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03.0 Dictionnaire etymologique — NACAIRE – OREILLERE

03.0 Dictionnaire étymologique de la langue françoise — M. Ménage — 1750 — section

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NACAIRE. Ce mot se trouve souvent dans nos vieux Auteurs François. Parce que les trompettes étoient faites de nacres, c'est-à-dire, de ces espèces de grandes coquilles tories, avec lesquelles les Peintres & les Poètes feignent que les Tritons ont courtoit de sonnet. *Hues*. Voyez ci-dessous *nagaires*.
NACAIRE. Je rapporterai ici ce que dit Wachter dans son *Glos. German*, au mot *Nacaria*. Voici comme il s'exprime : NACARIA, *genus tympani*, *Gallis nacaire*, *Halis gnaccare*. *Dottissimi Gallorum*, *Casanova*, *Menagius*, *Huetius*, *existimant fuisse genus tuba*, *vel alterius instrumenti quod inflatur*, à nacre, *concha Tritonia*, *sic dictum*. *Quod meatus reiciu R. P. Daniel*, *in Historia Militia Francium*, lib. vi. pag. 516. 517. *Nam auctores à Cangu citari*, & à Daniele *repertio*, *diferite scribunt* : *Nacaria baculabant*. *Irem* : Qui iciant puffare *nacaria*, *tympani*, *seu tamburia*. *Manifesto satis indicio*, *nacarium*, *vel nacarium*, *fuisse instrumentum foissibus pulsum*. *Gallis hoc instrumentum à Turcis accepisse scribis Canguus*. *Contra Daniel à Germanis*. *En verba auctoris* : les symboles nous sont venues d'Allemagne. Juste-Lipse, qui est mort en 1606, dit dans son Traité de la Milice Romaine, que de son tems les Allemans s'en servolent. On en prit dans le combat aux Allemans dans quel- ques occasions : & il ne fut permis d'abord à aucun Régiment François de Cavalerie d'en avoir, qu'à ceux qui en avoient pris sur l'ennemi, &c. *Addere peteras, non solum rem, sed etiam nomen rei origine Germanicum esse*. *Quid enim quasi est nacaria nisi tympanum equitatus seu tympanum equifere? Ergo, a nact. equus*. *Et cum equus etiam dicatur gnack, inde est quod idem instrumentum Gallis nacaire, Halis gnaccare vocatur*. *
NACARAT. De l'Éspagnol *nacarado* : mot de même signification : lequel a été formé de *nacar*, qui signifie *nacre de perles*. Voyez *nacre de perles*. M.
NACELLE. De *navicella*, qui est un diminutif de *navis*, on a fait par contraction *nancelle*, d'où nous avons tiré *nacelle*. La Loi 17. ff. De *instructio & instrumento legato* : *Instrumento piscatorio contineri Arisio ait nancellas, qua piscium capien-dorum causa comparata sunt*. Caseneuve.
NACELLE. De *navicella*, qui se trouve dans Adamannus, de *rebus Santi Calambani*. ¶ *Navis, navica, navicella* : comme *cilla, cistula, cistella*. ¶ *Nancella* se trouve dans la Loi 17. De *instructio, vel instrumento legato* : qui est du Jurifconsulte Macianus. Voyez le Lexicon *Juris*, au mot *nancella*. M.
NACHES. Vieux mot, qui signifie *les fesses*. L'ancien Dictionnaire Latin-François du P. Labbe : NATES, *naches*. ¶ De *nates*. *Nates, natis, natica, naca*, NACHES. Voyez Borel, au mot *naches*. M. NACRE de perles. *Nacre*, est le poisson qui engendre la perle. Nicot : NACHES de perles : *Concha, mater unionum, quod & frequentiores & meliores in ea reperiantur quam in aliis conchis aut offreis*. *Ancuus derivem* nacle. M.
NACTIEUX. Ce mot se dit à Paris, d'un homme qui fait difficulté de manger avec des gens mal-propres. L'étymologie ne m'en est pas connue. M. NADIR & ZENIT. Ce sont les deux points opposés au Ciel. De l'Arabe *nadir & zenit*. M.
NADIR. Le *nadir* est le point de l'hémisphère inférieur, opposé au *zenit*, ou point vertical. *Nadir* signifie qui regarde, qui est opposé. C'est un adjectif, formé du verbe Arabe *nadhara*, lequel signifie entre autres choses regarder, considérer, être situé vis-à-vis. Les Arabes, pour exprimer le *nadir*, disent *nadhir alfsent*, c'est-à-dire, qui regarde le *zenit*, qui est opposé au *zenit*, & simplement *almadhir*. Quant au mot *zenit*, c'est une corruption du substantif Arabe *zenit*, qui signifie un chemin, une route que l'on tient, un droit chemin. Les Arabes expriment le *zenit* en disant *zenit alras*, c'est-à-dire à la lettre, *tratus vericis*, ou *locus vericis*. Par où l'on voit que nous avons non-seulement corrompu, mais encore tronqué l'expression Arabe. *Alfsent* signifie aussi chez les Astronomes un point de l'horizon, & un cercle qui va de ce point jusqu'au *zenit*. C'est ce que nous appelons *azsmet*, mot corrompu d'*alfsent*. * EFERUS - Recherches & Classification numériques 238 NAG. NAI. NAM. NAN.
NAGAIRES. L'ancien Dictionnaire Latin-François du Pere Labbe : TARTARISARE : tromper, ou nagaire. C'est jouer des nagaires. TINCTITURARE : Jouer des nagaires. Nagaire, est une sorte de hautbois. Les Italiens disent gnaccara, & les Arabes nacur. ¶ Joinville, pag. 56. & 60. & 108. a dit nacaire. M.
NAGER. De navigare vient le verbe Latin-barbare nagare, qui signifie flater sur l'eau. Les Gloses d'Isidore : Nagare, vacillare, huc & iluc fluctuare. De la est venu le verbe nager : car les anciens François s'en sont servis pour naviger. Caseneuve.
NAGER. Vossus de Vitis Sermonis, le dérive du Grec nages. Il vient de navigare. Navigare, nagare, NAGER. Nagare se trouve dans les Gloses d'Isidore. NAGARE, vacillare, huc & iluc fluctuare. M.
NAGUERE. Voyez guere. M.
NAIF. De nativus. Belleau, premiere Journée de la Bergerie : Voy ces bords couronnez d'une mouse naive. M.
NAIN. Du Latin nanus. M. le Duchat, je ne sais pourquoi, fait venir ce mot de napus, comme M. Ménage en fait venir nabat. Apparemment parce qu'un nain est une espèce de nabat : mais cette raison ne prouve rien. Au reste, le Latin nanus est tiré du Grec varie, qui signifie la même chose. Le même M. le Duchat remarque que le mot de nain se trouve dans le Roman de la Rose, fol. 110. s. & il en cite les vers suivans : Mesmes d'ung si très-petit homme Que chafsun ung nayin le renomme, Se sont paroir aux yeux voyans, Qu'il soit plus grant que nulz géant ; Et peut par sus les boys passer, Sans jambe ployer, ni caffer : Si que tous de grant pour en tremblent, Et le géant nayin ilz ressemblent, Par les yeux, tant fort les desvoye, Tant si diversement les voye. *
NAM. Gage. De namium ; mot Latin-barbare de même signification, fait du Saxon nam, dit M. du Cange, au mot namium. Nos anciens écrivoient namps : & ce mot se trouve dans la Coutumé de Normandie ; où les meubles vivans, comme le bétail, sont appelés vis-namps ; & les meubles inanimés, morts-namps. Voyez nantir. M.
NANTERRE. Village à deux lieues de Paris, sur la Seine, célèbre pour la naissance de Sainte Geneviève, & pour un Concile qui s'y tint en 591. De Nemptoulorum, ou Nemetodorum. P. J.
NANTIR. Se nantir de quelque chose. De nancissor ; formé de λαχω, λαχω, λαχω, nancor, nancisor, nancitus, nancitire, NANTIR. On a formé de même sortir, de surgere. Surge, surrectus, surrectire, surire, sortir : d'où l'Espagnol surire. ¶ Dans le Registre Olim, de l'année 1175. fol. 195. Et quia nulebant solvere, capta furrunt & detenta nampta eorum. ¶ Les Grecs des bas siècles ont dit servicus dans la même signification. Meur-sus, dans son Glossaire, servicus : Galicum NANTIR. Occupare, auferre. Anonymus, de vulpe & lupe : Nervicussu vā gūjūta i vūra av βaγūjū. Le Pere Labbe, après avoir dérivé nantir de nans ; dérive nans de nancus, participe de nancissor : ce qui me paroit assez raisonnable. M.
NANTIR. Nampta, dans les Loix Normandes, vient de l'Alleman nimen, qui répond au Latin capere ; & c'est de ce mot Alleman qu'a été fait nantir. Voyez le volume 7. des Reitqua Di-piemarum, &c. de Ludowig, in-8°. page 156. Sur le mot nanta du chap. 6. du Code des Loix Normandes, la note dit : Pignora nunc nanta, iterumque panda dicuntur. Primum haud dubie a nemen capere. Le Duchat.
NAPHE. Rabelais, 1. 55. Icoux fournissient par chacun matin les chambres des Dames, d'eau-rofe, d'eau de naphe, & d'eau d'ange. De l'Italien nanta. Acqua nanta, c'est de l'eau de naphe. M.
NAPHE. Les Vocabulistes, comme Ant. Oudin & le Franciosin, nous donnent l'acqua nanta, ou lanta, pour l'eau de fleur d'orange. Et même le Traducteur du Traité de Obionis de Platine, liv. 10. au chapitre qu'il a fait de l'eau pour laver les mains après le repas ; à dit en 1505, que l'eau naffe, c'est ainsi qu'il parle ; est faite des fleurs des orangiers à l'alambic. Cependant Boccace, Journée 8. Nouv. 10. de son Décameron, distingue formellement entre l'eau-rofe, l'eau de fleur d'orange, l'eau de fleur de jassemin, & l'eau de naffe. Le Duchat.
NAPHTE. Espèce de bitume, ou de pétrole. Du Grec nōpha, qui vient lui-même du Chaldéen des nebot, ou des nebeta, qui signifie la même chose. Le naphte de Babylone étoit autrefois célèbre, & Dioscoride en parle liv. 1. chap. 101. Les Arabes disent à fi. *
NAPPE. De mappa, comme Notre de matta. M. de Saumaité sur Solin, page 861. Proclives in harum litterarum (M in N) mutatione furrunt nationes pleraque. Qua vestribus matta, id est teges, nobis est natta : qua mappa, nappa, &c. S. Add.
NAQUAIRE. Voyez nagaires. M.
NAQUET. Naquet, & laquais, ou laquet, comme ce mot se trouve étoit dans un passage de Fauchet, rapporté par M. Ménage au mot laquais, étoient synonimes, & signifioient un page, ou valet de pied. Ce qui fait voir que naquet vient de laquet, par le changement de la lettre l en n ; comme en niveau fait de libellum, & en nymphe fait de lympha. Or laquais vient de l'Alleman lands-kncbr. Naquet a aussi signifié une espèce de scélérat. Les Paradoxes, imprimés chez Charles Etienne en 1614, page 110. dans la dix-neuvième Déclamation, intitulée Pour la Guerre, s'expriment ainsi : C'est celle (la guerre) qui nous délivre du grand nombre de mechants, larronceaux, gens EFERUS - Recherches & Classification numériques
NAR. NAS. 239 oissis, ribeurs, pipeurs, brigueurs, naquests, rufiens, & guetteurs de chemins. Et c'est dans ce sens qu'il faut prendre le mot naquest, au chap. 5. de la Prognostication Pantagrueline. Touchant l'autre signification de naquest, voyez Henri Etienne, en son Projet du Traité de la Précellence, &c. page 102. Le Duchat.
NAQUETER. De naquest, qui signifioit du tems de nos peres un marqueur de jeu de paume. Voyez Henri Etienne, dans son Traité de la Précellence; & le Président Fauchet, livre & chapitre premier de l'Origine des Chevaliers; & Nicot, au mot naquest. Les joueurs de paume sont long-ents à faire leurs parties; & ainsi ils sont naquestes les marqueurs. M.
NAQUETER. C'est proprement être le second dans une partie de paume, & n'avoir de coups à jouer que lorsque la balle vient chercher le joueur: ce qui n'arrive que rarement. Guillaume Cretin, page 185. de ses Poésies, édition de 1723. Soit que le jeu seul joue, ou qu'il naquette. On a dit valeter à la porte, dans la signification de naquester: & cette expression qui le trouve dans l'Histoire de France sous François II. par L. Regnier, Sieur de la Planche, page 724. signifie proprement garder le muier; comme on parle: ce qui est l'office d'un valet qui suit a pied son maître, lequel rend les visites à cheval. Le Duchat.
NARD. Sorte de plante aromatique. En Latin nardus, en Grec vulg. 2. Ce mot vient originairement des Langues Orientales. L'Ebreu l'appelle vulg. nard; le Chaldéen, nard nird; le Syriaque & l'Arabe, nardin. On faisoit en Orient beaucoup d'usage du nard pour les parfums. Il est parlé dans l'Evangile d'un parfum de nard de grand prix, dont une femme parfuma J. C. lorsqu'il étoit à Bethanie. Le texte Latin de Saint Marc, xiv. 3. dit, nardi spiciati, c'est-à-dire, d'épis de nard. Le nard porte des espèces d'épis, qui en font la partie la plus odoriférante. Le texte Latin de Saint Jean, xii. 3. dit, nardi piftici. Le texte Grec de ces deux Evangélistes porte, vulg. wic. Les Interpères sont embarrassés à expliquer ce dernier mot. Saint Augustin a cru qu'il marquoit le lieu où croit le nard. C'est aussi le sentiment d'Hartung, qui, dans ses Critiques, Décad. iii. ch. 6. remarque d'après Athénée, liv. xv. qu'il y avoit près de Babylone une ville nommée Opis, famouse par les parfums excellens qui s'y composoient, & le commerce qu'elle en faisoit. Ainsi il croit qu'il y avoit dans le texte Grec vulg. & que les copistes ne fachant ni ce que signifioit ce mot, ni quel étoit ce lieu, ont retranché la première lettre du mot, & ont écrit simplement wic. Mais tout cela est avancé sans preuve. On fait quelle est la hardieffe de certains critiques, qui dès qu'ils rencontrent dans les textes quelque terme qu'ils n'entendent pas, s'avient aussi tôt de vouloir le réformer. Strabon, Diofécide & Pline, qui parlent des lieux d'où il vénoit du nard, qui parlent du nard Celtique, du nard de Syrie, & du nard des Indes, ne disent pas un mot du nard d'Opis. D'ailleurs il faudroit vulg. & non pas vulg. Quelques-autres pensent que wic. est la même chose que wic. c'est-à-dire liquide, & qu'il vient de wic. hiba. Mais cette épithère, prise dans ce sens, l'émbleroit affex inutile, puisque dans les palages des Evangélistes il est parlé d'une bulle de parfum, laquelle ne pouvoit manquer d'être liquide. Enfin d'autres expliquent le Grec wic. par vrai, véritable, le dérivant de wic. fides; &, selon eux, les Evangélistes, pour faire mieux sentir la générosité de celle qui répandit le parfum dont il s'agit, ont voulu faire entendre que le nard dont il étoit composé, étoit de véritable nard, c'est-à-dire, du meilleur, du plus excellent, & qui devoit sans doute être rare, puisque les Evangélistes ajoutent qu'il étoit de grand prix. La version Syriaque l'entend de la même façon; car elle rend le vulg. wic. des deux Evangélistes, par nardin rischait, c'est-à-dire, d'un nard excellent. Le Père Bouhours traduit de même dans Saint Jean. Et ce sentiment me paroit le mieux fondé. Au reste wic. pour fide degnut, est de bon Grec, & il se trouve dans Aristote.
NARGUE. Faire nargue. Dans la Requête des Dictionnaires: Et les Verrines féssient nargue A votre Candidas Lésargue. L'origine de ce mot ne m'est pas comme. M. NARINE. De narina, inusitée, formé de nar, qui se trouve dans la signification de nez. Les Gloses anciennes: vic, nar, nasus. M.
NARINE. Le Latin naris semble venir des Langues Orientales. Les Chaldéens appellent le nez ou la narine nard nebbira, que les Syriens occidentaux prononcent nebbira. On trouve en Ebreu nard nebbira, ou nebbira, les narines. Les Latins auront retranché de ce mot le oriental, qu'ils n'ont point, & qui est une lettre gutturale qui équivaut à un double b. Le Grec jv. jv. semble aussi avoir été fait du mot oriental, mais par transposition, & de même par le retranchement de la lettre gutturale. Il est vrai qu'hustache dérive jv. de jv. flue, parce que les humains de la tête s'écoulent par le nez: mais on sent aisément combien cette étymologie est forcée, & par conséquent peu juste. Il en est de même de celle que donne Festus du Latin naris, qu'il fait venir de narus, c'est-à-dire, qui connoit, qui fait; parce que le nez nous fait connoître les choses, au moyen de l'odorat dont il est l'organe. D'autres dérivent aussi ridiculement naris, du verbe nare, ou nasare.
NARQUOIS. On appelle ainsi le jargon des gueux. Du mot narquin, qui signifioit mendient, contrefaisant le soldat détrouvé. Ce jargon est ancien: & au rapport du Président Fauchet, liv. 1. de l'Origine des Chevaliers, chap. 1. il a commencé du tems de Charles VI. ou de Charles VII. duquel tems il dit en avoir vu des Baflades & des Rimes. Il y a un Dictionnaire de ce jargon, intitulé Le Jargon, ou Langage de l'Argot réformé, comme il est présentement en usage parmi les bons pauvres: rire & recueilli des plus fameux Argutiers de ce temps: imprimé à Troyes, chez Nicolas Oudat. Et dans ce Dictionnaire, le mot de narque est expliqué par celui de soldat. M.
NASARDE. De nasus. C'est une chiquenau- EFERUS - Recherches & Classification numériques de sur le nez; NASARDER, c'est donner une chi-quenande sur le nez. Marot dans ses Vers contre l'agon: Ca ce nez, que je le nasarde: Pour l'apprendre avec que deux doigts, A porter bonheur à qui tu dois. Montagne, livre 1. chapitre 10. Es raisons, comparaisons, arguments, si j'en transplante quelqu'un en mon solage, & confonds aux miens; a écient j'en cache l'anteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hastrives, qui se jettent sur toute sorte d'écrits: notamment jeunes écrits, d'hommes encore vivans: & en vulgaire, qui reçoit une le monde à en parler, & qui semble convaincre la conception & le dessein vulgaire de mesmes. Je veux qu'ils donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, & qu'ils décchandent à injurier Senéque en moy. M.
NASCALE. C'est le pesfaire. Voyez pesfaire. M.
NASITORT. Herbe. De nasurtium. Charles Etienne dans son De Re Hortens, art. 158. Cardamum Graci, Latini nasurtium, appellant; du cresson alenois. Dicitur autem cardamum, àx. vuc naffus: quoniam cor seves, & in syncope illa, quam Medici cardiacam vocant, plurimum valer: nempe dum vires alicui repente deficiunt, ut animo linquatur. Nasurtium autem appellatum est, a naribus torquendis; quod odore & feminis acrimonia sternutamenta provocet: unde etiam a quibusdam Gallis vocatur hodie du nasitort. Semen autem habet simile sinapi; folium, cruca divisura, sed & sapore & odore acri. M.
NASSE. Instrument de Pêcheur. Du Latin naffa. Festus: Naffa, est piscatorii vaiss genus, quo cum intravit piscis, exire non potest. Isidore, liv. 9. chap. 5. Naffa, ex viminitus, tanquam rete contextum ad capiendos pisces. Plaute: Numquam hercule ex ista naffa hodie ego eclam petam. Silius Italicus: Hand secus & vitreas solers piscator ad undas, Ore levem patulo texens de vimine naffam. Et de là, notre façon de parler, Il m'a laissé dans la naffe: ce que les Italiens disent lasciare in naffo: de naffum, dit, par métaphore, au lieu de naffa. Leonardo Salviati, dans son Granchio, Acte premier, Scène seconde: — Se voi Gridate, vanni; so vi pianterò qui, E lascerovvi in naffo. Le Davanzati, dans son premier livre des Annales de Tacite: La nona, che gridava aspettinsi le lettere di Tiberio, lasciata in naffo, fece della necessità virtù. Et dans son apostille sur cet endroit, il a remarqué que cette façon de parler italienne avoit été prise de la Fable de Thérèse, lequel laissa Ariadne dans l'Isle de Naffo. Ce qui avoit été remarqué avant le Davanzati par Erythrée, dans son Indice de Virgile, au mot Naxon. Voici les termes d'Erythrée: Et quoniam in hac insula destituam a Thoreo Ariadnam Fabula conum, sunt qui disputant inde vulgo dici captum. Et m'a lasciato in naffo: quasi in naffo; pro eo quod est, me deseruis, & si dem gregis. Qua res, an ita sit, vel potius ab a se deducia, in Staceo indus avimus. Ce livre d'Erythrée intitulé le Stacien, n'a point été imprimé: & il a été perdu: & ainsi nous ne savons point le sentiment de ce savant homme sur cette façon de par- ler italienne: mais il est constant que ce que je viens de dire est véritable; qu'elle est venue du mot naffum, dit pour naffa. Et j'en ai fait demeurer d'accord M. Carlo Dati, un des premiers sujets de notre Académie della Crucia, qui étoit de l'avis du Salviati & du Davanzati, comme il paroît par le docte & savant discours qu'il a fait sur cette façon de parler italienne, lasciare in naffo, inséré dans mes Origines Italiennes au mot affo. Il en est de même de cette autre façon de parler, lasciare in naffo. Plusieurs Grammairiens Italiens prétendent qu'elle vient d'as affis: ce qui a été remarqué en ces termes par M. Dati, au lieu allégué: Un altro properbio si crede per molti che prenda origine dalla medesima voce affo. Ed è quello: Lasciare, o rimanere in affo: che così lo pronunziarono, il Firenzuola nella Licenza de Lucidi: Che lasciarono la povera Signora in affo, senza renderle niente: E il Cecchi, atto 4. Siena 15. Esaltazione di croce: Il ripaore, ch'io mi vada con Dio, e lasci il vecchio, e loro, e tutti quanti, in affo, e in malora. Ruberto Titi, nelle Asfazioni libro XVIII. 17. stima che lasciare in affo, vaglia lasciat solo: giacche affo, uno, e solo, significa. E Monsignor Dini, nostro Academico, approva questa interpretazione nelle sue Postille marginali ad Vocabolario. Mais elle vient, comme lasciare in naffo, de relinquere in naffo, dit pour relinquere in naffa. On a ôté l'a de naffo, par la raison de la douceur de la prononciation, a cause de l'a précédente. Voyez mes Origines Italiennes au mot affo. M.
NATOLIE. Grand Pays, nommé anciennement Asie Mineure. Le mot de Natolie s'est formé du Grec di natoli, qui signifie Levant, Orient. Les Grecs avoient donné ce nom à l'Asie Mineure, parce qu'à leur égard elle étoit à l'Orient, & le premier pays qui se présentoit de ce côté-là. On a dit d'abord Anatolie; & avec l'article, l'Anatolie, d'où l'on a fait la Natolie; comme on a fait la Pouille de l'Apouille, Apulia.
NATRETE. Brantôme, Hommes Ill. Franc. tome 1. page 117. dans la vie de François I. à propos d'une rufe qu'il raconte avoit été employée par Charles V. pour le mettre mal avec Soliman: Quelle natreté Espagnole? C'est-à-dire, quelle fineise: Bien digne du naturel Espagnol. Le même, tome 1. page 241. parlant de l'incongruité qu'il y avoit eu de la part du Roi d'Espagne, d'envoyer pour Ambassadeur vers la Reine Elisabeth hérétique, un Evêque, dit que d'envoyer vers le Pape un Huguenot, ce ne seroit ni une plus grande natreté, ni une plus grande moquerie. Encore, tome 2. page 126. natre & natreté dans la signification de rufe & de rufe. Natreté, de l'Italie, un tour, une niche. Natreté, au reste, se trouve dans Bouchet Serée 18. tome 2. fol. m. 152. a. Le Duchat.
NATTE. De matta, qui signifie la même chose. Les Glofés anciennes: Matta, Laodice, Cassien, Collat. 4. chap. 21. a employé le même mot dans la même signification. On a changé l'un en n: comme en nappe, de mappa, en nebre, de mespium, &c. Voyez M. de Saumais sur Solin, pages 608-861. & 1161. & Savaron sur Sidonius Apollutis, liv. 4. épit. 24. Ce changement de l'un en n dans le mot de natre, est ancien dans notre Langue; comme il paroît par ce EFERUS - Recherches & Classification numériques N A T. N A U. ce passage de Grégoire de Tours; qui est du chap. xi. de la Vie des Peres: Nullum habens stratum fani, palisque multimen, nisi tamium illud, quod intertextis junci virgulis fieri soles; quas vulgae natras vocant. M.
NATURE. Pour les parties qui font les hommes & les femmes. De natura. Dans les Priapées: Natura est quoniam semper aparea mihi. Les Grecs ont dit bon; en la même signification: ce qui a été remarqué par Scaliger sur cet endroit des Priapées. M.
NAU. Bière, cercueil. François Pithou sur le mot nauje, du Titre xvii. de la Loi Salique: Sic veteres tres Giossa: sarcophago ligneo. Nejris Nau. Gregorius Tarnensis, de Gloria Conjectorum: Cumque fundis corpora, pallis ac naufis exornata. De sa ressemblance à une nau. C'est ainsi que nos Anciens appelloient un bateau; du mot navis. M.
NAVARRE. Du Pleix dit que ce Royaume a été ainsi appellé, de naves; qui en langage Gascons signifie ces plaine; & d'erris, qui signifie terre: & que les Gascons appellèrent premierement Navarre, la plaine de l'ancienne Gascogne au-dessous des Monts Pyrénées, du côté d'Espagne: ce qu'il a pris de Covarruvias. Voyez Fauchet iv. 18. Les Espagnols appellent naves, les champs voisins des montagnes: lequel mot M. Bochart dérivait de vina. Le Collège de Navarre de Paris a été ainsi appelé de la Reine Jeanne de Navarre, femme de Philippes le Bel, laquelle le fonda & le fit bâtit. M.
NAUCHER. De Navicarius, dont les Espagnols ont aussi fait naucbere. On écrit présentement nocher. M.
NAUDE. Nom dont il y a des familles en plusieurs Provinces de France. C'est une corruption de Naudet fait par apherée d'Arnaudet, Arnaldes, Arnaldes, Naldetus, Naudet, NAUDS. Le Duchat.
NAVET. De napetus: comme naveau, de napellus. Napellus & napetus, font diminutifs de napus. On dit à Paris navet: & dans la plupart des Provinces, naveau. Marot a dit naveau: A Fleury font les bons naveaux. C'est dans son Coc à l'âne; & dans sa Lettre de Fippelippes à Sagon. Mieux vaut donc icy mettre but: T'advisant sic; t'advisant veau; T'advisant valeur d'un naveau. M.
NAVETTE. Instrument de Tisserand. Ronsard dans l'Hymne 2. du liv. 1. de ses Hymnes: Ces femmes ne font point comme nos femmelettes; Qui font par le meflier promener les navettes, En oridissant la toile; on tournent le fuseau; On roulent le filet autour d'un devideau. De sa ressemblance à un petit navire. Navis, nave, navetta, NAVETTE. Les Italiens la nomment pour la même raison, navicella. On appelle navette dans les Eglises, cette petite boîte faite en forme de navire, où l'on met l'encens. Jean Cardalhac, Archevêque de Toulouse: Turbulum magnum cum navicella. Ce passage est cité par Bourdeloit. M.
NAVIERE. Les Bas Normands appellent ainsi un lieu planté de navets, que les Poitevins ap- pellent NADINE. Napina, se trouve en cette signification dans la Loi Salique, titre 19. 9. 13. Et de là, le mot Poitevin nabine. Pour le mot Normand naviere, il a été fait du Latin-barbare, infusité, naparia. M.
NAVIRE. Navia, navira, NAVIRE. Les Gloses anciennes, Navia, vius. M.
NAULAGE. Nauum, naulagium, NAULAGE. M.
NAVRER. Bleffer. Les anciens François disaient naffrer. La Morale comptée par le commandement de S. Louis: Après que il uns membres ont naffris, il autres la aident à ce qu'il soit guéris. Aussi ce verbe est formé de naufragare. Les anciennes Annales de S. Bertin sur l'an 870. De quedam solario vetuflate confello sub lignis cecidit; & aliquantulum naufragatus, in brevi convaluit. Jean de Garlandia, en son ancien Dictionnaire, appelle naufragia, les playes & les cruautés qu'on faisoit souffrir aux Martyrs, & les instruments de leur martyre; comme qui diroit navrures. Inter naufragia consideravit supplicia Martyrum, carceres, cruces, patibulum, calofurcium, equuleos, catastas, & quadragenas, & hippodromia, sofites, laminas, serras, ungulas, scorpiones, & rutas versatiles beata Catharina. Sugger, en la Vie de Louis le Gros, donne un sens tout semblable à naufragari, lorsqu'il dit, naufragari urbem & Ecclesiam, imo ipsum dominum Papam. La Loi des Viligoths, livre 8. tit. 3. 1. 11. a pour titre, Si praum defensum à pecoribus naufragatur. La Loi des Lombards, liv. 1. tit. 19. 1. 6. Nos usque ad illam atatem produximus causam de infantibus, ut ipsi res suas non debeam naufragare aut disperdere. Et tit. 32. 1. 3. Et probatum fuerit quod res domini sui naufragasset. Case-neuve.
NAVRER. De naufragare, qui se trouve en cette signification. Les Annales de Saint Bertin en 870. à l'endroit où il est parlé de Louis Roi de Germanie, frere de Charles le Chauve: De quedam solario vetuflate confello sub lignis cecidit; M. de Valois le jeune lit, sublimis cecidit; & aliquantulum naufragatus, in brevi convaluit. Naufragare signifie proprement, briser un navire: navem frangere: & non pas, faire naufrage. Mais comme ceux qui navigent font souvent naufrage lorsque leur navire se brise, ce mot a signifié ensuite, faire naufrage: ex consequenti; comme parlent les Grammairiens. Nous disons encore aujourd'hui, un bateau blessé, pour dire un bateau endommagé. Les Italiens disent napera, pour dire navrure; & navrare, pour dire navrer. Et ils ont fait de même NAVERARE de naufragare. Naufragare, navragare, navrare, NAVERARE: d'où navera. De navrare, contraction de naufragare, nous avons fait NAVRER. Dans le Bas-Languedoc, on dit, naffer pour navrer. ¶ Femina navrata, pour une femme navrée, se trouve dans Grégoire de Tours, selon le témoignage de Rouillard, dans son Histoire de Melan, page 57. M.
NAUSEE. Du Latin nausea, fait du Grec vacia, dit par les loniens pour vacia. Les Grecs ont appelé vacia l'envie de vomir; du mot vaur; nauta: à cause que ceux qui vont sur mer, sont sujets à vomir. C'est la remarque de Galion, dans son second Commentaire sur le livre d'Hippocrate de la fracture des os. Voici ses termes: Anguierus usqueus libus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus, uus EFERUS - Recherches & Classification numériques 242 NAU. NEA. NEC. NEF. l'Afinaria de Plaute. Nanteam bibere malim, si nceffe sit, quam illam ofculari. M.
NAUTONNIER. Nanta; nantus, par mé- tapiasme; nanto, nantunis, nantonarius, NAUTON- NIER. M. NE ANMOINS. M. du Cange le dérive de nibilominus. Il vient de l'Italien nientedimeno. M.
NEANT. Quelques-uns croient qu'il vient de nihil: mais il pourroit bien être aussi d'origine Teudisque; car les Allemans disent encore neut. Le Dictionnaire Alleman de P. Dalypodius: Neut, nibil. Caseneuve.
NEANT. Les Italiens disent niente. NIENTE, che, neente quasi ne ens, disero i più antichi, dit le Cinonio. Et à ce propos, il est à remarquer, que niente se trouve dans le Vocabulaire della Cruise. Il est sans doute que le François néant, vient de ce mot Italien neente. Et il peut être que l'Italien neente ait été formé de non ens, de cette maniere: non ens, non ente, neente, NIENTE. M. Guyet le dérivoit de negante, ablatif de negans. D'autres le dérivent de rem, acciatif de res. Voyez ci dessous rien. M. Ferrari le dérive de nec hetta: fondé sur ces mots de Festus: HETTA. Res minimi pretii, quasi hieta, id est hiatus hominis, atque occitatio. Alii pusulam dixerunt esse, qua in coquendo pane solet adfurgere: à qua accipimus rem, nullus pretii, cum dicimus, non hetta te fa- clo. Voyez M. Ferrari dans ses Origines Italien- nes, au mot niente. ¶ Il est à remarquer que niant, au lieu de néant, se trouve dans Charles de Bou- velles. ¶ Les Italiens disent nientedimeno, pour le nibilominus des Latins: ce qui me donne quelque pensée que le niente des Italiens & le néant des François, ont été faits de nihil. Nihil, nihilare, nibilant, nihilantis, nihilante, nibante, NIENTE; & qu'on aura dit niente, pour niente: comme ta- gliente, pour tagliante. Voyez mes Origines Ita- liennes, au mot niente. M.
NECESSITE, pour pauvreté: comme quand on dit, Cet homme est en grande nécessité. De neces- sitas, dont les Latins se sont servi dans la même si- gnification. S. Cyprien: Necessitas pauperum sub- levanda. Les Grecs se sont servi de même du mot nich. M. comme l'a remarqué M. de Saumalise sur Solin, page 1084. M. NECESSITES: pour privé. Necessaria se trouve en cette signification. Voyez le Glossaire Latin de M. du Cange, au mot necessaria; & son Glossaire Grec, au mot xenia. M.
NEF. De navis: comme clef; qu'on pronon- ce clé, de clavis. M. NEF d'Eglise. De la ressemblance qu'à cet en- droit de l'Eglise, à un navire. M. de Saumalise sur Solin, pages 1215. & 1216. Navem appellamus cam Templi partem à culminis figura, quod camera opus, veluti navium casna sit. ¶ Dans la Chroni- que du Bec, page 25. Pars enim Ecclesia aux navis dicitur. Henri Etienne se trompe, le dérivant de yunc. M.
NEFFLE. De mespilum: M en N. Les Ita- liens ont dit de même nespola; & les Espagnols, niespero & nispere. En Anjou, en Touraine, & en Normandie, on dit encore nespe: & en Allema- gne, mespelin. ¶ Les Grecs disent niement: dont le Latin mespilum a été formé. M.
NEG. Nix, nivis, nivica, nica, NEG. M.
NELLE. Voyez Niller. M. NELLURE: Neller. Vigenère en ses Anno- tations sur les Images de Philostrate, décrivant la façon de la nellure, qui est une espèce d'email, dit entrautures choses, que dans sa composition il entre trois onces de plomb sur deux de cui- vre & une d'argent; qu'en le fondant il le faut remuer avec un charbon; que ces métaux étant fondus, ils sont jettés dans un pot de terre à de- miplein de soufre vif, broié en poudre, du plus noir qu'on puisse trouver; bref, qu'après que la nellure a été appliquée sur l'or ou sur l'argent, on la doit limer doucement & la polit avec du tripoil ou du charbon broié menu. Je ne sais proprement ce que c'est que nellure, ou neller; mais je juge bien par cette description, que puisqu'il y entre tant de noir, ces mots viennent de nigellus, dimi- nutif de niger; comme qui diroit nigellatura, & nigellare. Car aussi bien nos Histoiriens de France, Latins, appellent les Seigneurs de Nelle De Ni- gella. Helgaud, Moine de Fleury, au commence- ment de l'Histoire du Roi Robert, rapporte le Testament de l'Abbé Leodebodus, qui vivait du tems de Clotaire, père du vieux Dagobert; dans lequel il légue au Monastère de S. Pierre de Fleu- ry, entrautures choses, scutellas 2. minores Mas- ssiennes, deauratas, qua habent in medio cruces niellatas, qua species argenti, &c. Où il faut sans doute lire nigellatas, c'est-à-dire nellées. Ce qui est selon la façon de notre tems même, auquel nous voyons souvent au milieu des bassins des images faites d'email. J'avois cru autrefois que c'étoient des croix que nous appellons nillées en Armoiries: mais, comme je ferai voir ailleurs, ce grand nom- bre de figures de croix, entre lesquelles est la nil- lée, n'a été introduit que du tems de la première Croisade, pour diversifier les croix que le grand nombre des Seigneurs prirent dès lors pour armes. Caseneuve.
NELLURE. Sorte d'emailure. De nigellatura. ¶ Le Marquissat de Nelle est appellé Nigella dans les Titres Latins. M.
NENNY. De nenu: dont les Latins se sont servi pour dire la même chose. Lucilius: Sed tamen hoc dicis quid hoc est, si nenu mo- lesum est. Varron: Si hodie nenu venis, cras quidem veneris. Voyez Nonius Marcellus. J'apprens qu'en quel- ques lieux de Picardie, on prononce encore à présent nenu. Et ce mot se trouve dans l'Histoire de Bertrand du Guesclin. ¶ Nenny, pour non, est de Province. M.
NENNY. L'Auteur de l'Histoire de Bertrand du Guesclin écrit nemil pour nenny. De nevilum, pour nemhilum. Huet. EPERUS - Recherches & Classification numériques
NENNY. A Metz & dans la Lorraine, au lieu de nenny, le peuple dit nien, qui vient de non ens, & signifie néant, au même sens que le nihil des Latins. Or dans le Roman de Perceforet on lit le mot nenny écrit nennil : & dans Froissart, vol. 1. fol. m. 18. 1°. on lit : Nennil, nennil, dit Guisebert : c'est-à-dire, nenny. Ce qui me persuade que nenny, dit par corruption pour nennil, pourroit bien venir de la double négative non, nihil : le François moderne ayant déjà changé le l'en des Anciens en l'en, qui se dit aujourd'hui par toute la France. Dans la quatre-vingt-huitième des Cent Nouvelles Nouvelles, édit. de 1509. Nennil, dit-elle. Et partout dans le même volume il y a l'en dit, pour l'on dit. De sorte que tous nos vieux livres disant aussi toujours oyi, pour ouy, je m'imagine que nenny pourroit bien venir aussi de non illud : comme ouy de hoc illud : ou plutôt de non hilum ; d'où nihilum, & nihil. Le Duchat.
NENTILLES. C'est ainsi qu'on parle à Paris ; par corruption, pour lentilles : par le changement de l'Leu N. La plupart des Provinciaux disent lentilles. M.
NEPTUNE. Wachter, dans son Glossar. German, page 1159, parle ainsi de l'étymologie de ce nom : NEPTOUS : Deus maris, opinione Gentium. Celtica lingua significare potest dominum aquæ, si componatur a tonu unda, & nax dominus, vocibus apud Cambrus residuis, teste Boehrnio in Lex. Ant. Brit. Scaliger nomen deastri derivat à vénu livo, quia terram alluit. Quam exile hoc est, sicum altera interpretatione conferatur ? De qua dicere au-fim, quod non solum pra aliis pulcritudine sua se commenda, sed etiam speculum nobis prabeat, in quo quālis / seris Lingua Deorum, contemplari possimus. Je crois aussi qu'on peut donner au nom de Neptune la même origine qu'à celui de Japhet, fils de Noé : parce que je suis persuadé que le Neptune de la Fable a été forgé d'après Japhet. En effet, comme ce fils de Noé eut dans son partage les Isles des Nations, que les enfans de Javan son fils partagèrent entre eux, ainsi que rapporte l'Écriture, Genf. x. 5. de même Neptune fut regardé comme le Dieu de la Mer & de tous les lieux maritimes. Or le nom de Japhet est formé d'un verbe Ebreu, qui signifie etendre, dilater. Voyez ci-dessus Japhet. Et le nom de Neptune peut aussi avoir été formé de vénu niphtheb, participe passif du même verbe. Et cette signification convient très bien au nom de ce Dieu, à cause de la vaste étendue de la mer, sur laquelle il étoit censé exercer son empire.
NERET. Sold néret. La Coutume du Duché de Valois, art. 7. fait mention du Sold néret, dont soixante, dit-elle, font trente-six sols Parisis ; & sept sols & demi nérets, quatre sols six deniers Parisis : ce qui, en marge du grand Coutumier, fait moiter le sold néret a trois cinquièmes du sol Parisis qui vaut quinze deniers. La Coutume de Hainault, ch. 44. fait d'ailleurs mention de sols blancs, & de livres blancs, qui sont plus forts que la monnoye noire. Or comme on évalue ordinairement l'écu blanc en sols Tournois, je soupçonne que le sol Tournois est ce que la Coutume de Hai- nault appelle sol blanc. De sorte que le sol néret est de neuf deniers, le sol blanc ou Tournois de douze deniers, & le sol Parisis de quinze deniers. Le Duchat.
NERMOUTIER. Isle de Poitou. Par corruption, au lieu de Niermoutier. De Nigrum Monastérium : à cause d'un Prieuré de l'Ordre de S. Benoit, qui est dans cette Isle : ainsi appellé, à la différence de l'Abbaye Blanche de la même Isle ; qui est la Maison des Religieux de l'Ordre de Saint Bernard. Les Sainte Marthe se sont mépris, appellant Abbaye, ce Prieuré de l'Ordre de Saint Benoit. Le Pere Chifflet, Jésuite, dans son Histoire de l'Abbaye de Tournay, prétend que l'Isle de Nermoutier a été ainsi appellée, par corruption, au lieu de Hermoutier : cette Isle s'étant autrefois appelée Hérus, ou Hérius. Voyez M. Belly dans son Histoire des Comtes de Poitou & Ducs d'Aquitaine, page 8. & M. de Valois dans sa Notice des Gaules. Le Pere Chifflet se trompe. Elle a été ainsi appelée de Nigrum Monastérium, comme il vient d'être remarqué. Il se trompe encore, en faisant un même Monastère de l'Abbaye & du Prieuré : & en disant, que l'Abbaye a été appelée Blanche, parce qu'elle paroît blanche à cause des peupliers blancs de cette Isle. Elle a été ainsi appelée, de l'habit blanc des Bernardins. Non parcit Monachis, aut quos Cistercius Ordo Candidat, aut habitus denigrat Cluniacensis : dit Guillaume le Breton dans sa Philippide. Voyez mon Histoire de Sablé, page 169. 170. & 317. ¶ M. Hautefère, à la fin du 23. & dernier chapitre de ses Aquitaniques, interprète Héris l'Isle de Ré ; en quoi il se trompe aussi. M. NERPRUN : arbuste : appellé autrement bourg-épine. De nigrum primum : à cause de la noirceur, & de son écorce & de son fruit. Voyez les Botanistes. M.
NESSUN. Vieux mot inufité, signifiant nul : fait de l'Italien neffuno. Voyez Pasquier 8. 1. L'Italien neffuno a été fait du Latin ne unus. Voyez mes Origines Italiennes. M. NET : NETTAYER. Néridus : Ital. netto : nettare, NETTAYER. Gosselin le dérive officiellement de vénus. Purgare, dit-il, vénus. Neptier olim scribebatur, pro nettoyer. Il n'est point vrai qu'on ait écrit neptier. M.
NETTOYER. Il n'y a point de doute qu'il ne vienne de nitidare, qui signifie proprement rendre clair & luisant. Comme dans Columelle, livre 12. chap. 1. Ferramenta deterfa nitidentur, atque ferrugine liberentur. Toutefois les Anciens l'ont quelquefois pris comme nous, pour laver & rendre net. Nonius Marcellus : Ntidant, ablunt, candefaciunt. Ennius, Cressph. Eam secum advocant, eunt ad fontem, nitidant corpora. Accius, Thebaid. Quin idcirco fonte advenunt mundula, nitidant vulgo. Cafeneuve.
NEVERS. Ville Capitale du Nivernois. De H'h ij EFERUS - Recherches & Classification numériques Nivoria. C'est ainsi que cette Ville a été appellée, au plurier; du fleuve Nièvre, dit en Latin Nive-ris. M.
NEVEU. De nepote, ablatif de nepos: duquel mot nepos les Auteurs de la moyenne Latinité se sont servi pour dire la même chose: car dans les Auteurs de la Latinité du siècle d'or & du siècle d'argent, nepos signifie petits-fils. Voëssus de Vitis Sermonis, livre 1. chapitre 27. Quadam vero appellationes sunt a cognatione; ut, quando vulgo, vulgari lingua decepti, etiam dollissimè, nepotem vel neptem, dicunt, qui, quave, sit fratris aut sororis filius, aut filia. Horumque exemplo, nec sic loqui veritus est elegantissimus & dolissimus Philosophus Hispanus, Sebastianus Foxus, &c. Et il réfute ensuite ceux qui prétendent que Suetone a employé le mot de nepote dans la signification de nevoe, en cet endroit de la Vie de Jules César, chapitre 83. Sed novissimo testamento, tres institut heredes sororum nepote, C. Octavium ex dodrante, & L. Pinarium, & C. Pedium, ex quadrante reliqua. Voyez ses raisons: qui sont convaincantes. Cujas a aussi employé le mot de nepote en la signification de nevoe. C'est dans son Mercator, livre 1. chapitre 1. Voici l'endroit: Qui non tenes linguam Latinam, nisi eam quam tibi Padagogus tuorum nepotum adhuc quotidie pramonstrat. Ce qui a été fort bien remarqué & réfuté par Jean Robert, Professeur d'Orléans, dans la Réponse au Mercator de Cujas, livre 2. chapitre 1. Schiopplus, dans son Traité de Stilo Historico, page 189, a remarqué la même faute dans Lipse. Pro sororis filia, neptem ex sorore, similiterque fratris aut sororis filium, nepotem dici, nemo aurea illius atatis aquo animo tulerit. Lipsius, Barbarorum consuetudinem secutus, id ausus est Centuria 5. epistola 95. Jure pro illo laboro: quia neptem meam ex sorore uxorem habet, & ejus liberi inter heredes meos erunt. Et Centuria 6. epistola 54. Patrul memoria nepotu gratiam aliquam conciliat. Quod, me judice, Liviana Epitomes, & Nasonis auctoritate, frustra quis tueri conetur. Je ne fais pas l'endroit de Tite Live. Voici celui d'Ovide, qui est de l'épître 3. du livre 3. de Ponto: Sic regat imperium, terrasque coërcat omnes Cesar, ab Ænea qui tibi fratre nepos. M. Moisant de Brieux, dans une de ses Lettres Latines à Antoine Hallé, page 106, après avoir fait mention, avec approbation, de l'observation de Voëssus ci-dessus produite, reprend aussi ceux qui prétendent que nepos dans cet endroit d'Ovide signifie nevoe. M. de Valois le jeune, livre 8. de son Histoire de France, page 482, a remarqué que ce mot en cette signification est du siècle de l'Empereur Honorius. Car après avoir cité ces vers de Fortunat: Charibertus adest, qui publica jura gubernans, Tempore presenti gaudia prisca refert. In tantum patrui se prodidit esse sequacem, Ut modo sit tutor conjugis iste nepos: Il ajoute: Quibus ex versibus, etiam indicari potest, id quod jam inde ab Honorio Principe in usu esse capit, fratrum & sororum filios nepote; fratres patrueles tum promiscuè consubriinos dicos esse. Scaliger sur Varron tire nepote de vixidic. M.
NEUF. Nom de nombre. Du Latin novem. Je ne fais mention de ce mot que pour montrer la convenance qu'il a avec ceux de plusieurs différentes Langues. Wachter nous la fournit dans son Glossar. German. page 1142. où il parle ainsi: NEUN, ter tria. Vox antiquissima, & multorum populorum labitis trita. Persis nu, Gracis trita, Latinis novem; Cambris naw, Armoricis naou, Hibernis naoi; Gothis, Francis, & Alamannis, niun; Pracopensisus nyne; Anglo-Saxonibus nigan, nigen, nigon; Belgis negen, Anglis nine & Suecis nye. Gloss. Keron. novem niun. Martinius Gracam vocem componit ex 1700 vetus, & 1700 novus. Sed quo pacto vetus & novum in novenario sibi occortem, non facile concipitur. Idem Latinam vocem ducit à novus, ut novenarius sit numerus novissimus; Belgicam à neigen inclinare, ut sit quasi numerus inclinatus. NEUF: nouveau. Ce terme, ainsi que le précédent, se trouve à peu près le même dans plusieurs Langues. Wachter Gloss. Germ. page 1141. NEU, new, new, recens aute. Vox antiquissima, multisque gentibus communis, quamvis varie enunciata. Persis neu; Gracis 1700, 1700; Latinis novus; Cambris newydid apud Bochornium; Armoricis neu, nevés, apud Pectronium; Gothis niujo; Anglo-Saxonibus nuowe, niwe; Francis & Alamannis niuu, Belgis niwe, nieuw; Anglis new; Danis & Suecis ny, nyt; Hibernis nua, nuath; Sorabis nowy; Gallis neuf, &c. Gloss. Keron. nova niuuiu. Gloss. Pex. novae niuulenti. Referri potest ad adverbium temporis praesentis nu nunc. Quid enim est novum, nisi nunc fallum, vel nuper ortum?
NEULLE. Voyez miele. M.
NEUME. On appelle ainsi dans les Eglises, une traînée de notes qui se fait à la fin d'une Antienne, pour donner temps au Choriste d'en aller annoncer une autre; afin que le Chœur ne demeure pas vulde. De 1700. M.
NEUSTRIE. Nos Anciens ont appellé Neustrie le pais d'entre la Meuse & la Loire. M. de Valois, dans sa Notice: Post Clodovei mortem, nova nomina à Francis excogitata sunt, & Galliarum Provinciis Belgica ac Lugdunensi imposita. Austriam vel Austrasiam, appellavere Franci partem Gallia ad orientem solem spellantem, qua Rhone ac Mofa fluminibus continetur: partem ad occarum solis vergentem, qua inter Mosam & Ligerim interjacer, Neustriam, vel Neustrasiam, aut Neuster; nonnunquam Neptricum, vel Neptriam; vocavere. Ce mot de Neptricum se trouve dans Frédégale. Revertens in Neptrico, sedem patris sui Chiararii deligens, assidue resedere disposuit. C'est au chapitre 60. où il est dit que Dagobert choisit le Siège de son Empire à Paris, qui en ce tems-là étoit de la Neustrie. Goropius Becanus, liv. 3. Rerum Francicarum, page 80. Francia Orientalis, quia Austria à Francis vocabatur, in Austria nomen apud quoddam; apud alios in Austrasiam transivit. Sicut quod reliquum eras Francorum regni, ad occarum longe latèque porrectum, Westric vocari capit. Et comme la Normandie faisoit une grande partie de la Neustrie, nos Anciens ont aussi appellé la Normandie, Neustrie: & ensuite, par corruption & par erreur, Vestrie. Voyez ci-dessous au mot Norman. M. de Valois dans sa Notice, au mot Neustria: Ex bis intelligitur errare graviter eos, qui, repugnante veterum Codicum omnium & Scriptorum nostrorum auctoritate, Neustriam corruptum esse nomen existimam, & confidenter pro Neustria, vel Neptrico, Westriam obique scribendum affirmant, ut Austria opposatur. EFERUS - Recherches & Classification numériques N E U. N E Z. Mais quoiqu'on n'ait pas dû appeller Vestrie, la Neustrie; il est pourtant vrai qu'on l'a ainsi appellée: ce qui paroît; outre l'endroit de Goropius Becanus que je viens d'alléguer; par le passage du Chroniqueur de Normandie, & par celui de Camden, produits ci-dessous au mot Norman. Dans mon Histoire de Sable, livre VI, chapitre 1, j'ai fait mention d'un endroit du Registre des Féodailités du Château-du-Loir, qui est dans la Chambre des Comptes de Paris; où Robert de Sable, premier du nom, fils de Robert le Bourguignon, est appellé Robertus Vestriot: & d'un autre endroit d'un Titre de l'Abbaye de S. Aubin d'Angers, écrit du tems de Fouque Rechin; où ce même Robert de Sable est appellé Robertus Vestriot. Et j'ai avoué ingénument que je ne savais ce que vouloit dire ce sobriquet. Et j'ai dit, que je n'avais point de honte de l'avouer; Messieurs du Bouchet, d'Hérouvial, de Valois, & Nublé, & Dom Luc d'Achery, Dom Jean Mabillon; & Dom Michel Germain, que j'avais tous consultés sur ce sobriquet, ne sachant point non plus ce qu'il vouloit dire. Mais je crois aujourd'hui qu'il veut dire Norman; & que ce Robert de Sable fut ainsi appellé, ou parce qu'il avoit pris naissance en Normandie, ou parce qu'il y avoit été élevé. Sable, où demeuroit Robert le Bourguignon, son père, est de la Province du Maine. Et la Province du Maine est contiguë à celle de Normandie. M.
NEUSTRIE. Ce que Wachter dit sur ce mot, page 114, de son Glossar. German, est curieux, & mérite d'être ici rapporté. Le voici: NEUSTRIA, tractus Armoriacum inter Ligerim & Sequanam. Vex Latino-Barbara, & ex divifione Regnorum inter filius Caroli simplicis satis nota, sed apud Glossographos metu sacra, qui eam vel non tangunt, vel nullo additamento intelligibilem redadunt. Martinius Neustriam dici putat quasi Westriam, hoc est, regnum occidentale, insigni pronunciantium corruptelæ. Sed hac conjectura nodum secat, non solvis, & populum frustra accuset in voce qua integra est, nullumque vitum ab ore vulgi contraxit. Primus eam ab obscuritate liberavit & illielmus Baxter, vir clarissimus, in Glossario Antiquitatum Britannicarum, ubi ait: Veteri Belgica linguae nenit vir est terra nova. De Belgica lingua ipse viderit. Mibi cerum est Celtica lingua id demitari quod ipse voluit. Nam tie Cambrii hodisque est terra, & Armoriciis nevels novus. Occasionem appellationi dederunt, secundum Baxterum, Belgica Britannia reliquia, à Francis seu Sicambriis circa annum à nato Christo CCCXI. in Galliam Celticam acta, prodente Zofimo. Verofimilus est, vocem à Britonibus ortam esse, qui belli Saxonici tempestate Britannia profugi litus Armoriacum navibus confenderunt, & novas ibi sedes, sive ultro suscepti, sive armis freti, condiderunt. Nam ab illo tempore regio illa maritima plura suscepit nomina, ante inandita. Et prima quidem dicta est, & etiamnum dicitur, Britannia, à Britonibus advenis. Secundè Letavia, Celticè Llydaw, hoc est, terra hospita, à novis hospitibus, quos Lætos appellari vidimus in loco. Tertio Neustria, Celticè Nevels-tir, hoc est, terra nova, sedes nova, à novis colonis, qui super ibi confederant, & nomen loco imposuerant; quod saculo v factum esse, ex dictis colligitur. Voyez ci-dessous, au mot Norman.
NEZ. On dit en proverbe, Mener par le nez. Se laisser mener par le bout du nez. Les Grecs ont dit aussi, vus inic dyur, parlant d'un imbécile, & qui se laisse conduire par autrui, comme nous voyons que l'on conduit les buffles & les ours, en leur passant une chaîne au muffle. Dans un des Dialogues de Jupiter & de Junon, Lucien fait dire à ce maître des Dieux: Est autem amor violentum quiddam, & non hominibus solum imperat, sed & nobis ipsis interdum. Sur quoi Junon répond: vus inic uut vus inic yt hominus iq? uui dyu et uui diptus, vus inic, qder. Danus. Et dans le Dialogue intitulé l'Hermotime, ou des Sèctes des Philolophes: Quod si hac parvi pendas, planè tibi persuadæas, nihil obstare quominus ab unoquque, quod aiunt nare trahatis; aut praiatum & siorscentem oliva ramum te sequi perinde ut avos, &c. De Brieux, Orig. de quelques Cout. anciennes, page 11. Autre proverbe: Prenez-vous par le bout du nez. On se sert de cette façon de parler quand on veut dire à quelqu'un que c'est à faux qu'il nous accuse, & que c'est justement qu'on lui reproche qu'il est coupable du crime dont il veut notreir les autres. Turpe est Doctori, cum culpa redarguit ipsum. Mavius accusat Gracchos, Catilina Cæthogum. Cela est pris sans doute de notre ancienne Coutume, au tit. des Querelles qui naissent de médit, dont voici les termes: Nous avons dit des querelles personnels qui naissent de fait: or dirons de celles qui naissent de dit. Celles querelles naissent de lédanges, que les uns disent aux autres: & pour ce doit l'en sçavoir que les unes des lédanges sont criminaux, & les autres simples. La criminelle, celle de quey homme aurait desservi à perdre vie ou membre, se éteit vérité que l'on lui dis, si comme aucun reproche à l'autre larcin ou homicide, ou aucun autre crime de quey il est desservi à estre condamné à mort deshoneste: & pour ce doit l'en sçavoir, que si la plainte est faite de lédange, & cil qui en est querelle le reconnoit, & en est atteint, la Justice luy doit faire grievement amender par le chastel, & si doit faire amende à celuy que il a lédangie, si que il se prenne par le bout du nez, & die: De ce que je j'ay appellé larcen ou homicide, ou ce de quey il est atteint, je ay menti; car ce crime n'est point en toy, & de ma bouche dont je le dis, je suis mensonger. Et ce doit estre fait en assises ou en plets, ou en Eglise à jour solennel, afin que il apaire que le vice que il luy misit sus, ne soit pas en luy; pource que celuy qu'il luy dis, s'en reconnoit mensonger. En simple lédange, se cil qu'il a dit en est atteint, il le doit amender à la Justice, & à celuy qu'il lédange; & doit dire simplement, que la vilanie que il luy dis par folie, n'est pas en luy. Le même Auteur, ibid., page 139.
NIAIS. Je crois qu'il vient de vus, qui signifie ignorant; composé de la particule négative, & du verbe idus, qui signifie savoir. Quelques uns le veulent dériver de vus, qui signifie nouveau. Caïeneuve.
NIAIS. Les Fancons, Autours, & autres oiseaux qui servent à la volerie, pris dans le ni, lorsqu'ils n'ont encore que le duvet, sont appelés oiseaux niais, de nidus; comme qui diroit nidaria avos, que les Grecs appellent redargique. Caïeneuve. EFERUS - Recherches & Classification numériques N I A I S. M. de Caïeneuve le dérive de *risc*, qui signifie *ignorant*. Il ajoute, que d'autres le dérivent de *risc*, qui signifie *nouveau*. Il vient de *nideris*. Et c'est une métaphore priée des oiseaux qui font encore dans le nid. Le Président de Thou, livre 1. de son Poème de *Re Accipitraria* : *Ignavus vulgo* : *nico atque implumis habetur* : *Unde etiam nomen*. Voyez M. de Saumalfe sur Solin, page 771. ¶ On a dit *béjaune* dans la même signification par la même métaphore, pour dire un *apprenti*. L'Auteur de la Farce de Patelin : *Ce trompeur-là est bien béjaune*. ¶ Dans les Ecoles de Droit, on appelloit anciennement *Béjaunes*, les Institutaires. Et on disoit, *Faire payer le Béjaune*, pour dire *Faire payer la Bienvenue*. Un Decret de l'Université d'Orléans, inféré dans le livre manuscrit de la Nation Germanique : *Petrus de Dimavilla*, *utrisque Juris Professor*, *Rector*, & *Collegium Universitatis florenti*, & *frulliferi Studii Aureliani*, &c. Item : *quod nullus Aurelianis studentis*; in *quocumque flatu*, *gradu*, *ordine*, *vel dignitate fuerit constitutus*; *quocumque ad studentum hic de novo venientes*, *ad solventum suum Bejanum*, *vel suum novum aut jocundum advenium*; *per captionem*, *ablationem*, *aut sublationem librorum*, *unius*, *vel plurium*, *aut aliorum pignorum*, *vel alio quovis modo*, *compellere audiat*, *vel prasumat*. Eguinarius Baro, dans une de ses Notes marginales sur la troisième des Constitutions de Justinien, mises devant les Digettes : *nervos nos vocabani*, *quasi nullus adhuc pretii* : *quos Ministros hodie Galli appellant*, & *Bejanos*. ¶ Voyez Jean Langlée dans ses Sémestres, livre VI. chapitre 2. Les Clercs de la Basochie de Paris, pour avoir leurs privilèges de Bazochiens, prennent encore aujourd'hui des Lettres qu'ils appellent de *Béjaune*. Et en Ecolie, où le Cours de Philosophie est de quatre ans, on appelle encore aussi à présent *Béjanos*, ceux qui étudient pour la première année : & *Semi-béjanos*, ceux qui étudient pour la seconde : & *Baccalaureos*, ceux qui étudient pour la troisième : & *Magistros*, ceux qui étudient pour la quatrième. Les Allemands se servent de la même métaphore ; appellant un niais *Gelbschnabel*, c'est-à-dire, mot pour mot, *jaune-bec*. Et dans leurs Universités, on appelle *Béjaune* (en Latin *Beanus*), l'Ecolier qui n'a pas encore assez étudié pour porter la qualité d'*Etudiant*, & pour acquérir ce qu'on y appelle *Privilegium Studioforum*. Et on y reçoit cette qualité d'*Etudiant*, en vertu de la Lettre de Béjaune : laquelle est donnée par le Principal du Collège à l'Ecolier qui vient de quitter la qualité de *Béjaune*, pour prendre celle d'*Etudiant*. Et en faveur de cette Lettre de Béjaune, un Ecolier Béjaune n'est plus à la férule, n'y au fouet : & il commence à jouir des droits & des privilèges accordés aux Etudiants par les Constitutions des Empereurs & de l'Empire. Et un de leurs principaux privilèges, c'est d'être exempts de la Jurisdiction du Magistrat du lieu, & de n'être point obligés de emparoir devant lui, si ce n'est pour vertes : car pour les autres affaires, il ne reconnoit pour Juge que le Recteur de l'Université. Pour quitter le nom de *Béjaune*, on a introduit dans les Universités d'Allemagne, une solennité que l'on appelle *Deposition*. Et il faut subir cette solennité avant que de recevoir la Lettre de Béjaune : ce qui se fait de cette sorte : Le Bedeau de l'Université, qui est celui qui fait cette cérémonie dans une des chambres du Collège ; oblige d'abord les Béjaunes de se coucher à terre, la tête entre les jambes les uns des autres, ayant chacun au cou une manière de grand scapulaire de Moine, avec une espèce de capuchon sur la tête. Le Bedeau prend ensuite un rabot de bois, qu'il leur passe sur le dos, comme s'il leur vouloit ôter ce qu'ils ont de plus grossier. Et ensuite il prend une hache de bois avec laquelle il feint de leur ôter aussi ce qu'ils ont de plus matériel. Et avec cette fiction, il ne laisse pas de leur faire sentir de tems en tems quelques coups de hache. Après cela, il les fait lever : & il les fait asseoir ensuite sur un siège qui n'a qu'un pié : lequel pié est au milieu du siège : & il leur cure en même tems les oreilles avec une grosse cuiller de bois. Et puis il fait semblant de leur arracher une dent, & de nettoyer les autres avec un gros curedent de bois. Cela fait, il feint de les disposer à mourir. Pour cela, il leur fait faire leur Testament. Et il se fait léguer quelque petite chose galante & bouffonne, qui lui est délivrée sur le champ. Ensuite les Béjaunes font semblant de mourir, étant couchés le ventre contre terre, les uns auprès des autres. Le Bedeau fouille ensuite dans leurs poches : d'où il emporte tout ce qu'il y trouve. Les Béjaunes parénavant ainsi morts, le Bedeau les appelle à haute voix : comme pour les ressusciter ; en leur criant, *Surgite Beani*. Et si quelque Ecolier se leve à ce cri, il est traité de grime, & le Bedeau lui donne quelques coups. On leur crie ensuite d'une voix plus haute, *Surgite Studiofi*. A ce cri, ils se levent tous : & ils sont traités de *Metteurs*. On les mène ensuite chez le Gymnafsarque, auquel le Bedeau rend témoignage de la Déposition qui leur a été faite. Alors le Gymnafsarque, pour achever la cérémonie, leur met une pincée de sel sur la langue, & répandant sur leur tête deux ou trois gouttes de vin, il leur dit, *Accipite sal sapientia*, & *simum prudentia*. Et il leur expédie après cela des Lettres de Béjaune, qu'ils portent chez le Recteur. Et ces Lettres leur servent d'attestation comme ils ont subi la Déposition. Ils sont ensuite immatriculés *in albo Studioforum*, & reçus dans l'Université avec tous les privilèges & tous les honneurs dont jouissent les Etudiants. C'est de la manière que se fait dans les Universités d'Allemagne la Déposition des Béjaunes : laquelle est plus amplement décrite dans des Traités particuliers sous le nom de *Pennadismo*. Ce Discours touchant ces Béjaunes d'Allemagne, m'a été donné par M. Jean Philippe Smith, de la Ville de Strasbourg, homme de beaucoup de mérite dans les lettres, & mon ami particulier. Je ne doute point que le mot de *Beanus* n'ait été dit par corruption, pour *Béjanos*, & que *Béjanos* n'ait été fait du François *Béjaune*. J'ai appris de M. Polycarpe de Sengéber, de la Ville de Brumivic, Professeur en Droit dans l'Université d'Angers, que dans les Universités d'Allemagne on délinisoit de cette sorte le *Beanus* : *Beanus*, est *asinus nesciens vitam Studioforum* : & que les premières lettres de ces mots formèrent cette définition. M. EFERUS - Recherches & Classification numériques
NICE. Vieux mot inufité qui signifie simple. Le Roman de la Rose : Ainsi puer bons, se trop n'est nice, Garder soy de tuit autre vice. De nice, on a fait le diminutif nicette. Dans le même Roman : Nicette fut, & ne pensait A nul mal-engin, quelqu'il soit. Regnier, Satyre XVI. Mais il faut en aimant s'ayder de sa fineffe, Et s'avoit rechercher une simple maitrefe, Qui s'ens vous aservir vous laiffe en liberté, Et joigne le plaifir avec la fentref : Qui m'sache que c'est que d'être courriiffe : Qui n'ait de maint amour la poitrine embraffe : Qui soit douce & nicette, & qui ne s'sache pas, Apprentive au meftier, que valent les ap-pas. De nefeius : dont les Espagnols ont auffi fait necie. Henri Etienne, dans son Apologie pour Hérodote, liv. 1. chap. 3. confond niatis & nice. NIAIS, dit-il, que le vieil François disait nici. M.
NICHE. Les enfonçures que les Architectes font dans les murailles pour y loger des Statues, sont appelées niches : parce que la partie supérieure, qui se termine en demi-voite, est d'ordinaire façonnée en forme de coquilles d'huîtres canelées, que les Italiens appellent niches. Caenue. NICHE de statue. Les Italiens disent nichia dans la même signification : & c'est de ce mot Italien que le François a été fait : & ce mot Italien a été dit par métaplasme, de nichio (qui signifie une coquille), à caule de la ressemblance d'une niche à une coquille. La Crufea : E a smiglianza di nichio, diciamo nichia, a guegii s'avati degli edifici, dove si metton le statue : Lat. adicula; dicono i Comematori di Vitruvio. Philander, sur Vitruve, veut que nichia ait été dit de nichio, à caule qu'on orne de coquilles, les niches des statues. J'ai cru autrefois que ce mot avoit été fait de nidulus, diminutif de nidus. Et cette étymologie n'a pas dépli à M. Ferrari. A Latino nidus & nidulus, nitulus, nichio. Quod postea etiam Menacio observatum vidi. Sicui in tabernifidi, in quibus libri, & aita merces, separatim collocabantur. Marriatis : De primo dabit, alteroque nido. Inde & loculamenta statuarum, nidi, niduli, nichi; dit M. Ferrari, dans ses Origines Italiennes, au mot enaccare. Il y a divertité d'opinions touchant l'étymologie de nichio, dans la signification de coquille. M. Guyet dérivoit ce mot de nux nucis, de cette maniere : Nux, nucis, nictum, nuculum, nictum, nichio, nichio. M. Ferrari, au lieu allégué, le dérive de nitulus, qui est une espèce de coquille. Nitulus, nitulus, & par le changement ordinaire de l'M en M, nitulus, nichius, nichio. Cette étymologie ne me déplaît pas. M. NICHE : faire niche a quelqu'un. Nom disons auffi faire la nique a quelqu'un : qui sont deux mots à peu près de même signification. Voyez nique. M.
NICHIL-AU-DOS. Henri Etienne, dans sa Préparation de l'Apologie d'Hérodote, page 348. Et s'il faut auffi parler de la mécanique, faisait-il pas bon voir un grand Seigneur : voire un Roy ; portant des manches de deux paroisses ; c'est-à-dire, dont la moitié esoit a oflade, & l'autre moitié de velours ! Voire quelquesols au pourçans de trois paroisses : car le corps esoit de demie oflade, le bano des manches, de cuir ; & le bas, de velours. Bien est-il vray que le devant auffi avoit environ deux doigts de velours ; & pour ce qu'il n'y en avoit aucunement à l'endroit du dos, on appelle cette sorte de pourpoinés, nichil-AU-DOS. Duquel mot, ont depuis ufe plusieurs, qui n'entendans son origine, ont prononcé nichilodo. Et a esté appliqué ce mot généralement à toutes choses qui avoient une montre en l'extérieur à laquelle l'intercourse ripondeit point : mais principalement, quant aux habits : comme encore, pour le jour a'huy, les cotes, ou vasquines, qui n'ont que le devant de quelque drap de seye, & le reste de toile, ou de quelque autre telle maitre (telles que les portent aujourd'hui plusieurs Damoi-felles), selon cette signification peuvent être appelées. Cottes à la nichilodo. Au lieu de nihil, & de mihi, nos Anciens prononçoient nichil, & mi hi. Les Glofes anciennes : nichil, mihi. Les Glofes Grecques Latines : nichilo, nugatorius, gerra. Nichilo indeclinabile est, ufe & his; nichilo minus. & his; nichilo plus. Voyez Leonard Arétin, dans ses Epières. Et de là, le mot annichil. L'ancien Dictionnaire Latin François du P. Labbe : inanius, adnichil. Jacques Peletier, dans son Dialogue de l'Orthographe, page 102. De mesme, parce que du temps barbare on prononçoit michil, nichil, au lieu de nihil, nihil : là où ils failloient si doublement, que, sans la pauvreté du temps, qui les sauvont, je ne croy point qu'ils n'en eussent esté panis en ce monde ici ou en l'autre. Nous en avons le mot François annichilier : au lieu duquel, si nous voulions maintenant dire annichilier, Dieu fait comment on crierait après nous, & non sans caule. M. NICODE ME. Nom de ce Magistrat Pharisi qui eut de nuit avec le Sauveur, l'entretien rapporté par S. Jean, chap. 3. Ce nom, qui en Grec n'a rien que de relevé, n'offre en François qu'une idée fort baffe. Il en est de même de Nicaise & de Nicolas. On regarde ces trois noms comme une extension du mot vice, & cela dans notre imagination garée fait un fort mauvais effet. On fait quel est le rolle de l'Avocat Nicodeme, dans le Roman Bourgeois de Furetiere. L'apprenti Marchand Nicaise est connu par les Coptes de la Fontaine. Et pour ce qui est de Nicolas, il n'y a qu'à lire cet endroit du pédant joué, où Matthieu Gareau parlant du frère de son maître, dit que c'étoit un bôf Nicolas qui s'en allie tout devant ly, burlu brelu. Gloffaire sur les Noëls Bourguignons, au mot Nicodeme. Ce que dit ici l'Auteur du Gloffaire se rapporte à notre tems, & n'étoit pas ainsi autrefois, puisque la dernière des cent Nouvelles Nouvelles, intitulée Le sage Nicaise, représente en la personne de ce jeune homme un grand Clerc, qui n'avoit pas moins d'esprit que de prudence & de vertu, & qui n'étoit certainement rien moins qu'un fort. Au reste, Nicodeme est un nom Grec, qui veut dire, vainqueur du peuple : de vœu vaincre, & d'un peuple. Nicolas signifie la même chose ; de vœu peuple. Nicaise, victorieux ; du même verbe vœu.
NICOTIANE. Herbe : appelée autrement petun. Elle a été appelée Nicotiane, de Jean Nicot. EFERUS - Recherches & Classification numériques Maitre des Requêtes ; lequel étant Ambassadeur en Portugal, l'envoya en France en 1560. comme il l'a écrit lui-même dans son Dictionnaire. Catherine de Médicis la voulut faire appelier Médicée, de son nom, comme il paroît par cette Epigramme de Bucanan : Bachus ab Hesperitis rediens Nicotius oris, Nicotianam retulit : Nempe salutiferam cunthis languoribus berbam: Prodefe cupidus patria. At Medice Catharina, nabama, lueque suorum, Medaa saculi sui, Ambitione ardens, Medicæ nomine plantam Nicotianam adulterat. Utque bonis cives prius exuit, exultē herba Honore vult Nicotium. At vos auxilium membris qui quartitis agris, Abominandi nominis A planta cobibete manus ; os claudite; & aures A poſte terra occludite. Nectar enim virus fiet, panacea venenum, Medicæ si vocabitur. Et de-là vient qu'on l'appelle en plusieurs lieux de France, Herbe à la Reine : & que les Italiens l'appellent Erba Regina. Mais pour le marquer en paſſant, ils l'appellent aussi Tornabuona, d'un nommé Tornabuoni, qui la porta de France en Toſcane. Voyez mes Origines Italiennes. Voici l'endroit de Nicot : NICOTIANE, eſt une eſpèce d'herbe, de vertu admirable, pour guerir toutes navrures, playes, ulcères, chancres, dantes, & autres tels accidens au corps humain ; que Jean Nicot, de Nîmes, Conſeiller du Roy & Maître des Requeſtes de l'Hotel dudit Seigneur, étant Ambassadeur de ſa Majesté Tré-Chrétienne en Portugal ( lequel a recueilli ce prſent Tréſor, ou Dictionnaire de la Langue Françoiſe ), envoya en France l'an 1560. dont toutes les Provinces de ce Royaume ont été engées & peuplées : à cauſe de quoy, ladite herbe a obtenu & porte le nom de Nicotiane : pour de laquelle ſavoir l'histoire entière, voyez le chapitre 59. du livre 2. de la Maison Ruſtique. ¶ Il paroît par ce diſcours de Nicot, que Bucanan s'eſt trompé, diſant que ce fut Nicot lui-même qui apporta cette herbe en France : mais la ſaute n'eſt pas grande. M. NIEBLE : brouillard. Jean le Maire de Belges, dans ſa ſeconde Epiſtre de l'Amant vert : Finalement ſurvint belle lumiere, Sans encombre de nieble ou de ſumiere. De nebula : d'où auſſi l'Alleman nebel, qui ſignifie la même choſe. Le Duchat.
NIECE. Ce mot eſt ſorti du mot Latin-Barbare neptia, tiré par corruption de neptis. Arnon, Archevêque de Salſbourg, dans un Recueil de quelques Actes faits du tems de Charlemagne, qui ſe volent au 2. vol. de Caniſius : In quo & neptiam ſuam Chriſti ſamulam Erndrudam conſtituit. Caſeneuve.
NIELE. Ceſt à dire nichée. De nidata, fait de nidus. Ce mot, qui eſt encore en uſage à Metz, ſe trouve en la même ſignification, page 441. des Œuvres d'Alain Chartier, dans ſon Quadriloque Inveciſt en ces termes : Et en ſey conſtituant comme les grans larrons, qui emblent à la Seigneurie, nour- riſſent & ſoutiennent une niée d'autres larronneaux pour rober ſur le peuple. Le Duchat.
NIELLE. Ceſt le nom d'une maladie des blés, cauſée par les brouillards, par la pluie qui tombe durant l'ardeur du Soleil, & par un excès d'humidité. Il vient du Latin nigella, parce que la paille & l'épi en deviennent noirs & brûlés. Et ainsi l'herbe poivrete, ou barbue, eſt appellée en François nielle ; en Latin nigella ou papaver nigrum ; & en Grec μολιόβας, qui eſt un diminutiſ de μολιόβας, qui ſignifie noir. Caſeneuve. NIELLE ou NUILLE. M. de la Quintinye : Nielle, ou nuille, eſt une maniere de rouille jaune qui ſe met ſur le blé, & ſur le pied & les feuilles des melons, quand il eſt tombé quelques eaux froides deſſus. De nebula. Denis Godefroy, ſur la Loi xv. au Digeſte Locati : Galli nellam, quasi nebulam vocant. En Languedoc, on dit que le blé eſt nenillat, quand il eſt gâté par la nielle. Neulla, c'eſt nebulatus. Budée ſur les Pandectes, fol. 148. verſo : Rubigo, vel. arugo, niſi ſalior, eſt quam nuillam noſtrates agricola vocant. M.
NIELLE. Plante : ainsi appellée de nigella. Ceſt comme l'appellent les Herboliſtes, à cauſe de ſa graine noire : pour laquelle les Grecs l'ont appellée μολιόβας, & μολιόβας. Nous l'appellons autrement poivrete, pour la même raiſon. Voyez les Médecins de Lyon, livre vii. chapitre xi. & livre iv. chapitre 33. M.
NIELLE. Eſpèce de monnoye : ainsi appellée par corruption pour Neſle ; parce que cette monnoye fut fabriquée premièrement dans la Tour de Neſle à Paris. M.
NIGEON. Couvent des Minimes de Chaillot, près de Paris. J'ai traité de l'étymologie de ce mot dans mes Preuves ſur la Vie que j'ai écrite de Joſeph le Tellier, Général des Minimes, imprimée à la fin de la Vie de Pierre Ayrault, Lieutenant Crimine d'Angers, & de celle de Guillaume Ménage, Avocat du Roi d'Angers. Et voici ce que j'en a dit : J'ai appellé ci-deſſus, à la page 519. dans la Vie de Joſeph le Tellier, Général des Minimes, Cernobium Nimionense, le Couvent des Minimes de Nigeon ; & je l'ai ainsi appellé, fondé ſur cet endroit du Teſlament de S. Berthran, Evêque du Mans : Item mihi placuit delegare, ut villa de Nimione, ſita in Territorio Parifiaco, cum vinels, quæ ſundi ratione, aptæ ad plaſtarias & vinitores eſſe noſcuntur, quas Bihi Domnus Clotarius Rex dedit, dum laicus fui, ſundumque quem dedit ſepius laudatus, tam de hſco, quam de comparato poſſidendum, ſanctæ Eccléſiæ Parifiacæ, ſub cujus gratia nutritus ſum, ad iſitegrum volo eſſe donatum. Ce Teſlament a été imprimé par Courvaſiſer dans ſes Vies des Evêques du Mans. Ce qui eſt dit dans cet endroit de ce Teſlament, de la ſituation de cette maiſon de Nimione, & de ce vignoble propre à faire des plaſtieres, convient tout-à-fait à la ſituation de Nigeon. On a fait Nigeon, de Nimione, comme ſinge, de ſimia ; par le changement de l'I voyelle en J'conſonne. Ainsi de tibia, nous avons fait tige : de vadium gage : & de cavia & de grania ; qu'on a dit pour cavea & pour granex ; on a fait cage & grange. J'ai quelque opinion que cette remarque, qui eſt une de mes découvertes, ne déplaira pas aux amateurs des étymologies de lieux. M. NIGER : pour badiner. De nugari. M. EFERUS - Recherches & Classification numériques NILLE E. Croix Nillée. Terme de Blaron. Julien Brodeau, Avocat célèbre au Parlement de Paris, au chapitre 3. de la Vie de Charles du Moulin : Dans un livre, intitulé Recueil des anciennes Armoïdes de France, du temps du Réy Charles VII. il est fait mention d'un Jean du Molin, Seigneur de Fontenay en Brie, qui portait d'argent, à une Croix nilée à fer de moulin de sable, à une coquille d'or au milieu. Croix nilée, ou anillée, comme qui dirait anibilité, est une Croix qui n'est point large, mais étroite et menue, et une espèce de filet, et est ancrée, ou à fer de moulin, quand elle est façonnée à bœufs de recourbes, comme deux ancrees adossées, et un trou, quarre au milieu. Ce mot de nilée ne vient point d'anibilité. Il vient de mille, qui signifie le fer de moulin qui soutient la meule supérieure. C'est ainsi que les Parisiens appellent ce fer. Les Bas-Normans l'appellent nelle : & plusieurs disent Croix nellée. Je ne fais d'où viennent mille & nelle. ¶ Néel-lé signifie émaillé. Le Roman de la Rose : D'une bande d'or néelée Aux manches & col oullée. Perceval : En baffins d'argent néelées. Et ce mot, en cette signification, a été formé de nigellatus : comme nellure, qui est une sorte d'émaillure, de nigellatura. Voyez nellure. M.
NIMES. Ville de France. En Latin Nemau-fus. Wachter, page 1147. de son Glossaire Germanique, parle ainsi de l'étymologie de ce nom : Ni-mis, nemes, nemit, fortasse magnus, in veteri lingua Gallica. Dico fortasse : quia nescio an verus sit significatus. Puto tamen eum docendi causa sup-poni posse, donec indicium falsi aliunde fiat. Nam hoc panisper supposso, videor mihi explicare posse quid sit Nemau-fus, & Nimidus, & Nimiticus, & Vernemetis, quadrulca pro Gallicis habentur. Urbs Gallia Narbonensis NEMAUSUS, qua hodie Nimes, sic dicta videtur, velut magna. Cui interpretationi favet, quod in Inscriptionibus Romanis vocatur Colonia Augusta : quo nomine nonnisi amplissima civi-tates ornari folent, ut Cellarius in Orbe antiquo not-avit. Indiculus superstitionum & paganiarum S po-di Liptinenesis, art. 6. de Sacris Silvarum quæ Ni-midas vocant : id est magna. Glossa Isidori : Nimi-ticus, nimius, eximius, immanis. Vulgo legitur nimiticus. Sed in excerptis est nimiticus, observante Gravio in notis. Venantius Fortunatus, lib. 1. Poem. 9. Nomine Vernemetis voluit vochtare vetuitas, Quod quasi fanum ingens Gallica lingua re-fert. Qui de Gallicis Antiquitasibus super exposuit Mar-tinus, ver interpretatur magnus, & nemetos tem-plum, lib. 1. De Rel. Gal. page 181. & lib. v. page 369. conjectura, an fide alicuius dialecti, non indi-cas. Contra Baxterus veru dicit esse fanum, de Pe-lafgico ispis, pro ispis sacrum, quod magis probo. Vide eum in vocibus Durovernum, Linsdisfarne, & Vernometum. *
NIOT. On appelle ainsi en Anjou, & dans les Tome II.
NIP. NIQ. NIT. NIV. 249 Provinces volishes de l'Anjou, l'œuf qu'on laisse dans le nid des poules. Les Bas-Normans l'appel-lent nien. Tous ces deux mots ont été faits de ni-dus. Nidus, nidotus, NIOT. Nidus, NIEU. M.
NIPPES. En Espagnol naypes, cartes à jouer. M.
NIQUE. Faire la nique. C'est se moquer en haussant le menton ; naso suspendere, dit Nicot. L'origine de ce mot ne m'est pas connue. ¶ Voyez niche. ¶ Les Anglois appellent un sobriquet, & nico-name ; c'est-à-dire, un nom de nique. M.
NIQUE. Je crois que ce mot vient de l'Alle-man niche, ou niche, en la signification de, je ne m'en soucie pas, ou, je n'en ferai rien. Les Alle-mans usent ordinairement de l'un de ces deux mots en secouant la tête, lorsqu'ils font la nique à quelqu'un ; ce qu'ils sont en faisant sonner deux ou trois doigts de la main au nez de celui à qui ils font la nique ; de la même manière que nous nous y prenons pour ce que nous appellons, faire nar-gue à quelqu'un. Dans le Catholicon d'Espagne il y a un quatrain, suivant lequel on pourroit croi-re, que faire la nique à quelqu'un, ce seroit pré-senter hardiment le nez à celui qui voudroit nous faire nargue, ou nous donner des nazardes. Voici ce quatrain : Le petit Guifart fait la nique A tous vos quatrains & sonnets : Car estant camus & punais, Il ne sent point quand on le pique. Le Duchat.
NIQUE. Je dérive ce mot du verbe Alleman niche, qui signifie hocher la tête. On dit dans le stile badin : Les maux terminés en ique Font aux Médecins la nique. *
NIQUET. Petite monnoye, valant trois mailles ; fabriquée à Paris par ordre de Henri V. Roi d'Angleterre. Voyez les Mémoires de Pierre de Fenin. M. NITOUCHE : ou, comme on prononce au-jourd'hui, mitouche. On traite de Sainte Nitouche ou Mitouche, une femme qui fait la prude, la dé-goutée, comme si elle ne daignoit toucher aux mets qu'on lui sert : & aussi une personne dissi-mulée & patelineuse, pour dire qu'elle pince sans rire, & que quand elle raille, il ne semble pas qu'elle y-touche. Nitouche est une corruption de n'y touche, composé de la particule ne, de l'adver-be local y, & de touche, impératif ou indicatif du verbe toucher. Aussi Rabelais a-t-il dit, Sainte Ny-touche. Nitouche se trouve dans Oudin, & aussi dans les lettres de Guy Patin à Charles Spon, let-tre 71. Mitouche est une corruption de mie touche, ou plutôt de nitouche. On trouve mitouche dans le Recueil des Poésies du sieur Vergier. Le Duchat. Voyez ci-dessus mitouche.
NIVEAU. De libellum, dit, par métaplasme, pour libella. L'N se change souvent en L : comme EFERUS - Recherches & Classification numériques 250 NIV. NOB. NOC. NOE. NOG. en lympha, de nivae, &c. On disoit anciennement livem, & ce mot se trouve dans Nicot. Les Italiens disent encore livelare, pour niveler. Mais les Espagnols disent niveler, en changeant, comme nous, L. en N. M.
NIVELER. Voyez nivem. M.
NOBLE. Monnoie d'Angleterre : ainsi appelée à cause de l'excellence de l'or dont elle étoit faite, dit Voëssus, de Vitis Sermonis, livre 3. chapitre 12. Voici ses termes : Ex auro nobilissimo; unde Nobilis vocatus; ab Eduardo III. anno cujus 1344. circa quod tempus institutus Ordo Georgianus, sive Persicelidis; ut & inde Georgiani Nobilis Spelmanne dicti videantur. On l'appelle d'ordinaire Noble à la Rose, à cause des Roses rouges & des roses blanches des Maisons de Lancaître & d'York. ¶ Rabelais 3. 34. Et luy mis en main, sans mot dire, quatre Nobles à la Rose. M.
NOCES. Du Latin nuptia. Autrefois on écrivait nopces, & depuis on a retranché le p. On dit en proverbe : Jamais homme ne se trouva à telles noces. Jamais homme ne se trouva si étourd, si maltraité, & si bien étrillé. Cela vraisemblablement est pris des noces de Basché, où quand Chicanoux venoit faire ses exploits, gantelets faisoient aussi les leurs sur mandibules, sur bricher, & sur épaules. Oudant sous son suppli avoit son gantelet caché : il s'en chauffe comme d'une mitaine, & de dauber Chicanoux, & de draper Chicanoux, & coups des jeunes gantelets pleuvoit de tous côtés sur Chicanoux. Des noces, disoit-il, des noces, des noces, vous en souvienne. Il fut si bien accoutré, que le sang lui sortoit par la bouche, par le nez, par les oreilles, & par les yeux : au demeurant, courbato, épantré & froisse, teise, nuque, dos, poitrine, bras, & tout. Coyze qu'en Avignon au temps de Carneval, les Bacheliers onc ne jouèrent à la raphe plus mélodieulement que fut joué sur Chicanoux. Enfin il tombe par terre, & ne sais s'il fut bien pensé des Mires du pays. De Brieux, Orig. de quelques Cont. anciennes, page 105.
NOCHER. Voyez naucher. M.
NOE, ou NOUE. On appelle ainsi en plusieurs Provinces de France de deca Loire, un petit pré à herbe courte. On dit noe en Anjou, & noue en Normandie. Je ne sais pas bien d'où vient ce mot. Je crois pourtant qu'il vient de nova, en sous-tentant prata, au singulier féminin, dont nous avons fait pré; mot fort usit: en Anjou. Et ainsi une noue, ou une noe, aura signifié originellement de la terre mise nouvellement en pré. Voy x novales. ¶ Il y a plusieurs Terres & plusieurs Familles en France du nom de la Noue, ou de la Noe. M. On appelle ainsi en Basse-Normandie un petit pré. S. Add.
NOEL. Voyez Nouel. M.
NOGENT. Nom de lieu. De Novigentum. Voyez la Notice des Gaules de M. de Valois. M. NOGENT-LE-ROTROU. Gros Bourg du Perche. De Rotrou, Comte de Mortagne, & Seigneur du Bourg de Nogent. Voyez mon Histoire du Sable, livre vii. chapitre 9. M.
NOGENT-LE-ROI. Mon Histoire de Sable, page 7. Cet Isembert, au reste, dont Hubert Rasorius avoit épousé la fille, étoit Seigneur de Pitiviers, ou Piviers; dit aujourd'hui Pluviers : lieu célèbre de la Brausse, dans le Diocese d'Orleans. Et si était autre cela Seigneur de Nogent l'Isembert : ainsi appellé de son nom : & dit depuis par corruption, Nogent l'Erembert : & ensuite, Nogent-le-Roi, après qu'Isabach, Comtesse de Chartres, l'est transporté au Roi Philippe Anguste. Voyez Du-Choine dans son Histoire des Comtes de Champagne. M.
NOIAU. De nucellus. Nux nucis, nucus, nucellus, NOIAU. Nucleus vient aussi de nucus. Noculus, nucucus, & par contraction nucleus. ¶ En Arabe, nawa, signifie un noam de datte, ou d'olive : & nawa, ou nosai, au plurier, des noaux de datte ou d'olive. Mais c'est par hazard que cela se rencontre ainsi. M.
NOIER. Il vient de necare. La Chronique de Grégoire de Tours abrégée, chap. 19. Marrem eins lapide ad. ollum ligato necare jussifi. Le Continuateur d'Almoin, chap. 40. Partim in Axona necati sunt, &c. Reginon, liv. 2. de sa Chronique : Gialbertus in Rhezo submersus necatur. Les Galcons disent negâ : & en l'art. 83. de la Loi des Allemans, il y a anegare. Marius Aventicensis, seu Lausanensis Episcopus, en la Chronique de Grégoire de Tours : ita in Valenti Territorio Rhodamus exundavit, ut coptas mefium denegaret. Les Grammairiens Diomède & Pricien ont remarqué, que des deux préterits de ce verbe, necavi & necui, le premier signifie proprement tuer par le fer, & l'autre suffoquer. Caïeneuve. Voyez noyer.
NOISE. Joseph Scaliger, sur les Priapées, dit que ce mot vient de noxia, qui dans les bons Auteurs signifie débas & contention. Petrone : In mediam noxiam perfertur. Autone : Sape in conjugis fit noxia, cum nimia est dos. Caïeneuve.
NOISE. De noxia, ou de noxa, employés par les Latins dans la signification de jurgium, & de simultas. Petrone : In mediam noxam perfertur. Autone : Sape in conjugis fit noxia, si nimia est dos. Manile, livre 2. Diligent alia, & noxas bellumque moverent. Voyez Scaliger sur ce vers de Manile. Jean de la Coste, sur ces mots du paragraphe 1. au Titre des Institutes De Naxalibus Actionibus : NOXIA, IPSUM MALEFICUM : Noxia, qua & noxa passum dicitur, & in veteri Glossario, noxatio, est iubum, crimen. Aliquanda tamen est juryum, vel simultas : unde in idiorismo dicimus noise. Antonius, &c. Manilius, &c. ¶ Mathias Martinius : Noxia, jurgium. Antonius : Sape in conjugis fit noxia, si nimia est dos. Cette étymologie n'a pas plu au P. Labbe. Il l'a réfutée en ces termes, qui sont de la page 84. de EFERUS - Recherches & Classification numériques la seconde Partie de ses Etymologies Françoises : NOISE, bruit & tumulte, tel qu'il arrive, quand en déchargeant on jette ou qu'on renue des noix dans un grenier. Quelques-uns aiment mieux faire venir noise, de nocere : & à ce sujet, rapportent le vers du Poire Anfone, Sarpe in conjugis est noxia, cum nimia est dos ; quoique noxia de ce lieu, ne soit point substantif, mais adjectif. Noxia dos, qu'à nimia. Le Lodeur jugera laquelle de ces étymologies est la véritable. ¶ Périon, qui le croiroit ; dérivoit noise de 1600. Noux enim, dit-il, non salum morbus, se voipè putatur, dicitur, sed etiam omnis animi perturbatio. M.
NOISETTE. C'est le fruit du coudrier. De nucetta, diminutif de nux nucis ; comme qui diroit petite noix. Les Grecs ont dit de même 200 000ijous : & les Latins, nux minima. Le faux Macer : Ex minimis nucibus nulli datur esse salubris. Les Angevins disent noisille : de nucilla. ¶ Le Latin nux a été fait du Syriaque lux : ce qui a été remarqué par Joseph Scaliger, dans ses Etymologies Varrosiennes ; & par le Loyer, dans le premier livre de ses Spectres ¶ Du nom noisette, & du verbe caffer, on a fait le mot de caffe-noisette. Les Latins ont dit de même, nucifrangibulum : & les Grecs, 2000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000
NOMBRE. De numerus : par le changement de l'M en B : comme en chambre, de camera ; en marbre, de marmore ; en Nembrod, pour Nembrod, M.
NOMBRIL. D'ambilicus ; en y préposant une N. Alni nous disons en Anjou nanse, pour anse. ¶ Les Gasçons disent bringeul, mot formé d'ambiliculus. M.
NOMPAREIL. De non, & de parilis : c'est pourquoi il faudroit écrire nonpareil : mais nous changeons l'N en M devant le B & le P, pour adoiser la prononciation ; comme en ambre, pour anbar, &c. M.
NONCHALANT. Quoique nonchaloir soit formé de la particule non, & du verbe chaloir, qui signifie soucier & se mettre en peine de quelque chose : cependant Joachim Perion, & Jean Picard, livre 4. De prisca Celopadia, le sont venir de 1000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000
NONCHALOIR. Jean Picard, Périon, Nicot, & M. Lancelot, le dérivent de 1000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000
NONNAIN. Les Religieuses étoient appelées nonna, nonnanes, & nonnana ; comme on peut voir dans les Capitulaires de Charlemagne, chap. 1. tit. 17. chap. 5. tit. 2. 3. & 78. & chap. 7. tit. 316. Les derniers Grecs ont aussi appellé une Re- ligieuse, 1000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 Stat sexus rudis, inquisque belli, &c. Et puis en un autre endroit : Hic audax subit ordo pumilenum, Quis natura brevi flatu perallo, &c. Or les Religieuses furent appelées Nonna, par honneur & par respect qu'on portoit à la chasteté. S. Jérôme écrivant à Euftochium, parlant des veuves ; Quia Maritorum experta dominatum, viduitatis praferunt libertatem, castz vocantur, & Nonnæ. Les Religieux étoient aussi appelées Nonnæ, pour la même raison. Le Concile d'Aix-la-Chapelle, tenu l'an 816. art. 18. Ut qui proponuntur, Nonnæ vocantur, hoc est, paterna reverentia. Et la Règle de S. Benoit : Juniores autem, Priores fues Nonnos vocent ; quod intelligitur paterna reverentia. Et le Glos. Arabico-Latin Nonnus major. Matthias Martinius, dans son Lexicon Philologicum, dit que ce mot vient de 1000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000000 Ut sicut Nonnus scripsit futilique sacerdot Hieronymus noster. Caieneuve.
NONNAIN, NONNE. De Nonna, Nonnana, ou Nonnanis, dont les Ecrivains Latins du bas siècle se sont servi, premièrement, pour une pénitente ; & ensuite, pour une Religieuse. Saint Jérôme, dans son Epître xxii. ad Euftochium : Quia maritorum experta dominatum, viduitatis praferunt libertatem, castz vocantur & Nonnæ. Et dans son Prologue de la Vie de Saint Hilarion : In sanctis orationibus tuis mortemo mei, decus ac dignitas Virginum, Nonna Asella, Saint Boniface, épit. 19. Si reus inventus fuerit, ut cum velata & consacrata Domino Nonna concubidisse, &c. Fornicantem per Manasteria Nontarum. Benoit Levite, liv. v. chap. 78. Ut condignum professioni eorum custodiam habrant Canonici, vel Monachi, atque Nonnanes, ne derur eis occasio malefaciendi, quod absit. Les Traditions de Fulde, livre 2. nombre 18. Reliquia, quas Eimbilis Abbatissa donavit, & tradidit illis Nonnanis. Vossus a recueilli plusieurs autres passages touchant ces mots Nonna, Nonnana, & Nonnanis, que vous pouvez voir dans son de Vitis Sermonis, livre 2. chap. 13. Comme Nonna a li ij I EFERUS - Recherches & Classification numériques été dit des Religieuses, Nonni a été dit des Religieux; mais des Religieux Supérieurs. La Règle de Saint Benoit: Priores, juniores sus, Fratres nomines: Juniores autem, Priores sus Nonnos vocant; quod intelligitur paternâ reverentiâ. Et dans le Synode: Ut qui praponuntur, Nonni vocentur; hoc est, paternâ reverentiâ. Le Père Sirmond dans ses Notes sur les Capitulaires de Charles le Chauve, page 58. rend la raison de cette signification de Nonni. Nomen, dit-il, ex reverentia inditum, quo modo apud Graco Calogeri Monachi dicti, & Calograze Monacha. Nonnos enim & Nonnas nunc etiam Italiæ vos & avias dicunt. Quare ut hic Nonna sunt Monacha, sic inter Monachus etiam, est qui Priores erant, Nonnos, à Junioribus ob paternam reverentiam vocari jussit Regula S. Benedicti. Mais Vossus, livre 1. de Vitiis Sermonis, chap. 6. estime que ces mots de Nonnus & de Nonna sont Egyptiens. Est autem vox Aegyptiæ; ce sont ses termes: hi enim Monachos Nonnos; Monachas, Nonnas vocant: ut traditum quoque Calio Rhodigino lib. v. Antiquarum Lectionum, cap. 11. Plane fallitur Amerbachius, qui è lingua Germanica originem arcissus. Censet enim vocabulum hoc propriè competere iis, qui se castraetur propter regnum Dei: idque, quia Germanis sic vocetur sus femina. Quanti verissimilius dixeris, Aegyptiaca Nonnus & Nonna, esse ab Hetrao 70 nin, id est, filius: erant enim Nonni filiorum, Nonna filiarum loco. J'ai cru autrefois que le mot de Nonnus venoit de celui de Monus, dit pour Monachus. La Chronique du Monastère de la Novaleze: Nam ipsi Moni hoc decretum ab ipso sua fundationis die uique ad defturitionem ipsius loci ultimam, quam fecerunt Saraceni, qui de Fraxandrit venerunt, inviolabiliter & inconcussie tenuerant. La même Chronique: Tunc Monus Acephalus ait: Si mihi dederis Abbatiam, & contra Abbarem meum tenerum feceris, cartas patris tibi reddam. Et que pour Monus, on avoit dit Nonus; M. en M. commu oymum, pour oymum; nappa, pour mappa; matta, pour matta, &c. Et topic se trouve dans Palladius pour topic, c'est-à-dire monialis. Voyez M. de Saumais sur Solin, page 1170. & Nicot en son Dictionnaire, & Meuribus en son Glossaire. Mais aujourd'hui je fais persuadé que Nonni est un mot pur Egyptien: comme en effet, il a toujours été, & est encore en usage dans la langue Egyptienne; & il ne signifie rien dans les autres Langues. Que si Nonni le disoit au lieu de Moni, il ne s'écrivoit que par une simple. Moni est un abrégé ordinaire de Monachi. M.
NONNAT. Dans l'Ordonnance de la Marine, livre v. titre 2. article 13. de la Pêche: Deffendons de faire la peiche du Gangui & du Bregin, & celle du Marqueseque, ou du Nonnat, pendant les mois de Mars, Avril, & May: à peine de confiscation des filets & bateaux, & de cinquante livres d'amende. On appelle ainsi à Marfeille les petits poiffons qui ne sont que d'éclore. Je n'en fais pas la raison: car je ne puis être de l'avis de ceux qui dérivent ce mot de non natus. M.
NONNETTE. Petite Religieuse. De Nonnesta, diminutif de Nonna. M.
NONNETTE. Mésange. Belon VII. 14. Les mésanges portent une coiffure dessus la tête: comme aussi fait telle espèce de petite oye, qu'on nomme un cravant. C'est, dont toutes deux sont appelées Nonnettes. Et ensuite, Cette coiffure qui luy couvre la tose, est si noire, qu'elle en ternis: & luy prend jusques dessus la gorge, & par les coiffes du col. Voyez cravant. M.
NORMAND. Normandie. Tous les Auteurs anciens & modernes tombent d'accord que ce mot est composé de North, qui signifie Septentrion en Languit Allemands; & de man, qui signifie homme. Il n'y a que Glaber Rodulphus, liv. 1. ch. 5. qui, sans détruire leur opinion, la prend d'un biais un peu différent: Qui, videlicet Normanni, dit-il, nomen inde sumpere, quoniam rapius amore, primitus egregii ex Aquilonaribus partibus, audacter Occidentalem petiere plagam: si quidem Linguâ illorum propriâ North, Aquilo dicitur: Mint quoque populus appellatur. Inde vero Normanni, quasi Aquilonaris populus denominatur. Les anciens Historiens Anglois appellent Danis, ceux que les nôtres appellent Normans; parce que la plupart des peuples qui portoient ce nom, étoient forts du Dannemarck, & des autres Provinces de la Scandinavie, lesquelles étant fort Septentrionales à l'égard de la France, dominèrent occasion aux François de les appeler Normans. Adam Bremensis, dans son Histoire Ecclésiastique, liv. 1. chap. XI. Dani, & cateri qui trans Daviam sunt populi, ab Historicis Francorum, omnes Nordmani vocantur. Aussi cet Auteur, en divers endroits de son Histoire, les appelle Danis vel Nordmanos; pour faire voir que ce sont deux synonimes. Ce peuple ayant long-tems ravagé la France, nos Rois furent enfin contraints de donner à leur Prince en titre de Duché cette Province du Royaume que nous appellons maintenant Normandie, & dont on appelle les peuples Normans. Cafeneuve.
NORMAND. Du mot Alleman man, qui signifie homme; & de celui de Nort, qui signifie Septentrion. Guillaume le Breton, dans son Histoire des Gettes de Philippe Auguste: In diebus illis, venerunt Daci, sive Dani, de Scythia, duce Rôlone: & subjugaverunt sibi totam Neustriam; quam & Normaniam appellaverunt: vocabulo composito ab his duobus nominibus, Nort, quod sonat Septentrio; & man, quod sonat homo. Rigordus, dans son de Goffis Philippi Augusti: Carolus Calvus grini Ludovicum Regem: qui Carolum Simplicem. Tempore istius, Dani de Scicia, per Oceanum vecii, ceperunt Rotomagum: habentes Ducem, nomine Rollonem, qui multa Ecclesiis Dei intulit malg. Ille totam sibi Neustriam subjugavit; & a nomine gentis suam, Normaniam vocavit. Normani vero, linguâ barbarâ, homines Septentrionales dicti sunt: eo quod ab illa mundi parte venerint: NORT enim Septentrio; MAN, homo dicitur. Camden, au chapitre des Normans: Hi, à Septentrionali plaga, unde devenerunt, sic dicti; nam Nord-manni nihil aliud significat, quam Viri Septentrionales: quo etiam sensu Nord leudi; id est, populus Septentrionalis, appellantur (commisti enim erant ex Norvegorum, Succinum, & Danorum forissimis). Caroli Magni temporibus per Frissam, Belgicam, Angliam, Hiberniam & Galliam, piraticam tanta atrocitate exercuerunt, ut cum Carolus ille Magnus vidisset pradatoriæ eorum naves in Mari Mediterrane, effusis lathrimis ingemuerit, & dixerit: Contristet, quod me vivente aui sunt hoc litem attingere: prævideo quanta mala meo posteris sunt facturi: & etiam in publicis Ecclesiarum supplicationibus, sive Litaniis, fueris poiteâ adijolium, A EFERUS - Recherches & Classification numériques
NOS. NOT. NOV. 253 furote Normansorum, libera nos Domine. Eique Francs adegerunt, ut Carolus Cætous Hastingo Normanno Archipitrata Carnutum Comitatum ad hominem deienendum dederit; Carolus Cætous Godfredo Normanno partem Neustria cum filia in matrimonium concefferit. Deinde vero, vi & armis, luxus Sequana estium sibi sedes pesuerunt in regione qua prius Neustria corrupti ditta erat, quid pars fuerat Westrafia; sic enim media ataris Scriptores dixerunt, quod Germani Westentrich, id est, Occidentale regnum vocitarum; comprehendisque quicquid inter Ligerim & Sequanam ad Oceanum interjacet. Quod poltea ab illis NORMANNIA, quasi Septentrionalium virorum regio appellatum est; cum Carolus Simplex Rolloni eorum Principi & sacro baptismatis fente suicere confirmasses clientelari jure tenendum, filiamque in uxorem dedisset. Le Chroniqueur de Normandie: Parce que le Roy Charles le Simple ne metres moi remède à la deffense de son Royaume, Rou estant venu à Rouen, affit en ce lieu son principal demeure & refuge. Et parce que Rou & ses gens estoient venus de Dannemarche, qui sont les parties vers le Nort, les appellerent les gens du pays, & d'ailleurs, Normans, c'est-à-dire, hommes du Nort. Car man, en langage d'Allemagne & de Dannemarche, est à dire en François homme. Et pour cette cause, a est depuis le pays appellé Neustrie ou Westrich. Nicot au mot NORMANDIE: Le mot de Normandie est dérivé de cefoy Norman; si qu'il le frandroit escrire Normannie, c'est-à-dire, pays, on contrée, où ceux qui sont du 1er fort leur demeure. Mais le François adoucit le premier, dont cedit mot est composé & au dernier, change la lettre N polérieure en D. Tout ainsi qu'il fait en Banderole de Banerole. Anciennement cette Province-cy estoit partie de Neustrie, & non toute la Neustrie, ainsi que Nicole cuide, & dit en maint endroit de ses Annales; & nullement Westrich, comme sans propos, ne raison, estime l'Aurbeur de l'Histoire de Normandie: car le mot Westrich est significatif du Ponent, qui fait un quadrant du globe du monde, distinct de celuy du Nort. Parquoy s'abuse grandement ledit Historien de Normandie. M. NORT. Voyez Norman. M.
NORT. Wachter dérive ce mot du Grec. Voici ses termes, page 1148. de son Glofar. German. NORD. Septentrio, plaga celi Septentrionalis, & regio tesuris illi subjecta. Anglo-Saxonibus north, Francis nord, nort, Belgis noord, Anglis north. Scandis antiquis nordur, bodierres nort, Latino-Barbaris northus apud Canguum. Et quelques lignes plus bas: Cum latera Aquilonis sint extra vias solis, & circa cardines Mundi, ubi nox & frigus dominantur, hunc verofimile est, illa à situ iofimo nomen accepisse. Gracis certe vido, est subiter, infra, deorsum; viqriqos inferior, imus; vidojus infernus, viqvera ultima. Accedit opinio pervstufta, trans Suiones cingi claudique terrarum orbem, ibique infernum sedem esse. Hanc causam magno ingenio & judi, io tuttur Rudbeckius in Atlantica, ubi infernum Suionia vindicæ, & ex pari causa camps Elysos. Nam idem sol, ob semestres in anno tenebras, inferus; & rursus, ob totidem mensum lucem continuatam, Elysum efficit. Restat ut ostendam qu'à via hac vox ad Septentrionales pervenerit. Graces ad Sinum Finicum quadam loca occupasse, qua bodie-num Gracam habent appellationem, ex Plutarcho demonstrat Rudbeckius, pars. 1. Atlant, page 332. Et tameni hoc non esset, reportari tamen poterat vox illa ut plures alia, a nostris, cum ex Gracis in has oras migratent. Illos enim sape Gracè locutos, probat utriusque eloquii in innumeris vocabulis convenientia. Idemque multum facit ad majestatem & antiquitatem lingua nostra demonstrandam, si aliqua sui parte ex Gracis prodisse putetur. *
NOSTRE. Chairs nostrées: c'est-à-dire amorties. Perceforest, vol. 6. ch. 49. La estoit appareillé le pressur, la où les Chevaliers errans appareillaient leur chair pour manger quant besoin leur estoit. Et ce leur avoient pourven les Dames & Damaiselles de la temps du noble Roi Perceforest, afin que les forests leur pleuvent mieux, & qu'il mangeassent les chairs plus nostrées. Je crois que nostré, de nostræum, veut dire accommodé au goût & à la manière de notre pays; c'est-à-dire, d'Ecosse, d'où étoit Etonné, qui mit en vogue cette manière d'apprêt, qu'il avoit pratiqué chez lui. Voyez le ch. 61. du premier volume; & Frouffart, édit. de 1574. vol. 4. ch. 63. page 188. Brantôme, vol. 4. page 341. des Hommes Illustres Fr. parlant d'un festin que les Ecofols firent entre eux après une grande chasse, du tems du jeune Roi Edouard, dit qu'à ce festin, qui fut de la moitié de leur chasse, ils la mangèrent sans cuire, avec du pain, & toute crue; & n'avolent seulement, continue-t-il, que de petits baillons de coudre ou autre bois, & en pressoient fort la chair, d'où en faisoient sortir le sang, & en rendoient la chair si fêche, que parmi eux c'estoit un très-grand manger. C'étoit-là proprement de la chair nostrée. Le Duchat.
NOTOIRE. De notorius, dont le Jurisconsulte Paulus s'est servi dans la Loi 6. au Digeste ad Senatusconsultum Terpillanum. Nauciatores, qui per notoria indicia produnt, notoria suis adissere subentur. Alexandre III. au chap. 14. De Appellationibus aux Décrétales: Cum multa dicuntur notoria qua non sunt; providere debes, ne quod dubium est, pro notorio videtaris habere. Voyez Cujas sur les chapitres 3. & 5. De eo qui cogn. consang. & M. Florent sur le Titre De Electionibus, pages 191. & 192. & Notorietas, dont nous avons fait notoriée, se trouve dans le Concile de Pise I. Seif. XII. Sanella Synodus, attentat eorum de quibus agitur, notorietate, &c. Voyez Vossus De Fistis Sermonis, liv. 3. chap. 19. M.
NOVALES. Nous appellons ainsi les Dimes que les Curés prennent sur les terres qu'on n'avoit pas de coutume de labourer. De novales. Touchant les diverses significations du mot novalis, M. de Saumailé a fait une belle & grande observation, dans ses Exercitations sur Pline, pages 714 & suivantes. Voyez-la. M. NOUE: ierent. On prononce Noé en Normandie. Plusieurs familles portent ce nom. On donne aussi ce nom au canal que forme la rencontre de deux couvertures d'une maison en forme de gouttière. Les nageoires de poissons s'appellent aussi noés dans les vieux Ecrivains François. Tout cela vient du verbe natare, d'où les mêmes Auteurs ont fait nouer & noir, pour dire nager. L'Abbaye de Notre-Dame du Fautel, proche de Paris, s'ap- EFERUS - Recherches & Classification numériques pelle Malenou, à cause d'un torrent qui y passe. Elle est nommée Malanoda dans les vieux titres. Huer.
NOUEL. Nicot le dérive d'Emmanuel. Noël, ou Nouel (ce sont ses termes), per apharefim, ca-nunt Galli, pro Emmanuel, id est, Nobiscum Deus. Il vient de natale, comme qui diroit Nativité, ou jour natal de Notre-Seigneur. Et les Italiens disent encore Natale. Ce mot natale, qui signifie jour natal, a été aussi pris dans l'Eglise pour le jour de la mort des Saints. Halmo dans ses Homélies: Mos inolevis in Sancta Ecclesia, ut dies quibus Sancti Dei exierunt a prafenti saculo, non dies mortis, sed dies nativitatis appellentur. Et le mot de Nouel étoit autrefois un mot de réjouissance: on le crioit dans toutes les fêtes & folennités publiques. Alain Chartier, dans son Histoire de Charles VII, parlant de l'entrée de ce Roi à Paris: Les rues par où il passeit, estoient toutes tendues à ciel; & pareillement les carrefours garnis de peuple à grand-faison & presse, lequel crioit Noël de joye. Et ailleurs, dans la même Histoire: En l'année 1437. Tout au long de la grand'rue Saint Denys, auprès d'un jet de pierre l'un de l'autre, estoient faits es-chassaux bien & richement tendus, où estoient faits par personnages l'Annonciation Notre-Dame, la Nativité Notre Seigneur, sa Passion, sa Résurrection, la Pentecoste, & le Jugement, qui seoit très-bien. Car il se jouoit devant le Chastelet où est la Justice du Roy. Et emmy la Ville avoit plusieurs autres jeux de divers mystères, qui seroient trop longs à raconter: & la venoient gens de toutes parts crians Noël, & les autres pleuroient de joye. André du Chesne fut cet endroit: C'estoit l'ordinaire alors de crier Noël aux grandes & insignes réjouissances: principalement quand le peuple vouloit congratuler à son Prince. Car il se trouve aux Registres de la Chambre des Comptes, & aux grandes Chroniques de Saint Denys, qu'en baptisant le Roy Charles VI, en l'Eglise de Saint Pol le 3. jour de Décembre l'an M. CCCLEVIL il y avoit une grande multitude de peuple, qui commença de crier Noël. Et Monstrelet, parlant du retour de Jean Duc de Bourgogne à Paris, escrit que les Parisiens en furent si joyeux, qu'à son arrivée les petits enfans mesmes crioient par les rues, Noël. Autant en firent-ils, lors que Philippe Duc de Bourgogne, fils du précédent, y ramena sa sœur au Duc de Bethsart. Car le mesme Monstrelet dit, qu'à sa venue fut faite grande joye des Parisiens: si y crioit-on Nouel par les carrefours où ils passeient. Et Martial de Paris, à l'entrée du Roy Charles VII. dans Verneuil: Les uns aux feneftres estoient A voit ledit feu Roy passer; Puis les enfans s'agenouilloient, En criant Noël sans cesser. Et derechef: Ce jour vint le Roy à Verneuil, Où il fut receu à grand' joye Du peuple joyeux à merveille, En criant Noël par la voye. Ce qui est aussi fort fréquent en la Chronique de Louis XI. qu'aucun appellent la Médiande. La Chronique de Normandie: Et par où il passeit, les rues estoient toutes couvertes à ciel, & tendues richement, toutes pleines de peuple criant Noël. Et plus bas: Les rues estoient tendues & couvertes à ciel: & y avoit grand'multitude de peuple par tout criant Noël à haute voix. Voyez Pasquier 4. 5. où il remarque, qu'en sa jeunesse on chantoit des Noels dans chaque famille. Cette coutume s'observe encore à présent par-tout le Royaume. M.
NOURRITURE. Du Latin-barbare nutritura. Pierre de Blois, ép. 14. Diniturna nutritura conditio. Et ép. 46. Conditio nutritura. Caseneuve.
NOUVELLES. Pour nuccii. De novella. Voyez le Glossaire de M. du Cange. M.
NOYAU. De nucellus. Voyez ci-dessus noue. M.
NOYER. De necare, qui se trouve en cette signification. Sévère Sulpice, liv. 1. de son Histoire Sacrée: Postremo, Elia Iuffu (Achab), profani Sacerdotes comprehenfi, deductique ad torrentem, necati sunt. La Loi des Bourguignons, tét. 34. Si qua mulier maritum suum dimiserit, nectur in iuto. Etienne, Comte de Blois, écrivant à sa femme la prise d'Antioche: Mulios in flumen projecimus; qui omnes necati sunt. Agobard, qui est un Ecrivain de plus de 800. ans, dans son livre des Tonnerres & des Grêles: Plerosque affigus tabulis, in flumen projectus, & necatus. Uguard, au 20. Janvier: Martha in nympha necata est. Nympha, c'est-à-dire, une mare. Voyez Lindenbrog, dans son Glossaire sur le mot negare. Et à ce propos il est à remarquer, que c'étoit anciennement parmi nous un supplice ordinaire, que de noyer. L'article 1. de la premiere partie du Coutumier d'Anjou & du Maine: Le Comte & le Baron, sous le ressort & suzeraineté du Prince céssits pays, ont toute Jurisdiction, haute, moyenne & basse, en leurs Terres: & sur leurs subjets, la punition & correction d'eux. Om aussi le pardon & rémission des délects faits par leurs subjects en leur Jurisdiction & Justice; furban & rappel; pendre, noyer, &c. Octavien de S. Gelais, Evêque d'Angoulême, parlant du Roi Charles VIII. Et pour en Rome son pouvoir limiter, En Camp de Flour en fait décapiter, Pareillement jeter en la rivière Fist cinq ou six. Parquoy l'on peut noter Que sa puissance étoit fort singuliere. Witard: Gerbergam, more maleficiorum, in Ararim mergi pracepit. Le supplice des femmes adulères est encore aujourd'hui à Genève, d'être jettées dans le Lac avec une pierre au cou. Au lieu de necare, en la signification de noyer, on a dit negare. Les Loix Alemaniques, chap. 87. Si quis aliquam clausuram in aquam fecerit, & ipsa aqua inflaverit, & ibi alicujus pecus negaverit, vel famulus, vel infans; quicquid negaverit, simile restitui; unumquodque secundum legem componat. Les paysans de Touraine disent encore aujourd'hui néger, pour noyer; & les Gascons, nega. On prononce aujourd'hui noyer. M. Voyez noier.
NUAISEAU. Abbaye de Filles au Diocese d'Angers. Elle est appelée Nidus avis dans le Martyrologe de Nuaiseau, au neuvième des Calendes de Septembre: Obits Domnus Salomon: primus adscatur loci Nidi avis, & Congregationis Sancti-monialium-pius extitis: & lux sapientia & scientia EFERUS - Recherches & Classification numériques
NUA. NUE. NUI. NUM. NUQ. mirabiliter effulsi : cumthifque virunibus patentet efferuit. Et elle est ainsi appellée en plusieurs autres Titres Latins. Ce qui fait que plusieurs l'appellent aujourd'hui Norefeau : & dérivent ce mot de même avis. Elle est appelée Nidosellum, dans un Titre produit par M. Pavillon, dans ses Remarques sur la Vie de Robert d'Arbrissel, page 541. Ego, CAUTEMILUS de Nidosellis, Dei providentia, & admonitione Salomonis, cuifudam religiof vari, qui erau eternitio & adificatur Cambiarum, & locerum ad opus ancillarum Dei utilium, dedi quamdam Terram supra Uldonium, cum aqua, & cum omni utilitate sua, qua erat mei juris & potoflatis, ad Ecclesiam confinuendam, ubi Virgines devora possent caife & religiof, iuxta facultatem loci, deservire. Et je tiens que c'est l'ancien mot : ce Titre étant, selon M. Pavillon, de 1109. Nidosellum, c'est un lieu plein de nids. Nidosum, nidosellum, NIOVSEAU, NUAISE NG. Le peuple d'Anjou dit Nuaiseau. M.
NUANCE. Nicot, au mot nuage : NUAGE se prend aussi pour l'ombrage de brun sur clair d'une mesme couleur, que les tapissiers donnent en leurs ouvrages, commençant du plus brun, & finissant au plus clair : comme quand ils couchent de 4. ou 5. façons de couleur verde queuea queue l'une de l'autre : car l'obscure fait nuée à la gaye, & la moine gaye à la plus gaye. Car si c'est de diverses couleurs que le tapissier fasse assemblance, quoiqu'il y ait ombrage entre elles, si n'est-il plus appelle nuage, ainsi mutation ou changement. On l'appelle aussi nuance, obumbratio, inumbratio. La mesme contend en fait de peinture. Car la tapisserie n'est que peinture à traits, de fillets de plusieurs couleurs, & imitatrice des traits du pinceau. ¶ Nubes nubis, nube, nuba, nua, NUE : nuata NUE : nuagium, NUAGE : nuantia, NUANCE. M. NUE E. Nubes nubis, nube, NUE : nuba, nubata, NUEE. M. NUESSE : comme quand on dit, Fies Justicier, Sujet, on nuesse. La Coutume d'Anjou, article 29. Le Seigneur de Fied peut faire eflang en son fied, pourveu que la chausse en soit nouée par les deux bouts de son domaine. De nuditia, qu'on a dit pour nuditas; comme simplepita, pour simplicitas. On a dit de même fobritia pour fobrietas : dont nous avons fait fobresse. Rabelais, dans le Prologue de son premier livre : fobresse nonpareille. De nuditia, les Italiens ont fait nudezza. M.
NUILLE. Voyez ci-dessus nielle. M.
NUMERO. Touchant cette façon de parler, Entendre le numero, voyez Pasquier VIII. 49. ¶ Du nom numero, on a fait le verbe numeroter, pour dire marquer par chiffres : mot qui est fort en usage dans les Chambres des Comptes. M.
NUQUE. Du cou. M. Guyet le dérivoit de Nux. Nux nucis, nuce, nuca, NUQUE. La nuque du cou a quelque ressemblance avec une nola- M. Bochart prétend que c'est un mot d'origine Arabe. Les Arabes disent nucha dans la même signification : & ce mort se trouve souvent dans Avicenne. Constantinus Africanus, dans ses Heurs Communes de la Médecine, liv. 1. chap. 1. C'est en un multa membra a cerebro sint renata, & via longinquitate eis denegetur sensualitas, vis quadam cerebri data est spondylium medullis, qua quasi medulla, Lingua Arabica vocantur nucha. M. du Cange est du même avis. Voyez son Glossaire Latin, au mot nucha, & son Glossaire Grec, au mot nucha. L'étymologie de M. Guyet ne me déplait pas. Il n'y a point d'apparence, au reste, que nous nous soyons servi d'un mot Arabe, pour exprimer cette partie du cou. Et c'est par hazard que ce mot François se trouve semblable à ce mot Arabe. La remarque de Casaubon, & celle de Scaliger sur ces fortes de ressemblances, sont remarquables, & méritent d'être ici rapportées. Voici celle de Casaubon : Enimvero est invenire in omnibus Linguis similes voces, quarum alteram ab altera originum habuisse, facile sibi persuadeam, qui leviaribus conjectus duci quam. At qui maturius judicium adhibem, & hirsum rerum maiorem usum, aliter sentiam. VIV. IOT. Ebrais est, qui tegit : Graeis, eutro; totidem literis, qui protegit & servat : & tamen nulla originis communione pagu has voces, ratio utrisque Lingua offendit. 1700 ration, est voluntas, qua multis pro ratione est. Ratio tamen Latinorum, & nostrorum raison, nihil ad Ebraum vocabulum spectam. VIV. AZILII, est suceoia, axilla. Vox tamen Latina erram originum habet, ab ula 1 or à palo, paxillus : à mala, maxilla : à talo, taxillus : quod & Cicero indicat. VIV. OMEUS, mensura est. Sed ab alia origine vox Latina deducenda, & qua ab illa orta, ut Gallica & Italica, &c. C'est au chap. 4. du liv. 2. de son Traité de la Satyre. Voici l'observation de Scaliger : De duobus aut tribus verbis hodiernas dialetios ad priscarum originet referre, non adeo tutum est. Nihil tam dissimile alii rei quam Teutonismus lingua Persica : in quo tamen ego reperio, fader, moder, broder, tochter. Qui Teutonice friet, Persici sermonis imperitus, & à Persis, ita patrem, martem, fraterni, filiam vocari didicerit, audaciter pronuntiabit, Persarum sermonem vere Teutonicum esse : & sane cum ratione errabis. Ratio est in corundem verborum usu, error in necessitate argumenti, quam ipse captat ex tam paucarum vocularum usu. Non enim necessarium est eadem linguam Persicam esse cum Teutonica, quod verba eadem, sine ulla mutatione, aut literarum, aut nationis, aut pronuntiationis, in utraque reperiantur. Aliqui justius Hispanica lingua eadem cum Arabica censeri possit, quum tot pura Arabica voces in Hispanico reperiantur, ut ex illis justum Lexicon confici possit. Certe Teutonismi veteris multa propagines sunt, & quorum matricem Danicam & Norwegicam linguam esse, non immerio quis sufficiari possit. Islandica lingua, qua est prisca Norwegica, quid habet commune cum hodierno Teutonismo, prater Etrusa 1700, qua veteri Saxonica & Anglicana lingua magis respondent quam reliqua Teutonismo? Sed libri Sacri in priscum Tiatismum, seu Teutonismum, converti, qui penes dollos scripti exsant, quos & not vidimus, quid maxima ex parte habent commune cum hodierno Germanismo? Itaque priscam Gallicanam linguam, ad Danicam hodiernam, aut Germanicam, referre, quatra alta est? N. in si suit eadem cum Germanica, & Germanica illa adeo diversa est ab hodierna, frostra eam, quam scimus, EFERUS - Recherches & Classification numériques ad eam quam ignoramus, referimus. Accedit differ- to verborum barbarorum, quod Latinitas, aut Helle- nismus affequi non potest. Ludovicum vocant, qui dicebatur Hlodwin. Et, quod magis ridiculum, Lutaniens illum apud Caſarem, Ludovicum offe haricatur. At illa ultima ſyllaba non eſt in gumme Francico: eſt enim win, non wic. Itaque poſtus ille Caſarianus Lewtwik, quam Hlodwin, fueris. Sed Caſar eamdem Gallicanam linguam cum Britannica fuiſſe scribit. Ea adhuc, non ſolum in Britannica ſupereſt, qua fait priſcorum Piliorum; ſed etiam cra- duces in noſtris Aremoricis exſtant hodie. Illatne ver- bum quidem, nec umbram haber verbi, quod ad Ten- toniſmum referri peſſit. Laudo tamen ſtudium tuum: quia in rebus obſouris, ut errare neceſſe eſt, ita for- tuium obu errare. C'eſt dans une de ſes lettres à Iſsac Pontanus, qui eſt à la page 489, de ſes Let- tres. M. de Saumaiſe, pour le marquer en paſſant, prétendoit néanmoins qu'il y avoit un grand nom- bre de mots Allemans dans la Langue Perſa- ne. M. O. Nom que portent pluſieurs Seigneuries de Normandie. Il vient d'Au, qu'on a depuis écrit & prononcé O, & qui eſt le même que ſe mot ou, qui en Allemans ſignifie un pre, de l'Ebreu vnt, comme je crois. Huet.
OBELE. Petite ligne, petit trait, ſemblable à une broche. On ſe ſert parriculièrement de ce mot en parlant des Hexaples d'Origene, dans leſ- quels il avoit marqué d'un obéle les endroits des Septante où il y avoit quelque choſe qui n'étoit pas dans le texte Ebreu; comme au contraire, il avoit marqué d'un aſtérique ou étoile, les Supplémens qu'il ajouta au texte des Septante, dans les en- droits où il y avoit quelque choſe de moins que dans l'Ebreu. Obéle vient du Grec ſiunie, qui ſigni- fe une broche; & on dérive ſiunie de ſiunie flé- che, parce qu'une broche ſe termine en pointe comme une flèche.
OBELISQUE. Aiguille pyramidale. Du Grec ſiunie, qui veut dire proprement petite bro- che, & qui eſt fait d'ſiunie broche. Les obelis- ques ont été ainsi appellés, parce qu'ils font ter- minés en pointe.
OBIER. Du Latin opulus: dont les Italiens ont auſſi fait oblio. D'oblio, on a fait obliarius; dont nous avons fait oblia. Opulus ſe trouve dans Varron de Re Ruſtica, liv. 1. chap. 8. & dans Columelle, liv. v. chap. 6. & dans ſon livre des Arbres, chap. 16. Ceux qui conſouent l'obie avec le peuplier, ſe trompent: comme je l'ai re- marqué dans mes Ogignes Italiennes, au mot oblio. Voyez houblon. Varron, liv. 1. de Re Ruſtica, chap. 8. parle du mot opulus, comme d'un mot Milanois. Al.
OBLAT. D'obliatus. M. de Manſſac, ſur Har- pocration, page 16. His autem (abnavus) me- rito conferas cum veterani & cauſariis militibus, quos nos Galli vo. annus obliatus, quasi obliatus. Dans une Chartre de Seguin, Evêque de Mâcon de M. cc. lx. mentionnée ci-deſſus, au mot livre de terre: Cum Guillemus, de Oblato Miles, ab Ecle- ſia Cluniacenſi l. X. ſolidatis terra teneret in ſeudum. Paſquier, liv. 3. de ſes Recherches, chap. 35. L'Obliat eſt le Soldat, ou Gendarme, pauvre, qui an- ſervice du Roy eſt demeuré perclus, & eſtropie de l'un de ſes membres: en reconnoiſſance de quey, le Roy luy peut affigner ſes aliments ſur quelques Ab- bayes & Montaſtires, qui ſe trouvent de la nature. M.
OBLIAGE. Guenois, dans ſa Conférence des Coutumes, ſur l'article 40. de la Coutume de Blois: OBLIAGE, eſt l'amende que le Sujet doit à ſon Seigneur, pour ne luy avoir payé ſa rente, ou devoir aunuel, au jour accoſſumé. Pour l'en être oublié, dit Pontanus. Ce qui a été réfuté par M. du Can- ge, dans ſon Gloſiatre Latin, au mot oblia. OBLIAT praterea della obliarum, ſen panum tenuiflororum præſtationes, qua certis diebus ſiebant domini, à vaſſallis & ſubditis; qua poſtea in tenuem & puſſilam pecunia quantitatem evaſerunt: Droit d'oublie, in Conſuet. Montarg. cap. 2. art. 40. Droit d'oublia- ge, in Bleſenſi, art. 40. ubi noſtus ut qui ſpiam am- pieſtatur Dion. Pontani ſententiam, the ſcribenris: OBLIAGIA: hoc nomine, ab oblivione tracto, Gal- lorum vulgus utitur, pro juribus, quæ pernam ſeu mulctam ſuæ deſidie habent annexati; ſeu, quod noſtro vulgari idiomate dicimus, quæ ſecum ſuam important emendam, ob ſolutionem ſtata die non factam, eoque oblivioſum ſua ſequatur pena. M.
OBLIES. C'eſt ainsi qu'en beaucoup de lieux on appelle les Droits de l'enſive, & autres de- voirs que l'Emphyreope fait à ſon Seigneur. Et quoique dans les Reconnoiſſances Latines, cela ſoft appellé Oblia, il n'y a point de doute néan- moins, que ce mot ne vienne d'obliata, parce que la plupart des biens ayant été reconnus aux Sei- gneurs volontairement peut être ſous leur protec- tion, les tenanciers leur faisoient du commence- ment des prêſens, qui furent appelés obliata; mais qui depuis de volontaires ont été tendus neceſſai- res & perpétuels. On peut dire la même choſe du tribut appellé aurum obliaticum en la Loi 9. tit. 1. du ſixieme livre du Code Théodoſien; & du tribut des Chevaux, appellé obliatio equorum, qui eſt ap- pellé exactio en la Loi unique De obliatione equo- rum, au même Code Théodoſien. Car bien que du commencement telles oblations & prêſens fuſſent libres & volontaires, les Empereurs en firent un Droit perpétuel & neceſſaire: ce qui ſe voit clai- rement en ces paroles de la Loi unique De obliatio- nibus veltorum, au même Code: Quando voeis communibus ſolix annus aperitur, in ubta libra auri ſolidi ſepnaginta duo obryziaci Principibus offerendi devotionem deimo lubenti ſuſcriptimus; ſiarnemes ut deinceps EFERUS - Recherches & Classification numériques
OBL. OBS. OCH. OCR. OCT. ODE. ELI. deinceps sequenibus annis uniscujusque sedulitas Principibus suis talia iugerat semper & deferat. Caïeneuve. OBLIGATION : pour contrat. D'obligatio : dont les Latins ont usé en cette signification. Tribonien, dans ses Institutes au paragraphe 10. du titre de Exceptionibus : Sed eum qui ante tempus pallionis, vel obligationis, litem inferre ausus est. Sur lequel lieu Cujas a fait cette Note : OBLIGATIO, pro contractu : ut in idiotismo. M.
OBSTRUCTION. Voyez oppiler. M.
OCHE. Voyez ofche. M. OCHER : comme quand on dit, ocher un arbre. Picard le dérive d'Exo, sensem movere ac impellere. Voyez bocher. M.
OCR. Sorte de terre jaune, à l'usage des peintres. D'ochra, fait du Grec exa. M.
OCTROY. OCTROYER. Auctor, authoris, auctorium, OCTROY : auctoriare, OCTROYER. Du François octroyer, les Latiniseurs ont fait očtiare. Voyez M. du Canop. ¶ Les Espagnols disent ocergar; qu'ils ont aussi formé d'autoriare. M.
ODER. Nom d'un fleuve d'Allemagne. Wachter, dans son Glossaire Germanique, page 1161. parle ainsi de l'origine de ce nom : ODER, Viadrus, amnis in mare Baticum exiens. Prolomax Viadus, prono librariorum vitio, vel etiam nullo, quia idem significare potest. Signifi at autem undam fluentem, eſique ipsum Phrygium Ius, aqua, de quo Plato agit in Cravolo, unde Saxones formarum yth, reliqui ydr vel odt. Benſonius in Voc. Angloſax. yth unda, ythian fluere. Hinc Viadus vel Viadrus idem omnino designam, nempe fluentum. Eyder & Oder ſunt nomina præſus idem ſignificantia, etiamſi lucorum diſtantiâ differant. Confer dut aqua. Voyez ci deſſus Auxerre. *
EIL-DE-BEUF. Petite lucarne, ou ouverture, qui ſe fait aux couvertures des maïſons, pour donner du jour dans les greniers. Dans les Gloses anciennes : uiposi & quatuor, ic, tranſenna : c'eſt notre œil-de-beuf, comme qui diroit, ſeneſtella in tetto ex unica regula. On l'a appellée œil-de-beuf, de ſa reſemblance à un œil de beuf. M.
EILLER. Le Dictionnaire François & Anglois de Cl. Hollyband, imprimé à Londres en 1593. Eiller les vins, à ſavoir les remplir, te ſiſt wines. Payer pour l'œillage, rempla, or remplſiage des vins, te pay ſer the leake of wines. Je ne ſais ſi ce ſiot ne viendroit pas de l'inſinitif oculare. Quand un tonneau acheve de ſe remplir, ſi ſe forme à l'endroit du bondon des bulles ou bouteilles qui reſemblent à des yeux. Sinon, œiller Some II. pourroit bien venir d'ustriculare, formé d'ustriculus, diminutif d'uter ueris : ou plutôt d'oliere, fait d'olla, qui proprement ſignifie un pot de terre. Et c'eſt déjà de ce mot qu'on a fait oille, qui à Metz à la même ſignification. Ordinairement on remiſlit les tonneaux avec un pot comble & d'une certaine meſure, afin de voir ce qu'il manquoit de vin à chaque tonneau. Le Duchat. EILLER les vins. Toutes les étymologies que M. le Duchat nous donne de ce mot, me paroissent ſtrées de trop loin; & d'ailleurs, elles ſont fondées ſur des termes imaginaires. J'aimerais mieux le faire venir d'ouiller, c'eſt-à-dire, ſaouler, que le même M. le Duchat rapporte ci deſſous, & qu'il dérive de ſaoullare, par le retranchement de l'1. On trouve en effet ce verbe dans Varron, pour ſaourare. Ou plutôt, je crois qu'ouiller, oiller, & oouiller, ſont tous trois la même choſe, & qu'ils peuvent avoir été faits du Latin ſaoullare, par le retranchement de l'1, ou même, plus veaſſemblablement, du François ſaouler. Oiller ou oouiller les vins, c'eſt achever de remplir les tonneaux, & en quelque façon les raſſaſier. *
EILLER. Fleur. Pierre Morin, célèbre Fleurife de Paris, dans ses Remarques ſur la Culture des fleurs, page 134. On l'appelle communément œillet, a cause de ſa beauté, & de la conformité qu'il a en ſa figure d'œil, cette priciouse partie du corps humain : ſoit que ceux qui ont fait l'anatomie de l'un & de l'autre, y rencontrent proportion des trois humeurs; vitrée, criſtalin, & globe d'eau; ſoit que les tuniques y ſoient ſemblables; l'araguée, la récirculaire, la dure, & dolée. ¶ Oculus, oculatus, oclatus, OBLIGET. Les Espagnols l'appellent oſal. Oculus, oclus, oclalis, ociale, OIAL. M. OFFICE : dans la ſignification de dignité. Voyez Loiseau, des Offices 7. 1. 13. M.
OFFICIAL. Pot à piſſer. Rabelais, liv. 1. chap. 11. Piſſant donc plein official, i'aſcoit à table. C'eſt ainsi qu'on lit dans le Rabelais Imprimé à Lyon chez Etienne Dolet en 1541. au lieu d'urinal, qu'on lit dans les autres éditions. Plus haut, liv. 1. chap. 10. Rabelais, dans ces paroles, & un pot à piſſer, c'eſt un official, avoit déjà fait allusion de l'un de ces mots à l'autre; preuve qu'il trouvoit entre eux de l'affinité. Et Henri Etienne, dans ses Dialogues du nouveau Langage François Italianifé, page m. 77. à propos du mot Italien ſervigitale, dont quelques Courtifans modernes avoient fait ſervicial, dans la ſignification d'un lavement, me fait penſer qu'official, au ſens que Rabelais donne à ce mot, pourroit bien deſigner un pot de chambre, entant qu'on s'en ſert à faire ſes affaires. Le Duchat.
OFFRANDE. C'eſt une oblation, & l'Ancienne qui ſe chante à l'Offertoire au ſacrifice de la Meſſe. Il vient du Latin-Barbare Offerenda. Eckehardus le jeune, Moine de S. Gal, chap. 3. De Caïobus Monasterii S. Galli : Quos quidem tropes Carolo ad offerendam, quam ipſe Rex ſecerit, obtulit canendas. Joannes Belethus, De divinis Officiis, chap. 41. Dillo ſymbolo canatur offertorium, ſive offerenda. Caïeneuve.
OFFRANDE. Oblations qui ſe font à la Meſſe, durant laquelle cérémonie on chante l'Offerto re. D'offerenda, qui ſe trouve en cette ſignification Voyez M. de Caïeneuve. M. Kk EFERUS - Recherches & Classification numériques 258 OIE. OIG. OIL.
OIE. Voyez ci-dessous eye.
OIGNON. Il vient du Latin *unio* ; parce que la bulbe est composée d'une seule pièce. C'est pourquoi les Glossaires expliquent *unio* par *autonomus*, c'est-à-dire, qui n'a qu'une seule graine, ou un seul pépin. Columelle, liv. 12. chap. 10. Pompeianam, vel *Asecoloniam cepam*, vel *etiam Marsicam simplicem*, quam vocant unionem *ruftici*, *eligito*. Caïeneuve.
OIGNON. Lat. *cepa*. Périon le dérive du Grec *nissimus*: qui est une étymologie ridicule. Il vient d'unione, ablatif d'*unio* : lequel mot *unio* se trouve en la même signification dans Columelle, liv. xii. chap. 10. Voici l'endroit de Columelle : *Nunc qua per astatem circa messem*, vel *etiam exactis jam messius*, *colligi*, & *reponi debeant*, *praeiptemus*. *Pompeianam*, vel *Asecoloniam cepam*, vel *etiam Marsicam simplicem*, quam vocant unionem *ruftici*, *eligito*. *Ea est autem qua non fruticavit*, nec *habuis foboles adhaentes*. Charles Etienne, dans son de *Re Hortensi*, à l'article 104. lui a donné la même origine. *Sed & qua paulo maiores sunt cepa*, *quarum folosi & radice usus est in condimentis*, *puto a nostris appellatas*, des civote, ou des oignonnetes. *Marfi a enim simplex*, *qua ab Hermolao describitur*, *habetque radicem ampliorem & solam*; *atque ob id*, *a rufticis*, *inquis*, *unio appellata est*; *fane eam esse puto*, *quam nostri*, *rufticam illam vocem imitantes*, *appellaverunt oignon*: *quasi unionem dicere voluissent*. Et Daléchamp, dans ses Plantes, xv. 9. *Cepa capitata*. *Hac simplex est*: *qua non fruticat*, *neque habet foboles adhaentes*: *qua ob id unio a Veteribus*: *unde Gallicé oignon*; *quasi union*. *Cepa ergo genus est quod pluribus bullis non commentatur*. M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 413. *Ab similitudine margariarum*, *qua, quod indiscretum reperiuntur in conchis*, *unionis nomen adepta sunt*; *nos etiam vulgo uniones vocamus*, *cepas capitatas qua unico bulis conflant*. M. du Cange en a donné la même origine. Cette étymologie est indubitable. Nous appelons aussi *oignons* les excrecences qui viennent aux piés : de leur ressemblance aux oignons. Et Orderie Vital a employé le mot d'uniones en cette signification. *Instituii sibi fieri longos*, & *in summitate acutissimos sublolaret*; *ut operiret pedes*, & *corum celaret inbria*, *qua vulgo vocantur* uniones. C'est au liv. viii. page 682. M.
OILLE. C'est-à-dire, *saoule*. Alain Chartier, page m. 169. au Pocme, intitulé l'Épérance, &c. *Comme peut être ta langue sans clamour & sans plaintes*, *quand la bouche où elle s'est est familienne par souffreté*, & *les autres sont oilles*, *sans desserte des biens que tu cuides avoir desservis*. Oille, de *sauvillas*, par le retranchement de l'1, au commencement; comme en *chapeller*, fait de *capellare*, dit pour *scapellare*. *S'avilier*, pour *se samler*, se lit dans le même ouvrage, page manuscrite 355. *Et reçoivent voulentiers l'ouverte licencé & congé de s'avilier en leurs plaisirs charnels*, & *en effrénée luxure*. Le Duchat.
OINCE. Voyez *once*. M.
OINDRE. D'ungere. On a dit *oigner*: *ce qui paroît par le mot oignez*. *Oignez villain*, *il vous poindre*: *Poignez villain*, *il vous oindra*. Et ce mot *avoir été formé d'unguinare*, formé d'*unguen ungulnis*. M. OINT : comme quand on dit, *du vieux oint*. D'unitum. Galbertus, dans la Vie du Comte de Flandre, nombre 181. *Ignem*, *pice & unilo veteri & cera levius ardentem*, *machina injecerunt*. Les Glosses : *Unitum*, *Saeque*. Martial, 1. 54. — *vili contaminat unilo* *Urbica Linconicus Tyrianthinabardocullus*. M.
OIRE. Rabelais 4. 43. *Mais s'ouy qu'il reprochoit aux varlets lui avoir esté desrobé une oire de vent*. D'uter. M.
OISEAU. Le mot Latin-Barbare *auca* signifiou toute sorte d'oiseaux : & son diminutif toute sorte de petits oiseaux. Les Glossaires de Philoxene : *Auca*, *a'lois*: *aucellus*, *qu'lois*. Du mot *auca*, ceux de la Langue d'Oc, ont formé celui d'*oie*; dont ils ont restraint la signification à une seule sorte d'oiseaux, dont ils ont compris le genre sous celui d'oiseaux, qui n'en est que le diminutif. Ceux de la Langue d'Oc en ont fait de même du mot *auco*, qui signifie parmi eux une *oie*; & son diminutif *ausel*, toute sorte d'oiseaux. *Aucella*, dans l'Ane d'or d'Apulée, au liv. 9. est pris pour une poule. *O bona namque aucella & satis fucunda*, *qua multo jam tempore quatidianis nos parubus/saginafii*. Caïeneuve.
OISEAU. D'avicellus; dont les Italiens ont aussi fait *augello*. Les Glosses : *aucellus*, *qu'lois*. Voyez mes Origines Italiennes au mot *augello*. Il est étrange que Frédéric Morel, dans son petit Dictionnaire François-Latin, ait parlé de l'étymologie de ce mot en ces termes : Oiseau, *du mot Grec U*, *signifiant* branche : *d'où est le proverbe*, comme l'oiseau sur la branche : Ut ales ramo infidens. ¶ Le P. Labbe a remarqué que les Picards disent encore aujourd'hui *aucel*. M. OISEAU Saint Martin. Nous appelons ainsi anciennement une corneille. Pierre de Blois, épître 65. *Si à sinistra in dexteram avis Sancti Martini volaverit*. Le Roman du Renard : *La riens qui plus le desconforte*, *Ce fut quant il vint à la porte*. *Entre un fraise & un sapin*, *A veu l'oise de Saint Martin*. *Assis hucha*, à deistre, à senestre : *Mais li oiseau vint à senestre*. *Quod sub seftum Sancti Martini hiemalis videri demum incipiat*, dit M. du Cange. M.
OISELER. Siffler quelqu'un, comme on siffle les oiseaux, se moquer de lui. Les Paradoxes imprimés chez Charles Etienne en 1554. page 41. *Quand il se voit en sa présence moqué, assyéle, raillé, avec gesticulations de mains & de bouche*. Le Duchat. EFERUS - Recherches & Classification numériques
OISON. Lat. *anferculus*. D'avillio. Avis, avicus, avici, avicio, avicione, ancienne, OLSON. M.
OLIM. On appelle les *Olim*, les plus anciens Regitres du Parlement de Paris, parce que le plus ancien de ces Regitres commence par un Arrêt, qui commença par ces mots, *Olim homines de Baïeux*. M.
OLINDE. Lame d'épée : ainsi appellée de la Ville d'Olinde dans le Brésil, d'où ces sortes de lames nous sont venues. Voyez *Espagnole*, *Brete*, *Verdun*. M.
OMBRAGEUX. Cheval ombrageux, c'est un cheval qui craint l'ombre de tous les objets, & même la sienne. M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 245. *Servio perro credendum*, qui sua *aeter trepidare de equis dictum observat*, *co quem supra retulumus, loco*. At trepidare, est quod *Gracis servitibus, vel usinuibus*. Trepidare igitur & tripodare pro *codem dixere*. *Folletur enim, si quis trepidantem equum acceperis pro eo quem Graci w'upriis vocant : nos vulgo umbraglosum appellamus*. Qui *ejufmodis sunt*, *ad cujuscumque hominis*, *aut animalis*, *aut rei occursum*, *subito externentur*, & *suam ipsi umbram timent*. M.
OMBRE. Jeu de cartes. De l'Espagnol *hombre*, c'est-à-dire, *homme*. Ce jeu nous est venu d'Espagne, où il est appellé *hombre*. M. Voyez l'ombre.
OMBRELLE. Parafol. Montagne, livre 3. chapitre 9. *Nulle saison ne m'est ennemie*, que le chaud *aspre d'un soleil poignant* ; car les ombrelles, *dequoy*, depuis les anciens Romains, l'Italie se sert, *chargent plus les bras*, qu'ils ne *deschargent la tête*. Du Latin *umbella*, diminutif d'umbra. Martial xii. 74. *Unifolium lusca*, *Lygde*, *feras domina*. Les Grecs l'ont appellé de même *exidens*. Pausanias, page 119. *Supervisio iuxo aio vion exidens piques*. Et les Latins, *umbraculum*. Martial, xiv. 26. *Accipè qua nimios vincant umbracula soles*. M.
OMELETTE. Voyez *amelette*. M.
ON. Particule. La plupart de nos Etymologistes le dérivent d'*homo*. Le Castelvetro dans ses Additions *al Ragionamento del Bembo sopra i Verbi* : *Quando la Lingua volgare cominciò a scorslarsi dalla Latina*, *dicendo*, *S'ama la Donna*, *o Amañi la Donna*, *l'intendeva*, *Alcuno uomo incerto s'ama*, *o Amañi la Donna* : *in questa guisa che la Donna era quarto caso*. *Laonde ancora dicevano*, *Uomo ama la Donna*. Il che è ancora *oggidi conservato dalla Lingua Francesca*. E n'appaiono vestigi nel Petrarca, in quel verso : Il sonno è veramente quale uom dice. E nel Boccaccio, in quelle parole : Veramente è questi magnifico, come uom dice. E nel vero, il peccato per lo quale uom dice, che io debbo essere a morte giudicato. E potrebbe far l'uom cio che volesse. Nicot : HOM, *est en l'ancien Langage* *François*, *co qu'on dit homme : homo*. *Dom le pluriel est homo* : & *avec l'article des Anciens*, *il homo*. *Nous disons hommes*, & *les hommes : hommes*. *L'opinion d'aucun est qu'on en use encore a présom en ces phrases* : on dit, l'on connoit, & *semblables* : dicitur, *perspicitur* : & *qu'il faut écrire*, *hom dit*, *l'hom connoit : comme si on disoit*, *homme dit*, *l'homme connoit*. *Mais il faut plusfost estimer que on est une particule dont le François use avec le verbe actif, pour exprimer les verbes imperfonnels de voix passive*, *on verra*, *on donnera : videbitur*, *dabitur*. *Et nos bodieque, in figurification verborum imperfonalium passiva vocis, mismur : us, curitur*. *Homme cuert, vel l'homme cuert ; id est, homo curit*. *Ce que vulgairement, par ignorance, ou inadvertance, beaucoup de gens écrivent on*, *l'on : on dit*, *l'on dit*. Je suis très-persuadé que cette particule *on a été formée du Latin homo*. Les Allemands disent de même, *man sage*, & *man kan* : c'est-à-dire, *homo dicis*, *homo potest*. Voyez mes Observations sur l'Amynte du Taïse, & mes Observations sur les Poésies de Malherbe. M.
ON. Il est bien constant, que la particule *on a été formée du Latin homo* : mais étant notoire que dans plusieurs Provinces, comme dans le Languedoc & dans la Lorraine, beaucoup de personnes disent, *on a dit*, & *on a cru*, *pour on a dit*, & *on a cru*, la question est de savoir d'où vient cette prononciation, qui choque aujourd'hui généralement l'oreille. Pour moi je suis très-persuadé qu'elle vient du vieux François *homo*, qu'on disoit autrefois pour *homme* au singulier. Marot a fait cette observation dans son Prologue sur les œuvres de Willon, qui dit par-tout *homo* pour *homme*. Alain Charrier, page mausériste 494. au Poème intitulé le Débat du réveille-matin : *Cela ne sert pas d'une pomme* *A ce de quoy homo a besoin*. Le patois Meffin prononce en cette particule : & c'est comme on parloit encore au commencement du seizième siècle. Le Tite-Live François de 1514. fol. 44. b. *Par maniere contraire a l'en bataille en ces jours contre les Eques*. Le Duchat.
ONCE. Lat. *lynx*. C'est le *lou-cervier*. De *lynx*, ablatif de *lynx*. L'a s'est perdue, *pafant* pour l'article : comme en *azur*, de *lazurd* : au contraire, de *lierre*, de *landier*, de *luette*, où elle a été incorporée. Les Italiens ont fait aussi *lonza* de *lynx*. *Lynx*, *lyncius*, *lincia*, *luncia*, *LONZA*. Et M. Ferrari, qui dans ses Origines Italiennes a dérivé l'italien *lonza* de *leontia* ; prétendant que *lonza* est la femelle du lion ; s'est trompé, & dans la définition de la chose, & dans l'étymologie du mot. Ce que j'ai démontré dans mes Origines de la Langue Italienne, où je prends la liberté de renvoyer mes Lecteurs. M.
ONCLE. D'avunculus, diminutif d'avus : comme qui diroit, *petit-grand-pere*. Les Latins ont dit de même *avita*, pour une *tante*. Festus : AVITA, *partis mei soror*. Avia *videre potest dilla*, *ex eo quod de antiquioribus avita sit vocitata*. *Patrinus a été dit par une semblable raison*, de *pater* ; comme qui diroit, *un second pere*. Notre Langue, en ce mot d'*oncle*, est plus pauvre que la Latine : laquelle distingue par *patrum* K k ij EFERUS - Recherches & Classification numériques & par *avunculus*, l'oncle du côté paternel, *avunculus* ; & l'oncle du côté maternel, *avunculus* ; Mais d'un autre côté, nous avons le mot d'oncle à la mode de Bretagne ; & les anciens Latins n'ont point de mot pour exprimer ce degré de parenté. Les Latins modernes l'ont appelle *avunculus*, du même mot que le véritable oncle : ce qui a été fort bien remarqué par Pierre Pithou, & par Jean Beffy. Voyez mon Histoire de Sable. Il me reste à remarquer, que Servius sur ce vers de Virgile, *Et pater Æneas & avunculus excitat Helier*, a fait cette note, *Quidam avunculus humiliter in Heroico carmine dictum accipiunt*. M. ONDE E. D'undata. On dit *bonsée* dans l'Anjou, dans le Maine, & dans la Bretagne : & *harée*, en Basse-Normandie. M.
ONDOYER. D'undelare. Dans une Lettre de Pierre, Evêque de Clermont, à Maurice, Evêque de Paris, imprimée avec les Lettres d'Etienne Evêque de Tournay : *Cum igitur puer natus esset, nec posset Sacerdo ad baptisandum eum congrue reperiri, pater ejus immerfit eum aquâ, dicens*, In nomine Patris, & Filii, & Spiritus Sancti. *Et hac est pessima consuetudo in terra nostra, ut in talis necessitatis articulo dicant*, In nomine Patris, & Filii, & Spiritus Sancti ; *nec totam exprimant verborum formam, qua debet exprimi in Baptismo ; quod undelare vocant*. M.
ONGLE. D'ungiculus, diminutif d'unguis, fait d'ouz, génitif d'ouz. ¶ M. du Cange le dérive d'ungula. M.
ONQUES. D'unquam. M.
ONZE. D'undecim ; dont les Italiens ont aussi fait undici. Mais écoutons Beze, page 40. de son *De Recta Pronuntiatione Lingua Francica : Usus etiam obtinuit, necessitate quadam, ut in nomine numerali unze, Z scribatur : quia si S scriberetur, cum integro sibila pronuntiatur unse ; nempe S inter consonantem praecentem, & vocalem sequenem, deprehensa ; sicuti in Sigmate diximus. At usus postea, non eadem ratio, essecit ut similiter scribatur douze, treze, quatorze, quinze, seze : sicut etiam scribimus ozeille, oaxalis. Il ajoute : *Commodè vero mihi facere videntur, qui personas secundas plurales verborum, ut a pluralibus rectis nominum substantivorum distinguantur, hac litera finiunt in E clausum desinentes : ut aimez, aimerez*. ¶ Périon blâme ceux qui écrivent l'article du datif plurier par aux : soutenant qu'il doit être écrit aux. Voyez-le. C'est au feuillet 103. verso. M. ONZE - MILLE - VIERGES. Le *Falesiana*, page m. 48. Il y a eu une Sainte Ursele Martyre, suivant la commune opinion. On ignore néanmoins de quel tems elle a été. Mais je suis très-humblé, serviteur des onze-mille-virages. La Fable est un peu trop manifeste pour pouvoir la souffrir. Voici sur quoi cette erreur est fondée, suivant la conjecture du savant P. Sirmond. Ceux qui ont forgé cette belle histoire, ayant trouvé dans quelques Martyrologes manuscrits, SS. URSULA ET UNDECIMILLA V. M. c'est-à-dire, *Sancta Ursula & Undecimilla virgines martyres* ; & s'étant imaginés qu'*Undecimilla*, avec l'o & l'm qui suivont, étoit un abregé, pour *undecim millia virginum Martyrum* : ont fait la dessus ce Roman que nous avons aujourd'hui. *Le Tis Mor.*
ONZEIN. Rabelais, liv. 1. chap. 15. *Lars Forgier en toute simplee appesche, tirant un onzein de son banderier*. Le Dictionnaire François-Italien d'Antoine Oudin, parle du *rézain*, qu'il dit être un fou de treize deniers. Ainsi, comme le *rézain*, qui vraisemblablement n'avoit été frappé que sur le pied de douze deniers en valeur, en étoit venu à treize à cause de sa bonté, il y a de l'apparence que l'onzein avoit aussi valu au commencement douze deniers, & qu'il n'étoit venu à onze qu'à cause qu'il étoit de bas aloi. On a vu plus d'une fois en France les fours de douze deniers tournois venir à quinze : mais c'étoit sans nul égard à leur légitime valeur, & seulement par la volonté du Prince, qui les faisoit ou frapper ou refrapper dans ses monnoies. *Le Duchat*.
OPERA. Tragédie ou Comédie, représentée en Musique. Nous avons emprunté le mot & la chose des Italiens. Et c'est le Cardinal Mazarin qui a introduit en France cette sorte de représentation. M.
OPIATE, ou OPIAT. M. Richelet est pour *opiat*. Ce mot vient d'*opiatum*, formé d'*opium*, formé d'*oucis*. M.
OPPILER. De l'ancien mot Latin *oppilare*. Le premier Scaligerana : *Oppilatio, optimum vocabulum. Lucretius : fluctibus adversis oppilare ostia contra ; lib. 6. Significat proprie pilis coercere impetum fluminum. Sunt autem pilæ, moles quas opportunis impetui fluminis. Parisienses vocant Quays ; quas conficiunt ex lapidibus grandioribus. Il y en a pres des Augustins. Inde oppilatio Medicorum, obstruetio dicta ; Gracè iugoucis*. M.
OR. Particule. De *hora*. M. OR. Les Dialogues de Maturin Cordier, édit. de 1531, page 447, contiennent une table du changement de Lettres qui arrive dans les mots François pris du Latin, où la particule *or* est dérivée d'*orgo*, par le changement d'*e* en o. Le Duchat.
ORADE. Poisson. D'orata. Paulus, Abbréviateur de Festus : *Orata, genus plicis ; à colore aur, dicta : quod rustici orum dicobant : ut auriculus, oriculus*. M.
ORAGE. D'auragium, formé d'aura. M. ORAGE. Je tiens ce mot formé de *baragium*, dérivé de *hora*. *Orage*, & *hourie*, qu'on lit dans EFERUS - Recherches & Classification numériques Rabolais pour houfée, c'est proprement une pluye d'une heure; & ces deux mots sont fynonimes. La Duchat.
ORANGE. Lat. malum aureum. Le Pere Rapin, dans son excellent Poème des Jardins, a écrit que les oranges avoient été ainsi appellées de la ville d'Orange, ville du Péloponnèle. Est etiam pomum, cui primum Aurantia nomen Urbs antiqua dedit sub Dircus Araeyncho. M. de Saumais sur Solin, page 955, a improuvé avec raison cette opinion: & il l'a même traitée de ridicule. Et il a fort bien remarqué, que les oranges avoient été ainsi appelées du Latin aurantia. Ses termes méritent d'être ici rapportés. Les voici: Veteres Hesperidum mala, vel Hesperidus, vocarum aurea mala: quaui, quaui aureo colore essent. vuo ili atropia vocat Juba. Ergo, sic potius aurata quam aurea. Hinc infima Latinitas aurantia dixit pro auratis; aurans, pro aurato. Sic in Lego Salica loca cognominantia, pro cognominata: & in Veteribus Formulis, jactante denario, pro jactato. Apud Marculum, faciente contorno, pro facto. Et inde hodieque, argentum computant, pro computato: qua pecunia est numerata Veteribus. Ita igitur aurans malum, pro aurato; & aurantia, pro auratis. Inde aurantium & arantium; idem malum, qui fœdius locuti sunt, recentissimi Auellores appallarunt. Ridiculi sunt qui ab' Arantia urbe id nomen deducunt: qua urbs est Peloponnesi, in quam primum volupt mala aurea ab Hercule inlame, quam ab Hesperibus rediret. Ipavia, urbs antiqua Peloponnesi; qua postea obiis ditta est. At nomen aurantium malorum, vel arantiorum, sub extremis Latinitatis demum temporibus auditum est: quibus nulla jam Ipavia fuit, nec obiis. Prateres, si ab illo appido id nomen invenissent, Gracis nstarius quam Latinii fuisset; immo Latini à Gracis hoc sumpsissent. Digni non sunt qui pluribus refellantur tam absurda fementia auellores. Arantia, pro aurantiis, corrupte dixere: ut Agustam pro Augusta: & inarantia, pro inaurantibus, vel inauratis. Uedo Italicum narancio; & Hispanicum naranjas, pro inarantias, vel inaurantias. Graci recentiores inde suum equivশ্যis fecerunt. Nupivrum, pour une orange, se trouve dans le Scholiaste de Nicandre sur les Alexipharmaques: μῶσιν τι γράφναι μῶσιν. ϑις ϑις μῶσιν μῶσιν, ϑις πυρνῶσιν: & en plusieurs autres endroits, rapportés dans le Gloriaire Grecbarbare de Meurfius, & dans celui de M. du Cange. Ce qui a fait conclure à Henri Etienne, dans son Trélor de la Langue Grecque, au mot μῶσιν, & à Marillius Cagnatus, livre 4. chap. 12. de ses Diverses Leçons, que le mot Italien narancio avoit été fait de ce mot Grec, & non pas du Latin aurantium. C'est tout le contraire. L'Italien narancio a été fait du Latin inaurantium. Les Arabes disent aussi naranjion. M.
ORATOIRE. D'oratorium. Saint Augustin: In oratorio nihil fuit, nisi hoc ipsum a quo nomen habet. M.
ORCE. Belon, liv. 1. de ses Singularités, chap. 15. Ayant sa sejourne quelques jours en Rhodes, & expédié les affaires, retournâmes poursuivre notre navigation: eufmes vent malistral: & nous fallus aller long-temps à l'arce; c'est-à-dire, sur le ciel du navire. Voyez mes Origines Italiennes, au mot orca. M.
ORCELLE. Le Gueur de Philosophie: No, met l'en en ung ou une orcelle, sans. D'urcellus, dit pour urceolus. M.
ORD. Quelques-uns le dérivent d'horridus: & d'autres de sordidus. M. Guyet le dérivoit d'olidus, de cette manière: Olidus, oidos, oido, ordo, ORD: olidura, oldura, ordura, ORDURE. Olidus fignifia qui sont mauvais. M.
ORDINAIRES. C'est ainsi que les femmes appellent leurs mois. Les Grecs ont dit de même euclidone; C'est-à-dire, confuerudines. Aristote, livre 6. de son Histoire des Animaux, chap. 21. a) ϑ ounōmō ϑinoros pōr vuis fūuen, dōm vūc Iōmō ϑinor ϑ: c'est-à-dire, selon l'interprétation de Jules Scaliger; Menfēs & vaccis fumi, ut equabus, sed minus. Voyez fleurs. M.
ORDONNANCES. Gens ou Compagnies d'Ordonnances. On a appelé de la sorte la Gendarmerie, & cela à caule qu'environ l'an 1450. le Roi Charles VII. fit plusieurs Ordonnances pour faire vivre cette Gendarmerie dans une discipline qui l'empêchât de plus fouler le peuple. Voyez Du-Haillan, de l'Etat des affaires de France, liv. 2. fol. 144. b. Paris, in-8°. 1609. & liv. 3. fol. 139. b. Le Duchat.
ORDONNER. D'ordinare; dont on a fait premierement ordonner: & c'est ainsi que ce mot le trouve dans nos anciens Auteurs. Et d'ordonner, on a fait ensuite ordonner. M. ORE'E: comme quand on dit, l'orée d'un bois. D'orata, formé d'ora: comme montata, de mans, montis; dont nous avons fait montée: & vallata, formé de vallis; dont nous avons fait vallée. Voyez oriere. M.
OREILLE. D'auricula: ou plutôt d'oricula, dit pour auricula. Voyez orade. OREILLER. D'auriculare. M.
OREILLE. Vin d'une oreille. On appelle ainsi le bon vin, parce que le bon vin fait pancher la tête de celui qui le goûte bien, d'un côté seulement, & lui fait dire, il est bon: au lieu que s'il est mauvais, on secoue toute la tête, & par conséquent les deux oreilles, en ligne de dégout & de mépris. De Brieux, Orig. de quelques Cont. anciennes, page 84.
OREILLERE. Infecte. Voyez perce-oreille. M.