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03.0 Dictionnaire etymologique — ECLOY – ENGOUÉ

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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ECLOY. C'est un mot Picard, qui signifie urine: ce qui a été remarqué par Robert Etienne & par Nicot. D'exclutium, formé de la particule ex, & du substantif loutum, qui signifie urine. M.
ECLUSE. D'exclusa. Voyez le Pere Labbe. M.
ECLUSE. Il vient de l'Alleman fchlense fait du verbe fchleses claudere. Sclusa, locusubi concluduntur aque. Les Flamans disent finis. Voyez Eccard pag. 11. de son Leges Francorum Salica, sur ces mots de la Loi salique, tit. 11. n. 2. Si qui sculsum de farinario (molendino) aliene ruperi. Le Duchat.
ECQUIL. De scopulus: comme œuil, d'œculus. Cafeneuve.
ECQUIL. De l'italien scoglio, fait du Latin scopulus. Le P. Pétau s'est tout-à-fait mépris; ce qui soit dit avec tout le respect qu'on doit à un si grand homme; en dérivant le François écœuil du Latin scylla. C'est dans ses Remarques sur Synesium pag. 47. Voici ses termes: Et nos inde (Il parle du mot Grec occlusa) vermaculum nomen deduximus écœuil. hoc est, inaccessum scopulum, & navifragum. Glosa Isidori: Scylla. Saxa latentia in mari. M. ECOLE BUISSONNIERE. M. Moisant de Brieux dans son Discours à M$^{lle}$ de la Luzerne, parle ainsi de l'origine de cette façon de parler: Cette locution est née au village: & M. de Corgrave dans son Dictionnaire, l'explique ainsi, chercher des nids de petits oiseaux. Par où il marque, qu'il a cru qu'un enfant est dit faire l'école buissoniere, lorsqu'un lieu d'aller à l'école, il s'amuse à chercher des nids dans les hayes & dans les buissons: ce qui est assez le divertissement des enfants. D'où vient que Claudien en l'Epithalamie de Celerine, parlant des Amours qui s'étaient épandus (à & là, lorsque Vénus dormoit, dit: Pars vigiles ludunt, aut, per virgulta vagantes, Scutantur nidos avium. Souffrez ce Latin, &c. Mais le Sieur Goulart semble donner lieu de croire qu'il a pensé qu'un enfant faisoit école buissoniere, quand un lieu d'aller à l'école, & craignant d'être charié pour quelque faute, il se cachoit derrière un buisson. C'est en son Traité des afflictions qui arrivent aux Fideles, qu'il dit: Pensez quelle honte ce seroit, & comme on se gaudiroit d'un Gentilhomme qui ne feroit autre chose à la guerre, que se peigner, teftonner, & parfumer, & qui tous les jours se regarderoit au miroir pour s'accourter. Pensez aussi quels vaillans soldats nous sommes, & quelle belle réputation nous acquerons, si en la guerre, où nous devons être toutes nos vies, durant que les allarmes se donnent, & que tout le monde monte à cheval pour aller à l'écarmouche, nous voulions faire la cane, ou nous aller cacher derrière un buisson, comme les enfans qui n'oferoient aller à l'école de peur d'être fouettés. La première étymologie est la véritable. Marot dans son Ecologue à François I. On pas à pas, le long des buissonners, Allois cherchant le nid des chardonners. Je remarquerai ici en passant, que Marot a employé cette façon de parler: Vray est qu'elle fut buissonnère, L'École de ceux de Pavie. C'est dans son coc-à-l'âne à Lyon-Jamot. M.
ECOPIR. Ce mot est fort usité en Normandie, pour dire cracher: & même on s'en lert par mépris. Car pour dire qu'une personne crache souvent, on dit: il ne fait qu'écapir. Je crois que ce mot vient de l'Espagnol escupir, que Covarnuvia tire du Latin expuere. Escupir, quasi espuir, corrompido del verbo Lat. (pso, is; salivam epicio. S. Add.
ECORCHER. De scortum, qui, en bon Latin signifie le cuir & la peau des animaux, d'où vient l'adjectif scortens, qui signifie fait de cuir; on forma le Latin-barbare scorticare, qui signifie ôter la peau: d'où nous avons fait écorcher, qui est la même chose. Les Capitulaires de Charlemagne, liv. 5. chap. 2. Et si ordinatus presbyter sit, dans annos in carcere permanet, ante flagellatus & scorticatus, &c. Casenove.
ECORCHER. D'excorticare, selon Sylvius dans sa Grammatie, pag. 158, d'où les Italiens, selon M. Ferrari dans les Origines Italiennes, ont aussi fait scorticare. Excorticare, se trouve dans les Gloves Anciennes. Excorticat, servit. M. de Casenove dérive écorcher de scortum en la signification de cuir. Ces deux étymologies me paroissent également naturelles; & je ne sais laquelle choisir. On dit qu'un arbre a été écorché, quand il a été froissé par une charette, laquelle en passant trop près de cet arbre, a emporté quelque partie de son écorce: ce qui ne favorise pas peu l'opinion de ceux qui dérivent écorcher de cortex. Le P. Labbe, dans la première partie de ses Etymologies Françoises, pag. 197, met de la différence entre écorcer & écorcher. Voici ses termes: Ecorces, cortex: d'où est formé le verbe scorcer, excorticate, de corticare: & même dans nos anciennes Lois, scorticare. ECORCHER, c'est aller le cuir, excori- re, corio spoliare: Ecorcheur, écorchère. Autant sans qui vient, comme qui écorche, disent les Usages ou Statuts des Royaumes de Jérusalem, ou de Chypre, au chapitre 71. De-la viennent les écourgées; ou, prononçant l'S, écourgées: parcequ'elles sont faites de cuir, & qu'en jouettant, ou écorche la peau: scutica, à cuire, seu cuticula velenda, comme disent quelques-uns, pour se gasser. M.
ECORNIFLER. Le P. Labbe dans la première partie de ses Etymologies des mots François, page 198, parle de l'étymologie de ce mot en ces termes: Et d'autant que les parasites, ou chercheurs de franches lippées, sont sujets à recevoir des écorces, nos Ancostres les ont nommés des écor-nifleurs; excornatores, sive excorniculatores. On bien, si vous voulez, écorrifler ce sera chercher à remplir les cornes ou la bout de quelque bonne table. D'autres autres peut-être de meilleures rencontres. Le R. P. Labbe n'a pas ici bien rencontré. Ecor-nifler vient d'excorniculare; comme ronfler, de ranculare. Les Grecs ont appellé les parasites, super-nes, c'est-à-dire des corbeaux. M. ECOSSE de jeves, de pois. Lat. Siliqua. D'excossa, dit pour excossa. M.
ECOT. C'est ce qu'on donne pour un repas fait dans une Hotellerie ou Cabaret: ou bien, plus proprement, c'est ce que chacun contribue pour un banquet qui se doit faire à communs frais. Et d'autant que c'est une espèce de tribut qu'on exige de ceux pour lesquels le banquet ou la dépensé ont été faits, cela fut appelé ecor, de scot ou scotallum, qui signifie tribut & constitution, en Langue Septentrionale, ou du moins Angloise. Dans les Ordonnances de Guillaume le Conquérant, qui se lisent dans la dernière partie de l'Histoire de Roger de Hoveden, en la Vie de Henri II. Roi d'Angleterre; anfores est une espèce de tribut: Omnis Francigena qui tempore Edwards, propinqui mei, fuit in Anglia participis, consuetudinem Anglorum, quod ipsi dicunt Anholte & Anfcote, perjalvat secundum consuetudinem Anglorum. Le même Roger de Hoveden, dans la première partie de ses Annales, in illiterum juniors: Omne injustum scutum interdicti. Et dans les mêmes Ordonnances, Romfcote signifie le Tribut appelé le Denier S. Pierre. De Denario S. Petri, qui Anglice dicitur Romfcote. Et dans les Ordonnances de Jean, Roy d'Angleterre, rapportées par Mathieu Paris en la Vie de ce Roi, Scotallum signifie une Exaltion & un Tribut: Nullus Forcifarius vel Budellus faciat de cetero scotallum, vel colligat garbas, vel avenam, vel bladum, vel agnos, vel porcellos, nec aliam collectam faciat, &c. Casenove.
ECOT. De l'Anglois-Saxon scot. Mathieu Weismüller, en l'année 77. Ex Pictis & Hiber-nensibus Scoti originem habuerunt; quasi ex diversis nationibus compalli: Scot etem ilud dicitur, quod ex diversis rebus in unum acerum congrega-nor. Et de-là, le mot Anglois, Romfcote, qui signifi- soit le tribut que le Royaume d'Angleterre payoit autrefois au Pape. Mathieu Paris, en la Vie d'Of-fa II. Hoc quoque sciendum est, quod Offa, Rex magnificus, tempore quo Beati Petri Vicario, Ro-mana Urbis Pontifex, redditum flatatum, id est, Romfcote, de regno suo concelsit. Et ensuite: Qua Ecclesia, tanta libertate privilegiata rejuget, ut ab Apollonica consuetudine & redditu qui Romfcote dicitur Anglice, denarius Sancti Petri Latini, &c. Voyez Vossus de Vitis Sermons, livre 2. chapi- tre 16. & M. du Cange dans son Glossaire La- tin, au mot scot. ¶ Les Italiens disent aussi scoto, en la même signification: & riscuotere, pour dire recevoir de l'argent qui est dû. ¶ M. Guyet croyoit qu'écot avoit été formé d'exquata: en quoi il se trompoit. M.
ECOT. Le Diction. Angl. & Fr. de Miege: scot, part, quote-part. To pay scot and lot, payer les charges de la Paroisse. Scot-frie, franc, qui ne paye rien. L'Anglois scot vient du Saxon scot sym- bolum, collatio, collecta, solutio. Scot de l'infi- nitif schiesen, c'est proprement de l'argent jetté sur la table de l'Hôte pour prix du repas qu'on a pris chez lui. Le Duchat. ECOUFLE: forte d'oiseau. C'est le Milan. L'Origine de ce mot m'est inconnue. Dans le Dictionnaire Anglois de Skimmerus schüller est in- terpreté Pelecanus avis. M.
ECOULE. Soulier écolé. Fen. 1. 2. En Etay . . . il bous faut des souliers à criq ou à pont lavedis, si bous boules, escoulez jusques à la servelle. C'est-à-dire, dont l'empeigne ne couvre pas le cou du pié. Ecoule, d'excollatus, comme d'excolletatus eicolleté, qui étoit le mot d'usage. Ch. Etienne de re vestiaria, Ch. de calceamentis: Fenestratum calceum quidam appellant, quem nostri vulgo fioletatum dicunt, nempe dimidiatum obfragulum habentem, ung foulier eicolleté. Le Duchat.
ECOULORGER. Mot Angevin, qui signifie tomber en glissant. L'ancien Dictionnaire Latin-François du Père. Labbe: ELABI, écolorger. C'est un dérivé de couler. M.
ECOUTER. Pontus de Thyard, page 18. de son De Recla Nominum Impositione: Escoutez, vulgo accoutez, audite: ab axuu, & axuiv. Il vient d'ascoltare, Italien, fait du Latin auscultare, formé d'ausis, dit pour auris. Auis, ausica, ausicula, ausiculo, ausiculito, AUSCULTO. Du même mot auis, on a dit OSOLLARE, mot Siénois, qui signifie écouter avec attention. Auis, ausila, ausula, ausulare, OSOLARE. Le Latin auscultare, pour le marquer, en passant, signifie aussi écouter avec attention. Varron dans le v. de Lingua Latina: Auisio, haud affculto. Cacilius, Poète Comique ancien: Audire ignoti quod imperant, soleo, non auscultare. Pacuvius: — His qui avium cantum intelligent, Magisque ex alieno jecore fapient, quam suo, Magia audiendum, quam auscultandum, censeo. A quoi-Pétarque à visé, dans son Sonnet 217: Io pur ascolto, e non odo novella. Du verbe ascoltare, on a fait le substantif ascolta: d'où nous avons fait écoute. Sœur Ecoute, dans les Monastères de filles, c'est la Religieuse qui est préposée pour écouter ce que l'on dit à une autre Religieuse, & le redire à la Supérieure, si le cas y échet. Les Italiens ont employé le mot d'ascolta dans la signification de sentinelle. Dans les Glosses d'Isidore, auricularius est expliqué par auscultator. M.
ECOUTILLE. Nicot: ECOUTILLES en fait de navites, sont les ouvertures ou avalloires faites au tillae en maniere de trappes, par lesquelles on devouille la marchandise & les vitailles pour les loger sous ledit tillae. M.
ECOUTILLE. De scutella, qui est proprement un couvercle, parce que le couvercle de ces trappes est fait en maniere de targé. On a de même appellé coutilier le valet de l'homme d'armes. De scutellarius, parce qu'il portoit l'écu de son maître. Le Duchat.
ECOUVETTE. Espece de vergette, ou de balay. Villon: Et le deuft an vif brufer, Comme un chevaucheur d'escouvette. C'est-à-dire, comme un chevaucheur de balay: qui est une périphrase pour dire un sorcier: à cause que le peuple croit que les sorciers s'envont au tabat par le tuyau de la cheminée, un balay entre les jambes. ¶ C'est un diminutif d'écouve, fait de scopa. Scopa, scopetta, ECOUVE, ECOUVETTE. Les Espagnols disent escoba, & les Languedociens escouhe. Il y a une rue à Paris qui s'appelle la Rue des Ecoufes: laquelle, apparemment, a été ainsi appelée, parce qu'on y vendoit des balays. M.
ECPHRACTIQUES. Terme de Médecine. Médicamens qui ont la vertu d'ouvrir & de déboucher les conduits par où les humeurs doivent passer. Ce mot vient du Grec impuérent délivrer d'obstruction, formé de la préposition in ex, & de quævis obstruere.
ECRAN. De crates, qui signifie une claye. Crates cratis, cratinum; d'où le mot François cretin, pour un petit panier: cratinum, cranum, excranum, scranum, ICRAN. Les premiers écrans se faisoient de brins d'ofier, ou de troefne, tiffus; & on en voit encore plusieurs faits de cette maniere. On a dit excratinum, pour cratinum, comme excarbunculus, pour carbunculus; exlorium, pour lotium; Voyez eclay: exlanca, pour lanca; Voyez éclanche: excarabus, pour carabus; Voyez écreviffe. M. ECRAIN coffret. De scrinium. M. ECRASER. De errasare, qu'on a dit de rasum pour ecrasare. M.
ECRASER. Je crois que ce mot vient des Langues Septentrionales. Briser, broyer ecraser se dit en Gothique krotan, en Suédois kroffa, en Anglois to crush, en Flaman gruifem, en quelques endroits d'Allemagne gruifem. Il se dit en Hébreu garas, mot qui ressemble beaucoup à ceux dont nous venons de parler.
ECRENE. De screuna, ou screona. La Loi Salique, tit. XIV. 1. Si tres homines ingenuam puellam de casa aut de screonae rapuerint. Les Loix des Bourguignons, tifo xix. Efraffores mons qui aut domos aut screunias, &c. On a pelle encore aujourd'hui en Bourgogne écrene, ces petites malfonnettes où les villageois s'assemblent pour veiller. Erjam hodie ruficis Campanis dicuntur camera illa demerfa in humum, multè insuper fimo onerata, in quibus hyeme puella simul convenientes pervigilant ad mediam noctem: ce font les termes de François Pithou, sur le titre IV. de la Loi Salique. Voyez le livre intitulé les Efcrenes Dijonnolises de Tabourat, & Voffius de Vitiis Sermonis, page 278. M.
ECREVICE. Nicot le dérive de l'Alleman crebs, ou du Latin carabus, qui signifient la même chose. Scaliger contre Cardan exerc. CCXLV. chap. 1. est du même avis: Gallica vox ad Gracam, ESCREVICE, cap. 2. Ita inde crederem, nisi noftra nos moneret, sefe à Francis in Galliam è Germaniis importatam CREP. Il vient de scarabisca, qui a été fait de scarabus, qu'on a dit pour carabus. Carabus, scarabus, scarabiscus, scarabisca, ESCREVICE. Les Anglois disent crabbe. L'Anglois crabbe, & l'Alleman crebs, ou creb, ont été fait du Latin carabus. Le Latin carabus vient du Grec cap. 3. d'où Pontus de Thyard dérive aussi écreviffe. C'est à la page 19. de son Traité de Recla nominum impositione. M.
ECREVICE. Wachter, dans son Glosarium Germanicum, page 8827 prétend que ce mot nous est venu de la Langue Teutonique. Voici ses ter- mes mes: KREBS, cancer. Anglo-Saxonibus crabba, Anglis crabfish, Belgis creeft, krevet, Suecis kreefwera, Gallis cerevice. Gracis uepadus est species cancri. Gallus vocem suam à nobis sumpsisse, nos nostram à Gracis, sensu à specie ad genus traducile, existimar Martinius. Illud verum, hoc minime necessarium. Nam omnium virgo potest esse à krupen reptare. raison, on dit, Efcu de Bretagne, d'Angleterre, de Guienne, & semblables, l'Efcu auquel sont les armoiries des Duches de Bretagne & Guienne, & de la Couronne d'Angleterre. M.
ECU-SOL. Il est ainsi appellé parce que l'Ecu des Armes de France y est empreint. Le vulgaire l'appelle Ecu au Soleil; à cause du mot Sol, lequel pourtant, le on l'opinion des Doctes, vient de Solidus, qui est la monnoie ordinaire dont les Anciens se servoient: comme on peut voir dans les Loix Barbares. Sibrandus Siccama, en les Notes sur les anciennes Loix des Frisons: Putant viri docti solidum fuisse nummum aureum, & eundem cum coronato Francisco, qui Solaris dicitur: non à Sole, ut quidam falsò existimant; sed à Solido, quem & scutatum, Gallicè Efcu-Sol, appellant. Ca-eneuve.
ECU-SOL. ECU-AU-SQUEIL. Le mot sol a été fait de solidus. Voyez sou. Et comme joi signifie en Latin Soleil, M. de Ca-eneuve croit qu'on a dit de là, par ignorance, Ecu au soleil. Et l'adeffus, il cite cet endroit de Sibrandus Siccama, sur les Loix des Frisons: Putant viri docti Solidum fuisse nummum aureum, & eundem cum Coronato Francisco, qui Solaris dicitur: non à Sole, ut quidam falsò existimant; sed à solido, quem & scutatum, Gallicè Efcu-Sol, appellant. Ce Sibrandus Siccama, qui accuse les autres de se tromper, se trompe lui-même. M. le Blanc, dans son Traité Historique des Monnoyes de France, page 305. au chapitre de Louis XI. Le 2. Novembre 1475, on cessa la fabrication des Efcus d'or à la Couronne: & on fit à leur place des Efcus d'or au Soleil. Ces Efcus devoient avoir un Soleil au deffus de la Couronne, & point de Fleurs de Lys à côté de l'Efcu. Depuis ce tems-la, on a toujours continué de mettre un Soleil sur les Efcus d'or: qui a cause de cela sont nommés très-fouvent Efcus-Sol. Jusques ici je n'ay pu découvrir pourquoy Louis XI. fit mettre un Soleil sur les Monnoyes d'or & de billon: car lors qu'on fit les Efcus au Soleil, on fit aussi en même tems des Blancs & des demi-Blancs au Soleil. ¶ Il est à tendu en Latin Ecu au Soleil, par Nummus Solatus: ce qui a été remarqué par Nicot. M.
ECUEIL. Voyez ECUEUIL.
ECUELLE. Ces petits vaies ronds, dont on se sert entre autres choses pour prendre le bouillon, ont sans doute été ainsi appelés de scutella, qui signifie même chose. Cicéron, au 3. des Tuéculanes: Demus scutellam dulcicula potionis: aliquid provideamus orbi. Martial, livre xi. de ses Epigrammes: Hic implet gabatas paropsidesque, Et leves scutulas, cavasque lances. Ulpien, dans la Loi Et si non sunt clavi, au Digeste De auro argento, &c. Legatis, 9. Sed cui vasa, a dit: Et ideo scutellas vel promulgidaria contineri. Les Doctes ne demeurent pas bien d'accord de l'origine de ces mots. Turnebe tient que ce sont des diminutifs de scutum: ce que M. de Saumalise ne peut se persuader, parce que le vase qu'ils signifient est rond, & non pas carré, comme l'écu des anciens; & de plus, parce que la première lylabe est longue en scutum, & brève en scutella & scutula: & la-deffus il soutient, avec beaucoup de raison, que ces mots tirent leur origine de scutra, qui signifie un vaisseau de cuivre. Les Choies: Scutra, gaulis. Plaute, dans sa Comédie intitulée Persa: Aquam appara bene, ut in scutris conaleat. Le anciens disoient aussi scutrum; puisqu'on trouve son diminutif scutriscum, à la façon des Grecs, dans le 29. ch. des Origines de Caton. De sorte que j'estime que toutes les fois que dans les Auteurs du tems moren on trouve scutum, pour un vase ou bafin, il faut lire scutrum: comme dans Adam, Chanoine de Brême, dans son Histoire des Evêques de Hambourg, chap. 161. où il parle des meubles d'une Eglise: Unum vas Christiane argenteum, scutum argenteum deauratum, Psalterium aureis scriptum literis. Ca-eneuve.
ECUEIL. De scutella. Le Glossaire intitulé Excepta ex veteri Lexico Graco-Latino: Scutella, Reineust. Le Lexicon Grec-Latin: exvirios, scutella. M.
ECUIER. De scutarius. M. Ou plutôt d'equarius, quasi curator equorum; comme cavalier de cavallarius. Voyez Wachter, Glossar. German. au mot Marschalk.
ECUME. De spuma: P en C. Voyez mon Discours du Changement des Lettres. M. ECUMEUR DE MER. Marquardus Freherus, de jecresis Judiciis in Westphalia usitatis, postea abovitis: Occultorum in Westphalia Judiciorum Judices Foymers vulgo nuncupantur. Unde? Nisi quod multis hominibus; quod Latinicularum & nephaculus est officium; regimen liberare, velutique despumarent? Eadem scilicet forma, qua Francogalii piratas sus, qui velivolis ratibus quasi spumam maris sublegunt, écumeur de mers, joculari verbo vocitant. M.
ECURER. On dit écurer de la vaisselle; curer un puss; curer des siffes; curer les dents; curer les oreilles; curer du bis: qui est une façon de parler de Basse-Normandie, pour dire purger du blé, en ôter le mauvais grain. Et nos Laboureurs appellent une curette, cet instrument dont ils se servent pour ôter la terre qui s'attache au soc de la charue. Tout cela ne permet pas de douter que curare, dans la Basse-Latinité, n'ait signifié avoir soin de tenir nez. Excavare rubiginem se trouve dans Faustus Rheginensis. M.
ECUREUIL. De sciuriolus, diminutif de sciurus, fait de exi, ainsi dit ab umbra cauda. M.
ECURIE. François Pithou, en son Glossaire sur la Loi Saisque, tient que ce mot vient du Latin-barbare scuria, qui signifie quelquefois une érable. La Loi Saisque, tit. 18. Si qui judem cum porcis, scuriam cum animalibus, vol jamie incendieris. Mais le plus souvent scuria signifie une grange à mettre le foin, & laquelle, & les blés. La Loi des Bajouariens, tit. 1. L. 4. Dejendere volont vajas vel scurias, ubi jamum vel granum inveniunt. Hincmar, Archevêque de Rheins: Insuper & scuriam ipsius interclufer, & annouam de terris dominicatis codectam, sine licentia ipsius freebiteri in eam missis. Et Lindeburgius, dans le Glossaire sur les Loix Barbares, cite ces paroles d'un Glossaire Latin-Theotifique, Scuria, ubi manipulis vel jamum repomitur. Scura, est un ancien mot Alleman. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, tit. 31. ch. 18. Et de manopera in scuria l'attere noum. De sorte qu'il me semble plus à propos de tirer le mot éuble, d'equaria, qui eu bon Latin signifie un haras ou trompeau de chevaux. Varron, en la Préface du livre 2. De Re Resica: Quid & ipse pecunias habui grandis, in Apulia aviaris, & in Ration envarias. Le Jurisconsulte Ulpien, en la Loi 18. au Digeste De Edilicio Edicto, n'asant pebr-être pl E C U. E D E. rencontre ce mot, a dit *polis*, qui est tiré de *a-* *que*, qui signifie même chose qu'*equaria*. Caseneuve. E C U I E. Du Latin-Barbare *scuria*. Le Pere Sirmond, sur cet endroit des Capitulaires de Char- les le Chauve, page 117. *Et de manopera in scur- ria battere nolunt*: Battere, est *tundere & percute- re*: *linum battere, tundendo purgare*. *Hic de meffe intelligendum, quam coloni nostri battendo & flagel- lando purgant*. *Quare scuriam, qua apud nos fla- bulum nunc equorum significat, latius olim usurpa- runt pro ea quam graneam vocitant*. *Hincmarus ad- versus nepotem*: *Scuriam ipsius interclusit, & an- nonam de terris dominicatis collectam, sine li- centia Presbyteri in eam misit*. *Polypricus S. Re- migii*: *Faciunt & pecturam ad cortem, scuriam, & hortum claudendum*. La Loi Salique, titre *un* article 1. *Si quis fudem cum precis, scuriam cum animalibus, aut fœnile, incendrit*. François Pithou sur cet endroit de la Loi Salique: *Alleman, schu- re, sive scheute*. *Hincmarus Remensis adversus Hincmarum Laud*. Infiuper & scuriam ipsius inter- clusit, & annonam de terris dominicatis collectam, sine licentia ipsius Presbyteri in eam misit. *Et ti- tulo 4. Legit Bajuwar*. Qui defendere volunt ca- sas, vel scuriam, ubi fœnum vel grana inveniunt. *Inde nostri escurie*: & *fortasse Gloffarium Beati Germani*: *Curia, Iovum balo*. Loiseau, dans son Traité des Ordres, chapitre 5. dit qu'il n'a jamais lû le mot *scuria* qu'en cet endroit de la Loi Sali- que, & qu'il croit qu'il a été fait du François *es- curie*. Mais c'est le contraire. Le François vient du Latin-barbare: & le Latin-barbare, de l'Alleman *scheuve*, & Plusieurs provinciaux, & entre autres, les Angevins, prononcent *écurie*, qui est une pro- nonciation vicieuse. *M.* E C U S S O N. *Scutum scuti, scuticium, scuti- cia scuticioni, scuticione*. E C U S S O N. M. E C U Y E R. Voyez E C U I E R. E D E N. Nom de lieu, dont il est fait mention dans l'Écriture. Le pays d'*Eden* est l'endroit où étoit le paradis terrestre: d'où vient qu'on l'appel- le le jardin d'*Eden*. Ce mot vient de l'Ebreu *per* *eden*, qui signifie *délices*. C'est pour cela que les Septante & S. Jérôme, dans sa Vulgate, prennent quelquefois ce nom pour un appellatif. S. Jérôme, par exemple, traduit *paradisus voluptatis* Gen. II. 8. & *locus voluptatis* ibid 10. Mais ailleurs S. Jérôme lui-même en fait un nom propre, comme Gen. IV. 16. où il dit, conformément à l'Ebreu & aux Sep- tante, que Cain, rejette de Dieu, habita à l'orient d'*Eden*. Les Septante en font aussi un nom de lieu, Genèse 11. 8. Lors même que les Septante ou Saint Jérôme traduisent par un nom appella- tif, *spoip*, ou *voluptas*, ce n'est pas qu'ils ne pren- nent le nom *Eden* pour un nom propre; mais ils veulent faire sentir en Grec ou en Latin, ce que signifie ce nom, & ce qu'étoit le lieu auquel on l'a- voit donné, comme le nom Ebreu le faisoit con- noître: car tout le monde convient que ce lieu fut appellé *Eden*, c'est-à-dire *délices*, parce que c'é- toit un lieu délicieux & très-agréable. De plus tous les Peres de l'Eglise, Grecs & Latins, com- me l'a remarqué le sçavant M. Huet, tous les in- terprètes de l'écriture, anciens & modernes, & tous Orientaux demeurent d'accord qu'*Eden* est un nom local tiré de la beauté du lieu; comme *Placentia*, chez les Latins; *Callicolona*, chez les Grecs; *Beauveau*, *Beaumannir*, *Beauménil*, parmi nous; *Belvedere*, chez les Italiens, &c. Le texte Ebreu montre encore qu'*Eden* est un nom de lieu, car il porte Gen. II. 8. que Dieu planta un jardin *per* *beeden*, c'est-à-dire, dans *Eden*. La prépo- sition exprimée par la lettre a désigne clairement, suivant son principal & plus naturel niage, la si- tuation du jardin dans *Eden*. Outre cela, il est dit Gen. II. 10. qu'un fleuve fortoit *per* *meeden*, d'*Eden*: & Gen. IV. 16. on lit que Cain s'arrêta dans le pays de Nod, *per* *bidem* *bidem*, c'est-à-dire, à l'orient d'*Eden*. Si *Eden* étoit feu- lement un nom appellatif, & non pas un nom pro- pre, il n'eût pu être mis seul, comme il l'est dans ces passages: & il auroit fallu y ajouter le mot de pays, ou quelque autre semblable, & dire, que Dieu planta un jardin dans le pays de *délices*; qu'un fleuve fortoit du pays des *délices*; que Cain s'arrêta à l'orient du pays des *délices*. Enfin *Eden* est le nom de plusieurs autres lieux, qui ont été ainsi appelés à cause de leur beauté & de leur fer- tilité. Tel étoit celui dont parle le Prophète Amos I. 5. bien différent & bien éloigné de celui de Moyse. C'étoit une belle vallée de Syrie, située entre le liban & l'anti-liban, & dont Damas étoit la capitale. Cette vallée mérita le nom d'*Eden*, ou plutôt de *Berb-Eden*, c'est-à-dire, *maison de déli- ces*, à cause de sa fertilité & de son aménité. C'est ce qui a fait croire à quelques-uns que c'étoit-là qu'il falloit chercher le paradis terrestre. Telle étoit *Adana*, ou *Adana*, Ville de Cilicie, ainsi nommée pour la bonté de son terroir & la beauté de sa situation. Tel est encore le village d'*Eden*, près de Tripoli de Syrie, sur le chemin du Liban. Telle est aussi la célèbre Ville d'*Aden* ou *Adana*, sur la côte de l'Arabie heureuse, ainsi nommée, parce qu'elle est une des plus belles & des plus dé- licieuses du pays. Outre cette *Adana*, il y en avoit encore une autre méditerranée dans le même pays, laquelle portoft le même nom que la première, & pour la même cause. C'est pourquoi les Arabes, habitans de cette province, ont cru que le Paradis terrestre étoit chez eux. * E D I M B O U R G, ou E D I N B O U R G, ou E D E N B O U R G. Nom propre de la Ville ca- pitale d'Ecosse. Selon quelques-uns, c'est la même que l'*Alata castra* des Romains, & le *Xepavius* *liparis* de Ptolomee. Camden dit aussi que le nom de cette ville signifie en langage Saxo-Britan- nique, *Alata castra*: que *adain* signifie *ala* en lan- gage Britanique, & que *burg* veut dire *castrum* en Saxon. Pour ce qui est de *burg*, on fait assez ce qu'il signifie. Voyez ci-devant *Bourg*. Ainsi, sui- vant Camden, le nom de la Ville d'*Edimbourg*, n'est qu'une traduction de l'ancien nom que les Romains lui donnerent. Camden croit que ce nom vient des compagnies de cavalerie que les Romains y avoient, & qu'ils appelloient *ala equitum*; ou de ces doubles murs dont parle Vitruve, qui en s'élevant forment la figure d'une aile, & que les Architectes Grecs appelloient *l'upsiatra des ailes*. Wachter donne une autre étymologie du mot *Edim- bourg*. Il dérive *Edim* ou *Eden*, de l'Anglo-Saxon *cad*, qui signifie bonheur, félicité. De la *cadig*, *ca- digre*, *cadigest*, heureux, plus heureux, très heu- reux, *cadigan*, rendre heureux. Au lieu de *cad*, les Goths disloient *aud*; & de la *andaga* heureux, Ma- thieu XI. 6. *andaga*, heureuse, Luc. I. 45. Les Alle- T t i j 516 EDM. EDO. mans' disent *ed* dans le même sens. Suivant cette explication, *Edenbourg* signifiera *ville heureuse*, ou *forteresse heureuse*. Et selon le même Auteur, on peut encore l'expliquer *ville riche*, en dérivant *edem* du Teutonique *ed*, qui veut dire aussi, biens, possessions, richesses. Voyez Wachter, dans son *Glosar. German*, au mot *Od.*
EDMOND. Nom Teutonique d'un Roi d'Angleterre. Il signifie *tutor felicitatis*, ou bien *vir fetix*, de *ead*, qui signifie *felix*, & dont il a été parlé dans l'article précédent, & de *mund*, qui signifie *vir*, & aussi *tutor*, *protector*. Il y a quantité de noms propres Teutoniques terminés en *mund*; comme *Cunimond*, *Pharamond*, *Sigismond*, *Thorismond*, qu'on peut voir chacun en son lieu. *Mund*, dans la signification de *vir*, a été fait de *man*, qui veut dire la même chose. Voyez Wachter, dans son *Glosar. German*, aux mots *Mund* & *Man.*
EDOM. C'est le nom ou le surnom qui fut donné à Esau, fils aîné de Jacob, après qu'il eut vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, ainsi qu'il est rapporté Gen. xv. 50. Quelques-uns disent que ce nom fut donné à Esau parce qu'il étoit roux. Il est vrai que l'Écriture, Gen. xxv. 25, dit qu'il étoit roux; mais elle ne dit point que ce soit la cause de son nom; & elle en rapporte une toute différente, cinq versets plus bas, savoir, qu'il fut nommé *Edom* parce qu'il avoit vendu son droit d'aînesse pour un mets de lentilles, lequel mets de lentilles est appellé en Ebreu *adam*, c'est-à-dire, rouge, roussâtre, roux. Le mot *Edom* signifie la même chose, & vient pareillement du verbe Ebreu *adam*, qui veut dire, être rouge, être roux. De la vient aussi *Adam*, le nom du premier homme, ainsi appelé, parce qu'il fut tiré de la terre nommée *adamah*, c'est-à-dire, rouge ou rougeâtre. Quelques-uns prétendent que *Edom* peut aussi signifier *sanglant*, parce que Saint Augustin dit que dans la Langue Punique ou Phénicienne, qui étoit autrefois celle de l'Afrique, le sang s'appelloit *adam*. Mais ils n'ont pas fait attention que l'*Edom* de S. Augustin n'est pas la même chose que l'*Edom* dont nous parlons; que la première lettre de l'*Edom* de ce Père n'est pas radicale; que ce n'est que l'article Phénicien & Ebreu *n*, & non pas un *n*; & que *sang* en Phénicien, comme en Ebreu, se diçoit *dam*, & non pas *adam*. Au reste, je n'examine pas si ces deux mots ont la même origine; & si *sang*, a été fait de *rouge*, à cause de la couleur du sang; ou au contraire *rouge*, de *sang*. Quoi qu'il en soit, cela ne prouve rien en faveur de l'opinion que je réfute; & il est certain par la Genese xxv. 30, que *Edom* ne signifie point *sanglant* quand il est dit d'Esau. Le pays qu'habita Esau, fut appelé de son nom *Edom*: les descendans furent appelés de même; & c'est de ce nom qu'a été fait celui d'*Idumée*, & d'*Iduméens*. Les Mahométans appliquent le nom d'*Iduméens* aux Chrétiens Grecs & Romans, à l'exemple des Juifs, qui leur ont persuadé malécieusement que ces peuples descendent d'Esau; & cela peut faire tomber sur les Chrétiens par une Insigne important, les malédictions que les Propètes ont données aux *Iduméens*.
EDOUARD. Nom propre d'homme. Il est Teutonique, & signifie *defensor felicitatis*. C'est le nom de plusieurs Rois d'Angleterre, & il est digne de la majesté royale. Il est composé de l'Anglo-Saxon *ead*, qui signifie bonheur, félicité, & de *wart*, qui veut dire gardien, curateur, commandant, défenseur, conservateur. Le *T* final a été changé en D, qui est une lettre de même organe. Ce mot *wart* ou *ward* le trouve dans plusieurs noms propres Teutoniques, & c'est de là que vient le François *garde*. Voyez Wachter, dans son *Glosarium Germanicum*, au mot *Wart*, & ci-dessus l'article *Edenbourg*. Le nom *Edouard* signifie la même chose que celui d'*Edmond*, suivant la première signification que nous avons donnée à ce dernier. Voyez l'article *Edmond*.
EFFACER. D'exfaciere. Nicot : EFFACER, *Semble qu'il vienne de facies; quasi fit pristinam faciem auferre, seu formam delere, delinere, obliterare, expungere, deformare; comme qui direis effaciere, ou exfaciere : ce qu'il a pris de Robert Etienne*. Cette étymologie est indubitable. *M.*
EFFARER. D'exferare. M. EFFAROUCHER. D'exferuciere. Voyez *farouche*. M.
EFFLEURER. Oter quelque peu de la peau, de l'écorce, de la superficie de quelque chose. De-la ce mot a été employé pour dire passer le long de quelque chose, la rafer en faisant chemin ou par eau ou par terre : & au figuré, en parlant des choses spirituelles qu'on touche légèrement & superficiellement. Il vient de *fus*; comme si on diçoit *efforare*.
EFFEIL. On appelle ainsi en plusieurs provinces l'accroît du bétail. La Coutume d'Anjou, article 103. *Et si peut le Seigneur de Fief prendre & lever l'effoil, revenu, & accroît dudit bétail, nourri du domaine, & n'essaire tenue de lui*. D'exfolium : comme EFFOUILLER, d'exfoliare. *Gt. axypolium*. Ce que nous appelons communément *effeuiller*. *Effeuiller la vigne*, c'est *vitem pampinare*. M.
EFFONDRER. D'exfundulare : par le changement ordinaire de L en R : comme en *charre*, de *cartula*. M.
EFFORMIER, *fourmiller*. L'Hist. de Geoffr. de Ville-Hardouin, liv. 9. pag. 172. de l'Édition de Vigenere, Paris 1585. *Les voûtes la cité de Constantinople mult efformier de Vénissens & de Pisans, & d'autres gens qui de mer savien, Vigenere a rendu ce vieux mot par *efmonvoir*; ce qui n'est pas une explication exacte. *Le Duchat*.
EFFRAYE. Nom d'oiseau. Voyez *fresaye*. M.
EFFRAYER. D'exfragare. Voyez *fayeux*. M. * EFFRAYER, ou donner de l'effrey, c'est faire peur. Faire effrey, c'est faire du bruit. Rabelais liv. 1. chap. 48. *Toutefois ne fit oncques effrey jusqu'à ce que tous les fiens eussent gagné la moraille, puis l'écrie horriblement*. La trentième des Cent Nouv. Nouvelles : *sailitrent de leurs chambres sans faire effrey ou bruit*. Froissart s'est aussi servi de ce terme dans la même signification. *Le Duchat*.
EFFRAYER. Quelques-uns font venir ce mot
EGA. EGI. 517 du Latin efferare. Mais c'est effarer qui vient d'efferare, dit pour exferare. Voyez ci-dessus effarer. Quant à effrayer, il vient plutôt de frigor, d'où s'est fait le François frayeur, qu'on a depuis prononcé frayeur; & de la effrayer, c'est-à-dire, causer de la frayeur. Le froid des fièvres est appelé par divers Auteurs Latins frigor; & on dit de ceux qui sont faits de peur, qu'ils ont la fièvre, qu'ils frisonnent. Effroy vient aussi de frigor; & on peut aussi en dériver immédiatement effrayer, qu'on aura dit au lieu d'effrayer. *
EFFROUER. Impudent, qui n'a point de pudeur, que la honte ne retient point dans les choses mauvaises & indécentes. Comme le front est le siege de la pudeur, on a dit que les impudens sembloient n'avoir point de front. Effrons se trouve dans Vopiscus. Et l'on a fait ensuite en Latin barbare effrontatus; d'où est venu l'Italie effrontato, & le François effronté. *
EFFROUER. C'est émier, émietter. Voyez Robert Etienne & Nicot. D'exfricate. Exfrier. exfrier, effriter, EFFROUER. M.
EGADE. Faire égade. D'aquata. M.
EGAIL. De la roser. De l'Hébreu et agal, gouter. Flues. Voyez cidesus AIGAIL.
EGARD. Respect, considération, révérence. Wachter dans son Glossarium Germanicum, pag. 1836. dérive avec raison ce mot de la langue Teutonique. Écoutons-le parler lui-même. WARTH, dit-il, observant reverendo quod etiam si hodie non dicatur, nec olim dictum esse, ex punctis illis qua de Literatura veterum ad nos usque venerunt monumentis, demonstrari possit, simile tamen fuisse videtur verbo Gorbico witan, quod primo videre, derude custodire, tandem etiam revereri significat. Hum scala apud nos defectum supplet Gallica dialectus, in quas singularis persona aut meritorum ejus confideratio dicitur égard, a Francico warten revereri, quod ex hoc derivato cognoscitur. Latinis quoque respectus non solum intuitium, sed etiam observantiam & reverentiam intuentiis significat; quoniam eos, quos ob singularem quandam virtutem reverentur, quasi contemplat, ad spicimus. Sic Nero apud Surtonium ait: occultae musica nullum esse respectum. Glorians egzismans, si tibiarum in scena tentaret. Du verbe Teutonique Warren, vient aussi notre verbe François garder, par le changement de Wen G, comme dans Guillaume de Willimans, & par le changement de T en D, qui est une Lettre de même organe. Dans égard on a ajouté un E au commencement du mot, comme dans plusieurs autres. Voyez Wachter pag. 1833. de son Glossarium Germanicum. *
EGARDS. Maîtres Egards. On appelloit ainsi anciennement à Paris, ceux de chaque métier qui étoient choisis de tems en tems pour avoir inspection sur les autres; & qu'on appelle aujourd'hui par corruption: Maîtres & Gardes. Ragueau EGARDS; Calais, art. 170. 171. qui sont gens connoissant à faire visitations & rapports. Parmi les Chevaliers de S. Jean de Jérusalem, il y a une compagnie des Commissaires de l'Ordre qui se nomment Juges de l'Egard. Et il est parlé de ces Juges en plusieurs endroits des Statuts de l'Ordre: & particulièrement, au chapitre 18. du titre 1. Sgardium Boytinorum. Et au titre 8. de forma tenendi Sgardi, art. 1c. du Titre 19. de l'erberum signi- fication: Eigardium Gallica vox est, & significat rationem, considerationemque, seu, ut ita dicam, respectum: quod quidem Eigardium, est antiquissimum & primum judicium Domus Hospitalis. † Voyez regarder. M.
EGARER. S'EGARER. Se détourner du droit chemin. M. de Saumaise dit que ce verbe est formé du verbe varare, qui signifie détourner à cote & passer au travers; comme qui ditoit evarare. Caseneuve.
EGARER. D'exvarare. Voyez gare, & guérite & longarum. M.
EGAUDIR. S'EGAUDIR. Ce vieux mot ne signifioit pas originairement se réjouir, comme quelques-uns l'ont cru; & par conséquent il ne vient pas du Latin gaudium. Il vient de gaus ou égaudée, qui signifioient un bois, une forêt. Les Picards disent encore aujourd'hui s'égaudir, pour dire, chasser dans un bois, ou aller dans un bois. On difoit, dedans un gaus plénier, pour dire en plein bois, au fond d'une forêt. On lit dans le Roman de Guarin de Leheranes: Et tout le bois & le gaus font tenir. Et encore: La venaison qui est en égaudée, N'en est efr, quand elle y est entrée. Mais parce qu'on alloit dans les bois se réjouir & se divertir, s'égaudir s'est dit dans la fuite dans cette signification; & on lui a trouvé une étymologie Latine de gaudere se réjouir, ou se gaudir, qu'on a confondu avec s'égaudir. *
EGAYER. Rendre gay. Voyez. GAY. M.
EGINHART. Nom propre d'homme. Il est Teutonique, & signifie, selon Wachter, juvenis jogis. Il vient de enke, qui veut dire jeune, & de hart, qui dans sa signification primitive veut dire dur, & ensuite difficile, rosée, ferme, stable, robuste, courageux, hardi, &c. Hart ou hara entre dans la composition de plusieurs noms propres Teutoniques; comme ARDABUR, qui signifie courageux citoyen, de bur ou bauer habitant, citoyen. Nom d'un noble Goth ou Alain, qui étoit à la Cour & dans l'Armée de l'Empereur Léon. HARTOMOND, c'est-à-dire homme courageux, de mund homme. Nom d'un noble Franc ou Marcoman, dont parle Vopiscus. Bernard signifie la même chose. Voyez ce mot à son article. Leonard veut dire courageux comme un Lion; & Gerard veut dire courageux à la guerre, de ger guerre. Voyez ci-dessus Ardabure. Voyez aussi Wachter dans son Glossarium Germanicum au mot Hart. Voilà pour la seconde partie du nom Eginhart. Quant à la première elle a besoin d'être éclaircie; & pour cela écoutons le même Wachter, pag. 171. de son Gloss. Germ. où l'on trouve ce qui fait: Enke, juvenis. Schillerus in Gloss. Tent. and juvenis, minister. Lathyrus, in libello de nominibus propriis German. nomen Francorum componit ex fry liber, & and juvenis, & de voce and ita differis: Ancke est adolescent: juvenis, nomen hodie gentile multis familiis; & enckel, encke, diminutive dicitur adhuc juvenis, arator seu aratorum gubernans; ut appareat Francos fuisse pubem; seu juventutem, quæ se forte fervili bello per seditionem in libertatem, asseruit &c. Lutherum sequitur Beemannus in Originibus, voce Cyrus, 'ab verba: Francus, id est in his libet, à frei aut fry, & ank. Ancke enim est adolescens, juvenis; quod etiam nunc in pagis audias, &c. Et tamesti victuillora laudare non possum, quia non omnia à majoribus scripto tradita sunt, conflat tamen voci sunt antiquitas, cum ex perenni Germania usu, cujus initium ignoratur, tum ex eo quod priscis (ut ex voce knab infra patebit) familiaris fuit nomina servorum ad juvenis transfere. Quod hand temere, sed merito seciisse putandi sunt; quia per juvenem omnes intelligunt hominem atate & viribus florentem, qui alios juvare potest. Et hoc sensu sape occurrit in nominibus propriis Alamannorum, cujusmodi sunt apud Goldsam in Indice, ENGINERT, juvenis clarus, ENGINHART, juvenis fortis. Quemadmodum autem voces sape nominanda, multis omnino sunt juniorum, hoc est puerorum & adolescentium, mutationibus magis quam alia obnoxia sunt; cui est fidem facit vox jung, multis modis depravata; ita etiam vox enke, ango, eincho, in ore Francorum & Alamannorum triplicem mutationem paffæ est unam à syncope, unde ekke & egge pro enke: alteram à metathesi, unde ekkin & egin pro enke: tertiam ab apocope, unde ein pro enke. Harumque mutationum testes mihi sunt luculenti permulta nomina propria in Indicibus Goldsam; qua etiam si hucenus fuerint obscura, clariora tamen fiunt, & (au- sim dicere) venusta, si claviculam meam adhibeas. Talia sunt. EKKIART, juvenis fortis; EKKIPRENT, juvenis clarus; EGOLF, juvenis juvans; EGGRIN, juvenis potens; EGGIBALB, juvenis audax; EGINOLF, juvenis juvans; EGINHART, juvenis fortis; EINHART, juvenis fortis; EINHIN, juvenis potens; EINVAL, juvenis potens. Alias juvenis dicitur etiam ing, sed ex alio fonte. Nam hujus vocis sensus non est à servientibus, sed à nova atate petitus.
EGLANTIER. Voyez aiglantier. M.
EGLOGUE. Espèce de Poésie pastorale où l'on introduit des bergers qui s'entretiennent. Ce mot vient du Grec « » qui s'unifie « » L'églogue est un petit ouvrage, mais remarquable par son élégance. Ce n'est, selon son étymologie, qu'une pièce choisie; mais l'usage l'a déterminée à signifier une pièce de Poésie courte, & d'un étile simple & naturel. Les Églogues de Théocrite portent le titre d'Idilles « », mot qui est un diminutif de « », plurier de « », qui signifie genre, espèce. Les Odes de Pindare sont appelées « », parce que ce sont différentes espèces d'Odes; & les Églogues de Théocrite « », parce que ce sont différentes espèces de petites pièces de Poésie. Quelques-uns se sont imaginés mal-à-propos que le nom d'Églogue venait d'être « » chèvre, & de « » discours; comme qui diroit, discours sur les chèvres, ou discours des bergers de chèvres. Mais si cela étoit, ce nom auroit été écrit par « » en Grec, & par « » en Latin; ce qui n'est pas. On a dit Églogue, en parlant d'autres ouvrages que de pièces de Poésie: car on a dit les Élogues de Diodore, de Polybe, de Cœtiss, de Theophraste, de Strabon; & en ce sens, ce mot ne veut dire autre chose que des Extraits, des Collections. D'où vient qu'on appelleté Églogaire, un gravant qui avoit fait beaucoup de collections des Auteurs qu'il avoit lus. E G O. E G R. E G U.
EGOUT. D'exgustum: formé de gutta. M. Ce mot ne viendroit-il point plutôt de l'Alleman gosse ou du Flaman goss, qui signifient la même chose:
EGRAFIGNER. C'est le même qu'égratigner. Ronfard: Toujours le chardon & l'ortie Puisse esgrafigner ton tombeau. M.
EGRATIGNER. Voyez grater ci-dessous, & M. du Gange dans son Glossaire au mot ingratinare. M.
EGRAVILLONNER. Terme de Jardinage, qui se dit des arbres qu'on leve en morte. Après en avoir tout autour & au-dessous retranché la morte environ des deux tiers, pour-leur avec la pointe de la serperte, ou avec un morceau de fer pointu, on retire d'entre les racines un peu de la terre qui y étoit, afin que ces racines se trouvant ensuite garnies d'une terre nouvelle, puissent profiter des sels qui y sont contenus, & par ce moyen prendre une nouvelle vigueur. Voilà ce qui s'appelle égravillonner. Ce mot est composé de la particule, qui dans la composition signifie souvent séparation, retranchement; & du mot gravier ou gravillon, c'est-à-dire petit gravier. Égravillonner, c'est ôter le gravier.
EGREFIN. Nicot: EGELFIN, ou IGREFIN: poisson de mer. Rondelet livre IX. chapitre 10. EGREFIN, ou IGREFIN: poisson, frequent en Angleterre & Ecosse, à un possible ce nom est venu. Robert Etienne écrit cierrefin: qu'il explique par piscis jecorarius. M. Voyez ci-dessus AIGREFIN. EGREFIN. Rondelet livre. IX. chapitre 11. de son Traité des Poissons, parlant de l'Egrefin: Capite est magno, oris si fessia magna, oculis magnis, restro aquilino. C'est peut-être de ce bec aquilin, qu'est venu le nom de ce poisson. Le Duchat.
EGRETTE. Oiseau. Voyez aigrette. Jules Scaliger, dans son Exercitation 233. contre Cardan, écrit éregste: Arematis n'eures, egrettas nuncupant. M. Voyez ci-dessus AIGRETTE. EGRUGER du sel. Lat. friare. D'exgrumicare. Grumus grumi, grumio, grumico, grumicare, exgrumicare, egrucare, EGRUGER. Grumus salis, pour un grumele de sel, se trouve dans Pline liv. 33. chap. 4. Aurum plurimis modis pollet in remeditis, &c. Torretur & cum salis grumo, pondere triplici misso: & rufum cum dabus salis rationibus, &c. M.
EGRUMELER. D'exgrumellare. Grumus, grumellus, grumellare, exgrumellare. De grumellus, nous avons fait grumeau. M.
EGUE. On appelle ainsi une jument en Languedoc. Rabelais s'est servi de ce mot: Chica-nous issu du chateau, & remonté sur son esgue orbe; ainsi nommoit-il sa jument borgne. C'est au chap. 13. du liv. 4. D'equa. M.
EGUIERE. D'aquaria. M. Voyez ci-dessus AIGUIERE. E G U. E K. E L A. EGUILLE. Voyez AIGUILLE. M.
EK. Faucher dans son livre de l'Origine de la Langue & de la Poésie Française, chap. 1. dit que ce mot est Bas-Breton, & qu'il signifie *samman*. M. de Valois le jeune croit qu'il a été fait d'*espox*, qui signifie la même chose. L'Auteur de la Vie de S. Maïeu Abbé de Clugny: *Ad primum rectum, immanem efocem, quem vulgo falmonem vocant, ab eadem aqua trabant*. Sulpice Sévère en la vie de S. Martin, parlant de l'embouchure de la rivière de Loire: *Invitée perméodice immanem efocem Diacontus extrabit*. La Loi des Wisgoths, livre 3, titre 4, chapitre 29. *Flamina majora per qua mefoces, aut alii pifres maritimi, fubrigantur, nullus ad integrum excludat*: auquel endroit, selon la correction du même M. de Valois, il faut lire *efoces*, conformément à la version Épagnole: *Las grandes rias, porque vienen los falmones, o otro pefcada de mar*. M.
ELAGABALE. Surnom que l'on donnoit au Soleil dans la ville d'Emefe en Syrie, où il étoit honoré. On ne peut douter que ce ne soit le Soleil à qui l'on donna ce nom, puisque Dion & Hérodien se tendent par *aune Soleil*, & que l'on trouve d'anciennes inscriptions qui portent SOL ALAGABALUS, & sur les médailles du dernier Antonin SACERDOS DEI ELAGABALI. Une autre médaille du même porte SACERDOS DEI ELAGABALI. Au reste ce nom est différemment exprimé dans les Auteurs qui en parlent. Hérodien dit *Helicogabalus*, Capitolin & Lampridius *Helicogabalus*, Xiphilini *Elagabalus* & *Helicogabalus*, Photus *Elagabalus* & *Lagabalus*. Mais de quelque manière qu'on écrive ce nom, il est certain qu'il est composé de deux mots Syriaques, dont il n'y a pas à douter que le premier ne vienne de l'Ebreu *frin Elamb Dieu*, que les Syriens prononcent *Alabo* ou *Alabo*, & les Arabes *Ilab*. Quant au second, les sentimens ont été partagés sur son origine. Quelques-uns ont cru que *gabal* avoit été dit par métathésie, au lieu de *hagal*, & que *hagal* en cette occasion étoit la même chose que *Baal*, qui s'écrit *bby*, par un *ain*, lettre qui s'exprime quelquefois par un *g*. D'autres ont cru que *gabal* pouvoit avoit été dit au lieu de *bhabal* par le changement du *bbet* en *g*; que ce mot *bhabal*, qui est Syriaque, & signifie *cormperer*, convenoit très bien à Apollon, qui était le même que le Soleil, passoit chez les Anciens pour un Dieu qui amenait la corruption & la peste, & que c'était même de ce mot que le nom *Apollon* avoit été formé. Mais pour trouver l'étymologie de *gabal*, il n'est besoin ni de métathésie, ni de changement de lettre, puisque la Langue Syriaque nous fournit le verbe *guebal*, qui signifie *formare*, *fugere*, duquel se fait tout naturellement le nom verbal *gabal*, ou *gabal* avec l'emphalie; de sorte que *Elagabale* est la même chose que *Dieu formateur*, c'est-à-dire Dieu Créateur & Auteur de toutes choses. En effet, Ammien Marcellin, liv. xvii. & Porphyre dans Eusebe, *Prep. Evang. liv. III. ch. 4.* nous apprennent que le Soleil étoit appelé par les Grecs *Kropis Créateur*. Le dernier Empereur Romain de la famille des Antonins, appelé Marc Aurele Antonin, fut surnommé *Elagabale*; ou comme on prononce ordinairement *Helicogabalus*, parce qu'avant que d'être *Emperour* il étoit Prêtre du Dieu qui portoit ce nom: & depuis qu'il fut *Emperour* il le fit apporter d'Emefe à Rome, où il lui fit bâtir un magnifique Temple, & l'honora par des cérémonies inconnues jusqu'alors à cette Ville. Le Dieu *Elagabale* étoit représente sous la figure d'une grande pierre en forme de cône: c'est Hérodien qui nous l'apprend, & les médailles confirment ce qu'il en dit. ELAGUER des arbres: c'est les ébrancher. Les Latins ont dit *collucare*, & *interlucare*, & *sublucare*, en la même signification. Caton, chapitre 119. *Lucum collucare Romano mote sic operat*. Columelle, livre 2, chapitre 12. *Feriis arboreum collucare non permittitur*. *Fline* xvii. 25. *Deputante cum vite partior, interincaia densitate, ramorum qui sint supervacui ne absumant alimenta*. Paulus le Juriconsulte, livre 5, de ses Sentences, chapitre 6. *Arbor, qua in alienas ados, vel in victim agrum, uff a domino sublucaris non potest*. Et tous ces mots ont été formés de *lui lucis*: ce qui a été fort bien remarqué par Charles Erienne dans son *Seminarium*, page 41. en ces termes: *Et à luce deductum videtur vocabulum; quod locus, unde caduntur rami, vacuus, intem alios rami prabeas*. Fessus avoit dit avant lui: *conlocate dicebam, cum profana sylva rami decidereum, afficentes lumini*. C'est ce qui a fait dire à Virgile, *salce premes umbras*: & au Psalmiste, *revelare condensa*. Or, comme on a dit *collucare*, & *interlucare*, & *sublucare*; on peut avoir dit, *elacare*; d'où nous aurons fait ELAGUER: on par le changement de l'U en A, comme en *calix*, fait de *subit*, & en *canis*, fait de *subit*, génitif de *subit*: on par le changement de l'U en O, & ensuite de l'O en A, comme en *DAME*, de *domina*. Si cette étymologie ne plaît pas à mes Ledeurs, en voici une autre que je leur propose: *Exlargare, elargare*, ELARGUER, ELAGUER. M.
ELAN. Voyez ci-dessous *ellend*. M. ELANCE. Nicot: ELANCE, *allongé en longueur & maigreur*. Strigofus. Cela est dit par *translatim* *prinse de l'allongement que fait une belle quand elle se lance de *faun* & de *course*; pour ce que lors elle se montre plus maigre, & *course par les flancs*, & *moins entassée*. Ainsi on appelle chevaux *eclancex*, ou *lancex*, ceux qui par long travail, ou par *faune de traitement*, *fons enmagris* & *effresis par les flancs*. Strigofi equi. *Bude*. Car c'est le *flanc de la belle qui l'annemise quand elle se lance, fassant ou courant*. Pontus de Thyard, Evêque de Chilloux sur Saône, page 18. de son de *Retha Nominum Impostione*: *Paret ergo per antiquum Galicum esse vocabulum lance; unde etiam verbum elancex ductum pures*. ¶ Ce mot est fort usité en Basse-Normandie. M.
ELANCER. On dit *s'élancer*, pour jeter son corps avec violence & impétrosité. On dit aussi qu'un mal d'aventure, qui est prêt d'aboutir, *elance*, quand il caisse une douleur aigue avec quelque agitation ou mouvement qu'on sent dans la partie. Ce mot a été fait de *lancer*, avec la particule augmentative *l*: & *lancer*, qui s'est dit d'abord d'une *lance* que l'on jette, a été ensuite appliqué à d'autres choses, comme il arrive ordinairement. D'*elancer*, on a appelé *elans* les *fauts* que fait une personne ou un animal qui 520 ELA. ELB. ELE. court impétueusement, & on dit aussi des élans en parlant des soupirs de dévotion. *
ÉLASTIQUE. Qui a du ressort. Du Grec *i* *a* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a* *i* *a
ÉLATERIUM. Terme de Pharmacie. Préparation purgative de concombre sauvage. On nomme de la sorte ce remède, parce qu'il purge vigoureusement. Du Grec *i* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a* *a
ELBE. Grand Fleuve d'Allemagne. Wachter, page 161, de son *Glossarium Germanicum*, explique ainsi l'étymologie de ce nom. ELBE, *Albis*, *Fluvius Germania*, de que *Tacitus*, cap. xix. de *Mor. Germ.* In *Hermunduris Albis oritur*, flumen inclytum & notum olim: nunc tantum auditur. Notum erat, inquit *Cluverius*, cum *Drusus*, *Tiberius*, ac *Germanicus*, *aliique Romani exercitus Duces*, *Cherufus*, *Cattos*, *Hermundursque debellare*, *Trajano autem imperante*, cujus imperii primo anno librum de *Germania condidit Tacitus*, quum *Romani ab illorum finibus reesferant*, audiebatur *tantium*. In *Germ. Ant.* pag. 609. *Oritur autem non in Hermunduris*, sed in *montibus Bohemia*, & jugo gigantum, undecim, ut serunt fontibus, & mediam *Germaniam secat*. Hinc quidam nomen ejus derivant ab *alp. mons*, alii ab halb *dimidium*, & rursus alii ab *elf. undecim*. *Hieronym. Orosius*: Nomen ab *undens fontibus Albis habet*. *Succis elf quemvis fluvium denotat*, quod mihi *est* *inflar etymis*. *Slavos & Venedos inde formasse suum* *Labe per metathefin*, credibile *est*, quia *vetus nomen in quo omnes Scriptores tam Graci quam Latini conveniunt*, *est* *Albis*. *Si verum est*, quod *conjectat Altingius*, *locum fontis a Ptolemae appellari* *Devona*, *Albis erit flumen divinum*. *Ita vocem explicat Ausonius in hoc versu*: Divona *Celtarum lingua* *fons addite Divis*. *Et hodieque apud Cambros diu Deum significat*, & *vonam fontem*, *testo Bocharo in Orig. Gall. pag. 15*. *Certè numen inesse fluminibus, ex perpetuo curum metu Germanis fuit persuasum*. Hinc pro *tis sanguam pro Diis pugnabant*, *testo Tacito Annal. xiii. 57. Confer Rhein.*
ELECTUAIRE. Médicament. Furetiere: *C'est un médicament composé de poudres, ou d'autres drogues incorporées avec du miel & du sucre. Il est ainsi nommé à cause que les parties qui le composent doivent être curieusement choisies*. L'Auteur du *Vocabulaire intitulé Catholicon*, est du même avis: *ELECTUARIUM, ab electione rerum quibus conficitur, dictum*. Papias semble le dériver de *lac lactis*: *Car il dit qu'electuarium a été dit, quod mello sorbeatur*. Et à ce propos il est à remarquer que les Grecs des bas siècles l'ont appelé *l'atroquin*. Scaliger, dans son premier *Scaligerana*, le dérive de *l'atroquin*. Voici ses termes: *Electuarium, barbarum nomen est, deductum à verbo Graco l'atroquin, linguae d'ici peruis elinctum; quod lingitur & sub lingua tenetur; aliter inquisit, dictum: pro quo Barbari fecere Electuarium*. *M.*
ELECTUAIRE. On appelle à *Metz Latinaire*, ou *raissinet*, une espèce de confiture qui se fait avec du yin qu'on exprime des grappes de raisin noir, & que l'on cuit jusqu'à ce qu'il ait assez de confistence pour pouvoir être étendu sur du pain. *Le Duchat*. E L I. E L L. in Solinum, pag. 1130. dicit omnia gummi genera Gracis recentioribus Eupin dici. Sic Sionis, 1000 Eupin. In Rob. Constantino, Eupin, & Eupin, sum medicamenta sicca, ut pulvisculi, &c. Ita in Ægi- nera & Alluario. An hinc Elixir est pulvis aureus, que metalla transmutatur? Alchymiam & aurum Chymicum explicant. Ce que dit saisiè Marthe de l'Elixir, dans l'Eloge de François de Foix de Can- dale, mérite d'être ici rapporté: Multaque pra- terea calistis ingentii tui argumenta, & salnitum im- primis illud Elixir ( sic enim antidotum admirabili solerria tibi repertum, ipse appellas ), cujus composi- tionem & usum, ne posterioris nimio sumptu deterri- ta negligeret, aut amiteret, annuum in id pecu- niam de tuo legare non piguit. M.
ELIXIR. Lemery dérive ce mot du Grec Dom- river, parce que dans la préparation des elixirs on tire la partie la plus pure des ingrédients, ou de à la secourir, à cause des secours qu'on tire des elixirs dans la cure des maladies. Ces deux étymologies sont également faucées. Le mot elixir n'est point dérivé du Grec, mais de l'Arabe, comme sa forme seule le fait assez voir, & on ne sauroit guère douter qu'il ne vienne du verbe Arabe casara, qui signifie briser, mettre en pou- dre. Golius, dans son Lexicon Arabe Latin, l'en dérive pareillement, & il l'explique après le Ca- mous, par alchimia, & ensuite par effentia seu subsi- tantia vis arte elicita, & particulièrement pulvis philosophicus. M. Ménage avoit suivi ce sentiment dans la première édition de ses Origines Françoi- ses, où il dit que l'Arabe elixir signifie propre- ment fraction, & vient de la racine chesre. (c'est la même chose que casara, ) fregit, confregit; quod morbos frangas, ou bien, quod metaforum impuritates, qua sunt veluti metaforum morbi, frangas. Je ne sais pourquoi il a changé de senti- ment dans la seconde édition de ses Origines, où il semble désespérer de trouver l'origine de ce mot, & en effet ne rapporte rien qui l'éclaircisse tant soit peu. Et, qu'on prononce aussi al, est l'article Arabe qui se met au commencement des mots. Cette étymologie d'elixir est la seule vérita- ble. Ce terme, qui signifie donc en général un re- mède préparé chimiquement, & qui a de plus les significations que nous avons vues, a été en- suite déterminé par distinction à celle que nous lui donnons, c'est-à-dire à signifier une teinture ex- traite par le moyen d'un menstrue de plusieurs ingrédients énergiques, qui sont, pour ainsi dire, belles & arténués, & dont la distillation a séparé les parties les plus subtiles. Le verbe Latin casara, d'où M. Ménage dérive le François caser, ressem- ble tout-à-fait à l'Arabe casara, & pour le son & pour la signification. Je laisse au savant Lecteur à tirer de-la les conséquences qu'il jugera à propos. Voyez ci-devant CASER.
ELLE. D'ella, qu'on a dit pour illa, & dont les Italiens usent encore aujourd'hui. Les Gloises anciennes, caisidus, ellam. M. ELLEND: animal. C'est ainsi que ce mot se trouve écrit dans tous les anciens Dictionnaires François: mais nous prononçons elam. C'est cet animal que les Latins appellent alce. Pontus de Thyrod, Evêque de Châlons sur Saône, dans son Traité de Rècta nominum impustione, page 66. Si- ne autem vere nominatur adnex, quia est subsidium Tome I.
ELL. ELO. ELU. EMA. 52f remediumque miseranda epilepsia. Alce est Germa- nis, & Galli Ellend: rarum animal: quod vivum tamen vidi Regi Henrico, Domino meo, oblatum, bonararii maneria loco, a legato Polonorum, anno 1577. Cet animal se trouve dans les Forbes de la Pruise, & il est appellé Ellend dans le Diction- naire Belgique de Cornelius Kiliani: ce qui donne sujet de croire que ce mot Ellend est un mot Al- leman. Jules Scaliger, contre Cardan, 106. 5. dit qu'il s'appelle Dani, Lam, & Elam. Et a l'ar- ticle 2. de la même Exercitation, il dit que c'est un mot Alleman, & que les Allemans appellent Ellend, ce que les Suédois appellent Ranger, & les Goths Rangifer, & qu'Elk est le même ani- mal, mot fait d'alce. M.
ELLEND, d'où notre mot elam ou elam est vé- ritablement un terme Alleman, qui dans son ori- gine signifie force, robuste, fort: en quoi il con- vient avec l'Hébreu et, qui signifie la même cho- se. L'Elan a été ainsi nommé à cause de sa grande force. Son nom d'âle ou âle en Grec, & d'alce ou alce en Latin, signifie pareillement la force. Les autres étymologies sont ridicules.
ELOIGNER. D'exlonginare, diminutif d'ex- longare. Longus, longinus, longinare, exlonginare, ELOIGNER. M.
ELOISE. C'est un vieux mot, qui signifie éclair, & dont on use encore à présent en quel- ques Provinces de France, & particulièrement en Poitou. Il se trouve dans Montagne, livre 3. cha- pire 5. Notre vie n'est qu'une éloise dans le cours d'une nuit éternelle. Il vient d'elucie, qui a été fait d'elucere. Le Pere Labbe, dans la 1. partie de ses Origines Françoises, pag. 156. dit que ce mot est un mot de Bourdaux. M. ELUS: pour Officiers des Elections. Dans le se- cond Scaligerana: LES ELUS DE FRANCE, vocati aliquando ADLECTI. Sed non possunt habere peculi- ares appellationes vereres quia tunc non erant. Sunt Officia recentia. Coquille dans son Histoire de Ne- vers: Les Commissons du Rey arrivées en chacune Province, le Tiers Etat assemblé, estisoit certain nombre de bons personnages, cognoissans, pour dé- partir sur chacune Ville & Paroisse sa quote part: puis en chacune Ville & Paroisse estoient Estens As- seurs & Départeurs, pour distribuer & signaler sur chacun seu selon ses faculties. Cette est l'origine du nom des Estes au fait des Tailles: mais depuis, quand les Tailles furent mises en ordinaire, le Rey estabilit & institua en titre d'office formé ces Estes, & demeura le nom d'Estes; saquit qu'ils ne fussent plus estes & choisis par le Peuple. M.
EMAIER, ou ESMAIER. Vieux mot, qui signifie s'étonner. Villehardouin, n. 17. La lor vint nouvelle que mul des Pèlerins s'en alloient par autres chemins à autres ports, & furent mouls es- mayés. Le Chastelain de Coucy: Cet dont n'est pas courtois qu'on trop dilate, Si s'en esmaie, & plaint cil qui l'attend. Phil. Mouskes: V u.u 522 E M A. E M B. Ci moi eſmia les Flamens. Le Reclus de Moliens : Quand le chien abier d'alaie, Si leu vers les brebis s'eſmaie. Prolat voiliez comme chien vrai. Quand vous dormez l'en a bon mai, Tant elles men que je m'eſmai; Car ne trois chien dont les s'eſmaie. Voyez du Fresne, Gloff, de Villehard. Je dérive ce mot du Latin emoveo. Un homme étonné, eſt emous, ému, c'eſt-à-dire, comme hors de lui- même. De-là, être en émoi, pour être étonné.
E'MAIL. Ce mot vient de l'Hébreu haſmal, que S. Jérôme a traduit electrum, au chap. 1. d'E- zechiel: Nubes magna, & ignis invatens, & ſplendor in circuitus ejus, & de medio ignis quaſi ſpecies electri. Vigénère, dans les Annotations ſur les Images de l'hiloſtrate, dit que Rabbi Salo- mon conſeſſe qu'il ne fait pas ce que ſignifie haſ- mal; & que cependant il n'y a point de doute que ce ne ſoit l'émail du rouge clair. Caſeneuve.
EMAIL. De l'Italien ſmalto, qui ſignifie la mé- me choſe. La Cruſca: E ſi dice ſmalto anche a quella materia di più colori, che ſi mette in ſu l'o- rure, per adornarle. Smalto, dans ſa premiere ſi- gnification, a ſignifié du ciment: & ce mot a été fait de maltha. Maltha, malthum, exmathum, ſmalthum, ſmalth. Maltha, ſe trouve dans Pli- ne, liv. 36. chap. 26. Maltha è calce ſie recenti. Gleba vino reſtinguitur, mox funditur cum adipe ſuillo, & ſicu, duplici lineamento: qua res omniem tenaciffima, & duritiem lapidis antecedent. C'eſt un mot d'origine Ebraique, ſi l'on en croit M. Bochart. Voyez mes Origines Italiennes au mot ſmalte. M.
EMAIL. Je crois plutôt que le François émail, autrement eſmail, de même que l'Anglois ameli, eſt un mot corrompu de l'Alleman ſchmelze, qui ſignifie la même choſe, & qui vient du verbe ſchmelzen ou ſmelten, qui ſignifie fondre, liqui- fier. La Peinture en émail ſe fait avec le ſecours du feu & en fondant; c'eſt pourquoi elle ſe nom- me en Latin encaſtum. On ne doit pas être ſurpris que beaucoup de termes de Chimie & de Méta- llurgie nous ſolent venus de la Langue Alleman- de, parce que les Allemans ont toujours été ad- donnés plus que les autres Nations à ces deux Sciences.
EMBABOUINER. Voyez habouin. M.
EMBALER. Pontus de Thyard, Evêque de Châlons ſur Saône, page 18. de ſon livre de reſta numinum impaſtione, le dérive d'iaſſiſſant, im- mittere. Il vient du mot de bale, dans la ſignifi- cation de pacquet. Embaler, c'eſt mettre en bale. M.
EMBARASSER. De Barat, tromperie. En- velopper quelqu'un dans quelque affaire, pour le ſurprendre & le tromper. Huer.
EMBARASSER. Je dérive ce mot de barre. Un homme embarasse eſt pour ainsi dire comme s'il étoit enfermé dans des barres ou des barriertes. Voyez ci-deſſus Barre.
EMBATTRE. S'embattre, ſe trouver, ſe rencontrer quelque part, c'eſt ce que l'Allemand dit ſich en-treſſen; duquel mot treſſen, qui ſignifie auſſi battre, ſtrapper, nous avons fait trouver, & embatre, qui le lit ſouvent dans nos vieux Ro- mans. Le Duchat.
EMBLAVER. Semer une terre en blé. C'eſt la même choſe qu'emblauer, qui ſuit, & il vient pareillement d'imbladare, fait de bladum blé.
EMBLAYER. D'imbladare. Voyez blé. M.
EMBLE'E. Comme quand on dit, prendre une Ville d'emblée, c'eſt-à-dire, d'abord, en fort peu de tems, dès le premier effort. Quelques-uns dérivent ce mot du verbe embler, en tant que ce dernier ſignifie voler, dérober; en ſorte que, ſelon eux, une Ville priſe d'emblée eſt une Ville priſe comme à la dérobée. Voyez ci-après Embler. Pour moi j'aimerois encore mieux dériver embler du verbe ambler, dans le ſens d'ambulare, d'où il vient effectivement. Une ville priſe d'emblée eſt une ville que l'on prend du premier abord, & comme en marchant, ou en ſe promenant. Voyez ci deſſus Ambler.
EMBLEME. Eſpece d'énigme en tableau, qui en reptéſentant quelque hiſtoire comme, avec quelques paroles au bas, nous apprend quelque moralité, ou nous donne quelqu'autre connoiſ- ſance. Ce mot vient du Grec iſſiſſant, formé du verbe iſſiſſant jetter dedans, inſéret. Les Grecs donnent le nom de iſſiſſant aux ouvrages de marqueterie, & à tous les ornements des vaſes, des meubles, des habits. Les Latins ſe ſont ſervis d'emblema dans le même ſens. Quand Cicéron re- proche à Vertes les Statues & Pièces bien travail- lées qu'il avoit volées aux Siciliens, il appelle em- blemata les ornements qui y étoient attachés, & qu'on pouvoit en ſéparer. Les Latins ont ſouvent comparé les figures, les ornements d'un diſcours, à ces emblemata. Un ancien Poëte Latin, pour louer un Orateur, diſoit que tous ſes mots étoient arrangés comme des pièces de marqueterie: Quam lepidè viſſus compoſta, ut teſſerula, omnes. Endo pavimento, atque emblemate vermicu- late. Le Grec iſſiſſant ſignifie tout ce qui eſt inſéré, appliqué, ajouté à une autre choſe pour lui ſer- vir d'ornement; mais nous ne nous ſevons en François du mot embleme, que pour ſignifier une peinture, un bas relief, ou autre reptéſentation deſtinée à quelque inſtruction morale, politique, ou académique. Le R. P. Meneſtrier a donné un Traité des Emblemes, où l'on trouve tout ce qui regarde l'embleme, ſa définition, ſa matiere, ſa forme, ſes eſpeces, & ſes divers uſages.
EMBLER. Vieux mot qui ſignifie voler. Il eſt bien larrum qui larrum emble, dit le proverbe. La Coutume d'Anjou, art. 192. Et pour les connils emblez ou deſrobez. Périon le dérive ridiculement d'iaſſiſſant. Voici ſes termes: Sic iſſiſſant, id eſt inſerere, & interjicere, nos ad ſurrum referentes, embler dicimus; quod res ſubrepta inter alias in- terjici, vel cum aliis commiſceri, ne agnoſcantur, ſoleant. Il vient d'involare, fait de vola, qui ſigni- fie le creux de la main. Servius: Volcma, ab ce quod volam impleant, diſta ſum. Vola autem eſt medietas palma vel pedis: unde & inyolare di- cimus. Le Fragment d'un ancien Dictionnaire, inſéré dans le 19. chapitre du livre XXVIII. de Barthius: INVOLARE, in manu tenere. In. medie- tas palma qua vola dicitur. Je remarquerai ici en paſſant, que ce mot le a été fait de xip. Invola- E M B. E M E. re se trouve dans les Anciens, en la signification de voler. Les Clofés de Philoxène : *involat*, *involat*. Le Glofaire Grec-Latin : *involat*, *fur*, *involat* : *involat*, *furor*, *involo*. Cornelius Fronto, dans les Exemples de l'Elocution, attribués par d'autres à Arulianus Meissus : *INVOLAT*, *qui in die venit*. SURRIFIT *clam*, *id est*, *surtivé*. La Loi des Bourgoignons : *Si quis canem veltram*, *ans fognitum*, *vol petrunculum*, *prasumpferit involare*, *pubemus ut convillus*, *coram omni populo posterioris ejus occulterur*. Du simple *volare*, nous avons fait VOLER : comme VOLER, de *volator*. Cujas sur le chapitre v. aux Décrétales de Pigerolins, croit que de ce mot *volare* en cette signification, on a aussi fait celui de *Volerones*, dont il est fait mention dans Tite-Live. *Cujas conditionis homines*, Cujas parle des voleurs de grand chemin ; *ut hodie vulgo*, *ita etiam olim* Volerones *dicehamur*, *quod involarent aliena*. Voici les paroles de Tite-Live, qui sont du livre 1. *A Centurionibus corruptum exercitum dicere Tribunum plebit, cavillans, interdum & Volerones vocare*. M.
EMBOISER. C'est duper, tromper, faire tomber dans l'embuche. Je crois qu'*embuser*, *emboucher*, & *embusquer*, ont une même origine, & qu'ils viennent d'*imboscare*. Le Duchat.
EMBRASER. De l'Alleman *brasen*, être allumé, être enflammé. Ce mot ressemble au Grec *myōm*, *myōm*, bruler, enflammer.
EMBROCATION. Terme de Pharmacie, qui se dit des huiles, décoctions, ou autres liqueurs, qu'on applique, ou qu'on fait pleuvoir sur les parties malades. Ce mot a été formé du Grec *iucōxō*, qui signifie *irrigatio*, *perfusio*, & qui est fait du verbe *iucōxō*, *irrigo*, *madesacio*, *intingo*, *plus*, avec la préposition *iō-in*.
EMBRUNCHER, ou EMBRUNGER. Vieux mot *inusit*, qui signifie *ouvrir*. La Chronique de Hainaut, chapitre 141, du troisième volume, feuillet 94. *Et ainsi qu'il est est estévé ses yeux sur ledit Gouverneur pour le regarder, il convit sa face, & se embrungera*. Rabelais, 1. 14. *Incontinent le feu priſt en la paille, & de la paille au lit, & du lit au folier, qui estoit embrunché de fapin, fait a queues de lampe*. Je crois qu'il vient d'*imbricare*. Voyez *brique*. M.
EMBRUNCHER. Il vient de *lambroscare*, d'où aussi *lambris*. L'Enquête pour la canonisation de Charles de Blois, tome 1, page 550, de l'Histoire de Bretagne par Lobineau : *Et poſiquam fuit Dux Britannia, fecit eandem Ecclesiam lambroscari*. La Chronique Scandaleuse, sous le mois de Novembre 1475. *Et estoit ledit Monseigneur le Connoſtable veſtu & habille d'une cappe de camelor, double de veloux noir, dans laquelle il estoit fort embrunché*. Embrunché, en cet endroit, comme déjà dans la Chronique de Hainaut, c'est avoir la tête enfoncée dans sa cappe, afin de n'être pas vu au visage. Le Duchat.
EMBRYON. Terme de Médecine. Fertus, qui se forme dans le ventre de la mere. Ce mot vient du Grec *iucōxō*, qui signifie la même chose : & *iucōxō* est fait de la préposition *iō in*, & du verbe *iucōxō scaturio*, *pullulo*; comme qui droit, *vò ioròc vòc 20000 iucōxō*, qui remue dans le ventre de sa mere. Les Grecs donnent le nom d'*iucōxō* au ferron, pendant tout le tenu qu'il est dans la matrice ; & Homère le donne aussi aux petits nouveaux nés des animaux, comme aux jeunes agneaux & aux jeunes chevreaux. *Odys. IX*. *Iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōxō* & *iucōx
EMBUFFLER. Tromper, embabouiner. *Embuſſer* quelqu'un, c'est le mener par le nez comme un *buſſe*. Ainsi ce mot vient de *buſſer*. Montagne a dit : *Je ne m'étonne plus de ceux que les fingeries d'Apollonius & de Mahumed embuſſerent*.
EMBURELUCOQUER. Rabelais, liv. 1. chap. 6. *N'emburelucoque jamais vos esprits de ces vaines perſées*. C'est un composé de la particule *in*, de *barrula*, diminutif de *burra*, d'où nous avons fait *bure*, & de *coca*, fait de *corcha*, dans la signification d'une coquille, ou d'un coqueluchon. Et ce mot, qui signifie *s'embarrasser l'esprit*, & se remplit la tête de bagatelles, doit son origine aux Moines gris, qui sont les Francſcalais, dont plusieurs, par leurs écrits de Thélogie Scholaſtique & de Philôophie, ont fait voir qu'ils avoient la tête pleine de minutes, qui ne laſſoient pas de les embarraſſer beaucoup. Le Duchat.
EMBUSCADE. D'*imboscata*. EMBUSCHE, d'*imboscata*; parce que les embûches se font ordinairement dans les bois. Virgile : 1. *Arriguie que locum, & ſitvis inſedit iniquis*. Les Italiens disent de même *imboscata*, & les Eſpagnois, *emboscada*. M.
EMBUT. On appelle ainsi dans le Languedoc un entonnoir. Rabelais c'est ſervi de ce mot, livre 1. chap. 14. *Puis reſtivient le vin avec un embut*. Il vient d'*imbuttum*, dit pour *imbuta*, composé de la préposition *in*, & du ſubſtantif *butta*. Voyez *bouteille*. De *tonne*, nous avons dit de même *entonnoir*. M.
EMERAUDE. De *ſmaragdus* : d'où les Italiens ont aussi fait *ſmeraldo*, & les Arabes *comorad*. *ſmaragdus* a été fait du Grec *myōm*. M.
EMERI. Pierre pour polir les pierres précieuses. De *ſmiris*, fait du Grec *myōm*, qui se trouve en cette ſignification dans Dioſcoride. M. Redi, dans son *Bacco in Tſcana*, croit que l'Italien *ſmeriglio*; qui est la même chose que le François *émeri*, peut avoir été fait du verbe Italien *ſmerare*, qui se trouve dans les anciens Auteurs Italiens, en la ſignification de *neitare*, *pulire*. Voici les termes de M. Redi : *E di qui ſorſe venne ſmeriglio, pietra con laquale ſi brungſce l'acciaio, e ſi pulſcono i marmi*. Mais il ajoute : *ſe pero non ſorſe un volgaricamento del Graco myōm*. Cette dernière étymologie est la véritable. M.
EMERILLON. Oiſeau de proie. De l'Italien *ſmeriglione*, qui signifie la même chose. Voſſus, dans son Etymologique, veut que *ſmeriglione* ait été dit de la reſemblance de cet oſeau à un merle. Il y avoit plus d'apparence qu'il avoit été dit de la forte *a capiendis merulis* : comme l'eſpervier a été dit *acepiter fringillarius, a capiendis fringillis*. *Fringilla*, c'est un *piñon*. Mais il est certain que l'Italien *ſmeriglione* a été fait de l'Alleman *ſchmirling*. Voyez mes Origines Italiennes, & M. Bochart dans son livre des Animaux de la Bible, partie 1. chapitre 8. M.
EMERILLONNE. C'est *éveillé*, comme un *émerillon*. Voyez *émerillon*. M.
EMEUTE. D'*cemata*. *Movita* se trouve en Vuuij 524 EME. EMI. EMM. cette signification, dans Grégoire de Tours. M.
EMOLUMENT. Terme de pratique, qui se dit des profits qu'on tire journellement d'une charge. Il vient du Latin emolumentum, fait de moire moudre, & qui signifie proprement le profit qu'un meunier tire de son moulin.
EMOUCHET. Oiseau de proie. Voyez mou- chet. M.
EMOUCHEUR. Qui chasse les mouches. Du verbe émoucher, fait de mouche, avec la particule privative. La Fontaine a employé ce mot dans ses Fables : L'ours allois à la chasse, appertoit du gibier, Faisoit son principal motier D'être bon émoucheur, écartoit du visage De son ami dormant ce parasite ailé, Que nous avons mouche appellé. Aussi-tôt fait que dit : le fidèle émoucheur Vous empêche un pavé, le lance avec roideur.
EMOUDRE. D'exmoire, en la significa- tion d'ad moum senere. M.
EMOULU. Comme quand on dit, se battre à fer émoulu. De mala; c'est-à-dire, une meule; on a dit molo, molan, molurus: d'où nous avons fait moulu: comme émoulu, d'exmolurus. On ai- guille les couteaux avec une meule. Et de-là le mot Gafcon amouia, pour aiguiser. M. EMOUSSER un arbre d'exmuscare. Colu- melle xi. 2. lisdem disbus, ubi pragelidum & plu- vium colum est, olea putantur & emuscantur. M. EMOUSSER un couteau : gladii aciem bebra- re. De mucro: de cette manière : mucro, mucronis, mucronare. Mucronare se trouve dans Pline liv. 12. chap. 2. où, parlant du poisson nommé pesce spada, en Italien, il dit : Trobius Niger auctor est, Xiphiam, id est, gladium, rostro mucronare esse, a quo naves perfofa merguntur. De mucronare, on a fait le diminutif mucronicare; d'où, par contrac- tion, municare, & par autre contraction, mucare: d'où, exmucare: d'où EMOUCHER. C'est ainsi que Robert Etienne & Nicot écrivent ce mot. Les Ef- pagnols disent aussi remonchar, pour dire émouffer; & remochado, pour dire émouffer: ce qui ne favo- rise pas peu cette étymologie. Le Lecteur remar- quera que la Langue Françoise aime les contrac- tions : Laodunum, LAON, qu'on prononce Lan: Credonium, CRAON, qu'on prononce Cran. M.
EMOUSSER. Je ne saurois goûter l'étymolo- gie que M. Ménage nous donne de ce mot; car outre qu'elle est fondée sur un terme imaginaire, ce terme imaginaire paroît encore tiré de trop loin. Mais il n'est pas facile d'en donner une meil- leure. Comme les conjectures sont permises dans cette matière plus que dans toute autre, ne pour- roit-on pas dire, que émouffer a été fait de l'An- glofaxon muth ou de l'Anglois mouth, qui tous deux signifient bouche; au lieu de quoi les Francs difolent mind, comme les Allemands disent enco- re aujourd'hui: que muth ou mouth, aura pu être pris dans le sens de pointe, de la même façon que les Ebreux disent et qui phèbre, les Grecs qu'on pouviens, & les Larins, et gladii, pour dire la poin- te de l'épée: & qu'en ajoutant la particule priva- tive à ce mot Teutonique muth ou mouth, on au- ra fait émouffer, comme qui diroit ôter la bouche, c'est-à-dire la pointe. Les Grecs disent de même avouin, aciem aufero, obtundo, de qu'on os, & d'avei ab.
EMOY. D'exmotium: comme écloy d'exlotium. Voyez écloy. Movec, movi, motum, motium, exmotium, EMOY. M.
EMPALER. Du Latin-barbare impalare. La Loi des Ripuariens, tit. 70. §. 1. Quod si in je- pem animal impalaverit. La Loi des Bourguignons tit. 23. §. 2. Si quodlibet animal, dum de messe, aut de prato, aut de vinea, aut de area annularia expellitur, impalaverit. La Loi des Lombards, liv. 1. tit. 19. §. 10. Si caballus, aut quodlibet peculium, in clausuram alterius, intus salienda, se impalaverit. Les cloisons étoient anciennement faites de paus, ou pieus, aiguilles & pointus: ce qui faisoit que les bestiaux qui vouloient sauter par-dessus ces cloi- sons, étoient sujets à s'empaler. Caesneuve.
EMPALER. Du Latin impalare, qui se trou- ve dans la Loi des Ripuariens, au Titre 70. §. 9. & dans celle des Bourguignons au Titre 23. §. 2. & dans celle des Lombards, liv. 1. Titre 9. §. 10. D'où les Italiens ont aussi fait leur impalare. Bro- deau liv. 2. de ses Mélanges, chap. 9. expliquant ces mots de l'Épître 14. de Sénèque, Cogita hoc loco carterem, & cruces, & equuleos, & uncum; & adactum per medium hominem, qui per est emer- gat, stipitem, &c. Adigere per medium hominem, id est, per hominis sedem; bonor sit auribus; stip- item. Graci recentiores morulosus; Galli, empaler; Itali, impalar, vocant. Hoc supplici genus Turcis peculiare est. M.
EMPALETOQUE. Rabelais liv. 1. chap. 21. Après avoir bien a point déjeuné allois à l'Égli- se, & lui portoit-on dedans un grand panier un gros Breviâtre empanouflé, pesant, tant en graisse qu'en sermoirs & parchemin, onze quintaux six livres. La oyoit vingt-six ou trente Messes: cependant venoit son disteur d'heures, empaletoque comme une duppe, & très-bien antidote son alaine a force de syrop vigolor. Ce disteur d'heures (canoniales) & toit vraisemblablement quelque Chanoine Au- monier de Gargantua. On fait que les Chanoines étant à l'Église en hyver s'enveloppent pendant le chant des Pseaumes avec un aumuffe de petit gris. Cette aumuffe a l'air d'un petit manteau ou palletoc, qui ne ressemble pas mal au plumage de la huppe, oiseau qu'on appelle aussi duppe: & c'est en ce sens que Rabelais dit que le disteur d'heures de Gargantua étoit empaletoque comme une duppe. De palletoc on a fait empaletoque, & aussi palletoc, mot Messin qui répond au Fran- çois pallet, & qui se dit d'un jeune villageois gros- sier & niais. Le Duchat.
EMPARER. De l'Espagnol amparar. M.
EMPARLIER. Vieux mot inufité, qui si- gnifie Avocat, & qui se trouve en cette signifi- cation dans Helinand. M.
EMPAUMER. C'est proprement recevoir quelque chose dans la paume de la main. On dit empaumer une balle: voila un éreuf bien empaume. Ce mot vient d'in & de palma, dont on feroit impalmare. On dit aussi empaumer pour ferrer avec la main. Cethomme est si fort que quand une fois il a empaumé quelque chose, on ne sauroit la lui arracher. De-la on a employé ce mot figu- rement pour se rendre maître de l'esprit de quel- qu'un. Le Nob. Chez les fous animaux ces adroit introduit, Les fut si finement empaumer, que, sans bruit, De bon Berger surpris fut chassé de l'étable, On dit encore au figuré, *empaumer* une affaire, pour la bien prendre, la bien manier.*
EMPÉCHER. *Impedio, impedisce, impedif- care, IMPICHER. De desimpedificare*, nous avons fait de même *dépêcher*. Voyez *dépêcher*. M.
EMPEIGNE. C'est le cuir qui couvre le dessus du foulier. Il est croiable qu'il vient d'im- pilia, qui, selon Brisson, étoit la couverture du pié faite de feutre. *Tegumenta pedum & caulla lana*. Il en est fait mention en la Loi 15. 4. *Fascia*, au Dige- te *De aura & argento, & delegatis*, en ces termes: *Fascia crurales, pedulesque, & impilia, vestris loco funt; quia partem corporis vestiunt*. Quelques uns veulent qu'impilia, en cet endroit, signifie une eipèce de couvre-chef. Cujas dans ses Observations liv. 5. chap. xi. avoue que le mot *impilia* se dit des pies; & que c'est ce que Théophraste, liv. 8. des Plantes, appelle *visio*. Il ne faut pas pour cela écrire que *pedules & impilia* soient même chose; car *pedules*, comme dit Festus, *sum fascia pedum aut calceamentorum*. Et il est croyable qu'impilia étoit ce que nous appellons *empéigne*; qui est la couverture du foulier faite d'une seule pièce, & qui couvre tout le pié: en quoi *impilia* diffère de *pedules*, qui n'étoient autre chose que des ban- des qui ne couvroient qu'une partie du pié. *Ca- feneuve*. EMPEIGNE de foulier. Villon dans son Grand Testament: *Autant empeigne que femelle*. M. de Cafeneuve le dérive d'impilia, qui a signifié une eipèce de chaussure. Voyez Turnébe liv. 11. de ses Adversaires chap. 14. & Cujas liv. 5. de ses Observations chap. 11. M.
EMPERIERE. Sorte de rime. Thomas Sibi- let dans son Art Poétique liv. 1. chapitre dernier. *Rime emperiere, est espèce de Couronnee*. Et est dite Emperiere, pour ce qu'elle a triple couronne. C'est ne se fait que d'une syllabe répétée deux fois simple après le mot qu'elle couronne. De cette n'a point usé Marot, ne les célèbres Poètes de ce tems: pour ce fuy-je contraint de l'en donner vieil, & j'ay pour quelourd, exemple: En grand remord mort mord Ceux qui parfais, fais, fais, Ont par effort, fort, fort De clers & frais, rais, rés. Le Sieur des Accords a dit la même chose dans son chapitre de l'Echo. M. EMPÉTRER Ce verbe est plus passif qu'ac- tif. On aura dit *être empêtré*, pour dire être em- baraillé dans un lieu plâtreux. Et on dit ordinaire- ment à la campagne qu'un cheval est empêtré dans un bourbier, pour dire qu'il est embourbé: ce qui est dit par allusion à la signification précédente. Et selon cette pensée, ce mot me semble formé d'im- perare, composé d'or & de *perra*. S. Add.
EMPHASE. Expression forte & qui dit beau- coup en peu de mots; ou comme Quintilien l'ex- plique liv. 9. chap. 1. *Quum plus significatum est quam dictum*. Ce mot vient du Grec *iuxoue*, qui signifie la même chose, & qui est fait du verbe *iuxoue represente, offendo, ob oculos pono*.
EMPHYTEOSE. Terme de Palais. Bail d'héritages à perpétuité, ou à longues années, à charge de les cultiver, de les améliorer & d'en faire un certain revenu. Ce mot vient du Grec *iuxoue*, qui signifie *ente, greffe*, & par méta- phore *alienation*, parce qu'on n'ente les arbres que pour les améliorer. On n'alcine aussi son bien par *emphyteose* qu'à condition de l'améliorer. De la *emphyteose* ou *emphyteuaire*, celui qui a pris une *emphyteose*. Le verbe Grec *perius* signifie *plan- to, iuxoue* *iuxoue*, d'où *iuxoue* *iuxoue*.
EMPIRER. Du Latin-barbare *impejorare*. L'Addition à la Loi des Frissons tit. xi §. 1. Com- ponat et iuxta quantitatem qu'a rem ejus impejo- ra-vit. Cafeneuve.
EMPIRIQUE. On appelloit ainsi autrefois un Médecin qui se fondoit uniquement sur l'ex- perience. Ce mot vient du Grec *iuxoue*, fait de *iuxoue*, qui signifie *iuxant*, habile, mais sur- tout *iuxant* par expérience. La racine est *visio* estia, expérience. Les Médecins *empiriques* ont formé autrefois une *secte célebre*. Le nom d'em- pirique s'est pris ensuite en mauvaise part; & au- jourd'hui il signifie a peu près la même chose que *Charlatan*.
EMPLOI. Usage qu'on fait de quelque cho- se; & aussi le travail l'occupation qu'on donne à quelqu'un, ou qu'on prend soi-même. Il vient du Latin *implicare*, de même que *employer*.
EMPLOITE. Raoul Fournier au chap. 18. du 3. livre *Aureorum*, ou *Rerum Quotidianarum*, croit que ce mot peut être dérivé du Grec *iuxoue*. Il vient d'implera: qui a été fait d'implere, à cause que les Marchands emplissent leurs magasins de marchandises. M.
EMPOISONNER. D'impoisonare. Voyez *poison*. M.
EMPREINDRE. D'imprimere. Voyez *pein- dre*. M.
EMPREUT. Nicot: *Quasi iuxoue*. Cum enim numerare *incipimus, se opures dicimus*. *Budaus:* *id est, unum primum*. Pontus de Thyard, Evêque de Châlons, a dit la même chose: *Ab iuxoue vel* *iuxoue*, EMPREUX, nobis est *numerorum primus*, *autnumerandi principium*. C'est dans son Traité de *Recla nominum impositione*, page 18. Remar- quez que Pontus de Thyard appelle *empreux* ce que Nicot appelle *empreux*. M.
EMPRUNTER. Le P. Labbe à la page 104. de la 1. partie de ses Etymologies Françoises, le dérive de *promptum*, *seve in promptu dare vel ac- cipere*. D'autres le dérivent de *promptare*, qui se trouve dans la signification de *promare*. *Promo*, *prompti*, *promptum*, *promptare*, *impromptare*, EMPRUNTER. M.
EMS. Riviere de Westphalie en Allemagne. Wachter dans son *Glossarium Germanicum* pag. 46. parle de l'étymologie de ce nom, & voici ce qu'il en dit: AM, *flavius*. *Baxterus in Gloss. Antiq. Brit. pag. 111*. Erat autem am antiquioris linguae Celtica prolatum idem quod an unda vel amnis; Scotobrigantum veteri dialecto *aman vel amon*, unde & Latinorum *amnis*. *Hac ille*. *Quid si am* *sit abissum ab amnis?* Sane amnis in *Latina lin- gua etymologiam habet percommendam ab am & no circumfue*. *Parro lib. 4. de L. L.* Amnis id flumen est quod circuit aliquid. *Quidquid sit, vox valdo antiqua est*. *Nam hinc videntur oriri nomina flavi- orum vetustissima*, EMME in *Helvetia*, Lat. Amma; EMMER in *Westphalia*, Lat. AMBRA; EMS, *Lati- nis AMISIA*; SAMBRE in *Gallia Belgica*, olim SA- MARA. *Sibilus fape, ubi minime necessarius, ca- piti & fini annelitur, & labiales se mutuo atra- bunt*. *Hinc perro Ambrones censeri possunt omnes* populi qui flumen aliquod accolunt ; ou neceffe non sit migrationes fingere, aux Ambroses Heivetiorum ex interiore Germania verjus anbrum deducere. Excipio tamen Ambroses qui cum Cimberis & Ten- tonis arma circumtulerunt. Nam hos Saxonici ge- neris fuiffe, ab insula Danica Amrum sic dictos, ex confenfui Festi & Nomini sat luculeiter demon- travit deftissimus Abbas Godefridno in Chronico Gotwicensi Tom. 1. lib 1. pag. 344. EN ; Comme quand on dit, J'en dirai mon avis ; Je n'en ferai rien. Du Latin inde, qui se trouve en cette signification dans le Poème d'A- dalberon, page 247. Praful & ille facer loquitur Gregorius inde. Sur lequel endroit M. de Valois le jeune a fait cet- te Note : Hoc est, Gregorius ea de re scripsit. Saint Grégoire en parle. Ita hodieque vulgo loquitur. Et c'est de ce mot, dont les Italiens ont auffi fait leur ne, en la même signification. Vattene à Roma ; c'est-à-dire, Vade inde ad Romam. Vai tu à Ro- ma ! Jo ne venge ; c'est-à-dire, Vadis tu ad Ro- mam ! inde venio. Se to è peccato, me ne pento ; c'est-à-dire, Si peccavit, inde me puniret. S'io l'o fatto, me ne pento ; c'est-à-dire, Si feci, inde me puniret. Vattene ; c'est-à-dire, Vade tu inde. Jo me ne vo ; c'est-à-dire, Ego inde vade. M.
EN, a deux significations. Il est en terre, dans cette signification il vient d'in. Il en vient, il en a : il vient d'inde en ce sens. On écrivoit autre- fois end. Huer.
ENASER. Gr. *psilopatis*. C'est ôter le nez. D'exaefare : & non pas, comme dit Nicot, de de- nafare. M.
ENAVANT. D'in-ab-ante. Voyez dorese- naient. Inante & inantea se trouvent souvent, dans les Ecrivains de la Baffé-Latinité. Et c'est de là que les Italiens ont fait leur innanzi. M. Bignon sur les Formules de Marculée : INANTEA, id est, in posterum, dehinc : Gallis veteribus enavant. Un- de naum Italicum innanzi, Qua dictio, non hujus tantius duiforis, qui sexentis lecis et uitur, sed & omnium ferò ejusdem avi & sequemium Au- lorum. Mais ce mot inante ne se trouve pas seule- ment dans les Auteurs de la Baffé-Latinité, mais dans ceux qui ont vécu dans le siècle d'or de la Latinité. Il se trouve dans Plaute, dans Ciceron, dans Properce, & dans Martial : ce que j'ai re- marqué dans mes Origines Italiennes, au mot in- anzi. M.
ENCAN. Je le dérivois autrefois d'incantum, fait d'incantare, dans la signification de proclamer ; parce qu'on proclame les choses qui sont à vendre dans les encans : ce qu'on appelle crier. Dans l'Exode, xxxv. 6. *Juffe ergo Messes præcunt* *voce camari*. Mais je suis présentement de l'avis de M. de Caïeneuve qui le dérive d'inquantum : c'est-à-dire, pour combien. M. de Caïeneuve re- marque que les Anciens écrivoient inquant : ce qu'il prouve par ces mots de l'article 718. de la Coutume de Bretagne, Ladite maison sera vendue & inquante entre lesdites héritiers. Et avant que d'avoir là les Origines de M. Caïeneuve, cette éry- mologie m'étoit venue dans l'esprit, après avoir lû dans les Libertés de l'Eglise Gallicane, tome 2, page 578. ces termes d'un Arrêt du Parlement de Paris de 1413. Tellement que comme à l'inquant se bailleant lesdites Prélatures : & ceux-ci de l'ar- ticle 439. de la coutume d'Orléans, Un achepteur de biens vendus a l'encant. Mais ces mots de la Coutume d'Orléans peuvent convenir à l'érymo- logie d'incantum. Voyez ci-dessous INQUANT. M. ENCARRER une Arquebufe, dans la signi- fication de l'afuter au niveau, se lit dans le Réveil- le-matin des François &c. Edimb. 1574. Dial. 2. pag. 172. De l'Italien inquadrare, synonyme de Li- veilare, qui se trouve dans Oudin, de même que le François encarrer. Rabelais liv. 4. ch. 21. Notre vœuf est-elle encarée ? Et liv. 5. ch. 18. Cam- ment notre nauf fut encarée. Encarée signifie la, jet- tée par les courans sur quelque banc de sable, comme sur un chariot. De l'Italien incarnare, chat- ges sur un chariot Le Duchat.
ENCASTILLE. On dit en terme de Marine, qu'un vaisseau est encaftillé, lorsqu'il est fort éle- vé par ses hauts, c'est-à-dire, par les parties qui sont sur le pont, tellôt que sont les deux gaillards ou châteaux &c la mature. Je dérive ce mot d'in & de caftellum.
ENCEINTE. Quand ce mot signifie clôture, il n'y a point de doute qu'il ne vienne d'incincta. Le Catholicon Parvum : incincta, enceinte. Il ne faut pas non-plus douter que lorsqu'il signifie une femme groffe, il ne vienne auffi du même incincta ; mais d'une maniere toute contraire : car lorsqu'il signifie clôture il vient d'incincta, entant qu'incinc- tus signifie ceint & environne : mais quand il signi- fie une femme groffe, il vient d'incincta, entant qu'incinctus signifie non ceint, ou qui n'est pas ceint : & incincta, en ce sens, c'est-à-dire non cincta ; car les femmes groffes ne sont pas ceintes, c'est-à-di- re, n'osent pas ferret la ceinture de leurs jupes, de peur de preferer trop leur voutre. Martial liv. xiv. epig. 51. dont le titre est Zona : *Langa satis nunc sum : dulci sed pondere venter Si tumeat, fiam tunc tibi zona brevis.* Joachin Périon dans son De Lingua Gallica cum Graca cognatione, écrit encyte, & le dérive de 1,000, qui signifie groffe. Henri Etienne dans son Traité De Latinitate falso suspetta, chapitre 1. Non minus autem novum videatur plerisque voca- bulum inciens : nec minure ab illis rifu excipiatur qui incientem terminam vocaverit ; quam Gallica Lingua, illud imitans, appellat une femme en- ceinte ; quam qui illud paula, pro Gallico pause, dixerit. Caïeneuve.
ENCEINTE. Nos Anciens appelloient ainsi une femme groffe : & ce mot est encore en usage en plusieurs provinces de France : & M. d'Ablan- court & M. Patru s'en sont servis. L'opinion de Périon, qui le dérive du Grec *fynose*, & qui pour cela l'écrit par V, est insoutenable. La plupart des Erymologistes le dérivent de l'Italien incinta, fait, difent-ils, du Latin incincta, c'est-à-dire, non cincta. Jan Villani livre 2. de ses Histoires de Florence, chapitre 12. La moglie di Luis il Balbo, Re di Francia, rimase incinta d'uno figliuolo. Meffer Re- migio, Florentin, dans son apostille sur cet endroit du Villani : INCINTA, Cioi, gravida : perche le Donne di Firenze, quando eran gravide, andavano senza cintura : e però si chiamavano incinte : ed è voce che non è più in uſo. Ces vers du premier livre de la divine Pédotrophie de Scévole de Sainte Marthe, font remarquables à ce propos : Pracipue, anguſto ne comprime corpus amielu' Quo cingunt ſe more nurus, quas Gallia nutris' Covartuvias, dans ſon Tréſor de la Langue Caſtillane, a fait la même remarque que le Remigio : ESTAR INCINTA, et eſtar preſſada; porque tiene ceñida la criatura. Cette taſſon eſt ridicule. Orne quieren ſe aya de deſir, eſtar deſcinta: en razon de que por el tiempo de la preñez, la muger ha de andar floxa en el voſſido, y no metida en preſina, como las muy Damas, que no ſe contentan con eſto, mas aun ſe ponen tablilla, o tablen, para andar derechas, y con eſto nacen los hijos cerobados. Mais écoutons les Députés en 1573. ſur la correction du Décameron de Bocace : INCINTA, che pur due o tre volte nel Villani ſi trova, della quale diciamo brevemente, che incignere è a noi il medoſimo che ingravidare; & incinta, che gravida. O ſia queſta voce dal Provençale encinta, come molti vogliono, o dal Latino, che chiama le pecore vicine alla figliatura, incientes, come molti vogliono: pur che quella novella dell' andare cince, o ſcinte, le noſtre Donne anticamente, quando erano gravide, ſe ne rimandi per una baia, trovata da alcuni Commentatori di Dante, com' eſt' è, ſe gia provaſſero che in que' tempi, come ſi burla d'un ſuo amico Cicerone, elle portaſſero i figliuoli nella ſcarſella. Ma laſciando tre queſte ciano, che nondimeno ſono eſſicaci pruve, quanto alcuni vanno ſpeſſo indovinando e ſingendo, pur che non ſi abbiano a ſcoprire di non ſapere. Donde ella ſi venga, poco riliva; e dall' una e dall' altra ne abbiamo aſſai: e di queſte ne ſono dalle coſe della villa non poche. Baſta che la voce era in que' tempi in frequente uſo: perche, oltre al luogo notiſſimo di Dante, Benedetta colei che in te ſincinſe, & a luoghi del Villani gia accennati, ella è un morte di volte nel Maestro Aldobrandino, nel capitolo che à per titolo. Come ſi debba guardare la femmina, quando ella è incinta. Et in quel delle Balie. E Meſſer Luca da Panzano anche ei diſſe. Quando venne a marito avea forſe xiv. anni: e mai non incinſe, ſe non queſta volta ſola. Trovaſi ancora nel Volgaricatore di Ovidio: ma ne' teſti antichi: perche negli altri, i Copiatori, che non la inteſere, la levarono via: La Regina Eccuba, quando incinſe di Paris, ſi ſogno un maraviglio ſogno. Le mot Italien incinta vient indubitablement du Latin incinſta. Anaſtaſe le Bibliothecate, dans ſon Hilloire Eccléſialique, parlant de ceux de Pergame aſſiées par Muſalmus: Viri civitaris illius mulierem incinſtam, jamjamque parturam, inciderunt. Mais le Latin incinſta ne vient pas de cingere. Il vient d'incire. Feſtus : GRAVIDA, eſt' qua jam gravatur conceptu : PRAGNANS vero, occupata in generando quod concepere : INCIENS, propinqua partu : quod incitatus ſit ſotus ejus. Et ce mot inciens, pour le marquer en paſſant, ſe trouve dans Varon, livre 1. chap. 2. de Re Reſtica, & dans Arnobe, livre vii. adversus Grintes. Et incire, ſelon moi, a été fait du Grec iſquion. Les Gloſes : pragnans : iſquion, iſquion. Iſidore ſe trompe, qui derive incinſta, de ſine cinſtu: quia pracingi fortiter uterus non permititis. Voyez mes Origines Italiennes, au mot incinta. Le ſavant M. Ferrari, & le plus ſavant des Italiens, a été de mon côté touchant cette étymologie. M.
ENCINTE. Villon, dans ſon grand Teſta- ment, a dit, emmailloté d'une jacophe, en parlant d'un homme empêché d'un gros ſiègme, comme l'eſt de ſon enfant une femme enceinte. Ce qui me fait croire qu'enceinte vient de cingere. Et ce qui me le prouve encore mieux, c'eſt que dans la Chronique Scandaleuſe, ſous l'onzième Juin 1465. Il eſt parlé d'une Proceſſion qui ſe fit à Paris ce jour-là pour la ſanté & bonne prospérité du Roy, & auſſi de la Royne, & du fruit qui eſtoit autour d'elle, c'eſt-à-dire, dont elle étoit enceinte & empêchée, a peu près comme l'eſt dans Villon un homme emmailloté d'un jacophe, qui pourtant ne le ceint pas, ni ne l'emmaillote, puſſque c'eſt dans ſa poitrine qu'il le porte. Le Duchat.
ENCENS. D'incenſum. Voyez Paſquier, dans ſes Recherches, livre viii. chapitre 34. & M. de Saumaiſe ſur Solin, page 500. M.
ENCHANTER. D'incantare, qu'on a dit pour le ſimple cantare. Servius, ſur ce vers de Virgile : Frigidus, in pratis cantando rumpitur anguis- Veteres cantare de magico carmine dicebant : unde & excantare, eſt magicis carminibus obligare. Plautus in Bacchidibus : Nam tu quidem cuivis excantare cor facile potes. M.
ENCHASSER. Mettre dans une chaſſe; mettre dans un chaſſis, dans un chaton, dans quelque choſe qui retienne la choſe enchaſſée. Du Latin capſa chaſſe; comme qui diroit incapſare.
ENCHERIR. Devenir plus cher; rendre plus cher, augmenter le prix; & de-la ſigurément ſurpaſſer, aller au-deſſus. De cher, fait du Latin carus. Voyez ci-deſſus Cher.
ENCHEVESTRER. D'incapiſtrare : d'où les Eſpagnois ont auſſi fait enchaſſrar. Incapiſtrare a été formé de capiſtrum. M.
ENCHIFRENE. Qui a un rhume dans le cerveau. D'incamiſranatus. In chamo & ſrano maxillas eorum conſtringe, dans le Pſeaume 31. Ceux qui ont un rhume dans le cerveau, ont le nez embartaſſé. M.
ENCIS. L'ancienne Coutume d'Anjou & du Maine, non imprimée : Le Baron a en ſa Terre le meurtre, le rapt, & l'encis. Tous ne l'euſſent pas anciennement. Rapt, ſi eſt femme forcée. Encis, ſi eſt quand l'en ſiert femme enceinte, & elle & l'enfant ſe meurent. En la nouvelle, Article 44. Le Seigneur Chaſtelain eſt fondé d'avoir toute Juſtice, haute, moyenne, & baſſe, avec la connoiſſance des grands cas cy-après déclarer : C'eſt-à-ſavoir, de raviſſement de perſonnes, d'homicides faits de guez à penz, & de encis; ſi eſt de meurtrir femme enceinte, ou ſon enfant au ventre. Je crois qu'il vient d'inciſſum; qu'on a fait d'incidere; qu'on a dit comme occidere. Incidere, c'eſt intus cadere. M.
ENCLITIQUE. Terme de la Grammaire Grecque. On appelle enclitiques certaines particules qui s'inclinent & s'appuyant il bien ſur le mot précédent, qu'elles ſemblent s'y unir, & n'en faire qu'un avec lui. Du verbe iſquion inclino.
ENCLUME. D'incudine, ablatiſ d'incido : dont les Italiens ont auſſi fait ancudine : incudine, incudine, inclone, inclone, INCLUME. M.
ENCOMBRER. Vieux mot, qui ſigniſſo empêcher, embarraſſer : d'où le ſubſtantif ENCOMBRIER. Du Latin-barbare incombrare, fait de com- bri, qui signifie un abatis de bois. La Chronique d'Aymar de Chabannes, page 151, parlant de Clotaire: In Silvam confugit in Areiaum, fecique combros, totam spem suam in Dei pietate transfundens. Ce qui est pris mot pour mot de l'Auteur du Gesta Regum Francorum, chap. 25. lequel vivait du tems de Charles Martel. Grégoire de Tours, livre 3. de son Histoire, chapitre 28. parlant de la même chose, a dit: Et concides magnas in Sivius illis fecit, totamque spem suam in Dei pietatem transfundens. Ce qui ne permet pas de douter que combri ne signifie des abatis de bois. Les Italiens du même mot Latin incombrare, ont fait leur ingombrare. L'Aleandri, qui le dérive d'inumbrare, se méprend tout-a-fait. C'est dans sa Défense de l'Adone du Cavalier Marin: où, après avoir cité ces vers du Cavalier Marin; Di questo corpo la grandezza vera Minor sempre è del sol: né mai l'adombra; Che della Terra a misurarla intera, La trentesima parte appena ingombra; il dit: Dove avverrasi, ch' egli usa parimente la voce ingombrare; laqual viene dal Latino inumbrare; che vale, coprir con l'ombra, ovvero offuscare: unde leggiamo appo Lucrezzio, nel quinto: Terraque inumbratur, quà nimbi cumque feruntur. Nel qual senso, pare l'ossesse il Petrarca, quando disse: Né d'altro impedimento, ond'io mi lagni Qualunque più l'umana vista ingombra, Quando d'un vel, &c. E perche l'ombra riesce come d'impedimento ed occupazione a luoghi illuminati, se poi tirato il detto verbo ingombrare al significato d'occupare e d'impedire. Je suis, au reste, de l'avis de M. Guyet, qui dérivoit combrus de cumulus, & incombrare, d'incumulare. De tout ce discours, il paroît qu'incombrare a signifié originairement embarrasser par un abatis de bois. M.
ENCORE. Sylvius, dans sa Grammaire, page 157, le dérive d'incoram. CORAM, dit-il, Apuleius sape incoram; nos, encore: sed pro adhuc, quasi in conspectu, in promptu, & præmanibus: ut. Non habeo adhuc: ENCORE. Nice dit la même chose. ENCORE, dit-il, semble qu'il vienne de incoram: qua dictione utitur Apuleius, libris 7. & 10. quasi, in conspectu, in promptu, & præmanibus: deano, etiamnum. Il vient de l'Italien ancora, fait d'anche ora; c'est-à-dire, aussi a présent: etiamnum. La Crucica, au mot ancora, a approché du but. Vale anche in questa ora, in questo tempo, in questo punto. E in questo significato pare che dimostri la sua etimologia, cioè, anche è ora. Les Espagnols disent agora, de hac hora. Covarruvias: AGORA, vale tanto como en este tiempo presente. Idixose agora, quasi hac hora. M. Ferrari, dans ses Origines de la Langue Italienne, dérive l'Italien ancora du Latin hoc quoque, en cette manière: Hoc quoque, hecque, anche, anche, ANCIORA. Ou d'ad qua. Ad qua, anche, anche, ANCIORA. Qui sont des dérivations peu vrai-semblables. J'oubliois a remarquer, que Bourdelot & M. du Cange le dérivent aussi d'incoram. La signification de coram, & celle d'encore, ne s'accordent pas bien. M.
ENCOURIR. Encourir la peine d'un crime; Tome I. E N C. E N D. 529 encourir la disgrace de quelqu'un. Il vient d'incurre, que les Anciens ont pris pour se rendre coupable d'une faute & d'un crime. Ælius Lampridius, dans la Vie d'Alexandre Sévère: In milites autem gravissime animadverti, qui sorte incurrerunt aliqui quod videretur injustum. Tertullien: Crimina quotidiana incurrisonis. Caïeneuve.
ENCRATITES. Anciens hérétiques, ainsi appelés parce qu'ils faisoient profession de continence, & rejettoient le mariage. Du Grec iparvic continens. ENCORE à écrire. D'incaustum. Isidore, dans ses Gloises: Sepia, incaustum: Persius, Pierre, Abbé de Clugny, épître 49. du livre 2. Sed fosfistan calami non inventuntur, incaustum abest. Au lieu d'incaustum, on a dit incaustum: d'où les Italiens ont dit inchoistro, & les François entre. Voïssius, livre 1. de Arte Grammatica, chap. 39. Ab encaustri voce est, quod Poloni colorem qua scribitur, etiam atrum, per euvaritudo generis, appellent incaust: ut Itait, inchoistro. Volum & inde esse Belgicum inket. Verum hos cenjso, inket dicere xavi abapson, pro tinct, quasi tincta, vel tinctura: quia pema in eo tingitur. Nec atius ori inis Anglicum inke. Ce que dit Voïssius des Polonois est véritable. Dans mon petit Dictionnaire Polonois Latin, incaust est interprété par atramentum. M.
ENCROUE. Ce mot est fort en usage en Baise-Normandie, où les enfants, & autres, jetent des bâtons dans les pommiers & dans les poiriers, pour abattre des pommes & des poires; dans les noyers, pour abattre des noix; dans les hêtres, pour abattre des faines, &c. & comme il arrive souvent que ces bâtons demeurent embarrasses dans les branches, on dit, qu'un baton est encroue: & ce mot vient d'incuoratus, formé de crux; parce qu'un bâton, dans cet état, forme une croix avec la branche qui le retient. J'apprens de M. de la Piquetiere, que les Angevins disent aussi encroché dans le même sens: ce qui fortifie ma pensée. Il peut bien aussi avoir été fait d'incuorare, formé à l'Italienne du mot cruce, que les Italiens ont fait de cruce. Voyez le Glossaire Latin de M. du Cange, au mot incuorare. S. Add.
ENCYCLOPEDIE. Science universelle; recueil ou enchaînement de toutes les sciences ensemble. Ce mot vient du Grec iparvuloransonia, fait de la préposition io in, de sua & cercle, & de vusnia, qui signifie science, doctrine, érudition, littérature, & dont la racine est vusie puer. Les Grecs appelloient iparvuloransonia la connoissance des sept Arts libéraux, la possession de toutes les sciences. Orbis illa doctrina, quem Grac iparvuloransonia vocant, dit Quintilien. Les Grecs ont aussi dit vusie & cracionis.
ENDABLE. Le Roman de la Rose, fol. 69. 5. Eglise, tu es mal sortie, Si tacite est assaillie Par les Chevaliers de la Table. Ta Seigneurie est fort endable, Si ceux s'efforcent de la prendre A qui on la baille à défendre. Ce mot vient d'indebilis, par le changement de l'e en a. Ailleurs on lit endable dans la même signifi- cation. Voyez Borel, dans les Additions à ses Antiquités Gauloises & Françoises. Le Duchat.
ENDEMENTIERS. Vieux mot inusité, qui signifie cependant. L'ancien Dictionnaire Latin-François du Père Labbe : INTERDIU, endementier que jours est. Joachim du Bellay s'est servi de ce mot dans la Traduction qu'il a faite de quelques livres de l'Enéide, comme il le témoigne lui-même, dans son Épître à son ami Morel, Gentilhomme Ambrunois. J'ai uſé, dit-il, de gallées, pour gallères, endementiers, pour cependant; iſnel, pour leger; carrollant, pour daisiant; & autres, dont l'Antiquité, suivant l'exemple de mon Auteur Virgile, me semble donner quelque majesté aux vires, principalement, en un long Poème; pour-veu toutefois que l'usage n'en soit immodéré. Pas-quier, livre VIII. chapitre 3. ENDEMENTIERS avoit en vogue juſques au time de Jean le Maire de Bel-ges : car il en uſé fort ſouvent. Joachim du Bellay le voulut remettre ſus, mais il n'y puſ jamais par-venir. André du Cheine, dans les Annotations ſur Alain Chartier, page 858. le dérive d'intereadum. Il vient de ces trois mots Latins, in, de, interim. Les Italiens ont fait de même mettre, d'interim; puſ métathéſe. Interim, extrem, MENTRE. On a dit deinterim, comme demagis, dedeinde, dema-ne. M.
ENDENTURE. Henri VI. Roi d'Anglé-terre, charge par une eſpèce de lettre ou commüi-fion, Meſſire Thomas Héo, Chevalier, Bailli de Mante, de commander dans cette ville. Le titre de cette Lettre eſt, Endenture faite entre Hen-ri VI. Roi d'Angleterre, & Thomas Héo, &c. Ces Endentures étoient des contrats en parchemin; ap-pellés en Latin charta indentata. On les failoit doubles pour les deux contractions, mais ſur une même feuille de parchemin plicé, l'un ſur un feuillet, & l'autre ſur un autre; enſuite on les ſéparoit: & lortqu'ils étoient ſéparés, on décou-ponit le parchemin en forme de dents, afin qu'on ne pût le falifier. Celui qui vouloit ſe ſervir de ſon double, étoit obligé de faire voir que les en-dentures ſe rapprotoient à l'autre original, en les approchant l'un de l'autre, & les joignant par les dents. On les appelloit auſſi charta partia. Le Père Daniel, Histoire de la Milice François. Les Anglois appellent encore aujourd'hui Indenture un Acte de cette façon.
ENDETTER. D'indebitare. M.
ENDEVER. Peut-être d'indévare; comme qui diroit, a Deo, au Damone corripi: eſtre poſ-jédé. Divatus ſe trouve dans les Gloſes; mais en une autre ſignification. Divatus, à vire d'une pro-que. M. du Cange le dérive d'indévare: préten-dant que de deviare, dit pour extra viam tre, comme deliare, pour extra liam arare, on a dit deſver. Deſver ſe trouve dans une vieille Traduc-tion François du Droit Canon: Sa doctrine ne doit pas eſtre appelée héréſie, mais deſverie. C'eſt au ch. 2. de Summa Trinitate, vers la fin. Il y a dans le Latin, Almarici doctrinam, non tam hareticam, quam inſanam eſſe cenſendam. M. ENDIMANCHE: pour paré, bien ajuſté; qui eſt une façon de parler fort uſitée à Paris par le petit peuple, & qui a été formée du mot de di-manche; à cauſe de la coutume qu'on a de ſe pa-rer davantage les dimanches que les jours ouvriers. Les Gaſcons diient de même, l'endimenja. Ils ap-pellent le dimanche, dimenja. M.
ENDITER. Vieux mot, qui ſignifie deſi- gner. M. Huet le dérive d'indéitare, fait, dit-il, d'indétreux. Je crois qu'il vient d'indigitare. M.
ENDIVE. Eſpèce de chicorée. D'inyba. Vir-gile: Et amaris inyba fibris. Columelle: Et ter-peuti grata palato, Intuba. M.
ENDOIER. Vieux mot inusité, qui ſignifie montrer au doit. D'indigitare. Indigitare, c'eſt-a-dire, digito monſtrare. Iunſchabunio. M.
ENDROIT. In direſte. M.
ENDUIRE. Incruſtare parietes. Picard le déri-ve d'induire. Il vient d'inducre. Nicot: Enduire, eſt, faire incruſtation ſur un mur, pour en cacher la deſormité de l'entrebayement des pierres. Et vient d'inducre, qui ſignifie obliere, incruſtare, lui-mento obducere. Inducere ſe trouve en cette ſi-guification dans les anciens Auteurs Latins: Juvé-nal: — Inductior, atque ſovetur, Tot medicaminibus facies dicatur an ulcus. Tertullien a dit, tecluria inducere: Seit alba ius teclur, & tecla ſarcire, & tecluria inducere, & cii-ternam liare, & cymatia diſtendere, & multa alia ornamenta prater ſomulacra parieribus incriſpare. C'eſt dans ſon livre de l'Idolatrie. Pline a dit auſſi parietem creta inducere. M. ENDUIRE ſignifie auſſi dans nos vieux livres digerer. Rabelais, livre 3. ch. 15. édit. de 1616. Ainſi font les ſauconniers: quand ils ont ripeu leurs oſeaux, ils ne les font voler ſur leurs gorges; ils les laſſent endurre ſur la perche. Mais le ſieur des Eſ-fars, ch. 50. du liv. 5. d'Amadis, ſemble avoir em-ployé le mot enduit pour celui d'appétit, dans ces paroles, dans ce paſlage: Et à cette cauſe manda incontinent à celle qui avoit la garde des griffons, qu'elle ne les repeuſt pour ce jour, afin qu'ils eufent meilleur enduit quand viendroit au beſoin. Le Du-chat.
ENDURER. Le verbe durare ſignifie ſouvent dans les bons Auteurs endurer & ſouffrir pariem-ment. Virgile, livre 1. de l'Enéide: Durate, & voſmet rebus ſervate ſecundis. Térence dans les Adelphes: Durare qui ſquam, ſi ſie ſis, puteſi. Les Gloſes: paſſi, duru; paſſi, longanimis. Et du verbe durare les Auteurs de la moienne Latinité ont fait indurare, d'où nous avons tiré notre endurer. Boniface, Archevêque de Maïence, épit. 91. Nifi aliunde conſilium & ad-jutorem habrant, ut ſuſtinere & indurare in illis ad minifterium populi poſſint. Mathieu Paris, en la Vie de Henri III. Impetus militum durorum & Martio-rum ſuſtinere non prevalens. Caſeneuve.
ENERGUMENE. Homme poſſent du Dé-mon. Ce mot vient du Grec inſſi, fait du ver-be inſſi, qui ſignifie être mu, être mis en ac-tion, être mu par un eſprit, & en particulier par un malin eſprit. De lo in, & ſes opus, ſaſtum. Le mot inſſi, qui ſignifie action, opération, eſ-ficacité, & duquel eſt pris le François énergie, vient auſſi de la même ſource.
ENERTER. Nos payſans d'Anjou diſent ener-ter au lieu, pour dire, y planter des arbres. Peut-être d'inarbuſtare. M.
ENFANS. D'inſantes: dont les Latins ſe ſont servis en cette signification. Cujas sur la Loi Si infantes, au Code de Jure deliberandi : Et majore errer infantes vulgo dicuntur liberi, ut loquemer in idiotismo, & Hieronymus refere in Genefim. Hodieque, inquit, omnes filii vocantur infantes Rome. Et invenies quoque in Lege Uxorem, 5. ultimo, de legatis 3. Et in Lege Cum vero, 5. Cum quidam, Digestis de Fideicommissariis Libertatibus, infantem dict, non pro minure septennio, sed pro quolibet pure, vel puella. ¶ Dans la Gascogne & dans le Languedoc, ou appelle enfans les enfans males. Scaliger dans son second Scaligerana, page 70. Un Gascon disoit d'une Demoiselle, Elle a trois enfans & deux filles. Enfant & infans aussi se disent des maffes, & non pas des femelles, selon quelques-uns. M.
ENFANS-PERDUS. Voyez Paul Jove, livre xv. de les Histoires, feuillet 175. verso. M.
ENFERME. Ce mot s'est dit pour infirme, & enfermier pour infirmier. Perceforell, vol. 6. chap. 35. Dont est l'enferme en grand péril, qui se met pour guérir et mains de celui qui ne connoiff sa maladie. Le Duchat.
ENFERMER. D'infirmare. Voyez fermer. M.
ENFEU. On appelle ainsi dans l'Anjou une cave dans les Eglises, pour la fœpulure des corps morts. D'infodicum. Infodicum, infocum, ENFEU. Voyez mon Histoire de Sable, livre ix. chap. 3. page 240. On a dit fodere, de ceux qui faisoient les foies pour la fœpulure des morts. Et de-la, Fossarius, pour celui qui faisoit ces foies. L'Auteur de la Lettre de Septem Ordinibus Ecclesia, attribuée faussement à S. Jérôme : Primus igitur in Cæmis Fossariorum ordo est, qui, in Guillandicum Tobia sancti, fœpelire mortuus admonentur. Et c'est de ce mot Fossarius que les Angevins ont fait leur mot de Fossarius. C'est ainsi que les Angevins appellent un Fossoyeur.
ENFILER. Des perles; un chapeler. D'infilare. Les Italiens disent infilare, qu'ils ont fait d'infilciare. Filum, fili, filicium, infiliciare, INFILZARE. Les Espagnols disent enfarare, d'inferere: infero, infernum, infernare, ENSARTAR. M.
ENFONCER. D'infundicare. Fundus fundi, fundicus, fundicare. De fundus, les Italiens ont fait de même affondare. M.
ENFOUIR. D'infodire, dit par metaplasme, pour infodere. M.
ENFREINDRE. Rompre, briser. Ce mot n'est plus aujourd'hui en usage que dans les contraventions aux Loix, Coutumes, Ordonnances, & Traités. Il vient d'infrendere, composé du verbe frendere, qui signifie rompre & briser. Festus Pompeius : Frendere, est frangere. Virgile au livre 3. de l'Eneide, prend infrendere dentibus, pour grincer les dents : parce que durant le transport d'une colère enragée, on les fait craquer comme si l'on en brisoit quelque chose de bien dur. Les Glofes : Frendou, S. 1. c'est-à-dire, briser, frisser. Caseneuve.
ENGAGER. Comme de vadium nous avons fait gage; ainsi nous avons formé engager d'invadiare. Burchardus, de Cassius Monasterii S. Galli chapitre x.1. Calicem aureum ac alias possessiones, pro centum nonaginta marcis & centum libris denariorum, invadiavit. Caseneuve.
ENGAGER. D'invadiare; qui se trouve en cette signification dans la Loi des Lombards, liv. I. titre 14. Sigebert, dans sa Chronique sur l'année cx. Wilhelmus, Comes Pictavensis, invadiavit eamdem civitatem Raymundo Comiti. Voyez gage. M.
ENGANNER. Voyez engigner. Caseneuve. ENGANNER. Vieux mot François, qui signifie tromper, de même que l'Italien ingannare. Le François & l'Italien ont été faits de gannare, mot Latin, qui signifie se moquer : comme ganna & gannatura signifient moquerie. Les Glofes anciennes : Gannat, x. 1. gannator, x. 2. gannat. Aldème, dans son livre des Louanges de la Virginité : Quasi ridiculosum subgannaturis gannatura approbrium. Vossus se trompe, qui corrige en cet endroit gannatura : à gannat. Et Lacerda l'explique mal, par turpe luterum. Rabanus Maurus, livre 1. de Institutioibus Clericorum, chap. 3. Ut idem Apostolus, بينهم successores, & sesquipedes ridiculosum gannatura indibrium in populo Romano portarent. Le Latin ganna a été fait du Grec x. 1. mot de la même signification que ganna. Hecychius : x. 2. ganna, x. 3. gannat : x. 4. gannat. Le x. 5. se change en y. x. 6. ganna, ganna : comme en galbanum de x. 7. ganna : & en doga, de x. 8. ganna, en x. 9. gannat, de x. 10. gannat. M. Carlo Dati dérivoit l'Italien ingannare d'ingenium. Voyez mes Origines de la Langue Italienne. ¶ Enganner, pour tromper, est encore aujourd'hui en usage dans la Basse-Normandie parmi le petit peuple. M.
ENGEANCE. D'ingignere, on a fait ENGER. Ingigno, ingino, inginico: ingino, ingincare, INGER: ingincantia, ENGEANCE. M.
ENGEAUTRER. Mot de même signification qu'engoder. Villon, dans son grand Testament : Toujours trompeur austry engaussie. D'ingabiolature; comme vantrer de volutare. Le Duchat.
ENGELURE. Mal canse par le froid. D'ingelatura. M.
ENGEOLER. D'ingabiolare. C'est une métaphore, prise des Oiseleurs, qui attirent les oiseaux dans leurs filets, par le chant d'autres oiseaux. Fistula dulce canis, volucrem dum decipis anceps. Gabiola est un mot Italien qui signifie une cage. M.
ENGIGNER. C'est-à-dire, trahir, tromper. Le Roman de Guillaume au court nez, au Charroy de Nîmes : Dex, dit Bertrand, beau-pere droiturier, Nos sommes are trahi & engigné. On disoit aussi enganer. Le même Roman : Mal enganes, & malement surpris. Et de-là vient l'Espagnol angar. Caseneuve.
ENGIGNER. Vieux mot insitée. Gaston de Foix, dans son Miroir de la Chasse, page 10. Car aucune fois on y est engigné. C'est-à-dire, on y est trompé. D'ingannare. M.
ENGILBERT, ou ENGINBERT. Nom propre d'homme. Il vient de la Langue Teutonique, comme on voit aisément, & il signifie juvenis claris. Il est composé de deux mots. Ergil ou engin est fait de enke jeune, dont le diminutif est enckel. Au lieu de enke on a dit aussi sage, et cho, enke egge, ekkie, egin, suivant les différentes prononciations. Voyez ci-devant Eginhart Bert signifie illustre. Voyez Berte.
ENGIN. Il vient du Latin ingenium : & par X x x ij ainsi la propre signification de ce mot est esprit, industrie, & entendement. Le Maréchal de Ville-Hardouin, livre 1. Par son sens & engin, que il avait moit cler & moit bon. Et Alain Chartier au Traité de l'Épérance ou Consolation des trois Vertus. Mais la discretion de régence naît de plusieurs engins, esquels les contés sont espérés, qui affèrent à si haut miniffere. Il signifioit anciennement trompe-tis & trahison. Le Maréchal de Ville-Hardouin: A bonne foy, & sans mal engin. Et le Roman de Guillaume au court nez, au Moinage Guill. Je' s'gaurai bien par ma barbe furie, Se vous me dites engin ne tricherie. Nos Hiftoriens prenoient le mot ingenium en ce même sens. Grégoire de Tours, livre 3. chapitre 2. Rex vero adveniens cum in multis ingenis est auffertre mieretur. Et ailleurs: Rex vero cum eos per ingenium dolos est jucatis non posses ejicere. Et de-là vient le mot Espagnol ingenio. Nous trouvons aussi dans un Catalogue des Gentils-hommes qui renodent immédiatement des terres de Guillaume le Conquérant, que Duchesne a fait imprimer ensuite des Hiftoriens Normans, ces deux noms propres Willemus Ingamia, & Waldinus Ingamiator; qui étoient sans doute deux soubriquets, dont l'usage étoit si commun en ce tems-là, que les Princes même ne s'en offendoient pas. Le mot d'engin ne se dit aujourd'hui que des machines & instruments d'invention fobelle: auquel sens il étoit aussi pris par les Anciens. Le Maréchal de Ville-Hardouin, livre 7. Et firent engin chapuisse de maine maniere. Tertullien, dans son Traité De Ballio: Cum tamen ultimament tempora patria, & artes jam Romanus in muros quandam sus audere; stupuere illico Carthagineses ut novum extraneum ingenium. Caïeneuve.
ENGIN. D'ingenium. Ce mot engin signifioit anciennement esprit & invention. Alain Chartier, dans son Quadrilogue, page 414. Vos engins travaillent à acquerir finance, & vos vanités à les déguster. Le Reclus de Molens: Hom qui raison as & angien, Icliste semblance resien. Un ancien Fragment, cité par André du Chesne: La force vient de bon sens & de bon engien plus que de grandeur de membres. Rabelais, livre II. chapitre 27. Prenez-y tous, Roys, Ducs, rucs & piens, Enseignement, qu'engien mieux vaut que force. Or comme il faut beaucoup d'esprit & d'invention à faire des machines & des instruments, ce mot a été pris ensuite pour des machines & des instruments. Le Roman de Garin: Li engignieres, qui ont l'engin basy. Et ailleurs: Lievant engins sont perieres deceites, A Mangoniax le seu Grezans lors gientent. Les Latins ont usé du mot ingenia en cette signification. Isidore: Apud Antiquos Minerva vocata quasi Dea & manus artium variarum. Hanc enim minitorum ingeniorum prohibent. De-là, nous avons fait l'agron ingénieurs, & les Espagnols en ont fait celui d'ingenieres. Voyez François Pithou, dans son Glosfaire, au mot ingenium, André du Chesne, ne, dans ses Annotations sur Alain Chartier, page 856. M. Bignon sur Marculfe, page 519. & M. de Saumelée sur Tertullien de Pallio. M.
ENGLOUTIR. Outre sa naturelle signification, qui est avaller; il est pris pour ençonner & abymar. Il est formé d'ingiure, composé de glutiere, qui signifie avaller. Caïeneuve.
ENGONCE. Géné, contraint dans son habit. D'ingominatus. Voyez gonne. M. ENGONCE ou ENGONSE. C'est ainsi qu'on appelle ceux qui ont la taille entaillée, & la tête entre les deux épaules. Par corruption du mot escombé, qui se trouve dans les vieux écrivains François, pour caché. D'abfonsus. Huet.
ENGOUÉ. A Beaune, en Bourgogne on dit agoué, pour dire dégouté, quand on est las d'avoir trop mangé d'une chose. Ce qui pourroit donner sujet de croire que le mot agoué auroit été fait de la particule privative A, & de l'adjectif guttarus; et qu'engoué a été fait de même d'ingustarus. Mais il est certain qu'engoué a été fait d'ingustarus, fait de gumia, vieux mot Latin qui signifie gouta. Gumia, ingumiere, ingomiere, d'ou l'italien ingoiere, ingoiere, ENGOUER. M.