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03.0 Dictionnaire etymologique — BÉFFLER – BLESME

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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BÉFFLER. C'est se moquer. De l'Italien beffare, qui signifie la même chose Beffare, beffulare; BÉFFLER. Voyez la Cruëca, au mot beffa, & au mot beffare. Voyez aussi mes Origines de la Langue Italienne, au mot beffa, & ci-dessus au mot baffoner. M. Il se peut fort bien que le verbe François beffler, vienne de l'Italien beffare, comme l'a cru M. Ménage. Mais il se peut aussi, que tous deux viennent de la Langue Teutonique, & particulièrement du mot Anglois baffe, qui ressemble si bien au François beffler, & qui signifie moquerie, amusement, tromperie, fraude, mauvaise foi; d'où le verbe to baffle, se moquer de quelqu'un, l'amuser le jouer, le tromper, lui passer, comme on dit, la plume par le béc.
BEFFROY. C'est ainsi qu'on appelle une tour, & une Echauguette, où une sentinelle fait le guet pour avertir ceux de la Ville de ce qu'elle peut découvrir, & leur donner, en cas de besoin, l'effroy & l'allarme, par le son d'une cloche. Ce qui a porté R. Etienne à croire qu'il est ainsi appellé, comme qui dirait bis effroy. Le Sire de Joinville, en la Vie de S. Louis, l'appelle bafray. Et pour garder, dit-il, ceux qui faisoient ladite chaussée, il fit faire deux bafrays, qu'on appelle chats, chatels. Guillaume le Breton, liv. 2. de sa Philippide, l'appelle belfragium : Cratibus & lignis rudibus Belfragia furgunt, Turribus alta magis, & manibus; unde vale- rent Agmina missibus, telisque quibuslibet, uti, Detetiosque hostes facili prosternere jactu. Et au livre 7. Parre alia turres, quibus est Belfragia nomen, Roboribus crudis compaeta, atque arbore multa, Intallis dolabrā, ruditer quibus ascia solos Absciderat ramos, sic educuntur, ut usque Aera sub medium longo volumine tendant, Ut doleat murus illis depressor esse. Où l'on voit clairement, que c'étoit une grande machine de bois, que les assiégeans élevoient en forme de tour, pour battre les ennemis en ruine, & les empêcher de défendre leurs murailles. Que si ces Auteur les appelle Belfragia, ce n'est que pour rendre le mot plus doux à l'oreille, & le faire facilement entrer dans le vers. Car le vrai nom de cette machine étoit Berfredum. Orderic Vital, liv. 5. de l'Histoire Ecclésiastique : Ingemem machinam, quam Berfredum vacitant, contra munitionem erexit, & copiose bellicis apparatibus instruxit. Et pour être pleinement instruit dans l'une & l'autre de ces deux vérités, il ne faut que lire Froissart, vol. 1. ch. 100. Les Anglois qui seioient devant la Reole, & qui y furent plus de neuf sepmaines, avoient fait charpenter deux beffroys de gros mefrien, à trois estages; & seant chacun beffroys sur quatre rouelles : & estoient ces beffroys devant la ville, tous couverts de cuir boulu, pour desfendre du feu & du traité : & avoit en chacun estage ceux Archons. Enguertand de Monstrelet, vol. 2. Après qu'ils eurent garni le beffroy, pour sonner la grand-cloche de la ville. Et pour faire voir qu'on se seroit anciennement de ces grandes machines pour faire les approches des murailles, il ne faut que lire l'Histoire de Guefclin, ch. 6. Et avoit fait faire un grand beffroy de bois, moult haut, lequel ils firent trainer sur roues, jusques près du fusse. Les Coutumes Locales d'Amiens l'expliquent encore plus clairement, art. 19. Au son de la cloche du Beffroy. Caseneuve.
BEFFROY. Lieu élevé dans une place frontière, où on fait le guet, & d'où on sonne l'allarme quand les ennemis paroissent. Pasquier, VIII. 52. croit que ce mot a été dit pour effroy; sonner le beffroy, n'étant autre chose que sonner l'effroy. Nicot le dérive de bée & d'effroy; le beffroy étant fait dit-il pour béer, c'est-à-dire, pour regarder & faire le guet en tems soupçonneux, & pour sonner l'effroi. Il vient de berfredus, qui se trouve dans Orderic Vital, liv. 12. de son Histoire, pour une tour de bois. Carpentarios, berfredum factentes. Voyez soigneusement M. du Cange, dans son Glossaire Latin, au mot belfredus, où vous trouverez tout ce qui se peut dire touchant ce mot belfredus. Le P. Thomassin, dans son Traité des Langues réduites à l'Ebreu, tom. 1. pag. 484. croit qu'il vient de l'Espagnol aduyre, qui signifie un tambour. M.
BEGAYER. De bis on a fait biga, comme de ter & quater, triga & quadriga. De biga on a fait bigare, répéter. Huet. B E G U. Voyez B A I G U. M.
BEGUARDS. C'est le nom qu'on donna à certains Hérétiques qui s'éleverent en Allemagne vers la fin du xxi. siècle. Ils furent aussi appelés Béguins. Ils se disioient pauvres du tiers ordre de S. François, & furent aussi nommés Fratricelles. Ils disioient qu'il n'étoit point permis, non-feulement aux particuliers, mais même aux communautés, de posséder des fonds, ni rien en propriété. C'est pourquoi, quelques Savans dérivent les noms de cette seète du verbe Saxon ou Anglo-Saxon beggen, qui signifie mendier. Encore aujourd'hui en Anglois, 10 beg signifie la même chose, & beggar, qui ressemble tout-à-fait à begnard, signifie un pauvre, un mendiant, un gueux, un misérable, un homme réduit à la mendicité. Cette étymologie paroît fort naturelle. Le mot Beguine a une autre origine. Voyez ci-dessous Beguines. *
BEGUE. Peut-être de bèfise. Blefus, bésus, bescus, BEGUE. Bessus se trouve en cette signification dans les Glosses anciennes. Tpaulée, balbus, raucus, bescus. On a autrefois dit banbe pour bègue. Voyez banbe. M.
BEGUEULE. Terme d'injure populaire, qui se dit d'une femme de basse condition qu'on taxe de bêtise, & aussi d'une femme folle & impertinante. Ce mot est composé de gueule, & de bée, c'est-à-dire, ouverte, comme qui dirait, une femme qui a toujours la gueule ouverte. *
BEGUIN, EMBEGUINE. Beguin est proprement ce bandeau de toile dont on couvre le front des petits enfans; ainsi appellé parce que les Religieuses, anciennement appelées Beguines, s'en servoient, comme elles sont encore. Il se peut allément vérifier par plusieurs lieux des Auteurs qui ont écrit depuis 400. ans, & sur-tout par le ch. 21. du liv. 2. des Histoires mémorables de Césaire, Moine de Heisterbach, où Begina signifie Religieuses. Ce nom leur fut donné à cause d'un grand homme de bien, nommé Lambert le Bègue, qui par ses exhortations porta grand nombre de femmes & de filles à faire vœu de chasteté, lesquelles pour cette raison furent appelées Beguines, comme témoigne Ægidius Aurée vallis Monachus, ch. 51. de l'Histoire des Evêques de Liège. Voici ses paroles : Suscitavit Deus Spiritum sancti cujusdam Sacerdotis, viri Religiosi, qui Lambertus le Bègue, quia balbus erat, de Sancto Christophoro dicebatur : à cujus cognumine mutieres & puella, qua cæfii vivere proponunt, Beguines Galice cognuminantur; quia ipse primus extitit qui eis pramium calditatis verbo & exemplo predicavit. De cette sorte de Religieuses, toutes les autres, de quelque Ordre qu'elles fuissent, furent appelées Beguines : d'où vient le verbe embeguiner, c'est-à-dire, persuader avec cajollerie; qui se dit maintenant de toute sorte de gens, mais qui du B E H. B É I. 171 commencement ne s'entendoit que des filles qui se laissolent porter à prendre le beguin, c'est-à- dire, à se faire Religieuses. Après que Lambert le Bègue, par ses beaux discours & exemples, eut induit beaucoup de filles à renoncer au monde en prenant le voile, & en retranchant de leurs habits ce grand luxe, un autre grand Prédicateur, appellé Frère Thomas, eut ensuite assez d'autorité sur l'esprit des femmes mondaines, pour les obliger à renoncer à cette pompe & superfluité d'habits, comme nous apprend Enguerrand de Montrelet, vol. 2. Par les enormations d'un Prédicateur, nommé Frère Tho- mas, les femmes se disposeront à mettre jus leurs atours, & prônent autres tels & semblables que portaient femmes de beguine. Caseneuve. B E G U I N. Voyez Béguines. Les Toulousains disent begui. M.
BÉGUINES. On appelle ainsi en Flan- dre, en Picardie & en Lorraine, certaines fem- mes & filles qui vivent ensemble en dévotion sans faire de vœu. Il y a diversité d'opinions touchant l'étymologie de ce mot. Quelques-uns prétendent que ces femmes & ces filles ont été ainsi appelées de Begga, sœur de Sainte Gertrude, & femme d'Anéglise, qu'on dit être leur Institutrice. Et cette opinion est la commune opinion des Ecri- vains Flamans. Mais, comme l'a très-véritable- ment remarqué M. du Cange, elle n'a aucun fon- dement que la rencontre du nom. D'autres croyent qu'elles ont été ainsi appelées d'une sorte de coë- fe appelée beguin, qu'elles portaient. Et c'est l'opinion de Scaliger, dans son second Scaligerana. BÉGUINES. In Gallic vocantur des Filles dévores & bigeurs, a beguin, quem gestabant. C'est aussi celle de Willemus Heda, de Episcop. Ultraject. Quo tempore Ordo Diva Brigita institutur ex religiosis terminis, soluta tamen vita, quas Beginas vocant, a velo capitis quo involvio confueverunt, sic ditta. Mais M. du Cange croit, au contraire, que le beguin a pris son nom des Béguines : ce qui est plus vraisemblable. Quelques-uns enfin prétend- ent que les Béguines ont été ainsi appelées d'un certain Lambert le Bègue. Succinctus Deus Spiritu- um functi cojusdam Sacerdotis, viri religiosi, qui Lambertus le Bègue, quia habus erat, de sancto Christophoro dicebatur: a cujus cognomine mulie- res & puella qua caste vivere proponunt, Béguines Gallicce cognominantur; quia ipse primus exsistis qui eis pramium custitatis verbo & exemple pra- dicavit, dit Gilles, Moine d'Orval, dans la Vie de Raoul, Evêque de Liège. Touchant l'Histoire de ces Béguines, voyez Erpsius Puteanus, les Anti- riquités d'Amiens, Voëtius de Vitiis Sermonis, & sur tout, M. du Cange, dans son Glossaire Latin, où vous verrez aussi l'Histoire des Bégi- nes hérétiques. M. M. Ménage ne décide rien sur l'origine du mot Béguines. Il paroît tout naturel de le désirer du verbe Anglo-Saxon began, bigan, ou biggan; qui signifie colere, observare. Une Béguine est une fem- me pieuse qui fait profession d'observer les règles de son Ordre. On a donné ensuite le nom de bé- guins à certains voiles dont les Béguines se cou- volent la tête. Ainsi ce n'est pas le béguin qui a donné le nom aux Béguines, mais ce sont les Bé- guines qui ont produit le nom de béguin. Wach- ter, dans son Glossar. German. au mot Bigine. Be- gine, bégine, mulier monastici generis, sed a vo- ti soluta. Unde nomen deformatum sit, prolixe disputat Cangius in voce Begardi. Apud Belgas, inquit, conf- tans opinio est, Béguinas nomen & institutum accipelse à Begga, Pipini Landensis filia, S. Gertrudis Niveden- sis sorere. Max tamen alios auctores excitat; qui Bé- ginas à Lamberto Rego institutas & appellatas esse confirmant. Utrumque verum esse non passat. Abitamus ergo Begum & Begam; & Beginas du- camus a verbo Anglo-Saxonico began, bigan, beg- gan; colere, observare, servire. Nam hinc p. bi- genga cultor, eadem Dial. Cur non etiam Begina mulier religiosa, regularum ordinis sui cultrix & ob- servatrix? Posta etiam vela quadam, quibus capta involvethant Begine, eadem nomine affecta sunt. *
BEHEMOTH. Ce mot, qu'on a retenu dans les Versions Françoises de la Sainte Ecriture, est par Ebreu. C'est un plurier de nona behemoth, qui signifie bebia, pecus, jumentum. Mais ce plu- rier se prend aussi dans le Livre de Job, xl. 10. comme un singulier, pour exprimer un animal d'une grandeur extraordinaire, que l'on croit avec raison être l'Éléphant, ainsi appelé à cause de sa grosseur, qui égale celle de plusieurs autres ani- maux ensemble. Il s'agit en effet dans l'endroit de l'Écriture, où il est parlé de Behemoth, de don- ner une grande idée de la puissance de Dieu; ce qui se fait en parlant des deux plus grands ani- maux que Dieu ait créés, s'avoit l'Éléphant entre les animaux terrestres, & le Léviathan entre les aquatiques. R. Lévi dit que Behemoth est une bête particulière, de laquelle les Rabbins content quan- tité de fables. * BEHOURD : Tournoy. BEHOURDER : Jou- ter. Voyez Nicot. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. Les Espaguols, selon le témoignage de Nicot, disent bohord : mais apparemment ils ont pris ce mot du François bohourd, qui est le même que bohourd. M.
BEJAUNE. La Farce de Pathelin : Ce trom- peur-la est bien bejaune. Voyez Niais. M.
BEJAUNE, se dit en terme de Fauconnerie, des oiseaux tout jeunes, qui ne savent encore rien faire, parce que la plupart de ces oiseaux ont le bec jaune avant que d'avoir des plumes. Ensuite il signifie figurément, ignorant, niais, ignorance, bévue, comme dans cette phrase proverbiale : On lui a fait voir son bejaune. Ce mot a été pris par corruption, de bec jaune, par la métaphore des ol- sons & autres oiseaux niais, qui ont le bec jaune. Ce qu'on a appliqué aux apprentis en tous les Arts & Sciences. Et ainsi on faisoit autrefois payer aux Ecoliers de Droit leur bejaune, pour dire leur bien-venue : & les Clercs de la Basoche de Paris appellent encore les Lettres de bejaune, celles qu'on leur donne pour attestation du service qu'ils ont fait chez les Procureurs, quand ils veulent être reçus à une telle Charge. On a appelé aussi be- jaune le festin que faisoient les Clercs ou les Ap- prentifs lorsqu'ils étoient reçus en charge ou pas- ses Maîtres. M. du Cange dit qu'en la Basse La- tinité on a appelé bejaunus un jeune Ecolier de l'Université, & bejaunium le festin qu'il faisoit pour sa bien-venue. *
BEIGNET, on BIGNET. Sorte de pâtisse- rie. Quelques-uns décrivent ce mot par métathese de l'Ebreu par pinnek, qui signifie, faire bonne cho- re à quelqu'un, le nourrit délicatement. Pimon- ka en Chaldéen, & pennoka en Syriaque, signi Y ij fient la bonne chere, une nourriture délicieuse. Mais c'est aller chercher bien loin une pareille étymologie. Il est vrai que les Ebreux faisoient des espèces de beignets ou de gâteaux avec de la farine, de l'huile & du miel, & il en est parlé le trois sortes dans l'Ecriture : mais leurs noms n'ont aucun rapport avec celui de beignet ou de pinnek. Ils sont appelés lababoth, s'appiibath, & rakik. D'autres, avec plus de vrai-lemblance, sont venir beignet du vieux mot bigne, qui signifie enflure ou tumeur, parce que les beignets sont enflés. Big, en Anglois, veut dire gros, épais, enflé; bigness, grosseur, épaisseur, enflure.
BEIRAM. C'est un mot Turc, qui signifie Fère solennelle. Les Musulmans n'ont que deux Beiram. Le premier tombé au dixième jour du dernier mois de l'année Arabique, & s'appelle Beiram bunk, grand Beiram. Le second finit le jeûne du mois Ramadam, & se nomme Beiram Kassebuk, petit Beiram. On l'appelle communément la Pique des Turcs ; & dans l'opinion du vulgaire elle passe pour leur plus grande Fère, & pour le grand Beiram. Le P. Roger écrit Behiram, mais mal.
BEL. C'est le nom d'un Dieu ou d'une Idole des Babyloniens. Il est parlé de Bel dans la Prophétie de Daniel. Ce nom est un abrogé de Bel qui en Chaldéen & en Syriaque, de même que Baal en Ebreu, signifie Maître, Seigneur. On ne convient pas qui étoit ce Bel. Les uns veulent que c'étoit Cham fils de Noé, d'autres que c'étoit Nembrod, Fondateur de Babylone, d'autres, que c'étoit Ninus, duquel Sémiramis sa femme, enflée de la victoire qu'elle avoit remportée sur Zoroastre Roi des Baâtriens, fit un Dieu ; d'autres que c'étoit le Soleil. Voyez ci-dessus le mot Baal.
BELETTE, animal : espèce de petit renard. De melis. Melis, mele, melesta, beletta, BELETTE. Touchant le changement de l'M en a, voyez mon Discours du changement des Lettres. Melis se trouve en cette signification dans les anciens Auteurs Latins. Varon, livre 3. de Re Rustica, chapitre 11. Quis enim ignorat, septa e maceris ita esse apartere in leporario, ut velterio tella sint, & sint alita? Alterum, ne salis, aut malis, aliva qua bellia iunroire possit : alterum, ne lupus transitare. Les Anglois appellent bele une marte. Les Italiens l'ont appellée belloro; que M. Ferrari dérive de bellula. Bellora, dit-il, quasi bellula; quod mansus-facula in delicis marronarum sint, blando hoc vocabulo donata sunt. Mais selon moi, ce mot Italien a aussi été fait du Latin melis. Melis, melus, melonus, melurus, bellurus, BELLORO. J'oublibis à remarquer, que les Italiens ont appellé bellesta, du limon; de limus. Limus, limellus, limellestus, melestus, bellestus, BELLETTA. Ce qui confirme tout-à-fait le changement de l'M en B dans le mot de belette fait de melis. M.
BELGES. Anciens Peuples des Gaules. Ils habitoient au Nord des Celtes, & César dit qu'ils étoient les plus braves des Gaulois. Quelques Auteurs font venir ce nom de Walike diminutif de Wale, mot Saxon qui signifie un étranger, ou un homme qui se transporte dans un autre pays pour y habiter. César témoigne que les Belges étoient originaires des Germains, & qu'après avoir passé le Rhin ils s'établirent dans les terres des Gaulois. Du mot Walike ou Wallicus il a été affé de faire celui de Belge, par le changement du w en b, & du k en g, changement qui est tout simple & tout naturel. Dans ce cas-là le nom de Belge aura la même origine que ceux de Gallus, Wallus, Wallo, c'est-à-dire, de Gaulois, de Gallus, & de Wallon, qui à mon avis, viennent tous trois du Saxon Wale dont nous avons parlé, & qui a été formé lui-même par l'addition du w, du Cérisque al, lequel signifie un étranger. Les Gallus, ou habitans du pays de Galle en Angleterre, furent ainsi nommés par les Saxons, parce qu'ils étoient étrangers par rapport à ces nouveaux Conquérants, & qu'ils furent contraints de quitter leur propre pays. De même les Gaulois qui s'appelloient eux-mêmes Celtes, furent nommés Gaulois par les Romains, à cause qu'ils pafferent en Italie, & s'y établirent. Les Wallons étoient proprement les mêmes que les Belges, & ce nom est demeuré jusqu'aujourd'hui à une partie des peuples de la Gaule Belgique. Cette étymologie du mot Belges parroit assez vrai-lemblable. D'autres le tirent du verbe Teutonique belgen, qui signifie se mettre en colère, & qui est encore en usage dans les pays-bas. Belgas veerres, dit Wachter au mot Balgen, cum forte essent homines pra catris Germanis iracundi, & levissimarum rerum tragici exaggeratores, ab ingenio feruci & iracundo nomen accepisse, Belgarum dolmissimi Hadrianus Junius, Abrahamus Mylius, alique, opinantur, quamvis adversamo Claverio, qui erythent Belgarum & Gallico vel Wallico nomine petir, quod trajello Rhem (erunt enim tofoe Casare & Germanis oriundi) terram Gallorum occupatser, lib. III. German. Ant. cap. 3. . . . Interim iracundiam Germanorum passim notant Scriptores antiqui, & pracipue Josephus, lib. XXIX Antiq. Jud. cap. 1. & lib. II. de Bello Jud. cap. 16. ubi Germanos vocat homines naturâ iracundos, & indignationes illis tribuis vehementiores feris. Quelques-uns ont cru que le nom de Belges venoir de l'Ebreu sva balag, que Buxtor traduit confortare se, & que ces peuples furent appelés de la forte parce que comme dit César, Comment. de bello Gall. livre 1. chapitre 1. Ils étoient les plus vaillans des Gaulois : Herum omnium (C liarum & Aquitanorum) fortissimi sunt Belga. Guillaume le Breton, Auteur de la Philippide, le tire de Berg Saint Vinoch, comme si le mot Belga n'étoit pas plus ancien que le nom de ce fort. Le Moine Robert, dans sa Chronique à l'an 1210. dit qu'il vient de Belgis, ancien nom de la Ville de Trèves. D'autres le dérivent aussi d'une Ville nommée Belgis, qu'ils placent en Bourgogne. Dom Duplessa le dérive de bel, qui, selon lui, doit signifier un belier ou un monten, comme belch ou belg a dû signifier un berger. Encore aujourd'hui, dit-il, belc en Bas-Breton veut dire un Prêtre, sans doute dans le sens de Pasteur. En effet les anciens Belges étoient adonnés à la vie pastorale. Pastat Belga pecus, dit Claudien. On sent assez combien ces dernières étymologies sont ridicules, & elles n'ont pas besoin d'être réfutées.
BELGRADE. Ville célèbre de Hongrie. Ce nom est formé de l'Esclavon Bilygrade, qui signifie album castrum. Bily en Esclavon, c'est albus, & grade, c'est castrum. De-là est venu le nom d'alba Graca qu'on a donné à cette Ville, par corruption de grade en Graca. Les Allemans, par une erreur aussi ridicule, l'appellent Griesbisch-Weissenburg. Le mot Esclavon grade vient origi- hairement de gard, terme des plus anciens, autant qu'on peut en juger par le consentement des Langues Parthique, Celtique, Sarmatique, Grecque, Latine, & autres, & qui se reconnoit encore aujourd'hui dans quantité de noms. Il signifie proprement un endroit clos, comme un jardin, une cour, une maison, un palais, &c. Les suédois ont conservé jusqu'à ce jour la racine de ce mot; car ils disent garda, pour sepire, & gardat, pour septus. De gard est dérivé gard, un jardin en Langue Cambrique ou du pays de Galle, garten en Alleman, garto, carto, en ancien Franc, garden en Anglois, gardur en Ilandois, giardine en Italien, jardin en François. De-là aussi gard en Anglo-Saxon pour arca, garda en Gothique pour domus, arrinus, aula ante domum. De-là aussi apparemment le Latin cors, cortis dans Varron, pour ce que nous appellons bafecour; le Latin-barbare cervi pour signifier une métairie, une maison de campagne, & même la cour, le palais d'un Roi, parce que les Rois faisoient souvent leur résidence dans des maisons de campagne; ensuite le François cour, tant pour signifier un lieu découvert & enfermé de murs auprès d'une maison, que pour exprimer le lieu où l'on rend la justice & la demeure des Princes & des Rois. L'italien corte un palais, la demeure d'un Prince, vient de la même source. Les Ilandois appellent encore gard une maison de campagne, & le Palais d'un Prince. Le mot gard a été ensuite employé pour dire un lieu fortifié, une forteresse, un château, une Ville, & de-là les noms propres de plusieurs Villes chez les Parthes, les Esclavons & les Allemans. De-là Tigranceira, Ville d'Arménie, bâtie par le Roi Tigrance, & qu'on pourroit appeller par cette raison Tigrampolis. Hésychius: Kiyra, *wine* *in* *Aquarius* *Kerta Armeniis Urbs* *esf.* De-là aussi *Volgesecera*, Ville de la Babylonie, bâtie par Volgese, Roi des Parthes. De-là encore *Czar* grad, c'est-à-dire, *Ville du Roi*, du mot Esclavon *Czar*, Roi, Prince, & de grad, qui est la même chose que gard, & qui en a été fait par transposition de lettres. Les Turcs Européens qui parlent la Langue Esclavonne, appellent ainsi la Ville de Constantinople. De-là pareillement *Novogard*, Ville de Russie, comme qui diroit en François *Châteauneuf*. *Newi* en Esclavon signifie *newi*; & *gard* en Russien est la même chose que *grad*. On fait que la Langue Russienne est une Dialecte de l'Esclavone; & d'ailleurs, en matière d'étymologies, il ne faut presque point avoir égard au changement des voyelles. De-là encore *Stungard*, en Alleman *Stungard*, Ville Capitale du Duché de Wittemberg, comme qui diroit *castrum* ou *septum admissarium*. *Stus* en Alleman signifie *equus admissarius*, que les Anglois appellent *Steed*. Cette Ville a eu son nom des peuples nommés proprement *Alemanni*, qui combattoient merveilleusement bien à cheval. Voyez Wachter dans son *Gleifar*. *German*, au mot *Gard*.
BELIAL. C'est un nom qu'on donne au Démon, & qui signifie en général quelque chose de fort mauvais, fort malin, celui qui ne sauroit souffrir le joug: ce qui convient très bien au Démon, aux libertins, & aux grands pécheurs. Saint Paul, 2. Cor. vi. 15. donne ce nom au Démon, & l'oppose à Jésus-Christ. *Quel accord entre Jésus-Christ & Belial?* Et quelques-uns croyent en effet que c'est un nom du Démon. Aquila le rend par *ἀνεφίνος*, *Apostat*; & *Suldas*, au mot *Bunny*; où il faut lire *Bunny*, comme a remarqué Hoffman, & comme Kufter a corrigé, *Suldas* dit que c'est sa signification en Ebreu. La Paraphrase Chaldaique l'interprete *frem* *rischa*, méchanceté, impiété. L'Écriture fait entrer ce nom dans plusieurs phrases que notre Langue a consacrées. Ainsi on lit *Dentarou*. xiii. 13. *Des enfants de Belial sont fortis du milieu de vous, & ont pervert les habitants de leur Ville*. I. Reg. 1. 16. Anne répond au Grand Prêtre Héli qui l'accusioit d'être vyre: *Ne croyez pas que votre servante soit comme l'une des filles de Belial*, 2. Reg. xvi. 7. Semei dit à David: *Sors homme de sang, homme de Belial*. David dit au même livre xvii. 5. *Les torrents de Belial m'ont épouvanté*. Nahum, 1. 15. dit à Juda *Belial ne passera plus à l'avenir au milieu de vous*: il est *péri avec tout son peuple*. R. David Kimhhi, dans son Commentaire sur cet endroit du Prophète, dit que *Belial* signifie *Sennacherib*, qui étoit mort. L'efchine de toifon pour les autres fe ooupe. qu'ils appelloient *balatrones*, la boue des rues, & les rognures des vieux fouliers. Feltus : Balatrones, & blatras, *bullas lutei ex itineribus*, *aut quod de calceamentorum foleis eraditur*, *appellabant*. Porphyrton, fur ce lieu d'Horace, *mendici*, *mima*, *balatrones*, entend par ce mot, ceux que l'excès de parler rend méprisables; qu'il veut être ainsi appelés, *a balatu & vaniloquenia*. Toutefois Joseph de l'Escale, sous prétexte qu'il se lit dans Lucréce : *Aufer abhinc lacrimas, baratro; compesce querelas :* tient qu'ils furent premièrement appelés *baratrones*, *tanquam*, dit-il, *dignos qui in barathrum conjicrentur : ex consuetudine Atheniensum, qui maleficos in barathrum conjicrent*. R. Etienne, dans un petit Recueil des noms des herbes & des arbres, appellé du nom de *blitum*, un porreau rouge : *Ea herba est insulsa & inutilis : unde meretrix Blitrea apud Plautum in Truculento. Galli vocem suam, qu'a inutiles homines blitres appellant, hinc deduxisse videntur. Feltus Blitum a Graca voce chas deducit*. Charles Etienne, dans son *de re Hortensi*: Blitum, *olus omnium insipidissimum & satuum : unde vulgo rudes & inutiles, blitres appellamus; blitres. Casenove.* **BELITRE.** Ce mot est celui de toute la Langue dont l'étymologie a produit le plus d'opinions. Turnèbe, livre 3. de ses Adversaires, chapitre 10. le dérive de *balatro*. Balatrones *Gallicum peperre verbum, paulum tamen luxatum; nam bellitrones dicimus : vernacula enim nostra dictio balatronem potius sapit, quam blitrum*. Scaliger, fur le fécond de *Re Rustica* de Varon, page 114. le dérive du même mot. Voici ses termes : Balatrones, *inquit Feltus, quod de calceamentorum coriis eraditur : nimirum, oupa & balato. Omniino sic puo quacumque coriis refecantur, qua Nicandro dicuntur ad Aupou.* *Οὐτ ὃν σαδωρετα σοῦ εὐλα, γὰ δῆν ἦνυμ* *Τραπετίαντο μοδύνην ὃντ ὀρζυλασι λά- ἀργοι.* *Unde despicati & nugatorii homines dicti balatrones. Nunc opinion ad stipulantur ea qua sequuntur : huc adferam meum corium & flagra. In Italia hodique retinetur belitroni, ut in Gallia belitre. Tamen nihil dubium quin fuerit convicium in eos quos abominabantur; & baratrones prius dictus, tanquam dignos qui in barathrum conjicrentur : ex consuetudine Atheniensum, qui maleficos in barathrum, ut Lacones in uanidas, qua erant ut puticuli Roma extra partam, conjiciebant. Lucretius :* *Aufer abhinc lacrumas, baratro; compesce querelas.* *Romanis quoque in eundem sensum dicebantur deturbati saxo; quod & saxo Tarpeio nefsarii plerumque pracipitarentur. Navius : Deturbate saxo; homo non quisquillæ. Ubi homo non quisquillæ, est ut homo non nauci. Gosselin dans ses Antiquités Gauloises, chapitre 49. le dérive d'ouropie, miser, en y préposant un B : ce qu'il a pris de Périon; & ce que Périon a pris de Trippault (a). Casaubon dans ses Notes sur Laërce, en la Vie de Zénon le Stoi-* *(a) C'est au contraire Trippault qui a pris de Périon, qui est plus ancien.* *cien, croit qu'il vient de *Baires*, ou *Baires*, qui est un mot dont Aristote, & quelques autres Philosophes se sont servis pour l'exemple d'un mot qui ne signifie rien. Non ignore, ce sont les termes de Casaubon, *quid sentiam viri delibsumi de origine vocis nostra Gallicum belitre. Mibi tamen non displicerunt deducit eam ab hac voce Baires aut Baires, quod nihil est; ut significantur homo nullius rei*. Fusche dans son livre des plantes, chapitre 61. le dérive de *blitum*, ce qu'il a pris de Lobel & de Pèna (a). Voici les termes de Lobel & de Pèna, qui sont de la page 94. de leur *Adversaria Nova*, à l'article de *Blitum majusculum : Hisce natura & figura finitima BLITI; ab insulso satouve sapore qui in eo percipitur, nomen indepti. Siquidem Bares inertem, stolidum, stupidumque signat. Et antiqui Chire, quos Latini murcides, stolides, bardos, satuos, bliteosque, dixerunt. Indeque Gallia convicium BELITRE, & BLITRE, in nullius frugis, aut ingenii homines*. Charles Etienne dans son liv. de *Re Hortensi*, avoit écrit la même chose : BLITUM, *olus omnium insipidissimum & satuum. Unde vulgo rudes & inutiles, blitres appellamus; blitres*. Et cette Etymologie avoit été remarquée auparavant par Erasme dans ses Adages au mot *betisare*. Voici les termes de ce grand homme : *Fieri potest ut Gallica vox hinc manarit, (il parle du mot de blitres) qua nunc contemptissinos, extremaque nota homines compellant, Blitres, addicâ litterulâ*. Et ce qui a été remarqué depuis par les Médecins de Lyon, liv. v. chapitre 4. de leur Histoire des Plantes : *Feltus blitum appellatum esse a stupore, ex Graco putavit; quod ab aliis Bares dicitur stupidus. Quod nomen in vulgus nostrum emanavit, socrides, innesque mendicos, nulliusque momenti homines, BLITRES, blitres, Graca imitatione nominans*. Charles de Bovelles, dans son livre de la Langue Françoise, propose cette même étymologie du mot *belitre*, avec une autre. Voici ses termes : BELITRE, *mendicus. Tractum fortè a Velitris, urbe Apulia; quod fortè ejus incola, suis finibus egregii, ostiatim vitam emendicabant*. Cette étymologie est ridicule. *Vel verius, a blitreo, quod Latine res est vilis, & nullius protii, a blitto, herba inerte, & nullius saporis*. Robert Etienne l'avoit aussi rapportée : *Ea herba (blitum) est insulsa, & inutilis : unde meretrix blitrea apud Plautum in Truculento. Galli vocem suam qu'a inutiles homines BLITRES appellant, hinc deduxisse videntur. Feltus blitum a Graca voce Chas deducit*. C'est dans son petit Recueil des noms des herbes. Le Père Labbe, page 76. de la première partie de ses Etymologies François, le dérive de *bèdler*. comme qui diroit, *bèdlibre, saineant, oiss, qui ne fait que bèer*. Il ajoute, que quelques-uns le dérivent de *Baires, blennus, & d'autres de Bales, mefchant, corrompu, insame; & d'autres d'æciliere, sot, solasre*. Il me reste à remarquer, afin de ne rien omettre, que le Bon (b) le dérive de *Balistra*, disant qu'anciennement les Balestriers & les Archers vivoient à discrétion sur le plat pays : au moyen de quoi le paysan étoit rendu belitre. D'Orléans dit la même chose : ce qu'il a pris de le Bon (c). Toutes ces étymologies sont nulles de toute nullité. BELITRE, ce qui a été remarqué par *(a) Même faute que la précédente. Lobel & Pèna sont poltérieurs à Léonard Fuchius.* *(b) Dans Trippault, au mot *belitre*. Voyez sur le Bon, la Croix du Maine.* *(c) D'Orléans ne fuit point le Bon; il dit simplement *belistre pro blitte, à blito*.* Nicot, vient de l'Alleman *betler*, qui signifie un *gueux* : d'où le diminutif Alleman *Betlerin*, femme mendiante. Et il en vient de cette sorte. *Betler*, & par métathèse, *Mèter*, & par le changement de l'È en I, *bliter*. Il est à remarquer, que le mot Alleman n'emporte aucune signification de mauvaises mœurs, comme le mot François. M. Ferrari, dans ses Origines de la Langue Italienne au mot *belitrone*, dit que l'origine de ce mot est inconnue. *M.* J'ai vu des gens dériver le mot François *belitre*, de l'Alleman *beren huter*, qui signifie un *maneur d'ours* : ce qui est véritablement le métier d'un malheureux fainéant. Sleidan, au livre 15. de son Histoire, parlant de Maurice Duc de Saxe : *Il interdit la beliffrerie & mendicité* : ce qui confirme que le François *belitre* vient de l'Alleman *betler*, qui signifie un *gueux* de profession ; car l'Alleman dit *betlery* pour cette sorte de gueuferie. Mais la remarque que fait M. Ménage, en disant que le mot Alleman *betler* n'emporte aucune signification de mauvaises mœurs, ne s'accorde pas avec ce que dit Sleidan, que le Duc de Saxe interdit la *beliffrerie* ; puisque l'intention de cet Historien est de louer le Duc d'avoir aboli dans ses Etats la fainéantise ; ce qu'il entend par le mot de *beliffrerie*, qui signifie proprement la honteuse vie des mandans valides. Le mot François *belitre* n'a d'abord emporté aucune signification de mauvaise mœurs. La Fontaine périlleuse, vieux Poème, imprimé à Paris en 1572, page 21. & 22. *La comme Curez & Chanoines,* *Et tels qui souvent portent mitres,* *De toutes manieres de Moines* *T en avoit un grand Chapitre,* *Prêtres & Clercs chantant l'Epître,* *T étoient tous tenus de court,* *Et les quatre Ordres de Beliftres,* *Ces Gorgias & Geus de Cour.* Les quatres Ordres de *belitres* sont les Religieux Mendians. Ce Poème, si l'on en croit J. Gohori ; est plus ancien que le Roman de la Rose. *Le Duchat.* Une autre preuve que le mot François *belitre* ne se prenait pas d'abord en mauvaise part, c'est qu'à Pontoise les Confreres Pelerins de la Confrérie de Saint Jacques ont longtemps porté le nom de *Belitres*, & ce nom n'étoit point odieux. Cette dénomination des Confreres Pelerins sert encore à confirmer que *belitre* vient véritablement de l'Alleman *betler*, qui signifie un *mendant*. On fait que les Pelerins de Saint Jacques font leur pelerinage en *mendant*. BELLAGINES ou BILAGINES. On appelle ainsi les Lois municipales des Goths recueillies par Diceneus, qui leur donna ce nom, comme le rapporte Jornandès de *Reb. Goth.* chapitre XI. Spelman explique fort au long ce mot dans son *Glossar Archeol.* C'est un nom Saxon. *By*, en Saxon, signifie une habitation, un bourg, une ville, & *laga* une Loi. Encore aujourd'hui en Angleterre *Bylaws* signifie les Lois que les bourgs se sont faites. En Écosse, on dit *Birlaws* & *Burlaws*. En Alleman *Baur* signifie un *paysan*, & *law* une Loi. Ainsi on a dit *Bellagines* pour *Bylagines*. Écoutons Wachter sur ce mot, dans son *Glossar. German.* BELLAGINES, *Leges civiles Dicenei Philofophi*, qui- *bus gentem Gothicam excusuisse*, & *ad faniurem cultioremque vitam traduxisse fertur. Jornandès, cap. XI. de Reb. Goth.* Diceneus Gothis Physicam tradens, naturaliter propriis legibus vivere fecit, quas usque nunc conscriptas *Bellagines* nuncupant. *De veritate falti viderim alii. Nomen legis vitio laborare*, & *perperam scribi Bellagines pro Bylagines*, *recte judicas Spelmannus. Idem non magis Gothis proprium aut vernaculum censeri debet, quam partes unde componitur, quibus apud Anglo-Saxones nihil uftatius. Illis enim bye habitationem*, & *laga legem denotat, quibus junius officitur bylaga jus civile, lex habitationis. Fatendum tamen est septentrionales has voces constantius retinuisse*, & *fortasse etiamnum intelligere, dum apud nos obsofecunt. Verelus in Ind. by pradium, pagus, civitas, lag lex, flatatum, bylag lex civilis. Non audendus est vir quidam magnus qui Jornandicam vocem ex Germanica beilage, qua bodie Causidici inferta documentorum designant, explicare conatur.*
BELLAY. Maison illustre d'Anjou. Pag corruption pour *Berlay*. De Berlay, Sire de Montreuil, d'où cette Seigneurie de Montreuil a été-aussi appellée Montreuil-Bellay. *Voyez M. Befly*, en son Histoire des Comtes de Poitou, page 81. *M.*
BELLEDAME. Sorte d'herbe potagere. De l'Italien *bella donna*. *M.* BELLOVEŠE. C'est le nom d'un célèbre Capitaine Gaulois, dont il est parlé dans Tite-Live, livre v. & qui étoit frere du fameux Ségovés, sous la conduite duquel une partie des peuples appelées Boiens païla le Rhin, pour aller s'établir en Germanie. Le nom de *Bellovés*, dont il s'agit ici, est composé de *fela* ou *fel*, & de *wisa* ou *wiso*, deux mots Celtiques, desquels le premier signifie *bellum*, *invaso*, *insultus*, & le second signifie *Dux*. Ainsi *Bellovés*, c'est *Dux belli*. La lettre *f* du mot *fel*, a été changée en *b*, apparemment par les Romains, de qui nous tenons ce nom, de même que plusieurs autres noms Celtiques & Teutoniques, lesquels en passant par une Langue étrangère, n'ont pu manquer d'essuyer des altérations considérables. Les Cambriens ou habitants du pays de Galle en Angleterre, & les Bas-Bretons en France, qui tous deux conservent opiniâtrement la Langue Celtique & Gauloise, retiennent encore dans plusieurs composés le verbe Celtique *fela*, qui veut dire *faire la guerre*. Boxhorn, dans son *Lex. Ant. Brit.* nous donne *rhyfela*, *rhyfelu*, faire la guerre, combattre, *rhyfel*, guerre, combat, *rhyfelwr*, guerrier, combattant, soldat. Et dans ces composés, le *rhy* semble être une particule intensive ou qui fortifie la signification, comme *ja*, chez les Grecs. Les Cambriens ou Gaulois appellent un Chef, un Général, *ffelaig*; & les Bas-Bretons appellent un combat entre deux personnes *du-fel*, suivant le témoignage du Père Pexron dans ses Antiquités des Celtes. Il prétend même que de ces mots Celtiques sont venus les mots *Latins bellum* & *duellum*. Avec le verbe Celtique *fela* faire la guerre, convient le verbe Franc *fallen*, qui signifie courir *sus*, attaquer un ennemi, & qui est encore usisé en ce sens chez les Allemands. De *fallen*, vient *fall*, attaque, assaut. Quant au mot *wisa*, ou *wiso*, qui est la seconde partie du nom de *Bellovés*, il vient du verbe Teutonique *weisen*, qui signifie montrer, enseigner, instruire, & ensuite conduire; & c'est de ce *wisa* ou *wiso*, qu'a été formé le François *guide*, & l'Italien *guida*, par le changement du *W* en *G*, comme dans *Guil-* *lauma* Lomme de Willemus, & dans plusieurs autres noms. Voyez Wachter, Glosser, German, aux mots Feld, & Weisen.
BELOMANTIE. Ce mot est Grec, composé de plus flèches, & de prairies divination, & il signifie divination qui se fait par les flèches. La Belomantie étoit en usage chez les Orientaux, mais sur-tout chez les Arabes. Elle se faisoit de plusieurs manieres, dont l'une étoit d'avoir trois flèches, sur une desquelles on écrivoit, Dieu me l'ordonne; sur une autre, Dieu me le défend; & sur la troisième on n'écrivoit rien. On les entremoit dans un carquois, ensuite on en tiroit une des trois au hazard. Si c'étoit celle sur laquelle on avoit écrit, Dieu me l'ordonne, on faisoit la chose pour laquelle on consultoit le fort. Si celle où il y avoit, Dieu me le défend, venoit la première, on ne faisoit point la chose dont il étoit question. Et si c'étoit la troisième, sur laquelle il n'y avoit rien d'écrit, on recommençoit tout de nouveau. Les Arabes appellent cette divination alaclam, c'est-à-dire, les flèches. Elle paroît fort ancienne, & il semble que le Prophète Ezéchiel en ait parlé, xxi. 11. où on lit que le Roi de Babylone s'étant arrêté à la tête de deux chemins pour tirer un augure, בְּרִיתוֹן, c'est-à-dire, suivant l'interprétation qui paroît la meilleure, il a remué ou mêlé les flèches. S. Jérôme l'entend ainsi, & il dit que cette superstition étoit en usage chez les Assyriens ou Babyloniens. D'autres interpretent le mot d'Ezéchiel לְקוֹק, non par misceut, comme Saint Jérôme, ce qui marqueroit qu'on mêloit, qu'on battoit, ou qu'on remuoit les flèches dans le carquois, mais par terfs; & prétendent que cette superstition consultoit à fourber ou polir le fer des flèches pour y considérer, comme dans un miroir, ce qu'on vouloit savoir. C'est le sentiment de Vatable & de Munster. Enfin d'autres rendent לְקוֹק par feris, & disent qu'on lançoit des flèches en l'air, & qu'on observoit où elles tomboient. C'est l'interprétation du Paraphraste Chaldéen & de Kimbhi. Mais celle de S. Jérôme, comme nous avons déjà remarqué, paroît la plus juste & la mieux fondée. Pocock traite de la Belomantie dans son Specimen Historia Arabum. Saint Jérôme sur l'endroit d'Ezéchiel que nous avons cité, & Grotius au même endroit, confondent la Belomantie & la Rabdomantie, comme une même divination; & Grotius montre que cette superstition étoit en usage chez les Chaldéens & les Scythes. Des Scythes elle passa aux Sclaves leurs voisins, & des Sclaves aux Germains.
BELT. Détroits de Belt. On appelle ainsi deux détroits de la mer Baltique, dont l'un est entre l'Isle de Zélande & celle de Fionie, & l'autre entre l'Isle de Fionie & le Jutland. Belt en Anglo-Saxon, en Anglois, en Suédois, & en Iflandois, signifie ceinture, & se dit métaphoriquement de la mer, qui environne la terre. Le mot belt, en ce sens, convient avec le Latin balteus & pour le son & pour la signification. Mais belt, en Langue du pays de Frise, veut dire, selon Grotius, irrupio aquarum; ce qui convient très-bien à des détroits, & aussi à la mer Baltique, laquelle s'étant formée par l'irruption des eaux de la mer extérieure au dedans des terres, a été avec raison appelée Baltique, de ce mot belt, & la terre voisine Balta. Grotius n'explique pas d'où dérive belt dans le sens d'irrupio aquarum; mais on peut le tirer du verbe Tentonique fallen, dans la signification d'irruere, impressionem facere, en Grec Βαυλία. Voyez ce que nous avons dit ci-dessus au mot Baltique.
BELVEDER. Simple. Les Médecins de Lyon dans leur Histoire des Plantes, livre xi. chap. 651. Qui formafaram plantarum appelum delectantur, hanc ferunt, & adultam alunt in adium fenestris, densa ejus coma umbrum captantes, & nitido virum oculos recreantes. Ob foliorum venofatem, Itali belvedere nominatum. Mathiole sur Dioscoride, livre 4. chapitre 158. Sunt tamen qui veim oyrim eam esse plantam quam vulgo nos appellamus belvedere, quod belle, densissimique fratricet, viratque per aflatem, non folium in hortis & viridariis fatae, sed etiam in filibibus, ornandi fenestras gratia, &c. Le P. Rapin, dans son 1. livre de la Culture des Jardins: Nec te coniferas foliis imitata cupressus, Tardabis longum poft hac, linaria, tempus: Dilla Italia belle de nomine Bella videri. BELUTER ou BLUTER. Quelques-uns le dérivent de l'Alleman bentelen, qui signifie proprement remuer un sac de salie, que les Allemans appellent beutel. Le Glossaire Gothique de M. Grotius: BLUTAR, bloton, spoliare, inanire. Je crois que le François & l'Alleman viennent du Latin volutare. Blutare se trouve en la signification d'expoliare dans les Loix des Lombards: Si casam cujocunque blutaverit, &c. où les Glossaire interprètent blutaverit par evacuaverit. Voyez Voissus & Vitis Sermonis, II. 11. & Spelman dans son Glossaire. De volutarium, nous avons fait belutoir, ou blutoir. Les Bas-Bretons disent bleud, pour dire de la farine; & les Anglois, boult, qui approche fort de volutare. Voyez Bultellus, dans le Glossaire de M. du Cange. ¶ M. Ferrari, dans ses Origines Italiennes, au mot biotto, dérive blutare, d'apludare; & il improuve mon origine. Apluda, dit-il, milii & panici integumentum est: ne apludare fit apludam, id est, corticem excuter, granaque veluti exuere, & spoliare. Unde Vetere apud Gellium apludam furfures vocarum. Inde Gallicum bluter, farinam succernere, sive furfures excuter; & Bluteau, cribrum pollinarium: ita & Germani beutelen; non à volutando, sed ab apludare, blutare, apludam, sive furfures excernere. Cette étymologie est docte & ingénieuse M. Quelque docte & ingénieuse que poisse être l'étymologie que M. Ferrari nous donne du mot bluter, je doute qu'elle soit véritable. M. Ferrari, en cette occasion, comme en beaucoup d'autres, s'attache trop à la Langue Latine dans la recherche des Origines Italiennes, & néglige trop les langues septentrionales; d'où il arrive que les étymologies sont souvent forcées & peu naturelles. La même chose est arrivée à d'autres étymologistes, qui par une prédilection particulière, ont voulu tout rapporter, soit à l'Ebreu, soit au Grec, soit au Celtique, soit à d'autres Langues. Je ne crois pas non plus avec M. Ménage, que bluter vienne du Latin volutare. Encore aujourd'hui dans la Langue Cambrique ou Galloise, qui est un reste de la langue Celtique, blaud signifie farine, & bludié séparer la farine. C'est de-la que je dérive le mot bluter; & je pense que s'il ne vient pas de l'Alleman bentelen, il ne laisse pas, de même que blutare & bultellus, d'avoir une origine Celtique. Si l'on dit que bluter vient de blutare, & blutoir de bultellus, ce sera toujours la même chose, puisqu'il est évident que ces mots Latins-barbares sont dérivés des Langues Septentrionales, & qu'ainsi ils n'ont pas été formés de l'ancien Latin *volutare*, & encore moins du mot imaginaire *apludare* \*
BEMOL. BEQUARRE. Termes de Musique. S. Grégoire s'est servi des sept premières lettres de l'Alphabet pour les sept sons que fait la voix, après lesquels elle revient aux mêmes sons à l'octave, soit en montant, soit en descendant. *Oblongitur numeris septem discrimina vocum*. Ce sont ces sons auxquels Gui Arctin a depuis donné les noms des premières fyllabes des sept hémistiches de la première strophe de l'Hymne de Saint Jean-Baptiste; qui est : *UT queant laxis REfonare fibris Mira gestorum FAMuli tuorum, SOLve polluti LABri reatum, SAnile Joannes.* De telle sorte, que le nom de ces sept lettres a servi pour nommer les sept cordes qui donnent le son: dont l'une se nomme la corde A, l'autre la corde B, & ainsi jusqu'au G inclusivement. Et le nom de ces sept fyllabes a servi pour nommer les notes qui se mettent dessus, & qui signifient le son de ces cordes. Et pour retenir le rapport qu'il y a de chaque corde à chaque note, on a fait ce dis-tique : *Corde Deum Et Fidibus Gemitique Alto Benedicam, UT RE MI FACIA SOLvere LABra Sibi.* C'est cette suite de sons qu'on nomme *Diapason*. Il faut remarquer qu'en ce Diapason l'espace qui est entre l'A & le B, est quelquefois d'un son entier. Quand il n'est que d'un demi-son, le son du B en est plus bas d'un demi-son chromatique; & alors il est plus doux : & pour cela on le nomme *Bémol*: & on le marque par un B rond; tel qu'est celui-ci b. Et sa note se nomme *SA*, comme en l'Adonique d'*Ur queant laxis*. Mais quand il est d'un ton entier, le son du B en est plus haut d'un demi-son mineur; & pour-lors il est plus rude : & pour cela on le marque par un B dur. Pour différencier ce B dur du B. mol, on le marque par cette figure 9. Et parce que cette figure est quarre, on a appelé ce B, *béquarre*. On l'appelle en Latin *B-quadrum*, ou *B-durum*: & on appelle l'autre B, *B-rotundum*, ou *B-mol*. Voyez les Rubriques de l'Antiphonier de Paris, page 1. Voyez aussi ci-dessous le mot *gamme*. M.
BEMUS. Suivant le nouveau *Menagiana*, tom. 1. pag. 301. *Bémus* est un sot qui ouvre niaisement la bouche; & ce mot est formé de l'inusité *mus* bouche, d'où l'on a fait *musaeau*, & de *bèer*, d'où vient *bailler*, comme qui dirait *béailler*. *Bequeule* est pour femme, ce que *bémus* est pour homme. M. de la Monnoye, dans une lettre à moi écrite le 6. Juin 1716. *Le Duchat*.
BENARI. On appelle ainsi en Languedoc un ortolan. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M. Dans le Dictionnaire de la Langue Tolosaine, imprimé à la suite du *Goudou*, on lit *Benarrie*, & non *Benari*. Ne seroit-ce point une corruption de *bien-nourri*, duquel mot on auroit appellé l'ortolan, à cause de la graisse naturelle à cet oiseau? On dit en commun proverbe d'un enfant d'ou & bien nourri, qu'il est gras comme un ortolan. *Le Duchat*. BENEST : pour *for*. Marot dans le 1. liv. de ses Epigrammes : *BENEST, quand je te cognoissaye, Un sage homme je te pensaye : Mais quand j'ay veu ce qui en est, Je trouve que tu es benest.* De *Benoist*, nom propre. Nous avons employé de même en mauvaise part le nom de *Jean*, & celui de *Nicodème*. M.
BENETIER, ou BENITIER. De *beneditarium*. C'est le vase où l'on met l'eau benite. Nos anciens écrivoient & prononçaient *benoistier*. Nicot : BENOISTIER, *Amula*, *aquiminare*, *aquiminarium*. Trippault : BENOISTIER, *d'aplu*, *rigo*. Marot dans son Temple de Cupidon : *Le benoistier fut fait en un grand plain.* Et dans son Dialogue des deux Amoureux : *Quand elle venoit au Moustier, Je l'attendais au benoistier, Pour lui donner de l'eau beniste.* L'Auteur des Satires Chrétiennes : *Des benoistiers & guipillons.* Rabelais iv. 45. En la chapelle entrez & prenant de l'eau beniste, apperceusmes dedans le *benoistier* un homme veu d'esoles, & tous dedans l'eau caché comme un canard au plonge. Et iv. 48. Portans croix, *banieres*, *confalons*, *baldachins*, *torches*, *benoistiers*. Dans le Cérémonial de France, de Théodore Godefroy, page 98. de l'édition in-4. Et au plus près avoit deux *benoistiers* & asperges d'argent. Et page 100. Et les *benoistiers* & asperges, comme devant est dit. Et page 347. Et entre ladite effigie & lesdits Sieurs estoit un banc pour le *benoistier*. Et pag. 550. En laquelle chambre fut préparé un aute à main d'ou, garni de croix & de chandeliers dorés avec escussons aux armes dudit Seigneur, (François Duc d'Anjou, frere unique de Henri III.) ou se célébrait la *Messe*. Au pied dudit lieu dudit trespas, y avoit un *benoistier* avec son guépillon, pour donner par toutes personnes de l'eau beniste au corps dudit Seigneur. Et page 554. Au milieu dudit carré, & vis-à-vis de l'entrée, estoit un petit siège couvert de large noire, sur lequel estoit posé un *benoistier* d'argent doré avec le guépillon. Il est à remarquer, que tous ces passages sont de differens Auteurs. Du Tillet, page 243. de l'édition in-fol. de son Recueil des Rois de France : Plus bas est autre escabeau aussi couvert de drap d'or, sur lequel est le *benoistier* d'argent doré : & aux deux coins dudit *benoistier*, &c. Et page 244. Aux pieds en bas est une selle couverte de drap noir, sur laquelle est ledit *benoistier*. Le continateur de l'Histoire de Jean de Serres, qui est le Ministre Monilard : Hors la lice, un escabeau couvert de noir sur lequel on posé le *benoistier*. C'est à l'endroit où il parle de la mort de Henri IV. En un mot, tous les livres générale- B E N. B E Q. ment qui font imprimés au-dessus de 60. ans ont benoissier, qu'on prononce benoissier. Et c'est comme prêtent, non-seulement la plupart des Provin- ciaux, mais encore plusieurs Parisiens. Et c'est aussi comme il faut parler selon l'étymologie : car a- noissier, comme je viens de le remarquer, a été fait de benedictarium, comme benoiss de benedictus. Mais parce qu'on dit de l'eau benite, quelques-uns ont cru qu'il falloit dire benisier : & c'est comme ont parlé M. Pavillon, Evêque d'Alet, dans son Rituel; M. d'Andilly, dans la Vie de Sainte Thé- raise; & M. Despreaux, dans son Epître à M. Arnaud. Et après de si célèbres Ecrivains, on ne peut pas dire que ce soit mal parler que de parler de la sorte. Mais je s'quiens toujours ici, comme je l'ai soutenu dans mes Observations sur la Langue Françoise, qu'on peut dire fort bien benisier en prononçant doucement la seconde syllabe. Et ceux qui se sont moqués de cette Observation, cessé- ront de s'en moquer quand ils auront là cette remarque dans le Dictionnaire de Messieurs de l'Académie : BENÉTIER, ou BENITIER : f. m. vase à mettre de l'eau benite. Benétier de marbre. Bené- tier d'argent. Et comme ces Messieurs n'apportent point d'exemple de benisier, il semble même qu'ils aient préféré benétier à benisier. J'avoue pourtant que parmi le peuple de Paris, le plus grand usage est aujourd'hui pour benisier : & je prévois que benisier l'emportera enfin sur benisier. M. La prédiction de M. Ménage s'est trouvée veri- table. On ne dit plus aujourd'hui que benisier. *
BENEZET. Nom propre d'homme, qui a été formé du Latin Benedictus. On a fait d'abord Be- nedet : Les Italiens & nos Provinces voisines d'ita- lie, disent Beuedeto : Ensuite on a changé le d en 2, ce qui est fort ordinaire, sur tout dans les Pro- vinces d'où étoit Saint Benezet, où il est plus con- nu, & d'où nous vient ce nom. C'est ainsi que de Baudélius on a fait en Languedoc Bauzille, en Auvergne Bauzire, en Rouergue Bauzely, de Benitir Benizzi, de Quindius Quiniz, &c. M. Baillot prétend néanmoins que Benezet est un di- minutif, comme qui autoit dit petit Benoit, à cause de son âge & de sa taille. *
BENJAMIN. Le premier qui a porté ce nom est Benjamin, fils de Jacob & de Rachel. Sa mere l'avoit appellé Benoit, c'est-à-dire, fils de ma douleur; mais son pere lui donna le nom de Ben- jamin. Ce mot, suivant l'étymologie, signifie fils de la droite, c'est-à-dire, fils très-cher : la bon, en Ebreu signifie fils, & par iamin la droite. Iamin signifie aussi le midi, de même que l'A- rabe iemen, qui est le nom du pays que nous appellons l'Arabie heureuse; parce que les Ebreux & les Arabes regardoient le Midi comme étant à droite. C'est ce qui a fait dire à quelques-uns, que le mot Benjamin signifie enfant du midi, par- ce que Benjamin naquit dans un pays qui est plus au midi que celui où ses frères étoient nés. Mais cette raison paroît tirée de trop loin. D'autres pré- tendent que Benjamin veut dire enfant des jours, c'est-à-dire, enfant né durant la vieillesse de son pere, ou lorsque son pere étoit déjà avancé en âge. Ceux qui sont pour cette dernière étymologie, avoient qu'elle n'est point Ebraique, mais Chal- daique, & ils disent que Jacob, qui avoit long- tems parlé la Langue Chaldaïque en Mésopotamie, donna à son fils. Benjamin un nom en cette Lan- gue. Il est vrai que iamin, en Chaldéen, est un plurier, qui signifie jours, mais ben est pur Ebreu, & les Chaldéens ne s'en servent jamais au singu- lier, quoique néanmoins ils l'employent au plurier, en le formant selon le génie de leur langue; & au lieu de ben singulier, ils disent bar. Si Jacob avoit voulu donner à son fils un nom Chaldéen, il l'au- roit donné pur Chaldéen, & non pas moitié Ebreu & moitié Chaldéen. D'ailleurs, quelle apparence que ce Patriarche, dont les autres enfans, quoique nés en Mésopotamie, dans un pays où l'on ne par- loit que la Langue Chaldaïque, avoient eu néan- moins des noms Ebreux, eût voulu donner lui- même à son dernier fils, né dans un pays où l'on parloit pur Ebreu, un nom Chaldéen : Cette der- niere étymologie n'est donc fondée que sur une mauvaise interprétation du nom dont il s'agit, & la premiere que nous avons rapportée, est la feu- le véritable. Jacob en donnant à son fils le nom de Benjamin, prétendoit lui donner un nom qui fût, pour ainsi dire, de bon augure, & opposé à celui de Benoit, qui ne pouvoit manquer de lui rappeler un sujet de douleur. * BENICON : Epoufailles. De benedictio; com- me mandicin, de maledictio; cuicon, de cello; façon, de faltio, leçon, de lectio. M.
BENJOUIN. Gomme aromatique, appelée par les Italiens belzei & belzaine, & par les Ef- pagnols benjui & menjui. Jules Scaliger contre Cardan, 141. 5. dit qu'on dit que le benjouin vient du pays des Médes. S'il en vient, ce mot nous sera venu du même lieu. M.
BENNEAU, ou BENNEL. C'est un vieux mot qui signifie tombereau. Monstrelet, liv. 1. ch. 43. Et entretant que ces choses estoient dites & fail- tes, Maistre Saussien, & le Messagier de Pierre de la Lune, qui avoient apparé les terres des fusidées au Rey, tous deux Attagouins, mitres & vestus d'habillement, où estoient figurées les armes d'icérui Pierre de la Lune, renversées, furent amenés, moult hunzuesment sur un BENNEL, du Louvre en la Cour du Palais; où emprès le marbre au pied des degrees estoit un échaffaudis levé, sur lequel ils furent mis, & monstreus moult longuement à tous ceux qui voir les vouloient. Ce mot benneau est encore en usage dans le Boulonnais & en Normandie. Il vient de benelus, diminutif de benna, qui est un mot Cel- tique. Festus : Benna, lingua Galica genus vehi- culi appellatur : unde vocantur conbennones in eadem benna sedentes. Nous disions anciennement benne, comme disent encore à présent les Alle- mans, ainsi que Clivierius l'a remarqué, liv. 1. de son ancienne Germanie, chap. 8. Hodie apud Germanus genus carri, id est, vehiculi duarum rura- rum, dicitur BENNE. Scaliger, sur les Catalactes : Belgarum fuit benna, qua etiamdum hodie urun- tur : quia & apud est hodie genus carri, itemque apud Helvetius ein benne vocatur. Festus ait, qui unà in eo comm voberentur, COMBENNONES dictus. Etiam in Lexico Latino-Graco scriptum fuit : Con- vennit, eustacis. Perperam, pro combennit. In eodem : bennarius, eolum 2. Voyez Isac Pontanus, en son Glossaire Celtique, au mot benna, & M. Bochart en son Traité des Colonies des Phœniciens, page 746. M.
BEQUET. Poisson, dit autrement Brochet. Rondelet, dans son chap. du brochet : Aufone, pre- mier des Latins selon mon avis, l'a nommé lucius. Nous le nommons en François Brochet. D'aucune Z ij B E Q. B E R. est nommé Bequet ou Bechet, à cause de son long bec. A Bourdeaux-Lucz : en Angleterre pike, quand il est petit ; Lutz, quand il est grand. M.
BEQUETER. On dit d'un cheval qu'il bequete, lorsqu'il hausse la tête, enforte qu'il se bride comme un brochet, comme on parle. La Maréchallerie de Laurent Ruse, Paris 1533. fol. 9. c. Pour ung cheval qui becquete, & pour le faire jouer de la langue. Pro equo, ut lndat lingua, & frenum sibi placeat, qui aliequi retroactus caput subito atrolit. De bequet, comme quelques-uns appellent un brochet, à cause de son long bec. Le Duchat.
BEQUILLE. De baculus. Baculus, bacillus, bakillus, bakilla, BEQUILLE. En termes de Jardinage, on dit boquiller, pour dire, faire un petit labour avec une houlette dans une caisse d'orangers. Voyez M. de la Quintinye. M.
BERBELIN. A Metz on appelle ainsi l'épine vinette. Du Latin berberis, mot de même signification. Le Duchat.
BERCAIL. Troupeau de brebis. Du Latin verver, qui signifie un belier, on a fait le Latin-barbare brebis ; d'où nous avons fait brebis. De berbis, on a fait berbical, d'où nous avons formé bercail. Voyez plus bas sur le mot berger. Caseneuve.
BERCAIL. Voyez brebis. M.
BERCEAU. Voyez BERSEAU.
BERCER. Voyez BERSER.
BERENGER. C'est un mot Alleman, qui signifie un parc d'ours, où celui qui les dompte. Pontus Heuterus, dans son Traité intitulé Etyma variorum nominum utriusque sexu hominum, Germanica origini : Berengard, berengarius, septum urforum, eorumque domitor. Caseneuve.
BERENGER. Nom propre d'homme. C'est un mot Alleman, qui signifie un preneur d'ours. Voyez M. de Caseneuve. M. Un parc d'ours se dit en Alleman berengard ; un preneur d'ours, berengaregner, & celui qui les garde ou qui en a soin dans le parc, berengardiner, comme qui diroit le maître ou l'inspecteur du parc aux ours. Le Duchat. Wachter, dans son Glossar. German, pag. 1869, donne au mot Berenger, en Latin Berengarius, une origine bien différente de celle qu'on vient de lire dans Meilleurs de Caseneuve & Ménage. Il le dérive de wer, terme Celtique & Teutonique fort ancien, qui non-feulement signifie vir, comme on a déjà remarqué ailleurs, mais encore belum, defensio, arma, locus à naturà vel arte munitus ; enforte que, selon cet Auteur, Berenger veut dire proprement Pratorians. Mais écoutons-le parler lui-même. Wer, dit-il, locus à natura vel arte magis vel minus munitus. Dicitur (1) de locis septo aut fossa munitiis. Inde Anglo-Saxonibus wær septum piscatorium, piscium capiendorum & custodiendorum locus, (hodie weier, de quo supra) wæring agger. Hodie utimur compositis, brust-wer agger quo peibus militis defeuditur, land-wer munitiis finium, vel pomæriorum urbis. Forte etiam huc speillant Latinorum gerræ, id est, crates viminea, arcendi causa salta. (2) de propugnaculis. Willeramus, cap. IV. 4. duent schitte hangent an dero inerte, mille clypei pendent in propugnaculo. Inde nomen castris, arcibus, castellis, & omnibus praesiliis. Testes sunt nomina propria locorum. Ici l'Auteur rapporte quelques noms propres à lieux, dans lesquels entre le mot var ou war, qui est la même chose que wer ou war. Tel est Hunni-var, appelle Hunnerum Castrum dans Jornandes, De rebus Geticis, ch. 2. Var est un mot Hunnique, mais d'origine Teutonique ; & les Hongrois, qui suivant les apparences, descendent des Huns, le conservent encore aujourd'hui dans plusieurs composés, comme dans Times-var, en Alleman Temi war ; dans Posini-var, en Alleman Pristourg ; dans O-var, en Alleman Altenbourg ; dans Cn-s-var, en Alleman Klaufenbourg. Tel est aussi Warwick, dans les Pays-bas & en Angleterre ; comme qui diroit oppidum munitum ; & War-ham, in agro Deforens, comme qui diroit, vicus naturali situ munitus. Ensuite Wachter ajoute : Hinc porro via panditur ad veram Vartigici nominis interpretationem, quod saculo XII. Graeis innotuit. Vulgo Waringl confunduntur cum Vargis sive latronibus, sed malic. Nam Waringl sive Bapuyys, scriptoribus Byzantinis sunt milites Dánorum praesidarii, ab Anglis regno pulsi postea ab Imperatoribus Byzantinis custodia palatii adhibiti. Verelius in Indice : Waringlar milites pratoriani, à wær arx praesidium. Et hinc porro Berengarius proprii est pratorianus, W, ut sape alias in B converso.
BERG. C'est le nom d'une ville des Pays-bas, & de la Capitale de Norvege. Ce mot entre aussi dans la composition des noms de quantité de Villes de divers pays, & sur-tout d'Allemagne. Il signifie montagne, monticule & colline. Il est non-feulement Teutonique, mais encore Gaulois, comme il paroît entr'autres par le nom de la ville de Bergame, qui est située sur une montagne, & qui en a tiré sa dénomination. On trouve pareillement le mot Berg chez les Phrygiens dans les tems les plus reculés. La citadelle de Trole s'appelloit wipy-a, sans doute à cause de sa situation sur une hauteur. Il y avoit aussi dans l'Asie mineure la célèbre ville de Pergame, capitale d'un Royaume. Pergame est visiblement la même chose que Bergame. On voit par là que berg est aussi un terme Phrygien. Et ce terme seul, quand il n'en resteroit pas, comme il en reste, une infinité d'autres, suffiroit, selon le P. Pezron, pour montrer que la langue Phrygienne ressembloit beaucoup à la Langue Teutonique. Suidas dit que les Grecs appelloient généralement wipy-a, tous les lieux élevés, wipy-a, et wipy-a. Et ils favoient, sans doute, tiré ce terme des Phrygiens, ainsi que plusieurs autres. Les anciens Glossateurs font mention de Pergama ; dans la même signification Prolomée parle de Bergium, Pline de Bergos, & on trouve Bergidium, bergula, & bergusia en Espagne, tous lieux ainsi nommés parce qu'ils étoient situés sur des montagnes ou des hauteurs.
BERG, en Teutonique, signifie aussi un lieu où l'on est à couvert, où l'on est en sûreté, un lieu fortifié, sans qu'il y ait ni montagne ni hauteur ; comme dans le mot herberg, diversorium, qui veut dire à la lettre multitudinis receptaculum, & duquel a été formé notre François avberge. Voyez Wachter, Glossar. German. au mot Berg.
BERGAME, en Latin Bergomum. Nom d'une ville d'Italie, dans l'Etat de Venise. Elle fut bâtie par les Gaulois Cénomanois ; & cela est confirmé par l'origine de son nom, qui est Celtique, étant composé de berg, qui signifie montagne, & de hom ou ham, qui signifie demeure, domicile ; de sorte que bergame n'est autre chose que demeure ou habitation de la montagne. Home en Anglois, Signifie encore aujourd'hui maison, logis, demeure; & ham, qui veut dire la même chose, termine les noms de beaucoup de lieux en Angleterre, comme Nottingham, Buckingham, Walsingham, &c. Au lieu de ham, les Francs disolent heim, & les Allemans disent encore aujourd'hui de même. Voyez l'article précédent. *
BERGAMOTTE. C'est une espèce de poire, qui a pris son nom de Bergame en Italie, d'où elle fut apportée en France. Car Charles Etienne, dans son Livre intitulé Seminarium, dit qu'à peine de son tems on commença d'en planter les arbres en France. Cafeneuve.
BERGAMOTTE. Sorte de poires. Ces poires nous sont venues d'Italie: ce qui a fait croire à quelques personnes que nous les avions ainsi appelées de la ville de Bergame. Mais ces personnes-là se trompent. Bergamotte est un mot Turc. Et ces poires sont venues en Italie de Turquie, où on les appelle begarmondi, qui est comme qui dirait la Reine des poires. Armont en Turc signifie poire, & beg, que l'on prononce bey, signifie Seigneur. Iscanderberg, ou Iscanderbey, c'est Alexandre Seigneur. Le caporail, dans son Poème intitulé Orri di Mécenate: Qui dunque il Bergamotto avea'l primiere Luogo: e gli conveniva: poiche in Tur- chesco Bergamotto vuol dir il Signor pero. Le Cardinal du Perron, dans son Perroniana: Je pensuis que les poires que nous appelons de bergamottes, fussent ainsi nommées à cause de Bergame, & qu'elles fussent venues d'Italie: mais elles viennent de Turquie: car en langage Turquesque, Beg veut dire Seigneur, & armol, poire. Les Italiens au lieu de begarmond, ont dit par transposition de lettres, Bergamotta: d'où nous avons fait Bergamotte, & les Espagnols Bergamota. Covarruvias a cru aussi que l'Espagnol Bergamota avoit été dit à cause de la ville de Bergame, d'où ces poires étoient venues. BERGAMOTA: Un genero de peras estimadas en mucho, per ser de tanta suavidad, y xugo. Al principio solamente las avia en los jardines, y huertas de su Magestad; ya las han plantado en muchas partes. Dixeronse assi por averlas trayd de Bergamo, ciudad de Italia. M.
BERGE. Sorte de bateau. De barca. Voyez barque. M.
BERGE. Pour un amas de blé. De la ressemblance de ces berges de blé aux bateaux appelés berges. Voyez mes Origines Italiennes au mot Barca. M. Berge. Crète de fosse. Dans le Berry, berge signifie une petite éminence de terre. M. Le mot berge dans ces deux dernières significations, sçavoir, d'amas de blé, & de petite éminence de terre, paroît venir du Teutonique berg, qui signifie montagne, monticule, éminence. Voyez ci-devant Berg. *
BERGER. Encore que, selon la commune opinion, ce mot soit formé de berg, qui en Alleman signifie montagne; parceque les Bergers mènent paître leurs troupeaux dans les montagnes: je tiens pourtant qu'il vient de berbicarus, ou berbigarius, formé de berbix, qui signifie une brebis. La Loi des Allemans, titre 98. paragraphe 1. Et quod de berbicaru, flotario, & vaccario sit. Où Lindeburgius, dans les Notes ou diverses Leçons, qu'il a fait imprimer devant son Glossaire sur les Loix barbares, dit que dans l'édition d'Allemagne il y a berbigario: d'où, sans doute, nous avons fait Berger, qui est proprement un Pasteur de brebis; comme de Vicarius on a fait Viguier. Cafeneuve.
BERGER. Bodin, dans sa Méthode de l'Histoire, chapitre 9. & Gosselin, dans son Histoire des Anciens Gaulois, aussi chapitre 9. & Charles de Bovelles dans ses Etymologies Françolides, le dérivent de l'Alleman berg, qui signifie montagne; à cause que les bergers mettent paître ordinairement leurs troupeaux sur les montagnes. Il est vrai que berg en Alleman signifie montagne, & lieu éminent. Bucanan, livre 1. de son Histoire d'Ecosse: Germanis berg, pro alto, notius est quam ut pluribus indicandum sit. Et Gallis olim eodem intellectu dictum fuisse offendit locus Plinii libro tertio, quem ita legendum contendo: Unde Bergamates Cato dixit octos, etiam nomine prodentes se altius quam felicibus sitos. ALBION igitur & BERGION, homines, ut videtur, cacteris vicinis corporum proceritate praestantes, & fiduciis virium in ea Ligurum ora latrocinium exercentes, quos Hercules cum illac iter haberet, armis compesquis. Voyez Bergamo dans mes Origines de la Langue Italienne. Mais il est vrai aussi que berger n'en vient pas: non plus que de Bergamotte, dont il semble que Meurtius le veuille faire venir, au mot Bergozique. Il vient de berbicarus, qui se trouve en cette signification dans les Loix Allemaniques, art. 98. Voyez Brebis. M.
BERGERONNETTE. Oiseau: ainsi appelé à cause qu'il habite dans les champs parmi les bergers: à la différence de la lavandiere, qui est un oiseau qui lui ressemble, lequel habite le long des rivieres. Voyez Lavandiere, oiseau. M.
BERGOPSOM. Ville des Provinces unies, dans le Brabant Hollandois. On dit en Flaman Bergop-coom, c'est-à-dire, éminence sur la riviere de Zoom. Bergopsom est situé sur une petite colline, & s'étend jusqu'à la riviere de Zoom. *
BERIER. Vieux mot qui signifie dernier. Hélinand, dans son Poème de la Mort, Stance 10. Car primeraine ses bériere, Peut-être d'altimarius. Ultimarius, ultimariarius, mariarius, beriarius: H en B. Voyez mon Discours du Changement des Lettres. M.
BERLAN. Voyez Brelan. M.
BERLE. Herbe qui croit dans les lieux marécageux, apium palustre: appelée des Grecs oiss, & des Latins, laver. De laver. Laver, laveris, laverinus, laverus, vernus, vernuus, vernuus, vernuus, berula, berla, BERLE. Ou plutôt selon M. de Saumais, de berula, ou d'iburela. Voyez M. de Saumais dans ses Homonymes des plantes, page 17. M.
BERLE. In quo nomine verris vocabuli vestigia relocens, ut quod antiquitas laver dixeri, sequuta atas, diminutione gaudens, laverulum pronuntiavis; & tandem, ut in plerisque moris est, extritis prirribus elementis, in verulum & berulum appellationem deflexit. Ruell. liv. 1. ch. 59. *
BERLINE. Espèce de carrosse dont la mode est venue de Berlin, ville d'Allemagne, & qui de la pris son nom. Quelques-uns néanmoins en donnent l'invention aux Italiens. Dans les commencements qu'on en vit à Paris, quelques personnes disolent brelingue ou brelinde, mais mal. On dit berline, & l'étymologie montre qu'il faut dire ainsi. *
BERLONG. Voyez Barlong. M.
BERLUE. De vario lume. Voyez mes Origines Italiennes, au mot Barluque. M.
BERME. Le sieur Guillet : BERME, relais, retraite, lisière, ou pas de souris, est une largeur de terrain au pied du rempart, du côté de la campagne, destinée à recevoir les débris que le canon des assisigeants a fait dans le parapet, à empêcher que ces démolitions ne comblent le fossé. M.
BERME. Ce mot est d'origine Teutonique. Brem en Alleman veut dire le bord, l'extrémité d'une chose, comme le bord de la mer, d'un vase, d'un habit, une frange. De-la le verbe bremer, border, ourler. Brymme en Anglo-Saxon, & brim en Anglois, ont la même signification.*
BERNABITES, ou BARNABITES. Religieux. Ces Religieux ont été ainsi appelés, de l'Eglise de Saint Bernabé de Milan, où ils furent premièrement établis; & non pas, comme quelques-uns le croyent, parce que Saint Bernabé est leur Patron. C'est Saint Paul qui est leur Patron. On dit indifféremment Saint Bernabé & Saint Barnabé : les Bernabites, & les Barnabites. M.
BERNACHE. On appelle ainsi à Dieppe, une macreuse. C'est un mot Irlandois. M. de Saumais, liv. 1. de ses Lettres, Lettre 16. écrite à M. Grotius : Adhuc sum in Plinianis Exercitationibus, & Herbaria re, pracipue quam tractant Arabes, illustranda. Ad id proposition dum perlustro Herbariorum recentium scripta, incidi forte in zoophyti imaginem plane illi similem quam ante annum mihi ostendisti, quale in Batavia vestra, quasi ex nova produktion, tum primum nasci captum vulgo credi affirmabas. Pena & Lobelius tale omnino zoophytum vidisse afferunt Londini ex putridis liguis vetustanavicula ad ripam Tamesis enatum : cujus instar apud eos non sine voluptate conspexi; quod etiam exhibet Dalecampius in Herbario suo, lib. XII. cap. 38. pag. 1398. Tomi secundi. Vide quasi & miraberis. Quimmo ex ipsis illis conchulis qua in summo extant, prodire ejusmodi aviculus confirmant, qua Bernace vocantur apud vetustos Hibernia Scriptores, & similis sunt parvis anseribus. Bernacias vulgo audio vocari. Silvester Giraldus, dans la Topographie d'Hibernie : Sum & aves multa qua bernace vocantur, quas mirum in modum contra naturam Natura producit. Non ex earum coitu, ut assis, ova gignuntur : non avis in earum procreatione unquam ovis incubat. Unde & in quibusdam Hibernia partibus, avibus istis, tanquam non carneis, qua de carne non natis, jejuniorum tempore vesci solent. Jules Scaliger contre Cardan, Exercitation 19. section 2. In Oceano Britannico magis miraris ignorum nobis avem, anatis sacie, rostro pendere de reliquis putridis naufragiorum, quod absolvatur, neque absat quassum sibi pisces, unde alatur. Hanc quoque vidimus nos. Vascones, Oceani accola, Crabans vocant illis : a Britonibus Bernachiae appellantur : recepto etiam in proverbium vocabulo, cum ignaviam cuipiam exprobrare volunt : quasi neque caro sit, neque piscis. Voyez M. du Cange, dans son Glossaire Latin au mot Barnaces, & a celui de Bernace; & M. Graindorge dans son Traité des Macreuses; & ci-dessous au mot Macreuse. Les Anglois prononcent bernacles. M. Le Dictionnaire Anglois & François de Miege : Barnacle, barnaque ou oye d'Ecosse (qui se forme d'un arbre). On voit par-la que si quelques-uns écrivent barnache, il faut pourtant prononcer barnaque. Mais la question est de savoir premièrement si barnaque, ou barnacle, comme disent les Anglois, sont de bons mots l'un & l'autre dans la signification de macreuse; en second lieu, si ces mots sont de la Langue Irlandoise; & enfin, quelle en peut être l'origine, suppose qu'ils ne soient pas Irlandois. Sur quoi je remarque d'abord, que suivant la pensée du vocabulaire Miege, qui est Anglois, le mot barnacle emporte la signification d'ove d'Ecosse. Or comme il y a bien de l'apparence que les Anglois n'ont appellé la macreuse oye d'Ecosse, que parce qu'on ne voit guère moins de ces macreuses en Ecosse, que dans l'Irlande, qui est voisine de l'Ecosse je suis bien persuadé que bernaque ou barnacle ne veulent dire autre chose qu'ove d'Irlande, Hibernia avis ou avicula; & que par conséquent bernaque & barnacle sont bons & d'origine purement Latine. Bernaque peut venir d'hiberna, feminin d'hiberna, en cette manière. Hiberna, hibernica, bernica, bernaque, par le changement de l'i en a, comme en langue, fait de lingua. Et barnacle, d'hibernicula de la même manière. Les Anglo-Saxons confondent les Ecosse avec les Irlandois, & appellent l'un & l'autre peuple Scatta Leod. Le Duchat.
BERNAGE. Nicot : c'est toute la suite, train, compagnie, & équipage d'un grand Seigneur, tant en sommiers qu'autre équipage : ou bien l'appareil & la gent de la maison du Roy : comme : Il tint Cour planiere, & en icelle manda tout son bernage, & tous les Barons & Chevaliers de son pays : Comitatus. Et en cette sorte se prend quelquefois pour la Cour d'un Prince, & quelquefois pour l'oest & armée d'iceluy : comme on voit et anciens Romans. On en use aussi pour bagage & hardes : impédimenta, sarcina. Ainsi trouve-t-on escrit, le Bernage de la Chasse, pour dire l'équipage des Veneurs, allans à l'assemblée. BERNAGE aussi anciennement se prenait pour le meslange de ces espèces de grains, froment, orge, segle. Mais ce mot en cette signification n'est qu'entre bien peu de laboureurs en usage : ainsi use-t-on de ce mot moulture, ou bled moulture. Il estoit paradventure ainsi dit par imitation de la meslange de toutes manieres de hardes, qui pour le service d'un grand Seigneur marchant en campagne, sont portées sur sommiers, ou charroy; qui sont signifiées par ce mot Bernage, comme dit est. Il y a diversité d'opinions touchant l'étymologie de ce mot en la première signification. Henri Etienne, dans son Traité de la Excellence de la Langue Françoise, page 145, croit que ce mot bernage vient de celui de benna, qui est un ancien mot Gaulois qui signifie une espèce de chariot, comme nous l'avons fait voir au mot Benna, & que le premier usage du mot bernage étoit de signifier les hardes qu'on mène par chariot. Dans la première édition de ces Origines de la Langue Françoise, je l'ai tiré de Baronagium, qui a été dit des Barons qui étoient auprès de la personne des Rois, comme nous l'avons remarqué au mot Baron. Baronage, dans les anciens Romans, se prend souvent pour la Cour du Prince, & pour son Armée, comme qui diroit, l'assemblée des Barons. Depuis, par abus, il a été dit de l'équipage des Barons, c'est-à-dire, de tout l'équipage de la Cour. Et il a été pris enfin pour toute sorte de grand équipage. Baronagium, barnagium, BARNAGE, BERNAGE. Ce que dit Nicot, que bernage se dit de l'appareil & de la gent de la Maison du Roy, me donne quelque pensée que ce mot pourroit avoir été formé de verna, en cette manière : Verna, vernacius, vernacium, substantif; berna- cium, BERNAGE : comme qui diroit, vernarum ag-men, vernarum comitatus. Dans la féconde signifi-cation, si on en croit le Père Labbé, il a été fait d'hibernagium ; ce mélange de grains étant, dit-il, ainsi appellé dans les titres Latins, & hivernage, dans les François. Mais, si on en croit M. du Cange au mot hibernagium, le Latin hibernagium a été fait du François hivernache. Quoiqu'il en soit, hibernagium est interprété femen hiemale, hi-malis annona, & fruges hiemales. Voyez M. du Cange, au lieu allégué. M.
BERNAGE. Ce mot, en tant qu'il signifie la fuite & le train d'un grand Seigneur, les gens de la maison d'un Roi, ne vient point de benna, com-me la cru Henri Etienne, ni de verna, comme le soupçonne M. Ménage : ces deux origines sont ti-rées de trop loin. Je crois qu'on peut s'en tenir au premier sentiment de ce dernier, qui dérive be-nage de baronage, qu'il dit se rencontrer souvent dans nos vieux Romans, pour signifier la Cour du Prince & son Armée. Wachter, dans son Glossar, German, dérive ce mot du vieux Teutonique bern, qu'il explique vir, & vir pracipuus, & qui est la même chose que le bar des anciens Francs. Ce fén-timent revient à celui de M. Ménage ; puisque le mot Baron, d'où baronage, a été formé certaine-ment de ce bar, qui signifie entr'autres choses un homme, & un homme illustre. Voyez Wachter, Gloss. Germ. aux mots bern, & bar. Voyez aussi ci-devant, au mot Baron.
BERNARD. Ce nom nous a été apporté des Langues Septentrionales, & signifie en Alleman courage & force d'ours. Pontus Heuterus, dans son Traité intitulé, Exyma variorum nominum utrisque sexus hominum, Germanica originis : Berenhard, Bernardus, cor, animus ursinus. Et un Auteur sans nom, qui est dans un Recueil d'anciens Historiens Allemans : Bernhart, robur ursi. Cafeneuve.
BERNARD, nom propre d'homme. C'est un mot Alleman, qui signifie qui a le génie d'un ours. Aux signifie génie ; & BEER, ours. Et de-là vient que la Ville de Berne porte des ours en ses armes. Bernheiter, qui est comme qui diroit un gardeur d'ours, est une injure atroce en Alleman. M. Selon Wachter, Bernard, ou Bernhard, qui est la même chose, ne signifie ni cœur d'ours, ni qui a le génie d'un ours, mais homme courageux ; & ce mot est composé de bern, qui veut dire vir, & de hart, qui veut dire fortis, animosus. Voyez cet Au-teur dans son Glossaire, au mot Bern.
BERNE, Ville de Suisse. On prétend que ce nom signifie ours. Corneille dit, que cette Ville fut appelée de la sorte parce qu'on trouva un ours dans ses fondemens. Hoffman dit, que Berne fut commencée par Berthold IV. Duc de Zerin-ghen, & achevée par son fils Berthold V. qui lui donna le nom de Berne, ours, de la première chose qu'il rencontra dans la Ville. De-là vient que quel-ques-uns la nomment en Latin Arctopolis. Cette étymologie n'a pas plu à Wachter ; & à propos du mot Berunium, il en propose une autre que voici : BERUNIUM, dit-il, urbs Rhatica, vit. Norica apud Snidam, sic dicta quod unus vir vassa molis aprum, Noricorum agros vastantem, prostravit, & in humeroz imposuit, ceteris lingua sua acclamantibus, & in his, h.c. unus vir. Hoc Suida etymologia mani-sessis supponit, lingua Noricorum bet virum, & un unum denotasse. Clariss. Hasans, in Bibl. Brem. class. vi. verba Suida ad Bernam, Helvetiorum ur-bem, ab occursu Ursa sic nominatam, trahit, doc- tissimo quidem apparatu, sed invito, ni fallor, Sui-da, qui nomen urbis sua non ab ulla bestia, (aprum autem nominat, non ursum) sed a forti & Herculico unius viri facto deducit. Prateres Berunium est urbis antiqua, non saculo demum xiv. a Duce Zaringense condita, sed jam Plinio memorata. Vide Cellarium in Feltria. Hodie dicitur Belun, quia & & non-numquam permuntantur. Si erymum Berne experatur, malim illud in Curia quam in sylvis quarere. Nam Bern Celtica lingua, & consequenter etiam veteri Helvetica, est Malus, judicium, & locus judicii. Hoc dignum urbe principe nomen est. Boxhorn. in Lex. Ant. Brit. barn judicium, barnu judicar, barner, judex.
BERNER. Casaubon sur Suétone, en la Vie d'Othon, le dérive de signis, qui est un ancien mot Grec dont les Laconiens se sont servis pour mémos. Hésychius : signis est le même que mémos signis comme il paroît par ce Vers d'Homère : Κυριας σε κυριγ χυριας χυριας χυριας Et Bourdelot dans ses Etymologies Mss. le dérive de signis, qui est le même que signis. Je croi-rois plutôt que berner viendroit de bern, qui est un ancien mot François qui signifie un certain habil-lement que les Latins ont appellé sagum, avec le-quel on bernoit. Suétone, en la Vie d'Othon : Ferchatur invalidum quemque corriere, ac disporto sago impositum, in sublime jactare. Martial, liv. 1. de ses Epigrammes : Ibis ab excusso missus in astra sago. Et de-là le mot de sagatio. Le Glossaire : Sagatio, mémos. Denis Godefroy, sur la Loi 4. au Digeste, Ad Legem Cornelium de Sicariis : LaSicilia genus est, cum quis ita alium sago jactat, us postra moriatur, &c. Id Itali vocant shalzar ; Galli berner : nam & Gallorum Lingua sagum, BERNE ; ce qu'il a pris de Cujas, qui dit la même chose dans son livre viii. ad Africanum, sur la Loi 35. du Titre Locati : Id Itali hodie est shalzar ; Galli berner : nam & Gallorum antiqua Lingua, sagum BERNE. Au lieu de berne, on a dit bernie ; & vous le trou-verez ainsi écrit dans Nicot, qui le dérive d'Iber-nia, & qui cite, pour la confirmation de son étymologie, Olivarius, Scholiaste de Pomponius Mela. Et en effet, cette sorte d'habillement est en-core aujourd'hui fort commune parmi les Irlandois. Cet habillement est aussi encore en usage parmi nos Mariniers, qui l'appellent aussi une berne. Les Grecs ont dit signis pour Hibernia : ce qui ne me confirme pas peu dans mon opinion. M.
BERNIE. Nicot : C'est une sorte de drap velu, grossier & rude, dont les Irlandois s'emmantellent, pilose straguise genus : sagum. Sueton. in Othone, cap. 1. De telles en portent les Mariniers en temps de fridure, qui leur servent de couverture & de ma-teras tous ensemble au dormir. Le mot vient de Iber-nia, qui est l'Isle d'Irlande, où l'usage en est tout com-mun ; si est-il en aucuns endroits d'Angleterre ; mais c'est de celles qui sont raves & de poil bas, ainsi que rapporte Olivarius, Scholiaste de Pomponius, livre 3. chap. 6. qui les appelle Bernias, & les autres des-susdites Ibernias. Les Espagnols disent bernia en la même signification ; que Covarruvias dérive aussi d'Ibernia. Les Italiens disent aussi bernia ; mais pour une sorte d'habillement de femme. Messieurs de la Cruïca : BIRNIA ; veste da donna, a foggia di mantello : usanza dismessa. M.
BERRIE. Nom de Terre & de famille dans le Loudunois. Du Latin-barbare beria, qui signifie une plaine. Voyez le Glossaire de M. du Cange, au mot Beria, & mon Histoire de Sable, livre 3. chap. 7. p. 52. M.
BERS. Lat. cuna. Nicole Gilles, en la Vie du Roi Saint Louis : La Reine, femme de S. Louis, qui estoit en la Cité de Damiette, accoucha d'un fils, lequel, toft après sa nativité, fut dérobé en son bers par un Sarrazin esclavage. Ce mot est encore en usage dans les Provinces du Languedoc, d'Anjou, du Maine, & de Normandie. De versus, à vertende ; à cause qu'on le remue pour endormir l'enfant : & de-la le verbe berfer. On dit par métaphore, Il l'a si longuement berfé, qu'il l'a endormi dans son opinion, dit Nicot. De versellus, on a de même fait berfeau, qui est aujourd'hui le mot usité. Et de la ressemblance d'un berfeau de jardin à un berfeau d'enfant, on a dit berfeau en la signification de berfeau de jardin. Et pour cette raison ce mot doit être écrit par une f, & non pas par un e. Il me reste à remarquer qu'on a dit ber, pour bers. Ce qu'on apprend au ber Dure jusques au vér. Ce proverbe est rapporté par M. de la Thaumafiere, dans son Glossaire, au mot biers. M.
BERSABEE. Nom d'une Ville de Palestine, à l'extrémité de cette Province, du côté du midi. Ce nom est composé de deux mots Ebreux vus beer, un puits, & vus fcheba, c'est-à-dire, jurément, & il signifie le puits du jurement. Il fut donné à ce lieu par Abraham, parceque ce fut là que ce Patriarche & Abimelec, Roi de Gerare, jurèrent une alliance ensemble. Abraham y avoit fait creuser un puits, & il y demeura longtemps, aussi bien que son fils Isaac, à cause de la commodité de cette eau. Il est dit souvent dans l'Écriture : Depuis Dan jusqu'à Bersabée ; pour marquer les deux extrémités de la Terre-Sainte, c'est-à-dire, tout le pays d'un bout à l'autre. *
BERSARIEN. En Latin Bersarius. C'est le nom de certains bas Officiers de la Cour de Charlemagne, qui sont appelés aussi Beverariens, Beverarii, & dont Hincmar parle, Epître 1. ch. 13. Quelques-uns ont cru que les Bersariens étoient les Gladiateurs qui combattoient avec les bêtes, & qu'on nommoit pour cela, Bestiarii. Mais Spelman tient que les Bersariens étoient les Officiers des Chaffes, sur-tout de celle du Loup ; & par les Beverariens il entend les Chaffeurs du Castor, parce que cet animal est appelé presque par-tout berer ou beber, comme écrit le Scholiaste de Juvénal. Le nom de Bersarien a été formé du mot Latin-barbare berfa, qui, selon M. du Cange, signifie un parc dans une forêt ; & de-la aussi le verbe bersaire, qui veut dire, venationem intra berfas foresta exercere ; d'où le vieux verbe François berfer, pour tirer de l'arc. *
BERSAUDER. Voyez berfer. M.
BERSEAU. Voyez bers & berfer. M.
BERSER, en la signification de cunas movere. De versare, formé de versus, fait de vertere. Voyez bers. Casaubon se trompe, qui dérive berfer de spieous. C'est dans ses Commentaires fut Scrabon, à la page 17. de la première édition. Voici ses termes : De iis qua mare evomit, c'est à la propre ajoute : Quibus ex versibus judicari potest, leuen Francos Bertum appellavisse. Siquidem Fortunatus ait Charibertum Regem, Childeberti patrui sui, ut regnum obtinuisse, sic lenitatem, dulcedinemme mo- rum, re & nomine referre. Quamquam autter libri de vita Berta Abbatissa, Bertum, clarum, fulgen- tem & splendidum interpretatur. M.
BERTHIER, nom propre. En Latin Ber- thierus. On a dit aussi Bertharius, & Bertharius. Berthaire ou Berthier étoit Maire du Palais sous le Roi Thierry. Ces noms ont été formés du mot Teutonique bert, ou berth, ou breht, ou brecht, ou pert, ou pret, ou preht, suivant les différentes Dialectes. Ce mot entre dans la composition de quantité de noms propres Francs, Lombards & Alemanniques, & par-tout il signifie éclatant, il- laître. On trouve chez les Francs SIGEBERT, c'est- à-dire, villeria clarus, nom du dernier Roi des Ripuariens : en Langue Alemannique; on difoit, Sigebert, Sigibert, Sigipert, Sikibreht, Sikipret. DAGOBERT, c'est-à-dire miles clarus, Roi d'Austra- lie : en Langue Alemannique Tagabreht, Tagapreht, Tagebert, Tagepret. CHILDEBERT, c'est-à-dire, bella- tor clarus, fils de Clovis : en Langue Alemannique Hiltibert, Hiltibreht, Hiltibreht, Hiltipret. Chez les Lombards, ADELBERT, c'est-à-dire, nobilitate clarus : en Langue Alemannique, Adalbert, Adalpret, Adalpreht, Adilpert. GUNDIBERT, c'est-à-dire, bello clarus, du mot Franc gund, guerre, combat : en Alemannique, Gundpreht, Gundpert. CUNIBERT, c'est-à-dire, genere clarus, du Teutonique kunn, race, famille, qui se voit dans toutes les anciennes Dialectes ; ou bien, vir- tute clarus, de kyn, courage, hardiesse : en Lan- gue Alemannique Chunibert, Chunipreht, Cuni- pert, Hunbert, Hunbreht, Hunipreht. ARIBERT, c'est-à-dire, pralio clarus, du vieux mot Breton ner combat : en Alemannique Heribert, Heribret, Heripreht. Chez les Allemans, LIUTPERT, ou Liutpret, ou Liutbracht, c'est-à-dire, miles clarus, de liut, foldat. GISBERT, c'est-à-dire, Gesus cla- rus : ce Gesus est un vieux terme Gaulois, qui signifie vir fortis. RUADPERT, ou Ruopreht, autre- ment Robert, c'est-à-dire, consilio clarus. SADE- PREHT, c'est-à-dire, bello ou pralio clarus, de sawd, qui en Langue Celtique signifie guerre, combat, felon Boxhorn ; ou bien sagitta clarus, de saeth, qui dans la même Langue signifie flèche. SAYBERT est la même chose que Sadaprech. HUGOBERT, c'est-à-dire, memoria ou prudentia clarus, de hug, qui signifie mens, animus. ALBERT, c'est-à-dire, pracarus, de all, particule intensive. Du mot bert vient aussi Brigitte, & quantité d'autres noms pro- prets. Au lieu de bert ou breht, les Anglois disent bright dans le même sens. Voyez Wachter, Glosf. Germ. au mot Brecht. Voyez aussi ci-devant Al- bert.
BERTONEAU. Rondelet, dans son His- toire des Poissons, liv. xi. chap. 11. Itali omnes & Massilienes rhombo piscem appellant, nostri romb, Galii turbot, Normani bertoneau : à cause que les plus grands turbots se pêchent dans la mer de Sain- tonge & de Bretagne. Le même Rondelet, plus bas dans le même chapitre, parlant du turbot qui se pêche dans la mer Adriatique : Tamen numquam rhombi Adriatici, nostrive, magnitudinem atingunt eorum qui in Santonico, vel Britannico litore ca- pientur. Le Duchat.
BERTOUSER. C'est tendre imigalement. De varie tensare. Variè tonsus, variè tonsare, BERTOU- Tome I.
SER. Nicot a écrit bertouder. Voyez barlong. M. BERTRAND, dans la signification d'un sin- ge. Bourdelot, dans ses Origines Françoises Mis. BETRAND, pour signifier un vieux singe, vient de veteranus. Les Gloses Nomiques : Berthier, & w- waunquis, qui apteint est quevenus. Berthier, & i vieux. C'est ainsi qu'il faut lire ; & cette correction est fondée sur l'interprétation de Berthier & wwaun- quis. Bourdelot n'a pas bien deviné. Bertrand, en cette signification, vient de Bertrandus, nom pro- pre d'homme, qu'on a donné à un singe. Les Ita- liens ont de même appellé un singe Bertuccio, de Bertus, nom propre d'homme. Voyez Bertuccio ; dans mes Origines Italiennes. Nous avons de même appellé plusieurs autres animaux de noms d'hom- mes. Voyez Martinet, Perroquet, Renard, Sanson- net. M.
BERTRAND. Ce nom propre signifie robore clarus. Il est composé de bert & de ram, deux mots Teutoniques. Bert veut dire, éclatant, illustre. Voyez au sujet de ce mot, Berte, & Berthier. Ram veut dire force. Les Grecs disent de même joui, pour vis, robur, potentia. De-là le nom de Rome ; comme si on eût appellé cette Ville Valentia ; & celui de Romulus, comme qui diroit robustus. On trouve des vestiges du mot Ram, dans plusieurs noms propres des anciens Germains, lesquels, com- me dit Quintilien, ressemblant beaucoup par la force & la grandeur du corps aux bêtes de leurs Forêts, donnoient volontiers à leurs enfans des noms qui marquaient cette force. Par exemple, CHRAMNE, c'est-à-dire, fort, vigoureux ; nom d'un Prince des Auvergnacs, dont il est parlé dans Grégoire de Tours & dans Frédegaire. La gurtu- rale en devant la liquide a ne change rien au sens ; comme on voit dans Chlodovras, & Hludovicus, qui sont la même chose que Ludovicus : dans Hlo- tharius, qui est la même chose que Latharius, GONTRAM, c'est-à-dire, bello validus, nom d'un Roi des Bourguignons, de gund, guerre, combat. RAMMOND, c'est-à-dire, vir robustus, de mund, en tant qu'il signifie homo, vir. REMISMOND, de la même signification ; nom d'un Roi des Suèves en Espagne. WILLERAM, c'est-à-dire, valde robustus, nom d'un Abbé, dont nous avons une Paraphrase sur le Cantique des Cantiques, de viel, qui dans les composés sert à fortifier la signification. RAM- BERT, c'est-à-dire, robore clarus, même mot que Bertrand, par inversion. WOLFRAM, c'est-à-dire, adjutor validus, de hulf, mot Celtique, qui signi- fie secours, auxiliaire.
BERYTE. Ancienne Ville d'Asie dans la Phé- nicie. Ce nom semble venir de l'Ebreu un bér, puits, & au plurier n'uo bereth des puits ; & il aura été donné à cette Ville, à cause des sources d'eau qu'il y avoit en cet endroit. Elle s'appelle aujourd'hui Barout, & Bayrout.
BESACE. De bis sacca ; pour bis saccus. Sac- cia au féminin se trouve dans les Gloses. Saccia, saccus. Voyez biffac ci-dessous, & Pasquier, liv. 8. chap. 10. M.
BESAGUE. Ferrément de Charpentier. De bis acuta. Enfis bifacutus, c'est une épée qui coupé des deux côtés. Nicot : BESAGUE ; quasi bifacuta ; a duplici videlicet acie, & acuminæ. Guillaume le Breton, livre 3, de la Philippide, Vers soixante- douzième : Aa Nostra manens turris, clipeus, nec non bis acuta Rumphia. Et Vers 387. Hic ensis bisacutus adest meus, hic Cata- pulta. Et ailleurs au même livre : Ascia dum dextris, bisacuta securis, & ensis Fulgatur. Evagrius, en la Vie de S. Antoine, chap. 25. Ut sarculum sibi bis-acutum cum frumento deferret. Et dans celle de Frintonius, chap. 1. Deferre ad ere- mum parva olerum femina, & bisacutos, parvoque sarculos. M.
BESANT. C'est une ancienne monnoye de Constantinople, ainsi appelée de l'ancien nom de cette Ville, qui étoit Besantium. Orderic Vital, livre 9. Panis paximatus, & permodicus, squando inveniebatur, Bisantes comparabatur. Guibertus Ab- bas, dans son Histoire de Jérusalem, livre 4. Otto Bisanteorum pretio, quos ibi purpuratos vocitant. Mais cet Auteur s'est trompé, en croyant que les Bésans étoient appelés purpurati à Constantinople, par la ressemblance de ce mot avec oropori, qui étoit le nom de cette monnoye, & que nos Fran- çois, au rapport de Ville-Himouin, appelloient perprés. En Armoiries on appelle besans, les tonds faits de métal, que la Noblesse Françoise, qui avoit porté les armes sous les Empereurs de Con- stantinople, & dont la solde avoit été payée en besans, commença de prendre pour armes. Car on sçait que les Empereurs de Constantinople avoient des François à la solde, dont le Capitaine étoit mé- me appellé, à la mode des François, Connéable. & Mirac Kirliopas, se trouve dans Curopalata. Cafeneuve.
BESANT. Piece de monnoye d'or ancienne. Rabelais, livre 1. chapitre 30. Dépars d'icy pré- sentement, & demain pour tout le jour fois retiré en tes terres, sans parle chemin faire aucun tumulte ne force. Paye mille bezans d'or pour le dommage. La rançon de Saint Louis fut payée en cette mon- noye. Joinville, chapitre 42. Et adonc le Conseil alla s'avoie au Soudan combien il demandoit au Roy. Ils reviennent vers le Roy, & lui dirent que si la Reine vouloit bailler deux cens mille besans d'or, qui va- loient bien cinq cens mille livres, qu'il délivreroit le Roy. Guillaume de Nangis, la Chronique de Saint Denis, & Nicole Gilles, disent que la rançon fut de huit mille besans Saracinois. Les Rois de France avoient de coutume de présenter treize de ces be- sans à l'offrande le jour de leur Sacre. Dans le Trai- te intitulé Consortato & Coronatio Regum Francia : Rex debet offerre panem unum, viuum in urceo ar- genteo, tredecum byzantios aureos : & Regina fini- liter. Et pour chartenir cette ancienne coutume, Henri II. en fit faire treize pour son Sacre, qui furent nommés byzantios, & qui valoient environ un double ducat la piece. Ragueau dans son ho- dice, dit que les besans dont la rançon du Roi S. Louis fut payée, pouvoient valoir chacun cin- quante livres tournois : qui est aussi la somme à laquelle Bacquet évalue le besant (a). Ce qui est (a) Dans la première édition de Ménage, il y a im- médiatement après ces mots : mais il y a apparence qu'ils se mécontent. Il avoit raison de le dire, & a eu tort de l'avoir supprimé. affez consorme à ce qu'en dit Guibert, Abbé de Nogent, au livre de Gesta Dei per Francos, p. 501. Verum Armentorum Syriorumque calliditas, cum vi- deret in exercitu extenuari cibaria, extinantri vena- lia, per qualites sibi cognata obambulantes loca, comptas circumquaque fruges ad exercitum inopia laborantem deferunt, & adeo immoderata caritudine vendunt, ut asini unius ex frumento sarcina otto eo- rum byzanteorum pretio distrahentur : quos ibidem purpuratos vocitant : qui centum viginti nummerum solidis estimabantur. Mais selon les divers tems, les besans ont été évalués diversement. Au Stile du Parlement, partie 7. aux Arrêts de la Pentecôte, 1282. le besant est prié vingt fois. Un ancien Ti- tre : Le fief de la Jammanniere mouvant de la Chaf- telenie de la Garnache au relief de cinq bezans, à présent à cent fois. Dans une Déclaration rendue le 19. Mars 1559. par René de la Broffe, Seigneur de Cutepray, aux Commissaires députés par le Roi pour ses Fiefs, &c. Je tiens noblement & par bom- mage lige, & on devoir d'un bezant d'or apprécié à vingt sous. Par le passage du Sire de Joinville ci- dessus allégué, il paroît que le besant d'or revient à cinquante fois. Voyez M. le Blanc, dans son Traité Historique des Monnoyes de France. Budée, au petit abregé de son livre de Asse, dit que cette monnoye a été ainsi appelée de pondo; comme qui ditoit pesant (b). Et dans les plus anciens Titres de René de la Broffe, il y a, à devoir de rachat, abonné à un pesant d'or. Mais c'est sans doute une fau- te du Clerc, ou une corruption de langage : Et Budée n'a pas entendu l'origine de ce mot, qui vient de Byzantios. Guillaume de Nangis, parlant de Charlemagne, lequel après avoir obtenu plu- sieurs grandes Victoires dans les pays étrangers, retourna en France, & alla à Saint Denis pour re- mercier Saint Denis : Aurumque, post plurima dona eidem Ecclesia S. Dionyssi collata, regali diademate super altari deposito, quatuor bizantios aureos Bea- to Dionysio super eodem altare obulit : in signum quod Regnum Francia à Deo solo & ipso Sancto, gladio cooperante, tenetur. Et confituit ut omnes successores sui Reges Francorum similiter facerent annuatim. Pracepit etiam ut unujquisque possessor cujusque do- mus totius Gallia quatuor nummos annuatim ad adi- sicandum ejusdem Sancti Ecclesiam daret : & omnes servus qui libenter eos nummos dabant, liberos; & quod daturi in posterum, ab omni servitute libera- rentur, confituit; Francique Sancti Dionyssi voca- rentur. Le chapitre 10. de Jurejurando dans Gré- goire (c) : Byzantios duos. A quoi il faut ajouter ce que nous venons de dire des Byzantios de Hen- ri II. Et cette monnoye fut appelée byzantios de la Ville de Constantinople où elle fut première- ment forgée : laquelle avant qu'elle eût été rebâ- tie par Constantin, qui lui donna son nom, s'ap- pelloit Byzantium, de son Fondateur Byzas, selon Claudien & Stephanus. Voyez Scaliger sur la Chronique d'Eusebe. Baldricus, Gesto. Dei per Fran- cos, page 96. Constantinopolis, olim Byzantium : unde adhuc monetam illius civitatis byzantios vo- camus. Et à ce propos il est à remarquer, que sous la féconde race de nos Rois, les monnoyes du Le- vant avoient grand cours dans ce Royaume. Voyez au mot barbarin. Le mot de besant est encore au- (b) C'est page 33. édit. io-16. interpolée par l'Edi- teur : car Budée, dans son édit. de 1559. io-8°, fol. IX. & x. ne parle qu'en doutant, & reconnoit que besant vient de Byzantium. (c) Decretal. Gregor. IX liv. 2. tom. 24. §. 10. jourd'hui en usage parmi nous en matière d'ar- moiries. Messieurs du Puy de Paris portent d'or à la bande d'azur, chargée de trois befants d'or. M. l'Abbé de Marolles, qui dans la Généalogie de ces Messieurs, imprimée avec les Mémoires de sa Vie, leur donne d'or à la bande de sable, chargée de trois voiles d'argent, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or, n'a pas été bien informé de cette par- ticularité. M.
BESAS. De bis & d'as. Voyez Pasquier, liv. 8. de ses Recherches, chapitre 30. M.
BESCHE. De besca, ou becca, qui se trouvent dans les Anteurs de la basse-latinité dans la signi- fication de besche, & que M. du Cange dérive de bec; quid becc, seu restri formam praeser. Du sub- stantif besca, on a fait le verbe bescare, & de becca, bescare; d'où nous avons fait bescher. M.
BESER. Ce mot se dit en Basse-Normandie, & autres lieux, des vaches qui mouchent, comme nous parlons en Anjou; c'est-à-dire, qui courent quand elles sont piquées des mouches. Les Espa- gnols disent beszero, pour dire un veau: mot fait de vitellus. Vitellus, bivellus, bicellus, bicervus, BIZERRO: mais ce mot n'a rien de commun avec notre beser. M.
BESICLES. Jacques Sylvius dans sa Gram- maire Latinogallique, page 149. le dérive de bi- cycclus. BECYCLE, à bicyclo, id est, duobus circulis quibus constant conspicilia; qua etiam lunettes vo- camus, à circulis vitrelis, voluit lunulis duobus. Trip- pault dit la même chose. Etienne Pasquier, livre 8. de ses Recherches, chapitre 30. le dérive de bis oculi: Cette même rencontre s'observe en ce mot de besicles; que nous appellons autrement lunettes, parce qu'elles représentent la forme de la lune: des- quelles nous usons pour mieux lire, quand la veue com- mence de nous diminuer: c'est pourquoi les Anciens les appellerent bis oculi, doubles yeux, paruee mot abrogé de besicles. Et Bese, dans son Passavantius contre le Président Lizet, page 147. a visé à cette érymologie par ces mots: Pone tuos bisoculos, alias Lunettes Gallicé. M. Costar est du même avis: Je suis de votre avis, que bigle se dit, quasi binus ocu- lus. Mais ne croyez-vous pas aussi que besicles, que l'on prend quelquefois à Paris pour des lunettes, sont dites quasi bis oculi, de doubles yeux, ou de seconds yeux! C'est dans une de ses lettres à M. de Voiture, qui est la 18. de leurs Entretiens. M. de Voiture, dans sa réponse à cette lettre, le dé- rive, comme Sylvius, de bis circuli. Voici ses ter- mes: Je me réjouis de ce que vous tachez à rencon- trer aux érymologies. Vous avez quasi trouvé celle de besicles: & cela n'est pas mal pour un commen- cement. Mais il vient de bini circuli, ou bis circu- li. Il vient de berillus, qui se trouve en cette si- gnification. Fridegodus, dans la Vie de Saint Villefroy: Prosinus admisso micuit symagma berillo. Joannes Bufchius, livre 2. de sa Chronique, cha- pitré 42. Non per unum solum, sed per duos simul, aut per berillum duplicem, in communi legere consue- verat. Voyez M. du Cange dans son Glossaire La- tin, au mot berillus. Du même mot berillus, les Espagnols ont fait aussi leur beril, en la significa- tion de lunette. Covarruvius, dans son Trésor de la Langue Caftillane, au mot beril, dérivé du La- tin berillus, qui est une pierre précieuse: Esta pie- dra transparente llamamos beriles a los vidros cla- ros, per medio de los quales vemos, conservando la visla. Et c'est aussi de ce mot berillus que les Tou- loufains ont fait celui de mericles, qu'ils ont dit pour besicles, par le changement du x en M; com- me nous avons dit besicles, au lieu de bericles, par le changement de l'x en x. Voyez mon Discours des Changemens des Lettres. Voici au reste, de quelle façon besicle a été formé de berillus: Be- rillus, berillicus, berilliculus, bericlus, BERICLE, BESICLE. M. Les Allemans appellent les lunettes brill. Voici ce que Wachter, dans son Glossar. German. dit sur ce mot: BRIL, oculi vitrei. Honschbius contrahis à Latino perspicillum Dicemannus à Latino-Barbaro berillus, quod Cantius interpretatur conspicillum. Alias berillus est vox & gemma Indica. Isidorus, lib. XVI. Originum, cap. 7. Berillus in India gigni- tur, gentis suæ lingua nomen habens. Sed ex hac gemma non fieri conspicilla, recte monet Leibnitiae in notis ad Mylium. Quaritur ergo unde Latino- barbaris sit hic significatus? Responderi potest, quod cum berillus Indicus sit lapis lucidus, nomen ejus paularim communicari experit aliis experibus luci- dis, & primè quidem crystallis, postea vitro; tandem- que etiam conspicillis, quod ex utraque materia fis- rent. Et hanc originem confirmare videtur vox Ger- manica barill, parill, qualis erat majorum atare, docente Dicemannus. Besoldus brill arcessit à briller splendere, micare, quo sensu etiam Itali dicunt bril- lare. Quod sanè non est ineptum, etiam si Diceman- no ita videtur, qui ut hypothecsi sua serviat, ver- bum Italicum & Gallicum deducis à berillus, favente quidem Academi à Florentina, sed negante Menagio, qui illud deflectit à vibrillare.
BESIE-D'HERY. Sorte de poire: ainsi ap- pellée du mot besie, qui dans la Bretagne, dans l'Anjou, & dans le Poitou signifie poire sauvage, & qui, comme je crois, est un mot Bas-Breton; & de Héry, qui est une forêt de Bretagne entre Rennes & Nantes, où ces poires ont été trouvées. De sorte que c'est parler improprement que de les appeller poires de besie d'héry. En Bretagne, en An- jou, & à Paris, on dit du besie d'héry. M.
BESIE-D'HERY. Dery, en vieux Gaulois, si- gnifie bois; & besie, poire. De sorte que Besie-dery signifie poire des bois, pyrum silvestre. Ce mot se trouve encore dans la Langue Irlandoise. Lon- don-dery en Irlande signifie Londinum Silvestre. Car c'est une Golonte de Londres, établie dans les bois d'Irlande. Huer.
BESLIERE. On appelle ainsi en Basse-Nor- mandie cette courroye large & forte, faite de plu- sieurs longes de cuir, qui tient le battant d'une clo- che enchaîné au fond de la cloche. M. Ce mot vient peut-être de bis, & de ligare. Le Duchat.
BESOIN. Ce mot vient de biffomnium; & de biffomniosus, vient besogneux, qu'on lit pour né- cessiteux dans ces vers pris d'Alain Chartier, au Poème intitulé la Belle Dame sans mercy: Pitié doit être raisonnable, Et à nul désavantageuse, Au besogneux très-pronfiscable Et aux piteux non dommageable. Les soins qu'inspire la nécessité, ou le défaut des choses nécessaires à la vie, sont doubles en com- paraîson de tous les autres soins. Besogner c'est tra- vailler pour subvenir aux besoins de la vie. De bis- A 2 ij fœmniare. Le mot de besogne suppose en tout sens une espece de travail. Le Duchat.
BESSONS. On disoit anciennement hams pour hommes. Marot, dans son Prologue sur les Poesies de Villon : Et pour ce que, comme j'ay dit, que je n'ay touché a on antique façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avec les annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant le reste à vos promptes intelligences; comme ly Roys pour le Roi, hams pour homme, compain pour compagnon. Ce qui a fait croire à Pasquier, VIII. 30. que ce mot de bessons venoit de bis homines. Il vient du Latin bis. Bis, bisus, bissus, bissus, bissus, bissus, BESSONS. Nicot : BESSON, est mot de relation & rapport à un autre; & signifie celui qui est issu d'une même ventrée ou portée avec une autre. Ainsi dit-on : Ils sont bessons; c'est-à-dire, nez d'une même portée : gemelli, gemini fratres : & en singulier, il est besson, c'est-à-dire, né d'une même ventrée avec un autre; jumeaux, & jumeau. L'Espagnol dit, mellizo, en singulier, comme nous : mais l'italien use plus du plurier gemelli. Le mot peut venir de bini, qui est fait de bis : ainsi que le Grec disposé de &c, qui signifie cela mesme. Ce mot est fréquent aux Languedoc, Provençal, & pays adjacents, qui appellent les fruits bessons, qui sont nez, donées : comme une amande bessonne, quand il y en a deux venues dans une même coque : gemellum amygdalum. Le François use plus ordinairement de jumeau. Bessons a aussi été dit des animaux. Marot dans son Eglogue au Roi François I. Ce que voyant le bon Janot mon pere, Vouloit gaiger à Jacques son compere, Contre un veau gras deux aignelets bessons, Que quelque jour je serois des chansons. Voyez jumeau. De bisus, on a fait aussi bisellus : d'où nous avons fait BISEAU, pour signifier l'endroit par où les pains s'entretiennent, & qu'on appelle dans le Loudunois gras cuit, parce qu'il n'est jamais si bien cuit que les autres endroits du pain. Voyez biseau. M.
BETE. Voyez JOTE. M.
BETHEL. C'étoit anciennement une Ville de la Terre Sainte dans la Tribu de Benjamin. Son premier nom étoit Luc. La vision que le Patriarche Jacob eut auprès de cette Ville, la lui fit appeller Bethel, c'est-à-dire, Maison de Dieu, de ma beth, maison, & ma El. Dieu. Suidas ne traduit pas assez bien quand il traduit, &c &c, Temple Divin. Hésychius a mieux dit, &c &c. Depuis que Jéroboam y eut élevé un veau d'or, elle fut appelée Bethaven, c'est-à-dire, maison d'iniquité.
BETHAMES. C'est un nom Ebreu, qui signifie Fille du Soleil. Il est composé de ma beth, maison, & de &c &c Schemesch, Soleil. Bethames étoit une Ville de la Tribu de Juda. Il y avoit encore deux autres Villes du même nom, l'une dans la Tribu de Nephtali, l'autre au pied du Mont Carmel. Il est évident que c'étoient les Phéniciens qui avoient donné ce nom à ces Villes, puisque la seconde dont nous avons parlé n'étoit point aux Israelites, lesquels n'avoient pu la prendre. De-là il s'enfuit bien clairement, &c. que la Langue Phénicienne étoit la même que la Langue B E T. B E U. Ebraïque; &c qu'apparemment ils nommerent ainsi ces Villes, parce qu'ils y adoroient le Soleil. Quelques-uns appellent aussi Bethames ou Bethames l'Héliopolis d'Egypte. Il est vrai que Bethames en Ebreu, & Héliopolis en Grec, signifient la même chose; mais l'usage n'est pas de dire en François Bethames pour Héliopolis, ni Héliopolis pour Bethames.
BETOINE. Simple. De l'italien betonica, fait du Latin vetonica, qui est un mot d'origine Gauloise. Pline, xxv. 8. Vettonica dicitur in Gallia; in Italia serratula. Encore aujourd'hui, au rapport de Cambden, page 15, de son Angleterre, les Bas-Bretons appellent cette herbe betony. Les Gaulois l'avoient appellée vetonica, à vetonibus, qui étoient les peuples d'Espagne d'où ils l'avoient apportée, comme nous l'apprenons de Pline au lieu allégué. Elle a beaucoup de vertus : ce qui a donné lieu au proverbe Italien, à più virtù che betonica. Voyez dans mes Modi di dire Italiani, imprimés à la fin de mes Origines de la Langue Italienne, l'article intitulé à più virtù che betonica. M.
BETHUNE. On appelle ainsi à Paris depuis quelque tems, par raillerie, un carroffe à un cheval; par allusion à beste une. Les Latins l'appelloient Monocosmum. Les Glofes d'Isidore : Monocosmum, quod ab uno jumento ducitur genus vehiculi. C'est ainsi qu'il faut lire en cet endroit, & non pas Monocosmum. Ils l'appelloient aussi Monacus. Le Glossaire Arabe-Latin : Monacus, genus vehiculi; quid ab uno jumento ducatur. M.
BEUGLER. De buculare, fait de bucula. Les Glofes anciennes : bisus, buculus : bisus, bucula. M.
BEURICHON. C'est ainsi que les Angevins & les Manceaux appellent le royrelet; de sa couleur rouse. Burrus, burricus, burricius, burricio, burricionis, burricione, BEURICHON, ou BURICHON. Voyez bourique. Les Turcs l'appellent borku, c'est-à-dire, merdacens, à cause de sa couleur de . . . M.
BEURRE. Il est croyable que nous l'avons formé de butyrum, par contraction. Toutefois parce qu'en plusieurs lieux le beurre est de couleur rouse & jaunâtre; je ne sais si je dois assurer qu'il vient de burrum. Festus : Burrum dicebans Antiqui, quod nunc dicimus luscum. Et de fait, burranica potio étoit une potion composée de lait. Le même Festus : Burranica potio appellatur, lacte commixtum; à rufo colore quem burrum vocant. Caseneuve.
BIA. BIB. 189 ou *bēōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōōō
BEVUE. De *bīfveduta*. On ne voit pas distinctement les objets quand on les voit doubles. Horace : *Et folem geminum, & duplices offendere Thebas. M.* J'ai peine à croire que *bēvne* vienne de *bīfveduta*. J'aimerais mieux dire que *bē* dans ce mot est une particule Testonique qui marque un vice de l'action dont il s'agit, de même que la particule *for* dans le mot *forfait*; & de cette manière, *bēvne* seroit un mot hybride, comme l'est certainement *forfait*. Voyez ce mot ci-dessous. Je crois donc que la particule *bē* dans le mot *bēvne*, est la même chose que la préposition Angloise *by*, dans le mot Anglois *by-way*, qui signifie un chemin détourné. *Bēvne* est aussi comme une vue détournée, une action dans laquelle on n'a pas regardé ce qu'il falloit regarder. \*
BEY. Ce nom, que les Turcs écrivent *Begh*, ou *Bek*, ou *Beg*, & qu'ils prononcent souvent *Bey*, d'où le nom François est venu; ce nom, dis-je, est un mot Turc qui signifie proprement Seigneur; mais on l'applique en particulier à un Seigneur de bannière, que l'on appelle dans la même Langue *Sangiaikbeghi*. Le mot *Sangiaik* signifie chez les Turcs bannière, ou étendard, & la marque de celui qui commande dans un lieu considérable de quelque Province. Il est le Chef d'un certain nombre de Spahis ou Cavaliers entretenus d'une Province. Toutes les Provinces de l'Empire Turc sont divisées en plusieurs de ces *Sangiaik* ou Bannières, & chacun de ceux qui en sont pourvus, se qualifie de *Bey*, ou *Sangiaikbeghi*; & le Gouverneur général auquel ils obéissent en chaque Province porte le titre de *Beghilerbeghi*; ou *Beylerbey*, qui signifie *Seigneur des Seigneurs*, ou des *Bey* de toute la Province. Ces *Bey* sont à peu près ce qu'étoient autrefois en France les Chevaliers Bannerets. \*
BEZANT. Voyez BESANT. M.
BEZOAR. Pierre. Plusieurs croient que ce mot a été dit par corruption pour *pazar*; & que *pazar* a été dit de *pazar*, qui signifie *beuc*, en Langue Persienne & Arabique; & que cette pierre a été ainsi appelée parce qu'on croit qu'elle vient dans l'estomac des boucs de Persie. Voyez Garfias Ab Horto, chapitre 45, livre 1, de ses Drogues; Christoph A. Cotta, chapitre 36. Nicolas Monardès, chapitre 34. Gaspar Bauhin, au livre qu'il a fait de *Lapide Bezaar*; Pancirole, tit. 3, de la 2, partie; & Salmuth, son Commentateur. Mais ils se trompent. *Bezaar* s'écrit en Persien & en Arabe *bedzahar*. Et *bedzahar* est un mot Persien, & il signifie *amidate* contre les poisons. Et il est composé de *bed*, qui signifie *remède*; & de *zahar*, qui signifie *poison*. Teixeira, page 157. *La piedra bezaar llama el Persio por excelencia pazahar*, que quiere *dezir tanto como unidoto*, y *propriamente riparo de ponjona*, o veneno; de *zahar*, que es nombre général de *qualquier veneno*, &c. Avicenne se sert de ce mot pour *amidate* en général. Voyez l'Avicenne Arabe, page 119, 123, & 124. *Abem Bitar* s'en sert en la même signification. ¶ *Pazan*, *pro hircu*, *an fit Persicum nefcie*; *fcio non esse Arabicum*, & *bezaar esse aliud*. C'est la Note que M. Bochart a faite dans un des exemplaires de nos Origines de la Langue Françoise de la 1. édition, au mot *bezaar*. M.
BIAIN. On dit aussi BIAN. Terme de coutume. Ce sont des corvées, tant d'hommes que de bêtes. M. de Lauriere croit que le mot *biais*, ou *biais*, vient de ce que ces corvées se bannissent, c'est-à-dire se proclamaient. M. Hevin le dérive du mot *biais*, parceque ces corvées étoient dûes pour la récolte des biens de la terre. Il en est parlé dans l'Histoire de Bretagne. \*
BIAIS. De l'Italien *bieco*, fait du Latin *obliquus*. *Bieco*, *biefo*, BIAX, BIAIS. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *bieco*, & ci-dessous le mot *bicle*. Les femmes appellent *biais* leurs mouchoirs de cou, parceque ces mouchoirs sont pliés de biais, c'est-à-dire, d'un coin à l'autre. M. Je dérive ce mot de l'ancien Gaulois *bihay*, c'est-à-dire, de *travers*. *Bihay* est vrai-semblablement la même chose que la préposition Angloise *by*, qui marque quelquefois un détour, comme dans *by-way*, qui signifie un chemin détourné. \*
BIARQUE. Nom d'un Officier des Empereurs de Constantinople. Le *Biarque* étoit un Intendant des vivres, comme le nom même le marque; car il est composé de *aio vie*, *vivre*, & *aio chef*; & il signifie celui qui a l'administration des vivres en chef. Les Latins l'appelloient *Prafectus annora*. Saint Jérôme parle de cet Officier dans sa Lettre à Pammachius. La Charge de cet Officier se nommoit *Biarchie*. \*
BIBESIE, ou BIBESIA. C'est le nom de l'une des Déeffes des Banquets; l'autre étoit Edesie. *Bibesie* présidait aux métiers & aux vafes dans lesquels on mettoit le vin & les liqueurs que l'on servoit dans un festin; & c'est de-là que lui venoit son nom, qui est dérivé de *bibe*. Voyez Saumais sur Spartien, page 146, de l'*Hifi. Ang*. \*
BIBLE. De *biblia biblia*, qu'on a dit barbarement, pour *biblia bibliorum*. Voyez Voissus, de *Vitis Sermonis*, page 50. Je remarquerai ici par occasion, que le docte Cajas, livre 17, chap. 9, de ses Observations, n'a pas fait difficulté de se servir de *biblia* au genre féminin. ¶ Anciennement ce mot de *bible* étoit masculin. Dans l'Extrait d'un Mf. de la Bibliothèque du Roi, imprimé à la fin de l'Histoire de Charles V. de l'Abbé de Choisy: *Item, un grand Bible en François en deux volumes, que le Roy Charle pertoit toujours avec luy*. C'est à la page 16. M.
BIBLISTE. C'est le nom que quelques Auteurs comme Sanderus, ont donné aux Hérétiques, qui ne reçoivent pour règle de leur foi que l'Écriture Sainte, sans reconnoître ni les Traditions, ni de Juge des controverses, ni d'Interprète infallible de l'Écriture. Ce mot, quant à sa signification, revient à ce que les Juifs appellent Caraites. Mais d'ailleurs les Caraites diffèrent fort les *Biblistes*: car les Caraites reconnoissent l'auto- rité qu'avoient la Synagogue & le Grand-Prêtre, & ne rejettent que les Traditions; au lieu que les Bibliyes, contre le précepte de l'Écriture, rejettent les Traditions Divines & Apostoliques, ne reconnoissent point de Juge en matière de Dogme, & font profession de s'en tenir à l'Écriture, malgré l'Écriture même, qui recommande les Traditions, & qui enseigne clairement l'infaillibilité de l'Église dans ses décisions. \* **BICESTRE.** Château près de Paris, du côté de Saint Marcel, vers Gentilly; où font présentement les pauvres renfermés. Il s'appelloit anciennement la Grange aux gueux. Et il étoit à Jean, Evêque de Vincestre en Angleterre; d'où il fut appellé *Vincestre*; & depuis, par corruption, *Vincestre*; & ensuite, *Bicestre*. Voyez le Président Fauchet dans ses Antiquités, & Duchesne sur Alain Chartier, page 817. & 818. Du tems de Villon, il s'appelloit encore *Vincestre*. Voyez *Bicestre*. M. **BICHE.** De là, qui est, au Dialecte Artique, comme témoigne Suldas, la voix des brebis, a été formé *bice*, qui, selon Hôfychius, signifie tantôt brebis, tantôt chèvre; d'où dans la moyenne hâtrité on a tiré, à mon avis, *bica*; qu'on a pris proprement pour la femelle des cerfs. C'est pourquoi M. de Saumais dit, que dans le Concile d'Auxerre, où l'on lit ordinairement *vitula* & *cervolo*, il faut lire *bicula*. Et de *bica* nous avons fait *biche*. Caffeneuve. **BICHE.** Méric Cafaubon, page 141. de sa Dissertation de l'ancienne Langue Anglicane, le dérive du Grec *bice*. M. de Saumais, sur Solin, page 222. le dérive de *bicula*. Nomen illud quo cervam (BICHE) appellamus, *fatis vetustum est*. Et legere in Concilio Altesfiodorensi, biculum, vel cervulum facere. Ita enim scribendum; nec de vitula accipiendum, aut cervi sacrificio, ut boni viri arbitrantur. Genus erat solemnis & tralaticii ludicri apud Paganos in multis urbibus Gallia; quod & Christiani usurparunt. Unde proverbium manavit: N'en faire que le cett. Voici les termes du Concile: Non licet Kalendis Januarii vetula, aut cervolo facere, vel strenas diabolicas observare. Je suis de l'avis de M. de Saumais, en ce qu'il improuve l'opinion de ceux qui croyent que facere en cet endroit du Concile d'Auxerre signifie *faciliter*; du nombre desquels est le Président Fauchet, livre v. de ses Antiquités Gauloises, chapitre 4. Il signifie sans doute en cet endroit-là, faire, ou contrefaire. L'Auteur de l'Homelle de Kalendis Januariis, attribuée à Saint Augustin: *Quis enim sapiens potenti credere aliquos sana esse mensis, qui cervulum facientes, in ferarum se velint habitum commutare? Alti vestiuntur pellibus pecudum; alii assumunt capita bestiarum, gaudentes & exultantes, si taliter in ferina specie esse videantur.* Un ancien Pénitentiel: *Si quis in cervolo, aut vitula vadis; id est, si qui in ferarum habitu se commutant, & vestiuntur pellibus pecudum, assumunt capita bestiarum. Qui taliter in ferinas species se transformant, tribus annis puniteant, quia hoc damaniacum est.* Saint Eloi, en son Sermon *Ad annum plebem: Nemo in Kalendis Januariis nefanda & ridiculosa, vetulas, aut cervolos, vel joficios, faciat.* Mais je ne suis pas de son avis touchant la correction de *bicula* pour *vetula*. *Vetula* est très bien. Il a été dit à la façon ancienne, au lieu de *vitula*: ce qui a été remarqué par le Président Fau- chet au lieu allégué, & justifié par le Père Sirmond, dans ses Notes sur le Concile d'Auxerre, & dans son second Antirheticus, pages 135. & 136. & par Savaron, dans ses Remarques sur le Sermon de Saint Augustin de Kalendis Januarii. Et je suis encore moins de l'avis de M. de Saumais, touchant l'étymologie du mot de *biche*, lequel, selon l'analogie Françoise, ne peut venir de *bicula*. La contraction de *bicula* en *bichia*, est de la Langue Italienne. M. de Valois l'aîné croyait que *biche* avoit été fait d'*ibice*, ablatif singulier d'*ibice*; le plurier *ibices* se trouvant à peu près en cette signification dans cet endroit de Theodorus Campedonensis, qui est du chap. 25. de sa Vie de Saint Magnus: *Tunc Dux ejus, nomine Gunzo, ex Provinciis Augustense & Retia, respondens dixit: vere, Domine Rex, ille locus tenuis quidem facultate est, sed optimus, si impeditio vermium deest, ad venandum, quia plurimi cervi, damula, & binmuli, ibiceque divers morantur. Bissa se trouve en cette signification dans plusieurs Auteurs de la balle Latinité: mais il a été fait du François *biche*. Voyez le Glossaire Latin de M. du Cange, au mot *bissa*. Biche a été fait de *bica*. Voyez *bique*. M. Joignons ici le sentiment de Wachter dans son *Gloss. German.* au mot *Bace*. Voici ses paroles: *BATZE, canicula, canis femina. Anglo-Saxon.* bicce, *Angl.* bitch, *Gall.* bichon. *Ferti a cursitando. Nam Sorabis* bizu vel bifchu *es currere, cursitare, fugam capere*; bih *cursus, teste Frenzelio in Orig. Sorab.* pag. 5. Et *hinc quoque duci poteff Gallicum* biche cerva, *cursor nemorum. Unde Latino-barbaris* bissa apud *Cangium. Potuit hac vax Gallic communiari ab Alanis, qui faculo v. Valenti-a urbis deferta occuparum, teste Prospero in Cibon. Ex eodem fonte videtur manasse quando ursa Helvetiis dicitur boetze. Nam genera solent confundi.* **BICHENAGE.** *Vectigad ex frumento, muiibus, &c.* C'est un terme de Coutume. On connoit ce que c'est que le bichenage, par un extrait du Dénombrement fait au Roi l'an 1522. par le Châtelain de la Terre & Seigneurie de Buffi en Bourgogne. *Le droit de bichenage de tous grains & de toutes autres choses qui se vendent au boessault au marché dudit lieu, & non à autre jour, est tel. C'est à savoir que d'un boessault l'on ne doit rien: de deux boessaults l'on doit pour le bichenage une éculée: de trois boessaults l'on ne paye qu'une éculée; de quatre boessaults deux éculées; de cinq boessaults l'on ne paye que deux éculées; de six boessaults l'on paye trois éculées; & ainsi de plus le plus, & de moins le moins; sans rien payer du non pair. . . Item, est à savoir que ledit bichenage se prend & leve audit marche, des noix, des oignons, & de toutes autres choses qui se mesurent au boessault, en la forme & maniere que dessus. . . Item, est encore à savoir que ceux qui payent ledit bichenage, ne doivent rien de vente, ni de péage, à cause de ce dont ils auront payé le bichenage. M. GALLAND. Ce mot vient de bicheb. Voyez l'Article suivant.* **BICHET.** Mesure de grains, comme de blé & autres. M. A Metz c'est une mesure du poids de 22. livres. Ce mot se trouve dans Monillet, édit. de 1572. vol. 3. fol. 258. t. *Le Duchat.* **BICHONS.** Sorte de petits chiens blancs à grand poil. Cheveux de femme sur le front. M. Huet, dans son exemplaire de mes Origines de la Langue Françoise de la première édition, a écrit cette Note sur ce mot: BICHONS: nos *Galli mulie*;
BID. BIE. 198 rum Capillas supra frontem prominentes, & ferro vibratos, appellamus bichons, quod ad venti flatum in cervarum & binuolorum mortem videantur super frontum lafciivire. Eadem ratione Romani capronas comas hos cirros appellaverunt, quod inflar capra- rum exultam. Lucilius, lib. 7. Comas fluitare ca- pronas. Apuleius lib. 1. Florid. Crines ejus premul- sis antis, & promissis capronis anteventuli & pro- penduli. ¶ Je remarquerai ici en passant, que ces cheveurs de femme ont été appelés antis par les Latins. Festus: ANTIA, muliebres capilli demissis in frontem. Les Glofes anciennes: Antia, vizius, &c. ¶ij upordique uppssistat, ymanis. M.
BICHOUS. Du vieux Saxon bice, bice, canicula, canis familia; d'où l'Anglois bitch, qui signifie la même chose. Le Duchat.
BICLE. D'obliquus; ( comme l'Italien bieco d'obliquus; & non pas de bis oculus, comme le pré- tend M. de Caïeneuve. Ovide, liv. 2. des Méta- morphoses: Illa Dram obliquo fugientum lumine cernens. L'Auteur des Priapées: Obliquus, pathica, quid me spectatis ocellis. Lucain, liv. 1. Unde tuam videas obliquo sidere Romam. Stace, liv. 2. de son A- chilléide, en parlant d'Ulisse, qui reconnut Achille: Nullaque virginei servantem signa pudoris Defigit, comitique obliquo lumine monstrat. Voyez mes Origines Italiennes au mot bieco. Voyez BICLE. M.
BICOQUE. Plusieurs croyent que ce mot nous est venu d'Italie, & que nous avons c'uis ap- pellé une place mal fortifiée, à cause de la Bico- que, qui est une petite ville dans le Duché de Mi- lan, où nous fûmes battus par les Colonnes. Je doute fort de cette étymologie: ou plutôt je ne doute point qu'elle ne soit peu véritable: les Espa- gnols usant de bicoca à peu près en la même signi- fication que nous. El apofento, quanto es muy estre- cho, que no se puede uno espaciar en el, decimos ser una bicoca, dit Covarruvias, dans son Trésor de la Langue Caïtilane. Ce mot peut avoir été fait de vicus. Vicus, bicus, bicocus, BICOCA, BICOQUE. M.
BICOQUET. La Chronique scandaleuse: Il avoit en sa tête un bicouet garny de bouillons d'argent dorés. M.
BIDAUTS. C'étoit une espèce de gens de guerre, dont Froilstart fait mention en beaucoup d'endroits. Vol. 2. chap. 63. Et pouvaient estre en- viron six banniers & deux cens bacinets, & six cens bidaux, tous à pied. Et chap. 104. La avoit grand foison de bidaux & de gens du pays mal payés. Et chap. 121. Genevois, Vidaux, & Arbaleftriers. Ils étoient aussi appelés bidarii, à binis dardis; parce qu'ils étoient armés de deux dards ou javelots. Joannes Hochemius, De Gestis Pontificum Leodien- sum, liv. 1. chap. 24. Conduxerat namque quoddam Bidarios, à binis, qua portant missilia, diffus: quos Isidarios, non milites, sed velites, à volitando, vo- catos insinuas. Caïeneuve.
BIDAUX. Pitaux, Petaux, gens de pied dans Fauchet, fol. m. 521. r. De pedellus. Le Duchat.
BIDET. Petit cheval. Ce mot est de difficile origine. Ne viendroit-il point de veredettus, dimi- nutif de veredus? Veredus, beredus, beredettus, bedettus, bidettus, BIDET. Touchant le change- ment de l'U en B, & de l'E en I, voyez mon Discours du Changement des Lettres. Le Préfi- dent Fauchet dit qu'on a appelé bidets, & bi- dauts, de petits pistolets de poche; & que de-là on a appelé bidets des petits chevaux. M.
BIDET, est proprement un petit cheval, dont le prix n'a monté qu'à une de ces petites pistolets, que M. de la Noue, dans son Dictionnaire des rimes, pag. 285. & le Président Fauchet, liv. 2. de la Milice & des Armes, dient que de leur tems on appelait bidets. De-la vient, qu'encore aujourd' 'hui, pour désigner un de ces petits chevaux, on l'appelle bidet de quatre-vingt fous; laquelle fom- me faisoit apparemment la valeur de la petite pis- tole appelée bider. Or comme sur certaines pros- ses pièces d'or, telles que les Rides de Flandre, le Prince étoit représenté à cheval; la petite mon- nole d'or, appelée bider, & même bidaut, n'au- roit-elle pas eu ce nom à cause peut-être, que le Prince qui l'avoit fait frapper y étoit représenté à pie, comme un de ces baisfins qu'on appelait bidauts, de pedelli? Le Duchat.
BIDON. Le sieur Guillet, dans son Diction- naire de la Marine: BIDON est une espèce de poë ou vaiffeau de bois, contenant quatre ou cinq pintes, pour mettre le breuvage destiné à chaque repas pour un plat de l'équipage. M.
BIEN-AYME. On dit quelquefois qu'un tel cavalier est le bien-aimé d'une telle dame; & dans cette signification personne ne doute que bien- aimé ne vienne de bené amatus. Mais la question que je propose, c'est de savoir que signifie bien-aymé, & d'où vient ce mot dans ce passage de Rabelais, liv. 1. ch. 10. C'est la cause pourquoy Galli (ce sont les François), ainsi appellez parce que blancs sont naturellement comme lait, que les Grecs nommer yaza, volontiers portent plumes blanches sur leurs bon- nets. Car par nature ils sont joyeux, candides, gra- ciens & bien-aymes: & pour leur symbole & orisei- gne ont la fleur plus que nulle autre blanche; c'est le lys. Sur quoi il est à remarquer, qu'encore que toutes les éditions modernes portent bien-amez dans ce passage, à l'imitation de l'édition de 1553, on doit pourtant y lire bien-aymes, comme dans celle de 1542, 1573, 1584, & 1626. D'abord il est clair, ce me semble, qu'ici bien-aymé ne sau- roit être le bené amatus dont il a été parlé: car si les François portent volontiers des plumes blan- ches sur leurs chapeaux, ce n'est pas une raison capable de faire qu'on ne puisse s'empêcher de les aimer bien fort. Il faut donc que dans ce passage de Rabelais, bien-aymé vienne d'ailleurs que de bené amatus, & qu'il signifie autre chose. Or je prétends qu'il vient de bené animatus, & qu'il signifie, ayant l'ame droite & bien faite. Ce qui fait une parfaite opposition entre les François & les antiques Syracusains, & certains Argives, que plus haut dans le même chapitre il est dit n'avoir affecté de porter le deuil autrement qu'en noir; que parce qu'ils avoient l'ame de travers. Mais, dira-t-on, c'est donc bien-amez qu'il faut lire en cet endroit de Rabelais, & l'édition de 1553, qui porte ainsi, à bien corrigé celles de 1542, & gr. 547. & les éditions modernes qui l'ont suivie, sont correctes à cet égard. A cela je réponds, que non; mais qu'encore que bien-amez & bien-aymes, dans le sens de Rabelais, fussent également bons, cet Auteur, qui cherche par-tout à embarrasser son lecteur, a préféré la dernière façon de parler, comme la plus ancienne, quoique moins intelligible, & qu'anciennement on difoit ayme pour ame. Percefereft, vol. 5. ch. 19. Et tant avilla la vieille qu'elle pensa qu'aucun ayme avoit avecque la royne. Aucun ayme, c'est-à-dire, aucune ou quelqu'une ame. Le même mot dans la même signification se rencontre souvent dans la Légende Dorée, traduite en François, & imprimée à Lyon en 1476. On difoit aussi esme. Le Roman de la Rose, fol. 75. v. Et si fauldriens bien à notre esme; Car si notre intention mesme Tel favoit, il se deffendroit Telment qu'on nous en reprendroit. Le Duchat. BIENFAIT: pour usufruit. La Coutume d'Anjou, art. 111. Les puines mâles ne sont fondés de tenir & avoir leur portion d'icelut tiers qu'on bienfait seulement; c'est à savoir leur vie durant. De benefactum, qu'on a dit pour beneficium: lequel mot beneficium se trouve en plusieurs lieux en cette signification. Les Capitulaires de Charlemagne, tit. 10. Audivimus quod aliqui reddant beneficium nostrum ad alios homines in proprietatem, & in ipso Placito dato pretio comparant ipsas res sibi in alodem: quod omnino cavendum est. Et de-là vient qu'on a dit beneficium, pour sacerdotium; c'est-à-dire, pour un benefice; a cause que les Ecclésiastiques ne possidem leurs bénéfices que par usufruit. Voyez François Pithou, dans son Glossaire sur le mot beneficium. M.
BIERE. C'est une boisson dont on sert en plusieurs endroits du Royaume, & de l'Europe. Les François sur-tout la font avec de l'orge & de l'avoine; & les autres avec du froment: & tous y ajoutent, ou la fleur ou la graine du houblon. Haiminfield Goldast nous donne deux étymologies de ce mot; l'une, de l'Hébreu beri, qui signifie froment; l'autre, de tiren, qui signifie en Alleman poire: ce qui témoigne que les Allemans font quelquefois entrer la poire en la composition de ce breuvage. Goropius, liv. 5. Originum Antuerpianarum, dit que ce mot vient du Flamand bier, qui signifie rendre honorer; parce que, dit-il, les Flamans ont de coutume de présenter à boire à ceux qu'ils veulent honorer. Cafeneuve.
BIERE. Breuvage. De l'Alleman bier, qui signifie la même chose: d'où vient aussi l'Anglois beer, & l'Itaïen biere. Bier vient du Latin biber, il, on en croit Vossius, au liv. 1. de Vitis Sermonis, ch. 4. Videmus ex iitis quam varie Barbari Zythum appellarint, sive quod vulgo bietam nominamus: nempe voce a Romanis milisibus accepta, quibus illud in ore, Da bibere. Sic enim Romani loquebantur: ut Terent. Andr. act. III. scen. 11. Sed pro bibere etiam uavi & uovum dixere biber. Quod iccirco quidam Veterum nomen, ac neutri generis, putarunt. De hoc abundæ, ex Charisso & Capro, diximus in primo de Analogia, cap. xxvi. Ex biber verò contraelium bier, ut nomen birze sit generale, quale Gracii & uovum: ut apud Aristoteles libello de Ebrietate, ubi scribit, vino ebrios in faciem cadere pronos, at resupinari & vivo & uovum, h. e. inebriatos potu hordeacio, sive cervissa: cuius causa est, quod potus hic habeat quid supermis, & isoporiferum. Quanto hoc birze nostra etymon verissimilius est, quam quod alii, quasi piriam, dici volunt, quia & pyriis exprimereur, similitio pomorum genere; unde pomatium & pira-tium legimus apud Hieronymum. Vel etiam ut biria, sive beria, unius littera mutatione factum se ex ceria; quod etymon placuit Ruellio, lib. 2. de Nat. stirp. cap. 18. Cluverius, dans la Germanie, liv. 1. ch. 17. estime que ce mot est ancien Germanique: Zytob igitur, sive cervissa, usum maiores nostri habuere jam inde a primordio gentis Celtica, una cum gente ex Asia in Europam delatum. Patria hodie lingua vocatur BIER, & Saxonica dialetto vocatur BIER. Quod antiquissimum ejus esse vocabulum, ex ipsa Asia, a confusione primava lingua, una cum re in Septentrionem delatum, ex eo conjicere datur, quod ex eadem radice cum Hebraica voce BAR, qua frugem seu frumentum significat, originem cepisse videatur; quia ex frugæ hebat. Unde & Graca vox mansit & frumentum seu triticum & ipsa notans. Egyptiorum quoque vocabulum, quod Gracii sua lingua accommodantes, scripsere & 1592, sive & 1593. eadem ratione a frugæ seu frumento petitum videtur. Nam Graca etiam ex eadem haud dubio manavit fonte vox & 1594. ipsa quoque frumentum significans: & similior Sarmatarum, quorum partes nunc Poloni ac Boiobrami, Zyto. Ab Hebraico bar similit modo deducum est eidem genti vocabulum biriah; quod pulmentum farinaceum exponunt Interpretes in lib. II. Samuel. cap. 13. &c. Goldast, dans ses Alémaniques, tom. 1. part. 1. pag. 111. le dérive de l'Ebreu: Verum unde BIER & sive BIER, qua nunc in usu, deducemus? nos nec de hoc dubitamus, quin ex Hebraico beri, id est, frumento petitum sit. Unde & 1595. biriah pulmentum farinaceum II. Reg. 13. interpretantur: & Gracorum & triticum atque frumentum & 1596. indubio originem sumpsit. At vero de bira quid dicemus? deducum id a piro, biren. M.
BIERE. C'est sur quoi on porte les morts à la sépulture. Goropius, liv. 4. Originum Antuerpianarum, dit que tout ainsi que cela est appellé en Latin feretrum a ferendo, il est aussi appelé en Flamand bery, du verbe ber, qui signifie porter. Cafeneuve. BIERE: pour cercueil. De l'Alleman beer, qui signifie la même chose; d'où les Italiens ont aussi fait bara, & les Anglois beer. Les Danois, disent berie, & berrie; de beren, qui signifie porter; d'où l'Anglois beer, qui signifie la même chose. Les Latins ont dit de même feretrum, de ferre. M.
BIEVRE. Animal. De bebrus, que les Latins du bas siècle ont dit pour fiber. Le Schollafte de Juvenal, Sat. 15. Castorem bebrum dicis, qui cum se absideri, &c. Voyez M. de Saumais sur Solin, pag. 106. De fiber, les Allemans ont aussi fait biber, les Italiens, bevero, & les Espagnols, befre. Voyez Vossius, de Idololatria, liv. 3. ch. 68. M.
BIEVRE. Rivière. Forest. Voyez Gobelins. M. BIEZ. Canal qui conduit les eaux dans quelque endroit élevé pour les faire tomber sur la roue d'un moulin. On difoit autrefois bier: ce qui a fait croire à quelques-uns que ce mot venoit de biere dans le sens de cercueil, parce que le biez en a la figure. Au lieu de biez, on dit hic, dans le Comté de Bourgogne. Du Cange dérive ce nom de bedale, qu'on a dit dans la basse Latinité en la même signification. Je crois qu'il vient de via aqua, comme étant un conduit d'eau, en changeant la lettre v. en n. à la manière des Gaëcons. Cependant, comme on difoit autrefois bier, au lieu de biez, cela me fait soupçonner, non que ce mot vient de biere, par la raison que le biez a la figure d'une biere, ce qui est ridicule; mais qu'il pourroit B I F. B I G. roit venir du même verbe Teutonique, d'où vient bière, savoir de baren, ou bairan, ou baran, ou bran, ou biren, ou bara, ou bear, ou beru; qui en diverses Dialectes de la Langue Teutonique, signifient tous également porter. Un canal fert à porter les eaux à l'endroit où on veut les conduire. * BIFFER: comme quand on dit, rayé & biffé. Du Latin-barbare inusité blafare: d'où l'on a fait blafard, pour de couleur effacée. Voyez blafard. On a fait biffer de blafare par le changement ordinaire de l'L en l. Blafare, blafare, bizare, BIFFER. Les Italiens ont fait de même sure de flore; Fiorenza, de Florentia; piano, de piano; pioggia, de pluvia. M.
BIGAME. On appelle ainsi un homme qui a deux femmes en même tems, épousées en face d'Eglise. Bigame se dit en Droit Canonique, de celui qui a épousé deux femmes successivement, ou qui ne s'étant marié qu'une fois, a épousé une veuve, ou une fille débauchée. Ce mot vient du Grec ἄγναι, qui veut dire la même chose: γέμωσ signifie mariage, & & est une particule qui fert à exprimer qu'une chose est double, & qui ne s'employe que dans les mots composés. S. Jacques, dans son Epître Canonique, appelle & & un homme qui a l'esprit double. Nous avons changé le o en a, & au lieu de Digame nous avons dit Bigame, faisant ce mot moitié Grec & moitié Latin. *
BIGARADE. Sorte d'orange: ainsi appellée en Provence, d'où elle nous est venue de la diversité de sa couleur, & de l'inégalité de sa figure. M.
BIGARRE. Il semble être formé de variegatus. Mais il y a bien plus d'apparence de le dériver d'une façon d'habits appelée vestis bigerica, dont Sulpitius Severus, en la Vie de S. Martin, liv. 1. dialog. 2. fait mention. E proximis tabernis, dit-il, bigericam vestem, brevem, atque hispidam, quinque comparatam argenteis, rapit; atque ad Martini pedes iratus apposit. Cette sorte d'habits, ou plutôt d'étoffe, étoit ainsi appellée parce qu'elle étoit en usage parmi les peuples appelés Bigerri, qui sont maintenant ceux de Bearn, qui, pour être vêtus d'ordinaire d'une étoffe grossière & velue, sont appelés pelliti par Paulinus, en des vers qu'il addresse au Poète Ausone: Dignaque pellitis habitus deferra Bigerris. En effet, le menu peuple de Bearn se fert encore de cette sorte d'habits, que nous appellons Cappes de Bearn, dont il s'en voit quantité, qui sont d'une étoffe grossière & velue, & avec cela bigarrée de diverses couleurs. Isaac Pontanus, dans son Glossarium Priscus - Gallicum, sous prétexte qu'en quelque édition on lit biberica, au lieu de bigerica, dans le passage de Sulpitius Severus, s'est persuadé que c'est la vraie leçon; & veut que le mot bigerica signifie seulement velu, parce qu'en Alleman, harich & bearich signifient velu. Caseneuve. Voyez BIGARRER.
BIGARREAU. Voyez bigarrer. M. BIGARRER. Pasquier, IV. 10. dit qu'au Concile de Vienne, sous le Pape Clément V. l'on fit défenses aux Clercs tonsurés de porter vestes virgatus & diversus coloribus partitas, & que de la Tome I. d'aboculus, ou abocellus; nous avons aussi fait bigle de bioculus, comme s'il avoit deux regards différents. Le Latin l'appelle *Strabo*, & *patus*; l'Italien *guercio*; en Languedoc *guerche*, du Latin-barbare *guelcus*. Joannes Januenis in *Carbolico*: *Petus*: à peto, tis, derivatur hic petus, & id est *guelcus*, *Strabo* aliquantulum. Scilicet *oujus oculi quadam* velocitate voluntur hic illuc: & hac *peta*, ta, id est, *guelca* & aliquant. *im* *Straba*, & producitur pe, &c. *Cafeneuve*. B I G L E S. Ce sont ces petits chiens de chasse qui nous sont venus d'Angleterre, semblables à nos briquets, & qui sont décrits par Oppien, sous le nom d'*Agastus*. De l'Anglois *begles*, ou *teagles*, qui signifie la même chose. Voyez Ulitius sur Némésien, pag. 333. & 335. M. B I G N E. Enflure, tumeur, bosse. Voyez *bignet*. M. B I G N E T. L'ancien Dictionnaire Latin-Francois du P. Labbe: L'AGANUM, *bignet*, ou *trefpeau*. Plusieurs Parisiens disent *bignet*: Les Toulousains disent *bouynere*, & les Limousins *bouniers*. *Bounia* en Limousin, signifie *faire tremper*: & *bougne*, en Toulousain, signifie *bougne*, enflure, tumeur: ce qui me fait croire que *bignet* vient de l'ancien mot François *bigne*, qui signifie *tumeur*; les bignets s'enflant extraordinairement dans la poele. Et c'est aussi la pensée de Juan Lopez de Velasco, lequel, selon le témoignage de Covarruvias, dérivoit l'Espagnol *buñuelo*, qui signifie ce que nous appellons *bignet*, de *bignet*, qui signifie une petite montagne. Covarruvias dérivoit *buñuelo* de *pugnus*. *Dixose*, dit-il, buñuelo, *quasi* puñuelo, *porque* tomando un poco de *aquella* *masa* *batida*, y en su punto en el *puno*, le *van* *apretando* poco a poco sobre el *azeite*, y *aquello* que se exprime y cae en la *sarten*, o *padilla* de *azeite*, es el *buñuelo*, exprimido del *puno*. M. B I G O R N E. De *bicornis*. C'est une enclume à deux cornes. M. B I G O T. Les Hypocrites, & ceux qui couvrent leurs vices des apparences d'une dévotion extérieure, pourroient être appellés, du mot Allemand *bigot*, qui signifie *per Deum*; parce que tels Gens ont d'ordinaire le nom de Dieu en la bouche. Une ancienne Chronique, extraite de la Bibliothèque de M. de Thou, & rapportée par André du Chefne, dans son Recueil des anciens Histoïens de France, raconte que Rollon étant conseillé par les fiens de baisser les piés à Charles, petit fils de Charles le Chauve, en reconnoissance de ce qu'il lui donnait le Duché de Normandie, & sa fille Gisle en mariage, refusa de le faire, disant en sa Langue *ne se bigot : quasi, non per Deum*. De quoi le Roi & les Courtisans s'étant moqués, lui donnerent le soubriquet de *Bigot*; d'où vient que les Normans ont été depuis appelés *Bigots*. *Rex vero*, dit la Chronique, & *sui illum deridentes* & *sermonem ejus corrupte referentes*, *illum vocaverunt Bigoth*; unde & *Normanni adhuc Bigothi dicuntur*. L'ancien Roman de Girard de Rouffillon, écrit en langue Provençale, fait mention d'un peuple appelé *Bigots*, lequel il joint avec ceux de l'Aquitaine & de la Gaule Narbonnoise: *Bigot*, e Provençal, e Roverques, E Basile, & Gasco, & Bordales. Et en un autre endroit: *Bigot* & *Provençal* vengo *effens*. Ce qui ne peut être entendu des Normans, mais bien des peuples du Bas-Languedoc, qui étoient anciennement appelés *Gots* ou *Wisigots*: de sorte qu'il y a apparence que *bigot* est un nom formé par contraction de *Wisigots*, & qu'il a été depuis appliqué aux hypocrites, d'autant que les Wisigots étant hérétiques Arriens, n'étoient Religieux qu'en apparence. Quoiqu'il en soit, le dernier vers de ce Roman, faisant marcher ensemble les Bigots & les Provençaux, témoigne que c'étoient deux peuples voisins. Et pour faire voir que le mot de *bigot* a été appliqué aux hypocrites, & à ceux qui n'ont que l'apparence de piété & de dévotion, il ne faut que jeter les yeux sur l'Histoire de Louis XI. ou Chronique scandaleuse, pour y lire qu'après que le Roi Louis XI. eut senti défaillir ses forces, il fit venir grand nombre de bigots & gens de dévotion, comme Hermites, & faintes Créatures; pour, dit l'Auteur, sans cesse prier à Dieu qu'il permit qu'il n'en mourut point. *Cafeneuve*. B I G O T. De l'Anglois *By god*, qui signifie *per Deum*. Camden, en la Bretagne, au chapitre des Normans, produit un passage d'un ancien manuscrit, portant que Rollon, Prince des Normans, étant convié par ceux qui étoient avec lui de baisser les pieds du Roi Charles-le Simple, pour lui rendre grace de celle qu'il lui avoit faite de lui donner la fille en mariage, il leur répondit *ne se by God*, qui veut dire, *non ita per Deum*, d'où les Normans furent appellez *Bigods*. Voici les termes du manuscrit, que Camden dit être d'un Monastère de la ville d'Angers: *Carolus fiolatus dedit Normannam Rolloni cum filia Gisla*. Hic non est dignatus pedem *Caroli* *oculari*; cumque *Comites illum admonerent*, pedem *Regis acceptatione tanti beneficii* *ocularietur*, lingua *Anglica respondet*, NE SE BY GOD, *quod interpretatur* NON PER DEUM. *Rex vero* & *sui illum deridentes*, & *sermonem ejus corrupte referentes*, *illum vocaverunt BIGOD*, unde *Normani adhuc vocantur BIGODI*. Et hinc fortasse est, dit Camden, *quod hypocritas* & *superstitioes Galli etiamnum BIGODS* *appellitent*. Pasquier, dans ses Recherches VIII. 3. dérive ainsi ce mot *Bigod* de BY GOD. Got, dit-il, en langue Germanique & Françoise, signifioit Dieu: & de-la nous tirons les mots de Bigot & Cagot, pour dénoter ceux qui avec une trop grande superstition s'addonnent au service de Dieu. Il n'est pas que les piraux de village, pour couvrir leurs blasphemes, n'ayant autrefois composé des vocables, où ce mot de Got est tourné en Goy: *Car quand ils dirent Vertugoy*, Sangoy, Morgoy, ils voulurent, sous mots couverts, dire tout autant que ceux qui disent Vertudieu, Sangdieu, Mortdieu. Encore en firent-ils un plus tanpe, quand ils dirent un Jarnigoy, qui est tout autant comme s'ils eussent dit, je renie, &c. Comme les paroles se tournent avec le tems en abus, nous ne pensons point mal faire usant de ces mots corrompus non entendus: toutefois il y va de l'honneur de Dieu. Au contraire, nous avons tiré en mauvaise part le nom de Bigot, qui n'étoit tel sur son premier advenement, parce que Guillaume de Nangi récite que sous le Roy Charles le simple, les Normans defirant être Chrestiennes, s'escrierent devant luy, Bigot, Bigot, Bigot, qui valoit autant, dit cet Auteur, comme s'ils eussent voulu dire de par Dieu. Voici les termes de Nangis, que M. du Puy a pris la peine de m'extraire du manuscrit de cet Auteur, qui est dans la Bibliothèque du Roi: *Anno 896. Karolus (Simplex) Rex Francorum, fallo faderre cum Rollono Duce Norma-* norm un baptizateur, dedis et verram maritimam, ab Epta flavio usque ad Britannicus limites, cum filia sua Gilla. Qui baptizatus cum tota gente sua à Francine Rotomag. Archiepiscopo Robertus vocatus est... Cum autem Regi Karolo homagium suum postmodum facerent Normanni, Gallicis loqui nescientes, idiomate proprio prabiterunt juramentum dicentes BIGOT, quod interpretatur per Deum. Hoc andiomax, Franci deridebant ens, dicentes: quid sibi vult illud BIGOT! Hinc est quod Normanni BIGOT solent appellari. M. Wachter, dans son Glossar. German. au mot Bei-Gott, n'est pas du sentiment que paroît embraffer M. Ménage au sujet de l'étymologie de bigot. Voici ses paroles. Gallis bigot bodie est superstitiofe religiosus, non certe à juramento bi-got per Deum, ut Menagius cense; sed potius ab Anglosax. bigan colere. Et hinc etiam est begine mulier religiosa. Mais comme ces Autour ne donne aucune preuve qui détruite le sentiment de M. Ménage, je ne vois rien qui empêche de l'adopter jusqu'à ce qu'on trouve quelque chose de mieux. Etienne Guichard dérive bigot, quand il se prend pour hypocrite, de l'Ebreu 722 bagad, transgresser, prévariquer. Mais cette étymologie n'étant fondée que sur une convenance de lettres, ne satisfait pas.
BIGOTERE. Instrument à relever la moustache. De l'Espagnol bigotera, qui signifie la même chose, & qui vient de bigotes, qui signifie moustaches. M.
BIGUER. Terme de Jeu de Cartes. Biguer une carte avec une autre, c'est changer la carte avec celle d'un autre. Peut-être de vices. Vices, vicis, vice, visa, vicare, bicare, BIGUER: comme qui diroit, invicem permutare. M. Cette étymologie est confirmée par Wachter, dans son Glossar. German. au mot Fucken, où après avoir expliqué ce mot par mercaturam exercere, & avoir dit que bugian en Gothique, signifie acheter, & que bycgean en Anglo-Saxon, signifie acheter & vendre, bycgene achat & vente, il ajoute quelques lignes plus bas: Gallis biguer est permutare, quod probè notandum. Hoc Menagius in Originibus Gallicis dolissimè & verissimè derivat à Lat. vices (Germani dicunt fach, Cambri filig) per vicare & bicare. Quid enim est permutare nisi rem pro re, vicem pro vice reddere? Hic primus & antiquissimus verbi Gothici & Saxonici sensus, (qui enim nescis permutationem auro & argento signato longè antiquiterem esse?) qui postea invalescente pecunia usu à permutatione ad emptionem & venditionem srauslatus est.
BIJOU. De bisjoculus. Bis-jocus, bis-joculus, BIOUL, BIOU. Voyez joyaux. M.
BIL. C'est un mot Anglois qui est devenu François par l'usage que le Gazetier en fit pour la premiere fois dans la Gazette du mois de Juin de l'année 1685. Il signifie un papier contenant les propositions qu'on veut faire passer par les Chambres du Parlement d'Angleterre, pour les représenter au Roi, & en faire un acte, c'est-à-dire un Règlement ou une Loi. Ce mot, en Anglois, s'écrit par deux B. Bill. De-là vient qu'en François on le mouille. Il a encore d'autres significations en Anglois, comme celle d'obligation, cedule, & comme nous disons, billet, celle d'écriteau; celle de Lettres du Prince accordées pour différents effets, &c. mais nous n'avons reçu que celle qu'on vient d'expliquer.
BILAN. Les Marchands, & particulièrement ceux de Lyon, appellent ainsi leur Journal. De bilaux; à cause qu'ils mettent d'un côté, la mise, & de l'autre, la recette, pour les balancer. M.
BILBOQUET. C'est un bâton creusé en rond par les deux bouts, au milieu duquel est une corde, à laquelle est attachée une balle de plomb qu'on jette en l'air, & qu'on reçoit alternativement dans les concavités des deux bouts. C'est un mot composé de bille, c'est-à-dire, une petite boule, & de boquet, c'est-à-dire, un petit morceau de bois. M.
BILEDULGERID. Pays d'Afrique, dont une partie portoit autrefois le nom de Numidie. Ce sont les Arabes qui ont donné à ce pays le nom de Biledulgerid, lequel signifie selon quelques-uns, pays sterile; en effet le Biledulgerid est en grande partie une terre stérile. Marmol dit au contraire que ce nom signifie pays des dattes; parce qu'en effet il y croit beaucoup de palmiers. Le mot Biledulgerid est composé de beled, qui signifie pays, contrée, de l'article al, & de gerid, qui signifie proprement une branche de palmier. BILLART: Croise à croiser. Villon dans son Petit Testament: Et un billart de quay on croise. Ce mot a été fait de celui de bille. Voyez bille. Bille, en Anglois & en Alleman, signifie un bâton court. BILLART se prend aussi pour le Jeu du billart, & pour le bâton dont on le sert pour jouer. Voyez le Dictionnaire de Messieurs de l'Académie. M. BILLE: petite boule. Il y a un ancien proverbe qui dit, I au sus braise, & bille sus tabour, pour dire une chose mobile. De pila, ou de bulla. Voyez boule. Il y a un autre proverbe qui dit, billes pareilles; lequel proverbe est pris du Jeu de billart. M.
BILLET. BILLETTE. C'est un écrit compris dans un peu de papier; en Latin libellus. Meurtius en son Glossaire Grec-barbare: Bille, liber. Ce mot est sans doute formé, par contraction, de Bille, qui signifie livre. En Armoiries on appelle billettes, des petits carrés longs, qui représentent la figure d'un billet de papier. Caseneuve.
BILLET. Du Latin-barbare billettus, diminutif de billus, fait de l'Alleman bille, qui signifie la même chose, & d'où est aussi venu l'Anglois bill. M.
BILLEVEZES. Rabelais, dans son Prologue du livre premier, s'est servi de ce mot, & M. Sarafin dans la Pompe Funèbre de Voiture. Je ne sçais pas d'où il vient. M.
BILLON. C'est un terme particulier de monnoye, qui signifie toute sorte de matière d'or ou d'argent qui est alliée, c'est-à-dire mêlée au-dessous d'un certain degré, & particulièrement de celui qui est fixé pour la fabrication des monnoies. On appelle billon la monnoie qui n'a plus de cours: d'où vient cette façon de parler; mettre une pièce au billon; c'est-à-dire, au coin de la monnoie, pour la refondre. Les Grecs des bas siècles ont appellé ce coin Billiard. Scaliger, en son épil- B b ij 196 BIM. BIN. BIQ. tre 108. Quid fumariens, fit oparaviasis, id est, cuneus moncte, ut mei Galli votant, ipse Harmonopulus toftar. Unde autem diitum, non discurrum, quum sit vox detorta ex Latin: bulla enim est diploma regium. Ita quoque dicta est moneta matrix, quia regiam habeat effigiem. Volci l'endroit d'Harmonopula, qui est du liv. vii. tit. 14. paragr. 4. Motta 5. oblatia vii. nitytion oparaviasis, & fumariens, sub de 6. Ait tousquint vores duxantritus. Voyez Meurlius & M. du Cange, dans leurs Glossaires du Grec-barbare, & Gretseus sur Codin, page 145. & 208. Les Espagnols usent du mot de vellon en la même signification. Monede de Vellon. Covarruvias dérive ce mot de vellus; parce que, dit-il, les Romains marquaient anciennement leur monnoie de cuivre, de la figure ou représentation d'une brebis. Antonius Nebrifensis au lieu de vellon, a dit villon, qu'il dérive de vilis. Tout cela est ridicule. Billon vient de bulla. Bulla, ballo, bullouis, byllone, Billon. Voyez Bouteroue pag. 142. Et d'autant, dit Bouteroue, que les espèces décriées & envoyées au billon, étaient celles que l'on avait trouvées défectueuses ou poids & en loy, & qu'étant toutes fondues en masse, la matière se trouvait au-dessous du titre & de la loy portée par l'Ordonnance, de-là est venu sans doute notre usage de nommer Billon toute matière d'or ou d'argent décriée, & qui se trouve à plus bas titre que celui de l'Ordonnance. De-là est venu aussi le mot de billonner, qui est pris en bonne & en mauvaise part, &c. M.
BIMBELOT. Jeu d'enfants. De l'Italien bambolo, qui signifie tantôt un enfant, & tantôt une poupée. Au lieu de bambolo, les Italiens ont aussi dit bimbo dans la même signification, & c'est proprement de ce dernier que nous avons fait bimbelot. Rabelais, liv. 3. chap. 28. Bimbelot, c'est-à-dire, emmalloté comme une poupée. Et au chapitre 5, de la Prognostication Pantagrueline: Chaircutis, Bimbelotiers, Manilliers, Lanterriers, &c. Ce passage, au reste, a été ajouté depuis l'édition de 1542. Bimbelotiers, c'est-à-dire, vendeurs ou faiseurs de jouets de petits enfants. Le Duchat.
BINER. C'est donner aux terres un second labour. Binus, binare, BINER. Binur des Messes, c'est dire deux Messes par jour. Ce mot est fort usité en Champagne. M.
BINNE, ou PINNE. De pipinna, qui se trouve en la même signification dans Martial: Dranci Natta sui vocat pipinnam, Collatus cui Gallus est Priapus. De binne vient le diminutif binette, qui signifie proprement une petite binne; mais qui par métaphore se dit aussi de ce petit bout de chandelle qu'on tire du fond du chandelier pour le mettre sur le haut-avec du suif fondu; ce que l'on appelle faire binette. Les Ecoffois appellent ce petit bout de chandelle doup, duquel mot ils se servent aussi figurément pour exprimer une petite pinne. Le Duchat.
BINNE. Voyez Pepin. M. BIQUE: pour chèvre. Belleau, en la 1. Jour- née de la Bergerie, dans l'Eglogue sur la guérison d'Amour: Si qu'en peu de séjour mes Biquettes barbares. La Courume de Troyes, Titre des Bois, Eaux & Forêts, article 178. En bois & forêts de vente, l'on ne peut, ou doit mener aucunes belles vainpastures, jusqu'à cinq ans passées, après qu'ils sont coupés, pour la conservation des rejets & volumes, jusqu'à ce que le bois se puisse défendre suffisamment: Après lequel temps, l'on peut vainpastures en tous les bois, de clocher à autre, comme dessus est dit: lors en bois de garonne & de défense: excepté que chèvres ou biceps, n'y peuvent être menées, à peine d'amende arbitraire. En quelques lieux d'Anjou, & aux environs de Paris, on appelle encore présentement les chèvres biceps. De biceps, Latin-barbare inusité. De l'Alleman bock, qui signifie bouc, on a dit baccus, buccus, beccus & biceps. Et ces mots ont été dit de différents animaux. De buccus, nous avons fait bouc, pour dire un bouc; & les Anglois bock, pour dire un dain. De beccus, les Italiens ont fait becco, dans la signification de bouc. Voyez mes Origines Italiennes au mot becco. De biceps, féminin, de biceps, nous avons fait biceps, dans la signification de chèvre. Je crois aussi que nous en avons fait biche, pour la femelle du cerf: Et ce qui me le fait croire, c'est ce que je viens de remarquer que les Anglois appellent un dain bock. Ils appellent aussi biche une chienne: Et nous appellons bichon une sorte de chien. Voyez bichon & biche. M. Faire la jambe de bique. Expression Messine, qui signifie sauter à cloche pié. Le Duchat.
BIQUE, BAQUE. Je bique, je baque. Expression dont on se sert à Merz lorsqu'on est incertain sur le choix de deux choses presque semblables, ou de même valeur. Le Duchat.
BIRETTE. Sorte de bonnet en forme de calle de laquais, que portent les Novices Jésuites. De birrum, ou birrus, qui est un ancien mot Latin. Le Scholiaste de Juvénal sur ce vers de la Satire 8. Tempora Santonico velas adopta encullo: Id est, birro Gallico. Nam apud Santomas, oppidum Gallia, consciuntur. Le Scholiaste de Perse, sur ce vers de la Satire 1. Scis comitem horridulum trita donare lacernâ: Scis birrum attritum comiti condonare. Tertullien de Pallio: Vestigia cettum birrus occupavit. Les Glosses d'Isidore: Amfinaillum; birrum villosum. Suidas: ipecis, Iuivius Iuivius. Aitus 5 est ipecis, qui Cijus. Le Code Théodofien, liv. xiv. tit. x. De habitu quo uti oportet intra urbem. Servus sans omnium, quorum tamen domino follicitudine militia conflat non teneri, aut biris uti permittimus, aut cucullis. Voyez M. de Saumalife, sur l'Histoire Auguste, page 390. Meurlius dans son Glossaire Grec-barbare, au mot Sijus; Voissus de Vitis Sermonis; & M. du Cange dans son Glossaire Latin, au mot birretum. Birrus, selon Isidore, a été fait du Grec Sijus, qui est la même chose que confon, c'est-à-dire renpeare; d'où Sijus, nom propre d'homme. Les Italiens dissent berretta & barretta. Nous appellons en Anjou *birette*, la calle des la- quais. Voyez *barette*. M.
BIRLOIR. Nous appellons ainsi cette petite machine qui sert à arrêter un chassin quand il est levé. De *gymnatorium*. M.
BIRONNE. On appelle ainsi un giblet en Poitou, & en quelques lieux de Languedoc. Les Espagnols *barre* dans la même signification. Et comme nous disons d'un homme qui a l'esprit de travers, qu'il a un coup de gible, dans la tête, ils l'appellent aussi *barrenado*. Il y a apparence que lorsqu'on a dit qu'un homme avoit un coup de giblet dans la tête, on a fait allusion au trépan, qui est une opération de Chirurgie, par laquelle les fonctions de l'esprit reçoivent souvent quelque altération. M.
BIRONNE. De *virer*, parce que le giblet ou foret tourne pour percer l'endroit où on l'applique. Quand on dit d'un homme qu'il a un coup de giblet dans la tête, on entend seulement qu'il a la tête éventée, ou le cerveau éventé comme un tonneau plein, qu'on perce avec le giblet pour lui donner de l'air. *Le Duchat*. BIS : pour *noirâtre*. M. du Cange, dans son Glossaire Latin, au mot *bisus*, le dérive de l'Ita- lien *bigio*, qui signifie la même chose que *bis*. D'autres dérivent l'Ita- lien *bigio* du François *bis*. Quoiqu'il en soit, notre mot *bis* signifie *noir*, *noi- râtre*. Ainsi nous disons du *pain bis*, pour dire du *pain noir*. Daléchamp, au livre 4. de son Histoire des Plantes, chapitre 10. dit que *bis* en cette façon de parler, a été fait de *brika*. Voici les termes : *Ruellius brikam quoque non longe diffidere credit ab ea fringe qua Gallis secale vocatur : ex qua panis fis, ater quidem, sed recens non insuavis : ab eaque no- men bizi panis se vulgus nostrum manase putatur, extris dittera : bizzum enim passem, nigrum voca- mus*. Daléchamp se trompe. *Pain bis* a été dit de sa couleur noire; du mot *bis*, duquel mot plusieurs autres choses de couleur noire ont pris leur dénomination : comme le *vent de bise*, *bise*, *oiseau*; de *bignose*, mot *Ita- lien*, qui signifie *beccasque*, & une espèce de gomme. Il est difficile de dire d'où vient ce mot *bis*. Comme il est commun aux trois Langues fœurs, c'est-à-dire, à l'Ita- lien, à l'Espagnol, & aux François; car les Espagnols disent *bago*; j'ai cru autrefois qu'il venoit du Latin *piceus*. Mais la paix étant de couleur non pas noirâtre, mais très- noire, j'ai abandonné cette pensée. Et j'avoue présentement que l'origine de ce mot m'est incon- nue. M. Ferrari, dans les Origines de la Langue Italienne, dérive *bigio* de *bilicium*. *Volgo*, dit-il, *panno bigio appellamus pannum crassorem*. *Veteres folocem dixerunt : qualem Juvenalis*, *crassum*, du- rumque *cucullum*, & *male percussum textoris pec- tine Galli*. *Ex quo ferme Franciscani velles cons- ciunt*. *Unde existimo bigium dici, quasi bilicium; hoc est, duplici licio crassore textura consilium*. Je ne m'amuserai point ici à réfuter cette étymolo- gie; car elle se réfute d'elle-même. ¶ Voyez *bise* & *bise*. M. Il est certain que le mot *bis*, comme quand on dit du *pain bis*, signifie *noir*, *noirâtre*, ainsi qu'on le verra encore mieux au mot *bise*. De *bis* on a dit *bisus* en Latin-barbare, dans la même signifi- cation. Il y a apparence que le François *bis*, l'Ita- lien *biglio*, & l'Espagnol *bago*, sont d'origine Gau- loise. Peut-être aussi viennent-ils du Grec *panis*, qui signifie la même chose. ¶
BISBILLE. Murmure. De l'Ita- lien *bispiglio*, fait par onomatopée. Voyez mes Origines Italien- nes au mot *bispiglio*. Je remarquai ici en passant, que nous n'avons point de lettre dans notre Langue pour représenter ce *glio* des Italiens, & qu'il leroit à propos d'inventer pour cela une sorte d'L. M.
BISCAPIT. Ce mot est entierement confia- cré aux Chambres des Comptes; où quoique La- tin, il passe pour François. Il se dit de l'action d'une partie prenante, qui reçoit deux fois ce qu'elle ne doit recevoir qu'une. La peine du biscapit est la restitution du quadruple. M.
BISCASIE, DEBISCASIE. On dit à Metz qu'une personne est toute *debiscasie*, pour dire qu'elle a l'air malade & le visage défait. Et le mot *biscasi*, qui a la même signification à Metz, l'a eue aussi autrefois en France, si je ne me trom- pe. Peut-être de l'Ita- lien *bisacciare*, *brelander*; parce que c'est l'air de ceux qui ont passé la nuit à *brelander*, & qui n'ont pas dormi depuis. *Le Duchat*.
BISCAYE. Province d'Espagne. La Province de *Guipusba* fait avec la *Biscaye* le pays dont les habitans en général furent appelés *Cantabri* par les Romains. Peut-être que les François ont dénom- mé cette partie de la Cantabria, appelée *Biscaye*, du nom de l'autre appellée *Guipusba*, & que c'est de ce mot *Guipusba*, qu'ils ont fait *Biscaye*. *Le Duchat*.
BISCUIT. Le *pain* qu'on fait pour l'usage des navires, *nauticus panis*. Il est sans doute qu'il a été ainsi appellé, de *biscatum*, c'est-à-dire, *deux fois cuit*. Les Grecs l'appellent *bignos* *bignos*, c'est-à-dire, *pain qui a été remis dans le feu*. Pline, liv. 22. chapitre 25. *Vetus aut nauticus panis, *tufus*, atque iterum *collus*, *siftit alvum*. Hésychius : *nivus* *bignos*, *in de bivis* *in vnus*. Cette sorte de *pain* se trouve aussi dans Pausanias. Et *paximacium*. Suti- das : *mucus*, *in vnus* *bignos*. Cassianus, Coll. xi. c. 19. *Cujus equissimum modum in duobus paximacii* *flatuerum, quos parvulus panes* *vix libra unius po- dus habere certissimum est*. Il se trouve aussi appellé *paximus*, & *paximas*. Orderic Vital, livre 9. par- lant de notre armée à Antioche : *Multi expira- verum same; panis paximatus, & permodicus, si quando inveniebatur, bisanto comparabatur*. Ca- seneuve.
BISCUIT. De *biscatus* : d'où les Italiens ont aussi fait *biscato*. Guillaume dans la Vie de Saint Bernard : *Sicus solens, qui maria transeunt, panem ferre biscatum*. Les Grecs ont dit de même *bignos* *bignos*. Le Sieur Guillet, dans son Dictionnaire de la Marine, a remarqué que l'on cuit deux fois le biscuit pour les petites traversées, & quatre fois pour les voyages de long cours. *Biscata*, *biscata*, au lieu de *biscatum*, se trouve dans Abbo. Voyez Barthus xxxvi. 19. M.
BISE. Olatio Magnus, livre 1. de l'Histoire de Septentrion, raconte que les vents y sont telle- ment impétueux, que leurs tourbillons enlevent les hommes de dessus les chevaux, soulèvent les cailloux, comme si ce n'étoit que du sable, & arra- chent les toits des maisons, & les emportent bien loin. Ce vent de Nort a été appelé *bise*, qui signi- fie *tourbillon*, en ancienne Langue Teudisque. Le Glossaire que Juste-Lipse a recueilli d'un ancien Picautier, & qu'il rapporte en la troisième Cen- turle de fes Lettres ad Belgas : Bifa, turbo, ut Gallis, vent de bife. Cafenerve.
BISA. Vent. De bifa. Lipfe, dans la Lettre 44. de la 1. Centurie de fes Lettres ad Belgas, fait mention d'un ancien Pfeautier écrit quelque tems après le règne de Charlemagne, où le Latin est expliqué entre les lignes par l'Alleman. Parmi ces mots Allem'in, il y en a plusieurs qui ne font plus maintenant en usage, dont Lipfe a fait une liste, imprimée dans cette Lettre 44. Et dans cette liste, le mot de bifa y est expliqué par celui de turbo. BISA, turbo : ut Gallis, vent de bife. Ce sont les termes de Lipfe. Isac Pontanus, au chapitre dernier du livre 6. de ses Origines Françoises, a cherché inutilement l'origine de ce mot. Voici ses patules : Fentorum nomina omnia cum Germanis, Belgis, Britannisque, penitus adhuc sunt Gallis cadet. Caufam autem cur ea cum reliquis non immutaverint, sed sola atque inviolata haitenus permanerint, hanc existimem, quod Romani cum terrá potis quam mari rem adversus Gallos gefferint, refernasse etiam Gallos, utpote nomine alias addocente, familiaris, sibique proprias, in rebus nauticis maritimisque voculas. Hinc Occidentalis ventus, qui Anglis WEST-WINT, Belga, Germanique WESTEN appellant, Gallis est vent de Ouest. Auber vero, qui Germanis Suyden Windt, Anglis Sout Windt, Gallis item est Sud. Orientalis, qui Oosten Germanis, Anglis East, Gallis dicitur Est. Qua dialectus maxime cum verbis Taciti confonat, quibus esttios eos nuncupavit, idque ipsorum vocabulo, qui hodique orientaliores versus Boream habitant. Denique Septentrionalis, quem Angli, alique omnes, & ipse Magnus Carolus Noort, & Noorden, nominat, Gallis est vent de bife. Quo uno abire a nobis videantur, & usitatam Latinis Borex vocem quodammodo amulari. Sed ita res neutiquam habet. Immò verum, vetusque Teutonicum idem est; & fortasse inter ea ventorum nomina, qua, ut barbara, reformasse Carolum dixit Eginhardus, reponendum. Nam BISSEN, & BISSEN, astu agitari, Belgis significat. Scarabem quoque alis streptantem, & cum impetu se motitantem, biefbout Flandris hodique dici, Glossariæjus Lingua indicant. Est & Latinum Psalterium cum Interpretatione Germanica vetustissima, utpote Ludovici Pri, aut illis temperibus concinnata; in quo Bifa pro turbine possum disertò logitur. Unde & Lipfi Glossariæum ex eo collèlum : BISA turbo : ut Gallis, vent de bife. Mais je suis fort de l'avis de M. Huet, qui dérive ce mot bife du mot bis en la signification de noir : Septentrionem Fœtores caliginosum, & densis tenebris abstem censurunt. Ideo Lique apud Homerum, Strabo Septentrionem interpretatur. Tibullus, Panegyrico ad Messalam, de Septentrione : Illic & densa tellus absconditur umbrà. Arabes quoque mare Septentrionale, tenebrosum appellant. Ita Geographus Nubienglo. Hinc & Aquilum vento nomen : aquilus enim culor, niger est. Glossarium & aquilum uicari sic & humus. Suetonius oppunt candido. Festus, fuscum & subnigrum interpretatur. Eodem sensu dixit Plantus, corpus aquilum. Eidem dicitur & aquilo. Nos Galli dicimus la bife, pari significatu : nam Gallicè, Bis nigrum sonat. In quibusdam Gallia nostra locis, ventus Thrascias, niger vocatur. Les Turcs appellent aussi le vent de bife cara cel, c'est-à-dire, vent noir. M.
BISEAU. Les Parisiens & les Normans l'appellent la baisure ; ce qui a fait croire à quelques-uns que bifeau a été dit par corruption, pour bai- feau, comme qui droit, l'endroit par où les pains se baisent. Je crois qu'il a été dit du Latin bis. Voyez bessen & befas. M.
BISELLIAIRE. Ce nom se trouve dans une inscription rapportée par Gruter, p. MCCIX. II. 2. CN. PLETORIO VIVIRO AUGUSTALI. BISELLIARIO, &c. Ce mot vient de bisellium, qui, selon quelques-uns, est la même chose que le Siege Curule, Sella Curulis; & selon d'autres un siege plus grand, plus commode, plus honorable, qui se donnait à certaines personnes aux spectacles, aux théâtres & dans de pareilles assemblées. Le droit d'avoir ce siege s'appelle, sur deux Inscriptions trouvées en Italie, HONOR SUBSELLI; & par la dernière, trouvée depuis quelques années, il paraît qu'au moins quelquefois on achetoit ce droit. L'Honor bifilii étoit donc à peu près comme nous dirions en France, droit de fauteuil; & les Biselliaires seroient parmi nous ceux qui dans les assemblées auroient droit de fauteuil, tandis que les autres seroient debout, ou assis sur des bancs, des tabouers, des pliants, ou de simples chaises. Ce que nous venons de dire montre que Scaliger s'est trompé dans les Tables des Inscriptions de Gruter, quand il met les Biselliaires parmi les Artisans, comme si c'étoient ceux qui faisoient les sieges appelés bisellia, & non pas ceux qui, comme on l'a dit, avoient droit d'en avoir aux assemblées. C'est une remarque de Pitiscus. Au reste ces grands sieges appelés bisellia étoient anciens. Varron en parle, De Ling. Lat. lib. IV. & dit que c'étoient des sieges une fois plus grands que les chaises ordinaires, ou bien deux sieges où deux personnes pouvoient tenir. C'est pour cela qu'ils étoient appelés bisellia, comme qui droit double siege.
BISET. Oiseau. Belon, livre 6. de la Nature des Oiseaux, chapitre 21. dit que cet oiseau a été ainsi nommé de sa couleur bife, c'est-à-dire, noirâtre. Jules Scaliger, dans ses Commentaires sur les livres d'Aristote de l'Histoire des Animaux, page 248. dit la même chose. C'est une étymologie indubitable. Les Grecs l'ont appellé de même «chade. Car «chade a été fait de «chade, qui signifie noir, & qui l'a été d'isc, insusit, qui signifie la même chose; d'où «chade; & «chade lividus, & «chade niger, & «chade qui se dit du raisin qui commence à noircir; & «chade, c'est-à-dire, une fille qui a les yeux noirs; & «chade, c'est-à-dire un merle: ce que je fais voir dans mes Origines de la Langue Grecque. M. BISET : comme quand on dit, «callon biset, ou bisetè. M. Bochart, Hieros. p. 1. 1. 2. c. 43. estime que biset a été dit en cette signification pour biset, de «Chade, qui signifie une petite pierre, dont vous trouverez des preuves dans Meurtius au mot «Chade. Les Chaldéens usent de pta bezek, ou «pta bicka, en la même signification. Voyez les Proverbes XXVI. 8. M.
BISOUARS. Petits Merciers, habitans des montagnes du Dauphiné. De bisjocarii, à cause des petits bisjoux qu'ils vendent. L'y consonne s'est changé en s, comme en baisure, qui vient de baisure. Rabelais, livre 1. & au chapitre 5. de la Prognostication Pantagrueline, emploie ce nom-là pour désigner ceux d'entre les habitans des environs du Bourg d'Oisan dans les montagnes du Dauphiné, qui font le métier de porte-paniers dans les Villes & à la Campagne. Le Duchat.
BISQUE. Terme de jeu de Paume. L'origine de ce mot est aussi inconnue que celle du Nil. M. Érasme, au Colloque, intitulé *Lufus follis*, a rendu quinze & *bisque* par *quindecim cum arbitrarum quindenario*. Dans la Maison des Jeux, tom. 1. au chapitre du Jeu de la Paume, on lit en deux endroits *biscaye* pour *bisque*; ce qui donne lieu de croire que ce terme nous est venu de la *Biscaye*, où peut-être l'usage de la chose signifiée par ce terme avoit été introduit avant qu'il l'eût été en France. Le Dictionnaire François & Anglois de Cl. Hollifand, imprimé à Londres en 1593. *Donnez-moi une biscaye, je jourai à vous*. Le Duchat. B I S Q U S. Potage succulent. Quelques-uns croient que ces potages ont été ainsi appelés parce qu'ils ont été premièrement inventés dans la Biscaye. Et comme ils sont gluants & pâtés, n'y ayant presque point de bouillon, d'autres ont cru qu'ils avoient été ainsi appelés de *viscus*. Mais pour en parler sincèrement, l'origine de ce mot n'est pas plus connue que celle de *bisque*, terme de Jeu de Paume. M. Le mot *bisque*, en cette signification, ne viendrait-il pas de *biscolla*, *supp. offa*? Ou bien de *bis sicca*, en sousentendant aussi *offa*? ce qui me le fait soupçonner, c'est que pour faire une bisque, on en arrose d'abord les soupes ou tranches d'un bouillon, qu'on laisse sur le réchaut jusqu'à ce que ce bouillon soit consumé, de ces tranches à sec; ensuite de quoi on y verse à une autre fois tout le bouillon qui y doit entrer, qu'on réduit à sec encore une fois; après quoi on sert cette soupe; laquelle est ainsi devenue une *bisque*. Le Duchat.
BISSAC. De *bisaccium*, ou *bissaccus*. *Bisaccium* se trouve dans Pétrone: *Caterum in promulgari asellus erat Corinthius cum bisaccio possus*. Voyez *biscace*. M.
BISSE. Terme d'armoiries: qui signifie particulièrement la *conlèvore de Milan*. De l'Italien *bisccia*, qui signifie un *serpent*. Il y a diversité d'opinions touchant l'étymologie du mot Italien *bisccia*. Le Landino & M. Ferrari croient que ce mot a été fait de *sibilum*: & M. Ferrari l'en fait descendre par cette échelle: *sibilum*, *sibila*, *biscila*, par métathèse, *bissa*, *BISCIA*. M. Ferrari ajoute, que *bisccia* peut avoir été fait d'*anguinula*. *Anguinula*, *ambisccia*, *BISCIA*. Le Pere Menestrier, à la page 526, de son livre de l'origine des Armoiries, demande si ce mot ne viendrait point du mot François *bis*, qui signifie *gris cendre*; le serpent des armes de Milan étant cendré. Toutes ces étymologies de ce mot Italien ne me plaisent pas. Et je suis très-persuadé que ce mot a été fait de celui de *besta*, par le changement de l'*E* en I; comme en *dimane*, de *demane*; & en *disio*, de *desio*: & par celui du *T* en C; comme en *poscia*, de *postea*; & en *anguscia* d'*anguscia*. Et ce qui ne confirme pas peu cette étymologie, c'est cet endroit du chapitre dernier des Actes des Apôtres: *Vipera à calore cum processifes, invasse manum ejus*. *Ut vero viderunt Barbari pendentem bestiam de manu ejus*, &c. Et *ille quidem excutiens bestiam*: où une vipere est appelée *besta*. Les Grecs ont de même appellé un serpent *bissus*, qui signifie une petite *besta*. Cette signification du mot *bissus* paroît par celui de *bissus*, qui signifie remède contre le venin des serpens. Cette étymologie n'ayant pas plu à M. Ferrari, je lui en ai proposé une autre. La voici: *biscus*, *ambiscus*, *ambiscus*, *biscus*, *biscica*. M. BISSESTRE: malheur. Ce mot se trouve
BIS. BIT. BIV. BLA. 199 dans le Dictionnaire de l'Académie, mais comme un mot très-bas. Moliere s'est est secvi dans son Eourdi: *Et bien ne voilà pas mon enragé de Maisstre!* *Il nous va faire encore quelque nouveau biscestre.* Voyez *desastre*. M.
BISSEXTE. L'an 46. avant la naissance de J. C. Jule César, en qualité de Souverain Pontife, ayant trouvé bon de réformer le Calendrier, ordonna, suivant la forme inventée par Callippe de Cizique & Aristarque de Samos, que le Soleil mettant 365. jours & six heures à faire son tour, de-la en avant l'année seroit de 365. jours, & que de ces six heures qui sont la quatrième partie d'un jour, de quatre en quatre ans il s'en intercaleroit un jour entier. Il fit donc tous les mois de trente & de trente & un jours, comme nous les avons, & voulut que ce jour intercalaire s'ajoutât le 24. Février: de façon que comme l'on comptoit cette année-là deux fois le 24. Février, qui a la mode de compter des Latins, est le sixième de devant les calendes de Mars, & que l'on disoit la seconde fois *bis Sexto Calendas*, l'année en prit le nom de *bissexte* ou *bissextele*. Gr. Mez. Paris 1651. tome 3. page 179. & 180. Le Duchat.
BISTOURI. Instrument de Chirurgien: petit rafoir: ainsi appellé, parce qu'il est retourné. M.
BISTOURI. *Pisteriensis gladius*. Pistoie étoit autrefois renommée pour ses ouvrages de fer. De-là viennent les noms de *pistoie* & *pistoie*. Le Duchat.
BISTOURNE. *Cheval bistorne*. C'est un cheval à qui on a tous les trélicules. *Bistourne*, *Bistourne*, ou plutôt, *Bistourne*. Jules Scaliger contre Cardan, 277. §. 3. *Vasconici vervecci*, *nibil horum sunt*, *sedis* *Bistourne*. *quod ipsi bistorni dicunt*. M.
BITARD. Rabelais 1. 17. *Des aisles de deux bisards*. On appelle ainsi dans le Poitou une otarde. *D'avi tarda*. *Avi tarda*, *viarda*, *biarda*, *biarda*, *biarda*, BITARD. M. Les Anglois appellent *bistard* l'outarde. Le Duchat.
BIVOUAC. Voyez BIWACHT. M.
BIWACHT. Garde extraordinaire qu'on fait la nuit pour la fureté d'un camp. C'est un mot Alleman, composé de *bey*, qui signifie *anpres*; & de *Wache*, qui signifie *le gue de nuit*. Les Allemans disent *bewachem*, & de *Wache halten*, pour dire *faire le gue*. Et ils appellent *die Wacht*, celui qui fait la garde; le Sentinelle. M.
BLAFARD. Un *trin blasfard*, c'est-à-dire, *pâle* & de *conleur effacée*. Joachim Périon, *De Lingua Gallica cum Graca cognatione*, le dérive de *taponée*, qui signifie *obscur & noir*. Je ne sçais s'il y avoit raison de dire qu'il vint de *pâques*, qui signifie *la papiere*; parce qu'aux personnes malades, & sur-tout aux femmes, lorsqu'elles ont le teint effacé, ce défaut paroît particulièrement aux paupieres qui en paroîtent plombées & de couleur livide. *Cafeneuve.* teint effacé, ce défaut paroît particulièrement aux paupieres qui en paroîtent plombées & de couleur livide. *Cafeneuve.* mutato K in D, qua mottations nihil frequentis: * BLANCE : pour fœpus. Quia coïm ille facilius perspicitur, dit Paiferat fur Tibulle, pag. 106. M.
BLANCE. Ville de Berry. D'Ollicum. M.
BLANCHE. Reine. On appelloit autrefois en France, Reine blanche, la Reine veuve du Roi dernier mort; & on l'appelloit de la forte, parce qu'elle portoit le deuil en habit blanc, ou du moins bordé de blanc, & en coeffure blanche. Voyez H. Etienne, pag. 246. & fuiv. de fes Dialogues du nouv. Langage, Fr. Ital. Pâquier, liv. 2. ch. 18. de fes Recherches, prétend que c'est en mémoire de Blanche, mere de S. Louis. Du Naillon, de l'état & succès des affaires de France, prétend que c'est en mémoire de deux de nos Reines régentes, du nom de Blanche. Possible aussi, dit-il la même, pour ce que durant la viduité de nos Reines, elles paraient jadis un voile blanc. Le Duchat.
BLANCHE. E. Certaine mesure de quantité de choses bonnes à manger, dont le prix ordinaire étoit un blanc; comme un denier, de prix de la demée. Voyez ci-dessous M. Ménage, au mot Pinard, & les remarques fur ce même mot, & fur celui de demée. Le Duchat.
BLANCHE. T. Sorte de camifole, ainsi appelée, parce qu'elle étoit originairement d'étoffe blanche. M. C'étoit aussi une forte d'étoffe blanche, tissue de laine ou de coton. La Croix du Maine, en sa Bibliothèque Franç. fous l'article de Michel Parreau : Blanchet, drap non taint, autrement bureau. C'est à la pag. 324. Et Ant. Oudin, en son Dict. Fr. Ital. au mot blanchet, interprète ce mot du bombasin, qu'il appelle bombaggina en Italien. On chante encore à Metz, une vieille rime, qui dans le patois du pays dépeint ainsi la parure d'un jeune amoureux : Il ait les chasses de blanchet, Et le pourpoint de taffetas, Et le monté de camelat. Dans Perceforest, vol. 7. chap. 43. on lit: Et les bras, qui couverts estoient d'une manche large de blanchet, & les pieds qu'il avoit aussi blancs que neige. Alain Chartier : Un coursier couvert de fin blanchet, & d'orfèverie semée de cerfs volans. Le Duchat.
BLANCHE. Espèce de monnoye, ainsi appelée à la différence des fous nères. Une Chartre d'Alain Fergent, Duc de Bretagne, de l'an 1087. Tunc temporis currebat in Britannia moneta argentea, valente quolibet albo argentea fex denarius Turonenses : & parvi denarii nigri currebant tunc in Britannia. In qua quidem moneta alba erant infeculpta duo bermina circa Crucem, & in pila tres bermina. Incus quidem moneta margine, seu circumferentia, erat scriptum sic : MONETA ALANI DEI GRATIA BRITONUM DUCIS. Les Italiens disent de même blanc, pour une espèce de monnoye, & les Espagnols blancos. Et les Latins ont dit albi dans la même signification. Metellus Quirinalium, Ecl. 3. Argenti dedit albos. Le vieux Glossaire : asprum, Blasius Ixus. Les Latins ont dit de même flavi, pour une forte de monnoye d'or. Martial XII. 66. An de moneta Casaris decem flavus. Car flavus en cet endroit est dit elliptiquement pour flavus nummos, c'est-à-dire, aurens. Le même Poète, liv. 14. epig. 12. qui a pour titre Loculi ebrei : Hos vifs de flava loculos implere monetà Neu decet : argentum villa ligna ferant. Tome I. Cette explication me plaît davantage que celle de ceux qui expliquent flavas pour flavus; de l'Empereur Domitien qui s'appelloit Flavius Domitianus : qui est l'explication de Bouteroue. Voyez ci-dessus au mot aspre, & le Glossaire de Lindembrog au mot denarius, & celui de Spelman au mot albus. Nous avons en plusieurs pièces de monnoye appelées blancs. I. Les grands blancs au Soleil, de Louis XI. estimés par l'Ordonnance à 13. deniers, d'où ils furent depuis appelées Treixains. II. Les Blancs au K couronné, appelées volgairement Karolus. III. Les pièces de six blancs, appelées autrement Niesles par corruption, autres de Nesles, parce qu'elles furent premièrement battues à Paris dans la Tour de Nesle, près l'Hôtel de Nevers (aujourd'hui l'Hôtel de Conti) en 1549. Cette tour a été démolie depuis quelques années. IV. D'autres pièces de six blancs de 1577. nommées Pignatelles, de Jacques Pignatel, Officier des Monnoyes, qui en donna l'avis, & qui depuis fut pendu pour en avoir fait de faulles. Voyez M. Bouteroue & M. le Blanc, dans leurs Traités des Monnoyes. M.
BLANDE. Espèce de lézard qui mange le blé. Scaliger contre Cardan, Exercit. 185. Vascines blandam : fortasse quas Dantus, borricorum enim pestem autumnis. M.
BLANDUREAU. Sorte de pomme. Rabelais, 3. 43. Un quateron de pommes de blandureau. De leur blancheur & dureté. M. Jo. Bruyerin, dans son De re cibaria, liv. XI. ch. 16. Pratera non pelfremi nominis erunt blandurella, magnitudine, sapore, odoreque grata. Jocularibus puellarum Gallicarum carminibus quotidie celebrantur. Cette forte de pomme se nomme aussi blondurel, selon Jean Liebault, fol. 205. b. de sa Maison rustique, edit. de 1589. Entrez, dit-il, greffes de pommier fur poirier d'anguisio & en pommier de Richard, vous aurez, comme de blondurel & de chastalignier. Blondurel se trouve encore à la marge. Blondurel, spetia di pomo. Oudin, Dict. Fr. Ital. Le Duchat.
BLANQUE. De l'Italien blanca : car la Blanque nous est venue d'Italie. Et les Italiens l'ont appelée blanca, en sous-entendant carta, à cause des billets blancs qui y sont en plus grand nombre que les billets noirs. Voyez Pasquier, VIII. 49. M.
BLANQUETTE. C'est le nom d'une forte de poire ainsi appelée à cause de sa couleur blanche. On appelle aussi blanquette, une forte de vin blanc qui vient de Gascogne, & de plus une forte de fricassée blanche, faite ordinairement de veau ou d'agneau. *
BLAQUERNES. Lieu voisin de Constantinople, où l'on bâtit un Fauxbourg, dans lequel, entre autres édifices somptueux, étoit le Palais des Blaquernes, qu'on appella Pentapyrgion, c'est-à-dire, le château des cinq tours. On prétend que ce nom vient d'un Prince Barbare, qui regnoit autrefois dans cette partie de la Thrace, & qui avoit son Palais en ce lieu-là. Codinus rapporte cette étymologie; Gretser l'approuve; Gillius la suit, & l'attribue à Denys de Byzance; ce qui n'empêche pas Lambecius de la rejeter. D'autres le dérivent du Grec Duxius, qui signifie fougère, & disent que ce lieu fut ainsi appelée parce qu'il étoit tout plein de fougère; de sorte que, selon Codinus Duxius se dit pour Duxius. Le même Auteur dit encore, que Duxius est dit pour Duxius, qui est la même chose que Duxius, plein de lacunes, marécageux. Et quoique Lambeccius croye ces deux étymologies fausses, il ne laisse pas de dire qu'elles font probables à cause de la situation de ce lieu. Codinus en rapporte encore une assez obscurément. *Un Oâz, tris vique in vices* Lambeccius croit que cela veut dire, parce qu'un Vâlque avait été tiré la. Junius tire ce nom de la langue Arabe. Gretier rejette cette étymologie de Junius sans la rapporter.
BLASMER. De *blasphemare*, d'où les Italiens ont aussi fait *blasphemare*. *Blasphemium* pour *blasphe*, se trouve dans Gregoire de Tours, liv. 5. de son Histoire, chap. 41. & dans Fredegaire: & *blasphemia*, écrit *blasphemia*, dans le petit Dictionnaire Latin-François, publié par le P. Labbe. Voyez Nicot, dans son Tréfor de la Langue-Françoise, François Pithou, Spelman & M. du Cange, dans leurs Glossaires. Un Prédicateur Anonyme, dans le troisième de ses Sermons, prêchés dans la Ville d'Orleans: *Qui blasphemat beminem de hoc, quid non habet divitias, neque bonas vestes, hac blasphemia est levis: qui vero blasphemat de hoc, quid imperius & lector & fatuus, hac blasphemia est gravis & fortis*. Ce passage a été produit par le P. Labbe, dans ses Étymologies Françoises au mot *blasphemer*. M. Dans la Légende dorée de l'impression de Lyon, en 1476, dans la Légende de Saint Nicolas: *Et dont aulcuns si eurent envie des biens de ces Princes. Si diirent en trahison à l'Empereur, & fient tant par prières & par dons, que ils furent accusés faussement du blasme de sa majesté*. Et dans la Légende de S. Etienne, après avoir dit comment S. Etienne se justifia des quatre *blasphemes* dont on l'avoit chargé: & ainsi se expurgera le *benoisi* Etienne deuenent du blasme qui luy etoit oppose. Le Duchat.
BLASON. Il y a diversité d'opinions touchant l'Étymologie de ce mot. Lou van Gellet, dans son Indice Armorial: *Quelques-uns tiennent que blason & blasonner viennent de ce mot Alleman blason, qui signifie tonare, ampullare, turgescette, & que les Héraux blasonnant les armoiries d'un Prince ou Seigneur, ils recitent la haute & multique signification du blason d'icelui, y ajoutant ses louanges, hazardes entreprises & prouesses, avec des termes enfiez & pleins de gloire, pour montrer qu'ils portent tel blason à juste cause: & ainsi blasonner signifie louer. Et le Blason de la Rose, c'etoit un Poeme qui comnoit les louanges de la Rose: encore qu'en sens contraire l'on prenne quelquefois blasonner pour blasmer. Le P. Menestrier a suivi cette opinion dans sa Méthode du Blason, pag. 4. Voit ses termes: *C'est aussi de l'Alleman blason, qui signifie fonner du cor ou de la trompe, qu'est venu le mot blason: parce que ceux qui se presentoient aux pas d'armes & aux tournois, sonniens de leurs trompes, prouvoient leur noblesse, & presentoient leurs devises & leurs livrées, & leurs cimies, pour s'y faire recevoir: & les jeunes Chevaliers portoient anciennement leurs devises peintes sur leurs écus, ou sur leurs cotes d'armes. Ce qui a fait croire à quelques-uns, que le mot BLASON, avoit été fait de LATIN, en y préposant un B, comme en BRUIT de REGITUS, &c. Et de la vient, disent-ils, que quand nous parlons des armoiries de quelqu'un, nous usons du mot PORTER. Il porte d'or à un lion de Sable*. M. Bochart, est d'un troisième avis. BLASON, dit-il, s'appelle autrement en Anglois cognizance, d'un vieux mot Normand: parce que c'est ce qui fait connoître celui qui le porte. De même blason signifie ce qui est public. Car en Anglois to blaise, c'est publier: blazing, c'est publication. A blazer, c'est un Crieur ou Héraux, qui publie. ¶ C'est de moi dont parle le P. Menestrier, quand il parle de ceux qui font venir blason de *tatio lationis*. Car c'est l'opinion que j'ai suivie dans la première édition de ces Origines. M. Blas en vieux Alleman, signifie une marque, un signe; comme par exemple, cette tache blanche que quelques chevaux ont au front, s'appelle encore aujourd'hui *blas* en Alleman. De ce mot, le fameux Spéner dérive celui de *Blason*, parce que c'étoit au *Blason* qu'on reconnoissoit le Chevalier. Le Duchat. Outre les différentes étymologies qu'on vient de lire de *Blason*, Wachter, dans son *Ciof. German*, au mot *Blech*, en propole encore une autre qu'il est bon de rapporter, d'autant que le mot *Blason*, qui est un des plus célèbres de la Langue Françoise, est en même tems un de ceux dont l'origine est plus obscure. BLECH, color, dit cet Auteur, proprie fulger, a blicken fulgere. *Nam color est splendor, quo lux diversis modis reflectitur. Anglo-Saxon*. bleo & bleoh est color, anes bleos unicolor, millic bleo discolor, bleofah versicolor. *Cunila apud. Sommerum & Aelfricum, in Gloss. pag. 72. quamvis hodie obsoleta. Franci inde formarum verbum* blab-malon coloribus discriminare, quod occurris apud *Villeranum*, Cant. 1. 11. In uumme uuis geblahamolot mit Silbere, h. e. muramulas vermiculati operis argento variegatas, seu coloribus Distinctus. Quem sensum interpretes nondum sunt affecuti. A bleo color, quod in casu gignendi habet bleos, videtur esse Blason, ars Heraldica, notitia colorum quibus scuta distinguuntur. *Quæ etiam si omnium scientiarum fax & sedimentum, fundamenta tamen habet antiquissima. Tacitus de Mor. German. Cap. vii. Scuta lectissimis coloribus distinguunt. Idem Annali. 11. 14. Tenues & fucate colore tabulae. Je ne parlerai pas de ceux qui derivent *Blason*, par métathele, du verbe Ebreu *quæ sabal*, qui signifie *tulis, portavit*, parce que cette étymologie ne mérite aucune attention.
BLASONNER. Comme les Latins ont dit elogium en bonne & en mauvaise part, nos anciens Poètes François, ont usé de même du mot de *blasonner*. Charles Fonteine, dans son Art Poétique, chap. 10. *Le Blason est une perpétuelle louange ou continu vitupere de ce qu'on s'est proposé de blasonner*. M.
BLASPHEMER. Ce mot signifie proprement dire des paroles outrageantes, parler mal de quelqu'un, le calomnier; & ensuite, dans un sens plus particulier, parler contre Dieu & la Religion. Nicot dérive ce mot du Grec *blastron qu'pu*, c'est-à-dire, *blaster l'honneur & la réputation*. Euftathe le dérive de *blastron vici qu'pu*, attaquer par ses discours.
BLATIER. On appelle autrefois de la sorte un Marchand, qui va acheter du blé dans les greniers de la campagne, pour le transporter & le revendre dans les marchés des villes & gros bourgs. Il y avoit à Paris, du tems de S. Louis, une Communauté de *Blatters*, & ce Prince leur donna des Statuts, comme à tous les autres corps de Marchands & Artisans. M. de la Mare les rapporte dans son *Traité de la Police*, liv. v. tom. 11. ch. 2. Il y a plus de trois siècles que ceux qui compofoient cette ancienne Communauté à Paris, ont été réduits à ne vendre des grains qu'à petite mesure ; qu'ils se trouvent nommés dans les Réglemens, Revendeurs de grains, Regratiers, ou Grainiers, & que ceux qui font le grand commerce ont pris le nom de Marchands de grains. Ainsi le nom de Blatier est demeuré à certains petits Marchands Forains, qui vont avec des chevaux ou des ânes chercher du blé dans les campagnes éloignées des grandes villes & des rivières, & l'amènent à somme dans les marchés de proche en proche, jusqu'à ce qu'il soit arrivé aux lieux où il s'en fait une plus grande consommation ; ou bien proche des rivières, où ils le vendent aux Marchands qui chargent pour les provisions des grandes villes. De la Mare, Tr. de la Pol. liv. v. tom. vi. Ce mot s'est fait de bladum, blé. D'abord on a dit Bladier, ensuite par le changement du d en r, qui arrive souvent, Blatier, & en rendant l'a long, Blatier.
BLAVEOLE. Fleur, ainsi appelée de sa couleur bleue. Blavens, blavenus, blaveola, BLAVEOLE. Les Grecs, pour la même raison, l'ont appelée maric. Voyez, bleu. M.
BLAVET. C'est la même chose que bluet. Voyez, bleu & bluet. M.
BLE. En Languedoc & en Gascogne, on dit blad ; parce que de toutes les herbes, il n'y en a point dont le germe soit plus nécessaire à la vie de l'homme. Il y a raison de croire que ce mot tire son origine de Dacis, ou Dacis, qui signifie le germe & la naissance des herbes. Et de fait, encore les Allemans appellent blat, la feuille des plantes ; les Flamans blade, & bladeren, produire des feuilles. Caseneuve. BLE : ou, comme on écrivait anciennement, BLE. Du Latin barbare bladus, ou bladum, qui signifie fruit, semence : d'où vient imbladare, pour dire ensemencer : dont nous avons fait EMBLAVER. Bladum vient, selon Voëssus, liv. 3. de Vitis Sermonis, chap. 3. & 14. du Saxon blad, qui signifie la même chose : Et les Flamans appellent blad blade, & bladinghe, le revenu des champs. Les Italiens disent biada, pour dire du blé, qu'ils ont fait de blada, qu'on a dit, par métaplasme, pour blador, ou bladum. Et c'est de ce mot de blada, dont nous avons fait BLE, qui se trouve en la signification de blé, dans la Coutume d'Orleans, art. 74. Quelques-uns décrivent bladum de Dacis, germen, fait de Dacis, ou Dacis, germino. M. Entre les différentes sortes de blé, il y a le blé de Turquie ou blé d'Inde. Il est nommé blé de Turquie, parce qu'il nous est venu de la Turquie, & blé d'Inde, parce qu'il nous est venu aussi de l'Amérique, qu'on a appelé quelquefois Inde. Il y a encore le blé noir ou blé Sarrafin. On le nomme blé noir, par rapport à la couleur noire de l'écorce de son grain, & blé Sarrafin, parce qu'il a été d'abord apporté d'Afrique, où dominent les Sarrafins. Il se nomme en Latin fagoristicum & fagopyrum, à cause qu'il ressemble au fruit du hêtre. Le P. Jacob a remarqué sur le mot blé, que le Marquis d'Uxelles, Gouverneur de Chalons sur Saone, est issu de la famille des Du Blé, qui s'appelle en Latin De Oblato. Pierre de S. Julien, fait mention dans son Catalogue des Evêques de Chalons, de Guillaume Du Blé, De Oblato, 1274. Evêque : & le P. Sirmond, sur les Epirres de Geoffroy, Abbé de Vendôme, liv. 3. Epit. 10. dit : Cùm Guillelmus de Oblato Miles ab Ecclesia Cluniacensi ex. foli-datas terze teneret in feudum, &c. Ce sont les propres termes du P. Jacob. S. Add.
BLEIME. Mal de cheval. Le sieur Guillet, dans son Art de monter à cheval : C'est une inflammation causée par un sang meurtri dans la partie intérieure du sabot vers le talon, entre la sote & le petit pied. M.
BLESME. BLAS, blax, blaxis, blaximus, blaf-simus, BLESME. Voyez blafard. Le P. Labbe, dans ses Etymologies Françoises, au mot blafard, dit que quelques-uns font venir même des Blèmes, ou Blémyes, peuples d'Afrique, ou d'Arabie : qui est une étymologie tout-a-fait insoutenable. M.