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03.0 Dictionnaire etymologique — BUE – CANSTRISE

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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BUE. On appelle ainsi la lessive dans les Provinces d'Anjou, du Maine, de Touraine, de Bretagne & de Normandie. De bucata, formé de buca, qui signifie un trou. Et on l'appelle de la sorte parce que la lessive se coule par le trou d'une cuve, ou, comme nous disons en Anjou, d'une panne. Les Allemans disent aussi hauche pour dire lessive: & les Italiens bucato; & les Espagnols bugada. Le Taifoni, dans ses Diversis Pensieri, liv. 4. ch. 16. Ne qui mi sia opposto che in significato generale io mi serva della voce bucato: la quale spirme, propriamente parlando, una cosa bollitura di centri, che le Donne di villa soglione fare in un trunco di salcio, o d'altro albero smidolato, e sbucato dal tempo; chiamandolo bucato, dal buco di quel tronco, perciocche, sendo ella voce Fiorentina, generalmente abusata, anch'io m'è fatto lecito secondare il commu- ne uso. Voyez Covarnuvia, au mot bugada, & mes Origines Italiennes, au mot bucato, & ci-dessus au mot bouet. Buca peut avoir été dit pour buca, à cause que la bouche est un trou. M. Huet vouloit que buce est être formé du Latin buo fait du Grec 8m. le simple d'imbuo. Villon s'est servi du verbe buer: la pluye nous a buer & lavez. C'est dans la Balade de lui & de ses Compagnons pendus. Le peuple de Paris, dit indifféremment bué & buée. M. Rabelais, liv. 5. ch. 11. Entendimes un bruit strident & divers, comme si suffient femmes lavant la buée. Le Duchat. L'étymologie que M. Ménage donne du mot buée, en le dérivant de buca, me paroît insoutenable, & je crois avec M. Huet, qu'il vient du verbe Latin buo. C'est aussi le sentiment de Wachter, qui dans son Gloss. German. au mot Beuchen, s'explique de la manière suivante: BEUCHEN büchen, macerare lixivio. Angl. to buch Sax. inf. byken byen, Gall. buer. Omnia a Latino buo. Quid enim est macerare nisi humore imbuere? Hanc etymologiam dedemus ingenio Huetiano apud Menagium. Reliqua a buca vel foco desumpta, etiamis claros habeant aullores, ne bilum quidem valent. Hinc porro lixivium quo linte maceratur, in Mis-nia, vocatur beuche, in Marchia grand. byke bye, Parisis buée, in Italia bucato. Angli utuntur compositis, buck-lie lixivium, buck-washer. Lotrix a lixivio, bucking-stock lixivarium, bucking-tub lixivarium.
BUFFE. Vieux mot, qui signifie alapa, un soufflet. Alain Chartier, dans son Histoire du Roi Charles VII. En celui an, environ huit heures de nuit, barit Messrs Jan de Graville Messrs Geoffroy le Maingre, dit Bouciquault, la veille du jour de l'An, en la rue S. Merry à Paris: pour ce que ledit Bouciquault avait donné une buffe audit Graville, par jalousie d'une Damoiselle, &c. Villon dans ses Repues: Luy baillant une buffe grande, En luy disant mainte reproche, &c. Celuy qui bailla le soufflet. Marot Picaume 3. Vien donc, déclare toy, Qui de buffes renverses Mes ennemis mordans, Et qui leur romps les dents En leurs gueules perverses. Les Anglois disent a buffet, & les Italiens buffette. Et nous usions autrefois du mot buffet en la même signification. Le Roman de Renard, manuscrit, cité par M. de la Thaumassiere: Del poin li donne tel buffet, Del cui li fit faillir le pet. M. Je crois que buffe est une onomatopée, formée du son que rend une joue qu'on frappe, sur-tout lorsqu'elle est enflée, comme le sont ordinairement les joues d'un homme à qui une parole dite en colère a attiré une buffe ou un soufflet. L'Histoire du Chevalier Bayard, Grenoble 1657. pag. 65. Mais le bon Chevalier luy bailla si grand coup sur le hault de sa grande buffe qu'il l'en désarma, le percez au jour, & fit voller sa lance en cinq ou six pièces. Ledit Seigneur de Rouastre reprint sa grande buffe, & courut la seconde lance. Cette grande buffe devoit être une pièce de l'habillement de l'homme d'armes, lequel devoit donc avoir une autre moindre buffe. Je ne fais ce que c'étoit ni de l'une ni de l'autre. Brantome, dans ses Hommes Ill. Fr. tom. 1. pag. 189. où il raconte jusqu'à quel point le Roi François I. s'étoit exposé à la bataille de Marignan : Et sa grande buffe luy fut percée d'un coup de pieque. Le Duchat.
BUFFET. Lat. abacus. Voyez Nicot. M. du Cange le dérive de buteiagium. BUFFETAGIUM, Bufetaria : vestigal quod praetatur pro vini bibitione in tabernis : dictum, quasi Buvetage, Buveterie : Unde nostri bufet vocant abacum in quo pocula vinaria, & alia ad mensam, reponuntur. Les Italiens disent de même buffeto, & les Espagnols bufete. Je crois que le François & l'Espagnol viennent de l'Italien buffeto, fait de buffare, c'est-à-dire, enfter, les premiers buffets étant d'une figure courte & groffe, & pour user de ce mot, d'une figure enflée. Voyez bouyon, & buffe. BUFFET, en Languedoc, signifie un soufflet à souffler : & buffa, signifie souffler. M.
BUFFETER. Rabelais, liv. 3. ch. 49. Si vos chartiers & nautonniers amenans pour la provision de vos maisons certain nombre de tonneaux, pippes & buffars de vin de Grave, d'Orleans, de Beaulne, de Mirevaux, les avoient buffetes & beus à demi, le reste emplissant d'eau, comme sont les Limossins à bois esclats, charroyans les vins d'Argenton & Sangamier, comment en osterie-vous l'eau entièrement ? Et au ch. 18. du même livre, il joint ensemble souffleté, buffeté, déchiqueté. On voit par ces passages, que buffeter le vin se prenoit autrefois pour falsifier le vin, & que souffleté & buffeté sont synonimes. Ainsi je ne doute pas que cette façon de parler ne vienne de buffe, dans la signification de soufflet. On a dit de même, donner un soufflet au Roy, pour altérer ou falsifier la monnoie, soit en la rognant, soit en y mêlant de faux aloy. Et de-là vient que Rabelais, aux deux épithètes de souffleté, & buffeté, a joint celle de déchiqueté, pour une troisième, & cela par une suite d'allusion à la monnoie, qui tantôt se trouve altérée, & tantôt rognée. De sorte que dans le passage du liv. 3. ch. 49. vin buffeté, c'est du vin mêlé d'eau. Villon, fol. 33. c. de ses œuvres revues par Marot : Au Capitaine Jehan Riou, Tant pour luy que pour ses archiers, je donne six hures de feu, Prins à gros mastins de bouchiers. Ce n'est pas viande à porchiers, Qui les cuit en vin de buffet. Pour manger de ces morceaux chiers, On seroit bien ung mauvais faict. Vin de buffet, c'est aussi du vin mêlé d'eau. Le Duchat.
BUELE. Beuf sauvage. Lat. urus. De bufalus, qu'on a dit pour bubalus, comme l'a remarqué M. de Valois, liv. 8. de son Histoire, parlant de la mort de Théodebert, arrivée par la chute d'un arbre qu'un buffe fit tomber sur la tête : Nec est qu'on qui mireur bubalorum, vel boum ferorum in Gallia fieri mentionem. Nam Fortunatus Presbyter, in libri VII. carmine 4. ad Gogonem, in Ardunna filva, saltuque Vosago, qua amba filva Regis Theodeberri & Mertis ejus Regia proxima erant, von modo elices, hoc est alcoo, uros, urso, ona- gros, sed etiam bubalos, quos bufalos vocat, nasci affirmat. César, liv. 6. de la Guerre des Gaules, décrit amplement cet animal. Et Grégoire de Tours, au liv. 10. de son Histoire, en fait mention, en ces termes : Dum ipse Gunchranes Rex per Vosacum sitvam venationem exerteret, vestigia occisi bubali deprehendis. vica & se trouve dans les Gloses Anciennes. M.
BUGLOSE. Simple. De buglosos ; à cause de sa ressemblance à une langue de bœuf, Pline, xxv. 8. Jungitur plantagini buglosos, boum lingua similis, Diofcoride, IV. 128. Buglone 1. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . BUIE : sorte de vaisseau. Voyez burette. M. La Légende dorée, imprimée à Lyon en 1476. dans la Légende de S. Jacques le Majeur : Jacques demanda au décolleur une buye d'eau : lequel mot est pris du Latin lagena de l'original. Le Duchat. BUIE S. Vieux mot, qui signifie des entraves, des ceps ; Lat. compedes. Hélinand, dans son Poème de la Mort, Stance 34. Cii fut en boies & en fers. Vous trouverez la description de ces buies dans la dix-neuvième Dissertation du S. Louis de M. du Cange. Joinville les nomme bernicles. M.
BUIMES. Ce sont les chaînes de fer dont on entrave les pieds des prisonniers. Le Roman de Guion de Tournaut : Lors fist faiser le Roy & derrière & devant ; Buimes de grans anneaux lui vont as pieds mes- tant. C'est ce que les Latins des derniers siècles ont appellé Boie. Orderic Vital, liv. 6. de l'Histoire Ecclésiastique : Ad hac verba vir venerabilis Benedictus manum suam ad boias misit, ex utraque parte fregit, &c. Dans les Gestes de Guillaume Duc de Normandie & Roi d'Angleterre : Denique comprehensum boiis arclavit. Le mot boia se trouve pourtant dans Plaute in Assinaria : Carceres, numellas, pedicas, boias, tortoresque, acerrimos. Nos anciens les ont encore appelées Boies. Vous en trouverez plusieurs exemples dans M. du Cange & Matth. Martinius, au mot Boie. Caseneuve.
BUIRE. Sorte de vaisseau. L'ancien Dictionnaire Latin-François, publié par le Père Labbe : LAGENA : buire. Voyez burette. M.
BUIS. Voyez bous. Encore une fois, l'usage est pour bous. M.
BUISINE, ou BUSINE. Vieux mot, qui signifie un cornet. Une ancienne Version des Pseaumes, pl. 8. Businez en busine de méménie. Le petit Dictionnaire Latin-François, publié par le P. Labbe : BUCCINA, buisine. TIBICEN, busineur. De buccina. M.
BUISSON. Originairement c'étoit une clôture & une bordure, en matière de Jardins. Et parce qu'elles se font ordinairement de buis, on les appelle buissons. Maintenant nous le prenons pour une haye, & même pour les ronces, & pour les épines. Caseneuve.
BUISSON. Hallier : touffe d'arbrisseaux épineux. Lat. dumus. Anciennement la mode étoit de planter dans les Jardins des hayes de bous. Dans B U Q. B U R. ma jeuneffe cette mode étoit encore en l'usage. Et c'est de-là qu'est venu notre mot de buisson. Buxus buxi, buxius, BUS. Buxius, buxio buxio- nis, buxione, BUISSON. Il paroît au reste par ce mot de buisson, que le mot de buis étoit le vérita- ble mot. Plusieurs personnes parlent encore au- jourd'hui de la sorte : & 'entr'autres, M. de la Quintinye : mais on dit à Paris bonis : c'est donc comment il faut dire. M. B U L E. Mot Meffon, qui signifie un grand feu qui n'est pas de durée, un feu de réjouissance, un feu de paille & de fagots. Du vieux Saxon bal, bal-fyr, rognus, pyra; d'où l'Anglois pile, funeral pile, un feu funéral. Le Duchat. B U L E : petite bouteille ronde qui se forme sur l'eau quand il pleut. Gr. 1000. Ronsard se sert de ce mot en cette signification : Ces petits animaux qu'on appelle les hommes, Qu'ainsi que bulles d'eau tu creves & consom- mes. C'est dans sa Rémontrance au peuple de France. De bulla. Varron, au commencement de ses li- vres de Re Rustica : Si homo bulla, quanto magis fenex. Le P. Labbe, dans la seconde partie de ses Étymologies Françoises, le dérive de bullire. M. B U L E S. De bulla : à cause des feaux qui y pendent, que les Auteurs de la Basse-Latinite ont ainsi appellés. M. de Saumaisé, dans son Specimen Constatioris Animadverfionum Heraldi, pag. 124. Vocavis infima Latinitas dependentia sigilla bulla- tum nomine; quia & bulla formem haberent, & eodem modo dependerent ex chartis, ut illa ex pec- tore Pratextatorum. Nam veteribus Romanis bulla dicebatur aurea; quod infigne erat puerorum; qua dependebat à pectore, ut natat Festus. Kirchman- nus, dans son Traité de Annulis, ch. 2. pag. 45. Sigilla autem illa qua literis Principum appende- bantur, à sequioris avi Scriptoribus tam Gracis quam Latinis Bulla appellantur. Unde & ipsas Principa- les literas, Pontificumque decreta, interdum Bullas dicelegimus: non quod in iis confuleretur aut decer- neretur aliquid ab Imperatore vel Pontifice, voce à Graco Bulla deducta, ut argute quidem ingeniofissimus Christophorus Colerus existimat, cap. 4. Parergus; sed quod Bulla, id est majus sigillum, vel cera im- presum, vel capsula cuidam ex auro aut argento, aut plumbo inclusum, literis illis appenderetur, non aliter sané, quam olem bulla pueris prætextatis. Hinc Bullare nihil alind est, quam sigillare, apud Petrum Blesensem & alios. Arnoldus Histor. Slavon. lib. 7. cap. 14. Et Rex, vade, ait, & post modi- cism revertere, & invenies literas bullatas. Petrus de vineis Epist. 21. lib. 1. Exiftens ipse bullator & scriptor & forfitan numerator. Nec aliunde dicti Doctores Bullati, quam quod ejusmodi literis sua Doctura sigillatis, obque legitimo examine & pro- motione, nitantur. ¶ De bulla on a formé le verbe bullare, pour obsignare. Rathodus, Archevêque de Trèves : Hanc Epistolam Gracis literis hinc inde numire decrevimus, & anulo Ecclesia nostra bullare censimus. Voyez le P. Sirmond, dans ses Notes sur Geoffroy, Abbé de Vendôme, pag. 42. M. B U L E T I N. Passeport. Les Italiens disent bulletino, & les Espagnols boletin, pour signifier la même chose. Tous ces mots ont été formés de bulla. Bulla, bulletta, bulletinum. M. B U Q U E R à la porte, pour dire, frapper à la porte. Peut être de vocare, parce qu'anciennement ceux qui frappoient à la porte appelloient ceux qui étoient dans le logis. Les Italiens disent encore, O di casa. Ou de l'Alleman bocchen, qui signifie frapper à la porte. M. A Metz, on dit bacher dans la même significa- tion; & le même mot signifie encore, frapper sur quelque chose avec un baton ou avec un mailler: de sorte que bacher pourroit bien venir de baciare, fait de bacillare. Ou bien il viendra de l'Alleman bocchen, frapper à la porte. Le Duchat. Cette dernière étymologie est la véritable. Bo- chen ou pochen, en Alleman, signifie battre, frap- per. Pachwerk, est une machine avec laquelle on bat les métaux. Den flachs bocchen, c'est battre le lin. Luther se sert de ce mot dans sa version de la Bible, Epist. à Tite, 1. 7. où il traduit ces paroles μυ παντα, non-percufforem, par nicht pochen. Les Allemans disent beuken dans la même signifi- cation. De la stokulsch beuken, c'est-à-dire, tun- dere afellum, & beukamer un marteau. Ces ver- bes ont du rapport avec le vieux verbe batten; d'où le François battre; les deux τ ayant été changés en CH dans l'Alleman, & en K dans le Flaman. Et quoique bocchen ou pochen, paroisse assez nouveau, il est néanmoins très ancien, & a de très-anciens dérivés; comme baculus instrument pour frapper, boh animal qui frappe de la corne, & plusieurs autres, qui ont été faits par épenthe- se. Voyez Wachter, dans son Gloss. German. au mot Bochen.* B U R. Moine bur, c'est-à-dire, frere Lay. C'est un mot Latin-barbare, fait de l'Alleman baur, qui veut dire un habitant du plat-pays, & principalement un laboureur. Le Duchat. B U R E. De burra; qui a été dit d'une espèce d'étoffe rude; comme il paroît par ce vers d'une épigramme ancienne attribuée à Eucerias : Nobilis horribili jungatur purpura burra. Voyez Pierre Pithou, au ch. 16. du liv. 1. de ses Advertaires. De burra on a dit burrus, par méta- plafme; d'où le diminutif burrellum, dont nous avons fait bureau. Et nous avons ensuite appellé de ce nom cette grande table autour de laquelle les Juges travaillent, & sur laquelle ils mettent les pièces, parce qu'anciennement cette table étoit couverte d'un tapis de bure. De burrus on a dit auffi buretum, qui se trouve en la signification de bure, ou de drap gris, dans cet endroit d'une Chronique d'Anjou : Goffridus Consul, indutus panno quem Franci grisetum vocant, nos Andega- vi, buretum. De burrus, on a fait aussi le com- posé reburrus. Isidore : Reburrus, hispidus. Et de-là notre mot rebours. ¶ Burrus signifie proprement refus: & il vient de voyez. Voyez bourrique, beur- richon, & burette. M. B U R E A U. Pour étoffe de bure. Voyez bure. M. B U R E A U. Comme quand on dit, le procès est sur le bureau; le vent du bureau; mettre les pièces sur le bureau. Parce qu'anciennement la table au- tour de laquelle on travaillait au Parlement & à la Chambre des Comptes, étoit couverte de bureau. On dit par la même raison, Bureau des Trésoriers de France. Voyez bure. M.
BURETTE. Diminutif de buye. Buyrette, burette. Huet.
BURETTES. Ces petits pots d'argent ou de verre, où l'on met le vin & l'eau pour servir à la Messe, & qui, de peur qu'on ne verse dans le Calice trop de vin ou d'eau à la fois, ont le goulet courbé; sont ainsi appellés d'un vase fait de même façon, que les Romains appelloient imburrum. Varon, liv. 4. de la Langue Latine; Imburum, sacrum ab urbo, quod ita flexum, ut redeat fursum verum. Aussi bura ou burus, est ce bois courbé, que le laboureur tient d'une main pour régir sa charrue. Virgile, liv. 1. des Georgiques: Continuo in sylvis magna vi flexa domatur In burim, & curvi formam accipit ulmus aratri. Cafeneuve.
BURETTES. Sotte de petits vaisseaux où l'on met l'eau & le vin dont on se sert pour le sacrifice de la Messe. Lat. ampulla. M. du Cange le dérive de burette. M. de Cafeneuve, prétend qu'il a été fait de burus, vieux mot Latin qui signifie courbé. Bura, bura, buretta, BURETTE. M. En Normandie, on appelle une canne une bourre, & une petite canne une burette, dit ci-dessus M. Mémage au mot Bourre. On a appelé burettes, ces petits vaisseaux qu'on appelait ci-devant cannettes, de leur ressemblance avec de petites cannes. Le Duchat.
BURGOT. Frere Lay. C'est la même chose que Moine bur. Voyez le mot Bur. Je crois que ce mot vient de burrus, fait de l'Alleman baur. Burrus, burricus, burricatus, burratus, burgot. Les Saintongeois appellent aussi burgot, cette espèce de grosses mouches, qui des troncs d'arbres où elles se tiennent, s'élancent sur les bêtes de somme, & sur le gros bétail. Le Duchat.
BURIDAN. Nom propre d'homme. Buridan étoit un Docteur & Recteur de l'Université de Paris dans le quatorzième siècle, & il passa pour un des plus habiles Philosophes de son tems. C'est de lui qu'est venu le proverbe que l'on dit d'un homme irréfolo qui ne fait à quoi se déterminer, qu'il ressemble à l'âne de Buridan. Ce proverbe est fondé sur ce que disaient certains Philosophe, & que disoit apparemment Buridan, qu'un agent qui n'est pas libre entre deux objets qui ont une égale force pour le déterminer, ne se déterminera jamais à l'un plutôt qu'à l'autre. Par exemple, un âne au milieu de deux picotins d'avoine tout semblables, également distans, agissant sur lui avec une égale force, ne se déterminera jamais à l'un plutôt qu'à l'autre, & mourra de faim entre les deux. Il paroît par les Annales de Bourgogne de Paradin, liv. 11. pag. 172. qu'en Bourgogne, on dit, l'âne Burdin, au lieu de l'âne de Buridan, & il rapporte une autre origine de ce proverbe. Calixte II, dit-il, prit prisonnier un Espagnol, nommé Burdin, qui avoit été fait Anti-Pape, contre Gelaise II, par l'Empereur Henri. C'est celui qui prit le nom de Gregoire VIII, au commencement du douzième siècle. Il n'étoit pas Espagnol de naissance, mais Limousin, mené en Espagne par Bernard, Archevêque de Tolède, & élevé ensuite à l'Evêché de Brague. Ayant été pris à Sutri par le Cardinal de Crème, on le revient d'une peau de chèvre sanglante, les cornes élevées sur son front; on le fit monter sur un âne, le visage tourné du côté de la queue de la bête, qu'il tenoit de la main en forme de bride; & en cet état on le promena dans Rome. Quelques-uns disent, ajoute Paradin, que le proverbe de l'âne Burdin, fréquent en Bourgogne, prit de-la son origine.
BURIN. Les Italiens disent bulino, & les Espagnols, buril. Je tiens tous ces trois mots formés de pultare, qui signifie pouffer. Pultare, buttare, buttarinum, burinum, BURIN. Burinum, bulinum, BULINO. Burinum, burinulum, burillum, BURIL. Voyez ci-dessus boutoir, & bouton; & mes Origines Italiennes au mot bulino. M. Les Allemans disent boren, pour ce que nous appellons forer ou percer avec un foret; & je ne doute point que leur boren ne vienne, aussi bien que notre forer, du Latin forare. Je ne sais si burin n'en viendroit pas aussi. Le Duchat.
BURLESQUE. Stile burlesque, autrement stile berniesque. De l'Italien burlesco. Voyez mes Origines Italiennes au mot burla. Au lieu de Stile burlesco, les Italiens ont aussi dit stile berniesco, & berniesco: de François Bernia, qui le premier s'est servi de ce stile. Le Molza, dans son Capitolo delle Fiche: Di lodare il Mellone avea pensato, Quando Febo sorri; e non sia vero Ch' el Fico, disse, resti abbandonato. Pero se di seguir brami il sentiero, Ch' el Bernia corse col cantar propria, Drizzar quivi lo ingegno or sia mestiero. Annibal Caro, sous le nom de Ser Agosto, sur cet endroit du Molza: Fu il Bernia, un certo nome di Messer Domenedio; il quale, con tutto che volesse esser Poeta, rabbessato dalle Muse, che non s'adattasse a scrivere, secondo che il dettavano, s'abbotino da loro, & disse tanto male d'esse e de Poeti e della Poesia, che ebbe bando di Parnasse. Ma tolso che s'avide, che senza questa pratica era tenuto più tolso per Giornea, che per Bernia, si deliberò di rappatamarsi con esse loro. Et appostando un giorno che slavano nel medesimo giardino, fece tanto moine interno alle Bertole, che son fantesche delle Muse, che si fece metter dentro per la Siepe, & come quello che era il più dolce zugo del mondo, trovandosi dentro, fece tante buffonerie che le Muse ve lo lasciarono stare. Dipoi s'ingegno tanto, che rubò la chiave del Cancello alla Madre Poesia lor portinara, & misevi dentro una schiera d'altri Poeti baioni, che ruzzando per l'orto lo sgominarono tutto: e secondo che andarono loro a gusto, così colsero & celebrarono, chi le Peschè, chi le Fave, chi i Ciriuoli, chi i Carciotti, & chi d'altre forti frutte. Fecero poi soi altre cose da ridere. Tolsero le calze al Vignaruolo: fecero il Farnò, la Ricotta, le Salicciè: piansero la morte della Civetta, e si belle tressche trovarono, che le Muse, per ricompensar di tante piacevolezze, dettoro loro la copia di tutto il registro delle Chiacchiare. E perche di tutte queste cose fu cagione il buon Bernia, il Poeta meritevolmente lo nomina per lo primo che corresse l'aringo della burlesca Poesia. Pamfilio Persico, liv. 1. ch. 7. de son livre intitulé Il Segretario: I nostri anno seguito questa maniera di scriver in Terza Rima, chiamandola, chi Satire, come l'Ariosto: chi Capitoli, come il Bernia, l'Anguillara, e'l Copeta, & altri. Nel qual modo a di nostri a scritto felicemente il Caporali. Questo stile che si chiama Berniesco dal Bernia, che in esso par che si sia sopra gli altri
BUR. BUS. 271 avancato. Tiene assai dell' Epistolare. E la sua per- fettione, che se ben a la rima, tutta villa, si dissol- va, & imiti la Prosa. Le Salviati, dans ses Aver- tissement de la Langue Toscane, liv. 2. ch. 17. a écrit que le Poisse Giocose nel solo Berni anno tutta la nascita e la persezione in un tempo. Voyez M. Naudé, dans son Jugement de tous ce qui a été imprimé contre le Cardinal Mararin, pag. 169. de la première édition ! n'y a pas long-tems que le mot de burlesque est en usage dans notre Langue. M. Satain n'a dit autrefois que c'étoit lui qui le premier s'en étoit servi. Mais ce mot se trou- ve dans le Catholicon, à la pag. 334. de la der- nière édition, qui est de 1677. C'est M. Scarton, qui le premier a pratiqué avec réputation ce genre d'écrire. Je souhaiterais qu'il ne l'eût point em- ployé (non plus que Battista Lalli) dans la Tra- duction de la divine Enéide. Et je ne doute point qu'il ne s'en repente quelque jour, & qu'il ne die avec Aulone; Piges Virgilianti carminis dignitatem tam joculari dehonestasse materia. M.
BURON. Comme quand on dit, Il n'a ni maison ni buron. Peut-être de Boëss, dont les Grecs se sont servis en la signification de logis. Hésychius : Boëss, Cimjan, Boëss, inédus. Le Grand Etymologique : inédus, te inédus, & ce qui suit, que je vous conseille de voir : Trippault dé- rive aussi buron de Boëss. Il y a plusieurs pe- tites Terres en Anjou qui s'appellent le Buron. M. C'est proprement une petite maison de paysan, une chaumiere. De l'Anglo-Saxon bur, camera, d'où l'Anglois bover, qui a la même signification. Le Roman de Lancelot du Lac, volume 3. fol. 14. r. édition in folio 1533. Cy pres n'a maison ne buron a moins de sept lieues. Et fol. 19. v. du même volume : Or me dites . . . se vous suave, mai- son ne buron pres d'icy. Et Guillaume Cretin, page 1339 de ses Poësses, édition de 1723. Gallus Pasteur, aussi la Pastourelle Galatea, n'eurent pas lors tourelle, Maison, buron, logette, ni tigure A seureté, voyant ce mal augure. Le Duchat. Ce que dit Wachter dans son Glossar. German, au mot Bauer, éclaircira encore davantage l'étymologie de Buron. Voici ses paroles : BAUER, locus habitandi communis, patria, regio, civitas, pagus, villa, pradium. A bauen habitare, per medium derivandi et. Apud Antiquos transponitur in bro, aut contrabitur in byt & bur. Boxhorn, bro patria, regio, Verel. in Ind. by byt civitas, pagus, pradium. In Jure Prov. Saxon. lib. 11. art. 55. oc- curris bur villa, mennie der bure communitas villa, burmeister Prator villa. Scioi leges villarum etiam- num vocant birlaws & burlaws, teste Spelmann in voce Bellagines. Et buc fortasse etiam speclant ne- mina urbium Canterbury, Salisbury, aliaque, quo- rum extremitates vulgo explicantur per burg, quod uescio an sit acceptandum. Et un peu plus bas le même Auteur ajoute : BAUER, habitaculum, vel pars habitaculi. Gracis Boëss est domicilium, apud Hésychium. Islandis bur casa, tugurium; suefnbur cubiculum, apud Verel. in Ind. Anglo-Saxonibus bur conclave, apud Sommer. Anglis bover pergula ex ramis arborum, umbraculum. Germanis bauercava, habitaculum avis. Cuncta ex eodem cum pracedenti fonte. Sed hic significatus antiquior censeri debet, quia ante suis casa quam villa, damus quam civi- gas.
BURRICHON. Voyez burrichon. Belon, dans son livre de la nature des Oiseaux, au cha- pitre du Roitelet, a dit berichon. Les Manceaux disent Burrichon. M.
BUSARD. BUSE. Sorte d'oiseau. De butee. Buteo, bufeo, bufea, BUSE. Buseardus, BUSARD. Les Allemans l'appellent bussart, & bussart, & les Anglois, bussard. Mais quelque buse vient de buteo, notre buse n'est pas néanmoins le même oiseau que le buteo des Latins. Le Président de Thou, dans ses Notes sur son Poème de Re accipitraria : In- ter accipitres, qui resorque & opure & qui ispnuus Aristoteli est, is Plinio buteo dicitur. Unde palam est injuriam maximam fieri maxima & nobilissimo accipitri ab iis qui butconem interpretantur bussart. Mais les Etymologistes n'y regardent pas de si pres. Il suffit, pour fonder cette étymologie, que plu- sieurs ayent appellé buse le buteo des Romains. Et il est ainsi appellé dans le Calepin. Voyez bruthier ci-dessus. M. M. de Thou lui même, dans son Histoire, sous l'année 1564, a rendu en Latin par buteo le surnom du Docte Jean Bourrel, parce que les Dauphinois appellent ainsi la buse, comme qui diroit bourreau, à cause que la buse est le bourreau de la volaille. Le Duchat.
BUSEAU. Jean le Maire de Belges : Musiciens de leurs voix symphonisent, Et leurs bufeaux unanimes concordent. C'est une espece de cornemuse; & je dérive de ce mot, pusus, dit par metaplasme pour pusa, d'où nous avons fait buse, parce que cet instrument s'enfie en jouant. Pusus, pusellus, bufeau. Le Du- chat. BUSQUE de femme, de pourpoint, d'homme. De Boëcum : parce que les premiers bufques ont été faits de bois. Anciennement on écrivoit buse : & ce mot se trouve ainsi écrit dans Montagne, liv. 1. chap. 49. Quand il perroit le buse de son pourpoint entre les mammelles, &c. M. On s'est aussi servi du mot buse en la même si- gnification. Henri Etienne, chapitre 18. de son Apologie d'Hérodote, page m. 153. J'ai ouy par- ter aussi de quelques Damoiselles, voire en ay cogneu, qui n'ont point faict d'Ill. ulté de porter des bustes au- despens du fruict qui estoit en leur ventre. Le Du- chat. BUSQUER : Comme quand on dit busquer fortune. De l'Espagnol bufcar, qui signifie chercher. Les Italiens disent aussi bufcare, mais dans la si- gnification de trouver, & non pas de chercher. Le Pere Labbe, dans ses Etymologies Françoises au mot bois, fait venir busquer de ce mot bois. Busquer fortune, dit-il, c'est-à-dire, aller au bois chercher quelque aventure à la chasse. M. Ferrari, dans ses Origines Italiennes au mot bufcare, fait de même venir ce mot de l'Italien bofco, qui signifie bois : Buf- care Hispani pro querere, investigare; fortasse à bofco, bofcare, venari, silvas agitare, translaum, pro indigare, andare in bufca, investigare. Nisi est ab- œtufcare. Covartuvias dérive aussi l'Espagnol buf- car de bofque, autre mot Espagnol, qui signifie un petit bois. Je l'ai fait venir, dans mes Origines Italiennes, du Latin expifcari, qui a été dit pour indagare, par une métaphore tirée de la pêche : comme investigare, par une métaphore tirée de la chauffe. Je suis présentement de l'avis de ceux qui dérivent busquer de bosco. M.
BUSSE. Nous appellons ainsi en Anjou une demi-pipe de vin. M. du Cange le dérive du Grec vulgaire burçico, diminutif de hâlis. De busse, on a fait busard. M. B U S T A R I N. Coquillart dans son Blafon des Armes & des Dames, folio 121. r. édition de 1532. Les soupbres ce sont romariés, Girofletz, lavandes, muguetz, Pour emprisonner besfarins, Qui viennent mafer aux banquets. Rabelais, livre 1. chapitre 25. Friandeaux, bus- tarins, talvassiers : où l'on voit que ce mot est une injure. Bousfarin se lit dans le Dictionnaire François-Italien d'Antoine Oudin, & ce mot y est expliqué par l'Italien pancione, qui signifie un homme à grofse pance, un homme ventru. Et dans les Antiquités de Borel on trouve Rusfarin pour rustre, comme un mot pris de Coquillart ; ce qui me persuade que c'est le Bousfarin des Co- quillarts imprimés, qui à cet égard sont plus cor- rects que les manuscrits. Le Rusfarin de Borel n'est pas une faute, puisqu'il ne peut se trouver effec- tivement dans Coquillart; mais c'est au fol. 41. v. où pourtant ce mot, de même qu'ailleurs busfarin, s'entend proprement des muguets & des amoureux parfumés de toutes sortes de bonnes odeurs. Bous- farin vient du Saxon puslen souffler, d'où pusler souf- fier, folio, & Bueslard, nom d'une Idole des anciens Saxons, laquelle étoit une vraie Eolipile. Voyez la Diffétration de M. Straube sur cette Idole, & le trait qu'on en trouve dans le Journal de Paris, Mai 1717. page 535. & suiv. de l'édition d'Amst. 1717. Le Duchat.
BUSSE. De l'Italien busto, qui signifie pro- prement le corps humain, sans comprendre, ni la tête, ni les bras, ni les jambes; mais qui se prend aussi, comme le François busse, pour tout le corps d'une statue avec sa tête. L'Italien busto peut avoir été fait de l'Alleman brust, qui signi- tie la poitrine, & qui se prend aussi pour un po- trait. Scaliger sur Eusebe, page 218. de la pre- mière édition : In clypeis expressa, thorace tenus, erat imago, qua proprii myotoxi dicitur, ut fo- sephos. Et in veteri Inscriptione, myotoxi magneptix quidam honoratur decreto Collegii. Inde Adhelmus, anxius antiquarum vocum aucep; lib. de Laudibus Virginitatis, non semel imagines vocat thoracidas; quod in Germanico Teutonismo ad verbum dicitur brust bild. Rufinus. Presbyter thoraces vocat, Hist. Ecclesiast. lib. XI. cap. 29. Thoraces. Serapis, qui per singulas quasque domos in parietibus, in in- gressibus, in postibus etiam ac fenestris erant. Tho- races Serapis dicit myotoxi: 2.10.12.3, anagly- phas & exsantes extra perpendiculum; quas myotoxi myotoxi myotoxi vocat Constantinus Porphyrogene- tes, id est, mensulas argenteas exscalptas; qua differebant à clypeis, quod clypei suspendebantur, & detrahi poterant : thoraces, de quibus loquitur Rufinus, & jatroque myotoxi Porphyrogeneta, in parietibus instrueta erant. Quom igitur thorax se myotoxi, manifestum est apud Pollionem legendum esse, expresso thorace vultus ejus; aut, Expresso thorace imaginis ejus, &c. Il y a beaucoup d'ap- parence que les Italiens ont dit busto de brust, en étant l'R; comme en cadafo, de cadastrum. Cette opinion de Scaliger me plaît davantage que celle de M. Ferrari, qui dérive busto de fustis. M. B U T. Voyez bute. M. B U T E. Bodo, & botontinus, se trouvent en cette signification. Fautus & Valerius, dans le Re- cueil des Auteurs qui ont écrit de limitibus agro- rum, page 312. In limitibus ubi rariores terminos constituimus, monticellos plantavimus de terra, quos botontinos appellavimus. Le Justiconfute Paulus, au livre v. de ses Sentences, titre 22. Qui termi- nos effodiunt, vel exarant, arbores et terminales ever- tunt, vel qui convellunt bodones, &c. Cujas sur cet endroit : BODONES : Sic uno exemplari scriptum le- gimus; cujus nobis cepiam fecit Pithaus noster. Bodo- nes sive Botones vicem terminorum praftant. Fox est Menforum, vel eorum qui de agrorum & limitum conditionibus scripserunt. ¶ Butta terra se trouve dans plusieurs écrivains de la Baffe Latinité. Voyez M. du Cange. On a dit aussi burtum, d'où notre mot François but. Du mot bute, on a fait huter, pour dire chopper. On dit aussi huter un arbre, pour dire, élever au pied d'un arbre un petit monceau de terre pour le soutenir. Voyez M. de la Quintinye. M. Il y a toute apparence que les mots bute & bute viennent du Latin-barbare butta. Mais on ne voit pas d'où butta est dérivé. Je conclus de-là que son origine est Teutonique ou Celtique; car telle est ordinairement l'origine des mots qui nous sont venus de la Baffe-Latinité. Les peuples du Nord s'étant établis sur les Terres de l'Empire Romain, mèlerent dans la Langue Latine quantité de mots de leurs propres Langues, & ces mots, de même que ceux du véritable Langage Romain, ont servi à former la Langue Françoïle.*
BUTER. De butare, inusité; formé de butta, aussi inusité. Buter, c'est ad burtam offendere. Les Latins ont dit de même cespitare, pour dire re- bucher broncher. Cespitare, c'est ad cespitem offen- dere. Voyez bute. M. B U T I N. C'est un diminutif du Bas-Alle- man beute, qui signifie la même chose. Les Bas- Bretons disent aussi butin, & les Anglois booty. M. Le haut Alleman dit beuten pour butiner, & dit pareillement beute pour butin. Le Duchat. Cette étymologie est certaine. Wachter, dans son Glossar. German. au mot Beute. BUTE, prada. Belgis buit; Ang. booty; Suec. & Island. byte; Gall. butin; Ital. bottino. Budaus derivat à bu- tous bovem sacrificare, furie quia prada dividitur, ut bos immolatus. Martinus à moix desiderium, quia prada est res desiderata, & alibi à binzu vim infero. Skinnerus à beutel marsupium, vel batten prodefe. Sed quid opus est falsas etymologias undi- que conqueres, cum vera sponte se offerat? Nam beiten & veiden olim erat capere, arripere, ap- prehendere, unde recte sunt verbalia beute & veide prada res bello vel venatione capta. Illud apud veteres desideratur, hoc apud Francos obvium est. Sed litte- ra utrinque sunt convertibles, & sensus utrinque idem. Propriè autem est res capta. Et hoc sensu etiamnum superat in composito ausbeute fructus ex quacumque re vel labore captus, & synecdochice reditus ex me- tallofodinis.*
BUTOR. Oiseau : ardea stellaris. Les Latins, selon selon le témoignage de Belon, l'ont appellé *bo-tauus*. Et à ce propos il est à remarquer ce que Pline, livre 10. chapitre 421 a remarqué, qu'on l'appelloit *taurus* à Arles : *Est qua boum mugitus imitator*, in *Arelatenis agro taurus appellata*. Belon en explique la cause. *Quand le butor*, dit-il, *Je trouve à la rive de quelque étang ou marais*, mettant son bec en l'eau, il fait un *si gros son*, qu'il n'y a bœuf qui pût crier si haut. Car il fait retentir les confins de tel son, qu'on l'oit d'une demi-lieu de loing : dont il gagne son nom Latin taurus. Marot, dans son Eglogue au Roi François I. *J'y d'autre part le piverd jargonner*, *Siffler l'écouffle*, & le *butor tonner*. Voyez M. Bochart, au chapitre 24. du livre 2. de son Hierozolcon, page 295. De la pareise de cet oiseau en marchant, nous avons dit figuement *butor*, pour *idiot*. Ce qui me fait souvenir de ce qu'a écrit Aristote du chapitre 18. du livre 12. de son Histoire des Animaux, que le butor est surnommé le *pareffieux*, & qu'un esclave pareffieux fut autrefois métamorphosé en cet oiseau : *i aymiae*, (c'est le *butor*, ainsi appellé à cause de ses diverses taches, qui ressemblent à des étoiles) *i puffian vyl-ros yio*, *i imanivus* *i ius*, *i uodovytrou iuis* *i iol-tau da bibus to apxosus*. *iis i uva vir iinuv-ulas vivus apyotro*. Les Grecs modernes l'ont appellés *i uvaio*, qu'ils prononcent *gitavros*. Voyez le Glossaire Grec de M. du Cange. Ce qui me donne sujet de croire, que les Latins des derniers tem. l'ont appellé *mugitaurus*, par contraction pour *mugiens taurus*; c'est-à-dire, un *taureau mugissant*. Le *mu* a été omis par les Grecs modernes, selon leur coutume d'omettre les premières syllabes : comme en *yd*, pour *ivym*, &c. Et à l'égard du François *butor*, l'M dans *mugitaurus* a été changée en *B*: comme en *scabellum*, de *scamnum*; en *flame*, de *flamma*; en *biereau*, de *meles*, &c. Voyez mon discours du changement des Lettres. Cette étymologie ne me déplaît pas. Le *bo-taurus* de Belon ne se trouve nulle part pour un *butor*. Et cette formation d'ailleurs n'est pas naturelle. Dans le petit Dictionnaire Latin-François, publié par le Pere Labbe, *onocrotalus* est interprété par *butours*. ¶ Le Pere Labbe, page 24. de la 2. partie de ses Étymologies Françoises, a dérivé *auron*, à *boatu taurino*, où à *bove* & *tauro*. Nicot a eu la même pensée. *BUTOR*, dit-il, *videur nomen habere* à *tauro*, *cujus mugitum repraſentat roſtro in aqua immerſo*: *ut ſit boſtaurus*, *vel boatus taurinus*. M. Une ancienne Traduction de Tite-Live, imprimée in-fol. à Paris, chez Guillaume Eustace en 1515. appelle par plusieurs fois *butors* les *vauceurs* que Tite-Live, livré 1. dit avoir été apperçus par Romulus & Remus sur le mont Palatin & sur l'Aventin. Jean le Brun, page 9. de la véritable Religion des Hollandois, imprimée en 1675. Pour ce qui est de la civilité & politesse de l'esprit des anciens Hollandois, les Romains n'en parlent pas fort avantageusement. Ils nous voudraient persuader que tous les Allemands étoient des gens fort lourds & ignorants; que les hommes, aussi bien que les femmes, n'avoient aucune connaissance ni des Lettres, ni des Sciences; & que les Bataves, sur tous les autres, étoient des gens stupides & grossiers. De sorte que Martial, grand railleur parmi les Poites Romains, voulant exprimer un homme d'une grande stupidité, l'appelle seulement oreille de Batave : qui étoit une Tome I. B U Z. B Y R. B Y S. 273 petite injure parmi les Romains, mais que je crois avoir pris son origine de l'ignorance des Italiens en Langue des Bataves, qui semblent avoir appellé (comme encore aujourd'hay) un Lourdant Bot oor (oreille grossiere). Mais les Romains l'ayant mal entendu, ont peut-être cru que Bot étoit la même chose que Batave, & de-la ont fait leur auris Batava, ou oreille de Batave. Le Duchat.
BUZARD. C'est un augmentatif de Bufe. Il vient de l'Arabe *Bacon*, Faucon, Epétvier. *Huet*. BUZE. Guillaume Cretin, page 156. de la nouvelle édition de ses Poésies : *Plus prins de joye aux argentines buces* *Des paſtoureaux*, & *doulces cornemuses*. C'est le simple de *bucine*, sorte de trompette. Le Duchat.
BYRSE, ou BYRSA. C'étoit anciennement le nom de la Citadelle de Carthage. Les Grecs la nommerent *Byrsa*, faute d'entendre la Langue des Phéniciens, ou pour accommoder ce mot à leur Langue, qui renverioit sans scrupule l'ordre des lettres pour rendre la prononciation plus douce. Ainsi de *byrsa boſrah*, qui en Ebreu & en Phénicien signifie une citadelle, une fortereſſe, du verbe *buſtfer*, fortifier, munir, ils firent *Byrsa*. Ce nom étoit très-facile à retenir, parce qu'en Grec le même mot signifie un cuir. Cette allusion, que le hazard prééentoit, ne fut point perdue, & ce fut le fondement d'un conte. On supposa que Didon, à qui il faut apparemment attribuer la citadelle de Carthage, avoit acheté des Africains autant de terrein qu'elle en pourroit environner de la peau d'un bœuf. Virgile, *Æneid liv*. 1. vers 370. *Mercatique ſolum*, failli de nomine *Byrſam*, *Taurino quantum poſſent circumdare tergo*. Bochart n'est pas le premier qui se soit moqué de cette badinerie, & il avertit que d'autres l'avoient méprisée avant lui. Il y avoit dans l'Idumée une Ville célèbre, qui portoit le nom de *Boſrah* ou *Boſra*, & dont il est parlé dans l'Idie xxiii. 1. *.
BYSSE. C'est le nom d'une sorte de lin dont les Anciens s'habilloient. Ce mot n'est guère en usage en François. Il vient du Latin *byſſus*. Le Latin vient du Grec *bice*, & ce dernier de l'Ebreu *piz* *bous*. Les Interprètes de l'Écriture expliquent communément le mot *byſſus*, par *fin lin*, tant dans l'ancien que dans le nouveau l'eftament. Au chapitre xvi. de Saint Luc, 39. où il est dit, dans notre Édition Latine conformément au Texte Grec, que le mauvais Riche *induebatur purpura & byſſo*, Meſſieurs de Port-Royal ont traduit, qui étoit *vetu de pourpre & de lin*: ce qui n'exprime pas assez la propriété du mot *byſſus*, qui signifie quelque chose de plus que de simple lin. Les Peres Jéſuites ont traduit, qui s'habilloit d'écarlate & de toile fine. Le Pere Amelote, qui a voulu s'accommoder à nos usages, a mis dans la Verſion, qui M m étoit vêtu de pourpre & de foie. Mais le *byffus* étoit autre chose que notre foie, comme on le peut prouver évidemment par un grand nombre d'anciens Ecrivains, & entr'autres par Pollux, livre VII. de fon Onomast. chapitre 17. où il dit : « *Bion & Ainu vi Iusue wai Iusue. Iu di egi wai a- 1000iui aue Iusue vi Iusue 1000iui, iU il vlii 1000i 1000iui aue 1000iui 1000iui : c'est-à-dire : Le byffe est une sorte de lin chez les Indiens. Il y a aussi chez les Egyptiens une espece de laine que pro- duit un arbre, & de laquelle on fait des habits qui ressemblent beaucoup au lin. M. Simon a traduit plus à la lettre le passage de Saint Luc, en met- tant, qui se étoit de pourpre & de fin lin ; avec cette note : Il y avoit une espece de fin lin qui étoit fort cher, & dont les plus grands Seigneurs se vé- toient en ce pays-là, & dans l'Egypte. Ce Riche en* *avoit un habit couleur de pourpre. Cela s'accordé parfaitement avec le Lexicon d'Hésychius. Bo- chart a aussi remarqué dans fon Phaleg, livre 3. chap. 4. que ce qu'on appelle byffus, étoit un lin fort délié, qui étoit souvent teint en pourpre. Pli- ne aifure que le byffe étoit une espece de lin très- fin. Pausanias dit la même chose. La version Sy- riaque, à l'endroit de Saint Luc que nous avons cité, porte *bouts*, qui est la même chose que l'E- breu *bouts*, Il faut qu'il y ait eu deux sortes de byffe, l'un plus précieux que l'autre : car dans l'an- cien Testament, de deux mots Ebreux qui signi- fient byffe, il y en a un, savoir *wari schofch*, qui est toujours employé quand il est parlé des vêt- mens des Prêtres ; & l'autre, savoir *kuf bouts*, quand il est parlé des vêtmens des Levites. Le lin ordinaire s'appelle en Ebreu *kuf bad*.* **C**A : comme quand on dit, par *deca*. De ce *bac* ; qu'on a dit pour *hacce* : comme *met- ipissimus*, pour *ipissimus met*. Voyez *mesme*. M. **CABACET.** Armet. Lat. *galea*. De *caput*. *Ca- put*, *capum*, *capacum*, *capacetum*, **CABACET**. De *caput*, les Espagnols ont fait de même *cabeca*, pour dire la *tefte*. Vigenaire dans la Traduction de Ph- loftrate a écrit *cabaffet* : *Ou il fit depuis prendre les cabaffets des Myfiens*. M. **CABAL.** Ce terme est de la Coutume de Bour- deaux, art. 11. où, en marge du grand Coutu- mier, Ragueau l'interprète par *peculium*, c'est-à- dire le *pecul* ou petit capital qu'une personne a amaffé, & qu'il peut employer comme il veut. De *capale*, fait de *capum*, dit par métaplafme pour *caput*. Le Duchat. **CABALE.** De l'Ebreu *caba, qui* si- *gnifie receptio* ; comme **MASORA**, *traditio*. Ces deux mots sont termes corrélatifs. M. Le terme Ebreu *kabbalah* signifie pro- prément *reception par tradition*, & il vient du ver- be *kibbel*, qui, en Ebreu Rabbinique, si- gnie recevoir par tradition, recevoir de pere en fils, d'âge en âge. Il se dit d'un sentiment, d'une opinion, d'une explication de l'Ecriture, d'une cou- tume ou pratique transmise de pere en fils. Les Juifs croient que Dieu donna à Moise sur la montagne de Sinai, non-seulement la Loi, mais encore l'ex- plication de la Loi; & cette explication non écrite, ils l'appellent Loi orale, ou *Cabale*. C'est le sens propre & primitif de ce mot. Parmi ces explica- tions de la Loi, il y en a de mystérieuses, qui consistent en des significations abftruses & singu- lieres que l'on donne ou à un mot, ou même à chacune des lettres qui le composent; d'où par différentes combinaisons qu'une de l'Ecriture des explications fort éloignées de ce que les termes semblent naturellement signifier. L'art d'interpré- ter ainsi l'Ecriture, s'appelle plus particulièrement *Cabale*, & c'est le sens le plus ordinaire de ce mot dans notre Langue. Cette *Cabale*, qu'on nomme artificielle, pour la diftinguer de la premiere dont nous avons parlé, & qui n'est qu'une simple Tra- dition, se divise en trois especes. La premiere s'ap- pelle *Gemeria Gemaria*, mot qui paroît corrom- pu de *geometria*. Elle confiste à prendre les lettres pour des chiffres ou nombres arithmétiques, & à expliquer chaque mot par la valeur arithmétique des lettres dont il est composé. La seconde espece s'appelle *Notarium*, mot corrompu de *notarius*, & elle confiste ou à prendre chaque lettre d'un mot pour une diction entiere, ou à fai- re des premieres lettres de plusieurs mots une seule diction. La troisième espece s'appelle *the- mounab*, c'est-à-dire *changement*, & elle con- fiste à changer un mot & ses lettres dont il est composé, soit en les séparant, soit en les trans- posant, soit en prenant l'une pour l'autre, en di- vers sens. La *Cabale* dont nous venons de parler, se nomme *spéculative*. Il y en a une autre qu'on nomme *pratique*, & qui est une espece de magie. Il s'est trouvé des visionnaires parmi les Juifs, qui ont dit que ce n'étoit que par les mystères de la *Cabale* que J. C. avoit opéré ses miracles. On don- ne aussi le nom de *Cabale* non-seulement à l'art, mais encore à chaque opération de cet art, c'est- à-dire, à chaque interprétation particulière, faite selon les règles de cet art. R. Jacob Ben Aicher, surnommé Baal Hattourim, est un Compilateur de presque toutes les *Cabales* inventées avant lui sur les cinq Livres de Moise.* **CABAN.** Vieux mot inuité, qui signifie une sorte de manteau avec des manches. Bourdelot, dans ses Origines Françoises Manuscrites, qui m'ont été obligemment communiquées par M. Bonnett célèbre Médecin de Paris, son petit-neveu, le dérive de *Sabanum*. Mais *Sabanum* signifiant le linge avec lequel s'effluent ceux qui se sont bai- gnés, il n'a rien de commun avec notre *caban*. Touchant cette signification de *Sabanum*, je prends la liberté, par occasion, de renvoyer mes Lec- teurs à Cujas dans ses Observations, livre IX. cha- pitre 1. & à Meurfius & à M. du Cange, dans leurs Glossaires Grecs. ¶ **CABAN** vient de *cappanum*, foe- mé de *cappa*, en la signification de *cappa* : duquel mot *cappanum* les Italiens ont aussi fait leur *gab-* fano, comme je l'ai remarqué dans mes Origines de la Langue Italienne. M.
CABANE. Il y a beaucoup d'apparence qu'il vient de *xamāyō*, qui signifie une *creche* ou *mangeoire de beffe*; ou pour mieux dire une *étable*. Joannes Januenfis in *Catholico*: Capana, *vilis casa vel donum palea couperta*: & *dicitur à capio*, capis, *qu'a capiat tantum unum*, *in in vineis custodiendis*. Popia dit: *ita à rusticiu dicta*, *quia unum tantum capiat*, *id est tugurium*. Nos anciens François discient *capana*; comme il se voit dans le Catholicon: *Parva capana*: *capane*, ou *loge pour garder poignes*. Cafeneuve.
CABANE. Du Latin-barbare *capanna*, qui signifie petite *māfionnette de chaume*, *tugurium*: d'où les Italiens ont aussi fait leur *capanna*. Isidore, livre xv. de ses Origines, chapitre 12. dit que *capanna* a été dit *quod tantum unum capiat*. TUCHEM, *parva casa est*, *quam faciunt sibi custodis vinarum ad regimen sui*, *tacquam tugurium*. Hoc rustici capannam *vocant*, *quod tantum unum capiat*. Qui est une étymologie ridicule. *Capanna* a été dit pour *cabana*, fait du Grec *xācāyō*, qui signifie une *étable*, & une *eſpece de coche*. Pierre Lefeina & le Monofini ont aussi dérivé l'Italien *capanna* du Grec *xācāyō*. M. Ottavio Ferrari l'a dérivé de *cavas*: *quod olim in cavis montium habitarent*, *cum frigida parvas praberet ſpelunca domos*. Voyez mes Origines Italiennes au mot *capanna*. Encore une fois, il vient de *xācāyō*, ainsi que l'Italien *capanna*, & l'ſipagnol *cabana*. M.
CABANE, *cabaret*, *cabinet*. Ces trois mots viennent de *caupona*. *Caupona* vient de *caupo*, qui vient de *xānxā*. Huot.
CABARET. Il y a beaucoup d'apparence que ce mot, moyennant le changement de quelques lettres, vient de *xamāxāyō*, qui signifie même *chofe*. Les Glofes: *xamāxāyō*, *popa*, *popina*, *taberna*, *camponium*. Cafeneuve.
CABARET. Lieu où l'on donne à boire & à manger. Bourdelot, dans ses Etymologies Françoises, le dérive de *cabaret*, en la signification d'un simple nommé de la forte, duquel il fera parlé à l'article suivant. Voici les termes de Bourdelot: *Cabaret est appellé de l'herbe dont autrefois on faisoit les bouchons*, qui se font aujourd'hui de lierre. Il se trompe. CABARET, en la signification dont est ici question, a été fait de *xamā* qui signifie un lieu où l'on mange, & qui a été fait de *xānxā*, qui signifie manger à *goulée*. *xānxā*, *xānxā*, *caparis*, *capare*, *caparetum*, *CABARET*. De *xamā*, on a aussi fait *xānxā*, qui signifie un *cabaretier*. Hésychius se trompe étrangement, dérivant ce mot de *xāxā*, qui veut dire *vin*, en langage Ionique. *xāxā*, *in*, *ionis*. *isōn epi xānxā*, *it is in* *xānxā*. De *cabaret*, nous avons fait CABARETIER. C'est ainsi qu'il faut dire; non pas, comme on dit dans les provinces, CABARETTIER: car on dit à Paris *cabaretier*. Et ce mot se trouve ainsi écrit dans la Coutume de Paris. M.
CABARET. Eſpèce de ſimple, qui est le *nardus Silveſtris* des Latins. Charles Etienne, dans ſon de *Re Hortensi*, le dérive de *bacchar*. BACCHAR, dit-il, *ca est herba*, *quam vulgus noſtrum*, *metathoſe litterarum*, *ac diminutinis ſyllabā addita*, *vocat* du cabaret. *Graci aſarum appellant*. Bourdelot dit la même *chofe*. M. de Saumaiſe le dérive de *combrettum*. COMBRETTUM, *quod est ſimplimum bacchari*, *libri aliquando cobretum vocant*. *Inde Galli ſuum ſecerunt cabaretum*; *quod esse aſarum* *volunt quidam herbarii*. Sic ex *caltula Latinarum ſuam depravaverum calentulam Herbarii*. C'est ſur Solin, page 1068. Il dit la même *chofe* au chap. 18. de les Homonymes des Plantes, page 17. CABARETUM *vocamus*, (ce ſont ſes termes) *detorto parumper vocabulo ex antiquo cobretum*. *Ita enim veteres libri apud Plinium scribunt*, *quod in vulgatis legitur combretum*. *Non eodem tamen ſenſu cabaretum dicimus*, *quo olim dictum cobretum*. Sic *vulgā appellant antiquorum aſarum*. *At cobretum ſimplimum bacchari*, *toſte Plinio*. M. CABAS: Panier à figues & à raiſins. De l'Italien *cabapo*: qui a été fait de *cabaceus*, ou *cabacius*: qui l'a été de *xācāxā*. *xāxā*, *xācāxā*, *xācāxā*, *cabaceus*. *xāxā* est inuſité. Il a ſignifié *capio*. Et *capio* en a été fait. Voyez mes Origines Italiennes au mot *cupo*. ¶ Scaliger, dans ſon premier Scaligerana, interprète le mot Latin *ero eronis*, en cet endroit de Vitruve, *eronibus aggerenda est calx*, par le mot François *cabas*. M.
CABAS, s'est dit aussi dans la ſignification de tromperie. Alain Chartier, p. m. 544. *Poſturages & truages*, *Tailles pour payer les gages*, *Ou ſe ſont les grans cabas*. Le Duchat.
CABASSER. Dans la Farce de Pathelin: *Janette, Marie, Guillemette*, *Pour quelque peine que je mette* *A cabaſſer & ramaſſer*, *Nous ne pouvons rien amaſſer*. Dans le Roman du petit Saintré, chapitre 6. Il en a la moitié *cabaſſé*. Par ma foy, ma Danne, ſauf votre grace, il ne m'en eſt demoure demer. Je ne doute point que ce mot n'ait été formé de celui de *cabas*, & qu'il n'ait ſignifié originellement *amaſſer* en mettant dans un *cabas*. Voyez *cabas*. On s'en ſert dans nos provinces, pour dire *rompre la teſte*. *Vous ne faites que me cabaſſer*. C'eſt-à-dire, *vous ne faites que me rompre la teſte*. M.
CABASSER, ſignifie quelquefois *tromper*. Voyez Borel. Du reſte, dans le premier des quatre vers que M. Ménage rapporte de la Farce de Pathelin il y a une faute, & on doit lire *Sainte Marie! Guillemette*, au lieu de *Janette, Marie*. La Paſſion à perſonnages, édit. in-40. fol. 136. ro. *Car tels gens tombent voulentiers* *En larrecins & grans cabas*. Ibid. v. ... mais je ſuppoſe *Qu'il ne ſe monte pas grant choſe*, *Quant le grain eſt tout aſſemblé*; *Et ſe tu ne l'euſſes emblé* *Et bien cabaſſé par de coſte*, *Tu euſſes mal payé ton hoſte*. Ibid fol. 137. v. *Je le prendrai moy même au corps*, *pour me récompenſer des tors* *Qu'il m'a ſaitzien mains cabas*. *Helas! pour meſchant, helas!* *Que dis-tu, que ſait-tu Judas*, *Judas, & ou te veulx-tu mettre?* *Prens-tu maintenant tes ébats*, *En larrecin & en cabas?* Ibid fol. 197. r. *Larson cabaſſeur de pécune*. Mn. ij On voit par le second passage, que *cabaffer* se dit proprement du grain que les valets dérobent, & qu'ils cachent dans des paniers en attendant la commodité de le vendre. *Le Duchat*.
CABINET. De *cavinetium*, diminutif de *cavinum*, diminutif de *cavum*. M.
CABIRES. C'étoit le nom que l'on donnoit aux Dieux des Samothraciens. Ils étoient aussi adorés en quelques lieux de Grece, comme à Lemnos & à Thebes, où l'on célébreit les Cabiries en leur honneur. Sanchoniaten dit que les Phéniciens les honoroient aussi. Une inscription Grecque qui est à Venise, les appelle *Grands Dieux* GEON META-ANN KAREIPON. Ce nom de *Cabires* vient du Phénicien, & signifie *puissars*. Dans la Langue *cavique*, qui a peu de chose près étoit la même que celle de Phénicie, *cachir* signifie *validus*, *potens*. Le mot *Cabires* a un autre sens dans Origenne contre Celse, où il se prend pour les anciens Persans, c'est-à-dire, pour les *Gaires* ou *Gauves*, adorateurs du feu; & alors ce mot n'est pas Phénicien, mais Persan, comme l'a remarqué M. Hyde dans son Histoire de la Religion des anciens Persans, tirée de leurs écrits en leur Langue. Les mots *Gaires*, *Gauves* & *Cabires*, ne diffèrent que par un changement de lettres qui sont du même organe. \* C A B. C A C. Si cette terre avoit servi à marquer le lien de l'amitié qui unifioit les deux Rois. Toutes ces explications ne sont peut-être pas meilleures, les unes que les autres, & je ne les rapporte que pour montrer, que les Interprètes, en voulant tout entendre & tout expliquer, ne nous donnent souvent que des conjectures frivoles & sans fondement. Il eût mieux valu, ce me semble, avouer son ignorance sur ce mot, comme sur beaucoup d'autres de l'Écriture, ou du moins s'en tenir à l'interprétation de Joseph dans l'explication d'un terme qui étant de la Dialecte Phénicienne, pouvoit avoir une signification particulière inconnue dans la Dialecte des Ebreux, & de laquelle Joseph pouvoit être instruit. \*
CABUSEUR, c'est-à-dire, trompeur. Alain Chartier, page m. 351. dans un de ses Ouvrages intitulé l'Éspérance, &c. parlant du faux Prophète Mahomet : Or s'est fait le cabaheur adourer. Je crois que cabaheur est dit dans cet endroit pour eo-abuseur. Et page 707. Car joule semblant le cabaheur fait la mise de fordomnie. Le Duchat.
CABUTS. Choux cabuts. De cabutus, dit pour caput : qui a été fait de caput. Les Gafons prononcent encore aujourd'hui cab, au lieu de cap, qui signifie teste, & qui a été fait de caput. Cab de Dious. Les Allemans appellent Kappis-kraut, un chou cabu; c'est-à-dire, herbe à teste : & les Polonnois, Kapusta, qui approche du François cabuts. M.
CACA. De cacare, fait de xaxax. M.
CACAO. Fruit, dont on fait le chocolate. Voyez Furetiere dans son Dictionnaire, au mot cacao, & Jules Scaliger contre Cardan, cxi. 1. Voyez aussi ci-dessous au mot chocolate. M.
CACAR. Nom Arabe qui signifie palais, château, forteresse. Cacar & Alcazar ne diffèrent qu'en ce que le premier est dépouillé de son article, & que le second a cet article, qui sert à augmenter l'idée que le nom donne de la chose. Ainsi Alcazar signifie le château ou la forteresse par excellence : Cacar-Pharaon veut dire château de Pharaon, Ville d'Afrique dans la Province de Fex : Cacar-Hamet, c'est château de Hamet, Ville ruinée sur la côte de Tripoli en Afrique : Cacar-Hassen, c'est château de Hassen, autre Ville ruinée à l'Orient de Tripoli. \*
CACHER. M. Guyet, à qui je défère beaucoup en toutes choses & particulièrement en matières d'étymologies, croit que ce mot a été fait de l'italien cacciare, qui signifie chasser en sa primitive signification. Et comme l'on poufse ce que l'on chasse, il croit que ce mot a signifié ensuite poufser, & ensuite cacher; à cause que l'on cache ce que l'on poufse. Mais si l'on en croit M. du Cange, cacher vient de saccus; quasi in sacco sebe abcondere. M.
CACHET. Parce que le cachet cache le contenu de la lettre, dit M. de Saumais, page 344. de son livre intitulé, Specimen Conputationum Heraldi. M.
CACHEXIE. Terme de Médecine. La Cachexie est une habitude du corps méchante & dépravée, une mauvaise disposition qui rend le teint de toutes les paries pâle, livide, ou plombé. Ce mot vient du Grec xaxia, formé de xaxia, mauvaise, & d'Ex disposition. \* 277.
CADASTRE. On appelle ainsi en Dauphiné & en Provence le Registre des fonds de chaque Communauté, contenant les noms de chacun des propriétaires, & l'estimation de chacune des pièces de ces fonds, pour l'astiette des tailles; qui est ce que faisoient les Romains pour leurs cens. Ulpien en la Loi 4. au Digesse de Censibus : Forma censuali cavetur, ut agri sic in censum referantur. Nomen fundi cujusque, & in qua civitate, & quo pago sit, & quos duos proximos vicinos habeat, & id arvum quod in decem annos proximos satum erit, quot jugerum sic. Virea quot vites habeat : aliva quot jugerum, & quot arbores habeat : pratum quod intra decem annos proximos seclum erit, quot jugerum : pascua, quot jugerum esse videantur. Item, filva cadue. Omnia, ipse qui defert, astimet. Plusieurs croient que ce mot a été fait de l'Epagnol cada fait du Latin quota : Mais ils se trompent. Il l'a été de capitastrum, qui a été fait de caput : Ce que l'ancienne ortographe capdaftre, témoigne manifestement. Hauteferre, au chapitre 2. du livre 3. de ses Aquitaniques, le dérive de capitularium : CAPITULARIUM vocarum librum descriptionei tributorum, quod etiam capitum censum contineret. Gregorius Turonensis, libro ix. capite 30. Gaiso vero, Comes ejusdem temporis, accepto capitulario, quod anteriores Scriptores fecisse commemoravimus, tributa cecpit exigere. Sed ab Eufronio Episcopo prohibitus, cum exacta parvitate ad Regis direxit præsentiam, ostendens Capitularium in quo tributa continebantur. Voyez Pierre Pithou sur les Capitulaires, au mot capitulare. Raguean, dans son Indice, interprete aussi le mot de cadafore par Capitularium tributorum. ¶ Les Italiens disent Catafto. La Crufca, au mot catafta : Da CATASTA, catafto, che è quella gravezza che noi chimiamo anche decime : detta catafto, perche, come dicon le Storie, nel distribuir la, s'aggravano i beni di ciascuno : il che i Fiorentini dicevano accatastare : onde si chiamà quella gravezza. La Crufca a visè à ces paroles de Machiavel, qui sont du livre 4. de son Histoire : Era durata quella guerra dal 22. al 27. & erano stracchi i cittadini di Firenze del gravezza pofse insino allora, in modo che si accordarono a transurli. E perche le fuffero uguali secondo le ricchezze, si providde, che le si poneffero a i beni, e che quello che aveva centofiorini di valfoute, navesse un mezzo di gravezza. Avendola per tanto a distribuire la legge, e non già memini, venne a gravare assai i cittadini potenti. Et avanti ch'ella si deliberasse, era disfaverita da loro. Solo Giovanni de' Medici apertamente la lodava; tando ch'ella s'ottenne. E perche nel distribuirla s'aggravavano i beni di ciascuno, il che i Fiorentini dicono accatastare, si chiamà quella gravezza catafto. Machiavel se trompe. Catafto a été dit de capitastrum. Caput, capitis, capita, capitafrum, captafrum, catastrum, catastrum, CATASTO. On a été FR. comme dans cactone de cafrum. Et il ne sert de rien de dire, comme a dit M. Ferrari, que ce droit-là étoit sur les biens & non pas sur les personnes. Accatastare a été dit premièrement des impositions faites par tête, & ensuite des impositions sur les biens. M. Ferrari dérive catafto du Grec xaxia. Ut castici libri sint, in quibus bona civium conscribuntur, & in ordinem rediguntur; Le Registre : Ce sont ses paroles. Encore une fois, il vient de captafrum. Accatastare a été fait d'adcapitare. M.
CADEAU. On appelle ainsi les paraphes que font les Maîtres à écrire autour des exemples qu'ils donnent à leurs Écoliers. De catellum, qui a été fait de catena, Catena, cadena, (comme les Éspagnols disent) catena, cadella, cadellum, CADEAU. Par métaphore, nous disons faire des cadeaux, pour dire, faire des choses spécieuses, mais inutiles. Et devant un Cadeau, pour dire, donner un grand repas. ¶ Mitalier n'a pas bien rencontré, en dérivant Cadeau de l'Ebreu ghadol, qui signifie grand : Ante typographicum artem, Librariorum munus in describendis libris verfabatur : ad eam rem Monachorum opera plurimum utebantur. Sed majusculas litteras & capita librorum, Iudai atro, minio, & cyano, illufrabant. Idquo mihi perfundem CADELLI nomen est. ut : quia viri ghadol, apud Hebrast, grande significat. C'est dans la Lettre à Jérôme de Châtillon, Président de Lyon. M.
CADENAS. De catenacium : d'où les Italiens, ont aussi fait catenaccio. Rabelais, liv. iv. ch. 30, & 50, a écrit catenat. D'autres écrivent cadenat. De catenatum. Voyez Paferat, sur Properce 654, où il remarque que les ferrites n'étoient anciennement attachées aux portes qu'avec des chaînes. M.
CADENÉ. De cadena, pour catena. Les Éspagnols disent aussi cadena. M. CADENETTE : petite moustache de cheveux du côté droit : ainsi appelée d'Honoré d'Albert, Seigneur de Cadencet, Maréchal de France, qui le premier porta de ces fortes de moustaches. Cet Honoré d'Albert, étoit frère de M. d'Albert de Luines, Connetable de France. M.
CADET. De Capitetum, comme qui diroit petit chef : à la différence de l'aîné, qui est le chef en chef de la famille. Anciennement on écrivoit capdet. La Chronique de Louis XI. pag. 308. de l'édition in-4°. Après ladite déconflure ainsi faite, ledit Duc en Auteriche, le Comte de Remme, & autres de leur compagnie, se ralièrent, & vindrent devant une place nommée Malaunov, dedans laquelle étoit un Capitaine Gafcon, nommé le Capdet Remonment. Voyez M. du Cange, dans son Gloffaire Latin, au mot Capdets. De cadet, on a fait le diminutif cadichon. L'étymologie de Dominicy, dans son livre de Prarogativis allodiorum, ch. 21. quasi a majori natu cadant, est très ridicule. Celle dont parle le P. Labbe, quia cadet, parce que le Cadet se fera tuer à la guerre, en buquant fortune par le sort des armes, ne l'est pas moins. Le P. Labbe, au reste, qui blâme mon étymologie, est blâmable en cela; étant indubitable que cadet a été dit, comme je l'ai remarqué, de capitetum, c'est-à-dire, petit chef. M.
CADIT. Juge de crimes capitaux. Villon dans son grand Testament, fol. manuscrit 13. 1°. de l'édition de ses Oeuvres, revues par Marot : Au temps qu'Alexandre régna, Un homme nommé Diomedes Devant lui on lui amena Fugrilloné pouce & derz, Comme un laryon car il fut des Éstumeurs que voyons courir, Si fut mis devant les Cadets Pour être jugé à mourir. Je crois qu'ici cadets s'est dit pour cadets, fait de capitalis, comme tel de talis. Ainsi cadet dans cet endroit de Villon, seroit la même chose que capdal, ou en tout cas cadet vient de capitatus, comme qui diroit petit chef. Ne viendroit-il point peut-être de Cadi, qui est le nom d'un Juge parmi les Turcs. Au reste, les Gafcons disent capdet pour cadet de Famille. Le Baron de Fœneffe, parle quelque part du capdet de Paulafton, qui étoit de ses amis. Le Duchat.
CADI. C'est le nom qu'on a donné aux Juges des causes civiles chez les Sarrafins & les Turcs. Ce mot est Arabe, & vient du verbe Kada, qui signifie définir, déterminer, décider, ordonner. Cadi est la même chose que Kadi, qui est le participe actif de ce verbe.
CADILESKER, ou CADILESQUER, ou CADILESQUIER. C'est le nom d'une grande dignité dans l'Empire Ottoman. M. Ricaut compte trois Cadilesker, celui de Romelie, c'est-à-dire, d'Europe, celui d'Anatolie, c'est-à-dire, d'Asie, & celui du Caire. Le mot Cadilesker est Arabe, composé de Kadi, qui signifie Juge, & de afec armée & avec l'article, alafsar l'armée; en sorte que Cadilesker, signifie à la lettre, Juge a l'armée, parce que d'abord il étoit juge des soldats.
CADIS, ou CADIX, ou CADIZ. Nom d'une petite Ise sur la côte d'Andaloise, Province d'Espagne. Solin dit que les Tyriens s'étant embarqués sur le Golfe Arabique ou mer Rouge, firent le tour de l'Afrique, & vinrent surgir à cette Ise, qu'ils nomment Erythrée, c'est-à-dire, Rouge, du nom de la mer de laquelle ils étoient partis. Ensuite les Carthaginois la nomment Gadir, qui en leur langue, signifie septum, c'est-à-dire, une clôture, un lieu clos, & qui vient du verbe Ebreu & Phénicien 712 gadar, clôtre, enfermer de murailles ou de palissades. Gader, en Ebreu, signifie une haie, une clôture, une muraille. Du Phénicien Gadir, les Latins ont formé Gadira & Gades, d'où le François Cadis.
CADMIE. Remède pour les yeux. Du Latin cadmia, fait du Grec 2015. Voyez Diofcoride, liv. 5. ch. 84. M.
CADMUS. Nom d'un célèbre Phénicien qui vint s'établir en Grece. Ce nom signifie Oriental, de l'Ebreu & Phénicien 2019 Kedem, c'est-à-dire, Orient. Cadmus venoit de l'Orient par rapport à la Grece. Il est parlé dans la Genele, xv. 19. des Cadmonéens ou Cadmonéens. C'étoient des Phéniciens Orientaux, c'est-à-dire, qui habitoient la partie Orientale de la terre de Chanaan. Il y avoit dans la Tribu de Ruben à l'Orient du Jourdain une ville appelée Cadémish ou Cadmeh. Il est fait mention au Livre des Juges, v. 21. du Torrent de Cadumin, qui couloit près du Mont Thabor. On croit avec raison que ce Torrent de Cadumin est le même que le Torrent de Cifon. On connoit dans ces quartiers la ville de Cadmon, marquée dans Judith, vii. 2. & qui pourroit bien avoir donné le nom au Torrent de Cadumin, autrement de Cifon. L'ancienne ville de Thèbes en Béotte, fut nommée Cadmea ou Cadmeia, du nom de Cadmus son Fondateur. Mais la ville s'étant considérablement augmentée, la partie baise fut appelée Thèbes, & la partie haute, qui garda l'ancien nom de Cadmée, fut regardée comme la citadelle de la baise ville. Etienne le Géographe dit que Cadmea ou Cadmeia, étoit un des surnoms de la Béotte. Euftathe dit aussi, que c'étoit un des surnoms de Carthage. Cadmeis étoit un des noms de l'Achaie, contrée de Grece, selon Thucydide. Tous ces mots viennent de l'Ebreu ou Phénicien 2019 Kedem, dont nous avons parlé ci-devant. Il y avoit en Asie une montagne nommée Cadmus, entre le C A D. C A E. mont Taurus & le Tmolus, selon Pline, liv. 5. ch. 29, qui la mer entre les plus considérables de ces cantons. Strabon, liv. 12. pag. 578. dit qu'elle étoit auprès de la ville de Laoditée, c'est-à-dire, de Laodicee sur le Lycus. Prolomée, liv. 5. ch. 2. en fait aussi mention. *
CADRE. Bordure de tableau. De quadrum, dont les Italiens ont aussi fait quadro. M.
CADUCEE. De caduceus. Lambin, sur Cornelius Nepos, pag. 523. de l'édition in. 4. derive caduceus (qu'il prétend avoir été dit pour caruceus) de uies, uies, uies, uies, cariceus, caryceus, caruceus, CADUCEUS. M.
CAEN. Ville de Normandie. En Latin Cadomum. Quelques-uns ont avancé que ce nom venoit de Cadmus, Prince Phénicien qui en cherchant la ferur, jetta les fondemens de cette ville. D'autres l'ont dérivé de Caii Domus, & ont dit que Caen avoit été fondé par Caius Céfar, ou par un autre Caius, Maître d'Hôtel du Roi Artus. C'est le sentiment de Guillaume le Breton. Paul Emile & quelques-autres Hiftoriens, ont débité ces tables comme des vérités. Le Président Faucher, tire le nom de Caen de Quentoricum, ayant cru mal à propos, que Quentoricum où Charles le Chauve permet la Fabrique de la monnoie dans ses Capitulaires, est Caen; au lieu que c'est une ville de l'Artois, située sur la Quanche. M. de Bras, le tire de Crociatonum, voulant que Caen soit le Crociatonum de Prolomée; mais ce dernier étoit un port de mer; & le Géographe, immédiatement après avoir marqué Crociatonum, met l'embouchure de l'Orne. D'autres ont dérivé le nom de Caen du Grec «aricus», nouvelle demeure: d'autres de Kademoth ville de la Terre Sainte: d'autres de Cantites. Quant à l'Oilinga-Saxonia, dont il est fait mention dans les Capitulaires de Charles le Chauve. M. Huet a fort bien prouvé que ce n'est point Caen. Les anciens Hiftoriens, ni les Géographes, ne nous disent rien de Caen; ce qui prouve que ce n'étoit pas encore une ville du tems que les Romains étoient maîtres des Gaules, & qu'ainsi il n'en faut pas chercher le nom si avant dans l'antiquité. Le nom ancien de Caen étoit Cathim. Cette ville est ainsi appelée dans la Chartre de Donation de Richard III. Duc de Normandie, datée de l'an 1026. In Bayocusi Comitatu Villa qua dicitur Cathim, super Flutium Olna. M. de Valois a cru qu'il falloit lire Cathem: mais Cathim, Cathem, Catheim, & Cathim, ne font que différentes prononciations d'un même mot. Cathim & Cathem, étant donc la même chose, de Cathem s'est formé. Cathem, le s'ouffrant souvent élison dans le milieu des mots, comme dans ceux de père, mère, frère, qui sont formés de patre, maître, frère. Le mot Cathem se trouve écrit dans les Augmentations faites à Sigebert par Robert de Torigny, Abbé du Mont S. Michel, & imprimées par D. Luc d'Achery. Et comme du Grec idio, les Doriens faisoient iux, de même de Cathem s'est fait Caen. Ce qui se prouve encore par l'ancienne prononciation du mot de Caen, qui n'étoit pas monofyllable comme à présent, mais qui étoit un mot de deux syllables, où les deux voyelles a & e étoient marquées par une prononciation distincte. De Cathem on a fait Cadom, le s'est étant changé en d, comme de moi on a fait Deus: car Cadom se trouve dans la Chartre de la fondation de l'Abbaye de la Trinité, dans la Vie de Saint Lanfranc, & dans la Chronique du Bec. De Cadom, le mot Caen a pu se former dans la fuite, aussi bien que de Cathem, par une analogie fort ordinaire dans notre Langue, comme de Laudunum s'est fait Laon, de Lugdunum Lyon, d'Audomarus Omer, d'Audomus Ouen. Bochart croit avec raison, que Cadom signifie demeure de guerre, & que c'est un mot hybride, composé de cad, terme Celtique ou Breton, qui signifie guerre, & de hom qui est d'origine Teutonique, & qui signifie demeure. Ce mot, selon les diverses dialectes de la Langue Teutonique se prononce différemment. En Allemagne c'est hmm, en Hollande hem, en Angleterre ham, en plusieurs lieux de Normandie homme. Car les villages nommés le Homme, Subhomme, Robohomme, le Homme, le Homme, viennent de hom, comme Hameau & Hamel viennent de hom. M. Huet estime qu'il faut rapporter le mot cad à celui de Cadetes, peuples dont parle Céfar, & situés apparemment vers le lieu où Caen est situé; & que Cadom signifie demeure des Cadetes; de même que Cabourg, petit bourg assez voisin de Caen, appelle dans les vieux titres Cathburgum & Cadburgum, signifie Bourg des Cadetes. Du reste, M. Huet croit que ces Cadetes, peuples Gaulois, peuvent bien avoir pris leur nom de cad, mot Gaulois qui signifie guerre. Ainsi Cadetes signifie Belltigaux. Je joudrai ici pour un plus grand éclaircissement de cette matière, ce que dit Wachter, dans son Glossar. German. au mot Cat, où après avoir montré par divers exemples, que cat ou cad, signifie bellum, il ajoute au sujet du mot Cadom, les paroles suivantes: CADOM, Cadomum, idem quod Anglo-Saxonibus wig-hus arx, castrum, castellum. Nam wig & cad sunt verba synonyma, & ham, heim, hom, est vocabulum Gallis & Germanis commune, quod non solum demum, sed etiam arcem & civitatem signus. Hinc Cadomum verismiliter est propugnaculum, aula castrensis, vel civitas belligerantium. Quod optimis vidit Bochartus, sed male correxit Huetius, pro bello consilium substituent, quasi Cadom sit Mallus vel locus consuliationis. Nam cad nulla Germanorum Dialello, nec nova nec antiqua, consilium Denotat. Error summi viri natus videtur ex affinitate Litterarum R & K, qua dum à Belgis male diffinguuntur, ut vix internosci possint, homini extere, & Belgica lingua ignare, potuerunt occasionem prabere, ut in Dittimarro Belgico legere kad pro rad. Vide praclarum opus Originum Cadomensium, cap. XIX. pag. 421. Hodie dicitur Caen, insigni depravatione. Voyez le même Auteur, au mot Heim. Voyez aussi ci-dessus, au mot Boheme. *
CAF. On appelle ainsi en Nivernois, le nombre impair. Les Italiens disent de même, caffo. Pato, o caffo: pair, ou impair. L'Italien caffo vient de capo. Voyez mes Origines Italiennes, au mot caffo. M.
CAFAR. De l'Arabe cafara, qui se dit d'un homme qui de l'hretien s'est fait Turc; ou qui de Turc s'est fait Chrétien, selon les Arabes Mahométans. Cafara signifie renier la vraie Religion. Les Arabes ont pris ce mot de l'Ebreu caphar, qui signifie renier: d'où vient caphar, qui signifie re- nieue, renégat. Les Turcs disent encore aujourd'hui kaphir, par injure, pour dire renégat. M. Riche- ler, dans son Dictionnaire a désapprouvé cette étymologie. Voici ses termes : Ménage dans ses Origines soutient que cafard se dit proprement d'un homme qui de Chrétien s'est fait Turc. Cela est peut-être vrai, mais l'usage y semble contraire. M. Richeler, me fait dire ce que je n'ai point dit. J'ai parlé des Arabes, & non pas des François. M. M. l'Abbé Berault, a fait la remarque suivante sur ce mot : Le mot cafara, dit-il, ne signifie pas un homme qui de Chrétien s'est fait Turc, ou qui de Turc s'est fait Chrétien. Il signifie seulement un Infidèle, un Payen, un homme qui ne croit point en Dieu, ou qui le nie. Ainsi on appelle Cafres, les peuples de l'Afrique qui habitent vers le Cap de Bonnet-Espérance, a causé qu'il ne connaîssent point Dieu, & n'ont aucune connoissance de la Religion. Les Rabbins ont plutôt pris le mot cafar des Arabes, en la même signification. Les Rabbins disent que c'est pour cofer bekkar, qui signifie celui qui nie le fondement, c'est-à-dire, Dieu & la véritable Religion. Le Targum, ou l'Interprète Chaldarque se sert du mot cafar dans le même sens. M. M. Ménage ne dit point ce que le mot Cafar signifie dans notre langue. Voici ce qu'il y signifioit, il y a un peu plus de deux cens ans, comme on le peut voir au livre intitulé, la Gram Nef des Fous du monde, imprimé en 1499. fol. 41. 1°. Ce qu'on entendoit sous les noms de Quêteurs ou de Caffars, car ces deux noms étoient synonimes, c'étoient certains porteurs de Reliques, vraies ou fouilles, lesquelles servoient à cette sorte de gens à s'éroquer l'argent du petit peuple, en lui faisant accroire que ces prétendues reliques de tel ou de tel Saint, avoient chacune sa vertu particulière. Et c'est en ce sens, que Rabelais dit, liv. 4. chap. 45. Ainsi prêchoit a Sinays un Caphart, que saint Antoine metoit le feu et jambes, saint Europe faisoit les hydropiques, saint Gildas les fois, saint Genou les gouttes. Par le mot caffarder, on entendoit parler beaucoup & mal-à-propos; témoin ce que dit le Juge dans Pathelin : Il n'y a ni rime ni raison a tout tant que vous caffarder : & ce qu'on lit dans Amadis, tom. 6. ch. 23. Je t'apprentissage à caffarder d'une autre sorte. Le Roman du Nouveau Tristan de Leonnois, pag. 225. C'est trop caphardé, c'est-à-dire, trop sermoné. Cafar en ce sens, vient de cape, d'où capuchon. Le Duchat. C A F E. C'est le nom d'une boiffon célèbre. Les Arabes la nomment kahouah, ou kahoueh; & c'est de-la qu'a été fait notre mot café, en ôtant l'aspiration, & changeant l'un en f. Comme le café vient originairement de l'Arabie heureuse, on ne fautit douter que son nom ne soit Arabe. C'est ainsi que thé est un nom Chinois, parce que cette plante nous vient de la Chine, que cacao est un nom Mexicain, parce que cette amande est une production du Mexique; & ainsi de plusieurs autres choses qui conservent le nom qu'elles ont dans le pays d'où elles viennent originairement. Mais qu'est-ce que signifie le mot Arabe kahoueh, & d'où vient-il ? Quelques-uns le dérivent du verbe kowa qui signifie être fort, avoir de la force, être supérieur en force; & dans la seconde conjugaison, renforcer, fortifier. Mais quoiqu'il soit vrai que le café fortifie, il ne s'enfuit pas de-la que ce soit le sens du mot; parce qu'il y a dans le milieu du mot kahoueh, une aspiration qui ne se rencontre jamais dans kaona. Le mot kahoueh, suivant Golius, Meninski & Caftel, signifie ce qui donne de l'appétit, quod appetentiam tibi inducis, & c'est un des noms que les Arabes donnent au vin. Il se dit premièrement du vin, & ensuite de la décoction de ces baies ou graines, que les Arabes appellent hun, & que nous avons aussi nommé café, du nom de la boiffon qu'on en prépare. Ainsi les Arabes ont transporté la dénomination de kahoueh, qui chez eux désigne le vin, c'est-à-dire, une liqueur connue de tout tems, à une autre liqueur qui est nouvelle chez eux, & qui, à ce que l'on croit, n'a commencé d'y être connue que vers le milieu du quinzième siècle de l'Ère Chrétienne. Apparemment qu'ils regardent d'abord le kahoueh comme une boiffon qui avoit quelque resemblance avec le vin, & que c'est pour cela qu'ils lui donnèrent le même nom. S'il est vrai qu'ils ont appellé le vin kahoueh, parce qu'il excite l'appétit, on peut dire que cette dénomination convient beaucoup mieux à la boiffon de café, qui, comme l'on fait, est un bon stomachique, & facilite la digestion. Le mot kahoueh vient sûrement du verbe kaha, que Golius explique par, alienus, aversus fuit, lorsqu'il est joint avec la préposition an, c'est-à-dire, ab; ce qui a fait croire à quelques-uns qu'il signifioit proprement avoit du dégoût, n'avoit point d'appétit, & que les Arabes avoient donné au vin le nom de kahoueh, parce qu'il ôte l'appétit quand il est pris avec excès. Mais cette signification n'est que secondaire; & il semble que le verbe kaha signifie proprement acer, promptus, celerque fuit; du moins Golius explique de la sorte le participe actif kahi. Les propositions, sur-tout celles qui marquent l'éloignement, l'aversion, changent beaucoup la signification des verbes dans la langue Arabe, & même dans toutes les langues; & il ne faut pas juger du sens propre & primitif d'un verbe par celui qu'il a quand il se trouve joint avec certaines prépositions. Quoiqu'il en soit de la véritable signification du verbe kaha, & quelle que puisse être la raison pour laquelle les Arabes ont donné au vin le nom de kahoueh, il est certain qu'ils ont ensuite communiqué ce nom à la boiffon dont ils ont été les inventeurs, & que nous appellons café à leur imitation. C A F R E S. Nom des peuples qui habitent la côte Orientale & Occidentale de la pointe Méridionale de l'Afrique. Il vient du mot Arabe café qui signifie incrédule, infidèle, & qui est un participe du verbe cafara, être incrédule, être infidèle. Les Arabes appellent de la sorte ceux qui ne sont pas Mahométans comme eux. Les Portugais ont pris ce nom des Arabes pour désigner les habitans naturels de l'Afrique Méridionale, & ils l'ont pris sans doute dans le sens de Barbares; car il est assez indifférent aux Chrétiens, que ces peuples suivent la religion de Mahomet ou qu'ils n'en ayent point du tout. L'un ne vaut pas mieux que l'autre pour le salut, & les Ethiopiens Mahométans ne sont pas moins cafres, c'est-à-dire, moins incrédules & moins infidèles, au jugement des Chrétiens, que ceux qui n'ont point de religion. Les Portugais ont donc pris ce mot dans une autre signification. Ils voyoient que les Arabes s'en servoient lorsqu'ils parloient d'un assez grand nombre de peuples qui n'ont aucune connoissance du vrai Dieu, qui n'ont ni Roi, ni demeure fixe, allant ça & là dans des campagnes de sable & dans des déferts, ayant presque autant de langages différents qu'il y a de nations, vivant d'une manière sauvage, Juvage, fans habit, avec un nez écrasé & de grof- ses lèvres, mangeant les serpens, les autres repti- les & les insectes; peu différens enfin de ceux que Pline, liv. vi. ch. 30. & Solin, ch. 30. ne dési- gnent que par les noms des animaux dont ils se nourrissolent. Les Portugais ont réuni toutes ces idées sous le nom de Cafres, & ont appelé Cafrerie toute cette partie de l'Afrique Méridionale dont les habitans vivent à peu près de cette manière. La pauvreté de ces peuples n'est pas capable d'attirer les Négocians dans l'intérieur de leur pays: leur ferocié en détourne les Missionnaires; de sorte qu'il n'y a guère que les côtes que l'on connoisse.
CAGE. De cavia, qu'on a dit pour cavea. Les Gloves: Gabia, cavea, yodnaya. L'1 voyelle est de- venu confone; comme en auge, d'avius, pour aveus; en pigeons, de pipiones; en rouge, de ru- bus; en finge, de fimia, en tige, de tibia, &c. Voyez M. de Saumaire, sur l'Histoire Auguste, pag. 227. Les Languedociens disent gabie. M. CAGEOIS: pour Villageois. Nicot le dérive de casa: à casarum incolatu. ¶ Casa, casensis, ca- sois, CAGEOIS. M.
CAGEOLER. De caveolare: par métapho- re, tirée des oiseaux qui chantent en cage. M.
CAGEROTE. Forme de fromage. Lat. forma casaria, calathus casarius. Nicot le dérive de ca- sens. M.
CAGNARD, ou CAIGNARD. Gueux, pareaux, sainéant. Pasquier, livre 8. de ses Re- cherches, chap. 42. Car quant au mot de caignard, cela dépant d'une histoire dont je puis estre témoin. De tant qu'en ma grande jeunesse, ces sainéants avoient accoutumé au temps d'est de se venir loger sous les ponts de Paris, garçons & garces pelle- mes. Et Dieu fait quel message ils faisoient en- semble. Tant y a qu'il me souvient qu'autrefois par cri public, émané du Prévois de Paris, il leur fut defendu sur peine du fouet, de plus y banter. Et comme quelques-uns fussent desobéissants, y'en vis fouetter pour un coup plus d'une douzaine sous les mesmes ponts: depuis lequel tems ils en oublierent le chemin. Ce lieu estoit appellé le Caignard; & ceux qui le fréquentoient, Caignardiers: parce que, tout ainsi que les canaris, ils vouaient leur demeure à l'eau. Pasquier se trompe. Cagnard & Cagnardier ont été faits de canis. Voyez cagneux. M. CAGNARD est originairement un mot du Lan- guedoc, où on appelle de la sorte ce côté de la rue où donne le soleil, pendant que de l'autre il fait sombre, & souvent froid. Les gueux & les sainéans se tiennent volontiers au caignard, pour s'y chauffer aux dépens du bon Dieu, comme on parle, & de la cagnardier, dans la signification de sainéant; & cagnardise, dans celle de sainéantise. Or comme les chiens choisissent les endroits où luit le soleil, pour s'y coucher tout de leur long, de la auffi caignards pour ces endroits où le soleil attire les sainéans. Dans Rabelais, liv. 4. ch. 63. dormir en chien, c'est dormir à jeun en haut soleil, com- me font les chiens. Le Duchat.
CAGNEUX. La plupart des chiens, & par- ticulierement les baissés, sont cagneux: ce qui me fait croire que ce mot a été fait de l'Itaien cagna, qui signifie une chienne. Canis, cane, cagna, cagno, cagnée, CAGNEUX. M. CAGOT: en la signification d'hypocrite. Paf- Tome I. quier, VIII. 2. Got, en Langue Germanique & Françoise, signifioit Dieu. Et de la nous tirons les mots de Bigot & Cagot, pour dénoter ceux qui avec une trop grande superstition s'addonnent au service de Dieu. M. Il paroît que par le mot de cagots, nos ancêtres ont entendu les Religieux Mendians. Et ce sont auffi les mêmes que Rabelais a entendus sous ce nom, lorsque, liv. 2. ch. 7. il attribue à l'Empe- reur Justinien, un livre de Cagots tollendis; pui- que, n'en déplaise à M. Simon de Valhebert, qui a prétendu que ce titre de livre étoit une allusion à la Loi de Justinien de Caducis tollendis, Rabe- lais a en vue une autre Loi du même Empereur de Valldis mendicansibus, de laquelle fait auffi men- tion le Roman de la Rose, fol. 71. v. au chapitre du Faux semblant; & Agrippa, en son Livre de Vanitate scientiarum, au chapitre de Mendicitate, qui est le 65. Et Rabelais paroît auffi avoir la mé- me pensée, liv. 3. ch. 8. où il cite de nouveau ce livre de Cagots tollendis. Le même Auteur, livre 5. ch. 2. parlant des oiseaux de l'isle sonnante, dit qu'aux Moinegaux, Abbegaux, &c. desquels seuls cette isle étoit anciennement peuplée, venoient se joindre depuis trois cents ans de tems à autre grand nombre de Cagots, espèce d'oiseaux qui ne faisoient que conchier toute l'isle. D'où il est clair, que ceux que Rabelais appelle Cagots, sont proprement les Religieux Mendians, & non les anciens Or- dres, qu'il comprend sous le nom de Moinegaux & d'Abbogaux. Ainsi je me confirme toujours plus dans ma pensée, que sous le nom de Cagots il faut entendre particulièrement les Francisquins & les Dominicains. Et comme de capus on a fait capu- cus, d'où capucus capuchon; je croirois volontiers que cagot vient de capucus, formé de capucus, de cette façon. Capus, capucus, capucus, caco- tus, cagot. Il est d'ailleurs à remarquer, que quand Rabelais, liv. 5. ch. 2. dit que les oiseaux cagots avoient bonny & conchie l'isle sonnante, il fait allusion de cagot à caguer, fait de cacare; & que lorsqu'au chapitre suivant il parle d'autres cagots qui ne chantoient point lorsqu'on sonnoit les clo- ches de leur cage, il fait allusion de cagot à cage. Le Duchat. CAGOTS de Bearn. Scaliger, dans son pre- mier Scaligerana, le dérive de canis Gottus. Mu- tam semper Galli tollunt inter duas vocales, et vi- dere est in sequentibus, coquus, QUIX; bovis, BUE; Gottus, Gaux; Vasconice, Gothi; probus, PREUX; votum, VŒUX. Apud Froissardum, ita scribitur, non VŒUX; nodus, NŒUX; ficatum, FOYE, lorum, LEURRE; canis Gottus, CAGOT. Notandum porro, omnia nomina Gallica in eux terminata, à Latinis diffyllabis, quorum prima syllaba vocalis est, ariri. Je remarquerai ici en passant, que cette observation de Scaliger, n'est pas véritable: com- me il paroît par ces mots, courageux, pareaux, lumineux, avantageux, &c. Je reviens à l'étymo- logie du mot de cagot. M. de Marca, ci-devant Précident au Parlement de Pau, & à présent Evé- que de Couferans, homme de grande érudition, a traité amplement de l'origine de ce mot au cha- pitre 16. du livre 1. de son Histoire: Et comme ce qu'il en a écrit, est également docte & curieux, j'ai jugé à propos de le rapporter ici tout au long. 1. Je suis obligé d'examiner en cet endroit l'opi- nion vulgaire qui a prévalu dans les esprits de plu- sieurs, & qui mesme a esté publiée par Belleforest, touchant cette condition de personnel qui sont habi- N n tuées en Bearn, & en plusieurs endroits de Gascogne, sous le nom de Cagots, ou de Capots; à sçavoir, qu'ils sont descendus des Wiigots, qui resterent en ces quartiers après leur déroute générale. Cette difficulté ne peut être bien résolue, sans avoir représenté l'effet de ces misérables, qui sont tenus & censés pour personnes ladres & inédites, auxquelles par article exprès de la Coustume de Bearn, & par l'usage des Provinces voisines, la conversation familière avec le reste du peuple est sévèrement interdite; de manière que mesme dans les Eglises ils ont une porte séparée pour y entrer, avec leur bienflier, & leur siège pour toute la famille; sont logez à l'écart des villes & des villages où ils possèdent quelques petites maisons; sont ordinaire meflier de Charpentiers, & ne peuvent porter autres armes, ni ferrements, que ceux qui sont propres à leur travail. Ils sont chargés d'une infamie de fait, quevoient non pas entièrement de celle de droit, étant capables d'être ouis en tesmoignage; combien que, suivant le Fer ancien de Bearn, le nombre de sept personnes de cette condition, fut nécessaire pour valoir la déposition d'un autre homme ordinaire. On croit donc que le nom de Cagots leur a été donné, comme si l'on vouloit dire Caa-Goths, c'est-à-dire Chiens-Goths; ce reproche leur étant resté, aussi bien que le soupçon de laderie, en haine de l'Arianisme que les Goths avoient professé, & des rigueurs qu'ils avoient exercées dans ces contrées; & l'on se persuade qu'en suite, pour une peine de leur servitude, on leur avoit imposé la nécessité de couper le bois, comme l'on fit aux Gabonites.
II. Mais je ne puis gonfler cette pensée, qui ne prend son fondement que du rencontre de ce nom de Cagots, avec l'origine qu'on luy donne: d'autant plus que cette dénomination n'est pas si propre à ces pauvres gens que plusieurs autres qu'on leur a données, & ne se trouve décrite que dans la Nouvelle Coustume de Bearn résumée l'an 1551. Au lieu que les anciens Forts escrits à la main, d'où cet article a été transcrit, portent formellement le nom de Chrestiaas ou de Chrestiens; & de là, l'endroit des Paroisses où ils sont battis se nomme par le vulgaire le quartier des Chrestiens, comme aussi on leur donne plus ordinairement dans les discours familiers le nom de Chrestiens que de Cagots. Dans le Cayer des Estats tenus à Pau l'an 1460, ils sont nommez Chrestiens & Gezitains. En Basse Navarre, Bigorre, Armagnac, Marsan, & Chalose, on leur donne divers noms, de Capots, Gahers, Gézits, Gézitains, & de Chrestiens; où ils sont aussi rejettez du commerce ordinaire & de la conversation familiaire, pour être soupçonnez de laderie. Ce soupçon estoit si fort en Bearn en cette année 1460, que les Estats demandèrent à Gaston de Bearn, Prince de Navarre, qu'il leur fut dressée de marcher pieds nuds par les rues, de peur de l'infection, & qu'il fût permis en cas de contravention, de leur percer les pieds avec un fer; & de plus, que pour les distinguer des autres hommes, il leur fut enjoint de porter sur leurs habits l'ancienne marque de pied d'aye, ou de canavés laquelle ils avoient abandonné depuis quelque temps. Ces articles néantmoins ne fut pas respondu. Ce qui fait voir que le Conseil du Prince n'adhérait pas entièrement à l'animosité des Estats; & qu'il n'estimait pas que ces gens fussent vrayement infeltez de laderie; d'autant que s'ils eussent resté persuadé de cette opinion, il n'y avoit point de difficulté de faire les déffonées à ces misérables, de marcher pieds nuds par les rues; comme fit Mahava le Calyphe de Damas aux ladres de son Royaume, ainsi qu'on lit dans la Chronique d'A- braham Zacuth. Je conclus de ce que des plus, que les diverses dénominations de Chrestiens & Gézitains, le soupçon de vraye laderie, & la marque du pied d'aye, ne pouvant s'accommoder à l'origine des Goths, qui estoient illustres en extraction, esloignez d'infection; & suivant Salviam, de profession Chrestienne, que je néantmoins Ariens, il est nécessaire de tourner ailleurs sa conjecture, & rechercher une descente à laquelle tous les soubriquets puissent convenir.
III. Je pense donc qu'ils sont descendus des Sarazins qui resterent en Gascogne après que Charles Martel eut des faits Abdirauma, qui en son passage avoit occupé les avenues des mons Pyrénées & tous la Province d'Aux, comme l'esprit formellement Rodéric de Tolède, en son Histoire Arabique. On leur donna la vie en faveur de leur conversion à la Religion Chrestienne, d'où ils tirerent le nom de Chrestiens; & néantmoins on conserva toute entière en leur personne la haine de la nation Sarazinesque: d'où vient le surnom de Gézitains, la persuasion qu'ils sont ladres, & la marque du pied d'aye. Pour bien comprendre ce, il faut présupposer que le Siège de l'Empire des Sarazins fut establie en la ville de Damas de Syrie, comme l'on apprend de l'Histoire Grecque de Zonare, de l'Arabique publiée par Erpenius, & de l'Espagne, décrite par Isidore de Badajos il y a neuf cens ans. De sorte que l'Afrique ayant esté conquise par les Lieutenants du Calyphe de Damas, l'Espagne fut la suite de leur victoire; & cette Armée Mahomeraine que le Général Abdirauma Sarazins fit pénétrer de l'Espagne dans les Gaules, marchoit sous les auspices du Roy Sarazins de Damas en Syrie. On comme les Médecins remarquent qu'il y a plusieurs pays sujets à certaines maladies locales, la Province de Syrie & celle de Judée sont sujettes à la laderie, comme a observé cet ancien Médecin Aetius, & Philon le Juif, qui de là tire une raison de Police touchant la deference faite aux Juifs de manger de la chair de pourvenu. La preuve de cette infection pour les Syriens, se tire aussi de l'Histoire de Naaman de Syrie, qui fut guéri de la lèpre par Elisée; mais Gézi en fut frappé pour le prix de son avarice. C'est pourquoi les anciens Gascions, encore qu'ils donnaient la vie aux Sarazins qui embrassent la Religion Chrestienne, conserverent néantmoins cette opinion, qu'ils estoient ladres, comme estans du pays de Syrie qui est sujet à cette infection; & pour justifier leur sentiment, animé de la haine publique, employeient la lèpre de Gézi; d'où vient la dénomination de Gézits & Gézitains.
IV. Ils leur ont toujours reproché leur puantour & leur odeur infelée, non-seulement en haine de leur tyrannie, comme les Italiens dontoient cette mauvaise réputation aux Lombards, ainsi qu'on voit l'Epître addressée à Charlemagne par le Pape Estienne, qui pour le divertir du mariage de Berte, fille de Didier Roy des Lombards, lui représente l'infection & la mauvaise odeur qui accompagneait ordinairement la race des Lombards; mais parce qu'on a toujours observé par expérience, que les Sarazins j'entoient mal, & avoient une odeur puante qui exhaloit de leur corps. Ce qui est tellement vray, qu'ils estimoient que cette mauvaise odeur ne pourvoit leur être osée que par le moyen du Baptisme des Chrestiens, auquel pour cet effet ces Agarteniens au Sarazins présentoient leurs enfans, suivant leur ancienne coustume, ainsi que tesmoigne le Patriarche Lucas en sa Sentence Synodique, & Balsamon sur le Canon XIX. du Concile de Sardique; laquelle Coustume les Turcs continuent encore aujourd'hui. Aussi Burchard, en la description de la Terre Sainte, certifie que les puans Sarazins avoient accoutumé de son tems, c'est-à-dire, il y a 600. ans, de se laver en cette fontaine d'Egypte, où la tradition enseignait que Notre-Dame lavoit son petit enfant, & notre grand Maître, & que par le bénéfice de ce lavement ils perdoient la mauvaise odeur qui leur est comme héréditaire, ainsi que parle Burchard. A que j'adjousté-ray ce que Brouwerus a remarqué des Juifs, qu'ils estoient aussi diffamés anciennement d'exhaler une fâcheuse odeur, que Fortunat ecrit avoir été effacée par le Saint Baptême que l'Évêque Avirus leur conféra. Ils ont autrefois été accusés d'en procurer le remède par le sang des enfans Chrétiens qu'ils toient le Vendredi Saint, pour prendre ce sang meslé avec leurs azymes, comme ils pratiquent en la personne du petit Simeon, en la Ville de Trente, l'an 1475, au rapport de Jean Mathias, Médecin, & auparavant en la Ville de Fulde, du tems de l'Empereur Frédéric l'an 1236. V. Ayant recherché l'origine de l'imputation de la ladrerie & de la puanteur des Gecitains ou Cagots dans la race des Sarazins, on doit dériver de la même source la marque du pied d'aye ou de canard, qu'ils étoient contraints anciennement de porter, que l'usage en soit maintenant aboli : combien que par Arrest donné contradictoirement au Parlement de Bourdeaux, il ait été autrefois commandé aux Cagots de Soule de porter la marque du pied d'aye ou de canard. Car comme le plus fort & le plus salutaire remède qui soit proposé dans l'Alcoran pour la purgation des péchets confités au lavement de tout le corps, ou d'une de ses parties, que les Mahométans pratiquent sept fois, ou pour le moins trois fois, chaque jour, on ne pouvoit conserver la mémoire de la supposition Sarasinesque, par un caractère plus exprès que par le pied d'aye, qui est un animal qui se plaît à nager ordinairement dans les eaux. Néanmoins en Catalogne la marque d'un Sarasin estoit de porter les cheveux rasés & coupés en rond, sous peine de cinq fois, ou de dix coups de soue sur la rue, suivant l'ordonnance des États tenus à Léride.
VI. Il reste de satisfaire à la dénomination de Cagots; laquelle, outre qu'elle est en usage dans Bearn, est aussi pratiquée dans le reste de la Gascogne sous le nom de Cagots; & même en la Haute Navarre, où cette forte de gens sont appelées Agotes & Cagotes. Sur quoi se n'ay rien de plus vray-semblable à proposer, sinon qu'on leur faisoit ce reproche pour se moquer de la vanité des Sarazins, qui ayant surmonté les Espagnols, mettoient entre leurs qualites, celle de vainqueurs des Goths, comme faisoit Albacen le Roy More de Conimbre, petit fils de Tarif, en son Édit, qui est au Monastère de Lorban en Portugal, lequel Édit Sandoval a produit en ses Noies sur Sampyrus. On prétendoit donc leur donner le titre de leur vanterie, en les qualifiant Chlens ou Chasseurs des Goths, par une signification active : de même que Ciceron nomme Chlens, ces effrontez qui servoient aux desseins de Verres pour butiner la Sicile, si l'on n'aime mieux croire que c'est un ancien reproche & terme de mespris, tiré de ce controle de Concagatus, dont il est fait mention dans la Loy Salique. Ce qui peut être confirmé, de ce que lorsqu'on veut à bon escient mespriser ces gens, on injurier quelqu'autre personne, on emploie le nom de Cagot pour un controle très-arce.
VII. Pour clore ma conjecture touchant la descente des Cagots, & la deffense qui leur est faite de se mesler en conversation familiere avec le reste du penple, je pense qu'outre l'opinion de la lépre qu'on leur a toujours imputée, l'ordre qui fut tenu des le commencement en leur conversion, peut avoir donné lieu à la couflume qui a perlevée depuis, de les escarter du commerce ordinaire des hommes, particulièrement en ce qui regarde le repas, que nos paysans ne veulent jamais prendre communément avec eux. Car comme ils devoient être instruits en la Foi Chres-tienne avant que de recevoir le Baptême, & passer par les degrés des Catéchumènes, pendant une ou deux années, à la discrétion des Évêques; il falloit aussi qu'ils fussent traitez en qualité de Catéchumènes pour ce qui regarde la conversation avec les autres Chrestiens, qui estoit sévèrement interdite aux Catéchumènes, ainsi que l'on euit dans le chapitre v. du Concile de Mayence tenu sous Charlemagne, en ces termes : Les Catéchumènes ne doivent point manger avec les Baptites, ni les baisser, moins encore les Gentils ou Payens. Ce qui fut fait au commencement par cérémonie Ecclésiastique, d'escarter les Sarazins nouveaux Catéchumènes de la communication des repas & du baisser avec les autres Chrestiens, passa en couflume à cause de la haine de la Nation, acompagne du soupçon de ladrerie, qui s'est augmenté avec le temps à mesure qu'on a ignoré la vraye origine de leur séparation. Car à vray dire, ces pauvres gens ne s'en point tachez de lépre, comme les Médecins plus savants attesteent, & enri'autres, le sieur de Noguez Médecin du Roy & du pays de Bearn, très-recommandable pour sa doctrine & pour les autres bonnes qualites qui sont en luy, lequel, après avoir examiné leur sang qu'il a trouvée bon & louable, & considéré la constitution de leurs corps, qui est ordinairement forte, vigoureuse, & pleine de santé, leur a accordé son certificat, afin qu'ils se pourveuvent pardevant le Roy, pour être déchargé de la tache de leur infamie, puisque c'estoit la seule maladie qui les pouvoit rendre justement odieux au peuple.
VIII. Cette aversion n'est pas seulement en Gascogne; mais aussi en la Haute Navarre, où les Prestres faisoient diffi ulte de les ouir en confession, & de leur adndinster les Sacrements, l'an 1514. De maniere qu'ils eurent recours au Pape Leon X. lequel ordonna aux Ecclésiastiques de les admettre aux Sacrements comme les autres Fideles. L'exposé de leur Requeste prétend de baisser à ces Agots ou Chrestiens (car c'est ainsi qu'il les nomme) une origine tonte nouvelle, disant que leurs ayants avoient fait profession de l'brésie des Albiges, en haine de laquelle, bien qu'ils l'eussent abandonnée, on les chargea d'insamie qui passoit à leur postérité. Mais il y a de la surprise en cette Requeste, d'autant que les Cagots sont plus anciens que les Albiges. Car ceux-ci commencèrent à paroistre en Languedoc environ l'année 1180. & furent ruines l'an 1215. & néanmoins les Cagots estoient reconnus sous le nom de Chrestiens des l'an 1000, ainsi qu'on remarque dans le Carri-laire de l'Abbaye de Luc; & l'ancien For de Navarre qui fut compilé du temps du Roy Sancé Ramires, environ l'an 1074, fait mention de ces gens sous le nom de Gaffos; d'où est venu celuy de Gafets en Gascogne; & les mettant au rang des ladres, les traite avec la même rigueur que le For de Bearn.
IX. Le Sieur de Bosquer, très-savant personnage, Lieutenant Général au Siège de Narbonne, en ses Noies curieuses & pleines d'érudition sur les Epistres d'Innocent III. qu'il a publiées, soupçonne que ces Capots soient de la race des Juifs, & qu'ils aient pris N 19 C A G. C A H. l'origine de leur nom du terme Latin Capus qui s'ignifie dans les Authentis du moyen tems, comme chez Theodulphe d'Orleans, un Espérvier, à capiendo; d'où il estime que les Capitulaires de Charles le Chauve ayent donné par sobriquet le nom Capi aux Juifs, à cause des usures & des rapines qu'ils exerçaient; à laquelle signification se rapporte celle de Gahets, qui est un surnom des Capots en Gascogne. Cette pensée est ingénieuse; mais je doute que les Capi puissent être pris dans les Capitulaires pour les Juifs : au contraire, pesant toutes les paroles de ce texte, il a parçu que c'estient, non pas des personnes d'une telle particulière, mais plus fort une espèce de Marchands de certaines denrées, fussent-ils Chrétiens ou Juifs, avec cette seule différence, que le Marchand Juif devait payer pour les deniers du Roy le dix-septé denier, & le Chrétiens le troisième. ¶ Nous disons Capon en Anjou pour dire gœux. M. J'ai donné ma conjecture sur l'origine du mot cago. Et je ne pense pas que l'origine de cago soit autre dans la signification de ces pauvres gens qu'on appelle Cagois ou Capots de Bearn. Ci-dessus, article 3. M. de Marca ne doute point que les Cagois ou Capots de Bearn, qui paissent pour l'adres dans l'esprit du commun peuple du pays, ne soient descendus des Sarrazins, que plus bas, art. 4. Il dit avoir été notés de tout tems à cause de leur puanteur, & soupçonnés de l'adres à cause qu'ils venoient d'un pays où cette vilaine maladie était fort commune. Et comme encore aujourd'hui dans les pays où il y a des l'adres, ou des gens qui paissent pour tels, ces malheureux n'osent fortir, soit pour leurs affaires, ou pour quêter, qu'enveloppes de longs manteaux, & la tête couverte, & le visage a demi caché d'un linge fort épais, afin que par ces précautions les perlounes qui approchent les l'adres, puissent se sauver de l'infection; je ne doute point que les cagois ou capots de Bearn n'ayant été appelés de la sorte à cause des capes de Bearn, qu'ils étoient obligés de porter en tout tems, lorsqu'ils paroissaient en public. Et comme les Sarrazins ont régné long-tems en Espagne, de-là vient aussi le reproche qu'on fait aux Espagnols de sentir le faguenat. Le Duchat.
CAGOULE. C'est un froc. Rabelais, livre 1. chapitre 40. Il n'y a rien si vray, que le froc & la cagoule tire à soi les approbres, injeux & malédictions du peuple. De cucullu. Le Duchat.
CAHIER. Voyez CAIER.
CAHIN-CAHA. Rabelais, dans son Prologue du liv. 4. de son Gargantua : Et en ceftuy bas état, en gaignant cabin caba sa pauvre vie. Du Latin qua bien, qua har. M.
CAHOT. CAHOTER. Nous appellons cabut les fautes que font les charettes, les coches, & les carrots, en roulant dans un chemin raboteux, & les trous qui font faire ces fautes : & CAHOTER, faire ces fautes. Du verbe cader les Italiens ont fait le verbal caduta : d'où nous avons fait CAHOT. Au lieu de caduta, on a dit caducum, par métaplatine : d'où nous avons fait CAHOT : comme CAHORS, de caducum. Et de caducare nous avons fait CAHOTER : qui est comme qui diroit, aller souvent de haut en bas. Cadere, e venire da alto a basso senza ritegno, disent Meffieurs della Crucia au mot cadere. Les Espagnols appellent ces lieux raboteux altibaxos : c'est-à-dire, haut & bas. C A H. C A I. Et ils disent par métaphore, les altibaxos de fortuna. M. Barthelemi Aneau, dans sa Traduction de l'Utopie de Thomas Morus, p. 131, & 132. de l'édition de Lyon 1559. Ainsi par cabote, & camels, saisis de brique en divers lieux par les basses parties de la Ville l'eau flue : & aux hauteurs où l'eau ne peut monter, ils ont des visternes où la pluye assemble, qui n'est pas moins utile que l'invention des cabots. Le Duchat.
CAHUETTE. Petite maïsonnette. C'est un diminutif de cabute, mot usité dans plusieurs Provinces, qui signifie la même chose, & qui se trouve dans Nicot : lequel remarque qu'on dit cahutelle. Le Pere Labbe croit que c'était un diminutif de cage. Voyez-le, à la page 104. de la première partie de ses Etymologies Françoïes. En Basse Normandie on dit cabute. M.
CAIER. De scaparium. Scapus, scapa, scaparium, caparium, caarium, CAIER. Les Gloies d'Ifidore : SCAPUS, certus numerus charta scripta. Nicot le dérive de codex, & M. du Cange, de quaterna. M. Je remarque que tous les noms que nous avons donnés au papier, depuis la rame jusqu'à la feuille inclusivement, ne sont que les suites d'une figure prise de l'arbre, & fondée sur ce que, comme l'arbre se divise en rameaux, les rameaux en branches, les branches en de plus petites branches, & que ce qui termine ces branches sont des feuilles, de même la rame, ou le grand rameau de papier, se partage en mains, (manus à manando della est, vel quod ex ea manent digiti, dit le Calepin) la main en cayers, scapus, (mot qui souvent signifie la tige des herbes, & quelquefois le bois où sont attachés les grains de raisins) & enfin les cayers en feuilles, a quoi se termine la division du papier. Voyez au mot Rame. On a dit quaternum en la même signification de caier. On a écrit aussi-quayer, & ce mot, pour une certaine quantité de chandelles, se trouve page 708. & suiv. de l'Histoire de Charles VI. édition du Louvre 1653. dans une Ordonnance de 1386. & dans une autre de 1388. Le Duchat.
CAIEUX. M. de la Quintinye : CAYEUX, se dit en fait d'oignons de fleurs. Et ce sont de petits commencements d'autres oignons ronds par dehors, & convexes par dedans, que la nature pense & forme tous au tour de la partie basse, & en acinte de chaque oignon. Et cela, pour la multiplication de l'espèce de ces oignons : les uns ne se multiplient que de cette façon, comme les Tubérenses, Jonquilles, Narvisses, &c. Ces cayaux ayant été désachés de l'oignon principal, deviennent par le tems aussi gros que luy. Les autres se multiplient de graines aussi bien que de cayaux; comme les Tulipes, Hyacinthes, &c. L'origine de ce mot ne m'est pas comme. M.
CAILLE. Oiseau. De l'italien quaglia, que M. Ferrari dérive de quaglia, mot qui se trouve dans Papias en cette signification. Quaglia, genus avis : vulgo coturnis; a vocis sono. Ce sont les paroles de Papias. J'ai cru autrefois, que l'italien quaglia avoir été fait d'ivra, en cette manière : ivra, ivra, ivra, virigalius, virigalia, galia, calia, QUAGLIA. ¶ Les Bas Bretons disent caill. M.
CAILLE. Les couleurs du plumage de cet oiseau représentent des écailles. Et c'est de-là qu'il a pris son nom. *Haut*.
CAILLEBOTTE. On appelle ainsi en An- jou & en Normandie du lait pris, coupé par mor- ceaux : comme qui diroit, *une botte de lait caillé*. Ce mot se trouve dans Rabelais, 3. 51. & 4. 59. *M.*
CAILLELAIT. Terme de Botanique. Plan- te dont les fleurs ou tiges nouvellement fleuries font cailler le lait. C'est de-là que lui vient son nom. On l'appelle en Latin *Gallum*.
CAILLER. De coagulare. Du caillé, c'est *lac* *coagularum*. M.
CAILLER. Vaisseau à boire. Dans le Registre de la Chambre des Comptes de Paris, intitulé *Croix*, folio 86. au sujet des Droits des Officiers de la Chambre : ITEM : *Chaque Maître reçoit par la main de l'Argentine certaines mitaines de drap, cer- tains gands de œuf, un cailler, un chapeau de fen- tre pour l'effet, & autre pour l'hiver tous les ans*. M. du Cange, dans son Glossaire Latin, au mot ma- zer, produit plusieurs autres endroits de Comptes de la Chambre des Comptes de Paris, où il est fait mention de ce mot en cette signification. Dans le Compte d'Etienne de la Fontaine, Argentier du Roi, qui est de 1350. *Madres & caillers, pour boire vins nouveaux*. Dans le même Compte : *Pour faire & forger 7. bouillons d'argent, peisant deux onces, dorez & émaillez à leurs armes, & mis à sons des- dits caillers*. Et ailleurs : *Pour appareiller & recou- dre 2. harap caillers*. Et ensuite : *Pour faire & for- ger la garnison de sa coupe de madre de son ben- noir de jour, & de son cailler de nuit, pour le terme de Touffairs : & les douze bouillons, pour les caillers de sa table*. Et encore ensuite : *Pour faire & forger 4. bouillons d'argent doré, & émaille, pour mettre et sous des 4. caillers*. De *caliciarium*, formé de *calix*. *M.*
CAILLETTE, sorte d'injure. Marot, dans une de ses Balades intitulée *De soy-mefme*, du temps qu'il apprenait à écrire au Palais à Paris : *Bref, si jamais j'en tremble de frisson, Je suis content qu'on m'appelle Caillette*. Beze, dans sa Lettre sous le nom de *Paffavantius* au Président Lizet, page 161. Si un argumen- tarier *sic in ipsa Sarbona, omnes socii tui te deride- rent sunt Calletum*. Caillette étoit le fou de François I. Rabelais fait mention de ce fou, livre 3. chap. 26. en ces ter- mes : *Seigny Joan, sol insigne de Paris, bisayel de Caillette*. A Nîmes & à Montpellier on dit, *fou comme Caillette* : ce qui ne permet pas de douter que cette injure n'ait été introduite en notre Lan- gue à cause de ce fou de François I. Feu M. Ri- gaud, Confeiller au Parlement de Metz, se ser- voit souvent de ce mot de *Caillette*, en cette signi- fication. On dit à Paris, *caillette quaman*, en par- lant d'un petit garçon, qui, au lieu d'aller jouer avec les autres, se tient auprès de sa mère. *M.* La Satyre Menippee sur l'Assemblée de Saumur, imprimée en 1612, page 36. *Si nous étions tous de Paris, je dirais que nous ne sommes que caillettes, puisque nous l'avions si belle ; aussi on nous l'a bien rendu à la Saint Barthélemy*. On voit par ce pas- sage, que le sobriquet de *caillette* est particulier aux Parisiens. Comme, du reste, il y a de l'appa- rence que *Sibiler*, fou de Henri III. ne sur appelle de la sorte qu'à cause de sa simplicité semblable à celle d'un oison, appelle en plusieurs endroits de la France *sicilia*, à *sibilando*, je suis bien tenté de croire que le sobriquet de *caillette*, donné, com- me je le suppose, au fou de François I. a cause de la naissière, semblable à celle de la *caille*, ne sera demeuré aux Parisiens badeaux, qu'à cause qu'on prétend qu'ils lui ressemblent. *Le Duchat*.
CAILLETTE. On appelle ainsi le quatrième ventricule du bœuf, ou des autres animaux qui ru- minent. C'est le lieu où se fait le chyle, & d'où les aliments tombent dans les intestins. C'est dans la *caillette* des veaux ou des agnissés que se fait la présure qui *caille* le lait : ce qui lui a fait donner le nom de *caillette*. Ce quatrième ventricule est rempli de feuillets comme le troisième ; mais ces feuillets ont cela de particulier, qu'ils enferment, outre les membranes dont ils sont composés, plu- sieurs glandes qui ne se trouvent point dans les trois autres ventricules.
CAILLO-ROSAT. Sorte de poires, ainsi appellées de leur dureté, & de leur blancheur, & de leur goût de rose ; duquel goût on les appelle autrement *poire d'eau rose*. Nous les appelons en Anjou *caillaurozar* : ce qui me fait souvent que Jean de Meun, dans son Roman de la Rose, les appelle *poires de cailleau*. C'est au feuillet 114. v°. de l'édition in-8°. de Pierre Vidoué. Et c'est aussi de la sorte qu'on les appelle souvent à Paris des poires de *cailleau*. En Normandie on les appelle *caillou rosat*. Les paysans d'Anjou les appellent *caillorosat*. M.
CAILLOU. Je ne sais duquel des deux je le dois dériver ; ou de *calculus*, ou de *cazaz*, ou *cazaz*, qui signifient la même chose : car les La- tins en ont aussi tiré le mot *coclaza*, qui signifie *caillous*. Festus : *Coclaza dicuntur lapidis ex flu- mine, rotundis, ad cochlearum similitudinem*. Cafe- neuve.
CAILLOU. Bourdeloz & M. Lancelot le dérivent de *zazaz*, *pierre dure* ; *silax*. Il vient de *calculus*, *Calculus*, *calcululus*, CAILLOU, CAIL- LOU. Touchant les diverses significations du mot de *caillou*, voyez Nicolas Berger, dans son His- toire des grands Chemins, liv. 2. chap. 3. *M.*
CAIMACAM. C'est un nom de dignité dans l'Empire Ottoman. Ce mot est composé de deux mots Arabes, savoir, *kâim makâm*, qui signifient *lieutenant, vicaire*, à la lettre *flains in loco*, celui qui tient la place d'un autre, qui s'acquitte de la fonction d'un autre. *Kâim* c'est *flains*, & *makâm* c'est *locus* ; & ces deux mots sont formés l'un & l'autre du verbe *kâm*, qui veut dire, *sletit*, *confi- tit*, *surrexit*, *erolut fuit*, *institi*, *prafolus fuit*. Le *Carmacam* est une espèce de *Lieutenant*. Il y a deux *Carmacam*, l'un qui est toujours proche la personne du Grand-Viur, qui est comme son Se- crétaire d'Etat, & le premier Ministre de son Con- feil : l'autre qui réside toujours à Constantinople, & qui en est comme le Gouverneur.
CAIMAND. Lat. *mendicus*. M. Ce mot vient de *quamante*, par contraction pour *quarimentante*, fait de *quaritare*, qui vient de *quarere*. Le Duchat.
CAIQUE. Vaisseau de mer. C'est un mot Turc. Leuclavius, dans son Onomastique sur l'Histoire des Turcs : *Cauca, naviget (peutes apud Turca) : bitemen vertit Verantianus Interpres, hoc est, Fustam, voce Italica*. Les Grecs des bas siècles disent *mian*. Voyez le Glossaire Grec de M. du Cange. *M.*
CAIRE. Le Caire, ou le Grand Caire. Ville Capitale d'Égypte. Le nom de *Caire* que nous don-\nnois à cette Ville, vient du nom Arabe *Kaberah*;\n& ce nom lui fut donné, parceque son Fondateur\n*Gioouhar*, Général de l'Armée de Moex Ledinil-\nlah, premier Khalife de la race des Fatimites, qui\navoit subjugué par la force de ses armes toute l'É-\ngypre, voulut qu'on jettât les fondemens de la nou-\nvelle Ville qu'il entreprit d'y bâtir, sous l'horos-\ncope ou, ascendant de Mars, à qui les Astronomes\nArabes donnent l'épithète de *Kaber*, qui signifie\nvainqueur, conquérant, du verbe Arabe *kabarà*\nvaincre, conquérir : de sorte que cette Ville fut\nnomnée *Al-Kaberah*, c'est-à-dire, la *Vittorieu-\nfe*. Nous l'appellons le Grand *Caire*, parce qu'elle\nest extrêmement grande, & qu'elle l'étoit encore\nbeaucoup plus autrefois qu'elle ne l'est à présent.\nLes Arabes la nomment aussi *Mef*, qui est le\nmême nom qu'ils donnent à l'Égypte, suivant leur\ncourte d'appeller quelques Villes Capitales du\nmême nom que le pays dont elles font Capitales. Le\nnom Arabe *Mef* vient de l'Ebreu *Mef* *Mefram*,\nnom du fils de Cham, lequel habita l'Égypte, &\nlui donna son nom.\n
CAIRIN, sorte de tapis de Turquie. La Re-\nlation de l'Île des Hermaphrodites, page 111, de\nl'édition en petits caractères : *Après cela on ella les\ndeux nappes, & puis on étendit un grand cairin,\ntrainant jusqu'à terre ; car ils voulaient jouer au re-\nversis*. Peut-être du Grand *Caire*, où se font ces\ntapis. Riches *cairins* se lit en la même signification\nà la page 63. *Le Duchat*.
CAIROAN, ou KAIROAN. Nom\nd'une Ville d'Afrique. Elle fut appelée de la sorte\nde *kairavan*, ou *kairavan*, mot Arabe, qui tire\nson origine du Persan, & qui signifie *croupe de\nvayageurs* : c'est de ce mot que vient notre mot\n*Caravane*, qui signifie la même chose. La Ville de\n*Cairan* fut fondée sous le Khalifat de Moavie,\npar Oebah, Gouverneur de la Province d'Afrique\nproprement dite, afin d'y avoir une garnison qui\nput maintenir les Afriquains dans l'obéissance. Elle\ndevint ensuite fort considérable, non seulement\npar sa grandeur & ses richesses, mais encore par\nl'étude des Sciences & des Belles-Lettres, & elle\ntut la Capitale des Etats que les Khalifes Fatimites\nconquèrent en Afrique. Il ne faut pas la confon-\ndre avec la célèbre ville de Cyrène, Capitale de la\nCyrénaïque. Il est vrai qu'elle n'en étoit pas fort\néloignée, & que le nom de *Cairan* a beaucoup\nde ressemblance avec celui de *Cyrène* ; mais cela\nn'empêche pas que ce ne soit deux mots d'origine\ndifférente : a moins qu'on ne veuille dire que les\nArabes en fondant *Cairan* l'ayant nommé de la\nsorte par imitation du nom de *Cyrène*, & comme\ns'ils avoient voulu faire entendre que c'étoit une\nnouvelle Cyrène ; à quoi cependant je ne vois pas\nbeaucoup d'apparence.\n
CAISSE. De *capsa*, comme CASSETTE de\n*capsea*, *capsa*, *caissa*, CAISSE. Dans les Rites des\nMoines, il y a *caissa*. Voyez l'*Index Onomasticus*\nde Dom Edmond Martène. M. de Saumais, sur\nl'Histoire Auguste, page 463, expliquant le mot\n*caiss*: *Sir* *caissam pro capsea*, *hoc est parva casa*,\n*culgo dicimus*, & *caissam alicujus sancti pro capsa*\n*Al*.
CALA, ou KALA. Ancien Palais des Rois de\nFrance dans le territoire de la Ville de Paris, au-\nprès du lieu où a été fondée l'Abbaye de Chelles. On conjecture que ce Palais subisait dès le tems\nde Clovis, parce qu'il est dit dans la Vie de Sainte\nBatilde qu'elle fonda un Monastère de Filles à *Ka-\nla*, en l'honneur de Saint Grégoire. Ce fut à *Ca-\nla*, selon Grégoire de Tours, que le Roi Chilpe-\nric fit emprisonner son fils Clovis, & qu'il permit\na la Reine Frédégonde, sa belle-mère, de le faire\nmourir. C'est encore à *Cala* que fut tué le Roi\nChilperic, dont il est dit qu'on transporta le trésor\nde *Cala* à Meaux, où étoit le Roi Childebert. Il ne\nreste aujourd'hui presque aucuns vestiges de cette\nancienne Maison Royale : on voit seulement qu'il-\nle étoit située derrière l'Eglise de l'Abbaye de Che-\nlles, & que c'est de ses ruines que le Bourg a été\nformé. Je n'ose pas assurer que ce mot *Cala* vienne\nde l'Arabe *Kalab*, qui signifie un château, une\nforteresse, une place forte, particulièrement lors-\nqu'elle est située sur une hauteur ; mais du moins\nil lui ressemble entièrement, soit pour le son, soit\npour la signification : & une pareille ressemblance\nentre deux mots, en matière d'étymologie, donne\ntoujours lieu de conjecturer que l'un est dérivé de\nl'autre, lors même qu'on ne voit pas comment le\npassage s'est fait d'une langue à l'autre, principa-\nlement quand les peuples ne sont pas voisins. Le\nmot *Cala* se trouve dans les noms de plusieurs Vil-\nles, particulièrement d'Espagne, comme dans *Al-\ncala*, dans *Calaborra*, dans *Calatayud*, &c. & on\nne peut gâseres douter que dans ces noms il ne vienne\nde l'Arabe *Kalab*. Par exemple, *Alcala* signi-\nlie la forteresse par excellence, *Calatayud*, forte-\nresse d'Ayud, nom d'un Roi More qui l'a fait bâ-\ntir. Les Mores ayant long-tems possédé l'Espagne,\ny ont donné le nom à plusieurs Places. Il y a en\nAfrique dans le Royaume de Tremecen une Ville\nforte, située sur le penchant d'une colline, & nom-\nmée *Calaa*, qui est la même chose que *Kalab* for-\nteresse, place forte.\n
CALABRE. Nom d'une Province du Roya-\nme de Naples. Elle a été appelée anciennement\n*Mefapie*, du nom d'un Capitaine nommé Mefapi-\nsus ; *Peucerie*, du nom de Peuceius, frère d'æ-\nnotrus ; *Iapygie*, du nom d'Iapyx, rivière du pays.\nEnsuite elle a eu le nom de *Calabre*, qui ne laisse\npas d'être très-ancien, & que quelques-uns ti-\nrent du Grec *caia beau*, *bon*, & *pica* je suis char-\ngé, parce qu'elle est chargée, c'est-à-dire, pleine\nde toutes sortes de biens. Mais Bochart, dans son\nChanaan, livre 2, chap. 33, veut que ce nom vien-\nne de l'Ebreu *Kaba*, mot qui se trouve dans\nle Talmud, & que la Glofe explique par *cypra* *resina*,\n& *cypra* *sphar* *schel* *ess* ; c'est-à-dire, résine\n& poix des arbres. La *Calabre* est pleine de *picea*,\n& d'autres arbres d'où coule la poix. C'est même à\ncaufe de cela, selon le même Auteur, que les Grecs\nl'ont appelée Peucerie, *caia* ; car *caia* signi-\nlie *picea*.\n CALADE ou *Baffa*, est le déclin, ou la\npente d'un terrein élevé, ou d'une petite émin-\nence ; par où l'on fait descendre plusieurs fois un\ncheval, le mettant au petit-galop, le devant en\nl'air, pour lui apprendre à plier les hanches, & à\nformer son arrêt avec les aides du gras des jam-\nbes, du soutien de la bride & du caveçon employés\na propos, car sans ces aides, il s'abandonnerait sur\nles épaules, & il ne plieroit point les hanches, dit\nle sieur Guillet, dans son Art de monter à cheval.\nDe l'italien *calata*, qui signifie la même chose,\nfait de *chale*, qui signifie descendre, & qui a été\nfait du Grec *caia*, qui signifie la même cho- fe. Voyez mes Origines Italiennes, au mot calamite. M.
CALAMITE, Pierre d'aimant. Les Italiens & les Espagnols disent de même calamita. Il y a diversité d'opinions touchant l'origine de ce mot. Le Giambullari, dans son Dialogue de l'Origine de la Langue Florentine, intitulé Il Gello, prétend que c'est un mot Arabe, fait de l'Ebreu uvum challamisch, ou chalumi, qui signifie un caillou, slex. Et le Pere Thomasin propose cette étymologie dans son Traité des Langues, à la page 322, du Tome 1. Covarruvias le dérive du Grec nakáum : quod stipulas trabat. Le Pere Fournier, dans son Hydrographie, livre xi. chapitre 1. a écrit que cette pierre avoit été appelée calamite, du mot François calamite, qui signifie une petite grenouille verte; parce qu'avant l'invention de la bouffole, on mettoit cette pierre dans un bassin d'eau, suspendue entre deux fetus, où elle nageoit comme une grenouille. Et pour cela, il cite ces Vers de Hugues de Berzi, ancien Poète François, & Moine de Cluny, qui vivoit du tems de Saint Louis: Un Art font, qui mentir ne purt, Par vertu de la Marinette; Une pierre laide & noirette, Où le fer volontiers se joint. Et si regarde le droit point, Puisque l'éguille l'a touchée, Et à un festu l'ont fichée. En l'eau la mettent sans plus: Et il festu li vient dessus. Puis se tourne la pointe toute Contre l'étoile : si sans doute Que japer rien ne faussera, Ne Mariniers n'en doutera. Il ajoute, que la même chose se pratique encore aujourd'hui par les Mariniers de la Chine. Je remarquerai ici en passant, que le Pere Fournier s'est trompé lorsqu'il a dit que le mot calamite, en la signification de grenouille, étoit un mot François. C'est un mot Grec & Latin, qui se trouve plus d'une fois dans Pline. Et Pline, au chap. 10. du livre 31. en a donné l'étymologie en ces termes : Ex ca raná, quam Graci calamitem vocant, quoniam inter arundines, fruticisque vivat, minima emnium, & viridissima. M. Ferrari, dans ses Origines de la Langue Italienne, improuve cette étymologie du Pere Fournier; ajoutant que calamite vient de calamus, en la signification de chaume, s'il est vrai que l'aimant attire le chaume : Si igitur verum est quod de stipula traditur, ab hoc ipso calamita nomen accepit. Mais comme il est faux que l'aimant attire le chaume, cette étymologie, qui est celle de Covarruvias, ne peut subsister. Je suis donc pour celle du Pere Fournier. nakáum, au reste, n'est pas un mot Grec. M. M. Ménage se trompe. nakáum est un mot très-Grec, & on le trouve dans les meilleurs Auteurs, comme dans Homere & dans Théocrite. Homere, Odys. liv. xiii. Αὐτ' ἵμακας καλάμαιν γι' γ' οἴσαιν ἰπερίωτα. Τεγώσαιν. Théocrite, Idylle x. Ἰη καλάμαιν ἀχογία τυλίδαιν τυμίςδι μοῦσαιν. Synesius, in Ep. καὶ μίχος μίς καλάμαιν τύλαιν. Et Lylias : ἰπεράωτα.
CALANDRE. Les Parisiens appellent ainsi la plus grosse espèce de grive. Belon, dans son Livre de la nature des Oiseaux, dit que les Parisiens se trompent, & que la Calandre est une espèce de grosse alouette. Mais il se trompe aussi, en ce qu'il croit que le mot François calandre vient du Grec napoleus. Il vient du Latin insiste calandra, qui a été fait du Grec insiste xolada. & napoleus se trouve dans les Septante pour une espèce d'oiseau que la Vuigare appelle caradrion. C'est au chapitre xi. du Lévitique, verset 19. Les Grecs d'aujourd'hui usent encore du mot xolada, pour cette espèce d'alouette dont nous venons de parler. ¶ La rue de la Calandre de Paris a pris son nom d'une calandre qui y pendoit pour enseigne. ¶ Le mot de calandre, outre cet oiseau, signifie encore cette grande machine avec laquelle on tabise le taffetas. D'où vient le verbe calandre, pour polir & applauir une étoffes. ¶ On appelle aussi calandre, une petite bête, autrement appelée chatepeleuse, ou chatepelus, & charenson, qui ronge le froment. Voyez Nicot, & ci-après charenson. M. Le Roman de la Rose, fol. 1. Le Roignol adoncques s'efforce De chanter, menant douce noyse. Lors s'évertue & se dégoyse Le Papegault & la Kalandre. Il y a bien de l'apparence que cette Kalandre est, en effet, une espèce d'alouette. Item, fol. 5. 1. En autre lieu vy amaffées Force Kalandres, qui laffées Furent de chanter aux envies : Car le Roffignols & Marvis Sceurent si hautement chanter Qu'ils vindrent à les surmonter. Le Duchat.
CALANDRE. Nom d'une machine pour préférer les draps & les toiles & autres étoffes, & les rendre polies, unies & liiffées. Elle sert aussi pour faire ces ondes qui sont sur les moires. Ce mot est dérivé, selon quelques uns, du Latin cylindrus, parce que tout l'effet de la machine vient d'un cylindre. Les Auteurs de la base Latinité ont appelé cette machine celendra. De cylindrus on aura formé celendra, d'où est venu apparemment le nom François calandre. Borel dit, qu'il vient du petit oiseau qui porte le même nom, parceque les marques qu'imprime la machine sont semblables aux plumes de cet oiseau. Mais cette étymologie me paroît sans fondement, & la prétendue ressemblance des plumes d'un oiseau si petit & si peu connu avec les marques qu'imprime la calandre, n'a pas pu donner lieu à nommer ainsi une si grosse machine.
CALBACE. Bouteille de coucourde. De l'Espagnol calabaça, qui se dit & de la coucourde, & de la bouteille. Voyez Nicot, au mot calabace. C'est ainsi que ce mot se prononçoit anciennement. L'Espagnol calabaça vient du Latin curvus. Curvus, curbus, curba, curbacus, culbacus, calbacus, calbacea, calabaça. Cucurbita a été fait de même de curvus, par reduplication de la première syllabe. Curvus, curbus, curbitus, curbita, cucurbita. M.
CALE, confiture de femme. Voyez calote. M. CALE, terme de Marine. C'est le lieu le plus bas du Vaisseau, la partie qui entre dans l'eau, & qui est dans un Bâtiment de mer ce qu'est la cave dans un Bâtiment de terre. C'est aussi l'action par laquelle on plonge quelqu'un dans l'eau. Cale, dans ces deux significations, me paroît venir, de même que caler, du verbe Latin chalare, qui signifie laxare, dimiterre, & a été formé lui-même du Grec χαρᾶς. Voyez ci-devant calade, & ci-dessous caler. Pour plonger quelqu'un dans l'eau, il faut le lâcher & le descendre. Le fond de cale dans un Vaisseau est un endroit où l'on descend.
CALECHE. Carru, carri, carriscus, carrisca, carresca, calesca, CALICHE. M.
CALEDONIENS, ou CALEDONES. Ancien Peuple qui habitait la partie Septentrionale de l'Ecosse. Camden, qui étoit Anglois, trouve dans la Langue Bretonne une étymologie de ce nom. Il le dérive de caled, qui, en ancien Breton, signifie dur. Les Caledoniens étoient des gens durs, grossiers, barbares; le pays qu'ils habitent est tout hérisse de montagnes; & le même Auteur veut que ce nom leur ait été donné à cause de la férocité de leurs mœurs. Buchanan, qui étoit Ecossois, trouve dans la Langue de ce pays une origine moins odieuse, & peut-être plus vrai-femblable. Ce mot, dit-il, vient de calden, qui en Ecossois signifie un coudrier. La gelée & la glace s'appellent en Chaldéen κελησμειδ, & κελησμειδ: ces mots viennent d'une racine qui signifie se condenser, se durcir; & ils conviennent avec le Latin gelidus & pelu, d'où notre François gelée. Le verbe Ebreu κελησμειδ & le Chaldéen κελησμειδ, signifiant se durcir, se congeler; κελησμειδ, en Ebreu & en Chaldéen, signifie une peau, une crouce, une croute, parceque routes ces choses sont produites d'une humeur qui se condense & se durcit. Gild en Arabe signifie peau, par la même raison; gild c'est dur; gelid de même, & de plus, la gelée, la glace, ainsi qu'en Chaldéen, parce que la glace est une condensation, un endurcissement. Or tous ces mots ont beaucoup de ressemblance avec le mot Breton caled, que Camden nous dit signifier dur, & d'où il tire l'étymologie de Caledonien: c'est pourquoi j'aimerais mieux dire que les Caledoniens ont été ainsi nommés à cause de la dureté des glaces de leur pays, qui est très froid, & où l'hiver doit être extrêmement long & rigoureux. Wachter donne une autre étymologie de ce mot. Il interprète Caledonia par regio silvostes, le faisant venir de coll, terme Hibernois, qui chez les Hibernois signifie encore aujourd'hui une forêt, & de don, qu'il croit être la même chose que tan, dans les mots Aquitania, Lusitania, Britannia, dans lesquels il signifie région, pays, de même que tan dans Arabistan, Hindistan, Turkistan, Guayestan, & autres semblables noms de la Langue Perfonne. Voyez cet Auteur dans son Gloss German, au mot stein; & ci-dessus, aux mots Aquitaine & Bretagne.
CALEFRETER. Rabelais, au Prologue du livre 1. Croyez-vous en votre foy, qu'onques Homere escrivant l'Iliade & l'Odysse, pensant ez allegories, lesquelles de luy ont calefreté Plutarque, Heraclide Pontique, Estate. Et livre 2. chap. 1. Ou j'ay le cerveau mal calefreté. Je crois que calefreter & calefreter signifient la même chose, & que c'est proprement froter, ou enduire de chauv, calefreter. Or comme c'est un très vil métier que celui de calefreter un Navire, de-là vient qu'on a traité de calefreter un homme de néant. Rabelais, livre 1. chap. 50. Ancus Martius étoit calefreter. Et plus bas: Jule Cesar & Pompee étoient gueldronneurs de navires. Le Duchat.
CALEMBOUC. Espèce de bois odoriférant, qui vient des Indes, & qui, selon Tavernier, coûte six mille francs la livre. C'est un mot Indien. M.
CALENDES. C'est ainsi que les Romains nommoient le premier jour de chaque mois. Ce mot est venu du Latin calare, parce que le jour des Calendes le Pontife publiait à haute voix quel jour seroient les Nones, ou le cinq ou le sept du mois; ou plutôt, parce que dans les commencements le petit Pontife avoit la charge d'observer quand le croissant de la Lune commençait à paroître, pour l'annoncer au Peuple; ce qu'ils appelloient calare. Macrob. livre 1. chap. 15. & 16. Calare vient du Grec χαρᾶς voco, qui a une entière affinité avec l'Ebreu κελησμειδ, & avec l'Arabe Kala, dire, parler; & qui vrai-femblablement tire son origine des Langues Orientales. L'Auteur de la Vulgate se sert quelquefois du mot Calendes, pour exprimer le premier jour du mois Judaïque. Ce premier jour se dit en Ebreu κελησμειδ, comme qui diroit renouvellement, parceque c'étoit le jour de la nouvelle Lune: aussi les Grecs l'appellent-ils γυρίδα. L'Ebreu κελησμειδ signifie aussi par extension le mois tout entier. On dit proverbialement, renvoyer un homme aux Calendes Grecques; pour dire, le remettre à un tems qui ne viendra point; parce que les Calendes ont été de tout tems inconnues en Grece. Calendes se dit quelquefois dans l'Histoire Ecclésiastique pour les Conférences que les Curés & les Prêtres faisoient au commencement de chaque mois sur leurs devoirs. On a appellé Calendrier la Table qui contient l'ordre des jours, des semaines, des mois, & des fêtes qui arrivent pendant l'année, parce que le nom de Calendes se voyoit écrit en gros caractères à la tête de chaque mois. On nomme aussi Calendrier, les Faites où les Eglises décroissent autrefois les noms des Saints particuliers qu'elles honotoient.
CALENGER. Vieux mot inusité, qui signifie contredire, debastre, quereller. Alain Chartier, dans son Quadrilogue: Mais ils ont failli aux places quand la proye leur a failli, & pris des amis ce qu'ils n'eussent osé sur les amis calengier. L'Auteur des Doctrinaux: Et s'on prise prudhomme, Ja n'y mettez calenge. De calumniari: dont on a premierement fait caloigner, & ensuite calangier. Caloigner se trouve dans le Roman de Charité, fait du tems de Philippe Auguste. Voyez du Chesne, sur Alain Chartier, p. 857. M.
CALER. Du verbe χαρᾶς, qui signifie entre autres choses, abaiser, & relacher, les Latins ont tiré le verbe chalare. Végée, livre 4. chap. 15. Aliquanti centones & calcitas funibus chalant. Et au livre dernier, chap. 46. il dit, calatorios funes. Turnébe, livre 14. chap. 15. de ses Adversaires, remarque que de-la nos Nautonniers ont formé caler les voiles. Ansileubus le prouve encore fort ouvertement, en expliquant calare, par ponere. Caseneuve. CALER la voile. De χαρᾶς Turnébe, liv. 14. chap. 15. de ses Adversaires: Ego etiam libro ultimo apud Vegetium colatorios funes vitiote perperamque scribi putavi, & bonis libris auctioribus, & adsipulatore hujus atatis doctissimo vero Guillelmo Pellissero. rio, rio, *Moutis Pessuli Episcopo*, *cuius ego sermone & magisterio me multa didicisse*, *si dissimulem, nec satis gratus*, & *nefarius sim. Is enim auctoritate librorum librorum*, *quod vel sola voluntate vir eruditissimus facile mihi probasset*, *liquido mihi oslendit*, *legendum esse* chalatorios funes, *a verbo chalare*, *quo ipfemer Vegetius utitur*, *quod a Graco* *χαλῷ deductitur*. *Sic enim scribit*: *aliquanti centones*, & *culcitas funibus chalant*. *Atque hoc etiam verbum nautis familiare est*, *qui chalare velum dicunt*. *Nam chalatorii funes sunt quibus antenna & attoditur & dimittitur*. *Chalare enim, laxare & dimittere est*. *Quamquam, ne quid dissimulem*, *collatorii mihi non displicent*, &c. *Voyez mes Origines Iraliennes*, *au mot calare*, & *le Lexicum Juris*, *au mot chalare*. M. CALFEUTRER : comme quand on dit, *calfeutrer un Vaisseau*. De l'italien *calefature*, *qui a été fait du Grec vulgaire κλαφανίον*. Meurisius, dans *son Gloffaire*: *καλαφανίον, sive καλαφανίον, commissuras, rimasse, solidare*. *Nos kalefaten dicimus*: & *ce qui fuit*. Hadrianus Junius le dérive de *καλαφανίον*. Le Pere Berret le dérivoit de l'Ebreu *cafar, bitumine illinere*. J'ai cru autrefois qu'il avoit été fait de *καλαφανίον*, *c'est-à-dire, ligna bitumine*. Les Arabes disent *gialphata*, & *calphata*. *Calefature* se trouve en cette signification dans les Tactiques d'Urbicius. Nous prononcions anciennement *calafatrer*. *Voyez M. du Cange*, dans *ses Gloffaires*. M.
CALIBRE. C'est la grandeur de l'ouverture du canon de toutes sortes d'armes à feu. Il signifie aussi la groffeur de la balle, soit de pistolet, de mousquet, ou de canon. M. d'Herbelot l'aîné, homme savant dans les Langues Orientales, le dérive de l'Arabe *calib*, qui signifie *moule*. M.
CALIFE, ou CALIPHE, ou KHALIFE. C'étoit chez les Sarrafins ou Arabes Musulmans le nom d'une Dignité souveraine, qui comprenait un pouvoir absolu, tant sur les choses de la Religion, que sur le Gouvernement politique; en sorte que le *Calife* étoit en même tems Souverain Tempovel & Spirituel. Ce nom, qui est Arabe, étoit affecté aux Successeurs de Mahomet. Il signifie, en effet, *Successeur à Vicaire*, & il est formé du verbe Arabe *Khalafa*; *c'est-à-dire*, venir à la place d'un autre, lui succéder. Ainsi pour écrire ce mot de la manière la plus approchante de la prononciation Arabe, il faut écrire *Khalife*. L'origine de ce nom vient de ce qu'Aboubec, après la mort de Mahomet, ayant été élu par les Musulmans pour lui succéder, il ne voulut pas prendre d'autre titre que celui de *Khalifah Resoul Allah*; *c'est-à-dire*, *Vicaire de l'Apôtre de Dieu*. Mais Omar ayant succédé à Aboubec, il représenta aux principaux Chefs des Musulmans, que s'il prenait la qualité de Successeur d'Aboubec Successeur du Prophète, la chose par la suite des rems iroit à l'infini. C'est pourquoi il fut résolu qu'il prendroit le titre d'*Emir Almoumenin*, *c'est-à-dire*, Commandant des Fidèles. Les successeurs de Mahomet n'ont pas laissé de prendre celui de *Khalife* sans rien ajouter. Il y a eu trois principales branches de *Calife*. La première comprend les quatre premiers successeurs de Mahomet, qui tinrent leur siège à Medine. La seconde comprend les Omniades, ainsi appelés parce qu'ils descendent d'Ommiah, neveu de Haschem, bisayeul de Mahomet; ils tinrent leur siège à Damas. La troisième comprend les Abbaffides, ainsi nommés parce qu'ils étoient de la famille d'Abbas, oncle de Mahomet; ceux-ci tiurent leur siège à Bagdad. La puissance de ces derniers étant tombée presque entièrement dans le dixième siècle de l'Ere Chrétienne, il s'éleva en plusieurs parties de leur vaste Empire divers Princes qui usurperent l'autorité Souveraine. Ceux qui regneront en Afrique & en Egypte, prirent le titre de *Calife*. Fatiniens parce qu'ils se disfoient descendus de Mahomet par Fatime, sa fille unique, & femme d'Ali, son quatrième successeur. Mahomet, dans son Alcoran, se sert du mot *Khalifah*, dans le sens de Vicaire, pour dire que J. C. est Vicaire de Dieu. C'est dans ce sens, selon quelques-uns, comme Erpenius, que ce nom a été donné aux *Calife*; *c'est-à-dire*, aux Empereurs & Souverains Pontifes des Mahométans, comme étant les Vicaires & les 1ieutenans de Dieu. D'autres disent, que c'est dans le sens d'héritiers & de successeurs de Mahomet. *Voyez d'Herbelot*, *au mot Khalifah*. *
CALIFOURCHON. *Aller à califourchon, sur un baton. Equitare in arundine longa*. Peut-être d'*equifourio*. M.
CALIGULA. Nom propre d'homme. C'est le surnom de Caius César, fils de Germanicus & d'Agrippine, & quatrième Empereur des Romains. Ce nom est Latin, & féminin dans sa première signification: *c'est un diminutif de caliga*, qui étoit le nom de la chaussure que portoit les Soldats Romains, les Laboureurs, & le bas Peuple. Elle différait de la chaussure ordinaire, en ce que par dessous elle étoit garnie de clous tout autour. Caius avoit été élevé dans l'Armée Romaine d'Allemagne que son père commandait, & dès son enfance il portoit l'habit des Soldats, & de petites chaussures semblables aux leurs. C'est ce qui lui fit donner le nom de *Caligula*, ainsi que Dion le dit, livre 17. & Suétoine, chap. 9. C'est celui que nous lui donnons communément en François. *
CALIN. C'est un mot bas & populaire, qui signifie lâche, pareffieux, rampant. On dit, se *caliner*, pour, prendre ses aises, demeurer dans l'inaction, dans l'indolence. On dit, par exemple, se *caliner* dans un fauteuil. Ce mot peut venir du Grec *χαλῶ*, qui signifie lâcher, & aussi se relâcher, se rallentir, s'affoiblir, céder. Dans ce cas la *caliner* sera un diminutif de *caler*, dont il est parlé ci-devant, & qui est dérivé du même verbe *χαλῶ*: & de *caliner* fin aura fait *calin*. *
CALIXTINS. On appelle ainsi les peuples de Bohème, qui vouloient communier sous les deux espèces, & qui croyoient que le calice étoit nécessaire à tous les Fidèles. Ce mot vient du Latin *calix*. *
CALLECON. De *caliga*. *Caliga, calga, calgicius, calgicio, calgicionis, calgicione, callegon*. *Voyez chausse*. Plusieurs Provinciaux, & même plusieurs Parisiens, & entr'autres les faiseurs de calleçons, prononcent *canneçons*; qui est une très-vicieuse prononciation. M.
CALLIGRAPHE. Ecrivain, copiste, qui metoit autrefois au net ce qui avoit été écrit en notes par les Notaires. Autrefois on écrivait la minute d'un Acte, le brouillon, ou le premier exemplaire d'un Ouvrage, en notes, *c'est-à-dire* en abbreviations, qui étoient une espèce de chifre: *telles* font les notes de Tiron, qui font dans le second Tome de Gruter. Cela se faisoit pour écrire plus vite, & pouvoir suivre celui qui dictoit. Ceux qui écrivoient ainsi en notes s'appelloient en Latin *Notarii*, & en Grec *χαμωδίωρα*, & *ταχύρα*. O o ou ; c'est-à-dire, écrivains en notes, & gens qui écrivent vite. Mais parceque peu de gens connoi- foient ces notes ou ces abbreviations, & que d'ail- leurs ces premiers exemplaires ne pouvoient être allez nets, ni allez propres, d'autres écrivains qui avoient la main bonne, & qui éctivoient bien & proprement, les copioient pour ceux qui en avoient befoin, ou pour les vendre ; & ceux-ci s'appelloient *Calligraphes*, nom qui est ancien, puisqu'Euifée & Saint Grégoire de Nazianze le leur donnent. Ce mot *Calligraphes* est Grec, composé de *xōn* & *bea- té*, & de *xōn* & *f'éris* ; & il signifie *de xōn* & *xōn* qui écrit pour la beauté, pour l'ornement, selon que l'interprète Théophylacte Simocarta, *Hifle*, livre VIII, chap. 13, ainsi que l'a remarqué Fabrot, & après lui le Pere de Montfaucon. \*
CALMAR. Etui a plumes, appellé *caffe* à Pa- ris. De *calamarium*. En Anjou on dit *galemar*. Et c'est comme parle Rabelais, 1. 14. *Et portait ordi- nairemat un gros écritoire, pesant plus de feps mille quintaux, duquel le galemar estoit aussi gros & grand que le gros pilier d'Enay*. M.
CALME. Jules Scaliger, sur l'Histoire des Animaux d'Aristote, page 217. *Cum esem in navi, neque nentes flare : calamum vocant Hifles*. M. Huet le dérive de *malacia*; d'où *malacia*, qui se trouve dans César, livre 3, de la Guerre des Gaulois. *Malacus*, *calamus*, par transposition de lettres, *calmus*, CALME. M.
CALOBRE. Espace de vêtement. De *calo- bium*. Les Gloses du Glossaire Arabique - Latin : LEVITONARIUM *est colobium lineum, fineunicis*. M. Guyet lit, *fine manicis*. M.
CALONNIERE. C'est ainsi qu'on parle à Paris. Par corruption, au lieu de *cannonniere*. Voyez *clisaire*. M.
CALOTE. C'est un diminutif de *cale*, lequel diminutif a été fait de *callus*. M. Sarafin m'a dit, qu'il avoit yû dans un vieux Livre *escalote* pour *ca- lote* ; ce qui donne sujet de croire que ces mots ont la même origine que celui d'*scaille*, qui vient de l'italien *squaglia*, qui vient du Latin *excallus*. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *squaglia*. On appelait autrefois *copuille* une forte de coé- fore de fille. Et c'est de la que la rue Coquilliere de Paris a pris son nom ; parce qu'on y vendait de ces fortes de coéfiures. *Calantica*, qui est une es- pée d'habillement de tête, approche de *calote*. Et le Pere Labbe dérive *calote* de ce mot *calanti- ca*. M.
CALVAIRE. Nom d'une petite montagne, qui étoit hors des murs de l'ancienne Jérusalem. C'étoit le lieu où l'on exécutait les criminels, & où J. C. voulut souffrir la mort. Une certaine tra- dition porte qu'Adam fut enterré sur le *Calvaire*, & qu'Abraham y conduisit son fils pour l'immo- ler. Ce mot a été formé du Latin *Calvaria*, qui signifie un crâne. Le *Calvaire* étoit appellé en Ebreu nouveau, c'est-à-dire, en Chaldéen ou Syriaque, *Golgotha*, mot dérivé de l'Ebreu *gulgoloth*, qui signifie pareillement un crâne, ainsi appellé à caufe de la rondeur, du verbe *galal*, *valvir*, *volatavi*. Dans Saint Jean, XIX. 17. *L'Exhore de *galal*, *galal*, *galal*, *galal*, *galal*, La Version Syriaque, au lieu de *Golgotha*, dit *Go- golotho*, ce qui n'est qu'une différence de Dialecte, parce que la Version Syriaque est écrite dans la Dialecte d'Antioche, qui différait quelque peu de celle de Jérusalem. Le *Calvaire* fut ainsi nom- me, selon quelques Auteurs, parce qu'il avoit la C A L. C A M. forme de la tête ou du crâne de l'homme, & se- lon d'autres, parce qu'on y voyoit les crânes de celui qui avoient été mis à mort pour leurs cri- mes. \*
CALVANIER. C'est celui qui, durant la moison, fert à enlever les gerbes du champ, & à les entaffer dans la grange ; appellé autrement *Anuteron* & *Anuteur* (du mois d'Août) par les Nor- mands ; & *Valet d'Août*, par les Picards. De *capu- lus*, *Capulus*, *capulanus*, *capulanarius*, *caplan- arius*, *calpanarius*, *calvanarius*, CALVANIER. C'est- à-dire, *colletor capulorum*. Voyez *javel*. M.
CALVILLE. *Pomme de calville*. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. Comme plusieurs fruits ; le Beise de Héry, la Virgouleuse, la Saint Lezin, les poires d'Angoisse, ont pris leur déno- mination du lieu d'où elles nous font venues, il peut être aussi que les pommes de calville ayant été ainsi appelées de quelque lieu appellé *calville*. Et à ce propos, il est à remarquer que dans le voisi- nage de Lyon, du côté de la Breise, il y a un lieu appelé *Calville*. Les Anciens ont fait mention d'une forte de noix qu'ils appelèrent *noix chauve*. Ca- ton, chapitre 8. *Nucus calvas, avellanas, pramfi- nas*, & *gracas*. Ils ont aussi fait mention d'une vi- gne chauve. Le même Auteur, chapitre 22. *Si vi- nea à vite calvata erit*. Pline, livre 17, chapitre 22. *Si vinea à vite calvata erit*. N'auroit-on point aussi appelé les pommes de calville *poma calvilla*, par rapport à *mala cotona*, qui fout les coins, lesquels font cotoneux ; & par rapport aux pêches, qui font velues, dont quelques-unes pour cela s'appellent veloutées ; J'ajoute à ces considérations, que nous avons une forte de pêche que nous appelons *lices*, & que les pommes de calville étant extrêmement licées, ne représentent pas mal une tête chauve. Il me reste à remarquer que dans le Languedoc on dit *pommes de calvire*, au lieu de *pommes de calville*. M.
CALYBITE. Ce mot signifie, qui loge dans une cabane, une hute. Il n'est en usage dans notre Langue que comme surnom de quelques Saints. Il vient du Grec *xahōcīru*, formé de *xahōcī* *tugu- rium*, qui a été fait du verbe *xahōcīru*, *tego*, *ope- rio*. \*
CAMAIEU. M. Félibien dans son Dictionnaire des Arts : CAMAIEU. *Lat. Cameus : Les Jona- liers & les Lapidaires nomment Camayeus les On- ces, Sardines, & autres pierres taillées de reliefs, ou en creux*. Gaffarel dans ses curiosités inouïes, cha- pitre 3, page 74. *Nous avons dit qu'on en voit en trois choses ; il parle des figures & images naturelles ; es pierres, plantes & animaux : celles qui se trouvent aux pierres, nommées Gamahé, mot tiré, à mon ju- gement, de camaïeu ; ainsi appelé-l'on en France les Agathes figurées : de façon que d'un mot particulier on en fait un général, adapté à toutes fortes de pierres figurées. De dire maintenant d'où est venu ce mot, je ne trouve pas un Auteur qui l'ait défini, n'y mefme proposé. Une chose s'y-a-t-il afféremment, qu'il n'est nul- lement Français, mais étranger. J'ay autrefois pensé, que comme les Juifs, qui ont long-tems habité en France, nous ont laissé plusieurs de leurs mots, comme je prouve ailleurs, ils nous pourront par adventure avoir laissé c'est-il-cy : & cette conjérente ferait d'au- tant plus véritable, que ce peuple trafique volontiers en pierreries. Or le mot de Chamaïeu pourroit être abattardi de chemaïa, qui signifie comme l'eau de* Dieu, à cause qu'on void des Achates ondées, représentant parfaitement de l'eau; & le mot de Dieu y est adjoußte, à cause que la Langue Hébraïque a cela de propre, que lorsqu'elle veut nommer quelque chose par excellence, elle adjoußte après, ce Saint Nom. Ainsi pour dire un beau jardin, elle dit paradisius Domini; des grands Cèdres, Cedri Dei; des hautes Montagnes, montes Dei; ainsi des autres. ¶ D'autres disent que camaïeu a été fait de camaïolus, fait de camaïu, fait de zaïaïa: d'où camaïa: d'où l'Italien cameo, qui est le même mot que le François camaïeu. Les Grecs & les Latins ont très-fouvent employé le mot de zaïaïa, pour exprimer quelque chose de bas. Chameleon, chamaaille, chamanelum, chamaedaphne, champatry, chamaedrys, &c. Isidore, XII. 1. Græci zaïaïa, humile & breve, dicunt. Ils ajoutent, que l'Italien cameo, & le François camaïeu, ont pris leur dénomination de zaïaïa, à cause du creux où ces pierres sont taillées. Ces deux étymologies ne me plaisent point. Et je confesse ingénaient que je ne fais pas d'où vient camaïeu. ¶ Voyez camion. M.
CAMAÏEU, est un mot Ebreu: קְטִית kamia, amuletum, charta de collo suspensa ad propulsanda venena. Parce qu'on attribuoit de grandes vertus à ces pierres qui sont empreintes naturellement de quelques figures. Voyez le cinquième chapitre des Curiosités inouïes de Gaffarel. Huet.
CAMAIL. C'est le capuchon que les Evêques portent par-dessus leur rochet. Nos Dictionnaires l'appellent en Latin capital: qui étoit aussi parmi les Romains une espèce d'habit Sacerdotal: Vatton De Lingua Latina, livre 4. Dictum capital, à capite; quod Sacerdotula in capite etiamium silent habere. Nous l'avons formé de calamaverum, ou de calamantum, qui signifient même chose. Odo, Monachus Fossatensis, en la Vie de Burchardus, au liv. 3. de Du Chêne, parlant de Magenardo, Abbate Fossatensi: Dumque aliubi voluntas pergendi adesset, depositis Monachalibus indumentis, pretiosarum pellium tegumentis exornabatur, calamaverumque (aliter calamantum) optimum, pro capitio humili, capiti imponebatur. C'étoit aussi un capuchon de mailles dont nos anciens François ornoient très têtes. Frolissard, volume 1. chapitre 66. Et coula tout outre le camail qui étoit de bonnes mailles, & lui entra au col. Caïeneuve.
CAMAIL. De l'Italien camaglio. CAMAGLIO, è quella parte del giacco d'interno al collo, ch'è di maglia più fitta, e più doppia, dit la Crušca: ce qui pourroit donner sujet de croire que ce mot auroit été fait de capitis macula. Capomaglia, capmaglia, camaglia, CAMAGLIO. Camelaucus se trouve en cette signification dans Anastase le Bibliotécaire, en la Vie du Pape Constantin: Pontifex autem, & ejus primates, cum camelauco, ingressi sunt civitatem. Apostolicus Pontifex, cum camelauco, ut solitus est Roma procedere. Et Théophile Renaud, dans son livre de Tegumento capitis, dérive camail de ce mot. M. du Cange est pour l'étymologie de capomaglia. Voyez-le dans son Glossaire Latin, au mot camelaucum, & dans son Glossaire Grec au mot xuyi, et cette étymologie est confirmée par ces mots de Frolissard, volume 1. chapitre 66. Et coula tout outre le camail qui étoit de bonnes mailles, & lui entra au col. M. de Caïeneuve le dérive de calamaverum, ou calamantum: fondé sur ce passage d'Odo, Moine de Saint Maur des Fosses, en la Vie de Burchardus, imprimée dans le 3. volume des Historiens de du Chêne: Dumque alicubi voluntas per- gendi adesset, depositis Monachalibus indumentis, pretiosarum pallium tegumentis exornabatur; calamaverumque (aliter calamantum) optimum, pro capitio humili, capiti imponebatur. C'est de Magenardus, Abbé de Saint Maur des Fosses, dont il est parlé. M.
CAMAIL, camelot. Quid sint ex pilis camelorum contexta. Huet.
CAMALDULES. Religieux, qui sont à Hières près de Paris. De Camaldoli, Monastère d'Italie dans la Tošcane, où ces Religieux ont été premièrement établis. Camaldoli a été ainsi appelé de campo del Maldolo: du champ d'un certain Maldolo, qu'il donna à Saint Romuald, Institutur des Camaldules. Paul Morigio, Milanois, dans son Histoire de l'Origine des Religieux, à chapitre 15. en parlant de Saint Romuald, Chef & Fondateur des Camaldules: Edificò molte Badie in Tošcana, nella Romagna, e nelle parti d'Istria, e le riempi di Monachi. Fabrisco anco quel tanto famoso e celebrato luogo di Camaldolo: dal quale tutta lo Congregazione è nominata Camaldolense. Et acciòché sappiate dove è questo luogo, vi dico, che è in Italia, nella bella Tošcana, e nel territorio d'Arezzo, città antichissima: ed è così chiamato da Maldo, Gentiluomo Aretino; il quale conosciuta la santità di Romualdo, autore di questa Congregazione, gli donò quella parte dell'Apennino, dove ora è il sacro e divoto eremo, capo di detta Congregazione. E che così si chiamasse quel luogo dal nome del già nominato Maldo, è manifesto per questo che si vede in detto luogo, che così ordina Romualdo che si chiamasse, per mostrarsi grato del beneficio ricevuto. Camaldolo a été dit, par contraction, de casa Maldolo. M.
CAMARADE. Gt. eucastur. De camera. Camera, camara, camaradus, CAMARADE. Voyez M. du Cange dans son Glossaire Latin, au mot camaradum; & dans son Glossaire Grec, au mot xuyi, M.
CAMARGUE. Territoire d'Arles. La commune opinion des Savans est que les Anciens ont appellé ce lieu Fossà Mariane, & que nous l'avons appellé Camargue, de Caili Marii ager. Et en effet, il y a plusieurs lieux dans la Provence & dans le Languedoc qui se terminent en argue; comme Massillargue, Emargue, Gallargue, Baillargue, Baillargue, Candillargue; & qui ont été faits de Massilliger, d'Emari ager, de Galli ager, &c. Néanmoins je suis de l'avis de M. Guyet, qui croit que Camargue a été fait de Camarica, verbal de Camara, Ille sur le Rhône, mais qui devint contigué à la terre. Cette Ille est appelée Camaria par le Continuateur d'Aimoin. M. Dans la Camargue d'Arles, qui est cette Ille si fertile que le Rhône enferme au dessous de la Ville, on ne fait qu'effleurer la terre en labourant, pour ne pas la mêler avec le sel marin qui est au dessous. Avec cette précaution la Camargue, où il n'y a qu'un demi-pied de bonne terre, est le pays le plus fertile de la Provence, & les Espagnols le nommentent Comarca par excellence, dans le tems que les Comites de Barcelone en étoient les maîtres. Comarca signifie chez eux un champ qui produit abondamment. Ainsi le mot de Camargue ne vient pas du camp de Marius, comme l'on prétend; car ce Général Romain n'y: jamais campé. Le grand fossé qu'il fit faire pour fortifier son camp, & pour y faire voiturer les munitions qu'il tiroit de la Méditerranée, se trouvoit, suivant Plutarque, entre le Rhône & Marseille. On découvre encore les O o ij traces de cet ouvrage du côté de *Fos*, Village auprès de *Martigues*, qui a retenu le nom de la *boise de Marius*, & non pas celui des *Phocérens*, Peuples d'Aise au-dessus de Smyrne, qui s'établirent à Marseille pendant les guerres des Perles & des Grecs. Tournefort, Voyage du Levant in 4°. Louvre 1717. tome 2. page 184. *Le Duchat*.
CAMBAGE. Droit qu'on leve sur la bière. De *cambagium*, fait de *camba*, qui est un ancien mot Alleman qui signifie le lieu où l'on fait la bière. Voyez *Vossus de Vitis Sermonis*, & M. du Cange dans son *Glossaire Latin*, au mot *camba*. M.
CAMBOUS. C'est ainsi qu'on appelle à Paris cette matière qui s'amuse au bout de l'eff والراكب d'un carrouse ou d'une charente, & qui se forme du vieux orne dont on gratifie l'eff والراكب; lequel vieux orne se fond par la chaleur que cause le mouvement circulaire des roues. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M. CAMBRE : pour *courbe*. De *camaratus* : qui a été fait de *camarus* : qui signifie *curvus*, selon la remarque de Servius sur cet endroit de Virgile : *Et camuris hirta sub cornibus aures*. Ou de *camaratus*. M.
CAMBRIGE, ou CAMBRIDGE. Ville d'Angleterre, située sur la rivière de *Cam*. C'est de la qu'elle a pris son nom qui signifie *Pont de Cam*. Le mot *bridge* en Anglois signifie *pont*. Les Anglo-Saxons diffèrent *bricg* & *brigge*. La Ville de *Cambridge* est l'ancien *Camboritum*, mot qui vrai-semblablement veut dire la même chose.
CAMELINE. Borel, sur ce mot, dans ses secondes Additions : *Il y a un état des Officiers du Roy qui dit : il faut deux faissiers fournissant toute verdure pour faire fausse & cameline*. Ce mot se trouve aussi dans la même signification dans le Roman de la Roie, fol. 83. v. en ces vers. *Du bout des doys le morceau touche Qu'il devra mousser en sa fausse, Soit vert, ou cameline, ou fausse.* C'est une fausse de couleur tenant du vert & du jaune, laquelle se fait du blé qui est déjà monté en tuyau. De *calamus*, *Calamus*, *caamelus*, *calamelinar*, *cameinus*, *camelina*, *cameline*. Le Duchat.
CAMELOT. L'usage de cette étoffe est fort ancien en France. Joinville en la Vie de Saint Louis : *Plufleurs fois as-je vu qu'on dit temps d'elle le Roy venait au jardin de Paris, une cette de cameles veines, un fort et de tiretine sans manche, & un manet par deffas, de fandale noir*. J. C. Scaliger, Exercit. 199. 4. écrit qu'en Natalie il y a des boucs à quatre cornes, qui ont le poil fort long, & blanc comme la neige : que du meilleur & plus fin on fait une étoffe fort précieuse, appelée *zazazac*; que du plus grossier on en fait un autre qu'ils appellent *moiacar*; & que du médiocre on fait ce qu'ils appellent *zambellot*, ou *camelot*, & que c'est ce que nous appelons proprement *camelot de Levant*. Il y avoit anciennement une couleur appelée *camelin*, ou *camelin*, dont on faisoit peu d'état. *Gaufridus de Bello Loco*, dans son *Traité de Vita & Conversatione Ludovici* ix. parlant de ce Saint Roi : *Nanquam indutus est squarlet, vel parus viridis seu bruneto, nec pellibus varitis; sed veffet in ci coloris, vel camolini seu perfei*. Et le Sire de Joinville : *Vous e les veffu d'un plus fin camelin que le Roy mesme*. Caffeneuve.
CAMELOT. De *camelus*; parce que le camelot est fait de poil de chameau. Nicot : *Sic dicitur, quod e camelorum & hircorum pilis contextur*. Covarruvias : CAMELOTE, *commencente dicbo chame- lote, es la tela de la lana del camelló*. Marco polo dans son Histoire dite *Milione* : *In quella citta si faciam belloti di pelo di camello, li più belli del mondo*. Elian, dans son Histoire des Animaux, livre 17. chapitre 34. en parlant des chameaux *Caf- piens : anab de yuy ius est lya aij vucus teizet, ou eui yuc manuies iisit oringisitas vut paunavtura uix in vucus si iisit iisura aipivivucus, eui iis fix xos- viur ounuvturi vuyi iisuvtura*. Les Italiens l'appellent *ciambellotto*. Caninius, dans ses Dialectes, dérive ce mot Italien de *cymatilis*, par méchathéle ; qui est comme on a appelé le camelot de Turquie, autrement dit, *camelot onde*, à cause des ondes qui y sont représentées : & les Espagnols l'appellent pour cette *raïson*, *chamelote con aguas*. Bufbeq, dans la première Lettre de son Ambaïade, après avoir fait mention d'un lieu appelé *Chia- sada* : *Vidimus*, dit il, *capras illas*, *ex quarum vel- lere, five pilo, ne de bana caprina mihi contreverfia fit, pannus ille textur, quem cymatilem, five un- dulatum vocant*. *Est earum tenuissimus mirique nitens pilus, ad teyram usque propendens*. *Hunc non tu- dent, sed depeunt Caprarii, non multum pulchri- tudino cendeuem ferico*. *Capra fapius in fluminibus lavantur : gramine pascuntur per eos campos exili & sicco ; quod ad lana tenuitatem multum conferre cer- tum est : Nam conflat, alii tranfatis non manere eandem, sed una cum pabulio mutari ; totaque ita degenerare capras, ut vix agnoscantur*. *Deductum ex huijusmodi veltere ab ejus regionis mulieribus filum, Ancyram portatur, Galatia urbem ; ubi & textur, & tingitur*. Et un peu après, parlant d'Ancyre : *Hic etiam spectavimus, quemadmodum & tinere- tur, & affusa aqua, vi preli, undas illas accipere, a quibus & nomen habet, & commendatur pannus ille cymatilis, & lana caprarum, de quibus dixi context- us. Is optimus & profantissimus habebatur, qui la- tiffimarum undarum vestigia receperat, &c*. Cani- nlus se trompe. L'Italien *ciambellotto* a été fait de *zambellotto*. C'est ainsi que les Levantins appellent le camelot. *Scaliger contre Cardan*, Exercitation 199. 4. parlant des boucs de Phrygie : *Ex meliore villo pretiofas conficiunt pannus : e caissure, moi- car : (je crois qu'il faut *moiacar*) ex mediocri, id quod zambellot ; alii, camelot*. *Zambellot* est un mot corrompu de l'Arabe *giamal*; lequel mot *gi- amal* signifie *chameau parmi* les Arabes. Pol de Ve- nife, livre 1. chap. 63. de la Province d'Egriague, qui est une partie de la Province de Tanguth, sous le Grand Cham : *Inveniuntur in civitate Calacia pomi quos Zambilotti vocant, de lana alba & came- lorum pilis contexis, quibus vix pulchriotes in mundo inveniuntur*. *Referuntur autem per negotiatores ad diversas mundi regiones*. Et au ch. 64. où il parle de Gog & de Magog : *Fium quoque ibi zambilotti optimi, de pilis camelorum*. Le camelot fait de poil de chè- vre a retenu son nom de *camelot*, ainsi appelé parce qu'il était fait de poil de chameau. M.
CAMERLINGUE. On appelle ainsi le Cardinal qui gouverne l'Etat Ecclénaftique, & administre la Justice. C'est l'Officier le plus éminent de la Cour Romaine, parce que tous les revenus du Saint Siege sont administrés par la Chambre dont il est Président : & c'est de la qu'il a eu son nom, qui a été formé de *camera*, chambre; d'où vient aussi celui de *camerier*, qui est le premier Officier de la Chambre d'un Pape, ou d'un Cardinal, & qu'on appelle autrement *Maitre de Chambre*. Du Cange dit qu'on a aussi appellé *Camerlingues*, les Tréforiers du Pape & des Empereurs. \*
CAMILLE. Tuyau de chaume. Le Traducteur de la Maréchalerie de Laurent Rufe, chapitre 54. *Et puis y soit getté s'il broye avec aulcun tuyau ou camille*. De *calamus*, *Calamus*, *calamellus*, *calamillus*, *camillus*, *camile*. Le Duchat.
CAMILLE. Nom propre d'homme & de femme. C'est aussi le nom des jeunes garçons & des jeunes filles qui servoient dans les choses secrètes, comme les noces & les sacrifices; & en particulier du jeune garçon qui servoit le *Flamen Diatis*, ou Prêtre de Jupiter. Ce mot paroît venir de l'ancienne Langue des Etruriens, & il se disoit pour *Casmilus*, comme on le peut conjecturer par ce vers de l'onzième livre de l'Encide de Virgile : *Nominé Casmilla, mutata parte, Camillam.* Ce nom dans cette ancienne Langue signifioit *Ministre*. C'est pour cela que les Etruriens appelloient Mercure en leur Langue *Camille*; c'est-à-dire, *Ministre des Dieux*, *Bochart*, dans son *Hierococion*, livre 11, chapitre 36, croit que ce mot étoit composé de deux mots Ebreux ou Phéniciens *אֲנִיָּה אֵל* *Kosmē el*, Devins ou Prêtres de Dieu : car *אֲנִיָּה* *Kosmē* signifie deviner. De *Kosmē el* on fit *Kosmel* & *Kosmē*, & en ajoutant la terminaison Latine, *Casmillas*. Le même *Bochart*, dans son *Chanaam*, livre 1, chapitre 12, titre *Casmillas* de *אֲנִיָּה* *Kosmē*, qui signifie *ministare*, comme il paroît par l'Arabe *Khadama*, & de *אֵל* *El*, Dieu. Je préférerais cette dernière étymologie à la précédente, parce qu'elle s'accorde mieux avec la signification du mot Latin. Le changement du *D* en *S*, au milieu du mot est facile & naturel. Voëtius croit qu'on pourroit dériver *Canalus* de l'Ebreu *אֲנִיָּה* *Kosmē*, qui se trouve au 4. livre des Rois xxiii. 5. & que l'on traduit par *Sacrificuli*. Il doute cependant avec raison de la bonté de cette étymologie, parce que le mot Latin étoit originellement *Casmillas*, & non pas *Camillus*. D'ailleurs l'Ebreu *Kosmē* vient d'une racine qui ne signifie nullement *ministare*, mais *males* *ere*, *demigrari*, ce qui ne convient point à la signification du mot Latin : & ces *Kosmē*, ou Prêtres des faux Dieux, car ce terme ne s'emploie dans l'Ecriture qu'en parlant des Prêtres des faux Dieux, ces *Kosmē*, dis-je, furent ainsi appelées, suivant quelques-uns, *quod pullari & atrari superstitio oritu incederem*. Varrion, liv. iv. de *Ling. Lat.* dit que les Samothraes usoient du mot *Camillus* dans la même signification que les Latins. \*
CAMION. C'est une très petite épingle, à l'usage des femmes. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. On dit *camions* d'Angleterre; ce qui pourroit donner quelque sujet de croire que ce mot seroit Anglois d'origine. Voyez *camateu*. M.
CAMISADE. Attaque qui se fait pour surprendre les Ennemis en chemise : ou, selon d'autres, parce que ceux qui la font, rirent leurs chenilles de leurs chausés pour se reconnoître. *Huer*.
CAMISARDS. C'est le nom qu'on donna aux Calvinistes rebelles des Cévennes, qui se souleverent au commencement de ce siècle. Ce mot vient, selon quelques uns, ou de *camisade*, attaque brusque & imprévue, parce que ces rebelles n'en faisoit que de cette sorte, en sortant subit- ment de leurs montagnes : ou de *camis*, qui dans le Langage du pays signifie grands chemins, routes battues, que ces brigands inféstoient ; & *camisard*, dans ce sens, signifieroit brigand, voleur de grand chemin. Mais il y a plus d'apparence que les *Camisards* furent appelées de la sorte, parce que la plupart avoient pour habits des espèces de farreaux de toffe, qui de loin teffen bloient à des chenilles. \*
CAMISOLE. Voyez *chemise*. M.
CAMOCAS. Dans l'Inventoire des meubles de Charles V. imprimé à la fin de son Histoire, de l'Abbé de Choisy : *Une Chappe a Prétat de Camocas d'outremer blanc, brodée à Images de la Vie N. Dame*, &c. Voyez le Glossaire Latin de M. du Cange au mot *Camoca*, & mes Origines de la Langue Italienne au mot *camo*. Il peut venir du mot *Persan kemika*, qui signifie *étoffe de soy*. Les Turcs, de même que les Persans, se servent encore aujourd'hui de ce mot en la même signification. M.
CAMOCAS, est le nom d'un Chateau situé dans ce que nos Ancêtres appelloient la Terre Sainte, au bord oriental de l'Euphrate. La Chronique de Godefroy de Bouillon, chapitre dernier de la seconde partie : *Mais toutes-tois se défendit vaillamment le Comte Gosselin, lequel fit mon par sa prouesse, qu'il vint jusqu'au fleuve d'Euphrate, & la seappa son cheval des espérons en telle manière qu'il le fit entrer dedans la rivière, & passa outre pour aller à garant, & s'aviver sa vie en ung Chateau appelé Camocas*. Nos Chrétiens qui possédoient ce château, donnerent le nom du lieu à de belle étoffe qui s'y faisoit. Pathelin, fol. m. 3. c. de la Farce qui porte son nom : *Sont venus & de camocas*. Le Duchat.
CAMOIARD. Espèce d'étoffe faite de poil de chèvre sauvage. Voyez mes Origines Italiennes au mot *camo*. M.
CAMOMILLE. Herbe. De *camomilla*, mot corrompu de *chamomela*, fait du Grec *camomilla*, qui signifie *humile malum*, *terrefre malum*. Le Pseudo-Macer, livre 1, chapitre 15. *Anthemidem magnis commendat laudibus autor* *Asclepius*, chamæmelam *quam nos*, vel camomillam, *Disimus : hac multum redolens est, & brevis herba ;* *Herba tam similis, quam justo nomine vulgus* *Dicit amarificam, quod fortet & fit amara ;* *Ut collata sibi visx discernatur odore.* Sur lequel endroit Cornarius a fait cette Note : *Anthemis herba*, chamæmelam, *quasi humile malum, appellata est, quoniam, ut ait Plinius, odorem mali habet*. Camomillæ autem appellatio vulgaris est, ex *Gracæ corrupta*. M.
CAMOUFLÉ. De *camus*. *Camus*, *camufus*, *camufulus*, *camufullectus*, CAMOUFLÉ. *Camus* est un *brido-nez*. Voyez *embifrenor*. M. M. Ménage a dérivé ce mot de *camufullectus*, diminutif de *camufulus*, production de *camus*. Mais il me paroît descendu plus naturellement de *camufullectus* ; puisque le *camouflé* n'est autre chose qu'une fumée qu'on fouille dans le nez d'une personne qui sommeille, par le moyen d'un cornet on chalumeau de papier allumé par un bout. S. *Add.*
CAMPAGNE. Voyez champagne. M.
CAMPAGNE, dans le sens de plaine, de vaste étendue de terre, & de ce qui est hors des villes, vient du Latin campania, qui a été fait de campus. Ce mot se dit en particulier d'une Province de l'Etat Ecclesiastique, qu'on appelle Campagne de Rome, parce que Rome en est la Capitale, & qui s'appelloit autrefois Latium. Il y a la Province de Champagne en France, & la Campanie, Province du Royaume de Naples. Tous ces pays ont été nommés de la sorte, parce que ce sont des plaines & des campagnes.*
CAMPAGNE, en terme de guerre, pour le tems de chaque année où l'on tient les troupes en corps d'armée, & pour l'expédition que l'on fait dans l'année, vient peut-être aussi de campania, dérivé de campus. Et dans ce cas-la on aura pris le lieu où l'on fait la guerre, pour la guerre même, & pour le tems qu'elle dure. Wachter dans son *Glos. German* fait venir ce mot du Teuton *kamps*, qui signifie combat, & son étymologie parole assez vrai-femblable. Écoutons cet Auteur, qui au mot *Kamps* s'exprime de la manière suivante. KAMPS, *pugna. A kampsen pugnare. Dicitur antiquitus*, (1) de bello seu expeditione bellica. *Somner. in Diff. Anglo-Sax. camp. comp. bellum, castrum; camp-hade, comp-hade, comp-don, militia; camp-werode, milites, exercitus. Gloss. Keron. militia cham-fheit. Inde Gallis campagne expeditio bellica.* (2) De pugna exercitus cum exercitus. Inde Armoricis camp pugna, apud Pezron. in Ant. Celt. page 430. & Cambris cammon, cammawn, pralium, pugna, consilius, apud Boxhorn. in Lex. Ant. Brit. (3) De Duello, seu vindicta privata. Extat eo sensu in Jure Prov. Alam. cap. 186. conjus inscripto: Ditz ill. von kamphe, hoc agit de Duello. Inde Iialis campo Duellum. Et huc speltat ex Decreto Tassio-nis § 6. camfwie Duellum, a wig bellum, quasi bellum contentionis & vindicta privata. (4) De certam-me ludicro. Inde Cambris campau ludi, quales Olympici, apud Boxhorn. loc. cit. Latini inferiores eodem & latissimo sensu dicunt campus.*
CAMPANE. On appelle de la sorte une crépine de fil d'or, ou d'argent, ou de foie, qui se termine en de petites houpes façonnées, & à peu près de la figure d'une cloche. Du Latin *campana*, qui signifie cloche. On nomme aussi *campane*, du même mot Latin, un ornement de sculpture, d'où pendent des houpes en forme de petites cloches: & en terme d'Architecture, le chapiteau Corinthien ou Composité, qui représente un panier, ou une corbeille entourée de feuilles; parce qu'il ressemble à une cloche renversée.*
CAMPANULE. Nom d'une plante ainsi appellée du Latin *campana*, parce qu'elle est faite en forme de petites cloches. On la nomme aussi *campanelle* par la même raison.*
CAMPHRE. Espèce de gomme, qui vient des Indes. De *camphora*. C'est ainsi que l'appellent les Italiens. Accius l'appelle *aigua*, que Nicot dérive de l'Ebreu *copher*. Les Arabes l'appellent *cafur*. Et ce mot est l'original. Voyez M. de Saumais, dans ses Homonymes des plantes, chap. 90. M.
CAMPOS. Les Écoliers disent avoir *campos*, pour dire être dissentés d'aller en classe. Cette façon de parler est venue du Latin *habere campos*, que les Écoliers disorientent pour exprimer la même cho-se, parce que les jours de coïgée ils alloient se divertir aux champs. On dit de même, avoir la clé des champs, pour dire être libre. C'est Egaise du C A M. C A N. Boulay, dans son Livre De Parronis 4. *Nationum Universitatis*, page 150. au chap. de *Refusionibus convivalibus*: *Convivia vero asiva, qua mense Maie, Junio, aut Julio, siebant ruri apud Gentiliacum, aut Iciacum, vulgo parabantur a Provisoribus, nonnumquam etiam in suburbio S. Marcelis, aut apud Varnes, &c. ibique Regentes non prandabant modo, sed & cœnabant sapissime: tumque dicebantur ire ad campos. Et hinc, credo, fluxis scholasticorum vulgota phrasis, habere campos; id est, copiam lubendi. Magister Jo. de Martinica, Procurator, in Comitiss apud Machurinenses 21. Jun. an. 1547. sic ea de re scribis: Supplicuerunt DD. Regentes, quod cum de more laudabili ipsi anno quolibet confueverint ire simul ad campos, & ibi convivere expensis Nationis, &c. M.*
CAMUS. Caninius dans ses Canons des Dialectes, le dérive de *simus*. Isaac Pontanus, au livre vi, de ses Origines Françoises, le tire de *camurus*, qui est interprété *curvus* par Servius sur cet endroit de Virgile: *Et camuris hirta sub cornibus aures.* Et cette opinion me paroît plus vrai-femblable que celle de Caninius. C'est aussi celle de Sylvius dans sa Grammaire Françoise, page 58. Le même Pontanus, dans son Glossaire Celtique, prétend que *camurus* est un mot Gaulois. Voici ses termes: *Macrobius libro 6. cap. 4. cum indicasse utros Gallicum esse, addidit & camuris, in isto Virgiliare, camuris hirta sub cornibus aures, verbum peregrinum haberi; quod significet, in se redeuntibus. Et adijcit statim: Forte & nos quoque cameram hac ratione figurabimus. Peregrinum ergo cum id esse testetur Macrobius, Gallicum voluisse intelligi hinc liquet, quod hodique Galli camat pro incurvo usurpent. Festus le dérive du Grec. Camera, & camuri boves, a curvitate, ex Graco usura dicuntur. ¶ J'apprens de ce passage de Guillaume le Breton, dans les Gettes de Philippe Auguste: *Petrus Bogis, quem a brevitate naſi luforie tali nomine vocabamus, que le mot de hogis signifioit autrefois parmi nous un camus. Les Grecs d'Aujourd'hui l'appellent *nucusum*. M.* CAMUS est proprement un nez écrasé & retroussé, & camard un nez écrasé, mais avalé. *La Duchat.* CAN des Tartares. C'est un mot du pays de Tartarie. Voyez M. du Cange dans son Glossaire Grec au mot *nauis*, & dans son Glossaire Latin au mot *Caganus*. M. Froissart, fol. 255. 1. vol. 2. édit d'Ant. Verart, parlant du Grand Can des Tartares, l'appelle le Grand Tacon de Tartre, & cela par trois fois. *Le Duchat.*
CANAILLE. C'est un terme de mépris & d'injure, qui signifie proprement *chien*, ou *race de chien*: car il vient de *canis*, qui ne se disoit anciennement que des Juifs & des Payens. Le Glossaire de Papias: *Canis significat diabolum, Judæum, vel Gentilem. Caſeneuve.*
CANAILLE. Lipse, dans la lettre 44. de la 5$^{e}$ Centurie de ses Lettres *ad Belgas*, le dérive de *canis*: *Sunt & nova, aut filta, ut canaille; quod in Annalius alibi redditum legi canile lignagium. Sed convicii hac vox nata videtur a prisco more, de quo Otho Frisingensis de Gestis Friderici libro 2. cap. 28.* Vetus consuetudo pro lege apud Francos & Suecos inolevit, ut si quis Nobilis, Ministerialis, vel Colonus, pro hujusmodi excessibus (prædæ, aut incendii) terus inventus fuerit, antequam morte puniatur, ad confusionis suæ ignominiam, Nobilis canem, Ministerialis sellam, Rusticus aratri rotam, de Comitatus in proximum Comitatum gestare cogatur. Et addit. Hermannum, Palatinum Comitem, cum decem complicibus suis canes per Teutonicum milliare portasse. Eadem Guntherus in Ligurino libro v. Quippe vetus mos est, uti, si quis, rege remoto, Sanguine, vel flamma, vel seditionis aperto Turbine, seu crebris regnum vexare rapinis Audeat, ante gravem quam sufo sanguine pernam Excipiat, si liber erit, de more vetusto Impositum scapulis ad contigui Comitatus Cogatur per rura canem confinia terre. Sed in alia causa & culpa, ignominia gratia, sic tulerunt. Quod in Dodecbino, & alibi, leges. Ciron dans ses Observations sur le Droit Canon, livre xi. chap. 14. improuve cette étymologie de Lipse: Et il croit que canaille vient de canalicola; qu'on a dit de canalis, qui croit un lieu à Rome où les gens de basse condition s'assemblent. Festus: canalicola forenses, homines pauperes dicti, quod circa canalem fori consisterunt. Matthias Martinius dit la même chose au mot canalicola. Voici ses termes: Igitur canalicola dicti, qui canalem colunt. Eadem appellatio transit in alias linguas. Ita Gallis, canaille est sax plebis, sordes civitatis; qua & racaille, quasi populus hinc inde coicellus, racueilli: Et si altere a pax, id est, pannus crassus & vilis, altere a rader, id est, abradere, ducant. Inde Belgis canaille. Vulgo tamen canaille a canibus ducunt. Sed & Itali sic loquuntur, canaglia: quod Italicum Dictionarium exponit, his Gallicis verbis, amas de personnes viles. Malim tamen a canali ducere: ut sit, velut sordidum quid, quale canales, seu alvei, consipium: in qua omnia undecumque purgamenta confium: ut sint, tanquam coprei. Il est sans doute que canaille a été fait de canis: mais non pas par la raison alléguée par Lipse, ni de la façon qu'il a expliqué la descente de ce mot. Il a été fait de cette sorte: canis, cane, cana, canalius, CANALICA. C'est-à-dire, une bande de chiens. Valerio Chimenteli, Professeur de Pise, & mon Confrère en Apollon dans l'Académie della Cruisca: Piu mi piacerebbe derivare tal voce di canaglia da i cani siffi: che appunto di tal nome si servirono in obbrobrio le sacre e profane Lettere: come è notissimo. Ed apparisce appresso di noi piu chiara una tal derivazione dal suono, o inflessione in aglia, che usiamo in avvilimento e dispregio: significando una moltitudine ragunaticcia, un avanzame, e scaltificio di cofe sordide, e abbiette. Così canaglia sara quella moltitudine di cani, che insieme si accozzano per le vie, o che si chiudano nelle stalle. Il che traferisciamo poi a gente povera, petulante, e plebee. Non altrimenti usiamo dire, marmaglia, gentaglia, (bitraglia, ribaldaglia, scormaglia, &c. col tal desinenza; in segno d'abbiezzione e avvilimento. Ed è verissimo, che la nostra favella è vaga di rivoltare il nome della moltitudine: e particolarmente, i neutri Latini, nel femminile singolare: come che regolasi dalla terminazione in A, che in volgare e indicio di femmina. Così battuaglia, minutaglia, muraglia, tavoglia, &c. Per tal guisa, i neutri facienda, legenda, pra- benda, in facenda, leggenda, prebenda. Voyez ci-apres, au mot racaille. M. J'oferois presque assurer que canaille ne vient pas de canis. Il est bien vrai qu'on traite ordinairement de canaille la lie d'entre le plus petit peuple: mais il est sur aussi que c'est qu'on confidère ces gens-là comme des gens sans cœur & incapables d'aucune action de courage, ni d'aucun sentiment généreux. Et c'est encore suivant cette idée, que les gens de guerre qui ont pris la fuite au lieu de combattre, paillent pour de la canaille, c'est-à-dire pour des goujats, qui, comme ils ne sont point armés, & qu'ils ne suivent pas l'armée pour combattre, ne se sont pas une affaire de fuir à l'approche de l'ennemi. Aussi me souvient si bien d'avoir dans quelque livre des guerres civiles du 16e siècle, la le terme de canaille, donné à tous les valets de l'armée en gros. Or comme on dit figurément faire la cane ou le plongeon, pour fuir, il y a bien de l'apparence que de ce mot cane on a appelé canaille tout ce qui vient de la nature de la cane, c'est-à-dire qui est capable de faire une lâcheté, soit pour se dérober au danger, soit pour se procurer quelque avantage. Rabelais, livre 1. chapitre 42. Qui fera la cane de vous autres, je l'encheverrez de mon froc: il porte medecine àouardiss de gens. Et liv. 3. ch. 6. Si que avenant le jour de bataille plus fort se mettront au plongeon comme canes, avec le bagage, qu'avec les combatans & vaillans champions. On a dit aussi quenaille dans la même signification. Belleforest, dans ses traductions des Hist. Trag. du Bandis, Hist. 3. fol 333. v. du vol. 2. imprimé à Paris en 1566. Il venoit par les chemins, détestant sa simplicité d'avoir laissé ce paillard seul en sa maison, & qu'il pourroit bien penser que telle canaille ne pense jamais que meschanette, & sur-tout lorsqu'ils se pensent avoir reçu quelque injure. Regnier, Sat. 6. De tours & de soffez renforça ses murailles, Et renferma dedans cent sortes de quenailes. Et Sat. 10. Les puces & les poux & tel autre quenaille Aux plaines d'alentour se mettoient en bataille. Et Sat. 11. Tout de bon le guet vint, la quenaille fait gille. Et plus bas: On ouvre, & brusquement entre cette quenaille. Je ne sçais même si dans Rabelais le terme de trinquenailes ne seroit pas la même chose que quenaille ou canaille dans ces mots, quels trinquenailes, quels galefretiers, de la Préface du L. 37. Le Duchat.
CANAPE. Lit de repos à dos. Par corruption au lieu de conopée: du Latin conopeum. Rabelais 3. 18. Entre les précieux conopées, entre les courrines dorées. Conopeum a été fait de xuev. Scaliger, dans son premier Scaligerana: xuev. Inde conopeum, un pavillon; quod est inventum. Agyptorum ad arcendos hos culices infessissimos, quos vocamus coulins. Fiebat autem conopeum ex reiticolis; quia satis sunt ad illos retinendos. Les Anglois disent aussi canapy. Voyez mes Observations sur la Langue Françoise au chap. 7. du 2. Tome. Conopeum se trouve dans Varron de Re Rustica, livre 2. chap. 10. pour un lit d'accouche. M.
CANAPSA. Nous appellons ainsi ce sac de cuir que portent les Goujats sur l'épaule; que les Gres appellent *gōmē* Et nous l'appellons de la forte, de l'Alleman *knappfack*; mot composé de *knap*, qui signifie toutes fortes de choses sèches pour manger, comme crousté, fromage, bœuf-faile, &c. & de *fack*, qui signifie fac. ¶ Nous disons, *il a porté le canapla*, pour dire, *Il a été fimpé fol- dat*, *Il a été goujat*. *Knave* en Anglois signifie un *garnement*. M.
CANARD. Voyez *cane*. M.
CANARIES. Illes dans l'Ocean Atlantique, connues autrefois sous le nom d'Illes Fortunées. M. Corneille écrit que ces Illes ont été nommées *Canaries* par les Espagnols, a causé de l'Illes Canarie, la plus considérable de toutes, dans laquelle ils trouveront quantité de chiens lorsqu'ils en firent la première découverte; *car*, en Espagnol, voulant dire un chien. Mais, ajoute-t-il, cela est pas vrai, puisque le nom de *Canarie* étoit connu fort long, tems auparavant. En effet Pline dit d'après Juba, que l'une des Illes Fortunées s'appelle Canarie, *Canaria*, a causé de la quantité de chiens d'une grandeur extraordinaire que l'on y trouve, & dont deux avoient été amenés à Juba: ce qui ne laisse pas d'avoir sa difficulté. Car si ce que Pline dit est vrai, *Canaria* est un mot Latin dérivé de *Canis*. Mais comment cette Illes si peu connue des Romains, qu'ils n'en parlent que sur le témoignage de Juba, avoit-elle un nom Latin? Quoiqu'il en soit, le nom de *Canarie* est tres-ancien, & par conséquent n'est point Espagnol. Les Illes *Canaries* furent nommées par les Grecs & les Latins, Illes *Fortunées*, a causé de leur fertilité & de la douceur de leur climat. Abulfeda, Ulug Beigh, & autres Geographes Arabes, sont du même sentiment que les Grecs & les Latins, & les appellent en Arabe *Algiazatr Alkhaledat*, c'est-à-dire, les Illes Heureuses ou Fortunées. On appelle *Canarie* une sorte de danse ancienne, que quelques-uns croyent venir des Illes *Canaries*. On nomme *Canari* une sorte de petit oiseau qui chante bien, & qu'on apporte ordinairement de ces mêmes Illes. On l'appelle autrement *ferin*.
CANASTRE. On appelle tabac de *Canastre* certain tabac à fumer, que les Espagnols apportent des Indes dans des *canastres*, comme ils nomment une corbeille d'oïser. Du Latin *canifrum*, dont les Espagnols ont fait *canastre* en la même signification. *Le Duchat*.
CANCELLARESQUES. Lettres *Cancellaresques*. Rabelais, liv. 1. ch. 1. En celui fut ladite Genealogie trouvée écrite au long de Lettres *Cancellaresques*, non en papier, non en parchemin, non en cire, mais en écorce d'ulmeau. Du Latin *cancelli*, qui signifie un treilli de bois, de fer, ou d'autre metal. Ce que Rabelais entend par-là, ce sont des caractères pratiqués dans des treillis ou quadres, comme sont toutes les lettres Romaines majuscules, comme A, & toutes les autres de cette eipéce, parce que pour les rendre bien proportionnées il faut pour chacune tracer un treillis pareil. La première ligne des lettres de la Chancellerie Romaine est toute composée de cette sorte de caractères. *Le Duchat*.
CANDE. CANDE. Voyez *Conde*. M.
CANDI. Sorte de sucre. Voyez *sucre candi*. M.
CANDIDAT. On nomme ainsi celui qui brigue quelque charge, qui aspire à entrer dans quelque corps. Ce mot vient du Latin *Candidatus*, car ceux qui briguent à Rome les Magistratures, étoient appelés *Candidati*, parce qu'ils prenoient un habit d'un blanc fort éclatant lorsqu'ils alloient aux assemblées publiques, afin de se faire remarquer de ceux dont ils vouloient avoir le suffrage. On a appelé aussi du tems de l'Empereur Gordien, & long-tems après, *Candidati*, des soldats de la garde de l'Empereur, qui étoient choisis de toutes les legions; apparemment parce qu'ils étoient vêtus de blanc. Saint Augustin, Aulone, Claudien, Ammien Marcellin, Cedrenus, & d'autres, parlent de ces *Candidati*. Tertulliens appelle ceux qui demandaient le Baptême, *Candidati Dei*.
CANE, CANARD. Joachim Périon, dans son *De Lingua Gallica cum Graca cognatione*, croit que ce mot vient d'*anas*, en y ajoutant au commencement la lettre c. Je ne sçais si ces animaux ont été ainsi appelés, parce qu'étant d'ordinaire dans les lieux marécageux, ils se plaisent parmi les cannes & les rofaux. *Cane* vient de l'Ebreu *kaneh*, qui signifie *arundo*, *vel calamus*. *Cafeneuve*.
CANE. Oiseau aquatique. Plusieurs, & entre autres Belon, dans son Histoire des Oiseaux, livre 1. chapitre 2. & François Pithou, dans son Pithwana, disent que ce mot a été fait par onomatopée, de la voix de cet oiseau. D'autres, du nombre desquels est Périon & M. Lancelot, le décrivent d'*ana*, qu'on a dit pour *anas*, comme il paroît par le mot Italien *antrus*. *Anas*, *anus*, *ani*, ANITRA. Et on prétend qu'on y a ajouté un C, comme en *cabo*, Espagnol, d'*apud*. *Ana*, *c. na*, CANE. Jules Scaliger a écrit que le Latin *an*, avoit aussi été fait par onomatopée: *Nōvān*, *anas*; a *voce nos*: à *nando Graci*. C'est dans ses Commentaires sur l'Histoire des Animaux d'Aristote, page 893. M. le Fèvre, Professeur de Saumur, dérive *ara*, de *nēra*, en cette manière: *nēra*, *nēra*, à la Dorique, & avec l'article 2. qui s'est incorporé, *nēra*. ANAS. L'étymologie de Scaliger, qui est aussi celle de Varron, est plus vrai-temblable. Mais celle de Caninius & de Nunneius, *nēra*, *anas*, par métathèse, est la véritable. ¶ De *cane*, on a fait CANARD: & de *canard*, CANARDIE, & CANARDIER. ¶ Les Loix Bavariques appellent *anetapich* l'oiseau de proie qui prend les canards. M. Comme j'ai dit ci-dessus au mot *canaille*, que ce mot pourroit bien avoir été fait de celui de *cane*, dans la signification de l'oiseau aquatique qui porte ce nom: *cane*, ou *quane*, ne pourroit-il pas venir d'*Aquitana*, en sous-entendant *avis*? On prétend que la Guienne ou Aquitaine a été ainsi nommée de ses eaux. *Aqua*, *aquitana*, *aquana*, *quana*, *quane*, *cane*. Le Duchat.
CANE. Eipéce de vaisseau de mer. Eustathius, sur le premier de l'Odyssée: *zaipras ex vios Epirus*, à *gei KINEA Aigyra*. C'est une observation de M. Bochart. Les Grecs disent *revis* pour un vaisseau, mais non pas pour un vaisseau de mer; mais pour un vaisseau en la signification du Latin *ras*. M.
CANE, ou CANNE. Vaisseau de terre pour mettre des liqueurs. Juvénal: *Oleum quod canna miciparum proa subnexit acuta*. Et Lubin sur cet endroit: *Probus censet dolielum essefacitum ex canna*. Huet.
CANELLE. Ce bois odoriférant, qu'on croit être le *cinnamemum*, & que les Médecins appellent *caffia fyrinx*, ou *sifularis*, est ainsi appelé, à cause de sa figure qui ressemble à une flûte, ou à une petite canne. Joannes Januenis, in *Carbolico*: *Cannella*, *parza canna*. *Cafeneuve*.
CANELLE. Le premier Scaligerana, page 50. CINNAMOMUM, *n'est donc pas proprement notre canelle : Sed casia veterum est nostra canella. Hellenus Scaliger. Sic dicta a canna, id est, fistula ; quia casiam euphysion appellabant. Ces paroles, Sic dicta, &c. sont de Vertunien, qui est celui qui a fait ce Recueil des mots de Scaliger.* ¶ Le Père Labbe, dans ses Etymologies Françoises, page 110. de la première partie. *La casse est aussi appelée canelle, d'autant qu'elle est dans de petits ballons qui ressemblent des tuyaux. C'est la véritable étymologie de ce mot. M.*
CANELURE. On appelle ainsi une cavité ronde qu'on fait dans une colonne. Ce mot vient de canal, qui est pris du Latin *canalis*, parce que la *canelure* est en effet un petit canal. De la vient qu'on trouve dans la *baise* Latisité *canalaria*, pour dire *canelé*. Il s'enfuit de là qu'on ne doit pas écrire *canelé*, ni *canelure* par deux *un*, comme si ces mots étoient formés de canne.
CANEPETIERÉ. Nicot : CANEPETIERÉ, *oiseau de campagne, non moins délicieux a manger que la faisan. Cette canepetiere ressemble fort à une outarde, sinon que l'outarde est plus grande & plus grosse.* Belon, livre v. chap. 4. de la Nature des Oiseaux : *Ce nom de canepetiere lui a été baillé, non pas qu'elle soit aquatique, mais qu'elle se tapise contre terre, à la manière des canes en l'eau. Elle n'a aucune affinité avec les oiseaux aquatiques ; car c'est un oiseau de campagne, qui est de la corpulence d'un faisan : la tete est toute semblable à celle d'une caillie, exceptant la grosseur ; & a aussi le bec semblable à celui d'une poulaillie. Elle est plus cognue de nom, que de forme, car nous avons un proverbe en notre Langue qui la met en bruit, disant à ceux qu'on cognoit soupçonneux, qu'ils sont de la canepetiere.* ¶ En Berri on dit canepetrolle. M.
CANEPHORIES. C'étoit une cérémonie qui faisoit partie de la Fête que les jeunes filles célébroient la veille de leurs noces. Cette cérémonie ne se pratiquoit qu'à Athènes, & consistoit en ce que la fille conduite par son père & sa mère, alloit à la citadelle, où étoit le Temple de Minerve, & lui portoit une corbeille pleine de présens, pour l'engager à rendre son mariage heureux ; ou plutôt pour détourner sa colère, & empêcher qu'elle ne le rendit malheureux. De là le nom de *Canéphories*, *narration*, mot composé de *narrée corbeille*, & *qu'est le père*. On appelle la jeune fille qui portoit la corbeille, *narration*, c'est-à-dire, *père-corbeille*.
CANÉPIN. Nicot : *Un canepin bien délié, qui est une petite pelure, prinse du dedans de l'écorce du tilet, ou du dehors de l'écorce du bouleau, en que les Anciens écrivoient. C'est aussi ce que les Peauvillers lèvent de dessus d'une peau de mouton parée ; & est communément fort blanc, & moult délié.* De *cannabis* : c'est-à-dire du *chanvre*. *Cannabis*, *cannabinus*, CANEPIN. M.
CANEVAS. Ou du Latin *cannabis*, ou de l'Alleman *hanf*, qui signifie la même chose. François *Chanevas* est le nom d'un Secrétaire du Roi, à la p. 470. de l'Hist. Chr. de la Chancelle de France, Paris, *in-fol.* 1676. Voyez CANNEVAS. *Le Duch*.
CANGRAINE. De *gangrana*, fait du Grec *zāzōsana*, que Casabon dérive de *zāzōsana*, en la signification de *chévre*. C'est dans son Commentaire sur Strabon, livre XII. au sujet de la Ville de *Gangre* : *Volunt quidam dictam sic fuisse illam urbem a capra quadam, qua Gangra vocaretur. Alii, Tome I.* *Lingua Henetorum & Paphlagonum zāzōsana tradunt quamvis capram appellari : unde puto zāzōsana morbum proxima quaque subito depascentem esse dictum. Et D. Paulus videtur allusisse ad vocis irquis- vura, 2. ad Timoth. cap. 1. commute 17. qui i his & divit ut zāzōsana visidit &m.* ¶ Les Médecins Grecs ont appellé un certain ulcere *sijai, inii vii rjans : a depascendo.* M.
CANICULAIRES. *Jours caniculaires*, ou, comme on prononçoit anciennement *caniculiers*. De *caniculaires*. Ils ont été ainsi appelés par les Latins, du lever Hélique, (c'est-à-dire, de la première apparition de la Canicule) lequel arrivait il y a près de deux mille ans vers le 20. Juillet, duquel tems ils commencent : & ils durent, selon l'opinion de quelques-uns, trente jours ; & quarante ou cinquante, selon quelques autres. À présent la Canicule ne se leve que vers la mi-Août. M.
CANIF. M. de Saumais sur Solin, page 1045. le dérive de *canna*. CANNIVUM *hodie scabrum appellamus scribae : a canna, vel calamo. Nam arundine scribæbant Veteres, non, ut nus, pennâ.* Je croirois plutôt qu'il viendrait de l'Anglois *knif*, qui signifie un *couteau*. Boxhornius, dans son Théâtre de la Hollande, page 101. *Anno MCCCXXIII. vetuis Wilhelmus Comes, ne quis culorum vel knyphænem geras Dordrecht.* Les Paysans de Languedoc appellent un grand couteau, une *cannive*. Les Espagnols, pour dire un *canif*, disent *gannivette*, du diminutif *canniver*, qu'on dit dans le Boulonnais & dans la Touraine, au lieu de *canif*. Les Anglois disent *a penn-knif*, c'est-à-dire, *couteau de plume*. En quelques lieux de France, comme en Anjou & au Maine, on prononce *gannif*, au lieu de *cannif*. M. Voyez CANNIF. Le mot Anglois *Knife*, & non pas *Knif*, vient du Saxon *cnif* qui signifie un couteau en général ; & on ne saurait douter que notre *canif* ne vienne de l'un ou de l'autre de ces mots. *Le Duchat*.
CANISE. Ce mot qui dans Perceforest, & particulièrement au volume 1. est souvent employé dans la signification de certain habillement de femme, se trouve écrit *quanise*, au volume 6. fol. 68. v. à la seconde colonne. Belleforest a dit *canie*. Et au livre 1. d'Hérodote, fol. 71. de la Traduction de P. Saliat on lit : *Quant a leur veulement, ils portent premièrement une canie longue jusqu'aux talons.* Voyez au mot *sonquenie*. *Le Duchat*.
CANNE. Dans la signification de *roseau*, & d'une certaine mesure, vient du Latin *canna*, qui a été pris du Grec *zāzōsana*, ou *zāzōsana*, & le Grec a été fait de l'Ebreu *rup kanēh*, qui signifie pareillement un *roseau*, & une certaine mesure. Ce mot est commun aux Langues Orientales. Les Chaldéens disent *kanēh*, de même que les Ebreux, & aussi *kanēh*, *kenēh*, & *kania* : les Syriens *kanio* : les Arabes *kanai*.
CANNEPETOIRE. On appelle ainsi dans le Maine, ce que l'on appelle à Paris une *calonniere*, & une *clichere* en Anjou. De *canna*, & de *pederé* : comme qui diroit, *canna pedens*. Voyez *clichere*, & *calonniere*. M.
CANNEVAS. De *cannavaceus* : qui a été formé de *cannabis*. *Canava* se trouve dans le Capitulaire de *Vilis* attribué à Charlemagne : *Quid de lana, liny, & canava*. C'est à l'article 62. ¶ *Cannabis, cannabe, cannaba, cannava, cannavaceus, CANNEVAS.* ¶ On appelle à Paris *cannavaciere*, les femmes qui vendent du *cannevas*. Voyez *cognette*. ¶ On dit aussi à Paris, *cannevas de chan* P p fur, pour les premières paroles qui se font sur un air, & qui servent de modelle pour en faire d'autres. M. Bertaud, Conseiller au Parlement, se dit l'Auteur de cette façon de parler. M.
CANNIF. C'est ce petit couteau dont on taille les plumes : ainsi appellé de canna, comme dit M. de Saumaité, parce que les Anciens, au lieu de plumes, se renvoient de cannes & de roseaux : & ainsi ce que nous appellons plume, en matière d'écriture, est parmi eux calamus. Caïeneuve. Voyez ci-dessus CANIF. CANON d'artillerie. De l'italien cannone, augmentatif de canna : à cause que le canon est creux, long & droit comme une canne. Les Italiens usent du mot de canna, pour dire un canon d'arquebuise, en y ajoutant de terre. M.
CANON, dans le sens de règle, loi, vient du Grec notoir, qui signifie règle, languette d'une balance, règle d'un Architecte, &c. Et dans les Auteurs Leclésiaítiques il se prend en plusieurs manières, igavoir, pour les Lois de la Discipline Ecclésiatique & les Decrets des Conciles, parce que ce sont des règles auxquelles on doit se conformer : Pour le Catalogue des Livres Sacrés, parce qu'il est comme une règle qui détermine quels sont les livres inspirés : Pour les paroles secrètes de la Meïse depuis la Préface jusqu'au Pater, au milieu desquelles le Prêtre fait la consécration ; parce que ces paroles sont une règle qu'il faut observer en offrant le lacrifice : Pour le catalogue des Saints reconnus dans l'Eglise, parce que c'est une règle qui apprend quels sont ceux qui on doit rendre un culte public. De-la le mot canonifer, c'est-à-dire, mettre au nombre des Saints ; parce que les noms de ceux qui on reconnoit pour tels sont unis dans le catalogue des Saints.
CANSTRISE, ou CANSTRINSE. En Latin Canstrissus, ou Canstrensis. Nom d'Office dans l'Eglise de Constantinople. C'étoit le Canstrisse qui avoit soin des habits pontificaux du Patriarche, qui l'aidoit quand il s'habilloit, & qui pendant la Meïse tenoit la boëte à l'encens. Il tenoit aussi le voile du Calice, & aspergeoit le peuple d'eau benite pendant qu'on chantoit l'hymne de la Sainte Trinité. Il avoit aussi place dans les jugemens. Ce mot vient de canistrum, nom que l'on donnoit ou à la boëte à l'encens, que nous appellons aujourd'hui navette; ou à la corbeille où étoient les habits du Patriarche.