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03.0 Dictionnaire etymologique — CLERGE – CORDELIER

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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CLERGE. Ce mot & ses dérivés viennent du Grec adverin, qui signifie proprement fort, c'est-à-dire la marque que l'on met dans un vaisseau pour tirer au sort; comme lorsqu'il est dit dans Honnee, llad. xxiii. 2 3 & chup a Galaxys, ils jetèrent les forts: & aux Actes des Apôtres, chap. 1. Idunes & chup, c'est-à-dire idulas. Ensuite ce mot signifie ce qui vient par le sort, ou comme par le sort, savoir, le partage, l'héritage. De-là il s'est dit de ceux qui sont attachés à Dieu d'une manière particulière, soit qu'on l'entende des Chrétiens en général par comparaison avec les Infidèles, soit qu'on l'entende des Ecclésiastiques en particulier par comparaison avec le reste des Chrétiens. La première origine de cette expression vient de l'ancien Testament, où la Tribu de Lévi est appelée le sort, le partage, l'héritage du Seigneur, & chup en Grec; & Dieu est appelé réciproquement son partage, parce que cette Tribu étoit toute consacrée au service de Dieu, & qu'elle vivait des offrandes que l'on faisoit à Dieu, sans avoir rien en fonds de terre, comme les autres Tribus. Saint Pierre, 1. Epître, v. 3. emploie le Grec au plurier en parlant de l'Eglise de Dieu; soit en faisant allusion au peuple d'Israel, à qui la terre de Chanaan, figure de la vie éternelle, avoit été distribuée par le sort; soit parce que Dieu avoit choisi ce peuple entre tous les autres, comme son partage, ainsi qu'il a depuis choisi l'Eglise: & chup et & chup & chup. La Vulgare: & chup et dominantes in Cleris. Le mot de Clerc a signifié en particulier un homme de lettres, parce que les gens d'Eglise ont été pendant long-tems les seuls qui fussent lettres & savans, & qui fussent regardés comme tels. De là vient qu'on appelait grand Clerc un habile homme, & Manciere un ignorant. On dit encore dans le stile familier: ce n'est pas un grand Clerc que cet homme-là. On dit qu'un homme a fait un pas de Clerc, pour dire qu'il a fait une fauffe démarche, une faute par ignorance. Cette dernière façon de parler vient de ce que le mot de Clerc signifioit, comme encore aujourd'hui, un homme qui écrit sous un autre, qui lui sert de Secréalre; & que celui qui écrit de la sorte peut aisément se tromper, en mettant un mot pour un autre.
CLERGIE. Vieux mot, qui signifie littérature, & qui vient de celui de Clerc en la signification de Lettré. Ordericus Vitalis, livre 3. Radulfus autem, quintus frater, Clericus cognominatus est, quia peritia literarum, aliarumque artium, apprime imbutus est. Du Moulin, sur ces mots du Traité de Modo consciendi processus Commissariorum, qui est à la fin de la seconde partie de l'ancien Stile du Parlement: CLER & CONSILLERS du Roi: Otim nec dicebantur aliqui Consiliarii Clerici ad differentiam Laicorum: Omnes enim, exceptis sex Paribus Ecclesiasticis, erant Laici: quorum pars erant Proceres & Milites: reliqui Jurisperici. Et illi, ad illorum differentiam, vocabantur Clerici: more loquendi Gallico: quo dollos, Clericos vocant, ut veteribus Regestis Curia confiat. Voyez Ragueau, sur le mot Clergi; & Loyseau, au paragraphe 57. & au paragraphe 58. du chapitre 5. du livre 2. des Offices, où il observe que le mot de Clerc signifie trois choses parmi nous; un Ecclésiastique, un homme de lettres, & celui qui écrit sous un autre. Voyez aussi Jean de la Cote, dans son Sommaire sur le Titre de Fave competent, aux Décréales, à l'endroit où il interprète le chapitre Quod Clericis; lequel endroit sera transcrit ci-après au mot Fer-l'Evesque. Et comme le mot de Clericus se prenait pour un homme lettré, Lascus se prenait pour un homme non lettré. L'Onomastique Grec-Latin: Lascus, liburn. Une ancienne Chronique italienne, citée par Monseigneur de la Case dans son Galatée: Quello Dante, per suo sapere, su alquanto presumso, e scisso, e sdegno, e quasi, a guisa di Fiosso, mal gracioso. Non ben sapeva converjar co' Lucii. La Cruica, au mot Laico: E perche da un certo tempo addietro, per lo piu, non ifudiavano se non i Preti e i Frati, chiamavano i non letterati Laici. ¶ Un poingnet de bonne vie, Alicux vaut qu'un muy de clergie, dit de Proverbe. Voyez M. de la Thaumassiere, dans son Glossaire. M.
CLIBANAIRES. Nom d'une ancienne Milice & Cavalerie Persanne. Cuirassiers Persans. L'Empereur Alexandre, dans un discours qu'il fit au Sénat après son triomphe sur les Perses, & rapporté par Lampridius dans la Vie, chapitre 16. dit entre autres choses: « Nous avons tué dix mille » Cuirassiers, qu'ils appellent Clibanaires. « Les anciens Persans appelloient jour ce que nous appellons cuirasse, c'est-à-dire, un corcelot de fer. Il différait de celui des Romains, en ce que celui-ci étoit de plusieurs pièces, qui avoient la forme d'écailles; au lieu que celui des Persans étoit tout d'une pièce comme les nôtres. Et parce qu'il étoit recourbé en voute, & en forme de four, les Persans l'appelloient d'un mot qui dans leur Langue signifioit jour, & les Romains le nommoient en Latin clibanus, qui signifie la même chose; & les Soldats qui étoient armés de cette sorte de cuirasse se nommoient Clibanarii. Ainsi la Milice étoit Persane, & le nom Latin, comme l'a remarqué Saumasse. Car nous ne savons quel étoit le nom Persan; quoiqu'en dise Bochart, qui prétend que ce nom vient du Chaldéen & kisha, d'où l'on a fait & chup & chup. Ce mot signifie écaille. Saumasse avoue que les cuirasses à écailles étoient aussi appelées clibanus. L'autre opinion est bien plus vraisemblable. Les Glosses Basiliques, & l'Anonyme qui a écrit en Latin de Re Benica, expliquant ce que c'est que Thoracomachi, ou, selon Saumasse, Thoracomachi, donnent du clibanus la même idée que nous.
CLIFOIRE. On appelle ainsi en Anjou & à Bourges, ce que l'on appelle à Paris une calomniere, & en Normandie une saquebute, qui est ce petit canon de sureau avec lequel les petits enfans & les badins jettent de l'eau au nez des paffans. D'oculiseria; pour lequel on a dit ocliseria, qui se trouve dans l'épître 33. de Sénèque, selon le témoignage de Lipse, sur ces mots de cette épître: Non habemus itaque ista odorifera. Voici les termes de Lipse: Licebat & decebar in scorn poni vocem libris aliquot aserram, oculiseria, sive ocliseria. Nam veritas ita est; & sententia poscit, &c. ¶ Les Manceaux l'appellent *camepetaire*. Voyez *camepetaire*. M. CLIGNER les yeux. Peut-être de *clinare*, inuisté (mais dont les composés, *inclinare* & *declinare*, font en usage), qui a été fait de *nâtiere*, en la signification de *claudere*: dans laquelle signification il se trouve dans Eutathius, selon le témoignage de Henri Etienne. Nous disons *un clin d'œil*, pour *inuitus*. Mais ce mot n'a rien de commun avec celui de *cliquer*, qui signifie *nâtiere*: ce qui me donne quelque pensée qu'il peut avoir été formé de *nâtiere*; diminutif de *nâtiere*: par le changement ordinaire de l'N en L: comme en *lymphe*, de *nymphe*; en *Chatean-Landon*, de *Castellum Nantans*: & par l'addition du C devant L; comme en *nâtiere*, *furari*, de *nâtiere*, *capere*, *nâtiere*, *nâtiere*, *nâtiere*. M.
CLIGNOTER. Cette action est une sorte de maladie de l'œil, appelée des Grecs *lurit*. Voyez le premier Commentaire de Galien sur les Prognotiques d'Hippocrate. *sec. 1. i. M.*
CLIMACTERIQUE. On appelle année *climacterique* une année dangereuse à passer, ou dans laquelle on est en danger de mort, selon le dire des Astrologues. L'erreur populaire a confirmé cette opinion. Aulugelle dit qu'Auguste, en écrivant à son petit-fils Caius, se félicite de ce qu'il avait passé sa soixante-troisième année, parce qu'il l'appréhendait extrêmement. Cette soixante-troisième année est estimée *climacterique*. On le dit aussi des années quarante-neuf, & cinquante-six. Le fondement de cette opinion est dans Marseille Ficin, qui assigne une année à chaque planète pour dominer sur le corps de l'homme chacune à son tour, & comme Saturne est, dit-on, la plus maléfique de toutes, il regarde chaque septième année comme dangereuse, & sur-tour les quarante-neuf, cinquante-six & soixante-troisième années, où l'on est déjà avancé en âge. Il y en a qui observent les révolutions de neuf ans. L'an *climacterique* se prend pour l'année fatale, la dernière année, dans un sens figuré & métaphorique. Malherbe: *Et mentiront les prophéties De tous ces visages pâtis, Dont le vain étude l'applique, A chercher l'an climacterique De l'éternelle fleur de lis.* Ce mot vient du Grec *nâtiere*, qui signifie par *échelons*, & qui est fait de *nâtiere*, *échelons*, *degré*, venant de *nâtiere*, *échelle*. Saint Jean, surnommé le Scholaftique à cause de son érudition, & le Sinaite à cause du mont Sinai, lieu de sa demeure, est encore plus communément appelé *Climaque*, à cause de son Livre intitulé *l'Échelle Sainte*. Du même mot *nâtiere*, *échelle*.
CLIMUSSETTE. Jeu d'enfants. Nous disons en Anjou *climastette*. M. CLIN-D'ŒIL. Voyez *cliquer*, & *guigner*. M. CLINER CLINET. Vieux mots inuistés. Dans l'ancien Dictionnaire Latin-François du Père Labbe: CRIBRUM, *clinet*. CRIBRARI, *cliner*. De *cribrum cribri*, *cribinestum*, *clinetum*, CLINET. *Cribrum, cribri, cribinare, criinare, cliinare* CLINER. M. CLINQUAILLE QUINQUAILLE. *Klingen*, en Alleman, signifie *tinnire*. Il y a une
CLI. CLO. 389 rue à Paris qui s'appelle la rue de la Quinquallerie. Voyez *quinquaille*. M. Rabelais, livre 2, chapitre 38. *Je les voy, dit Epifeman* (les usuriers) tous occupés à chercher les épingles roulées & vieux cloux parmi les ruifs aux des rues, comme vous voyez que font les coquins en ce monde. Mais le quintal de ces quinqualleries ne leur vaut qu'un bouffin de pain, encore y en a-t-il mauvaise dépeche. On voit par-là que ce qu'autrefois on appelle quinquallerie, au lieu de *clinquaille*, c'était proprement de vieilles épingles, de vieux cloux, & semblable marchandise si mauvaise & de si peu de débit, qu'il n'en falloit pas moins d'un quintal pour produire un denier, ou la valeur d'un bouffin ou morceau de pain. Ce qui me fait croire que *quinquallerie*, *quinquaille* & *clinquaille* pourroient bien avoir été formés de quintal. Le Duchat.
CLIQUE. *Une clique*. Le petit peuple de Paris appelle ainsi une *citerie*, une *socière*. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M.
CLIQUER. *Lat. crepitare*. Les Allemans disent *klingen*, pour exprimer ce que les Latins disent *tinnire*. Je crois que ce mot, & celui de *claquer*, ont été faits par onomatopée. Rabelais, livre 3, chapitre 19, s'est servi du mot de *cliquer*. Voyez *claquer*. De *cliquer* on a formé *CLIQUE*. M. L'Alleman *klocke* veut dire une *cloche*, & *klocken* sonner une cloche. *Cliquer* ne viendrait-il pas de ce verbe par le changement de l'on ? *Clique* pourroit bien venir aussi de l'Alleman *klocke*; les *clique* servant de *cloche* aux ladres pour se faire entendre de ceux qu'ils n'ofroient approcher. Le Duchat.
CLIQUETTES. Instrument de ladre. Rabelais, 2, 19. *Panurge*, &c. *tira deux pièces de bois de forme pareille*; l'une, d'ébène noire; l'autre, de brésil incarné; & les mit autre les doigts d'vecille en bonne symétrie; & les choquant ensemble, faisait son, tel que font les ladres en Bretagne avec leurs *clique*.* Ce mot a été fait par onomatopée. M. Graverol le dérive néanmoins du Grec *nâtiere*. Voici ses termes, qui sont de la Note sur les Arrêts Notables de la Roche-Flavin, livre 7, titre 80, qui est des Ladres, Arrêt 1. *On les voulois contraindre de porter le bois de trois langues*. On l'appelle aussi la languette; qui est la même chose que *clique* : laquelle tire infailliblement son nom du mot Grec *nâtiere*, c'est-à-dire, *le* *quint*, faire du bruit; à cause de l'usage que les lépreux en font. On l'appelle encore la claquette. Et dans ces vieux Livres elle est désignée sous le nom de *citerelle*, ou de *citerelle indifféremment*, à cause du bruit & du son qu'elle fait. M.
CLOCHE. Le Président Fauchet, xii, 17, dit que ce mot est *tout Français*, & qu'il représente l'aller & le venir de la campagne *ebranché*: d'où vient, ajoute-t-il, que l'allevre d'un boiteux *ebranché* s'appelle clocher. Fauchet se trompe. *Cloche* vient de *clocus*, qui se trouve dans les Constitutions de Charlemagne. *Un clous non baptifant*. *Et clous* vient de l'Alleman *clocus*, qui signifie la même chose. Voyez *Voffus*, de *Pireis Sermonis*, livre 2, chapitre 10, & Spelman & M. du Cange, dans leurs Glossaires. Les Picards disent encore à présent *cloque*, pour dire une *cloche*, & les Bour- bonnois claqueman, pour dire un sonneur de cloches. Voyez ci-dessous claqueman. Les Anglois disent aussi clo. M.
CLOCH. Il n'y a guère lieu de douter, ce me semble, que l'origine de ce mot ne soit Teutonique. Toutes les autres étymologies que l'on en donne, n'ont pas la moindre vrai-femblance. Quelques-uns le dérivent du Latin clangor, à cause du son des cloches; d'autres du Grec uaxas vocare, parce que les cloches servent à appeller le peuple; d'autres de gochlea, à cause de la figure des cloches; d'autres du Latin glocire. Tout cela est absurde. Ainsi il faut s'en tenir à l'origine Teutonique. Cloche se dit en Langue Cambrique, ou du pays de Galle, clo. b; en Anglo-Saxon, clugga: on trouve aussi glocca & glogga dans la Basse-Latinité, outre cloca, rapporté par M. Ménage. Et tous ces mots, de même que l'Alleman klocke ou glocke, servent à confirmer cette étymologie Teutonique. Il y a l'ancien verbe Teutonique klocken qui signifie canoper: ce qui convient très-bien à une cloche, soit qu'on la frappe au dedans avec un butrint, ou au dehors avec un marteau. On tient que les cloches ont été inventées à Nole, dont Saint Paulin étoit Evêque, ou que du moins c'est lui qui en a introduit l'usage dans le Service Divin: ce qui les a fait appeller en Latini nota & campana, parce que Nole est dans la Campanie. On peut néanmoins douter si les cloches n'ont point été appelées campana & nota, non parce qu'elles ont été inventées à Nole, ou dans la Campanie, mais parce qu'on y a trouvé la manière de les suspendre & de les balancer comme on fait. On appelle en certains endroits un campanier, un simple mur élevé, dans lequel il y a des espèces de fenêtres où les cloches sont suspendues. Du Latin campana. On le nomme ainsi à la différence du clocher, qui est fait en forme de tour.
CLOCHER. Boiter. On tient que nous l'avons formé de claudicare, par le retranchement de la syllabe di. Toutefois on peutroit dire que nous l'avons formé de cloppus, qui signifie boiteux. Les Glofes: Cloppus, xoxas. Voyez ci-dessous Clop. Caseneuve.
CLOCHER. De claudicare. M.
CLODION. Nom d'un Roi des François. Ce nom se trouve écrit fort diversement chez les Auteurs. Sidonius Apollinaris, dans le Panégyrique de Majorien, dit Clop, en parlant du même Roi. C'est une prononciation Gothique. Les Goths changeoient le D en J. Grégoire de Tours dit Clogio. J & G sont des lettres du même organe. Clodio, ou clojo, ou clogio, est la même chose que luto, hioro, cloto, ou chloro, & signifie en Langue Teutonique, illustre, celer. Les Allemans disent laut dans la même signification; & cette signification, qui est métaphorique, vient de la propre, qui est sonorus. Au lieu de laut pour sonorus, les Flamans disent lutil, les Anglois laud. En Anglo Saxon c'est hluh; en Franc & Alemannique; c'est hluh, hluh, lut, & lint. Tantôt on a mis une lettre gutturale, tantôt on l'a retranchée. Les Grecs disent xuric dans le même sens. Tous ces mots Teutoniques ne viendroient-ils point du mot Grec? Les noms de Clovis & de Louis, qui tous deux signifient illustre guerrier, viennent en partie de la même source que Clodion. Voyez ci-dessous Clovis & Louis. Voyez aussi Wachter dans son Glofarium Germanicum, au mot loue.
CLODOMIR. Nom d'un fils de Clovis. Ce nom, selon Wachter, signifie illustre Prince. La première partie a la même signification que Clodion. Voyez l'article précédent. La seconde vient de mar, ou mer, ou mir, qui veut dire Prince, Maître, Commandant, Homme d'une haute Dignité. Mar en Chaldéen & en Syriaque, mir en Persais, signifie-t pareillement commun. Wachter dans son Glofarium Germanicum, au mot mar, après avoir expliqué le nom de Chlodomir, qui est la même chose que Clodomir, ajoute immédiatement ensuite: Ad hunc significatum referri solet vetus convicium ballomer, quod in Condibaldum encendam & Gracia projettum, & filium Regis Chlorarii se mentinem, jaltavit Rex Gumbramnus. Quod, Interprete Godalfo, in notis ad Gregorium Turinensem, lib vii. cap 14. est pseudo-princeps; quem sequuntur Cangius, Sckiterus, ali, sed iacanti. Nam bal, veteri Francorum Lingua, non falsus, sed malus, dicitur. Vide vocem in loco, & parabit. Grotus in voce Walapauz scribit. Waal peregrinus, & inde pro falsus, ut in Annalibus Francisc Walamer fallus Princeps. Hac ille. Mibi mibi horum credite videtur. Cur enim Principem appellaret Rex Burgundia, quem imposterem erdebat? Hinc suspiro cum non nova, sed receptio voce sum efe, qualis est Cambrica gwillmet pirata, qua componitur ex gwill erro, tenebrio, & mer mare. Quam facilis vox Celitea in ore Burgundico efferatur ballomer, nemo non videt. De voce Celitea vide plura in wild erro. CLOISON d'Angers & de Saumur. C'est un subside qui se paye en Anjou par les Marchands fréquentant la riviere de Loire: ainsi appelle, du pretexte dont se servit Louis II. Duc d'Anjou, pour en faire la demande: qui fut, qu'il avoit besoin d'argent pour faire les cloisons des Villes d'Angers & de Saumur. M. CLOITRE de Moines. Lat. peristylum. De claustrum. M.
CLOP. Boiteux. Le Roman de Guillaume au court nez, au couronnement Loys: A clops chevaux, & destriers desserrés, A garnemens desroux & depanés. Le Traité des Vertus & Vices: Quand tu faires grand manger, appelle les pauvres, & les jubiles, & les aveugles, & les clops. Jean de Meun, Auteur du Roman de la Rose, fut surnommé Clopine, parce qu'il étoit boiteux. Caseneuve.
CLOPPER. De cloppare, fait de cloppus, qui signifie boiteux, & d'où nos Anciens avoient fait cloppe, mot de la même signification. Cloppus se trouve dans les Glofes de Philoxène. Cloppus, xoxas. Et ce mot Latin a été fait de xoxas, & non pas de claudipe. De cloppus nous avons fait CLOP. Dans l'Histoire de Berry, il est fait mention d'André de Chauvigny, surnommé le Clop; c'est-à-dire, le boiteux: claudus, lequel épousa Denise, héritière de la Maison des Seigneurs de Deols & de Château-Raoul: Et de cloppinus, diminutif de cloppus, on a fait CLOPINE: & de cloppinellus, diminutif de cloppinus, on a fait CLOPINE: qui est un ancien mot qui signifie boiteux; & qui étoit le surnom du Poète Jean de Meun. De clopper on a fait celope; mot, qui est encore en usage. Les Épagnols disent coxo & coxquear, de coxus, qui dans les Glofes est interprété xoxas; dans lesquelles coxicar est aussi interprété xoxas. Le P. Labbe dérive clopper de claudicare: en quoi il se trompe. M.
CLOPPER, vient de l'Alleman klopfen, qui signifie frapper : ce qui convient à un boiteux, lequel dans sa démarche frappe la terre du pied dont il boite. Le Duchat.
CLOQUEMAN. C'est le fonneur de cloches : du mot de cloche, & de celui de man, qui est un mot Alleman qui signifie homme. Jean le Maire, dans ses illustrations, appelle clocheman, le mouton qui artroue le troupeau, allant devant, & branlant la cloche qu'il porte penche au cou. Moutons clochemans, ou sonnatiers, revêtus de toifons bonfues. M.
CLOSCU. Nos paysans d'Anjou appellent closcu le poulet qui est le dernier éclos de la coulée : l'oral dont il est éclos fermant le cul de la poule. A Paris, on l'appelle par corruption du mot de cule, le culot : qui est, comme on y appelle aussi le dernier enfant d'une femme. Et en Baffé-Normandie, on appelle ce dernier des enfants d'une femme, Tireber, c'est-à-dire, Tireports. Mec, parmi les Bas-Normandis, signifie une porte coupée. Au lieu de Closcu, dit pour Closcul, nos Anciens disoient Qulocul. Du Tillet, au chapitre de Philippe de Valois : La quatrième, Madame Blanche de France, Religieuse à Louchamp, y mourut le 26. Avril 1558. Est écrit sur son tombeau, qu'elle étoit fille Qulocul desdits Rois & Reine : parce qu'après elle, ils n'eurent enfans. ¶ Au lieu de Closcu, on a dit aussi Closcuan. Belon, livre 1. de son Histoire des Oiseaux, chapitre 17. Encore dure une opinion entre les paysans de notre tems, conforme à celle du tems d'Aristote, que les oyeaux qui font beaucoup de petits, ne nourrissent le dernier éclos. Et de nom François, l'ont voulu appeler le Closcuau. ¶ Au Maine, on dit Elocu, pour Closcu. M.
CLOT. Nous appellons ainsi, dans l'Anjou, un trou. Dans le Languedoc, clet, c'est une foie pour enfevelir un mort. De crypta, qu'ou, qu'ou, crypta, cruta, gruta : d'où le François GROTE. Cruptum, crutum, cruto, cluto, clot : d'où le verbe CLOTIA. Se clotir, s'est se cacher. Ce mot se dit des animaux qui se cachent dans leurs tanières. De cruptum, cruptum, cruxum, cruxum, crofium : d'où le François CRUIZ. Les Gafons appellent clet, une caverne où l'on met du bled. De crofium, crofierum : d'où le François CRUIZ. Ces tretoriques sont de M. Guyet. Voyez creux & creufet. M.
CLOTAIRE. Nom d'un Roi de France. Ce nom vient du mot Celtique Lauter, qui signifie clair, brillant, éclatant, & métaphoriquement illustrée. Les Anglo-Saxons disoient blatter, & blatter. Les Habitans du Pays de Galle en Angleterre, qui ont conservé la Langue Celtique, disent lacher; les Suédois fins. Clotaire est la même chofe que Lothaire, Lather, Luder, & Lather; & tous ces noms signifient illustrée. Voyez Wachter dans son Glossarium Germanicum, au mot Lauter.
CLOTILDE. Reine de France, & femme de Clovis. Son nom signifie gratia & fidelitate celebris. Il est composé de laut ou blato, qui veut dire illustrée, & de byld ou luld, qui signifie grace, faveur, affection, fidélité. Les Anglo-Saxons disoient byld, bylde, bylde; les Francs luldi. Pour ce qui est de laut ou blato, d'où vient la première partie du nom de Clotilde, voyez cl-devant Clodion. On a ajouté un C au commencement, de même que dans Clodion, Clodomir, Clotaire, & dans plusieurs autres; & on a été l'aspiration de byld. Les additions & les retranchemens de ces sortes de lettres sont fort ordinaires dans les noms Teutoniques, & ne doivent pas les faire méconnoître, ni faire prendre pour différens noms ce qui n'est au fond que le même. De laut ou blato, vient aussi la première partie du nom de Clodefvinge, & de celui de Clotfvinge, qui tous deux signifient illustris puella. Svein en Langue l'landolise signifie puer; & de la l'interprétation de suenta, ou furinda, ou fniota, par puella. Clodefvinge étoit l'ouet du Roi Childdebert. Il en est parlé dans Grégoire de Tours. Clotfvinge étoit fille de Clotaire Roi de France, & femme d'Audoin Roi des Lombards. Il en est parlé dans Paul Diacre, liv. 1. chap. 17.
CLOU. De clavus. Les Picards disent encore clam. On écrivait anciennement cloud. Nicot : CLOU. Ancuus t'écrivent cloud : ainsi que l'Italien chiodo. Mais c'est sans raison; car il vient du Latin clavus : & signifie cette cheville de fer à poivre & a telle en chapelet, crampon, ou cruchet, ou maffue, dont on cloue, soit contre bois, plaffre, fer, pierre, ou autre chofe, pour affembler, ou servir de penure. Ainsi on dit clou à deux têtes, à lare, à crochet, à hape, à chantinole, à bandes, à bagnolre, & autres noms spécifiques, qui sont tous ainsi spécifiamment nommés selon les diverses choses auxquelles ils sont appliqués, &c. Et CLOUD, comme l'Italien chiodo; vient de clavidus, diminutif de clavus. M.
CLOUD, ou CLOU, comme on prononce, sans faire sentir le D. Nom propre d'homme. Ce nom s'est formé de Clodoalde, dont on a fait climand, puis cloud. Clodoalde signifie illustrée Commandant. Il vient de deux mots Teutoniques, dont il est composé, savoir de chloro ou blato, qui veut dire illustrée, duquel on a parlé à l'article Clodion; & de wals ou-mals, qui signifie Commandant, Magistrat, Administrateur. Le T de ces deux mots a été changé en D, lettre du même organe, comme il est ordinaire. C'est ainsi que Gowald signifie bon Administrateur, & que Gowald signifie domus relier; de bons maison, en étant l'aspiration. Voyez Wachter dans son Glossarium Germanicum, au mot Wals.
CLOUER. De clavus a été fait le Latin-barbate clavare; d'où nous avons fait clouer. Joannes Jamiensis, dans son Catholicon Cloto, clavas, clavare; id est, clouer, configere. Caseneuve.
CLOUER. De clavare. Voyez clou. M.
CLOVIS. Nom du premier Roi de France Chrétien. Ce nom a été formé du Latin Chiodoveus, qu'il faut examiner en détail. Clodoveus est composé de deux mots Teutoniques : Le premier est chloro, ou blato, ou chlud, ou blud, ou lut, ou laut, qui tous sont la même chofe, & signifient illustrée, célèbre. Comme nous avons parlé affez au long de ce mot à l'article Clodion, nous y renvoyons le Lecteur. Le second mot dont est composé le nom Clodoveus est wig, qui signifie courageux, vaillant, belliqueux, guerries, héros, & qui étoit chez les anciens Germains le nom du Dieu Mars. Ainsi Chiodoveus signifie illustrée guerrier. Au lieu de chloro on a dit chlodo; & au lieu de wig, ou vigus, comme dans Merovigus, nom qui signifie pareillement illustrée guerrier, on a dit veus par élision. Il est remarquable que Chiodoveus, est la même chofe que Ludoveus, d'où le François Louis. La différence qui paraît être entre ces deux noms n'est qu'atcidentelle. Ludo n'est autre chofe que chlodo, dont on a retranché l'aspiration; 392 CLO.CLU.COA.COB.COC. & vicus dans Ludovicus, n'est autre chose que virg changé en vic, c'est-à-dire, en lettres du même organe. L'Histoire nous apprend d'ailleurs que ces deux noms ne sont véritablement que le même. Louis le Débonnaire dit dans Flodoard, Histoire de Reims, liv. 1. qu'il porte le même nom que Clovis. S. Remi, dans son Testament donne à Clovis le nom de Louis, Roî très-Christien. D'un autre côté Clovis s'est appelé lui-même Chlotevechus : ce qui approche encore davantage de Ludovicus que Chlodoveus. Voyez Wachter dans son Glossarium Germanicum, au mot Laut, & au mot Wig. CLOUS DE GIROFLE. Ce sont les fleurs de l'arbre appelé girofe, endurcies, & devenues noires par l'ardeur du Soleil : ainsi appelées, de leur ressemblance à des clous. M. de Saumaise, dans ses Homonymes des Plantes, chapitre 95. Καρφύλλειν αυτεω Plini, gramis piperis simile, sed majus, non petr. cse caryophyllum nostrum. Paulus autem Ægineta tale describit, quale est nostrum : καρφύλλειν υ πρε τύτρωα εφί τύτ βοίω τζω, ἀν' ἐκ τύτ βοίω, ἀν' ἀν' τύτ, δίγδω καρφύλλειν. Legendum, καρφύλλειν, flores specie clavorum. Hinc hodieque clavos caryophillorum vocamus, καρφύλλειν sunt clavi. Hesychius : ἄλω, καρφύλλειν. Glofa : clavus, καρφύλλειν. Potest tamen retineri καρφύλλειν. Nam furculis ac festucis non dissimiles sunt hnsisfendi aromatici clavi. Et καρφύλλειν pro clavo dictum, a similitudine τύτ καρφύλλειν, quod est furculus. Non ex re nomen habere καρφύλλειν, dicit Paulus. Sani flos ipse qui hoc nomine notus est, nihil habet quare rseritā sic debnerit à Gracis appellari. Et ce qui fuit. Voyez Garcias ab Horto. Voyez aussi ci-dessous, au mot girofe. M.
CLUNI. Abbaye. Glaber Rodulphe, livre 3. de son Histoire, chapitre 5. dit que cette Abbaye a été ainsi nommée ex situ loci acclivo atque humili : ou plutôt, à cluendo : quoniam cluere crescere dicimus : insigne quippe incrementum diversorum donorum à sui principio obtinuit. Cluni a été fait de Cluniacum. Et Cluniacum, de Clunius, nom propre : Comme qui diroit, la maison de Clunius. M.
COAGIERS. Ce sont les Commissionnaires aux Echelles de Levant, sous les Consuls des Nations. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M.
COBIR. Voyez cobir. M. Rabelais s'est servi de ce mot en la signification de meurtrir de coups, au livre 4. chapitre 13. De mode, dit-il, qu'elle lui cobit toute la tête, si que la cervelle en tomba près la croix ofanniere. Et en ce sens cobir vient de coup, fait de colpus, venant de l'Alleman klopfen frapper. Le Duchat.
COC. Plusieurs croient que c'est un ancien mot Gaulois, à cause de ce qui est dit d'Antonius Primus dans Suétone, en la Vie de Vitellius, chapitre dernier : Cui Tolosa nato, cognomen in pueritis Becco lucrat. M. valet gallinacei nostrum. Et il y a quelque apparence que dans cet endroit de Suétone, il faut lire beccoc, c'est-à-dire, un bec de coc. Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que dans le Glossarium Latino-Germanicum, gallus est interprété par cock, & gallina par henné. Et dans la Loi Salique, titre 7. article 6. au lieu de Si quis gallum aut gallinam sureverit, il y a dans quelques exemplaires, Si quis coccum, &c. Mais nonsoftant toutes ces autorités, M. Guyet croit que coc a été fait de cloccus, & que cloccus a été fait de cloctare; & qu'on a dit coc de coccus, comme foc de fulcus. Je ne suis pas de son avis; cloctare se disant de la poule, & non pas du coc. ¶ Il me reste à remarquer, que Théodore de Beze, à la page 33. de son Traité de la véritable prononciation de la Langue Françoise, écrit coq; & qu'il dit que c'est le seul mot de la Langue Françoise qui se termine en Q. M. Coc. Le mot François coc ou coq, de même que l'Anglois cock, viennent du Saxon coc, gallus. Le Duchat. Coc. Herbe odoriférante. Par corruption de coft, coftum. Huet. Coc. Terme de Marine. C'est le Cuisinier du vaiffeau. De coqus. M.
COC-A-L'ASNE. Nos Vieux Poètes François ont ainsi appelé certaine espèce de Satyre non suivie. Joachim du Bellay, au chapitre 4. du livre 1. de son Illustration de la Langue Françoise : Autant te dis-je des Satyres que les François, je ne s'ays comment, ont appelées Coc-à-l'âne : esquels je te conseille aussi peu t'exercer, comme je te veux être atténé de mal dire; si tu ne voulois, à l'exemple des Anciens, en vers héroïques, c'est-à-dire de dix à onze, & non-soulement de huit à neuf, sous le nom de Satyre, & non de cette inepte application de Coc-à-l'âne, t'asser modestement les vices de ton tems, & pardonner aux noms des personnes vicieuses. L'Auteur du Quintil Censeur contre Joachim du Bellay, qui est Charles Fontaine, Poète Parisien, comme je l'ai appris de M. Colletet en la Vie de ce Charles Fontaine : Coqs-à-l'âne sont bien nommés par leur bon parrain Maroc, qui nomma le premier, non Coq-à-l'âne, mais Epître du Coq-à-l'âne : le nom pris sur le commun Proverbe François, Sauter du Coq à l'âne; & le Proverbe sur les Apologues. Jacques le Pelletier du Mans, au chapitre de son second livre de l'Art Poétique, où il traite de l'Epître, de l'Élégie, & de la Satyre : Il n'est point ici besoin d'adverrir ceux qui écrivent des Satyres, qu'ils n'ayent point à usurper ce nom de Coq-à-l'âne; car c'est chercher trop loin son titre chez le populaire : & encore moins de l'Âne au Coq, ny du Coq à la Geline : titres ridicules, & ineptes; desquels se sont joués, tout un tems, ne s'ays quels Rimeurs, qui ont fait courir leurs mocqueries, à l'initiation, ce leur semble, de Clément Maroc; pensant qu'il en fait un Coq, écrivant à un Asne : mais c'est que son Epître sautois du Coq en l'Âne; ainsi que mesme il dis en la première qu'il fit; c'est-à-dire, de propos en autre : Proverbe tiré du mauvais Contour, qui en parlant de son Coq, tout soudain s'advisait de son Asne. ¶ Voyez mes Origines Italiennes au mot frottola. ¶ Il est à remarquer, qu'il faut dire au plurier des Coc-à-l'âne, & non pas des Coc-à-l'âne. M.
COCAGNE. Voyez coucagne.
COCAGNE. M. Ménage ne s'est point souvenu de donner un article du mot coucagne, où il renvoye pour l'explication de cocagne. Nous y supplerons en quelque façon, en rapportant ce que l'Auteur l'Auteur des Remarques sur Bolleau, tome 1. pop. 77. édition d'Amsterdam 1721. dit sur ce vers du Poëre : Paris est pour un riche un pays de cocagne. Pays imaginaire, dit-il, où les habitans vivent dans une heureuse abondance, sans rien faire. On est incarnée sur l'origine de ce nom. Furetière dit que dans le haut Languedoc on appelle cocagne un petit pain de pastel ; & que comme le pastel est une herbe qui ne croit que dans des terres extrêmement fertiles, on a nommé ce pays là un pays de cocagne. En Italie, sur la route de Rome à Lorrette, il y a, dit-on, une petite contrée qu'on nomme Cocagna, dont la situation est très-agrégale, & le terroir très-fertile ; mais surtout les denrées y sont excellentes & à bon marché. Ne seroit-ce point le pays de Cocagne ? M. de la Monnoye, de l'Académie Françoise, qui a pris la peine de revoir ces Remarques, est persuadé que cette façon de parler vient du fameux Merlin Cocale, qui, tout au commencement de sa première Macaronée, après avoir invoqué Togna, Pedrela, Mafeline, & autres Muses burlesques, décrit les montagnes où elles habitent comme un séjour de sauses, de potages, de brouets, de ragouts, de restaurants ; où l'on voit couler des fleuves de vin, & des ruisseaux de lait. Il y a bien de l'apparence qu'un tel pays a tiré son nom de celui de son Inventeur ; & que de Cocale on en aura fait Cocagna. Cette façon de parler n'est pas ancienne dans notre Langue : on ne la trouve ni dans Rabelais, ni dans Marot, ni même dans Regnier. Elle s'est établie un peu tard en France, parce que Merlin Cocale, dont le jargon n'est pas fort aisé à entendre, y a trouvé peu de Lecteurs, & que la Traduction qu'on en a faite en Profe Françoise, n'a été imprimée qu'en 1606. Enfin le Savant M. Huet, ancien Evêque d'Avranches, a bien voulu enrichir cette Remarque de ses conjectures. Il croit que cocagne vient de gogaille : pays de gogaille, & par corruption pays de cocagne. Selon lui, gogaille vient de gogue, qui est une espece de saupique, ou de farce. Quoi qu'il en soit, cette diversité d'opinions sur le mot de cocagne, sert du moins à faire voir qu'on n'en fait pas la véritable origine.
COCANTIN. On appelle ainsi dans le Maine ce que nous appellons à Paris volant, & grueche en Anjou. Rabelais a fait mention de ce jeu dans son chapitre des Jeux de Gargantua. Et je crois qu'on l'appelle de la sorte, parce qu'on faisoit ces volants des plumes de coc. Voyes grueche. M.
COCATRIS. Trippault, au mot coquart, dit que cocatris signifie un basilic, parce qu'on croit que le basilic naît de l'œuf d'un coq. Il y a une rue à Paris appelée la Rue Cocatris : laquelle apparemment aura été appelée de la sorte, parce qu'il y avoit en cette rue une maison où pendoit pour enseigne un basilic : de la même façon que la Rue Calandre a été ainsi appelée à cause d'une calandre qui pendoit pour enseigne à un logis de cette rue-là. M. COCHE : pour espece de carrosie. Les Italiens disent cocchio, & les Espagnols coche. Le Borghiai, dans son Discours de l'origine de Florence, dit que ce mot cocchio est Ultramontain, c'est-à-dire, François. Nicot veut au contraire que le François coche ait été fait de l'Italien cocchio. Il ajoute, que les Italiens ont pris ce mot des Nations Septentrionales ; & que c'est un mot Hongrois, si- gnissant autant que chaniere. Et j'ai suivi cette opinion dans la première édition de ces Origines. Nicolas Berger, dans son excellent livre des Grands Chemins, dit la même chose. C'est au chapitre 10. du livre IV. Il y avoit encore, dit-il, une autre sorte de Chariots, fort fréquenté en l'usage des Poëres, qu'ils appellent carpentum : que quelques-uns pensent être de plus ancien usage & invention que rhoda. J'estime néanmoins qu'entre l'un & l'autre il n'y avoit pas grande différence, attendu qu'ils estoient reigles par mesmes Loix. Car il estoit défendu de porter plus de mille livres aussi bien en l'un qu'en l'autre : comme on voit par ces mots de Valentinian & Valens, en la Ley 1. au Code Thioidofem de Cursu publico : Perspicue tanxeramus, ut in carpentis rhedarum mensuram subditam nullus excederet. Et avoient encore cela de commun, qu'il estoit défendu de charger & conduire en l'un & l'autre plus de trois personnes ensemble. Ne ampliis in singulis quibusque carpentis, quam bini ; ad summum, quam terni, inveherentur. An rofe, j'estime que ces chariots signifes, per vehicula, rhodas, & carpenta, avoient beaucoup de rapport à ceux que nous appellent aujourd'hui des Coches, d'un mot emprunté de Hongrie, d'où nous en vient la première invention. J'ajoute à la remarque de Berger, que les Hongrois disent Koccy. J'ai dit dans mes Origines de la Langue Italienne, que je tenois le mot Italien cocchio d'origine Latine, & que je crovois qu'il venoit de vehiculum, en cette manière : Vehiculum, vehiculicum, culicum, cucum, cuculum, coculum, cocchio : Et que de culicum, culica, cuca, coca, on avoit aussi fait l'Italien cogra, pour naviglio. Nous disons de même Coche d'eau. M. Ferrari, dans ses Origines de la Langue Italienne, a refuté mon opinion en ces termes : Menagius, in Originibus Gallicis, puat esse vocem Hungaricum Koccy. Earum enim inventum esse. Sed in Italicis, Gallicum censet : à vehiculum : quod longibus petitum est. A cubando dictum videtur. Cubile, cubitum, cocchio : Germanico cutich. Qualia carpenta oblonga, in quibus, veterum letticarum more, porrecto corpore jacere, & cubare possunt. Nam Galli cocchie cubare, & cocchie cubile, &c. Itali, cocchetta, leti plicatilis itinerari genus. Covarruvias de Hispanico coche idem sentis : addisque quibusdam videri coche, quasi curroche : carrozza. Sed hoc, ut dictum est, à carruca. Cerda adversarium cxxv. 12. à cilio, vol à concha : ineptè. M.
COCHE. Comme toutes les étymologies qu'on vient de voir dans cet article, soit du François coche, soit de l'Italien cocchio, ne sont rien moins que naturelles & satisfaisantes, j'aime mieux dériver ce mot de l'Alleman kpsche, qui signifie un chariot couvert. C'est aussi le sentiment de Wachter, dans son Gloss. Germ. au mot kpsche, où il s'explique de la manière suivante. KUTSCH, species carpenti. Gallicè & Hispanico coche, Italicè cocchio, Hungaricè Koccy. Menagius, in originibus Gallicis, puat esse nomen & inventum Hungaricum. Sed in Italicis Gallicum censet, à Latino vehiculum (incredibili mutarieme) formatum ; quod, judice Ferrario, longibus petitum. Ipsi à cocchie, hoc est à cubando dictum videtur, quasi letica in qua more veterum, porrecto corpore jacemus & cubamus. Belgis sans koets lettum & carpentum significat. Verum cum hic nos à temporibus nostris alienus sit, & carpenta nostra non sum cubilia, nec letica, voc aliumde derivanda est, ut simul listera D d d y, in medio Dictionis Germanica, ratio habeatur. Referam igitur ad familiam verbi obsoleti kutten tegere. Quid enim est kutiche, nisi vehiculum ca- merarum? De modo derivandi se & sche vide PRO- LEGOMINA. COCHE: pour truie. Voyez cochon. M. COCHE: pour l'entailure qu'on fait à l'arbre d'une arbalestre, ou semblable. Lat. creia. De l'1- talien cocca, qui signifie la même chose. L'italien cocca peut avoir été fait de cavum. Cavum cavi, cavicum, cavica, canca, coca, cocca. Du sub- tantif cocca, on a fait les verbes excoccare, de- cocare. D'excocare, les italiens ont fait s'occare: & les François décocher, de decocare. M.
COCHE'ES. On appelle ainsi en terme de Médecine & de Pharmacie, certaines pilules. L'érymologie de ce mot est fort obscure. Castelli, dans son Dictionnaire de Médecine, le dérive du Grec ciax, un grain, une baie, à cause de la forme des pilules; ou de xix, qui signifie à de- ler le pic, un écoulement abondant d'humeurs; & cela par allusion à l'effet de ces pilules, qui purgent très-bien. Mais comme leur formule vient des Arabes, il y a apparence que le nom en vient aussi; à moins que ce mot ne soit une corruption de quelque mot Grec.
COCHENILLE. Graine dont on se sert pour teindre l'écarlate. De l'Espagnol cochinilla, fait de coccus, ou de coccum, c'est-à-dire, graine d'écar- late. Coccus a été fait du Grec ciax, qui signifie la même chose. M. de Saumalée, dans ses Homo- nymes des Plantes, chapitre 70. page 95. Grénâ autem. similiter ex America adseruntur tingendis sericeis colore kermesino, qua cimicum, quibus demptum caput est, referunt figuram. Et in arbore reperiri aint, haud absimili sicus. Indicæ nuncupa- ta, pari modo atque in cocco baphica circa foliorum aut ramorum exordia inbaremia. Cochinillam no- minant nostri vulgo. M. de Saumalée sur Solin, page 271. a écrit que les Latins appelloient cette graine cochylium: ce qui a fait croire à Morison dans la quatrième Lettre de la première Centurie de ses Lettres, que notre mot cocheline avait été fait de cochy- lium. Mais il est certain qu'il a été fait de coccus. Antonio de Solis, dans la Relation de la Conquête du Mexique, traduite par M. de la Guette: Enfin une des plus grandes richesses est encore aujourd'hui la cocheline. Je crois qu'elle a tiré son nom de cette graine appelée par les Latins coccus; & qui a donné parmi nous son nom à l'écarlate. Cependant en ce paye-là c'est un infâche comme un petit ver, qui naît & se nourris sur les feuilles d'un arbre sauvage & épineux, qu'ils appelloient cuna sauvage. La tein- ture de ces petits vers ne cède en rien à celle que les Anciens tiraient du sang de leur murex, on pourpre, si célèbre entre les précieuses couleurs sur les man- teaux de leurs Emperours. Voyez l'Auteur de la Bi- biothérapie Universelle, an. 1688. p. 163. M.
COCHEVIS. Oiseau. Espèce d'alouette. Belon v. 22. Le cochevis est ainsi nommé à notre mode, pourre qu'il a quelques choses qui tiennent du coq. C'est à s'avoir, cette crête de plumes qu'il vient dresses sur la tête à la manière d'un pzon. Il est ainsi nommé de coc & de vis, qui signifie visage. Cochevis, c'est visage de coc: à cause qu'il a une crête comme un coc. Les Grecs, à cause de cette crête, l'ont appellé xipodahie, & les Latins, casta & paleris. M.
COCHON. De cutio, qui se trouve dans Marcellus Empiricus, en la signification de elusilis porca, c'est-à-dire, de clansporte. Voyez clans- porte. Dans mes Origines italiennes, au mot ciac- co, qui signifie un porc, j'ai traité amplement de l'origine de ce mot cochon: & voici comme j'en ai parlé: Che dérivé ciacco da cicax, in myria gui- sa, non credo che se n'abbia da dubitare: cicax, cicax, cicax, syacus, ciacus, ciaco, ciacco: siccome da fucicax, fucicax, bombacus, bacus, BACU. xicax, vale qui porcinis moribus est. Esi- chio: cicax, eudo. Da ciacco, ciaccone, il suo acrescitivo: onde ciaccone, nome di familia. Item: CIACCHIERINO, il suo diminutivo. Con la giunta della N, cioncarino lo divino gli Aretini: e cioncolo, i Cortonesi. Vedi cioncare. Item: da ciacus, cia- cucius, cucius, cucio, cucionis: e cocis cochonis, onde il Francese cochon, siccome cocne, da co- cia. Une grosse coche, che, una grossa porca: e non da cubare, come se lo da ad intendere il Signor Ferrari. Trovarsi cucio appresso Marcello Empirico al capo 9. e 15. per porceletto, o vogliam dir cen- togamba. Vedi nell'Origini Francesi alla voce clans- porte. Item: da cicax, cicax, sybacus, bacus, baco, baconis, BACONE: onde il Francese e l'in- glese bacon, per lardo. Item: de te, te, alla La- conica, ipae, ipane, ipane, ipane, wipane, PORCUS. Trovarsi ipae e wipane: wipane in Licoyone nell' Alessandra: cimun wipane ippane verpannake: e ipae nello Scolafte di Nicandro sopra gli Alessar- maci, a carte 57. TPAKAZ. Toue pune, nara Alve- nie. Aiyray 28 7x i xipane, i ipae. Ipane 3 puu vie pune cimune, i ipe wipane xipane vip ipe qu. M.
COCU. Spelman, dans son Glossaire, au mot arga, le dérive de cucurbita. Arga, qui uxoris adul- torio infamis est, prolemque alienam pro sua educat. Curruca, iners, inutilis, cessator. Longob. lib. 1. tit. 5. lege 1. Si quis altum Argam per furorem clama- verit, & negare non potuerit; & dixerit, quod per furorem dixisset, tunc juratus dicat quod eum Argam non cognovisset; & postea componat pro ipso injurlofo verbo xii. S. dei Boberius: ARGAM, id est cucurbitam, quæ est nonem verbale fecun- dum Gloss. &c. Papias item: ARGA, cucurbita. Nos Glossam sequimur, qua cucurbitam docet esse verbale. Procul dubio igitur à verbo cucurbitare, quod est, uxorem alicui consuperre, maritemque cu- curbitam reddere, hoc est, currucam: angelica à coucoud: quod plani fallum videtur ab ipso voca- bulo cucurbita: nam hoc Golli coucourd vocant: & Angli tantum R in L mutam, qua sape invicem confunduntur. Lib. Feud. Barat. tit. 8. Si fidelis cucurbitaverit Dominum, id est, cum uxore ejus cucurbitaverit, vel concumbere se exercuerit, aut cum ea turpiter luserit, vel si cum filia, vel nepte ex filia, aut cum nupta filio, aut cum sorore Do- mini, in domo ipsus Domini manenti, concu- buerit, jure Feudum amiterte censetur. Bene au- tem conveniunt arga, & cucurbita: Nam utrum- que vocabulum stupidum & ignavum designat. Hoc sciticet, quod homo eipfundi caput habere cucurbiti- num in preverbio dicitur: Anglice a block head. Quod quod arg. Saxonico, seu prisco Langobardarum alienate cessatorem & socordem noat: a Cruce ip- 7ix. &c. Les autres croyent avec plus d'apparence que l'Anglois coucou, & le François coucou (car c'est ainsi que ces mots doivent être écrits), vien- nent de cuculus, soit par décision, à cause que le Coucou pond dans le nid d'un autre oiseau, soit qu'on ait cru au contraire que d'autres oiseaux al- loient pondre dans son néo. Acron, sur la Satire 7. du premier livre des Sèvres d'Horace : Cocu- lus, avis, hoc vitio naturali laborat, ut ova ubi po- suris obita, sapè aliena calefacat : unde rustici si- bi obiectum, quasi alieni canum sustinentes. Anti- gonus Carystius chap. 10. des choses merveilleu- ses : 1er, 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 11e, 12e, 13e, 14e, 15e, 16e, 17e, 18e, 19e, 20e, 21e, 22e, 23e, 24e, 25e, 26e, 27e, 28e, 29e, 30e, 31e, 32e, 33e, 34e, 35e, 36e, 37e, 38e, 39e, 40e, 41e, 42e, 43e, 44e, 45e, 46e, 47e, 48e, 49e, 50e, 51e, 52e, 53e, 54e, 55e, 56e, 57e, 58e, 59e, 60e, 61e, 62e, 63e, 64e, 65e, 66e, 67e, 68e, 69e, 70e, 71e, 72e, 73e, 74e, 75e, 76e, 77e, 78e, 79e, 80e, 81e, 82e, 83e, 84e, 85e, 86e, 87e, 88e, 89e, 90e, 91e, 92e, 93e, 94e, 95e, 96e, 97e, 98e, 99e, 100 Tu tibi nunc, curruca, places, fletumque la- bellis Exerbes. Voyez le Cocu de Passerat, & le Dialogue du nouveau langage François Italianisé de Henri Erienne, page 91. & suivantes. Scaliger, dans son premier Scaligérana, improuve cette étymologie. Voici les termes : Cocu, non ut folio numuli pu- tant, a familitudine cuculi animalis, sed potius à ludicro illo & irrisorio vocabulo coucou, quo qui- dam ob stupiditatem irridentur : vel ob aliquid quod gestare se non putant; ut puta, cornea, candam vulpis, & eijmodi. Unde sapè in Italia est cum quibus ricuntur, commueliere, vel coucu, vel cou- cou appellant. ¶ M. de Mézeray croyait que le mot de cocu en cette signification injurieuse avoit été dit par corruption, au lieu de celui de coup, qui signifioit la même chose. Ce qui paroit, di- soit-il, par un Manuscrit de la Bibliothèque du Roi, écrit sous le règne de Charles VI. où il est fait mention d'une femme qui se mêlant de dire la bonne aventure, mettoit de la division entre les maris & les femmes, leur disant : Ta femme t'a fait coup : tan mari t'a fait coup. Et par le mot de coupeaux, qui se prend encore en quelques provinces pour cornard. ¶ Nos anciens appelloient ces sortes de personnes Cos, & Cons. Philippes de Beaumanoit : Il advint un temps le bon Roi Phili- ppes, que un dist. à un autre par malvalent : Vons de Cos, & de moy même. Et cil à qui telle vi- lenie fut dite, quay tantest en si grand ire, qu'il fac- ca un contel, & occist celi qui le fait. Et dist. qu'il l'avoit occis comme son ennemy qu'il le reponit qu'il lui avoit fait si grand bonte : & bien en requiroit droit. Et lors, il fut délivré par Jugement par le bon Roi Philippes, & par son Conseil. Et comme tel cas ne soit pas puis avenu que nous sachions, nous créons que s'il avenu que cil qui louvroit, en tel cas ne per- droit m'cors ni avoir. Le Roman de la Rose : Suis-je mis à la Confrairie Saint Armuel, le Seigneur des Cens ? Le Dictionnaire Latin-François publié par le P. Labbe : Nimitavir, Cens. C'est d'un qui se femme fait avonnerie. Ce qui a fait croire à M. du Cange, que notre mot de Coucou, en la signification dont est question, venoit du mot de Cens, répété. Mais d'où vient le mot de Cens ? Il vient de cugus, qui se trouve en la même signification. Les Usages de Barcelonne : Si quis appelavoris aliquem Cugus, proper hammam emendat ad Principem 10. uncis au- ri. Les Usages de Maiorque, de 1248. Si quis di- xeris alicui Cugus, vel Renegat, & statim ibi al- quod dammam acceperis, non teneatur respondere ali- cui domine, vel ejus locum tenenti. Et cugus est la même que cullus : comme il paroit par les mots de cucufus, de cucucia, & de cucuriatue, qui se trou- vent en la signification de crime d'adultere du côté
COC. COD. COE. 39 de la femme. Voyez le Glossaire de M. du Cange. Voyez aussi M. Baluze dans son Appendice des Capitulaires, où il fait mention d'un Contrat de marriage tiré des Archives de Barcelone, où un mari renonce à répudier jamais sa femme, où proper cucuriam, quam ipsa mihi facias, & ipsa cucuria mihi sit probata, à me legaliter, & mani- festis curvinta, & non sit falta per meum affensum, nec per meum consilium, nec per meum stabilimentum. Et cucu a été dit de l'alleau concou. Suidas : 1er. 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 11e, 12e, 13e, 14e, 15e, 16e, 17e, 18e, 19e, 20e, 21e, 22e, 23e, 24e, 25e, 26e, 27e, 28e, 29e, 30e, 31e, 32e, 33e, 34e, 35e, 36e, 37e, 38e, 39e, 40e, 41e, 42e, 43e, 44e, 45e, 46e, 47e, 48e, 49e, 50e, 51e, 52e, 53e, 54e, 55e, 56e, 57e, 58e, 59e, 60e, 61e, 62e, 63e, 64e, 65e, 66e, 67e, 68e, 69e, 70e, 71e, 72e, 73e, 74e, 75e, 76e, 77e, 78e, 79e, 80e, 81e, 82e, 83e, 84e, 85e, 86e, 87e, 88e, 89e, 90e, 91e, 92e, 93e, 94e, 95e, 96e, 97e, 98e, 99e, 100
COCYTE. Nom d'un fleuve. Il y en a plu- sieurs de ce nom. Les Poètes font du Cocyte l'un des quatre fleuves de l'enfer. Ce mot est Grec, & vient de nanin se pleure, parce que les Poètes disent que les eaux de ce fleuve sont les pleurs que verent les ames qui sont dans les enfers. Au livre de Job. xxi. 11. il est fait mention du Cocyte dans le texte de la Vulgate. C'est lorsque Job parlant de la mort & du sépulcre de l'impie, dit : Dulcis fait glareis Cocyti. Les Septante portent : 1er. 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 7e, 8e, 9e, 10e, 11e, 12e, 13e, 14e, 15e, 16e, 17e, 18e, 19e, 20e, 21e, 22e, 23e, 24e, 25e, 26e, 27e, 28e, 29e, 30e, 31e, 32e, 33e, 34e, 35e, 36e, 37e, 38e, 39e, 40e, 41e, 42e, 43e, 44e, 45e, 46e, 47e, 48e, 49e, 50e, 51e, 52e, 53e, 54e, 55e, 56e, 57e, 58e, 59e, 60e, 61e, 62e, 63e, 64e, 65e, 66e, 67e, 68e, 69e, 70e, 71e, 72e, 73e, 74e, 75e, 76e, 77e, 78e, 79e, 80e, 81e, 82e, 83e, 84e, 85e, 86e, 87e, 88e, 89e, 90e, 91e, 92e, 93e, 94e, 95e, 96e, 97e, 98e, 99e, 100
CODILLE. Terme du jeu de l'Homme, & par conséquent Espagnol d'origine. C'est quand l'Homme fait moins de mains qu'un des deux joueurs. En Espagne, celui que gagne frape alors des coudes sur la table par manière de raillerie : & de la codille. Gagner codille, c'est gagner au lieu de l'Homme sans faire jouer. Les Espagnols ap- pellent cela ganar de codilles, c'est-à-dire, gagner à son aise & les coulées franches, comme l'on dit : Le Duchat.
COEFFE. De l'Ebreu non chapba, couvrir, Elias Levita, dans son Thibbi, dit que les Juifs appellent non une robe dont on couvre la tête de l'époux & de l'épouée, lorsqu'on les marie: Mais R. Selomo Jarchi, sur Job. 18. 8. se sert du mot de cugus pour signifier une coffe : terme qu'il fait venir apparemment du verbe qui signifie ceindre, environner. Hues. Voyez ci-dessus Cap- pe, & ci-dessous Coifes D d d ij 396 COE. COF. COH.
CELÉSYRIE. C'étoit proprement la grande vallée qui est entre le Liban & l'Antilban. Ce nom est composé de suite, qui signifie creuse, & de 2epia Syrie. Ainsi la Celéyrie n'est autre chose que la Syrie creuse, c'est-à-dire la partie de Syrie la plus basse, la plus creuse.
CÔNE. Dans la Langue de Galle cœm, signifie peau, cuir. Huxt. Voyez COUENNE.
COFFIN. Voyez coffre. M.
COFFIR. En plusieurs lieux de France, on dit cobir, au lieu de coffre: & vous le trouverez ainsi écrit dans Rabelais, livre 1. chap. 19. ce qui me fait croire que ce mot de cobir a été fait de cohibire, qu'on aura dit par métaplaïsme, pour cohibere: comme les Italiens disent prohibire pour prohibere. M.
COFFRE. De coffre, Latin-barbare. Les Statuts de Guillaume, Roi d'Ecosse, chap. 19. De spensa & arca robarum, & focalium suorum, & de scrinio, seu coffero suo. Les Anglois disent coffre. Caïeneuve.
COFFRE. De cophinus, qui signifie proprement une espèce de panier où on mettait le pain. S. Matthieu, ch. 24. Et tulterum reliquibus, duodecim cophinus. Et de-là le mot François coffre, pour un petit panier d'oïser, fermé. Cophinus a signifié ensuite un coffre. Le Capitulaire de Villis, attribué à Charlemagne, article 62. Cofinis, id est, scrincis. La Chronique du Bec, en 1467. Seramma, circa Capellam instituit, cum cophinit, ad reponenda ornamenta Capella. Guillaume le Breton, livre x. de sa Philippide: — cophinique reposta seratis, Copia immorum. Les Italiens, de cophinus, on doit coffane en la même signification: par le changement de l'En A: comme en Girolamo, de Hieronymus. Pour le François COFFRE, il a été fait de cophinus, en cette manière: cofinus, cofinus, cofres, COFFRE. Les Anglois disent coffre; qu'ils ont fait du François coffre. M. de Caïeneuve a remarqué que coffre se trouvait dans les Statuts de Guillaume, Roi d'Ecosse, ch. 19. De spensa & arca robarum, & focalium suorum, & de scrinio, seu coffero. Ce mot a été fait de l'Anglois coffre. M.
COFFRE. De l'Ebreu navn, qui signifie la même chose. Il y a apparence qu'on diroit coffre premièrement, & que l'R y a été ajoutée par corruption. Huxt.
COFFRE. Les Allemans disent koffer dans le même sens; les habitans du pays de Galle, coffre. Wachter, dans son Glossar. German, au mot koffer, croit que ces mots, de même que le François coffre, l'Anglois coffre, & le Latin-barbare coffre, viennent tous originairement du verbe Celtique cau, qui signifie fermer, & qui est encore aujourd'hui en usage chez les Cambriens ou Gallois. Je laisse au lecteur à décider quelle est la meilleure de toutes les étymologies qu'on vient de lire du mot coffre.
COMIER. Espèce de chêne. Nicot: C'est l'une des deux espèces de hèsne dans la feuille est plus longue & plus large, & le gland plus court que de l'an- tre espèce, appelée du nom glandé chêne. Les Bucherons ostrumés que c'est la femelle du chêne: quercus femina. Aussi le gland du cobier est plus court & restauré sur sa coque, laquelle est plus mortelle de renfermer que n'est celle du gland du chêne: & a son nom particulier drylle: & n'est si bon pour la païson que le gland du chêne. De le tirer du mot Arabique hullot, en bullot; H prononcé par chez Hibrien; il n'y a pas grand raison. M.
CONUE. Chappin, sur la Coussine d'Anjou, dit que conue est un vieux mot Normand, qui signifie l'Auditoire des Juges des Seigneurs, & que ce mot a été dit à comme illic litigatorum multitudine. Le Père Labbe, dans la seconde partie de ses Etymologies Françaises, page 19. le dérive de coussine. Il vient de convicium. Convicium, convicum, convoca, conoca, coïla, conue: comme HUCHER, de vacare. Voyez hachot. Convicium, c'est une multitude de voix. Ce que j'ai remarqué dans mes Aménités de Droit, chapitre 39. au mot convicium, en ces termes: Ulpiamus, lib. 15. de Injuris: Convicium autem dicitur, vel à constatione, vel à conventu, hoc est, à collatione vocum: cum enim in unum plures voces conferuntur, convicium appellatur, quasi convicium, Langè aliter Nonius. Convicium, inquit, dictum est, quasi à vicis jocum, qui secundum ignobilitatem loci maledicis & dictis turpibus caviliter. Inepta i.v. noxia. Vera est, quam Ulpiamus pofferunt retulit: cujus etiam, ut & Noniana, meminis Festus. Convicium, inquit, à vicis in quibus prius habitatum est, videtur dictum: vel immutari litterè, quasi convicium. Ulpiamus, dicto loco: Fecisse convicium, non tantum is videtur, qui vociferatus est, verum is quoque qui concitavit ad vociferationem alios, vel qui summis ut vociferentur. Ex convicium, convictum; & 1500, convicium. Hoc spectat, quid in Glossis Antiquis, convicium expeditur nevociens. Nec aliter accipiendum, Septem, convicium, novem, convicium, apud Capitolium in Vita Lucii Veri, & apud Ansonium in Ephemeride. Et nemorum convicia picx, apud Ovidium, in Metamorphosi. Et, querula semper convicia rans, apud Columellam, in Poemate de Cultu hortorum. Et, Cantorum convicium, apud Ciceronem in Sextiana. Et, aures convicio defessæ, in Orarieme pro Archia. Eandem vocem eadem notione usurparum, Phadrus, libro 1. Fabula 6. & libro 3. Fabula 16. & Martialis libro 3. epigrammate 26. Ridiculè igitur Laurentius Valla hoc vocis convicii etymos irrides: ipse irridendus, qui à con, & vitum; sive à con & vita; quasi vitandum, & vituperationis causa factum, & convicium doducit. Vide defensatem Veterum Jurisconsulorum adversus Laurentii Valla Reprehensiones. ¶ A convicium autem; ut id in transcurssu doctam; est Gallicum CONUE. Convicium, convicum, convoca, conue: hoc est, 1500, 1500, 1500, ut reille Basilica ad dictum Legem 15. de Injuris. Qua de voce videndus Cojacius in Observationibus, libro & capite sexo. Côme trouve, selon le témoignage de Bourdelot, dans un Titre du Couvent des Frères Prêcheurs d'Argentan: Revenit tamen nobis quadam glatvâ, sua inter Cobnam nostram, & murum dictorum Fratrum. M.
CONUE. Les Paradoxes réimprimés chez C. Etienne en 1514. page 113. dans la Déclamation 18. intitulée pour la prison: Je ne venil tumefais affermer, que la prison, le sep, les chesnes, les monstres ne puissent aucunement empêcher nos bonnes COL COL. 397 apérateurs; mais j'aferoy bien fustent, qu'elles n'ex- peschent en façon que ce fait les faibless & Ennoffles cogications, n' les nobles & verruesces conceptions des hommes, en leurs hautraines & extellentes en- tropries; lesquelles, en dofpe de qui les en vendent diffuser, non-foulement ont crié au Chasteler & à la Conciergerie de Paris, à la Colme Roumique, au Scinque de Florence, au Par de Mance, en à la Pierre de Lucques; mais encore ont bien puissance de failler sur la Croix de Théodore Cyrene, &c. La Du- char.
COIER. On appelle ainsi en Baffé-Norman- die un petit vaissau de bois, ou de cuivre rond, & dont le fond se termine en pointe, dans lequel les fauchers n'entrent leur pierre à aiguiser. Ils le portent à leur ceinture, à laquelle il est attaché par un crochet qui tient à ce vaissau. Ce mot a été fait de cucarum, formé de ces coits. On le nomme encore autrement buchan ou buche; mais je ne fais pas la généalogie de ce dernier. S. Add.
COIFE. de cufa, qu'on a dit pour gufa, & qui signifie proprement vof/ vofla. Les Glofes de Phi- loxene: chfa, nausia (car c'est ainsi qu'il fau- lire, comme l'a observé M. de Saumafle sur l'Hif- toire Auguste, page 190. & non pas nausia, com- me portent les éditions.) On nausia, ou nausia est une espécée d'habillement velu & groffier. Ilsfore, dans les Glofes: camalus, amphimallus. Pour cufa on a dit aussi cuffa, comme les Toicams le disent encore à présent: & ce mot se trouve dans Eufta- chius en la même signification dont nous nous servons de celui de cufa. C'est sur ce lieu d'Ho- mere: damna nausia, & si assura qu'on s'est vu vupier à damna nausia. On a aussi dit ausia; d'où les Vénitiens ont pris leur fufla. Voyez Meurfius, en son Dictionnaire Grec-bar- bare; M. de Saumafle; au lieu allégué; Voffius, de Vitis Sermonis, livre 11. chap. 8. & Wats, en son Gloflaire, au mot cufa. M.
COIFE. Il est bon de joindre ici ce que dit Wachter dans son Glofarium Germanicum, au mot Haube. Voici ses termes: HAUBE, crifla, voge- hauche vivra, hauchecherche galerica. Confortant Gallica hupe crifla volucris, hupe criflatus, alouette hupée gallica. Cuncha ab heben levare, tullere in alum. In reliquis Dialetis, prafertim Anglo-Sa- xonica, Cambrica, & Cambre-Britannica, exat cop & coppa, eadem fenfa, quia futilcet C & H fum littera convertibiles. De his vocabulis conferen- da fum dicta in kopt apex. His princeps & anti- quiflumus significatus, qui pofada criflis & galcis volucrum ad mitras & reliqua capitis tegumenta transfatus aff. HAUBE, mitra, virta, galericulus, & annu capitis operimenum, fenfa a galericulis avium petito. Vertius in fudice: hufa virta, hufa myffa tegmen capitis angufum, rotundum & virilo. Barkornus in Lex. Ant. Brit. huf cucullus. Belga dicum huif & kuif primifene, quin H & K permu- tari folum in omnibus Dialetis. Unde intelligimus cor eadem res Gallis dicatur coife, Latino-Barbaris cofa, cofa, cupula. Qua cum sint Germanica ori- ginis, perpetuo derivantur a Grae cque texti- li. COIN de fer, ou de bois. Barthius, 11. q. le dérive de cum. Il vient de cuneus. On dit en- core en Picardie cuin. De cuneus, on a fait cuneare & cuneata, dont nous avons fait coigner & coignie. M.
COIN. de monnoye. Ciron, titre 6. du livre 1. de la cinquième Compilation des Décrétales, le dérive d'icatum, qui dans Stafone, en la Vie de Caligula, est pris pour une espèce de monnoye qui représente le Prince. Ciron se trompe treu- fort. Cain, en cette signification, vient de cuneus. Doumel, Titre de Wirecêtre: Burgueses piores habuis, & pro xv. bidis se defendit: quando mo- mea vertebrer, quifque Manetarius dabat 10. si- lides ad Londinum pro cuneis minera accipenalis. Voyez Spelman, au mot cuneus. Et on s'est servi de ce mot en cette signification, à cause qu'il faut coigner, pour frapper une pièce de monnoye. M.
COINT. COINTISE. Il vient de compus, qui signifie paré & orné; encore qu'il soit participe de comere, qui signifie proprement peigner. De là nous avons fait cuin & cuneus. Matthieu Paris, en la Vie de Henri III. Vefles faffites, quas voigus colutifes vocam. De son tems on disoit colutif, pour coin & orné. Le même Paris au même endroit: Mille mi- lites & amplius, vofitis ferica, se vulgariter loqua- mur, colutif, in capitis, ex parte regis Anglorum appernerme. Cafeneuve.
COINT. De compus. COINTISE: de compus. Voyez requinquer. M.
COITE. De sulcita: qui est le véritable mot Latin: pour lequel on a dit, par corruption, culciva. Robert Etienne, Henri Etienne son fils, & les autres, qui le dérivent de cuin, se trompent. M.
COLAIN, NE. Adjectif Meffin, qui se dit d'un homme & d'une femme fujets à mentir, plu- tôt que de ne plaindre pas informés de ce qui re- garde le tiers & le quart. Du François coife, qui se trouve pour menterie dans le Dictionnaire Fran- çois-Italien d'Antoine Oudin, ou du Latin colus quenouille; parce que c'est le propre des filoufes de débiter entr'elles plusieurs contes & nouvelles fans fondement, & par pure démangeation de par- ler d'autrui. Le Duchat. COLE: pour colère. Nos Anciens disolent chande-cole, pour chande-colère. Voyez chande-cole. M.
COLEE, ou ACCOLEE. Je n'ai encore trouvé personne qui ait écrit ce que c'est propre- ment que la Cole, ou Accole, qu'on donnoit aux nouveaux Chevaliers; & pourquoi elle étoit ainsi appellée. Peut être ne me saura-t-on pas mauvais gré de l'avoir remarqué, parce que souvent ils en fait mention dans les livres. C'étoit une Coutume religiésement observée à la création des nouveaux Chevaliers, que le Prince ou le Seigneur qui les faisoit, leur fra- poit sur le chignon du col, & ce coup s'appelloit cofé; d'autant que, pour le donner, il faisoit po- tér la main sur le col du nouveau Chevalier, com- me pour l'accolier & l'embraffer. Cela se voit clai- rement dans le Roman de Guillaume au court nez, en la Description des Cérémonies obser- vées, lorsqu'il fut fait Chevalier par Charlema- gne. Karles li baise la bouche & le menton: De sa main dextré le fiere et chaugnon: Puis li a dit: D'un barrage te dont. Ce qui se faisoit sans doute à l'imitation du petit soufflet que les Evêques donnent à ceux qui re- çoivent la Confirmation, afin que ce fût comme un mémorial, & un moyen de s'en souvenir à l'avenir. Olaus Magnus, livre 14. de l'Histoire Septentrionale, écrit que c'est une coutume des Nations Septentrionales, qu'au moment que le Prêtre met l'anneau dans le doigt de l'Epoulée, les affilants s'entredonnent des coups de poing sur les épaules : à l'Imitation de l'Accolée qu'on donne aux nouveaux Chevaliers : Nec siendam est, quod sub ipsa annuli imposatione, dorso tenus pugno sese adantes imperunt, ut uidem ratione astum cervidorem : ut in auratis militis creatione, ut memor sit, servari soles. De cette colée, ou coup donné sur le chignon du col, ont emprunté leur nom toute sorte de coups, en quelque partie du corps qu'ils fuillent donnés. Le livre intitulé, Li Etablissement le Roy de France, livre 1. Et doit dire : Sire, il mefrappa de ses armes esmoulues, coups & collées, dont cuir creva, & sang en assis. Et en un autre endroit du même livre : Cil qui sera trouvé en son tort, & annu la colée donnée, il soit de ce ateeum par tesmoings, payera 12. sous d'amende à la Justice. Jacobus Durantius Caffelius, Variarum, liv. 1. chapitre 8. Pratermitto juriscurandi formulam, quam ex Cincio Gellius retulis, Atticarum Noltium libro 16. cap. 4. Joannes Salisberienfis, ex Jul. Fruntius, & Vegatio, cap. 7. lib. 6. Hinc forte posteriorum temporum mot ille fuit, quo milites juramenta concepturi admovebant suis cervicibus gladiis. De quo Ammianus Marcellinus, lib. 11. Jufisque universis in ejus jurare nomen solemniter, gladis cervicibus suis admotis, sub exercitationibus diris, verbis juravere conceptis. Cæferne.
COLERA-MORBUS. Plusieurs mots Latins sont demeurés tous entiers dans la Langue Françoise. Ainsi on dit dans le Palais, un Committimus, un Pariatis, &c. Et dans la Chambre des Comptes, un Biscapi. Et dans la Médecine, un Cancer, un Colera-morbus. A l'égard du colera-morbus, c'est un épanchement de bile, par haut & par bas, ainsi appellé du mot Latin cholera, qui se trouve en cette signification dans Censorin, de Die Natali : Et contra Diogenes Cynicus, cibi creditate in cholerae solutus est. C'est ce qu'a dit Diogène Laerce, en la Vie de Diogène le Cynique : miti à vè Dureux, d'ouque hivernas hiv. et pōjō vō vōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvōvō
COLIFICHET. M. de la Piquetiere croit que ce mot a été fait décoler, & de ficher. M.
COLIMAÇON. On appelle ainsi un limaçon à coquille. De cochlo-limax, Cochlo-limax, cochlo-limacius, cochlo-limacio, cochlo-limacione, colimacione, colimaçon. Les Grecs ont appellé le limaçon sans coquille youtomphine, c'est-à-dire, limaçon ou, niable, dans les Glofes anciennes, est expliqué par concha. M.
COLINTAMPON. D'une chose qu'on méprise on dit proverbialement, qu'on s'en soucie com- me de colintampon. C'est un méprisant fobéficier donné aux Suisses, apparemment depuis leur défaite à Matignan ; & il représente le son d'un tambour battant la marche des Suisses. Les Mémoires de l'Etat de France sous Charles IX. édition 1. tom. 1. fol. 108. a, où il est parlé d'une bravade que firent les Rochelois affilégés, aux Suisses de l'Armée qui les affilégéolent : Estant retirez, crioient par dessus la moralité, que l'on se allère les colintampones à l'affains, & qu'ils avoient tous contelas & espées pour découper leurs grandes piques. Le Duchat.
COLIQUE. De colum. C'est ainsi que les Anciens Latins ont appellé ce mal. Colum, coli, colicus, colicus dolor, colica, COLIQUE. Je remarqueai ici par occasion, qu'avoue l'Empire de Tibere, la colique étoit une maladie inconnue aux Romains ; & que ce fut cet Empereur qui le premier des Romains fut malade de cette maladie. Pline, xxvi. 1. Id ipsum mirabile, alios morbos desinere in nobis, alios durare, sicuti colum. Tiberii Cufaris principatu irrepsi id malum. Nec quisquam prior Imperatore ipso sensu; magna civitatis ambage; cum edicto ejus excusantis valetudinem, legeres nomen incognitum. M. COLIQUE de Poitou. On a ainsi appellé cette maladie, parce qu'elle a premièrement commencé dans le Poitou. Le Président de Thou, livre 142 de son Histoire, en l'an 1171. page 881. de l'édition de Genève : Novus morbus, & tunc primum, inter nos emersis : colias specie a Pictonibus, ubi graffari cupit, sumptio nomine : qui per decennia recrudescens, usque ad annum foxtum sequenti saculi, violentior semper incubuit : biliofus etiam dictus ob acerbissimos a bile cruciatus : qui, quorum attingit corpora, veluti sidere percussa, de pristino repentè fiatu deijcit : tum, pallare succedente, vultus decoloratur, extrema frigent, vires concidunt : in iis & animus inquies, corpus agitatum, pervigilia malum, cardiogmi frequentes, & nansea inde perpersa, prostrata appetentia, vomitus, rufus, à parracea & araginofa bilie, aux, ejus loco, non minus malefus singulus creberrimus agros fatigat. His & hypocondria affuant, cum febre lenta; tum satis inexhanta, stranguria importuna, qua plerumque calculum mentitur; & omnium gravissimus ventriculi, intetinerum, lumborum, ilium & inquium intentissimus dolor : tum propagante veneno, seu vapore acer a materia morbifica suciatato, humeri, mamma, totumque peitus, velut acculeis vellicatur : interdum & crura, & os sacrum; nec defunt quibus plantarum dolores crudelissimi, motu illafo, ventriculi cruciatus sequantur, & per vices acerbius ingravescant. Cum verò agri, doloribus illis paullum remittentibus, morbo se defunctus putant, brachia & pedes sensem resolvi, & vim tota mole per arus infusam frangi, repente septiunt; cubici, manuum, tibiarum, & pedum motu prorsus deperdito; sed integro quasi acus cuteri acutissime pungentis sensu. Quam resolutianem in plerisque pracedunt convuliones epileptica, cum plurium horarum cecitate; confiante tamen sibi mente. Etute post novum fidus exorto morbo similem ante clocce annos Roma visum strifio Paulus Aglineta, qui per alias arbis partes potica fuit disseminatus; cui remedia à longa temperis experientia per otium excogitata; multit interim inter durissimos cruciatus cottidie perventibus. Qua de re obser vatiores à Francisco Citeño, ex Joannis Piducit, Francisci Vertuniani, Petri Milonis, Pascassi Galli, Medicorum Pictoniorum, usu & doctrina prafiamium, Adversariis collellas curiosis petere licet. M. de Sau- maise, dans son livre des Années Climacériques, page 730. Vidi ipse cum ignorarunt Parisienses Medici, qualis esse morbus qui Picavicae Colicae nomen habet. Intra illam Provineiam antea continetatur, & aliquot victuas, ut Aremuriam. Nam & Colicae Brittonica dicitur. Primus ipse laborare cum capissem Lutetia, & novem Medici me invisterunt, nullus ex his potuit causam morbi quo agnatarem, ex sympromatis conjecture; neque nomen ipsius dicere. Variabam omnes sententiis. Unus tandem poß omnes, ab amice ad me adductus est, Piclavienfii, Cardinalis Ricerii Medicus, Citefina: quibidem ubi me vidit, Colicam Piclavicam esse promuntavit: & me ita curavit ut paucas intra septimanas fantiati pristina restitueris, incurabilem aliis futurum. Eam bitis facit, & vasis 20ubique effusa inter intestina, & dulens intolerables crora. Ille annus mihi fuit ab hunc morbum Climacifericus: qui & anareticus fuisse, nisi Medicum illum mihi Deus ostendisset. Ab eo tempore plures vanavris in eadem urbe, &c. M.
COLLATION. Comme nous verrons ci-après, que scorum signifie tribus; d'où vient écrit; qui est ce que l'on contribue pour la dépense d'un festin fait à communs frais: aussi appellons-nous collation, de collatio, qui signifie non-feulement taille & contribution, mais encore repas, ou bien l'écot & la contribution qu'on fait pour la dépense d'un repas. Pour ce qui est de sa première signification, les preuves en sont assez fréquentes dans les bons Auteurs. Et Budée tient que ce que nous appellons taille, étoit parmi les Romains collatio. Pour ce qui est de la dernière, nous lisons dans les Glofes, collatio, fœtus; qui est proprement un banquet où chacun porte portion, ou paye son écot: ce qui est autrement, symbolis & symbolum. Les bons Auteurs Latins ont quelquefois appellé cela collecta. Cicéron, livre 2. de l'Orateur: Ego vero quoniam collectam a conviva Craso exegi. Caïenceuve.
COLLATION. Repas. Ce mot, en cette signification, est fort équivoque. En Italie, dans le Languedoc, & dans le Provence, il signifie déjeuner. Nicot & Frédéric Morel l'expliquent du repas qu'on fait après souper. A Paris, & dans nos provinces d'Anjou & du Maine, il signifie le gouté; c'est-à-dire, le repas qui se fait entre le dîner & le souper. Parlons maintenant de l'étymologie du mot. M. de Caïenceuve en parle de la sorte: De mesure que scorum signifie tribus; d'où vient écrit; qui est ce que l'on contribue pour la dépense d'un festin fait à communs frais; aussi appelons-nous COLLATION: de collatio, qui signifie non-feulement taille & contribution, mais encore repas, ou bien l'écot & la contribution qu'on fait pour la dépense d'un repas, &c. Nous lisons dans les Glofes collatio, iper 2: qui est proprement un banquet où chacun porte sa portion, ou paye son écot; ce qui est autant que symbolis & symbolum. Les bons Auteurs Latins ont quelquefois appellé cela Collecta. Cicéron, livre 2. de l'Orateur: Ego vero, quoniam collectam à conviva Craso exegi. J'ajoute au passage des Glofes anciennes, rapporté par M. de Caïenceuve, cet autre des mêmes Glofes: collatio, n'y a pas. Rerun. M. Ferrari, dans ses Origines de la Langue Italienne, a donné la même étymologie du mot de collation. Voici ses termes: COLLATION: j'ensaculum à conferendo dictum: quod pueri in scholis, vel alibi, in unum conferre conferverum quidquid ad jemandem acceperunt. En quo pariter levis clius & fragalis, qui die jejuni vesperò sumitur, idem nomen sviritus est. Filletac, célèbre Docteur en Théologie de la Faculté de Paris, en a aussi donné la même origine. C'est dans son livre du Carême. Mais M. Lancelot, qui est aujourd'hui Dom. Claude Lancelot, Moiné de Saint Sirm, soutient positivement dans son livre de l'Hémine, que ce mot a été dit en cette signification, à Collationibus Monachorum; c'est-à-dire, des Conférences des Moines. Voici ses preuves. Les Moines s'affembloient avant complies, pour écouter la lecture d'un chapitre des Collations de Caffien. Honorius d'Autun, livre 2. chapitre 63. Qu'est Religiosi ad Collationem conventum, hoc à Sanctis Paribus acceperunt: qui in vesperis solebant conventre, in simul conferre, & qua ipsi tunc invicem continerint, Collationes dicebatur: & he his similia ad Collationem leguntur. La Règle de Saint Benoit, chapitre 42. Max ut surreverunt a cana, sedeant omnes in unum, & legat unus Collationes, vel Vitas Parrum: aut certò alind quod adificet andientes. Voyez le Traité de Dom Edmond Marrene, de Antiquis Monachorum rictus, livre 7. chapitre XI. De cette signification de lecture, le mot collatio passa ensuite à celle de boisson: parce qu'après la lecture des Collations, les Moines alloient boire au Réfectoire. Saint Uldaric (c'est ainsi qu'Uldaricus se rend en François) livre de chapitre 13. De Collatione furgunt ad charitatem, & de vino quod tunc propinarur, nullus omnino presumit abstinere, ut non aliquantulum gufir. La Règle des Chevaliers du Temple de Jérusalem, chapitre 16. Lorsque le jour est sur son déclin, & que l'on a donné le figuai suivant la coutume du pays, il faut que vous alliez nous à Compie. Mais nous désirons qu'auparavant vous faissiez collation ensemble. Nous laissons à la prudence du Maître à régler cette collation: en sorte que quand il voudra, on n'y donne que de l'eau, & que quand il l'ordonnera, on y puisse aussi recevoir, gemme par indulgence, un peu de vin trompé, selon qu'il le jugera à propos. Les Moines, dont tout le tems étoit réglé, ne trouvant point de tems pour faire ce petit repas, lorsqu'il commença d'être en usage, prirent pour cela celui de la lecture des Collations de devant Complies. Et les jours de jeûnes, ils transporterent du Cloître ou du Chapitre cette lecture dans le Réfectoire; pendant laquelle ils faisoient ce petit repas: & auquel de cette lecture, le nom de Collation est demandé: les Moines continuant à dire, Eames ad Collationem, & sonnant de même le Collation, & non le Réfectoire. M. Lancelot, après avoir ainsi établi son opinion, répond aux objections de Filletac. Voyez ses réponses. M. du Cange est du même avis que M. Lancelot. Voici ses termes: qui sont de son Glosaire Latin, au mot collatio: A Collationibus Monasticis, quibus fœtiris, ad bibitionem ibarur, ferotina cana Collationum appellationem servita sunt. Nam vix est in probem quod quidam volunt, vocabuli erynum hauriri dabere a curarum antiqua collatione, quam Concilium Laodiceum & vix est in eupiviem vocar. C'est aussi l'avis de Pasquier, VIII. 14. de Haëffen, & du Père Thomasin. Mais écoutons le Père Thomasin: Ce n'est pas sans raison qu'on a cru que le nom de Collation, vient de cet usage de boire au même tems que L. Religieux s'affembloient pour confiter ensemble, on pour lire les Conférences. La Règle de Pierre de Honnis en est une preuve constante, quand elle ordonne que le Lelteur hise les Vies des Saints, & les Collations des Conférences des Saints Père, le soir, quand les Religieux font affembler. Fratribus quoque ferò ad Collationem in Capitulo convenientibus, idem Lector de Sanctorum Viris & Patrum Collationibus lectionem semper redditurus est. La Régie qu'Abelard donna aux Religieuses, joignit à l'usage de boire, la collation & les Complies. Post Vesperus, vel ita-tim cernandum est, vel potandum : & inde etiam, secundum temporis confuendinem, ad Collationem est eundum, post Collationem verò, ad Comple-torium. Les Statuts de Clagny, sous l'Abbé Hugues V. portent, que tous se tromperont aux Offices : sur tout à la Collation, ou à Complies : & que ceux qui manqueront à la Collation & à Complies, ne boivent point, si ce n'est qu'ils soient extrêmement prêz, de la fois; car en ce cas, on leur permet d'aller boire à l'Informerie. Ad opus Divinum, scilicet nocturnis & diurnis horis, ad majorem Missam, & maximè ad Collationem & Completorium, omnes con-veniant. A Completorio cuiquam liceat remanere, nisi justi causa, & cum licentia, vel quis à Priore detineatur. Et qui remanierint post tres ictus, non bibant, nisi fortè abstinere nequiverint : & tunc in Infirmaria bibant, &c. Il est été difficile de man-trer plus nettement la liaison de boire, de la Colla-tion spirituelle, & de Complies. Après cela, on n'au-rra pas peine à croire que ces usage de boire au fair après Vesperus avans Complies ait eu le nom de Col-lation. Dans les Statuts de la même Congrégation de Clagny, sous l'Abbé Henri I. qui fut élu Abbé en 1308. cette affemblée des Religieux qui se faisoit au fair pour boire, portoit actuellement déjà le nom de Collation. En voicy les termes : Statuimus quod ho-rà potationis ferotina, que après eos Collatio nun-cupatur : ad quam horam omnes convenire praci-pimus. Et ce qui fuit. C'est dans son livre des Jeû-nes, partie 1. chapitre 10. Mais l'invention de cette belle' érymologie est due à Marcel Francolin. Car voici comme il par-le de l'origine du mot de Collation en la significa-tion de repas : C'est à l'article IX. du chap. XXXIX. de son Traité de Tempere Horarum Cammicarum : Finem nunc facturus sum; si unum dumtaxat ta-men, corollarii vice, & quasi obiter, dixero : quod forte audire non erit injucundum. Id autem est, un-denam modica illa ferotina potationcula, qua in die-bus sejuniorum sumt, Collationes vulgari apud ons idiomate vocitentur. Hujus autem vocabuli deriva-tionem arbitrar sumi poss ex Regula Sancti Bea-dicti, capite 42. Ibi enim statuitur, ut omni tem-pere, Monachi mox ut surrexerint à cœna, sedant omnes in uno loco, & legat unus Collationes, vel Vi-tas Patrum. Et si sejunii dies furie, similiter dictà Vesperà, parvo intervallo mox accedant ad lectionem Collationum : quarum lectis quatuor aut quinque foliis, vel quantum hora permitit, dicant Comple-torium : quo deinde finite, dormitum se conferant. Francolin ajoute : Ex hoc igitur Monachorum isti-tuto, qui licet sero ad sumendum cibum non congre-garentur in diebus sejunii, congregabantur tamen eadem hora ad Collationem vel faciendam, vel an-diendam; nec etiam cum ad iunio femaculum feroti-ram, ut Capitanus appellat, quod medicini, aut confuetudinis causa sumitur, subvenimus, ne vi-decantur ad tranam, aut ad confectionem congregaci, quam in sejunii duplicare non licet, modestiori vo-cabulorum honestantes dicinum, ad Collationem con-venire. M. Lancetot & le Père Thomassin ont per-fectionné cette érymologie. M.
COLLE. Lat. gluten. Pontus de Thyard, dans son Traité de Recta nominum imposatione, page 48. le dérive de cœnam, adglactius. Il vient de l'italien colla, fait du Grec cœna : & coller vient de collare, fait de cœnam. M. COLLEY pour signifier une bourde. Richer, liv. 1. de son Ovide Bouffon : Vous les aurez, ce n'est point celle, je vous en donne ma parole. Je dérive colle de cavilla, mot qui s'est dit pour clavicula, d'où le François cheville. En effet dans le Diction. de Trevoux de 1721. Ficher une colle à quelqu'un, c'est lui donner une bourde, comme on fiche une cheville. Le Duchat.
COLLET. Comme quand on dit, Prendre quelqu'un au collet ; Meser par le collet, Colletor, Prester le collet. De collerum, diminutif de collum. Les Chafseurs appellent collet, une forte de la-cet ou cordon à nœud coulant, dont ils se servent pour prendre des lièvres, des lapins, & des oi-seaux; parce que ces lièvres, ces lapins & ces oï-seaux, le trouvent pris par le cou. L'Autour des Ru-ses Innocentes, dans son Avertissement sur la 1. par-tie de son livre : COLLET n'est autre chose que plu-seurs brins de crin de cheval, qu'on tourne ensemble comme une corde ; & on fuit une boucle à un des-bouts, dans laquelle l'autre bout étant passé, on le tend en forme ronde : de sorte qu'un oiseau passant la teste par dedans, il demeure arrêté par le col. Montagne, liv. 1. chap. 12. page 119. de l'édition de Journel, s'est servi du mot de collier en cette signi-fication. M. COLLET : ou rabat. De collum : quod collum ambiat. M.
COLLIER. De collare. Nonius Marcellus : COLLARE est vinculi genus, quo collum astringitur. Lucilius, lib. 19. 15. M.
COLLINE. De collina, diminutif de collis ; & qui se trouve. Voyez le Glossaire Latin de M. du Cange. Collinum se trouve dans Columelle liv. 1. chap. 1. M.
COLLINHOU. Sorte de boisson en usage au pays de Caux. Ch. Du Moulin, dans son Hif-toire générale de Normandie, pag. 7. Pour les vins qui croissent près d'Argences, & en quelques lieux vers Avranches, ils sont si verés, qu'on leur préfère le Collinhou, que les Canchois tirent des vignes at-tachées à leurs arbres ; puisque le proverbe des an-ciens disoit : Le vin tranche boyau d'Avranches, Et rompt ceinture de Laval A mandé à Renand d'argences Que Collinhou aura le gaz. M. de Brieux, dans une de ses Lettres à M. de Prémond Graindorge, dit que le Collinhou est un vin que les habitans du pays de Caux tirent des vi-gues attachées à leurs arbres : & que ce mot est sans doute un nom propre de celui qui le premier s'avisa de gouverner ainsi ses vignes. S. Add.
COLLYRE. De collyrium. Ce que dit Scali-ger de l'érymologie de collyrum, est remarquable. Voici ses termes, qui sont de son premier Scali-gerana : Collyrium dicitur à nomine collyra, qua ossa est, aut panis modifactus jure aliquo, vel mu-cilago, & purée, ex qua prima facta sunt collyria instar ungumentorum; unde apud Horatium lippet inungi. Inde verò abusquadam omnia modicamen-ta ocularia, etiam liquida, collyria vocata sunt. M.
COLLYRE. On n'est pas d'accord sur l'érymologie du mot Grec cœnam ou cœnam, d'où a été été pris le Latin collyrium, & le François collyre. Quelques-uns prétendent que ce mot Grec vient de *nōna colle*, & *iopā queue*; parce que les anciens *collyres* étoient faits comme la queue d'un rat, & qu'on les préparoit avec des poudres & quelque matière gluante. D'autres veulent que *nōnōnē* ait été ainsi appellé de *nōnōō vis iopōs*, c'est-à-dire, *queue coupée*; parce que les *collyres* ressemblent à une queue coupée. D'autres, de *nōnōō*, ou *nōnō vis iōs*; parce que les *collyres* empêchent ou engluent la fluxion. La première étymologie me paroît la meilleure. Oribafe, *Coll. liv. x. ch. 15*; dit qu'un *collyre* doit avoir quatre travers de doigt de long, & la figure d'une queue de rat. Les anciens donnent aussi le nom de *collyre* aux textes & aux *gesaiens*, à cause que leur forme approche beaucoup de celle qu'a-voient autrefois les *collyres*. On entend aujourd'hui parlé nom de *collyre*, des remèdes externes detimes pour les maladies des yeux, soit solides & *leca*, *leca* *nōnō* ; soit liquides ou humides, *iopā* *nōnō* que l'on appelle proprement & par excellence *collyres*; soit appliqués en forme de liniment, d'onguent, ou de cataplasme, ou en forme de vapeur ou de fumée. Un savant homme qui a commenté Horace avec beaucoup de succès, dit dans sa note sur cet endroit du Poète, *Serm. livre 1. Sat. 5*. *Hic oculis ego nigra meis collyria lippus illinere.* Qu'un *collyre* est un remède pour les yeux, préparé avec des eaux distillées, & diverses autres drogues. Mais il ne s'est pas souvenu que du tems d'Horace on ne connoissoit point les eaux distillées, & que le *collyre* dont ce Poète parle, étoit fort différent des nôtres. Il est dit dans l'Apocalypse III. 18. *Collyrie inunge aculos tuos.*
COLLYRIDIENS. Anciens hérétiques qui ont pris leur nom d'un petit pain en forme de gâteau, qu'ils offroient à la Sainte Vierge, & qui s'appelle en Grec *nōnō* Des femmes d'Arabie, par une dévotion outrée envers la Vierge, s'assemblent en un certain jour de l'année, pour célébrer cette fête d'une manière solemnelle, rendant des honneurs à Marie comme à une Déesse; & elles mangeaient de ce pain qu'elles avoient offert à son honneur.
COLOMBIER. De *colombarinum*, ou de *colombare*, qui se trouve dans les Glosses anciennes, interprété par *nōnō* *M.*
COLON. Terme d'Anatomie. C'est le nom du second des gros boyaux, qui est entre le *cōnum* & le *relium*. Quelques-uns dérivent ce mot de *nōnō retarder*, parce que les excrèmes s'arrêtent dans cet intestin. D'autres le tirent de *nōnō* *cōnx*, à cause de la cavité de cet intestin. D'autres, de *nōnō* être tourmenté, parce qu'il est souvent tourmenté de tranchées & de cruelles douleurs. C'est de lui que la colique a pris son nom. Le mot François est le même que le Grec *nōnō*, d'où il a été pris, & qui signifie aussi en général *membrum*.
COLONEL. Brantôme, dans son Discours sur les Colonels de l'Infanterie Françoise, imprimé dans la première partie de ses Mémoires, parle de l'étymologie du mot *Colonel* en ces termes : *Prominiment, quant à l'étymologie de ce mot Colonel*, à ce que j'en ai qui dire à de vienne & anciens *Capitalines*, tant François, Italiens qu'Espagnols, *Tome I.* les uns s'écrièrent Colonel par L. comme voulant dire que celui qui est le principal chef de l'Infanterie, est dit ainsi, parce qu'ainsi qu'une colonne est ferme & stable, & sur laquelle on peut affiner, & on assent, quelque grande pesanteur, & l'appuyé en fermement, aussi celui principal qui commande à l'Infanterie, doit être ferme & stable, & le principal appuyé de tous les soldats, soit pour les commander, soit pour les soutenir comme une bonne, belle, & puissante colonne, à laquelle tous les soldats doivent tendre & viser, & s'y soutenir. D'autres disent Couronnel avec R. d'autant que celui qui est le chef général, a été estenu & couronné de son Roy, ou de son Supérieur, ou de toute l'armée, pour leur commander, comme triomphe & couronné par-dessus tous les autres. Les uns en ont parlé encore d'autre façon diversément, & selon leur opinion. Je m'en rapporte à eux, sans m'amuser à en chassurer le papier. Et ce nom est venu, à ce que j'ai mis à M. de Monlie, des Italiens & Espagnols. Les Allemands en ont aussi usé, & en usant, & l'avoût emprunté d'eux en nos guerres à l'encontre d'eux, & parmy eux, & pratiqué parmy nous autres; car auparavant, ce mot n'étoit point en usage. Les Italiens, de qui les François ont emprunté ce mot, selon le témoignage du Maréchal de Monlie, disent Colonel, mot formé de colonne. Nous prononçons anciennement *Coronnel*. Rabelais 4. 37. Sur la fin de ce différent, arrivèrent les deux *Coronels*. Pasquier livre VIII. de ses Recherches, chapitre 44. page 755. a dit *Coronel*. De la même façon que depuis nous appellons Colonel de l'Infanterie, c'est qu'il la conduisoit : mot qui approche de la Royauté. M.
COLOPHONE. Substance oleagineuse, composée de restes de résines épaissies par la cocion, & endurcies par le froid. Pince dit que la colophone a pris son nom de *Colophone*, Ville d'Ionie, d'où elle fut apportée d'abord. On l'a appelée aussi *résine Espagnole*, & *résine Grecque*, selon qu'on l'a apportée de ces endroits-là. On appelle aussi *colophone*, la térébentine cuite dans l'eau, jusqu'à ce qu'elle ait acquis une consistance solide. On appelle encore *colophone*, le marc de la térébentine distillée, qui demeure au fond de la cornue.
COLOSSE. Statue d'alrain de grandeur démesurée. Ce mot vient du Latin *colosus*, & le Latin *colosus* du Grec *nōnō*, qui a été dit, suivant l'Étymologiste Grec, *nōnō* *nō* *nōnō*, *iopā* *nōnō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō* *nō
COLPORTEURS. Parce qu'ils portent un panier à leur cou, dans lequel ils mettent leur marchandise. Voyez *Contemporerus*. M.
COLURE. Terme d'Astronomie, qui se dit de deux grands cercles qui paissent par les poles de la sphère, & dont l'un coupe l'Equateur dans les points des équinoxes, & l'autre dans les points des solstices. Ils sont ainsi nommés de deux mots Grecs, la voit *nōnō*, qui signifie *trongue*, *mutilé*, & *iopā*, qui signifie *queue*, comme paroissant avoir la queue coupée, parce qu'on ne les voit jamais tout entiers sur l'horizon. Cette étymologie est simple & naturelle. Un Auteur nommé *sacroboite*, en donne une autre qui est fort singulière. Il dérive le mot *colure* de *nōnō* *membrum*, & de *leca*, qu'il explique *urns*, c'est-à-dire *bus* *siovestris*. & il dit que ce cercle a été nommé de la sorte, parce que la E e e 492. partie qu'on en voit sur l'horizon, ressemble au demi-cercle que forme la queue d'un bœuf sauvage lorsqu'elle est élevée. *
COMBE. Vieux mot, qui signifie vallée ou grutte. De gumba. Les Gloises d'Ilidore : Gumba ; cumus, tripa. C'est ainsi qu'il faut lire en cet endroit, & non pas, comme portent les éditions, cripa. Belleau s'est servi du mot de combe, dans la première journée de sa Bergerie : La veur belle, & limitée de douze coupeaux de montagnes, revieres, fontaines, combes, châteaux, villages, &c. Il y a plusieurs lieux & plusieurs personnes en France du nom de la combe. ¶ Frédéric Morel, dans son Dictionnaire François-Latin, parle ainsi du mot de combe : COMBE, c'est-à-dire, vallée : comme les forêts, où les larmes font leur brigandage. M.
COMBE. Je ne doute pas que combe ne vienne de gumba. Mais on peut demander d'où vient ce mot Latin-barbare. Je le dérive du Grec niñcic, qui signifie un enfoncement, un lieu enfoncé. De la niñcic dans Hétychius, pour un petit vale où l'on met du vinaigre. De la aussi niñcic, pour une nacelle, une gondole, une petite barque, & niñcic, pour un vale à boire, fait en forme de nacelle. Voyez ci-dessus Catacombes. *
COMBIEN. De quantum bene. Nicot : comment : integrum eff., quand bien, vel quant bien; donc diens les Picards quant bien. Ce qu'il a pris mot pour mot du Dictionnaire François de Robert Etienne. Cette prononciation Picarde ne permet pas de douter de cette érymologie. M. COMBIEN - QUÉ. De quantum bene quid: ou de quantum bene. M.
COMBLE. COMBLER. De cumulus, & de cumulare. M.
COMBRESELLE. Rabelais, liv. 2. chap. 22. Car rien n'y quiere, sinon qu'en votre tour me facies de haie la combreselle. On appelle dans le Languedoc & dans le pays de la Marche, courqueselle, la posture où se mettent les enfans pour tendre le dos à celui qui joue avec eux au cheval fondu; où lorsqu'ils se courbent le dos pour aider un d'entre eux à monter où il ne faut atteindre sans ce secours. Et c'est dans cette dernière signification qu'on lit le mot combreselle dans ce passage d'Amadis, tom. 13. chap. 13. A donc se décarne des cuisses, & avecques les courreyes d'icoux, & la ceinture de son espée, fonlevé par son ofreyer à la combreselle, grimpe à monst satanse, qu'il avoit dressée contre le mur; tellement que par sa légèreté gaigne le haut de la muraille. Courqueselle est donc la même chose que combreselle, & il n'est plus question que de savoir d'où viennent l'un & l'autre. Selon moi, courqueselle vient de curvica sella, & combreselle de curva sella. Curvicasella, curcasella, courqueselle. Curva sella, curva sella, combreselle. Dans la Touraine & dans le Poitou, faire la combreselle, c'est faire la culbute. Le Duchat.
COMEDIE. Ce mot vient du Grec nummula, qui a été dit comme, i servi niñcic, & c'est-à-dire, pièce qui se chante par les bourgades, selon la coutume des anciens Comédiens. Avant Theïpis, la Comédie n'étoit qu'un tiffu de contes bouffons; & les Comédiens, qu'il promenoit sur des charrettes, ne discient que des injures, ou divertis soient les spectateurs par quelque vaillerie grossière, ou par quelque chanson obscène. Eîchyle l'a habilla plus honnêtement, leur chauffé le brodequin, & les fit monter sur un chétatre au lieu de charette. *
COMETTE. Jeu de cartes. Ce mot est très nouveau parmi nous. M. Regnier, Secrétaire de l'Académie, vient de l'employer dans ce Madrigal pour Madame des Houlettes : L'aimable Iris qu'on ne peut trop louer, Qui fait des vers que le Pasteur d'Admétis Pourrait sans peine & sans bonie avouer, Me proposa l'autre jour de jouer Un Madrigal en cent points de Comète. Elle gagna : mais en gagnant ainsi, Elle perdit, & le public aussi. M.
COMITE. Officier de Galère, qui commande la Citicorme; de l'Italien Comite, qui a été fait du Latin Comite Comitis; qui se trouve en cette signification. Voyez le Glossaire Latin de M. du Cange. Les Grecs du bas Empire ont usé des ijons, en la même signification. Eutathius sur l'Iliade a, page 15. de l'édition de Basle : quinquequin invierres en voie, et sub quinque numérères, vénageux vers voûres quiens. Un & du voûreux, & ROMNE coupé vers le cap. Voyez M. du Cange, dans son Glossaire Grot. M.
COMITE. Le mot de Comes, d'où Comite descend, est ancien dans ce sens. Je le trouve dans Suetone. Il dit qu'Auguette ayant été salué en passant, avec de grandes acclamations, par l'équipage d'un vaisseau d'Alexandrie, quadragent au reu comitibus divisi. Huet.
COMMANDE. C'est une manière de conférer les Bénéfices par dispense. De commenda, que les Auteurs de la Basle-Latinité ont dit pour commandarem, c'est-à-dire, pour depeforum. Commendare, c'est deponere. Voyez Cujas, liv. 2. de ses Observations, chap. 27. & liv. XI. chap. XI. & liv. XI. chap. 13. M. Florant en son Traité sur le premier des Décrétales, & Spelman en son Glossaire. M.
COMMANDER. Lat. jubero. De commendare : qui se trouve en cette signification. L'Auteur de la Vie de Saint Maïeul, Abbé du Clugny : Quia pscem nullum se habere sapibus, piscatores in aquam intrare commendanti. ¶ Mandare, commendare, COMMANDARI. M.
COMME. COMMENT. De quemado, on a premierement fait como : & c'est comme parlent les Espagnols. On a fait ensuite como : & c'est comme parlent les Italiens : d'où nous avons fait comme. De quemado, on a fait aussi como. Et comme de como nous avons fait comme, nous avons fait de même como de como. Au lieu de como, on a dit ensuite como, par l'insertion de l'N : comme en rhenfaurus, de rhenfaurus. Et de como, on a fait enfin comment. ¶ Nicot écrit comment & comment, indifféremment. M.
COMMENCER. De l'Italien cominciare, formé de la particule cum, & du verbe initiare. Initiare, pour commencer, se trouve dans un ancien Auteur, qui a écrit de Constitutione nova Corbeia in Saxonia : J'altaverum lineam, & infixerunt paxillus, & corporum menfurare templum, ac habitationes Fratrum. Que faits, conflitmentes qui quadam habitatula initiarem, ad propria sunt reversi. ¶ Sylvius dérive commencer de cominciare. C'est dans son Introduction à la Langue Française, page 50. M.
COMMENT. Voyez comme. M.
COMMERE. De commater. Voyez compe- re. M.
COMMINGES. Ville. De convena; qui a été dit, à convenienda, si on en croit Saint Jérôme, dans son livre contre Vigilantius: *Lives Cæus Pompeius adomita Hispania*, & ad triumphum re-dire softinans, de Pyrena iugis deposuit, & in unum oppidum congregavit. Unde & Convenarum urbs nomen accepit. Voyez M. d'Avezan, Professeur en Droit dans l'Université d'Orléans, dans son Traité de Contrathbus. M.
COMMISE. Comme quand on dit, *prine commise*. De *pana commissa*: qui signifie parmi les Jurifonsultes *pana* in quam quis *incidit*: comme *commissa stipulatio*, *stipulatio ex qua agi potest*. De sorte que c'est abusivement que nous disons dans un Concordat *prine commise*, au lieu de dire *prine stipulate*: la peine n'étant commise que lorsqu'on a manqué à la chose stipulée. Voyez le paragraphe *Alteri* 19. aux Institutes de *Inutili stipulatione*, & la Loi *Stipulatio ista*, 18. au paragraphe *Alteri* 17. de *Verborum obligationibus*, & le Titre au Code de *Contrahonda & committenda stipulatione*. M.
COMMITTIMUS. Nicot: *Ce mot est par Latin: dont néanmoins le François use par corruption d'accent: car il fait le mot aigu. Selon ce, il dit: un Committimus: ou, & plus proprement, unes Lettres Royaux de Committimus: qui sont une espèce de Lettres Royaux de bien-fait gracieux, octroy, & dispense du Prince, commentant par ses Lettres Patentes scellées à simple queue de cire jaune, & signées de l'un de ses Secrétaires, les causes d'aucun, soit en demandant un désordant, à un juge extraordinaire: & sont lesdites Lettres appelées Committimus, de ce mot Latin committimus: dont les Roys uscient lorsque les Dépêches des Chancello- ries glissent mises en Latin. Toutes Lettres en France sont octroyées aux Officiers ordinaires & domestiques du Roy, de la Reine, des Ensigns de France, couches en l'état d'icieux, & à certains privilégier: & sont adressans aux Requefres: & ne sont générales pour toutes causes.* Touchant l'origine des Committimus, voyez Pasquier dans ses Recherches, livre 1. chapitre 3. page 16. M.
COMMUNES. Terres possédées en commun. Voyez les Auteurs *Finium regundorum*; & M. Florant, sur le Titre des Décretales de *Conflit*. M.
COMMUNITE. Ce mot se trouve dans la Coutume de Tours & dans celle de Troyes: & *Communes*, dans un Titre allégué par Pichon sur l'article 2. de la Coutume de Troyes, page 14. M.
COMPAGNON. Compagnie. En Languedoc on appelle *companage*, ce qu'on mange avec le pain. Ainsi appelons-nous *compagnons*, ceux avec qui nous mangeons & blivons: en Latin *convictores*, & *combibones*, *incisores*, en Grec, se dit de celui qui mange le pain avec un autre. *Cafen- meve*.
COMPAGNON. Les Italiens disent de même *compagno*, que Caritinus, dans ses Canons des Dialectes, dérive de *compagnus*. Lipse, dans la Lettre 44. de la troisième Centurie de ses Lettres *ad Religat*, dérive *compagnus* de *combina*. D'autres le font venir de *combina*, que Festus dit signifie: *qui eodem curru utitur*. Pour moi, je suis de l'avis de ceux qui le dérivent de *com* & de *pans*; comme qui diroit, qui mange de même pain: *cath- erms*. Et ce qui me fait croire que cette opinion est la véritable, c'est qu'on disoit anciennement *compain*, pour *compagnus*. C'est aussi l'opinion de Rabelais, 3.4. *Pain & vin*. En ces deux sont *com- prinses toutes espèces d'aliments*. Et de ce est dit le *companage* en *Langue Gath*. Et c'est aussi celle d'André du Chesne sur Alain Chartier, page 861. & celle de M. de Cafeneuve, qui remarque qu'en Languedoc on appelle *companage* ce qu'on mange avec le pain. Dans le Picamne 40.10. *Homo pacis mea*, qui *edebat patem mecum*, c'est-à-dire, *socins meus*. M.
COMPAGNON. On disoit autrefois *comparing*, au lieu de *compagnus*, & on trouve toujours ce mot écrit de la sorte dans nos vieux Livres. Il vient de *compagnus*: & de-là l'Italien *compagno*. Rebeus, dans ses Facettes Lit. au chapitre intitulé, *De quibusdam simplicibus Ruffitis*, s'y exprime de cette sorte: *quare Rufficus repetans domum suis compaganis conquestus est*. Le Duchat.
COMPAGNON. Wachter, dans son *Glossarium Germanicum*, nous fournit encore une autre étymologie de ce mot. C'est au mot *compan*, où il s'exprime ainsi: *COMPAN*, *socins*. *Ferritus in India*: *kompian socins, sodalis, aqualis*. Idem *Gal- lis compagnus*, *Italia compagno*. *Significare po- rest vel combennonem*, qui *eodem curru vebitur*, à benna, *vehiculum Gallicum*; *vel commititonem*, si *derivetur ab Anglo-Saxonico camp*, *comp, bellum, castra, militia*; *vel convictorem*, si *appellatio* à communi pane *defumatur*. Et ensuite le même Au- teur ajoute: *COMPANY*, *centuria militum*, *Gal- lis* *Compagnie*. *Terminus castremis antiquus*. *Lex Sal- lica*, tit. ixvi. 2. Si quis hominem ingenuum, qui *Lege Salica vivit*, in hoste (*in exercitu*) in *companio (expeditione bellica)* de *Companiet lu- rum occiderit*, &c. *Wendelinus*, in *Glossario Salico*, hoc *militum sodalitium sic dicum putat* à communi pane, *vel distributiune buccellati*; *quem sequuntur plerique*. *Alins forrasse duccret* à *compan*, *quate- tenus belli socium significat*, *tanquam abstractum* à *concreto*. Il est difficile de juger laquelle de toutes ces étymologies du mot *compagnus* mérite la pré- férence, & j'eus laisse la décision au savant Lec- teur.
COMPANAGE. Voyez *compagnus*. M. COMPAS. Instrument de Géométrie. Lat. *circinus*. Ital. *sesto*. De *compassus*: d'où les Italiens ont aussi fait *compasso*, & les Espagnols, *compas*, & les Allemans, *compasse*. Et on l'a ainsi appellé de l'égalité de ses pas. Ovide, dans ses Métamorphoses, livre 8. — Et ex uno duo ferrea bruchia nodo *Junxit*, ut *aquali spatio distantibus ipsis*, *Altera pars flarus*, pars *altera duccret orbem*. Les Latins l'ont appellé *circinus*; de *circinus*: *quia circum*, *sive in orbem*, *panditur*. M.
COMPERE. De *compater*: comme qui di- toit, *simul pater*. Dans le premier Scaligerana: COMPATER, *Ecclesiasticis stocloribus est qui Grucia vivrant*; *quorum comminis est idem filius*. M.
COMPILER. De *compilare*. Jules Scaliger sur Théophraste, page 434. de l'édition de *Budaus*: COMPILAR, *est ex multis alienis unum suum facere*. Et sans prothosum verbum: *nam a pila, non admittimus*. M.
COMPLAINTE. *Complanctus* se trouve dans une épître de Fulbert. M. Eceij
COMPLICE. C'est celui que les bons Auteurs Latins appellent conscius. Pasquier, vit. 1. met ce mot complice entre les mots Gaulois : en quoi il se trompe. COMPLICE a été fait de complice, ablatif de complex, fait de complicare : comme qui diroit compliqué, impliqué dans le même crime. Isidore, dans ses Gloïes : COMPLEX, qui in uno peccato, vel crimine, alteri est applicatus ad malum : ad bonum vero, numquam dicitur. Prudence, vit. 2. voisius : Pendere pugnum ac magistrum, complices seila impiao. Le Pape Gelase, épître 13. aux Evêques de Dardanie : Quisquis quelques modo, quolibel titulo, complex ejusdem fuerit factus erroris. Voyez Voissus, de Vitis Sermonis, page 194. où il cite plusieurs Auteurs qui ont employé ce mot ; & entr'autres Salvien, Callidore, & Ives de Chartres. Voyez aussi M. du Cange, dans son Gloisaire Latin. Les Italiens, de complex, ont aussi fait complice. M.
COMPLIES. C'est ainsi qu'on nomme la dernière des Heures de l'Office divin. De complete, en sous-entendant Hora. Il est à remarquer, que quoiqu'en Latin on dise au singulier Prima, Tertia, Sexta, Noda, & Completorum, on dit en François au plurier Primes, Tierces, Sextes, Noyes, & Complies : ce qui m'a été dit par M. l'Abbé Chastelein, Chanoine de l'Eglise de Paris, où l'on dit, les Primes sont-elles sonnées, &c. M.
COMPLIMENT. Les Italiens disent de même complimente. De complire, dit par métaplasie, pour complere. Complire, complimer, complimentum. C'est un accomplissement de vœux & de si vices, dit Bourdelot. Je crois que c'est un discours obligeant complet ; c'est-à-dire, qui est plus poli que les discours ordinaires. M.
COMPLOTER. Le Pere Labbe, page 19. de la seconde partie de ses Etymologies Françoises : COMPLOTER, ne vient pas de complet, & accomplir : mais de COMPLOTER, comme qui diroit, se doulande la peine, la bale, 1. étant ; de concert, & par accord. M.
COMPLOTER, vient peut-être de convolutare, augmentatif de convolvere, par le moyen du supin volutum, inusité. Comploter, c'est vouloir quelque chose de concert avec un autre. Le Duchat.
COMPOIX. C'est dans le Languedoc ce qu'est ailleurs le cadastre. M.
COMPONANDE. On appelle ainsi la composition que l'on fait à Rome pour obtenir des dissentes, & autres expéditions de Cour de Rome. M.
COMPOST. Rabelais, liv. 4. chap. 14. Puis luy lent le Compost, où il fut bien si ce ans & deux mois lorsque fondit Précepteur mourut : & fut l'an mil quatre cens & vingt, &c. L'Histoire de l'Imprimerie par le Sieur de la Caille, imprimé inv. 1689. p. 66. parle d'un livre intitulé le Compost & Calendrier des Bergers, imprimé in-folio à Paris en 1493. qui pourroit bien avoir pour auteur Jean de Sacrobosco, témoin l'épitaphe de cet homme, enterré dans le Cloître des Mathurins de Paris, de laquelle la Description nouvelle de Paris, tome 1. page 58. édition de Tirel en 1685. rapporte les deux premiers Vers, que voici : De Sacrobosco qui Compostita Johannis Tempora discrevit, iaces hic a tempore raptus. Agrippa, dans son de Vanitate Scientiarum, ch. 101. & G. Naudé, dans son Apologie des grands Hommes, &c. chap. 7. nous parlent d'un autre à peu près pareil livre, intitulé, Liber Aniani, qui computus nuncupatur, cum comment, lequel livre, qui depuis long-tems est au sang des Livres bleus, sous le titre de Compost des Bergers, étoit presque le seul, où, avant la restitution des Belles-Lettres, les curieux pussent apprendre les principes des Mathématiques. Mais ce n'est pas de ces deux Compostes qu'il s'agit ici. Celui dont Rabelais parle étoit une espèce de Grammaire & de Syntaxe, intitulée Composita Verborum, que le nommé M. Pet. Halenmusius, p. m. 17. des Epist. obsc. Vir. attribue au fameux Johann. de Garlandia, auteur de quelques livres de semblable farine. Le nommé Hildbrandus Mommaccus, auteur de la dix-Epistème Lettre des Lamentationes obsc. Vir. y prend le titre de Dolor in compositif verborum, & plus si veilet. Le Duchat.
COMPOSTELLE. Lieu en Espagne. Saint Jâques en Compostelle. Par corruption, de Jacomoz Apostolus. Les Italiens disent Jacomo pour Jacobo. M.
COMPÔTE. Comme quand on dit, une compote de poires, une compote de pommes. De composita, contraction de composita. C'est ainsi que Vénéroni a rendu en Italien notre mot de compote. Et on l'a appellé composita, à cause des divers ingrédients dont ce m'est affaîsonné : on y met du sucr : & de la canelle. Nous disons dans nos Provinces compote : & c'est comme il faudroit dire, à cause de la contraction, qui fait la pénuiste me de ce mot longue. Mais à Paris on dit compote, avec la pénuiste me brève. M.
COMTE. Nom de dignité. Ce mot vient du Latin comes, parce que les Comtes étoient d'abord des Seigneurs qui étoient à la Cour, ou à la suite de l'Empereur, ainsi appellés à comtande : d'où vient qu'on a appellé les Comtes Palatinis chez qui étoient toujours au Palais au côté du Prince, & qu'on nommoit aussi Comites à latere. Du tems de la République on appelloit Comites ou Comtes, chez les Romains, tous ceux qui accompagnoient les Proconsuls & les Propréteurs dans les Provinces pour y servir la République, comme les Tribuns, ceux qu'on nommoit Prafeiti, les Ecrivains, &c. Cela paroît par l'Orallon de Cicéron pro C. Rubirio Posthume, n. 13. Sous les Empereurs les Comtes étoient tous les Officers de la Maison de l'Empereur. Il semble qu'on peut faire commencer les Comtes dès le tems d'Auguise, qui prit plusieurs Sénateurs pour être ses Comtes, ainsi que Dion le rapporte, livre LIII. c'est-à-dire, pour l'accompagner dans ses voyages, & pour l'affister dans les affaires, qui se jugeoient ainsi avec la même autorité que si elles eussent été jugées en plein Sénat. Gallen paroît avoir aboli ce Conseil, en défendant aux Sénateurs de se trouver dans les armées, & ses successeurs ne le rétablirent pas. Mais s'ils n'avoient pas avec eux un corps de Sénateurs, ils ne pouvoient pas manquer d'avoir un Conseil de gens de mérite. Decebale, Roi des Daces sous Trajan, voulant peut-être imiter les Empereurs, avoit aussi ses Comtes, qui étoient considérables, mais qui n'étoient pas les premiers. C'est Dion qui nous l'apprend, livre LXVIII. Ces Conseillers des Empereurs étoient donc véritablement Comtes, c'est-à-dire, compagnons du Prince, & ils en prenoient quelquefois le titre, mais en y ajoutant le nom du Prince qu'ils accompagnoient. Ainsi c'étoit plutôt une marque de leur emploi qu'un titre de dignité. Constantin en fit une dignité, & c'est sous lui qu'on commença à le donner au *Comte* Denys, & à divers autres, & cet usage étant une fois établi, on le donna assez indifféremment, non-foulement à ceux qui faisaient la Cour, & qui accompagnaient l'empereur, mais généralement presque à toutes sortes d'Officiers, comme on le peut voir par la longue liste qu'en a fait du Cange. Ainsi, quoique le titre ou le nom de *Comte* fût en usage avant Constantin, ce n'étoit point encore le nom d'une dignité particulière & déterminée. C'est cet Empereur qui en fit une dignité, & qui divisa les *Comtes* en trois ordres, ainsi que nous l'apprend Enébe, dans la vie de ce Prince. Les premiers portoient le titre d'Illustres, *Illustres*. Les seconds celui de *Clarifons*, & endette *Spessables*. Les troisièmes se nommaient Très parlées, *Perfections*. Le Sénat étoit composé des deux premiers ordres : ceux du dernier n'y entoient point ; mais ils jouissent de plusieurs privilèges des Sénaïens. Il y avoit plusieurs espèces de *Comtes*, dont les uns servaient du terre, & les autres sur mer. Le premier de tous s'appella dans le bas Empire Protocome, *Protocomes*. Conflurex Spelman, *Glosar*. *Archeal*. & du Cange, qui fait un Catalogue de tous les différents genres & nous des *Comtes*. A l'initiation de l'Empire, les François, les Espagnols, & les Allemands appellèrent *Comtes* les Courtiens ; les Seigneurs qui étoient à la Cour des Rois. Comme on envoyait de ces Courtiens dans les Villes pour les gouverner, ils s'en font rendus les maîtres : ce qui a fait les *Comtes* d'aujourd'hui, qu'on appelle *Comtes Palatin*, dont il y en a sur le Rhin, en Saxe, & en Laface. Il y a eu aussi des *Comtes Palatin* en France sous la seconde & la troisième Race. Il y a eu particulièrement des *Comtes Palatin* en Angleterre, en Aquitaine, en Sicile, en Toïse, & chez les Rois Goths d'Espagne. Les Papes mêmes ont eu leurs *Comtes Palatin*. Voyez du Cange. C'est de là que les Italiens ont appellé *Comtes* les gens qui font à la suite des Seigneurs, & qui les accompagnent dans leurs voyages. Ces *Comtes* n'étoient point inférieurs aux Ducs : on a remarqué même que les *Comtes* avoient des Ducs sous eux. En France il y a eu des *Comtes* de Champagne, de Provence, &c. qui étoient Gouverneurs des Provinces, aussi bien que les Ducs. Mais il y avoit des *Comtes* inférieurs, qui étoient simplement Juges, & Gouverneurs des Villes. Chez les Empireurs le nom de *Comte* étoit un titre qu'on donnait à plusieurs Officiers, comme, *Comtes aravi*; *Comtes sacram largitiorum*; *Comtes sacri confiteri*; *Comtes curia*; *Comtes capella*; *Comtes archiatorum*; *Comtes commemcorum*; *Comtes vesilarum*; *Comtes barrerum*; *Comtes opsoniorum*, *ans annua*; *Comtes damoflorum*; *Comtes equorum regiorum*, *ans Comtes fabuli*; *Comtes domorum*; *Comtes excubitorum*; *Comtes meariorum*; *Comtes legum*, *fou profesor in Jure*; *Comtes limitum*, *ans marcorum*; *Comtes maritima*; *Comtes parris Roma*; *Comtes parrimoni*. C'étoient des Officiers en chef, dont il est parlé en plusieurs endroits du Droit Romain. On donnait aussi le titre de *Comte* pour honorer ceux qui étoient bien servi le Public. Par exemple, dans le Code, cette qualité est donnée aux Avocats & aux Professeurs en Jurisprudence, qui avoient servi vingt ans. Les François, lorsqu'ils pafferent dans les Gaules, n'abolirent point la forme du Gouvernement des Romains. Comme les Gouverneurs des Villes & des Provinces s'appelloient *Comtes* & Ducs, ils ne voulurent point y apporter de changement. Ces Gouverneurs commaient à la guerre, & pendant la paix ils renoient la Justice. Ainsi les *Comtes* du tems de Charlemagne n'étoient autre chose que les Juges ordinaires, & tout ensemble Gouverneurs des Villes. Ils étoient au-dessous des Ducs, & des *Comtes* qui étoient aussi Gouverneurs de Provinces. Ces derniers avoient tous ces des *Comtes* constitués dans les Villes particulières, & ne céloient point aux Ducs, qui n'étoient, comme les Comtes, que simples Gouverneurs de Provinces. Ces *Comtes* rendirent leur dignité héréditaire sous les derniers Rois de la seconde Race, qui étoient trop folles pour se faire obéir. Ils usurpèrent même la Souveraineté lorsque Hugue Capet parvint à la Couronne. Son autorité n'étoit ni assez reconnue, ni assez afférente, pour s'opposer à ces usurpations. C'est de là qu'est venu le privilège des Comtes de porter une couronne fut leurs armes. Ils la prirent alors, comme jouissant de tous les droits des Souverains. Mais peu à peu les Rois ont remis ces Comtes sous leur obéissance, & les ont réunis à leur Couronne. Ainsi la qualité de *Comte* est aujourd'hui bien différente de ce qu'elle étoit autrefois : ce n'est plus qu'un titre que le Roi accorde en érigeant une Terre en Comté, avec la réserve du ressort & de la Souveraineté. On a autrefois disparé si le Marquis a la présence sur le *Comte*. Une raison de douter, c'est qu'il y a des *Comtes* qui sont Pairs, & qu'il n'y a nul Marquis qui le soit. Alciat a traité cette question. Aujourd'hui la chose est décidée, le Marquis précède le *Comte*. Lorsque les *Comtes* étoient Gouverneurs de Provinces, ils n'auroient pas cédé la présence aux Marquis. Voyez du Tillet dans son Recueil : il y parle en plusieurs endroits de la dignité de *Comte*. Voyez aussi Lymnaus, *Notitia Regni Francia*, liv. rv. ch. 8. & le Glossaire Salique de Chillet, au mot *Comtes*. Les Allemands appellent un Comte *Graf*, mot qui, si l'on en croit un Critique moderne, signifie proprement Juge, & est dérivé de *Gravio*, ou *Grafie*, qui se trouve souvent dans les Loix Saliques & Remains, & qui vient du Grez, ne s'étant fait que depuis la translation de l'Empire à Constantinople, au sentiment de Chillet, *Glos. Salic*. Pour ce qui est de l'érymologie & des différentes significations de *Graf*, voyez Wachter dans son *Glosar*. *German*. à ce mot. Il y a eu en Allemagne plusieurs sortes de *Comtes*; *Gavoi*, les *Landgraves*, c'est-à-dire, *Comtes* des Provinces, les *Margraves*, c'est-à-dire, *Comtes* des frontières ou des limites; les *Bargraves*, c'est-à-dire, *Comtes* des Villes; les *Pfalgraves*, c'est-à-dire, *Comtes* du Palais, ou *Comtes Palatin*. Ces derniers sont de deux sortes : les uns sont du corps des Princes, & ce sont ceux qui ont eu l'investiture d'un Palatinat : les autres n'ont que le titre de Comte Palatin, & n'ont pas l'investiture d'un Palatinat. On a appelé aussi *Comtes* les Chefs des Troupes Militaires, qui menaient la Noblesse à l'armée, & même plusieurs Capitaines : d'où vient qu'on a encore conservé le nom de *Comte* à celui qui commande aux Forçats. Comme on a dit qu'on donnait le nom de *Comte* aux Juges de plusieurs Villes, de là sont venus les *Protocomes*, qui sont encore Juges dans la Normandie. L'Empereur Maurice, parlant des *Comtes*, dit qu'ils sont com- me les Tribuns des Soldats, & les Chefs des Baches & des Troupes de Soldats. L'Empereur Léon dit à peu près la même chose. Voyez Curopalates, qui rapporte les fonctions des Comtes à la Cour, & auprès de la personne de l'Empereur. En Angleterre on appelle Comtes les fils des Ducs, & Vicomtes, les fils des Comtes. Comte s'est dit quelquefois pour Vicomte, selon la remarque de M. Ménage, dans son Histoire de Sable, liv. ii. chap. 1. page 18. & dans ses remarques sur cet endroit, page 318. M. de Marca a remarqué dans son Histoire de Béarn, livre iii. chap. 3. §. 1. que le mot Consul est pris dans les Auteurs du moyen âge pour signifier un Comte, & celui de Proconsul, ou Viceconsul, pour un Vicomte.
CONARDS. Abbé des Conards. On appel- loit de la sorte à Rouen le chef de certaine Farce, où les sottises des particuliers étoient jouées. De candinarus, fait de canda. C'est de tout tems qui on représente un fort, en le peignant avec une queue de Renard, qui lui sert de cravatte. Voyez la note 8. sur le chap. 9. du 1. livre de Rabelais. Le Duchat.
CONCERT. Quelques-uns le dérivent de concentus, comme carmen de canimen. D'autres de concertare; comme si les divers sons combattoient les uns contre les autres. Je crois qu'il vient de conservum; quasi dicas ex variis sonis contextum & compositum. Huet.
CONCHE. Comme quand on dit, En bonne conche. De complica, fait de comptus. M.
CONCHIE. De concacatus: qui se trouve en la Loi Salique, tit. 31. §. 2. Bourdelet, dans ses Etymologies manuscrites, cite sur ce mot de conchie, ces mots d'un vieux Glossaire Latin, conchagatum, fordidatum. Je ne sais ce que c'est que ce vieux Glossaire. M.
CONCIERGE. Buice, sur les Pandectes, à l'endroit où il traite du paragraphe Si inquisit, de la Loi Sed addes, au Digelle Locati, a écrit ce mot par un C, comme il est ici écrit: Ab insula, insularius dictus, qui lingua vernacis conciergus vocatur: cujusmodi homines esse folent in dominus Principum, qua insula plerumque sunt, id est, a privatarum dominus distincta. Robert Etienne & Nicot, dans leurs Dictionnaires François, ont suivi la même orthographe. Mais il est sans doute que ce mot doit être écrit par une S; car il a été formé de conservus, dit à conservando. Et il en a été formé de la sorte: Servus, sirevus, (d'où l'Exiggnol sirebe) conservus, conservus, conservus, CONCIERGE. Et c'est ainsi que ce mot se trouve écrit dans les vieux livres. Les Latins ont dit de même custodia, à custodiende, pour dire, celui qui garde les prisonniers. Tibulle: Sed pretium si grande feras; custodia vicia est. Saint Jean Chrysostome & Théophylacte sur le chapitre 17, de Saint Matthieu: Kugulia 5 wasa vuisaius, nityvau 6 quauui, si 7 quadeverne quavalia, kugulia 8 vusaius. Et comme de conservus nous avons fait CONCIERGE, de conservaria nous avons fait CONCIERGE. Le Pere Labbe a eu une pensée particulière sur l'étymologie de ce mot concierge. La voici: Concierge ne vient point de conservateur, mais d'un mot ancien, scatio, qui signifioit un guichetier, un huilleau; ostiarius: d'où ont été formez, obscarios, carcerum custodes, dans la Loy des Allemands. Et d'autant qu'ils estoient plusieurs à garder les prisonniers, on a fait de consécrationes CONCIERGE: & avec le temps, qui adoucis & umelitis tout, CONCIERGE. Dans plafierge- Chantes anciennes on fait rencontre de Duces, Comites, Vicecomites, Castaldiones, Aldion, 2, Scariones, &c. Mais il n'est pas permis à toute sorte de gens de pénétrer dans ces secrets de nos Antoquites. CONCIERGE, selon l'analogie, ne peut venir de conscario. M.
CONDAMINE. Voyez condamine. M. CONDANNADE. Jeu. Il y a une Lettre dans Marot, qui a pour titre: Epistre qu'il perdit à la condemnade contre les couleurs d'une Damolfselle. Et dans Rabelais, au chapitre des Jeux de Gargantua, il est fait mention de ce jeu. Je me souviens d'avoir lu condemnata, en la même signification, dans des Auteurs Italiens plus anciens que Marot & Rabelais: ce qui me fait conjecturer que ce jeu nous étoit venu d'Italie. Jean de la Case fait mention de ce jeu dans son Capitolo della Stizza. M.
CONDANNADE. Coquillart, dans ses Droits nouveaux: Puis quant la Bourgeoise est en galles, Une caterve, une Brigade, Vient jouer au son des cymbales Au glir, on a la condamnade. C'est un jeu de cartes. Jean Marot, dans son Voyage de Gênes, page 41. de ses œuvres, édit. de 1713. C'est mal joué le jeu de condemnade, A qui Roy vient quant une valse demande. Le Duchat. CONDE: nom de lieu. J'ai traité de l'étymologie de ce mot dans mon Histoire de Sable, à la page 230. Et voici comme j'en ai parlé: Du tems de Saint Martin, qui mourut en 400. & du tems de Grégoire de Tours, qui mourut en 596. la Vienne entré dans la Loire à Cande, lieu célèbre par la mort de Saint Martin, & qui a été ainsi appelé de la fonction de ces deux rivieres. Car, comme je l'ai déjà remarqué, Cande, Candé, & Condé, sont mots synonimes, qui signifient le Conducens des Latins, le Conducens des François, & le Coblens des Allemands. Et si on en croit l'Auteur de la Vie de Saint Romain, qui vivait il y a pris de 1200. ans, ces mots de Cande, de Candé, & de Condé, sont d'origine Latine, & non pas, comme le croit M. du Cange, & comme je l'ai cru autrefois, d'origine Candoise; étant faits du Latin condette, qui signifie se cacher: à cause que l'on des deux fièvres se cache dans l'autre, & qu'il y perd. Hic namque bifida fluviorum in solidum concurrente natura; mox etiam ab unitate elementi jam conditi, Condatiscone loco vulgus indidit nomen. C'est à l'endroit de cette Vie de Saint Romain, où il est parlé du Monastère de Saint Claude dans la Franche-Comté, appelé en ce tems-là Condatisco. Cande, en Touraine, est appelé Condate dans tous les manuscrits de Grégoire de Tours. M.
CONDOMINE. On appelle ainsi dans le Haut-Languedoc une grande pièce de terre qui a quelques droits Seigneuriaux. On l'appelle dans le Bas-Languedoc, condamine. De condamina. Voyez le Glossaire Latin de M. du Cange aux mots condamina, & condamina. M. CONFECTION D'ALKERME'S. C'est un Eleżuaire, dont Méfuit est l'Anteur, composé de dix ingrédients ( sans y comprendre le sucre ), lequel a pris son nom de sa base, qui est la soye crue, teinte au sac de Kermis. Ce sont les paroles de de Meuve, dans son Dictionnaire Pharmaceutique. Touchant l'étymologie de Kermis, voyez ci-dessous au nom cramois. M.
CONFIRE. CONFISEUR. CONFITURE. CONFITURIER. Le Père Labbe, page 47. de la 2. partie de ses Etymologies Françoïles : CONFITURE, CONFISSUR, CONFITURIER, & CONFERE, viennent de condire, condieux, & conditues, plutôt que de confier, confector, & confecteurs : que que l'on dise confecteur. d'Alkermes, de Jacinthe, &c. Le Père Labbe s'est ici mépris. Tous ces mots viennent de confier : d'où les Italiens ont aussi fait confeti, & les Espagnols, conficar, confiter, & confecion. Les Espagnols disent aussi confecteur, pour dire confire : qu'ils ont fait de confecteurs. Tout cela ne permet pas de douter que notre mot François confire, ne vienne de confier, confier, confier, confier. C'est aussi l'opinion du grand Etymologiste M. de Caïeneuve, lequel a fort bien remarqué, que Confectionarius le prend pour Apoticaire dans cet endroit des Loix Siciliennes & Napolitaines, titre 34. L. 3. Quod pervenit ad notitiam suam, quid aliquis Confectionarius minis bene confeciar, Curia demontialis. M.
CONFISQUER. De Confiscare. Les Glofes anciennes : conficar, confier. Voyez risquer. M.
CONFITURE. C'est ainsi que maintenant nous appellons les fruits confies au sucre & au miel. Ce mot, & le verbe confire, viennent du Latin conficare, qui en la moyenne Latinité significis compofer non medecine. Les Loix Siciliennes & Napolitaines, liv. 5. tit. 34. L. 3. Quod pervenit ad notitiam suam, quid aliquis Confectionarius minis bene confeciar, Curia demontialis. Ces Confectionarius c'est l'Apoticaire, & confectio, la medecine. Le même Confectionarii vers faeces confecteurs expensis suis cum confitis Medicorum. Encore appellons-nous confecteurs, certains remèdes compoies par les Apoticaires, & ordonnés par les Médecins. Caïeneuve.
CONFLANS. De confluent. Il y a près d'Angers un village qu'on appelle Esconfans, de ad confluent. M.
CONFRAIRIE. Badée sur les Pandettes, au feuilles 71. versé, a parlé de l'étymologie de ce mot en ces termes. Sont autem phratris apud Aristoteles, ut id obiter dicam, cormentus quidam hominum, aut etiam conventicula, quasipagi, propria sibi sacra, peculiarisque, communior habentium : ab eo dicta platautis, quid communi praes atatur : quod Groce quia dicitur. Quo nomine priatum, quas Confrateles badie dicimus, id est, communem quandam religionem, appellata esse puro : non autem ab eo quid fratres sint ibi, inter quos cultus ille sanctorum quomandam intercedit. Phatares autem Græci diantum, id est, ejusdam phæstria : ut tribulus. Hadie epulones, epulonesque, diciis fortasse paëium ; ut qui plerumque epulendi magis quam autem divini gratia compatiam, mere gentilium epulonum. Badée se trompe. Confratris a été fait de confratria, fait de confrater, qui se trouve dans l'est de Chartres, éprise 132. comme confieur, dans Césaire, livre 12. chap. 36. A l'égard du mot Grox quivique, je ne crois pas non plus qu'il vienne de quise quivique, dans Hérfychius, est interprété par Aristote, c'est-à- dice, vers. On a aussi dit quivique : d'où, monique, Confraires exigé vocant via monique, dit Scaliger, dans ses Etymologies. Vannoniens. ¶ Au lieu de confirair, on prononce à Paris Confrérie : & c'est comme il faut prononcer. M.
CONGE. De commeatus, qui signifie souvent dans les bons Auteurs, la licence, le congé, ou le sans-conduis, qu'on donne aux soldats y'a été formé le Latin-berbare comiatus, duquel nous avons tiré congé; mais avec cette différence, que commeatus ne s'entend que de la licence donnée aux soldats, & comiatus se prend pour toute sorte de licence & de permission. Les Capitulaires de Charlemagne, liv. 5. tit. 16. Mulier si sine comiata viri sui velum in capus suum misèris. Et au tit. 2. parlant d'un Prêtre dégradé & excommuné : Aliquid de son officie sine comiata facere presumpseris. Les Annales de France dans le 1. volume de Duchesne : Et per suum comiatum rediis ad patriam. Caïeneuve.
CONGE. De commiatus, dit pour commeatus. Commeatus, commiatus, comiatus, conge. Les Capitulaires de Charlemagne, vi. 16. Mulier si sine comiata viri sui velum in capus suum misèris : c'est-à-dire, ainsi que porte l'Incétipion, sine licentia. L'Epitope de l'Empereur Chlocaire, des Constitutions de Charlemagne de son aïeul, tit. 1. ch. 21. Placuis etiam nobis, ut quacumque nomina potestatem habet per commeatum viri sui vendere, habeat potestatem & donare. Voyez le Glofsaire de M. Rigant au mot nonum. Anclément nous écrivons congé. De commiatus, les Italiens ont fait de même congés. Lucas Molitenius, sur ces mots du Martyre de Sainte Perpétue & de Sainte Félicité, AN PASSIO SIT, AN COMMIAUTUS : Ut multa alia voces ex Caïrnes disciplina ad sacram Christi militum traduta, ita & commeatus vocabulum. Est autem guillare Fefo, tempus que iri redicque possi, ab Imperatore Militibus dari confuerum. Unde Apotelus libro 2. Amatoria militia brevem commeatum indult. Et in Codice, Milites datia commeatibus, vel per commeatus, dimitii dicuntur. Et hoc modo dimiss, Commeasales vocantur. Ita Hérfychius, napulus esse ait, flacenam naguatus vi aque Sinai hoc est peritam liberis abendi licentiam accipere. Et inofficiis : Commeatus, ilucia, quasi discendendi atque mundi, quo volis, facultas. Ital. 3. D. de Paris : Nemo potest commeatum, remeutumve, dare exuli, nisi Imperator ex aliqua causa. Haïti hoc vox in Lingua Italica vulgaris usque ad hodiernum usum : nisi quod rum nēra rem militarem extenditur ad omnem cuijuvis à quovis abendi facultatem (a) Voyez mes Origines de la Langue Italienne au mot conge, & Voëssus de Fistis Sermonis, & M. du Cange dans ses Glofsaires. M.
CONGEDIER. Donnat congé. Il vient de commiatus, de même que congé. Le Duchat. CONJURER : pour prier instamment. De conjurare : qui se trouve en cette signification dans Grégoire de Tours, liv. v. de son Histoire, ch. 35. C'est à l'endroit où il est dit que la Reine Austrigilde étant à l'extrémité, de attribuant la cause de sa mort à ses médecins, elle dit au Roi Gunthran, son mari : Et ne ideo, multa mers mea praeserat, quase, & cum sacramentis interpositionis conjure, ut cum ab hoc luce discosero, statim ipsi gladio trucibrum. ¶ Voyez Raguem au mot conjurer. M. (2) Unatur etiam uster: Latinis Seriporum, dit M. du Cange ; & il a raison. On trouve dans Pline le jeune, liv. III. épit. 4. Aristote commiatus, &c.
CONNETABLE. Par corruption, pour Connetable, de Comes stabuli. Turnébe, livre 18. de ses Adversaires, chapitre 2. Qui apud nos summons est militia Dux & Magister, quem Connetabilem dicunt, non datitque quin Comes Stabuli appellari debent: prafertim cum & apud Aluminium Marcellinum Tribunum Stabuli legam: & apud Volaterianum reperiam in aula Constantinopolitana Comitem Stabuli fuisse. Cujas, sur le premier titre du livre premier des Fiefs, page 246. de l'édition de Nivelle: Cupis & Prafeelus quilibri Comes appellari: ut Navarchus, vel Eustathio tefo in illum Homeri locum: Lac & vit apxic atio thunipice iem. Et Prafeelus equorum regiorum, Comes Stabuli primum, deinde corrupte Connetabulus, tam in Orientis quam in Occidentis imperio: cujus appellationis veriverbium aliud, quod Thomas retulit, libro de regimine Principum, miror ut non omnibus moveat risum: quem ut conciliares lecariibus, mihi videtur, non in eo tantum, sed in aliis omnibus, toto libro delirafe: aut verius, sane non putem summo Philofophe, & pane ab Aristotele secundo, verum tam ineptum excidisse. Cujas a fort bien devine. Ce Traité de Regimine Principum n'est pas de S. Thomas, mais d'Agidius Colonna, selon Bellarmin dans ses Ecrivains Ecclésiastiques, ou d'un Bartholomeus Lucensis, selon le P. Theophile Rainaud, Jésuite, dans son Traité de bonis & malis libris. Voici au reste l'étymologie du mot Connetabilis de ce prétendu S. Thomas: Aliud etiam nomen est, quod Cuneus appellatur, quasi Coiteus; quod est, in unum collecta multitudo ad pugnandum; & maxime neceffarius in bellando: de quo in Deuteron. dicitur, quod quisque sue cuneos preparabat ad bellum. A quo forte Connetabulus vocabulum trabit, apud modernos usitatum. C'est au livre 4. ch. 18. Celle de du Molin, de Cuneus stabilis, n'est pas plus raisonnable. C'est dans ses Commentaires sur le Coutume de Paris; selon le témoignage du sieur des Accords. Voici les termes de ce sieur des Accords, qui sont de son Chapitre des Allusions: Le savant du Moulin; comme quelquefois les plus grands personnages s'endormens; a pris grande gloire en ses Commentaires sur la Coutume de Paris, d'avoir dérivé ce mot de Connetabilis, de Cuneus stabilis. Et cependant, il semble que l'Auteur du livre du Pèlerinage de l'âme ait visé à cette ridicule étymologie, par ces vers: L'autre bras, sont ceux appelés, Qui ont offices principaux Sur gendarmes; comme Mareschaux, Et Chevetains, qui appeller Ne sais pas bien, ne tous nommer; Qui conduisent les Guerroyeurs; Soit à pie, ou soient Seigneurs Privez, ou Soudoierie. Sur tous lesquels est établi Le Connetable, qui hardi Doit estre, & tres-bien stable, Sans oncques estre muable. De Comes stabuli, les Italiens ont fait de même Connetabile. L'Ammirato, liv. 1. de ses Histoires de Florence: Interne questi tempi, (756.) parimente incominciò ad apparire primieramente questa nuova voce, e dignità di Connetabile; che, secundo il suono e terminazione della Lingua Latina, Comes Stabuli, cioè, Comte della Italia, fu chiamato. Et de Connetabile, pour le marquer en passant, les Florentins ont fait Connetabile, par corruption. M.
CONNETABLE. Selon Albert Krantz, liv. 5. chap. 41. de son Hist. de Fulde, l'office de Connetabile, sous les deux premières races, étoit proprement le même que celui de Maréchal chez les Allemans: aussi les premiers & anciens Etats de France ne font-ils aucune mention des Maréchaux de France, qui n'ont commencé que sous la troisième race. Le Duchat.
CONNIL. De cuniculus. C'est ainsi que les Latins ont appellé cette forte de lièvres. Martial: Gandet in effessis habitare cuniculus antris. Monstravit tacitas hostibus ille vias. Et ce mot a été fait du Grec n'est, non comi, cunicus, cuniculus. Varron, Pline, Ellen, & Galien, qui ont écrit que c'étoit un mot Espagnol, se font trompetté. Voyez mes Aménités de Daçit au chap. 3. Il me reste à remarquer que connil a été formé de cuniculus, en cette manière: cuniculus, cuniculus, CONNIL. Au lieu de connil, nous avons dit aussi cuniculus. M.
CONNILLER. Montagne, livre 2. ch. 12. Comment la Philofophie, qui me doit mettre les armes à la main pour combattre la fortune; qui me doit roidir le courage pour fouler aux pieds toutes les adversités humaines; vient-elle à cette mollette de me faire conniller par ces détoires concords & ridicules? Cette façon de parler, qui est fort en usage dans l'Anjou, a pris son origine des lapereaux, que nous appellions autrefois connils, lesquels vont se cachant dans les hayes. M. - CONQUERANT. De conquerus, entis. Les anciens Latins ont dit quarre verbes, pour dire conquérir des Villes. Propérce, liv. 3. Eleg. 17. Hic ubi mortaleis dextra quam quarre verbes Ovide: Nec minor est virtus, quam quarre, parta mari. De conquérere, composé de cum & de quarre, on a fait le vieux mot François conquérre. Et de conquérire, dit par métaplaïsme pour conquérere, nous avons fait conquérir; & de conquérisare, formé de conquérisum, nous avons fait conquérer. M.
CONROY. Ordre. Froissart, édit. de Jean Petit. Vol. 1. fol. 124. 1°. Ces François, qui de ce ne se donnaient garde, furent si effabys, que ils ne tinrent point de convey, ainsi se mirent en fuite. Voyez CONROY. Le Duchat. CONSIGNER: pour déposer. Voyez Cujas sur la Loi dernière du VIII. Traité ad Africanum. M.
CONSISTOIRE. Appellé de la sorte parce qu'originairement ceux qui en étoient membres, opinoient debout, pendant que le Prince seul étoit assis. S. Ambroise, épit. 1. v. dans du Cange, au mot Consistorium de son Glossaire L. B. ubi sedit (Princeps) in consistorio, ingressus sum: asurtaxis princeps ut obsculum daret: ego inter consistoriasum steti. En France les Maîtres des Requêtes rapportent debout lorsque le Roi est présent au Conseil. Le Duchat.
CONSOUDE. Nom d'une plante, appellée ainsi ainsi du Latin consolida, à cause de la propriété qu'on attribue a plusieurs de ses espèces de consolides les pluies.
CONSTIPE. Le Glossaire de Vendôme : *Stipatus*, *conspira*, *constritus*. M.
CONSULTE. De *consula*, qu'on a dit pour *constrito*; comme *missa* pour *missio*, *remissa* pour *remissio*, *nita* pour *nisto*, *instinta* pour *instintis*. Voyez M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 185. *Consulte* se dit ordinairement des Médecins, & *consultation* des Avocats. M.
CONTE. C'est proprement le discours de quelque chose agréable & sacéleule. Et parce que la principale grace des contes consiste en la brévité, ce mot est sorti du Grec-barbare *navit*, qui parmi les derniers Grecs, comme témoigne le Jésuite Gretier, sur le ch. 1. de *Curopalates*, signifie un *divigé*. Aussi dans le même *Curopalates*, *scolanus* signifie ce que les Musiciens appellent *Adoter*; ou bien ce que dans les Offices de l'Eglise on appelle *Responsorium breve*. La Couronne précieuse : *Corte*, *navice* *juniper*. Caseneuve. CONTER : pour *racouter*. De *commentari*. M. CONTESTER. *Débastre* & *disputer* en quelque occasion & sur quelque matiere que ce soit. Nous l'avons formé de *contestari*, dont pourtant la vraie signification ne s'étend pas au de-là des choses débattues en Justice, & preuves par témoins. Feltus : *Contestari*, est *cum utetque reus dicis*, *Testes estate*. Et selon les Jurisconsultes, *contestari* *litem dicuntur duo aut piures adversarii*; *quod ordinato judicio utraque pars dicere solet*, *Testes estate*. Aussi *littis contestari*, est proprement lorsque le procès commence d'être instruit, & que les parties de part & d'autre alléguent leurs preuves. *Lis tunc contestata videtur*, *cum Index per narrationes negotii causam audire caperit*. L. 1, Cod. De lit. *Contest*. Ce qui se voit clairement dans ces paroles d'Aule Gelle, liv. 5. chap. 10. *Peters institit ex paulo mercedem*; *litem cum Evathio contestatur*: & *cum ad judices conjicienda contestandaque causa gratii venissent*. Mais comme les mots sont transférés de leur premiere signification, il ne faut pas trouver étrange si nous appliquons le verbe *contester* à toute sorte de débats, puisque les Auteurs de la pure Latinité prennent souvent *contestari*, pour ce que nous appellons *protester*. Caseneuve.
CONTESTER. Anciennement on disoit *contester*. Les grandes Chroniques Françoises : *Poucequ'ils ne pouvaient contester à eux ny à leur force*. Ce qui a fait croire à quelques-uns que *contester* avoit été fait de *contra stare*. Il l'a été de *contestari* Voyez M. de Caseneuve. M.
CONTRASTE. On disoit autrefois *contester*, pour dire, *avoir ensemble quelque contraire*: & on le trouve ainsi écrit dans d'anciennes Chartres. *Contester* vient de *contraire*. Car *ester* se disoit pour *stare*. *Estes à droit*, *stare in judicio*. Huet. CONTRE : pour *ampres*. De *contra*. M. de Saumais sur Solin, page 1094. CONTRA, *pro juxta*, *vel prope*, *insuma Latinitas posuit*: *quod nos in idiomate quoque nostro habemus*. *Graci hodie navoi dicunt*, *pro 1776* & *prope*: *quod ex Latino contra*. M. CONTREBANDE : Comme quand on dit, *marchandise de controbande*. De l'Izalien *contrabande*; qui veut dire, *contre le ban*: c'est-à-dire contre la publication, contre les défenses. Voyez *ban*. M.
CONTRE'E. Il est fait de *contrata*, Latinbarbare, qui signifie même chose. Les Loix de Sicile & de Naples, livre 5. titre 38. *Statutiones*, *in utraque contrata*, *tam in servis domanii nostri*, *quam in Baronum*, *Cuminum*, &c. Caseneuve.
CONTRE'E. De *contrata*. Le Stile ancien du Parlement, partie 5. titre 46. paragraphe 14. de l'Ordonnance de Charles VIII. *Volumen insuper, quod*, *Ordinariens Philippi Pulchri*, *Caroli v. Caroli vi*, & *pradecessorum suorum per Carias Parlamentales*, *in qualiter Contrata*, *prout ipsi privilegia* & *consuetudines Contratarum pertrium*, *de catere confudiantur in Buriis Bailliorum*, *Senesballorum*, & *aliorum Judicum*, *publicentur*. Voyez M. Bignon sur Marculfe, & M. du Cange dans son Glossaire. *Contrata* a été fait de *contraire*, dont les Italiens & les Espagnols ont aussi fait *contraire*. M.
CONTREFAIT. Ceux dont les membres ont une figure contraire à la naturelle conformation du corps humain, sont appelés *contrefaits*; ou parce qu'ils sont faits contre la forme ordinaire des hommes; ou bien parce que d'ordinaire ils sont contrefaits, c'est-à-dire, *contrelimités*, de ceux qui cherchent en la misère d'autrui un sujet de rire & de bouffonner. Toutefois il me semble qu'on pourrènt dériver ce mot de *contraire*, qui dans les Auteurs du tems moien, signifie ce que *nous disons contrefaits*. Flodoard, dans l'Histoire du Rheims, liv. 4. chap. 41. *Contraire unus vrotius*; *cacus quidam illuminatus*; & *loquelam mutus adepus est*. Le même, chap. 42. *Tam media jacens contraire ubi corpus clamare*, *auxiliumque Dei* & *sancti Balderici depreciari*, *panlatim resolviter*; *primum quidem brachiis*, & *inde poplitibus*. Et le savant Moine de S. Gal, Herman, duquel nous avons une Chronique, fut surnommé *Contraire*, parce qu'il étoit contrefait. Nos anciens François appellent ces gens-là *contraire*. Herman de Valenciennes, au Roman de la Bible : *Et contraire redreciés*, & *malades sanis*. Or encore bien que *contraire* vienne proprement à *contraire* *nerorum*, je suppose que sur l'opinion qu'on eut que *contraire* étoit *quasi contra aitus*, on en forma le mot de *contrefait*: ce qui a de l'apparence, à cause de l'ignorance & de la barbarie des siècles passés. Caseneuve.
CONTREFAIT. De *contraire*: comme qui diroit, *faetus contra quam fieri operatis*. M. de Caseneuve le dérive de *contraire*, en la signification de *spasticus*. Voyez ses raisons. M.
CONTREMONT. Barthius, liv. VIII. de ses Adversaires, chap. 6. CONTREMONT, *quod hodie Galli dicunt*, *cum in altem aliquid agendum est*, est *Latinitatis de reliquiis*. Hyginus cap. 60. Sisyphus, qui nunc dicitur *saxum*, propter impietatem, adversus montem ad inferos cervicibus volvere. Contra montem *extat apud Apuleium*, lib. 7. Surfum monte *reperio in Agrimensoribus* M. CONTREPETIS DE COURT. CONTREPETERIES. Il est fait mention des *contrepeteries* dans Etienne Tabouret, Sieur des Accords, au ch. des *Antrissophes* & *Contrepeteries*, en ces termes. 1. De *certe inversum* de mots *nos perse ont trouvé une ingénieuse* & *subtile invention*, que les *contrisons* *anciennement* *appelleiem* des équivoques; ne *voulans user du mot* & *jargon des bons compagnons qui les appelleiem des Contrepeteries*. ¶ Rt F f f 410. pour le *Contrepetis de court*, qui est la même chose, il en est fait mention dans l'Art Poétique de Charles Fontaine, livre 2. chap. dernier. M.
CONTREPOINTE. Un mur contrepointé de bas relief, c'est une muraille sur laquelle on a taillé au ciseau toutes sortes de figures en bas reliefs. Rabelais, liv. 5. ch. 20. Puis nous menèrent en un petit cabinet tout contrepointé d'allarmes. Cette expression est prise du Roman de la Rose, où fol. 1. v. on lit ces mots : *Je vis ung verger lang & lé, Enclos d'ang hants mur rislement, Dehors entaillé vivement A maimes riches empoinitures. Les ymaiges & les païnes Du mur par tout je remiraj.* Ce mot vient de *contrapunés*, augmentatif de *contrapunge* is. Le Duchat.
CONTREPORTEURS. Pašquier VIII. 62. Les *Revendeurs des livres*, qui les portent à leur col par la ville, sont appelés. Contreporteurs, d'un mur corrompu, au lieu de Colporteurs. ¶ Nous les appellons aujourd'hui colporteurs. Je remarquerai ici en passant, qu'il faut dire *revendeurs de livres*, & non pas comme a dit Pašquier, *revendeurs des livres*. Cette faute est fort, familière à Pašquier. M. Le mot *colporteur* n'est pas une corruption de *contreporteur*. Celui-ci est l'ancien nom donné à cette sorte de Merciers, parce qu'ils portent leurs marchandises dans un panier appuyé contre leur estomac. Dans la suite on les a nommé *colporteurs*, parce que ce panier leur pend au cou. Le Duchat. CONVERS : comme quand on dit, *Frère Convers*, *Sœur Converse*. De *conversus*. Geoffroy, Abbé de Vendôme, liv. 4. ep. 10. *Omnia qua ille Conversus aversus in nos protuleris, vobis (vriere) noulumus*. Dom Emond Martène, dans son *Index Onomasticus*, imprimé à la fin de son *Traité de Antiguis Monachorum Ritibus*: CONVERSUS, *apud veteres Monachus, is erat, qui à facultari vita ad conversum venerat, vitam monasticam prosegurus: apud recentiores*, Frater Laicus. *Sed in his Ritibus, interiores altaris minibus, quos Ceroferarios*, Thuriferariose appellare *fidemus, significat*. M.
CONVOITER. Voyez ci-dessus *convoy*. M. CONVOITER. De *convoitare*: comme qui diroit, *votum facere*. M. CONVOY : *Convier*. Ce sont proprement les personnes qui accompagnent quelqu'un par honneur; comme aux funérailles, aux noces, & telles autres occasions. Il n'y a point de doute qu'il ne soit compellé de *con*, & de *via*: de même que *conviator*, qui signifie celui qui accompagne. Petrus Damiani, liv. 2. épit. 15. *Adraldus, dum in Burgundia regno mihi conviator incederet*. Le *Chronicon Angustrofe*, sur l'an MCI. *Hic Conflactinopolim praeterens, dum cum conviatoribus suis, multitudine non medica collecta, venire*. Ainsi *convier*, c'est proprement prier quelqu'un de nous accompagner par honneur, en quelque occasion où il faut marcher. De sorte que c'est abusivement que nous disons, *convier a diner, a jouer*, & semblables, où il n'est pas question de cheminer durant l'action pour laquelle on est prié. *Cuseneuve*.
CONVOY. De *conveitum*, dit pour *conveitio*: comme ENVOY, d'*inveitum*, dit pour *inveitio*. *Convoy de corps, convoy d'argent, convoy de viernes,* c'est *conveitio*. Et CONVOYER, pour *porter*, ou *menner*, vient de *convehore*, & par métaplésime, *convehore*, CONVOYER. Ainsi *voye*, au sens auquel nous le prenons, quand nous disons *une voye de bois, une voye de charbon*, est formé de *veha*, dit pour *vehura*. Mais lorsque *voye* signifie *chemin*, il vient de *via*, ou de *veha*, qui se trouve en cette signification dans Varron. Et nous disons CONVOYER, pour accompagner & conduire. En Latin *conviare*. Anastaie le Bibliothécaire, en la Vie du Pape Zacharie : *Rex usque ad Padum cum eodem viro convians, cum deduxit*. Et de-là, le *Convoy des Entrementes*. ¶ CONVIER, pour *prier*, semble venir de *conviare*. M. de Caseneuve le dérive pourtant de *conviare*, composé de *con*, & de *via*. Voyez ses raisons. M.
CONVOYER. Voyez *convoy*. M.
COPEAU. Menu. bois qu'on retranche ou qu'on rogne d'une grande pièce lorsqu'on l'abbat ou qu'on la raille. On disait autrefois *copeau*, mot fait de *couper*, qui l'a été lui-même du Grec *nivla*, lequel signifie *couper*, retrancher, tailler. Voyez ci-dessous *couper*.
COPENHAGUE. Ville Capitale du Royaume de Danemarck. Les Danois disent *Kobenhaven*, les Flamans, *Kopenhaven*, les Allentans *Koppenhagen*, & les François Copenhague & Copenhague. Cette Ville a été nommée ainsi à cause de son port qui est très-commode, & ce nom signifie *port des marchands*. COPHTES ou COPTES. On appelle ainsi les Chrétiens d'Égypte qui sont de la seche des Jacobites. Les sentimens sont fort partagés sur l'origine de ce nom. On n'est pas même d'accord sur la manière de l'écrire. Les uns disent *Cophus*; les autres *Cophus*; d'autres *Coptus*; & d'autres *cophita* ou *Coptia*. Nous disons ordinairement en François *Cophie*. Scaliger, dans son livre de *Emendation temporum*, page 205, prétend que ce nom vient de celui de *Coptus*, Ville d'Égypte, dans la Thébaïde, autrefois célèbre & fort marchande, dont il est fait mention dans Strabon & dans Plutarque. Le Père Kirker le réfute dans son *Prodromus Coptus*, ch. 1. & Scaliger lui même change de sentiment ailleurs. D'autres dérivent ce nom d'un prétendu Roi des anciens Égyptiens, lequel on nomme *Cobrio*. Jean Leon, dans sa description de l'Afrique, & d'autres après lui, disent que le nom de *Chibb*, qui est celui dont les Égyptiens appellent leur pays, vient de *Chibb*, qui est le premier Roi qui y ait regné. Vanlieb, dans la Préface de son Histoire d'Alexandrie, dit que l'Égypte a été ainsi nommée de *Copt*, fils de Méfraim, & petit fils de Noé, qui après avoir vaincu trois frères qu'il avait, régna seul dans tout ce pays. Tout cela sont autant de fables. Méfraim n'eut point de fils du nom de *Copt*; au moins l'Écriture n'en parle pas. Scaliger a pensé plus raisonnablement quand il a dit que les Ethiopiens appellent l'Égypte *Gipes* & *Gibera*; que les Égyptiens Mahometans appellent leurs compatriotes Chrétiens *Elchibb*, qui est la même chose que *Chibb* avec l'article Arabe; & que ces noms ont été formés de celui d'*Coptus*, par le retranchement de la première syllabe. Quelque vrai-semblable que soit cette étymologie, le P. du Soffier y trouve des difficultés. La première est que le nom Grec de l'Égypte est plus ancien C O P. C O Q. que son nom Egyptien. Pour obvier à cette difficulté, il croit qu'on pourroit dire que les Grecs ont fait leur *Leçon* du nom Egyptien *Gupti* ou *Gypi*, en y ajoutant le mot Grec *dan* pour *yafri* déserte qu'*Leçon* dit la même chose que *terra Gypterum*, la terre des Egyptiens. Cela n'est ni probable ni nécessaire. Il n'y a nulle preuve que les anciens Egyptiens aient été appelés *Gypi*, ou *Kapri*, ou *Copri*, & ce n'est point un inconvénient que le nom Egyptien d'aujourd'hui soit plus récrite que le nom Grec. Que les Grecs ayant été si long-tems maîtres de l'Egypte, & leur Langue ayant été si fort en usage, les Arabes survenant & trouvant *Leçon*, *Egyptus*, établi pour le nom du pays, ils l'aient abrogé, & dit *Elifet*, pour *Elifet*, rien n'est plus faisable: aussi ce sentiment est non-seulement celui de Scaliger, mais aussi du P. Morin, qui cinq sur cela le Talmud de Babylone, dans le Traité *Megilla* où les Egyptiens sont appelés *Gypes*; du P. Hardouin, cité par le P. du Sollier; & de M. l'Abbé Renandot. La seule raison plausible que ce Père oppose, est que tous les Egyptiens devraient s'appeller *Cophtes*, & qu'il n'y a cependant que les Chrétiens; que parmi les Chrétiens même, il n'y a que les Jacobites qui portent ce nom, & qu'on ne le donne point aux Melquites. Cela fait croire au P. du Sollier, que ce mot s'est formé du nom *Jacobite*, & que par le retranchement de la première syllabe on a fait *Cobite*, *Cobte*, *Copte*, ou *Cophte*. Il ne donne cependant ceci que comme une conjecture; mais il faut avouer qu'elle n'est point méprisable; quoique le sentiment précédent paroisse beaucoup plus vrai. Car, selon la remarque de M. l'Abbé Renandot, les Vocabulaires *Cophtes* & Arabes décident la difficulté, traduisant le mot *Leçon*, qui signifie Egyptien, par celui de *Kibti*, d'où nous avons fait *Cophte* & les Arabes dans leurs Histoires d'Egypte, dont il y en a un grand nombre, parlant des anciens Egyptiens, les appellent de même. Le P. Kirker, dans son *Prodemus Coptus*, ch. 1. distingue les *Cophtes* des *Cophes*; mais cette distinction est frivole. Ces deux noms sont aussi nouveaux l'un que l'autre, & viennent également du Grec *Leçon*, dont on a retranché la première syllabe. Il est vrai que le nom de *Cophtes* est demeuré particulièrement aux Egyptiens Jacobites. Les Arabes appellent l'Egypte *mefr*, & ils donnent le même nom à sa ville capitale, qui est le Caire. L'Arabe *mefr* vient sans doute de l'Ebreu *prum* *Imisfraim*, ancien nom de l'Egypte, laquelle fut ainsi appelée du nom de *Mefraim*, fils de *Chani*, & petit fils de *Nod*.
COPIE. En matière d'Actes & de Peinture, c'est l'extrait tiré de l'original. Il vient du *Lagin copia*, qui signifie *abundance*; parce qu'en faisant des copies de l'original, on multiplie une chose qui étoit unique en son espèce; ce qui est proprement *copiam alicujus rei facere*. Caïencave.
COPIE. De *copia*, dont les Auteurs de la Bafse-Latinité ont usé en cette signification. *Vayex Voffius de Vitis Sermanis*. Et cette signification est venue sans doute de cette façon de parler des Juifconsolaires: *copiam facere*, *copiam dare exercibendi*, pour dire, *dumme copie*. Ulpien en la Loi 1. au *Digestio de Edendo: Edere*, est *etiam copiam describendi facere*. En Normandie, on dit *recopi*, pour *famblable*. C'est *int sua recopi*. *Id.*
COPIEURS. Il y a une espèce de raillerie qui consiste à imiter & contrefaire les person- nes. Et de-là, *Cophers de la Flèche*. M. CORRONYME. C'est *fanno* que l'on donne à Constantin vs. Emperour de Constantinople, fils de Leon l'Ifourien, & Iconoclaste comme lui. Ce mot est Grec, & composé de *nive* *ferens*, & *Iacum minum*. Cet Emperour fut surnommé de la sorte; parce que dans la cérémonie de son hapsème, lorsqu'on fit les immersions, il fait de son ordure les fonts sacrés.
COPIER. Nicot : *COPTER* à *verbo nivu*; *id est*, percutio, pulso. *Hoc se te figui*, *hoc est*, *campanis templorum*, *eum non utrumque partem figui plaitrum furie*: *quod etiam TINTER dicitur*, *a tinnitu*. Fédéric Morel en donne la même étymologie: *COPOTER*, à *verbo Grace nivu*, *id est*, percutio, pulso. Il faut lire *coppeter*. Je crois que *copter* pour lequel on a dit ensuite *copter*, par abbréviation, a été fait de *colpeterum*, diminutif de *colpum*. *Colpum*, *colpo*, *coppo*, *coppette*, *coppetare*, *COPETER*. Je remarquerai ici par occasion, la différence qu'il y a entre, *fumer*, *bairdanner*, *tinter*, & *copter*. *Sumer*, c'est mouvoir la cloche, enforte que le battant frappe des deux côtés. *Bairdanner*, c'est mouvoir le battant seulement, pour frapper des deux côtés. *Tinter*, c'est mouvoir la cloche, enforte que le battant ne frappe que d'un côté: *Copter*, c'est faire battre le battant seulement d'un côté. *Id.*
COQ. Ce mot est fort ancien: car on lit dans le chap. 7. de la Loi Salique: *Si quis gallium aus gallium fureveris*. Les anciens exemplaires portent *cocum*: & les Glofes, *annifus* c'est-à-dire, *cantus*. Goldant tient qu'il vient de *annifus*, qui est un verbe formé de la voix du coq & du cocou. Quoi qu'il en soit, les coqs ont été ainsi appelés par une imitation de leur voix. Hadrianus Jugius croit que ce mot vient de *nivu*, qui signifie *tire*, à cause de la crête que les coqs portent sur la tête. *Caïencave*. COQIMBERT : qui gagne perd. Jeu de Gargantua, au livre 1. ch. 11. de Rabelais. À Metz les enfants en jouent un qu'ils appellent, c'est aujourd'hui la *faim Humbert*, qui quitte sa place la perd; ce qu'ils disent en prenant sans façon la place de celui d'entre eux qui s'est levé. Ce que je remarque, parce que comme à ce jeu de Metz, le nom de *Humbert* time avec perd; de même au jeu de *coqimbert*, *imbert* est le nom propre *Humbert*: De sorte que le jeu de *coqimbert*, qui gagne perd, suppose que quelqu'un qui avoit pris ou trouvé le coq d'un nommé *imbert*, croyant profiter de son larcin ou de son bonheur prétendu, trouve qu'il avoit plus perdu que gagné, en ce que ce coq lui convoit plus à nourrir pendant l'hiver, qu'il ne lui valait auprès de ses poules; ayant peut-être été repris par son maître à l'entrée du printemps. Le *Coqimbert* est aussi un jeu de quelles de la Touraine. *Le ducher*.
COQUARDE. Nœud de rubans qu'on met aujourd'hui sur la rectosité des chapeaux d'un homme de guerre. Je crois que ces nœuds ont succédé à ces plumes de coq que les Croates & autres milices Allemandes, Hongroises, ou Polonaises, portent sur le bonnet; vu que comme c'est une imitation, c'est de-là qu'on les a nommés *coparde*. On a porté jusques bien avant dans le sézième siècle, des bonnets appelés *bonnets a la coquarde*; F f f ij delques parle H. Etienne en son Apologie pour Hérodote, ch. 1. 2. après lui L. Guyon, l. 2. ch. 4. de les diverses leçons. Desquels bonnets voici ce que dit ce dernier : Les hommes, par-dessus une perruque épaisse & grave, partent un gros bonnet à la coquarde, en il y avait un rubras derrière, doublé de frise rouge, ainsi il enrit une demie mine de drap. J'en ai vu un à Paris qui pevoit quatre livres & dix onces. Il y en avoit d'autres plus honnêtes & plus légers, qu'on disoit à l'arbalette, avec l'apt on huit tours de rubans. Le Dichar.
COQUATRIS. Quelques-uns croyent que c'est le basilic. Haython l'Arménien dit que c'est le Crocodile, qu'on a nommé par corruption Coquสาร. Huet.
COQUE. De concha. Voyez coquille. M. COQUÉCIGRUE. Voici comme Messieurs de l'Académie ont parlé de ce mot dans leur Dictionnaire : QUOGUEIGRUE (c'est ainsi qu'ils écrivent ce mot) : substantif jemieux : se dit des choses frivoles, chimériques. Il nous vient conter des coquelignes. Il nous vient repaître de coquelignes de mer. J'ajoute à la remarque de ces Messieurs, qu'on dit qu'une chose arrivera à la venue des coquelignes, pour dire qu'elle n'arrivera jamais. Rabelais, livré 1. chap. 49. parlant de Picrocole : disons s'en alla le pauvre colérique : puis passant l'eau au pont buaux, & racontant ses males fortunes, fut avisé par une vieille lourpidion, que son royaume lui ferait rendu à la venue des coquelignes. Veneroni, autrement Vigneron, dans son Dictionnaire François-Italien : A LA VENUE DES COQUÉCIGRUES : quando gli affini voleranno. Et qu'à Paris, dans les cabinets des curieux, on appelle coquelignes les coquilles de mer : & qu'à Dieppe & au Havre de Grace ; ce que j'ai appris de M. Perrault, de l'Académie Française, les matelots appellent coquelignes certaine matière gluante que la mer jette sur le rivage : laquelle est semblable à l'empoix, & pour la couleur, & pour la consistance. Après avoir parlé de la signification du mot de coqueligne, il faut parler de son étymologie. Comme ce mot se dit ordinairement parmi nous des choses qui n'existent point dans la nature des choses. M. Huet croit qu'il a été corrompu de néphélocoygie, qui est un mot fait à plaisir par Aristophane, dans sa Coquille des Oiseaux, pour signifier une ville en l'air. Et il vient présentement de m'écrire qu'il étoit très-perfoudé de la vérité de cette étymologie. Mais comme nous disons des coquelignes de mer, ce qui paraît par la remarque de Messieurs de l'Académie, & par cet endépie de Rabelais, livre 4. chapitre 31. S'il reculait c'est-à-dire des coquelignes de mer, & qu'à Paris, dans les cabinets des curieux, on appelle coquelignes, comme il vient d'être remarqué, les coquilles des hérissons de mer ; je ne puis être de son avis, quelque déférence que j'aye pour son érudition. Et comme notre mot de coque a été fait de concha, de mon côté je suis aussi très-perfoudé que la première partie de ce mot coqueligne, a été formée de son bécime, ou conchylicium, en cette manière : enjés (ce mot se trouve dans Athénée), conchylium, conchycium, coqueti. Conchylium, conchylicium, coquets. Mais il est difficile de dire d'où vient grue, seconde partie de coqueligne. Après y avoir bien rêvé, voici ce qui m'est venu dans la pensée sur ce sujet. Les coquilles des hérissons de mer sont plates & rondes, & toutes couvertes de piquants : ce qui les distingue de la plupart des autres coquilles de mer, qui sont courbées & licées. Et c'est à cause de ces piquants qu'on les a appelées hérissons de mer. Pour cette même raison, on les appelle à Matzellis des surfes : car surfis & hérissus est la même chose : & ce mot d'ourfis, pour le marquer en passant, a été fait d'ericinus, fait d'ericinus, qui signifie un hérissus. Voyez hérissus. Rondelet dit qu'à cause de ces piquants on les a aussi appelées charaignes de mer : le fourreau des charaignes étant tout couvert de piquants : car Philippe Bonanni, j'ésuite, veut qu'on les ait appelées de la sorte à cause de leur couleur de charaigne. Or comme ces coquilles des hérissons de mer, sont particulièrement considérables par leurs piquants, je crois qu'on a appelé ces piquants conchicii, ou conchylicii, acuta, au plurier neutre substantif d'où nous avons fait premièrement coquelignes, & ensuite, coquelignes : en y insérant une R : comme en trifor, de thesaurus, en fronde, de funda, & en freneître, mot du petit peuple de Paris, de fenestraux & que ce mot de coquelignes, qui ne signifiait originellement que les piquants de ces coquilles, a signifié ensuite toute la coquille. Et à ce propos il est à remarquer que ce mot ne se trouve guère qu'au plurier, & que sa troisième fyllaise se trouve toujours écrite dans nos anciens livres par un C. Il me reste à examiner d'où vient qu'on a dit coquelignes, dans la signification de choses frivoles & chimériques, qui est une chose difficile à décider. C'est peut-être, parce que ces coquilles qui paroissent être quelque chose d'admirable (Rondelet les traite d'admirables), ne sont rien en effet, n'ayant aucune chair au dedans. Et c'est de là vraisemblablement que nous est venue cette façon de parler, repaître quelque de coquelignes de mer. Et comme nous avons appelé coquelignes les choses flécieuses, mais inutiles, il y a apparence aussi que les Matelots ont donné le même nom à cette matière gluante dont nous avons parlé : qui est belle, mais inutile. A l'égard de cette autre façon de parler, à la venue des Coquelignes, pour dire jamais, elle vient peut-être aussi de ce que les hérissons de mer, au lieu de marcher, ne font que tourner. M. Voyez Rondelet.
COQUÉLICOT. Herbe. C'est le papaver rheas. De sa couleur rouge, semblable à la crête d'un coc. Voyez ponceau. M.
COQUÉLOURDE. C'est une espèce d'anémone, appelée autrement par les Botanistes pulsa-illa. Bourdelet, dans ses Etymologies Mamé-crites, qui m'ont été communiquées par M. Bonnet, célèbre Médecin de Paris, son petit neveu, a écrit que nos paysans appelloient cette fleur de la sorte, parce que sa coque a plus de poids que celle des autres anémones. Et en effet, les Herbo-listes l'appellent pulsa-illa, folio crassare, & Lobel, & Pena dans leur Stirpium Adverfaria nova, page 31. disent que les fleurs de la coquelourde sont comme doubles. Mais comme ils disent aussi qu'elles sont jaunes, & qu'elles sont semblables à une cloche, j'ai quelque opinion que cette fleur a été ainsi appelée de cloka lurida, comme qui dirait Noche jaune, & qu'elle a donné son nom ensuite aux anémones d'autre couleur, de la même façon que la fourreau, qui signifie violette blanche, a donné son nom aux violettes jaunes, appelées kiri. Clokalurida, CLOQUÉLOURDE, COQUÉLOURDE. Il y a un très-grand nombre de fleurs, qui ont pris leur dénomination de leur ressemblance à des cloches : La campanelle des pons. Voyez Daléchamp, livre VII. chapitre 17. Clochette bleue, ou l'Herbe aux cloches bleues. Daléchamp, au même chapitre. Herbes, aux petites cloches, aux feuilles rondes. Daléchamp, au même chapitre. Voyez aussi ce qu'en dit Lobel. La Gamelle, ou Gens notre Dame, appelée par Fische, Campanella. La Clochette jaune rayant les fleurs semblables à celles du lin. Pena. La Digitale, appelée Campanella filophile. Cloche sauvage. Le Lillep bleu de Lobel, dit en Italien campana azurra, & en Espagnol, campanella. Daléchamp, livre XIII. chapitre XI. Le rapunculus vulgaris campanulatus. Bauhin, livre XX. depuis la page 795. jusqu'à la page 809. fait mention de plusieurs autres campanules. M.
COQUELUCHE. Sorte de rhume, Etienne Pasquier, dans ses Recherches, livre VIII. chapitre 43. dit qu'il est impossible de dire la raison pour laquelle on a appelé ce mal de la sorte. Il y a, dit-il, des mots qui naissent entre nous par hazard, & auxquels le peuple donne cours sans savoir pourquoi. En l'an 1554. nous enfume des vins infiniment verdis, que l'on appelle gingivits. En l'an 1567. il survint un mal de teste, accompagné d'une perpétuelle fluxion de pizuite par le nez, que l'on nomma coqueluche. Et pratiquant encore ces deux mots en mofines matières, quand les occasions s'y prêment. Toutefois il est impossible de rendre la raison de l'un de l'autre. Il suffit de montrer un doigt quand ces mots furent mis en usage. Le Président de Thou dit à peu près la même chose. C'est au livre 72. de son Histoire, en 1580. page 459. de l'édition de Genève : Earn vers laine praesiss morbus novus; vervecinus in Italia dictus; qui in Oriente praesiss, dein Italia & Hispania, letalis ( nam & ex eo Anna, Philippis-Regis uxor, decessus, & Gregorius XIII. periculois agrumavis ) ; pofere etiam Septentrionem pervagatus, apud mis, incognita initio remediarum rationem, multos adfiliis : Coquelucam vulgo vocabans : verbo, annu hujus saculi x. foliciter apud mis imperante Ludovico XII. usurparis : qua famem & psilientiam, ante biennium into regno graffianum, secuta furrat, ut ex Annalium nostrorum fide conflat. Irat id agriculinis genus non tam mortifora vi timendum; quamquam & ex illo multis periarum; quam progreffio & celeritate, qui praetium meque loca serpentis contagione complectebatur, admirabile. Primò inferiorem darbi spinam horruo plerumque occupabat : dein horruo gravado capitis & languer, membra oorum quos curipuerat, refolvens, succedbat : paftori inprimis gravis. Quibus vari intra quartum vel quinum diem malum non decessifes, in febrim degenerans, eos interimbat. Id multis neglectum, in bonum vertis : letale ferò iis qui medicamentis purgaturibus aut vena sicciens mechantur : qua utraque difficiliorem respirariorum officiebat : illa, quod hominem annum à capite in poctus trabebat : bat, praerquam quod corpus refrigerare et etiam veres debilicare, quibus ad respirariorum & vim morbi superandum, validis opus erat. Pasquier se trompe, & en ce qu'il dit qu'on ne peut rendre la raison de ce mot, & en ce qu'il ajoute qu'il n'est en usage que depuis l'année 1557. Ce mal a été ainsi appelé, à cause que ceux qui en étoient malades porsoient que coqueluche. Valeriola, dans l'Appandice de ses Liens communs : Morbum hunc volgens la Coqueluche, quod qui eo morbo mechantur, cucullione capur velarent; elon à cerebro in pulmonis fluxionem irruere arbitrahantur, capuque cucullo vegentes, fo mollis habiturus. & plebe autem omnes iere cucullo secundum capur amilis videbantur. Inde id nominis onigo indicum morbo. C'est ainsi que les Italiens ont appellé coccolina une espèce de vaux. Dans la Prassio : Marzocce avva la rosa coccolina. Le Prassio, dans ses Rhumes Burlesques : Tante, ch' e' l'impia il capo, e'l fano, Di quella, che si chiamava coccolina. Et ils l'ont ainsi appellée, de cucullus. Et le mot de coqueluche se trouve en la signification de tsuffer, dans l'Épître de Guillaume Crétin à Maître Macé de Villebrefme, Valet de Chambre de Louis XII, & de François I. Parcillément m'advertis, si tous ceux De don quartier ont été si tous ceux, Comme deja en va coqueluche. Et j'apprends de Mézeray, que le mot de coqueluche, en cette signification de rhume, étoit en usage en 1414. sous Charles VI. Voici les termes, de son édition in-quarto : Un drange rhume, qu'on nomma la Coqueluche, tourmentée contre ferret de personnes durant les mois de Février & de Mars : & leur rendit la voix si arrondit, que le Barreau, les Chaires & les Collèges en furent morts. Il causa la mort presque à tous les vieillards qui en furent atteints. Ce que dit Mézeray, que le Barreau en fut muet, est confirmé par cet Extrait des Regîtres du Conseil du Parlement de 1413. du Lundi 6. Mars : Ce jour n'a point été plaidoyé, ne n'avois aucun Advocate, ne partie, ou munie peu par le Palais, pour une moelle grieve maladie qui généralement compris par Paris; par laquelle la teste & tous les membres doient, & souffrait l'un monle fort romex. Et entre les autres, moi-même n'ay doruit de toute cette mis, & ne me puis foureur de la douleur de la teste, des reins, des cofres & du ventre, des bras, effantes & jambes, & me grieve, qui est que par especial est emmente à ma complication en quelque saison, m'en vois à mon hâsis. Et en marge est écrit : NOTA, la Coqueluche pour laquelle n'a été plaidé. L'Extrait ci dessus est le discours du Gressier, qui m'a été communiqué par M. Rouffieux, Auditeur des Comptes. COQUELUCHE signifie proprement un capuchon. Rabelais, dans sa Bibliothèque de Saint Victor : La Coqueluche des Moines. Et ce mot, comme celui de coqueluche, a été fait de cucullus. Cucullus, cucullicius, cucullicia, coqueluche. Cucullicio, cucullicianis, cucullicione, coqueluchon. Pierre le Loyer, qui dans ses Spétres fait venir coqueluche, en la signification de rhume, de tous bien, s'est étrangement trompé. Boucélor, qui le dérive de codion, & de loth, parce que ce rhume se guérisse par le sommeil, n'a pas mieux rencontré. Il ajoute que codion signifie la tête d'un pavot : ce qui est véritable : mais il n'explique point ce que signifie loth : (a) & se ne le fais pas. M. la Faille, dans ses Annales de Toulouse, en 1509. page 313. dit que ce mal de la coqueluche fut ainsi appelé, parce qu'il satisfait les gens par la tête. Coque signifie être : voyez choquer. Remarquiez en passant, que ce mal se fit encore sentir en 1509. M.
COQUEMAR. De cucuma : qui se trouve en la signification de vase, dans Martial, x. 79. (a) Loth ou Lobel est un mot de Pharmacie, qui signifie tinitus. Torquatus nitidus vario de marmore ther- mas Enstruxit : cucumam fecit Otacillus. Et dans Pétrone : Cucumam ingentem foco appoſuit, &c. Frangitur cervix cucuma. Ce vaſe a été appellé cucuma, de ſa reſſemblance à une citrouille. Quod ventrem haberet ma, num, uti cucumis, dit Voſſius : & non pas, à ſono ſervoris, eſtume veut Ugutius. De cucuma, on a fait cucumellum, qui ſe trouve pour un vaſe d'Egliſe, dans les Actes Proconſu- laires, ſous Munatius Felix : Calices duo argentei : item, calices ſex argentei : cucumellum argenteum : locerna argentea ſeptem. Ce puſſage a été prôduit par Baronius, en ſ63. nombre 11. De même mot cucuma, on a fait auſſi cucumar, inuſité : al'ou nous avons fait coquemar, pour ſignifier un vaſſeau à faire chauffer de l'eau. Et à ce propoſe il eſt à re- marquer, que cucuma a ſignifié la même choſe. Les Gloſes Anciennes : cucuma, ſuppequiper. De cucu- melium, nous avons fait gemeau, mot uſité dans le Beauvoſiis dans la ſignification d'un pot à l'eau. C'eſt ainsi, pour le marquer en paſſant, qu'il faut dire, & non pas, pot à eau. M.
COQUEMAR. Concha ſe trouve dans la ſigni- fication d'une ſorte de vaſe. Et comme le coque- mar eſt un pot à eau plus grand que les aiguieres communes, j'ai quelque opinion que coquemar vient de concha major, comme J'quemar, nom de Jacques d'Artevelle, de Jacomo major, & dra- quemar, de branca major, ſoit que ce branca ſoit le même dont nous avons fait branche, ou qu'il vienne de l'Alleman bran, c'eſt-à-dire, inſſant. Le Duchat. COQUERELLES : Bourſes de l'alkacange, dit autrement par les Botaniftes, ſolanum, & veſi- caria : ainsi appellées de leur reſſemblance à des coques. M.
COQUERELLES. On appelle coquerelles à Re- miremont, certaines femmes dont la fonction eſt de garder les Dames Chanoineſſes, depuis l'Extrê- me-Onction juſqu'à leur enterrement. Mém. d'A- molot de la Fibuſſaye, tome 1. page 9. Peut-être de conquerella, diminutif de conquerula, dans la ſi- gnification d'une perſonne qui eſt de celles qui ſe lamentent auprès de la mourante. Le Duchat.
COQUET. C'eſt un diminutif de coc. Les Gaſcons & les Provençaux diſent ſa l'alere, pour dire faire la cour : laquelle façon de parler ſe dit des cocs qui pourſuivent les poules. Et nous appellons coquettes les poules qui ſe panardent devant le coc : & métaphoriquement, les femmes qui veulent être cajoſées. Les Italiens appellent ces femmes civette, c'eſt-à-dire, chouettes. Et de là, leur mot civeto- ne, pour un coquet. Voyez mes Originés de la Lan- gue Italienne au mot civetta. Les mots de Coquet & de Coquette ne ſont pas anciens en notre Lan- gue. Et ſi l'on en croit Mademôſelle de Scudery, les Coquettes ſont une invention du ſiècle de la Reine Catherine de Médicis. Voyez ſon Filitoire de la Coqueterie, à la page 755. du 1. tome de les nouvelles Conversations de Morele. Voyez auſſi ci-deſſus, au mot caquet. M.
COQUET. Sorte de petit bateau. Le Roman d'Amadis, livre 7. chapitre 6. Il trouva un coquet avec que deux rames & quelques vivres dedans, qu'au- cuns poſcheurs y avoient laiſſez. De conchetum, fait de concha. Nicot dit, & avec raison, que le coquet e' un petit vaſſeau de Mer. L'Hiltoire de Charles VII. mal attribuée à Alain Chartier, page 145. de l'édition de 1617. Il n'y eut autre dammage ſur loſdites François ſors qu'en un coquet, où eſtoient deux hommes de guerre, lequel eſtendra. C'eſt ſous l'an- née 1457. Le Duchat.
COQUILLART. De ce mot coquillart, dit Trippault, au mot coque, eſt appellé à Paris un petit vaſſeau moindre qu'une ſaliere, auquel on met ſur table l'any moder, pour puis après le prendre plus ci- velement, & commodément. Nous l'appellons pré- ſentement à Paris un coquetier. M.
COQUILLE. De concha. Concha, coue, co- que. Conchylium, conchylia, coquilla, coquille. L'ou le compoſé recoquiller. Les Italiens de con- chylium, ont fait de même cochylla, conchilia, & conchiglia. M.
COQUILLON. Rabelais, liv. 2. chap. 3. Un eſcuſ en la braquette, En la main une raquette, Une loy en la corneſte, Une baſſe d'ouſe au talon, Vous voila paſſé coquillon. Et liv. 4. chap. 18. Vous dites & eſt eſcrit par ply- ſieurs ſages & antiques Phioloſophes, que l'induſtre de nature appert merveilleuſe en l'eſtatement qu'elle ſemble avoir prins ſurmant les coquilles de mer, tant y voit-on de varieté, tant de figures, tant de cou- leurs, tant de traits & ſurmes non imitables par art. Je vous aſſeure qu'en la veſture de ces Gaſtro- latres coquillons ne voſmes moins de diverſité & dé- guſement. On a donné le nom de coquille à une certaine coiffure de femmes, ſans doute de ſa reſ- ſemblance à une coquille, & je ne doute point que dans le premier puſſage, où coquillon ſignifie Doc- teur, ce ne ſoit encore une alluſion à ce même mot, par rapport aux diſtérens étages pyramidiens de la coquille, & de l'ancien chaperon docto- ral. Les coquillons Gaſtrolatres du dernier paſſage ſont tous les Moines en général, que Rabelais, liv. 2. chap. dernier, & liv. 3. chap. 22. & 23. avoit déjà deſignés à peu près ſous les mêmes ca- ractères. Au liv. 4. chap. 46. il avoit déjà dit, que de tous repas il n'eſt que les repas des Farfadets, pour être bons & frians, & l'on fait que chez lui ce ſont les Moines qui ſont les Farfadets. Ici il les appelle coquillons, tant à cauſe de la grande va- riété qu'il y a entr'eux, comme entre les coquil- les de mer, que principalement à cauſe de leur tagoula ou cogoile, duquel mot il a fait celui de coquillon. Au liv. 2. chap. 5. de Rabelais, coquil- lon ſignifie proprement Bachelier ès Loix, & ce ſobriquet ſut donné aux Gradués Légiftes, à cauſe qu'ils portoient la cuvette, qui étoit une eſpece de coquille. Le Duchat.
COQUIN. Nous l'avons tiré de coccio, qui ſignifie un guenx, un mandiam : d'où vient le Pro- verbe, nihil coccio eſt. Collianes, ou cocciones, étoient certains pauvres marchands, autrement appellés arilatores; qui, pour acheter quelques petites denrées, marchandoient longuement, & les revendoient auſſi-tôt, pour peu de gain qu'ils y puſſent faire : comme l'on voit dans Feſtus, ſur les mots arilator, & collio. Les Gloſes : Collio : pova- chion; c'eſt-à-dire, trafiqueur. La pauvreté & la façon de marchander de ces gens-là ſut tellement méprilée, que le mot de coccio paſſa pour pauvre & indigent, en l'usage de la Langue Latine. Auſſi- bien appellons-nous coquins, non-feulement ceux qui mandient, mais encore ceux dont les biens ne ſuffiſent pas pour les entretenir ſelon leur qualité. Quelques-uns tiennent que coccio étoit anciennement ce que les Grecs appellent *amamum* : c'est-à-dire, celui qui avoit la charge de convoquer & assembler le peuple ; ainsi appellé à *convocando* & *conciendo papulo* : & qu'avec le tems la vileté de la charge a rendu ce mot un terme de mépris & effaçure. Le Médié de Saint Gal, au livre 2. de la Vie de Charlemagne, prend clairement le mot coccio, pour ce que nous disons *coquin* : *Quidam coccio derasus, insulsus, & insaniens, linea tantum & femoralibus indurus*. Dans les Capitulaires de Charlemagne, livre 1. chap. 79. *cogciones* soit certains vagabonds qui vivoient de tromperies, comme ceux que nous appelons *Bohemiens* : *Ut isti mangones, & cogciones, qui fine omni lege vagabundi vadant, per illam terram non finantur vagari, & deceppians hominibus agere* : où le docte Pithoix explique le mot *mangones* par celui de *guenx*, bien qu'à mon avis il le faille entendre pour ce que nous disons *escroqueurs* & *trompeurs*. Le Glossaire de Papias : Margo, *seduitor*, qui vulgo dicitur *mangones*. *Casenewes*
COQUIN. Nicot : *A coquina ; quasi amator & secator coquina*. Homo petax, mendicus. *amamum, pluro, ingeo, lamentor*. Inde forte coquin : *suis enim lacrimis conantur mendici stipem extorquere*. Pierre Pithou, dans son Glossaire sur les Capitulaires de Charlemagne : *Cocciones, coquina, 1. 70. Item, ut isti mangones & cogciones, qui fine omni lege vagabundi vadant, per illam terram non finantur vagari, & deceppians hominibus agere, &c. Sangallenis Monachus, libro 2. de Gofis Caroli Magni* : Responsumque accipiens, quod quidam coccio derasus, insulsus, & insaniens, linea tantum & femoralibus indurus. *Voyez* Spelman, aux mots coccio & *cotis*. Il peut venir de coccio, en cette manière : coccio, coccins, coccinus, coquin. Et c'est d'où le tire aussi M. de Casenewes. Mais il peut venir aussi de coquin. *Coquinus, coquin*. Et c'est d'où le tire Pasquier, VIII. 42. M.
COQUIN. De toutes les érymologies qu'on donne de ce mot, celle qui me plaît davantage, & qui me paroit la plus naturelle, c'est celle qui le dérive de *coquin* cuisinier, ou plutôt de *coquina* cuisine. *Coquinus* s'est dit originellement des plus bas Officiers de cuisine, & ensuite des gens les plus vils & les plus méprisables. Le métier de cuisinier étoit regardé autrefois comme un des plus vils. En vieux François on appelait *coquinus*, un pot, une marmite, a *coquendo*. Le vrai *coquin*, dans la signification primitive de ce mot, est celui qui suit la cuisine ou la marmite d'autrui pour vivre : de là ce terme a été employé pour un lâche, un pot, un homme qui fait quelque action baffé ou infâme : & aussi pour un gueux, un homme de néant, qui n'a ni bien, ni naissance; comme dans ces vers : *Je rêvais cette nuit, que du mal consumé, Côte à côte d'un pauvre ou m'avoit inhumé. Mais ne pouvant souffrir ce sâchoux voâlonage, En mort de qualité je lui tins ce langage : Retre-vol, coquin, vus pourrir loin d'ici ; Il ne s'appartient pas de m'approcher ainsi. Coquin! ce me dit-il d'une arrogance extrême, Va chercher tes coquins ailleurs, coquin toi-même.* *Je suis sur mon fumier comme toi sur le tige.* COR au pied. M. de Sammille semble le délever de *corpus*, comme qui diroit, un corps étranger. *Mangones, verruca. Verruca, aquisquibus, magones. Hefychins, adquium & c'est-à-dire, qui va à mon interpretateur. Apud emdem magones ex-ponitur, à tout à tout le vain aquisque : qui tubercula sub pedibus habet : gemurias Latini vocabant : nos corpora. C'est à la page 7-9. de les Excretiations sur Solin. Je crois que 1er, en cette signification, a été fait de *corpus*. Les Allemands appellent un cor au pied *buhner-aug*, qui veut dire *wil de poule*, ou *kratem-aug*, qui veut dire *wil de corneille*, à cause de la ressemblance des *corps* aux yeux de ces oiseaux. M. COR de chasse. De *corpus*. Un ancien Concile défend aux Ecclésiastiques de chasser *cum cornu & clamore*, à cor & a cri. *Le Duchat*.
CORATL. De *curalium*, ou *curalium*, dit selon Pline, *aqui va niquez*, à tondendo : *tes lo à di niquez, quoniam in mari tondetur, ac praeciditur*. Voici l'endroit de Pline, qui est du chapitre 2. de liv. 32. *Aim talin prurinus lapides cere si vivat. Itaque occupari, evellique retibus, aut acci ferramento praecidi. Hac de causa, curalium interpretantur*. D'autres le dérivent de *cissus, puella*. *Voyez* Vossus, dans son Erymologique, au mot *curalium*. M. Latin corvus ! Est-ce du Grec *sūpē*, qui signifie la même chose ? Cela se peut. Mais ce qui paraît plus certain, c'est que le Latin *corvus*, & le Grec *sūpē*, sont dérivés tous deux des Langues Orientales. Les Ebreux appellent un *corbeau* *ἀνόφυς*, les Chaldéens *ἀνόφυς* *ὑνόφυς* ou *ὑνόφυς*, les Syriens *ὑνόφυς*, tous de la même racine *ἀνόφυς*, qui veut dire entre autres choses, être ténébreux, être obscur ; signification qui convient très bien à la noirceur du corbeau, lequel, par conséquent, a été ainsi nommé dans les Langues Orientales à cause de sa noirceur. Les Arabes l'appellent *gorab*, mot qui paraît d'abord assez différent du mot Ebreu, Chaldéen & Syriaque, que nous avons rapporté, mais qui est au fond le même ; parce que la première consonne ou radicale de ce mot dans l'Ebreu, le Chaldéen & le Syriaque, est un simple *ain*, c'est-à-dire, une sorte de lettre guturale à laquelle nous n'avons point de caractère qui puisse répondre ; au lieu que la première consonne de l'Arabé *gorab* est un *ghain*, c'est-à-dire, un *ain* prononcé plus rudement, & qui répondent quelque sorte à notre *gh*. Cela étant ainsi expliqué, il est assez de concevoir comment le Latin *corvus* aura été formé des Langues Orientales, puisqu'on retrouve dans ce mot les mêmes consonnes, ou du moins des consonnes du même organe que dans ces Langues. Le changement du G en C ou K, & du B en V, est facile & naturel dans toutes les Langues. Il ne faut avoir aucun égard à la terminaison *us*, qui ne fait rien pour l'essence du mot. Le Latin *corvus* est donc essentiellement la même chose que l'Ebreu *oreb*, le Chaldéen *orba* ou *orba*, le Syriaque *orbo*, & l'Arabé *gorab*, avec cette différence, que le terme Latin exprime simplement le *corbeau*, sans forme dans l'esprit aucune autre idée ; au lieu que le mot des Langues Orientales porte avec sol l'idée de noirceur & d'obscurité ; ce qui était très-propre à désigner le *corbeau*. Les Grecs, dans leur mot *sūpē*, se sont un peu plus éloignés que les Latins du mot Oriental, ayant changé le B en X. Wachter, dans son *Glosar*, German, au mot *Rappe*, dit que *sūpē* a été fait de *sūpē niger*. Écoutons ce qu'il dit au mot *Rabe* ; je rapporterai ses propres paroles : Raat, *corvus*, *Anglo-Saxonibus* *ræfni*, *ræfni*, *Anglo raven*, *Belgii* *rave*. *An quod ex rapacitate vivat*, à rauben *rapere* ? *Ira de voce Saxonica sentium Spelmannus & Sommerus : ille in voce teffo*, *hic in voce reafian*. Et ingenium quidem rapax *hojus avis satis natur hanc etymologiam*. *Olim tamen cum Col. Ercardo exiffimavi*, *vocem hodiernam ex Veruffiori quadam rablogel*, *vel simili composito*, *apocoparam esse*, & *proprie avem cadaveris appetentem significare*, à rabe cadaver. *Nec aliunde Latini appellari videtur corvus*, *Suecis* *Korp*, *quam quod cadaver appetat*, *quod Lingua veteri Britannica dicitur cort*, *apud Boehrinum in Lex. Am. Brit. Graciis *sūpē*, *multorum iudicio*, est à *sūpē niger*. Si *quis tamen hoc omnia*, *vel a voce naturali fella*, *vel tanquam cognata ad linguam aliquam antiquorum per varias literarum mutationes referenda esse confecat*, *per me licebit*. Je crois que le mot Alleman *rabe*, l'Anglo-Saxon *ræfni* ou *ræfni*, l'Anglois *raven*, & le Flaman *rave*, ne viennent ni du verbe *rauben* enlever, ni de *rabe* cadavre ; mais *qu'ils* sont dérivés, de même que le Latin *corvus*, & le Grec *sūpē*, des Langues Orientales, par le retranchement de la première radicale, qui est une lettre guturale difficile à prononcer, que les Latins ont changé en C, & les Grecs en K. Il est remarquable que les Suédois ne l'ont pas omise, & l'ont changé, comme les Grecs, en K, & qu'ils ont de plus changé le B en F, qui est une lettre de même organe, ainsi que F, que les Anglo-Saxons ont employée. Quant au Grec *sūpē*, si l'on veut absolument qu'il vienne de *sūpē niger*, je ne m'y opposerai pas ; mais je pourrai aussi faire venir également *sūpē* des Langues Orientales. Il est assez maintenant d'apercevoir la convenance d'un si grand nombre de Langues dans le mot qui fait le sujet de cet article. Au livre III. des Rois, XVII. 4. le Seigneur dit au Prophète Elie : *J'ai commandé aux corbeaux de vous nourrir en ce lieu*. Et au vers 6. du même chapitre on lit : *Les corbeaux lui apportent le matin du pain & de la chair, & le soir encore du pain & de la chair*. Le texte Ebreu, dans ces deux endroits-là porte *ἀνόφυς* *orebim*, qui est le plurier de *ἀνόφυς* *oreb*, dont nous avons parlé ci-devant, & qui signifie toujours *corbeau*, quand il est mis absolument & sans addition qui le détermine à un autre sens ; à moins que ce ne soit un nom propre, comme, Jug. VII. 15. II. x. 16. PL. LXXXV. 11. Les Septante, la Paraphrase Chaldique, la version Syriaque, la Volgate, les versions Occidentales, Joseph, Saint Jerome, la plupart des Interprètes Ebreux, & tous les Docteurs de l'Eglise, ont entendu de même des *corbeaux* dans les deux endroits que nous avons cités. Mais certains esprits bizarres, à qui la merveille du Prophète nourri par des *corbeaux* n'a pas apparemment agréé, ont voulu, sans aucune raison que leur fantaisie, expliquer d'une autre manière le terme Ebreu *ἀνόφυς* *orebim*. Les uns ont entendu par-là des Marchands, parce qu'en effet la racine d'où il vient, signifie, entre autres choses, négocier. Mais dans le désert, où demeurait alors Elie, il n'y avait assurément point de Marchands. Les déserts ne sont pas propres à ceux qui négocient ; il leur faut, au contraire, des lieux très-fréquents. D'autres entendent des Arabes, sous prétexte que les radicales qui composent le mot *ἀνόφυς* *orebim* sont les mêmes que celles qui composent le nom des *Arabes*, & que le désert où était Elie n'était pas éloigné de l'Arabie. Il est vrai que dans ce désert on aurait peut-être trouvé plus aisément des Arabes que des Marchands. Mais il faut observer que les Arabes s'appellent en Ebreu *Arabium*, ce qui est bien différent de *orebim*, qui est constamment en cette Langue le nom des *corbeaux*, & qui se lit invariablement dans les endroits de l'Ecriture dont il s'agit ; comme aussi dans plusieurs autres. Et qu'on n'insiste pas sur ce que les lettres radicales de ces deux mots sont les mêmes. L'identité des radicales dans deux mots, peut bien prouver qu'ils ont la même origine, mais non pas qu'ils ont la même signification. Il y a, non-seulement dans les Langues Orientales, mais encore dans toutes les autres, plusieurs termes qui ayant les mêmes lettres radicales, ont néanmoins des significations bien différentes. Il faut, pour cela, que les voyelles soient différentes ; soit qu'on les prononce sans ses écrire, comme il se pratique d'ordinaire dans les Langues Orientales ; soit qu'on les écrive constamment, selon l'usage des autres Langues. D'autres, par *ἀνόφυς* *orebim*, ont entendu des gens d'une certaine famille qui aurait eu ce nom. D'autres ont entendu des citoyens d'une ville nommée *Orbo*. Mais la famille des *Orboim*, & la Ville nommée *Orbo*, sont également imaginaires & chimériques riques. Le Talmud, au Traité Cholim, chap. 1. rapporte trois sentimens sur le mot en question. Le premier l'explique des corbeaux, qui est le véritable sens. Le second l'explique de deux hommes qui s'appelloient Oreb; de même qu'on trouve au livret des Juges, vii. 25. un Prince des Madianites qui portoit ce nom. Mais ces deux hommes sont imaginés à plaisir. Le troisième l'explique de certains hommes appelés de la sorte à cause du rocher Oreb, près duquel ceux de la Tribu d'Éphraim tuent Oreb, l'un des Chefs des Madianites. Mais dans ce cas-là, comme la Gemare & la Glofe marginale en avertissent, il auroit fallu écrire ἀνεβίαις, parce que le nom du rocher & du chef des Madianites est ἀνεβίαις, & non pas ἀνεβίαις, comme il y a dans le texte. Les Rabbins, dans le Bréchis-Rabba, ne sont pas non plus d'accord sur ce mot. Rabbi Juda Lentend d'une ville nommée Orbo, & située sur les confins de Beth-Schoan; & le Commentateur sur cet endroit est du même sentiment. Mais il eût fallu prouver l'existence de cette Ville. C'est pourquoi Rabbi Nehemias répond aussitôt, qu'on doit entendre à la lettre des corbeaux; & c'est aussi le sentiment de Kimbhi, de Rabbi Lévi, d'Abarbanel, de Ben Melec, d'Abendana, &c. Lightfoot, dans sa Chorographie, qu'il a mise à la tête de Saint Marc, chap. vii. §. 7. fait mention de cette ville imaginaire. On a voulu, depuis peu, dans un petit Ecrit François, remettre en vogue cette vieille imagination. Mais Bochart, Hieroz. p. 11. liv. 11. ch. 13. l'a déjà refutée solidement, comme aussi toutes les autres opinions qui sont contraires au vrai sens du mot dont il s'agit.
CORBELLE. De corbicula, diminutif de corbis. De corbicula, on a aussi fait corbicula corbicularis, d'où notre mot François corbillon. M.
CORBETTES. On appelle ainsi sur la côte de Normandie ces petits Ecumeurs Oftendois, qui donnent la chaise aux pêcheurs. Peut-être de corvita, qui se trouve dans les Auteurs Lains, pour signifier un certain vaisseau de mer. Festus : Corbus & dicuntur naevi oneraria. Aulugelle, x. 25. Navium autem quasi remiaisci tunc potuimus, appellationes ha sunt : gauli, corvita, &c. Plaute, dans sa Cassine, iv. 1. Novi ego illas ambas extrices : corvitam cibi Comesse possunt. M.
CORBILLART. On appelle ainsi le coche par eau de Corbeil à Paris : duquel lieu de Corbeil, il a été appelé Corbillart; comme le Melunis, de Melun; & le Montrelois, de Montreau-Faute-Jonne. On appelle il n'y a pas long-tems la Mirée, le coche par eau de Joigny à Paris; d'un nommé Miré, qui le premier a mené ce bateau. M.
CORBILLON. Voyez ci-dessus corbeille. M.
CORDE. Ce mot, dans sa première signification, a été dit d'une corde d'instrument de Musique : du Latin chorda, fait du Grec χορόνι qui a signifié originairement imestin, & ensuite, une corde d'instrument de Musique; à cause que ces sortes de cordes sont faites d'intestins d'animaux. Le mot de corde a passé depuis, par métaphore, à une corde, dite en Latin funis : duquel mot corde, on a fait ensuite le mot cordon : comme quand on dit, cordon de chapeau; cordon de manchon, &c. M.
CORDI. L'étymologie que M. Ménage donne de ce mot paroît indubitable. On a renfermé plusieurs mots dérivés de corde dans cet ancien quatrain : Quand un Cordier cordant veut accorder sa corde, Pour sa corde accorder, trois cordons y accorder. Mais si l'un des cordons de la corde des corde, Le cordon discordant fait descorder la corde. On appelle corde de bois, une certaine mesure de bois à brûler, parce qu'elle se faisoit autrefois avec une corde. Le mot de corde est le mot usité parmi les Marchands de bois. A Paris on se sert du mot de voie, qui ne contient qu'une demi-corde. Le bois de corde est proprement le bois neuf, parce qu'il vient par bateau, & que les Marchands le mesurent par cordes.
CORDELIER. De corde : parce que ces Religieux sont ceints d'une corde : d'où vient que Buchanan les appelle fumigeri. M.