POTERNE. Fausse Porte. On écrivait du commencement poterne : car ce nom vient de poternia, qui signifie même chose ; parce que d'ordinaire les fausses portes font en la partie posterieure, c'est-à-dire, au quartier opposé à la principale entrée, qui est proprement le devant ou la partie antérieure. Calsien, liv. 5. De Institut, chapitre 11. Quantalibes urbs sublimitate murorum & claufarum portarum firmitate muniatar, posternia unius, quamvis parvissima, proditione vastabitur. Ammien Marcellin, liv. 10. prend ce mot pour un sentier dérobé. Viater quidam ad citeriora festinans, cum bivium armate milite vidisset oppletum, per posterniam tramitem medium fqualentem frulleitis & fensibus vitabundus excedens, &c. Les Grecs l'ont appelée &uvilbique, d'où Paul Orofe à tiré son pseudothyrum. Agre per pseudothyrum in Palatium refugiens, &c. Sulpice Sévère l'appelle pseudothrum : & tous ces mots signifient proprement ce que nous appellons fausse porte. Le véritable mot Latin est possitum ofium dans Festus. Cafeneuve. POTE S. Mot Meffin, qui signifie les lèvres. De l'italien pofta. On dit à Metz : je mon li pote, pour dire, j'ai mal à la lèvre : & on y appelle pataie, un fouillet qui porte principalement sur les lèvres. Le Duchat.
POTIN. C'est une espèce de cuivre jaune, qui ne se peut dorer, à cause du plomb qui y entre. Il est composé de cuivre, de laton, & de plomb, & possible d'un peu d'étain. Il est ainsi appelé, à cause qu'on fait ordinairement les pots de cuivre de cette matière. Voyez Savot, dans son Discours des Médailles, part. 2. chap. 16. M.
POTIRON. Lat. fungus, baletas. Avicenne, liv. 2. & ailleurs, l'appelle alphotir. Et il peut être que ce mot François sera venu de ce mot Arabe. En étant l'article Arabe al, il restera photir, qui est le même que potir. Plusieurs mots François de planque ont été formés de l'Arabe. Je remarquerai ici, par occasion, qu'on appelle encore potiron, une espèce de citrouille. M.
POTIRON. Quelques-uns conjecturent que ce mot pourroit venir du Grec &us gobelet, à cause de la ressemblance qu'a le potiron avec un Tome II. gobelet renversé. Mais il est inutile de recourir ici au Grec ; & l'étymologie qui dérive potiron de l'Arabe, me paroît fort naturelle & fort bonne. Golius, dans son Exxicon, nomme le potiron, foir, en Arabe ; & ajoute qu'il a été appelé de la sorte, parce qu'il croit promptement : aussi ce mot vient-il du verbe fatara, qui entr'autres significations, veut dire, faire quelque chose précipitamment & avant le tems. Et en François, quand nous parlons d'un homme qui a fait fortune tout à coup, nous disons qu'il est venu en une nuit comme un potiron. Le Chaldéen n'est pira, ou fira, signifie pareillement un potiron : ce qui sert encore à prouver que ce mot François vient des Langues Orientales. *
POUA, ou POUAS. Sorte d'interjection dont on se sert pour marquer qu'une chose est fort dégoûtante. C'est une onomatopée. *
POUACRE. Sorte d'oiseau. Rabelais, liv. 1. chap. 37. Et quelques doucaries de ramiers, d'oiseaux de rivière, de cercelles, buoies, courtes, pluviers, francolins, gravans, tiranfons, v. ancreaux, tadournes, pochecullières, pouacres, héronnaux, foulques, aigrettes, cigongnes, cannepetieres. Item. Pouacre : malade d'ulcères, ou de certaine gale : ou, comme le croit Borel, paralytique. Borel : POUACRE, forfan paralytique. Meheurt au Testament : Elle guérit les ytropiques, les pouacres, les frénétiques. Et Rabelais, liv. 2. chap. 16. Quatorce en furent ladres, dix-huit en furent pouacres, & plus de vingt & sept en eurent la vérité. Je suis très-perfudé que pouacre dans ces deux significations, vient de podager. Et sur ce pié-là, il faut que l'oiseau que Rabelais appelle pouacre, soit sujet à la goutte aux piés, & que les malades qu'on a traités de pouacres, l'ayant été de la goutte. Ce qui aura fait que quelques-uns voyant que ces gens là ne pouvoient s'aider de leurs membres, les auront pris pour des paralytiques ; & que d'autres les voyant couverts d'emplâtres, les auront pris pour de vilains galeux & pleins d'ulcères. Aujourd'hui, traiter un homme de pouacre, c'est le taxer d'avarice, & d'une extrême saleté. L'oiseau que Rabelais appelle Pouacre, pourroit bien être le chapon, qu'on fait être fort sujet à la goutte aux piés. Scaliger contre Cardan, Exercitation 17. n. 2. At capi, qui cafferi fust, quare podagra miris modis afficiuntur, Galli non ? quia capis pusillus calor, edacitas multa : in Gallo calor multus, cibi abfi- nentia non minor. M. de Marconnais, Gentilhomme du Poitou, réfugié à Berlin, m'a assuré que chez lui & dans sa Province, on appelle Pouacre, l'oiseau de rivière que communément on nomme Pocheculliere : ce qui convient avec ce que Rabelais dit ci-dessus, où il nomme le Pouacre parmi les oiseaux de rivière. Mais par malheur, Rabelais au même endroit du liv. 1. chap. 37. parle aussi de la Pocheculliere. M. de la Rolliere, Gentilhomme du même pays, assure que le Pouacre a le bec long & pointu, que ce n'est pas le Pocheculliere, mais plutôt une espèce de héron ; n'étant pas plus gros qu'une poule, ayant le corps blanc, mais les ailes noires & fort grandes. Il s'en voit beaucoup sur la Charante. Pouacre peut aussi être un composé de poule & d'aigrette. Le Pouacre est une espèce d'aigrette de la grosseur d'une poule. J'ai dit que pouacre, dans la signification de pouac, venoit de poda- EFERUS - Recherches & Classification numériques gre. La Continuation de Dom Quichotte, Paris 1721, tom. 2, pag. 95. Quand ces vilains poda-gres m'ont couvert la bouche de leurs ordures. En cet endroit, podagre est la même chose que pouacre. Le Duchat. Voyez poacre. POUCHÉ T. C'est-à-dire, un peu. Alain Chartier, dans un de les ouvrages, intitulé l'Es-pertance, &c. page m. 329. Or misi soy esperance au-devant de la couche, & se retira un pouchet. C'est ainsi que portoit le manuscrit, au lieu de petit, qu'on a mis dans l'imprimé. Poucher, de paucet-ram, diminutif de pancrum. Le Duchat. POUCIN : on, comme on l'écrivoit autre-fois, poulcin. Il sort de pullicem, qui est un dimi-nutif de pullus. Ælius Lampridius, en la Vie d'A-lexandre Sévère : Qui eos ex ovis, ac pullicenis, ac pipionibus, alerent. Cafeneuve.
POUCIN. De pullicinus, qu'on a dit pour pul-licem, qui se trouve en cette signification dans Lampridius, en la Vie d'Alexandre Sévère. Aviaria instituerat pavorum, fafianorum, gallinace-orum, anatum, perdicum etiam. Hisque vehementer delectabatur : quos habuisse ad viginti millia dicitur; & ne eorum paffus gravaret annorum, servos habuit veftigales, qui eos ex ovis, ac pullicenis, ac pipio-nibus, alerent. Sur lequel lieu voyez M. de Sau-maise. M. POUDRE DE DUC. M. l'Abbé Petitpè, Chanoine de Notre-Dame de Paris, & Docteur de Sorbonne, m'a fait voir un Manuscrit, conte-nant les Cérémonies faites aux Obsèques d'Anne de Bretagne, femme de Louis XII. où j'y ai vu ces mots : Au partir de l'Eglise de S. Denis, l'on vint en une salle moult grande, qui estoit préparée pour le disner ; où il y avoit beaucoup de viandes, bonnes & delicieuses. Mais le dernier fruit fut d'an-goisse ; qui estoit le très-piteux service que nulle pou-dre de Duc le peut adoucir. Je ne fais ce que c'est que cette poudre de Duc (a). M.
POUDREUX. Voyez Pié-poudreux. POUGEOISE : sorte de monnole de saint Louis. Un Registre de la Chambre des Comptes de Paris, intitulé Pater : Item ; pour l'autrefois, au lieu de pougeoise qu'ils fouloient payer par ledit échange. Voici comme M. le Blanc parle de cette monnole, à la page 192. de son Traité Historique des Monnoies de France : Outre les deniers Tournois & les deniers Parifis, le Roy S. Louis fit faire des oboles Parifis, comme il est justifié par une Formule de Bail de S. Louis. Les Statuts que S. Louis donna à la ville d'Aiguemortes, sont mention de l'obole & de la pougeoise ; pogefia. L'obole fait toujours la moitié du denier ; cela n'a pas besoin de preuve : & la pougeoise valait la moitié de l'obole ; & par consé-quent la quatrième partie du denier. La preuve s'en tire d'un titre de l'an 1273. de Gérard de Monte-son, oncième Evêque de Lecloure. Le Roy Philippe le Hardi donne par ce titre à cet Evesque tres poge-fias, feu pictas, feu tres partes unius denarii : ce qui fait aussi voir que la pite, ou poitevine, étoit la même chose que la pougeoise. Le troisième article des Ordonnances que Philippe le Bel fit l'an 1294. pour les Foires de Champagne, le marque aussi évidemment : De qualibet libra Turonensum parvorum, dabunt unam pogefiam, five pictam Turonensem. Il appelle la pite Tournoise ; car quoyqu'elle du son nom de Pite, ou de Poitevine, à la Province de Poi- (a) Il en est parlé trois fois dans le petit Saintré, chap. 71. 71. & 82. Taillevent, dans son Viandier, en partie souvent sans la décrire. tou, où elle avoit pris son origine ; comme elle parta-geois le denier en quatre parties, & que nous avions des deniers Tournois & des deniers Parifis, qui étoient de divers valeur, on appelait la pite Tournoise, ou Parifis, suivans le denier qu'elle partageoit. M. du Cange dérive ce mot de celui de pogefia, en foufentendant monna. Et il dérive pogefia de Po-gienfis, qui est comme qui diroit, Monnoie des Evesques du Puy. M.
POUILLES. Chanter pouilles. Cette façon de parler vient apparemment de l'injure de pouil-leux. M.
POUILLES. Pouilles, pou. On écrivoit anelen-nement poul, qu'on prononçoit & que depuis on écrivit poul ; en Bourguignon, pouille. De la pouil-leux, terme de mépris. On fait le Conte de Poge, touchant la femme qui appelait son mari pouil-leux. Aussi pouilles au plurier signifie en François injures ; & chanter pouilles, c'est injurier. On dit d'une méchante place sans défense, que c'est un pouillier. Le pediculus des Latins, quand ce mot signifie un pou, ne vient pas de pes, mais de pedis, qui, comme le prouve Nonius par deux passages, l'un de Novius, l'autre de Plaute, étoit de deux genres. Le plurier pedes, dont Livius Andronicus, Plaute, Lucile, & Varron, se font servis dans la signification de pou, vient uniquement du nomi-natif pedis, & non pas, comme l'ont cru nos Mo-dernes, de pes, dont les Anciens n'ont jamais usé en ce sens. M. Huet s'y est trompé dans cet agrèa-ble endroit de son Iter Suecicum, où il décrit la plaifante maniere de procéder à l'élection du Ma-gitrat d'Ardenborch. Mux Hardenbergam sera sub nocte venimus. Ridetur nobis veteri mos ductus ab avo. Quippe ubi deligitur revoluto tempore Consul, Barbati circa mensam flatununtur acernam, Hispidaque imponunt attenti menta Quirites. Befita, pes mordax, sueta inter creficere fordes, Pontitur in medio : tum cujus, numine Divum, Barbam, adit, sefo huic gratantur murmure Patres, Atque celebratur subjecta per oppida Consul. Gloffaire fur les Noëls Bourguignons, au mot pouille. M. le Duchat dit que pouilles vient peut-être de pocula, parce que c'est entre les verres & les pots que des gens qui y ont pris querelle se disent tou-tes leurs vérités, & parce qu'on dit dans le même sens & pour la même raison, chanter goguerres. Mais il croit que pouilles a été fait de policiola, comme peluche de pellicia ; parce que chanter poui-les à quelqu'un, c'est éplucher la vie, & lui repro-cher jusqu'aux moindres bagatelles ; & qu'on dit dans la même signification, se jeter sur la peau d'une personne. Ces deux étymologies sont égale-ment frivoles, & n'ont pas besoin d'être réfutées. La seule véritable est celle que nous avons rappor-tée du Gloffaire fur les Noëls Bourguignons.
POULAIN. Les Latins l'appellent pullus : de ••, qui signifie même chose. Mais nous l'avons immédiatement formé de son diminutif ••, qui est un petit poulain. Cafeneuve.
POULAIN. Le petit de la cavale. De pulla-nus. M.
POULAIN. Wachter, dans son Gloffarium Germanicum, page 502. FULLIN, fullin, fullen, himnulus equinus, vel afoinus. Gracis ••, ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; ••; •• EFERUS - Recherches & Classification numériques ebevel, apud *Boxhornium in Lex. Ant. Brit. Gubis* fula, *Marc* xii. 2. *Anglo-Saxonibus* fula, *ibid. Francis* fulio, *Alamannis recentioribus* vole, *Anglis* fole, *Succis & Islandis* fula, *Belgis* veulen, *Galix* poulain. *Gloß. Ælf. in nom. ferarum : poledrus* fula. *Orfidus*, *lib. iv. cap. iv. 2. Joh. bringat ouh* thaz fulin far : & *adductio etiam pullem acyus...* *Conilla eufalem originis, non Graca, aut Latina, quia vox iflis linguis accommodari non potest fine multis mugis; sed Barbara, Scythica, vel Celtica. Scythica lingua denotare potest partum novellum cujuscumque quadrupedis, si derivatio, ut par est, institusur à fallen nafti. Idemque Cambria denutabit ebol, si derivetur ab eppilio gencrare. Eccardus in notis ad Legem Salicam, pag. 77. existimat, fitillin proprie esse consellantum matris sua, à folgen fequi. Malim duxiflet à Succica folia fequi, quod consiliandis tot linguarum vocibus magis idoneum est. Nos nostra derivatiuni inharemus. Vox barbara poledrus, qua utitur Ælfricus in Gloffa, est diminutivum ab Anglo-Saxonico fula, eodem modo fallum, ut pullafter, pullitra, porcetta, apud Latinos.*
POULAIN. Ce mot se trouve dans Joinville, pour signifier un homme qui a un pere d'une nation & une mere d'une autre. Et c'est ainsi qu'on appelle en Syrie celui qui est né d'un pere Européen & d'une mere Syrienne, ou d'un pere Syrien & d'une mere Européenne. M.
POULAIN. Je crois que dans cet endroit de Joinville, Poulain se dit d'un homme qui étoit de Pologne, mais dont le pere ou la mere étoient d'un autre pays. Voyez poulaines. Le Duchat.
POULAIN. Machine sur laquelle on traîne des fardeaux. De pulvinus. Huet.
POULAIN. Terme de Marine. C'est la partie de l'avant du vaisseau. Voyez Guillet. M.
POULAIN. Terme de Marine. Je crois que cette partie du vaisseau a été ainsi appelée, à cause de la ressemblance de son bec à celui d'un fouiller à poulaines, ou à la Polonoise. Voyez Nicot, au mot polaine; & ci-après poulaines. Le Duchat.
POULAINES. *Souliers à poulaines* ; dans Rabelais, livre 2. chap. 1. Dans Nicot il y a *Souliers à poulienne*. Mézeray, dans la Vie de Charles V. page 579. de l'édition in 4°. L'habit des hommes de qualité, & des hommes gens dans les villes, c'est la robe longue, & le chaperon presque fait comme celui des Moines. On le rabaisoit quelquefois sur les espanles, pour se couvrir la tête d'un bonnet. Le luxe & la folie avoient tellement accourci cette robe, qu'on voyait les cuisses, & tout le mouvement du corps depuis les reins. Ils avoient aussi mis en usage certaine sorte de chaufure, qui pardevant avoir de longs becs recourbes en haut (ils les nommoient des poulènes), & par derrière, comme des esperons qui sortoient du talon. Le Roy, par ses Edits, bannit ces ridicules modes; à l'exemple du Saint Pere, qui peu auparavant avoit condamné par ses Bulles la dissolution des habits dans l'un & dans l'autre sexe. Il semble que c'est de cette sorte de fouillers que parle Oldéric Vital, en cet endroit du livre VIII. de son Histoire, page 682. *Instituii sibi fieri longos, & in summitate acutissimos sublulares, ut operires pedes, & eorum celares tubera, qua vulgo vocantur uniones. M.*
POULAINES. *Souliers à poulaines*. Dans l'Histoire de Charles VII. attribuée à Alain Chartier, page m. 153. sur l'an 1443. le Roi de Pologne est appellé Roy de Poulain. Item, page 157. deux fols. Borel dit, qu'à Poulain veut dire à la Polonoise, & que la Pologne se nommoit en vieux François Poulain : ce qui est vrai, & pourroit, à ce que je crois, se justifier par Froissart. Et c'est aussi le sentiment de Bernardin de Mendosse, lequel, dans ses Commentaires de la Guerre de Flandres, au feuillet 1941. de la Traduction Françoise imprimée à Paris en 1590. parlant des patins dont les Hollandois se servent pour marcher sur les lacs & sur les canaux en tems de gelée, dit qu'à la pointe de ces patins ou fouillers il y a un crochet, comme un espanlon de fouiller Turquefique ou Polonois, ou à barques d'Espagne. Rabelais, livre 2. chap. 34. & livre 5. chap. 46. parle de ventre à Poulain; au lieu de quoi on dit aujourd'hui, ventre à la Suisse; pour un ventre qui se jette extrêmement en dehors, comme la poulaine, ou bouline, autrement appelée l'avant du vaisseau, le cap, ou l'éperon, qui fait une grande faillie en mer; au bas de laquelle faillie on blanchit le linge, & on va se décharger le ventre. Voyez Furetiere, au mot poulaine. On lit aussi, mentons à poulaines, page 36. des Paradoxes imprimés en 1514. chez Robert Etienne. Les sabots, ou fouillers de bois, retiennent encore aujourd'hui quelque chose de la pointe des fouillers à poulaines. Les poulaines avoient encore la vogue du vivant de Rabelais: & même il semble que les amoureux de ce tems-là en avoient inventé de plus ridiculement grandes qu'on n'en eût encore porté. C'est ce que nous apprenons du Livre intitulé *Aresta Amorum*, imprimé à Lyon en 1546. on ces termes, qui sont de la page 359. Il y a six ou huit surles *Cordoanniers qui se sont plains, en la Cour de céans, de ce qu'il faut maintenant mettre aux pointes des fouillers qu'on fait, trop de bourre : disans, qu'il sont trop grévés, & qu'il ne pourroient fournir les compaignons (les jeunes gens), ny continuer cette charge, s'il n'en avoient plus grands gaiges qu'il n'avoyent accouflumé, attendue que le cuyr est cher, & que lesdites poullaines sont plus fortes, à faire qu'il ne soulivoient. Si ha la Cour fait faire information & rapport du prouist & dommage qu'il en ont & pourroient avoir. Et non neu & considéré ce qu'il falloit considérer, la Cour dit, que lesdites Cordoanniers seront lesdites poullaines groffes & menues, à l'appétit des compaignons, suivant ledit service d'Amore, sur peine d'amende abituraire. Le Duchat.*
POULE. De pulla, qui se trouve pour gallina, dans cet endroit de Saint Augustin, qui est du chap. 25. sur les Juges: *Apud nos pulli appellantur gallina cujusibet atatis*. Je crois qu'il faut pulla. M.
POULEMART. Sorte de gros fil, ou de petite flicelle, ainsi appelée en Dauphiné par les Marchands, qui s'en servent à lier les petits paquets de la marchandise qu'ils vendent en détail. Rabelais, livre 2. chap. 2. *Et pourroit-on à fil de Poulemart : tout basques le magazin d'ébut*. Et livre 2. chap. 7. *Le Poulemart des Marchands. Poulemart est aussi une sorte d'arme*. Le Diction. Fr. Ital. d'Ant. Oudin : Poulemart, *spectre d'arme*. Je ne sais d'où viennent ni l'un ni l'autre Poulemart. Le Duchat. POULES D'INDE. *Gr. 1000. La. L. meleagrides : gallina gibbera*. Plusieurs croyent que les poules d'Inde ont été ainsi appelées, parce qu'elles nous sont venues des Indes. Jules Scaliger, dans ses Commentaires sur l'Histoire des Animaux X x ij EFERUS - Recherches & Classification numériques d'Aristote, livre VI, page 643, parlant des poules d'Inde: In *Brasilia regione, neque maximo tritramum ambitu ab Hispanis super repertarum, magna copia horum animatium: qua hinc non allata, ut multa alia, sed ibi nata & reperta ab advenis fuerum; atque eorum opera denuo ad nos pervenerunt*. Mais en cela ils se trompent. On les a ainsi appellées, parce que les François ont donné ce mot d'Inde à plusieurs choses apportées en France des pays étrangers. C'est la remarque de Turnébe, livre XIX, de ses Adversaires, chap. 9. *Nostrates, qui quid propendium transmarinum hoc affertur, ex India adverilam dicunt*. Sic fabas Indicas nominam; criticum Indicum; gallinas Indicas. *Ne multa: qui quid demi nostra non noscitur, panè India ferimus acceptum*. Et celle de M. de Saumais sur Solin, page 871. Indicas *ignitur vocamus, non quid ex India primum advella; nam in Bavaria & Gracia paffim nascitur: sed quia quid quid ad nos transmarinum adfertur*, Indicum *vulgo appellamus*. Varron, Columelle, & Pline, ont fait mention des poules d'Inde. De ce mot d'Inde, nous avons fait *dindon*, pour signifier un *pouler d'Inde*. M.
POULETS, pour *Lettres d'amour*. M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 16, le dérive de *puletica*. Voici ses termes: *Puletica, pro polyptychis etiam dicimus epistolas amatorias*. Sic *apud Vetere*, ad *cum usum habebantur duplices & triplices tabella*. De *triplicibus, Martialis in Apophoretis*: Tunc triplices nosstros non villa dona putabis, De *duplicibus Ovidius; ubi conqueritur inanes suas tabellas rediisse, amica non promitente*: — Vos re duplices pro nomine sensu. Sic diptycha *Interpreti Juvenalis*. Quamvis, *inquit*, ille dives blandis te epistolis & diptychis solliciter, nihil tamen accipiis, nisi stellas bene positas in genesi habueris, quæ tibi hoc præstent. *Eumdem usum videntur quoque prostitisse Veteribus polyptycha*. *Inde enim nostra puletica, vel puleta*. On a dit *puleticum*, pour *polyptycum*. Voyez *poulié*. Audebert, dans son Voyage d'Italie, page 71, donne une autre étymologie à ce mot de *pouler*. Et si c'est, dit-il, pour maquerillage que soit faite la punition, on perd deux poullets visé aux pieds de celui qui auront été pour subornier une femme. Et de-là vient ce que nous appelons en France porter un poullet, quand on envoie un petit billet: *d'autant que ceux qui se mefolient de ce meflier, portaient les poullets vendre par les maisons, & mettaient un billet sous l'aile du plus gros; qui estoit un avertissement à la Dame qui s'entendoit; ou pour la première fois trouver moyen de le bailler à la main*. Cela estant descouvert, le premier fut puni d'estrapade avec deux poullets attaches aux pieds, qui ne sont cependant que voler. Et depuis est venu que le maquerillage, de quelque façon qu'il soit, se punit de cette sorte. Et nous, n'entendant l'origine, appelons indifféremment un poullet, toute sorte de petit billet. Les Italiens ne se servent point du mot de *pouler* en cette signification: ce qui détruit l'étymologie d'Audebert: laquelle d'ailleurs n'est pas vrai-semblable. M. POULETS: pour *Lettres d'amour*. On les a appellés de la sorte, parce que les premiers furent pliés en forme de *poullets*, à la manière dont les Officiers de bouche plient les serviettes, auquel- les ils savent donner différentes figures d'animaux. Ce qu'au reste Richelet remarque, que le mot de *pouler*, en cette signification, n'est plus si fort en usage qu'autrefois, c'est qu'effectivement cette sorte de billets d'amour se plient aujourd'hui plus régulièrement, & se cachetent comme les autres Lettres. Enfin *cachot*, ou *copier*, est un fronnième de *pouler*, dans la signification d'un jeune coq: & sur ce pied-là, comme on dit *copier*, pour *faire l'amour*, on aura, avec d'autant plus de raison, appellé *pouler* un billet d'amour, que ce billet entretient le commerce des *coquets* avec les coquettes. J'avois oublié de remarquer que d'un côté *pouler*, au sens d'un billet galant, est un mot à peu près du tems qu'on s'est avisé de plier en forme de *pouler* cette sorte de billet; & que de l'autre on n'appelle pas proprement de la sorte les grandes Lettres d'amour, comme sont les Lettres Portugaises & leurs Réponses, mais seulement de petits billets tendres: & qu'on appelle aussi plus communément *pouler*, le billet tendre de l'Amant, que celui de sa Maîtresse. Sarafin, dans sa Pompe funèbre de Voiture, dit comme une chose extraordinaire, qu'à cette Pompe on voyait une cassette de *poullets* cachetés. En effet, pliés & noués comme sont les *poullets*, l'inscription leur tient lieu de cachet. D'autres *poullets* sont fermés d'un *moud* d'amour: & de la vient que ce *moud* a été nommé de la sorte. Dans la nouvelle édition de l'Ille des Hermaphrodites, page 100, des serviettes de la table de ces Messieurs, les unes étoient pliées en forme de certains fruits, d'autres en forme de diverses sortes d'oiseaux. Le Duchat.
POULIE. Elle est ainsi appelée, à cause que le fréquent mouvement de la corde qui la fait tourner la poile, & la rend inifiante. C'est pour cette raison que les Allemans l'appellent *scheibe*, du mot *schein*, qui signifie *lueur* & *poitesse*. Le Dictionnaire Alleman-Latin de Daïypodius: *Scheibe*, *trochica*, *Sehein*, *splendor*, *nitor*. Caseneuve.
POULIE. Lat. *trochica*. Les Espagnols disent *polea*, que Covarruvias dérive de *voixia*, *verfor*. Et il en vient; de même que le François *poulie*: *voixia*, *voixia*, *voixia*, *poula*: *poula*, *poulie*. Au lieu de *poulie*, on a dit aussi *empolie*. Le petit Dictionnaire Latin-François publié par le Père Labbe: GIGILUS, *empolie*, en *quoyourne la corde à pusfor yane*. M.
POULIE. M. Ménage, qui dit quelque part qu'il n'est point Helléniste en fait d'étymologies, auroit bien fait, à mon avis, de ne l'être pas encore ici: *poulie* ayant bien la mine de venir de l'Alleman *spull*, qui signifie une bobine. Et ce qui acheve de me le persuader, c'est le vieux mot *empolie*, qu'on diroit autrefois pour *poulie*. Car comme d'enlever, vieux mot, nous avons fait *riever*, & d'embattre, *ebattre*; il y a bien de l'apparence que de *spull* nous fîmes d'abord *empolie*, puis *eponlie*, & enfin *poulie*. Le Duchat.
POULIE. J'aime mieux dériver tout simplement ce mot de l'Anglois *pulley*; qui veut dire la même chose, & qui est fait du verbe *pull*, qui signifie *tirer*. Rien ne sert plus qu'une *poulie* pour tirer en haut les fardeaux. M. Ménage avoit donné cette étymologie dans la première édition de ses Origines de la Langue Française: & je ne vois pas que celle qu'à la donnée dans la seconde, soit meilleure. * EFERUS - Recherches & Classification numériques
POULLIE. Catalogue des Bénéfices. Dans quelques Titres Latins d'Abbayes & de Chapitres, le Pouillié est appelé pullare, & pullarium : ce qui a fait croire à quelques-uns, qu'il avait été ainsi appelé a pulls, comme qui dirait le lieu où font tous les petits pouffins ; c'est-à-dire, les Bénéfices qui dépendent de l'Abbaye, qui en est la mère. M. de Saumalée fut l'Histoire Auguste, page 16, le dérive de polyptycarium, formé de polyptycum, qui signifie Registre. Polyptyca tector & Syngrapha, & obaria publica, pro redeem. Laterculum & indicum etiam hodie poliarum vocamus ; quasi polyptycarium. Polyptychum hac notione accipitur apud Vegetum, libro 2. capite 19. Majore propè diligentia quam res annonaria vel civilis polyptychis adnotatus. Et fon opinion est confirmée par cet endroit de la Chronique de Bèze, publiée par Dom Luc Dachety, page 600, du premier Tome de son Spicilège : Quod Dux Rainardus, Lingonensis Episcopus, petente Abbate Ganderto, & ejusdem loci Monachis, feieris liberam Sancti Remigi Ecclesiam ab omnibus celfactudibus : qua in Polyptyce c. catenorum ; paratas, fico debitum, quod in Synodo debebat Presbyter, remitens. Et par cet autre de la Chronique de Cambray, 1. 55. Excrefeente discordia, inter Carlenfes & Latharines, Ecclesia Lanthensis male labefactatur : adeo, ut ewerfo penitus loco, fanentantes pullum iri credentur. Episcopus tamen divino conficio usus, poleticum, quod adhuc in eadem Ecclesia referatur, scripsit. Et hoc ab Apostolica antitritate, & a Comprovincialibus Episcopis confonata, omnes Ecclesia ipsius pervasores a Christianorum societate sequestrans, tali modo Ecclesiam a tanto naufragio immunem reliquis. Où poleticum est dit pour polyptycum : comme poleticum dans la Formule xix, du livre 1. de Marculfe. Pracipientes ergo jubemus, ut si memoratus ille de capite suo bene ingenuus esse videtur, & in poletico publico censitus non est, licentiam habeat cernam capitis sui susurare. ¶ C'est aussi l'opinion de M. du Cange. Voici ses termes : POLITICUM, in Charta apud Colindum, in Episcopis Vivariensis, lib. 3. num. 2. Papias : POLITICUM ; scriptum, Annales libri, Commentarii. Hinc Pouillié apud nos, pro Regesto & Catalogo Ecclesiarum, seu Beneficium Ecclesiasticorum, cuiuscumque Episcopatus : cum nihil alium se quam polyptycum Ecclesiasticum, in quo bona Ecclesiastica, retomque Charta, continentur. Au lieu de poleticum, ou poleticum, on a dit aussi poletum, comme nous l'avons fait voir au mot poulets. Et de-là vient que dans le Dauphiné le Pouillié est appelé le Poulter. En quelques lieux de France, on l'appelle le Peloux : ce qui me fait souvenir de ce que j'ai là autrefois dans la Vie de Louis III. Duc de Bourbon, écrite par Jean Doronville, dit Cabarré ; que Huguenin Chauveau avait fait un Livre en l'absence de ce Duc, contenant toutes les malversations de ses sujets, qu'il avait intitulé le Peloux. Touchant le mot polyptycum, voyez Cujas, livre IV. de ses Observations, chap. 27. M. Bignon fut Marculfe, le Père Sirmond fut les Capitulaires de Charles le Chauvet, & Scrivetius fut Végée. On a aussi appelé Dipthyca certains Livres Ecclesiastiques. Meursius, dans son Glossaire : Diatry, libri Ecclesiastici. Eram vero gemini, unde & diatry dicebantur : alter, mortuerum nomina completerebatur : alter, adhuc viventium. Meursius se trompe. Ces Livres furent appelés Dipityques, parce qu'ils étoient écrits in diptychis. M.
POULPE. Charnure. De pulpa. M.
POULPE. Pullum. De polypus. M.
POUPE. Nicot : POUPE : C'est la terre, en mammelle, fois d'une femme, comme la moment en aucunes contrées de France, fois de belles mordans, comme la moment les Veneres : disans, les poupes d'une ourée, & semblables. La une viens du prêtre Grec arivona, non ainsi que pot. Et est dit poupe, parce que le faun tete & huit le laïli par-là. On bien est fait par ammatopie, du son que l'enfanteur fait de ses lèvres, en sucune à faire le laïli de la mammelle. Nicot n'a pas bien rencontré en ces deux étymologies. POUPE vient de papa, qui signifie, comme son diminutif papilla, le bout de la mammelle. Papa, papa ; d'où l'italien poppa ; POUPE. M.
POUPE. Nicot : POUPE : est la figure & image en boîte d'une petite fille, faite de gros drapeau, & d'intruslation de blanc d'Espagne, dont les filles & petits enfants font leurs jeunes. Puppa : dont il vient ; car les anciens Latins appellent puppa une petite fille ; qu'ils ont depuis appelée puella ; ainsi que puppus leur esquis ce qu'est maintenant puer, ou puellus. ¶ Poupie a été fait de pappata, fait de poppa. M. POUPE : pour quemouillée. De sa ressemblance aux cheveux d'une fille. M.
POUPELE. Lat. pulpofus. De pulpa. Pulpa, pulpella, pulpellatus, POUPELE. Par le changement du P en Y, on a dit ensuite pouelé. Nicot, au mot pouelé : A pulpa, communément en dis pouelle, & aucuns, poelle. Et de pouelé, on a fait poelle ; pour dire grasseuiller. De pulpa, pulpella, on a dit pulpellinus ; dont nous avons fait POUPELIN. C'est ainsi que les Angevins appellent un petit enfant, & une sorte de fromage frais, fort délicat. POUPELIN, en la signification de petit enfant, pourroit aussi avoir été fait de pupus, qui signifie petit enfant. Pupus, pupinus, pupellinus, POUPELIN. On bien de cette sorte : pupus, pupellus ; pour pupillus : pupellinus, POUPELIN. ¶ Bourdelot dérive poupelain de vivace. M. POUPELIN : pour délicat. On appelle ainsi en Anjou une sorte de fromage : & a Paris, une sorte de pâtisserie. Pulpa, pulpella, pulpellina, pulpellinou, POUPELIN. Voyez pouelé. M.
POUPELIN. De vivace. Papamum, espèce de galette dont parle Juvénal. Hurs.
POUPIN. Ce jeune homme-là est poupin : c'est-à-dire propre. M.
POUPIN. Je crois que ce mot a été fait du poupelin, par abdegé ; & que poupelin, pour petit enfant, est un diminutif de pupus, qui signifie la même chose. Un jeune homme poupin est un jeune homme qui est beau & propre, comme un bel enfant bien ajusté ; qu'on appelle un poupon, du même mot pupus. *
POUPON. De pupus. Voyez poupin, & pouelé. *
POUR. Préposition. Ce mot a été fait vraisemblablement de pro, que les Latins ont pris du Grec aré, qui signifie la même chose. Mais peut-être aussi que pour nous est venu de la Langue C'eutonique : car cette préposition se dit jour en Gothique, for en Saxon & en Anglois, fora en vieux Franc, for en Suédois, for en Alleman, ver en Flaman. Le p & l'f sont des lettres du même organe, qui se mettent facilement l'une pour l'autre. Voyez Wachter, dans son Glossarium Germanicum, au mot fur. * ENTERUS - Recherches & Classification numériques
POURCEAUGNAC. Moliere a fort judicieusement désigné sous ce nom-là un Bourgeois Gentilhomme Limofin. Une des principales richelles du pays confiste dans la nourriture qu'on y fait des pourceaux, appellés au pays Gentilhomme, par plaisanterie, parce qu'ils font vêtus de foie. Voyez le Recueil intitulé Histoire de notre Temps, &c. in-12. 1570. pag. 136. & 137. Le Duchat.
POURE. POVRE. En la signification de plus rare, plus riche, plus puissant. Rabelais, liv. 5. chap. 18. Voici le poure fredon du monde. Sur lequel endroit, M. Guyet avoit mis à la marge du Rabelais de M. Ménage, par forme d'explication, ou de correction: Poure, plus rare. Dans le volume 2. de Perceforest, chap. 13. dans la seconde colonne de la page où finit le Lay de l'Hermine, on lit, que la Demoiselle qui devoit être mariée la première, auroit sur elle, entre autres parures, le poure joyel que le Chevalier au Dauphin lui conquit par sa prouesse au grand Tournoy: c'est-à-dire, selon moi, le plus rare joyan; puisque ces joyaux étoient tous de grand prix, & d'une beauté singulière. Froissart, tome 2. fol. m. 110. 1°. parlant de la disgrace arrivée au Comte de Flandres, lorsqu'il fut défait par ses sujets les Gantois devant Bruges en 1381. Au matin il (le Comte) pouvoit bien dire, je suis l'un des plus pourres Princes du monde Chrestien; & en la nuve enfuivant il se trouva en celle petitesse. Denis Sauvage de Fontenailles, dans son édition de Froissart imprimée en 1574. a cru que ce passage de Froissart étoit corrompu dans l'ancienne édition: c'est pourquoi au chap. 98. du vol. 2. de la sienne, n'entendant pas le mot de poure en cet endroit, il a mis ce passage ainsi: Au matin il (le Comte de Flandres) pouvoit bien dire, je suis l'un des puissans pour Prince Chrestien, du monde; & en la nuve enfuivant il se trouva en celle petitesse. Mais sa correction est vicieuse, & il faut lire comme dans l'édition de Vérard: Je suis l'un des plus pourres Princes du monde Chrestien. Pouvez signifie ici puissans; peut-être de potentiores, ou plutôt de potiores. Cicéron, 4. des Tuéculanes: Filius plus poller potiorque est patre. Les Anglois disent aussi power, dans la signification de puissant, & de potier. Un Conseiller de Gand, parlant au Duc de Bourgogne pour ceux de Gand, qui lui demandent pardon de leur désobéissance: Car ils sont prêts & appareilles de vous servir, d'être, & d'être vos pures sujets: c'est-à-dire, premiers en obéissance & en sujettion. Voyez Monstrelet, vol. 3. fol. 74. b. sur l'an 1458. édit. de 1572. Dans Froissart, vol. 2. ch. 73. on lit: Mais sachez, Demoiselles, que par le grand honneur de vous, nostre poure prouesse à icelle fois sera monstre. Ici poure, comme signifiant modeste, pourroit bien venir de pauper. Le Duchat.
POURPIE. En Latin portulaca. Serenus, selon le témoignage de Charles Etienne, en un Traité des Arbres & des Herbes, l'appelle pullipedem; parce que cette herbe, & particulièrement celle qui naît dans les vignes, représente le pied d'un poucin de poule: d'où nous avons formé pourpie, comme qui diroit poule-pie. Caïeneuve.
POURPIE. Herbe potagère. Par corruption, pour poule-pie. De pullipes. C'est ainsi que Sérénus appelle cette herbe. Quod ea, praeserim qua in vinetis nasitur, figura pedem pulli gallinacei referat, dit Charles Etienne. M. de Saumasse, dans ses Homonymes des Plantes, chap. 1. àchâque, herba est, qua Latinis portulaca, vel etiam porca- cla; quasi à porcis. Unde & Graeis recentioribus, & in his dicitur. Nobis vulgo vocatur pourpier; quod dici deberet pouipied; quasi pulli pes. Sic enim infima Latinitas appellavit. Macer subditivus, de Herbis: Andrachne Graeis, quæ portulaca Latinis Dictur, hæc vulgi pes pulli more vocatur. Sic mulcis, aliis herbis nomen inditum: pes alanda; pes corvinus; pes columbinus. ¶ On prononce en Anjou, piépum, par corruption, au lieu de piépont, de pes pulli. ¶ Voyez porcelaine. Bourdeloit n'a pas bien tencontré, dérivant pourpie de vivum. M.
POURPOINT. De perpuuntum. L'Auteur du Pèlerinage de l'Ame: Et tout ainsi comme fait est, De postures le gombiffon; Pourque pourpoint le appelle-on. Périon, contre toute sorte d'apparence, le désire de vivum. Voici ses termes, qui font du feuiller 97. v°. Illud autem vestis genus porpoinct vocamus à Graeis vivum, quod monile, fibulam, ac bullam declarat; quod in eo quondam id quod nostrâ etiam memoriâ sit, monilia, fibula, bullaque, annellerentur. Bourdeloit lui a donné la même étymologie. Charles de Bouvelles s'est fort bien aperçu qu'il venoit de perpuuntum. M.
POURPRE. Du Latin purpura, fait du Grec vivum. L'Auteur de l'Histoire du Ciel, tome 1. page 109. dérive ce mot de "un phour, frangere; & en doublant, "un pharphar, fruftulatum diffringere. Selon cet Auteur, c'est le même terme qui a donné naissance aux mots Latins purpura, sar, & surfur: au mot purpura, parce qu'il falloit mettre en pièces les coquillages d'où on tiroit cette riche couleur: aux mots sar & surfur, parce qu'il falloit briser le blé pour avoir la farine & le son."
POURQUOI. De l'Italien perche. Sylvius, page 117. de la Grammaire, le dérive de pro quo. M.
POURTANT. Sylvius, page 117. de la Grammaire, le dérive de pro tanto. M.
POUS. C'est une sorte de pulmernum, fort en usage en basse-Normandie, particulièrement chez les pauvres gens. Elle se fait de farine d'avoine, qu'on met tremper une nuit ou une matinée dans l'eau; ensuite on la presse dans les mains pour en ôter la paille: on passe le tout dans un cas de crin, ou tamis; puis on laisse reposer cette eau, dans laquelle cette farine est toute délayée: & après avoir laissé quelque tems cette eau reposer dans un vaisseau, elle devient fort claire; la farine étant descendue au fond du vaisseau. On jette cette eau doucement, parce qu'elle emporte toute l'amertume de cette farine, & on met du lait à proportion de la farine; puis on la fait cuire sur le feu comme la bouillie. Les pauvres gens n'y font pas tant de mystère. Ce mot est formé de puls. S. Add.
POUSSATE. Mot Meffin, qui signifie de la bouillie. Sans doute de l'Italien pulta, mot de même signification. Le Duchat.
POUSSE. Vin pouffe. Rabelais, livre 2. chap. 7. Et devant que la porter (la grosse cloche d'Orléans) au clocher, Pantagruel en voulut donner une ambade par la voile, & la faire sonner par toutes les rues, en la portant en la main; dont tout le monde se rejoient fort: mais il en avint un incurvi-
EFERUS. - Recherches & Classification numériques nient bien grand : car la portant ainsi, & la faisant sonner par les rues, tout le bon vin d'Orléans pouisa, & se gâta. De quy le monde ne l'avisa que la mise enjuivant : car un chacun se sentit tant altéré d'a- voir bû de ces vins pouissés, qu'ils ne faisaient que cacher aussi blanc comme citron de Malabo, disans : nuns avons du Panagruel, & avons les gorges fail- les. De pulserum, comme on voit, puisque ce fut la grotte cloche mise en branle & sonnée dans tou- tes les rues, qui fit pouiser le vin dont parle Rabe- lais. J'aurais cru que tout l'effet qu'auroit pû faire une telle sonnerie, auroit été de troubler le vin dans les tonneaux : & je ne comprends pas com- ment il en fut gâté pour toujours. Le Duchat.
POUSSIF. Cheval pouissés. De pulserus : com- me qui diroit, ilia pulserus : autrement, ilia du- vent. M.
POUSSIN. Voyez poucin.
POUSSINIÈRE. L'Etoile poussinière. C'est ce qu'on appelle les Pléiades. Du mot poucin : à caule que ces Pléiades font les unes près des au- tres comme des poucins autour de la poule. Le Pere Labbe, dans ses Etymologies Françoises, page 404. de la première partie : Je cherche d'où on a apprécié du nom de Poussinière la constellation des Pléiades, qui est près du genou du Taureau, Si- gne céleste. M.
POUTRE. Une jeune jument. Nous avons formé ce mot, par contraction, du Latin-barbare pullerus, ou poledrus, qui signifie un poulain. Les Loix des Wisgoths, livre 8. titre 4. L. 5. Si quis quocunque pallo partem equa pragnantis excuserit, pullerrum anniculum illi, cujus fuerit, mox reformet. La Loi Salique, titre 40. Si quis poledrum annicu- lum, vel binum furaverit, DC. den. qui faciunt fol. xv. culp. jud. &c. La Loi des Allemans, titre 73. Si aliquis homo iltu ferierit pragnam jumentam, & abertivum fecerit, ita ut jaltes poledrum mortuum, 1. fol. compom. Ces mots ont été formés de xii. qui signifie un poulain. Caseneuve. POUTRE : pour jument. Rabelais, IV. 3. Villon est advertisement que Tappecone sus la pou- tre du Convent (ainsi nomment-ils une jument non encore faille) estoit allé en queste à Saint Ligaire. Ronsard, livre IV. de ses Odes, Ode 27. Pourquoi, comme une jeune poutre, De travers guignes-tu vers moi ? Et livre 1. des Amours, dans une Chançon : De toutes parts les poutres henniffantes. De pullitra. Pullus, pulli, pullitra, pultra, POU- TRI. Ou plutôt de cette manière : Pullus, pulle- trus, pulletrus (d'où l'italien polletra), poletra, POUTRE. De porca, on a dit de même porcetra. Les Glofes : Porcetra, xii. M. de Saumais, sur l'Histoire Auguste, page 117. parle ainsi du mot de pullitra : PULLITRAS dixit Varro in genere gal- linaceo, & pulliteras opposit vetulis gallinis. Pulli- tros etiam pullos equinos dixerunt, qui recentioribus poledri pro pullicis. Atque ita scriptum occurrit in Legibus Salicis. Pulletrus anniculus, in Legibus Wisg. Hinc nos pullitras, vel pultras, equulas vo- camus. Il est vrai que ce mot de poutre, signifie propre- ment une jeune jument non encore faille, com- me l'a remarqué Rabelais : mais il se prend aussi pour une jument qui porte, c'est-à-dire, qui porte
POU. POY. PRA. 351 des poulains. Et de-là vient qu'on a appelé pou- tres les groffes solives qui portent les petites soli- ves : comme on les a aussi appelées sommiers, par rapport aux chevaux sommiers qui portent la charge. M.
POUVOIR. Infinitif & substantif. De pol- lerre ; & non pas de poffe, comme l'a cru Jacques Pelletier. Les Meffins disent à l'infinitif pouleir : & ils disent de même, nous poudons, vous poulez, ils poulez. Et de-là, soit dit en passant ; notre an- cienne orthographe, je poule, tu poule, il poule. Le Livre cité de Jacques Pelletier fut imprimé à Paris en 1550. sous ce titre : Dialogues de l'ortho- graphie & pronunciation Françoise, &c. Le Duchat. POY plus, POY moins. Rabelais, liv. 1. chap. 16. parlant de la jument de Canguina : Car sa queue efoit, poy plus, poy moins, groffe comme la pille Saint Mas auprès de Longeais. Et au ch. 21. du même livre : Pesant, tant en graisse qu'en fer- moirs & parchemin, poy plus, poy moins, onze quin- taux, six livres. On diroit poy, pour peu, dès l'an 1293. Voyez M. du Cange, au mot godendac, & ci-dessus peu. Le Duchat.
PRAGMATIQUE. Pragmatique-Sanction. M. de Saumais sur l'Histoire Auguste, page 159. Factum, nihil aliud quam vi et compom. vel Prag- matica-Sanctio. Notum est Pragmatica Sanctiones, non nisi in publicis causis fieri solitas, ad proces ci- vitatum, aut provinciarum, &c. Pragmatica autem ejustendi rescripta dicebantur, quid longo tractam & consilio habito solemniter, & multa verborum dif- feratione formariatur : & ce qui fuit, que je prie mes Lecteurs de voir. M.
PRAGUERIE. Révolte des Princes du tems du Roi Charles VII. Voyez Monstrelet. M.
PRAGUERIE. Je n'ai point trouvé ce mot dans Monstrelet ; mais bien dans les Vigiles de Charles VII. tom. 1. page 171. de l'édition de 1714. Les mots de l'Auteur sont, au sujet de cette révolte : Et appellois l'en cette guerre, La guerre de la Praguerie. Commines, liv. 8. ch. 11. parle de cette guerre ; & l'appelle aussi Praguerie, supposant que ce mot soit une corruption de Briguerie, comme il avoit d'abord appelé cette guerre. Au chap. 13. du mé- me livre, il l'appelle nettement la Praguerie. Le mot Praguerie, dans la signification de pille- rie de soldats, est employé par J. Bouchet, part. 2. chapitre dernier de ses Annales d'Aquitaine, page 104. de l'édition de 1644. Item page 217. pour une émeute de Payans de diverses Provinces, en 1384. & page 388. pour les éditions qu'on crai- gnoit que ne produisit en France la prise du Roi devant Pavie ; & encore dans le même sens, page 389. & 467. & 479. Praguerie est une hérésie d'Etat : comme la révolte des Huffites, appelés Praguis dans Monstrelet, vol. 2. sur l'an 1433. etoit une hérésie dans la Foi. Le Duchat.
PRANGUI. Terme de Relation. C'est ainsi que les Indiens appellent un Européen. Ce mot est formé de Franc. Voyez ci-dessus Frankistan. * PRATIQUE : pour Science du Palais. Char- EFERUS - Recherches & Classification numériques les Loiseau, dans l'Épître Dédicatoire de son Traité du Déguerpissement : Aujourd'hui notre Droit confère plus fort en une tradition & cabale, qui ne s'apprend que par usage, & au maniment des affaires, qu'en une vraye science, résultant de règles & principes certains, qui se puissent apprendre par les livres & c'est pourquoi nous l'appollons vulgairement Pratique, Usage, ou Observance. M.
PRATIQUE. Par contraction pour Pragmatique. Henri Etienne, chap. XVII. de son Apologie d'Herodore, où il parle des gens de Palais, qu'il appelle Praticiens : je crois bien que du temps qu'on les appelait Pragmaticiens (en retenant l'origine dumet) les choses allouent autrement. Voyez Kehl, dans son Lexic. au mot Pragmatici. Le Duchat.
PREAU. De prateum. Le Duchat.
PREBENDE. De prabenda. Voëssus de Vitis Sermonis, page 551. PREBENDAM. J'entrer dixre, pro prabenda, numero plurativo; quod apud Agellium XV. 5. Nec tamen planè deficiunt similis: quando turundam, quasi terendam; & merendam a merendo, non a meridie, dixre Veteres. Ciron, dans ses Paratites sur le Droit Canon: Prabenda dicta, quod pro modo & mensura prabentur. Qui eam percipieban, dicebantur Canonici Prabendaris. Hoc vocabulum Prabenda, usurpatum primum temporibus Caroli Magni, Capituli addit. III. c. 77. Ha Prabenda, sine reditus, unico etiam nomine Canonix dicta sunt, non tam quod competant Canonici ob regulam assumptam, quam ob canonem servantibus regulam prabari solitum. Dans l'Abbaye de Remiremont, on dit appréhender une personne, pour dire lui donner une prébende. M.
PRECHER. M. du Cange le dérive de praconari, ou de pradicare. Il vient de pradicare. M.
PRECHERESSE. On appelle ainsi à Metz une jatte d'étain à anses, servant au besoin à transporter de la soupe & du bouillit; & on l'appelle de la sorte, vraisemblablement à cause que dans les commencements de la Réformation cette jatte servoit à porter le diné aux Huguenots, qui ayant assisté au Prêche du matin, vouloient encore entendre celui du soir; ce qu'ils n'auroient pu faire s'ils fussent allés dîner chez eux. Voyez huguenotte. Le Duchat.
PRECHEURS. Freres Prêcheurs. C'est ainsi qu'on appelle les Jacobins. Thomas de Chantpré, un des plus anciens Ecrivains de l'Ordre de S. Dominique, dans son premier livre Boni universalis, de proprietatibus apium, chap. 9. part. 5. Et bien quidem, nacta occasione, videndum est Pradicatorum Ordo cur tali nomine sit vocatus. Cum enim Ordo confirmari ab Apostolico debuisset, Notario pracepit, ut inscriptione Ordinis Fratres Pradicantes ponere. Qui ordinans Literas confirmationis, Fratres Pradicatores posuit recto modo. Literâ ergo suspectâ, Apostolicus dixit Notario: ut quid secundum quod tibi dixeram, non posuisti Fratres Pradicantes, sed Pradicatores ponere voluisti? Tunc ille, constanti vultu respondit: Pradicantes, impuit, est nomen adjectivum; licet à participio substantivari posse concedatur: & est commune nomen in actu. Pradicatores verò nomen est propriè substantivum; & est nomen verbale simul & personale: in qua inomen efficii manifestissimè declaratur. Verè ergo lecim, quod veridice Notarius, ad objecta responderit: prædi- cans enim nunquam significat rem suam per modum habitus; licet non sit semper in actu: & ideo Pradicatores scribi congrue deburrunt. Consentiente ergo Domino Apostolico evidentissima rationi, intitulatus est Ordo nomine Pradicatorum, & inter Cardinales solemniter confirmatus. Dans le commencement du Huguenotisme, les Catholiques appelloient Prédicants, les Ministres Huguenots. Et ce mot étoit encore en usage peu de tems avant l'expulsion des Huguenots. M. Richelet, dans son Dictionnaire: PRATICANT. Mot de mépris, pour dire un Ministre de la parole de Dieu. M.
PRELINGAND. Rabelah, liv. 1. chap. 34. Prelingand, ofcuyer du Seigneur de la Vauguyon. De pralingens, qui veut dire un préjugé, qui goûte les viandes avant qu'on les serve à la table du maître. Ou bien Prelingand vient de prendre langue; comme qui diroit, un homme envoyé pour découvrir, pour prendre langue. Au chap. 5. de la Prognostication Paracrimaline, les Prelingands sont rangés sous la Planete de Jupiter, avec les barbouilleurs de papier & les Clercs de Greffe. Le Duchat.
PRELLE. Plante. C'est l'hippouris, ou queue de cheval. D'asparella. C'est ainsi que les Italiens appellent cette plante, à cause de sa rudeffe. Voyez mes Origines Italiennes, au mot asparella. M.
PREMESSE. Retrait de prémesse. C'est le Retrait lignager. Voyez Ragueau, dans son Indice. Jean de la Coste, le plus grand Jurisconsulte de France après Cujas, dérive ce mot François du mot Grec «portuance», l'ermissum est proximibus res alienas revocare, oblato pretio, intra certum tempus: quod jus vocamus Jus retractus: LE RETRAIT LIGNAGER: vel Jus «portuance»: à qua voce Graça, constata est Francica, Droit de prémesse. C'est à la page 157. de ses Sommaires sur les Décrétaies de Grégoire IX. Ce grand homme n'a pas bien rencontré en cette etymologie. Prémesse vient de proximissæ comme PROMISE, de promissæ; MEME, de Missæ. De proximus, nos Anciens ont dit PROSME, & PRESME. Prosume se trouve dans la signification de plus proche parent, dans Boutillier. Vous trouverez prémesse en plusieurs endroits de la Coutume de Bretagne. Et c'est ce qu'a voulu dire Cujas, liv. 2. des Fiefs, chap. 4. Excriptum non casus, quo agnatus pralia familiaris, sive alodia sint, sive fenda, extero alienare prohibetur: vel si alienaverit, ea ejusdem familia agnato proximiari, jure «portuance», qua Britannis inde dicitur prémesse, revocare & retrahere conceditur. M.
PRENDRE. M. de Cafeneuve, page 93. de son Franc-Alleu, le dérive de prindere, que les Ecrivains de la Basse-Latinité ont dit pour fumer. Proprindere & misprindere se trouvent dans les Capitulaires de Charles le Chauve; sur lesquels voyez le P. Sirmond. Mais prindere a été fait de prebendere. M.
PREPIE. On appelle ainsi en Normandie la tige d'un arbre. M.
PRESQUE. De l'Italien presuche. Les Italiens ont fait presso du Latin pressum, qu'on a dit pour proximé: comme il paroît par le mot adpressum; dont les Italiens ont fait appresso; & dont nous avons fait auprès. M.
PRESSE. Espèce de petite pêche, qui ne quitte point le noyau. Par corruption, au lieu de pêche. De persica. M. de Saumais, dans ses Homo- nymes EFERUS - Recherches & Classification numériques aymes des Plantes, chap. 68. *Hodie* prefieam, *corrupie pro perfea*, *genus quoddam perficorum vocamus*, *quibus carnis callus durier*, & *effi intus adbarefceens*. *Duracina Latini vocarum*. *Graci, abfolutè vi erponis*, *fic appellarum*; *voce è Latino munata*, &c. *Ex quibus colligimus*, *id malum*, *quod abfolutè Graci dixere erponis*, *genus Attud fuiffe quod Latinis durachum dictum*, *prefieam vulgo indigotamus*, *quafi perfieam*. M.
PRESS. Chevreau de *presse*. Le Roman de Perceforet, vol. 2. chap. 34. appelle de la forte des morceaux de chevreuil cruds, que les Chevaliers errans mangeaient volontiers. On les appella ainsi, parce que tout l'apprêt qu'on y falloit, étoit de les *presser* entre deux pierres ou deux ais pour les mortifier & attendrit un peu, & pour en faire sortir le sang qui auroit dégoûté le Chevalier qui auroit voulu en manger. Voyez ci-dessus *notre*. Le Duchat.
PRESSOIR. De *pressorium*. Isidore xx. 14. Prælum : *trabes quo uva calcata primitur* : à pretendido *vocatum*, *quafi pressorium*. Les Clofées Anciennes : *Pressorium, mercieris, mercieris*. Au lieu de *pressorium*, on a dit *prensorium*. Le livre intitulé *Excerpta ex Veteri Lexico : Prensorium, in 2*. Saint Augustin sur le Pseaume 8. *In torcularibus advertimus quadam tria : pressorum*, & de *pressura*, *quadam duo*; *numm, recondendum*; *alterum, preictendum*, &c. *Quia pressura abundant*, *tu oleum esto*, &c. *Oliwa in arbore quibusdam quidem tempestatibus agitatur*, *non tamen pressuris torcularis atteritur*, &c. *Ai ubi ad torcular & pressuras ventum fueris*, &c. ¶ De *premere*, les Italiens ont aussi fait leur *palmente*, dans la signification de *pressoir*. De *pressoir* nous avons fait PRESSURAGE, pour exprimer ce que les Latins ont appellé *vinum torcivum*. Charles Etienne, dans son *Vineum*, page 400. *Vinum torcivum* : le *pressurage* : *quia praus concussio torquentur uva. Cato*, cap. 23. *Tortivum mutum circumcidanum*, *sub quoque dolio dividito* : *additoque pariter*. *Id vero quid sit*, *explicat Columella*, *cum ait*, lib. 12. cap. 36. *Tortivum*, *inquis*, *mutum id dicitur*, *quod post primam pressurum vinaceorum circumcisio pede exprimitur*. *Varro circumstita vina ideo vocat : nempe cum calcatis à pralo uvis*, *scapium solliculi pralo iterum subsiciuntur*. Hoc est, *inquis Barbarus*, *ubi deftit fluere*, *circumcisis extremis*. *Tortivum autem*, *Graci boftrichtin vocant*. M.
PREST. *Appareillé*, *préparé*. De l'adverbe *presto*, qui signifie *présenterement*, *tout-à-propos*, on a formé le Latin-Barbare *prastus*, qui signifie *prest*, *prest*, & *appareillé*. La Loi Salique, tit. 47. 5. 2. Si *verò* ... & *testes suos*, *qui ad ipsa placita fuerunt*, *secum prastos habeat* : comme témoigne Pierre Pithou. La Glofe interprète *prastos*, par *prasentes*. La Loi des Wifigots, liv. 2. Tit. 1. L. 11. *Quando cum petitore causam finire su prastus*. Et livre 9. Tit. 2. L. 9. *Prastum se unusquisque* ... *exhibeat*. *Cafeneuve*.
PRESTER. Voyez *prester*. M.
PRESTRE-JEAN. Nous appellons ainsi en France le Roi des Abiffins. Par corruption, milieu de *Prestegian*. Joseph Scaliger, liv. 7. de son Emendation des Temps, page 637. de la première édition : *Ante Lufianorum in Æthiopiam adventum*, *solum nomen Æthiopium Christianorum nobis vir num erat*, *corumque Imperator falso nomine Prestegiani* : *cum id nomen esset*, *non ejus qui in Æthiopia*, *sed qui in Asia*, *ante amos* ccc. *longè Tome II*. *Lactique rerum petiebatur*. *Id autem est lingua Persica mercedis*. *Nam in ea lingua*, *Prestegian sum mercedis*. *Prestegiani, mercedis*. *Quod nomen proprii convenit summo Sacerdoti*, *ant agnospe*, *potius quam Regi*. Item Padescha Prestegiani, *Rex apostolicus* : *quod Æthiopie est* *Negous chavarfavi*, *Arabice autem*, *Melicha refouli*. *Falsò igitur Prestegiani vocarum*, *qui ex Itinerario Poli Ventri baridati sunt eundem esse illum Asianum cum hoc Æthiopo* : *quod interque Christianus esset*. M.
PRESTRE-JEAN. L'origine & la signification de ces deux mots ainsi joints ensemble, ont beaucoup exercé les favans. On voit par le passage de Scaliger, rapporté par M. Ménage, que tous n'ont pas cru que *Prestre-Jean* fut la même chose que *Presbyter Joannes*, puisque Scaliger en va chercher l'origine dans la Langue Persane. Wachter en fait de même, mais il l'interprète d'une autre façon. Voici ses termes, dans son *Glossarium Germanicum*, page 1216. PRESTER, *Sacerdos. Anglo-Saxonibus preost*, *Francis & Belgiis priester*, *Anglis priest*, *Suecis præst*, *Islandis presur* ... *Vox cum oriente Christianismo inter Germanicas gemes nata*, *vel à præstis & femier*, *vel à præstes antistes* ... *Persa habent vocem Germanica consonam*, *sed aliud significantem*. *Nam preester illis est servus*, *non sacerdos*, & *prester chan princeps servos*, *undo ridiculo errore ab imperitis Historicis formatus est* Priester Johann, *observante* Cl. Clodio L. Arabica *apud Lipsienos Professor dignissimo*. On a donné encore une autre interprétation du mot *Jean* dans *Prestre-Jean*, en l'expliquant comme il s'étoit la même chose que *geban*, qui en Langue Persienne signifie le monde, l'univers. Le père du fameux *Aurong-zeb*, Empereur du Mogol, s'appelloit *Schabgeban*, c'est-à-dire, *Roi du monde*. Mais est-il bien certain que *Prestre-Jean* ne doive pas être pris dans sa signification naturelle, qui est celle de *Presbyter Johannes* ? On convient presque généralement aujourd'hui, que le Prince, appellé *Prestre-Jean* par les Hiftoriens, étoit un Prince qui régnoit en Asie dans le douzième siècle. C'étoit *Unch-chan*, troisième de ce nom. Il étoit Chrétien Nestorien, de même que son père & son grand père. Il régnoit sur les Turcs & les Tartares, & avoit soumis à son empire une grande partie de l'Asie. Les Auteurs Syriens le nomment *Iouhaman Malca*, c'est-à-dire, *Joannes Rex*, & les Arabes, *al Malec Iouhama*, c'est-à-dire, *le Roi Jean*. *Unch-chan*, en Langue Tartare, signifie pareillement *Joannes Rex*. Le mot *Unch* est un abrégé du Syrien *Iouhaman*, & *Chan* veut dire Roi, Empereur. Il n'est pas surprenant qu'un Prince Chrétien portât le nom de *Jean*. Quant au mot *Prestre*, je ne vois pas non plus, qu'il soit nécessaire de le prendre autrement que dans sa signification naturelle, & de lui aller chercher une prétendue origine dans le Perian. Les Hiftoriens disent nettement que le Prince dont il s'agit, portoit le nom de *Presbyter Johannes*. Vincent de Beauvais, liv. 29. ch. 69. parlant du Roi Tartare qui fut vaincu & tué par Genghiscan, & qui étoit *Unch-chan*, quatrième de ce nom, l'appelle fils du Prêtre Jean, *Presbyteri Joannis*. Dans Othon de Frisingue, liv. 7. ch. 3. un Evêque envoyé de la part des Arméniens au Pape Eugene III. dans le douzième siècle, parlant de ce Roi Jean, c'est-à-dire, *Unch-chan* III. qui regnoit sur une grande partie de l'Asie, & qui avoit vaincu les Perses, dit qu'il étoit Roi & Prêtre, & Chrétien Y y EFERUS - Recherches & Classification numériques Nestorien. M. Ašeman, dans sa Bibliotheque Orientale, tom. 1. part. 2. page 490, rapporte une Lettre de cet *Unch-Chan* III. écrite au Gouverneur de Constantinople, dans laquelle il se nomme lui-même *Prophytus Juannes*. Ce n'est pas qu'il fût véritablement Prêtre, ou qu'il exerçât les fonctions sacerdotales; mais il pouvoit prendre quelquefois ce nom pour marquer l'estime qu'il falloit de la religion Chrétienne & de ses Ministres. Il n'y a rien la d'impossible. Que ce soit, si l'on veut, la flatterie des Nestoriens qui lui ait donné ce nom-là: n'importe. Je veux croire que *proper* signifie en *Persan* *ferous*, & tout ce que l'on voudra: qu'en peut-on conclure! N'y a-t-il pas des noms de différentes Langues qui se ressemblent pour le son, quoiqu'ils ayent des significations bien différentes? D'ailleurs, pourquoi un Roi Tartare aurait-il pris un nom tiré de la Langue des Perses, plutôt que de la sienne propre. Au reste, ce n'est que par abus & par ignorance, qu'on a donné le nom de *Prêtre-Jean* au Roi des Abiffins. C'est de quoi presque tous les Savans contiennent aujourd'hui, & ce qui est prouvé invinciblement par le témoignage des Auteurs Orientaux, & des Auteurs Latins, tant anciens que modernes. En vain M. l'Abbé Renaudot, dans son Histoire des Patriarches d'Alexandrie, a voulu faire revivre cette vieille erreur. Il parle d'un Roi des Abiffins qui s'appelloit *Tounan*, & qui vivait dans le huitième siècle. Mais *Tounan* n'est pas la même chose que *Jean*; & le *Prêtre-Jean* dont nous parlons, vivait dans le douzième siècle. D'ailleurs, il étoit Nestorien, au lieu que ce Roi des Abiffins étoit j'ecobre. Voyez M. Ašeman, dans sa Bibliotheque Orientale, tome 1. part. 2. page 488, jusqu'à 495. **PRETANTAINE.** *Courir la pretantaine.* C'est une onomatope. C'est-à-dire, que ce mot a été fait du bruit que font les chevaux en galopant. On prétend que Virgile a visé à ce bruit, quand il a dit: *Quadrupedante putrem sonitu quatis ungula campum.* ¶ *Pretantan*, *pretantan*, **PRETANTAINE**, M. **PRETER.** De *præstare*, usité des Latins en cette signification. Les Empereurs Honoré & Theodole, en la Loi dernière, au Code *Quod cum eo qui in aliena potestate est*: *Neque familiaris Epistolas quibus homines plerumque commendant absentem, in id trahere convenit, ut pecuniam quam rogatus non fuerat, impendisse pro præstis mentiatur; cum nisi peculiariter ut pecuniam præstet, a domino fueris postulatus*. Optat Milévitain, liv. 1. *Crediteres periculis vallabantur; & qui pro præstitis suis rogari meruerant, metu mortis humiles impellerentur in preces*. Nonius Marcellus: **PRASTARE** dicitur consuetudine beneficium dare. Dans la Loi Salique, il y a un Titre *De re præstata*: qui est le cinquante-quatrième (a). M. **PRETINTAILLES.** On appelle ainsi les falbalas, les franges, les découpures & autres agrémens ou ornemens qu'on met aux habits des femmes. Je crois que c'est une onomatope: en effet, le son de ce mot bizarre exprime fort bien ces sortes d'ornemens frivoles & superflus: & des habits des femmes le même nom est passé dans le (a) Ajoutez Marcial, liv. 1a. 4. *Larghii*, *præstare*, &c. jeu de l'Hombre à trois, où l'on appelle *pretiunailes*, différens hazards qu'on a inventés dans ce jeu, pour lesquels on paye des fiches à celui qui fait jouer s'il gagne, & il les paye aux autres s'il perd. **PREU.** C'est un vieux mot inusité, qui signifie *profit*, *utilité*. Le Fabliau de la Mort, fait par Héli-nand: *Quer certes c'est fous-vasselages Faire son preu d'autry dommages, Et d'autruy cuir larges correies.* Le Poëre Mounios, dans une de ses Chansons: *Les douleurs & le contraire Sont de meilleur chance, Qui bien sçauroit son preu faire.* Alain Chartier, dans le Débat des deux Fortunes d'Amours: *Et son vin boivent, On autre preu s'ils pevent & reçoivent.* Il vient de l'Italien *pro*, qui signifie la même chose, & qui a été fait par contraction, de *profeitus*. Ce mot *pro* s'est aussi dit en François: & nous disons encore aujourd'hui *pro vous fasse*, pour dire, *bien vous fasse*. Et en Anjou, les enfans après les Graces qui le disent à la fin du diné & du soupé, disent, *pro fasse mon pere & ma mere*. M. **PREU.** L'on prononce *prou* plus ordinairement: *Prou vous fasse*. Il signifioit *profit*, & *asse*. Les anciens disolent *prou*. Il vient de *probi*. Huét. **PREUCATE.** A Metz, où dit d'un homme qu'on a bien battu, qu'on lui en a donné pour sa *preucate*, pour dire, qu'on lui en a donné tout son *faoul*. De *precata*; comme si l'on disoit, qu'on lui a donné tout ce qu'il pouvoit demander. Et c'est de là qu'on y donne le nom de *preucate* à une fort petite monnoie, dont on avoit accoutumé de faire l'aumône, & qui avoit encore cours dans le dix-septième siècle: mais on n'en voit plus à présent, si ce n'est peut-être chez quelque curieux. *Le Duchat*. **PREVEIL.** J'ai appris de M. le Duc de Montaufier, qu'on appelloit ainsi en Poitou certaines assemblées que font les Villageois, où ils dansent & chantent toute la nuit, en faisant un grand fromage, qu'ils appellent *préveil*; & que ce mot a été fait de *pervigilium*. ¶ Il y a une Chanson Poitevine qui commence ainsi, *in jour, estant en infreveil*. ¶ Jacques du Fouilloux, de Gaffines en Poitou, a fait mention de ce mot dans son Adolescence, en ces vers: *Je fus ainsi quelque espace de temps, Avec Bergers me donnant du bon temps; Qui sont joyeux, & n'ont autre sommeil, Quand le bruit court, que trouver le Préveil: La où se voit de Gaffins des perles, Plus plaisantes & réjouies que merles, Tant bien dansant au son des Cornemuses, &c. M.* **PREVOST.** Dignité Ecclésiastique. De *Propositus*. Le P. Simond dans ses Notes sur Geoffroy, Abbé de Vendôme, page 81. *Propositus* Monastérii dicebatur is, *cujus secundum Abbatem cura erat domus & domestica disciplina*. Priorem Claustralem *bodie vocant*. *Alind ergo* Abbas, *Ieu Pater Monastérii: de quo B. Gregorius, primo Dialogo*. M. **PREUVE.** De *proba*; dit pour *probario*. Voyez EPERUS - Recherches & Classification numériques P R E. P R I. le P. Pétau sur les Oraisons de Thémistius; page 455. de l'édition du Louvre. M.
PREUX. M. Bochart le dérivoit de procus. Il vient de probus; dans la signification de *victims*. Voyez *preneffes*. De probus, les Italiens ont dit *prodo*. *Probus*, *probidus*, *produs*, PRODO, PRODEZZA. M.
PRIER. De precari. M.
PRIME. Soupes de prime. Rabelais, liv. 1. chap. 21. *Et desjeuneit, pour abbatre la rosée & mauvais air, belles tripes frites, belles carbonnades, beaux jambons, belles cabirotades, & force soupes de prime*. Et au chapitre 41. du même livre: *Luy (le Moine) esveille; tous les autres esveilla, chantant à pleine voix la chanson*, Ho Regnaud R... *L'on appresta carbonnades à force, & belles soupes de prime*. Et liv. 3. chap. 15. *Allons, Frere Jean, desjeuneit. Tu aimes les soupes de prime: plus me plaisent les soupes de levrier*. Et encore liv. 4. chapitre 59. *Graffes soupes de prime, soupes Lionnoises, soupes de levrier*. J'ai rapporté exprès tous ces passages de Rabelais, pour faire voir que les soupes de prime, comme il les appelle, se mangeaient le matin. Ce qui donne lieu de croire, selon moi, que c'est par une expression Monachale, qu'on les a appellé de la sorte, à cause que les Religieux en mangeaient de telles aux heures de Prime. Panurge les traite de soupes graffes, liv. 3. chap. 15. de Rabelais, & il les y opposé aux soupes de levrier, qui étoient des soupes maigres, & telles qu'on en donne aux chiens. *Le Duchat*. PRIME: pour menu. Cheveux primes; c'est-à-dire, menus, déliés. Ronfard en sa seconde Eglogue: *Tu avois tes cheveux sans ordre déliés; Frifes, crefés, retors, primes & déliés, comme filets de foye: & de houpes garnie Te pendoit aux talons ta belle soupenie.* Peut-être ce mot vient-il du Latin *primus*, premier, parce que les premiers cheveux qui viennent à la tête, & le premier poil follet qui vient au menton, est doux & délié, & semblable à du coton ou à de la foie. Des cheveux, le mot de prime a passé aux autres choses; car on a dit de la toile prime, & filet prim. Et dans Amadis: *Jambes avoit le Chevalier primes, comme jambes de grive*. Les Espagnols disent aussi en pareil sens, *prima*; autrement *delgado*; d'où a été fait sans doute le mot *dengé* ou *dengé*, dont notre peuple se sert fort: & l'Espagnol *delgado* a été fait du Latin *delicate*. De Brieux, Origines de quelques Coutumes anciennes, page 168. On dit encore aujourd'hui dans quelques endroits du Comté de Bourgogne, *prim*, pour *menu*. PRIMEVÉRE: fleur; appellée par les Botanistes *primula veris*. De *primavera*, fait de *primum ver*. Les Italiens appellent le *printemps primavera*. M.
PRINCE. Les Italiens disent aussi *Prince*. Dante a employé ce mot. *Sanctus Principius* a été traduit en François par *Saint Prince*. M.
PRINCIER. Dignité Ecclésiastique. De *primicerius*. Voyez l'Anti-Baillet, part. 1. chap. 39. page 138. M.
PRINSAUTIER. Nicot: *quasi dicas primo* P R I. P R O. salut; de *prim Sant*, ou du premier *Sant*. Ce mot est ancien dans notre Langue. Guillaume Cretin, dans son Epître à Honorat de la Jaille: *Si en mes ans premiers j'apprens P'saultier, Pour ce n'en suis tenu j'a prinsaultier.* Montagne, 1. 10. *J'ay un esprit prinsautier*. M. PRINTEMS. De *primum tempus*. Parce qu'en comptant les saisons, on commence ordinairement par celle du Printemps. C'est l'ordre que j'ai tenu dans ce Diftique de mon Idylle Gree à M. Francius: *L'ôvent 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 108, 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, 119, 120, 121, 122, 123, 124, 125, 126, 127, 128, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 142, 143, 144, 145, 146, 147, 148, 149, 150, 151, 152, 153, 154, 155, 156, 157, 158, 159, 160, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 167, 168, 169, 170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 177, 178, 179, 180, 181, 182, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 192, 193, 194, 195, 196, 197, 198, 199, 200, 201, 202, 203, 204, 205, 206, 207, 208, 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218, 219, 220, 221, 222, 223, 224, 225, 226, 227, 228, 229, 230, 231, 232, 233, 234, 235, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 242, 243, 244, 245, 246, 247, 248, 249, 250, 251, 252, 253, 254, 255, 256, 257, 258, 259, 260, 261, 262, 263, 264, 265, 266, 267, 268, 269, 270, 271, 272, 273, 274, 275, 276, 277, 278, 279, 280, 281, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 289, 290, 291, 292, 293, 294, 295, 296, 297, 298, 299, 300, 301, 302, 303, 304, 305, 306, 307, 308, 309, 310, 311, 312, 313, 314, 315, 316, 317, 318, 319, 320, 321, 322, 323, 324, 325, 326, 327, 328, 329, 330, 331, 332, 333, 334, 335, 336, 337, 338, 339, 340, 341, 342, 343, 344, 345, 346, 347, 348, 349, 350, 351, 352, 353, 354, 355, 356, 357, 358, 359, 360, 361, 362, 363, 364, 365, 366, 367, 368, 369, 370, 371, 372, 373, 374, 375, 376, 377, 378, 379, 380, 381, 382, 383, 384, 385, 386, 387, 388, 389, 390, 391, 392, 393, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 400, 401, 402, 403, 404, 405, 406, 407, 408, 409, 410, 411, 412, 413, 414, 415, 416, 417, 418, 419, 420, 421, 422, 423, 424, 425, 426, 427, 428, 429, 430, 431, 432, 433, 434, 435, 436, 437, 438, 439, 440, 441, 442, 443, 444, 445, 446, 447, 448, 449, 450, 451, 452, 453, 454, 455, 456, 457, 458, 459, 460, 461, 462, 463, 464, 465, 466, 467, 468, 469, 470, 471, 472, 473, 474, 475, 476, 477, 478, 479, 480, 481, 482, 483, 484, 485, 486, 487, 488, 489, 490, 491, 492, 493, 494, 495, 496, 497, 498, 499, 500, 501, 502, 503, 504, 505, 506, 507, 508, 509, 510, 511, 512, 513, 514, 515, 516, 517, 518, 519, 520, 521, 522, 523, 524, 525, 526, 527, 528, 529, 530, 531, 532, 533, 534, 535, 536, 537, 538, 539, 540, 541, 542, 543, 544, 545, 546, 547, 548, 549, 550, 551, 552, 553, 554, 555, 556, 557, 558, 559, 560, 561, 562, 563, 564, 565, 566, 567, 568, 569, 570, 571, 572, 573, 574, 575, 576, 577, 578, 579, 580, 581, 582, 583, 584, 585, 586, 587, 588, 589, 590, 591, 592, 593, 594, 595, 596, 597, 598, 599, 600, 601, 602, 603, 604, 605, 606, 607, 608, 609, 610, 611, 612, 613, 614, 615, 616, 617, 618, 619, 620, 621, 622, 623, 624, 625, 626, 627, 628, 629, 630, 631, 632, 633, 634, 635, 636, 637, 638, 639, 640, 641, 642, 643, 644, 645, 646, 647, 648, 649, 650, 651, 652, 653, 654, 655, 656, 657, 658, 659, 660, 661, 662, 663, 664, 665, 666, 667, 668, 669, 670, 671, 672, 673, 674, 675, 676, 677, 678, 679, 680, 681, 682, 683, 684, 685, 686, 687, 688, 689, 690, 691, 692, 693, 694, 695, 696, 697, 698, 699, 700, 701, 702, 703, 704, 705, 706, 707, 708, 709, 710, 711, 712, 713, 714, 715, 716, 717, 718, 719, 720, 721, 722, 723, 724, 725, 726, 727, 728, 729, 730, 731, 732, 733, 734, 735, 736, 737, 738, 739, 740, 741, 742, 743, 744, 745, 746, 747, 748, 749, 750, 751, 752, 753, 754, 755, 756, 757, 758, 759, 760, 761, 762, 763, 764, 765, 766, 767, 768, 769, 770, 771, 772, 773, 774, 775, 776, 777, 778, 779, 780, 781, 782, 783, 784, 785, 786, 787, 788, 789, 790, 791, 792, 793, 794, 795, 796, 797, 798, 799, 800, 801, 802, 803, 804, 805, 806, 807, 808, 809, 810, 811, 812, 813, 814, 815, 816, 817, 818, 819, 820, 821, 822, 823, 824, 825, 826, 827, 828, 829, 830, 831, 832, 833, 834, 835, 836, 837, 838, 839, 840, 841, 842, 843, 844, 845, 846, 847, 848, 849, 850, 851, 852, 853, 854, 855, 856, 857, 858, 859, 860, 861, 862, 863, 864, 865, 866, 867, 868, 869, 870, 871, 872, 873, 874, 875, 876, 877, 878, 879, 880, 881, 882, 883, 884, 885, 886, 887, 888, 889, 890, 891, 892, 893, 894, 895, 896, 897, 898, 899, 900, 901, 902, 903, 904, 905, 906, 907, 908, 909, 910, 911, 912, 913, 914, 915, 916, 917, 918, 919, 920, 921, 922, 923, 924, 925, 926, 927, 928, 929, 930, 931, 932, 933, 934, 935, 936, 937, 938, 939, 940, 941, 942, 943, 944, 945, 946, 947, 948, 949, 950, 951, 952, 953, 954, 955, 956, 957, 958, 959, 960, 961, 962, 963, 964, 965, 966, 967, 968, 969, 970, 971, 972, 973, 974, 975, 976, 977, 978, 979, 980, 981, 982, 983, 984, 985, 986, 987, 988, 989, 990, 991, 992, 993, 994, 995, 996, 997, 998, 999, 1000.
PROBAGE. On appelle ainsi en Languedoc ces branches de vigne qu'on couche dans la terre pour leur faire pousser un cep. De propage. M.
PROCE. Lat. *lis*. De *proceus*. M. PROCHE. De *prope*. M.
PROCLAME. Les Religieux appellent ainsi la confession qu'ils font de leurs fautes, dans le Chapitre après Prime. De proclama, dit pour proclamatio: comme *confusa*, pour *confusatio*. M.
PROESME, PROISME, ou PROSME. La Coutume d'Anjou, article 148. *Le lignager aura le retrait de l'héritage vendu par son prosume lignager, avant le Seigneur de Fief*. Et article 198. *Si aucun lignager a est connu au retrait d'aucun héritage, & choses immeubles, acquises de son prosume*. Voyez Ragueau, dans son Indice, aux mots *prosume*, *prosume*, *prosume*, & *prémesse*. De *proximus*; d'où on a dit aussi *prosume*, qui se trouve dans la Coutume de Bretagne. De *proximicus*, on a fait de même *prémesse*. Voyez ci-dessus *prémesse*. M.
PROFIL. Terme de peinture. Les Latins se sont servi du mot de *filum*, a peu près dans la même signification. Le Calepin, appelle vulgairement *Calepin de Passerat*: *Filum, aliquando pro lineamentis faciei. Pilores nostri etiam dicunt le profil. Lucretius*: — specie confusa videtur Quàm minimum filum. Rursus: Perparum quoddam interdum mutare videtur, Alterutrum in partem filum. Gellius, lib. 14. cap. 4. *Formà ac filo virginati dixit imaginem Justitia fieri solitam. Idem lib.* 1. Y y ij EFERUS - Recherches & Classification numériques P·R·O. cap. 9. tradit Pythagorem explorare folitum discipulos ex totus corporis filo atque habitu. M.
PROMENER. Comme de minare, qui signifie conduire devant foi, & toucher les animaux, on a fait mener; aussi de prominere on a fait promener. Apulée, livre 9. Universa jumenta ad locum proximum bibendi causa gregatum prominabat. Car d'autant que ceux qui touchent les animaux, les mènent pour l'ordinaire lentement, on a exprimé le Latin deambulare par promener; parce que la promenade le fait a pas lent. Caseneuve.
PROMENER. De prominere. Apulée, liv. 9. Universa jumenta ad locum proximum bibendi causa gregatum prominabat. Voyez mener. M.
PRONE. Les premieres Eglises des Chrétiens étoient divisées en trois parties. La premiere, où étoit le maître Autel, étoit appellée ispeorum, ou siqua: la seconde étoit nommée sais, qui est ce que nous appellons la nef: & la derniere, qui étoit le proche & l'entrée de l'Eglise, s'appelloit epistolites. Gloises epistolites, ante Templum. Le proche étoit le lieu où se tenoient les Catechumenes, c'est-à-dire ceux qu'on instruisoit pour être baptisés: & c'étoit-la qu'on leur apprenoit les Mystères de la Religion, & qu'on faisoit les proclamations publiques qui regardoient le Service divin, & ce qui le fait encore en beaucoup d'endroits sous les portes des Eglises. De la vient le nom de Prone. Le Prone que nos Curés font tous les Dimapches, a pris de la son nom; parce que la plupart des choses qui s'y publient, étoient anciennement annoncées aux portes des Eglises. Caseneuve.
PRONE. On prononce Prone en quelques lieux; ce qui a fait croire à quelques-uns que ce mot Prone venoit de prosimum; le Prone le disant devant la consécration, qui est proprement la Meffe; & étant conséquemment comme le Prosim de la Meffe. D'autres le dérivent de epistolites, qui, dans les Gloises, page 592, est interprété ante Templum. Nicot estime, qu'il a été dit de praconium: ce qui est très-véritable; les Auteurs Latins ayant un de ce mot en cette signification, comme il paroît par ce passage d'Aimoin, chap. 12. des Miracles de Saint Benoit, lequel m'a été indiqué par M. de Valois le jeune: Quidam ruficus, dum Sacerdote (c'est-à-dire, le Curé) ex more praconante, andises celerem solemnitatem translationis Patris Benedici annuntari, parvi pendens praecipuit Sacerdotis, qui passerat omnes suos Parochiales esse feriatos, statuit eo die agricultura operam dare. C'est aussi l'avis de M. de Saunafé, dans son Livre de Primatu Papa, page 69. où, après avoir cité ce passage de Tertullien: Sed loc in Ecclesia legitur, & in Ecclesia pronuntiatur, & virgo est. Absit, ab sit a sponsa Christi tale praconium: il ajoute: Sanè decreta ejusmodi Episcoporum, qua nec edicta erant, nec eodem quo edicta modo scribi, proponique moris erat, in Ecclesia legebantur ac pronuntabantur. Quod de communi sententia Episcoporum Provincia decreterat aliquis majoris civitatis Episcopus, quo quid ad mores pertinent, aut ad doctrinam sanctum fuerat, per Diaconum recitabatur. Hoc officium certè Diaconorum videmus esse in omnibus Conciliis antiquis, ut quid quid legendum esset atque intimandum confessui, ut Epistolas, Sententias, Decreta, & alia hujusmodi, ex libello recitareu. Praconium vocat Tertullianus decretum Episcopale, quod in Ecclesia legitur ac pronuntiatur. Inde deduita appellatio vulgaris in idiotismo nostro, quo prosimum, quasi praconium, excreta de medio litera, more Gallica, P R O: ✠ sive Romanensis, lingua, dicimus alloquationem illam quam ad plebem faciunt Curati singulis diebus Dominicis in paracis suis, ut admontem de feritis in hebdemada tota observandis, & aliis quibuslibet rebus qua in moritiam plebis volgende sunt. Hoc praconari dicunt, ex praconari ducum: quod & de quocunque praconio faciendo usurpatur. C'est aussi l'avis de Picherel, dans sa Dissertation de la Meffe, chap. 1. où, après avoir montré comme, lorsque celui qui célébroit la Meffe, étoit sur le point de commencer la consécration, le Diacre congédoit les Catechumènes. & avec eux les Pénitens; il dit: Ab hac antiqua consuetudine, manavis, quod hodie Curatus, quem appellant, in fine sui, in Missa quam Dominico die celebrat, præmiti, Gallicè denuntiat: S'il y a aucun, ou aucune, qui soit en sentence d'excommuniement, je lui fais commandement qu'il sorte, jusqu'à ce que le service divin soit fait & accompli. ¶ J'ajoute à toutes ces autorités cet endroit de la Novelle xiv. de Justinien: Praconisamus itaque, quia si qui de catere præsumpserit in vitam puellam adsumere. Il y a dans le Grec epistolites. Touchant l'antiquité & l'excellence de l'ancien Interprète des Novelles, voyez Cujas, dans ses Observations, livre 8. chapitre dernier. M.
PRONE. Le Roman de Lancelot du Lac, volume 2. feuillet 32. tourné, de l'édition in-fol. 1533. Lors entre en l'Eglise; & ainsi qu'il fut à genouillons, il regarde à dextre partie, & voit unes Prones d'argent moult bien saiches, à forentes d'or, & à nyseaux de diverses manières. Dedans avoir cinq Chevaliers armés de toutes armes, les espées en leurs mains, ainsi prêz à desfendre, comme se l'en vontisse assaillir. De ce s'esmerveille moult Lancelot; si se dresse sur pied, & va celle part, & saine les Chevaliers. Et il diens que bien soit-il venu: Lancelot entre dedans les Prones par ung petit huysset, & regarde les Prones, qui tant sont belles & riches, qu'il ne cuyde pas que ung Roy les peut essigier: & voit de lez les Chevaliers une tombe la plus riche que unique fust venue de nul homme; car elle étoit de fin or à pierres précieuses, qui plus valoient que ung grant Royaume. Dans ce passage, Prone est un endroit de l'Eglise fermé d'une balustrade, & destiné à renfermer les tombeaux des personnes considérables. Et de-là vrai-lemblablement prôver quelqu'un, dans la signification de faire l'Oraison funèbre d'un défunt, dont le corps & le tombeau feroient dans un de ces Prones. Le Duchat. PROPICE: proche, auprès. De propè. Montrelet, vol. 1. chap. 128. fol. 199. a. édition de 1572. Eflans logez en une maison que avoir fait faire ledit Roy à Angleterre, toute propice emprès ses tentes, qui estoient loing de la ville. C'est en ce sens qu'au livre 4. chap. 8. de Rabelais, Panurge, qui étoit sur le tillaz à côté du fougon, dit à Frère Jean: Retirons-nous le vent est propice. Voyez les Origines Latines de Becman, au mot propitius. Le Duchat.
PROPINE. C'est, en Cour de Rome, un droit qui se paye pour les bénéfices qui passent par le Conisftoire, & pour les Abbayes taxées au-dessus de soixante-six ducats. Et tais oblatio & gratuita datio, iuxta vulgare Italicum dicta fuit servitium; & secundum Alemanes propina dicitur. On voit par ces paroles de Nicolas Clémengis, dans son Livre de Annatis non solvendis, que le nom de propine est venu des Allemands, dérivé peut-être du Latin propinare, ou du Grec epistolites, qui EFERUS - Recherches & Classification numériques signifient boire le premier; comme si l'on vouloir dire que ce droit de propère en Chancellerie est, pour ainsi parler, le pot de vin que l'on donne pour les Bénéfices. Vergy.
PROPOS. Il vient de proposer : & ce que nous disons parler à propos, le dit en Italien favel-lare a proposito. Caleneuve.
PRORATA. La Coutume d'Anjou, article 103. Et aussi payeront du devoir de bed prorata. Du Latin pro rata, en sous-entendant parte, ou portione. Les Espagnols usent du même mot en la même signification. M.
PROSATEUR. Voici une observation que M. Richelet a faite sur ce mot : PROSATEUR : mot qui vient de l'Italien, & qui veut dire, celui qui écrit en prose : mais qui n'a pas été bien reçu en notre Langue. On ne dit pas, M. d'Ablancourt étoit un excellent Prostateur; mais, étoit un homme qui écrivait bien en prose. Voyez le mot de Prostateur, dont les Nouvelles Remarques du Pere Bouhours. La Remarque qu'on fait sur ce mot est curieuse. Comme cette observation de M. Richelet est faite contre moi, je demande permission à mes Lecteurs d'y répondre en cet endroit. Il est vrai qu'on ne dit pas dans le discours ordinaire, M. d'Ablancourt est un excellent Prostateur : mais on diroit fort bien dans un Livre de Critique ou de Grammaire : Cette façon de parler est très-Françoise : & toutes sortes d'Eurivains, & Poètes & Prostateurs, l'ont employée dans leurs Ouvrages : qui est de la façon que j'ai employé ce mot dans mes Observations sur Malherbe. Les mots sont bons ou mauvais, selon le lieu où ils sont placés. Non tam refert quid dicas, quam quo loco, dit Quintilien. Par exemple, le mot de véhémentement n'est plus d'usage dans la conversation : mais on dit encore dans le Palais : Cette pièce est véhémentement suspecte de sauette. On ne dit pas dans la conversation, enquerre, pour enquerir : mais en parlant des Armes de Jérusalem, on dit Armes a enquerre. Et Messieurs de l'Académie disent tous les jours, mot a enquerre, quand ils veulent dire qu'il faut s'enquerir d'un mot. On ne dit point dans le discours ordinaire, améliorissemens, pour améliorations : mais les Commandeurs de Make, en parlant des améliorations de leurs Commanderies, les appellent améliorissemens. Il y a un million de semblables mots, qui sont bons dans un endroit, & mauvais dans un autre. Mais il n'est point vrai que le mot de Prostateur ait été à mal reçu dans notre Langue que dit M. Richelet. M. du Cange, & M. Nublé, qui étoient fort judicieux, & qui avoient une grande étendue d'erudition, s'en servoient volontiers dans le discours. Et M. l'Abbé Châtelain, Chanoine de l'Eglise de Paris, qui est un des hommes de France qui fait le mieux notre Langue, vient de s'en servir dans ses savantes & curieuses Remarques sur le Martyrologe de Baronius. C'est dans la Note première sur l'onzième de Mars. Voici ses termes : Ces deux Martyrs Héracle & Zofyme, & ceux qui sont à l'article suivant : savoir, Candide, Pipérion, & leurs vingt compagnons ; sont en une seule troupe au Martyrologe dit de Saint Jérôme, en ces termes : A Carthage, les Saints Héracle, Zofyme, Alexandre, Philome Evêque, Candide, Valère, Quiril, Gaius, Marcien, Hésique, Pipérion ; & quinze autres : aucun desquels n'a été marqué par Bède, ni par les autres Martyrologistes Prostateurs de ce tems-la. Pour Vandelbert, qui a écrit son Martyrologe en vers, il en a choisi deux, Candide & Valère ; les seuls dans il ait rempli ce jour-ci, qui est le 15. des âdes de Mars ; en ces termes : Candidus hinc quinæ sibi, Valeriusque, retenant. Mais puisque M. Richelet renvoie ses Lecteurs aux Nouvelles Remarques du Pere Bouhours, je les y vais conduire. Voici comme la choix s'est passée entre le Pere Bouhours & moi, au sujet de ce mot de Prostateur. J'ai fait, dans la première partie de mes Observations sur la Langue Françoise, un chapitre des Inventeurs de quelques mots dans notre Langue. Après avoir dit dans ce chapitre, que Lazare de Baï, que Marot, que Ronfard, que de Bellay, que Deportes, que Malherbe, que le Cardinal de Richelieu, que M. de Balzac, que M. Sarasin, que M. de Segrais, que Madame la Marquise de Rambouillet, avoient fait quelques mots, j'ai ajouté, que de mon côté j'avois fait aussi le mot de Prostateur : qui est un mot qui nous faisoit besoin : notre Langue n'ayant point de mot pour dire un homme qui écrit en prose. Voici mes termes : J'ai fait Prostateur, à l'imitation de l'Italien Prostateur ; pour dire un homme qui écrit en prose ; & & & & . On disoit anciennement Orateur. Charles Fontaine, dans son Epître à Sagon & à la Huetterie : On jugerait que ces Compositeurs Sont aussiot Poètes qu'Orateurs. Et dans son Quimil Censeur : Duquel nom pais, venu de Fontaine Grecque, tous les anciens Poètes & Orateurs François, en cette signification, ont uû. Joachim du Bellay, dans son Epitaphe de l'Abbé Bonnet : Bonnet avoit lu tous Auteurs, Fors Poètes & Orateurs. M. de Balzac, dans son Socrate Chrétien : A votre avis, est-il permis à un Orateur, & même à un Poète, de dire que Godefroy de Bouillon, & tant d'autres Héros Chrétiens, ont été planter leurs lauriers jusques sur les rives de l'Euphrate ! Ce qui ne signisoit pas ce qu'on vouloit dire : car Orateur est celui qui parle en public, ou qui compose des Oraisons. Ce mot de Prostateur nous étoit donc nécessaire. Et qui diroit, par exemple, en parlant de M. d'Ablancourt, que c'est le premier Orateur de France, pour dire que c'est l'homme de France qui écrit le mieux en prose, parlerait sans doute très-improvement : car M. d'Ablancourt n'a jamais parlé en public : & il n'a jamais fait que des Versions. Il a mis en lumière ; & n'est pourtant Auteur ; Et la raison en est qu'il n'est que Traducteur. Ce sont des vers de l'Ambigu de M. Baurru, fait contre l'Archevêque de Sens, frère du Cardinal du Perron. Y a-t-il rien dans tout ce discours, qui mérite les railleries qu'on a faites de moi, pour avoir dit que j'avois fait le mot de Prostateur ? On prétend qu'il y a en cela de la vanité. Voilà un beau sujet de vanité ! Y a-t-il rien plus aisé que de faire le François Prostateur de l'Italien Prostateur ? Ronfard s'est vanté d'avoir fait notre mot Ode. Et on y a le premier des nôtres enrichir sur l'autre. Ce nom Ode. C'est dans la première édition de ses Odes, EFERUS - Recherches & Classification numériques dans l'Épître au Lecteur. Et jamais personne ne s'est avisé de l'accuser pour cela de vanité. Joachim du Bellay, dans sa lettre à Jean de Morel, Ambrunois, imprimée au-devant de sa Traduction du Quatrième de l'Énéide, dit qu'il a forgé ces mots, pré-fonnant, porte-loix, porte-ciel, & personne ne l'a accusé de vanité, pour avoir dit qu'il avait fait ces mots. Pour conclusion : si le mot de Proſateur n'étoit pas fait, il faudrait le faire : car il nous fait besoin. Vigénère reconnoissant la nécessité d'avoir un mot dans notre Langue, qui signifiât un homme qui écrit en prose, avoit fait Proſier. Qu'un Proſier donc en quelque sorte que ce soit, & quel qu'il puisse être, se voulû en rien mesurer aux Poètes, ce seroit de même que si un pauvre petit Fantassin, Piquesèche, eſtoit si préſomptueux que d'attendre de pièces, en campagne raſe, le choc d'un brave homme d'armes, armé à l'avantage sur un puissant courſſer bardé, & lui armé de toutes pièces à l'épreuve, la lance au poing, & le contelas à l'avon. C'eſt dans la Préface de sa Traduction de la Jocufalem du Taſſe. Mais comme ce mot de Proſier, a été forgé sur celui de Proſarius, qui eſt un mot connu de peu de personnes, & qui ne se trouve guère qu'en cet endroit de Sidonius Apollinaris, livre IX. épître 13. à Tomantus : Petis, ut Horatians incude formates Afclepiadeos tibi quoſpiam, quibus inter bibendum pronuntiandis exerceare, transmittam. Pareo injunctis : licet ſi unquam, modo maxime proſario loquendi genere diſtrictus, occupatusque : il ne faut pas s'étonner s'il n'a pas été homologué par l'Uſage. Mais comme l'Italien Proſatore eſt connu en France de tous les gens de Lettres ; car qui eſt l'homme de Lettres en France qui ne fait pas l'Italien il y a lieu d'eſpérer que le mot de Proſateur sera uſité de plus en plus. C'eſt ce que j'avoit à répondre à l'Obſervation de M. Richelet. Mais tout cela soit dit ſans offenter le Révérend Pere Bouhours, avec lequel je ſuis parfaitement réconcilité, & pour lequel j'ai prſéſentement toute ſorte de reſpect & de vénération : Et in hoc peſtore, cum vulnus ingens fueris, cicatrix non eſt. M.
PROT, PROTE. On appelle prot en Poitou, un vieux coq d'Inde, & prote, une vieille poule d'Inde. Je crois que ces mots ont été formés par onomatope, de la voix de ces animaux. La Duchat.
PROTE. Terme d'Imprimeur. C'eſt celui qui dans une Imprimerie eſt chargé du ſoin de revoir & de corriger le premier toutes les épreuves. Du Gée, qui ſignifie primus, primarius.
PROTESTANS. Luthériens, ou, comme parloient nos anciens, Luthérites. En 1519. on commença d'appeller en Allemagne Proſeſtans, les Sectateurs de Luther, parce qu'en ce tems-là ils proteſtèrent publiquement d'appeller du Decret de l'Empereur à un Concile Général. Fra Paolo, livre I. de ſon Histoire du Concile de Trente, en 1519. page 49, de l'édition de Genève : A queſta dichlarazione ſi congiunſero quattordici Città principali di Germania. Et da queſto venne il nome di Proſeſtanti, col quale ſono chiamati quelli che ſeguitano la Religione rinovata di Lutero. Imperoché queſti Prencipi, e Città, diedero ſuora la loro proteſta & appellazione da quel decreto a Ceſare, & al futuro Concilio Generale, overo Nazionale di Germania, & tutti i giudici non ſolpetti. M.
PROTOCOLLE. Nicot : PROTOCOLLE, eſt le Regiſtre des Minutes, ou primitifs originaux des Contraſts que les Notaires reçoivent en brief, & par & cetera. Protocollum. L'Italien dit auſſi protocollo pour le meſme. Prototypi contraſctuum, teſtamentorum, ceterorumque actorum, ex quibus Notarii edunt. PROTOCOLLE auſſi eſt appellé le Formulaire des Lettres Patentes, ou cloſes, que les Secretaires du Rey, tant ceux des Commandemens & d'Etat, qu'autres, dreſſent & dépeſchent. Regiorum diplomatum ac epſtolarum exemplum, regula, canon, forma, ac ratio. Ainsi appellé-e-on Protocolle de la Chancellerie de France, le livre qui contient tels Formulaires de Lettres. PROTOCOLLE auſſi eſt uſurpé par celui qui porte le roollet par derriere & a l'eſpanie d'un qui harangue, ou joue en farces & moralitez, pour les redreſſer & remettre au fil de leur harangue, ou roollet, quand ils varient, ou demeurent court. Poſticus ſummonitor, admonitor. Seneca epſtolà 39. Suetonius in Octavio, capite 53. Livius, libro 22. Ainsi dit-on d'un qui a bonne mémoire : Il ne lui faut point de Protocolle : ſummonitor non indigent, dictant, en cette ſignification, l'eſcrivent Portecolle : autres, & mieux, Portecolle : car roollet ſignifie ſeuillet de papier ou parchemin roollet : & tel avertiſſeur porte le papier, auquel la harangue, ou roollet, ſont eſcrits, ſuivant le harangueur, ou jouraux, & comme collé à icoux. Le mot François protocole, a été fait du Latin protocollum. Il faut prſéſentement examiner ce que c'eſt que protocollum. C'eſt la première ſeuille d'un livre : prima ſcheda, qua prima loco adglutinata erat : comme eſchatocollon, la dernière ſeuille. M. de Saumaiſe ſur l'Histoire Auguſte, p. 448. φωτειώλας in libris, & in chartis nondum ſcriptis, primam ſchedam dixerunt Veteres, qua prima adglutinata eſſet. φωτειώλας in chartis nomen auctoris habebat ſcriptum à quo charta conſecta erat, & locubi ſafta, & tempus quo ſafta. φωτειώλας in libris nomen quoque auctoris praſerebat, & operis titulum. Si φωτειώλας prima libri ſcheda, utique & φωτειώλας extrema ſcheda dicetur : uſtimo nempe loco glutinata. Et ſie ſanè eam vocavit Martialis ; apud quem ita ſcribendum eſt : Vix lectis tibi paginis duabus, Spectas eſchatocollion, Severe. Quidam libri ibi habent, eſchatocoleum : alii, eſchatocollion, qua vera omnino lectio eſt. φωτειώλας vol φωτειώλας : cui opponitur φωτειώλας. Summam ſchedam alibi dixit idem Martialis. Ohe jam ſatis eſt, ohe libelle. Jam pervenimus uſque ad umbilicos. Tu procedere adhuc, & ire quaris, Nec ſumma potes in ſcheda teneri. Summa ſcheda heic eſt, quod ſuperiore loco φωτειώλας vocavit : extrema ſcilicet libri ſcheda ; poſt quam nulla amplius ſcheda, ſed libelli integumentum, & umbilici. Sed vir ſummus Scaliger, pro φωτειώλας, legendum contendit apud Martialem, φωτειώλας & φωτειώλας interpretatur, imum charta, & infimum paginam : cui expoſtioni confirmanda citat Martialem, hoc modo : Spectas φωτειώλας, libelle, Nec ſumma potes in ſcheda teneri. Sic putat φωτειώλας, & ſummam ſchedam, res eſſe diverſas : φωτειώλας enim ſignificare imam charta partem : ſummam vero ſchedam, dici ſummum charta ſaſſigium : in quo proſecto miri hallucinatus EFERUS - Recherches & Classification numériques. est. Nec hoc tantum : sed insigniter etiam memoriâ lapsius est, dum duo diversos locos his unum confundit. Sanè, si ita scripsisset Marcialis, ut ab eo citatus est, vera dubio procul hac ejus interpretatio foret : sed ex iis qua supra posimus, facti puto confitare, idem est apud Poitam summam schedam, & ixtuixit, Sic mytixit, & ixtuixit, in librorum voluminebus, & chartarum scapis, ab ea ratione dicta, quam diximus : nec dubium est, quidquid contra sentiam viri aliquot eruditissimi, quin paupinixit, non paupinixit, dicenda sint, qua longiora forma & modulo compingitata essent. Voici les paroles de Scaliger ; qui sont de la page 47. de son Traité de Papyro, contre Guilandinus : Deplorata planè inscitia, qua paupinixit pro paupinixit dicit. nâia Graci vocant, qua schedæ supra vocantur : Unde prima scheda qua charta compingitur, dicitur mytixit : in quo erat character charta : ut inde nosceretur ubi facta erat. Sic apud Martialem insima pagina dicitur ixtuixit. Spectas ixtuixit, libelle, Nec summá potes in scheda teneri. Vides summam, hoc est, infamam schedam, ixtuixit vocari : ut mytixit, primam. Apud Martialem malè vulgo excuditur ixtuixit, nâia igitur est membrum ; scheda, schedion. On mettoit dans cette premiere feuille la marque du papier. Et de-là vient que protocollum a suffi signifié la marque du papier. Cujas sur la Novelle 44. de Justinien : Protocollum quid est ? alius majorem & regiam chartam interpretatur, alius schedam negligentius scriptam, alius exemplar formularum, quo Tabelliones uti solent. Omnes errant vehementer. Ut hodie charta habent notam aliquam, ex qua dignoscitur quis eam chartam preparaverit, ita habebant olim charta brevum adnotationem, qua declarabat, quo Comite Largitionum (sub ejus cura erant chartarum), quo tempore & à quo preparata fuissent charta. Ex eo coarguebatur sape falsitas ; sicut Lutetia audivi accidisse, ut Senatus suspectum chirographum ex die in eo adscripto quo nondum ejus nota charta nâia erat in rerum natura, certissimo argumento quasi falsum improbaret. Il dit encore à peu près la même chose sur la Loi Contractus au Code de Fide instrumentorum. Mais Viglius avant lui avoit dit la même chose. Voici ses termes, qui sont de son Commentaire sur le Titre aux Institutes De Testamentis ordinandis : Exat & Imperatoris Justiniani Novella Constitutio, Tabellionibus præscribens quibus uti chartis debant. Sed ea Constantinopoli tantum obtinebat ; & ejus nulla est hodie observatio ; protocollum vocabulum (quod olim videtur significatus quondam in charta capite notam, signumque ; quo videlicet artifice, quere tempore ea confecta fuerit, cum Comitis Sacramum Largitionum nomine) nunc traductum est ad indicem, memorialemque Tabellionis scripturam ; quâ in codice aliquo gesti atout substantiâ breviter adnotari consuevit. Legimus autem & apud Ciceronem macrocollum, ab eadem, uti credo, origine, in epistola ad Atticum. Ce que Loiseau n'a pas su : comme il paroît par les paroles suivantes, qui sont du livre 2. de ses Offices, chapitre 2. Cette mesme Novelle nous apprend encore un beau secret, qui avoit esté iguré jusques à ce que le docte Cujas l'ait découvert : à savoir qu'elle défend de couper & oster le protocole des Chartres, que nous pensons vulgairement estre la minute & premiere oseriture du Contrail : de fait, les Ordonnances des années 1511. & encore celle d'Orleans, art. 83. l'usurpent en cette signification ; combien qu'à la vérité ce soit la marque du papier ou parchemin, où estoit inscrite l'année qu'il avoit esté fait ; laquelle marque Justinian défend de couper, comme on pouvoit aisément faire, d'autant qu'elle estoit au haut du papier, & non pas au milieu, comme celle de notre papier. Pource, dit-il, que par le moyen de ce protocole, on marque du papier, plusieurs saussetez ont esté découvertes ; ce qui s'est aussi vêtu quelquefois en France. Partant, pour se servir à propos de cette antiquité, il seroit expédient, ce semble, d'ordonner que tout papier seroit marqué, & que la marque contiendroit l'année qu'il avoit esté fait : chose qui ne conserroit rien, & empêcheroit plusieurs saussetez, tant aux contracts qu'aux ecritures. J'apprens que depuis quelques années tous les contrats, & tous les actes de Justice se font en Espagne sur un certain papier qui est marqué de la marque du Roi, pour laquelle on lui paye un droit ; & qu'on appelle ce papier papel sellado, c'est-à-dire, papier scellé, & qu'autrement ils seroient nuls. Et c'est à l'Imitation des Espagnols qu'on a introduit en France le papier tymbré. Justinien dans cette Novelle 44. ordonne de même que tous les Tabellions ayant à écrire leurs Contrats dans des papiers où il y ait un protocole, c'est-à-dire, la marque du Comes Largitionum : qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y atout en cas, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à vous redevant, y aout, qui est à v Je reviens à notre mot de protocole. Comme ce mot signifioit la premiere feuille chez les Grecs & les Latins, il est vraisemblable qu'on a appelé de ce même mot, le primitif ou la premiere écriture. Plusieurs prononcent protocole. Rabelais 3. 17. a dit protocole. M.
PROVANDE, est le grain ou la pitance qu'on donne à une boîte de port, autre son ordinaire de loin & de paille. Ce sont les paroles de Nicot. De prabenda. Le mot provande se trouve dans la Version de la Bible de Robert Olivetan. Et Abraham donna la provande à son asne. C'est dans la Genèse. M.
PROVIGNER. De propaginare : qu'Isidore XVII. 5. explique flagellum vitis, terra submèsum, sterne. PROVIN. Les Angevins disent prouain. M.
PROVINS. Roses de Provins. De la Haye, dans son traité de l'Origine, & de l'Antiquité des Poitevins, page. 176. Thibaut Comte de Champagne fit basir le Chasteau de Provins en Brie, & y fit apporter de toutes les singularités qui se pouvoient trouver : & spécialement les Roses de Provins. M.
PROU. C'est un vieux mot François, dit Mr. de Vaugelas dans ses Nouvelles Remarques ; pour dire assez, dont plusieurs usent encore en parlant : mais il ne vaut rien à écrire. Voici l'Observation que l'Avocat Anonyme, qui a donné au public ces Remarques de M. de Vaugelas, a faite sur cette Remarque de M. Vaugelas : M. de Vaugelas avoit apporté ce mot de Savoye. Et comme il l'avoit entendu dire aux Savoyards, ou Savoisiens, aux Dauphinois, aux Lyonnois, & aux Bressans, qui se servoient encore de ce mot, mais mal ; il les en a voulu corriger. On dit encore au-delà de Lyon, quand on remercie d'une santé, Bon prou vous fasse. Ce mot, qui signifie beaucoup, bien, est venu de probé, ou prosum. Car de probé, on a dit premierement prové, à la Gasienne ; & enfin prou. Voilà comment on trouve facilement la généalogie d'un torn REFOCUS - Recherches & Classification numériques me, quand on profite des inventions que nous a données la-dessus M. Ménage. M. Francesco Rédi, premier Médecin du Grand Duc de Toscane, m'a dit en quelqu'une de ses Lettres qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire: Et per la scala, V. S. II. è il primo nome del mondo. Ce que je dis pour réfuter la railleuse que fait ici de moi notre Avocat sans nom. Cet Anonyme, au reste, a mal fait son profit de mes Règles Etymologiques: la plupart de ses étymologies étant ridicules. Mais parlons de celle de prou, dont il est ici question. Prou ne peut avoir été fait de profum, ni du côté de la signification, ni du côté de l'analogie. Il a été fait de probè, comme je l'ai remarqué dans la première édition de ces Origines de la Langue Françoise. Et ce que dit notre homme, que de probè on a dit premièrement provè, à la Gâconne, fait bien voir qu'il est tout à fait ignorant dans l'Art étymologique. De probè, on a dit premièrement probè, & ensuite prov: Et de prov, on a fait prou, par le changement de l'o consonne en l'u voyelle. Et c'est ainsi que d'avec nous avons fait au. Notre homme s'est encore trompé en citant Bon prou vous fasse, au sujet de prou, en la signification d'assez. Prou, en cette façon de parler, signifie profè, utilité. Voyez prou. M.
PROVEDITEUR. Officier chez les Vénitiens. De l'italien Proveditore, formé du Latin providere, pourvoir: quod provideat omnibus qua ne, cessaria sunt. Vergy.
PROUESSE. Vaillance. Comme de largitas nous avons fait large, nous avons de même tiré prouesse de probitas. Guillaume le Breton, liv. 1. de sa Philippide: Tot benè gesta domi, tot Militia probitates. Willemus Calculus, Gemmeticensis Monachus, Historix Normanorum, lib. 7. cap. 30. Torstinus, cognomeno Scitellus, vir in multis probitatibus admodum expertus. Foucher, Evêque de Chartres, dans son Gesta Peregrinantium, livre 1. parlant du Siège de Tyr: Interim autem probitate quadam excegitat à quinque Venetici, secunda satis fortuna ufi, carabum suum ingressi, domum unam diripuerunt, duobus ibi capitibus amputatis. Et ce n'est pas seulement dans le moyen tems que le mot de probitas a été employé pour marquer la valeur & la générosité des hommes: car dans les siècles les plus avancés, & auxquels on a vu regner le plus beau & le plus pur Latin, il a signifié la même chose. Sénèque, Ep. 37. Quod maximum vinculum est ad bonam mentem, promissi virum bonum: sacramento ligatus es. Deridebis si quis tibi dixeris mullem esse militiam & facilem. Virum bonum Latini dixire; sicut Gracæ a-æ-æ; virum scilicet strenuum & Martium. Casenove.
PROUESSE. Les Ecrivains du moyen âge ont appellé les proueffes probitates. Guillaume le Breton dans sa Philippide, livre 1. page 228. Tot benè gesta domi, tot Militia probitates. Jean, Moine de Marmoutier, dans la Vie de Geoffroy le Bel, Comte d'Anjou: De probitatibus Consulis aliquem compone rimulum. De probus, nous avons fait proux: & de probitia, PROUESSE. Et de là, probare, dans les Glofes Anciennes, pour Portier. Voyez proux. M. PROULT de partage. C'est ainsi que s'intitule dans le Perche l'Acte des lots, que par les articles 160. 161. & 162. de la Coutume du lieu; les puishes dressent & présentent sur la déclaration que leur aise est tenu de leur donner de tous les biens de la succession. M. PROULT de partage. De prolatum. Prolatum, prolum, PROULT. Prolatum veut dire presenté; & le proult est l'Acte, &c. que dans le Perche les puishes présentent. Le Duchat.
PROVOIRE. Le Roman de la Rose, fol. 101. Il s'assie en une chayere, De coste son Autel assise; Et nature tantost s'est mise A genoux devant le provoire. Mais sans saute c'est chose voire Que son deuil ne peut oublier. Il ne l'en peut aussi prier; Il y perdroit sa peine toute: Mais se taiss, & la Dame escute, Qui dit par grant devotion, En plourant, sa confession. Le provoire c'est le Confessionnel. De probatorium; parce que c'est là que le Penitent est éprouvé par son Confesseur, jusqu'à ce qu'on reconnoisse s'il est en état de recevoir, absolution. Le Duchat.
PROUVERES. Rue des Prouveres. C'est le nom d'une rue de Paris près l'Eglise de Saint Eustache. Du Cange dit que cette rue a été ainsi appelée du mot Prouvere, qui autrefois signifiouit Prebendarius, un Prebendier, suivant diverses autorités qu'il cite. Voici ses paroles: Quod quidem eo potissimum observandum, quod etiamnum Lutetia Parisorum platea, sancti Eustachii adi proxima, nomen de rue des Prouveres, seu, ut hodie efferunt, des Prouveres, retineat; quod in ea istius Parochia Prebendarii Presbyteri commanerent: qua rue des Prêtres dicitur in parochia sancti Severini. Vergy.
PRUDE. M. Huer remarque que ce mot se trouve dans l'ancienne Langue Saxonne: & il le dérive de prudens. Il vient de providus. Provida, c'est une femme prude. Et prudens selon Cicéron, vient de providere. Totam igitur expellas prudentiam hujus rectoris, qua ipsum nomen hoc nulla est ex providendo. C'est dans un Fragment du VI. livre de la République. ¶ D'autres le dérivent de proba. Proba, probida, proda, pruda, PRUDE. M.
PRUNELAYE. Lieu planté de pruniers: comme ORMAYE, pour un lieu planté d'ormeaux; & CEBISAYE, pour un lieu planté de cerisiers. ¶ De prunelium. M.
PRUNELLE. De prunella: à cause de sa ressemblance à une prune sauvage, que nous appellons prunelle. Marot, dans une de ses Epigrammes: La médisance ne faut croire, Corydon, ami gracieux. Je la connais: c'est une noire: Noire, faite en dépis des cieux. Si elle euss, pour la peindre mieux, Au bec une prune sauvage, On dirait qu'elle aurait trois yeux, On bien trois prunes au visage. Nicot, au mot sourdrines: prunelle; quasi, prunula. M. du Cange: PRUNELLUM: prunum silvestre: nostris prunelle: unde pupilla nomen. M. EFERUS - Recherches & Classification numériques
PRUNIER. De *prunarius* : qui se trouve en cette signification dans le Capitulaire de *Villis propriis*, attribué à Charlemagne. M.
PRUSSE. *Borussia*. Par corruption pour *Porussia*. De l'Éclavon *po*, devant, ou en deçà, parce qu'en venant des parties Occidentales de l'Europe il faut passer par la *Pruise* pour entrer dans la *Russe*. *Pomeranie* vient de même de *po* & de *mer*, par la raison que ceux du pays qui vouloient aller à la mer Baltique, avoient à traverser la *Pomeranie* avant que d'arriver à cette mer. *Le Duchat*. Voyez *Pomeranie*.
PUCEAU. PUCELLE. Quelques-uns dérivent ces mots de *pudicellus*, & de *pudicella*. Ils viennent de *pulcellus*, & de *pulcella*, dérivés de *pullus*, qui signifie *petit*. *Pullus*, *pulticus*, *pulliculus*, *pullicellus*, *pulcellus*, *DUCEAU* : *pulcella*, *PUCELLE*. Bergomas, dans sa chronique : *Pulcella Aurelianensis*. Les Italiens disent encore *pulcella*. Dante, dans son Purgatoire, chant xx. *Esso parlava ancor de la larghezza* *Che fece Nicolao a le pulcelle.* De *pulcella*, on a fait le verbe *depucellare*, d'où nous avons fait de *PUCELLER* : de même que les Latins *devrignare*, & les Grecs *huwaphrison*. ¶ H. Etienne, page 117, de ses Hypomnètes, & Nicot dans son Dictionnaire, n'ont pas bien rencontré, dérivant *pucelle* de *puella*. M.
PUIR. De *putire*, dit par métaplaïsme, pour *putere*. M.
PUIS. De *post* : comme *PUISQUE*, de *postquam*. M.
PUISNE. De *postnatus*. Une ancienne Chartre, intitulée *Salisina Paganelli*, que du Chesne a fait imprimer sur la fin des Histoires de Normandie : *Si dominus Fulco Paganellius aliquid ceperit in partimibus postnatorum suorum*. Les Ordonnances d'Écosse, intitulées *Regiam Majestatem*, livre 2, chap. 35. *Cum quis moritur habens filium postnatum*, & *ex primogenito filio jam mortuo nepotem*. Et liv. 3, chap. 29. *Si frater primogenitus postnato fratri donavit*. Caseneuve.
PUISNE. De *postnatus*. Voyez *aïfné*. M.
PUISETTE. Voyez *pochette*. M.
PUISETTE. M. Ménage, au mot *pochette*, n'a rien dit sur *puissette*, quoiqu'il donne ce dernier pour un synonyme de *pochette*, & qu'en effet on le trouve en cette signification, ou plutôt en celle de *gouffet*, dans le Roman du petit Saint, tom. 1, page 124. & 143, de l'Édit. de 1724. On appelle à Metz *pissette*, le *gouffet* des culottes; & peut-être est-ce ainsi qu'il faut lire dans Saintré. En Alsace les Payans portent leur argent dans une petite bourse coufue à la doublure de leur chemisette; & je ne doute pas qu'autrefois la même coutume n'ait eu lieu en France. Or comme cette bourse touchait à la poitrine, qu'en ce tems-là on appelle *pis*, de la peut-être le nom des *pissettes*, qui seroit par consequent le nom véritable, & non pas *puissette*, comme l'a cru M. Ménage, & après lui l'auteur des Notes sur le Roman de Saintré. *Le Duchat*.
PULLIER. Il y a une Eglise Collégiale à Bourges qui s'appelle *Saint Pierre le Pultier*; & une autre à Tours, qui s'appelle du même nom. De *puellarium*. *Ecclesia Sancti Petri puellarum*, *sive in puellario*. C'est ainsi que ces Eglise sont appelées dans les Titres Latins, parce que c'étoit le lieu où l'on baptifoit les enfans. Il y a à Orleans une Eglise de S. Pierre qu'on appelle par la même raison, *Basilica Sancti Petri Lactentium*. La Ville de Montpellier est appelée de même *Mons puellarum*, d'un Monastère de Filles. Voyez Cujas, livre 17, de ses Observations, chapitre 15. & M. de Valois le Jeune, dans sa Notice des Gaules. M.
PUNAIS. De *putinasus*, injusté, fait de *puteo*. *Puteo*, *putio*, *putire*; dit, pas métaplaïsme, pour *putere*: d'où *PUIR*: *putinus*, *putinasus*, *punasus*, *PUNAIS*.
PUNAIS. Je croirois que ce mot qui signifie *qui a le nez puant*, a été formé du François *puer* & *nez*; comme si l'on difoit, *qui pue par le nez*. Vergy.
PUNAISE. Lat. *cimex*. Je le dérivois autrefois de *punice*. Et je croyois qu'on avoit ainsi premièrement appellé les punaises rouges, & ensuite, toutes les autres punaises. Je crois présentement qu'il vient de *putere*. Voyez *punais*, & *putoir*. M.
PUPUT. On appelle une hupe en plusieurs lieux de France un *puput*. Jules Scaliger sur le IX. livre de l'Histoire des Animaux d'Aristote, page 1052, parle ainsi de cet oiseau : *Multarum simul avium breves bistorias reversibimus*, *a iudissima auspiciari*. *Tristi aspecte avis est : colore raro, candidit pennis alarum distincto : magnitudine dupla ad merulam : insigni crista plicatilis ex plumis, more militari ; surrecta ubi velit*. Upupam, *Lactini : vulgus nostrum puttam ; quia furtet : quemadmodum Vascones puput, tum à fature, tum etiam à cantu : Galli huppam, tum à crista, tum etiam à voce, dixere*. *Aiunt vero, non solum nidum in humani flercore facere, sed etiam eo ali* ¶ Voyez *huppe*. M.
PURÉE. Jacques Sylvius l'appelle *sufculum piforum depuratum*, & *colatum*: & ainsi il dérive le mot de *purée*, de *purata*. Le P. Labbe dans la seconde partie de ses Erymologies Françoises, au mot *pur*, blâme cette étymologie; prétendant que *purée* a été dit par corruption, au lieu de *poise*, du mot de *pois*. Il dit la même chose dans la première partie, au mot *pois*. L'étymologie de Sylvius est la véritable. On a dit *purata pisa* : d'où on a dit ensuite *purata* au singulier féminin : d'où nous avons fait *purée*. La *purée*, ce sont des *pois* passés par une *passoire*. Ce qui ne peut passer, s'appelle *passores*, ou *écolores*. M.
PURÉE. Autrefois on difoit *purée*, & Rabelais parle ainsi. *Purée* a été dit pour *poirée*; & *poirée* pour *poise* de *pois*. Huet.
PURER. De *purare*, fait de *purus*. Les Gloises Anciennes : *Impurata*, *juvapá*, *aradupra*. M.
PURITAINS. Ce sont les Calviniens d'An- Z 2 EFERUS - Recherches & Classification numériques 362 PUR PUS. PUT. gleterre. Voyez Bradshaw, dans son Traité du Puritanisme d'Angleterre. M.
PURRON. pustule. Gr. qu'enverra. De pus. Pus, puris, puro, puronis, purine, PURON. Voyez fruncle. Put à été fait de voir. Et voir, dit Aristote, au livre 3. de l'Histoire des Animaux, est du sang pourri.
PUSTULE. De pustula, fait de qiea, qui signifie vesica. qiea pusa, pusula, pusula, & pusella. Pustella se trouve dans les Glofes Anciennes: pusella, quavic: pusella, quavidic. Voyez boufe de vache. M.
PUTAIN. Comme on a dit que Bellum dicitur, quia bellum non est; & Parca, quia nemini parcat; il y a beaucoup d'apparence que nos Anciens François ont tiré, pas antiphase ou contrariété de sens, le mot putain du Latin putus, qui signifie pur. Fettes Pompeius: Putus Antiqui dicebant, pro pure. Quoi qu'il en soit, nos anciens François disolent pure, pour m'ichante. Le Roman de Guillaume, aux Enfances Vivien: Fuyes de ci pute gent esgarée, Et en un autre endroit: Des Sarrasins la pute gente haie. Ils disolent aussi un homme de putaire, pour dire méchant. Le même Roman: Fel fu & de putaire. Et Herman de Valenciennes, au Roman de la Bible: Onc ne fut hom sur terre plus haie craiter, Ne hom de putaire, ne felon boiser. Peut-être aussi ce mot vient-il de putitus, qui signifie un fou, & qui est employé dans ce sens par Plaute. Ca'enseuve.
PUTAIN. De putana, diminutif de puta. Anciennement nous disions puto; témoins ces vers du Roman de la Rose: Toutes estes, ferez, ou fustes, De fait, ou de volonté, putes: Et qui très-bien vous chercheroit, Putes toutes vous trouveroit. Scaliger, sur l'Epigramme suivante, qui est des catalectes de Virgile: Scilicet hoc sine fraude, Vari dulcissime, dicam; Dispervam, nisi me perdidit iste potus. Sin autem pracepta vetam me dicere: fanè Non dicam: sed me perdidit iste puer. Ait se amore incensum pueri, quem nequiusculi volebant appellare; sed legibus carminis prohiberi. Nam ad nequitiam intererat, potum, non puerum appellare. Siquidem potus, sive putus, innuendo Nutricum. In veteri Glosario: putus, punis: puti, punis. Etiam puerum hodie ita vocant in Italia: & Galli pusillum vocant petitum: detorta voce à putito. Lascivia ineff, ut in usu vocis, ita & in erymo: puta enim modè. Argumento, præputium, quasi moribum. Ergo lascivia in Graci Nutricibus, quod vis modis, purros vidus vocare. Eadem & in Ro- manit, à puta, PUTOS, seu POTOS. Unde & hodie pars in muliere, qua bonesse neminari non potest, vulgo in Italia eo nomine nata est. Sic innuendo Nutricum imitatus est Catullus, cum Calvum saluputium vocavit. Voyez Vossus de Vitis Sermonis, page 232. ¶ Le mot de pute, & celui de putain, ne signifioient originairement que fille. Ils ont depuis signifié fille débauchie: comme celui de garce; lequel en Anjou, & dans plusieurs autres Provinces, se prend encore aujourd'hui simplement pour une fille. Les Anglois disent putain, pour meretrix, & pour pudendum muliebre. Touchant le mot Italien qui signifie la partie de la femme, voyez mes Origines Italiennes, au mot puta. M.
PUTE. Dans le Patois Messio, les mots put & pute, signifient laid & laide: & on appelle du même mot pute une punaise; ce qui me persuade que pute en la signification de putain, pourroit bien avoir été formé de putida. Putida; & par contraction, puta. On aura appelé pute une femme de mauvaise vie, pour exprimer la mauvaise odeur de sa réputation. Et parce que la punaise rend une odeur fort puante, on l'aura de même appelé pute, pareillement de putida. Le Duchat. Voyez pute.
PUTOIR, ou PUTOIS. C'est une espece de chat: ainsi appelé de sa puanteur. Scaliger contre Cardan, cct. 3. Inter ea quinque, catus serens quoque est, pilo obscurior; sed tam tetro odore, ut PUT in Liguribus, in Gallia, PUTOIS, sit cognominatus. Picardis CATHARET appellatur. Dans la Basse-Normandie, on prononce PITOIS. M.
PUY. De podium, vidus, qui signifie un lieu éminent, une montagne. Ce mot prend diverses figures suivant les lieux où il se trouve. Dans la France Méridionale, c'est puech. Dans l'île de Ténériffe, c'est pic. Dans le Cotentin, c'est poû. Auprès de S. Germain en Laye, c'est le pec. En Normandie on appelle pec, meta, le but où l'on tend, & où l'on se place, en divers jeux; parce que ce but est une petite montagne, c'est-à-dire une petite éminence. Huet.
PUY. Comme quand on dit, Puy en Velay. De podium. Joseph Scaliger, dans sa Notice de la Gaule: VELAUNIS le pais de Velay. Pagus Velacinus, in veteribus Martyrologiis Episcopatus Anciensis: le Puy en Velay; id est Podium Velauno: quia urbs est in editissimo loco, qui Lingua Galiorum Puy, id est Podium, dicitur. M. Hauteferre, livre 4. de ses Aquitaniques chap. 10. Anicium civitas, dicta est Podium Vellaunorum, ab editissimo moris, in cuius radice sita est: Podium Galli vocant; vulgo le Puy en Vellay. Gregorius VII. P. Exemplo, inquir, Caroli Magni, qui in tribus locis annuatim colligebat mille & ducentas libras ad servitium Apostolicae Sedis, id est Aquifgranis, apud Podium Sanctae Maria, apud Sanctum Ægidium. Ait Podium Sancta Maria: nam Ecclesia Cathedralis est dicata Virgini Maria, miraculis & peregrinationum-frequentia valde celebris. Et Rigordus: In civitate, Anciensi quæ vulgo nunc Podium dicitur. Le Puy Laurens, & le Puy Morin, sont de même appelés, dans les anciens titres, Podium Laurentii, & Podium Morini. Podium signifie proprement le lieu éminent du theatre; & il vient de EFERUS - Recherches & Classification numériques mélus ; à cause qu'il avance comme un pied. De podium, les Italiens ont aussi fait poggio, & les Espagnols pués; d'où vient leur verbe sobrepojar, qui signifie surmonser. Les Languedoclems disent puja pour dire monter. De poggio, on a dit par diminution poggiette, d'où nous avons fait pujer, pour dire petite éminence. Il y a à Paris une famille qui s'appelle de ce nom. En Touraine, on dit pour, pour dire monter : de podium. Joseph Scaliger reprenait M. du Puy, Conseiller au Parlement, père de Mrs. du Puy; que je nomme par honneur; de ce qu'il s'étoit appellé en Latin Puteanus, qui veut dire du Puis, au lieu de s'appeller Podiums, qui fait du Puy. Voyez son second Scaligerana. En Languedoc, on appelle pech la cime d'une montagne : de podium; qui est le même que podium, d'où il a été formé. Et dans l'Anjou, près de Daumeray, il y a une paroisse qu'on appelle Notre Dame du Péc; laquelle est appellée dans les titres Latins Sancta Maria de Podie.
PYRAMIDE. Quelques-uns décrivent ce mot du Grec wuic, triticum, frumentum, & d'aude coilige. Ils prétendent que le Patriarche Joseph fit bâtir plusieurs greniers en pointe pour y amaiser le blé d'Égypte, & que de-là vint le nom de pyramide. Mais il est mieux de le dériver de wuic, feu, parce que la figure d'une pyramide hutte celle de la flamme. *
PYRENEES. Montagnes célèbres, entre la France & l'Espagne. Diodore de Sicile, & divers autres anciens Ecrivains, décrivent ce nom du Grec wuic, feu; & ils prétendent qu'il a été occasionné par un fameux embrasement causé par des Bergers, qui mirent le feu aux fiefes qui couvraient ces montagnes. Aristote parle de cet embrasement. Voyez Mariana, Histoire d'Espagne, liv. 1. Wachter, dans son Gloffarium Germanicum, page 109, propose une autre origine du nom des Pyrénées. Voici les termes : BRENNER, summitates Alpium Rhaticarum, vel Tyroleufum. Gracis wuic & wuic est eminentia montis, cacumen, vertex, à wuic exfo, promine. Cambris bre mous, collis, breon montes, bryn collis. Succis brink elixus, declivitas montis. Ab his initiis, five Gracis, five Celticis, videntur lescendere non solum Brennerum montium (sunt autem duo caeteris eminentiores), sed etiam PYRENNORUM, & gentium Alpinarum appellationes, cujusmodi memorantur in veteri Rhetia, Breuni, Brenni, Brenci, Breones, Briones, apud Cellarium in Geographia Antiqua, tom. 1. pag. 519. edit. nov. pag. 415. *
QUADES. Ancien Peuple de Germanie, & dont il est beaucoup parlé dans l'Histoire. Grotius croit que ce nom signifie mauvais, & que les Quades furent ainsi appelés, à cause de leur méchanceté; du mot quad, qui en Flaman signifie mauvais. Wachter aime mieux dériver ce nom du mot wad, qui en vieux Saxon signifie vaillant. Voyez cet Auteur, dans son Gloffarium Germanicum, aux mots quad, & wuidlich. *
QUADRAN. De quadrans, parce que plusieurs Quadrans sont faits en forme de quart de cercle. Huer.
QUADRE. Bordure de tableau. De l'Italien quadr. M. QUADRILLE : qu'on prononce Cadrille. Le Père Ménestrier, dans son agréable Livre des Tournois, au chapitre des Quadrilles : C'est des Italiens que les Troupes diverses qui ramissent les Carrousels, ont reçu le nom de Quadrilles. Ce mot est chez eux le diminutif de squadra : qui est une Compagnie de Soldats rangée & dressée. Aussi squadrer est proprement dresser une chose à l'équerre, & en forme quarrée. Ils disent donc squadriglia, & nous quadrille, pour une Troupe de Cavaliers, rangée en ordre pour un Carrousel, ou pour un Tourney. Il n'y a pas cinquante ans que l'on disoit Squadrille, & Esquadrille. Ce que le Père Ménestrier dit ici, qu'il n'y a pas pas long-tems que nous disons scadrille, & scadrille, me fait conclure avec lui, que notre mot Quadrille est d'origine Italienne. Sans cela, je le dériverais de l'Espagnol quadrilla. M.
QUADRIN. Nicot : Quadrin, un liard, teruncum. Peut-être de sa figure quarrée; & que c'est la même chose qu'une maille. Voyez M. Ménage, au mot maille. Le Duchat.
QUAL. Voyez quay.
QUAILLE. C'est ainsi, à mon avis, qu'il faut écrire ce mot : & les Italiens l'appellent aussi quaglia. Quelques-uns tiennent que cet oiseau a été ainsi appelé à cause du son de sa voix. Joannes-Baptista Pius, dans ses dernières Annotations, Sylloge 3, cap. 54. Nommité couronnes negant esse illas avec qua vulge qualer, à fono, dicuntur. Jean de la Porte, dans son Catholicon : Quales est quadam avis; & dicitur à qualis : vel dicitur qualia, à voce quam facit, scilicet quaguera. Monachus, lib. 1. parlant de certains chiens : Qui agilitate sua vulpes & caretas minores bestiolas facilibus capium; quamaras etiam, & alia volatilia, ascensu colectore sapè fallerent. Caeseneuve. Voyez caille.
QUAISSE. De capsa. M. QUAKERS : qu'on prononce Comarens. Nom de seize de Religion, dans l'Angleterre & dans la Hollande. Ces Sectaires ont été ainsi appelés, comme qui diroit Trembleurs, du mot Anglois quaby, qui signifie trembler; étant dans une perpétuelle frayeur des Jugemens de Dieu, & prenant à la lettre ces paroles de Saint Paul, Operomini salutem cum timore & tremore. Ils doivent leur origine, comme tous les autres Enthoufantes, aux Anabaptistes : avec lesquels ils ont cela de commun, qu'ils rejettent toute forte de ferment, excepté le oui & le non, & qu'ils ne reconnoissent de supériorité & de magistrature que celle que la force leur fait recevoir. Ils prétendent qu'il n'est permis à aucun Chrétien d'exercer de Charges, soit Civiles, soit Militaires; & que Dieu seul peut punir les crimes. Ils croyent, avec plusieurs autres Sectateurs, que l'Écriture-Sainte doit décider les Controversies de Religion. Mais ils ont cela de particulier, qu'ils attendent des révélations immédiates Z x ij EFERUS - Recherches & Classification numériques du Saint-Espirit la solution de tous leurs doutes en matière de foi, & qu'ils ne parlent jamais dans l'Eglise, que quand ils croyent que le Saint-Espirit descend dans leur cœur. C'est de-là que vient ce grand silence où on les voit dans les lieux de leurs assemblées; qui n'est interrompu que par de profonds gémissemens, qu'ils pouisent du profond de l'estomac. Le premier d'entre eux qui est pris de l'enthousiasme, parle & prêche, tant que l'Esprit le possede. Et si plusieurs s'en trouvent pris en même tems, ils parlent tous ensemble, jusqu'à ce que l'Esprit le plus fort fasse taire le plus faible. Ils n'admetrent la pratique d'aucun Sacrement. Ils sont fort simples dans leurs habits, ne portant ni rubans, ni dentelles. M.
QUANQUAM. On nomme ainsi, en terme de Collège, une Harangue Latine faite en public, & prononcée d'ordinaire par un jeune Ecolier à l'ouverture de certaines Thèses. Ces sortes de Harangues ont été appelées de la sorte, parce qu'elles commençaient souvent par le mot Latin *quanquam*.
QUANQUAN. Prononcez *cancun*. Grand bruit qui se fait pour peu de chose. On pourroit croire que ce mot aurait été formé par onomatopée, du bruit que font les oyes lorsqu'elles sont effrayées, ou qu'elles veulent s'envoler : mais on se tromperoit : & cette expression nous vient de l'Université, où il y eut dans le seizième siècle, sous le règne de François I. une grosse dispute entre les nouveaux Lecteurs établis par ce Prince, & les anciens Maltres, savoir s'il falloit prononcer *quanquam*, comme le vouloient ces premiers, ou *quanquam*, à la Françoise, comme le prétendoient les autres, qui ne pouvoient se défaire de l'ancienne barbarie. Les Paradoxes, imprimés chez Charles Etienne en 1554, à la troisième Déclamation: *Si bien nous voulons considérer l'insolence de ceux auxquels il semble, sous l'ombre d'un quanquam de Collège, que chacun soit bien tenu à eux*. Le Duchat.
QUANT-ET-MOI. QUANT-ET-QUANT-MOI. De *quando & ego* : & de *quando & quando ego*. M.
QUARAIL. On appelle ainsi à Metz une assemblée de Bourgeoises assises le soir devant la porte d'un logis, pour causer, ou pour travailler, particulièrement au rouer, pourvu que cette assemblée soit au moins de quatre personnes. C'est un mot corrompu de *Quadrille*, mais *Quarail* est masculin. Le Duchat.
QUARANTIE. Ce mot se dit à Venise de certains Tribunaux, ou Chambres de Justice, ainsi nommées de l'Italien *quaranta* quarante, parce que ces Chambres de Justice sont composées de quarante Juges. Il y a une *Quarantie* Civile, & une *Quarantie* Criminelle. Vergy.
QUARRE. Rabelais, livre 2. chap. 21. *On de beaux balais à tous grosses marques de diamants à vingt & huit quarres*. C'est une facette de pierre précieuse; & le mot *quarre* vient de *quadras*, d'où l'Italien *quadro*, à cause de la figure quarrée qu'ont ordinairement les facettes des diamants & des autres pierres précieuses. Anciennement nous disions *quierre* dans la même signification. Le Roman de la Rose, fol. 127. v°. Une couronne d'or grossière, On sont moulies précieuses pierres, Et beaux chatons à quatre quierres. Le Duchat. QUARREAU d'arbalites. QUARRE'S d'arbalites. Voyez ci-dessus carreaux; & mes Origines Italiennes, au mot *quadrella*; & M. du Cange, dans son Glossaire sur Ville-Hardouin, au mot *quarrel*. M.
QUARRIERE. C'est le lieu d'où l'on tire la pierre pour bâtir. Ce mot vient de *quadraria*, que l'Abbé Sugger, dans son Livre de la Consécration de son Eglise de Saint Denis, prend souvent pour ce que nous disions *quartiere de pierre*; & *quadrati* sont les quartiers de pierre. Siècnins Apollinaris, livre 5. épître 7. *Marmorum quadratus*. Et en l'épître 8. du même livre: *Ut sint equisdam concussione, vel damno, quadrati ad Raveunatem urbem mettra jusfume devobanem*. *Quadratarii* sont propriment ceux qui saillent la pierre dans les carrières : ainsi appelées, parce qu'ils lui donnent une espèce de figure quarrée : ce que ne font pas les Tailleurs de pierre qui la mettent en œuvre, & qui, selon le dessein de l'Architecture, sont contraints de leur donner diverses figures. Il est parlé de ces *Quadratarii* dans la Loi 1. au Code De Excusat. Artif. au Code Théodosien; & en la Loi 2. du même Titre, au Code Justinien : où, parce qu'il y a *Quadratarii*, *quas Graco vocabulo muthi appellant*, *Cujas a corrigé tabofolus*; quoiqu'il faille lire, selon mon avis, *Jouhi*, qui se trouve dans le Glossaire. *Hieroi quadratariu*: qui vient du verbe *Hézon*, qui signifie *metre en pièces*; car aussi le métier de ces ouvriers est de tailler une roche & un rocher en diverses pièces. *Cafemerve*.
QUARRON. Le Roman de la Rose, fol. 91. v°. édit. de 1531. Certes, si l'esloye larron, Ravissant en boys, en quarron. Quarron, c'est un quarrefour. De l'Italien *quadrone*, ou *quadro*, qui signifie un quarré de quelque chose que ce soit. Le Duchat. QUART-D'HEURE DE RABELAIS. On appelle ainsi de mauvais moment à passer, semblables à ceux où se trouvent Rabelais, quand il falloit compter dans les hôtelleries, & qu'il n'avoit pas de quoi payer sa dépense. Voyez à la fin des particularités de sa vie, au-devant de ses œuvres, le plaisant stratagème dont il s'avisa à Lyon pour se faire conduire de-là à Paris sans qu'il lui envoûtât rien, n'ayant plus du tout d'argent pour achever son voyage.
QUARTAGE. Le Dictionnaire de Trevoux dit *quartelage*. Droit en vertu duquel les Seigneurs Féodaux prenoient sur leurs Emphytéotes la quatrième partie de leurs blés, raisins, & autres fruits. Ce mot vient du Latin-barbare *quartagium*, dont on se servoit pour exprimer ce droit inique. Vergy.
QUARTAINE. Tes fièvres *quartaines*. Imprécation particulière à la nation Françoise. Elle est fondée sur ce que les François étant naturellement prompts & impatiens, jusqu'à vouloir, comme on dit, jouer à quitte ou double, c'est-à-dire, mieux aimer mourir que de traîner si longtemps en langueur; ce leur est un grand supplice que de se voir malades de la fièvre quarte, qui est une maladie chronique & de longue durée. Du reste, il y a de l'apparence que cette façon de parler est née dans le Languedoc : car outre que les habitans de cette Province, qui est méridionale, sont encore plus bouillans que les autres François; c'est que dans ce pays-là ils distinguent la fièvre d'accès
EFERUS, Recherches & Classification numériques Q U A. Q U E. d'avec la févre continue, en ce que regardant cette première comme une suite de plusieurs fièvres séparées l'une de l'autre par de bons intervalles, ils la traitent de fièvres au plurier, & ne donnent qu'à la févre continue le nom de fièvre au singulier. Touchant l'origine de cette imprécation en elle-même, voyez les Lettres de Pâquier, tomés, page 615. Le Duchat.
QUARTIER. Se battre sans quartier, ne faire point de quartier. Cela est pris de ce que les Hollandois & les Espagnols étoient autrefois convenus, que la rançon d'un Officier, ou d'un Soldat, se payeroit d'un quartier de sa paye : de sorte que quand on ne vouloit point recevoir à rançon, mais qu'en usant de tous les droits de la victoire & de la guerre, quelqu'un tuoit son ennemi, il lui disoit : C'est en vain que tu offres un quartier de tes gages, on n'en veut point, il faut mourir. De Brieux, Origines de quelques Consumes anciennes.
QUASIMODO. On appelle ainsi le premier Dimanche d'après Pâques : à cause que l'Introite de la Meffe de ce jour-la commence par ces mots, Quasi modo geniti infantes. Tous les Dimanches de Carême ont pris, de même que celui-ci, leur dénomination de l'Introite : comme Latare, Judica, Oculi, &c. Le Dimanche de Quasimodo est appelé autrement Dominica in albis ; à cause des robes blanches qu'on donnoit anciennement à ceux qui étoient barisés, qui les portoient jusqu'au Dimanche de Quasimodo. Voyez le Perroniana. M.
QUATERNES. On dit ce mot au jeu de Triquetrac lorsque les deux des font chacun quatre. Du Latin quaterni, qui signifie quatre à quatre. Vergy. QUATRE CAS. Droit de Taille aux quatre cas. C'est un droit dû aux Seigneux Hauts-Juifeliers de Languedoc, d'Auvergne, de Guienne, & de quelques autres Provinces, par leurs Emphytrages. Il est parlé dans tant de Livres de ce droit, qu'il y a lieu de s'étonner qu'on l'ait omis dans le Dictionnaire de Trevoux. Il a été ainsi appelé, parce qu'il se payoit pour quatre cas. 1°. Pour la Chevalerie du Seigneur, ou de son fils aîné. 2°. Pour le mariage de ses filles. 3°. Pour son rachat des mains des ennemis. 4°. Pour son voyage à la Terre-Sainte. C'est ce qu'on peut voir dans la Somme-Rurale de Bouteiller, liv. 1. chap. 36. A ces quatre cas on en ajouta un cinquième, qui étoit un présent lors de la naissance du premier enfant mâle du Seigneur, comme le rapporte M. d'Olive, au livre 2. chapitre 6. de ses Arrêts. Vergy.
QUATRE-NATIONS. On appelle ainsi à Paris le Collège Matarijn. Ce Collège a été fondé par le Cardinal Matarijn pour l'éducation & l'entretien de soixante enfans, originaires des pays conquis par le Roi : savoir, quinze de Pignerolles, territoires & vallées y jointes, & de l'Etat Ecclésiastique en Italie, préférant ceux de Pignatolles, territoires & vallées y jointes, à tous les autres ; les Romains ensuite, & en défaut d'eux, ceux des autres Provinces de l'Etat Ecclésiastique en Italie : quinze du pays d'Alface, & autres pays d'Allemagne contigus : vingt du pays de Flandres, Artois, Hainaut, & Luxembourg ; & dix du pays de Rouffillon, Conflans, & Sardaigne. Ce sont les termes de l'Acte de la Fondation paise au Château de Vincennes, pardevant Nicolas le Vasseur & François le Fouin, Notaires de Paris, le sixième jour de Mars 1661. M.
QUAUIER. Mot Meffin, qui signifie se mouvoir impatientment sur un siège, on remuer le derriere quand on est assis. De candare, parce que c'est proprement se mouvoir à la maniere des chiens, qui remuent le cul quand ils contournent bien fort. leur queue. Le Duchat.
QUAY. On appelle quay, les murailles dont on fortifie le bord d'une riviere. Un ancien Glossaire : Cai, cancelli. Anfieubus : Kali, cancelli. Spelman, dans son Glossaire : Kaia, arva in littere, onrandarum atque exonerandarum navium causa, &c. Kalagium, portorum quod kaiae nomine exigie Telenarius. Joseph Scaliger, dans ses Notes sur Aufone, livre 2. chap. 22. tient par ce mot. est de l'ancien verbe Latin caiare, qui signifie arreter & retenir. Nam crepidines illa sunt opposita fluminibus, ad eorum impetum coercendum. Caiare vero apud Veteres erat cohibere, coercere, compefere. Fulgentius : Caieta, coartrix aratis. Apud Antiquos, caiatio dicebatur puerilis cades. Unde Plautus, in Clitellaria Commedia ait : Quid? tuam amicam times, ne te manulea caiet? Caieneuve.
QUAY. Scaliger sur Aufone, livre 2. chap. 22. le dérive de kai. Voict ses termes : Ara, sunt margines, seu crepidines prominentes earum molium, quibus flumina, ut loquitur Lucretius, oppilantur. Vulgo Franci kaius vocant : qua antiqua satis vox est. Invenio enim in perventis Glossis (ce sont les Glosses d'Ifidore), Kai, cancelli. Imò, mihi videtur perantiqua. Nam crepidines illa sunt opposita fluminibus ad eorum impetum coercendum. Caiare vero, apud Veteres, erat cohibere, coercere, compefere. Fulgentius : Caieta, coartrix aratis. Apud Antiquos enim, caiatio dicebatur puerilis cades. Unde Plautus, in Clitellaria Commedia ait : Quid? tuam amicam times, ne te manulea caiet? Vossus, de Vitiis Sermonis, page 466. explique aussi caiare par cohibere, coercere, compefere. Mais caiare signifie verbrare, cadere ; & non pas cohibere, coercere, compefere : nisi quaternis id sit à verberibus, dit M. de Saumalise sur l'Histoire Auguste, page 335. M. du Cange le dérive du Bas-Breton. A Cambro-Britannico cae, quod feperm & claustum fonat. Voyez-le au mot Caya. Et cette étymologie me paroît plus vrai-femblable que celle de Scaliger. Et ce qui peut servir à la confirmer, c'est que Barros, dans son Histoire des Portugais, dit toujours caes, pour dire un quay ; & que les Flamans appellent karije, un rivage ; quod impetum undarum corccas, dit Vossus, au lieu allégué. M.
QUECAS. Rabelais : Et leur donnerent un cent de quecas, & trois panières de franc-ambiers. C'est un terme de Poitou, où les payants appellent de la sorte une noix verte, mais dont la coque se détache sans peine. A Metz on appelle toutes sortes de noix quecas ; mais le mot y est absolument enfantin. Le Duchat.
QUELQUE. Nicot le dérive de quifquam. Et c'est pourquoi, dit-il, il fandroit efirir quelque. M. de Vaugelas, dans ses Remarques sur la EFERUS - Recherches & Classification numériques Langue Françoise, dit qu'il vient de *qualiscumque*. Il vient de *qualisque*, dit pour *qualiscumque*. De *qualisque*, les Italiens ont fait *qualche*, dont nous avons fait *ensuite quelque*. M.
QUENOUILLE. Parce qu'on fait d'ordinaire les *quenouilles* de petites cannes, à cause de leur légèreté, nos Anciens formèrent du diminutif *cannula*, le mot de *canouille*, qu'on a depuis changé en *quenouille*. Ce que j'assure d'autant plus hardiment, que le mot *d'anaëro*, qui signifie *quenouille*, est expliqué dans Hélychius par *Azoë*, qui signifie une *canna*, ou un *rofeau*. Caïeneuve.
QUENOUILLE. Bourdeloz paris ainsi de l'étymologie de ce mot : Quenouille est dite du Grec *naïevo*; comme qui dirait petite colonne. Colus en est trop éloigné. Je ne suis pas de son avis. Je tiens qu'il vient de *colucula*, diminutif de *colus*. *Colucula*, *colucula*, *conucula*, QUENOUILLE : le C en Q, comme en *queux*, de *coquis* : & l'L en N. Voyez mon Discours du Changement des Lettres. De *conucula*, les Italiens ont dit *conocchia*. *Colucula* se trouve dans le *Glossarium Vetus*, au chapitre *De Supellelili*. *Colucula*, *d'anaëro*. Celle Citralini, dans son Discours des Origines de la Langue Toscane, dit que le mot Italien *conocchia*, a été inventé par Dante, & qu'il ne descend d'aucune Langue : en quoi il se trompe. Il vient du Latin *colucula*, de même que le François *quenouille*. Et c'est aussi l'étymologie qu'à donnée de ces mots *Vossius*, dans son de *Vitis Sermonis*. Cette étymologie n'a pas eu le bonheur de plaire à M. Carlo Dati, Gentilhomme Florentin, un des plus dignes sujets de notre Académie de la Crasca : lequel dérivit *conocchia* & *quenouille*, de la figure conique des *quenouilles*. Voici ses termes : *Io perto credenza*, *che la conocchia sia cui detta*, *dalla sua figura conica*; *e che la voce barbara concuula*, *la quale si legge nelle Colituzioni Ripuarie*, *titolo 19. § 18. derivi anch'essa da conus, piuttosto che da colus; comme credettero il Vossio, de Vici della Lingua Latina a carte 191. Fiderigo Lindembregio, nel Glossario al Codice dell'Leggi Antiche; c'l Signor Menagio, nelle Origini Francesi in quenouille. Ne meno apprevo l'origine di *conocchia*, da *colicula*, d'Angelo Canini nel suo *Ellentimo*; ne quella d'Alberto Accariso, nel suo *Vocabolario*. *Conocchia*, *dic'egli*, *e la rocca delle femmine*, *piena di stappa*, *o lino da fiare*; quasi conjuncta : *siccome rocca*, *quasi raccolta*; da cui si raccoglie il filo, *o a cui si raccoglie in lino*. Perché non è vero, che *conocchia* significi tocca piena di lino, ma ben si il lino stesso, avvolto sopra la rocca, in forma di cono. Dante nel Canto xv. del Paradiso, poëticamente la *descrisse*, dicendo : L'altra trahendo alla rocca la chioma. Non è meno ridicola la derivazione di rocca da raccolta : mentre *sappiammelfer voce Gotica*, e *significare lo stesso che colus*. M. Ferrari a eu une autre pensée touchant l'étymologie du mot *conocchia*. Il le dérive de *canna*. *Quia fermi colus ex arundine* : ce sont ses paroles. Et je vois que M. de Caïeneuve a eu la même pensée. Voici ses termes : *Parce qu'on fait d'ordinaire les quenouilles de petites cannes, à cause de leur légèreté, les Anciens formèrent du diminutif cannula, le mot de canouille, qu'on a depuis changé en quenouille : ce que j'assure d'autant plus hardiment, que le mot *d'anaëro*, qui signifie quenouille, est expliqué dans Hélychius par *Azoë*, qui est une* *canna*, ou un *rofeau*. Je persévère toujours dans ma première opinion. Voyez mes Origines Italiennes, au mot *conocchia* ; & M. du Cange, dans son Glossaire, au mot *conucula*. Nous appellons aussi *quenouilles de lit*, les colonnes d'un lit, de leur ressemblance à une *quenouille*. M.
QUENOUILLE. Wachter, dans son *Glossarium Germanicum*, page 894, dérive ce mot de l'Alleman *kunkel*, qui signifie la même chose. Voici ses termes : *KUNKEL, colus. Gloss. Florent. colus churchla. Veredii derivavit à kona, que-na, mulier, quod mulierum proprium se hoc instrumento uti. Prosperè sanè, & proximè ad veritatem, nisi quod alteram compositi partem, qua instrumentum exprimitur, investigare neglexit. Illa vero videtur esse vox Slavonica kolo rata. Nam ex his duabus legitimè justiti & in artium concubilis se kunkel rata mulieris. Quem sensum, vel ideo bonum esse puto, quod idem instrumentum alias vocetur spinnrad. Priorem vocem esse verum & antiquum nomen mulieris, pluribus offendi in quem. Alteram denotare rotam, non Sarapicotantum, sed etiam Bohemis & Polonis, testis mihi Frenzelius in Orig. Sarab. pag. 191. Latino-barbari. hoc instrumentum concubulum vocant, Graci inf. *nivantes*, manifesta Germanica voxis imitatione. Lex Ripnar. Tit. LVII. 18. Quod si ingenua Ripuaria servum Ripuarium secuta fuerit, & parentes ejus hoc contradicere voluerint, offeratur et à Rege, seu à Comite spata, vel *conucula*. Quod si spatam acceperit, servum interficiat. Si autem concubulum, in servitio perseveret. *Vossius vocem Ripuapiam derivat a colo per d. minativum colucula, quod in veteri Glossario inventit : Caïeneuromis à canna : Darius & figura conica : Eccardus à knockel, quod ceteris deterius, quia knockel officulum significat, non fasciculum lini à colo suspensum, & multo minus ipsum colum. Reliqua vo es, ut sunt Gallica quenouille, Italica conocchia, Cambrica cogali, Armonica quelguei, Hibernica cuigeal, in vitio jacens, & à Germanica magis vel minus sunt corrupta.* Le Bourguignon *quelogne*, qui signifie *quenouille*, favorise l'opinion de ceux qui par transposition de lettres dérivent *quenouille degolanno*, & se fondent sur ce que réciproquement on appelle *quenouilles de lit*, les colonnes d'un lit. Cette étymologie me paraît la plus naturelle de toutes. Le bâton de la quenouille est en effet une petite colonne, & je suis fort tenté de croire que les Italiennes ont nommé leur quenouille *rocca*, parce que lorsqu'elle est montée, elles la regardent comme une espèce de fort qu'elles vont attaquer. *Glossaire*, sur les *Noels Bourguignons*, au mot *quelogne*.
QUENS, ou CUENS. Vieux mot qu'on dirait autrefois pour *Comte*, *Seigneur*. Les Editeurs du Dictionnaire de Trevoux, après Borel & Perceval, dérivent ce mot de l'Anglois *Quens*, qui signifie la Fille du Roi. Cette étymologie ne paraît guère naturelle. Il est plus vraisemblable, que ce mot avoit été fait de l'Ebreu pro *coban*, qui signifie *Gouverneur*, *Prince*. Vergy.
QUERCERELLE. C'est *terria pars accipiteris*. Les Grecs l'appellent à *civile* : les Latins, *cirrus* : d'où nous avons fait *quercerelle*, comme qui dirait *circerella*. Caïeneuve.
QUERCERELLE. Pétion parle ainsi de l'étymologie de ce mot *est quoddam accipiterum genus, cuius feminam cercetelle hic tantum vocamus; ma-* EFERUS - Recherches & Classification numériques. rem autem pitrius : horum manimum usthorem quac nem ubi origo videtur ? Lanni, inquam, querque- dulam, sine marem, sine feminam, vocant cauda, qua Gracé cexcos appellatur : à quo verbo illi cex- con illud accipitris, ut opinar, genus, vel a uipus, id est, à voce quam multam & insurvem mittit, vocarum. Ces deux étymologies sont ridicules. M. de Caïeneuve le dérive de uip. Voici les ter- mes : QUERCERELLI, c'est tortia pars accipitris. Les Grecs l'appellent, uip. : les Latius, circus : d'où nous avons fait quercerelle, comme qui dirois cicerella. Le uip. des Gracé, & le circus des Latius, n'est pas notre quercerelle. Voyez ci-dessus crecerele. M. QUERELLE d'Alleman. On dit prover- bialement, faire une querelle d'Alleman : c'est-a- dire, chercher nois, & quereller pour un maigre sujet. Cette façon de parler a été peut-être prise de l'humeur guerriere des Allemans, dont voici ce que dit Pomponius Melz : Bella cum finissimis ge- non : caulas corum ex libidine accerunt, neque im- peritandi prolatandique qua possident (nam nec il à quidem enixé colunt), sed ut circa ipsis qua ja- cent, vasta sint. Jus in viribus habent, adeo ut ne latrocini quidem pudest Ronfard en quelque en- droit appelle les Allemans, la nation prente au ta- bourin. Ce montre que j'ay dit mes la France en cam- pagne, Mendians le secours de Savoye & d'Espagne, Et de la nation qui prente au tabourin, Boit le large Danube & les ondes du Rhin. Tacite parlant de ces mêmes peuples : Materia munificentia per bella & raptus : nec arare terram, aus expectare annum, tam facile persuadabis, quam vocare hostes, & vulnera mereri. Pignum videtur, quinimo & iners videtur, sudare adquirere quod possi sanguine parare. De Brieux, Origines de quelques Coutumes anciennes, page 40. Wachter, dans son Glofar. German. page 106. explique plus particulièrement l'origine de cette façon de parler, & voici ce qu'il en dit : BALGEN, jurgari, & locum verberibus aut vulneribus ex jur- gio quarere : balger, vitiligatur, qui ob quamvis leviijum causam (præfetim inter pocula) per- aliens pericula in suum rute, quique sape offensus non est, dum offensum se simulat... vitium de- testabile, & priscis Germanis imprimis proprium. Diodar. Sicd. lib. iv. cap. 18. Inter ipsas quoque epulas, causa ex jurgio quomodocunque arrepta, infurgere, & ex provocatione, nihil vitæ jactu- ram æstimantes, inter se digladiari solent. Tacitus, cap. 23. de M. G. Crebræ, ut inter vinolentos, tixæ, raro convictis, sepsis cæde & vulneribus transiguntur. Hinc jurgium Germanicum apud ex- temis in proverbium abiit, imprimis apud Gallas, quibus ejusmodi diffidium vocatur querelle d'Alle- mand. Germani hodierni non sunt adeo serocs : de- lectantur tamen prisco more in comediis, in quibus amicitia plerumque verberibus finissimur.
QUERELLER. De querellare. Les Glofas d'Indore : QUIRELANTEM, querelas afferentem. Arnobe le jeune, qui vivoit environ l'an 500. Memorans præterita bona, de malis præsentius que- relatur. C'est sur le Pseumme LXXVI. Voyez Voissus de Vitis Sermonis, liv. iv. cap. 18. & M. du Cange, dans son Gloffaire, au mot querellare. Querella, pour querela, se trouve. Ulpien, dans la Loi 1. au paragraphe 2. de Tatoribus & Curato- rebus : Divus Pius maris querellam de stilis prodigiis admissis. Et dans la Loi 1. de Iwſſi ujo Toſtionemto : Sciendum est, frequentes esse inſſi teſi q. v. 1. as. Mo- destin, dans la Loi 1. paragraphe 10. de Re Mi- litari : Si intra vociferationem, aut levem querel- lam, seditio mota est. Les Glofas anciennes : que- rella, uip. M.
QUERRE. Vieux mot inofité. De quarere : comme enquerre, d'inquirere. M.
QUESANGER. Mœ Meſſus, qui signifie dorloter, mettre à l'aſſe. De co-a-ian. et, fait de la particule cum, & du mot aſſance, qu'on a dit pour aſſe. Le Duchat.
QUESMANDER. Du Latin-Barbare inofí- té, quasimentare. Quſſe, quaſitum, quaſiment, qua- ſimentum, quasimentare, QUESMANDER. M.
QUESNEL. Ancien mot, qui signifie une clôture de pieux de chêne. De querens, qu'on di- foit autrefois pour querens. De-la font venus les norms de Quejnay, Quefnos, Quefner, & Quefnel. Huet.
QUESTIONNER. De quaſtionari ; qui ſe trouve dans Céſaire. Voyez Voſſius de Vitis Ser- monis, liv. iv. chap. 8. M.
QUETE. Dans l'usage ordinaire, ce mot est pris pour recherche & perquisition que font les Pau- vres & les Religieux mendians, des charités qu'on leur depart. Il vient du participe de quaré : q. aſi- tus, & par contraction quaſus. Auſſi quaſi, signi- fie toute sorte de gain ; bien qu'originatement il se doit entendre du galo que faſſoient ceux qui re- cueilloient de divertis perſonnes les fruits de leurs travaux. Ainsi Quaſſor est un Tréiorier qui reçoit les ſommes qui ont été quêtées & ramallées pour les Tailles ou tels autres ſubſides. Le mot Quête se prend auſſi pour un droit qu'on paye aux Se- gneurs, lequel étant dû par toute la communauté d'un Seigneur est payé par chacun en particulier. Les Coutumes d'Aqs. tit. 9. art. 45. Queſte est une reme générale, uniforme : communément payée pour raison de toute une Paroiffe, ou de tous les tene- mens & terres d'une Baronnie, par les habitans d'icelle : pour le payement de laquelle, chacun des habitans, entreux, contribue pour la quantité des terres qu'il a pris. Quête se trouve quelquefois confondu avec Taille. Les Coutumes de Bourbon- nois, art. 143. Taille et quatre cas, qu'on appelle queſte. Caïeneuve. Voyez quêter.
QUETER. De quaſtare. Quare, quaſtivi, qua- ſitum, quaſtum, quaſtare, QUETER. Quaſta, QUETE. M. Voyez quêter.
QUEUE. De cauda. M. QUEUE d'éronde. Terme de menuiſſerle. C'est un outil de Menuiſſer : ainsi appellé, de ſa reſſem- blance à une queue d'hirondelle. Budée ſur les Pandectes, folio 143. verſo : Sunt ſuſcudes, ſub- ſcudes, uſi, iigna retinacula ; qua etiam ſecuricla, a forma dicuntur ; quaſſi ſecuricula : quibus duo ri- gna tenaciffima inter se vincuntur : unde ſecuricla cardines apud Vitruvium, libro X. licet vulgo ſecur- idati legatur. Niftri, ut arbitrar, hirundinum cau- das appellant. Nos anciens diſolent are de & rig- de, au lieu d'hirondelle. Voyez mes Obſervatiſes ſur la Langue Françoiffe, tome 1. chapitre 5. M. QUEUE de rat. Mal de cheval. De ſa reſſem- blance à une queue de rat. M. QUEUE de vin. De copa. M. QUEUE à aiguſſer. De cote, ablacif de cos, coti. M.
QUEUX. Ce mot, qui signifie Cuſſinier, est EFER - Recherches & Classification numériques un abregé de coques. Le Roman de Guillaume au court nez : Tuit s'enfuirent, & Quen & Bouteillier. L'Histoire du Connétable du Guefclin, chapitre 4. Queux, Bouteilliers, Varles, & autres Mefines. Du Tillet a remarqué qu'outre le Grand Queux de France, qui avoit la Surintendance sur tous les Officiers de Cuisine de la Maison du Roi, le Comte de Champagne avoit un Grand Queux, dont la charge étoit héréditaire. Et dans le Catalogue des Gentilhommes qui tenoient des terres en Fief de Guillaume le Conquérant, que du Chesne a fait imprimer ensuite des Auteurs de l'Histoire de Normandie, s'en trouve quantité, qui portent le titre de Queux : Albericus Cocus, Gifedericus Cocus, Radulphus Cocus, Valterius Cocus, Aufgerus Cocus. Orderic Vital, liv. 12. de son Histoire Ecclésiastique, fait mention d'un Harcher, Queux du Roi de France, en l'an 1114. Harcherius, Regis Francia Coquus, & miles insignis. Fortunat, Exéque de Poitiers, liv. 6. se plaint du Queux ou Cuisinier du Roi, qui lui avoit ôté une barque à Metz, au passage de la Meuse; mais ce n'étoit qu'un simple Cuisinier. Voici le lieu : Venimus in Metin : Cocus illic Regius infans, Absenti nautas abflulit atque ratem. De flammis ardente manu qui diripit efcas, Ille vari nefcit parcere tutus aquis. Corde niger, funuo paffus, fuligine tinctus, Et cujus facies cacabus alter adest. Ce qui témoigne que cette charge n'étoit point honorable durant la premiere race de nos Rois : car c'étoit le Cuisinier de Sigebert, ou Childebert son fils, Rois de Metz. Caleneuve. QUEUX : pour cuisinier. Rabelais, iv. 24. Panurge, mon ami, dit Frere Jean, n'aye jamais peur de l'eau, je t'en prie. Par élément contraire, sera ta vie terminée. Voire, respondit Panurge; mais les Cuisiniers des Diables refoient quelquefois, & errent en leur office, & mettent souvent bouillir ce qu'on desfinois pour roshir; comme en la cuisine de ceans les Maîtres Queux souvent lardent perdrix, ramiers, & biefs, en intention, comme est vraisemblable, de les mettre roshir : advient toutefois que les perdrix aux choux, les ramiers aux parravaux, & les biefs ils mettent bouillir aux naveaux. De vous : comme jeu, de jocus; feu de focus; & leu de locus. C'est ainsi qu'on prononçoit anciennement, & non pas lieu : témoin le proverbe : Il n'a ny feu ny leu. Feu & leu, font émancipation, dit Braffas. On appelle anciennement le Grand Queux de France, celui qui avoit la Surintendance de tous les Officiers de Cuisine de la Maison du Roi. M.
QUI-PRO-QUO. Nicot a écrit quid-pro-quo. Dans Rabelais, 3. 18. il y a qui-pro-quo. Et c'est comme on parle : & c'est comme on doit parler. M.
QUI-PRO-QUO. Oliv. Maillart, Serm. xxxiv. de l'Avent : Frans committitur in subflantia, quando Apothecarus dat quid-pro-quo, unum pro alio; unus mercator dat panum unius loci pro panuo alterius. Et deja au Sermon xv. Et vos, Apothecaris, numquid juratis aliquando quid non inveniet aliquis talem drogam in omnibus aliis locis, & datis unum quid pro quo, unum pro alio. La mépette étoit ai- fée du tems que les livres imprimés & les manuscrits fourmilloient d'abréviations. On a dit autrefois quid pro quod. Le Verger d'Honneur, &c. fol. m. 11. v. Je me verrye pluffest vif enterter, Qu'a ung amy bailler le quid pro quod; Car apres boire convient payer l'escot. Item, le Préambule des Contes de Bonaventure des Perlers : Ilc. vous ferons lire un quid pro quod. Le Duchat.
QUIA. Aller ou pouffer jusqu'à quia. C'est-à-dire, être réduit à l'extrémité, pouffer à bout. Clément Marot, en son Epître au Roi : De trois jours l'un viennent taffer mon poux, Meffieurs Braillon, le Coq, Akakfa, Pour me garder d'aller jusqu'à quia. Peut-être cela est-il pris de ces disputes de l'Ecole, où un soutenant étant pressé, & ne sachant plus que dire, il répète souvent, qu'il y a une grande raison de différence, quia, quia, sans alléguer autre chose. M. du Plessis commença par ces mots l'Epître Dédicatoire d'un gros livre, qu'il fit en sa vieillefie : Sire, A qui a l'âge de... Ce qui fit dire aux Catholiques Goguenards, qu'il étoit réduit à quia. De Brieux, Orig. de quelque Cout, anciennes, page 50.
QUIBUS. C'est-à-dire, de l'argent comptant. L'italien dit conquibus, dans la même signification. Ce qui fait que je ne doute point que dans cette façon de parler il ne faille suppléer oper, ou deparis, sine quibus nihil fit, & cum quibus omnia ad finem perducuntur. De-là viennent aussi nos mots de chevance & de finances, pour l'argent comptant, ou les richefies d'une personne; parce qu'avec les finances, on conduit les affaires à leur fin; & qu'avec la chevance on les achepe & on en vient à chef ou à bout. Le Verger d'Honneur, &c. fol. 125. v. parlant de Fortune, se fert du mot quibus en cette signification. Le Duchat. QUIDAN : comme quand on dit, un certain quidam. Du Latin quidam. Les Espagnols disent de même fulano, qu'ils ont fait de l'Arabe phulen, fait de l'Ebreu vna peleni, qui signifie la même chose que le Latin quidam, & qui a été fait de la racine vna pala, qui, au Népal, signifie absconditum esse. Les Grecs ont dit de même : Iona. Voyez Covarruvias, au mot fulano; & M. Grotius, sur ces mots de S. Mathieu, xxvi. opie vis Iona. M.
QUIEN. Nom de famille à Metz, & à Berlin parmi les Réfugiés. Comme c'est un nom appellatif, quelques-uns de ceux qui l'ont pris pour leur surnom, y ont ajouté l'article le. Et de-là vient le Quien, surnom d'un savant Dominicain de nos jours. Ce surnom vient d'Aquitanus par aphérése, comme Guienne d'Aquitania. Ainsi le Quien & Quien supposent que ces familles se sont transplantées de Galcogne à Metz & ailleurs; & M. Quien, ou plutôt le Quien, signifie proprement M. le Gascon. Le Duchat. QUIENES AVOINES. C'est un droit dû à certains Seigneurs, qui consiste dans une certaine quantité d'avoine dont on leur fait redevance pour la nourriture de leurs chiens. Ce mot vient de quien, que l'on dit encore en Picardie pour chien. Vergy.
QUIETISME. Secte de Religion, introduite à Rome par Michel Molinos, Prêtre Espagnol EFERUS - Recherches & Classification numériques gnol, de la Ville de Saragoise en Atragon. Ce Michel Molinos vint à Rome il y a trente ans. Il y acquit la réputation d'un homme dévot : & il y fut le Directeur d'un grand nombre de personnes de l'un & de l'autre sexe. Non-foulement les personnes de qualité de Rome le prirent pour leur Directeur ; mais il dirigea par lettres plusieurs personnes de diverses Provinces d'Italie & d'Espagne. Et le feu Pape Innocent XI. le prenoit pour un Saint, & avoir dessein de le faire Cardinal. On fit à Rome un livre de sa doctrine, intitulé, *Pratique facile pour élever l'âme à la contemplation* : qui est une Méthode pour acquérir l'Oraison de Quietude. Et cette Oraison consiste à se mettre en présence de Dieu par un acte de Foi, qui nous faite concevoir Dieu présent en nous-mêmes. Après quoi, dit l'Auteur, il faut bannir toute sorte de pensées, d'affections, & attendre le reste de Dieu. Ce livre a été réfuté par un autre livre, intitulé, *Le Quietiste*, ou *Les Illusions de la Nouvelle Oraison de Quietude*, traduit en François par M. du Mas, ci-devant Conseiller d'Eglise au Parlement de Paris. Ce Michel Molinos, âgé de 60 ans, fit à Rome abjuration publique de la Doctrine, le 3. Septembre 1687, dans l'Eglise de Sainte Marie des Dominicains, en présence des Cardinaux de la Congrégation du Saint Office, & des autres Cardinaux, & de tous les Prélats & Seigneurs de Rome. Ensuite de quoi, on lui mit le petit habit de Pénitent, de couleur jaune, avec une croix rouge. Et on le remena à l'Inquisition, où il est condamné à demeurer en prison perpétuelle. *M.*
QUIGNE. Mot Meffin, qui se dit d'une fille qui hait toute sorte d'ouvrage & de travail. C'est peut-être une corruption du François qui n'œuvre, dans la signification d'une personne fainéante, & qui ne fait œuvre de ses mains. Le Meffin quigneau est un synonyme de l'adjectif *cagnard*, & ce pourroit bien en être aussi une corruption. *Le Duchat*. QUIGNON de pain. M. Bochart, à la marge de son Exemplaire de mes Origines de la Langue Françoise, le dérive de *quinie* : *quasi se quinta pars panis integer*. M. du Cange, dans son Glossaire Latin, & le P. Labbe à la page 119, de la seconde partie de ses Etymologies, lui donnent la même origine. Il vient de *cuneus*, *Cuneus*, *cunius*, *cuniome*, ablatif de *cuniu*, QUIGNON. On a fait de même QUIGNET de *cuniestus*, diminutif de *cuneus*. Nicot : *Un petit quignet* ; angulus. *Le Chevalier pendit en un quignet du Monastère ses armes*. De-la fut dit Maître Pierre du Quignet. ¶ *Quignon de pain*, c'est un coin de pain. *Quignon de pain* ne se diroit pas d'un morceau de pain coupé en long. *M.*
QUILLE. *Jeu de quilles*. Je suis allée de l'avis de M. du Cange, qui le dérive de *squilla*, qui signifie *une cloche*, & qui le dérive de ce mot, à cause de la ressemblance qu'ont les quilles aux cloches : les quilles étant comme les cloches, plus larges par le bas que par le haut. QUILLE, *lignum parvulum*, *pyramidis instar effilium*, dit Beze, dans son Livre de la Prononciation de la Langue Françoise, page 19. *Ludus trioncolorum*, Le Jeu des Quilles. *Sic appellat deli fionus quidam*. *Alis pyramidulas malum*, dit Maturin Cordier, dans ses Colloques, chap. 31. art. 43. Touchant l'origine de *squilla*, en la signification de *cloche*, voyez ci-dessus au mot *échelette*, & mes Origines Italiennes, au mot *squilla*. Les Allemans appellent les *Truo II*. quilles *hygelen*, & les Flamans *hyghelen*, & les Anglois *kilos*. Du mot substantif *quille*, les Touloulains ont fait l'adjectif *quithat*, pour dire *plaud droit comme une quille*. *M.*
QUILLE. *Jeu de quilles*. Par corruption, pour *esquisites*. De *quilla*, parce que ce sont des éclats & des esquilles de bois. *Hnet*. QUILLE de *Vaisseau*. M. Bochart le dérivoit de *suis*. M. Guyer le dérive d'*acus*. *Acus*, *acula*, *acilla*, *aquilla*, AIGUILLE : *aquille*, AIGUILLO. *Item*, *aquilla navis*, la quille d'un vaisseau : *id est*, *idum est*, *trabs ingens*, *navis ratus fundamentum*. C'est ce que M. Guyer a écrit à la marge de son exemplaire des Gloses de Philoxene, page 409, sur ces mots *hobisin*, *acula*, *acus*. Les Flamans disent *kiel* ; les Anglois, *hyele* ; & les Espagnols, *quilla*. *M.* QUILLE de *Vaisseau*. Il vient originairement du Grec *suis* & *cavus*. C'est aussi le sentiment de Wachter, dans son *Glossarium Germanicum*, page 814. Voici ses termes : *Kelis navis*, & *venter navis*. *Gloss. Prc. celos* & *chiel*. *Anglo-Saxonibus* cool *cole*, *Anglis keele*, *Belgis kiel*, *Gallis quille*, *Gracis *suis*. *Laismis celos*. *Cunilla a cavitate*.
QUINAUT. Le titre du chap. 19. du liv. 1. de Rabelais, est conçu en ces termes : *Comment Parmege se quinant l'Anglois, qui arguis par signe*. Et nous ditions, *Il demeura quinant, Il fut bien quinant* ; pour dire, *Il demeura camus, Il fut bien camus*. On demande la raison de cette façon de parler. Voici ce qui m'est venu dans l'esprit la-dessus. *Quinant* est un vieux mot François, qui signifie *un singe*. C'est ainsi que ce mot est interprété dans le Dictionnaire de Nicot, & dans celui de Morel. Et ce mot a été formé du Latin *pithecus*, de cette manière : *pithecus*, *pithecunius*, *cuius*, *quinus*, *quinaldus*, QUINAUT. Or comme les singes sont *camus* ; & qu'ils sont même appelés *camus* ; car *simia* a été fait de *simus* ; je crois que de-là on a dit *singe*, en la signification de *camus* : & que *Il fut bien camus*, & *Il fut bien quinant*, est la même expression. Il me reste à remarquer ici, ce que j'ai déjà remarqué dans mes Observations de la Langue Françoise, que ces façons de parler, *être camus*, & *avoir un pic de nez*, qui sont contraires, signifient la même chose. *M.*
QUINAUT. *Quin*, est le mâle d'une guenon. Jean le Maire de Belges, en sa première Eplère de l'Amant vend : *Avecque moy le Quin & la Marmotte, Dont la triffleur des la leur mort dénotée, Prisonniers sont ; leur liesse est perdue.* C'est de ce mot *Quin* que nous avons fait *Quinant*. Le Duchat.
QUINES. Terme du jeu de Triquerrat, qui se dit lorsque les deux des sont chacun cinq. Du Latin *quini*, qui signifie cinq à cinq. *Vergy*.
QUINETTE. Robert Etienne, Nicot, & Morel, l'expliquent par *scipio*, c'est-à-dire, *un baton de vieilleuse*. Peut-être, selon la pensée de M. Parfait, de *quercina*, en sous-entendant *virga*. *Quercina*, *quercitera*, &c. Nous avons dit de même *bontine*, pour une baguette de *bont*. *Quercina*, pour *quercus*, se trouve dans les Gloses. *M.*
QUINETTE. Pour *quenette*. *Quercina*, bâton de chêne. *Hnet*.