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03.0 Dictionnaire etymologique — FARCIN – FLIONS

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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FARCIN. Maladie de cheval. De *farcimen*. Sez-liger sur les Catalectes: *panices sunt, quod vulgo vocamus farcin: corrupte, a farciminie*. *Vegete*, liv. I. ch. 14. de son Art Veterinaire, parlant du farcini des chevaux. *Farciminosus autem morbus à fouilitudine farciminis appellatus est : quia velus per fistulas quasdam inter cuem & carnem corruptus humor emanat, & per totum corpus collectiones plurimar facit.* M.
FARD. Nous l'avons pris de l'Alleman *farb*, qui signifie couleur. Le Dictionnaire de Dafypodius : *Farb*, *color*. Cafeneuve.
FARD. Le Pere Labbe, à la page 131, de la 1. partie de ses Etymologies, le dérive de *fucus ardent*, qui est une Etymologie indigne d'un si savant homme : car le Pere Labbe étoit un homme savant. *Fard* a été fait de *fucus*, en cette manière : *Fucus*, *fucardus*, *fucardus*, *fardus*, FARD. M. de Cafeneuve le dérive de l'Alleman *farb*, qui signifie couleur. Le Dictionnaire de Dafypodius : *Farb*, *Color*. Je persévère dans mon origine. *Fard* a été formé de *fucardus*, comme *mourre*, de *micatura*, *Micatura*, *miurra*, *miurra*, *murra*, MOURRE. Voyez *mourre*. M.
FARD. L'étymologie que M. Ménage donne de ce mot, ne paroît pas recevable. J'aimerais encore mieux celle de M. de Cafeneuve, qui le dérive de l'Alleman *farb*, par le changement de *b* en *d*. Guichart croit qu'on peut le faire venir de l'Ebreu *fucus barad*, en changeant le *b* en *v*, & l'*v* en *f*, trois lettres qui sont du même organe. *Barad* signifie la *grêle*, & *fucus barad* signifie *grêle*, c'est-à-dire, marqué de points semblables à des grains de grêle. Nous disons en François, un visage grêle, en parlant d'un visage marqué de petite vercle. Mais il y a bien de la différence entre un visage grêle, & un visage fardé, & les Dames qui mettent du fard, étoient fachées de paroître avec un visage grêle.
FARDEAU. Nicot le dérive de *gigrius*, diminutif de *gigrius*, *onus*. Il vient de *fortellus*, diminutif de *fortus*. *gigrius*, *fortus*, *fortellus*, *fartellus*, *fardellus*, FARDEAU. Ou de *feritellum*, inusité, formé de *fero*, *fero*, *feritum*, *feritellum*, *feritellum*, *fartellum*, *fardellum*, FARDEAU. François Pithou, dans son *Pithou*, dit que *fardus* se trouve en cette signification dans *Feltus*. Je l'y ai cherché, & je ne l'y ai pas trouvé. M.
FARDEAU, vient originellement de *burd*, mot Alleman des plus anciens. En Grec *gigrius* & *gigrius*, en Anglo-Saxon *burthen*, en Anglois *burthen*, en Islandois *burd*. De-là le mot *burdones*, mulces de charge, dans Ulpien.
FARE. C'est ainsi qu'on appelle une tour élevée sur le bord de la mer, au haut de laquelle on allume du feu, ou un fanal, la nuit, pour assurer la navigation. Ce mot vient de *Pharos*, l'île près d'Alexandrie en Egypte, dans laquelle il y avoit une tour qui portoit aussi le nom de *Pharos* ou *Pharos*, & sur laquelle on allumoit des fanaux chaque nuit. Voyez ci-devant *Faraillon*.
FARFADET. Sorte de démon, appelé autrement *Fargiolites*. J'ai cherché long-tems l'étymologie de ce mot : & je l'ai enfin trouvée. *Farfadet* a été fait de *fades*, qui se trouve en la même signification. Gervasius Tilleberienis, en son livre de *Ois Imperialibus*, décision 3. chap. 82. *Multi testantur*, se vidisse *Silvanus* & *Paanus*, quos Incubox nominant : *Galli vero* *Dufus dicunt*, &c. *Quofdam hujusmodi larvarum quas fadas nominant, amatores audivimus*, &c. Et au chapitre 94. parlant d'un cheval admirable : *Quid dicam ! neccio si verus equus fuit, aut si fades erat, ut homines dixerant*. Ce livre n'est pas imprimé ; mais ce passage a été produit par M. du Cange dans son Glossaire Latin au mot *fades*. Et *farfadet* a été fait de *fades*, en cette manière : *Fades*, *fades*, & par reduplication, *fafadetus*, & ensuite, par l'addition de l'R, *farfadetus*. C'est ainsi que les Italiens de *gigrius*, qui signifie ce papillon qui se brûle à la chandelle, ont fait *farfalla*, mot de la même signification. *gigrius*, *falla*, *fafalla*, FARFALLA. Voyez ci-dessous *parpailland*, & mes Origines Italiennes au mot *farfalla*. Il me reste à parler de l'étymologie du mot *fades*. Il a été fait de *fari*, qui signifie proprement parler, mais qui emporte aussi quelque divination : comme il paroît par le mot *fata*, dont nous avons fait *Fée*, & par celui de *vates*, fait, comme *fata*, de *gale*, *dico*, *gale*, *fatus*, *fata*, *gale*, *vates*. Les Grecs ont appelé de même *fagias* un Oracle : & les Latins ont dit *della*, en la même signification : d'où les Espagnols ont fait *dicha*. Au lieu de *fatus* & de *fata*, on a dit *fades* & *fada*. Et de-là, l'Espagnol *Hada*, pour une *Fée*. Voyez *Fée*. M.
FARFOUILLER. De *perfolliculare*. *Parfouiller*, FARFOUILLER. Où le *per* signifie le *fari* des Grecs : comme en *perfeminare*, PARSEMER : ou bien le *fari*, comme en *perfero* : qui est le *fari* des Grecs. Voyez *fouiller*. M.
FARFOUILLER. Ne pourroit-on pas le faire venir avec plus de vrai-semblance de *fouille* ? *Farfouiller*, c'est comme qui diroit, *parfouiller*, ou fouiller par-tout.
FARIBOLES. Les Glofes d'Ifidore : *Faria*, *verba multa*. De *faria*, il y a apparence qu'on fit *fariabola*, à l'imitation de *parabola*, qui a été pris pour *parole*, comme je fais voir sur le mot *parole*. Cafeneuve.
FARIBOLES. Henri Etienne, dans le Traité qu'il a fait de l'abus de la Langue Grecque, & Trippault, dans ses Etymologies, estiment qu'on a dit *faribole* par corruption pour *parabole*. Et cette pensée a reçu beaucoup d'approbation. Mais pour moi je suis très-perfuaide que *fariboles* a été fait de *frivola*, par l'insertion de l'E. *Frivola*, *ferivola*, *fariivola*, *fariibola*, FARIBOLES. M. de Cafeneuve le dérive de *faria*, qui dans les Glofes d'Ifidore est interprété par *verba multa*. Bourdelot lui donne la même origine. Je remarquai ici par occasion, que ce mot a été fait de *fari*. M.
FARIBOLES. Voici un passage d'un vieux Livre, où *frivoles* au substantif a été employé dans la signification de *fariboles*. Il est pris de la grande Nef des Fous du monde, Livre imprimé en 1499. fol. 43. v. où l'Auteur déclamant contre l'Astrologie judiciaire, parle ainsi : *O vivant en ce monde, ne enterre pas ton entendement de ces frivoles ; mais tes sens effusques delys. Fais bien, & joyez vertueux : ne doutez ces choses*. Ce passage confirme l'étymologie de M. Ménage. Le Duchat.
FARLOUSE, ou FALLOPE. Oiseaux appelé autrement *alouette de mer*. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. On l'appelle aussi *alouette de pré* ; parce qu'elle fait son nid dans les prez. Voyez Belon. M. FARLOUSE est peut-être une corruption de *prati alanda*. Comme on a appelé cet oiseau *farlouse*, cela me perfuaide qu'on a dit aussi, *farlouse* ; qui se fera formé de *prati alanda*. *Prati alanda*, *pralanda*, *fralanda*, *farlouse*, & ensuite *farlouse*. Le Duchat.
FAROUCHE. De *ferme*, ablatif de *ferox*. M. FAROUCHE.
FAROUCHE. L'Alleman fréob, qui signifie ni- mis liber, menu & pudure solutus, convient avec le Latin ferox, & avec le François farouche.
FASCINES. De fasces. Fascis, fascina, fas- cinina, fascinina, FASCINES. Voyez M. du Cange au mot fascenina. M.
FAT. De fascus. M.
FATRAS. De farcio. Farcio, fa fi, fartum, farta, fartacium, FARTAS, FATRAS. M.
FATRAS. On a dit autrefois faras, au lieu de fartas. Rabelais, livre 4. chap. 10. Homenas tra d'un coffre près le grand au cel un gros faras de clefs. Car c'est ainsi qu'on lit dans les anciennes éditions. Le Duchat.
FAU. Arbre. De fagus. Voyez fouren. M.
FAVAS. C'est ainsi qu'on nomme en Nor- mandie la tige des fèves. De fabalia: comme aussi pefas de pifalia, c'est-à-dire, piforum & fabarum firamen ou stipula. Voyez Mat. Martinius, au mot Fabalis. S. Add.
FAUBLOYER. Ce mot, qui étoit autrefois en usage, signifie dire, réciter, parler, & il vient de fabulari, qui signifie la même chose en La- tin.
FAUXBOURG. Julien Taboë De Republica & Lingua Francica, l'écrit Faux-bourg, c'est-à-di- re, filius vicus & burgus. Henri Etienne, au livre de la Précellence du Langage François, tient qu'on devoit dire forbourg; d'autant qu'il est fors le bourg, c'est-à-dire, extra burgum. Cafe- neuve.
FAUXBOURG. Par corruption, pour forbourg. De foris & de burgus. L'ancienne Coutume de Tou- raine, au chap. des Amendes, art. v. Et pour ladi- te requête de lettre & exécution d'icelle, le Sergent en la Ville & Forbourg n'aura que cinq sols, tant pour lui que pour ses Records. Périon, dans son li- vre de Lingua Gallica Origine, ejusque cum Graeca cognatione, page 87. 6. Extra urbis & oppida do- mus eis vicina, Latine suburbana dicuntur: a no- bis autem cur faulsbourgs appellentur, necio. No- men est, inquam, junctum, & compositum. Burgos, ut Eutropius ait, Burgundiones conjunctas domes appellabant: nec Burgundiones tantum, sed etiam Franci; quod verbum non oppidis jam tribulum: tributum autem esse quondam hinc apparet, quod ci- ves nunc etiam ex eo bourgeois, & suburbana, forbourgs nominamus. Alterum autem verbum, non fauls, sed fors scribendum arbitror, a foris prapo- sitione, qua extra significat. Qua prapositionis signi- ficatio in aliis etiam nostris verbis apparet: ut cum errare aliquem in via & itinere fouvovet, id est, extra viam, & a via deflectere, dicimus: Et cum eques, qui nimium biberunt, forbeus dicimus; quod extra & pratermodum: Et cum forfaire, forfait, & forfaiture dicimus: quod prater jus, aquum, & bonum fiat. Sic enim peccare & peccatum appella- mus: cum vos etiam forclorte, id est, excludere aliquem a praesidio juris culpa sua, dicitis; quasi extra, id est, foris claudere. His ergo verbis, aliis- que ejusdem generis, adducer, ut non faulsbourgs, ut scribi solit, sed forbourgs scribendum esse cre- tome 1. lam: quod domus sint vicina urbi, eique adjuncta; sed extra omnia. Nicot a vile à cet endroit de Pé- ion, lorsqu'il a dit dans son Trésor de la Langue Françoise: Qui est es faulsbourgs, on anpres de la ville: suburbanus. Ut, agere suburbanus. Aucunt, escivent forbourgs: a foris, adverbio, quod extra significat. Qua significatio in aliis etiam verbis ap- paret: forclorte, forfaire, forbeu, forvoyer. Sic forbourg scribendum putant, quod domus quidem sint vicina urbi, eique adjuncta, sed extra omnia. Les Ebreux ont dit de même wu-migrat, pour un faubour: qui est comme qui diroit, urbe expul- sum: de wu-garas, qui signifie eijtere, expellere. Pasquet, dans ses recherches, livre vnt. chapitre 1. est du même avis. Bourg, pour ville; ce sont ses termes: Et de la, Bourgeois pour citoyens: Bourgeoise, & Forbourgs; que nous avons aduncy du mot de fauxbourgs; qui sont toutes les marines hors l'enceinte de la ville. Henri Etienne, dans son livre de la Précellence du Langage François, a fait la même remarque, & Catel, dans ses Mémoires du Languedoc. Nos faubourgs n'ont pourtant pas été ainsi nom- més à cause qu'ils étoient hors des bourgs, c'est- à-dire, hors des villes; ce que j'ai appris de M. de Valois le jeune; mais parce qu'ils étoient des bourgs, bâtis hors les murailles & l'enceinte des villes: nos Auteurs les appellant communément Burgi. Robertus, Moine de S. Marien d'Auffere, en la Chronique: Henricus Rex (c'est Henri I.) prope Semones castra ponit, ubi sepiam diebus moran- tes, Cambium Sancti Remigii, & Burgum Sancti Heraclii, quod nunc Sancti Joannis dicitur, necum & Burgum Sancti Leunis, incendenda vastarum. Ce sont deux Fauxbourgs de Sens, comme il paroît par ce qu'il avoit dit un peu au-dessus, parlant de Sens: Tunc Sancta Maria extra muros, Sanctique Leunis, necum & Sancti Desiderii Basilica, cum ip- sis duobus suburbis, sunt incensa. Et cette Eglise de S. Léon a donné son nom à un Fauxbourg de Sens, où elle est située. Le même Robertus, en l'an 1197. Brenensis Comes, ejusque fiatres, Vice- liacum cum expugnare non possens; Burgum suppo- sium, dominus confertissimum, devostans incendia. C'est-à-dire, ne pouvant prendre Vézelay, ils brûlèrent le Fauxbourg. Et à ce propos il est à re- marquer que la partie baise de la ville de Valence en Dauphiné, laquelle est sur le bord du Rhône, s'appelle le Bourg: & que les actes de Paris qui portent le nom de bourg, ont toutes été autrefois hors la Ville, & dans les Bourgs. Comme entre au- tres, la Rue Beaubourg: la Rue Bourg-Labbé: la Rue Bourg-Tibourg. Ces Rues étoient ancienne- ment hors l'enceinte de la Ville: ce qui paroît par les vieux murs de la Ville. J'ajoute à toutes ces autorités, cet endroit de la fondation du Prieuré de Sablé, imprimé dans mon Histoire de Sablé, page 77. Dedimus etiam illis Terram, ad Burgum faciendum. C'est-à-dire, pour faire un Fauxbourg. M.
FAUXBOURG, est un mot tout-à-fait Teutonl, que, & non moitié Latin. On appelle en Flaman un Fauxbourg voor-stade, c'est-à-dire la ville de devant, ou les batimens que l'on rencontre avant que d'entrer dans une ville. Par on vor est une préposition qui signifie ante; c'est la même chose que le fore des Anglois, le eye des Grecs, & le pro des Latins, & tous ces mots ne diffèrent point effentiellement. Il y a un bourg que l'on rencon- tre avant que d'entrer dans la Haye, le plus beau D d d d bourg de l'Europe; qu'on nomme *Foe-burg*. C'est justement le *proppidum* de Bembo. Biblioth. choine de M. le Clerc, tome 1. page 350. Au lieu de *forbourg* ou *faubourg*, nous ditons *faubourg* en retranchant l'r. Mais on a dit autrefois *forbourg*. Froillart, vol. 1. fol. 34. v. édition de Jean Petit : *Et coururent les coureurs jusques aux portes*, & *méchaignèrent aucuns hommes qu'ils trouverent et Forbourgs*. Le Journal du Régne de Charles VI. sur l'an 1418. page 502. de l'Hist. de ce Roi, édit. du Louvre 1653. *Et courir jusques aux Forbourgs*. Le Duchat.
FAUCHER. De *s'alcare*, ou de *falcitare*. Joannes Januenis, dans son Catholicon : *Falcare, falce jecare*. Les Glofes d'Isidore : *Falcitar, putat, fecat*. Cafeneuve.
FAUCHER. De *falcare*. M.
FAUCHET. *Falx, falcis, falce, falcarius*, FAUCHET : mot célèbre par le nom du Président Fauchet. M.
FAUCHON. Vieux mot, qui signifie une sorte d'épée appellée autrement *brance*, en vieux langage Alleman. Le Président Fauchet estime que cette épée a été appelée *fauchon*, parce que dans les combats on en fauchoit la vie des hommes. Et pour cela, il produit ces vers de l'Auteur du Pèlerinage de l'Ame : *On le fauchon je te ceindray, C'est au livre 1. de la Milice, chap. 1. L'opinion de Fauchet me semble peu vrai-femblable. Fauchon a été dit de la figure courbée en forme de faux. Les Glofes d'Isidore : *Falcarius, Gladiator falcem gerent*. M.
FAUCILLE. C'est une espèce de petite faux à couper le blé par poignées. De *falcilla* ou *falcicula*, diminutif de *faux, falcis*. Le Duchat.
FAUCON. On appelle proprement *faucons*, en Latin *falcones*, les hommes qui ont les doigts des pieds crochus en forme de faux. Fêtes Pompeius : *Falcones dicuntur, quorum digiti polices in pedibus intra sunt curvati; a similitudine falcis*. Les Glofes d'Isidore : *Falcones, qui polices pedis intra curvis habent*. Les Glofes : *Falcones, diavolii, a visus seu di invittis*. Entre les oiseaux de rapine, le *faucon* a été ainsi appellé, parce qu'il a les ongles fort crochus. Aussi Albert le Grand, au livre de *Falconibus, Asturibus, & Accipitribus*, chap. 1. faisant la description d'un vrai faucon, lui donne des ongles recourbés en dedans : *Sit igitur coxa longa & bene pemata, & crus curtum, & pes bene patulus; & digiti fortes, & pracipue in nodos articulorum; & ungues fortes, & magis aliquantulum ad interius pedis curvati*. Cafeneuve.
FAUCON. Oiseau. De *falcone*, ablatif de *falco*, lequel mot *falco* a été dit d'un oiseau qui a les pieds crochus. Sextus Pompeius : *FALCONES dicuntur, quorum digiti polices in pedibus intra sunt curvati*. Isidore, livre XII. de ses Origines, chap. 7. CAPUS : *Italica Lingua dicitur a capiendo. Hunc nurs falconem vocant, ce quod incurvis digiti sit*. Et dans ses Glofes : *Falcones, qui polices pedis intra curvis habent*. Pontus de Thyard, Evêque de Châlons sur Saone, qui derive *faucon* de *quercis* n'a pas bien rencontré. Voici les termes, qui sont de son Traité de l'Imposition des noms, page 60. *Fauconis, (unde Gatis faucon), quod palumbus, id est, quercis persequatur, & capiat; atque etiam* *calambas, qua wigwisi, anis wigwisi; quid supra modum amori sint dedita*. M.
FAUCON. Le mot Latin *falco*, d'où le François *faucon*, vient, selon Wachter, des Langues leptentrionales. Voici les paroles de cet Auteur, dans son *Glossarium Germanicum*, page 406. FALK, *species accipitris, incredibilis avium terror*. *Gloss. Ælf. in nom. avium : Falco, vol capus, a capiendo*, wealthhafoc. *Boxhorno in Lex. Ant. Brit. gwalch accipiter*. *Gloss. Pex. Herodium falucho. Verelius in Ind. Valut falco, accipiter*. *Idem Belgii valk, Gracis inferioribus salum, Latinis falco, Gallis faulcon. Quidam nomen a falce, vel falcatis ungubus, effingunt, quasi origine Latinum esset, quod falsum. Nam falco Latinis ferò innoiuit, & ame Julium Formicum nemo dixit falco, ne Plinius quidem, qui historiam animalium flylo suo ornavit. Et Bembus, Cardinalis ille Latinè doffissimus, non ausus est dicere falco, sed falcones aquilas appellavit, quamvis inepie. Latini enim non aquilam, sed immifsulum vocant, ab immitendo, quia captura causa in sublime mittitur. Olim existimam falk derivari a fallen proserere, vel a fallen irruere, vel a walken agitare; quoniam hac mirè convenire videbantur falconi, qui aves minores solo conspectu deprimit, ut manibus prehendi a venantibus possint; grues vero altissime supervolans fulminis inftar adoritur, casque in aere diu agitata, tandem in terram dat pracipies. At nunc diligentius perpenfa voce Saxonica wealth-hafoc, qua proprie accipiterem peregrinum denotat, a walch peregrinus, non amplius dubito quin reliqua ab illa sint avolfa per apucpen. Pracipuum compositum est gerfalk, de quo infra.*
FAUDE. Voyez *fauteuil*. M.
FAUPERDRIEU. Oiseau de rapine. Je crois que cet oiseau a été ainsi appellé de *falco perdicious*; comme qui ditroit *faucon de perdris*: à cause qu'il prend les perdris. M.
FAUSSARD. Sorte de Javelot. L'Histoire de Bertrand du Guefclin, chap. 40. *Si coururent après eulx, & les assaillirent en getiam dars & faussars*. Dans Galien Restaure, chap. 59. c'est un fabre courbé comme une *faux*, & qui se met dans une gaine. Et chap. 73. c'est une épée tranchante. Le Duchat.
FAUSSER. Une épée. De *falsare*. Jean, Moine de Marmoutier, en la Vie de Geoffroi le Bel, Comte d'Anjou : *Impossa est capiti ejus casti temperatura, ut nullius ensis acumine incidi aut falsificari pusei*. Ce passage fait voir que Pasquier s'est trompé, qui veut qu'on ait dit *fauffer un harnois*, pour *forcer un harnois*. C'est au chap. 62. du livre VIII. M.
FAUSSER. Une épée. On dit qu'une épée est faussée, quand elle est courbée : & ce mot vient sans doute de *falsare*, formé de *fals*, parce qu'une épée faussée ressemble, en quelque manière, à une faux. Et je me viens d'apercevoir, en lisant le discours de M. Ménage sur ce mot, que le mot de *falsificari*, dans le passage de la Vie de Geoffroi le Bel, ne se rapporte pas à celui d'*ensis*; mais à celui de *casti*. Car ce passage ne dit autre chose, sinon qu'on lui donna un *casque d'une trempe si forte, que la pointe d'une épée n'y pourroit pas faire la moindre égratignure, rayore*, &c. Et comme l'on pourroit accuser M. Ménage de s'être mépris dans cette citation, je suis obligé de rendre témoignage de la vérité, & de dire que l'intention de M. Ménage étoua autrefois de mettre *fauvisser un casque*, & non pas *fauffer une épée*: ce que je peux prou- ver par sa propre écriture sur son exemplaire de la première édition, où cette Note se trouve ainsi. Et je suis persuadé qu'ayant appris ensuite qu'on dirait *fauffer une épée*, il a eu dessein d'en parler par occasion. On a dit, *fauffer un haubert*. Et M. du Cange dit fort bien, que le mot *falissicare*, dont les Latins du bas siècle se sont servis, a été fait du François *fauffer*, qui vient sans doute de *falicare*. S. Add.
FAUSSET. Petite broche qu'on met à un tonneau proche une plus grotte. On l'appelle *fauffer*, pour la distinguer de celle-ci qui est la véritable broche. On dit dans le même sens une *faufferperte*. Le Duchat.
FAUSSET. Terme de Musicien. Voix aiguë qui contrefait le dessus en un concert, & qui d'ordinaire est désagréable & discordante, parce qu'elle n'est pas naturelle. Quelques-uns dérivent ce mot du Latin *fauces*. Je crois qu'il vient plutôt de *faux*, en Latin *falfus*. Une voix de *fauffer* est une voix ordinairement discordante, & par conséquent *fauffe*, ce qui est la même chose.
FAUTEUIL. Ce mot se trouve écrit si diversement, que jusqu'ici on n'a pu en découvrir la véritable origine. Le Pontifical Romain l'appelle *faldistorium* : & la Chronique de Flandres, ch. 51. *faudefeuf*. Le Roman de Girard de Rouffillon, écrit en ancienne Langue Provençale, dit *fadefeuf* : *Era fo lo coffeitis de Noel pres, En la chambra ques vonta al cab del des, Que fo encertinada de palis fres, Sis en un fadefeuf Karles lo Keys.* Mais il falloit qu'originairement il fût écrit *faldastal*, mot formé de *faldan*, qui, en ancienne Langue Tioise, signifie *plier*. Le Glossaire du Moine Révon : Plicare, *faldan* : ou, comme écrivent aujourd'hui les Allemands, *falten*. Le Dictionnaire de Dalypodius : Falten, *plicare*. Et de *fald*, qui signifie un *fidge* & une *chaire*, comme je fais voir sur le verbe *infallier*. Car, en effet, quelque forme qu'on donne aujourd'hui au fauteuil, c'est toujours un *fidge* pliant, comme il est représenté dans le Pontifical Romain, & comme il se voit ordinairement lorsque les Prélats confèrent les Ordres, ou font les faîntes Huiles. Et cette façon de fidge est fort ancienne ; comme l'on peut voir dans le portrait des figures entaillées sur la colonne de Trajan, que Claconius a donné au public, où cet Empereur est représenté aussi sur un fidge pliant, lorsqu'il harangue son armée. *Cafeneuve*.
FAUTEUIL. Par corruption, pour *faudefeuil*. Le Roman de Merlin, tome 1. vers la fin : *D'autre part estoit affise sur un faudefeuil, une des plus belles Dames qui ont nacquit*. Dans l'Inventaire des meubles du Roi Charles V. qui est dans la Bibliothèque du Roi, & qui m'a été communiqué par Meffieurs du Puy : *Item : Une Chaire en maniere de Faudefeuil*. *Faudefeuil* a été fait de *faldistorium*, ou *faldistorium*, d'où les Italiens ont fait *faldistoro*. Le Père Sirmond, sur l'Epigramme 5. du Livre 2. de Théodolfe, dont l'inscription est *In Faldame Episcopi : In Sede*, inquit, *feu Carbedra Episcopalis*. *Ab eodem enim fonte*, *faldistorium pro sede*, *passim legitur in Ritualibus Ecclesiam Romana : ut in Cerimoniali*, de *Episcopo qui celebraturis est* : Inde venit ad paratam sibi *fidem*, *feu faldistorium*, ad cornu Epistole positum. *Sed faldistorium ab Episcopali sede diitinguebant*. Propius, *inquiunt*, *Episcopoi*, copus, non in *faldistorio*, *fed in propria Episcopali sede stare & sedere debet*. *De propria ergo sede Theodulfum loqui arbitrar*, &c. M. de Valois, dans son Commentaire sur le Panégyrique de Bercengarius Augustus : *Cliophedrum G. ac dicitur sella plectilis, qua vulgo valdeftolum vocante*. Valdeftolum vocat *Gloffater sedem vel Cathdeam*, *quam Fredegarius*, lib. 5. & ult. *Chronici*, cap. 34. & *Theodulfus*, *faldamem*; *recentiores faldistorium*, *vel fald* . . . *appellant*. *Muthans Parisiensis faudeftolam*; *nos vulgo olim faudefeuil*; *num, truncato nemine*, *fauteuil*; *Itali*, &c. J'ai cru autrefois que *faldistorium* venoit de l'Italien *falda*, ou de l'Alleman *faldon*, qui signifie *range*, à cause qu'ordinairement on met de la frange aux *fauteuil*. Mais il y a grande apparence qu'ils n'étoient point anciennement étoiles. Et je suis à présent de l'avis de *pelman*, qui le dérive du Saxon *fald*, qui signifie *feptum*, *claustrum*. Voici ses termes : *FALD*, *Saxonibus ftabulum vulgariter : proprie vero feptum*, *claustrum : cum ad aliorum animalium, tum ad hominis postidium*. *Inde sedes Episcopi cancellis circumclusa, quam & chronum*, & *ftallum vocant*, *in antiquis membranis faldistorium dicitur* : & ce qui suit, que je prie le Lecteur de voir. ¶ La remarque du Père Monet, dans son Dictionnaire sur le mot de *faude*, mérite d'être ici rapportée. La voici : *FAUDE*, *giron* : *FAUDIERE*, *girdre-chausse*. *FAUDE*, *fidge creus de chaire*, *à guise de giron enfoncé*. *Faudar en Savoye*; *Faudeau*, *en Provence*, *Dauphiné*, *Languedoc*, *est un devanté*, *tablier à garantie la faude*, *le giron de la robe*, & *les environ*. *Fauder*, *façonner à guise de giron enfoncé*. *Fauder une chaire*, *fuy façonner le fidge en faude*. *Faudeteuil, chaire deftiere, ayant fidge de fangles entrelascées, couvert de riche effoffe*, & *à faude enfoncée*, &c. M.
FAUTEUIL, ou FAUDESTEUIL, & *faldistorium*, viennent de l'Alleman *fald-ful*, comme qui dirait *fidge pliant*. Les anciens *fauteuil* étoient des fidges pliants. *Fald* ou *felt* signifient *pliant*, & *ful*, *fidge*. Les Anglois & les Suédois disent *fod*. Je ne doute pas que *faux du corps*, dans la signification de cette partie du corps qui comprend le haut des cuisses jusqu'au commencement des côtes, ne vienne pareillement de l'Alleman *fald*. Le Duchat.
FAUTEUIL. Wachter, dans son *Gloffarium Germanicum*, page 1657. *STUL, sella, sedile*. *Gothis & Anglo-Saxonibus ftol*, *Francis ftual*, *ftuol*, *Pracopentibus ftul*, *Belgis ftol*, *Anglis & Suecis ftol*, *Istandis ftol*, *Cambris yftol*. *Gloff*. *Pec. Accubitus ftuola, triclinium ftuol*, *vel bohe fedal, geftatorio tragastuole*. *Verelus in Indice* : *Stol sedile*. *Boxhornius in Lex*. *Ant. Brit. yftol sella, seliquafra, sedile*. *Inter composita, qua hic reconfieri merentur, est faldistolum sella plicariis, unde Gallis bodiernis fauteuil, observante Cangio*.
FAUTRAGE. Ragueau, en son Indice des Droits Royaux & Seigneuriaux : *Droit de Préage & de Faulrage*. *Tours, articles 100. & 101*. Quand un Seigneur peut mettre avec garde des bestes chevalines & vaches et pres de ses sujets; lesquels pres il est tenu garder. *De ce droit aussi est fait mention en la Costume locale de la Chaffellenie des Ecluses au village de Touraine*. ¶ On appelle ainsi en Touraine le droit qu'ont quelques Seigneurs d'envoyer de leurs bestiaux dans des prairies de leurs vaissaux non encore fauchées; les faisant fau- D d d i j cher devant ceux qui mènent ces bestiaux. De falcistragium; comme qui diroit, le droit de fauchage. Falcitare, falcitare, falcistragium, FAUTRAGE. Falcitare se trouve. Les Gloses d'Isidore: FALCITAT, putat, fecat. M.
FAUVE. De flavus, par la transposition d'une lettre, on fit falvus, d'où nous avons formé ce mot. L'Empereur Frideric, livre 1. De Venatione cum avibus, chap. 24. Quod residuum ex utraque parte pluma sit rotundum & falvum, tendens ad rubedinem. Et au titre du chapitre suivant: De peregrinis brunis, & de subruris & falvis. Caïeneuve.
FAUVE. De flavus, ou de fulvus. La premiere étymologie me plait davantage. Flavus, falvus, FAUVE. M.
FAUVETTE. Oiseau. On croit que cet oiseau a été ainsi appellé de son plumage; qui est une étymologie réfutée par Belon, en ces termes: Et pensons le petit oiseau que nous nommons fauvette rousse, pource qu'elle entre dedans les fesses. Quelques Anciens, par semblable raison, l'ont nommé troglodites. Les uns pensent qu'il faille dire fauvette, de la couleur fauve: mais l'étymologie de troglodites enseigne le contraire, & qu'il faut dire fovette à foveis. C'est au chapitre 4. du livre VII. de la Nature des Oiseaux. L'origine que Belon réfute, est la véritable. M.
FAUX. Qui n'est pas véritable. Du Latin falsus. La Langue Celtique a un mot tout semblable, & dans la même signification; & il se trouve aussi dans plusieurs dialectes de la Langue Teutonique. Le terme Celtique vient-il du Latin falsus, ou celui-ci du Celtique? C'est ce que je n'entreprendrai pas de décider. Je me contenterai de rapporter ce que dit là-dessus Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 410. FAUSCH, non verus, mendax, ad decipendum factus. Vox Celtica, qua Cambris & Armoriciis effertus fals, fals, Hibernis falsa, Anglis false, Belgis valich, Suecis fals, Islandis falscut, Gallis faux, fauve, Latinis falsus & fallax. Concta à fellen decipere. Dicitur & subflantive pro fraude & materia fraudulenta, saltim apud veteres Islandis. Verelus in Indiae: Fals-laus integer, sine fraude, fals pecunia adulterina: dicitur & de aliis rebus qua falsantur, vel in quibus sub genuino fraus & dolus occultatur. Plura subflantiva ab oedem verbo oriunda vide in fonte. A felfich porro oritur felfichen verfelfichen, vitiare, adulterare, falsum pro vero subflituere; felfichlich mendaciter, dolose.
FAUX-DU-CORPS. Voyez fais-du-corps. M.
FEAL. M. Nublé le dérivoit de feodalis. Je vois que Cujas a eu la même pensée. Voyez ci-dessous au mot fief. L'opinion de ceux qui le dérivent de l'Italien fedele, me plait davantage. Voyez Hotman, dans son Lexicon des Mots Féodaux; au mot fidelis. M.
FEAL. L'Auteur du Roman de la Rose, tout au commencement de son Livre, a dit affable, pour fidele, par contraction pour affable, que je dérive d'adfidabilis, fait d'adfidare: d'où notre vieux mot affur, pour fidem dare. Ainsi je ne doute point que feal, par une seconde contraction, ne vienne de fidabilis, fait de fidar. Fidabilis, fidalis, fidale, FEAL. Le Duchat.
FEE. De Fata, qui a été fait de fer, fait de péu, péu, péu, péu, péu; fer, fatus, fatum. Et de là, péu, péu. Les Italiens disent encore aujourd'hui Fata. La Fata Mante: la Fata Morgana. Donat, sur l'Eunuque de Térence: A fando fatuus dicitur. Inde Fauni fatui, & Nympha fatuæ dicta sunt. Le mot de vates a la même origine. péu, péu, fatus, péu, inuité, vates. De Fata, les Espagnols ont aussi fait Hada. Cette étymologie de Fée a été remarquée par Jacques Pellerier du Mans, dans son Art Poétique, livre 1. ¶ M. du Cange dérive Fée de Nympha: en quoi il n'a pas bien rencontré. ¶ Voyez farfader. M.
FEES. Les Italiens les appellent Fate; les Ecoffois Faires, ou Elfes; & les Languedociens Fades. Ces mots sont formés du Latin Fata. Arnobe, livre 1. Qui Faunos, qui Fatus, civitatumque genius, qui Parfou reverentur atque Bellones. Et Fata vient de fatum; parce qu'on a cru que les Fées se trouvaient à la naissance des Grands, & leur présageaient leur bonne ou mauvaise fortune. Et on appelait Fae, celui qu'elles avaient doué de quelque qualité extraordinaire; comme qui diroit fatus. Joannes Januenis: Fatus, fate destinatus. Et fader, en ancienne Langue Provençale, signifie destiner. Jaufré Rudel de Blaya: Mal mi faderon miei parri. Hector Boetius, livre 12. de l'Histoire d'Ecoffe, écrit que trois Fées apparurent à Machabée, & à Blanckon Stuard: & qu'à l'unelles présagèrent qu'il parviendroit au Royaume d'Ecoffe; & à l'autre, qu'il feroit chef d'une Famille Royale. Olais Magnus, livre 3. chapitre 10. écrit aussi que le Roi Hoths conversoit familierement avec elles. Et Froissart, volume 4. chap. 88. raconte que les Dames de l'Ille Céphalone, qu'il appelle Chifolignie, ont un commerce visible avec elles. On lit aussi dans la procédure de Jeanne, la Pucelle d'Orléans, que les Anglois l'accusioient de les avoir pratiquées auprès d'une fontaine de son pays, appelée la Fontaine des Fées, ou des Dames. Du nombre de ces Fées étoient Mélufine, Morgue, Alcine, Habunde, Urgande, la Fée des Montagnes, de la Norche, & autres, dont les noms se trouvent dans les Romans. Il est croyable que c'étoient, ou des esprits succubés, ou bien des femmes de grande maison qui étoient forcieres, ou qui, à cause de la connoissance qu'elles avaient de l'Aftrologie Judiciaire, palfoient pour Fées en l'opinion du vulgaire ignorant. En effet, nous allons que Dame Tiphaine, femme de Bertrand du Guééclin, fut soupçonnée d'être Fée, pour la même raison. Voici les paroles de l'Histoire de ce grand Connétable, chap. 7. Là avoit une Dame nommée Tiphaine, extraite de noble lignée, laquelle avoit environ vingt-quatre ans, ne onques n'avoit été mariée; & estoit bonne, sage, & bien doctrinée, & moult experte et Arts d'Aftonomie: aucuns disioient qu'elle étoit Faie; mais non estoit; mais estoit ainsi inspirée de la grace de Dieu. Caïeneuve.
FEINDRE. De fingere. Voyez peindre. Jules Scaliger, dans son Livre de Cassis Lingua Latina, dérive fingo de péu, lumiere; parce que les choses feintes ont l'apparence des choses véritables. M.
FELLURE. René François, dans ses Effais de Merveilles, chapitre 11. a parlé de ce mot en ces termes : FELLURE, sont proprement ces petits cheveux, & comme des follets, qui paroissent dedans les pierreries. Et pourtant il faut possible dire filure; comme si c'est un fil qui se fait rencontre dans cette glace : comme dans l'ambire ou trouve des mouches, & des fourmis & des pailes. Il se trompe. FELLURE vient de fester : & fester, de fissulare, fissulare, FELLURE. Voyez fester. Fissulare, fissulatum, fissulatura, FELLURE, & FELLURE. M.
FELONIE. Cajas, sur le titre 1. de livre 1. de Fendis, tient que ce mot vient de quicon, ou quicon, qui signifient frande, deception, & imposture. Mathias Martinus, dans son Laxicon Philologicum, croit que c'est un mot Alleman; & qu'il est formé de foblen, qui signifie tromper, & manquer de foi : d'autant que le crime de felonie est quand le Vaïlal va contre la foi qu'il a promite à son Seigneur. Et J. Goropius Bacanus, au livre 1. de ses Origines d'Anvers, le dérive de fel, ou phel, qui signifie cruel. Quoi qu'il en soit, fello, d'où vient felonie, étoit anciennement un nom d'injure, qui signifioit sans doute la même chole qu'aujourd'hui. Les Capitulaires de Charles le Chauve, titre 11. chapitre 11. Non sit tibi cura, Rex, qua tibi referunt illi fellones atque ignobiles. Cafeneuve.
FELONIE. Le Père Labbe, à la page 133. de la première partie de ses Etymologies Françoises, dit que felonie a été dit, comme qui diroit se hennie, c'est-à-dire, soy violée, soit du Vaïlal envers son Seigneur, ou du Seigneur envers son Vaïlal. Cette étymologie est puerile. Celle de Sylvius, sur Méfue, page 118. du livre 3. a felle; & celle de M. Lancelot, de quicon, imposture, ne font pas plus raisonnables. Felonie a été fait du Latinbarbare felonia, fait de felo, ou fello, qui se trouvent dans les Capitulaires de Charles le Chauve, dans les Auteurs qui ont écrit des Fiefs, & dans Matthieu Paris, en la signification de felon : & c'est de ce mot que celui de felon a été formé. On croit que felo a été fait de l'Alleman felon, qui signifie faillir. Voyez Voïssus, de Vitis Sermonis, 1. 6. & Spelman, dans son Glossaire. M.
FELONIE. Il est certain que ce mot vient originellement des Langues Septentrionales. Mais quand il s'agit d'en déterminer l'origine précise, les Auteurs ne font pas d'accord. Écoutons la-dessus Wachter : voici comme il parle dans son Glossarium Germanicum, page 434. FELONIA, perfidia clientis in dominum, aut domini in vasallum. An a Grace qu'on decipere, illudere ? Sed hac vocis interpretatio nondum explet mensuram criminis. Ejusdem census sunt derivatiores eorum qui harent in verbis fallen delinquere, aut felen errare. Nam felonia non est quodvis delictum, & multo minus error & hallucinatio, sed crimen quod infidelitate definitur. Cujusmodi est, si vasallus dominum, gladio aut veneno petat, si in bello periclitantem deferat, aut non liberet si possit, si inimicis domini adhareat, & alia innumera, quorum fyllabum contenti ex Constitutione Conradina Spelmannus in voce. Ipse feloniam derivat a fallen cadere, quod illa sit genus culpa, ob quam feudum in manus domini cadat. A relapsu igitur feudi ad dominum, hoc est a
FEL. FEM. FEN. 581 pana, ipsius delicti nomen arcessit. Quod etiam si band frequenter contingat, ut scilicet nomen pana delicto communicetur, an his factum sit dubito. Nam Anglo-Saxonibus fete est fidelis, & unfete infidelis, probante Sommere & Benfonio. Ab unfete autem fieri potuit onfelia, & per conversimem fyllabatum felonia, hoc est perfidia. Quod si hac conjectura non placet, alias proponam in gratiam eorum qui transpositionibus offenduntur. Nam felonia sic dici potuit (1) a fel hostis, volus hostilitas : (2) a fallen descurre, defectionem facere, quia felonia revera est defecit ab eo, qui ante fuit amicis, sive domini a vasallo, sive vasalli a domine. De felonia vasalli, vide Spelmannum : De felonia domini, Gundlingiana Fuficiculo, xiii. 1. Voyez le même Wachter, au mot Feld, où il explique aussi felonia par hostilitas, & le dérive de fela, verbe Celtique, qui signifie belligerare, & qui se trouve encore dans plusieurs composés de la Langue des Cambriens, ou habitans du pays de Galle en Angleterre, & des bas-Bretons. On fait que ces deux peuples retiennent constamment l'ancienne Langue Britannique & Gauloise. Avec le verbe Celtique fela, convient le Teutonique fallen, qui signifie ferrure, involare, hostilibus modis invadere, & qui est encore aujourd'hui en usage. * FELOUQUE : ou, comme parloïene nos Anciens, FALOUQUE. C'est le plus petit de tous les vaïlsaux à rame. L'étymologie de ce mot ne m'est pas connue. M.
FELOUQUE. De l'Arabe folken, navire. Hnet. FEMME : pour nzer. De femina : dont les Latins se font servis en la même signification. Les Capitulaires de Charles le Chauve, titre 31. Si femina marinum, aut maritus feminem a cepit, illud conjurium dissolvatur. Ils se font servis en la même signification du mot mulier : ce que le Père Sirmond a remarqué dans ses Notes sur les mêmes Capitulaires, page 8. Et ce mot, pour le marquer en passant, se trouve en la Loi 39. de Legatis & Fideicommissis; qui est de Scavola; & en la Loi 1. de Inspiciendo ventre; qui est d'Ulpen. Et c'est de ce mot mulier, que les Italiens ont fait leur moglie, & les Espagnols leur muger. Voyez mes Origines Italiennes, au mot moglie. Les Grecs ont dit de même zura, pour zauct. En tous les Livres que j'ay ceris, on n'escris la femme, aine la fame, sans doubler la lettre M : & on dit hons, au lieu d'homme, pour mari; dit Carondas sur le 115. article de la Coutume de Paris. M.
FENABREGUE. Sorte d'arbre. Rabelais, livre 3. chapitre 49. La fille aînée eut nom Vigne, le fils puisse eut nom Fignier, l'autre Noyer, l'autre Chesne, l'autre Cormier, l'autre Fenabregue, l'autre Peuplier. Le dernier eut nom Ulmeau, & fut grand Chirurgien en son temps. On appelle Fenabregue, l'Allier, dans le parois de Montpellier & des environs. Voyez Jo. Bruyer. De re cibaria, l. xi. ch. 57. Le Duchat.
FENOUIL. De faniculum : qui est un diminutif de fonnum. Le fenouil paroît du foin fec; & c'est pour cette raison qu'il a été nommé par les Grèces auct. M.
FENOUILLE. Sorte de pomme, venue d'Anjou à Paris : ainsi appellée du goût de son eau. Le feromillet gris, dit M. Merlet, ou pomme d'anis, est une bonne pomme, qui ne sent point : & en la mangeant, il semble que l'on mange du fenouil, ou de l'anis musque. M.
FERDINAND. Nom propre d'homme. Il n'est pas facile d'en découvrir l'origine. Selon quelques uns, il est Arabe, & dans cette supposition, on peut le dériver de ferbb din andabou, qui signifie gaudium religionis apud illum. Ferbb, ou farbb, veut dire gaudium, du verbe Arabe faribha se réjouir : din veut dire religio, du verbe dana, embraffer la Religion, s'attacher à la Religion : anda ou enda, c'est apud : & hou, c'est le pronom ille, qui s'emploie aussi pour le verbe subhantif. Le premier qui porta ce nom, ajoutent les mêmes Auteurs, est Ferdinand I. Roi de Castille & de Léon, second fils de Sanche III. Roi de Navarre, qui le fit héritier de ces Royaumes : il vivoit au milieu de l'onzième fécle, & on lui donna le nom de Ferdinand, parce qu'il prit Conimbre sur les Maures, & qu'il pouffa ses conquêtes sur eux jusqu'au Mondego, rivière de Portugal. Mais il n'est pas allé de comprendre pourquoi les Chrétiens Espagnols auroient donné un nom Arabe à un Prince de leur nation & de leur Religion. On n'en trouve aucun exemple, que je sache. On fait quelle étoit & quelle devoit être naturellement leur aversion pour tout ce qui avoit rapport aux Maures, leurs vainqueurs. Il est clair, d'un autre côté, que les Maures n'ont pu donner un pareil nom à un Prince leur ennemi, & l'ennemi de leur Religion. D'ailleurs c'est un nom propre, & rien ne donne lieu de juger que ce soit un surnom. Ainsi il y a plus d'apparence qu'il vient de la Langue Gothique, & c'est aussi le sentiment de Covarruvias. Séduer le dérive de deux mots Allemands, perd cheval, & dienen servit. Mais, après tout, on n'en peut rien dire que de très-incertain. De Ferdinand, qui est un nom très-commun en Espagne, les Espagnols ont fait Fernandez, Fernando, Fernand, & nous Fernand, & Ferrand. Car nous disons Ferdinand, Ferran, ou Ferrand I. Roi de Naples & de Sicile. Ainsi le Père Daniel, en parlant du Comte de Flandres, pris par Philippe Auguste à la Bataille de Bovines, l'appelle tantôt Ferdinand, & tantôt Ferrand. Mezeray l'appelle aussi Ferrand. C'est de-là qu'ont pris leur nom tant de familles en France qui se nomment Ferrand.
FERE. Nom de lieu. Fere Champenoise : la Fere en Tardenoise : la Fere en Picardie. De Fara, mot d'origine Allemande. M. de Valois, dans la Notice des Gaules, au mot Fara : Faram autem dixer Franci, Langobardi, & ceteri Germania populi, cunctus unius ejusdem generis ac familia homines, ut Paulus Langobardus docet : qui scin aliquem locum simul omnes, non admissii alienis, commigrasent, ibique fructus ac conjunctis casulis vicatum habitare capissent, locus ab habitatoribus Fara appellabatur. M.
FERIE. Terme de Breviaire. C'est ainsi qu'on nomme les jours de la semaine qui suivent le Dimanche. Autrefois toute la semaine de Pâque étoit fêlée par une Ordonnance de l'Empereur Constantin : ainsi on appella ces sept jours fêles, c'est-à-dire fêles. Le Dimanche étoit la première fêle, le Lundi la seconde, & comme cette semaine étoit alors la première de l'année Ecclésiastique, on s'accoutuma à appeller fêles les jours des autres semaines. Quelques uns ont dit que les jours de la semaine n'ont pas été appelés fêles, de ce qu'on les étoit ou les chommoit, mais pour avertir les Fidèles qu'ils doivent s'abstenir de pécher. Une pareille raison n'a pas besoin d'être réfutée. Isidore croit que ce nom vient de fari parler, parce que ce sont des jours où il faut célébrer les louanges de Dieu. C'est une étymologie d'Isidore, c'est tout dire. Le mot fêle nous est resté de l'usage des anciens Romains, qui, selon quelques Auteurs, ont dit fêlia, a ferendis villosus. C'étoit un jour de fête ou de solennité, où l'on étoit obligé à la cessation de tout travail. Il y avoit chez les Romains différentes fortes de ces fêles ou solennités. On donna ensuite le nom de fêles à certains jours où l'on s'abstenoit simplement de travailler, quoique ce ne fusent pas des jours de fêtes, & qu'on n'y offrit pas des sacrifices. Fêle s'est dit aussi chez les Romains pour un jour de foire, parce qu'on tenoit les foires les jours de fêle, comme on fait encore souvent : & c'est du mot fêle qu'a été formé celui de foire. Voyez ci-dessous Fêle. On a appelé de même les vacations fêles, à cause de la cessation du travail, & on a dit en Latin feriari, pour s'abstenir de travailler.
FERLANDE. Les Parfans de la Bretagne appellent ainsi un fou marqué. Ainsi ce pourroit bien être un Breton, qui auroit dit dans certaine vieille chanson : Donnez-moi une Ferlande, Je vous dirai ma chanson. Ce mot, au reste, est d'origine Allemande, & il vient de ce que sur une petite monnoie de la ville de Hambourg il y a pour légende munte vor land, monnoie pour le pays. Les Hambourgeois, qui trahisoient à Nantes, y ayant apparemment regardé les fous marqués qu'on leur donnoit sur le pied de cette petite monnoie de leur pays, & leur en ayant donné le nom, ceux du pays de Bretagne les ont depuis appelés simplement ferlandes, par corruption, & faute d'avoir pu retenir l'autre mot Allemand.
FERLER. Terme de marine. C'est plier les voiles fous l'antenne, les mettre en fagot. Le contraire est fêler. Un Auteur dit que ce mot vient peut-être des mots Latins profus, profulus. Quoique dans toutes les Langues le changement du p en f'soit ordinaire, cette étymologie paroît forcée. Le même Auteur dit que les Anglois ont formé de ferler, leur verbe furl, qui signifie la même chose. Mais il faut rendre aux Anglois un bien qui leur appartient. Plusieurs termes François de Marine sont venus des Langues du Nord, & il est plus naturel de dériver ferler de furl, que furl de ferler.
FERLIN. Bodin, Rép. à Malestroit, édition de 1594, au feuillet 75. Laissent toutefois deux ferlins de remèdes sur le marc de monnoye forgée au coing. Dans le Dict. Ital. Fr. d'Oudin, ferlino est un mereau que l'on donne aux ouvriers pour être payés : & ferlinanis ce sont ces mêmes ouvriers. Ferlin, forte de poids en terme de Monnoyeurs. Bodin la-même, au feuillet 76. Le Duchat.
FERME. Pour conductio. De firma : qui se trouve en cette signification dans les Ecrivains de la basse Latinité : comme firmarius, pour FIRMIER-Ciron, dans les Paraitiles sur le Droit-Canon, rapporte deux opinions touchant l'étymologie de firma, dans la signification de ce mot de ferme. Voici ses termes : Firma vocabulum sumptu originem ex Constitutione Zenonis in Lege 34. De Locato & Conduito : qua, intra annum licebat refillire a contractu. Sed quia fides firma dabatur non recedendi, locatio dicta est Firma, capite ultimo. Ne Pralati vices suas, &c. Vel, ut alti volunt, a mercede certa & firma qua promitebatur, ontvalfus dictus est Firma. Dominicy, dans son Traité du Franc-Alleu, chap. 17. a suivi la premiere opinion. Voyez-le. Jean de la Coste a suivi la même opinion. Inde igitur Firma nomen, quod prafita fide de non expellendo conducere firmaretur contractus. Firma igitur nihil aliud est quam conduccio firmata : ut in legibus Bojariorum firmata emptio, sub titulo de Firmatione. Spelman dit que ce mot est originaire Saxon, & qu'il signifiol premierement toutes sortes de vivres, dont il rapporte des preuves; & que, comme les Terres des Seigneurs étoient autrefois affirmées, non pas à argent, mais à condition de foutur des vivres, dont il rapporte aussi des exemples ; il a été pris ensuite pour la Ferme même. Voyez son Glossaire, au mot Firm. Pour moi, je suis très-persuadé que Firma a été dit de firmus, pour un lieu fermé, & comme nous disons en Anjou, une Closerie : d'où vient qu'en plusieurs lieux de France, on appelle Ferme, la Métairie même. Et comme ceux qui demeuroient dans ces Fermés, & qui pour cela s'appelloient Fermiers, donnoient aux Seigneurs, ou quelque argent, ou quelques denrées, pour jouir du revenu des Terres de ces Seigneurs, on a dit Ferme pour conduction. Comme Firma a été dit pour un lieu fermé, on a dit aussi Firmitus, pour un Bourg, ou Village, fermé de murailles. Les Capitulaires de Charles le Chauve, titre 31. chapitre 1. Et volumus, & expresie mandamus, ut quiconque istis temporibus Castella & Firmitates, & Haias, sine nostro verbo fecerint, &c. d'où nous avons fait FERME : qui est le nom de plusieurs lieux de France. Voyez ci-dessous Ferté. On a aussi dit firmare, pour enclore, & fortifier : d'où nous avons fait fermer : comme fermoir, de firmatorium. Rigord, dans ses Gettes de Philippe-Auguste, page 49. Regnante Francorum Rego, Philippo Magnanimo, Ludovici Pii filio, anno ejusdem regni XXVIII. ab Incarnatione Domini M. CC IX. accessit ad Philippum, Regem Francorum, Juchellus de Mediana, vir nobilii & fidelis, deferens ei querimentum de eo quod quidam firmaverunt Caltum quoddam in quadam rupe excelsa, cui nomen erat Guarplic, quod sonat ex Britannico in Latinum mollis plica, sive super plicam : eo quod sit super finum maris : vel quia ibi molliter plicatur refluxus maris, in Septentrionali latere Britannia Minoris, qua Armorica dicitur, ab antiquo supra mare : unde patebat facilis transfus in Majorem Britanniam, qua nunc Anglia nuncupatur. Voyez mon Histoire de Sable, page 159. & Voissus, de Vitis Sermonis, page 429. Ainsi le mot Ebreu harsam, qui signifiol premierement roborare, firmare, fortifier, a signifié ensuite fermer. Dans Ifaie, XXIX. 10. Et firmavit oculos vestros : c'est-à-dire, claustis. Et XXXIII. 15. Et firmans oculos suos, ut ne videat : c'est-à-dire, claudens. Les Syriens disent de même amors, & les Arabes, hainadh. M.
FERMER. Nous le prenons seulement pour clorre : bien que sa premiere & naturelle signification soit fortifier. Le Maréchal de Ville-Hardouin liv. 6. Fermerent un Châtel, qu'on appelle Palerme, si le garoirent de l'argent. Le site de Joinville en la Vie de S. Louis, Pour ce qu'ils orent que le Rey fasfoit fermer Sajele. Ce verbe est fait de firmare, dont les Auteurs de la derniere Latinité ont usé pour dire fortifier; & d'où ils ont formé firmitates, pour forcerres. L'Auteur incertain de la Chronique de Normandié : Caperunt firmare munitionem Calve montis ut extende pagum Turonicum irfeliatere. Et un peu devant : Tradidit Henrico, Regi Anglorum, firmitates suas quas habebat in Francia. Et d'autant que pour fortifier une place il falloit nécessairement l'enclore; de-la vient que par la suite du tems, fermer a été pris pour clorre. Caseneuve.
FERMER. Voyez ferme. M.
FERMIER. Voyez ferme. M.
FERONNIER. De feronarius : fait de ferro ferrunis. L'ancien Dictionnaire Latin-François publié par le Père Labbe : FERRARIUS, ferrus. Il y a une rue à Paris qu'on appelle la rue de la Ferronerie. M.
FERRANT. C'est un vieux mot François, qui signifie un certain poil de cheval, & qui se trouve souvent dans nos vieux Romans. Voyez M. du Cange. Rigord, en la Vie de Philippe Auguste page 65. parlant de Ferrand, Comte de Flandre : Nec verciundabantur illudere Comiti Ferrando rustici, verula, & pueri, nalla occasque ab equivocatione nominis, quia nomen ejus tam equo quam homini, erat equivocum; & casu mirabiti, duo equi ejus coloris, qui hoc nomen equis imponit, ipsum in leclica vehebant. Unde & ei improperabant, quod modo ipse erat ferratus, quod recalcitrare non poterat, qui prius impinguatio, dilatatus, recalcitravit, & calcaneum in dominum suum elevavit. Dans la Chronique de S. Denis, dont l'Auteur a traduit cet endroit de Rigord, il est dit, que le peuple se mocquant de ce Comte, crioit, que deux Ferrans emportent le tiers Ferrant, & que la Ferrant estoit enferré : ce que du Haillan n'a pas entendu. Guillaume le Breton, au liv. 2. de sa Philippide, a fait la même remarque que Rigord : car parlant de ce Comte Ferrand, pris à la Bataille de Bovines, il dit : At Ferrandus, equis evectus forte duobus, Leclica, duplici remone, vehemtibus ipsam, Nomine quas illi color equivocabat, ut esset Nomen idem Comitis, & equorum, Parissianis Civibus offertur, Lupara claudendus in arce. M. du Cange dans son Glossaire Latin, au mot ferrandus, croit que ce poil ferrand est notre poil pommelé. M. Bely, Avocat du Roi de Fontenail-Comte, expliquoit ce mot ferrand d'un cheval de guerre. Et il le dérivait de Waranus, qu'il prétendoit avoir été dit, pour Waranio : lequel mot Waranio se trouve en la signification d'un cheval, & dans la Loi Salique titre 4. paragraphe 2. Si quis Waranionem homini Franco Saraverit, & au paragraphe 4. Si quis Waranionem Regis Saraverit. Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que de varanione, ablatif de varanio, les Languedociens & les Provençaux, ont fait guaragnon, pour dire un étion. ¶ Les Latins ont dit ferrugineus color d'une certaine couleur : ce qui pourroit donner sujet de croire, que notre mot ferrant auroit été fait de ferrum. Et nous appellons encore aujourd'hui couleur de gris de fer, une certaine autre couleur : ce qui confirme cette conjecture. M.
FERRANT. Wachter dans son *Glossarium Germanicum* pag. 1830. le dérive de *Warannio*, qui dans la Loi Salique signifie un étalon. Voici les termes de cet Auteur : *WARANNIO*, *admissarius*. *Latino-Barbaris* emissarius. *Lex. Sal. Tit.* xli. 3. Si quis *Warranionem* (in lege sequenti legatur *Warranionem*) domini Franco furaverit, folid. xlv. culpabilis judicetur, excepto capitale & delatura *Capitulare Karoli M. de vellis cap.* 13. Ut equos emissarios, id est *Waraniones*, benè provideant. Propriè est equus bellicus, vel admissarius belli, à wet bellum, & obsoleto reino admissarius, quod est à tennen inire, corre. *Glossa Ratisbonentes M.S. Warannio*, reino. *Glossa Florentina M.S.* emissarius, reino. *Glossarium Rabani Mauri M.S.* emissarius reino. *Hinc admissarius Hispanis, Occitanis, & Provincialibus etiamnum appellatur guaragnon, Italis guaragno, Gallis ferrand. Candia ex observatione Eccardi in not. ad Leg. Sal. p. 13. & 76. Causa, cur admissarius apud Francos à bello denominatur, hac esse videtur, quia antiquitas optimos tantum & præstantiis opus, quales erant bellatores, fatura adhibebant.* FERRER un cheval. De ferrare, fait de ferrum. Voyez M. du Cange. Je remarquerai ici par occasion, qu'anciennement parmi les Grecs, les fers des chevaux n'étoient pas attachés aux pieds des chevaux avec des clous; mais avec des liens, comme sont nos souliers. C'est une observation de Joseph Scaliger dans ses *Caltigations* sur Catule, pag. 17. *Solea equis inducebantur; non, ut nunc clavis, suppingebantur; propterea Gracis illud, ut in homine, est inchièd. Artemidorus: id est inchièd intra inchièd. Et Arrianus soleas equinas inchièd, eodem modo, appellat: zoolimam in emi, emi, emi, inchièd, 2017. Xiphilinus, in Nerone, emi, in vocat. Tac inchièd emi, inchièd inchièd.* Or quoique ferrare ait été fait de ferrum, on dit, un cheval ferré d'or, un cheval ferré d'argent. Brompton, page 911. *Mulam etiam, quam equitabat, auro fecis ferrari: prohibens omnes fuos, ne quando ferratura caderes, fosfollerent.* Je remarquerai encore ici par occasion, que ces ferrures d'or & d'argent sont très-anciennes. Pline xxxiii. xi. Tacite, parlant de Poppea, maître de Néron: *Nostraque atate, Poppea conjux Neronis principis, delicatioribus jumentis suis soleas ex auro quoque inducere solebat.* M. FERRER la mule. Expression proverbiale, qui se dit lorsque les domestiques ou les commissionnaires trompent sur le prix des marchandises; & les comptent plus qu'ils ne les ont achetées. Ce proverbe vient d'une action que fit autrefois le mulier de Vespasien, au rapport de Suétone, qui sous prétexte qu'une des mules étoit déferrée, arrêta long-tems la litiete de cet Empereur, & parla fit avoir audience à celui à qui il l'avoit promis moyennant quelque somme d'argent: dont l'Empereur ayant connoissance, voulut partager avec lui le gain qu'il avoit fait à ferrer la mule.*
FERRI. Nom propre d'homme. Il a été fait de Frédéric, où Frédéric, en cette manière : Frédéric, Fédéric, Fédric, Ferric, FERRI. Guyot, dans sa Bible, a dit, l'Empereur Ferri. Dans la maison des Comtes de Vaudemont, branche de felle de Lorraine, il y a deux ou trois Princes nommés Frédéric ou Ferri. Quant à l'étymologie de Frédéric, voyez ce mot à son article.*
FERRIERE. Ant. Oudin dans son Dict. Fr. Ital. Ferriere, vase de verre, amola. De verriere par le changement de l'o confoné en f. Rabelais liv. 1. chap. 34. *Lors* (Gymnaste) découvrit la Ferriere, & *Jans mettre le nez, uedans, buvoit assez honnêtement.* Et liv. 2. ch. 28. Excépte une Ferriere de cuir bousily de tours, que Pacurge emplit pour soy; car il l'appellois son vade mecum. Dans ces deux passages de Rabelais, Ferriere est employé dans la signification d'une bouteille de cuir; & cependant cette bouteille est appelée ferriere, quasi verriere, à caule de la ressemblance qu'avoit, quant à la forme, cette bouteille de cuir avec les véritables ferrieres, ainsi appelées parce qu'elles étoient de verre. Quant au nom de Ferriere, & de la Ferriere, que portent en France plusieurs terres, il semble qu'elles ont été appelées de la sorte à caule de quelque ancien poiseleur nommé Ferri, du Latin *Fridericus*; comme *Merri* ou *Mederic*, de *Medericus*. Le Duchat.
FERRIERES. Nom propre de différens lieux de France, ainsi nommés apparemment parce qu'autrefois il y avoit des mines ou des manufactures de fer. Voyez Hadrien de Valois dans sa Notice des Gaules, au mot *Ferraria.*
FERRILAND. Nom d'une contrée de l'île de Terre-neuve dans l'Amérique Septentrionale. Ce nom signifie terre de fer. Land est un mot Teutonique qui veut dire terre, & qui se rencontre dans une infinité de composés des Langues du Nord. Les Anglois ont quelques colonies dans le Ferriland, & ce sont eux qui ont donné ce nom à ce canton, ou parce qu'ils y trouverent du fer, ou parce que la terre est de couleur de fer.*
FERRONNERIE. Lieu où l'on vend, ou celui où l'on fabrique les ouvrages de fer. Il y a à Paris la rue de la Ferronnerie. On appelle ferronnier, un marchand qui vend les gros ouvrages de fer.*
FERTE. Il y a beaucoup de lieux en France qui portent ce nom; comme la *Ferte-Bernard*, la *Ferté S. Aubin*, la *Ferté-Milon*, &c. C'étoient anciennement des places forestières: ce qui me fait croire que ce mot est formé par contraction de *firmitas*, que les Auteurs de la dernière Latinière, comme je viens de dire, ont pris pour *fortereise*. Les Capitulaires de Charles le Chauve, tit. 31. *Castella & firmitates*. L'Auteur des anciennes Chroniques de Normandie, au lieu ci-dessus allégué. Le Roman de Guillaume au court nez, se sert en un même lieu de *fermeze* & de *ferte*: *Ains ne fena trusque la fermeté* *De si au pont de la maître ferré.* Toutefois quelques-uns, ne prenant pas garde à cela, se sont persuadés que *Ferté* venoit de *feritas*; & l'ont ainsi appelée en Latin. Les mêmes Chroniques de Normandie: *Munitionem Hugonis de Gornaco, quam Feritatem nominant, affolitu capiens, igni tradidit.* Caïeneuve.
FERTE. Nom de lieu. La *Ferté-Bernard*: La *Ferté-Milon*: La *Ferté-sous-Jouare*, &c. De *firmitate*, ablatif de *firmitas*: qui a été dit d'un lieu fermé & fortifié. Voyez *fermer*. Voyez aussi Pasquier viii. 37. Du mot François *Ferté*, les Latiniers ont fait *Feritas*: qui est un mot qui se trouve souvent dans les vieux Titres Latins pour *Firmitas*. Vous trouverez *Feritas-Bernard*, pour la *Ferté-Bernard*, dans Guillaume le Breton de *Gessis Philippi Augosti*; pag. 75. M.
FERTE, Forterelle. On trouve aussi le mot de F E R. F E S. de fermeté dans la même signification. Histoire de Bertrand du Guééclin, chap. 48. Bertrand alloit autour de la Fermeté. Froissard, liv. 1. chap. 146. Villes, Fermetés ou Forteresses. Huet.
FERU. Participe passif du vieux verbe férir, qui signifioit frapper, du Latin ferire. Féru n'est en usage que dans le stile familier & badin. On dit qu'un homme est féru d'une femme, pour dire qu'il a de la passion pour elle. On dit aussi féru pour choqué. C'est en ce sens que le P, du Cerceau a dit de Juvénal : On fait que c'est un vieux bourru, Dont l'apre & bouillante colère, Quand une fois il est féru, Ne feroit pas grace à son pere. *
FESLE. Vaisseau fêlé. De fissulatus. Voyez fêllure. M.
FESSE. Terme d'armoiries. Rubenpré porte d'argent, à trois fesses jumelles de gueules. D'Aubigny porte d'argent, à une fesse de gueules. De fascia : d'où on a aussi fait face, qui est la même chose. Voyez face. Fesse n'est plus en usage en cette signification. M.
FESSE. Rabelais, liv. 4. ch. 40. Tous ces nobles cuisiniers portoient en leurs armoiries en champ de gueule lardoire de sinople fesse d'un chevron argenté, penchant à gauche. Le Duchat.
FESSE-MATTHIEU. Autrement chiche-face. C'est proprement un avare, un usurier. L'Évangéliste S. Matthieu avant sa vocation étoit péager & usurier : ce qui me persuade que nos Ancêtres en traitant un avare ou un usurier de fesse-Matthieu, entendoient par-là face de Matthieu ; c'est-à-dire l'air & le visage d'un péager & usurier, tel qu'étoit S. Matthieu avant sa conversion. Le Duchat. FESSE S. De fissa : parce que les fesses sont séparées l'une de l'autre par une fente. On dit d'un cheval qui a les cuisses bien ouvertes, qu'il est bien fendu. La remarque de Charles de Bouvelles sur le mot de fesses, est ridicule. La voici : Fesses, nates : vel à vessica dicuntur, labente V, in F : vel à fesse, quid fesse longa deambulatione in iis molliter fedeant. M.
FEST. La Coutume d'Anjou, article 173. Tous vendeurs de draps en détail les aulneront par le fest, sur peine d'amende arbitraire. C'est-à-dire, par le haut. De fastum, inusité, dont fastigium. M.
FESTIN. Il n'y a point de doute qu'il ne vienne de feste : Mais je crois qu'il a pris son origine de la coutume des anciens Moines, auxquels on donnoit, à de certains jours de feste, un repas extraordinaire, c'est-à-dire, au-delà de leur pince accoutumée. Il y a dans la Bibliothèque de Fleury un vieux fragment de la translation de Saint Martin, où parlant de la feste de cette Translation il est dit : Dictis etiam missis, ut ventum est ad convivium. Dans la Censure des anciennes Chartres Allemandes de Goldast, il y en a une qui fait le chapitre 81. où se lisent ces paroles : Ordinarit etiam dictus Prapositus, ut in die festo S. Spiritus, die secundo, stoupum Decanus daret, & Chorus festivaret in die dominico S. Spiritus. Joannes Hocfœmius liv. 2. chap. 17. de l'Histoire des Evêques de Liège : Rene nos in prandio festinarit. Le verbe festi. Tome I. F E S. F E U. 589 tivare est fait de festivum, duquel nous avons formé festin. Caseneuve.
FESTIN. De festum, qui signifie jour de feste, nous avons employé le mot de feste dans la signification de repas magnifique. Ainsi nous disons, faire une feste, donner une feste : parce qu'anciennement on faisoit les noces & des réjouissances les jours de feste. Voyez Pasquier viii. 7. De festinum, diminutif de festum, nous avons fait FESTIN : Et de festiare, nous avons fait FESTOYER, & FESTIER. Les Espagnols ont appellé de même boda une noce : de voveo. Voveo, vovi, notum, veta, bva, Bova : en sous-entendant dies. Comme qui diroit, festum, Deo, vel alicui Santito consecratum. Les Gafcons appellent la bote del village, la feste du village : Festum pagi : paganalia. M.
FESTIN, festinare, pour festiner, se trouve dans l'ancien interprète Latin du Commentaire d'Origene sur S. Matthieu : Ut veniens illue Jesus festinet cum discipulis suis. Hu. 2.
FESTONS. Terme d'architecture. C'est un amas de fruits, de fleurs, & de feuillages liés ensemble. De fascis : De cette sorte : fascis, fascius, fascius, fastus : d'où l'Italien fastello, fastellone, & fastellaccio, & fastellino. De fastus, on a fait aussi fasto fastonis : d'où nous avons fait FESTON. M.
FESTU. De festuca, qui signifie même chose, on a dit par corruption fistuca, qui se trouve souvent dans les anciens Documens. Les investitures se faisoient ordinairement per fistucam : parce que les fetus & les pailles se trouvent en tous lieux. Caseneuve.
FESTU. De festucum, dit par metaplasme, au lieu de festuca. M. FEU : pour defunt. J'ai traité amplement de l'origine de ce mot dans mes Observations sur la Langue Françoise au chapitre 57. de la 2. partie : Et voici comme j'en ai parlé : Le Pere Bonhours a une rage de me reprendre. Il me reprend même dans les choses qui méritent quelque louange. J'ai fait une remarque sur ces mots : La feue Reine, la feu Reine : qui est celle de toutes mes remarques qui a eu le plus d'approbation. Cependant le P. Bonhours l'a voulu détruire. Le Lecleur jugera s'il a eu raison. La voici : Plusieurs disent feu, en parlant d'une femme : étant persuadés que ce mot vient de fait ; à cause que les Italiens disent, la fu Madama : il fu Gran Duca ; & que, par conséquent il est indécisinable. Mais ils se trompent, & dans leur décision, & dans la raison de leur décision. Feu ne vient point de fait : quoique Montagne, liv. 1. ch. 19. & Vertunien dans le premier Scaligerana au mot abiit homo, l'en ayent fait venir. Il vient de felix. Felix, felicis, felice, felice, feu. L'Le change en U : comme en FEUTRE, de felirum : en FOUGBEE, de filicaria : & en mille autre mots femblables : & le C se perd : comme en FEU, de focus : en FEU, de focus : en LEU, ou LIEU, de locus, &c. Notre feu, pour defunct, est donc le manquins des Grecs, & le felicis memoria des Latins : & il se décline. On dit la feue Reine Mère, & non pas, la feu Reine Mère. C'est comme parlent tous ceux qui parlent bien. Le Cardinal d'Ossat, lettre 3. du livre premier : Feue Madame de Parme. M. Gombaud a pourtant dit, Elégie sur la mort de feu Madame E c c c. d'Orléans. Mais M. Gombaud, qu'on devroit imiter par tout ailleurs, n'est pas en cela à imiter. La feu est un monstre de Grammaire. ¶ J'oubliais à remarquer que fu, pour defunct, ou defunct, ne se trouve point dans les anciens livres Italiens; & que cette façon de parler a été introduite vraisemblablement de la Langue Françoise dans la Langue Italienne. J'ajouter à ces raisons, que nous prononçons autrement feue que feu. Feu se prononce plus court que feue. Voici la remarque du P. Bouhours: On demande si feu se dit d'une femme comme d'un homme, & s'il faut dire la feu Reine Mère, ou la feue Reine Mère. Les esprits sont partagés la deffus. La plus saine opinion, a mon avis, est celle qui fait feu indéclinable. M. Ménage la combat de toute sa force; parce qu'au lieu de faire venir feu de fuit, il le fait venir, par la vertu de son esprit étymologique, de felix: en cette manière: felix, felicis, felice, felice, FEU. Néanmoins en voulant détruire la feu Reine Mère, il l'établit sans y penser. Car il avoue que les Italiens disent la feu Madama, comme il fut Gran Duca; & que plusieurs disent la feu Reine. Il cite entre autres, M. de Gombaud, qui a dit, Elégie sur la mort de feu Madame d'Orléans: Et il auroit pu citer M. Chapelain, qui étoit pour la feu Reine, contre la feue Reine. M. Patru, M. de Segrais, & d'autres Ecrivains célèbres, sont dans le même sentiment. Le P. Bouhours, comme je l'ai fait voir au chapitre 35, de cette seconde partie de mes Observations sur la Langue Françoise, ne fait ce que c'est qu'étymologie. Non-seulement feu ne vient point de fuit, mais il n'en peut venir: & le P. Bouhours qui dérive cet adjectif de ce préret, fait bien voir par là qu'il est tout-à-fait ignorant dans les étymologies. Il est vrai, au reste, que c'est par la vertu de mon esprit étymologique que j'ai fait venir feu de felix: car il faut avoir en effet l'esprit d'étymologie, pour trouver une étymologie aussi difficile à trouver qu'est celle-là. Pour ce qui est de l'Italien la fu Madama, je n'ai rien à ajouter à ce que j'en ai dit: qui est, que cette façon de parler Italienne a été prise de la Langue Françoise, & que, comme il y a peu de différence, dans la prononciation, entre feu & feue, les Italiens ont cru que nous prononçons ce dernier mot comme le premier. Il me reste à répondre à l'autorité de M. Chapelain, à celle de M. Patru, & à celle de M. de Segrais. A l'égard de M. Chapelain, je répons au P. Bouhours ce qu'il m'a répondu, lorsque je lui ai allégué la même autorité, au sujet du mot de vœu: qui est, que le témoignage d'un mort n'est pas recevable, quand il n'y a nul écrit qui l'autorise. Pour ce qui est de M. Patru, & de M. de Segrais, il faudrait les voir la deffus: car je ne puis croire que deux personnes aussi éclairées dans la Langue Françoise, que sont ces deux célèbres Académiciens, soient dans une opinion si erronée. Et a l'égard de M. Gombaud, nous ne savons pas avec certitude qu'il ait été de cette opinion. Feu Madame d'Orléans est peut-être une faute d'impression. Mais s'il en a été, j'ai bien la vanité de croire qu'il eût changé d'avis, s'il eût vu ma remarque. Mais puisque le Révérend P. Bouhours me combat par des autorités, je veux le convaincre par celle d'une personne qu'il estime plus que toutes les personnes du monde. Cette personne si estimée du Révé- rend P. Bouhours, c'est le Révérend P. Bouhours lui-même, qui a toujours dit la feue au genre féminin. Je me souviens d'une Devise entre autres qui est peinte au Louvre dans l'anti-chambre de la feue Reine Mère Anne d'Autriche. C'est dans son Entretien des Devises, à la page 287, de la première édition. Et à la page 368. Celui dont vous parlez à mérité les bonnes graces de feue Madame la Marquise de Rambouillet dont le nom seul est une éloge. ¶ Le P. le Moine, qui étoit le camarade du P. Bouhours, a toujours dit aussi feue au féminin. On estime encore avec raison cette inscription faite pour les canons de feue Madame Royale, HART ET SUA FULMINA JUNO. C'est à la page 216, de son livre de l'Art des Devises; qui est un livre pour lequel le P. Bouhours a tant d'estime, qu'il l'a inféré presque tout entier dans son Entretien des Devises. Et à la page 208, du même livre: En la mort de feue Madame la Duchesse d'Arpaçon, autrefois Mademoiselle de Montchas. M. Orger, page 120, de son Apologie pour M. de Balzac, a dit de même: Tous les perroquets & tous les singes du Louvre, & qui ne sont pas moins de la Cour qu'en étoit feue Maturine. Et M. de Balzac dans une lettre qu'il m'a écrite; qui est la 13. du livre 21. Si ensuite vous ne connoissez pas Uranie, cette Nymphe que j'ai tant louée, & que je pleure si amèrement; je vous averti que c'est feue ma bonne amie Madame des Loges. Et Pasquier dans ses Recherches, livre 6. chap. 21. Eu égard mêmement à son contract de mariage, & Testament de feue sa femme. Vous trouverez aussi dans le cérémonial de France, page 229, de l'édition in-4, à l'article de l'Ordre tenu au Sacre & au Couronnement d'Eleveur d'Autriche, pour de l'Empereur Charles-Quint, & femme de François I. Feue de très-recommandable mémoire Madame l'Archiduchesse d'Autriche. M.
FEU. D'Aubigné, dans la conférence de Sancy: La feue bonne Reine sa compagne. Et au livre 2. chap. 7. La feue Reine mere du Roy. J'en ai vu une infinité d'autres exemples dans d'anciens ouvrages. Ant. Oudin, dans son Dict. Fr. Ital. au mot feu: La feue Reine, la Regina di felice memoria. Les Allemands disent de même seliger, & selige, adj. c'est-à-dire heureux, & heureuse, dans la signification de feu, & de feue. Ce qui fait voir que l'étymologie de M. Ménage est la véritable. Le Duchat. FEU: pour défunt. Quelque ingénieuse que soit l'étymologie que M. Ménage donne de ce mot, qu'il fait venir de felix, j'ai peine à croire qu'elle soit véritable. La raison de cela est qu'elle me paroît tirée de trop loin. Ainsi je préférerais le sentiment de ceux qui dérivent feu, de fuir. Cette dérivation est simple & naturelle. Ce qui semble la confirmer, c'est que les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurier furent, en parlant de deux personnes conjointes & décédées: or on ne fautit douter que furent ne vienne de fureur: d'où je conclus que feu, vient aussi de fait. Nicot le dérive de defunctus; & Wachter dans son Glossarium Germanicum pag. 1851. croit qu'il peut venir du mot Allemandu uerbe, qui signifie fancitus, facer.
FEU. Lat. ignit. Nicot: Aucun le veulent écrire par ce diphtongue fœu, comme venant de focus. Il vient de qui, mot Grec qui signifie lumière, & en Grec vulgaire feu. L'étymologie que Nicot rejette, est la véritable. Feu vient de fœus; com- me 1EU, de jocus; QUEUX, de coqus; LIU, pour lieu, de locus; PIU, de pancum. Focus, dans sa première signification, a signifié un foyer: mais comme on fait le feu dans les foyers, il a signifié ensuite du feu. Et il se trouve en cette signification dans cet endroit de Servius, sur le vi. de l'Eneide de Virgile: Sicut Lucilius, Scinde, puer, calam, ut calcas. Id est, frange fustes, & fac focum. Et dans celui-ci de Spartien en la Vie de Vicennius Niger: Ut toca in expeditione in communipulasione nemo focum faceret, &c. Et dans les Loix Alémanniques Tir. 8. Et dans Abbo. Barthius, liv. 35. de ses Adverfaires, chap. 19. parlant d'Abbo: FOCUM, cum pro quovis igne vel incendia ponis libro 2. 196. erudite facit. Et sic hodie Hispanismus semper fuego pro igne ponit. Vide Servium ad Æneidem XII. Les Italiens disent de même fuoco. Il me reste à remarquer, que nous usons du mot de feu pour famille: comme quand nous disons, il y a tent feux dans cette paroisse: & que les Latins ont usé de focus en la même signification. Siculus Flaccus, dans son livre de Limitibus agrorum: Sape uni foca territoria compliarum acceptorum attribuntur. Henri Etienne, dans son Trésor de la Langue Grecque, au mot 1904a: At vero Iliad. K. vers. 419. Cæus 2d vum 1904; vocantur 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1904; 1 F E U. Les raisons dont se sert M. Ménage pour montrer que notre mot feu vient du Latin focus, paroissent importantes; & on peut, je crois, s'en tenir à cette étymologie. Il fera bon néanmoins de faire attention à la ressemblance qui se trouve entre les termes qu'employent diverses Langues pour exprimer le feu: & pour cela je rapportera ce que dit-la-dessus Wachter dans son Glossarium Germanicum page 442. Voici comment il s'exprime: Frits, ignis. Phrygibus & Gracia 1904; Anglofaxonibus fit, fyr; Francis & Alamannis fuit; Selgis vuyr, vier; Anglis fire; Gallis feu per apocopen. Gloss. Keron, igne fuire. Vox phrygia, teste Platone in Crayle, qua hodie malè scribitur feuer, cum sit monofyllabum apud omnes antiquas. Verba Platonis hac sum pag. 181. Scis qua ratione ignis 1904 nominatur? Vide quid de hoc fusticier. Reor multa nomina Graecos a Barbaris, eos præsertim qui sub Barbaris sunt, accepisse. Vide igitur, ne hoc nomen 1904 barbaricum fit. Neque enim facile est, illud Graecos linguæ accommodare; constatque hoc Phrygæ nominare, parum quid declinantes, ut 1904, & 1904, aliaque permulta. Vera hæc sunt &c. Scriptis etiam Aristoteles Librum de Nominibus Barbaricis, qui si adhuc supresset (perit autem maximo resp. literaria damno), hand dubie multa vocabulorum secreta nobis pundere. Hibent & Hebrai ur vel uut pro flamma, hand dubie ex lingua humani generis primitiva; unde Phrygæ quoque suum haussisse vocabulum tanquam ex communis fœre, credibile est. Ab hoc primitivo prognata sunt verba in multis etiam vetustissimis linguis. Inde Hebrais baar arsit; Graecos 1904 incendere, 1904 severe; Latinis urere, burere, furere, fervere, & forte etiam feriari; Anglofaxonibus byram ardere, barman urere; unde Anglis remanis 10 burn, uroque significatu. Postera atas dixit brennen, liquida e loco nativo mota; quod fieri solet sapissim. Sed bernen antiquus est, diuque custoditum... Omitto nunc tatera derivata, qualia sum apud Graecos 1904 focus, regus 1904 signarium, 1904 in lapis ex quo excuntur ignis, &c. apud Latinos pyra, fornax &c. apud Anglofaxonies barming ostio, & similia. On voit par ce passage, que Wachter dérive le mot François feu du Germanique feur; & non pas du Latin focus, comme M. Ménage. Quoi qu'il en soit de la vérité de cette étymologie, il est toujours bon de remarquer la convenance de l'Ebreu 1904 our, qui signifie feu, avec le Grec 1904; & celle du Grec 1904 avec le Germanique feur, & les autres mots Teutoniques rapportés au commencement du passage de Wachter. Le P. & l'Front des lettres du même organe, & qui en diverses Langues s'ajoutent souvent au commencement des mots, sans en changer pour cela l'essence. F E U-GRIGEOIS. De focus Graecensis, dit pour ignis Graecus. Jean, Moine de Marmoutier en la Vie de Geoffroi le Bel, Comte d'Anjou, livre 1. Hi vero, qui in turribus ligneis erant, legitaram grandine promissa, graecum jaculantur ignem. C'est un feu qui brûle dans l'eau. Et ce feu a été appellé Grégeois, parce qu'il a été inventé dans la Grèce. Et ce fut un certain Callinicus qui l'inventa. Et ce Callinicus vivait du tems de Constantin. Voyez le Père Pétau, dans son Rationarium Temporum, livre 8. de la première partie, chap. 1. & M. du Cange, à la page 106. de ses Observations sur l'Histoire de Ville-Hardouin. M.
FEUILLANS. Religieux de l'Abbaye de Fueillent, de l'Ordre de Saint Bernard: réformée en 1573, par Dom Jean de la Barrière, qui en étoit Abbé. Entre les Lettres du Cardinal d'Offat, il y en a une fur cette Réforme, écrite à ce Dom Jean de la Barrière: & c'est la dernière de ces Lettres. Cette Abbaye est à cinq lieues de Toulouse, dans le Diocese de Rieux. Ceux du pays l'appellent Huilians. M.
FEUILLE. Il n'y a personne qui ne sache que ce mot François a été formé du Latin solium: mais tout le monde ne fait pas ce que je vais remarquer au sujet de ce mot Latin. Ce mot a été fait de 1904 par le changement du second lambda en iota: comme en alius, d'1904; en salio, de 1904, &c. Joseph Scaliger, qui a cru que ce changement étoit universel à la fin des noms, s'est trompé: ce qui paroît par le mot 1904, qui fait serpylium, & non pas serpylium; ce qui a été remarqué par Schioppius. Isidore de Peluse, dans la Lettre 477. du livre v. de ses Lettres, a cru que ce mot avoit été dit 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1904, 1
FEUILLE. De foliata. Théocrite a dit de même 1904. M. FEUILLETTE de Vin. Voyez fillette. M. FEUR. Nicot: FEUR. En ces manières de parler, au feu de cinq sols pièces, au feu l'emplage, ou emplage, & semblables, signifie à la raison, à la proportion, & selon. A raison de cinq sols pièce, à la proportion du cours du marché, & selon iceluy faire emplie. Nicole Gilles, en la Chronique du Roy Jean: Et par ce, fut ordonné que toute manière de gens du Royaume, fussent E c c i j du lignage du Roy, Prélats, Religieux, Hospitaliers, Officiers, Marchands, Laboureurs, ou autres, qui auroient ceux livres de rente, ou de revenu en bénéfices, ou de gages d'Offices, feroient aide au Roy de 4 livres, & au-dessus & au-dessous, au jour l'emplage; c'est-à-dire, proportionnement. Mais au pluriel, feurs, & accompagné de ces deux labours, & femences, ou du dernier sans plus, signifie les frais faits pour la culture, production, & recueil des fruits, comme aux Coulumes de Paris, chap. 1. art. 38. Le Seigneur Féodal, qui met en sa main par faute d'homme, droits & déboirs non faits, le fief tenu de luy, auquel a des terres emblavées par aucun Fermier, ou Laboureur, auquel sont baillées a ferme; iceluy Seigneur Féodal, s'il veut avoir les gaignages d'icelles terres, est tenu rendre au Fermier & Laboureur ses feurs & femences: Et au dernier article: ses feurs, labours & femences. Et ainsi Charles du Moulin l'expose en cedit article. ¶ Voyez la Coutume de Troyes, art. 68. & Ragueau, dans son Indice, au mot sur. ¶ Feur a été fait de forum. Au jour, c'est-à-dire, fort mare. Caton le Grammairien: Foro te para. C'est-à-dire, mari, confuerudini pare. M. Voyez ci-dessous FUR.
FEVRE, ou FEBVRE. Ouvrier en quelque métal. On le trouve dans Nicor, & dans Pomey, qui l'explique par ouvrier en besogne de fer. Borel l'explique par Faiseur d'épées, ou Maréchal, ou Forgeron. On trouve dans de Beaumanoir: Est-il avenant que le marteau se revelle a son Fevre? Ce mot s'est formé du Latin faber. Il entre dans la composition du nom orfèvre, qui signifie ouvrier en or, & il est devenu le surnom de plusieurs familles. Il se trouve quelquefois écrit avec un i, Fevre. En quelques Provinces, au lieu de Fevre, on dit Fabre, qui est formé pareillement de faber, par une simple transposition de lettres.
FEURRE. FOUARRE. De forum, ou forum, qui signifient une espèce de jonc; qu'en Languedoc on appelle jésque; propre à faire litière aux chevaux. Innocentius, de Litteris & Notis Juris'exponendis, Auteur ancien, & duquel Ammien Marcellin fait mention au livre 19. Aquam vivam significant sub se iuncina & forra. Marcus Baro, de Geometria: Aquam vivam significant sub se iuncina & forra. Ces mots étoient en usage long-tems avant qu'on se servit de fodrum, ou fodrum, qui signifient proprement les provisions de feurre, tant pour la nourriture & entretien des hommes que des chevaux: dont on veut dériver feurre, jouarre, & fonage, se fondant sur ces paroles des Capitulaires de Charles le Chauve: Missi curam habeant ne homines nostri vicinus, tempore affatis, quando ad herbar caballus fous notum, vel tempore hjemis, quando Marascalcus librum ad fodrum dirigunt, deprudentur aut opprimant. Où fodrum, rapporté ad herbar, signifie entre autres choses l'avoine & les autres grains, dont on nourrit les chevaux l'hiver: car le feurre, dont on leur fait litière, n'est pas chose si mal-aise à trouver, ni de telle importance qu'il fallut donner la peine aux Maréchaux, c'est-à-dire, aux Officiers d'écurie, ou Valets d'étable, de l'aller querir fort loin, & d'en incommoder les habitans des lieux circonvolsins. Outre que Pasquier, en les Recherches, remarquant que la rue de Paris appellee a rue du Fevre, est nommée dans les anciens Actes Latins Vicus-graminum, fortifie mon opinion; parce que stramen n'est autre chose que le feurre, c'est-à-dire le jonc ou la paille, & les herbes, dont, faute de jonc, on jonche, c'est-à-dire, on parisieme la terre. Voyez ce que je dis sur le mot joncher. Caïeneuve.
FEURRE. Voyez jontrage, & foare. M. FEURS. Ville de France dans le haut Forès, dont quelques-uns la nomment capitale. C'est le Forum Segujanorum des anciens, & son nom s'est formé de la par abréviation & corruption. Hadrien de Valois, dans sa Notice des Gaules, écrit Feurs sans i, & dit qu'on écrit aussi & qu'on dit quelquefois Furs. C'est du nom de cette ville que le pays de sa dépendance a pris le nom de Forès, Forensis pagus.
FEUTRE. C'est ce que les Latins appellent coattile, ou lana coatta. Il vient de feltrum, ou filtrum. Le Catholicon Parvum: Filtro, feutrer. Filtrum, feutre. Balbus in Catholico: Filtrum dicitur quia ex filis, id est pitis animalium fiat: unde filtratus. Le feutre se fait ou de laine, ou de poil d'animal, comme lapin, loutre, & caftor. Je le trouve entre les choses dont on équipe les chevaux, ou autres botes de voiture. La Loi des Bajuvariens, titre 1. chap. 6. Si quis in exercitu aliquid foreverit, paftorium, capifiram, famum, feltrum. Un Acte ancien, qui fait le chapitre 58. de la Centurie des vieilles Charmes de Goldast: Cavalles v. cum faumas, & ruftas, & filtrorum firaura sua ad noftrum iter ad Romam ambulandum. Il y en avoit de précieux, comme sont maintenant ceux de loutre & de caftor, dont les grands Seigneurs se paroient. Le Roman de Guillaume au court nez: A son col et un mantel febellin, Defus un feutre de paille Alexandrin. Où paille signifie drap; comme je vous ferai voir sur le mot poile, Goldast, sur ces paroles d'Ekkehardus Junior, piltris lorica fium, croit qu'il faut lire filtris: mais comme les feutres se font aufibien de poil que de laine, je tiens qu'il y faut retenir piltris. Caïeneuve.
FEUTRE. De feltrum, ou filtrum; que les Ecrivains de la basse Latinité ont employé pour tegumentum e pilis coattis. Dans les Statuts de Hugues, Abbé de Cluny: Capelli filtrei. Vous en trouverez plusieurs autres exemples dans Voffius, livre 1. de Vitiis Sermonis, ch. 6. & dans le Glossaire de M. du Cange. Anciennement nous disions feautre; & ce mot se trouve ainsi écrit dans Villon: Chapeau de feautre, &c. Feltrum vient de l'Alleman fil, qui signifie la même chose: d'où vient aussi l'italien feutre. ¶ Filt, felt, feltro, feautre, FEUTRE. M.
FEUTRE. Il n'y a pas de doute que ce mot ne soit d'origine Teutonique. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 446, en parle de la maniere suivante: FILT, pannus ex lana densatus, non textus; & omne tegumentum ex tali panne, fagum, fragulum, maita, &c. Gloss. Keron, Mutta filza. Gloss. Pez. In fago in vilze. Vettitus primavus Germanorum, de non Tacitus in Mor. Germ. cap. vi. Nudi aut fagulo leves. Cap. xix. Tegumen omnibus fagum. Derivari potest vel a Greco adnvit opus coattile, quod a vit v artare, densare, lanam cogere: vel a Latina villus aut villosus. Nam ad cognationem v. fell pellis referre, non amplius placer, quoniam filz notione sua non operimentum simplex, sed operimenti crassamentum ingerit. Eadem res Anglo-Saxonice dicitur felt, Belgice vilt, quod ideo notandum quia ex his dialectus ad Gracos & Latinos inferiores rufus manavit q. 1/100, feltrum, filtrum, de quibus fuse & erudite agum Mentius, in Lexico Graco-barbaro, Seldemus in uxore Hebra, Lindenbrogius & Cangius in Gloffartis, Martinius in Lexico Philologico Itali vocem Germanicam integrè custodium in feltrio, Galli corruptè in feutre. A filtrum portò proliferum filtreus, & filtrimus, & verbum filtrare, h. c. perculare per filtrum, transfundere per pannum densiorem, ne fordibus patet extitus. Voyez ci-dessous Filtrer.
FI. Cette interjection de haine & d'aversion, est, à mon avis, de l'ancienne Langue Tioise. Le Glossaire de Kéron : Inimicis, fianta. Inimica, fiantin. Inimicos, fiant. Odire, fien. Oditi, fietos, Cafeneuve.
FI. Nicot : FI, est interject. on reject. ve, dans le François ufe quand il abhorre quelque chose comme, fi, le vilain : impurum ac fordidum hunc apage, vel apagere. Et par plus grande abhorrence, il la redouble, fi, fi. Le mot peut être imité de finus, Latin, qui signifie fiente, par apocore : comme fi le François, par cette diction rejective des choses qu'il veut abhorrer, disoit, otez au long cela ; car c'est ordure & chose puante, comme fiente. Charles de Bovelles le dérive de fiance, ou de fex, fecis. M.
FI. Les étymologiei que M. Ménage rapporte de ce mot sont tirées de trop loin, & je ne les crois pas véritables. J'aime mieux le dériver de l'interjection Latine phy, qui se trouve dans Plaute dans le sens d'apage, c'est-à-dire, pour marquer l'horreur : Phy i in malam crucem. Et cette interjection Latine peut avoir été faite de l'interjection Grecque q. 6, qui s'emploie quelquefois pour marquer l'horreur, l'indignation. On écrivait autrefois phi ; ce qui approche davantage du Latin & du Grec. Les Italiens disent fi, de même que nous, les Espagnols fai, les Anglois fie, les Allemands fey, les Flamans foci ; qui viennent apparemment de la même source : ou, fi l'on veut, ce sont de ces mots que la nature dicte elle-même à tous les peuples, pour exprimer les mouvements de leur ame. Pasquier dit qu'on a appellé Maître Fifi, celui qui fait métier de curer les latrines. Voyez ses Recherches, livre VIII. chap. 26. où il rapporte ces vers de Hugues de Berry, Moine de Saint Germain des Prés, dans sa Satyre qu'il appelle la Bible de Guyot, où parlant des Médecins, qu'on appelait alors Physiciens ; il dit : Fisiciens sont appellés ; Sans fi ne sont-ils point nommés, De fi dont toute ordure naître, Et de fi Fisique doit être. De fi Fisique me défie : Fol est qui en tel Art se fie, Ou il n'y a rien qu'il n'y ait fi : Donc suis-je fol si je m'y fi.
FIACRE. On appelle ainsi à Paris, depuis quelques années, un carroise de louage ; à cause de l'Image S. Fiacre, qui pendoit pour enseigne à un logis de la rue Saint Antoine, où on louoit
FIA. FIC. FID. 589 ces fortes de carroises. C'est dont je suis témoin oculaire. M. Sarasin, dans la Pompe Funèbre de Voiture, qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser, a fait allusion à ce mot, à l'endroit où il parle de l'Enchanteur Fiacron. Nous avons de même appellé Blaver des carroises de voiture, d'un nommé Blaver, qui les louoit à ceux qui en avoient besoin. C'est aussi dont je suis témoin oculaire. M.
FIAMETTE. Couleur. De l'Italien fiametta, flammula. Huet.
FIANCER. Il est formé de fidemia ; comme qui diroit fidemiare. C'est maintenant promettre de prendre en mariage. Il se diroit anciennement de tout ce qu'on promettoit sur sa foi. Froilart, volume 1. chap. 32. Si fut le Roy a Monjeigneur Guy de Flandres, fiancer sa soy, & obliger prison. Le même, au chapitre 189. Et fut pris l'Evesque de Noyon devers la barrière, & fiança prison. Cafeneuve.
FIANCER. M. du Cange le dérive de fiduciare. Il vient de fidemiare : comme fiamaillet, de fidemialia & fiancé, de fidemiatus. M.
FIANTE, ou FIENTE. De fimetum. Fimetum, fimentum, fimenta, fienta, FIANTE. Voyez fange. M.
FIAT. Ce mot, dans la signification de fiance, est du patois Messin : mais Cl. de Seyffel l'a employé dans sa traduction d'Appien, fol. 453. de l'édition in-8°, 1570. Le Duchat.
FIC. Maladie. De fius. M.
FICELLE. Voyez fiselle. M.
FICHE. Pièce de fer, ou de cuivre, qu'on fait entrer dans le bois pour y attacher des portes, des volets, ou pour faire d'autres assemblages de menuiserie. Fi he, est aussi un outil de fer long & pointu, qui sert aux Maçons à faire entrer le mortier dans les joints des pierres. Ce mot vient du Latin figere, qui signifie enfoncer, faire entrer par la pointe. De la ressemblance à ces morceaux de fer pointus, on a appellé fiche, des marques qu'on donne en plusieurs jeux pour marquer son jeu. Fiche signifie proprement une pointe. En termes de Blafon on appelle fiche, ce qui a une pointe, ou fiche, qui le rend propre à être fiche en quelque chose. Les croix fi hées, ou au pied fi hé, sont fort communes dans le Blafon. On appelle ficheon, une sorte de petite cheville de fer.
FICHER. De figere. Figo, fico, ficare, FICHER. M.
FICHU. Les femmes appellent de ce nom une sorte de mouchoir en pointe, de foie, d'indienne, ou de quelque autre étoffe légère, qu'elles se mettent sur le cou, quand elles sont en des habillé. Il a été ainsi appellé, comme qui diroit fiche, c'est-à-dire pointu : du Latin figere, faire entrer par la pointe. Voyez ci-devant fiche.
FIDELIUM. Pasquier, VIII. 35. Quand au lieu de nous acquitter de plusieurs charges, esquelles femmes obligez, nous les passons à la légère, on dit que nous les avons toutes passées par un Fidelium. Il ne faut point faire de doute, que nous avons emprunté ce commun dire des fautes qui sont faites par nos Curz, quand ils ne rendent le devoir qu'ils doi- Ce erique il advient que l'on ait une plus, Orbis est une Eglise, esquel par longi l'ape de l'ape, pour la multitude d'icieux, il ferait impressive de l'ouette, ou bien que la negligence des Ecclesiastiques soit telle, nos Anciens disent que tout cela se passait par un Fidélium, qui est la derriere Oraison dont on ferme des Prières des Morts; vou- lais dire que l'on avoit employé une seule Messe des Morts pour toutes les autres : aussi fut employé ce même proverbe en toutes autres affaires, où l'on com- mettait pareilles fautes. M. F I E. Quelques uns le dérivent de fides, & d'autres de fœd. Cujas, dans sa Préface sur les Livres des Fiefs : FEUDUM quidam dixere feudum : ut Guillelmus Imperator in Constitutione quadam in Chronicis Flandria relata, per quam terris Imperia- libus privatur Margarita, Comes Flandria, ob fi- dem non prafitiam. Vocem fani feudi fidiens a feu- dere deduxit. Obertus autem, a fidelitate, vel fide : quod rethius puto : vel eo maximō, quod hi, qui rem a Domino, jure feudi, acceperunt, dicantur esse ejus leudes, sive leodes : quod est Francorum lin- guā, ses LEAUX, ou LOYAUX. Annonius, 3. cap. 81. Guirranus fuit leudis suis benevolus &c. Unde puto Germanos feudum, appellare leudum, sive le- hen. Nam & pari ratione iidem illi Leudes, Feu- dales dicuntur : quod est Francorum lingua LEAUX; & Feudum, jus, sive res, cujus acceptione, fider Dominis exhibenda, vinculo confiringuntur. Je re- marquerai ici par occasion, que le mot de feudum n'etoit pas encore en usage du tems d'Ifidore. Continuons. Bodin, livre 1. de sa République, chapitre 10. A fide proftanda, feuda dicta sunt. Hinc enim F. E. D. V. M. dici videtur : quod qui fidem daret, his verbis utebatur, FIDELIS LEO DO- MINO VERO MED. Contrachis autem dilitionibus in litteras, feudi appellationem trauerunt : nisi a fe- dere uerimque contraelo derivari verius sit. Horman, dans son Traité des Fiefs, le dérive de l'Alleman feed, qui signifie guerre. Goffelin, dans son Hi- toire des anciens Gaulois, veut qu'il vienne du mot Gaulois fiu, qu'il dit signifier de l'argent. Voici ses termes : Indique jus feudarum : ex eo quod ino- per in clientelam & patrocinium majorum, non cum omni subflantia, se traderent, in Rempublicam pri- mo inveclum possumus non temero suspicari. Nec enim (quod vulgo persuasum est) ab Italia, aut Longobardis natum esse arbitror, sed a nostris illis veteribus Gallis, qui lingua vernaculā fiu pecundam dicebant, & pecora, fio : ut patet ex Indice vocum Belgicarum apud Lipfium. Itaque pradia illa pro quibus aliqua pecora, vel pecuniam annuam cliens domino debebat, fiu nominarum. M. de Saumaise croit que feudum a été fait de quelo. C'est dans sa Disquisition de Mutuo, page 338. à l'endroit où il parle de l'Emphytéose. Voici ses termes : Etiam feuda ipsa inde trauerunt nomen fortassean cum re fuum. Nam superioque ab capulis, & simplex qu- uis. Unde feudum Barbari fecerunt. M. Grotius, dans ses Prolegomenes de Procope, le dérive de l'ancien Saxon et. Or, dit-il, possessio est præcis Saxonibus : unde FEOT, sive FEODUM, fiduciaria fruelium possessio. M. Guyet le dérivoit de fidum, & sous-entendant beneficum : & de feudum, il dérivoit le François fief, par le changement du D en F; comme en Juif, de Judaus. M. Ferrari, dans ses Origines Italiennes, a suivi l'opinion de M. Guyet. 9 Voyez Loiseau, au chap. 1. des Sei- gneuries. J'oubliois a remarquer, que M. Hauteferre, au chapitre 16. de son Franc-Alleu, derive Fief de l'Alleman foden, ou du Saxon feod. Voici ses ter- mes : Quidam feudi eipmon deducunt a voce Ger- manica feld, qua campum denotat : sed magis pla- ces eorum sententia, qui feudum deducunt a Ger- manica item voce foden, qua idem sonat ac alete : vel meiius, a Saxonica feod, qua stipendium sonat : qua ratione prabendas, quarum nomine, etiam vic- tui necessaria, penes Authores continentur, bene- ficia dicimus. Et que Pithou sur l'article 11. de la Coutume de Troyes, rapporte plusieurs anciennes Chartres, du commencement de la troisième Race de nos Rois, où notre mot de fief est exprimé par celui de fœvum, & qu'il tient que de ce mot fœvum s'est formé celui de fief : comme brief, de brevis, & grief, de gravis. Dominicy, au chapitre xv. de son Traité du Franc-Alleu, a abieré que le mot de fief n'a com- mencé à se dire que sous Charles le Gros. M. F I E. M. Ménage rapporte avec beaucoup d'érudition, a son ordinaire, les différentes opi- nions des Auteurs sur l'origine de ce mot, mais il ne détermine rien, & nous laisse dans l'incertitude sur le parti que nous devons prendre. Voyons si Wachter nous dira quelque chose de plus positif. Il a fait sur le mot feudum, d'où le François fief, un grand article, que je crois devoir rapporter tout au long de les propres termes de l'Auteur, afin que le Lecteur curieux soit en état de se déter- miner sur l'étymologie d'un mot qui est aussi cé- lebre que son origine est obscure. Voici donc com- me en parle Wachter à la page 440. de son Gloffa- rium Germanicum. FEUDUM, feudum, praedium militare vel clientelare, stipendii loco concissum. Quidam ad Latinas origines prolapsi, feudum a fide vel fœdere derivant, quia feudum est genus clientela, cujus prima lex fidelitas erga patronum, & vita fortunatumque ejus defensis. Guldastus Lati- nitatem quidem in voce agnoscit, sed previnctadem, & feudum deducit à foi fides, sicut leudum a loi lex, tom. 1. Rerum Alam. pag. 133. Contra alii & plerique rem & nomen rei origine Germanicum eſſe contendunt, quamvis eorum non una hareſſis fit, dum alii vocem ad ſimplices, alii ad compoſitas re- ferre malunt. Videamus primo de illis qui ſimplicita- tem tuentur. Harum principuus est Spelmannus, qui vocem arceſſit ab AngloSaxonico feoh, quod ſtipen- dium interpretatur. Aique ut contumaciam litera D, quam ſib inſeſtam experiebatur, quadammoſa compeſceret, illam ex litera finali H, euphonia gra- tiā, faſtam ait, quod neſcio an ullo exemplo compro- bari poſſit. Ex adverso Stiernhielmus feudum ab alendo deducit, quia foden est motire, & foda ali- mentum in omnibus veterum dialectis. Et hinc, in- quit, decantatum illud feudum, bona ſciliter qua ſunt data till fodum, hoc est in alimentum : de cu- jus vocii etymo Andabatarum more digladiantur lin- gua Scandica imperiti interpretat Legum Longobardi- carum. Hac ille intidem verbis in Gloff. Ulph. Goth. pag. 46. & ſep. Inter compoſitures rurſus chorum du- cit Spelmannus, qui prater ſuperiorem, mox aliam compoſtiram proponit, ut feudum perinde dicatur, quasi feo-had ordo & ſtatus ſtipendiarius, ſicut enyht-had ordo militaris. Sane AngloSaxonibus had in multis compoſitis ordinem & ſtatum denotare, reſte afferit virſummus, etiamſi ipsum compoſitum & monumentis Saxonicis offendere non poſſit. Gundlin- giana vocem componunt ex feo pecu, & od bonum; tra ut feudum, sit bonum rupticum vel peccarium; Germanis ein vieh-gut. Et in hac sententia dicuntur etiam versari Locennius, & alii bene multi. Tertia compositio est Hugonis Grotis, cujus, vi feudum est fundus stipendiarius, sic dictus ab od substantia, fundus, possessio, & feo stipendium, salarium, merces: de quo significatu alium infra in vieh. Et his ferè partibus tutum compositum apud diversos diversimode confatur. Plura opinionum divertia elobent Origines Feodi viri amplissimi Georgii Christiani Gebaneri. Mibi pra catris placet sententia Stirmidistinis & Grotis: sed quamam alteri preferenda sit non facile dixerim. Illa simplicitate sua se commendat, & lingua Celtica suffragio, qua fuyd ( ut postea offendam in fodem nutrire) alimentum significat, tum & aliorum vocum analogia, qua ante nomen feudi repertum, stipendio militari antiquitus authaserum, & prater vidum nihil significant, ut mox patebit. Hac compositionis elegantia, & ipsius rei testimonio se tuetur. Quid enim est feudum nisi stipendiaria possessio? Primis temporibus, cum Germania tota esset militaris, nemo militia causa stipendium accipietat, sed omnes ex annona publica alebantur. Quorsum videntur spectare verba Taciti cap XIV. de M. G. Epule, & quanquam incompti, largi tamen apparatus, pro stipendio cedunt. Id quod etiam voces antiqua demonstrant. Nam stipendium militare Luc. III. 14. ubi sedes voci nativa, interpreti Gothico vocatur anno a Lat. annona; Anglofaxonico andlyfe, hoc est victus, Francico libnara, hoc est alimentum, sustentatio vita, in Harm. Evang. Tatiani, cap. XIII. 18. Et in Glossis Boxhornians libnara exponitur stipendia. Postea, captis Romanorum provinciis, militi ex hostico provisum est, tertia vel dimidia parte soli, prout victori placuit, inter belligerantes forte divisa. Qua rei ipsi sando stipendiario fortis nomen conciliator. Nota sunt fortes Vandalorum in affebat, Ostrogothorum in Italia, Visigothorum in Hispania, Burgundionum & Francorum in Gallia. De fortibus Vandalorum agit Procopius lib. 1. de Bello Vandal. cap. 1. De fortibus Ostrogothorum idem lib. 1. de Bello Gub. cap. 1. De fortibus Visigothorum Lex Wisigoth. lib. 2. tit. 1. 8. De fortibus Burgundionum Lex Burgund. tit. XIV. 5. tit. LXXXV. 1. 2. Et Marius Aventicensis in Chron. ad an. 456. De fortibus Francorum Lex Salica, tit. LXII. quod vel hinc paiet quia Lex ibi inscribitur de Alodis, vel est de fortibus, & quia Alodum mox vocatur terra Salica, id est stipendiaria, sicut alibi offendo. His fortibus novissimi successis Feudum, novum genus beneficii militaris, & omnium iudicio a precedenti diversum. Dico novum: Nam terra feudalis non est terra hostis, sed ipsius Principis cui militaris. Imago ejus rei cernitur in Barbaris, in solum Romanum ea lege receptis, ut Romanis militarem. Quando vox feudi primum audita sit, inquisit Canguus iis voce, & cel. D. Gebauerus in Dissertatione Academica supra laudata.
FIEFFE. Un homme fiefte est un homme qui possede un fief, qui a été établi propriétaire d'un fief avec toutes les formalités requises en pareil cas; un vaffal ou feudal qui tient un héritage en foi & hommage. Fiefte se dit aussi par injure, de ceux qui ont quelque vice, quelque mauvaise habitude au supréme degré. Dans ce sens-là il signifie achevé, comme qui diroit, un homme a qui il ne manque rien d'un tel vice; de la même façon qu'il ne manque rien pour posséder un fief à celui qui en a été établi propriétaire par le Seigneur feodal avec toutes les formalités requises.
FIENTE. Voyez pante. M. FIER. De ferus: dont les Italiens ont aussi fait ferro. M.
FIER. On dit proverbialement, fier comme un Ecossols. Ce proverbe est fondé sur la fierté de la Nation, sur tout dans le tems que les Ecossols étant allés avec la France pendant nos guerres contre l'Angleterre, faisaient valoir leurs services.
FIER. Verbe. De piane, qu'on a dit pour fédere: d'où fidamen, mot de Tertullien. Voyez M. de Saumais sur Tertullien de Pallio page 162. M.
FIERABRAS. Sobriquet de Guillaume, Comte de Poitou, IV. du nom, selon Belly. De ferre-bracbia; dont on a dit, par corruption, Fierabras; comme jourche-fiere, de furca ferria. Voyez mon Histoire de Sable page 67. & M. du Cange dans son Glossaire Latin au mot Ferre-bracbia. Ce mot de fierabras, qui étoit un nom particulier, est devenu un nom général: & il signifie présentement un homme fort & vaillant. M.
FIERABRAS, ne se prend jamais, que je fâche, & ne s'est jamais pris de nos jours qu'en mauvaise part. C'est à peu près la même chose que Fanfara. Le Duchat.
FIERS. Sorte de raisins, appellés autrement des fumez. Rabelais 1. 25. Car notez, que c'est viande céleste manger à déjeuner raisins avec fousses fraîches: mesmement, des pinceaux, des tiers, des muftadeaux, de la bicané, & des poyards. On prononce en Anjou fier; mais on dit fêres en Poitou: ce qui me fait croire que ce mot de fier a été fait de ficari, & qu'on a appellé ces raisins de la sorte, à cause de leur douceur, qui approche de celle de la figue: & ce qui me confirme dans cette créance, c'est ce que dit M. Borrel, qu'on les appelle à Montauban des raisins gous de figue. M.
FIERTE. Comme quand on dit lever la Fierté: La Fierté de Saint Romain. C'est une chaise. De feretrum. De ferte, on a fait l'adjectif fiertable. Car fiertable: C'est non fiertable. ¶ Anciennement on prononçoit fierté: & ce mot se trouve ainsi écrit dans les Etymologies Françoïes de M. du Cange, & dans les Origines Gauloïes de M. Borrel. M.
FIERTE. De feritas, qui en vrai Latin signifie cruauté, & humus sauvage; mais que les Auteurs de la dernière Latinité ont pris pour audace, & courage accompagné de mépris. S. Colomban Abbé, dans ses Monastiques: Te feritate magis facias moderatio clarum. Cafeneuve.
FIEVRE-SAINT-VALIER. Le Président de Thou livre 3. de son Histoire, parlant de Jean de Poitiers, Seigneur de S. Valier: Ad mortem damnatus, cum ad supplicium ducereur, exparvore in tam acutam febrem incidi, at venia, in gratiam filia, qua pulchritudine sua multarum Procerum benevolentiam demeruerat, a Francisco I. imperata, vix ad mentim & sanitatem, Iavius miño sanguine, reduci potueris, Etude Sanvaleriana febris in proverbium abiit. Pasquier livre VIII. de ses Recherches, chapitre 19. La lendemain Maistre Nicolas Malon, Grefler Criminel, accomandé de Maistre Jean de Vignoles, l'un des quatre Notais res & Secretaires de la Cour, & de plusieurs Huissiers, se transporta à une heure de relevée à la seconde Chambre de la Tour quarante, où il lui prononça son Arrest. Je vous laisse toutes les particularités, qui se passèrent entre eux. Tant y a, qu'une heure après, ou environ, de relevée, il est mené sur le perron des grands degrés du Palais : ou après son cri fait, monté sur une mule, & derrière luy, un Huisser en croupe, fut conduit par les Huissiers de la Cour, Sergent à l'érige, Archers, Arbaléfiers, & gens du Guet de la Ville, jusqu'à la place de Grève, où il monta sur l'Echaffant : Et après s'estre reconcilité à Dieu, entre les mains de son Conseigneur, comme il estoit sur le point de s'agenouiller, pour recevoir le coup de la mort par l'Exécuteur de la Haute-Juise, voicy arriver un Archer des Gardes du Roy, nommé François Bobé, qui présenta à Malon deux Lettres : l'une, Missive, & l'autre, Patente : portant commutation de la mort en une prison perpétuelle. A cette nouvelle, Malon laisse le prisonnier, & deffend au Bourreau de passer outre : Et de ce pas, se transporte, avec Vignoles & Bobé, & quelques Huissiers, à la maison du Seigneur de Selve : lequel, ayant lu les Lettres, commanda d'en faire lecture devant tout le peuple, & de ramener Saint Valier en prison, pour en estre ordonné par la Cour ce qu'elle verrait de raison. Ce commandement est exécuté. Toutefois l'appréhension que ce pauvre Seigneur avoit eue de sa mort, le réduisit en telle fièvre, que peu de jours après il mourut. Et de-la est venu, La fièvre de Saint Valier, tant solemnisée par nos communs propos. Cette fille de S. Valier, c'étoit Diane de Poitiers, Maîtresse du père & du fils, c'est-à-dire de François I. & de Henri II. d'où vient que Buchanan l'a appelée, Diana, vœux Regum. M. de Varillas prétend qu'elle n'a pas été maitresse de François I. M. F I F R E. Sorte de flute, dont on se fert dans le Régiment des Gardes Suisses, & dans celui des Gardes Françoises. De l'Alleman pfeiffe : qui est comme les Allemans appellent cet instrument, Ils disent pfeiffes pour dire jouer de cet instrument ; & pfeiffes, pour signifier celui qui en joue. M. F I F R E. Wachter dans son Glossarium Germanicum confirme cette étymologie. Voici les termes page 1521. PFEIFFE, fistula, arundo canora. Cambris pib, Anglofaxonibus & Anglis pipe, Belgis & siccis pyp, Gallis fifte, Iralis piva. Menaginis & Ferrarius vicum suarum originem referunt ad Germanicum pfeiffe. Nos nostram referre possumus ad verbum puffen (pfuffen) quod primo significat flare, inflare, ventum facere, mox etiam sonum edere, ut demonfravit in loco. Utrumque convenit fistula, cum quia inflatur, & inflata sonum edit, tum quia buccas vicissim inflat, & ideo a Minerva fingitur rejella. Postea, ut fieri solet, vox aliis quoque rebus qua fistula non sunt, fistulas tamen longitudine & cavitate referunt, aptari capit. Inde Cambris pib tubus, canalis, Belgis pyp tubus, canalis, tibia pedis & brachii, dolium vini Hispanicum; Hispanis, pipa dolium oblongum; Gallis & Anglis pipe tubus & dolium; Germanis pfeiffe tubus ficilis, rucken-pfeiffe sacra fistula, &c. Lariop-Rabaris pipa vasculum, cadus, item fistula, qua sanguis Dominicus hauriebatur interprete Cangu. De Ciezio pipe vide Spelmannum in pipa. On voit F I G. F I L. par ce passage comment dans le même mot la signification de tuyau & celle de tonneau, qui paroissent d'abord si éloignées, ont néanmoins la même origine. * F I G E. Nicot : Il vient de figere. Une chose figée est comme fichée, ou fixée, & arreste : tellement qu'elle ne peut couler. Ce qu'il a pris mot pour mot de Robert Etienne. M. F I G N O L E R, ou F I N I O L E R. Raffiner, vouloir par vanité surpasser les autres dans ce qu'on fait, enrichir sur eux par des manières affectées. Ce mot vient de fin, entant que celui-ci signifie ce qui est le plus excellent en son genre, le plus recherché, le plus exquis. Un homme qui fignole en quelque chose, est un homme qui y recherche avec affectation tout ce qu'il y a de plus exquis. Voyez ci-dessous Fin. * F I G U E. Faire la figue à quelqu'un : c'est-à-dire, tromper, ou se moquer, en Espagnol figue signifie tromperie. M. F I G U E. Le proverbe faire la figue, pour dire, se moquer, vient de l'Italien farlafica. Il tire son origine, à ce que disent quelques Auteurs, de ce que les Milanois s'étant révoltés contre l'Empereur Frédéric, avoient chassé ignominieusement hors de leur Ville l'Impératrice la femme, montée sur une vieille mule nommée Tacor, ayant le dos tourné vers la tête de la mule, & le visage vers la croupiere. Frédéric les ayant subjugués, fit mettre une figue au fondement de la mule, & obligea tous les Milanois captifs d'arracher publiquement cette figue avec les dents, & de la remettre au même lieu sans l'aide de leurs mains, à peine d'être pendus & étranglés sur le champ : & ils étoient obligés de dire au bourreau qui étoit présent, c'est la fica. C'est la plus grande injure qu'on puisse faire aux Milanois que de leur faire la figue : ce qu'on fait en leur montrant le boît du pouce serré entre les deux doigts voïlins. De là ce proverbe est passé aux autres Nations. Les Latins montroient par dérision la moitié de l'ongle, comme on voit dans ce passage de Juvénal, medium que estender un un. On dit aussi par une expression populaire faire la figue, lorsqu'après avoir joint ensemble le pouce & le doigt du milieu, on les sépare ensuite avec violence, & en faisant un certain bruit. Il n'est pas trop aisé de découvrir l'origine de cette expression : car je ne crois pas qu'elle vienne en aucune façon du mot figue, pris pour ficus. Je ne vois aucun rapport entre une figue, & le bruit qui arrive en faisant la figue. Je penserois donc plutôt que c'est une onomatopée ; & qu'au lieu de dire faire la figue, on aura dit faire la figue ; à cause de la ressemblance de figue avec un mot aussi connu que celui de figue. Les Arabes ont dans leur langue le verbe fakkaa, qui signifie suivant le Gieuhari, collidende divisive politicem et medium digitum, risque ita concrepuit ; c'est-à-dire, précisément la même chose que ce que nous appelons faire la figue. On prendra si l'on veut le terme Arabe pour une onomatopée : mais je ne fais s'il est nécessaire d'aller chercher dans ce terme Arabe l'origine du nôtre. * F I L. D'ARCHAL. De filum, & d'archal-chum, chum, qu'on a dit au lieu d'oricalchum. Scaliger sui Feltus, page 26. Cum Graci dicant iperiæux, tamen Latini scripserunt aurichalcum; quod putar- rent Id ex auro & are componi, addita Cadmea ter- ra: ut electrum, ex auro & argento: de qui intellex- xit Martialis: Pallida sic niveo radiant electra metallo, Et niveum felix pultula vincit ebur. Intelligit enim de illa materia composita, non de suc- cinæ. Igitur ex vitio pronunciationis nata est Iofia illa de compositione auri & aris opinio. Quare & auctor Gloffarii recte dixit, aurochalca, upuæux: quod putarent esse auri, & chalci, seu aris, upuæ vi, & compositionem quandam. Non nego ex auro & are praflanissimum as fieri, ut prodiderunt Vet- res de Corinthio are. Sed id iperiæux esse, id vero pernego. Aristotelem enim habeo auctorem, qui, apud Interpretem Apollonii, negat iperiæux esse in re- rum natura. Hiccychius: iperiæux, & vii huli- liæiui iperiæux, & vii huliæiui iperiæux, & vii huliæiui iperiæux. & vii huliæiui iperiæux. Sanc Iofia iperiæux & vulgo vocamus letorum. Et de eo intellexit Horatius: Tibia, non, ut nunc, orichalco vincta. Sed illud commentisium aurichalcum tanti fuit apud Vetere, ut cum nusquam esset, tamen quasi esset, etiam auro excellentius haberetur. Id quod ex Plauto cognosci- mus, qui aurichalcum pluris facit, quam talentum auri. Quod & non praetermisti Servius in Virgilium. ¶ La Glosé de la vieille Bible Françoise, imprimée à Paris en 1544. sur le chap. 6. du livre 3. des Rois: Ne ayes pas merveilles, si tu lis en aucuns lieux à la fois, que ces choses estoient d'airain, & à la fois arcal: car airain & arcal est un même métal. Et l'Auteur de cette version traduit ainsi ces mots du 15. vers. du chap. 1. de l'Apocalypse: Et pedes ejus similes aurichalco: Et ses pieds fem- bloient à archal. M.
FIL-DE-PINAY. Nous appellons ainsi une forte de fil à coudre, qui est de grand usage parmi les Lingères: & nous l'appellons de la sorte, par- ce qu'il se fait à Epinay, Bourg situé entre An- vers & Malines. Nous disons de même fil de Ma- lines, & fil de Baionne; parce que ces sortes de fils, qui sont fort déliés, & dont on fait des points & des dentelles, se font à Malines & à Bayonne. M.
FIL-DE-MALINES. Voyez fil d'Epinay. M.
FIL-DE-PERLES. De filum gemmarium. Les Glosés anciennes: Tylasus, xoeum yueum, trifilum gemmarium. Un fil de perles est appelé linea margaritarum dans la Loi 26. ad Legem Faf- cidiam, qui est de Scevola: Et linea ex margaritis, dans la Loi dernière de Auro, argento, mundo, &c. qui est du même Jurifconsulte: Et linea margari- tarum, dans le paragraphe 25. de la Loi 52. de Furtis, qui est d'Ulpen. M.
FILANDRES. Filets, qui s'engendrent dans le corps du faucon. De leur ressemblance à des filets. M.
FILANDRES. Certains crêpes qui volent en l'air. De leur ressemblance à des filets de laine. M.
FILASSE. Filum, fila, filacium, filacia, FILASSE. Voyez M. du Cange. M.
FILATRICE. Etoffe tramée de fleuret. Fi- larrix, filaricia, FILATRICE. M.
FILE. Substantif féminin. De l'inusité fila fila, fait de filum. C'est une métaphore prise des Tail- Tome I. leurs, qui employent les fils les uns après les autres. M.
FILER. De filare: qui a été fait de filum, & qui se trouve dans Saint Odric, au chap. 1. para- graphe 4. de la Pérégrination. In ea: il parle de la Terre d'U: sunt pulchri fentes. Ibi vers nem & filant: multieres vero, non. Guillaume de Puy-Lau- rens, ch. 8. Ite, Domina; filare colum vestram. M.
FILERIA. Voyez phleria. M.
FILET. Sorte de bride sans branches. De filetum, diminutif de filum. ¶ On dit être au filet, pour dire être à table, sans avoir de quoi manger: qui est une métaphore, prise des chevaux, aux- quels on donne un filet pour les empêcher de manger. M. FILET sous la langue. Grec ἀγαλόχροντι. Budée, dans ses Annotations sur les Pandectes, fol. 140. Agineta ancyloglosum appellat vitum lingua, aut congenium, astricta lingua injani: nas- centi membranulis quibusdam duriusculis & brevior- ribus, aut agnatum, id est, accidentarium, cum ulcus sub lingua ci articem doctorum abduxit. Est autem vinculum nervosum, quod filum vulgariter nuncupatur. Rabelais liv. 3. chap. 34. Le bon mari voulut qu'elle parlait. Elle parla, par l'art du Médecin & du Chirurgien, qui lui comprenit un en- cyliglotte qu'elle avait sous la langue. M.
FILET-DE-PERLES. De filatum gemma- rium. Voyez ci-dessus fil de Perles. M.
FILIBERT, ou FILBERT, ou PHILIBERT. Nom propre d'homme. Il vient de la langue Teu- tonique, comme il est facile de s'en appercevoir par la terminalison, & il signifie valde clarus, ou praclarus. Il est composé de deux mots, savoir fili, & beri. Le premier est une particule qui dans la composition sert à fortifier le sens, & c'est la mé- me chose que l'Alleman viel. On trouve cet- te particule jointe ainsi à quantité de mots Francs, & pour le même usage. WILLIBALD. Signifie pa- reillement valde andax. WILLIGISE, valde po- tens, ou prapotens. Willi est la même chose que fili. W ou V & F sont des lettres du même organe, qui se mettent facilement l'une pour lautre. Le second mot qui entre dans la composition de Filibert, est beri, qui signifie illustré. Voyez Wachter, dans son Glossarium Germanicum au mot viel, & ci-dessus Beri.*
FILIERE. C'est un morceau de fer percé de plusieurs trous d'inégale grandeur, par où on tire & on fait passer l'or, l'argent, le cuivre & le fer, pour les réduire en fils si menus qu'on veut, com- me on voit le fil d'archal, les cordes d'épinet- res, & les fils d'or & d'argent dont on fait les den- telles & les étoffes. C'est du mot fil qu'on a appelé filiere ce morceau de fer.*
FILIGRANE. De l'italien filigrana, mot composé de filum & de granum. C'est un ouvrage d'orfèvrerie, travaillé à jour délicatement. Il y a des grains sur les filets: & c'est apparemment de la qu'il a été appelé filigrane. Ceux qui croient que le filigrane est une invention nouvelle se trom- pent. Il y a au trésor de N. D. de Paris une Croix de Filigrane de vermeil doré, qu'on croit avoir été travaillée par S. I boy, & la plupart des ouvrages qui restent de ce Saint, qui est mort l'an 665. sont ornés de filigrane. M.
FILIPENDULE. Plante qui est ainsi nom- mée, parce que ses racines ont quelques rubercu- les attachées à des fibres assez délices, d'où elles pendent comme si elles ne tenoient qu'à un filet.*
FILLATRE. L'ancien Dictionnaire Latin-François du P. Labbe : Privignus, Fillaître. De filaster comme maraître, de maraîtra. Aujourd'hui, dans le Lyonnois, filastre se prend pour gendre. ¶ Païquier liv. 8. de ses Recherches, chapitre 5. Il m'est tombé en mémoire que nos ancêtres par un homme-filance furent trop plus copieux et paroles de consanguinité & affinité, que nous autres, qui, par une superstitieuse ignorance, avons en cet endroit appauvri nostre vulgaire. Car ils uferent du mot paraître, comme de maraître, pour découvrir celui que notre mere avoit et poufe en secondes nopces. Et semblablement, de filastre, pour nommer le fils de nostre mari, ou femme, qui estoit issu d'autre mariage. M. FILLETTE de vin. Chaties Etienne, dans son Abregé de Arte Vascularia de Lazare de Basi, page 18. Lugdunenses fillettam appellant quasi fidelium : que duplex pintam continet. A Paris, où on prononce feuillette, & feillette, c'est un demi-muid. Touchant le mot fidelia, voyez Nonius Marcellus. Mais ce n'est pas de ce mot dont nous avons fait feuillette. C'est de l'Itaien foglietta, qui signifie aussi une mesure de vin. Comme ce mot n'est pas ancien dans la Langue ftalienne, en cette signification, il peut être que les Italiens ayent emprunté ce mot des François. On appelle fillette, ce petit linge dont on envelope le bout du doigt quand on y a mal : qu'on appelle autrement, une poupée. M.
FILLETTE. C'étoit de pesans ceps que Louis XI. faisoit épouser à ceux qui pour ration de leurs services, avoient mérité de devenir ses gendres. De la le nom de fillettes du Roi Louis XI. dans la signification de ces ceps. Voyez Commines, liv. vi. ch. 12. Le Duchat.
FILLEUL. De filolus, qui se trouve en cette signification dans un million d'endroits. Voyez le Glossaire de M. du Cange. M.
FILOU. Trompeur subtil, ofroce, voleur, tireur de laine. Ce mot a signifié originellement ce petit bâton d'yvoire, long de trois pouces, & de la grotleur du petit doigt, à six pans, marqué comme un de sur chaque face, avec lequel on jouoit. Et ce petit bâton s'appelloit un cochonner. Or comme il étoit facile de piper à ce jeu, & qu'on y pipoit ordinairement, on appella à Paris, il y a environ 50. ou 80. ans, Filoux & Filoutiers, ceux qui pipoient & escroquoient en quelque occasion que ce fût. Il n'y a pas trente ans que le mot de filou a été mis en usage, dit Bourdelot, dans ses Origines Françoïes manuscrites. Ce mot fut ensuite donné à ceux qui voient la nuit la bourde, & tirent la laine. Je ne fais d'où peut venir le mot de filou, dans la signification de ce dé dont nous avons parlé. Filones se trouve dans Ekkehardus, au ch. 5. de Cassius Sancti Galli. Ad quorum ducens (Il parle des Saratins, qui étoient entrés dans la Boutgogne, & y faisoient un grand degât) Conradus, noctis astutia usus, Legatos dirigit, bis verbis : Ecce Ungri, filones illi fugitivi, nunciis me fatigant, ut tibi, pace mea, vos quidem à tantæ ubertatis terra armis expellere liceat. Sed vos, si vii estis, obviam illis, me juvante, quantociis pergite. Sur lequel endroit Goldstat, dans ses Alémaniques, tom. 1. part. 1. pag. 198. a fait cette Note : A villones id est, villani. Et obaudio Fribour, filones exponem verbérones : a veteri et a filos. O fado, Nokero Labioni, ferum pro cædere, flagellare, fuftigare. An latrones & pradones) M. de Caseneuve, après avoir confirmé cette interprétation de Fréherus, par ces mots du Glossaire du Moine Kéron : Verbera, fillo : Verberum, filloon, fillonokertu, & par ceux-ci de l'ancien Glossaire de Lipse : Fillunga, flagellum ; dérive notre mot Filou de ce mot Alleman : le métier des Filous étant, dit il, de prendre de l'argent pour battre le monde. D'autres dérivent Filou du Grec φιλντε, ou φιλντε, qui, selon Hélychius, signifie un voleur. Et d'autres du Flaman yii, qui signifie un méchant, un vaut-rien. M.
FILOUS. Ce sont des Voleurs & des Assafins. Ce mot est fort ancien en Allemagne. Ekkehardus Junior, De Cassius Monasterii S. Galli, chapitre 5. parlant des Hongres qui ravageoient l'Allemagne : Ecce Ungari, filones illi fugitivi, nunciis nos fatigant. Où Goldast a remarqué, que selon l'opinion de Fréherus, ce mot est formé de l'ancien Alleman filen, qui dans Otridus & Nokerus, anciens Auteurs de la Langue Tioise, signifie battre & fouetter. Ce qui a beaucoup d'apparence ; d'autant que j'en trouve des preuves dans le Glossaire du Moine Kéron : Verbera, fillo : Verberum, filloon, Fillonokertu. Comme aussi dans le Glossaire de Lipse, au liv. 5. de ses Epîtres ad Belgas : Fillunga, flagellum. En effet, l'un des plus honnêtes métiers des Filous, c'est de prendre salaire des coups d'épée ou de bâton qu'ils donnent à ceux dont les ennemis se veulent venger. Caseneuve.
FILTRER. FILTRATION. De feltrum : qui signifie du feutre. Feltrum, filtrum, filtrare, filtratio. Voyez feutre. La filtration est une espèce de colature, qui se fait avec des pièces de feutre, coupées en long, par lesquelles la liqueur découle. Elle se pratique par ceux qui veulent séparer la portion la plus tenue d'un médicament d'avec la plus grossière. M.
FIN. Adjectif. Joannes à Sanilo Geminiano, dans la Vie de Sainte Fine, Vierge : Quod excellentem, vel optimum gradum bonitatis obtinet, finum, vel finissimum vulgariter appellatur. Casaubon, sur la Sat. 1. de Perse : Præclaré & nos in Idiomate nostro res in suo genere præsantes, tanquam finem ultimum affectus, vocamus fines, sive finitas; ut panum, telam, & similia. Ita Graci vixias, a vivus. Les Italiens & les Espagnols, disent fino, dans la même signification. Ce mot a une origine difficile à découvrir. M. Guyet le dérivoit du Latin ancien vinus, qu'il prétendoit signifier bellus, scitus, venustus, elegans, delicatus : fondé sur ce passage de Nonius Marcellus : Vinnulum, scitiloquum, id est, illecebrum. Plautus Afinaria : Compellando blanditer, ofculando, oratione vinnula, venustula. Il y a dans Nonius Marcellus, fosfiloquum : pour lequel mot M. Guyet corrige scitiloquum. Au lieu de fino, les Italiens on dit aussi fine ; d'où l'abstract finezza : d'où le François, FINESSIE. J'oubliois à remarquer, que M. du Cange dérive notre mot fin, de finitus. L'analogie ne permet pas que de finitus on fasse fin. Païquier a fait un chapitre particulier des trois différentes significations de ce mot fin : qui est le dernier du huitième livre de ses Recherches. Voyez-le. M.
FIN. FIO. 595
FIN. Ce mot dans la signification de ce qui est excellent dans son genre, est commun aux Bretons, aux François, aux Hibernois, aux Anglois, aux Allemands, aux Italiens, & aux Espagnols; ce qui montre que son origine est Celtique. Les Anglois disent fine; les Flamans syn; les Allemands fein; les Italiens & les Espagnols fino. De cette première signification, ce mot a été employé pour signifier mem, subit & rusé. Voyez Wachter, dans son Glossar. German. au mot Fein.
FINANCE. C'est proprement l'argent qui provient des Tailles, Gabelles & autres Impositions que le Roi lève sur le Peuple. Sous lequel mot on comprend aussi le revenu des Domaines & des Parties Caiselles. Aussi anciennement le Trésorier de l'Espagne étoit appellé Garde de la Finance. Enquérand de Monstrelet, vol. 1. ch. 17. Le Bargne de Foucal, Ecuryé du Roi, & Garde de la Finance, nommée communément l'Espagne. Le même Auteur, vol. 3. parlant des crimes dont Jacques Coeur, Argentier du Roi, fut accusé: A été aussi fait prisonnier, pource qu'il a exorqué, pris & rapiné indouement, plusieurs grands Finances sur le Pays du Roi, tant en Languedoc, Languedouy, comme ailleurs. Ce mot est formé du Latin-barbare finis, qui signifie la promesse qu'on fait de bailler une somme d'argent. Matthieu Paris, en la Vie de Henri III. Clanculo caprus fait & retentus; & tacito facto fine, interpositis fide & juramentis, & Charris, caute dimissus. Finaison nulle, dans les anciennes Coutumes du Perche, comme remarque Ragneux en son Indice, est quand le Vallai ne paye au terme accordé ce qu'il avoit promis à son Seigneur pour le rachat & profit du Fief. De-là on forma le verbe finer, qui signifioit anciennement exiger, & composer par force avec quelqu'un, d'une somme d'argent. Le Sire de Joinville, en la Vie de S. Louis: Lui dit qu'il ne le laisseroit point aller; jusqu'à ce qu'il eussit fine à luy; & force luy fut finer au Chevalier à cinq cens livres. Les Languedociens disent encore fina dans ce sens. Caesneuve.
FINANCE. C'est proprement l'argent du Roi, provenant des Tailles & Gabelles, dit M. de Caesneuve: qui dérive ce mot de finis, qui signifie, dit-il, la promesse de donner une somme d'argent. Voyez-le. M. du Cange le dérive du même mot; mais dans la signification d'extrémité. Finance, dit-il, pecunia, qua exfoliata, lis finitur. Finance, en Allemand, signifie usure, interet; & finanzen, donner à interet. Mais cette signification n'a rien de commun avec notre mot de finance. FINANCE ne viendroit-il point de l'ancien mot François finer, que je crois avoir signifié trouver? Les Périgourdins disent encore aujourd'hui fina, pour trouver: Et finna, parmi les Suédois, & parmi les Allemands finden, signifient la même chose. Ce qui me fait remarquer ici, que M. du Cange dérive le mot trouver de celui de treu, qui signifie tribut, & qui a été fait de tributum: Proinde vocis trouver, seu, ut hodie efferimus, trouver; ut Itali trovare; etymon perendum ab ejusmodi tributorum Calicloribus, qui dicebantur avoit treuve, cum tributum, seu le treu, exegiffent: quam vocem postmodum pro invenire usurparvimus. Ce sont les termes de M. du Cange, dans son Glossaire Latin, au mot trunianzare, à la page 1113. du troisième volume. M.
FINANCE. M. de la Mothe, le Vayer, dans son Traité de l'Institution du Prince, dérive Finan- ce de finer, dans la signification de finir où d'achever. De-la vient aussi, dit-il, que finance est la même chose que le vieux mot chevance, parce qu'avec l'argent on finis & on acheve les choses les plus difficiles. Le Duchat.
FINANCE. Quoique le mot Allemands finan, ait aujourd'hui un sens un peu différent de celui de notre mot Finance; cela n'empêche pas que ce dernier ne puisse en être dérivé. La signification des termes ne demeure pas toujours la même, & ce qui s'est pris d'abord en bonne part; le prend souvent ensuite en mauvaise part. D'ailleurs la ressemblance du mot Allemands & du mot François, est si entière, qu'il est difficile de croire qu'ils n'ayent pas tous deux une même origine.
FINER. Nos anciens disoient finer pour finir, Voyez Nicot. M.
FINLAND. Nom d'un grand pays de l'Europe Septentrionale. Les Auteurs Latins modernes, l'ont appellée Finonia, & Finnonia. Tacite nomme le peuple Femi, sans nommer le pays. Rien n'est plus abîurde que l'étymologie que donne Ziegler, du nom Finland. Il prétend qu'il vient du mot fin dans le sens de Feau, agréable. Il est vrai que fin ou fein, signifie cela en Langue Teutonique; mais rien ne convient moins à la Finlande que de l'appeller un beau pays. Voyez ci-dessus Fin. L'étymologie du savant Wagenseil, ne vaut guère mieux. Il veut que les anciens Suédois, étant souvent infestés par les Finnis, qu'il nomme Finnones, en appellerent le pays Fienden-land, c'est-à-dire, pays des ennemis, & par contraction Finland. On fait que land en Langue Teutonique, signifie terre, pays; & ce mot entre dans la composition de quantité de noms propres de pays. La véritable étymologie de Finland, se tire du mot Teutonique feu, qui veut dire bouc, marais, pays marécageux; & c'est de-la, pour le dire en passant, que vient notre mot fange, & l'Italien fango. De sorte que Finland est la même chose que terre de marais: nom qui convient à merveille à ce pays, où il y a quantité de lacs & de marais. Cette étymologie est confirmée par le nom que les habitans lui donnent dans leur propre Langue: car ils l'appellent Sooma, qui signifie la même chose que Finland, de Sooma marais, & ma terre; & il semble que le nom Teutonique ne soit qu'une traduction du nom Finlandoir. Fenn ou fenn, vient pareillement du Teutonique feu marais, & signifie habitans des marais. Voyez Wachter, dans son Glossar. German. au mot Fen.
FIOLANT. Che sa del bravo, dit le Dictionnaire Fr. Ital. d'Oudin. Je crois que c'est proprement celui dont on dit qu'il fait feu violet; & peut-être folant vient-il de-la. Du reste folant se trouve dans le Perroniana au mot courage. Le Duchat.
FIONIE. Nom propre d'une des Isles du Danemark. On la nomme aussi Funen & Funen. Olaus Magnus, & Stephanus dans les Notes sur le Grammairien Saxon, pag. 19. disent que le nom de Fionie vient de fon, qui signifie séparation; parce qu'elle est séparée de l'Isle de Zélande & de la terre ferme par deux Détroits, savoir le grand Belt & le petit Belt. Peut être lui donna-t-on ce nom, parce que c'est une séparation que fit la mer d'une portion de la Zélande, ou de la Jur- F i f i j lande, qu'elle sépara, qu'elle détacha, & dont elle se une fille particulière.⁴
FIQUETTE. Comme quand on jure par ma fiquette, qui est un serment que font beaucoup de femmes sans savoir ce qu'elles disent. De fischetta, diminutif de fica, qui le prend chez les Italiens in obconus. Le Molza, dans son Capito delle fiche, remarque que les femmes de Provence ont de cou- rume de jurer de la sorte. Quello basta a chi vuol lor fama dare. Anchor, ch'al tempo antico gia gli Athleti Usasser con le Fiche d'ingrassare: Pero in Provenza, in quei paesi lieti, Il giurar per ma Figa, è un sagramento Ch'asso le Donne, and ogni buon l'acqueti. Sur lequel endroit Annibal Caro, sous le nom de Ser. Agrefo, a fait cette Note: Come il guiderdone d'un buono buono è diventar santo, così esse Fiche, per i loro buoni portamenti, sono state canonizzate per sante in Provenza, la tra quelle persone da bene. Percio che le Donne in quel paese, quando vogliono affirmare una verità giurano per ma figa, id est, per la fica mia, come per cosa santificata: e quelle bonne persone credono a questo giuro, come a Sacra- mento in337bille, & inviolabile. Les Grecs se font servis du mot de figue en la même signification. Le Scholiaste d'Aristophane, sur la Comédie de la Paix: «è» è iùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùù
FISCELLE. Bourdelot: FISCELLE: Fiscella est proprement le vaisseau ou on saisoit des fromages, qui premierement fut de jonc, puis d'oser, & enfin de cordes mêmes, qui ont retenu le nom. Les Gloises d'Isidore: Fiscella, forma ubi casei exprimuntur, Fiscellus, mollis casei appetitor. Tibulles, liv. 1. Eleg. 13. Tunc fiscella levi detecta est vimine junci, Raraque per nexus est via salta sero. Voyez fisque. ¶ Je doute fort que notre mot Fran- çois fiscelle vienne du Latin fiscella: ces deux mots n'ayant rien de commun ensemble. Et je croirois plutôt qu'il viendroit ou de funicellus: Funis, fu- niculus, funicellus, finicellus, ficellus, ficella, F1- CELLE: ou de filicella, fait de filum. M.
FISCELLE. Dans le sens de panier de jonc, pour faire du fromage, n'est point François. Mais dans le sens de petite corde, il faut écrire ficelle. Il vient de fides, fidicula, fidicella, ficelle. Le D. dans le milieu des mots, souffre très souvent édition. Medericus, Merry; Laudunum; Laon; Theodoricus, Thierry; Theobaldus, Thibaud; Fi- des, Fol; Cidomum, Caen. Huet.
FISQUE. Du Latin fisque, qui signifie pro- prément un panier, & qui vient du Grec que mais qui a été pris figurément pour le Trifor pu- blic. Alconius: Fiscel partea sunt utensilia ad majoris summa pecunias capiendas: unde, quia major est fem- ma pecunia publica, quam privata; ut pro censu pri- vato loculos & arcam dicimus, sic pro the sauro pu- blico ararii dicitur fiscus. Helfychius: 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.6.2. 1.
FLACARGNE. C'est-à-dire, calomnie. Le Roman de la Rose, fol. 15. c. Malebouche qui rien n'espargne, Sur chascun trouve sa flacargne. C'est un substantif un peu corrompu du verbe fla- gner, fait de flacare enifer, & de cornare, fait de cornu, dans la signification d'un cor de chafle ou d'une tromperte. Le Duchat.
FLACHIER. C'est un marais. Froissart, vol. 1. fol. 107. c. édition de Verard: Et avoient an- devant d'eux ung grant flachier plain de eane dor- mant. Flachis s'est dit aussi a peu pris dans la mê- me signification. Froissart, vol. 1. fol. 74. c. En- tre sa bataille & les gens de Rasse qui se combati- toient & qui mers estoient, y avoir un grant fla- chis tout plain d'eane & grant marais. Je crois que l'un & l'autre viennent de lacus. Le Duchat.
FLACON. On appelloit autrefois flasca, les étuis ou les couvertures des bouteilles. Iidore, liv. 10. ch. 6. Flasca, a Graco vocabulo dicta: Ha pro vehendis ac recondendis phialis primum salta sunt; inde & nuncupata sunt: postea in usum vini transie- runt; manente Graco vocabulo, unde & sumpserunt initium. Il veut dire qu'elles sont ainsi dites de quino, qui signifie une bouteille; comme qui diroit phia- lasca. Aussi les appelloit-on philasca, & pilasca. Les Gloises d'Iidore: Philasca, vas vinarium ex corio. Balbus in Catholico: Pilasca, vas vinarium corio piloso operum, & derivatur a pills. Je trouve aussi que flasca étoient des corbeilles que les habi- tans d'une ville assiégée remplisoient de charbons ardens, & qu'ils roufoient ensuite du haut des mu- railles pour bruler les fascines dont on tâchoit de combler les fosses. Oderic Vitali, liv. 10. de l'Hif- toire Ecclésiastique: Oppidani fascas promis arden- tibus plenas de super demitrebant; & congeſtiones re- rum qua ad sui damnum cumulata fuerant, admini- culante sibi aſtivo caumate, concrembant. Le mé- me Auteur, au liv. 6. prend aussi flascones pour des botes, avec lesquelles S. Guillaume, Duc de Guien- ne, du tems qu'il étoit Moine, alloit querir sur un âne les provisions de son Couvent. Quondam Dux potentiſtimus non erubeſcit vii aſello geſtari cum ſuis flascantibus. Cela fait voir que du com- mencement, comme j'ai deja dit, flasca & flasco- nes, n'étoient que les étuis & les couvertures des bouteilles; loquelles furent enfin appelées flasco- nes. Flodoard, liv. 1. ch. 15. Vas vini, quod vulgo flasconem vocant. Walafridus Strabo, dans la Vie de S. Othmar, ch. 9. Nihil jam putuum superneſſe, prater quod in flascone parvo ſervabatur. Caſeueuve naïto potius, quam interdiu capere cibum, qui ferè illis parabatur ex pane aquà madefatio; prafentire frigus adventans, ac tum ad ignem accedere, pedibusque etiam interdum cremari; dolente pedum altero, illini viceuti roffro; ipfoque, & altero pede alterando incedere; dormire cretus in alterum pedem; reliquo in ventrem, plumasque, subduito: parci esse fomini, aliaque fimitia. Voyez Belon, en fon Ornithologie. Les Grecs l'ont appellé qu'on est le jour la même raison. Martial: Das mihi penna rubens nomen: fed lingua gulosis Nostra fapis; quid si garula lingua fores? Rabelais l'a aussi appellé flammant. Flammans, qui font phœnicopteres. C'est au chapitre 17. du liv. 1. Et au 41. du livre quatrième: Et étoit le pennage rouge cramoisi, comme est celui d'un phœnicoptere, qui en Languedoc est appellé flammant. Les Espagnols l'appellent flamenco. M. FLAMME: pour la fleur Iris, autrement, glayeul. M. de Saumaise, dans son Traité des Homonymes des Plantes, ch. 28. Flammas appellamus que sont Peterum Irides, vel Gladioli. Nihil habent, quare sic merito appellentur, nec in specie, nec in colore. Graci veteres qu'a appellarunt floris genus a flammeo fulgore. Hefychius: qu'a vus aquis, qui est in. Meminis Theophrasus: & odore carere dicit, qui qu'a vus etiam nominat; id est, flammulam. Perperam flammeum vertis Plinius, & de flammeo viola genere accepit: quasi scriptum esse qu'a vus. Corrigendus Nicandri de ea versus in floribus coronariis: ἀνέξῃ ὅτι ἀνέξῃ ἀνέξῃ ἕνα ἕνα De colore similem facit exorientis Solis luci. Autoræ colorem noitrates vocant mulieres. Charles Etienne, dans son de Re' Horensi, sect. 116. Iris, sive flammula: des flambes: a coïstis arctus figura, qua in flammus columbus cernitur, tum etiam a foliorum fimbitudine, qua flamma lingua referunt, dicta. M.
FLAMME. C'est un petit instrument de Maréchal, dont on se fert pour saigner un cheval; & on l'appelle ainsi, parce qu'il est fait en forme de flamme. On donne le même nom, en terme de marine & par la même raison, à une longue bande-role fourchue, qu'on arbore aux vergues & aux hunes des vaisseaux, soit pour l'ornement, soit pour faire signal. On a nommé en Latin flammulum un étendard qui aboutiſſoit en pointe comme la flamme, tel qu'est celui qui est peint à S. Jean de Latran, que S. Pierre donne à Charlemagne. C'est apparemment de-la qu'est venu le mot d'ari-flamme, dont il est tant parlé dans notre ancienne Histoire. On appelle flamme ou flammeche, en terme d'Aftonomie, de petites pointes faites en forme de flammes, qui sont attachées aux rets de l'afrolabe, & qui désignent les principales étoiles fixes.*
FLANC. Lat. Latus. Nicot & le P. Labbe, le dérivent de l'Italien fiance. M. Guyet, après Trippault, le dérivoit de λαῖν, qui signifie la même chose. Lagon, lagonis, lagone, flagone, flagne, FLANG, FLANC. Ou bien, de cette manière, qui me plaît davantage: Lagonum, lagonicum, lagonicum, lanum; flancum. Et de-la, l'Italien fiance, fiance. On a mis l'F devant, comme en fioco, de ruco. Voyez mes Origines Italiennes, au mot fiance. M. Lancelot le dérive aussi de λαῖν: & cette étymologie, que le P. Labbe désapprouve, me semble très-vrailemblable. M.
FLANC. Je crois que ce mot vient de l'Alleman flanke, qui signifie la même chose, & qui est lui-même formé de lank par l'addition de la lettre F. Voyez Wachter, dans son Glossar. German. aux mots flanke & hank.* FLANDRE: On varie sur l'origine de ce nom. Quelques-uns disent qu'il vient de Flandebert, ou Flantdebert, fils d'un certain Claude, Roi des Gaulois: Que César ayant fait afféger Bavay, alors Ville des Bovaques, par C. Antifilius Reginus, son Lieutenant, & les afféens étant extrêmement pressés de la faim, Andromade, Roi de la Nation, fit sortir de la Ville par des chemins souterrains, la plus grande partie des Bourgeois, avec une escorte de soldats, sous la conduite de Flandebert ou Flantdebert, & de Flamincus: qu'ils s'arrêteront dans les campagnes du Lys, près de Bailleul: Que Flandebert fit un Traité avec Antifilius, à des conditions avantageuses: qu'il en obéint tout ce qui s'étendoit depuis l'Escut jusqu'à la mer, & qui n'étoit qu'une épaisse forêt: qu'il la défricha, cultiva la terre, sur tout proche du Lys, & y bâtit la ville de Lille, & que s'étant ainsi fait un état, le pays prit son nom. Tout cela est si fabuleux qu'il n'est pas besoin de le réfuter. D'autres prétendent que la Flandre o été appelée de la sorte de Flandrine, fille de Lideric II. grand Forester de ce pays sous Charlemagne & Louis le Débonnaire. D'autres croient, avec plus de vraisemblance, que le nom de Flandre ou Ulaenderen, comme les habitans la nomment, est venu des vents qui fouffoient avec impétuosité, contre les forêts dont elle étoit autrefois couverte; ou bien de ces mots Latins fiolus ou flatus, savoir des ondes flotantes de la mer, ou des vents marins & occidentaux qui y regnent. Mais, à dire vrai, toutes les étymologies que l'on donne du nom de Flandre, sont très-incertaines, & il faut avouer de bonne foi, qu'on ignore la véritable.*
FLANDRIN, NE. Homme ou femme de mauvais air, & dont les jambes sont trop longues, & tout d'une venue. Flamand & Flandrin, sont synonymes dans la signification d'homme né en Flandres: & on appelle ainsi Flammant le Phœnicoptere, à cause de la couleur, comme flamhante, des plumes de cet oiseau, qui d'ailleurs a les jambes longues & grêles. C'est par rapport aux jambes longues & menues du Phœnicoptere, que comme qui dit Flammant, dit Flandrin, on appelle Flandrin & Flandrine, toute personne à qui des jambes trop longues & peu fermes dorment un mauvais air. Le Duchat.
FLANELLE. Petite étoffe blanche de laine, pour doubler. L'étymologie de ce mot ne m'est pas connue. M.
FLANELLE. Peut-être vient-il de lana. Lana, lanella, fianelle, par addition de l'F au commencement, comme en plusieurs de nos mots. Le Duchat.
FLANS. On appelle ainsi à Paris, en Picardie, en Normandie, & ailleurs, une sorte de tarte. Villon, dans son Grand Testament: Bons vius ont souvent embrochez, Saulces, brouetz, & gras poiffons, Tartrei, flancs, œufs frits & pochez, Perduz, & en toutes façons. Et ailleurs, dans le même Testament: Item, aux Frères Mondians, Aux Devotes & aux Beguines, Tant de Paris que d'Orleans, Tant Turpelins que Turpelines, De grosses souppes Jacobines, Et flans leur sais oblation. Et quelques pages après : Mon long tabart en deux-je fonds : Si vueil que la moïctie s'en vende, Pour leur en achepter des flans : Car jeunesse est un peu friande. Jean de Meun, dans son Roman de la Rose, fol. 144. de l'édition de Pierre Vidou, in-89. les a appellés flacons. Ou de tartes & de flacons, Ou de fromages en glaons. Je ne sais d'où vient ce mot. Bourdelot le dérive a flando, ou a flendo. A flando ; parce qu'il faut manger les flancs chauds. A flando ; parce qu'ils se donnent aux enfans pour les appaller : qui sont deux étymologies également mauvaises. Celle de M. Borel, dans ses Antiquités Gauloises, n'est pas meilleure. Il dérive flandrelets, qui est comme nous appellons les flans en Anjou, du mot de Flandre, & de celui de lait ; pour avoir été in- ventés, dit-il, en Flandre, où le lait abonde. D'autres prononcent flandeles, & Bourdelot a écrit ce mot de la sorte : & ils le dérivent de flan de lait. Nous prononcions anciennement flacons : com- me il paroit par le passage du Roman de la Rose, ci-dessus rapporté. Et les Espagnols disent encore aujourd'hui flacons. Et les Languedocleins, flacons, flacons, flacons & flacons. Ce qui pourroit don- ner sujet de croire que ce mot de flacon, auroit été fait de flavone, ablatif de flavo, dit par métaplas- me pour flavus : & qu'on auroit dit flacon de fla- vone ; comme paon, de pavone, ablatif de pavo ; & qu'on auroit appellé flavones ces tartelettes, de leur couleur jaune, causée par les jaunes d'œufs qui sont dedans. M. Nublé a écrit à la marge de son exemplaire de mes Origines Françoises de la première édition, que ce mot de flans signifie des œufs battus & détrempés avec du lait, & cuits dans un plat sur un réchaud ; ce qui pourroit fer- vir à confirmer cette étymologie. Mais comme les flans sont appelés dans les livres Latins flacons, flacons & flacons ; dont M. du Cange rapporte plusieurs exemples ; il est indubitable que le mot François flans vient de ce mot Latin. Mais il est difficile de dire d'où vient ce mot Latin. Les Alle- mans, selon le témoignage de M. du Cange, di- sent vlaeyen. J'apprends d'ailleurs qu'ils appellent fladen, une sorte de gâteau. M.
FLANS. Wachter, dans son Glossarium German- icum, pag. 451. FLADEN, placenta. Francis flado, Belgis ulaade. Gloss. Pez. Placentas fladan vel prei- tinga. Inde Placenta Latino-Barbaris fladones, fla- tones & flantones; & Gallis flacons & flans, quam- vis literis D in medio vocis elisa. Quidam exifi- ment, Francicam vocem imitari Latinam placenta. Alii utramque a Graca obasus vir & derivant, qua est a obasus incrusti. Alii malunt Germanicum nomen à Latino-Barbaro oblata deducere per apho- refin, figuram in peregrinis vocabulis adoptandis fa- miliarem. Uritur hoc etymo Lasherus in Post. Ecclesi. Homil. super, 1. Cor. 5. de purgando veteri ser- mento. Quem sequitur Helvignis in Orig. German. F L A. F L E. & Frischius in Bodekro illustrato, pag. 109. Et negari sane non potest, panes quoddam tobis & te- muissimos infima Latinitatis scriptoribus appellari oblatas, etiamfestimonia a Cangio allata non sint tanta vetustatis ut Glossa Theotifica, &c. *
FLAQUE. Lieu marécageux. C'est un mot Flaman. Les Latins-barbares ont dit flacco. Voyez M. du Cange. M.
FLASQUE. De flacons. Pline, liv. xi. ch. 3. Aures homini tantum immobiles. Ab iis flacconum cognomina. On a dit de même flacci des chevaux qui ont les oreilles bafies & pendantes. Nous disions anciennement flaque. Ronfard, dans son Discours du Poème héroïque : Les vers Alexandriens sentent trop la profe très- acile, & sont trop énervés & fla- ques. Et c'est ainsi que ce mot se trouve écrit dans Nicot. M. FLASQUE : pour flacon. Voyez flacon. M.
FLASSAIE. Vieux mot inuité, qui signifioit un loudiere. Le petit Dictionnaire Latin-François, publié par le P. Labbe : LODIX, flasate. M.
FLASSAIE. Ce mot vient peut-être de l'Alle- man flax, qui signifie du lin. Il se fait des loudiers de lin grossier en plusieurs pays de l'Allemagne, où le chanvre est rare. Le Duchat.
FLATER. De flatare. Le Glossaire de Pa- plas : Flatare, augere, & amplum reddere ; parce que les flateurs remplissent de vanité, & enfient de la bonne opinion qu'ils ont deux-mêmes, ceux qui les écoutent & qui croient ce qu'ils disent. Caseneuve.
FLATER. Sylvius, dans sa Grammaire, le dé- rive de flatare. FLATARD, id est adulator : à flatare, FLATER, frequentativo verde flo, flas. C'est à la pag. 104. Nicot lui donne la même origine. Quel- ques-uns, dit-il, pensent que flater vienne de flatare, fréquentatif de flo, flas : parce que les flateurs sonissent toujours aux oreilles de ceux qui les veulent ouir. Il entend parler de Trippault : FLATUR, dit Trip- pault, vient de flator, ou de flo, flas. Car les fla- teurs sonissent toujours quelque chose aux oreilles de ceux qui les veulent ouir. M. de Caseneuve lui don- ne la même origine. M. Guyet le dérivoit de fla- laire. Laftare, flaftare, FLATER. Flatare, est la véri- table origine. Voyez flagel. M.
FLATINS. Sorte de petits couteaux de po- che plians, & emmanchés de corne : ainsi appellés de Denys Flatin, Coutelier de la Ville de S. Etien- ne en Forêts, qui en fut l'inventeur. Ce nom de Denys Flatin est gravé sur la lame de ces cou- teaux. M.
FLATIR. Le Journal de Paris, imprimé en 1719. tom. 1. pag. 11. Les firent flatir jusques aux portes : c'est-à-dire, plier. De fléchire, dit pour fléchire. On a dit de même flater, pour flétrir, par le changement de l'e en a. Le Duchat.
FLAVELLE. Faux discours. Le Roman de la Rose, fol. 25. v. Ils tendent à vous decevoir, Vous le pouvez apercevoir, Et faire tant par leur flavelle, Qu'ils vous tirent à leur cordelle. De fabella, diminutif de fabula. A Metz, on dit de même un flaveau, pour une fable, de fabellum; & flave, de fabula. Fabula, fabla, flaba, flave. Le Duchat.
FLEAU. De flagellum. Alcuin, Epit. 1. Hoc dico, propter flagellum, quod nuper accedi paribus Infula nostra. Anciennement nois disions flacit : & vous trouverez ce mot ainsi écrit dans nos vieux Romans. Nous disions aussi flacit. L'ancien Dictionnaire Latin-François, publié par le P. Labbe : FLAGELLUM, flacit. Du même mot flagellum, nous avons fait flacit, dans la signification d'un bâton à battre le blé. S. Jérôme sur Ésaïe, ch. 18. Sed virga excutiumur & baculo : qua vulgo flagella dicuntur. Et de la, messem flagellare, qui se trouve dans Pline, liv. 18. ch. 30. Messis ipsa, alibi tribulis in area, alibi equarum gressibus exteritur, alibi perticis flagellatur. M. F L E A 19. Wachter, dans son Glossar. German. pag. 456. Armoricis tribula dicitur flacit, a plau percutere, quod custodiunt Cambri. Galli inde habent flacit flagellum frumentarium. Les Anglois disent flacit, dans le même sens. * F L E C H E. Lat. sagitta. Les Allemans appellent flitzbogen, un arc avec lequel on tire : qui est un composé de l'inusité flitz, qui signifie flèche ; & de bog qui signifie un arc. Ils appellent aussi flitschpfeil, la flèche, c'est-à-dire, le trait : mot composé de flitz, & pfeil, qui signifie telum, saculum. Il y a apparence que notre mot flèche a été fait de l'Alleman inusité flitz. Charles de Bouvelles le dérivoit a Graea voce φίξω, id est, ardeo : quod sagitta interdum nimia velocitate ignem concipere, & in sublimi aere ardere, visa sum : qui est une étymologie ridicule. Le P. Labbe a mieux rencontré, le dérivant de flixa : parce qu'une flèche est faite de bois flexible, & facile à manier : quod in omnem partem facile mitti, moveri, & fléchi possit. Et c'est l'étymologie que lui a donnée M. Guyer. Les Italiens disent freccia, que j'ai dérivé dans mes Origines Italiennes de ferritia, fait de fêrire. M. Ferrari le dérive de l'Alleman flitsch, ou du Latin isfigere. Je crois présentement qu'il vient de l'Alleman flitsch. M. F L E C H E. Dans la signification de sagitta. M. Ménage a raison de croire que ce mot vient de l'Alleman flitsch ou flitz. C'est la véritable étymologie. Wachter est du même sentiment, dans son Glossar. German. pag. 460. Voicises termes : FLITZ flitsch, sagitta. Anglo-Saxonibus fla, Belgis ulitz, Galliis flèche. Quidam derivant à fléidore sagitta, per onomatopocam. Alii a φίξω ardeo, quod sagitta interdum volatu ignem concipiant. Alii a φίξω contundo, & hac Junii etymologia est, in Obs. ad Will. pag. 140. Aprissime Helvigius a φίξω, quod eminus feritas. Gallica vox e Germanico fonte est : vec allinade Italica frezza, freccia, etiam filiteras mitando originem occultet. Pracipium compositum est flitzbogen, flitsch bogen, arcus sagittarius. Flitch en Anglois, signifie aussi une flèche. Ce qui confirme que le mot François est d'origine Teutonique. * F L E C H E. Ville d'Anjou. De fissa, ou fixa. C'est ainsi que cette ville est appelée dans les vieux Titres Latins. Cafrum Fissa. On y a inferé une L. Et a ce propos il est à remarquer, que les Angevinus disent flegar, pour figer. M. F L E C H E de lard. Les Danois, les Suédois, & les Norvégiens, appellent du lard fleck. Et fliskin- ga se lit souvent dans les Capitulaires pour du porc. Ce mot flèche vient apparemment de ce mot fleck, Voyez le P. Thomassin, tom. 1. de ses Origines, pag. 500. ¶ Nicot & Robert Etienne ont écrit flèche de lard. Et ils ont remarqué que les Picards disont flieque. On dit en Flaman, vlechch ; & en Anglois, fisch of bacon. M. F L E C H E. Fleisch en Alleman, c'est de la chair. Je ne sais si flèche de lard, ne viendrait point de ce mot Alleman ; toute la chair de l'un des côtés du porc faisant partie de la flèche, aussi bien que tout le lard. On a dit flèche & flu, dans la même signification ; & ces deux mots se trouvent dans le Dictionnaire François & Anglois, de Cl. Hollyband, imprimé, in-4°. à Londres en 1593. Le Duchat. F L E C H I R. Flecho, flexi flexum, flexire, F L E C H I R. M. F L E G A R D. Ce mot, qui se trouve dans la Coutume de Boulenois, art. 19. signifie un lieu public, & qui n'appartient à aucun particulier : comme un marché, ou une rue, ou quelque Commune : ce que j'ai appris de M. Féranus, Avocat au Parlement, qui a fait des Commentaires sur cette Coutume. Ces Commentaires ne sont pas imprimés, mais ils mériteraient bien de l'être. ¶ Ce mot se trouve en la même signification en d'autres Coutumes. Voyez l'Indice de Ragueau, au mot flegaris. M. F L E T E. Espèce de bateau. Spelman interprète flera d'un canal. Et ainsi flera pourroit être un bateau pour aller sur un canal, dit M. Nublé. M. F L E U R. Terminaison de plusieurs lieux maritimes de Normandio. Honfleur, Harfleur, Barfleur, Fiefleur. Dans les vieux Titres les noms de ces lieux sont terminés en flue. Flot s'est changé en fleur, comme flou en fleur. Et fleur est devenu fleur ; notre Langue se portant volontiers à cette terminaison. Flot vient du Saxon flocten, couler. Or tous ces lieux sont situés proche du flot de la mer, in afluariis. Les Allemans disent fler, les Anglois flera, les Hollandois vlier. De la vient aussi le Flevus des anciens, nommé par Mela Flerio. C'est aussi de cette racine que vient le mot de Flotte. Huet. F L E U R E T T E. On le dit au figuré, en parlant des tendres discours des amans. On dit, conter fleurettes, ou, conter des fleurettes. Il semble- roit d'abord que les tendres discours des amans ont été nommés de la sorte, comme si c'était de petites fleurs de Rhétorique qu'ils emploient pour mieux persuader. Mais, selon M. le Noble, le mot fleurette a une autre étymologie. Il y avoit en France sous Charles VI. une espèce de monnoie sur laquelle on voyoit quantité de fleurs, & ces pièces de monnoie ainsi gravées s'appelloient des fleurettes, comme l'on dit à présent des pisto-les, des écus, & ainsi du reste : de sorte que conter des fleurettes, c'était compter de la monnoie : ce qui, dans tous les tems, a été le moyen le plus pertualif. * F L E U R S. De flueurs, par contraction. C'est le flux menstruel des femmes. Jule-César Scaliger, sur le livre 6. chap. 1. de l'Histoire des Animaux d'Aristote, écrit que les François les appellent fleurs, de flores. Galli voce bonetta flottes. Liberius qui loquuntur in Vasconia, vocant menstruatus, Rutenenes. Il veut dire qu'en Gascogne on dit qu'une femme est de Rodez, quand elle a ses fleurs. Mais ce mot Rodez est pris du Grec jouiñu, qui signifie fleur & fluxion ; & non pas de Rodez, ville capitale du pays de Rouergue. Cafeneuve. F L E U R S : pour les ordinaires des femmes. La plupart de nos Etymologistes le dérivent de flueurs : prétendant qu'on a dit fleurs, par corruption, pour flucurs. Nicot : FLUEURS de femme : id est, fluores, menstrua : F L E. F L I. F L I. F L O. menſtua : vulga les fleurs. Bourdelot : Fleurs d'arbre, ou de plante : de flores. Fleurs de femmes : de fluores. Le Gloffaire de Vendôme : fluidum cruoris fluxum. M. de Caſeneuve : FLEURE. De flueurs : par courvallini. C'eſt le flox menſtruel des femmes. M. du Cange : FLORES. Menſtrua mulierum. Michaël Scotus Phyſionemia, capite 6. Sciendum eſt, quod natura ob hoc ſint-tribuit purgamentum, quod flus nominatus in vulgari, & menſtruum in ſcriptura. Infra : De flore mulieris eſt ut arboris : quantum fructum non portat, niſi priſs floreſcat. Noſtri fleurs dicunt, non à floribus, ſed à fluore : ita enim jù mulierum verrum Latini Medici. Et Montagne les a appellées flueurs. Certaines nations, & enri autres la Mahanéane, abominent la conjonſtion avec les femmes enceintes. Pluſieurs auſſi, avec celles qui ont leurs flueurs. C'eſt au chap. 19. du livre premier de ſes Eſſais. Mais Jules Scaliger, dans ſes Commentaires ſur l'Histoire des Animaux d'Artiſote, dérive le mot François fleurs du Latin flores. Galli, voce bonſſa, flores. Il parle des ordinaires des femmes. Liberius qui loquatur in Vaſconia, vocant menſtruatas Rutenenſes. C'eſt-à-dire, dit M. de Caſeneuve, qu'on dit en Gaſcogne, qu'une femme eſt de Rodés, quand elle a les fleurs. Il ajoute : Mais c'eſt un mot dérivé du Grec jouiſet, qui ſignifie fluéur & fluxion, & non pas de Rodés, ville capitale du pays de Rouergue. Je ne ſuis pas de l'avis de M. de Caſeneuve. Je crois que par ce dicton on a viſe au mot jouiſet, qui ſignifie des roſes, & non pas à jouiſet, qui ſignifie fluxion. Et cela, à cauſe de la couleur rouge des menſtrues, ſemblable à celle des roſes, pour laquelle nos femmes les appellent le Cardinal. M.
FLEZ. Poiſſon de mer, du genre du paſſer, Rondelet XI. 9. dit que ce poiſſon a des marques jaunes aux corps & aux ailes : ce qui pourroit donner ſujet de croire que ce mot auroit été fait de flavus. Mais il ajoute, qu'il y a deux eſpèces de flex : l'un, plus perit, nommé flex ; & l'autre, plus grand, nommé flételet, quoiqu'il ſemble que ce ſoit un nom de diminution : lequel mot flételet ne viendroit pas ſi naturellement de flavus. M.
FLEZ. L'Anglo-Saxon nomme flac, le poiſſon appellé paſſer, & les Anglois le nomment plaiceſſib. Le Duchat.
FLIBOT. Sorte de vaiſſeau de mer. L'étymologie de ce mot, que je tiens Anglois, ne m'eſt pas comme. On dit Flibuster, pour celui qui gouverne un ſlibot. M.
FLIBOT. M. Ménage a raiſon de croire que ce mot eſt Anglois : il ſe dit en cette langue ſſyboat, mot compoſé, qui ſignifie barque volante. Fly en Anglois ſignifie voler, & boat, barque, bateau. FLIBUſTIER. De l'Anglois Flibuster, Corfaire : parce que les premiers Aventuriers dans le Nouveau Monde, étoient Anglois. De Flibuster il y a apparence qu'on a nommé flibot les vaiſſeaux dont ils ſe ſervoient ; ou plutôt ils ont pris le nom de Flibuster. Ces deux mots ne ſont pas anciens dans la langue Angloiſe. Huet. FLIC : Comme quand on dit ſtic, flac. C'eſt une onomatopée. M.
FLIN. Nicot dit que c'eſt la pierre de foudre, dont les Arquebuſiers ſe ſervent pour foureſir les épices. Je crois que ce mot a été fait de Sulphu-Tome I. rinus, eh, ſous-entendant lapis. Sulfurians, furinus, fulinus, fiinus, FLIN : à cauſe que cette pierre ſent le joufre. Et c'eſt à cauſe de cette odeur que nous l'avons appellée pierre de foudre : car la foudre ſent le ſoufre. Pline XXXV. 15. Fulmina, & fulgura quoque, fulphuris marem habent, ac lux iſſorum fulphurea eſt. Les Latins, pour la même raiſon, l'ont appellée bromia, du mot Grec ſi, qui ſignifie tonnerre. Pline XXXVII. 10. Bromia, cum tonarius cadens, ne putans. Les Grecs modernes l'appellent etymolous : comme qui diroit, ſecuris caſeſtis, arme du Ciel. M. le Gros, Curé de Drouet, homme très-verſé dans les Etymologies, dérive ſtin de fulmen : qui eſt une étymologie qui ne me déplaît pas. Fulmine, fluine, par métathoſe : fluin, FLIN. Les Saxons diſent viens, & les Anglois, ſtins-ſtine. M.
FLIN. Quelle étymologie, de faire venir ſtin de fulphurius ou de fulmen ? Puſſque M. Ménage reconnoit que les Saxons diſent viens & les Anglois ſtins, ou ſtins-ſtine, pour dire une pierre a ſeu, un cailloux, pourquoi ne pas dériver de-la le mot François ſtin, plutôt que d'avoir recours à des étymologies forcées ? Wachter, dans ſon Gloffarium Germanicum, page 460. FLINS, Silex. Gloff. Pec. Silices ſtinſteina, de ignitis lapidibus ulinſin. Non à whit? Inter, ut antecedens ; quid enim iateri & filici commune ? ſed potius à whit? Un whit? percria, allido, illido, per epenſoſin. Nam ſilices eſt perra focaria, qua ignis elicendi gratia alliditur ad chaſyhem. Hodie dicimus ſtint cum Saxonibus Dialectis. FLINT, eadem norione. AngloSaxonibus, Anglo & Suecis ſtint, ex eodem cum procedenti ſonje.
FLIONS. Petites moulettes qui ſe trouvent ſur le bord de la mer. De ſetina. Felina, ſelimo, ſtion. Huet.