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03.0 Dictionnaire etymologique — DOMMAGE – ECLORRE

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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200 entrées

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DOMMAGE. De damnagium, formé de damnum. M.
DOMTER. De domisare, diminutif de domare. M.
DONAVERT. Ville du Cercle de Suabe en Allemagne. Elle est sur le Danube au confluent du Vernitz, entouré presque de tous côtés. C'est de là que lui vient son nom, qui signifie Danubii insula. Le Danube se dit en Alleman Donau; & vers c'est insula; de l'Alleman werd, ou verder, que Wachter, dans son Glossarium Germanicum, à ce mot, interprète locus pascus aqua circumstans, locus solidus inter paludes, vel vivos, & qui est, par conséquent, une isle, ou une presqu'isle. Le nom Donau, d'où le Latin Danubius, vient de Don, mot Celtique très-ancien, qui signifie en général aqua, unda, & qui ensuite est devenu le nom propre de plusieurs fleuves ou rivieres, comme entre autres du Danube, duquel nous venons de parler, & du Don, fleuve de Scythe, que les Grecs & les Latins ont appelé Tanais, par le changement du D en T, lettre du même organe. Voyez ci-dessus l'article Danube, où nous avons rapporté un passage curieux.
DONC. Henri Etienne, page 127, de ses Hypomnisses, le dérive d'un Dicimus ong ex Latino unquam. At vero dong, quod adjectitiam literam habet pro don, est a Graco in sumptum, ut docui in Trallatu de Gallica Lingua cum Graca convenientia. Sylvius, à la page 143, de sa Grammaire, le fait venir de tunc. Tunc, donc: sed hoc ferè pro ergo usurpanus: ut, viens donc; id est, veni igitur. Pro tunc autem, dicimus ADONC, ab attunc. M. Ferrari derive de même l'Italien dunque du Latin tunc. M.
DONDON. Voyez bedaine, & bedondaine. M.
DONDON. Le Dict. Fr. Ital. d'Oudin, lettre D. Dondaine, strumento da vento, rame Santa o piva. Il est sur que dondon est un augmentatif de dondaine. Or puisque dondaine signifie proprement un ballon, il est visible que dondon s'entend d'une grosse jouisse, d'une femme a qui la graisse rend la peau tendue comme le cuir d'un ballon. De la dondir pour bondir, au livre 1. chap. 23. de Rabelais. Le Duchot.
DONGEON. Le lieu le plus élevé d'un Château où le Seigneur fait sa demeure ordinaire. Comme de dominus on a fait Dom; ainsi a-t-on formé dongeon, de dominicum. Suger, Abbé de Saint Denis, dans son livre de Rebus in Administratione sua gestis, se plaignant de ce que l'Abbé de Saint Denis n'avoit aucun lieu pour habiter, dans un lieu appelé Guillelwallis, appartenant à son Abbaye, appelle dominicum le lieu destiné pour le logement du Seigneur: Ut nec domus, nec grandia aliqua, nec dominicum in tota villa existeret. Cafeneuve.
DONJON. Le Président Fauchet, au liv. 1. de l'Origine des Chevaliers, le dérive de domicilium. Il vient de dominio dominionis. Dominione, dominione; par le changement ordinaire de l'Il voyelle en J consone; domione, donjon. Le donjon est appelé dominionus dans un titre du Roi Henri I. au Cardinal de Limoges. Mais si le Président Fauchet s'est trompé touchant l'étymologie du mot, il a bien rencontré touchant la signification: le donjon du Château d'Amboise étant nommé domicilium par l'Auteur des Gestes des Seigneurs d'Amboise. Il est dit dans le second Scaligérana, que le donjon est une tour d'où sort un escalier, & que le reste, au haut, s'appelle un donjon. M.
DONJON. Ce mot ne viendroit-il pas plutôt du Celtique dun, dans la signification de colline, hauteur, éminence? Donjon est proprement la partie la plus élevée d'un château. Voyez Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 130, au mot Dun, où il dérive donjon de ce mot. Du Cange dit aussi qu'on a appelé de la sorte un château, in duno aut colle adificatum; & que les Auteurs de la basse Latinité l'ont appelé duno, dungeo, dongio, dangio, dongio, & domnio. D'autres tiennent que donjon vient de domus jugi. D'autres, de domus Julii. Guichard trouve quelque ressemblance entre le mot François donjon, & le mot Ebreu p't darek, qui signifie une forteresse, un boulevard, un lieu fortifié.
DONT. De deunde: ce qui a été fort bien remarqué par Sylvius dans sa Grammaire, page 142. Les Latins ont usé du simple unde, en la même signification. Virgile: Genus unde Latinum, Jornandes, de Rebus Geticis: In Scancia vero insula, unde nobis sermo est, &c. Juxta Maotidem paludem commentes prafati, unde loquimur, &c. Sed nobis quid opus est, unde res non exigit, dicere? Voyez M. de Saumailis, sur l'Histoire Auguste, page 118. M.
DONZELLE. Terme burlesque, qui se dit pour Demoiselle, & qui en a été formé. Voyez ci-devant Demoiselle.
DORADE. Poisson. Voyez orade. M.
DORDONNE. Riviere. L'Auteur des Grandes Chroniques de France, dit que cette riviere a été ainsi nommée de deux fontaines, dont l'une s'appelle DOR, & l'autre, DONNE. Alain Chartier dit la même chose. Voici ses termes: Latisse Province, si est Aquitaine, qui mainte noble Cité contient. La premiere est Clermont, Narbonne, &c. Mainte riche s'ores contient, & mainte grand fleuve. Deux des plus renommées sont Gironde & Dordonne. Ce fleuve, qui est nommé Dordonne, revient le nom de deux fontaines: dont l'une est appelée DOR, & l'autre, Donne. C'est aussi l'opinion d'Aimoin, livre 1. chap. 4. Dordonia etiam, qui ex monte qui Dot dicitur, & ex finibus Arverorum, duobus fca- turiens fumbus : quorum uni nomen est Dot, alteri, Donia, qui hand longe à mente ipso conjugatione. Le fleuve Jourdain a été de même ainsi appellé, selon quelques-uns, d'une fontaine qui s'appelloit Jar, & d'une autre qui s'appelloit Dan. Et la Ta- mise a pris son nom de deux rivieres; de celle de Tame, & de celle d'Illis, dans laquelle la Tame tombe à Dorchester. Voyez M. Salmonet, dans son Histoire d'Angleterre, page 450. M.
DORDONNE, ou DORDOGNE. Voici ce que dit sur le nom de cette rivière M. Piganiol de la Force, dans sa Description de la France, to- me V. page 308. Autone donne le nom de Dura- nius à la montagne (le Mont d'or), & à la rivière (la Dordogne.) Cette dernière porte aussi le même nom dans Sidoine Apollinaire : mais les Ecrivains qui sont venus depuis l'ont corrompu, & lui en ont donné d'autres. Grégoire de Tours la nomme Dorononia; & Scaliger se trompe quand il assure que cet Historien l'a appelée Dordonia. Eginhard, dans la Vie de Charlemagne, se sert du nom Dor- nonia. Aimoin est le premier qui l'ait appellée Dor- donia, & qui ait avancé une fable, qui a été adop- tée par la plupart de ceux qui ont parlé de cette rivière depuis lui. Il dit qu'elle a pris ce nom de deux fontaines qui la forment, dont l'une s'ap- pelle Dor, & l'autre Donia. Mais, comme le re- marque fort bien M. de Valois, comment peut- elle avoir pris son nom de ces deux sources, puis- qu'elle n'en a qu'une! Et d'ailleurs, pourquoi n'a- t-elle point toujours porté le nom de Dordonia, puisque, selon ces Ecrivains, la cause a toujours été la même! D'où vient enfin, que le nom de Dordogne est si moderne! *
DORE'E. C'est une beurrée; ainsi appelée de la couleur du beurre. M.
DORELOT. Rabelais, livre 3. chapitre 14. J'avais une femme jeune . . . laquelle ma traitent & entretient mignonement comme un petit dorelot. Les Poitevins appellent de la sorte un enfant gâté. Le Duchat.
D'ORES-EN-AVANT. Ce mot est formé de ores, qui signifie à l'este beure; comme étant formé de bac hora; aussi bien que l'Espagnol aura, qui signifie même chose; & de en-avant, que nous avons fait de in ante, ou antea: comme l'a très- bien remarqué M. Bignon sur la Préface des For- mules de Marculphe. De sorte qu'il est certain que d'ores-en-avant a été fait de ces mots de bac hora in-antea, que je trouve avoir été ancienne- ment en usage, pour dire d'ores-en-avant. J'ai deux vieilles Chartes, l'une de Berenger, Vicomte de Narbonne, qui commence ainsi: De bac hora in- antea, ego Berengarius, Vice-Comtes, filius Ri- chandis Vice-Commissa: & une autre, qui com- mence aussi de cette sorte: De bac hora in-antea, ego Bernardus de Porta Regia, filius Richendis, &c. Baldricus, Evêque de Noyon, dans sa Chro- nique de Cambray, livre 3. chap. 41. dans le Inf- jorandum sidejussorum Walteri Castellani Cameracensis, fallum Geraldo Episcopo: Ab bac hora in- antea, non erimus tibi in damm, de vita, de mem- bris, de Cameracensi Episcopio. Caïeneuve.
DORES-EN-AVANT. De ces quatre mots, de ores en-avant: faits de de bac ora in ab-ante. Voyez ores & en-avant. M.
DORES-EN-AVANT. L'Histoire de Geoffroy de Ville Hardouin, édition de Vigenère, page 75. Que des hors en-avant il ne vous règne ne par Sei-
DOR. DOS. DOU. 483 gnor, ne par ami. Ce n'est donc pas d'ora, mais de hora, que vient ores dans le mot doresenavant. Le Duchat.
DORGASSE. Ce mot, en quelques lieux du ressort du Parlement de Grenoble, est un mot d'in- jure; & il signifie vieille belle. J'apprens d'Ex- pilly, au chapitre 97. de ses Arrêts, que ce mot a été pris en cette signification, parce qu'un nom- mé Claude Chambrier, Vicechâtelain de Voiron, appelloit ainsi une vieille jument qu'il avoit. Au sujet de cette injure dite a une personne, il y eut autrefois un Procès dévolu par appel au Parlement de Grenoble, & jugé par Arrêt en 1583. Expilly, au lieu allégué, a produit cet Arrêt. M.
DORLOTER. Se dorloter, c'est se délicat- ter. M.
DORLOTER. Ce mot vient de dorlot, vieux terme François, dont il est parlé ci-devant, & qui signifie mignon. En Bas-Breton on dit orlota, pour dire mignarder. Un Auteur Satyrique a dit aussi en raillant de la barbe d'un Médecin: Dorlotant une longue barbe, Dont le parfum est de rhubarbe, De colquiste, & d'opium. *
DOROPHAGE. Qui vit de prêfens. Rabe- lais appelle Dorophages les gens de Palais. Ce mot vient du Grec Jujus prêfens, & de qu'ou je man- ge. *
DOROTHE'E. Nom propre de femme. Il signifie don de Dieu; & il vient de Jujus don, & d'ou Dieu. *
DORTOIR. De dormitorium, qui se trouve en cette signification dans le Concile d'Aix-la- Chapelle de 1316. Nisi in dormitorio cum catris, absque causa inevitabili, dormire presumperit. Et dans Cæfarius, dans Mathieu Paris, & autres fem- blables Auteurs, cités sur ce sujet par Voëlius, li- vre 3. de Vitis Sermonis, chap. 10. Les Glofes: Dormitorium, decolquiste. M.
DOS. C'est proprement l'épine du dos: ou bien en l'homme la partie poëterieure depuis le col jus- qu'à la racine des cuiffes: & au reste des animaux, la partie supérieure depuis le col jusqu'à la queue. Il vient de doffum, duquel les Anciens se servoient pour doffum. Les Glofes: 1qies, doffum, lumba. Ainsi Varron, livre 1. de Re Russica, chapitre 10. appelle doffuaria jumenta, les bêtes qui portent sur le dos: Ob quam rem habent jumenta doffuaria Do- mini; alii equas; alii, pro his, quid alii quod onus dorso ferre possit. Caïeneuve.
DOS. De doffum, qu'on a dit pour doffum: comme proffum, pour proffum; affum, pour ar- fum; advoffum, pour advoffum, &c. Voyez dais. Vous trouverez dans Rabelais doors, pour dos. M.
DOSE. Terme de Médecins. De dofis, fait de l'ou. M.
DOSSE. C'est une grande planche, qui sert aux Maçons à échaffauder. M.
DOSSIER. De doffarium. Le doffier du lit, c'est vò aiuùlòs vòcùtìne. M.
DOUAIRE. Dot. Constitution de mariage. Il vient du Latin-barbare dotarium, formé de dote- re. Les Loix Napolitaines, livre 3. titre 14. qui P p p ij est, de *Dotariis Constitutendis*, §. 1. *Licens et unum dotarium uxori sua de tribus fendis confituntare*. Et au titre 15. *Quando feudum alienum, vel obligatur, aut in dotarium confituntur*. Caseneuve.
DOUAIRE. Henri Etienne, dans ses Hyponnées de la Langue Française, page 139, le dérive de *dotarium*. Il vient de *dotarium*. *Dotarium, d'ouairum*, DOUAIRE. *M.*
DOUAR. Terme de Relation. On appelle ainsi un Village des Arabes en Barbarie. C'est un assemblage de plusieurs tentes disposées en rues, & sous lesquelles logent plusieurs familles. Ce nom est Arabe, & signifie une habitation, une peuplade. Il convient avec l'Ebreu *in dour*, qui signifie *habiter*. DOUBLE : pour *non sincere*. De *duplex*, usité des Ecrivans Latins des bas siècles en la même signification. *M.*
DOUBLET. *Duplex gemma*, disent Robert Etienne, Nicot, & Fédéric Morel. *M.*
DOUBLIER. Ce mot se trouve dans Perceforest dans la signification, tantôt d'un grand essuyemain, dont les deux bouts sont cousus ensemble, ou noués à des rubans, & tantôt d'un tablier à deux lez, destiné à couvrir le devant & le derriere. Au chap. 35, du vol. 6, du même Roman, avoir autreille à doubliere, se lit pour être abusé par une personne qui fait profession d'infidélité en amour. *Le Duchat*. DOUBLONS : monnoye. De *dupliones*. *M.* de Saumais, sur l'Histoire Auguste, page 208. *Gloja* : dupliones, *douai*. *Sic hodie* dupliones *vocamus aureus binarios*; & quadruplus, *quos quaternarius Latini vocabant*. *M.*
DOUBLONS, tant en Espagne qu'en Portugal, s'entend également de la double pistole, & du double ducat. On voit encore de ces anciens *doublons* au coin du Roi Ferdinand le Catholique, & d'Isabelle de Castille, & érome, & le Portugal avoit aussi autrefois de ces *doublons*, ou doubles ducats. Clénard, page m. 186, dans une lettre à Jean Vascens, datée d'Ebora le 3. Janvier 1536. *Mitto ducatos* XII. *id est dupliones sex*. *Le Duchat*.
DOUCHE. Comme quand on dit, prendre la douche à Bourbon. De l'Italien *doccia*. Dante, dans son Poème de l'Enfer, Chant 14. *Lor corso in questa valle si diroccia, Fanno Acheronte, Stige, e Flegente : Poi sen va giu per questa stretta doccia.* Et *doccia* a été formé de *duce*. *Duco, duxi, duxia, doccia, doccia*. Voyez *doufil*. *M.* DOUELLE de tonneau, de pipe, &c. Les *douelles*, comme on dit en Anjou, ou les *douelles*, comme on prononce en Basse-Normandie, sont ces ais plats dont la rondeur du tonneau est composée. De *dogella*, diminutif de *dog*. Voyez *douve* ci-dessous. *M.*
DOUER. Il se dit des biens du corps & de l'esprit. Nous l'avons fait du Latin *dotare*, qui, en la première signification, s'entend du dot qu'on constitue à une femme, mais qui depuis a été étendu à toute sorte de biens. Maille, livre dernier : *Tertia Pleiadas dotavit forma sorores.* Et Ovide, livre XI. de ses Métamorphoses : *Nata obat bine Chione; qua dotatissima forma Mille procis placuit.* Il y a une infinité d'autres exemples de ce mot en cette signification. On dit donc, seulement quand on parle du douaire des femmes; & d'ouer, quand on parle des perfections & des qualités du corps & de l'esprit. *Caseneuve*. DOUET & DOUIT. Voyez ci-dessus *Dois*. *S. Add.*
DOUGE. On appelle ainsi en Anjou, en Touraine, au Maine, & dans le Vendome, ce qui est délié & fin. Ainsi on dit, *du fil dougé*, de la *toile dougée*. Ronfard, dans son Ode au Chancelier de l'Hopital : *Au milieu d'elles estoit (il parle des Parques), Un coffre, où le temps mettoit Les fuseaux de leurs journées : De courts, de grands, d'alonges, De gros & de bien douges, Comme il plaist aux Desfines.* Et au livre 2. de ses Amours, au Poème intitulé la *Quenouille* : *Anssi je ne voudrois que toy, Quenouille faite En notre Vandomeis (ou le peuple regrette Le jour qui passe en vain), allasses en Anjou, Pour demeurer oise, & demeurer au clan, Je te puis assurer que sa main délicate Filera dougement quelque drap d'écarlate.* Sur lequel endroit Belleau a fait cette Note : DOUGEMENT : subtilement : à filer, prins, & menu. DOUGÉ est un mot d'Anjou & de Vandomeis, propre aux Filandieres, qui filent le fil de leur fuseau tenue & menu. Le Roman de la Rose, folio 4. *Le corps est droit, gent & dougé.* Ce mot, comme celui de *délité*, a été fait de *delicatus*. *Delicatus*, DELIT. *Delicatus, delicatus, delicatus*, DOUGE. Les Espagnols, de *delicatus*, ont fait de même *delgado* : dont nous avons fait DOUAT, nom de famille. On dit en Normandie *dougé*, de *delicatus*, contraction de *delicatus*. *M.*
DOURO. Riviere d'Espagne. En Latin *Durius*. Ce mot vient du Celtique *dur*, qui signifie eau, eau coulante, riviere, fleuve, passage d'une riviere, d'un fleuve. *Dur* est un terme Celtique des plus anciens. Les Bas Bretons & les Hibernois appellent encore aujourd'hui l'eau *dur*, comme témoigne Toland, dans son Vocabulaire Harmonique de ces deux Langues. Ce mot, dans la signification de fleuve, ou de riviere, & dans celle de passage de fleuve, ou de riviere, se reconnoit encore aujourd'hui en plusieurs noms propres, outre le *Douro*; comme dans *Duria*, riviere de Piémont, en François la Doire; dans *Durocasium*, Ville de France, en François Dreux, &c. Mais écoutons Wachter, dans son *Glosarium Germanicum*, page 323. *DUR*, *aqua, lympha, latex. Vox Phrygia, qua hodie perennat apud Armbricus & Hibernois, quibus dut aqua, telle Tolando in Vocabulario utriusque Lingua Harmonica. Cambris d'art, & Armbricis d'out etiamnum aquam denotare, testantur quoque Roxbonius in voce d'art & merydd, & Pezronius, in Antiquitatibus Celticis*, page 386. *Idem Gracis* *dop*, & Latinis udor, *quamvis alterato paulum significatu*. *Falsi hic sunt Grammatici, qui ab eo pluo deducunt; cum ea vox; Gracis non sit domi nata, sed a Phrygibus tradita; sicut multa alia nomina barbarica, qua Lingua Gracia accommodari non possunt, & Phrygiam habent originem; quod clare satis offendis Plato in Crastyle*, page 181. Pezronius Phrygiam vocem deducit à Celtica; ego contra. Atque ut ita sentiam, movent me permulta vocabula in omnibus dialectis, qua per varias mutationes à Phrygio videntur prodisse... Graces à dur formasse Dujis humidus, haud improbabile. DUR, aqua profluens, vel alluens, amnis fluvius. Inde DURIA, flumen Alpinum, nunc Doria. DURIUS, flumen Lusitania, arenulis aureis nobile. DUR, trajctus fluminis. Hunc significatum primus animadvertis Cluvierius in Germ. Ant. pag. 52. & multis locorum nominibus in Durum dezinentibus confirmavit. Cluvierium sequitur alterum Geographia lumen Cellarius, in Nor. Orb. Ant. tom. 1. pag. 333. DUREN & MAGEN Lingua Celtica idem fonabant, transitum nempe fluminis. Cluvierius sensum à thur porta desumpis putat, alti à thur turvis. Bacterius in voce explicanda, nihil ausus est, quod miror. Nam ex perpetuo Lingua Celtica & Graca consensu noſse poerat, dur esse à Dujis tranſeo, trajicio. Nos, miſtis qua magno numero afferri poſſent locorum nominibus, pauca tantum, ſive vetera, ſive ex veteribus facta, conabimur attingere, reliquis poſteritatis induſtria reliſtis. BOJODURUM, trajctus Bojorum in Norico. Caſar, lib. 1. de Bello Gallico, cap. 5. Boji qui in agrum Noricum tranſierant. De hoc tranſitu vide plura apud Cluvierium in Norico, cap. 5. BATAVODURUM, trajctus Batavorum in Belgio. Hodiæ partem nominis coſtodis Durſtede. DUREN, trajctus, oppidum ad Roram fluvium, cujus nomen haud dubie factum ex Taciti Marcodurum. SOLOTURM, oppidum Helvetiorum ad Arolam, quod in Tab. Theodſ, vocatur Salodurum. ZURZACIT, aqua dura, quasi Durſach, aqua trajctus. DURſTEDE. V. Batavodurum. WINTER-TURN, factum ex antiquiori Vitodurum. DREUX, factum ex Durocaſſhum. AUXERRE, factum ex Auteſiodurum. MANDURE, factum ex Epomandurum.
DOUSIL. C'est ce qu'on nomme plus com-nément faucet. Les Auteurs du tems moyen l'ap-pellent duciolum & duciolum. Theodorus Eremi-ta, dans la Vie de Saint Magnoald, livre 1. cha-pitre 1. Vas, quod typrum munupant, ad cellam deportavis; & ante vas, quo cerviſia condita erat, apponit: traſtique ſerraculo, meatus in typrum cur-rere ſinit, ... & ſerraculum, quod duciolum vo-cant, &c. Jonas, Abbé, en la Vie de Saint Co-lomban: Serraculum, quod duciolum vocant. D'od Gobbelt a pris ſujet de dire, qu'il eſt airſi appelle, quia ducitur, hoc eſt, extrahitur cum vinum eſt pro-mendum. Mais je ſuis plus porté à croire que l'ori-gine de ce mot eſt barbare; car en Languedoc douts, & en vieux François doix, ſignifie la ſource d'une fontaine. Le Roman de Guillaume au court nez: De ſor un arbre foillu er verdoyant, A la fontaine dont li doiz ſons courant. Et Thibaut, Comte de Champagne, en ſes chan-ſons: Au renoveau de la doizur d'eſsi Qui reclaircis li doiz à la fontaine. De là vient le verbe doiſſiler. Belleau, première journée de la Bergerie, au Poème des Vendan-geurs: Aigniſoient des foſſets pour percez les vins doux, Et piquottans leurs flancs d'une adroſſoſſors gaye En trois tours de foret. ſaiſoient ſaigner la playe, Puis à bouillons fumeux la ſaiſoient doiſſiler. Sambucus, dans l'interprétation de quelques mots barbares qui ſe rencontrent dans les Ordonnances de quelques Rois d'Yongre, imprimées en ſuite de l'Histoire de Bonſinius, remarque que educil-lare ſignifie vinum vendere ſub hedera. Ce qui s'ac-corde beaucoup avec mon opinion: car à Toü-louſe, adouzilla ſignifie percer du vin pour le ven-dre à pot; ce qui eſt, par une eſpice de métapho-re, faire couler la ſource d'un tonneau. Caſe-neuve.
DOUSIL. C'eſt le fauſſet par lequel on tire du vin. De duco. Duco, duxi, duxium, duxillum, DOUSIL. ¶ Voyez douche. Les Touloctians diſent adouzilla, pour dire, mettre le vin en perce. ¶ Les Auteurs de la baſſe Latinite l'ont appellé duciolum. M. de Caſeneuve en produit des exem-ples. M. DOUVE de tonneau. De doga, qui ſe trouve en cette ſignification dans les Actes de Saint Thyrſe & de ſes Compagnons, nombre 25. Et poſuerunt caput ejus in tinam; & cum vellent aquam immit-tere, diſſoluta eſt à circulis & dogis; quasi conciſa eſſet ſecuribus: Et dont les Italiens ont auſſi fait doga. La Cruſca: DOGA. Una di quelle ſtriſce di legno, di che ſi compone il corpo della botte, o ſimili vaſi rotondi: Et les Languedociens, dougue. Ce qui réfute l'opinion de Voſſius, lequel a cru que doga ſe diſolt du tonneau, & dogus des douves du tonneau. DOGUS, dit-il dans ſon de Vitis Sermo-nis, aliud ac DOGA. Siquidem doga, vas ipſum, ut proximé vidimus: dogus verò, aſſer vaſis. Nam vas compingitur ex multis dogis, ſive aſſeribus. Ac viderur dogus dici, quasi DOGA, receptaculum, verò vò DOGA, recipere, continere; quia vaſorum aſſeres liquorem recipiant & continent. Niſi dogus à Germanico & Belgico duygen: ut in illo, de ton is in duygen; id eſt, vas in dogos eſt diſſolutum. Acta de Miraculis Sancta Maria de Ripuario, cap. v. §. 25. Poſueruntque caput ejus in tinam: & cum vellent aquam immittere, diſſoluta eſt à cir-culis & dogis; quasi conciſa eſſet ſecuribus: ita ſi-gillatim diminuta eſt, ut nec eſſet quod foco poſ-ſet aptari. Dogis, en ce paſſage, peut venir de doga: & M. du Cange le cite ſur le mot doga. Doga a ſignifié la capacité du vaſſeau, & le vaſſeau. Les Gloſes anciennes: Doga, flovis. Doga-rius, flovis. Vopſicus, dans la Vie d'Auté-lien: Facta eſt ratio doga cuparum, navium. Sur lequel endroit voyez Cujas, liſte-n. de ſes Obſer-vations, chapitre 26. & Saumaſſe & Caſaubon, dans leurs Remarques ſur l'Histoire Auguſte. Et il a ſignifié auſſi une douve de vaſſeau. Dans les deux premières ſignifications, il a été fait de DOGA, fait de DOGA. Voyez ci-deſſous Douve de Chateau. Dans la ſignification de douve de tonneau, il paroît fait de DOGA, trabs, tignum. De doga, en cette ſi-gnification, on a fait le diminutif dogella, inuſité: dont les Normans ont fait DOUVELLE, & les An-gevins, DOUELLE. ¶ Au ſujet du paſſage des Ac-tes de Saint Thyrſe, & de celui des Actes de Sainte Marie de Ripuario, ci-deſſus rapportés, dans leſ-quels les mêmes mots ſont employés: Poſuerunt caput ejus in tinam, &c. Je remarquerai ici, par occaſion, que Voſſius s'eſt tout-à-fait trompé, en citant les Actes de Miraculis Sancta Maria de Ripuario. Il n'y a point d'Actes intitulés de la 486 DOU. DOX. DOY. forte. Mais il y a une Abbaye en Champagne, à deux lieues de Troyes, appellée en Latin Sanita Maria de Ripatorio, & en François Notre-Dame de la Riveur; dans la Bibliothèque de laquelle les Actes de Saint Thyrée se trouvent, & desquels est le passage cité par Voëssius. J'ai appris cette particularité de M. Chastelain, Chanoine de Notre-Dame de Paris. M. DOUVE de tonneau. Je dérive ce mot de l'Alleman daube, qui signifie la même chose. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 260. DAUBE, tabula doliaris. Gallis douve. Cambriæ Linguæ tu est latus. Et tabula illa quid sunt, nisi latera dolii? Litera finalei possunt esse à paragoge. Gallis inde derivant adouver & addoubet, afferculos dolii compingere, & radoubet afferes navis reficere. Germanis dauben aliquando idem denotavit ac latera dolii compingere, saltem prioribus illis, qui nobis cadorum nomina tuppe & subet reliquerunt. DOUVE de Château. De doga. Grégoire de Tours, livre 1. chap. 25. De Gloria Martyrum: Fossas in circuitu Basilica fieri iussit, ne forte dogis occultis lympha deducerentur in fontem. Et doga, en cette signification a été fait de DIXA, fait de DIXA, capio, comineo. D'où DIXA, pour une citerne. L'Onomasticon Gret-Latin: cisterna, DIXA. Les Glofes anciennes: DIXA, cisterna, lacus. Marc Aurèle, livre VII. section 3. TAE DIXA, DIXA, DIXA. Hésychius: DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA, DIXA.
DOUZAIN. Monnoie valant douze deniers, un fou. On appelle aussi DOUZAIN, un petit Poème de douze vers: comme, QUATRAIN de quatre, & DIXAIN de dix. Ce mot de douzain se trouve en cette dernière signification dans Mellin de Saint Gelais, page 184. Il n'est plus présentement en usage: non plus que le mot de dizain: mais on dit toujours un quatrain. M.
DOXOLOGIE. Terme Ecclésiastique. Du Grec DIXA gloria, & DIXA verbum. Les Grecs ont ainsi nommé l'Hymne du vers. 14. du chap. 1. de Saint Luc: Gloire soit à Dieu, &c. parce qu'il commence en Grec par le mot DIXA. C'est ce qu'on a appellé la grande Doxologie. La petite Doxologie est le Gloria Patri, qui commencé par le même DIXA, & que l'on chantait à la fin de chaque Pseaume, comme on fait encore aujourd'hui.
DOYE. Canal. Rabelais, livre 5. chapitre 12. Une grande doye d'urine humaine. De doga, qui se trouve dans Grégoire de Tours, de Gloria Martyrum, livre 1. chap. 25. Le Duchat.
DOYEN. De Decanus. Saint Jérôme, épître 12. parlant des Moines: Divisi sunt per decanias atque censurias: ita ut novem hominibus decimus prasit: & rursus decem praepositos sub se centesimus habeat. DECANIA se trouve dans Caffier, livre 4. chap. 17. Voyez Capifcol. On a pro-roece autrefois Déan en quelques lieux de France, comme il paroît par un ancien Epitaphe rapporté par Camulat, dans son Appendice au Promptuaire des Antiquités de Troyes, & par ces paroles de l'article 31. des Statuts du Chapitre de Soissons: Par l'Ordonnance du Chapitre, ou du Prevost, Déan, ou Chantre. Ce qui paroît aussi par les mots de Déanesse & de Déan, qui se trouvent dans le petit Dictionnaire Latin-François publié par le Père Labbe. M.
DRAGE'E. De tragea, inusité, fait du Grec DIXA. Tragema, tragea, DRAGE'E. M. DRAGE'ON d'ariler. De traduciu. Traduc traducii, traducius, traducius, traducionis, tradu-cione, DRAGEON. Les anciens Latins ont usé de tradux en la même signification. Varron, liv. 1. de Re Rustica, chap. 8. Quartum pedamentum est nativum ejus generis: ubi ex arboribus in arbores traduciis vinea sit: quos traduces, quidam rumpos appellant. Columelle, livre 4. chap. 29. In illa autem (viviradice) qua sit per terebrationem, primum de vicino fructuosissimam oportet considerate vitem, ex qua (velut traducem inharentem matri) palmitem attrahas, & per foramen transmititas: hac enim tu-tior & certior est insitio; quoniam, et si proximo vere non comprehendit, sequente certe, cum increvit, conjugi cogitur, & mox a matre reciditur, atque ita superficies insita vitis usque ad receptum furculum obtruncatur. Huijus traducii si non est facultas, &c. Et livre v. chap. 6. Cum deinde annis & robore vi-tis convuluit, traduces in proximum quamque arbo-rem mittenda, &c. Validam ergo vitem in ramos deducere censeo, & traducibus dispergere, atque di-radiare, &c. Si le P. Labbe eût vû cette remarque, il n'auroit pas écrit ce qu'il a écrit dans ses étymo-logies Françoises, au mot dragon, qu'il ne fait d'où vient ce mot en la signification de dragon de vigne. M.
DRAGON. Serpent monstrueux qui est par-venu avec l'âge à une prodigieuse grandeur. Ce mot vient du Latin draco, formé du Grec DIXA, qui, selon l'opinion commune, s'est dit par mé-tatheise, ou transposition, pour DIXA, de DIXA video, parce que les dragons ont la vue très-per-cante. Scaliger le père tire DIXA de DIXA, faire de la douleur. Voëssius, de DIXA de DIXA face-re medelam, ou comme il dit, ne point faire de mal; parce qu'au rapport de Solin, chap. 30. les vrais dragons ont la gueule petite, & ne peuvent mordre; ou s'ils mordent, leur morsure n'est pas venimeuse. C'est pour cela que les anciens les ai-moient, & les appelloient DIXA de DIXA de DIXA genies. Voëssius confirme encore son étymologie, parce que les dragons étoient consacrés à Esculape. On peut ajouter que sur les médailles, la Déesse Santé à toujours un serpent. La première de ces étymologies me paroît la meilleure. De dragon, on appelle dragonneau, en terme de Médecine, un animal semblable à un ver long, qui se met entre cuir & chair, & qui vient particulièrement aux jambes. Il est ainsi nommé, parce qu'il a la figure & la tortuosité d'un petit serpent. Les habitants de certains pays chauds y sont fort sujets. Dragon est aussi le nom d'un grand arbre qui croit dans l'A-mérique, & qui donne une liqueur, laquelle étant épaisse est appelée sang de dragon, à cause qu'il le est rouge comme du sang, & que l'arbre d'où elle distille est nommé dragon. Quelques Botanis- tes rapportent qu'au-dessous de la peau qui couvre cet arbre, on voit la figure d'un dragon aussi bien représentée que si elle avait été taillée par un Sculpteur, ayant un long cou, une longue queue, la gueule ouverte, l'épine du dos garnie de longs aiguillons; & c'est apparemment à cause de cela que l'arbre a été appelé dragon. Mais d'autre Auteurs affirment que cette figure de dragon n'est qu'une fable. Ce qui n'empêche pas qu'elle n'ait pu être la cause du nom qu'on a donné à cet arbre. Les dénominations des choses sont quelquefois fondées sur des idées fausses & absurdes.
DRACONS. Soldats qui combattent à pied & à cheval. Lat. dimacha, & dimachi. De Dracones, dit pour Draconarii. Végée, livre 1. ch. 20. & livre 2. chap. 7. Signiferi, qui signa portant, quos nunc Draconarios appellamus. Dans l'Ordo Romanus, à la fin du liv. 8. Post Episcopus Presbyteri: deinde Monachi: deinde Schola: deinde Milites Draconarii; id est, qui signa portant. Ammien Marcellin, livre 20. Petulantium tunc haftatus, abstractus sibi torquem, quo, ut Draconarius, utebatur, capitis Juliani imposuit. Et ces soldats étoient ainsi appelés à cause des dragons qu'ils portoient dans leurs enseignes. Modeitin, dans son livre de Vocabulis rei militaris: Signiferi, qui signa portant, quos nunc Draconarios vocant: dracones enim per singulas cohortes à Draconaris feruntur ad protium. Quoique nos Dragons ne soient pas porte-enseignes; il peut être qu'ils ayant pris leur nom de ces Draconarii. Furetiere a fait cette Note sur cette étymologie: Ménage dérive le mot de DRAGONS du Latin Draconarii, qu'on trouve dans Végée en la signification de Soldats: mais il y a plus d'apparence qu'il vient de l'Alleman tragen, ou draghen, qui signifie Infanterie portée. Draghen ne signifie rien en Alleman. Et tragen, qui est un mot Alleman, ne signifie point Infanterie portée, mais porter. M.
DRAP. C'est maintenant l'étoffe dont on fait les habits. Anciennement c'étoit l'habit même. Les Capitulaires de Charles le Chauve, tit. 29. chap. 1. Cum d'appis & calciamentis depannatis proiffat vol. 1. chap. 112. Draps joureis de voir. Marcuse, livre 2. au chapitre ou Formule 12. Aryevo, auro, fabricaturis, drappis, vestimentis, vei omni supellecille eorum. Dans lequel, & chez les autres Auteurs des anciennes Formules, on trouve souvent drappi, drappa, & drappatia. Caïeneuve.
DRAP. M. de Caïeneuve dit que ce mot, qui signifie maintenant l'étoffe, signifioit anciennement l'habit. Je crois que c'est un mot Gaulois. Drappus, pour pannus, ou vestis e panno, se trouve dans les Capitulaires de Charles le Chauve, dans les Formules de Marcuse, dans le Synode de Piste de l'année 864. & dans le Capitulaire de Charlemagne de Villis suis, qui a été donné au public par Hermannus Contingius. Drappa & drappatia se trouvent aussi dans les diverses Formules. Voyez le Père Sirmond, sur les Capitulaires de Charles le Chauve, page 66. M. Bignon sur Marcuse page 471. Spelman, dans son Vocabulaire, & Vossus de Vitis Sermonis, 2. 5. Les Flamans, les Anglois, & les Espagnols ont emprunté ce mot de nous. Les Espagnols disent-trape. M.
DRAP-DE-MEUNIER. D'un nommé Meunier, de la ville d'Elbeuf, qui fit le premier de cette sorte de drap, il y a environ soixante ans. M.
DRA. DRE. DRI. 487
DRAP-DUSSPA. Sorte de drap. J'ai ou dire à quelques Marchands que ce drap avait été ainsi appelé, à cause qu'on y avait mis originalement le sceau du Roi: ce que je ne crois pas. Ce mot au reste est assez ancien dans notre Langue. Vous trouverez dans la réponse de la Dame au jeune fils de Paci, qu'on croit être de Marot, & qui est imprimée parmi les œuvres de Marot: Et ma cotte de drap du fiau. M.
DRAPEAU. De drapellum, diminutif de drapum. Les Italiens disent de même drapello. M. DRAULE ou DROLE. C'est ainsi que nous appelons un homme débauché & d'humeur folâtre. Je crois que ce mot vient de trole ou drole, [car les Langues de Septentrion prononcent le d & le r de la même manière] qui en Langue Cimbrique ou Danoise signifie un Démon, ou bien un homme qui, à la façon d'un Démon, donne de la frayeur aux autres hommes: comme témoigne Isaac Pontanus, dans son Appendix ad itinerarium Gallia Narbonensis. Et ainsi appelons-nous Lutin, non-feulement un Démon, mais encore un homme d'esprit folâtre. Le même Pontanus dit qu'Olimpiodore a écrit que les Vandales appelloient Troies, les Goths: & il croit que c'étoit à cause de l'épouvante que cette Nation donnoit avec la façon fière. Il ajoute, qu'encore en Danemark, ou Cherfonese Cimbrique, il y a une Maison noble, qui porte le surnom de Troies, laquelle porte pour armes la figure d'un Diable. Il rapporte aussi que les Allemans appellent le Diable Drau; d'où vient à mon avis qu'en Languedoc on appelle le Lutin Drac. Caïeneuve.
DRESSER. Périon le dérive ridiculement de livrum. Il vient de l'Italien drizzare, qui a été fait de directum. M.
DREUX. Ville de France dans le Vexin François. Elle est très-ancienne. Ce nom vient de Durcaffes, ou Durcaffes, ou Durcaffion Castrum; d'où l'on a fait ensuite par corruption Droga ou Droca, d'où s'est formé le François Dreux. Il est aisé de reconnaître dans l'ancien nom de cette ville le mot Celtique Dur, qui signifie eau, rivière, fleuve, passage de rivière; & ce nom lui a été donné parce qu'elle est située sur une rivière. Voyez ci devant au mot Druce, où vous trouverez plusieurs noms propres de villes, dans la composition desquels entre ce mot Celtique Dur. Il n'est donc pas vrai que le nom de la ville de Dreux vienne de celui des anciens Prêtres Gaulois appelés Druides. Cette opinion n'a aucun fondement solide, & n'est appuyée que sur une légère ressemblance de son avec le nom François de cette ville. Mais la ressemblance de son ne suffit pas pour établir une étymologie. DREUX est aussi le nom d'un Saint; & il a été fait par corruption du Latin Drogo. DRILLE: pour soldat. De soldarius. Soldarius, soldatillus, SOURILLE: & par contraction, DRILLE. Voyez soldat. M. (a). (a) Voyez la Différation Etymologique de le Clerc, qui est à la tête de la nouvelle édition du Dictionnaire de Martinius. 488 D R I. D R O.
DRILLE. Rien ne paroît moins naturel que cette étymologie du mot drille. Je le dérive, après Wachter, de l'Alleman triß, qui signifie un serviteur, un esclave. Les Suedois disent thral, & les Anglois thral. Si on vouloit faire venir ce mot du Grec, on le tirerait de λαγμαι par métathefe; mais cela n'est pas n'cessaire. Triß vient plutôt du verbe trillon, qui signifie fatiguer, exercer par de rudes travaux. Les noms de serviteur & de soldat se confondent souvent. C'est ainsi que latro en Latin a figuise un soldat, ainsi appelle du Grec λαγμαι, parce qu'il servoit la République dans la guerre. Le mot Alleman GRECH signifie également un serviteur & un soldat. Nous disons aussi en François servir, pour faire le métier de la guerre; & service pour le métier de la guerre. Les travaux des soldats ne cèdent guère à ceux des serviteurs & même des esclaves. Voyez Wachter, dans son Glossar. German. page 1714. au mot Triß, où il dit à la fin de l'article: Menagius vocem Gallicam deduxit à soldat, per diminutivum soudrille. Quam etymologiam quovis araculo veriorem vocar Clericus in Dissert. Prelim. ad Lex. Philolog. Martinii; quamvis sit vitiofa, utpote ex verbo confido fac-
DROGMAN. Voyez truchement. M.
DROGUE. M. de Saumaise, dans son Traité des Homonymes des Plantes, page 62. croit que ce mot est un mot Persan. Voici ses termes: DROGAM vulgo dicimus, usitato serme toti Europa nomine: quod ex Persico saltum videtur, quo drogue, fraus & impositura vocatur. Nulla quippe in re fraudes & adulteria magis solemnia. Hinc Homerus Ægyptum serre dixit φαμακα κωνα λυγκα γα ιδωα: multas bonas herbas & malas. M. de Saumaise avoit fait la même remarque en sa premiere Epître de Cruce, page 172. Falsum est aroma Grace significare id quod vulgo dicimus drogam, ex Persico daroui, vel darou, sed odorem. Ex quo drova, & pro eo drogua: ut vespa; guespa. Omnia quippe aromatica, sic dicta, sunt odorata. Je ne puis approuver cette étymologie de M. de Saumaise. Si les Persans avoient appellé DROGUES des drogues, il pourroit être que ce mot auroit passé aux autres nations avec la chose. Mais il n'y a aucune apparence que parce que les Persans appelloient drogues des fraudes & des impositures, d'autres nations éloignées d'eux, & qui n'avoient comme point de commerce avec eux, ayant appellé leurs drogues de ce mot Persan. Car, comme M. de Saumaise l'a fort-bien remarqué, ce mot de drogue est de toutes les Langues de l'Europe. Les Anglo-Saxons disent drogues pour exprimer ce que nous appelons drogues. Et ils appellent droguer un Droguiste; ce qui a été remarqué par Méric Casaubon, page 365. de sa Dissertation de l'ancienne Langue Anglicanne. Et c'est de ce mot Saxon, que vient le François drogue, & l'Espagnol droga, & l'Italien drogue. ¶ Remarquez que les Italiens ne disent point droga, mais drogue, au plurier. M.
DROGUET. Etoffe faite de fil & de laine. M.
DROGUET. Ne viendroit il point de Drogheda, ville d'Irlande? En bas Breton drogues signifie robe de femme. Huet.
DROIT. Gr. 1. De directus, dit pour rectus: d'où les Italiens ont aussi fait dritio, & les Espagnols, derecho. DROIT: pour justice. De direc- D R O. D R U. rum, qui se trouve en cette signification dans Marcule, livre 1. de ses Formules, chapitre 21. Ut antiquique pro ipso, vel hominibus suis, reputatis conditionibus & directum faciat, &c. Sur lequel lieu voyez M. Bignon. Ciceron, dans ses Partitions, en a use en la même signification: Æquitas autem vis est duplex: cuius altera directi, & veri, & justi, & ut dicitur, aqui & boni ratione defenditur. Horace a dit aussi: Curvo dignoscere rectum. Voyez tort. M.
DROLE. Peut-être de drauculus, diminutif de draucus. Ou plutôt de trossulus, dans la signification d'un homme qui fait le beau, qui se pique d'être élégant en sa personne. Varron, dans son Sesqui-Ulysses: Nunc emunt trossuli nardo nitidi vulgo Attico talento equum. Ce passage est rapporté par Nonius Marcellus. Sénéque, épitre 87. O quam cuperem illi nunc occurrere aliquem ex his trossulus in via divitibus. M. de Caseneuve le dérive du Danois trole, qui signifie, dit-il, un démon. Voyez sa remarque. J'apprens de la Chronique de l'Abbaye des Bénédictins de Raste, au Diocese de Brême, qu'un Joannes Fabri, xxi. Abbé de cette Abbaye, fut surnommé le Drole. Dicebatur Joannes Draulus, sive Satuus & lubricus. Le mot draulus favorise la pensée que j'ai eue, que drôle pouvoit avoir été fait de drauculus, diminutif de draucus. M. Voyez ci-dessus DRAULE.
DROLE. L'étymologie que M. de Caseneuve donne de ce mot paroît la meilleure. Les peuples septentrionaux appellent du nom de rôle ou drôle, certains démons familiers, qui hantent, disent-ils dans leurs maisons, qui passent leurs bêtes de voiture, & qui leur rendent plusieurs services domestiques. C'est ce que nous appelons des esprits follets. Et parce que ces drôles font souvent, dit-on, des tours de gaillardise pour se réjouir, cela a fait donner le nom de drôles aux hommes qui sont plaisans, gaillards & subtils, madrés & dangereux, comme ces démons follets. ¶
DROMADAIRE. Espèce de chameau, qui est fort léger. Du Latin-barbare dromadairus, fait de δρομαι. M. de Saumaise, dans ses Homonymes des Plantes, chapitre 73. Cervus δρομαι, a cursus velocitate vocatur: in quo est φαμακα: nam camelorum generi velocissimo hoc nomen a Graeis impositum; qua δρομαι inde dicta absolute. Dromadairi nunc appellantur. Isidore 12.1. DROMIDA, genus est camelorum, minoris quidem statura, sed velocioris: nam δρομαι. Grace cursus velocitas appellatur. Centum, & amplius milliaria peragere solet. M.
DRONOS. Rabelais 2.14. Autre chose ne me ferent, sinon un petit Turc basu par le devant, qui furtivement me croquait mes lardons: mais je lui baillay si verdo dromos sur les doigts, a tout mon javelor, qu'il n'y retourna pas deux fois. Ce mot est fort usité dans l'Anjou. Je n'en sais pas l'étymologie. M.
DRU. DRUE. C'est-à-dire, Ami & Amie. Le Roman de Guillaume au court nez, au Charroy de Nimes: Droit en un val sont les Francs descendus, La Roys Loys, environ luy ses Drus, Et ses amis, & ses gens absolus. Et en un autre lieu: Sa femme appelle que il a apperce, Qui est cist enfes belle fœur douce drue. Le Roman de Guy de Tournaut : Onq ne fu tel criée depuis le Roy Artus : La regrette chafcun fœn ami & fœn drus. Cafeneuve. DRU : pour denfus. Maître François 1. 4. Après difner, tous allerent pette-mefle à la faussaye : & la fur l'herbe drue, dançoient au fœn des joyoux flageo- lets. Et v. 8. Fauchez le pré en fa faïson, l'herbe y reviendra plus drue. De denfus, en y inferant une R; comme en TRISOR, de thefaurus; en FRONDS, de funda; en FRONTIVAUX, de Fonts Efraidit. ¶ Denfus, drensus, DRU. M.
DRU, en terme de Fauconnerie, fe dit des oi- feaux qui font prêts à s'envoler du nid. Quelques- uns croyent que ce mot a été fait de dur, par mé- cathefe ou tranfposition, parce que les oifeaux de- viennent plus durs à mefure qu'ils croiffent. Cette tranfposition de lettres est fort ordinaire dans les langues; comme dans éprevier, au lieu d'épervier, dans profil au lieu de profil, dans fromage au lieu de fromage, dans crenele au lieu de carnele, &c. Guichart croit que dru vient du Grec alijie, qui veut dire, grand, abondant, riche, épais; & que alijie vient de l'Ebreu vrs addir, qui signifie magnifique, puissant. On dit qu'un enfant est dru, c'est-à-dire, qu'il est grand pour fœn âge. On dit qu'une fille est drue, c'est-à-dire, qu'elle est bon- ne à marier. Dru, en vieux François, signifioit gaillard. On emploie ce mot à Paris pour brave, courageux, hardi, alerte, entreprenant. Cet hom- me est un dru, c'est-à-dire, un bon drole, un gail- lard, un éveillé.
DRUD. DRURIE. Vieux mots François, dont le premier signifie féal, fidel ami; & le fe- cond, fidélité, amour. Le Roman de Guy de Tour- naut : Onq ne fut tel criée depuis le Roy Artus : La regrette chafcun fœn ami & fœn Drus. Celui de Guillaume au court nex : S'avons perdu, & je, & vous, affez Amis & Drus, & parens & privez. Celui de la Rose : Par drurie & par folas Li et l'amie fait chapel De rufes, qui moust li fu bel. Ces mots François viennent de l'Alleman draw, qui signifie foy : d'où vient auffi l'Anglois rne, qui signifie fidelle; & truth, qui signifie foy. Et c'est de ce mot Alleman que les Larinifeurs ont fait Drudi & Drudes. Les Capitulaires de Charles le Chauve, xxiii. Anima vefra fine adjutorio uxoris ac filiorum, & fine folatio & counitatu Druderum atque Vafforum, nuda & defolata exibis. L'Auteur de la Vie de Saint Uldaric, page 119. Drudes fues dont congruis fibi complacare fatagebat. Voyez M. Bignon dans fes Notes fur les Formules de Mar- culfe, le Pere Sirmond dans les fiennes fur les Ca- pitulaires de Charles le Chauve, Voffius de Viriis Sermonis, livre 2. chap. 1. M. de Cafeneuve, liv. 1. de fœn Franc-Alleu, chapitre x. & M. du Can- ge dans fœn Glossaire. Les Italiens ont auffi fait de ce mot Alleman leur Drudo, qui signifie le galand d'une femme. Ce qui me fait fouvenir que dans Tome I. un Indice de vieux mots de la Langue Teutonf- que, que Bonaventura Vulcanius a fait imprimer à la fin de fœn Jortrandes, dru est interprété di- lechus. Nos anciens Romans en rime uient d'ordi- naire de ce mot en bonne part : mais il fe prit en mauvalfe part vers le règne de Saint Louis : car Guillaume de Lorris & Jean de Meun l'appliqué- rent aux amours fales & deshonnêtes. Les Italiens en ont ufe de même. Dante, dans fœn Enfer, cha- pitre 18. Taida è la putana, che rispfe Al drudo fu. Originairement ce mot parmi les Italiens ne signi- fioit auffi qu'amant. Jean de la Cafe dans fœn Ga- lathée : E piu acconciamente dirai il Vagodella Lu- na, che tu non direfti il Drudo : avvegnache amen- due queffi vocaboli importino lo Amante. ¶ Voyez Befly dans fœn Histoire des Comtes de Poitou, page 60. ¶ Au lieu de draw, on a auffi dit traw : d'où le mot de rrefve, comme je le fais voir fur ce mot. M.
DRUD, en Langue de Galle, signifie cher, bien- aimé. Huet.
DRUERIE. C'est-à-dire, amitié. Le Roman de Guillaume au court nex : Affez iot grande joie & druerie Entre Foques & Anfelis l'amie. Le Roman de Guion de Tournaut : Voire, ce dit le Roy, mais une mienne efpie M'a dit que vos aimies par droite Druerie Guyon, le mien confon, que mon corps n'aimo mie. Et en un autre endroit : Rieu me deves monftrer amour & druerie, Quant vo pere le Roi a befoin de maie. Cafo- neuve.
DRUGE. Vieux mot Inuisté, qui signifie une fouris. Ce mot fe trouve en cette signification dans le Roman de la Rose. Je ne fais d'où il vient. M.
DRUIDES. Pline croit que les Druides ont été ainsi appellées de l'pic, qui signifie chefne. Ni- hil habent Druida; ita Galli fuus adpellant Magos; visco, & arbore in qua gignitur, si modo fu robur, facratius. Jam per fe roborum eligunt lucos, nec ul- la facra fine ea facere confueverunt : ut inde adpel- lari quoque interpretatione Graca poffent Druida vi- deri. Quidquid adnificitur illis arboribus, & celo mif- sum putant, signumque effe a Deo elella arboris. Sa- cerdes, candida vefte cultus, arborem fcaudis, v. fcum autra falce demetit. Candido id excipitur fago. Om- nia famere credunt. C'est au chapitre dernier du li- vre xvi. M. Bochart, livre 1. des Colonies des Pho- niciens approuve l'opinion de Pline. Il ajoute : qu'il ne faut pas s'étonner que les Druides ayent pris leur nom de l'pic, puisque les Celtes appel- loient un chêne deru, comme l'appellent encore à présent les Bas-Bretons, & que les Anglois lap- pellent deru. Et la-deffus, il cite Camden, page 10. Je croirois plutôt que Druides viendroit de drus, qui, en vieux Langage Britannique, signi- fie un démon, un esprit, & même, un Magicien D'où vient que les femmes Gauloises Prophètes étoient appelées Dryades. Vopifcus, en la Vie d'Aurélien : Mirabile fortaffe videtur quod comper- tum Diocletiano Afclepiodorus Ceifino, Consiliario Q19 fuo, dixisse perhibet. Sed de hoc posteri judicabunt. Dicebat enim quodam tempore, Aurelianum Gallicanas consuluisse Dryadas, seicitantem utrum apud ejus posteros imperium permaneret : tum illas reipondisse dixit, nullius clarius in Republica nomen quam Claudii posterorum suorum. Le même Historien, en la Vie de Numerianus : Semper exinde Diocletianus in animo habuit imperii cupiditatem, idque Maximiliano conscio atque avo meo, cujus hoc dictum a Dryade ipso reulerat. Et au même endroit : Nijs ut imperet Dryadis dillum. Et un peu plus haut : Quum Diocletianus apud Tungros in Gallia, quadam in caupona, moraretur, in minoribus adhuc locis militans, & cum Dryade quadam mulieret rationem convictus sui faceret, &c. Post quod verbum, Dryas dixisse fertur : Diocletiane, jocari nobil : nam Imperator cris, quum aprum occideris. Lampridius, dans la Vie d'Alexandre Sévère : Mulier Dryas enuti exclamavit Gallico sermone : Vadas, nec victoriam iperes, nec millit tuo credas. Et a ce propos il est a remarquer, que dans la Version Irlandoise du Nouveau Testament, les Mages y sont appelés Druides : ce qui m'a été dit par M. Bochart, à qui M. Naudé avoit fait voir cette Version. Touchant les Druides, voyez M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, pag. 157. & 185. Goffelin, dans son Histoire des anciens Gaulois, & Isaac Pontanus, dans son Glossaire Celtique. M.
DRUIDES. En la Langue de Gallé dar & deris signifient chêne; & Derwiden signifie Druides; & Dera, le Diable. Huet.
DRUIDES. Comme on a beaucoup écrit sur l'origine de ce mot, je crois qu'il ne fera pas mal de joindre ici ce qu'on en trouve dans le dernier Auteur qui a traité cette matière. C'est Wachter dans son Glossarium Germanicum, page 311. Nous rapporterons ses propres paroles, quoique le passage soit un peu long : mais on fera peut-être bien aisé d'y trouver rassemblés les divers sentimens des Écrivains précédents. DRUIDES, dit cet illustre Glossateur, Philosophio & Sacerdotes veterum Gallorum & Britannorum. Nomen celebre, & magno olim in honore habitum, praecque in Gallia, ubi summa rerum erat penes Druides tempore Caesaris. Germani solent hanc vocem lingua sua accomodare, quamvis diversit modis. Aventibus & plures aliis Druidas sic dictos volunt ab adjectiveus drut fidelis, dilectus, velut amicus & socios Dei. Paltenius adjectiveum in nomine agnoscit, sed a substantio Druhtin Dominus, Deus, sermatum, & a peregrinis scriptoribus minus plene expressum, ut Druidæ sim divini, sive qui rem divinam faciunt. Cur vero adjectiveus opus sit, cum etiam substantio Domini dici peruerim honoris causa simulam rationem offert. Aliis est vox composita, sapientem significans, quamvis ad hanc sensam demonstrandum non una utaneur compositionis ratione. Goropius Becanus, qui de sapiente primus cogitavit, vocem componit ex trou verus, & wis sapiens : quam etymologiam commendat Richardus Simon in Bibliotheca nova, tom. 2. cap. 1. Schillerus priorem compositi partem defumis à dera arbor, & posteriorem a wit sapiens; ut Druida imi religionis arborea veriti. Contra Baxteris Druidæ sic appellantur velut Doerwittem perisapientes, a particula Belgica doot per; quod miror viro lingua Britannica perito patuisse placere. Sed magnis ingenius sape idem accedit quod magnis venatoribus, ut quadam actius, alia vero negligentius selectetur. Enimvero, si nomen Druidarum, prout ipse satetur & plerisque placet, Celticum est, frustra in salibus Germania, ubi nulli umquam suere Druides, etymam ejus venabimur. Quamvis enim Germanicus sermo in multis conveniat cum Celtico, in aliis tamen & penè innumeris tetus Scythicus est, tantumque à Celtico discriminatus, ut jam Ariovisti avo Germanis ad Gallicè loquendum longinqua exercitatione opus fuerit. Aquum autem est ut Celtica à Celticis deriventur, si fontes prosent, & nulla sit in alias linguas transilendi necessitas. Sed ne vidar gratis praesumere quod fuerat demonstrandum, testibus utar. Disciplinam Druidarum in Britannia repertam, & inde in Galliam transliteram esse, neque Druidas habere Germanis, qui rebus divino praesit, scribit summus auctorum Julius Caesar, lib. vi. de Bello Gallico. Ergo cum disciplina vocabulum quoque transliteram intelligitur. Diserte vero Plinius, lib. xvi. cap. 44. Non est omittenda in ea re & Galliarum admiratio. Nihil habent Druidæ (ita sius appellant Magos) visco, & arbore in qui gignatur, si modo sit robur, Sacraetus. Jam per se roborum eligunt lucos; nec ulla sacra sine ea fronde confidunt : ut inde appellati quoque interpretatione Graea possint Druidæ videri. Quod si Gallii magoscos appellant Druidas, lingua sua id faciunt, quia à Britannica haud mulum diversa, teste Tacito in vita Agricola, cap. xi. Ergo si robur nomen dedit Druidis (quod recte aurum Plinius,) non alia lingua quam Gallicæ & Britannica dedisse censendum est. Restat ergo ut ipsum vocabulum ostendum. Magum lingua Celtica appellari Dry, & Graeos inde sermasse agnatis, Latinos Druidarum vocabulum, contendit Claverius, lib. 1. Germ. Ant. cap. 14. sed fallitur & fallit vir doctus, ut plerumque in vocibus Celticis. Fallitur, quia dry non est vox Celtica, nec Celtis umquam denotavit magum, sed Anglo-Saxonibus tantum, ut postea ostendum. Fallit quia hypothesi sua servit, Gallos veteres Germanica lingua usos esse, qua omnino salsa. Vera & antiqua vox non ex inanibus conjecturis, nec ex affellio omnia ad se raptendi, sed ex idiumate populorum Celticè loquentium assimanda est, quales sunt hodie Cambri & Armorici, lingua veteris Celtica unici custodes. Qua voce illi utantur, a multis jam viris doctis ostendum. Boxbornius in Lex. Ant. Brit. Derwyddon, Druides, sapientes, vates. Baxterus in Gloss. Ant. Brit. Druidæ Britannica lingua appellari Derudhon. Invenire jam vero & genuino nomine, inquirendum in ejus causam & significatum. Plinius utitur interpretatione Graea aut in Quic & quercus; quem sequuntur innumeri. Boxbornius haret, itane dicti sint a Quic quercus, an ab Hebrae darash interpretari, exponere. Picardus vero in Celtopedia, Druides a principe suo Druide appellatos existim, nodum segmentis secans, non solvens. Nos, missa Graea & Hebrae derivatione, qua prater rationem obtruditur, vocabulum ex lingua Celtica, ut par est, interpretabimur. Cambris derw quercum, uud Dominum significat. Quibus in unum conjunctis sic derwydd, & pluraliter derwyddon Domini quercum. Boxbornius loco citato : derw, derwen, quercus, robur, uud Dominus, unde Poeta antiqui interdum dicebant uud Ceffar pro Julius Cefar. Priorem vocem invenio quoque in Legibus Wallicis, lib. 111. Scl. 15. ubi quercus & ponus dicitur derw ac afall, & pretium quercus gwerth derwen. Nec dubito quin altera quoque vox in iisdem Legibus alicubi reperiatur, etiam studium quarendi meum effugerit. Anæ nomen Drui-
DRY. DUC. DUE. 491 darum auditum, Graci Theologus & Philosophus Celtarum appellabant Saronidas; cujus nominis ca- dem potestas. Nam ida est a Celtico uud Dominus, vel ab Islandico it vir, & eupit Grace olim denota- vit quercum, telle Plinio, lib. iv. cap. 5. Sinus Sa- ronicus, olim querno nemore redimitus, unde nomen; ita Gracia antiqua appellante quercum. Ex quo Plinii loco relle colligit Boobartus, Saronid- arum & Druidarum eandem nominis rationem esse, utreque a quercu ducto. Cur autem a quercu? Caufas jam exposuit Plinius; quarum optima, quia hac arbore Druidis nihil Sacraquis; altera, quia per se roborum eligunt lucos, puta tam sacrifican- di quam philosophiam docendi causa. Lucanus certè Gallorum Druidas describit tanquam nemorum in- colas; eodemque multa nobilitimos gentis in ab- ditis salibus docere, testis Mela. An Tolandus idem fortiat, nescio, quia tractatum ejus de Drui- dibus non habeo ad manus. Pezron, in Antiq. Celt. existimam Druidas sic appellatos, velut quercuum incantatores, ab hud incantatio. Sed non possua- det, quia tunc dicendum fuisse Deu-hudol, quod a nomine Druidarum nimium distat. Tofis mihi Boxbornius in Lex. Ant. Brit. hud praestigia, illu- sio, hudol praestigiator, imposter. Martinius, qui novissimam sententiam dixit de Druidibus, nomen componit a deru quercu, & terminatione iddon. Quam etymologiam, si de stipite & non de Mago sermo esset, libens probarem. At Magum ideo voca- re quercum, quercum, aut querculanum, quod in quercubus latitet, nescio quo pacto id fieri possit. Je laisse au savant Lecteur a juger quelle est la meilleure de toutes ces différentes opinions; mais je crois du moins qu'on ne saurait douter raison- nablement que les Druides n'ayant été ainsi nom- més du mot celtique deru, qui signifie chêne, de même que le Grec &c. car comme ils étoient les Prières & les Philosophes des anciens Gaulois de Bretons, c'est dans la langue Celtique, & non dans aucune autre, qu'il faut chercher l'origine de leur nom. Pour ce qui est de la ressemblance du Celtique deru avec le Grec &c. cela prouve seulement que ces deux mots ont une origine commune, & non pas que l'un vienne de l'autre. Le mot Druide, de même que celui de Magus, a dégénéré de signification, & s'est pris dans la sui- te pour un homme qui a commencé avec le dé- mon. Encore aujourd'hui en Frise, où il y avoit autrefois des Druides, on appelle ces sortes de gens Druis.*
DRYADES. Nymphes des Bois, ainsi appel- lées du Grec &c. qui signifie proprement un chê- ne, mais qui se prend aussi en général pour arbre. Les Dryades étoient différentes des Hamadryades, en ce que celles-ci étoient attachées à un arbre particulier avec lequel elles naissaient & mou- roient, au lieu que les Dryades étoient Déesse des Arbres en général & des Forêts, & demeu- roient au milieu des Arbres & des Forêts. Le nom des Hamadryades est fait du Grec &c. simul, & de &c. Les Auteurs témoignent que chez les Gaulois il y avoit des Devinéesses appelées Drya- des, dont on trouve des prédictions qu'elles ont faites à des Empereurs Romains. Ces Dryades Gau- loises étoient proprement des femmes Druides, c'est-à-dire des femmes de Druides, ou de la race des Druides, & les Auteurs qui les appellent Drya- des leur donnent un nom Grec & Latin, qui est imité de celui de Druides, & qui dans son origine signifie la même chose. Voyez Druides.*
DRYLLE. C'est le gland d'une espèce de chêne, appellé cobier, de &c. &c. qui signifie chêne. De l'Arabe bellota, qui signifie aussi chêne, les Espagnols ont de m me appelle bellotas les glands du chêne vert: & Covarruvias se trompe qui le dérive de Galaxies. M.
DUC. Le plus grand des Oiseaux de nuit, ap- pellé &c. des Grecs, & bubo, des Latins. Belon, livre 1. de son Histoire des Oiseaux, chapitre 30. On le nomme un Duc en François: possible quasi comme s'il efoot conducteur de quelques oiseaux, quand ils partent pour s'en retourner en eſtrange pass. Car Aristote confirmant cette opinion, a eſcrit au douzième chapitre du buttième livre des animaux: Câm hinc abeunt Coturnices, ducibus, Lingulaca, Oto, & Matrice, proficiscuntur. Otu est un oi- ſeau de nuit. Pline, VIII. 11. Otu, Nolua ſimilis eſt, pinnis circiter autres eminentibus, praditus, un- de nomen accepit: quasi auritum dicas. Nommili Ululam eum appellant: alii Aſionem. Mais les oi- ſeaux de nuit ne voyant presque point le jour, cet Otu étoit un mauvais guide. On appelle ce Duc le grand Duc, pour le diffé- rencier du moyen Duc, appellé DUCQUIT par les Gaſcons. Jules Scaliger sur Aristote page 1064. Aſio à Vaſconibus DUCQUIT vocatur; quasi dicas parvum Ducent: nam Bubo Duc dicitur. On l'appelle aussi Duc à corneilles, parce qu'on s'en ſert pour le vol de la corneille. Belon au lieu allégué: Quand les Faucomiers ſont en pleine cam- pagne avec leurs Sacres & Faucons, ayans avise le Milan, ils laissent ſoudain voler leur Duc, auquel ils ont attaché une queue de retard. Le Duc l'envie- le à fleur de terre aſſez loin, & là demeure dedans un champ ſans ſe brancher ſur un arbre. Or puisque le Milan ne fait rien de mal au Hibou, ſinon que ſe tenir près de ſui, n'y a-t-il pas occaſion de deman- der qui eſt la cause qui fait amuſer le Milan à le re- garder? L'on ne trouvera autre raison que celle qu'A- riſtote a enſeigné, parlant des oſiſions qui s'amuſent à contempler la Chevèche, émerveillés de ſa forme, qui ſont attentifs à la regarder. On s'en ſert de mé- me pour le vol de la corneille, comme il vient d'être dit. Le Duc à-corneilles a des plumes ſur les oreilles, qui paroissent des cornes. Voyez Belon au lieu allégué. Et le moyen Duc, qui en a de ſemblables, a été appellé en François Hibou cornu. C'est la remarque de Belon. Ce qui pourroit don- ner ſujet de croire que le Duc-à-corneilles auroit été ainsi appellé, au lieu de Duc-à-petites-cornes. Je crois néanmoins qu'il faut s'en tenir à la pre- mière étymologie. M.
DUCAT. Monnoye premièrement forgée à Venise, & ainsi nommée des Ducs de Venise. Huct.
DUEL. De duellum: dont les Auteurs de la baſſe Latinité ſe font ſervis en cette ſignifica- tion. L'Empereur Frédéric II. au livre 1. de ſes Conſtitutions Néapolitanes, titre 1. Ingerentes ſe caſus praſentis materia circa Francos, qui perſona- rum ſuarum, plurimarumque rerum ſuarum omnium ſortunum in monomachiam, qua duellum vulgari- Q991 492 DUI. DUL. DUN. ter dicitur, reponebant. Les anciens Auteurs Latins, ce qui est fçu de tout le monde, ufident du mot de duellum dans la fignification de guerre, en général, d'où ils ont fait celui de bellum. Voyez mon Traité du Changement des Lettres. Il y a apparence qu'on a dit ensuite duellum, pour mon-machita, dans la penfée qu'on a eu que ce mot avoit été fait de suorum bellum. M. DUIT: Comme quand on dit, cela ne me doit pas. De decet. M. DUIT: Vieux mot, qui fignifie appris, expérimenté, de dollus: comme cuit, de coltus; & nuit, de nocte. M. DU-LIS: fumille de Paris, ainsi dite de la Pucelle d'Orléans. Cette fille s'appelloit Janne Darc. Mais Charles VII. en considération des grands fervices qu'il en avoit reçus, permit à ses frères de porter dans leurs armoiries un &cu en champ d'azur, garni de deux fleurs de lys d'or, & d'une couronne au milieu, & de changer leur furm de Darc en celui de Du-Lys; & de la vient qu'Alain Chartier, qui étoit Secrétaire de ce Roi, appelle cette fille Janne du-Lys. Arriva une fée de l'eage de dix-huit a vingt ans, par devers le Roy, au Chastel de Chinon, nommée Jeanne du Lys, la Pucelle. C'est dans son Histoire de Charles VII. page 69. s'il est vrai que cette Histoire soit d'Alain Chartier, ce que le célèbre André du Chefne ne croit pas. Voyez-le dans sa Bibliothèque des Hifotiens François. Voyez-le aussi dans ses Annotations sur le lieu ci-dessus allégué d'Alain Chartier, où il produit l'article d'un compte rendu en l'Chambre des Comptes de Paris, en 1444. par lequel Pierre, frère de la Pucelle, est nommé Messire Pierre du Lys, Chevalier. M.
DUN. Terminaison Françoise d'un nombre infini de lieux. On prétend que c'est un ancien mot Celtique, qui fignifie un lieu éminent. Le P. Simond sur le Poème v. du liv. iv. de Théodulfe, ad Madunium Episcopum: EPISCOPUM, inquit, AUGUSTODUNENSEM, &c. Ad hunc exflat Fiori Lugdunensis Epistola, typis olim Morelianis exensa. Sunt & alia dua Fiori ejusdem in Codice Perseviano DECRECI. Una, prolixior, pro Ecclesia Lugdunensis, EGRIGIO MODOINO, VIRO, &c. altera, brevior, in qua, quia dunum vetere lingua Gallorum montem fignificat, Modoinum, Augusti Montis Episcopum vocat. Sic enim illum affatur: Salve, Sancte Parens, Christi venerande Sacerdo, Augusti Montis Pastor in arce potens: Quem facer illustat meritis splendensibus ordo, Doctrina & studium tollit ad astra pia. Clitophon, parlant des Gaulois: ἄντα καλήν, νῦν ἐξιγείν. Ces mots de Clitophon se trouvent dans le Traité des Fleuves de Plutarque le jeune. En effet, toutes les Villes dont les noms se terminent en Dunum sont affises sur des lieux éminents. Buchanan, liv. 1. de son Histoire d'Ecolle: Est & alia nominum forma vel à Duno inchoantium, vel in eam vocem exeuntium, quam Gallicam fuiffe oftendunt cumuli illi arena in littere Morinerum, qui Duni adhuc appellantur; & in mari cumuli adversus Anglicum litus, quibus idem est nomen: & Plutarchus (is dico qui de fluminibus libellum scripsit), qui exponens Lugduni originem, Dunum pro vocabulo Gallico agnoscit. In nominibus autem vicorum & oppidorum exprimendis, non est fere alia vox frequentior apud nationes qua veterem Gallicam linguam prope integrum fervant. Intelligo Britones in Gallia Celtica, & priscos Scotus in Hibernia & Albio, & Valos & Kernicovallos in Anglia. Neque enim quisquam est harum gentium qui id vocabulum pro suo non agnoscat. Id modo interest quod Galli veteres compositas inde voces in Dunum finiebant. Scoti plerumque in principio verborum eam collocant. Hujus generis in Gallia hac reperiuntur: Augustodunum, in Æduis. Castellodunum, agri Carnotensis. Melodunum, ad Sequanam Lugdunum, ad Confluentem Araris & P. I. Augustodunum in Avernis, Ptolemao. Lugdunum in Convennis, Ptolemao. Novidunum in Tribocis, Ptolemao. Uxellodunum, Caſari. Juliodunum, in Pillonibus. Iſcd. num & Rigiodunum, in Biturigibus. Laodunum, agri Remensis. Caſarodunum in Turonibus, Ptolemao. Segodunum in Ruthenis, Ptolemao. Velanodunum, Caſari. Caladunum, Ptolemao Brac. Sebendunum, Ptolemao. Camulodunum in Brigantibus, Ptolemao. Camulodunum, Colonia Romana, Tacito. Dunum oppidum Durotrigum, Ptolemao. Maridunum Demetarum, Ptolemao & Itinerario Antonini Aug. Rigodunum in Brigantibus, Ptolemao. Cambodunum, Itinerario Antonini Aug. Serviodunum vel Sorbiodunum, eodem Itinerario. Segodunum & Axelodunum, lib. de Notitia Imp. Venantodunum. Dunelimum. Duncaledon, qua & Caledonia. Deidunum, aut verius Toadunum, ad Taum amnem. Edinodunum, quam vocem prifici Scoti adhuc retinent: as qui germanissant Edimburgum malunt. Dunum Hibernia oppidum. Noviodunum vel Dunum novum, in Cevalia. Britannodunum, ad confluentem Gloria & Levini. Sunt autem hoc tempore innumera nomina arcium aut vicorum, aut collium hinc composita. APUD PTOLEMAUM LEGUNTUR Lugdunum, Segodunum, Tarodunum, Robodunum, Carrodunum. Ebrodunum, & Sedunum. IN VINDELICIIS, RHÆTIA ET NORICO. Cambodunum, Corrodunum, Geſodunum, Idunum, & Noviodunum; & in libro de Natiſa Imperii Romani, Parrodunum.
INSARMATIA, ET DACIA, PTOLEMÆO. Corrodunum, Singindunum ad Danubium: Noviodunum ad ofitum Danubii: item Noviodunum alterum. Sum & in eſidem Provinciis non panca à Dur declinata, qua vox veteribus Gallis & Britannis aquam ſigniſicabat, & apud quaſdam in eodem intelliſem adhuc perſeverat. M. de Saumaile de Helleniſtica, page 3. eſtime que ce mot Gaulois a été fait du Grec Ἰητᾶ, qui ſignifie auſſi eminence, & qui a été dit pour ſortic. De illa voce Phrynicus notavit iſtivus vir quillu voc Arliau, peregrinam vocem Attica, qua nec intelliſebatur Attice loquentius. Inde in Comœdia quadam, cum quidam dixiſſes, Bariæ ini·tāwē adāndānt ānu vrit, Alter reſpondet: Tic iſt' & puric, in euſtūc eu paſdūtu. Æolicē mutatum hoc nomen ad gentes pleraſque barbaras Europaeas. Il dit la même choſe à la page 357. & dans ſes Homonymes des Plantes, chap. 31. pag. 35. Au lieu de dun, on a dit auſſi tun, comme il paroît au mot Andomatumum, qui eſt la capitale de la Province de Langres, & dont il eſt fait mention dans Ptolomee. C'eſt pourquoi M. Bochart, liv. 1. des Colonies des Phoniciens, chap. 24. eſtime que ce mot vient de l'Arabe tun, qui ſignifie une choſe eminente entre deux autres egales. Voyez Iſiac Pontanus en ſon Gloſſaire Celtique. Scaliger dans ſon premier Scaligerana, a écrit que dun ſigniſoit ville parmi nos vieux Gaulois. Dunum apud veteres Gallos urbem ſigniſicabat: ut Iuliodunum eſt Julii urbs. Unde nunc etiam Doun Anglis ſigniſicat idem: qui Angli Lingua Saunica utentes, multa etiamnum retinens veteris Gallica Lingua voſtigia. M.
DUN. Ce mot eſt commun aux Celtes & aux Scythes. Beaucoup d'Auteurs ont cru qu'il ſigniſoit ſeulement une éminence grande ou petite, une colline, une montagne; mais il ſignifie auſſi un lieu fermé, ou fortifie, une maison, un village, un bourg, une ville. Les Bas Bretons & les Irlandois appellent encore aujourd'hui dun une colline. Les Angloſaxons appelloient ainsi une montagne; d'où eſt reſte aux Anglois le mot down pour ſignifier une colline. Nous appellons encore aujourd'hui en François dune une élévation de ſable. L'Anglois town, dans la ſignification de ville, vient auſſi de dun dans la même ſignification. Il y a en France, en Allemagne, en Eſpagne, dans les Iſles Britanniques, & ailleurs, quantités de villes, dont le nom ſe trouve compoſé du mot dunum ou dun, & où il ſignifie tantôt ville, & tantôt colline ou montagne. Une preuve qu'il n'a pas toujours cette dernière ſignification dans ces noms, c'eſt que certaines villes, dans le nom desquelles il entre, ont toujours été ſitices dans des lieux bas, & jamais ſur des éminences. Ainsi, par exemple, dans Lugdunum Batavorum, le mot dunum ſignifie ville, & dans Lugdunum in Galica, il ſignifie éminence, colline. Mais écoutons Wachter, page 118. de ſon Gloſſarium Germanicum, où il parle ainsi: DUN, ſepimentum. A tymen ſepire. Somnerus: tun ſepes, ſeptum, ſepimentum, vadum; tyman claudere, ſepire, obſepire. Verelius in Indice: tun ſepimentum. Hodie cum Francis dicamus zaun. De verbo tymen vide plura in zeunen. DUN, locus ſeptus, ſive ſit domus aut hortus, ſive nemus aut campus, ſive villa, vicus, aut pagus. Rufus a tymen ſepire. Somnerus: tun villa, vicus, domus, praedium, hortus; deor-tun hortus cervorum, ſeptum, ſaltus, ſorenſi Latinitate parcus; apple-tun pomarium, tun-gerefa villicus. Verelius in Indice: tun locus ſeptus, clauſus, munitus; tunberg, tunvallit, idem; tompt ou tungardt ſundi pars adijſcis occupata & clauſa. Et hoc etiam ſpectas vox thun ex abrenunciatione Antiquo-Theotica apud Eccardum, ubi lucorum cultores vocantur thuna erende. Hodie ſuperat apud Belgas, quibus tuin ſepes & hortus. Reliqua vide in zaun prima ſignificationis. DUN, civitas, urbi, oppidum. Ex eodem ſonte, quia oppida ſunt loca, ſepta & munita, & ſemper fuerunt antiquitus, ſi non muris & maceris (quod ferius ſaltum in Germania), certe palis, ſtipitibus, ſoſtis aggeribus, aliſique impedimentis. Vox omnibus Celticis Scythiiſique populis communis. Boxhornius in Lex. Ant. Brit. dinas, civitas, urbi; dinas fraint jus civitatis, dineſig urbans, dinaſtet civis, civitate dematus. Somnerus: tun oppidum, tuneſman villanus & oppidamus, tungerefa praeſtus oppidi, alias caldot-man. Verelius in Indice: tun ſapius pro oppido vel urbe munita. Hodie perennat apud Anglois, quibus town oppidum, municipium, towns man oppidamus, dennifon civis, a Cambrico dinas civitas. Tanta autem eſt Urbum apud veteres in dunum deſinentium copia, ut omnibus rite explicandis ſinuſo volumine opus eſſet. Ideque ex innumeris quadam ſeligam. LUGDUNUM Batavorum, a llug, quod Cambris ſubſtantive lucem, adjeſtive clarum & lucidum ſigniſicat. Inde Lugdunum clara civitas, ſicut lug afon clarus amnis. Baxterus in Gloſſario Ant. Brit. pag. 159. Britannis noſtris lugavon lucidus amnis dicitur. Menſuram nominis locus ille non ſolum adorum memoria, ſed etiam noſtris temporibus implevit, dum priſtino ſplendori decus litterarum addidit. LONDINIUM, urbis regia apud Britannos, fortſi ſic dicta quia ſumini impoſita, a Celtico lan lon ſtuvus, quod vide infra in loco. Hoc certe malo, quam cum Baxtere nomen urbis contrabere ex Lugavondunum, liquidi amnis oppidum. Somnerus Londinium putat denominari a Cambrobritannica llawn frequens, plenus, & dyn homo; ut Lawndyn tantumdem ſit ac ſi dicas, urbi frequens & hominibus refertiſſima, prout ſententiam ejus refert Junius in Gloſ. Goth. pag. 189. Forte reſpexit ad verba Taciti Annal. XIV. 33. Londinium copiā negotiatorum & commeatum maximē celebre. AUGUSTODUNUM in Ædnis, nomen haud dubie a Principe ejuſdem nominis ſuſcepit, ut poſtea nomen Flaviz a Conſtantio vel Conſtantino a Flavia gente prognatis. Nunc contralte Autun appellatur, quasi Civitas auguſta. NOVIODUNUM, urbi nova, non callis novus. Oppidum Sueſſionum, Ædurum, Biturigum, &c. Germanice Neuſtadt. UCLIDUNUM Germanice Hochſtadt, ab uchel altus, ſublimis, excellus, vocabulo Cambro-Britannis hodieque uſtlato. Oppidum Cadurorum & Brigantum, a ſitu monta- de natura loci sic dictum. Baxterus in Glossario Britannico, pag. 157. UCHEL DUN veteri Celtarum sermone est art, vel civitas excelsa. Hodie Gallia Ulfeldun, Britannis Hexham dicitur. In his aliique urbium nominibus, dun volunt esse collem Cluvérus, Vossus, Leibnitius, alti, quasi omnia loca sic denominata in edito adificata ueritis. Quod etiam ist verum esset (sisum autem esse vel exemplo Landinii & Lugduni Batavorum putet), malè tamen dun traheretur ad collem, ubi oppidum significare potest. Sed hic significatus eruditis hallens suis ignotus, aut certe non animadversus. DUN, mons, collis, cumulus, & quavis terra eminentia, parva vel magna. Celtica lingua dun collem & eminentiam denotare, testis Clitophon apud Plutarchum in libro de fluminibus. Pezonibus tribuit Aelibus Ieròe eodem sensu, in Ant. Celt. pag. 135. Armoricos & Hibernos collem etiamnum appellare dun, testis Tolandus in Vocabulario Harmonica. Graeis DUN est cumulus arena, & Siss colles vel acervi. Gallii hodiernis dunes sunt montes arenosi in littore maris, & donjon propugnaculum in colle adificatum. Germanos antiquitus eadem voce uſos, ex idiomate AngloSaxonico manifestum. Somnerus in Diff. Anglo-Saxon. dun, dune mons, dun ælfas orcades, dun-weard deorsum, dun-land terra montana, dun-fœtus monticola, dun-ſtæt via montana. Quibus addo olivetes dune mons oliveti, ex Evangelico Gintis Matth. xxvi. 30. Inde Anglis remansit down collis, Belgis duinen, colles arenarii ad mare, Saxonibus inferioribus duinen colles. Cunla à dun, turgere, intumescere, elevari. Quid enim sunt montes & colles, nisi tumores terra? Huc etiam ſpectat ex remota antiquitate Taunus, mons in Catlis propè Giesam, Tacito Annali. 1. 56. XII. 28. & Pomponio Mela in Descriptione Germania memoratus (ubi Drusus quondam castellum poſuit, a Germanico poſtea renovatum), quem hodie Dyns vocant, olim verò Taun appellasse videntur, ut ex Latina voce adparet. Et hic significatus in quibusdam locorum nominibus satis conspicuus est. Huijsmodi ſum, SIGEDUNUM in Germania, Gallia & Britannia, quod propriè collem aridum ſignificat, à Sych ſiccus, aridus, vocabulo apud cambrus ſuperſtice. Eandem nominis interpretationem dedit Baxter, vir clarissimus, in Glossario Antig. Brit. LUGDUNUM, vel Lugdunum in Gallia, quod Baxter interpretatur collem liquoris, pag. 160. Rectius, opinor, Clitophon apud Plutarchum, Lib. de Fluv. LUGUM Galli lingua ſua corvum vocant, DUNUM verò locum eminentem. Et rationem nominis hanc reddit, quia cum jacentur ſundamenta urbis in colle ex oraculi præcepto, corvi quidam ſubito apparuerunt. Germanice dixeris, Ravenipeng. Scaliger in Enſeb. hanc interpretationem in dubium vocat. De priore voce, inquit, ipſe viderit, de altera dubium non est, dunum olim & nunc quoque in Belgis ſignificare collem & eminentiam. At de priore fruſtra dubitatur. Nam corvus in hunc uſque diem Armoricis & Hibernis vocatur lug, teſto Tolando in Vocabulario urtiſque lingua Harmonica. Forte a videndi perſpicaria. Nam lugen noſtris est proſpicere. Cluvérus in Germania Antiqua, pag. 52. magnum textit catalogum urbium in Germania magna & Cis Rhenana, Gallia, Hispania, Britannia, Vindelictia, Nerico, Pannonia, quarum nominibus adjectum est dunum, quod ille universè collem vel montem interpretatur. Sed ſalii eum in plerſique iamquam oſtendi in dun civitas. Interim, ex recentioribus huc ſpectat, DUNKENCA, vulgò dún-kirche, id est, Ecclesia moſtrana. Le même Auteur ajoute enſuite: DUNEN, turgere, intumescere, elevari. Verbum antiquissimum, cuius cuſtodes hodie ſum Saxones inferiores, quod illos ab antiquis accepisse, manifestum ex derivatis, dun mons, collis, terra tumor; dunem penna elaſtica, qua depreſſa reſurguſit & elevantur. Vide frequentativum in dunſen. Friſtis quoque duynen idem esse quod tumeſcer, & duyninge fluctum decumanum, Kilianus auctor est. Cunla affinia Graco obliqua tumeo. J'ai été bien aîse de rapporter ce paſſage tout au long, afin que l'on vit les différentes ſignifications du mot dun, dont l'origine n'avoit été connue juſqu'ici qu'imparfaitement.
DUN. Petite Riviere de Normandie en France. Il y en a auſſi une de même nom en An. leterre, & une autre en Ecoſſe. Dun, en ce ſens là, vient du mot Celtique don, qui ſignifie aqua, unda, & qui eſt le nom de plaſeurs grandes Rivières, comme du Don ou Tanais, du Danube, en Alleman Donau. Voyez ci-deſſus Danube.
DUNE. Une levée de terre pour arrêter le flu & reſtu de la mer, ou l'inondation d'une rivière. Ce mot vient de dunum, qui en Flaman ſignifie les collines, tertres, & autres lieux médiocrement élevés: comme témoigne Goropius, liv. 3. de ſes Origines d'Anvers. Et s'il faut rechercher la ſource même du mot Flaman; Mathias Martinius, en ſon Dictionnaire Philologique, dit que dunnen, en Langue de Friſe, ſignifie être enſte & relevé. Caſeneuve.
DUNE. Nicot a fait une grande remarque ſur ce mot. La voici: DUNE, ou DUNNE, eſt ce qu'on appelle unde de mer, que les Mariniers nomment oule, quand elle eſt grande & impétueuse; uſurpar en cela le mot Eſpagnol ola: laquelle, navigeans en la Mer Méditerranée, ils appellent vague: quia ſuo imperu, ſuque mole aſſultans, in mari huc illuc longè latèque pervagatur. Unda fluctus: Unda æſtu percita: Unda furens. Le mot vient du vieil terme des Gaulois Grecs dunne, qui ſignifie unde: lequel, comme dit Wolgangus Lazini, au premier livre de Migrationibus gentium, leſdits Gaulo-Grecs, qui eſtoient Allemans, comme il prétend, prindrent des Grecs, lorsqu'ils y ſurent ſous la conduite de Bremon, Acibarion Belgini, Ceretbrion, & Bathavace, leurs Capitaines, par meſlange & corruption de leur langue naturelle, avec celle du pais de leur conquête, où le mot Livi eſtoit uſté pour unde: qui ſemble eſtre la cause pourquoy les Flamans ont donné le nom de Dunnes, aux ſalaïses coſſoyans le bord de leur mer: qui ſont hurts de ſable haut eſſevez en la coſte, ou coſtaus de ſable: d'autant qu'ils ſont teſte à la Dunne; c'eſt à dire, au ſlot impétueux de la mer, & empeſchent qu'il ne ſubmerge le pais. Or parce que je n'ay ſouvenance avoir lieu en aucun Autheur Grec ledit mot Livi en la ſignification d'eaue, mais trop bien Livi, pour ingredior, mergo, ſubeo: dont, conformément à ce propos, Homere au VII. de l'Iliade a dit 2. 2. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1. 1.
DUN. DUO. DUP. DUR. DUS. d'icoux, & empeschent qu'ils ne pénèrent dans le pais, & le submergent. Et serois cela ainsi pris par antiphrasin, tout ainsi que les Latins appellent Parcas ces trois éves, Cloche, Lachesis, & Atro- pos, lesquelles m'animoins ne pardonnent à nul; & bellum, queyqu'en la guerre il n'y ait rien de beau; & Manes, ces Dieux Infernaux, qui m'animoins n'avoient rien de Manum, c'est à dire, de clarté de bon, &c. Tout ce discours de Nicot est nul de toute nul- lité. Les Flamans appellent dunes les coûaux de fa- ble qui sont élevés sur le bord de la mer. De dun, vieux mot Gaulois, qui signifie eminence. Voyez dun. M.
DUNQUERQUE. Ville. Du Flaman, ou du bas Alleman, kerke, qui signifie Eglise, & du mot dune, qui signifie lieu éminent: comme qui diroit Eglise sur une eminence. Hermannus Mona- chus au livre qu'il a fait de Miraculis Sancta Ma- ria Landaneus: De Winnomenis civitare venimus ad villam, qua dicitur Christi kerka, id est, Chrif- ti Ecclesia. L'Auteur des Additions au livre de Gulchardin: Dunkerke emprunte le nom du Ten- ple, qui se dit en Flaman kerke, lequel se mon- tre aux Mariniers en mer par desliss les Dunes. Voyez M. Sarasin dans son Histoire du Siège de Dunquerque. ¶ M. de Valois le jeune croit que kerke a été fait de vulgare; c'est-à-dire, basilica, dominicum: comme qui diroit Eglise dédiée à Notre Seigneur. M.
DUODENUM. Terme d'Anatomie, qui se dit du premier des intestins grêles, lequel est ainsi appellé parce que sa longueur est d'environ douze travers de doigt. *
DUPE. En quelques lieux de France on dit dupe pour hupe, ce qui a fait croire à quelques- uns que ce mot de dupe avoit été pris en la signi- fication de niais & de lot, à cause que l'outeau appellé Hupe est & niais & lot. M.
DUPER. De decipere. Decipere, depare, DUPER. M.
DURANCE. Rivière de France, qui se jet- te dans le Rhône. Je dérive ce nom du mot Celti- que dur, qui signifie eau, fleuve, rivière, & du- quel viennent les noms de plusieurs autres riviè- res, comme de la Dure, en Latin Duria, rivière du Piémont, qui a sa source dans les Alpes, de même que la Durance; du Douro, en Latin Du- rius, fleuve d'Espagne & de Portugal. Voyez ci- desus Douro. *
DUSIENS. En Latin Dusi: nom que les Gaulois donnoient autrefois aux démons impurs. Ce sont les mêmes que les Latins appelloient Incu- bi, & que nous appellons en François Incubes, du même nom. Quelques uns dérivent de mot Du- sien de l'Ebreu 177 Duses, qui signifie sauter, sa- ter de joie; en sorte que Dussen signifie un génie
DUS. DUV. DYS. 491 de plaisir, un génie voluptueux; mais il est plus naturel de chercher l'étymologie de ce mot dans les Langues Septentrionales. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 128, en parle de la manière suivante: DUSII, Damones impuri apud Gallos, quos feminorum amore flagrare, & cum il- lis confuescere referunt S. Hieronymus in Jeremiah, L. 39. & Esaiam XIII. & S. Augustinus, Lib. XV. de Civitate Dei, cap. 21 Gluja Isidori. Du- sius Damon. Proprié est Damon incubus. Nam duy- se (ut pridem viris dollis & Kilianus observatum) veteribus Belgis est concubina, & thydast Scandis antiquis est concumbere. Veretius in Indice, thydast cum mulieris vel viro rem dubere. Tyst hant consu- sevit cum illa. DUSII, manes, anima defunco- rum, apud populos Sclavonicus. Sorabis dufchi, Be- hemis dufci, a duch spiritus bonus vel malus, vel dufcha anima, quod est a duju flare, spirare, in- terprete Frenzelio in Orig. Sorab. pag. 268. Du- sii, Parca, apud Septentrionales. Wormius, lib. 2. Mon. Dan. pag. 121. DYSER alloquin Dex fue- runt parcarum initar, quæ ab Odino morturis transmitti credebantur, ut animas eorum ad au- lam mortuis destinatam deferent. Forte sic dicun- tur quasi damones sepulcrales a dytia rumulo conde- re, vel dystumulus; quamvis Wormius hac voca- bula inverso ordine a dytis deducat. DUSII, Speltra, apud eufdem. Wormius in Lit. Rom. Dus interpreta- tur spectrum monstragum. Martinus, qui de profica Gallorum Religione opus multis lucubrationibus commentatum edidit, hanc etymologiam proponit, lib. IV. cap. 25. Les Gaulois appelloient ces Di- vinites DUSII, qui est un mot Celte, avec une terminaison Latine, formé de Teus, qui signifie tout ce qui paroît & disparaît en un moment, un lutin, un spectre, un phantome. Sed non addis qua dialecto. Forte est aitquid timidum vel timen- dam, quod vel fugit conspectum hominum, vel me- tum videntibus incutit. Gracis hies est timuit, hu- visianus damones memnes, & verus merendus. *
DUSSEAU, drap; à cause du seau du Roi qu'on mettoit anciennement à ce drap. M.
DUVET. De tuferum, qui a été fait de tufa, qui est une herbe qui croit dans les marais, & dont la fleur, qui est velue, servoit aux Anciens à mettre dans les coites, & dans les marelas. Voyez Toufe. Les Angevins, les Poitevins, & les Nor- mans disent dumer, & c'est comme parle Rabelais. Il faut dire duvet; c'est ainsi qu'on parle à Paris. Le petit peuple d'Amboise dit du duber. M.
DYSENTERIE. Terme de Medecine, qui vient du Grec; savoir de loc, qui signifie diffici- lement, avec peine, avec difficulté, & de trispe intestin. La Dysenterie est un flux de ventre fan- guinoient, accompagné de douleur des intestins. *
DYSPEPSIE. Difficulté de digérer. Terme de Medecine, qui est formé du Grec & difficile- ment, avec peine, & de viribus cuire, digérer. *
DYSPNEE. Terme de Medecine, qui signifie difficulté de respirer. Du Grec loc, & de viribus respirer. On nomme aussi cette maladie courte ha- lerne. On appelle affluue une difficulté de respirer plus grande, du Grec Lôya, qui signifie flatus, anbelatio, & qui est formé du verbe du flo, spiro ou de d'a, qui est expliqué v. d'Opine v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. v. ou affis, afin de pouvoir respirer. Du Grec ip3, it reftus, & vniu spiro.
DYSURIE. Terme de Medecine. Difficulté d'uriner, accompagnée de douleur. Ce mot est Grec, formé de la particule & difficilement, avec peine, & de ip3, uriner. **E**AST-ANGLE, qu'on prononce EST-ANGLE. Nom propre d'un ancien Royaume des Anglo-Saxons, dans l'Île Britannique. *East* signifie Orient, d'où nous est venu le nom d'*Est* dans le même sens; ainsi *Est-Angle* signifie Orientalis Anglia. Voyez ci-dessus *Anglois*.
EAU. D'aquella, diminutif d'aqua. M.
EAU. Je doute fort que ce mot vienne d'aquella, ou d'aqua. J'aimerais mieux le dériver de l'ancien Saxon *ea*, auquel il ressemble davantage, & qui signifie la même chose. Ecoutons là-dessus Wachter, pag. 9. de son *Glossarium Germanicum*, où il s'exprime de cette sorte: ACH, *elementum aqua*. *Gothis* ahwa in composito ahwaflodus, *inundationes aquarum*, quodtextat Loc VI. 49. *Cui simile est Latinum aqua*, *Hispanicum aqua*. *Cunita ex simplicioribus orta*. *Videamus quatuam illa sint*. *Aqua Anglo-Saxonibus dicitur ea*, plur. 22. *Somnens*: *ea aqua*, 22 *aqua*. *Gloss*. *Alfrici*, pag. 76. flumen flod, vel ymnde *ea* (*aqua currens*), *fluvius* fingal flownde *ea* (*aqua fluens vel continua*), *fluthiu* welcyde *ea* (*aqua revolvens*). *Ubi observandum*, quod e in voce *Anglosaxonica diplongetur per a*, & quod *ea monofyllabum sit*. *Quando verò ex ea sit bifyllabum*, *tunc mutatur significantus*, & *ex aqua sit flumen*. *Similiter Septentrionalibus a simpliciter positum aquam*, *duplicatum flumen denotat*, *ut postea dicetur*. *Hac monofyllaba cum ob nimiam brevitatem nec componi*, nec *altunde derivati possint*; *necessario sunt primitiva*, *nisi quis illa ex longioribus abscissa existimet*. *Qua verò cum rationem nominis sui luculentam non habeant in ulla lingua*, *brevioribus pro etymio substerni non possunt*. *Hinc fortasse non errabimus*, *si a brevissimis initiis cateta longitudinis studio propella opaneur*. *Saxonicum ea Galli imitantur in eau aqua*. *Imo etiam Germanis cy interdum aquam denotat*. *Quid enim est eylund nisi terra aqua circumflusa?*
EAUBENOISTIER. C'est ainsi que nos Anciens appelloient ce que nous appellons aujourd'hui *benotier*, ou *benitter*. L'Inventaire des Meubles de Charles V. publié par l'Abbe de Choisy, à la fin de la Vie de Charles V. page 6. & page 8. *Eaubenoistier*, *Aspergeoirs d'or*. *Trente-quatre Eaubenoistier*. J'ai remarqué dans mes Observations sur la Langue Françoise, chap. 9. de la I. Partie, que l'Abbe le Laboureur s'étoit servi du mot d'*Eaubenitier*, en quoi il n'étoit pas à imiter, non plus que ceux qui s'en servent encore aujourd'hui: car il y a encore plusieurs personnes à Paris qui disent *Eaubenitier*. Voyez ci-dessus *Benotier*, où vous ajouterez s'il vous plaît cet en- droit de M. de Marca, ci-dessus rapporté au mot *eagut*: *De mantere*, *que mefme dans les Eglises*, *ils ont une porte séparée pour y entrer*, *avec leur Benotier*. M.
EAU-DANGE. Je ne sais pas bien la raison de cette locution. C'est peut-être, parce qu'on attribue les choses excellentes aux Anges. Ainsi nous disons, *beau comme un Ange*, *chanter comme un Ange*, *écrire comme un Ange*. M. Rigaud, Conseiller du Parlement de Metz, croyoit, pour le marquer ici en passant, que cette dernière façon de parler venoit d'Angelo Vergerio, auteur de nos beaux caractères Grecs; en quoi je ne suis pas de son avis. M.
EAU-DE-LA-REINE-D'HONGRIE. D'Isabelle, Reine de Hongrie, qui s'en servoit ordinairement, & utilement. Voyez le livre de la Chimie Charitable de Mademoiselle Marie Meurdrac, part. 6. chap. 1. M. EAU de Naphe. Voyez Naphe. M.
EAU-IMPERIALE. C'est une eau distillée de canelle, de noix mufcade, d'écorce de citron, de cloux de girofle, de calamus aromaticus, de santal citrin, & de plusieurs autres choses. M. Lemery dit qu'il y a apparence que le nom de cette eau vient de ce qu'elle a été inventée par quelque Empereur: mais il se pourroit bien faire aussi qu'on ne lui auroit donné ce nom que pour en donner une grande idée, comme on a dit l'eau d'ange & l'eau divine, parce qu'il y entre beaucoup de drogues, dont aucune n'est en assez grande quantité pour lui donner son nom en particulier.
EAU-ROSE. C'est de l'eau tirée de feuilles de roses. Remarquez qu'on dit *eau rose*, & non pas *eau de rose*, comme a dit l'Auteur du Journal des Savans. M.
EAUX-BASSES. Bourse dont on voit le fond, dilette d'argent. C'est une métaphore prise de l'eau d'un fleuve, d'où, quand elle est si basse qu'on y voit le fond, on ne sauroit prendre de poillon. Les *Arrosta Amorum*, Arrêt 16. fol. 90. R$^{o}$. edit. de 1544. *Et au regard de lui, il confessa bien debvoir ladite somme*; mais les *eaues éteent si basses qu'on n'y sauroit prendre poillon*. Et brief a présent n'avoit de *quoy payer*. Le Duchat.
EBAHIR. D'exbadire, qu'on a dit, par métaplaïsme, pour exbadare, ce qui paroît par le diminutif Italien *badigitare*. Les Latins des bas siècles ont dit *badare*, pour dire regarder avec étonnement. Les Gloses d'Isidore: *bipipitare*, *ofcitare*, *badare*. Ou plutôt d'expavire, dit pour expavire. L'Autre L'Autér de la Vie de S. Balric, ch. 18. *Expa-* vit se vehementer; c'est-à-dire, il s'éhabit fort. Et ensuite: pro eo plus expavit, quia, &c. M.
EBATRE. *Se promener, se réjouir en se pro-* menant aux champs. En Languedoc embarre. Il y a quelque apparence, que nous avons tiré ce verbe du Grec *iscarionis*, qui signifie aller, mar-cher, & se promener. Cafeneuve.
EBATRE. Périon le dérive de *enuluxqis*, de-liciari; & M. de Cafeneuve d'*iscarionis*, à cause qu'en Languedoc on dit embarre. Il vient de *spa-* riari. Dans les Priapées: *spatiantem rure paterno* *Nausiecam*: d'où les Italiens ont aussi fait *spasseg-* giaro. *Spartium*, SPASSO, SPASSARE, SPASSEGGIARE, SPASSATEMPO. Du même mot *spatium*, les François ont fait *ebat*, en y préposant un E: com-me en *esprit*, de *spiritus*; en *espece*, de *species*. Ils en ont ensuite ôté l'S & prononcé *ebat*: com-me *espe*, de *spada*. Du verbe *spatiari*, ou du *su-* pin *spatiatum*, ils ont fait ensuite EBATRE. *Spa-* riari, *exsptari*, *exbatiari*, L'EBATRE. *Spatiatum*, *spatiatare*, & par métaplasme, *spatiatere*, EBA-TRE. Dans l'ancien Dictionnaire Latin-François du P. Labbe, *spatiari* est expliqué par *esbemoier*, *es-* batre. Rabelais, livre 1. chapitre 17. a dit: *allons à* *l'ebat ès champs*. M.
EBAUBI. Mot du peuple de Paris, qui signi-fie *éconné*. Nos Anciens disoient *abaubi*. Le Ro-man de la Male-Marastre: *Quand li autres se cet oi, Si furent mouls abaubi, &c.* Le Reclus de Molens, en son Misérere: *Qui gardera las ces brebis? Je voy pastours tous abaubis.* Voyez le Glossaire de M. du Cange sur Ville-Har-douin. M.
EBAUCHER. M. Félibien: Ebbaucher un tableau, c'est lorsqu'on donne la première forme aux figures, & que l'on met les premières couleurs. Les Sculpteurs disent aussi ébaucher une figure, quand ils travaillent de cire, de terre, ou d'autre matiere: mais ils disent dégrossir un bloc de marbre, lorsqu'ils commencent à vouloir en ébaucher quelque chose. Les Menuisiers appellent ébaucher le bois, lorsqu'ils le dégrossissent avec le sermoir, à coups de maillot, ou de marteau. L'étymologie de ce mot est fort cachée, & j'avoue qu'elle ne m'est pas bien connue. Comme il est permis de deviner en matiere d'étymologie, je crois pourtant que ce mot a été formé du Latin-barbare, inusité, bu-sa, dans la signification de *boise*, ou de quelque autre chose relevée en grossier. De *quaiu*, *surgeo*, on a fait *buša*, & *buša*. De *buša*, nous avons fait *boise*, qui est encore en usage en cette façon de parler, *boise de vache*. Et de *buša*, nous avons fait *boise*. De *bušica*, dérivé de *buša*, on a fait le verbe *bušicare*: & ensuite, celui de *bošicare*: d'où *exbošicare*, & par contraction, *exbošicare*: d'où EBOCHER: pour lequel on a dit EBAUCHER. Ce mot, qui a été dit originellement d'un bloc de marbre qu'on dégrossit, a passé de la Statuaire à la Peinture. Les Espagnols disent de même *debu-* *war*, pour dire ébaucher: mot, formé de *depusar*: mot, formé de la particule de, & du substantif *puša*, qu'on a dit dans la signification de *pušula*. *Pušula* se trouve en cette signification: ce qui ne permet pas de douter qu'on n'ait dit *puša*. Les Italiens ont dit de même *bošicare*, pour dire *ebau-* *Tomé I.*
EBA. EBE. EBI. 497 *cher*, *quaiu*, *phuša*, *puša*, *buša*, *bušum*, *bošum*, *bošitum*, *bošitium*, BOZZO. D'où EBOZZARE, & AB-BOZZARE. Au lieu de *bošitum*, on a dit *bošitium*, & ensuite *bošitum*. Et c'est de-la qu'est venu no-tre mot de BOSSU. M. Ferrari dérive le mot Italien *abbozzare* de *buxut*: *quia pueri oim diagraphi-* *cem in buxo discebant*, selon le témoignage de Pli-ne, livre xxxv. chapitre 10. Je perlisse dans ma conjecture. Voyez ci-dessus *boise de vache*, & mes Origines Italiennes, au mot *bozzo*. Il est néanmoins à remarquer, que nos Anciens écrivoient *ebocher*. Tušan, sur ces mots de la fin de la let-tre de Budce à Alclat, qui est la troisième de la 2. partie, *ad operis jam affelii, exsictatique prajciop-* *tum*: Exsictate tabula dicuntur dolabra & *afcia parata*: *nondum tamen expolita*. *Quare exsictatum dicitur, quod jam affelium est, quamquam confec-* *tum non sit. Plantis in Afimaria*: Jam hoc opus est exsictatum. *Volgo* cbošicare appellant *artifices*, *quasi prima manu formare*. M.
EBAUDIR. Le Président Fauchet, dans ses Antiquités, le dérive de l'ancien mot François *boisdie*, qu'il dit signifier *mocquerie*. Il vient d'ex-l'aldire. Voyez *baldo* dans mes Origines Italien-nes. M. Le mot *boisdie*, de l'Alleman *bos*, *malus*, signi-fie méchanceté. Voyez du Cange, aux mots *bau-* *dia*, & *bauša*. Ce n'est pas, au reste, dans ses An-tiquités que Fauchet dit cela, mais dans ses an-ciens Poètes François, chap. 29. Le Duchat.
EBENE. Dans les Prima Scaligerana: Ebe-num *arborem esse qua nigro colore sit haud creden-* *dum est; sed revera radices sunt sub terra afferva-* *ta; itaque nigrum colorem acquirentes. Pausimias, Attic. paulo ante finem*. S. Add.
EBIONITES. Anciens Hérétiques, qui ont paru des les premiers commencements de l'Eglise, Origène a cru qu'ils avoient été ainsi appelés du mot Ebreu *Pium ebion*, qui, dans cette Langue, signifie *pauvre*, parce qu'ils étoient, dit-il, pau-vres de sens, & qu'ils manquoient d'esprit. Eufé-be, qui a eu égard à la même étymologie, prétend que ce nom leur fut donné, parce qu'ils avoient de pauvres fentimens de J. C. qu'ils croyoient être un simple homme. Mais tout cela, dit M. Simon dans son Histoire Critique du texte du Nouveau Testament, n'est qu'une simple allusion au nom de ces Sectaires, qui signifie *pauvres*, dans la Langue Ebraique. Il y a plus d'expérience que les Juifs les appellerent ainsi par mépris; parce qu'en ces premiers tems la plupart de ceux qui embraîsoient la Religion Chrétienne étoient des pauvres. Ori-gène, dans ses Livres contre Celée, semble con-firmer cette opinion, lorsqu'il dit qu'on appella *Ebionites* ou *pauvres* ceux d'entre les Juifs qui cru-rent que Jésus étoit véritablement le Messie qu'ils attendoient. On pourroit aussi dire que les Ebio-nites prirent eux-mêmes ce nom, conformément à leur profession. En effet, Saint Epiphane a re-marqué qu'ils se vantoient d'être pauvres à l'im-lation des Apôtres. Le même Saint Epiphane a néanmoins cru qu'il y a eu un homme appelé *Ebion*, Chef de la Secte des *Ebionites*, & qui vi-voit en même tems que les Nazaréens & les Cé- 498 EBL. EBO. EBR. ECA. rinchiens. Cette dernière opinion est peut-être la plus vrai-semblable de toutes. *
EBLOUIR. Voyez bluette. M.
EBOUITER. On dit, ébouffer de rire, pour dire, éclater de rire. M.
EBOULER. EBOULER, bolus, bolare, exbolare, EBOULER. M.
EBRUTER. Par corruption, pour ébruiter. Les Bas-Normans ébriter : ce qui confirme cette étymologie : car ils disent brit, au lieu de bruit. M.
ECACHER. Les Espagnols disent escarcha, pour signifier le bruit que l'on fait en marchant. Covarruvias : ESCARCHA ; dixoye del sonido que haze quando se pisa. Sur lequel endroit de Covarruvias M. Guyet a fait cette Note : Ergo escarchat est obterere. Gallicum ecacher, ab eodem fonte derivatum videtur. M.
ECAFIGNON. Nicot : ESCAFIGNON se prend ores pour une espèce de soulier à simple semelle, de cuir subtil & délié : si qu'estant chauffé, il semble estre collé au pied. Et ores, pour un chauffon de toile qu'on porte dans les chauffes : calceolus lineus. Je ne doute point que ce mot n'ait été fait de scarpinus. Scarpinus, scapinus, scapino, scapinonis, scapinone, ESCAFIGNON : qu'on prononce écafignon. Le P s'est changé en F. Voyez escarpin. M. Rabelais, livre 4. chap. 9. En une autre salle basse, je vis un jeune écafignon espouser une vieille pantoufle. Et nous fut dit, que ce n'estoit pour la beauté & bonne grace d'icelle, mais par avarice & convoitise d'avoir ses cseus, dont elle estoit toute contrepointée. Le Duchat.
ECAILLE. De l'Italien squaglia, fait de squamula, diminutif de squama. M.
ECAILLE. L'Italien squaglia, & le François écaille, viennent tous deux de l'Alleman schale, qui signifie la même chose. On lit dans les Vigiles du Roi Charles VII. page 37. du tome 1. édit. de 1724. où il est parlé de l'Empereur Auguste : Entre les autres Empereux De noble courage & ecaille, L'on ne vit Empereux curieux Ainsi qu'il étoit en bataille. Ecaille, selon moi, se prend là pour naissance, origine. D'un petit morveux qui fait l'entendu, on dit, qu'a peine est-il sorti de l'écaille, qu'il s'en fait accroire. Le Duchat.
ECAILLE. L'étymologie que M. le Duchat donne de ce mot est la seule véritable, & on ne sauroit douter qu'il ne vienne de la Langue Teutonique. On en fera encore mieux convaincu, en lisant ce que dit Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 1373. où il s'exprime de la manière suivante : SCHALE plures habet significatus, à notions legendi defumptus, & hasi no to estur à verbo Scandico antiquissimo scyla, schiule, legere, quo Dani & Saci etiamnum munitur, ut of- tendi in schild. Dicitur primo de artefallis. Inde Gothis skaljo tegumentum, Luc. v. 19. Islandis skiul latebra, tethum fine parietibus ad arendam pluviam a substantibus; Suecis skiul teges, tegmen, tegulum; Germanis mesterfchale efficulum quo manubrium cultri legitur. Secundo de rebus naturalibus. Inde Gracis euo & corium, pellis, naturale corporis tegumentum; euochi-lus, coriarius, pellium preparator. In reliquis dialettis significat tegumenta piscium, conchas, testas, squammas, neonon tegumenta fructuum, putamina, folliculus, filiquus, &c. Somnerus, in Dict. Anglo-Sax. scala glumula; scala putamina, cortices, testa, concha, crusta, squama; sciel, scyll, concha, testa, cortex; bean-scala filiqua fabarum. Verelus in Indice : SKAL putamen, item crusta, tegumentum, squamma : vox valde communis, & tam de animalibus, ut conchyliis & piscibus, quam de diversis fructibus dicitur. Inde Italia squaglia squamma, scagliare defquamare. Addo, nec aliunde Gallis ecaille & ecailer. Ferrarius & Menaginis, qui has voces autoritate Scaligeri a Latino squamma deducum; corruptis elementis, non sunt audiendi. Hodie eadem voce & eadem latitudine utimur. Inde composita, eyerfchale testa ovi, hirnchale cranium, ut quo cerebrum tegitur; nullfchale cortex nucis, schalifch piscis estaceus, & alia multa à notione tegendi mamiffo defumpta. De la même fource vient aussi le mot ecale, qui se dit de la coque d'un œuf, de la première peau des pois quand ils cuifent, & de la peau verte des noix. De-la aussi ecalier, pour ôter l'écale, ou l'écorce; & ecalier, qui se dit en quelques Provinces pour noix, en prenant apparemment la partie pour le tout, c'est-à-dire, l'écale ou la coque, pour la noix. C'est quelque chose de plaisant que la Lettre à la Duchesse de Bouillon, où l'Abbé de Chaulieu, en se moquant de Ménage sans le nommer, se fait demander par Madame de Chaulieu, si le mot coque est plus François qu'écale. Il décide en faveur du premier, d'où il tire les étymologies de coquin, coquette & coqueter, en suivant la méthode de Ménage. Voyez les œuvres de l'Abbé de Chaulieu. Plusieurs Provinciaux disent calor, au lieu d'écalier; & calier, au lieu d'écalier, ôter la première peau des noix vertes. * ECALLER des noix. De squallare. Voyez écaille. Rabelais, livre 1. chap. 25. a dit, challer des noix. On dit aussi, écailler des pois & des feves. M. de la Quintiny : ECALLER se dit des pois & des feves, qu'on écoffe; c'est-à-dire, qu'on sort de leur coffe. M.
ECARDER. D'excardare. Cardus, cardare, excardare. Voyez chardon. M.
ECARLATE. De scarleta. Thomas Cantiprateus, livre 1. chap. 7. Vettes ejus, ex scarleta ferrata. Et livre 1. chap. 28. Matrem quoque suam, cum in solenatate quadam optimis scarleticis & rubicundis vestibus uteretur, cum gravi martere corripunt in Ecclesia, coram confedentibus. On a dit aussi scarletum : d'où l'Italien scarlatio. Scarleta & scarletum ont été faits de l'Alleman scarlate : d'où l'Anglois scarlet. On prétend que l'Alleman scarlat a été fait de enfculium, qui se trouve dans Pline, pour de la graine d'écarlate. Voyez mes Origines Italiennes, au mot scarlatio. M.
ECARLATE. L'origine de ce mot est assurément fort obscure. On en peut juger par le passage de Wachter, que nous allons rapporter, & qui se lit à la page 1382. de son Glossarium Ger- manicum, en ces termes : SCHARLACH, color & pannus coccineus. Arabibus xyquerlat, apud Canguum in Gloffario; Cambria yigarlad, apud Boxhornium in Lex. Ant. Brit. Turcis iskerlet, apud Clodium in Lexico Turcico; Gallis escarlate, Italis scarlato, Anglis scarlet, Islandis scarlata, apud Verelium in Indice; Belgis scharlaken, Suecis scharlaken. Vocem origine Celticum esse, & Galaticum ruborem designare, contendit Pezronius in Ant. Celt. pag. 69. 70. Sed partes compositi non docet. Veteres Hispanos coccum ilicis appellasse quisquillum, vel cusculium (variè enim legitur), tradit Plinius & lib. xvi. cap. 8. Hinc quidam viri docti, quos nominat sequiturque Ferrarius, inde fecerunt vester quisquillatam, & ex quisquillata scarlatam, necio quo literarum miraculo. Quibus magis assentiver, & alteram Plinii vocem, fcolectum irquam, qua cocco illicis tribuitur, lib. xxiv. cap. 3. atulissent. Tolle enim caninum R è medio vocis Belgica, & habebis Atticam vocem exubis, vermiculus. Coccum autem est colar è vermiculis rubicundis. Alii existimant, skar in principio vocis esse abfissum ab Arabico kermes vermis, & fibile autium. Hoc propendet Canguus in Gloffario; & secundum hanc etymologiam scharlack erit, vel rubrum vermiculare, vel pannus vermicularis. Illud à lack rubrum, hoc à laken pannus. Hoc fortasse movit Menagium, ut voyem, cuius partem aliquam nostri idiomatis esse novetat, à Germanis faillum scriberet. Nec defunt inter nos, qui mere Germanicam putent. Stilerus, in Theofaro L. Germ. SCHARLACH ab antiquo schor ignis, & lak pannus, quasi fevertuch coccum. Que peut-on conclure de cette grande variété de sentimens, dont plusieurs paroissent également abfurdés & ridicules, sinon, encore un coup, que la véritable origine du mot escarlate nous est inconnue, & qu'on n'en peut rien dire de certain ! ECARQUILLER les jambes. Lat. divaricare crura. D'exvaricare : de cette manière : Varus, varicus. Ovide, livre 3. de Arte amandi : Illa, velut conjunx Umbri rubicunda mariti Ambulat, ingentes varica fertque gradus. Varicus, variculus, variculare : variquus, variquillus, variquillare : & par le changement de l'V consone en U voyelle, variquillare : & par l'addition de G devant l'U, (comme en GUSPE, de vespe ; en GUT, de vadum ; en GASCON, de Vafco), guariquillare : dont quarquillare, & ensuite, carquillare ; & par l'addition de la particule ex, excarquillare : dont ESCARQUILLER. J'ai quelque opinion que cette étymologie ne déplaira pas aux Etymologistes. ¶ Quelques-uns disent, écarre les jambes, pour écarquiller les jambes : d'expartillare. M.
ECART. Nicot : Il se prent ores pour le rejet, ou rebut, que les joueurs de pille, prime, cent, ou autre jeu aux cartes, sont de celles qui ne leur servent, au lieu desquelles le donneur leur en balle d'autres au hasard. De-la vient le verbe escarter, c'est-à-dire, jeter ses cartes inutiles, & par métaphore, pour un lieu essigné de compagnie, essiné. Secessus. Il s'est retiré à l'escart, ablit in secessum, secessit : & s'escarter d'une troupe, ou d'un chemin, s'en tirer au loing, s'en eloigner ; secesser ab agmine, à via. On dit aussi, Ils sont escarters par les champs : palantes ; Tite-Live, livre 11. & s'escarter, pour faillir son chemin, se fourvoyer, aberrare à via. Nicot n'a pas bien rencontré en cette étymo- E C C. E C H. logie. ECART a été fait d'exparte, par le changement ordinaire du P en C. Voyez mon Discours du changement des Lettres. Expartare se, c'est sortir de sa part, c'est-à-dire, du lieu où l'on est. ¶ Ecarter, se dit d'un carroffe, dont un cheval va au milieu de l'une des deux ornieres, & l'autre en dehors de l'une des deux ornieres. M.
ECCLESIASTE. Nom d'un des Livres de l'ancien Testament. Ce mot est Grec, ἐκκλησίως & signifie Prédicateur. Il est formé du verbe ἐκκλησίως, qui signifie, tenir une assemblée, & qui est fait d'ἐκκλησία, qui l'est du verbe ἐκκλησία evoco. Le Livre de l'Ecclésiaste est appellé dans le texte original ἰδοὺ ἐκκλησία, c'est-à-dire congregatrix ; du verbe ἰδοὺ ἐκκλησία, congregavit : où il faut sous-entendre anima sapientis, ou bien ipsa sapientia ; car ce mot Ebreu est un participe actif féminin : & le Livre dont nous parlons a été nommé ainsi par Salomon son Auteur, parce que son but est de rassembler & d'appeller à soi tous ceux qui veulent prendre soin de leur salut, & éviter les dangers du monde ; & qu'il veut les rassembler autour de soi, comme un Prédicateur assemblée son auditoire. On voit par là que le nom Grec n'est qu'une traduction du nom Ebreu. D'autres disent que l'Ecclésiaste a eu ce nom, parce que l'Auteur de ce Livre y déclare en Prédicateur contre les vices, & les vanités du monde. Quelques Docteurs Ebreux disent que c'est parce qu'il a ramassé beaucoup de sagesse. Grotius croit que c'est parce que ce Livre contient un assemblée de plusieurs belles Sentences sur la vanité des choses de la terre. R. Abraham, dans son Livre intitulé Tærer Hammer, c'est-à-dire Fascœau de Myrebe, croit que c'est parce que l'Auteur tenoit des assemblée publiques. La première raison que nous avons rapportée du nom de ce Livre paroît la meilleure, & la plus naturelle. Du mot Ecclésiaste a été formé celui d'Ecclésiaste, qu'on donne à un autre Livre Canonique de l'ancien Testament, & qui signifie ad concionem pertinent, & comme qui diroit, concionalis.
ECCOPROTIQUES. Terme de Médecine. On appelle ainsi des remèdes laxatifs, qui purgent doucement le ventre, en ramollissant les humeurs & les excrèmes. Ce mot est fait de la préposition Grecque de ex, & de xii, & excrément secal.
ECHAFAUT. Quelques-uns le dérivent de l'Alleman Schawhausz, qui signifie la même chose, & qui est composé de schawen, qui signifie regarder, & de hausz, qui signifie maison. Il vient d'excatafalcus. Les Italiens disent catafalco, mot composé du Grec vavà, & du Latin palus, en la signification de pieu. Scaliger, dans sa Poétique, livre 1. chap. 11. A palis, palcos Itali claustra & pygmata : nunc catafalcos ; addita aspiratione : sicuti finum maris, golfo, pro xivum. M.
ECHALAS. C'est ce petit peu qui soutient la vigne. Du Grec χοράξ, qui signifie la même chose, on forma le Latin-barbare carratium. Les Loix des Lombards, livre 1. titre 15. § 14. Si quis palum, quod est carratium, de vitre tulerit, &c. Ainsi Guillaume le Breton, dans sa Philippide, appelle un escadron de gens de guerre scala ; & nos Ro- R r r ij mans échielle : ce que les plus anciens Auteurs appellent *scara*. En Languedoc on appelle un échalot *paissel* : de *mâseaux*, qui signifie un *pai*. Aussi les Latins l'appellent *palus*. Tibulle : *Qui docuit teneram palis adjungero vitem.* *Caseneuve.* E CHALAS. Les Picards prononcent *csaras* : ce qui a fait croire à quelques uns que ce mot venoit de *zâpâs* : mot, au genre féminin, de la même signification. Les Gloies anciennes : *zâpâs*, *fudis*, *redica*. Il faut *ridica*, & non pas, comme corrige Bonaventura Vulcanius, *pertica*. Ulpien, en la Loi xi. au 3. du tit. *Quod vi, aut clam, &c. Si quis in vineas meas venerit, & inde ridicas abfulerit*. L'Onomastique : *ridica*, *mâseaux*. Ce mot se trouve en la même signification dans Varron, dans Columelle, & dans Pline. Et il a été fait de *rudis*, en la signification de *baton*. *Rudis*, *rudicus*, *ridicus*, *RINCA*. Et *rudis* a été fait de *jâcâs*, *virga*. Au lieu de *rudis rudis*, on a dit *rudis ruderis* : d'où les Éspagnols ont fait *rodrigo*. *Ruderis*, *rudericus*, *rudricus*, *RODRIGO* : mot de la même signification que *ridica*. Voyez *ricet*. Je reviens à notre mot *échalas*. Il a été fait de *scalaceus*, qui a été formé de *scala*. M.
ÉCHALEAU. On appelle ainsi en Anjou une noix qui commence à sécher. De *squalelium*, diminutif de *squalus*. Voyez *écalier*, & *sale*. M.
ÉCHALER. Voyez *écalier*. M.
ÉCHALOTES. Espèce d'oignons. D'*ascalonia* : qui a été formé d'*Ascalon*, ville de la Palestine. Pline, livre xix. chapitre 6. *Capa genere apud Graves*, *sarda*, *famothracia*, *alsidena*, *setaria*, *schista*, *ascalonia*, *ab oppido Judae nominata*. Stephanus le Géographe, au mot *scholou* : *qui a mis mâle : à mûrit que la mâmure assidens, qui est à la châture, ou à la châture mâmure*. Et de la vient que la ville de Crommyon, qui étoit proche d'*Ascalon*, fut ainsi appelée, *qui est à mâmure*. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *scalogno*. M.
ÉCHALOTES. Ce qui paroît confirmer que ce mot vient en effet d'*Ascalonia*, c'est que les *échalotes* étoient nommées en vieux François *eschaloignes*, mot formé apparemment de l'Italien *scalogno*, fait d'*Ascalonia*. Il y avoit beaucoup de cette sorte d'oignon autour d'*Ascalon*, ville de Judée, d'où elle a été apportée en Europe. C'est pourquoi elle est appelée par quelques Botanistes *capa Ascalonia*. D'un autre côté, le mot *échalote* ressemble extrêmement au mot Alleman *schale*, d'où est venu le François *écalie*, & *écale* ; & on diroit d'abord que c'est un diminutif de ce mot Alleman. Voyez ci-dessus *écalie*. Dans cette supposition, l'*échalote* auroit en ce nom, parce qu'elle est couverte de plusieurs pellicules ; de même qu'un œuf, en terme d'enfant, s'appelle un *coquar*, à cause de sa *coque*. M.
ÉCHANCRER. Terme de Tailleur. C'est tailler en arc : & ce mot a été fait de celui de *cancer*, à cause que les cancers rongent la chair en forme d'arc. M.
ÉCHANDOLE. Bois, pour couvrir les maisons, au lieu d'ardoise. De l'ancien mot Latin *scandula*, qui signifie la même chose. Voyez le Calphin, & Matthias Martinius. M.
ÉCHANGE. D'*excambium*. Voyez *changer*. M.
ÉCHANSON. C'est l'Officier qui donne à boire à un Prince, ou à un grand Seigneur. De *scantio*. Le Glosfaire d'Anslieubus : *Pincerna*, *scantio*. Le Concile de Tolède : *Comes Scancularum*. Caseneuve.
ÉCHANSON. Lat. *pincerna*. De *scantione*, ablatif de *scantio*. Le vieux Glosfaire : *SCANTIO*, *pincerna*. Voyez François Pithou, sur la Loi Salique. On prétend que *scantio* a été fait de l'Alleman ou du Flaman *schonchen*, qui signifie *verfer à boire*. M.
ÉCHANTILLON. C'est une petite portion de drap qu'on coupe de la pièce entière pour en faire montre. De *mâseaux*, qui signifie le coin de l'œil, on a fait *canton*, qui signifie un *coin de rue* : & *chanteau*, en Languedoc *camel* ; qui signifie un *pain entamé*, c'est-à-dire, duquel on a retranché un coin. De la est formé le mot *échantillon* : car aussi en Languedoc *escanvia* signifie *évercher*, & *rogner* quelque chose qui étoit entière. De la vient aussi le mot *échantillon* de la Coutume de Dunois, art. 60. qui porte, que lorsqu'on a bâti une cheminée en mur introyen, on ne la peut faire ôter en laissant par moitié du mur, & un *échantillon* pour contre-feu, c'est-à-dire, un petit retranchement du mur, pour y enchaffer la pierre, ou telle autre chose, qui doit servir de contre-feu ; ce qui est appelé *chantel*, pour contre-feu, dans la Coutume de Montargis, chap. 10. art. 5. & dans celle d'Orleans, art. 135. *Caseneuve*.
ÉCHANTILLON. De *cantillo*, diminutif de *cantus*, dans la signification de *coin*. *Cantus canti*, *cantellus*, *CHANTEAU* : *Cantus canti*, *cantillus cantilli*, *cantillo* ; *excamillo excamilliensis*, *excamilliome*, *ECHANTILLON*. M.
ÉCHAPER. Nos anciens François désoient que ceux-là *escampoient*, qui, après une défaite, se répandoient emmi les champs, & se sauvoient à la fuite. Ville-Hardouin, livre 4. Il *erent mult de grant péril escampé*. Et livre 8. De *tes les six-vingts n'en escamprent mie plus de dix, que suit ne fussent morts ou pris*. Mais par la fuite des tems, d'*escamper* on a fait *échamper*, & enfin, *échaper*. Caseneuve.
ÉCHAPER. De l'Italien *scappare*, fait de *scampare*, fait d'*excampare*. Nos anciens François, dit M. de Caseneuve, désoient que ceux-là *escampoient*, qui, après une défaite, se répandoient parmi les champs. Je croîrois plutôt que ce mot auroit été dit de ceux qui, après leur défaite, quittoient le champ de bataille. M. Ferrari dérive l'Italien *scampare* de *gamba* : en quoi je ne puis être de son avis. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *scampare*. M.
ÉCHAPER. De *scapha*. C'est proprement se *sauver dans l'esquif*, quand le vaisseau coule à fond. De *scapha* s'est fait aussi *esquif*, d'où s'est formé le mot d'*esquiver*. Huet.
ÉCHARCÈTE. Voyez *écharc*. M.
ÉCHARDE. Nicot dit que c'est cette petite éclatoure ou tronçon de feu, qui s'élève quand on fend du bois. De *cardus*, dit pour *cardus*, comme nous l'avons fait voir au mot *chardon*, on a fait *excardare*. D'*excardare*, nous avons dit ÉCHARDE : & ÉCHARDE, d'*excarde*. Les Angevins disent *écarde*, & *écarde*. M.
ÉCHARIR. Le Mystère de la Résurrection de J. C. Myst. 4. Malchus parlant à Joseph d'Arimathie : *Sus*, *tost*, *escharissez la place* ; c'est-à-dire, *décampé d'ici*, ou, comme on parle, *décargez le plancher*. Ce mot, que nos Dictionnaires n'ont point, vient de l'Alleman *scheuren*, nettoyer. *Le Duchat*.
ECHARNIR. ECHARS. Ces mots signifi- loient *railler* & *raillerie*. Le Roman de Guillaume au court nes : *Mauvaillement fut li Cuenis galués : Més par contratre fu assés appellés, Et d'uns & d'autres escharnis & gabés.* Le Roman de Guyon de Tournaut : *Quant vos voulés mon cors ensement lai danger, Et devant tes Barons escharni & moquer.* Le Traité des Vertus & des Vices : *Après sont les gabs & eschars, que ils dont sur les prendes bom- mes, & sur tous ciaux qui veulent bien faire*. En- core en Languedoc, *escarni* signifie *contrefaire* quelqu'un en moquerie. *Cafeneuve*. *Voyez* ECHER- NIR.
ECHARPE. Je ne pense pas que ce mot, au sens que nous le prenons, soit fort ancien ; car il est croyable qu'Enguerrand de Montrelet s'en fût servi en la description qu'il fait des écharpes, tome 1. chap. 64. où, parlant de ceux du parti du Duc d'Orléans, il dit : *Si pertoient, tous les Princes, des alliances ; & aussi toutes leurs gens, de quelque est qu'ils fussent, tant d'Eglise comme seculiers, pour l'enseigne, bandes estroites, qui estoient de linge, sur leurs épaules, pendant au senestre bras de travers, ainsi que le porte un Diacre en faisant le service de l'Eglise*. Je crois pourtant que de car- pere nous avons fait *charpir*, & que de-là nous avons formé *écharpe*. Et *charpir* signifie propre- prement *carder* & *peigner*, en matière de lin, de foie, & de chanvre : & comme en charpissant ces choses, les fils & les poils en sont séparés, & dé- tachés les uns des autres ; de même ces petites bandes de toile ou de foie, dont on faisoit du com- mencement les écharpes, étoient retranchées & séparées d'une pièce entière. Ainsi appellons-nous *charpie*, le linge défilé dont les Chirurgiens font des tentes pour les plaies. De-là vient que nos anciens François appelloient aussi *écherpilleurs*, du verbe *charpir*, toute sorte de voleurs : bien que cela ne se dise proprement que des voleurs de manteaux ; qui est ce que nous appelons encore *treurs de laine* : & *écherpeler*, pour *voler*, comme qui diroit *charpir* la *laine*, qu'on dit en Languedoc *escarpi*. Les anciennes Coutumes de Paris, intitu- lées : *Li Eflablissement le Roy de France, selon l'a- sage de Paris, d'Orleans, & de toute sorte de Ba- ronnie : — li tait le *feau* en chemin ou en bois, de jour ou de nuit ; & ce est appelé *écherpellerie*. En- guerrand de Montrelet, vol. 1. *A l'entrée de Charles VII. à Rouen, le sire de S. Treille, Grand Ecury de France, portoit en écharpe la grande es- pée de parement du Roy*. *Cafeneuve*.
ECHARPE. *Carpe, excarpe, excarps, excarp-*
ECHARS. Vieux mot, qui signifie *épargnant*. D'*exparens* : dont les Italiens ont aussi fait *scarso*. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *scarso*. Henri Etienne, page 4. de son Livre de la Pré- cellence, s'est appérou de cette étymologie. ECHARS, dit-il, est un peu éloigné de parcus. Mais si en vient-il. Et en approcherait plus, quand, en n'ajoutant point d'aspiration au C, on diroit *es-* 50t De *scarficare*, ablatif de *scarficas*, nous avons fait ECHARCETE : comme les Italiens en ont fait *scarficas*. En terme de monnoye, ECHARCETE, c'est la qualité du remède de loys, ou bonté intérieure, que le Maître en allavant son métail, a pris sur chaque marc d'or ou d'argent en œuvre : la va- leur de laquelle *echarcete* il est tenu payer au Roi, suivant le Jugement qui en est fait par la Cour des Monnoyes. C'est la remarque de Poullain, dans son Glossaire, & de Bouterou, dans ses Ob- servations. *M*.
ECHARS, ne viendroit il pas plutôt de la Lang- ue Teutonique ? Wachter, dans son *Glosa- rium Cermanicum*, page 815. KARG, *avarus*. *Belgii* karig. *Quasi* gierig. *Novum, sed legitime* *factum*. *Nam a gier capoteas, avaritia, quod est* *a geren cupere, recte su gierig, karig, & contraltè* *karg cupidus, avarus*. *Idem, prafixo fibilo, Italia* *scario, Gallii echars*. *Olim deduxi a har sollicitu- do, qua dum crescentem sequitur pecuniam, avarum* *reddet sollicitum*. *Anglo-Saxonibus sane cearig est* *solicitus, querulus, meme turbatus*. *Sed prafixi a* *cupiditate quam a sollicitudine denominare ava- rum*. * voudroit expliquer par ce mot sentinelle, il expose-roit un mot naif François par un mot Italien naturalisé. L'Espagnol l'appelle atalaya. M. du Cange le dérive de l'Alleman Schaarwache: mot composé de schaar, qui signifie agmen, cobars (d'où vient le schiera des Italiens), & de wache, qui signifie excubia. Voyez-le dans son Glorfaire Latin, au mot scaraguata, & au mot eschargaita. Cette étymologie est la véritable. M.
ECHAUGUETTE. Perceforest, vol. 1.ch. 34. Et quant ils furent à ung trait d'arc du chasteau, une Damoiselle de merveilleuse beauté, qui essut aux fenêtres ou esquereuses de la porte montée, se print à dire... Le même mot, dans la même figui-sication, se trouve encore ailleurs dans le même volume: ce qui fait voir qu'autrefois nous par-lions de la sorte, & que, par conséquent, l'étymologie de M. du Cange est la véritable. Le Dunbar.
ECHECS. De l'Italien scacchi. Il y a diver-sité d'opinions touchant l'origine de ce mot Ita-lien. On croit, quoique faussement, que le jeu des échecs a été appelé par les Latins ludus latro-num, ou latronculorum. Dans cette créance, Leun-clavius, en ses Pandectes de l'Histoire Turque, estime, que scacchi a été dit de ces voleurs sur-nommés Ufcochi, dont nous avons parlé au mot BAGAUDES: Turconanni tunc erant infami voca-bule, infice illorum prabonum quot nunc Martelof-sos & Ufcochos (unde scachorum, sive latruncu-lorum nomen) vocamus. Le Pere Sirmond, dans ses Notes sur les Capitulaires de Charles le Chau-ve, page 17. le dérive de l'Alleman scach, qui signifie latrocinium. Les Lois des Lombards, li-vre 2. titre 55. De furto, aut scaccho, si ultra sex solidos fueris, similiter ut per pugnam veritas inve-niatur, pracipimus. Dans les Capitulaires de Char-les le Chauve: Ego ille ad saliturum illud malum quod scach vocant, vel testetiam, non faciam; nec ut alius faciat, consentiam; & si sapuere qui hoc faciat, non celabo: & quem scio qui nunc latro, aut scacchator est, vobis Missis Dominicis non celabo. Vossus, livre 2. de Vitris Sermonis, chapitre 17. est du même avis. Il en propose néanmoins en-suite un autre: qui est, que scaccho peut venir de calculus: & c'est l'opinion de M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 459. où, après avoir dit que calculi & latrunculi étoient la même cho-se, il ajoute: Scachios hodie vocant Itali & Galli, voce a calculis detorta. Calcium, vel caiculum, dicebant; & praposita sigma, scalcium. Sic enim sphalangium pro phalangium recentioribus Latinis: atque ita apud Vegetium scribitur. Sic sticula pro facula. Hinc Gracis Medicis opiæa. Sic squadro-nes, pro quadrones, & squadras pro quadras, &c. Sic igitur & scalcium pro calcium. &c solent Itali lambdam in intem eliquare. Hinc scalcius vel sca-cius, pro scalcius vel scalculus. Hanc vocem La-gobardi ab Italiis Germanique sumpsere, &c. Et sur Solin, page 1150. Netavi aliquando calculorum ludum Gracis recentioribus Latribus appellare, nam-que dictionem origine Gracam esse demonstravimus. Idem quippe Latribus, quod Latribus, vel Latribus. Quid esset explicavimus. Id non placuit viris qui-badam eruditis, qui a Persico vocem illam deducere maluerunt, quibus Xatreng, vel Xatrang, hodie appellatur latrunculorum ludus. Adeo inquam hac o-sectatio cudam bella visa est, ut palmariam cen-sas. Mibi contra videtur. Potius crediderim Persi-cum ill al Xatreng ex Graco Latribus filium suisse, quam Gracum ex Persico. Latribus dictionem esse mere Gracam, prater illa qua ibi tum adnuvavimus, Lexicon verus Regia Bibliotheca id mihi postra con-formavit, in quo ita legi Latribus, & viam &, vi &c hian usaviguis. Hac est mandra in ludo calcu-lorum apud vereres: Mandris & vitreo latrone claufos. Et in Lucani Panegyric, de calculis, sive latrun-culis: Ut citus & fracta prorumpat in arquora man-dra. Hoc est Latribus. Postremò quis nectis hujus ludi in-ventionem Gracis deberi? A Gracis igitur ad Persas res ipsa cum nomine transfit. Hispani Acedres vo-cant hunc eundem lufum, voce indidem formata ac detorta, nempe ex Latribus. Hoc argumento vel vi-cri potest id nomen non esse Persicum. Nec enim a Per-sis id habuere, sed a Mauritanis, qui voces parò innumerabiles e Graco ac Latino in suam Linguam traduerunt. Alzatrec cum articulo videtur appel-lafè vò Latribus, unde Hispanum Acedres. Panca admodum sunt herbarum, arborum, gemmarum, si-derum Arabica, qua non ex Graco detorta sint, ut sciunt ejus Lingua periti: & nos quadam observa-vimus, qua illos fugerunt. Persa in eo ludo latrun-culorum & Rocham dicunt, qua nobis Rocca est, in-fima nempe Latinitatis vocabulum pro rupe. Pinda quoque nominans pro pedits. Qua non magis sunt origine Persica, quam ipsum ludi appellatur, quem Xatreng ex Graco Latribus nuncuparunt. Nec Per-sicam ab antiquo originem melius redolent ea voces quibus hodie Persa matrem, fratrem & sororem ap-pellant: quas & Germanica Dialecto communis esse miratur Scaliger. Ego non mirur. Nam & Persa a Gracis eas acceperunt: Germani a Latinis, qui eas-dem habuere cum Gracis. Germanos plurima e Graco mutatos esse conflat, ut alibi ostendimus. Persa lac vocant Xit; non omne lac fortusse, sed id quod lac-tis more manat primò, deinde concrecit ut gummi, ut lac Cyrenaicum, lac Hammoniacum, quod di-xiere xistigana. Sic lac Mambu, quod ipsi vocant Tabazit, est Saccharum salis instar concretum. Xit-quest quoque apud ensdem genus mama: de qua di-ximus supra. Graci Equis & Equis id appellant. At-que inde Persicum. Omnia quippe gummi genera Gracis Equis dicuntur. Chimicis auditoribus electrum vel Succinum videtur Equis vocatur. Lexicon rerum: Hauvis, videtur Equis. Isidem Persis Feruza, aut Firufa nomen est genuma. Ea nostra est Turchefa: Sed ex Graco sumptum vocabulum. Jaspis inquosem vel inquosem, & contraltè inquosem. Unde Persicum Firuza. Inquosem autem Jaspis qua certini coloris est, plane eadem cum nostra Turchefa. Inde etiam fastum Arabicum Feruzegi, ex inquosem corruptum. Qui-dam Smaragdum interpretantur, alii Sapphirum. Verum idem Arabes Smaragdum vocant Zamar-dum: ex Graco infima aatis zamparè. Servius: Alii tradunt Jaspidem in Zmaragdum transire. Sic zamparè herba pro zamparè apud Isorporationem Ale-xandrinum in Lexico avpi quosem & inquosem nondam edito. Cognatio igitur Jaspidis cum Smaragdo, ut etiam restatur Theophrastus: Ioni 3, inquit, & inquosem & in vò latronlus viribus. Jaspis autem certini vel airtini coloris plane est Turchefa. Sic et Graco Latribus Persica vox Xatreng. Scaliger dans ses Notes sur l'Eglogue de Lucain à Pison, dit à peu près la même chose: Calculorum ludus & la-trunculorum idem est. Ovidius: Sive latrocinii sub imagine calculus ibit. Lucillius, lib. xvii. Naumachiam licet hac, inquam alveolim- que putare Et : Calces deleites te, hilo non rectiui vivas. Nam calces sunt calculi, ut alicubi noat Festus. Hodie alludunt ad vetus nomen Itali & Galli. Scal- culum enim vocant. Puto artis verbum fuisse, ex- calculari de eo qui vinceretur: ut excurtari & excu- neari Varroni. Unde & etymi licentia videtur dic- ti. Acedies, ut Hissani vocant, quasi exqualri. Nam squalrones quadras phalanges vocant. D'au- tres dérivent le mot Italien scacchi de l'Alleman sach, ou scach, qui signifie calculus. Vossius de Vittis Sermonis, page 170. SACHOI a Germanico sach vel scach, hoc est calculus. Apud Cosman P. genfem Behem. Chronic. lib. 11. Adornum la- pidibus pretiosis & crystallinis sachis. Imo & in Isidari Clujis est: Saga, nomen Gemma. Scachus etiam calculus: unus Scachorum ludum dicimus qui elitis latronum. Sea de sfo fecus alii. Dempster sur Rofia, page 331. dit que de l'Hebreu Schach qui signifie valiavit, & de mat ou mot, qui signi- fie en la même Langue mortuus est, on a fait sca- co & matto, ce qu'il a pris de Gregorius Tolosa- nus, qui dans son Syntagma Juris, livre 34. ch. 4. dit la même chose. Polydore Virgile, livre 11. des Inventeurs des choses, chap. 13. le dérive de scando: Est alud ludi genus quo calculis in tabu- la lusoria, id est fritillis & alveolis, luditur, inven- tum olim ciriter annum orbis cond. ter millefimum DCXXV. a quodam vero sapiente nomine Xerxe, qui ita Tyranni savitiam coetere metu, ac cum do- cuentio molero volens; offendis majestatem sine vi- ribus, hominumque adminiculis parum admodum valere, atque tutam esse, quando per istiusmodi lu- dum satis parebat Regem jacile oppressum iri, nisi trivigilieri, a suisque defenderetur. Vocant hodie besce calculus, seu scrupos, surunculosque, quibus praliando ludimus; est enim certamen instar pralii. Scacos a scandendo farfian dicto, quod calculi cum moventur, in alteram adversariam partem scandere videantur: qui est ut etymologit tout a fait ridicule & impertinente. Je ne sais au reste où Polydore Virgile a trouvé que ce Xerxes a été l'inventeur du Jeu des échecs. Joannes Fabricius, page 144. de son Specimen Arabicum, en attribue l'invention a un célèbre Philofophe & Mathéma- ticien Persan, nommé Schatrenfcha, du nom du- quel il dit que ce jeu a été appelé Schatrenfcha: Legimus in Historia Timuri, sive Tamerlanis, quod is quando occupatus fuerit in usu latruncu- lorum, sive scachia. Verba ita habent, lit. I. pag. 68. Kan bla adetibi mefchgoulun bilaab elfcha- trang: Id est, erat pro conjuendine sua occupa- tus in lufu SCHATRENCHA, hoc est latrunculorum. Est enim fchattang nomen proprium Philofophi & Mathematici, Persa celebervini, qui primus in- terur fuit lofus illius Scachie; a quo nomen quque suxo adeptus est, ut dicereur Iulm Schatrenfcha. Germani dicunt Schachipiel. Schach autem est vox Persica, significans Regem. Nam quod Arabibus est Sultaan, & Tamaris Chaen, hoc Persis est Schach, id est Rex. Unde cum in ludo illo latruncu- lorum Rex ita arctatur premiturque, ut sede egredi non possit, tum dicitur Schach mata, Schachmat, ludicram illam Regum imaginem, Sacea, vel Saccorum, id est, Regum Feltum vocabant, a Persico nam shac quod Regem significare diximus. Indi- dem nomen Shaccorum ludo, quem voce composita Persa owar fahrang nominant, id est, Regis ludum; Hispani, Axadrez, & Graci recentiores, Zavipini. Et vulgare illud nam shac mat Persica lingua sonat Regem esse mortuum. Hinc Historia Saracenica, lib. 2. cap. 7. pag. 119. narratur Chali- pham Aluminum hunc ludo ita deditum, ut prop- teria res suas negligeret; cum illi nunciatum esset cum Cutero lundenti, Regni Metropolim Bagdad ar- tiſſima obsidieme premi, respondiſſe: Sine me, jam enim apparuit mihi deſſe ſſſe contra Cu- terum ſchachmar. Mirum, id non tridoſſe deliſſi- mum Interpretem, in his literis ad miraculum uſi- que deſſum, qui tamen hac verba nullo ſenſu reddi- dis: Sine me, jam enim mihi apparuit contra Cu- terum taurus ſylveſtris morturus. Fater quidem Arabice nam etiam pro tauro ſumi. Sed cum de Shaccorum ludo hic agatur, nemo non videt illud nam nam ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe ſſe & certandum quotidie, arbitrahantur vitam inſſtui oportere caute inprimis ac prudenter. Teſtatur Mir- kondus remiſſum Indis a Perſis alveum teſſerarium: quo indicabant ſolam prudentiam hominibus in hac vita militantibus non ſoſſicere, ſed addendam esse neceſſario aliquam arti & induſtria fortunam. Cui in teſſeraria tabula plurimum licet. In latrunculorum vero ludo peritia ludentium ex ingenio ſoli locus erat. Nihil ibi alea quod ageret, habebat. Teixeiras idem Perſis atque Indis frequentari utrumque lufum, pra- ſtantiſſmoſque inibi in ea arte non paucos reſert. Quamquam autem diverſos praeſpores & varia dogmata ſequatur, tamen Scachia inprimis ludo de- diri ſunt. Neque a vero abſonum videri ſibi ſcribit Teixeiras, apud Perſis primum repertum tabulum latrunculariam, ratione petiſſimum hac perſuſus: quod quibuscumque in regionibus hoc ludi genus lu- ditur, ſerventur calculorum ſive latronum nomina eadem, aut corrupta ſaltem minimum & variantia a Perſica nomenclatura. Nam Rex illis eſt Xa, quod probi convenit. Domina, ſen Regina, Wazit, qui calculus proximus eſt a Rege. Qui nobis Delfin, il- lis Fil eſt, qua vox Elephantem denotat, quorum animalium plurimus in bello apud Orientales uſus. Equum illi appellant Aſp, vel Faraz, quod idem eſt. Peon Peada, quasi peditem. Quodque Xaque nos dicimus, illi Xa enunciant, quo verbo Rex ad- monetur. Et pro noſtro Mate, illi Xamate dicunt, quod Lingua Perſica ſignificat, Rex mortuus eſt. Hac obiter Historia Perſica Compendio intexit Pe- trus Teixeiras. Qui prateria addir, latrunculariam tabulum Babylonicorum inventum quibusdam vide- ri. Relie, ut ait ille, & probabiliter: quo evinci- tur videlicet, debere nos hunc ludum Perſis, quorum in confinio Babylonorum Regnum, cojus Imperio ſape ac aliquandis putit fuerum Perſa. Dex Orien- taux ſont grands joueurs d'échecs. Jean Villani, livre vii. de ſon Histoire de Florence, chap. 12. In queſti tempi (1166.) venne in Firenze une Sa- racino che avea nomo Buzecca, il miglior giucatore a ſcacchi che ſi trevaſſe: ed id ſal palagio del popo- lo, dinanzi al Conte Guido novello, giuco a una ora a tre ſcacchi, co miglior maſtri di ginoco di Firenze, giocando con due a mente, e col terzo a veduta. E due giuocchi vinſe; eſt terzo fece tavola: la quale ſo tenuta grande maranglia. A toutes ces raiſons on peut ajoûter, ce que ſai appris de M. Auzout, homme de grande érudition, que ſous une pièce de ces grands échecs qui ſont à Saint Denis, & qu'on dit être les échecs de Charlema- gne, on y lit ces mots Arabes: Min amel ſonſouf el-Nakali, qui vendent dire, ex opere Joseph Al- nakali. Voyez M. Saraſin, dans la ſavante & cu- rieuſe Lettre qu'il a écrite ſur le jeu des échecs à M. Arnaud, Maréchal de Camp. M. de Saumaïe, ſur l'Histoire Auguſte, page 461. dérive le mot mat, qu'on joint à celui d'échec, du Latin mat- tus: Porro, quem Veteres calculum incitum, hoc eſt ad incitas adjectum vocabant, cum nobis in hoc eodem ludo ſaccum mattum dicimus, id eſt contri- tum & ſubaltum, eique loci adactum, ut moveri non poſſu. Mattus antiqua vox & Latina, qua emoli- tum, ſubaltum & maceratum ſignificat. Inde verbum mattare, pro domitare, ſubigere & macerare. Iſi- dorus in Gloſſis: Mattum eſt, humectum eſt, emol- litum, inſectum. Hinc via matta Ciceroni, via lu- toſa & humella, lib. epiſt ad Atticum vii. epiſt. xii. Itaque eo die manſi Aquini: longulum ſane iter, & via matta. Ita enim eo loco libri veteres om- nes conſtanter ſegunt: vulgo excudiatur, & via inepta, Incepta, quod inceptum est. Iuda, per metaphoram, homo triflis, & contus contritique cordis, mattus dicebatur. Vetere Glosa, quarum excerpta in suis Adversariis protulis Turnebus: mattus, triflis. Hanc nos primi vocem, cum aliis quamplurimis, cælo Latim redonavimus, & optimo Lingua Latina Aucluri reddidimus: originatiens tamen Graca est. Nam venit à verbo navlu, quod est pinfo, & subigo, & emollio: a quo pauric, subachus & emollius; atque inde Latinum, mattus. Mais en cela M. de Saumalise s'est mépris; ce mot mat vient de l'Arabe, comme il paroît manifestement par les paroles de Scriverfus, & par celles de M. Bocharu, ci-defus alléguées. Dans une Ordonnance Latine de Saint Louis de l'année 1254, le jeu appellé scachi est mis entre les jeux défendus: Praterem inhibemus diffinitè, ut nullus omnino ad taxillos ludas, sive ad alias & scachus; & scholas deciorum etiam prohibemus, &c. Ce qui a fait croire à quelques-uns que le mot scachi en cet endroit devoit être entendu, non pas du jeu des échecs, qui est un jeu où le hazard n'a point de part, mais de celui des Dames rabattues, ou de quelque autre semblable. Mais peut-être que les échecs ont été défendus par ce Prince, comme un jeu trop sédentaire; qui est la raison pour laquelle ils l'ont été par une Ordonnance de 1368, de Kafunir II. Roi de Pologne: Filius nondum emancipatus in paterna constitutus patellare, nec à fratribus divisus, vel separatus, si globisando, vel testisando, aut quemlibet alium ludum damnosum ludendo, aut alia exercendo, aliquid perdiderit; talia omnia, & singula per ipsum deperdita, volumus & decernimus, quod in ipsas partem seu sortem compatentur. Nihilominus tamen decernentes quod sive in Taxillis, aut Scachis, vel quibuscumque aliis ludis lucrosis, ipsis ludentibus pro pecunitis, equus, aut alias res lucratas, seu in hujusmodi ludis acquisitas, mutuos fidejussores interposuerit, monendi, requirendi, petendi, seu vendicandi (nonobstante qualibet fidejussoria cantione, seu obligatione), penitus nullum jus ex pradictis ludis sit acquisitum. Sed duntaxat quostibet ludos habere concedimus & volumus gratia temporis deducendi, & causa solatii & exercitii habendi. A quid on peut ajouter ce que nous lisons dans le basculis Iuon de Jacques, Roi d'Angleterre, qu'il défendit le jeu des échecs à son fils, comme un jeu qui n'étoit pas assez jeu, pour user des termes de Montagne, & qui exerçoit trop sérieusement. M. Echecs. Le jeu des échecs a été inventé en Perse, ou aux Indes; & son nom original, qui est Schareng, c'est-à-dire, Jeu du Roi, est purement Persan. Ce jeu fut porté en Afrique, & de-là en Espagne par les Maures, d'où apparemment il s'est répandu dans le reste de l'Europe. Les Romains ne l'ont point connu. Les Espagnols le nomment Axedres, ce qui paroît être une corruption de Schareng: les Allemands Schach-spil, qui signifie la même chose, & qui est un mot hybride, composé du Persan Schab, qui signifie Roi, & de l'Alleman spil, qui signifie jeu. Je crois que l'Italien Scacchi, & notre mot échecs, ont été formés de Schab, en prononçant fortement la dernière aspiration, à la manière des Persans. Quant à échec & mat, qui se dit en Espagnol xaque-mate, en Italien Scacco-matte, en Anglois check-matte, en Alleman Schach-matt, il est formé aussi du Persan Schab-mat, qui signifie Roi vaincu. Schab signifie Roi, comme on a déjà vu; & mat signifie affoi- bli, réduit à l'extrémité, surmouté, vaincu. C'est un mot purement Persan, & qui n'est ni Ebreu, ni Arabe. Il ressemble entièrement à l'Alleman matt, qui signifie foible, languissant, affoibli, épuisé, & d'où vient apparemment notre mot mater. On fait que les Langues Persanne & Allemands ont quantité de mots tout-à-fait semblables; ce qui prouve qu'elles ont une origine commune. Ajoutons à tout ce que dit M. Ménage sur le mot échecs, ce qu'on lit dans le Glossarium Germanicum de Wachter, page 1364, qui servira à éclaircir davantage l'origine de ce mot. Nous rapporterons les propres termes de l'Auteur. SCHACH-MATT, dit-il, vox Persica à Mauris in Europa prosemiata, & cum ludo Schachico Hispanis tradita, qua Hispanis & Portugalis effertur xaque mate, Icalis Scacco matto, Anglis check mate. Plerique eruditorum consentium, priorem compositipetem Regem denotare, à Persico Shah Rex. Et hoc vocabulum apud Orientales (à quibus Scachiludium ad nos venit) inter lundendum frequenter pronunciari, tanquam monitorium, ut Rex ab imminenti periculo sibi caveat, auclor mihi celeberrimus Hyde in Tractatu de Scachiludio, pag. 3. Sed quid sit mat, non aquis convenit inter omnes. Menagius, & post illum Eccardus, interpretantur mortuus; ut totum compositum idem sit quod Rex mortuus, cælus, interfectus. Et huic interpretatiens videtur savere, quod Hebrais mat mortem & interitum significat, Arabibus mata mori, Hispanis matar occidere, sacere ut moriatur. Verum cum hic ludus non sit origine Hebraus, nec Arabicus, nec Hispanicus, sed Persicus; hinc & Persica Lingua non solum priorem, sed etiam posteriorem nominis partem arcessendam esse, res ipsa declarat. Persis autem mat est debilitatus, enervatus, labesactatus, vicibus, superamus, & hinc Shahmat Rex vicibus, intercepta, & ad impotentiam agendi reductus. Ita me docuit Hydius loco citato, pag. 151, qui hoc argumentum junius examinavit. Germanis matt etiamnum est languidus, debilis, sessus, & Schach-matt enervatus, viribus exhaustus, sensu à regulo ludi desumpo. Ericus, in Mysterio Philologie, alium communicatur etymologiam, cuius summa hoc est: ludum latrunculorum iis sortem temporibus inventum esse quibus latruciula gloria habebantur: in hoc ludo duos figurari latrunculos, quorum nomina Rex albus & Rex niger, & abducit quatuor taurus, totidemque juvenas: sub hisfiguris Herculum Abaclurum & Cæcum Abigenum representari: hinc verba Scacco matto significare Cæcus mactus est: Icalos vero ad evitandum sordidiorem vocis cæco significatiens literam S prafixisse. Qua sicut ingenio non carent, prout nec cateta hujus viri inventa; ita iis folis placere possunt qui Persicas origines igurarunt, aut fastidium. Wachter ajoute ensuite: SCHACH-SPIL, ludus Regius. Vox hybrida à Persica & Germanica composita, cuius verum sensum primus vidit Weickmannus Suevus, Hydio laudatus, qui hunc ludum appellavit Konigspil, hoc est, Regiludium. Vulgo interpretantur ludum latrunculorum, id est, predunum, quod (ut Ovidius ait) latrocinii sub imagine calculus iret, & Schach, Germanis sit latrunculos. Quà interpretatione admissa Schachspil erit vox ex asse Germanica. Grotius in Indice: Scacchum rapina, unde & ludo latrunculorum nomen, quod à Germanis ad Graecos & Persas usque pervenit. Hac ille. Sed multa hic opponit Hydius, qua sententiam vulgarem eventum. Primo universi negat Scachiludium Romanis innuusisse, etiam superiari saculo multum bona Latini- S f f taxis profusum fuerit ad hoc probandum : Ex authenticis & indubriatissimis testimonis illius ludi inventionem, vel saltem ex India in Persidem missaurem, referti ad tempora Regis Nishiravami, qui Justiniano Imperatori coevis fuerit : Et hanc inventionem deberi Iudis, minime vero Germanis. Qua in re consentientem habet D. Millifsum in Trafata de Algebra, cap. 3. Secundo, ludum illum Romanum, quem veteris latrunculorum vocant, ludum fuisse militum, ait, non furum, au prædonum. Hoc ut evincæ, prolixe offendit, tempore Ennis & Plauti latrocinari idem fuisse ac militare, latrocinium idem quod militia; & milites universis ditto esse latrunculos a Grace harpa servus; famulus, quod in bella servireut. Vide præclarum Aufferem in Schachiludio, pag. 17. & in Damiludio, pag. 177. Uterque Trafata multa continet singularia, & hoc inter alia, quod Iudus Schachicus in Americanis Infulis, primo Europæorum adventu inventus fuerit; unde illarum incolas antea cum Orientalius commercium habuisse colligit. Je crois pouvoir conclure de tout cela, que les mots échecs, & échec & mat, ont véritablement leur première origine dans la Langue Persine, & non dans aucune autre Langue, comme il a déjà été remarqué ci-devant; mais qu'ils nous sont venus immédiatement de l'Épagnol, ou de l'Italien.
ECHELLE. On appelle Echelles, les Ports de mer du Levant, où il y a commerce. Et on les appelle de la forte, à cause que l'on y descend pour y faire embarquer les marchandises. Les Latins se sont servis de scala, en la même signification. Les Empereurs Théodose & Valentinien, en la Loi 7. au Code Justinien, de Aquaduclu : Ad reparationem aquaduclus hujus alma urbis, omnia vestigalia qua collii possunt ex universis Scalis hujus inclyta urbis, & ex operariis qui Cixycenii dicuntur, ad refectio nem ejusdem aquaduclus procedere. Mais écoutons Cujas, sur cette Loi de Théodose & de Valentinien : Antea legebatur, ex universis calculis. Emendavi, ex universis scalis, tam ex veteri scriptura quam ex Gracorum metaphrasi. Verba ipsa proponam : sic ututimem vii aum vii me pizipsae sic vacum ad ututimem. Scala, sunt traiectus maritimi : qualis in regione sexta, Scala Sycana, qua mipaqua Justinianarum dicitur in Novella 69. quod confirmat Stephanus, iis verbis : zionis wicic aivropis vix vix vix, & nuli iunc iux-ivrii wiponysipis. Quamobrem Gyilio adsentior, ad finem Orationis prima wipi iuximem wiponysipis, legenti Justinianis pro Jucundianis : Gyilio, viro animi, vigilantia, industria incredibilis : quem notia dudum ordine functium lugeant, lugeant Helvii : quoi vix unquam parem edituri sunt. Cedrinus Sycarum appellationem sumptam scribit & &i wuxipout hisburs. In quinta regione fuit Scala Chalcedonensis : in quarta, Scala Tomasi, ut antiqua descriptio urbis Constantinopolitana docet. Gracé dicuntur zubali. Protense erant in mare, trajiciendi causa, usque ad navigia. Nauta in eam rem certi singulis scalis definari erant : & quidquid nummorum redibat iude, noscio an antea ad Principens pertrimeris, id hac lex depurat aquaduclui reparando & reficiendo. ¶ Encore aujourd'hui à Constantinople, on appelle Echelles les différens endroits où l'on s'embarque. M.
ECHELLE. C'est ainsi qu'on appelle les Ports de la mer Méditerranée. Les Grecs les appellent à liuance. Dans le Livre 1. des Macabées, ch. 11. v. 59. xviii vix xixii & vixii. A cause des échelles dont on se sert pour descendre des vaisseaux, & pour monter sur les quais. Huer.
ECHELLE. Le soûphe d'Arnautevi, dans le voisinage de Constantinople, est désigné par Denys de Bizance sous le nom de Gulphe de l'Echelle, parce que dans ce sens-là il y avoit une fameuse échelle ou machine composée de poutres, laquelle était d'un grand usage pour charger & pour décharger les vaisseaux, parce que l'on y montoit comme par degrés. Ces sortes de machines s'appelloient chela, par je ne sais quelle ressemblance qu'on y trouvoit avec les pattes des écrevisses. De chela on se scala. De la vient que les Ports les plus fréquentés du Levant s'appellent des Echelles. Tournefort, Voyage du Levant in 4°. Louvre, 1717. tome 1. page 161. Le Duchat.
ECHELLE. Sorte de supplice. La Coutume de Nivernois, article 15. du Titre de Justice : Au haut Justice apparut la comissance des cas & des crimes punissables de mort, mutilation de membres, & autres peines corporelles : comme, fustiger, fouetter, piloriser, escheler, &c. Du mot échelle. Coquille sur cet endroit : ECHELLE, est pour une amende honorable publique, aggravée par les circonstances. Au haut de l'échelle sont cinq perquis ronds, pour y enserrer la toffe, les deux bras & les deux pieds du condamné, & exposer son infamie & sa personne à la veue de tout le monde. On en use, non-seulement ex Jurisdictions temporelles, comme sont à Paris les Echelles de Saint Martin des Champs & du Temple, qui ont Justice totale en certains déstres. Paris : mais aussi l'on en use en Jurisdiction & la politique, pour punir & rendre infames publiquement : eux qui sont convaincus d'avoir à leur escient, deux femmes éponées en même tems. M.
ECHELLE. On appelle ainsi en plusieurs lieux de France, & particulièrement sur la rivière de Loire, ces cloches que les Crieurs portent aux enterrements. De scilletta, diminutif de scilla : lequel le trouve dans cette signification en plusieurs endroits. Dans les anciens Statuts du Monastère de Saint Benoît-le-Fleury, imprimés dans le Bibliotheca Floriacensis : Aurora apparente, pulsatur scilla, &c. Dum in Missa cantatur Trafatus, Capicerius debet scillam modice pulsare, &c. Post Tertium, silent fratres : & post Sextum, iterum sedent in Claustro, usqueque, pulsante scilla, dormitorium ascendunt. C'est à la pag. 390. 396. & 406. Dans la Loi Salique, Titre XIX. 3. 3. Si quis scillam de caballis puraverit. Sur lequel endroit François Pichou a fait cette Note : Sic quinque exemplaria, non sellam, ut editum eras antea. Tintinnabulum, Alleman. skel, Tholo. esquil. Durandus, de Divinis Officiis, cap. 4. Nota sex esse genera tintinnabulorum quibus in Ecclesia pulsatur, squilla, cymbalum, &c. Squilla pulsatur in triclinio; id est, refectario. Aimoinus, lib. 3. cap. 83. Hermannus Comes, au commencement de son Livre de Origine & sedibus priscorum Francorum, interprète schellam caballi, par instrumentum quod vulgo campanellam, vocant : seu tintinnabulum, qua utuntur equi onerarii. Les Italiens disent aussi squilla. Le Taïse, livre vii. de la Jérusalem, Stance 41. E poi su l'ampia fronte il repercuta : Si che'l picchio rimbomba in suon di squilla. Pétrarque, Chanfon vi. Ne senza squille s'incomincia assalto. Hieronymus Maggius, dans son Traité des Cloches, veut que je mot Italien ait été fait du mot François. En quoi il se trompe. L'Italien & le François ont été faits de l'Alleman *fchell*. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *fquilla*. M. Ferrari dérive l'Alleman du Latin *cocheleola*, diminutif de *cochelea*: d'où il dérive aussi le mot Alleman *cloch*. Selon moi, ces mots font d'origine Allemande. Et Matthias Martinius n'a pas raison de dériver l'Alleman *fchel*, de *sacris*. M.
ECHENAU. Substantif masculin, que le peuple de Metz prononce *chenau*, & fait féminin. De *canalis*. C'est une gouttière pour faire écouler par un tuyau, ou par un canal, l'eau d'un toit dans la rue. Ce mot, au reste, est un de ceux qui, comme *reyan*, *bérédita*, & *van*, dont il est parlé au chapitre 19, de la seconde partie des Observations de M. Ménage sur la Langue Française, a été autrefois féminin, quoique la terminalisation de *chenau*, comme celle de tous les autres mots, semble ne convenir plus aujourd'hui qu'au genre masculin. Et à propos de l'irregularité apparente dans le genre de *reyaux* entre *lettres* & *reyaux*, il y en a encore une autre, dans les mêmes mots pour ce qui regarde le nombre, puisqu'on n'appelloit pas autrefois simplement *lettres reyaux* le *diploma regium* de Budé, mais *unes lettres reyaux*, & une lettre *mifive unes lettres*. Rabelais, livre 4, chapitre 16. *Je te donneray unes belles, grandes, vieilles lettres reyaux* . . . . pour repasser ton tabou-rin. Et livre 2, chap. 25. *Recoue d'une Dame de Paris* . . . . *unes lettres inscrites au-dessus*, &c. C'est que *lettres* est pris de *littera*, plurier Latin, qui signifie une lettre *mifive*, en tant que composée de plusieurs lettres, ou caractères particuliers. Et quand on a joint au mot *lettres* celui d'*unes*, qui dit en apparence le contraire, c'a été pour exprimer l'unité de certain Acte, qui n'avoit point d'autre nom en François que celui de chaque caractère particulier dont il étoit composé. *Le Duchat*.
ECHERNIR. Vieux mot, qui signifie *se moquer*, *irridere*. Une ancienne Traduction des Pseaumes, sur ce verset du Pl. 2. *Qui habitat in collis, irridibit eos*; & *Dominus subfannabit eos*, dit : *Celui qui habite ex cienax, les efchernira*; & *notre Sire les subverrira*. Ce mot vient de l'Italien *fchernira*, fait du Latin *fherniere*, par le changement ordinaire du P en CH, comme l'a fort bien remarqué M. Ménage dans ses Origines Italiennes. *S. Add.* Voyez ci-dessus ECHERNIR. ECHEVEAU de *foie*, ECHEVEAU de *fil*. De *capillus*, *Capillus*, *capellus*, *cavallus*, *excavellus*, ECHEVEAU. Un écheveau, c'est un peloton échevelé. Dans le vieux Dictionnaire Latin-François du Pere Labbe, *fcabellum* est interprété par *banquet*, c'est-à-dire, un petit banc, & par échevelé. M.
ECHEVEAU. On appelle *écheveau* une petite pièce de foie, ou de fil, de laquelle les deux bours fortent dehors, en sorte qu'ils sont faciles à trouver, lorsqu'on la veut réduire en peloton. Ainsi je ne sais si *écheveau* ne pourroit pas venir de *chef*, en la signification de *boux*, comme au verbe *chevie*, qui signifie *venir à boux*. On dit dans le *patiois* Meffin le *chef* d'un banc, pour le *boux* d'un banc. *Le Duchat*.
ECHEVELE. *De* *capillatus*. M. ECHEVER. Vieux mot, qui signifie *éviter*. D'*excavere*, *Cavere*, *excavere*, *excavare*, par métaplaïsme, ECHEVER. *M.*
ECHEVER. Je croirois plutôt que ce mot nous est venu immédiatement de la Langue Teutonique. Wachter, dans son *Glossarium Germanicum*, page 1401. SCHEUER, *vitare*, *jugere*, *declinare*. *Francis* *fcuwan*, *fcuhan*, *skien*, *Belgis* *fchuwen*, *Italis* *fchifare*, *Gallis* *prioribus* *efchever*, *Anglis* *efchew*, *Suecis* *skyy*, *Ginfa* *Juniana* *ex* *Willeramo*, *pag.* 90. *fcuuan* *vitare*: *Ahu* *ne* *fcuunelt*, *non* *vitas* . . . . *Junius*, *nefcio* *quibus* *machinis*, *traxit* *a* *Graco* *etua* *fcu* *infirmare* *se* *infirmamentis* *ad* *propulfanda* *vita* *incommenda*. *Verofmilus* *est*, *Francis* *hoc* *verbi* *formaf* *a* *Latino* *cavete*, *fibito* *prafixo*. *Nam* *qui* *cavet*, *verat*, *fugit*, *declinat*. *Vox* *Suecica* *nimia* *brevitate* *laborat*. *Anglica* *est* *a* *Gallica*, *quod* *bene* *animadverrit* *Skimmerus*, *Gallica* *&* *Italica*, *a* *Francis* *fcuwen*. *Catera* *Francorum* *forma* *funt* *deformes* *&* *corrupta*. \*
ECHEVIN. Loifeau, dans son Traité des Seigneuries, au chapitre 16, qui est des Juftices qui appartiennent aux villes, dérive *Echevin* du vieux mot François *échever*, qui signifie *cavere*, *excavere*. Il vient de *Scabinus*, *Scabineus*, ou *Scabinus*, qui se trouvent souvent dans les Capitulaires de nos Rois, & dans les Loix des Lombards, en la signification de *Juge*. Cujas, sur le premier livre des Fiefs, veut que *Scabinus* soit d'origine Ebraïque. *Si ita Scabinis* *videatur*, *nomen est* *Judicum*: *quod* *retinuimus* *ex* *Hebraica* *Lingua* *deflexum*. En quoi il a été suivi par Choppin. Mais Cujas & Choppin se trompent manifestement. La plupart des Etymologistes le dérivent de l'ancien Alleman *Scepene*, qui signifie *Juge*. Le Glossaire *Thudefque*: *Judex*, *SCEPENO*. Lipfe, dans la quarante-quatrième Lettre de la troisième Centurie de ses Lettres *ad* *Belgas*: *SCEPENO*, *Judex*, *Hudie* *Scepene* *Scabini*. Voyez Pichou & Lindenbrog dans leurs Glossaires, *Voffius* *de* *Pritis* *Sermanis*, livre 2, chap. 17, le Pere Simond, sur les Capitulaires de Charles le Chauve, page 70. & M. du Cange, dans son Glossaire, au mot *Scabinus*. Mais cette commune opinion des Etymologistes est réfutée par M. Groffus, dans une de ses Lettres à son frère; qui est la 577. Ses paroles méritent d'être ici rapportées. Les voici : *Illud* *nunc* *abiter* *addam*, *nugas* *offe qua ex Hadriano* *Junio* *adferunt* *de origine* *voci* *Scabinorum*, *a Scaphin*. *Est* *id* *nomen* *ufurparum* *ubique* *in Gallia*, *non* *notum* *in Saxonio* *bello* *domina*, *ubi* *jura* *quadam* *ufurpara* *funt* *armis* *faviora*. *Sed* *ut* *mea* *queque* *vineta* *cadam*, *arbitror* *me* *non* *refle* *ejus* *voci* *originem* *deduxiffe* *a* *vonnis* *fcheppen*, *quod* *est* *judicare*. *Non* *enim* *forma* *fita* *voci* *est* *ultiva*, *fod* *pafsive*. *Et* *in* *Specula* *Saxonico*, *altrique* *libris* *Grmanicis* *veteribus*, *fcribiur* *efcheper*. *Ubi* *E* *est* *augmentum* *significativum* *prateriti* *pafsivi*. *Quod* *vofri* *per* *ge* *exprimunt*: *Frisi* *autem*, *ne* *plurimum*, *omittunt*. *Est* *autem* *efcheper*, *mibil* *aliud* *quam* *Electus*, *ELEU*, *in* *quibus* *dam* *Gallia* *locis*: *Scepenbaer*, *is* *qui* *talis* *est*, *ut* *eligi* *poffit*. M.
ECHEVIN. Les *Echevins* d'une ville sont proprement les chefs de la Bourgeoisie; ainsi je ne sais si ce mot ne viendrait pas de *cabbius*, diminutif formé de *caput*. Ce qui fait que je n'en doute presque pas, c'est que les Fafsevins de Toulouse sont nommés *Capitous*, mot formé aussi, selon moi, de *caput*, ou de *capum*, dont il n'est proprement non-plus qu'un diminutif. *Le Duchat*.
ECHEVIN. Wachter, dans son *Glossarium Germanicum*, page 1417, donne aussi, comme la plupart des étymologistes, une origine Teutonique 5 f f i j ou mot scabinus, d'où le François Echevin. Je rapportera les paroles de cet Auteur. SCHOPPEN, dit-il, Scheffen, Scheppen, judices, arbitri confarum, lingua Francorum & Longobardorum. Glos. Lipf. Scepeno Judex, Forte judices, Glosa vetus apud Freberum: peres arbitris Icefina uualtendi. Latino-Barbaros inde formaffe Scabinos, Gallos Echevins, convenit inter omnes. Sed non convenit unde non Franciaca orta sit. Multi eam ex Oriente a majoribus allatam, posteriſque traditam eviſtimant. In qua ſementia videntur verſari omnes, qui eam ab Hebrao ſchaphat judicavit, deducunt. Aliis scabini ſic dicti putantur a Graco evenis, quasi observatores & cuſtodes juſtitia. Latina origines a ſcabellis, aut aliunde deſumpta, cum dura ſint & inepta, non merentur hic retenſeri. Paſquierius in Orig. Gall. retulit ad ſchaffen curare, quod ſcabionorum ſit providere, ne Reſpublica aliquid detrimenti capiat. Quod etiams admiſti poſſit ab obiter conſiderantibus, nondum tamen ejus probitatis eſt, ut nullam exceptionem pariatur. Nam cura Reip. apud Francos Miſſis Regiis, non Scabinis, incumbebat. Eccardus in Cat. Theot. pag. 118. deduxit a ſchaffen facere, formare, creare, & Scabinos interpretatur factos, conſtitutos, creatos, ſcilicer judices; quia nimirum a Miſſis regis ad hoc conſtituti, electi, & Comiti adjuncti erant, ut una cum ipſo juſtitiam adminiſtrarent. Qua de re inſignis eſt locus in Lege Longobard. lib. 11. tit. III. 24. Miſſi noſtri cum conſenſu totius populi Scabinos bonos eligant, & cùm electi fuerint, jurare faciant, ut ſcienter injuſte judicare non debeant. Secundum hanc etymologiam judices juſſent appellandi geſchoppen, vel geſchaffene richter; quod a conſuetudine alienum. Alii igitur hoc nomine non conſtitutionem judicis, ſed officium ejus exprimi cenſent, quod volunt eſſe ſchaffen ordinare, diſponere; quia judex dum in jure dicundo verſatur, multa ordinat, diſponit, literis mandat, facienda praſcribit, &c. Sed meminiſſe debrems, quod ſchaffen & ſchopſen non ſidum ſignificet ordinare, diſponere, ſed etiam jus dicere; quod, cum judicis proprium ſit, & mensuram nominis atque officii ejus perſelle impleat, catris ſignificationibus haud dubie praſrendum eſt. Quemadmodum igitur a ſchaffen fingere, Poeta antiquis vocatur ſcof & ſcop, ut ſuo loco offendi; ita a ſchaffen, ſcopſen jus dicere, reſte formatur ſcof & ſcop, judex, pluraliter ſcoffen, ſcoppen. Je preſete cette etymologie à toutes les autres qu'on donne de Scabinos, & je ne vois pas pourquoi Grotius, dans le paſſage rapporté par M. Ménage, la mépriſe ſi fort. Celle qu'il y ſubſtitue n'a aucune vraiſemblance. Ceux qui veulent des Origines plus reculées, dérivent le mot Echevins du Chaldéen & Syriaque pur ſchaven, qui ſignifie des hommes juſtes & raſſonnables: mais cette étymologie eſt tirée de trop loin, & n'a d'autre fondement qu'une légère reſemblance de ſon. Je porte le même jugement de celle de M. le Duchat, qui dérive Echevin de cabinus, diminutif de capus.
ECHIELLE. Il ſignifie Eſcador. Le Roman de Guillaume au court 1822, aux Enfances Guillaume: Les quatre Eſchieles tot ensemble joſlerent. Et en un autre endroit: A tant vint une Echiele de François combatant Quatre mil Chevaliers et vers le ancre ſolſant. C'eſt ce qu'ils appelloient Scara. Hincmar, épit. 3. Bellatorum acies, quas vulgaris ſermone Scaras vocamus. Aymonius lib. 4. cap. 16. Collegit à Francia bellatoribus Scaram, quam nos Turmam, vel Cuneum appellare poſſumis. Caſeneuve.
ECHINE. C'eſt ce que nous appellons communément le dos. Il vient d'iglos, qui ſignifie entr'autres choſes le dos. Les Gloſes: iglos, doſtom, lumba. Et en effet, on dit en vrai Gaſcon eſquie: par où il eſt aïſe de voir que Robert Etienne s'eſt trompé, de croire qu'il venoit de Spina. Caſeneuve.
ECHINE. De l'Italien ſchiena, fait du Latin ſpina, par le changement ordinaire du P en CH: comme en proche, de prope; en roche, de rupes; en ache, d'apium, &c. De ſpina, en cette ſignification d'echine, les Latins ont dit ſpina dori; & les François, l'épine du dos. Voyez ci-deſſous épine du dos. M. de Caſeneuve qui dérive ſchier d'iglos, & qui blâme Robert Etienne pour l'avoir dérivé de ſpina, ſe trompe manifestement M.
ECHINE. D'expinatus. M.
ECHINE. De ſpinata. Sylvius, dans ſa Grammaire, page 159. EſCINER, pro eſpiner, à eſpinare etiam dicimus; quasi intelligas, ſpinam luxare: ut eſcinée, pro eſpinée, partem ſpina ſuilla vocamus. A Paris on prononce échignée. M.
ECHIQUIER. Ce mot ſignifie deux choſes. La premiere, un tablier ſur lequel on joue aux échecs: & en cette ſignification, il eſt ſans doute qu'il vient du mot échec, & qu'il a été dit par corruption pour échequier. Et la ſeconde, le lieu où s'aſſombloient autrefois les Commissaires que les Rois ou les Ducs envoient dans leurs provinces. Ainsi on dit, l'Echiquier de Normandie, pour dire le Tribunal ſouverain de Normandie. Et en cette ſignification, il y a pluſieurs opinions touchant l'étymologie de ce mot. Nicot a cru que les Cours de l'Echiquier avoient été ainsi appelées, parce qu'elles étoient composées de perſonnes de différentes qualités, comme le jeu des échecs eſt composé de diverses pièces. D'autres ont cru qu'on les avoit ainsi appelées, parce qu'on s'y aſſemblott pour y plaider les uns contre les autres, comme en bataille rangée: qui eſt une image du jeu des échecs. Ces deux étymologies me paroissent peu vrai-ſemblables. En Écoſſe, on appelle encore aprèſent Cheker, c'eſt-à-dire Echiquier, la Chambre des Finances: ce qui a fait croire à quelques-uns que ce mot Écoſſois venoit du Saxon ſcata, qui ſignifie treſor. Les Latinifeurs ont appellé l'Echiquier, ſcacarium. Dans une Chartre de Henri I. Roi d'Angleterre & Duc de Normandie, qui eſt de 1113. Miniſtri mei de illis civitatibus qui ſirmas meas tenuerint, afferent mecum hanc pecuniam ad Scaccarium meum ad Feſtum Sancti Michaelis. Et quelques-uns ont cru que Scaccarium avoit été dit par corruption pour ſtatarum: comme qui diroit, ſtatoria & perennis Curia: qui eſt une étymologie peu vrai-ſemblable. M. du Cange croit que le lieu où l'on tenoit l'Echiquier à Rouen, droit pavé de noir & de blanc, en forme d'un Echiquier: & il veut que de-la l'Echiquier de Normandie ait été appelé Echiquier. Pour moi, je ſuis de l'avis de Pierre Pithou, qui dérive ce mot de l'Alleman ſcicken, qui ſignifie envoyer, parce que les Juges, ou les Commissaires qui tenoient l'Echiquier, étoient envoyés dans les Provinces par les Rois, pour s'enquérir de l'état des affaires; pour voir comme se comportoient les Evêques, les Abbés, & les Abbés, & autres personnes Ecclésiastiques, comme se comportoient les Comtes & les Juges des lieux. Et de-là vient, que ces Juges ou Commissaires sont appelés dans les anciens Titres Latins, *Missi Dominici* & les lieux où ils s'assemblent, *Mifasica*; & que nous appelons encore aujourd'hui *Envoys*, ceux que le Roi envoie vers les Princes étrangers pour quelque affaire extraordinaire. ¶ Voyez Pierre Pithou dans son Traité des Comtes de Champagne, le Glossaire des Capitulaires de Charlemagne, sur le mot *Missi Dominici*, Nicot, dans son Dictionnaire, & Jacques Skene sur les Ordonnances du Royaume d'Écosse. *M.*
ÉCHIQUIER. L'Angleterre a aussi son *Échiquier*, ainsi appelé parce que le bureau de ce Tribunal est couvert d'un tapis travaillé en façon d'*échiquier*. La Cour du *Tapis verdi*, autre tribunal du pays, est appelée de la sorte par une raison semblable. Voyez Chamberlin, *État* nouv. d'Angleterre, part. 11. ch. iv. *Le Duchat*.
ÉCHIQUIER, dans la signification d'un tribunal souverain. Je préférerais le sentiment de ceux qui croient que ce tribunal fut nommé de la sorte, parce que sur le bureau autour duquel étoient les Juges, on mettait un tapis distingué en plusieurs quatre-aux comme un *échiquier*; ou parce que le pavé de la chambre où se tenait le tribunal, étoit figuré en *échiquier*. Cette étymologie est simple & naturelle. On ne doit pas être surpris qu'un tribunal ait tiré son nom de pareille cause. Nous en avons un qui s'appelle la *Table de marbre*.
ÉCHMALOTARQUE. C'est le nom que l'on donne aux chefs qu'avoient les Juifs pendant la captivité de Babylone, & qui les gouvernoient. Mais ce n'est pas celui que les Juifs leur donnent, comme on pourroit se l'imaginer en lisant quelques Auteurs modernes. Les Juifs les appellent *Rasche galouth*, c'est-à-dire, *Chefs de la captivité*; & on a formé sur ce modèle le Grec *ἀρχιωλωτῆρως*, de *ἀρχις* Chef, Prince, & *ἀρχιωλωτῆρως*, captif, homme pris en guerre & par les armes, fait de *ἀρχιω* lance, pointe d'une arme, & *ἀλύμω* je prens. De-là le Latin *Achmalotarcha*, & François *Echmalotarque*.
ÉCHO. Ce mot est le pur Grec *ἀχώ*, fait de *ἀχώ*, *sonus*.
ÉCHOIR. Il vient du Latin *excidere*, comme *chair* vient de *cadere*.
ÉCHOPES. On appelle ainsi à Paris ces petites boutiques qui sont au Roi, & qui sont attachées à des maisons qui appartiennent à des particuliers. Les Anglois appellent *efchop* une petite boutique. Je ne sais s'ils ont pris ce mot de nous, ou si nous l'avons pris d'eux. ÉCHOIR, dans le pays de Caux, & dans l'Artois, se dit de celui qui vend de la chandelle, du suif, de l'huile à brûler, & autres choses semblables. *M.*
ÉCHOPES. Le mot François *échopes*, & l'Anglois *chop*, viennent tous deux de l'Alleman *fchopf*, qui signifie une cabane, un lieu couvert, un portique, une galerie, &c. *Le Duchat*.
ÉCHOIR. Du Latin-barbare, inusité *fcopulare*, formé de *fcopulus*, qui signifie *écueil*. *M.*
ÉCHYMOSE. Terme de Médecine, qui se dit lorsque par quelque effort ou contusion le sang s'arrête entre cuir & chair, & s'y épanche, quoiqu'il n'y ait ni plaie, ni ouverture. Ce mot vient du Grec *ἀρχιωλωτῆρως*, qui signifie épanchement d'humour, & qui est fait de la préposition *la ex*, & de *ἀχώ* *fuc*, *humour*.
ÉCLABOUSSER. C'est faire rejaillir de la boue sur quelqu'un. Du mot *eclat* & de celui de *bone*. On dit, *J'ai reçu un grand eclat de boue*: ce qui ne permet pas de douter de la vérité de cette étymologie. *M.*
ÉCLABOUSSER. On a dit *eclatibester* dans la même signification. Voyez les antiquités de du Breuil, edit. de 1608. fol. 114. 6. Et ce mot pourroit bien venir de *caillebotte*. Les éclats de boue sur un habit, sont une sorte de *caillebotte*, à la couleur près. *Le Duchat*.
ÉCLAIRE. Simple, appelé des Botanistes *clellidonium minus*. Charles Etienne dans son de *Re Horenis*, chapitre 25. *Hac herba dicuntur birundines pullis suis visum refituiere*: *ad quod videtur vulgaris nofer sermo aludere*. Je crois qu'on l'appelle *éclaire*, de la couleur, qui est d'un vert clair. *M.* ÉCLANCHE : autrement *gigot de mouton*. J'ai vu chez Mrs de Valois un Dictionnaire François-Germanique, où le mot François *gigot de mouton* est interprété par *hammelschlegel*, mot composé de *hammel*, qui signifie *mouton*; & de *schlegel*, qui signifie *cuiffe*. Les Italiens disent *laccata* & *laccata*, & *flacca* & *flacchetta*, pour dire la cuiffe d'un animal quadrupède. Et dans mes Origines Italiennes, j'ai fait venir ces mots Italiens du Latin-barbare *anca*, qui a signifié la hanche. *Anca*, *lanca*, *LACCA*, *LACCHETTA*. Au lieu de *lanca*, on a dit *exlanca*: d'où selon moi nous avons fait *éclanche*. Les Espagnols & les Italiens disent *anca*, & les François, *hanche*: ce qui donne sujet de croire que les Latins ont dit *anca*: *cât* lorsqu'un mot est commun au trois Langues, il vient ordinairement du Latin. ¶ Les Italiens disent *lacchetta*, pour dire une *raquette*. Voyez *raquette*. J'oubliais à remarquer que les Allemans appellent aussi une *éclanche hammels-quallen*. *M.*
ÉCLAT. ÉCLATTER. Joachim Périon, dans son Traité *De Lingua Gallica cum Graca cognatione*, dérive ces mots de *ἀλύμω*, qui signifie *être rompu*; & de *ἀλύμω*, qui signifie *fragment* ou *pierre rompu*. *Cafeneuve*.
ÉCLAT. ÉCLATER. Il y a diversité d'opinions touchant l'étymologie de ce mot. Trippault : ÉCLAT, & ÉCLATER : de *ἀλύμω* frustum, & *ἀλύμω* frangere. Il me semble aussi qu'il ne seroit pas mal dis & recherché du son que le bois fait quand on le met en pièces. Ce qui s'apporçait bien clairement au briser des lances aux Tournois. Au second livre d'Amadis : Adonc laiffent leurs lances, & donnant des éperons à leur chevaux, coururent l'un contre l'autre de si grande roideur que leur bois vola en éclats. Et éclat aussi se dit pour lueur. Exemple : Ce diamant a bon éclat. M. Lancelot : ÉCLAT, ÉCLATER. De *ἀλύμω* frango, rompre. *ἀλύμω*, fragment, rupture : mots formés en chaque langue par imitation du son. Le P. Labbe : ÉCLAT, ÉCLATER, viennent du son que sont les arbres ou autres choses, quand elles se sentent de froid, ou par quelque grande violence : faire cla : d'où les Grecs du aussi emprunté leurs *ἀλύμω*, *ἀλύμω*, & les Latins, leur fragor : a frangendo. Les éclats de bois : affulæ : ce qui se rempt lorsque le bois s'éclate : & se fend toujours en long, & jamais en large : d'un vient ou n'en peut le faire venir d'exlatare. On dit aussi l'éclat du tonnerre, quand les nues s'entrechoquent, & se rompent, pour jeter le quarreau. L'éclat le précède ordinairement, qui fait le ciel clair. Et de la, éclairer, éclaircir, éclaircissement, &c. de clarus, clarare, clarescere. L'étoile des Bourdelois vient d'elucere.
ECLAT, en l'une & l'autre signification, vient d'efferre; qui se trouve pour efferre. Nonius Marcellus, page 197. Lucitus libre xxvi. Ego ubi quem ex praecordis ecfero verum. Et il en vient de cette maniere; Esfero, eftuli, eclatum, ECLAT: eclatare, ECLATER. Eclat de bois, Gr. 40ca, c'est une partie ote de son tout. Et eclatum, en cet endroit-la, c'est ablatum. Et eclat pour luer, a été fait d'eclatum, fait d'efferre, en la signification d'exalter. Virgile: Extulis hac Decus, Martius, magnosque Camillo. Volo se efferat in adolescence facunditas, dit Quintilien. C'est-à-dire, je veux que la fecondite éclate dans un jeune homme. M.
ECLAT. L'etimologie que M. Ménage donne de ce mot, me paroît la meilleure. D'eclatum, participe passif du verbe ecfero, a été formé l'influtif barbare eclatare, & de-la éclater; comme de relatum, relatare, le vieux Gaulois relater; de tranflatum, tranflatare, tranflater, dont on ufoit encore au commencement du siecle dernier; de tralatum, tralature, frelater, anciennement fralater, changeant tra en fra, a l'italienne. Les autres significations du mot eclat ont rapport à cette même origine. Ainsi ECLAT signifie tantôt la partie qui se détache d'un corps dur avec violence, a cause qu'elle est emportée loin de-la; tantôt bruit, a cause du bruit que fait cette partie d'un corps dur, lorsqu'elle s'en détache avec force; & tantôt lumière, a cause de la lueur que produisent quelques-uns de ces corps quand ils sont froissés.
ECLECTIQUE. Nom que l'on donnoit à quelques Philosophes anciens, qui, sans s'attacher à aucune secle particulière, prenoient de chacune ce qu'ils y trouvoient de bon & de solide. De-la leur venoit leur nom, qui en Grec signifie chouissere, chouissere, du verbe chouissere chouissere. Diogene Lacrée dit qu'on les nommoit encore, par la même raison, Analogetiques; & que pour eux ils s'appelloient Philalethes, c'est-à-dire Amateurs de la vérité.
ECLEGME. Terme de Pharmacie. Médicament pectoral d'une consistence de syrop épais. Ce mot, qui signifie lechement, fucement, est Grec, & il vient du verbe chouissere lecher. On a nommé ainsi ce remède, parce qu'on le fait fucer aux malades avec un baton de reglisse qu'on trempe dedans par un bout. On appelle aussi ce medicament looch, qui est le nom que lui donnent les Arabes, & qui signifie la même chose que le nom Grec.
ECLIPTIQUE. C'est la ligne qui est marquée dans les Spheres au milieu du Zodiaque, & qui est dans le Ciel le cercle que décrit le Soleil par son mouvement annuel. On la nommé ainsi à cause que les eclipses ne se font jamais, que les deux Planetes ne soient aux environs des nœuds ou interfections de l'Ecliptique. Le mot eclipses, vient du Grec chouissere, fait du verbe chouissere. E C L. E C O. ECLISSE de fromage. De crates. Crates, crates, excrates, excratis, excraticus, eclaticus, eclaticia, ECLISSE. M.
ECLORRE. D'excludere: comme ENCLORRE, d'includere: & CLORRE, de cludere, dit pour cludere. Excludere ova, pour dire éclore des œufs, se trouve souvent dans Columelle, & autres Auteurs de l'Agriculture. M. ECLOS: en la signification de sabots. Voyez echos. M.