CHEPIER. Vieux mot, qui signifie *geotier*. De *eipuerius*. Voyez *ceps*, & *copier*. M.
CHEPTEIL. Bail de bestiaux, qui se fait lorsqu'un maître donne à un Fermier un nombre de bœufs, ou de brebis, à condition de les nourrir, & d'en rendre pareil nombre à la fin du bail, & d'en partager le croit & le profit. Ce mot vient de *capitale*, qui se trouve dans les Coutumes, à cause qu'un *chepteil* est un composé de plusieurs chefs de bêtes qui forment un capital ; & il y a apparence que le mot de *capitale*, qui signifie le fonds d'une rente, est venu d'une même source : car de même que ce *capitale* ou *chepteil* produit un croit de bestiaux qui en fait le profit, de même le fonds d'une rente produit des intérêts. Ragneau prétend que ce mot vient de l'achat & prix du bétail, pour lequel il est mis en gage, & non pas de *capitale*, & il suppose qu'on doit dire *chepteil*. Du Cange prétend qu'il vient de *catallops*, qu'on a dit pour *capitale*, & d'où est venu aussi le mot de *cateux*, qui se dit des biens en partie meubles, & en partie immeubles. Au lieu de *chepteil*, on a dit aussi *chepteil*, *chatel*, & *chavel*. Voyez ci-dessous *Chavel*, & ci-dessus *Cateux*.
CHEQ. C'est un titre que l'on donne à certains Princes Arabes, & en particulier au Chérif ou Prince de la Mecque. On le donne aussi aux petits Chefs Arabes qui commandent dans la hame Egypte. Ce mot est formé de l'Arabe *scheikh*, qui signifie proprement *vieillard*, & ensuite *Doller*, ou bien personnage recommandable par son autorité, par sa piété, ou par sa science. C'est un titre d'honorer qui se donne aux personnes que l'on considère. Les Espagnols emploient de même le mot de *Semner*, & nous celui de *Seignner*.
CHER. Qui est précieux, & de grande valeur. Ce mot vient du Latin *carus*, qui est opposé à *vilis* ; en ce qu'on appelle une chose *vile* celle qui est commune, & *chave* celle qui est rare. De là on a employable terme en parlant des personnes pour lesquelles on a de la tendresse, & des choses pour lesquelles on a de l'attachement, parce qu'on les regarde comme précieuses & de grande valeur. D'autres sont venir *cher* du Grec *quise gratia*. Wachter, dans son *Gloffar*, *German*, au mot *Kar*, nous apprend que car pour *amicus*, est aussi un mot Celtique. Je rapporterai ses propres paroles : *KAR amicus*, *adjective & substantiva*, *Vox Celica*, *qua Armorici* *efferunt* *car*, *Islandis* *kiat*, *Galix cher*, *Latinis* *charus*. *Buxbormus in Lex. Ant. Brit. cat amicus *antiquis*, *idque reili*, & *sic Armorici* : *nebis consanguineus*, *cognatus*, *significatio* *untranslata*, *quia cognati* *pierumque amici* : *cares amica antiquis*, & *sic Armorici* : *carant amici*, *consanguinei*. *Verelus in Indice* : *kiat amans*. *Inde Suecis* *korte amo*, *amabo* ; *kori*, *korskonen acceptus amicus*, *dilellus*, *clarus* ; *korlek amor*, *charitas* ; *korthiga amanter*. *Galix* *caresse blandinimum*, *caresser Mandiri*, *comiter & amanter excipere* ; *quod iminumer in karesiioren*. *Canila forvalo à gaten (Alamanni) keroi* ; *cupere*, *quia amicis* *brou cupimus*, & *illi nobis* ; *vel certis a Latino charus*.
CHERBOURG. Petite ville de Normandie. De *Cafaris burgus*. Jean, Moine de Marmoutier, dans la Vie de Geoffroy le Bel, Comte d'Anjou : *Hinc ad Cafaris Burgum bellus apparens sollicitis procurato, milicum acibus dispostis, machinis provida & salater aptaris, properatur*. De *cuyus cafari vocabulo, sin, artificiosa firmatae*, *milicum quod loqueremur, eras*. *Sed ad acium fofinamus*. *Siquidem Cafar Majorum Britannium, qua nunc Anglia dicitur, armis invafurus, ibi cafru posuis : loci procul audio plurima aptitudine explanata*. *Primo quidem seu naturali locus munitium, nativo lapide & sitidifimo fundatas ; inde moro adiacens, non minus munimus quam ferriis, tam sin accesa quum navali commercia reddit, silvarum etiam vulatus vicinii, & ferarum copiam, & nonnullum exinde convabit munimantum*. *Quibus explanaris, vir perspicax natura jufexis-artificium*. *Cafrum igitur illic confitenti, quod muris cinxis firmiffinis : turribus extralis tam frusmodus in ipso muri ambitu, ut vix hafta militis inter turrim possi extendi*. *Interibus autem in loco munitari turrim careris eminentiu, & autem rogiam collocavit*. *In quo triam cafra, fugatus primo impera a Britannis, habuiffe rofugium dicitur*. *Unde Lacanus* : Turrita questis ostendit terga Britannis. *Hinc itaque, non immerit ipsum cafrum* *Cafaris Burgum anglicum numinae*. Elle est appelée *Chierifourc* *et* *Guillaume de Jumiège*, livre iv. de son Hifourt des Normands, chap. 7. *Ad*.
CHERBOURG. Du Chesne, Ant. des Villes de France, livre vii. chap. 14. & M. Danneville écrivent *Cherbourg* : mais le nom le plus en usage est *Cherbourg*, selon la remarque de M. Corneille. Sigebert à l'an 1169, l'appelle *Cafaris burgum* ou *burgus*, & du Chesne & Valet l'ont suivi. Proiffant dit que *César* fonda cette ville quand il conquit l'Angleterre : cependant il est certain que *César* ne passa point par-là pour aller en Angleterre ; & ainsi c'est mal à propos qu'on lui a donné le nom de *Cafaris burgus*. Le P. Brier, Baudrand & Hoffman l'appellent *Caroburgus*. Quelques-uns ont cru que le nom de *Cherbourg* venoit de Cherebert, Roi de Paris, qui l'annotif fondé. Mais : 1. La ressemblance des noms ne suffit pas pour perfus- der qu'il en soit le fondateur. 1°. Le Cotentin, où est situé Cherbourg, n'étoit pas du partage de ce Prince. Ainsi, à dire vrai, on ne fait rien de la fondation de Cherbourg, ni de l'origine de son nom.
CHERCHER. En Languedoc cercar, en Ef- pagnol cercar, parce que ceux qui cherchent quel- que chose vont en teurvoyant ou courant autour des lieux où ils la croient trouver. Nous avons formé ce verbe du Latin circare. Tibulle, livre premier. Tantalus est illic, & circas flagna. Sed autem Jam jam poturi deferit unda sitim. Les Glofes : Circitat, & circat, maximus. La Glofe de Vulcanius : Circito, mensis. Circito, peragro, luffro. Conradus de Fabaria, chap. 8. appelle Cir- catores ceux qui avoient la charge de visiter les Couvens : Circatoribus juxta mandatum Apostolici Menaesaria singula perlusfrantibus. Comme aussi Cir- cada sont les visites des Evêques dans leurs Diocê- ses. Le Corona Pretiofa : Cercare, jusqu'ou. Inqui- rere, maximus. Cafeneuve.
CHERCHER. De circare : & non pas, selon Caninius, du Latin quarere, ou du Syriaque quer- quer. Scaliger sur Tibulle, livre 1. CIRCARE, est membrant. Unde circanea avis ab eo della milvina, quod semper, circando, agros oberret. Glofaria : cir- citat, & circat, maximus. Circito, mensis. Ciri- tor, luftrator, membrante. Ita nos primi hoc ver- bum postiminio Latin restituiimus. Eo utitur hodie Hispanthus Idiotifinus eadem significatione : Italicus & Transalpinus panio inflexiore : nam pro investi- gatione accipium cercar. Les Glofes d'Isidore : CIRCAT, circumvent : c'est-à-dire, circumit. Le Livre intitulé Corona Pretiofa : Cercare, jusqu'ou, maximus. Et de là le Grec-barbare quatora, pour circatio. Voyez le Glossaire de M. Rigaud. Circuit, quarens quem devoret, dit Saint Pierre dans sa pre- mière Epière. Matthæus Vindocinensis sur Tobie : Circitat : egregius scrutatur. M. Ferrari le dérive de quatorare. Mais M. du Cange & M. de Cafe- neuve le dérivent aussi de circare. L'étymologie de M. Ferrari ne me déplaît pas. Quatorare, quar- tare, CHERCHER. Voyez dans mon Discours du changement des Lettres, des exemples du change- ment du T en C. Mais celle de Scaliger ne me déplaît pas non plus. On lit dans un Statut manuf- crit de l'Abbaye de Cluny : Item, que les Cherches qui font la ronde en Cloître ayent chacun deux pai- res de chausses. Et ce mot Cherches y est inter- prédé à la marge par celui de Circatores. ¶ Robert Etienne, dans son Dictionnaire François, a écrit cercher. M.
CHERE. De cara, qui signifie visage, & dont Coripe s'est servi en cette signification : — postquam venere verendam Cafaris ante caram, cunita sua peltora dura Illidunt terra. C'est au livre 2. du Panégyrique de Justin. Les Italiens eu ont aussi fait cera, et les Espagnols cara. Et anciennement ce mot chère signifioit vi- sage, comme le témoignent ces proverbes : Belle chère, & le cœur arrière : Belle chère vaut bien un mort. Pathelin', dans la Farce qui porte son nom : Et quand il viendra vous direc, Ah parlez bas, & gémirec, En faisant une chère fade. Et ensuite : Que ressemblez-vous bien de chère, Et du tout, à vostre feu pers. On dit encore présentement dans le Languedoc & dans la Guienne, care pour le visage ; & aca- rer des témoins, pour dire confronter des témoins. Rabelais, 3. 19. Reculements, confrontations, aca- rations. Voyez ci-dessus acarer. De là nous avons dis figurément, faire bonne & mauvaise chère, pour dire, être bien en mal traité à table. ¶ Cara a été fait de xapa, qui signifie capur, comme l'ont re- marqué Caninius dans ses Canons des Dialectes, & Dempster sur le lieu allégué de Coripe ; & non pas de xapa gaudium, comme quelques-uns ont cru. Méric Cafaubon s'est étrangement trompé, dérivant chère de xapa. C'est dans sa Dissertation de l'ancienne Langue Anglicane, page 144. Ro- bert Etienne n'a pas mieux rencontré, le dérivant ab imperatrice xapa, id est, salve, gaudé ; c'est dans son Dictionnaire François. M.
CHÈRE. De cara visage. De là s'est fait le verbe contrecarrer. Huer.
CHEREBERT. En Latin Chariberus. C'est le nom d'un Roi des François, fils de Clotaire. Ce nom signifie Belle clarus. Il est composé de deux mots Teutoniques, savoir de ger, ou wer, ou gar, ou char, qui veut dire bellum, & d'où est venu notre mot guerre ; & de bert, qui signifie clarus. Voyez ci-dessus Albert, & Berte. Ger, wer, gar, & char, sont le même mot, & ne diffèrent que par la prononciation. Aussi le nom Gerbert est là même chose que Charibert. Voyez Wachter, dans son Glofar. German. au mot Ger.
CHERIF. C'est le titre que portent différents Princes Arabes, comme le Prince de la Mecque, le Prince de Médine. Le Roi de Maroc se qualifie le Grand Chérif, ou le Chérif des Chérifs, c'est- à-dire, le premier & le plus puissant des succes- sieurs de Mahomet. On appelle aussi Chérifs les descendans de Mahomet. Ce mot est le pur Arabe Scherif, qui signifie éminent, noble, Prince ; & qui est formé du verbe scharasa, lequel veut dire, exceller en noblefse & en gloire. On écrit aussi en François Scherif. Voyez ce mot ci-dessous.
CHERON. S. CHERON. Abbaye de l'Or- dre de Saint Benoît, au Diocèze de Chartres. Sancti Caranni Monasterium, P. J. Add.
CHERRÉE. C'est la cendre qui a servi à la leffire, dont on améliore les prés. De cinerata. On dit en Basse-Normandie carrée, & charrée. On dit à Paris charrée. C'est donc comme il faut dire. M.
CHERSONESE. Terme de Géographie. C'est la même chose que Péninsule ou Presqu'ille. Ce mot vient du Grec xopérons, qui est composé de xipé terre, & de xipé ille. Les Grecs disent aussi xipérons. On donnoit ce nom dans l'anti- quité à plusieurs contrées qui sont entourées de la mer, & ne sont attachées à la terre-ferme que par un isthme ; & on s'en sert encore aujourd'hui fort bien pour figuifier ces Presqu'illes des anciens ; comme la Chersonese de Thrace, la Chersonese Cimbrique, la Chersonese Taurique, la Chersonese d'Or.
CHERTE'. De caritas : qui, en bon Latin, signifie la même chose. En Languedoc on dit ca- restie, qui vient du Latin-barbare caristia. La Chronique de Colmar, partie dernière : *Tanta fuit in Ducis exercitu caristia ; quid panis, via valens denarium, pro sex denariis vendebatur.* Les Annales de Godefroy : *Charistiam timens & famem.* Caïeneuve.
CHERUBIN. Esprit céleste, qui, dans la hiérarchie, est le premier après les Séraphins. Moïse mit l'Arche d'alliance sous les ailes des *Chérubins*, qu'il fit élever dans le Sanctuaire. C'étoient des figures humaines qui avoient des ailes, & qui représentaient des Anges : de-là ce nom a été donné au second ordre des Anges. Il vient de l'Ebreu *kervub*, dont le plurier est *kervub kervub*. On ignore la propre signification de ce mot. Les Thalmudistes disent que c'est la même chose que *kervub kerábia, sicut puer*, parce que, ajoutent-ils, un enfant se dit à Babylone *kervub rabia*. Mais l'autorité des Thalmudistes, même en matière de Grammaire, n'est pas d'un grand poids. La racine d'où vient le mot *kervub*, signifie en Chaldéen, en Syriaque & en Arabe, *labourer la terre*. Mais cela ne nous avance pas davantage ; & on ne voit pas quel rapport de signification il y a entre cette racine, & le nom des figures ailées que Moïse fit faire, ou des Anges qu'elles représentaient.
CHERVI. C'est la racine du *sifarum*. Les Médecins de Lyon, vi. 17. *Grace eloquent, Latine etiam sitarum, & sifer sitarum. Nonnuli servilla, vel chervilla : Gallis chastus, Germanis gerlin, & gierlin. M.*
CHESAL. Vieux mot François qui signifiait autrefois maïson, & Eglise. Il est encore en usage en plusieurs Provinces : de-là vient qu'on dit encore la Congrégation de Chésal Benoit, qui est une union en Congrégations de quelques Abbayes Régulieres de l'Ordre de Saint Benoit, comme Saint Sulpice de Bourges, Saint Cyran, Saint Augustin de Limoges, &c. On écrit quelquefois *chésal* par un c ; & l'on dit aussi *chésal* ou *chésalage*, pour *chésal*. Ce mot vient du Latin *casale*, fait de *casa*, qui signifie maïson. Dans les Capitulaires de Charlemagne on appelle une Eglise *Casa Dei* : c'est le nom que porte encore l'Abbaye de la *Chaise-Dien* en Auvergne. Voyez ci-devant *Casemare*. Le mot *casa*, dans les plus anciennes Langues signifie ce qui couvre, soit maïson, soit habit. Les Égyptiens appelloient ainsi une sorte d'habit, & les Latins ont employé ce mot pour signifier une maïson. De *casa*, s'est fait *casula*, en Latin-barbare, pour un manteau, & de ce diminutif il s'en est encore fait un autre, qui est *casubula*, d'où est venu le François *chasuble*. Voyez ci-devant *Chasuble*. Il y a quelque apparence que tous ces mots sont dérivés originellement du verbe Ebreu *casab*, qui signifie *rexis*, *queruit*. Pour revenir au mot *chésal*, on appelle de la sorte, en certains endroits du Comté de Bourgogne, une place où il y a eu une maïson, de laquelle on voit encore des ruines. Du même mot, *casale*.
CHESMER. Se sécher sur le pied, se famer, se flétrir. M. des Marais, page 441. de ses Poésies, Paris, 1707. Comme un enfant, de douleur il se chesme. Plus haut il s'étoit déjà servi de ce mot dans la même signification. Se chesmer, dans celle de languit, se trouve dans Oudin. De l'italien *kemarfi*, fait de *kemare*, diminuer. Dans Rabelais, liv. 2. chap. 44. on lit *eximè* pour *eximè*. Le Duchat. Voyez ci-devant *chèmer*.
CHESNE. De *quernus*, dit pour *quercus*. Isidore, livre 17. chap. 7. *Quercus, sive quernus, dicta, &c.* On prononce encore présentement *quesne* en Picardie & en Normandie, & en plusieurs autres lieux de France. Et nos paysans disaient anciennement *querne* : témoin leur proverbé, qui promet bonne année, quand a la *Chandelerne le Soleil est au pied du querne, &c.* Il y a plusieurs personnes qui s'appellent du *Quesne*. Il y a aussi plusieurs lieux qui s'appellent le *Quesney* : mot fait de *quernus*. *Quercus* est la contraction de *quercinus*. *Quercus, quercus, quercus* : & de-là l'italien *quercus*, d'où nous avons fait la *Guerche*, nom de lieu. Voyez *Guerche*. *Quercus, quercus, quercus*. On lit dans l'Onomasticon Grec-Latin, *quercus, ercus, idiois* : où *ernus* est mis par abbréviation pour *quernus*. M.
CHETEL. De *capitale*. Voyez *chaptel*, & *cateux*. M.
CHETIF, CHETIVE, CHETIVOISON ou CHETIVETE. Comme de *capus*, nos Anciens François firent chef, aussi de *captivus*, & de *captivitas*, ils firent *chétif*, *chétivoison* ou *chétivete*. Les mots de *chétif* & *chétive*, signifièrent *prisonnier*, *captif*, *esclave* ; & *chétivoison*, *chétivete* ; *captivite*, *esclavage*. Le Roman de Guillaume au court nez, aux Enfances Vivien, parlant de Vivien, qui en son jeune âge avait été pris des Sarrasins, avec beaucoup d'autres personnes : *Le sondeier de sur mer en une Isle Offre à vendre la pryère qu'ils ont prise ; Et Vivien, & chétis & chétives.* Et en un autre lieu : *Sept vingt chétis emmèment en prison, Qui del pays sont illes environ.* Et en un autre endroit : *Tuit cil qui la sont seront plus en prison Que li fils Israel la regne Pharaon, Qui serent trois cens ans en la chetivoison.* Le Maréchal de Ville - Hardouin, livre 9. *Et li Confeils l'Empereur su teix, que il trois a luy combattre, se il l'attendait par secere les chétis & les chétives que il emmenait.* Où Vigènere, qui a traduit *infortunés*, *misérables*, au lieu de *captifs* & *captives*, s'est trompé, en ce que dans le même, & en autres lieux, toute sorte de malheureux sont appelés *chétis*, parce qu'il n'y a point de misère pire que la captivité. Aussi dans le Roman de Guillaume au court nez, *chétivete* est pris pour *misère* : *Tant y soffris & de sains & de laftes, Et de misère & de chetivete. Caïeneuve.*
CHETIF. Picardis queftif : *quas questurius ; a quærendis : meniscus* : dit Robert Etienne. Il vient de *captivus*. Chétif signifièrent anciennement *captif*. Dans le Roman de Lancelot du Lac : *Un Chevalier au Roy Arens, qui venait en ce pays pour délivrer les chétis de Bretagne, que Mélégage arentent en cette terre*. Et ailleurs, dans le même Roman : *Vous délivreriez les achétives, qui sont encette terre*. Et de-là, *chétivoison* pour *captivite*. L'Ancienne Version des Pseaumes, au Pseaume 77. *Quoties exacerbaverunt en un desferre : Et b.ill.* la vertu d'icieux en chétivoissus. Le mot de chétif a signifié depuis un misérable, à cause du malheur qui accompagne les captifs : dans laquelle signification les Italiens se servent aussi de cattivo : qu'ils ont fait aussi de captivus. Voyez mes Origines Italiennes au mot cattivo. Barthius, livre 41. de ses Adversaires, chapitre 10. CHÉTIF, captivus, miserum etiam & agnitum sonat Gallis, eo usu, quo Latinitati cadenti CAPTIVUS. Claudius Taurinensis, contra cultum smaginum : Quid te ad falis imagines humilias & inclinas ? Quid ante inepta simulacra, & figmenta terrena captiva corpus incurvas ? Cactivus se trouve dans les Formules de Marculfe, livre 2. chapitre 1. Vendidi servum juris mal, non ferem, non fugitivum, neque cadivum; sed mente, & omni corpore samum : ou M. Bignon l'interprète malus, improbus : mais où il signifie caducus; c'est-à-dire, qui tombe du mal caduc. Marcellus : Errufus sobitaneus curat, & cadivis prodeft, &c. Nam se vel ad duus cyathos cadivus inde forbeat, & curat passus mille ducentos jejunus, mirre remediatur. On a fait cadivus de cada, comme vacius de vaco, & nocivus de nocet. Voyez M. de Saumalfe sur l'Histoire Augulte, page 10. Caducus, a été dit de même de celui qui est loyez au mal caduc. Les Glofes caducus, innuendo. Apulée : asinum detestabilis morbo caducum. Dans la Provence & dans le Languedoc, on dit catau, pour chétif. Et en Picardie, au lieu de chétif, on prononce quétif. Il y a des familles du nom de Quétif. M.
CHÉTIF. A Metz on prononce chaty, & ce mot se dit d'une personne si maigre, qu'elle n'a que la peau & les os, d'un enfant tombé en langueur. Captivité, (chétivité) & pauvreté sont synonimes dans la Chron. Scandal. sous le mois de Détefible 1471. Alain Chartier, page m. 321. dans un de ses Ouvrages, intitulé l'Esperance, &c. La durée de celle playe fut longue, ainsi que l'age d'un homme, environ de septante ans, affre que les mauvais cependant mourusent en chétivoissus, & que Dieu restituant sa terre de peuple tout nouvel examiné par adversité. Et la Légende dorée de Saint François d'Allée : Car une fois qu'il fut prins des Perujols, & fut mis en cruelle prison, & les autres estoient tous doulens, & luy seul se essouffoit ; & quant il en fut repris de ses compagnons enchetives comme lui, il respondit, &c. Le Duchat.
CHÉTRON. Nicot, CHÉTRON, est une petite coiffe, qui est dans un coffre de bois : qu'on appelle communément caiffe : & tient au bout de l'un des bouts d'icelle. De cista. Cista, cistarum, cistarum cistarum, CHÉTRON, CHÉTRON. M.
CHEVAL. De caballus. Ce mot se disoit anciennement d'un cheval de bagage. Hésychus : accèv, iperus fer. Il a été pris ensuite par les Ecrivains modernes pour toutes sortes de chevaux. De caballus, on a fait caballarius, qui se trouve dans l'Abbé d'Usperg, dans Hincmar, & autres Auteurs semblables : d'où nous avons fait CHEVALIER. On y trouve aussi caballarius, d'où nous avons fait CHEVALIER. Et caballicare, d'où nous avons fait CHEVALIER, & d'où les Italiens ont fait cavalcare; & les Espagnols cavalcar; & les Languedociens cabalga. La Loi des Allemans, titre 72. Si qui is homo in equo spe caballicaveris. Verberus, en la Vie de Charlemagne : caballicaris contra ventos & pluvias. Anastale le Bibliothecaire, en la Vie de Conon : Papa ad caballi- candum uti licentiam ei conreffis. Et de caballicaris, on a fait caballicata; qui se trouve dans Luitpardus Ticinensis, ligre 3. chapitre dernier : Cumque eodem pervenisset, & caballicata, uti vulgo aiunt, circum circa dirigeres. D'où, par syncope, cavalcata, & cavalgada. Une Ordonnance de Saint Louis, rapportée par Guillaume de Nangis, au chapitre 42. des Gettes de ce Roi : Subitros nos trus novis exaltionibus, vel confuetudinibus Baillivi, & alii Officiales, non affligam : cavalcata, pecunia caufa, non mandem, sed ex caufa omnino ncessaria. Et tunc volentes facere personaliens cavalcatam, ad eam redimendam pecunia non compellant. Et de-la notre mot de CHEVALIER, pour la visite des Maîtres de Requères, & des Trésoriers de France. Dans les Glofes d'Histoire, caballarius est interprété par alaris : & alaris, en cet endroit, c'est alaris equus. Et cabo est interprété dans les mêmes Glofes, par caballus grandis; & par caballus, & sonipes equus : & caballus, par cabo, equus. Et on lit dans ses Origines, XII. & Caltrones vocari a cabo, id est, caballo, quod ex his creens. Tout cela ne permet pas de douter que caballus n'ait été fait de l'inuité caballus. M.
CHEVALIER-FRISE. Machine de guerre. C'est une poutre d'environ un pied de diamètre, & de dix à douze de longueur, taillée à cinq ou six pans, percés tout au travers. Et dans chaque trou, il y a un bâton ferré par les deux bouts, lesquels débordent de deux à trois pieds de chaque côté de la poutre. On s'enfert pour boucher l'ouverture d'une brèche, & l'entrée d'un camp. Elle a été ainsi appelée, parce qu'elle a été inventée par les Hollandois dans la Frise, à Groninque. M.
CHEVALET. Machine de bois, à peu près de la figure d'un cheval, ayant la sommité du dos quartée. On s'en fert pour punir les soldats. Les Latins ont dit de même equuleus. Voyez touchant les diverses significations du mot chevalet, le Dictionnaire de M. Richelet. M.
CHEVALET. Instrument de Musique. Pontus de Tyand le dérive de sclav. Il vient de caballarius, diminutif de caballus. Scaliger, sur la Sphere Barbare de Manile : paradus vocat Lucianus. Nostri fidicines chevalet vocant, id est, equuleum; quod in chorda vellentur. M.
CHEVALIER. Nous appellons maintenant Cavalier, un Gentilhomme. Et ces deux mots Cavalier & Chevalier, viennent de Caballarius, ou Caballaris. Les Glofes : Caballarius, vau, invic. Papias : Alaris, caballaris. Alz, equitum turma. Caballus, 1000. Cafeneuve.
CHEVALIER. Oiseau de mer. M. Huet croit avec beaucoup d'apparence que cet oiseau a été ainsi appelé, parce qu'il a de hautes jambes, & un long bec, ce qui se fait ressembler à un homme monté sur un cheval, & armé d'une lance. Belon, pour le marquer en passant, estime que c'est le Calidris d'Aristote. Et la conjecture a été fort approuvée par Jules Scaliger, en ces termes, qui sont de la page 891. de ses Commentaires sur l'Histoire des Animaux d'Aristote : Neminem merito honore fraudabimus. Bellonius, et si sapissime non certis utatur conjecturis, aliquando tamen ejus conatus ut laudandus, ita opinio non semper contemnenda. Calidris magnitudinem, colorem albo, & cinereo varium, convenire ait et esti qua à Gallis Chevalier dicitur. Quorum duo facit genera; unum, nigrum; alterum, rubrum dictum, nigro minus. Par- va est hac avis, exquisitis saporis, longis cruribus; maris & fluviorum littera frequentans: & quibus cibum capis, ut & ab agris & praes nonnunquam. Qui aliam avem Aristotelica similiorem adduxerit, maximam illi habebimus gratiam. M. CHEVALIER: pour l'Italien cavaliere. Voyez cheval. M.
CHEVANCE. Voyez chevir, ci-dessous, & civanza, dans mes Origines Italienes. De chef, en la signification de bout, on a fait chevir, qui signifie venir à bout; & chevance, & finance, qui signifient l'un & l'autre une grosse somme d'argent comptant, parce qu'avec de l'argent on vient à bout de tout. Pecunia obedient omnia. Cette étymologie des mots chevaux & finance, est de M. de la Mothe le Vayer, en son Traité de l'habitation du Prince. Le Duchat.
CHEVAUCHER. Aller à cheval: en Languedoc cabalga. Il est formé du Latin-barbare caballicare. La Loi Salique, titre 25. Si quis caballum sine permis domini sui ascenderit, & cum caballicaverit. C'est est se trouve aussi dans la Loi des Allemans, titre 71. Casenove.
CHEVAUCHER. De caballicare; dont les Espagnols ont aussi fait cavalgar, & les Italiens, cavalcare. ¶ Les Grecs ont dit de même calumnium? Cyrillus, dans son Lexicon: inaequae, flaccæquæ, calumnium. Achnes, chapitre 255. Calumnium, diplura in Baitura. Constantin Porphyrogenete, chapitre 15. de l'Administration de l'Empire: in calumnium & ferus, inaequæ. Au chapitre 31. il use de calumnium, pour dire la Cavalerie: mot qui a été employé adjectivement par Nicetas, par Cédrenus, & par Zonare: calumnium & ferus. De calumnium on a fait calumnium, pour équie. ¶ Voyez cheval. M.
CHEVAU-LEGER. Anciennement la plupart de la cavalerie Francolle étoit armée de pied en cap, & ne montoit que des chevaux armes de même. C'est pourquoi le cavalier qui n'étoit couvert que de ses habits ordinaires, & dont le cheval n'étoit point armé, s'appelloit chevau-leges, à la différence de l'autre cavalerie composée de gens d'armes, qu'on nommoit paraphralli, c'est-à-dire, armes de toutes pièces. Et comme autrefois entre plusieurs corps de la cavalerie Francolle, les Gardes du Corps, ci-devant connus sous le nom d'hommes d'armes, étoient de ces capaphralli; on donna le nom de compagnie de chevaux-leges; à une compagnie particulière de la Garde du Roi de France, parce que cette compagnie n'étoit pas pesamment armée comme les Gardes du Corps, mais montoit des chevaux-leges: & dans la suite le cavalier lui-même a eu le même nom. Rabelais, livr. chapitre 43. Pourtant envoya sous la conduite du Capito Tiravant, pour descouvrir le pays, seize cens chevaliers, tous montez sur chevaux leges, en escarmouche. C'étoit la ce qu'on a depuis appellée de la cavalerie legere; &, comme on voit, elle n'a été appelée de la sorte, que parce qu'elle monte des chevaux-leges, c'est-à-dire, non armes, & tels qu'il les faut à des gens destinés à faire la découverte. Le Duchat.
CHEVECAILLE. Chevelure. Le Roman de la Rose: Et pour tenir la chevacaile, Un sermeil d'or an col lui baile. Capillus, capillicus, capillica, capillicalis, capillicalius, capillicalia, CHEVECAILLE. M. Tomé I.
CHEVECHE. Oiseau, Lat. utula. De cica-besca. cuaca, cicaba, cicabesca, cabeca, CHEVECHE. Voyez chabuan. Les Galcons l'appellent avecca. M.
CHEVECIER. Dignité Ecclésiastique. C'est celui qui a soin du chevet de l'Eglise; c'est-à-dire, du fonds de l'Eglise depuis l'endroit où la clôture commence à tourner en rond. Comme les Cheveciers en plusieurs Eglises ont soin du luminaire, & qu'ils prennent le reste de la cire qu'on emploie dans ces Eglises, plusieurs ont cru que Capiterius, qui est le mot Latin dont on a appellé le Chevecier, avoit été fait à capienda cera. Mais il a été fait de caput capitis. Caput capitis, capitium, capicium, capiciarius, capiterius. Ce qui paroît par cet endroit du Nécrologe de l'Eglise de Paris, qui m'a été communiqué par M. l'Abbé Chattelain, Chanoine de la même Eglise: De domo item Sancta Maria obiit anno 1316. die Dominica, in festo Sancti Armuifi, Odo de Corbolio, Concanonicus noster, qui dedit Officio oelo libras Parisienses annui redditus: 40. Fabrica: 10. Pueris Chori: 3. Sextaria bladi Officio Camera: 4. libras annui redditus quos habebat in vice murorum, Officio Mararum: unum hortum apud Castanetum, Officio : & quidquid habebat Corbolii, Officio Anniversariorum. Executores autem Testamenti ejus, de assensu Capituli, omnia hac bona in purum excambium tradiderunt Philippo Concanonico nostro pro 45. libris Parisiensis annui & perpetui redditus. Qui Philippus, nomine permutationis, iisdem Executoribus assidit, sine coadition vendendi totam Malem bladi, qua in civitate, in vice Juduaria, quo panes venduntur, extitit, contiguo domui Beatricis Pisaria, & se retro pratendem usque ad vicum Fabarum. Item, domos ultra parvum Pontem, in vice Saquatia, contiguo domo Joannis Mangerici, Cannabari; retro vero horto Thoma Scuti, Cordubennarii. Super quibus, &c. De residuo autem redditum, voluit unam Missam de Beata Virgine, & unum Anniversarium; ita ut Missa de Sancta Virgine fieret quolibet anno in Crasino Ascensionis: in qua distribuerentur pro pulsatione campanarum 2. solidi: & Capitario pro luminari 12. denarii. Et in Anniversario Reginaldi, Parisiensis Episcopi, ejus avunculi distribuerentur Matriculariis Laigis, pro pulsatione campanarum 5. solidi: & Capitario, pro luminari, 2. solidi. At in suo proprio Anniversario, quod fiet solemne, distribuerentur 24. libra Parisiensis. Scilicet duas partes Canonicis & Majori altari deservientibus, & verria pars Beneficiatis, & pueris Choralibus. Ita tamen quod Matricularii Laici habetam de diilii 24. libris, pro pulsatione campanarum, sex solidos: & Capitatorius, pro luminari, 4. solidos. ¶ Voyez Princier. M.
CHEVET. De capetium, diminutif de capum, qu'on a dit pour caput: comme qui diroit le lieu où repose le chef. Ce mot, en cette signification, est ancien dans notre Langue. Le Roman de Garin: Tot maintenant l'ont fait ensevelir En une bière: eux et Monfier gésir. Plus de vingt croix ont à son chevet mis. Capitium lelluli, pour chevet, se trouve dans la Vie de Saint Eugenius: & capitale, dans les Glofes anciennes: Tuamperesquabous, capitale, pitemum; & dans la Règle de Saint Benoit: sur lequel mot, voyez: offius de Vitis Sermonis, page 370. Et c'est de ce mot capitale que les Espagnols ont fait A a a leur cabeçal, & les Italiens leur capocèale. Le mot de chevet, au reste, signifioit autrefois chef. L'Auteur de la Vie de Sainte Marie, en vieille rime, parlant de Saint Jean-Baptiste : Que Hérode fût marturer, Li chevet à une glève trancher. Et de-là, Chévetaine, pour chef, conduiteur; & comme nous parlons présentement, Capitaine. Joinville, dans la Vie de Saint Louis : Les Turcs, quand leur Soudan fut mort, firent leur Chévetaine d'un Saracino. Et plus bas : Le Scoredum, Chévetaine des Turcs. Voyez André du Chêne sur Alain Chartier, page 818. & M. de la Thaumassière, dans son Glossaire imprimé à la fin de son Histoire de la Coutume de Berri. J'oubliois à remarquer, que caput se trouve dans la signification de chevet dans cet endroit de Suétone, en la Vie de Domitien : Puer, qui cura larium cubiculi & confuetudine affilens, interfuit cadi, hoc amplius narrabas, jufum se à Domitiano ad primum flatim vulnus pugionem pulvino subditum purigere, ac minifvus vocare; neque ad caput quidquam, excepte capulo, & praterca omnia clausa reperisse. M.
CHEVETRE. De capiftrum. Voyez ce chéveteur. M.
CHEVEU. De capillus. Capillus, capillus, CHEVEUS, CHEVEU. M.
CHEVILLE. En Languedoc galhibe. C'est proprement un clou de bois, dont les Menuisiers se servent. Mais nous appellons aussi chevilles les gros clous de fer. Il vient du Latin-barbare cavilla. Le Catholicon parvum : Cheville, cavilla. Nous appellons aussi cheville du pied, l'endroit où les os du pied s'emboitent dans ceux de la jambe; parce qu'ils entrent l'un dans l'autre, & sont joints ensemble comme avec une cheville. Caſeneuve.
CHEVILLE. De clavicula, formé de clavus. Clavus clavi, claviculus, chiaviculus : d'où l'Italien CHIAVICCHIO; chiavicula, cavicula, CHEVILLE. Les Gaſcons & les Provençaux prononcent caville. ¶ Cavilla se trouve dans Mathieu Paris. Anima verò qua ignem evaſerant, in flagno illo frigidiffimo ac ſalſiffimo, ad nutum B. Nicolai, qui huic Purgatorio prærat, deſcendebant : quarum quadam uſque ad verticem; quadam, uſque ad collum; quadam ad peltus uſque & brachia; alia ad umbilicum & renes; quadam, ad gemua; & nonnulla vis uſque ad cavillam pedum immerſa ſunt. C'est dans la Vie de Jean, Roi d'Angleterre, & en l'année 1106. Sur lequel endroit Wats a fait cette Note : Forte ſcribendum cavile; id eſt cavitatem pedum. Mais cavillam eſt la véritable leçon. Pierre, Abbé de Cluny, dans ſon Traité contre les Juifs : Nodum, quo crus pedi jungitur, & vulgo cavilla vocatur, &c. Dans les Statuts de Jean III. Abbé de Cluny, on lit auſſi cavilla pedis. Et cette partie du pié a été ainsi appelée, parce que les os du pié sont emboités en cet endroit avec ceux de la jambe, & qu'ils entrent l'un dans l'autre comme une cheville, dit M. de Caſeneuve. Jules Scaliger sur l'Histoire des Animaux d'Aristote, page 109. dérive clavicula en cette ſignification de cheville du pié, de clava : Iique puo à Barbaris cavillam corrupte, & ſuiffe clavillam, à clava nodis. De cavilla on a fait le verbe cavillare. Jean, Abbé de Marmourier : Clavo ferres ſoriiter cavillata. Et de-la notre mot cheviller. J'oubliois à re- marquer que l'Auteur des Miracles de S. Benoit a dit clavicula pour cheville : ce qui montre que cavicula en cette ſignification, a été fait de clavicula. M.
CHEVILLURES. En termes de Vénérie, ce sont ces cors, ou petites cornes, qui ſortent du merrein, ou groſſes cornes des cerfs; au-deſſus des deux plus proches de la tête, qui s'appellent andouiller, & ſurandouiller. Et ces cors ſont appelés chevillures, à cauſe de leur reſſemblance à des chevilles. Caſeneuve.
CHEVILLURES. de cerf. De leur reſſemblance à des chevilles. Voyez M. de Caſeneuve. M.
CHEVIR. C'est venir à chef. De caput. Caput, capum; d'où l'Italien capo; capire, CHEVIR. Voyez ci-deſſus achever; & Nicot au mot chevir; & mes Origines Italiennes au mot civanza. M.
CHEVIR, en terme de Palais, ſignifie traiter, compoſer, capituler. Dans toutes les tranſactions, après avoir expliqué le diſſérent, on ajoute : les parties en ont chevi, compoſé & tranſigé ainsi qu'il s'enſuit. Ce mot, auſſi-bien que celui de cheviſance, qui ſignifie compoſition, vient de chef, comme qui diroit, mettre à chef; & chef vient de caput. Compoſer, capituler, c'est mettre à chef une affaire, c'est-à-dire l'achever, la terminer. Voyez ci-devant chef.
CHEVRE. Il eſt clair que ce mot a été formé du Latin capra; & Varron prétend que capra a été dit par tranſpoſition de lettres au lieu de carpa, du verbe carpere, brouter. Mais d'où vient l'expression proverbiale, prendre la chèvre, & auſſi chevreter, pour dire, ſe facher, ſe mettre en colère légèrement ? Moliere a dit : D'un mari ſur ce point j'approuve le ſouci; Mais c'eſt prendre la chèvre en peu bien vite auſſi. Je crois que cette expression vient de ce que la chèvre eſt un animal naturellement prompt & impatient, qui ne demeure pas aisément dans la même place, & qui aime à ſauter & à bondir; deſorte que prendre la chèvre ou chevreter, c'eſt comme ſi l'on diſoit, imiter la chèvre dans les ſauts & ſes bondiſſemens; parce que ceux qui ſe ſachent changent bruſquement de place, & ſont plaſieurs mouvement qui ne reſſemblent pas mal à ceux de la chèvre. De chèvre on a fait chevreau, ou, comme on diſoit autrefois, chevel; & auſſi vabril; de même que du Latin capra on a dit capreolus, pour le petit d'une chèvre. La plante appelée chèvreouille, a été apparemment nommée de la forte, parce que comme la chèvre grimpe ſur les endroits eſcarpés, de-même le chèvreouille monte ſur les arbres, ſur les paliſſades & les berceaux des jardins.
CHEVREUL. De capreolus, diminutif de caper. M.
CHEVRON. De capro capronis, qui ſe trouve en cette ſignification dans la Chronique de Vézelay, & qui a été dit pour capro capronis. Caprones ſe trouve dans les Chartres de S. Remi de Rheims, dont M. du Cange a rapporté le paſſage dans ſon Glossaire Latin, au mot caprones. Capreolus ſe trouve en la même ſignification dans Céſat, au liv. 1. de la Guerre Civile : Has inter ſe capreolis molli ſaſtigio conjungunt. Et dans Vitruve, liv. 2. chap. 10. Et de-là, le Grec moderne narpio. Les Glofes anciennes : *Karaus*, *và quinque vòs vi-* *ne*. M.
CHEVRON. On a appellé *chevrou* les poutres de moyenne grandeur, & capables de porter des fardeaux moindres que ne portent les *poutres*, appelées de la *forte de pulliera*, qui signifie aussi une *pauere*, parce que la *chevre*, d'où *chevron*, a moins de force que la *jument*. *Le Duchat*.
CHEZ. Quelques-uns disent *cheux* : & Sylvius dans sa Grammaire soutient qu'il faut dire *sus*. C'est à la page 154. Apud, & *penes*, *non exprim-* *minum*, *jet super*, *vel sus*, *propositionem antiquum* *in compositis adhuc relictum* : suspendu, *sustuli*, *sust-* *tineo*, *sustinui*, & *aliis*. *Ut ille est apud patrem* : *il est sur*, *vel sus mon pere*. *Aulici non ita pridem* *sches*, *milla ratione suxerum*. *Idque etiam verbo mo-* *tus jungimus*, *pro ad* : *sicet apud & penes hoc refu-* *giant*. Sylvius se trompe : Il faut prononcer *chez*. Et *chez* vient d'*apud* ; d'où les Italiens ont fait *apo*, & les Espagnols, *cabe* ; en y préposant com- me nous un C. D'apo, les Languedociens ont fait *leco*. *Acta de Jean* ; c'est-à-dire, *chez Jean*. Vous trouverez dans mon Discours du changement des Lettres, des exemples du changement du P en C. M.
CHEZ. Je crois que *chez* vient de *chef*, de même que *cheux*. Quand on dit, *vous avez l'ennemi* *chez vous*, c'est, *capitis tuo imminent hostis*. Ils sont *entres chez les ennemis*, c'est, *capitibus hostium im-* *minent*. On dit à Metz, *j'ai été en chef vous*, c'est-à-dire, en *chef* de vous. *J'ai été de les vous*, & *j'ai* *été de côté vous*, tout cela dans une même signifi- cation, pour dire, *je me suis rendu chez vous dans* *le dessein de vous joindre* : & dans ces trois façons de parler, en *chef*, fait d'*in capo*, de *les*, fait d'*in* *latus*, & de *côte*, fait de *cotta*, duquel on a fait *cottatum côte*, se rapportent tous les trois à la per- sonne à qui on parle. Il en est de même de *l'aco* de *Jean* des Languedociens, qui est le de *côte* des Messins, & signifie proprement, à *côté de Jean*, ou de *les Jean*. Il est pourtant vrai qu'en ce que dit Sylvius, qu'il faut dire *sus* & non *chez*, ce Grammatrien n'est pas destitué d'exemples dans nos viens livres. Perceforest, vol. 5, ch. 4. Et par l'en- bartement d'une autre femme, elle se porter le *fer sus* *un orfevre*, *affin qu'il en est douze greffes pour on-* *ver en soye*. D'ailleurs l'enche des Messins veut aussi bien dire en *sus* qu'en *chef*. *Le Duchat*.
CHICANEUR. Raoul Fournier, au chap. 3. de son livre intitulé *Rerum Quotidianarum*, a quelque opinion que ce mot vient du Grec *omatis*. *Quam vocem*; ce sont ses paroles; *Galenus in Ex-* *positione obsoletarum dictionum Hippocratis explicat* *insidiosam malitiam*, causam occultam : à *versus* *fortè Sicularum moribus*, *quos eo nomine*, *secundum* *Tulium damnat Cassiodorus Var. lib. 1. ep. 3.* *Monsieur Héraud*, dans ses Observations contre les Observations de Monsieur de Saumafé, page 456. croit qu'il vient de *Rustic*: *Observare li-* *cet eo in loco*, *denominatiorem Rustic*, *que tribue-* *batur hominibus litium settatoribus*, & qui *sbi inde* *victum comparabant*, *quos nunc appellamus Chi-* *canteux*. *Quam vocem*, *qui ea est sunt*, *literis Gra-* *cis renascentibus*, *necio an inde sumpserint*. Et à ce propos, il est à remarquer que *Rustic* est expli- que dans Hésychius par *vie eroi vòs Anac-Navi-* *Civus*. D'autres dérivent *chicaner de circum*, qui signifie *suis iuxis*, *mali granati membrana*, comme il est interprété dans les Glofes anciennes, & dans celles d'Isidore : d'où les Espagnols ont fait *chico* c'est-à-dire, *petit*, *menu*. Et ils croyent qu'on a dit *chicaner*, pour dire un homme qui plaide pour *peu de chose*. Voyez *chiche*. M. du Cange dérive *chicaner* du Grec-barbare *vòs anacus*, qu'il interprète *tricari*. Mais comme ce mot signifie *jouer à la pam-* me à *cheval*, & qu'il ne se trouve point dans la signification de *tricari*, je ne puis approuver cette étymologie. Celle de M. Héraud me paroît la plus vrai-semblable : & c'est aussi celle qui a été remar- quée par M. Huet à la marge de son exemplaire de mes Etymologies. M.
CHICANEUR. Je crois que ce mot vient de certain répit qu'on appelait *quinquenelle*, du Latin *quinquenales inducia*, & qu'un *chicaner* est proprement un homme qui paye d'un tel répit ses créanciers. De *quinquenales* on aura fait *quin-* *quennare*, d'où *chicaner* ; & de *quinquennare*, on aura fait *quinquennator*, pour dire un *chicaner*, qui dès qu'on le pressé de payer, objecte à ses créanciers un délai qu'il a obtenu pour ne les payer de cinq ans. Et de-là vient que dans Rabelais le nom de *chicaner* est donné même aux Huissiers qui signifient les *quinquenelles*. On a retranché l'un de ce mot, comme de *chiquenande*, qu'on lit quelquefois *chiquenaud*, & que je dérive de *quinque nodi*, à cause de tous les doigts de la main dont les nœuds sont employés à donner la vèrita- ble chiquenaud ; & comme de *triquenique*, que dans Rabelais on lit *triquenique*. *Le Duchat*.
CHICANEUR. Budée, dans son Dictionnaire dérive ce mot du Grec *omatis*, qui a signifié d'a- bord un Sicilien, & ensuite un tourbe, un trom- peur ; parce que les Siciliens passaient pour tels. Il est vrai que la signification de *omatis*, qui signifie *litium settator*, : *vòs vòs Anac Navi-Navi*, comme l'explique Hésychius, convient mieux à cel- le de *chicaner* : mais la dérivation n'est pas si naturelle que de *omatis*. Wachter, dans son *Glosf*. *German*, au mot *Schwicken*, parle aussi de cette dernière étymologie. Voici ses termes : *Schwicken*, *decipere*, *seducere*, *dopravare*. *Nutterus P. sal. xiv*. 4. Der andermo man fueret, unde in ne beis- chet, *qui jurat pruximo suo*, & *non decipit*. *Sonnere-* *rus in Dictionario Anglo-Saxonico*: *sivican prodere*, *decipere*, *seducere*; *sivica proditer*, *deceptor*; *sivic-* *dom decepere*, *proditio*... *Verolius in Indice*: *sivik* *frans*, *dolus*, *perfidia*, *proditio*; *sivikull salax*, *dolo-* *sus*; *sivikradi perfidia*, *proditio*; *sivikalauts sine fran-* *de*. *Cualta per openthesin litera w*, ( *que in aliis* *queque vocibus sape astrabitur à sòbilo*) à *Graco* *omatis*, *quod primo quidem Siculum*, *pofera ob pra-* *vos Sicularum mores*, *triam vafrum & dolosum*, & *ipfam decipiendi artem*, *denotavis*. *Nec aliumde Gal-* *lis ficanur*, *vel*, *ut hodie scribum*, *chicaner*, *judice G. Budao in Dictionario*. Ne pourroit-on pas aussi tirer l'étymologie de *chicaner* immédiatement de l'Anglo-Saxon *furica*, qui signifie trompeur ?
CHICHE. Vatable sur l'Expde chap. 5. le dérive de l'Ebreu *vòs ciccar*, qui signifie *talens*, parce que celui qui est chiche, garde bien les ta- leys : qui est une étymologie ridicule, & très-ridi- cule. Celle de Robert Etienne, à *cicrum victu*, n'est pas plus raisonnable. D'autres le dérivent de *ciccum*, qui signifie la membrane d'un grain de *gre-* *nade*, & d'où les Espagnols ont fait *chico*, pour *petit*, *menu*. Et ce qui peut servir à confirmer cet- te étymologie, c'est que les Grecs ont été de *cui-* *ne* (qui signifie aussi *petit*) dans la signification d'avare. L'Empereur Julien, dans son livre init- Aza ij une les Cifars : « et à l'Ouamouris belac, « iur, dou, « iur eupiro, « iur iur eupiro, « eft-a- dire, selon l'interprétation de Cunæus, Vespafia- num idi monfrat : « mitre, inquit, avarum ifum quam celorime ex Egypto. Ils ont ufe de pupole- 79 en la même signification. Héfychius: pupole- 79, « iuefue, « poudue, « poudue. Les Clofes anciennes : pupolevia, parsimonia, pupole79, fordidus. Le même Empereur Julien, au lieu al- légué, parlant de l'Empereur Antonius Pius : fucui « iue pupoleviae, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « iuefual, « 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CHICOTIN. Suc de l'aloës, dont les nourrices frottent leurs mammelles, quand elles veulent février leurs nourrissons. Par corruption de fycotinum, diminutif de ovariés. M. de Saumalise sur Solin, page 1055. Stultus estif quiis in Nardino conficiendo putat lotum habuise Aloin Hepastida, qua nihil habet aromaticum. Sycotinum hodie vocamus, hoc est, ad verbum, inariés, vel inavièuèet. Nam Gracia infima ovariés pro jecore dixit, quum antiqua jecur anferis aut porculi ficiis pafti, in deliciis haberet, & sic vacaret. Indivina ovariés qodlibet jecur appelärunt, & oes imitari Latini, ficatum. Que nomine hodieque jecur in nofro idiotifmo nuncupamus. Lexicon vetus : ovariés, indivina. Cyrilli Lexicon : folic évaïa dope ovariés. Ex eo fycotina Aloë, qua Peteribus inaviés. Errant igitur qui à Socotora, Insula India, deducunt, ex qua optima Aloë adfertur. Nicot est un de ceux qui ont dérivé chicotin de cette Ille. Voici ses termes : CHICOTIN (qu'on doit dire CICOTIN) est fait par fyncope de cocoteri, que le Portugais dit cocotori no : & est l'épithète de aloës, pour en désigner le meilleur. Le mot est prins de cocotora, qui est une Ille sur l'embouchure de la mer rouge, d'un vient le plus excédent aloë. M.
CHIENDENT. Genre de plante très-étendue, que l'on nomme en Latin gramen, mot qui vient, selon quelques-uns, du verbe gradiri, tracer, parce que certaines de ses espèces tracent, c'est-à-dire, étendent leurs racines çà & là. On a appellé cette plante en François chiendent, parce
CHIENDENT. Genre de plante très-étendue, que l'on nomme en Latin gramen, mot qui vient, selon quelques-uns, du verbe gradiri, tracer, parce que certaines de ses espèces tracent, c'est-à-dire, étendent leurs racines çà & là. On a appellé cette plante en François chiendent, parce
CHIENDENT. Genre de plante très-étendue, que l'on nomme en Latin gramen, mot qui vient, selon quelques-uns, du verbe gradiri, tracer, parce que certaines de ses espèces tracent, c'est-à-dire, étendent leurs racines çà & là. On a appellé cette plante en François chiendent, parce — me paëcum oliva, Me cicherca, levesque malva. C'est un mot Egyptien. Pline, ax. 8. parlant des genres de chicotée : Erraticum, apud nos quidam ambaglam (M. de Saumalise corrige ambaliam) appelavère. In Egypte cichorium vocant, quod silvestre sit : sativum autem, feris, quod est minus & venofus. Unicem se trouve dans Hésychius. M.
CHICOT. Reste d'arbre coupé, qui fort un peu de terre : petit morceau de bois rompu : reste d'une dent arrachée. De truncus, Truncus, trunni, truncicus, truncicatus, cicatus, chicot. Ou de ciccum. Ciccum, ciccatum, chicot. Voyez chiquet. M.
CHICOT. Montagne a dit escar dans la même signification. C'est au liv. 2. ch. 12. de ses essais, page 218. édit. de Simon Millanges 1580. à l'endroit où l'esclave Androidus raconte le service qu'il avait fait en sa jeunesse à un lion qui s'étoit blessé à une pate. Je crois qu'escor en ce passage est une inversion d'escor, qui veut dire la même chose, & qui vient de l'Alleman stock. Le Duchat.
CHICOT. Comment pouvoir croire que ce mot vienne de truncus ? Si la chose est vraie, du moins ne paroît-elle pas vrai-semblable. Je ne vois pas plus d'apparence qu'il vienne de ciccum, qui signifie jode vulio, la petite peau qui sépare le dedans d'une grenade. Quel rapport entre cette petite peau & un chicot ? Les Arabes ont dans leur langue le mot schidab, qui signifie un morceau de bois fendu, un éclat, un copeau de bois, du verbe schidaba, fendre, déchirer. Qu'est-ce qui empêcherait de dériver : hicot de ce mot Arabe, qui, soit pour le son, soit pour la signification, ressemble si bien au terme François ?
CHICOTIN. Suc de l'aloës, dont les nourrices frottent leurs mammelles, quand elles veulent février leurs nourrissons. Par corruption de fycotinum, diminutif de ovariés. M. de Saumalise sur Solin, page 1055. Stultus estif quiis in Nardino conficiendo putat lotum habuise Aloin Hepastida, qua nihil habet aromaticum. Sycotinum hodie vocamus, hoc est, ad verbum, inariés, vel inavièuèet. Nam Gracia infima ovariés pro jecore dixit, quum antiqua jecur anferis aut porculi ficiis pafti, in deliciis haberet, & sic vacaret. Indivina ovariés qodlibet jecur appelärunt, & oes imitari Latini, ficatum. Que nomine hodieque jecur in nofro idiotifmo nuncupamus. Lexicon vetus : ovariés, indivina. Cyrilli Lexicon : folic évaïa dope ovariés. Ex eo fycotina Aloë, qua Peteribus inaviés. Errant igitur qui à Socotora, Insula India, deducunt, ex qua optima Aloë adfertur. Nicot est un de ceux qui ont dérivé chicotin de cette Ille. Voici ses termes : CHICOTIN (qu'on doit dire CICOTIN) est fait par fyncope de cocoteri, que le Portugais dit cocotori no : & est l'épithète de aloës, pour en désigner le meilleur. Le mot est prins de cocotora, qui est une Ille sur l'embouchure de la mer rouge, d'un vient le plus excédent aloë. M.
CHIENDENT. Genre de plante très-étendue, que l'on nomme en Latin gramen, mot qui vient, selon quelques-uns, du verbe gradiri, tracer, parce que certaines de ses espèces tracent, c'est-à-dire, étendent leurs racines çà & là. On a appellé cette plante en François chiendent, parce qu'il y a quelques-unes de ses espèces qui ont les feuilles rudes, & que les chiens, a ce qu'on prétend, les dévorent pour se faire vomir. Le vulgaire confond toutes les espèces de chiendent sous le nom d'herbe. On dit proverbialement d'une personne ancrée dans une maison, & dont on a peine à se débarrasser, qu'elle y tient comme chiendent; parce qu'on trouve le long des chemins & dans les champs certaines espèces de cette plante, qu'il est très-difficile d'arracher entièrement, à cause de la longueur de leurs racines.
CHIER. Robert Etienne & Henri Etienne son fils, & tous les autres Hellénites, qui le dérivent de xie, qui signifie la même chose, se trompent. Il vient de cacaire, par le changement de l'A en I, comme en oration, de canis. Et le Latin cacaire vient du Grec vanuō. M. L'Alleman dit scheißen, & le bas Alleman schyten; & c'est de ce dernier que vient chier; comme mer de l'Alleman radien. Le Duchat. Il est bon de remarquer en passant la ressemblance de l'Alleman scheißen, du Flaman schyten, & de l'Anglois to this ou shite, avec l'Ebreu nu schorb, c'est-à-dire, nates, ainsi, appellées du verbe nu schorb, c'est-à-dire, posuit, disposuit; quasi passivum dicas; quod homo sefturus se in eam partem ponat, dit Buxtor dans son Lexicon Hebraicum & Chaldacum, au mot nu.
CHIFFON. M. du Cange a quelque opinion qu'il vient de cifo. CIFO, dit-il, Iralis CIFON; garcio, garcinculus. Ugnio: Histrio, quasi cifo, id est, gesticulator, joculator, qui diversus gestus & habitus hominum scit reprezentare. Hinc fortis nostri chiffon, pro re mibili. C'est dans son Glossaire Latin. Cette étymologie est peu vraisemblable. CHIFFON n'auront-il point été fait de cinis? Cinis, cinifus, cifus, cifo cifonis, CHIFFON. Nous disons en Anjou un haillon traigné par les cendres. De cinis, les Italiens ont fait de même leur cencia. Cinis, cineris, cineritius, cincius, cincus. Centio, c'est un haillon, un chiffon. Ogni cencio nual emrate in buccato, dit le proverbe Italien. En Basse-Normandie, on dit des chinches, pour dire des chiffons: Et on y appelle un Chincherre, celui qui achette des chiffons. M.
CHIFFON. M. Ménage a raison de dire que l'étymologie que M. du Cange propose du mot chiffon, est peu vraisemblable. Mais je doute que la sienne le paroisse davantage, & qu'on puisse faire venir sans violence chiffon de cinis. Je trouve à ce mot une origine plus naturelle dans l'Arabe. Pour cela je le dérive de scheffoon ou scheffoon, qui dans cette Langue signifie un linge mince, uſe; & vient du verbe schaffa, qui veut dire, diminuer, atténuer, rendre mince, être diminué, être atténué, être tendu mince: ce qui ne convient pas mal à un chiffon.
CHIFFRE. Il y a beaucoup d'apparence, comme on a déjà remarqué, que ce mot vient de septera, qui en Ebreu signifie nombre. Nous appelons aussi chiffre, ce qui est écrit en caractères inconnus & abrégés, & c'est parce que telles écritures étoient du commencement faites des chiffres ordinaires, transposés en diverses façons. Quant aux caractères abrégés, nous les appelons aussi chiffres; parce qu'à l'égard des anciens Romains, auxquels ils ont succédé, ils sont grandement abrégés. Car par exemple, le nombre Romain de sixante & dix-sept est LXXVII. & celui du chiffre, 77. Caseneuve.
CHIFFRE. Cujas, au chapitre 3. du livre 3. de ses Observations, le dérive de sigla. Voici les termes de Cujas: Noc civili, nec pratorio Jury, testamentum pagani valet, quod conscriptum est notis: necesse enim est testamentum conscribi litteris. Nota autem non sunt littera. Lege Lucius D. de Militari reſtamente; Lege Sed cum patrono, 9. ultimo, D. de Bonorum poſſeſtione: Sed sunt compendia quadam dictimum, ſive, ut Plutarchii verbis near, in Catene, enuſon, & paſſeſtus ex Ruxies venos, uſſum ypuſum non Neauſit exytrus: quas ſuo tempore arſide vocatus ſuiſſe, scribit Justinianus in Graca Pandeltarum authoritate: unde ſorſam Galli dixero Sifras. Touchant ces notes, ou ſigles, voyez Justinianus au lieu allégué par Cujas, & Cujas ſur la Novelle 107. de Justinian. M. Ferrari, dans ses Origines de la Langue Italienne, au mot cifera, a aussi dérivé ce mot de celui de sigla. Il vient de l'Italien cifera, ou cifra, ou de l'Epagnol fait de l'Ebreu ſeſer, qui signifie numerario, formé de ſaphar, qui ſignifie nombre. Clande Mitalier, Lieutenant-Général de Vienne, dans la Lettre à Jérôme de Chatillon, Président de Lyon, imprimée à la fin des Hypomnées de Gallica Lingua de Henry Etienne: CHIFFARE, ans BIFFRARE, idem apud nos pellet quod numerare. Quam vocem nemini dubium est à nos ſaphat descendere: quod itidem numerare ſignificat. Voyez M. le Moine dans son Varia Sacra. Les Arabes ont emprunté ce mot des Ebreux, & les Italiens & les Epagnols, des Arabes. Les chiffres ne font pourtant pas de l'invention des Arabes: ce qui a été très-néritablement remarqué par M. Voſſius, fur Mela, page 64. Trippault dérive aussi chiffre de l'Ebreu, qu'il dit être ſepbira: ce qu'il a pris du Dictionnaire de Robert Etienne. L'analogie ne s'accorde pas avec l'étymologie de Cujas. M.
CHIFFRE. On a dit autrefois, avoir chiffré la meſſe, pour avoir négligé d'aller à la meſſe par in dévotion; avoir chiffré la leçon en la chambre, pour avoir paſſé dans la chambre le tems qu'on devoit employer à entendre des leçons au collège; avoir chiffré la moitié d'un pain pour l'avoir dérobé; avoir chiffré toute ſon Epiſtre fur Cicéron, pour l'y avoir entièrement pillée. Toutes ces façons de parler ſe trouvent employées de la force dans le livre de Corr. Sermons emendations de Mat. Cordier, ch. xi. n°. 72. &c. édit. de 1559. Et n°. 4. du ch. ſuivant on lit encore: chifravit me de loco, pour, il m'a fruſtré de ma place. Et enfin au ch. 35. no. 105. on lit auſſi: vado me dechifrare, pour, recuperanda ſunt mihi dictata praeptoris; il me faut recouvrer ce que le Régent a nommé ou baillé à écrire. Mais tout de ſuite Mat. Cordier s'écrie: urinam chifrare & dechifrare, cateroque ejuſdem farina ad Gothos eſſent relegata. Quid enim eſt imptius, quid abſurdius, ſive barbar dicas chifrare, ſive Gallicé chiffrer: Exvirpate igitur, & pueri, non ſolum barbaricas ejuſmodi namas & abſurdas voces, verum etiam Gallicas. Vidi enim permoltos, continue-t-il, qui etiam in celeberrimo illuſtrium virinum cum ſiſo maximis ridiculos ſacerens, quia non poſſent talibus abſtinere: adeo harem tenaciter qua & peſſima & rudibus annis percepta ſunt. Le Duchat.
CHIGNON. Chignon du cou. De catena. Catena, catenum, catena catennis, CHALIGNON, CHIGNON. Chignon, pour chignon, ſe trouve dans Nicot, & dans la Ballade de Villon, dans laquelle Villon crie merci à tout le monde. M.
CHILDEBERT. Nom d'un Roi de France, fils du Grand Clovis. Ce nom qui est Teutonique, signifie guerrier illustre. Il est composé de child, & de bert. Ici child est la même chose que l'Alleman held ou hild, par le changement facile & ordinaire de H en CH. Or held ou hild, signifie un héros, un vaillant guerrier. En Anglo-Saxon, c'est held, baleth; en vieux Franc helis; en Flaman held, de même qu'en Alleman; en Suédois hiels, hialt. Le mot bert signifie brillant, éclatant, illustre. Les Cambriens, ou Habitans du Pays de Galle en Angleterre, disent berth; les Allemans brecht; les Francs disaient bert, berabe, breht, breicht. L'Anglois bright est la même chose. Au lieu de Childebert, on disoit en Langue Alemannique Hiltebert, Hiltebreht, Hiltebreht, & Hiltepert. Wachter soupçonne que les anciens Teutons avoient le verbe heilen dans la signification de combattre; de même que les Grecs ont dit iussique pour quaviu & fuivant l'interprétation d'Hélychius. En Ebreu nhl hheil & nhl bhel, en Chaldeen nhl hheil & nhl hheila, en Syriaque hhil & hhailo, signifient valeur, vaillance, force, troupe de gens de guerre, armée. Il y a dans la Langue Teutonique un autre mot child, en Anglo-Saxon cid, qui signifie enfant. Ainsi Childebert peut aussi signifier enfant illustre. Voyez Wachter dans son Glossarium Germanicum, aux mots Brecht, Child & Held. Et ci-dessus Berte.
CHILDEBRAND. Nom Teutonique, qui signifie la même chose que Childebert, savoir, guerrier illustre ou enfant illustre. Le nom Hildebrand est le même que Childebrand. Voyez, pour chil ou hild, l'article précédent. Brand dans les noms propres signifie illustre, de même que bert. Voyez Wachter dans son Glossarium Germanicum, au mot Brand, & ci-dessus Brandan.
CHILDERIC. Nom d'un Roi des Francs, père du Grand Clovis. Ce nom qui est Teutonique, peut signifier trois choses, savoir, guerrier puissant, ou enfant puissant, ou noble puissant. Pour ce qui est de child, dans la signification de guerrier ou d'enfant, voyez l'article Childebert. Child dans la signification de noble, est formé de alt, qui veut dire ancien, & ensuite noble. Au lieu de alt, on a dit ild; comme dans lidebald, nom d'un homme illustre parmi les Goths; duquel parle Procope, livre 3, de l'Histoire Gothique. Ce nom signifie nobilitate fretu. Ensuite on a ajouté l'aspiration, & on a dit hild, d'où en augmentant l'aspiration, on a fait chil. Aussi Hilderic est la même chose que Childeric. Le mot ric, qui forme la seconde partie de ce nom, est la même chose que l'Alleman reich, le Bas Breton rich, l'Anglo-Saxon rico, le Franc rich, l'Ilandois riker, qui tous signifient potens; & outre cela livres, locuplex. De là le François riche, l'Italien ricco, l'Espagnol rica & rico, le Latin-barbare ricus. Voyez Wachter dans son Glossarium Germanicum, au mot Reich.
CHILPERIC. Nom de quelques Rois des François. Ce nom qui est Teutonique, ainsi que les précédents, signifie adjutor potens. Venantius, livre IX. Poème L l'interprète de même dans ces vers: Chilperice, potens ( si Interpres Barbarus extet ) Adjutor: fortis tu quoque nomen habes. Ce nom est composé de chilp & de ric. Chilp veut dire auxilium & adjutor. C'est la même chose que hulf en Alleman, helpe en Gallois, en Anglo-Saxon & en Anglois, helfa en Franc & en Alemannique, hulp en Flaman, hialp, hialp en Langue de Scandinavië. On a dit aussi est, olf, olf, en étant l'aspiration, & chilp en y ajoutant un C. toujours pour auxilium & adjutor. Le mot ric signifie potens. Voyez l'article précédent. Voyez aussi Wachter, dans son Glossarium Germanicum, au mot Hulf.
CHIMERE. Monstre fabuleux que les Poètes ont feint avoir la tête d'un Lion, le ventre d'une Chèvre, & la queue d'un Serpent, & qu'on dit avoir été défait par Bellerophon, monté sur le cheval Pégafe. Le fondement de cette Fable est une montagne en Lycie qui portoit le même nom, & dont le sommet, qui étoit désert, étoit habité par des lions; le milieu, où il y avoit de bons pâturages, abondoit en chèvres; & le pied, qui étoit marécageux, étoit plein de serpens. De là on a appellé chimere tout ce qui n'est point réel & solide. Ce mot vient du Grec χμαρα, qui signifie chèvre, & qui étoit aussi le nom de cette montagne de Lycie.
CHINE. Grand & Puissant Empire de l'Asie. Ce nom, de même que celui de Sina en Latin, vient de Cin, nom que portoit la famille Impériale qui régnoit à la Chine cinq cens cinquante ans environ avant J. C. Les Anciens ont eu connoissance des Chinois sous le nom de Sina & de Seres. Abulfarage dans sa première Dinastie, les appelle fin. Le nom chino ou fin n'est point en usage à la Chine, & ce n'est point celui que les Chinois donnent à leur Patrie. Cette grande Monarchie a eu différens noms, parce qu'à chaque fois qu'une nouvelle famille montoit sur le trône, elle imposoit un nouveau nom. Sous la famille précédente, la Chine s'appelloit Tasmin-quoe, c'est-à-dire, Royaume de grande clarté. Les Tartares qui règnent aujourd'hui, la nomment Tascin-quoe, c'est-à-dire, Royaume de grande pureté. Les Savans dans leurs écrits l'appellent Choua-bua, c'est-à-dire, fleur du milieu. Mais le nom le plus ancien & le plus commun parmi les Chinois, est celui de Choua-quot, c'est-à-dire, Royaume du milieu, dans la croyance où ils font que la Chine est au milieu du monde. Ils la nomment aussi hyperboliquement Tienbia, c'est-à-dire, tout ce qui est sous le ciel. Les Tartares Orientaux ont appellé la Chine Nicacoroum, c'est-à-dire, Royaume des Barbares: & présentement qu'ils en sont les maîtres, ils l'appellent Toulimpa-coroum, c'est-à-dire, Royaume du milieu. Les Tartares Occidentaux nomment la partie Septentrionale de la Chine Catay, & la partie Méridionale Mangin. Les Provinces & les Villes de ce grand Empire ont des noms significatifs tirés de leur situation. Par exemple le nom de la Ville de Pekin, Capitale de tout l'Empire, signifie Cour du Nord, parce qu'elle est effectivement dans la partie Septentrionale de la Chine, & peu éloignée de la Tartarie. Cette Ville, du tems que les Tartares Occidentaux régnoient à la Chine, étoit appellée Cambalue, c'est-à-dire, en Langue Tartare, Ville du Can. Nam-in veut dire Cour du midi, parce que cette fameuse Ville, qui étoit la Capitale de la Chine & le Siège de la Cour avant que Pekin est cet avantage, est située du côté du Sud. La Province dont elle est Capitale, s'appelle Kiamran, c'est-à-dire, midi du Kian, parce qu'elle est située au midi du grand fleuve qui porte le nom de Kian, Chanten, nom de Pro- vince, signifie Orient des Montagnes. Cinan, sa Ville Capitale, signifie midi du Ci, qui est le nom d'une rivière, parce qu'en effet cette Ville est située au midi de la Rivière de Ci. Le nom de la Province de Honan, signifie midi du fleuve, parce que cette Province est située au midi du fleuve, appelle en Chinois Hoambo, c'est-à-dire, fleuve jaune. Le nom de la Province de Chansi, signifie Occident des Montagnes : celui de la Province de Houquan, signifie pays étendu près du Lac. Hou c'est lac, & quan étendu. Le nom de la Province de Quanton, signifie pays étendu à l'Orient; & celui de la Province de Quansi, veut dire pays étendu à l'Occident. Ton, c'est l'Orient, & Si, l'Occident. Tounan, nom d'une Province & de sa Capitale, signifie midi du Ton, qui est le nom d'une rivière de cette Province. Et ainsi des autres noms des Provinces & des Villes. *
CHIN'RENEAU. Voyez enchifreur. M.
CHINON. Ville de Touraine : lieu de la naissance de Rabelais. de Caino. C'est ainsi que cette Ville est appelée dans Grégoire de Tours. M. Rabelais, livre 5. chapitre 15. Chinon, dy-je, ou Cannon ou Touraine. Le Duchat.
CHINQUER. Boire dautant. Les Italiens disent ciancare. Le mot François & le mot Italien viennent de l'Alleman fkenchen, qui signifie verser à boire, & qui a été fait de fchenck, qui signifie fchenchen. Ou plutôt de l'Alleman rinchen, qui signifie boire. Voyez trinquer ci-dessous, & mes Origines Italiennes au mot ciancare. M.
CHINTRE. Nos paysans d'Anjou appellent ainsi le petit chemin qui est autour des pièces de terre. De cinctura : comme CHINTRE de cincturatus. Ou appelle chintre dans le Lyonnois, les terres que les charrues, ou les pieds des bœufs, ou des chevaux laissent au bout des sillons, près des murailles, des hayes ou des foises. Et les Fermiers au bout de quelques années sont obligés de rejeter ces terres dans le milieu du labourage ; & cette obligation fait toujours un article dans les baux qui se font avec les Fermiers. M.
CHIOURME. De l'Italien ciurma, fait du Latin turma. Voyez mes Origines Italiennes au mot ciurma. M.
CHIPAULT. Maturin Cordier, dans son livre de curr. fermonis emendatione, édition de 1639. chapitre 17. n°. 15. Il est tout chipault; pannolus est : pannus est obfinus. Le Duchat.
CHIPOTER. Bourdeloit : chipoter; zukeuvron pirifilare. Le Pere Labbe : chipoter est dérivé de zukeuvron, l'amuser à buvoter du bout des lèvres feulement. Peut-être que chipot est le même que chicot, & chipoter, que chicoter. Chipoter ne se dit point parmi nous de ceux qui buvotent, mais de ceux qui mangeotent. Le mot de chipoter dans le Lyonnois & dans plusieurs autres endroits, signifie barguigner, virilier. M. CHIQUENAUDE : en Latin, talitrum : en Grec, xordusxioit. Les Grecs disent xordusxioit & xordusxioit, pour dire, donner une chiquenaude : les Allemans, fchnelling; & les Bas-Bretons, chiquanaden. C'est de ce mot Bas-Breton, que nous avons fait celui de chiquenaude. M. Rabelais a dit chiquenandes, livre 4. chapitre 14. édition de 1553. Les paiges jouaient à la murre à belles chiquenandes. Et il a dit de même Médecins de trinquenique, au chapitre 5. de la Prognofication Pantagrueline, édition de 1542. chiquenande, du Latin quinque nodi, parce que les
CHI. CHN. CHO. 375 neuds des cinq doigts jouent pour appliquer ce qu'on appelle proprement une chiquenande. Le Duchat.
CHIQUET. Chiques à chiques. De l'Espagnol cicco, formé de ciccum. Voyez thiche. M.
CHIQUET. Je ne crois pas que ce mot vienne de l'Espagnol cicco; & je le tire, de même que chicot, de l'Arabe fchikhab, qui signifie un éclat, un morceau de bois fendu, un copeau. Voyez ci-devant chicot. *
CHIQUETER. Voyez déchiquerer. M.
CHIROMANCIE. Art prétendu de deviner par l'inspection de la main. Ce mot vient du Grec zois main, & poyria divination. *
CHIRURGIEN. Ce mot vient du Grec zoisopyr, comme qui diroit, celui qui travaille de la main, mais qui travaille par excellence : zois main, ipyro travail. Ceux qui veulent ravaler les Chirurgiens, disent que ce mot traduit littéralement, ne signifie autre chose que manœuvre. C'est une manière basse & puérile de ravaler un art si nécessaire aux hommes. Pour connaître le véritable sens des mots, il ne faut pas consulter seulement l'étymologie, mais aussi la signification que l'usage leur a donnée ; autrement il faudrait appeler Chirurgiens ou Manœuvres, tous ceux qui travaillent de la main, comme les Peintres, les Sculpteurs, les Ingénieurs, &c. Pour bien connaître l'excellence des Arts, il faut en juger par l'utilité qu'on en retire. *
CHNAPAN. Dans la guerre d'Alsace sous M. de Turenne, les François appelloient chnapans les Florins d'Empire. Et ils donnoient le même nom à certains bandouliers, que ceux du pays appelloient fchnapans à cause que l'arquebuse dont ils se servent pour faire leurs coups, se lâche pour peu qu'on touche à une espèce de petite aiguille qui touche au ressort qui fait pouvoir le chien de la platine. De l'Alleman fchnap-han, comme qui diroit, chien de facile détente. Du reste le mot fchnap-han est ancien en Allemagne, dans la signification de cette espèce de voleurs. Voyez Erasme dans son Colloque intitulé Francifiani, & la Note sur cet endroit. Enfin j'estime que le nom de chnapan aura été donné par les François aux Florins d'Empire, parce que l'échange de cens Florins contre l'argent de France est un vol manifeste, tant ils sont de bas aloi. Le Duchat. Voyez ci-dessous fchnapan.
CHOC. CHOQUER. Du Latin concha, on a fait coca; d'où nous avons fait coque, & d'où les Espagnols ont dit coca, en la signification de teste. Voyez teste. De coca, en la signification de teste, on a fait le verbe cocare : d'où nous avons fait choquer : comme choque, de cocum. Et ainsi, choquer, dans sa première signification, a signifié frapper avec la teste, comme font les beliers. Voyez mes Origines Italiennes, au mot cocare : mot, de même signification que le François choquer. Les Espagnols disent choca, pour dire une jouette. M. Hadrien de Valois croyoit que choquer avoit été fait de coc : & que ce mot avoit signifié originalement joueter à la mode des cocs. Choca, en Espagnol, signifie jouette. M.
CHOC. CHOQUER. Ces mots ne viennent ni du Latin concha, ni du François coc : ce sont là des étymologies trop forcées & trop peu naturelles. Ils viennent de la Langue Teutonique. Schocken en Alleman, schocken en Alleman & en Flaman, scracan & scacan en Anglo-Saxon, shaka en Anglois, shaka en Suédois & en Itlandois, signifient tous fécouler, agiter, remuer, ébranlier, & la ressemblance de ces mots Teutoniques avec le François choquer ou choc, est si frappante qu'on ne peut s'empêcher de reconnoître qu'ils en loup l'origine, comme aussi de l'Italien scaccare, & de l'Épagnol coccar, qui signifient la même chose.
CHOCOLATE. Nous appellons ainsi une certaine mixtion faite de plusieurs ingrédients, de laquelle on prend une portion pour la délayer avec de l'eau, ou avec quelque autre l人之常 qui fert de breuvage. Le cacao, qui est un arbre qui croit dans l'Amérique Septentrionale, & principalement dans la nouvelle Espagne, fert de base & de principal ingrédient dans cette composition. C'est un mot Indien, que nous avons pris des Épagnols avec la chose. Voyez le Traité du Chocolat composé en Épagnol par Antoine Colmenero de Ledefma, Médecin Épagnol, & traduit en François par M. René Moreau, Médecin célèbre de la Faculté de Paris, & Profecteur du Roi. Voyez aussi Alexandre Olivier O'Lemelin, dans son Histoire des Aventuriers qui se font signalés dans les Indes, chap. 7. du Tome 1. M.
CHOINE. Sorte de pain. Ce mot se trouve dans Rabelais IV. 59. pain blanc, choine. On dit en Aujourd'hui en Normandie, il a mangé son choire le premier : ce qui fait voir que ce pain étoit un pain blanc & délicat. Je crois que ce mot a été fait de canonins, & qu'il a signifié originalement pain de Chanoine, pain de Chapitre. Pierre le Proust, dans ses Commentaires sur la Coutume de Loudun, Titre XVIII. article 3. dit que dans le Loudunois on appelle choine le petit pain blanc, fait de la fleur de froment, & que ce mot a été fait de celui de chois : en quoi il n'a pas bien rencontré à l'égard de l'étymologie. M.
CHOINE. Ce mot ne viendrait-il pas plutôt de l'adjectif Gallois ou Bas-Breton guyn, qui signifie blanc ? les Habitans de la Province de Galle & les Bas-Bretons appellent 'bara-guyn, du pain blanc. Le Duchat.
CHOIR. De cadere. Cadere, caëre, caër, CHOIR. M.
CHOISIR. Les Épagnols, d'excolligere, dit pour eligere, seiligere, ont fait escoger, pour dire choisir : ce qui me donne sujet de croire que nous avons fait choisir d'excolligire, dit par metaplaïsme pour excolligere. Excolligire, scolligire, cogire, CHOISIR. Les Gaëcons & les Languedociens disent cause, & les Italiens, clausire. Il y a un nombre infini d'exemples de ces sortes de metaplaïmes. Surgere, surgire, suroir : currere, currire, COURIR : rapere, rapire, RAVR. Bourdelot, dans ses Etymologies Françoises manuscrites, qui m'ont été obligeamment communiquées par son petit neveu, M. Bonnet, célèbre Médecin de Paris, dérive choisir de quasitare. J'oubliais à remarquer que choisir peut avoir été fait de seiligere. Seiligere, seiligere, segire, CHOISIR : par le changement de l'S en CH : comme en chucheter, de susurvettare. M.
CHOISIR. Je crois que ce mot vient plutôt des Langues Septentrionales. Les Goths disient kinsan, les Anglo-Saxons, ceosan, cysan, les Francs, chiosan. Les Allemans disent kiesen, les Flamans kiesen, les Anglois choos, les Suédois kesa, les Itlandois kosa. Tous ces mots, qui signifient la même chose que choisir, ressemblent trop au mot François, pour que celui-ci ait une autre origine. D'ailleurs, celle qu'on lui cherche dans le Latin, est trop forcée & trop peu naturelle.
CHOLAGOGUE. Médicament qui purge la bile par bas. Ce mot est Green & il est composé de xia bile, & d'icoryis, educendi vim habens, fait du verbe xion ducere, educere.
CHOLEDOQUE. Terme d'Anatomie. Le canal choledoque est un canal qui conduit la bile dans l'intestin duodenum. Ce mot qui est Grec, est composé de xia bile, & de lixic qui reçoit, formé du verbe lixian je reçois.
CHOMER. Il y en a qui tiennent qu'il vient de xia, qui signifie hailer, & demeurer oiss. Caïeneuve.
CHOMER. Ce mot signifie deux choses. 1°. manquer de mariere ou d'occasion de travailler. Les ouvriers disent, manquer de besogne. 2°. Solonnier une feste, c'est-à-dire, ne point travailler ce jour-là. Il y a diversité d'opinions touchant l'origine de ce mot dans la première signification. Bonaventura Vulcanius dans ses Notes sur le vieux Glossaire, au mot decessant, le dérive de xia cessare, occitare. M. Lancelot, dans la première édition de ses mots François tirés du Grec, le dérivait de xia assupissement. Et de là, disoit-il, Chomer les Festes & les Dimanches. Le Pere Labbe, son adversaire, le tire de cernus, ou de cernusario : ajoutant, que de prophane il est devenu saint. Quelques-uns le dérivait du Bas-Breton chom, qui signifie demeurer. Le Bon le dérivait de coma : qui est une étymologie ridicule, & sans aucune apparence de vrai semblance. Bourdelot a suivi l'opinion de Bonaventura Vulcanius, faisant venir chomer de casmare, & casmare de xia. Et il semble que M. de Caïeneuve soit du même avis ; ayant fait cette remarque sur le mot chomer : Il y en a qui tiennent qu'il vient de xia, qui signifie hailer & demeurer oiss. Dans la première édition de mes Origines Françoises, je l'ai fait venir de calmare ; mais, pour en parler franchement, je ne sais d'où il vient. M.
CHOMER, vient de l'Alleman scumen cessare ; d'où scuming un pareifieux, un mufard, un lâche en besogne. Le Duchat. CHOMET : petit oiseau fort gras & fort délicat, qui se trouve en Normandie. Il se perche ordinairement sur la pointe du chaume dans les champs : ce qui donne sujet de croire qu'il a été ainsi appellé de calamarius, formé de calamus. M.
CHOPINE. Budée & Baïr le dérivait de xia, parce que la chopine contient autant de vin qu'il en faut pour boire une fois. Chopar en Épagnol, & chopaze en Vaïque, signifient sucer, comme dit Othenart dans son Notitia urinique Vascunia : & a Toulouse, choupa signifie être trempé, abrevé, & chop, qui est imbu & abrevé. Je ne sais si chopine pourroit être dérivé de la Caïeneuve.
CHOPPER. M. Lancelot le dérive de xia, aoriste second de xia pousser, heurter, frapper. Le Pere Labbe dit la même chose ; mais il ajoute, qu'il peut venir de cloper, imiter les clops & boiteux. Il vient de cippare ; dit pour le composé incippare : lequel composé se trouve pour chopper dans cet endroit des Glosses d'Isidore : INCIPPAT, illidit. illudis : INCIPPAT, inundis. C'est ainsi qu'il faut lire ; & non pas illudis, & inundis : & de-là l'inciampare des Italiens. Cippus, c'est une petite colonne qu'on mettait auprès des sépulcres avec une inscription. Et comme les sépulcres étoient le long des chemins publics, & que les chevaux choppaient contre ces colonnes, on a dit de-là cippant, pour dire in cippum impingere. Turnèbe, livre XXVIII. de ses Adversaires, chapitre 8. expliquant ce vers de Lucilius, rapporté par Festus au mot quartarius : PORRO HOMINES NEQUAM, MALUS UT QUARTARIUS, COLIGERE OMNES : Venosée, malos maliones inducere sua jumenta in cippus eminentes & iniquales, nec sequi planam viam & aquatam ; ex coque, vel jumenta cespitare, & cadere, vel eventi vehicula significans, eos dicit colligere cippus. Scaliger sur Festus a dit à peu près la même chose. Voici ses termes : Lege ita versum Lucilii : Porro homines nequam, malus ut quartariu' & cippus Colligere omnes. Natum est cippus sepulcrorum olim secundum vias publicas fuisse. Itaque facile collidebatur a multis sagmaris, cum ea prætererem. Les Latins ont dit de même cespitare de cespot : Et nous avons dit aussi de même BUTER, de Bute. M.
CHOPPINE. Nancet dans la Vie de Ramus, le dérive de xii & de vii. Voici ses termes : Porio vini bene diluti : coque mediocris, & infra hemianum : quam Cheopinam Graca imitatione dicimus, vii & xii & vii. Ce qu'il a pris de cet endroit du Traité de Baïf de Re Vascularia : CHOPPINA, une chopine : a Graco xii, vii, quod in ea tantum funditur, aut hauritur, vini, quantum homo fitibundus uno hauritur adsumere possit. Budée, Postel, & Robert Etienne avoient dit la même chose. Cette étymologie est ridicule, & je suis fâché qu'elle ait été approuvée par M. Lancelot. CHOPPINE vient de cuppina, diminutif de cuppa. Les Allemands disent schopp. M. Moisant de fâcieux, dans une de ses Lettres à M. de Prémont, imprimée dans ses Divertissements ; je veux dire dans les Divertissements de M. Moisant de Brieux le dérive de xii. C'est cuppa, qui est dérivé de xii. M.
CHOPPINE, vient de l'Alleman schoppen, qui signifie pareillement une certaine mesure de vin, & qui est fait du verbe Alleman schoppen, puisér. Le Duchat.
CHOPPINE. L'étymologie que M. le Duchat donne de ce mot me paroît fort bonne. Vacher dans son Glossarium Germanicum, au mot schoppen, est aussi du même sentiment. Je rapporterai ses paroles : SCHOPPEN, dit-il, mensura vinaria. Gallis choppine. Putatur sic dicta velus cheopina, a xii fundare, & vii bibere. Quam etymologiam, quamvis multis & eximi dictis viris probatam, Menagius meritis ridiculam vocat. Ipse deducit a cuppina, tanquam diminutivum a cuppa : præter necessitatem. Nam scoop Anglis est haustrum, & Tartaris Praecepensibus schkop calix. Utrunque a schoppen haurire. Hic sensus mensura vinaria optime convenit, qua certis est haustrum, & ob eamdem causam alio nomine vocatur etzel. Et auparavant, au mot schoppen, il avoit dit : SCHOPPEN, schoppen, haurire. Verbum Francis proprium, & a subflavivus schaff vas cavum, verifamiliter formatum. Nisi forte sic ab Hebrus schab haurit, quod Helvigio se probavit. Tarianus, c.p XLV. 6. Sceptet nu, inxi bringet themo furiessent, haurite nunc, & of- Tome 1. forte architricline. Et max : thie ambanta uuestunt is, thie thar scoofun thax uaxzar, ministri sciebar, qui hauserant aquam. \*
CHOREVEQUE. Les Savans ne conviequent pas de ce que c'étoit proprement que les Chorevêques dans les premiers siècles de l'Eglise, ni de la qualité de leurs fonctions, & ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette question. Il suffit de savoir que ce mot est Grec, & qu'il est composé de xii région, petite contrée, & d'envie, dont s'est fait Evêque. Chorevêque signifie aussi une dignité qui est dans quelques Cathédrales, principalement en Allemagne; & c'est la même chose que Chari Episcopus, c'est-à-dire, Evêque du Chœur. Molanus fait mention de ces Chorevêques dans son livre. de Canonici. Voyez le Glossaire de M. du Cange. A Utrecht, dans l'Eglise de Saint Martin, l'Archifoudiacre a le titre de Chorevêque, & fait la fonction d'Archiprêtre. Il y a aussi dans l'Eglise de Treves quatre Dignités qui portent encore le titre de Chorevêque. Dans l'Eglise de Cologne, le premier Chantre se nomme Chorevêque, soit par abus, & à cause que dans le Chœur il porte le bâton de l'Evêque pendant l'Office, soit parcequ'il est l'Evêque; l'Inspecteur, le Supérieur du Chœur. Alors le mot de Chorevêque ne vient pas de xii région, petite contrée, mais de xii Chœur, & d'envie, Evêque. \*
CHOSE. En Languedoc cause. Aussi est-il formé de causa, qui en Latin-barbare, est pris pour res. Les Loix des Lombards, tit. 17. Loi 5. Quai viri istam causam factum, non autem mulieres. Caseneuve.
CHOSE. De causa : dont les Latins se sont servis dans la même signification. Cicéron, dans ses Fragments : Est causa difficilis landare puerum. Pline x. 5. a dit, quam ob causam, pour quamobrem Voyez mes Origines Italiennes, au mot cosa : & celles de M. Ferrari, au même mot : où il remarque qu'Erythrée, Commentateur de Virgile, est le premier qui a remarqué que l'Italien ceia avoit été fait du Latin causa. Barthius a aussi dérivé le François chose du Latin causa. CHOSE est cosa, causa : quod vocabulum, rem quamvis Gallis, Italiis, Hispanis, nerat : non sine usu etiam melioris Romanorum Lingua. Hyginus Politici Astronomici libro IV. Præterea, cum omnia reliqua diligentissimè persecu- ti fuerimus, alienum viderut esse, non eamdem persequi causam. Robert Etienne, dans son Dictionnaire François, où il dérive aussi CHOSE de causa, a remarqué à ce propos, que les Picards disent cose, & ceux de Narbonne cause. M.
CHOSER, dans le patois de Metz, signifie quereller; & dans ce sens, choser vient encore de causa, d'où le François cause, en la signification de querelle. Guillemette, dans la Farce de Pathelin : Je vais que chacun vous vouloir Avoir pour gagner sa querelle. c'est-à-dire, la cause. Le Duchat.
CHOU. De caulis. Les Picards disent colet; de caulentus, diminutif de caulis. M.
CHOU. Ce mot paroît en effet s'être formé du Latin caulis, qui signifie la même chose, en changeant le c en ch, comme en bien d'autres mots. Par exemple, de caulis on a fait chien, de caulus chant, de cyprus chypre, de camifia chemise, &c. B b b Ainsi de *canlis* on a fait *canl*, *chaul*, *choul*, & enfin *choe*. Le Latin *canlis* vient du Grec *canlis*. Mais si l'on en croit le Père Petzron, *canlis* & *canlis* viennent du Célèque *canl*.
CHOUAN. Nous appellons ainsi en Anjou un chahuan. De *cavannus*. Voyez ci devant *chahuan*. M.
CHOUCA. CHOUETTE. CHOUCHETTE. Oiseau. C'est la plus petite espèce du genre corbin, pour user des termes de Belon. De *cipa*, *cipa*, qui signifie un corbeau, on a fait *coracus*, *coracettus*, *coracetta* : d'où *chouchette*, & par contraction, *chouette*. De *cipa*, *cipa*, on a fait *coracaceus*, & par contraction, *coraceus* : d'où *choucas*, & *chouca*. Les Latins ont appellé cet oiseau *monedula*, quasi *monetula*, à cause qu'il dérobe l'argent, & le cache après l'avoir dérobe. Ovide, au livre VII. de ses Métamorphoses : *Mutata est in avem, qua nunc quoque diligit aurum*, *Nigra pedes, nigris velata Monedula penuis*. Cicéron, dans son Oraison pour Valerius Flaccus : *Non plus aurum tibi quam monedula committeendum*. Et de-là le proverbe François, *larron comme une chouette*. Marot, dans son épître à celui qui avoit calomnié son Épître sur le vol de son valet : *Quel qu'il soit, il n'est point Poëte* : *Mais fils aismé d'une Chouette*, *Ou aussi larron pour le moins*. ¶ Robert Etienne, dans son Dictionnaire François, a écrit *chouca*. Et il a remarqué que les Picards disaient *cave*, & *cavette*. M.
CHOUETTE. Oiseau, dit autrement *chouca*. Voyez *chouca*. M. CHOUETTE : pour la femelle du hibou. De *cavanetta*. Voyez *chahuan*. *Cavanna*, *cavanna*, *cavannetta*, *CHOUETTE*. Voyez *chouan*. M.
CHOUETTE. Je dérive ce mot de l'Alleman *kante*, qui signifie la même chose. L'Ebreu *de coë*, qui veut dire hibou, ressemble beaucoup au mot Alleman.
CHOYER. De *cavere*. M.
CHRISTAUDIN. Sobriquet donné aux Calvinistes de France, avant qu'on les appellât *Huguenos*. De *Christie audi nos*, parce que de toutes les Litanies de l'Eglise Romaine ils ne retentent que ces paroles, ayant ordinairement le nom de *Christ* dans la bouche lorsque les Catholiques invoquaient les Saints. Le mot *Christaudin* & sa signification se trouvent dans l'Histoire Ecclésiastique de Bèze, tome 1, page 249, sur l'an 1560, en ces mots : *Voire mes mecs certains garnemens inquietes, de leurs dettes suyvoient leurs créanciers*, & les trouvant aux rues égarées, n'avoient plutôt crié au Luthérien, ou au *Christaudin* (n'estant encore en usage le mot de *Huguenos*), qu'ils ne fussent non-seulement quittes de leurs dettes, mais aussi bien souvent revêtus des dépouilles de leurs créanciers meurtris sur le champ. Voyez aussi la Planche, page 125, de son Histoire de France sous François II. C'est de-là que Bèze a pris ce qu'on vient de citer d'après lui. *Le Du hat*.
CHRISTOPHLE. Nom propre d'homme. Il vient du Grec *xeropis*, qui est composé de *xeropis* Christ, & de *xeropis* je porte, & il signifie *Porte-Christ*. C'est sur la signification de ce nom que l'on peint Saint Christophle portant *Jesus-Christ* sur ses épaules.
CHROMATIQUE. C'est le nom que l'on donne au second des trois genres de Musique. Il a été appelé de la sorte, du Grec *xeropis* couleur, parce que les Grecs le marquaient avec des caractères de couleurs, qu'ils appelloient *xeropis* ; ou parce que le genre *chromatique* varie & embellit le genre Diatonique par ses demi-tons, qui font dans la Musique le même effet que la variété des couleurs dans un tableau. *Chromatique* signifie *calori*. Le *chromatique* est dans la Musique, entre le Diatonique & l'Enharmonique, ce qu'est dans la Peinture la couleur entre le blanc & le noir.
CHRYSALIDE. On appelle ainsi les chenilles, lorsqu'elles sont métamorphoses en espèces de *fèves*, sans pieds, ni ailes, qu'elles n'ont plus de mouvement, & ne prennent plus de nourriture. On donne le même nom aux vers à foie, pendant qu'ils demeurent sous cette forme. Les chenilles dans ces état paroissent être d'or bruni, tantôt jaune, tantôt plus pâle, quelquefois verdâtre : & c'est de cette riche couleur qu'elles ont emprunté leur nom Grec de *chrysalides*, qui est formé de *xeropis* or, & leur nom Latin *cavella* ou *cavella*, qui est formé d'*aurum*.
CHRYSORRHOAS. Ce mot est Grec, & signifie rivière d'or, de *xeropis aurum*, & *cav. fluo*. C'est chez les Géographes anciens le nom d'une rivière de Syrie qui arrive la campagne de Damas, & qui est partagée en plusieurs branches, dont la principale va se rendre dans la ville, où elle est encore divisée en plusieurs canaux, qui fournissent des eaux en abondance à toutes les maisons publiques & particulières & à tous les jardins de cette grande ville. Le *Chrysorrhoas* a été nommé de la sorte, à cause de la beauté, & pour ainsi dire, de la fécondité de ses eaux, qui rendent délicieuse la campagne de Damas, & en font un de ces quatre plus beaux lieux de toute l'Asie, qui sont vantés par les Orientaux comme autant de Paradis terrestres. Il est parlé au *glup*, 5, du IV. livre des Rois, des rivieres de Damas, sous le nom d'*Abana* & de *Pharphar* : ce qui ne peut s'entendre que des deux principales branches de la rivière nommée par les Grecs *Chrysorrhoas*, laquelle a encore changé de nom sous les Arabes, qui l'ont appellée *Baradi*, comme qui dirait *froide*, *rafraichiffante*, du verbe *Arabe barada*, qui signifie *il a rafraichi*. D'un autre côté, Etienne le Géographe nomme *Bardine*, *bardine*, une rivière de Damas 5, & ce nom ressemble tellement à celui de *Baradi*, qu'il semblerait que les Arabes n'ont fait que le renouveler.
CHUCHETER. Parler tout bas à l'oreille. De *fusurrus*, *fusurrus*, *fusurrettus*, *fusurrotare*, CHUCHETER. Horace : — *levesque per noilem fusurri*, Ce mot se dit particulièrement des amans. Et à ce propos, il est à remarquer que les Athéniens adorent une Vénus Chucheteule, & un amour chucheteux. Harpocration, au mot *chucheteux* : ἐνεφῆν ἢ ἀδύναμ, καὶ ἥσυρ ἢ ἀφράνει, καὶ ἕρως ἥσυρ. M.
CHUCHETER. Je croîtois plutôt que chucheter est une onomatopée, à cause des chuchu qu'on entend quand on est près de deux personnes qui se parlent à l'oreille. Chicheter pour chucheter, se trouve dans les Mémoires de l'Etat de France, sous Charles IX. édit. 2. tom. 3. fol. 129. a. Le Duchat.
CHUGON. Nous appellons ainsi en Anjou ce petit moucheron qu'on appelle ordinairement un confon. De culicio culicianis, formé de culex culicis, Rabelais, liv. 2. chap. 6. Sur le milieu de l'est sera à redonner quelque verme de puces noires & chepites de la Deviniere. M.
CHURQUETTE. Nicot : CHURQUETTE. Picardis municipala. De Sorex, Sorex, Soricis, Sorice, Soricetta, Soricetta, CHURQUETTE. M.
CHUS, qu'on prononce Cus. C'est un nom commun à divers pays, & qui vient de Chus, fils de Cham & père de Nemrod. En Ebreu c'est 1010 Censch; ce qui montre qu'il faut en effet prononcer Cus. Les enfans de Chus donnerent le nom de leur père aux différens pays qu'ils occupèrent. Ces différens pays font ordinairement appellés Ethiopie, & un 1010 Censch ou Chusite, Ethiopien. Il y avoit un pays de Chus au midi de l'Egypte; c'est ce que nous appellons proprement Ethiopie. Joseph, Antiq. liv. 1. ch. 7. dit que les Ethiopiens s'appellent eux-mêmes du nom de Chus, & que toute l'Asie les nomme de même. Jérémie XIII. 13. dit que comme un Chusite, c'est-à-dire un Ethiopien, ne peut changer la couleur de sa peau, ainsi les Juifs ne peuvent changer de mœurs. Dans Exéchiel XXIX. 10. Le Seigneur menace de réduire l'Egypte en solitude depuis Migdol jusqu'à Siène, & jusqu'aux confins de Chus. Ces caractères conviennent à l'Ethiopie proprement dite, qui est au midi de l'Egypte. Il y avoit un autre pays de Chus dans la partie méridionale de l'Arabie, & le long de la mer rouge. C'étoit l'Ethiopie orientale, par rapport à la précédente, qui étoit occidentale. Homere & Herodote ont partagé ainsi les Ethiopiens en orientaux & occidentaux. De-là vient que les Homérites, peuples de l'Arabie méridionale, sont appellés Ethiopiens par le Géographe Etienne. La Reine de Saba qui vint du fond de l'Arabie, étoit Ethiopienne en ce sens-là. Bochart a fort bien montré qu'il y avoit un autre pays de Chus dans l'Arabie Pétrée, frontière d'Egypte, & que ce pays s'étendoit principalement sur le bord oriental de la mer rouge, au fond & à la pointe de cette mer. Sephora, femme de Moïse, laquelle étoit de Madian, est nommé Chusite par Moïse lui-même, c'est-à-dire, Ethiopienne. Le Prophète Habacuc, dans son Cantique, met le pays de Chus ou Chusian, comme synonyme de celui de Madian. Ifaie & Sophonie nous décrivent l'Egypte comme située au de-là des fleuves de Chus: ce qu'on ne peut entendre que du pays dont nous parlons, & non de l'Ethiopie, qui est au midi de l'Egypte. Le Roi Tharaca qui vint attaquer Sennacherib, & Zara qui vint une autre fois faire irruption dans le pays de Juda, étoient tous deux Rois de ce Chus, frontière d'Egypte & de Palestine. M. Huet trouve un autre Chus dans la Province de Perfe appelée anciennement Sufiane, de Sufe la Capitale, & aujourd'hui Chusistan, c'est-à-dire, pays de Chus. Stan en Langue Perfienne, signifie pays, & termine les noms de plusieurs Provinces de Perfe. Il ne faut pas croire cependant, comme ont fait quelques-uns, que le nom de la ville de Sufe vienne de Chus. Elle a tiré son nom des lys, que son terroir porte en abondance; & le lys s'appelle parchouchian en Langue Ebraique. Les Grecs n'ont pas ignoré cette origine, & plusieurs d'entre eux l'ont marquée. Cette Ville se nomme aujourd'hui Saufier. Le Chusistan ou pays de Chus est la même chose que la Province d'Elam, ou l'Elymaide, qui est arrosée par le Tigre, & qui s'étend jusque sur la côte du golphe Perfique. Le pays que les Arabes appellent Abouac, est le même que le Chusistan, ou du moins il en est une partie; & ce nom vient aussi de Chus. Cette même région, dans le IV. livre des Rois XVII. 14. est appelée Catha, selon la diversité des Dialectes; & c'est de-là en partie que le Roi Salmanafar transporta des habitans dans les Villes de Samarie. Ces nouveaux habitans, connus dans la filée font le nom de Samaritains, retirent aussi le nom de leur pays originaire, & furent appelés Cuthéens du nom de la Province de Catha, d'où ils étoient venus. Le mot Catha ou Cuth s'est formé de celui de Chus, par le changement que font souvent les Chaldéens de la lettre S en T ou TH, pour rendre le son moins dur & moins fisant, comme Dion l'a remarqué. C'est ainsi qu'ils ont dit Thor pour Ser, & Atyrie pour Atyrie. On trouve beaucoup d'autres traces du mot de Chus dans la Sufianne. On y trouve les Cosséens, voisins des Uziens. Schickard s'est trompé quand il a cru que ces Cosséens avoient donné le nom à la Province de Chusistan. Le nom de Chusistan & celui de Cosséens viennent d'une même source, à savoir de Chus, & non pas l'un de l'autre. Le nom de la Kiffa & des Kiféens en vient aussi; de même que celui des Hufites, dont parlent les Auteurs Syriens & Arabes. Ces peuples habitoient dans la Sufianne ou Chusistan. Au lieu de Chusistanne trouve Churistan dans quelques Auteurs Arabes: mais la faute est venue apparemment des Copistes, qui n'ont pas distingué la lettre R & la lettre Z des Arabes, lesquelles ne diffèrent que par un point qui est sur la seconde, & que la première n'a pas. Dom Calmet, dans son Dictionnaire de la Bible, met un autre pays de Chus près de l'Araxe. Il croit que Chus sur le Géhon n'est autre chose que l'ancien pays des Scythes sur l'Araxe, & il tire le nom de Scythe de celui de Chus. On peut voir ses raisons dans le Dictionnaire même.
CHUT. Mot avec lequel on impose silence. M. Scarran, dans son Enéde: Après que la Reine n'a dit chut, Chachu prit un folge, & se rue. Les Italiens disent cito en la même signification: qui a été fait du ST des Comiques Latins. M.
CHUTEENS, ou CUTEENS. Peuples de de-là l'Euphrate, qui furent transportés par le Roi Salmanafar dans la Samarie, en la place des Israélites qui y demeuroient auparavant. Leur nom vient de Chuta ou Catha, qui étoit celui du pays d'où ils furent transportés; & Chuta ou Catha vient de Chus ou Cus, fils de Cham, parce que ses enfans habiterent ce pays, Dom Calmet, dans son Dictionnaire de la Bible, croit que le pays de Chuta, d'où étoient venus les Chuteens, étoit sur l'Araxe dans la Médie; que leur première demeure étoit dans les Villes de Médes, subjuguées pas CHY: Salmanafar & par les Rois fes prédécesseurs; & que l'on transporta les Israelites aux mêmes lieux d'où violent fortis les Chutéens. Il y a plus d'apparence que les Chutéens venoient du pays nommé autrefois la Sufianne, & à présent le Chufistan. Ce dernier nom signifie pays de Chut, & Chut est la même chose que Chuta. Voyez ci-devant l'article Chut.
CHYMIE. Voyez Alquemie. M.
CHYMIE. M. Ménage, au mot Alquemie, après avoir rejeté les différents féntimens des Auteurs, sur l'origine de ce mot, s'en tient à celui de Bochart, qui la tire de l'Arabe chema, qui signifie selon lui, ars occulta. Il est vrai que les Arabes ont le verbe chema (prononcez lymia) dans le sens d'occultare; mais ils n'employent pas le mot de chema pour exprimer la Chymie: ils se servent de celui de limia, qui est visiblement un terme pris d'une autre Langue, savoir du Grec χυμίωα ou χυμίωα Chymie, & qui n'a avec la racine Arabe qu'une légère convenance de son, & aucune de signification; ce qui ne suffit pas pour fonder une étymologie. Ainsi je ne vois pas que celle que nous donne Bochart du mot Chymie, de quelques savantes raisons qu'il l'appuye, soit de beaucoup préférable aux autres, qui paroissent trop forcées & trop peu naturelles. C'est pourquoi, s'il faut se fixer à quelque chose, j'aime encore mieux m'en tenir à l'opinion de ceux qui dérivent tout simplement Chymie du Grec χυμίωα ou χυμίωα effusio, ou de χυμίωα succus, tous mots formés du verbe χίω, ou χίωα, ou χίωα, effundo, diffluere facio, liquefacio. Une des principales opérations de la Chymie est d'extraire le suc des plantes & des animaux. Les termes Grecs χυμίωα & χυμίωα, dont se sert Suidas pour dire la Chymie, peuvent fort bien avoir été formés du verbe χίωα ou χίωα. Il n'y a rien dans cette formation qui soit contraire à l'analogie Grammaticale. On a pu aussi bien faire χυμίωα de χίωα, par un changement facile & ordinaire de 1 en 2, & χυμίωα de χίωα, que l'on a fait χυμίωα de χίωα, & χυμίωα & χυμίωα de χίωα. Les Chymistes ont ajouté l'article Arabe al au mot Chymie, quand ils ont voulu exprimer la Chymie la plus sublime, & ils l'ont nommée Alchymie. C'est celle qui enseigne la transmutation des métaux. Selon le jargon des Adeptes ou souffleurs du premier ordre, al n'est pas là un article Arabe, mais il signifie une vertu merveilleuse.
CHYPRE. Poudre de Chypre. De l'Isle de Cypre, d'où cette poudre nous est venue. Au lieu d'Isle de Cypre, nous avons prononcé l'Isle de Chypre, à l'Italienne. Et ce mot se trouve écrit de la sorte dans la Ballade de Villon des Seigneurs des tems jadis, & dans la Chronique d'Anjou, de Bourdigné, & dans la Tragédie de l'Amant liberal de M. Scudéry, act. 1. scène 3. Néanmoins, la plus grande partie de nos meilleurs Auteurs anciens ont écrit l'Isle de Cypre; Ronfard, Nicot, Amyot, Mexiriac, & tous nos Géographes généralement. C'est aussi comme M. du Cange écrit toujours ce mot. Et c'est comme je le prononce: mais sans blâmer ceux qui disent Isle de Chypre: qui sont présentement en grand nombre. Pour de la poudre de Chypre, les voix ne sont point partagées là-dessus. C'est ainsi que tout le monde pro- nonde. Mais il est à remarquer, que quoiqu'on puisse dire, Isle de Chypre, il ne faut pas dire les Chypriots, comme a dit Monsieur l'Abbé le Peletier de l'Académie d'Angers; dans sa belle Traduction de l'Histoire de Cypre du Graziant. Il faut dire les Cypriots. M.
CIB. CIC. CID. CIE. CIG. CIL: gées des Cent Nouvelles Nouvelles, & imprimées in-16. à Paris vers l'an 1552. au lieu de ciboire on lit cymboire; ce qui donne lieu de croire que l'An- teur de ces Contres dérivoit ciboire de cymba, qui le seroit dit, comme gondole d'un vaisseau à boire & d'une sorte de bateau. Le Duchat.
CIBOULLE. CIBOULETTE. De capa nous avons fait cive; & de capulla, ciboulle; & de capullesta, ciboullette. M.
CICERO. Sorte de caractère d'Imprimerie: ainsi appellé de l'édition de Cicéron de Rome, faite par Ulbertus Gallus en 1458. Les Italiens l'ap- pellent amico comme. M.
CICEROLLE. Sorte de pois. De cicer. Cicer, cicera, cicerulla, cicerolla, cicerolle. Ce mot se trouve dans les Dictionnaires François de Robert Etienne & de Nicot. M.
CIDRE. De sicera. Isidore, liv. xx. chap. 3. Sicera est omnis potio qua extra vinum inebriare po- test: cujus licet nomen Hebraum sit, tamen Latinum fonat pro eo quod ex fucco frumenti vel pomorum con- ficient. Le Poëte Brito, dans sa Philippide, par- lant du pays d'Auge en Normandie: siceraque tu- mentis Algia pacatrix. Golditat, dans ses Aleman- niques; tome 1. partie 1. page 101. Ille vers liquor ex pyrit ac pomis expressus, Francis Scriptoribus Sidra corrupti pro Sicera, ab Hebrao vix. secar. Be- ze sur ces mots de S. Luc: Vinum & siceram non bi- bet: SICERAM. cirupa. Vocabulum Hebraum retinui- mus, quo significatur, ut inquit Balius uera uo. sicer- volum vi homiatus uo. sicerum: a vix. sechar: quod declarat inebriare, ut rocto observat Erasmus. Inde fortassis Galli potionem illam quam conficiunt, vocant SIDRE. La conjecture de Ciron, qui croit que cidre vient de camum, dont il est parlé dans la Loi Si quis vinum, au Digeste Destritico, vino, & oleo legato, n'est pas supportable. C'est au liv. 4. de ses Observations sur le Droit Canon, chap. 4. Nous disons en Anjou citre: mais à Paris & en Normandie on dit cidre: & c'est comme ce mot doit être prononcé. M.
CIERGE. De cerius, dit pour cercus. Cerius, cerius, cierge. On a fait de même CAGE, de ca- via, dit pour cavea. M.
CIGALE. De cicadula, diminutif de cicada: & non pas de cicala, par le changement du D es L. Les Italiens disent de même cicala. M.
CIL. Vieux mot qui signifie celui. De hicce, ille. M.
CILICE. De cilicium, formé de cilix. Voyez Matthias Martinus, dans son Etymologique, au mot cilix. M.
CILICE. Les Ciliciens avoient inventé une sorte d'étoffe, faite de poil de chèvre, dont on faisoit des habits pour les matelots & les soldats. CIL: 382 C I L. C I M. CILLER les yeux. Nicot le dérive de cillere, qui signifie movere. Servius fut le 2. des Géorgiques : CILLERE, est movere : unde & furcillae dicti sunt quius frumenta cillere. Je remarquerai ici en passant, que cette étymologie de furcilla est ridicule. Furcilla, est un diminutif de furca. Je reviens au mot ciller les yeux. Nicot, au mot siller les yeux, parle ainsi de ce mot : SILLER les yeux, en les paupieres d'un homme, ou d'un oiseau de proye. Quand on teint porter un oiseau de proye, & néant moins ou n'a point de chaperon pour luy couvrir la toffe, on luy sille les yeux ; c'est-à-dire, on luy could les deux paupieres d'un point d'aiguille. Par ce moyen, l'oiseau de voit goutte. Par métaphore, siller les yeux à aucun, est luy fermer les yeux, luy oser la veue, l'aveugler. Son contraire est dessiller. Dessiller les yeux du peuple, ja par long-tems bandez du voile d'ignorance. SILLER LES YEUX, en cette signification, vient de sigillare oculus. Varron adans Nostrus, au mot sigillare : Contra Lex Maria est in pietate, ne filii parribus luci-claro sigillare oculus. Sénèque, épître 116. du livre 11. Nunc enim multa obsigillam ; & aciem postram sunt spetidare nimio repercutiunt, & est obscure retineur. Voyez Turnébe, liv. 10. de ses Adversaires, chapitre 1. M. de Caïeneuve a suivi l'opinion de Nicot : ajoutant que ciller les yeux, vient de cillere, qui signifie mouvoir, parce que les yeux se ferment & s'ouvrent par le prompt mouvement des paupieres, qui pour cela sont appelées cilia. M.
CIMARRE. De l'Espagnol camarra. Les Italiens disent gammurri : que M. Ferrari dérive de cabilvalis, c'est-à-dire, cubicularis. On appelle en Turquie famour la peau d'une marte : & veffe de famour une robe fourrég de peaux de marte. Je crois maintenant que le mot Italien gammurra vient de ce mot Turc : duquel les Espagnols ont aussi fait leur gamarra ; dont nous avons fait cimmarre : & je me dédis ici de ce que j'ai dit dans mes Origines Italiennes, que l'Italien gammurra avoit été fait d'amphimallus, en cette manière : amphimallus, amphimalla, amphimâtra, ammarra, gammarra, GAMMURRA. De l'Espagnol camarra, nous avons fait aussi CHAMMARRER, pour dire, garnir un habit de paffeuents : nos premières cimarrés étant fort garnies de paffeuents. M.
CIMBRES. Ancien peuple qui habitait la presqu'île de Jutland. Leur nom, selon Plutarque, signifie voleurs ; & Pompeius Festus dit que les voleurs étoient appelées cymbres dans la Langue des Gaulois. Quelques Allemans choqués de cette interprétation se sont déchaînés contre Plutarque & Festus ; mais sans raison. Le mot latre, qui dans la Langue Latine signifie un voleur, avoit anciennement une signification bien différente. Il signifioit un soldat, & plus particulièrement un garde du corps. Plaute dit latrones, pour dire des soldats & latrocinar, pour faire la guerre, ou servir à la guerre. Les Romains ayant, anciennement appris que le nom de Cimbres signifioit des Guerriers, l'expliquerent par latrones, qui avoit alors un sens favorable. Les ravages que ce peuple fit dans la suite furent causés qu'on continua d'expliquer leur nom par le même mot Latin, mais qui se prenait alors en mauvaise part. Les Grecs ont souvent confondu le nom de Cimbres & de Cimmériens, à cause de l'affinité de ces mêmes noms. Strabon le dit au liv. 7. en employant les termes de Poisdomius. Et Etienne le Géographe dit au mot Scipio : Kipifus, un vici, qui Kipifus, les Cimbres, que quelques-uns appellent Cimmériens. C'est des Cimbres que la presqu'île de Jutland avoit pris le nom de Cherionese Cimbrique. Il y a apparence que les Cimbres, qui du tems de la république Romaine sortirent de leur presqu'île, y furent contraints par une inondation qui les mit trop à l'étroit en couvrant une partie de leur pays. Strabon, livre 7. rapporte ce sentiment, & tache en vain de le réfuter. Il confie par des expériences modernes, que la met a gagné du terrein sur cette Presqu'île. Florus, liv. 1. ch. 1. parle des inondations qui forcerent les Cimbres & les Teutons à fuir des extrémités de la Germanie, & à chercher de nouvelles demeures. L'expédition des Cimbres contre les Romains ne fut pas leur première sortie. Les Grecs, selon Strabon, étoient persuadés que les Cimmériens d'autres les Palus Méotides, qui ont été connus d'Homere, étoient une colonie des Cimbres. Et Strabon, liv. 7. dit que les Cimbres étoient des voleurs & des vagabonds, qui, par la force de leurs armes, arriverent aux Palus Méotides, & qu'ils donnerent le nom de Cimmériens à ce Bosphore ; comme si l'on difoit Cimbrien ou Cimbrique : car, dit-il, les Grecs donnent aux Cimbres le nom de Cimmériens. Au liv. xi. il dit que dès le tems d'Homere le Bosphore Cimmérien avoit déjà ce nom ; & que dès lors la puissance des Cimmériens étoit déjà très-grande. Plutarque dit encore plus positivement, qu'ils n'étoient qu'un petit détachement des Cimbres septentrionaux. Le nom de Cimbres s'étant peu à peu éteint, ils eurent celui de Jutes. Ces Jutes étoient une des trois Nations qui envahirent l'île de la Grande Bretagne, savoir les Saxons, les Angles & les Jutes. On trouve dans le pays de Galle ou de Cornouaille des traces du nom de Cimbres dans celui de Camrai ; & peut-être que le nom de la Province de Cumberland n'a pas une autre origine. Il seroit difficile de dire d'où vient le nom de Jutes ; à moins qu'on ne veuille dire que les Goths ou Gutes ayant passé dans cette presqu'île, & y aient porté ce nom. Les François & autres peuples les connurent sous le nom de Normands ; & c'est sous ce nom qu'ils firent en France ces affreux ravages que l'Histoire ne rapporte qu'avec horreur, & qu'ils acquèrent la Neuifrie, qui fut appelée à cause d'eux la Normandie. On les appella aussi Nordalbiugues, parce qu'ils habitait au dé-là de l'Elbe. Au reste le nom de Jutes est le dernier nom qu'ait eu cette Nation, dont le pays s'appelle présentement Jutland, eût-à-dire, pays des Jutes. Wachter, dans son Glossar. German. au mot Kommen, confirme l'étymologie que nous avons rapportée du nom de Cimbres. Voici ses termes : KOMMEN, perdere, facere ut perent. Verbum facessens ex praecedenti. Gothi dicunt quiman, usquiman, & fraquimani. Matth. x. 11. Niopeith iawit thans usquimandans leika : hatainei, ich faiwalai ni magandans usquiman : nolite rimere est qui corpus tantum occidens, animam autem non possum occidere. Luc ix. 54. Fan wileius, ei quathinima fon argaggaius himina, jah fraquimni in, iwe Heliae gnawida : visse, Domine, ut dicamus, ut igulis descendar de culo, & consumat est, feru fecit Elias ! Hinc verofimile se, quimer, kymmer, kymber, majoribus noferis aliquando denotafie latronem ; & verores scripsores qui hant significatiorem, tanquam à Germanis ac-ceptem, & Cimbrici nominis interpretem, listeris prediderum, nec fallere, nec falli; cum res ipsa gen-ti latrociniam conveniat. Plutarchus scribis in Aca-ria: Cimbrus Germani nominant latrones. Et con-firmat Festus: Cimbri lingua Gallica latrones di-cuntur. Cimbrus à latrociniam appellatus ofe placet quoque Baxtere in Gloff. Antiq. Bris. pag. 208. Et quammis Cimbet etiam hantulum nomen ofe passit, quatorum kemper Saxonia inferioritest gladiator, & Cambris cymnat socius, praestat tamen fidem rerum gestarum sequi quam rejolla veterum authorizare (quae a mendacio vox Gothica absolvis) aliud geminomen allergere. Causa, cur Cimbri hoc nomen, tanquam à se concuram, ultra-admiserior, hac ofe potest, quod ab antiquo piraticam exercitatem; & latrociniam gentis in gentem (non civium in cives) nupibus Germanorum antiquis ofem fortio facimura, & uni-lam haberem turpitudinem. Testis Casar lib. 9 L. cap. 1, de Germanis: Latrociniam nullam habent infamiam quæ extra fines cujusque civitatis finint, atque ea juventutis exercendae ac defidiae minuendae causa fieri prædicant.
CIME. De cima. Isidore, liv. 17. de fes Origians, chap. 10. Cima dicitur quasi coma. Est enim conmutas eterum vel arborum. Isidore se trompe à l'égard de l'origine. Cima a été fait du Grec nupus, fait de non, produce: nupus, nupus, cima. Cette coëtraction de nupus a été remarquée par Gallien dans son livre 2. des Facultés des aliments: C. 1000 vis vis nupulos nupulos, & 1000 nupulos nupulos inui nupulos nupulos, nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos nupulos
CIMENT. De cementum. Scaliger, dans son premier Scaligerans: Cementa cementa, vel com-mentum comenti; utroque modo, est quod Gracis vo-cant polaris. Sunt lapides minimis polaris, ex quibus se tumultaria struttura; ut in aggeribus qui fume in bello. Cementa edificant, dicitur mille locis apud Histericus. Perro urimar in struttura, aut Equis la-pidibus, id est, politis, aut & Equis, non politis. Et siam cementa. Unde apparet, nec abuti in Lingua Gallica hoc comenti nomine pro mortario Veterum; quod multiplex quidem erat. Marmoratum, quod fubas ex marmore contus & calce: arenatum, quod parabatur ex fabolone maficulo (qui refus eius po-vins quam ruber), & calce. Hac duh erant praci-pna; quorum illud, scilicet marmoratum, formus, perennis, ac speciofas erat. Alia habebant Veteres; nempe cigninum, quod est nostrum ciment, ex tego-lis contus & calce; quo theatra adificabant; item, mortarium speciatiter diitum, ex fabolone, non maficulo, & calce; ut quod vocamus mortier. Voyex mortier. Cementum se trouve dans la Genefe en la signification de ciment. Habuerunt latres pro taxis, & bitumen pro cemento. C'est au chap. 2. veriet 1. Et dans les Glofes anciennes: cementum, 1000, 1000. Les mêmes Glofes: cementum, 1000, 1000; ca-menta, 1000. Les Italiens, pour le marquer par occasion, di- sent immens, pour signifier une épreuve. Et en suite à été fait de specimen. Specimen, specimenum, ci-mentum cimbrus. Vigneron, autrement Venero-ni, dans son Dictionnaire Italien au mot cimbrus; a écrit qu'on diluit cimbrus en Italien, pour signi-fier une épreuve, parce qu'on se fait du ciment pour purifier ou éprouver un métail. M.
CIMENT. Le Latin cementum, d'où a été foe-mé notre mot François, vient du verbe cada. Le ci-ment se fait avec des pierres ou des rulles cassées & pilées.
CIMETERRE. Épée à la Turque. Les Turcs & les Persans l'appellent chimethie; d'où les Grecs modernes ont fait expélicat: d'où par corruption, nous avons fait cimeterre. Vraffan de Paris Serma-nis, page 10. après avoir appellé un cimeterre, schimstarra, il dit que c'est ainsi que l'appellent les Turcs. M.
CIMETIERRE. C'est ainsi qu'il faut dire, & non pas cimetiere, ni cimetiere. De cementum, fait du Grec enjure, c'est-à-dire, dormitorium. Drufus fur le 10. veriet du 17. chap. deRuth: v. 1000 vis vis nupulos, nomen defuncti: In Chaldacis libris, dormientis; id est, mortui. Elegans dilitis; nam & mors somni nomine sape afficitur. Unde in nostra Religionis hominibus sepulchenta Graco voca-bulo, quod a dormiendo infixum est, inuurnique ne-minatur. Callimaque, dans une de ses épigrammes: Τηλ. Σαυτ. & Διωτ. & Ανατ. & Ιεριτ. & Ανατ. & Κυμιστ. & Σπυμιστ., μεν λεμ. & νυτ. & Ανατ. & Μ.
CIMETIERRE. Il est évident que ce mot vient du Grec enjure. Mais je ne saurois m'empêcher de rapporter ici une étymologie ridicule que le Docteur Guillaume Durand nous donne du Latin cameterium. Il le fait venir de cime, qu'il inter-prète dulce, & de sferian, qu'il interprète statis; & cameterium a été appellé de la forte, ajoute-t-il, quia mihi dulciter defunctorum ofta quiescum, vel quia sum cimices, id est vermet ultra modum fortentes. Il en est de cette étymologie comme de celle du mot paradoxe, que le Cardinal Hugue, avec la Glofe ordinaire, explique pamus cumam; ou de celle de Diadema, que Saint Bonaventure, sur le Pleaume 101. explique, quia duqueptus, nempe principium & suum; eo quid scilicet diade-ma utroque carras. On dit aussi, que les excommu-nies sont appelées ethnic, ab Arthus Sicilia munte, quasi dignus illo munte. La Glofe des Décretales donne du mot diabolus une étymologie qui n'est pas moins plaisante: elle avance que ce mot est fait de dia, qu'elle explique des, & de bolus, qu'elle explique morfellus; & selon cette interpré-tation diabolus a été dit, quia dues bolus tamum do corpore & anima quaris facere. Saint Bernard étoit du même sentiment; car il écrit dans un de ses sermons: A duobus utique bolus diabolus dicitur. Saint Anselme interprète Thunthous par beneficus. La Glofe explique le mot Grec paraturgi, qui si-gnitie braitharii, qui rotulas in capitibus equorum, si a dictas a pente, quod est quinque, & largas id est latas. Telle étoit la connaissance que l'on avait des Langues en ce tenu-là.
CIMETTES. Rejetons de choix. C'est un diminutif de cime. Voyex cime. M. CIMFERS d'armoiries. Parce qu'on les met à la cime des casques qui sont sur l'écl. Dans le Le-xicon Grec-Latin ancien: 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1000, 1
CIMMERIENS. Ancien peuple aux envi- C I M. C I N. rons des Palus Méotides, & du Bosphore Cim- mériens, qui portoit leur nom. S'il est vrai, com- me le croyent les Grecs, & comme Strabon le dit au livre vii. que ces Cimmériens étoient une colonie des Cimbres, leur nom sera une ou- ruption de celui de Cimbres, qui dans la Langue Teutonique, signifie larro; & c'est comme si on disoit Cimbrions. Voyez ci-devant Cimbres. Les Grecs confondoient ces deux noms, & domoient aux Cimbres le nom de Cimmériens. On s'étoit fait anciennement une fauffe idée du pays qu'habitoient ces Cimmériens, comme s'il est été plongé dans d'épailles ténèbres. Il y avoit d'autres Cimmériens en Italie, dans la campanie. Ils habitoient dans des lieux souterrains, & c'est de ceux-là qu'Ho- mère parle dans l'Odyssée. Ce nom, selon Bochart, vient de l'Ebreu de camar, qui signifie être noir, devenir noir. Les cavernes obscures dans lesquelles ces peuples vivoient, donnerent appa- rement lieu au proverbe des ténèbres Cimmeries, pour signifier des ténèbres très-épailles. Peut- être aussi que ce proverbe étoit fondé également sur la fauffe idée que l'on avoit du pays où habi- toient les Cimmériens des Palus Méotides, lequel on croyoit-être toujours couvert de ténèbres, soit par des brouillards épais, soit à cause qu'on le supposoit privé des regards du soleil. Un pays inac- cessible à la lumière étoit celui où l'on devoit na- turellement placer le palais du sommeil. Aussi Ovi- de n'y a-t-il pas manqué. Voici comment il s'ex- plique dans les Métamorphoses, liv. xi. Est prope Cimmerias longo spelunca recessu, Mons cavus, ignavi demus & penetralia somni. Quo numquam radiis oriens, mediusve, ca- densve Phœbus adire potest. Nebula caligine mixta Exhalantur homo, dubiaque crepuscula noc- tis.
CIMOLIE. Sorte de terre graffe & molle, qu'on apporte des Iles Cyclades, appellee Cimo- le. C'est de la qu'elle a pris son nom. Voyez Dio- coride, liv. v. ch. 176.
CINGLER. Voyez singler. M.
CINNABRE. Sorte de minéral rouge; ou germillon. De cinnabarinus; qui est une cou- leur composée de soufre brulé, & de vif argent. M.
CINNABRE, ou CINNABRE. Ce mot vient originalement du Grec ἰσθοῦν, qui signifie odeur de bouc, & en général toute mauvaise odeur; comme qui diroit à δέ αυγος δέσος, ou κοσθοῦν, cannus cibus. Le cinnabre a été ainsi nommé parce qu'au rapport de Matthiole, lorsqu'on tire de tér- re une sorte de cinnabre fossile, il jette une odeur si étrange, qu'on est obligé de se boucher le nez & de le couvrir le visage, de peur d'être infec- té.
CINTRE. Terme de charpenturie. C'est une arcade de bois qu'on dresse pour bâtir une voute. J'ai appris de M. de valois le jeune, que ce mot venoit de celui de centrum, qu'il m'a montré en cette signification dans ce passage de Robert Moine d'Auxerre: Jam exsituita testudine visum est debere submeneri centra, quibus suerat testudo suffulta. D'autres le dérivent de cinctura. M. CIRCONCELLIONS: On appella ainsi en Afrique une Secte de Désartites. C'étoient des troupes de furieux, qui couroient par les bourgades & les marchés avec des armes, se di- sant les défenseurs de la Justice, & exerçant tou- nes sortes de violences. Il n'y avoit point de livre- té sur les grands chemins, ni même dans les mai- sons. Ce nom leur vint de circum, & de cella, parce que ces furieux courroient de maison en maison, & de bourgade en bourgade. Voyez du Cange dans son Glossaire. comme les cirons des Indes attaquent les pieds, où ils cansent des tumeurs ulcéreuses, qui gangriment la par- tie, & font mourir, au rapport de Peyrard, en son Voyage des Orientales. Ils sont dits, quasi agiantes, des mains: On plait, de cire, qui, au rapport de Saumaise, sur l'histoire Auguste, signifie la main. L'endroit de Saumaise est à la page 412. Voici ses termes: Cyragra, in veteribus libris non rare scriptum occurrit. Sic cyras apud Isidarum verum etiam membrana praferunt: manus, quas Graci cy- ras vocant. Ita etiam apud Adelman in veteri codi- ces vel potius veteris exemplaris apographo, quem à Franc. Juncto habui, scriptum esse memini. M. CISEAU: Il vient du Latin sicilum, ou sicila, qui signifient des ciseaux de Tailleurs d'habits ou de pierres. Les Glofes: Sicilum, typis exilus: c'est-à-dire le ciseau d'un Tailleur. Sicila, exilia, spiritus: c'est-à-dire, le ciseau d'un Tailleur de pier- res, & celui d'un Tailleur d'habits. Ces mots vien- nent de l'ancien verbe sicilire, qui signifient cou- per & retrancher. Varron, liv. 1. De re rustica, chap. 49. Sicilienda prata; id est, salibus con- seillanda. Caton, de Re Rustica, chap. 1. appelle sicilimenta, le regain; c'est-à-dire, l'herbe du pré qu'on fauche une seconde fois. Festus: Sicilicum dictum, quod semunciam secer. Et même on tient que la Sicile a été dite, à siciliendo; comme ayant été détachée & retranchée de la Terre-ferme. Ca- seneuve.
CISELER. Il vient de sicilire. Voyez Ciseau. Caseneuve. Voyez CISEAU.
CISTRE. Instrument de Musique. De cirque. Voyez Suidas. M.
CITADELLE. Civitas, civitatis, civitate, civitatella, CITADELLE. M. CITERNE: C'est ainsi qu'il faut dire, & non pas, cisterne. De cisterna. Festus: CISTERNA, dicta est quod eis inest infra terram. Festus se trom- pe. Cisterna a été fait de xin, inusité, qui signifie capio: d'où a été fait aussi cista, qui signifie un coffre où l'on met des habits. Cista se trouve en cette signification dans la Loi 1. au Digeste Depo- sit: Et sign, dans Pollux & dans Hésychius: Et asphyx dans Hésychius: asphyx, sans & quai &, supp & quai & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f & f
CITRON. M. de Saumaise sur Solin, page 671, de la dernière édition, dit que citron a été fait de citron, comme chardon, de cardus. Il a été fait de citron, ablatif de cire. M.
CITROUILLE. De sa couleur de citron. Les Médecins de Lyon v. 30. Peponis, sive cucumeris, species est, qui Citrulus Medicis dicitur, quasi citrulus, quod citrei mali in forma & colore sit annulus. Gallis citrouille. Voyez M. de Saumaise, page 39, de ses Homonymes des Plantes. M.
CIVADE. Avoine. Trippault le dérive de or- quator. Il vient de cibus. Cibus, cibata, CIVADE. Les Espagnols, de cibata, ont fait de même cevada. M.
CIVE. De capa. M. de Saumaise sur Solin, Tome I. page 1169. Nostrates Rustici civas hodie vocant; dictione ex cepa detorta, qua capitata non sunt. Et plane sunt Gracorum vidua. Cibullas alti vocant; id est, capullas: qua sunt gnavi & gnavi. Comme nous avons fait cive de capa, nous avons fait cibu- lle de capulla, & cibulette de capulletta. Voyez ciboulle. M.
CIVE. De capatum; parce qu'il y entre de la cive. Capa, capatum, cive. Cive de lièvre, c'est un ragoût fait de chair de lièvre avec des cives, ou des ciboulettes. M.
CIVETTE. Animal odoriférant. De l'Arabe cebed: d'où le Grec vulgaire. Cuville. M.
CIVETTE. L'Arabe cebed ou cebed, d'où vient ce mot, signifie proprement écume, & en particulier la liqueur épaisse & odoriférante qu'on tire d'une espèce de chat ou de fouine d'Afrique; parce qu'en effet cette liqueur est écumeuse en lortant du corps de l'animal, & fort blanche. Nous avons ensuite appelé civette l'animal même qui produit cette liqueur.
CIVIERE. C'est un instrument dont les la- boureurs se servent pour ôter le fumier des étables. Ce mot est formé du Latin-barbare cænovellum, qui signifie même chose. Le Dictionnaire de Jean de Garlandia: Transfertum simos, postres in cænovel- torio, ad agros impinguandos. Où la Glofe ajoute: cænovellurium; Gallis civière: & derivatur à cœ- no, & veho. Caseneuve.
CIVIERE. Le P. Labbe dans ses étymologies Françoises, à la page 145, de la 1. partie, au mot vivre, le dérive de cibium. Il vient de cænovel- toria, qui a été fait de cænovelum. Guillaume le Bre- ton dans son Vocabulaire: cænovelium: Cæno- velturium. Instrumentum est cum quo portatur ca- nium. Le Dictionnaire de Joannes de Garlandia: Transfertum simos, postres in cænoveltrio, ad agros impinguandos. La Glofe ajoute: cænovellurium; Gallis civiere. Et derivatur, à cœno, & veho. Voyez le Glossaire de M. du Cange, au mot cæ- novelium, & au mot chivera; & M. de Caseneu- ve au mot civiere. De la ressemblance à cette civiere, on a appel- le civiere cette machine sur laquelle les Prêtres portent sur les épaules en procession les reliques des Saints; & cette machine sur laquelle les Bedeaux des Eglises portent de même le pain béni au Prêtre qui dit la Messe, pour le bénit; & cette autre machine sur laquelle on porte à l'Hôtel- Dieu les malades & les estropiés. Le mot de civiere a signifié aussi l'étendard que portolent les Chevaliers, appelés Milites Civera- les. L'Histoire des Evêques de Brémée-Etat Dacus nobilis sanguine, regalis ex matre: sed genitor, Mi- les Civeraes. Voyez M. du Cange dans son Glos- saire Latin, & dans sa Dissertation 12. sur Join- ville. Il me reste à remarquer, que M. du Can- ge dans son Glossaire Latin, prétend que cette fa- çon de parler, Cent ans Civiere, cent ans banie- re, vient de ces Milites Civeraes: qui est une chose qui mérite d'être examinée; & que je remets à examiner dans mon Traité des Façons de par- ler proverbiales. M.
CIUTAD. Sorte de vin délicieux. De la Ci- tad, qui est un village de Provence sur le bord de la mer, entre Marseille & Toulon, au terroir duquel croit ce vin. Le mot de ciutad, en Proven- cal, signifie cité. Et il a été fait de civitate, ablatif de civitas: d'où les Italiens ont aussi fait citas M. C c 6
CIZEAU. Voyez cizeler. M.
CIZELER. M. de Saumais sur Solin, page 1045. semble le dériver de sicilare, qui signifie couper. D'où vient, dit-il, sicilire prata, pour faucher les prés: & Sicilia; parce que cette lise est séparée, & comme coupée de l'Italie. Il ajoute: Cilium & cilionem munupavere Latini recentiores, quod vertribus erat celum: immo etiam sicilium, quod est equibus. Nam & sicilatos lapides vulgo dicimus, qui sculpi sunt; & sicilare, pro sculpere, vel cizare. Idiotismus noster id vocat cizeler. M. de Caïeneuve dit la même chose. Voici ses termes: CIZEAU vient du Latin sicilium, ou sicilia, qui signifient des cizeaux de Tailleur d'habits ou de pierres. Les Glofes: sicilium, & cùm eurius; c'est-à-dire, le cizeau d'un Tailleur: sicilia, equibus, & cùm eurius; c'est-à-dire, le cizeau d'un Tailleur de pierres, & celui d'un Tailleur d'habits. Ces mots viennent de l'ancien verbe sicilire, qui signifie couper, & retrancher. Varron, lib. 1. de re Rustica, chap. 5. appelle sicilimenta le regain; c'est-à-dire, l'herbe du pré qu'on fauche une seconde fois. Festus: sicilium: dictum quod semunciam secet. Et même on vient que la Sicile a été dite à siciliendo, comme aiant été détachée & retranchée de la terre-forme. Et de-là, le mot de sicilium parmi les Jurisconsules, pour la moitié d'une demi-once; parcequ'elle divise cette demi-once. Cujas, livre 12. de ses Observations, chap. 40. Nam ita in antiquorum Grammariorum Commentariis scriptum reperi; sicil, apud Latinos & Graeca esse quacum partem uncia. C'est ce qu'a dit Festus, au lieu allégué par M. de Caïeneuve. Comme les Médecins représentent leurs poids, par des Notes, les Jurisconsules représentent cette mesure dite sicilicum, par un C renverse, de cette manière: 2. C'est ce que j'ai appris du Jurisconsulte Volufius Macianus dans son livre de Asse: qui est un livre, pour le marquet en passant, par la lecture duquel Cujas dióit qu'on devoit commencer la lecture du Droit. Voyez mes Aménites de Droit au chapitre 5. Voici les termes de Macianus: Centesimam commodi usurarum nomine ad sortem applicari, & sicilico, id est, C averso notari. Sertorius Urfatus, dans son Commentaire de Notis Romanorum, dit la même chose. 3. Caia. Sicilici nota. Centuria. Et de-là vient que Cujas, qui n'écrivoit que pour les Doctes, comme il le dit lui-même, a appelé une virgule sicilicum; parce qu'une virgule est un C renverse. C'est dans le chapitre 14. du livre 1. de ses Observations: His adjungi potest paragraphus Creditor Legis Si Mandato, Digestis Mandati; qui in omnibus libris impressa ita scriptus est, interpositio sicilico: Et an intersit creditoris, jure vendiderit an communi jure promiserit. Sed ponenda est sicilici nota post verbum, intersit, non post creditoris vocem. Et dans le chap. 1. du livre 6. Sicilici male positi virium est. Cujas peut aussi avoir appelé sicilicum une virgule, à cause qu'elle divise la période: de la même façon que les Grecs l'ont appelée &cæa. J'ai fait il y a long-tems cette remarque sur le mot sicilicum, dans mes Observations sur les Observations de Cujas, qui est un ouvrage qui n'est pas encore imprimé. Et comme elle n'a pas déplu autres-bon, très-vertueux & très-favant Don Jean Mabillon, j'ai cru que mes Lecteurs ne seroient pas fâchés de la voir ici. Je reviens à l'étymologie de cizeau. Quelques-uns dérivent ce mot de secare; qui signifie proprement couper avec des cizeaux. Martial, IV. 54. Nil adicis penso Lachesis, fufusque sororum Explicat, & semper de tribus una secat. Et ils prétendent qu'il a été formé de la sorte: secare, seca, (d'où le mot François scie) secafum, secafellum, secefellum, CIZEAU. D'autres croyent que cizeau a été fait de cadere, en la signification de couper, d'où le compozit incidere. Cado, caché, cafum, cafulum, cafellum, CIZEAU: cafellare, CIZELER. Les Espagnols disent sinzel, pour dire un burin; & sinzeler, pour dire cizeler: ce qui ne favorise pas peu l'étymologie de M. de Saumais. M. du Cange dérive cizeau de cisel, ancien mot François, & cisel de scifellum, qui se trouve en cette signification dans Gervafius Dorobermensis, en son Traité de Reparatione Dorobermensis Ecclesia. Voici l'endroit: ibi arctus, & catara omnia; utpote sculpta secare, & non scifello: hic in omnibus fere sculptura idonea. M. Voyez ci-dessus CISELER.
CLABAUD. Chien courant à grandes oreilles. Nicot dérive ce mot de l'Ebreu sallaleleb ou caleb, qui signifie chien. Si cette étymologie est véritable, le verbe clabauder aura la même origine; car il se dit proprement de l'abboyement des chiens clabauds.
CLABAUDER. De clamuldare: M. en B: comme en flambeau, de flamma; en lambeau, de lamellum; en belette, de melette. M.
CLAIRET. Sorte de vin. De claretum, qui se trouve dans Conradus Fabariensis, au livre qu'il a fait de casibus Santis Galli. Clareto permixta toxica. Sur lequel endroit Goldstar, dans ses Alémanniques, tome 1. partie 1. page 113. a fait cette Note: CLARETUM, claret: Hispanis, claret: vinum factitulum dulce, vel aromatites: quod Germanis & Belgis, alicubi locorum, Hippocras. At Francis clairet, est vin clair rufum. M. de Saumais, sur l'Histoire Auguste, page 411. Purpureum vinum, hoc est, sanguineum, vulgo dicimus in idiomate nostro CLARET. Nam & clara purpura est, quam Graci &cæa appellant. Du François clairet, les Italiens ont fait leur claretio. Le Soderini, dans son Traité della Coltivazione delle Viti: Per far perfetti vini Claretti, o Cirieguioli, fatti alla France, cornieme primamente, &c. M.
CLAIRON. Sorte de Trompette, qui soune grêle. De clarione, ablatif de clario, fait de clarus. Virgile, au 3. de l'Enéide: Dat clarum & puppi signum: Dans lequel endroit il faut sous-entendre tuba, ou cornu. Servius se trompe, qui explique ce passage per faculum elevavit. De clarus, on a fait aussi clarinus: d'où l'italien clarino, & l'Espagnol clarin. Et de clarus on a fait encore clarigare, pour clara voce res repetere. M.
CLAMER. Vieux mot, qui signifie appelier. Le Moine Alexis: Tel se fait Maistre aux Arts clamer, Qui n'entend ne texte, ne glofe. M.
CLAPIER. Trippault, Henri Etienne, & M. Lancelot, le dérivent de *chavun*, *dérober* : le clapier étant un lieu où le lapin fit retire & de cache, trompant les chiens, & se dérobant à notre vue. D'autres le dérivent de *lepus*, en cette manière : *Lepus*, *lapus*, *lapinus*, (d'où le mot *lapin*) *lapinarium*, *lapiarum*, *clapiarium*, CLAPIER. Le Pere Labbe est un des Auteurs de cette etymologie. CLAPIER, dit-il dans les Etymologies des mots François, page 145, vient assurément du mot lapin, lapine, lapereau, lapiniere, en *ajoutant un C*, comme en canne, & quelques autres mots. M. du Cange le dérive de *claperius*, mot de la même signification, & qui, selon lui, a été fait de *clapa*. CLAPERIUS, dit-il, *vox orta* à *clapa*, *infirmento*, *sen machina*, *qua capiuntur cuniculi*. Je suis pour l'opinion du Pere Labbe : & c'est aussi celle qui m'étoit venue dans l'esprit avant que j'eusse où la remarque. M. CLAQUE DENT. Vaurien, falissant. C'est proprement un grand coquin, qui souffre que les dents lui claquent de froid, plutôt que de l'échauffer ou se réchauffer à quelque travail que ce soit. *Le Duchat*.
CLAQUER. Voyez *cliquer*. M.
CLAQUER. Il se dit particulièrement des mains qu'on fait *claquer* en les frappant l'une contre l'autre. Ce mot paroît être une onomatopée. Ou bien il vient de l'Alleman *schlagen*, qui signifie *bastre*, *frappier*.
CLAS. Sonnerie des cloches pour les trépassés. De *classicum*. Dans les Gestes de Guillaume le Maire, Evêque d'Angers, chap. 1. *Puissant emnes classis un mortuerum*. Voyez le Vocabulaire Latin de M. du Cange, au mot *classicum*, & la Notice des Gaules de M. de Valois, au mot *Syriacus pont*. Voyez aussi ci-dessous au mot *glas*. De *classicum* on a fait *conclassare*, qui se trouve dans les Gloses d'Isolare, expliqué par *conclamare*. M.
CLAS. A Reims on appelle ce son lugubre l'Abbe mort, par corruption pour l'abbé de la mort; parce qu'autrefois on commençoit à sonner dès l'agonie. Au reste, ce mot ne se dit point à Paris; mais il est fort causé en quelques Etrangères. On dit, *sonner un clas*, entendre un clas. Bôrel dérive ce mot du Grec *dula*, je pleure; & il y a apparence qu'il vient en effet de-là.
CLAVAIRE. Gardien des titres de la Chambre des Comptes. Du Latin *clavis*, qui signifie *clay*. C'est aussi celui qui avoit autrefois la garde des clefs d'une Ville. Ce nom a aussi été donné à des Receveurs particuliers, & il est souvent employé en ce sens dans les vieux titres.
CLAUDE. Nom propre d'homme. Du Latin *Claudius*, diminutif de *claudus*, qui signifie *bivore*. D'acheter, dans son *Glossar*. *German*, au mot *Laut*, donne à ce nom Latin la même origine qu'à *Clodion*, nom d'un Roi des François, qui, en Langue Teutonique, signifie *celebre*, *illustre*. Voyez ci-dessous *Clodion*. On dit proverbialement qu'un homme est un *Claude*, pour dire qu'il est un *sot*, un imbécile, tel qu'étoit l'Empereur Claude. Jamais il n'y eut un homme plus stupide. Sa propre mere voulant exagérer la forise de quelqu'un, désoit qu'il étoit aussi *sot* que son fils. Séneque, pour se venger de ce qu'il l'avoit bann, le déchira par une *Satyre*, où il le représente proprement comme une bête.
CLAVEAU. Voyez *clavele*. M.
CLAVECIN. De *clavicymbalum*; d'où les Italiens ont aussi fait *gravecembale*. Jules Scaliger, C L A. C L E. dans la Poétique, livre 1. chap. 48. *Addita deludis plethris corvinarum pennarum crispides*. Ex areis filis expressorem elicit harmonium. *Ade puerro*, clavicymbalum, & harpichordum: *nunc*, *ab illis mucronibus*, Spinetam vocant. ¶ *Clavicymbalum*, *clavicymbalum*, *clavocim*, CLAVECIN. M.
CLAVELE. Maladie de brebis. Ce mot dit Robert Etienne dans son Dictionnaire François, vient de clades, *on de son diminutif cladella*, en *muant D en V*. Il vient de *clavellata*, fait de *clavus*. *Clavus*, *clavellus*, *clavella*, *clavellata*, CLAVELLE. M.
CLAVEURE. Rabelais, Pôl. du livre 21. *Et le vésage leur reluisoit comme la claveure d'une charnier*. Claveure, *inchiodatura* (enclaveure), dit Antoine Oudin. Je crois qu'en cet endroit de Rabelais *claveure* est la plaque de fer dans laquelle est pratiquée l'entrée de la clef qui doit ouvrir la porte du charnier. Comme cette porte s'ouvre dans cette, à cause du grand nombre de morts qu'on enterre de jour en jour, de là vient que cette plaque, quoique exposée à l'air & à la pluie, ne laisse pas d'être fort luisante. *Le Duchat*.
CLAUSPORTES. Par corruption, pour *clausporques*. M. de Saumais sur Solin, page 1301. *levureus*, multipeda: *quem Graci Iusis & uvrusidios in vocant: quia tatus, in artem pilula simillimum sefe convolvit*. CLAUSPORTAM vulgo appellamus: *sed male ira pronunciamus pro CLAUSPORCA: nam porca sunt classis*. *Graci expiant & expiant*. Si porta pro porca, in *Glossi*. Porcellones vocantur *Cælio Aureliano*, de Tardis passionibus, libro 1. cap. 4. En Champagne & en Languedoc on appelle les clausportes des *porceltes*. Et dans l'Anjou & en Bretagne on les appelle des *trées*, qui est comme les parlais d'Anjou & de Bretagne appellent les truies. Dans le Lyonnois & dans le Dauphiné on les appelle des *kristos*, c'est-à-dire, des *co. hons*. En Italie on les appelle *porcelti*, c'est-à-dire, de petits porcs. Voyez *chemilie*. M.
CLAYE. En Languedoc *clede*. Ces mots viennent de *clida*, qui signifie même chose. La loi des Bavariens, titre 77. Si *com correferis*, *cosam restibus in quadrivio in clida cum levare debet*. Les Gloses: *Clavro*, *clavus*. *Cafeneuve*.
CLAYES. De *cleta*. Ado Viennenis, parlant des Saxons: *Cum prepararem machinas primarias*, & *cleta*. *Cleta*, en cet endroit, est le plurier de *clerum*; & il signifie des *clayes de fer*, qui étoient des machines de guerre. *Cletella*, pour de *petites clayes*, se trouve dans Grégoire de Tours, livre 8. de son Histoire. Les Languedociens disent encore aujourd'hui *clede*. Voyez M. de Cafeneuve. ¶ *Cleta* peut avoir été fait de *crates*, en cette manière: *Crates*, *crate*, *crata*, *cleta*, *cleta*. M.
CLENCHE. Substantif féminin. On appelle ainsi à Mera le loquet d'une porte. De l'Alleman *klingen*, *simire*, parce que le loquet sonne quand il tombe. Quelques-uns prononcent *cliche*, mais *clenche* est le vrai mot, qui se trouve dans nos Livres du XVI. siècle, & notamment dans la Traduction Françoise de l'Utopie de Thomas Morum Lyon, chez Jean Saugrain, 1559. page 133. *Le Duchat*.
CLEPSYDRE. Horloge qui mesure le temps par le moyen d'une certaine quantité d'eau qui C c c ij tombe peu à peu, & comme furtivement. C'est de la que vient ce nom, qui est fait du Grec adverin, furtim ac latenter subtraho, & chup aqua. On appelle aussi clepsydre une horloge de fable, autrement un poudrier.
CLERC. Voyez clergie. M.