DEBRAILLE. De disbraculatus, fait de dis & de braccula, diminutif de bracca, Le Duchat.
DEBRIS. Voyez briser. M.
DEBUSQUER. De deboscare. Débusquer quelqu'un, signifie proprement faire sortir quelqu'un de son bois, dans lequel il étoit comme dans un fort. M.
DEBUTER. Commencer quelque chose : comme qui diroit, partir du but. Ce mot vient de but, & de la particule négative dé. Voyez ci-devant But.
DECAN. On appelloit Décans de petits Officiers sous le Chambellan de l'Empereur de Constantinople, qui commandoient chacun à neuf autres. On appelloit aussi à l'armée Décan un soldat qui commandoit à dix autres. Nous disons Dizenier. Dans les Monastères un Décan étoit un Moine qui avoit soin de dix autres. Dans les grandes Eglises, c'étoit un Prébendé, ou un Chanoine, qui en avoit déjà dix à sa charge. Dans un Diocese, un Prêtre qui avoit inspection sur dix Paroises, étoit aussi Décan. C'est ce que nous appellons Doyen Rural; quoiqu'à présent ils ne soient pas restraints à dix Paroises, mais qu'ils en aient souvent plus ou moins. Ce nom vient du Latin Decanus, dérivé de decem. Et quoique de Décan nous ayons fait Doyen en François, néanmoins quand il s'agit de ces Offices anciens tant Ecclésiastiques que Civils, il est bien de dire Décan, & non pas Doyen; l'usage ayant attaché au mot Doyen une signification particulière, qui ne conviendroit pas à ces autres offices.
DECAPOLE. Contrée de la Palestine, ainsi nommée, parce quelle comprenoit dix villes principales, situées les unes au deçà du Jourdain, les autres au-delà de ce fleuve. Les Auteurs ne conviennent pas du nom de ces dix villes, ni de leur situation : mais ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette question. On peut voir le Dictionnaire de la Bible de Dom Calmet. Bochart met toutes les villes de la Décapole dans la Galilée : en quoi il se trompe, comme M. Simon l'a remarqué. Il est parlé de la Décapole en divers endroits de l'Évangile, savoir, dans S. Matthieu iv. 25. dans S. Marc v. 20. & vii. 31. Quelques-uns de nos Traducteurs François, comme Port Royal, le Pere Bouhours, & M. Simon disent Decapolis, au lieu de Décapole. Je ne vois pas pourquoi on ne diroit pas aussi - bien Décapole, en parlant de ce pays de dix villes, qu'on dit Pentapole en parlant d'un pays d'Afrique qui comprenoit cinq villes. Le nom de Decapolis, d'où le François Décapole, fut donné à cette contrée par les Grecs, depuis l'Empire d'Alexandre. Il vient de Rios dix, & v. 20. ville; à cause des dix villes principales qu'elle renfermoit.
DECHIQUETER. Tailler menu & par petits lopins. Ce verbe est sans doute pris de chic, qui en Languedoc & en Gascogne signifie petit & men menu, ou bien une fort petite portion de quelque chose. Les Espagnols disent aussi chifres, pour petit. Et chic vient sans doute de cicum, fait de nuxes : car Hélychius explique nuxes par l'ouze-gou, qui signifie separation & division en petites pièces. Et dans les Glofes anciennes on lit Cicum, 2painque. Ou selon Vulcanius, il faut lire 2painque : car 2painque dans Suidas & dans Hélychius, signifie toute chose extrêmement petite. Caïeneuve.
D'CHIQUETER. C'est le composé de chiquet, qui signifie incidere, & qui a été fait de fecare. Seco, fecatum, fecatare, CHIQUETER : par le changement de l'E en I : comme en fie, de seca : dis-fecatare, DE'CHIQUETER. M. de Caïeneuve le dérive de chic, qui dans le Languedoc & dans la Gas-cogne signifie petit, & menu. M.
D'CHIQUETER. Je doute fort que chiquet, dont ce verbe est composé, vienne de fecare, d'où M. Ménage le dérive. J'aimerais encore mieux l'étymologie de M. de Caïeneuve, qui le fait venir du Languedocien chic. Mais ne pourrait-on pas le dériver avec plus de vrai-femblance du même mot dont nous avons dérivé chicot & chiquet ; savoir de l'Arabe schikkyh, qui signifie un morceau de bois fendu, un éclat, un copeau ? Voyez ci-deffus chiquet & chicot.
DÉ'CHIRER. Nos anciens François discient décrier. Le Catholicon parvum : Lucero, as, décrier. Lacer, décrier. On a fait déchirer de dilacerare ; comme cire de cera. Caïeneuve.
DÉ'CHIRER. Le Pere Menestrier dans son livre intitulé l'Alliance sacrée de l'honneur au mariage de Monseigneur le Dauphin, le dérive de l'Alleman schiren. Les Armoiries de Baviere, dit-il, sont les Armoiries des Comtes de Scheren, dont eltoit Othon de Witselbach, fait Duc de Baviere par l'Empereur Frédéric Barberouffe. Les Armoiries de Scheren sont des Armoiries parlantes, puisque schire, en vieux langage Saxon, signifie des pièces rapportées ; comme sont des Armoiries de Baviere. Schiren, ou schiran, en cette ancienne langue, signifiant partager. D'où vient, que les Provinces d'Angleterre, dont le langage est ancien Saxon, se nomment Schire. Clu-vier parlant de ce royaume, dit : Comitatibus, quos incolae Schires vocant, tota distincta est. C'est de ce mot Saxon que vient noire mot François déchirer, pour dire désaffembler des pièces unies : comme, dé-chirer une robe, un manteau, ou chose semblable. Pontus de Thyard, dans son livre de l'Imposition des noms, à la page 18. le dérive de l'ouze-gou, distra-here. Il vient de dilacerare. Dilacerare, dicerare, DECHIRER. Voyez déchirer. M.
DÉ'COCHER. Voyez coche. M.
DÉ'COCTION. De decollio, fait de deco-tum, qui est le mot ancien. M.
DÉ'COLER. De decollare. Les Glofes anciennes : ad decollandum, de decollium et de decollo, de decollium. Le Jurifconsulte Paulus au titre 17. du livre v. de ses Sentences : Summa supplicia sunt, crux, crematio, decollatio. Le Scholiaste de Juvénal sur ces mots de la Satyre 3. SED CORPORAT R U RCO : Id est, etiam si decolletur. On a dit de même decervicare. M. DÉ'COMBRES d'un bâtiment. Ce sont les pierres & les plâtras qui demeurent après la démo-lition. De decumulus. M.
DÉ'CROIRE. Montagne, livre 2. chap. 2. plaisante joy qui ne croit ce qu'elle croit, que pour n'avoir pas le courage de le décroire. Malherbe dans sa prose s'est servi du même mot. De discredere :
DEC. DED. DÉF. 469 qui se trouve en plus d'un endroit de Commodia-nus. Page 9. Quod discredunt inscia corda. Et page 25. Ergo si quis ea discredis esse futura. Et page 30. Omnia discredis. Et page 58. Ita tu discredis Domi-num videre de coulis. Commodianus vivoit du tems de Silvestre I. M. DÉ'CROTEUR de vigiles. Rabelais, liv. 1. chap. 27. Beau dépêcheur d'heures, beau débrideur de matines, beau décroteur de vigiles. Moine qui se dépêche de dire ses vigiles, comme de décroter sa robe pour la fête du lendemain. Le Duchat.
DÉ'D'AIN. Du verbe dedignari les Latins-Barbares ont fait dedignum, dont les Epa-gnols ont aussi fait dedien, & les Italiens disdegno. M.
DÉ'DANS. M. Lancelot le dérive d'1989 : & Sylvius de deintus. DÉ'DANS, à deintus, pro deens, addito D ad explendam hiacam, dit Sylvius à la page 141. de sa Grammaire. Il vient de de-deintus, qu'on a dit comme demane, depoß, defo-ris, deminus, dejam. D'intus, on a fait abintus & deintus. Abintus se trouve dans Commodianus page 57. Extinguis tripsum quando te incendis abintus. Voyez dans. M.
DÉ'DUIT. Ce mot se prend pour plaisir en général. (Ainsi on dit, le deduit de la chasse, de la volerie, de la joufle) : & en particulier pour le plaisir de l'amour. Souperons-nous ? Ferons-nous le déduit ? Loquel des deux, qu'il vous plaira, dit-elle : Mais le souper n'est pas encore cuit. Ex deduclio : cum quis marore confellus, alio deduc-itur, dit M. du Cange. M.
DÉFAIRE. On dit défaire un homme, quand meurt par la main du Bourreau ; bien que déja-ite ne se dise que de ceux qui ont été vaincus ou tués dans un combat. Ce verbe vient du Latin-barbare disfacere. La Loi des Lombards, liv. 1. tit. 1. L. 78. Si Comes sine culpa per invidiam, aut occasionem injustiam, nisi per justitiam & pacem fa-ciendam, hominem disfecerit, homorem suum perdat. Caïeneuve. DÉFAIRE : pour tuer : exécuter à mort. Com-me quand on dit : Cette femme a défait son enfant : Cet homme a été défait en Grive. De disfacere, qui se trouve en cette signification dans l'Epitope de l'Empereur Clotaire, des Constitutions de Charlemagne, son aïeul, titre 1. chapitre 10. Et si per odium, aut malum ingenium, nisi per justitiam fa-ciendam, baginem disfecerit, homorem suum perdat. Et disfacere, a été dit pour disfacere. M.
DÉ'FALQUER. De l'Italien disfalcare, fait de falx falcis, & non pas de Falcidia, nom d'une Loi des Romains. De Falciada, selon l'analogie, on diroit defalcidiare. Disfalcare, c'est donc pro-prement falce demettere. Les Espagnols disent dis-falcar. M.
DÉFFAIX. C'est un vieux mot, qui signifie défense, lieu defendu, & qui se trouve en cette si-gnification dans la Coutume d'Anjou, article cecit. Si le Sujet pesche les estangs ou deffaix de son Sei-gneur, & prend ses comils de jour en ses garennes, il fait amende arbitraire. De deffesus, qu'on a dit N n n pour *deffensus*. Les Italiens ont dit de même *diffe-* *fa*, pour *deffensu*. Il y a un article dans l'ancienne Coutume de Normandie, qui a pour titre, des *Ba-* *rons* & *Deffens*. M.
DÉFIER. De *diffidare*, qui se trouve dans Ives de Chartres, épître 173. dans Fredericus, li- vre 3. *Frudat*. titre 59. §. 4. dans Pierre des Vi- gnes, livre 1. épître 85. & dans les Lois des Lom- bards, au titre de *Diffidationibus*. Voyez Juret, sur Ives de Chartres, au lieu allégué, & *Voffius*, de *Vittis Sermonis*, page 679. Quelques uns deri- vent *diffidare* du Saxon *fœdum*, qui signifie *bellum* *indicere*: d'où le mot *fœud*, usité parmi les Anglois Septentrionaux pour *odium*. M.
DÉFIER. Wachter, dans son *Gloffar*. *Ger-* man, page 415. est du sentiment de ceux qui don- nent au Latin-barbare *diffidare*, une origine Teu- tonique. Voici ses termes: *FEDE*, *inimicitia* *aperta*, *perfectio*, *vindicta*. *Anglo-Saxonibus* *fœth*, *Islandis fœd*, *Latino-barbaris* *faida* & *feida*. *Lex Longobard*. lib. 1. tit. VII. art. 1. & 15. *Faida*, id est, inimicitia. *Regino*, lib. 11. de *Eccles. Discipl. cap.* 5. *Vindicta parentum*, quod faldam dicimus: *Vox in Capitularibus* & *Legibus* *veterum Germanorum ubique obvia*. *Primis tempo-* *ribus videtur illam tantum persecutionem denotasse*, *qui quis cadem parentis*, *vel propinqui bello pri-* *vato legitime ulcisci poterat*: de *qua videndus Ta-* *ctius*, cap. xxi. de *Maribus Germanorum*. *Sed*, *hoc* *jure postea abrogato*, *vox ab inimicitia capitali ad* *quamcunque inimicitiam* & *simulatem significan-* *dam adhibita est*. *Hinc Belgis* *veede*, *Anglis fœud* *quamvis inimicitiam denotat*. *Utitur Ecclesia in can-* *tilena sacra*: All fœd hat nun ein ende, *omnis hos-* *tilitas jam habet finem*. Ensuite, après avoir rap- porté les sentimens de quelques Auteurs sur l'ori- gine de ce mot, il ajoute: *A faida Latino-barbari* *formarum diffidare*, *bellum indicare*; unde *Gallis* *défié provocare*, & *défi provocatio*. *Germanis prio-* *ribus feiden* & *bovelden duo significat*, *bellum in-* *ferre*, & *bellum indicare*. *Utrumque ex eodem fon-* *te*. *
DÉFRAYER. De *defredare*, inusité, fait de *fredum*. Voyez *frais*. M.
DÉFRICHER. C'est *ouver* & *cultiver une* *terre inculte*, comme font les prés & les bois. Il y a apparence que du verbe *frangere* on fit, par cor- ruption, *frigere* & *fricare*: car, comme j'ai déjà dit sur le mot *arranger*, cette illustre Maison de Rome, nommée *Frangipani*, est appelée *Domus* *Frigepanensium*, par Prolemnus Lucenus, en sa Chronique sur l'an 1133. & *Fricapanem* par Geof- froi de Vendôme, livre 1. Épître 8. De sorte que, comme *defricher* est proprement *rompre* & *ouvert* *la terre*, je m'imagine qu'il a été formé du Latin- barbare *defrigere*, & *defricare*: & que par même moyen, quand nous disons qu'une terre est en *fri-* che, c'est comme si nous disions *infraffa* & *infri-* cata, c'est-à-dire, qui n'est pas encore *ouverte* & *rompue*. En effet, *defricare* veut dire *rompre* & *en-* tamer. Car dans le Tome second des anciennes Le- cons de Canisius, il y a un Auteur incertain, *De* *Epifconis Salaforgensibus*, qui parle d'un certain homme, qui, à force de se jeter à genoux, en avoir entamé sa chair. *Ut defricata*, dit-il, *cute* & *carne*, *genua sanguine inveniretur fluentia*. Tou- tefois *defricare*, en bon Latin, signifie *nettoyer* en frotant. *Ut forté hic in balneas venit*, *cupit*, *poſt-* *quam perfusus est*, *defricari*, dit l'Auteur du livre *Ad Heremium*, liv. 4. Caſeneuve. D E F. D E G.
DÉFRICHER. M. Morin, Ministre de Caen, dans sa Dissertation à M. de Brieux, page 61. le dérive de *defricare*: *Vernacule dicimus dé-* fricher, *terras incultas cum excultus*, & *ad fruc-* *cus disponimus producendus*. *Nec dubito eodem ſensu* *olim uſurpatum* *defricare*, *cum metaphorice uſur-* *pet Horatius*, libro 1. *Satyra X. ubi laudat Luci-* *tium*, quod ſale multo urbem defricuit. M. de Ca-* ſeneuve le dérive du même mot *defricare*, mais formé de la particule de, & du verbe *frangere*, pour lequel on a dit *fricare*, comme il paroît par le nom des *Frangipani*, qui a été rendu en Latin par *Fricapanes*. Voyez la Note, & ci-deſſous le mot *Frangipane*. Je crois que *défricher* a été fait de *defruitcare*; comme qui diroit, *frutices avel-* lere. M.
DÉFTERDAR. Tréforier des Finances dans l'Empire Turc. Meninski l'appelle *Supremus The-* *ſaurarius*, *Praſes Camera*; &, après Caltel, qui *libris accepti* & *experti praſt*, *einfmodi codicum* *cuſtos* & *minifer*. Le *Defterdar* est celui qui tient les rôles & les états de la Milice & des Finances chez les Perſans & chez les Turcs. C'est le *Def-* *terdar* qui reçoit les revenus du Grand-Seigneur, qui paye les Troupes, & qui fournit toute la dé- peule nécessaire pour les affaires publiques. Ce nom est composé de *défer*, mot Turc, qui signi- fie livre, cayer, mémoire, registre, livre de compte, où s'écrit la recette & la dépense; & qui, felon la conjecture très-vrai-semblable de Menin- ski, est originellement un nom Grec, que les Turcs ont pris des peuples qu'ils ont conquis: car *hobſon* signifie peau, sur laquelle on écrivait au- trefois, parchemin. Le second mot dont *Defter-* *dar* est composé, est *dâr*, nom Turc & Perſan, qui signifie *capiens*, *tenens*. Ainsi *Defterdar* signi- fie proprement celui qui tient le livre de la recette & de la dépense. *
DÉFULER. *ſon chapeau*, *ſon bonnet*; *Picar-* dis, *tollere pileum*: ex *diffibulare*, dit M. du Cange dans ses Origines Françoiſes. Nous disons en An- jou, *décubler*. M.
DÉFUNT. Tout le monde fait que ce mot vient de *defunctus*; mais peu de personnes ſavent que *defunctus* se trouve dans Martial en cette fi- gnification. C'est dans l'Epigramme 73. du liv. 4. * *Jam ſibi defunctus*, *caris dum vivit amicis*. M.
DÉGAGER. Voyez GAGE. *
DEGAT. Ce mot vient du Latin *devaſtare*, par le changement de V en G; comme dans *Gas-* con de *Vascon*, dans *guépe* de *veſpa*, dans *gué* de *vadum*. Ou, si l'on veut, *dégat* viendra de *gâter*, & de la particule augmentative *dè*. *Gâter* vient du Latin *vaſtare*. Voyez ci-deſſous *Gâter*. *
DÉGINGANDE, ou DÉHINGANDE. Rabelais, liv. 4. chap. 52. *Le pauvre trou de mon* *Clos-Bruneau* en *ſus tout déhingandé*: c'est-à-dire, en *alla tout de travers*. De *qua hinc*, *qua hac*, & de l'Italien *andare*. De *guingois*, ou, comme on dit à Metz, de *guingois*, signifie auſſi de *travers*, & vient pareillement de *qua hinc*, *qua hac*. Rabe- lais, liv. 4. chap. 18. c. *Déhingandé*, & au cha- pitre 36. du même livre f. *Guingois*. Le Du- chat.
DÉGOBILLER. *Gobare*, *gobillare*, *dego-* billare, DÉGOBILLER. Voyez *guber*. M. Les Flamans disent *gheubel* & *gobelou*, vomit. *Dégobiller* pourroit bien venir de-la.
DE'GOUSER. Voyez *goiser*. M. DE'GOULER. *Degulare* se trouve dans les Gloses anciennes, mais dans une autre signification. *Degulo*, *calabassou*. Et de-là l'Espagnol *de-gollar*. M.
DE'GOURDIR. Voyez GOURD.* DE'GUENILLE. Voyez GUENILLE.* DE'GUERPIR. Voyez *guerpir*. M.
DE'GUISER. De *disguisare*; comme qui diroit, changer de guise, de maniere, de façon & de visage: car *guise*, selon moi, a été fait de *vifsa*. Voyez *guise* ci-dessous. Les Espagnols, de *dissfaciens*, ont dit de même *dissfaciens*, pour dire, déguisé, masqué. *Difrax* se trouve en cette signification dans les Gloses anciennes: *Difrax*, *limpier* : où *difrax* est dit pour *difrax*. *Bifrax*, expliqué par *limpier*, se trouve dans les mêmes Gloses. M.
DEHORS. En Languedoc on dit *defore*. Il vient du Latin-barbare *deforis*. Metellus, en ses Poésies intitulées *Quiniralia*, qui sont au premier Volume de Canisius: *Nec deforis quisquam remansit uspiam*. Le Concile de Bragues, chap. 36, dans Yves de Chartres, part. 3. c. 220. *Deforis circa murum civitatis sepeliantur*. La Loi des Ripuariens, chapitre 70. §. 4. *Deforis sepen*, &c. *Cafeneuve*.
DEHORS. De *deforis*, qu'on a dit pour le simple *foris*; dont *hors*. Voyez *hors* ci-dessous. Voyez, aussi M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 172. Les Languedociens disent *defore*. M.
DE'JA. De *dejam*, dit pour *jam*: dont *ja*, Voyez *ja*. M.
DEJEUNER. De *dejeunare*. Muret, liv. 4. chap. 12. de ses diverses Leçons: *Id vocabant*, (il parle du *déjeuner*) *d'éparvasse*, *aut d'éparvasse*, *quod non dilutum*, *sed merum*, *ut ait Ausonius*, *merum biberent*: *aut etiam huncusque*: *quam vocem*, *unâ cum re ipsa*, *nostrates retinuerunt*. Caisabon sur Athénée, 1. 9. *Miram vero vocem huncusque pro eo quod dicimus nos Franco-Celta*, *planè ad verbum*, *desjuner*. *Sed nobis ratio conflat*: *est enim quasi dejeunare*; *pro jejunium solvere*: *ut deonerare*, & *dearmatus*. *Sape ita accipimus vlâ* D. Graci, *quod sciam*, *vlâ hâ*, *nunquam*. Jejunare *Gracis rociunt*, & *rociâ* : *frangere jejunium*, *d'eurciâ* &c. M. de Saumais, sur l'Histoire Auguste, page 820. DEJEUNARE *dicimus pro jentare*: *quod est jejunium solvere*: *jejunat enim qui totum diem immorsus & jejunus perflat*. *At qui manè cibum sumit*, *is non potest amplius dici jejunus*. *Jejunium igitur solvit*: *hoc est, uno verbo*, *dejeunat*. Comme les Grecs ont dit *d'eurciâ* & *huncusque*, pour *déjeuner*, & les Latins, *dejeunare*, les Anglois ont dit de même *breakfast*, qui signifie mot pour mot, *rompre le jeûne*. En Languedoc, *déjeuner* signifie *jeuner*, & *l'on dejeun*, *le jeûne*. Les Italiens usent aussi de *d'jeunare*, en la signification de *jeuner*. M.
DEJUC, DEJUCHER. Rabelais, liv. 3. chap. 11. *La premiere fois sera une faute*, & *vandra quinze*, *au desjucher vous l'amenderez*: *par ce*
DEL. DEM. 467 *moyen seront seize*. Marot, dans la Ballade du jour de Noël: *Chantons Noël tant au soir qu'au desjuq*. De *disjugum* & de *disjugare*. *Dejuc*, c'est le matin, à l'heure que les poules quittent la perche où elles étoient *juchées*. Le Duchat.
DELA. De *de illac*. Voyez *deja*. M. DELABRER. Du Latin *inuitit dislamberare*: dont les Milanois ont aussi fait *deslabare*. Voyez mes Origines Italiennes. Le simple *lamberare* se trouve. Festus: *LAMBERAT*, *scindit*, *ac laniat*. M.
DELAY. De *dilatum*. M. DELAYER: dans la signification de *diluere*. De *dilutare*. DELIER. De *disligare*. Le *Dittinarium Arabico-Latinum*: *DELLO*, *solvo*. M.
DELIER. Du verbe Latin-barbare *disligare*. Les Gloses Arabico-Latines: *Disligo*, *solvo*. *Cafeneuve*.
DELIVRANCE. Terme des Officiers de la Monnoye. C'est une permission que les Gardes, & autres Officiers de la Monnoye, donnent au Maître de la Monnoye, c'est-à-dire, au Fermier, d'exposer les espèces fabriquées, ou de les donner à ceux qui ont apporté les matières, après qu'ils les ont trouvées juites de poids & bonnes, de les exposer, suivant le rapport qui leur en a été fait par l'Espaureur. Voyez Poullain, dans son Glossaire, & Bouteroué, dans ses Observations, p. 247. M.
DELIVRER. De *deliberare*. Voyez *livrer*. M.
DELOGER. Voyez *logis*. M.
DEMAIN. De *demane*: qu'on a dit pour *manè*; comme *demagis*, pour *magis*. Les Gloses: *Demagis*, *opoplus*. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *dimane*. M.
DEMAIN. Ce mot s'est dit au plurier. La Passion à personnages, édition Gothique de 1532, fol. 112. v. *Le peuple qui pourroit d'emblée* *S'esmouvoir un de ces demains*. Et Guillaume Cretin, édition de 1723. *Que trouverez ung jour de ces demains*. Le Duchat.
DEMANDER. De *demandare*. Voyez le Glossaire de M. du Cange. M.
DEMANGER. De *demangiare*, fait de l'Italien *mangiare*, qui signifie *manger*. Voyez *mangiare*, dans mes Origines Italiennes. Les Espagnols disent de même *comezon*, pour *demangeaison*, de *comefio*. Et ces mots ont été dits par rapport aux parties de notre corps qui sont rongées des vers de notre vivant; lesquels, par leur mouvement, excitent en nous une *demangeaison*. Martial, livre xiv. épigramme 23. qui a pour titre, *Auriscalpium*: *Si tibi morosa prærigine verminet auris*, *Arma damus tantis apta libidinibus*. Les Italiens disent *pizzicare*: de *pungere*. M. N n i j
DEMANGORE. Mot Messin, qui se dit d'un homme dont tout l'habit, & particulièrement ce qui couvre le col & les épaules, est tellement déchiré & en défordre, qu'on diroit qu'il a été mis en cet état par une bête cruelle, qui a manqué de le dévorer. De *demanichoratus*, verbe fait de *manichora*, bête cruelle, dont Pline fait la description, livre 8. chap. 11. *Le Duchat*.
DEMANTIBULER. Ce mot vient du Latin *mandibula* mâchoire, comme qui diroit, rompre la mâchoire, qu'on appelloit autrement *mandibule*; & il s'est dit autrefois au propre: mais maintenant il ne se dit qu'au figuré, en parlant d'une chose rompue, gâtée, ou désassemblée.
DEMARER. De la particule de, & du nom substantif *mare*: comme qui diroit, partir de l'endroit de la mer où l'on étoit à l'ancre. M.
DEMARER. L'étymologie de M. Ménage ne me plaît pas. J'aime mieux dériver ce mot des *amarres*, ou cordes qui tiennent le vaissau attaché, & qu'on ôte quand on veut partir. Et suivant cette étymologie, *démarer* aura été dit par abrégé, au lieu de *déjamarrer*. Pour ce qui est du mot *amarre*, il vient, suivant quelques-uns, du Bas-Breton *amarr*, qui signifie *lien*: ce qui supporte que le Bas-Breton ne l'a point pris du François. *Démarer* est le contraire de *amarer*: & comme *amarer*, selon M. Ménage lui-même, signifie *attacher*, ou *lier*; il s'enfuit que *démarer* signifie *détacher* ou *délier*, c'est-à-dire, ôter les *amarres* ou *liens*, & que, par conséquent, il ne vient pas de *mare*. Voyez ci-dessus *Amarer*.
DEMENÇ. M. du Cange: *Mensura frumentaria*, *apud* *Lugdunenses*: ex *demensus*. M.
DEMENTOIR. Se *démentoir*, c'est perdre la raison, perdre l'esprit. Le Roman de la Rose, fol. 17. 1. *Ainsi que je me démentoye* *Des grans douleurs que je sentoye.* Voyez ci-dessous *ramentevoir*. Ces mots viennent de *mens*; comme aussi *amens* & *demens*. Le Duchat.
DEMEURER. De *demorari*, dit pour *morari*: lequel mot *demorari* se trouve dans la Loi 1. au Code Théodorien de *Legatis*. M.
DEMICEINT. De *semicinctium*. M.
DEMI-LUNE. On appelle ainsi en termes de fortifications, un dehors fait en forme de bastion, placé vis-à-vis de la pointe du bastion du rempart, dont la gorge est arondie en forme d'une demi-lune, dont elle a pris son nom. M.
DENDERMONDE. Ville des Pays-Bas, à l'embouchure de la Dendre dans l'Escut. C'est de-là que lui vient son nom, qui signifie *embouchure de la Dendre*. Le mot *monde* est la même chose que l'Alleman *mûnd*, qui veut dire, entre autres choses, embouchure d'une rivière.
DENIGRER. Les Gloses anciennes: *denigre*. *Denigrer* n'est plus en usage parmi nous que dans le composé. *Il m'a dénigre*. M. DENIS de la Charte. DENIS du Pas. Eglises de Paris. Voyez *Charte*, & *Étienne des Grecs*. M.
DENRÉE. Ce mot signifie toute sorte de marchandises; bien que *denariata*, d'où ce mot vient, signifiant anciennement le poids auquel on vendait le pain & la chair. Les Capitulaires de Charles le Chauve, tit. 31. chap. 10. *Ministri Reipublica provideant, ne illi, qui panem coitum, aut carnem per denaratas, aut vinum per sextaria vendunt, adulterare & minuere possint*. De sorte que ces mots de *denarata* *cera*, des lieux cités en cet endroit par le Pere Sirmond, ne se doivent point entendre, comme il croit, pour certain prix de deniers, mais bien pour le prix auquel la chose étoit vendue. Les Lois d'Ecosse, intitulées *Iter Camerarii*, au chap. 11. qui est de *Foristallatoribus*: *Frangunt & secant pisces in frusta, & vendunt per denaratas*. Les Ordonnances de Guillaume, Roi d'Ecosse, chap. 37. 1. *Pracepit etiam dominus Rex quod nullus extraneus mercator cum navibus veniens & cum marchandis, scindat pannum, vel vendat in denariatis, sed in grasso*. Caseneuve.
DENRÉE. De *derrata*: qu'on a dit, comme l'Italien *derrata*, au lieu de *denariata*. M. Ferrari se trompe tres fort, dérivant l'Italien *derrata* de *rata*: *quod de rata pertii parte derracium sit*. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *derrata*. Voyez aussi le Pere Sirmond, dans ses Notes sur les Capitulaires de Charles le Chauve, page 74. *Vossus, de Vitis Sermonis*, 1. 8. Spelman, & M. du Cange: en leurs Glossaires, au mot *denarius*; & M. de Caseneuve, dans ses Origines Françoises, où il remarque que ce mot de *denrée* signifioit anciennement le prix auquel on vendait le pain & la viande. M.
DENRÉE. Dans nos vieux Livres, *denrée* signifie ordinairement autant de marchandises qu'on en donnoit pour un denier. Le Roman intitulé *la Destruction de Jérusalem*, &c. au chapitre qui a pour titre: *Comme quand la crée fut faite, il vint un Chevalier qui en acheta* (des Juifs) pour un denier: *Après que la crée fut faite, il vint un Chevalier à l'Empereur, & luy en demanda* (des Juifs) une *denrée*, & l'Empereur subitement luy en se bailler trente pour un denier. Et plus bas: *Quand l'Empereur vit que les Juifs étoient presque tous vendus, il demanda aux Chevaliers combien de denrées y avoit encore à vendre: & ils répondirent, que tous estoient vendus, excepté six denrées. L'Empereur leur dit, qu'ils, n'en vendissent plus; car il vouloit retenir ces six denrées. L'Empereur avoit juré qu'en vengeance de ce que les Juifs avoient apprécié J. C. à trente deniers, il feroit vendre trente des Juifs pour un denier: de sorte que dans ce Roman, une *denrée* de Juifs, c'est une trentaine de Juifs, dont le prix étoit un denier. Denrée se prend aussi dans nos anciens Auteurs, pour une certaine mesure ou quantité de choses bonnes à manger, de laquelle apparemment le prix ordinaire étoit d'un denier. Perceforest, vol. 1. chap. 159. Le Roi (Gadifer d'Ecosse) est si noble & si courtois, & si gentil de cœur, qu'il donneroit mille besans d'or pour denrée d'honneur & de prouesse acquérir. Froissart, vol. 1. chap. 17. Les vivres ne s'en renchérèrent point qu'on n'eus la denrée pour une denier, aussi bien qu'on y avoit avant qu'ils venissent. Dans une Charte de Philippe, Comte de Flandres, citée par du Cange au mot *Simonellus*, une *denrée* de pain c'est un petit pain du prix d'un denier. Le Duchat.
DENT-DE-CHIEN. C'est l'herbe appelée en Latin *gramen*. Nous l'appellons ainsi, parce que les nœuds de ses racines représentent la blancheur & la figure des dents des chiens. Caseneuve. D E N. D E P.
DENT-DE-CHIEN. Nos Anciens appelloient ainsi ce que nous appellons aujourd'hui *chien*-dent. Et ce mot se trouve dans les Dictionnaires de Robert Etienne & de Nicot, & dans la Version Françoise du livre des Plantes de Daléchamp. Nicot dit que cette herbe a été ainsi appelée, parce que les chiens l'appétent & la paissent, quand ils se sentent dévoyés. Il est vrai que les chiens l'aiment fort; & c'est pour cela qu'elle est appelée *canaria* par Pline, livre 25. chap. 51. *Inver-rent & canes canarium, qua fastidium deducunt, eamque in nostro conspectu mandunt : sed ita, ut numquam intelligatur qua sit : etenim depasta cernitur*. Mais elle a été appelée *dent-de-chien* & *chien*-dent, de sa ressemblance à une dent de chien, comme le *dens leonis* de sa ressemblance à une dent de lion. M. de Caseneuve a fort bien trouvé la raison de cette ressemblance. M. DENT DE LOUP. S. M. A Metz on appelle *dent de loup*, un hochet d'enfant; & on l'appelle de la sorte, parce qu'au lieu d'un morceau ou de cristal ou d'yvoire qu'on met aujourd'hui au bout de ce jouet pour adoucir la douleur que font aux enfans les dents qui leur percent, on y metoit autrefois une *dent de loup*, comme un remede spécifique contre ce mal, si on en croit Louis Guyon, Tome 1. livre 2. chapitre dernier de ses diverses leçons. *Le Duchat*.
DÉNUE. *Dépourvu*. Il se dit des facultés tant du corps que de l'esprit, bien que sa première & naturelle signification soit *dépouiller*, & *mettre à nu*. Enguérand de Montfreel, vol. 1. chap. 143. *Ils furent tous dénués de leurs velemens*. Et au ch. 190. *Les corps du Connoflable, du Chancelier, & de Remonnet, de la guerre furent tous dénués*. Il vient de *denudatus*. Caseneuve.
DÉPANE. *Déchiré*. Le Roman de Guillaume au court nez, au Couronnement de Loys : *A clops chevaux, & destriers déserrés, Et au Moinage Guillaume : *Tos et ses draps rompus & dépanés*. Et le Roman de Guion de Tournaut : *Molt furent dépanés leurs bons hauberts; doublier *Dépané* a été formé de *depanatus*, dit pour *depanatus*, formé de *pannus*. *Depanare*; d'où vient *depanatus*; se trouve dans Papias : *Depanare*, *dilacerare*, de *panno rapere* : & dans les Gloves d'Ili-dote : *Depanare*, *dilacerare*. *Depanare* se trouve dans Joannes de Janua : & *depanatus* dans les Capitulaires de Charles le Chauve, tit. 19. Aussi *dépanné* se trouve écrit par deux *N* dans le Roman de la Conquête d'Outremer : *La prussée voir tant viés dras dépanés,
DÉPART. Sortie d'un lieu à dessein de faire un voyage. Ce mot vient de *partir* avec la particule augmentative *dé*; & *partir* vient du Latin *partiri* partager, d'abord que l'on a pris dans un sens neutre. Quand on part d'un lieu, on s'en sépare, & il se fait comme une division. On appelle *départ*, en terme de monnoie, l'affinage de l'or. Ce mot dans ce sens-là vient de *départir*, fait aussi du Latin *partiri*, avec la particule augmentative *dé*. Le *départ* de l'or est un partage, une division; une séparation que l'on fait de ce qui est pur et, d'avec ce qui ne l'est pas.
DÉPÉCHER. Voyez *pièce*. M.
DÉPÉCHER. M. du Cange, dans ses Origines Françoises, imprimées à la fin du 2. vol. de son Gloisaire Grec : *DÉPÉCHER*, *aliquo mittere : ex depicare : pissem pissarum aise & sine mora transferre*. *Vax forte pissarum*. Je ne sais ce que veut dire M. du Cange, *dépêcher* a été fait de *depediscare*, comme *empêcher*, *d'impediscare*, formé d'*impedire*. Robert Etienne s'est aperçu de cette étymologie, aiant écrit que *dépêcher* avoit été dit *quasi depêche*, *id est expedire*. M.
DÉPÉCHER. Rabelais, livre 5. chapitre 1. *Et si jeuner sant, dit Pantagnel, expédiens autre n'y est fors nous en despêcher comme d'un mauvais chemin*. Dans ce passage, expédiens & *despêcher* sont employés dans leur propre signification. Le même Auteur, livre 1. chapitre 17. *beau dépêcheur d'heures*. Comme les gens d'Eglise sont obligés de dire leurs heures tous les jours, ceux à qui un tel devoir est à charge, s'en débarrassent le plutôt & le plus vite qu'ils peuvent; & ce sont ceux-là proprement qu'on appelle *dépêcheurs* d'heures. *Le Duchat*.
DÉPENDRE. *Dépenser*. Joannes Januenis, dans son Catholicon : *Dispendere, largiter donare*. *Dispensare, largiter donare*. Caseneuve.
DÉPENDRE. DÉPENSER. De *dispendere*, & de *dispensare*. Voyez M. de Caseneuve. M.
DÉPEUPLER. De *depopulare*, dit pour le simple *populare*, ou *populari*, qui signifie *runner*. M. DÉPIE de *fief*. C'est la perte qu'on fait de son Fief par l'alienation de plus du tiers des héritages du Fief. Voyez la Coutume d'Anjou, article 103. & 104. M.
DÉPIT. C'est proprement un petit mouvement de colère accompagné de mépris : car anciennement *dépiter* signifiou *mépriser*. L'Histoire de Guefclin, chapitre 15. *La honte n'est pas fière de son pays, qui est hays & despités de ses gens*. Nous l'avons tiré de *despétus* : comme *répit de respétus*; comme je le montrerai en son lieu. Caseneuve.
DÉPIT. De *despétus* : comme *répit*, de *respétus*. Pontus de Thyard, page 18. de son livre de l'Imposition des noms, dérive DESPITEUX de *domestus* : en quoi il se trompe. M. de Caseneuve a fort bien remarqué que *dépiter* a signifié *mépriser*. Voyez sa remarque. M.
DÉPLOYER. De *deplicare*. M.
DÉPOUILLER. De *dispolare*. M. Grotius, sur ces mots du Pseumme 22. DIVISERONT SUR VESTIMENTA : *In Davide hoc intelligendum acloqueum; id est fortunas meas, ut confiscatas, inter se partiri sunt*. Sic & Latini spolia dicunt de requavis cum proprii spolia sint vestes : unde spoliarium in balneo : & Gallicum, dépouiller. Ce lieu des balns, pour le marquer en paftant, s'appelloit de même des Grecs *involucum*: qui est, comme qui droit, *vestium Depositium*. Et on a appelé de même *involucum*, le lieu où ceux qu'on alloit baptiser mettoient leurs habits. ¶ Les Angevins disent pouiller, pour induere. Pouiller un pourpoint. M.
DEPUCELLER. Voyez pucelle. Les Grecs ont dit de même *exenus* & les Latins, *devirginare*. Pétrone : *devirginetur* Pannichys *nostra*. M.
DEPUIS. De *depoft*. DEPUISQUE. De *depoftquam*. Ces deux étymologies ont été fort bien remarquées par Sylvius. M.
DEPUTER. De *deputare*. Nicolas de Clemanpis, au livre qu'il a fait de *Annatis non solvendis* : *Deputatos fuisse certos alios de singulis nationibus ad advisandum de remediis*. Drufus prétend que Sulpice s'est fervi de ce mot en cette signification, en ce paillage du livre 2. de son Histoire Sacrée : *accusatores deputari leonibus praxept* : car il a fait cette Note sur cet endroit : DEPUTARI, *delegari*, *assignari*. Unde Deputari : *Gallicie DEPUTE* : *verbum minus uistatum hoc sensu Latinis Authoribus*. *En tamen usus fuit & supra* : *Qua turba*, *inutilis fervis*, *exercendis*, *colendisque agris*, *ne incultum estet folum*, *deputata*. Mais il se trompe : *Deputari leonibus*, c'est *damnari* : comme le favant & le laborieux M. Fabrot l'a fort bien expliqué dans ses doctes Commentaires sur les Institutes : qui est un ouvrage qui n'est pas imprimé, mais qui mériteroit bien de l'être. M.
DERAYE. C'est-à-dire, hors de sa place, dérangé. Rabelais, livre 1. chapitre 27. Chacun étoit deraye. Et livre 3. chapitre 3. En ce monde deraye : c'est-à-dire, sorti de la raye, sur laquelle il devoit être placé. Le Duchat.
DERECHEF. Camden, dans sa Bretagne, le dérive de l'Anglois *derchefu*, qui signifie la même chose. Il vient de l'Italien *derecape*. M.
DERNIER. C'est une syncope de *derrenier* : qui est le mot ancien. Voyez Nicot. Et *derrenier* a été formé de *deretranarius*, fait de *de retro* : duquel *de retro*, on a fait aussi *deretranus* : dont *derrain*, vieux mot, qui signifioit *dernier*. Voyez *derriere*. M. DÉROBER : pour *voler*. De *deraubare*, qu'on a dit pour le simple *raubare*, qu'on a dit dans la signification de *voler*. La Loi Salique xx. 10. Si *quis alterum in via adfalleris*, & *alterum raubaveris*. Voyez *robe*. ¶ On appelle à Paris *fèves dérobées*, autrement, *fèves frêées*, les *fèves* dont on a ôté la *robe*, c'est-à-dire, la peau. M.
DÉROBER. Le verbe Latin-barbare *raubare*, vient de l'Alleman *rauben*, qui signifie la même chose. Wachter dans son *Glossarium Germanicum*, page 1144. RAUBIN, *rapere*, *vi capere*, *per vim auferre*, *cujus species* *prædari*, *spoliare*, *furari*, &c. *Verbum antiquissimum*, & *Scythis* & *Celtis cum ipsa re longè* *lateque disseminatum*. *Persis rubaden est rapere*, & *inde roubah vulpes*, *quia rapto vivis*. *Persas autem & genus & linguam à Scythis ducere*, *jam multa docuerunt vocabula*. *Usum Celticum demonstrant Idiomata Celtica Cambrium & Armaricum*, *in quibus vigent derivata ab hoc verborium da*, *ut sunt rhab rapacitas*, *rob prada*, *manifesto satis indicio*, *ipsum verbum Celtis haudignatum fuisse*. *Gothis birauban est spoliare*, *Luc* x. 30. *Anglo-Saxonibus reafian*, *bereafian*, *rapere*, *spoliare*, *diripere*, *privare*, *in Lege Salica*, *raubare est per vim auferre*, & *charoueo vi ablatum*, *tit*. LXXIX. 1. & 2. *Belgis rooven*, *Anglis to rob*, *Snecis rofwa*, *Latino-Barbaris* *reffare*, *idem significat*. *Quod imitantur Hispani in robar*, *Galli in ravir & robber*, *Itali in rubbare vel rubare*. *Quibus cognata sunt Latinum rapio*, *Arabicum rapha abflulit*, & *Sorabicum rabu rapio*, *aufero*, *furor*. *A rauben est raub cum universa familia rapacissima*, & *rebus omnibus vi publica vel privata capris*. Le substantif Alleman *raub*, signifie habit, bien, meuble, volerie, chose prise en guerre, butin, chose volée. De-là le verbe *dercher*, dans le sens de *voler*, & dans le sens d'*oter* la *robe*. Wachter continue ainsi : *Ferrarius originem invertit*, & *fuum atque nostrum verbum format à roba res*, *facultas*, *quia rubare nihil aliud est quam epes forto facere*. *Mibi origabnius verbi*, *si qua est*, *ob nimiam antiquitatem inexplicabilis videtur*. *Si quod tamum per augurium tentare licet*, *corvo utar*, *cujus frequens quondam in auguriis usus*. *Corvus & rapina in vetistissimo Anglo-Saxonum Idiomate eodem nemine designantur*; *nempe tœfen*, *testibus Somnero & Benfono*. *Nota est corvorum ab origine mundi rapacitas*. *Nam ut cætra tœceam*, *semina terra commisa*, *atque una spem segetis agricolis eripivum*, *tanto ad furtum ingenio à natura instruli*, *ut in fucundis agris*, *ubi major rapiendi materia*, *gregatim*, *in sterilibus*, *ubi minor*, *bini tantum volent*, *testi Æliano*, *lib*. 11. cap. 49. *Qua res primis nominum imposctoribus potuit ansam dare*, *ut hominem rapacem appellarent tœfen*, *id est*, *corvum*, *ficutetiam more vetistissimo hircos*, *canes*, *vulpes appellamus*, *quorum mores istis animalibus respondent*. *A substantivo paulatim formari potuit verbum*, & *ex verbo reliqua*. *Alii*, *inverso ordine*, *corvum à rapacitate denominatum contendum*: *quos nec refellere possum*, *nec volo*, *etiamis mihi videantur id quod natura prius*, *ab eo quod posterius denominare*. *Nam rapacitas corvi mundo corva est*, *hominum non item*, *etiamis sit valde vusita*. *Mibi corvus*, *vi nominis*, *est avis cadaveris appetens*. *Et he*: *nomenclatura etiam latronibus conveniebat*, *qui*, *dum pradam ex caforum cadaveribus colligunt*, *videntur illis insidere tanquam corvi*. *De corvo vide plura in rabe*. Voyez aussi le même Auteur au mot *Raub*.
DÉROUTE. De *disrupta*. Nos Anciens disorient *route* pour *déroute* : Et ce mot étoit en usage il n'y a pas cent ans. Il se trouve en cette signification dans Montagne, livre 1. chapitre 2. *Outre sa femme Romaine qui mourus surprise d'aise de voir fils revenu de la route de Cannes*. M.
DERRIERE. De l'adverbe Latin-barbare *deretro*. Le *Catholicon parvum* : Deretro, *derriere*. Caïeneuve.
DERRIERE. De *de retro*. Baruch vi. 6. *Visa itaque turba de retro*, & *ab ante*. Sylvius dans sa Grammaire, page 154. DERRIERE *autem à de retro*; *quod pro pone*, *in preposiciones assumpsimus*. *Sepius loco & persona convenit*: *ut*, *Dicam prios te*: *nus*, *Ante te*, *DEVANT TOI*. *Dicam post te*: *id est*, *posterior*: *nos APPRÈS*, *ab apprope*. *Sed si somatur pro post tergum tuum*, *derriere toi dicimus*. M.
DES. Ces petits cubes ou quarres d'os ou d'ivoire dont on joue, sont appelés *detti*, par Guillemus Nubrigensis, livre 3. chapitre 25. *Nullus ad aleas vel ad detos ludat*. Et *dadi* dans les Constitutions de Naples, *dive* 1. titre 57. *De bis qui ad dados ludunt*. Les Italiens les appellent *dadi*, & ceux de Langue, & de Gafagne dads. Et d'autant qu'en jouet : se les donne alternativement, je crois qu'ils ont à ainsi appelés, de l'adverbe datatim ; car cette alternation de main, qui se fait au jeu, s'exprime en Latin par datatim ludere. Plaute dans son Curculio : Tom isti qui ludunt datatim, servi scurrarum in via, E datores, & factores, omnes subdam sub solum. Où datores sont ceux qui donnent la paume aux joueurs, & factores ceux qui jouent. Nonius Marcellus : Datatim, id est, invicem dando. Isidore, liv. 1. des Etymologies, chap. 19. rapporte ce lieu de l'ancien Poëte Ennius : Quasi in choro pila Ludens datatim das sese. Où, par une métaphore prise des joueurs, ce Poëte parle d'une femme impudique qui s'abandonnait à toutes sortes de gens. M. de Saumais sur l'Hiltonien Flavius Vopiscus, ne s'éloigne pas beaucoup de mon opinion, dérivant le mot des de dari. Car après avoir dit que dari se disoit proprement de tefferis, qui sont les dés; & jaci, de calculis, qui sont les jets ou jetons; il ajoute : ar, vice versa, datos vol dados vocamus tefferas; jactos vero, calculos. Cafeneuve.
DESARROY. Voyez arroy. M.
DESASTRE. L'opinion de ceux qui tiennent que les Astres sont nos bonnes ou nos mauvaises fortunes, a fait couler ce mot dans notre Langue, pour dire malheur & infortune. Les Gloses d'Isidore : Astrofus, malo sydere natus. Cafeneuve.
DESASTRE. De disastrum. DESASTREUX. De disastrofus. Les Grecs ont dit de même Aeuxie : & les Espagnols, desastre, & desventurada. Astrofus se trouve. Les Gloses d'Isidore : Astrofus, lunaticus, vol malo sidere natus. M.
DESORIENTE. C'est un homme qui se trouve en quelque lieu où il ne fait de quel côté est l'Orient. Nous avons dit de même perdre la tramontane. Voyez tramontane. M.
DESORMAIS. De ces trois mots, des, or, mais. M.
DESPOTE. Titre d'honneur, qu'on donnoit à divers Princes Grecs. Ce fut l'Empereur Alexis, surnommé l'Ange, qui créa la Dignité de Despote, & qui lui donna le premier rang après l'Empereur. C'est Phanax qui nous l'apprend, livre 1. chapitre 1. Les Despote étoient ordinairement les fils ou les gendres des Empereurs. On appella aussi Despote de Sparte, les Princes fils, ou frères de l'Empereur, à qui l'on avoit donné la Ville de Sparte ou Lacédémone en apanage. On donna le nom de Despote au pays qui dépendoit du Despote. Il y a eu aussi des Despote de Servie, & on donne encore aujourd'hui le titre de Despote au Prince de Valachie. Ce mot vient du Grec Aeuxie, qui signifie maître ou Seigneur. Il y a eu des Princes, qui à l'Imitation des Princes ont pris le nom de Aeuxie, comme Théodore femme de Théophile. Aeuxie est le féminin de Aeuxie.
DESRENER. Dans l'ancienne Coutume de Normandie, sous le chapitre de Haro : Cil qui crie haro sans appert péril, le doit amender au Prince. Et s'il nie qu'il ne le crie pas, le Prince doit enque- rir par les prochains d'illes, & par ceux qui louirent; savoir si ils ouirent le haro : que s'il nie, & s'il en est atteint, il l'amendera : & se l'enquête se met en non savoir, il s'en pourra desrener. C'est-à-dire, il s'en pourra purger. Voyez M. de Launay, le Professeur de Droit François, sur la Règle 17. du livre 1. des Institutions Coutumieres d'Antoine Loisel. Ce mot se trouve aussi dans les Lois de Guillaume le Batard, & dans les assises de Jérusalem. Il vient de disrassimare, qui signifie litigare, in pure agere, jus suum disceptare, ad rationem ponere; causam suum coram Judice-rationibus probare : ce qui a été fort bien remarqué par M. du Cange. M.
DESSEIN. De l'Italien disseigne. Voyez le Vocabulaire della Crufca. M.
DESSERRER. Ouvrir, lâcher. Il vient du Latin-barbare diserrire. Le Glossaire d'Anisleubus : Diserruisse, appenaisse. Cafeneuve.
DESSERRER. M. de Cafeneuve le dérive du Latin-barbare diserrire. Voyez la remarque. Il vient du Latin-barbare diserrare. M. DESSERTE : pour mérite. L'ancien Dictionnaire Latin-François publié par le Père Labbe : MÉRITUM : desserre. Cretin dans le Débat de Vénérie & Fauconnerie : Très-bon loyer aurez de vos dessertes. De servire. Serviri, servitum : Deservire, deservitum. M.
DESSILLER. Dessiller les yeux, c'est ouvrir les yeux. Ce mot vient de cil, avec la particule négative de : & cil vient du Latin citum. Les cils sont les poils qui sortent des extrémités des paupières. Quand les yeux sont fermés, les cils de la paupière supérieure & ceux de l'inférieure sont joints ensemble : & quand les yeux sont ouverts, les cils des deux paupières sont séparés. Ainsi dessiller, est comme qui diroit, séparer les cils des deux paupières. De bons Auteurs écrivent dessiller, & c'est ainsi en effet qu'il faudrait écrire selon l'étymologie; mais l'usage est pour dessiller. On le dit figurément des yeux de l'esprit : Et vous, Vérité Sainte, en ces lieux descendue, Eclairez l'Univers, & par des traits vainqueurs, Dessillez tous les yeux, pénétrez tous les cœurs.
DESSINER. Il vient du Latin designare, qui signifie marquer, tracer, faire un modèle, former un plan.
DESSOUS. De desub : que l'on a dit pour sub. Florus, livre 1. chapitre 3. Quippe jam Ligures, jam Insidres Galli, nec non & Illirii lacesebant, sic desub Alpibus, id est, desub ipsis Italia sanibus, gentes, Deo quodam assidue incitante, ne rubiginem ac situm arma sentirent. Dans les Rois iv. 14. 17. Nec locutus est Dominus, ut delere nomen Israel desub cælo. Innocentius, l'Agostinenseur, au livre qu'il a fait de Casibus litterarum : Delatus se aestum, & in valle duas aquas vivas habes; desub se, campum extensum. Cet Innocentius vivoit vers le temo de Spartien. On a dit de même desuper pour super. Tacite, livre 2. des Annales : Suli Cherusci juga insederunt, ut praliantibus Romanis de super incurrerent. Florus, livre 3. chap. 1. & chap. 2. s'est servi du même mot, & Capitolin dans la Vie de Ma- D E S. D E T. crinus. On a dit aussi *desursum* pour *sursum*. L'Auteur de *Vetula* : — *Sed liber spiritus ipsum* *Evolut ad dominum, qui de sursum dedit ilum.* M. DESSUS & SUS viennent du Latin-barbare *sufum*. Les Glofe : *Sufum, àon. Sufum, i.vitu.* Caïeneuve.
DESSUS. De *desuper*. Voyez *sur* & *dessus*. M.
DETACHER. Voyez ATACHER. *
DETAIL. DETAILLER. Détailler : c'est proprement *metré* en *pièces*. Et de-là ; ce sont les termes de Nicot ; *vendre* en *détail*, segmentis, vel particularis, vendere ; qui est, quand quelque marchandise, ou denrée, est vendue par menus poids, ou mesure ; parce qu'alors il faut *despercer* la pièce entière en *menues parties*, selon que l'acheteur en demande. Et par-là voit-on, que ce mot détail, proprement *prins*, est au regard des marchandises où le *trenchant* est *usité* : comme en draps, toiles, chair, &c. Et abusivement, au regard des marchandises qui se vendent à *menu* : comme grains, liqueurs, &c. Toutefois l'usage indifféremment est tel, que vendre en détail, est l'opposée de vendre en gros : & Marchand Détailleur, l'opposée de Marchand Groffier. M.
DETALLER. C'est ôter la marchandise de dessus le lieu de la boutique où elle est étalée. De *détaillare*. Voyez *étan*. M.
DETELER. Voyez ATELER. *
DETOURBIER. De *deturbarium*, dit pour *deturbatorium*. M.
DETRAPER. Terme de Province, qui signifie débarrasser, déménager, tirer tous les meubles d'une maison. Il vient de *trape*, avec la part... de négative de ; comme qui diroit *iter* la *trape*. Voyez *trape* & *atraper*. On dit aussi *détrape*, pour exprimer la délivrance de quelqu'embarras. Ainsi à la mort d'un méchant homme on dit : voilà une belle *détrape*. On emploie souvent en Bourgogne le verbe *détraper*, dans la signification de *défervir* après le repas. *
DETRAQUER. Voyez *trac*. M.
DETREMPER. De *distemperare*, qui se trouve en cette signification dans Pline le Médecin, livre 1. chapitre 5. *Nucus rancidus cum corticibus distemperas*. Je me souviens de l'avoir lu aussi dans l'ulbert. Voyez *tremper*. M.
DETRESSE. *Anguilla*. De *districtia*, dit pour *districtio* : Jean de la Coste, dans ses Sommaires sur les Décrétales de Grégoire IX. page 364. *Index Sacularis aliquando Clericum ex perniis Pontificis confringit, coercer, & in carcerem conjicit, quem tamen condemniare non potest. Soler enim Ecclesia sape auxilium publicum advocare, non ad prajudicandum, sed ad persequendum, id est exequendum : ut loquitur caput 1. supra de Off. Jud. Ordin. & de hac coercitione, vel distritione, custodite, si verum amamus, loqui videtur dictum caput 2. qua Franciè dicitur détresse, in Confuetudine Normannia. Aucunes fois appelle-t-on justice, une certaine détresse qui dépend du Droit : comme on dit d'aucun, qu'il justifie bien ses hommes par prendre meubles, ou sies, ou corps. Sic in Legibus Boicrum cap. 1. Si talis homo potens hoc fecerit, quem* D E T. D E V. ille Comes distringere non possit, hunc dicat duci suo, & dux illum confringat. M.
DETRIER. C'est un cheval de combat. La Coutume d'Anjou, article 47. *An Baron appartiem l'espace du Fancou & du Destrier*. Et est entendu. Destrier un grand cheval de guerre coursier, ou cheval. De *dextrarius*, qui a été dit, selon Voissus de *Vittis Sermonis*, 3. 8. à *dexteritate*. Les Italiens disent aussi *destriere*. *Dextrarius* se trouve dans Hincmar, dans Pierre des Vignes, dans Mathieu Paris, dans Beca, & dans Turocius. Radevicus s'en est aussi servi au livre premier des Gettes de Frédéric Barberouise, chapitre 16. Et parce que par ses paroles il paroît que le détrier se dit d'un cheval d'armes, & le palefroy d'un simple cheval, j'ai cru qu'il seroit à propos de les rapporter. Les voici : *Si extraneus miles pacificæ ad castra accesserit, sedens in palefrido, sine scuto & armis, si quis eum laferit, pacis violator judicabitur. Si autem sedens in dextrario, & habens scutum in collo, lanceam in manu, ad castra accesserit, si quis eum laferit, pacem non violavit*. La même chose paroît par les Anciennes Loix d'Angleterre : *Veniet bene armatus pro guerra super uno bono dextrario, in prafonia Domini Regis, die coronationis sua*. Voyez Voissus au lieu allégué. Tournée dans sa Dispute sur le livre de *Fato*, de Cicéron, page 143. donne une autre étymologie de *dextrarius* que Voissus. Voici ses termes : *In quadrigis equi duo jugales dicebantur, qui ad jugum currus juncti erant. Eos Graci Cypoc vocant : duo fundales, extra jugum : alter unus finisterior; alter dexterior. Suetonius in Tiberio : Dehinc pubescens, Acciaco triumpho currum Augusti comitatus est, finisteriore funali equo, cum Marcellus Octaviz filius, dexteriore vehereur. Hi à Gracii usacidicuntur, & eupogios. Etiam Dioruque, dexterior equus dicitur. Nos, à Circi consuetudine, equus bellatores in Historiis Gallicis, dextrarios appellari legimus : cum praesertim dextrarianem, pro aurigatione usurparit Solinus : quod ideo fecit, quia dextrorum flexus meta lustrabatur. Si cette étymologie n'est véritable, elle est du moins très-docte & très-ingénieuse*. Jean, Moine de Marmoutier, livre 1. de son Histoire de Geoffroi le Bel, Comte d'Anjou, aussi du mot de *dextralis*, au lieu de celui de *dextrarius* : *Dant dextrales dissonos hinnitus*. M.
DETROIT. De *districtum* : formé de la particule *dis*, & du nom substantif *strictum*. Voyez M. du Cange au mot *districtum*. M.
DETROUSSER. *Voler*. Il ne se diroit originairement que des marchandises ou équipages que les voleurs dérobent : parce qu'ils les détroussent, c'est-à-dire, les ôtent du paquet où elles sont trouvées. Voyez *Troufe*. Caleneuve.
DEVALER. De *devalare*, fait de *vallis*. On a fait *devalare* de *vallis*, pour dire *descendre*, comme *montare*, de *mons montis*, pour dire *monter*. Voyez *monter*, & *avaler*. M.
DEVANT. De *deabante*. M.
DEVANTAU. Rabelais 3. 7. parlant de la Sybille de Panzouft : *Miffon devantau sur la telle, comme les Pretres mettent leur amiét, quand ils vendent Melfe chanter*. Voyez *tablier*. Les Espagnols disent de même *devantal*. M.
DEVANTIERE. Montagne, livre 3. chap. 3. Comme celui qui craint d'adorer la statue d'un Saint, si elle est sans devantiere. Nous appellons proprement devantiere cette sorte de grand tablier que les femmes portent à cheval. M.
DEVE'ER. C'est-à-dire, défendre. Le Roman de la Rose, fol. 36. r°. Se folle largesse devée, L'en me tiendroit bien pour devée Si je commandois avarice. De devetare, comme veer de vetare. Voyez ci-defsous M. Ménage au mot Veer. Le Duchat.
DE'VELOPER. Je dérive ce mot du Latin evolvere, avec l'addition de la particule augmentative de. Le second V du mot Latin a été changé en P, qui est une lettre du même organe : de plus l'O a été changé en E, & on a ajouté un O après L. C'est par les mêmes changemens que du mot involvere on a fait envelopper. Ou, si l'on veut, développer aura été fait de volvere, avec l'addition de la particule négative de.
DEVENIR. De devenire, qui se trouve en la même signification dans Gregoire de Tours, de Gloria Martyrum, livre 1. chapitre 106. Le Duchat.
DEVERGONDE'E. De devereundata: d'où les Espagnols ont aussi fait desverguençada. On a dit devereundiare, comme devirginare. Verreundia, verecuntia, verruunia, verguença, desverguença, desvergonçado. M.
DEVERS. De deversum: formé de de, & de versum. Voyez envers. M.
DE'VIDER. DEVIDOIR. On prononçoit oripinairement devuider & devuider : parce que le dévidoir se vide de si à mesure qu'on en fait des pelotons. Aussi, devider, se disoit en Latin-barbare devauare. Le Dictionnaire de Jean de Garlandia : Devacuatrices, qua devauant fila fericera. On la Glofe ajoute : Devacuatrices, Galbis Dévolderesses, & dicuntur a devauo. Voyez vider. Caesneuve. 474 DEV. DEX. Lame lui dit qu'elle voulut qu'il eût un bracelet effaillé à sa devise. M.
DEVISE. Ce mot signifioit aussi anciennement un Testament, à cause de la division que fait le testateur de son bien dans son testament, Voyez M. du Cange dans son Glossaire, au mot divisa. M.
DEVISER. Parler ensemble. De divisus, en sous-entendant sermo, on a fait devis. Divisi sermons, ce sont menus propos. Et de la, le verbe divisare, pour deviser. M.
DEVOUER. De devotare. Voyez avouer. M.
DEVOYER. Se devoyer. Sortir de la bonne voie, s'égarer du droit chemin. Ce mot est formé de obis & de la particule négative de; comme qui droit, s'écarter de la voie: Et voie vient du Latin via. Les Latins ont dit dans le même sens deviare; & il se peut aussi que devoyer ait été fait immédiatement de ce verbe Latin.
DEUTEROCANONIQUE. On appelle ainsi, en terme de Theologie, un livre de l'Écriture qui a été mis plus tard que les autres dans le Canon, soit parce qu'il a été écrit après que les autres y étoient déjà, soit parce qu'il y a eu quelque doute sur sa canonicité. Les Juifs reconnoissent dans leur Canon des livres qui n'y ont été mis qu'après les autres. Tobie, Judith, la Sagesse, l'Écclésiastique, les deux livres des Macchabées, sont du nombre des Deutéricanoniques. Ce mot est Grec, & composé de hōrōs second, & de xyrōs canonique, parce que ces livres ne sont que les seconds Canoniques; ce qui ne signifie pas qu'ils aient moins d'autorité. prime en Latin par, datatim ludere. Plautus in Curculione: Tum isti qui ludunt datatim, servi scurrarum in via, Et datores & factores omnis subdam sub solum. Nonius Marcellus: Datatim, id est, invicem dando: où datores sont ceux qui donnent la paume aux joueurs; & factores, ceux qui jouent. Isidore, liv. 1. des Etymologies, chap. 29. rapporte ce lieu de l'ancien Poète Ennius: Quasi in choro pila Ludens datatim dat Iese. Où, par une métaphore des joueurs, ce Poète parle d'une femme impudique, qui s'abandonne à toute sorte de gens. L'analogie ne permet pas qu'on dérive des de datatim. Ce mot vient assurément de dati: mais de dati, donnés datatim. M.
DEZ. Ce qui fait que je ne doute point que notre mot des ne vienne de Dati, c'est qu'anciennement on écrivait des. La version Françoise du Manipulus Curatorum, fol. 110. v. savoir si on peut faire aumône du jeu de des, de tables, &c. Le Duchat.
DEZ. Nonobstant toutes les autorités qu'allègue M. Ménage, j'ai peine à croire que ce mot vienne originalement du Latin dare. J'aime mieux le dériver, comme aussi l'Italien dadi, & l'Espagnol dados, de l'Arabe dad, qui signifie Iusus, res ludicæ, alea. C'est aussi le sentiment de Wachter dans son Glossar. Germain, au mot Dentele, où il s'exprime de la manière suivante: Vocem Italicam (dadi) quidam derivant à ludo datorum. Quos reprehendis Salmasus apud Ferrarium in Originibus, quia teste Cicerone, calculi dabantur, non testere. Hinc Ferrario simplicus visum, ita appellari, quod in ludo etiam solitario testorum, sine calculis, mutus testere dentur & recipientur à ludemibus. Sed fallitur vir dolus. Nam dad, ded, det, est vox Arabica, significans ludum, rem ludicam, & aleam, teste Hydio in Neriludio, page 18. Inde Iualis dadi, Hispanis dados, Gallis des, Cambris dis, talus, testere, alea, cubus. A des perros se ludus Deciorum, Gallicæ jeu de des, quod Cangius malæ interpretatur judicium Dei, quasi esset à De Deus.
DIA. C'est le commencement de plusieurs termes de Médecine de Chirurgie, & de Pharmacie. Dans les mots où ces trois lettres commencent le nom d'un remède, d'un onguent, d'un cataplasme, &c. elles marquent une composition, un mélange, comme dans Diapalme, Diachylon, &c. Dia est encore le commencement de plusieurs mots, tant des arts & des sciences, que de l'usage ordinaire, comme Diametre, Dialogue, Diacre, &c. Dans tous ces mots, Dia vient de la préposition Grecque du, qui commence les mêmes mots en Grec, & qui signifie per, inter, ex, cum. Il y a des mots où dia n'est point une proposition; quoique ces mots viennent ou puissent venir d'une Langue étrangère, comme Diamant, Diane, &c.
DIABETES. Terme de Médecine. C'est une évacuation copieuse d'urine, dans laquelle la boisson passe aussi-tôt après qu'on l'a prise, sans être changée. Le mot est pur Grec, duCoroc, qui vient du verbe duCoroc, je passe; & il a été donné à cette maladie, parce que la boisson passe fort vite.
DIABLE. Ce mot vient du Latin diabolus; & le Latin diabolus vient du Grec duCoroc, qui signifie médisant, délatteur, accusateur, calomniateur, & qui a été fait du verbe duCoroc, qui signifie médire, accuser, calomnier. Le malin esprit a été appellé de la sorte dans l'Écriture, ou parce qu'il calomnie Dieu auprès des hommes, comme lorsqu'il tenta Eve; ou parce qu'il accuse les hommes auprès de Dieu, suivant qu'il est dit Apocal. XII. 10. L'accusateur de nos frères, qui les accusait jour & nuit devant notre Dieu, a été précipité. Le Grec duCoroc répond à l'Ebreu pour Satan, qui est un des noms du malin Esprit, & qui signifie ennemi, accusateur, & même ces deux noms sont joints ensemble au même chapitre XII. v. 9. où il est dit: Cet ancien serpent qui est appelé le diable & Satan. En Syriaque, le malin esprit est appelé elkelkeris, c'est-à-dire, à la lettre, publicer de calomnie: ce qui convient parfaitement avec le Grec duCoroc. Au Deutéronome XXIII. 17. Les démons sont nommés dans le texte Ebreu et schédim; car en cet endroit il est dit des Israélites, qu'ils ont sacrifié aux schédim: ce que les Septante interprètent par ducoroc. Le mot Ebreu schédim vient du verbe schédad ravager; en sorte que les schédim sont la même chose que les ravageurs. Cette étymologie conviendrait avec celle du Grec ducoroc démon; si l'on vouloit dériver ce mot Grec du verbe ducoroc, en tant qu'il signifie ravager, savager. Mais il y a plus d'apparence que ducoroc a été fait de ducoroc, en tant que ce verbe signifie commère, savoir; en sorte que ducoroc est dit, quasi ducoroc, gnarus, peritus. Ce qui semble prouver cette étymologie, c'est que ducoroc chez les anciens, se prend également pour un bon & un mauvais génie, pour un Dieu, une divinité. Platon appelle le Dieu modérateur de l'univers ducoroc. Dans Homère ducoroc & Sice, sont souvent la même chose. Mais dans l'Écriture Sainte, ducoroc ne se prend que pour signifier l'esprit malin.
DIADEME. Du Grec duCoroc, qui signifie proprement redimiculum, & qui est fait du verbe ducoroc redimio, revincio. Le Diadème, proprement dit, n'étoit qu'une espèce de bande dont les Rois se ceignaient la tête pour marque de leur dignité.
DIAMANT. D'ademante, ablatif d'adamas: d'où les Italiens ont aussi fait diamante: d'où le Grec vulgaire duamant. On y a préposé un D, comme en diapre. Voyez diapre. M. DIAMANS d'Alençon. Faux diamans: ainsi appellés de la ville d'Alençon, d'où ils nous viennent. M. de Saumais sur Solin, page 1099. Ignobiles adamantes, quos a solo natali Alenconlos appellamus. M.
DIANE. Comme quand on dit, battre la diane. De l'Espagnol diana, fait de l'Espagnol dia, qui signifie jour. Battre la diane, c'est battre la caisse au point du jour. Dia, dans la signification de jour, se trouve dans les anciens Poètes Italiens. Voyez mes Origines Italiennes au mot Dia. Les anciens Candices disaient dia en la même signification. Macrobe, dans les Saturnales, livre 1. ch. 15. Cretenses &a triusque vocant. Et c'est de ce mot que les Latins ont fait leur dies, dia, dia, Ooo ij dies. Pour l'Italien & l'Espagnol dia, ils ont été formés du Latin dies. M. DIANTRE : pour le Diable : afin d'éviter ce vilain mot. Rabelais, liv. 3. chap. 3. Créature du grand vilain diantre d'enfer. M.
DIAPASON. Terme de Musique. C'est ce que nous appellons allave. Ce mot est pris du Grec diu manus, comme qui diroit, harmonia ex omnibus; & la plupart des Auteurs qui ont écrit de la théorie de la musique, l'ont employé pour expliquer l'odtave. Ils ont aussi employé les mots diatessaron, diapente, pour dire la quarte, la quinte; & ces mots pareillement sont pris du Grec diu transquis, diu warre; comme qui diroit, harmonia ex quatuor, ex quinque.
DIAPHRAGME. Terme d'Anatomie. On appelle ainsi la cloison musculense qui sépare la poitrine d'avec le ventre. C'est de-là qu'est venu le nom de Diaphragme, qui est Grec, & signifie proprement une cloison, une séparation; du verbe diaphras separe, ou être entre deux. C'est Platon, au rapport de Galien, qui le premier a nommé cette cloison diaphragme. Auparavant on l'appelloit quinc, qui signifie entendement, parce qu'on prétendoit que dès qu'elle étoit attaquée d'inflammation, l'homme tomboit aussi - tôt en phrénésie : ce que l'experience ne confirme pas.
DIAPRE. Il signifie bigarré de divers es couleurs : bien que proprement il signifie vert. Il vient de diaprasinus, qui est formé de la préposition du, qui signifie per; & de prasinus, qui est le vert de la queue du poireau, appellé qu'est comme qui diroit perviridis. Toutefois j'ose croire que les Auteurs du tems moyen ont pris aussi diaprasinus, pour bigarré; ou du moins pour la couleur semblable à la bigarrure d'une prairie bien émaillée de fleurs. Flodoard, livre 3. de l'Histoire de Reims, chap. 11. Mitten et quadam pretiosa ornamenta, casulam scilicet diaprasinam, quam habebat unicam. Caeneneve.
DIAPRE. Bigarré. M. de Caeneneve le dérive de diaprasinus, formé, dit-il, de la particule Grecque du, & de prasinus, qui signifie verd. Il vient de l'Italien diaspro. Diaspro, diasprato, DIAPRE. L'Italien diaspro a été fait du Latin iasper : en y préposant un D, comme en diamant, d'adamante. Et iasper a été dit pour iaspis. Voyez iaspe. Diapré a vieilli : mais c'est un beau vieillard : & je n'ai point fait difficulté de m'en servir dans cet endroit de mon Idylle du Pêcheur : La se tut Alexie, & d'un torrent de pleurs, De son amour témoins, témoins de ses douleurs, Du fleuve il inonda la rive diaprée, Et grossit le tribut qu'il portait à Nérée. M. DIARBECRE ou DIARBEK. Nom d'une Province d'Asie, située entre le Tigre & l'Euphrate. Ce nom est Arabe, & signifie pays de Berre. Il fut donne à cette Province à cause d'une famille Arabe, appelée Berre, qui s'y établit. Le Diarbecre est la même chose que le 𐀀𐀁𐀁𐀁 𐀀𐀁 𐀀𐀁 Aran Nabaraim de l'Écriture, c'est-à-dire, la Syrie des deux fleuves, & que la Mésopotamie des anciens, ainsi nommée parce qu'elle est renfermée entre le Tigre & l'Euphrate. C'est pourquoi aussi les Arabes la nomment algezirab, l'Île, c'est-à-dire, la présqu'Île. La ville capitale du Diarbecre propre a le même nom que la province; quoiqu'on dise ordinairement Diarbecér en parlant de cette ville. C'est l'ancienne Amed, ou Amid, ou Amida. Les Turcs l'appellent Caraïmid, ou Caraïmis, c'est-à-dire, Amida la noire, parce que ses murailles sont bâties d'une pierre noire.
DIATESSARON. Outre le Diatessaron de la musique, duquel il a été parlé à l'article Diapason, on appelle aussi en terme de Pharmacie, Diatessaron, une sorte de thériaque, parce qu'elle est composée seulement de quatre ingrédients. On la nomme aussi thériaque des pauvres, parce qu'elle se fait en peu de tems, & à peu de frais.
DIDIER. Nom propre d'homme, qui a été formé par corruption, du Latin Desiderius. Ce nom se dit différemment selon les différents lieux. Ordinairement on dit Didier. En Champagne plus communément Dizier : en Languedoc & en Italie Desferi, & Drezeri : au pays-bas Desfe. On a même dit Gery.
DIDON. Nom propre de femme. Ce nom est Phénicien, & vient de 𐀀𐀁 did, qui signifie dilectus. On fait que la Reine Didon étoit Phénicienne. L'Ebreu 𐀀𐀁 did signifie la même chose, & c'est de-là qu'est formé le mot David. Servius dit que Didon en Phénicien signifie virago. L'Erymologiste & Phavorinus l'interprètent errame, vagabonde; & Eustathe, dans ses Notes sur Denys le Géographe, l'explique 𐀀𐀁 homicide. Tous ces Auteurs se trompent. Le mot Didon ne signifie que Dilella.
DIDYME. Nom propre d'homme qui signifie jumeau. C'est la même chose en Grec que Thomas en Ebreu, comme S. Jean le témoigne xi. 16. & xx. 14. En effet 𐀀𐀁 thémim Genes. xx v. 14. signifie des jumeaux; du verbe DID thémim, qui veut dire gemellos parere.
DIEPPE. Ville maritime de Normandie. M. Bochart prétend que cette ville a été ainsi appelée de l'Anglois deep, qui signifie profond; & que le bourg de Dieppedale, au-dessous de la ville de Rouen, située dans une vallée, avoit aussi été appellé de la sorte du mot Anglois deepdale, qui signifie profonde vallée. M.
DIE'SE. Terme de Musique. C'est l'élévation d'une note jusqu'au demi-ton. On appelle aussi de la sorte la marque qui fait voir qu'il faut hausser d'un demi-ton le son de la note qui la suit. Ce mot vient du Grec diere, qui signifie entre autres choses division; du verbe diere transmits, trajicio. Le Die'se a été nommé ainsi parce qu'il est la division d'un ton, & qu'il le partage.
DIETTE. Comme quand on dit, faire dierte. De diata : qui signifie régime de vivre, & qui vient du Grec diata, qui signifie la même chose. M. DIETTE : pour assemblée; comme quand on dit, la Diesse de Ratisbonne; vient aussi de diata : dans la signification de sale où l'on fait des festins. Les Gloises anciennes : diate, vi invium, cenaculum, diatessare, arriendis. De laquelle signification, il a passé ensuite en celle d'une Assemblée d'Etats : les anciens Allemans aiant de coutume de traiter d'affaires publiques au milieu des festins. Tacite, au livre qu'il a fait de leurs merurs : Sed & de recoucipiandis invicem inimicis, & jungendis affinitatibus, de adsciscendis Principibus, de pace denique & bello, plerumque in conviviis confulians. Tamquam nullo magis tempore, aut ad simplices cogitationes pateat animus, aut ad magnas incalcis. Gens non astuta, nec callida, aperit adhuc secreta peituris licenti loci. Ergo detecta & nuda omnium mens, postera die retractatur: & sua utrisque temporis ratio est. Deliberant, dum singere nosciunt: confitimum, dum errare non possunt. Et c'est pourquoi Isaac Pontans, livre 3. de ses Origines Françoises, chapitre 7. estime que le mot mallus, qui se prend souvent pour un Parlement, ou pour une Assemblée d'Etats, a été fait de maie, qui signifie en Allemand un sofin. L'Anglois meale signifie la même chose. Et à ce propos il est à remarquer, que le mot de Dietze ne se dit que des Assemblées des Allemands & des Polonnols: car les Suisses, dont les Assemblées s'appellent Dietzes, sont Allemands. Et comme dans ces sales appelées Dietzes, on avoit accoutumé de traiter d'affaires, le mot de luerriée est interprété dans les mêmes Gloises, disceptator, arbiter, interventor; & celui de l'ouïa, intervenio, discepto. Voyez M. de Caseneuve dans le Traité qu'il a fait des Etats Généraux du Languedoc.
DIETTE. Ces sortes d'assemblées que nous appelons Dietzes, les Allemands les appellent Reichstag, qui signifie proprement journée Impériale; & c'est ainsi que le traducteur de Sleidan a rendu ce mot par-voit où il l'a trouvé dans Sleidan; ce qui semble ne laisser aucun doute que le mot de Dietze, en la signification d'Assemblée d'Etats, ne vienne du Latin dies, jour ou journée. Aussi ne dit-on pas Dietze dans la signification de ces sortes d'Assemblées, mais Dietze, fait de Dies: & Dietze s'est dit généralement de toutes les journées destinées à plaider ou à traiter d'affaires. Le Berger, dans la Farce de Patellin: Il m'a parlé de vous, mon maître: Je ne sais quelle adjournerie. Et plus bas, le Drapier au Berger: Laisse m'en paix, va-t-en & garde Ta journée. Et plus bas, le Berger à Patellin: On me piquera en deffant, Si je ne voys à ma journée, Monsteigneur, a de relevée, Et s'il vous plais vous y viendrez, Mon doux maître, & me deffendrez. Le mot de journée en ce sens est encore en usage en France dans les taxes de dépens. Olivier Maillard l'a même rendu en Latin par le mot Dietze. Voici le passage, pris du Sermon 21. ser. 2. Dom. advent. où il fait le conte d'un Avocat frippon qui avoit reçu de l'argent de deux parties advertées: Quando verò venit Dietze; primus qui non erat tam dives sicut alius, venit ad advocatum & dixit ei: Domine, hodie debet teneri dieta: si plaget, respondebitis pro me. Le Duchat.
DIEU. Ce mot vient du Latin Deus; & le Latin Deus vient du Grec 3. c. Mais d'où vient le Grec 3. c. & que signifie-t-il littéralement? Car il faut distinguer dans les mots la signification que s'appelle littérale ou d'origine, & qu'on peut aussi appeler étymologique, d'avec celle qu'ils ont dans l'usage ordinaire; & c'est en cela que l'étymologie diffère de la signification, c'est-à-dire, de la signification prise dans le sens qu'on donne ordinaire- ment à ce terme. La science étymologique considère la première de ces deux significations, & la Grammaire s'occupe de la dernière. Par exemple dans le mot angelos, l'Étymologiste en considère la signification littérale ou originaire, qui est celle de messager; & le Grammairien en considère la signification proprement dite, qui est celle d'esprit celeste. Pour ce qui est donc de l'origine du Grec 3. c., les Étymologistes ne conviennent pas la-dessus. Quelques uns dérivent ce nom du verbe 3. c. regarier, considerer; parce que Dieu voit toutes choses. D'autres le dérivent de 3. c. contrer; parce que l'immensité de Dieu le rend présent par-tout. D'autres le font venir de la c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. c. 478 DIF. DIG. DIJ. aux populum significat, ut demonstrati in loco. Quo ipso corrus argumentum eorum, qui huic Sculneo argumento innixi, Germanos Dillos volunt Teutonas, tanquam divinos. Je croirois volontiers que le Celtique Diu a été fait du Latin Deus, & je n'y vois pas beaucoup de difficulté: ou bien il aura été fait du Grec Δις, de même que Deus.*
DIFFAMER. De defamare, Latin - barbare formè de fama. Joannes Januensis, dans son Catholicon: Defamo, as, avi ex de & famo, as. Et est defamare, convictari, criminari, famam auferre. Caïeneuve.
DIFFAMER. Périon & Jean Picard le dérivent de l'exposion: & à cause de cette étymologie, Picard l'écrit par un Y & par une seule F. Il vient de diffamare. Voyez Barthius XIII. 4. M.
DIGESTION. Le premier Scaligerana, pag. 74. DIGESTIO impropriè apud Macrobium pro concoctione ciborum in ventriculo dicitur! cum apud probatos Aultores de sola distributione cibi & dissipatione per halitum & infensibilem transpirationem nuncupetur. Scaliger se trompe: ce qui a été fort bien remarqué par Vertunien, en ces mots: Verbum tamen digerere pro conquoqueere, inventitur in Cicerone, in epistola 65. ad Atticum: & apud Senecam in epistola, cui titulus, Quomodo aliena, per transformationem, nostra facere oporteat. Grégoire de Tours, livre 3. de son Histoire, chapitre 36. s'est servi du même mot en la même signification: Quo celerius ad manducandum commoveretur, sumpto aloe, velociter digerebat. Il parle de Parthenius. M.
DIGUE. Du Flaman diis, qui signifie un amas de terre contre les eaux. Mais comme les Flamans ont beaucoup de mots qui viennent du Grec; ce qui a été remarqué par Hadrianus Junius; ils ont peut-être fait diis de vix. Et M. de Saumaise dans son de Hellenistica, page 111. dit affirmativement que c'est de ce mot Grec qu'ils ont fait ce mot Flaman. M.
DIGUE. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 1667. TEICH, agger, aquis arcendis Gallus. Belgis DYG agger, munimentum adversus inundationes. Idem Gallus DIGUE. Cum moles illa terrea, quam Belga Fluminibus obiciunt, ut impetum eorum cobibeant, muro similis sit, hinc Junius Belgicam vocem truncatam censet a Graco vix & murus, in Observ. ad Willeram. pag. 182. Sed nevâ etymologia minimè opus est. Nam à teichen fodere, tam fossa quam terra egesta & in molem congesta, recte vocatur teich. Ita etiam graben non solum fossam, sed etiam aggerem significat.*
DIJON. Ville de France, Capitale du Duché de Bourgogne. Du Latin Divio ou Dibi, par le retranchement de v ou s. Hadrien de Valois, Notis. Gall. page 173, donne pour étymologie de ce nom Latin, le mot diu, qui chez les anciens Gaulois ou Celtes signifiòit un ruisseau, une fontaine; comme il paroît par quantité de noms de villes qui sont auprès des sources ou des ruisseaux. Il croit que Divio a tiré son nom de sa situation qui est entre deux petites rivieres. Cela est plus probable que ce que portoit une ancienne Chronique de Bourgogne, que le premier Président de Villeneuve dióit avoir lué; savoir que Dijon s'appelloit anciennement Bourg-Ogne, c'est-à-dire, Bourg des Dieux; Ogne en Langue Celtique, signifiant Dieu: que c'étoit cette ville qui avait donné son nom à tout le pays long-tems avant la conquête des Gaules par les Romains: qu'ayant été détruite par l'Empereur Aurélien, & ce Prince craignant la colère des Dieux dont il avoit ruiné la ville, il la rebârit, & voulut qu'elle fût appellée Divio, du nom Divi, qui signifie les Dieux. Hadrien de Valois croit seulement qu'Aurélien fit entourer Dijon de murailles, qu'il l'embellit & l'orna de temples & d'autres édifices publiques. Quoi qu'il en soit, comme Dijon est une ville très-ancienne, il n'y a pas d'apparence que son nom vienne du Latin: ainsi il est plus raisonnable de s'en tenir à la première étymologie que nous avons rapportée. Mais il faut remarquer d'un autre côté, que le mot Diu, qui en Langue Celtique signifie fontaine, signifie aussi Dieu dans la même Langue, comme on peut voir au mot Dieu: & en réunissant les deux significations, le nom Divio pourroit être interprété sous Divinus, ce qui reviendroit en partie au sentiment de ceux qui dérivent ce nom du Latin Divi. J'ajoute que Divio, ou Divinum, ressemble beaucoup à Divona, qu'Aufone dit signifier sous Divinus: Divona, Celtarum linguâ fons addite Divis. Et votam signifie encore aujourd'hui fontaine, dans la Langue Cambrique ou du pays de Galle, suivant le témoignage de Bochart, Orig. Gall. page 15. De cette manière Divio signifieroit toujours sous Divinus.*
DILAYER. De dilatare. M.
DILEMME. Nom d'un argument fourchu ou corne, qui après avoir divisé une proposition en affirmative & en négative, fait voir de l'absurdité des deux côtés. Ce nom, qui est Grec, vient de die bis, & de lausum capio; & le Dilemme a été nommé ainsi, parce qu'il prend son adversaire des deux côtés.*
DILLE. C'est le fausset par lequel on tire du vin. Rabelais, dans le Prologue du livre 3. Autant que vous en tirerrez par la dièle, autant en entonneray par le bondon. De duco. Duco, duxi, duxilla, diila, DILLE. Voyez dousil. M.
DIMANCHE. Dominicus, suppléée dies. On appelloit autrefois Dimanche, ceux qui portoient le nom propre de Dominique, & ce nom se trouve dans Monstrelet. Hnet.
DINANDIER. Nicot: Dinandier, est un maignen, xrararius faber, ainsi appellé parce qu'à Dinand, ville du Liege, y a plusieurs chandruiers. Dinanderie, copia mercis xrarie, xramentum. Le Duchat.
DINER. Sylvius, à la page 70. de sa préparation à la Langue Françoise; Henri Etienne, dans D I O. DIP. DIS. 479 ses Etymologies Françoïes tirées du Grec; Pontus de Thyard, Evêque de Châlons, page 19, de son Traité de l'Imposition des noms; Trippault, dans son Cœt-Hellénisme; Gosselin, dans son Histoire des vieux Gaulois, & M. Lancelot, dans ses Mors François tirés du Grec, le dérivent, après Budée, de *Bourbon*. Et pour cela, ils l'écrivent par un P. Charles de Bouvelles le dérive de *diurnum*, à die, *vel a diurno*, *seu vichu unius dixi*, *quem mercenarii sotius dixi labore ut vivant*, *emercantur*. Barthins au chapitre 4, du livre 1, de ses Adversaires, le dérivent de l'Alleman *dischon*. Voici ses termes: DISNER, *avi vō lurviu*, *deducunt*. *At quis nefcit disch Germanis mensam esse*; *dischon*, *quasi mensari dicas*, *mensa accumbere*, & *per excedentiam*, *prandere*. *Manc verum originationem esse*, *vel inde etiam patet*, *quod semper Gallii alteri temporis paftionis applicatum purum sit quoque Tentonicum*: *nimirum a molliori genere ferculorum*, *quo plerumque cenas ordiri*, *nunc quoque Germani solemnis*, *fouper*, *foupé*, &c. M. de Valois le jeune le dérivot de *dejejunare*: comme qui diroit, *rompre son jeune*: à cause que plusieurs ne déjeunient point. Et c'est aussi l'étymologie que donne du mot Italien *definare* l'Infarinato, c'est-à-dire, Lionardo Salviati, dans sa réponse à la réplique de Camillo Peregrini. Voici ses termes: *Il solvere il digiuno od il romperlo*, *è quasi*, *direm così*, *digiunare Onde il Toscano definare*, *è stato detto per avventura*. Et cette étymologie a été embrassée par M. Ferrari. Le Pere Bertet, Jésuite, dérivot l'Italien *definare*, de *decisa*; mot Provençal qui signifie *demia*; comme qui diroit, manger à l'heure de dix heures. Pour moi, je crois toujours que le mot François *disner* vient de l'Italien *definare*, & que l'Italien *definare* a été fait du Latin *definare*, qu'on a dit pour *definere*. Festus: DESINARE, *definere*. Plaute, dans le Trinummus, acte 1, scène 1, vers. 64. *Deferere illum & definare in rebus adversis pudet*. C'est ainsi qu'il faut lire en cet endroit, conformément à la correction de M. Guyet. Les Gloïes anciennes: *definare*, &c. 1, 2. Et on a appellé le dîner de ce nom, parce qu'on se repose & qu'on cesse de travailler à l'heure de midi. Et par cette raison, les Grecs ont dit *meningit* & les Latins *meridiani*, & les Italiens, *meriggare*, pour dire se reposer à midi. Ciceron, dans le 2. de *Diminatione*: *Nunc quidem propter intermissiolem forensis opera*, & *lucubrationes detraxi*, & *meridiatione*: *addidi*, *quibus uti antea non solebam*. Alfons Varus le Jurisconsulte, en la Loi 16, au Digeste de *Operis libertorum*: *Medicus libertus*, *quod putaret*, *si liberti sui medicinam non facerent*, *muleo plures imperantes sibi habitarum*, *postulabat ut sequernetur se*, *neque opus facerent*; *id jus est, necne*; *respondit*, *jus esse*: *dummodo liberales operas ab eis exigeret*; *hoc est, ut adquisicere eos meridiano tempore*, & *valetudinis*, & *honefatis sua rationem habere sineret*. Les Espagnols disent dans le même sens, *settear*: qu'ils ont fait de *sexta*; en sous-entendant *hora*. *Sexta*, *sesta*, *sestum*, *sesti*, *sesticum*, *sesticare*, *sestegar*, *sestular*. ¶ L'S, dans le mot *definare*, ne permet pas de croire que ce mot ait été fait de *dejejunare*. ¶ Voyez *relevée*. M.
DINTIERS, ou DAINTIERS. Testicules de cerf. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. Comme on a dit *intestins*, *d'innus*, à cause que les intestins sont dans les corps, n'auroit-on point dit aussi *dintiers* de *deintus*, à cause que les testicules sont dans la bourse: *Deimus*, *dintus*, *dintarius*, *DINTIER*. Et on peut avoir appellé *dintiers* les testicules des cerfs, de *deintus*, à la différence des testicules des fangliers, qui sont extérieurs, c'est-à-dire, qui ne sont point dans une bourse. M.
DIOCLE'TIEN. Nom d'un Empereur Romain, qui avant son élévation à l'Empire s'appelloit *Diocles*, mot Grec, formé de *hic*, genitif de *hic*, Jupiter, & de *hic* & *gloria*. Ainsi *Diocles* signifie *a fove gloriosus*; & *Diocletien* n'est qu'un allongement Latin de ce nom Grec. C'étoit la mode en ce tems-là d'allonger ainsi les noms. Le mot *hic* entre dans la composition de plusieurs noms propres tant d'hommes que de villes, comme *Diogene*, *Diocore*, *Diocsefari*, *Diopholis*, &c.*
DIOPTRIQUE. Science qui enseigne la troisième partie de l'Optique ou de la vision, & qui explique les effets de la réfraction que souffre la lumière en passant par un milieu plus rare ou plus dense. Ce mot est Grec, & il vient de *ha per*, & *in'hiuaa video*; d'où *hion'hiuaa pervideo*, je vois à travers.*
DIPLOME. C'est la même chose que *Chartr*. On a mis en usage le nom de *diplome*, depuis que le P. Mabillon a fait sur cette matière un ouvrage connu de tous les Savans. Ce mot est pris du Grec *lin'hiuaa*, fait de *lin'hiuaa duplex*; & les *Diplomes* ont été appelés de la sorte, parce qu'étant pliés ils ressemblent à des lettres doubles.*
DIPTERE. Terme d'Architecture. Les anciens-appelloient ainsi les temples qui étoient entourés de deux rangs de colonnes, parce que ces deux rangs faisoient deux portiques qu'ils appelloient *aileta*. Ce mot est Grec, & signifie *qui a deux ailes*: de *hic bis*, & *mi'quus ala*.*
DIPTYQUES. C'étoit le registre public sur lequel s'inscrivoient les noms des Confuls & des Magistrats chez les Payens, des Evêques & des morts chez les Chrétiens. Il y avoit des *Dipyques* profanes dans l'Empire Grec, comme il y avoit des *Dipyques* facées dans l'Eglise Grecque. Ce mot vient du Grec *lin'hiuaa*, fait de *hic*, & de *mi'quus plico*. Les *Dipyques* étoient un livre plié en deux feuillers. Il y a apparence qu'on leur donnoit ce nom à la différence des livres qui se rouloient, & que les Latins appelloient *volumina*.*
DISCIPLINE. Bien qu'il signifie proprement *instruction*, nous appelons pourtant d'ordinaire *discipline*, non-feulement le châtiment volontaire, ou enjoint par pénitence, que nous donnons à notre chair; mais encore le fouet, qui est l'instrument. Et cela veut dire, qu'on appelloit anciennement *discipline*, la peine initiée aux coupables. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, au titre 10. *Servus verò, secundum Legem*, *triplà compositione damnum in locum restitut*; & *pro damne, disciplina corporali subjacent*. Où il faut lire *pro bame*, comme il y a dans ce lieu du livre premier de la Loi des Lombards, tit. 14. L. x 1. *Servus verò secundum Legem triplum componat dam* D I S. D O A. num; in loco restituat; & pro hanno, disciplina corporalis subjacent. Et dans la Loi des Baivariens, tit. 9. ch. 4. §. 1. Disciplina Ducalis, signifie l'amende corporelle, ou pecuniaire, ordonnée par le Duc. Le mot de discipline, en François, a aussi été pris pour une défaite ce gens de guerre. Olivier de la Marche, liv. 2. de ses Mémoires, ch. 1. parlant d'un combat: Et fut fait desdits Allemands grand, discipline celui jour. Cafeneuve.
DISCIPLINE. Comme quand on dit, se donner la discipline. De disciplina, qui se trouve en cette signification dans les Autours de la Basse-Latinité. Mathieu Paris en 1252. Vestibus igitur spoliatus, ferens in manu virgam, quam vulgariter baleis appellamus, intravit Capitulum, & confluent culpam suam singulis Fratribus, disciplinas nuda carne accepit. Voyez M. de Cafeneuve dans ses Origines Françoises, & M. du Cange dans son Glossaire Latin. M.
DISCOURIR. De discurrer, dont les Italiens ont aussi fait discurrer. Ammien Marcellin, livre 30. Alius discurrer per epilogos breves. Il se sert encore du même mot en la même signification au livre xvii. Dans le Code Théodosien, en la Loi 1. du Titre de Rapta virginum: Redemptique discursus pana imminent. Charlemagne, contre le Synode de Adornandis Imaginibus: In praxata Synode hebetudinis continentur discursus. M.
DISETTE. De desca. Desca, disera, disetta, DISETTE. Ceux qui le dérivent de his oire, sont ridicules. M.
DISPARATE. De l'Espagnol disparate. M.
DISTROIT. C'est proprement le Territoire dans l'étendue duquel s'exerce la justice d'un Seigneur ou d'un Magistrat. Dans le livre des Fiefs, tit. 5. Si dominus distritum habuerit vel alium honorem. Il vient du verbe distringer, que les Auteurs de la dernière Latinité ont pris pour juger, ordonner & punir. Guillaume le Breton, livre 5. de sa Philippide: Se quoque promittit passurum mente benigna Quicquid eis super his Francorum Curia dicet, Que regni proceres distringere debet, & ipsum. La Loi des Bajoraniens, tit. 6. Si talis homo potens hoc fecerit, quem ille Comes distringere non poie, tunc dicat Duci suo, & illum distringat. En vieux François destraindre signifie tourmenter & punir. Le Roman de Guillaume au court nez: La seve amor me destraint & jostise. Mathieu Paris, en la Vie de Henri III. Nolo pecunias superiori commodare, quem non possum distringere. Cafeneuve.
DOANE, ou DOUANE. Les Italiens disent dogana & doana, qui se trouvent souvent dans les Constitutions Siciliennes. Spelman dit que les Italiens ont emprunté ce mot des François. Dictum, ce sont ces mots, a telonio Lugduni Gallorum, cui id nominis: atque inde translatum in Italiam. Vossus, dans son de Vitis Sermonis, dit aussi que le Latin-barbare dogana, & doana, viennent du François doane. C'est le contraire. Le François vient de l'Italien, fait du Latin-barbare. Il y a diversité d'opinions touchant l'étymologie du mot Italien. M. Bochart croyoit que l'Italien doana venoit, comme l'Espagnol doana, ou adnana, de l'Arabe diwan: qui signifie proprement Prétoire, & qui vient de l'Ebreu doun, c'est-à-dire, juger: mais qui a signifié aussi le Senat, & ensuite, se livre ou s'écrivent les Sentences & les Arrêts des Juges: & ensuite, les droits qui se levent par l'Ordonnance des Juges. M. Doujat, célèbre Professeur en Droit dans l'Université de Paris, croit que dogana a été fait de Doge, qu'on a dit en ancien Lombard pour Duca: d'où vient Doge de Venise: & Dogado, pour le territoire du Doge de Venise: & qu'ainsi dogana est proprement le tribut qu'on donne au Duc. Et a ce propos il est à remarquer, que la plupart des Souverains de Lombardie sont Ducs. Mais pour moi je suis très persuadé que l'Italien doana a été fait de dogana, & que dogana l'a été de doana, ou d'ou, qui signifient cette: & qui viennent de d'ou, ou d'ou, qui signifient capio, excipio. & d'ou, doga, d'ou, & d'ou, se trouvent. Voyez mes Origines de la Langue Italienne au mot dogana. M.
DOANE. Vincent de Beauvais se sert de ce mot pour signifier la maison du Soudan. Huet.
DOCETES, ou DOCITES. Nom d'anciens Hérétiques qui ont été ainsi appelés parce qu'ils croyoient que Jésus-Christ ne s'étoit pas véritablement incarné; mais que son Incarnation n'étoit fondée que sur l'opinion qu'on en avoit; car c'est ce que signifie en Grec le mot douevrai, ou douevrai, comme écrit Clément Alexandrin; qui vient du verbe douevrai videor, censeor.
DOCHE, ou Docke. Gr. 2000. Jo. Baretus dans son Alvearium ou triple Dictionnaire, Anglois, Latin & François: A Docke: de la parelle. Lapathum, 2000. Officina autem lapatum & paricellam nominant. Lapathum autem ab effectum nomen accepit, quod se exinaniat: et enim 2000, vacuare, vel exinanire Gracia est. Omnium si quidem generum foliis decollis alvus mollitur. Eutifius cap. 176. Exeat urtica, paricella sit intus amica. Galenus tria tantum genera lapathi facit, oxtiden, oxtilaphthon, & hippolapaton, quod sic Grabi quasi grande lapathum dicunt: magnis amplifique rebus hippo praponere foliti, ab equo, excellenti amplitudinis animali, amplitudinem mutuantes. Officina paricellam nominant: Anglicè, The common great Dock or te cutrey Wilde Dock. Hippolapatum, enim non solum in palustribus provenire videmus, sed etiam in montibus, iis prafertim in locis ubi pecodes diu flabulari solent, & ubi eorum fimo pinguescit solum. Mathiol, in Diose, lib. 2. cap. 108. S. Add.
DODELINER. DODINER. On dit en Normandie dodiner un enfant, pour dire le berger: ce qui me fait croire que dodiner & dodeliner ont été faits de dodo. Dodo, dodus, dodinus, dodinare, DODINER. Dodus, dodellus, dodellinus, dodellinare, DODELINER. Voyez dodo. Dodeliner a donc signifié originellement remuer le berceau d'un enfant pour l'endormir: & ensuite, remuer, en général. Nous disons en Anjou dodeliner de la teste, pour dire remuer de la teste. M.
DODINE. Rabelais 4. 32. S'il pleuroit, c'est- toient canards à la dodine. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M.
DODINE. Rabelais au ch. 60. du même livre met les canards à la dodine au rang des ragouts dont se repaissolent les gastrolatres. Le Dict. Fr. Ital. explique ce que c'est qu'à la dodine, par sails de cipolle par l'anarre, c'est-à-dire sausse qu'on fait aux canars avec de la ciboule. Dodine est le nom que le patois de Metz donne à un jeune garçon qui s'appelle Claude. Ainsi il se pourroit qu'on auroit appellé certaine sausse à la dodine, du nom de son inventeur, qui auroit eu le nom de Dodine par rapport à son veritable nom qui étoit Claude. Le Duchat.
DODO. Comme quand on dit, faire dodo; aller dodo. Cette façon de parler est venu des Nourrices, qui disent dodo à leurs Nourriisons, afin de les endormir. Et elle a été corrompue, comme je crois, de dors, dors. Les Latins ont dit de même lallare, de lalla. Le Scholiae de Perse, sur ces mots de la Satyre 3. Et iratus mamma, lallare recusa: Nourrices infantibus, ut dormiant, solent dicere fape, lalla, lalla, lalla, aut dormi: aut lacte. Voyez Scaliger sur Aucone, livre 2. chap. 21. & Cataubon sur les Caractères de Theophraste. M.
DODU. Plein de chair. C'est un gros dodo: C'est-à-dire, qui a beaucoup d'embonpoint. Ces pigeons sont dodus. M.
DOGE. A la page 66. du tome 3. des lettres de Louis XII. Dans un Bref du Pape Jule II. Dux & Dominum Venetiorum désignent le Doge & la Seigneurie de Venise. Le Duchat.
DOGE. Magistrat électif, qui est le chef de la République de Venise ou de Genes. Ce mot signifie Duc, & s'est formé de Dux. Pareillement Dogada, mot Italien qui signifie le Duché de Venise, a été formé de Ducatus.
DOGUE. Nous appellons ainsi un gros chien. De l'Anglois dog, qui signifie chien; parce que d'ordinaire les gros chiens viennent d'Angleterre, où pourtant ce mot signifie toute sorte de chiens, aussi bien les petits que les grands. Caserneuve. DOGUE: sorte de chien: gros chien d'Angleterre. De l'Anglois dog, qui signifie chien. Les Anglois ont été de tout tems renommés pour les chiens. Voyez Camden. L'Anglois dog a été fait du Saxon dock, dont les Flamans ont aussi fait leur dogge. M.
DOGUE. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 194. DOCKE, canis molossus, Anglis dog, Belgis dogg, Suecis dugg, English dugg, Gallis dogue. Quantvis Anglis dogue si omnis canis, in reliquis tamen dialetis est canis grandis & venaticus, & fortasse sic dictus a tachen capere, quomodo alias canis accipiter dicitur habich, ob similem causam. De verbo tachen, vide plura in attachare.
DOIS, ou DOIT. C'est un vieux mot, qui signifie conduit. Christien de Troyes, cité par M. Borel, dans ses Antiq. Gaul. Les oreilles sont voye & dois, Par où vient jusqu'au cuer la voix. Nos peuples de Basse-Normandie appellent un Tome I. doit, & plus communément douit, un réservoir d'eau, formé ou par une source, ou par le passage de quelque ruisseau: lequel sert d'abbreuvoir; & où les Lefivieres, comme ils disent, lavent le linge. Et ces mots viennent du Latin dulcus, dont vous trouverez plusieurs exemples en cette signification dans le Glossaire Latin de M. du Cange, de qui j'apprens que les Angevins le nomment Douet. Ce mot est échapé à M. Ménage. S. Add.
DOL. Ville de Bretagne. Du Breton dole, qui signifie, selon Camden, jacens, & apta ad mare, sive flamen. M. Bochart dérive le Breton del de l'Arabé daula, qui signifie place. Voyez son livre des Colonies des Phreniciens, page 254. M.
DOLER. Donat, sur l'Eunuque de Térence: DOLARE dicitur faber, cum lignum accia cadit. Et de-la, dolabra: que nous appellons DOLORE, de dolatoria. Végée, livre 3. de Re militari, chapitre 6. Quid si angusta sint via, sed tamentuta, melius est procedere cum securibus ac dolatoriis milites, & cum labore vias aperire, quam in optimo itinere periculum sustinere. C'est ainsi qu'ont les anciens Manuscrits, au lieu de cum securibus & dolabris, qu'ont les livres imprimés. M.
DOM. Titre de Moines: des Bénédictins, des Feuillans, des Bernardins. De dominus, contraction de dominus. Bodin le tire, contre toute sorte d'apparence, du mot Celtique Donn. Voici ses termes, qui sont de sa Méthode de l'Histoire: DUMI vox quid esse, multi sane quaeserunt. Explicat Athenæus: ac Dounos a Celis appellari Dominus scribit. Hanc vocem Hispani, magna sui parte a Gallis oriundi, ac Siculi, rodem sensurretinent. Nostri vero Monachis eam vocem reliquerunt. Voyez Dame. M.
DOMAINE. De domarium, dit par corruption pour dominum. Voyez Vossus, de Vitis Sermonis, page 406. M.
DOME. Du Latin doma, fait du Grec Sopa. Saint Jerome, ad Simonem & Freteli. DOMA, in Orientibus Provinciis, ipsum dicitur quod apud Latinos tectum. Voyez Vossus, de Vitis Sermonis, & M. du Cange dans son Glossaire Latin. Mais écoutons M. Félibien: Nous donnons particulièrement le nom de Dome aux couvertures rondes; telles que le Dome de Saint Pierre à Rome; celui de la Sorbonne, du Val-de-Grace, & des Sésuites, à Paris: & c'est ce que les Italiens nomment Cupola. Car parmi eux le mot de Domo désigne particulièrement l'Eglise Cathédrale. M.
DOMENGER. Terme de Courume, usité sur-tout en Gascogne & en Béarn, & qui signifie simple Gentilhomme. Il vient du Latin Domicellus, diminutif de Dominus, ou Dominus. Les anciens Actes Latins distinguent les Nobles de Gascogne & de Béarn in Milites & Domicellos, c'est-à-dire, en Chevaliers, & en Domengers. De Marca, Hist. de Béarn, liv. vi. chap. 14. § 10. Les anciens titres distinguent les Nobles de Béarn en trois rangs, savoir, Jurats de la Cour de Béarn, Milites, & Domicellos. Les Jurats de la Cour de Béarn sont les Barons. Les Milites sont les Chevaliers, qui ont la qualité de Dominus, ou de Dom, ou bien, pour parler suivant le vulgaire P p p 182 DOM. DON. Béarnois de ce tems-la, En. Les Domicelli sont les Domengers, qui sont comme des diminutifs des Domini, & par conséquent au-dessus d'eux; c'est-à-dire, de simples Gentilhommes, qui ne sont ni Barons, ni Chevaliers. Au reste, ce terme de Domengers, ou Domicelli, en la première race de nos Rois, signifie le fils du Roi chez Marcule. Ensuite les enfants des grands Vassaux & Barons prirent le titre de Domicelli, & les femmes celui de Domicelli, ainsi qu'on l'apprend des Lois du Roi Saint Edouard, Confesseur; & d'Athon, Glof-fateur des Constitutions de l'Empereur Othon; & des anciens Registres. De sorte qu'il ne faut pas trouver étrange que nos prédécesseurs le soient servis de cette diction pour désigner un Gentilhomme qui n'étoit ni Baron, ni Chevalier. De Marca.
DOMINO. C'est la partie du camail qui couvre la tête. M.