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03.0 Dictionnaire historique — HISTOIRE ARRÉGÉE – ADONIBESEC

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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HISTOIRE ARRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours ; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres ; *Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire.* Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Fluidisme Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mihá Galba, Otho, Vitellius, nec beneficio, nec injuriâ cognisi.
TACIT. Hist. lib. I. § 1.
ALYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp. An XII — 1804. 21819 Un nouvel ordre dans les choses et dans les idées, a permis de mettre au jour une foule de Mémoires que les curieux avoient enfouis pendant une partie du siècle qui vient de finir. Des faits piquans, des remarques intéressantes, des anecdotes inconnues, ont été révélés au Public, ou sont parvenus à la connoissance de ceux qui se sont appliqués à les recueillir. Nous avons profité de tout ce que nos recherches nous ont offert d'important, pendant le cours de douze années, en rejetant les faits altérés par la satire, exagérés par l'enthousiasme, ou entièrement dénaturés par l'esprit de parti. Ainsi notre ouvrage, écho fidelle de l'opinion publique et de celle des gens sages, acquerra un nouveau degré d'intérêt et d'utilité, sans rien perdre du caractère d'honnêteté et de modération qui a dirigé les premières éditions. Pour écrire dignement l'histoire, il faut être dégagé de tous les préjugés, sans afficher la dangereuse manie de les braver. En professant un attachement sincère à sa patrie et à sa religion, il faut juger avec la même équité le factieux et le vrai citoyen, le fanatique et l'homme religieux, l'Israélite et le Chrétien, le Protestant et le Catholique; enfin, être en garde contre la crédulité des historiens anciens, et sur-tout contre la partialité de la plupart des modernes. ij C'est cet esprit de circonspection, qui a dû nous conduire dans le choix des faits les plus importants de la vie publique et privée des hommes célèbres. Nous avons fait de nouveaux efforts pour peindre l'âme, l'esprit, le cœur des personnages illustres ou fameux, et présenter en raccourci les particularités éparses dans les historiens de tous les temps et de toutes les nations. L'immensité des détails que comporte un ouvrage de l'étendue et de la nature de celui-ci, a pu occasionner quelques fautes de noms et de dates; l'attention la plus soutenue ne peut en préserver dans un travail où l'on a tant de matériaux à employer et à examiner, où les chiffres chronologiques peuvent aisément tromper l'œil par leur multitude, où néanmoins une simple inadvertance de copiste ou d'imprimeur devient une date erronée : aussi, chaque édition nous offre des erreurs à corriger; et nous serions d'autant plus blâmables de ne pas le faire, que cette réforme nécessaire est pour nous un devoir. Dans le grand nombre d'observations que des littérateurs nous ont communiquées, nous avons fait choix de celles qui, étant motivées, pouvaient servir à rectifier nos erreurs, ou à nous éclairer sur le jugement qu'on doit porter du caractère et des ouvrages des hommes célèbres. L'auteur du *Cours de Littérature ancienne et moderne* n'a pas toujours souscrit à nos éloges et à nos critiques; nous n'avons pas craint de réformer notre opinion sur la sienne, principalement dans iij l'examen des pièces dramatiques, qu'il juge ordinairement avec autant d'impartialité que de goût. Les traits historiques, les remarques littéraires ajoutés aux articles des hommes célèbres, morts avant 1789, distinguent cette nouvelle édition; elle renferme encore l'histoire de tous les personnages enlevés depuis cette époque. Devions-nous employer tous les mémoires qui nous ont été envoyés sur quelques hommes qui ont joué un rôle passager sur le théâtre de la révolution, que leur famille croit fameux, et dont le nom a déjà disparu avec les partis qui les avoient produits! non sans doute; mais nous avons dû regarder comme une partie de notre domaine, la notice circonstanciée de ceux dont le nom plus connu en bien ou en mal, dans nos orages politiques, n'est pas encore oublié. Nous aurions voulu vainement exclure de notre galerie historique le portrait de quelques hommes dont la mémoire est détestée. Leur célébrité est un opprobre, mais elle n'en est pas moins réelle; et quand on veut faire à ses lecteurs une narration fidèle du passé, qui puisse instruire l'avenir, on ne peut leur dérober, suivant un historien judicieux, la connoissance des infortunes du genre humain, et de ceux qui ont causé ces infortunes. Le tableau de ces malheurs, s'il n'est pas une consolation, est du moins un préservatif; il appartient à l'instruction qu'on doit chercher dans les leçons de l'expérience. Indépendamment des biographies étrangères dont nous nous sommes entourés, notre Dictionnaire ayant été traduit en italien, on a puisé dans cette a ij traduction des notices nouvelles sur divers savans d'Italie, ou des remarques pour perfectionner les anciennes. Nous avions fait quelques fautes; nos traducteurs n'en sont pas exempts: nous avons profité de leurs observations, et ils trouveront dans cette nouvelle édition de quoi faire usage des nôtres. La difficulté d'éviter toutes les méprises, a inspiré pour nous de l'indulgence aux littérateurs modérés et aux journalistes sans partialité. En relevant les fautes inséparables d'un livre rempli de tant d'objets différens, ils ont plus cherché à nous instruire qu'à nous censurer. Leur exemple nous a servi de règle. Nous avons corrigé nos erreurs et celles des autres, sans attaquer directement aucun écrivain, sans dire des injures; sans prendre ce ton aigre des discussions polémiques, poison de la société ainsi que de l'histoire. Loin de nous ces censures malignes, et sur-tout ces déclamations furieuses que la liberté n'autorise pas, ou plutôt qu'elle condamne. Un écrivain sage dit toutes les vérités utiles aux hommes, peint les rois avec une impartiale sévérité, mais ne les flatte point sur le trône, ni ne les insulte dans le tombeau. L'enthousiasme pour ou contre les hommes morts ou vivans, est é ranger à l'historien, qui fidelle à ses devoirs, s'applique à réunir la raison de *Socrate* au sang-froid de *Caton*, ou au moins à veiller assez sur lui-même, pour se prémunir contre l'effervescence des têtes ardentes qui voudroient lui dicter des jugemens faux ou exagérés. *Première Edition.*
NOTRE but principal, en ajoutant ce Nouveau Dictionnaire à ceux qu'on a déjà publiés, est de faire connoître par les faits, le génie et le goût des siècles, l'état de l'Univers dans tous les temps, les passions, les caractères, les talens des hommes qui l'ont ravagé ou éclairé. Nous nous sommes particulièrement attachés à caractériser les nations, à peindre les hommes célèbres, enfin à faire en petit des tableaux dans lesquels les savans puissent voir d'un coup d'œil ce qu'ils veulent rappeler à leur mémoire, et les gens moins instruits ce qu'ils doivent placer dans la leur. Notre Ouvrage n'étoit d'abord qu'un Répertoire pour notre usage particulier, et comme un Supplément au Dictionnaire Historique de M. l'Abbé Ladvocat. Nous avons attendu long-temps qu'une main plus habile que la nôtre réparât ce petit édifice, et en élevât un plus digne du Public. Nous croyions que l'Auteur du Dictionnaire Historique et Critique en six vol. in-8.º (*) auroit fait ce que nous n'osions faire; mais cette production, quoique rédigée par un homme de mérite, n'ayant pas répondu à notre attente, nous nous aidâmes des recherches de quel- (*) Voyez BARRAL, dans le Dictionnaire. a iij ques gens de lettres, qui voulurent bien nous seconder dans notre travail, et fournir des couleurs à notre pinceau. Quiconque entreprend un Nouveau Dictionnaire Historique, doit donner la même attention à l'histoire de l'esprit humain, qu'à celle des gouvernements. Les annales du monde isolées de celles des sciences, sont une belle statue à laquelle on a coupé la tête. On n'a pas assez pensé à peindre les hommes, et sur-tout ceux qui au milieu des ténèbres et des vices qui ont inondé la terre, ont fait briller des lumières et des vertus. Tous les princes dont l'histoire n'offre aucun fait intéressant ni aucune circonstance singulière, seront renvoyés dans les *Tables Chronologiques* qui précèdent cet Ouvrage. Écarter les articles superflus, voilà le premier devoir d'un historien lexicographe; présenter les articles nécessaires sous un jour vrai et agréable, voilà le second. Rien ne sert plus à remplir ce dernier objet, que les anecdotes, et les anecdotes bien choisies. Si l'histoire est le tableau des belles et des mauvaises actions des hommes, il faut nécessairement des particularités pour les faire connoître : elles amusent le lecteur curieux, elles instruisent le philosophe, elles embellissent l'ouvrage. Dans cette moisson abondante que nous offrent des livres en tous genres, nous glanerons ce qui servira à notre but. Nous exclurons les minuties historiques, dont les petits esprits ornent leurs porte-feuilles; mais nous ne laisserons échapper aucun détail intéressant, sur-tout lorsqu'il peindra le caractère, l'esprit et le cœur des hommes célèbres. Nous n'oublierons pas, par exemple, à l'article de vij *Probus*, que les Ambassadeurs de *Varanane II*, roi de Perse, le rencontrèrent sur de hautes montagnes au milieu de ses soldats, mangeant des pois cuits depuis long-temps, et du porc salé. Ces circonstances minutieuses au jugement des esprits superficiels, paroîtront intéressantes aux hommes judicieux. Qui ne sent en effet, qu'en rapportant ce trait, nous donnons une leçon de morale aux lecteurs ? Ils voient avec une admiration mêlée d'étonnement, un Empereur Romain, c'est-à-dire, le Maître de l'Univers connu, souffrir les injures de l'air, la faim, la soif, tandis qu'on a vu le moindre de nos capitaines traîner dans les armées le luxe de nos grandes villes. Quoique notre but ne soit point d'entasser simplement des chiffres chronologiques, nous ne négligerons pourtant pas les dates. Nous n'en mettrons aucune, qu'après nous être assurés de sa justesse, par un travail aussi ingrat que pénible. Peu de gens savent quels soins il faut se donner, combien de livres il faut dévorer, pour parvenir à cette exactitude si nécessaire et presque toujours si négligée. Après avoir fixé l'année de la naissance, de la mort, du couronnement des princes, après avoir rapporté leurs actions principales, on dira, en peu de mots, ce que la postérité en a pensé. On suivra, dans les articles des philosophes et des savans, la même marche que dans ceux des guerriers et des souverains. Les vertus douces et tranquilles des sages qui ont poli le monde, méritent autant d'attention de notre part, que les actions héroïques et funestes des conquérans qui l'ont bouleversé. Les années où ils ont vu le jour, et où ils l'ont perdu, seront suivies d'un court détail de leurs vertus ou de leurs vices, de leurs talens ou de leurs viij imperfections, avec un précis des jugemens qu'on en aura portés. Qu'on ne s'attende pas à des plaidoyers pour ou contre; nous ne serons que témoins, et le Public sera juge. Nous avons cru devoir nous interdire un plaisir que des auteurs moins délicats et plus intéressés que nous se sont permis, celui de la satire. Notre Ouvrage ne sera pas assez piquant pour les lecteurs frivoles et malins; nous nous en consolerons, en tâchant de plaire aux sages. Il ne faut pas déguiser les mauvaises actions; mais il faut aussi remarquer les bonnes. Les vertus, dans l'histoire, sont des îles riantes au milieu d'une mer orageuse, dans lesquelles le voyageur vient se reposer après la tempête. Quel intérêt prend-on à tant de petits faits, dictés par la médisance, et souvent par la calomnie, dont des *Aretins* lexicographes ont sali leurs compilations? Quel homme seroit assez dépourvu de vertu et d'esprit, pour ne pas préférer le récit de ce que les monarques ont fait pour le bonheur de leurs peuples, et les grands artistes pour la gloire de leur nation, au détail scandaleux de quelques foiblesses secrètes et de quelques crimes cachés? *Léon X* s'est fait un nom immortel par son amour pour tous les arts; ce service rendu au genre humain, suffit pour que nous ne déchirions pas avec emportement le voile qui a couvert ses foiblesses. Nous nous garderons bien de prêcher contre lui et contre d'autres princes dont on peut excuser les petits défauts en faveur de leurs grandes qualités. Nous nous éloignerons en cela, comme en bien d'autres points, de quelques historiens déclamateurs qui se sont fait de plein droit les précepteurs des rénarques et les prédicateurs du genre humain. L'histoire doit être l'école de la morale et de la politique, et non celle de la frénésie. Elle doit apprécier les hommes, et non les insulter ; rapporter les opinions, sans argumenter pour ou contre elles ; être l'écho du Public sage et modéré, et jamais celui du fanatisme et de l'enthousiasme. Quoique notre but ait été de faire un Dictionnaire moitié Historique, moitié Philosophique ; nous ne dissimulerons point, en remarquant les biens qu'a faits la vraie philosophie, les maux qu'a produits la fausse, qui a pris son masque. Ce n'est point celle-ci que nous prendrons pour guide ; ce seroit vouloir nous égarer. On croit aujourd'hui que, pour paroître philosophe, il faut proscrire tous les anciens historiens et fronder toutes les traditions. Dans les siècles d'ignorance on a trop cru, et dans notre siècle éclairé on ne croit pas assez (*). Rejeter tout, est d'un Pyrrhonien téméraire ; adopter tout, est d'un Légendaire imbécille. Il y a un milieu entre ces deux extrémités, et nous avons tâché de le tenir. Il seroit inutile d'enfler notre Dictionnaire des noms oubliés des mauvais auteurs. Parmi les écrivains, nous choisirons ceux qui ont fait le plus d'honneur aux lettres et à leur siècle. Autant le Public s'intéresse au détail de la vie et des ouvrages des grands génies ; autant est-il fatigué de la liste des productions d'un rimeur plat, ou d'un compilateur ennuyeux. Les articles d'un Corneille, d'un Racine, sont toujours trop courts aux yeux d'un homme de goût ; et ceux d'un Pradon, d'un Cassagne, toujours trop longs. On ne parlera du rôle (*) Le célèbre Despréaux avoit cu cette pensée avant nous. Autrefois, disoit ce Poète, on croyoit à tout, à l'astrologie, à la magie, à toutes les sottises imaginables ; mais actuellement on ne croit à rien. que ces rimailleurs ont joué dans la république des lettres, que pour montrer le peu de droit qu'ils avoient de se comparer aux grands hommes, et pour préserver les jeunes-gens de la lecture de leurs platitudes. Si les rois qui n'ont signalé leur règne ni par aucun établissement utile, ni par leur valeur, ni par leur vertu, ne méritent pas d'être cités; pourquoi tireroit-on de la poussière les auteurs d'un poème insipide ou d'un roman bizarre? Arracher ces morts à leur obscurité, c'est troubler leurs cendres pour renouveler leur confusion; c'est chercher dans la poussière du tombeau, de quoi ennuyer les vivans. Quelques savans auroient voulu que nous eussions donné un extrait de tous les articles du *Moréri*, bons ou mauvais. Notre Ouvrage eût été plus étendu, et n'en eût pas valu mieux. De deux mille articles du grand *Dictionnaire Historique*, il y en a près de la moitié qui n'intéressent aucun lecteur. C'est ainsi qu'en jugeoit le célèbre Abbé des *Fontaines*. Il a fallu faire un choix : on ne bâtit pas ordinairement sa maison en brique, quand on trouve de bonne pierre. Nous nous sommes bornés à faire mention des personnages célèbres, auxquels M. l'Abbé *Ladvocat* a donné place dans son Dictionnaire, en y ajoutant environ mille articles qu'il avoit oubliés. Nous aurions pu en retrancher un grand nombre qui ne méritoient pas trop son attention, ni celle du Public; mais les lecteurs, qui ne jugent ordinairement que par comparaison, auroient pu trouver notre Ouvrage incomplet, en le comparant au sien. Quand on a le plus, on ne se contente pas du moins. Il suffira que nous ayons soin de ne pas nous étendre autant sur les *Cotin* que sur les *Boileau*, sur les *Calprenède* que sur les *Corneille*, sur les *Opstraet* que sur les *Pascal*, etc. xj Tous les articles ne peuvent pas paroître également bien choisis à tout le monde. Dans les livres, comme dans la société, le même homme amuse les uns et ennuie les autres. Un guerrier ne voudroit que des conquérans, un séminariste que des théologiens, un bibliographe que des philologues, un peintre que des peintres. Le lecteur sensé doit alors prendre la place de l'écrivain, et devenir, comme lui, le concitoyen de tous les peuples et l'ami de tous les arts. Il sentira qu'un Dictionnaire consacré à la mémoire des hommes célèbres par des *talens*, par des *erreurs*, par des *vertus* et des *forfaits*, doit renfermer ceux qui se sont distingués dans tous ces genres. Il sentira que si, pour plaire à un peintre, on met généralement tous ceux qui ont barbouillé de la toile, un érudit sera aussi en droit de nous demander une place pour tous ceux qui ont barbouillé du papier. Les Dictionnaires abrégés sont de petits cabinets placés à côté d'une vaste bibliothèque, dans lesquels on a séparé, pour les gens de goût, les médailles des personnages fameux de tous les siècles, et les meilleurs livres sur toutes les différentes parties des arts et des sciences. Les curieux qui veulent voir indifféremment le bon et le mauvais, le portrait du grand *Arnauld*, avec celui du Jardinier de *Port-Royal*, ont recours au grand magasin. D'autres, sans faire attention aux articles intéressants qu'on aura ajoutés, se plaindront peut-être qu'on en aura retranché un petit nombre qui n'intéressent qu'eux; mais le Public se plaindroit bien davantage, si notre Livre n'étoit qu'un Catalogue des Rois et un Almanach littéraire. Tout écrivain doit s'attendre à quelques éloges et à une foule de critiques: c'est l'apanage ordinaire de xij quiconque prend la plume; mais un historien ne doit guère se promettre que des reproches et des censures. L'Univers est partagé en divers gouvernements et en différentes religions. Chaque gouvernement a ses intérêts, et chaque religion ses partis. Il est fort difficile d'adopter les récits d'un parti, sans choquer l'autre. Il arrivera quelquefois que, dans le même article, on sera forcé de déplaire à tous les deux. Qu'il soit question, par exemple, du célèbre *Pascal*; en avouant qu'il a eu raison de s'élever contre la morale perverse de quelques Jésuites étrangers, on fera de la peine aux amis de la Société, et du plaisir aux Jansénistes: mais si l'on ajoute qu'il a eu tort de représenter tous les Jésuites François comme autant d'*Escobars*, on excitera les murmures des Jansénistes, et on sera applaudi par le parti contraire. L'illustre de *Thou*, pour avoir osé être vrai, souleva les Catholiques emportés et les déclamateurs Protestans, ne fut point premier Président du Parlement de Paris, et se vit accablé de libelles. Avec des talens bien inférieurs à ceux de ce grand homme, pourrions-nous avoir un sort semblable? Non. Au milieu des nations judicieuses et éclairées qui composent l'Europe, un historien véridique n'a rien à craindre; et quand il auroit à appréhender, la vérité est son seul devoir, et le plaisir de la dire sa seule ambition et sa seule récompense. Dans la juste méfiance où nous sommes de nos propres lumières, nous avons eu recours à celles des autres. Nos guides sont en trop grand nombre pour les citer tous. Les sources les plus précieuses nous ont été ouvertes, et nous y avons puisé abondamment. Nous voudrions qu'il nous fût permis de nommer les savans qui ont voulu nous donner des xiiij conseils et des éclaircissemens ; mais la plupart ont joint au mérite d'être nos bienfaiteurs, le mérite plus rare encore de nous dispenser de leur en marquer publiquement notre reconnoissance : ils ont été doublement généreux, en ne voulant pas le paroître. Que M. l'Abbé de T*** veuille bien souffrir pourtant que nous lui fassions nos remercimens de l'Exemplaire de l'Histoire Générale, apostillée à toutes les pages et redressée sur toutes les dates, dont il a bien voulu nous faire présent. L'Ouvrage de Voltaire en est beaucoup meilleur ; et il seroit à souhaiter que le Public, qui en louant les beautés du style de cet Essai, y a si souvent désiré plus d'exactitude, pût l'avoir avec ce Commentaire. C'est Polybe commenté par Folard. Dans la foule des auteurs imprimés qu'on a consultés, on a préféré ceux qui jouissent de l'estime générale, et sur lesquels le Public n'a qu'une voix. On a eu sous les yeux, pour l'Histoire Sacrée et Ecclésiastique : la Bible de Vitré avec ses Tables Chronologiques, Josephe, Prideaux, Calmet, Bossuet, Tillemont, Fleury, Racine, Alexandre, Dupin, Cellier, etc... Pour l'Histoire Ancienne des Empires et des Républiques : Hérodote, Thucydide, Xénophon, Diodore de Sicile, Plutarque, Quinte-Curce, Polybe, Justin, Arrien, etc. parmi les anciens. Banier, Rollin, Guyot, Crevier, Goguet, etc. parmi les modernes... Pour l'Histoire Romaine : Tite-Live, Salluste, Cornelius-Nepos, Tacite, etc. Rollin, Catrou, Vertot, Laurent Echard, son Continuateur, Montesquieu, Saint-Evremont, Saint-Réal, Tillemont, et les Traductions du Président Cousin... Pour l'Histoire des Royaumes modernes : Puffendorff, Voltaire, etc. Pour l'Histoire de France : de Thou, Boulainvilliers, du Bos, Mont- *faucon, Daniel, Hesnault, Velly*, et tous les Mémoires particuliers... Pour l'Histoire d'Espagne : le Père d'Orléans, *Ferreras, d'Hermilly*, etc... Pour celle d'Angleterre : *Rapin de Thoiras, Clarendon, Smollet, Hume*, etc... Pour le Portugal : *Vertot, la Clède*... Pour Venise : *Nani, Amelot de la Houssaye, Laugier*, etc... Pour l'Histoire de Naples et de Sicile : *Guichardin, Giannone, d'Egli*... Pour l'Histoire de Danemarck et de Suède : *Puffendorf, Vertot, Voltaire, Nordbert*, etc... Pour l'Histoire de Moscovie : *la Combe, Voltaire*... Pour celle de Pologne : *Solignac, des Fontaines*... Pour l'Histoire de Brandebourg : le Roi de Prusse... Pour celle des Turcs, des Persans, des Chinois, des Huns, des Sarrasins : *Prideaux, Marigny, Cantemir, de Guines, Marsy, Chardin, du Halde*, etc. etc. Il est de notre devoir d'avouer que tous ces historiens nous ont fourni les matériaux de notre Ouvrage ; et que nous avons étudié, dans ceux qui passent pour les plus élégans, le coloris propre à chaque article. Nous nous sommes servis, autant que nous avons pu, de leurs expressions ; mais nous n'avons pas cru devoir les copier servilement. Ils nous ont fourni les couleurs de nos tableaux, et nous nous sommes quelquefois permis de les broyer. Chaque auteur a sa façon d'écrire particulière. Nous avons tâché de réduire à la nôtre, celles des différens écrivains qui nous ont précédés, dans tous les endroits où leur style nous a paru s'éloigner du style propre à un Dictionnaire et à un Abrégé. Quoique notre Ouvrage soit composé par plusieurs, nous l'avons rendu uniforme, en remettant la plume à un seul. Rien de plus fatigant, que de voir les lambeaux les plus disparates, entassés sans choix dans le même livre. Un compilateur sans goût mêle in- différemment un passage de *Fontenelle* avec un fragment de *Dacier*. Il ne s'embarrasse pas qu'un morceau fin et délicat soit à côté d'un autre plat et lourd; mais le Public, qui est intéressé à ne pas s'ennuyer, et que cette bigarrure fatigue, paye bientôt l'ennui par le mépris. Quelques gens de goût accoutumés au style nombreux du dernier siècle, nous reprocheront peut-être d'avoir imité quelquefois le style vif, pressé et anti-thétique du nôtre. Ayant tâché de former notre goût sur les préceptes du célèbre *Rollin*, un des plus sévères critiques de ce style, il nous auroit peut-être été facile d'en employer un autre, si nous n'avions jugé celui-ci plus convenable dans un Ouvrage où il faut dire beaucoup en peu de mots. Nous avouons qu'il seroit déplacé dans une grande histoire, dans un grand édifice, où tout doit être noble et majestueux; mais un cabinet, dit un homme d'esprit, peut recevoir avec grace de petits ornemens. Non-seulement il peut, mais il doit les recevoir. Pour une miniature ne faut-il pas un autre pinceau et d'autres couleurs que pour des figures de plafond ? Pour mettre plus de vérité dans les portraits des gens de lettres, nous avons emprunté des Ecrits qui ont paru sur eux, *Journaux*, *Feuilles*, *Vies*, *Mémoires*, *Eloges*, *Critiques*, tout ce qui pouvoit servir à les peindre et comme particuliers et comme écrivains. Ces deux points de vue différens, sous lesquels nous regarderons le même homme, rendront notre Recueil plus instructif et plus agréable. Nous ne nous sommes point attachés à indiquer toutes les productions d'un auteur; nous avons fait choix des principales, et nous ne nous y sommes arrêtés qu'autant qu'il le falloit pour en donner une idée nette et pré- xvj cise. Les Critiques les plus célèbres du siècle nous ont fourni les jugemens que nous en avons portés. C'est un fonds que nous n'avons pas craint de nous approprier, et auquel nous avons donné une forme. Toutes les louanges, toutes les censures ont été mises dans la balance, avant que de nous décider pour celles auxquelles le Public a mis le sceau par son approbation. Notre Ouvrage n'offrira point de discussions sur la manière de prononcer le nom d'un Professeur Allemand; mais seulement des réflexions qui pourront conduire les jeunes-gens dans la lecture des bons écrivains Grecs, Romains, François, Anglois, Italiens, Espagnols, Portugais, et dans le choix des meilleures éditions de leurs ouvrages. A l'exemple des Lexicographes qui nous ont précédés dans la même carrière, nous avons orné notre Ouvrage, de l'Histoire des Dieux et des Héros du Paganisme. Cette partie sera même beaucoup plus complète, que dans les deux Dictionnaires Historiques portatifs. Les Auteurs de ces Livres ont tenté quelquefois de donner un sens raisonnable aux extravagances de la Mythologie. Pour nous, il nous a paru que nous devions nous borner à exposer succinctement ces vieilles erreurs, sans y mêler les explications que tant de Modernes en ont données, explications souvent plus ridicules que la chose expliquée. La Théologie Païenne, fille de la grossièreté, de la superstition et de la Poésie, n'est, au yeux des gens sensés, qu'un tissu d'imaginations bizarres, de brillantes chimères, plus propres à dégrader la Divinité, qu'à former le cœur de l'homme. Ceux qui se repaissent de ces absurdités trop célèbres, et qui veulent en tirer un sens moral, sont dignes d'être les interprètes des rêves d'un homme en délire. On » On nous a si fort accoutumés pendant notre enfance, dit le sage et ingénieux *Fontenelle*, aux fables des Grecs, que quand nous sommes en état de raisonner, nous ne les trouvons plus aussi étonnantes qu'elles le sont. Mais si l'on vient à se défaire des yeux de l'habitude, il ne se peut qu'on ne soit épouvanté de voir toute l'ancienne histoire d'un peuple, qui n'est qu'un amas de faussetés aussi étranges que manifestes... Que ne peuvent point ( ajoute cet ingénieux écrivain ) les esprits follement amoureux de l'antiquité ! On va s'imaginer que sous ces fables sont cachés les secrets de la physique et de la morale. Eût-il été possible que les anciens eussent produit de telles rêveries, sans y entendre quelque finesse ? Le nom des anciens en impose toujours ; mais assurément ceux qui ont fait les fables, n'étoient pas gens à savoir de la morale ou de la physique, ni à trouver l'art de les déguiser sous des images empruntées. Ne cherchons donc autre chose dans les fables, que l'histoire des erreurs de l'esprit humain. » C'est sous ce point de vue que nous les avons considérées. Pénètre dans ce labyrinthe, qui voudra : quant à nous, nous n'avons aucun fil pour nous y conduire. L'ordre alphabétique a des inconvénients : il sépare les faits, il les isole ; il peut jeter de la confusion dans l'esprit et dans la mémoire. Nous l'avons senti, et pour y remédier, nous avons fait précéder notre Ouvrage d'une Table des principales époques depuis *Adam* jusqu'à nos jours. Cette Table, accompagnée des Listes chronologiques des différens royaumes, forme un petit Abrégé de l'Histoire Universelle, au moyen duquel on pourra réduire les articles épars de côté et d'autre. b xviij On a délibéré si on orneroit ce Dictionnaire de quelques Cartes géographiques, pour diriger le lecteur dans les articles des Conquérans. Après y avoir sérieusement réfléchi, on a cru que ce seroit un ornement d'autant plus inutile, que des Cartes resserrées dans de petits livrés ne peuvent jamais être qu'imparfaites. L'Ouvrage auroit été d'un plus grand prix, et n'en auroit pas été meilleur. On l'a répété plusieurs fois, et on le répétera encore : il est impossible qu'un *Dictionnaire Historique* soit parfait. Il est si aisé de mettre un chiffre pour un autre, et si difficile de donner une attention égale à tant de dates et de noms multipliés, que, quoique nous ayons profité des fautes de nos prédécesseurs, il se peut très-bien qu'il nous en soit échappé beaucoup. On corrige depuis cent ans le *Moréri*, et les savans qui l'examinent avec des yeux sévères, y trouvent chaque jour des fautes nouvelles. Si l'on nous fait l'honneur de nous critiquer, nous n'aurons d'autre réponse à faire, que de nous corriger, et de conserver pour ceux qui nous auront mis sur la voie, la reconnaissance qu'on doit à un bienfaiteur et à un guide. Il n'appartient qu'à l'orgueil et à l'ingratitude, d'insulter un homme qui veut bien nous donner la main quand nous sommes tombés. Nous osons seulement prier nos lecteurs de ne pas juger de tout l'Ouvrage d'après une fausse date, peut-être réformée dans l'*Errata*. Ce qu'on doit le plus considérer, c'est si nous avons gardé l'impartialité qui doit faire le caractère de tout homme sensé, et sur-tout d'un historien; si nous avons pris parti pour ou contre; si nous avons mis quelque fiel dans l'examen des ouvrages des bons auteurs. Nous prions d'examiner les grands articles, plutôt que ceux de quelques écri- vains sans conséquence, dont personne ne s'embarrasse, sur lesquels on peut plaisanter impunément et dont on ne parle que pour proposer des exemples à éviter. Malgré notre attention et nos recherches, nous ne nous flattons pas d'avoir connu tous les hommes illustres qui ont paru depuis que le monde existe. Combien de grands hommes dont le nom a resté dans l'oubli, soit parce qu'ils sont nés dans des temps barbares, soit parce qu'ils ont manqué d'historiens, quoique nés dans des temps plus heureux ! « Combien de belles actions particulières, dit *Montaigne*, s'ensevelissent dans la foule d'une bataille ! De tant de milliasses de vaillans hommes qui sont morts depuis 1500 ans en France les armes à la main, il n'y en a pas cent qui soient venus à notre connoissance. La mémoire, non des chefs seulement, mais des batailles et des victoires, est ensevelie. Les fortunes de plus de la moitié du monde, faute de registre, ne bougent de leur place, et s'évanouissent sans durée... Pensons-nous qu'à chaque arquebusade, et à chaque hasard que nous courons, il y ait soudain un greffier qui l'enrôle ? Et cent greffiers, outre cela, le pourroient écrire, desquels les commentaires ne dureront que trois jours, et ne viendront à la vue de personne. » Plût à Dieu que cette remarque d'un philosophe célèbre pût guérir les hommes de ces vains désirs d'immortalité qui les tourmentent, et sur - tout de cette folie trop commune, de chercher la récompense de la vertu dans la fumée de la gloire ! C'est par cette réflexion que nous finirons cet Avant-propos : elle ne paroîtra pas déplacée aux sages ; pour qui l'histoire n'est autre chose que la morale mise en récit ; et si elle paroît l'être aux lecteurs qui n'y cherchent qu'un amusement, ils pourront la placer parmi tant d'autres pensées vraies et inutiles. b ij
QUATRE Editions originales, un grand nombre de Contrefaçons, les efforts impuissans qu'a faits le Libraire éditeur du Dictionnaire de *Ladvocat* pour anéantir le *Nouveau Dictionnaire Historique*, prouvent sinon le mérite, du moins le succès de cet Ouvrage. Les critiques modérés en relevant les fautes inséparables d'un long travail, ont rendu justice à l'impartialité avec laquelle on y juge tous les hommes et tous les partis; à l'attention qu'on a eu de rapporter tous les traits qui honorent l'humanité ou piquent la curiosité; à l'équité exacte qui a présidé aux jugemens raisonnés, portés sur les livres et les auteurs, etc. etc. Voilà ce qui a concilié au Nouveau Dictionnaire les suffrages encourageans du public. Pour les mériter de plus en plus, l'auteur, aidé des remarques de divers savans, l'a scrupuleusement revu, et l'a purgé des fautes nombreuses qui défiguroient les éditions précédentes, et sur-tout celle de Paris, 1772, en six vol. in-8.º Il suffira d'indiquer en peu de mots tout ce qu'on a fait, non-seulement pour donner plus de régularité à cet Ouvrage, mais encore pour l'augmenter et l'embellir. Lorsque nous avons fait quelque correction ou quelque changement, nous ne nous le sommes permis qu'après avoir consulté les gens de goût, s'il s'agit de style, et les savans, s'il est question de faits. Nous avions prévu avant nos critiques, les censures que nous pourrions essuyer; et ils ont reconnu avec nous, qu'un auteur n'est pas toujours le maître de faire disparaître tous les défauts de son ouvrage. Il a fallu, par exemple, alonger les articles des hommes enlevés depuis peu à l'Etat et à la république des lettres, parce que xxj le public qui a été souvent leur ennemi pendant leur vie, et qui est presque toujours leur admirateur au moment de leur mort, veut savoir dans le plus grand détail ce qui les regardoit. On ne pouvoit s'empêcher de le satisfaire. Le maréchal *Brown* et le duc de *Belle-lle* n'ont pas joué des rôles plus importants que les *Villars* et les *Louvois*; *Voltaire* et *J. J. Rousseau* n'ont pas été plus considérés dans ce siècle, que les *Pétrarque* et les *Montaigne* l'avoient été du leur : mais ceux-ci ne faisoient que de quitter le théâtre, et il faut attendre que l'enthousiasme des spectateurs soit refroidi, pour mettre leurs portraits à leur juste mesure. Aussi, le même homme auquel nous accordons six pages en 1779, n'en auroit eu que deux si nous avions travaillé en 1879. Il y a eu une autre cause de la prolixité de quelques articles. Lorsque nous entreprîmes cet Ouvrage, plusieurs personnes d'un rang distingué dans le monde civil et dans le monde littéraire, voulurent bien nous communiquer des mémoires. Quoique la plupart excédassent les bornes qu'on abréviateur doit se prescrire, le cas que nous faisions de leur attention généreuse, nous avoit empêchés d'y toucher et de les réduire. La reconnoissance doit être complaisante; mais après lui avoir donné dans la première édition ce qu'elle exigeoit, il ne faut pas refuser au goût des juges éclairés, ce qu'ils ont encore plus de droit de demander. Nous avons donc élagué quelques articles qui paroissoient trop longs, pour faire des augmentations utiles dans d'autres qu'on avoit jugés trop courts. Certains lecteurs auroient voulu plus de réflexions, et d'autres plus de faits. Qu'en faut-il conclure? Que les goûts sont différens, et que l'auteur doit suivre le sien, s'il le croit conforme à celui du plus grand nombre. *Mais je ne vous demandois que des dates*, lui dira un critique... Et moi, je me proposois d'orner les faits de quelques portraits, et de quelques observations piquantes et littéraires. Graces aux lumières du siècle, j'ai b iij xxij travaillé pour moi, et pour une multitude de gens de lettres qui pensent comme moi. Quoique nous ayons promis d'avoir égard aux remarques critiques dont on nous honorera, les lecteurs judicieux sentiront que nous ne pouvons les adopter toutes. Par exemple, le célèbre *Voltaire* a prétendu dans ses Lettres sur certains auteurs impies, que jamais *Bayle* ne répondit au cardinal de Polignac : *Je suis Protestant, car je proteste contre tout*. Il nous a accusés d'avoir mêlé la vérité avec le mensonge, en rapportant cette réponse. Il ignoroit apparemment qu'elle est dans l'Éloge historique de l'illustre Prélat, composé par M. de Boze, secrétaire de l'académie des Belles-Lettres, sur les Mémoires de sa famille, et placé à la tête de l'*Anti-Lucrèce*. Ce poète philosophe doutoit que *Pontis* auquel nous avons accordé un article, ait existé : nous qui savons que cet officier appartenoit à une maison noble de Provence, qui le comptoit parmi ses ornemens, nous avons dû nous en rapporter à des témoignages incontestables, plutôt qu'à des soupçons. (*Voy. Pontis.*) Il en est de même de quelques autres critiques de cet écrivain célèbre, auxquelles on répondra dans l'occasion sans fiel et sans aigreur. Nous remercions ceux qui l'imitent, de leurs censures encore plus que de leurs éloges, sur-tout lorsque ces censures sont honnêtes et motivées. Pour critiquer, dit un homme d'esprit, il faut avoir lu attentivement; et lire un auteur avec réflexion, c'est lui faire tout l'honneur possible. On est forcé de répéter que l'auteur principal de cet Ouvrage n'est d'aucun parti, quoiqu'il estime les hommes respectables que chaque parti a pu produire; et cela est si vrai, que les Jansénistes l'accusent d'être Moliniste, et les Molinistes d'être Janséniste. Ces deux imputations contradictoires prouvent évidemment qu'il a gardé son caractère; qu'il a été impartial, du moins dans les articles qu'il a traités, et qu'il distinguera un jour de ceux qu'il a adoptés sans en répondre. xxiij Ce qui doit inspirer de l'indulgence envers l'auteur principal et ses collaborateurs, c'est que les méprises dans lesquelles ils ont pu tomber ci-devant, et qui ont été corrigées dans cette édition, étoient de peu de conséquence; s'ils ont d'ailleurs été vrais dans leurs récits et équitables dans leurs jugemens, ils obtiendront facilement leur absolution au tribunal des critiques éclairés, qui ne jugent pas d'un grand édifice par une ardoise mal placée. Il faut distinguer, dit un écrivain, les erreurs dans les historiens. Une fausse date, un nom pour un autre, ne sont que des matières pour un *Errata*. Quand du reste le corps de l'ouvrage est exact; quand les événemens, les motifs des événemens, et les principaux acteurs sont peints avec fidélité, c'est alors un portrait ressemblant, auquel on ne peut reprocher que quelques plis négligés dans la draperie. . . . On ne peut s'empêcher de réimprimer les livres dont les éditions sont épuisées et que le public accueille favorablement. C'est ce qui nous engage à donner cette cinquième édition du *Nouveau DICTIONNAIRE Historique*. Elle a été pour nous l'occasion d'un examen sévère de cet Ouvrage : examen fait d'après le jugement et les désirs de la plus saine partie du public. On a, par exemple développé davantage les systèmes des philosophes et les opinions de certains hérétiques. On a proportionné la longueur des articles des grands hommes des premiers volumes à ceux des derniers; car *Alexandre* méritoit bien d'occuper autant de place que *Villars*. On a multiplié les dates dans les articles trop longs, pour ménager des repos à l'esprit et à la mémoire. On a adouci le jugement trop rigoureux qu'on avoit quelquefois porté sur des personnages célèbres, qui, attachés à un ordre ou à un parti, avoient été déprimés par les ordres rivaux ou par les partis contraires. On a cru devoir modérer aussi les éloges donnés à des auteurs médiocres qu'on avoit jugés sur le témoignage trop favorable de leurs amis. Malgré les fautes qui défiguroient plusieurs articles, divers auteurs qui ont écrit depuis 1765, époque de la première édition de ce Dictionnaire, n'ont cessé d'en copier des articles dans leurs collections. On en trouve un grand nombre dans le Dictionnaire des Gaules, de M. l'Abbé Expilli; dans le Vocabulaire françois; dans les Anecdotes dramatiques ( * ); et en dernier lieu on a inséré dans l'Encyclopédie de Genève, in-4°, les articles d'Auguste, d'Annibal, d'Antoine le Triumvir, et plusieurs autres. Nous sommes sensibles à la préférence qu'on nous donne, quoiqu'on n'ait pas daigné nous citer; et nous le serions davantage, si on ne reproduisoit point les méprises échappées aux premiers éditeurs. Par exemple, dans l'article d'Antoine, l'Imprimeur avoit mis Musine au lieu de Mutines ( aujourd'hui Modène ). Cette erreur se trouve, ainsi que quelques autres, dans l'Encyclopédie Genevoise. Nous ne parlerons pas des nombreuses contrefactions du DICTIONNAIRE Historique, publiées en France et dans les pays étrangers. Ces éditions fréquentes seroient un honneur pour le livre et pour les auteurs, si elles étoient imprimées avec soin et dirigées avec goût. Mais on ne se contente pas aujourd'hui de s'em- (*) Dans les trois Siècles de la Littérature; dans Eraste ou Ami de la Jeunesse; dans la Table du Dictionnaire Historique d'Education; dans le Recueil des Epitaphes de M. Delaplace; dans l'Encyclopediana; et dans les Siècles Littéraires de M. Deser; parts. (Note ajoutée à l'Édition actuelle, 1804.) parer d'un ouvrage ; on le remplit de fautes en annonçant des corrections ; on le défigure par des additions inutiles ou ridicules ; et d'une production impartiale et équitable, on fait un livre rempli de déclamations et de faux jugemens. C'est ce qu'un ex-Jésuite étranger, qui n'a ni la sagesse ni la modération de plusieurs de nos Jésuites François, a en partie exécuté (a), en s'appropriant et en gâtant le *Nouveau DICTIONNAIRE Historique*. Il vient de publier à Augsbourg et à Liège les deux premiers volumes, avec un Avertissement où après avoir déchiré ce Livre et ses auteurs, il annonce qu'il va le réformer. Il croit être en droit de jouir d'un champ étranger, parce qu'il y a semé quelques chardons. Si le Dictionnaire qu'il contrefait étoit mauvais, comme il l'insinue, il devoit en faire un meilleur, et nous aurions été les premiers à l'acheter (b). Mais c'est violer les règles de l'honnêteté, que de ravir aux auteurs le fruit de leurs travaux, de se servir de ce travail même pour les injurier, pour les calomnier, et de couronner cette belle manœuvre en prenant le prétexte de la Religion. Les reproches que cet éditeur fait aux auteurs, sont : 1.º D'avoir laissé échapper quelques fausses dates. Et où n'y a-t-il pas des fautes de ce genre ? On en trouve jusque dans l'*Art de corriger les erreurs de Chronologie*, que nous devons à deux savans Bénédictins. On en voit un plus grand nombre dans la contrefaction du *DICTIONNAIRE Historique*, que notre réformateur propose cepen- (a) *Voyez* FELLER, dans le *Dictionnaire*. (b) Il s'étoit déjà emparé du *Dictionnaire Géographique de Vosgien* ; et sur ce qu'il apprit qu'on donnoit une nouvelle édition de ce Dictionnaire, il le réclama comme son bien dans le *Journal de Luxembourg*, du 1er août 1783. Ainsi il a revendiqué comme à lui, un Livre qu'il a estropié et qui ne lui a jamais appartenu ; et il trouvera mauvais que nous nous plaignions de ce qu'il a volé et défiguré notre propre Ouvrage. xxvj dant comme un modèle de correction. Nous avions avant lui, corrigé plusieurs méprises des chronologistes et des lexicographes ; mais nous n'avions pu les réformer toutes, et nous osons défier notre habile correcteur de parvenir à cette perfection si désirée dans tous les ouvrages, et presqu'impossible dans un Dictionnaire surchargé de chiffres, de noms et de faits. 2.º D'avoir placé quelquefois à l'exemple de tous les bons historiens anciens et modernes, les foiblesses des grands hommes à côté de leurs vertus, et d'avoir peint des hommes au lieu de peindre des Anges. Il cite *Marie Stuart, Charles-Quint*, etc. (*Voyez* leurs articles dans cette nouvelle Edition.) Voudroit-il donc que, deux cents ans après la mort des princes, on donnât à leurs cendres les louanges fausses et perfides dont leurs courtisans accablèrent leur personne ? On n'est historien qu'autant qu'on rapporte fidèlement le bien et le mal sur les hommes qui ont occupé la scène du monde, et qu'on a le courage de blâmer leurs mauvaises qualités, en même temps qu'on rend justice aux bonnes. La vérité, qui est l'âme de l'histoire, ne permet pas plus de dissimuler les unes que de garder le silence sur les autres ; et quiconque n'a pas l'âme assez forte pour braver les censures du panégy-riste intéressé de certains princes, doit renoncer à écrire. (c) (c) « Un portrait flatté n'est pas ressemblant, dit *Fleu y*. Tels sont d'ordinaire les panégyriques où l'on fait paroître un homme lonable, en ne relevant que ses bonnes qualités : artifice grossier, qui révolte les gens sensés, et leur fait faire plus d'attention sur les défauts qu'on leur cache avec tant de soin. C'est une espèce de mensonge, que de ne dire ainsi la vérité qu'à demi. Personne n'est obligé d'écrire l'histoire ; mais quiconque l'entreprend, s'engage à dire la vérité toute entière. M. *Sponde*, évêque de Pamiers, après avoir donné de grandes louanges à l'historien *Guichardin*, ajoute, que si quelquefois il censure vivement les princes, ou les hommes dont il parle, c'est la faute des coupables, et non de l'historien. Il serait lui-même plus répréhensible, s'il dissimulait les mauvaises. xxvij C'est en vain que notre Critique nous accuse de nous être contredits, parce que nous avons tracé, d'après les historiens les plus accrédités, les contrariétés de caractère remarquées dans plusieurs grands hommes. *Plutarque* a montré de pareilles contradictions dans quelques personnages qu'il a célébrés. On ne citera que sa Vie de Ci- actions qui peuvent rendre les autres plus sages, et les détourner d'en commettre de pareilles, du moins par la honte, suivant cette parole de l'Évangile : *Rien n'est si caché, qui ne soit un jour découvert.* « C'est l'exemple que nous donnent les historiens sacrés. *Moïse* ne dissimule ni les crimes de son peuple, ni ses propres fautes. *David* a voulu que son péché fût écrit avec toutes ses circonstances; et dans le Nouveau-Testament tous les Évangélistes ont eu soin de représenter la chute de St. Pierre. La sincérité est le fond de la vraie Religion; elle n'a besoin ni de politique humaine, ni d'aucun artifice. Comme Dieu permet les maux qu'il pourroit empêcher, parce qu'il sait en tirer le bien pour les Elus; nous devons croire qu'il fera tourner à notre profit la connoissance des désordres qu'il a soufferts dans son Église. Si ces désordres avoient réellement cessé, qu'il n'en restât plus de vestiges, peut-être pourroit-on les laisser ensevelis dans un oubli éternel; mais nous n'en voyons que trop les suites funestes : les hérésies qui déchirent l'Église depuis deux cents ans, l'ignorance et la superstition qui règnent en quelques pays catholiques, la corruption de la morale par de nouvelles maximes, en sont des effets trop sensibles. Et n'est-il pas utile de connoître d'où sont venus de si grands maux ! » (*IVe Discours sur l'Histoire Ecclésiastique*, N° 13.) Voilà ce que dit le plus sage des historiens : aussi fut-il accusé de haine contre la Religion par quelques fanatiques, comme l'éditeur Liégeois osé nous en taxer, et cela dans notre propre Ouvrage. Voyez une brochure publiée à Maline$^{8}$ en 1734, sous ce titre : *La mauvaise foi de M. Fleury, prouvée par plusieurs passages des SS. Pères, des Conciles, etc. qu'il a omis ou tronqués, avec des Remarques sur ses Discours, et sur la grande conformité de cet Écrivain avec les Hérétiques des derniers siècles; par le P. de Housta, Augustin.* Avant lui un Carme avoit donné des *Observations* où il le dénonçoit au Pape et aux Évêques comme répétant la plupart des blasphèmes que les plus furieux hérétiques ont vomis contre l'Église Romaine, le St. Siège, et presque contre tous les Souverains Pontifes. xxviij adron, qui par ses défauts paya comme tant d'autres hommes illustres, le tribut ordinaire à l'humanité. Mais a-t-on jamais reproché au Philosophe de Chéronée d'avoir mis dans ses portraits des couleurs opposées, parce qu'il a montré dans ses originaux des vertus et des vices qui paroissent contradictoires? On a pu dire, sans tomber dans l'inconséquence, que *Marie Stuart* étoit une princesse foible, que l'amour fut la première source de ses infortunes, mais que son attachement à la religion catholique, qu'elle aima et qu'elle pratiqua malgré ses premières galanteries, fit cependant une partie de ses crimes aux yeux de ses ennemis. On a pu, sans se contredire, peindre *Charles-Quint*, (d) d'abord comme opposé au (d) Notre Editeur nous reproche de l'avoir peint comme un prince qui connoissoit peu la droiture et la franchise. Nous ne lui citerons pas *Robertson* qui a parlé de son héros précisément comme nous, et qui en a même dit plus que nous, parce qu'il nous répondroit que cet historien est Protestant. Nous emprunterons le témoignage d'un historien Ecclésiastique, qui a tracé le portrait de *Charles-Quint*, d'après *Antoine de Vera*, Espagnol. C'est le P. *Fabre*, qui dit que cet Empereur étoit « ambitieux à l'excès, sacrifiant à la passion de dominer et sa patrie et sa religion, dur, inflexible, vain et plein de lui-même; mais couvrant ces défauts avec adresse, et affectant quelquefois, pour les déguiser, de pratiquer au dehors les vertus les plus opposées. » (HIST. ECCL. Liv. 153. N.º 35.) Nous pourrions rapporter vingt portraits de différents historiens François et étrangers, Catholiques et Protestans, semblables à celui que trace le P. *Fabre*. Notre Editeur nous oppose un passage vague du comte d'*Oxenstiern*, qui ne loue précisément dans *Charles-Quint* que son habileté dans l'art de régner, et sa double abdication de l'Empire et du trône d'Espagne. Nous en aurions dit autant que d'*Oxenstiern*, si nous n'avions voulu faire qu'un panégyrique. Mais les portraits de profil sont presque toujours infidèles. Nous ajouterons que pour justifier un prince, il ne suffit pas de citer un ou deux auteurs qui, éblouis par l'éclat de son règne, lui auront donné des éloges dans une déclamation de rhétorique, ou dans un traité de politique. Avec une telle méthode, il n'est point de Conquérant ou de Souverain ambitieux, qu'on ne puisse peindre en beau. Il faut, pour faire un Luthéranisme, qu'il tâcha de réprimer par des troupes et par des édits; ensuite tolérant ceux qu'il n'avoit pu ni convertir ni désarmer. On a pu représenter le maréchal de *Marillac* comme coupable à certains égards, et comme innocent à d'autres. Oui, il étoit coupable d'ingratitude envers le cardinal de *Richelieu* son bienfaiteur, et ce n'est pas pour cela qu'il fut condamné; mais il n'étoit pas assez criminel envers l'Etat, pour avoir mérité le dernier supplice. On a pu dire qu'*Alexandre-Sévère* ne fut point persécuteur, et que cependant quelques Martyrs scellèrent l'Evangile de leur sang sous ce prince, parce que le fanatisme des peuples excita des persécutions locales sous les Empereurs les plus sages et les plus indulgens. Tout lecteur éclairé voit bien que dans tout cela il n'y a aucune contradiction; et si notre Censeur fait semblant d'y en trouver, après avoir tordu et tronqué nos phrases, c'est portrait vrai et ressemblant, examiner les faits et ne juger que d'après ces faits discutés avec soin et jugés avec équité. Mais peut-être, comme l'insinue l'Editeur de Liège, sommes-nous aveuglés par des *préjugés nationaux* ? Nous ne le croyons pas. La qualité de François, dont nous faisons gloire et qui nous est chère, ne nous a pas empêchés de dire la vérité *sans fard et sans crainte* dans les articles des Rois qui ont gouverné la France. Si notre Éditeur devenu notre détracteur, ne nous rend pas cette justice, des Journalistes sages nous l'ont rendue, même dans les pays étrangers. Au reste, nous répétons qu'on profitera pour les nouvelles éditions, des observations justes qui nous parviendront (fussent-elles d'une main ennemie); mais sans nous engager dans des discussions, qui quelquefois font perdre deux choses également précieuses, le temps et la paix; et sur-tout nous ne répondrons plus à un adversaire qui, étant entré à main armée dans notre maison, se sert de matériaux que nous avions amassés, pour nous les jeter à la tête. Il peut ajouter injustice à injustice, nous insulter de nouveau dans nos propres foyers, laissant le jugement de ses procédés aux esprits justes et aux ames honnêtes, nous nous bornerons à faire usage du petit nombre de remarques utiles de sa contrefaction. qu'il cherche quelque moyen d'excuser une manœuvre typographique, qu'il n'auroit pas dû accompagner de mauvais procédés. Quand les Journalistes de Trevoux s'emparèrent du *Furetière de Basnage*, ils ne l'insultèrent point, ils ne le calomnièrent point : c'est que les Jésuites régnoient alors ; mais depuis leur destruction, quelques-uns des sujets de cette Société puissante et illustre, voudroient être les *Cromwels* de la littérature, dont leurs Confrères furent pendant quelque temps les Monarques. Personne ne respecte plus que nous les hommes distingués que cet Ordre a produits (*e*), et cette nouvelle édition le prouvera assez. Mais lorsque la vérité de l'histoire a exigé que nous racontassions des faits peu favorables à quelques-uns de ses membres, nous l'avons fait avec candeur et sans fiel. Nous avons été les seuls qui ayons insinué dans le temps, à l'article *Aveiro*, que le jugement porté, lors de la fameuse conjuration de Portugal en 1758, contre les accusés, avoit paru sévère, et que leur crime n'étoit pas démontré. Cette observation fit défendre le débit de notre livre à Lisbonne. Il est bien étrange, après cela, qu'un ex-Jésuite nous accuse d'injustice, nous qui avons (*e*) Aussi tous les ex-Jésuites n'ont pas traité le *Dictionnaire Historique* avec la dureté de *Feller*. Selon l'un d'eux, *on y rencontre des détails curieux*, des *remarques intéressantes*, des *notions recherchées*, des *décisions justes et impartiales* ; le style en est net, concis, et la plupart des faits y sont détaillés et attachent le lecteur... Voyez *OBSERVAT. sur les trois Siècles de la Littérature*, in-8°, 1774, (p. 25 et 107) par le P. *Duparc*. En rapportant ce jugement sans doute trop avantageux, d'un auteur ex-Jésuite, c'est sans aucun mélange d'amour-propre. Nous voulons simplement opposer confrère à confrère, et prouver ce que les détracteurs du *DICTIONNAIRE Historique* pensaient de cet Ouvrage avant que de le contrefaire. D'ailleurs, cette contrefaction même n'atteste-t-elle pas que l'estime qu'ils en faisoient alors étoit réelle, et que le mépris prodigué actuellement par eux aux auteurs qu'ils dépouillent, n'est que la ruse mal-adroite d'un conquérant injuste, qui cherche des crimes aux peuples dont il a sulevé l'héritage. xxxj été la victime de la justice que nous avons voulu faire rendre à plusieurs de ses Confrères. 3.º Un reproche non moins grave que nous fait le Censeur, est d'avoir rapporté, sur tous les partis et sur toutes les sectes, le pour et le contre, et d'avoir pesé avec une *froide indifférence* le mérite de tous les enthousiastes, même celui des fanatiques d'irréligion, tels que *Voltaire*, *Rousseau*, *la Mettrie*, *Boulanger*, dont on a peint les égaremens, sans se livrer à un emportement indigne d'un Chrétien et d'un écrivain sensé. Falloit-il donc méconnoître leurs talens, parce qu'ils en ont abusé, et prendre dans un Dictionnaire de faits, le style d'un orateur qui tonne en chaire, ou d'un controversiste qui fait un Journal polémique? C'est cependant ce dernier style qu'emploie notre Censeur. Si la méthode du Contrefacteur s'introduit dans la littérature, aucun auteur ne sera maître, ni de ses idées, ni de ses productions. Dès qu'un livre sera écrit avec une sage impartialité, un homme attaché aux préjugés de son corps ou de sa secte, trouvera qu'il est partial, et pour le conformer à ses opinions particulières, il bouleversera tous les faits et dérangera tout ce qu'on avoit arrangé. Le même livre sera défiguré sept à huit fois. Quand l'ex-Jésuite l'aura chargé de toutes les idées qu'il a rapportées de sa Société éteinte, un Janséniste voudra balayer l'aire, et y mettre les sentimens qu'il a puisés dans les livres de Port-Royal ou des Anti- Constitutionnaires. Viendra ensuite un Protestant, qui criblera de nouveau le froment, et qui prétendra avoir séparé le bon grain de la paille, que le Jésuite et le Janséniste y avoient mêlée. Enfin, les Auteurs du *DICTIONNAIRE Historique* ayant mis à profit toutes les critiques qui leur sont parvenues, en gardant le silence sur les expressions peu honnêtes des auteurs de ces critiques, ont fait tout ce qui étoit en eux pour mériter, sinon le suffrage, du moins l'indulgence du public; et ils ont eu la consolation de voir xxxij leur dernière édition louée dans tous les Journaux. Mais ils n'ont pu se flatter, ni d'adoucir le caractère emporté, ni de contenter l'esprit difficile des zélateurs d'une faction, qui se croient désintéressés lors même qu'ils sont le plus attachés à un parti; dont le cœur peut être droit, mais dont l'imagination préoccupée ne voit les objets qu'à travers les lunettes de l'enthousiasme, et qui sont indisposés d'avance contre tout auteur qui n'a ni leurs yeux ni leur façon de penser. **A** A, (Pierre Vander-) libraire de Leyde, qui vivoit encore en 1729, publia un Atlas de 200 cartes, faites sur les voyages de long cours depuis le XIII$^{e}$ siècle jusqu'à la fin du dernier. On a fait entrer ces Cartes, la plupart inexactes, dans un recueil de figures connu sous le titre de : *Galerie agréable du Monde*, où l'on voit, en un grand nombre de cartes & de figures, les empires, royaumes, républiques, provinces, villes des quatre parties du Monde. Leyde, 66 vol. in-fol. qui se relient en 35. Ce livre n'étant qu'une collection de cartes & d'estampes sans discours, est moins fait pour les savans, que pour les ignorans, dont il amuse la curiosité. **A** GARD, (Nicolas & Chrétien) furent frères, & naquirent l'un & l'autre au commencement du siècle passé à Wibourg en Danemarck. Ils se firent connoître, le premier par quelques ouvrages de Philosophie & de Physique, sur le style du nouveau Testament, les *Feux Soucertains*, la *Renaissance du Phénix*. Le second, par des Poètes latines, pleines de douceur & d'élégance, & qui ont été insérées dans le recueil des Poètes Danois. *Tome I.* **A** ALAM, vivoit dans le neuvième siècle, & cultiva la science qui étoit en vogue de son temps, & sur-tout dans sa nation, c'est-à-dire l'Astrologie. Cher au Calife *Adadodoua*, il fut dédaigné par son successeur, & se renira dans une solitude où le chagrin & l'ennui hâtèrent la fin de sa vie. **A** ALST, *Veys* AÉIST. **I.** AARON, frère aîné de *Moïse*, l'un & l'autre fils d'*Amram* & de *Jocabed*, de la tribu de *Lévi*, naquit en Egypte trois ans avant son frère, l'an 1574 avant Jefus-Christ. *Moïse* ayant été destiné de Dieu pour délivrer les Hebreux de la captivité, il s'affectiona pour ce grand ouvrage *Aaron*, qui s'exprimoit avec plus de facilité que lui. Ils se rendirent à la cour de *Pharaon*, & opérèrent une infinité de prodiges pour toucher le cœur endurci de ce prince. *Aaron* accompagna toujours *Moïse*, & porta la parole pour lui, tant au peuple qu'au roi. Ce fut sa verge qui servit à produire les premiers miracles. Elle fut transformée en serpent, fit changer les eaux en sang, remplit l'Egypte de grenouilles, & couvrit tout le pays de moucherons. Après le passage de la Mer Rouge, Aaron sacré gr. Prêtre, fut le premier pontife & le premier sacrificateur des Juifs. Moïse le revêtit de divers vêtements, dont le principal étoit l'éphod. C'étoit un habit court & sans manches, qui se mettoit sur tous les autres. Il étoit composé d'or, d'hyacinthe, de pourpre, de cramoisi, & de fin lin retors. Ce mélange de diverses couleurs, joint à la richesse de l'or & à la pureté du lin, marquait la variété & l'union des vertus sacerdotales, qui devoient éclater sur le riche fonds de la justice & de l'innocence, & former par leur mélange une vertu parfaite, & digne de celui dont le Prêtre étoit le ministre. A l'endroit de l'éphod qui répondoit aux épaules du Grand-Prêtre, il y avoit deux grosses pierres précieuses, où étoient gravés les noms des XII Tribus, fix sur chacune; & à l'endroit où il se croisoit sur la poitrine, il y avoit un ornement quarre, nommé rational. La préférence qu'Aaron avoit obtenue pour le souverain pontificat, occasionna bien des troubles parmi le peuple. Coré, Dathan & Abiron, jaloux de l'honneur du sacerdoce, se révolterent, & furent abymés avec leur famille dans la terre qui s'entrouvrit. Cette terrible punition fut suivie de plusieurs autres, non moins effrayantes. Deux cents cinquante hommes du parti des rebelles, ayant eu la témérité d'offrir de l'encens à l'autel, il en sortit un feu qui les consuma. Comme le peuple murmuroit de la mort de tant de personnes, le feu du ciel enveloppa cette multitude, & l'eût exterminée entièrement, si Aaron ne se fût mis, l'encensait à la main, entre les morts & les vivans, pour appaier la colère de Dieu. Un nouveau miracle confirma son sacerdoce, & fit cesser les murmures du peuple. Moïse ordonna qu'on mit dans le tabernacle les douze verges des différentes tribus. On convint de déférer la souveraine sacrificature à la tribu dont la verge fleuriroit. Le lendemain celle de Lévé parut chargée de fleurs & de fruits: Aaron fut donc reconnu Grand-Prêtre. Pour conserver la mémoire d'un événement si miraculeux, Dieu voulut que la verge fût mise dans le tabernacle où elle conserva sans doute ses feuilles & ses fruits, pour convaincre à jamais les Juifs du miracle qui s'étoit opéré... Toutes les fonctions d'Aaron & de ses enfans se rapportoient au culte de Dieu. La principale & celle qui les occupait le plus dans le ministère du Tabernacle, étoit le sacrifice: ils avoient soin d'entretenir les lampes, & le feu qui devoit toujours brûler sur l'autel des Holocauftes, de faire brûler sur l'autel les parfums qu'ils compofoient eux-mêmes, de démonter le Tabernacle, quand le peuple avoit ordre de décamper, & de le dresser quand on étoit arrivé au lieu du campement. Outre le service du Tabernacle, ils étoient chargés d'étudier la Loi du Seigneur, & d'en donner au peuple la véritable intelligence, de juger de la lèpre, des causes de divorce, & de ce qui étoit saint ou profane, pur ou impur. Ils donnoient en public au peuple la bénédiction au nom du Seigneur, & dans la guerre ils portoient l'Arche d'alliance, confultoient le Seigneur, sonnoient des trompettes. Eux seuls avoient le privilège d'entrer dans le Tabernacle; mais aucun d'eux, excepté le Grand-Prêtre, ne pouvoit aller au-delà du voile qui fermoit le Saint des Saints. C'étoit une des prérogatives du souverain Pontife; encore lui étoit-il défendu, sous peine de mort, d'y entrer qu'un seul jour de l'année, qui étoit le jour de l'expiation solennelle. Aaron jouit de tous ces droits. Il foutint avec *Hur* les bras de *Moïse*, pendant que *Jofué* exterminoit les Amalecites. La gloire d'*Aaron* auroit été sans tache, s'il ne l'avoit ternie auparavant par la foibleffe qu'il eut de condefcendre aux instances que lui fit le peuple d'élever un Veau d'or pour l'adorer, pendant que *Moïse* étoit sur la montagne de Sinaï. Ces deux illuftres frères furent privés du bonheur d'entrer dans la Terre-promise, en punition de leur défiance lorsqu'ils frappèrent le rocher dans le désert de Cadès. *Aaron* mourut l'an 1452 avant J. C. à 123 ans, après avoir revêtu des ornemens pontificaux *Éléazar*, son fils & son fucceffeur dans le facerdoce. Les Juifs modernes ont mis son nom dans leur calendrier, pour en renouveler la mémoire tous les ans. Les Grecs en font commémoration le premier Dimanche de Carême. Son culte est ancien chez les Latins, puisqu'il est marqué dans les premiers martyrologes. Les Juifs ont eu 86 grands-prêtres, depuis *Aaron* jusqu'à l'entière destruction du Temple. La dignité de grand-Pontise étoit à vie; mais lorsque les Romains se furent rendus maîtres de la Judée, les Empereurs en disposèrent à leur gré, la donnant à leurs favoris, & la livrant même au plus offrant.
II. AARON (St.) vivoit dans le 6$^{e}$ siècle; il devint abbé d'un monastère placé dans une petite ifle, qui depuis a été jointe au continent. Ce monastère a été l'origine de la ville de St. Malo; St. Aaron partagea les travaux apostoliques de l'évêque de ce nom. Une église du diocèse de Saint-Brieux est sous le vocable de St. Aaron.
III. AARON-RASCHILD, ou HAROUN AL-RASCHILD, V$^{e}$ calife de la race des Abbassides, contem- porain de *Charlemagne*, aussi vaillant que lui, monta sur le trône en 786. C'étoit un prince inconcevable, par le mélange de ses bonnes & de ses mauvaises qualités. Brave, magnifique, libéral, il répandit la terreur chez ses ennemis & les bienfaits sur ses peuples; perfide, capricieux, ingrat, il sacrifia les droits les plus farcés de la reconnoissance, de la droiture & de l'humanité, à ses injustes défiance & à la bizarrerie de ses goûts: (*Voyer* ABASSA, n° II.) Une grande partie de l'Asie, de l'Afrique & de l'Europe, depuis l'Espagne jusqu'aux Indes, plie sous ses armes. Il imposa un tribut très-confidérable à l'impératrice *Irène*, & força l'empereur *Nicéphore* à le lui payer. Huit victoires remportées en personne, les arts & les sciences ranimés, les gens-de-lettres protégés, ont rendu son nom illuftré. *Charlemagne* étoit le seul prince de son temps, digne d'être en commerce avec lui. *Aaron* lui fit présent d'une horloge sonnante, qui fut regardée alors comme un prodige. On dit même qu'il céda le saint Sépulchre, dont le patriarche lui fit porter l'étendard & les clefs. Sous ce calife les Arabes apportèrent, dit-on, en Europe les chiffres Indiens, dont l'usage fut substitué peu à peu à celui des Romains. Il mourut l'an 800 de J. C. & le 23$^{e}$ de son règne. Il fut si dévot Musulman, qu'il se huit fois le pèlerinage de la Mecque, étant calife. Il fut le dernier qui le fit en personne. Quand il ne pouvoit y aller, il entretenoit trois cents pèlerins à ses dépens. Il donnoit tous les jours aux pauvres des sommes considérables, & faisoit cent génuflexions par jour. *Aaron* avoit partagé avant sa mort son vaste empire à ses trois fils. Il donna à *Amin* ou *Hamin*, son fils aîné, la dignité de calife, avec Bagdad, la Chaldée, l'Arabie, la Méfopotamie, la Médie, la Palestine, & toute cette partie de l'Égypte qui étoit dans sa dépendance. Mamon, son second fils, eut la Perfe, les Indes, le Chorafan, & une partie du pays qui étoit au-delà de l'Oxus. Motaffan, le plus jeune des trois, ne fut pas aussi bien partagé que les deux autres; il lui laissa cependant l'Arménie, la Natalie, la Géorgie, la Circassie, & tout ce que les Califes possédoient au-delà de la Mer noire.
IV. AARON d'Alexandrie, prêtre & médecin du 7e siècle. C'est le premier, dit-on, qui ait fait connoître, dans un Traité en langue Syriaque, la petite vérole, maladie venue du fond de l'Arabie. V. AARON, (Isaac) interprète de Manuel Comnène pour les langues Occidentales, trahissoit ce prince, en expliquant ses volontés aux ambassadeurs des princes d'Occident. Son crime ayant été découvert par l'impératrice, il eut les yeux crevés, & ses biens furent confisqués. Lorsque Andronie Comnène eut usurpé le trône impérial, ce scélérat lui conseilla de ne pas se contenter d'arracher les yeux de ses ennemis, mais de leur couper encore la langue, qui pouvoit lui nuire davantage. Aaron fut dans la suite la victime de son conseil: Isaac l'Ange étant monté sur le trône en 1203, lui fit couper cette langue qui avoit fait tant de mal. Il se mêloit aussi de magie.
VI. AARON-BEN-ASER (Rabbin célèbre), vivoit dans le 5e siècle. On lui attribue, ainsi qu'à Ben - Nephtali, l'invention des points & des accens qui facilitent l'étude & la connoissance de la langue Hébraïque.
VII. AARON-BEN-CHAIM chef des synagogues de Fez & de Maroc, au commencement du 17e siècle, est auteur d'un Commentaire sur Jufué, intitulé: Le Cœur d'Aaron. Ce livre qui est rare fut imprimé à Venise en 1609, in-fol.
VIII. AARON de Bixyra, (Pierre-Paul) religieux Jésuite, devenu évêque de Fogaras, en Transylvanie, est mort en odeur de sainteté en 1760. On a imprimé de lui en langue Valaque un ouvrage sous ce titre: D. finitiu et exordium sanctae œcumenicae synodi Florentina &c., 1762, in-12.
IX. AARON-HARISCON, rabbin Caraïte, médecin à Constantinople en 1294, auteur d'un savant Commentaire sur le Pentateuque, qui se trouve manuscrit à la bibliothèque du Roi, & d'une Grammaire hébraïque, imprimée à Constantinople en 1581, in-8. X. AARON-SCHASCON, rabbin chef de la synagogue de Thessalonique, se rendit célèbre par ses écrits. On lui doit I. La lèvre de la vérité. II. La loi de la vérité. Il y donne 232 décisions sur des questions relatives aux ventes, prêts, louages, & autres contrats en usage chez les Juifs. — On connoit encore deux rabbins du nom d'Aaron. L'un a publié le jardin d'Eden, où il développe les maximes de la secte des Caraïtes, qu'il avoit embraffée. L'autre, né à Barcelone, laissa un catéchisme, dont Hottinger s'est servi dans son Traité du droit des Hébreux. Il mourut en 1292. I. AARSENS, (François d') fils d'un greffier des Etats généraux des Provinces - Unies, fut élevé par du Plessis Mornal, & travailla à égaler son maître. Il se rendit recommandable dans sa patrie, par le succès de ses ambaffades en France, sous Henri IV & Louis XIII; en Italie; en Allemagne; & en Angleterre, où il se rendit en 1641, pour négocier le mariage du prince Guillaume, fils du prince d'Orange, avec la fille de Charles I. Les relations qu'il publia de ses différentes négociations, sont faites avec beaucoup d'exactitude. Il mourut très - riche dans un âge avancé. Le cardinal de Richelieu disoit que « de son temps il n'avoit » connu que trois grands politiques : Oxenfléens, chancelier de Suède, Viford, chancelier de Montferrat, & François d'Aurens en Hollande.
II. AARSENS, Voy. AERTSEN.
ABA, monta sur le trône de Hongrie en 1041 ou 1042. Il étoit beau-frère de St. Etienne, premier roi Chrétien de ce royaume. Il défit Pierre surnommé l'Allemand, neveu & successeur de St. Etienne, & l'obligea de se retirer en Bavière. Les exactions & les brigandages de Pierre lui avoient fait perdre la couronne. Aba, élu à sa place par les grands du royaume, répandit beaucoup de sang, & ravagea l'Autriche & la Bavière; mais ayant été défait par l'emper. Henri III, dit le Noir, il fut massacré en 1044 par ses propres sujets, dont il étoit devenu le tyran.
ABACUC, Voy. HABACUC.
ABADIE, Voy. ABBADIE & LABADIE.
ABAFFI (Michel) fils d'un magistrat d'Hermantjad, devint prince de Transilvanie par son courage & les secours du sultan des Turcs en 1661, après avoir triomphé de Chimin Janes, son compéti- teur. Il attaqua l'Empereur, & servit vaillamment la Porte dans sa guerre contre la Hongrie.
ABAGA ou ABAKA, roi des Tartares, envoya des ambaffadours au second concile général de Lyon, en 1274, fouvit les Perses, & se rendit redoutable aux Chrétiens de la Terre-sainte par sa puissance & sa valeur.
ABAILARD ou ABELARD, (Pierre) naquit à Palais près de Nantes en 1079, d'une famille noble. Il étoit l'aîné de ses frères; il leur laissa tous les avantages de son droit d'aînesse, pour se livrer entièrement à l'étude. La dialectique étoit la science pour laquelle il se fentoit le plus d'attrait & de talent. Dévoré par la passion d'embarrasser par ses raisonnemens les hommes les plus détiés de l'Europe, il se rendit à Paris auprès de Guillaume de Champeaux, archidiacre de Notre-Dame, & le plus grand dialecticien de son temps. Abailard chercha d'abord à s'en faire aimer, & n'eut pas de peine à réussir. Mais l'avantage qu'il eut dans plusieurs disputes, lui attira l'aversion de son maître & l'envie de ses condisciples. Ce redoutable athlète se sépara d'eux pour aller soutenir des assauts ailleurs. Il ouvrit d'abord une école à Melun, ensuite à Corbeil, enfin à Paris. Son nom devint si célèbre, que tous les autres maîtres se trouvèrent sans disciples. Le successeur de Guillaume de Champeaux dans l'école de Paris, lui offrit sa chaire, & ne rougit pas de se mettre au nombre des fiens. Abailard devint le docteur à la mode. Il joignoit aux talens de l'homme de lettres, les agrémens de l'homme aimable. S'il fut admiré des hommes, il ne plut pas moins aux femmes. Il y avoit alors à Paris une jeune fille de qualité, pleine d'esprit & de charmes, nièce de *Fulbert*, chanoine de Paris. Son oncle, qui l'aimoit tendrement, entretient la passion qu'elle avoit de devenir savante. *Abailard* trouva dans les dispositions de l'oncle & de la nièce, un moyen de satisfaire la passion qu'*Héloïse* lui avoit inspirée. Il proposa à *Fulbert* de le prendre en pension, sous prétexte qu'il auroit plus de temps pour l'instruction de son élève. *Abailard* la rendit bientôt sensible. L'attachement mutuel du maître & de l'écolière fixant l'attention du public, *Fulbert* voulut rompre leurs liens en les séparant; mais il n'étoit plus temps: *Héloïse* portoit dans son sein le fruit de ses soiblesses. *Abailard* l'enleva & la conduisit en Bretagne, où elle accoucha d'un fils qu'on nomma *Astrolabe*. Il fit proposer à *Fulbert* d'épouser *Héloïse*, pourvu que leur mariage demeurât secret. Les deux époux reçurent la bénédiction nuptiale; mais l'oncle ne crut pas devoir faire un mystère d'une chose qui réparaît l'honneur de sa nièce. *Héloïse*, à qui la prétendue gloire d'*Abailard* étoit plus précieuse que la sienne propre, nia leur union avec serment. *Fulbert*, irrité de cette conduite, la traita avec une rigueur extrême. Son époux la mit à l'abri de son ressentiment dans le monastère d'Argenteuil, où elle avoit été élevée. *Fulbert*, s'imaginant qu'*Abailard* vouloit faire *Héloïse* religieuse pour s'en débarrasser, aposta des gens qui entrèrent dans la chambre d'*Abailard* pendant la nuit, & le privèrent de ce qui avoit été la source de quelques plaisirs passagers & de longs malheurs. Cet amant infortuné alla cacher son opprobre dans l'abbaye de St.-Denys en France, où il se fit religieux. Il avoit eu auparavant un panonicat à Paris. *Héloïse* prenoit en même temps le voile à Argenteuil, moins en Chrétienne qui se repent, qu'en amante abandonnée à son désespoir. Dans le moment qu'elle alloit recevoir l'habit religieux, elle récita des vers de *Lucain*, qu'elle appliqua à ses aventures. Cependant les disciples d'*Abailard* le pressoient de reprendre ses leçons publiques: il ouvrit d'abord son école à St.-Denys, & ensuite à St. Ayeul de Provins. L'affluence des étudiants y fut si grande, que quelques auteurs en sont monter le nombre jusqu'à trois mille. Les succès d'*Abailard* réveillèrent la jalousie des autres maîtres. Soit zèle, soit vengeance, ils se déclarèrent contre son *Traité de la Trinité*, condamné au concile de Soissons vers 1121. Il le fut de nouveau à celui de Sens en 1140, à la poursuite de St. Bernard. Ce célèbre réformateur y dénonça les propositions d'*Abailard*, & le pressa de les nier, ou de se rétracter. L'errant ne fit ni l'un ni l'autre; il sortit brusquement du concile, en s'écriant qu'il en appelait à Rome. Les évêques, n'ayant rien décidé par respect pour le Pape, employèrent la plume de St. Bernard, qui rendit compte au souverain pontife de l'assemblée de Sens. L'abbé de Clairvaux, soit zèle, soit prévention contre *Abailard*, le peignit avec des couleurs peu favorables. Il écrivit au Pape « qu'*Abailard* & » *Arnaud* de Bresse avoient fait un » complot secret contre *JESUS-CHRIST* & contre son Eglise. » Il dit qu'*Abailard* est un *Dragon* » *infernal*, qui persecute l'Eglise » d'une manière d'autant plus dangereuse, qu'elle est plus cachée » & plus secrète: il en veut, dit » il, à l'innocence des ames... *Arius*, » *Pélage*, & *Nestorius* ne sont pas » si dangereux, puisqu'il réunit » tous ces monstres dans sa per- » sonne, comme sa conduite & ses » livres le font connoître : il est » le perfécuteur de la Foi, le précar- » seur de l'Antechrift. » PLUQUET prêtend que les accusations de St. Bernard étoient destituées non-feu- lement de fondement, mais même d'apparence, aux yeux du lecteur impartial. » Je ne fais point (die- » il) cette remarque pour diminuer » la juste vénération que l'on a » pour cet illustre & saint Abbé. » Je voudrois inspirer aux per- sonnes, qu'un zèle ardent ani- » me, un peu de défiance pour » leurs propres idées, &, s'il étoit » possible, les rendre un peu plus » lentes à condamner. Si, dans un » ame aussi pure, aussi éclairée que » celle de St. Bernard, le zèle a » été outré, combien ne devons- » nous pas nous défiler de notre » zèle, nous qui sommes si éloi- » gnés du désintéressement & de » la charité de St. Bernard ? » (Dict. des Hérédés.) Quoi qu'il en soit, Innocent II ratifia tout ce que le concile de Sens avoit fait. Il ordonna que les livres d'Aba- lard fussent brûlés, & que leur au- teur fût enfermé, avec défense d'enseigner. Les erreurs qu'on lui reprochois, étoient les suivantes : 1.º Il y a des degrés dans la Tri- niité; le Père est une pleine puis- ance; le Fils est quelque puis- ance. 2.º Le St.-Esprit procède bien du Père & du Fils; mais il n'est pas de la substance du Père, ni de celle du Fils. 3.º Le Diable n'a jamais aucun pouvoir sur l'Homme; & le Fils de Dieu ne s'est jamais incarné pour délivrer l'Homme, mais seulement pour l'instruire par ses discours & par ses exemples; & il n'a souffert, n'i n'est mort, que pour faire pa- roître sa charité envers nous. 4.º Le St. Esprit est l'ame du monde, 5.º JESUS-CHRIST, Dieu & hom- me, n'est pas la troisième perfon- ne de la Trinité, & l'Homme ne doit pas être appelé proprement Dieu. 6.º Nous pouvons vouloir ou faire le bien par le libre-ar- bitre, sans le secours de la gra- ce. 7.º Dans le sacrement de l'Au- tel, la forme de la première sub- stance demeure. 8.º On ne tire pas d'Adam la coulpe du péché origi- nel, mais la peine. 9.º Il n'y a point de péché sans que le pé- cheur y confente, & sans qu'il méprise Dieu. 10.º Les sugges- tions diaboliques, la délectation & l'ignorance ne produisent aucun péché. 11.º Les suggestions diabo- liques se font dans les hommes d'une manière physique, savoir, par l'attouchement des pierres, des herbes, & des autres choses dont les Démons savent la vertu. 12.º La foi est l'estimation & le ju- gement qu'on fait des choses qu'on ne voit pas. 13.º Dieu ne peut faire que ce qu'il a fait, & ce qu'il fera. 14.º JESUS-CHRIST n'est pas descendu aux Enfers. Abailard, aussi malheureux en écrits qu'en amours, publia son Apologie. Il est certain que dans bien des choses il n'a- voit péché que dans les expres- sions, & que ses intentions pou- voient être bonnes, si les termes ne l'étoient pas. » Lorsqu'Abaillard (dit M. Pluquet) » eut embraffé la » vie religieuse, il s'attacha prin- cipalement à la théologie. Ses disciples le prièrent de joindre » aux autorités qui prouvent les » dogmes de la Religion, des ex- plications qui rendissent ces dog- mes intelligibles à la raison. Ils » lui représentèrent, qu'il étoit » inutile de leur donner des pa- roles qu'ils n'entendois point; » qu'on ne pouvoit rien croire sans » l'avoir auparavant entendu : & » qu'il étoit ridicule d'enseigner. » une chose dont ni celui qui » parloit, ni ceux qui l'écoutoient » n'avoient point d'idée. Ils ajou- » toient que le Seigneur lui-même » avoit censuré ces maîtres-là, » comme des aveugles qui con- » duifioient d'autres aveugles... Tel » étoit le goût général de la Na- » tion, & ce goût ne s'étoit pas » toujours contenu dans ses jus- » tes bornes. Quelques philoso- » phes, parce qu'ils favoient faire » un fyllogisme, se croyoient en » droit d'examiner & de décider » souverainement de tout. Ils » croyoient, en faisant un fyllo- » gisme, approfondir tout, éclair- » cir même tous les Mystères, & » ils avoient attaqué le dogme de » la Trinité. *Abailard*, déterminé » par ces considérations, & peut- » être par son propre goût, en- » treprit d'expliquer les Mystères » & les vérités de la Religion, de » les rendre sensibles par des com- » paraisons; de combattre, par » l'autorité des philosophes & par » les principes de la philosophie, » les difficultés des dialecticiens » qui attaquaient la Religion. » Mais ayant plus de sagacité que de clarté dans l'esprit, il se servit d'expressions qui fournirent à ses ennemis des sujets de plainte. Ce- pendant, comme il se croyoit in- nocent, il voulut poursuivre son appel au saint siège, & partit pour Rome. En passant à Cluni, *Pierre* le *Vénérable*, abbé de ce monas- » tère, homme éclairé & compatis- » fanc, le reint dans sa solitude & entreprit sa conversion. Il en vint à bout par sa douceur & sa pié- » t; il pegait son repentir au Pa- pe, & obtint son Pardon. Il tra- » vaille en même temps à le réconci- » lier avec *St.-Bernard*, & y réussit. Quoique *Abailard* fut entré dans le cloître, plutôt par dépit que par piété, ses Lettres à *Héloïse* semblent attefter qu'il ne tarda pas à pren- » dre l'esprit de cet état. Cette ten- » dre amante étoit alors au Paraclet. C'étoit un oratoire que son amante avoit bâti près de Nogent-sur-Sei- » ne en 1122, à l'honneur de la Tri- » nité. *Héloïse* y vivoit s'intement avec plusieurs autres religieuses. *Abailard*, marchant sur les traces de son épouse, trouva dans le mo- » naître de Cluni la paix de l'âme, que les plaisirs & la gloire n'a- voient pu lui procurer. Devenu très-informe, il fut envoyé au mo- » naître de St. Marcel près de Châ- » lons-sur-Saône, & y mourut le 21 avril 1142, à 63 ans. *Héloïse* de- » manda les cendres d'*Abailard*, & les obtint. *Abailard* le lui avoit promis de son vivant, afin qu'*Héloïse* & ses religieuses se cruisent plus obligées en recevant ses dé- » pouilles mortelles, à prier pour le repos de son âme. » Alors, (difioit-il à *Héloïse* dans une de ses Lettres, ) » vous me verrez, non pour répan- » dre des larmes; il n'en fera plus » temps. Versez-en aujourd'hui » pour éteindre des feux criminels. » Vous me verrez alors pour forti- » fier votre piété par l'horreur d'un » cadavre; & ma mort, plus élo- » quente que moi, vous dira ce » qu'on aime quand on aime un » homme. » *Héloïse* fit enterrer au Paraclet le corps de son époux, im- » mortalisé par elle autant que par ses écrits. *Pierre* le *Vénérable* honora son tombeau d'une épitaphe, qui n'est point dans le style de *Virgile*, mais qui étoit bonne pour le temps. Quel- » ques éloges qu'on donne à *Abailard*, » on ne peut nier qu'il n'eût une présomption extrême. Avec moins d'amour propre, il auroit été moins célèbre & plus heureux. Le Recueil de ses Ouvrages fut publié à Paris en 1616, (le fron- » tspice porte quelquefois la date de 1606, d'autres fois de 1626) en un gros vol. in-4°. sur les manuscrits de François d'Amboise. Cette collection offre, I. Plusieurs Lettres : la première est un récit des différentes infortunes de l'auteur, jusques vers le temps du concile de Sens ; la troisième, la cinquième & la huitième sont adressées à Héloïse. II. Des Sermons. III. Des Traités dogmatiques. On trouve dans ces différents ouvrages, de l'imagination, du savoir & de l'esprit ; mais on y voit encore plus d'idées singulières, de vaines subtilités, d'expressions barbares. « Quelque mérite qu'Abailard ait eu du côté de l'esprit & du côté de la science, (dit l'abbé Papillon, ) » on parleroit moins de lui sans l'intrigue galante qu'il a eû avec la belle & savante Héloïse. La beauté singulière de cette fille, l'étendue de son génie, la connoissance de l'hébreu, du grec & du latin, sa pénétration dans les secrets les plus sublimes de l'Écriture & de la théologie, la haute noblesse des Montmorencie dont on prétend qu'elle tiroit son origine ; tout cela donnoit du relief à un homme pour qui elle s'étoit déclarée... J'avance même hardiment, que les ouvrages de l'écolière ont donné du prix à ceux du maître. Qu'on en croie ce qu'on voudra, je suis persuadé que si, en réimprimant les ouvrages d'Abailard, on retranchoit les Lettres de cette héroïne, le libraire pourroit bien se trouver chargé du poids fâcheux de l'édition : car on ne peut nier que ce philosophe Breton n'ait distillé sur ce qu'il a écrit, tout ce que la métaphysique a de plus subtil & de plus embarrassée. On ne voit pas toujours ce qu'il veut nous apprendre ; il fatigue, il ennuie ; ses livres tourmentent le lecteur. » Dom Gervaise pu- blia en 1720, en 2 vol. in-12, la Vie d'Abailard & d'Héloïse. Trois ans après il fit imprimer, en 2 vol. in-12, les véritables Lettres de ces deux amans, avec des notes historiques & critiques, & une traduction qui n'est qu'une longue paraphrase. On a publié sous le nom d'Abailard & Héloïse différentes Lettres, qui sont purement romanesques. La meilleure édition des véritables Lettres d'Abailard & d'Héloïse, est celle de Londres 1718, in-8.° en latin. Elle a été revue sur les meilleurs manuscrits, & n'est pas commune. Voyez POPE, COLARDEAU.
ABANO. Voyez APONO.
ABANTIDAS, né à Sicyone, usurpa le souverain pouvoir dans sa patrie. Les citoyens assemblés avoient déféré le gouvernement à Clinias, réputé le plus sage & le plus brave des Sicyoniens. Abantidas le fit affaîmer, & poursuivit avec barbarie tous les parens & les amis de sa victime. Clinias avoit épargné Aratus âgé de sept ans. L'enfant avoit échappé au massacre de tous ses proches, en se réfugiant au milieu du tumulte dans la maison de Soto, la propre sœur du tyran. Cette femme généreuse en prit soin, le cacha aux recherches de son frère, & l'envoya quelque temps après à Argos. Bientôt Abantidas fut puni de son ambition & de ses crimes. Dinias & Aristote le dialecticien donnoient des leçons publiques d'éloquence ; le tyran venoit souvent les entendre ; & ce fut dans leur école que les vengeurs de Clinias le firent expirer sous leurs coups, & délivrerent Sicyone de son injuste puissance.
ABAQUA, fut mère de l'empereur Maximin, qui succéda à Alexandre Sévère. Elle étoit Alaine de nation, & épousa le Goth Mecca. C'est dans un village de la Thrace qu'elle donna le jour à Maximin, qui resta longtemps simple ber- er.
ABARBANEL, V. ABRABANEL.
ABARIS, Scythe fameux, qu'on dit avoir été prêtre d'Apollon Hy- perboréen. Les savans sont parta- gés sur le temps où il vivoit; les uns le sont contemporain des Grecs qui assiègèrent Troie; les autres de Cracus. Porphyre & Jamblique Jui ont attribué une foule de pro- diges, qui sont de pures fables. Il avoit reçu d'Apollon, suivant eux, une flèche volante, sur la- quelle il traversoit les airs, ce qui lui servoit à faire de belles cour- ses. La plus fameuse est celle qu'il fit à Athènes, où il fut député à l'occasion d'un oracle d'Apollon. La Grèce admira ce prophète barba- re, & la postérité l'a mis au rang des enthousiastes. Il avoit compo- sé quelques Livres pleins de son fanatisme, dont il ne nous reste que les titres... Cet Abaris étoit différent de celui qui fut tué par Persée, comme le dit Ovide (Métam. L. 5.) & de celui qui tombe sous les coups d'Euryale dans l'Enéide. I. ABAS, douzième roi des Ar- giens, fils de Lyncée & d'Hyper- mes, Il fut père de Præsus & d'A- crifus, & aïeul de Persée. C'est de lui que les rois ses successeurs fu- rent appellés Abantiades.
II. ABAS, capitaine Grec, qui fut tué par les Troyens avec An- drogée la nuit de la prise de Troie. Enés consacra son bouclier aux Dieux dans la ville d'Ambracie. Virg. Encid. L. 3... Il y eut aussi un Centaure de ce nom, qui étoit grand chasseur.
ABAS, Voy. ABBAS & SCHAH- ABBAS.
ABASCANTUS naquit à Lyon, & y devint le médecin le plus célèbre de son siècle. Galien, son contemporain, loue son antidote contre la morsure des serpens, conna encore sous le nom d'anti- dote d'ABASCANTUS. I. ABASSA, irrité contre Mu- stapha I, empereur des Turcs, se ré- voita sous prétexte de venger la mort du sultan Osman, & fit pas- ser au fil de l'épée un grand nom- bre de Janissa res. Le mufti & le général des Janissaires profitèrent de cette rébellion pour déposer Mustapha, & pour placer Amurat IV sur le trône. Le sultan peu de temps après s'accommoda avec Abassa. Il l'envoya en 1634 à la tête d'une armée de 60,000 hommes contre les Polonois, qui pressés par les Russes, firent la paix avec ceux-ci, & se préparèrent à une vigoureuse déseser contre les Turcs, occupes alors contre les Persans. Le sultan voulant tourner toutes ses armes contre la Perse, sacrifia Abassa aux intérêts de l'état, & le fit étrangler, comme s'il étoit entré en Pologne sans son ordre. Par cette exécution la paix fut réta- blie entre les Polonois & la Porte. Abassa avoit des qualités brillantes & dangereuses.
II. ABASSA, fœur d'Aaron-Ras- child, fut mariée par son frère à Giafard le Barmec-de, à condition qu'ils ne goûteroient pas les plai- sirs du mariage. L'amour fit oublier aux deux époux l'ordre qu'ils avoient reçu. Ils eurent bientôt un fils, qu'ils envoyèrent secrète- ment élever à la Mecque. Le calife en ayant eu connoissance, Giafard perdit la faveur de son mai- tre, & peu après la vie; (Voye la Préface qui est à la tête des *Barmécides*, tragédie de M. de *La Harpe*, jouée en 1778.) & *Abaïsa*, chastée du palais, fut réduite à l'état le plus misérable. Plusieurs années après, une Dame qui la connoissoit, touchée de son malheur, lui demanda ce qui le lui avoit attiré? Elle répondit, « qu'elle avoit eu autre- » fois 400 esclaves, & qu'elle se trouvoit dans un état où deux peaux de moutons lui servoient, l'une de chemise, l'autre de ro- » be; qu'elle attribuoit sa disgrace à son peu de reconnoissance pour les bienfaits qu'elle avoit reçus de Dieu: qu'elle reconnoissoit sa faute, en faisoit pénitence, & vi- » voit contente. « Cette Dame lui donna alors cinq cents dragmes d'argent, qui lui causèrent un plaisir aussi vif, que si elle eût été rétablie dans son premier état... *Abaïsa* avoit beaucoup d'esprit, dit-on, & fai- » soit fort bien des vers,
ABAUZIT, (Firmin) naquit à Uzès le 11 Novembre 1679, de parens Calvinistes; sa mère persé- » cutée en France & privée de son fils, vint cependant à bout de l'envoyer à Genève en 1689. Il fut bibliothé- » caire de cette dernière ville, où il vécut dans une sage obscurité. Il se retira sur la fin de ses jours dans une petite solitude à portée de Genève; c'est là qu'il termina sa longue carrière le 20 Mars 1767. C'étoit un homme sans prétention, sans faîte, doux, communicatif, officieux. Ses études & ses voya- » ges avoient étendu ses lumières sur presque toutes les sciences, belles-lettres, antiquité, histoire, physique, histoire naturelle, mathématiques; il approfondit tout, & ne fut jamais avare de ses connoissances. Dans un voyage qu'il fit en Hollande en 1698, il gagna l'amitié de *Bayle* & l'es- time de *Bafnage* & de *Jurieu*. A Londres, *St.-Evremont* se plut avec lui; & *Newton* lui envoya son *Commercium epistolicum*, avec ces mots: *vous êtes bien digne de juger entre Leibniz et moi, Jean Perri*, cet Ingénieur habile, qui alla en Russie exécuter les projets du *Czar Pierre*, fut son ami particulier. Enfin, la réputation d'*Abauzit* par- » vint jusqu'au roi *Guillaume*, qui lui fit des offres avantageuses pour le retenir en Angleterre; mais la ten- » dresse maternelle le rappella à Genève. On a de ce savant quel- » ques ouvrages en faveur de l'A- » rianisme moderne, entr'autres un *Commentaire sur l'Apocalypse*, où les erreurs de cette secte sont dé- » sendues avec une vivacité bien peu philosophique. Tout ce qu'il a écrit en faveur du Socinianisme a été recueilli sous le titre de *Tome I.*, des *Œuvres diverses* de M. *Abauzit*, Londres 1770, in-8. Mais il est principalement connu par une nouvelle édition de l'*Histoire de Genève* de *Spon*, 1730, in-4. 2 vol. & 4 vol. in-12. L'éditeur a non seulement rectifié cette Hif- » toire, mais il l'a augmentée de notes très-amples, & y a joint les Actes & autres pièces qui lui ser- » vent de preuves. On lui doit enfin trois *Dissertations latines* sur des inscriptions antiques découvertes à Genève, 1731.
ABBADIE, (Jacques) célèbre — ministre Calviniste, naquit à Nay en Béarn l'an 1658. Après avoir étudié à Sédan, voyage en Hol- » lande & en Allemagne, il exerça les fonctions de son ministère d'abord en France, puis à Berlin, & en- » fuite à Londres; de là il passa en Irlande, où il fut fait doyen de Killaloe. Il mourut le 6 Novembre 1728, à Ste. Marybonne près de Londres, à 69 ans; & quoiqu'il ne fût pas très vieux, on prétend que le travail avoit affoibli son esprit. La pureté de ses mœurs, la droiture de son caractère, & l'éloquence de ses fermons, lui avoient fait beaucoup d'amis dans cette ville parmi les grands & les gens de lettres, Il étoit versé dans les langues, dans l'Écriture & dans les Pères. Il a rendu de grands services à la Religion par quelques-uns de ses ouvrages. Ses *Traités de la vérité de la Religion Chrétienne*, en 2 vol. in-12; de la *Divinité de J. C.* in-12; & de l'*Art de se connoître soi-même*, formant en tout 4 vol. in-12, traduits en différentes langues, écrits avec force dans le raisonnement & énergie dans le style, eurent le suffrage des Catholiques & des Calvinistes. *Sa vérité de la Religion Chrétienne réformée*, en 2 vol. in-8.⁰ fut louée par les Journalistes Protestans, quoique ce soit une apologie insuffisante. Les gens sensés de toutes les communons se moquèrent également du *Triomphe de la Providence & de la Religion dans l'ouverture des sept sceaux par le Fils de Dieu*, 1713, en 4 vol. in-12: ouvrage plus digne de *Nostradamus* & de *Juricu*, que d'un théologien sage. *Abbadie* veut prouver que l'Apocalypse bien entendue, est une démonstration invincible de la vérité de la Religion Chrétienne. Son imagination égarée y trouve l'histoire suivie de l'Empire & de l'Église, depuis *St. Jean* jusqu'à la fin du monde *Voltaire* prétend que « cette « production fit tort à son Traité » de la Religion Chrétienne. » Il ne lui en fit pas plus, que l'*Apocalypse* de *Newton* n'en a fait à son *Optique*. On a encore d'*Abbadie*: I. Un volume de *Sermons*, 1680, in-8.⁰, moins connus que son *Traité* sur la Religion. II. La *Défense de la Nation Britannique*, contre l'*Auteur de l'AVIS important aux Réfugiés*, 1692, in 8.⁰ Ce livre n'est pas commun. I. Les *Caractères du Chrétien & du Christianisme*, 1685, in 12. Le P. *Nicéron* cite encore de lui l'*Histoire des Conspirations contre le Roi & le royaume d'Angleterre*. Cet ouvrage, dont il ignore la date, est, dit-il, si rare, que peu de gens le connoissent. *Abbadie* avoit la mémoire la plus heureuse. Il composoit ses ouvrages dans sa tête, & ne les écrivait qu'à mesure qu'il les faisoit imprimer. Cet avantage de retenir tout le plan d'une composition, nous a privés de deux livres importants, dont l'un étoit une *Nouvelle Manière de démontrer l'immortalité de l'âme*.
ABBANO, *Voyez APONO*. I. ABBAS, oncle de *Mahomet*, d'abord son ennemi, ensuite son apôtre & l'un de ses généraux. Il finva la vie à son neveu à la bataille de Honain, que ce prophète auroit perdue, si *Abbas* n'eût rappelé les tuyards. Sa mémoire est rêverée chez les Mahométans, qui l'ont mis dans la première classe de leurs docteurs & de leurs Saints.
II. ABBAS, fils du précédent, fut regardé par les Musulmans comme leur *Rabbani*, c'est-à-dire comme le Docteur des docteurs: c'est le titre qu'on lui donna à sa mort, arrivée en 687. La dynastie des 37 calises Abbassides qui détrônèrent les calises Omniades, descendoit de ces deux *Abbas*. Leur domination dura 524 ans. Long-temps des potes dans la religion comme dans le gouvernement, ces nouveaux calises furent dépossédés à leur tour par les Tartares.
ABBAS, Voyer ABAS & SCHAR-ABBAS.
ABBATEGIO, (Marian d') fut ainsi nommé d'une terre dans l'Abruzze, où il naquit dans le quatorzième siècle. Moine Céleffin, son savoir et son courage l'élevèrent au généralat de son ordre, & le firent nommer gouverneur d'Aquila en 1317.
ABBATISSA, (Paul) né à Messine, devint l'un des plus célèbres poètes de Sicile vers l'an 1570. Il traduisit en vers Italiens l'*Iliade* & l'*Odyssee* d'Homère, & les *Metamorphoses* d'Ovide.
ABBATIUS, (Balde Ange) médecin Italien, né dans l'État ecclésiastique, fit imprimer en 1589, un très-favant Traité sur les vipères, in 4.º il y paroît au-dessus des préjugés de son siècle.
ABBAUCAS, philosophe connu dans *Lucen* par un trait singulier. Il pouffia l'amitié jusqu'à aimer mieux sauver son ami des flammes, que sa femme & ses deux enfans, dont un périt dans l'incendie; & comme on lui reprochoit de les avoir abandonnés, il fit cette étrange réponse : *Je pouvois faire d'autres enfans, mais je n'aurais jamais trouvé un tel ami.*
ABBÉ, (Louise l') *Voy. LABÉ.* I. ABBON, moine de St.-Germain-des-Prés, fit en vers latins barbares la relation du siège de Paris par les Normands vers la fin du 9e siècle. Ce gazettier versificateur, qui lui-même étoit Normand, fut témoin de ce siège; & s'il n'est pas bon poète, il est historien exact. Il entre dans les plus grands détails; & paroît assez impartial. Son Poème contient plus de douze cents vers en deux livres. On le trouve dans le tome IIe de la collection de Duchêne; & il a été réimprimé beaucoup plus correct, avec des notes, dans les *Nouvelles Annales de Paris*, publiées par D. *Touffain Duplessis*, Bénédictin de la congrégation de St.-Maur, en 1753, vol. in 4.º. On en a donné depuis une traduction françoise.
II. ABBON de Fleury, né dans le territoire d'Orléans, se livra avec une égale ardeur à tous les arts & à toutes les sciences : grammaire, arithmétique, poésie, rhétorique, musique, dialectique, géométrie, astronomie, théologie. Après avoir brillé dans les écoles de Paris & de Reims, il fut élu abbé du monastère de Fleury, dont il étoit moine. Il essuya bien des traverses de la part de quelques évêques, contre lesquels ils foutent les droits de l'ordre monastique. Ses ennemis lui attribuèrent quelques violences contre ses persécuteurs. Il écrivit, pour s'en justifier, une Apologie, qu'il adressa aux rois *Hugues* & *Robert*. Il décida quelque temps après aux mêmes princes un *Recueil de Canons* sur les devoirs des rois & ceux des sujets. Le roi *Robert* l'ayant envoyé à Rome pour appaifer *Grégoire V*, qui vouloit mettre le royaume en interdit, le pape lui accorda tout ce qu'il voulut. *Abbon*, de retour de ce voyage, alla travailler à la réforme de l'abbaye de la *Réole* en Gascogne. Il y fut tué dans une querelle élevée entre les François & les Gafcons en 1004. Le recueil de ses Lettres fut publié en 1687, in-fol. sur les manuscrits de *Pierre Pithou*. On y a joint son recueil de Canons & son Apologie. I. ABBOT, (Robert) professeur de théologie dans l'université d'Oxford, né en 1560, étoit fils d'un tondeur de draps du comté de Surrey. Le roi Jacques I, qui aimoit les docteurs, & qui l'étoit lui-même, lui donna l'évêché de Salisbury; ce fut pour le récompenser de son traité latin : De la souveraine puissance des Rois, contre Bellarmin & Suarez, qu'il présenta en manuscrit à ce prince, qui fut depuis imprimé à Londres in-4.º On a encore de ce théologien : I. Plusieurs ouvrages de controverse. II. Une Réponse à l'Apologie de Henri Garnet, Jésuite, auquel on imputoit d'être entré dans l'affreuse conspiration des poudres. Abbot ne fut évêque que trois ans : il mourut le 2 mars 1617.
II. ABBOT, (George) d'abord principal du collège d'Oxford, ensuite nommé à deux évêchés, & enfin archevêque de Cantorberi, naquit à Guilford en 1562. Il étoit frère du précédent; mais il ne fut pas se ménager, comme lui, les bonnes graces du roi Jacques I. Il les perdit en s'opposant au mariage du prince de Galles avec l'infante d'Espagne. Les zélés d'Angleterre, irrités de l'indulgence d'Abbot pour les non-Conformistes, profitèrent pieusement de l'aversion de Jacques I. Ils accusèrent George d'irrégularité, pour avoir fait un meurtre par mégarde. Abbot confondit ses ennemis; mais six ans après, ils furent appuyés par le duc de Buckingham, qui haisoit l'archevêque sans aimer les dévots. Abbot, suspendu des fonctions de sa primatie, fut rétabli en 1628. Il mourut au château de Croydon, le 4 Août 1633. Nous avons de ce savant prélat I. Six Questions théologiques, en latin, Oxford 1598, in-4.º II. Des Sermons sur le prophète Jonas, in-4.º III. L'Histoire du massacre de la Valteline, à la fin des Actes de l'Eglise Anglicane, de Jean Fox, à Londres 1631, in-fol. IV. Une Géographie, in-4.º assez bonne pour son temps. V. Un Traité de la visibilité perpétuelle de la vraie Eglise, in-4.º. Ces quatre derniers ouvrages sont en anglois. Ceux qui ont comparé ces deux frères, disent que George étoit plus propre pour la théologie, & Robert pour les affaires. La gravité du premier étoit accompagnée d'un ton sévère, & celle du second avoit l'air riant. Son fils George ABBOT, a donné des Notes sur les Pseaumes, 1651, in-4.º une Paraphrase de Job en Anglois, 1640, in-4.º & des Vindicia Sabbati, 1641, in-4.º Ce dernier ouvrage est le seul recherché. Abbot étoit membre du collège de Merton. Il mourut en 1648.
ABDALCADER, surnommé Ghili, parce qu'il étoit né dans le Ghilan, province de Persé, est renommé chez les Orientaux par sa piété & sa prière ainsi conçue : « Dieu tout puissant, comme je ne t'oublie jamais, & que je te rends un culte continuel, daignes de même te souvenir quelquefois de ton serviteur. » Il semble que la devise de ce dévot étoit rien pour rien.
ABBT, (Thomas) né en 1738 à Ulm, mort à Buckeburg en 1766. Ses principaux ouvrages sont. I. Un traité du Mérite. II. Un autre sur la mort pour la patrie. III. Une traduction de Salluste. Tous trois sont estimés en Allemagne. M. Nicolas a donné la vie de T. ABBT, & publié ses Œuvres posthumes.
ABDALLA, Voy. ABDALLAH. I. ABDALLA, père du prophète Mahomet, étoit esclave & conducteur de chameaux. Les Mahométans, pour relever l'origine du fils, disent que le père fut recherché en mariage par la plus belle & la plus vertueuse de toutes les femmes de fa tribu. Il avoitalors 75 ou 85 ans; & ce qu'il y a de plus extraordi- naire encore, c'est que, la première nuit de ses noces, cent filles mou- rurent de désefpoir en voyant une femme plus fortunée qu'elles. Son épouse fut quelque temps férile; mais enfin, elle accoucha d'un fils qui changea les destinées du monde.
II. ABDALLA, fils de Zobair, proclamé calife par les Arabes de la Mecque & de Médine, qui s'é- toient révoltés contre Yefid, essuya quelques guerres pour se mainte- nir dans son califat, & en demeura paisible poffeffeur pendant quatre ans, après la mort de son adver- faire. Le fucceffeur d'Yefid dans le califat de Syrie, fit mettre le siege devant la Mecque. Abdalla, après sept mois d'une défense vigoureu- se, se retrancha dans le temple, ou ayant été renversé par un coup de pierre, il eut la tête tranchée, vers l'an 733. Ce prince avoit de la bravoure & de la piété; mais son avarice étoit si sordide, qu'elle a passé en proverbe parmi les Ara- bes. Il étoit, dit-on, si attentif dans ses prières, que les pigeons ve- noient se reposer sur sa tête sans qu'il s'en apperçut.
III. ABDALLA, Voyez ALMA- MON, & ABRAHAM, n°. VI.
IV. ABDALLA, fils d'Yesid, cé- lèbre jurisconsulte Mufulman, vi- voit dans le 7e siècle. Il étoit très - respecté. On disoit de lui, qu'il étoit pour les hommes, ce que le Soleil est à la terre & ce que la santé est au corps. Il avoit coutume de dire, « qu'un docteur doit toujours laisser à ses disciples quelque point de Loi à éclaircir, et qu'ainsi il ne doit jamais rougir de dire: Je ne fais point. » Ce devroit être la de- vise de tous les docteurs. V. ABDALLA, prêtre d'Alep, - établit dans cette ville vers la fin du dernier siècle, par le conseil d'un missionnaire Jésuite, nommé le Père Baïre, une espèce de reli- gieux Maronites, dont le genre de vie ressemble beaucoup à celui des Chartreux. Mais le repentir n'ha- bite jamais chez ces religieux, con- trus aussi sous le nom d'ALEPINS. S'ils se dégoutent de leur vocation, ils reçoivent dispense de leurs vœux, & peuvent quitter le cloître Abdalla, qui fut leur premier supé- rieur, mourut en odeur de sainteté.
ABDALLAH, fils d'Abbas, & oncle des deux premiers califes de la maison des Abassides, travailla efficacement à établir sa maison sur les ruines de celle des Omniades. Il affermit son neveu Aboud-Abbas dans le califat qu'il lui avoit pro- curé. Après sa mort, il prétendit lui fucceffé; il prit les armes, & se fit proclamer calife. Mais ayant été défait par le général qui com- mandoit les troupes d'Abou-Giafar, son concurrent & son neveu, il s'enfuit à Barra & y refta caché pendant plusieurs mois. Abou-Gia- far, pour le faire sortir de sa re- traite, feignit d'avoir oublié tout le passé, & ne souhaiter qu'une ré- conciliation avec Abdallah, Celui- ci, séduit par ses artifices, se ren- dit à la cour du calife, où il fut reçu avec les démonstrations de l'amitié la plus fincère. Mais peu de temps après, le plancher de la chambre où Abdallah étoit, s'écrou- la tout à coup, & le fils périt avec une partie de ses amis. Cet événe- ment avoit été concerté par le ca- life, qui avoit fait disposer son ap- partement de façon, qu'au premier ordre, on étoit sur de le faire en- foncer sans beaucoup de peine. Sa mort arriva l'an de J. C. 754. Ses troupes avoient défait en bataille 16 A B D rangée le dernier calife des Ommiades, & il avoit exercé des cruautés inouies contre tous ceux de cette maison qui étoient tombés entre ses mains. I. ABDALMALEK, cinquième calife Ommiade, surnommé l'Ecorcheur de pierre à cause de son avarice, commença à régner en 684. Après son père Mervan I. Constantin Pagonat, empereur d'Orient, étant mort l'année d'après, Justinien II. son fils, crut devoir profiter des dissensions des Arabes, pour rompre la paix que son père leur avoit accordée. Il envoya le général Léonce avec une armée qui portant avec elle le fer & la flamme, traversa l'Ibérie, l'Albanie, la Médie, pénétra en Hircanie, & revint chargée de dépouilles immenses. Abdalmalek effrayé promit, pour avoir la paix, de donner à Justinien, par jour, un esclave, un cheval arabe, & mille pièces d'or. L'Empereur Grec de son côté, s'engagea à mettre fin aux courses des Maronites. Léonce massacra au milieu d'un repas Jean chef de ces peuples belliqueux, & ceux qui se présentèrent pour sa défense, après les avoir endormis par la promesse artificielle qu'il venoit les aider à chasser les infidèles de la Syrie. Les Maronites se trouvant affoiblis par cette exécution barbare & perfide, les musulmans auparavant intimidés par eux, & ne craignant plus leurs incursions, revinrent en foule, & défolèrent les provinces de l'Asie mineure. La paix qui étoit signée pour dix ans, n'en dura pas quatre, depuis l'an 691 jusqu'en 693. Justinien fut forcé de reprendre les armes, et perdit avec le tribut qu'on lui payoit, une grande partie de la petite Arménie. Les Arabes augmentoient leurs conquêtes. Maitres de l'Egypte, de la Cyrénaïque, et de la Lybie, ils avoient tenté en vain de subjuguer l'Afrique propre. Le détrônement de Justinien II. offrant une occasion plus favorable, Hassan, général d'Abdalmalek, se chargea de cette expédition. Il se rendit maître de Carthage, reprise bientôt par les Grecs, & reconquise enfin par les Arabes, qui pour ne pas la reperdre, y mirent le feu environ 850 ans depuis que Scipion Emilian avoit renversé la première. Abdalmalek mourut peu de tems après à Damas en 705. Son haleine étoit, dit-on, si infecte, qu'elle tuoit les mouches qui se reposoient sur ses lèvres. Il ajoutoit beaucoup de foi aux songes & aux prédictions. Ayant rêvé quatre fois consécutives, qu'il urinoit dans le portique sacré de la Mecque, un devin eut le secret de trouver un presage heureux dans ce songe, & lui prédit qu'il auroit autant d'enfants califes, qu'il avoit uriné de fois : ce qui ne manqua pas d'arriver.
II. ABDALMALEK, dernier prince des Samanides, détrôné par Mahmoud en 999, perdit son royaume, la liberté & la vie, comme tant d'autres princes, pour s'être livré à ses flatteurs, & avoir fait dépendre sa puissance de secours étrangers, en négligeant ses propres ressources.
ABDALONYME, ou ABDOLONYME, prince Sidonien, fut contraint de travailler à la terre pour gagner sa vie, quoiqu'il fut issu du sang royal. Alexandre le Grand, qui faisoit des rois & qui les détrônoit à son gré, ôta le sceptre à Straton, roi de Sidon, pour le mettre dans les mains d'Abdalonyme. Ce prince ayant ensuite demandé au nouveau roi comment il avoit pu supporter sa misère? Abdalonyme lui répondit: « Plaise à Dieu que je supporte de même même la grandeur ! Je n'ai jamais manqué de rien, tant que je n'ai rien possédé ; mes mains ont fourni à tous mes besoins. » Alexandre, charmé de cette réponse, ajouta à ses états une contrée voisine, & lui fit don- ner une partie du butin fait sur les Perses. Quinte-Curce a vraisemblablement brodé l'épifode d'Abdalo- myme, pour rendre son livre plus intéressant. Arrien, le plus fidèle des historiens d'Alexandre, n'en parle point. L'histoire de ce roi de Sidon est si remarquable, qu'elle n'auroit pu lui échapper. Son si- lence est aux yeux de M. l'abbé Millot, une preuve négative d'au- tant plus forte, que les Auteurs qui en parlent se contredisent entre eux. A B D A S, évêque de Perse du temps de Théodore le Jeune, fit abat- tre, par un zèle imprudent, injuste & impolitique, un temple de Païens confacré au Feu. Le roi de Perse, qui jusqu'alors n'avoit pas inquiété les Chrétiens, donna ordre à Abdas de rebâtir ce qu'il avoit détruit ; mais cet évêque n'ayant pas voulu obéir, le roi le fit mourir, ren- verfa les églises chrétiennes, & suf- cita aux fidèles une horrible persé- cution. Elle dura plus de trente ans, & alluma une grande guerre entre l'empire des Grecs & celui des Perses. — I. ABDEMELEK, Ethiopien, cunuque du palais du roi Sédécas, obtint de son maître la délivrance du prophète Jérémie. — II. ABDEMELEK, roi de Fez & de Maroc, demanda des troupes au Sultan Selim, pour se défendre contre Mahomet son neveu qui l'a- voit détrôné. Mahomet dans le même temps fut secouru par D. Sé- bastien, roi de Portugal, qui dé- barqua avec près de 800 bâtiments au royaume de Fez. Le vieux roi Africain livra bataille en 1578 au A B D · 17 jeune roi Portugais, & défit com- plètement son armée. Trois souve- rains périrent en cette journée ; les deux rois Maures, l'oncle dans sa litière, le neveu dans un marais ; & D. Sébastien, dont on ne put re- trouver le corps.
ABDENAGO, un des compa- gnons de Daniel, jetés dans une tournaise ardente par ordre de Na- buchodonofor, dont ils n'avoient pas voulu adorer la statue. Ils échappe- rent aux flammes par un miracle. I. ABDERAME 1er, dit le Juste, — si un conquérant peut l'être, étoit fils du calife Hescham, de la race des Ommiades. Les Sarrafins, ré- voltés contre leur roi Joseph, l'ap- pellèrent en Espagne l'an 754 de J. C. Il remporta plusieurs victoires sur ce prince, & lui ôta la vie dans la dernière. Il fit la conquête de la Cafille, de l'Arragon, de la Na- varre, du Portugal, & prit le titre de roi de Cordoue. Cet Abderame, surnommé le Juste, fit tant de rava- ges en Espagne, qu'il en fut appelé le second destructeur. Il construisit la grande mosquée de Cordoue, & mourut en 790, après 32 ans de rè- gne. Les autres rois qui portèrent son nom après lui, ne méritèrent pas un article dans les tables chro- nologiques. L'auteur de l'Essai sur l'Histoire générale l'a confondu avec le suivant.
II. ABDERAME, général du ca- life Hescham, après avoir conquis l'Espagne, pénétra en France, à la tête d'une armée formidable. Il mit le siège devant Arles en 731, & prit cette ville, après avoir battu les troupes que Charles-Martel avoit envoyées pour la secourir. Il s'em- para ensuite d'Avignon, de Vienne, de Lyon, & de la plus grande partie des villes de la Bourgogne ; mais il échoua devant la ville de Sens. Abderame, poursuivant ses conquêtes, passa en Languedoc avec un immense butin, dans l'espérance de subjuguer l'Aquitaine. Etant entré dans la Gascogne, il y mit tout à feu et à sang; & n'épargna ni le sacré ni le profane. Eudes, duc d'Aquitaine, rassembla toutes ses forces pour arrêter dans sa course de redoutable ennemi; mais son armée fut taillée en pièces. Le vainqueur ayant rapidement enlevé Auch, Agen, Perigueux, Saintes, pénétra jusqu'à Bordeaux. De là il se répandit dans le Poitou, renversa l'église de S. Hilaire de Poitiers, & se mit en marche vers Tours pour y piller le riche trésor de l'église de S. Martin. Eudes, qui ne s'étoit sauvé qu'avec peine de la poursuite d'Abderame, rassembla les foibles restes de son armée, & implora le secours de Charles-Martel. Ce grand capitaine s'étant mis en marche avec les forces des trois royaumes qu'il gouvernoit, arrêta les conquêtes d'Abderame, lui arracha la victoire & la vie dans une bataille fameuse, donnée près de Poitiers en 732. Cette journée est l'époque de la décadence des Sarrafins, & le terme de leurs progrès en France. Il ne faut pas le confondre avec ABDERAME, calife de Cordoue, qui en 954 envoya une armée contre Gonçales comte de Caffille, lequel rachoit de se rendre indépendant. Cette armée fut défaite. Don Sanche roi de Léon, ayant été chassé de ses états par le vainqueur, Abderame lui donna en 960 un corps de troupes pour l'aider à y rentrer. Il mourut l'année d'après, 961, à 74 ans, avec la réputation d'un prince généreux, mais vain. Il avoit pris les différents titres, de Définfeur de la Loi d'Dieu, de Roi des Croyans, &c.
III. ABDERAME, se fit souverain de Saise dans le royaume de Maroc, après avoir fait poignarder son neveu Amadin, qui gouvernoit cet état. Il régna long-temps en paix, & fut assassiné à son tour. Il avoit une fille d'une grande beauté, aimée d'un jeune homme des principaux de la ville, nommé Ali-Ben-Guicimin. Ce jeune homme la connut par l'entremise d'un esclave, & même de sa mère. Abderame le fut & résolut de s'en venger; mais la fille & la femme qui s'en doutoient, en donnèrent avis à Ali-Ben, qui se mit en état de le prévenir. Abderame, qui avoit les mêmes vues, envoya prier un jour de fête Ali de venir à la mosquée. Il y vint avec son ami Yahoya, auquel il avoit fait part de son dessein, & poignarda Abderame lorsqu'il faisoit son orain son près de l'Alfaqui, vers l'an 1505.
ABDÈRE, (Mythol.) favori d'Hercule. La Fable raconte qu'il fut mis en pièces par les jumens de Diomède. Alcide, pour en conserver la mémoire, jeta les fondemens d'une ville près de son tombeau, & lui donna son nom. L'air de cette ville etoit contagieux: il menoit, dit-on, à la folie & à la stupidité. Cependant cette ville fut la patrie de Démocrite, dont le rire philosophique, excité par les fœtises humaines, n'étoit rien moins que celui d'un fou. I. ABDIAS le IVe des douze petits Prophètes, imite & copie même Jérémie. On ne sçait rien de son pays ni de ses parens. On ignore même le temps auquel il a vécu. Quelques-uns le font contemporain d'Amos, d'Oyée, d'Ifaie: d'autres croient qu'il a écrit depuis la ruine de Jérusalem par les Chaldéens. S. Jérôme parle de son tombeau, que Ste Paule vit à Samarie. Il y a eu deux autres ABDIAS: l'un père de Jejmaïas, du temps de David: l'autre Lévite, de la famille de Me- bah, fut employé sous *Jofias* à la réparation du temple de Jérusalem.
II. ABDIAS, intendant de la maison d'*Achab* roi d'Ifraël, du temps du prophète *Elle*. Ce fut lui qui, au milieu d'une cour impie & corrompue, se conferva pur & sans tache. Lorsque *Jéjabel* poursuivit les Prophètes du Seigneur, pour les faire mourir, *Abdias* en fauva cent, qu'il cacha dans deux cavernes, où il les nourrissait de pain & d'eau. Quelques-uns le confondent avec le Prophète.
III. ABDIAS de Babylone, imposteur imbécille, a laissé une histoire fabuleuse, intitulée: *Historia ecraminis apostolici*. Ce visionnaire avoit, désoit-il, connu J. C. qui l'avoit mis au rang des 72 disciples. Le manuscrit de sa légende fut trouvé dans le monastère d'Offiach en Carinthie, où l'on auroit dû le laisser. Wolfgang Latus, qui fit cette belle découverte, fit imprimer l'ouvrage à Balle en 1551, in-fol. comme un monument précieux; mais le public, qui ne vit dans cette histoire que des fables absurdes & des contradictions palpables, se moqua également de l'auteur & de l'éditeur.
ABDISSI, nommé aussi EBED-JESU, patriote de Muzal dans l'Affyrie Orientale, vint baisser les pieds du pape *Pie IV*, qui l'honora du *Pallium* en 1562. Ce savant prélat promit de faire observer dans les pays de sa juridiction, les décisions du concile de Trente, qui avoit approuvé sa profession de foi. De retour dans son pays, il convertit plusieurs Nestorieux *Abraham Echellenus* a donné son *Catalogue des Ecrivains Chaldéens*, Rome, 1653; & depuis à Mayence, 1655, in-4°.
ABDOLONYME, Voyez ABDA-LONYME.
ABDON, douzième juge du peuple d'Ifraël, gouverna pendant huit ans. Il laissa 40 fils & 30 peut-fils, qui l'accompagnaient toujours monstés sur 90 ânes ou ânons. Il mourut l'an 1184 avant J. C... Il y a eu trois autres *ABDON*, dont l'un, fils de *Micha*, fut envoyé par le roi *Jofias* à la prophétesse *Holda*, pour lui demander son avis sur le livre de la Loi, qui avoit été trouvé dans le Temple.
ABDON, (St.) Persan de nation, souffrit le martyre l'an 250, sous la persécution de *Dèc*. Son corps fut transporté dans le cimetière de *Pontien*, près de Rome, & l'on y voit encore un morceau de sculpture antique, représentant la figure de ce Saint, ayant sur la tête la *mère* ou bonnet Persan, & une couronne comme martyr. Le nom d'*ABDON* est placé dans le calendrier de *Libère*.
ABDULMUMEN, de la fêche des Almohades ou Mohavédites, fils d'un potier de terre, se fit déclarer roi de Maroc en 1148, après avoir pris la ville d'affaut, & l'avoit presque toute réduite en cendres. Il fit couper la tête au roi, & étrangla de ses propres mains *Ifoac*, fuscesseur de la couronne. *Abdulmumen* conquit ensuite les royaumes de Fez, de Tunis & de Tremecen; il se disposoit à passer en Espagne, lorsqu'il mourut en 1156. Ce dessein fut exécuté par son fils *Joseph II*. Le père étoit un des hommes les plus braves de son fêche; mais sa valeur prenoit sa source dans sa férocité plus que dans l'élévation de son âme. I. ABEILLE, (Gaspard) naquit à Riez en Provence l'an 1648. Sorti de sa province dans sa première jeunesse, il vint à Paris, & s'y fit rechercher par l'enjouement de son esprit. Le maréchal de Luxembourg fe l'attacha, en lui donnant le titre de son secrétaire. Le poète suivit le héros dans ses campagnes. Le maréchal lui donna sa confiance pendant sa vie, & a samoré il le recommanda à ses héritiers, comme un homme estimable. En vivant avec les grands, il fut se faire respecter par un mélange heureux de liberté & de prudence. C'est-ce qu'il disoit lui-même, en ajoutant qu'il n'avoit pas été réduit à s'écrier, comme le Bourgeois de Molière, qui avoit voulu s'allier à la Gentilhomme : Ah ! George Dandin ! où t'es-tu fourré ? M. le prince de Conti & M. le duc de Vendôme l'honorèrent de leur familiarité. Il leur plaisoit par sa conversation vive & animée. Les bons mots qui auroient été communs dans la bouche d'un autre, il les rendoit piquans par le tour qu'il leur donnoit, & par les grimaces dont il les accompagnoit. Un visage fort laid & plein de rides, qu'il arrangeoit comme il vouloit, lui tenoit lieu de différens masques. Quand il lisoit un conte ou une comédie, il se servoit fort plaisamment de cette physionomie mobile, pour faire distinguer les personnages de la pièce qu'il récoit. L'abbé Abeille eut un prieuré, & une place à l'académie Françoise. Nous avons de lui des Odes, des Epitres, plusieurs Tragédies, une Comédie & deux Opéra. Un prince disoit de sa tragédie de Caton, que « si Caton d'Utique refuscitoit, il ne seroit pas plus Caton que celui » de l'abbé Abeille. « On peut ajouter que, si l'auteur de Caton revenoit au monde, il n'y seroit reçu ni comme un Racine, ni comme un Corncille. Il savoit bien ce qui fait les bons poëies, mais il ne l'étoit pas. Son style est soible, lâche & languissant. Il ne mit point dans sa verification la noblesse qu'il avoit dans son caractère. Plusieurs écrivains ont conté l'anecdote suivante sur sa tragédie de Coriolan ; mais d'autres l'ont niée avec plus de raison. Elle commençoit, dit-on, par une scène entre deux Princesses, dont l'une disoit à l'autre : Vous souvient-il, ma sœur, du feu roi notre père ? l'autre actrice hésitant à répondre, un plaisant reprit à haute voix : Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère. C'est ce que le public disoit des ouvrages de l'abbé Abeille, un mois après leur impression. Il faut pourtant excepter sa comédie de Crispin bel esprit, qui est gaie & semée de traits vifs & plaisans. Elle fut jouée sous le nom de la Thuillerie. (Voyez ce mot) Ses autres tragédies sont Argélie, représentée en 1678. Soliman joué en 1680, & Hercule en 1681. Abeille mourut à Paris le 21 Mai 1718.
II. ABEILLE, (Scipion) frère du précédent, a laissé une excellente Histoire des Os, 1685, in-12, avec des Vers qui prouvent que la poésie étoit en lui un talent de famille. Il mourut en 1697. Il avoit été chirurgien-major du régiment de Picardie. On a de lui un Traité relatif à cet emploi. Il le publia en 1696, in-12, sous ce titre : Le parfait Chirurgien d'armée. I. ABEL, second fils de nos premiers parens, offroit à Dieu les prémices de ses troupeaux, Caïn, son frère, jaloux de ce que ses offrandes n'étoient pas si agréables au ciel, le tua l'an 3874 avant J. C. M. Gesner a fait un Poème allemand sur la mort de ce Patriarche, traduit en françois en 1759, & applaudi par tous ceux qui aiment la bonne poésie... Il se forma dans le 4e siècle, aux environs d'Hippone en Afrique, une secte d'hérétiques ap- pelés ABELIENS. Ils pensaient que l'homme doit absolument se marier, & n'avoir néanmoins aucun commerce avec sa femme. Comme ils prétendaient qu'Abel avoit vécu de même, ils tirèrent leur nom de ce Patriarche.
II. ABEL, roi de Danemarck, étoit fils de Waldemar II, qui laissa le trône à Eric, son fils aîné, couronné en 1241. La division se mit bientôt entre les deux frères. Abel fit la guerre à Eric, & après des succès balancés par des défaites, ils conclurent la paix en 1248. Cette réconciliation n'étoit qu'apparente. Abel ayant invité son frère à un repas, le fit affaîmer & s'empara de son trône en 1250. Un impôt considérable, établi sous prétexte de payer les dettes de l'Etat occasionnées par les guerres précédentes, excita une révolte parmi les Frisons. Abel voulut les réduire en 1252, à la tête d'une armée; mais il fut vaincu & mis à mort par les rebelles: fin digne d'un fratricide! Ce prince, aussi fourbe que cruel, avoit l'art de cacher la férocité naturelle de son caractère, sous les dehors de la bonté & de l'amitié.
III. ABEL, Voyet ABLE.
ABELA, (Jean-François) commandeur de l'ordre de Malthe, est connu par un livre rare & curieux. Il le publia à Malthe en 1647, in-fol. sous le titre de Maltha illustrata. Cet ouvrage divisé en 4 livres, & assez bien écrit en italien, renferme la description de l'île de Malthe & de ses principales antiquités.
ABELARD, Voyet ABELARD.
ABELIENS, Voy. ABEL, n° I.
ABELLA, née à Salerne, se rendit célèbre par ses connoissances en médecine sous le règne de Charles d'Anjou. Outre plusieurs autres ouvrages, elle a laissé un Traité sur la bile noire, (de a573 bile) qui obtint plusieurs éditions.
ABELLI, (Louis) né dans le Vexin François en 1603, devint grand-vicaire de Baïonne, puis curé de Paris, & ensuite évêque de Rhodes. Cette ville, dit Nicéron, est trop éloignée de Paris, pour que le séjour en fût agréable à Abellé qui avoit vécu avec des gens de lettres. Aussi se démit-il de son évêché en 1667, trois ans après y avoit été nommé, pour vivre en solitaire dans la maison de St. Lazare à Paris. Il y mourut le 4. Octobre 1691, âgé de 88 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages. Les principaux sont: I. Medalla Theologia, in-12. Ce livre, dit Nicéron, déplut à plusieurs personnes: ce qui fit dire à l'abbé le Camus, depuis cardinal: « La lune étoit en décours lorsqu'il fit cela. » L'ouvrage fut néanmoins souvent réimprimé, quoiqu'il soit peu lu aujourd'hui. Il lui fit donner par Boileau le titre de MOELLEUX ABELLI. II. La vie de M. Vincent de Paule, in-4. Il se déclare ouvertement contre les disciples de l'évêque d'Ypres, & sur-tout contre l'abbé de St.-Cyran. Il dit que Vincent de Paule ne voulut plus avoir aucune liaison avec lui, depuis qu'il lui avoit entendu dire que le Concile de Trente n'étoit qu'une cabale composée de Scholastiques & du Pape. Les partisans de St. Cyran ont nié ou interprété ce propos. (Voy. III. COLLET.) III. La Tradition de l'Eglise, touchant le culte de la Sainte Vierge. Les ministres Calvinistes l'ont souvent citée contre le grand Boffuet, parce que l'auteur semble justifier les reproches que les Protestans font aux Catholiques au sujet du culte de Marie; en em- ployant des expressions outrées & trop peu exactes. IV. Des Méditations, en 2 vol. in-12., très-répandues & mal écrites, qu'il donna sous le titre pompeux de la couronne de l'Aînée chrétienne. On avoit dit que c'étoit une couronne de pavots, que ce livre étoit digne de servir de pendant aux Sept Trampettes. Mais un homme de lettres nous a fait observer que la diction seule étoit incorrecte & que le fonds étoit bon. Le style d'Abetfi est dur en latin, lâche & plat en françois. C'étoit d'ailleurs un homme rempli de toutes les vertus sacerdotales & pastorales.
ABENDANA, (Jacob) Juif Espagnol, mort en 1685, préfet de la synagogue de Londres. On a de lui un Spécitège d'explications sur plusieurs endroits de l'Écriture sainte, Amsterdam 1685, in-fol. & d'autres ouvrages estimés par les Hébraïsans.
ABEN-EZRA, (Abraham) célèbre rabbin Espagnol, que les Juifs ont surnommé le Sage, le Grand & l'Admirable, titres que les Hébraïsaus Chrétiens lui ont confirmés, naquit en 1099, & mourut à Rhodes en 1174. Philosophe, astronome, médecin, poète, commentateur, il embrassa tous les genres, & réussit dans plusieurs : mais ce fut principalement par ses explications de l'Écriture qu'il se fit connoître. Ses conjectures étoient souvent trop hardies. Il fut le précurseur de : incrédules qui soutiennent aujourd'hui que le peuple d'Israël ne passa point au travers de la Mer Rouge, & qu'il profisa du temps où l'eau étoit basse; mais ce n'est pas là une de ses meilleures conjectures. Il perfectionna ses connoissances par de longs voyages, & mourut avec la réputation d'un des plus grands hommes de sa nation & de son siècle. Il fit de si heureuses découvertes en astronomie, que les plus habiles mathematiciens les adoptèrent. On a de lui beaucoup d'ouvrages, parmi lesquels on distingue ses Commentaires, où il est moins rabbin que les autres interprètes de sa nation, mais où il l'est encore un peu. Son livre intitulé Jefud-Mors, est fort rare. C'est une exhortation à l'étude du Talmud, dont peu de gens profiteront. On a encore de lui, Elegantiæ grammaticæ, Venise 1546, in-8.º Le style d'Aben est si concis, qu'il est quelquefois obscur.
ABENGNEFIL, médecin Arabe, auteur d'un Traité peu commun, De virtutibus medicinarum & ciborum, Venise 1581, in-fol. florissoit dans le 12e siècle.
ABEN-MELLEX, savant rabbin, dont on a la Profession de la Beauté, Amsterdam, 1661, in-fol. en hébreu, & traduit en latin in-4.º & in 8.º C'est sous ce titre singulier qu'il a donné un Commentaire sur la Bible, où il s'attache à expliquer le sens grammatical.
ABENZOAR. Voy. AVENZOAR.
ABEZAN, de la tribu de Juda, dixième juge d'Israël, qui succéda à J. phité. Après sept ans de gouvernement, il mourut à Bethlehem, laillant 20 fils, 20 filles, & autant de belles filles & de gendres.
ABGARE, nom que plusieurs Rois d'Edesse ont porté. Le plus connu est celui à qui J. C. envoya son Portrait avec une Lettre, à ce que racontent les Auteurs anciens : mais on n'ajoute pas plus de foi à ces faits, que s'ils avoient été imaginés après coup par des Auteurs modernes. La Lettre prétendue d'Abgare, avec la Réponse qu'on attribue à JESUS-CIRRIST, se trou- rent dans *Eurèbe*. Il dit qu'elles font tirées des archives de l'Eglise d'Edesse, & il croit ces deux pièces authentiques. Son autorité est certainement d'un grand poids; mais son témoignage n'a pas empêché plusieurs savans, parmi lesquels on compte le P. *Alexandre* & *Dupin*, d'apporter des preuves de supposition, auxquelles il est difficile de se refuser. *Till.mont* a tâché de les réfuter dans le 1$^{er}$ vol. de ses *Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique*; mais ses raisons n'ont pas paru décisives. La nature de cet ouvrage ne nous permettant pas d'entrer dans cette dispute, nous renvoyons nos lecteurs au premier volume de l'*Histoire Ecclésiastique* du P. *Alexandre*, & à la *Bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques* de *Dupin*, tom. 1$^{er}$. I. ABIA, second fils de *Samuel*. Sa mauvaise conduite dans l'administration de la justice, fit soulever le peuple d'Israël, & l'obligea à demander un roi l'an 1095 avant J. C.
II. ABIA, fils & succefleur de *Roboam*, roi de Juda, aussi pervers que son père. Il vainquit *Iéroboam*, roi d'Israël, dans une bataille fort sanglante. Il mourut l'an 955 avant J. C., laissant 22 fils & 16 filles.
III. ABIA, chef de la huitième des 24 classes des prêtres Juifs, suivant la division qui en fut faite par *David*. *Zacharie*, père de *S. Jean-Baptiste*, étoit de la classe d'*Abia*.
IV. ABIA, roi des Parthes, fit la guerre à *Izates*, roi des Adiabéniens, parce qu'il s'étoit fait Juif, ou Chrétien, suivant différens Auteurs. Dieu ne laissa pas cette entreprise impunie. L'armée d'*Abia* fut taillée en pièces par celle d'*Izates*. *Abia* se donna la mort, de peur de tomber entre les mains du vainqueur.
ABIATHAR, grand-prêtre des Juifs, échappa à la vengeance de *Saül* qui fit massacrer son père *Achimelec*, & lui succéda dans la grande sacrificature. Mais ayant voulu dans la fuite mettre *Adonias* sur le trône de *David*, *Salomon* l'en priva, & le relégua à Anathor, vers l'an 1014 avant J. C. Ce fut ainsi que Dieu accomplit ce qu'il avoit fait prédire à *Héli* plus de 100 ans auparavant, qu'il ôteroit à sa maison la souveraine sacrificature pour la transporter dans une autre.
ABIATHAR, petit-fils d'*Héli*, grand-prêtre des Juifs, partagea avec *Achitob* l'honneur de la grande sacrificature, tandis que la puissance judiciaire fut confiée au prophète *Samuel*.
ABIGAIL, femme de *Nabal*, homme d'une avarice extrême. *David* lui fit demander quelques refraichiffemens, qu'il refusa avec dureté. Ce prince irrité alloit se venger de ce refus, lorsqu'*Abigail* lui apporta des vivres pour calmer sa colère. *David* fut si touché de sa libéralité, de sa beauté & de ses graces, qu'il l'épousa après la mort de *Nabal*, l'an 1057 avant J. C. I. ABIMELECH, roi de Gérare, contemporain d'*Abraham*, fit enlever *Sara*, la croyant fœur de ce patriarche; mais Dieu l'ayant menacé de la mort, il la lui rendit avec de grands prêtres. Son fils *Abimelech* se trouva dans le même cas à l'égard de *Rébecca*, qu'*Isaac* appelloit aussi sa fœur. On doit observer que le mot *Abimelech*, qui en hébreu signifioit père ou roi, étoit un nom commun à tous les rois de Gérare, comme celui de *Pharaon* l'étoit aux souverains d'Egypte.
II. ABIMELECH, fils naturel de Gédéon, après la mort de son père, maffacra soixante-dix de ses frères. Joathan le plus jeune, échappa seul au carnage. Abimelech usurpa la domination sur les Sichimites. La cruauté qu'il avoit exercée contre ses frères, il l'exerça contre ses nouveaux sujets, qui, trois ans après, se révoltèrent contre lui & le chassèrent. Abimelech les vainquit, prit leur ville & la détruisit de fond en comble. De là, il alla mettre le siége devant Thèbes, où il fut blessé à mort par un éclat de meule de moulin qu'une femme lui jeta du haut d'une tour. Abimelech honteux de mourir de la main d'une femme, prévint cet opprobre, & se fit ôter la vie par son écuyer l'an 1233 avant J. C.
ABIOSI, médecin & mathématicien Napolitain, florissoit vers 1494. Son Dialogue sur l'Astrologie, mis à l'Index, & imprimé à Venise en cette année, in-4°, cft rare.
ABIRAM, fils aîné d'Hilel de Béthel. Josué ayant détruit la ville de Jéricho, prononça une malédiction contre celui qui la rétablit. Hilel de Béthel ayant entrepris environ 137 ans après de rétablir Jéricho, perdit Abiram son premier né, lorsqu'il jeta les fondemens de cette ville, & Ségab le dernier de ses enfans, lorsqu'il en posoit les portes.
ABIRON, petit-fils de Phallu fils de Ruben, conspira contre Moïse & Aaron, avec Dathan & Cori. Mais leur révolte & leurs murmures furent sévèrement punis : car s'étant présentés avec leurs encensoirs devant l'autel, la terre ouvrit ses entrailles, & les dévora tout vivans avec 250 de leurs complices, l'an 1489 avant J. C.
ABISAG, jeune Sunamite, dont on fit choix pour réchauffer la vieilleffe de David. Après la mort de ce roi, Adonias demanda cette vierge pour épouse; mais Salomon s'imaginant que ce n'étoit que pour lui ôter la couronne, le fit mourir... St. Jérôme a vu dans Abisag, jeune, belle & chaste, « une image » de la figeffe, qui devient la seule & fidellé compagne de la vieilleffe de l'homme juste, après que tous les avantages de la nature l'ont abandonné. Sa beauté incomparable, la douceur de ses entretiens, ses chastes embraffements, fortifient & raniment son ame, & empêchent qu'elle ne se sente du froid & de la foibleffe du corps. »
ABISAI, un de ces héros qui se rendirent recommandables sous le règne de David par leur valeur & leur attachement à ce prince, tua 300 hommes, mit en fuite plusieurs milliers d'Iduméens, & maffacra un géant Philistin, armé d'une lance dont le fer pesoit 300 ficles.
ABIU, fils d'Aaron, fut consacré Prêtre du Dieu vivant, mais ayant mis du feu profane dans son encensoir, il fut dévoré par les flammes, l'an 1490 avant J. C., avec son frère Nadab.
ABLAINCOURT, V. BRUHIER.
ABLANCOURT, (D') Voyet PERROT.
ABLAVIUS ou ABLABIUS, préfet du prétoire, gagna les bonnes graces de Constance le Grand, qui le nomma en mourant pour servir de conseil à Constance; mais cet empereur le priva de cet emploi, sous prétexte de céder aux soldats. Ablavius se retira dans une maison de plaisance en Bithynie, où il vivoit en philosophe. Constance, redoutant le pouvoir que lui avoit donné son ancien crédit, lui envoya des officiers de l'armée, qui lui rendirent une lettre par laquelle il fembloit l'affecier à l'empire; mais comme il demandoit où étoit la pourpre qu'on lui envoyait, d'autres officiers entrèrent & le tuèrent. Ce meurtre indigna d'autant plus, que la violence y fut mêlée avec la perfidie.
ABLE ou ABEL, (Thomas) chapelain de Catherine, femme de Henri VIII roi d'Angleterre, fut étranglé, éventré & écartelé en 1540, pour avoir soutenu que Henri ne pouvoit pas se faire reconnoître chef de l'Eglise Anglicane. Son traité De non dissolvendo Henrici & Catharina matrimonio, avoit irrité ce prince contre lui.
ABNER, fils de Ner, général des armées de Saül, servit ce prince avec une fidélité inviolable. Après la mort de Saül, il fit donner la couronne à Isboseth son fils, & lui auroit été fidèle comme au père, si quelque mécontentement ne l'avoit obligé de se ranger du parti de David, qui lui témoigna beaucoup d'amitié. Joab, jaloux de sa faveur, & appréhendant d'en être supplanté, le tira à part & le tua, non pas en guerrier qui se venge de son ennemi, mais en traître lâche qui se défait d'un rival. David, cruellement affligé de cette perte, lui fit dresser un magnifique tombeau, & l'honora d'une épitaphe, l'an 1048 avant J. C.
ABOABDELI, dernier roi de Grenade, Voyez FERDINAND V, le Catholique.
ABONDANCE, (Jean d') Voy. DABONDANCE.
ABOUBEKRE, V. ABUBEKER.
ABOU-GIAFAR, V. JOAPHAR.
ABOU-HANIFAH, né à Coufa, & mort en prison à Bagdad vers l'an 757, fut le chef des Hanifites. Ce Socrate Musulman donnoit à sa fette des leçons & des exemples. Un brutal lui ayant donné un soufflet, ce Mahométan répondit ces paroles dignes d'un Chrétien: Si j'étois vindicatif, je vous rendrois outrage pour outrage; si j'étois un délateur, je vous accuserois devant le Calife; mais j'aime mieux demander à Dieu qu'au jour du jugement il me fasse entrer au Ciel avec vous.
ABOU-JOSEPH, docteur Mahométan, grand justicier de Bagdad, travailla beaucoup à répandre la doctrine d'Abou-Hanifah. Il étoit d'une modestie peu commune dans ceux qui se mêlent d'instruire les hommes. Ayant avoué ingénu- ment son ignorance sur un point qu'on lui proposoit à éclaircir, on lui reprocha les sommes qu'il tiroit du trésor royal, pour de- cider généralement sur toutes les questions. Il fit cette réponse in- génieuse: Je reçois du trésor à pro- portion de ce que je fais; mais si je recevois à proportion de ce que je ne fais pas, toutes les richesses du Calife ne suffiroient pas pour me payer... AARON-RASCHILD, son contem- porain, faisoit grand cas de ce sage Musulman.
ABOULAINA, fille d'un savant Arabe, aussi célèbre par son esprit que par sa beauté. Son père pauvre & cherchant à être protégé alloit chaque matin, saluer le Vifir, & en revenoit toujours sans emploi. Aboulaina dégoûta son père du métier de courtisan, en lui citant à propos une maxime d'un poète Arabe relative à l'adoration des idoles. « Ne servez pas, lui dit- » elle, qui n'entend point, qui 26 A B R » ne voit point, qui ne vous pro- » cure aucun avantage. » — ABOU-LOLA, le premier des poètes Arabes, naquit à Maora en 973, & y mourut en 1059. Ce poète, aveugle comme Milton, a comme lui des descriptions pleines de feu & de graces. La petite-vérole lui fit perdre la vue à l'âge de trois ans. On l'accusa beaucoup d'irréligion, & on ne peut guères le laver de ce reproche.
ABOUNAVAS, poète Arabe, fe diftingua à la cour du célèbre Ca- life Aaron Al Rafchid par les graces de son esprit. Pour jouir sans cesse de son entretien, ce prince lui donna un logement près de lui.
ABOU - RIHAN, Astronome Perfan, surnommé par les Orien- toux, le Docteur très fublié, voya- gea pendant quarante ans dans les Indes, & publia un traité sur l'Astrologie judiciaire.
ABRABANEL, (Isaac) naquit à Lisbonne en 1437. Les généalo- gistes Juifs le font descendre de David, comme les Turcs font des- cendre Mahomet d'Israël; mais ces généalogies Hébraïques & Turques font la plupart aussi fabuleuses que quelques-unes des nôtres. Il eut une place dans le conseil d'Alfonse V, roi de Portugal, qui lui confia des emplois très-importans. Après la mort de ce prince, il fut accusé d'être entré dans une conspiration pour livrer le Portugal aux Espa- gnols; & il évita par la fuite le danger qui le menaçait. Il se fauva en Castille, où il fut admis dans le conseil de Ferdinand le Catho- lique; mais en 1492, lorsque les Juifs furent chassés d'Espagne, il fut obligé d'en sortir avec eux. Enfin, après avoir fait différen- tes courses, à Naples, à Corfou & dans plusieurs autres villes où la nation errante & superstitieuse étoit foufferte, il mourut à Venise en 1508, à l'âge de 71 ans. L'au- teur des Lattres Juives, qui l'appelle ABARBANEL, dit qu'il fut enterré à Padoue. Les rabbins le regardent comme un de leurs principaux docteurs, & lui donnent des titres honorables. Il leur a laissé des Commentaires sur tout l'Ancien Tef- tament, fort estimés par ceux qui s'attachent à l'étude de la langue hébriique. Il est littéral & clair, mais agitant des questions subtiles & inutiles, & un peu diffus, ainsi que beaucoup de glossateurs. On a encore de lui : I. Un Traité de la Création du Monde, (publié sous le titre d'OPERA DEI) Venise 1592, in-4.º contre Aristote, qui le croyait éternel. II. Sacrificium Pafchatis, Venise 1545, in-4.º III. Huit Differtations, traduites en latin par Buxtorf, & imprimées à Bale en 1662, in-4.º IV. Commentarius in Pentectochum, en hébreu, Venise 1584, in-fol. avec des changements faits par ordre des inquisiteurs. La première édition sans retranche- mens perut à Venise en 1579, in-fol. & fut réimprimée à Hanovre 1710, in-fol. V. Discuus de Saulis fatis extremis, Helmstad 1700, in-4.º Il tâche de justifier ce prince de ce qu'il se donna la mort. VI. Quelques autres Traités, où il parle des Chrétiens plutôt en Juif qu'en philosophe. C'étoit un homme prévenu, vain & orgueil- leux, mais infatigable dans le tra- vail. Il passait les nuits entières à l'étude, & soutenait le jeûne très-long-temps. Quoique dans tous ses écrits il se soit emporté contre les Chrétiens, il vivait avec eux honnêtement par poli- teffe, ou plutôt par politique. Il laissa trois fils. L'aîné, (Léon ou Juda) composa un Dialogue sur l'Amour, traduit de l'Italien en françois par Sauvage Duparc, & par Ponthus de Thiaud. Cette traduction fut imprimée plusieurs fois in-8.° & in-16, dans le courant du 16e siècle.
ABRADATE, roi de Sure, se livra avec son armée à Cyrus, pour reconnoître la générosité de ce prince à l'égard de sa femme, faite prisonnière dans une victoire remportée sur les Affyriens. Abradate ne fut pas d'un grand secours à ce Roi; à la première bataille, il fut renversé de son char & mis à mort par les Egyptiens. Sa femme Pamphée se tua de défespoir sur le cadavre de son mari. Cyrus fit ériger un mausolée à ces deux époux. Cet évènement se passa l'an 548 avant J. C. I. ABRAHAM, père de la nation Juive, naquit à Ur, ville de Chaldée, l'an avant J. C. 1996. Son père Tharé étoit idolâtre. Le fils ayant renoncé aux fauffes divinités, le vrai Dieu, qu'il avoit reconnu, lui ordonna de quitter son pays. Il se rendit à Haram en Mésopotamie, où il perdit son père. Un nouvel ordre de Dieu le tira de ce pays: il vint se fixer à Sichem avec Sara sa femme & Loth son neveu. La famine l'obligea de se rendre en Egypte, où Abymetech lui enleva sa femme, croyant qu'elle étoit sa sœur, & la lui rendit ensuite avec des préfets. Abraham, sortit de l'Egypte, vint à Bethel avec Loth son neveu, dont il se sépara, parce que cette contrée ne pouvoit contenir leurs nombreux troupeaux. Le neveu alla à Sodome, & l'oncle resta dans la vallée de Mambré. Quelque temps après, Loth ayant été fait prisonnier par Chodorlahomor & trois autres rois, Abraham arma ses domestiques, poursuivit les vainqueurs, les défit, & délivra Lot. Ce patriarche, avant de quitter Mambré, eut une vision, dans laquelle Dieu lui apparut, changea son nom d'Abram en celui d'Abraham, lui promit un fils de sa femme Sara, & lui prescrivit la circoncision, comme le secau de l'alliance qu'il faisoit avec lui. Abraham se circoncit à l'âge de près de cent ans, & circoncit toute sa maison. Un an après naquit Isaac, que Sara mit au monde quoique âgée de 90 ans. Lorsque cet enfant eut atteint l'âge de 25 ans, Dieu ordonna à son père de le lui offrir en sacrifice. Abraham alloit obéir; mais Dieu content de sa soumission, lui arrêta le bras qui étoit levé pour frapper cette victime chérie, & mit à la place d'Isaac un bélier qu'Abraham lui offrit. Sara, mère d'Isaac, mourut 12 ans après: on l'entrera dans la caverne d'Ephron, qu'Abraham avoit achetée pour sa sépulture. Après la mort de sa femme, Abraham épousa Cethura, dont il eut six fils. Il avoit déjà pris pour femme, du temps de Sara, Agar sa servante, mère d'Imaël. Enfin, après avoir vécu 175 ans, il mourut l'an 1821 avant J. C. & fut enféveli avec Sara. Les Grecs & les Latins ont mis son nom dans leurs Faftes ecclésiastiques parmi ceux des Saints. On en fait l'office dans l'ordre de Fontévrauld & dans la Congrégation de l'Ora-toire. On avoit bâti des Eglises sur son tombeau au lieu où les trois Anges lui apparurent, & sur la montagne où il voulut sacrifier son fils. Les Juifs ont toujours honoré sa sépulture & sa mémoire; mais on ne s'arrêtera point à rapporter les contes dont leurs rabins ont chargé l'histoire d'Abraham: on fait que ces hommes crédules & superstitieux ont mêlé de tout temps la vérité avec le menfonge. On lui a fauffe- ment attribué un Traité intitulé : Jéçira ou De la Création, Mantoue 1252, & à Amsterdam 1642, in-4.º Ce livre est, à ce qu'on croit, du rabin Akiba, & il a été traduit en latin par Poftel & Ristang l. Voyez l'Histoire du Patriarche Abraham par le P. Maffon, Minime, 1688, in-12.
II. ABRAHAM, ou plutôt ABRAMÈS, (St.) Solitaire en Syrie & apôtre du Mont-Liban, con- vertit tous les habitans d'un bourg de l'Arabie. Il fut fait ensuite évê- que de Carès en Méfopotamie, où l'exemple de sa vie autère fit autant de fruit que ses instruc- tions. Il ne mangeoit que des her- bes crues, ou du fruit quand l'hiver refufoit des herbes. Il ne buvoit pas d'eau, & ne s'approchoit ja- mais du feu : de forte qu'il se paffa des deux élémens les plus néceffaires à la vie. Cet homme extraordinaire mourut à Conftan- tinople, où l'empereur Théodose le fit venir vers l'an 439, pour donner à sa cour le spectacle édi- fiant de ses vertus & de ses mor- tifications. — Il ne faut pas le confondre avec un autre Soli- taire de Syrie, appelé aussi ABRAHAM, (St.) qui fut pris par les Sarrafins, comme il alloit en Egypte visiter les anachorères. Il s'échappa de leurs mains, & vint fonder en Auvergne un monaf- tère dont il fut abbé, & où il mou- rut vers l'an 472, plein de jours & de vertus... Ni avec un autre ABRAHAM ou Ibrahim, natif d'An- tioche, qui fut, dans le 9e siècle, le chef des hérétiques Abrahamites, branche de la fêcte des Paulia- nistes. Cyriaque, patriarche d'An- tioche, lui réfiſta puiffamment, mais fans pouvoir le ramener.
III. ABRAHAM BEN CHAILA, célèbre rabin Eſpagnol, étoit at- taqué de deux différentes espèces de folie : il étoit aſtrologue & pro- phète. Il prédit la venue d'un Meſ- fie pour l'an 1358; mais on l'at- tend encore. Ce Noftradamus Hé- breu eut la prudence de mourir en 1353, plus de 50 ans avant le temps prescrit pour l'arrivée de son libérateur. On a de lui un traité De nativitatibus, Rome 1545, in-4.º
IV. ABRAHAM USQUE, Portu- gais, Juif d'origine & de croyance, quoique Arnauld l'ait cru Chrétien, se joignit à Tobie Athias pour tra- duire, dans le 16e siècle, la Bible en Eſpagnol. Voici le titre de cette fameuse version : Biblia en lengua Eſpagnola, traduïda palabra por pa- labra de la verdad Hebraica, par moi excellentes Lurados, en Ferrara, 1553 in-fol. caractères gothiques. Quoi- que les noms & les verbes y soient traduits selon la rigueur gramma- ticale, cette traduction n'est regar- dée que comme une compilation de Kimchi, de Rasei, d'Aben-Etra, de la paraphrase Chaldaique, & de quelques anciennes gloſes Eſpa- gnoles. Cette version est très- rare & très-recherchée. On en fit une autre édition à l'ufage des Chrétiens Eſpagnols, qui n'est ni moins rare, ni moins recherchée. Les curieux les rapprochent toutes deux, pour pouvoir les comparer. Malgré leur conformité apparente, on en peut reconnoître les diffé- rences aux interprétations diver- ses de plusieurs paffages selon la croyance de ceux pour qui elles furent imprimées. Une marque plus fenible & plus facile pour les re- connoître, c'est la dédicace. La version a l'ufage des Juifs, qui est la plus recherchée, est adressée à Sennora Gracia Naci, & foufctre d'Athias & d'Uſque; l'autre est dédiée à *Hercule d'Est*, & signée par Jérôme de Vargas & Duarte Pinel. V. ABRAHAM ECHELLENSIS. *Voyez* ECHELLENSIS.
VI. ABRAHAM, empereur des Maures d'Afrique, vivait dans le 12e siècle. Sa fin fut tragique. Un maître d'école nommé *Abdalla Bérébère*, forma le dessein de le détrôner. *Abraham* méprisa d'abord un si vil compétiteur; mais le voyant soutenu par une multitude de rebelles qui s'étoient rangés sous ses drapeaux, il fut obligé de lui donner bataille. Le sort se déclara contre *Abraham*, qui, livré au plus cruel désespoir, prit la fuite, piqua son cheval, & se précipita avec sa femme, laissant son empire à *Abdulmuma*, général du parti d'*Abdalla*.
ABRAHAMITES, *Voyez* ABRAHAM, n° II, *fine*.
ABRAM, (Nicolas) né en Lorraine l'an 1589, Jésuite en 1606, mort professeur de théologie à Pont-à-Mouffon en 1655, publia un vol. in-8° de *Notes* sur *Virgile*, & un savant *Commentaire* en deux gros vol. in-sol. sur quelques Oraisons de *Cicéron*, où le texte est noyé dans la glosée. On a détaché de cet ouvrage les *Analyses* de ces Oraisons, qui valent mieux que son Commentaire, quoique celui-ci soit estimable pour sa clarté & son utilité, s'il ne l'est pas toujours pour sa précision. Elles ont été imprimées in-4° à Pont-à-Mouffon en 1633. On a encore de lui des *Questions* théologiques, ouvrage assez bon, mais intitulé singulièrement: *Pharus veteris Testamenti*, à Paris 1648, in-sol. De tous ses ouvrages, le moins indigne d'être connu, suivant *Simon*, est son *Commentaire* saire sur la Paraphrase de St. Jean en vers grecs par *Nonnus*.
ABRAMÉS, V. II. ABRAHAM.
ABREU, (Emmanuel de) missionnaire Espagnol dans le Tunquin, y périt pour la foi en 1736, avec trois autres de ses compagnons.
ABRIANI, (Paul) né à Vicense, entra dans l'ordre des Carmes, & se fit ensuite séculariser en 1654. Il est auteur de quelques traductions italiennes, & de deux volumes de *Lettres*. Il est mort à Venise, en 1699, âgé de 92 ans.
ABROTA, femme de *Nifus*, souverain de Mégare, mérita ses regrets après sa mort par sa bienfaisance & ses vertus. Il lui fit élever un magnifique tombeau, & ordonna que les Mégariennes porteroient à jamais des habillements de même forme & de même couleur que celui qu'*Abrota* portoit dans la dernière année de sa vie. Il chercha ainsi à tromper sa douleur, en voyant dans toutes les femmes qui l'entouroient l'image de celle qu'il avoit perdue.
ABROTELIE, femme de la ville de Tarente, cultiva les lettres & la philosophie. *Jamblique* l'a citée comme l'un des soutiens de la secte de *Pythagore*. I. ABRUZZO, (Balthazar) Sicilien, né à Castel-Bono, en 1601, fut tout à la fois philosophe & jurisconsulte renommé. Il a publié divers ouvrages de Droit civil & canonique, & défendu avec chaleur les droits de *Ferdinand* le Catholique sur la monarchie de Sicile. Il est mort en 1665.
II. ABRUZZO, (Pierre d') célèbre architecte Napolitain dans le 17e fiècle, a orné fa patrie de divers édifices de goût, & y fit bâtir fur fes deffeins l'Eglise de St. Marcellin. I. ABSALON, fils de David & de Maacha, furpaffoit tous les hommes de fon temps par les agrémens de fa figure. Ses deffeins ambitieux & fes déréglemens ternirent fes belles qu'ilités. Il maffacra Amnon, un de fes frères dans un feftin, & ne fe fervit de la bonté que David eut de lui pardonner, que pour faire révolter le peuple contre lui. Ce fils indigne força fon père de quitter Jerufalem. Il jouit enfuite publiquement de toutes fes femmes, dans une tente dreffée fur la terraffe de fon palais. Cet incefte execrable & fes autres crimes furent bientôt punis. Le roi ayant levé une armée, dont il donna le commandement à Joab, celle du fils fut taillée en pièces dans la forêt d'Ephraim. Abfalon ayant pris la fuite, & fes cheveux s'étant embarraffés dans les branches d'un chêne auquel il refla fufpendu, Joab le perça de fa lance, contre la défense de David, vers l'an 1023 avant J. C. Ce père tendre regretta auffi fincèrement cet enfant incestueux & rebelle, que s'il n'avoit pas eu à s'en plaindre. L'Ecriture dit que, toutes les fois qu'Abfalon faifoit couper fes cheveux, on en étoit le poids de 200 ficles. Ce poids a paru énorme à divers commentateurs. Quelques-uns, pour diminuer la difficulté, ont imaginé un double ficle, le profane ou d'ufage, qui pefoit deux dragmes; & celui du fanctuaire qui en pefoit quatre. Mais d'autres prétendent, que cette diftinction eft imaginaire, & que cette différence de nom ne vient que de ce que l'original du ficle étoit gardé dans le fanctuaire pour fervir de règle aux ficles du commerce. Le Pelletier dit qu'il s'agit dans cet endroit du ficle Babylonien, plus léger de deux tiers que le ficle Hébreu. Ce n'eſt donc qu'un peu plus de 30 onces, qu'auroient pefé les cheveux d'Abfalon. L'auteur qui a redigé les Livres des Rois fur des Mémoires plus anciens, vivoit fur la fin de la captivité de Babylone, où les Juifs ne connoiffoient que le poids Babylonien.
II. ABSALON, archevêque de Lunden en Danemarck, dans le douzième fiècle, fe diftingua par fon courage, fes talens et fes vertus. Waldemar ayant difputé la couronne à Suécon III, Abfalon s'attacha avec zèle à fa fortune, & devint fon miniftre, fon général, fon ambaffadeur, & ce qui eft plus rare, fon ami. Abfalon mis à la tête d'une flotte, chaffa les pirates qui infeffoient les côtes & empêchoient tout commerce; placé à la tête d'une armée, il revint victorieux des Vandales & des Selaves qui avoient fait une irruption en Danemarck; envoyé en Zelande, il y étouffa une révolte dangereuse, & qui menaçoit d'embrafer le royaume; appele au confeil, il apprit à Waldemar l'art de pardonner, de favoriser les progrès de l'induftrie, de rendre les moines fludieux & utiles, d'honorer l'agriculture, en un mot l'art de gouverner. Les Scaniens prirent parti pour les ennemis de Waldemar, Abfalon fes foumit, & pour appaifer la colère de fon fouverain contre eux, il fe jera à fes genoux, déplora leur malheur, & obtint leur grace. Le nom d'un pareil miniftre méritoit de furnager au-deffus du fiècle barbare où il vit le jour. On a dit de lui, que maître de tout faire, il ne fit jamais rien que de juffer. Peu hommes puissans ont été dignes d'un pareil éloge. *Abfalon*, après avoir servi *Waldemar* avec gloire, acquit la même confiance de *Canut VI* son fucceffeur, & mourut regretté de tous les Danois en 1202.
ABSIMARE-TIBÈRE, fut salué empereur d'Orient en 698, par les soldats de *Léonce*, qu'il confina dans un monastère, après lui avoir fait couper le nez & les oreilles. *Justinien* le *Jeune* implora le secours du prince des Bulgares contre l'usurpateur. S'étant rendu maître de Constantinople par le moyen d'un aqueduc, il traita *Abfimare* avec ignominie. Un jour de spectacle, il ordonna qu'on amenât dans l'hippodrome *Abfimare* & *Léonce* son prédécesseur. Il les fit coucher par terre, & leur tint le pied sur la gorge pendant une heure. Le peuple, qui encense jusqu'aux défauts des souverains, se mit à crier, à la vue de ce spectacle ridicule & barbare: *Vous marchez sur l'aspic & sur le basilic, & vous foulez aux pieds le lion & le dragon*. Cette comédie eut un dénouement tragique pour *Abfimare* & *Léonce*: *Justinien* leur fit trancher la tête en 705.
ABSTEMIUS, (Laurent) né à Macerata, ville de la Marche d'Ancône, au 15$^{e}$ siècle, se fit un nom dans le temps de la renaissance des lettres en Europe. Le duc d'Urbin dont il avait été maître, le nomma son bibliothécaire. *Abtemius* dédia à ses disciples ses *Annotationes varia*, qu'on trouve dans le tome 1$^{er}$ du *Trésor* de *Gruter*. Il y a encore de lui un recueil de 200 Fables, intitulé *Hecatomythium*, où il n'épargne pas le clergé. On les trouve dans l'édition des *Fables d'Esope*, à Francfort, 1580.
ABSYRTE, (Mythol.) fils d'*Éte* roi de Colchide, que sa fœur *Mille* fuyant avec *Jason*, égorgra & coupa en morceaux, qu'elle dispersa sur la route, afin que son père qui la poursuivit, s'arrêtât à les recueillir & suspendit sa poursuite.
ABUBEKER, ou ABOUBEKRE, beau-père & fucceffeur de *Mahomet*. Après la mort de son gendre, les chefs de l'armée l'élurent calife, c'est-à-dire vicaire du prophète. *Ali*, gendre de *Mahomet*, à qui cet imposteur avait légué l'empire, en ayant été frustré, attendit dans l'Arabie des circonstances heureuses. *Abubeker*, son rival, se fixa d'abord à Cufa, puis à Bagdad, où il régia la partie de la discipline. Il mena ensuite les Musulmans en Palestine, & remporta une victoire contre le frère de l'empereur *Heraclius*. Il se servit, pour exciter la valeur guerrière des princes de l'Hémen & des principaux citoyens de la Mecque, des mêmes rufes qu'avoît employées *Mahomet*. « J'ai dessein, (leur écrivait-il) de tirer la Syrie des mains des Infidèles, & je veux que vous sachiez qu'en combattant pour la propagation de notre religion, vous obéissez à Dieu. » Ce mouvement imprimé par le fanatisme, produisit ensuite les plus grandes conquêtes. *Abubeker* mourut peu de temps après, avec la réputation d'un prince généreux, clément, & ami des lettres. Il fut enlevé à Médine, l'an de J. C. 634 suivant les uns, & 640 suivant les autres. Ce fut lui qui rédigea les révélations de *Mahomet*, qui jusqu'alors avoient été éparées comme les feuilles de la Sybille. Il étoit si désintéressé, qu'on ne trouva que trois dragmes dans son trésor. Les spectateurs d'*Abubeker* le regardent comme un héros & un Saint, & ceux d'*Ali* comme un brigand & un usurpateur. 52 A B U
ABUCARA, (Théodore) métropolitain de la province de Carie, fut d'abord partifan du favant *Photius*; mais s'en étant repenti, le concile de Constantinople tenu en 869, lui accorda séance dans ses assemblées. *Génébrard* & le *Jésuite Gretzer* ont traduit en latin ses *Traités* contre les Juifs, les Mahométans & les hérétiques, imprimés à Ingolftad en 1606, in-4.º On les trouve aussi dans le *Supplément* de la Bibliothèque des PP., de l'édition de Paris en 1624. On a encore de lui un *Traité De unione & incarnatione*, Paris 1685.
ABUDHAHER, père des Karmatiens, fêcte née dans l'Arabie, répandit sa doctrine par la parole & par l'épée, suivant la coutume des Musulmans. Il fit piller la Mecque, égorger les pèlerins, enlever la *Pierre noire* qu'on croyoit être descendue du Ciel. Il amena ensuite son cheval & lui fit faire ses ordures dans le temple, joignant les railleries à l'outrage. Ses impietes n'attiédirent point la dévotion Musulmane : le temple de la Mecque fut fréquenté comme auparavant. Les Karmatiens rendirent la Pierre, attendu que cette relique ne leur produisoit rien. *Abudhaher*, leur chef, tout perfécuteur qu'il étoit des fidèles Musulmans, mourut, paisible poffeffeur d'un grand Etat, l'an 953.
ABULFARAGE, (Grégoire) fils d'un médecin Chrétien, & médecin lui-même dans le 13e siècle, naquit à Malafia, ville d'Arménie. Nous avons de lui une *Histoire universelle* depuis *Adam* jusqu'à son siècle, peu estimée des Orientaux, & très-peu consultée par nos historiens Occidentaux, à l'exception de la partie qui regarde les Sarrafins, les Mogols & les conquêtes de *Gengis-Kan*. *Pocoche* donna en 1663 & 1672, à Oxford, en 2 vols in-4.º une traduction latine de cette Histoire, & y joignit un Supplément pour les princes Orientaux, qui vaut mieux que l'ouvrage. On a accusé cet historien médecin d'avoir quitté le Christianisme : c'est une calomnie dont son traducteur a démontré la fauffeté. *Abulfarage* mourut évêque d'Àlep & primat des Jacobites l'an 1286, à 60 ans. Il y a eu encore trois poètes Arabes de ce nom, fort célèbres en Asie, mais peu connus en Europe.
ABULFEDA, (Ismaël) fut roi de Hamath en Syrie l'an 1308. Il étoit né en 1273, & il mourut en 1332. Ce monarque découvrit en 1320 la vraie longitude de la Mer Caspienne, sur laquelle *Ptolomée* s'étoit trompé. Il composa, dans le temps qu'il n'étoit que particulier, une *Géographie*, dont *J. Gagnier* a donné une traduction latine, à Londres 1732, avec le texte Arabe & de savantes notes. *Abulfeda* est aussi auteur de la *Vie de Mahomet*, que le même *Gagnier* a publiée en Arabe & en latin à Londres 1723, in-fol. On a encore d'*Abulfeda* la *Vie de Saladin*, Leyde 1732 in-fol.; & les *Tables de Syrie*, publiées en latin par *Kochler*, Leipfick 1766, in-4.º
ABULOLA - AHMED, *Voyer* ABOULOLA.
ABU-MESLEM, gouverneur du Khorafan, fit passer la dignité de calife en 746, de la race des Omniades, à celle des Abbaffides. On dit qu'il caufa, par cette révolte, la mort de plus de six cents mille hommes. Il fut puni de sa rebellion & massacré par l'ordre du calife *Almantor*, en 754.
ABUNDIUS, évêque de Côme en Italie, mort en 469, fut envoyé légat au concile de Constantinople par par St. Léon, & fit adopter par les Pères de cette affemblée la Lettre à Flavien. Ce prélat avoit beaucoup de piété & de lumières.
ABYDÈNE, historien célèbre, auteur de l'Histoire des Chaldéens & des Affyriens, dont il ne nous refte que quelques fragmens dans la Préparation évangélique d'Euvèbe. On y a trouvé de grands rapports avec ce que dit l'Écriture sur la tour de Babel & le déluge. I. ACACE, surnommé le Borgne, père des ACACIENS, branche des Ariens, avoit des talens dont il ne se servit que pour satisfaire son ambition & femer ses erreurs. Cet homme turbulent & dangereux fit déposer S. Cyrille, eut par la bannissement du Pape Libère, & causa d'autres maux. Il écrivit la Vie d'Euvèbe de Césarée, dont il étoit le fucceffeur & le disciple. Il se montra digne d'un tel maître, & mourut vers l'an 365.
II. ACACE, fucceffeur de S. Gennade dans la chaire de Constantinople, en 471. Ce prélat ambitieux, voulant avoir la fupériorité sur les autres patriarches Orientaux, perfuada à l'empereur Zénon, par les plus viles adulations, qu'il pouvoit se mêler des questions de la foi. Ce prince publia l'Henoticon, édit favorable aux Eutychiens. Felix III, (Voy. ce mot) irrité contre Acace, prononça anatheme contre lui dans un concile de Rome. Cette excommunication ayant été rendue publique à Constantinople, le patriarche se sépara de la communion du pape, & persécuta les Catholiques. Il mourut en 480. Son nom fut rayé des dyptiques de Constantinople, 30 ans après sa mort.
III. ACACE, évêque d'Amide sur le Tygre dans le 5e siècle, ac- complit à la lettre le précepte de St. Paul. « Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a foif, donnez-lui à boire. » Il vendit les vases sacrés pour racherer sept mille esclaves Perses, mourans de faim & de misère. Il les renvoya à leur Roi, qui fut tellement touché de cette générosité héroïque, que tout paien qu'il étoit, il voulut voir le saint évêque. Cette entrevue produisit la paix entre ce Roi & Théodose le Jeune.
IV. ACACE, évêque de Bérée en Palestine, ami de S. Epiphane & de Flavien, & digne de l'être par ses vertus & son savoir. L'histoire lui reproche d'avoir été le persécuteur de S. Chrysostome; mais il reconnut sa faute. Nous avons de lui trois Lettres, qu'on trouve dans le recueil du concile d'Ephèse & du Calcédoine par le Père Lupus, hermite de S. Augustin.
ACADEMUS ou ÉCADEMUS, bourgeois d'Athènes, dont la maison servit à enseigner la philosophie, vivoit du temps de Thèfée. Il donna son nom à une fêche de philosophes, ou plutôt à trois fêches qui portèrent le nom d'Académie. Platon fut le chef de l'ancienne Académie. Arcesitas, l'un de ses fucceffeurs, fit quelques changemens à la philosophie Platonicienne, & fonda par cette réforme ce qu'on appelle la seconde Académie. Enfin Carnéades eut l'honneur de l'établissement de la troisième: (Voyez les articles de ces trois Sages.) Cicéron avoit donné le nom d'Académie à une de ses maisons de campagne, située près de Pouzzoles, sur le bord du lac d'Averne. On y voyoit des portiques & des jardins plantés d'arbres, à l'imitation de l'Académie d'Athènes. On croit que Cicéron y composa un de ses ouvrages philosophiques appelé Questions académiques... Il étoit défendu, sous peine d'expulsion, de rire à l'Académie d'Athènes.
ACALE, (Mythol.) neveu de Dédale, inventa la scie & le compas. Son oncle en fut si jaloux, qu'il le précipita du haut d'une tour; mais M'nerve le métamorphosa en perdrix.
ACAMAS, (Mythol.) fils de Thézé, & de Phèdre. Il étoit au siège de Troie, & fut député avec Diomède pour aller redémander Hélène. Pendant cette ambaffade, qui fut inutile, Laodicé, fille de Priam, eut de lui un fils, qui fut élevé par Ethra, fille Grecque, que Paris avoit enlevée avec Hélène. Il fut un de ceux qui s'enfermèrent dans le cheval de bois. Au milieu du carnage, Ethra lui montra le fils que Laodicé avoit eu de lui, & ce prince fauva la vie à l'un & à l'autre.
ACANTHE, (Mythol.) jeune Nymphe, qui, pour avoir reçu favorablement Apollon, fut changée par ce Dieu en une plante qui porte son nom : c'est la branche-urine.
ACARARIUS, Voyez ALSA-HARAVIUS.
ACARIE, (Marguerite) fille d'un maître des comptes de Paris, se fit religieuse Carmelite en 1607, & contribua à réformer son ordre & à le rendre plus austère. Elle mourut en 1660. Sa vie a été écrite par Tronçon de Chenevière, & publiée à Paris en 1690, in 8.° On y attribue à Marguerite Acarie des révélations, le don de prédire l'avenir, de guérir les maux par son attouchement, & tout ce qui sert à surprendre la crédulité, & à orner par le merveilleux des vertus obscures.
ACARNAS & AMPHOTERUS, (Mythol.) frères, enfans d'Alcméon & de Callithoé. Leur mère obtint de Jupiter qu'ils devinillent grands tout d'un coup, pour venger la mort de leur père, tué par les frères d'Alphésibée, pour avoir repris à Alphésibée son épouse le collier qu'il avoit arraché à sa mère Eriphyle, avec la vie, & en avoir fait présent à Callithoé sa maîtresse. Acarnas & Amphoterus affaîsinèrent les frères d'Alphésibée, & consacrèrent ce fatal collier à Apollon.
ACASTE, (Mythol.) fameux chateur, fils de Pélias roi de Thessalie. Crêthéis sa femme, que quelques uns nomment Hippolyte, éprise de Pélée, qui ne voulut pas répondre à son amour, en fut si irritée qu'elle l'accusa auprès de son mari d'avoir attenté à son honneur. Acaste dissimula son chagrin, conduisit Pélée dans une partie de chasse sur le mont Pélion, & l'abandonna aux Centaures & aux bêtes sauvages. Chiron reçut favorablement ce malheureux prince, qui, avec le secours des Argonautes, alla se venger de la cruauté d'Acaste & des calomnies de Crêthéis. On dit qu'Acaste est le premier qui ait fait célébrer des Jeux funèbres.
ACCA LAURENTIA (Mythol.) étoit femme du berger Fautulus & nourrice de Rémus & de Romulus. Quelques Auteurs lui donnent le surnom de lupa, l'ouve, parce qu'ils en font une courtrane. Dans la scie elle fut une divinité chez les Romains, à qui le Flamme de Jupiter faisoit tous les ans un sacrifice public dans un jour de fête qui lui étoit consacré. 38 ACC Boulogne, apprit de lui la science du Droit, & le professa publiquement dans sa patrie, au rapport de Pancirole.
II. ACCURSE, (Marie-Ange) né à Aquila, ville du royaume de Naples, est compté parmi les critiques les plus savans & les plus ingénieux du 16e siècle. Il possédoit les langues grecque, latine, françoise, espagnole, &c. Ses Diatribes sur quelques Auteurs anciens & modernes, imprimées à Rome en 1524, in-fol., font un témoignage de son erudition & de son discernement. La république des lettres lui est redevable de l'Ammien-Marcelin d'Aubourg en 1533, augmente de cinq livres; & de la première édition des Lettres de Cassiodore. Ce savant critique fut accusé de s'être approprié les Notes de Fabricio Verano sur Autone, dans ses Diatribes in Aufonium : livre rare, publié à Rome en 1524, in-fol. Mais il se justifia de ce prétendu plagiat, comme s'il avoit été question de l'enlèvement d'un trésor.
ACEMÉTES, (les Moines) Voyet ALEXANDRE, n.º XXII.
ACÉPHALES, hérétiques ainsi nommés, parce que, suivant la signification du mot grec, ils n'avoient point de chef. Ils s'élevèrent vers la fin du cinquième siècle. Voyet une partie de leur histoire à l'article ALAMUNDAR.
ACÉRAUNIA, suivante de l'impératrice Agrippine, périt victime de son dévouement pour sa maîtresse. Néron ayant résolu de se défaire de sa mère par le moyen d'une galère s'entr'ouvrant tout-à-coup, Agrippine tomba dans la mer. Acéraunia s'apercevant de cette chute, n'hésita pas à se jeter du pont dans les flots, en criant de sauver l'Impératrice. L'obscurité ne permettant pas de distinguer Acéraunia, les matelots la prirent pour Agrippine, & l'assommèrent à coups de rames.
ACERBO, (François) né à Nocera, l'éluite & poète, publia en 1666 à Naples, des poésies intitulées Ægro corpori a Musâ Solatium. Ce recueil charma ses maladies; c'est tout ce qu'il a produit de mieux.
ACÈSE, évêque Novatien, foutint au concile de Nicée, que l'on devoit exclure de la pénitence ceux qui étoient tombés en faute après le baptême. Constantin, en présence de qui cet enthousiaste avançoit cette opinion, fâché de ce qu'il fermoit le Paradis à tant de monde, lui répondit : Acèle, faites une échelle pour vous, & montez tout seul au Ciel.
ACESTE, (Mythol.) roi de Sicile, & fils du fleuve Crinise, reçut honorablement Ènée, & fit ensevelir Anchise sur le mont Eryx.
ACÈTE, (Mythol.) capitaine d'un vaissieu Tyrien. Ses matelots ayant trouvé Bacchus endormi sur le bord de la mer, voulurent se saisir de lui, dans l'espérance d'en tirer une rançon. Acète s'y opposa; le dieu se découvrit, & les métamorphosa en dauphins, excepté Acète, dont il fit son grand sacrificateur. I. ACHAB, fils & successeur d'Amri, se distingua parmi tous les rois d'Israël par ses impiétés. Il épousa Jézabel, fille du roi des Sidoniens, femme impérieuse, cruelle & digne d'un tel époux. C'est à la prière de cette princesse fait imprimer en 3 vol. in-12 une Relation curieuse, édifiante, mais trop longue, de sa mission.
ACHAZ, roi de Juda, fils & succeffeur de Joathan, furpaffa en impiété tous ses prédéceffeurs. Son armée fut défaite par Rajin roi de Syrie, qu'il avoit vaincu d'abord, & par Phacée roi d'Ifraël. Il im- plora le secours du roi d'Affyrie, Theglat-Phalaffar, & fit dresser un autel sacrilège pour lui plaire. Teglat-Phalaffar entra dans Jeru- falem, obtint d'Achat ce qu'il y avoit de plus précieux dans le temple, & le contraignit à lui payer un tribut. Ce prince mit le comble à ses impiétés, en faisant fermer les portes du temple, & en défendant au peuple d'y aller offrir leurs victimes & leurs priè- res. Il mourut vers l'an 7:6 avant J. C., & fut privé de la sépulture des rois. Sous son règne, l'Écri- ture fait mention d'un gnomon ou cadran folaire, qui est le plus ancien monument de ce genre, dont les hittoriens aient fait men- tion. Il prouve que les Hébreux savoient déjà diviser le jour par parties égales, méthode qu'ils te- noient sans doute des Chaldéens qui la transmirent ensuite aux Grecs.
ACHELOUS, (Mythol.) fils de l'Océan & de Thétis, aima Déjanire. Cette jeune beauté étoit défiquée à un conquérant. Achelous s'imaginant que c'étoit Hercule, se batuit contre lui, mais il fut vaincu. Il prit la forme d'un fer- pent, sous laquelle il fut encore défait; ensuite celle d'un taureau, qui ne lui réussit pas mieux. Hercule le saisit par les cornes, le terrafta, lui en arracha une, & le contraignit d'aller cacher sa honte dans le fleuve Thoas, qui depuis fut appelé Achelous. Ce dernier donna à son vainqueur la corne d'Amalthée ou la corne d'abon- dance, pour reprendre la fienne.
ACHEMÈNE, roi des Perses, connu par ses richeffes immenses, étoit fils d'Egée. Il faut remarquer que les mots d'Achemène, de Sapor, d'Artaxerces, étoient des noms com- muns aux rois des Perses &, qui signifioient un roi qui commande aux autres rois. ACHEMÈNES est auffi le nom particulier d'une fa- mille de rois Persans qui occupa le trône jusqu'à Darius Codoman; d'où vient le nom d'Acheméniens, que les anciens poètes ont donné aux Perses.
ACHEMÈNIDE, (Mythol.) l'un des compagnons d'Ulyffe, cchappa des mains du géant Polyphème, & s'attacha depuis à Énée, qui le reçut avec bonté sur ses vaiffeaux.
ACHÉMON, (Mythol.) ou ACHMON, frère de Bajalas ou Pajalus, tous deux Cercopes. Ils étoient si querelleurs, qu'ils attaquaient tous ceux qu'ils ren- controient. Sennon, leur mère, les averrit de ne pas tomber, s'ils pouvoient, entre les mains du Mélanpygé, c'est-à-dire de l'homme aux festes noires. Un jour ils ren- contrèrent Hercule endormi sous un arbre, & l'infultèrent; ce héros les lia par les pieds, les attacha à sa maffue, la tête en bas, leur ayant tourne le vifage de son côté, & les porta sur son épaule, comme les chaffeurs portent le gi- bier. Ce fut en cette plaifante pof- ture qu'ils diront: Voilà le Mélan- pygé que nous devions craindre! Hercule les entendant, se mit à rire, & les laiffa aller.
ACHERON, (Mythol.) fils du Soleil & de la Terre, Il fut changé en fleuve, & précipité dans les Enfers pour avoir fourni de l'eau aux Titans, lorsqu'ils déclarèrent la guerre à Jupiter. Dès ce moment, ses eaux devinrent bourbeuses & amères; & c'est un des fleuves que les ombres paissent sans retour. — ACHERY, (Dom Luc d') né à St-Quentin en Picardie l'an 1609, fit profession dans la congrégation de S. Maur, & s'y rendit recommandable par un profond savoir, joint à une piété tendre. Son soin principal après ses premières études, fut de déterrer toutes les pièces de l'antiquité qui pouvoient être de quelque utilité aux écrivains modernes. Parmi les morceaux précieux qu'il a tirés de l'obscurité, on distingue sur tout son *Spicilege*, en 13 vol. in-4.º réimprimé en 1723, par les soins de M. de la Barre, en 3 vol. in-fol. C'est une collection où l'on trouve beaucoup d'Histoires, de Chroniques, de Vies des Saints, d'Actes, de Chartres, des Lettres qui n'avoient pas encore vu le jour. Il orna ce recueil fait avec choix, de *Préfaces* pleines d'érudition. On lui doit encore : I. L'Épître attribuée à S. Barnabé, imprimée en 1645. II. Les Œuvres de Lanfranc, en 1648, in-fol. III. Celles de Guibert, abbé de Nogent, in-fol. en 1651. IV. *Regula Solitariorum*, 1653, in-12. V. Un Catalogue in-4.º des *Ouvrages aécétiques des Pères* en 1648 & 1671. Il mourut à S. Germain-des-Prés le 29 Avril 1685, âgé de 76 ans, avec la consolation d'avoir consacré toute sa vie à la retraite & à l'étude. Ce savant religieux ne connut l'antiquité, que pour en mieux imiter les vertus. Plusieurs personnes pieuses se mirent sous sa conduite, & beaucoup de savans eurent re- cours à ses lumières : il sanctifia les premiers, & éclaira les autres.
ACHEUS, surnommé *Callicon*; Grec, qui se distingua par des traits de stupidité singulière. Entre autres, il avoit pris un pot de terre pour lui servir d'oreiller; mais le trouvant trop dur, il prétendit le ramollir en le remplissant de paille.
ACHIAB, neveu d'Hérode le Grand. Pendant la maladie de son oncle, il empêcha la reine *Alexandra*, mère de *Marianne*, de s'emparer d'une des forteresses de Jérusalem, dont il étoit gouverneur, en faisant avertir à propos le roi de ce qui se tramoit. Il fauva plusieurs fois la vie à son oncle. Un jour entr'autres ce prince demanda une pomme & un couteau pour la peler; mais *Achiab*, s'étant apperçu que c'étoit pour se percer le sein, lui arracha le couteau, & prévint l'exécution de ce suicide.
ACHILLAS, général de l'armée du roi *Prolomée*, à qui ce prince ingrat donna l'ordre de tuer *Pompée* qui venoit chercher un aille auprès de lui.
ACHILLE, fils de *Pille*, roi de Phthioside en Thessalie, & de *Thétia*, naquit à Phthie capitale du pays. Sa mère le plongea dans le Styx pour le rendre invulnérable. Il le fut par tout le corps, excepté au talon, par lequel elle le tenoit en le plongeant. On le mit sous la discipline du centaure *Chiron*, qui le nourrit de moëlle de lions, d'ours, de tigres, & de plusieurs autres bêtes sauvages. Sa mère, ayant su de *Calchas* qu'il périt devant Troie, & qu'on ne prendroit jamais cette ville sans lui, l'envoya à la cour de *Lycomède* dans l'isle de Scyros, en habit de fille, sous le nom de Pyrrha. Ce déguisement lui donna la facilité d'approcher du beau sexe, & il en profita : il se fit connoître à Dédamie, fille de Lycomède, l'épousa secrètement, & en eut Pyrrhus. Lorsque les Grecs s'assemblèrent pour aller affléger Troie, Calchas leur indiqua le lieu de sa retraite. Ils y députèrent Ulysses, qui se déguisa en marchand, & en présentant aux dames de la cour de Lycomède des bijoux & des armes, il reconnut ce jeune prince à l'empressement qu'il marqua pour les armes, & l'emmena avec lui au siège de Troie. Achille fut le premier héros de la Grèce, & devint la terreur de tous ses ennemis. Pendant le siège, Agamemnon, lui enleva une captive, appelée Brissés : cette perte l'irrita tellement, qu'il se retira dans sa tente & ne voulut plus combattre. Tant que dura sa retraite, les Troyens eurent toujours l'avantage; mais Patrocle, son ami, ayant été tué par Heitor, il reprit les armes, retourna au combat, & vengea sa mort par celle de son meurtrier, qu'il traîna trois fois, attaché par les pieds à son char, autour des murailles de Troie, & du tombeau de Patrocle. Il le rendit ensuite aux larmes de Priam. Ayant conçu de la passion pour Polyxène, fille de ce roi, il la demanda en mariage, & lorsqu'il a fait l'épouser, Paris lui décocha à l'endroit fatal une flèche que conduisit Apollon. Le héros mourut de cette blessure. Les Grecs lui élevèrent un tombeau sur le promontoire de Sigée; ce fut là que Pyrrhus son fils lui immola Polyxène. Quelques-uns prétendent que Thétis lui avoit proposé dans son enfance, ou de vivre longtemps sans gloire, ou de mourir jeune & chargé d'honneurs, & qu'il prit le dernier parti. Alexandre le Grand honora son tombeau d'une couronne. O heureux ACHILLE, s'écria-t-il, d'avoir trouvé pendant sa vie un ami comme Patrocle, & après sa mort un poète comme Homère ! Achille aimoit les beaux arts, autant que l'art nécessaire & funeste de la guerre. Il excelloit dans la musique, la poésie & la médecine. Drelincourt a publié, dans le siècle passé, un ouvrage intitulé, Homericus Achilles, dans lequel il a rassemblé tout ce que l'antiquité nous a laissé de plus curieux sur ce héros.
ACHILLÉE, L. Elpidius Achilleus) général Romain en Egypte sous Dioclétien, se fit reconnoître empereur à Alexandrie l'an 292, & se maintint sur le trône pendant plus de cinq années. Dioclétien se mit enfin en marche avec une armée formidable, & le tyran ayant été défait, se renferma dans Alexandrie, où il se défendit en homme désespéré. Cette ville n'ayant été emportée qu'au bout de huit mois, Dioclétien irrité se livra à toutes les fureurs de la vengeance. Achillée fut condamné à être dévoré par les lions; Alexandrie éprouva toutes les horreurs du pillage, & le reste de l'Egypte fut abandonné aux proscriptions & aux meurtres.
ACHILLES TATIUS, Voyet TATIUS. I. ACHILLINI, (Alexandre) natif de Bologne, philosophe & médecin, professa ces deux sciences avec beaucoup d'éclat. Toute l'Europe lui envoyoit des écoliers. Il mourut dans sa patrie en 1512, à 40 ans, avec le surnom fastueux de Grand Philosophe, après avoir fait imprimer différens ouvrages d'anatomie & de médecine. On lui attribue la découverte du marteau & de l'enclume, deux ossemens de l'organe de l'ouïe. Il adopta les sentimens d'Averroes, & fut le rival de Pomponace. Ces deux philosophes se décrioient mutuellement, suivant l'usage établi depuis longtemps parmi les doctes; mais dans les disputes Pomponace avoit toujours le dessus, parce qu'il favoit mêler à ses argumens des plaisanteries qui divertissoient les spectateurs. D'ailleurs, Achillini s'avillisoit à leurs yeux par la maniere singulière & négligée dont il étoit habillé. Ses Ouvrages furent recueillis in-fol. à Venise en 1545. Voyez COCLES.
II. ACHILLINI, (Philothée) parent & compatriote du précédent, est auteur d'un Poème intitulé, Il Viridario, où l'on trouve l'éloge de plusieurs littérateurs Italiens, & quelques leçons de philosophie morale; il fut imprimé à Bologne en 1513, in-4.º
III. ACHILLINI, (Claude) petit-neveu d'Alexandre, né à Bologne en 1574, & mort en 1640, fut un homme très-favant en philosophie, en médecine, en théologie, & particulièrement en jurisprudence. Il professa cette dernière science pendant plusieurs années avec une grande réputation, d'abord à Parme, ensuite à Ferrare, & en dernier lieu à Bologne, sa patrie. Sa vaste érudition étoit si admirée, que, de son vivant même, on plaça dans les écoles publiques une inscription à sa gloire. Les papes & les cardinaux lui donnèrent de grandes espérances de fortune, mais ce ne furent que des espérances. Achillini tint une place distinguée parmi les poètes de son temps. Ami & parti- fan déclaré du cavalier Marini, il chercha à se former sur ce modèle, & il y réussit; c'est à dire qu'on trouve dans ses Poésies ce mauvais goût de métaphores, d'enflure & de pointes, qui s'étoit emparé de la poésie Italienne dans le dernier siècle. Le sonnet très-connu qu'il fit à l'occasion des conquêtes de Louis XIII en Piémont: Sudate o fuochia preparar metalli, &c. lui obtint, dit-on, du cardinal de Richelieu, une chaine d'or de la valeur de mille écus. Des ouvrages beaucoup meilleurs ont été bien moins récompensés, ou sont restés sans récompense. Ses Poésies parurent à Bologne en 1632, in-4.º On ajouta à ses vers quelques ouvrages de prose, & on les publia sous le titre de Rime & prose, à Venise, 1662, in-12.
ACHILLIUS, Voyez III. AQUILLIUS.
ACHIMAAS, fils & fucceffeur du grand prêtre Sadoe. Pendant la révolte d'Abjalon, il résolut avec son frère Jonathas, d'aller informer David qui fuyoit, des résolutions qu'on prenoit contre lui. Abjalon ayant découvert leur dessein, les fit poursuivre; mais étant arrivés à Bathurim, ils se cachèrent dans un puits, d'où ils sortirent, lorsque ceux qui les cherchoient s'en furent retournés. Ils arrivèrent heureusement au camp de David. Achimaas épousa dans la suite Sémach, une des filles de Salomon.
ACHIMELECH, grand pontife des Juifs, donna à David les pains de proposition & l'épée de Goliath. Saul, jaloux de ce prince, eut la cruauté de faire mourir le grand prêtre avec 85 hommes de sa tribu. Doëg l'Iduméen se chargea de ce meurtre.
ACHIOR, chef des Ammonites, déplut à *Holoferne*, en vantant les mœurs, les lois, le caractère des Israélites, & la protection de Dieu sur ce peuple. Ce général, irrité, le fit attacher par ses gardes à un arbre près de Béthulte, dans le dessein de le punir plus sévèrement après la prise de la ville. Les Israélites le détachèrent, le menèrent à Béthulte, où, après la victoire de *Judith* sur *Holoferne*, il embraffa la religion des Juifs, vers l'an 705 avant J. C.
ACHIS, roi de Geth, chez lequel *David*, fuyant *Saül*, se réfugia deux fois. Il remporta la victoire où périrent *Saül* & ses enfans, vers l'an 1055 avant J. C.
ACHITOB, grand-prêtre, fils de *Phinées*, petit-fils du grand-prêtre *Héli*, fut père d'*Ahias* & d'*Achimelech*, qui furent aussi souverains ponts. *Phinées* ayant été tué à la malheureuse journée où l'arche du Seigneur fut prise par les Philistins, *Achitob* succéda à *Héli* son aïeul.
ACHITOPHEL, après avoir été le conseiller de *David*, entra dans la révolte d'*Abfalon*. Il conféilla à ce fils dénaturé d'abuser publiquement des femmes de son père. Il donna d'autres conseils qui ne furent pas suivis; & il se pendit de désespoir de les voir méprisés, vers l'an 1023 avant J. C. I. ACHMET I$^{er}$, empereur des Turcs, fils & successeur de *Mahomet III* en 1603, & mort en 1617, âgé de 30 ans, fit la guerre en Hongrie, & fut appuyé par les Hongrois auxquels la cour de Vienne refusoit la liberté de conscience. La Transilvanie, la Moldavie & la Valachie, n'implorèrent pas en vain sa protection. N'ayant plus rien à craindre en Europe, il tourna ses armes du côté de l'Asie. Il assiégea Erivan, & ayant été battu, il se détermina à vivre en paix. Il fit construire une superbe mosquée dans l'hippodrome de Constantinople; c'est un des plus beaux temples de cette capitale. L'auteur des *Lettres Juives* prétend qu'il fut bâti uniquement des pierres qu'on avoit apportées des ruines de Troie.
II. ACHMET II, empereur des Turcs, monta sur le trône après son frère *Soliman III*, l'an 1691. Son grand-vifir *Oglu Kiupeli* perdit la bataille de Salankemen en Hongrie, le 19 Août de la même année, & y fut tué. Le prince *Louis* de *Bade*, général de l'armée impériale, fut vainqueur en cette journée, qui eut des suites funestes. Le changement perpétuel des ministres sous le règne d'*Achmet II*, jeta une telle confusion dans les affaires de l'état, que tout lui réussit mal. Les Impériaux & les Vénitiens défolèrent les provinces, & firent diverses conquêtes sur les Turcs. Il mourut en 1695, avec la réputation d'un prince indolent, mais aimable. Il étoit d'une humeur gaie, bon poète, musicien, & jouoit avec succès de plusieurs instruments.
III. ACHMET III, fils de *Mahomet IV*, fut nommé empereur en 1703, après la déposition de son frère *Mustapha II*. Les séditieux qui l'avoient élevé à l'empire, l'obligèrent d'éloigner la sultane sa mère, qui leur étoit suspecte. Il leur obéit d'abord; mais, las de dépendre de ceux qui lui avoient donné la couronne, il les fit tous périr les uns après les autres, de peur qu'un jour ils ne tentaient de la lui ravir. Dès qu'il se vit affermi fur le trône, il s'appliqua à amasser des trésors. C'est le premier des Ottomans qui ait ofé altérer la monnoie & établir de nouveaux impôts ; mais il fut obligé de s'arrêter dans ces deux entreprises, par la crainte d'un foulèvement. Charles XII, vaincu à Pultawa, chercha un asile auprès d'Achmet, & en fut reçu avec beaucoup d'humanité. Le sultan fit la guerre eux Russes, aux Persans & à la république de Venise, à laquelle il enleva la Morée. Une paix folide termina en 1711 ses différens avec le czar Pierre, Moins heureux dans son expédi- tion contre l'empereur d'Allemagne, il fut battu en Hongrie par le prince Eugène. La paix ayant été conclue avec l'Empire, il se préparoit à tourner ses armes contre les Persans, lorsqu'une révolte occasionnée par un fanatique, le renverfa du trône en 1730, & y plaça son neveu Mahomet V. Ce prince étoit en prison, quand on lui apporta la couronne. Achmet fut enfermé dans la même retraite, après avoir donné les avis suivans à son neveu : « Souvenez- vous que votre père ne perdit le sceptre que pour avoir eu une complaisance trop aveugle pour le mufti Felçula - Effendi ; & que je ne le perds moi-même que par mon excès de confiance en Ibrahim bacha, mon vifir. Profitez de ces exemples. Si j'avois toujours suivi mon ancienne politique, de ne laisser jamais trop longtemps mes ministres en place, ou de leur faire rendre souvent un compte exact des affaires de l'empire, j'eusse peut-être fini mon règne auffi glorieusement que je l'ai commencé. » Il mourut le 23 Juin 1736, d'une attaque d'apoglexie, âgé de 74 ans.
IV. ACHMET-GEDUC, — ACOMAT, né dans l'Albanie, fut un des plus grands généraux de l'empire Ottoman. Il prit Otrante en 1480, & quelques autres places. Après la mort de Mahomet II, arrivée en 1482, il se déclara pour Bajazet II, & l'éleva sur le trône. Zizim, frère de Bajazet, légitime héritier de la couronne, fut obligé de se retirer à Rhodes. Bajazet II, oubliant les obligations qu'il avoit à Achmet, le fit assasiner quelque temps après, ou, selon quelques historiens, l'assasina lui-même dans un festin. V. ACHMET-BACHA, l'un des généraux de Soliman le Magnifique, fut celui qui contribua le plus à la prise de Rhodes. Envoyé l'an 1524 en Egypte pour y étouffer une rebellion, & pour en prendre le gouvernement, il s'y conduisit avec beaucoup de valeur & d'adresse. Il gagna les cœurs & les esprits, & des qu'il vit son autorité affermie, il prit le titre & les ornemens de souverain. Soliman, informé de la rebellion, envoya aussitôt contre lui son favori Ibrahim, aussi bon général qu'adroit courtisan. L'armée d'Ibrahim jeta la consternation dans le parti d'Achmet, qui fut étouffé dans un bain. Sa tête fut envoyée au Grand-Seigneur.
VI. ACHMET, auteur Arabe, fils de Scirim, a fait un ouvrage absurde sur l'interprétation des songs, suivant la doctrine des Indiens, des Perses & des Egyptiens. Cet ouvrage, dont l'original Arabe est perdu, fut traduit par un auteur Chretien du 9e siècle, & a été publié en grec & en latin, avec Arcémidore, par M. Rigault en 1603, in-4.
ACIDALIUS, (Valens) né à Witlock dans la Marche de Beau- debourg, brilla dans diverses académies d'Allemagne & d'Italie, & se fixa à Breslau en Silésie, où il embraffa la religion Catholique. Son grand travail altéra sa fanté, & il mourut d'une fièvre chaude en 1595, avant l'âge de 30 ans. Sa grande jeunesse ne l'avoit pas empêché de publier de savantes Notes sur Tacite, Velleius-Paterculus & Quinte-Curée. On a encore de lui un commentaire sur Plaute & des Poésies latines, à Francfort 1612, in-8.º On lui a faussement attribue une Dissertation qui fit beaucoup de bruit dans le temps, sous ce titre : Mulieres non esse homines, 1641, in-12. Il est aisé de voir que c'est un pur balin-ge; mais des savans d'Allemagne y ont vu un dessein forme de se moquer de la manière dont les Sociniens interprètent l'Ecriture-Sainte. Des Dames reprochèrent un jour à Acadalius qu'elles croyoient auteur de cette Dissertation, de les avoir exclues de la classe des hommes; c'est que vous êtes, mes Dames, leur répondit-il, de celle des Anges. Voy. GEDICCUS.
ACILIUS, (Caius) vaillant soldat de l'armée de Jules-Céjar, se signala dans un combat naval près de Marseille. Ayant porté la main droite sur un des vaisseaux des ennemis, qui la lui coupèrent, il imita le fameux Cynégire, soldat Athénien, &, s'élançant de la gauche sur le tillaç, il fit reculer tous ceux qui osèrent se présenter devant lui.
ACILIUS, V. III. AQUILLIUS. I. ACILIUS-GLABRIO, partagent avec Piyon l'honneur du Consulat. De son temps, l'esprit de brigue étoit si répandu à Rome qu'on ne voyoit plus dans les em- plois publics que des intrigants! Le tribun Cornelius, fatigué de cet abus, alloit proposer une peine capitale contre quiconque solliciteroit les suffrages, Acilius Glabrio le prévint, & fit adopter par le Sénat & le Peuple une loi plus douce, quoique sévère, qui arrêta le mal, sans inspirer trop de terreur, & qui de son nom fut appelée la loi Acilia. Celle-ci condamnoit quiconque avoir été convaincu d'avoir brigué une magistrature, à une forte amende, & à ne pouvoir plus être admis dans l'ordre des Sénateurs, ni dans aucune place importante à la nomination du Peuple.
II. ACILIUS-GLABRIO, consul sous Domitien, l'an de J.C. 91, avec Marcus Ulpius Trojan, depuis empereur, fut forcé par Domitien de des rendre dans l'amphithéâtre, pour y combattre des bêtes féroces. Il eut le bonheur de tuer un lion des plus grands, sans en avoir été blessé; mais cette adresse lui devint funeste. La jalousie qu'en conçoit l'empereur, le porta à bannir Acilius-Glabrio sous un autre prétexte. Il le fit même mourir quatre ans après, comme coupable d'avoir voulu troubler l'état. Voyez III. ANTIOCHUS. I. ACINDYNUS, (Septimius) consul Romain l'an 340 de J.C., est connu par un trait singulier auquel il donna occasion. Étant gouverneur d'Antioche, il fit enfermer un homme qui ne payoit pas les impots, & le menaça de le faire pendre s'il ne s'accuittoit pas à un jour marqué. Un très-riche particulier offrit à la femme de ce prisonnier la somme qu'il devoit, pour prix de ses faveurs. La femme consulta son mari, qui, plus ennuye de sa prison que jaloux de son honneur, lui ordonna d'acheter sa liberté aux dépens de sa vertu. Le libertin s'étant satisfait, donna à cette femme une bourse, où il n'y avoit que de la terre. Acindynus, instruit de cette fourberie, condamna cet avare débauché à payer au fisc la somme due par le prisonnier, & adjugea à son épouse le champ d'où il avoit tiré la terre qui remplissoit cette bourse. St. Augustin nous a transmis ce trait d'histoire; mais on l'a accusé faussement d'avoir approuvé l'action de la femme & le consentement du mari : il regarde seulement la complaisance de l'épouse comme moins criminelle, que si elle eût été commise par débauche.
II. ACINDYNUS, moine Grec qui florissoit au 14e siècle, est auteur d'un traité, De effendi & operatione Dei, imprimé en 1616, in-4.º en grec & en latin; & d'un traité contre Palamas, qui soutenoit que la lumière qui avoit paru sur le Thabor, étoit increase.
ACIS, (Mythol.) fils de Faune, mérita par sa beauté la tendresse de Galatée, que le géant Polyphème aimoit. Ce cyclope l'ayant un jour surpris avec Galatée, l'écrasa sous un rocher qu'il lui jeta; mais la nymphe, pénétrée de douleur, changes son sang en un fleuve, appelé depuis Acis. Ce fleuve a sa source au pied du mont Etna, & se nomme aujourd'hui Iaci.
ACMÉ, jeune Juive, devint la confidente de Livie, femme d'Auguste. Elle fut punie de mort pour avoir contrefait l'écriture de l'Imperatrice dans l'intention de servir Antipater contre sa tante Salomé. — Catulle célèbre dans ses vers les graces d'une autre Aemé, amante de Septimius.
ACOLUTHUS, (André) archidiacre, professeur de langues Orientales à Breslau sa patrie, & membre de l'académie de Berlin, publia en 1682, in-4.º un traité De aquis amaris. Il avoit donné à Leipsick, en 1680, une traduction latine, in-4.º de la version arménienne d'Obadias (Abdias). Il mourut à Breslau en 1704.
ACOMAT, Voy. IV. ACMET.
ACOMINATUS, V. NICETAS.
ACONCE, jeune homme d'une beauté singulière, aima passionnément Cydippe, qui ne voulut point l'écouter. Ayant perdu toute espérance de l'épouser, il grava sur une boule ces mots : « Je jure par Diane, » ACONCE, de n'être jamais qu'à vous. Cydippe, aux pieds de laquelle il avoit laissé tomber cette boule, la ramassa, lui cet écrit sans y penser, & s'engagea de même. Toutes les fois qu'elle vouloit se marier, elle étoit attaquée d'une fièvre violente; & croyant que c'étoit une punition des Dieux, elle donna son cœur & sa main à Aconce.
ACONCIO, (Jacques) né à Trente au commencement du 16e siècle, se rendit célèbre comme philosophe, jurisconsulte & théologien. Il quitta la religion Catholique pour se faire Protestant, & se retira en Angleterre. Il y fut protégé par la reine Elizabeth, qui voulut bien accepter la dédicace de son livre impie : De stratagematibus Satanæ in religionis negotio, per superstitionem, errorem, hærefim, odium, calumniam, schisma, &c. Libri VIII; Basileæ, 1565, in-8.º Cet ouvrage, traduit en françois, Basile 1565, in 4.º, & Delfi, 1611 & 1624, in-8.º, fut loué par quelques Protestans, & blâmé par d'au- tres. Seldon lui appliqué ce qu'on a dit d'Origène : « Ubi b.nè, nii me » lius ; Ubi malè, nemo pejus. » Le but de l'auteur étoit de réduire à un très-petit nombre les dogmes nécessaires de la religion Chrétienne, & d'établir une tolérance réciproque entre toutes les fêctes qui divifent le Christianisme. Comme il n'adoptoit pas tous les principes de Calvin, les disciples de ce fêctaire l'accusèrent de tolérantisme comme d'un crime ; mais il leur répondit comme Jésus-Christ à ses Disciples : Vous ne savez de quel esprit vous êtes. Du refte, son livre est écrit avec méthode & d'une bonne latinité, quoique le style en soit quelquefois un peu affecté. Acciolo mourut en Angleterre ; il vivait encore en 1566. Son Traité des Stratagèmes de Satan, fut réimprimé à Amsterdam, 1674, in-8.º On trouve à la fuite deux traités ; l'un, de la méthode d'étudier ; l'autre, de la manière de faire des Livres : ouvrage inutile à ceux à qui la nature n'a pas donné ce talent, & peu utile à ceux qui l'ont. La pénétration d'Acciolo lui avoit fait prévoir qu'on alloit passer à un siècle plus éclairé que le rien, & l'évenement justifia sa conjecture. I. ACOSTA, (Joseph) provincial des Jésuites au Pérou, né à Medina-del-Campo, mourut à Salamanque en 1600, âgé d'environ 60 ans. Il donna en Espagnol l'Histoire naturelle & morale des Indes, 1591, in-8.º, qui a été traduite en François, 1600, in-8.º Robertson & les autres auteurs qui ont fait l'Histoire de l'Amérique, la citent souvent. On a encore de lui : I. Un traité De procurandâ Indorum salute, Salamanque 1588, in-8.º qui peut être utile aux Missionnaires. II. Un traité en latin sur la manière d'interpréter l'Écriture, qu'on trouve à la fuite des commentaires de Monochius. III. De Christo revelato, à Rome 1590, in 4.º Il travailla long-temps & avec succès à la conversion des Indiens.
II. ACOSTA, (Gabriel d') chanoine & professeur de théologie à Coimbre, mort en 1616, a laissé des Commentaires sur une partie de l'ancien Teftam., Lyon 1641, in-f.
III. ACOSTA, (Uriel) d'abord Chrétien, puis matérialisée, ensuite Juif, étoit fils d'un gentilhomme Portugais. Cet homme, né avec une de ces imaginations ardentes qui mènent à la démence ou au génie, au lieu de se borner à pratiquer l'Évangile, eut la témérité de le vouloir soumettre à son examen. Il fut puni de sa hardiesse, en tombant dans le matérialisme. Accablé de doutes dans le Christianisme, & de remords dans sa nouvelle opinion, il crut mettre fin à ses peines en se faisant circoncire. Les Juifs d'Amsterdam l'unirent à eux par ce lien ; mais à peine l'opération étoit faite, qu'il lui fut aussi difficile de se soumettre aux observances de l'ancienne loi, qu'il le lui avoit été de plier sa raison aux dogmes de la nouvelle. Il ne put garder le silence, & se fit excommunier par la synagogue. Il publia un livre pour démontrer qu'il talloit rejeter les rites & les traditions des Pharisiens, pour s'attacher aux Sadducéens, dont il avoit embraffé les dogmes. Il s'étoit persuadé, que les peines & les récompensés de l'ancienne loi, ne regardoient que cette vie ; & il croyait le prouver par quelques passages du Pentateuque qu'il interprétoit à sa manière. Les Juifs le firent passer pour un athée, & un médecin médecin de cette nation réfuta son système. *Acosta* publia alors son *Examen traditionum Pharisaicarum ad Legem scriptum* : livre dans lequel il attaque l'immortalité de l'âme, sous prétexte que *Moïse* n'a parlé ni du paradis ni de l'enfer. Les Juifs lui répondirent d'abord à coups de pierres, ensuite en le faisant emprisonner. La liberté lui fut rendue, en payant une amende. *Acosta* crut alors devoir cacher ses erreurs, qui lui attinueront des persécutions ; & pensant que toutes les religions étoient indifférentes, il rentra dans celle des Juifs. La loi de *Moïse* n'étoit, selon lui, qu'une pure fiction des hommes, & non pas l'ouvrage de Dieu : il ne la suivait qu'en public. On l'accusa de ne point observer les autres préceptes Judaïques, ni dans les repas, ni sur d'autres points aussi importants ; ce fut la source d'une nouvelle persécution. La synagogue l'ex-communia de nouveau, & lui imposa une rude pénitence. Il fut fouetté par le maître-chantre d'Amsterdam, ensuite absous par le prédicateur de l'assemblée, & foulé aux pieds par son auditoire, suivant les rites Hébraïques. Ce qu'il croyait & ce qu'il ne croyait pas, ne fervant qu'à l'inquiéter, il mit fin à toutes ses variations, en se faisant sauver la cervelle d'un coup de pistolet, vers l'an 1640.
ACOSTA, *Voya* COSTA & CARVALHO.
ACRAGAS, célèbre sculpteur Grec, gravait sur l'or & sur l'argent. *Pline* cite des coupes qui se voyaient dans le temple de *Japchat* à Rhodes, où cet artiste avait gravé des chasses, des Barchantes et des Centaures. Tome. I.
ACRISE, (Mychol.) roi d'Argos, apprit de l'oracle, qu'un de ses petits-fils le tuerait un jour. Pour prévenir ce malheur, il enferma dans une tour d'airain *Danse*, sa fille unique ; mais *Jupiter*, dont cette clôture irrita la passion, descendit en pluie d'or dans la tour. *Acrise*, instruit de la grossesse de sa fille, la fit exposer dans une petite barque sur la mer. Un pécheur qui vit flotter ce coffre sur la côte de l'Apulie, le prit ; & l'ayant ouvert, il y trouva *Danse* accouchée d'un fils qui fut appelé *Persée*. Au bruit de cette merveille, la princesse fut conduite au roi *Pilumnus* qui l'épousa. Lorsque *Persée* fut en âge de porter les armes, il entreprit son expédition contre les Gorgonnes, & après avoir tranché la tête de *Méduse*, il alla à Argos, où il changea le roi *Acrise* en pierre. (*Virg. Encid. L. 7.*) Ovide parle d'un autre *ACRISE*, fils de *Jupiter* & père de *Lance* ; mais on croit qu'il se trompe, & qu'il s'appelait *AECESUS*. I. ACRON, roi des Céciniens, peuples voisins de Rome, ayant pris les armes contre les Romains après le rapt des Sabines, se mit en campagne pour ravager leurs terres. *Romulus* sortit aussitôt à sa rencontre, livra bataille aux Céciniens, les mit en fuite, & après avoir tué leur roi *Acron*, il revint chargé des dépouilles opines, qu'il consacra le premier à *Jupiter*, surnommé *Fertérien*.
II. ACRON ou ACRON, médecin d'Agrigente, qui vivait vers l'an 473 avant J. C., fit allumer le premier de grands feux pour purifier l'air avec des parfums, & mettre fin à la peste qui affligeait Athènes. Selon lui, le meilleur médecin étoit celui qui raisonnait 70 A C R le moins. On croit qu'il fut le chef de l'Empyrême.
III. ACRON, *Acro*, scoliaste d'*Horace*, qui vivoit vers le 7e siècle, a laissé des Notes qu'on trouve dans l'*Horace* de Basle, 1527, in-8. I. ACRONIUS, (Jean) professeur de médecine & de mathématiques à Basle, mourut dans cette ville en 1563. On a de lui des *Traités* sur le mouvement de la Terre & sur la Sphère. Il étoit de la Frise, une des Provinces-Unies.
II. ACRONIUS ou ACRON, (Jean) auteur, à ce que l'on croit, de l'*Elenchus orthodoxus* Pjeudo-Religionis Romano-Catholicae, Deventer, 1616, in-4. : ouvrage d'un fanatique turbulent. Il vivoit au commencement du 17e siècle.
ACROPOLITE, (George) l'un des auteurs de l'*Histoire Byzantine*, naquit à Constantinople en 1220. Il eut l'emploi de logothète à la cour de Michel Paléologue : ce qui lui a fait donner le nom de LOGOTHÈTE, sous lequel il est très-connu. Élevé à la cour de Jean Dacar, il fut nommé ambassadeur pour conclure la paix avec Michel d'Épire, et ensuite l'un des juges de Michel Commène, soupçonné d'une conspiration. Théodore Lafearis, son élève, le fit gouverneur des provinces occidentales de son empire. Enfin, Michel Paléologue l'envoya comme ambassadeur auprès de Constantin, prince de Bulgarie, & le chargea de diverses négociations importantes. Son *Histoire*, découverte en Orient par Douça, fut publiée en 1614; mais l'édition donnée au Louvre en 1651, in-fol, est fort supérieure & très-rare. Cet ouvrage qui est d'autant plus exact, que l'auteur a écrit ce qui s'est passé sous ses yeux, commencé où finit *Nicetas*, & comprend depuis l'année 1205, jusqu'à l'expulsion des empereurs François en 1261. *Leo Allasius* & *Douça* ont commenté cet historien. C'étoit un homme de mérite, qui cultiva les mathématiques avec succès, & qui les enseigna à Théodore Lafearis. Il eut un fils, appelé Constantin, comme lui grand logothète de Constantinople, à qui nous devons les *Vies* de quelques Saints, & d'autres ouvrages peu considérables. Au reste, la fonction de logothète remplie avec distinction par le père & le fils, consistoit à répondre pour l'Empereur aux embassadeurs étrangers, & même aux placés & aux demandes des sujets de l'Empire.
ACTEON, (Mythol.) fils d'*Aristée* & d'*Autonoé*, étoit un grand chasseur. Un jour s'étant arrêté dans la vallée de Gargaphie en Béotie, près d'une belle fontaine où *Diane* se baignoit avec ses nymphes, la Deesse, irritée de ce qu'il l'avoit surprise dans le bain, le changea en cerf, & aussitôt il fut mis en pièces par ses chiens. I. ACTIUS, *Voy. les* ACCIUS & NAVIUS.
II. ACTIUS, ou AZZO VISCONTI, succéda en 1339 à Galeas I, son père, dans la principauté de Milan. Marc son oncle forma le projet de le déposséder de cette souveraineté; mais son complot ayant été découvert, il fut pris & étranglé. *Leodrissus* fit une semblable tentative, qui ne fut pas plus heureuse. *Allius* battit les troupes qu'on avoit levées contre lui; &, animé par ses succès, il déclara la guerre à *Majlinus Scaliger*, & lui enleva le Bressan. Il mourut âgé de 39 ans après en avoir gouverné 16, pendant lesquels il agrandit & embellit la ville de Milan.
ACTON, évêque de Verceil en 945, a publié divers ouvrages; I. Un *Capitulaire* en cent articles qui fait partie de la compilation de d'*Acheri*. II. *Polypoticon*: c'est un abrégé de philosophie morale. III. Des Lettres, des Discours, des Commentaires. Ces diverses Œuvres ont été recueillies en 1768 par *Baronzio*. Verceil, 2 vol. in-fol.
ACTOR, (Mythol.) compagnon d'*Hercule*, dans la guerre contre les Amazones, où il fut blessé & où il mourut de ses blessures en retournant en son pays. *Virgile* parle d'un autre ACTOR du pays des Aurances en Italie. (*Æncid. L. 12.*) Et *Ovide* appelle *Parroele ACTORIDES*, parce qu'il étoit petit-fils d'ACTOR.
ACTUARIUS, médecin Grec, qui donna le premier, dans le 13e siècle, l'analyse des purgatifs doux, tels que la caste, la manne, le fené, &c. *Henri Etienne* publia en 1567 une édition de ses ouvrages in-fol. traduits par différents auteurs, dans l'édition des *Medica artis Principes*. Ce médecin avoit beaucoup de goût pour les systèmes & pour la médecine raisonnée. Il joignoit cependant l'expérience à la théorie. Son traité de *Diæta* qui renferme de bons principes, fut publié par *Fischer*, Leipzig, 1771, in-8.° en grec & en latin.
ACUNHA, (Christophe d') né en 1597 à Burgos, Jefuite en 1612, missionnaire en Amérique, composa, au retour de ses missions, une *Relation de la rivière des Amazones*, traduit en françois par *Gomberville*, 1682, 4 vol. in-12, avec une *Dissertation curieuse*. La Relation ne l'est pas moins. Elle parut à Madrid en 1641 in 4.° : elle est très rare en espagnol.
ACUSILAS, *Acusilaüs*, ancien historien Grec d'Argos, vivait avant la guerre du Péloponnesse. Quelques écrivains l'ont mis au nombre des *Sept-Sages*. Il est souvent cité par les anciens.
ACYNDINUS, V. ACINDINUS:
ADA, sœur & femme d'*Irée*, qui avoit régné après la mort de sa sœur *Artemise*, étoit reine d'une partie de la Carie, province de l'Asie mineure. Ayant appris qu'*Alexandra* approchoit de ses états, elle alla au-devant de lui; & en lui remettant les clefs de la ville d'Alinde sa capitale, elle l'adopta pour son fils. Ce Prince, non content de lui laisser son pays, y ajouta le reste de la Carie. Une autre *Ada* fille d'*Elon*, prince Hethéen, épousa *Efaü*, & en eut un fils nommé *Eliphas*. I. ADAD, fils de *Badad*, succéda à *Hufan* dans le royaume d'Idumée. Il eut guerre avec les Madianites, qu'il défit dans une plaine qui s'appelloit le champ de *Moab*; & où, en mémoire de cette victoire, il bâtit la ville d'Avith, qui veut dire *moneau*, à cause du grand nombre de morts entassés les uns sur les autres.
II. ADAD, fils du roi de l'Idumée Orientale, s'enfuit en Egypte avec les acteurs du roi son père, dans le temps que *Joab*, général des troupes de *David*, exterminoit tous les mâles de l'Idumée. Il vint d'abord à Madian, de là à Pharan, d'où il passa en Egypte : il y fut bien reçu par *Pharaon*, qui lui donna un logement, lui assigna une terre, & pourvut à l'entretien de sa maison. Il gagna même tellement l'affection de ce prince, qu'il lui fit épouser la sœur de la reine, dont il eut un fils. 32 ADA
ADALARD, ou ADELARD, né vers l'an 75, étoit fils du comte Bernard, petit-fils de Charles-Martel, & coufin-germain de Charlemagne. Ce prince ayant répudié Errengarde, fille de Didier roi des Lombards, Adalard fut si sensible à ce divorce, qu'il quitta la cour pour prendre l'habit religieux à Corbie. L'empereur le nomma à cette abbaye; & lorsqu'il établit Pepin roi d'Italie, il lui donna Adalard pour son premier ministre. Bernard roi d'Italie & neveu de l'empereur Louis le Débonnaire, s'étant révolté en 817, Wala, prince du fang, qui avoit eu beaucoup de part au gouvernement, devint suspect à cet empereur, & fut exilé. Adalard, frère de Wala, fut enveloppé dans sa disgrace, & relégué dans l'île de Héro, aujourd'hui Noirmoutier. Il fut rétabli au bout de cinq ans dans son abbaye en 822 : l'empereur le fit même revenir à la cour. Adalard fonda en 823 la célèbre abbaye de Corwey, ou la nouvelle Corbie, en Saxe. Samort, arrivée le 2 Janvier 826, à 72 ans, causa de vifs regrets aux gens de bien & aux savans. Il possédoit les langues latine, tudefque & françoise. On l'appelloit l'Augustin de son temps. Il ne nous reste que des fragmens de ses écrits. Son principal ouvrage étoit un Traité touchant l'ordre ou l'état du Palais, & de toute la Monarchie françoise. I. ADALBERON, célèbre archevêque de Reims, chancelier de France, se distingua comme prélat & comme ministre sous Lothaire, Louis V & Hugues Capet. Il mourut le 5 Janvier 988, après avoir comblé de bienfaits l'église & le chapitre de Reims. Il étoit fils de Geoffroi comte d'Ardenne d'une famille illustre. Il avoit de la noblesse dans les sentimens & de la fermété dans le caractère. Il célébra divers Conciles, où il parla en évêque zélé pour la discipline & les droits de l'Eglise.
II. ADALBERON, (Afcelin) fut ordonné évêque de Laon, l'an 977, par le précédent. Prêlat ambitieux & bas courtifan, il eut la lâcheté de livrer à Hugues Capet, Arnoual archevêque de Reims, & Charles duc de Lorraine compétiteur de Hugues, auxquels il avoit donné un asile dans sa ville épiscopale. Il mourut l'an 1030. Il est auteur d'un Poème satyrique en 430 vers hexamètres, dédié au roi Robert. Adrien Valois en a donné une édition en 1603, in-8.° à la fuite du Panégyrique de l'empereur Berenger. On y trouve quelques traits d'histoire curieux.
ADALBERT, V. ALDEBERT. I. ADALBERT, (St.) évêque de Prague, porta la lumière de l'Évangile aux Bohémiens, puis aux Polonois, qui le massacrèrent le 29 Avril 997. — Un autre saint du même nom fut évêque d'Ausbourg, & mourut en 921. — Adalbert, archevêque de Magdebourg convertit les Slaves, pénétra dans l'île de Rügen en Pomeranie, y prêcha la foi, & vint mourir à Presbourg le 20 Juin 981.
II. ADALBERT, archevêque de Brême, esprit turbulent & ambitieux, devint en Danemarck l'oracle du Clergé, & le ministre redouté de son souverain. Celui-ci étoit Suénen II. Né avec des inclinations douces & pacifiques, l'hymen l'uniffoit depuis longtemps à Gutha dont il faisoit le bonheur, lorsqu'Adalbert vint rompre leurs nœuds, en annonçant que comme parente du roi, Gutha ne pouvoit être son épouse. Suénen chercha d'abord à repouffer l'attaque du prélat; mais vaincu par l'excommunication & la crainte, il se soumit à l'église & renvoya son épouse en Suede l'an 1069. Adalbert, enhardi par cet acte d'autorité, crut que rien ne devoit borner sa puissance. En 1072, il assembla un concile où il dote des monastères, réforma des usages dans le culte, & publia des lois civiles & ecclésiastiques, que son souverain fit exécuter.
ADALGISE ou ADELGISE, fils de Didier, roi des Lombards. Après que son père vaincu par Charlemagne eut perdu son état & sa liberté en 774, Adalgise s'enferma à Vérone pour la défendre contre le vainqueur de Didier. Mais ses forces étant insuffisantes, il alla implorer des secours à Constantinople. Constantin VII lui donna des troupes qui firent une descente en Calabre, où elles furent entièrement défaites par les François. Adalgise, abandonné par son neveu le duc de Bénévent, fut fait prisonnier & mis à mort en 788.
ADALOALD, roi des Lombards, étoit âgé de 13 ans, lorsque son père Agilulfe mourut en 646. Il commença à régner sous la tutelle de Thoudellade sa mère, qui ne pensa qu'à se maintenir en paix pendant la minorité de son fils. Après la mort de cette princesse, Adaloald, livré à de mauvais conseils, tyrannisa ses sujets, qui se vengèrent en lui suscitant des traverses. Les embarras où il se trouva troublerent tellement sa raison qu'il devint incapable de gouverner. Un historien du temps attribue assez mal-à-propos sa folie à certains parfums qu'un ambassadeur d'Héracluse lui fit respirer. Quoi qu'il en soit, les Lombards le déposèrent & mirent à sa place Ariovalà, qui avoit épousé Gondeberge, sœur du roi détrôné. Le pape Honorius refusa de reconnaître le nouveau monarque, & le patrice Isaac, exarque de Ravenne, prit les armes pour rétablir Adaloald; mais la mort de ce prince, en 629, rendit la paix à l'Italie. Ariovalà son successeur ne mourut qu'environ neuf ans après, en 638. Voy. ROTHARIS. I. ADAM, le premier des hommes, & le père de tous les autres. Il fut formé le sixième jour de la création du monde. Dieu le plaça dans le Paradis terrestre, & lui défendit de manger du fruit de l'arbre de la science du bien & du mal, sous peine de la vie. (« Quo enim » d'e comederis ex eo, morte moteris: « Gen. 2, 17. ») On ignore quelle étoit la nature du fruit défendu; le sentiment qui désigne le pommier, a prévalu, quoi qu'il ne soit pas mieux fondé que les autres. On a recherché avec soin en quel endroit le Paradis terrestre étoit situé, mais sans succès jusqu'à présent; & il est à présumer qu'on ne fera jamais de découverte certaine sur ce sujet. D'un très-grand nombre d'opinions qu'a fait naître cette recherche, celle du savant Huet, évêque d'Avranches, est la plus vraisemblable. (V. HUST.) Adam tenté par Ève, désobéit à son créateur, qui la chassa du Paradis, l'affujetit à la mort, à laquelle il n'étoit pas, destiné s'il eût été obéissant, & lui promit un Meffie Rédempteur. Adam eut trois fils après son péché, Caia, Abel & Seth, & plusieurs autres enfans dont l'Écriture ne dit pas le nom. Il mourut à l'âge de 930 ans. On ne doit pas ajouter foi aux fables, dont les rabbins ont chargé l'histoire d'Adam; & on doit s'en tenir 44 ADA à ce qu'en rapportent les Livres faints. L'Écriture ne dit rien de fa vie & de fa mort. Mais c'est avec grande raison que nous croyons, dit St. Augustin, que les deux premiers hommes ayant mené après leur péché une vie sainte, parmi les travaux & les misères, dont ils étoient accablés, ont été délivrés des supplices éternels... Le nom d'ADAMITES a été donné à plusieurs hérétiques, qui dans leurs assemblées se mettoient nuds, comme Adam & Eve l'étoient dans l'état d'innocence. La raison de cette étrange singularité étoit que, depuis la mort de JÉSUS-CHRIST, les hommes devoient être réta- blis dans l'état d'innocence. Ils s'assembloient nuds dans le tem- ple, & s'y permettoient, dit-on, toutes les libertés de la débau- che. Cette secte fut renouvelée à Anvers dans le 13e siècle, par un nommé Taurmède, qui, suivi de 3000 soldats, enlevoit les filles & les femmes, & donnoit des noms spirituels à ses infamies. Un Flamand, nommé Picard, l'ap- porta en Bohème dans le 15e sie- cle : (Voy. PICARD.) Elle passa de là en Pologne où l'on pré- tend qu'elle subsiste encore. Voy. PRODICUS.) Quant aux Pré-Ada- mites, Voy. PETRERE.
II. ADAM de BRÈME, cha- noine dans sa partie, vivoit sur la fin du XIe siècle. On a de lui une Histoire Eclésiastique, qu'il composa dans sa jeunesse. Elle est divisée en quatre livres. Il y traite de l'o- rigine & de la propagation de la Foi dans les pays Septentrionaux, & en particulier dans les diocèses de Brême & de Hambourg, depuis le règne de Charlemagne jusqu'à celui de Henri IV empereur. Il est encore auteur d'un petit Traité de la situation du Danemark, imprimé à la suite de son Histoire, dont la meilleure édition est celle de Helmstad en 1670, in-4.
III. ADAM de Saint-Victor, chanoine régulier de l'abbaye de S. Victor-les-Paris, mourut l'an 1177, & fut inhumé dans le cloître de cette abbaye, où l'on voit son épitaphe en 14 vers qu'il composa lui-même. Il a fait aussi quelques Traités de dévotion, entr'autres une Prose en l'honneur de la Ste. Vier- ge, dont on trouve une traduction françoise dans le Grant Morial de la Mère de vie, Paris, 2 vol. in-4, 9; le 1er gothique & sans date, le se- cond en lettres rondes & de 1539.
IV. ADAM, dit l'Écossois, parce qu'il étoit originaire de ce pays, ou de Prémontré, parce qu'il s'étoit fait religieux de cet ordre en 1158. S. Norbert, instituteur des Prémontrés, l'envoya en Écosse pour y enseigner l'Écriture-Ste & la tradition. Il fut depuis tiré de cet emploi pour être fait évêque de Whithern, & mourut en 1180. Ses Œuvres ont été imprimées en partie en 1518; mais l'édition la plus complète est celle d'Anvers 1659, in-fol. V. ADAM d'Orleton, né à Hé- réfort, devint évêque de cette ville, puis de Worcester, & enfin de Winchester. C'étoit un homme d'un caractère turbulent, qui occasionna beaucoup de troubles en Angle- terre. Il mourut l'an 1375, aveu- gle & fort âgé, mais peu regretté. Il fut l'auteur de cette réponse ambigue par le défaut de ponctua- tion, qui coûta la vie à Edouard II: « Edwardum regem occidere nolite ti- « mere bonum est; » qu'on peut ex- pliquer de ces deux façons: Ne tuc pas le roi Edouard, il est bon de craindre; ou Ne craignez point de tuer le roi Edouard, c'est une bonne action.
VI. ADAM, (Melchior) né en Silésie dans le XVIIe siècle, recteur du collège d'Heidelberg, publia en 1615 les Vies des Philosophes, Théologiens, Jurisconsultes & Médecins Allemands de son siècle & du précédent, en 4 vol. C'est une compilation mal digérée & mal écrite.
VII. ADAM, (Jean) Jésuite Limousin, professeur de philosophie & prédicateur, mourut supérieur de la maison professée de Bordeaux en 1684. Il est connu par son zèle burlesque contre les nouveaux disciples de S. Augustin. Il appelait ce Père l'Africain échauffé & le Docteur bouillant. Mais en revanche, il comparait le cardinal Mazarin à S. Jean-Baptiste & Anne d'Autriche à la Ste. Vierge. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, presque tous inconnus. I. Le Triomphe de l'Eucharistie contre le Ministre Claude. II. La Vie de S. François de Borgia, dans laquelle il n'est pas avare de miracles. III. Une Traduction de l'Office de l'Eglise, qu'il opposa aux Heures de Port-Royal; & plusieurs autres livres dont on ne parle plus. Un seigneur de la cour dit à la reine, après avoir entendu un de ses sermons : « Ce discours m'a convaincu que le P. Adam n'est pas le premier homme du monde. »
VIII. ADAM, (Lambert-Sigibert) sculpteur célèbre, né à Nancy le 10 Février en 1700, mort le 13 Mai 1759, membre de l'ancienne académie de S. Luc à Rome, & de l'académie Clémentine à Bologne, se distinguait par la beauté de son ciseau. Il fut souvent employé pour embellir les maisons royales, & il s'en acquitait avec autant de zèle que de gloire. Ses principaux ouvrages sont : 1.º Le Triomphe de Neptune. 2.º Groupe de cinq figures & de cinq animaux en plomb bronzé, à Versailles. 3.º Le Bas-relief de la cha- pelle de Sainte Adélaïde, en bronze. 4.º Le Groupe de la Seine & de la Marne, en pierre, à Saint-Cloud. 5.º Deux Groupes en marbre, représentant la Chaise & la Pêche, à Berlin. 6.º Mars caressé par l'Amour, à Bellevue. 7.º Une Statue représentant l'enthousiasme de la Poésie. 8.º S. Jérôme en marbre, aux Invalides.
IX. ADAM (Nicolas-Sébastien) — de la même famille que le précédent, naquit à Nancy en 1705, & mourut à Paris le 27 Mars 1778. Professeur de l'académie de peinture & de sculpture, il excella dans ce dernier art. Le mausolee de la reine de Pologne à Nancy, & deux bas-reliefs au-dessus du portail de l'Oratoire à Paris représentant l'un la naissance, l'autre l'agonie de J. C., sont ses principaux ouvrages. X. ADAM, (Maître) Voyet BILLAUT.
ADAMANZIO, religieux de l'ordre des Augustins, fut renommé par sa connoissance des langues orientales. Envoyé comme ambassadeur des cantons Suisses catholiques au concile de Trente, il y acquit beaucoup de réputation. Grégoire XIII l'appela à Rome pour traduire & corriger le Talmud; il mourut pendant ce travail en 1581.
ADAMITES, Voyet I. ADAM, PICARD & PRODICUS.
ADAMSON, (Patrice) né en 1536 à Perth, après avoir fait ses études en France, retourna en Ecole où il se maria, & devint archévêque de St-André en 1576. Quand les Presbyteriens l'emporteront sur les Episcopaux, il ne rougit pas de désavouer, par trois rétractations, tout ce qu'il avait dit auparavant en faveur de l'épiscopat. Cette démarche humiliante le conduisit peu de temps après au tour. beau, l'an 1591. Il a laissé des Poésies latines, qui ont été imprimées à Londres 1619, in-4.º & un traité De sacro Pastoris officio, à Londres 1619, in-8.º Ses Rétractations avec sa Vie se trouvent à la suite d'Amelvini Musæ, 1620, in-4.º
ADAREZER, roi de la Syrie de Soba, qui s'étendoit depuis le Liban jusqu'à l'Oronte, du midi au septentrion; David défit ce prince dans deux grandes batailles.
ADDA, (Ferdinand d') patrice de Milan, et professeur de belles-lettres à Padoue dans le seizième siècle, à laissé des Difeours & des Epigrammes. Il fut un admirateur outré de l'Aréin. I. ADDISSON, (Lancelot) né en 1632 à Mauldisméarbrune dans le comté de Westmorland en Angleterre, du ministre de ce village, embrassa l'état ecclésiastique. Il devint chapelain ordinaire du roi, doyen de Litchfield en 1683, & mourut le 20 Avril 1703. Il avoit été chapelain de la garnison de Tangier, où il passa sept années. Il laissa trois fils, dont le plus célèbre est le suivant. On a de lui divers ouvrages de controverse & de théologie, peu connus en France; & deux Traités curieux, intitulés: I. La Barbarie occidentale, ou Récit abrégé des révolutions des royau-mes de Fez & de Maroc, avec le détail des coutumes de ces pays; en anglois, Oxford, 1671, in-8.º II. L'État présent des Juifs, principalement dans la Barbarie, contenant un détail exact de leurs coutumes, tant sacrées que profanes, en anglois, Londres 1675, in-8.º
II. ADDISSON, (Joseph) poète célèbre & philosophe très-éclairé, étoit fils du précédent. Il paquit à Milton dans le Wiltshire le 1er May 1672. Ses talens pour la littérature, la poésie & la philosophie, se développèrent de bonne heure. Il fut avec un goût infini tous les auteurs de l'antiquité, Grecs & Latins. Il étoit encore étudiant dans l'université d'Oxford, lorsqu'il fit imprimer ses Musæ Anglicanæ; production qu'un poète d'un âge plus avancé n'auroit pas défavorisée. Son beau Poème à l'honneur de Guillaume III, en 1695, lui valut une pension de 300 liv. sterlings. Les autres pièces qu'il fit pour chanter les victoires de sa nation, le firent aimer du peuple & connoître des grands. Les Anglois n'avoient point la fottise de penser que ceux qui éclairent les hommes, ne peuvent les gouverner; il fut nommé secrétaire-d'état. Ce fut milord Halifax qui le proposa à George II. Addisson s'étoit défendu de recevoir cette place; mais Halifax lui imposa silence, en lui disant: "Ta plume a fait honneur à ta patrie;" "Il faut qu'elle en fasse à ton Roi." "Personne ne mériteroit mieux que toi d'être ministre, si tu pouvois seulement te défaire de cette ridicule simplicité, qui te fait écouter pendant deux heures un homme qui n'a pas la dixième partie de ton jugement & de ton esprit..." Addisson accepta; mais il se démit bientôt (en 1717), pour se livrer entièrement aux belles-lettres. Il mourut d'asthme & d'hydropifie à Holland-Hou-se, le 17 Juin 1719. Cet auteur est le premier Anglois qui ait fait une Tragédie écrite avec une élégance & une nobleesse soutenue. Son Caton est une des plus belles pièces qui aient paru sur le théâtre de Londres; mais elle seroit moins applaudie sur celui de Paris. L'auteur n'avoit pas assez de génie pour faire parler les passions avec éloquence, & la chaleur de son âme ne répond point à la dignité de son style. Les scènes sont décousues, les monologues trop longs, les amours froides, la conspiration inutile à la pièce ; le théâtre reste vide. La barbarie de *Shakespear* se fait encore un peu sentir dans la régularité d'*Addison*. Il y a pourtant des morceaux sublimes, & le rôle de *Caton* vaut seul une bonne pièce... Ce poète ne s'est pas moins illustré par ses productions de morale & de critique. Il y a plusieurs morceaux de lui dans le *Spectateur* & dans le *Curateur*, où la raison & le bon goût sont embellis par l'esprit & par les graces. Les pièces qu'il inféra dans le *Babillard* de *Richard Steele*, ne sont pas moins estimées ; on aurait déjà seulement que, dans ces dix-vingues villes, il n'eût pas trop fou, à l'acrifié sa façon de penser au désir de flatter sa nation. Pour plaire aux Anglois, il déprima quelquefois les grands hommes que la France a produits en politique & en littérature, & exalta trop ceux d'Angleterre, tels que *Shakespear* & *Milton*. Parmi ses ouvrages de poésie, on distingue son *Poème sur la bataille de Hochelet*. On lui reproche seulement de n'y avoir pas assez respecté les Têtes couronnées qui étoient en guerre avec les Anglois. *Addison* aurait dû rendre plus de justice dans ses vers & dans sa prose aux ennemis de sa patrie. C'est une faute que quelques philosophes lui ont reprochée. Il reçut le nom de *Sage*, pour avoir recherché dans tous ses écrits à plier le génie Anglois, à l'ordre, aux règles, aux convenances. Il le mérita aussi par son caractère & sa conduite. Il montra dans la littérature toute la politique d'un courtisan. Il détestoit *Pope* dans le fond du cœur ; mais il prenoit sur lui de le ménager au dehors. *Addison* difoit pourtant quelquefois son sentiment avec liberté : un jeune poète lui ayant présenté un ouvrage, à la tête duquel il avoit mis quelques vers d'*Homère*. *Addison* les effacés. *Souvenez-vous*, lui dit-il, de cet empressif Romain, dont les statues parurent très-ridicules lorsqu'on y eut placé les têtes sacrées des Dieux. On dit qu'il devoit donner une Tragédie sur la mort de *Socrate*, un Dictionnaire Anglois, un Traité de la Religion ; mais que sa place & ses infirmités l'en empêcherent. Ses *Ouvrages* ont été imprimés à Londres, 1726, en 3 vol. in-12; & réimprimé par *Baskerville*, en 1761, 4 vol. in-4. fig. Il avoit épousé en 1716 la comtesse de *Warwick*. Voyez sa Vie par des *Milieux*. Londres 1733, in-12, en anglois. I. ADÉLAIDE, (Ste.) fille d'un comte de Gueldre, devint abbesse d'un monastère de Pologne, où elle mourut dans la pratique de toutes les vertus en 1015.
II. ADÉLAIDE de France, fille de *Rodolphe*, roi de Bourgogne, née en 931, fut mariée à l'âge de 16 ans à *Luthaire II*, roi d'Italie. Après la mort de ce prince, empoisonné en 950, sa veuve fut opprimée par *Béanger II*, qui usurpa le trône de *Luthaire*. En lui étant la couronne & en le chassant de son palais, il la fit renfermer dans une étroite prison. Indignée des traitements barbares qu'elle essuyoit, *Adélaïde* s'étant évadée à la faveur d'une nuit fort obscure, tomba dans un étang, où elle demeura 24 heures, mourante de faim & de froid. Enfin elle vint à bout de se sauver dans la forteresse de Canoë, d'où elle appela l'empereur *Othon I* à son secours. Ce prince la délivra, l'épousa, & entra avec elle en triomphe dans Pavie en 911. Sa vertu & ses graces lui donnèrent beaucoup de pou- voir sur l'esprit de son époux. Elle fut mère d'Othon II, sous l'empire duquel elle jouit d'un grand crédit. Après une vie sainte, elle mourut de la mort des juffes, dans le monastère de Seitz sur le Rhin, le 16 Décembre 999, âgée d'environ 69 ans. S. Odilon, abbé de Cluni, a écrit sa Vie. Gerbert, depuis pape sous le nom de Sylvestre II, l'appelle dans ses lettres la terreur des empires & la mère des rois. Pendant son administration, elle ne cessait de prodiguer les dons aux Eglises, aux hôpitaux, aux monastères, aux familles ruinées & aux nécessiteux. Elle fonda le monastère de Payerne près du mont Joux, & ne se vengea des ennemis qui l'avoient traversée, qu'en les combattant de bienfaits.
III. ADELAIDE, femme de Frédéric prince de Saxe, conspira, avec son amant Louis marquis de Thuringe, contre les jours de son époux. Le marquis ayant feint de chasser dans le bois qui étoit à côté du château de Frédéric, Adelaide avertit son mari, & l'anima contre le marquis. Frédéric, n'imaginant pas que la colère de sa femme fut feinte, poursuivit Louis. Des injures on en vint aux coups; Frédéric fut tué l'an 1055, & l'assassin épousa la veuve son amante.
IV. ADELAIDE, ou ALIX DE SAVOIE, fille de Humbert II comte de Maurienne, épousa en 1114 Louis VI, dit le Gros, roi de France. Après la mort de ce prince, elle contracta un second mariage avec Matthieu de Montmorency, connétable, c'est à dire en langage de ce temps-là, premier écuyer du roi. Elle en eut une fille qui épousa Gaucher de Chatillon. Yves de Chartres la peint comme une princesse dont les mœurs & les fentimens étoient respectables. Elle n'est connue dans nos annales que par sa fécondité, & par quelques fondations qui prouvent sa pietre. Quinze ans après son second mariage, elle se retira, avec la permission de son époux, dans l'abbaye de Montmartre qu'elle avoit fondée, & y mourut en 1154. Elle eut de Louis le Gros six princes & une princesse. V. ADELAIDE de France, épousa le roi Louis II dit le Bègue, & en eut Charles III dit le simple, qui régna en 898. Adelaide ne fut jamais couronnée reine; on ignore le temps de sa mort. Une autre Adelaide de France, fille d'un comte de Poitou, fut femme de Hugues Capet & mère du roi Robert.
ADELARD, ADALARD, & ALARD.
ADELBERT, Voyet ALBERT de Mayence, & ALDEBERT.
ADELCHISE, épouse de Sleard prince de Benevent, fut apperçue sortant du bain par un homme qui ne la cherchoit pas. Adelchise, honteuse de cette rencontre, voulut en faire partager le désagrément à toutes les femmes de sa cour. Elle les fit assembler dans son palais sous le prétexte d'un bal; & après leur avoir fait couper leurs vêtements jusqu'à la ceinture, elle les exposa nues aux regards du peuple. Cet outrage ressenti par tous les époux, les remplit de fureur; ils s'armèrent aussitôt, mirent en fuite Adelchise, & changèrent la forme du gouvernement.
ADELGISE, Voyet ADALGISE.
ADELGREIFF, ou plutôt ALBRECHT, (Jean) bâtard d'un prêtre proche d'Elbing, se distingua par sa folie. Il disoit que sept Anges lui avoient révélé, qu'il tenoit la place de Dieu sur terre, pour ex- tirper tout le mal du monde, & pour châtier les Souverains avec des verges de fer. C'est pourquoi il se donnoit ces titres : « Nous Jean » ALBRECHT ADELGREIFF, *Syrdos*, « Amade, Canamata, Kiki, Schmal-kilmandis, Eloris, Archi-Souverain » Pontife, *Empereur*, Roi de tout le » royaume divin, Prince de paix de » tout l'univers, Juge des vivans & » des morts, Dieu & Père, dans la » gloire duquel CHRIST viendra au » dernier jour pour juger le monde, Seigneur de tous les seigneurs & Roi de » tous les rois. » L'an 1636 on le mena prisonnier à Konigsberg : il avoua qu'il avoit été fouetté en Transilvanie, pour cause d'adultère. On joigne l'accusation d'hérésie à celle, Magie, & il fut condamné au dernier supplice. Quand on lui lue fa sentence, il l'écouta sans la moindre émotion, & dit : *Puisque la chose ne pouvoit être autrement, il falloit qu'elle arrivât*. Il étoit affuré, disoit-il, que, trois jours après, son corps fortiroit vivant de la poussière.
ADELMAN, évêque de Bresse dans le x1e siècle, écrivit à l'hérétique *Béranger* une *Lettre* sur l'Eucharistie, où il défend la vérité sans emportement. On trouve cette *Lettre* dans une *Collection* sur l'Eucharistie, publiée à Louvain en 1561, in-8°, & dans la *Bibliothèque* des Pères. Il mourut vers 1062.
ADELME, fils de *Kentred*, frère d'*Inas*, roi des Saxons Occidentaux, premier évêque de Stirburn, mort le 25 Mai 709, a laissé divers *Ouvrages* en vers & en prose imprimés à Mayence en 1601. Il passe pour le premier Anglois qui apprit à sa nation l'usage de la langue latine & les règles de la poésie.
ADELPHE, philosophe Platonicien, qui adopta les principes des Gnostiques, comme des développements du Platonième. Il ramassa plusieurs livres d'*Alexandre le Libyen*, & de prétendues révélations de *Zoroasme*, qu'il mêla avec les principes du Platonième & avec ceux des Gnostiques. Il composa de ce mélange un corps de doctrine, qui séduit beaucoup de monde dans le troisième siècle. Il prétendait avoir pénétré plus avant que *Platon* dans la connoissance de l'Être-Suprême. *Plotin* le réfuta dans ses leçons, & écrivit contre lui.
ADEODAT, pape, *Voy*. DIEUDONNÉ.
ADER, (Guillaume) médecin de Toulouse, auteur d'un *Traité* imprimé en 1621, sous ce titre : *De Ægrotis & Morbis evangelicis*. Il y examine, si l'on auroit pu guérir par la médecine, les maladies dont JÉSUS-CHRIST délivroit par miracle. Il décide que non, & prétend que les infirmités que le Mê-fie avoit guéries, étoient humainement incurables. *Vigneul Marville* dit, qu'on prétend qu'*Ader* n'avoit composé ce livre que pour en faire oublier un autre, où il avoit témérairement soutenu le contraire. Il vivoit au commencement du xviie siècle. C'étoit un homme savant.
ADGANDESTRIUS, prince des Cattes, adressa l'an 9 de J. C. des lettres à l'empereur *Tibère* & au Sénat, par lesquelles il promettoit de les délivrer d'*Asminius* général des Germains Cherufques, si l'on vouloit lui envoyer du poison. On lui répondit que *les Romains n'employoient point de pareils moyens contre leurs ennemis, & qu'ils favoient les vaincre à main armée*. 60 A D O
ADHEMAR, (Guillaume) gentilhomme Provençal, célèbre par son esprit, mérita l'estime & l'amitié de l'empereur Frédéric Barbeousse, & de l'impératrice Béatrix son épouse. Il dédia à cette princesse un Traité des Femmes illustres, en vers. Il laissa d'autres pièces de poésie, & mourut vers 1190.
ADHERBAL, fils de Miripsa, roi de Numidie, ayant été vaincu par Jugurtha, imp'ora le secours des Romains. Le sénat donna la basse Numidie à Adherbal, & la haute à Jugurtha; mais celui-ci, n'étant pas satisfait de ce partage, mit le siège devant Cirthe, capitale des états d'Adherbal, prit la ville, & mit à mort le roi, l'an 113 avant J. C. I. ADIMARI, (Raphaël) né à Rimini sur la fin du XVIe siècle, confacra sa plume à l'Histoire de sa patrie, qui parut à Brescis, en 2 vol. in-4.º 1616, sous ce titre: Sito Riminense. Cette Histoire est assez estimée, quoique les Italiens lui préfèrent celle de CLEMENTINI: (Voyez ce mot.)
II. ADIMARI, (Alexand.) d'une famille patricienne de Florence, différente de celle de Raphaël, naquit en 1579 & mourut en 1649. Il étudia avec soin les lettres Grecques & Romaines, & cultiva avec succès la poésie. On a de lui une Traduction en vers italiens, des Odes de Pindare, qu'il accompagne de bonnes observations; cette Traduction, estimée des Italiens, parut à Pise en 1631; in-4.º Il ne faut pas le confondre avec Louis Adimari, autre poète Florentin mort en 1691, dont nous avons quelques satyres où l'on trouve divers morceaux écrits avec force & élégance.
ADLERFELDT, (Gustave) naquit près Stockholm; il étudia avec éclat dans l'université d'Upsal, & voyagea ensuite dans toute l'Europe. A son retour, Charles XII lui donna une place de gentilhomme de sa chambre. Adlerfelds suivit ce prince dans ses victoires & dans ses défaites. Il profita de l'accès qu'il avoit auprès du monarque, pour écrire son Histoire. Elle est aussi exacte qu'on devoit l'attendre d'un témoin oculaire. Cet officier Suédois fut tué d'un coup de canon à la bataille de Pultava, en 1709. C'est à cette fameuse journée que finissent ses Mémoires. Le fils de l'auteur en fit une Traduction française, imprimée en 4 vol. in-12, à Amsterdam, 1740.
ADMÈTE, (Rymol.) fils de Phètes, roi de Thibault, fut l'un des princes Grecs qui s'assemblerent pour la chasse du sanglier de Calydon. Il eut encore part à l'expédition des Argonautes. Ce fut chez ce roi qu'Apollon fut réduit à garder des troupeaux, lorsqu'il fut chassé du ciel par Jupiter. Admète ayant voulu épouser Alcette, fille de Pèlias, ne put obtenir cette princesse, qu'à condition qu'il donneroit au père un char traîné par un lion & un sanglier. Apollon, pénétré de reconnoissance pour Admète, lui enseigna l'art de réduire sous un même joug deux animaux si féroces. Ce dieu obtint encore des Parques, que, lorsque ce prince toucheroit à son heure dernière, il put éviter la mort, pourvu qu'il se trouvât quelqu'un assez généreux pour s'y livrer à sa place. Admète ayant été attaqué d'une maladie mortelle, & personne ne s'offrant pour lui, Alcette le fit généreusement; mais Admète en fut si affligé, que Proserpine, touchée de ses larmes, voulut lui rendre sa chère épouée. Pluton s'y étant opposé, Hercule descendit aux enfers, & en A D O 61 Petira Alcette. Apollon rendit plusieurs autres services à Admète pendant sa retraite. Jamais prince n'effuya plus de traverses que lui ; mais les Dieux le protègerent toujours à cause de sa piete. I. ADOLPHE, comte de NASSAU, de la branche de Wisbaden, élu roi des Romains le 6 Janvier 1292, & couronné à Aix-la-Chapelle le 25 Juin. C'étoit le plus illustre guerrier de son temps, & un des plus pauvres. Albert d'Autriche, au préjudice duquel il avoit été élu lui livra bataille auprès de Spire le 2 Juillet 1298. Ils se joignirent au fort de la mêlée, & Albert d'Autriche, lui porta dans l'œil un coup d'épée dont il mourut. Adolphe s'étoit attiré la haine des Allemands, & cette haine lui fit perdre la couronne & la vie. Comme il étoit pauvre, il chercha tous les moyens d'accumuler de l'argent & des biens. Une injustice honteuse fut la première origine de ses malheurs & de sa fin funeste : grand exemple pour les souverains ! ALBERT de Niffrie, landgrave de Thuringe, surnommé le Déprave, avoit trois enfans qu'il crut pouvoir dépouiller de ses états. Il avoit répudié la princesse son épouse, fille de l'empereur Frédéric II, pour une maitresse indigne de lui. Ayant un bâtard de cette concubine, il vouloit déshériter ses trois fils légitimes. L'empereur secondant ses desseins, acheta de lui la Thuringe avec l'argent que le roi d'Angleterre lui avoit donné pour faire la guerre à la France. Les princes déshérités soutinrent leurs droits, & toute l'Allemagne se déclara pour eux contre l'empereur. Adolphe succomba, & par sa mort il laissa l'empire à Albert d'Autriche, son compétiteur ... Il avoit eu cinq fils, morts jeunes. Le 5e, Gistus, est regardé comme la tige des princes de Nassau-Ufingen, de Sarbruck & de Weilbourg. On croit que ce fut sous ce règne que les villes impériales eurent part pour la première fois aux délibérations publiques.
II. ADOLPHE, comte de Clèves, est célèbre par l'institution de l'ordre des Foux, en 1380. Trente-cinq seigneurs ou gentilshommes entrèrent d'abord dans cette société, qui ne paroît avoir été formée que pour entretenir l'union entre les nobles du pays de Clèves. On les reconnoissoit à un Fou d'argent en broderie, qu'ils portoient sur leurs manteaux. Le dimanche après la fête de S. Michel, tous les confrères s'assembloient à Clèves, & se réguloient à frais communs. La société s'appliquoit ensuite à terminer les différents survenus entre les confrères. Cet ordre ne subside plus depuis long-temps.
III. ADOLPHE II, prince d'Anhalt & évêque de Mersbourg, né en 1458 & mort en 1526, passoit pour grand prédicateur & habile rhéologien. Il fut d'abord très-opposé à Luthur, mais on assure que dans la fuite il goûta sa doctrine.
IV. ADOLPHE-FRÉDÉRIC II, de Holflein-Gottorp, roi de Suède, né le 14 Mai 1710 fut couronné le 5 Avril 1751, après la mort de Frédéric son père. Il étoit auparavant évêque de Lubeck. Son règne a été une époque de bonheur & de félicité pour la Suède. Ce prince commença par réformer les lois, à l'exemple du roi de Prusse, dont il avoit épousé la sœur en 1744. Ami des talens, autant que de la justice, il les a protégés & encouragés. Il a fait fleurir le commerce, & a sa mort, arrivée le 12 Février 1771, ses sujets l'ont pleuré comme 62 ADO un père. En 1755, il avoit fait élever à Torneo, dans la Bothnie occidentale, une pyramide, destinée à servir de monument aux opérations qu'avoient faites plusieurs académiciens François pour déterminer la figure de la Terre. Il établit la même année, à la recommandation de la Reine, une académie des inscriptions & belles-lettres. L'année d'après fut marquée par un événement funeste. Des esprits inquiets & remuans formèrent le projet de rétablir le pouvoir arbitraire, que la généreuse *Ulrique*, fœur de *Charles XII*, avoit abdiqué : leur complot fut découvert, & plusieurs de ceux qui y étoient entrés périrent sur l'échafaud. *Gustave* son fils, qui lui succéda, rétablit, en 1772, de concert avec les États, l'autorité royale, en renfermant dans de justes bornes celle des sénateurs. V. ADOLPHE, duc de Slewigh, fils de *Gerard* comte de Holstein, fut investi de ce duché en 1440 par *Christophe III* roi de Danemarck. Après la mort de ce monarque la couronne lui fut offerte; il la refusa, en disant « que ce fardeau étoit au-dessus de ses forces. » Ce fut par son conseil qu'on la mit sur la tête de *Chrissiern I*, son neveu. Il mourut en 1459. Il avoit montré dès son enfance une sagesse prématurée & un mépris profond pour le luxe. Dans sa jeunesse, il rejeta avec une espèce d'horreur un collier de perles, dont *Marguerite* reine de Danemarck, vouloit enrichir sa parure.
ADOMÉ, nègre de Cayenne, se mit à la tête de l'infurrection qui devoit égorger tous les blancs dans la nuit du 4 au 5 Février 1794. Les signaux ayant été mal observés parmi les conjurés, leur attaque fut partielle, au lieu d'être géné- rale. Les habitans eurent le temps de s'armer, de se défendre & de triompher. *Adomé* fut pris & fusillé. Il marcha à la mort avec courage.
ADON, archevêque de Vienne en Dauphiné en 860, avoit été élevé des sa plus tendre jeunesse dans l'abbaye de Ferrières. Il mourut le 16 Décembre 875, à 76 ans. Son application à former son clergé, le soin d'instruire son troupeau, les fréquentes visites de son diocèse, n'empêchèrent pas qu'il ne trouvât du temps pour la prière & pour l'étude. Ce prélat est auteur: I. D'une *Chronique universelle*, citée par les auteurs les plus exacts. Elle fut imprimée en 1522 à Paris, in-fol. en caractères gothiques; avec une partie de *Grégoire* de Tours, & l'a été depuis à Rome, 1745, in-fol. L'auteur l'a divisée en six âges, & l'a poussée jusqu'à son temps, en commençant à la création du monde. II. D'un *Martyrologe*, dont le P. *Rosweide*, Jésuite, donna une édition très-estimée en 1613, in-folio.
ADONIAS, fils de *David* & d'*Aggith*, ayant projeté de se faire roi, fut appuyé inutilement par *Joab*. Il se retira au pied de l'autel, pour échapper au ressentiment de *Salomon*, qui lui pardonna; mais ayant aspiré une seconde fois à la royauté, ce roi lui fit ôter la vie vers l'an 1014 avant J. C.
ADONIBESEC, roi de Besec dans la terre de Chanaan, étoit un prince puissant & cruel, qui ayant vaincu soixante & dix rois, leur avoit fait couper l'extrémité des pieds & des mains, & leur donnoit à manger sous sa table les restes de ce qu'on lui servoit. Les Israélites l'ayant vaincu, lui firent le même traitement vers l'an 1630 av. J. C.