Graci alii videntur abjecisse; quasi ſcripium eſſe tantum lazur. Unde λαζύμαι ſum ſecerum, Latini barbari lazul, & azul. Inde etiam noſtrum azur. Caninius, dans ses Canons des Dialectes, dérive auſſi l'Italien azure, de l'Arabe azul. Lazul, pour azur, ſe trouve dans Frotarius, Evêque de Toul, qui vivoit il y a plus de 890. ans. Nobis mitas, ad decurandos parietes, colores diversos, auri pigmentum, folium Indicum, minium, lazur, atque præfium. C'est dans une de ses épîtres à Aglemarus. Et dans les Origines Brito-Latines de Bozhormius, azur est expliqué par aforum. Voyez Leontius, sur la Sphère d'Aust, page 97. & les Vocabulaires Grecs-Barbares de Meurſus & de M. du Cange. M.
AZYGOS. C'est le nom d'une veine située dans le côté droit de la poitrine, & qui a été ainsi appelée, parce qu'elle n'a point de paire ou de compagne dans le côté gauche : car azygos signifie ſans paire, & c'est un mot Grec formé de l'a privatif & de ſeyoc, paire. * B MOL. B QUARRE. Voyez BEMOL.
BAAILLER. De beer, ou bayer, qui signifie en vieux François, ouvrir la bouche, est formé le fréquentatif baailler, qui est ouvrir souvent la bouche; comme de bada, qui en Languedoc signifie beer, on a fait badaïla, qui signifie baailler. L'origine de ces mots est le Latin-barbare badare, qui signifie baailler. Les Glofes d'Ifidore: Hifipitare, ofcitare, badare; où au lieu de bifipitare, il faut lire bificitare, qui est le fréquentatif de bificere. Caïence.
BAAILLER. Lat. ofcitare. De badare. Les Glofes d'Ifidore: bifipitare, ofcitare, badare. De badare on a fait le diminutif badicare; d'où badiculare. Et au lieu de badiculare, on a dit exbadiculare; d'où le mot Italien fbadigliare; & de badiculare nous avons fait BAAILLER. Voyez mes Origines de la Langue Italienne, au mot badare, & au mot fbadigliare. M.
BAAAL. Nom d'une idole dont il est souvent parlé dans la Sainte Ecriture. Ce nom est Ebreu בבל, & signifie Seigneur, Maître. Il vient du verbe בבל Baal, qui signifie dominer, être Maître. Bel, nom d'une idole des Babyloniens, n'est qu'un abrégé de Beel, qui est la même chose que Baal. Les Chaldéens & les Syriens, au lieu de Baal, disent Beel dans le même sens. Au livre 1. d'Edras, qui est écrit en partie en Langue Chaldéenne, il est parlé, chap. iv. v. 8. d'un nommé Reum, qui étoit Beel-term, c'est-à-dire, Maître ou Chef du Conseil. En Syriaque, Beeldebobo signifie ennemi, à la lettre, Maître de l'ignominie, celui qui cause de l'ignominie. Le Dieu qui dans le texte Ebreu, iv. Reg. 1. 2. est appelé Baalzebub, c'est-à-dire, Seigneur de la Mouche, ou des Mouches, est nommé dans la Version Syriaque Beelzebub. Le Grec du Nouveau Testament l'appelle Beelzeboul, & nous en François Beelzebut.
BABEL. C'est le nom qui fut donné à la Ville & à la Tour que les hommes bâtirent dans la plaine de Sennaar, quelque tems après le Déluge, avant que de se séparer pour peupler la Terre. Ce mot, qui est purement Ebreu בבל, signifie confusion; & l'Ecriture nous en donne elle-même l'étymologie, lorsqu'elle dit, Genes. xi. 9. C'est pourquoi cette Ville fut nommée Babel (confusion), parce que c'est là que le Seigneur confondit le langage de toute la Terre. Il y a dans l'Ebreu une allusion de mots entre Babel & balal. Ainsi בבל Babel est formé du verbe בבל balal, qui signifie mêler, confondre, & Babel a été dit apparemment au lieu de בבל Balbel, dont le son même exprime très-bien le mélange, la confusion. Aussi la Paraphrase Chaldéenne, au lieu de l'Ebreu balal, dit בבל Balbel, à l'endroit de la Genese que nous venons de citer. En Ebreu Rabbinique, בבל bilboul, signifie mélange, trouble, confusion; & בבל mboulbal, mêlé, troublé, confondu. De Babel on a fait Babylone.
BABIL. Il y en a qui croient que ce mot vient de Babel, ou Babylone, où se fit la confusion des Langues. Je croirois plutôt que ce mot prend son origine de la voix non articulée des muers & des enfans, lorsqu'ils veulent dénouer leur langue, lesquels communément ne savent former autre syl-labe que baba; d'où vient le verbe βαδω, qui, dans Hésychius, signifie parler d'une voix non articulée; & le verbe Flamand babeler, qui signifie même chose. Goropius, lib. 5. Originum Amur-pianarum: Babelen id est, confusè & inarticulatè loqui, ut non intelligatur. Les anciens Grecs appellèrent aussi les nations étrangères Barbares; parce que dans la prononciation de leur Langue, qu'ils n'entendoient point, ils ne pouvoient pas comprendre qu'ils articulaient bien leurs mots, comme témoigne Strabon, livre 14. de sa Géographie. Et même Léon d'Afrique, dans la première déscription d'Afrique; dit que la Barbarie est ainsi appelée, parce que les Blancs dont elle est habitée, furent appelés Barbares, d'un mot qui signifie parmi eux murmurer. Aussi appellons-nous barbuter, quand quelqu'un parle entre les dents, & d'une voix confuse & non articulée. Or parce que ceux qui parlent beaucoup, & avec une grande volubilité de langue, prononcent d'ordinaire des paroles imparfaites, que le Latin appelle verba terriata; de-la vient qu'on appelle babil le caquet de ceux qui parlent beaucoup. Cafeneuve.[{"box_2d": [502, 502, 871, 921], "label": "text", "caption": "BABIL. Plusieurs le dérivent de Babel. Nicot: A Babel, seu Babylone, ubi existit linguarum confusio. M. Grotius, sur ces mots du chap. xi. de la Genese; dictero vocarum est nomen ejus Babel, quia ibi confusum est labium universa terra: Videtur hac vox servata & lingua primava, unde maneant ista in Linguis variis βαδω, babbus, babil. Guillaume Poitel dit la même chose: Nomen turri & operi imperfecto Babel fuit, quod confusionem notat; satis voci Gallicana accedens: balbutiendi enim verbum babillare dicimus. C'est dans son Traité de l'Origine de la Langue Hébraïque, au feuillet 60. Je crois qu'il vient de bambinare, fait de l'Italien bambino, qui signifie un enfant. Bambinare, bambinulare, bambillare, babillare, BABILLER. Babilum, BABIL. Les Anglois disent de même bable, pour babiller; & baby, pour un enfant. L'Italien bambo vient, selon M. Bochart, livre 1. chap. 33. page 646. de ses Colonies des Phœniciens, de βαδω, mot Syro-Phennicien, qui signifie enfant. Damascus, dans la Bibliothèque de Photius: βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. 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Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. 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Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, 1. M. Bochart remarque à ce propos au lieu allégué, que les Arabes appellent encore aujourd'hui un enfant babus, & les Allemands bubi, & les Anglois babe & babie. Mais selon moi, βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βαδω &, qui βα B A B. B A C. Câçur, vâ juô impôquâtra xêver. Suidan : *Bâcâiter*, *trâum* *tâ râvîr*, *âvâum* *gârsûbu*. Et de-là le nom propre *Bambalio*. Cicéron, dans sa troisième Philippique : *Bambalio*, *homo nullo numero*. *Nihil* *ille contemplus*, qui propter *hâstantiam lingua*, *supermque cordis*, *cognomen ex contumelia traxeris*. Le mot *babus* a la même origine. Voyez mes Origines de la Langue Italienne, au mot *Bambino* ; & ci-dessus *Babioles*. Carrion, sur Aulugelle, livre 1. chap. 5. dit que le mot Latin *Bambalios*, qui se trouve dans Salufte & ailleurs, a été fait de l'ancien mot François *babiller* : en quoi il se trompe, comme nous le ferons voir au mot *barboniller*. M. Les Allemands disent *babillon*, pour *babiller*, & *babiler*, pour *babillard*. Le Duchat.
BABINES. Lèvres de certains animaux, comme de vaches, de singes, & de chiens. Apparemment de *labina*, vâ, diminutif de *labia* : quoique le changement de l'1. en a ne me paroisse pas naturel. M.
BABIOLES. Choses puériles, jouets d'enfants. De *bâcâes*, *enfant*. Voyez ci-dessus *Babil*. *Bambella* se trouve à peu près en cette signification dans Roger, en la Vie de Richard II. Roi d'Angleterre : *Rex tres partes thesauris fuli*, & *omnia* *bambella divifis Ottoni impoti suo*, *Regi Alemannorum*. M.
BABOU. Rabelais, livre 4. chap. 16. *Panurge* *lui fit la babou en signe de dérision*. Je crois que faire *la babou*, c'est proprement faire *la mou*. De sorte que quand au chap. 22. du livre 1. de Rabelais, nous lisons que le jeune Gargantua jouoit à la *bâcâes* *bou*, il y a apparence que c'étoit à se faire réciproquement la mou avec des enfants de son âge. *Babouin* signifie un singe, animal à laides grimaces ; & dans Rabelais on lit *babouines*, dans la signification de *balavres*. Or comme *balavres* vient conflamment de *bis labra*, *babouines* ne viendroit-il pas de *bis* & de *buccina*, diminutif de *bucca* ? Quoiqu'il en soit, c'est ou de *babouin*, dans la signification de *singe*, ou de *babouines*, que viennent ces façons de parler, *faire la babou*, & *jacer* à *la babou*. *Faire la babou*, c'est ce que le Moyen de Parvenir, chap. 19. appelle *faire la quine mine* ; c'est-à-dire, s'appuyer le pouce contre la joue, puis du reste de la main étendue en forme d'aile déployée, contrefaire le battement d'aile d'un oiseau. *Babouin* & le vieux mot *Quin* sont synonimes, dans la signification d'une espèce de singe, animal à grimaces, qu'on diroit destiné à se mocquer de ceux à qui il a fait pièce. Le Duchat.
BABOUCHES. On appelle ainsi les souliers dont se servent les Turcs, & quelques autres Orientaux. Ce mot vient du Persan *Papos*, qui signifie la même chose. *Hues*.
BABOUIN. Un sot, un niais. Il vient du Latin-barbare *Bavo*, qui signifie la même chose. Le Glosfaire de l'Evêque Goth Anfaleabus : *Bavones*, *shulsi*, *ruftici*. Ou de *Baburrus*. Les Gloses d'Isidore : *Baburrus*, *shultus*. Papias : *Baburrus*, *shultus*, *ineptus*. *Baburria*, *shultitia*, *ineptia*. Calseneuve.
BABOUIN. De *babus*, en la signification de *petit enfant*. *Babus*, *babuinus*, BABOUIN. Voyez *Babil*. Du même mot *babus*, on a fait *babion*, pour une espèce de singe ; dans laquelle signification on se sert aussi du mot *babouin*. M. BAC à passer l'eau. En Bas-Breton, *bacq* signi- fie un *bateau*, & *bad* en Anglois signifie la même chose. *Back* en Alleman signifie un *vase* en général : d'où vient *baktrog*, pour un *vase* à boire, & pour une *may*, une *huche* à *pairir* le *pain*, *mafra*, *arca panaria*. De *backon* a fait les diminutifs *backinus*, & *backettus*. Grégoire de Tours, livre IX. chap. 38. *Cum duabus pateris lignitis*, *quas vulgo* *bacchion vocam*. Rabelais, livre 3. chap. 31. a use du mot *bac*, pour *bacquet* : *Je vous jure ici par* *les bons mots qui sont dedans cette bouteille-là*, qui *rafraichit dedans ce bac*. ¶ *Bac* peut avoir été fait de *barcus*, dit pour *barca*. Voyez *Barque*. M.
BAC, ne vient point de *barcus*, dit pour *barca*, mais de l'Alleman *back*, ou du Flaman *bak*, ou du Bas-Breton *bac*, qui ont la même signification que le mot François. Je ne sais où M. Ménage a trouvé que *bad* en Anglois signifiouit un *bateau*. Il falloit dire *boat*. Il n'est pas vrai non plus que *baktrog* en Alleman signifie un *vase* à boire ; quand même *back* en cette Langue signifiouit un *vase* en général, comme dit M. Ménage. *Backtrog* signifie simplement une *huche* à *pairir* le *pain*, à la lettre *pifforius alveus*. *Back* dans ce mot, n'est pas la même chose que *back* pour *bateau* ; mais il vient du verbe Alleman *backin*, qui veut dire *pairir*, *faire du pain* ; & *trog* signifie *alveus*. Écoutons Wachter, *Glosfar. German*, au mot *Backtrog*. Backtrog, *mafra*, *proprio* *alvus pifforius*, *in quo mafra* *farinacea pinsitur* & *fubigitur*. *Frisi bius*, in *Fundam*. *L. Germ. pag. 248. notas Lapidum errorem Menagii*, qui *backtrog interpretatur* *vase* à *boire*, *vas potorium*. *Unde hoc hauserit non liquet. Certè à Lingua* *Germanica alienum est*, & *multò magis à moribus* *Germanorum*, qui *etiamfi sint firenni potatores*, *non* *solent tamen bibere ex mafris*. ¶
BACAYE, ou BAQUAVE. On appelle de la sorte à Metz une espèce de crapaud à queue, qui se trouve dans les maîures. De l'ancien mot *bot*, *crapand*, & de *caudatus*. Le Duchat.
BACHA. Du mot Turc *Bach*, qui signifie tête, les Turcs ont fait le mot *Bacha*, qui se dit parmi eux des personnes qui commandent, ou qui ont commandé dans des Emplois considérables ; comme sont les Gouverneurs des Provinces, les Gouverneurs des grandes Villes, les Vizirs, & les Amiraux. C'est donc comme il faut parler, si on veut déférer à l'étymologie ; & c'est aussi comme plusieurs parlent. M. de Scudéry a dit dans sa Tragicomédie de l'Amant Libéral : *Vive Hazan Bacha plein d'honneur & de* *joye*. ¶ *Celui dont le Bacha fait présent au Cadi*. Mais comme les Italiens prononcent *Baffa*, plusieurs parmi nous prononcent aussi *Baffa* : & c'est comme parle toujours le Gazetier. Bufbeck, dans ses Lettres de son Ambaïade de Turquie, a aussi rendu en Latin ce mot Turc de la sorte. Mais ce qui a particulièrement contribué à introduire cette prononciation, c'est le Roman de l'Illustre Baffa de l'Illustre Mademoiselle de Scudéry. Pour conclusion, je crois qu'on peut dire indifféremment *Bacha*, & *Baffa* ; mais avec cette différence, qu'en parlant du Roman de Mademoiselle de Scudéry, & du Héros de ce Roman, il faut toujours dire l'Illustre Baffa, *Ibrahim Baffa* : & il faut toujours dire *Ibrahim Bacha*, en parlant d'un autre Bacha, qui s'appelleroit de ce nom-là. M.
BACHEL. Nom d'une famille de Metz. De *bacillatus*, fait de *baculus*. Le Duchat. Qij
BACHELIER. C'est maintenant celui qui est promu au premier degré d'une science. Beatus Rhenanus, dans un avis au Lecteur, fut les œuvres de Tertullien, écrit qu'environ l'an M. CXL les Collections de Pierre Lombard, ayant été reçues & enseignées dans Paris, & le Decret de Gratien ayant été publié & lû environ le même tems à Bologne, on commença dans les Universités de ces deux Villes à donner le titre de Docteurs, à ceux qui avoient enseigné publiquement les écrits de ces deux personnages : & que ces Docteurs, ayant premièrement reçu le pouvoir & la faculté d'enseigner, par l'exhibition d'un petit bâton qu'on leur mettait en main, furent appelés Bacillarii, à bacille; & en François Bacheliers : comme, dit-il, on le peut vérifier par les plus anciennes Constructions de l'Université de Paris : Nam in vesueteribus Parisiensis Academia codicibus, qui confituntiones gymnasia continent, Bacillarii nominantur, a bacillo, ut videtur, deduite vocabulo. Il est affurément bien vrai, comme dit ces Aureur, que le mot Bacillarius, qui le lit dans ces Constructions, est formé de Bacillus : mais il n'y est pas dit, qu'en l'installation de ces anciens Docteurs, on leur mit un bâton en main : & c'est une conjecture qu'on ne saurait appuyer de la moindre autorité. Mais il est certain que le nom de Bachelier a plutôt appartenu aux armes, qu'aux Lettres, & que c'est à l'imitation des Bacheliers d'Armes, que ceux des Lettres ont été ainsi appelés. Ce qu'on ne trouvera pas étrange, puisqu'anciennement il y avoit même des Chevaliers de Loix. Froissart, vol. 1. chap. 179. Et si convient qu'il pardonnât la mort de les trois Chevaliers, les deux d'armes, & le tiers de Loix. Il est certain, qu'anciennement les jeunes Gentilshommes, qui pour apprendre le métier des armes, s'exerçoient à la Quintaine, aux Joutes, & aux Tournois, furent appelés Bacillarii ou Baculares, parce qu'ils faisoient leurs exercices avec des bâtons ailés à rompre; ou si c'étoit en quelque occasion de pompe & de magnificence, ils se servoient de Lances sans fer, ou avec fer de rochet, qui étoit différent du fer de guerre, comme l'on peut voir dans Enguertand de Montrelet, vol. 1. chap. 38. Et j'ai vu il n'y a pas long-tems, que pour épargner les Lances, on jouitait à Quintaine avec de petits bâtons qu'on estoit dans un tronçon de lance qui demeuroit toujours entier dans la main du Cavalier, & le bâton se brisoit & voloit en éclats. Ainsi les Gladiateurs Romains, s'exerçoient avec des bâtons de bois ou de fer, comme sont nos fleurets; & cela s'appelloit rudibus batuere; d'où vient rudimentum, qui signifie apprentissage & commencement de métier : voire même les jeunes soldats Romains, s'escrimoient avec des épées de bois, que Polybe appelle Eunice magniens; & Dion, en la Vie de l'Empereur Commode, Eupie Eunice. La Quintaine, qui, comme je dirai en son lieu, étoit une statue de bois contre laquelle on jouitait, étoit l'exercice des jeunes Gentilshommes, où ils alloient rompre les bâtons, pour apprendre à rompre les lances à la guerre contre les hommes armés. L'Histoire de Bertrand du Guélelin, ch. 1. parlant des exercices de la jeunesse, dit qu'il faisoit dresser Quintaines, & y jouitait. Et l'ancien Roman de Gerard de Rouffillon, écrit en Langue Provençale, fait voir que c'étoit l'exercice des jeunes Gentilshommes, qu'il appelle donzols, c'est-à-dire, Damoijcant. Quan le Reys ac mengeat dort mariana, Lhi Danzei van burdrin la Quimana. Or, que les jeunes Gentilshommes fuissent appelés Baculares, et lieu d'Orderic Vital, liv. 10. de l'Histoire Ecclésiastique, le témoigne clairement; où, parlant d'un jeune Chevalier, Helia, ditall, candidam justerum tunicam indus; pro qua candidus Baculatis folitus est ab illis appellari. De Baculari, ou Bacillarius, on forma le mot de Bachelier, Mathieu Paris, dans la Vie de Henri III. fait voir que les jeunes Chevaliers, qui fréquentoient les Joutes & les Tournois, étoient appelés Bacheliers : Ipso quoque tempore Hæstiludium commifsum est apud Brackete, ubi multi de militibus Universitatis regni, qui se volunt Bachelarios appellari, courriti sunt. Il dit courriti sunt, parce que ces jeunes Gentilshommes, pour n'avoir pas affex de force & d'adresse, étoient souvent mal menés & froissés aux Tournois & aux Joutes, par les coups de bâton dont on s'y servoit au lieu de lances; ce qui s'appelloit pour cette raison baculari, de baculus. Mathieu Paris, au lieu ci-dessus allégué, parlant de Guillaume de Valence, frère Uterin de Henri III. Roi d'Angleterre : Ataxo tener, & viribus imperfellus, impetus militum durorum & Martiorum fustisure non prevalens, multa amissis prostratus, & egregii, ut introductions militia initiales addesceret, baculatus. Mathæus West-Monasteriens, sur l'an MCCLIII. parlant aussi d'une Joute : Prostrati, spoliati, & baculati, fementis & balneis indignerunt diuturvis. D'où vient enfin que l'on dit baculare, pour battre. Pierre de Blois, Serm. 1. baculavit eum qui habebat mortis imperium. Et parce que ce n'étoit que les jeunes Gentilshommes, qui pour s'exercer de la sorte avec des bâtons, étoient appelés Bacheliers; le mot de Bachelier fut ensuite pris absolument pour jeune homme. Albertus Aquensis, dans son Histoire de Jérusalem, liv. 3. Castrum adolescentium, quod diatur de Bakelers. Herman de Valenciennes, au Roman de la Bible : Dont le quierens trestuit & viell & bachelier. Guillaume de Lorris, au Roman de la Rose, pour dire, qu'il sied bien à un jeune homme de savoir chanter, danser, & jouer des instruments de Musique : Si avient bien à Bachelier, Que il sache de vieler, De flenter & de danser. La vieille Chronique de Flandres, ch. 30. parlant d'Edouard fils de Henri III. Roi d'Angleterre : Un jour s'il assembler grande partie de Bacheliers, & jeunes gens du pays, & disois qu'il voula alter behourder. Voyez Behoud, dans les Antiquités Gouvées de Borel. Et au ch. 43. Les jeunes bacheliers vinrent à lui, poignant des esperons. En effet l'épithète de jeune se trouve jointe au mot Bachelier. Le Roman de Guillaume au court nez : Li ian bachelier, li nouvel rocher, Cil desferm la guerre, de la paix ont pour. Enfin le mot Bachelier, dans nos anciens livres François, & particulièrement en divers endroits de Froissart, signifie un jeune Gentilhomme qui n'a pas encore reçu l'Ordre de Chevalerie, ou un jeune Chevalier qui n'a pas encore acquis assez d'expérience au métier des armes. Voire même on appelle en Picardie Bachelière, une jeune fille, ou une Chambriere. De tout ce que je viens de dire, il se peut aisément juger, s'il se faut tenir à l'opinion de quelques savans hommes, qui avouent à la vérité que Bachelier vient de hacains : mais qui croient que c'est à cause du combat qui se faisait cum hacale & scure, en un gage de bataille ; c'est-à-dire, lorsque par ordre de Justice on remettait au sort des armes la décision d'une affaire dont il n'y avait point de preuve. Car cela n'a rien de commun avec nos Bacheliers, qui étoient des jeunes Gentilhommes ; là où ces Champions qui se bartoient cum hacale & scure, étoient des personnes de basse condition, qui se bartoient de la sorte, ou pour leur propre cause, ou pour celle d'autrui. Outre qu'il se trouve rarement que les Gentilhommes qui faisoient un champ mortel, comme disent nos anciens Historiens, se soient battus avec l'Ecu & le bâton ; mais bien à cheval, avec les armes d'un Cavalier, qui étoient à cu, la Lance, l'épée, & la lache d'armes, comme je ferai voir sur le mot Champion. Quelques autres, fondés sur ce que dans Froissart, vol. 1. chap. 123. on trouve écrit Bachrovaleroux, (mot sans doute corrompu, puisque Denis le Sauvage a noté à la marge, que dans quelques exemplaires il y a Bachelieroux) se sont persuadés que le mot Bachelier étoit formé, par contraction, de bas Chevalier : & c'est l'opinion de Fauchet. Charles Loiseau, ch. 5. des Ordres, tient que Bachelier est formé de bas échelon, comme étant le dernier degré de Chevalerie. Cujas, sur le tir. 7. du liv. 3. de Fendis, doute s'il faut dériver ce mot de Vassallus ou de Baccellarius. Que si dans la Coutume d'Anjou, art. 63. les Seigneurs qui ne sont Comtes, Vicomtes, Barons, ni Châtelains ; mais qui ont des Châteaux & maisons fortes, qui sont des parties de ces Comtés, Vicomtes, Baronies, ou Châtellenies, sont appelés Bacheliers ; c'est abusivement : de même qu'il y a des Fiefs dont les Seigneurs sont qualifiés Damaisaoux, bien que proprement & originalement Damaisaoux soit un jeune Gentilhomme, comme je fais voir en son lieu. Coisienne.
BACHELIERS. Pour ceux qui ont le premier degré en Théologie, en Droit, ou en Médecine. On les a ainsi appelés des Bacheliers militaires, qui étoient des Nobles, plus confidentiels que les Écuyers, & moins que les Chevaliers. La Coutume d'Anjou, article 63. Outre les Seigneurs des Juifs, y a audit pays anciens autres Seigneurs, qui ne sont Comtes, Vicomtes, Barons & Châtelains, qui ont chateaux, forteresses, grosses maisons, places qui sont parties de Comtes, Vicomtes, Baronies, ou Châtellenies des Juifs pays : Et cela s'appellent Bacheliers. Et parce que ces Bacheliers étoient d'ordinaire de jeunes gens, les jeunes hommes qui commençoient à entrer en âge de virilité, furent aussi nommés Bacheliers. Et on les appelle encore ainsi en Picardie. Et à l'exemple de ces jeunes hommes, on appelle aussi Bachelières les jeunes filles. Rabelais, liv. 4. chap. 11. Ces flames antiques sont bien faites ; je le veux croire : mais, par S. Ferreol d'Abbeville, les jeunes Bachelières de mes pays sont qu'ils sont plus avouantes. Et de-là, la Bachelière de Lusignan en Poitou, & la Bachelière de Choles en Anjou : qui sont des Fêtes & des Jeux des jeunes gens du pays. En Espagnol, bachelier, qui est la même chose que notre Bachelier, signifie aussi un jeune homme. Voyez André du Chêne sur Alain Chartex, pap. 851. où il rapporte plusieurs exemples de ce mot Bachelier, en cette signification. Parlons maintenant de l'étymologie du mot de Bacheliers en la signification de ces nobles qui étoient plus que les Écuyers & moins que les Chevaliers. Il y a diversité d'opinions touchant cette étymologie. Cujas, au tit. v. & au tit. vii. du Livre des Fiefs, dit que ces Bacheliers ont été ainsi nommés, quasi Baccellarié, qui passèrent autre entre autres corps confusés s'ores protectrices, qui parvoient saisis affaîtres temper. Le Président Fauchet veut qu'ils ayent été dus de la sorte, quasi Bachelières. Voici ses termes, qui sont du chapitre premier du Livre premier de l'Origine des Chevaliers : Il y en a qui disent que le mot de Bachelier vient de bataille ; comme s'il fallait dire batailler : mais il y a pour d'apparence que c'est à dire jeune, & entrant en la virilité : comme ceux que les Larins appellent adolescentes, & les Grecs épithées. Car encore en Picardie, Bachelier & Bachelière sont appelés, non pas les enfans ou fillettes de dix ans, ainsi les jeunes garçons de seize & de dix-huit ans, & les filles profon à marier : témoin le Vandeville, qui dit : En voici Bachelier juste. Et comme encore aux Éscholes de tous arts & sciences, l'on appelle Bacheliers ceux qui sont avoués, aux lustres, & profés d'être Licentiers ; c'est-à-dire, congédées, pour enseigner & parvenir au degré de Docteur-hisant. Bât Rhenan, très-servant Alleman, est de ces avis ; ayant dit en ses Annulations sur Tertullian, en un Advertisement au Leclerc touchant les livres étalés Tertullian, que lorsqu'on recent premièrement le livre des Sentences de Pierre Lombard, Evesque de Paris, (c'est-à-dire, environ l'an 1140.) que ceux qui les enseignent & publientent, furent lors premièrement nommés Docteurs. Et pour ce qu'avant qu'ils eussent pernicifion de lire, on leur mettait un ballon à la main, qui en Larin s'appelle bacillus ; ils furent nommés Bacilliers en Français. Et voilà ce qu'on se grand personnage dit. De fait, les anciens livres portent Bacillier. Mais je suis d'avis que Bachelier est un abrogé de Bachelières ; & que les jeunes hommes qui se sontent forts pour endurer le faux des armes, du commencement prirent le nom de Bacheliers, comme étant plus bas & moindres que les hantes & anciens Chevaliers, puissons & adorés (c'est-à-dire, endurcis) au recueil des guerres. Qui a mon avis, est l'étymologie la plus apparente ; aussi bien que de Hantier (c'est-à-dire, grand & noble) s'est fait Baron. Car on dit du Bachelier d'armes vous lisez : Qu'au premier Tournoy où il viegne, Si tres bien faire li souvigne, Pour l'Ordre qu'a prise nouvelle I mette tot en la querelle Cors & avoir en l'adventure, Qu'il vainque le Tournoyement. Il a moult beau commencement Quand il a le Tournoy vaincu, Où il porte premier l'esca : Là prend du Bachelier le nom. Moisure en une soeurie, & une autre moisure de France où il y a Maistre, l'on appelle Bacheliers ; ceux qui sont passés. Moisures en l'art, mais qui ne sont pas fures ; & lesquels pour annuler le rapport fait par les Docteurs Jurez, doivent être deux fois autant. Louis Vivès, très-façant Espagnol, dit que les Bacheliers aux sciences peuvent avoir prûleur nom de Baccalaureatus. Et je croy qu'il l'entend, pour ce que les Poètes soulèvent jadis, être couronnez de laurier en grande joleminée comme le fut Pétrarque à Rome l'an 1350, ne l'ayant voulu être à Paris, ce dit l'Amour de la Vie. C'est dans son Traité de Dôçipina militari que Vivès a dit ce que lui fait dire Fauchet. On peut dire en faveur de l'opinion de Fauchet, que Froissard, liv. 1. ch. 127. ufc du mot de Baschevalereux, comme l'a remarqué Loiseau, au chapitre 6. de son Traité de la Haute Noblesse : lequel est a peu près de l'avis que Fauchet : car il dérive Bachelier de bas échelon ; qui est une dérivation ridicule : mais Favin est tout-à-fait de l'avis de Fauchet. Alciat, sur la Loi 57. de Verborum significatione, & au chap. 9. du liv. VIII. de ses Parergues, dérive Baccalaureus de bacca laurea; qui est l'opinion de Vivès. Et cette opinion est appuyée par l'usage de toutes les Ecoles de Droit, de Théologie, & de Médecine, dans lesquelles on appelle Baccalaureus un Bachelier : & par ce passage de Glaber, liv. v. chap. 1. Post hoc igitur in Monasterio Sancti Benigni Divionensis Martyris, locatus, non dispar, imò idem mihi visus, est in Dormitorio Fratrum : il parle d'un Démon : Incipiente autem aurora diei, currens exiit à domo latrinarum, taliter inclamando, MEUS BACCALAUREUS UBI EST : MEUS BACCALAUREUS UBI EST : Mais peut-être que c'est une restitution du Copiste, & que l'original avoit Bacalarius. C'étoit la pensée de M. de Launoy, très-façant Théologien de la Faculté de Paris. ¶ M. Hauteferre, au livre 2. des Ducs, & Contes de Provence, ch. 8. le dérive de baculus. Voici ses termes : BACHELARIOS à baculis dictus obserbo; non ex eo quod de fendo investitentur per baculum, ut voluere nomulii; sed ex eo quod scutis & baculis militia tyrocinium, & duelli aleam experimentur. Adevaldus Floriacensis, lib. 1. de Miraculis S. Benedici, cap. 25. Tandem adjudicatum est, ut ab utraque parte testes exirent, qui post sacramenti fidem scutis ac baculis decertantes, finem controvertie imponerent. Et Auctor Vita Andrigiis, Bituricensis Episcopi, apud Surium, tom. 3. 23. Maii : jam certaminis aderat dies, & Austragissius manè surgens, clypeum cum baculo (male Surius jaculo) per pueros suos misit in agrum, ubi Rex inter se contingentes suspectare condeverat. Inde scutum & justis, pracipua inter milites arma censentur. Capitulare Caroli Magni, lib. 3. cap. ult. Armati veniant; id est, qui potest habere cum lorica & scuto ancipite, atque suete. Et ne dubitrem Bachelarios etymon repetere a baculis, magis moveor quod eos Baculares dictus non semel occurris. Ordricus Vitalis, lib. 10. Historia Ecclesiastica, anno Christi 1100. Custodes itaque laudabili jam fide probati, Helix candidam jusserunt tunicam indui, pro qua Candidus Bacularis solitus est ab illis nuncupari. Ut & juniores Candidati Theologia, Baculares vocitantur. Walsinganus in Richardo II. 1381. Quidam de Ordine Carmelitarum Frater, Bacularius in Theologia. On peut dire en faveur de M. Hauteferre, que les anciens livres Latin appellent les Bacheliers, Bacularius, Bachlarios, & Bacularios : & que les Espagnols les appellent Bachlieres; & que le mot Baccalaureus, qui se trouve dans Glaber, est suspect. Et cette opinion de M. Hauteferre est aussi celle de M. Dominicy, très-façant Professeur de Droit de l'Université de Bourges, dans son Traité du Franc-Alleu, ch 15. & celle de Warlius, dans son Glossaire sur Mathieu Paris. Voici les termes de M. Dominicy : Ex eadem pugnandi ratione inditum nomen Baccalariis, quos a Buccellariis, seve Pruteiloribus, de quibus in lib. ult. cap. ad Legem Juliam de Vi publica, viri docti ex similitudine vocis, potius quam ex officio deduxere, cum a baculis, quibus dimicarent, liquidò sim nuncupati. Hoc me docet Gaspar Ovimalo, vetus Regum Navarratorum Fœcialis, seu, ut nostri loquuntur, Heraldus, Dum ait, Baccalarios baculis roburens seu clavis juris, debere certare, estque dignitate Scutariis esto potiores : quod uprimo probat Tillius cap. de Equitibus, ex eo quod duplici Scutariorum stipendio afficerentur. Inde etiam Helias quidam Bacularis dictus Orderico Vitali Hist. Ecclesi. lib. 10. Custodes itaque laudabili jam fide probati, Helix candidam jusserunt tunicam indui, pro quo Candidus Bacularis solitus est ab illis appellari. Ideò seran quod militia candidati sago candido pracingerentur; sicut sub Romanis Tyrones albo meruisse indicat Virgilii carmen, lib. ix. Ænid. Parmaque inglorius alba. Baculis virò se milites exercuisse, tradit Vegetius, lib. 1. cap. xi. & seq. idque genus armorum in Gallia receptum perhibet Carolus Magnus, Capitul. lib. 3. cap. ult. In purgatione Canonica, qua per duellum siebat, ex præscripto ejusdem Caroli, Capitul. lib. iv. cap. 23. & 29. Scutis & fustibus in campo certamen peragebatur. Secundum quam confustudinem, in controversia Haimerici Vicecomitis Toarci cum Theodorico Abbate S. Albini, affittit Abbas jus suum paratus aut calidi ferri judicio secundum legem Monachorum per suum hominem probare, aut scuto & baculo juxta legem Sacularium deffendere. Et in duello Comitis Engelsfmentis contra quamdam maleficam adsuit Missus Comitis Stephanus, & defensor malefica Guillelmus cum baculis & scutis, ut parte ex Actis ad hoc conscriptis, publicique juris factis a vivo clarissimo Jacobo Sirmondo, in Nevis ad Goffridum Vindocinensem : imò & ipsos Pontifices ad bannum evocatos, ne se sanguine cruentarent, clavò lignea pugnasse, viri eruditi jam adnotarunt. Cependant M. du Cange, dans ses Observations sur Ville-Hardouin, pag. 172. & dans sa Liste de ses Etymologies Françoises, imprimées à la fin de son Glossaire Grec, a suivi l'opinion de ceux qui dérivent Bachelier de Bas-Chevalier : Et dans son Glossaire Latin, il a imprévué l'opinion de M. Hauteferre, en ces termes : Nobilis viros, vel adolescentes, baculis in arena decertasse, nemo, opinor, nisi harum rerum profus ignarus, fatebitur. Unde miror virum eruditum huic fentenia subscripsisse, lib. 2. de Comitibus Provincialibus, cap. 8. Depuis que j'ai fait ce Discours sur le mot Bachelier, j'ai vu les Origines Françoises de M. de Caseneuve, où ce grand Etymologiste suit aussi l'opinion de ceux qui dérivent Bachelier, à baculis. Voyez son Observation : elle est très-docte & très-curieuse. Dans la première édition de mes Origines de la Langue Françoise, je me suis déclaré pour cette étymologie : & je perlevère dans cette opinion ; qui est aussi celle de Pancirole, liv. 2. de ses Illustres Interprètes de Droit, ch. 1. Primò sum Baccalarrei, id est bacca laureà digni, qui quadriendo fonduerunt : & Lyta vocantur, tanquam Juris nodos solvere incipientes. Sed ex veteris Parisiensis Academia ufu Bacillarii appellantur; dicti à bacilo ipsis exhibito : quod signum est auctoritatis dicendi, quam consequuntur. Et celle de Jean Despaute, dans son A. Epistolique : BACCALAIUS, pro Baccalaureo, qui baccà lauri insignens est in aram magisteri. Dura tamen vel sic esset compositio. Unde videur barbarum, à banco, id est scamma, aut sediti, super quod respondens sederit, dedullum; vel à baculo, id est sceptro, aut litio, insigni magistrauis ante eum lato. Il est à remarquer, que Despaute & Pancirole, détivent Bachelier de baculus, par une autre raison que Dominicy, Hauteferre & Caseneuve. M. Dans le Roman de Perceforest, les termes de Bachelier & de Chevalier, sont indifféremment employés par-tout pour désigner un Chevalier garçon ou non marié. Aussi le mot de bachevailier, qui se trouve aussi dans le même Roman, n'y signifie-t-il pas un simple chevalier ou bas chevalier; mais il est employé pour désigner un nommé Marones, autrement appelé Marones de l'étrange marche. Chevalier renommé à cause de plusieurs proueuses. Voici le passage, comme on le lit au vol. 6. ch. 14. Dieu : dit-elle en son secret, (c'est une pucelle qui parle) qui peut être le Chevalier qui porte en son escu le trot d'argent ? Certes il a bien les manières de mon cher ami en faisant ses proues. Comment se fait-il si gentement a cheval ? S'il y eût un griffon en son escu, je dives que ce fait Marones du Royaume de l'étrange marche. Pucelle, dit Salphionne, à quel pensez-vous si fort ? Salphionne, dit-elle, je pense au Chevalier qui eut bien aux jouites ung escu convert d'une vermelle houffe : car il m'est avis que ce bachevailier qui porte ce blanc trot, le rosette très-bien en faisant ses vaillances. Ma compagne, dit la Pucelle, ainsi je vous dis, & orendroit y pensage. Je ne sçay, dit Langerne, comment il en est : mais je tiens que ce fait Marones, ou je suis déceux : car je pense qu'il ays ses armes changées, ou les portois semblables des sous la houffe. A l'égard de l'origine de bachelier, dans la signification de jeune chevalier prêt à marier, ou d'un garçon d'âge à se marier, non-feulement je suis persuadé, comme on le croit communément, que ce mot vient de baculus; mais je ne doute pas non plus que le mot bachelier en cette signification ne désigne un jeune garçon qui n'a pas encore fait souche, & qui tant qu'il n'est pas marié, n'est considéré que comme un bâton de l'arbre de la famille. Voyez ma remarque au mot bacher, touchant les autres fortes de bacheliers, ils sont nommés de la forte comme étant en état & à la veille d'épouser quelque profession publique, soit de chevalerie, de lettres, ou de métier. Perceforest, vol. 6. ch. 33. Je me présente ici devant vous, ainsi que je le promis, aujourd'hui y a quinze jours, pour recorder mon droit à l'encontre du bachelier, qu'on appelle le chevalier à la fumée. Ce chevalier, qui ici est appelé bachelier, est Marones, l'un des plus fameux de tout le Roman. Ainsi le Président Fauchet, n'a pas bien rencontré lorsqu'il a cru qu'on n'appelloit bacheliers que les nouveaux & peu fameux chevaliers. Mais, comme je l'ai déjà dit, on traitoit indifféremment de bachelier & de chevalier, tout chevalier non encore marié, quelque réputation qu'il eût d'ailleurs. C'est ce qu'a bien senti Belay, dans son Traité de l'Origine des différens ordres de Chevalerie, imprimé à Montauban en 1604. où au ch. 7. parlant des Chevaliers de l'Eperon d'or : Mais, dit-il, si tant ceux qui estoient chevaliers de la Corvette, que les autres qui ont esté nommés de l'esperon, se trouvaient entre Gentil-hommes encore jeunes & non maries, ou les pouvoirs, selon l'usage du temps, qualifier Chevaliers bacheliers (Ba-chevaliers), qui n'estoit pas un nom de dignité, ni de degré, ainsi d'aage & de condition; ainsi qu'à mesure considération nos pères surnommées bachelette, une jeune pucelle preste à marier, ou non encore mariée. En Bretagne, tout Chevalier qui n'étoit point Banneres, prenoit la qualité de bachelier. De baculus, en tant qu'il portoit une lance toute nue, au lieu qu'à celle du Banneret il y avoit un panon. A Metz on appelle bacelle une grande fille, & bachelette une petite fille : & quand elle est grande & d'une taille maffire, on dit par toute la France que c'est un beau brin, un beau bâton; de même qu'on dit d'un petit garçon, qu'il sera un jour le bâton de vieillesse de son père. Tout cela me confirme dans la pensée que bachelier, dans la signification de jeune garçon, pourroit bien venir effectivement de baculus; & le Messin bacelle, de bacilla, féminin de bacillus, diminutif de baculus. Le Duchat.
BACHER. Mot Messin, qui signifie frapper avec bruit, comme à une porte. De l'Alleman baschien, qui signifie frapper de l'aviron sur l'eau avec bruit. Le Duchat.
BACIN. De bacinus, formé de l'Alleman baschien, Bacinus se trouve dans l'Epître 40. de Saint Bernard : & bacchium, dans Grégoire de Tours, livre IX. chap. 28. Voyez mes Origines Italiennes, au mot bacino; & M. du Cange, dans son Glossaire, au mot bacca. Baccinum se trouve dans le Chronicon Laurishamense, en l'an 1179. Baccina duo argentea, &c. Voyez bac. Les Grecs modernes disent Bacillus. M. Voyez BASSIN.
BACINET. Voyez Bassinet. M. BACLER. C'est un mot dont les paysans usent pour dire, fermer la porte par dedans. Du verbe baculare, formé du substantif baculum. Les Villageois se servent ordinairement d'un bâton, ou d'une grotte cheville de bois, au lieu de verrouil. Baculare se trouve dans Pierre de Blois, Sermon 1. mais pour bacula percutere : & Baculatus, dans les Glosses Grecques-barbares : & Baculus, dans les Glosses anciennes : Iustis, Iustis, Baculus : & dans Hésychius : Aphorhagus, Aphorhagus, & Baculus. Voyez Meuricus & M. du Cange, au mot Baculus. M. Messieurs de l'Académie dans leur Dictionnaire ont dit, que le mot bacler étoit bas. M.
BACON. On appelle ainsi du lard dans le Lyonnois, dans le Dauphiné, & dans la Lorraine. Et dans les Origines Gauloises de Boxhornius bacon est expliqué par lardum. Dans la Provence ce mot se prend pour un pourceau salé. Il se prend dans la même signification parmi les Anglois : & aussi pour ces pièces de lard qu'on pend au plancher : dans laquelle signification il se trouve en ce vers d'Hélinand, Stance 32. de son Poème de la mort : Qui plus a baton, plusfost fisches. Voyez le Président Fauchet, en la vie du Poète Jean Chapelain. Baco se trouve dans Mathieu Paris, en la Vie de Henri III. Roi d'Angleterre, page 404. de l'édition de Paris : Cum baconius & salis, &c. Et quinque millia avena, cum totidem baconius. Et dans Petrus Mauricius, liv. 1. des Miracles, chapitre 28. Paupari vidua bacorum unum, qualicumque vita ejus fustidium crudeliter auferre non fustinum. Ce Petrus Mauricius vivoit il y a plus de 500 ans. Et dans Guibers, Abbé de Nogent, livre 3. de sa Vie, chapitre 7. Petasones, quos vulgo bacones vocant. M. du Cange a omis ce mot dans son Glossaire Latin: mais il l'a mis dans son petit Dictionnaire sur Ville-Hardouin. Ce mot au reste, ce que peu de personnes sçavent, a été formé du Grec οἶκος: ainsi que l'Italien ciacco, & le François coche, & cochon. Je l'ai démontré dans mes Origines de la Langue Italienne, au mot ciacco, qui signifie un porc. Et comme mon Observation me paroît curieuse, je la produirai ici. La voici: Che ciacco devivi da οἶκος, in questa guisa, non credo che se n'abbia da dubitare: οἶκος, οἶκος, οἶκος, syacus, ciacus, ciacco, ciacco: siccome da οἶκος, οἶκος, bombacus, bacus, BACO: dellaqual voce s'è detto adietro al luogo proprio, e anco altrove. οἶκος vale qui porcinis moribus est. Eschio: οἶκος, οἶκος. Da ciacco: CIACCONE, il suo accrescitivo: onde Ciaccone, nome di famiglia. Item, CIACCHERINO, il suo diminutivo. Con la giunta della M. Cioncarino lo dicono gli Aretini; e cioncolo i Cortonesi. Vedi cioncare. Item: da ciacus; ciacucius, cucius, cucio, cucionis, e cocio cocionis: onde il Francese cochon: siccome coche, da cocia. Une grosse coche: cioè, una grossa porca: e non da cubare, come se lo da ad intendere il St Ferrari. Trovafi cucio appresso Marcello Empirico al capo 9. e 15. per porcelletto, o vogliam dir centogamba. Vedi nell' Origini Francesi alle voci cochon e claustporte. Item: da οἶκος, οἶκος, sybacus, bacus, baco baconis, BACONE. Onde il Francese e l'Inglefe, bacon, per lardo. Item: da, up, alla Laconica: ομᾶς, ομᾶς, ομᾶς, ομᾶς, ομᾶς, porcus. Trevanzi ομᾶς e ομᾶς: ομᾶς, in Licorone: e ομᾶς, nello Scoliasse di Nicandro. E quindi forex. Voyez ci-dessous cochon & claustportes. ¶ Il me reste à remarquer, que bake en Anglois, & baken en Alleman, signifient cuire au jour. Et de-là, le Flaman baccken uleesch: c'est-à-dire, lardum ad furmum excellum. M.
BACON. C'est proprement le dos d'un porc. Il vient du vieux Saxon bac, tergum, dorsum; d'où l'Anglois bace, qui signifie la même chose. Dans la Lorraine on n'appelle bacon que le lard enfumé. Le mot Flaman uleesch, que Monsieur Menage interprète par lardum, vient de l'Alleman fleich, c'est-à-dire de la chair, & il n'a point: l'autre signification que l'Alleman fleich. Le Duchat.
BACQUET. Voyez bac. BACUL de mulet. Lat. postilena. Abatendo cuio. Le bacul des mulets leur bat le cui. M. Aujourd'hui le bacul est ordinairement fait d'un bâton courbé qui entoure la croupe des mulets. Mais les pauvres gens qui veulent baculer leur âne n'y font pas tant de façon; & on voit beaucoup d'ânes qui pour bacul n'ont qu'un petit bâton droit de la largeur de la croupe, attaché par les deux bouts au reste du harnois par deux petites cordes; ce qui me fait croire que bacul pourroit bien venir de baculus. Le Duchat.
BACULE. Machine de guerre. M. du Cange, dans ses Origines des mots François, imprimées à la fin de son Glossaire Grec, en parlant de ce mot bacule, renvoye le Lecteur à son Glossaire Grec au mot φαβοδω, qui dans Nicéas se prend pour une machine de guerre. Ce qui donne sujet de croire qu'il dérivait ce mot François de ce mot Grec, ou ce mot Grec de ce mot François. Voyez bacules. M. Les bacules posent sur un bâton, ou sur des morceaux de fer ou de bois qui tiennent lieu de baton; & c'est cela qui les fait baisser ou baisser. Bacule ne viendroit-il pas de baculus? Le Duchat.
BACULEE. C'est frayer à coup de bâton. De baculare. Nicot y'a pas bien rencontré en le dérivant à batendo cuio. Baculare se trouve en plusieurs lieux. Voyez le Glossaire de M. du Cange, au mot baculare. M.
BADAUT. Niais, qui s'amuse à tout, qui admire tout. C'est un vrai badant de Paris, disent Meilleurs de l'Accadémie dans leur Dictionnaire. Du Latin-barbare insisté badalais, fait de badare, qui signifie hier. Voyez hier. On doute, dit le P. Labbe, si c'est pour avoir été battu au dos par les Normans; on pour avoir bien battu & frisé leur dos; ou de la Porte Bandaye, en Badaye, qu'on a appelé les Parisiens Badauts de Paris. On ne doute point que ces trois érymologies ne soient ridicules. Voyez badiner. M.
BADAUT. Par corruption de Bidaut. Ce mot se trouve dans Froissard, liv. 1. ch. 14. & 130. pour signifier des paysans mal armés, qu'on fait servir à la guerre. Bidaut est le même que Bedeau, dont on rapporte diverses origines. Hier.
BADAUT, est proprement un homme, qui, comme on parle de ceux qui ont été nourris & élevés dans un navire, n'a jamais rien vu que par un trou. Tel est un Parisien, par rapport au bateau qui fait les armoiries de Paris. Bateau, badant par corruption. Rabelais, livre 5. tout à la fin du chap. 1. dit que Platon comparoit les naies & les ignorans à des gens nourris dans des navires, d'où, comme si l'on étoit enfermé dans un baril on ne voit le monde que par un trou. De ce nombre sont les badants de Paris en badandois, par rapport à la cité de Paris, laquelle étant dans une ifle de la figure d'un bateau, a donné lieu aux Parisiens de prendre une nef pour armoiries de leur Ville. Comme ils ne quittent pas légèrement leurs foyers, de la le sobriquet de badants qu'on leur a donné par allusion au bateau des armoiries de Paris. Du reste l'ignorance des gens nourris dans un navire, a donné lieu au proverbe: in navibus educatus, rapporté par Erasme en ses Alages, chil. 4. cent. 7. n°. 92. où il l'attribue à Platon in Phadro. Le Duchat. Badaut ne seroit-il point une corruption de vedeau, fait de vitellus? Dans Rabelais, liv. 1. ch. 13. on voit une allusion de ce mot vedeau avec celui de bedeau; & dans le même Auteur on lit très souvent veau, gentil veau, & jeune veau, dans la signification de badant. En quelques lieux de France, badleri est un synonime de badant. Voyez Henri Etienne, ch. 3. de son Apologie d'Hérodote. Le Duchat.
BADE. C'est le nom de quelques villes d'Allemagne. En Alleman baden. Le mot bad, en Alleman, signifie un bain, & baden se baigner. Ces villes sont appelées de la sorte, parce qu'elles ont des bains.
BADEBE. Nom de la femme de Gargantua, laquelle avoit un visage de rebec, c'est-à-dire disforme, suivant l'épitaphe que lui fit son époux, au liv. 2. ch. 3. de Rabelais. De bafse de bec, c'est-à-dire de lèvre. Ce devoit être quelque Peincese de la maison d'Autriche, où on a généralement depuis plus de deux siècles la lèvre inférieure bafse & avallée. Le Duchat. **BADELAIRES.** Terme de Bafon. Ce sont des épées courtes, larges, & recourbées. Nicolle Gilles, en ses Annales, parlant de Charles le Chauve: Il contemnait de vivre & soy habiller à la manière des François; & se gouvernait à la manière des Grégois. Il avait volontiers voulu une grande dalmatique, qui lay venait jusqu'aux talons; & avait la tête enveloppé, d'un couvre chef de soye, ainsi comme on peint le Grand Soudan de Babylone: & portait une couronne dessus: & toujours avait à son gofé un grand badelaire Turquois. Nicot l'appelle badelaire. Ce n'est, ni un mot Oriental, ni un mot Alleman: ce qui me fait croire qu'il pourrait avoir été fait de badalaria; comme qui dirait, épée de bataille, épée de combat. L'ancien Dictionnaire Latin-François du P. Labbe: BELLAK, batelliereux. Le P. Menestrier le dérive de balchearis; comme qui dirait, épée de bandrier. Voyez-le, à la page 505, de son livre de l'Origine des Armoiries. Rabelais IV. 40. fait mention de ces épées, en ces termes: Frère Jean avec son grand badelaire entre le dernier, & ferme les portes par le ressort par le dedans. Et dans le Prologue du liv. 3. affilient cimeterres, brancs d'acier, badelaires, épées. M. Le mot Badelaire, est un composé de bas de loyre: & loyre, comme on dirait anciennement, au lieu de leurre, de l'Alleman lader, n'est ici autre chose que les longes ou longues courroies du ceinturon Turc. Le cimeterre des Turcs est appelé badelaire, ou comme parle Nicot, badeladre, parce que cette épée leur tombe fort bas, & leur bat presque les genoux. De l'Alleman lader, qui signifie proprement du cuir, mais qui se prend aussi pour une longe ou courroie, vient ladrum, qui dans le scaligerana, au mot mata, signifie un leurre: au lieu que lorum, ou plutôt loyrium, comme on lit ce mot dans de arte venandi de l'Empereur Frederic, est fait du vieux mot François loyre, qui se dirait pour leurre. Lorum, mot Latin, signifie proprement une longe de cuir, une courroie. Les glaives anciens étoient si longs & si pesans, qu'on ne les portait que sur l'épaule. Le badelaire, plus court, se portait en bandoliere à une espèce de ceinturon. De-là badalaria, par corruption pour bandoliere. Badeloy est le nom d'un cuisinier de Frère Jean, au chap. 40. du livre 4. de Rabelais: ce qui me persuade que badelaire pourrait bien être quelque grand couteau de cuisine. On a autrefois appelé bâtons & les épées & toutes fortes d'armes à feu, même les plus grosses pièces d'artillerie. Dans l'une & dans l'autre signification bâton vient de bafon, onis, augmentatif de bafon. Bafon 1 pour diminutif bafellum, d'où bafellater, bâtelur; parce que les bâtleurs font leurs tours avec de petits bâtons. Parmi ces bâtleurs, celui qu'on appelle Arbquin, porte au côté un fâbre de bois, dont il s'escrime en cent façons différentes. C'est ce fâbre, espèce de bâton, qui est proprement un badelaire; & il a été appelé de la sorte à cause de sa ressemblance avec les bâtons de guerre appelés badelaires, comme qui dirait épées ou bâtons de bataille. Froissart, vol. 1. fol. 11. édit. de Jean Petit: Si composent plançons de boys à leurs épées & badelaires pour les chevaux lyer, & verges pour faire logttes à eux bonter. Le Duchat.
BADIN. Isaac Cañabon, sur ces mots de Soétone, pro flulte baccelum; ou, comme lisent quelques autres, baccelum; qui se lisent dans le chap- tre 8. de la Vie d'Auguste, dit que les Syriens appellent les enfans fâcun, comme aussi la Déesse qui préside à l'enfance; que baccelus se dit proprement des enfans; & que de la même source viennent ces mots François badin, babouin, bavard, & semblables. Cañonave.
BADIN. M. Adrien de Valois le dérive de baccelus, qui dans les Glofes d'Ifidore est interprété par rofficus & agricolanus. Cañabon, sur Suétone, en la Vie d'Auguste, chapitre 8. dit que ce mot a été fait par onomatopée. Voici ses termes: Sunt & in lingua verracula nostra fimiiter impurensum, voces, badin, babouin, baveur, bavard, aliaque. Je ne suis pas de l'avis de Cañabon; non plus que de celui de Louis d'Orléans, qui le dérive de Vatinus, qu'il dit avoir été un badin. C'est sur le xv. livre des Annales de Tacite. M.
BADIN. De l'Ebreu [BBOX]0.5000,0.6000,0.5000,0.6000[/BBOX] baddim, menteur, & se dit particulièrement des Astrologues. Les Chaldéens prononcent baddin, & appellent ainsi les Devins. Huet. Wachter, dans son Glossaire Germanique, au mot Spasson, dérive le François badin du Grec [BBOX]0.5000,0.6000,0.5000,0.6000[/BBOX] wacher, jocari, spass, lufus, jocus, ab infinitivo [BBOX]0.5000,0.6000,0.5000,0.6000[/BBOX] verbi [BBOX]0.5000,0.6000,0.5000,0.6000[/BBOX] ludo jocar. Verbo Graco barbaries fâblum prapofuit, ut aliás milles. Nec aliundo Gallie badin, quam à [BBOX]0.5000,0.6000,0.5000,0.6000[/BBOX] quad miror Menagium, canta Lingua Graco peritia infrullum, non advertisse. Je ne suis si l'on godtera cette étymologie. Elle me paroit du moins plus supportable que toutes les précédentes, qui, à mon avis, n'ont aucun fondement. M. Ménage rejette avec raison toutes celles qu'il rapporte, & dont on sent aisément le ridicule. Celle de M. Huet est tirée du trop loin. Le rapport entre le terme François badin, & l'Ebreu baddim, ou le Chaldéen baddin, n'est qu'un rapport fortuit de son, qui ne suffit pas pour établir une étymologie. Beaucoup de mots de diverses Langues se ressemblent pour le son, sans qu'on puisse en conclure que les uns tirent leur origine des autres. Il y a bien de la différence entre un menteur & un badin; & d'ailleurs il n'est guères naturel de prendre le plurier d'un mot, pour en former le singulier d'un autre.
BADINER. De badinare, diminutif de badare, qui est encore en usage parmi les Italiens, & qui signifie bier, & dont ce mot bier a été fait. Les Italiens disent aussi bada; Star in bada [BBOX]0.5000,0.6000,0.5000,0.6000[/BBOX] star in bada [BBOX]0.5000,0.6000,0.5000,0.6000[/BBOX] fata, & l'ou nous avons fait badant: & les Espagnols badajo, qui signifie aussi badant, & le basant d'une clache. Voyez Badaus. M. Bade est un vieux mot François; & ce mot, d'où badiour, se trouve souvent dans la Légende de P. Faifeu, composée en 1551. par Charles Bourdigné, Angevin, comme M. Ménage, qui, soit dit en basant, auroit bien dû ne pas ignorer ce mot de son pays. Le Duchat.
BADOULAGES. On appelle ainsi à Beauvais des rapports que l'on fait les uns des autres. En Bafie-Normandie, on dit un bagouiller, pour dire un médiifant. M. On dit aussi débagouiller, pour vomir des injures. Ce mot ne viendroit-il pas de gula? Le Duchat. Il Il est remarquable que le mot Normand bagouiller, dont parle M. Ménage, ressemble tout-à-fait au mot Syrienne bagouil, qui signifie un menteur, un bavard, un fisent de fadafen & d'impertinences. Il en est de même du mot begoule. B A F. B A G.
BAFFRE'E. Au chapitre 65, de Galien Ref-tairé, Galien insulte en ces termes au géant Bur-galant, à qui il venoit de donner un grand coup de sabre, qui lui avoit presque abbatu la cuisse : Glontem, or as-tu cette baffrée : si tu attendis encore l'autre, la guerre de toy & de moy sera tantôt acour-cie. Dans ce passage baffrée, qui est la même chose que balafre, vient indubitablement de bislabrata, par contraction, & par le changement de l'i en a, comme en langue, fait de lingua. Ce qui me per-suade que baffrer, dans la signification de manger goulument, ou pour le dire ainsi, des deux lèvres, vient pareillement de bislabrate. Le Duchat.
BAFOUER. Traiter injurieusement & avec mépris. De l'italien beffa, qui signifie moquerie; d'où le verbe beffare, qui signifie moquer. Beffa, beffalda, beffaldare, BAFOUER : comme laudare, LOUER. Beffardare, qui est la même chose que beffaldare, se trouve dans le Dictionnaire de Vé-néron. Touchant l'étymologie de beffare, voyez mes Origines Italiennes, au mot beffare; & ci-dessous mes Françoises, au mot bonfon, & au mot beffler. M.
BAGAGE, BAGUES. Sous le nom de ba-gues, nous entendons maintenant les anneaux. Nous l'avons formé de bacca, qui signifie perle. Virgile, en son petit Poëne, intitulé Culex : — nec Indi Conchea bacca maris pretio est. Et dans l'Enéide, il appelle monile baccatum, un carcan couvert & parsemé de perles. Les anciens François appelloient bagues, non-feulement les an-neaux, mais encore toute sorte de pierreries & d'ornemens d'or & d'argent, ou de telle autre ri-che matiere; voire même appelloient-ils bagues, les marchandises & les équipages, non-feulement des gens de guerre, mais encore de toute sorte de per-fonnes. Enguerrand de Montrelet, vol. 1. ch. 15. Desfroufferent dix-huit charges de vins & autres ba-gues. Et chap. 78. En print & desfrouffa plusieurs, avec un chariot chargé de bonnes bagues. Encore di-fons-nous se rendre à bagues fauves. De-là vient le mot bagage, duquel on se sert maintenant. Cafe-neuve.
BAGAGE. M. de Cafeneuve le dérive de bac-ca, &c. M. du Cange le dérive du Latin-barbare baga, qu'il dit signifier un coffre. Voyez son Glof-faire au mot baga. Et au mot banga, il le dérive de ce mot banga, qui signifie un braffeler : Inde dubio procul accerfi debes erymon vocabulorum, li-gue, bagage, bagues fauves, armes & bagages. Il ajoute : Sed an inde annuliis apud nos id etiam nominis inditum, erfi mihi indubium, addubitant ta-men viri docti, qui a baccis accerfunt, hoc est mo-nilibus, & unionibus. Voyez ci-dessous bague. Les Espagnols disent aussi bagaje, qu'ils ont pris du François bagage. M. Je dérive ce mot de Willeman pack, Sarcina fascis; & c'est aussi de-là que vient notre mot pa-gues.
BAGANS. C'est un mot Gallon, qui signifie pâtres, ou paysans, qui gardent le bétail dans les Landes de Bordeaux, avec une charrette sur la- quelle ils portent ce qui leur est nécessaire pour vi-vre, ne se retirant dans leurs maisons que tare-ment. Peus-être de vaganes. Voffius, livre 2. de Vitiis Sermonis, chap. 1. le dérive de Baganda, ou Bacanda. Ces Bagaudes ou Bacaudes furent des paysans, qui rougèrent la France, dont il est parlé dans Aurelius Victor, dans Mamertin, dans Sal-vien, dans Eutrope, dans Saint Jérôme, & all-leurs. Il est difficile de dire d'où ce mot a été fait; & il y a la-dessus divertit d'opinions. Le Préfi-dent Faucher, sur la fin du premier livre des An-tiquités Gauloises : Les Gaulois travailliez de tailles & d'aydes publiques, s'estivèrent l'un de J.C. CCEC. ou environ, sous la conduite de Amand & Elian, qui prirem le nom de Bagaudes, que d'autres disent signi-fier en vieil langage Gaulois rebelles, ou traîtres forcez, & d'autres les estiment avoir esté paysans, & que ce mot signifie tribut : comme encore il n'y a pas long-temps qu'en certains endroits de France l'en appelle les Malletos, Bagoages. Ce trouble fut appaissé par Maximian, compagnon de Diocletian. Scaliger, sur ces paroles de l'Eusebe de Saint Jérôme : Diocletianus in confertem Regni Herculium, Maximianum assumit, qui rusticorum multitudine oppressa, qua factiami sua Bacaudarum nomen indi-deras, pacem Galliis reddidit, p. MMCCIII. dit : Hieronymus ex Eutropio. Ex quo nomen Bacauda-rum, aut Bagaudarum, illis temporibus capisse dis-cimus. Neque enim est vox Gallica, sed nomen fac-tionis aut populi. Ab eo tempore latrones in Gallia Bacaudas dici mos obtinuit. Aurelius Victor Schott scribit Gallerum Linguæ latrones Bacaudas vocari : quod verum est à temporibus Diocletiani, non autem retro. Neque solum Bacaudæ latrones dicti, sed Ba-cauda latrocinium, tumultus popularis, motus agres-tium, seditio. Prosper : Eudoxius, arte Medicus, pravi, sed exercitari ingenii, in Bagauda id tempo-ris mota delatus, ad Chuanos confugit. Infra : Omnia penè Gallorum servitia in Bagaudam cons-piravère. ««la vii Kouta iubanda vii inopera vauiunus. Eumenius Rhotar de Schalis : Latroci-nio Bagaudicæ rebellionis obsessa. Salviamus, lib. v. Et vocamus rebelles, vocamus perditos, quos esse compulimus criminosos. Quibus enim aliis rebus Bagaudæ facti sunt, nisi iniquitatibus uoltris, &c. Ubi Bagaudæ pro rebellibus, quum ab Imperio Dio-cletiani omnes rebelles Bacaudæ vocari, carperine : quod & ejusdem Scriptores aliis verbis confirmatur : aut quid aliud etiam nunc agitur, quam tunc ac-tum est, id est, ut qui adhuc Bagaudæ non sunt, esse cogantur : ««««vocabam Conflantinopol-tani, & Bagaudam ipsam juvet, corrupto nomine Latino tumultus, ut videtur. Zofimo ci uvel vix Iuorac Bacauiis sunt manifestis, quales in Pyrenais Bandolieri, in montanis Pannonia Martolossi dicun-tur, in deferris Moschovia Cosaki. Itaque gentes illa in veteri inscriptione dicuntur Baquates, &c. Il s'est de tout tems élevé dans les Royaumes des com-pagnies de voleurs qui ont été nommés diverfe-ment. M. du Puy en ayant fait un Mémoire qu'il m'a communiqué, j'ai cru qu'il n'étoit pas hors de propos de l'insérer en ce lieu. Le voici : In Cilicia, Isari. In Britannia, Scori. Camden. in Britann. pag. 85. 86. 87. In Pyrenais, Bandolieri. Voyez Bandolieris. In Dalmatia, olim, id est ante annum 1000. Nerentani, nunc Uscobri. Leunclavius, in Pandect. Turc. cap. 61. In Illyriis, Martolossi, olim Scamari. In Polonia, & in superioribus partibus Volge Ruminis, *Kosaki*, & ad inscriorem partem Borythenis, *Nisovii*. In Hungaria, *Heidones*. In Africa, *Arabes*. De his plura apud Alvar. Gometium, vitæ Francifci Ximenii, lib. 4. pag. 1038. T. 1. Hispan. illuſt. ab Andr. Schotto. In Gallia, *Bacanda*, *Caterelli*. Voyez *Cateremans*. In extremis finibus Perſarum, *Turcomanni*. Leunclavius, in Pandect. Turc. cap. 61. Pour revenir à notre mot de *Bagandes*, Saint Maur des Foſſes, près Paris, dans un Titre de cette Abbaye de l'an 868. eſt appellé *Caſtrum Bagandarum*, pour avoir ſervi de Fort à ces Bagandes. Voyez Fauchet, livre v. de ſes Antiquités Gau-loiſes, chap. 13. Ciron, en ſes Paraitiles ſur le Droit-Canon, p. 410. dit que les Bagandes ont été ainsi appellés, à *Graco Baryſon*, quod eſt vagari apud *Suidam*, ſicut *Pirata dicuntur* Curſarii *suppans* apud Nicetam. M. Bochart, livre 1. des Colonies des Phéniciens, chap. 41. dérive ce mot de l'Ebreu *bagad*, qui ſignifie *rebellare*. M.
BAGANS. M. Friſch dérive ce mot de *pagans*. Le Duchat.
BAGARRE. Querelle avec grand bruit. M. BAGASSE. Courouſe. Peut être de *vagus*. Le Duchat.
BAGATELLE. C'eſt un diminutiſ de *bagne*, lequel ſignifie une choſe de néant. Il eſt croyable que ſon origine n'eſt autre que celle de *bagnenande*; ſi ce n'eſt que comme c'eſt un diminutiſ de *bagne*, on ait voulu par ce mot faire entendre le peu d'eſtime qu'on fait de tous ces petits joyaux dont les femmes font tant de gloire, que les anciens Latins comprenouent ſous le mot *mag*, puſqu'ils appelloient *Nugivendus* les Marchands qui en pourvoyoient les femmes. Nonius Marcellus: *Nugivendus ab antiquis dicebatur*, qui *aliquid multiribus venderes*. Les Italiens appellent *Bagatello*, un bouſon, ou joueur de farces. Le *Corona pretiſa*: *Bagatello*, *pompatiſ*, *jocnatur*, *pomeruntio*. Caſeneuve.
BAGATELLE. De *bacca*, *Bacca*, *baccata*, *baccatella*. Voyez *Bagne*. M.
BAGAUDES. Voyez *Bagans*. M. M. Ménage a remarqué au mot *Bagans*, qu'il y avoit diverſité d'opinions ſur l'origine de celui de *Bagandes*. Mais il s'eſt contenté de rapporter les ſentimens de diſſerens Auteurs, ſans rien déterminer la-deſſus. Eſſayons de le faire, & obſervons d'abord que quoiqu'on ait dit *Bacandes*, & *Bagandes*, la véritable prononciation eſt *Bagandes*. Une opinion qui a paru aſſex vrai-femblable ſur l'érymologie de ce mot, eſt celle de Bochart, qui le dérive du verbe Ebreu *baga*, *rebellare*, & qui a cru que c'en étoit le participe aſſif *baga*, *baga*, il eſt mieux valu dire le participe paſſif, ou plutôt un adjectif; car on trouve dans Jérémie III. 7. *baga*, *bagadah*, pour ſignifier *perfida*, & ce mot convient parfaitement pour le ſon avec celui de *Baugande*. Mais quelle apparence qu'une faction née dans les Gaules ait tiré ſon nom d'un mot Ebreu? Et n'eſt-il pas plus naturel de le checher avec le P. Pexron, dans la Langue Gauloiſe? Or dans cette Langue, *bagad* ou *bagat* ſignifie *troupe*, *multitude*, & il ſubſiſte encore dans le même ſens chez les Bas Bretons, & chez les habitans du pays de Galle en Angleterre, deux peuples qui ont confervé la Langue Celtique ou Gauloiſe, & qui ap- pellent du nom de *bagad* ou *bagat*, une troupe, une multitude, ſoit d'hommes, ſoit de beſtiaux. Les *Bagandes*, ſuivant le témoignage des Auteurs, étoient une troupe de payſans, qui pouſſes à bout par les exactions des Romains, s'étoient attroupés, couroient le pays, & exerçoient des brigandages. Mais quoiqu'ils ſe fuſſent révoltés contre les Romains, le nom que les Gaulois leur donnerent, ne ſignifie pas pour cela *rebelles*. Les Camiiars des Cévennes étoient aſſurément des rebelles; cependant le nom qu'on leur a donné ne ſignifie point cela. Scaliger a raiſon de dire que le mot *Bagandes* eſt un nom de faction; mais il a tort d'avancer que c'eſt un nom de peuple, & de nier que ce ſoit un terme Gaulois. Ceux qui ont dit que ce terme ſigniſoit *voleurs*, n'ont pas mieux rencontré. C'eſt comme ſi on prétendoit que le nom de *Turcomani* ou *Arabe* ſignifie voleur, parce que les Tuſtomans & les Arabes du Défert font métier de voler. Quelques-uns ſe ſont intagliés, que les *Bagandes* avoient été ainsi appellés d'*alanda*. Ces *alanda* étoient les Soldats d'une Légion Romaine, appellée *Legio Alandarum*, que Céſar, dit-on, avoit laiſſée dans les Gaules, où elle prit alliance, & où elle ſe multiplia juſqu'au point de faire une eſpèce de peuple particulier, qui devint aſſes puſſant pour ſe rendre maître de la Province où il s'étoit établi; en ſorte que le nom des *Alandes*, qui ne ſervoit d'abord qu'à deſigner la figure de leur caſque, reſſemblant à des alouettes huppées, comme dit Suétonne, devint enſaire un nom de faction. Mais ſans examiner ici quelle eſt la véritable ſignification du mot *alanda*, ni pourquoi cette Légion Romaine fut nommée *Legio Alandarum*, ni s'il eſt bien vrai qu'elle s'établit dans les Gaules, il ſuffira de remarquer, 1°. Que les *Bagandes* n'étoient point des Soldats d'une Légion Romaine, mais des Payſans; & Salvien dit même des Eſclaves. 1°. Que le mot *Alandes* eſt ſort diſſèrent de celui de *Bagandes*, puſqu'il n'a pas le & ni le & qui ſont deux radicales eſſentielles dans ce dernier. 3°. Qu'outre les *Bagandes* qui parurent ſous Dioclétien ſur la fin du troiſième ſiécle, & qui furent défaits par Maximien Hercule; on donna auſſi ce nom à des payſans & à des eſclaves, qui vers le milieu du cinquième ſiécle ſe révolterent dans l'Armorique; & que peu de tems après on appella auſſi *Bagandes* en Eſpagne des révoltés qui ſe ſouleverent près de Tarragonne; de ſorte que *Bagandes* s'eſt dit comme nous diſons aujourd'hui Mécontens; les Mécontens de Hongrie, les Mécontens d'Angleterre, &c. Je conclus de tout cela qu'il faut s'en tenir à l'érymologie que nous avons rapportée, ſavoir, que le mot *Bagande* a été fait du Gaulois *bagad* ou *bagat*, qui ſignifie *troupe*. Si on appella un voleur *Bagande*, c'eſt parce que les *Bagandes* pilloient. M. de Tillemont, Hiff. des Empereurs, Tome IV. parle de la révolte des *Bagandes*, & montre qu'ils n'étoient point Chrétiens.
BAGNE. C'eſt le lieu où l'on renferme les eſclaves en Turquie. Ce mot n'eſt pas Turc. Il vient de l'Italien *bagne*, qui ſignifie *bain*; & on a appellé de la ſorte le lieu, où l'on enferme les eſclaves en Turquie, parce qu'il y a des bains dans la priſon où l'on enferme à Conſtantinople les eſclaves du Grand Seigneur. Epiſuite on a donné ce nom à tous les lieux de la même Ville où l'on enferme des eſclaves. De Conſtantinople l'on a porté ce nom en d'autres endroits où les Mahométans ſont éta- R ij B A G. B A H. blis. Ainsi on dit, les *bagnes* d'Alger, les *bagnes* de Tunis, les *bagnes* de Tripoli. ?
BAGNER. De *balneaire*, fait de *balneum*. Dans l'Hoddeporicum de Saint Willibaud, page 498, du Tome 4, des Diverses Leçons de Canins : *Episcopus nofer Willibaldus balneavis se ibi in Jordane*. Le même mot se trouve dans la même signification dans la Vie de S. Uldarte, chapitre 27. *Vagna se trouve dans les Gloses pour cupa balneatoria*. Cupa *seu vagna, a-vie poyahu, lu-vie yauhiy nakuen*. Et ce mot a été fait de *balneum*, en cette maniere : *Balneum, balnium, banium, banio, bagno; balniare, baniare, bagnare, BAGNER*. *Bania, bagna, VAGNA*. M. Voyez BAGNER. BAGUE : Pour un anneau. De *bacca*; que les Latins ont dit d'une perle, à cause de la ressemblance qu'ont les perles pour leur rondeur avec les bacques, c'est-à-dire, les baies. Et les Grecs pour cette raison les ont appellées *margariens*. Virgile, dans le Culex : *Nec Indi combea bacca maris pretio est*. Et dans le 1. de l'Enéide. —*colique monile* *Baccatum*. Publius : *Quo margarita cara, vribacca Indica*. Les Gloses d'Isidore : *baccatum, margaritatum*. De ce mot BAGUE, nous avons fait celui de BAGATELLES. M. de Saumalise sur Solin, pag. 1124. *Mundum muliebrem qui in gemmis confisit BAGAS vocitamus a baccis, qua sunt margarita : nam baccatum margaritis confertum significat; ut baccatum monile*. Ex eo BAGATELLAS dicimus, nugas & jocularia. *Latini quoque nugas dixere res omnes muliebris mundi : Nuvigendos, qui eas vendebant*. Les Grecs se font de même servis du mot de *bago* en cette signification. Hésychius : *bago, vā aupi vōi yuaniis xerum nuyyuaniis*. Pollux, livre v. chapitre 16. *egi a-ue 5 vetae niepue iuyiueyoi o K-uaikauakis bago iuyiueyoi*. Et au liv. vi. de l'Anthologie : *egi bago si xyueoi nakuau*. Voyez joyaux. M. du Cange dérive bagatelle de *banga*. Voyez *bagage*. M. Le mot *bague* ne vient point de *bacca*. Ce dernier mot signifie une baie & une perle ; mais ni l'une ni l'autre ne ressemble à une *bague*. Icquez remarque que *boug* dans la Langue des Francs, *baug* dans celle des Goths, *bagua* dans celle des Cimbres, *beag* & *beg* dans celle des Saxons signifiant braillelet, bijou, pierrerie. C'est de ces mots qui font tous fort approchants, que *bague* est dérive. *Boug* signifie premierment une courbure, un cercle, & ensuite une couronne, un anneau, un braillelet, un collier. Tous ces mots Teutoniques viennent d'une racine qui signifie courber, fléchir. En Anglo-Saxon c'est *bigan* & *bugan*, en vieux Franc *biegen* & *piegen*, en Alleman *beugen* & *biegen*, en Flaman *biegen*, en Mandois *beggia*, en Suedois *boga*, en Anglois *to bow*. Etienne Guichard croit que *bague* peut venir de l'Ebreu 123 *beghed* habit ; parce que *bague* signifie aussi meuble, vêtement, comme dans cette phrase, *se revirer bagues sauves*. Mais je ne vois aucune nécessité de recourir ici à l'Ebreu. Voyez ci-devant *bagage*. *
BAGUENAUDE, BAGUENAUDIER. De *bacca*; qui est proprement le fruit rond de certains arbres, tels que sont le laurier, le lierre, le myrte, & le houx ; certaines choses rondes ont été appel- lées *bacca*, comme les perles & le fruit rond de quelques herbes. D'où vient que l'herbe appellée en Grec *akadoua*, en Latin *solanum*, & en Arabe *alcahengi*, est appelée par quelques-uns, en François *baguenaude* : de *bacca*, à cause du petit fruit rond qu'elle produit dans une enveloppe rouge. Le même en est de la plante appelée *colytea*, qu'on appelle aussi en François *baguenaude*, & *baguenaudier*, à cause du petit fruit rond qu'elle produit dans sa coffe. *Cafeneuve*.
BAGUENAUDE. Ce mot qui signifie une chose de néant, vient aussi de *bacca*; parce qu'entre les fruits, celui du laurier, du lierre, du myrte, & autres semblables, qu'on comprend sous le nom de *bacca*, n'est pas bon à manger, & par ce moyen est mis entre les choses inutiles & de nulle valeur. *Cafeneuve*.
BAGUENAUDE. Sorte de poésie ancienne. Pierre Fabri, Curé de Meray, natif de Rouen, dans son 2. livre de la Vraie Rhétorique, feuillet 58. verso : *Et nota, que les Picars dient que baguenaudes sont couplets failli à la volonté, contenans certaine quantité de syllabes sans rythme & sans raison, repulsés de bons ouvriers : comme, &c.* M.
BAGUENAUDE. Montagne, livre 5. chapitre 5. *C'est à nous à reviver & baguenauder, & à la jeunesse à se tenir sur la réputation & sur le bon bout*. M. de Saumalise dans ses Homonymes des Plantes, chapitre 74. *Baguenaudarum arbor folliculo pradita est pratumido, & pelucente*. Hinc res futiles & inanes vocamus baguenaudas; & homines leves ac nugatorios, baguenaudarios. M.
BAGUENAUDE. Arbutée, appellé *veficaria* par les Botanistes. De *bacca*. *Bacca, bacca-na, baccanalda, baccanaldarius*. M.
BAGUER. Le Continuateur de Montrelet, sur l'année 1475, volume 3, fol. 181. b. de l'édition de 1572. *Et fait rouser & baguer tous sur bagage*. *Baguer*, selon Richelet, est aussi un terme de Couturiere en drap, lequel terme signifie faire tenir les plis d'un habit avec de grands fils. Le Duchat.
BAGUETTE. De *baculetta*. *Baculus, baculettus, baculetta, baculetta, BAGUETTE*. Comme soubriquet de *subdricullettum*. Voyez *sobriquet*. M.
BAGUETTE, dans la signification de bagatelle. Le livre intitulé *Arefa amorum*, page 88. de l'édition de 1546. *Et ce faisant ledit amoureux la devoir fournir de soyes & de plusieurs autres menues baguettes*. De *bacuetta*, autre diminutif de *bacca*. Perceforest, volume 2. chapitre 126. *Et si peuffiez venir porter à planté de chambierier coffres sur les cètes de leurs chevaux, après les jeunes Damaiselles, où les pucelles avoient mises leurs manches & leurs baguettes, pour donner à leurs amis au tourney, afin qu'ils fussent plus preux & plus hardys en leurs chevalieries*. Le Duchat.
BAHOIGNE. Dans le Roman du petit Saint-re, chapitre 6. *Vous aurez collier & chaine, ceinture de baboine, robe de damas*. La signification de ce mot ne m'est pas connue. M. Dans Proiffart, la Boheme est toujours appelée *Baboigne*; & ce passage du Roman du petit Saint-re parle de *ceintures de Boheme*, comme il parle aussi de *robes de damas*. Villon, dans la Ballade des B A H. B A I. Seigneurs du tems jadis : *Lancelot le Roy de Bohoigne où est-il ?* Le Duchat.
BAHU. De l'Alleman *bebuten*, qui signifie *garder*, mais qui se dit le plus ordinairement de la personne, comme *behalten* de la chose. *Ein behalten*, c'est une garderobe. En Anjou & en Normandie, on dit *bahu*; qui approche davantage de *bebuten*. Les Espagnols disent *bahu* & *bœul*. Dans le Roiman du petit Saintré, chapitre 77. Il y a *bahu*. M. Les Allemans disent *bogen*, pour dire courber en forme d'arc, & *gebogen* à l'adjectif. Je ne sais si le mot *bahu* ne pourroit pas venir de-là. On fait que ce qu'on appelle proprement *bahu*, c'est un coiffe dont la couverture est courbée comme un arc. *Huten*, autre mot Alleman, signifie *conserver*; & c'est peut-être de-là que nous avons fait notre mot de *huche*, en la signification de *coffre*. Peut-être que *bahu* est un composé de *bas* & de *huches*, comme qui diroit une huche plus basse que les huches qu'on appelle *coffres*. *Bahuc* & *artillerie*. Monstrelet, vol. 3. fol. 152. a, édit. de 1572 sur l'an 1466. Dans Appion, de la Traduction de Soyssel, les *Bahnters* & les *Pionniers* marchent toujours ensemble à la fuite de l'armée, particulièrement fol. 251. a de l'édition de 1570. Ce pourroit bien être nos caissons. *Le Duchat*.
BAI. Voyez *bay*. M.
BAIE. Voyez *baye*. M.
BAIGNER. Comme de *balneum*, nous avons fait *bain*; ainsi du verbe Latin-barbare *balneare*, nous avons formé *baigner*. Guillaume le Breton, livre 4. de la Philippide : —*dum se medii fervore diei* *Balneat, incanto ci jofdam gurgie rivi.* Caleneuve. Voyez ci-dessus BAGNER.
BAIGU, ou BEGU. Le Sieur Guillet, dans son Art de monter à cheval : BAIGU, ou BEGU, c'est un cheval qui depuis l'âge de 5. ans jusqu'à sa vieillesse, marque naturellement & sans artifice, à toutes les dents de devant, & y conserve ce creux, ou petit enfoncement avec une marque noire, qu'on appelle germe de fève : de forte qu'à 12. ou 15. ans il paroît avec les marques d'un cheval qui n'en a pas six. Car aux pinces des autres chevaux le creux est rempli, & la marque effacée vers les 6. ans, parce que la dent est ifée. Environ ce même âge, elle est à demi effacée aux dents mitoyennes; & vers les 8. ans, elle est effacée aux coins. M.
BAILE. C'est le nom que l'on donne aux Ambassadeurs de Venise, résidues à Constantinople. On les appelloit ainsi dès le tems que les Empereurs étoient maîtres de cette Ville. Ce mot vient du Latin *Bajulus* : aussi les *Bailes* s'appelloient en Latin *Bajuli*, comme qui diroit *Bailis*, & ils faisaient ordinairement la Charge de Conful de Venise & de Résident à Constantinople. Les Turcs & les Grecs modernes les appellent *Bailos* ou *Bailos*.
BAILLE. Pieu, Palissade. Froissart se sert souvent de ce mot dans cette signification, & en particulier, Tom. 1. fol. 56. v. édition de Jean Petit, on lit : *Le lendemain les Seigneurs eurent conseil qu'ils feroient assailler les bailles, pour voir la contenance de ceux de dedans, & pour voir s'ils pourroient rien conquesser. Si assaillerent le tiers jour si* *fort aux bailles la maison, emour heure de Prime, que ceux de dedans yfiren hors les aucuns, &c. Baile, de baculus. Le Duchat.*
BAILLER. De *bajulare*. Mathieu de Weftmunster, parlant du Baptême de Clovis : *Com moram facerunt minister sanctum Christum ad manum Episcopi bajulare*. Le Pere Labbe improuve cette étymologie. BAILLER, dit-il, *selon Bude, Perion a Etienne, & nos Hellenistes, de Bablon où vos yéque*, mettre entre les mains, ou simplement, mittere, jacere, jaculari : *Bouille, de bajulare : quia bajulie multa traduntur alio ferenda*. Caspar Barthius est plus croyable lorsqu'il dit : *Bailes Commancum est vetus ballen*. Il est sans doute que *bailer* vient de *bajulare*. Voyez *bailif*. Quelques-uns de nos Praticiens, dit M. Nublé, ont interprété l'énergie de ce mot. Imbert en son Enchiridion, folio 2. B. de la Version Françoise : *Je balleray signifie extention*. En l'Arrêt de la Cour du 14. Août 1577. que Barnabé le Veit nous a donné en forme, sous le nombre 153. de son recueil, dans l'espèce duquel Arrêt il s'agifioit de savoir si un Contrat de mariage par lequel un père & une mère avoient promis à leur fille & à son mari de leur bailler en avancement d'hoirie la somme de 7000. livres, sous l'hypothèque particulier de leur Maison de Marcilly, étoit sujette à insinuation; les Demandeurs répliquent, que les père & mère de la fille, n'avoient pas usé de ces mots de donner, mais de *bailer*, & payer : qui sont mots plus progrès pour exprimer la libération d'un débiteur, que pour la libéralité d'un *donateur*. M.
BAILLERGE. Dans le premier Scaligeru-na : Balearicum hordeum apud Columellam, est notre BAILLERGE. M.
BAILLET. Cheval baillet. C'est un cheval de poil roux tirant sur le blanc. De *badiolestus*. Voyez l'Anéibailler, chap. 42. M. Amadis, Tome 12. chapitre 59. *Benvez d'aucun hardimeur, mes amys, & connoîtrez ma parole véritable : lavez fort, tellement que tous s'en fente, afin que ne soyez baillez*. C'étoit un Chevalier appelé le *Frandeur des ruses*, qui désoit cela à deux vieillards, qu'il avait envoyés se laver à une fontaine qu'il assutoit devoir les rajeunir. Dans ce passage d'Amandis, le mot *baillet* est employé en la même signification que Nicot dit qu'on appelle *baillet* un cheval qui a une tache blanche ou une étoile au front. *Le Duchat*.
BAILLEU. On appelle ainsi à Paris celui qui remet les os disloqués. De M. de Bailleul, père de M. de Bailleul, Président au Mortier du Parlement de Paris, Chancelier de la Reine Merregente, Anne d'Autriche, & Surintendant des Finances de France. Scévole de Sainte Marthe, dans l'Éloge de ce M. de Bailleul : *Bailolorum familia insignis divina Providentia beneficio apud nos, seu prolepsu, seu violentia, seu ictu fracta aut luxata ofsa, nervosque & artus contus, vel quavis modo fide sua emores, vi tacita sanare, & in pristinum vigorem, ruburgue restituere, in mare positum haber. Hinc illi Xenodochium gentilium in Bailleul, avita domo in Normannia Caletensi, construcere : ubi plangentes & agri sanarentur ulla sine mercede. Cens illa nobilis est & antiqua, qua pluribus abhinc saculis in eadem provincia flores, vigetque : insigniaque Britannici Ducatus gestat, ob egregiam in praliu navatam operam ab uno ex familia, qui Ducrem Armoricum equo disjectum fortiter in equum fastulis. Illi etiam assuitate illustes familias, multosque pronulis* utrique militia viros insignes. Ex ea gente fatus est Nicolaus Baillulus, natu minor, qui circiter annum 1568. hoc dignitate & virtute emicuitu, &c. Vidit ge, dum agros curaret, habilique & blandienti manu offa luxata, vel fralla, nervosque & artus & fede prostilemes, aut diductus traclaret, atque ali confue- ta munia revocaret, eum tanta dexteritate usum, ut, seu manus agilitate, sive optinione quam de tan- to viro pracepisset ager, nullos interea stutiri dolo- res, neque natura adversus percipi sensus: ita illos alte fopire ac demulcere neverat. Prateres sic apte ligamenta praparabat, & agra corpora obligabat, adeoque inexplicabili serie fascias & vistas confir- gebat, ut non amptius offa, vel artus, vel inere de- ficerunt, aut dimoverentur: sed hujusmodi ligatu- ris & manis traitatione facilis fequerentur quacunque torqueret, & in ordinem illos reduceret. M.
BAILLIF. Il est formé de bajulus. Les en- fans, & sur-tout ceux de bonne maison, avoient, outre la nourrice, une femme appellée gerula; comme il se voit en plusieurs endroits de Ter- rullien, & particulièrement au livre De Animà, où parlant d'un enfant, il dit: Exinde & matrem spiritu probat, & nuricem spiritu examinat, & ge- vulum spiritu agnoscis. Et quand les enfants étoient sevres, ou prêts à sevrer, ils avoient aussi des hom- mes pour les porter & les gouverner, qui étoient appellés geruli & bajuli, a gerendo & bajulando. Les Gloises de Papias: Gerulus, portier, gerulus, nurriter. Le Cathelicum parvum: bajulus, porteur, en bailleur à nourrice. De-là vint que les Gouver- neurs des Princes & des Grands Seigneurs, bien que leurs nourrissons fussent assez grands pour n'être pas portés, furent appellés Bajuli, & leur Gouvernement Bajularia. L'ancienne Chronique de Dagobert, fils de Clotaire II. chapitre 1. dit que Dagobert donna à son fils, Saint Arnoul, Evêque de Metz; ut eum secundum suam sapien- tiam enutrit, etque tramitem Christiana Religio- nis ostenderet, atque ei Custos & Bajulus esset. Ay- molis, livre 4. chapitre 15. page 165. Hermarus, Gubernator Palatii Ariberti, filii Regis, simulque Bajulus à pueritiâ. Le Continuateur de ce même Auteur parlant de . . . . . Filium cogno- minem sibi, Ludovicum, Bernardi Comitis Arver- nici bajulatiuni specialiter committeens. Hlucenat, Epist. 1. qui est l'art. dans l'édition que le Pere Sirmond en a faite, chapitre 2. écrivant à Char- les le Gros: Juvenibus fidelibus filiis vestris, ma- turus ac prudentes, atque fabrios bajulos singulis con- stitutes; qui aderint avaritiam; ut eos verba & exem- pio justitiam diligere doceant. L'usage de ce mot passa même en Grèce sous la même signification. Cedren, parlant d'Antiouchus, Gouverneur de l'Empereur Théodose le jeune, l'appelle Balilus; & Codinus Curopalata, au livre des Offices du Palais de Constantinople, parle de la Charge du parabè Balilus, qui étoit le Gouverneur du fils de l'Empereur: où le Jurisconsulte Julius Pacius remarque, conformément à mon opinion, qu'il étoit appellé Bajulus, parce qu'il portoit le Prince tandis qu'il étoit petit: Bajulus itaque Magnus est, qui Imperatorem infantem quasi gessavit uluis, edu- cavitque & instituit inde a pueritiâ; ipsius synec- duchice sumpta appellatione ab illa prima curaqua ad infantes adhiberi soles. Je trouve même que le mot Baillif fut pris pour un Gouverneur d'enfant, Herman de Valenciennes, au Roman de la Bi- ble, introduit l'Ange qui dit à Joseph qu'il seroit Gouverneur & Nourricier de Jefui-Chrill: Quand sera nes li enfes, tu feras si Baillif, Caleneuve.
BAILLIF. De bailivus, dont les Ecrivains La- tins du bas siècle se font servis pour Officialis, Pra- ter, Judex, Miniser. Bailivus a été fait de ba- julus, qui a été pris pour un nourrissier; & vous le trouverez en cette signification dans Grégoire de Tours, & ailleurs; & qui a été dit à bajulando; Les Nourrissiers portans d'ordinaire dans leurs bras les enfans qu'ils nourrissent. Quem ego par- vulum gessavi, dit un Nourrissier dans Tétence. Sidonias Apollinaris, livre IV. ep. 21. Hic incuna- bula tua fevimus, hic vagientis infantia leilantia membra formavimus, hic civicarum bajulabare pandus ulnarum. Ruth, chapitre dernier, 16. Susceptum- que Noemi puerum posuis in seu suo, & nutricis ac gerula fungebatur officio. D'où vient que les nour- risses ont été appelées gerula absolument. Le Vieux Legicon: Gerula, nutrix qua puorus perat & geraria. Plaute, en sa Comédie, intitulée le Soldat Glorieux, III. 1. 102. Jampridem, quia nihil abstulerit, succenset geraria: & obsterpius. On dit encore à présent en Italie una baglia; & en Languedoc une baille, pour dire une nourrisse. Ce mot bajulus a été pris ensuite pour un Pédagogue. Le Scholias de Sophocle, sur la Tragédie d'Ajax Maftigophore: maluvaric epi maluvaric, i xupius & bailus. Celui d'Op- plen, & Moschopulus disent la même chose. Sous la troisième race de nos Rois, il passa des Pédagogues & des Nourrissiers aux Juges: d'où vient qu'en plusieurs lieux de ce Royaume les Juges sont nommés Bailifs. Et ce que dit Despaupere dans son Art Epistolique, Balivus pro Pratore: fortis quod sa bajulus virga, est ridicule. Il passa aussi vers ce tems-là aux Tureurs; & de-là vient que la plupart des Coutumes de France appellent Bailifs & Bail- issres ceux qui ont la garde noble ou bourgeoise de leurs enfans. Antoine Loisel, dans ses Institu- tes Coutumieres, qui est un ouvrage qui ne se peut pas assez estimer: Bail, Garde, légitime Ad- ministrateur, & Régentant, font quasi tout un: combienque jadis, & encore en aucuns lieux, Garde se dit en ligne directe, & Bail en ligne collaterale. C'est au Tit. 4. reg. 1. du livre 1. L'Auteur Ano- nyme de Invest. Episcop. Regni Teutonici: Intesta- mento relictus sub baila, seu tutela Urbani IV. & Manfredi Principis Tarentinenus, &c. Sed ipse Pa- pa & Princeps dictam bailam seu tutelam minus si- deliter gessere. Ce mot passa de même aux maris: c'est pourquoi dans les qualités des veuves vous trouverez souvent sine baila alterius & tutela. L'Au- teur des Gettes du Pape Innocent III. parlant de Constance, veuve de l'Empereur Henri IV. Ba- lium regni Imperatrix Constantia Domino Papa di- misse, ab omnibus juramento formandum, quoniam ad eum spectabat, tamquam dominum principalem. Un Titre de la Maison de Sully: Novoritis quod pra- sens propter hoc, &c. Dicta la Pilochette, relicta (c'est la veuve) defuncti dicti Pilochet de castro Meliani, juris sui existens sine bailio alterius & tu- tela, &c. Voyez le Président Fauchet, livre IX. de ses Antiquités Françoises, chapitre V. Pasquier dans ses Recherches, où il assure qu'on ne com- mença à se servir du mot de Bailiage que sous le regne du Roi Jean; Pierre Pithou, livre 1. des Comtes de Champagne, page 473. & 474. Lindembrog, Spelman, Meurtius & Wattius, dans leurs Glossaires; M. Hauterre, livre & chapitre dernier des Ducs & Comtés de Provence; & Voëtius de Vitis Sermanis, livre 2. chapitre 3. Voyez aussi l'Antiabiles, chapitre 41. En Périgord, on appelle les Sergens Bailles; & on appelle de même les Marguilliers en plusieurs lieux de ce Royaume. Les Vénitiens appellent aussi Baille leur Résident à Constantinople: & ce mot se trouve en cette signification dans Grégoras, livre IV. ἄγνε μίτημα πάντα χρυσία τραπεζά σφραγίωσαι νύστιν, & μίτημα Βυγνίας παλάντα μπανιδ, & 3 in Hierne Κάτσας. Et dans Codinus: ἕνα ἕνθρα μπανιδ, παδ' ἕνθρα μίτημα πάντα πρασπωσαι μίτημα, γορατίζω μίτημα ἕνθρα πάντα πάντα παντα. M.
BAILLON. De baculone, ablatif de baculo, dit par métaplasme, au lieu de baculus. De baculone, on a fait de même baillonner. M.
BAIN. De balineum. Balineum, baneum, baneum; BAIN: comme manus, BAIN: panis, PAIN. Savaron, sur l'épître 14. du v. livre de Sidonius Apollinaris: Ne quis sciolus baias esse ditas (aquas calentes) miretur, sciat esse thermas, & aquas, vulgo Bains. Ce qui a fait croire à M. Nublé, que Savaron croyait que ce mot de Bains venait de Basa. M. BAIN - MARIE. Façon de distiller, qui se fait en mettant le vaisseau où est contenue la chose dont on veut tirer le fisc, dans un autre vaisseau plus grand, rempli d'eau bouillante. Les Chymistes, qui aiment les façons de parler hyperboliques, se sont servis de cette façon de parler, & ont appelé cette opération balineum maris; comme si ce premier vaisseau est été baigné dans une petite mer. Et on a dit depuis, par corruption: balineum Maria, au lieu de balineum maris. C'est l'opinion de plusieurs savans Médecins que j'ai consulté sur ce mot. Je ne puis être de leur avis. J'ai où dire à M. du Cange, qu'il y avait un Auteur de Chymie, nommé Maria, cité entre les Auteurs Grecs qui ont écrit de la Chymie: & qui donnerait sujet de croire que cette sorte de distillation aurait été appelée de son nom. Mais cet Auteur m'est tout-à-fait inconnu: & je doute fort qu'il se trouve cité parmi les Auteurs qui ont écrit de la Chymie. M. du Cange n'aurait-il point confondu cet Auteur avec Marie Sœur de Moïse, laquelle, selon l'opinion de quelques-uns, avait fait des livres de Chymie: Voyez alquémie. M. Borel, Médecin de Castres, dans sa Bibliothèque Chymique, page 154. parle en ces termes de cette Marie prétendue Sœur de Moïse: Maria Propetissa Epistola Chimica ad Aromem, ex Riplae. ¶ Eadem Epist. MS. Lingnâ Catalannica & valde Antiquâ, alindque ejus opus Chimicum prolixius. ¶ Maria, Moïse sorris ditio, Chimica, in Allegoritis sapientum, & in arte aurifera, extant. ¶ In Maria Propetissa opusculum, Commentaria Anonymi, cum Comment. ejus. in Sendiologium, in 8. Germanice. Les Chymistes appellent Opus Virginis Maria, l'ouvrage de la pierre philosophale qui s'acheve en trois heures. M.
BAJOARIENS. Nom de peuple. On dit aussi Bajovariens, Baivariens, & Bajovariens. Ce font les Bavarois. Tous ces noms signifient Viri à Batis orientali, étant composés de Bati qui signifie les Baïens, & de or on war, mot Testonique, qui signifie vir, & qui est l'amène chose que bar & unta en vieux Franc, war en Alleman, war en Go- B A I. B A I. thique, or en Celtique, en Bas-Breton & en Gallois, gur aussi en Gallois, fair & fear en Hibernois, varon en Espagnol, garou en François, dans le composé leup-garon, war en ancienne Langue Scythique, comme on voit par le mot auymaroi, qui signifie viricida, selon Hérodote, livre IV. Air, en Arménien, signifie pareillement vir, selon Baxter, dans la Préface de son Glossaire des Antiquités Britanniques. On sent la convenance de tous ces mots avec le Grec ou, & le Latin vir, & en même tems l'antiquité de leur origine. Quant au mot Bati, il signifie, selon Wachter Colom, c'est-à-dire, gens qui s'établissent dans un pays; du vieux terme Celtique ban, qui signifie demeure, habitation, lieu où l'on s'établit, en Gothique bava, en Anglo-Saxon kye, en Handois bo & bu. Les Baïens étoient un ancien peuple de la Novempopularie en Aquitaine. Une partie se joignit au fameux Ségovese, passé le Rhin sous sa conduite, & s'établit, partie en Boheme, & partie en Italie. Dans la suite ceux de Boheme chassés à leur tour par les Marcomans, se retireront dans le pays appelé aujourd'hui la Baviere. Ceux d'Italie repasserent en Gaule du tems de César, qui leur permit de se mettre dans le voisinage des Hédouens, & leur assigna une partie du Bourbonnois d'aujourd'hui, & la partie de l'Auvergne qui est entre la Loire & l'Allier. Voyez César, Comment. livre 1. chapitre 28. & M. de Valois, dans sa Notice des Gaules, au mot Bati. Voyez aussi Wachter, Glossar. German. aux mots Ban & Wer.
BAIONNETTE. Sorte de Poignard; ainsi appellé de la Ville de Baïonne. M. Fenette, livre 3. chapitre 23. Mais le Baron ayant saisi un grand contant Bayonneis qui pendait les la braguette de Colineau. La Reine de Navarre parlant du voyage de Bayonne en 1564. disoit que c'étoit en cette Ville qu'avoient été forgées les lames des épées qui répandirent dans la suite le sang des Chrétiens. Hist. du tems, 1570. pag. 190. Du tems de Charles IX. le Colonel avait aussi en d'autres armes qui lui étoient particulières, une pique de Biscaye à la main. Hist. de la Milice Fr. du P. Daniel, édit. de Hollande; 1724. Tome 7. page 30. Le Duchat.
BAJOIRE. Sorte de monnoye, ainsi appelée à cause des deux joues des deux têtes qui y sont représentées en profil. Le Duchat.
BAJOUÉS. On appelle ainsi à Merz (& sur mer) les joues de porc détachées des machoires, & salées ou non salées. De bi gota, composé de bis & de l'Italien gota, d'où le François. On a dit de même ba-lever de biflabra. Job. chapitre 40. v. 30. Mettras-tu l'haim en ses narines, ou percents-tu ses bajones d'une espine? Le Duchat.
BAL. Voyez baller. M.
BALADE. Sorte de Poësie. Henri Etienne, page 11. de ses Prov. Epigrammatisés, remarque que c'est un mot François; mais d'où vient ce mot? Le Duchat.
BALAFRE, BALAFRE. Je ne sais pas bien d'où viennent ces mots. Les Italiens disent barles, & barles. Et il y a apparence que ces mots François viennent de ces mots Italiens. Je ne sais pas d'où viennent ces mots Italiens. M. Il est sans contredit que balfère, qui dans nos vieux Romans se prend pour les lèvres de dessus, & de dessous ensemble, vient de bis-labrum par le changement de l'î en a, comme en balance, fait de bilanz. Or est-il que ce qu'on appelle balafre, est proprement une grande plaie faite au visage à coups de sabre ou de coutelas, laquelle plaie fait une espece de bouche, & par conséquent deux lèvres; & par cette raison a été nommée balafre, pour sa ressemblance avec ce qu'autrefois on nommoit les balèvres. Le Duchat.
BALANCE. Périon le dérive de vauveurs. Il vient de bilancia, qu'on a dit pour bilanz. Voyez Pasquier, VIII. 30. M.
BALANCIER. Machine à faire des monnoyes, des jettons & des médailles. Voyez M. le Blanc, dans son Traité des Monnoyes. M.
BALANDRAN. Manteau de voyage. De l'Italien palandrana, formé de l'inusité païb. Pala, palla, d'où pallium; comme paludatus, de vauveurs. Palus paludis, paluda, paludatus, paludamentum. Varrion se trompe étrangement, disant que paluda vient de paludamentum, & que paludamentum vient de palam. C'est au liv. 6. de Lingua Latina. Au lieu de palandrana, on a dit balandrana. Voyez M. du Cange, au mot balandrana.
BALAY. Encore qu'il serve à balayer, c'est-à-dire, nettoyer toutes sortes d'ordures; il est pourtant ainsi appelé parce qu'il sert à nettoyer la balle, c'est-à-dire, la séparer du grain. Aussi en Languedoc engraniere est un balay; & engranà, balayer. Cafeneuve. BALAY à balayer la place. M. Guyet croyoit qu'on avoit dit balay par corruption pour balé; & qu'on avoit dit balé pour balet, de vallerus, diminutif de vallus; à caule que les balais sont emmanchés au bout d'un bâton. Le Pere Labbe a désapprouvé cette érymologie; & il a prétendu que balay venait de betula, qui signifie du bouleau; & qu'il en venait par le diminutif betulatum. Et ce qui pourroit favoriser son opinion, c'est que le mot baleys se prend pour des verges dans cet endroit de Mathieu Paris, en 1252. Fetens in manu virgam, quam vulgariter baleys appellamus, à singulis Francius discipinas nuda carne suscepit: & en quelques autres endroits d'autres Auteurs Anglois, produits par Wastius dans son Gloffaire: Et nos verges sont faites de bouleau. Mais (ce qu'il trompe le Pere Labbe) betulatum signifie une boulaye; c'est-à-dire, un lieu planté de bouleaux; & non pas un bouleau. Plusieurs prononcent à Paris balet. Et ce que dit Charles de Bovelles, que balet a été dit par syncope pour battre valet, témoigne que c'est l'ancienne prononciation Picarde: car Charles de Bovelles étoit Picard. Et cette prononciation favorise l'opinion de M. Guyet. Quoiqu'il en soit, il est constant qu'il faut prononcer balay, & balayer, quoique plusieurs personnes à Paris prononcent balier. M. de Cafeneuve a eu une autre pensée sur l'étymologie du mot balay. Voici ses termes: Encore qu'un balay serve à balayer, c'est-à-dire nettoyer toutes sortes d'ordures; il est pourtant ainsi appelé parce qu'il sert à nettoyer la balle, c'est-à-dire, la séparer du grain. ¶ Les Bouguignons appellent une geneste un balay fait de genest. M.
BALAY. De l'Alleman Vello, qui répond au Latin fascis virgilorum. Je suis redevable de cette érymologie au savant M. Frisch, qui a fait plusieurs doctes observations sur les Origines Françoises de Ménage. Le Duchat.
BALAY. Sorte de rubis. Du lieu d'où nous sont venus ces rubis. Le Barbofa, dans le 1. volume du Ramufo, fol. v. 321. I balasci sono di spezie dirubini; ma non sono così duri. Il colore è di rofato: e alcuni sono quasi bianchi. Nascono in Balascia, ch'è un regno dentro a terra ferma di sopra Pegu e Bengala: e di là vengono condotti da i mercanti Mori per tutte l'altro parti: cioè, li buoni & eletti, per lavorargli in Calicut, dove li fanno netti, & acconciano: e vendonfi per il prezzo delle spinelle: e quelli che non sono buoni, e sono ferati li comprano li Mori della Mecca, e di Aden, per portar nell'Arabia, dove l'usano molto. Louis Barthema, dans son Voyage de Perfe, au même volume du Ramufo, fol. v. 156. In questa (Siras) si trova gran quantia di gioie, cioè turchine, e balasci infaniti. Vero è che qui non nascono, ma d'una città chiamata Balasam. Marc Polo, Vénitien, livre 1. chapitre 34. de Regionibus Orientalius: Balascia, est Provincia magna... Producit hac lapides pretiosus, atque magni valoris; qui a nomine regioni Balasci vocantur. Haltemus Arminius, Hiftor. Orient. chapitre 6. Regnum India incipit a consinibus regni Perfarum, & extenditur per Orientum usque ad unam provinciam, qua vocatur Bala-rem: (Il faut Balascem) Et in illa Provincia reperiuntur lapides pretiosi, qui balais appellantur. M.
BALCON. De l'Italien balcone, fait du Latin palcus. Palcus, palco palconis, balcone, BALCONE. M. de Saumalie, sur l'Histoire Auguste, pag. 155. Prophora illa & mandana, qua manibus adjici solebant ex provolantibus & projecit, subulatis composita, balcone, nisi fallor, hodie vocant Itali. M.
BALCON, est fait de l'Alleman balke, qui signifie une poutre, un chevron, un foliveau servant à soutenir le balcon. Le Duchat. J'aimeroit mieux dire que l'Italien balcone, d'où le François balcon, est fait du vieux Franc balco, qui signifie une poutre, de même que l'Alleman balke. *.
BALDAQUIN. Un dais. De l'Italien baldacchino, qui a été formé de Baldacco, qu'on a dit pour signifier une ville de Babylone. Pétrarque, dans le Sonnet cvij. l'avara Babilonia: Aspettando ragion mi struggo, e fiace, Ma pur novo soldan veggio per lei: Loquai farà, non già quand' io vorrei Sol' una sede: e quella fia in Baldacco. Dans laquelle ville on faisoit des draps de diverses couleurs, appellés Babylonica. Pime VIII. 48. Pratexta apud Errusca originem invenere. Trabeis ufos accipio Reges. Pictas vestes jam apud Homerum fuisse: unde Triumphales nata. Acu facere id Phryges invenere: ideoque phrygionis appellata sunt. Aurum intexere in eadem Asia invenit Attalus Rex: unde nomen Attalicis. Colores diversos pictura intexere Babylon manum celebravit, & nomen imposuit. Plurimis vero licus texere; qua polymita appellant; Alexandria infinit. Scutulis dividere Gallia. Metellus Scipio tricinaria Babylonica sefertium oëzingenuis millibus venisse jam tunc, posuit in Capistatis criminibus, qua Neroni Principi quadragies sefertio nuper fettere. Et de-là vient que baldekinum a signifié une espece d'étoffe. Mathieu Paris, dans la Vie de Henri III. Roi d'Angleterre, Rex voffe deaurata, salta de praftantissimo Baldelino, & coronula aurea, qua vulgariter Garlanda dicitur, dicitur, redimitur. ¶ Voyez mes Origines Italien- nes, au mot baldacchino. M. Froissart, Edit. de 1574. vol. 4. ch. 2. Paret & vetus tous d'un parement de gennes de bandequin verd & vermeil. Le Duchat.
BALE. Ces ordures qui se separent du blé, seigle, & tels autres grains, quand on les vanne; & qu'en Latin on appelle acus; sont appelées bale: de sâs, qui entr'autres choses, signifie jeter & secouer; parce qu'en vannant, ces ordures sont jettées & secouées. Jul. Cæf. Scaliger, Exercit. 325. 12. Quà ratione etiam vannus ab eadem jacta- tione sâs; idicire acus à Vâsconibus appellatur bal- la, quia succutitur & ventilatur. Cafeneuve. BALE de blé. De palea. Varron de Re Rufi- ca, liv. 1. Ut quod levissimum est in eo, atque ap- pellatur acus ac palea, evannatur foras extra aream. Virgile, Georg. 3. Surgentem ad Zephyrum palea jailuatur inanes. Jules Scaliger, contre Cardan, 325. 12. dérive palea de sâs. PALEA, qui vâs. Qua ratione etiam vannus, ab eadem jac- tatione sâs; idicire acus à Vâsconibus appellatur balla, quia succutitur ac ventilatur. Les Galcons, en disant bale en cette signification, n'ont point songé à sâs; ils ont songé à palea. M. On a dit pain balé, pour de gros pain bis où est entrée la bale du blé, & Rabelais s'est servi de ce mot, liv. 1. ch. 25. suivant l'édition de 1542. & celle de 1547. Le Duchat. BALE de marchandises. C'est farcina in nodum pila, quam balam dicimus, complicata, dit M. du Cange. Cette étymologie de M. du Cange, ne me déplaît pas. M.