JARNAC. Voyez *coup de jarnac*. M.
JARRES, ou GIARRES : *font de grandes cruches destinées à conserver l'eau douce*, dit M. Guillot, dans son Dictionnaire de la Marine. De l'Italien *giarra*, qui signifie un *vase*. Touchant l'étymologie de *giarra*, voyez mes Origines de la Langue Italienne. M.
JARRES. Je veux croire que le François *jarre* vient immédiatement de l'Italien *giarra*, ou de l'Espagnol *garra* : mais l'Italien & l'Espagnol viennent eux-mêmes de l'Arabe *giarra* qui signifie la même chose, savoir une cruche, un vaisseau de terre, propre à conserver l'eau.
JARRET. *Lat. poplet*. Trippault le dérive de l'Ebreu *tarech*, qui signifie *coxa*. Les Anglois disent *garr*. Voyez *jarretieres*. M. Voyez ci-dessus JARET.
JARRET. M. le Duchat donne une étymologie bien singulière de ce mot. Il le dérive de l'Alleman *gurr*, qui signifie une ceinture ; & la raison qu'il donne de cette dérivation, c'est qu'on met aux *jarrets* des jarretieres, qui sont des espèces de ceintures. Mais le *jarret* des animaux a-t-il aussi tiré son nom de celui de *jarretiere* ? Le nom de *jarret* n'existoit-il pas avant que les hommes portaient des jarretieres ? Et n'est-il pas évident, comme le remarque M. Ménage sur ce dernier mot, que *Tome II*. *jarretiere* vient de *jarret*. Il est vrai que l'origine de *jarret* est très-obscure, & que tout ce que l'on en dit est fort incertain. Voyez *jarretieres*.
JARRETIER. *Lat. compensis*. Gr. *zeniopoli*. C'est celui qui a les jambes tordes en dedans, en sorte que les genoux s'entretouchent. M.
JARRETIERES. *Lat. periscelides*. Il y a diversité d'opinions touchant l'origine de ce mot. *Forte a verbo arctare : quod caligarum laxitatem adstringat*, dit Nicot. Cujas liv. XXVII. de ses Observations chapitre 16. *Fascia pedalis*, *aut pedula vestis sunt non munis*, *vel ornamentorum*, I. 21. de *auro*, & *argento legato : quas, ut existimo, Suidas vocat miūria qiuqara, in voce ipsa miūria, & in varium*. Et novissimi dixeris *quingus*: atque *inde vulgus Gallicum jarretiere : quas suere approbatio fascis cruralibus corvenis magis*. M. de Valois dans sa Dissertation sur le Fragment de Pétrone, page 12. *Fortunata, uxoris Trimalcionis, periscelides torta, quales in usu nobis sunt, matronisque nostris, & quas vulgo, à poplite, cui subligantur*, artectarias, *vel jarretarias vocamus, nec moris Romani sunt, nec Gracanici. Nam Gracorum, Romanorumque periscelides, erant fascia, quibus crura involvabantur, ac regelbantur*. Il est sans doute que *jarretiere* vient de *jarret*. A poplite cui subligantur, dit fort bien M. de Valois. Mais d'où vient *jarret* ? M. de Valois, au passage ci-dessus rapporté, le dérive d'*arreticum*. Et la raison qu'il a eu de le dériver de ce mot, est vrai-semblablement, parce que le *jarret* sert à se lever : ce qui me paroît allez raisonnable. Nous disons en Anjou *jarretier*, au masculin. Et c'étoit l'ancienne prononciation des François ; comme il paroît par ces paroles de Vossus, qui sont de la page 210. de son de *Vitis Sermonis : garratum, pro periscelide, sive fascia cruralis : vox illustrata Ordine Equestri, ab Eduardo III. Anglia Rege, instituto. Est à Gallo-Anglico gartier : quo & ipso id notatur, quod periscelidem nove vocat Budans*. Je ne fais où Budice a employé ce mot en cette signification (a). Ce n'est pas dans ses Commentaires de la Langue Grecque. *Hegemishis*, au reste, est un mot Gréc ancien. M.
JARS. Voyez *jar*. M.
JARS. En Bas Breton & en Gallois, *jar* signifie une *poulie*. Huet.
JASER. Il peut venir de *garrie*. *Garritum, garristum, garritiare, jaritiare*, JASER. Ou de *jas*, que les paysans disent pour *jars*, qui est l'orye mâle. Virgile : *argutos inter strepere anser olores*. M.
JASER. De l'Italien *gazzo*, *pie*: oiseau qu'en quelques provinces on nomme *agace*, de ce même mot. On dit, *jazer comme une pie*. Le Duchat.
JASERAN. Jean le Maire liv. 1. chapitre 40. Et *avoit pour crux, six cotes de maille, jadis appelées jazerans, toutes de fin or*. Nicot : On appelle jazeran aussi la *chaise d'or ou d'argent ; qui est de grosses mailles, couches, & jarres, dont les femmes font fort souvent des bracelets*. M.
JASERAN. L'Auteur du Glossaire sur les Noels Bourguignons dérive ce mot de l'Espagnol *acero*, c'est-à-dire, *acier*. Voici ses termes : *Il en est de* (a) C'est dans ses Annotations sur les Pandectes, page 211, de l'édition 50-80. Lyon, 1784, ou il dit : *Reges Anglia procerum sedulum colurtem periscelide donant*. Le D. même des jaserans ou colliers tissus, les uns à mailles d'or, les autres à mailles d'argent, à la matière des jaserans de guerre, ainsi nommés parce que c'étoient des cottes tissus à mailles d'acier, en Espagnol aze-ro, d'où le mot jazeran, ainsi écrit anciennement, a été formé. Ces colliers ou jaserans étoient plus ou moins ornés suivant la qualité des personnes. M. le Duchat dit que jaseran vient peut-être de l'Alleman ganz-ring, c'est-à-dire tout-anneau; ou de jaser comme quinquaille, a sono, selon Bochart. Les jaserans soinent, tant à cause des mailles dont ils sont composés, que parce que les femmes y pendent des ciseaux & des clefs. Le même M. le Duchat croit aussi, que jaseran, en la signification que lui donne Nicot, pourroit bien venir de l'Alleman schatz-ring, qui signifie bague de réserve. Or comme le vêtement militaire, dit-il, qu'on appelloit jaseran, étoit aussi de réserve, c'est-à-dire, qu'on ne l'endofioit pas tous les jours lorsqu'il étoit composé de mailles de fin or, comme celui dont parle Jean le Maire, il se peut qu'on l'aura pareillement appellé jaseran par ces raisons. Je ne fais laquelle de ces trois dernières etymologies mérite la préférence. Pour moi je m'en tiens à celle que donne l'Auteur du Glossaire sur les Noels Bourguignons. Elle me paroît la plus simple & la plus naturelle. *
JASMIN. Robert-Etienne, en son Traité de Arbarum, fruticum, & herbarum nominibus, dit que cette fleur n'est pas fort ancienne en France, où elle fut apportée d'Italie. Je crois que les Grecs, qui tous le nom de ire, qui signifie violette, comprennent plusieurs espèces de fleurs, en ont formé iarum, qui doit être le jasmin. Aussi Diofcoride appelle iarum iarum, un certain onguent usité en Perle, qu'on faisoit de violettes blanches jettées dans de l'huile de sesame. En effet les fleurs de Jasmin sont blanches. Caseneuve.
JASMIN. Fleur. C'est un mot Arabe & Persien. Il se trouve dans Avicenne, livre 2. & dans le Paraphraste Chaldatque, cité par Elie, nombre 34. 8. Hermolaus Barbarus, dans la Corollaire, chapitre 79, le dérive d'ies, viola: ce qui est réfuté par Jules Scaliger dans son Exercitation 197 contre Cardan. Voyez mes Origines Italiennes au mot gelfemino. M. Mais cooutons M. de Saumaise dans ses Homonymes des Plantes chapitre 23. Turca quoque Zambac appellant omne litium. At veteres Arabes, doctoresque, hoc nomine vocarunt iurulus: a qua iarum iarum iarum: qui flos etiam Arabibus dicitur iasmin. Quod, nulla mutata litera, hodie retinemus: ut magasin, cotton, serbin; qua sine ulla mutatione ex Arabico in nostram Linguam sunt deducta. Et ce qui suit. Cette étymologie de M. de Saumaise est la véritable. Mais comme le jasmin est blanc & odoriférant, les Arabes peuvent avoir formé leur mot iasmin du Grec ire, dans la signification de violette blanche. ire, ia, ire, iarum (dou iarum), iarum iarum, iarum. M.
JASMIN. C'est un mot Persan, qui signifie la même chose. Huer.
JASPE. D'isapis. Voyez diapri. Le Latin iaspis a été fait du Grec idam. L'origine du mot Grec est incertaine. M.
JASPE. Le Grec iarum vient évidemment de l'Ebreu iaspis iaspis, qui signifie la même chose. Il est parlé de la pierre de jaspe dans l'Ecode XXVIII. 20. & XXXIX. 13. & dans Ezechiel XXVIII. 13. Elle étoit la troisième du quatrième rang des J A T. J A U. douze pierres précieuses qui étoient sur le Rational du Grand-Prière. Les septante traduisent l'Ebreu iaspis iaspis par iaspis, & la Vulgate par brydus. Les Interprètes varient beaucoup dans l'explication de la plupart des noms Ebreux des pierres précieuses dont il est parlé dans l'Écriture: ce qui fait voir qu'ils n'en favoient pas exactement la véritable signification. Nous ne la savons pas mieux aujourd'hui: C'est pourquoi je pense qu'il vaudroit mieux laisser ces noms dans les traductions tels qu'ils se trouvent dans le texte original, que d'en donner des interprétations douteuses & incertaines. Mais pour ce qui est de iaspis iaspis, il est clair que c'est le jaspe. La ressemblance des termes est trop grande pour qu'on puisse en douter. Les Paraphrases Chaldéennes rendent le terme Ebreu par iaspis pantherin, ou iaspis pantheri, ou iaspis pantheri, ou iaspis lappantourin, c'est-à-dire pantherre; & elles ont donné ce nom à la pierre de jaspe, à cause qu'elle a des taches semblables à celles de l'animal qu'on appelle panthere. Il est parlé du jaspe dans l'Apocalypse IV. 3. XXI. 11. 18. & 19. dans les deux premiers endroits la version Syriaque met iaspis, imité du Grec iarum; & dans les deux derniers iaspis, qui est le propre terme Grec. *
JATTE. C'est un plat, ou vase profond. Les Picards l'appellent gar: les Gaïcons gande, qui est à mon avis l'ancienne façon de prononcer ce mot: ce qui persuade qu'il a été formé par contraction de gabata, qui signifie même chose. Martial: Sic implet gabatas, paropsidesque. Fortunat liv. 11. Epig. 9: Carnea dona timens argentea gavata perfert. Caseneuve.
JATTE. Espèce de vaisseau. De gabata: qui se trouve dans la signification d'une espèce de grande écuelle, dans Martial, livre XI. épigramme 32. Sic implet gabatas, paropsidesque. Et livre VII. épigramme 47. Percurrunt gabata, volantque lances: Et qui a été fait de yačarys. Hefychius: yačarys. yačarys. Les Gloves des Basiliques: yačarys. yačarys. De gabata, on a fait le diminutif gabatellum, d'où notre mot de jadeau (a). Rabelais, 1. 39. L'Enfermier de nostre Abbaye n'a donc que la tête bien cuite: car il a les yeux rouges comme un jadeau de vergne. M. JATTE: que quelques-uns appellent agathe; est une enceinte de planches vers l'avant du vaisseau pour recevoir l'eau que les coups de mer sont entrés par les éculiers: ce qui donne facilité de la vuider, dit M. Guillet dans son Dictionnaire du Gentilhomme. M.
JAU. On appelle ainsi un coq en plusieurs provinces de France; & particulièrement, dans le Berri. Theodore de Beze, dans son de Francica Lin- (a) On a dit aussi guidau pour jadeau; & le Traducteur du Traité de Opsiens de Platine c'est servi plus d'une fois de ce mot, & particulièrement, livre 7, au chap. de l'Amidon. Le D. qua retta pronuntiatione, page 14. Germani non-mulli pro ego, perperam pronuntians ego: & pro gallus, gallus. Unde Bituricenses jau, pro gallo & ajace, pro agace, id est, pica. Et c'est par cette prononciation que le mot jau a été introduit en notre Langue. Gallus, gallus, I A U. Nous avons fait de même en Anjou le mot de la Jaille, qui est un nom de terre, de Gallus, Gallus, Jalla, JAILLE. Gallus, c'est la maison de Gallus: & la Jaille, la maison de Jau. Nous avons en Anjou deux familles illustres du nom de la Jaille. Voyez mes Remarques sur la Vie de Guillaume Ménage, Avocat du Roi d'Angers, mon père, page 418. M. J A U : pour robinet. Scaliger dans le premier Scaligerana: Epistomia, sum qua Galli jans tovar: robinets. JAUS, a forma rojtri & crista galli gallinacei. M. J A V A R D. Mal de cheval. De clavus. Clavus, chiavus: & o' l'Italien chiavo: chiavardus, javardus, JAVARD. Les Italiens disent chiavardo, en la même signification. Un javard est une espèce de clou. Cette étymologie, qui est de mon invention, ne me déplaît pas. De clavardus, les Italiens ont aussi fait giarda, e giardoni: mots de semblable signification. Voyez mes Origines Italiennes. M. J A V E A U. Voyez javelle. M. J A V E L I N E. Voyez javelot. M. J A V E L L E. En Languedoc gabelle. De plusieurs javelles, qui sont des poignées de blé, se fait une gerbe: de sorte que comme en Languedoc garbelle, & par le retranchement de la lettre R, gabelle, est le diminutif de garbe; de même en France gerbelle est celui de gerbe, dont on a depuis fait javelle. Ces mots viennent de l'ancien Teudifique garivon, comme nous avons dit sur le mot gerbe. Cafeneuve. J A V E L L E. J A V E A U. De cavellus, & de cavella: qu'on a dit pour capellus, & capella, diminutifs de capus, qui signifie proprement une poignée: & o' capulus. Capus, cavus, cavellus, I A V E A U. Capus, cavus, Java, cavella, J A V E L L E. Cavus se trouve dans la signification de javelle, dans cet endroit de Philargyrius sur ce vers du 1. des Georgiques: Aut fatu pecorum, aut cerealis mergite culmi. MERGITE: Fafces culmorum spicas habentium, quas metentes brachiis finiftris complectuntur. Quidam cavos dicunt. Les Grecs ont appellé de même les javelles Spizualla, de Spizum, qui signifie prendre, empoigner. Les Normands & les Picards prononcent gavelle. Et les Espagnols disent gavilla: o' o' leur verbe engavillar, pour fagoter. Les Provencaux disent gaveau. On appelle en Languedoc gavel, un fagot de farment. En Berry & a Chateaudun, on l'appelle javelle. Ce mot se trouve en cette signification dans les Ordonnances. Voyez le Dictionnaire Universel. M. de Cafeneuve prétend que javelle a été dit par corruption, pour garbelle, diminutif de gerbe, qu'on prononçoit garbe, fait du Tiois garivon. Je ne voudrois pas changer mon étymologie avec la sienne. M. J A V E L L E. Ce mot peut fort bien venir de l'Alleman gabel, qui signifie une fourche. Une javelle c'est proprement autant de blé en paille qu'on en soulève avec la fourche. Le Duchat. J A V E L O T. Les traits & les dards que les Anciens lançoient de la main sont ainsi appelés, parce que les gens de guerre les portoient ou fai- foient porter à javelles, c'est-à-dire liés par faisceaux. Ainsi les Ordonnances ou Statuts de Robert premier du nom, Roi d'Ecolfe, appellent gerbe de flèches, le nombre de 14 flèches trouvées en un faisceau. Habeat unum arcum cum una garba fagittarum; scilicet viginti-quatuor fagittas. C'est au chap. 17. Cafeneuve. J A V E L O T. De capulatus, diminutif de capulus: comme si le javelot étoit tout manche, à cause qu'on le darde en le tenant par le milieu. Capulus, cavulus, cavulatus, J A V E L O T. De capulus, par une autre sorte de diminution, on a dit capulatus: dont nous avons fait JAVELINE. Les Frossis & les Anglois disent gaveloc. Brookland, folio 14. Ego vero, simulavi me esse Scotum: & Scotti habitum induens, & gestum Scotti habens, sape illis qui mihi illudebant, baculum moum excusfi, ad modum teli quod vocatur gaveloc. M. de Cafeneuve a une autre pensée touchant l'étymologie de javelot. Il dit que les dards que nos Anciens lançoient, furent appelés javelots, parce que les gens de guerre les portoient, ou faisoient porter, à javelles; c'est-à-dire, liées par faisceaux. Et la-dessus il cite cet endroit d'une Ordonnance de Robert I. Roi d'Ecolfe: Habeat unum arcum cum una garba fagittarum; scilicet viginti-quatuor fagittas: qui est une étymologie qui n'est pas à rejeter. M. J A V E L O T. M. le Duchat remarque qu'au chapitre 11. de l'Histoire de Bertrand du Guelélin, on lit glaivelet dans la signification de javelot, d'où il conclut que javelot est un diminutif de glaive, ainsi que glaivelet. Il remarque aussi qu'au chapitre 39. de la même Histoire la lance est appelée glaive; & de même dans nos plus vieux Romans. Wachter, dans son Glossarium Germanicum page 1367. dit que le mot François javelise, qui a la même origine que javelos, est imité de l'Alleman schaftlein, qui signifie lance, flèche, & toute sorte de trait à lancer. Voici les termes de cet Auteur: SCHAFTLEIN, jaculum, lancea. Diminutivum a schaft lancea. Hoc imitantur Galli in javeline sed vitiofe. Nos rursus Gallos in schaftlein, cum de beremus dicere schaftlein. Javelos ne pourroit-il pas venir de jaculum? J A U G E. Mesure de futaille. Voyez Nicot. M. Rigault, Conseiller au Parlement de Merz, m'a dit autrefois, que ce mot François avoit été fait du Latin galba, qui est un mot d'origine Gauloise, qui signifie gros, gras: la jauge signifiant proprement la mesure de la pipe par l'endroit le plus gros. Et il le dérivoit de cette maniere: galba, galbeus, galbius, galbia, gallia, JAUGÉ. M. Noblé le dérivoit de doga, qui signifie capacité. Voyez ci-dessus, au mot boutici le. M. du Cange le dérive de gagga, qui se trouve, a ce qu'il prétend, en la même signification. Voyez son Glossaire. La plus vraisemblable de ces étymologies, est celle de M. Rigault. M. J A U G E. De jambage, par contraction & corruption. Jauger un tonneau, c'est y mettre une espèce de jambe, qui sert à trouver la mesure de ce tonneau. Les Cordonniers ont appellé ompa. Instrument dont ils se servent pour prendre la mesure du pied, & cela a cause des deux jambes que forment entre elles le fust & le pied mobile de cet instrument. Le Duchat. J A U G E U R. On appelle ainsi celui qui jauge, c'est-à-dire qui vérifie si la furaille a vin est de jauge ou mesure raisonnable & ordinaire. Il est 1 ij formé de *fallay*, comme qui dirait *Jalligeur*. La Coutume d'Orléans, Art. 492. En tous les *Ballages d'Orléans* n'y a qu'une *jauge* & *estallon de juft* à *mestre vin*. La Coutume de Clermont Art. 1 1 1. Il y a *gaulger* & *gaulger*. Mais la Note marginalé porte qu'il faut lire *jauge* & *jaugeur*. Faire *gaulger* la *gallaise* en laquelle sera le vin par *luy achepte*. Et plus bas : *Sera pris pour le droit du Gaulgeur* ou *denier Tournois sur le vendeur*. Caïeneuve. J A U L T. Nom de famille. De *Gallus*, dans la signification de *Gallus*. Le 6 a été changé en 1, comme dans *jau*, *doq*, pareillement de *gallus* : voyez ci devant *jau* : dans *jardin*, de *gard* ou *gartea*, dans *jatte*, de *gabata* : voyez ci-devant *jatte* & *cadire*. La première 1 de *Gallus* a été changée en 1, voyelle dans le mot *Jaule*, ainsi que dans *Gauleis*, fait pareillement de *Gallus* ; dans *fauter*, de *faltare* ; dans *Baudouin*, de *Baldouin* ; dans *Arnaud*, d'*Arnaudus* ; & dans une infinité d'autres mots. L'un final de *Gallus* a été changé en 2. Ainsi de *Gallus*, *Gaulois*, on a fait le nom de *Jaule*, de cette manière : *Gallus*, *Jallus*, *Jaulus*, *JAULT*. J A U N E. Il n'y a point de doute que les François, qui changent ordinairement le 6 en 1, n'ayant tiré ce mot du Latin *galvus*, *galbinus*, ou *galbineus*, qui signifie *couler jaune*. Le *Glossaire* : *Galvus*, *Glaucus*, c'est-à-dire, *jaune*, pâle. Flavius *Vopiscus*, en la Vie d'Aurélien : *Tunica*, *galbina*, *braccis Gallicis* *indutus*. Le *Consul Grammairien* *Habentius*, dit que la pierre *achates* *off galbina coloris*. Et *Vegéce*, dans *ion de Re Veterinaria*, écrit que la fleur de l'éyngion, que nous appellons *panicauls*, ou *chardon tétu*, *est galbineus coloris*. *Eryngion autem herba dicitur qua in littere naestitur* *prope undam marts*, *florem habens quasi aureum vel galbineum*. D'ailleurs les Doctes tiennent pour la plupart que l'oiseau appellé *galbulus* ou *galgulus*, est le même que les Grecs appellent *leves*, du nom de la jaunisse, parce qu'il est de couleur jaune. *Caïeneuve*. J A U N E. Couleur. M. de Saumais le dérive de *galbinus*. *Galbum*, *vel galbeum*, *vel etiam galbina colorem supra documus esse aureum* : *idque nomen hodie retinemus : quem enim colorem jaunum dicimus*, *is est galbinus*, *vel gaubinus : sic enim scribbiant & promantabans recentiores : ut cauculum & cauculonem*, *pro calculo & calculone : ut alia sunt ejnmodis in nostra Lingua infinita*, *que ex Latino mutuati sumus*, & *ad eandem formam illud elementum mutavimus*. *Sic gaubinum est gieaune*, *vel jaune*. *Falsus item est Herbariusille Turnobis*, *qui galbineum colorem ei persuasis esse caruleum dilutiorem : indutus ex verbis Vegetii*, *qui florem cyphis galbineum vocat*, & *quod ipse in cyphis talem florem agnoverat*, &c. L'endroit de *Turnobe* est dans le chapitre 8. du livre XVII. de ses *Adversaires*. Les Italiens disent *giallo* ; qu'Erithrée sur ces mots du 4. des *Georgiques de Virgile*, *hyali sauro fucata colore*, dérive du Latin *hyalus* : *GIALLO fortasse hinc color voluo dictus*, *qui aliis GIALDO* ; & que *Scaliger contre Cardan*, *CCXXXV. 10. dérive de l'Alleman *cheel* ; & que *Celso Cittadini au chapitre 1. de ses Origines Italiennes* dérive de *gilvus*. L'opinion de M. de Saumais ne paraît très-naturelle. *Gialus*, *galbulus*, *galbulinus*, *galmus*, *jalnus*, *JAULT*. *Galvus*, dans les *Gloses* anciennes, est expliqué par *Jaujus*. *J E.* J E. Ce pronom, qui se dit *ego* en Grec & en Latin, prend, sans doute, son origine des Langues Septentrionales. Car l'Alleman dit *ib*, l'Angelois *it*, le *Sclavon la*, comme témoigne Sigismundus *Gelenius*, in *Lexico Symphons*. D'où je crois que le reste des nations de l'Europe l'ont pris : car en Espagne on dit *yo*, en Italie *io*, en Gascogne *ion*, en Languedoc *ion*, & en plusieurs endroits de la Guienne *io*. Les *Gloses* : *Josipse duvis*, pour *ego ipse*. Caïeneuve. J E. Comme quand on dit, je *fais* ; je *fuis*. Périon prétend qu'il vient d'*ego*, & qu'à cause de cette étymologie, il faut écrire *ge*, & non pas *je*. Voici ses termes : 1, *interdum pro G. Ut*, *cum nominandi casum ego*, je *scribunt pane omnes : cum origo*, *ge scribendum esse doceat*. *Quid hoc loco afferre possum ? an distinctionem & ambiguitatem*, *quam, ut illic, ita hic vitare velint ? atqui nulla est, si G adhibatur*. *Quid causa est, quamobrem non isto modo & Georgij nomen transferentes*, *Jeorge scribant ? Si originem afferant, cur eandem etiam in illo pronomine non spectant ? Urges, inquit, gravissimis rationibus nostris pane omnes : nec video quid axiud possim contra dicere : ita eos suo gladio, quod aiunt, jugulasti*. *Nam quod ad pronomen ego attiner, legi ge per G scriptum sape in antiquis sabulis*. Périon se trompe. Je n'a pas été fait du Latin *ego*; mais de l'Italien *io* : dont l'1 voyelle est devenu consonne ; *io*, *jo*, 12. Voyez mon *Discours du Changement des Lettres*. Mais il est vrai que l'Italien *io* a été formé d'*ego*. *Ego*, *eo*, 10. Voyez mes Origines de la Langue Italienne, au mot *io*. M.
JEAN. Nom propre d'homme. Autrefois on écrivait *Jehan*, & en Latin *Johannes*. Il vient de l'Ebreu *prive Iebohbanan*, fait de *niv Iebohbanan*, nom propre de Dieu, & du verbe *pr Iebohbanan*, qui veut dire, faire grace, accorder gracieusement, être misericordieux, avoir compassion : de sorte que *Iebohbanan* signifie, *grace de Dieu*, ou *don de Dieu*, ou *accordé de Dieu*. On trouve ce même nom dans le Livre d'Estras, x. 18. Saint Jean-Baptiste fut appelé *Jean*, parce qu'il avait été accordé par une faveur spéciale de Dieu. Le peuple a mis ce nom en usage dans notre langue, en le joignant abusivement à plusieurs mots injurieux. On appelle *double Jean*, un homme dont la femme fait beaucoup de scandale. Ce mot, en ce sens, vient, selon quelques-uns, de *Janus*, Dieu de l'ancien Paganisme, représenté avec deux visages ; comme si le mari & l'adultère étoient deux têtes en un bonnet, & que le nom demeurerait au mari, parce que c'est celui qui paraît dans la maison. On dit proverbialement d'un homme qui ne saurait garder un secret, ou qui dit tout ce qu'il pense : C'est Saint *Jean* bouche d'or. On dit encore : C'est comme le Bréviaire de Messie *Jean*, cela s'en va sans dire. Regnier a dit en maniere de Proverbe : *Parler comme à Saint Jean parlent les crocheteurs.* Ne veut-il point dire : Comme parlent les crocheteurs sur la place de Greve à Paris, qui est près de la Paroisse de Saint Jean ? On dit aussi en proverbe : Il fait comme le chien de *Jean* de Nivelle, qui s'enfuit quand on l'appelle. Ce proverbe vient de *Jean* de Montmorencie, Seigneur de Nivelle, qui ayant donné un soufflet à son père, fut cité au Parlement, proclamé & cité à son de trompe pour comparoir en Justice. Mais plus on l'appelloit, plus il se hâtoit de courir & de fuir du côté de Flandre. On le traitoit de chien, à cause de l'horreur qu'on avoit de son crime & de son impétité. On dit encore : C'est le mariage de Jean des Vignes, tant tenu, tant payé. Ce proverbe s'est fait par corruption des gens des vignes, parce que les vendangeurs qui se ramassent ensemble de plusieurs endroits, font ordinairement de petites alliances, qui ne durent qu'autant que la vendange dure, & se rompent lorsqu'elle finit. Quelques-uns, mais mal-a-propos, l'ont attribué à un certain Jean des Vignes, Gentilhomme, dont la famille subiste encore au pays de Nivernois. On dit aussi par un autre proverbe : Je ne me soucie non plus de cela que de Jean de Vert. Il y a eu un Jean de Vert, fameux Commandant des Troupes Impériales, qui fut pris au mois de Mars 1638, par le Duc de Weimar dans une bataille près de Rhinfeld, & de la mené prisonnier au bois de Vincennes. C'est ce qu'a entendu Voiture, en cet endroit de sa réponse pour Mademoiselle de Rambouillet à M. de Montaufier : Soit que nous allions aux campagnes De ce beau parc, où Jean de Vert Pour quelque tems est à couvert. C'est ce qu'on lit dans le Glossaire sur les Noels Bourguignons, au mot Jan de Var. On appelle poire de Messire Jean, certaine sorte de poire, parce qu'elle a été mise en vogue par un Curé de Lorraine qui portoit ce nom.
JEHIR. Montrelet, édit. de 1572. vol. 1. fol. 20. a, sur l'an 1405. Et iuy fit jehir de la bouche le cas pour lequel il l'avoit appelle. C'est la même chose que jeffre, qui se trouve dans Perceval, & que Borel fait venir d'exire, ifsir, sortir ; mais qui vient de jufum ire, c'est-à-dire sortir en bas. Voyez Jus. Le Dachat.
JEHOVAH. Nom propre de Dieu dans la langue Ebraïque. Nous prononçons de la sorte avec un J consone, quoique l'Ebreu יהוה soit proprement Jehovah. C'est le nom propre de Dieu, parce que c'est le nom qui ne convient qu'à lui seul, selon ces paroles de l'Écriture, Isaïe, xliii. 8. Je suis Jehovah, & c'est-à-dire nom nom. Et Exode, vi. 3. J'ai apparu à Abraham, à Isaac, & à Jacob, comme le Dieu Tout-puissant (en Ebreu, שָׁרֵי Schaddai) ; mais je ne me suis point fait connoire à eux par mon nom Jehovah. Ce qui ne se dit nulle part ni de אַל E, ni de אַל־הַנּוֹ בְּרִיתוֹ, ni de שָׁרֵי Schaddai, ni d'aucun autre nom de Dieu ; parce que ces divers noms expriment seulement quelqu'un de ses attributs, mais non pas son être même & sa substance, comme fait le nom Jehovah. Tous ceux qui ont écrit sur cette matière font venir Jehovah du verbe Ebreu יהוה havah, ou יהוה havah, être ; hormis Oleaster, Dominicain Portugais, qui le rire du substantif יהוה hovah, qui veut dire affliction, calamité. Sa raison est que Jehovah ressemble bien plus à hovah qu'à havah : d'où il conclut que Jehovah signifie celui qui envoie des afflictions, des calamités. On rejette avec raison ce sentiment, & plus encore la raison sur laquelle il est fondé : car outre qu'elle rend ce nom indigne de Dieu, ou du moins peu convenable, Dieu lui-même donne un autre sens à son nom, Exode, 111. 14. lorsqu'il dit : Je suis celui qui est. Et ensuite : Celui qui est, m'a envoyé vers vous. Ainsi il faut s'en tenir au sentiment commun, & faire venir Jehovah du verbe יהוה havah ou יהוה havah, être. Mais tous ne l'en font pas venir de même. Quelques-uns le font venir de la conjugation jiei, ou de hipbit, d'où il s'enfuiroit qu'il signifieroit, celui qui donne l'ire, & non pas celui qui est. Mais 1°, le verbe יהוה, ou יהוה, n'a point ces conjugations transitives, & l'on n'en trouve aucun exemple dans l'Écriture. 2°. Jehovah n'a point la forme de ces conjugations, mais celle de la première conjugation, appelée kal. 3°. Dieu dit dans l'Exode, 111. 14. qu'il est celui qui est, & non pas celui qui donne l'ire. 4°. Aucun des anciens Interprètes n'a pris ce nom dans une signification active ou transitive. Le nom Jehovah exprime donc proprement l'être & la substance de Dieu, & il marque tout ensemble le paffe, le présent, & le futur : & c'est à quoi le Grec & où qui est, qui est, et qui est. Apocal. 1. 4. fait sans doute allusion. Aussi le Rabbin Bechai, dans son Commentaire sur l'Exode, dit que le nom Jehovah, qu'il appelle שָׁרֵי סִיחָה, nom approprié, c'est-à-dire, qui convient spécialement & uniquement à Dieu, comprend les trois tems, savoir le paffe, le présent & le futur. Un autre Auteur Juif dit que ce nom marque trois existences, celle du présent, celle du paffe, & celle du futur, & que les lettres qui expriment ces trois tems, ou ces trois existences, se trouvent renfermées dans le nom Jehovah. C'est pourquoi les Ebreux, pour le distinguer des autres noms de Dieu, l'ont appellé tout simplement שָׁרֵי, le nom, c'est-à-dire, le nom par excellence. Ils l'ont appellé aussi שָׁרֵי סִיחָה, le nom de quatre lettres, en Grec, וְשָׁרֵי סִיחָה, parce qu'en effet il n'a que quatre lettres, שָׁרֵי סִיחָה, le grand nom ; שָׁרֵי סִיחָה, le nom glorieux ; שָׁרֵי סִיחָה, le nom approprié ; שָׁרֵי סִיחָה, le nom expliqué. On ne peut rendre dans aucune autre Langue la force & le sens de ce nom. Les Grecs & les Latins l'ont traduit par le Seigneur. Les versions de Geneve ont mis l'Eternel, terme qu'on exprime point assez le sens particulier du nom Jehovah. Au reste, quoiqu'on ne doive pas employer ordinairement ce nom en François, lorsqu'on cite ou qu'on traduit l'Écriture, on peut & on doit même l'employer dans des dissertations, ou autres discours d'érudition ; comme l'emploient en effet plusieurs de nos Auteurs, & tous les Journalistes. Voyez la Dissertation du Père Souciet, Jésuite, sur le nom Jehovah, dans laquelle on trouvera cette matière traitée fort au long.
JERGOT. Sorte de pourpoint. Laurent Valle, dans sa Traduction d'Hérodote, livre 7. Circa capita galeas Gracamicis proximas gerbani, induci thoracibus limetis. Ce que Pierre Saliat, fol. m. 329. de sa Traduction Françoise, a rendu en ces termes : Ils avoient en reste (les Phéniciens) armeis faits environ comme ceux des Grecs, voysus de jergots de toile. De Gracatus, ou de Gracatus, fait de Gracus, Gracus, Gracis, Gracis, Gracus, Jergot. C'étoit apparemment un pourpoint appelle de la for- re, parce que les Grecs en portoient de semblables. On a de même appellé *gregue* une forte de culotte; de *Graca*, pour dire culotte à la Grecque. Voyez *gregue*. Le Duchat. **JERUSALEM.** Nom propre de la Ville capitale de la Palestine. Quelques-uns, comme Eusebe, ont dérivé ce nom du Grec *iquis* sacré, & de *Zahraim* Salomon, de forte que *Jerusalem*, ou, comme quelques-uns écrivent, *Hierusalem*, soit la même chose que *iquis* *Zahraim*, temple de Salomon. Mais cette ville s'appelloit *Jerusalem* avant que Salomon fût au monde. Dans *Jofué*, x. 1. il est fait mention d'Adonifedec, Roi de *Jerusalem*. On trouve encore ce nom plusieurs autres fois dans le Livre de *Jofué*, aussi bien que dans celui des Juges & dans les deux premiers des Rois. Quand ce seroit des prolepiés, il est toujours certain que sous David & avant le temple de Salomon elle avoit le nom de *Jerusalem*. Il est vrai que les Grecs ont appellé cette ville *iquis* : mais ce nom qui semble d'abord être Grec, n'est qu'une imitation du nom Ebreu, que les Grecs ont accommodé à leur Langue; & d'ailleurs les Ebreux n'ont pas pu donner un nom Grec à la ville de *Jerusalem*. D'autres font venir ce nom de *Yahrah*, voir, & de *Yahrah* *schalem*, paix; & veulent qu'il signifie *vifion de paix*. D'autres le dérive de *Yahrah* *tarré*, craindre; & ils l'interprètent, craignez *Salem*. *Jerusalem* est appelée aussi *Salem*, au Pseaume 75. 3. où on lit : *Son tabernacle est dans Salem, & sa demeure dans Sion*. La ville de *Jerusalem* étoit si forte, qu'elle devoit faire craindre ses ennemis; ou bien si sainte, qu'elle devoit imprimer une crainte respectueuse en la voyant : car *Yahrah* *tarré* signifie, craindre respectueusement. D'autres prennent *schalem* dans le sens de *parfait*, & ils expliquent *Jerusalem* par *vifion parfaite*, ou crainte *parfaite*. M. Rélard rejette toutes ces étymologies, & prétend que ce nom vient de *Yahrah* *tarré*, qui veut dire, posséder à titre d'héritage, ou par succession, & de *Yahrah* *schalem*, paix; de sorte que *Jerusalem* signifie, selon lui, *possession héréditaire de paix*, ou héritage de paix. Nom, dit-il, qui lui convient parfaitement, puisque David l'ayant pris sur les Jebuseens, Salomon y ayant ensuite bâti le temple, & la paix ayant été donnée, non seulement aux habitans de cette ville, mais encore à toute la Terre Sainte, & *Jerusalem* étant devenue le siège des Rois, elle fut véritablement une possession, un héritage de paix. Mais est-il bien sûr qu'elle n'eût point dès auparavant le nom de *Jerusalem* ? Ne paroît-il pas au contraire, par le Livre de *Jofué*, qu'elle l'avoit déjà ? Pourquoi supposer une prolepié sans une nécessité évidente ? J'avoue que *Jerusalem* est appelée *Jebuis*, *Jofué*, xviii. 28. & *Jebuis*, *Juges*, xix. 10. 11. Mais il est aisé de voir qu'elle est nommée de la sorte en ces endroits-là, parce qu'elle étoit alors entre les mains des Jebuseens. Quelques-uns ont cru même, qu'on a dit *Jerusalem* au lieu de *Jebuis*, en changeant le a en a. Un autre inconvénient que je trouve dans l'étymologie de M. Rélard, c'est qu'il faut retrancher la dernière lettre ou le *Yahrah* du mot *Yahrah* *tarré*, dont il compose le nom de *Jerusalem*. Pour moi, j'aime mieux m'en tenir au sentiment de ceux qui expliquent ce nom, *vifion parfaite*; ou de ceux qui prennent *Salem* dans la signification de *paix*, comme Saint Paul interprète ce mot dans l'Épître aux Ebreux, vii. 2. & selon lesquels *Jerusalem* signifie *vifion de paix*. Ce nom, en Ebreu, est *Yahrah* *teronschalem*, ou bien *teronschalaim*, comme il est écrit dans toutes les Bibles Ebraïques ponctuées. On dit communément que le second est la forme du duel, & qu'on a pris le duel, parce que cette ville étoit divisée en deux parties, la ville haute & la ville basse. M. Rélard réfute solidement ce sentiment, parce qu'on ne sauroit prouver que cette division de deux villes soit aussi ancienne que le nom *teronschalaim*, & parce qu'une terminaison de duel n'est pas toujours une marque de division dans la chose signifiée; mais sur-tout parce que *schalaim* n'est nullement le duel de *schalem*. Le Père Soucière, Jésuite, dans sa Dissertation sur les Médailles Ebraïques, a rejeté aussi cette distinction. Il aime beaucoup mieux dire avec Gouffet, que c'est une ponctuation nouvelle & défectueuse; que *Yahrah* de diffère de *Yahrah*, que comme une diction pleine d'une qui est défectueuse; que le *Yahrah* signifie autre chose qu'un *tarré*; que les Septainte, les Apôtres, & la Vulgate, ont toujours la *Jerusalem*, & qu'il paroît par-là que la prononciation nouvelle n'étoit point encore introduite de leur tems. Voyez cette Dissertation, page 40. Je remarquerai, pour confirmer ce sentiment, que dans la version Syriaque, tant de l'ancien Testament que du nouveau, la ville de *Jerusalem* est toujours nommée *Ourifchem*, sans aucune marque du prétendu duel que la plupart des Ebraïens croyent voir dans le nom Ebreu de cette ville, tel qu'on le lit dans les Bibles Ebraïques ponctuées. Les Arabes appellent *Jerusalem* *Kad*, c'est-à-dire, Sainteté; & *Beck almokaddas*, c'est-à-dire, la Maison sainte, ou la Maison sanctifiée. Les Poètes Latins ont dit *Solym* pour *Hierosolym*; de même qu'au Pseaume 75. 3. comme nous avons déjà observé ci-devant, il y a *Salem* au lieu de *Jerusalem*. **JESIER.** Voyez *gifier*. M. **JESUITES.** On diroit anciennement *Jésuites*, comme on dit *Caisuites*. Rabelais, livre iv. chap. 18. *Au lendemain rencontraismes à Pege, neuf orques chargées de Moynes, Jacobins, Gésuites, Capucins, &c.* On dit présentement *Jésuites*, conformément à l'Italien *Gésuite*. Et c'est aussi comme M. de Voiture a décidé qu'il falloit dire. Voyez sa Lettre à M. Coftar, page 196. des Eutretiens de M. Coftar & de M. de Voiture. Il y a même déjà long-tems qu'on parle de la sorte. Pasquier, livre ix. de ses Recherches, chap. 16. *Quand en l'an 1564, je plaisay la Cause de l'Université de Paris contre les Jésuites, depuis appellez Jésuites*. Et livre xxi. de ses Lettres, Lettre 1. page 670. *Les Jésuites, que nous appelions lors Jésuites*. M. de Varillas; ou plutôt M. de Varillas; car de Varillas est le nom de sa famille, ce que j'ai su de lui-même; a néanmoins dit *Jésuites*: c'est dans sa Réponse à M. Burnet. Mais parlons de l'étymologie du mot. Les *Jésuites* ont été ainsi appelées, comme qui diroit *Soltateurs de Jésus*. Pasquier, dans son Plaidoyé contre les *Jésuites*, fait un grand discours pour dire qu'ils n'ont pas dû s'appeller de la sorte. Et M. de Thou, au livre 132. de son Histoire, a écrit, que par Arrêt du Parlement rendu en 1564, il leur fut fait détenie de prendre ce nom. Et au J E T. J E U. livre 37. il dit qu'on les appelloit originairement les Petes du College de Clermont. Guillemus Praternis, Claromontanus Episcopus, Cardinalis Praternis filius, cum novis sodalibus supra modum saveret, eis Claromontanam Scholam Lutetia attribuit: unde & Claromontanæ Scholæ Sodales, suppresso & ambitioso, sicuti tunc multit videbatur, nomine, aliquandia appellati sunt. Mais le titre seul du Livre de l'Imitation de Jésus, & la Congrégation des Jésusati d'Italie, établie plus d'un siècle avant la Société des Jésuites, réfutent suffisamment le discours de Pasquier, & le motif de l'Arrêt du Parlement de Paris. Il est au reste à remarquer, que c'est le peuple qui a donné le nom de Jésuites aux Jésuites, & qu'originairement ils avoient pris le nom de Prêtres de la Compagnie de Jésus. M.
JET. JETON. C'est de quoi on se sert à compter ou calculer une somme : en Latin calculi. M. de Saumaise, comme j'ai déjà dit sur le mot. Dé, s'étonne de ce que dari s'entend des calculs; & jactari, de tefferis. L'usage a pourtant fait les mots jets, ou jetons, de jacti. Vice versa, datos, vel dados, vocamus tefferas; jactos vero, calculos. Hinc jacti, vel jactones. Caseneuve.
JETTER. De jactare. Grégoire de Tours, livre 1. des Miracles de Saint Martin, chap. 6. Tunc jactans pallium quo utebatur, posuit manum ad sarcophagum cum reliquis Sacerdotibus. M.
JETTON. De jacto jactonis, dit pour jactus, par metaplasme. M. de Saumaise, sur l'Histoire Auguste, page 465. Jaci, proprie dicebantur teffera, dati, calculi. Hinc jactus videtur proprie vocari debuisse teffera, quod jaceretur; datus, calculus, quod daretur. At vice versa, datos, vel dados, vocamus tefferas; jactos, vero, calculos. Hinc jacti, vel jactones, nobis hodieque dicuntur calculi, quibus in putandis rationibus utimur. Graci sane, adunc, non tantum tefferarum jactus, sed etiam tefferas ipsas, nuncuparant. M.
JEU. JOUER. En Languedoc joc, & jougâ. Ils viennent de jocus, & jocari, qui signifie, à la vérité, se jouer de paroles seulement : mais nous l'avons étendu à toute sorte de passe-tems & de jeux. Caseneuve.
JEU. De jocus : comme PEU, de focus; LIEU, de locus; QUEU, de cocus; PEU, de pancum. Les Latins ont dit jocus en cette signification. Ovide, de Arre amandi : — Species sunt mille jocorum. Mille face esse jocus. Turpe est nescire puellam Ludere : ludendo, sape paratur amor. Capitolin, en la Vie de Clodius Albinus : Aquila parvula de nido allata sunt, &, quasi ad jocum, circa cunas pueri constituita. Dans Catulle : Per ludum, atque jocum. Voyez joyaux. M.
JEUDI. De Jovis dies. Nos Anciens dissoient Jocatis. Et ce mot se trouve ainsi écrit dans Ville-Hardouin. M. JEUX FLEUREAUX de Toulouse : Qui quot annis, mense Maio, celebrantur, & in quibus Poeta, probati sententia Judicum literatorum, & criticorum, coronantur, vel flore donantur; J O A. J O B. 71 dit M. de Maussac dans sa Dissertation Critique, qui est devant son Harpocration. Plusieurs ont écrit que ces Jeux avoient été institués par Dame Clémence Naure : ce qui n'est pas véritable. Et il ne se révoque plus en doute qu'ils n'ayant été institués en 1523, par lepe Bourgeois de la ville de Toulouse. Voyez le Président l'acte Saint-Jory, livre 1. de ses Agonistiques, chap. 29. & livre 2. chap. 11. & 31. & livre 3. chap. 18. & 20. Catel, dans ses Mémoires de Languedoc, & M. de Caseneuve dans son Traité des Jeux Fleureaux. Voyez aussi mes Remarques sur la Vie de Guillaume Ménage, Avocat du Roi d'Angers, mon père. M.
JOANNE'E, ou JOUANNE'E. On appelle ainsi dans la Touraine ce qu'ont appelé en Anjou chaltibandes; c'est-à-dire les feux de la Saint Jean. De Joannata, formé de Joannes, & qui a été dit premierement des feux de la Saint Jean; & ensuite de tous les autres feux de joie. Je remarquerai ici par occasion, que cette coutume de faire des feux de joie la veille de la Saint Jean, est très-ancienne, comme l'a observé Scaliger dans son livre -, de l'Emendation des Tents, page 1. Ses paroles méritent d'être ici rapportées. Les voici : Si 27. Septemb. erat decima Tifist, ergo 24. Junii, in qua flatuitur natalis Johannis, erat xv. Luna, ut colligit Chrysostomus. Atque unde trahit causam natalis : quod & plena Luna lampade natus sit : quia ipse lampas fuit, et est in Evangelio : & vulgo solstitium in quo natus est Johannis, dicebatur, & aumac. Tangit merem Gentilium, qui adhuc in facultis locis obtinet. Verba ejus : Cum dicat initium messis frumentariae, tunc ergo repertum est, esse primum solstitium mundi, quando Johannes natus est : quem diem lampadem appellant. Quamvis hac nihil ad natalem Johannis, tamen habent cognitionem antiquitatis non negligendam. Nota sunt sequiunt, qua vigilia & die natalis Johannis hodie accendantur; vestigia prisia Gentilitatis. Mei Aquitani, Latino ve bo nonnati detesto, fapas, ad est, faces, sive lampadas vocant : ut etiam vocabantur tempore Chrysostomi. Ea hodieque in Africa a Muhammedanis eodem anni tempore accendantur: cumque morem à Christianis reticitum, testis Johannes Leo in sua Africa. Sed ejusmodi Lampadas, qui sequiunt vetat Canon 65. in Trullo. Toti & Toti, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et qui, et
JOBELIN. Nom de l'un des Précepteurs Sophistes du jeune Gargantua, livre 1. chap. 14. de Rabelais, où on lit qu'entre les autres Précepteurs il y en eut un, nommé Jobelin bridé, qui lui lut Huguetio, &c. C'est un diminutif de Job, nom qui nous donne l'idée d'une patience exemplaire, & dont le diminutif marque aussi celle d'un 72 JOD. JOL. JON. Maître d'Ecole qui a de petits grimaux à instruire & a morigener. C'est la même chose que *Tiercelet de Job*, que Rabelais emploie dans le même sens, livre 3, chap. 9. *Le Duchat*.
JODELET. Nom de famille, & sobriquet. C'est, selon moi, un diminutif corrompu de *Jeudy*, nom propre François *Jodelet*, est le nom d'un Sécrétaire du Roi, a la page 448, de l'Hist. Chronol. de la Chancellerie de France, Paris, *in-foi*. 1676. *Jodelet*, autre nom de famille, est le simple de *Jodelet*. Mais je crois que *Jodelet* vient pareillement de *Jeudi*. *Le Duchat*.
JOLI. *Jocus, joculus, joculivus*: d'où l'Italien GIULIVO, & le François JOLI; & les diminutifs GIULIVETTO & JOLIVET. M. Bochart le dérivait de *jovialis*. M.
JOLI. En Bas-Breton, *jolis* signifie la même chose. *Huet*.
JOLI. En Alleman, *jolen* signifie être gai, être joyeux. En Flaman, *jool*, & en Anglois, *jolly*, signifie gai, enjoué, agréable, de bonne humeur. Il paroît que le François *joli* a la même origine, puisqu'il a eu la même signification, comme on voit dans nos vieux Livres. Par exemple, dans la cinquante-troisième des Cent Nouvelles Nouvelles, édit. de 1505, on lit: *Vous estes bien-heureuse*: j'ay la, Dieu mercy, de biens & de richoes assez, dont vous ferez dame & maistre, & vous feray bien joly. C'est M. le Duchat qui me fournit ce passage, qui est tiré de ses notes manuscrites sur M. Ménage. Que si *jolis*, qui, selon M. Huet, se dit en Bas-Breton, n'est pas pris de la langue Françoise, & qu'au contraire le mot François soit emprunté du Bas-Breton, cela prouve encore mieux l'origine Celtique de notre mot François. \*
JONAS. Nom propre d'homme. De l'Ebreu non *jons*, qui signifie *colombe*. *Jona*, autre nom d'homme, a la même origine. On dit *Jonas*, en parlant d'un des douze petits Prophètes, & *Jona*, en parlant du père de Saint Pierre. Quelques-uns ont cru mal-à-propos que *Jona* étoit un abrogé de *Jobbanan*, c'est-à-dire *Jean*. Le texte Grec du Nouveau Testament, qui est le texte original, ne permet pas que l'on confondre ces deux noms. Lorsqu'il parle de Saint Jean Baptiste, ou de Saint Jean l'Évangéliste, il dit toujours *jovins*, & lorsqu'il parle du père de Saint Pierre, il l'appelle toujours *jona*, & jamais *jovins*. La version Syriaque, qui exprime fidèlement le texte Grec, en fait de même, & distingue exactement ces deux noms, ne donnant jamais au père de Saint Pierre le nom de *Jou'banan*, c'est-à-dire *Jean*, mais seulement celui de *Jona*. \*
JONC. pour cette bague toute nue que le marié donne à son épouse en l'époufant. On l'a ainsi appelée, à *jungendo*; ou parce qu'elle est une marque de la conjonction par mariage de l'époux & de l'épouf, ou parce que le Prêtre, en la mettant au doigt de l'épouf, prononce ces paroles, *Igo eonongo* v. M.
JONC. On a aussi appelle *verge* cette même bague toute nue que le marié donne à son épouse en l'époufant. Peut-être a causé de la ressemblance d'un jonc, *juncus*, avec une verge, en Latin *virga*. *Le Duchat*.
JONCHE'E. Voyez *joncher*. M.
JONCHE'E. pour fromage de lait fraîchement caillé, & égoutté. De *juncata*: d'où les Italiens ont aussi fait *giuncata*. Robertus Titius, sur les Bucoliques de Calphurnius, annotation xxix. *Lac autem vespertinum ad utrumque ujum valet*: nam vel sub lucem exportatur calathis; hoc est, summo mane, intra vicina juncea; unde nos genus lactis giuncate dicimus. La Crucza, au mot *giuncata*: GIUNCATA diciamo oggi al latte rapprefo, che senza insalare si pon tra i giunchi, o tra altre foglie: comme felci; dallequali viene anche detto felciata: e da' Latini e detta *junculus*. M.
JONCHER. *Couvrir*, comme quand on dit, le pavé jonché de fleurs, & la terre jonché de corps morts. Ce verbe est formé de *jonc*, qui est le nom d'une plante dont on avoit de coutume de parsemer ou couvrir le parterre des sales aux jours des grandes solennites. Le Roman de Guillaume au court nez, décrivant la magnificence de la Cour que tenoit Charlemagne à Saint Denis: *El moftier fu, & li glais, & li jons, Roses & lis & mentastre par tout.* Et Vanhier de Dodan, au Roman de Perceval le Galoys: *Lors s'en jonchies le pavillon De fraîches herbes environ.* Et le Roman de Doon: *De morts & de navrés & jonchier & couvrir.* Le *Tabularium Vindicinense*, rapporté par Belly, en l'Histoire des Ducs de Guienne: *Tunc inclinavit se Comes* (Wido, Comes Pilavensis), & *acceptit viridem scirpum*: nam domus recenter erat *juncata*; *sicut solemus facere quando aliquem persona potensis*, vel dominum *sufcipimus*, vel *amicum*. Louis d'Orléans, chap. 11. dit qu'on multoit anciennement couvrir de feurre, c'est-à-dire de paille & de foin, les sales où les Grammairiens disputoient; & que cela se pratique encore en quelques Eglises de France, durant certaines solennites, pour empêcher le froid des pieds. Mais il est croyable que du commencement ce feurre étoit composé de jonc & de quelques autres espèces d'herbes qui naissent aux lieux humides, proprement appelés *forra*; d'où vient le mot de *feurre*, ou *fouerre*, comme j'ai déjà remarqué. Marcus Baro, de *Geometria*, qui se voit dans les Auteurs *Finum Regundorum*: *Aquam vivam significant sub se juncina & furra*. Caïeneuve.
JONCHER. De *juncare*, fait de *juncus*; à cause que dans les jours de cérémonie, on parsemait de jonc les sales où l'on recevait le monde: ce qui a été très-véritablement remarqué par M. de Caïeneuve, & prouvé par plusieurs passages; entre lesquels je ne dois pas oublier celui-ci, qui est du Cartrulaire de l'Abbaye de Vandôme: *Inclinavit se Wido, Comes Pilavensis, & acceptit viridem scirpum*: nam domus recenter erat *juncata*; *sicut solemus facere quando aliquem persona potensis, vel dominum sufcipimus, vel amicum*. M.
JONCHETS. *Jouc*, dont Ovide fait mention, livre 3. de *Arte amandi*. *Reticuloque* Reticuloque pila leves fundantur aperto : Nec nisi quam tollas, ulla movenda pila est. Plufieurs croyent qu'on jouoit autrefois à ce jeu avec de petits brins de jonc ; au lieu qu'on y joue aujourd'hui avec de petits brins de paille, ou avec de petits bâtons d'ivoire ; & que de-la il avoit été appellé jonches. J'apprens qu'à Saint Lo, en Basse- Normandie, on y joue avec des brins de jonc : ce qui confirme cette étymologie. Rabelais, au chapitre des Jeux de Gargantua, l'appelle jonche ; & il se trouve ainsi écrit dans quelques Diction- naires. M.
JONGLEUR. Le petit Dictionnaire Latin- François publié par le P. Labbe : HISTRIO, Jon- gleur. De joculator. M. de Saumafé, fut l'Histoire Auguise, page 491. Isidorus in Glosis : CHORAULA, Joculator. Quo sensu choraulam accepterit, ex in- terpretatione quam appujuit, statuere non possit. Jo- cularium dixit, verbo idius juculi : qui & idem cum joculator : Gra. & aet. jovum. Sic autem vocant Graci re. est. ores, Tubicines, Tibicines, Cymbalifas, & onnes id genus artifices ; quos etiam hodieque joca- tores vocamus. Ita igitur vocare potuit Isidorus Cho- taulam, Tibicinem qui ad Chorum canebat. Potuit nihilominus & jocularium appellare qui ad tibiam faltat & gesticulatur. Ex voce joculator, hodie vo- camus jongleur, gesticulat rem, prachigiat rem quem- liber. Voyez joyaux. Jean de Salibéri, dans son Polyrate, livre 1. chap. 8. Satius fuerit orari, quam turpiter occupari. Hinc Mimi, Salii vel Sa- liares, Balathrones, Amiliani, Gladiatores, Pa- lafrita, Gignadii, Malefici quoque multi, & tota Joculatorum scena procedat. Les Statuts de Rai- mond, Comte de Touloufe, & du Légat du Pape : De bis qua vidimus & audivimus, teflimonia per- hibemus : scilicet, quod quidam Monachi, & ma- xime exempt, intra fines nostra Legationis, occa- fione cujusdam libertatis, infra ambitum Monafé- rii certis temporibus anni vendere faciunt vina sua, & pro modico quasi introducunt, vel introducit per- mitunt, personat turpes, inhonestas ; videlicet, jo- culatores, hifriores, ratorum lufores, & publicas meretrices, &c. Au chapitre unique, de Vita & honestate Clericorum in VI. Joculatores, Joliardos, & Buloses, qui Clericalis Ordinis dignitati mini- mum detrahunt, si vel per annum artem illam igno- minis jam exercuerint, vel tempore breviori, ter mo- niti non resipuerint, carent omni privilegio clerica- li. M.
JONGLEUR. En Alleman gaukelen, gichele, & dans une autre dialecte jocklen, en Flaman gu- chelen & gochelen, en Anglois to juggie, & en François joncler, sont des moes qui signifient faire des tours d'adresse, & qui se ressemblent telle- ment entre eux, qu'ils paroissent n'avoir qu'une même origine. Le Grec γαγγαχάκη & χιχάκη, le Latin joculari, & l'Anglois gigale, qui tous signi- fient cire, railler, plaifanter, badiner, leur res- semblent aussi beaucoup. Cependant j'aimerais encore mieux dériver jongleur des Langues septen- trionales que du Latin joculator. Voyez Wachter, Glosfar, German, aux mots gaukelen & gichele.
JONQUILLE. Fleur. De juncus. Juncus, juncillas, juncilla, jonkilla, JONQUILLE. La jog- quille est une espèce de jonc. Je veux dire, qu'elle ressemble à un jonc par la tige & par la feuille. Juncus, pour le marquer en passant, a été formé de δυοξ. Δυοξ, δυοξ, δυοξ, δυοξ, comme jus de δυοξ, Jabolensis de Diabionis, &c.
JOQ. JOS. JOT. 73
JOQ. Ce mot se dit des moulins qui ne trava- llent point, par faute de vent ou d'eau, ou par quelqu'autre accident. On dit, ce moulins est à jou. Et de-la le verbe joquer : cela est capable de faire joquer le moulin. M.
JOSEPH. On dit proverbialement : cela ne va pas si vite, Pere Joseph. Le P. Joseph étoit un Capucin, fils de M. le Clerc, Président au Parle- ment de Paris, illustre par son habileté dans les controverses & dans la politique, & dont le Car- dinal de Richelieu se servit beaucoup. Comme il projetoit un jour avec ce Cardinal une expédition de guerre qu'il trouvoit facile, il ma-quoiit sur la carte la marche des troupes, leur faisant passer des rivieres sur lesquelles il n'y avoit point de pont. Le Cardinal, dit-on, l'arrêta en lui disant : cela ne va pas si vite, Pere Joseph : où pas-ont ces troupes ? Ces paroles du Cardinal passeront de- la en proverbe : & l'on dit quelquefois aux gens qui ne doutent de rien, qui ne voyent point de difficulté à ce qu'ils proponent ou entreprennent : cela ne va pas si vite, Pere Joseph. Nous avons une vie du Pere Joseph, écrite par l'Abbé Richard, mais qui est pleine d'inpostures grossieres.
JOTE. Plufieurs appellent ainsi des bêtes. Et comme les Latins les ont appellées du nom de beta, à cause de leur ressemblance à la lettre β, secon- de lettre de l'alphabet Grec : Nomine tum Grajo, ceu litera proxima prima, Pangitur in cera docti mucrone magistri, Sic & homo pingui ferrata cuspidi situ Deprimitur, folio viridis, pede candida beta : dit Columelle ; on croit que la jote a été dite de la sorte de la ressemblance à la lettre iota. Charles Etienne, dans son livre de Re Hortens : BETA : de la portée : olus vulgo notissimum : dictum a similitu- dine quam habet cum β, litera Graca, dum femine target : habet enim summitat en in cacumine reflexam. Aique eadem ratione, a caulis relictitudine, qua li- tera iota similitudinem quamdam referre videtur, cum matura est, a quibusdam, nempe in agro Tur- noensis, jota appellatur; de la jote : ultimi Picards to- manos appellant; des romans : quod id olus a Re- manis primum inventum sit : nonnullis etiam Longo- bardos vocant; des Lombardettes : nempe Torna- ceses. Delphinates reparatam nominant : quod no- men etiam ab antiquoribus Medicis in usu fuit. Quidam etiam sicam vocant : sed hac magis rubra est : est enim alia alba, alia etiam niera. Périon a eu une autre pensée touchant l'étymo- logie de ce mot. Voici ses termes : illam quam cernis, inquit, betam Latini vocant : nos jote : alii, ut Parisi, porée : sed quam ob rem, nescio. Turones, inquam, & finirimi populi, eam jote ; provis syllaba be in jo mucarione : quamquam sint qui a litera Graca iota similitudine, cum in cauler cre cit, eam a nobis ita vocatam esse velint. Utrum- que, inquit, probable est. Sed cur eam Parisi, po- ree vocant ? a Graco misso, quod herbaram signifi- cat. M.
JOUANNEE. Voyez ci-dessus joannée. M. JOUBARBE. C'est une herbe qui croit sur le haut des vieilles murailles. Les Grecs l'appellent aussi, les Latins semper vavum, & nous joubarbe, comme qui diroit jovis barham, comme dit Charles L'Heine, dans son livre de Re Hortenfi. Cafeneuve.
JOUBARBE. Sorte de simple. De Jovis barba. C'est ainsi que les Botanites appellent cette plante. Numa filibourdes fol. 373. verfo : foumis, fol. 1020. Les Grecs l'appellent aussi. Le petit peuple de France dit joubarbe : & c'est ainsi que ce mot le trouve écrit dans Nicot & dans Trippault. M.
JOUCARITE. Vieux mot inufité, qui signifie joue. De jucaria, formé de jocari. M.
JOUE. Lat. gena. M. Hadrien de Valois croit que ce mot vient de genicola, diminutif de gena. Et il se fonde sur cet endroit de Valfard, au sujet d'un aveugle : Sibrio, patefcentibus genicularis thecis, vifus redist ad pupillas : qui est du chapitre VII. du livre XI. des Miracles de Sainte Valpurge, Vierge. M. Moreau le pere; célèbre Médecin de Paris, & Professeur du Roi, le dérivait de jugum, fujus, qui est la même chose que jugum, ayant été employé par les Grecs pour igniter l'os qui forme la joue, parce qu'il est fait de deux os qui le joignent ensemble, quasi sub eodem jugo. Juvum, juga, 1008. Il vient de l'Italien gena, qui signifie la joue. Voyez mes Origines Italiennes. De jove, on a fait 1015211 : & non pas (comme l'a écrit Sylvius dans son l'agoge, pag. 28.) de genofus, on de cernum inflatio. M.
JOVEILLES. Mot Tourangeau, qui se dit des vignes. Perion, feuillet 97. verfo : In vineitis, inquit, vites font eodem fere modo quo in hortis dis-petris, & inque : sed ea opera, non a pergulis, sive reticulis, treigles, sed jouelles vocamus : quod verbum nofrem, unde orum fit, ignoro. Eas, inquam, vites l'atro, Colomella, Plinius, altique qui de agerealtura fripterum, jugatas, a jugi forma, no-minum : ex quo nofrem illud duitum est, quasi ju-gales dicamus. Si enim G. derrabas, & O inter I. & U, ut fere fit, interievas, & A in E mutes, 1015211 ex lat. Jugum autem hoc loco, non ea arari pars intelligitur, una iungit, & quasi jugat boves; qua a Latini jugum, & a nobis jou, appellatur; sed id quod I. Iacus describit : eius enim formam & fere tem pra se fert id, unde jugata vites dicun-tur. M.
JOUILLU. Voyez joue. M.
JOUIR. Le verbe gandeo, outre la commune signification, qui est le retoute, signifie quelquefois joue. En langue ancienne Provençale on diroit juc-fie. Plante, dans la Conedie intitulée Mofellaria, chap. 3. art. 1. Gandea: fuo femper perpetuo bono. Il est donc vrai que comme nous avons formé re-fum (comme on dit en Galcogne reganfi) de ga-ndere, en y ajoutant, qui en notre langue aug-mente la force des mots, aussi en avons nous tire joues : car les François prononçoient anciennement il pour le tri, comme dans l'Histoire du Marchal de Villehandouin, on Geoffroy dans les anciens P. J. Provençaux J. & c. celui qui est com- munément appellé Gotofredus et Goffridus. L'Italien dit goder, pour jouir. Cafeneuve.
JOUIR. De gaudire : dit, par métaplaïsme, pour gaudere; & dont les Italiens ont aussi fait gioire. M.
JOUSSANCE. De gandentia. A nobis ob-timuerat gaudentiam omnium dicti Archiefpicopa-sus jurium : dans les Preuves des Libertex de l'E-glife Gallicane, tom. 1. pag. 627. M.
JOUR. Quelques-uns le dérivent de jom, qui en Hebreu signifie même chose. Joachim l'erion le tire de 1,5,000, qui signifie l'aube & le point du jour, en y ajoutant l'au commencement, & retranchant 1,000. Mais j'aime mieux suivre l'opinion de ceux qui le forment de diurnum par le feu retranche-ment de la première lettre. Cafeneuve.
JOUR. Grandi-Jours. Quoique nos anciens Rois, avant que les Parlemens fuifent rendus fé-dentaires, rendifent ordinairement la justice dans leurs Palais, ils ne laifsoient pas de tenir leur Par-lement déambulatoire en divers lieux de leurs Royaumes & en diverses faïsons. Mais c'étoit en-viron la folemnité des grandes fêtes; auxquelles ils avoient aussi coutume de tenir Cour pleniere; c'est pourquoi il est souvent fait mention des Arrêts donnés aux Parlemens de la Touffain, de la Pen-tecote, de la S. Martin, & de la Chandeleur. De-puis que les Parlemens ont été rendus fédentaires, nos Rois par leurs lettres ont souvent donné com-miffion de juger souverainement en certaines cau-ses; & cette Cour & Justice Souveraine a été ap-pellée Grandi jours, parce que c'étoit une image de ces anciens Parlemens déambulatoires qui se tenoient aux jours de grandes fêtes, qu'on appel-loit Grandi jours. Meurfius, dans son Glossaire : Pafcha, magnus dies. Dans les Capitulaires de Charlemagne, liv. 5. chap. 71. la fête de Pâque est appelée magnus dies. Qui parintientium publice agunt, debent unum annum esse in cilicio inter au-dientes, vel ufque ad ma, nom diem. Car bien qu'à mon avis ce titre ne fut du commencement donné qu'à la fête de Pâques, il fut depuis étendu aux autres grandes fêtes; de même que celui de Pâ-ques est quelquefois donné par les anciens à celui de la Noel & à celui de la Pentecôte, ainsi que les Doctes l'ont déjà remarqué. Il ne fera pas hors de propos d'observer ici, que les Reines douaire-res dans les terres de leurs douaires, les Enfans de France dans celles de leurs appanages, & les Pairs dans leurs Pairies, ont eu aussi quelquefois de nos Rois la permission de tenir les Grands Jours. Cafeneuve.
JOUR. Il est indubitable qu'il a été fait de diurnum : & je m'étonne que M. de Cafeneuve ait hésité à le décider. Et Trippault est ridicule, qui le dérive d'1,5,000. M. de Saumaisé sur Solin, pag. 891. DIURNUM, pro die, dixit infima Latini-tas : & DIURNAL, mensuram agri, qua uno die poffet arari. Et les Auteurs Latins anciens se font même servis de ce mot. Les Glosses anciennes : 1,5,000, diurnum. Juvénal, Sat. 6. Longi relegit traufverfa diurni. M.
JOURDAIN. Rivière de la Palestine. Les Latins la nomment Jordans, & les Grecs 1,5,000. Paufanias dans ses Eliaques, l'appelle 1,5,000. Ces noms viennent de 1,5,000, qui est le nom de cette rivière en Ebreu. Quelques uns ont prétendu que le Jourdain tiroit son nom de l'Ebreu 1,5,000, qui signifie un rufteau, & de 1,5,000, D. qui etoit une petite ville près de la source de ce fleuve; en ferte que, suivant cette étymologie, Jourdain signifieroit ruisseau de Dan. D'autres ont cru qu'il tiroit son nom & son origine de deux ruisseaux, l'un appelle Jor, & l'autre Dan. Mais ces deux étymologies sont également fauffes. 1°. Il n'est pas vrai que le Jourdain soit formé de deux ruisseaux, ni qu'il y en ait eu un appellé Jor, & l'autre Dan. Ce sont des imaginations. 2°. Le nom de Dan est certainement beaucoup plus nouveau que celui de Jourdain. Nous savons qu'une colonie de la tribu de Dan, s'étant emparée de la ville de Lans, lui donna le nom de Dan, a caufe du chef de la tribu. Cela n'arriva qu'après la mort de Jofué, & pendant l'anarchie qui suivit la mort des enfans d'Hracl qui avoient vu les merveilles du Seigneur. Or avant ce temps le nom de Jourdain croit fort connu, & on ne voit pas que cette rivière en ait jamais porté d'autre. On pourroit peut être avec plus de raison, deriver le nom Ebreu Larden, du verbe 77 iarad descendre, a caufe de la chute & du cours rapide de ce fleuve. Ce nom ne paroît point un mot compofé. Les compofes sont rares dans la langue Ebraique, & on ne doit point les admettre fans de bonnes raisons. Le P. Hardouin, dans son Traité sur la situation du Paradis terrestre, donne une autre étymologie du nom de Jourdain. Il le dérive de 77 iarad 77 iarad eden, c'est-à-dire, ruisseau de delices; & il se moque avec raison des deux étymologies que nous avons réfutées. Mais je ne crois pas néanmoins que la fienne soit recevable. On voit d'abord qu'elle a été inventée en confluence de son nouveau système, suivant lequel il place le Paradis terrestre aux environs du Jourdain: car autrement, pourquoi cette rivière feroit-elle appelée 77 iarad, c'est-à-dire, ruisseau d'Euen, ou ruisseau de delices. Mais ce nouveau système étant faux & mal fondé, la nouvelle étymologie de Jourdain tombe nécessairement. D'ailleurs, le P. Hardouin ne donne aucune preuve que ce nom soit un compofé: & quand on le suppoferoit tel, ce seroit toujours un inconvénient dans la nouvelle étymologie, d'être obligé de retrancher la première radicale du second mot dont on le compofé. Ainsi j'aime mieux m'en tenir à l'étymologie que j'ai déjà propofé, & dériver tout simplement Larden, qui est le nom Ebreu de Jourdain, de 77 iarad descendre, comme j'ai dit ci-devant.
JOURNADE. Monstrelet: Le valet du Héraut a dit une journade veillae, en efoot l'enseigne du Duc, a 1gavoir, la Croix de Saint Andre. De l'Italien eirona. Et ce mot Italien signifie proprement une veille militaire, pour un jour de Bataille. Les Italiens disent giorena dans la même signification. Voyez mes Origins de la Langue Italienne. M. JOURNAU de terre. Voyez jour. M. JOURNEE: pour bataille. Je crois que nous avons pris cette façon de parler des Italiens, qui disent una giornata, pour dire un combat & fan giorena, pour dire donner un combat. Les Latins se sont servis du mot de dies en la même signification. Velleus Paterculus: Axiem Pharsalicum, & Ixum cruentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini diem &c. Ixum curentissimum Romano nomini & eodem quo Camenfem diem Paulus, & fato est & anmo fecutus. Car c'est ainsi qu'il faut entendre ce passage de Florus, comme l'a fort bien interpecté. Cælaubon fur Suetone en la Vie d'Auguette, chapitre 23. Cælaubon ajoute: Otim, feu ferre, feu judicio, controverzia dixiperpanda erat, dies certus assignari folitus. Ex eo more, capit 20v dies pro die praisi, aut clade ca-ue accepta, ufiperi. & fimi-iter pro judicio: quod in Cistrum idiotismo famitiare fuisse, tefatur Hieronymus. Inde illud Panis, apofeli, uvanquicui, uvi uquivum, uviu. & Lucain, liv. vii. vers 92. a dit auffi: Teflor, Roma, tamen, magnum quo cuntia pervert Accepisse diem. Quinte-Curce l'a auffi employé dans la même signification. ¶ Cæia-a est plus puissant qui fait dompter ses passions, que celui qui gangue des Journées: dans la Requette présentée au Roi par les Religieux du Val Notre Dame, l'ordre de Cireaux. Ce mot de JOURNEE a auffi signifie assignation. Voyez l'Indice de Ragueau, au mot Grand-Jours. J'apprens de M. l'Abbé Berault, que les Arabes se servent auffi du mot Jom qui signifie jour & journee, pour bataille celebre: comme Jom-Beder, c'est-à-dire, la journée de Beder, ou la bataille de Beder; qui fut la premiere bataille que gagna Mahomet contre ceux de la Mecque. M.
JOUSTE. JOUSTER. Sylvius, dans la Grammaire Latine Françoise, pag. 156. le derive de l'adverbe juxta. Aponés, dit il, id est, juxta. Et après, id est, post, ad prope. Inde verbum prima Conjugationis jouxter, de gallinaceri & hominibus in monomachitis (quas inde vocant jouxtes) concertantibus, quod eos juxta invicem accedere & collidi oporteat; a quo adjouxter, pro adjungere. Sed adjuster a jufus est, id est, jufum & aquale foramini quippiam facere, seu quidvis ad un num committere. Et c'est auffi l'etymologie qu'en a donné le P. Meneltrier, dans son Traité des Actions des Tournois, pag. 162. M. de Saumaité sur l'Histoire Auguste, pag. 71. le derive du Grec vulgaire Gœux, ou Gœux. Voici les termes: Gœux, ceteres lucram vocarum, and vii du-Dis: ut Gœux, ab Gœux. Nam Gœux in lucia pracipine lucram habent: immo lucia non autud est quam Gœux. Ideo Plutarchus wulbus esse dicit wum-um, qui Gœux. Ab illa voce Gœux, Gœux Graci recentiores appellarum, & Gœux. Inde nofnum joiste. Par ces Grecs modernes, il entend Nicéphore & Grégoras. Cette étymologie de M. de Saumaité est tres naturelle & tres vrai-femblable; & elle est appuyée par ce passage de Cantacuzene, livre. 1. chap. 42. Preinde & cum Imperatore venationes celerrabant, & tzuffriam, ludi gyrus, & tornamenta, hoc est, equestres concurfus, ipsi Romanos, ante id temporis penitus ignaros, primi docuerunt. Je crois pourtant que le Grec Gœux est d'origine Latine, conformément à l'opinion de Grégoras. Voici les termes de Grégoras, qui sont de son livre x. iive qui Gœux ceteres du, pl. in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli in vuli Aurius, vuli K ij qu'on a dit elliptiquement pour *justa pugna* : comme *justa*, pour *justa manera* ; c'est-à-dire, *fune-bria*, *qua mortuis debita solvuntur*. Tite-Live : *Sudibus inter se in modum justa concurrentes*. Le Taïse, dans sa Jérusalem, vi. 21. *Ma vada innanzi a giusta pugna ei solo.* *Tu, lunge, alquanto a lui, ritien lo suolo.* Et jootre Malherbe : *Mais c'est un rémoignage à la race future,* *Qu'on ne t'auront fu vaincre en un juste duel.* Et ce qui ne favorise pas peu cette étymologie, c'est que nous disons *jouste*, & les Espagnols *justa*. Les Italiens vont ajouté un R ; comme en *balefra*, fait de *balefra*. Les Latins ont dit de même *culcitra*, pour *culcitra*. Et il est à remarquer, que nous appellons anciennement *jouste* un véritable combat. Ce qui a été très-véritablement remarqué par Nicot, en ces termes : *Jouste est aussi prins pour bataille & combat à outrance ; comme au premier livre d'Ama-dis*. Mais, ainsi qu'ils s'éloignaient pour la *jouste*, survint une *Damoiselle*, qui leur dit, Seigneurs, souffrez un peu, & me dites devant que combattre une chose, si la *savez*, pour laquelle je suis si haïté, que n'ay le loisir d'attendre la fin de votre bataille. Nicot ajoute : *Semble que jouste & jouste, viennent de ce mot, juxta : quia concertantes, juxta invicem accedere, & colidi oportet : ce qu'il a pris du passage de Sylvius ci-dessus rapporté*. M. Ferrari, dans ses Origines Italiennes, a suivi mon opinion. *Verifmilus videtur ; ce sont ses paroles ; quod & Menagius censit, esse a Latino justa*. Le passage de Cantacuzene ci-dessus rapporté, me fait souvenir de remarquer que les Tournoys ont été introduits en France par Geoffroy de Preuilly. *His Goffridus de Prullaco Torneamenta inventi*, dit la Chronique de S. Martin de Tours. Voyez ci-dessous au mot *Tournoy*, & mon Histoire de Sable, liv. 3. chap. 5. pag. 45. M. Voyez *jouter*.
JOUTER. La rencontre des combattants, lorsqu'ils viennent à se joindre & se choquer s'appelloit, chez nos anciens François, *assembler*. Ville-Hardouin, liv. 4. Et *je ere jors que on n'y assemble ou par terre ou par mer*. Le Roman de Guy de Tournant : *La eut maint cor d'airain, & bondi & sonnes :* *A l'assembler y eut grandes mortalités.* Guillaume Guiart, d'Orleans, au Roman des Royaux lignages : *Lances à l'assembler tronçonnent.* J O Y. J U B.
JUC. JUH. JUJ. 77
JOYE. De gaudia : dont les Italiens ont aussi fait gioia. M.
JOYE. Ce mot ne viendroit il pas plutôt d'une interjection naturelle, telle que io & io chez les Grecs, io chez les Latins. Les Anglois disent joy ; & de-la to joy, réjouir, donner de la joye. *
JUBE. Le jubé d'une Eglise. Ce lieu a été ainsi appelé à cause du Jube Domne benedicere qu'on y chante. M.
JUBILE. Voyez le Dictionnaire Universel, & l'Etymologique de Mathias Martinius. M.
JUBILE. Le Jubile Judaïque fut nommé de la sorte, parce qu'il s'annonçoit au son d'une corne de bélier, appelé Jubel en Ebreu. Le Duchat.
JUBILE. Les Interprètes ne sont pas d'accord que le terme Ebreu יובל, d'où est venu celui de Jubile, signifie un bélier; quoique la Paraphrase Chaldique rende l'Ebreu בקרן היובל, Jolue, vi. 5. par בכרך רבא, c'est-à-dire, avec une corne de bélier, & que les Talmudistes l'entendent de même. La Vulgate dit : Vox tuba longior atque comissio. Aquila traduit l'Ebreu שופרת היובל, Jolue, vi. 4. par כרכור, ne opterus, trompettes de remissus, & Symmaque par טמאר, trompettes de corne. Un autre Interprète Grec traduit les mêmes mots Ebreux, Jolue, vi. 6. par טמאר, trompettes de Jubel, conservant le terme Ebreu יובל. Mais croit que ce terme Ebreu vient de Jubal, qui fut le premier inventeur des instruments de Musique, auxquels, par cette raison, on aurait donné son nom. Cette opinion ne me paraît guère vrai semblable, & il y a apparence qu'elle doit son origine à la conformité qui se trouve entre Jo et Jubal. Je ne suis pas non plus d'avis que l'Ebreu יובל, signifié un bélier, ou une corne de bélier : on n'en apporte aucune preuve ; & on ne lui a apparemment donné cette signification qu'à cause du mot קרן יבא, corne, qui le précède ; & faute d'avoir fait attention que רפא signifié aussi trompette, & qu'il est mis au lieu de שופרת יבל. Je crois donc que יובל, tout ce qui doit être proprement un son aigu & prolongé, tel que celui des trompettes : & ce sens coule naturellement de celui du verbe יובל, qui signifie amener, conduire, & comme qui diroit, tirer de suite : de-la יובל, יובל & יובל, un fleuve, le cours d'un fleuve ; parce que c'est une chose amenée de loin. Les Syriens & les Chaldeens ont le même verbe, & dans la même signification ; d'où le Syriaque iouholo, qui veut dire deducé, sérier, progeter. De l'Ebreu יובל, ou jubel, viennent tout naturellement les mots Latins jubium, jubitare, jubilato, jubilatus. Varon : Jubitare, ruficorum est. Festus : Jubitare, rufica voce inclamare. La première signification de l'Ebreu יובל, selon mon idée, est donc celle de son aigu & prolongé, & קרן היובל, ou שופרת יבל, qui est la même chose, veut dire proprement trompette d'un son aigu & prolongé. Ensuite ce terme a été employé pour signifier ce que nous appelons Jubile, c'est-à-dire remissus, parce que l'année du Jubile étoit annoncée avec éclat, comme une année heureuse, par le son aigu & prolongé des trompettes. Aussi les Septante, au chap. xxv. du Lévitique, où il est par le plusieurs fois du Jubile, traduisent toujours le terme Ebreu par azoris, c'est-à-dire pardon, remission : ce qui n'est, comme on voit, qu'une signification n'étaphorique & secondaire. A l'imitation de ce Jubile des Juifs, on appelle Jubile, ou Jubitare, un Religieux qui a cinquante ans de profession dans un Monastère, ou un Ecclésiastique qui a défermé une Eglise pendant cinquante ans. Chez les Religieux Mendians, on appelle Docteur Jubile celui qui a enseigné un certain nombre considérable d'années ; apparemment parce qu'alors il est dispensé des Matines, & des rigueurs de la Règle. *
JUC. JUCHER. M. du Cange, dans ses Origines de la Langue Françoise, imprimées à la fin de son Glossaire Grec, & qu'il a recueillies en ma faveur, à ce qu'il m'a dit plusieurs fois, dérive jucher, qui est le même que jucher, de jocare. Je ne puis approuver cette étymologie ; le mot de jocare, qui signifie jouer, n'ayant aucune correspondance avec jucher. Je persévère donc toujours dans ma première opinion, qui est que juc a été fait de jugum, qui a été dit d'une perche mise de travers. Varon livre 1. de Re Rustica, chapitre 8. Vinea, alia humiles ac fine ridicis, ut in Hispania : alia sublimes, ut qua appellantur jugate : ut plerique in Italia, quarum nomina duo, pedamenta & juga. Quibus fiat rellis vinea, dicuntur pedamenta : qua transversa junguntur, juga. Ab eo quoque vinea jugate. Et de-la, jugare iacas perricis, dans Columelle. Le Dictionnaire de Calepin, attribué faussement à Passerat : Praxerea jugum dicebatur, sub quo, ignominia gratia, viles hostes traduebantur. Nam fixis in terra duabus hostis, super cas ligabantur tertia. Tunc viles hostes discingebantur, & sub illa transire cogebantur inermes. ¶ Juc pourroit aussi avoir été fait de jugum, dans la signification de transira, ou tabula navium. Virgile liv. 6. de l'Eneide : Inde alias animas, qua per juga longa sedebant, Deturbat, laxatque foros. Ou de jugum, dans la signification de haut. Virgile : Dum juga montis aper, fluvius dum piscis amabit. Nous disons haut juché : ce qui favorise cette dernière étymologie. Je suis néanmoins toujours pour celle de jugum, dans la signification de perche mise de travers. M.
JUHEL, ou GIOHEL. Nom propre. C'est une contraction de Judicae. Voyez mon Histoire de Sable, liv. 6. chap. 7. page 185. M.
JUJUBE. Fruit. JUUBIER. arbre. Du Latinbarbare jujuba. Jujuba, JUJUBE, Juubarium, JUUBIER. Les Italiens ont appelé cet arbre giuggiolo. ¶ Jujuba, juubagium, juubagiolum, jugolum, giuggiolo. On croit que jujuba a été formé de czcypha, mot Africain. Pline xv. 14. A que peregrina sunt czcypha & tuberæ : qua & ipsa, non pridem, venere in Italiam ; hac, ex Africa ; illa, 78 JUL. JUM. ex Syria. Voyez Bodzus a Stapel sur Théophraïse. M.
JULEP. Lungerus, dans son Etymologicum Triumque. Julebus, vel zulebus (zulapium Althae- rio), qui ex stellatitio liquore sit, vel reilius, ex suc- cis, cum saccharo coctus, trahit forsan appellatio- nem a viola, qua in est Graeis, u. v. facen, infun- dendo: quod v. nam infuderint in eum. Hinc iube- ces, primum, & depravata voce, juleibon: cum & in barbaris fuscum significat. Denique julebum, inde preumatur Latini. Cette origine est piroya- ble. Le Latin barbare zulebus, & l'italien ginkob, & le François julep, viennent de l'Arabe ginkob: d'où le Grec moderne Quænus & Quænus. Voyez mes Origines Italiennes, au mot ginkob. En plu- sieurs lieux de France le peuple dit zulec, au lieu de ginkob. M.
JULEP. Olearius, dans la Relation de son voyage de Perfe, le dérive du Perfan gulap, qui signifie de l'eau rose. Il vient de l'Arabe gilbah. Achmet, dans ses Onirocritiques, chap. 196. l'ap- pelle Quænus. Huet.
JULEP. Je ne trouve point en Arabe gilbah, pour signifier un julep; mais seulement ginkob, dont s'est fervi Avicenne, & que Golius dérive du Perfan gul rofa, & ab aqua.
JULES. Monnoye Romaine. Don Vincenzo Borgini, dans son Discours de l'origine de la Ville de Florence: Ma la natura di certi nomi è tale, che pofsi per una occasione, qual'ella fia, ancor che quella tale occasione celsi, rimane nondimeno; come già divenuto, per l'uso frequente, proprio di quella cosa: e quel significato dalla prima natura mutato in una nuova, si spange negli altri, per l'occasione del me- desimo uso, & spazio, e non per l'origine e cagione che pofse tal nome: come fia, per dare un esempio, e facilitare, con l'aiuto di cose simili, quello fatto, quella della moneta, che battendosi in Roma fatto il tempio di Giumone, chiamata Moneta, prefe que- lio nome: liquore e divenuto tanto suo proprio col tempo, che molti si credono che quella voce di sua flatura importi quel che con un'altra dicevano pecu- nia, an erde non abbiam a fare insieme cosa del mondo. E quello, non solo, nel nome generale de' dana- ri, ma negli spedali ancora, si vede tutto il giorno avvenire. Papa Giulio Secondo batte una moneta d'argento, cui dal suo nome si chiamò giulio. E per- che era bella, e molto accomodata all'uso di Ro- ma, si quitarono di mano in mano gli altri Pontefici di batteria: mettendovi ciascuno, come è l'usanza, l'arme, & il nome suo: e nondimeno sempre si son chiamati giuliti: e chiamano ancora quel che batte- rono conseguentemente Leone, e Clemente, e gli altri. Quello e intervento de Carlini, nel Regno: c'est- à-dire, dans le Royaume de Naples: Che quan- tunque da Ruberto, da Alvofio, e Ferrando, sieno flati battenti, e col nome loro, ritemero tuttavia quel di Carlo, che sit il primo. M.
JUMART. C'est un animal né d'un taureau & d'une jument. De gemmardus, dit pour gemellus. Geminus, gemmellus, gemellus. Geminus, gemina- dus, gemmardus, gemardus, GEMARD, JUMART: comme qui diroit, de deux espèces. M. JUMELLES de prêche. De gemelle. M.
JUNTE, ou JUNTA. Affemblée, Con- seil, Société de plusieurs personnes pour quel- que administration. Ce terme est en usage en par- lant des affaires d'Espagne & de Portugal. M. de la Neuville, dans son Histoire générale de Portu- gal, dit Junta. On dit communément Junte, ou Junte. A la mort de Charles II. Roi d'Espagne, le Royaume fut gouverné par une Junte pendant l'absence de Philippe V. Il y a en Portugal trois Juntes considérables, la Junta du Commerce, la Junta des trois Etats, & la Junta du Tabac. Ce mot vient du Latin juncta. Les Juntes étoient une société de Libraires ou Imprimeurs à Venise, dont les éditions, qu'on appelle les éditions des Juntes, sont belles & éminces.
JUPITER. Dieu de l'antiquité payenne. Les anciens Latins appelloient Jupiter, le premier de leurs Dieux, le Dieu Souverain du Ciel & de la Ter- re, le père des Dieux, & le Roi des hommes. On dérive communément ce nom du Latin juvans pa- ter. Mais le Père Souciet, Jefuite, dans une Dif- ferration sur le nom Jehovah, remonte bien plus haut. Les Latins, dit-il, ont nommé le premier de leurs Dieux Jehovah, & ils ont exprimé ce nom par Jovis. Car il est certain, continue-t-il, que ce Jovis a été non seulement un cas oblique, mais encore le nominatif. Cela paroît évidemment par ces deux vers d'Ennius: Juno, Vefla, Minerva, Ceret, Diana, Venus, Mars, Mercurius, Jovis, Neptunus, Vulcanus, Apollo. Par Varron, qui dit, liv. vii. de Ling. Lat. edit. Par. in-8°, ann. 1584. A dissimilibus sinitia (declinan- tur), ut Jupiter, Jovis, & Jovis, Jovis: & par les revers de plusieurs médailles. Car on trouve Jovis Custos dans Othon, dans Vespasien, dans Tite, & dans Caracalle Jovis Propugnator dans Alexandre Séveré; Jovis Stator dans Gordien III. & dans Gallien. Or ce nominatif Jovis n'est autre chose que le nom Jehovah יוחנן, dans lequel on n'a point exprimé le schéva, non plus que dans tous les composés de ce nom, Joue, Jodec, Johan, &c. En Ebreu même l'on fait une élision de ce schéva; & nous trouvons יוחנן & יוחנן, יוחנן & יוחנן, indifféremment dans le même chapitre. Pour ce qui est de la dernière fylla- be, on n'a fait que changer la terminaison Ebrai- que en terminaison Latine is: Jehovah, Jeho- vis, Jovis. Ainsi s'est formé ce nom dans les premiers tems. De même, ajoute-t-il, Jupiter n'est autre chose que Jehupater; c'est-à-dire, un com- posé du même nom Jehovah, & de pater; comme יוחנן Jehovah, & יוחנן Jehovah, le font de יוחנן & de יוחנן & de יוחנן: de sorte que par la même contraction dont j'ai parlé, on a fait Jupa- ter, & ensuite, changeant l'a en i, Jupiter; com- me Diepiter, & Marspiter, que Varron rappor- te, liv. iv. de Ling. Lat. page 10, de l'édition déjà cité. Cette opinion a été celle de Varron. Du moins on peut le croire sur ces mots de Saint Au- gustin, liv. 1. de Conze à Jua. chap. 12. Varron a cru que le Dieu des Juifs étoit Jupiter. Vollius J U P. J U S. J U S. I A C. est de même sentiment, de Idolol. liv. vii. ch. 4. Voyez ci-dessus Jehovah.
JUPPE. JUPPON. De l'Italien giubba, & giubbone : que M. Ferrari dérive de supparus. A supparo igitur, sive tunica superaria, giubba, & giubbarello, & giubbone ; quod supra tunicum in- duntur. Villanius libro ix. 179. E spogliato in giub- ba, col capestro in collo. Et libro x. 54. Giubetti di cendado, e di drappo. Mosofia Lexicum : Lerosi, runicula. Et Cera vestimenti genus, quod vestibus reliquis super in- jiciebatur. Inde Zuma & Prajectus Vestiarii Prin- cipis. D'autres le dérivent de l'Arabe giubba : d'où ils dérivent aussi l'Espagnol aljuba. Dans le Lexi- con Coptique, page 117. l'Arabe giubba est ex- pliqué par inquisit. Les Allemans disent giupp, pour dire un juppon. Et je crois que c'est de ce mot Alleman que l'Italien giubba a été formé. M.
JUPPE. Le François juppe, & l'Italien giubba, viennent suivant toute apparence, de l'Espagnol aljuba. Mais l'Espagnol vient lui-même de l'Ara- be giubbah, qui signifie une sorte de tunique. C'est un de ces mots que les Espagnols ont em- prunté des Arabes. L'Alleman giupp n'a pas une autre origine. J U S. Ce mot signifioit embas, & desfous. Le Roman de Guillaume au court nez au Moinage Guillaume : Mots a de regnes cherché & trespassé, Et sus & jus, & en coste & enle. Eckehardus, De Casibus Monasterii sancti Galli, chap. 4. Aut iurum, aut iurum, aut ante, vel re- tro. Et dans la Loi des Allemans cit. 45. Pausare arma sua iurum, id est deorum : qui est ce que nous disons porter les armes bas. Le Roman de Guion de Tournaut : Et Guion le ferit par si très-grand radour, Que tout jus du destier s'abbat à celuy jour. Caseneuve. J U S. C'est un vieux mot, qui signifie bas : à terre. Alain Chartier dans l'Espérance ou Conso- lation des trois Vertus : Toutes voyes des pécheux publiques voit-on tousjours ca jus, toft ou tard, exem- ple du courroux de Dieu. Le Roman de Garin : L'ame s'en part, & li cors jus chai. Le Beftiaire : Quant Dex, notre primerain pere, Vint pour nos sauver en cest mont, Ca jus en terre. Villon dans la Ballade à un Gentilhomme nouvelle- ment marié : Lequel n'en parle jus ne sure. Ce que Marot a expliqué, sous, ne sus. Rabelais livre 1. chapitre 2. Mais les voyant tant fort se despiter, Craignit qu'on misit rais, jus, bas, mat, l'Em- pire. Il vient de l'Italien giuso, fait du Latin deorum. Deorum, iurum, iurum, iurum, Jus. On a fait de même toux, de diurnum. Voyez jour. Et on a dit de même dosum, pour dorsum : d'où le mot François nos. Iurum & iurum se trouvent. Ecke- hardus, au chapitre 4. de Casibus Monasterii San- ti Galli : In ipso quoque ( Antiphonario ) primus ille literas alphabeti significativas, notuit quibus vi- sum est, aut iurum, aut iurum, aut ante, aut re- tro, assignari excogitavit. Les Loix Allemaniques, titre 45. Pausare arma sua iurum : qui est ce que nous disons, mettre les armes bas. Commodianus, page 66. Sacerdos Domini, cum iurum corda pracepit. S. Augustin, sur la première épître de Saint Jean, Traité 8. Quod iurum, facias iurum : quod deor- sum, facias iurum. Iurum vis-sacere Deum, & se iurum. Voyez Spelman dans son Glossaire, & Vos- sus de Vitis Sermons, page 347. M.
JUSQUE. D'ospice. M.
JUSQUIAME. Simple. D'hyoscyamus, fait du Grec & de xueant, c'est-a-dite, faba porci- na. Voyez ci-dessus hanebane. M.
JUSTE. On appelle justes, certaines robes de femmes qui n'ont point de plis, & cela par op- position a d'autres qui ont des plis. En 1419. on appelloit de même justes, certaines cottes d'armes, eipèces de juste-au-corps, par opposition a la ca- saque qui est volante. Le Duchat.
JUSTES. JUSTICES. Cétolent des pots à tenir du vin, que l'on appelle encore J. fee en Languedoc. Petrus Venerabilis au livre des Statuts de Clugni : Statutum est ut non vasis illis vinaris, qua Justitia vocantur, sicut olim facere cogebantur, sed propriis ciphis unusquisque bibas. Le même au livre 1. de les Epitres, Ep. 20. Vascula vinaria qua Justitias vocant, vel similia, concavare & com- ponere tenta. Sur lequel passage André du Chesne a rapporté en ses notes ces paroles du Cartulaire de Marmoutier : Tres quotidie-panes & quatuor vini Justas ... duobus, ex pane vinoque tali, quali nos utemur. Caseneuve.
JUSTES. JUSTICES. Mots de Languedoc, qui signifient des pots à vin. De Justa & Justicia. Pierre le Venerable, dans son épître 20. adressée à Gillebert, Moine de Clugny : Quod si, aut oca- lorum lafome, aut capitis dolore, aut forte tadiosa assiduitate, vel nequivoris, vel nolueris, hoc folo opere manuum esse contentus, aliis quoque operum exercitiis vices alterna : ad comenda, vel purganda Fratrum capita, pectines apta; the as acuum subitii mann & dolto pede torna, vascula vinaria, qua Ju- ticias vocant, vel similia, concavare & componere tenta. Sur lequel endroit André du Chesne a fait cette Note : Justitias a ciphis discernit ipse Petrus Venerabilis in libro Statutorum Cluniacensium, cum nit : Statutum est, ut non vasis illis vinaris quæ Justicia vocantur, sicut olim facere cogebantur, sed propriis ciphis, unusquisque bibas, eo tempo- re quo post Nonam ad potum Fratres pergere so- lent. Santque ista, puto Justicæ, qua & Justa vo- cantur in Cartulario Majoris Monasterii, quod est Rerum Vindocinensium, charta 18. his verbis : Fo- cum ei & lectum duarum culcitarum ipsi prabe- bimus, & unius culcitæ uni homini ipsius : tres quotidie panas, & quatuor vini Justas ipsius duo- bus, ex pane vinoque tali, quali nos utemur. M. I A CHT. Sorte de Vaisleau de mer. Nous avons emprunté ce mot des Anglois : & les Anglois l'ont emprunté des Hollandois. Les Hol- 80 I B E. I B R. landois écrivent *tacg*, qui signifie *chaffe*: *venatio*, *lagen*, en Alleman, c'est *chaffer*: *venari*. Et on s'est servi du mot *d'ache*, dans la signification de ce vaissieu de mer, a cause de la diligence qu'on fait sur mer avec cette sorte de vaissieux, semblable à celle qu'on fait, courant à la chaffe. *M.*
IBERES, ou IBERIENS. Nom des anciens Espagnols. Bochart, dans son Chanaan, tire ce nom de la Langue Phénicienne. *בַּעֲשָׁר* *eber* en Ebreu, signifie *parage*, & c'est aussi une préposition qui veut dire *au-de-la*; du verbe *בַּעֲשָׁר* *abar*, paffer. Ce mot avoit apparemment la même signification en Phénicien. Ainsi les Phéniciens appellent les habitans d'Espagne *Iberes*, parce qu'ils étoient, du côté de l'Occident, les derniers du monde connu en ce tems-la: aussi les Romains les appelloient-ils *extremé*: Claudien: *In extremos aciem mittebat Iberos.* C'est apparemment pour la même raison qu'on a encore donné dans les premiers tems le nom d'*Iberie* à la Gaule, & celui d'*Ibernie* ou *Hibernie* à l'Irlande. *
IBRAHIM. Nom propre d'homme. C'est en Arabe la même chose qu'*Abraham* en Ebreu, & dans notre Langue. Nous employons ce mot en parlant des Arabes ou des Turcs qui l'ont porté, & nous le retenons dans notre Langue. Mais en parlant des autres *Abrahams*, nous ne disons point *Ibrahim*, quoique les Arabes les appellent toujours de la sorte. C'est ainsi qu'ils appellent le Patriarche Abraham, *Ibrahim al-nabi*, c'est-à-dire, Abraham le Prophète. Pour ce qui est de l'étymologie du mot *Abraham*, il est fait, par abregé, de *בַּעֲשָׁר* *ab rab hamon*, qui signifie, pere d'un grande multitude. Abraham s'appelloit auparavant *Abram*, c'est-à-dire *pere* *éleve*. Dieu dit à ce Patriarche Gen. xvii. 4. *Je ferai alliance avec vous, & vous ferez le pere d'une multitude de nations. Vous ne vous appellerez plus Abram; mais vous vous appellerez Abraham, parce que je vous ai établi le pere d'une multitude de nations.* Quelques-uns écrivent *Hibrahim*, avec une H: comme Vigenère, Continuation de l'Histoire des Turcs, & du Loir dans son voyage du Levant. Mais il faut écrire *Ibrahim*. La première lettre de ce nom n'est qu'un élit en Arabe & en Turc, & un aleph en Ebreu. *
IBRIDE, ou HYBRIDE. Du Latin *hybrida*. On appelle ainsi en Latin un homme né d'un pere & d'une mere de différentes conditions, ou bien de différentes nations; comme ce Perfius dont parle Horace au commencement de la Satyre vii. du livre 1. *Proscripti Regis Rupili pur atque venenum Hybrida quo pallo sit Perfius ultus, opinor Omnibus & lippis notum & tonforibus esse.* Pline liv. viii. ch. 11. dit qu'on appelle de même les cochons qui naissent d'un sanglier & d'une truie. De-là on a nommé *hybrida*, un terme qui est composé de deux Langues différentes. Les Grammairiens enseignent que ce mot vient du Grec *chyr*, *injuria*, *contumelia*; comme qui diroit, *contumelia affectus, probrus*. Il semble en effet qu'un homme dont le pere & la mere sont de différentes nations, ou de différentes conditions, est moins estimé qu'un autre; & on regarde comme barbare un terme qui est composé de deux langues différentes. Scaliger prétend qu'au lieu d'*hybrida*, il faut écrire *ibrida*, & il croit que c'est un mot d'origine Latine, dérivé d'*umber*, pour lequel on a dit *imber* ou *iber*, dans la signification de *spurius*. Voyez Voissus, dans son Etymologique. *
ICHNEUMON. Animal qui naît en Egypte. Du Grec *ixtiomon*, fait du verbe *ixtiom investigare*. Le propre de cet animal est de chercher le crocodile pour le tuer, car il est son ennemi irréconciliable. *
ICHNOGRAPHIE. Terme de Géométrie. Plan géométral d'un bâtiment. Du Grec *ixtiographia*, fait d'*ixti* *vestigium*, & de *ixti* *scribo*; parce que c'est la description des vestiges ou traces d'un ouvrage. *
ICHOGLAN, ou ITCHOGLAN. Terme de Relation. Page du Grand-Seigneur. Ce nom est composé de deux mots Turcs *ich* ou *itch*, qui veut dire *dedans*; & *oglan*, qui veut dire *garçon*. Les Ichoglan ou Itchoglan sont de jeunes garçons qui servent dans le ferrail ou palais du Grand-Seigneur. Quelques Auteurs dérivent mal-à-propos ce nom du Grec-barbare *ixtioc* ou *ixtioc*, qui a été formé du Latin *incola*, & qui a la même signification; & ils prennent le Latin *incola* pour *domus incola*. Mais le nom dont il s'agit, étant purement Turc, n'a que faire d'une étymologie Grecque ou Latine. *
ICY. Adverbe de lieu. Trippault, Henri Etienne, & M. Huer, le dérivent d'*icci*. Il vient d'*ibice*, dit comme *hic-ce*. *M.*
IDOLASTRE. C'est une contraction d'*Idolôlatre*. Rabelais iv. 40. *Gaillardon*; par *Syncope*; natif de Rambouillet. Le nom du Docteur Culinaire est *Gaillartlardon*. Ainsi dites vous idolâtre, pour idolôlatre. *M.*
IEBLE. D'*ebulus*, ou *ebulum*. Les Gloffes: *ebulum*, *zouanix* *m.* *M.*
IEMEN, ou YEMEN. Quelques-uns écrivent *Taman*, & d'autres *Jaman*. Ce mot est Arabe. Il signifie la main droite, le midi; & avec l'article *al* il signifie l'Arabie heu. *euse*, parce que cette partie de l'Arabie est à la droite & au midi des deux autres. Les Orientaux placent le midi à droite, & le septentrion à gauche; parce qu'ils regardent l'orient comme la partie antérieure, & le couchant comme la partie postérieure. Cette idée est fort naturelle. Par la même raison que les Arabes appellent l'Arabie heureuse *al-lemen*, c'est-à-dire, la droite ou le midi, ils appellent la Syrie *al-Schamah*, c'est-à-dire, la gauche, parce qu'elle est
IEU. IF. ILE. ILI. ILL. IMA. est à gauche ou au septentrion de l'Arabie. C'est de l'*lemen* que la Reine de Saba vint à Jérusalem pour voir Salomon : c'est pourquoi elle est appelée dans l'Évangile la Reine du midi : ce qui exprime très-bien la signification du mot *lemen*, qui veut dire la même chose. Le pays de Saba étoit dans l'*lemen*. Les Ebreux appellent de même la droite & le midi, *iam* : de la *iēl*, le midi, & le vent du midi. Le pays de *Theman* dans l'Écriture, c'est le pays du midi. L'orient se nomme *iēl* *hedem*, c'est-à-dire, partie antérieure ; l'occident *iēl* *abhor*, c'est-à-dire, partie postérieure ; le septentrion *iēl* *femol* ; & de même en Arabe *fchemal*, c'est-à-dire la gauche, par opposition au midi, qui est la droite. Je remarquai aussi que le mot Arabe *lemen*, qui signifie la droite & le midi, signifie outre cela le bonheur, la félicité, de même que *dexter* chez les Latins, & qu'ainsi le nom d'*lemen* exprime encore très-bien la fertilité & le bonheur de ce pays que l'on appelle par cette raison l'*Arabie heureuse*.
IEUX. Voyez *yeux*. M.
IF. Arbre. Lat. *taxus*. Les Allemans & les Flamans disent *iben* : & les Anglois, *ewe*, ou *vew* : & les Ecoffois, *yew*. M. I F. Du Gallois *yov*. D'if se font fait les diminutifs *Yvet* & *Yvet* *eau*, noms de Seigneuries. *Hue*.
ILEON. Terme d'anatomie. C'est le nom que l'on donne au troisième des intestins grêles, qui est le plus long de tous. Il est ainsi nommé à cause du grand nombre de ses contours & circonvolutions ; & ce mot, qui est Grec, vient du verbe *iōlōs*, qui signifie, *volvere*, *circumvolvere*, *circumagere*.
ILIERS. petite ville du pays Chartrain. D'*Iſlera*. C'est ainsi que cette petite ville étoit anciennement appelée. Fulbert Evêque de Chartres, épître 105, se plaignant au Roi Robert & à la Reine Constance, des vexations de Geoffroy, Comte de Châteaudun : *Reject ante Natale Domini Caffellum de Galardone, quod dian deſtruxifis. Et ecce tertia die poſt Eſiphanum Domini, cœpit facere alterum Caffellum apud Iſleras, inter villas S. Maria*. Nos Auteurs modernes, qui ont écrit en Latin, l'appellent *Iſſeſium*. M.
ILLEC. adverbe de lieu. D'*illic*. M.
IMAN, ou plutôt IMAM. Terme de Relation, & d'Histoire. Mahométane. Il est Arabe, & signifie proprement, prélat, chef, conducteur, préposé, qui préside, qui a la conduite de quelque chose : du verbe Arabe *amma*, qui veut dire précéder, marcher devant les autres, conduire, présider, commander. Cette signification du mot *Tome II*. I M P. I N C. 8r *imam* est générale : mais les Mahométans le disent en particulier de celui qui a le soin, l'intendance d'une moſquée, qui fait la prière au peuple, qui est à la tête de l'aſemblée, & qui répond en quelque façon à un Curé parmi nous. Il se dit par excellence de celui qui est reconnu pour le chef souverain du Mofulmanifine, tant au ſpirituel qu'au temporel : & lorsque l'on parle absolument de l'*imam* de la Religion Mahométane, l'on entend toujours le véritable & légitime ſucceſſeur de Mahomet, lequel poſtède en ſa perſonne la ſource de l'une & de l'autre Juridiction, parce que toute l'autorité, ſoit dans la Religion, ſoit dans l'Etat, réside en ſa ſeule perſonne. Les Kha-lises prenoient le titre d'*imam*, & en faſſoient les fonctions. Mahomet est appellé l'*imam* par excellence. *Ali* est l'*imam* des Perſes, ou de la ſecte des *Schiaites* ; & Aboubecré, l'*imam* des Sonnites, qui est la ſecte que ſuivent les Turcs. Les Seclateurs d'Ali comptent douze principaux *Imams* de ſa famille. Voyez d'Herbelot, au mot *imam*.
IMPANATION. Terme dont se font ſervis les Théologiens pour expliquer l'opinion des Luthérens, qui croyent qu'après la conſection le corps de N. S. J. C. demeure dans l'Eucharistie avec la ſubſance du pain ; au lieu qu'il n'y a que les espèces qui y demeurent. Voyez le Journal de Leipic 1682, page 136, où l'on explique ce que c'est que l'*impanation*.
IMPORTER. Nous diſons abſolument qu'une *choſe* nous importe, quand nous y avons intérêt, c'est-à-dire, qu'il nous en peut arriver ou du mal ou du bien. Toutefois le Latin *importa* d'où nous l'avons tiré, & qui ſignifie proprement *causer* & *apporter*, ne se trouve jamais employé ſans accuſatif. *Stellionatus crimen importat* *ei*. I. 9. §. 1. ff. de Divortis. *Sententia tua peſtem importatura eſt Regibus*, dit Cicéron dans ſon Oraſion pro Rege Dejoharo. *Plura deſtimenta publicis rebus quam adſumenta, per homines eſequentiſſimos importata* : liv. 1. de Oratore. *Importare calamita-tem*. Orat. pro. Sextio. *Cafeneuve*.
INCAGUER. Ce mot n'eſt pas nouveau dans notre Langue, comme le croyent pluſieurs Grammairiens. Il se trouve dans Rabelais 4. 32. De l'Italien, ou du Latin, *incacare*. Trippault, après avoir dit qu'*incaguer* est un mot dont uſent les nouveaux François, dit qu'il vient d'*incauſſe*, *malis ſuccumbere*, ou d'*incauſſe*, *inſlamme* : qui ſont deux étymologies également ridicules. M.
INCARNAT. Couleur. D'*incarnatum* : *a carne* : comme qui diroit de couleur de chair. Jules Scaliger contre Cardan, 325. 13. *Nunc a carne*, *incarnatum vocant*. M.
INCARNATIF. médicament. INCARNATIFS. Ce ſont des Médicaments qui ont la vertu de refaire une nouvelle chair dans une plaie, ou dans un ulcère : appellés autrement *ſuroriones*, du Grec *enparvita*. Voyez M. de Meuve, dans ſon Dictionnaire Pharmaceutique. M.
INCARTADE. Saillie bruſque & mal-à-propos, telle que d'un joueur qui entre en cartes hors de ſon rang. *Le D'ochor*.
INCESTE. Crime qui ſe commet par la conjonction entre des perſonnes qui ſont parentes. Quelques-uns dérivent ce mot du Grec *vec*, qui étoit une ceinture brodée, que les maris detachoient quand ils vouloient consommer le mariage: *vec*, *acn pictus*, du verbe *acn* *punge*: en forte que le terme *incessus* signifieroit proprement l'action d'ôter la ceinture, & auroit être ensuite déterminé à désigner une conjonction illicite entre des personnes qui sont parentes. Cette étymologie ne paroît pas fort bonne : mais je n'en fais pas de meilleure.
INCONTINENT. D'incontinenti : dont les Latins se sont servis en cette signification. Le Juricontuite Paulus en la Loi *Lecta*, au Digette de *Reus creditis*: *Dicebam*, *quia pacta incontinenti facta*, *stipulazione ineff creduntur*. Les Gloses anciennes : *incontinenti*, *warcivum*. M.
INCORNIFISTIBULER. Rabelais, liv. 3. ch. 15. *Incornifistibuler en la gibectiere de ma mémoire*. Par *cornifistibular* les Toulousains entendent trouble, afflige, malade de jacherie & de chagrin. Mais il semble que la propre signification de ce mot soit celle de l'endroit iuldit de Rabelais, où par *incornifistibuler*, &c. l'Auteur entend, faire entrer quelque chose dans sa mémoire comme à travers un *cornet*, une *fute*, un *chalameau*. De *corna*, de *fistula*, & de *stipula*. Le Duchat.
INDE. Couleur azurée, dont se servent les peintres. Voyez Nicot & Furetiere. Du Latin *Indicum*. M.
INDIGETES. Nom que les Anciens donnoient à leurs faux Dieux, ou pour le moins à quelques-uns. Il y a différentes opinions sur la signification & sur l'origine de ce nom. Les uns pretendent qu'on le donnoit en général à tous les Dieux. Les autres disent qu'on ne le donnoit qu'aux grands hommes que l'on defroit. D'autres soutiennent qu'on appelloit ainsi les Dieux originaires d'un pays, ou plutôt ceux qui étoient Dieux du pays où l'on les nommoit de la forte. Quelques autres pensent que ce nom se donnoit aux Dieux patrons & protecteurs des villes. Ceux qui sont dans la première opinion disent que les Dieux étoient appelés *Indigetes*, par antiphasie, du verbe *indiget*, parce qu'ils ne manquoient de rien ; & dans ce sens-là *Indigete* se voit à peu près la même chose en Latin que le nom Ebreu *in chaddas*, que l'Écriture donne souvent à Dieu, & qui veut dire celui qui se suffit à lui-même, & qui n'a besoin de rien. Les autres dérivent *Indigetes* d'*indigitare*, appeller, invoquer ; parce que c'étoient les Dieux qu'on invoque le plus ordinairement, & qu'on croyoit les plus faciles à se rendre aux vœux & aux prières qui leur étoient adressées. On cite à ce propos Macrobe *Saturus*, liv. 1. ch. 17. où il prend *indigitare* dans le sens que nous venons de dire. Les Vêstales, dit-il, sont ainsi leur invocation : Appollon Médecin, Apollon Pœan : *Vêstales ita indigitare*: *Apollon Médecin*, *Apollon Pœan*. On ajoute, qu'on appelloit *indigitamenta* les livres de prières, les livres qui contenoient les formules d'invocation, & les cérémonies avec lesquelles on invoque. Voyez Voffius, de *Idoloi*, liv. 1. ch. 12. Enfin d'autres avancent, que ce nom vient d'*inde genitur*, ou *in loco degens*; ou bien de *inde & ago*, pris pour *age*. Ce sentiment paroît le plus vraiment blable. En effet on appelloit aussi les Dieux *indigetes*, Dieux locaux, *Dii lucales*; ou, comme dit Servius, Dieux Topiques, *Dii Topici*; ce qui est la même chose. Les Dieux *Indigetes* étoient communément des hommes divinisés, qui étoient censés les protecteurs des lieux où on les falloit Dieux. Virgile, Georg. 1. joint *parrii* avec *Indigetes*, comme étant la même chose. Les Dieux auxquels les Romains donnoient ce nom, sont Faune, Vêsta, Enée, Romulus ou Quirinus, tous Dieux d'Italie : Minerve à Athènes, dit Servius, & Didon à Carthage. Il est vrai que l'on trouve *Jupiter Indiges*: mais ce Jupiter *Indigete* est Enée, & non le grand Jupiter comme on voit dans Tire-Live, liv. 1. & liv. vi. & comme Servius l'assure sur le premier livre de l'Enéide. Servius dit que dans ce sens *Indiges* vient de *in Dili ago*.
INDIGO. Couleur. D'*Indicum*. Iidore xix. 17. Indicum : *in Indicis intemur calami*, *spum adharense time*. Est autem *coloris cyanei*, *mixta-ram purpura*, *cerulique mirabilem reaudens*. Est alterum genus, in *purpurareis effluens*, *spuma in aris cortinis innatans*: *quam infectores*, *detrahentes*, *ficant*. M.
INDUTI. C'est ainsi qu'on nomme dans l'Eglise de Paris les Chapelains, lesquels au nombre de six les jours de communion générale, & au nombre de quatre les autres jours, accompagnent en tuniques, à droite & à gauche, sans autre fonction, les Chanoines qui sont l'office de Diacre & de Soidiacre, les Fêtes folemnelles. A Sens, on les nomme *Indus*. Comme ce sont des personnages muets, c'est leur habit qui leur a donné ces noms. M.
INERTE. Rabelais, liv. 1. chap. 18. *Cinq ou six maîtres inertes*, bien cretesz à profit de ménage. D'*in artibus*. Avant la restitution des bonnes Lettres en France, les Maîtres-es-Arts se qualifioient eux-mêmes *maîtres in artibus*, au lieu d'*artium*, qu'on a dit depuis. Mathurin Cordier, dans son livre de *corrupti Sermonis emendatione*, au chap. intitulé, *Puntendi summa*, n. 8. dans l'édition de Lyon en 1519. *Est regens in artibus*. *Est regens artium*. Il est regent en arts. Il regente en arts. Et plus haut n. 1. *Est maîtres in artibus*. Il est maître-es-art. *Est artium maîtres*. Or comme ces maîtres *in artibus* étoient de véritables ignorans, Rabelais les traite ici d'ignorans, par allusion d'*in artibus* avec *inertes*, plurier d'*iners*, qui signifie un homme qui n'a ni art ni science. Du reste, quand Rabelais dit que ces *maîtres inertes* étoient bien cretesz à profit de ménage, il entend qu'il ne leur manquoit rien pour être crottes en vrais pédans, desquels plus bas au ch. 20. il dit qu'ils firent environ ce tems - la un vœu de ne se décrotter jamais jusqu'à ce qu'il en fût autrement ordonné par arrêt définitif. Et ce qu'il appelle cela, être creté à profit de ménage, c'est par allusion à ce qu'on dit encore communément aujourd'hui, qu'en famille un membre de mouton a été décroté à profit de ménage, c'est-à-dire mangé jusqu'aux os ; en sorte que ce que d'autres qui auroient eu moins d'appétit y auroient laisse, à tourner entièrement au profit du ménage. Et cette façon de parler vient de ce que les bœufs & les vaches à la campagne, où ces animaux sont tant litiere, se couchant & se vautrant ordinairement dans leur ordure, il y a cuble profit à les étriller bien & souvent; l'un en ce qu'ils s'en portent beaucoup mieux, & l'autre en ce que la crotte qui leur tombe de des fins le corps par le moyen de l'étrille, ou du torchon, sert à fumer les terres. Au reste cette expression a profit de ménage à beaucoup plu à Rabelais, & il s'en sert encore liv. 4. chap. 65. & liv. 5. ch. 11. Le Duchat.
INFANÇON. Il y a un Regitre dans la Chambre des Comptes de Paris, intitulé Recognosifance nouvelle des Fiefs de Bayonne & de Cabours en la Sécessité des Lannes, dans lequel, folio 611. au sujet des nonvaleurs des cens & rentes dudit pays, il est dit: Il y a plusieurs personnes qui se disent & nomment Maisons d'Infançons: qui veut dire, en leur langage, Nobles, descendus de Maisons nobles; qui se disent exempts, & s'approprient à eux, & usurpent plusieurs fiefs, que aucuns habitants dudit pays leur payent, & non au Roy. Et dans le même Regitre, folio 1111. est le Rolle de ces Infançons. Voyez le Dictionnaire Eipagnol de Covarruevia, au mot infanson, où il est fait mention de ces sortes de Nobles. Ce mot, au reste, a été ainsi formé de celui d'infans: infans infantis, infantis infantionis, INFANÇON. M.
INFANTE. Nous disons, Infante d'Eipagne: Infante de Portugal: parce qu'on parle de la sorte en Eipagne & en Portugal. M.
INFANTE. Vachter dans son Glossar. Germ. page 788. INFANTE, & INFANTA, filius & filia Regis apud Hispanos. Vulge derivam a Latino infans; quod multis viris doctis displicet, qui nomen Germanicum esse suspicantur, ut multa alta Hispanica genti a Gothis altisque populis Theotifcis relicta. Ita enim fieri solet, & sape factum est, ut a victore populo in victum, simul cum imperio, victoris lingua, aut pars lingua derivatur. Fant, inquisuit, in legibus veterum Septentrionalium significat puerum samulum, minisfrum: Belgis vent est juvenis: & Suecis fenta puella, ancilla. Et haltenus aliquid dicunt quod congruum videtur, etiam si de particula in in fronte vocis rationem reddere non valeant. Sed non opus est ut eam, tanquam sibi infeftam formident. Nam in potest esse ab inne domus, sic ut inne-fant proprie sic puer vel puella regia domus. Et hic optimus compositi sensus me pene induceret, ut illud ante Maurorum in Hispaniam adventum, reguentibus adhuc Gothis, invaluisse crederem, nisi alia me suspensum tenerent. Primum est novitas appellationis, qua nullum habet auctorem saculo ut. paorem. Aiterum, usus medit avi, qui Regum & Magnatum haredes, quamvis arate provectos, Latine pueros, Galice enfans, appellare solet. Urumque demonstravit Cangius in voce Infantes. Tertio quod fant proprie non puerum, sed peditiem, & servum a pedibus significat. Id quod de filio Regis dicti nequit. Vide plura in fuit pedes.
INFANTERIE. Il y a toute apparence que ce mot vient du Latin infans, qui s'est dit non-feulement des enfans, mais encore des jeunes gens déjà d'un certain âge. La plupart de ceux qui composent l'Infanterie sont de jeunes gens. Nous appellons de même en François enfans, non-feulement ceux qui sont proprement tels, mais aussi des gens d'un âge avancé. Wachter croit neanmoins que le mot Infanterie vient de la Langue Teutonique. Voici les paroles de cet Auteur, à la page 788. de son Glossar. German. INFANTERIE: peditatus, copia pedestres, milites qui pedibus merent. Au a tant servus? Ita sentium Ferrius & Ferrarius. Sed hoc nimis generale est, & equitatus commune. Observandum quod Francis fendeo sit phalanx, Glossa R. Mauri apud Diecmanum: falanx vel multitudo fendeo. Posfertatem inde formaffe, fanteria, & mox infanteria, etiam si de augmento initiali in rationem reddere non possim, credibile est. Rejtas ut originem Francica vocis, si possim, offendam. Puto autem me posse. Nam fetha Anglofaxonibus est phalanx, a fet pedes. Hoc Francus imitari potuit inferto N. Nam hac epenitres in transitu vocum ex uno labio in aliod, nihil apud prif. cosyquentius. Cacra nituntur fide Glossographorum. Somnerus in Dictionario Anglofaxonico: fet pedes, fetha phalanx, fethe-hete peditatus. Gloss. Aelf. in nom. num. hom. comm. Leg. fetha, acies geuerud-fetha, cuneus getrimmed-fetha, agmen pangenifetha. Ce qui peut favoriser le lentiment de Wachter, c'est le mot Italien santafsino, & le mot François santafsino, qui ont plus de ressemblance avec le terme Teutonique, n'ayant point in au commencement.
INFORTIAT. Un des 3. Volumes du Digeste. Trippault, au mot Sardeau: FARDEAU, 6. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80. 81. 82. 83. 84. 85. 86. 87. 88. 89. 90. 91. 92. 93. 94. 95. 96. 97. 98. 99. 100. 101. 102. 103. 104. 105. 106. 107. 108. 109. 110. 111. 112. 113. 114. 115. 116. 117. 118. 119. 120. 121. 122. 123. 124. 125. 126. 127. 128. 129. 130. 131. 132. 133. 134. 135. 136. 137. 138. 139. 140. 141. 142. 143. 144. 145. 146. 147. 148. 149. 150. 151. 152. 153. 154. 155. 156. 157. 158. 159. 160. 161. 162. 163. 164. 165. 166. 167. 168. 169. 170. 171. 172. 173. 174. 175. 176. 177. 178. 179. 180. 181. 182. 183. 184. 185. 186. 187. 188. 189. 190. 191. 192. 193. 194. 195. 196. 197. 198. 199. 200. 201. 202. 203. 204. 205. 206. 207. 208. 209. 210. 211. 212. 213. 214. 215. 216. 217. 218. 219. 220. 221. 222. 223. 224. 225. 226. 227. 228. 229. 230. 231. 232. 233. 234. 235. 236. 237. 238. 239. 240. 241. 242. 243. 244. 245. 246. 247. 248. 249. 250. 251. 252. 253. 254. 255. 256. 257. 258. 259. 260. 261. 262. 263. 264. 265. 266. 267. 268. 269. 270. 271. 272. 273. 274. 275. 276. 277. 278. 279. 280. 281. 282. 283. 284. 285. 286. 287. 288. 289. 290. 291. 292. 293. 294. 295. 296. 297. 298. 299. 300. 301. 302. 303. 304. 305. 306. 307. 308. 309. 310. 311. 312. 313. 314. 315. 316. 317. 318. 319. 320. 321. 322. 323. 324. 325. 326. 327. 328. 329. 330. 331. 332. 333. 334. 335. 336. 337. 338. 339. 340. 341. 342. 343. 344. 345. 346. 347. 348. 349. 350. 351. 352. 353. 354. 355. 356. 357. 358. 359. 360. 361. 362. 363. 364. 365. 366. 367. 368. 369. 370. 371. 372. 373. 374. 375. 376. 377. 378. 379. 380. 381. 382. 383. 384. 385. 386. 387. 388. 389. 390. 391. 392. 393. 394. 395. 396. 397. 398. 399. 400. 401. 402. 403. 404. 405. 406. 407. 408. 409. 410. 411. 412. 413. 414. 415. 416. 417. 418. 419. 420. 421. 422. 423. 424. 425. 426. 427. 428. 429. 430. 431. 432. 433. 434. 435. 436. 437. 438. 439. 440. 441. 442. 443. 444. 445. 446. 447. 448. 449. 450. 451. 452. 453. 454. 455. 456. 457. 458. 459. 460. 461. 462. 463. 464. 465. 466. 467. 468. 469. 470. 471. 472. 473. 474. 475. 476. 477. 478. 479. 480. 481. 482. 483. 484. 485. 486. 487. 488. 489. 490. 491. 492. 493. 494. 495. 496. 497. 498. 499. 500. 501. 502. 503. 504. 505. 506. 507. 508. 509. 510. 511. 512. 513. 514. 515. 516. 517. 518. 519. 520. 521. 522. 523. 524. 525. 526. 527. 528. 529. 530. 531. 532. 533. 534. 535. 536. 537. 538. 539. 540. 541. 542. 543. 544. 545. 546. 547. 548. 549. 550. 551. 552. 553. 554. 555. 556. 557. 558. 559. 560. 561. 562. 563. 564. 565. 566. 567. 568. 569. 570. 571. 572. 573. 574. 575. 576. 577. 578. 579. 580. 581. 582. 583. 584. 585. 586. 587. 588. 589. 590. 591. 592. 593. 594. 595. 596. 597. 598. 599. 600. 601. 602. 603. 604. 605. 606. 607. 608. 609. 610. 611. 612. 613. 614. 615. 616. 617. 618. 619. 620. 621. 622. 623. 624. 625. 626. 627. 628. 629. 630. 631. 632. 633. 634. 635. 636. 637. 638. 639. 640. 641. 642. 643. 644. 645. 646. 647. 648. 649. 650. 651. 652. 653. 654. 655. 656. 657. 658. 659. 660. 661. 662. 663. 664. 665. 666. 667. 668. 669. 670. 671. 672. 673. 674. 675. 676. 677. 678. 679. 680. 681. 682. 683. 684. 685. 686. 687. 688. 689. 690. 691. 692. 693. 694. 695. 696. 697. 698. 699. 700. 701. 702. 703. 704. 705. 706. 707. 708. 709. 710. 711. 712. 713. 714. 715. 716. 717. 718. 719. 720. 721. 722. 723. 724. 725. 726. 727. 728. 729. 730. 731. 732. 733. 734. 735. 736. 737. 738. 739. 740. 741. 742. 743. 744. 745. 746. 747. 748. 749. 750. 751. 752. 753. 754. 755. 756. 757. 758. 759. 760. 761. 762. 763. 764. 765. 766. 767. 768. 769. 770. 771. 772. 773. 774. 775. 776. 777. 778. 779. 780. 781. 782. 783. 784. 785. 786. 787. 788. 789. 790. 791. 792. 793. 794. 795. 796. 797. 798. 799. 800. 801. 802. 803. 804. 805. 806. 807. 808. 809. 810. 811. 812. 813. 814. 815. 816. 817. 818. 819. 820. 821. 822. 823. 824. 825. 826. 827. 828. 829. 830. 831. 832. 833. 834. 835. 836. 837. 838. 839. 840. 841. 842. 843. 844. 845. 846. 847. 848. 849. 850. 851. 852. 853. 854. 855. 856. 857. 858. 859. 860. 861. 862. 863. 864. 865. 866. 867. 868. 869. 870. 871. 872. 873. 874. 875. 876. 877. 878. 879. 880. 881. 882. 883. 884. 885. 886. 887. 888. 889. 890. 891. 892. 893. 894. 895. 896. 897. 898. 899. 900. 901. 902. 903. 904. 905. 906. 907. 908. 909. 910. 911. 912. 913. 914. 915. 916. 917. 918. 919. 920. 921. 922. 923. 924. 925. 926. 927. 928. 929. 930. 931. 932. 933. 934. 935. 936. 937. 938. 939. 940. 941. 942. 943. 944. 945. 946. 947. 948. 949. 950. 951. 952. 953. 954. 955. 956. 957. 958. 959. 960. 961. 962. 963. 964. 965. 966. 967. 968. 969. 970. 971. 972. 973. 974. 975. 976. 977. 978. 979. 980. 981. 982. 983. 984. 985. 986. 987. 988. 989. 990. 991. 992. 993. 994. 995. 996. 997. 998. 999. L ij 84 ING. INN. INQ. Computorum, sub precio octo denariorum auri ad scutum appreciatum per Fiderandum, Librarium juratum Parisiensem, morantem in vico novo (c'estoit la rue neuve Notre-Dame, ou lors une bonne partie des Libraires faisoit son habitation), praesentibus Magistris de Sancto Justo, & Joanne de Hiscomino. Passage iou d' grossier, duquel toutes-fus je recuerte, que ce Digeste avoit este des pieça mis et anciennes armoires de la Chambre, comme pièce de mérite, & que destors il esto appellé Digeste nove. Particularité que je ne vous ai pas toucher sans cause: d'autant que les 50. livres des Pandectes ayant est trouvez dedans Melse en un seul volume, on commença de le respecter, comme une vénérable & correcte ancienneté: c'est ce que depuis nous avons appellé Pandectes de Florence; parce que les Florentins c'estant faits maissres de la ville de Pise, voulurent aussi que ce beau joyau soit son séjour en leur ville. M.
INGAMBE. Gaillard, agile, dispos. De l'italien gamba, qui signifie jambe. C'est comme qui diroit, homme qui a de longues & bonnes jambes, qui peut faire de grandes enjambées. Voyez cidesus jambe. *
INGENIEUR. Du Latin ingenium, d'où nos peres avoient fait engin, qui veut dire machine instrument, invention trouvée avec esprit. D'autres donnent au mot Ingenieur une étymologie qui est presque la même: ils le font venir d'ingenieus, dont on a fait ingénieux, & ensuite, par le changement de l'X en r, Ingenieur. On peut ajouter que les Machinites, & ceux que nous nommons aujourd'hui Ingenieurs, sont appelés Ingeniosi par les auteurs du moyen âge. *
INNOCENS. On dit en proverbe, qu'on donne les Innocens, quand on fouette par jeu de jeunes gens le jour des Innocens. On appelle les simples & les idiots, des échappés d'Hérode, pour dire, que ce Tyran ne fit pas mourir tous les Innocens. Or quoique la mémoire de cette sanglante tragédie ne doive faire naître que des pensées de piété, & des sentimens de compaission; néanmoins il se pratique en différens endroits une coutume badine & ridicule, qui est que le jour des Innocens, les plus éveillés, & les plus diligens à se lever marin, vont surprendre les pareissus & les endormis, & les fouetter dans leur lit; & cela appelle donner les Innocens. *
INQUANT, ou ENQUANT. C'est la cripe où les choses se vendent au plus offrant & dernier enchérisseur. Il semble que Ragueau, dans son Indice, le veuille dériver de Quintana, qui éroit une porte dans le camp des Romains, où les choses se mettoient aux enchères: mais je crois que nous l'avons formé d'inquantum, c'est-à-dire, pour combien; parce que le crieur proclame pour combien on veut donner la chose. Ainsi les anciens François écrivoient inquant. La Coutume de Bretagne art. 728. Ladite maison sera v'Value. & innounere entre les héritiers. Caseneuve. Voyez cidesus ENCAN.
INSECTES. Tout le monde fait que ce mot a été fait du Latin insella: mais tout le monde ne fait pas d'où le Latin insella a été fait. Il l'a été de la particule in dans la signification d'en, & de l'adjectif sella (a); à cause des diverses taillades qu'ont sur leurs corps des animaux qu'on appelle Insecles: je veux dire, les mouches, les scarabées, les fourmis, & les fautereilles. Aristote, livre 1. de son Histoire des Animaux: xaiō d'ivro-ṣa, iou iyu xaiō vō eūsa iivro-ṣa. Pline, livre XI. chapitre 1. Jure omnia Insecla appellata ab incisoris, qua, nunc cervicum loco, nunc peclorum, atque aivi, praicilla, separant membra, tenui modo fistula coherentia. Aliquibus verò, non tota incitata eas ambiente rugas, sed in alvo, aut superne tantum; imbricatis flexibus vertebris: nusquam alibi spectatiore natura artificio. ¶ Du Grec iivro-ṣa, les Latins des bas siecles ont fait entoma entomatis: comme epitoma epitomatis, du Grec iivro-ṣa. Et d'entomate, ablatif d'entoma entomatis, on a fait ensuite entomatum: d'où l'italien ENTOMATA, pour inselle: mot, qui se trouve en cette signification dans le Chant X. du Paradis de Dante. Plusieurs personnes appellent les vers, insecles: qui est une grande faute; comme il paroît par la remarque précédente. M.
INSINUER. Voyez intimer. M.
INSTALLER. Mettre en possession. Il se dit indifféremment de tous ceux qui sont mis en possession de quelque Office: quoiqu'originalement il ne se soit dit que des Gens d'Eglise servant un Chœur; lesquels on met en possession de leurs Bénéfices, en les faisant asseoir sur le Siège où ils devoient psalmodier, lequel est appelle stallum. Caseneuve. Voyez ci-dessus fauteuil; & M. Ménage au mot Miséricorde.
INSTALLER. D'installare: qui a été formé de stallum, contraction de stabulum. Stallum a été dit du Chœur des Eglises. Stallum in Choro, vocem in Capitulo habere, est esse Canonicum, disent les Canonistes. Installare, est donc proprement in stallum mittere. La Coste dans ses Commentaires sur les Décretales de Grégoire IX. page 455. Et à dando stallo in Choro, novo conflato verbo, dicimus in idiotismo installare, pro in possessionem mittere. ¶ Stallum a été dit de chacune des chaires du Chœur des Eglises, & des sièges ou bureaux des Juges, ou autres Officiers. Voyez étau. M.
INSTALLER. Le Latin barbare stallum a été fait de l'Alleman stall, qui signifie la même chose. Voyez Wachter dans son Glossar. German. au mot stall. *
INTIMER. D'intimare. Les Empereurs Honorius & Théodose, en la Loi 19. au Code de Testamentis: Cum hoc ipsum quod per supplicationem nostris auribus intimatur, ita demum firmum sit, si ultimum comprobetur. L'Empereur Anafase, en la Loi 20. de Advocatis diversorum Judicum: Suggestionem viri illustris Comitis rerum privataum, & Proconsulis Asia, duximus admittendam: per quam nostra Serenitatis auribus intimavit. M. de (a) Be man avoit déjà fait cette remarque, page 784, de ses Origines Latines contre Scaliger, à la 226. de ses Exercitations contre Cardan. Saumalso sur ces mots de Capitolin en la Vie de Verus, Ut priorem Verum intimandum legentibus darent: Duo verba sunt ejusdem notionis intimare & insinuare; utrumque enim iupauiens, vel libèeens significat. Nam intimare est quasi in intimo ponere, vel intimum facere. Sic & insinuare eadem ratione dicitur. Glossa Veteres: Intimare, γυμίει, αίει; intimare, γυμίει, ιμαιει, φαγει, φαγει, ιμαιει, ιμαιει, αίει; αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαιει, αίει, ιμαι
INTRIGUER. Du Latin intricare: d'où les Italiens ont aussi fait intrigare. Les Glosses anciennes: intrico, interdiu. C'est un ancien mot Latin, dont Afranius & Plaute se sont servis. Son contraire, est extricare: qui se trouve dans Plaute & dans Varon. Nonius Marcellus parle de l'étymologie du mot intricare, en ces termes: TRICA, sunt impedimenta, & implicaciones: & INTRICARI, impedire, morari: dicta, quasi, trium; quod pulos gallinaceos involvam & impediam capilli, pedibus implicari. Trippault a donné la même étymologie du mot intrigue, sans nommer Nonius Marcellus. INTRIQUE, dit-il; c'est ainsi qu'il écrit ce mot; s'entend proprement des poulets, qui se trouvent avoir les pieds entremestez parmy des cheveux; que nous disons autrement, poulets empestrez; de Spiè, terze, capillus, & &, in: comme qui diroit, & &, vocatif: de &, & de la diction Spiè. Nonius Marcellus n'a pas bien rencontré touchant l'étymologie de trica. Trica a été formé de trium, tero, trium, terze, terze, terze, trica, trica. De trium, on a dit de même trium, & ensuite trium: d'où trice, triconis, mot dont Lucilius s'est servi, selon le témoignage de Nonius Marcellus. Voici les termes de Nonius Marcellus: TRICONES, morosi, & ad reddendum duri. Lucilius Satyram, libro XI. Lucius Cotta senex, Crastri pater hujus Panathi, Magnus fuit trico numarius: solvere nulli Lentus. id est, facilis. M. Ferrari, dans ses Origines Italiennes, au mot intrigare, a approuvé cette étymologie. M.
INVENTAIRE. D'inventarium. Ulpien, en la Loi 7. au Digeste de Administratiere & periculo Tatorum: Tutor, qui repertorium non fecit, quod vulgo inventarium appellatur. M.
INVESTIR. C'est-à-dire mettre en possession & saisine. Et dans les anciennes Coutumes vest & devest signifie saise & de saise. Je ne sais si personne a encore rencontré la vraie & originaire signification de ce mot. Pour moi je tiens que venir & devestir viennent de ce qu'anciennement celui qui vendait ou donnoit quelque chose, dont il ne se pouvoit pas faire une tradition vraie & réelle, mettoit en possession son acheteur ou donataire par la tradition de sa robe ou de son manteau, qui étoit se devestir pour investir autrui. Et c'est pour cette raison que les Papes ont primitivement baillé le pallium aux Archevêques: comme il est aisé d'inférer de ces paroles d'unocent III. C. Nisi, de authoritateur & usu palli: Priusquam a nobis pallium suscepisset, in quo Pontificalis officii plenitudo cum Archiepiscopalis nominis appellatione conferror. Et en effet comme nous lions dans l'Histoire des Archevêques de Brème, le Pape Alexandre donna le pallium à certain Archevêque, avec ces paroles; Tradimus tibi pallium sumptum de Beato corpore Petri Apostoli: ce qui témoigne assez qu'on se devestoit pour investir celui qu'on mettoit en possession. Mais parce qu'on pouvoit tirer d'ailleurs la tradition du pallium donné aux Archevêques, j'appuye encore mon opinion par l'investiture des fiers & des dignités Laïques. La même Histoire des Archevêques de Brème dit que Frédéric fut investi, par la tradition du manteau, du Palatinat de Saxe, par l'Empereur Conrad. Investitus est ergo Harvicius prapositus; & Fridericus Palatinus, Sororius suus, suscepit pallium a Rege Conrado. Ce que la Cronique de Gorek... dit en ces termes: Monarchiam Palatii Dominus Fridericus, germanus ejus, a Rege suscepit. La Cappe étoit aussi en Angleterre une marque d'investiture; dont on usoit anciennement en Angleterre, comme remarque Camden dans sa Bretagne, pour mettre les Ducs en possession. En voici la formule: Nomen, titulum, statum, stylum, locum, sedum, praeminentiam, honorem, authoritatem, dignitatem Ducis N. damus, concedimus; atque per gladii cincturam, cappa & circuli aurei in possessionem in capite, & traditionem virga aurea, realiter investimus. Les Marquis, comme dit le même Camden, étoient aussi investis per cincturam gladii & cappa. C'est aussi pour cette même raison qu'en France les manteaux ont été attribués aux Ducs & aux Comtes. Tout ce que je viens de dire est une assez forte preuve pour faire voir que le mot d'investir vient de cette ancienne coutume de mettre en possession par la tradition réelle du vestiment. Mais parce que cette façon de bailler le manteau ou la robe fut trouvée incommode, on s'aviâ d'en faire une tradition feinte, laquelle se fit en tendant le giron, c'est-à-dire en présentant pour signe d'investiture le pan de la robe ou le manteau qui bat sur les genoux. Et c'est ce que l'ancienne pratique appelle tendre le giron en Justice: qui est, dit Ragueau, quand le défendeur compare à l'affignation, qui lui a été baillée, & qu'il accorde au demandeur ses fins & ses conclusions. Car par cette action il fait semblant de se devestir pour investir sa partie. Depuis même qu'on eut introduit la coutume de faire cette tradition seulement per sessuam, c'est-à-dire, par la tradition d'un petit bâton, ou d'une gaule, cela s'appela se suverpere; du mot laïssis, qui signifie giron (car Pithou rapporte ces mots d'un ancien Glossaire, in laïsum, in sinum), & du verbe werpire, qui est quitter une chose, & s'en désaïst. Marculphe, liv. 1. Form... Sua spontanea voluntate nobis per sessuam visus est laïso-verpisse, vel condonaise. Quelques-autres, pour conserver en quelque façon cette ancienne coutume de faire les investitures par la tradition du vestiment, se contentoient de dévoir la main: ce qui se faisoit par la tradition du quod, dont les exemples sont assez communs dans l'Histoire. Et cette forte I N V. I O N. d'investiture s'appelloit manus vestita. La Loi des Bajuvariens, tit. 1-1. 1. 2. Antecessores tenuerupi, & mihi in audem reliquerunt, & vestita est illius manus cui tradidi. Inventis te prend aussi quelquefois pour asséger, environner, & presser de tous cotes : comme investir une vœu, investir une galère ; quoiqu'au commencement ce mot ne se soit pris que pour environner. Seneque, épit. 114. blamant le stile de Mécénas, en rapporte quelques fragments, dont il dit que les paroles sont affectées, ou baissés, ou détournées de leur naturelle signification ; &, comme il dit, contra confonctudinem omnem posita. Touchant ce dernier, il rapporte ce fragment, forum mater aut uxor investiunt : où, décrivant un homme pauvre, il dit que son foyer est si petit, que quand sa sœur & sa mère se rangent à l'entour, elles l'environnent tout-à-fait. Or comme les façons de parler les plus étranges, quand elles partent de la bouche de quelque personne de grande autorité, se glissent facilement dans l'usage ; il est croyable que le verbe investir, pris pour environner, trouva des imitateurs. Pline, livre 35. chap. 7. a dit : Publicas porticus investivit pictura, &c. Caseneuve.
INVESTIR. C'est mettre en possession : dans laquelle signification, Villon s'est servi du simple vestire. Velloit Eglises & Convens. Voyez vest. M. de Caseneuve croit, avec beaucoup d'apparence, que cette signification vient de ce qu'anciennement celui qui vendait ou donnait quelque chose, dont il ne pouvoit faire une tradition véritable & réelle, en mettoit en possession l'acheteur & le donataire par la tradition de sa robe ou de son manteau. Et c'est, ajoute-t-il, pour cette raison, que les Papes ont donné le Pallium aux Archevêques, & que Frédéric fut investi par l'Empereur Conrad du Palatinat de Saxe par la tradition. Et il remarque ensuite, qu'en Angleterre, la capperait aussi une marque d'investiture. Son observation est très docte, & très curieuse. Voyez-la, je vous prie. M.
INVESTIR. Wachter prétend que le Latin vestire, dans le sens de mettre en possession, vient du vieux Teutonique vest, qui signifie præsentia, en sorte que vestire ne soit autre chose que rem per symbolum præsentare, parce que chez les anciens les donations & les transports des possessions & des domaines ne se faisaient pas seulement par des paroles & des écrits, mais encore par la présentation de certains symboles que l'on mettoit entre les mains de l'acquéreur. Voyez cet Auteur, dans son Glossari. German. au mot investieren. * INVESTIR une place. Comme qui diroit, l'entour : de la façon qu'une robe entoure le corps de la personne qui la porte. Les Allemans, pour dire investir, ou asséger une ville, disent, par une semblable façon de parler, eigne fait belagen, c'est-à-dire, se coucher à l'entour d'une ville. Belagen est un mot composé du verbe lagen, qui signifie se coucher à terre ; & de la particule intensive be. M.
IONIENS. Noms de plusieurs peuples Grecs. Il vient d'ion, le même que Javan, fils de Japhet, dont il est parle dans la Genese, x. 2. 4. C'est ce Javan qui peuple la Grèce, & c'est de lui que les Grecs furent appelés Ioniens. Homère, Iliade, xxiii. les appelle Iones, nom plus ancien, & qui approche plus du po. Ioniens, ou Javan des
IPO. IPR. IRE. IRI. IRL. IRM. Ebreux. Voyez Bochart, dans son Phaleg. livre 111. chap. 3. *
IPOCRAS. Il est formé de Iones, qui, dans Hippocrate in Moxxum, signifie boisson, breuvage ; comme l'explique Galien, & de opætere, qui signifie vin chez les derniers Grecs. Nicetas, in Alex. n. 3. Iones opætere mixtum. Je ne crois pas pourtant qu'ils aient appellé opætere, le vin pur & naturel ; mais bien un vin artificiel & mixtonné : car ce mot vient de opætere, qui signifie mixtion, & surtout celle qui se fait du vin avec l'eau. Caseneuve. Voyez hypocras.
IPREAUX. Ce sont des ormeaux à larges feuilles ; ainsi appelés de la ville d'Ipres, d'où ils nous sont venus. M.
IRENARQUE. Nom d'un Officier de guerre dans l'Empire Grec. Sa fonction étoit d'avoir loin de maintenir la paix, le repos, la tranquillité, la sûreté dans les Provinces, & sa charge revenoit à celle de nos Prevots des Maréchauffées. Il y avoit un autre Irenarque dans les villes, pour y procurer & y entretenir la concorde entre les habitans, & éteindre les dissensions. Ce mot signifie Prince de paix. Il vient du Grec opætere, fait d'opætere, qui veut dire paix, & d'apper, commandement, magistrature. Syncellus a donné ce nom à N. S. J. C. l'ayant pris d'Isaie, qui dit, ix. 5. que le Messie sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu fort, Pere du siècle futur, Prince de Paix. *
IRIS. Fleur : ainsi appelée de la diversité de ses couleurs. Pline, livre 21. chap. 7. Floret diversicoloris specie, sicut arquas cœlistis ; unde & nomen. C'est ainsi que M. de Saumais a lu dans ce passage, au lieu de diversicoloris specie. Voyez-le dans ses Homonymes des Plantes, chap. 22. M.
IRLANDE. Ille appellée autrefois Hibernia ou Ibernie. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 795. IRLAND, Hibernia. Ptolomeo iuxoria, Pomponio Mela Iuuerna, Straboni iuxura, quod imitarur Claudianus in glacialis larne. Vetere Ibernis Erion appellatus esse, à Britannico et terra, quasi terrigenas, quod ad instar cuniculorum quicæstur, & antricola fuerint, & Insulam ipsorum Ju Erion, tanquam insulam terrigenarum, seu divixtur, unde & Erigenæ Scoto nomen, docet Willisimus Baxterus, vir in rebus patria profundò doctus, in excellenti Glossario Antiquitatum Britannicarum, pag. 133. Nobis ad intellectum Germanici vocabuli sufficit quod Anglo-Saxonibus Ixe sio Hibernus, & hinc Ireland Hibernia. *
IRMENGARDE. Nom de la femme de l'Empereur Louis le Debonnaire. Wachter, dans son Glossarium Germanicum, page 795. l'interprète hortus fortium. C'est un nom Teutonique. Il est fait de trois mots, savoir du Cambrien ou Gallois *ar*, qui signifie guerre, combat, & qui est la même chose que l'Alleman & Anglo-Saxon *wer*, l'Anglois *war*, & le François *guerre*. Voyez *guerre* : de *man*, terme Celtique & Teutonique, qui veut dire, homme, & homme courageux : & de *gard*, autre terme Celtique & Teutonique, qui signifie jardin. Voyez ci-dessus *jardin*. Ainsi *Immengarde* veut dire à la lettre, *jardin des hommes guerriers*. Le nom d'*Arminius*, ce fameux Prince des Chérusques, qui fit tant de peine aux Romains, est la même chose qu'*Irmen* ou *Irmin*, & signifie par conséquent *vir bellator*, ou *fortis bellator*. Telle est aussi l'origine du nom de ce Dieu des Germains qu'on appelle *Irmin*. On a donné de fort mauvaises étymologies de ce nom. Les uns l'ont dérivé de *ber*, qui veut dire Seigneur, & de *mon* Lune, & ont dit que c'est le Dieu Lune. Les autres l'ont fait venir du Grec *Ἰρμός*, qui signifie Mercure, & ont cru qu'*Irmin* étoit le Mercure des Germains. D'autres, qui croyaient avec raison qu'*Irmin* étoit le Mars de ces peuples, ont prétendu que ce nom étoit composé en partie d'*Irac*, qui est en Grec le nom du Dieu Mars. On l'a encore expliqué de plusieurs autres façons. Mais l'étymologie que nous avons proposée paraît la plus juste & la plus naturelle. Et comme il y a beaucoup d'apparence qu'*Irmin* étoit le Mars des Germains, & nullement Mercure, l'explication que nous donnons de ce nom convient parfaitement au Dieu de la guerre. *
ISABELLE. Nom propre de femme. Le nom *Elisabeth* a souffert diverses altérations en François. On a dit non-seulement *Isabeau*, mais *Isabelle*, *Babet*, *Babrau*, *Babou*, *Belen*, & peut-être d'autres, que j'ignore. A Dijon, outre *Izaïbea*, le petit peuple dit très-souvent *Lizabar*. Quoi-qu'au reste le nom d'*Elisabeth* soit, ce semble, affecté aux femmes, dans l'Amadis néanmoins le Médecin & Chirurgien ordinaire des Paladins est appelé *Maître Elisabeth*. Glossaire sur les Noels Bourguignons, au mot *Izaïbea*. Pour ce qui est de l'étymologie d'*Elisabeth*, voyez ce mot ci-dessus. *
ISARD. Sorte de chamois. C'est un mot du Languedoc. Scaliger, sur le second livre de Varron, de *Lingua Latina* : *Damas Galli non nōrunt, nīsi Vāscōves, qui ad Pyreneas habitant, estque Sarrios vocant : Rupicapras autem, Isardos. Reliqui Galli vocant, cum Italiis, camozos, vel chamois*. M. de Saumais le dérive, avec beaucoup de vrai-semblance, du Grec *Ἰωλᾶ*. *Dama Veterum est, quem noftri vocant Isarum, aut Scatium. Vox Isarus, sumpta ex Graco Ἰωλᾶ*. *Ἰωλᾶ ἄγος Ἰωλᾶ, φυλιστῶς, interpretantur Grammatici* : c'est Hésychius dont il entend parler : *Ἰωλᾶ τεκπιοῖναι ἀνέτε. Unde Ἰωλᾶ, pellis capra ſtiveſtris : atque inde Isarus noftris*. C'est sur Solin, page 114. La peau de l'*Isard* s'appelle *chamois* en Languedoc. Dans Erotien, il y a *Ἰωλᾶ*. & non pas *Ἰωλᾶ*. *Isardos*, en Anglois, est interprété dans le Lexicon Britannico-Latinum, par *sax*, & par *longa ſecuris* : ce qui n'a rien de commun avec notre *Isard*. Il y a à Castres une famille du nom d'*Isard*, qui se prononce *Isar*, dont étoit M. Isar, Auteur du Louis d'or, & de plusieurs autres com- I S C. I S L. positions très-ingénieuses. ¶ J'oublois à remarquer, qu'*Ἰωλᾶ*, selon Hésychius, a été dit *ἀνέ τε Ἰωλᾶ*, Hésychius se trompe : *ἀνέ* est une production d'*Ἰωλᾶ*. M.
ISCARIOTE. Surtout que l'Évangile donne souvent au traître Judas. Les sentimens sont fort partagés sur l'origine & la signification de ce mot. Quelques uns croyent qu'il est formé de l'Ebreu *ἀνέ τε Ἰωλᾶ*, qui signifie *homme au salaire*, c'est-à-dire, qui a vendu son Maître pour un salaire. Mais il est allé de voir que cette étymologie est trouvée après coup, puisque Judas s'appelle *Iscariote* avant que d'avoir vendu son Maître. D'autres prétendent que c'est un nom de pays ; qu'il est composé de *ἀνέ τε Ἰωλᾶ* homme, & de *Carioth*, nom d'une ville de Juda, dont il est parlé dans Josue, xv. 15, & qu'il signifie *homme de Carioth*. M. Réland, qui soutient cette opinion dans la troisième de ses Différations Mifcellanées, dit qu'il n'est point extraordinaire de trouver dans les noms Juifs de semblables compositions de deux mots ; témoin *Βαρυγόλιας*, *Βαρυγόλια*, *Βαρυγόλια*, *Καρυγόλια*, *Καρυγόλια*, &c. que *Iscariote* signifie, homme de Carioth, ou simplement un homme originaire de Carioth, ou un homme considérable de Carioth : que c'est ainsi qu'Antigonus, qui apprit & reçut la Loi orale de Siméon le Juif, est appelé *ἀνέ τε Ἰωλᾶ* homme de Soco. De même encore, entre les Docteurs Mifchniques, il y en a deux, dont l'un est nommé *ἀνέ τε Ἰωλᾶ* homme de Barthoth, & l'autre *ἀνέ τε Ἰωλᾶ* homme du bourg de Hhanania. Il confirme ce sentiment du témoignage de Bèze, qui dit que dans son ancien manuscrit il y a trois toujours dans Saint Jean, *ἀνέ τε Ἰωλᾶ*, au lieu de *Ἰωλᾶ*, Lightfoot dérive ce mot de *ἀνέ τε Ἰωλᾶ*, mot Talmudique, formé de *Iscariot*, & qui en a la signification. Mais il n'y a nulle raison à cette étymologie que quelque refemblance de mots. Bartolocci, dans la Bibliothèque Rabbinique, veut que ce nom soit composé de *ἀνέ τε Ἰωλᾶ* homme, & de *ἀνέ τε Ἰωλᾶ*, en Latin *caryota*, qui est le nom d'une espèce de palmier ; d'où il infère que *Iscariote* est un homme qui a pris naissance dans un lieu fertile en palmiers : & comme la vallée de Jéricho en portait beaucoup, il veut que ce mot signifie un homme qui y avoit pris naissance, & que Judas, par conséquent en fût. De toutes ces étymologies, celle qu'adopte M. Réland me paraît la plus vrai-semblable. *
ISLAMISME. C'est la même chose que Musulmanisme ou Mahometisme. Les Mahométans disent *Islam*, & avec l'article, *al-Islam* & c'est le propre nom de la Religion de Mahomet. Ce mot est Arabe ; il vient du verbe *Islama*, qui a la quatrième conjugalion signifie, entre autres choses, s'abandonner entièrement à Dieu, lui remettre sa personne & toutes les affaires. Ainsi *al-Islam* veut dire la Religion dans laquelle on s'abandonne de cette manière entre les mains de Dieu. De-la vient aussi le mot *Moflemin*, qui signifie ceux qui font profession de cette Religion : duquel mot nous avons fait celui de *Musulmans*, pour exprimer la même chose. Mahomet prêchoit 88 ISL. ISN. ISO. ISS. fur-tout l'abandon a la volonté de Dieu, sans réserve, & sans crainte d'aucun péril, se fondant sur la prédestination n'al entendue, & regardée comme une défiance fatale. *Islamisme* se prend aussi pour le pays que possédent les Mahométans. *
ISLANDE. Elle de l'Océan septentrional. La plupart des Géographes la prennent pour la *Thule* des anciens. Elle fut découverte dans le dixième siècle, sous le règne de Harald Harfager, Roi de Norvège, par un Pirate Norvégien, qui lui donna le nom de *Serelande*, c'est à dire, pays de neige. *Snie*, en Teutonique, signifie neige, & *land* terre, pays. Le même Roi y envoya ensuite pour la mieux découvrir, un Norvégien, nommé Flocke, qui lui donna le nom d'*Islande*, c'est-à-dire, pays de glace. *Is*, en Suédois & en Islandois, signifie glace. Les Allemands disent *eis*, les Flamans *ys*, les Anglois *ice*. *
ISNEL. C'est un vieux mot inusité, qui signifie *agile*, *dispos*. Joachim du Bellay, dans son Épître au Seigneur Jean de Morel, Embrunois : *Pour cette même raison, j'ay ufe de galée pour galère ;* endementiers, pour encependant ; *isnel*, pour léger ; carolant, pour dansant ; & autres, dont l'antiquité, suivant l'exemple de mon auteur Virgile, me semble donner quelque majesté aux vers. Du Barbas s'est servi du même mot. Dans le petit Dictionnaire Latin-François, publié par le Père Labbe, *esferitas* est interprété par *isnelleté* ; & *esfer*, par *isnel*, ou *hastis*. Les Italiens disent *snello* dans la même signification. L'Italien & le François ont été formés de l'Alleman *schnell*, qui signifie la même chose. M. Ferrari dérive l'Alleman *schnell* du Latin *binnius*, à cause de la vitesse des cerfs & des biches. M.
ISNEL. On ne sauroit douter que le vieux François *isnel*, & l'Italien *snello*, ne viennent de la Langue Teutonique. Les Anglo-Saxons & les Francs disorient *snel*, les Flamans disent encore de même, les Allemands *schnell*, les Suédois *snel*. Il n'y a guère d'apparence que le mot Teutonique vienne du Latin *binnius*. Wachter le dérive du Gécé *barabou impelli*, comme en ayant été formé par métathèse, & par l'addition de la lettre S ou *islandie*, que les peuples du Nord ont souvent joui-tée au commencement des mots. Il est certain qu'il y a dans la langue Teutonique beaucoup de mots tirés du Gécé. Vöyez Wachter, *Giof. Germ.* au mot *schnell*. *
ISOLE. Il se dit d'un bâtiment qui ne tient à aucun autre. Un habile homme dérive ce mot du Latin *insolare*, parce que ce qui est *isole* est exposé au soleil de tous les côtés. Il se trompe. Il vient de l'Italien *isola*, qui signifie une isle, & qui a été fait du Latin *insula*. Un bâtiment *isole* est entièrement séparé des autres, comme une isle est entièrement séparée du continent. On dit au figu-re, un homme *isole*, pour dire, un homme libre, independant, qui ne tient à rien. *
ISSIR. D'evire. M. ISSUE : *Santie*. Ce mot vient du verbe *isle*, *santie*, que Robert Frienne croit venir d'evire. J'aime cependant mieux le dériver du mot Latin-barbare *icium*, qui signifie *sortie*, & *islue*. Les Globes d'Ifidore : *icium*, *quasi exitus*, *milo remanente*. Caffeneuve. ISSUES : comme quand on dit, *ventes & issues*. La Coutume d'Anjou, art. 156. Et *audite* *Contrakt d'echange* ou de *vendition*, les *ventes* se payent à la raison de *vingt deniers tournois pour livre* ; *finon en aucunes contrées & parties*, ou il y a *ventes & issues* : c'est à *scavoir*, trois *sols quatre deniers pour livre*. Ces mots, *ventes & issues*, signifi-vent donc *doubles ventes* : ce qui a été remarqué sur l'article 74, de la Coutume du Maine. Aujourd'hui, dans les Coutumes d'Anjou & du Maine, c'est l'acquéreur qui paye ces *doubles ventes*. Mais anciennement, le vendeur, aussi bien que l'acquéreur, payoit des droits au Seigneur duquel croit mouvant l'héritage vendu, & le vendeur payoit le droit d'Iflue. C'est ce que la Somme Rural, sous le Titre des Seigneurs qui veulent avoir les droits Seigneuriaux des héritages vendus non ver-pis, appelle *Veit & Leveit*. Le droit d'entrée se payoit par l'acheteur, parce que l'acheteur de-voit requérir au Seigneur dans le tems de la faisi-ne, & dire : *Monseigneur, je vous requiers que vous m'enfais-ffiez*. Le droit d'Iflue se payoit par le ven-deur, parce que le vendeur propriétaire de l'héri-tage ne pouvoit s'en defa-ffir dans la permission de son Seigneur. Et pour cela, le vendeur, ou son Procureur, dit le Grand Coutumier, *droit obligé dans les huit jours, à compter au jour de la vente de son héritage, cens, ou rente, d'aller vers le Sei-gneur foncier dire ces mots*. Sire, j'ai vendu à tel tel héritage, ou tel cens, ou rentes, sur tel héri-tage mouvant de vous en censives, pour tel prix : si m'en defa-ffir en votre main, & en présence & vueil, & vous requiers que ledit achepteur enfai-ffinez, &c. Et en signe de defa-ffine, ajoute le Grand Coutumier, doit bailler audit Seigneur un festu. Et *adom ques l'Achepteur doit requérir audit Seigneur dedans le temps de la faisi-ne, en disant* : Monseigneur, je vous requiers que vous m'enfai-ffiez. Et est à *scavoir*, que le Seigneur ne l'enfai-fira point, s'il ne veut, jusqu'à tant qu'il voye les Lettres de la vente ; lesquelles il pourra retenir, *jusqu'à ce qu'il soit payé de ses ventes & faisi-ne*. C'est au liv. 4. chap. 15. pag. 169. & 170. La Coutume de Reims confirme la vérité de cet ancien usage. Voici ses termes, qui font de l'art. 162. Pour acquérir droit de propriété en aucun héritage tenu en *roture*, est requis *Devest & Veit* ; c'est-à-dire, *defa-ffine & faisi-ne*, qui équi-polle à dé-mission, que fait celui qui aliène son fief au Seigneur feudal ; & a réception en *foy* dudit Seigneur faite au nouvel acquéreur d'iceluy *fief*, &c. Et art. 163. *Defa-ffine*, ou *Devest*, n'est autre chose que la per-mission que fait le vendeur à son achepteur d'entrer en la possession de la chose par lui vendue. Et pour l'effet & solemnité dudit *Devest*, est requis que le vendeur, ou Procureur pour lui suffisamment fondé, se transporte par devant le Juge de la Justice foncière du lieu où est aussi ledit héritage par lui vendu, & illec déclare qu'il se devest & dément de la possession dudit héritage au profit de l'achepteur d'iceluy héri-tage. Ainsi les ventes font pour les droits d'Iflue, & les faisi-ne pour le droit d'entrée. La Coutume d'Acs, articles 10. 11. 12. & 13. distingue les droits de lods & ventes de la même sorte : *Réservé à la Baronne de Maiche*, ou le vendeur paye le *vingtain* Quotain du prix accordé : & entre paye le vendeur pour l'issue 21. fols 3. den. pour livre, & l'acheteur autant pour l'entrée : & au Vicomté d'Hort, & les Baronnes de Goné, les Seigneurs Caviers, & au Bailliage de Capheton, les Seigneurs directs & fonciers prennent pour les droits Seigneuriaux 21. fols 3. deniers du vendeur pour l'issue, & autant de l'acheteur pour l'entrée. En la Paroisse d'Ozyr, quand tout héritage est vendu, le Seigneur prend pour les lods & ventes le double de la rente deux en argent seulement : mais quand une partie d'héritage est vendue, le Seigneur prend pour ledit droit 21. fols 3. deniers du vendeur pour l'issue, & autant de l'acheteur pour l'entrée. La Coutume de Troyes ne se sert pas des mots d'issues, & d'entrées : mais elle contient la même disposition, art. 52. Tous héritages chargés & redévalables de censives assis en la Prévoyée de Troyes, portent lods, ventes, & amendes. C'est à sçavoir, lods & ventes de 3. fols 4. den. pour livre, du prix qu'ils sont vendus. . . . . Desquels lods & ventes le vendeur doit personnellement la moitié ; c'est à sçavoir, les ventes : & l'acheteur, les lods, qui est l'autre moitié. La Coutume de Sens, art. 226. Le vendeur doit les ventes, & l'acheteur les lods, & lieux où sont dans les lods & ventes : & doit chacun d'eux 22. deniers pour livre. Voyez ce que j'ai remarqué ci-dessous au mot lods & ventes. Il me reste à remarquer en cet endroit, que l'article 156. de la Coutume d'Anjou, ci-dessus rapporté, a été ajouté à cette Coutume, lors de sa réformation en 1508. les plus anciennes Coutumes d'Anjou & du Maine, soit imprimées, ou manuscrites, ne parlant point d'issues. Je dois cette remarque sur le mot d'issue à la courtoisie & à l'érudition de M. de Launay, Professeur en Droit François dans l'Université de Paris. M.
ITALIÉ. L'origine de ce nom est fort incertaine. Bochart prétend que l'Italie n'étoit d'abord que le pays des Brutiens, avec une partie de la Lucanie, c'est-à-dire, le bout de la Calabre ultérieure du côté de la Sicile. Aristote, Politicor. liv. vii. chap. 10. Antiochus de Syracuse, Auteur plus ancien qu'Aristote, cité par Denys d'Halicarnaise, & Strabon, livre vi. l'affirment ; & le premier dit qu'il ne l'écrit qu'en suivant l'opinion des plus habiles du pays. Bochart prétend que ce furent les Phéniciens qui donnerent le nom d'Italie à cette petite langue de terre. Car comme elle est pleine d'arbres appelées picea, d'où découle la paix, & que les Talmudistes nomment la paix et la tiran, il conjecture que les Phéniciens nomment ce pays et la litaria, comme qui diroit Picaria, I T U. I V E. I V R. 89 pépinière de picea ; & que d'Istria, en changeant l'ven 1, on a fait Italia. Cette conjecture me paroit plus subtile que solide. Le même Auteur traite de fables ce que disent les Grecs, que l'Italie fut ainsi appelée du mot italus, qui signifioit un bœuf, un taureau, comme on voit dans Helychius ; & qu'on lui donna ce nom, parce qu'elle abondait en cette sorte de bétail, ainsi que Varon & Columelle l'écrivent ; ou bien parce qu'un bœuf d'Hercule passa de là en Sicile à la nage. Il ne croit pas non plus que ce soit un de les Rois, nommé Italus, qui lui ait donné ce nom, soit qu'on le fasse Sicilien, avec Thucyde, ou Gnotrien, avec Antiochus de Syracuse ; soit qu'il fut fils de Telégone & petit-fils d'Ulysse, ainsi qu'il a plu à Hygin. Voyez le Chanaan de Bochart, liv. 1. chap. 53. Encore une fois, l'origine du nom d'Italie, est très-incertaine, & on ne peut rien dire la-dessus que de fort conjectural. *
ITUREE. Nom d'une contrée au de-là du Jourdain. Il en est parlé dans Saint Luc, 111. 1. où il est dit que Philippe, fière d'Hérode Antipas, étoit Tétrarque d'Istrée. Ce nom lui vint de Jetur, l'un des fils d'Ismael, qui s'y établit. Les Iturées, en effet, étoient Ismaélites, & l'on voit, I. Paralip. v. 19. qu'ils étoient joints à d'autres Ismaélites ou Agaréniens, contre lesquels les enfans de Ruben, de Gad, & de la demi-Tribu de Manaise firent la guerre. On pourroit peut-être aussi dériver le nom d'Istrée du mot et tour, qui, en Chaldéen, en Syriaque, & en Arabe, signifie montagne. L'Istrée étoit pleine de montagnes. Les Arabes appellent le mont Sinai al-Tour, c'est-à-dire, la montagne par excellence ; de même qu'ils ont appellé le mont Etna en Sicile al-Gebel, c'est-à-dire aussi, la montagne par excellence ; d'où nous est venu le nom de Gibel, que nous donnons à cette dernière montagne. *
IVELINE. Forêt dans le voisinage de Paris. Voyez yveline. M.
IVROGNE. Ebrius, ebrio, ebriantis, ebrionius, IVROGNE. M.
IVROYE. Lat. lolium. Robert Etienne, dans son Dictionnaire François : De l'ivroye ; zizania, vel zizanium : ab ebrietate ; pource que le pain d'ivroye enivre. Les Italiens l'appellent, pour la même raison capogirle, & imbriaca. Voyez mes Origines Italiennes sur ces deux mots. M.
KALI. Plante qu'on appelle autrement soude, & en Latin salicornia. Ce nom kali est Arabe, & signifie brulé, roti. Du verbe kala, qui veut dire coxit, frixit. Cette plante a été appelée de la sorte, parce qu'on la Tome II. fait bruler pour en tirer le sel, qu'on nomme de la sel alkali. Voyez ci-devant ALKALI. Les Ebreux ont aussi le mot et kals, qui signifie rotsus, torrefaibus. Du verbe et kalab, bruler, rôtir. Les Chaldéens disent et kala, dans la même signi-M fication : d'où ils appellent aussi l'herbe de feude *fêda* *kâlia*, ou *fêda* *fêda* *fêda*, parce qu'on la brûle pour en tirer le sel, & pour l'employer à faire du savon. Scaliger, dans ses Exercitations contre Cardan, écrit *châlis*, au lieu de *kâli*, mais mal, comme à fort bien remarqué Bochart. *
KAN. Comme quand on dit, le Grand Can de Tartarie. Voyez ci-dessus au mot Can. M.
KARAITES. Voyez CARAITES.
KARAT. Voyez CARAT.
KARIMARA. Voyez *carimara*. M. KAYMAC de *favon*. C'est-à-dire, *crème de favon*. C'est un mot Turc, introduit dans notre Langue par le Sieur Collinet de Tours. M.
KE. Vieux mot. C'est notre conjonction que, qui s'écrivait autrefois de la sorte. On lit dans un Acte d'Henri III. Roi d'Angleterre, de l'an 1266, rapporté dans la nouvelle Histoire de Bretagne, tome 11, page 409. *Henri*, par la grace de Dieu, Roi de Angleterre, Seigneur de Irland, & Duck de Aquitaine, a tous ceux à ki ces Lettres viendront, jaluz. Sachent tous, kenous aurins otreye & grae a noble fier Johan, Duck de Bretagne, a li entermer à li aumpleye dedans le sur de Jowdy prochain devant la fete S. Barnabé l'Apoille ou mois de Juin, les diez e la tenur de une lettre ke nus li aurins rendu la Comte de Richemont, &c. Un autre Acte du même Prince, paise en 1267, le 12. du regne d'Henri, au mois de Juillet, & selon M. Rymer, dans son premier tome, l'an 1268, au sujet encore de la Comte de Richemont, écrit toujours de même : & qui que cet Acte dither en plusieurs choses dans le Pere Lobineau, & dans M. Rymer, tome 1, page 84. 848, il convient cependant dans l'an & dans l'autre à écrire toujours &c. Un autre Acte du même Prince, rapporté par M. Rymer, page 848, écrit quelquefois *ge* par un *g*, & quelquefois *ge* par un *g*. Il y a encore en bien d'autres endroits de ce Recueil un grand nombre d'exemples de cette ancienne orthographe. *
KEBLAH, ou KEBLEH. C'est l'endroit vers lequel les Mahométans se tournent en faisant leurs prières. Comme les Juifs, pendant la captivité, avoient couronné en priant de tourner le village du côté du Temple de Jérusalem ; de même les Mahométans se tournent du côté du Temple de la Mecque. *Keblab* est un mot Arabe, qui signifie l'endroit vers lequel on se tourne, & en particulier, l'endroit vers lequel on se tourne en priant ; d'où vient que le Temple de Jérusalem & celui de la Mecque sont appelés tous deux par les Arabes *keblāh*. Ce mot vient du verbe *kabala*, qui signifie entre autres choses, se tourner vers un côté, regarder d'un côté. Mahomet ne proposa point d'abord de *keblab* à ses spectateurs, & il leur permit de se tourner en priant de quel côté il leur plairait. Ensuite il régla qu'ils se tourneraient du côté de Jérusalem, a cause de la vénération qu'il avait pour cette sainte Cité. Mais il changea ensuite de sentiment en haine des Juifs, & ordonna que la *keblab* de ses spectateurs seroit désormais le Temple de la Mecque. Voyez la seconde Surate de l'Alcoran. Le *kebleb* se prend aussi pour l'objet, la fin qu'on se propose, l'intention que l'on a en quelque chose. Le *kebleb* que regardent les Rois, dit un Auteur Oriental, est leur couronne & leur autorité : celui des gens d'affaires est l'or & l'argent : celui des adorateurs de la beauté corporelle est un peu de terre & d'eau détrempée, que l'on appelle de la boue : celui des débauches est l'excès & la superfluité de toutes choses : celui des gourmands est la bonne chère & le sommeil : celui d'un homme d'esprit est la science. Le *kebleb* des gens de bien est le combat de leurs passions : celui des dévots est la prière : celui des ames transportées de l'amour de Dieu, est l'union inséparable avec lui : enfin celui des contemplatifs les plus élevés, est la gloire & la majesté divine toute pure. D'*Herbelot*, au mot *keblab*. *
KENT. Comte de Kent, en Anglois Kent-Shire, Province d'Angleterre. Voici ce que dit Wachter, dans son *Glossarium Germanicum*, page 811, sur l'origine de ce nom : KENT, *orbis*, *circulus*, *Cambris* cant est *orbiculus*, *circulus*. *Gracis* *xavdis* *circulus ferreus* qui rotam ambir. *Latinis canthus ferrum quo rota vinciuntur : quam vocem ex Africa oriundam esse scribis Quintilianus*. *Cambricam vocem cum reliquis siftis Junius in Obs. ad Will. pag. 194*. *CANTIUM in Britannia*, à rotundo littoris ambisu veteribus sic nominatum esse, exiffimat Baxterus in *Glossario Antiquitatum Britannicarum*, pag. 66. *Hodie dicitur* Kent, *olim Cant. Inde Cant-wara-byrig Cantuaria, Cantianorum burgus, apud Somnerum in Dictionario Anglo-Saxonico*. Le mot *kant*, en Alleman & en Flaman, signifie aussi un coin, *angulus*. De la l'Iralien *canté*, qui veut dire la même chose. Les Grecs disent *zuvia*, & ils appellent le coin de l'œil *xavdis*. *
KER. Mot Bas-Breton. M. Bochart, page 758, des Colonies des Phéniciens : *Britannia bodie urbs est caër, id est, קִיר kirja, vel קִיר kartha ; & dinas, id est, טִיר medina ; & tre, id est, טִיר tira. Turris & ax brin, id est, בְּרִיר biran : unde plurale בְּרִיר biranioth, 2. Paral. 17. 12. Sed hac sunt alterius loci : nam ex Gallicis & Britannicis vocibus ea solum hic explicamus qua palam est esse antiqua. Non possum tamen non addere ex amplissimi doctissimque Usheri, Armachani in Hibernia Archiepiscopi, libro eximia eruditionis de Britannicarum Ecclesiarium primordiis, locum qui maxime ad hanc rem facit. Verba sic habent, cap. 5. pag. 65. Johannes Caius ex Gervasio Tilberienii cair lingua Trojanâ civitatem dici addit, & Cambris murum quoque significare. Ut quemadmodum Hebrai (קִיר) murum, & קִיר (kiria) urbem vocant, ita Britannis vox non absimilis cair, & menia, & urbem menibus cinctam, deuotet. Sed & apud *Scythas cat est urbs*, & Carpaluc *wdis* 1. *Sour. Ita explicat Tzetzes*, Chil, 8. *hist.* 224. M. l'Abbé Berault a remarqué sur cette note, que *Tzetzes s'est trompé* (ce sont ses paroles). Il a entendu parler de Cambala, & non pas de Carpalong. Ce mot signifie en langue Tartare la ville du Roi. Le mot baluc signifie bien poisson en langage Turc : mais c'est chcher qui signifie ville, & non pas ket. M.
KERON. Nom d'un Moine de Saint Gal, qui, sous le règne de Pepin, interpréta en langage Alémanique la Règle de Saint Benoit. Ses Glofes sont souvent citées dans le Gloifaire Germanique de Wachter, & ailleurs. Son nom signifie *stadiolus*, *diligens*, *intentus*. Il vient du Teutonique *ger*, qui veut dire la même chose, & qui vient du verbe *geren*, qui signifie *cupere*, *studere*. Voyez Wachter, dans son *Gloifar. German.* page 561. au mot *ger*.
KINKINA. Voyez quinquina. M. KYRIELLE : pour multitude. Trippault : KYRIELLE, ou KYRIELLES, selon aucuns, pour multitude : mot provenus de la Lécanie Catholique, commençant *Kosis* *diure* : pource que après huit nombre de Saints. En la signification de multitude, grand cas, ou bruit, *Pachelin* *use* du mot de kyrielle, en sa Farce, parlant ainsi au Juge : Hée, Sire, imposez-luy silence, N'avons honte de tant débattre. A ce Berger, pour trois ou quatre Vieils brebiales, ou moutons, Qui ne valent pas deux boutons, Il en fait plus grand kyrielle. M.
KYRIELLE. Sorte de Rime. Charles Fontaine, Parisien, dans son Art Poetique, livre 1. chapitre 15. KYRIELLE, a *esté appelée la tyme*, en laquelle en fin de chaque couplet un *même vers est* tousjours répété : qu'ils ont appelé Refrain, & Balades & Chants Royaux : & l'ont icy nomm : Palinod, c'est-a-dire, Rechanté. Et est le nom de Palinod, bien feant en cette Kyrielle, laquelle se commet le plus souvent en Chants Lyriques, ou Odes, où ce Palinod est plusieurs fois rechanté, comme est le vers, Amy, je ne veux plus aimer, en l'Ode de Saingelais, qui commence, Puisque nouvelle affection, &c. comme est le carme, Vueillez en avoir mercy, en l'Ode qui commence, Puisque vivre en servitude, Je devoy triste & dolent. Et du Palinod, tu entens aisément pourquoy elle est appellée Kyrielle. Il n'y a point de mémoire, qu'on ait jamais prononcé dans nos Eglises *Karte* *eirejon* : ce qui fait voir que la façon de prononcer le Grec, enseignée par les Jésuites, est l'ancienne prononciation de France. M.
LA, article féminin. D'illa. M. LA : adverbe de lieu. D'illa. M. LA : particule excitative. Turnebe, liv. xix. de ses Adversaires, chap. 21. parlant du verbe *laillare* : *Alii*, *vocem esse qua nutrix ad laillandum invitet*, *aiunt*. *Nobis Gallis* *inde* la 1. *vox adhortantis est*. M.
LABARUM. Etendard qu'on portoit devant les Empereurs Romains à la guerre. C'étoit une longue lance, traverse par le haut d'un bâton, duquel pendoit un riche voile de couleur de pourpre, orné de pierreries, & d'une frange alentour. Il y avoit une aigle peinte, ou tiffue d'or, sur le voile, jusqu'à Constantin, qui y fit mettre une croix, avec un chiffre ou monograme, qui marquoit le nom de J. C. & qui étoit accompagne des deux lettres Grecques A & D, pour signifier que J. C. est le commencement & la fin de toutes choses. Les Romains avoient pris cet étendard des peuples barbares qu'ils avoient vaincus ; mais le nom de *labarum* n'est venu que du tems de Constantin. Saint Grégoire de Nazianze l'appelle en Grec *eirejus*, & Saint Jean Chrysostome *eirejus*. Quelques Peres Latins, *labarum*. En François nous disons toujours *labarum*, & en Latin on ne trouve guère autrement. Saint Grégoire de Nazianze dit que cet étendard étoit ainsi nommé, parce qu'il finifioit les travaux ; comme si ce mot venoit de *labor*. Quelques uns le dérivent d'*labarum*, qui signifie *piete*. D'autres de *labarum* prendre. Fullerus croit qu'il a été fait de *labarum* dépouilles, en changeant l' en a, comme dans *calix* de *eirejus*, & le en C. Mais comme le *labarum* étoit venu des nations barbares, ainsi qu'on l'a remarqué, on cherche inutilement son nom dans les Langues Grecque ou Latine ; & il faut convenir de bonne fois que l'on n'en fait point l'origine.
LABOUR, ou LABOURD, ou LABOURT. Nom d'une contrée de la Gascogne. Selon M. de Marca, *Hist. de Bécon*, liv. 1. chap. 8. ce nom est Basque, & signifie un pays détéri, & expose aux voleurs, comme disent ceux qui entendent le mieux les secrets de la langue Basque. Le pays de *Labourd* est en effet très-férile.
LABOUR. La Terre de *Labour*, Province du Royaume de Naples, appelle autrefois *Campania* *jesta*, a cause de sa fertilité ; & ensuite *Terre de Labour*, parce qu'elle est très-propre au *labour*, c'est-à-dire au labourage. Ce mot vient manifestement du Latin *Labor*, quoique le Père Pezzon le fait venir, je ne sais pourquoi, du prétendu M ij 92 LAB. LAC. LAD. Celtique labour : car cet Auteur a presque toujours des origines Celtiques toutes prêtes, même pour les mots qui ont évidemment une autre origine. Mais quand on s'est entêté d'une Langue particulière, on veut tout y rapporter. Voyez ci-après labourier.
LABOURER. De laborare : qu'on a dit originellement pour travailler, en général : mais qui a été dit ensuite, pour travailler à la terre. Dans un Titre de 128. Prata, terras, & proprietates, qui, l'artisan, & singulis annis laborantur. Nous prononctions anciennement labourer : témoin cet apophthégie de campagne : En peu d'heure Dieu laboure : qui est, pour le dire par occasion, ce que disaient les Grecs, & & & & & & : C'est la saison qui rapporte, & non pas le champ. Ce mot, qui est élégant, est rapporté par Théophras, dans son livre vin des Plantes, & par Euripide, dans son Hécole. M. jures & d'opprobres : aussi sont-ils formés de *laidages*, *disseur d'injures*, d'où descendent *laidages*, *injure* ; & *laidages*, *injurier* ; & desquels nos anciens François ont fait *laidanges*, & *ledoires*, qui signifient *injures*. Monstrelet, vol. 1. chap. 47. *Luy dirent moult de laidanges & de reproches ; iceluy réputant pour traître*. L'Histoire de Guecclin : *Sa mere le laidangeoit & blasmoit moult durcment*. Et Perceval le Galois : *Comment si m'a mon oncle fes* *Si grand honte & si grand let*. Nous lisons pareillement dans la Chronique de Flandres, chap. 60. que *laidanger* ne se prend que pour *injurier*. Mais comme les mots passent d'une signification à l'autre, non-seulement on appella *laids*, ceux qui avoient été chargés d'injures & d'infamies, mais encore ceux dont le corps étoit rendu difforme, ou par un défaut de nature, ou par quelque saleté accidentelle ou artificielle. D'où Joannes Taboctius, de *Republica & lingua Francia*, a cru que *laid* & *laide* venoient de *lafus* & de *lafa*. Caïeneuve. LAID : difforme. Sylvius, dans son Introduction à la Langue Françoise, page 68. & Tabouet, dans son de *Republica & Lingua Francia*, le désirent de *lafus*, fait de *laide*. Les Italiens disent *laide* dans la même signification, que M. Ferrari dérive d'*illautus*. M. de Caïeneuve dit qu'originalement ce mot signifioit la honte d'avoir été noirci d'injures : & il le dérive de *laidanger*. Voyez ci-dessus *laidanger*. M. du Cange est à peu près du même avis. Voici ses termes, au mot *lada* : *A lada*, & *ladare*, *vel laidare*, *deduca voce nostris olim familiares*, *laid*, & *lait*, *laid*, & *laidange*. *Laid enim*, & *lait*, *turpitudinem*, *feu potius injuriam notat* : *sic*, faire lait à quelqu'un, est *injuriam alicui inferre*. *Injuriam enim infert*, qui *alium accustat*, & *ad ladam*, *id est*, *ad purgationem adigit*. *Ulatica Miss. urbis Ambianensis* : Quiconques che soit à qui on sache lait, & chil à qui on fait le lait, se défend contre chelui qui il fait le lait, il ne doit point d'amende par tant qu'il il ait fait le lait, ne fourfait, ne cofe qui monte à plus haute amende, n'a plus haut fourfait que chil il avoit anchois fait. *Alibi* : Cil amendera pour tous les laids, & pour tous les fourfais, pour la c elle qui a cofè faite. *Charta ann. 1247. in Tabularo Campania*, & *Bibliotheca Regia*, fol. 143. S'aucuns dit *lait* à l'autre dans la ville, il payera pour l'amende, &c. Voyez ce qui suit. Les Ailemans disent *laidig*, pour dire, *maudit*, *décollate*. Comme quand ils disent, *del laidig* : *et est*; c'est-à-dire, *le mauvais diable* : & *der laidige geitz*; c'est-à-dire, *la maudite avarice*; ce que les Latins diroient *turpis avaritia*. Les Grecs ont dit de même *dignos*, pour *accepta*. Voyez Hésychius, au mot *occe*. Et comme les choses laides sont haisables, nos anciens ont pu user du mot de *laidig*, qui signifioit proprement *haisable*, pour dire *difforme*. De *laid*, on a fait *laideron*, au genre masculin. Henri Etienne, dans son livre de la Précellence du Langage François, à la page 68. de l'édition de Pattison : *Je n'oublieray pas entre les avantages que nous avons en cet endroit par dessus Messieurs les Italiens, que nous imions les Grecs en une certaine forme de diminutifs*. C'est comme quand de ce mot moulche, nous deduisons *cefui-ci*, moulcheron : quand d'une petite vieille *laide*, nous disons un laideron : *d'une fort jeune fille*, un tendron ; *en*, par forme de *superdiminution*, un tendrillon. *Car les Grecs usent du genre neutre en telle chose*. Aujourd'hui nous disons une *laideron*. M.
LAID. De l'Alleman *leid*, qui signifie tort, ou injure. De *leid* nous avons aussi fait *laidare*, qui signifie la même chose. Nous avons de même dit, *lait parler*, pour, faire tort par ses discours. Alain Chartier, page m. 584. dans le Bréviaire des Nobles : *Pour ce ne doit faire injure,* *Ne laidare,* *N'en tort fais s'adventurer.* Et page 589. *Laid parler ou trop mesdire,* *Sont une vile devise* *Sur homme ou chacun se mire.* Peut-être aussi de l'Alleman *leidig*, triste, affligé ; & non pas maudit, détestable, comme l'a cru M. Ménage : *tendré* se disant du diable, *non* en tant qu'il est mauvais, mais en tant qu'on le dépeint d'une figure hideuse. Et il se peut que nous aurons exprimé la laideur d'une personne par ce mot Alleman, dont l'idée ne renferme que la tristesse ou son affliction ; parce qu'ordinairement les pleurs d'une personne affligée sont accompagnés de grimaces qui lui enlaidissent le visage. *F. qu'il est laid, le pleurard de merde !* dit dans Rabelais, livre 4. chap. 20. Frère Jean à Panurge, qui pleuroit & se lamentoit de ce qu'il se crosoit sur le point de périr par la tempête qui sembloit ne devoir finir qu'après le naufrage d'eux tous. Le Roman de la Rose, fol. 32. v. *Aux riches ses sont grand laidare* *Quant ils leur obtent leur nature.* *Laidare*, c'est-à-dire tort, *laura*. Peut-être de-là, ou de l'Alleman *leid*. Le Duchat.
LAID. Le François *laid* & l'Italien *laide*, ne viennent, selon moi, ni de *lafus*, ni d'*illautus*; mais de l'Alleman *leid*, qui signifie affliction, douleur, tristesse, souffrance, dommage, injustice, & tout ce qui est haisable. De-la l'expression ancienne, *faire laid à quelqu'un*, pour *lui faire injure*. De-la aussi le Latin barbare *adare* & *laidare*. On a ensuite étendu la signification d'*haisable* à celle de *difforme*. Les Illandois disent *leidur*, & les Suédois *leed* dans le même sens que nous disons *laid*. Voyez Wachter dans son *Glofar*. *German*, au mot *leid*.
LAIDANGER. Vieux mot *inufité*, qui signifie *injurier*. L'ancienne Coutume de Normandie, au Titre de *Quercite qui naiff de mesdit* : *Et poirce*, *doubt l'en savoir*, que se plainte est *faite de laidange*, & *cil qui est en querelle*, *le connoisi*, ou *il en est attaint*, *la Justice lui doit faire grégement amender par le Chatel*. Et si doit faire *amende par celuy qui a laidengé* : *si que il se prenne par le bout du nez*, & *die* : De ce que je t'ay appellé *larron*, ou homicide, ou de ce qu'il est attaint, j'en ay menti ; car ce crime n'est pas en toy ; & de ma bouche dont je le dis, je suis mensongier. M. de Caïeneuve le dérive de *laidages* : & ce qui peut servir à appuier son étymologie, *laderium*, pour *bon ard*, *injure*, se trouve dans Silvestre Giraldus, *in Descriptione Cambria*, chap. 14. *Facetiam in feruone plurimam observant, dum, vel sales, vel laderia, nunc lavi lingua, nunc mordaci, sub aquivocationis, vel* amphibolia nebula, emittunt. Ne viendroit-il point plutoft de ladentiare? Lado, ladent, ladent, ladentiare. ¶ Au lieu de laidanger, on a dit LAIDONER, qui peut auffi avoir été fait de ladere. M.
LAIDANGER. Je dérive laidanger, & laidoyer, de l'Allemand lecd, qui signifie tort, injure, &c. Voyez laid.*
LAIE. C'est une truie, ou la femelle d'un fanglier. Je crois qu'originairement elles ne portoient ce nom, que lorsqu'elles allaitoient leurs cochons & leurs marcaffins; car je trouve que laia est formée par syncope de ladlenia; & que ces deux mots signifient même chose. Cæfarius, Evêque d'Arles, dans les Règles qu'il écrit à sa sœur Cæfaria, Abbeife d'un Couvent de Religieuses, appelle laia & ladlenia une étoffe de couleur de lait: Omnia verò indumenta simplicia tantum & honestia calore habeant; nunquam nigra, nunquam lucida, sed tantum laia, vel ladlenia: per indufriam Prapofita, vel follicitudinem, lanipendia fiant. Cæfeneuve. Voyez LAYE.
LAIE. Comme quand on dit, Saint Germain en Laie. M. du Cange, au mot lia, sous le mot leda: LAIER LES BOIS, in consuetudinibus Aurelianensibus, cap. 1. art. 82. est filvam per vias dividere: Laie, in aliis, pars filva, viis suis definita: unde Saint Germain en Laie; id est, in ipsis filvis fitum suburbanum: non vero a Letis populis, uti opinatur Jacobus Gothofredus, ad l. 22. Cod. Theodosiano de Veteranis, &c. M.
LAINE. Du Latin lana. Iidore, dans ses Etymologies, liv. xix. chap. 17. dérive lana de lainiare, parce qu'avant que l'on tondit les brebis, on leur arrachoit la laine; d'où vient auffi le nom de vellus, de vellere. Mais, comme Voffius l'a remarqué, il y a bien de la différence entre vellere tirer, arracher, & lainiare déchirer, mettre en pièces. Ainii il faut dériver lana du Grec λιγεν, & en dialecte Dorien λιγεν, qui, comme Hésychius le marque, signifie la même chose que λιγεν, de la laine. L'Auteur du Jardin des Racines Grecques fait venir lana de λιγεν: à quoi je ne vois aucune apparence. On dit proverbialement: Les Dieux ont des pieds de laine & des bras de fer; pour dire, que Dieu semble vouloir quelquefois se justifier devant les hommes de sa lenteur à punir les méchans, par la prélantrant des châtiments qu'enfin il leur fait souffrir. C'est ce que les Grecs ont ainsi exprimé: ἐμ οὐδὶ ἀλλις μῶσι, ἀλλις ὁ λιγεν. C'est ce qu'on représente encore par la comparaison d'un canon, qui ne se traîne, & ne se plante sur la batterie qu'avec bien du tems & de la peine: mais quand il vient une fois à tirer, il cause des ruines épouvantables. J'exprimai cela autrefois dans un tableau du Déluge, que j'avois ainsi commencé: Expellata Noa longos pradicta per annos Illuxit suprema dies, qua numine lafo, Impia gens meritas solvis pro crimine panas: Quque Dei dudum vestigia lanea riso, Ferrea contempta sentit nunc pondera dextræ. Sic dura est qua lenta fuit: sic Judicis ira Compensat gravitare moras: ceu murmure longo Cum tomit, crebrisque incanduit ignibus ather, Excelfas rapicis fulmen quait ignibus ornos. Et Claudien, pour se tirer de l'embarras où le metroit la prospérité des méchans & les tournes des gens de bien, conclut ainsi: Abflulit hunc tandem Roffini pana tumultum; Absolvitque Deos. Jam non ad culmina rerum Injuflos crevisse queror: tolluntur in altum, Ut lapsu graviore ruant. De Brieux, dans ses Origines de quelques Coutumes anciennes.*
LAIS. Terme des Eaux & Forêts. Baliveau qu'on laisse quand on coupe le taillis, afin qu'il vienne en haute futaie. Ce mot vient du verbe laisser, parce que le lais est un jeune arbre qu'on laisse dans les coupes de bois qu'on ne coupe point, comme le reste du bois. Voyez laisser. Dans quelques Coutumes, lais signifie la croissance que la rivière donne au Seigneur Justicier; l'attérissement fait par une rivière. Il vient auffi en ce sens du verbe laisser; parce qu'une rivière laisse ces sortes de terres, & ne les couvre plus. Ce mot lais est auffi quelquefois la même chose que laie, terme de Coutume. Voyez laie.*
LAISARD. De lacertus. LAISARDE. De lacerta. M.
LAISSE. Voyez LAISSES.
LAISSER. Il vient du Latin laxare. Grégoire de Tours, livre 2. chap. 41. Cæfariem ad crescendum laxare; c'est-à-dire, laisser croître la chevelure: car il parle d'un homme à qui on avoit fait rafer la tête. Sibrandus Siccama, sur les Lois des Frisons: Lari Batavi, lari Suevi, lari Franci, &c. Lartos Romani vocabans, quos Germani litos, laitos, laifos, leifos, à linquendo; quod agris colendis relinquerentur. Cæfeneuve.
LAISSER. Isaac Pontanus, livre VI. de ses Origines Gauloises; & Hotman, dans son Livre intitulé Maragonis de Maragentus, le dérivent de l'Alleman laffen. Il vient de laxare, qui se trouve en cette signification dans Grégoire de Tours, livre IX. chap. 20. Tenere cum capit, dicens, quia non à me laxaberis. Et livre 2. chap. 41. Cæfariem ad crescendum laxare. De laxare, les Italiens ont auffi fait lasciare. ¶ Voyez lascher. ¶ Les Bas-Bretons disent lesfell. M.
LAISSER. Je crois qu'Isaac Pontanus & Hotman ont raison, & que laisser vient effectivement de l'Alleman laffen, qui signifie la même chose. Voyez Wachter, dans son Gloffar. Germ. au mot laffen.*
LAISSES. Ce mot, en terme de Vénerie, signifie la fiente d'un fanglier, d'un ours, d'un loup. Voyez François Pithou, dans son Gloffaire, sur le mot herillis. Ne viendroit-il point de laxare? dans la signification de lâcher le ventre. ¶ Laxus, laxa, laxa, LAISSES. M.
LAIT. On dit proverbialement: Avoir une dent de lait contre quelqu'un; c'est-à-dire, une vieille inimitié. Les dents se prennent métaphoriquement pour envie, malice, animosité. Mordre & déchirer quelqu'un, c'est l'offenser, soit par faits, soit par paroles. Montrer les dents, c'est témoigner qu'on a de la vigueur, & de quoi se défendre. Jam minus dente morder invido, a dit Horace. Les Latins ont dit encore à peu près en même sens que nous, genuinum infigere, genuinum frangere. Les dents de lait sont celles qui naissent les premières. Une dent de lait serote L A I. L A M. donc en quelque façon comme qui diroit, une inimitié fucée avec le lait. De Brioux, dans ses Origines de quelques Coutumes anciennes. Le peuple dit: Vin sur lait, c'est fouhait; lait sur vin, c'est venin; c'est-à-dire, qu'on défire de sortir de l'enfance, où l'on n'est nourri que de lait, pour passer à l'âge où l'on boit du vin; & que lait sur vin est venin, parce que l'on ne re- met au lait que ceux qui sont dangereusement ma- lades de phthisie & de défaillance. Le peuple prend souvent ce proverbe en un autre sens, comme s'il signifioit qu'on peut boire du vin après avoir man- gé du lait; mais qu'il est nuisible & dangereux de manger du lait après avoir dû du vin: de-là vient qu'en quelques endroits, au lieu de c'est fouhait, on dit, vin sur lait, c'est le droit. Mais ce n'est pas la le sens du proverbe. * LAITANCE de poisson. De lactentia. ¶ On appelle laitance, en termes de Maçonnerie, une couleur blanche dont on enduit les murailles, & qui se fait avec de la chaux détrempée: & on l'ap- pelle de la sorte à cause de sa blancheur, sembla- ble à celle du lait. M. LAITE de poisson. De lactis. Le petit Di- ctionnaire Latin-François publié par le Père Labbe: LACTIS: laitance, laitte, caissol. M.
LAITERON. Plante. Lat. sonchus. De la- ctorone, ablatif de lactoro. Vossus, de Vitis Ser- monis, page 469. LACTORONES: Germina herba cuyudam, qua, a lactis abundantia lactoris vocatur. Ita Ludovicus de la Cerda, in Adversariis Sacris, cap. 112. Movet cum hoc Plinii, libro 14. cap. 18. Herba lanaria, ovibus jejunis data, lactis abun- dantiam facit. Aque nota lactoris vulgo est, plena lactis; quod degustatum vomitiones concitat. At- que addit, lactorum meminisse etiam Rufinum li- bro 3. numero 200. Et unus quidem deferebat nu- ces, alius lactorones. M.
LAITON. Voyez LETON.
LAMBALAIS. On appelle ainsi dans la Bre- tagne, dans l'Anjou, & dans le Maine, ces pay- sans dont on se sert pour remuer la terre. Du pays de Lambale, en Bretagne, la demeure de ces pay- sans. M.