GRIS. Couleur. Les Italiens disent *grigio*, & les Allemands *gris*. Voissus dans son de *Vittis Sermonis* a dérivé l'Italien de l'Alleman. Dans mes Origines de la Langue Italienne, je l'ai dérivé de *cinericius*. Et M. Ferrari a été en cela de mon avis : dans lequel je persévère. Goropius Bécanus, au livre 4. de ses Galliques, prétend que l'Alleman *gris* vient de *grisen*, autre mot Alleman, qui signifie *pleurer* : qui est une étymologie peu vraisemblable. Je crois qu'il vient, comme le François *gris*, & l'Italien *grigio*, du Latin *cinericius*. Les Auteurs de la Baise-Latinité ont dit *griseus*. Voyez Voissus & M. du Cange. M.
GRIS. M. de Cafeneuve a raison de croire que *gris* est un mot de la Langue *Tioise* ou *Teutonique*. Il vient de *gris*, qui signifie *femescens, canus*; d'où le Latin-barbare *griseus*. *Greis* est formé du verbe *grisen* vieillit; & il se prend dans la signification de *canus*, parce que les vieillards deviennent *gris*. L'étymologie de M. Ménage paroît tirée de trop loin. On appelle du vin *gris*, un vin délicat, tel que celui de Champagne, qui est entre le blanc & le clairet. On appelle aussi un tems *gris*, quand il fait un tems froid, parce qu'alors la terre est plus grise qu'en autre tems. Et le peuple appelle à Paris un donneur de *gris*, une statue qui est dans le Parvis Notre-Dame, où il fait extrêmement froid à cause du vent. Le mot *gris*, en ce dernier sens, vient, suivant quelques-uns, du Gret *spis* *frigus*. *Gris*, en vieux François signifioit proprement froid & noirâtre. C'est apparemment dans ce sens, qu'on dit, faire *grise* mine à quelqu'un, le regarder *gris*, pour dire lui faire mauvais réception, lui témoigner qu'on est mal satisfait de lui, lui faire froide mine.
GRI. GRO. 705 & coculam, & gumam brevum noffro more constantum. Et Guitbertus, au même Lullus: Gunam de pelibus turrarum fallum, tua Fraternitas misi. Mochopule: corum, & 7.7. Le Scholiatte de Lycophron: corum, & in discul & 7.7. 1. 6. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7. 7.
GRISETTE. Femme ou fille de basse condition. Ce mot ne viendroit-il pas de ce qu'anciennement en France les Dames ne s'habilloient de gris en aucune saison de l'année : Voyez Rabelais, liv. 1. chap. 56. Le Duchat. GRISONS : Peuples des Alpes Rhétiques, entre les Suisses du Zurich & la Valteline, appelées Rhoeti par les Latins. Postel, dans son livre intitulé Prolemadus, pag. 13. de l'édition de Paris, parle de l'étymologie de ce mot en ces termes : Sum bi (Rhoeti) ab Italia in his montes prigigius populi, duceque Rheta conduits : unde Grizones hedie quasi Refones: conjunctique in Helvetiorum populis liberis & fidis. Le P. Monet lui donne une autre origine. Voici ses termes : Les Rotes originaires, pour se distinguer des Toraius, habitus, en leur terroir, prindrent jadis le nom de Cani, & Veteres, à différence des nouveaux venus, & étrangers : Reti indigenæ, ad discrimen advenarum, Reticum folium multis locis incolentium, Cahorum, ac Veterum, sibi appellationem adciverunt. Le nom des Grizons vient au Latin Cani, tourné en vulgaire par les Italiens & Gaulois. Retis inditum nomen Grizons, ducitur ab Latina voce Cani, quam Itali & Galli vernacule expreſterunt. Voyez Ortelius au mot Rhoeti. M.
GRIVE. Oiseau. Il peut être que ce mot ait été fait par onomatopée du chant de cet oiseau : comme le Grec τριχος, qui signifie une espèce de grive : laquelle, selon Arihore livre IX. de son Histoire des Animaux, chapitre 10. a un chant aigu & clair : ἐξιφύγιε. Et en effet, ces mots τριχος, ou gri gri, ne représentent pas mal le cri que font les grives. Le mot Grec τριχος, fridere, a été fait ainsi par onomatopée. M.
GRIVELLEE. C'est proprement ce que par fraude, & sous un faux prétexte, on exige d'autrui : ce que les Latins appellent Stellatura. Spartianus, en la Vie de Peïcennius : Imperator Tribunus duos, quos confitiit stellaturas accepisse, lapidibus obrui ab auxiliariibus jissis. Lampridius, en la Vie d'Alexandre Sévère : Tribune, qui per stellaturas militibus aliquod tuissent, capitali parna affecit. Ce mot vient de stellis, qui est une espece de léard marqueté de petites taches semblables à des étoiles ; lequel, comme dit Pline, étant doué d'un instinct trompeur & envieux, a donné le nom au crime appelé Stellionatus, ou Stellatura. M. de Saumasse a doctement remarqué, que de grive, qui est un oiseau marqueté, & comme étoilé, on a aussi fait Grivellee, qui est le même que Stellatura. Sa Note est très docte & très-curieuse. Je vous conseille de la voir, a la page 145. sur le Passage de Spartien ci-dessus allégué. Je crois aussi qu'en Latin versipellis, c'est-à-dire, qui a la peau de diverses couleurs, est pris pour trompeur : d'où vient aussi qu'on dit fin, madre, car on fait assez que ce mot signifie marqueté & tavoir. Caïeneuve. GRIVELLEE : petite volerie. Comme les Latins ont appelé stellaturas, stellionaturas, & stellis. Tome I. natum, les fraudes & les impositures, à cause de la variété des étoiles, & de la bigarrure des léards ; & que les Grecs ont appelé τριχος, c'est-à-dire, truites, les impositeurs & les fourbes, à cause des diverses marques du dos de ce poisson ; nous avons de même appelé grivellees les petites voleries, du mot de grive ; à cause de la variété du plumage de cet oiseau. C'est la pensée de M. de Saumasse sur l'Histoire Auguste, page 145. & 146. Voyez M. de la Lande, Professeur en Droit dans l'Université d'Orléans, sur la Novelle 130, page 47. M.
GRIVELLEE, c'est dit aussi pour cédule, à cause de la variété que produit la blancheur du papier & la noirceur de l'écriture. Nicot : grivelle, variegatus. On trouve le mot grivellee en ce sens de cédule, parmi les Ordonnances sur les masques, imprimées à la fin du livre intitulé Arrestia Amorum, page 28. de ce livre. Le Duchat.
GRIVELLEE. Comme une grivellee est une petite rapine, ne pourroit-on pas dériver ce mot plus vraisemblablement du verbe griper, pris dans le sens d'attraper, de ravir subtilement. La dérivation paroît assez naturelle. De griper on aura fait aisément le diminutif grivellee, pour griper, par le changement de P en V, qui sont des lettres du même organe. Voyez ci-dessus griper & grappin. J'aimerais mieux cette étymologie de grivellee, que celle que l'on tire de grive, qui me paroît amenée de trop loin. * GRIVOIS : comme quand on dit, C'est un bon Grivois ; c'est-à-dire, c'est un bon drôle, c'est un bon compagnon. M.
GRIVOIS. Je crois que ce mot vient de garbensis, fait de garba, d'où nous avons fait gerbe. Un grivois, c'est celui que Rabelais appelle paillard de plat pays, c'est-à-dire un fantassin levé à la campagne, où son métier étoit de lier des gerbes, de les battre, & de coucher sur la paille. Garba, garbensis, grabensis, grabensis, par le changement de l'a en i. Ou plutôt, comme on appelle proprement grivois, un drôle qui pratique volontiers la petite guerre, qui voit les filles, & qui se jette avec appétit sur les bons morceaux, je m'imagine que ce mot vient de rapacius, fait de rapax. La grivellee, forte de tabatiere, s'appelle pareillement rape : & ce qu'on nomme grivellee, est proprement une petite rapine. Ainsi je m'imagine que grivellee, dans la signification de rape à tabac, & grivellee dans la signification de petite rapine, pourroit bien venir aussi de rapie, par le changement de l'a en i, & par l'addition du g au commencement du mot, comme en grenouille, fait de ranuncula, & en gravir fait de rapire, dit par métaplaïsme pour rapere. Grivois est en un sens la même chose que ribaud ; & il pourroit bien venir de ripensis, fait de ripa. Voyez au mot ribaud. Le Duchat.
GRIVOISE. Sorte de tabaquiere, faite en maniere de rape, pour réduire en poudre le tabac qui est en rouleau : ainsi appellée, parce que les Grivois, c'est-à-dire les Soldats, s'en servent. Voyez Grivois. Ces sortes de tabaquieres nous sont venues de Strasbourg, à la fin de la campagne de l'année dernière 1690. M.
GROBIS. Coquillart au tit. 1. des Droits Nouveaux, fol. 19. 2. Edition de 1511. Vuuu Chaines d'or courrant mefhouen, Pour feindre millours & grobis: Et qui n'aura argent ne rien, Se feindra d'une chaine a puis. Et dans l'Enquête: Prefle a donner l'échantillon A quelques grobis émaillés, Contrefaissant l'émirillon. Et au Blafon des Armes & des Dames: Je les rends grobis & moussus. Moussus, c'est-à-dire, Meffieurs. Le Duchat.
GROBIS. Vieux mot. On dit, faire du grobis, faire du ruminagrobis. On disoit autrefois ruminagrobis. De Brieux, dans les Origines de quelques Coutumes anciennes, page 12. expliquant cette façon de parler, s'exprime de la manière suivante: Faire du grobis, du ruminagrobis. C'est-à-dire faire du pédant, du Seigneur, du grave; & peut-être l'a-t-on forgé de gravis. Dans Rabelais, liv. 2. ch. 30. Je vis maître Jean le Maire, qui faisoit du grobis. Et dans l'Histoire de l'Évangile en vers: Juis gripons-le par le pourpoin, Ça s'maître, ne rebellez point. Faites-vous ici du grobis? Vous viendrez par divers Nobis. Ce Nobis me fait souvenir de la facétie d'un bon Bourgeois qui s'appelloit Nobis, & qui fit graver sur la porte de sa maison, Si Deus pro nobis, quis contra nobis? Un pédant paissant par la ne manqua pas de donner dans le panneau, & d'aller avertir le maître, qu'il avoit commis un solécisme dont tous les païans étoient scandalisés, & qu'il falloit mettre, Si Deus pro nobis, quis contra nos? Au mot de grobis on a ajouté celui de ramina, comme qui diroit Domine gravis. Raminagrobis, dit Nicot, est un terme de gaudissement, que le François a forgé à plaisir, pour gaudir un qui contrefait le grave & le sévère, tragique gravis, alto façon sur tous. Jusqu'ici ce sont les termes de l'Auteur des Origines de quelques Coutumes Anciennes.
GROENLAND, ou GROENLANDE. C'est un grand pays qui fait partie des terres Arc- tiques. Il est au Septentrion de l'Europe, de l'Amé- rique, & de l'Île d'Iblande. Erric le Norvégien le découvrit dans le neuvième siècle, & lui donna le nom de Groenland, c'est-à-dire en Teutonique, terre verte, parce qu'il en trouva les côtes toutes couvertes de verdure. Groen signifie vert, & land terre. Mary prend la prononciation Hollandoise pour la prononciation Françoise quand il dit que l'on prononce Groenland. Nous prononçons Groen- land & Groenlande. Dans un Diplôme de Louis le Dibonnaire, daté d'Aix-la-Chapelle l'an 834, pour la fondation de l'Archévécle de Hambourg, il est parlé du Groenland, & ce pays est mis au nombre de ceux où la foi avoit été portée. Idécirc, dit cet Empereur, Santla Eclesia fitis praefentibus & tuturis certum esse volumus, qualiter divina or- dinante gratia, nullis in diebus, Aquilonaribus in parribus, in gentibus videlicet Danorum, Suecorum, Norscorum, terra Gronlandon, Halingalandon, Ilandon, Seredeviridon, & omnium Septentrional- ium & Orientalium nationum, magnum celeffis graive tradicationis, sive adquisionis, pateticis of- tium. Le Pape Grégoire IV. confirmant l'établi- sement de S. Anchaire, premier Archévêque de Hambourg, l'établit Legat dans tous les pays, qu'il appelle Danorum, Suecorum, Norscorum, Parra, Gronlandon, &c.
GROGNER. Voyez GROIGNER.
GROHAN. Dans un des fauxbourgs de la ville d'Angers, appelle le fauxbourg de Breffigné, il y a une hôtellerie appelée la Cité de Baleine; où il y a un Jardin; & auprès de ce Jardin il y avoit une vigne, il y a 30. ans, dans le milieu de laquelle il y avoit une place en ovale, où l'on voyoit des rettes d'un Amphithéâtre ancien, qu'on appelloit Grohan. M. Ménard, Lieutenant de la Prevoté d'Angers, fit graver ces rettes d'Amphithéâtre en 1646. Et la même année, il fit imprimer une Di- fertation sur cet Amphithéâtre, qu'il dédia à Mon- sieur Servien, Secrétaire d'Etat, relégué en ce tems-là à Angers. M. Ménard prétend dans cette Differtation, que cet Amphithéâtre avoit été ap- pellé Grohan, parce qu'il étoit consacré à Apol- lon Grannus. Après avoir appuyé cette étymologie par quelques païages, il en propose une autre, qui est, que cet Amphithéâtre pourroit bien avoir été appellé de la sorte à cause des magnifiques bâti- mens qui y étoient: le mot de grovanen, dit-il, étant interprété arene, fable, dans un vieux Glois- faire Bas-Breton; & celui de groanis, y étant ex- pliqué par Jablonneux. Pour moi, je suis très-per- suadé, que cet Amphithéâtre fut appelé Grohan du mot Bas-Breton grovan, qui signifie, encore aujourd'hui fable. Voyez le petit Dictionnaire Bas- Breton de Quiquer, imprimé à S. Brieu en 1640. Mais il ne fut pas appelé de la sorte à cause de ces prétendus bâtiments magnifiques dont parle M. Mé- nard, qui sont des bâtiments imaginaires; mais par- ce qu'on appelloit arènes la plupart des Amphithéâtres. C'est ainsi qu'on appelle celui de Nifmes, les Arènes de Nifmes. Et c'est de la sorte qu'on appelloit aussi l'Amphithéâtre de Bourges: com- me il paroît par la rue des Arènes, voisine de cet Amphithéâtre lorsqu'il existoit. Les Latins ap- pelloient arenas leurs Amphithéâtres, parce que le sol étoit de fable battu. Et de là, arenarius, pour un gladiateur; & in arenam descendere, pour com- battre dans l'Amphithéâtre. Le lieu où étoit cet Amphithéâtre de Grohan, est aujourd'hui le Jar- din des Religieuses de la Fidélité. M.
GROIGNER. De grunire. Grunire, grunare, par métaplaïsme; GROIGNER. Voyez ci-dessus goret, & le Gloisfaire de Meurfius au mot grun. M.
GROIGNER. Les Grecs disent dans le même fens grunier, les Allemans grunier, les Anglois to grunt; les Angloïxions disoient grennian. Tous ces mots, ainsi que le Latin grunire, ont été faits ap- paremment par onomatopée, du cri ou son que font les pourceaux. Peut être aussi que le François groigner a été fait de groin. Chez les Religieuses, les petites pensionnaires qu'elles élèvent, appel- lent entre elles la mère Grogon, celle qui est char- gée du soin de leur éducation, parce qu'elles les reprend de leurs fautes. GROIN de port. De grunium, inusité: Quia ea parte porcelli grunium, dit Charles de Bouvelles. De grunium, les Italiens ont aussi fait grugno: gru- gno di porco. M.
GROIN. Les Bas-Bretons & les Hibernois ont aussi le même mot dans leur langue, & dans la même signification; ce qui donne lieu de croire que c'est un terme d'origine Celtique. Les Grecs disent 1600 & 1600.
GROLE. C'est une espèce de corneille. Je crois qu'il est fait par contraction d'agroie, qui en Languedoc signifie une corneille. Et d'autant qu'en certaines faïsons on voit les champs couverts de corneilles, & qu'on les voit se percher la nuit à grandes troupes sur les arbres pour y dormir, il y apparence qu'elles ont été ainsi appelées d'ayyazhés, qui signifie concher dans les champs, & y passer la nuit. Cafeneuve.
GRO. Oiseau. C'est une espèce de corneille, qu'on appelle autrement freux : qui mange du grain, & ne mange point de charogne; & que les Grecs, pour cette raison, ont appelé apogouin. Voyez freux. Cependant les Italiens la prennent pour une espèce de corbeau qui mange des charognes : témoin ce mot : Il érpo alle grole, E l'alma a chi la vuole. Garriola se trouve dans la Loi des Allemans, titre 100. paragraphe 13. Aneta, garriola dicionia, cervu, caiba, ut alia similis, requirantur. Et j'ai cru autrefois que l'Italien grole avoit été fait de ce mot Latin. Je crois présentement qu'il l'a été de graculu, feminin de graculus : duquel mot graculus les Espagnols ont aussi fait grajo, mot de même signification. Graculus, graculo, graulo, GRAZO. M. de Cafeneuve n'a pas bien rencontré, dérivant grole d'ayyazhés, in agro pernoctare. Voyez sa Note. Il me reste à remarquer, que M. le Comte del Maestro, Gentilhomme Florentin, mon Confrere en Apollon dans l'Académie della Cruce, m'a autrefois écrit que ce mot grao, n'étoit pas un mot Italien. Mais depuis qu'il m'a donné cet avis, j'ai rencontré dans un Auteur Italien ces deux vers que je viens d'alléquer. M.
GROLLIER, adjectif. Noix grolliere, noyer grolier. Dans le Poitou & dans le Limousin on appelle grolliere une sorte de noix fort grosse, parce que sa coquille étant fort tendre, les groles ou corneilles mangent cette noix après l'avoit aisément caisse de leur bec : & le noyer qui la porte se nomme grolier par la même raison. Rabelais, liv. 1. ch. 38. Sortant vers le noyer grolier. Et liv. 3. chap. 32. Au-dessus du noyer grolier. Item liv. 4. ch. 63. Carpatim, d'une coquille de noix grolliere, saisoit un beau, petit, joyeux & harmonieux moulinet. A Metz où appelle noix Lombarda la noix grolliere de Rabelais. Le Duchat. GROMMELER entre ses dents. Les Allemans disent brummeln, & irummen; & les Flamans, grommelen, & grommen, dans la même signification. M.
GRONDER. C'est murmurer par des paroles prononcées à voix basse & comme enrouée. Ce verbe a été formé par onomatope. Ainsi grunnire & grundire se disent des pourceaux. En Languedoc on dit rouna. & Goldast remarque sur les anciennes Poesies Allemandes, que rumen signifie parierbas & a l'oreille. Le Glossaire que Lipse a inséré au 3. livre de ses Epitres ad Belgas : Rundon, fusurabant. Cafeneuve.
GRONDER. Matan dans ses Paratiles, page 835. le dérive de grunda. Veneti dicum la gronda, canales illos qui in coronice parietum a hiscantur, aut potius, ipsam coronicem : la corniche : habent enim tecta, non projecta, sed parietibus adaquata. Unde forte grondare vulgo dicum Galli : ducta metaphora a murmure aqua in canales illos quos sustinet coronix, influentis, & decurrensis. Il vient de grundare, dit par metaplasme, pour grundire : lequel mot grundire se trouve dans Diomede, livre 1. page 33. Ou bien de grunitare, diminutif de grunire. Grunire, grunitum, grunitare, grunta- re, GRONDER. Les Allemans disent gruntzen, & les Anglois grunt. Tous ces mots sont onomatopepiennes. M.
GROS. Les Gloses, qu l'Onemasticon Grao-Latinum : Grosus, aque, c'est-à-dire, crassus pinguis. Aussi est-il formé de crassus, aussi bien que gras. Ainsi Louis VI. Roi de France, fut surnommé Grosus, parce qu'il étoit fort gras. L'Abbe Suger en la Viede ce Roi : Junque Dominus Rex Ludovicus, & corpora gravitatis mole, & laborum continuato sudore, aliquantijper fractus, &c. Cafeneuve.
GROS. De grossus. Les Gloses Anciennes : Grossus (car c'est ainsi qu'il faut lire, & non pas grossus), & grossus, & & grossus. Grossus se trouve dans le 3. des Rois chapitre 12. Minimus digitus meus grossus est donjo parris mei. Et dans Geoffroi, Abbe de Vendome, livre 1. épiste 11. Grossescere se trouve aussi dans Beda; & grossitudo dans la Loi Salique, & dans Cazarius; & gross, dans le livre de l'Imitation de Jesus-Christ. Voyez Vossus dans son de Vitis Sermonis, & M. du Cange dans son Glossaire. M.
GROS. Les mots grossus & gros viennent de l'Alleman gross, qui signifie gros & grand. De la aussi notre mot grosser. Le Duchat.
GROS. Wachter dans son Gloss. German, page 617. Gross, crassus, subrit oppositus. Alamannis gros, Galli gros, Anglis gross, Latino-Barbaris grossus. Gloss. Keron. grossitudine grozuli. Quod dicitur de grossitudine vestimentorum in Regula S. Benedicti, cap. 55. Cuncta a Latino crassus. Grossus pro crassus auctoritate Vulgata verzians invaduit. Allegorice est rudis, rostricus, incautus, etiam Latino-Barbaris apud Canguum. Inde Galli grossier eodem sensu. Et ensuite : Gros, magnus, parvo oppositus. Anglofaxonibus & Anglis great, Francis gros, Belgis groot, Galli gros. Le Latin-Barbare grossus vient donc immédiatement de la Langue Teutonique : ce qui n'empêche pas que le mot gross de cette Langue n'ait pu être formé du Latin crassus. Les Auteurs appellent en effet Louis le Gros, Ludovicus Crassus. Quoique nous ayons attaché des idées différentes au mot de grand, & à celui de gros, ces idées conviennent en beaucoup de choses, & surtout en ce qu'elles marquent une étendue considérable, ou dans un sens propre ou dans un sens figuré. Gros signifioit autrefois gras : c'est en ce sens que l'Empereur Charles le Gros, Roi de France, de Germanie, de Lorraine & d'Italie, est quelquefois appelé Charles le Gros. C'est pour la même raison que le Roi Louis VI. a été surnommé le Gros, comme le rapporte Suger. M. de Cailleres se plaint fort dans ses mots a la mode, de ce qu'on met gros partout. Cette chanson a couru contre cet abus : Qu'une grosse beauté dérange la cervelle, Et fait pousser de gros soupirs? La grosse qualité peut flatter nos plaisirs. Mais avec un gros bien on a ce qui s'appelle De gros honneurs, de gros plaisirs. *
GROS. Espèce de monnole. M. le Blanc, dans son Traité Historique des Monnoyes, pag. 189. Tout le monde convient que S. Louis se juste le gros Tournois d'argent. Il n'est rien de plus célèbre que cette Monnoye dans les Titres, & dans les Auteurs anciens. Tantôt elle est nommée Argenteus Turonensis : souvent, Grossus Turonensis; & que, que, des Denarius grossus. Le nom de GROS fut donné à Vuuu ij cette espèce, parce que c'était la plus grosse monnoye d'argent qu'il y eût alors en France. Et on l'appelle Tournols, a cause qu'elle était fabriquée à Tours : comme le marque la Légende TURONUS CIVIS, pour TURONUS CIVITAS. Cette monnoye, qui, comme je viens de le dire, était l'espèce d'argent la plus grosse qui eût cours en France, pesait trois deniers, sept grains trebuchants, &c. Voyez Voëssus de Vitis Sermonis, pag. 441. & 442. ¶ Les Espagnols l'appellent gorgaran. M.
GROS. Espèce de monnoie. Wachter ne paroît pas entièrement persuadé que cette monnoie ait été ainsi nommée a cause de sa grosseur ; & il croit qu'elle l'a pu être a cause qu'elle était marquée d'une croix, qui en plusieurs Dialectes Teutoniques, se dit croît ; d'où l'on auroit fait gros, en changeant le C en G, qui est une lettre du même organe. Voici les paroles de cet Auteur, dans son Glossier German, page 617. GROSSI, moneta minor Germania. Ab initio erat moneta aurea species, quam Latino-Barberi grossum aureum, grossum regalem, augustalem, & augustarium, appellabant, a grossus crassus, quod crassa esset, & ex solida auro constata, vel potius a croît crux, quod cruce signata esset. Nam crux in multis Dialectis vocatur croît, praecipue Anglica, Hibernica, & Islandica. Verelius in Indice : croît crux, croîtmark signum crux, Meminit hujus moneta Charta Friderici II. Imper. an. 1251. apud Canguum in Glossario : Et possitis aureos grossos & denarios monetare. Postea, vergente ad finem saculo, idem nomen communicari coptis denariis, quamvis levioribus & ex lamina argentea fallis, sive quod crassotes essent prioris avi bratholis, sive quod cruce signati. Horum antiquissimi sunt Groffi Turonenses, quorum imaginem sistit Blantus in Monetis Francia, & qui illis successerunt Pragenses, primi Bohemia, sed ordine secundi quia Wenceslaus Ludovicum S. initiari potius, non Ludovicus Wenceslaum. Ille regnum deposuis, an. 1270. hic in homeros suscepit, an. 1283. * GROS DE NAPLES. C'est un taffetas à gros grain ; ainsi appellé, parce qu'il était fabriqué à Naples. On a dit de même GROS DE TOURS, parce que ce taffetas fut fait à Tours à l'Imitation du Gros de Naples. M.
GROSBEC. Oiseau : ainsi appellé de la grosseur de son bec. Voyez Belon, liv. VII. chap. 30. C'est le poison royal des Manceaux. M.
GROSELIER. Il a été ainsi appellé, parce que son fruit ressemble aux petites figues, lorsqu'elles commencent à se former. Et ces figues s'appellent en Latin grossus. Caseneuve.
GROSELIER. Arbre. De grossularius : ainsi appellé par les Botanistes, quod ejus fructus acini sint sum immaturorum acinis similes, qui grossi, sive grossuli, appellantur, dit Charles Etienne, dans son de Re Hortenfi. M. de Caseneuve dit la même chose. Pour moi, je crois que les grossilles ont été ainsi appelées de leur grosseur, par comparaison aux petites grossilles rouges, que les Normans nomment grades. Voyez ci-dessus gardes. C'est ainsi que la mariolaine a été appelée majorana, par comparaison à de moindres espèces de mariolaine, & que les Italiens ont appellé grosse une espèce de raisin plus gros que les autres. Marot, dans le Rondeau qui commence par Bon jour, a fait rimer grossilles & Damoiselles. Et c'est ainsi qu'on prononce ce mot en plusieurs lieux de France. A Paris on dit grossilles. En Anjou, on dit grossilles. M.
GROS-JEAN. Nom du vignétou mari de Breugnesse, dans la Chanson en Dialogue, imprimée à la suite des Noels Bourguignon. Gros-Jean d'ordinaire est un synonyme de rustre, témoin le proverbe : il ressemble à Gros-Jean, qui fait la leçon à son Curé, sus Milotvans. Les Allemands disent de même Grobian ; & c'est de-là que Frideric Dédékinal, Poète Milleman qui vivait au milieu du seizième siècle, a intitulé son Poème Elégiaque Latin Grobianus & Grobiana, parce qu'il y enseigne l'incivilité aux deux sexes, quoiqu'au fond par le contrepied, son but soit de leur enseigner la civilité. Ce Poème, qui en 1549, ne contenoit que deux livres, fut en 1512. divisé en trois par l'Auteur, avec des changements & des additions considérables. Glossaire sur les Noels Bourguignons, au mot Gros-Jan. *
GROSSE. GROSSOYE. Comme la Minute écrite dans le Registre ou Protocole des Notaires est ainsi appelée parce qu'elle est écrite minuitis literis : ainsi l'expédition des Minutes est appelée Grosse ou Groseye, parce qu'elle est écrite en grosses lettres, & sur du parchemin. En l'Edic du Roi François I. de l'an 1542. Il est porté, sur le fait des Notaires & Tabellions, que la Grosse appartient aux Tabellions, & la Minute aux Notaires. Caseneuve.
GROSSIER. Marchand Grossier. Scaliger, dans le premier Scaligerans : MAGNARIUS. C'est un Grossier qui vend en gros. Apuleius, & veteres Inscriptions. Ut vulgare, qui vend en détail : dicere possumus, MINUTIARIUS. M.
GROTTE. Philandre sur Vitruve, croit que de crypta, qui signifie une cave ou voute bâtie sous terre, on fit grupta ; & de-là, grotte. Nos paullum a Gracis detorta voce & crypta secimus gruptam ; & inde grotta. Toutefois le Jésuite Christophorus Browerus, expliquant ce vers de l'Evêque Fortunatus : Gracus Achilliaca, Chrotta Britanna places ; dit que chrotta est le luth appellé testudo, qui signifie aussi une voute : & que c'est de-là qu'en François & en Alleman les voutes sont appelées grottes. Les anciens François disolent croute pour grotte. Caseneuve.
GROTTE. De crypta. Crypta, crypta, crutta, crutta, GROTTE. Nous prononcions anciennement croute, selon le témoignage de Nicot. Mais écoutons Browerus, sur Fortunat, pag. 181. Manet in Francica iuxta Gallicoque sermane, ut testudines CROTTE appellent. Qua de re visum est subnettare viri cruditi judicium, grottam scribenti, aut durius crottam, esse omnino testudinem substructionis in adificio subterraneo, voce Gallica, qua Gracis uponus, vel uponus. Unde & Sidonie & Plinio Juniorius statam cryptoporticum Francos appellare GROTTE, & GROTESQUES ; Leodienses, CROTTE. M.
GROTTEQUES. Sorte de peintures. De l'Itaien grottesche. Les Italiens ont ainsi appelé ces peintures, parce qu'elles ont été trouvées dans des grottes anciennes. Philander sur Vitruve, liv. VII. ch. 5. Pictura genus, Itaies dictas grottescas credo, quod in terra, obruris veterum adissiorum formicibus, quas grottas, quasi cryptas, vocant, primam inveruerim. Et ce fut le Morto, Peintre célebre, natif de Felro, qui à l'Imitation de ces peintures trouvées dans des grottes anciennes, peignit le premier des grottesques. C'est ce que j'ai appris de cet endroit du Vafare, dans la Vie de ce Morto : G R O. G R U. Ritroz il Morto le Grotteche più simili alla maniera antica, ch' alcuni altri Pittore: E per quello merita infinite lodi, da che per il principio di lui sono oggi ridotte dalle mani di Giovanni da Udine, e di altri artefici, a tanta bellezza e bontà, quanto si veite. Ma se bene il detto Giovanni, & altri, l' anno ridotte a estrema perfezione, non è però che la prima lode non sia del Morto, che fu il primo a ritrovarlo, e mettere tutto il suo studio in quella sorte di pittore, chiamate Grotteche, per essere eleno state trovate per la maggior parte nelle grotte delle rovine di Roma: senza che ognum ta, che è facile aggiungere alle cose trovate. Seguirò nella professione delle Grotteche in Fiorenza Andrea Felsini, detto di Cosimo, perche fu discepolo di Cosimo Rosfogli; per le figure, che le faceva acconciamente: e poi dal Morto, per le Grotteche, come se reggimato: il qual ebbe dalla natura in quello genere Andrea tanta invenzione e grazia, che trovo il far le fregiature magiari, e più copiose, e ch' anno un' altra maniera che le antiche. ¶ Voyez Bourgoin, dans son livre de l'origine des mots François, Nicot, dans son Tréfor de la Langue Françoise, & Browerus sur Fortunat, 181. Nous avons dit ensuite grotesque figurément, pour quelque chose de ridicule & d'extravagant dans le discours & dans les personnes. Les Espagnols appellent brutescos les Grotteques: lequel mot brutescos, César Oudin croit avoir été dit par corruption, au lieu de grutescos. M.
GROTTEQUES. On a aussi donné le nom de grotesques aux grottes. Belleforest, dans ses Traductions des Histoires Tragiques, tom. 4. Hist. 43. Tant qu'il fut inférieur à son ennemy, il vivait par les folitudes & dans les grotesques, sans que jamais un sceau dire où estoit sa troupe. Et tom. 1. Hist. 18. Un si bon & beau nombre de grotesques naturellement caviers dans la profondeur des roches. Le Duchat.
GROUILLER. Nous disons, Je ne puis me gruiller, pour dire, Je ne puis me remuer. Il est tout gruillant de vers. De roumare. Retulare, gruillare, grulare, GROUILLER. M.
GROUILLER. Par corruption de rouller. Voyez GROUILLER. Huit.
GROULARD. Oiseau. M.
GROUPPE. Terme de Peinture & de Sculpture. C'est un assemblage de plusieurs figures. De l'Italien grope, fait de globus: ou de crupis. Voyez mes Origines Italiennes, au mot grope, & ci-dessus le mot crupé. M.
GRUAU. On appelle ainsi à Paris, en Anjou, au Maine, en Normandie, & en plusieurs autres lieux de France, la farine d'avoine, avec laquelle on fait une sorte de bouillie délicieuse, appelée aussi GRUAU. De grutellum, diminutif de grutum. Spelman: GRUTUM, leguminis genus; aliter granamellum, GROUTE. Lib. Rames. Selbione 144. Docem mitras de brasco, & quinque de gruto: & quinque mitras farinee triticeae, & octo panes, & fexdecim caseos, &c. decerno. Inde Grutarius, qui vendit legumina; & interdum, qui poma. Videndus Palladii Interpres. Meurfius, 7pura. Crufa, grutellum, GRUAU. ¶ Au lieu de grutellum, on a dit grutellum, qui se trouve dans la signification de gruan, dans le Monasticum Anglicanum, pag. 149. De avena, duodecim summas de eadem villa, ad gruillum facietudum; scilicet quarti & sexti feria per totam Quadragesimum. Les Flamans disent gruis pour dire du son. Charles de Bouvelles: GRUIS, inter Belgas furfur, & purgamentum farinae; quod Parisi vocare son Lamevici, breu. Omnes verò ha voces incerta originis sunt. C'est un mot de l'ancienne Langue Allemandé: pour lequel les Allemans d'aujourd'hui disent grofse. Et c'est de cet ancien mot Alleman, que le mot Italien crusca, qui signifie aussi du son, a été formé. Gruis, gruiscus, gruisca, grusca, CRUSCA. Et c'est de-là, pour le marquer en passant, que la fameuse Académie de Florence a pris son nom della Crusca: dal cerniere che sa della farina delle Scritture, il più bel fur oglindone, e la crusca ribbutando, disent Messieurs della Crusca, dans leur Vocabulaire. Et c'est aussi de-là, pour le marquer encore en passant, qu'elle a pris pour sa devise, un belutoir, avec ces mots de Pétrarque, IL PIÙ BEL FOUR NE COULIT. Mais comme les denominations se font ordinativement à porter; il semble qu'elle devoit plutôt se faire appeller l'Académie de la Fleur, que l'Académie du Son. M.
GRUAU. On appelle en quelques endroits de France gruan, & grufes ou grus, au plurier, de l'orge monde, & même du froment monde, qu'on met cuire comme du ris. De l'Alleman grufse, qui signifie de l'orge brise, & de la grofse farinee d'orge. En Anglo-Saxon, c'est grut, & grut; en Flamans grute. Ces mots ont été faits de grufen, ancien verbe Teutonique, qui signifie rompre, briser, écraser, plier. Ce verbe a de la convenance avec l'Ebreu ou garas, qui signifie, être brise, être écrasé, broyé, plié; & qui s'emploie aussi en Chaldéen dans la même signification. Le François écraser, vient du verbe Teutonique. Il n'est pas besoin d'avenir que le nom du gruan d'avoine à la même origine: & ce nom lui convient d'autant mieux, que ce n'est en effet autre chose qu'une grofse farine. ¶
GRUE. Oiseau. De grua, qu'on a dit pour grus, & qui se trouve dans la Loi Salique VII. 6. & dans les Loix des Lombards 1. 19. ¶ Grus, gruis, grue, GRUA. Grus a été fait de 7pura, & de cette manière: 7pura, 7pura, gerans, grans, GRUE. M. longum, quo haurium aquas. Et dictus telon à longitudine : *vādu enim Gracē dicitur, qui quid longum est. Unde & mustela vocata, quasi mus longus. Hoc instrumentum Hispani ciconiam vocant, quod imiter ejusdem nominis avem, levantem ac deponentem rostrum dum clangit.* Et les Espagnols d'aujourd'hui se servent du même mot, appellant cette machine de Jardinier cigenal, & cigenal : mots formés de ciconiale. M.
GRUESCHE. Nous disons en Anjou, jouer à la gruesche, pour dire, jouer au volant. Dans Rabelais, au chapitre des Jeux de Gargantua, qui est le 11. du livre premier, il y a à la gruesche, en quelques éditions : ce qui me fait croire que ce Jeu a été ainsi appelé parce qu'on y joue ordinativement avec un volant fait d'ailes de perdris grisesches. Voyez ci-dessus gruesche. On l'appelle au Maine coquantin, parce qu'on faisoit aussi des volants de plumes de coq. Ce mot se trouve dans Rabelais au lieu allégué. M.
GRYMPE. En Latin *grympa*. Ce mot se dit d'un certain voile de Sainte Agathe. Bollandus, *Febr.* tom. 1. pag. 617. dit que l'on trouve *grympa* dans des manuscrits qui parlent du voile de Sainte Agathe ; que ceux de Catane appellent ce voile *grympa* & *grympia* ; que quelques Savans tirent ce mot de γυμνησινυγι γυμΗεγίγις κερίμμερ με γυμνησινυγι & γυμνησινυγι, c'est-à-dire, courber, rouler, parce qu'on montre ce voile plié en quatre au bout d'un bâton d'argent ; que les Portugais appellent aussi *grympa* ce que nous nommons une girouette. M. Chastelain ne croit pas que le voile appelé *grympa*, ait été ainsi nommé parce qu'il est plié, mais parce que c'est proprement l'enveloppe du tombeau de Sainte Agathe. Le célèbre voile de Sainte Agathe, dit-il, qu'on a coutume d'opposer aux flammes du mont-Etna, est nommé communément la *grympe* de Sainte Agathe, & cela par toute la Sicile. Ce n'est pas le voile qu'elle avoit sur la tête ; mais c'est le poile, qui d'abord avoit été mis sur son tombeau, comme on voit par ses Actes. γυμνησινυγι, mal écrit par les Copistes γυμνησινυγι, est un vieux mot, qu'Héfychius interprète par γυμνησινυγι, qui signifie courbe, ce qui, selon le même Héfychius, est la même chose que γυμνησινυγι (mal écrit par les mêmes Copistes γυμνησινυγι), qui veut dire envelopper : ainsi *grympe* est proprement l'enveloppe du tombeau. Cette interprétation paroît plus naturelle que celle qui veut que ce voile ait été nommé *grympe* parce qu'ordinairement il est plié. Au reste, il ne faut pas croire que *grympe* ait été dit pour *guimpe*, non plus que *velum*, pour voile de Religieuse, ou pour coëtte de femme séculière. Les seuls noms qu'on peut donner à la *grympe* de Sainte Agathe, sont *voite*, pris dans un sens générique pour tout ce qui couvre, mot autorisé par les Actes ; ou *poile*, mot spécifique aux couvertures des tombeaux, & fait de *pallium*, Chastelain, *Mart.* tom. 1. pag. 540. L'étymologie de *guimpe*, est très-différente de celle de *grympe*. Voyez ci-dessous *guimpe*.
GUADALQUIVIR. Nom d'une des plus grandes rivières d'Espagne. C'est la même que le *Batis* des anciens, qui donnerent son nom à la Province Bétique. Les Arabes s'étant emparés de l'Espagne, appellent cette rivière *wad al-ahir*, c'est-à-dire, la grande rivière, d'où s'est formé *Guadalquivir* : *wad*, en Arabe, signifie rivière, ou fleuve ; *cahir* grand : *al* c'est l'article.
GUADIANA. Nom d'une grande rivière d'Espagne. Les Latins l'ont connue sous le nom d'*Anas*, auquel les Arabes ont ajouté leur mot *wadi* ou *wadi*, qui signifie rivière ; de sorte que *wadi Anas*, est la même chose que *rivière d'Anas*. De *wadi Anas*, s'est fait *Guadiana*, par le changement naturel & facile de *w* en 6 ; comme dans *Guillaume*, de *Willelmus* ; dans *Galles*, de *Wallia*, &c. La *Guadiana* se cache sous terre assez près de sa source, & elle en sort au lieu nommé en Espagnol, *los Oles de Guadiana*, c'est-à-dire, les yeux de la *Guadiana*. Cela a donné lieu à diverses conjectures, entre autres, à celle-ci ; savoir, que le nom d'*Anas*, que les Latins ont donné à cette rivière, & qui signifie un canard, vient de la ressemblance de l'immersion de la *Guadiana* dans la terre, avec un canard qui se plonge dans l'eau, & reparaît à quelque distance. Mais les Auteurs de cette conjecture, n'ont pas fait réflexion, que le nom d'*Anas* ne convient au canard, qu'au nominatif, & qu'il est différent dans tous les autres cas. *Anas* rivière, fait *ana*, *anam*, *ana* ; au lieu qu'*anas* canard, fait *anatis*, *anati*, *anatem*, *anate* : ce qui est une preuve, que les anciens n'ont point songé à la ressemblance de canard, en nommant ainsi la *Guadiana*. Le savant Bochart, *Geograph. part. 1. liv. 1. ch. 35.* a cru trouver mieux son compte en cherchant une étymologie Arabe d'*Anas*, dans le verbe *henafa*, ou plutôt *khanafa*, qui signifie se retirer, se soustraire à la vue, se cacher. Mais quel commerce les Arabes avoient-ils en Espagne du tems des Romains ? car le nom d'*Anas* est de ce tems-là. Il est vrai que Bochart croit que ce pouvoir être un mot de la Langue Punique : mais il pouvait aussi n'en être pas. Comme les conjectures ne manquent pas à cet Auteur, il en donne une autre. Il croit que le mot *anas* pourrait bien venir du Syriaque 842 *ana*, qui signifie *brebis*, parce que, dit-il, il y a beaucoup de paturages pour les brebis sur les bords de cette rivière. Ce sont des conjectures dont on fera tel cas que l'on voudra. Quoi qu'il en soit de l'étymologie d'*Anas*, je remarquerai seulement que le mot Espagnol *guad*, fait de l'Arabe *wad* rivière, entre dans la composition de plusieurs noms propres de rivières d'Espagne ; comme dans *Guadalajara*, petite rivière de l'Andalouse ; dans *Guadalaviar*, rivière du Royaume de Valence ; dans *Guadalibulon*, petite rivière de l'Andalouse ; dans *Guadalete*, petite rivière aussi de l'Andalouse, connue des anciens sous le nom de *Lethe*, auquel les Arabes ont ajouté, les deux premières syllabes ; dans *Guadalmanor*, ou *Guad'a mayor*, petite rivière du Royaume de Grenade, & dont le nom, qui est entièrement Arabe, signifie *rivière du Villoreux* ; dans *Guadalmedina*, petite rivière aussi du Royaume de Grenade, & dont le nom, qui est de même entièrement Arabe, veut dire *rivière de la Ville* ; dans *Guadaloupe*, petite rivière de l'Estramadouire, en Latin *Aqua Lupia*, qui arrive une Ville de même nom, & passe entre des montagnes de même nom ; de sorte que le nom de *Guadaloupe* est commun à une rivière, à une ville, & à une chaîne de montagnes ; de même que celui de *Guadalajara* l'est à une rivière & à plusieurs villes. Il y a aussi en Afrique, sur la Côte Septentrionale de Barbarie, une rivière appelée *Guadibarbar*, c'est-à-dire, rivière de Barbarie.
GUE. De *vadum*. On prononçoit anciennement *Vé* : témoin le grand *Vé* & le petit *Vé* : qui sont deux passages fameux en Normandie vers le Coutantin. *M.*
GUEDE. Voyez GUEDE. *M.*
GUEDE. Ce mot se dit d'un homme qui a trop mangé. *Le fuit tour gonde*. Andreas de Alpago, de Bellun en Italie, dit que c'est un mot Arabe. CHEDE, dit-il, est disposé de que accidit ex repletione. C'est dans sa Nomenclature Arabique, imprimée à la fin d'Avicenne, pag. 17, colonne 3. Il n'y a point d'apparence que ce mot François vienne de ce mot Arabe : mais je ne sais d'où il vient, Les Espagnols disent *hartade*, fait de leur advertbe *harto*, qui signifie *affez*, *beaucoup*, *a suffisance*; & qui a été fait de *jarcio*. *Farcio*, *fartus*, *fartum*, *HARTO*. *M.* **GUEDE.** Le Dictionnaire Fr. Ital. d'Antoine Oudin: Guedé, *fluffo*, *pieno*, *fauello*, *propriamente intento nel guado*. La *guede* est une herbe graffe dont on fait le *pattel* qui sert à renforcer la *teinture*, ou plutôt on appelle aussi cette même herbe *pattel*, parce que pour la faire servir à la *teinture*, on la broyé, & on en fait de la *pâte*. Et de-la je m'imagine que *guede* signifie proprement *raffaisé*, à la manière des *oyes* qu'on nourrit de *pâte* pour les *engraffier*. *Le Duchat*. **GUEDOUFLÉ.** Rabelais, 1. 17. *Une guedouffe de v. naigre*. Je ne fais ni la signification, ni l'origine de ce mot. *M.* **GUEDOUFLÉ.** La *guedouffe* est une sorte de bouteille à gros ventre, dans laquelle on conserve le vinaigre, & dont on se sert communément en *Loiraine*. Le Rabelais Anglois, interprète ce mot dans un endroit par *bouteille de cuir*. Les Toulousains appellent *boudouffe* une *veffie*. *La Duchat*. **GUEDOUFLÉ.** Je crois que *guedouffe* est un mot formé par onomatopée, pour exprimer quelque chose qui ressemble à une *veffie* gonfée. **GUELFE.** Nom de *faction*. Les *Guelfes* étoient pour le Pape contre l'Empereur. L'origine de ce nom n'est pas moins obscure que celle du nom des *Gibelins*, qui étoient la *faction* opposée; & on n'en peut rien dire que de très-incertain, tant les *sentimens* des Auteurs sont partagés *ladeffus*. Quelques uns écrivent que vers l'an 1240, lorsque l'Empereur Frédéric II. fut excommunié par le Pape Grégoire IX. ce Prince visitant les Villes d'Italie, donna le nom de *Gibelins* à ceux qui lui étoient affectionnés, & celui de *Guelfes* à ceux qui étoient attachés au Pape : mais cela ne nous apprend ni la *raison* ni la signification de ces mots. D'autres écrivent que Conrad III. Duc de Suabe & Empereur paissant en Italie en 1149, pour attaquer Roger, Comte de Naple & de Sicile, Roger appella à son *secours Welfe* ou *Guelfe*, Duc de Baviere; & qu'un jour, lorsque les deux armées étoient prêtes à en venir aux mains, les Bavarois se mirent à crier en Alleman, *hie Welf*, ou en Flaman, comme d'autres le rapportent, *hier Welf*, c'est-à-dire, *ici Guelfe*, que les Impériaux de leur côté répondirent par ces mots, *hie* ou *hier Weibelinguen*, appellant l'Empereur du nom du lieu où il étoit né & avoit été élevé. Hornius rapporte ces noms à la guerre que se firent Henri le Superbe, Duc de Baviere, & Conrad, Duc de Suabe : qu'un jour avant une bataille les Bavarois se mirent à crier, *Welf* ; c'étoit le nom du frere d'Henri leur Duc ; & les partisans de Conrad, *li eibelinguen*, nom du lieu où ce Prince étoit né & avoit été élevé, & qu'il porta en surnom ; & que de *Weibelingen*, les Italiens ont fait *Gibelin*. Martin Cruijus, dit aussi que le nom de *Gibelin* vient du nom de la parrie de Conrad. Initium *Gibelina* (*Weibelina a patria Conradi Regis*) & *Welfia a concertationis*. Platine dit que le nom de *Guelfe* vient de celui d'un Alleman qui demeuroit à Pistoie, & dont le frere, nommé *Gibel*, donna son nom aux *Gibelins*, *faction* opposée à celle des *Guelfes*. D'autres disent que l'Empereur appella *Gibelin* ceux de son parti, du mot Alleman *gipfel*, qui veut dire *faite*, *sommet*; parce que l'Empereur s'appuyoit sur eux, comme les chevrons d'une maison s'appuyant sur le *faite* qui les retient par en haut. Cette opinion est encore moins fondée que celle de Platine. D'autres prétendent, avec aussi peu de *raison*, que *Gibelin* est un mot *adouci*, qui s'est dit pour *Gibertin* ou *Guibertin*, & qu'il est venu de *Guibert*, Anti-Pape, fait par l'Empereur Henri III. Maimbourg, Histoire de la Décadence de l'Empire, dit que les *factions* & les noms de *Guelfes* & de *Gibelins*, vinrent des différends de deux anciennes & illustres familles des confins d'Allemagne, celle des Hentis de *Gibeling*, celle des *Guelfes* d'Adorf. Les *Gibelins* furent donc ainsi appellés du nom de la famille dont étoient les Empereurs Ducs de Suabe, & les *Guelfes*, prirent le nom des ennemis de cette maison. Il y a des Auteurs qui dérivent le nom de *Guelfe*, du mot Alleman *wolf*, qui veut dire *loup*, apparemment à cause des grands maux que *causa* cette *faction*. L'Alleman *wolf*, signifie non-foulement un *loup*, mais encore un petit *chien*, & le petit de quelque animal que ce soit. *Wolfs* en Gothique, & *wolf* en Anglo-Saxon, signifient un *loup* : *hweip* & *hwyip* en Anglo-Saxon, *hwalp* en Suédois, *whelp* en Anglois, un petit *chien* : *welp*, *wulp*, & *wulp* en Flaman, un petit de quelque animal que ce soit. *Guelfe* vient affurément de quelqu'un de ces mots, par le changement ordinaire de l'W Germanique en 6. Il est bon de remarquer par occasion la grande convenance du Latin *vulper* avec tous ces mots Teutoniques, & même celle de *lupus*, en faisant une métathée ou transposition de *lettres*. Le *loup*, le *chien* & le *renard*, sont des animaux presque d'un même genre. Voyez Wachter, dans son *Glosarium Germanicum*, au mot *Wolf*, & ci-dessus *Gibelin*. **GUEMENTER.** Se *guementer*, c'est s'informer, s'enquérir. Rabelais 1. 49. *Et toujours se guementer a tous effrangier de la venue des Coquicigrues*. L'Auteur du Roman de la Rose, en a ués dans le même sens. Je suis persuadé que ce mot a été fait de *quarre*, de cette manière : *quarre*, *quafitum*, *quafitum*, *quafitare*, *quafitamen*, *quafitamentum*, *quafitamentare*, *GUEMENTER*. Ou bien, de cette sorte : *quarre*, *quarito*, *quaritare*, *quaritamen*, *quaritamentum*, *quaritamentare*, *quarientare*, *GUEMENTER*. Cette dernière échelle me plaît davantage. Et ce qui ne me confirme pas peu dans la créance où je suis que ce mot a été fait de *quarre*, c'est qu'on a dit *guementer*, pour se plaindre. L'ancien Dictionnaire Latin-François, du P. Labbe : LAMENTARI, *guementer*. Et il est sans doute que ce mot, en cette signification, a été fait de *querer*. Cretin, dans la Déploration sur le trépas d'Olergan, a dit *guementer* : *Des chants plaifans ne faut plus guermenter.* Et ce mot a été fait aussi de *quaritare*. *Quaritare*, *quaritamen*, *quaritamentum*, *quermentum*, *quermentare*, *GUEMENTER*. *M.* **GUENAUD** de Saint Innocent. Rabelais, liv. 1. chap. 17. *Seigneur*, ne *perfez* pas que je l'aye mis au Collège de Pouillerie, qu'on nomme *Montagu*. Mieux l'euffe voulu mettre entre les Guenaux de Saint Innocent, pour l'énorme cruauté & villenie que j'y ay comme : car trop mieux sont *traitez* les *forçats* entre les *Maures* & *Tartares* ; les *meurtriers* en la prison criminelle ; voire certes les *chiens* en *voître* maison ; que ne sont ces *maïantus* audit Collège. Et livre 1. chap. 7. il diroit, que *c'étoit* c'étoit une bonne ville (Paris) pour vivre, mais non pour mourir; car les Guenaux de Saint Innocent se chauffeient le cul des offemens des morts. Et au chapitre 16 du même livre: En l'autre un tas de cornot tous pleins de puces & de poux qu'il empruntoit des Guenaux de Saint Innocent. Ce que Rabelais, dans le premier passage, compare les écoliers du Collège de Montaigu aux guenaux de Saint Innocent, & qu'il dit que même les chiens de la maison de Grandgoufier font mieux traités que ces écoliers, cela me fait penser que guenau pourroit bien venir de canis, comme canaille: mais je n'oserais l'assurer. Pâquier parle des guenaux, & je pense que c'est dans ses recherches. On appelle guenaux de Saint Innocent, les gueux qui s'éposillent ordinairement dans le cimetière des Innocens à Paris. Le Duchat.
GUENCHIR, vieux mot: On disoit autrefois guenchir, guencher, & guencher, pour gauchir. Voyez Bosel, & le Roman de Lancelot du Lac, vol. 1. au feuillet 205. v. & vol. 2. au feuillet 53. v. édit. in-4. de 1520. Ainsi je m'imagine que guenchir, d'où nous avons fait gauchir, pourroit bien venir de qua hinc ire. Nous avons fait de même cahincaba de qua hinc qua hac, dans cette façon de parler, gaigner cahincaba sa pauvre vie; qui se trouve dans le Prologue du quatrième livre de Rabelais, appliqué à un bucheron ou fendeur de bois, qui gagne sa vie à droit & à gauche, suivant les lieux où il trouve de l'ouvrage. Le Duchat.
GUENILLE. Habit déchiré, tombant par lambeaux. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M.
GUENILLE. Corrompu de gonnelle. Huet. GUENIPPE. Gueuse, mal propre: femme, de mauvaise vie. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M.
GUENON. Singe femelle. De genone, ablatif de l'inusité geno, qui a signifié celui qui avoit de grandes joues: comme nafo, celui qui avoit un grand nez; capito, celui qui avoit un groffe tête; labro, celui qui avoit de grosses lèvres; denso, celui qui avoit de grandes dents. Les tinges ont de longues machoires. M.
GUENUCHE. diminutif de guenon. Petite guenon. Il se dit aussi au figuré par manier d'injure. On dit d'une femme vieille ou laide, que c'est une guenuche coccée. Guenuchon est le diminutif de guenuche.
GUEPE. De vespa, en y préposant un G: comme en Gascon, de Vafco; en gue, de vadum; en gater, de vaftare. M.
GUEPIER. Oiseau: ainsi appellé parce qu'il mange les guêpes. De vesparius. Les Latins l'ont de même appellé apiafter; & les Grècs modernes, melifophago; parce qu'il mange les abeilles. C'est le m.p. des anciens Grecs. Virgile, livre 4. des Géorgiques, parlant des abeilles: Abfint & pitti squalemia terga lacerri Pinguibus a fabulis, meropefque, aliaque volucres, Etomanibus Progne peltus signata cruentis. M.
GUEPIN, GUEPINE. Mot burlefque, qu'on emploie quand on veut marquer qu'une personne est fine, rufe, maligne. On dit: Ne vous fiez pas à cette femme, c'est une guépine. Ce mot, comme on voit, est fait de guêpe. La piquure de la guêpe est très douloureuse.
GUEPINS. On appelle ainsi, par injure, les Orléanois. M. Adrien de Valois, dans la Notice des Gaules, au mot Genabum, a traité de l'étymologie de ce mot guépini, en ces termes: Incolas Aurelianorum Gregorius, Turonicus Episcopus, passim Aurelianenses, nostri Guepinos vocant: GUEPINS: quod nomen pro convictio a plerifque habetur. Origo nominis ab omnibus ignoratur. An Guepini, vel Gepini, dicti, quasi Genabenses, aut ut Orifius loquitur, Genapenses, vel Genapini, futilata secunda fyllaba? An potius quasi Vespenses, aut Vespini: a vefpis, quarum advolantium molefos ictus, importunos bombos, ac pungendi libidinem, viro suo inflati, clamoribus, rixis, & convictis imitantur? Apud Matthæum Parisienfem, in rebus anni MCCLI. Verum Iffud Aurelianensium nomen una cum causa nominis haberemus, nisi esset Librariorum injuria depravatum. Caninos enim appellatos esse afferit: corruptè, forfitan, pro Cavinis, aut Capitis. Verba Matthæi sunt: Paftofes armari, qui trivibus bene acceptantibus, civitatem Aurelianam intraverant, conniventibus oculis, dissimulante populo civitatis, sed verula confentiente (unde Caninus meruit appellari), multos Clericos trucidarum, multosque in Ligerim demerferunt. M.
GUEPINS. On appelle Guêpes les gens de Palais, à cause de leurs mangeries. De la peut-être le fabriquet de Guépins, donné aux Orléanois, à cause des nombreuses écoles de l'un & de l'autre Droit, qui sont à Orléans depuis plusieurs siècles. Touchant le fabriquet de Guêpes, particulier aux gens de Palais, voyez la Promenade des Bons-Hommes, page 209. du Recueil de pièces concernant le Connétable de Luynes, édition de 1628. Le Duchat.
GUERCHE. Nom de lieu. Du Latin barbare quercia, qui signifie chêne; dont les Italiens ont fait quercia. Voyez mon Histoire de Sable, pages 313. & 314. M.
GUERDON. Nos anciens François disolent guerredon. Le Roman de Guillaume au court nez: Par le fecerre me suis mis à bandon; Se Dieu me garde de mort & de profon, De cent ôfcus me donna guerredon. Jean de Meun, au Roman de la Rose: Je n'appelle pas vente don: Vente ne doit nul guerredon. Vanhier de Dodan, au Roman de Perceval le Gallois: J'a ne li arés fait un don, Dont bien n'ayec le guerredon. Je crois que ce mot est composé de ces deux mots guerre don: & qu'originairement guerredon étoit le don & le prix dont on récompensoit les gens de guerre, que ses Romains appelloient donativum; mais que depuis il a été pris indifféremment pour toute sorte de don & de récompensé. Caenewve.
GUERDON. Périon, Goffelin, & M. Lancelot, le dérivent de 1622. Il vient de l'Alleman werdung, qui signifie pretii astimatio: dont les Ecrivains des bas siècles ont aussi fait werdunia, qui signifie la même chose. Voyez Voffius, de Vitris Sermonis. Les Italiens disent gulderdone, & les Espagnols, galardon. M.
GUERDON, est un mot d'origine Celtique. Les Gallois disent guerr, dans le même sens; les Allemans wert. Werdung, que rapporte M. Mena- X x x x ge, est un substantif servant à marquer l'action ; au lieu que *were* est le substantif simple, qui signifie le prix, la valeur d'une chose. Les Flamans disent *waarde*, les Suédois *warde*. En ancien Franc c'est *ward*, en Anglo-Saxon *warth*. Voyez Wachter, *Glosfar. German*, au mot *wert*. la Guette aux garites de la porte. Et ensuite : Et si luy di qu'elle vienne parler a nous a la garite. Et les Espagnols disent garita, que Covarruvias prétend être un mot Arabe. M.
GUERITE. Je dérive ce mot de l'Alleman warte, qui signifie un lieu élevé, pour veiller & examiner, & qui est formé du verbe warten, qui signifie veiller, examiner, considérer, observer. Cette étymologie paroît fort naturelle, & il n'est pas besoin d'avoir ici recours à l'Arabe.
GUERPIR. C'est un vieux mot François inusité, qui signifie laisser, abandonner; & dont le composé déguerpir, est encore en usage dans le Palais. Henri Etienne le dérive des wartes : qui est une étymologie que je ne comprends pas. Il vient de werpire : qui se trouve en cette signification dans les Auteurs de la basse Latinité; & qui a été fait de l'Alleman werpen, qui signifie jeter. Voyez Lindembrog, dans son Glossaire, au mot werpire. Voyez aussi M. Bignon, sur les Formules de Marcuse : où il remarque, entre autres choses, que dans Froissart, vol. 1. chap. 14. une veuve est appelée werpie; comme qui diroit, délaissée, abandonnée. En Gascogne, encore aujourd'hui, les Notaires, dans leurs Actes, appellent les veuves reliées. Reliée d'un tel, pour dire, veuve d'un tel. Et c'est ainsi, pour le dire en passant, qu'une femme veuve est à pellée vacans mulier, par le Jurisconsulte Marcianus, dans la Loi 7. au Digeste, Ad Legem Juliam de vi publica. Voyez aussi Voissus, dans son de Vitis Sermonis, 2. 13. Barthius, livre 46. de ses Adversaires, chap. 13. & Loiseau, dans son Traité du Déguerpissement, chap. 2. M.
GUERRE. Nous le prenons maintenant pour toute sorte de guerre, tant civile qu'étrangere; bien que le mot Tiois werra, dont il est formé, ne signifiait originairement que sedition, où guerre intestine. Les Capitulaires de Charles le Chauve, titre 13. chap. 15. Rixas & dissémines, seu seditiones, quas vulgus werras vacas. L'épître de l'Empereur Henri, qui est dans les Annales du Moine Geoffroy, sur l'an 1195. In Teutonica vero werra multa, & dissémines eatenus inaudita, oriuntur super Imperio. L'Empereur Frédéric, liv. 1. tit. 8. des Constitutions Néapolitaines : Guerram in regno meveris. Et en la Loi suivante : Comes, Bara miles, seu quicunque alius, qui publice guerram in regno meveris. Goldast, sur les anciennes Poésies Allemandes de Vinsbeke, remarque que werre; qu'il dérive de epée, qui est la Déesse de la guerre; signifie discorde : que wer signifie épée : que dans la Traduction Tioise des Évangiles de l'ancien Moine Ostridus, gesserre signifie dissémines & rebellion : & que, dans quelques autres anciens Poètes Allemandes wirren signifie offenser quelqu'un, & le mettre en colère. Caseneuve.
GUERRE. De l'ancien mot Germanique werre, ou warre, les Ecrivains de la basse Latinité ont fait werra, qui se trouve dans les Capitulaires de Charles le Chauve, dans Yves de Chartres, & dans Mathieu Paris. Voyez Claverius, au livre 1. de son Ancienne Germanie, chap. 8. & Voissus, de Vitis Sermonis, livre 2. chap. 8. 10. & 16. Et c'est, sans contestation, de ce mot Latin-barbare que vient le François guerre, & l'Ita-lien & l'Espagnol overa. Et il est ridicule de dériver ces mots du Grec silyus, comme ont fait Jean Picard & Périon. Ce qui a été fort bien remarqué par Barrius, livre xiii. chap. 14. de ses Adversaires, en ces termes : GUERRE : Qui primis saltem labitis degustaris Germania quancumque dialectum, Graca originatione non habebit opus : guerre enim populariter quamvis dissémines aptam rem denotat, sive manibus, sive reisi, sive ingenio, astuve, negotium geras. Unde GUERRE, pro bello, sive pugna, in Italorum, Gallorumque, linguas descendit. Absorum vero, ab instrumento ignobili nobiliam & generalissimam vocem deducere, cum indubitata erige omnibus in promptis sis. Caninius a dérivé l'Itaien guerra, du Syriaque ghera, qui signifie litigare : en quoi il n'a pas bien rencontré. Goldast n'a pas mieux rencontré, dérivant le mot Alleman werre, du Grec slyus, qui signifie la Déesse de la guerre. C'est dans ses remarques sur les anciennes Poésies Allemandes de Vinsbeke. Voyez M. de Caseneuve. M.
GUERRE. L'étymologie que M. de Caseneuve & M. Ménage donnent du mot guerre est indubitable. Wer est un mot Celtique, qui, entre autres choses, signifie la guerre. Les Anglo-Saxons disaient war & wer, les Francs uneri. Les Anglois disent encore aujourd'hui war, les Allemands war, & les Flamans werre. Les anciens Gaulois disaient guer : ce qui approche encore plus de notre mot guerre : de la guerre guerroyer. Guerre resemble extrêmement à l'Hébreu ma gherab, qui signifie combattre, faire la guerre, exciter à la guerre; & au Syriaque gari, qui signifie exciter, animer. Voyez Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 1867. au mot wer.
GUERROYER. De werrire, ou werrare. Les Capitulaires de Charles le Chauve, titre 17. chapitre 19. Regnum illi non forconsiliabo neque werribo. Une ancienne Charte des Trèves faites entre le Roi Philippe-Auguste, & Jean, Roi d'Angleterre, l'an 1106. Qui aperto pradictum Regem Francia werraverint, in hac werra, &c. Caseneuve.
GUESCLIN. Autrement GLESQUIN (Bertrand du), par corruption pour GLAYAQUIN. Voyez Froissart, édit. de 1574. vol. 5. chap. 75. Le Duchat.
GUESDE. Lat. isatis. C'est l'herbe dont se servent les Teinturiers. De guaftum, ou guaftum, qui signifie la même chose, & qui est un mot Gaulois. Pline, xiii. 1. Simile plantagini guaftum in Gallia vocatur : quo Britannorum conjuges, nurusque, toto corpore obliat, quibusdam in sacris, & nuda incedunt. Car c'est ainsi qu'il faut lire en cet endroit, & non pas glaftum : ce qui a été remarqué par M. de Saumaille sur Solin, page 154. en ces termes : Ita serbendum in verbis Plini esse, non glaftum, ut vulgo extat, satis offendit nomen quo hodieque hac herba vocatur, guaftum : quod ex illo antiquo vocabulo Gallorum leviter tantum deflexum est & immutatum. Nous disons en Anjou guaftum : ce qui fait voir qu'on a dit guaffe, pour guaftum. M.
GUESDE. Wachter n'approuve pas la correction de glaftum en guaftum dans le passage de Pline. Voici ses paroles, à la page 1846. de son Glossarium Germanicum : WID, glaftum, herba illoribus nota. Anglo-Saxonibus wad, Anglis wad, Gallis guesde, Isatis guado. Vox Gallica caseris sanior & antiquior est, & judice Menagio, facta à Latina isatis per prosthesin. Reliqua & Gallica per syncopem sunt vetiata. Quidam audaculi apud Plinium legunt guaftum pro glaftum. Sed nihil in voce Pliniana mutandum esse, patet ex optimo ejus sensu X x x x ij in glatt. Quid magi? obvium qu'am rem mam diversis nominibus appellari? Je ne fais pourquoi Wachter dit que M. Ménage dérive guesde du Latin isaris, tandis qu'on voit évidemment qu'il le dérive de guaftum ou guaftum: ce qui est, en effet, la véritable étymologie.
GUESPILLON. Aspergillum. Comme de vespa on a fait guespe, on pourroit aussi avoir fait guespillon de vespille, qui signifie un perene de morts: d'autant que les Curés, quand ils vont ensevelir les morts, portent le guespillon ou asperges en la main. Quelques-uns l'écrivent guespillon. Caseneuve.
GUESPILLON. L'étymologie que M. de Caseneuve donne de ce mot, me paroît bien singuliere. Quoi! parce qu'un porteur de morts s'appelle en Latin vespille, & que les Curés, quand ils vont enterrer les morts, portent en main le guespillon ou asperges, il s'enfauve que guespillon aura, qu'être fait de vespille? Je ne vois pas la conséquence: je vois seulement entre ces deux mots une convenance de son, qui ne décide rien pour l'étymologie lorsqu'il n'y a pas quelque rapport de signification. Ainsi je crois que guespillon a été dit au lieu de guespillon, & par conséquent, qu'il a la même origine. Voyez ci-dessus guespillon.
GUESTRE. Gamache. Bas de grosse toile, qu'on met sur les bas pour les conserver. Je crois que c'est un dérivatif de gamache. Gamache, gamache, vestra, GUAISTRE, GUESTRE. M.
GUESTRE. J'ai peine à croire que ce mot soit dérivé de gamache. La dérivation me paroît trop dure. Mais je ne fais d'où il vient. Quelques Auteurs disent qu'il vient de gueltre, qui, en Celtique ou bas-Breton, signifie la même chose. Cette étymologie seroit fort bonne, s'il étoit vrai que le Bas-Breton n'eût pas pris du François son mot gueltre. On cite Borel, comme faisant venir guêtre du Grec, y'hésise indumentum. Je ne trouve point ce mot Grec.
GUESVER. GUESVEMENT. Mots de la Coutume d'Orléans, articles 111. & 112. Guesver l'héritage, dit: Ragueau, c'est quand celui qui vient l'héritage redevable de cens & de relevaisons à plaisir, délaisse ledit héritage vacant au Seigneur censer, pour en jouir par lui, si bon lui semble, en acquis des relevaisons; pour chacune desquelles il est du au Seigneur le revenu de l'héritage censuel pour un an. C'est dans son indice. Il dit la même chose sur le Procès-verbal de la Coutume de Blois. Je crois que ce mot a été fait de guerpire. Guerpire, guerpare, par métaplaïsme; guespare, guesvare, GUESVER. Voyez guerpir. L'a se change souvent en 2. Voyez mon Discours du Changement des lettres. M.
GUET. En Alleman wacht. Ce mot est de l'ancienne Langue Tioise. Les Capitulaires de Charles le Chauve, titre 31. chap. 27. In civitate atque in marcha wallas faciant ad deffensiorem patris. Dans la concession de Louis le Debonnaire, faite aux Espagnols réfugiés en France, que Pithou a extraite des Archives de Narbonne: Explorations & excubias, quod uftato vocabulo wadas vocant, facere non negligant. Les Capitulaires de Charlemagne, livre 3. titre 68. Nec pro wada, nec de fiara, nec de warda, &c. Le Moine Kéron: Vigilia, wahtem, Vigilia, vahtem, nahvachtem. Vigilia nocturnx, wahta de nahitis. Caseneuve.
GUET. De wada: mot Latin-barbare, qui signifie excubia, & qui a été fait de l'Alleman wacht, qui signifie la même chose. Voyez le Père Sirmond, sur ces mots du titre xxvii. des Capitulaires de Charles le Chauve, In civitate, atque in marca, wallas faciant; & Lindembrog & M. du Cange, dans leurs Glossaires. M.
GUET-A-PENS. Par corruption, pour gues apensé, dit pour gues-apensé. (a) Apenser, est un vieux mot, qui se trouve souvent dans les grandes Chroniques de France, pour délibérer. Voyez Pasquier, VIII. 32. De guetter, on a fait le composé aguerter: d'où aguer, & d'aguer. Aguer a été dit pour embauche. L'Auteur de la Vieille version du Code, a traduit ces mots de la Loi Dolum, au Titre de Dolo; Dolum ex insiditis perspicuis probari convenit, PAR APENS AGUETS: d'où Cujas a fort bien conjecturé qu'il falloit lire en cet endroit-là, ex insiditis; conformément à la version des Grecs, en un certain aquapensé lui; & non pas, ex judiciis. Voyez Cujas, livre XI. chapitre 11. de ses Observations. Jean de la Coste croit que gues-à-pens a été dit par corruption, au lieu d'aguer & à pensé. Hoc homicidii genus (il parle du meurtre) elegantor Novella quadam Basilii Macedonis, relata in secunda parte Juris Orientalis, vocat opus in potius est inipitris. Vetus Auffer Summa Ruralis, Meurtre d'aguer & propos à pensé: vulga, corrupte, de gues à pensé. C'est à la page 103. de ses Commentaires sur les Décrétaires de Grégoire IX. M.
GUETTER. Voyez GUESTRE. GUETTER. Périon le dérive ridiculement de vœnlâque. Voici ses termes: vœnlâque, imminere, insitare, ac perspicere & observare, a nobis, paucis mutatis, gueter dicitur. Hinc Vigiles GUT: & vigilare & excubare, FAIRE LE GUT, dicimus. Il vient de cattare, qui signifie voir, regarder, considérer. Le Lexicon Arabico-Latinum: Musicum cattum: quid cattas, id est, videt. Isidore dit de même, que cattus est ainsi appellé, quid cattas, id est, videt. Voyez M. de Saumaille sur Solin, page 1009. où il dérive cattare de cattare. Les Italiens se servent encore à présent du mot cattare, en la signification de guetter; comme quand ils disent, va cattando: & les Espagnols; comme quand ils disent, caetad lo que dectis; c'est-à-dire, vide quid dicas. M.
GUETTER. Si comme on le croit avec raison, nous avons fait gues de l'Alleman wacht, pourquoi ne pas dériver guetter du verbe Alleman wacht qui signifie la même chose, & quelle nécessité de recourir à une autre étymologie? Le Duchat.
GUEUDE. Dans un Registre de la Chambre des Comptes de Paris, intitulé Registre ancien des Advers de la Chambre de France: Un Adven & des nombrement, baillé au Roy par les Confrères & Supports de la Société, vulgairement appellée Gueude Marchande, en la Ville de Montreuil sur la mer, à cause des Droits de franchise, & choses apparentantes à ladite Société, qu'il tienne en for de Sa Majesté, à cause de son Chasseau de Montreuil. Daté du 12. jour de May 1518. cottée 3779. C'est un mot Flaman & Saxon. Voyez Voissus de Vitis Sermonis, pag. 213. & 804. & M. du Cange dans son Glossaire Latin, au mot gildum. M. (a) Prusata insidia. Hist. de Bretagne de Lobineau, tome 2. page 468. Le D. G U E U L E. M. Ménage se contente de nous dire que gueule est un mot Flaman & Saxon, sans nous expliquer ce qu'il signifie, ni d'où il vient. Il signifie une société, une fraternité. Et il est formé de gilde qui signifie la même chose, & en particulier, un corps de marchands, d'artisans, &c. C'est de-la qu'on a fait le Latin-Barbare gildum, & aussi gelda, gilda, geldonia, gildonia, qu'on peut voir dans du Cange. G U E U L E. M. du Cange dit que ce mot, qui est un mot ancien insiste, signifioit bourse : fondé sur ces paroles d'une Histoire de France, Manuscrit, qui étoit dans la Bibliothèque de M. de Mesmes : Le filleul du Prevost de Paris, fut prévenu d'un larrecin, & d'avoir remis un gueule de derniers : dont il fut condamné par son parrain à être pendu. M. G U E U L E S. C'est la couleur rouge, en termes d'Armoiries. Dans un Traité de l'Origine des Armoiries, que j'avais commencé il y a plus de vingt ans, j'ai dit que gula, & gueules, étoient des peaux de grand prix, teintes en rouge; dont les Rois, les Princes, & les Grands Seigneurs, fourroient leurs habits lorsqu'ils vouloient faire paraître leur magnificence. Saint Bernard dans un Traité qui porte ce titre, Parabola de mupitis filii Regis, & de ornamento sponsa sua, donne au fils du Roi le jour de ses noces, pour ornement, une jupe d'hermines fourrée & bordée de ces peaux rouges autour du col & du poignet. Arminiam pellicam circa collum & circa manus rubitis gulis praparatam. Et plus bas, après avoir dit, igitur pellicae sponsa de arminia sit, quod candidum est; il ajoute : circa collum, & usque suprapectus, & circa manus rubitis gulis tornata. Le même en l'Epître 41. écrivant contre le faîte & le luxe des Gens d'Eglise, se plaint à Henri Archevêque de Sens, de ce que les Prêtres de son tems portoient de ces peaux rouges autour de leurs mains : Herream & murium rubricatus pelliculas, quas gulas vocant, manibus circundare sacratis & sacrantibus secreta mysteria. Le Roman de Guillaume au court nez fait souvent mention de ces gueules; &, conformément à ce qu'en dit S. Bernard, les joint avec les hermines : Entre les gueules de l'hermin pelijam Ly a tram hié le foye & le poumon. Et en cet autre endroit : Entour en mouillent les gueules de l'hermin. Ailleurs il appelle hermins engoulés, les hermines qui étoient parées de gueules : Sanglans en sont les hermins engoulés. Et en un autre lieu : A chascuna cem marcs d'argent dominés, Pailles cendaux, & hermins engoulés. Mais la raison pourquoi le rouge des Armoiries fut appellé gueules, c'est parce qu'anciennement, au lieu qu'on peint aujourd'hui les Ecus de couleur rouge, on y attachoit ces peaux précieuses. Vanhier de Dodan au Roman de Perceval le Galois : A Alardin et un escu, Qui de gueule tout convert fu. Et ailleurs : Un riche escu de gueules fines, A un Lion rampant d'hermines. Je ne sais si ces peaux rouges n'auroient point été ainsi appelées, parce qu'on les mettoit ordinairement autour du col, & proche du goûier, qui s'appelle gula ! Car je trouve qu'aux capes que portoient anciennement les Grands, l'endroit qui couvre le col, & où étoit l'entrée du capuchon, s'appelloit gulerum. Mathieu Pâris, en la Vie de Henri I. parlant d'une cape dont ce Prince se vétoit un jour de fête : Chim capam comarque induere, invenit introitum capucii, qui gulerum vulgariter Gallicé appellatur, nimit arlium. Quelques-uns affèrent que gulud, en Hébreu, signifie une peau rouge. Cependant j'ai ou dire à des personnes fort savantes dans les Langues, que gulud en Arabe est le plurier de gelda ou gelda, qui signifient le cuir & la peau simplement. De sorte que si gulud signifie une peau rouge, ce doit être en Hébreu Rabbin, que les Juifs pourroient bien avoir formé du mot François gueules, aussi bien que beaucoup d'autres mots qu'ils ont Rabinisés. Caseneuve. G U E U L E S. Couleur rouge en armoiries. De gula : qui étoient certaines peaux rouges, ou plutôt teintes en rouge. S. Bernard dans une de ses Epîtres à Henri, Archevêque de Sens, qui est la 42. de ses Epîtres : Herream & murium rubricatus pelliculas, quas gulas vocant, manibus circundare. Voyez M. Hauteferre livre 1. de ses Ducs & Coates de province, & M. du Cange dans son Glossaire, au mot gula. Je ne sais pas d'où vient gula en cette signification. Il est à remarquer, qu'un parlant de cette couleur en armoiries, il faut dire gueules, au plurier, conformément à son étymologie gula. Car on ne dit point gula, au singulier, en cette signification. Ce qui paroît par le passage de S. Bernard ci-dessus rapporté : & par celui-ci, qui est de Brunon, dans son livre de la Guerre de Saxe : Unus ex ipsis, cujusdam nobilis ex Curia, Crusinum gulis ornatam, quasi fortim praxidis. M. du Cange, qui a dit gueule, n'est pas en cela à imiter. Plusieurs de nos Généalogistes modernes ont fait la même faute. M. G U E U L E S. Couleur rouge en armoiries. Quelques-uns vont chercher l'origine de ce mot dans l'Ebreu "Va gholod", ou dans l'Arabe gild, qui fait gulerum au plurier. Mais outre que la ressemblance de ces mots Orientaux avec celui de gueules n'est pas suffisante, ils ne signifient point une peau rouge; mais le cuir & la peau simplement, comme le remarque très-bien M. de Caseneuve. D'autres croient que gueules, dans le sens de rouge, vient du Perlan gul, qui signifie rose; d'où Gulistan, jardin ou parterre de roses, nom d'un livre célèbre dans l'Orient. Mais comme ce mot Perlan se dit de la rose en général, & qu'on ne voit pas qu'il signifie plus particulièrement la rose rouge que la rose blanche, on n'en peut rien conclure par rapport à l'étymologie du mot gueules. Que les peaux rouges appelées gula aient eu ce nom parce qu'on les mettoit ordinairement autour du cou, & proche du goûier, qui s'appelle gula; qui est la conjecture de M. de Caseneuve; c'est à quoi je ne vois guère d'apparence. Ne seroit-il pas plus vraisemblable de dire tout simplement avec quelques-uns, que le mot de gueules s'est dit du rouge parce que les gueules des animaux sont ordinairement rouges ? G U E U S E de ses fondu. De l'Alleman gieffen, fondre, forget, en fait de métaux. Voyez Guises. Le Duchat.
GUEUX. Il faut qu'il soit ou de l'ancienne Langue Celtique, ou de la Tioise. Nos anciens François prononçoient *veus*. Une partie du Roman de Guillaume au court nez est intitulée *Le Pauvre Veu*. C'est le Roman d'un Prince François, qui étant été enlevé par les Sarrafins en son enfance, & nourri parmi eux, & s'étant depuis rendu Chrétien, le trouva pauvre & dénué de toute sorte de biens: ce que le Roman fait assez connoître par ce vers: *Parce qu'il fu sans terre, et nom le Pauvre Veus. Cafeneuve.*
GUEUX. Mendiant. Il y a diversité d'opinions touchant l'origine de ce mot. M. de Cafeneuve le dérive de *veus*, qu'il dit être un mot Celtique, de même signification. Voyez la remarque. Nicot le dérive de l'Alleman *geiter*, qu'il dit signifier un *mandant*. Pasquier viii. 41. le dérive de *ganeo*. Voici ses termes: *Le GUEUX DE L'HOSTIERE, est un autre mot, aussi transplanté du Latin en nostre vulgaire: se veux dire de ganeo hoštarius; c'est-à-dire un caimant qui va fûreter les buis des maïsons*. M. du Cange croit qu'il vient de *manganus*, que Papias interprète par *sedulor*. Toutes ces étymologies ne me reviennent point. Les Allemans disent *geofen*, pour dire *guenfer*. Et ce mot François peut avoir été formé de ce mot Alleman. Il me reste à remarquer, qu'on a appellé de ce nom les Protestans de Flandres. (a) Voyez *Serada*. M.
GUEUX. Pour *queux*, *coquus*. Dans les Etats de la Maison du Roi, grand *queux*, *magnus coquus*. De *coquus* on a fait *coquinus*, coquin, synonyme de *queux*. Huet.
GUEUX. Je crois que M. de Cafeneuve a raison lorsqu'il dit que ce mot vient de l'ancienne Langue Celtique, ou de la Tioise. *Gwas*, en Gallois, signifie un serviteur, & signifioit anciennement un homme, & même un vaillant homme; mais ensuite ce terme, comme il est arrivé à beaucoup d'autres, a été pris en mauvaise part chez les Flamans & les François pour signifier sous le nom de *queux*, un mandant, un milérable, un homme vil & méprable. Ecourons la deïssus Wachter: voici ce qu'il dit à la page 579. de son *Glossarium Germanicum*; *Gessus*, vir. *Vox Britannica*, qua *omnis ordinis* & *conditionis libera viris tributur*. *Boxhornius in Lex. Ant. Brit.* gwas *antiquis signifi abat juvenem, adolessentem*, virum gwas *gwich vir fortis frenuus*. *Camdenus in Brit.* gwas *dwer vir fortis*. *Sed hisce adijcialibus non opus erau olim*, cum gwas *adhuæ se folo virum fortem denotaret*. *Gessus*, *famulus*. *Boxhornius loco citato*. *Gwas servus*, *famulus*. *Sic Armorici gwasis servi... Hic significatus apud Gallois & Wallones in eam prolapsus est vilitatem, ut gueus, gueux, non amplius servum, sed hominem viem & mendicum significat. Isque significatus non tunc demum vulgaris est cum nobiles Belgii ab initio motuum civilium, habitu pauperum adfumpto, fundamenta conditionis ponent, quasi ex vituperio gloriam captantes, sed multis facultis ante. Quam facilis autem fuerit vocis à servo ad hominem viem translatio, omnes vident*. Le même Auteur avoit dit auparavant en parlant du mot François *queux*: *In qua voce explicanda splendide nugantur qui illam, quasi e semine Latino* (a) *Gueux* est un sobriquet des Gantois dans Montrelet, vol. I, fol. 110, b. edn. de 1512. *La D.* *prognatam*, vel à manganus, vel à questus, vel à vagus, *accessum*, *vim rebus & auribus simul facientes*. GUI: du *qui de chêne*. De *viscum*. *Viscus*: fait de *fœme*, dit à l'Eolique pour 1527. M.
GUI. Nom propre. De *Widus*. *Widus*, *Guidus*; d'où on a fait *Gindo Guidonis*; GUI. M.
GUICHARD. Papyrus Maïso, dans la Vie de Philippe le Long, dit que c'est un mot Sarafin, qui signifie *vagabond*. *Ex eadem Gallia oriundi Rogerius, Rex Sicilia, & Robertus, fratres, res magnas in Italia geffere*. *Filii Tancredo, Alevilla domini: quod est oppidum Lugdunensis secunda, priscum bodie nomen retinens*. *Rodericus Tolstanius libro VI. Apuliam, Calabriam, Sicilianque, ab hoc Tancredo occupatas refert*. *Robertum, Saraceni Punicæ linguæ* GUISCHARDUM appellabant: *qua vox erronem sonat*. Le mot Arabe, est *Algucharbe*. M.
GUICHARD. Je ne fais où Papyrus Maïso a trouvé que Guichard étoit un mot Arabe, & qu'il signifioit *vagabond*. Si les Sarrafins appelloient ainsi Robert le Norman Prince de la Pouille, ils le faisoient d'après les Chrétiens. On voit par les témoignages de divers Auteurs dans du Cange, que ce Robert fut surnommé de la sorte à cause de son caractère fin & rusé: car Guichard signifie *rusé*; & c'est un mot Teutonique, composé de *wit* ou *witæ*, qui signifie *ingenium*, & de la particule *art*, qui se prend souvent pour marquer un vice, un défaut.
GUICHET. C'est un diminutif de *buis*. *Huis, huisset, wisset, guisset*, GUICHET. Les Italiens ont dit de même *uscitio*: & les Grecs, *Sujidos*. On appelle *guichets*, les petites portes qui sont aux grandes portes des villes, que les Grecs ont appellé *wago-Sjajaj*; comme qui diroit, *portulas possesuxta portam*. Voyez M. de Saumaisé sur l'Histoire Auguste, page 456. Nous appelons aussi *guichets* les petites portes des prisons. M.
GUIDANE. Directoire pour apprendre chaque jour à dire le Bréviaire & la Melle. On l'appelle ainsi parce qu'il guide ceux qui ne savent pas assez bien les rubriques. Voyez ci-dessous *Guide*.
GUIDE. Celui qui conduit. GUIDE: c'est *condurre, mener*. L'origine de ce mot est fort cachée, & il y a diversité d'opinions touchant cette origine. Mathias Martianus, dans son Etymologique, au mot *vadare*, le dérive de ce mot *vadare*. Voici ses termes: *VADO, VADAS: ut, per vadum tranfæo; trajicio*. *Inde Germanicum waden: puto & Italicum guidare, & Gallicum guider, & Hispanicum guiar*. *Amant enim alicubi cu, pro v, vel Germanico w. Dicimus autem, flumen vado transfere, flumen vadare*. M. Ferrari dans ses Origines Italiennes, le dérive, ou de *viator*, ou de *via dux*, ou de *via index*. Je crois qu'il vient de *via dux*, de cette manière: *via dux, via dux*: x, en s: comme au mot Espagnol *crux*, ou *crux*, formé de *crux*. *Vadus, vidus, guidus*, GUIDA. On y a préposé un c: comme à *oux*, de *vadum*; à GUSPS, de *vespa*; à GASCON, de *Vasco*. L'Italien *guidour*, & le François *guidon*, ne permettent pas de douter qu'on n'ait dit *guidus*. De l'Italien *guida*, par suppression du d, les Espagnols ont fait *guta*, mot de la même signification. M.
GUIDE. L'Alleman appelle un guide *weg-weisse*, c'est-à-dire, montreur de chemin. Je crois que notre mot guide vient de l'Alleman weisen montrer, ou plutôt du vieux Alleman widen de même signification. Le Duchat.
GUIDE. L'origine de ce mot n'est pas Latine, mais Germanique. Wachter, dans son *Glossarium Germanicum* page 1854, le dérive du verbe *weisen* pris dans la signification de *ducere*. Voici ses termes: WEISEN, *ducere*: wegweiser *dux via*... *Quamvis* ducere *nibil aliud sit quam* monstrare qua eundum sit, & *hattens* weisen *affine videtur praecedemibus verbis*, *prastat tamen sequi analogium*, *ut quemadmodum* leiten *est* à leit *via*, *ita* weisen *sit ab ihi; via*, *praposito* w. *Hinc porro* *dux Anglofaxonibus dicitur wifa*, *Francis* *uulio*, *Anglis* & *Gallii* guide, *italis* guide, *Notkyrus pfal.* LIV. 14. min *uulio*, min *chundo*, *dux meus*, *natus meus*. Et *Pfal.* LXV. 15. *Apostoli vocatur* *uulion* *dero* *Gotes* *hert duces gregis Dei*. *Utrumque locum observavit Schiltrus in Glossario*. Et *tamess in ore Gallico* & *Italico durescat*, *origo tamen Germanica evitari non potest absque multis nugis*, *quas vide apud Menagium* & *Ferrarium*. *In quibusdam dialestis eadem vux usurpatur de principibus* & *dulioribus populi*. *Verelus in Indice*: *visti dux*, *rex*. *Ubi tamen observandum quod littera terminalis R non sit necessari*, & *quod a wisen ducere*, *recte formetur verbalia wifa*, *wifo*, *wisi*, *dux*. *Hoc sensu videtur occurrere in nominibus propriis*, *non Germanicis solum*, *sed etiam Celticis*. *Talia sunt*: *BELOVESUS*, *dux belli*, à *fel bellum* *Nomen memoria prodidit Livius lib.* v. cap. 33. *Confer* *feld bellum*. *SIOOVESUS*, *dux victoria*, *frater Bellovesi*: *apud eundum*, à *sieg victoria*. Voyez ci-dessus *Bellovesi*.
GUIDON. Il est ainsi appellé parce qu'il sert de guide & de conduite aux Gens de guerre. Vincenzio Borghini dans son *Traité des Armes des Familles de Florence*: *Di qui si veggons gli antichi Gonfaloni*, *che erano guida de gli eserciti*: *onde in questi tempi alcuni han presi il nome de Guidoni. Casenove*.
GUIDON. Brendart de Gendarmerie. Voyez guide. M.
GUIDON. Je ne doute pas que ce mot ne vienne de *guider*. Qu'il me soit néanmoins permis d'observer, que le terme Ebreu *gript kidon* signifie une lance, une armure; & que *guldon*, ou étendart, auroit pu être ainsi appelé de ce terme Ebreu, parce qu'on mettoit le drapeau au haut d'une pique. On prendra, si l'on veut, cela pour une simple convenance de lettres & de son. Le c & le c sont des lettres du même organe, & se mettent facilement l'une pour l'autre.
GUIENNE. J'ai fait voir sur le mot *Aiguiere*, que les anciens François discient *aigue* pour *eau*; comme encore aujourd'hui en Languedoc & en Guienne. Et ainsi on ne fautoit douter qu'on n'ait changé *Aquitania* en *Aiguiere*; dont depuis on a fait *Guienne*, par le retranchement de la première syllabe. *Casenove*.
GUIENNE. Province de France. Montagne, 1. 46. Il semble y avoir en la *Génologie des Princes certains noms fatalement affeillés*: comme des Violomées, *a ceux d'Egypte*; des Henris, *en Angleterre*; Charles, *en France*; Baudouins, *en Flandres*; & en *nostré ancienne Aquitaine*, des Guillaumes: *d'où l'on dit que le nom de Guienne est venu, par un froid rencontre*; *s'il n'y en avoit d'aussi rends dans Platon même*. Il est vrai que cette étymologie est ridicule. Et il est vrai aussi qu'il y en a d'aussi ridicules dans Platon: ce que j'ai fait voir dans un Ecrit particulier, où j'ai fait sur les Etymologies du divin Platon, ce que Scaliger a fait sur celles de Varron; le plus docte des Romains. *Guienne* a été formé d'*Aquitania*. Scaliger dans sa Notice de la Gauffe, pag. 108. *Guienna*. *Depratatum quidem ex Aquitani*, *ut res ipsa loquitur*: *sed ex quo tempore Reges Anglia per affinitatem Francorum Regum fuerunt Domini Guienne, angustioribus sinibus determinata est quam enim. Nam Arverni*, &c. M. de Valois dans sa Notice, au mot *Aquitania*: *Aquitania a Francis nomen suum relutum*. *Hac à Nostris Aquitaine*: *ac demum, truncato & corrupto Latino nomine*, *Guienna della est*; *GUIENNE*; *quasi Quitania*, *vel Quitania*: *quo nomine, primum tata Aquitania, deinde pars tantum ejus, designata*. *Touchant Etymologie d'Aquitania*, voyez la Notice de M. de Valois, au lieu allégué; & ci-dessus, le mot *Aquitaine*. M.
GUIER. Vieux mot, qui s'est dit pour *guider*, par le retranchement du n. & qui par conséquent à la même origine. R. de Rone. *Pinnac les guie à une verte enseignie.* Et Gulart: *A ceux qui la navie guient.* GUIGNANNE E C'est une Fête qu'on fait à Morlaix le dernier jour de l'an: & consiste en des prêens de viande, que les Bourgeois font aux pauvres. L'ouverture en est toujours faite par ceux de l'Hôtel-Dieu, auxquels on donne des habits grotesques; & qui commencent à demander les GUIGNANNE ES des le 17. ou 18. de Décembre. Ils ont un Capitaine, deux Tambours, avec Officiers & Soldats, tous ajustés de manière différente; & à chaque porte qu'on leur donne, ils font des cris qui sont entendus dans toute la ville. Le dernier soir de l'année, la Bourgeoisie se rend à la Maison de ville, qui est la plus belle de la Province. Les Syndic, Juges Consuls, & Jurats, s'y trouvent: & on délibère avec eux de la route qu'on tiendra. La délibération finie, on sort dans l'ordre qui suit: Quatre Trompettes, précédées de quantité de flambeaux, marchent à la tête pour avertir les habitans d'ouvrir leurs portes, & d'apprêter leurs prêens. Ensuite vont les Tambours & Fifres: & derrière eux, dis ou douze crochereurs que l'on charge des prêens reçus. Ces crochereurs sont couronnés de laurier, & de fleurs attachées de toutes couleurs. Les Syndic & Jurats les suivent, ayant devant eux les quatre Hérauts de la ville, & quelques jeunes Bourgeois députés pour recevoir les prêens. Chacun en fait selon son pouvoir, & il n'y a personne qui s'en puisse dispenser. Ainsi ce ne sont qu'acclamations continuelles; puisqu'on en fait à chaque présent, qui est élevé fort haut par celui qui le reçoit. Ces Messieurs sont suivis de violons, de hautbois, & de toute la jeunesse, à laquelle la plupart de la Noblesse ne dédaigne pas de se joindre: ce qui fait un Cortège très nombreux. Tous ceux qui en sont, prennent des habits fort propres, & s'arment de grands bâtons, pour rompre les portes, s'il s'en trouvoit de fermées. On va d'abord chez M. le Gouverneur, qui fait toujours des prêens considérables: comme, un mouton gras dans un grand bassin, des chapons, perdrix, beccafes, & autre gibier, dans deux autres. Les Belles sont aux fenêtres, avec leurs prêens, qu'elles descendent dans des paniers, ou corbeilles fort propres. Ce sont toutes fortes de petits animaux en vie, ornés de rubans : comme, perdrix rouges, pigeons des plus beaux, tourterelles, lapins blancs & noirs : & enfin ce qu'il y a de plus rare, des martres, des écureuils, des cochons d'Inde, des furens, &c. Ces prêens ne sont pas comme les autres. Celles qui les font, en favorisent qu'elles veulent : & c'est à l'envi à qui aura quelque chose de plus beau. La plupart de ceux qui les reçoivent, prennent cette occasion de donner les étrennes à celles qu'ils aiment, en mettant d'autres prêens dans leurs corbeilles, avant qu'elles les retirent. Il n'y a point de moment plus commode pour cela : & telle qui dans un autre tems se trouveroit offensée du moindre billet, reçoit ce jour-là de son Amant toutes choses avec plaisir. Cette remarque est extraite, mot pour mot, du Mercure Galant du mois de Février 1683. Voyez ci-dessus *aguilanleu*. M. **GUIGNARD.** Espèce d'oiseau particulier au pays Chartrain : qui est, un gibier noir, de la grofleur d'une grofie grive ; mais plus rond, & qui a le pié fendu. Cet oiseau a été ainsi appellé d'un nommé *Jean Guignard*, Bourgeois de Chartres, lequel, le premier, en reconnut la délicatesse en 1541. Ce Jean Guignard étoit père de Denis Guignard, Notaire de Chartres ; & grand-père de Jean Guignard, lequel Jean Guignard a laissé une fille unique, mariée au Sieur des Engins, aussi Notaire de Chartres, & qui, en l'année 1686, fut Echevin de Chartres. Ces oiseaux font de passage : mais ils viennent en deux saisons aux environs de Chartres, dans les terres à froment ; au mois d'Avril, & au mois de Mai : & ils disparaissent jusqu'à la mi Août, ou vers la fin d'Août. Et ils demeurent au pays depuis ce tems-là, jusqu'ores vers la fin d'Othobre. On ne fait où ils font leur pointe : personne n'ayant jamais trouvé de leurs nids dans les Beaulies du pays Chartrain. Il s'en trouve aussi aux environs d'Amiens, où on les appelle *Sirots*. M. **GUIGNARD.** Nom d'un oiseau. On dit que cet oiseau s'amuse à considérer si attentivement ce que fait l'oiseleur, qu'il se laisse prendre aisément, & que quand on en a tué un, tous les autres s'attroupent auprès, & donnent au chasseur le tems de recharger. Si cela est ainsi, le *guignard* aura pu être nommé de la forte, du verbe *guigner*, qui signifie regarder de côté. Voyez ci-dessous *Guigner*. **GUIGNER.** C'est regarder du coin de l'œil, comme font ceux qui tirent au blanc. De *videre*. *Vidi*, *vidi*, *visum*, *visare*, *viser*. Marot, dans une de ses épigrammes : *Regarder, est très-bon langage.* *Viser, est plus agu du tiers.* *De dire, qu'il n'est en usage,* *J'en croy tous les Arbaléfiers.* *Je demanderois volontiers,* *Comme on droit plus proprement,* *Un de ces deux Hacquebutiers,* *Par mal viser, faut lourdement, &c.* *Viser, du Latin vient tout droit* *Vise, en est une lisière.* *Et par ailleurs viser faudroit,* *Pour bien m'atteindre à la vissere.* De *visare*, on a fait ensuite le diminutif *vissinare* : dont, par contraction, *GUIGNER*, en y préposant un c: comme en *GUS*, de *vadum*, en *GUSPS*, de *vespa*, en *GASCON*, de *Vafco*. Et de *guigner*, on a fait *GUIGNON*, dans la signification de *malheur*. Il m'a porté *guignon*. Et on a donné cette signification à ce mot, à cause des fascinations qui se font avec les yeux. Virgile : *Nescio quis teneros oculus mihi fascinat agnos.* Aulugelle ix. 4. *Oculis quoque exitialem fascinatio-nem peri, in iisdem libris scripium est : traditurque esse homines in illyris, qui interimant videndo quos diutus irati viderint : rosque ipsos, mares, feminasque, qui visuam nocenti sunt, pupillas in singulis oculis binas habere.* Et de-la le *manuic iobanic* de Plutarque & d'Héliodore, & le *manuic iobanic* de S. Mathieu. Les Espagnols appellent encore aujourd'hui la fascination, *sorcellerie des yeux : aojo*. Et ils disent, *aojar*, pour dire, *enforceler par les yeux*, en regardant attentivement : & *aojador*, pour dire, *un sorcier* qui enforcelle par son regard. Voyez Covarruvias, au mot *aojar*. M. **GUIGNER.** Je ne vois pas comment *guigner* peut venir de *videre*. Je crois qu'il a été fait de l'Espagnol *guinnar*, par l'insertion du c au milieu du mot. L'Espagnol *guinnar*, signifie la même chose que le François *guigner*, & il a été fait lui-même du Latin *annuere*, par le moyen de *gu*, ajouté au commencement du mot. Peut-être aussi que ces trois verbes viennent originairement des Langues Orientales ; savoir de *guy* *ain*, terme Ebreu, Chaldéen, Syriaque & Arabe, qui signifie *wil*. Le participe Ebreu *guy* *aven*, signifie un homme qui observe avec les yeux dans l'intention de nuire, & il se prend en ce sens au liv. 1. des Rois, xviii. 9. aussi la Paraphrase Chaldaique l'explique par *guy* *amin*, c'est-à-dire, qui tend des embuches. Le verbe *guy* *ien*, en Ebreu de Rabbin, signifie regarder, considérer, examiner : d'où *guy* *iion*, l'action de regarder, de considérer, d'examiner. Les Chaldéens disent *guy* *aien*, dans la même signification. Le verbe Ebreu *guy* *ohen*, dans la Bible, veut dire, user de prettiges, de charmes, d'enchanteurs : *guy* *ohen*, & *guy* *meohen*, un enchanteur, un magicien, un sorcier. L'adjectif *ain*, en Arabe, signifie un homme qui regarde attentivement & de mauvais œil : *aion*, qui regarde beaucoup, ou qui regarde de mauvais œil : *ana* & *aiana*, regarder attentivement, espionner. Les Ebreux disent, *guy* *ain* *hara* l'œil malin, c'est-à-dire, jaloux, le regard d'un homme qui veut du mal. C'est ainsi qu'il est dit dans S. Matthieu, xx. 15. *Est-ce que vous avez l'œil malin, parce que je suis bon ?* La lettre *guy* *ain*, qui se trouve dans tous les mots Orientaux que nous avons rapportés, est une gutturale que l'on ne sauroit exprimer dans les autres langues : c'est pourquoi, tantôt on l'omet entierement, tantôt on l'exprime par le *ghaim* Arabe, dont elle est comme un diminutif. Ainsi dans la supposition que le Latin *annuere*, l'Espagnol *guinnar*, & le François *guigner*, soient dérivés des Langues Orientales, comme il y a quelque apparence, on aura retranché le *guy* *ain* dans *annuere*, & on l'aura, dans les deux autres verbes, changé en c, qui est la lettre qui en approche le plus. Voilà pour la convenance des lettres & du son. Quant à celle de la signification, on voit qu'elle ne sauroit être plus juste. *Guignon*, qui a été fait du verbe *guigner*, signifie signifie malheur, comme qui diroit, malheur cause par un œil malin, par fascination, par enchantement, par sorcellerie. De-la on a fait enguignon, c'est-à-dire, porter malheur; & deguignon, c'est-à-dire, délivrer du malheur : qui font des expressions basses & populaires. M. le Duchat, conjecture que guigner vient de cuneare, fait de cuneus. Il cite aussi ces vers du Roman de la Rose, édit. de 1551. fol. 14. v. Tient-toy bien nell, tes cheveux pigne; Mais ne te fardé, ne te guigne: Telles choses ne font sinon Gens fols & de mauvais renom, Qui amour par male avamure, Ont trouvé encore nature. Le verbe guigner vient encore ici de cuneare, selon M. le Duchat, & signifie ajouter des coins à ses cheveux, comme font ceux qui par leur longue chevelure semblent vouloir passer pour des femmes. L'Auteur du Glossaire fut les Noels Bourguignons, dérive guigner de cuin, écrit à la Picard, pour coin, parce que guigner, c'est regarder du coin de l'œil. Guigner, dans le Comté de Bourgogne, signifie remuer, agiter; & apparemment que cette signification est prise du mouvement que fait l'œil en clignotant. Quant au mot guignon, dans la signification de malheur, principalement au jeu, M. le Duchat trouve tant de rapport de ce mot avec le camis des Latins & le nom des Grecs, pour signifier le plus malheureux jet qu'ils puissent faire au jeu des ossellets, qu'il ose presque affirmer que notre guignon vient de l'un de ces deux termes.
GUIGNES, ou GUINES. Sorte de cerises. Quelques-uns les appellent en Latin cerasa Aquitanica : comme si de Guienne, on leur avoit donné le nom de guignes ou guines. Ceux de Guienne & de Languedoc, les appellent guindou-les : ce qui fait voir la fausseté de cette origine. Caseneuve.
GUIGNES. Sortes de cerises. On appelle ainsi à Paris, les cerises douces, & à longue queue : car dans les lieux voisins de la Saintonge, on appelle guignes, ce que nous appellons à Paris des cerises, c'est-à-dire, des cerises aigres : & cerises, ce que nous appellons à Paris des guignes. Il y a diversité d'opinions touchant l'étymologie de ce mot de guignes. Furetiere, dit que Monet dit dans son Dictionnaire, que les guignes ont été ainsi appelées parce qu'elles nous sont venues de la ville de Guignes en Picardie. Monet n'a rien dit de semblable. Il a dit seulement, que plusieurs croyoient que ces cerises nous étoient venues de Guyenne. Covarruvias, dans son Tréfor de la Langue Espagnole, au mot guinda; qui signifie une cerise; le dérive d'Aquitanica; comme qui diroit cerises de Guienne. Voici ses termes : GUINDA : especie de cerea agria. Llamanse en Latin las cereas cerasa Aquitanica : per averse primere criada en aquella parte de Francia, dicha Aquitania : y los Franceses las llaman Guienne (Il faut, guignes) : de donde parece averlas dicho en Castellano guindas. Otros dicen, que de agrindas, per ser agrias : y assi el Griego llama à la guinda ayesu wawow, agrace-reca. Il ajoute, Sino queremos, se ayia trayda esta planta, y su fruta, de los pueblos de Africa, idchos Guindanes : cuya provincia abundá en arboledas, &c. Frédéric Morel, dans son perit Dictionnaire François-Latin, appelle aussi les guines, Tome 1. Aquitanica cerasa. Les Médecins de Lyon, dans leur Histoire des Plantes, 3. 8. les nomment guines, & guindoules, en François. Ce mot de guindoule, a été fait de l'Espagnol guinda. Les Turcs appellent une cerise vischna, & les Grecs modernes, visna; qui font des mots qui approchent fort du François guines : car c'est ainsi que Morel & les Médecins de Lyon écrivent ce mot. Robert Etienne & Nicot écrivent guigne : ce qui approche encore davantage du mot Turc, & du mot Grec-vulgaire. Car de visna, selon la formation Françoise, on fait naturellement GUINE. M.
GUIGNON. Voyez guigner. M.
GUIGNOT. C'est un mot Bourguignon, qui signifie le présent que font les parrains & les marraines à leurs filleuls & filleules pour étrennes, le premier jour de l'an après leur baptême. Pierre Palliot, dans son Parlement de Bourgogne, assure que ce mot est employé dans un compte rendu du tems de Philippe le Bon, Duc de Bourgogne, l'an 1424. à la Chambre des Comptes. P. J. Add.
GUIGNOT. Selon l'Auteur du Glossaire fut les Noels Bourguignons, au lieu de guignot, il faut dire quignot. J'observerai, dit-il, que le mot quignot (ou plutôt quignot), qu'on dit se trouver dans un compte rendu l'an 1424. en la Chambre des Comptes de Dijon, est un mot pur Bourguignon, dont on s'est originairement servi pour signifier le présent que les parrains faisoient à leurs filleuls le premier jour de l'an après le baptême. Ce présent s'appelloit quignot, de quarre, vertrum, par métaphore de quine, qui a dû signifier bâton, puisque son diminutif quinette, est interprété scipio, baculus, dans les vieux Dictionnaires François-Latin. Quignot depuis s'est aussi bien dit des prêens des marraines à leurs filleules, que des parrains à leurs filleuls; & ce mot, dans ce double sens, est encore fort en usage parmi le menu peuple à Dijon. Il est dit pag. 714. de la dernière édition des Origines Françoïes de Ménage, que Palliot, dans son Parlement de Bourgogne, a écrit ce mot guignot. Je ne l'y ai point trouvé : mais s'il y est, on doit lire quignot, parce que, comme en voulant franciser quignot, on a dit quignot, de même en voulant franciser quignot, on a dit quignot. Glossaire fut les Noels Bourguignons, pag. 264. Dans le Comté de Bourgogne ou Franche-Comté, on se sert précisément du même mot, que l'on prononce aussi de la même façon, quignot; & on entend par-la une espèce de pain rond ou de gâteau, dont les parrains & marraines font présent à leurs filleuls & filleules, le dernier jour de l'an; non-seulement, dans l'année de leur batême, mais encore plusieurs années ensuite. La prononciation de ce mot dans le Comté de Bourgogne, confirme ce qu'avance l'Auteur du Glossaire fut les Noels Bourguignons, savoir qu'il faut dire en François quignot, & non pas guignot, comme le P. Jacob a écrit ce terme. En Champagne on dit cugnot. Quelques-uns croient qu'il pourroit bien venir de cuna berceau, parce que c'est un présent qu'on fait aux enfants. A Amiens on appelle quignot, un gâteau rond qui se fait à Noël, & dont les familles se régalent. On fait un semblable gâteau à Pâque : mais alors il se nomme nourole.
GUILLEE. Petite pluie soudaine & de peu de durée, qui vient ordinairement au printemps. On l'appelle autrement giboule. M. Ménage dit Y y y y que guille a la même origine que gibouée, & que c'en est une contraction, & il fait venir par un long & pénible chemin, gibouée de nimbus; voyez ci dessus gibouée. J'ai peine à croire que gibouée vienne de nimbus, & que guille soit une contraction de gibouée. Quelques-uns dérivent guille du vieux mot François guille, ou gille, qui veut dire tromperie; parce que les guilles surprennent, & arrivent sans qu'on y pense, comme les guilles, c'est-à-dire, comme les tromperies. Voyez ci-dessus guille. Je croirois plus volontiers, que guille a été fait de l'Arabe ghilab, ou ghilaton, d'où M. Huet, dérive aussi guille. Ce mot Arabe signifie proprement une attaque subite & inopinée, & il est formé du verbe ghala, qui veut dire, attaquer, tomber dessus, tout d'un coup & à l'improviste: ce qui convient très-bien à la guille, qui tombe tout d'un coup après un beau soleil, sans qu'on s'y attendé. *
GUILLAUME. Ce nom propre d'homme est fort commun en France, & particulièrement en Guienne. Il est de l'ancienne Langue Tioise. Pontius Heuterus, en son Traité, intitulé, *Eryma Variorum Nominum Germanica Originis*, le dérive de *Guldhelm*, qui signifie *casque doré*, duquel on a fait *Willem* & *Guillaume*. Caseneuve.
GUILLAUME. Nom propre d'homme. Voyez M. de Caseneuve. M.
GUILLAUME. Ce mot, suivant Wachter, signifie *désenseur du repos*, & il est composé de *weil*, qui signifie repos, tranquillité, & de *helm*, qui signifie *désenseur*, protecteur, & vient du verbe *helmen*, défendre, protéger. *Weil* & *helm* sont deux mots Teutoniques. Il est vrai que le dernier signifie aussi un *casque*; & c'est de là que vient le François *heaulme*, pour *casque*: mais dans les noms propres, il signifie *désenseur*, protecteur. Voyez Wachter, dans son *Gulfarium Germanicum*, aux mots *helm* & *weil*. *
GUILLAUME, est aussi un terme d'injure & de mépris; comme si l'on disoit, vieux radoteur. Dans la Farce de Patelin: Qui a le surnom de Jouffsaume. Où il est évident que Patelin traitant de Guillaume, le marchand, nommé Guillaume Jouffsaume, qui lui avait donné son drap à cétôt, taxe de folle ce marchand. A Metz, encore aujourd'hui, quand le peuple traite quelqu'un de Guillaume, c'est comme s'il l'appelloit infense; & dans cette signification Guillaume, qu'on prononçoit anciennement *Willaume*, est une allusion à *vieil-homme*, parce qu'on suppose que l'esprit baille à mesure qu'on devient vieux. *Le Duchat*.
GUILLE. C'est un vieux mot François qui signifie *tromperie*. Une ancienne Morale, composée par le commandement du Roi Philippe III. *Comme cil qui sont maistre de guille & de barat*. Jean de Meun, dans son Codicille: Qui sont sans barat & sans guille. Le Roman de Guillaume au court nez: Par fine guille cuide-il eschaper. En Languedoc, *guilla* signifie *tromper*: témoin le proverbe, *Tal penso guilla Guillot*, que *Guillot* lou *guille*. Caseneuve.
GUILLE. C'est un vieux mot François qui signifie *tromperie*; auquel on ajoutoit d'ordinaire celui de *barat*. Gaces de la Vigne, Auteur du Roman de la Chaise: La fu li Quens de Tancarville. Les Anglois disent encore à présent *gile*, & *wile*, pour *tromperie*. Il est difficile de savoir s'ils ont emprunté ce mot de nous, ou si nous le tenons d'eux. De *guille*, nous avons fait le verbe *guiller*, qui signifie *tromper*; pour lequel les Flamans disent *beghilen*. Et du même mot de *guille*, nous avons fait le substantif *guillon*, & *willon*, pour *trompeur*, *fripon*; témoin le Dittique de Marot sur le Poëte Villon: Peu de Villons, en bon savoir. Et ce Poëte Villon fut ainsi appelé à cause de ses friponneries & tromperies: car son vrai nom étoit François Corbueil; comme il le témoigne lui-même dans son Epitaphe, rapporté par le Pr. Fauchet, liv. 1. de l'Origine des Chevaliers, en ces termes (a): Je suis François, dont ce me poise, Nommé Corbueil en mon surnom, Natif d'Auvers emprès Pontoise, Et du commun nommé Villon: Où d'une corde d'une toise Sçauroit mon col que mon cul poise, Se ne fut un joly appel: Le jeu ne me semble point bel. Cet Epitaphe est autrement dans les œuvres de Villon. Voici comme il est: Je suis François (dont ce me poise), Né de Paris d'auprès Pontoise: Où d'une corde d'une toise Sçauroit mon col que mon cul poise. Et il y a au titre: *Quartin que fit Villon, quand il fut jugé à mourir*. Pasquier se trompe, qui croit qu'à cause des friponneries du Poëte Villon, on a dit *villonner* & *villannerie*, pour *fripon* & *friponnerie*. Voyez-le au chap. 60. du liv. VIII. de ses Recherches. ¶ Il me reste à remarquer, que Denys Godefroy, sur le paragraphe 2. de la Loi 4. au Digeste de *Editio Edilio*, a ainsi parlé de Villon: *Impôser etiam Gracis abas & quaidem Francifcum Villonium atate fœrum patrum fuisse, scribis Budaus*. L'endroit de Budée est au feuillet 182. verso, de ses Annotations sur les Pandectes. Voici ses termes: *Impôserem infignem atas patrum nostrorum vidis Francifcum Villonium: que uno nomine plani definitio maximè intelligi patrit*. Je dirai ici par occasion, que Villon par arrêt du Parlement, fut condamné au bannissement, & qu'il se retira à S. Maixant. Voyez Rabelais, livre 4. chap. 13. Il est dit au chapitre dernier du même livre, qu'il fut favori d'Edouard V. Roi d'Angleterre. Voyez ce chapitre. M. (a) Fauchet, & Méninge après lui, ont tort d'en croire à cette prétendue épitaphe. *Villon* étoit véritablement le surnom de notre Poëte, comme il le dit lui-même, p. 44. de l'édit. de Coutelier, où le legs qu'il fait à son oncle commence par: Item & à mon plan que pers Cette méprise de Fauchet a été relevée dans le mois de Septembre 1743. du Journal de Trevoux, d'après la Préface du Villon de Coutelier.
GUILLE. De l'Arabe *ghilaton*, fraude, embuches. *Huer*.
GUILLE. Le terme Arabe *ghilab* ou *ghilaton*, d'où nous avons dérlé *guille*, signifie pareillement tromperie : ainsi *guille* peut bien en venir aussi, conformément à l'étymologie que M. *Maint* donne de ce mot. Les Ebreux ont le verbe *huy atal*, qui signifie entr'autres choses, se moquer, se jouer, & qui a quelque convenance avec l'Arabe *ghilab*. Le *y* ou *am* Ebreu est une lettre gutturale, de même que le *ghair* Arabe, qui est au commencement du mot *ghilab*, & il n'en diffère qu'en ce qu'il se prononce moins fortement. Je suis néanmoins beaucoup plus porté à croire, que notre mot *guille* a été fait immédiatement de l'Anglois *guille*, ou *sile*, qui signifie la même : & il n'y a pas lieu de douter que ce terme Anglois ne vienne de la Langue Teutonique ; puisque les Anglois ont le verbe composé *beguille*, qui veut dire, tromper, décevoir, & les Flamans celui de *beghilen*, que M. Ménage cite dans la même signification. Ces fortes de compositions de verbes montrent clairement une origine Teutonique. \*
GUILLEDIN. De l'Anglois *gelding*, qui signifie un cheval *bangré*, & qui a été formé de *to gelde* qui signifie *châtrer* : si bien que ceux-là parlent improprement qui disent une *guilledine*. M.
GUILLEDOU. Comme quand on dit, *courir le guilledou*. Peut-être de *Gildonia*, qui étoit une sorte de confrérie. Lindembrog, en son Glossaire : *Gildonia Lang. 1. tit. 17. f. 7. c. 5. tit. 129*. Confrérie *Hincamro*. *Glossa verres* : *Gildonia*, conspiratio, adunatio. *Papias* : *Geldonia*, adunatio. *Vicani atque Agricola in Germania Gilde vocant convivia publica, qua collatitia stipe quatannis semei iterumque celebrare solent*. J'apprens qu'à Cologne ces Confréries se font tous les Dimanches. Voyez le P. Sirmond, sur les Capitulaires de Charles le Chauve, pag. 113. Voëssus, liv. 2. de *Vitis Sermonis*, ch. 8. Or comme ces assemblées pouvaient être licenciées, ou bien qu'au lieu d'aller à ces Confréries, les jeunes gens alloient à la débauche ; il y a bien de l'apparence que ce mot *Gildonia*, a été pris pour la débauche même. Il y a encore à présent à Montreuil en Picardie, une compagnie de Marchands qui s'appelle *Gordon*, & ce mot vient vrai-semblablement de *Gildonia*. M.
GUILLEMETS. Voyez *guimets*.
GUILLEMETTE. Nom propre de femme, fait de *Guillaume*. Le nom de *Guillemette*, se dit populairement par mépris, de toute femme ou fille, & en synonyme de sorte, imbécile ; de même qu'on difoit autrefois *Guillaume*, par mépris. Beaucoup de noms propres, d'ailleurs très-illustres, ont dégénéré parmi nous en termes de mépris ; comme Nicodème, *Olibryus*, &c. \*
GUILLEMOT. Oiseau. Sorte de pluvier. *Guillemot* est un diminutif de *Guillaume*. Touchant les noms de Saints donnez aux animaux, voyez ci-dessous au mot *Renard*, & au mot *Sanfouret*. M.
GUILLEMS. Monnoye, faite à Pamiés, par l'ordre du Comte de Foix, du tems de Charles VI. Voyez Catel, dans ses Mémoires de l'Histoire du Languedoc, liv. 4. pag. 698. M.
GUILLOT. Sorte de monnoye. Dans le Registre du Parlement de Paris, du 12. Juillet 1778. *Après que le Duc d'Anjou, & les nobles Bourgeois & habitans du Maine, ont baillé par déclaration* les cas particuliers ; les Evesques du Mons, Doyen, & Chapitre-illec, & autres, dirent, que la plupart des dismes appartient aux nobles du pays, & non aux gens d'Eglise ; dirent que les Cures & gens d'Eglise, n'ont aucune dismes ; au moins peu, comme dit est : & sont les gens du pays de petite dévotion ; & vont à l'offrande très-euvée une fois un deux l'an : & quand ils y vont, n'offrent-ils qu'un guillot ; dont les six ne valent qu'un tournois : & ont exhibé à la Cour la monnoye que les gens du pays offrent. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. M. le Blanc ne fait point mention de cette monnoye. M.
GUILLOT. Nom propre, formé de *Guillaume*, par corruption. *Guillaume*, *Guillemot*, *Guillot*. Jean de la Bruyère Champier, neveu de Symphorien, dans son Traité de *re nikoria*, liv. 15. ch. 1. parlant du fameux *Guillot*, cabaretier d'Amiens, dont il est fait mention dans Rabelais, liv. 4. chap. 51. confirme mon étymologie en ces termes : *Nostrà memoria novimus in Gallia Belgica Ambiani unum popinarium, nomine Guillanum : Guillotum vulgus cognominar*. Je ne doute pas même que *Quillot* & *Quillot*, noms de famille, ne soient aussi des corruptions du nom *Guillaume*. Glossaire sur les Noels Bourguignons, au mot *Guillot*. On dit par manière de proverbe : *Etre logè chez Guillot le songeur*, c'est-à-dire, être rêvent. Peut-être faut-il dire *Guillam* au lieu de *Guillot*, & que cette façon de parler a été priée de ce que nous lisons au premier livre d'Amadis, que *Guillam* le pensif fut un Chevalier errant, un des plus chevalereux qui fut onc en la Cour du Roi Liffart ; mais qui étoit si rêveur à ses amours & à sa Dame, que pensant à elle, souvent il s'oublioit lui-même. Aussi un jour fut-il surpris dans ses rêveries par un autre Chevalier, qui le désarçonna d'un coup de lance. Et pour ce, le Roi Liffart l'appelloit-il le plus grand rêveur du monde. De Brieux, dans ses Origines de quelques Coutumes anciennes, pag. 91. \*
GUIMAUVE. Robert Etienne, dans un petit Recueil des noms des arbres & des herbes, dit que cette plante est ainsi appelée, comme qui diroit *malva viscum*, parce que sa racine sert à faire de la glu. *Caseneuve*.[{"box_2d": [515, 634, 877, 801], "label": "text", "caption": "GUIMAUVE. Plante. Gr. *ambica*, : Lat. *ibiscus*. Les Herbolites l'appellent *bis-malva* : Et le vulgaire des Etymologistes croit que *guimauve* a été fait de ce mot *bis-malva* ; comme qui diroit, *deux fois mauve* ; à cause que la guimauve est la plus grande des mauves : d'où vient qu'elle est appelée par les Grecs *ambica* c'est-à-dire, *arbor-malva*. *Guimauve* a été fait d'*ibisco-malva*. *Ibiscus malva*, *ibiscomalva*, *biscomalva*, *bismalva*, *GUIMAUVE*. Les Latins ont appellé cette espèce de mauve *ibiscus*. Erotien : *ibiscomalus*, *vulgaris*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, *bismalus*, 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C'est dans son petit Recueil des noms des Herbes & des Plantes. M.
GUIMAUX. On appelle ainsi dans le Poitou, les prés qu'on fauche deux fois l'année. Rabelais, 1. a. Caudebilaux, sont grasses tripes de cuiraux. Coiraux, sont bœufs engressés à la crèche, & prez guimaux. Prez guimaux, sont prez qui portent deux fois l'an. De bimales. M.
GUIMAUX. La Coutume de Touraine, tit. 18. art. 1221. les appelle prés gaineaux & la note qui est à la marge de cet article dans le grand Coutumier, dit que ce sont prata reflibita, appellés gaineaux, parce qu'ils apportent du regain. Ce qui me fait douter de l'étymologie de M. Ménage, & croit que dans Rabelais, il faut lire en cet endroit gaineaux, & non guimaux. Ce terme, qu'on lit gaignan & gaigneau dans la Coutume de Poitou, art. 196. y a la même signification. L'art. 197. commence par Prez gaignaux ou de regaing, &c. Le Duchat.
GUIMBELET. Les Anglois disent gimlet. Il est difficile de dire, s'ils ont emprunté ce mot de nous, ou si nous l'avons emprunté d'eux. A Paris on prononce giblet & giblet. M.
GUIMETS. Terme d'Imprimerie. Ce sont ces petites virgules renversées qu'on met à la marge des livres, pour marquer les passages cités, & les choses sentencieuses. On les appelle autrement Guillemets: ce qui me fait croire que guimets est une contraction de guillemets, & que guillemets a岀 fait d'un nommé Guillemet, qui en fut l'inventeur. M.
GUIMPLE. Espèce de lien de tête. Rabelais, liv. v. chap. 11. Je ne vis oncques tant de sandeaux, tant de flambeaux, de torches, de guimples & d'agios. Jean le Maire, en ses illustrations: Quand la Déesse est mis bas ses habits & achemes, & qu'elle est défeeble coiffe, guimple, attour, & autre accouffrement de teffe, termailllets, chaisnes, anneaux, bulletes, & tiffus, jufqu'aux galloches dorées, demeurant racques sans plus d'un riche couvrechef. De vinculum. Les Anglois disent wimple, & les Flamans wimpel. Au 11. verset du chap. 3. d'Isaie, les Anglois ont traduit wimples, ce que ceux de la Religion P. R. ont traduit voiles. Nous appelons aujourd'hui guimpes une sorte de coiffure de Religieuses: & Robert d'Arbrissel, dans la Règle qu'il a donné aux Religieuses de Frontevaux, appelle ces coiffures guimpas. Ut guimpa alba earum numquam appareant, velis eas opperientibus Voyez le Gloffaire de M. du Cange, au mot guimpa. M.
GUIMPLE. Le François guimple ou guimpe, le Latin-barbare guimpa, & l'Anglois wimple, viennent tous du Flaman wimpel, qui signifie proprement une voile de navire, & dont la signification a été ensuite étendue à toute sorte de voiles. Le w a été changé en qu'à l'ordinaire. *
GUINDER. Elever avec une machine. De levante, ablatif du participe levant, on aura fait le verbe levantare: pour lequel, par le retranchement de la première fyllabe; ce que les Grammàtiens appellent aphérèse; on aura dit vantare. Et en y prépoint un G, on aura dit ensuite guantare: dont on aura fait premièrement GUAINTER; comme GAIN de vagina; & enfin, GUINDER. Cette étymologie ne me déplaitait pas, si les Allemans ne disoient pas, winden, en la même signification: ce qui me fait conclure, que notre mot François guinder, vient de ce mot Alleman. ¶ Les Espagnols disent guinder: mot qu'ils ont pris de nous. M. Perrault le Médecin s'est servi du mot de guindage, dans la Traduction de Vitruve, à la page 320. Et dans les Notes qu'il a faites sur cet endroit de Vitruve, il s'est vanté d'avoir fait ce mot. J'ay forgé, dit-il, ce nom de guindage, qui n'est point en usage; mais qui vient de guinder, c'est-à-dire, ellever en haut. Long-tems avant la publication de cette Traduction, ce mot étoit en usage parmi les gens de mer. Voyez le Sieur Guillet, dans son Dictionnaire de la Marine, au mot guindage. M.
GUINDER, vient de l'Alleman winden, qui signifie la même chose, & qui a été fait de winde, qui est comme les Allemans appellent un tour avec lequel on tire les tonneaux de vin hors des caves. Le Duchat.
GUINDOLE. Fruit autrement appelé jujube. C'est Jo. Bruyerin, livre xi. chap. 32. de son Traité de Re cibaria, qui dit que guindole est le nom commun du fruit que les Apothicaires appellent jujubes. Le Duchat.
GUINDOULE. On appelle ainsi dans quelques ports la machine qui sert à enlever les marchandises qui sont dans les Vailfaux, pour les poser à terre. Du verbe guinder. Voyez ci devant guinder. *
GUINGOIS. De guingois, de travers. On dit qu'une chose va de guingois; comme si on disoit qu'elle va de guingois; du verbe guigner, qui vient de cuigner, en écrivant cuin à la Picarde, pour coin; parce que guigner, c'est regarder du coin de l'œil. Dans le Pocme intitulé, L'Amant rendu Cordelier à l'observance d'amours, que je crois être de Martial d'Auvergne, on trouve, page 57. yeux gingans, pour guignans. Gloffaire sur les Noëls Bourguignons, au mot Guingois. Le Dictionnaire François-Italien d'Antoine Oudin, lettre a, explique de guingois par di sbiasso, di traverso; c'est-à-dire, de biais. Et comme dans nos anciens Livres on lit guenchir pour gauchir, M. le Duchat conjecture que guinguois vient peut-être de guenche ou gauche, & de biais. Cette conjecture ne me paroît pas fort heureuse. *
GUINGUETTE. Petit cabaret dans les fauxbourgs & les environs de Paris, où les Artisans vont boire en Est, les Dimanches & les Fêtes. Ce terme est nouveau. Il vient apparemment de ce qu'on ne vend dans ces cabarets que de méchant petit vin verd, que l'on appelle ginguet, tel qu'est celui qui se recueille aux environs de Paris. Voyez ginguet. *
GUIPURE. Moliere, dans l'Ecole des Maris, page 38. Je voudroit bien qu'on fît de la coquetterie, Comme de la guipure, & de la broderie. C'est une dentelle faite avec de la foie tortillée. Je ne fais pas d'où vient ce mot. M.
GUIPURE. Dans toutes les guipures il y avoit beaucoup de mouches, particulièrement dans les treilles; & l'ouvrage même étoit moucheté; c'est-à-dire, que les lissiers des fleurs étoient d'une foie velue comme le corps des mouches guipes: ce qui me perfuade que ce mot pourroit bien avoir été fait de guêpe. Le Duchat.
GUIRLANDE. En Languedoc garlande. Mathieu Paris: Coronala, aura, que vulgo gar- landa dicitur, coronatus. Dans l'ancien Glossaire que Lipse a inséré dans le troisième livre de ses Epîtres ad Belgas, il se trouve des marques de l'origine Tlotse de ce mot. Gehérides, coronasti : & alibi, geruvit, coronas : itemque, geredostu, coronasti; car les Allemans prononcent que, ce qui est écrit ge. De sorte que gera, ou gnera, signifiant, sans doute, une couronne; il y a apparence qu'on en forma guerland, en y ajoutant land, qui, en Alleman, signifie terroir; comme pour dire, couronne terrestre; parce que les guirlandes sont proprement des consonnes faites de fleurs qui naissent de la terre. Cafeneuve.
GUIRLANDE. Garlanda se trouve en cette signification dans la Vie de Henri III. Roi d'Angleterre, de Mathieu Paris: Rex veste deaurata, facta de pretiosissimo baldekino, & coronula aurea, qua vulgariter garlanda dicitur, rediminus. Caninius, dans ses Canons, dérive l'Italien ghirlanda du Punique ghirlanda. Et le Pere Thomassin, dans son Traité des Langues réduites à l'Ebreu tome 1. page 443. le dérive de l'Ebreu 7573 galgal, qui signifie sphara, corona. Mais je suis très-perfuadé qu'il vient de l'Italien ghirlanda: d'où vient aussi le François guirlande. Et l'Italien ghirlanda vient du Latin gyrus. Gyrus, gyrulus, gyrulare, gyrulandum, ghirlandum, GHIRLANDA. Voyez mes Origines Italiennes au mot ghirlanda, & au mot cicirlanda. M.
GUIRLANDE. Que le François guirlande vienne de l'Italien ghirlanda, je le veux: mais toujours est-il vrai que ghirlanda ne vient pas du Latin gyrus; comme on ne peut pas dire que le garlanda de Mathieu Paris en vienne; puisqu'il est formé visiblement de l'Anglois garland, qui signifie la même chose. Ghirlanda vient donc des Langues Septentrionales, savoir du vieux verbe Saxon gyrdan, cingere, nectere; d'où gyrd & girdel, cingulum. On a ajouté à ce mot la terminaison Teutonique and: ce qui a fait en Gothique gardland, & en Anglois garland. J'aime mieux l'expliquer ainsi, que de dire, avec Hickefuss, que ghirlanda a été dit pour gyrdibanda, & gardlanda pour gardibanda, c'est-à-dire, ferum manu curiois textum. *
GUISARME, ou GISARME. Bâron de guerre, dont le fer étoit tranchant. Dans le Roman de Guillaume au court nez: De la gisarme l'a si bien asséné, Qu'il l'a fendu jusqu'à l'arçon daré. Et dans celui de Rou: Et vous avez lances agués, Et guisarmes bien émolues. M. du Cange & M. de Gaïeneuve le dérivent de gefum, arme des Gaulois. Voyez leurs remarques. Il est dit dans l'Arrêt rendu en 1453. contre Jacques Cœur, Argentier du Roi Charles VII. qu'il avoit fait présent de beaucoup d'armes aux Turcs, pour ne rien payer de ses Galères, chargées de poivre, & à l'avoir de crenequins, de guisarmes, de haches, de voulges, de conlevrines, de jaze-rans, & autres habillemens de guerre. M.
GUISE. Comme quand on dit, faire quelque chose à sa guise. Cluverius, livre 1. de son Ancienne Germanie, chap. 9. le dérive de l'Alleman weise. Germanis superioribus vocabulum est weise, quod morem, seu ritum, ac modum, significat. Inferiores sua dialecto dicunt wise. Iisdem id literis scribiunt Angli: pronuntant verò, ut superiores Germani, weise. Id Italis & Hispanis nunc est guisa; Gallis guise. Covarruvias a écrit, que guisa étoit un ancien mot Espagnol; en quoi il s'est trompé. Caninius s'est aussi trompé, dérivant l'Italien guisa du Syriaque ghisa, qui signifie latus, le côté. C'est dans ses Dialectes. L'Italien & l'Espagnol guisa, & le François guise, pourroient bien avoir été formés du Latin visa. M.
GUISE. Façon d'agir. Ce mot, de même que l'Italien & l'Espagnol guisa, ne vient point du Latin visa, & encore moins du Syriaque ghisa; mais de la Langue Teutonique. Ainsi l'étymologie que donne Cluver, est la seule véritable. Wachter la confirme dans son Glossarium Germanicum, page 1853. où il parle ainsi: Weise, modus, quavis agenda vel exijendi ratio. Anglo-Saxonibus, Francis, & Anglis, wise; Belgis wyze; Gallis guise; Italis & Hispanis guisa. Somnerus in Dictionario Anglo-Saxonica wise modus, mos, ratio, forma: on ura wisen, negro more: on twa wisan, bifariam. Gloss. Per. modis uufunt. Gloss. Keron. aliter andarquis. Oritur, non a weisen instruere, quam voci originem affignat Skinnerus; & multi minus ab iura fors, quod voluit Helvigius: sed a weisen esse vel fieri, quia modus est forma qua suam cuique rei determinatam existentiam tribuit. Hinc etiam ad ritus & mores, hoc est ad eo qua fieri solent extenditur. Ferrarius vocem Italicam perperam derivat à vice, Menagius Gallicam à visa. Utramque origine Germanicam esse, ex dictis manifestum est. *
GUISE. Duché. De Guisa. Voyez la Notice des Gaules de M. de Valois. M.
GUISES. Pièces de fer fondu. De gueve c'est-à-dire, fusiones. C'est l'étymologie que donne de ce mot M. de Saumais. Voici ses termes, qui sont de ses Remarques sur Solin, page 759. de l'édition de Hollande: FUNTAM vocamus, pro FUNDA: a fundendo. Sed & mafas, quales ex fornace fluxere, liquari ferri, vulgo vocant GUSAS; quasi FUSAS, vel gueve. M.
GUITARRE, ou GUITERRE. Instrument de Musique. De l'Espagnol guisarra, fait de l'Arabe kithar, ou kithara: qui se trouvent dans les versions Arabes de l'Écriture, Geniste, xv. 21. Apocalypse, v. 8. & xv. 2. Dans le texte original de Daniel, chapitre 3. verset 5. il y a kitheros. Tous ces mots Arabes viennent du Grec or Suja: d'où vient aussi l'Italien tetra. Le Grec or Suja a été fait de 4240, mot Dorien: lequel, selon le témoignage d'Érotien, signifioit le thorax de l'homme. Le corps de la guitare ressemble au thorax de l'homme. De cithara, on a fait le diminutif citharina, dont nous avons fait guiterne, qui se trouve dans Rabelais, 4. 31. & dans Ronfard, selon le témoignage de Nicot. GUITERNE, ou GUITERRE: car ainsi l'appelle Ronfard, dit Nicot. ¶ Citharina, citharna, GUITERNE. M.
GUITONNAGE. Dans la Recette de la Prévôté d'Angers, imprimée à la fin de la Coutume d'Anjou: Le Guistonnage, que doivent les Maîtres Varlets desdits Tanneurs, &c. Ne viendroit-il point de guastonagium? Voyez guise. M.
GUITRES. Nom d'une faction qui s'éleva en Guienne, à cause de la Gabelle, sous Henri II. en 1548. Les Officiers qui recueilloient ce droit établi par François I. exercerent des vexations si grandes, que quelques paysans d'Angoumois ayant 726 G U I. G U R. donné la chaffe aux Gableurs de Coignac, s'en-hardirent de faire fumer le rochin; au fon duquel fept ou huit Paroiffes s'aifemblerent, & choifirent pour Capitaine un Bourgeois de Blanzac, nommé Galafre. Auffi tôt les Troupes s'étant groffies, un Gentilhomme, nommé Puy-Moreau, s'en rendit Chef en partie; & au mandement de ces deux Colquels, l'Angoumois, la Saintonge, le Maren-dois, puis le pays d'entre deux mers, & le Me-doc, fe fouleverent avec une effroyable furie, & forcerent les villes de fuivre leurs mouvemens. A l'exemple des peuples de deça la Garonne, ceux du Bourdelois fe fouleverent auffi, & prirent pour Chef un certain Tallemagne. On donna le nom de Guifres à toutes ces Troupes mutines, parce qu'elles firent une affemblée au bourg de Guifres. Mezeray, *Hifl. de France*, tome 2. pag. 608. & 609.
GUIVRE. Terme d'armoiries; qui fignifie ferpent, ou couleuvre; Milan porte d'argent, a une guivre d'azur, iflant de gueules, couronnée d'or. De vipera. M.
GUIVRE. Dans la Légende dorée, imprimée à Lyon en 1476. dans la Légende de Sainte Chrifine: *Et laiffe aller à elle deux couleuvres, deux guivres, & deux afpides*. Ce qui eft pris du Latin: *Duas afpides, duas viperas, duofque colubros, ad eam dimitti fecit*. Le Duchat.
GURGISTAN. Terme de Relations. Il eft Perfan, & fignifie à la lettre pays des Georgiens. Stan, en Langue Perfiienne, veut dire pays, région; & on croit même que ce mot eft d'origine Scythique. Il entre dans la composition des noms de quelques Provinces de Perfe, comme *Farfifan, Khonifan, Segefan, Sablefan*. Les Perfans l'employent auffi dans les noms de plusieurs autres pays. Ainfi ils appellent l'Arabie *Arabifan*, c'eft G U T. G Y M. à dire, pays des Arabes; les Indes *Hindofan*, c'eft-a-dire, pays des Indiens; l'Europe *Frankifan*, c'eft-a-dire, pays des Francs, &c. Voyez ce que nous avons dit plus au long fur ce mot *fan*, d'après Wachter, au mot *Aquitaine*.
GUTTETTE. Poudre de guttette: en Latin, *pulvis ad guttetam*. Nom d'une poudre célebre en Médecine, & qui eft bonne contre les convulfions. Elle a été ainfi appellée du mot Languedocien *guttette*, qui fignifie épilepfe, & qui a été fait du Latin-barbare *gutta*, dont on s'eft fervi autrefois pour désigner plusieurs maladies, comme l'apoplexie, l'épilepfe, & ce que nous appellons la goutte; parce qu'on fuppofoit que ces maladies étoient caufees par une humeur qui tomboit goutte à goutte. Voyez ci-devant goutte. La raifon pourquoi la poudre de guttette a été ainfi appellée d'un mot Languedocien, c'eft que Riviere, Médecin de Montpellier, fut le premier qui la prefcrivit; & il lui donna un nom tiré de la Langue vulgaire du pays, dans laquelle *guttette* fignifie, comme nous avons dit, épilepfe.
GYMNASE. *Gymnafum*. Ce mot fe dit des lieux où les anciens s'exerçoient. Il vient du Grec *gymnafum*, fait de *gymnafum nudus*, parce que, pour s'exercer plus librement, on quittoit fes habits, & qu'on fe mettoit nud, ou prefque nud. De là on appella *gymnaftique*, *gymnafum*, l'art d'exercer le corps. Les *Gymnafophifes*, Philofophes Indiens, furent ainfi nommés, parce que la grande chaleur du pays les faifoit aller nuds, ou prefque nuds; comme on nomma Péripatéticiens les Philofophes Grecs qui traltoient de la Philofophie en fe promenant. PAR M. MÉNAGE, Avec les Origines Françoises de M. DE CASENEUVE, les Additions du R.P. JACOB, & de M. SIMON DE VALHEBERT, le Discours du R.P. BESNIER sur la Science des Etymologies, & le Vocabulaire Hagiologique de M. l'Abbé CHASTELAIN. Dans laquelle, outre les Origines & les Additions ci-dessus, qu'on a insérées à leur place, on trouvera encore les Etymologies de Messieurs HUET, LE DUCHAT, DE VERGY, & plusieurs autres. *Le tout mis en ordre, corrigé, & augmenté, par A. F. JAULT, Docteur en Médecine, & Professeur en Langue Syriaque au Collège Royal.* Auquel on a ajouté le Dictionnaire des Termes du vieux François, ou Trésor des Recherches & Antiquités Gauloises & Françoises de BOREL, augmenté des roots qui y étoient oubliés, extraits des Dictionnaires de MONET & NICOT, & des Auteurs anciens de la Langue Françoise. A PARIS, Chez BRIASSON, rue Saint Jacques, à la Science & à l'Ange Gardien.
ABILLER. Rabelais, liv. 1. chap. 5. Je laveroys volontiers les tripes de ce veau que j'ay habillé ce matin. Le Dictionnaire François & Italien d'Antoine Oudin : Habiller une volaille, ou un poiffon, curare. Et le même, dans son Dictionnaire Italien & François, au mot curare : Habiller un poiffon, ou une volaille. Et le Dictionnaire de l'Académie Françoise : HABILLER. Ecorcher, & accommoder de certains animaux bons à manger : Habiller un veau, habiller un mouton, habiller un lapin. Ainsi habiller, dans cette signification, c'est rendre un animal mangeable, habile à être mangé, dès qu'il sera affaifonné & cuit. Le Duchat.
HABIT. D'habitus : qui a été dit pour vêtement par les Latins, comme gœux par les Grecs. Et habitus a été formé d'habes, comme gœux, d'étois. Du substantif habit, on a fait le verbe habiller. M.
HABLER, c'est-à-dire, parler beaucoup ; & HABLER, grand parleur. Ce qui me fait croire que nous avons emprunté ces mots de l'Espagnol hablar, habladar, & habla, qui signifient parler, parleur, & parole ; c'est que je n'en ai su encore trouver aucune marque dans les anciens Auteurs François. Quoi qu'il en soit, nous les avons formé de fabula, que les Auteurs de la der- Tome II. niere Latinité ont pris pour parole. Dans la Loi des Lombards, liv. 1. tit. 9. §. 9. où il est parlé d'un marché fait pour la réparation d'une maison ; Post fabulam firmatam, signifie après avoir donné parole. La même chose se trouve au tit. 30. §. 3. & au liv. 3. tit. 1. §. 1. Il est pourtant vrai que confabulari signifie en bon Latin parler & l'entretenir de discours. Et même dans Aule Gelle, liv. 19. chap. 13. fabulari est absolument pris pour parler & discourir. Stabant forté in vestibulo Palatii fabulammes, Fronto Cornelius, & Festus posthumius. Joannes Sarisberlensis, dans une épître à Radulphus de Bello monte, a dit fabulare dans le même sens : Credideram profecto te philosophantis habere verba, non animum : sed nunc reculo te aliquatenus esse magni discipulum Aristippi, qui omni conditione temporis aquanimiter utebarur, & in ipsis philosophabatur magis, jucundus omnibus, nulli gravis : qui aliquando interrogatus, quid ei Philosophia contulerit, dicitur respondisse, ut cum omnibus hominibus intrepide fabularet. Caieneuve.
HABLER, HABLER. Aspiré. De l'Espagnol hablar & habladar, fait du Latin fabulari, & fabular. Ce mot a été introduit en France sous François I. à l'occasion d'une Ambassade Espagnole en France, dans laquelle les Espagnols qui parloient leur Langue, en demandant ce qui leur faisoit besoin, disoient toujours habla, habla. M.
HACHE. Hadrianus Junius in Batavia, dit que c'est un mot Gothique. Ache, quod Gothica Lingua Hyemem aut securum veras. Isaac Pontanus, dans son Glossarium Prisco-Gallicum, assure que ce mot, & le Flaman haecken, qui signifie même chose, viennent du Grec ἄγγε, qui est, dit il, genus hasta Francica, & qui se trouve clairement décrite dans Agathias. Mais j'aime mieux le dériver d'ascia, qui signifie la hache d'armes dont nos François se servoient à la guerre. Guillaume le Breton, livre 1. de sa Philippide : Ascia dum dextris, bifacuta securis, & enfis, Fulgurat. Caïeneuve.
HACHE. Aspiré. Du Latin ascia. Guillaume le Breton, livre 1. de sa Philippide : Ascia dum dextris, bifacuta securis, & enfis, Fulgurat. Ou d'acies. La Chronique de Senone, chap. 119. Argentinenses sibi acies secerant fabricari, quas Franci HACHES, de nomine, appellant. Ou de l'Alleman haecken, qu'Isaac Pontanus, dans son Glossaire Celtique, dérive d'ἄγγε : forte d'armes parmi les François. Eutathius : ἄγγε, ἀνέφημα, ἀναγενεῖ. Ou de hape, vieux mot François, qui se trouve en cette signification dans la Coutume de Lille. D'où le mot apiette, pour petite hache : & celui de Hapiola, surnom donné à Baudouin, Comte de Flandres, fils de Robert II. & qui est interprété securis. Voyez M. du Cange, au mot hapiola. M.
HACHE. De toutes ces étymologies de hache, je préférerais celle qui dérive ce mot du verbe Alleman hacken, fendre ou couper avec la hache. *
HAGARD. Aspiré. De vagardus. Vagus, vagardus, HAGARD : comme HEDARD, de veredardus. Voyez hedard. Hagard se dit proprement d'un faucon qui n'a pas été pris au nid ; &, pour user des termes de Nicot, qui n'est de l'année, ainsi a plus d'une mue, & a longuement est à luy ; qui a esté prins de repaitre, ou au passage : & est le contraire de sor. Figurément, ce mot signifie farouche, fier. Ainsi on dit, des yeux entre doux & hagards. M.
HAGARD. De l'Alleman hag, qui signifie une clôture, une forteresse, un lieu fortifié. De là est venu le nom de la Hague, petit canton du Cotentin, fort couvert de hayes ; & ensuite le nom de hagard, pour signifier un homme de la Hague, ou un homme que la forteresse dans laquelle il se trouve rend fier & hardi. Huet.
HAGARD. Je ne puis goûter l'étymologie de M. Ménage, & encore moins celle de M. Huet, ne voyant pas quel rapport il y a pour le sens entre hagard & hag ; ce qui seroit néanmoins nécessaire pour fonder une bonne étymologie. Ainsi je dérive hagard de hage, mot Celtique, ou ancien Gaulois, qui s'est conservé dans la Langue Cambrique, ou du pays de Galle, & qui signifie disforme, hideux. Voyez Glossar. Celt. Specimen. Hager, en Alleman, signifie maigre, décharné. *
HAGIOGRAPHES. Terme de Théologie. C'est le nom que nous donnons à cette partie des Livres de l'Écriture que les Juifs appellent ἐκείναι ἐκείναι, & par lequel nous exprimons ce mot Ebreu. Les Juifs divisent les Livres sacrés en trois classes : la Loi m'en thorah, qui comprend les cinq Livres de Moïse : les Prophètes, ἐκείναι nebium, qui comprennent Josué, les Juges, les quatre Livres des Rois, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, & les douze petits Prophètes : les Hagiographes, ἐκείναι ἐκείναι, c'est-à-dire Écrits, qui sont les Pseaumes, les Proyerbes, Job, le Cantique des Cantiques, Ruth, les Lamentations de Jérémie, l'Écclésiste, Esther, Daniel, Édras, & les Chroniques, que nous appelons Paralipomènes. Les Juifs appellent ces Livres Écrits, par excellence, parce qu'ils ont été écrits, disent-ils, par une simple inspiration & direction du Saint-Esprit ; à la différence des Livres des Prophètes, qui l'ont été par la voie qu'ils nomment prophétie, & qui consiste en songes, visions, paroles entendues, extases, ou ravissemens. Ce n'est pas ici le lieu de montrer le peu de justesse de cette division des Livres sacrés. Il suffit de remarquer que le mot Hagiographes est Grec, & qu'il vient d'ἄγγε saint, & de γράφει γέφει. Les Hagiographes sont des écrits saints. Ce nom est fort ancien. Saint Jérôme s'en est souvent servi. Avant lui, Saint Épiphane appelait ces Livres simplement γράφει, qui répond plus précisément à l'Ebreu ἐκείναι, & n'y ajoute rien. Cependant ἄγγε n'a point été mal ajouté ; & il est renfermé dans l'idée du mot Ebreu, comme il paroît par ce que nous avons dit. *
HAGUIGNETES. Terme de Normandie. Donner les Haguignètes. Voici, dit M. de Brieux, ce que le savant M. de Grante-mesnil m'en récrivit. » A Rouen ils disoient en ma jeunesse, » non pas Haguignètes, mais Haguignètes, & peut- » être a-t-on dit Haguignètes, pour éviter l'équi- » voque de la signification obscène que les Picards » donnent au mot de hoguigner. Ce mot de Ho- » guignètes venoit de hoc in anno : car c'est un » présent que l'on demande au dernier jour de » l'année : donnez-moi quelque chose hoc in an- » no, encore une fois cette année. Et j'ai oui » chanter aux portes des voisins par les filles du » quartier une chanson pour de tels prêens, qui » avoit pour refrain Hoquinano. » Si vous veniez à la dépense, » A la dépense de chez nous, » Vous mangeriez de bons choux, » On vous servirait du rois, » Hoquinano. » Mais ce mot-là étant Latin, & non entendu par » le peuple, a été diversement prononcé. Vers » Bayeux & les Vez, ils disent : Donnez-moi mes » Hoguignanés. » Etant Avocat au Parlement de Rouen, j'ai ou dire cet autre couplet : Donnez-moi mes Haguignètes Dans un panier que voici. Je l'achetai samedi D'un bon homme de dehors : Mais il est encore à payer. Haguinelo. Au reste, il ne faut pas confondre les hoguignètes avec les étrennes qu'ils appellent à Rouen les éri- vieres : celles-là se donnent le dernier, & celles-ci l'a premier jour de l'an. Il y a cependant grande apparence que cet Haguinelo a été corrompu de ce qu'on dit ailleurs Aguilanleu, pour, au guy l'an neuf, ad vifcum anno novo. Paul Mérule, en sa Cosnographie : Sunt qui illud, au guy l'an neuf, quod haltemus quotannis pridit Kalendas Jannarias, vulgo cantari solet in Gallia, a Druidis manasse censeant, ex hoc fortè Ovidii : Ad vifcum Druidæ, Druidæ cantare solebant. Solitos enim aiunt Druidas per fuos adulescentes vifcum fuum cunfcis mittere, enque quasi munere foum, faustum, felicem & fortunatum omnibus annum precari. Ils contoient des merveilles de la vertu de ce guy de chêne, & le cueilloient avec grande cérémonie, ainsi que Pline le rapporte, & que notre Gosselin l'a remarqué en son Histoire des vieux Gaulois, où le bon homme a témoigné son peu de Littérature, quand il a dit que le nom de Saronida, que Diofore donne aux Druides, est vocabulum nihil : car faron signifie un chêne; comme on recueille de ces mots de Pline, liv. 4. chap. 5. Sinus Saronicus olim queruo nemore redimitus, unde nomen; ita Gracia antiqua appellante quercum. C'est ce que j'ai appris de M. Bochart, en sa Dissertation qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser sur le Livre de Gosselin. De Brieux, dans ses Origines de quelques Coutumes anciennes, pag. 3. 4. 5. Voyez & defus Aguilanleu.
HAIDROIS. On appelle ainsi les Liégeois. Une Lettre des Chanoines de Liège au Pape Jean XXIII. produite par Harfœmius : LEGIA (Liège), dudum à lege, in sui primordio, nuncupata : nunc autem, ut rebus vocabulum confonet, in Legis odium nomine commutato. ¶ On lit dans Nicot : BAIDROICT, qu'aucuns mal écrivent & prononcent hédret : eſor recii. M.
HAIE. C'est maintenant le nom d'une clôture de vignes, de jardin, ou verger, faite de noces & d'épines. Mais anciennement ce mot signifiou l'enceinte d'une forteresse, & même un lieu fortifié. Les Capitulaires de Charles le Chauve, titre 31. Quiconque illis temporibus castella & firmitates & haies, ſina noſtra verbo fecerit. Kalendis Anguſti omnes talas firmitates diſſacitas habeas. Beatus Rhenanus, Rerum Germanicarum, lib. 1. les appelle haga. Nos François ont auſſi appellé haies, les retranchemens faits de buſſons & d'épines. Enguerrand de Monſtrelex, vol. 1. chap. 147. parlant du Roi d'Angleterre : Feiſt fermer ſon oſt de hayes & de ſoſſis. Et au vol. 2. parlant d'une rencontre des Armées du Roi Charles VII. & du Duc de Bethforth : Et prius le Duc de Bethforth ſa place en aſſez fort lieu; & adouſſerent aucuns lieux par derriere, & de coſſe, de fortes hayes d'ſepines. Froiſſart, vol. 1. chap. 160. parlant des Archers Anglois à la bataille de Poitiers : Ont pris le long du chemin, fortifié durement de hayes & de buſſons, & ont veſtu celle haye d'une part de leurs Archers. Et au chapitre ſuivant il appelle hayer, ſe fortifier de hayes : Ce Dimanche feiſrent ſoſſoyer & hayer leurs Archers autour d'eux, pour eſtre plus forts. Il n'eſt pas mal-aſſe de juger de là, que les Anglois avoient anciennement accoutumé de ſe retranchet & de ſe fortifier de haies. Caſeneuve.
HAIE. Voyez haye. M.
HAILLON. Vieille harde. Il ſemble que comme de ſouiller, bailler, on a fait ſouillon, & baillon; de même d'habiller ait été formé baillon, par ſyncope, pour habillon. Le Duchat.
HAIM. D'hamus. Voyez hameçon. M.
HAINE. HAINEUX. Aſpiré. Les Allemans diſent haſe, pour dire haine. Dans les Gloſes d'Iſodore, hemoſus eſt interprété odium : ſur lequel mot, Bonaventura Vulcanius a fait cette Note : Fortè, heinoſus, odioſus. Vide, an inde Gallicum HAINEUX. Haine & haineux, viennent de haer. Et haer, vient d'odire. M.
HAIR. Aſpiré. D'odire. Voyez haine. M.
HAIRE. Ce mot eſt de l'ancienne Langue Tioſe. L'ancien Gloſaire que Lipſe a inſéré dans la troiſième Centurie de ſes Lettres ad Belgas : Herz, cilicio; heren, cilicium; où Lipſe remarque que ce mot a été formé, comme qui diroit haera, à pilis. Car en Langue Flamande haye & haer, & en Alleman (eare, ſignifient poil : qui eſt la matiere dont eſt tillue la haire. Caſeneuve.
HAIRE. Lat. cilicium. Aſpiré. Peut-être de biberriga, qui ſe trouve à peu près en cette ſignification dans Sévère Sulpice, livre 3. de la Vie de Saint Martin, Dialogue 1. A proximis tabernis biberrigam veſtem, brevem atque hiſpidam, quinque comparatam argenteis, rapit, atque ad Martini pedes irarus apponit. C'eſt le ſentiment d'Laſac Pontanus. Vocem ergo ſi examinemus; il parle de ce mot biberriga; noſtram, Germanorumque etiamnum eſſe, nemo negaverit. Nam harich, ſive beharich, hiſpidum, piloſumque ſignificat. Et adde, hodieque adduc Gallis diſertio refervari haire pro cilicio. Voyez-le dans ſon Gloſaire Celtique, au mot biberriga. Hair, en Alleman, ſignifie poil : & haertuch, pannus ex pilo. C'eſt ce qui a été remarqué par Lipſe, ſur ces mots de ſon ancien Gloſaire, HERA, cilicio; HEREW, cilicium. M.
HAIRE. Il n'y avoit pas à héſter ſur l'étymologie de haire, puſique ce mot vient ſans contredit de la Langue Teutonique. En Alleman haer, en Flaman & en Anglois haire, ſignifie poil. Les Francs diſoient har; les Anglo-Saxons har & heare. Le François haire ſignifiou anciennement poil; & l'on n'a depuis appellé haire un cilice, que parce qu'il eſt fait de poils.
HAIT. Comme quand on dit, de bon haie. Voyez haier, & ſouhaie. M.
HAITER. Quelques-uns le déſtivent de l'ancien Alleman beitinga, expliqué par vota, dans le vieux Gloſaire de Lipſe. Il vient d'optere : comme ſouhaier, de ſuboptere. Voyez ſouhaie. ¶ Optere, ottere, HAITER : O en A : comme en HAIR, d'odire. HAIT, verbal de haier, a été fait d'optere, inuſité. M.
HAITRE. Arbre : appellé autrement ſouaeau. De ſagus : d'où les Allemans ont auſſi fait hoſter. Fagus, ſaga (d'où FAIE, & FAIITTE), ſagauſter, haguſter, HAITRE. Les Eſpagnols ont dit de même haya, de ſagus. Fagus, ſagi, ſagini, ſagia, HAYA. Touchant le changement de l'F en H, voyez mon Diſcour du changement des Lettres. Haire, peut auſſi avoir été fait d'oſtria, nom Latin de la même ſignification. Belon, liv. 1. de ſes Singularités, chap. 42. L'arbre que les Anciens ont nommé oſtria, y retient encore ſon nom antique. C'eſt celui que nous nommons haïſtes qui eſt moult fréquent par tout le monde. Je m'eſmerveille que quelques hommes de noſtre haïen, doctes, & A ij cogniffants les choses, sans tomber en cette erreur de penser que le cernus des Latins fait celuy que notre vulgaire appelle haïstre : vœu mesmement que le haïstre ne porte point de gland, & que oftria est si bien descris en Théophrasie. La première étymologie me paroît plus naturelle. ¶ Il est aspiré. M.
HALBRAN. Oiseau aquatique : forte de canard ; canard sauvage. Les Grecs ont appellé ρριγδ & un oiseau que quelques-uns croyent être le merle. Hésychius : ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & ρριγδ & 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999], "label": "[{"}] moultis. ¶ J'ai peine à croire que ce mot François vienne de ce mot Grec. Bourdelot le dérive de l'Alleman balcgereth ; qui est, dit-il, comme qui diroit robbe du cel. Et Bourgoin, d'alaguer : quod andacem, alacremque, animo confirmato ex confidentia reddit : Qui sont deux étymologies qui ne sont pas recevables. M. HALER un bateau. C'est le tirer avec une corde. D'agolare, diminutif d'agere. Voyez boulette, Jean Brodeau (en Latin Brodau), au livre IV. de ses Mélanges, chapitre XI. dit que du mot Latin belciarii, nous avons appellé halyers ceux qui tirent à la halée. Helcyon, pro fune, usurperant nonnull : licet cum proprie significes quo belcyarii adverti fluminibus, aut vento contrario, naves trahum. Martialis libro 1. Nec clamor valet helcyariorum. Nos, vocis antiqua obsoleta quadam vestigia adhuc retinemus, halieros appellantes. Je perlevére dans mon opinion. ¶ On appelle en Normandie halel-bard l'espace qu'on doit laisser, pour la halée, entre les rivieres & les terres vollines des rivieres. ¶ haler est aspiré. M. HALER : pour tirer, faire remonter ; comme quand on dit, haler un bateau. Les Ebreux ont le verbe עִתִּי alab, monter, qui dans la cinquième conjugation, appellée biphil, fait עִתִּי heelab, qui veut dire faire monter, élever, emmener, tirer, transporter, conduire, &c. Je ne vois rien de plus naturel que de dériver notre verbe haler de ce verbe Ebreu עִתִּי heelab. C'est aussi le sentiment de Nicot & de Postel. J'aime mieux avoir recours à une langue étrangère, que de faire venir hâler, d'un diminutif imaginaire d'agere, lequel verbe agere n'a presqu'aucune convenance de lettres & de son avec celui que M. Ménage en dérive. HALETER : aspiré. D'ambelitare, diminutif d'ambelare. M.
HALIER, aspiré. Lat. dumetum. C'est un diminutif de haga, qui signifie une haye. Voyez haye. Haga, hagula, hagoiarium, HALIER. ¶ M. de Cafeneuve, au mot halle, le dérive de hallus. ¶ HALIER : pour celui qui tire à la halée. Voyez haler. M.
HALIER. De hasla, qui dans les anciennes Gloses est expliqué ramus aridus. Huet. »
HALL. Nom de plusieurs villes d'Allemagne. Elles ont été appelées de la fuste à cause de leurs salines : car le terme Alleman hall, qui signifie un lieu couvert, une maison, un portique, & duquel est dérivé notre mot hall, veut dire aussi une saline ; & ce terme Alleman, dans cette signification, vient apparemment du Grec à la sal, d'où le Latin sal, duquel notre mot sel. Les Teutons ont exprimé l'aspiration du Grec à la sal, que les Latins ont changée en s. Ce qui prouve la vérité de cette étymologie, c'est que les villes qui portent le nom de Hall, comme Hall dans le Duché de Magdebourg, sur la rivière de Scaïe ; Hall dans le Tirol ; Hall, ville Impériale dans la Suabe ; Hall en Bavière, dans l'Atchevêché de Salzbourg ; ont toutes des Salines. »
HALLEBARDE. Je ne fais si parce qu'on la porte sur le cou elle n'auroit point été ainsi appelé de hals, qui en Alleman signifie le cou : le Glossaire de Kéron : Cellum, hasla : & de barre, qui en la même Langue signifie une hache. Le Dictionnaire de Daïypodius : Barre, bipennis : d'où les derniers Grecs ont tiré la basel, qui signifie aussi une hache, dans Cedrenus. Meurfius, dans son Glossaire Grec-barbare : Baphius, hastile, securicula levis. En effet, il y a au bout de la hallebarde une petite hache, outre la pointe de fer. Le Dictionnaire de Daïypodius : Hellenperse, bipennis : d'où l'on peut aussi dériver hallebarde. Mais parce que les Suisses de la Garde du Roi ne portent que des hallebardes, & que peut-être ce sont eux qui en ont les premiers apporté l'usage en France, quelqu'un pourroit aussi dire qu'elles ont été ainsi appelées, comme qui diroit haches des Gardes ; d'autant qu'en ancien Tiois haitan signifie garder. Le Glossaire de Kéron : Cuffodire, haitan. Cafeneuve...
HALLEBARDE. Aspiré. Sorte d'armes. Caninius, dans ses Canons des Dialectes, à la lettre E, dérive l'Italien alebarda, de l'Arabe albarda. L'Italien & le François viennent de l'Alleman hallebard. Wolfgang, en son Abrégé sur les Mémoires Charles de Bouvelles (a), au mot hallebarde : Hasla genus, ad pili Romani longitudinem ita fallum, ut non punctum solum ex adverso ferire, sed etiam casum, librato ittu alte in caput, vel punctum acuminæ, vel latum vulnus securicula, quam habet ex altero latere, possit inferre. Gellare solent Helvetii, Regis Gallia satellites. Item milites Germani, possit primam acinæ stare sueti, & qui praftanti corpore vexillum stipunt. Appellant helebart, integro nomine in Gallos translato. Cliverius dans son ancienne Germanie, livre 1. chapitre 44. Verum multo pejus illi qui angonem esse voluerunt idem trium quod vulgo nunc appellatur hallebard. Quod vocabulum, nihil aliud significat, quam fecit prim Palatinam, quia Regum nunc Principumque Satellites, & corporum Cuffodes, armantur. Halle quippe est atrium Palatii, vereri Germanorum, sive Celiarum, vocabulum, Anglis etiam nunc ufitaro; & bard, focuris. ¶ Le Président Fauchet, livre 1. de la Milice & Armes, parle aussi des hallebardes, comme d'armes venues d'Allemagne, ou de Suisse. Pour le regard des hallebardes, elles sont plus récentes comme je croy, & venues d'Allemagne, ou de Suisse. Pour ce que je trouve en un Journal d'un Curé de St. Michel d'Angers, qu'environ l'an M. CCCC. LXXV. le Roy (J'entens Louis XI.) fit faire à Angers, & autres bonnes Villes, de nouveaux ferrements, qui furent portés. A Orléans : comme aussi d'Italie, & par des gens de mer, des perturbantes, rancons, & langues de bœuf, furent inventées. En Alleman, on prononce hellebard, & non pas hallebard : ce qui a fait croire à quelques-uns, que ce mot étoit composé de celui de hel, qui signifie laifant, & de celui de kard, qui signifie une hache ; comme qui diroit hache laifante. Voëssus de Vitis Sermonis, pag. 174. LONGBARDI : a longis bardis, sive bartis; hoc est, bipennibus, quas gesterent. Unde remansis hellebaert : puta, ex hel, clarus, splendens, flamen; & baerd, bipennis. Cédrenus, pag. 564. de la nouvelle édition, appelle une certaine arme, Baphius : qu'il dit être une arme royale. v. Baphius Baphius, hastile regium. Voyez les Glossaires Grecs de Meurfius & de M. du Cange. Et dans le petit Glossaire de l'ancien Germanique de Lipse, ambardon est interprété par accia. Il me reste à remarquer, afin de ne rien omettre de tout ce qui se peut dire touchant l'étymologie du mot hallebarde, que M. Naudé, à la page (a) Il falloit dire : Wolfgang. Hungerus, Elenchus in Tabulas Bovillianas. 641. de son livre de la Milice, dérive ce mot du Lydien 2020, qui signifie *securis*. *Unde*, dit-il, *Juppiter Labraaens*: qui est une étymologie qui n'a aucune apparence de vérité. *M.*
HALLEBARDE. De ces différentes étymologies du mot *hallebarde*, je préfère celle de Voëssus qui le dérive de *hel*, c'est à dire *luisant*, & de *bara* ou *bart* qui signifie une *hache*. Ce qui me fait rejeter l'étymologie de Cluvier, c'est que la *hallebarde* étoit déjà ainsi nommée avant qu'on s'en servit dans les Palais des Princes.
HALLEBARDIERS. C'est ainsi qu'on appelle autrefois à Toulouse ceux qui faisaient les Leçons de Droit dans les Ecoles de Droit, sans être Professeurs. Voyez mon Anti-Baillet épage... de la 2. partie. *M.*
HALLEBIC. Dans un Registre du Parlement, qu'on nomme le Registre des anciennes Ordonnances, dont M. Rousseau, Auditeur des Comptes, m'a communiqué un extrait & qui commence par ces paroles : *In hoc libro sunt Ordinations qua sequuntur*, j'ai trouvé ce qui suit : *Lettres Patentes du Roy Charles, datées de Mars 1325, par lesquelles appent que ledit Seigneur a aboli une fausse Coutume étant en la ville de Paris, appellée Hallebic, mise sur le poisson, pour laquelle le Marchand est allier . . . . . pour chacun panier, pris le prix, fait rabattre à la fois sept fois, à la fois dix fois, & à la fois huit fois, selon leur volonté, de qui partira pour le gain. Et à ce que le Marchand est étranger n'ait occasion de vendre mauvaise demée & mauvais poisson, est ordonné que le poisson viendra, sans entrer en l'hôtel, droit à la place accoutumée à vendre le poisson : & la ; s'il plait à l'acheteur, sera veu ledit poisson dessus, dessous, & au milieu, & ne se partira par les Marchands de la place, jusqu'à ce que chacun en puisse avoir pris ce que meflier lui sera. Le même M. Rousseau m'a fait voir dans la Liaise 21. des Aveux de France lesquels font dans la Chambre des Comptes de Paris, cet aveu de Philipps de Moulins, Evêque de Noyon : *Du Roy notre Sire, Nous Philippe de Moulins, Evêque, Conseiller dudit Seigneur, adouons tenir nuement en soy & hommage lige un Fief assis et Halles de Paris, appelle le Hellebic, que naguères fouloit tenir Messire Jacques des Efsarts, dit Flacart, Chevalier : à cause duquel Fief nous avons droit de prendre sur chacun panier de poisson frais, ou sale, venant & descendant à Paris, une maille Parisis, & sur chacun milieu de harem, venant & descendant à charoy en icelle ville, un dernier Parisis, réserve aux poisons qui ont accoutumé d'être francs, & qui n'en payent rien. Et se plus y a, en adouons à tenir. En teemoing de ce nous avons mis notre seci à ces présentes, le 23. jour de Juin 1319. Il faut remarquer que dans cet Aveu il y a Hellebic, & dans le Registre du Parlement ci-dessus allégué, Hallebic. M.*
HALLES. Ce sont des places & lieux publics couverts, pour y vendre les demées à l'abri. Petrus Rigordus, en la Vie du Roi Philippe Auguste : *Duas magnas domos, quas vulgus halas vocat, adificari fecit ; in quibus tempore pluviali omnes mercatores merces suas mundissimie venderent. On appelloit auffi halles, aux farges des villes, les petits couverts sous lesquels on debitoit les Marchandises. Froissart vol. 1. chap. 102. Et avoient en leur ost de toutes choses nécessaires à plantes ; halles de draps, relieries, & merceries. Ce n'est pas sans raison qu'on a cru que ce mot avoit été formé de* *hallus*, qui dans les Loix Barbares signifie *rameau*, ou *ramée* ; c'est-à-dire, *quantité de rameaux entassés*. La Loi Salique tit. 48. §. 1. parlant de celui qui a tué un homme : *Si autem de ramis, vel de hallis, aut de qualibet re, eum cooperuerit aut incenderis*. Auquel lieu, parcequ'il est fait différence entre *ramus* & *hallus*, je crois que *halli* étoient des buissons qu'on appelle encore *halliers*. Mais soit que *hallus* signifiât un *rameau* ou un *buissou*, il est croisiable que dans les Foires qu'on tient à la campagne, on avoit accoutumé de dresser de petites loges couvertes de branches d'arbres, ou de buissons, pour y vendre les marchandises à l'ombre & à couvert. Et c'est ce que les Romains appellent *umbras*. Fessus : *Umbra vocabantur Neptunabbus casa frondea pro tabernaculis*. Et que de là toute sorte de lieux couverts où l'on vend les marchandises ont pris le nom de *Halles*. Et il ne faut pas s'étonner de ce que les Marchands se couvroient ainsi de branches & de rameaux, puisqu'autrefois les Rois mêmes en ont fait à la guerre leurs tentes & leurs pavillons. Grégoire de Tours liv. 5. chap. 19. *Stabat Rex juxta tabernaculum ex ramis fallum*. Car pour les Gens de guerre, ils en font ordinairement leurs huttes. L'Histoire du Connétable du Guésein chap. 49. *Adonc Gendarmes & Pretailles feferent loges de ronces & de buissons*. Dans la Loi des Ripuariens tit. 64. §. 5. *hassa* signifie *rameau*. *In circula*, & *in hassa*, *hoc est ramis*. Où je ne sais s'il faut croire que *hassa* signifie proprement ce que nous appelons *halle* : car en ce lieu, il est question de prêter publiquement un serment, *in circula*, c'est-à-dire en s'assemblée du peuple. Car dans Tacite, & ailleurs, circuli signifie les compagnies du peuple assemblée en rond pour s'entretenir des nouvelles du tems : & *in hassa* pourroit bien signifier sous la *halle*, ou *place publique*. Goropius liv. 6. de ses Origines d'Anvers nous veut persuader une autre origine de *halle*. Hal, *quo id significatur quod conservat. Hine adnuerpia hal, domus quavis vocatur in qua merces plurimorum conservantur*. Caseneuve.
HALLES. Aspiré. Lat. *forum rerum venalium, tellum*. Il y a divertité d'opinions touchant l'origine de ce mot. M. Huet le dérivoit du Latin aula ; ou de l'Alleman *halle*, qui signifie *atrium Palatii* : voyez ci-dessus au mot *hallebarde* : *quia in Palatiorum atriis, pergula & attegia vulgo visuntur*. Ce sont ses termes. Nicot en donne plus d'une étymologie. Voici sa remarque : *Il vient de àlia, qui signifie congrégation, assemblée. Hérodore. Ou de àlieu, qui signifie assembler, faire congrégation ; parce que c'est le lieu, auquel pour l'exercice du commerce, on s'assemble de toutes parts, mêmes et jours ordinaires de marché, & aussi pour conférer & communiquer : comme on voit être usité et villes du pays Suisse, & ailleurs. Auceux le veulent tirer en cette signification de cet autre mot Grec àlat, ou de àlieu, signifiant place vuide sur nez de chaussée, que le Languedoc dit ayro ; l'Espagnol, era ; & l'Italien, aia : le tout du Latin area*. ¶ Rigordus, en la Vie de Philippe Auguste, les appelle *halas*. *Duas magnas domos, quas vulgus Halas vocat, adificari fecit : in quibus, tempore pluviali, omnes mercatores merces suas mundissimie venderent*. Et François Pittou, sur ces mots du Titre 48. de la Loi Salique, *Si autem de ramis, vel de hallis, aut de qualibet re, eum cooperuerit, dérive ce mot *hala*, en la signification de Halles, de celui de *halla*, qui signifie des rameaux *fecit*, dont on* H A L. H A M. couvroit les Halles. Voici ses termes : DE HALLIS, tit. 69. Ripuar. Giossa : siccis ramis. Inde Hallie de Mars. Et qua a Philippo Auguste Lutetia adifica- ca, LES HALLES. Et cette étymologie est approu- véa par M. de Caïeneuve. Il est croyable, dit-il, que dans les Foires qu'on tient à la campagne, on aura accoutumé de dresser de petites loges couvertes de branches d'arbres, ou de buissons, pour y vendre tes marchandises à l'ombre : & c'est ce que les Romains appelloient umbras. Festus : UMBRA vocabantur Neptunalibus caise frondez pro tabernaculis : Et que de la toutes sortes de lieux couverts où l'on vend les marchandises, ont pris le nom de Halles. M.
HALLES. Je ne vois pas qu'on puisse douter que le mot *bailes* ne vienne de l'Alleman *ball*, qui signifie un lieu couvert, une maison, un portique, un palais, & ce que nous appellons proprement une *halle*. Ainsi il n'étoit pas nécessaire de chercher d'autre étymologie. \*
HALO. On appelle de la sorte un certain cercle qui paroît autour du Soleil ou de la Lune. Du Grec *dou*, qui signifie proprement une aire, & ensuite le cercle dont nous parlons. Quand ce météore paroît autour du Soleil, on le nomme *parbelle*, & quand c'est autour de la Lune, *parasélène*. \*
HALTE. Voyez ALTE.
HAM. Nom d'une petite ville de France, en Picardie. Il y en a une du même nom en Allemagne, dans la Haute-Saxe, & une autre en Westphalie. Ce mot qui est d'origine Teutonique, signifie une maison, un logement, une météorie, une maison de campagne, un village, un bourg, & il termine les noms de plusieurs lieux en Angleterre. Voyez ci-dessous *hameau*. M. du Cange : *Interdum ham significat virum, villam; unde apud Germanos & Anglos villa & urbes sua nominis in ham desmentia passim habens*. Et ensuite : Hamelum, *diminutivum ab ham, villula à vico majori dependens*. Si l'on veut remonter jusqu'à l'origine du mot *ham*, il vient, selon Wachter, de *hammen*, ancien verbe Teutonique, qui signifioit couper, trancher, tailler. C'est pourquoi *ham* n'a pas seulement les significations que nous avons rapportées, mais il signifie outre cela un *pré* : parce que les prés sont coupés de canaux, de rigoles & de folsés pour y conduire l'eau : un courant d'eau ; parce que les courants d'eau coupent la terre pour le faire un lit : un bois taillis : ensuite une maison, &c. parce que les maisons dans la Germanie étoient bâties de bois qu'il falloit couper. Le même Wachter croit que le verbe Teutonique *hammen*, couper, avoit été formé du Grec *cipsur*, qui signifie entr'autres choses coupure, & canal creuse pour conduire l'eau, & qui est fait du verbe *cension* couper, trancher, tailler. On voit par ce que nous avons dit, que le mot *ham* est en général d'une signification vague, & qu'il conviend à des choses fort différentes ; en sorte que dans certains noms propres il est difficile de déterminer ce qu'il signifie précisément : par exemple dans le nom de la célèbre ville de Hambourg. Écoutons la-dessus Wachter : voici ce qu'il dit à la page 648, de son *Glossarium Germanicum* : HAMM, *sylva cadua*. Non *sylva* in genere, nec *sylva* *septibus munita*, & *multio minus lucus*. Nam *lucus est nemus sacrum*, ubi *lignum cadere nefas*. Fieri tamen poterat ut *sen-* *sus à sylva cadua paulatim ad sylvam in genere perventet*. Inde sortisse est quod omnes autores à R. D. Diemanno laudata in significatu sylva convenant. Quidam ex bis *aulloribus nobilis emporis* HAMBURG *nomen inde deducunt*, quamvis etiam Burgum pratense *demorare piffis*. S. quis tamen sylva *inborendam censeat*, mainem civitatem & sylva exclam, quam sylvestrem in nomine agnosciere. Optimus divinator is *demum erit*, qui *Ainalium fide* se *tueri poterit*. Nam *extra Annales ham est vox vaga significatioris*, & *pluribus rebus communis*. Aitam & a *prioribus longe diversam nominis rari- nem exhibet conjectura Adriam Junii, qui HAMBURG* Gambriviorum burgum *interpretatur*, quod *priscus tice Germania possunt eam regimentum intes insedisset*. Voyez le même Wachter à la page précédente, & à la suivante. Quelques Auteurs croyent que le mot *ham* étoit venu aux Germains & aux Francs de l'Ebreu *ca* : *am*, qui signifie *peupie*, & que ces maisons appellent *am*, ou *peupie*, une habitation, un lieu, où quelques gens, quelques familles, établissent leur demeure ; comme nous l'appellons peuplade à l'exemple des Espagnols. On a dit aussi *Am*, comme il paroît par *Amfieat*. Voyez *Honsleur*. \*
HAMADRYADES. Voyez DRYADES. HAMAXOBITES, ou HAMAXOBIENS. Nom de certains anciens peuples de la Sarmatie Européenne. Ils n'avoient point d'autres maisons que des tentes de cuir qu'ils portoient sur des chariots, & c'est de-la qu'ils furent nommés par les Grecs *aqua* : *cau*, ou *aqua* : *cau*, c'est-à-dire, gens qui vivent sur des chariots. Ce mot est composé de *aqua* chariot, & de *pi* : vie. Je ne fais sur quel fondement on dit dans le Moreri que *ham* *ave* est un mot qui dans l'ancien usage des Asiatiques signifioit un chariot : *aqua* est Grec, & non point du langage Asiatique, & ce furent les Grecs qui appellent *Hamaxobites* les Sarmates dont nous parlons. \*
HAMBOURG. Voyez HAM. HAMEAU. De *ham*, qui en ancienne Langue Tioise signifie *maison* & *demeure*. Beda liv. 1. ch. 11. de l'Histoire Ecclésiastique : *In Provincia Orientalium Anglorum*, *in vico quod divitur Rendesham*, *id est mansio*, Rendils. Dans les anciennes Ordonnances d'Ecosse, intitulées *Regiam Maseiatem*, liv. 4. chap. 9. *Haimesurkin* signifie le crime de celui qui cherche & poursuit un homme dans sa maison pour l'endommager. Sur lequel lieu Joannes Skenaus dit, que ce mot est composé de *haime*, qui en Alleman signifie *maison*, & de *suchen*, qui en Langue Ecolloise signifie *pourloire*. Goropius Becanus liv. 1. de ses Origines d'Anvers dit que *heim*, en Flaman, signifie *domicile* : & qu'il est formé de *heimen*, qui signifie proprement *environner un lieu de bayes*, de *toses*, ou de telle autre clôture : & il ajoute que les anciens Germains environnient de cette sorte leurs bourgs & leurs villages ; selon le témoignage de Tacite au livre de *Maribus Germanorum*. Caïeneuve.