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03.0 Dictionnaire etymologique — HIRAUDIE – JARGON

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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HIRAUDIE. La Chronique de Flandre, chap. IX. *Et la luymoosfra le Roy d'Angleterre, qui avoit vestu une mauvaise hiraudie, & tournoit le rois. Hiraudie par corruption pour hardie, forte d'habit appellé pour-lors plus communément cette hardie*. Je ne fais si *hardie & hiraudie* ne feroient point venus de *heraldia*. La *cotte-hardie* pourroit bien être proprement une *cotte d'armes*, ou de *hérault d'armes*. Le Duchat.
HIRETE. Pasquier, VIII. 37. *Dans nos vieux Poètes je trouve hircé, pour hérédité; main, pour matin; forment, pour fortement; dont l'usage est pour le jourd'huy perdu*. M.
HISTORIER. Nous le prenons pour *peindre & graver*, encore que la peinture & la gravure ne représentent aucune sorte d'Histoire. Ainsi dans Anastase le Bibliothecaire, *historia* est la représentation des animaux & des arbres. En la Vie du Pape Léon IV : *Veitem sericam unam habentem historiam animatum*. Et plus bas : *Sericos pretiusa aquilarium historia textos*. Et ensuite : *Aquimaniile de argento par unum, habens in se sculptam similitudinem capitis hominis, cum vite & alia historia*. Caseneuve.
HIVER. Ce mot est formé du substantif *hibernus*, ou *hibernum*, qu'on fit de l'adjectif *hibernus*. La Loi 1. ff. *Quai in fraudem creditorum*, 5. ult. *Nec enim qui hiberno, fundum censum, si sub tempus meiss vindemieve fructus-esus vendere possit decem*. Le Chronicon *Hildensheimense*: *Hibernus fuit longus, durus, & siccus*. Les Gloses de Papias : *Hibernum, inter hiemem & vernum; & quasi hiems vernum; plerumque à parte totum hiemem significat*. Caseneuve.
HIVER. D'*hibernum*, qu'on a dit pour *hiems*: comme *vernum*, pour *ver; assivum*, pour *estas*; & *diurnum*, pour *dies*. Solin, chap. 5. parlant de la Sicile : *Principem urbium Syracusas habet : in qua etiam cum hiberno conduntur serena, nullo non die sol est*. Tertullien contre Marcion, liv. 1. tout au commencement : *Totus annus, hibernum*. Voyez M. de Saumalise sur Solin, pag. 105. 891. & 1258. Les Italiens ont fait de même *verno*, d'*hibernum*. M.
HOBER. Vieux mot, qui signifie *bouger; movere se*. Dans les Vigiles de Charles VII. *L'on n'eufi ofe de-la hober ne partir deux lieues à la ronde*. Dans le livre de la Diablerie : *Ils ne hobent de leurs maisons*. On dit encore aujourd'hui en Anjou & en Normandie, *Ne hobez de-la, pour dire, Ne bougez de-la. Ne partez pas de-la : Nostri sic rure loquuntur*. Trippaut le dérive de *escis, compellere*: qui est une étymologie non admissible. M.
HOBER, vient de l'Alleman *heben*, en Latin *fublevare*. *Hiber*, c'est proprement se lever de sa place. A la neuvième des xv. Joyes du Mariage : *Si luy sont-ils accroire qu'il est assotty, pource qu'il ne peut hober du lieu*. Le Duchat.
HOBEREAU. Aspiré. Ce mot signifie deux choses : un *oileau de leurre*, appellé des Grecs *terresignos*, & des Latins, *fubuleo*, dit Belon : & un *Gentillasse*. Henri Etienne, à la page 93. de son livre de la Précellence du Langage François, parlant des mots que nous avons empruntés de la Fauconnerie, parle ainsi du mot de *hoberau*, en cette seconde signification : *Du mot hobereau, on ne peut douter qu'il ne vienne de-la, quand on dit d'un petit Gentilhomme, qui a bien peu de moyen*, c'est un hobereau. Comme il me souvient avoir ou dire par une autre sorte de métaphore, c'est un Gentilhomme à simple tonfure. Mais volontiers on dis, c'est un Hobreau, de celuy qui ayant peu de moyen, fait toutefois quelque montre d'en avoir beaucoup. Belleau a uſé de cette tranſlation, en ce paſage d'une ſienne Comédie : L'amoureux eſt deſſus les erres De pouvoir tirer hors des ſerres Et des pinces de ce Hobreau, Les plumes de ce jeune oſſeau. Les Flamans & les Anglois diſent hobble, pour ſignifier cet oſſeau. Il eſt difficile de dire d'où vient le mot de hobereau en ces deux ſignifications. Hobarius eſt interprété par gregarius miles, dans Spelman, aux mots hoba & hobellarii. Et Hobarii Curtarii ſe trouve dans un titre rapporté par Dominique de Prarogativa Allodii. J'ai cru autrefois que ce mot hobereau venoit d'umberellus, primitif d'umber, lequel mot umber a été pris par les Latins dans la ſignification de bāard. Ce qui a été remarqué par Scaliger, ſur le premier livre de Varron de Re Ruſtica, en ces termes : Ea voce (umber) apud veteres ſignificabat ſpurium. Unde apud Plinium, inſcitium quoddam genus ovium umbri dicuntur : ut apud Graeco inſcipianum. Sed Imbrum-ne, an Ibrum, an Umbrum, dicus, nihil reſort. In veteri Gioſſario : Imbrum, inſcitio, inſi-ſaſio. Item : Iber, inſi-ſaſio. Ab eo certè, IBLUMAS ſpurios vocarunt. Ut & Galli eſoſdem vocabulo illo dicunt quo venatores canem lyſſicam. Scaliger, par ce canis lyſſica, entend parler d'un métif. Je reviens à mon étymologie. J'ai donc cru autrefois que hobereau avoit été fait d'umberellus, de cette maniere : Umberellus, omberellus, oberellus, HOBREAU. Et je perſévère encore aujourd'hui en cette opinion. M.
HOBREAU. Hobel, en Langue de Galle, eſt une eſpece de ſaucon. Huet.
HOBIN. Aſpiré. Sorte de cheval. Philippe de Commines, livre vi. chap. 7. parlant du Roi Louis XI. Audit lieu de Beaujeu, il recent lettres comme la Duchesse d'Autriche eſtoit morte d'une cheute de cheval; car elle chevauchoit un hobin ardant : il la fit cheoir ; & tomba ſur une grande pièce de bois. De l'Italien ubiſus, mot qui ſe trouve en cette ſignification dans la Jéruſalem du Taſſe. Varæus, dans ſa Diſſertation de l'Ibernie, chap. 7. parle ainsi de cette sorte de chevaux : Inter quadrupeles, notandi imprimis equi, quos hobinos, ſive hobbyes vocant, ob mollem greſſum magno in pretio habiti. Aſturcones olim dictos, notas Joannes Major; utpote ab Aſturibus Hiſpania in Iberniam primum dedullos. Ab hoc equi genere, (ut id obiter adnotemus) Eſpites quidam levis armatura dicti ſunt Hobellarii. De 2000. Hobellariis, ex Hibernia contra Scotus, per mandatum Regis, mittendis, fit mentio in Rotulo Patent. an. 15. Eduardi II. parte 2. membr. 19. penes cuſtodes Archivorum arcis Londinensis. Sed quot ſuerint miſſi, non comperi. In exercitu Eduardi III. Caletum obſidentis anno Domini 1347. numerati ſunt inter alios Milites, ſub Mauricio, Comite Kildaria, Hobellarii 27. & ſub Domino Fuleone de la Freien, Hiberno, Hobellarii 14. Ex hoc genere, duodecim candoris eximii, purpurà, & argenteis haberis exornatos, in pompa Summorum Pontificum, ſeſſore vacuo, ſe duci vi- diſſe teſtatur Paulus Jovius. Et au chap. 12. inſi, equum ſignificat : atque inde forte vox hobly. Mèric Caſaubon, à la page 277. de ſon Traité de Lingua Anglica vetere, ſive Saxonica, dérive auſſi le mot Anglois hobble; qui eſt le même que hobly; du mot Grec inſi. Et à la page 292. du même Traité, il parle ainsi de cette sorte de chevaux : Anglis to hobble, ſubſultare eſt : quod equi ſuccuſſarii, id eſt, caballi, proprium. Licilius : ſuccuſſatu tetri, tardique caballi. Hobbl, genus quoddam equi, ut volunt Hybernici. Hoblers, Hobellarii, in Jure Anglico municipali vocati, qui lege pradii ſui equum curſorium ad publicos uſus alere tenerentur. Ce qui eſt contraire à ce qu'à dit Varæus, que ces chevaux alloient l'amble. Varæus a fort bien décrit ces chevaux. S'ils euſſent ſecoue leurs cavaliers, on n'en eût pas donné un à la Duchesse d'Autriche. Et encore aujourd'hui, dans le haras du Duc de Mantoue, il y a une race de chevaux qu'on appelle abins, qui vont l'amble naturellement. M.
HOBIN. Au chap. 1. du vol. 1. de Perceſoreſt il eſt parlé de haubains, comme de chevaux qui avoient l'allure plus douce encore que les chevaux d'Angleterre. Ce mot haubain, ſuppoſé qu'il foie Alleman, ſignifie proprement haus monte ſur ſes jambes. Perceſoreſt remarque au même endroit, qu'anciennement l'Ecoſſe étoit nommée Albanie : il nomme le hobin Aulbain : & d'un autre côté, M. de la Noue dit que c'eſt un cheval d'Ecoſſe. C'eſt pourquoi je crois qu'Aulbain, ou Haubain, vient d'Albanus, fait d'Albania, ancien nom du Royaume d'Ecoſſe. Les Anglo-Saxons confon- doient les Ecoſſois avec les Irlandois, & appel- loient l'un & l'autre peuple Scotra Lood. Le Du- chat. HOC : comme quand on dit, Cela m'eſt hoc. Voyez oui. M.
HOC. Cela vous eſt hoc. Je vous accorde ce point, tenez-vous-en ſur; je dis oui à cela, j'y conſens. En France, dit Scaliger, il y a trois Langues différentes qui ne s'entendent point les unes les autres; le Baſque; le Breton, & le Romain. Le Romain eſt diviſé en Langue tortue, & Langue Françoiſe. Dans les anciennes Coutumes du pays de France, il y avoit deux Gouverneurs en tout le Royaume, qui étoient Princes du Sang, oncles du Roi : l'un à Paris, qui étoit pour toute la France : l'autre à Montpellier, qui étoit pour toute la Langue tortue. Il n'y a que cent-cinquante ans que l'on a diſtingué en Langue d'oc, & Langue d'où : car une partie diſent oc pour oui, & en Agenois on le dit encore : ce qui eſt corromps de hoc, quand on demande, eſt-ce cela, hoc? comme les Eſpagnols & les Italiens ont fait leur ſi, eſtne ita, ſic? detracto c. La Langue d'oc approche bien plus du Latin que la Françoiſe; & un homme qui ſaura parler Latin, apprendra bien plutôt le Gaſcon que le François. De Brieux, dans les Origines de quelques Coutumes anciennes, page 145. *
HOC. Aſpiré. Jeu de cartes, mêlé du piquet, du brelan, & de la ſéquence; ainsi appellé parce qu'il y a ſix cartes qui ſont hoc, c'eſt-à dire aſſu- rées acelui qui les joue, & qui coupe toutes les autres. Ces cartes ſont les quatre as; & la dame de pique, & le valet de carreau. Ce jeu a deux noms, & deux ſaçons de jouer différentes : le Hoc Mazarin, & le Hoc de Lyon. C'est la remarque de M. Furetier. M.
HOCHE. Entaillure qu'on fait sur un corps uni pour servir a y arrêter quelque chose, on pour servir de marque. On l'appelle aussi coche, par le changement de n en c. On fait des hoche sur une taille, pour y marquer ce qu'on prend à crédit. Les Artisans font des hoche pour marquer leur besogne. Je dérive ce mot du verbe Germanique hachen, qui signifie couper, trancher, tailler. Les Anglo Saxons discient haccan, & les Anglois disent encore aujourd'hui hack, d'où le diminutif hackle, couper menu. Je crois que les mots François hache & hacher, & les mots Espagnols hoca & hacha, viennent aussi de-la. Voyez Wachter, dans son Glossarium Germanicum, au mot hachen.
HOCHEBOS. Sorte de Milice Flamande, dont parle Froissart, tome 1. & après lui le Président Fauchet, cité par M. Ménage ci-dessous au mot Picardie. C'étoient des Piquiers, appellés Hoche-hos, d'un mot composé de hacher, c'est-à-dire hacher, & de hos, qui en Flaman & dans le patois de plusieurs Provinces de France signifie du bois, & figurément une pique & une lance, comme quand on lit dans Rabelais, hauffer & baisser bois, pour, tenir les lances hautes ou abaissées. Voyez ci-dessous au mot Piraux. Le Duchat.
HOCHEPOT. Aspiré. Pâté en pot. Dans Rabelais, 4. 40. Hofchepot est un nom de cuisinier. M.
HOCHEQUEUE. Oiseau: ainsi appellé du remuement de sa queue, pour lequel les Grecs l'ont appellé de même enemovie; & les Latins, motacilia; & les Italiens, codi tremola; & les Galcons, baticoue. M. HOCHER la tête. Aspiré. Le Glossaire ancien de Lipse, inséré dans la 44. Lettre de la troisième Centurie de ses Lettres ad Belgas: Hosc, subfannatio. Le hochement de tête est un signe de moquerie. Les Anglois disent to shake, pour dire quatu, concuro. Le François hacher peut venir de ce mot Anglois. M.
HOCHET. Aspiré. Jouet d'enfants à la mammelle. Lw. crepundium: infantile crepitaculum. Je le tiens formé par onomatopée. M.
HOCHIT. Je crois que ce mot est fait du verbe hacher. Un hacher est une chose que les enfants remuent. Quant à l'étymologie de hacher, elle est fort obscure, & je n'ai rien pu découvrir là-dessus qui me paroisse tant soit peu vrai-semblable.
HODE. Lasse, fatigué, recru. Fédéric Morel, dans son Dictionnaire: Hode. Du Grec idic; c'est-à-dire, chemin. Jean Picard a dit la même chose: & Bourdelot. M. HODE signifie proprement lasse de marcher; & ce mot se dit encore à Metz en cette signification. La seizième des Cent Nouvelles Nouvelles: Ses gens tous hodez & travailliez, & leurs chevaux aussi. On l'a dit encore généralement, pour lasse d'une sorte de train de vie. La centième des Cent Nouvelles Nouvelles: Se hoda & ennuya: de ne plus voyager, s'entend. Le Duchat.
HOGNER. Murmurer tout bas. C'est une
HOG. HOL. HOL. 39 onomatopée, formée des bons qu'on entend sortir de l'estomac de celui qui hogne. Le dix-septième des Arrêts d'Amour donne le nom de Hougnara a un Huissier qui avoit exploité pour Dangier & Chagrin; & cela parce que les maris jaloux hognent dans leur mauvaise humeur. Le Duchat.
HOGUE. HOGUETTE. Hogue, est un vieux mot, qui signifie l'entrée d'un Port. Nicolle Gilles, en la Vie de Philippe de Valois: Le Roy d'Angleterre vint en France avec bien neuf cents nets sur mer: & a grande armée, descendit à la Hogue Saint East en Cotentin. De sauce, ablatif de faux, faurie. Faure, fort, hoca; HOGUE: par le changement ordinaire de l'1 en 11. De hogne, on a fait le diminutif hoguette. Il y a une Terre en Poitou, du nom de la Hoguette, dont est Seigneur M. le Marquis de la Hoguette, du nom de Fortin, Maréchal de Camp des Armées du Roi. M.
HOGUE. De l'Alleman hog & hock. Colline, lieu élevé. Ordericus Vitalis appelle O. os, 1s Hougue du Cotentin. Ce nom se trouve dans plusieurs lieux qui ne sont point proches de la mer. H. it.
HOGUINEURS. Sobriquet de ceux d'Arras, dans Brantome, Hommes Illust. Fr. tome 1. page 130. De hoguiner, mot Picard, qui signifie facher. Ce sobriquet fut donné à cause des refus d'Arras. Souvent les refus contiennent des vérités ofiendantes pour celui qui en fait le sujet. Voyez Fauchet, édit. de 1610. fol. 534. b. Le Duchat. HOIR: comme quand on dit, ses hoirs, & ayans cause. De hares. M.
HOLA. Corruption de haut-la. Voyez ALTE, & tenez-vous-en à l'étymologie de M. Guyet. Hola & aute-la sont synonymes. Le Duchat.
HOLA, LIGONDE. C'est un dicton qui tire son origine de M. de Ligonde. Ce Seigneur avoit eu un Régiment qui étoit très-beau. Et comme on en parloit un jour à la Cour, & qu'on le louoit, M. de Ligonde eut la hardiesse de dire, que la Maison du Roi n'étoit pas plus belle que son Régiment. Tous ceux qui étoient la prêiens se mirent à crier, hola, Ligonde. Et aujourd'hui on se sert encore de ces mots pour relever quelqu'un de sentinelle, c'est-à-dire, pour reprendre une personne qui ment, qui se vante, ou qui s'en fait accroire. Dict. Com.
HOLLANDE. Pays d'Europe. Ce nom est récent. De Valois, Not. Gall. pag. 341. 342. le tire d'une contrée des Pays-Bas, située entre le Duché de Friis & le Comté des Bataves; ainsi qu'on parloit autrefois. On la nommoit Hammelant, Hammelant, & Hamelant, mot composé de ham village, peuplade, & de land terre; comme qui diroit, Terre des Villages, ou des peuplades. De Valois croit que de la s'est fait Hollande. Cette opinion ne me paroît guère vrai-semblable. Inqu'une dérive ce nom de deux mots de la Langue Tudefique, dont celle qu'on parle en Hollande est un dialecte: ces mots sont hol, qui veut dire creux; & land, qui signifie pays. Suivant cette étymologie, le nom de Hollande vient de ce que ce pays est creux, & coupé par une infinité de rivieres & de canaux. Adrien Junius, qui étoit Hollandois, croit que ce nom est composé du mot Hollandois *boy*, ou *bey*, ou *houw*, qui veut dire *foin*, & du mot *hand*. Le nom de *pays* ou *terre de foin*, c'est-à-dire, terre abondante en foin, convient fort à la Hollande, à cause de la quantité de pâturages qu'il y a dans le pays. Junius ajoute, qu'on peut aussi dériver ce nom de *boit*, ou *hout*, qui signifie bois, forêt. Mais Skinner rejette cette étymologie, en disant que dans un pays marécageux comme la Hollande, il ne croit presque point d'autres arbres que des saules, & quelques autres arbres qui viennent au bord des eaux. Enfin Skinner approuve une troisième étymologie que Junius donne du nom de *Hollande*, qu'il dit être le même que celui d'une fille de la mer Balthique, appellée *Olland*, dont les anciens habitans, qui étoient Danois, vinrent s'établir dans le pays que nous appellons aujourd'hui la *Hollande*. Le nom d'*Olland* est composé du mot Danois *ol*, qui veut dire *blere*, & de *land* terre, pays; ainsi *Olland* signifie pays de blere. Wachter peu content de toutes les autres étymologies que l'on donne du nom de *Hollande*, & qui, en effet, ne sont guères satisfaisantes, le dérive de l'ancien mot Teutonique *hol*, qui signifioit *inferior*, *infra* *fitus*; en sorte que, selon ces Auteurs, *Hollande* est la même chose que *terre* *baffe*: signification qui convient parfaitement au pays dont il s'agit. Voici les termes de Wachter, page 742, de son *Glosar. German*. HOLLAND, *Hollandia*, non *quasi* *ager ad Helium*, & *molto* *minus* à *terre* *cavitare*, *etiamis hodie innumeris follii sit personae*, *fed* *posius* à *fitu humili* & *depressio*, *unde* *vulgo* Niderland & Germania *inferior dicitur*, *quia mare ibi altius confetur terra*, *adco* *ut nisi immensis sumptibus aggeris et picerentur mari*, *diluvium naturaliter ferret*. Le mot *vider* est Teutonique, & signifie *inferior*, *depressus*: il *reliemble* au Grec *syringis*, qui veut dire la même chose. Ainsi *Niderland* signifie *terre* *baffe*, ainsi que *Hollande*. Voyez Wachter, dans son *Glosar. German*. aux mots *hol* & *vider*.
HOLLAND. Toile d'Hollande: ainsi appelée, parce qu'elle nous est venue de Hollande. Les Espagnols ont appellé de même *Bretania* une certaine toile, parce qu'elle leur étoit venue de Bretagne. Il est à remarquer que quoique le mot de *Hollande* soit *aspiré*, on dit *toile* d'*Hollande*, & non pas *toile* de *Hollande*. On dit de même le Roi d'Hungrie, quoiqu'on dise la *Hungrie*. M.
HOLSTEIN. Contrée d'Allemagne près de la mer Baltique. Ce nom signifie, selon Wachter, *pays bas*. Le *Holstein* est en effet une terre *baffe* & sujette aux inondations. *Hol*, en ancien Teutonique, signifie *humilis*, *depressus*. Voyez *Hollande*. *Stein*, qui, en Allemand, veut dire *pierre*, signifie aussi *pays*, *tégion*; & c'est la même chose que le *Persien* *flan*, qui entre dans la composition de plusieurs noms de pays; comme *Arabistan*, *Hindistan*, *Turkistan*, &c. Voyez ci-dessus *Gorgistan* & *Aquitaine*; & Wachter, dans son *Glosar. German*. au mot *Stein*.
HOMBRE. Voyez L'OMBRE. M.
HOMBRE. Le jeu de l'*Hombre* vient d'Espagne. Ce mot, en Langue Espagnole, signifie *homme*. On l'appelle ainsi, parce que celui qui joue est l'homme à qui les autres ont à faire. *Le Duchat*.
HOMELIE. On fait assez que ce mot vient du Grec *iuxia*, qui signifie *conversation*, entretien, discours, colloque. Mais je veux seulement faire observer que le terme Grec, & par conséquent le François, a beaucoup de ressemblance, soit pour le son, soit pour la signification, avec l'Ebreu & Chaldéen *milah*, qui signifie *discours*, parole, & qui est fait du verbe *miliel*, *discourir*, parler; avec lequel verbe convient pareillement le Grec *iuxia* *converser*, s'entretenir, conférer, *discourir*. Au lieu de l'Ebreu *miliel*, les Chaldéens disent *maliel*, & les Syriens *maliel*, dans le même sens; & au lieu de l'Ebreu & Chaldéen *milah* *milah*, les Syriens disent *méie* & *melthe*. Le Grec *iuxia* n'auront-il point une origine Orientale? Il est bon aussi de remarquer la ressemblance qui se trouve entre ce mot Grec, & le Teutonique *mal*, ou *malius* en Latin barbare, qui signifie *discours*, entretien, & ensuite *ailemblice*, Etats d'une Province, lieu où l'on juge &c. & duquel ont été formés les verbes Latin barbares *maliare* & *admiare*, c'est-à-dire, citer en jugement. Ce terme *maliu* est célèbre chez les auteurs du moyen âge. Voyez Wachter dans son *Glosarium Germanicum* page 1026. & 1027.
HOMMAGE. C'est proprement l'aveu & la soumission du vaïlal, lorsqu'il prête à son Seigneur le serment de fidélité pour les devoirs & les services auxquels il lui est obligé. Il n'y a personne qui ne sache que de *homo* on a fait *hominum* & *homagium*; & de-la, *hommage*. Le mot *homo*, outre son ordinaire signification, se trouve souvent pris pour *servus*: comme *dequim*, dans les écrits des derniers Grecs; & *man*, parmi les Allemands; comme le témoigne Lindebrogui. Ainsi ces paroles, *alienum servum*, du ch. 1. de la Loi *Aquilia*, rapporté par le Jurifonsuite Caius L. 2. ff. *Ad legem Aquiliam*, se trouvent changées en *alienum hominem* dans Justinien de *lege Aquilia*. Ce que je pourrois prouver par quantité d'Auteurs de la pure Latinité, & de la dernière. Je me contenterai seulement d'en rapporter deux, l'un des Loix des Wifigoths liv. 9. tit. 1. Loi 18. *Quicumque dominq*, *sen per se*, *sint per hominem suum*, *requirens fugitivum suum*, & *agnificenti*, *reddere disluieris*. Et cet autre d'Ennodius Ticinensis Epître 29. du liv. 9: *Rogo ut portiorem prafentium, hominem meum, Deo vobis inspirante, ad meum effectum Eminentia vestra jubeat commeare*. De-la vient que par la relation du devoir & de la soumission du Fief servant au Domaine, le Vaïlal est appellé *homme*, c'est-à-dire *serviteur*; & le devoir du Fief, *hommage*, c'est-à-dire *service*: car le devoir Feodal, quelque noble que soit le Fief, est toujours une servitude qui oblige le vaïlal envers son Seigneur, non à des services vifs & abjets, & dépendans de la volonté abfoule du Seigneur, mais à ceux dont la mouvance du Fief qu'il tient de lui le peut rendre redevable; qui est proprement & originellement l'obéissance, quant au service de guerre, porté par l'aveu, & ensuite la redevance qui se paye à la reddition de l'Hommage, la fidélité & le respect qu'il doit à son Seigneur. C'est pourquoi, non-seulement les devoirs des petits fiefs, mais encore les marques d'honneur & de reconnoissance qui se rendent à la prestation des hommages, pour raison des fiefs, les plus grands & les plus nobles, sont appelées *services*. Les anciennes Coutumes de Paris, intitulées 4t Li establissement le Roi de France, &c. au liv. 1. Se aucun estoit que laissait son service à rendre à son Seigneur, gans ou esperons, ou autre service à jour nommé. Dans la Coutume d'Anjou art. 103, & 106, Servir le Fief, est payer au Seigneur les droits qui lui font dus après l'hommage rendu. Et en l'art. 109. Il est dit que le Fief est servi, après que le vaissait à présent à son Seigneur l'hommage avec le rachat. Voir même en la Coutume de Haynaut chap. 74, le paiement du Quint & demi-Quint est appelé service en termes exprès, Service de Quint & demi-Quint. Guillaume Durand, sur nommé Speculator, liv. 4. part. 3. Tit. de Feuast, & Quoniam super homagis, fait voir que non-feulement les devoirs Féodaux sont appelés services, mais que de plus, l'argument de leur preuve est tiré d'une Loi où il est nommément question de la servitude. Ad probandum homagium, dit il, non justici probare tanto tempore saisse praetitia servitia, nisi probetur pro homagio praetitia saisse. Argum. ff. Quemadmodum servitus amiteratur, L. fin. Ce n'est donc pas l'ign raison que la Glofe d'Accurte, sur la Loi Si cuius, ff. De Usofritum, & sur le veriet Oportet, appelle servitude le serment de fidelité qui se prête en la reddition des Hommages. Nam cum sit quasi individua servitus, sacramentum fidelitatis & fidelitas ipsa in solidum debetur. Bref, pour faire voir que les devoirs des Fiefs, même tenus par les Rois, ne laissent pas d'être appelés services, voici les paroles de Joannes Saritberienis Evêque de Chartres en l'Ep. 134, parlant de l'hommage que devoir rendre Henri II. Roi d'Angleterre, à Philippe Anguste, pour raison du Duché de Normandie: Rex Anglia debebat in hominum Regis Francia, et fide corporaliter & publice data, coram omnibus profieri, quod et, tanquam Domino, de Ducatu Normania serviret, sunt predecessores sui Ducat confiscerunt servire Francorum Regibus. J'ai extrait en partie cette remarque du liv. 2. chap. 12. de mon Traité du Franc-Alleu du Languedoc, pour faire voir que hommage est formé de homo, en tant qu'il signifie serviteur: non que s'entende parler de cette servitude abjette & infame qui ne laissait point de liberté, mais bien de celle qui par l'obligation d'un honnête devoir, peut faire dépendre qui que ce soit d'une personne de condition même inégale. Ainsi, par un usage que la civilité a introduit, on ne croit pas faire tort à sa qualité de se dire & de bouche & par écrit, serviteur d'une personne de condition beaucoup moindre. Il est bien vrai néanmoins que dans les Coutumes de Toulouse homagium se trouve pris par le devoir auquel étoient obligés cette espèce de serfs qu'on appelait hommes de corpore, & homines de Casalagie. Caseneuve. H O M M A G E. D'homagium: qui se trouve dans Pierre de Blois, Helmodus, Cæfarius, Guillaume de Nangis, & infinis autres; & qui vient d'homo qui signifie serviteur, & dont, non-feulement les Auteurs du bas siècle se sont servis en cette signification, mais aussi ceux qui ont vécu du tems de la bonne Latinité. Et ce mot se trouve en cette signification dans Catulle. Il se trouve aussi dans la Loi 4. au Code de Dignitatibus. Senatorum substantias quas in diversis locis & Provinciis possident, & homines eorum. D'homo, on a dit hominum, que Cujas trouve plus élégant qu'homagium. Vassalli non sunt servi, sed invidiosus, ut Aschylus loquitur: & licet sape homines nostri dicantur, quia tamen ea appellatione proprii servi si- gnificantur, fêcti dixeris, non tam eos qui quid à nobis jure feudi possident, homines esse nostris, quam nobis hominum debere: qua vox hominii concuntur est quam homagii; qua utuntur, Robertus in Supplemento Chronicorum Sigeberti, Helmodus in Historia Sclavorum, Orbo & Radevicus, & Abbas Uspengensis sape, & Fridericus Imperator ad Orbonem Frisingensem. Hominio, inquit, ac fidelitate nobis facta, Coronam Regni de manu nostra Petrus Rex Danorum fuscapit. C'est dans les Commentaires sur les livres des Fiefs. Et dans l'Observation 14. du livre viii. Hominum dixit Helmodus, quod certe venufius est quam homagium. Hominum appellatione, in libris nostris continentur procuratores, actores, custodes, conductores, emphyteuticarii, charularii, &c. Vassalli igitur erant olim homines, id est veluti actores, & custodes possiderm, & procuratores, & quasi precaris possessores. Et dans la Préface sur les Fiefs: Fit sape in libris nostris hominum mentis: qua appellatione frequentius servi significantur. Sed & liberi, puta actores, procuratores, custodes praetiorum, insularis conductores, emphyteuticarii, charularii, precaris possessores. His possessio conceditur ad tempus. Qua actori, feudum est guastadit; qua custodi, feudum guardi. Isidem postea cæpit concedi in perpetuum, quod est verum & proprium feudum: atque ita paulatim, qui erant actores custodesque praetiorum nostrorum temporarii, perpetui esse cæperunt, Latinumque hominum nomen reitinerunt; novum & externum Vassallorum, sive Leudum & Feudatarorum, acceperunt à Principibus & nobiliaribus, qui eis sua praetia in perpetuum concedere maluerunt, si militia oneribus se obligarent: invella in Italiam nomina à Principibus Germanis, quibus suere semper multi Comites (sic Cornelius Tacitus vassallos vocat: Glosse evapastibus interpretantur), & Principum amulatio magna, &c. Voyez Spelman en son Glossaire, & Voessus de Vitis Sermonis pag. 445. M.
HOMMAR. Sorte d'crevice. Les Suédois l'appellent hommare: & M. Bochart prétendoit que les peuples du Nord avoient apporté ce mot en Normandie. M. Huet le dérive du Latin gammarus. M. HOMME D'ARMES. Rabelais, liv. 1. ch. 46. Gargantua pour sa sureté lui bailla trente hommes d'armes, & six vingts archers. Chaque homme d'armes avoir à sa suite quatre hommes de cheval, dont deux étoient archers, le troisième n'étoit proprement qu'un valet, & le quatrième étoit appelle Coustilier. Voyez Fauchet en son Traité de la Milice & des armes, fol. 526. v. de ses œuvres de l'édition de 1610. Mat. de Coucy, sur l'an 1445. de son Histoire, ch. 7. page 545. de l'édition du Louvre, 1661. fait monter par l'ordonnance de ce Prince, chaque lance à six personnes, savoir trois archers, un coustilier, l'homme d'armes, & son page. Le Duchat. HOMME E de vignes. On appelle ainsi en Anjou ce qu'un homme peut faire de vignes en un jour. Les Anciens ont appelé de même bovata, ou bovatus terra, ce qu'un bœuf pouvoit labourer de terre en un jour. Un vieux manuscrit, cité par Spelman, au mot bovata: Olle bevara terra faciunt unum feudum militis. XVIII. acra faciunt bovatam terra. M.
HOMOLOGUER. Terme de Palais. Approuver, ratifier, confirmer. Du Grec sus. v. qui veut dire consentir, reconnoître, déclarer, & qui est fait de iust idem, & de xique, parole, discours. 42 HOM. HON.
HOMOOUSIENS, HOMOUSIENS, HOMOUSIONISTES, HOMOUSIASTES. Ce font des noms que les Ariens donnoient autrefois aux Catholiques, parce qu'ils soutenoient que le Verbe est *homoousios*, c'est-à-dire, consubstantiel à son Pere. Hune-tic, Roi des Vandales, qui étoit Ariens, a adressé un Rescrit à tous les Evêques *Homousiens*. Ces mots viennent du Grec *issouies* ou *issouies*, fait de *issouies* idem, & d'*hisia substantia*, natura. Les Ariens convenoient bien que le Verbe est *issouies*, c'est-à-dire, semblable en substance au Pere; mais ils ne vouloient pas convenir qu'il fût *issouies*, ou *issouies*, c'est-à-dire, de même substance.
HONFLEUR. Petite ville de Normandie. Du Chêne, Ant. des Villes de France, page m. 934. *Horsfleur*, ville maritime, ainsi dite peut-être à cause que les eaux fluent & s'écoulent par-là dedans la mer. L'ancien nom François de cette ville étoit *Hommelfleur*: du moins c'est ainsi qu'on lit dans Rabelais, liv. 2. ch. 13. de l'édit. de 1542. H. Otius, dans la *Franco-Gallia*, imprimée à Bâle en 1670. page 66. *Apud Caletos Harfletum*, Harfleur, Harfluff, *ab influxu maris*. *Ex alia parte influtum*, Hinfleur, *Belgice* Hinfluff, *Germ*. Hinfluff, *à defluxu*. Alain Chartier, Histoire de Charles VII. page m. 31. sur l'an 1415. l'appelle *Honnelfleur*; & *Horsfleur* la ville d'*Horsfleur*, à la page précédente. *Le Duchat*.
HONGNER. Aspiré. Grommeler; groigner, gronder. C'est un mot formé de l'interjection *hon*. Beze dans son livre de *Francisca Lingua recta pronunciatione*, p. 18. HON. *Interjectio*, cum *indignatione reculantis*: unde HONGNER. M.
HONGRE. Aspiré. Cheval coupé. M. Bignon sur le Tâtre 40. de la Loi Salique, au mot *Ipadonatum*: *Equi ita mutili*, *hodie ex Sarmatia*, & *Ungaria in Gallia adducuntur mulri*, unde *communi nomine originis eufmodii* ungres vocam. M. HONGRE LINE. Aspiré. Sorte de vêtement: ainsi appellé parce qu'il nous est venu de Hongrie. Voyez *houpelande*. M.
HONGROIS. Nom de peuple. On croit communément que les *Hongrois* sont les défendants de *Huns*, qui se répandirent dans les Provinces de l'Empire Romain, & s'établirent en Pannonie. Ainsi on dérive le nom des *Hongrois* de celui de *Huns*. *Hunn*, *Hungri*, *Hungri*, *Hungari*; & en François *Hungres*, *Hongres*, *Hongrois*. M. Reland, dans la Palestine, liv. 3. page 613. croit que le mot *Hungari*, s'est fait par corruption de celui de *Hununguri*, nom d'une nation composée de deux peuples, les *Huns*, *Hunn*, & les *Ugures* *Uguri*. Les *Huns*, & les *Ugures*, ou plutôt *Igures*, étoient des peuples de la Scythie Asiatique.
HONNESTEMENT. Tous ces adverbes terminés en *ment* sont formés de l'ablatif du substantif *ment*, & de l'adjectif qui précède ce substantif. Et (ce qui ne permet pas de douter de cette formation) ces adjectifs & ce substantif se trouvent séparément dans un nombre infini d'endroits des Écrivains modernes, & dans quelques uns de ceux des anciens. Ovide, Elégie 1. du livre 3. des Amours: — *Sarro de carcere missis* *Insistam, sorti mente vehendus equis.* Cormelius Nepos, dans la Vie d'Eumenes: *Qui cum, inter se complexi, in terram ex equis decidissent, ut facilis intelligi poset inimica mente contendisse*. Sénéque dans la Thébaïde, acte 1. scene 1. *peccas honesta mente*. Valerius Flaccus, au livre 1. *Ire per alium magna mente volunt*. L'Auteur du Poème de *Judicio*, attribué faussement à Tertullien: *Quique Deum metuit sincera mente tonantem*. Saint Jérôme, dans une de ses Lettres à Théophile d'Alexandrie: *Qui tenebrarum horrore circumdanti sum, nec naturam rerum clara mente perspicuiunt*. Et sur le premier chapitre de Malachie: *Ad vos igitur, à Sacerdotes, qui despicitis nomen meum, iste sermo dirigitur: qui reversi de Babylone, metu praterita servitutis debueratis ad Dominum plena mente converti*. Saint Augustin, dans son Sermon des Saints, qui est le 19. s'il est vrai que ce Sermon soit de Saint Augustin: *Fiat impetrabile, quod fida mente possimus*. Et dans la lettre 14. à ceux de Madaure: *Quis hoc possit sermissima & simplicissima mente conturi*. Caffiodore, livre 4. épître 10. *Idem studium vestrum Reip grata mente debesti*. Et livre v. épître 13. *Præsentim cum in dispendio pauperum detestabili mente versetur*. Et livre ix. épître 18. *Remedium, quod pro vobis pia mente transmissimus*. Et xiii. 1. *Tributum possessores devota mente persolvunt*. Dans les Capitulaires de Charles le Chauve, page 373. *Ut ex ejus ore audiamus, quod à Christianissimo Rege, fideli & unanimi in servitio illius populo, uniculque, in suo ordine, conventi audire, ac devota mente suspicere*. Gregoire le Grand est tout plein de ces façons de parler. M.
HONNIR. C'est deshonorer, maudire. La Devise de l'Ordre de la Jarretière: *Honni soit qui mal y pense*. Voyez *honte*. M.
HONNIR. De l'Alleman *honen*, *irridere*, fait de *hon*, *despectio*. Le Duchat.
HONNIR. L'étymologie que M. le Duchat donne de ce mot, paroît être la véritable. Wachter, dans son *Glossar*. *German*, page 747. HON, *contemelia, opprobrium*. *Orfidius lib. III. cap. xix. II*. Uns thunkit in giuiiffi, Thaz iz honida si. *Nobis videtur pro certo*, *Quod turpe sit (cohibere iram)*. Cum *Francisca voce mirè consentit Graea iuncis improperium*, & *Latina honos, qua aliquando fuit vox media, injuriam significans, teste Gellin in Noë*. Att. lib. xii. cap. 9. *Propriè autem est dedecus ex illusione, & simplicissimum habet initium ex interjectione ridendi ha, unde primo fuit huen irridere, & postea hon irrisio*. Et ensuite: HONEN, *honen, illudere, contemelia afficere... Arabibus, miro plane consensu, hana est despexit*. *Gallis honnit ignominia afficere, honni dedecere affectus*. *Unde, nisi à substantivo hon!*.
HONTE. Puisque personne n'a encore touché l'origine de ce mot, je hazarde celle-ci, attendant qu'on en puisse trouver une meilleure. Anciennement, quand on vouloit faire souffrir une honte & une ignominie extraordinaire à un Gentilhomme convaincu de s'édition, de volerie, & d'incendie; avant que de le faire mourir ou lui faisoit porter sur les épaules un chien à travers les champs, jusques aux limites du prochain territoire. Otho Frisingensis liv. 1. chap. 22. *De Gestis Fiderici I. parlant de Herman Comte Palatin, qui avec deux* autres Comtes fes complices, fut condamné à fouffrir une pareille ignominie : *Vetus confuetudo pro lege apud Francos & Sucus inolevit, ut si quis nobilis, ministerialis, vel colonus, suo iudicio pro hominendi excelsibus reus inventus fuerit, antequam mortis sententia punatur, ad confusionis sua ignominiam, nobilis canem, ministerialis fellam, de Comitas in proximum Comitatum gestare cogatur. Hunc marem Imperator servans, illum Comitei, magnum Imperii Principem, cum decem Comitibus suis canes per Teutonicum milliare portare coëgit.* Le Poëte Gunterus liv. 5. de son Poëme intitulé *Ligurinus*, après avoir parlé de cette coutume, raconte en ces vers la honte & l'ignominie qu'on fit fouffrir à ce Comte Palatin & à ses complices, en leur faisant porter un chien sur les épaules : *Cujus dispendia pana* *Ille Palatina custos celeberrimus Aula* *Non portuauitare Comes; cunfisque videndus Portavit scapulis, passus plus mille, latrantem.* *Hanc quoque tunc alii, simili pro crimine, panam* *Sustinuere decem Comites; totidemque coacti* *Fada tulere canes generoso pondera collo.* Suger, Abbé de S. Denis, en la Vie du Roi Louis le Gros, raconte que ce Prince fit prendre avec un chien, Bertolde, Prevôt de l'Eglise de Bruges, qui avoit fait affaîliner Charles Comte de Flandres. *Forcis*, dit-il, *cum canis suspensus, quoties canis percutiebatur, in eum iram retocauens totam faciem ejus maficando devorabat.* Puis donc que dans ces Exemples nous voyons que les chiens servoient anciennement à faire fouffrir aux personnes de condition une honte & une ignominie inſupportable, il y a beaucoup d'apparence que de-là s'est formé le mot de *honte*; d'autant qu'en Alleman *hund*, en Flaman *hund*, & en ancien Trois *hunt*, ſignifient un *chien*. Dans la Loi des Bajuvariens, cit. 19. il est fait mention de certaines espèces de chiens, appelés ſelon leurs diverses usages en la chaſſe; comme *Leithunt*, *Triphunt*, *Sparihunt*, *Bibathunt*, & *Hapichhunt*. Caſeneuve.
HOQUET. Ce mot se dit quelquefois dans le stile familier, d'un obstacle qui empêche de faire quelque chose que l'on avoit commencée, qui arrête un homme au milieu de sa courte. Je dérive hoquet, dans ce sens-là, de l'Anglosaxon hoc, ou de l'Alleman hak, qui signifie une pointe crochue, un crochet, un croc. Voyez ci-dessus hoquelerie. Un hoquet, c'est-à-dire, un obstacle, est comme un crochet ou un croc qui arrête un homme dans son chemin, & l'empêche d'aller plus loin. Je crois que hoquet, dans la signification de singulus vient de la même source. Le hoquet est comme un crochet qui fatigue l'estomac, & incommode la respiration. L'anglois hiccock ou hicket, qui signifie le hoquet, me paroît confirmer cette origine Tæmonique. Guichart, qui veut trouver toutes les étymologies dans l'Ebreu, ne manque pas de faire venir hoquet de l'Ebreu non anahhab, qui veut dire soupir, gemissement, fanglot. *
HOQUETON. C'étoit anciennement un pourpoint fourré de coton bien serré & contrepointé, qu'on mettoit sous les hauberts, & depuis sous les cuiraffes, pour mieux résister aux coups d'épée & de lance. Nos anciens François l'écrivoient auqueton. L'Histoire du Connétable de Guéclin chap. 40. Et ferit iceley Sarracin tellement qu'il lui perça escu & jaseran; mais l'auqueton estoit trop fort. En Latin alcalo. Mathieu Paris en la Vie de Richard, parlant des présens que Baudouin fit au Roi Richard: Et quod erat rarissimum, unum Alcoltonem satis levem, nullo spiculo penetrabilem. Mais il étoit appellé auqueton & alcalo par corruption; car son vrai nom étoit alcoto. Le Roman de Girard de Rouffilon, écrit en ancienne Langue Provençale: Un austere ac vestit ses alcoto. Aussi étoit-il formé de l'article Arabe al & de coton. La Glosse ancienne du Dictionnaire de Jean de Garlandia: Bombacina, Gallicé auqueton. Bombax, Gallicé coton. En effet, je trouve que auqueton est absolument pris pour coton. Le Roman de Guillaume au court nez: Blanche est la maille assez plus d'auqueton. Vanhier de Dodan, au Roman de Perceval le Galoys: V'esti un pourpoint d'auqueton, A noiaux d'or tout environ. Et en un autre endroit: Un riche pourpoint d'auqueton, De pourpre & de famit bandé. Caseneuve.
HOQUETON. Aspiré. Baif, dans son de Re Véssaria le dérive du Grec & xerox: Nostri Rustici, vos abuli rustici vestigia retinentes, HOCHTON appellant, quasi diras & xerox. Ce qui a été approuvé par Budée dans ses Commentaires sur la Langue Grecque, page 113, de l'édition de Robert Etienne, en ces termes: Lazarus Baysius, in Traillatu de Vessibus, admonuit à nobis ocheton dici, quod Gracé & xerox dicitur. Sylvius, Périon, Jean Picard, Henri Etienne, Caninius dans ses Canons, Bodin dans sa Methode de l'Histoire, & Gosselin dans son Histoire des anciens Gaulois, ont donné à ce mot la même origine. M. de Caseneuve le dérive de l'article Arabe al, & du mot coton. Ses termes sont considérables. Voyez les ci-devant. H O Q. H O R. L'étymologie de & xerox est ridicule: celle d'al coton me paroît assez vrai-semblable. Quoi qu'il en soit, hoqueton est aussi un mot Anglois. Walfingham en la Vie d'Edouard II. Roi d'Angleterre: Indutus fuit Episcopus (Exoniensis) quadam armatura, quam aketon vulgariter appellamus: qua spoliatus, & aliis omnibus indumentis, decapitatus est. Dans les Origines Gauloises de Boxhornius, actum est appliqué par lorita. Le Pere Labbe dans ses Origines Françoises, Partie 1, page 288, a donné une étymologie de hoqueton si extraordinaire, que quoique mauvaise, elle mérite d'être ici rapportée. J'estimeros, dit-il, assez probable, de dire que nos ancêtres ont appellé hoquetons, de ce que ces casagues & saies avec les devises du Prince, estant chargées de broderie d'or, d'argent, de clinquant, & d'orfaverie, elles faisoient du bruit semblable au hoquet. M.
HOQUETON, est un diminutif de Hoque, qui se trouve plus d'une fois dans Montrelet, vol. 3, chap. 8a. Les Archives du Corps venus de leurs Houques. Houque se dit pour Huque, qui se trouve dans Patelin, dans Villon, & dans Coquillard. Ces grands Clercs à ces rouges Huques. Huque a été dit pour Huche, qui étoit un habillement de Femme. Merlin, La Véronique en sa Huche, ce mot est Flamand. Huet.
HOQUETON, est proprement une cotte de maille, un aubergeon. De l'Alleman, hack, que l'Anglois prononce hock, & qui signifie un crochet. Les mailles du hoqueton s'accrochoient l'une dans l'autre. Le Duchat.
HORD. M. Bignon sur la Loi Salique, Titre xxix. Hord: locus apud nos dicitur in sumine, ubi retia tenduntur ad anguillas capiendas. Vide Martin. M.
HORD. Je dérive ce mot de l'Alleman hurd, ou du Flaman horde, qui est la même chose, & qui signifie proprement une claie, en Latin crates. Les Anglois disent hurdle. *
HORE. C'est un terme de mépris, fort commun en Normandie, où l'on dit vieille hore; qui est comme qui diroit vieille garse. Ce mot est pris de l'Alleman hur, qui signifie pellex, meretrix, & qui vient du verbe huren, qui signifie inquinare, d'où le composé behuren, qui signifie polluere. Les Flamans disent aussi hoere dans le même sens. S. Add.
HORION. Aspiré. On dit en Normandie, donner un horion, pour dire donner sur les oreilles. Et à Toulouse, on dit un oreillac, pour dire un coup sur l'oreille. Et j'ai lu dans le Sieur Collet, livre ix. chapitre 5. "I'ai bailla si belle oreillon, qu'il le rendit mort." pieds. Tout cela me donne sujet de croire, que notre mot horion a été fait d'auriculo auriculonis, de cette maniere: auricula, auriculus, auriculo, auriculo 1s, auriculone, aurione, HORION. Beze dans sa L. ste des mots François, qui commencent par une H aspirée, imprimée dans son Traité de Francica Lingua nella pronunciatione, dit que le mot de horion dans la signification de coup de baron, est particulier aux Picards: ce qui n'est pas véritable. M.
HORION. On appelle en Normandie le horion, une groise fièvre chaude, souvent accompagnée de transports au cerveau, & dont on ne meurt pourtant pas: car je me souviens fort bien d'en H O R. H O S. avoir été violemment attaqué. On fuit ce mal de la même manière que la petite vérole, qu'on y nomme simplement la vérole : sine aujourd'hui. S. Add.
HORION. Dans le Journal de Paris &c. 1729. tome 1. page 21. le horion c'est cette maladie que sous l'année 1411. Mezerai nomme copugnache, à cause qu'on s'y couvre la tête d'un capuchon, qui descendant sur les oreilles donna lieu à appeler aussi horion cette maladie. Le Duchat.
HORMIS. Aspiré. De soris, & de missus; comme qui diroit missors. M.
HORIS. Aspiré. De soris : par le changement ordinaire de l'F en H. Les Latins des bas siecles ont dit deforis, d'ou nous avons fait DEHORS. Sylvius, dans sa Grammaire, page 141. FORIS, vel FORAS, hors : vel dehors, a deforis. Similiter, ut alia, fervit omni locorum differentia, id est, quieri & mutui, ad locum, de loco, per locum. EST FORIS : il est hors, vel dehors. VADO FORAS, hors, vel dehors. VUNIO FORIS, de dehors. F autem in H vertimus. HORS vero pro extra sape dicimus. Hors de sens. HORS la ville. Sed fors pro hors, dicunt etiam Burgundi Comitatus & Ducatus : uti nos, forique, quasi foris, & excepto quod. In litibus quoque forclus & forclos, a foris clus, id est, exclusus, & qui opportunitate hac vel illa proferendi excidit. ¶ En Alleman, auß signifie, dehors. Voyez hormis. M.
HOSANNA. Terme de cérémonie des Juifs. Les Juifs donnent ce nom à des prières qu'ils récitent le septième jour de la fête des tabernacles, parce qu'on y répète souvent le mot hosanna. Ils donnent le même nom à une branche de saule qui est dans un faisceau de branches de plusieurs arbres différents, parce qu'ils récitent sur elle un hosanna, c'est-à-dire, une des prières appelées de la sorte. Hosanna est un terme Syriaque, fait de l'impératif du verbe Ebreu יהושע hoschia, salvavit, à la conjugaison hiphile du verbe ייש, & de נא, particule dépréciative. Ainsi hosanna signifie salva quasi. On l'explique aussi par salva nunc. Ce mot est pris du Pl. exvit. 25. où on lit, אנה יהוה יהושע אה, anna lehovah hoschiah na, c'est-à-dire, ab Seigneur, sauvez, je vous prie.
HOST. C'est un vieux mot François, qui signifie armée; témoin ce dicton : Si l'host savoit qui fait l'host, l'host souvent déperte l'host. Il vient d'host : dont Charlemagne, Charles le Chauve, Yves de Chartres, Suger, Aimoin & autres, se sont servis pour exercitus. Voyez le P. Simond sur les Capitulaires de Charles le Chauve, pag. 76. & Spelman, au mot hostis. Hosticum se trouve en cette signification dans le Digeste, la Loi 44. de Testamento M. 1555, qui est d'Ulpi '1.
HOST. On a dit aussi est. Cl mot, elon Wachter, vient originairement de est, mot Teutonique, qui signifie un cheval. On appelle ainsi une armée, parce que les principales troupes des peuples du Nord consisteraient dans la Cavalerie : aussi dans les Ecrivains du moyen âge, les mots d'equitatus, d'exercitus, d'equitatio, d'expeditio, sont synonimes. Voyez du Cange, au mot Hostis. Wachter, dans son Gossarium Germanicum, pag. 756. HOSTIS, exercitus. Paulus Leg. Sal. tit. LXV. 2. Si quis homine ingenuum qui Lege Salica vivit, in hostis, in campanio de companiei suorum, occiderit, secundum quod in patria, si ipse occi- fus esset, componere debuisset, in triplo componat. Dicitur & hostium, & hosticum. Pura tepsomona vide apud Glosographos. Transit a Latin-Barbaris in omnes pene linguas Occidentis. Hinc bellum, expeditio, exercitus, Gallis dicitur host & ost, Iuli hostis, Hispanis huestis, Angiti hostis. Unde a primis repertoribus formatum sit, violatur literati & rerum veterum turisti scutaturis adhuc ignorare. Spelmannus & Cangius filent. Eccardus & reliqui a Latino hostis deducunt; quod qui pers potuerit salvo & integro sensu, ipsi viderint. Hostis (ut mihi quidem videtur) primo significavit equitatum, nomenque accepit ab hostis equus, qui sacris etiamnum dicitur hostis, Danis hostis, Islandis hostis. Veretius in Indice : vigheista equi bello apti, heitword excubia equitum, heftathing iudicium de certamine equorum, heftat equum conscendere volent, brynna hefton ad puteum equus aquare. Postea ab equitatu transerrit copit ad exercitum significandum. Causa transerendi fuit, quod Germani medio avo nullos haberent exercitus nisi equestres, & quod tunc equus practipum esset belli gerendi instrumentum. Et talis quoque est facies Maris antiquissima. Nam primis temporibus negotium belli equites pene soli conficiebant, peditibus quidem cinci, sed usui magis servili quam pugna destinatis. Casar de exercitus Ariovisti, lib. 1. de Bel. Gall. cap. 48. Equitum millia erant vi. totidem numero pedites velocissimi & fortissimi, quos ex omni copia singuli singulos, siue salutis cauta, delegerant. Cum his in praelis verlabantur; ad hos se equites recipiebant : hi si quid erat durius concurrebant, si qui, graviore vulnere accepto, equo deciderant, circumfestebant; si quo erat longius progredendum aut celeribus recipiendum, tanta erat horum exercitatione celeritas, ut jubis equorum fublevari, curum æquarent. Postea major erat peditum quam equitum cura. Tacitus de M. G. cap. vi. In universum æstimant plus penes peditem roboris, eorufi mixti praestantur, apta & congruente ad equitatem pugnam velocitate peditum, quos ex omni juventute delectos ante aciem locant. Videntur tamen & hic Germanorum studia fuisse divisa aliis equitem pediti, aliis peditem equiti praeserentibus. Nam de Cattis scribit Tacitus ibidem cap. xxx. Omne robur in pedite. Et de Tenderis cap. 12. Nec major apud Cattos peditum laus quam Tenderis equitum. Sic instituere maiores, posteri imitantur. Primi Alamannorum erant viri equestres, & ex equo mirifice pugnantes, tefte Aor. Vellore in Caracalla. Sed de primis Francorum refert Agathias lib. 1. Equis nisi paucis non utuntur, avito more & educatione ad pedestrem pugnam exerciti. Verum hunc morem postera atas mirum quantum mutavit, praeserim ubi Gallia omnis a Francis aut Alamannis esset occupata. Tunc enim peditatus paulatim viliscere, & vis ac robur belli omne in equitatu collocari copt : qua res mox Feudis originem dedit. Quod adeo verum, ut seriporibus mediti avi antiquissimis equitatus & exercitus, equitatio & expeditio sunt synonima. Qui dubitat, adeat Canum in ture Hostis, & nubem testim inveniet. Usui peditum, diu intermissus, tandem revocari copt sub expeditionibus religionis causa fuscoptis, quas vulgo cruciatas vocant.
HOTAGE. Les villes & les personnes qu'on baille pour affurance de paix, de trêve, ont de telle autre convention de guerre, sont appelées l'orgas : de hostis, qui signifie armée dans beaucoup 46. d'Auteurs de la démiere Latinité. L'Abbréviateur de Grégoire de Tours, ch. 17. *Pracepit Rex hoſtis fous, ut nec cibum nec ullum ſtipendium de ipſo pago tullerens.* Orderic Vital, Hiſtoire Eccléſſiatique, liv. 9. *Mors eſt Gentilium in hoſtem copioſas opes deferre.* Et vous trouverez ce mot en cette ſignification dans pluſieurs autres Auteurs, & particuliérement dans les Capitulaires. Il eſt pourtant vrai que du commencement les perſonnes ſeules étoient appelées *hôtages*, parce que le parti auquel on les donnoit pour aſſurance, les tenoit dans ſon armée de peur qu'elles n'échappaſſent, ou ne fuſſent enlevées. Car je trouve auſſi que *obſtagiare* eſt pris pour *camper* & *demeurer dans une armée.* L'Auteur anonyme du livre de *recuperatione Terra Sancta*, voulant dire que jamais Prince ne campa plus ſouvent ni plus long-tems que Charlemagne en terre étrangère, uie de ces paroles: *Nec recolo me legiſe aſtignim Principem in terris alienis & remoris diu obſtagiare-prater Carolum Magnum.* Mais comme dans le cours du tems les mots ſont détournés de leur naturelle ſignification, *hôtage* & *hôtager* ont paſſé à d'autres usages. Les Coutumes de Bretagne, art. 114: *Celuy qui a obſtige ſon corps a tenir oſtage pour deſtre civile.* Et art. 116: *Celuy qui a fait arrefter ou oſtager quelcun, &c. où oſtage eſt pris pour priſon; & oſtager, pour emprisonner.* Il y en a qui écrivent *ôtage*, pour *hôtage*; parce que l'on écrivait *oſt*, pour dire armée. J'ai remarqué que *credentia* ſigniſoit *hôtage*. Le Teſtament de Charlemagne: *De obſidibus autem qui propter credentias dati ſunt.* Caſeneuve.
HÔTAGE. Voſſius dans ſon de *Vittis Sermonis*, pag. 447. le dérive d'*oſſer*. Hoſtagium, & oſtagium, *idem ac obſidatus, ſive conditio ejus qui eſt in vadimonio.* *Matthæus Parisius, ad annum cideæ XXII.* Dux Bavariæ, & alii divites, in hoſtagio remanſerunt. Soldanus vero, pro jam dicta paſtione, ex parte ſua, viginti in oſtagio rediſulit. *Sane, Galli & Angli, ſimiliter HOſTAGE. Hoſtagium vero, ab oſtagium: hoc, non ab oſtando, quia obſet hoſtilitatis opinioni; ſed a Gallico hoſtage, vel oſtage. Hoſtage autem, non ab hoſtis, quia hoſpitem notat, & obſes, hoſpitis inſtar, apud nos agis, ſed, & voix, & voix ex obſidage. Sane opinionem han firmat, quod poſtremorum ſeculorum Scriptores obſidis conditionem vocant obſidatum. Uti Eutropius, libro 2. Sexcentis civibus Romanis in obſidatu receptis. *Amoianus, libro XVI.* Pater ejus obſidatus pignore tentus. *Ac poſtea:* Obſidatus ſpecte, viri celebres altrinſecus dautur. François Pithou, dans ſon Gloſſaire ſur la Loi Salique, titre 28. le dérive d'*hoſtis*, dans la ſignification d'*hoſt*. M.
HÔTAGE. Selon moi, vient d'*hoſpitagium*, fait d'*hoſpes*. L'*hôtage* eſt en quelque ſorte l'hôte de celui auprès duquel il eſt en hôtage. *Le Duchat.* HÔTE: D'*hoſpite*, ablatif d'*hoſpes*. HOſTE-IR, pour *loger*, ſe trouve dans Hugues de Benſy. Voyez Paſquier VIII. 1. pag. 683. M.
HÔTEL. D'*hoſpitale*. Les Gaſcons ôſent *koſtau & vulgat*, pour *maſſon*. M.
HOTON. L'ancien Dictionnaire Latin-François, public par le P. Labbe: *Acus aceris. Hoton ou branc. A. maceris*, c'eſt la balle du froment, *purgamentum fromenti*. M.
HOTON. Je dérive *hoton de haſtione*, fait de *haſt, &c. augmentatif de haſtion*, fait de *haſtione*. Du même *haſtion* nous avons fait *haſtione*, H O T. H O U. qui ſignifie *ôrer*: & les *hotons*, c'eſt proprement ce qu'on ôte du blé. *Le Duchat.*
HÔTTE. Aſpiré. Panier d'*oſter*, étroit par en bas, & large par en haut, qu'on attache ſur les épaules avec des bretelles. Lat. *Corbis doſſuaria*. L'origine de ce mot ne m'eſt pas connue. M.
HÔTTE. Je le dérive de l'Alleman *bunten*, qui ſignifie *convſit*, cacher. Voyez la *Franco-Ouſita* de J. H. Ottius, imprimée à Bâle en 1670. *Le Duchat.*
HOUBLON. Aſpiré. Lat. *lupulus*. Les Flamans diſent de même *houbelon*. Scaliger contre Cardan, Exerc. 87. *Recentes lupuli flores tugidos, quos houbelon vocant Belga*. Les Flamans & les Anglois diſent *hopp*. Les Allemans diſent *hopp*. J'ai cru autrefois que ce mot *houbelon* avoit été fait de *lupulo lupulonis*, augmentatif de *lupulus*; & qu'on en avoit ôté l'L, penſant que ce fût l'article: mais je viens d'apprendre des Homonymes des Plantes de M. de Saumaire, chap. 63. qu'*upulus* eſt l'ancien mot Latin. Voici ſes termes: *Lupuli etiam nomen non ſiocere Latinum, ſed corruptum. Vera vox antiqua upulus, vel opulus. Inde hublonem noſtri finxerum, perpetuo ſuo more aſpirandi qua à Latinis mutuati ſunt vocabula. Ut contra, ſine aſpiratione pronuntiant qua in Latio aſpirantur. Huic ſi attendis obſervationi, verſſimam deprehendes. Gloſſa Veteres: Opulus, 1000, 1000, &c. Plinius opulum ſalictarium vocat, quia ſalices ſcandat & alliget. Libro XXI. cap. 15. Præter has, paſtinacam pratenſem, opulum ſalictarium, eaque verſus oblectamenta qu'm cibos. Malé editur, lupum ſalictarium. Hujus opuli, vel upuli ſalictarii mentionem etiam ſactam compri à Carone; ſed locus hodie in vitio ſepultus veram leſtionem diſſimulat. Sic enim legiur vulgo de R. R. cap. 37. Ex ſegere vellito obulum, cicutam, & circum ſalicta herbaram altam ulvunque: eam ſubſternito ovibus, bubuſque frondem putidam. Ulva illa nihil ibi ſacit, nec ad rem eſt. Omnino ſcribendum: & circum ſalicta herbaram actam upulum. Eam ſubſternito ovibus. Plinius hunc Varronis locum citavit lib. XVII. cap. 9. quo loco legiur in omnibus libris, herbaram actam ulvunque. De ulva, cerium eſt ibi locum non habere: nec minus deberi eam ſedem opulo, herba qua circum ſalicta agitur & creſcit. Ex eo loco opulum ſuum ſalictarium Plinius expiſcatus eſt. Nec dubium eſſe noſtrum houblonem, manifeſto nominis argumento. Nam oſtionem pro opulo dixere recentiores; ut maniſplum, pro manipulo; ſiſlum, pro ſitulo. Cardonem præterea dicere amant, qui carduus eſt; & ſimilia. Nos porro, de more noſtro, aſpirationem & voci adſecimus, & omnibus aliis de latio acceptis. Opium videntur veteres Latini appellare, quod epulis idoneus eſſet, quas opulas antiquitus dicebant; ut voto, pro veto; voſter pro veſter; & ſimilia. Bouvias ſalio Graci recentiores nuncuparum. M.
HOUDINS. Voyez *houx*. M.
HOUE. Aſpiré. Outil de Jardinier & de Laboureur. D'*upupa*, dont les Latins ſe ſont ſervis en cette ſignification, à cause de la reſemblance qu'à cet inſtrument à la tête d'une *hupe*. Le Gloſſaire: *obpopa, 1000; oppopa, 1000*. Les François ont de même appelle *pic* un autre inſtrument, à cause de la reſemblance qu'il a avec le bec d'un piverd. *Hoxe* à être forme d'*upupa*, comme *choux* de *cucoba*. M. de Saumaire ſur l'Hiſtoire Auguste, pag. 137. AMA est instrumentum quo foditur hortus. Quam Graci veteres aulius, recentiores orqualius appellarum, cum id nomen esset proprium tantum ejus instrumenti, quod igni admeverur. Dupum igitur duo Graciæ significat, fœtulum aut ligonem. Vulgò dicimus une pale de fer, ou un lochet. Spera appellant Graciæ: Latini etiam upupam, vel opopam, apelaturunt: quod verbum nunc primi Lingua Latina rostrum. Gloffa Veteres: obpopa, iper: & opopa, iper. Hinc intelligendus ille Plauti locus, hactenus nemini intellectus, in Captivis, de servo in Lapidicinas dato: Nam ubi illo adveni, quasi patriciis pueris aut monedula, Aut anates, aut coturnices dantur, qui- /cum luistent, Itidem hæc mihi advenienti upupa, qui me delectet data est. Ubi upupa, non est malleu, ut stultè sunt interpretati, sed iper ut optimè Glossarii Autor exponit; non ea quidem plane formâ, nec idem instrumentum cum ama. Nam hæc ad terram fœdendam, & latior: unde magum adveni exponitur à Grammatis: illa, ad eruendos lapides, & acuta, & non malè referens upupa caput cum rostrò. Nobis est un pic. Nomen tamen etiam upupæ, vel opopæ, vulgo retinemus, nam houe vocamus instrumentum illud iperum. Ut cucubam, qua est noctua, chouæ appellamus. Sic upupam, vel opopam, lapidicinis reddidimus. Hæc una est ex significatinibus verbi orqualium: cæque, ut dixi, impropria: Nam propria est cum varillum significat: tunc enim est àum orquò. Hoc est, ut vulgo loquimur, una pale à feu. Videmur tamen Latini in eo Gracox imitari, ut varillum non tantum id appellent, quod igni servit, instrumentum, sed etiam aliud genus, quo colligitur stercus ac tollitur. Hæc enim notione apud Varronem accipitur libro tertio cap. VI. Utrumque locum purum esse volunt hæc volucres: itaque pastorem earum cum vatiilo circumire oportet, ac stercus tollere, & confervare. Ubi varillum, non est foci, sed alterius generis instrumentum, quam palam vulgo vocitamus, sive ferrea sit, sive lignea, tollendo, colligendoque fœtori, & alli rei cullibet, aptam. Sic apparet, & Gracox voce orqualium & Latiniæ, vatiilo, & Italos suo badile, quod à battilo deducum est, non uſos tantum esse, ad exprimendum focarium illud notum instrumentum, sed etiam ad alia illa qua posimus. M.
HOUX. J'ai peine à croire que ce mot vienne du Latin upupa. Il me paroît bien plus simple & plus naturel de le dériver, aussi bien que le verbe boxer, de l'Anglois to box, qui signifie la même chose. Les Allemans disent hauen ou hauwen, pour, couper, tailler, de quelque maniere que cela se fasse. Les Flamans disent houwen. La ressemblance de ces mots avec le mot François dont il s'agit, est trop frappante pour qu'on puisse douter que celui-ci ne vienne de l'un ou de l'autre. HOULD I. C'est-à-dire, grace, dit Borel, dans ses secondes Additions. De l'Alleman bold, ou buld, qui l'un & l'autre signifient grace, faveur. Le Duchat.
HOULETTE. Aspiré. Lat. pedam. Gr. 120. D'agolum, qui se trouve en cette signification dans Festus, en ces termes: AGOLUM. Pastorale basulum, quo pecudes aguntur. Et il en a été formé de cette sorte: agulum, agolum, agola, agoletta, aoletta, HOULETTE. On a fait agulum d'ago, comme coagulum de coago. Voyez gaulo, & haler. Agolum se trouve aussi dans les Glofes anciennes, qui il est interprété harpétien. M.
HOULLEUR. Vient mot inusité, qui signifiait adultere. L'ancien Dictionnaire Latin-François du P. Labbe: ADULTER: ribaut, ou houleur. SCORTATOR: houlier. Dans un vieux Glossaire manuscrit de M. Bigot, adulter est interprété, ribaut, houleur. M.
HOULLEUR, vient de l'Alleman huer, fait de bur, qui signifie scortum, meretrix. Les Flamans disent boer, les Anglois whore. On a changé la lettre r en l. Le Duchat.
HOUPE. Je crois que ce mot a été formé de huppe. Voyez huppe.
HOUPÉLANDE. Aspiré. Sorte de cæaque. Ce mot est ancien dans notre Langue. Il se trouve dans l'Inventaire des meubles de Charles V. HOUPLANDE: pamula pastoralis, dit Nicot. M. Huet croit que nous avons appellé houpelande cette sorte de cæaque, parce qu'elle nous étoit venue de la Province de Suède appellée Uplande: de la même façon que nous avons dit hongroise & hongreline, & cæaque, & cravate, du nom des lieux d'où ces habillements nous sont venus. Les Italiens appellent une houpelande, pelanda. M.
HOUPIER. Aspiré. On appelle ainsi un baliveau, jeune chêne, réservé pour la repeuplée, tondu, & ébranché jusques à la plus haute houpe, pour le faire croître en haut, dit le P. Labbe: ce qu'il a pris de Nicot. Ce mot a été fait de celui de huppe. M.
HOUPLEUR. Voyez ci-dessus houleur. M. HOURAGAN. D'orage. Voyez OURAGAN. Huer.
HOURD. Aspiré. Nicot dit que hourd, ou hourdis, est un mot Picard, qui signifie échaffant. Dans le Roman du petit Saintré, ch. 35. Comment Saintré se contenoit honneflement quand il passoit par-devant le Roy & la Reyne, estant en leur houre. M.
HOURD. A la bonne heure que hourd soit un mot Picard: mais cela n'empêche pas qu'il ne vienne, ainsi que hord, qu'on a vu ci-dessus, de l'Alleman hurd, qui signifie proprement une claie, & ensuite un bouclier, une porte, une maison, sur-tout rustique, une assemblée.
HOURDES. Genus rustici calciamenti, ex corio crudo, aut pellibus, compaetum, dit Charles Erlenne dans son de Re Vestiaria. M.
HOURDES. Ce mot vient peut-être aussi de l'Alleman hurd, dans la signification de claie. On a pu faire des chaussures de la même matière que les claies, sur-tout pour des gens de la campagne.
HOURET. Mauvais chien de chasse. Moliere dans ses Fâcheux: Dieu préserve, en chassant, toute sage personne D'un porteur de hachet, qui mal-a-propos sonne: De ces gens, qui suivis de dix houres galoux, Disent, ma Meuse, & sont les Chasseurs merveilleux. M.
HOURS. Voyez HOURD. M. HOUSEAU. HOUSE. Nos Anciens François appelloient houses & houser, ce que nous disons maintenant hores & boter. Le Sire de Joinville, en la Vie de S. Louis: La chair des jambes nous desséchoit jusques à l'os, & le cuir nous devenoit tanné de noir & de terre, a ressemblance d'une vieille houfe qui a esté long-temps mucée derrière les cofres. Enguérand de Monstrelet, vol. 3. S'en alla houfer & monter sur un tres-bon cheval. Froissart, vol. 9. ch. 35 : Houfeaux, fouliers, chauffer à houfer, espérons, &c. Le Catholicon parvum : Ocrea, houfe, orcare, chauffer houfeaux ; osa, houfeau à chauffer ; osare, chauffer houfeaux. Joannes Jannentis, dans son Catholicon : Osa, quoddam genus calciamenti, ab os ossis dicitur, quod primo de coris boum osa facta sunt ; & quamvis nunc ex alio genere fiant, pristinum tamen nomen retinent. Auquel lieu, selon la pensée de l'Auteur, il faut lire de ossibus au lieu de de coris ; bien qu'il n'y ait aucune apparence que osa, ou comme écrivent les Auteurs de la dernière Latinité hosa, soit formé d'os ossis. Cafeneuve.
HOUSEAU. Vieux mot inusité, qui signifie botte : ocrea. Coquillart, au Proces d'entre la Simple & la Rufée : Chevauchant à quatre chevaux, Sans étrivieres ne houfeaux. Et au Monologue des Perruques : Les autres, sans offense ville, Se pourmainent par monts, par vaux, Et sont houfe, parmy la ville, Pour dire qu'ils ont des chevaux. De hofellum, diminutif de hosa, Latin-Barbare, fait de l'Alleman hofe. Le Glossaire Latin-Saxon : caliga, ocrea, HOSA. Paul Diacre, liv. 1v. ch. 24. des Gelles des Lombards : Fostea vero cœperunt hofis uti, super quas, equitantes, rubrugos birreos mittebant. Sed hoc de Romanorum consuetudine trakerunt. Notkerus, des Gelles de Charlemagne, liv. 2. Cumque ad obsequium Domini cuncti hofas suas vellent extrahere, ille prohibuit. Et c'est de ce mot hosa que les Grecs modernes ont pris leur vers, qui se trouve en la même signification dans Achmes, ch. 210. Voyez Spelman en son Glossaire, & Vossus de Vitis Sermonti. Au lieu de houfe, nous avons dit houfe. Mathieu Paris, en 1247. Preciosissimus vestibus adornati, calceamentisque militaribus, qua vulgariter HUSSES dicuntur. Ce qui paroît aussi par le sobriquet de Courtehoufe de Robert, Duc de Normandie. Voyez du Tillet au Traité d'Angleterre. Haufe, en Alleman, signifie entre à présent hautechauffe. Et des bottes, en Bas-Breton, s'appellent heus. Et nos payfans disent encore houfe, pour dire des chauffer : & se houfer, pour se chauffer. Et de-la, le mot de triquehoufe, pour gamache. M.
HOUSEAU. Le houfeau n'étoit pas une botte entière, mais proprement une botte à la Dragonne, ou une simple tige de botte sans fouiller ou sans avant-pie, comme parle Villon, dans un passage cité par M. Ménage, au mot Brodequin. Et je ne fais si du tems du Roman de la Rose, les femmes mêmes n'avoient pas pris la mode de porter des houfeaux. Du moins y a-t-il quelque apparence, à voir comme l'Auteur parle, fol. 127. r. voici les termes : Et par grant entente lui chauffe * En chascun pied fouiller & chauffe, Et a deux doits du parcouent, Entaillez si follement. De houfeaux n'est pas extrémité ; Car pas n'est pas de faisin tué. Ce fust trop rude chaufferent A pucelle de tel jouvent. Le Duchat.
HOUSEAU. On ne fautoit douter que le mot houfeaux ou houfe, ne soit d'origine Celtique, puisqu'on le reconnoit dans un si grand nombre de Dialectes, tant anciennes que modernes, qui viennent de la Langue des Celtes. Voyez Wachter, dans son Glossarium Germanicum, au mot Hofen. On dit proverbialement, il a laiffe les houfeaux. Houfe ou houfeaux, signifiouent autrefois des bottes, d'où nous avons fait le mot de triquehoufe ; & le surnom de courtehoufe, donné à notre Duc Robert, dans la Chronique de Normandie, ch. 50. sur la fin. Robert, Duc de Normandie, étoit de petite stature, & de gros membres, & pource qu'il avoit les jambes courtes, il fut nommé Courtehoufe. De houfe l'on a fait les verbes houfer & dehoufer, c'est-à-dire, botet & deboter. Le Roy arriva le matin, & tout houfe fut à la bénédiction, dit Nicolas Giles, en la Vie de Charles VII. Et dans Alain Chartier, en l'Hôpital d'Amours : Tantost qu'il fera descendu, Sans dire ce qu'il a trouvé, Et sans ce qu'il ait attendu, Qu'il soit venu ne dehoufe, Il ira passer tout croît. Heuse, & le Latin-Barbare hosa, qui se trouve dans Paul Diacre, viennent de l'Alleman hofe. Nous disons donc que quelqu'un a quitté les bottes, & laiffe les houfeaux, quand il meurt, & que, comme dit Nicot, il s'est déchauffe & mis au lit pour mourir, tellement qu'il n'a plus de besoin ni de chauffer, ni de quoique ce soit. De-la aussi est venu cet autre proverbe, mais qu'on voit cortompu : A l'an soixante & douze, Temps est que l'on se houfe. Il faut dire, temps est qu'on se dehoufe. Qui le voudroit, on pourroit moraliser, & étendre davantage la pensée de Nicot, en disant que notre vie est un voyage : faisant quoi, Jacob disoit, que les jours de son pèlerinage avoient été courts & mauvais ; & qu'ainsi le voyage étant fait, on devoit tirer les bottes, puisqu'on n'en avoit plus affaire. Voyez Pasquier, liv. 8. ch. 38. qui en rapporte une origine historique. On dit encore par une autre métaphore, que quelqu'un est délogé, pour dire qu'il est mort. De Brieux, Origines de quelques Coutumes anciennes. *
HOUSPILLER. C'est le même que gospiller. Et l'un & l'autre viennent de vulsipilare ; c'est-à-dire, plus vellere. Vello, vulsif, vulsipilum, vulsipilare. M.
HOUSPILLER. Je crois que ce mot a la même origine que gaspiller, par le changement de G en H, & de A en ou. Voyez ci-dessus gaspiller. *
HOUSSARS. Voyez HUSSARS. HOUSSE de cheval. Aspiré. Les Languedociens & les Gascons disent horfe : ce qui pourroit donner sujet de croire que le mot de houfe auroit été fait d'ursa. Les anciens se servoient de peaux d'ours pour se couvrir, comme il paroît par cet endroit de Virgile : occurrir Acesles, Horridus in jaculis, & pelle Libysidis ursas. Et notre mot de houfe se disoit anciennement d'une sorte de couverture dont les femmes de village se couvroient l'hiver. Nicot : HOUSSE, est une maniere de couverture
HOU. HOY. HUA. 49 verture de gros drap, de longueur d'une aulne, ou environ, que les femmes de village, en maintes contrées de France, portent l'hiver; s'en affublions la tête & les espantes contre le froid, la neige, & la pluie; laquelle n'a aucune façon de tailleur, ne de confluence, ainsi est toute telle qu'elle vient de la boutique du marchand drappier; si d'aventure on ne lui met un bord, ou fait un ourlet, pour la garder que le drap ne s'effle par la trenchée, & pour la faire plus durer, &c. Et il paroît d'ailleurs, par cet endroit d'Ammian Marcellin, liv. 14. Operiments; ferres equorum, omni multitudine defensa, que les couvertures des chevaux étoient de cuir. Voyez érouger. Et encore aujourd'hui, plusieurs houffes sont de peaux d'ours & de tigres. M.
HOUSSEPAILLER. Rabelais, liv. 2. ch. 30. Nerva housepailler. C'est un valet de cuisine. Mathurin Cordier, dans son de corr. Serm. emendation, ch. 14. n°. 26. de l'édition de Lyon, en 1519. Hic mediastanus, ung foullon de cuisine, ung housepailler. In gymnasit Parisiensibus diri folet, ung marmiton. Rabelais, liv. 4. ch. 9. a appelle gens botez de foin, des gueux ou des éoquins, qui n'ayant pas le moyen d'avoir des bottes de cuir, pour se garantir du froid ou des boues, s'en font avec du foin qu'ils fient & cordellent autour de leurs jambes. Ici un housepailler, comme écrit ce mot Mathurin Cordier, c'est un homme si misérable, que n'ayant pas même du foin pour s'en faire des bottes au besoin, il est obligé de se houser ou botter de paille. Voyez M. Ménage, au mot houfeau. On voit l'hiver dans les Provinces quantité de paysans housses de la forte. Le Duchat.
HOUSSER. Cheval housse, tantôt signifie un cheval couvert d'une housse: Voyez Nicot & Borel; & tantôt un cheval qui a une plaie qu'on vient de nettoyer. Le Traducteur de la Maréchallerie de Laurent Rufe, ch. 102. Puis soit mis sur la faulx du cheval, tout chault, tant qu'il pourra endurer, en le liant de quelque chose; & trois, quatre, ou plus de fois le jour, soit housse, s'il est vu expédient. Dans cette dernière signification, housse vient de housseoir, qui est une espèce de balai, ainsi appellé, soit de houx, parce qu'il est ordinairement fait de cet arbitrageau qu'on nomme houx, d'où housse; soit de l'Alleman aussi, qui signifie dehors; d'où aussi nous avons fait housse, qu'on dit a un chien qu'on chaffe. Le Duchat.
HOUSSINE. Baguette flexible. Du mot de houx; parce que les houffines se font ordinairement de houx. M.
HOUX. Aspiré. Arbitrageau. M. de Saumaité sur Solin, pag. 961. le dérive d'ilice, ablatif d'ilex. Aquifolium porro veterum Latinorum, & hodierorum agrifolium, est frutex, vel arbuscula, qua Gallis dicitur Houx, & in justum arboreum aliquando furgit; foliis aculeatis, & semper comantibus; qua profrulta baccas habet rubentes & translucidas. Haud multum hac arbor ilici aquifolia dissimilis: ideo semper eas jungit Plinius idem. Utraque certe folia aculeata prafert, & semper viridia. Hinc quidam ex nostris Herbaria rei peritis, Houx interpretantur ilicem. Nec difficeor Gallicam ex ilice faillam esse, qua Iialis elce. Unde illud Houx. Hic enim nostris perpetuum est, ut qua penes Latinos veteres, aut Italos, adspirantur vocabula, sine flatu pronuntare soleam; & contra, qua apud illos carent spiritus, ipsi adspirent. Quod verum esse deprehendent, qui vel parum attendent. Ilex tamen Aquifolia, & Aquifolium, differunt. Ilicem Galli vocant LOU. 15. Tome II. aquifolium, Houx. D'autres le dérivent d'ilex. A caute des pointes des feuilles du houx. & signifie aigu. M. Bochart le dérivoit de & lequel mot, selon le témoignage de Paulanias, dans les Phociques, signifioit parmi les Galates, une espèce de plante dont la graine étoit rouge, comme est celle du houx. Tlui & Dajani ravolus lutea, qui 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 à 10 De houx, on a fait HOUDIN. Nous appellons ainsi en Anjou cet arbitrageau que les Apothicaires appellent brucius, ou myrte sauvage. M.
HOUX. J'ai peine à croire que houx vienne d'ilice ni d'ilex. Je le dérive du Teutonique huist, qui signifie rufus silvestris.
HOYAU. Lat. ligo. De fodiellum, fait de fodere. Ou upupellum. Voyez houx. M.
HOYAU. Je crois que ce mot a la même origine que houx, puisqu'il en est un diminutif.
HOYER. A Metz signifie quereller, tanfer, & quelquefois appeller. Il vient de vocare, auquel sens on a dit aussi huyer, qui vient pareillement de vocare. Froissart, vol. 1. fol. 12. v. de l'édition de Jean Petit: Et tous les vespres les Escojons faisoient par confume grans feux, & faisoient grant bruy de corner & huyer. Vocare, vogare, voare, voare, huyer. Le Duchat.
HUAU. Aspiré. On appelle ainsi un milan dans les Provinces d'Anjou, du Maine & de Touraine. Et dela, verge de huan, c'est ainsi que les oiseaux appellent une verge à laquelle ils attachent les ailes d'un milan, avec des grelots. Et ils appellent aussi huan ces ailes. Voyez l'Auteuil des Rufes Innocentes de la Chaffe & de la Pêche, pag. 178. Ce mot de huan a été formé de celui de huer: parce que les paysans huent & crient après les milans, quand ils s'approchent de leurs maisons. M. Voyez HUIAU.
HUAU. Ce mot se trouve dans la Légende dorée, imprimée en 1476. Légende de S. Pierre ad vincula; & il y est mis pour le bubo de l'original Latin: ce qui me persuade qu'il pourroit bien venir de bubus, dit par metaplasme pour bubo. Bubus, bubellus, ubellus, nau, huan, en y préposant un h, comme a plusieurs de nos autres mots. Le Duchat.
HUAU. Hibou. Je le dérive de l'ancien Franc huxo, qui signifie la même chose. Peut-être aussi que notre mot huan, & l'ancien Franc huxo, ont été faits tous deux par onomatopée du cri du hibou, que nous appellons aussi par cette raison chat-huan. Hu, dans les Coutumes, signifie-ci, huée. Voyez ci-dessus huer, & ci-dessus hibou. Le Latin ulula, l'Anglo Saxon ule, l'Anglois ovel, l'Alleman eole, sont des noms du hibou, formes pareillement du cri lugubre de cet oileau. H U B. H U C.
HUBERT. Nom propre d'homme. Skinner le dérive de deux mots Anglo-Saxons, *hewe*, qui veut dire couleur, & *berth*, qui signifie brillant, éclatant. Puis il rejette l'étymologie qu'en donne Veritegan, qui fait venir ce nom de *heugh*, partie du mot *heugide*, lequel signifie fête, & métaphoriquement délices, plaisir, & de *berth*, qui veut dire enclin, porté. Selon la première étymologie, *Hubert* signifie, qui a un teint brillant : & selon la seconde, il veut dire, qui est porté au plaisir, qui aime le plaisir. Mais je croirois plutôt que *Hubert* n'est qu'un abregé de *Humbert*, par le retranchement de l'M. Voyez ci-dessous *Humbert*.
HUC. Voix. Jean le Maire de Belges, dans son Poème intitulé : *Le Temple d'honneur & de vertus*, Chanson sixième : Larrons sont prins au juc. De *voce*, ablatif de *vox*, qui dans cet endroit signifie *cri*. Le Duchat. H U C H E. Aspiré. Sorte de coffre. De l'Anglois *hutch*, qui signifie en général toute sorte de coffres, & en particulier *une mait*. J'apprens de M. Moisant de Brieux, Conseiller au Parlement de Metz, que le mot François *huche* se trouve souvent dans les vieux Ecrivains François, dans la signification de *coffre* : ce qui ne confirme pas peu cette étymologie. Les Angevins prononcent *huge*. Dans la Recette de la Prevoté d'Angers : *Huges & coffres*, &c. Et ce mot se trouve dans les Assises de Jérusalem. *M.* H U C H E R, H U E R. Ces deux verbes, quoique de signification un peu différente, viennent pourtant de même origine. *Hucher* est proprement crier à dessein de faire entendre quelque chose. Le Roman de Guillaume au court nez : Par sa mesgine a fait un Ban *hucher*. C'est de-là qu'est formé *huchet*, qui signifie le cor d'un poftillon, duquel il sonne pour donner avis de sa venue. *Huer*, ou *huier*, c'est crier confusément. Tous deux viennent de l'ancien mot François *hus*, qui signifie *cri*. Ville-Hardouin, liv. 3. *Le hus ere si gran*, que il sembleait que terre & mer sondit. Caseneuve. H U C H E R. Vieux mot, qui signifie *appelier*. Hellinand, dans son Poème de la Mort, Stance 11. *Mort crie Rome*, & *huche Rheims*. Patelin, dans la Farce de Patelin : *Au moins viendrez-vous essayer Quel vin je boy. Votre feu pere, En passant, huchois bien, Compete.* Marot, Pseaume 10. *Lors huchera & terre, & ciel luisant.* Ronsard, liv. 1. de la Franciade : *Huche les vents*. Sur lequel endroit Ronsard a lui-même fait cette Note : H U C H E : *Vieux mot François*, qui signifie *appelier*. De-là vient un *huchet*. C'est un cornet duquel on appelle les chiens à la chasse. M. Scarton a H U C. H U E. employé le mot de *hucher* dans le vi. de son Enci-de Burlesque : *La Professe en voix de fausset, Devant la porte de l'Eglise, Hucha les gens du fils d'Anchise.* Et Moliere, dans ses Fâcheux, celui de *huchet* : *Dieu préserve en chassant toute sage personne D'un porteur de huchet qui mai-a-propos sonne.* Ce mot est aussi encore usité dans le Blagon pour une trompe. Nicot dérive *hucher de heus* : & M. de Caseneuve, de l'ancien mot François *hus*, qui signifie *cri* dans Ville-Hardouin : & Dominicy, de *huescum*, ou *uccum*. ORDEAM PULSARE, *significat* battre le beffroy : *sicut in Legibus Scatorum*, cap. xv. *levare huescum*, *vel ut in veteribus Formulis*, cap. 30. *uccum* : *idem est ac clamare* : *unde nos hucher effuximus*. C'est au chap. 11. de son livre du Franc-Alleu. Il vient de *vocare* : ce qui a été fort bien remarqué par Périon : ce qui est remarquable ; car Périon ne rencontre pas bien en étymologies. H U C H E R, dit-il, *lingua nostra vocare appellatur* : *a verbo ipso vocare* : *ex quo, O per syncopem detracto, nostraque lingua produzione, ucer primum, deinde, aspiratione per prothesin praposita, atque, ut fere sit, per epenthesi intereicla, hucer natum est*. Les Picards disent encore aujourd'hui *veucher*, & *huquer*. Beze, dans son de *Francisa Lingua recta Pronunciatione*, remarque que le mot *hucher* est particulièrement du langage Picard. ¶ *Hucher* est aspiré. *M.* H U C H E R. L'étymologie que Nicot & M. de Caseneuve donnent de *hucher*, me semble préférable à celle de M. Ménage. Il est tout naturel de dériver ce mot de *heus*, ou de *hus*. H U C Q U E. Aspiré. Espèce d'habillement. Villon, dans son Testament : *Item, je laisse en beax pur don Mes gands, & ma hugué de soye.* Coquillart, dans ses Droits Nouveaux, au chapitre de *Jure Naturali* : *Combien que tous ces grands Decleurs, Ces grands Clercs, à ces rouges hugues.* Sur l'endroit de Villon, Marot a fait cette Note : H U C Q U E, *habit du temps*. Par le passage de Villon, & par celui de Coquillart, il paroît que c'étoit un habillement d'homme. Néanmoins ce mot vient vrai-semblablement du Flaman *huicke*, qui signifie une espèce de manteau de femme, lequel descend depuis la tête jusqu'aux pieds. *M.* H U E. Nom propre. Voyez HUGUE. * H U E R. D'ululare, par contraction. *M.* H U E R, c'est crier par moquerie. *Huer* quelqu'un, c'est crier après lui en se moquant. Je dérive ce mot, avec M. de Caseneuve, de l'ancien François *hus*, qui signifie *cri*. Ou, si l'on veut, ce sera une onomatopée. *Ha, he, hi, & hu*, sont des interjections dont on se sert naturellement quand on veut se moquer. Chez les anciens Francs *hu* signifiou moquerie, & *huen* se moquer. Ces deux mots ressemblent parfaitement aux nôtres *huée* & *huer*. *Huzza* en Anglois est une acclamation ; & *to huzza*, c'est faire des acclamations. *To huzza*, c'est faire un bruit sourd, bourdonner. * H U E. H U G.
HUERIE. On appelle ainsi en quelques villes de Champagne, la coutume établie en France de crier le Roi boit, la veille ou le jour des Rois. Ce mot vient du verbe huer crier. Voyez huer.*
HUETTE. Aspiré. Oiseau de nuit. D'aluletta, diminutif d'ulula. Belon, dans son Livre de la Nature des Oiseaux, 2. 34. HUETTE, & HUETTE, sont dictions Françoises, données pour exprimer une espèce d'oyeau nocturne, moult commun en nos contrées. Il advient souvent espoirs qu'une vulgaire diction Françoise enseigne grandement à trouver l'antique appellation de quelque animal, & ayde beaucoup à en avoir la connoissance : mais toutes sois faut diligemment confiderer si cela lui est bien attribué. Est-il possible qu'on s'ache mieux exprimer l'oyeau que les Latins ont nommé ulula, par une diction Françoise, que de la nommer une hutte, ou hulote ?
HUETTE. Je crois que ce mot est un diminutif de huau, qui signifie un hibou. La hutte est une espèce de hibou. Voyez ci-dessus huer & huau. Je remarquerai à l'occasion de ces mots, qui me paroissent avoir été faits par onomatopée, que les verbes qui servent à exprimer les cris lugubres, se ressemblent extrêmement dans plusieurs langues : ce qui est une sorte de preuve qu'ils ont été faits de même par onomatopée. Jetter des cris lugubres se dit, par exemple, en Ebreu אִלֵּהי, & auffi תִּלְלֵהי heilel, d'où les substantifs יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵהי jelel, & יָלְלֵה
HUGE. Voyez huche. M.
HUGOBERT. Nom propre d'homme. Il vient de la Langue Teutonique, & signifie mente ou prudentia clarus. De hug, qui veut dire entendement, esprit, & de bert, qui veut dire illustre, célèbre. Voyez Hugue, & Berthier.*
HUGUE. En Latin Hugo. Nom propre d'homme. Il est Teutonique. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 760. HUG, mens, animus. Offridus, lib. III. cap. VIII. 79. So imo ther hugu uanktta, cum vacillare animus ejus. Idem Suecis hogh, Islandis hug & hugur. Extat & hugen in dialectis, tam vario significatu, ut videatur & substantivo productum. Gothis enim hugian est cogitare, putare, bene vel malè velle : Anglo-Saxonibus hogan curare, higian attendere, hiegan perscruntari. Alamannis Kehucken meminisse : Belgis heugen recordari : Islandis hugia confiderare, hugga confolari : hyggia providere. Qua certe ita comparata sunt, ut facilius nomen & mente accipere quam ill dare potuerint. Horum affinia sunt, judice Scienhielmio, Hebraum hagah meditari, cogitare; & Gracum uymus putare, perspicere, cognoscere. Ex nominibus propriis huc speltat Hugo, quod; cum ex aliquo verborum ortum sit, memorem, providum, perspicacem, & c. significare potest.*
HUGUENOT. Jean Chapeaville, Chanoine de Liège, en la Vie de Robert de Bergis, Evêque de Liège, remarque qu'environ l'an 1560, les Calvinistes commencèrent en France d'être appelés Huguenots. Il y a diverses opinions sur l'origine de ce mot : les uns disent qu'il est formé du nom d'un spectre que les habitans de Tours appellent le Roi Hugon, qui, selon l'opinion du vulgaire, épouvante de nuit les personnes ; comme à Paris le Moine hours, & à Toulouse la Malobofite; & que comme du commencement les Calvinistes faisoient lecètement leurs assemblées, les Tourangeaux les voyant marcher de nuit comme le Roi Hugon, prirent de-la sujet de les appeller Huguenots. Aubigné dit qu'ils furent ainsi appelés, parce qu'ils faisoient de nuit leurs assemblées dans une Tour de la Ville de Tours, appelée la Tour de Hugon. Les autres le veulent dériver de l'hérétique Jean Hus, qui fut condamné au Concile de Constance. D'autres disent qu'un jeune Gentilhomme Alleman, taché de l'hérésie de Calvin, ayant été surpris à Paris, fut amené devant le Cardinal de Lorraine ; & qu'ayant été interrogé sur le sujet de sa venue en France, il commença la réponse par ces paroles, Huc nos, Serenissime Primèps, adventum, &c. & que de-la on prit occasion d'appeller ceux de la Religion Huguenots. Quelques-autres le font venir du langage des Suisses, qui appellent heu guenau les mutins & les séditieux. Voici l'opinion de Henri de Sponde, Evêque de Pamiers, dans la Continuation des Annales du Cardinal Baronius, sur l'an 1307. n. 11 : Patrià Lingua Eydgenossen dicuntur, hoc est federati : Gracari in hoc vis, cum inuic apud Gracos unitiis sit ; & inuic, unitivus : sicuti & in pradiste Suitiorum sive Helvetiorum vocis prava Gallorum pronunciatione sunt qui Ugonotos non abs re velint denominationem accepisse; quod sic se sois mutui haretici suis bellorum de Religione confederationibus nuncuparent. A ces opinions j'ajoute la mienne, qui est que les Huguenots ont été ainsi appelés du verbe Flaman heghenen, ou, comme prononcent les Flamans, hoguenen, qui signifie purifier; d'autant que les Calvinistes sont proprement appelés Puritains : de même que ces anciens hérétiques qui se faisoient appeller Cathari, de xabu-ic, qui signifie pur. Caleneuve.
HUGUENOT. Aspiré. Il y a diversité d'opinions touchant l'origine de ce mot : & il est étrange que ceux même qui l'ont vu naître, n'ayant pas su d'où il est venu. Le Maréchal de Monluc, au commencement du livre v. de ses Commentaires : Il n'y avoit Sergent qui osait entreprendre de faire exécution pour les Catholiques : si un pour les Huguenots seulement : car ainsi les appella-t-on, je ne sai pourquoi. Encore aujourd'hui on ne sait pas bien l'origine de ce mot. Nam unde Hugonoti appellati fuerint, nec nos adhuc satis liquido scimus, dit M. Héraud, au commencement de ses Anlmadversions sur Arnobe, traitant de l'origine du mot Pagani, qui est aussi inconnue. Du Verdier, dans sa Prosographie, dit que les Huguenots ont ainsi été appelés de Jean Hus, duquel ils ont suivi la doctrine ; comme qui diroit les guenons de Hus. D'autres ont cru qu'on les avoit ainsi nommés, à cause de Hugues Capet, dont la Maison de Valois, de laquelle ils avoient pris la protection contre celle de Guise, est descendue. Et de cette opinion est Coquille, dans son Dialogue sur les causes des misères de la France. Voici les paroles : Lij G ij ce temps (il parle de l'état de la France au commencement du Regne de Charles IX.) on commença de mettre en usage le mot de Huguenot, nom de faction; comme pour représenter que l'un des partis souslennis le droit que la lignée de Hugues Capet avoit à la Couronne, & transmis à ses successeurs; & pour opposer à l'autre parti, que l'on disoit souslennis que Hugues estoit usurpateur de la Couronne, & que le droit appartenoit aux successeurs de Charlemagne. Et d'autres ont écrit qu'on les avoit appellés de la sorte à cause d'un certain Hugues, Sacramentaire. L'Auteur des Mémoires & Recherches de la France, attribuées à Jean de la Haye, Lieutenant General de Poitiers, page 161, parlant des ravages faits par les Huguenots contre les Ecclésiastiques: De la furement appellee Huguenots, parce que les François se souvinrent de la grande persécution que leurs ayeux avoient receu tant des Gots, Visigots & Ostrogots; & nommèrent ces derniers persécuteurs Huguenots, à cause d'un nommé Hugues, lequel avoit été Sacramentaire du temps du Roy Charles VI. J. le Frere, de Laval, page 108, de son Livre intitulé, La vraye & entière Histoire des Troubles: Un certain Historien Espagnol, qui a écrit l'Histoire des Papes en sa Langue, a inventé un homme de sa façon, appelle Hugo, Hérédarque Sacramentaire; Hugo, Hérédarche Sacramentarius: de qui les Hérédicques de France ont été appelées HUGUENOTS. Ces deux étymologies sont conformes à l'analogie: Huguenot étant un diminutif de Hugues, Hugo, Hugonis, Hugonotus. De Hugo, Hugonis, on a aussi fait Hugolinus, & par contraction, Hulinus, d'où nous avons fait Hulin & Hulin, qui sont deux noms assez communs parmi nous. Les autres décrivent ce mot Huguenot du Suisse hens quenaux, c'est-à-dire, gens séditieux. Jean Diodati, dans sa Traduction Françoise de l'Histoire du Concile de Trente, le dérive d'un autre mot Suisse. Voici ses termes: Par tout le Royaume n'y avoit que débats & désordes; & par outrages, l'un party contre l'autre usoit des noms des Papistes, & Huguenots, nom corrompu du Suisse Eidgnoise (a), qui signifie Alliez, dont à Genève estoient surnommées ceux qui, appuyez sur les alliances de Fribourg & de Berne, s'opposoient aux attentats de leur Evesque, monopolant avec la Maison de Savoye pour opprimer leur liberté; ce qui aussi fut cause d'introduire la Religion Réformée à Genève, & d'abbattre la faction contre les Mammelus, partisans de l'Evesque & de Savoye: & depuis ce nom fut porté de Genève en France par la communion de doctrine & fréquents voyages & envoys de Pasteurs. Et advirn qu'au commencement que les intentions du Canton de Fribourg, pour-lars allié à Genève, & qui lui prêta un notable secours à l'extrême besoin de ses affaires, n'estoient pas bien reconnues au fait de la Religion en France; les Reformés en Poitou furent appelées Fribours par cette même raison. Ce lieu n'est point de Fra-Paolo. Il a été ajouté, comme plusieurs autres, par le Traducteur Diodati. Et Mézeray, dans la Vie de François II. en l'an 1560. En France, on avoit quelques ici appellés Lubériens ceux qui prosésoient la nouvelle Religion, quoiqu'en plusieurs points ils ne suivissent pas les dogmes de Luther. Quelques-uns les (a) Jamais les Suisses Protestans n'ont été appelées en France Huguenots; mais seulement les Réformés François, & cela seulement depuis l'année 1560. Ce qui fait voir que ce n'est pas de l'Alleman eid-gnoise que vient le fabriquet de Huguenots, donné aux Calvinistes de France, Le D. appelloient plus proprement Sacramentaires, à cause qu'ils nioient la réalité du Corps de notre Seigneur au Saint Sacrement. Cette année on leur appliqua le nom de HUGUENOTS, qui leur est demeuré. L'origine en est incertaine. Il y en a qui disent qu'il prit naissance à Tours: & ils le tirent du nom de Hugon; parce que ces Novateurs faisoient leurs assemblées nocturnes à la Porte Hugon; ou parce qu'ils ne sortoient que durant les ténèbres, comme certain Latin, ou esprit nocturne, qu'ils nomment le Roi Hugon, & lequel, selon les contes du peuple, rode la nuit par les rues de cette ville-là. Pour moi, je crois avoir quelques preuves qu'il est venu du mot Suisse eidgnoise, qui signifie ligue, mais qui a été corrompu par ceux de Genève; & que de-là il a été apporté en France par les Religionnaires mêmes, qui voyoient qu'on les appelait ainsi en ce pays-là. M. de Tavanes, dans les Mémoires: Grande diversité d'opinions a été de l'étymologie du nom des Huguenots. Les uns l'adaptent au Latin ut nos; ou qu'ils l'assemblerent à Tours sous la porte du Roy Hugon; & plusieurs autres avis, lesquels n'ont aucunement rencontré, ni touché au but de la véritable de ce nom, qui vient de Suisse, de l'Etat populaire & rebellion contre la Maison d'Austriche, dont les premiers associés usèrent de ce mot Alleman eidgnoise. Ce mot de eid signifie soy, & genose, associez. Tels se sont nommes: & ayant toujours désiré les premiers Ministres venus en France, d'y établir l'Etat populaire, usèrent de ce terme d'eid genose parmy les Huguenots, qu'ils ne vouloient que tout le monde entendis: & les premiers de cette Religion tenoient à honneur ce que leurs successeurs ont estimé à honte. Le Sieur de Castelnau, livre 1. de ses Mémoires, est d'un autre avis. Protestans, dit-il, s'appellerent Huguenots en France: dont l'étymologie fut prise à la conjuration d'Amboise. Lorsque ceux qui devoient présenter la Requeste, comme espérud, fuyoient de tous costez, quelques femmes de village dirent que c'estoient pauvres gens qui ne valoient pas des huguenots, qui estris une fort petite monnoye, encore pire que des mailles du temps de Hugues Capet: & se nommèrent tels quand ils prirent les armes, comme nous dirons en son lieu. D'autres ont dit, qu'un jeune Gentilhomme Alleman étant interrogé par le Cardinal de Lorraine sur la faction d'Amboise; il lui répondit en Latin, & commença son discours par ces mots, Huc nos, Serenissime Princeps, advenimus: & que de ces premières paroles Huc nos, on appelle Huguenots ceux qui avoient été de cette entreprise. Le Sieur des Accords, au chapitre des Allusions: De notre temps, ce mot de Huguenots, ou Hucnots, s'est ainsi intronisé; quelque chose qu'ayant écrit quelques-uns, que ce mot vient à Gnosticis Hereticis, qui, luminibus extinctis sacra factibant, selon Crinit: ou bien du Roy Hugues Capet, ou de la Porte de Hugon à Tours, par laquelle ils sortoient pour aller à leur Presche. Lorsque les Précedus Reformés implorèrent l'ande des voix des Allemans, aussi bien que de leurs armées; les Protestans eûtent venus parler en leur saveur devant M. le Chancelier, en grande assemblée, le premier mot que proféra celuy qui portoit le propos, fut Huc nos venimus: & après, eûtent pressé d'un rheume, il ne put passer outre; tellement que le second dit le même, Huc nos venimus. Et les Courtesans présents qui n'entendoient pas telle prolation: car, selon la nostre, ils prononcent Huc nos venimus; eûtmèrent que ce fussent quelques gens ainsi nommes: & depuis surnommèrent ceux de la Religion Présendue Réformée, Hucnos (a) : en après, changeant c en G, Hugnots ; & avec le temps on a allongé ce mot, & dit Huguenots. Et voilà la vraye source du mot, s'il n'y en a autre meilleure. Davila, livre premier, page 13, de l'édition de Venise, suit l'opinion de ceux qui croyent qu'ils furent ainsi appelés de la Porte-Hugon : Si chiamavano questi communemente Ugonotti, perche le prime radunanze che si fecero di loro nella città di Turs, ove prese da principio nervo & augmento questa credenza, furono fatte in certe cave sotterranee vicine alla porta che si chiamava di Ugone : onde dal volgo, per questo, furono chiamati Ugonotti, si come in Fiandra, perche andavano travestiti in habito di mendichi, furono nominati Gheufi. Altri raccontano ridicole e favolose inventioni di questo nome. Et cette opinion est la plus probable, & la plus commune. M. de Thou livre 24, de son Histoire pag. 241. Nea de nihilo suspecta erat Casarodunensium in aere fides ; quippe quorum plerique novam Religionem ampleliebantur, adeo ut ab eo loco, tunc primum Hugonoti, ridiculum simul & odisum nomen innotuerit ; quo, qui antea Lutherani dicebantur, passim postea in Gallia vocari capere. Hujus autem duc erige fuit : quod cum singula Urbes apud nos peculiaria nomina habeant, quibus Mormones, Lemures, Manducos, & cetera hujusmodi monstra inania, anilibus fabulis ad incutiendum infantibus ac simplicibus feminis terrorem, vulgo indigent, Casaroduni Hugo Rex celebratur, qui nottu pomaria civitatis obequitare, & obvios homines pulsare acrapere dicitur. Ab eo Hugonoti appellati, qui ad ea loca ad conciones audiendas, ac preces faciendas, itidem nottu, quia interdiu non licebat, agminatim in occulto conveniebant. Pasquier livre VIII, de ses Recherches chap. 55. Dedans la ville de Tours estoit des pieça cette vaine opinion, qu'il y avoit un Rabat, qui toutes les nuits rodoit par les rues, qu'ils appelloient le Roy Hugon ; du nom duquel une porte de la Ville fut premierement appelée Fougon, comme le Feu Hugon ; & depuis, par corruption de langage, la Porte-Fourgon. Parquoy le peuple entendant qu'il y avoit quelques-uns qui faisoient des assemblées de nuit à leur mode, les appella Huguenots ; comme disciples de Hugon, qui ne se faisoit ouy que de nuit : chose dont je me croy. Car je vous puis dire, que huit ou neuf ans auparavant l'entreprise d'Amboise, je les avoit ainsi ouy appeller par quelques miens amis Tourangeaux. Famianus Strada liv. 3, de son Histoire de Flandres : Ferunt in eo primum tumulum anditum Hugonoti nomen, Casaroduni Turonum hoc modo natum. Solemne est Casarodunensibus ad terrendos infantes Hugonem nominare, quem nottu pomaria Urbis obequitantem, inque obvios eumen pulsantemque, commemorant. Quum autem Hæretici, quorum complures tunc erant Casaroduni, circa ea pomaria nocturnos carus agereit ; quoniam interdiu non licebat, faitum est, ut ramquam nocturni Lemures digito monstrarentur pueris, atque ab Hugone Hugonoti, per deridiculum, vocarentur : quamquam alii aliunde originem inclinant. L'Auteur de l'Histoire Ecclésaistique des Eglises Réformées, qui est l'éez : Or pour ce qu'il a été fait mention de ce mot de Huguenot, donné à ceux de la Religion Réformée durant l'entreprise d'Amboise, & qui leur est demeurée de- (a) Cette étymologie ne méritoit pas d'être rapportée. Elle supposé que le sobriquet de Huguenots convient également aux Protestant Enangers & François ; au lieu qu'il n'a jamais désigné que les Calvinistes François & Ragnicoles. La D. puis, j'en diray un mot en passant, pour mettre hors de doute ceux qui en cherchent la cause, assez égarée. La superstition de nos devanciers, jusqu'à vingt ou trente ans en ça, estoit telle, que presque partout les bonnes Villes du Royaume ils avoient opinion que certains esprits faisoient leur Purgatoire en ce monde après leur mort : qu'ils assoient de nuit par la Ville, battans & outrageant beaucoup de personnes les trouvant par les rues : mais la lumière de l'Évangile les a fait évanouir ; & nous a appris que c'estoient coureurs de pavé & rufiens. À Paris ils avoient le Moine-bourru ; à Orléans, le Milet-Odet ; à Blois, le Loup-garou ; à Tours, le Roy Huguet, & ainsi des autres Villes. Or il est ainsi que ceux qu'un appelloit Luthériens estoient en ce temps-là regardez de jour de si près, qu'il leur falloit nécessairement attendre la nuit pour s'assembler pour prier Dieu, prescher, & communiquer aux Saints Sacremens ; tellement qu'encore qu'ils ne fussent pour ny tort à personne, si est-ce que les Russes par décision les firent succéder à ces esprits qui rodoient la nuit ? De cela avoit ce nom, estant tout commun en la bouche du menu peuple d'appeller ceux de la Religion Huguenots au pays de Tourange, & premierement à Tours, que ceux de la Religion s'assemblent de nuit furent surnommés Huguenots, comme s'ils eussent est de la troupe du Roy Huguet. Et parce que la première découverte de l'entreprise d'Amboise se fit à Tours, qui en bailerent le premier avertissement sous ce nom de Huguenots ; ce sobriquet leur est demeuré. André du Chêne, en son Traité de l'antiquité de la Ville & Duché de Tours : Dedans la ville de Tours estoit y avoit long-temps cette vieille opinion, qu'il y avoit un Rabat, ou Luton, qui toutes les nuits rodoit par les rues, qu'ils appelsent le Roy Hugon, du nom duquel une porte de la Ville fut premierement appelée Fougon, comme de, Feu Hugon ; & depuis, par corruption de langage, la Porte-Fourgon. Parquoy le peuple entendant qu'il y avoit quelques-uns qui faisoient des assemblées de nuit à leur mode, les appella Huguenots ; comme disciples de Hugon, qui ne se faisoient ouy que de nuit. M.
HUGUENOTS. Il est surprenant que de tant de gens qui ont glosé sur ce sobriquet donné aux Réformés de France environ l'an 1560, pas un n'ait su que le nom de Huguenot croit comme dans ce tems-la pour un nom de famille à Chaumont en Bassigny, & qu'un nommé Jean Huguenot, Substitut du Procureur du Roi, y signa en 1559, la clôture de cette Coutume. Celui qui a mis des notes Françoises en marge du grand Coutumier, remarque que Huguenot est un diminutif de Hugue, comme Janot de Jean, & Philippot de Philippe. De sorte qu'il y a bien de l'apparence que ce sobriquet fut donné aux Réformés de France environ le tems de l'entreprise d'Amboise, par rapport à Hugue Capet, dont ils soutenoient les droits en la personne de ses Successeurs. A tant d'opinions plus ou moins sérieuses touchant l'origine du mot Huguenots, ajoutons-en une, qui quoique des plus ridicules, n'a pas laissé d'avoir ses partisans. Guillaume de Rcboul, page 19, & Iob., de la Satyre contre le Synode tenu à Montpellier en 1598, supposé après les Luthériens, dit-il, dans un de leurs livres, intitulé la Diablette Calvinienne, que Calvin avoit long tems habité avec un Incube appellé Nox ; que Calvin dans ses chaloteuses fureurs disoit souvent à la maitresse Huc-Nox : ce que cet esprit prenant pour un nom que Calvin lui donnoit, voulut donner le même nom de Huc-Nox à un enfant qu'il eut de Calvin ; & que c'est de ces mots Huc-Nox qu'on a appellé Huguenots tous ceux qui reconnoissent Calvin comme ayant été le père ou l'auteur de leur P. Réformation. Le Duchat.
HUGUENOTTE. C'est un certain vaisseau à anse qui a son couvercle détaché, & qui sert à transporter le potage & le bouilli. On a appellé ce vaisseau de la sorte apparemment parce que l'invention en est due à des femmes ou filles Huguenottes, qui se trouvant fort loin de chez elles au prêche du matin, se faisoient porter leur diné sur le lieu dans cette huguenotte, pour n'avoir pas la peine de retourner chez elles & de revenir une seconde fois de si loin pour le prêche de l'après-midi. Je remarquerai aussi, qu'une certaine jatte d'étain, qu'à Metz on nomme prêchereise, a eu ce nom vrai-femblablement à cause que celle qui vouloit dîner sans sortir du prêche, versoit dans la prêche, eise la soupe & le bouilli qu'on lui avoit apportés dans une huguenotte. Le Duchat.
HUI. D'hodie. Voyez anuit. M.
HUI'AU. Aspire. Cocu, en Picard. Ce mot se trouve en cette signification dans cet Epitaphe fait en langage Picard : Icy gift Nicolas Tuyau, Qui de trois femmes fut huiau : Il estoit ne sous chel plateine, Qu'il l'euît eise del quatriene. Je crois que ce mot, comme celui de huan, a été fait de huer ; à cause de la huée qu'on fait aux Cocus. M.
HUI'AU, vient d'ululellus, comme d'ululella, autre diminutif d'ulula, on a fait hueste pour signifier cette sorte d'oiseau nocturne cornu que les Grecs appellent arynus. Qu'ainsi ne soit, on traite aussi de huer un homme cocu, parce qu'on lui attribue des cornes comme à la hueste. Le Duchat. HUI'LE DE MAGUELET. Rabelais, 2. 34. Ce que faisant, semblent les coquins de village, qui fougent & escharbotent la merde des petits enfans, à la faision des cerises, pour trouver les noyaux, & ceux vendus et Drogueurs qui font de l'huile de Maguelet. M.
HUI'LE. Ce que Rabelais appelle huile de Maguelet, c'est l'huile qu'on exprime des amandes renfermées dans les noyaux des cerises. Ainsi je m'imagine que Maguelet est un mot formé d'amygdalum en cette manière. Amygdalum, amygdaletum, mygdaletum, magdaletum, magaletum, maguelet. On a de même fait Maguelone de Magdalena, & de Magdalena, ablatif de Magdalo, Maguelon, nom d'un Château. Le Duchat.
HUI'S. D'oiseau : d'où les Italiens ont aussi fait uficio. M.
HUI'S. Ce mot a quelque ressemblance avec l'Ebreu par libeuts, qui signifie debors, & avec le Tudeique houts, qui signifie aussi debors, & que Louis le debonnaire prononça quelques momens avant sa mort, chaisant, à ce qu'on croit, le malin esprit. Huc en vieux Teutonique, & huis en Haman, signifie une maison. Notre mot huis ne seroit il point venu de-la, en prenant la partie pour le tout.
HUISSIERS. Perion dérive ce mot de ce- lui de hucher, qui signifie appeller : & il prétend qu'on a dit premierement huchiers, & ensuite, par corruption, huissiers. Les autres le déritent de huis : & cette étymologie me semble la plus vrai-femblable. Voyez Nicot. Casaubon, sur Vopticus in Carino, parlant de la fonction de ceux qui étoient à Cancelli : Simillimum munus hodie in Curia eorum qui HUISSIERS, sive oftiarii, dicuntur : quare etiam ut re, sic & nemine, conveniunt ; quod acceperunt, hi ab offio ; illi a cancellis, qui pro offio erant. M.
HUIT. D'offio. M.
HUITRE. D'offreum : comme huile d'oleum ; hui, d'hodie ; huit, d'offio ; & huis, d'offium. Nous prononcions anciennement oiffres. Le Dictionnaire Latin-François publié par le P. Labbe : OITREA, oiffre. OSTRA, la crache de l'oiffre. Villon dans son Grand Testament : Les autres sont entrez en Cloiffres De Celestins & de Chartreux, Bottez, houfez com pefcheurs d'oiffres : Voila l'eſtat deſtort d'entreux. D'oiffres, on a fait premièrement oiffres, & puis huiffres. M.
HULEU. Il y a dans Paris deux rues de traverse, dont l'une donne d'un côté dans la rue Saint Martin, & de l'autre dans la rue Bourg-l'Abbé, & dont l'autre aboutit de la rue Bourg-l'Abbé dans la rue Saint Denys. Le petit peuple appelle ces deux rues du grand Huieu, & du petit Huieu. Il faut écrire, du grand Hue-le, & du petit Hue-le. On leur donna ce nom, parce que comme elles étoient toutes deux pleines de mauvais lieux, & que les honêtes gens évitoient d'y passer, des qu'on voyoit un homme entre dans l'une ou dans l'autre, l'étoit aise de deviner ce qu'il y alloit faire, & on diſoit aux eſtans, hue-le, c'est-à-dire, crie apres lui : car huer est un vieux mot François qui signifie crier ; d'où nous appellons le hibou chat-huant, c'est-à-dire, chat-criant, à cause qu'il a la tête semblable à celle d'un chat, & qu'il a un très-vilain cri. Valesiana. M. Piganiol de la Force, dans la seconde édition de la description de la France tom. 2. part. 1. a parlé de ces deux rues remarquables par leur nom : & quoiqu'il obſerve après M. de Valois, que c'est par corruption que le peuple les appelle Huieu, au lieu de Hue-le, il les nomme Hurleur page 740. de la seconde partie du même tome.
HULLEBERT. On appelle ainsi à Auxerre ce Écarabée qu'on appelle ailleurs lifer, & urebec, & coupe-bouryon. Voyez coupe-bouryon, & urebec. M.
HULOTTE. Oiseau. C'est l'ulula des Latins. Et c'est de ce mot Latin que le François hu-lotte a été formé Ulula, ululota, HULOTTE. Les Anglois diſent eule, & huilet. M. HULOTTE de lapin : pour dire une taniere de lapin. Je ne fais pas l'origine de ce mot en cette signification. M. HULOTTE de lapin. Il est peut-être fait par contraction pour huilette, diminutif de hute. Le Duchat.
HUMBERT. Nom propre d'homme. Il est H U M. H U N. célèbre dans l'Histoire de France, à caule de Humbert, dernier Dauphin de Viennois, qui voulant le retirer du monde, donna les Etats à Philippe de Valois, Roi de France. Kilian a cru que Humbert s'est dit pour Umisert, qui signifie en Teutonique non charus. Skinner rejette avec raison ce sentiment. Je dérive Humbert de hone & de bert, deux mots Teutoniques, dont le premier veut dire maison, logis, demeure, habitation, & le second veut dire brillant, illustre. Le mot hone est proprement Anglofaxon. Suivant cette étymologie, Humbert signifie illustre dans sa maison, ou qui a une maison illustre. Voyez ci-dessus Bertilier.
HUMER. Alpiré. François Pithou dans le Pithocana, dit que c'est une onomatopée. Cette étymologie est assez raisonnable. Je crois pourtant que ce mot a été fait de fumere, par le changement de l'8 en H. Voyez mon Discours du Changement des Lettres. Sumere, fumare, par metaplaïme: chumare, humare, HUMER. Et c'est aussi le sentiment de Charles de Bouvelles, dans ses Origines de la Langue Françoise. Voici ses termes: HUMER, id est, johere: a fumo; quasi exumet: nam litera S veritur in aspiratinem. Sumere a été dit dans la signification de bibere. Varron de Lingua Latina, livre 4. page 12. de l'édition de Scaliger: Unde fumi potest, PITEUS. C'est-à-dire, unde bibi potest. Et page 31. Quo vinum dabani, ut minutatim funderent, a guttis GUTUM appellarunt: & quo fumabant minutatim, a fumendo SIMPULUM nominavere. A fumendo, c'est-à-dire, a bibendo: comme Joseph Scaliger l'a fort bien interprété. Ciceron: Si sumpferit meracius. C'est-à-dire, si biberit meracius. L'Auteur des Priapées: Quas aliter fumas, hospes, habebis aquas. Et c'est de fumere, que l'on a fait simpulum, qui a été dit pour sumpulum. Cette étymologie me paroît plus naturelle que celle de Scaliger, du Syriaque seph. Voyez Scaliger au lieu allégué de Varron. Il me reste à remarquer, qu'on a dit humer pour boire. M. Richelet: HUMER. Avaler quelque chose de liquide. Humer une pinte de biere. En Anjou & au Maine, le petit peuple dit humer le piot, pour boire du vin. Et Rabelais, dans son Discours des Beveurs, livre 1. chap. 5. a dit, Hume, Guillau: encores en y a-t-il au pot. Et livre 1. chap. 35. Page, a la humerie. Crac crac crac. Que Dieu est bon, qui nous donne ce bon piot. Et chapitre 40. du même livre: Page, a la humerie. Et au chapitre 7. du même livre. De la disposition accidentale, qui lui estoit avenue par trop humer de purée Sepsembrale. Et au chapitre 25. du même livre: Feu de bonne mémoire Frère Macé Pelose, vray Zelateur de nostre Religion, me dis, il m'en souvient, que la raison estoit, affin qu'en cette saison nous faciens bien serrer & faire le vin, & qu'en hiver nous le humions. Et au chapitre 33. du même livre: Ce vilain humaux de Grangoufier. M.
HUNDREDE. Les Shires, Comtés ou Provinces d'Angleterre, se divisent en Hundredes. Hundred, en Anglois signifie cent; & comme subdivision des Provinces d'Angleterre, il veut dire cent familles. Hundreder est le chef d'un Hundred. HUNE de navire. C'est le panier ou la cage qui est au haut du mat, qui sert à porter un matelot, pour découvrir la terre, & les Corfaires. C'est un diminutif de buche, ou huge, en la signifi- H U N. H U O. H U P. 55 cation de coffre, Haca, bucina, huna, HUNE. Voyez buche & huge. M.
HUNEBERT. Nom propre d'homme. Il a été fait de Cunibert par le changement de c en H. Voyez ci-dessus Cunibert.
HUNERIC. Nom d'un Roi des Vandales en Afrique. En Latin Humericus, ou Humericus. Quelques uns l'ont interprété par certoris dives. D'autres ont cru qu'il venoit du Latin honor. Mais selon Wachter, ce nom est la même chose que celui de Henri, & il a par conséquent la même étymologie. Voyez ci-dessus Henri.
HUON. Nom propre d'homme, qui s'est dit autrefois pour Hugue, ou Hugon. De la Croix du Maine appelle Hugues, Hugon, ou Hoon de Merry, l'ancien Pocie François, Autret du Roman intitulé le Tournoiement de l'Antechrift. Du Tillet a remarqué aussi part. 1. pag. 183. que Hoon est la même chose que Hugue. Voyez Hugue.
HUPE. Fauchet, liv. 1. de son Recueil de l'Origine de la Langue & Pocie Françoise, tient que par syncope on a fait hupe, de hurepe, qui signifie hériffé, d'autant que hupe est une touffe de plumes qu'une espèce de coqs & de poules portent élevée sur la tête. Il veut aussi que de-la vient houpe, qui est ce floc de foye ou de fil noué, qui se metoit autrefois au sommet des chaperons & des bonnets des hommes les plus honorables, non-seulement Roys, Princes & Gentilshommes, mais encore Cardinaux, Evêques & Docteurs: d'où peut être, ajoute-t-il, vient le proverbe qui dit, Abatre l'argueil des plus houpés, quand c'étoient clercs; ou hupés, quand c'étoient gens de guerre portans plumes. Mais il est certain que hupe vient du Latin upupa, qui signifie un oiseau que nous appellons hupe. Le Catholicum parvum: vulpa, hupe. Et cet oiseau portant sur la tête un bouquet ou touffe de plumes, a donné le nom de hupe aux touffes des autres oiseaux. Cafeneuve.
HUPPE. Alpiré. Oiseau. D'upupa, fait d'ivona, accusatif d'ivou; comme formica, de piquana accusatif de piquana. S. Jérôme, sur le Prophète Zacharie, chapitre 5. UPUPAM nos de Gracis sermonis similitudine traximus. Nam & ipfi Gracis ivona appellant, quod stercora humana confideret. Avern dicunt esse spurcissimum, semper in sepulcris, semper in humano stercore commorantem. Denique, & nidum ex eo facere dicitur, & pullos suos de vermiculis stercoris alere puressentis. S. Jérôme c'est trompé, disant qu'ivona vient d'ivou considero: car c'est ce qu'il a voulu dire par ces mots, quod stercora humana confideret. I'ivona encore une fois, est l'accusatif d'ivou; & i'ivou a été dit du chant de la huppe. Aristophane, dans ses Oiseaux: i'ivoni. v'ivoni. v'ivoni. v'ivoni. i'iv. i'iv. i'iv. i'iv. i'iv.
HUPPE. Oiseau. Ce nom ressemble beaucoup à l'Ebreu 9,9 oph, & au Chaldéen 10,9 opha, qui signifient oiseau en général, & sont faits du verbe 9,9 ouph volare. La huppe s'appelle en Arabe hod-hod, & hodaid. HUPPE: pour touffe de plumes sur la tête. Il est sans doute que le mot de huppe en cette signi- fication, a été dit a cause de l'oiseau appellée hup- pe, qui a sur la tête cette touffe de plumes. Et Belon s'est tout-a-fait trompé, en disant que l'o- séau avoit pris son nom de sa huppe. ¶ Ce mot est auffi aspire. M.
HURE. La tête du Sanglier est ainsi appelée, parce que le poil en est fort héritée par hurepe en vieux François, signifie héritée & mal-pérgine: com- me fait voir Fauchet, liv. 1. de son Recueil de l'Origine de la Langue & Poésie Françoise. Le Ro- man de la Conquête d'Outre-mer : Li forestier s'en tourne, qui ot nom malquerrés ; A l'hermitage vient hideux & hurepés. Et en un autre endroit : Velus estoit comme ourse & ours en Kaunes, Les ongles grans, & tous les ceuls mérités, La teste hurepée, n'est pas souvent lavée. Le même Fauchet assure que de son tems les fem- mes de Paris disoient hurepé, pour ce qu'on dit en Latin arrella coma. Et je trouve que hura étoit une espèce de chapeau fait, à mon avis, d'une étoffe velue; tel que ces bonnets dont on se sert dans les pays Septentrionaux. Matthieu Paris, dans les Vies des Abbés de S. Auban, parlant de l'Evêque de Lincolne : In manu Regis, per capitis sui gale- rum, qui hura dicitur, resignavit id juris quod dice- bat se habere in Ecclesia B. Albani. Caesneuve. HURE de Sanglier. Aspité. Je suis fort de l'avis de M. de Caesneuve, qui croit que ce mot a été fait de celui de hurepé, qui est un vieux mot Fran- çois insusit, qui signifioit héritée. Voyez hurepé. M.
HURE. On a aussi nommé hure la tête du cha- huan. Le Roman de la Rose, fol. 37. v°. Le buon avec sa grant hure, Prophète de mal-adventure. Le Duchat.
HUREPE. Voyez hurepoix. M.
HUREPOIX. Nom de pays. Le Président Fauchet, liv. 1. ch. 4. pag. 35. de la Langue & Poésie Françoise, après avoir cité ces vess du Ro- man d'Alexandre, composé par le Clerc Simon : L'autre fu Espagnos, & l'autre fu Normans; Li autre Erupiei, & parla bien Romans; Li autre fu François, & li autre Normans. Il ajoute : Lesquels Erupés, ou Erupers, je prends pour ceux de Hurepoix, qui n'a point de limite cer- tain, sinon qu'à Paris nous disons que je quartier devrez Midy, ou de l'Université, est en Hurepoix. Et néanmoins près de Meaux & Jérôme, il y a un terroir appelle Hurepoix, comme aussi quelque en- droit voisin de Montreaux-Faulx-Tonne. Que si au- cun veut dire que Simon prend le mot Erupés pour Europeux, je responds qu'il parleroit trop générale- ment, ayant nommé tant de peuples particuliers. Je ne suis pas d'opinion que Hurepoix ait pris son nom du vent Eurus, puis qu'il se trouve & à l'Orient & au Midy de Paris. Mais j'adjousserai bien, qu'à Paris, quand l'on veut dire qu'une façon de faire n'est guerre civile, on a de ces mots, c'est du pays ou quartier de Hurepoix : ce que d'autres disent, cela sont son Escolier Latin. Comme si nos Roys demeu- raux du côté que nous appelons Cité & Ville, assa- rent au Palais, & Saint-Martin, au Louvre, pres S. Gervais, S. Paul, & aux Tournelles, lieux ha- bitez par nos Roys, eussent plus saçonné les habitans de cet endroit de Paris; & que celuy de l'Université fust moins civil, pour n'estre pas tant hanté des Cour- tisans; ce qui luy auroit plus fait retenir le langage Rustic que Romain. Que les Erupers, Erupés, Hu- repoix, ou Herupois, fussent sujets des Roys de France, il en appert au Roman de Bertain, composé par le Roy Adenez, vivant du temps du fils de Saint Louys, ou ils sont nommez avec ceux qui accompa- gnerent Charles le Grand contre les Saxons. Car par- lant de Saxe, il dit : Après l'ot Guithekins qui ainc n'ama Fran- çois, Cil fut fils l'ustamont : mout fil de grand bufois : Car bien cuida conquierre France & Or- leanois, Champaignois & Bourgongne, & Flamans & Englois. Jusqu'à Colongne fu : là il fit maint def- rois. Longuement tint Safoigne qu'ins nus ni mit defois ; Mes puis fut reconquise par Francs & par Thiois : Au reconquerre fure li Baron Heru- pois, Et Flaman li Ewage, Brabançon, Arde- nois. Quant à l'étymologie & signification de ce mot Hu- repoix, voicy ce que j'en ay trouvé dans le Roman de la Conquête d'Outre-mer. Parlant d'un Hélias, qui fut le Chevalier au Cigne, nourry avec ses frères dans un bois, sans jamais avoir vêtu autre homme qu'un Hermite, qui les vefoit de fuelles & escorces cousues de fil, il dit : Li forestier s'en tourne qui ot nom Ma- laqurez; A l'Hermitage vint hideux & hurepez. Et du même Hélias : Velus estoit, com Leus u Ours enkae- nez, Les ongles grands & longs, les cevals meelez, La teste hurepée, nert pas souvent lavée. Puis il en dit autant des pauvres gens, lesquels ayant perdu leurs chevaux & biens, jutoient a pied en ce voyage d'Outre-mer les autres Chrestiens, estant conduits par Pierre l'Hermite : La peussiez voir tant viez draps dépanez, Et tant grande barbe & tant ciez hurepez. De sorte que le pays de Hurepoix pourroit avoir pris son nom de ce que les habitans portoient leurs cheveux droits & herissez, comme poil de Sanglier; la teste du- quel en veinerie s'appelle hure. De Hurepée donc vient par syncope hure, qui est une touffe de plumes levées qu'une espèce de coqs porte sur la teste : & en- cores hure, ce floc de soye ou de fil noué, qui jadis se mettoit au sommet des chapeaux & bonnets des hommes plus honnorables, non-seulement Roys, Prin- ces & Gentilhommes; mais encore Cardinaux, E- vesques & Docteurs. Dont possible vient le proverbe, Abatre l'orgueil des plus hurepés, quand c'estoient Clercs : ou hure, quand c'estoient gens de guerre portant plumes. Tant y a que les anciens Sicambrent desquels (desquels autre-part s'ay monstré que font venus les François) portoiens leurs cheveux noué sur la telle. Le mot de hurepé, pour poil levé & mal peigné, dure encore en la bouche d'aucunes femmes de Paris, en même signification que le Latin arrecta coma. Voyez berper. M.
HURLER. De l'Italien urlare, fait du Latin ululare. Les Espagnols disent aullar, & les Allemans, heulen. Nous disions anciennement ultere Souvent s'ay ouy dire en ma vie, Qu'avec les loups il faut uller. Ces vers sont cités par Pierre Fabri, Curé de Meray en Normandie, dans son Grand & vray Art de pleine Rhétorique, liv. 2. fol. 46. M.
HURLER. Les verbes François hurler & uller, l'Italien urlare, le Latin ululare, l'Espagnol aullar, l'Alleman heulen, & l'Anglois hovl, ont beaucoup de refemblance avec ceux dont se sert la Langue Grecque, & avec ceux dont se servent les Langues Orientales, pour exprimer les cris lugubres, les gémisfemens, les lamentations : ce qui donne lieu de croire que tous ces mots ont été faits par onomatopée. Voyez ci-dessus au mot hurre.*
HURLUBRELU. Terme populaire, qui signifie, brusquement, inconsidérément. C'est une onomatopée. On dit d'un homme, que c'est un hurlubrelu, c'est-à-dire, un homme qui agit étourdiment, qui ne prend point garde à ce qu'il fait. On dit aussi : il est entré tout hurlubrelu sans dire gare.*
HURON. Aspiré. Vieux mot inusité, qui signifioit un furet : Lat. viverra : & qui se trouve en cette signification dans le Dictionnaire Espagnol de César Oudin, au mot huron. De furo furonis. Isidore, liv. xii. ch. 2. Furo, a furvo dictus : unde & fur : tenebrosos enim & occultos cuniculos effodit : & ejecti pradam quam invenir. Isidore se trompe touchant l'étymologie. Furo a été fait de fur : & fur de furo. Fur furis, furus, furo furonis. De furus, on a fait le diminutif fureus : dont nous avons fait furet. Voyez furet. De furo furonis, les Espagnols & les Languedociens ont fait HURON, par leur changement ordinaire de l'F en H : comme en hermofo de formylis : en horca de furca : en hormiga de formica. Et parce que les furets entrent en terre dans les trous des lapins : Magna propter venatum eum viverris gratia est : injiciunt eas in specus, qui sunt multifores in terra ; unde & nomen animali, dit Pline, liv. 8. chap. 55. nous avons appellé Hurons les Mineurs. Mézeray, dans la Vie de Charles V. pag. 587. de l'édition in-4°. Un peu après que le nouveau Conneftable eut reconquis le Périgord & le Limofin fur les Anglois, le Prince de Galles, que qu'il ne puff aller qu'en litiere, affembla ses gens à Coignac, & alla afféiger Limoges. Ses Hurons, ou Mineurs, dont il avoit grande quantité, ayant renverfe un pan de murailles dans les foffez, la ville fur prise d'affaut. Froiffart, vol. 1. chap. 188. Le Prince menoit par usage toujours avec lui grand fofon de Hurons, qu'on dit Mineurs. Nous avons appellé de même les Mineurs Taupins, parce qu'ils vont en terre comme des taupes. Voyez Frantaupins. Et les Latins ont appellé les Mines cuniculos, du nom des lapins, lesquels habitent dans la terre, & qui y font des Mines. Gaudet in effoffis habitare cuniculus antrii : Monstravit tacitas hostibus ille vias. dit Martial. M.
HURTEBISE. Nom de l'un des Auteurs que les Sophistes Précepteurs de Gargantua faisoient lire à leur jeune disciple, au liv. 1. ch. 14. de Rabelais. Ce nom désigne un gueux qui s'est laïlle mourir de froid pour s'etre, fante d'habits, heurté contre le vent de bise. Coquillart, tit. 1. de ses Droits nouveaux, fol. 10. v°. édit. de 1532. Que maistre Enguerrant Hurtebise, Son ayel, qui mourut tranfi L'autre jour au pays de Frise ; Si lui laïffa par bonne guise Tous ses biens à son testament. Le Duchat.
HUS, HUS : c'est-à-dire, en vieux François, hors, hort : selon la remarque du Président Fauchet, liv. vii. de ses Antiquités Françoises, chap. 18. fol. 319. verso. M.
HUS, HUS. Ce mot ressemble extrêmement à l'Ebreu syn houts, qui signifie précisément la même chose ; & il en vient apparemment. Voyez ci-dessus au mot huis.*
HUSSARS. Aspiré. On appelle ainsi dans les Armées d'Allemagne les Cavaliers Hongrois. C'est un mot Hongrois. Albert Molnar, dans son Dictionnaire Latin-Hongrois : HUSSAR, eques, miles. Ce mot nous est devenu familier par nos dernieres guerres d'Allemagne. Voyez heyduc. M.
HUTAUDEAU. Voyez héoudeau. M.
HUTE. De hufe, qui en ancien Tiois signifie la même chose. Le Glossaire de l'ancien Moine Kéron : Tabernaculum, hufe ; tabernaculi, hufes. Cafeneuve.
HUTE. Méchante petite maison. De l'Alleman heutte, qui signifie logette, maifonnette. Willeramus Abbas, dans sa Paraphrase du Cantique de Salomon, pag. 10. HUDA, vel HUIUDE, aut HOUDE, quod nos HUTTE, a regendo. M.
HUTE. L'Alleman heutte, signifie proprement une petite maifonnette qui ne sert qu'à mettre quelque chose à couvert. De l'Alleman huten, couvrir, garder, conserver. Le Duchat.
HUTI. Il est bon de remarquer la convenance du verbe Ebreu 1527, qui signifie couvrir, envelopper, avec le verbe Alleman huten.*
HUTIN. Aspiré. Vieux mot inusité, qui signifioit noise. Froiffart, tom. 1. chapitre 15. La pouvoir-on voir Dames noblement parées & richement, qui eust en le loisir de danser, ou de plus festoyer. Mais nenny. Car tantost après disiner un grand hutin commença entre aucuns garçons des Hannuyers, & des Archers d'Angleterre, &c. Quand les nofres eurent nouvelles de ce hutin. Il se sert encore du même mot en la même signification, au chapitre 45. Jean du Tiller, Evêque de Meaux, dans son Abrege des Chroniques de France, parle en ces termes du Roi Louis X. dit Hutin : Le Roy Louis Hutin qui est Teftu, ou Mutin : & le déclaire l'arrêt de la Commune de Han, du dernier Avril 1551. auquel est faite mention de briguer, hutins, 58 HUT. HUZ. HYD. © meſties) ſur né le 3. Octobre. Paule Emile dit la même choſe : & en quelque endroit de ſes Ecrits, ſelon la remarque de Paſquier, viii. 45. il dit huttiner, pour quereller. Mais écoutons du Cange. HUTINIS : cognomen, quo danatus Ludovicus X. Reu Francia, quod, ut quidam putant, dum adhuc in pueritia eſſes, r.v.x. & contentiones cum ſodaliſuis crebrò excitans : nam & de pueris vulgo dicimus, il aime le huttin; id eſt, le bruit, le tintamarre, les querelles. Sic etiam id vocabulis uſurpas le Roman de Garin : En trente leus, ou en neuf, ou en vint, Avoit meillée, & merveilleus huttin. Alibi Devant les lices commencent li huſtins. Charta Odardi, Dom. Hamenſis, ann. 1128. Se il adviant aulcun huſtin, ou mellée en ladite ville, &c. Inde HUTINER, rixari. Ibidem : Se ils ſe huſtinoient, ou faſtoient mellée. Vox autem ejuſdem videtur eſſe originis, qua eſt hueſium, vel huteſium : quod, qui hux clamare ſolent, id potiſſimum ſaciant, ut ſeditionem ac contentionem excient. M.
HUTIN, eſt un diminutif du vieux mot huz, qui ſigniſoit la même choſe, c'eſt-à-dire, bruit, querelle. Ville-Hardouin, pag. 150. de l'édit. de Vigenère : Fu li huz & la noſſe grauz. Huz ſe lit auſſi dans Galien reſtauré, ch. 59. C'eſt le hueſium ou huteſium de du Cange. Le Duchat. HUZE à HUZE. Le Catholicon d'Eſpagne, dans la harangue du Recteur Roze : Comme vous regardans huze à huze, l'un l'autre : Cette expreſſion eſt Poitevine, & particulierement de la Rochelle, où elle ſe dit de deux perſonnes qui ſans ſe chercher ſe rencontrent bec à bec, comme on parle. C'eſt peut-être hure à hure, prononcée à la Parisiéenne, en changeant la lettre : en 2. Le Duchat.
HYDRIE. Sorte de vaiſſeau. Cruche à mettre de l'eau. D'hydria, qui ſe trouve dans l'Évangile, & qui a été fait du Grec ſōpia. Dans le premier Tome de mes Obſervations de la Langue Françoiſe, ayant cité le Dictionnaire de M. l'Abbé Danet, pour montrer qu'urbanité étoit un mot François reçu, le Père Bouhours m'a reſuité en ces termes : Un Dictionnaire eſt une grande autorité pour M. Ménage. Et c'eſt pour cela, ſans doute, qu'il eût ſi ſouvent Nicot. Mais je ne ſais ſe un autre Dictionnaire que celui de l'Académie Françoiſe peut décider abſolument ces fortes de queſtions. Et ce qui me rend ſuſpeſt le nouveau Dictionnaire, c'eſt que j'y trouve hydrie, conopée, & quelques autres mots inconnus en notre Langue. Il dit enſuite : Quels termes, bon Dieu, qu'hydrie & amphoré ! A quelle foire de France vend-on des hydries & des amphores ! Une ſervante étonnent-elle pas bien ſa Maiſtreſſe de lui dire. J'ai acheté aujourd'hui une hydrie, & une amphore ! Ce ſeroit bien pis que la Servante des Femmes Savantes de Molière. Car enfin, ſi Martine ſe ſert de mots impropres, & ne garde pas toujours les règles de la Grammaire, au moins on l'entend. Elle ne parle pas Latin en François. Elle n'aſe point de mots inconnus aux Halles, & qui ayant besoin d'interprètes. Cependant le mot d'hydrie ſe trouve dans un nouveau Dictionnaire Latin & François : mais apparemment il ne ſe trouvera pas dans celui de l'Académie Françoiſe. J'ai répondu à toutes ces railleries du Père Bouhours, dans le ſecond Tome de mes Obſervations ſur la Langue Françoiſe. Et j'yai répondu de ſorte, que les rieurs ont été de mon côté. Mais pour parler ſérieuſement de ce mot hydrie, il eſt conſtant que c'eſt un vieux mot François, employé par nos Ecrivains depuis plus de 300. ans. L'inventaire des Joyaux de Charles V. imprimé à la fin de la Vie de Charles V. de l'Abbé de Choiſy, page XI. Deux Idres d'or, à mettre eau : ou il y a au milieu la teſte d'un lion, &c. Bourdigné, dans la Chronique d'Anjou, en la Vie de René, Roi de Sicile, au ſeuillet 173. v°. Auſſi donnai l'une des hydries, eſquelles, aux nopces, en la Chane de Galilée, Noſtre Seigneur mna l'eau en vin : laquelle eſt gardée en grant révérence. Rabelais, 4. 64. Flaccons, taſſes, hanaps, baſſins, hydries. Hiret, dans ſes Antiquités d'Anjou, a uſé du même mot. Le célebre M. de Sacy, dans la Traduction de l'Éccléſaſte, a dit : Avant que l'hydrie ſe brie ſur la ſontaine. Et M. Lancelot, dans ſes Racines Grecques, page 199. ſōp, eau, l'hydrie, hydrie, a ſait. Y ſōpia, hydrie, équiere, pot à l'eau. Il s'eſt ſervi du même mot dans ſon Traité de l'Hémine. M. Danet, dans ſon Dictionnaire ci deſſus allégué : HYDRIA : ſōpia, hydrie : cruche à mettre de l'eau. Ce mot d'ailleurs eſt encore aujourd'hui en uſage dans l'Eglise Cathédrale de la ville d'Angers. Toutes ces autorités ſuffiſent pour juſtifier M. Danet d'avoir mis hydrie dans ſon Dictionnaire, où il n'eſt pas queſtion du bel uſage. M.
HYDROPARASTATES. Anciens Hérétiques, ainſi appellés, parce qu'au lieu de vin ils n'employoient que de l'eau pour faire leur prétendue conſecration de l'Eucharîtié. On les nommoit auſſi Encrates ou Aquariens. Le nom d'Hydroparastates vient de ſōp de l'eau, & wopigup je préſente, j'offre. *
HYOIDE. Terme d'Anatomie. On appelle ainſi un os qui eſt ſitué à la baſe de la langue ſur le larinx. On lui a donné ce nom, parce qu'il a la figure de la lettre Grecque : : ce qui fait qu'il eſt nommé auſſi Iſſiloide. *
HYPERBOREENS. Nom de peuple dans l'antiquité. Les anciens appelloient Hyperboreens les peuples qui étoient au de-là des Scythes du côté du Nord. Mais on voit par les différentes manières dont ils ont expliqué ce mot, qu'ils ne ſavoient pas eux mêmes trop précisément ce qu'il falloit entendre par-là. Diodore de Sicile dit que les Hyperboreens étoient ainſi nommés, parce qu'ils habitoient au de-là du vent Borée. C'étoit auſſi le ſentiment d'Hérodote. Strabon prétend que Hyperboreen ne ſignifie pas qui eſt au de là du Borée, ou du Nord : & en effet, cela eſt impoſſible à concevoir : mais que la prépoſition Grecque ſōp ne ſert là qu'à former un ſuperlatif. Ainſi, dans la penſée de Strabon, Hyperboreen eſt la même choſe que très-ſeptentrional. Les Hyperboreens étoient en effet les peuples les plus ſeptentrionnaux : & la prépoſition Grecque ſōp ne ſert très- fouvent, dans les termes qui en font composés, qu'à augmenter la signification; comme il est clair par une infinité d'exemples. Cette étymologie d'*Hyperboréen* paroît très-juste. Cependant Rudbecks prétend, malgré l'évidence de la chose, que ce mot n'est point d'origine Grecque; qu'il est Gothique, & qu'il marque la noblesse du sang, & non pas le lieu de la demeure; que c'est une mauvaise coutume des Grecs de donner des étymologies & des significations Grecques aux termes qu'ils empruntent des autres nations. Mais il est difficile de croire que les idées de Rudbecks puissent l'emporter sur une étymologie Grecque si naturelle & si plausible; & on comprendra plus aisément que celui qui a voulu à toute force que le Paradis terrestre fût en Suède, aura bien pu voir un mot Gothique dans un mot purement Grec. **HYPOCRAS.** Breuvage qu'on fait avec du vin, du sucre, de la canelle, & autres ingrédients, M. Ménage, au mot *hippocrates*, approuve la conjecture de ceux qui dérivent ce mot d'*Hippocrates*, comme ayant été l'inventeur de cette composition. Mais je crois qu'au lieu d'*hippocrates*, il faut écrire *hypocrates*, & que ce mot vient du Grec *ἀνόφυτος*, fait du verbe *ἀνόφυτος*, qui signifie *submifceo*. L'*hypocrates* est un mélange de divers ingrédients. Si on l'a nommé en Latin *vinum Hippocraticum*, & de-la en François *hippocrates*, cela s'est fait par ignorance, à cause de la ressemblance de son entre le nom du grand *Hippocrates* & le mot *hypocrates*. C'est ainsi que l'on a écrit quelquefois *Hypocrates*, au lieu d'*Hippocrates*. D'ailleurs ceux qui ont dérivé le nom du breuvage dont H Y P. H Y S. nous parlons, du nom d'*Hippocrates*, ont cru apparemment que ce breuvage pouvant être regardé comme une composition médicinale, rien ne convenoit mieux que de lui donner le nom du Prince de la Médecine. Je j'ai l'envie de même au sujet de ce qu'on appelle communément en Pharmacie *la chauffe d'*Hippocrates, c'est-à-dire, le filtre de drap par lequel on passe les liqueurs. Je pense qu'on a dit chauffe d'*Hippocrates*, au lieu de chauffe d'*hypocrates*, c'est-à-dire, chauffe par laquelle on passe des liqueurs mélangées: qui est ce que signifie proprement le mot *hypocrates*. **HYPOTHEQUE.** On appelle ainsi à Paris, depuis peu d'années, une eau-de-vie, allusionnée avec des cerises, des framboises, du clou de girofle, de la canelle, & du sucre. Je n'en fais pas la raison. M. **HYPOTHEQUE.** Ce mot est peut-être fait d'*apotheque*: c'est ainsi que les Allemans appellent la boutique d'un Apoticaire. Et ce sont les Apoticaires qui, chez eux, sont & vendent ces sortes de liqueurs. *La Duchat*. **HYSSOPE.** Nom d'une plante. Du Latin *hystopus*, fait du Grec *ἀνόφυτος*. C'est inutilement qu'on cherche dans la Langue Grecque l'étymologie de *ἀνόφυτος*, & qu'on l'explique comme qui diroit, *ἀνόφυτος* ou *ἀνόφυτος* *ἐνίς τύς ἄνα*, ce qui ne forme aucun sens raisonnable. Ce mot vient des Langues Orientales. Les Ebreux appellent l'*hystope* *ἀνίς ἐξόφυτος*, & les Chaldéens *ἀνίς ἐξόφυτος*. Les Syriens disent *ἀνόφυτος*, & les Arabes *ἀνόφυτος*. **J A.** De *jam*: dont les Italiens ont aussi fait *gia*. M. 60 JAC. JAD. a porté le nom de Jacob, est le Patriarche Jacob. Ce nom est Ebreu, 297 Jacob. Il vient du verbe 297 akab, dont il est le futur, & il signifie, celui qui tient le talon, qui supplante. Il fut donné au Patriarche Jacob, parce qu'en venant au monde il tenait ton frère Elai par le talon, qui en Ebreu se nomme 297 akab, d'où est formé le verbe 297 akab, qui signifie saisir le talon, tenir le talon, supplanter, donner le croc en jambe, tromper, surprendre. *
JACOBEE, herbe. De Jacobaa. On l'appelle autrement Uerbe Saint Jacques. M.
JACOBINS. Dominicains. Ils ont été nommés Jacobins, de l'Eglise de Saint Jacques, qu'on leur donna à Paris, & pres laquelle ils bâtirent leur Couvent, après avoir rebati l'Eglise beaucoup plus grande qu'elle n'étoit. Et c'est de cette Eglise de Saint Jacques que la rue Saint Jacques a pris son nom, & non pas de celle de Saint Jacques du Haut-Pas. M.
JACOBINS, ou JACOPINS, pour flegmes: gros crachats. François Villon, dans son Petit Testament: Clos & convert, au feu la plante, Emmaillotté d'un jacopin. Marot, sur cet endroit: Emmaillotté d'un jacopin: toujours empêché d'un flegme: ne pouvant cracher. Le même Villon, dans son Grand Testament: Je crache blanc comme coton, Jacobins aussi gros qu'un œuf. On appelle autrement à Paris ces crachats des coals n. : de coagulones, plurier de coagulo, augmentatif de coagulum. Je ne sais pas bien d'où on les appelle Jacobins. Peut être, de leur blancheur: car les Jacobins dans leur Couvent sont blancs. M.
JACOBITES. Anciens hérétiques, sortis des Lutychiens, & qui subsistent encore prétentement dans le Levant. Ils ont été ainsi appelés d'un certain Jacque, surnommé Bardai par les Syriens, & Zancale par les Grecs. C'étoit un Moine Syrien, qui ayant été ordonné Evêque d'Edelfe vers le milieu du sixième siècle, toutint merveilleusement le parti des Monophytes, c'est-à-dire, de ceux qui ne reconnaissent qu'une nature en J. C. reunit leurs diverses factions, & c'est beaucoup leur texte; en conséquence de quoi ils furent appelés de son nom. Ainsi le nom des Jacobites ne vient ni du Patriarche Jacob, ni de l'Apôtre Saint Jacque, fière de Notre-Seigneur, ni de Dioicore, Patriarche d'Alexandrie, appelle auparavant Jacque. Ce dernier sentiment est celui d'Elmacin. Mais avant le tems de ce Jacque Bardai ou Zancale, dont nous avons parlé, on ne trouve ni dans les écrits des Monophytes, ni dans ceux des Catholiques, aucun vêtige du nom de Jacobite. Voyez Allemand, Bibl. Orient. tom. 2. pag. 62. 63. 64. 65. 66. *
JACOIT. De jam fit. M.
JACOIT. Dans le cinquième volume du Roman de Perceforest, on lit très souvent jasache, en la signification de jascis. Peut-être de ja soit ce. Le Duchat.
JADIS. De jam din: comme tandis, de jam din. Sylvius s'est trompé en le dérivant de jam dithum. C'est à la page 142. de la Grammaire. M.
JAGONSE. Pierre précieuse. Le Roman de la Rose, fol. 22. de l'édition de Pierre Vidou, in-8°. La sont rubis, saphirs, jagonces, Esmerades plus de cent onces. D'hyacinthus, mot de même signification. M.
JAILLE. Nom de terre & de famille. Voyez Jau. M.
JAILIR. De jacuire, fait de jaculum. H. Etienne le dérive d'Iwan. M.
JAIS. On écrivait autrefois jayet, ou jaiet. Sorte de minéral, ou pierre fossile fort noire. Du Latin gagates, pris du Grec 747. Cette pierre se nomme en Grec 747. 1159, à cause du Beuve Gagis en Lycie, suivant le témoignage de Pline, livre 36. chap. 19. *
JALLAY, ou JALLAYE. C'est certaine mesure de vin, ainsi appelée, parce qu'on y fait jaillir le vin des tonneaux. La Coutume de Tours, art. 63: Et tiendra chacune pipe trente-six jaillats; chacune jaillay, de douze peintes. La Coutume d'Orléans, art. 491: Et contient le poinjon douze jaillages: & chaque jaillaye seize peintes. Cafeneuve.
JALLAY, ou JALLAYE. Mesure de vin. La Coutume de Tours, art. 63. Et tiendra chacune pipe trente-six jaillats: chacune jaillay de douze pintes. Celle d'Orléans, art. 491. Et contient le poinjon douze jaillages: & chaque jaillaye, seize pintes. M. de Cafeneuve dit que cette mesure a été ainsi appelée, parce qu'on y fait jaillir le vin des tonneaux: ce que je ne puis approuver. Voyez gallo, dans le Glossaire de M. du Cange. M.
JALLET. Comme quand on dit, arbalète à jaillat, que Rabelais, 4. 30. appelle arc à jaillat. Nicot: JALLET, ab iāru, mitto: est enim globus missilis: ce qu'il a pris mot pour mot de Robert Etienne. Il vient de jaculentum, diminutif de jaculum. M.
JALLIR. Il se dit de l'eau ou du vin, ou de telle autre liqueur, quand elle sort avec force & impétuosité. Il est, à mon avis, formé de faître, par le changement de la lettre S en J: de même que rejaillat, de refaire. En effet, Jaliens sont des tuyaux desquels l'eau jaillit, ou rejaillit. Vitruve, livre 8. Ad portum Pyreum ducti sunt Jaliens, & quibus bibit nemo. Cicéron, dans une de ses Lettres à Quintus, Ep. 4, du liv. 3. de ses Epîtres: Mirifica suavitate te villum habiturum, plicina & Jaliens habitus additis. Cafeneuve.
JALOIS. On appelle ainsi en Picardie une mesure de blé. Fleta, chap. 12. paragraphe 1. Pondus octo librarum frumenti facit menurum jalonis; & octo jalonata frumenti factum basillum: de quibus octo confittis commune quartetium. Voyez le Glossaire de M. du Cange. M.
JALOSIE. Fenêtre trellisée, appelée à Toulouise brefsat: & à Poitiers, servis. De l'Ita-lien geofia. Meffieurs della Cruica: GILOSIA se J A L. J A M. chiama quello ingraticolato di legno, il quale si tiene alle finestre, per affacciarsi per vedere, e non esser visto. Las. transenna. M.
JALOUX. En Italien geloso; en Espagnol zeloso; en Gafcon gilous. Tous ces mots viennent de zelosus, formé de zelos, qui signifie envie, amour, émulation. Cafeneuve.
JALOUX. M. Huet le dérive de zelotes, de cette manière: Zelotes, zelous, zalous, JALOUX. Il vient de l'Italien geloso, fait du Latin inuistè zelosus. On appelle en termes de Marine, Bâ- timent jaloux, un bâtiment qui roule & qui se tourmente trop, & qui est en danger de se ren- verter. M. Guillet dit que ce mot est Levantin; c'est-à-dire, que cette façon de parler vient de ceux qui navigent dans le Levant. C'est dans son Dictionnaire de la Marine. M.
JAMAIS. A jam magis, praposita negatione: nt, numquam peccabo: Je ne pécherai jamais; dit Sylvius dans sa Grammaire, page 143. Cela est indubitable. Voyez Mais. M.
JAMBE. En Languedoc & en Gascogne cam- be, en Picardie gambe. On dit encore gambade. Et nos anciens François appelloient gambaron, un homme qui avoit les jambes courtes & ramassées. Orderic Vital, livre 4. de son Histoire Ecclésiastique, parlant de Robert, Duc de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant: Facie obesa, corpore pingui, brevique statura: unde vulgo gambaron cognominarus est, & brevis ocrea. De saum, qui signifie les jointures du corps humain, on fit gam- ba, qui est proprement le jaret des animaux. Vé- gétius Renatus, Artis veterinaria, lib. 1. c. 27. Si jacca in gambis fuerint, aut aliquis dolor coxa vel gamba, sanguis detrahatur gambis, sunt enim vena a visceribus descendentes per gambas interius. Et au chap. 56: Inflexione geniculorum atque gambarum mobiter vehit. Où Végée parle des chevaux, mu- lets, & autres animaux, compris sous le nom de veterina. Mais quoique gamba s'entendit feule- ment du jaret, & du pli qui joint la cuisse avec la jambe; l'usage l'a depuis etendu à la signification de la jambe même, dont le mot a tiré son origine. Cafeneuve.
JAMBE. De campa, que les Auteurs de la baise Latine ont dit pour crus, & qu'ils ont fait de caverne. Ce mot campa se trouve dans le Vétér- inaire de Végée, livre 3. chap. 19. & au chap. 21. de Malmedicina. De-la vient campagne: qui est une sorte de fouliers, ainsi dit, quod crure vincre- ntur. Voyez Cafaubon sur Trebellius Pollio. De campa, les Italiens ont aussi fait gamba. Et de gam- ba, ils ont fait gambara: dont nous avons fait GAMBADE. Et de gambare, on a dit regambare: dont nous avons fait regimber, qui se dit propre- ment des chevaux. M.
JAMBETTE. Petit couteau pliant, qui se porte à la poche. De sa ressemblance à une jam- be. M.
JAME, & avec une S, JAMES. Nom pro- pre. Ces deux mots signifient Jacques. Le premier ne s'emploie qu'en parlant des Espagnols. Dom Jame. Il vient de l'Espagnol Jayme. Le second n'est en usage en François que pour quelques noms propres de la Langue Angloise. Tous deux sont une corruption du nom Latin Jacobus, de même que Jacques en François. De Jacobus on a fait Jacobes, le muet; puis, en retranchant le, Jac- bes; ensuite, en changeant le b en m, comme dans une infinité d'autres mots, Jacmes; d'où, en retranchant le c pour adoucir la prononcia- tion, on a dit James. Cet exemple peut servir à corriger certaines gens, qui, sans avoir beaucoup d'usage des Langues, rejettent très-hardiment des étymologies très véritables; mais dont leur peu de connoissance dans ces sortes de matières leur fait ignorer les causes, &, si je puis parler ainsi, la descendance.
JAN-LE-BLANC. Oiseau de proie: ainsi appellé de la blancheur de sa queue: d'où les Grecs l'ont aussi appelé voyage, c'est-à-dire cubane. Voyez Belon. M.
JANISSAIRES. Soldats fantassins de la Garde du Grand-Seigneur. Comme on appelle la Porte la Cour du Grand Seigneur, plusieurs on- cru que ce mot de Janissaire avoit pris sa denomi- nation de janua. Mais c'est un mot d'origine Tur- quefique. Vossus, de Vitis Sermonis, page 227. Janizari, vel Janizari; qui & Launico Chalcandy- la, libro ix. taricensis vocantur; pracipuum sunt Imperatoris Turcici robur: atque ex iis etiam eligun- tur Imperatoris ejusco custodes: ac quia aula Sol- tani Porta Osmanica nuncupatur, et a Janua voca- bulo Janizari putantur vocitar. Huie rymu vide- tur severe Chalcandylas, cum libro 1. ait: vatis vi vis opietus unicudus, quod invis, in Sirec basis iuc nabies. Præstantissimos circa se Satellites adlegit, quos Regis Jannas appellant. Ubi Interpres ad oram adnativit, Janixates. Quare, si hos audimus, idem se Janizarus ac Janitor: rique son Janizari in Aula Turcica, qui in Aula Constantinopolitana, dum res Graca manerent, erant Bardariota; de quibus Cudi- nus libro de Officiis Constant. cap. v. 4. 51. 52. 53. 54. Ubi & sic diclo ait, a Bardario, Marcioma sumine, cujus & mentio apud Gaulleinum Tyrium libro 1. Belli Sacri, cap. 13. & 14. Sed non, si ex Janizaris eligentur, qui Januam custodirent Pa- latii, ac Satellites essent Imperatoris, eo universis a Janua nomen secessent. Prateva, numquam Ma- fulmam nomen illis e Latin putus dedisent, quam lingua sua. Quare plano subscribiendum illis qui inde vocabulum arcessunt, quod Genizeri lingua eorum signet novos homines, sive milites, qui Latinis tyrones. Quomodo & interpretatur Leonidavius in erudito opere quod Pandecten Historiae Turcica in- crissit. Lazzaro Loranzo, dans son Ottomano, à la section xx. de la premiere partie: I Gianizzeri dunque, come i'e detto, sono i migliori Soldati a piedi ch'abbia quell'Imperio. Quelli servono come facevano i Soldati Pritoriani ed i Malucchi, alla custodia del loro Signore; e come facevan que va- lorosi Giovani che accompagnavano sempre il Re di Persia; i quali si chiamavan appunto Janitores; come dice l'Autor di quel libro, il cui titolo e De Mundo, tra l'opere d'Aristotele. E percio forse e piaciuto ad alcuni, che i Gianizzeri son così detti dalla parola Janua, per alluder alla Porta; cioè alla Regia del Gran Turco. Ma invero, che quelli tali si sono ingannati; perciocche la porta, capi si dice in TurcESCO, e non janua: unde il Capo supre- mo de' Portieri vien chiamato da' Turchi Capret Baffi. La parola Gianizzero e composta di due voci TurcESCO, le quali significano nuova milizia: nuova detta, non ci per che si stia inmodata nuovamente; 62 J A N. J A P. concisa cosache fese instituita fino da Osmanne Gass, alermente detto Ottomanno; e renovata, o per unettorata ed ampliata da Amorato il primo, per consiguro di Cara Rustem, tenuto allora da Tur- chi per uomo santo; ma perciocche i Gianizzeri sono figli di Christiani; pigliati anco fanciulli da pa- dri, come per tributo, da' Ministri del Gran Si- gnore, ogni cinque o sette anni, e tollor' anco più figli, occorrendo in età d'atto e dieci; e fino a venti e più anni: e poi, per lo più, distribuiti tra' Tur- chi nell' Anatolia, acciocche l'ammastrino per tempo nella legge Maometana, ed apprendino i costumi e la lingua di quella nazione, e l'affuefaciano alle fartiche, ed a' disagi: e si chiamano Agiamo glani, come si e detto di sopra: e divenuti atti alla guerra, si mandano alla Porta, per esser descritti nell' ordine de' Gianizzeri. M.
JANISSAIRES. Vossius & Lazzaro Loranzio ont raison. Le nom de Janissaires vient d'igni tcheri, deux mots Turcs qui signifient nouvelle milice: & les Janissaires ont été nommés de la sorte par la raison qu'en donne l'Auteur Italien, savoir parce que ce sont des enfans de Chrétiens, que les Mi- nistres du Grand Seigneur enlèvent de tems en tems par forme de tribut, & qui après avoir été instruits de la loi Musulmane & dressés aux exercices de la guerre, sont ensuite incorporés parmi les troupes qui portent le nom de Janissaires. * JANTES d'une roue: Lat. apsides. Ce sont les six pièces de bois, dont le tour de la roue est composé. Nicot derive ce mot de canthus. Les Pi- carés & les Normans disent gante: ce qui favorise cette étymologie. Et elle est confirmée par cet en- droit du Glotlaire, intitulé Excerpta ex veteri Le- xico Graco Latino, p. 152. Canthus, innuor. ¶ Canthus; cantha, par métaplatine; gamba, GANTE: comme casta, campa, gamba, JAMBE. M. JAPHE T. L'un des trois fils de Noé. Ce nom vient de l'Ebreu de phathah, qui signifie être atti- te, être persuadé, être séduit; mais qui, Gen. ix. 2-7. où il est parlé de Japhet, signifie dans la con- jugation fuph, dilater: & c'est aussi la seule si- gnification que ce verbe ait eu Chaldéen & en Sy- riaque. On lit dans la Gênese ix. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. 2-7. J A P. J A Q. On lit dans le livre de Judith. 11. 15. qu'Holo- ferne se rendit maître/depuis la Cilicte jusqu'aux conflits de Japheth qui font au midi. Ces confins de Japheth, sont apparemment les côtes Occidenta- les de l'Asie mineure, parce que les enfans de Ja- phet peuplerent l'Occident & le Nord. *
JAPPER. Lat. latrare. Je le tiens formé par onomatopée. M.
JAQUE, JAQUETTE, JAQUE-DE- MAILLE. Nicot: Jaque; habillement de guerre, qui est renfité de coton, comme dit Jean le Maire, liv. 1. chap. 22. en façon de chemisette. Mais depuis en a été fait de mailles de fer, presque à la façon du haubér: & pour ce, y met-on cette addition, de maille: disant, jacque & chemisé de maille: lori- ca. Ce qui donne aucunement a entendre qu'on nom- moit anciennement jacque; comme on fait encore à présent jacquette; une telle sorte d'habit, fait de drap, ou autre estoire. On y met aussi cette addi- tion, manches, quand cet habillement de guerre a des manches de mesmes, & est à haut gotycin & faudieres ou cuvifors; duquel non seulement estoient armez les gens de pied, ainsi aussi ceux de cheval par dessous le corfelet, qui n'avoient lors nuls braçals. Estant l'armure de maille si usée envers les anciens hommes d'armes, que comme se voit en plusieurs leurs tombeaux, & le heaume & les grèves en estoient fai- tes. Lorica hamis conferta, Virgil. lib. 5. Aeneid. ¶ Pontanus dit que nous avons pris ce mot de l'Alleman iach qui signifie la même chose. Les Anglois disent iacke dans la même signification. Thomas Walsingham dans la Vie de Richard II. pag. 239. de l'édition de Camden: Accepi ab ore ejusdem Joannis Philpot, quod mille loricas, vel tunicas, quas vulgo iackes vocant, redemerit de ma- nibus creditorum. Et pag. 249. Acceptum quoddam vestimentum pretiosissimum Ducis Lancelaria, quale, iacke vocamus. Et je croirois volontiers que nous aurions emprunté ce mot des Anglois plutôt que des Allemans, a causé de cet endroit de Coquillart dans son livre des Droits Nouveaux: C'estcit un pourpoint de chamois, Furci de bourre sus & sous: Un grand villain Jacques d'Anglois, Qui lui pendoit jusqu'aux genoux. De Jaque, nous avons fait le diminutif de ja- quette. M.
JAQUEMAR. Furetiere: JAQUEMAR, terme d'Horloger, est un homme de fer qu'on met sur les horloges avec un marteau à la main pour frapper les heures. On l'a ainsi appellé du nom de l'ouvrier qui en a été l'inventeur, qui s'appelloit Jacques Marc. Quand on dit, armé comme un Jacquemar, cela vient de Jacques Marc de Bourbon, troisième fils de Jacques de Bourbon Connéable de France sous le regne du Roy Jean. C'étoit un Seigneur fort brave & vailant, qui je trouva en toutes les occasions les plus dangereuses de Guerre & de Tournois; mais qui, pour donner bon exemple, & se moquer des fan- farons, étoit toujours armé à l'avantage, disant que les armes n'étoient faites que pour cela: & des- lors, on appella Jaquemars tous ceux qu'on vovoit armes de pied en cap. Tout cela est dit sans preu- ve & sans apparence. Le mar a été fait du mot de reque, & de celui le malle: & il a été dit originairement d'un homme armé de jaque-de- maille. Jacomacchiardus, Jaquemard, JAQUEMAR. Voyez jaque, jaquette, & maille. M.
JAQUEMAR, ou JAQUEMART. Le fameux Arteville, Favori du Comte de Flandre, est ap- pellé Jaques par Froissart, dans le titre de l'un des chapitres du vol. 1. de son Histoire. Et dans le même chapitre, il est dit qu'on le nommoit Ja- quemart d'Arteville: ce qui fait croire que Jaque- mart en cet endroit pourroit bien être une simple production de Jaques. Mais lorsque par Jaque- mart on entend cette figure d'homme qu'on met sur les horloges, avec un marteau à la main pour frapper les heures, il y a de l'apparence que le mort de ce nom est le mot simple, duquel vient Marron, qui est le nom qu'on a donné au Jaque- mart de l'horloge de Cambray, par rapport à la fonction de cette figure, qui consiste à frapper les heures avec le marteau qu'elle tient à la main. Le Duchat.
JAQUERIE. Sédition. Voyez Jaques-bons- hommes. M.
JAQUES-BONS-HOMMES. Rabelais, dans son Prologue du livre IV. Les Francs-Gontiers & Jaques-bons-hommes du voisinage, voyant cette heureuse rencontre, &c. On appella ainsi certains séditieux qui se soulevèrent du tems du Roi Jean, Il y a diversité d'opinions touchant cette appella- tion. L'Auteur de la Vie d'Innocent VI. dans l'Histoire des Papes de M. Boiquet, pag. 114. & 115. Inforcèrent cives & populares, Parisiens ad- harentibus sibi, & confientientibus ferè omnibus aliis ejusdem Status Lingua Gallicana: & facto sibi Ca- pitaneo, dicto JAQUE-BONHOMME, ipsum, ac sibi affilientes, deliberaverunt interficere. Nangis, dans la Chronique: Tunc temporis Nobiles facientes de- risonem de rusticis & simplicibus, vocabant eos JAQUES BONSHOMMES: Unde eo anno, quia in bellis rusticaciter se gestabant, portabant arma sua, tru- fati & spreti ab aliis, hoc nomen, JAQUES-BON- HOMME, acceperunt, & Rustici perdiderunt nomen. Que quidem nomine, omnes Rustici fuerunt postea, tam Gallici quam Anglici, nominati. Sed, prob do- lor! multi qui hoc tempore deriserunt, a quampluri- mis postmodum sunt delusi. Nam multi postea per manus Rusticorum miserabiliter perierunt. Deinde, verfa vice, multi Rustici per Nobiles occisi sunt, & villa eorum, in hujusmodi vindicam, concre- mata. Cette émotion commença par le Beauvoisin, d'où elle fut appelée la Jaquerie de Beauvoisin. Le Catholicon: A un des coins estoit la Harelle de Rouen, où un Marchand, appellé le Gex, estoit élou Roy par la populace. A l'autre coin estoit la Jaquerie de Beauvoisin, avec leur Capitaine Guil- laume Caillet. Au coin d'embas estoient les Pource- lets ligues de Lyon: Et à l'autre coin, les faits hé- roiques des Maillans, sous les Capitaines Simon- net, Caboche, & Jacques Aubriot, Roy des Bou- chers & Ecorcheurs: Et le tout, en personnages rac- courcis, ne servant que de paysage. Ce passage nous apprend le véritable nom de ce Capitaine dit Jac- ques-Bonhomme, dont il est parlé dans l'endroit de la Vie d'Innocent VI. ci dessus rapporté. Nicole Gilles, l'appelle aussi Caillet. Nicot: JAQUERIE. De ce mot, fut appellé cet amas de menu populaire, qui pendant la détention du Roy Jean en Angleterre, s'élevant au pays de Beauvoisin, sous la conduite de Guillaume Caillet (a), courant sus aux Nobles (a) Jacques Collet, selon J. Bouchet, pars. 4. chap. 5. de ses Annals d'Aquitt, édit. de 1644, page 107. J A Q. J A R. d'icelle contrée, les tua, leurs femmes & enfans; pilla, brussa, & abbatis leurs maisons; démont les chateaux d'Armenonville-les-Senlis, & de Beau- mont-sur-Alise. Lequel amas croissant de jour à au- tre, fut mis en pieces, tant par le fils dudit Roy, les Regent en France, qui en tua vint mille; que par le Roy de Navarre, qui fit trancher la telle audit Caillet, Capitaine de ces troupes, à Clermont en Beauvoisin. Et parvoient ces Macins tel nom, & celui de Jaquiers, parce qu'ils estoient tous habilles de Jaques. Nicole Gilles, en la Vie dudit Roy Jean. Voyez Froissart, volume 1. chapitre 182. feuil- lét 122. M.
JAQUES-BONS-HOMMES. Avant que d'avoir lu que ces séditieux étoient appellés Ja- ques ou Jaquiers, parce qu'ils étoient habillés de jaques, j'avois déjà pensé de même. Mais il reste encore à trouver l'étymologie de bon-homme, ou de bons-hommes; & nous la trouvons dans Frois- art, vol. 1. fol. 43. r. édition de Jean Petit, dans ce passage: Lors se mirent les Allemands en chasse après les François de Montaigne, & suivirent les bons hommes qui leur monstèrent voyez parmy les boys. Comme ceux que Froissart appelle bons hom- mes, étoient les payans; on ne sautoit douter que les Jaques bons hommes n'ayant été ainsi appellés de ce que c'étoient des payans tous habillés de jaques. Froissart, à l'endroit allégué par M. Mé- nage à la fin de son article, dit que le chef de ces séditieux se nommoit Jaques bons homs: à quoi je ne vois nulle apparence. Le Duchat.
JAQUET. On appelle ainsi en Basse-Nor- mandie un écureuil; de la même façon que les An- gevins l'appellent fouquet. Voyez fouquet, renaud, & sansonnet. M.
JAR, ou JARS. C'est une oye mâle. Il est difficile de dire d'où vient ce mot. Ne viendroit-il point de ganza? qui est un mot d'origine Alle- mande, qui signifie une oye. Pline, x. 22. parlant de la plume des oyes: Mollior, qua corpori quam- proxima: & e Germania, laudatissima. Candidi ibi, verum minores, ganza vocantur. Les Allemands disent encore aujourd'hui ganza, pour dire une oye: d'où vient ganshapich, qui se trouve dans les Loix Bavaroises pour anserum accipiter. Les An- glois disent gander, & goose; & les Espagnols, gans. Il se peut faire qu'en quelque dialecte Alle- mande on ait dit garz, pour ganz. Voyez mes Ori- gines Italiennes au mot ganza. ¶ En Champagne, JARGAUDER se dit de l'action du jars lorsqu'il cou- vre l'ove femelle. M.
JAR. Les Bateliers de la rivière de Loire appel- lent jar, ou jars, cet amas de fable & de cail- loux, qui se forment naturellement, & qui ré- sistant contre la rivière, en rejette le cours de l'autre côté. L'origine de ce mot en cette signifi- cation ne m'est pas connue. M.
JAR. On dit proverbialement, entendre le jar, pour dire, être fin, rusé, adroit. Pour concevoir cette façon de parler, il faut savoir qu'il y avoit chez les Ebreux un mois qui s'appelloit tout liar, terme Chaldéen, que nous prononçons jar. C'é- toit le second mois de l'année ecclésiastique, ou sacrée, qui commençoit par le mois Nifan; & le huitième de l'année civile, qui commençoit par Titri. Il répondoit en partie à notre mois d'Avril. Voyez les Calendriers des Juifs, qui s'impriment tous les ans a Francfort, à Hambourg & ailleurs. Comme il y avoit peu de gens qui entendissent cette matiere de Calendrier, quelques-uns croyent qu'on a dit de ceux qui en avoient l'intelligence, qu'ils entendoient le jar. Mais cette explication paroit tiree de bien loin. N'auroit-on pas plutôt dit, entendre le jar, par abregé, pour entendre le targon? Quand on parle d'un langage étranger & inconnu, on dit quelquefois abusivement & par mépris, que c'est un jargon : de sorte qu'entendre le jargon, & par abregé, le jar, c'est entendre un langage où les autres ne comprennent rien. J A R C E R. Voyez ci-dessus gercer. M. J A R D I N. Le Flaman dit gardien; & le Picard gardin : & ainsi l'on pourroit dire que ce mot vient de garder, selon la coutume des François, qui changent en J le G des autres Langues. Il y en a qui le veulent dériver de ἀρδία, arroferment. Mais je crois que c'est un mot de la Langue Tioise; car les Allemands appellent encore un jardin gard : en quoi je suis volontiers de l'opinion de Goropius, lib. 4. Originum Antuerpienium, qui dit : Sic è voce nostra gard, jardin Galli Romani-antes fecerunt. Caïeneuve. J A R D I N. Jean Picard, dans sa Celtopédie, Trippault dans son Celt-Hélenisme, le Monosini dans son *Flos Italica Lingua*, & Gosselin, dans son Histoire des anciens Gaulois, le dérivent d'ἀρδία, ou ἀρδία, qui signifie irrigare. Remarquez en passant qu'on ne dit point ἀρδία. Mitalier le dérive de l'Ebreu γὰρ iabar. Voici ses termes : IANAR, sylvam Hebrai indigitant. Galli porro ab hoc Jardinum, viridarium & hortum appellant. C'est dans sa Lettre à Jérôme de Châtillon, Président de Lyon. Il vient de l'Alleman garten, qui signifie la même chose. Coquille sur le premier article des Bordelages : JARDIN, vient du mot Tudeque, ou Alleman, garten : comme plusieurs autres ustrés en France. Barthius, au liv. 13. de ses Adversaires, chap. 4. ἀρδία, irrigare est : Inde deducum jardin, quod hortum dicunt, quia scilicet crebro is irrigetur. At cogitandum erat vocem puram Germanicam esse, qui illud consonans, loco gamma Gracanici, solent pronunciare, aliter atque Galli, qui sibulum addunt. Gardien, vel gardin, nulla litera minus, omnibus Germania oris, pro horto pronunciatur. Dans le Boulenois, on prononce encore à présent gardin. Et a Châlons sur Marne, il y a un grand enclos appartenant à l'Evêque de Châlons, qu'on appelle le Jars, de ce mot Alleman garten. Et c'est de ce mot Alleman garten, que les Italiens ont aussi fait giardino, & les Espagnols, jardin. M. Ferrari dérive l'Alleman garten du Latin hortus. L'opinion de ceux qui dérivent notre mot jardin d'ἀρδία, est tout-à-fait insoutenable : ou plutôt elle est tout-à-fait ridicule. Et cependant elle a été approuvée par l'Anonyme qui vient de publier les Nouvelles Remarques de M. de Vaugelas sur la Langue Françoise. Le mot JARDIN, dit-il, vient apparemment d'ἀρδία, irrigo, en ajoutant un J au commencement car on n'a point de jardin, si on ne l'arrouse (il faut dire, arrose). Il ajoute : Il y en a qui sont venir ce mot d'ἀρδία, medecit, sano : d'où est venu aussi celui d'ἀρδία, medicus, médecin : par la raison que c'est dans les jardins que l'on trouve ordinairement les herbes medicinales, témoin ce fameux vers : Contra vim mortis nullum est medicamen in hortis. Dans l'Ecole de Salerne, d'où est tiré ce vers, il y a, non est, au lieu de nullum est. Il est vrai qu'ἀρδία a été fait d'ἀρδία, quoique Sextus Empiricus, liv. 1. chap. 1. adversus Mathematicus, le dérive, ἀπὸ τὸ σφᾶ ἢ ἀρδία, ab eximendis telis. C'est ainsi qu'il faut traduire ces mots; & non pas, comme a fait l'interprète, a venenosis succis. Mais l'analogie ne permet pas qu'on fasse jardin d'ἀρδία. M. J A R D I N. L'origine de ce mot est Celtique; & il signifie proprement un lieu clos. Les habitans du pays de Galle en Angleterre, disent gardé; & de la Langue Celtique, ce mot a passé dans les différentes Dialectes Teutoniques, & ensuite dans le François, l'Italien & l'Espagnol. Il y a même apparence que le Latin hortus, vient de la même source, par le changement du g en h, & du d en r. On voit mieux dans gard l'origine du nom de cette belle promenade ou enclos de Châlons sur Marne, qu'on appelle le Jard. Voyez Wachter, dans son *Glossarium Germanicum*, au mot gard. On dit proverbialement : Prenez-vous garde, l'on jette des pierres dans votre jardin. On se sert ordinairement de cette expression, quand on veut dire à quelqu'un qu'il se donne de garde, qu'on lui en veut, qu'on le menace, qu'on lui baille sur les doigts, qu'on tâche de l'attraper. Pourroit-on tirer cela de ce qu'Ulpen en la Loi 9. du tit. du Digeste des Crimes extraordinaires, a remarqué en ces mots : Sunt qua more Provinciarum coercitionem solent admittere, ut puta in Provincia Arabia eximiatesse, id est, lapidum positionem, crimen appellant; cuius admissum tale est. Plerique inimicorum solent pra-dium inimici eximiatesse, id est, lapides ponere indicio suturos, quod si quis agrum illum colosisse, malo letho periturus esse insiditis eorum qui scopulos possissent. Qua res tantum timorem habet, ut nemo ad cum agrum colendum accedere audeat, crudeli-tatem eorum timens qui scopulisem fecerint. Hanc rem praesides exequi solent graviter usque ad ponam capitis. Ou bien rapporterons-nous cela à ce jet solemnel d'une pierre, dont il est souvent parlé dans nos Auteurs, & qui se faisoit in operis novii munitatione ? De Brieux, Origines de quelques Coutumes anciennes, pag. 130. J A R D I N I E R E. Voyez courrilliere. M. J A R E T. J A R E T I E R. En Languedoc, garel est ce que les François appellent jaretier, qui selon Robert Etienne, dans son Dictionnaire, se dit d'un homme, ou d'un cheval, qui a les jambes tordes en dedans, en sorte que les genoux s'entrecouchent, ou peu s'en faut. Ce qui est appelle varus en Latin. C'est aussi de varus qu'est formé garel, par le changement ordinaire de l'V en G. De-là vient aussi qu'en Languedoc garou signifie le jaret : dont il y a apparence que les François ont formé jaret, comme ils ont fait jambe, de yamba, car aussi en Languedoc garouiere, c'est la jaretiere. Joachim Perion, De Lingua Gallica cum Graca cognatione, tient que jaretiere vient du Latin are-tare, en y ajoutant la lettre J au commencement, parce que les jaretieres serrent & prsent les bas de chauise, qui sans cela s'abbatrolent sur les talons. Quelques uns, comme dit Robert Etienne, dérivent jaret de l'Hebreu jarach, qui signifie la cuisse. Caïeneuve. J A R G O N. Sorte de langage extravagant. Les Italiens disent gergo, & les Espagnols gericonque : & nous disions anciennement gergon. Tout cela favorise l'opinion de Covarruvias, qui dérive gericonque de Gracum, quasi gregiconque. La Langue Grecque est J A R. J A S. est peu entendue : d'où vient le dicton, *Gracum est*, non *legitur*. Dans mes Origines de la Langue Italienne, j'ai dit que je croyais que *gergon* venoit de *barbaricus*, en sousentendant *fermo*. Et je persévère dans cette opinion, quoiqu'elle ait été improuvée par M. Ferrari. Voici mes raisons. *Baragouin* est le même que *jargon*. Or il est constant que ce mot a été fait de *barbaricus*, de cette maniere : *barbaricus*, *barbaracuinus*, *baracuinus*, *BARAGOUIN*. Voyez *baragouin*. De *barbaricus*, on a fait de même l'Espagnol *gericonça*, de cette maniere : *barbaricus*, *barbaracunius*, *barbaricuntia*, *baricuntia*, *G. RICONÇA*, en sousentendant *loquela*. De *barbaricus*, nous avons fait de même *jargon*, de cette maniere : *barbaricus*, *baricus*, *varicus*, *guaricus*, *guaricus*, *guacco guarconis*, JARGON GARGON, en y préposant un G : comme en GUESTRE, de *vespa* ; en GASCON, de *Vasco* ; & en GUE, de *vadum*. De *barbaricus*, on a fait de même l'Italien *raguetto* : qui est un langage estropié par les Etrangers. C'est ce que j'ai remarqué dans mes Origines de la Langue Italienne, en ces termes : RAGUETTO. *Linguaggio storpiato da' Forestiari*. *Jo dirò cofo incredibili*, e *vere*. *Formossi* raguetto da barbarus. Barbarus, barbara, barbaracus, barbaracettus, racettus, ragettus, ragetto, raghetto, RAGUETTO. Toutes ces étymologies me plaisent extrêmement. Et encore une fois, je persévère dans mon opinion, quoique désaprouvée par le savant M. Ferrari. M.
JARGON. Je doute fort que ces étymologies, dont M. Ménage paroît être si content, plaisent de même à la plupart des Lecteurs ; & que ces additions, ces retranchemens, & ces changements arbitraires de lettres, pour amener les mots, bon gré malgré, au but que l'on souhaite, puissent être de leur goût. J'aime mieux dériver plus simplement le François *gergon* & *jargon*, l'Italien *gergo*, & l'Espagnol *gericonça*, de *Gracum* ; que de les faire venir, par une si longue & si pénible route, de *barbaricus*. Je croirois volontiers que l'Italien *raguetto* vient aussi de la même source par le retranchement du G initial.