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03.0 Dictionnaire historique — ADONIS – IV

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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ADONIS, ( Mythol. ) jeune homme extrêmement beau, naquit de l'inceste de l'ynire roi de Chypre, avec sa fille Myrrha. Vénus, qui l'aima passionnément, eut la douleur de le voir tuer par un sanglier ; mais elle le metamorphose en anémoine. Quelques auteurs ont ajouté à cette fable que Proserpine, touche des plaintes de la déesse, s'engagea de le lui rendre, à condition qu'il demeurerait avec elle dans les enfers six mois de l'année, & les six autres avec Vénus. Celle-ci manqua bientôt à la convention : ce qui caufa entre ces deux déesses une grande querelle. Jupiter la termina, en ordonnant qu'Adonis fût libre quatre mois de l'année, qu'il en passât quatre avec Vénus, & le reste avec Proserpine. Les peuples consacrerent, par des lamentations annuelles le jour de sa mort. Ces Fêtes prirent naissance en Phénicie, & passerent dans la Grèce. On en faisoit de semblables en Egypte en mémoire d'Ofiris. Voici ce que dit Lucien de celles de Biblos en Phénicie : « Toute la ville au jour » marque pour la folemnite commençoit à prendre le deuil, & à donner des marques publiques de douleur & d'affliction. On n'entendoit de tous côtés, que des pleurs & des gémissemens. Les femmes, qui étoient les ministres de ce culte, étoient obligées de se faire rafer la tête, & de se battre la poitrine en courant les rues. L'impie superstition forçoit celles qui refufoient d'affister à cette cérémonie, à se prostituer pendant un jour, pour employer au culte du nouveau Dieu l'argent qu'elles gagnaient à cet infame commerce. Au dernier jour de la fête le deuil se changeoit en joie, & chacun la témoignoit comme si Adonis avoit été refusé. Cette cérémonie duroit huit jours, » & elle étoit célébrée en même temps dans la basse Egypte. Alors (dit encore Lucien qui en avoit été témoin) les Egyptiens expoîtoient sur la mer un panier d'ofier, qui, étant poussé par un vent favorable, arrivait de lui-même sur les côtes de Phénicie, où les femmes de Biblos, qui l'attendoient avec impatience, l'emportoient dans la ville, & c'étoit alors que l'affliction publique faisoit place à une joie universelle. » S. Cyrille dit qu'il y avoit dans ce petit vaisseau des lettres, par lesquelles les Egyptiens exhortoient les Phéniciens à se réjouir, parce qu'on avoit retrouvé le Dieu qu'on pleuroit.
ADONISEDEC, roi de Jérusalem, unit ses armes à celles de quatre rois ses voisins pour combattre les Israélites. Josué leur livra bataille, les vainquit, & les força de se retirer dans une caverne, où ils furent pris & mis à mort l'an 1451 avant J.C. Ce fut dans cette journée que Dieu arrêta le Soleil à la prière de Josué. I. ADORNE, ( Gabriel ) d'une famille de jurisconsultes renommés, embraffa le parti des Gibelins, & se fit chef de l'une de ces factions populaires, qui se dévorèrent alternativement & s'emparèrent du gouvernement de Gênes. Il fuccéda en 1336 à Simon Bocconegra quatrième doge, & fut supplanté quatre ans après par Dominique Frégofe l'un de ses vicaires ou lieutenans, qui l'obligea de prendre la fuite.
II. ADORNE, ( Antoine ) d'une ancienne famille de Gênes, mais plebeienne, fut élevé à la dignité de doge en 1383. Il gouverna sa 64 ADO homme qui connoissoit le pouvoir & les devoirs de sa charge; mais qui penchoit plus pour le peuple que pour les grands. Son administration fut orageuse. Il fut dépossédé & rétabli trois fois de suite. On le rappela encore en 1394; mais ne se voyant pas assez fort pour résister aux efforts de ses rivaux & de ses ennemis, il engagera ses concitoyens à céder la souveraineté de leur ville à Charles VI, roi de France, qui l'accepta sous des conditions qui sembloient assurer pour toujours la paix à la république. Elles furent signées le 26 Octobre 1396; & le 27 Novembre suivant, Adome remit folemnellement aux commissaires François les marques de sa dignité. Il fut nommé gouverneur par interim, & mourut peu de temps après. La protection & l'autorité des rois de France ne purent mettre fin aux troubles qui agitoient depuis si long-temps les Génos; & on fut bientôt obligé de les abandonner à leur génie inquiet & indépendant.
III. ADORNE, (Prosper) de la même famille, devint doge de Gênes, si-tôt que les François en eurent été expulsés en 1460. Ses concitoyens lui devoient cette place; puisqu'il avoit contribué plus que personne à les rendre libres, en s'unissant avec l'archevêque Frégoze contre la nation qui les avoit conquis. Galeas Sforce duc de Milan, cherchoit depuis long-temps à s'emparer de Gênes; mais craignant l'influence & le courage d'Adome, il l'attira à sa cour, & bientôt après sur de légers prétextes, il le fit enfermer dans le château de Crémone. Galeas s'empara alors de Gênes, mais ayant été assassiné en 1476, & les Génos ayant chassé les troupes Milanoises de leur ville, la veuve de Galeas rendit la liberté à Prosper, & lui promit le gouvernement de sa patrie, s'il parvenoit à la faire rentrer sous la domination de Milan. Tout ce que la veuve de Galeas avoit espère arriva. Adome introduit dans Gênes, en expulsa les chefs du parti populaire, & remit cette ville au pouvoir du jeune duc de Milan. Prosper ne tarda pas à se brouiller avec ses anciens ennemis; ceux-ci voulurent de nouveau le faire arrêter; mais il prevint leurs desseins, & soutenu du roi de Naples Ferdinand, il chassa les Milanois de Gênes, & prit aussitôt le titre de désespoir de la liberté Génos. Prosper, au saire du pouvoir, ne fut point s'y maintenir; il se brouilla avec les Frégozes qui aliénèrent contre lui plusieurs citoyens. Adome s'en voyant haï, chercha à s'en faire craindre; & bientôt la cruauté vint remplacer les qualités brillantes qui l'avoient fait chérir du peuple. Trahi, abandonné de ses partisans mêmes, & entr'autres d'Obietro de Fiesque, qu'il avoit toujours cru son ami, obligé de sortir précipitamment de son palais, de prendre la suite & de se jeter à la mer pour gagner à la nage les galères de Naples, il trouva un asile dans cette ville, & y mourut en 1486. Prosper Adome fut l'un des nombreux exemples de l'inconstance de cette faveur populaire qui désise & proscrit, élève & précipite en peu d'inflans celui qui, aveuglé par l'ambition, se livre à ses reveries & à ses fureurs.
IV. ADORNE, (Jérôme) de la même famille que les précédents, se ligua en 1513 avec les Fiesques contre les Frégozes en faveur des François qui avoient été expulsés de Gênes. Par ses talens & son courage, il par vinta les faire rentres dans A D R 64 rentrer dans cette ville, & à y faire élire doge son frère Antoine Adorne; mais celui-ci ne jouit pas long- temps de cette dignité. La perte de la bataille de Novare & les revers des François en Italie, forcèrent bientôt Jérôme Adorne à céder la place à son adversaire Octavien Frégole, qui fut aussitôt élu doge. Jérôme embrassait alors le parti de l'Empereur, &, après plusieurs ten- tatives infructueuses, il parvint en 1522 à mettre sa patrie sous le pouvoir de Charles-Quint. Ce Mo- narque l'en récompensa, en rappe- lant à la place de doge Antoine Adorne qui l'avoit auparavant occu- pée. Jérôme gouverna sous le nom de son frère, & fut envoyé quel- ques temps après par l'empereur, en qualité de plénipotentiaire à Venise, pour y négocier avec toutes les puissances d'Italie, un traité d'alliance défensive contre les étrangers qui tenteroient de pénétrer dans cette contrée. Après l'avoir fait conclure, il termina ses jours avec la réputation d'un capitaine courageux, d'un négo- ciateur habile & d'un homme d'état sage & prudent, qui, dans des temps difficiles, fut gouverner sa patrie avec dignité & en assurer le repos. V. ADORNE, (Jean Augustin) prêtre fondateur de la congrégation des clercs-réguliers-Mineurs, mort à Naples en odeur de sainteté l'an 1591. Il voulut qu'il y eût toujours quelqu'un de ses clercs devant le saint-Sacrement.
VI. ADORNE, (François) Jé- suite, d'une ancienne famille de Gênes, féconde en grands-hom- mes, mourut en 1586, à 56 ans: il composa, à la prière de S. Charles, dont il étoit le confesseur, un favant Traité de la discipline Ecclé- sofique.
ADORNI, (Catherine Fiefchi) naquit à Gênes en 1447, & fut mariée jeune à Julien Adorni, noble Génois, qui avoit les mœurs les plus dissolues. Après de lon- gues souffrances, sa femme par- vint à le toucher, & à lui faire changer de conduite: cet époux mourut; sa veuve se retira alors à l'hôpital de Genève où elle se plut à servir les pauvres. Elle y mourut le 14 Décembre 1510. Adorni ai- moit la poésie, sur-tout celle con- facrée à des sujets de piété: on lui attribue des extafes pendant les- quelles on dit qu'elle parloit en vers. Elle composa plusieurs ou- vrages, dont les principaux sont: un traité sur le purgatoire & un dialogue de l'âme & du corps. Tous les deux ont été imprimés; & S. François de Sales en fait un grand éloge dans la préface de son traité de l'amour de Dieu. Cattanéo-Mar- batto a écrit une vie de Catherine Adorni, qui a obtenu plusieurs éditions.
ADRAMELECH & SARASAR, fils aînés de Sennacherib roi d'Afly- rie, conspirèrent contre leur père, à son retour de sa malheureuse ex- pédition contre Jérusalem, & l'af- saffinèrent dans le temple de Nefroch. Leur jeune frère Afsarhaddon s'em- para du trône, & les parricides se réfugièrent en Arménie. I. ADRASTE, roi d'Argos, leva une armée contre Ethéocle, qui avoit chaffé du trône de Thèbes en Béotie, Polynice son gendre & frère d'Ethéocle. Cette guerre fut appelée l'Entreprise des sept Preux, parce que l'armée étoit composée de sept princes. Ils périrent tous au siège de Thèbes, à l'exception d'Adraste. Ce roi inspira aux enfans des princes qui avoient été tués, la vengeance dont il étoit animé. Il forma une nouvelle armée de sept 66 ADR jeunes princes, que l'on nomma des Epigones, c'est-à-dire de ceux qui avoient survécu à leurs pères. Ils vainquirent les Thébains, & ils échapperent tous à la mort, hormis Epiatée, fils d'Adraste. Ce père trop tendre succomba à la douleur que lui caufa la mort de son fils. Ces évènemens arrivèrent vers l'an 1251 avant J. C.
II. ADRASTE, petit-fils de Midas, roi de Phrygie, vivoit environ 600 ans avant J. C. Ayant tué par mégarde son frère, il fut obligé de quitter sa patrie, & alla chercher un asile à la cour du roi de Lydie. Crasus l'ayant reçu & purifié de son meurtre, le combla de bienfaits, le retint dans son palais, & lui donna tout ce qui étoit nécessaire pour vivre d'une manière convenable à son rang. Il le chargea dans la suite de veiller à la conservation de son fils. Le prince étranger, ravi de trouver l'occasion de témoigner sa reconnoissance à son bienfaiteur, reçut avec joie cet emploi; mais il eut bien lieu de s'en repentir. Dans la fameuse chasse du sanglier qui ravageoit les champs des Myfiens, l'infortuné Adraste ayant lancé son javelot sur la bête, la manqua, & tua de ce même coup Atys, ce jeune prince qui avoit été confié à sa garde. Alors détestant la vie & se regardant comme un instrument funeste de malheurs inévitables, il se donna lui-même la mort sur le tombeau du jeune Lydien.
ADRASTÉE (Mythol.) ou ADRASTIE, fille de Jupiter & de la Nécessité, étoit la même que NEMENS, chargée de venger tous les crimes, & de punir les scélérats. Les Prêtres Egyptiens la mettoient au-dessus de la Lune, & lui renvoient un culte particulier.
ADRETS, (François de Beaumont, baron DES) d'une ancienne famille du Dauphiné, esprit ardent, né pour être chef de parti. Après avoir servi avec distinction, il embraffa celui des Huguenots, par ressentiment contre le duc de Guise, en 1562. Il prit Valence, Vienne, Grenoble, Lyon, & se signala autant par sa valeur & par sa célérité, que par l'atrocité de ses vengeances. Il fut à l'égard des Catholiques, ce que Néron avoit été à l'égard des premiers Chrétiens. Il recherchoit, il inventoit les supplices les plus bizarres, & goûtoit la barbare satisfaction de les faire endurer à ceux qui tomboient entre ses mains. (Voyez AUGER.) A Montbrison & a Mornas, les soldats qu'on fit prisonniers, furent obligés de se jeter du haut des tours sur la pointe des piques de ses soldats. Ayant reproché à l'un de ces malheureux de s'être présenté deux fois, sans avoir osé faire le saut: M. le Baron, lui dit le soldat, tout brave que vous êtes, je vous le donne en trois. Cette réponse plaifante lui fauva la vie... Ce monstre, voulant rendre ses enfans aussi cruels que lui, les força, dit-on, de se baigner dans le sang des Catholiques, dont il venoit de faire une sanglante boucherie. De quelque fureur que fussent animés les gens de son parti, ils ne purent approuver toutes ses barbaries. L'amiral de Coligny écrivoit, qu'il falloit se servir de lui comme d'un lion furieux, & que ses services devoient faire passer ses insolences... On donna le gouvernement du Lyonnois à un autre. Des Adrets piqué voulut se faire Catholique; mais on le fit saisir à Romans, & il auroit péri par le dernier supplice, si la paix qui se fit alors ne lui eût sauvé la vie. Il exécuta ensuite son dessein, & mourut, méprise & abhorré des deux partis, l'an 1587. Il laïffa des fils & une fille, qui n'eurent point de postérité. César de Vauffette, son gendre, se maria en secondes noces, après avoir hérité de la fille du baron des Adrets, sa première femme; & c'est de ce second mariage que sont descendus les barons des Adrets, du nom de Vauffette. Quelque temps avant sa mort, des Adrets s'étoit rendu à Grenoble, où étoit alors le duc de Mayenne. Il vouloit se venger des propos injurieux & menaçans que Pardaillan avoit tenus sur son compte, à l'occasion de l'affaffinat de son père. Il répéta plusieurs fois: « Qu'il avoit quitté sa solitude pour faire savoir à ceux qui auroient à se plaindre de lui, que son épée n'étoit pas si rouillée, qu'il ne pût leur faire raison. » Pardaillan ne crut pas devoir faire attention à cette bravade d'un ferrailleur octogénaire; & des Adrets s'en retourna, content de sa rodomontade... L'ambassadeur de Savoie l'ayant rencontré dans un grand chemin, seul, & n'ayant qu'un bâton à le main, fut surpris de voir un vieillard, connu par ses barbares exécutions, se promener sans compagnon & sans défense: Il lui demanda de ses nouvelles. « Je n'ai rien à vous dire, (répondit froidement des Adrets) sinon, que vous rapportiez à votre maître, que vous avez trouvé le baron des Adrets, son très-humble serviteur, dans un grand chemin, avec un bâton blanc à la main & sans épée, & que personne ne lui dit rien. » Sylla, non moins cruel que lui, avoit la même sécurité. Sa Vix a été écrite par Gui Allard, Grenoble, 1675, in-12. Elle est d'un style simple, mais les faits sont vrais. L'un des fils du baron des Adrets se trouva enveloppé dans le maffaire de la S. Barthelemi. Il avoit été page du Roi, qui lui avoit un jour ordonné d'aller appeler son chan- celier. Ce magistrait qui étoit à table lui ayant répondu, qu'après avoir diné il iroit recevoir les ordres de Sa Majesté, Comment, lui dit le page, où vous retarder un moment lorsque le Roi commande? Vite, qu'on marche sans délai! Sur quoi il prit l'un des coins de la nappe, & jeta tout le diner par terre. C'est M. de la Place qui rapporte cette anecdote (affez-peu vraisemblable) dans ses Pièces intéressantes, T. IV. Il ajoute, que cette aventure ayant été rapportée à Charles IX par le Chancelier, ce prince n'en fit que rire, en disant que le fils seroit tout aussi violent que le père.
ADRIA, (Jean Jacques) né à Mazara, fut disciple d'Agoftin fameux médecin, & égala bientôt son maître. Il devint médecin de Charles V. Outre divers ouvrages manuscrits sur son art, il a imprimé une topographie de la ville de Mazara sa patrie, où il mourut en 1560.
ADRIAM, (Marie) jeune Lyonnoise âgée de seize ans, prit des habits d'homme, & servit, en 1703 en qualité de canonnier, ses compatriotes dans la défense de leur ville. Arrêtée après le flegé & traduite devant la commission révolutionnaire, elle fut condamnée à mort. « Comment, lui dit un des juges, as-tu pu braver le feu, & tirer contre ta patrie. — C'est au contraire, répondit-elle, pour la défendre & la sauver de ses oppresseurs. »
ADRIAN, ou ADRIANSEN, (Corneille) prédicateur Flamand de l'ordre de S. François, naif de Dordrecht, & mort à l'ores, en 1581, âgé de 60 ans. Il laïffa des sermons remplis d'expressions libres, de turlupinades et d'invectives contre les chefs des Huguenots dans les Pays-Bas. 68 A D R I. ADRIANI, (Jean-Baptiste) naquit à Florence d'une famille noble, en 1511, fut secrétaire de la république, & y jouit d'une grande considération. Il mourut dans la même ville, en 1579. On a de lui l'Histoire de son temps, depuis l'an 1536, où finit celle de Guichardin, jusqu'en 1573, in-4.º Cette fuite ne dépare point l'ouvrage de ce célèbre historien. Il est vrai, dit l'abbé Lenglet, qu'elle n'est pas aussi estimée; mais elle a été faite sur de bons renseignements. Le président de Thou, qui s'en est beaucoup servi dans son Histoire, l'estimoit à cause de son exactitude. On croit que Côme, grand-duc de Toscane, lui avoit fourni ses mémoires. Adriani fit l'oraison funèbre de ce prince, & celles de Charles V & de l'empereur Ferdinand, où il ne parle pas toujours en historien impartial. On a encore de lui une Lettre curieuse à Vafari, sur les Peintres dont il est parlé dans Pline, in-4.º L'édition in-fol. de l'Histoire de son temps, Venise, 1583, est fort chère.
II. ADRIANI, (Marcel) gentilhomme de Florence, professa les belles-lettres dans sa patrie, & y finit ses jours en 1604. Il laissa deux ouvrages manuscrits; le premier est une traduction de Plutargue; le second une autre traduction de Démétrius de Phalère, qui a été imprimée à Florence en 1738, avec des notes & un éloge d'Adriani, par l'abbé Goyi, professeur d'histoire au collège de Florence.
ADRIANSEN, Voy. ADRIAN.
ADRICHOMIA, (Cornélie) religieuse de l'ordre de S. Augustin, de la noble famille d'Adrichem en Hollande, a traduit en vers les Pseumes de David, dans le XVI. siècle. Elle se fit elle-même cette Epitaphe, qui donnera une idée de sa poésie: Corpus humo, animam superis Cornelia mando; Pulverulenta caro vermiibus afca datur; Non lacrymas, non singulæus, tristestque querelas, Sed Christo oblatas nunc precor umbra preces.
ADRICHOMIUS, (Christian) né à Delft en 1553, ordonné prêtre en 1561, mourut en 1585, à Cologne, où il se retira après avoir été chassé de son pays par les Protestans. Son ouvrage le plus célèbre, est le Theatrum Tertæ sanctæ, avec des cartes géographiques, à Cologne 1643, in-fol. On a encore de lui une Chronique de l'ancien et du nouveau Testament, où il entasse bien des fables; à Cologne, 1682, in-fol. Il étoit meilleur géographe qu'historien. Sa Géographie sainte passoit, de son temps, pour un chef-d'œuvre d'exactitude. Son nom de famille étoit Adrichem, dont il fit Adrichomius. I. ADRIEN, (S.) officier dans les armées Romaines, poursuivoit avec fureur les Chrétiens dans la persécution de Maximilien Galère, lorsque, touché de leur dévouement & de leur mépris de la vie, il partagea leurs sentimens, et fouffrit comme eux le martyre à Nicomédie, vers l'an 306. L'Eglise célèbre sa fête le 8 Septembre, jour de la translation de ses reliques à Rome.
II. ADRIEN, (S.) Africain de naissance, abbé de Nérida près de Naples, fut envoyé par le pape Vitalien en Angleterre, auprès de Théodore, archevêque de Cantorbery, pour l'aider dans les fonc tions de l'épiscopat. S. Adrien y demeura 39 ans, & y mourut le 9 Janvier 720.
III. ADRIEN, (S.) évêque de S. André en Ecosse, y prêcha la foi, & souffrit le martyre en 874.
IV. ADRIEN, (Elius Adrianus) cousin, fils adoptif & fucceffeur de Trajan, étoit à quelques égards digne de l'être. Son père qui avoit été prêteur l'ayant laiffé orphelin, Trajan, son tuteur, lui fit époufer une petite-fille de sa sœur. Son courage qui se déploya de fort bonne heure, l'éleva aux premières charges de l'empire. Il fut général des armées en Orient, & après la mort de Trajan, il fut proclamé empereur le 11 Août 117 de J. C. (Voyer PLOTINE.) Il avoit eu des rivaux, il pardonna à quelques-uns. Un d'entre eux s'étant présenté pour lui demander grace, Adrien, lui dit-il, est votre emperour, vous voilà sauvé. Un autre de ses ennemis s'étant présenté pour obtenir son pardon; le voilà, lui dit-il en l'embrassant. Cependant il fit mourir, sur de simples soupçons, quatre confulaires qui avoient eu part à la confiance de Trajan. En général, il fut généreux avec le peuple, quoiqu'il traitât quelquefois les grands avec cruauté. Le premier foin d'Adrien, fut de faire la paix avec les Parthes, de rétablir Chosroès, & de lui rendre toutes les provinces qu'on venoit de lui enlever. Cette politique étoit sage: pour retenir les Parthes sous la domination des Romains, il auroit fallu soutenir des guerres continuelles & ruineuses. Adrien avoit d'ailleurs à dissiper des troubles qui l'inquiétoient. Les Juifs de Cyrène avoient cruellement ravagé la Libye & l'Egypte. La Lycie & la Palestine se révoltoient; une partie de la Bretagne avoit secoué le joug. Enfin les Maures & les Sarmates faisoient des irruptions dans les provinces frontières. Auffitât après avoir conclu la paix avec les Parthes, il retourna à Rome. Il ne voulut pas accepter l'honneur du triomphe, & le fit accorder à l'image de Trajan. Pensant que l'Empire n'étoit pas à lui, mais au peuple, il remit tout ce qui étoit dû au fîce depuis seize ans; il en brûla publiquement les comptes, afin que personne ne pût être inquiété à ce sujet. Cette libéralité fit dire qu'il avoit enrichi tout l'Empire. Il se fit aussi un devoir de secourir les anciennes familles, que des accidens malheureux, plutôt qu'une mauvaise conduite, avoient mises hors d'état de se rétablir; & il assigna de nouveaux fonds, pour l'éducation des enfans que les parens ne pouvoient élever. Un an après son retour à Rome, Adrien marcha contre les Alains, les Sarmates & les Daces, dont il arrêta les hostilités. Il visita ensuite les provinces de son empire, s'arrêta quelque temps en Espagne, revint à Rome, recommença ses voyages, & fixa les limites de l'empire. Ses courses ne se bornoient pas à satisfaire une vaine curiosité. Il se faisoit rendre compte de l'administration des villes & des provinces; il réprimoit les abus; il réparoit les édifices publics, il en construisoit de nouveaux; il soulageoit les peuples par des diminutions d'impôts ou par des largesses. Sa présence n'étoit jamais à charge aux provinces. Il voyageoit à pied à la tête de ses troupes. Exposé à la pluie, à la neige, au soleil, il campoit avec elles; il partageoit la nourriture & la fatigue des soldats, & ne paroissoit que le premier foldat de l'empire. Peu jaloux de fes titres, & n'ayant accepté le confulat que les deux premières années de fon règne, il étoit populaire jusqu'à se mêler dans les bains publics avec le peuple. Comme Trajan, il vivoit familièrement avec fes amis; mais, naturellement soupçonneux, il n'étoit pas capable de leur donner la même confiance. Lorsqu'il étoit à Rome, il cultivoit tous les genres de littérature, converfant avec les favans, leur communiquant fes lumières, exerçant fes talens avec eux, & enviant les leurs. (Voy. APOLLODORE.) Favorin, qui connoissoit fon foible, répondit à un de fes amis qui lui reprochoit d'avoir cédé mal-à-propos à l'empereur: Vou-lois-tu que je ne cédoffes pas à un homme qui a trente légions armées?... Cependant les Parthes, peu fidèles aux traités précédens, s'étoient révoltés de nouveau. Adrien passa en Orient l'an 123, pour les réduire; & dès qu'il eut appaidé les troubles qu'ils avoient excités, il se rendit à Athènes, où il assista aux mystères de Cérès Eleusine. L'année d'après il revint à Rome, après avoir passé l'hiver à Athènes. Il s'étoit élevé une persécution cruelle contre les Chrétiens; mais, sur les remontrances de Quadrat & d'Aristide, il défendit non-feulement de les persécuter pour leur religion, mais il ordonna de punir ceux qui les calomnièroient. Il passa même depuis, de sa haine contre les Chrétiens, à des sentimens si favorables pour eux, que Lampride a remarqué « qu'il forma » le dessein d'élever un temple au « Christ, & de l'admettre au nombre des Dieux. » Adrien continua la visite de l'empire l'an 125 & les années suivantes. Il bâtit une ville en Egypte en honneur d'Antinôüs; qu'il aimoit plus qu'il n'est permis d'aimer, même une femme. Jérusalem fut encore relevée par fes soins & par ceux des Juifs, qui, malgré leurs fréquentes révoltes, contribuèrent à ce rétablissement qu'ils croyoient devoir leur être favorable. Ce n'étoit pourtant pas pour eux qu'on rebâtissoit Jérusalem. Ces malheureux s'étant révoltés de nouveau sous les étendards d'un prétendu Meffie nommé Barcochébas, il leur fut défendu d'entrer dans Jérusalem, dont le nom fut changé en celui d'Ælia, & même de la regarder de loin. On mit un pourceau de marbre sur la porte qui regardoit Bethléem; & comme les Chrétiens étoient aussi odieux que les Juifs, Adrien fit dresser une idole à Jupiter à l'endroit de la Résurrection de J. C., & une de Vénus en marbre au calvaire. Ce prince, à qui l'on a voulu faire élever un temple à J. C., fit planter un bois en l'honneur d'Adonis à Bethléem, & lui consacra la caverne où le Sauveur étoit né. Il mourut à Bayes, le 10 Juillet 138, à 62 ans, d'une hydropisie qui le consuma peu à peu. Les fatigues de fes longs voyages avoient beaucoup altéré sa santé. Ennuye de fes souffrances, il avoit essayé plusieurs fois de se tuer, Il demanda du poison ou un poignard; & dans son désespoir, il ordonna la mort de plusieurs sénateurs, se plaignant « d'être le » maître de la vie des autres, & « de ne pouvoir disposer de la » sienne. » Ensuite il congédia tous les médecins, dans la pensée que leurs soins ne faisoient qu'augmenter sa maladie. Il fit, avant que de mourir, ces vers si connus, traduits par Fontenelle, qui marquent son inquiétude sur l'état de son ame après sa mort: Ma petite ame, ma mignonne, &c. Ces vers ne sont pas les seuls qui nous restent de lui. Florus lui ayant écrit Emilièrement au sujet de ses voyages continuels : Ego nolo Cæsar esse, Ambulare per Britannos, Scythicas pati pruinas. l'empereur lui envoya sur-le-champ cette réponse : Ego nolo Florus esse, Ambulare per tabernas, Laitare per popinas, Culices pati rotundos. On dit qu'Adrien ne se couvroit jamais la tête. C'est le premier des empereurs Romains qui ait porté de la barbe, pour cacher des porreaux qu'il avoit au menton. Sa vie fut un mélange de bien & de mal : (Voy. SABINE.) Si Adrien eut quelques vertus de Trajan, il eut aussi des vices dont Trajan fut exempt, la présomption & la cruauté. Il est triste de trouver de telles taches dans la vie d'un homme qui fit le bonheur des peuples, & qui voulut l'assurer après lui, en choisissant des successeurs, tels qu'Antonin & Marc-Aurèle. « Je fais, disoit-il du premier, qu'Antonin est de tous ceux que je connais, celui qui désire le moins l'empire; mais je fais aussi qu'il en est plus digne que personne. » Adrien composa lui-même l'Histoire de sa vie & de ses principales actions, & la fit publier sous le nom d'un de ses domestiques, connu pour capable d'écrire. Cette Histoire, qui n'étoit apparemment qu'un panégyrique, n'existe plus. Lingues, sophiste ingénieux, qui n'a pas pensé comme le commun des historiens sur Adrien, a fait son apologie dans le 2e volume de son Histoire des révolutions de l'Empire Romain; nous y renvoyons le lecteur. V. ADRIEN Ier, d'une ancienne famille de Rome, joignit aux ver- tus du Christianisme le génie ferme des anciens Romains, & le caractère prudent & adroit des nouveaux. Il fut élu pape après la mort d'Etienne III, en 772. Charlemagne le vengea des vexations de Didier, roi des Lombards. Le second concile général de Nicée ayant été convoqué contre les Iconoclastes, il y envoya ses légats, qui y tinrent la première place. Ce pontife mourut le 26 Décembre 795, après avoir enrichi de beaucoup d'ornemens l'église de St. Pierre. Les Romains qu'il avoit secourus dans une famine occasionnée par un débordement du Tibre, le pleurèrent comme leur père. Charlemagne, ami d'Adrien, partagea leur douleur & lui fit une Epitaphe. Il y joignit son nom à celui d'Adrien dans ces vers, dont le premier est le 23e de l'Epitaphe qui en a 38. Nomina jongo simul diulis, clarissime, notta : Hadrianus, Karolus, rex ego, tuque pater. Quisque legas versus, devoto pectoris supplex, Amborum mitis, die, miserere Deus!
VI. ADRIEN II, Romain, fut élevé malgré lui au souverain pontificat, le 14 Décembre 867, après la mort du pape Nicolas I. Il tint un concile à Rome contre Photius, & envoya dix légats à celui de Constantinople contre le même patriarche, qui y fut déposé & soumis à la pénitence publique en 869. Ce pape, qui avoit agi de concert avec l'empereur Grec & le patriarche Ignace, se brouilla ensuite avec l'un & l'autre, au sujet de la Bulgarie, que celui-ci prétendoit être de son patriarchat. Après la mort de l'empereur Lothaire, Charles le Chauve, roi de France, voulut recueillir une partie 72 ADR de sa succession. Adrien II, qui favorifoit l'empereur Louis II frère de Lothaire, voulut s'opposer aux entreprises de Charles, & menaça de l'excommunier comme usurpa- teur. Ce fut alors que le fameux Hinemar de Reims lui adresse des remontrances vigoureuses, où, lui rappellant le souvenir du respect & de la soumission des anciens pontises à l'égard des princes, il lui fait entendre « que sa dignité » ne lui donne aucun droit sur » le gouvernement des Etats; qu'il » ne peut être tout ensemble évêque » & roi; que c'est au peuple à » se choisir leurs souverains; que » les anathèmes mal-appliqués » n'ont aucun effet sur les ames; » que les hommes Francs ne se » laisseront point asservir par un » évêque de Rome. » Adrien, loin de se rendre à ces raisons, contre le roi & contre Hinemar, prit le parti de Carloman, fils de Charles le Chauve, diacre, abbé de plusieurs monastères, devenu rebelle & chef de brigands. Il ordonna au roi de le rétablir dans ses biens & ses honneurs; il désendit aux sujets, sous peine de damnation, de porter les armes contre lui. Il se déclara avec la même chaleur en faveur de l'évê- que de Laon, neveu d'Hinemar, ennemi du souverain & de son oncle. Mais ensuite le pape dépré- venu changea de ton; il écrivit à Charles une lettre pleine d'éloges, où il admire sa piété & sa sagesse, et lui promet de ne reconnoître que lui pour empereur, quand on l'en voudroit détourner par des boisseaux d'or. C'est la dernière lettre d'Adrien II, pape presque aussi zélé pour l'autorité pontifi- cale, que le fut depuis Grégoire VII, mais plus souple & plus politique. Ce pape eut encore un démêlé avec Lothaire, roi de Lot- raine : (Voyez son article.) Il mourut l'an 872, en odeur de fainteté. Ce pontife étoit très-défini- téesse : le jour de son sacre il refusa les prêfens que ses prédé- cesseurs avoient coutume de rece- voir. Ses autres vertus égaloient son désintéressement; & s'il fut entraîné dans des démarches im- prudentes, ce fut par l'artifice de ceux qui surprirent sa religion, ou par les sausses idées qu'on commençoit à avoir de son temps touchant le pouvoir des papes sur l'administration des Etats. On a de lui plusieurs Lettres.
VII. ADRIEN III, élu pape en 884, après Marin, ne garda la tiare qu'un an. Sa vertu, son zèle, sa fermeté promettoient beaucoup.
VIII. ADRIEN IV, Anglois; fils d'un mendiant, & mendiant lui-même, erra long-temps de pays en pays avant que de pou- voir être reçu en qualité de do- mettique chez les chanoines de S. Ruf, qui l'agrégèrent ensuite à leur ordre, & qui le firent leur général. Il fut fait cardinal & évê- que d'Abano par le pape Eugène III, qui l'envoya légat dans le Danemarck & dans la Norwège. A son retour, le sacré collégé l'éleva au pontificat, le 3 Déc. 1154. Il s'en montra aussi digne par l'élévation de ses sentimens, que s'il eût été de la plus haute naissance. Il excommunia les Ro- mains, jusqu'à ce qu'ils eussent brûlé l'hérétique Arnaud de Bresse, enthousiaste turbulent. Il lança une autre excommunication contre Guillaume, roi de Sicile, qui avoit usurpé les biens de l'Eglise. Il re- demanda à l'empereur Frédéric I, les fiefs de la comtesse Mathilde, le duché de Spolene, la Sardaigne & la Corfe : il n'en put rien ob- tenir alors. Ce pontife, si jaloux de soutenir les droits de son siège, ne le fut point d'enrichir sa famille : il laissa sa mère dans la pauvreté, conduite plus extraordinaire que louable. Adrien IV a moit la vérité, & cherchoit à la connoître. Jean de Sarisberi, son ami & son com- parriote, étant venu le voir quel- que temps après son élection, Adrien lui ouvrant son cœur lui dit, qu'il trouvoit tant de difficultés dans la place qu'il occupoit, qu'il voyoit l'Eglise accablée de tant de maux, qu'il auroit voulu n'être jamais forti d'Angleterre. Il demanda un jour (dit Fleury) à ce même Jean de Sarisberi, ce qu'on difoit de lui & de l'église de Rome ? Jean ré- pondit avec liberté : « On dit que « l'église de Rome ne se montre « pas tant la mère des autres « églises, que leur marâtre. On « y voit des gens qui dominent « sur le clergé, sans se rendre « l'exemple du troupeau. Ils ama- fent beaucoup d'or, d'argent & « des meubles précieux ; ils sont « avares & insensibles aux misères « des pauvres ; ils semblent faire « confiter toute leur religion à « s'enrichir... Tout le monde vous « donne le titre de Père : pour- « quoi faut-il donc que tous vos « enfans vous offrent des prêens ? « Vous êtes, S. Père, hors du « droit chemin. Donnez gratuite- « ment ce que vous avez reçu « gratuitement. » Le pape fourit, & loua son ami de la liberté avec laquelle il lui parloit, lui ordon- nant de l'informer de tout ce qu'il entendroit dire sur son compte. Cependant, pour justifier les con- tributions que l'église de Rome recevoit de tous les royaumes chré- tiens, il allégua la Fable de l'Eftomac & des Membres, qui se plaignoient qu'il profitoit seul de leur tra- vail, & qui trouvèrent ensuite par expérience, qu'ils ne pouvoient subfiter sans lui. D'ailleurs, ces contributions sous des pontifes ver- tueux, tels qu'Adrien IV, étoient employées à l'embellissement des Eglises, au rachat des esclaves, au soulagement des pauvres, & à toutes les œuvres d'une charité compatissante & généreuse. Ainsi Fleury, qui nous a fourni ce trait, a peut-être tort de ne pas trouver juste l'application qu'Adrien IV fit de la Fable de l'Eftomac & des Membres. Ce pontife mourut à Anagni, le 1er Septembre 1159, avec la réputation d'un homme habile & zèle pour le maintien des droits temporels de l'Eglise. On a de lui plusieurs Lettres dans les collections des Con.iles.
IX. ADRIEN V, élu pape le 12 Juillet 1276, étoit né à Gênes. C'est lui qui répondit à ses parens, étant sur le point de mourir : J'aimerais bien mieux que vous me vissiez Cardinal en santé que Pape mourant. Il mourut à Viterbe, un mois après son élection. On a prétendu qu'il n'avoit jamais été sacré évêque, ni même ordonné prêtre; mais ce coure n'a aucune vraissemblance. X. ADRIEN VI, naquit à Utrecht, le 2 Mars 1459, d'une famille presque aussi obscure que celle d'Adrien IV. Son père étoit tisserand, & s'appelloit Florent. Le fils, né avec beaucoup d'esprit, fut fait professeur de théologie, doyen de l'église, & vice-chan- celier de l'université de Louvain, dans laquelle il n'avoit été d'abord que boursier. L'empereur Maxi- milien I le choisit pour être pré- cepteur de son petit-fils l'archiduc Charles. Ferdinand roi d'Espagne, auprès duquel il avoit été amba- fadeur, lui donna l'évêché de Tortoſe en Catalogne. Après la mort de Ferdinand, il partagea la régence d'Épagne avec le cardinal Ximenès, homme qui devoit comme lui tout à ſon mérite. Il demeura enfin ſeul vice-roi pour Charles V. Quelque temps après, en 1522, il fut élu pour ſucceſſeur à Léon X qu'il avoit fait cardinal. L'empereur Charles V, aux intrigues duquel il devoit le pontificat, gouverna tout à Rome; Adrien ſe borna à réformer le clergé & la cour Romaine. Il retrancha beaucoup d'offices & d'emplois inutiles; il réprima les abus qui s'étoient gliffes dans la collation des bénéfices, dans les réſerves, dans la diſpenſation des indulgences; il ſupprima les dépenſes ſuperſtues, ne tint point table, & vécut auſſi frugalement qu'un religieux. Dans l'inſtruction qu'il donna à ſon nonce (François Cheregat) à la diète de Nuremberg, aſſemblée pour pacifier les différends excités par Luther, on voit combien il deſiroit une réforme générale dans l'Eglise. « Avouez » ingénument, dit-il, que Dieu » a permis cette pérſécution » ( le ſchiſme des Luthériens ) » à cauſe des péchés des hommes » & ſur-tout de ceux des prêtres » & des prélats de l'Eglise... Car » nous ſavons qu'il s'eſt paſſé » dans ce ſaint ſiège beaucoup de » choſes abominables; des abus » dans les choſes ſpirituelles, des » excès dans les ordonnances & » les décrets qui en ſont émanés; » & enfin que toutes choſes ſont » changées en mal & perverties. » Il n'eſt pas ſurprenant ſi la maladie s'eſt répandue de la tête » dans les membres, & ſi elle a » paſſé des ſouverains pontiſes » aux prélats inférieurs... Pour ce » qui nous regarde, nous pro- » mettons de notre par t.que nous » emploîrons tous nos ſoins pour » réformer avant toutes choſes » cette cour, qui eſt peut-être » la ſource de tous ces malheurs; » afin que de même que la cor- » ruption qui en eſt ſortie, s'eſt » répandue dans toutes les parties » inférieures, de même auſſi que » ce ſoit d'elle que ſorte la ſanté » & la réformation pour renou- » veler toutes choſes. » La qua- lité de réformateur, jointe à celle d'etranger, & ſur-tout ſon avertion pour le luxe, le firent haïr des Romains. A ſa mort, arrivée le 14 Septembre 1523, ils écrivirent ſur la porte de ſon médecin: Au libérateur de la Patrie. Quoique ce pontiſe n'eût pas le génie élevé d'Adrien IV, il eut beaucoup de traits de reſemblance avec lui. L'un & l'autre ne firent rien pour leur famille, & tous les deux ſu- rent ſâchés d'avoir accepté la tiare. Adrien VI ſe fit cette épitaphe, pour apprendre à la poſié- rité qu'un des plus grands incon- véniens de la vie eſt d'avoir à commander aux autres: « ADRIEN NUS hie ſitus eſt, qui nihil ſibl » inſelicius in vitâ, quàm quòd im- » peraverat, duxit. » Quelques hiſ- toriens le blâment d'avoir été trop lent dans ſes entrepriſes & irréſolut dans ſes deſſeins, d'avoir peu ſavorifé les gens-de-lettres, & de ne s'être point plié aux intrigues & à la politique de la cour de Rome. Pallavicin dit: Fù Eceleſſaſ- tico optimo, Pontifice in verita me- diocre; mais cet hiſtorien en parlant ainſi, écrit plutôt en politique qu'en cardinal. Adrien VI avoit des vertus néceſſaires dans un pape élevé au ſaint-ſiège au milieu des malheureuſes diſſenſions du Luthé- raniſme. Il étoit auſſi ſimple dans ſes mœurs & auſſi économe que ſon prédéceſſeur, Léon X, avoit été prodigue & faſtueux. Loſique les cardiaux le preſſoient d'ac- croître le nombre de ses domestiques, sa réponse étoit, « qu'il » vouloit avant tout acquitter les » dettes de l'Eglise. « Les palfreniers de Léon X lui ayant député l'un d'entre eux pour lui demander de l'emploi : Combien le feu Pape avoit-il de palfreniers ? — Cent, lui répondit l'orateur. Sur cela Adrien fit le signe de la croix, & lui dit : J'en aurois bien assez de quatre ; mais j'en gardirai douze, afin d'en avoir quelques-uns de plus que les Cardinaux. Il difoit « qu'il falloit donner les » hommes aux bénéfices, & non » pas les bénéfices aux hommes ; « & il fit ce qu'il put pour que, sous son pontificat, ils ne fuffent pas conférés à des sujets indignes. Ce pape a un rang parmi les écrivains écclésiastiques par son Commentaire sur le 1$^{re}$ livre des Sentences, Paris 1512, in-fol. Cet ouvrage, imprimé d'abord lorsqu'il professoit à Louvain, fut réimprimé par son ordre, lorsqu'il fut à la tête du monde chrétien. On y a remarqué cette proposition : Que le Pape peut errer, même dans ce qui appartient à la Foi. On a encore de lui, Quæstiones quodlibetica, 1531, in-8.$^{o}$ Gaspard Burmann publia à Utrecht 1727, in-4.$^{o}$ la Vie de ce pontife.
XI. ADRIEN, auteur du 5$^{e}$ siècle, a composé en grec une Introduction à l'Écriture-sainte, impr. en cette langue à Aushourg en 1602, in-4.$^{o}$ par les soins d'Hæschelius. On en trouve une traduction latine dans les Opuscules de Lollinus, à Belluno, 1650, in-fol.
XII. ADRIEN, Chartreux ingénieux & savant, est auteur du traité intitulé : De remedis utriusque fortunae, dont la 1$^{re}$ edition, publiée à Cologne en 1471 in-4.$^{o}$ est rare & recherchée. Pour ne pas confondre ce traité avec celui de Pétrarque sur la même matière, il faut savoir que le titre porte : Per quemdam A. poetam praetantem, neconon S. Th. prosefforem eximium. I. ADSON, abbé de Luxeuil en 960, a écrit un livre des Miracles de S. Vandalbert, troisième abbé de Luxeuil, qu'on trouve dans les recueils des vies des Saints. Cet ouvrage décèle un esprit fort crédule. On a encore de lui un Traité de l'Anse-Christ, imprimé avec les Œuvres d'Alcuin & de Ruban.
II. ADSON, abbé de Deuvres dans le Diocèse de Bourges, est mort en 992. On a de lui quelques vies de Saints, & entre autres de S. Bercaire, S. Bartole, S. Fredbert, S. Tranquille.
AECE, Voy. AETIUS. I. AÉDON, (Mythol) ou AIDON, femme du roi Zethus, frère d'Amphion. Elle étoit si jalouée de voir la femme d'Amphion, mère de six jeunes princes, qu'elle tua pendant la nuit son propre fils Hylus, que l'obécurité l'empêcha de reconnoître, & qu'elle prit pour un de ses neveux. Aédon ayant vu son erreur, pleura tant la mort de son fils, que les Dieux touchés de compassion, la changèrent en chardonneret.
II. AÉDON, (Mythol) fille de Pandarée, Ephéfien, épousa un artisan de la ville de Colophon, nommé Polytechnus. Les deux époux vécurent heureux & contens, jusqu'à ce que s'applaudiffant des douceurs de leur union, ils osèrent se vanter de s'aimer plus parfaitement que ne faisoient Jupiter & Juzon. Les Dieux irrités leur envoyèrent pour les punir, un esprit de division, qui fut pour eux une source de maux affreux.
ÆLFRINUS, surnommé le Grammairien, devint abbé de Malmesbury, & a publié I. Dictionnaire Saxon, Latin & Anglois, imprimé à Oxford en 1659. II. Histoire de l'ancien & nouveau Testament, en Saxon. Londres, 1638. Il mourut en 1016.
ÆELREDE, ou ETHELREDE, abbé de Revsby, puis de Rieval en Angleterre, contemporain de S. Bernard, est auteur du Miroir de la Charité, ouvrage dans lequel ce Père auroit reconnu son caractère & son style. On a encore de lui un Traité de l'Amitié, & quelques Livres historiques, peu connus aujourd'hui, quoique le jésuite Gibon ait publié ses ouvrages à Douai 1631, in-fol. Il mourut en 1166, en réputation de savoir & de piété.
ÆETA, (Mythol) ou ÆETÈS, roi de Colchos, fils du Soleil & de Persa, étoit gardien de la Toison d'or que Phryxus lui avoit confiée; elle lui fut enlevée par les Argonautes, qui avoient pour chef Jason. Ce héros fut aimé de Médée, fille d'Æetès, laquelle prit la fuite avec son amant. La fable raconte qu'elle coupa par morceaux un de ses frères, pour arrêter la poursuite de son père, vers l'an 1292 avant J. C.
ÆGIDIUS, Bénédictin d'Athènes, florissoit dans le 8e siècle. Il écrivit sur les venins, sur les urines, sur la connoissance du pouls. On attribue à un autre Ægidius, qu'on fait aussi Bénédictin, & médecin de Philippe-Auguste roi de France, un livre en vers hexamètres latins sur la vertu des médicaments, sur les urines & sur la connoissance du pouls; mais il est plus vraisemblable que ce n'est qu'une traduction de l'ouvrage d'Ægidius, Bénédictin Grec. Quoi qu'il en soit, ce dernier livre eut tant de vogue, qu'on le lisoit dans les écoles avec les écrits d'Hippocrate. On l'imprima à Paris en 1528, in-4.
ÆGIDIUS ROMÆ, Voyet III. COLONNE.
ÆLIANUS MECCIUS, médecin loué par Galien. Il employa le premier, dans un temps de peste, la thériaque comme remède & préservatif, & ils lui réussirent également. Ce médecin joignoit à de grandes lumières beaucoup de politesse.
ÆLIEN, Voyet ELIEN, & III. AMAND.
ÆLIUS, ( Sextus ) Voyet SENTIUS.
ÆLIUS SEXTUS CATUS, étoit un célèbre jurisconsulte, dont Ennius fait l'éloge. Il exerça la censure avec M. Cethégus, & sépara le sénat du peuple dans les spectacles de l'amphithéâtre. Etant Consul, les ambassadeurs des Etoiliens, sachant qu'il mangeoit dans de la vaisselle de terre, lui en présentèrent d'argent, qu'il refusa; & jusqu'à la fin de sa vie, il ne posséda que deux coupes de ce métal dont L. Paulus, son beau-père, lui avoit fait présent comme une récompense de sa valeur après la défaite du roi Persée. I. AELST, ( Everard van-) peintre, né à Delft en 1602, mort en 1658. Il représenta avec succès les sujets inanimés, particulièrement des oiseaux morts, des cuirasses, des casques & toutes fortes d'instruments de guerre. Ses ouvrages sont finis avec soin; les plus petits détails y sont rendus avec une grande vérité; aussi ses tableaux, quoique peu intéressants, font-ils toujours bien payés & fort rares.
II. AELST, (Guillaume van-) peintre de Delft, né en 1620 & mort en 1679, étoit neveu & élève du précédent. Il voyagea dans sa jeunesse en France & en Italie, & se fit rechercher par les personnes de la plus haute considération. Le grand-duc de Toscane lui donna une chaine d'or avec une médaille du même métal, pour lui marquer son estime. Comble de biens, Aelst retourna dans sa patrie, où ses ouvrages furent en vogue & achetés fort cher: il y épousa sa servante, de laquelle il eut plusieurs enfans. Il peignoit les fleurs & les fruits avec beaucoup d'art: sa couleur est belle & vraie, ses fleurs légères, & ses fruits rendus au naturel.
ÆMILIEN, Voy. EMILIEN.
ÆMILIUS LEPIDUS, de l'illustre famille Æmilia, s'étant trouvé dans son enfance à une bataille, où il tua de sa main un ennemi, & sauva, la vie à un citoyen, le Sénat pour récompenser une action si glorieuse, lui fit ériger une statue au Capitole, où il étoit représenté avec la robe présente & la bulle au cou.
ÆMILIUS - MACER, Voyez MACER, n.º 1.
ÆMUS, Voy. HEMUS.
ÆNEAS, Voyez les ENÉE.
ÆNEAS - SYLVIUS, Voyez PIE II.
ÆNOBARBUS, Voy. II. DOMITIUS.
AERIENS, Voy. l'article suiv.
AERIUS, hérédiarque du 4e siècle, s'estateur d'Arius, est auteur de la fêcte des Aériens. Aérius ajoutoit aux erreurs de son maître, que l'évêque n'étoit point supérieur au prêtre; que la célébration de la Pâque, les fêtes, les jeunes, &c. étoient des superstitions Judaïques. Il condamnoit aussi les prières pour les morts. Aérius étoit moine. L'élévation de son ami Euflache sur le siège de Constantinople, excita sa jaloufie & fut la première origine de son opinion de l'égalité des prêtres & des évêques. Ses fêctateurs ne pouvant être admis dans aucune église, s'affembloient dans les bois, dans les cavernes, en pleine campagne, où ils étoient quelquefois couverts de neige. Leur chef vivoit du temps de S. Epiphane, & sa fêcte subfiétoit encore du temps de S. Augustin.
AERTSEN, (Pierre) surnommé Pietro Longo à cause de sa grande taille, peintre, né à Amsterdam en 1519, mourut dans cette ville en 1573. Dès l'âge de 18 ans, il se rendit célèbre par sa manière hardie & fière qui n'appartient qu'à lui seul. L'académie d'Anvers s'empressa de le mettre au nombre de ses membres. Il entendoit les fonds, l'architecture & la perspective. Il étoit extraordinaire dans les draperies & les ajustements de ses figures, qui refembloient quelquefois à des masques: cette singularité paroissoit lui être propre. Ses premiers ouvrages furent des cuisines avec leurs ustensiles, qu'il rendoit avec une vérité capable de faire illusion. Il n'excella pas moins à peindre l'histoire & s'y fit admirer. Le tableau représentant la mort de la Sainte Vierge, qu'il peignit pour la ville d'Amsterdam, & celui qu'il fit aussi pour le grand-autel de l'église neuve de la même ville, étoient des morceaux inestimables. Malheureusement ce dernier, d'une force extraordinaire, ainsi que quelques autres que ce peintre avoit faits, furent détruits dans les troubles des guerres. *Aertsen*, jaloux de laisser à la postérité ses productions, conçut beaucoup de chagrin de les voir ainsi périr sous ses yeux. Ses murmures furent quelquefois poussés jusqu'à l'indiscrétion. Il est cependant assez échappé de ses ouvrages, pour faire juger que cet artiste savoit employer la vigueur du pinceau, soutenue de celle du coloris.
AERTSENS, (François) fils d'un greffier des états-généraux de Hollande, fut mis par son père sous la direction de *Duplessis-Mornoy*, qui étoit alors attaché à la fortune du prince d'Orange. Il apprit à cette école que la droiture & la franchise doivent s'allier dans un négociateur à la sagacité & aux lumières; le jeune *Aertsens* fut d'abord nommé simple résident à la cour de France, en 1609; mais lorsque les Espagnols eurent fait avec les Hollandois une trève de douze ans, & qu'ils eurent reconnus ceux-ci pour un peuple libre, *Aertsens* fut le premier qui eut le titre d'ambassadeur des Provinces - Unies près de *Henri IV*. Ce monarque décida alors que l'ambassadeur de Hollande auroit rang auprès de lui immédiatement après celui de Venise. *Aertsens*, s'étant uni à divers grands du royaume, qui après la mort de *Henri IV*, donnoient de l'ombrage à la reine-mère, tomba en défaveur à la cour de France, d'où il se retira pour remplir d'autres ambassades en Angleterre, à Venise & en Allemagne. *Aertsens* a écrit des mémoires sur les objets de ses ambassades, & il avoit donné à son pays une si haute opinion de sa capacité, qu'on le laissoit dresser lui-même les instructions qu'il emportoit dans les pays étrangers. *Viquefort* dit de lui qu'il savoit non-seulement négocier, mais instruire l'ambassadeur de ce qu'il devoit négocier. Une grande connoissance des affaires, une éloquence persuasive, beaucoup de finesse sous l'apparence de la simplicité, le distinguèrent. On lui a fait deux grands reproches; le premier, d'avoir vendu sa plume à *Maurice*, prince d'Orange, pour rendre odieux ceux que ce dernier vouloit perdre; le second, d'avoir aimé extrêmement l'argent, & d'avoir tout sacrifié à la passion d'en acquérir; aussi laissa-t-il une fortune si considérable que son fils passa pour le plus riche particulier de la Hollande. On ne fait point l'époque fixe de sa mort.
ÆSCHINE, *Voy. ESCHINES.*
ÆSCHINES, empyrique d'Athènes, suivit les erreurs des Montanistes. Il enseignoit que les Apôtres avoient été inspirés par le Saint-Esprit, & non par le Paraclet; que le Paraclet promis avoit dit par la bouche de *Montan*, plus de choses, & des choses plus importantes, que l'Evangile.
ÆTHERIUS, architecte, vivoit au commencement du 6$^{e}$ siècle, sous le règne d'*Anastasia I*, empereur d'Orient. Son mérite lui procura l'entrée du conseil de ce prince, & il y occupa même une des premières places. Il construisit dans le grand palais de Constantinople, un édifice nommé *Chalcis*; & l'on croit que ce fut aussi lui qui bâtit cette forte muraille depuis la mer jusqu'à Sélimbrie, pour empêcher les courtes des Bulgares & des Scythes.
AETION, peintre Grec, se rendit très - célèbre par ses tableaux, entr'autres, par celui des amours de Roxane & d'Alexandre le Grand. La beauté de celui-ci, exposé publiquement aux jeux olympiques, mérita les applaudissemens de tous les spectateurs; & le président des jeux, homme fort riche & d'une grande considération, en fut tellement enchanté, qu'il donna sa fille en mariage à cet artiste. I. AETIUS, surnommé l'Impie, d'abord chaudronnier, puis charlatan, ensuite sophiste, enfin diacre, évêque & patriarche de Constantinople sous Julien l'Apost, naquit dans la Cœlo-Syrie. Il embrassa les erreurs d'Atius, les foutent avec chaleur, & y en ajouta de nouvelles. Selon lui, Dieu ne demandoit de nous que la foi : les actions les plus infames étoient des besoins de la nature. S. Epiphane nous a conservé 47 propositions erronées de cet hérétique, recueillies d'un traité où il y en avoit plus de 300. Il mourut à Constantinople en 367.
II. AETIUS ou AECE, comte de l'Empire, gouverneur des Gaules, vainquit Théodoric, défit les Francs, remporta trois grandes victoires sur Gondicaire, roi des Bourguignons, & une autre sur Attila, roi des Huns, dont l'armée, de près de 700 mille hommes, fut totalement mise en déroute. Mais l'empereur Valentinien III, jaloux des éloges dont Rome combla Aetius, le tua de sa propre main, & condamna ses amis à différens supplices. L'affaîthat de ce grand - homme fut regardé comme une calamité publique. Un courrifan, à qui Valentinien demandoit son sentiment sur ce meurtre, eut le courage de lui répondre : Vous vous êtes coupé la main droite avec le glaive que vous teniez dans la gauche. Ce fut l'an 454 de J. C. Ce grand capitaine étoit le rempart de l'empire contre les Barbares qui l'inondoient de tous côtés.
III. AETIUS ou AECE, médecin d'Amide, ville de Mésopotamie sur le Tigre, fit ses études à Alexandrie vers la fin du 4e siècle. Il paroît par divers endroits de ses ouvrages qu'il suivoit la méthode des Égyptiens. Il excelloit dans la pratique de la chirurgie, & dans le traitement des maladies des yeux. C'est le premier médecin Chrétien dont nous avons des écrits sur la médecine. On a de lui un ouvrage en 16 liv., intitulé Tetrabiblos, imprimé en latin à Paris, 1567, in-fol.; Lyon 1549, in-fol., ou 1565, 4 vol. in-12. L'original de ce recueil est grec; mais il n'y a que les huit premiers livres qui soient imprimés, à Venise chez Alde, 1534. C'est un Recueil des écrits des médecins qui avoient vécu avant lui, & sur-tout de Galien. Quoique son ouvrage ne soit qu'une compilation, l'auteur y a fait entrer bien des choses qu'on chercheroit vainement ailleurs. Janus Cornarus traduit en latin le Tétrabiblos, & le fit imprimer à Basle chez Forben en 1542; sous le titre de Contrastia ex vetribus Medicina.
AFELTRO, (Pierre d') professeur de philosophie à Naples sa partie, sous le règne d'Alphonse d'Arragon, a laissé des Commentaires estimés sur la métaphysique d'Aristote.
AFFAROSI, (Camille) né à Reggio, d'une famille noble en 1680, prit l'habit de Bénédictin, parvint aux plus hautes dignités de son ordre, & a publié des 80 AFF Mémoires historiques sur le monastère de S. Prosper de Réggio.
AFFELMAN, (Jean) né à Soest en Westphalie l'an 1588, professa pendant 21 ans la théologie à Rostock. Ses principaux ouvrages sont : I. Syntagma de articulis fidei inter Pontificios & Calvinianos controversis. II. De omnipotentia Christi secundum naturam humanam. III. De ferendis hareticis, non auferendis, &c. La modération des principes, & l'indulgence philosophique d'Affelman, doivent le faire distinguer de la foule des théologiens de son temps.
AFFLITTO, (Mathieu) né à Naples en 1443, s'appliqua dès sa jeunesse à l'étude des lois, & devint un très-favant jurisconsulte. Le roi Ferdinand & le duc de Calabre son fils, l'appellèrent à leur conseil, & le firent président de la Chambre royale. Il mourut en 1523, après avoir publié divers ouvrages de droit civil & canonique, & sur-tout un traité des fiefs loué par Cojas. La famille Afflitto a produit d'autres hommes célèbres. I. Jean-Marie d'AFFLITTO, dominicain & grand mathématicien, se rendit si renommé par ses connoissances dans l'art des fortifications, que Jean d'Autriche l'employa en diverses guerres comme ingénieur. D'Afflitto publia en Espagne un traité sur cette matière en 2 vol. in-4.º On lui doit encore des mélanges théologiques et philosophiques. Il mourut à Naples en 1673. II. Gaetan - André d'AFFLITTO, avocat - général, a publié des controverses & des décisions de droit, Naples 1655. III. César d'AFFLITTO a aussi laissé des questions sur les matières féodales.
AFER, (Dominius) né à Nîmes, prateur à Rome, maître de Quin- tilien, reçut quelques talens en naissant; mais il les fit détester par le rôle de délateur, qu'il exerça sous Tibère & sous ses trois successeurs. Ce scélérat gagna l'esprit de Caligula par ses adulations. Cet empereur qui vouloit créer son cheval consul, fit accorder cette dignité à Afer. Il mourut l'an 59 de J. C. sous Néron.
AFFICHARD, Voyez LAFFICHARD.
AFRANIE, femme d'un sénateur Romain, du temps de César, fut la plaideuse la plus obstinée de Rome. Elle plaidoit elle-même ses causes devant le prateur, & fit surnommer du nom d'Afranie toute femme processive & disputant sans cesse. Une autre AFRANIE, fille du consul Ménézius Agrippa donna un grand exemple de respect filial, en n'attaquant point devant les magistrats les dispositions testamentaires de sa mère Eburje, dont elle avoit été injustement déshéritée. I. AFRANIUS, poète comique, d'un esprit vif. Quintilien le blâme d'avoir déshonore ses pièces par des obscénités. Il vivait vers l'an 100 avant J. C. Il ne nous reste de ce poète que quelques fragments dans le Corpus Postarum de Maitraire, Londres 1713, in-fol.
II. AFRANIUS, (Quintianus) sénateur Romain, fit une sanglante satyre contre Néron, qui le fit mourir pour être entré dans la conspiration de Pison. Il perdit la vie avec une fermeté d'âme, dont plus d'un Epicurien a donné l'exemple.
AFRE, (Ste.) courtifane de Crète, fut si touchée des exhortations de Narcisse, évêque de Jérusalem. Jérusalem, qui vint chercher en Crète un abri contre la persécution de Dioclétien, qu'elle quitta sa vie licencieuse, embraffa le Christianisme, brava la proscription, & souffrit le martyre avec sa mère Hilarie, & ses trois suivantes, Euménie, Euprèpie & Digne. I. AFRICAIN, (Sextus-Cecilius) ancien jurisconsulte Romain, floriffoit à la fin du 1er siècle. Il étudia le droit sous le célèbre Salvius Julien, & écrivit neuf livres de questions qui furent inférées dans le Digeste. Cujas a pris soin de les recueillir.
II. AFRICAIN, (Jules) historien Chrétien, né à Nicople dans la Palestine, écrivit sous l'empire d'Héliogabale une Chronologie, pour convaincre les Païens de l'antiquité de la vraie religion, & de la nouveauté des fables du Paganisme. Cette Chronique, divisée en cinq livres, renfermoit l'histoire universelle, depuis Adam jusqu'à l'empereur Macrin. Nous n'avons plus cet ouvrage que dans la Chronique d'Eusebe. Il écrivit à Origine une lettre sur l'histoire de Susanne, qu'il regardoit comme supposée; & une autre à Aristide, pour accorder ce que rapportent S. Mathieu & S. Luc sur la généalogie de J. C. Cet auteur floriffoit dans le 3e siècle. Ce fut à sa prière qu'Héliogabale rebatit la ville de Nicople, fondée au même lieu où avoit été celle d'Emmaüs. On a des fragments d'un livre qu'on lui attribue, intitulé les Celles. Ces fragments imprimés dans les Mathematici veteres, à Paris, in-fol. 1693, ont été traduits en françois par M. Guifcard dans ses Mémoires militaires des Grecs & des Romains, 1774, 3 vol. in-8.º Voy. MANETON.
AFTON, rhéteur d'Antioche dans le 3e siècle, nous a laissé Tome I. A G A 81 I. Une Rhétorique, imprimée à Upsal en 1670, in-8.º, & qui est inférée dans le Recueil des rhéteurs Grecs, fait par Alde Manuce, en 3 vol. in-fol. II. Quelques Fables qui ont été jointes à celles d'Esope, & imprimées à Francfort en 1610, in-8.º
AGAB, un des 72 disciples de J. C., prédit la prison de S. Paul, & la famine qui désola la terre sous l'empereur Claude. Il fut martyrisé à Antioche, selon les Grecs.
AGACLYTUS, l'un des affranchis de l'empereur Marc-Aurèle. Ce prince lui permit d'épouser la veuve de Libon, que Verus son frère fut soupçonné d'avoir empoisonné. L'empereur pouffa la complaisance jusqu'à affister à ses noces.
AGAG, roi des Amalécites; auquel Salil fit grace, contre l'ordre de Dieu; & que Samue coupa en morceaux à Galgala devant l'autel du Seigneur. C'est à tort que les philosophes modernes ont accusé ce grand-prêtre de cruauté: il n'étoit que le ministre de la justice de Dieu, qui lui avoit ordonné expressément de faire mourir Agag, prince impie & barbare.
AGALIS, née dans l'isle de Corfou, se distingua par son savoir, & donna publiquement des leçons de grammaire & de rhétorique. Meursius lui attribue l'invention d'une sorte de jeu de paume dans lequel la balle étoit retenue avant de toucher la muraille.
AGAMÈDE & TROPHONIUS, (Mythol.) fils d'Erginus, roi d'Orchomène en Asie, célèbre dans la Mythologie, étoient grands architectes, & encore plus grands fripons. Ils donnèrent à Delphes des preuves de ce double talent; & par la construction du fameux temple de cette ville, & par le moyen qu'ils avoient imaginé pour piller journellement le trésor du prince. Comme on ne pouvoit découvrir ni surprendre les voleurs, on leur tendit un piège, où Agamède fut pris, & dont il ne put se débarrasser. Son frère ne trouva point d'autre expédient pour se tirer lui-même d'affaire, que de lui couper la tête. Quelque temps après, la terre s'entrouvrit sous les pas de Trophonius, & l'engloutit tout vivant.
AGAMEMNON, appelé Atride ainsi que son frère Ménélus, parce qu'ils étoient fils d'Atrée, fut roi d'Argos & de Mycènes, & élu généralissime de l'armée des Grecs contre les Troyens. Etant retenu en Aulide par les vents contraires & par la peste, & voulant appaiser les Dieux, il sacrifia à Diane sa fille Iphigénie. Il fut forcé de rendre à Achille, Briseis qu'il lui avoit enlevée. Agamemnon aima passionnément Cassandre, fille de Priam, sa prisonnière après la prise de Troie. Elle lui prédit qu'il périt, s'il retournoit dans sa patrie; mais il n'ajouta pas foi à cette prédiction, qui se vérifia bientôt. De retour dans ses états, il fut égorgé par Egisthe, amant de Clytemnistre sa femme, l'an 1183 avant J. C. Oresle son fils ôta la vie au meurtrier de son père & à son amante. Voyez ARGYNNIS.
AGANICE, Voy. AGLAONICE. I. AGAPET, (S.) jeune homme qui contessa avec courage le Christianisme, & souffrit le martyre sous Aurélien en 273, dans la ville de Préneste.
II. AGAPET Ier, pape en 535, après Jean II, ne garda la tiare que dix mois. Ce pontife avoit de la fermeté dans le caractère. Justinien I le menaçant de l'exil, pour l'obliger de communiquer avec l'Eutychien Anthyme, il lui répondit : Je croyois avoir affaire à un empereur Catholique; mais c'est, à ce que je vois, à un Dioclétien. Ce pape étoit si pauvre, qu'ayant été obligé par Théodac, roi des Goths, d'aller à Constantinople, il fut contraint, pour fournir aux frais de son voyage, d'engager les vases sacrés de l'église de S. Pierre. On a de lui quelques Lettres. Il mourut à Constantinople, le 23 Avril 536.
III. AGAPET II, succéda au pape Marin ou Martin II, en 946. Il appella à Rome l'empereur Othon contre Béranger II, qui vouloit se faire roi d'Italie, & régla le différend qui étoit entre l'église de Lorches & celle de Saltzbourg, touchant le droit de métropole. Il mourut en 965, avec la réputation d'un pontife recommandable par sa charité & par son zèle.
IV. AGAPET, diacre de l'église de Constantinople dans le 6e siècle, adressa une Lettre à l'empereur Justinien, sur les devoirs d'un prince Chrétien. Les Grecs qui faisoient un grand cas de cette Lettre, l'appelloient la Royale. Elle est dans la Bibliothèque des Pères, & a été imprimée plusieurs fois in-8.
AGAPETES, Voy. l'art. suivant.
AGAPIE, femme dont le nom est plus connu que les actions, forma, vers la fin du 4e siècle, la secte des Agapètes, qui étoit une branche des Gnostiques. Elle étoit presque toute composée de femmes & de jeunes gens, qui prétendoient, qu'il n'y avoit rien d'im-" pur pour les consciences pures; " & qu'il valoit mieux jurer & se " parjurer, que de découvrir les " mystères de leur petite société. p
AGAPIUS, moine Grec du mont Athos, dans le 17e siècle. On a de lui un traité intitulé : Le Salut des Pêcheurs, dans lequel il enseigne le dogme de la transfusht initiation. Ce livre fut imprimé à Venise en 1641 & 1664. Il est en grec vulgaire.
AGAR, Egyptienne, servante de Sara, qui la donna pour femme du second ordre à Abraham. Elle fut mère d'Ismaël, qu'elle maria à une femme de sa nation, après avoir été chassée de la maison d'Abraham. Voy. ISMAEL, n.º 1.
AGARISTE, jeune Athénienne, fut célèbre par sa beauté & par les fêtes pompeuses que lui donnèrent ceux qui prétendirent à sa tendresse. Une autre AGARISTE épousa l'Athénien Xantippe, & fut mère de Périclès. Elle imaginait sans cesse en songe qu'elle devoit donner le jour à un lion.
AGASICLES, roi de Lacédémone, vers l'an 650 avant J. C., fut maintenir ses sujets en paix par sa sagesse & sa prudence. On a cité souvent la réponse qu'il fit à quelqu'un, qui lui demandait comment un roi pouvoit vivre tranquille ? C'est en traitant ses sujets comme un père traité ses enfants... Quelqu'un disoit à ce prince qu'il s'étonnoit de ce qu'étant avide de s'instruire, il ne faisoit pas venir auprès de lui Philophane, sophiste très-éloquent du temps : Je veux, répondit-il, être le disciple de ceux dont je tiens le jour. I. AGATHARCIDES, géographe, étoit de Gnide. Il reste de lui des fragments d'un Traité de la mer Rouge, qui ont été imprimés avec sa vie dans le Recueil d'Hudson, intitulé : Géographie des Scriptoires Græci minores.
II. AGATHARCIDES, célèbre historien Grec, le premier qui ait donné la description du rhinocéros vers l'an 180 avant J. C. Strabon, Joseph & Photius le citent; c'est tout ce qui nous reste de lui.
AGATHARQUE, peintre de Samos, le premier qui appliqua la perspective aux décorations théâtrales, environ l'an 480 avant J. C. Ce fut le poète Eschyle qui l'engagea à travailler pour la scène. Agatharque laissa un traité sur son art qui n'est pas parvenu jusqu'à nous.
AGATHE, (Sainte) vierge de Palerme, noble d'extraction, d'une figure aimable, mourut en prison après avoir souffert divers tour-mens, pour n'avoir pas voulu condescendre à l'amour de Quintien, gouverneur de Sicile, l'an 251 de J. C. Les habitans de Catane l'invoquent particulièrement dans les irruptions du mont Etna.
AGATHIAS, le Scolafique, avocat, natif de Myrinne au 6e siècle, exerçoit sa profession à Smyrne. Il est auteur d'une Histoire qui peut servir de suite à celle de Procope. Elle a été traduite en françois par le président Cousin. I. AGATHOCLE, tyran de Syracuse, né à Reggio en Italie d'un potier de terre, suivant Aufonne, fut seulement élevé chez un potier, selon Plutarque. Après s'être adonné dans sa jeunesse à la débauche la plus infame, il devint un fameux brigand. Etant allé à Syracuse, il servit d'abord en qualité de simple soldat; mais comme son courage égaloit son éloquence, il parcourut rapidement tous les grades militaires. 84 AGA & mérita d'être choisi pour général de l'armée après la mort de Damason, dont il épousa la veuve. Non content de se voir porté tout-à-coup de l'extrême pauvreté à l'opulence & au souverain commandement, il tenta de se rendre maître absolu dans Syracuse; mais il fut détrôné & envoyé en exil. Bientôt après, il trouva moyen de se faire rappeler pour recevoir de nouveau le commandement des troupes dans la guerre que les Syracuseins eurent à soutenir contre les Carthaginois. Il y remporta plusieurs victoires, & vint à bout de chasser les ennemis de la Sicile. Etant passé en Afrique, il y perdit une partie de ses troupes dans une bataille, & faute de vaisseaux, il ne put ramener le reste dans son pays. Obligé lui-même de songer à sa conservation, il eut plusieurs aventures, après lesquelles il revint à Syracuse, où il termina par le poison une vie remplie de crimes. Il affecta cependant de la modestie, lorsqu'il fut parvenu au premier rang. On dit que, pour ne pas oublier sa naissance, il se faisoit servir en vaisselle d'or & en vaisselle de terre. Voy. 11. TIMÉE. Agathocle est le sujet de la dernière tragédie de Voltaire. Elle fut jouée le 31 Mai 1779, jour de l'anniversaire de la mort de son auteur, & obtint quatre représentations. Le fond du drame est une réminiscence du Venceslas de Rotrou : les caractères y sont soibles, les situations sans développements ; & l'on voit dans cette pièce, comme dans l'Agéfilas de Corneille, le génie qui jette à peine une étincelle avant de s'éteindre.
II. AGATHOCLE, fils de Lysinaque, l'un des capitaines qui servirent sous Alexandre le Grand. Ayant été fait prisonnier dans la guerre que son père faisoit aux Gêtes, il fut racheté peu après pour épouser Lysandre, fille de Ptolémée Lagus. Son beau-père lui donna le commandement d'une flotte avec laquelle s'étant emparé du royaume d'Antigone, il bâtit la ville d'Ephèse sur le bord de la mer, & engagea les Lihadiens & les Colophoniens de venir habiter sa nouvelle ville. Ce prince périt bientôt après dans une bataille qu'il livra à Seloucus.
AGATHOCLÉE, courtifane d'Alexandrie, aussi célèbre par sa beauté que par l'éclat de sa fortune & de ses crimes. Ptolémée-Philopator, roi d'Égypte, en devint si amoureux que pour l'épouser il fit périr sa femme Asfinoe, que d'autres écrivains appellent Cléopatre. Agathoclée prit le plus grand ascendant sur l'esprit du monarque; elle se mêla de tout & ramassa d'immenses richesses. Ptolémée étant mort subitement, la reine, aidée d'Ananthe sa mère, cacha sa mort, & voulut faire périr le jeune Ptolémée-Epiphanes, qui n'étoit âgé que de cinq ans; mais l'enfant se sauva heureusement du palais, & se jeta dans les bras du peuple d'Alexandrie qui prit sa défense, pénétra dans le palais, & mit en pièces Ananthe & sa fille, 204 ans avant J. C. I. AGATHON, poète tragique & comique, dont il nous reste quelques fragments dans Aristote & Athenée. On rapporte que ses actions valoient mieux que ses pièces. Après la représentation de sa première tragédie, il donna un festin splendide aux principaux spectateurs, sans doute afin que les plaisirs de la table les dé- dommageaffent un peu de l'ennui' du théâtre. Il vivoit l'an 735 avant J. C.
II. AGATHON, pape distingué par son zèle & par sa prudence, succéda à *Domnus* en 679. Il étoit natif de Palerme, & avoit été Bénédictin avant d'être pontife. Il convoqua un concile de vingt évêques à Rome, dans lequel il anathématisa les Monothélites. Il envoya ses légats au 6e concile général de Constantinople. C'est lui qui abolit le tribut que les empereurs exigeoient des papes à leur élection. On place sa mort au 10 Janvier 682.
III. AGATHON, musicien Grec, chantoit si agréablement qu'on ne réistoit que difficilement aux charmes de sa voix. Elle donna lieu à ce proverbe, les *Chansons d'Agathos*, pour exprimer une chose plus agréable qu'utile.
AGAVÉ, (Mythol.) fille de *Cadmus* & d'*Hermione*, épousa *Echion* roi de Thèbes en Béotie, dont elle eut *Penthée* qui succéda à son père. Ce prince, qui ne buvoit point de vin, s'étant déclaré ennemi des fêtes de *Bacchus*, les Ménades, du nombre desquelles étoit *Agavé*, le mirent en pièces pendant les orgies.
AGDESTIN ou AGDISTIS, (Mythol.) monstre, homme & femme tout ensemble, fils de *Jupiter* & de la pierre *Agdus*, fut la terreur des hommes, & même des dieux, qui le mutilèrent. Les Grecs l'adoroient comme un puissant génie.
AGELIUS, (Antoine) évêque d'Acerno dans le royaume de Naples, vit le jour à Sorrente, & mourut en 1608. Il publia des *Commentaires* sur les *Pseumes*, ira- primés à Rome in-folio, sur *Jérémie* in-4°, & sur *Habacus* in-8°; assez estimés, mais peu lus. Il fut employé par le pape *Gregoire XIII* à l'édition grecque des Septante, de Rome. Son *Commentaire* sur les *Pseumes* est ce qu'il a fait de mieux.
AGENOR, (Mythol.) roi d'Argos & père de *Cadmus*, étoit fils de *Neptune* & de *Libye*, ou, selon d'autres, d'*Antenor*.
AGESANDRE, Rhodien, fit, sous l'empereur *Vespasien*, avec deux autres sculpteurs, le groupe de *Laocoon*, le plus beau reste de l'antiquité. On le trouva dans une fouille faite à Rome sur la fin du 16e siècle. Il y orna longtemps le palais *Farnés*, la France s'en est enrichie.
AGÉSIAS, philosophe platonicien de la ville de Cyrène en Afrique. Le roi *Prolomée* lui fit fermer l'école qu'il tenoit à Alexandrie, parce qu'en persuadant a ses disciples que l'ame étoit immortelle, plusieurs, pour s'en convaincre, s'étoient donné la mort. I. AGESILAS II, roi de Sparte, monta sur le trône au préjudice de *Léotichide* son neveu, regardé comme fils naturel d'*Alcibiade*. Ce roi disgracié de la nature, petit, de mauvaise mine & boiteux, réparoit par les qualités de l'ame les défauts de sa figure. Frère d'*Agis*, roi de Sparte, il avoit été élevé comme un simple particulier, dans toute la rigidité des mœurs Lacédémoniennes, parce qu'il n'avoit aucun droit à la couronne. Tel avoit été pour lui l'amour de la nation, que les Ephores l'avoient condamné à une amende, uniquement parce qu'il s'approprroit les citoyens qui appartiennent à la régue. blique. Ses prédécesseurs avoient en des disputes continuelles avec les Ephores & le Sénat; il n'en est aucune pendant tout son règne; & loin d'affoiblir sont autorité, il l'augmenta en obéissant aux lois. Chargé l'an 306 avant J. C. de la guerre contre les Perses, il demanda trente capitaines pour composer son conseil. On mit à leur tête Lysandre, qui avoit con- tribué à le faire roi, & qui fut bientôt jaloux de ses succès. En peu de temps l'orgueil & le faste Persan trembla devant la modestie Lacédémonienne. Il vainquit Tisa- pherne, général des Perses; & il auroit porté ses victoires jusqu'au centre de la monarchie, s'il n'a- voit été contraint d'aller arrêter les Athéniens & les Béotiens qui défoloient sa patrie. Sa marche fut si rapide, qu'il fit en 30 jours le chemin que Xerces n'avoit fait qu'en un an. Il tailla en pièces l'armée ennemie à Coronée, & remporta la victoire malgré ses blessures & la vigoureuse résis- tance des Thébains. Il fit ensuite la conquête de Corinthe, & il au- roit poussé plus loin ses armes, s'il n'étoit tombé malade. Les La- cédémoniens furent vaincus, tant qu'il ne fut pas à leur tête; mais des qu'il fut guéri, il répara tout par sa valeur. Ce prince, dans sa vieilleffe, secourut Ne'lanée contre Tachus, (Voyez ce dernier mot.) & gagna plusieurs batailles qui rendirent cet usurpateur maître de l'Égypte. Agésilas mourut en reve- nant de cette expédition dans la Cyrénaïque, l'an 400 avant J. C. âgé de 80 ans, le 41° de son règne. Ce roi, philosophe & guer- rier, ne voulut pas qu'on lui dressât des statues. La pestérité les lui a élevées; mais en lui reprochant d'avoir été trop porté à la guerre. Dans celle qu'il soutint contre les Thébains, il n'observa pas tou- jours les règles de l'équité, & il parut oublier ce qu'il avoit dit au sujet du roi de Perse : Ce roi que vous appelez grand, peut-il l'être plus que moi, à moins qu'il ne soit plus juste ? Tout le fruit qu'il re- cueillit de son humeur militaire, sut d'aguerrir ses ennemis. Aussi un capitaine Spartiate, le voyant couvert de blessures après la guerre de Thèbes, lui dit d'un ton rail- leur : « Vous voilà bien payé d'avoir enseigné aux Thébains le métier de la guerre, qu'ils ne voulaient ni ne pou- voient apprendre sans vous. » CYNISCA, sa sœur, fut la première femme qui remporta le prix de la course aux jeux olympiques, sur des che- vaux qu'elle avoit dressés elle- même à la prière de son frère. Agésilas avoit exigé cela d'elle pour corriger les Spartiates de la fureur pour ces jeux, qui les en- gageoit à nourrir beaucoup de che- vaux. Il voulut leur prouver que la victoire étoit moins le fruit de la valeur que des richesses... Agé- silas étoit le père le plus tendre. Il jouoit avec ses enfans, & alloit comme eux à cheval sur un bâton. Un de ses amis l'ayant trouvé un jour au milieu de ces jeux, & en paroissant étonné : Vous cesserz de l'être, lui dit-il, lorsque vous serez père. Barthelemi en fait un beau portrait dans son Voyage du jeune Anachariss. « Agésilas, dit-il, étoit " adoré des soldats, dont il par- " tageoit les travaux & les dan- " gers. Dans son expédition d'Asie, " il étonnoit les Barbares par la " simplicité de son extérieur & " par l'élévation de ses sentimens. " Dans tous les temps il nous " étonnoit par de nouveaux traits " de désintéressement, de fruga- " lité, de modération & de bonté. " Sans se souvenir de sa gran- " deur, sans craindre que les au- » tres l'oubliaffent; il étoit d'un » accès facile, d'une familiarité » touchante, sans fiel, sans ja- » loufie; toujours prêt à écouter » nos plaintes. Enfin, le Spar- » tiate le plus rigide n'avoit pas » des mœurs plus austères. L'A- » thénien le plus aimable n'eut ja- » mais plus d'agrement dans l'ef- » prit. Je n'ajoute qu'un trait à » cet éloge. Dans les conquêtes » brillantes qu'il fit en Asie, son » premier foin fut toujours d'a- » doucir le fort des prisonniers, » & de rendre la liberté aux » esclaves. »
II. AGÉSILAS, étoit Athénien, & frère de Thémistocles. Quoique son père Nécole l'eut vu en songe privé de ses deux mains, on l'en- voya reconnoître l'armée du roi Xercès. S'étant déguisé en Persan, il se mêla parmi les barbares & tua Mardonius, capitaine des gardes du roi, qu'il avoit pris pour ce prince. On l'arrêta sur le champ, & on le conduisit à Xercès, qui le con- damna à être immolé sur l'autel du Soleil. Agésilas arrivé à l'autel, mit la main droite sur le brasier & la laïffa brûler sans poufier le moindre soupir, assurant que tous les Athéniens lui ressembloient, & que s'il n'en étoit point cru sur sa parole, il étoit prêt pour le prouver, d'y mettre encore la gau- che. Cette intrépidité inspira tant de crainte à Xercès, qu'il défendit de le faire mourir.
III. AGÉSILAS, (l'Ephore) Voyet AGIS, n° II.
AGESIPOLIS, roi de Lacédé- mone, digne collègue d'Agésilas II par son courage & ses vertus guer- rières. Il ravagea l'Argolide, ruina Mantinée, & pilla les Olynthiens. Il mourut vers l'an 380 avant J. C. sans postérité. A G I 87
AGESISTRATE, mère d'Agis IV, roi de Sparte, se distingua par son courage. Son fils s'efforça par ses conseils de faire revivre les lois de Lycurgue, & de rappeler par ses exemples les citoyens à la réfor- mation de leurs mœurs & à l'au- térité ancienne; mais des Ephores corrompus firent regarder Agis comme un esprit dangereux & in- quiet. Le roi fut mis en prison, & fut bientôt sacrifié aux intrigues de ses ennemis. Agésistrate trouvant le corps de son malheureux fils, l'arrofa de ses larmes, & s'écria: « ô mon fils! tu t'es perdu, & tu » as perdu l'état par l'excès de ta » douceur & de ton humanité. »
AGÉTA, (Gaëtan-Nicolas) juris- consulte Napolitain, a publié dans le siècle passé un Epitome sur la matière des fiefs.
AGGÉE, l'un des 12 petits pro- phètes, encouragea les Juifs au rétablissement du Temple, en leur prédisant que le second seroit plus illustre que le premier : allusion qui désignoit la venue de J. C. Il prophétisait vers l'an 500 avant l'ère chrétienne.
AGILA, roi des Vifigoths en Espagne, fut mis sur le trône vers l'an 549, après la mort de Theu- divèle, que les seigneurs de sa cour avoient égorgé. Son règne qui dura cinq ans, ne fut pas plus heu- reux que celui de son prédéces- seur. S'étant attiré la haine de ses sujets par ses exactions & sa ty- ranie, la ville de Cordoue se sou- leva, & plusieurs seigneurs en- trèrent dans le complot. Athanal- gilde l'un d'eux, ayant été élu roi, fut secondé par les troupes de l'empereur Justinien, & défit près de Séville l'armée d'Agila, qui fut forcé de se retirer à Mérida. Ce prince travaillait à rassembler des troupes, lorsque ses principaux officiers considérant que la guerre civile, en ruinant leurs forces, donnoit aux Impériaux la facilité de détruire leur monarchie, se réunirent aux mécontents, poignardèrent Agila, & reconnurent Athanagilde. Ce fut en 554.
AGILE, Voyet AYLE.
AGILTRUDE, Voy. I. ARNOUL.
AGILULPHE, duc de Turin, joignoit aux graces extérieures le courage pour défendre un état, & la prudence pour le gouverner. Après la mort d'Antharie ou Antharis, roi des Lombards, en 590, ses sujets permirent à Theudelinde sa veuve, dont la sagesse leur étoit connue, de choisir elle-même le prince qu'elle jugeroit le plus digne de sa main & du trône. Elle jeta les yeux sur Agilulphe. Mais, soit jalousie, soit amour de l'indépendance, plusieurs ducs se révoltèrent contre le nouveau roi. L'exarque de Ravenne les seconda. Agilulphe ayant imploré le secours du chef des Avares, obtint un corps d'Esclavons, avec lequel il dompta les seigneurs rebelles, & enleva plusieurs places aux Impériaux. Il attaqua Pérouse, la força de se rendre, & fit trancher la tête au duc qui la commandoit. Ayant continué ses conquêtes, il pénétra en 594 jusqu'à Rome; mais le pape sauva cette capitale par les présens & par les bons offices de la reine Theudelinde. Il y eut une trève de quelques années entre les Lombards & les Impériaux. Callinicus, exarque de Ravenne, qui l'avoit négociée, la rompit bientôt après, se saisit de la ville de Parme, où étoient la femme, la fille & le gendre d'Agilulphe, & les fit transporter à Ravenne. Le roi Lombard, outré de fureur, rassembla ses forces; prit d'assaut la ville de Padoue & la mit en cendre. De là, il pénétra dans l'istrie avec un corps d'Avares & d'Esclavons, & désola cette province par les meurtres & les incendies. L'empereur fut forcé de rappeler Callinicus & d'acheter la paix. Agilulphe se disposoit à réparer les maux de la guerre, à faire rebâtir les églises détruites & les monastères dépouillés, lorsqu'il mourut en 616, après 25 ans de règne. Theudelinde l'avoit engagé à quitter l'Arianisme pour embraser la foi Catholique. I. AGIS II, roi de Sparte, vainquit les Athéniens & les Argiens, & se distingua dans la guerre du Péloponnesse. On lui attribue une sentence très-connue & très-vraie: Les envieux sont bien à plaindre, d'être tourmentés par la félicité des autres autant que par leurs propres malheurs! On rapporte qu'il dit à un orateur qui lui demandoit une réponse pour ceux qui l'avoient envoyé: Disleur que tu as eu bien de la peine à finir, & moi à t'entendre. Il mourut vers l'an 427 avant J. C.
II. AGIS IV, roi de Sparte, célèbre par ses vertus & par sa mort. A peine fut-il roi, qu'il pensa à faire revivre l'ancienne discipline de Lacédémone, à abolir les dettes, & à rendre les biens communs. Cette réforme, digne de Lycurgue, déplut aux riches & aux femmes. Ceux qu'une longue habitude avoit corrompus, frémissoient au nom de Lycurgue, (suivant l'expression de Plutarque) comme des esclaves fugitifs qu'on ramèneroit à leurs maîtres. Cependant Agis gagna sa mère & quelques-uns des principaux citoyens. Il proposa le partage des terres. Lionidas, son collègue, excité par les femmes & par son propre intérêt, combattut cette proposition. Un éphore accusa *Léonidas* d'avoir violé les lois. Ce prince n'osant pas comparoitre, on donna la royauté à *Cléombrote*, son gendre, qui entra dans les vues d'*Agis*. Les difficultés s'applanif-foient. Tous les pauvres fouhai-toient la réforme; mais l'éphore *AGÉSIAS*, accablé de dettes, trom-pa les deux rois, en leur perfua-dant d'abolir les dettes avant de toucher aux terres. On fait tous les contrats, & on les brûla dans la place publique. *Agésias* dit en riant, qu'il n'avoit jamais vu de feu si beau. Mais quand il fut question du partage, il trouva des prétextes pour le retarder. Sur ces entre-faites les Achéens, alliés de Sparte, ayant demandé du secours contre les Etoïens, peuple féroce & bri-gand, qui menaçoit le Péloponnefe dont il étoit fort voisin; *Agis* par-rit avec des troupes, & fit admirer l'ancienne discipline de sa patrie. A son retour, il trouva un chan-gement déplorable: *Léonidas* rétabli par les factieux; *Cléombrote* chaffé. *Agis*, pour échapper à leur reffen-timent, se réfugia dans un temple; mais des amis perfides, ayant trou-vé le moyen de s'affurer de sa personne, on le traina en prison, & il fut étranglé par ordre d'un éphore; vers l'an 241 avant J. C. Ains ce prince passa du Trône à l'echafaud, pour avoir voulu ré-former des abus. Avant de subir le supplice, il dit à quelqu'un qui pleuroit: *Essuyet vos larmes*; car puisque c'est l'injustice qui me fait mourir, je mérite moins d'être plaine que les auteurs de ma mort. Son aïeule *Archidamie*, & sa mere *Agésistrate*, furent immolées avec lui.
III. AGIS, poète d'Argos, un des plus mauvais versificateurs, mais un des plus adroits flatteurs de son temps, eut plus de crédit auprès d'*Alexandre* le *Grand*, que ses généraux mêmes. *Agis* & ses confrères ne ceffoient de répéter à ce prince, qu'*Hercule*, *Baechus*, *Castor* & *Pollux*, n'auroient rien de plus pressé, lorsqu'il paroîtroit dans l'Empyrée, que de lui céder leur place.
AGLAIDE, fille née à Mégare, doit sa renommée à son bon appétit. Il passa en proverbe chez les Grecs. Les historiens disent qu'à chaque repas elle mangeoit dix livres de pain, autant de viande, & qu'elle buvoit à proportion.
AGLAONICE ou AGANICE, fille d'*Hégétor*, seigneur Theffalien, avoit quelques connoissances en astronomie. Elle faisoit accroire à ses contemporains qu'elle pouvoit ôter la lune du ciel à son gré; & la volonté ne lui en venoit jamais, que lorsqu'elle prévoyait une éclipse de cet astre. Dans la suite, sa jactance & sa tromperie ayant été reconnues, on se moqua de la prétendue magicienne; ce qui donna lieu à ce proverbe grec: *Vous attirez la lune à votre désa-vantage*.
AGLAURE ou AGRAULE, (Mythol.) fille de *Cécrops*, roi d'Athènes, étoit sœur d'*Hersé* & de *Pandrose*. *Mercure* devenu amou-reux d'*Hersé* voulut engager *Aglaure* à le servir auprès de sa sœur, & à lui permettre l'entrée de son appartement; mais elle le refusa constamment, à moins qu'il ne lui donnât une grosse somme d'argent. *Pallas* qui haissoit *Aglaure*, parce qu'elle avoit eu la témérité d'ou-vrir, contre ses ordres, la cor-beille où étoit renfermé *Eréfilhon* fils de *Vulcain*, alla commander à l'*Envie* de la rendre jalouise de sa sœur. En effet, *Aglaure* infectée de ses poisons, s'étant encore opposée avec plus d'opiniâtreté aux désirs de Mercure, ce dieu pour s'en ven- ger, la changea en pierre.
AGLAÜS, (Mythol.) berger d'Arcadie, qu'Apollon jugea plus heureux que Gygès, parce que, content du petit héritage que ses pères lui avoient laiffé, il vi- voit paisiblement des fruits qu'il en rétiroit.
AGLIATA, (François) de Pa- lerme, fils d'un prince de Ville- franche, fut renommé dans le siècle paffé par l'agrément de son efprit & les graces de ses pro- ductions. Elles ont été recueillies fous le titre de Chansons Siciliennes. Un Gérard Agliata, different de celui-ci, a auffi laiffé des poëfies dans le recueil de l'académie de Palerme dont il étoit membre.
AGNAN, (St.) évêque d'Or- léans, demanda du secours à Aetius contre Attila, qui fut obligé de lever le fêge de la ville. On dit qu'ayant guéri le gouverneur, celui-ci donna la liberté à tous les prisonniers; & c'est en mé- moire de cette action que les évê- ques d'Orléans curent, le jour de leur entrée, le droit de délivrer, non tous les prisonniers, mais ceux du ressort d'Orléans, qui font détenus pour certains crimes. Il mourut en 453. Les huguenots violèrent son tombeau & brûlerent ses reftes en 1562.
AGNANI, (Jean d') célèbre jurifconsulte, né dans la ville d'Agnani dont il prit le nom, fut professeur de droit à Bologne en 1425; ensuite ambassadeur du pape Martin V. Étant devenu veuf, il prit l'habite ecclésiastique, & mourut en 1457. On a de lui des Commen- taires sur les Décrétales, & un recueil de Conseils.
AGNEAU, Voyet LAGNEAU
AGNELLUS, (André) arche- vêque de Ravenne dans le 9e siècle, écrivit l'histoire des prélats qui gouvernèrent l'église de Ravenne avant lui. Son père, ayant conspiré contre le pontife Paul I, fut con- duit à Rome & y mourut en prison. Ce traitement rendit son fils peu favorable aux intérêts de la cour de Rome; & ses écrits y furent regardés comme attentatoires à l'autorité pontificale. Moréri a con- fondu cet archevêque avec un autre ANDRÉ AGNELLUS qui vivoit dans le sixième siècle, & qui fut auteur d'une lettre inférée dans la Bibliothèque des Pères, de Ratione Fidei. Vossius, dans son histoire des écrivains latins, a partagé l'erreur de Moréri. I. AGNÈS, (Saînte) vierge, qui, à l'âge de 12 à 13 ans, fut martyrisée à Rome au commence- ment du 4e siècle. Son nom est célèbre, quoique son histoire soit incertaine. Les actes de son martyre, donnés long-temps sous le nom de St. Ambroise, ont paru supposés à tous les bons critiques. Mais sa mémoire n'en fut pas moins hono- rée d'un culte particulier, parce que le souvenir de ses souffrances & de ses vertus étoit précieux à Rome. « On peut mettre, dit Bailler, « St. Ambroise & St. Augustin, parmi « les plus célèbres orateurs qui ont « prononcé son panégyrique le « jour de sa fête, comme St. Martin « de Tours, parmi les plus cèle- bres évêques qui en ont étendu « ou réchauffe la dévotion. » Tout ce qu'on a publié de la translation de ses reliques, quoique peu certain, prouve du moins l'em- pressement qu'ont toujours eu les fidèles de célébrer une martyre si illustre. A G N 91
II. AGNÈS, (Sainte) de Montepulciano en Toscane, naquit dans cette ville en 1274. Elle entra, à l'âge de 14 ans, dans le couvent des sœurs Sachines, ainsi appelées à caufe de leur fcapulaire fait de la groffe toile des facs. Devenue abbeffe du monaître de Pocerio, dans le comté d'Orviette, elle s'y fancifia sous la regle de St. Augustin, & l'inflitut de St. Dominique. Elle mourut le 20 Avril 1317. Clément VIII, à la prière de Henri IV, follicité lui-même par sa tante Léonore de Bourbon, abbeffe de Fontevrauld, autorisa son culte & mit son nom dans le Martyrologe en 1627.
III. AGNÈS DE FRANCE, impératrice de Constantinople, étoit fille de Louis le Jeune & fœur de Philippe Auguste. Elle épousa à l'âge de neuf ans, Alexis Comnène dit le Jeune, le 2 Mars 1180. Andronic Comnène, ayant fait mourir Alexis & usurpé l'empire, donna la main à sa veuve, dont il n'eut point d'enfants. Ce prince mourut en 1185. Agnès commençant à fendir l'aiguillon des paffions, refia à la cour de Constantinople, où elle devint amoureuse de Théodore Eranas, homme de qualité. Ce feigneur l'épousa enfin, & en eut une fille, mariée au régent de l'empire de Constantinople.
IV. AGNÈS DE MÉRANIE, reine de France, étoit fille de Barthold, duc de Méranie dans la haute Saxe. Philippe-Auguste, ayant répudié Ingelburge, l'épousa en 1196, & en eut un fils & une fille. Mais les confures de l'Eglise lancées contre le monarque, l'obligèrent d'abandonner Agnès, qui mourut de douleur au château de Poiffi, l'an 1201. Il falloit que cette princeffe eût de la beauté ou de l'esprit, pour avoir fixé le cœur peu conf- tant de Philippe-Auguste pendant cinq ans. Son mariage contraint sur la foi d'un jugement qui prononçoit la séparation du roi & d'Ingelburge, engagea le pape Innocent III à légitimer les deux enfans qu'elle avoit eus de Philippe.
AGNÈS, dame Romaine, se confacra, avec Gérard né en Provence, au service des Pèlerins qui avoient fait le voyage de Jérusalem, & fonda les Hôspitalières de St. Jean. Le pape Pascal II approuva en 1113 cet etablissement, qui est l'origine de l'ordre de Malthe.
AGNÈS SOREL, Voyez I. SOREL.
AGNÈS de CASTRO, Voy. INÈS.
AGNIAN, Poitevin, fut l'un des premiers chansonniers du nord de la France. Il précéda le ficle des Troubadours.
AGNODICE, jeune Athénienne, ne pouvant suivre son attrait pour la médecine, en allant entendre ceux qui l'enfeignaient, parce que la loi s'y oppofoit, se travestit en homme. Ce fut à la faveur de ce déguisement, qu'elle prit des leçons d'Hérophile (Voyez HIÉROPHILE.) Les dames d'Athenes s'intéressèrent tellement pour elle, que la loi qui défendait aux filles l'exercice de la médecine, fut abrogée en sa faveur.
AGNOLO, (Gabriel d') architecte Napolitain, vivoit en 1480. Le palais de Gravina, les églises de Ste. Marie Egyptienne & de St. Joseph à Naples, lui font dûs. Il mourut en 1510.
AGOBARD, archevêque de Lyon, prit part à la révolte de Lothaire contre l'empereur Louis le Débonnaire, & fit même une Apologie de sa conduite & de celle des autres princes rebelles, que nous avons encore. Il fut déposé au concile de Thionville, l'an 835. Mais s'étant réconcilié avec ce prince, il fut rétabli, & mourut en 840. On a dit de lui qu'il étoit né sous le siècle d'or de Charlemagne; qu'il avoit brillé dans le siècle d'argent de Louis le Dibonnaire; qu'il étoit mort dans le siècle de fer des enfans de ce monarque: rapide succession des maux aux biens dans les temps de révolution. Les uns disent que ce prélat étoit François; les autres, qu'il avoit passé d'Espagne en France. Quoi qu'il en soit, Leidrade, archevêque de Lyon, le fit prêtre en 804, & neuf ans après le prit pour son coadjuteur. Il nous refle de ce prélat plusieurs ouvrages, dont Papyre Masson donna la 1re édition en 1606. Ce sçavant les acheta d'un relieur qui vouloit en couvrir des livres. Balaze en a donné ensuite une plus belle édition en 1666, pleine de notes savantes, en 2 vol. in-8. Il écrivit contre Felix d'Urgel, condamna les duels, les épreuves du feu & de l'eau, & prouva que ce n'étoient point les forciers qui excitoient les tempêtes. Toutes les réflexions auroient été inutiles dans un siècle éclairé; mais elles étoient nécessaires dans des siècles d'ignorance & de superstition. Il courut, dans le tems d'Agobard, une espèce d'épilepsie, qui faisoit tomber les malades comme morts. On se fervoit de cet accident pour faire faire des donations aux églises. Agobard, insigné de l'avarice de certains prêtres, écrivit un Traité contre cet abus.
AGOCCHI, (J. Baptiste) archevêque d'Ancire, devint secrétaire d'état du pape Grégoire XV, en 1629, & son nonce à Venise. Il mourut en 1631. On lui doit 1. une Lettre à Barthélemi Dolcini fut l'origine & le domaine de la ville de Bologne, 1638. 2. un Traité des comètes & des météores.
AGORACRITE, natif de Paros; élève de Phidias, fit pour les Athéniens une statue de Némesis qui fut placée à Rhamnus, bourg de l'Attique & qui étoit un chef-d'œuvre. Ce sculpteur mourut vers l'an 450 avant J. C.
AGOSTARIC, (Jean) né à Amalfi, mort en 1282, se fit remarquer par ses profondes connoissances en droit & en médecine. Il recueillit, sous le règne de Charles d'Anjou, les Statuts municipaux & les privilèges de sa patrie.
AGOSTINI, (Léonard) Voyet AUGUSTIN, n° IV.
AGOULT, (Guillaume d') gentilhomme & poète Provençal, versifioit vers l'an 1198. Il fut un des meilleurs chansonniers de son temps. L'ouvrage le plus connu de ce troubadour, est un Poème intitulé: La Maniera d'amar dal tema passat. Il veut y prouver qu'il n'y a point d'honneur sans probité; point de probité sans amour; & point d'amour, quand on n'a pas soin de l'honneur de sa dame.
AGOUMER, Voy. DAGOUMER.
AGRAULE, Voy. AGLAURE.
AGRAZ, (Antoine) naquit à Palerme en 1640, & mourut en 1672. Il s'acquit par son savoir l'estime de Pierre d'Aragon, vice-roi de Naples, & de Clément IX. Il publia le Muscum ficulum in-fol.
AGREDA, (Marie d') religieuse Cordelière, supérieure du couvent de l'Immaculée - Conception à Agreda en Espagne, naquit dans tette ville en 1602. Cette fille eut une vision, dans laquelle Dieu lui donna des ordres exprès d'écrire la Vie de la Ste. Vierge. Elle commença ce journal en 1647; mais un confesseur qui la dirigeait pendant l'absence de son confesseur ordinaire, lui ordonna de le jeter au feu. Celui-ci étant de retour, lui fit recommencer son ouvrage. Marie d'Agréda lui obéit avec empressement; & ce fruit de ses méditations, ou plutôt de ses rêveries, parut après sa mort sous ce titre: La mystique Cité de Dieu, miracle de sa toute puissance, abîme de la grace de Dieu; Histoire divine & la Vie de la très-Ste Vierge MARIE, Mère de Dieu, manifestée dans ces derniers siècles par la Ste Vierge à la sœur Marie de Jésus, Abbeffe du couvent de l'Immaculée-Conception de la ville d'Agréda. On trouva cette production toute écrite de sa main, avec une attestation que tout ce qui y étoit contenu lui avoit été révélé. La lecture en fut cependant défendue à Rome; & le P. Crozet, Récollet de Marseille, en ayant publié la 1re partie en françois, la Sorbonne la confura très-vivement l'an 1696, quoiqu'elle eût été approuvée en Espagne. La Traduction entière de ce Franciscain parut à Bruxelles, en 1717 en 8 vol. in-12, & en 3 vol. in-4.
AGRICIUS, (Cenforius-Atticus) professeur de belles-lettres à Bordeaux, vers l'an 370, s'acquit une grande réputation par son éloquence. On a de lui un Traité ingénieux sur la propriété & les différences des synonymes latins. Il fit alors pour la langue latine ce que depuis Girard a fait pour la langue françoise. Agricius a publié encore les ouvrages de grammaire d'Ifidore de Séville, & de quelques autres grammairiens anciens. I. AGRICOLA, (Cneius Julian) natif de Provence, gouverneur de la grande-Bretagne sous Vespasien, s'y rendit illustre par sa valeur. Il fournit, le premier, l'Ecoffe & l'Irlande aux Romains; il réduisit les Bretons. Général sage & prudent, il pouffia ces peuples de contrée en contrée, & répandit un tel effroi, qu'ils n'ofioient se présenter devant lui. Mais des qu'il les eut fubjugués, il les accoutuma au joug, en les polisant, en leur inspirant le goût des lettres & des arts. Il leur apprit à bâtir des temples, des maisons commodes, des lieux d'affemblée. Ils étudierent la langue & l'éloquence de leurs vainqueurs. Ils imiterent jusqu'à leurs modes & leur manière de se vêtir. Agricola fit, par sa flotte, la conquête des îles Orcades, dont les Romains ne connoiffioient pas même le nom, & il conferva tout ce qu'il avoit conquis, par ses vertus & par le maintien de la discipline militaire. Ses victoires furent l'objet de la jaloufie de Domitien, qui le rappella. Cet empereur lui ordonna d'entrer de nuit à Rome, pour qu'il n'eût pas les honneurs du triomphe. Agricola, trop sage pour témoigner son reffenumment à ce monstre, se retira chez lui, & y vécut dans un repos honorable: simple dans son extérieur, poli dans ses discours, & se bornant à deux ou trois amis. On dit que Domitien hâta la fin de ses jours par le poifon; mais il ne faut pas toujours croire les crimes, quelque facilité que les hommes, & des hommes tels que Domitien, aient à les commettre. Tacite, gendre d'Agricola, nous a laiffe une Vie de son beau-père, digne de l'un & de l'autre.
II AGRICOLA, (Rodolphe) professeur de philosophie à Hei- delberg, naquit à Bafflom, près de Groningue, d'une famille obf- cure, en 1442. Il voyagea dans la France & l'Italie, & s'arrêta pendant quelque temps à Ferrare, où le duc Heracle d'Elé, le bien- faiteur des gens-de-lettres, fut auffi le sien, & où il eut pour maître de philosophie Théodore de Gage. Après bien des courtes, il mourut à Heidelberg en 1485. Il fut enféveli en habit de cor- delier, comme il l'avoit demandé. Ce favant possédoit les langues, la peinture, la musique, l'art oratoire, la poésie & la philo- fophie. On recueillit tous les Ouvrages en 2 vol. in-4.º à Cologne en 1539, parmi lesquels on distingue son Abrégé de l'Histoire ancienne, & ses trois livres De invention dialeclicá. Les favans de son temps lui ont donné des louanges un peu outrées. On a dit que, « lorsqu'il écrivoit en » vers latins, c'étoit un autre » Virgile; & en prose un autre » Politien. » Erosme, son ami, lui prodigue les plus grands éloges.
III. AGRICOLA, (Jean Islebius) ainsi nommé, parce qu'il étoit d'Isleb ou Lislebert, dans le comté de Mansfeld, compatriote & con- temporain de Luther, fut aussi son disciple. Il foutait d'abord les sentimens de son maître avec beaucoup de zèle; mais il l'aban- donna ensuite, & devint son en- nemi déclaré. Après mille varia- tions dans sa doctrine & dans sa foi, il renouvela une erreur que Luther avoit été obligé d'aban- donner; & devint chef d'une feste qu'on appella la feste des ANOMÉENS, c'est-à-dire gens sans loi. Luther avoit enseigné que nous étions justifiés par la foi, & que les bonnes œuvres n'étoient point nécessaires pour le salut. Agricola conclut de ce principe, que lorsqu'un homme avoit la foi, il n'y avoit plus de loi pour lui; qu'elle étoit inutile, soit pour le corriger, soit pour le diriger: parce qu'étant justifié par la foi, les œuvres étoient inutiles: & parce que s'il n'étoit pas juste, il le devenoit en faisant un acte de foi. Luther s'éleva contre cette doc- trine: Agricola se retracta plusieurs fois & la reprit autant de fois. Mais Luther n'abandonnant jamais ses principes sur la justification, & les admettant avec Agricola, il ne pouvoit le refuter solidement, ni le détromper; puisque les con- sequences de l'un étoient évidem- ment liées aux principes de l'autre. On a de lui des Commentaires, sur S. Luc, in-8.º; Historia Puffionis J. C. 1543, in-fol.; & un recueil de proverbes Allemands, Isleb, 1528, qu'on dit être un trésor de phi- loiogie & de morale.
IV. AGRICOLA, (George) médecin Allemand, naquit à Glauchen dans la Mifnie en 1494. La connoissance qu'il avoit des métaux & des fossiles, le mit bien au-dessus de tous les anciens dans cette partie. Ce fut en visitant les mines & en conversant avec les mineurs, qu'il acquit ses connois- sances. La plupart de ceux qui ont écrit depuis lui sur cette ma- tière, l'ont copié. Tout ce qu'il avance est exact, & son style est d'une élégance peu commune, parmi les différens ouvrages qu'il a composés, on distingue son traité De re metallicá, en 12 liv. Balle, 1561, in-fol., & ceux sur les poids, les mesures, le prix des métaux & des monnoies. Agricola mourut à Chemnitz en Mifnie, l'an 1555, âgé de 61 ans, près de ces mines de l'électeur de Saxe, qu'il avoit fi bien observées. Les Luthériens pour lesquels il avoit marqué beaucoup d'éloignement, le laissèrent cinq jours sans sépulture... On joint ordinairement à son traité *De re metallică*, celui qui est intitulé : *De ortu & cauſis subterrancorum*, à Baſſe 1558, in-fol.
AGRICOLE, (S.) *Agræculus*, évêque de Châlons - fur - Saône, étoit d'une famille de sénateurs. Il embellit ſa ville épiscopale d'une église, & ſe diſtingua par ſa piété, ſa prudence & ſa poli-teſſe. Il tint le ſiège de Châlons depuis 530 juſques vers l'an 560, & mourut à 83 ans, après avoir affiſté à pluſieurs conciles. I. AGRIPPA Ier, (Hérode) fils d'*Arifobule* & petit-fils d'*Hérode* le *Grand*, paſſa une partie de ſa jeuneſſe à Rome, où *Tibère* lui donna la conduite de ſon petit-fils. Mais *Agrippa* paroſſant plus attaché à *Caius Caligula*, fils de *Germanicus*; & *Tibère* le ſouſponnant d'avoir ſouhaité ſa mort, il fut mis en priſon. Il en ſortit ſix mois après par ordre de *Caligula*, devenu empereur, qui lui donna une chaîne d'or, auſſi peſente que celle de fer qu'il avoit trainée dans ſon cachot. Il y ajouta des prêſens qui valoient mieux que ces chaînes. Il lui fit prendre le titre de roi, & lui donna la tetrarchie de ſon oncle, à laquelle *Claude*, ſucceſſeur de *Caligula*, unit les provinces qui avoient compoſé le royaume d'*Hérode*: le *Grand*. *Agrippa* pouſſa trop loin la complaiſance pour ſes ſujets, puſqu'elle le porta à faire maſſacrer *S. Jacques* & arrêter *S. Pierre*. Ce prince étant allé à Céſarée pour y faire reprêſenter des jeux à l'honneur de *Claude*, fut trop fenſible aux flatteries des Juifs qui l'appelloient *Dieu*. L'Histoire rapporte qu'un Ange le ſrappa d'une maladie pédicalaure, dont il mourut la 7e année de ſon règne, & la 43e de J. C.
II. AGRIPPA II, dernier roi des Juifs, étoit fils du précédent. L'empereur *Claude* lui ôta ſon royaume, & le lui échangea pour d'autres provinces, auxquelles *Néron* ajouta quatre villes. Les Hébreux s'étant attiré la vengeance des Romains, *Agrippa* ſe joignit à ceux-ci pour les châtier. Il reçut une bleſſure au ſiège de Gamala; il ſe trouva auſſi au ſiège mémorable de Jéruſalem avec *Titus*. Il mourut ſous *Domitien*, vers l'an 94 de J. C. Ceſt en prêſence de ſa ſœur *Bérénice*, avec laquelle on le ſouſponnoit d'avoir un commerce ineſſueux, que *S. Paul* plaida ſa cauſe à Céſarée.
III. AGRIPPA, (Menenius) conſul Romain vers l'an 502 avant J. C., vainquit les Sabins & les Samnites, & triompha pour la première fois à Rome. Ce héros étoit éloquent, & ce fut lui que le ſenat députa au peuple qui s'éroit retiré ſur le Mont-Sacré : il le gagna par l'apologue des *Membres* du corps humain *révoltés contre l'ſeſtomac*. « Les *Membres* ſe plai- » gnirent un jour, qu'il profitait « de leur travail & qu'il ne fai- » ſoit rien pour eux; il lui reſu- » sèrent leurs ſervices. Mais une « ſuneſte expérience les détrompa » bientôt. Ils perdirent leur force « & tombèrent dans une langueur » mortelle. « C'étoit l'image du peuple trop prévenu contre le ſenat. Il ſentit la juſſeſſe de l'application : mais pour le raſſurer davantage contre les entrepriſes du premier corps de l'état, *Agrippa* 96 AGR demanda pour le peuple cinq magistrats, chargés de défendre les droits & la personne de chaque citoyen. On fit une loi qui rendit leur personne sacrée. On déclara que si quelqu'un les frappoit, il feroit maudit, & que ses biens seroient consacrés à Cerès. Le meurtrier pouvoit être tué sans forme de justice. Les Tribuns du peuple n'eurent aucune marque de dignité. Afiis à la porte du fénat, ils ne pouvoient y entrer que par ordre des confuls. Leur pouvoir étoit renfermé presque dans l'enceinte de Rome; il leur étoit défendu de s'abfenter de la ville. Mais qu'un seul formât opposition contre un décret du fénat, c'en étoit assez pour l'annuller: fon veto arrêtoit tout. Auffi leur élection, faite dix-fept ans après l'expulsion des rois, fut l'époque de la liberté du peuple Romain, & de l'agrandiffement de la nation. Agrippa ayant rendu la paix à sa patrie, mourut lorsqu'on célébroit la réunion du fénat & du peuple. Ses emplois, loin de l'enrichir, ne lui lâtifèrent pas de quoi le faire enterrer. Le peuple paya ses funérailles, & fit donner une fomme d'argent à ses enfans.
IV. AGRIPPA, (Marcus Vipsanius) d'une famille obscure, parvint, par ses vertus civiles & militaires, aux plus grandes dignités de l'empire: trois fois au confulat, deux fois au tribunat avec Auguste, & une fois à la censure. Il donna des preuves éclatantes de sa bravoure aux fameuses journées de Philippes & d'Actium, qui affurèrent l'empire à Auguste. Ce prince qui lui devoit ses fucces, lui demanda s'il devoit abdiquer le gouvernement? Agrippa lui répondit avec le zele d'un republicain & la franchise d'un foldat: il lui conféilla de rétablir la répu- blique; mais les avis de Méclen à l'emportèrent sur ceux de ce citoyen généreux. Auguste, toujours plus charmé de sa sincérité & de son attachement, le nomma son fucceffeur dans une grande maladie. Pour augmenter l'estime & l'amour qu'on avoit pour Agrippa, il l'engagea à répudier sa femme fille de la sage Octavie, & lui donna en mariage sa propre fille Julie, dont les dérèglements ne font que trop connus. Agrippa acheta au prix de son bonheur le dangereux honneur d'être l'époux d'une telle femme. Il en eut cinq enfans: Lucius-Cafar & Caius-Cafar, qui moururent jeunes; Julie-Agrippine, femme de Germanicus; Julia-Vipsania; & Marcus-Julius-Cafar, que Tibère immola à ses soupçons. Le père de cette illustre famille passa dans les Gaules, foumit les Germains, dompta les Cantabres, & fit plus que remporter des victoires: il refusa le triomphe. Outre le temps qu'il avoit employé à la guerre, il en avoit passé une partie à embellir Rome par des thermes, des aqueducs, des chemins publics, & des édifices parmi lesquels on diftinguoit le fameux Panthéon, temple confacré à tous les dieux, qui fubiffie encore sous le titre de N. D. de la Rotonde. Agrippa étant revenu de l'orient vers l'an douze avant J. C., Auguste lui continua pour cinq ans la puissance tribunienne. Mais il en jouit peu; car ayant été envoyé dans la Pannonie, pour y appaifer quelques troubles, il tomba, en revenant, dans une maladie qui l'emporta en peu de jours. Auguste qui étoit parti sur le champ pour se rendre auprès de lui, apprit sa mort en chemin. Cette perte fut pleurée par ce prince & par les Romains, comme celle du plus honnête homme, du plus grand grand général, du meilleur citoyen & de l'ami le plus vrai. Auguste le fit mettre dans le tombeau qu'il s'étoit destiné à lui-même. Il voulut être son exécuteur testamentaire, & ajouta au don qu'Agrippa faisoit au peuple de ses jardins & de ses bains, une distribution d'argent de ses propres deniers. V. AGRIPPA, (Caius-Cafar) 2e fils du précédent & de Julie fille d'Auguste, fut adopté par cet empereur avec Lucius AGRIPPA son aîné. Le peuple Romain offrit le consulat à ces deux enfans à l'âge de 14 à 15 ans. Auguste voulut seulement qu'ils eussent le nom de Consuls désignés à cause de leur jeunesse. Caius s'étant rendu dans l'Arménie pour en chasser les Parthes, fut blessé d'un coup de poignard par Lollius gouverneur de la ville d'Artagète. Le meurtrier fut mis à mort. Mais Caius ne fit plus que languir depuis cet accident. Il termina ses jours dans la ville de Lymire en Lycie, à peine âgé de 24 ans. Son tempérament étoit adonné aux plaisirs; mais il favoit combattre & gouverner. Sa douceur l'avoit fait aimer des peuples d'Orient.
VI. AGRIPPA le jeune, (Marcus - Julius) dernier fils de Marcus-Agrippa, & frère du précédent, naquit posthume 12 ans avant J. C. Il fut adopté par Auguste, qui lui donna la robe virile à l'âge de 17 ans. Ayant tenu des propos très-indifférents contre ce prince son bienfaiteur, il fut exilé dans la Campanie, ensuite relégué comme un criminel d'état dans l'île de Planasie. Livie ne contribua pas peu à irriter Auguste contre son petit-fils; & ayant appris que cet empereur vouloit, après 8 ans d'exil. le rappeler auprès de lui, elle fit, dit-on, empoisonner son époux, & envoya, de concert avec Tibère, un centurion pour tuer Agrippa. Ce prince fut surpris sans armes; il n'en défendit pas moins sa vie, & ne succomba qu'après avoir été percé de plusieurs coups. Ce fut ainsi que le dernier des petits-fils d'Auguste périt à l'âge de 26 ans. Il étoit d'un naturel farouche & d'un caractère emporté. La force du corps lui tenoit lieu de tout mérite. Il avoit pris le surnom de Neptune, parce qu'il passoit son temps sur la mer, s'exerçant à ramer, à pêcher & à nager.
VII. AGRIPPA, (Caftor) écrivain ecclésiastique, vécut sous l'empire d'Adrien, & combattit par ses écrits les opinions de l'hérésiarque Bafidie; aucun n'est parvenu jusqu'à nous, mais Eusèbe & quelques anciens ont fait l'éloge de cet écrivain.
VIII. AGRIPPA, (Henri-Corneille) naquit à Cologne en 1486, d'une famille distinguée. Il fut d'abord secrétaire de Maximilien I; il servit ensuite dans les armées de cet empereur. Son inconstance lui fit quitter le métier des armes pour le droit & la médecine, entre lesquels il se partagea. Sa plume hardie lui fuscita bien des querelles; à Dole avec les Cordeliers; à Paris & à Turin avec les théologiens; à Metz, où il attaqua l'opinion répandue alors & réprouvée aujourd'hui, qui donnoit trois époux à Ste. Anne. Cette grave querelle l'obligea de fuir en différens pays. Il fut vagabond & presque mendiant en Allemagne, en Angleterre & en Suisse. Il s'arrêta pendant quelque temps à Lyon, où étoit alors Louise de l'Île, mère de François I. Cette princesse l'honora du titre de son médecin, mais il prétendit dans son sol orgueil, que c'étoit borner son mérite à trop peu de chose. « Un homme comme moi, difoit-il librement, un homme de ma naissance, envié de toutes les Cours par mes talens variés & les services que je puis rendre, ne doit point être réduit aux fonctions dégoûtantes de la médecine. » Louise eût voulut qu'Agrippa lui eût servi de devin & d'aftrologue; qu'il lui eût prédit tout ce qui pouvoit arriver à l'état, à son fils & à elle-même; & Agrippa lui dit nettement que ces occupations n'étoient dignes ni de lui, ni d'un homme fensé, ni même d'un Chrétien; que c'étoit offenser Dieu & la raison, que de se livrer à de pareilles connoissances avec trop de cu- riofité. Cette franchise déplut à la princesse, un peu entêtée d'aftro- logie, avide de connoître l'ave- nir, comme sont naturellement tous les grands. Enfin Agrippa, voulant se prêter à la foiblesse de Louise, ne trouva rien de satis- faifant dans les astres, & il ne voulut pas promette de grands succès & des victoires au roi. Il eut même la hardiesse de dire: Qu'il ne trouvoit rien que de fâcheux dans ses calculs; & que le Conné- table de Bourbon, que l'on pour- fuivoit alors à toute outrance, seroit victorieux, & rendroit les efforts de nos armées inutiles. Il en écrivit dans ces termes à Guillaume Paga- gne, sénéchal de Lyon, son ami. Il n'en fallut pas davantage pour lui attirer la haine de la cour, & lui faire perdre ses appointemens. Sa vengeance & son chagrin écla- tèrent depuis; il traita la duchesse d'Angoulême, d'extravagante, d'ef- prit léger, d'ingrate; il l'avoit ap- pelée auparavant Protectrice de la France, Debora, Femme dont la tête seule avoit pu rétablir les affaires... Brouillé avec la cour de France par son peu de ménagement, Agrippa alla ensuite dans les Pays-Bas, où son traité De la vanité des sciences, & sa Philosophie occulte, le firent mettre en prison. Il fut encore en- fermé à Lyon pour un libelle contre Louise de Savoie, son an- cienne protectrice. Cet homme, accusé d'être en commerce avec les diables, ne fut pas profiter de cette liaison pour se procurer le bonheur & les richesses. Après avoir passé une partie de sa vie dans des cachots, il expira, fui- vant le Naudaana, à Lyon en 1534; & suivant d'autres biographes, à Grenoble en 1535, dans un hôpital: aussi déteste, mais moins heureux que l'Aretin, qui mourut chargé de prêfens & de coups de bâton. Agrippa fut au nombre de ces écrivains, qui attribuent toutes leurs infortunes à leurs jaloux & à leurs ennemis, & ne s'avifent jamais de les attribuer à leur ca- ractère & à leur conduite. Il fut une preuve, qu'avec beaucoup d'esprit on peut être très-malheu- reux. On a imprimé ses ouvrages en 2 vol. in-8.º apud Beringos fra- tres, en lettres italiques & sans date. Nous avons déjà parlé de celui où il veut prouver que les sciences sont pernicieuses aux hommes; paradoxe soutenu avec beaucoup d'éloquence par J. J. Rousseau de Genève. Son traité De la Philosophie occulte, traduit en françois 1727, en 2 vol. in-8.º, le fit accuser d'être forcier, par des gens qui apparemment ne l'é- toient pas. Il avoit toujours, fui- vant Paul Jove, un diable à sa suite sous la figure d'un chien noir. Le démon ayant étranglé un de ses disciples, notre magicien lui ordonna d'entrer dans le cadavre, & de lui faire traverser cinq ou six fois la place publique de Lou- vain, afin que le peuple prit cette mort pour une apoplexie naturelle. Voilà ce que rapportent nos graves hiftoriens sur *Agrippa*. Sa déclamation de l'*Excellence des femmes au-dessus des hommes*, traduite en françois par M. *Arnaudin*, prouve qu'il n'y avoit point de paradoxe qui ne pût passer par sa tête. Il la composa pour flatter *Marguerite d'Autriche*. On a encore d'*Agrippa* une *Dissertation* sur le péché originel, dans laquelle il avance que la chute de nos premiers parens ne provint pas de la pomme, mais d'un commerce charnel. On a dit de cet écrivain : « *Nallis hic par- cit ; contemnit , scit , necit ; flet , ridet , irafeitur , infectatur , carpit omnia. Ipse philosophus , damon , heros , Deus , & omnia.* » On a publié la *VANITE des Sciences* & l'*HONNEUR du Sexe féminin*, en 1726, 3 vol. in-12, traduits par *Gueudeville*.
AGRIPPIN, évêque de Carthage vers l'an 217 de J. C. soutenoit qu'il falloit baptiser de nouveau ceux qui l'avoient été par les hérétiques. Ses disciples s'appelleront *Agrippiniens*. I. AGRIPPINE, fille d'*Agrippa* & de *Julie*, répudiée par *Tibère*, épousa *Germanicus*, qu'elle suivit dans toutes ses expéditions en Allemagne & en Syrie. Après la mort d'un mari qui vivoit avec elle en amant, *Agrippine* retourna à Rome, portant les cendres de son époux. La douleur que causa cette perte, fut universelle : *Agrippine* en profita pour accuser *Pison*, qu'on soupçonnait d'avoir hâté la mort de *Germanicus*. L'indignation du peuple contre *Pison*, jointe aux vives poursuites d'*Agrippine*, l'inquiérèrent tellement, qu'on le trouva mort dans son lit. *Tibère*, jaloux de l'amour du peuple pour *Agrippine*, la fit frapper par un centu- rion avec tant de violence qu'elle en perdit un œil, & l'exila dans une isle, où elle se laissa mourir de faim, l'an 35 de J. C. Cette mort n'éteignit point la haine de son ennemi ; il ordonna que le jour de la naissance d'*Agrippine* feroit mis dans le nombre des jours malheureux. Cette femme illustre se montra toujours supérieure à ses malheurs. Elle fut aussi intrépide à la cour de *Tibère* & dans le lieu de son bannissement, qu'elle avoit été tranquille à la tête des armées. Elle laissa neuf enfans. Les plus connus sont *Caligula*, qui fut empereur, & *Agrippine*, dont nous allons parler.
II. AGRIPPINE, fille de la précédente, & mère de *Néron*, joignit aux mœurs d'une prostituée la cruauté d'un tyran. Après deux mariages, elle épousa *Claude*, dont l'indolence alloit jusqu'à la stupidité. Cette femme d'une ambition démesurée & d'un esprit pénétrant, connut bientôt le caractère de son époux, & ne manqua pas d'en profiter. Ce ne furent que baissées, rapines, cruautés, prostituées : *Agrippine* employa tout pour s'élever au comble de la grandeur, & assurer l'empire à son fils ; voulant ajouter à la qualité de fille, de sœur, d'épouse d'empereur, celle de mère. Comme on lui disoit que *Néron* lui donneroit la mort un jour : *N'importe*, répondit-elle, *pourvu qu'il règne*. Il régna effectivement ; *Agrippine* empersonna son époux avec des champignons, & fit proclamer son fils empereur. *Néron*, élevé par *Sénéque* & par *Burrhus*, parut d'abord digne de tels maîtres ; mais il oublia bientôt les services de sa mère. *Agrippine*, qui s'étoit attribuée l'autorité impériale, employa toutes fortes d'artifices pour se la cou- Server : intrigues, caresses, complots, plaisirs; on croit même qu'elle commit un inceste avec son fils pour le gagner. Elle étoit accoutume à ce crime; on l'avoit déjà accusée d'un commerce galant avec son frère Caligula. Néron, irrité de ses complots, & insensible à ses caresses, la fit massacrer dans sa chambre, l'an 59 de J. C. Un centurion lui ayant déchargé un coup de bâton sur la tête, elle lui dit, en lui montrant son sein : Frappes plutôt cette partie de mon corps, puisqu'elle a donné le jour à un monstre tel que Néron. Ce fils abominable arriva un moment après que sa mère eut expiré, & parcourant des yeux les différentes parties de son corps, il plaifanta, dit l'histoire, sur quelques-unes, & ajouta : Je ne croyais pas qu'elle eût tant de beautés. Ce fut le prix dont ce scélérat paya ses bienfaits. Cette princesse avoit beaucoup d'esprit & d'agrémens. Elle ternit toutes ces qualités par les forfaits que lui firent commettre son ambition & son orgueil. Ce fut pour satisfaire ses passions, plutôt qu'en vue du bien du genre humain, qu'elle établit une colonie à Ubium sur le Rhin, lieu de sa naissance, qu'elle nomma Colonia Agrippina, aujourd'hui Cologne. On lit dans Tacite, que cette princesse avoit laissé des Mémoires, qui lui ont beaucoup servi à écrire ses Annales; cela suffit pour en faire l'éloge.
AGRIPPINIENS, V. AGRIPPIN.
AGRON, Voyet ACRON.
AGUESSEAU, (Henri-François (D') naquit à Limoges en 1668, d'une ancienne famille de Saintonge. Son père, intendant de Languedoc, fut son premier maître. Le jeune d'Aguesseau naquit avec les plus heureuses dispositions. La société des gens d'esprit, & fur-tout celle de Racine & de Boileau, avoit des charmes infinis pour lui. Il cultivoit comme eux la poésie, en avoit le talent, & il le conserva jusqu'à ses derniers jours. Reçu avocat-général de Paris en 1691, il y parut avec tant d'éclat, que le célèbre Denys Talon, alors président à mortier, dit qu'il voudroit finir comme ce jeune homme commençoit. Après avoir exercé dix ans cette charge avec autant de zèle que de lumières, il fut nommé procureur-général en 1700, à 32 ans. C'est alors qu'il déploya tout ce qu'il étoit. Il régla les juridictions qui étoient du ressort du parlement, entretint la discipline dans les tribunaux, traita l'instruction criminelle d'une manière supérieure, & fit plusieurs règlements autorités par des arrêts. Il fut chargé de la rédaction de plusieurs lois par le chanchelier de Pontchartrain, qui lui prédit qu'il le remplaceroit un jour. L'administration des hôpitaux fut l'objet le plus cher de ses soins. On lui conseilloit un jour de prendre du repos : Puis-je me reposer, répondit-il généreusement, tandis que je fais qu'il y a des hommes qui souffrent ? La France n'oubliera jamais le fameux hiver de 1709; d'Aguesseau fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la sauver des extrémités de la famine. Il fit renouveler des lois utiles, réveilla le zèle de tous les magistrats, & étendit sa vue dans toutes les provinces. Sa vigilance & ses recherches découvrirent tous les amas de blé qu'avoit faits l'avarice, pour s'enrichir du malheur public. Confolateur des peuples, il favoit résister au Souverain, dans ce qu'il penfoit être contraire aux droits de la nation & aux libertés de l'Eglise Gallicane. Il attachoit tant de prix à ces libertés qu'il refusa constamment à Louis XIV & au chancelier Voisin, de donner ses conclusions pour une déclaration en faveur de la bulle Unigenitus. Il fut soutenu dans cette résistance par son épouse, qui lui dit lorsqu'il partit pour Versailles, où il étoit appelé par Louis XIV, pour traiter cette affaire. Allez, lui dit-elle en l'ombraffant, oubliez devant le roi, femme & enfans. Perdez tout, hors l'honneur. Après la mort de Louis XIV, Voisin n'ayant survécu à ce prince que deux ans, le duc d'Orléans, régent, jeta les yeux sur d'Aguesseau, & le nomma pour lui succéder. Semblable au chancelier de l'Hôpital par ses talens & par ses travaux, il se vit comme lui exposé à des orages au commencement de la Régence. Lorsqu'il n'étoit encore que procureur-général, il fut appelé à un conseil où le système de Law fut proposé. Il fut d'avis qu'on le rejetât; & ce projet, dont il montra les dangers & les avantages, fut en effet rejeté pour lors. Depuis, les choses changèrent; l'intérêt, soutenu par l'intrigue, l'emporta sur la prudence. On vint à bout de séduire le prince; mais on désespéra de fléchir la résistance de d'Aguesseau, qui étoit alors chancelier. Le régent lui demanda les sceaux en 1718, & lui ordonna de se retirer à sa terre de Fresnes. Il ne se laissa point abattre d'abord par cette disgrace. Il dit seulement : « Je ne méritois pas » l'honneur que M. le Régent m'a fait en me donnant les sceaux; « mais je mérite encore moins » l'affront qu'il me fait en me les « ôtant. » En 1720, il reçut un ordre de revenir, sans l'avoir demandé, & les sceaux lui furent rendus. Law qui avoit besoin d'un magistrat estimé pour calmer les murmures qu'excitait son malheureux système, lui porta la lettre de son rappel, & d'Aguesseau l'accepta de cette main dont il ne devoit rien recevoir. « Il étoit » indigne de lui & de sa place « de rentrer dans le conseil, » quand Law gouvernoit toujours « les finances. Il parut sacrifier encore plus sa gloire, en se prêtant à de nouveaux arrangements chimériques que le parlement refusa, & en souffrant « patiemment l'exil du parlement » à Pontoise. « Histoire du Parlement de Paris, ch. 60. Cette époque de la vie du chancelier ne fut pas la plus brillante. Aussi un Pasquin de Paris grava sur la porte de son hôtel ces paroles saintes, mais dont l'application étoit humiliante : Et homo factus est. Mais son courage se releva bientôt, lorsque l'aubé Dubois eut été nommé cardinal & premier ministre. Il prétendit avoir la première place, après les princes du sang, au conseil du roi. Le chancelier soutint mieux les prérogatives de sa place contre Dubois, qu'il n'en avoit maintenu la dignité, lorsqu'il étoit revenu à Paris à la suite de Law. Sa résistance lui fit ôter les sceaux pour la 2e fois en 1722, & il retourna à Fresnes. Il en fut rappelé au mois d'Août 1727, par les soins du cardinal de Fleury; mais les sceaux ne lui furent remis qu'en 1737 : on les avoit donnés à Chauvelin. Le parlement lui fit une députation, avant que d'enregistrer les lettres du nouveau garde des sceaux; d'Aguesseau répondit, « qu'il vouloit donner » l'exemple de la soumission. » ces sentimens étoient dignes d'un homme qui n'avoit d'abord demandé ni désiré aucune charge. Au commencement de la régence, il refusa de faire des démarches pour son élévation, quoiqu'il fût presque assuré du succès. A Dieu ne plaise, dit-il, que j'occupe jamais sa place d'un homme vivant! Paroles simples, mais qui ont tout le sublime d'un sentiment vertueux. Lorsqu'il eut été élevé aux premieres charges, il n'aspira qu'à être utile, sans jamais penser à s'enrichir. Il ne laissa d'autres fruits de ses épargnes, que sa bibliothèque, encore n'y mettoit-il qu'une certaine somme par an. Pendant les deux séjours qu'il fit à Fresnes, temps qu'il appelloit les beaux jours de sa vie, il se partagea entre les livres sacrés, le plan de législation qu'il avoit conçu, & l'instruction de ses enfans. Les mathématiques, les belles lettres & l'agriculture formoient ses délaissemens. Le nonce Quirini vint le visiter dans sa retraite. » C'est ici, lui dit-il, que se forgent les armes contre la cour de Rome. » Dites seulement, répondit d'Aguesfeau, les boucliers qui repoussent ses armes. Le chancelier de France se plaisoit quelquefois à bécher la terre. Ce fut dans ce temps qu'il fit sur la législation, des réflexions qui produisirent un grand nombre de lois, depuis 1729 jusqu'en 1749. En Février 1731, parut l'Ordonnance des Donations, qui prescrivit des règles simples sur cette matière de disposer de ses biens. L'Ordonnance des Testaments, rendue en Août 1735, établit un juste milieu entre la liberté excessive de tester & une contrainte rigoureuse, & fit cesser la diversité de jurisprudence sur cette matière importante. L'Or- donnance du faux (Juillet 1737) débrouilla le chaos de l'ancienne procédure sur cette matière, & y répandit une clarté inconnue jusqu'alors. L'Ordonnance des Evocations & Règlemens de Juges (Août 1737) remédia aux abus qui naissent ordinairement de ces procédures préliminaires, & diminua les frais & les longueurs de l'instruction. Une Déclaration concernant la police des grains, donnée en octobre 1740, mit un frein à l'avarice, & prévint, autant qu'une loi peut le faire, les malheurs que la disette des grains produit dans un état. L'Ordonnance des Substitutions (Août 1747) leur donna le juste degré de faveur qu'elles doivent & qu'elles peuvent avoir, & fit cesser une partie des contestations qu'elles font naître. L'Edit sur les gens de main-morte (Août 1748), en leur assurant les biens qu'ils ont déjà, leur défendit d'en acquérir de nouveau. Son dessein étoit d'établir une entière conformité dans l'exécution des anciennes lois, sans en charger le fonds, & d'y ajouter ce qui pouvoit manquer à leur perfection. Mais ce travail ne pouvoit être exécuté par un seul homme, de quelque savoir & de quelque sagacité qu'il fût doué... Le chancelier d'Aguesfeau n'étoit étranger dans aucun pays, ni dans aucun siècle. Il savoit la langue françoise par principe; le latin, le grec & l'hébreu, l'arabe, l'italien, l'espagnol, l'anglais & le portugais. Il n'étoit pas moins honoré des savans étrangers, que de ceux de son pays. L'Angleterre le confulta sur la réformation de son calendrier : la réponse du chancelier de France, pleine de réflexions utiles, détermina cette nation philosophe à un changement, qu'elle n'auroit pas dû tant tarder de faire. D'Aguesfeau A G U 103 reçut des marques non moins dif- tinguées de la confiance du roi, lorsque sa majesté alla se mettre à la tête de son armée. Elle le chargea d'affembler chez lui, toutes les se- maines, les membres des conseils des finances & des dépêches. Il rendoit compte des objets discu- tés par une lettre, sur laquelle le roi écrivoit sa décision... La so- briété & l'égalité d'ame lui confer- verent, jusqu'à l'âge de 81 ans, une fante vigoureuse; mais dans le cours de l'année 1750, diverses infirmi- tes l'avertirent de quitter sa place. Il s'en démit, se retira avec les honneurs de la dignité de chan- celier, & mourut peu de temps après, le 9 Février 1751. "Son "éloge, dit *Duclos*, que j'ai "fait donner pour sujet du prix "de l'Académie Française, en "1760, est entre les mains de "tout le monde; mais l'intérêt "de la vérité m'oblige de dire "qu'on l'a accusé d'une partia- "lité outrée pour la robe. Il a "souffrait au châtiment des juges "coupables, pour ne pas décrier "la magistrature. Le duc de *Gra-* "mont l'aîné lui demandant un "jour s'il n'y aurait pas moyen "d'abréger les procédures & de "diminuer les frais. J'y ai sou- "vent pensé, dit le chancelier; "j'avois même commencé un règle- "ment là-dessus; mais j'ai été arrêté "en considérant la quantité d'avo- "cats, de procureurs & d'huilliers que "j'allois ruiner. Quelle réponse "de la part d'un homme d'état! "Son goût pour les sciences & "les belles-lettres lui prenoit un "temps infini, au préjudice de "l'expédition des affaires. On lui "reprochoit encore un esprit d'in- "décision qu'il tenoit soit de s'être "trop exercé au parquet dans la "discussion du pour & du con- "tre, soit de l'abondance de ses "lumières qui l'éblouissoit quel- "quefois au lieu de l'éclairer. Le "comte de *Céres - Brancas*, ami "du chancelier, m'a dit qu'il "lui parloit un jour de la len- "teur de ses décisions. Quand je "pense, répondit le magistrat, "qu'une décision du chancelier "est une loi, il m'est bien per- "mis d'y réfléchir long-temps." Le duc de St. Simon, qui lui reproche les mêmes défauts que *Duclos*, rend justice aux bonnes qualités qu'il avoit dans la so- "ciété: "Bon, humain, d'un acces "facile & agréable; & dans le "pariculier, de la gaieté & de la "plaisanterie salée, mais sans ja- "mais blesser personne: poli "sans orgueil, & noble sans la "moindre avarice, naturellement "pareffieux. Il étoit de taille mé- "diocre, fort gros, avec un vi- "sage plein & agréable jusqu'à "ses dernières disgraces" La plus grande partie de ses ouvrages est déjà publiée en 9 vol. in-4." On disoit de lui, qu'il pensoit en- "philosophe & parloit en orateur. Ses "principes d'éloquence étoient de "réunir la force de la dialeétique à "l'ordre de la géométrie, en y "ajoutant les richesses de l'érudition "& les charmes de l'art de la per- "suasion. Son style est très-châtié; "mais si l'on y désire quelquefois "plus de chaleur, on ne fauroit y désirer plus d'harmonie. Un jour "il consulta son père sur un dis- "cours qu'il avoit extrêmement tra- "vaillé, & qu'il vouloit retoucher "encore. Son père lui répondit, "avec autant de finesse que de goût: *Le défaut de votre discours est d'être trop beau; il le seroit moins, "si vous le retouchiez encore... D'A-* "guesseau avoit épousé, en 1649, "Anne le *Feivre d'Ormesson*. C'est à "son sujet que *Coulanges* avoit dit, "qu'on avoit vu pour la pre- 104 AGU « miere fois les graces & la vertu » s'allier ensemble. « Elle mourut à Auteuil le premier Décembre 1735, laissant six enfans. La douleur de d'Aguesseau égalà sa tendresse pour elle. Cependant à peine avoit-il essuyé ses larmes, qu'il se livra aux fonctions de sa place. Je me dois au public, difoit-il, & il n'est pas juste qu'il souffre de mes malheurs domestiques. Il voulut être enterré auprès d'elle dans le cimetière d'Auteuil, pour partager, même après sa mort, l'humilité chrétienne d'une femme digne de lui. Il n'avoit passé aucun jour depuis son enfance, sans lire l'Écriture sainte; & cette lecture fut la consolation de ses derniers jours. » M. d'Aguesseau, dit Thomas dans son éloge de ce magistrat, couronné en 1760 par l'académie Françoise, respectoit les savans comme une portion choisie de citoyens qui ont renoncé à la fortune, pour l'art pénible & dangereux d'éclairer les hommes. Considérant de leur génie, censeur de leurs ouvrages, digne de les apprécier, il leur prodiguoit cette considération qui est le seul prix des talens. « Il conserva jusqu'à la fin de ses jours sa mémoire & le plus pur amour pour les poètes. Le savant Boivin lui en lisoit un; hatons-nous, lui dit d'Aguesseau, si nous allions mourir ayant d'avoir achevé. Il étoit octogénaire, lorsqu'un homme ayant cité peu exactement devant lui un passage de Martial, il lui rappella le texte de ce poète, qu'il déclara n'avoir pas lu depuis l'âge de douze ans. (Vey. GUERCHOIS.)
AGUI, ou SULTAN AGUI, roi de Bantam dans l'île de Java, fils du sultan Agoum. Son père, las de porter la couronne, remit le gouvernement entre les mains de son fils, vers la fin du XVII siècle; pour ne plus s'occuper que de ses plaisirs. Ce jeune roi se rendant odieux à ses peuples, le sultan Agoum prit les armes, pour rentrer par force dans un royaume qu'il venait de quitter de bon gré. Il assiega la ville de Bantam. Agui implora le secours des Hollandois. Le général Spelman, homme qui aimoit les grandes entreprises, résolut de secourir Agui, qui se voyant maître de la capitale, forma le dessein de subjuguer tout le royaume. Il prit le vieux sultan, qui fut renfermé dans une prison, & qui mourut dans les fers.
AGUILLE, Voye, LAGUILLE.
AGUILLON, Aguillonis (François) célèbre mathématicien, Jesuité de Bruxelles, mourut en 1617, à 50 ans. On a de lui un Traité d'Optique, estimé dans le temps, & imprimé à Anvers 1614, in-fol. Depuis les découvertes de Newton, ce livre est devenu inutile; mais il peut avoir été utile à Newton. I. AGUIRE, (Michel de) naquit dans le diocèse de Pampelune en Espagne, & devint successivement membre du collège de St. Clément à Bologne, juge à Naples & membre du conseil souverain de Grenade. Il remplit ces magistratures avec désintéressement. Il fit imprimer à Venise en 1581 un écrit où il défendit avec zèle les droits de Philippe II roi d'Espagne sur la couronne de Portugal, & mourut à Grenade en 1588.
II. AGUIRRE, (Joseph Saenz d') né à Logrogno, ville d'Espagne, en 1630, fut un des ornemens de l'ordre de St. Benoit dans le dernier siècle. D'abord premier interprète des livres saints dans l'université de Salamanque, A J A 105 Ensuite censeur & secrétaire du tribunal du St. Office : il fut honoré de la pourpre par *Innocent XI*, l'an 1686, en récompense de son zèle pour l'autorité du saint siége. Il mourut à Rome en 1699. Ses principaux ouvrages sont : I. Un écrit plein de chaleur, intitulé : *Désênée de la Chaire de St. Pierre*. L'auteur y attaque les quatre fameux articles de l'assemblée du clergé de France, tenue en 1682. Celui de *Libertations Eclesiae Gallicanae*, qui lui fut alors faussement attribué, est d'un prêtre François, nommé *Charles*, réfugié à Rome. II. *Ludi Salmanticenses*, *five Theologia florulenta*; Salmanticæ, 1663, in-fol. Ce sont les dissertations qu'il composa, selon l'usage de l'université de Salamanque, avant d'y recevoir le bonnet de docteur. Il y traite des bons & des mauvais livres, & y mêle beaucoup de traits d'érudition. Il fait lui-même la critique de son ouvrage dans sa dernière édition de la *Théologie de St. Anselme*. Ce qu'il y trouve à censurer, est d'y avoir donné à certaines personnes des louanges excessives, d'y avoir exprimé certaines choses, d'une manière moins grave & moins fériuse qu'il ne falloit; d'y avoir donné trop de poids à l'opinion d'un seul docteur pieux & favant, & d'y avoir cité des historiens supposés. III. *Une Collection des Conciles d'Espagne*, en 1693 & 1694, 4 vol. in-fol., fort recherchée, quoique l'auteur manque de critique. On en a donné une nouvelle édition à Rome en 1753, 6 vol. in-fol. La meilleure est celle de 1693 — 94. Cette collection est accompagnée de dissertations, dont quelques-unes sont dénuées de jugement & de ce coup d'œil sévère qui rejette toute pièce apocryphe : il s'acharne à soutenir l'authenticité des fausses décrétales des papes. IV. *La Théologie de St. Anselme*, en 3 vol. in-fol. Ce cardinal a encore composé quelques livres moins connus. Nous ne citerons plus que son *Histoire des Conciles d'Espagne*, qui avoit précédé sa collection. La modestie, vertu peu commune aux favans, étoit celle de ce cardinal. Il avoit soutenu par écrit le système de la probabilité; il eut assez de courage & d'humilité pour se rétracter.
AGULIERS, *Voy. DESAGULIERS*.
AGYLÉE, *Agyleus*, (Henri) homme de lettres, natif de Bois-le-duc, mort en 1595, âgé de 62 ans, a traduit le *Nomocanon* de *Photius* avec plus de fidélité que d'élégance. Il possédoit parfaitement la langue grecque. A HIAS, prophète de Sylo, prédit à *Jéroboham* qu'il feroit roi de dix tribus; que son fils *Abia* mourroit, & que sa famille feroit détruite, pour le punir de son ingratitude & de son idolâtrie : c'étoit vers l'an 954 avant J. C. I. AJALA, (Martin Perez de) né dans le diocèse de Carthagène en 1504 de parens obscurs, enseigna d'abord la grammaire pour nourrir sa famille. Ayant été ensuite ordonné prêtre, & s'étant fait connoître à *Charles-Quint*, cet empereur l'envoya en qualité de théologien au concile de Trente, & lui donna successivement deux évêchés, & enfin l'archevêché de Valence. Ce prélat favant & zélé gouverna son diocèse en digne paëteur, & mourut l'an 1566. On a de lui un *Traité* latin des *Traditions apostoliques*, en dix livres, Paris 1562, in-8.* 106 A J A
IL AJALA, (Balthazar) natif d'Anvers, a écrit sur la discipline militaire. Il avoit pour parent Gabriel Ajala, savant médecin du seizième siècle. I. AJAX, (Mythol.) fils d'Oilée, roi des Locriens, un des héros Grecs qui allèrent au siège de Troie. Il viola Caffandre dans le temple de Minerve. Cette déesse le punit de son sacrilège en submergeant sa flotte près des rochers de Capharée. L'intrépide Ajax, échappé au naufrage, insulta les Dieux sur un roc, que Neptune engloutit dans la mer.
II. AJAX, (Mythol.) fils de Télamon, disputa à Ulysses les armes d'Achille. Irrité de ce que son rival les avoit obtenues par le jugement des principaux capitaines Grecs, il fit un carnage horrible des troupeaux de l'armée, s'imaginant massacrer ses compagnons & sur-tout Ulysses; mais étant ensuite revenu de son délire, il se tua avec l'épée dont Hector lui avoit fait présent. Ces deux guerriers avoient combattu ensemble avec une valeur égale. Le sang d'Ajax fut changé en hyacinthe, suivant la fable.
AIDONE, Voy. I. AÉDON. I. AJELLO, (Saint) chef de l'école militaire de Palerme en 1610, publia des Instructions pour les artilleurs, qui ont obtenu plusieurs éditions. Un Corneille AJELLO, natif de Calabre, est auteur d'une Paraphrase du Symbole de St. Athanase.
II. AJELLO, (Sebastien) Napolitain comme les précédens, fut un médecin fameux. Il publia en 1575 une Relation de l'horrible peste qui venoit de ravager le royaume de Naples. II. Un Traité sur le catarré. III. Des vers en l'honneur d'Albert-d'Aragon, duc d'Autriche.
AIGLER, (Bernard) né à Lyon dans le 13e siècle, se fit religieux à l'Abbaye de Savigny en Lyonnois. Il devint abbé du Mont-Caffin, sous le pape Urbain IV, & gouverna avec sagesse ses religieux pendant dix-neut ans. Clément IV le fit cardinal, & c'est le seul qu'il revêtit de cette dignité. Aigler se fit aimer de Charles d'Anjou roi de Naples, & mourut en 1825. On lui doit des écrits purement monstiques, le Miroir des Moines; une exposition de la règle de St. Benoit, &c.
AIGUILLON, (la duchesse d') Voy. II. WIGNEROD.
AILHAUD, (Jean) d'abord chirurgien à Cadenet, petit village de Provence, en combinant, dit-on, la seammonée avec la sue, trouva une nouvelle poudre purgative: remède âcre qui réussit quelquefois dans les maladies causées par des humeurs épaissies, mais dont l'usage ordinaire peut être pernicieux. Il perfuada aux gens de son village, qu'ils s'en trouveroient bien; & divers paysans en éprouverent de bons effets. Ayant gagné quelque argent en vendant sa poudre, il vint à Aix, & reçut le bonnet de docteur en médecine. Alors il fit annoncer son remède dans les journaux, & il engagea les missionnaires du Levant & de l'Amérique à l'accréditer dans les lieux de leurs missions. Il donna en même temps un traité de l'Origine des maladies, qui, selon lui, ont toutes la même source & peuvent être guéries par un seul remède. Ce remède est la Poudre purgative: quod cram demonstrandum. A la suite du petit Traité, qui ne prouve pas des connoises A I M 107 fances bien étendues dans la faine physique, font cinq ou six volumes de lettres de ses malades, où on l'appelle le nouveau Salomon, le sauveur des hommes, le premier des médecins, &c. Ailhaud mourut assez vieux en 1756; mais son fils, héritier de ses secrets, ne poufia pas sa carrière bien loin, malgré le remède universel. On n'aime que les médecins qui, en conservant la vie des autres, savent prolonger la leur au-delà des bornes ordinaires.
AILLÉ, Voyet DAILLÉ. I. AILLY, (Pierre d') Petrus de Alliaco, naquit à Compiègne en 1350, d'une famille pauvre. Reçu docteur en Sorbonne en 1380, ensuite élu chancelier de l'université de Paris, il fut confesseur & aumônier de Charles VI, qui le nomma aux figes du Puy & de Cambrai. Des qu'il eut ce dernier évêché, il se démit de sa charge de chancelier en faveur du fameux Gerson. Son zèle pour l'extinction du schisme qui defoloit alors l'église, l'a rendu célèbre. Il fit diverses courses à Rome & à Avignon pour cet effet. Il eut des conférences avec les différents papes qui se disputoient alors la tiare. Il prêcha en 1405 devant l'antipape Pierre de Lune sur la Trinité, & il parla sur ce sujet avec tant d'éloquence, que ce pontife en institua la fête. Il ne se distingua pas moins au concile de Pise. Jean XXII, qui connoissoit tout son mérite, l'éleva à la dignité de cardinal en 1411. D'Ailly alla en cette qualité au concile de Constance, & y brilla également par son zèle & par son éloquence. Il revint ensuite à Avignon, où il termina ses jours le 8 Août 1419. Martin V l'avoit fait son légat en cette ville. Le collège de Navarre, qui le reconnoit pour son second fondateur qui l'avoit eu au nombre de ses boursiers, & dans le sein duquel il avoit acquis le titre d'Aigle des Docteurs de la France & de Marceau des hérétiques, héria de ses livres & de ses manuscrits. Le plus connu de ses ouvrages est le Traité de la réforme de l'Eglise, divisé en six chapitres, & publié avec les ouvrages de Gerson, son disciple. La plupart de ses autres écrits ont paru à Strasbourg 1490, in-fol. & quelques-uns ont été imprimés séparément à Paris à la fin du 15e siècle. Tels sont les suivants : Concordia Astronomia cum Theologia, 1490, in-4.º De Animâ, 1494, in-4.º De Vita Christi, ibid. 1483, in-4.º, &c. Ce cardinal avoit le foible de bien des savans : il croyoit à l'aftrologie judiciaire. Il enseignoit, selon l'usage de plusieurs écoles de ce temps, que la puissance ecclésiastique peut disposer des trônes ; erreur proscrite aujourd'hui par-tout.
II. AILLY, (Pierre d') né à Paris, eut des succès dans l'exercice de la chirurgie, & mourut dans sa patrie le 8 Août 1681. On a de lui un ouvrage estimé sur le Traitement des plaies d'armes à feu. Il fut imprimé en 1668, in-12.
AILON, Voyet AYLON.
AIMAN, Voyet LAIMAN.
AIMÉ, (St.) Voy. AMÉ.
AIMOIN, bénédictin de l'abbaye de Fleury-sur-Loire, composa une Histoire de France en cinq livres. Les deux derniers furent finis, après sa mort, par une main étrangère. Ce n'est qu'une maussade compilation, pleine de fables & de faux miracles. Les légendes sont les sources où il a puisé. On trouve cette Histoire dans le tome 3e de la collection de Duchesne. Aimoin étoit d'Aquitaine; il écrivoit aisément, mais sans élégance. Il mourut au commencement du XIe siècle. I. AIMON, prince des Ardennes, fut le père de ces quatre Ireux qu'on appelle communément les quatre Fils Aimon. Le prince Renaud, l'aîné des quatre, après avoir porté les armes sous Charlemagne, se fit moine à Cologne & mourut martyr, à ce que prétendent quelques légendaires Allemands.
II. AIMON, Voyet AYMON.
AIRAULT, (Pierre) célèbre avocat de Paris, ensuite lieutenant-criminel à Angers, naquit dans cette dernière ville en 1536. Il y exerça la charge de président par interim, pendant les troubles fanestes de la Ligue, qu'il ne savorisa jamais, & contre laquelle même il se déclara. Il mourut à Angers en 1601. On a de lui deux bons ouvrages : I Le Traité de l'ordre & instruction judiciaire, dont les anciens Grecs & Romains ont usé en accusation publique, conféré à l'usage de la France, Paris, 1598 : livre plein de recherches. II. Celui de la Puissance paternelle, in-4.º fait à l'occasion d'un de ses fils que les Jésuites avoient enlevé pour le revêtir de leur habit. V. la Vie d'Airault, publiée en latin en 1676, in-4.º, par Ménage, son petit-fils. Ce magistrat laissa une nombreuse famille, dont les descendans ont possédé longtemps la charge qu'il occupoit.
AIROLI, (Jacques-Marie) Jésuite, professeur d'hébreu à Rome, est auteur des ouvrages suivants : I. Dissertatio Biblica. Rom. 1704. II. De anno, mense & die mortis Christi. Rom. 1718. III. Thetis contra Judæos. Rom. 1720. Cet ouvrage est une réponse à un autre du P. Tournemine. IV. De annis ab exitu Israel de Egypto ad quartum Salomonis, &c.
AISTULPHE, V. ASTULPHE.
AISWORTH, Anglois, célèbre commentateur de l'écriture, a laissé des observations savantes sur le Pentateuque, les Pseumes & les Cantiques. Il vivoit au commencement du 17e siècle.
AITZEMA, (Léon van-) naquit à Dockum en Frise l'an 1600, d'une famille noble. Les villes anséatiques le firent leur résident à la Haie, où il mourut en 1669, avec la réputation d'un honnête-homme, d'un bon politique, & d'un savant aimable. Il nous reste de lui une Histoire des Provinces-Unies, en hollandois, en 7 vol. in-foli. & 15 vol. in-4.º Elle est estimable par les actes publics qu'elle renferme, depuis 1621, jusqu'en 1669. La partie qu'Aitzema a traitée, & dans laquelle il n'a pas pu compiler, n'est qu'un fatras sans style et sans méthode. On a donné une continuation de son Histoire en 3 vol. in-folio, qui vient jusqu'en 1692. C'est en partie dans Aitzema qu'est puisée l'Histoire des Provinces-Unies, 8 vol. in-4.º, Paris 1757-71. On a encore de cet écrivain une Histoire latine de la paix de Munster, 1654, in-4.º estimée pour l'exactitude, mais non pas pour la diction.
AIUS-LOCUTIUS, (Mythol.) De toutes les divinités fabuleuses, il n'y en a point dont l'origine soit si claire que celle-ci. Cédicius, homme du bas peuple, vint dire aux tribuns, que marchant seul la nuit dans la rue Neuve, il avoit entendu une voix plus forte que celle d'un homme, qui lui avoit annoncé d'aller avertir les magistrats que les Gaulois approchoient. Comme Cédicius étoit un homme sans nom, & que d'ailleurs les Gaulois étoient une nation fort éloignée, & par cette raison, inconnue, on ne fit que rire de cet avis. Cependant l'année d'après Rome fut prise par les Gaulois. Après qu'on fut délivré de ces ennemis, Camille, pour expier la négligence qu'on avoit eue en ne faisant point cas de la voix nocturne, fit ordonner qu'on élèveroit un temple en l'honneur du dieu Aius-Locutius dans la rue Neuve, au même endroit où Cadicius difoit l'avoir entendu. « Ce » dieu parloit & se faisoit en-« tendre, dit plaisamment Cicéron, » lorsqu'il n'étoit connu de per-« fonne : ce qui l'a fait appeler » Aius-Locutius. Mais depuis qu'il » est devenu célèbre, & qu'on » lui a érigé un autel & un tem-« ple, il a pris le parti de se » taire. »
AIUTAMICHRISTO, (Elizabeth) noble Sicilienne, naquit à Palerme, & fut distinguée par sa beauté & l'agrément de son esprit. La poésie occupa ses loisirs, & ses pièces furent insérées dans les recueils du temps. Elle mourut en 1580; on voit son tombeau dans la chapelle St. Hyacinthe des Dominicains de Palerme. I. AKAKIA, (Martin) professeur de médecine dans l'université de Paris; & un des principaux médecins de François I, étoit né à Châlons-sur-Marne. Il a traduit Ars medica, que est ars parva; & De ratione curandi, de Galien. Le dernier est accompagné d'un Commentaire. Ce docteur mourut en 1551.
II. AKAKIA, (Martin) fils du précédent, médecin & professeur royal en chirurgie, mort en 1588, âgé d'environ 89 ans. Il est auteur d'un Traité, intitulé Concilia medica, 1598, in-fol. Il y a eu d'autres médecins dans cette famille.
AKATA, femme du major Lamberth, ami de Cromwel, parvint par ses intrigues & sa beauté à se faire aimer du protecteur d'Angleterre. Long-temps il ne put résister à aucun de ses désirs, & lui fit confidence de ses desseins les plus secrets. Akata, jeune & voleur, dédaigna bientôt l'homme puissant pour l'homme aimable & moins sérieux. Henri Rich, comte de Hollande, devint le rival heureux de Cromwel. Celui-ci, dégoûté de tout commerce amoureux, n'écouta plus son cœur auprès des femmes, & en consacra tous les sentimens à l'ambition.
AKIBA, un des principaux docteurs Hébreux du collège de Tibériade dans le 2e siècle de l'Eglise, garda des troupeaux jusqu'à l'âge de 40 ans. Mais la fille de son maître lui ayant promis de l'épouser, s'il devenoit savant, l'amour le fit docteur. Ce rabbin, fanatique comme la plupart de ses confrères, se jeta dans le parti du faux messie Barcochébas, & lui appliqua cette prophétie de Balaam : Orient Stella ex Jacob, &c. Il excita les Juifs à la révolte, en leur citant les prophètes, & commit avec eux des cruautés qui le firent condamner à la mort par l'empereur Adrien, l'an 135 de J.C., selon les Juifs : il avoit alors 120. Sa femme, ses enfans & ses disciples furent aussi massacrés. Les rabbins lui attribuent le Livre de la Création, qu'il mit sous le nom d'Abraham.
ALABASTER, (Guillaume) théologien anglican, se fit catholique, redevint anglican, & fut chanoine de S. Paul de Londres dans le 17e siècle. L'étude de la cabale le jeta dans des opinions absurdes. Il est auteur d'un Lexique Hébreu, in-fol. & de quelques autres livres intitulés ridiculement & composés de même. Tels sont : Traclatus in Revelationem Christi, modo cabalifico explicatum, Annuerpiæ, 1602, in-4. Traclatus de Bessid Apocalypticæ, Delphis, 1621, in-12.
ALACHIS ou ALAHIS, duc de Trente & de Brescia. Voyez son histoire dans l'article de CUNIBERT roi des Lombards.
ALACOQUE, V. MARGUERITE-MARIE n.º XII.
ALAGON, (Claude) de Mérargues en Provence, procureur-syndic de cette province, ayant rêvé que son nom d'Alagon étoit le même que celui d'Aragon, & qu'il appartenoit à cette maison illustre, projeté avec le secrétaire de l'ambassadeur d'Espagne, d'introduire les Espagnols dans Marseille. Un forçat des galères, à qui il avoit communiqué son dessein, le découvrit au duc de Guise. Alagon, convaincu de son crime, eut la tête tranchée à Paris en 1605. Elle fut envoyée à Marseille, dont Alagon devoit être viguier l'année suivante, pour être exposée sur une des portes de la ville.
ALAGONA, (Artelouche de) fut chambellan du roi de Sicile dans le 15e siècle. Il publia un Traité sur la chasse aux oiseaux, sous le titre de Traité de Vollerie. Il fut imprimé à la suite de celui de Fanchières & de Fouilloux, à Poitiers en 1587, & à Paris en 1628, in-4. avec figures.
ALAHAMARE, 1er roi de Grenade, en 1237. Sur le déclin de l'empire des Almohades, chaque homme un peu distingué se rendoit maître de ses gouvernements. Alahamare, à leur exemple, se fit élire roi par les habitants d'Ar- chone dont il étoit gouverneur & se rendit maître de plusieurs villes, entre autres, de Grenade où il établit sa domination. Ses successeurs y régnerent paisiblement jusqu'en 1492 qu'ils furent détrônés par Ferdinand & Isabelle.
ALAIME, (Marc-Antoine) nommé mal-à-propos Alcaime par Moréri, né en Sicile, y devint un médecin célèbre en 1624. Le roi de Naples le nomma son premier médecin, & l'institut de Bologne lui offrit la chaire de professeur en médecine; mais il ne voulut point quitter sa patrie. Alaime se distingua par son zèle & les services importants qu'il rendit aux Napolitains affligés de la peste. Il mourut en 1662. Ses principaux ouvrages sont I. Un Traité sur la guérison des ulcères. II. Un Discours sur les préservatifs des maladies contagieuses. III. Des Consultations médico-légales. I. ALAIN, roi des Alains, inconnu à tous les auteurs; mais dont l'existence est prouvée par une médaille de ce prince, découverte depuis plus d'un demi-siècle: (Voy, le Mercure de France, Juillet 1724, pag. 1447.) Cette singularité est la seule raison qui nous a engagés de lui accorder ici une place.
II. ALAIN DE LILLE, appelé le Docteur universel, étoit de Lille-en-Flandre, & florissoit en l'université de Paris au milieu du 12e siècle. Il avoit plus de cent ans, lorsqu'il mourut vers 1294. Ses ouvrages en prose & en vers ont été imprimés à Anvers en 1653, in-fol. Les savans de nos jours, qui liront ce volume, ne seront pas tenté d'avoir l'universalité des sciences qu'avoit Alain de Lille. On disoit pourtant de lui : Sufficiat vobis vidisse Alanum.
III. ALAIN, ( Guillaume ) nommé le Cardinal d'Angleterre, parce qu'il étoit né dans la province de Lancastre, fut d'abord chanoine d'Yorck. Son opposition aux vues d'Eliphach l'obligée de se réfugier dans les Pays-Bas, & de là à Reims, où il eut un canonicat. La pourpre romaine fut le prix de son mérite en 1587. Il fut un des reviseurs de la Bible de Sixto V, qui le fit cardinal. Il a écrit sur les matières controversées entre les Catholiques & les Protestans. Ce savant cardinal mourut à Rome en 1594, âgé de 63 ans.
ALAIN CHARTIER, Voyet CHARTIER.
IV. ALAIN, ( René ) poète François du commencement de ce siècle, est auteur de plusieurs petites Comédies, dont la meilleure est l'Epreuve réciproque, en un acte & en prose, qui est restée au théâtre, & qui a été imprimée à Paris en 1711. La Motte qui se trouva à une de ses représentations, égaya le parterre par ce bon mot : Alain, lui dit-il, tu n'as pas assez alongé la courroie. Il étoit fils d'un feller, & sa pièce n'avoit pas toute l'étendue dont elle paroissoit susceptible. Alain est mort le 22 Décembre 1720, à l'âge de 40 ans.
ALALEONA, ( Joseph ) naquit à Macerata en 1670. Il étudia ce prosesse la science des lois dans sa patrie. En 1721, il fut appelé par l'unis erité de Padone pour y donner les leçons publiques de droit civil, & il continua cette utile & honorable fonction jusqu'à sa mort, arrivée le 5 Avril 1749. On lui doit I. Des Confédérations sur l'art de penser. II. Des Mélanges de poésie. III. Un Traité des successions ab intestat en latin. I. ALAMANNI, ( Louis ) gentilhomme Florentin, & célèbre poète Italien, naquit le 28 Octobre 1495, étant entré dans une conspiration contre le cardinal Jules de Médicis ( depuis pape sous le nom de Clément VII ), qui gouvernoit alors la république de Florence, fut obligé de se réfugier en France. Il y fut bien accueilli de François I, qui le combla de bienfaits, & le choisit pour son ambassadeur auprès de Charles-Quint, en 1544. Parmi les poésies qu'Alamanni avoit composées à la louange de François I, étoit un dialogue satirique, où le coq disoit à l'aigle : Aquila grisagna Che per divorar due becchi porta. L'empereur avoit lu cette pièce ; lorsqu'Alamanni eut son audience, il débita un long discours plein de louanges emphatiques, & dont toutes les périodes commençoient par le mot Aquila. Charles-Quint ne répondit à cette harangue que par ces mots : Aquila grisagna Che per divorar due becchi porta. Cette réponse ne déconcerta point l'ambassadeur. « Seigneur, dit-il sur le champ à Charles-Quint, quand j'ai écrit les vers que vous me cier, j'ai fait en poète, à qui il est permis de mentir. A présent je parle en ambassadeur, qui ne doit dire que la vérité. J'étois alors un jeune homme ; je pense aujourd'hui en homme mûr. » Cette répartie plut à l'empereur, qui lui dit mille chose obligeantes... Alamanni fut également en faveur auprès de Henri II, successeur de François I, qui l'employa en diverses négociations, pour lesquelles Alamanni n'avoit pas moins de talent que pour la poésie. Il mourut le 18 avril 1556, & il fut inhumé dans l'église des Cordeliers de Paris ; 112 ALA Catherine de Médicis qui l'estimoit, lui avoit donné le titre de son maître d'hôtel. Nous avons de lui : I. Le Poème de Girone il Cortese, qui n'est qu'une traduction en vers du roman de Giron le Courtois : l'édition la plus recherchée est celle de Paris 1548, in-4.º II. Un autre Poème Delia Coltivazione, que les italiens mettent à côté des Georgiques. Les deux meilleures éditions de ce poème furent faites à Paris par Henri Etienne en 1546, & à Padoue par Comino, en 1718. Cette dernière contient en outre le poème des Abeilles de Jean Rucre'ai. III. L'Avarchide, poème. IV. La Comédie de Flore & la Tragédie d'Antigone. V. Un Discours sur la Milice de Florence. VI. Des Poésies de divers genres, rassemblées sous le titre d'Opere Toscane, dans un recueil en 2 vol. in 8.º, dont la meilleure édition est de Florence chez les Jantes, en 1532, pour le 1er tome, & pour le 2e, Lyon, chez Gryphe, même année... Il ne faut pas le confondre avec ALAMANNI son parent, dont les Poésies burlesques ont été imprimées avec celles de Burchiello & autres, à Florence en 1552 in-8º, ni avec Baptiste ALAMANNI son fils, qui devint évêque de Mâcon, & qui a publié quelques lettres & quelques sonnets.
II. ALAMANNI, (Nicolas) Grec d'origine, fut secrétaire du cardinal Borghese, & ensuite garde de la bibliothèque du Vatican. Il a été l'éditeur de l'histoire secrète de Procope, & a publié une description de l'église de S. Jean de Latran.
III. ALAMANNI, (Cosme) jésuite, né à Milan dans le dernier siècle, fut un admirateur si outré des écrits de S. Thomas, qu'il soutint que toute la philosophie ancienne & moderne y étoit contenue, & qu'on ne devoit jamais lire que S. Thomas. Son ouvrage fut imprimé à Pavie en 1608, sous ce titre : Summa totius philosophiae ex Thoma, &c. Alamanni est mort en 1634.
ALAMAR, roi de Grenade en 1237, mourut en 1273. Son fils aîné Mahomet Miramouth lui succéda.
ALAMIR, prince de Tharse, prit le nom de Calife dans le 9e siècle. Il entra dans les provinces de l'Empire à la tête d'une formidable armée de Sarrafins, qui y firent de grands ravages. André Scythe, gouverneur du Levant, voulant s'opposer à leur furie, ce prince barbare lui envoya dire, que « s'il lui donnoit » bataille, le Fils de Marie ne le « sauveroit pas de ses mains. » Ce blasphème ne demeura pas impuni : car le jour du combat, ce gouverneur prit la lettre du Sarrafin, & l'ayant fait attacher à une image de la Vierge pour servir d'étendard, son armée enflammée par le double motif de la vengeance & de la religion, vainquit les ennemis & en fit un affreux carnage. Alamir fut pris & eut la tête tranchée.
ALAMOS, (Balthazar d') Caftillan, entra au service d'Antoine Peret secrétaire d'état de Philippe II, dont il partagea la disgrace. Après avoir resté onze ans en prison, il obtint sa grace de Philippe III, & fut employé par Olivares, ministre de Philippe IV. Il mourut dans un âge avancé, au milieu du XVIIe siècle. On a de lui une Version de Tacise assez estimée, avec un Commentaire qui l'est moins. Elle fut imprimée à Madrid en 1614, & traduite en italien par Canini.
ALAMUNDAR, A L A 113
ALAMUNDAR, roi des Sarra- ans, fit des courses dans la l'alef- tine l'an 509, & fit mourir des Solitaires qui vivoient dans le dé- sert. Les miracles qu'il vit opérer par les Chrétiens, le touchèrent fi fort, qu'il demanda d'être reçu par- mi eux, Lorsqu'on le préparoit à recevoir le baptême, les Acéphales, disciples de l'hérédiarque Sévère, ré- folurent de l'attirer à leur fêche. Ces hérétiques confondoient les deux natures en J. C.: d'où il s'en suivoit que la nature divine avoit souffert, & étoit morte sur la croix. Ils envoyèrent à Alamundar des évêques de leur parti, pour l'enga- ger à recevoir le baptême de leurs mains; mais le nouveau catéchu- mène méprisa leurs perfusions, & se servit d'un trait ingénieux pour jeter du ridicule sur leurs erreurs. Il feignit d'avoir reçu des lettres, par lesquelles on lui apprenoit la mort de l'archange St. Michel, & leur envoya des gens pour appren- dre d'eux ce qu'ils pensaient de cette nouvelle. Comme elle leur parut autant impossible qu'elle étoit absurde, il leur dit: S'il est donc vrai qu'un Ange ne saurait ni souffrir ni mourir, comment voulez-vous que J. C. soit mort sur la croix, puisque selon vous il n'a qu'une nature, qui, étant divine, est impossible?
ALARD, Voyer ALLARD.
ALARD ou ADELARD, prêtre, né à Amsterdam, mourut à Lou- vain en 1531. Il est auteur de di- vers ouvrages, parmi lesquels on estime Selecta similitudines, sive col- lationes ex Bibliis, en 3 vol. in-8. Paris 1543.
ALARIC Ier, fut appelé Hardi & Entreprenant par les Goths ses fu- jets. Il étoit en effet l'un & l'autre. Sa famille étoit une des plus illuf- tres de son pays. Théodose le Grand se servit utilement de lui, & due en partie à sa valeur la victoire qui le débarrassa du tyran Eugène. Il eut des succès en Grèce, où il dé- truisit l'idolâtrie. (Voy. STILLICON.) Il se fit ensuite proclamer roi, & s'avança l'an 408 vers Rome pour la saccager. Maître des deux rives du Tibre, il réduisit cette ville à l'extrémité. Le Sénat tremblant & consterné lui envoya des ambassa- deurs, qu'il refusa d'entendre. Il leur dit, «qu'il sentoit en lui quel- » que chose, qui l'excitait à mettre «Rome en cendres.» Il confientit cependant à s'en éloigner, mais à condition qu'on lui livrerait tout l'or & tous les meubles précieux qui se trouvoient dans la ville. & lorsqu'un des Ambassadeurs lui de- manda ce qu'il vouloit laisser aux habitans? Je leur laisse la vie, ré- pondit-il. Il ne tenoit effectivement qu'à lui de les en priver. Les Ro- mains, oubliant leur antique fierté, se jettèrent à ses pieds, & l'enga- gèrent à diminuer la rigueur de cette demande. Alaric, vaincu par leurs larmes, leur donna la paix; & lorsqu'il pouvoit tout exiger, il se contenta de six mille livres pesant d'or, de quatre mille robes de foie, & de trois mille tapis de pourpre. Dès qu'il eut signé le traité, il leva le siege & reprit le chemin de ses états; mais, quoique l'hiver fût proche, il ne crut pas devoir pas- fer les Alpes, avant d'avoir reçu les sommes qu'il avoit exigées. Ho- norius, prince qui, comme le dit Montesquieu, ne savoit faire ni la paix ni la guerre, fit défense de rien exécuter. Alaric indigné revint une seconde fois devant Rome, & la bloqua de toutes parts. La ville asségée fut réduite à une extrémité si triste, que les habitans ne vi- voient que de la chair des cadavres infects. Ne pouvant résister à tant d'horreurs, ils vinrent implorez 114 ALA une pitié dont leur infidélité les rendoit indignes. Alaric, modéré dans la victoire, leur fit grace: mais aux premières conditions, il en ajouta d'autres : il exigea un tribut annuel, & demanda de plus qu'on lui abandonnât la Norique, la Vénétie, & la Dalmatie; ensuite, pour montrer aux Romains son mépris, il leur donna pour maître le préfet Astale, qu'il fit empereur de sa seule autorité. Il revint une 3e fois à Rome, croyant encore avoir à se plaindre d'Honorius. Il n'y refla que trois jours, pendant les- quels ses soldats se livrèrent à toutes les fureurs de la déprédation, quoi- qu'Alaric leur eût ordonné de ref- pecter les églises & ceux qui les avoient prises pour asyle. Il ne for- sit de cette capitale, que pour aller faire la conquête de la Sicile & d'une partie de l'Afrique; mais une tempête ayant brisé le plus grand nombre de ses vaisseaux, il se re- tira dans la Calabre, & fut frappé de mort subite, peu de temps après, l'an 410, à Cofence. Ses soldats, pour le dérober à la vengeance des Romains, l'enterrèrent au milieu de la rivière de Vafento avec des richesses prodigieuses. Le portrait de ce prince a été vraisemblablement défiguré par les historiens. « Sa « conduite à l'égard des Romains » est assez justifiée, dit M. Turpin, » par les perfides procédés d'Ho- norius; & quant à ses autres » cruautés, elles ne furent ni plus » odieuses, ni en plus grand nom- bre que celles de bien des héros, » dont la postérité parle avanta- » geusement. »
II. ALARIC II, roi des Vif- goths, régnoit vers l'an 484 sur tout le pays qui est entre le Rhône & la Garonne. Clovis, fâché qu'une si belle contrée fut possédée par ces barbares, attaqua Alaric, & le tua de sa propre main à Vouglé en Poitou l'an 509. (V. la CHRONOL p. 176.) C'est chez ce prince que s'étoit retiré Syagrius, général Ro- main que Clovis avoit défait : Alasie eut la lache cruauté de le livrer au vainqueur, qui le fit mourir. Son règne fut d'ailleurs glorieux. Quoi- qu'arién zélé, il ne persecuta point les catholiques; il fit quelques rè- glemens utiles, & veilla sur toutes les parties de ses états. Le recueil des lois, connu sous le nom de Code Alaric, tiré en partie du Code Théodosien, fut publié par les ordres de ce prince.
ALAVA-ESQUIVEL, (Diégo) canoniste de Vittoria en Espagne, fut évêque d'Astorga, puis d'Avila, & ensuite de Cordoue. Il assista au concile de Trente, où il pro- posa de défendre toutes les com- mendes, & l'union de deux béné- fices dans le même sujet. Il mourut en 1562. On a de lui : De Conciliis universalibus, ac de his quæ ad Religio- nis & Christianæ Reipublicæ reforma- tionem instituenda videtur. Cet ou- vrage, imprimé à Grenade en 1582 in-fol. est plein de bonnes vues de réformation.
ALAVIN, chef des Goths, qui avoient été chassés de leur pays par les Huns, supplia l'empereur Valens de leur laisser habiter les rives du Danube, sur les frontières de son empire, & de les recevoir au nombre de ses sujets. Valens ac- corda cette grace aux Goths, dans la pensée qu'ils lui serviroient de rempart contre ceux qui attaque- roient l'empire de ce côté-là; mais ses lieutenants les ayant accablés d'impôts, ils prirent les armes pour s'en délivrer, & combattirent Lupi- cin, l'un des généraux de Valens. Cet empereur marcha lui-même contreux, les attaqua près d'An- drinople, perdit la bataille, & fut brûlé dans une cabane en 378.
ALAZÈNE, auteur Arabe du onzième siècle, est auteur d'un grand ouvrage sur l'optique, & de plusieurs autres moins connus.
ALBAN, (Saint) premier martyr de la grande-Bretagne, eut la tête tranchée sous Maximien, l'an 287 de J. C.
ALBANE, (François I°) né à Bologne d'un marchand de foie le 17 Mars 1578, ne voulut point s'attacher à la profession de son père, quelques instances qu'on lui fit. La peinture étoit sa passion dominante, il fallut la suivre. Il fut d'abord l'élève du Guide, qui l'introduisit dans l'école des Carraches. Les progrès qu'il fit sous ces maîtres, furent rapides. Il acheva de se former à Rome, le dépôt des chefs-d'œuvres des peintures anciennes & modernes, & le rendez-vous des artistes de toute l'Europe. L'étude des belles-lettres ne contribua pas peu à lui donner des idées riantes. Revenu à Bologne, il se maria en 2es noces à une très belle femme, dont il eut 12 enfants ressemblant à leur mère. L'Albane n'eut pas besoin de sortir de sa maison pour peindre Vénus, les Amours, les Divinités du Ciel, des eaux & de la terre; il n'eut qu'à copier sa famille. C'est là qu'il puisa ses tableaux pleins d'enjouement, de légèreté & de charmes. Mais comme il n'eut qu'elle sous les yeux, ses têtes & ses figures se ressemblent presque toutes : les Graces écloises sous son pinceau, sont trop uniformes. L'Albane jouit d'une vie heureuse pendant 82 ans. Il mourut le 4 Octobre 1660. Ses principaux ouvrages sont à Rome dans l'église Espagnole de San Diego; le palais Verospi, la galerie Justiniani, a Mantoue & à Bologne; le roi de France en possédoit plusieurs. Il y en avoit aussi quelques- A L B 119 uns dans la collection du Palais-Royal. Les autres se sont dispersés comme des pierres précieuses dans les autres cabinets de l'Europe, & ont été payés très-chèrement. I. ALBANI, (Jean-Jérôme) né à Bergame d'une famille noble, se confacra à l'étude du droit canonique & civil. Pie V qui l'avoit connu lorsqu'il étoit inquiéteur à Bergame, ne fut pas plutôt élevé à la papauté, qu'il l'honora de la pourpre en 1570. Albani étoit veuf & avoit des enfants : ce fut la crainte qu'il ne s'en laissât gouverner, qui empêcha le conclave de l'élire pape, après la mort de Grégoire XIII. Il mourut le 25 Avril 1591 à 87 ans. Nous avons de lui plusieurs ouvrages de jurisprudence canonique. Les principaux sont : I. De immonitate Ecclesiarium, 1553. II. De potestate Papa & Concilii, 1558. III. De Cardinalibus, & de donatione Constantini, 1584, in-fol.
ALBANI, (Alexandre) né à Urbin le 15 Octobre 1692, fut promu au cardinal par Innocent XIII, & mourut le 2 Décembre 1779, âgé de 87 ans. Il montra beaucoup de dignité dans son ambaffade près de l'empereur, & un grand savoir dans la place de bibliothécaire du Vatican. Très-versé dans la connoissance des usages & des monumens de l'antiquité, il aima & protégea les gens de lettres. Il embellit de statues précieuses, & des richesses de tous les arts, sa maison de campagne nommée de son nom Villa-Albani. Là, il se délaissa de ses occupations politiques par des écrits historiques & littéraires qui sont estimés.
ALBANIE, (Jean Stuart duc d') chevalier de St. Michel & gouver- 416 A L B neur du Bourbonnois & de l'Au-vergne, passa en France & s'attacha à Louis XII, qu'il accompagna à Gênes. Ayant été appelé en Ecosse, il fut établi en 1516 gouverneur du royaume. De retour en France, il suivit en Italie François I, qui lui donna une armée de dix mille hommes, pour aller conquérir le royaume de Naples. A peine étoit-il arrivé en Toscane, qu'il apprit la funefte nouvelle de la bataille de Payie & de la prise du roi. Il revint en France & y mourut en 1536, sans laisser de postérité d'Anne de la Tour, comtesse d'Au-vergne. Ce fut lui qui amena d'Italie Catherine de Médicis, destinée au duc d'Orléans, depuis roi sous le nom de Henri II.
ALBATEGNIUS, astronome Arabe, faisoit ses observations vers l'an 830. Il mourut en 929. On a imprimé son traité De scientiâ Stellarum, à Nuremberg, 1537; in-8°, & à Bologne 1545, in-4°, traduit en latin barbare par Plato Tiburinus, & commenté par Regio-montanus. L'original Arabe, qui n'a jamais été mis sous presse, est à la bibliothèque du Vatican. « Halley, dit un physicien moderne, a cru appercevoir une accélération dans le mouvement de la lune, en comparant les observations des Baby-loniens, celles d'Albategnius, savant Arabe, à celles des modernes. New-son, pour expliquer cette accéléra-tion, suppose que la masse de la terre augmente par le changement de l'eau en terre, & que les va-peurs des queues des comètes se condensent & se convertissent en eaux, & ensuite en terres, en sels, en soufre, en pierres, en coraux, &c. Je me contenterai d'observer 1.° que cette explication suppose que l'eau se change en terre, ce qui en bonne physique est regardé comme une erreur populaire; 2.° que diverses causes que nous ne pouvons même soupçonner, & qu'il est inutile de deviner, peu-vent produire cette accélération sans le secours des comètes. Il seroit pour le moins tout aussi naturel d'en chercher la principe dans la lune que dans la terre; plus d'un astronome a cru le trouver dans l'atmosphère du soleil, dont la résistance, disent-ils, ralentit le mouvement projectile de la lune, fait prévaloir la force attractive de la terre, & contraint la lune de se rapprocher de la terre, en rac-courcissant le diamètre de l'orbite lunaire; 3.° que cette accélération n'est rien moins que certaine; car sommes-nous assurés de l'exacti-tude des opérations astronomiques d'Albategnius & de celles des Baby-loniens? Quels instruments avoient-ils? Il est donc à croire que la lune, tout comme le reste du monde planétaire, continue à aller son train. »
ALBE, (le Duc d') Voyet TO-LÈDE. I. ALBEMARLE, Voy. MONCK.
II. ALBEMARLE, (Arnold-Juste de Keppel, lord d') né dans la Gueldre en 1669 de parens no-bles, plut à Guillaume III, prince d'Orange, dont il avoit été page. Ce prince étant monté sur le trône d'Angleterre, le fit son chambel-lan, chevalier de l'ordre de la Jarretière, & comte d'Albemarle. Après la mort de ce roi, qui lui laissa une forte pension, il fut commandant en 1702 de la pre-mière compagnie des gardes de la reine Anne. Les Hollandois l'é-lurent général de leur cavalerie, & il combattit en cette qualité dans les dernières guerres de Louis XIV. On força ses retranchements à Denain, dans la fameuse victoire remportée en 1712 par le maréchal de Villars. Il fut obligé de se rendre prisonnier à cette action, avant que le prince Eugène eût pu le secourir. Il mourut en 1718.
ALBÈRE, (Erasme) Voyet ALBERT, n° IX.
ALBERGATI, (Fabius) né à Bologne, vécut dans le 16e siècle, & a laissé plusieurs ouvrages de Morale qui ont été recueillis en 6 vol. imprimés à Rome par Zanetti en 1573.
ALBERGHINO, (Jean) de Palerme, religieux du tiers-ordre de St. François, a écrit une chronique de son ordre, & mourut en 1644.
ALBERGO, (Jean) né dans la vallée de Mazzara en Sicile dans le dix-septième siècle, se distingua dans l'exercice de la chirurgie, & a laissé plusieurs traités sur son art.
ALBERGOTTI, (François) ancien jurisconsulte Italien, né à Arezzo & mort à Florence en 1376, a laissé de longs commentaires sur le digeste & le code qui firent l'admiration des érudits de son siècle, & qu'on ne lit plus. I. ALBERIC ou ALBERT, fut chanoine & gardien de l'église d'Aix en Provence. N'ayant pu suivre les premiers Croisés dans leur expédition, il entreprit d'en écrire l'histoire sur les relations des témoins oculaires. Elle s'étend depuis 1095 jusqu'à 1120, sous le titre de Chronicon Hierosolymitanum, Helmstadii 1584, 2 vol. in-4e rare; & dans les Gesta Dei per Francos, 1611, 2 vol. in-fol.
II. ALBERIC, moine François dans l'abbaye de Cluny, fait cardinal & évêque d'Ostie en 1138. A L B 117 Il fut légat du saint siège en Angleterre, en Ecosse, en Sicile, en Orient, & en France. C'est lui qui convoqua l'an 1138 le concile de Westminster. Il mourut en 1147. Il ne faut pas le confondre avec Alberic moine de Trois-Fontaines dont l'article est ci-après. Une foule de savans obscurs ont porté le même nom d'Alberic.
III. ALBERIC DE ROSATE, ou ROXIATI, de Bergame, ami de Barthole, & l'un des plus savans jurisconsultes du XIVe siècle, a fait des Commentaires sur le VIe livre des Décrétales.
IV. ALBERIC, religieux dans l'abbaye de Trois-Fontaines au diocèse de Châlons, vivait au milieu du 13e siècle. Il a laissé une chronique des évènementes remarquables arrivés depuis la création jusqu'à l'année 1241. Leibnitz l'a fait imprimer à Leipzig en 1698, in-4e. Gibert en ayant trouvé un manuscrit plus complet à la bibliothèque nationale, voulait le publier avec des notes, mais ce projet est resté sans exécution. V. ALBERIC, religieux du Mont-Caffin, devint cardinal, & se distingua vers l'an 1050 par ses écrits contre Béranger qui nioit la présence réelle dans l'Eucharistie.
ALBERICUS, Voyet I. ALBERIC, AUBREY & AUBERY.
ALBERINI, (Rodiana) naquit à Parme vers l'an 1530, & se distingua parmi les femmes savantes, par la douceur de ses poésies latines & italiennes. Les poètes de son siècle la célébrèrent comme aussi vertueuse que spirituelle.
ALBERONI, (Jules) né le 3e Mai 1664 à Firenzuola village du Parmesan, ou à Plaisance même, d'un père jardinier, cultiva comme lui la terre jusqu'à l'âge de 14 ans. Ce jeune homme, qui devint depuis ministre d'Espagne, crut avoir fait sa fortune en obtenant une place de clerc-fonneur à la cathédrale de Plaisance. On le fit prêtre, & son évêque lui donna l'intendance de sa maison & un canonicat de son église. Quelque temps après ayant obtenu une cure, le poète *Campistron*, qui avoit été volé, se réfugia chez lui. *Alberoni* l'accueillit avec beaucoup d'humanité, l'habilla, & lui prêta même de l'argent pour aller à Rome. Ce petit événement fut l'origine de sa fortune. *Campistron*, secrétaire du duc de Vendôme, ayant suivi son maître en Italie, se souvint de son bienfaiteur, & en parla à ce prince, comme d'un homme qui excelloit à faire des *foupes à l'oignon*, mais qui de plus avoit beaucoup d'intelligence, de souplesse & de dextérité. *Vendôme* se servit de lui pour découvrir les grains que les habitans senoient cachés. Ce service l'attacha à ce général qu'il amusoit par des bouffoneries & des contes orduriers. Il vint avec lui à Paris, où l'on voulut lui donner la cure d'Anet; *Alberoni* la refusa, aimant mieux être à la fuite de son protecteur, qu'à la tête d'une paroisse. Le duc, nommé général des armées en Espagne, eut besoin de lui pour entretenir sa correspondance avec la princesse des *Ursins*, qui par ses intrigues & son esprit, s'étoit mise à la tête des affaires d'Espagne. Madame des *Ursins* protégea dès ce moment *Alberoni*. Ce fut par son crédit qu'il eut le titre d'agent du duc de Parme à la cour de Madrid. Il proposa à cette favorite d'engager *Philippus V* à épouser *Elizabeth Farnese*, héri- tière de Parme, de Plaisance & de la Toscane. La princesse des *Ursins*, espérant de perpétuer son règne sous le nom de la nouvelle reine, détermina le roi à cette union. *Alberoni* fut chargé de suivre la négociation, & s'en acquitta avec succès: (*Voyer* l'art. d'ELIZABETH FARNESE.) Ce mariage, qu'il alla conclure lui-même, mit le comble à sa faveur. La reine, à laquelle ses graces & son esprit donnoient beaucoup d'ascendant sur son époux, fit nommer *Alberoni* cardinal, grand d'Espagne & premier ministre. Pour parvenir à la pourpre, il avoit flatté le pape, en faisant rendre à son nonce en Espagne la clef & les papiers de la nonciature, qui lui avoient été ôtés. Il envoya en même temps des escadres, pour défendre l'Italie menacée par les Turcs, qui assiégeoient l'île de Corfou. Cependant il rétablissoit l'autorite du roi dans le gouvernement; il corrigeoit beaucoup d'abus; il faisoit des réformes importantes dans l'ordre militaire, qu'il mit sur le pied de celui de France. Des projets plus importants l'occupoient encore, quoique son imagination bouillante fut plus faite pour former de grandes entreprises, que pour les bien concerter. Elevé aussi rapidement que *Richelieu*, dès qu'il fut à la tête du gouvernement, il voulut, à son exemple, donner quelques secouffes à l'Europe. Après avoir mis l'ordre dans les finances d'Espagne, il forma le dessein de s'emparer de la Sardaigne & de la Sicile. Pour empêcher les puissances intéressées de déranger ses projets, il s'unit avec Pierre le Grand, avec Charles XII, & avec la Porte Ottomane. Son dessein étoit d'armer le Turc contre l'empereur; le Czar & le roi de Suède contre les Anglois; de rétablir le prétendant sur le trône de ses peres, par les mains de Charles XII; d'ôter la régence de la France au duc d'Orléans, & de rendre l'Italie indépendante de l'Allemagne. Tous ses projets se dissipèrent comme ils s'étoient formés. Le duc d'Orléans les découvrit par le moyen d'une courtième, & en instruit le roi George. Ces deux princes s'unirent ensemble contre l'Espagne, lui déclarèrent la guerre en 1718, & ne firent la paix qu'à condition qu'Alberoni seroit renvoyé. Pour que Philippe V se déterminât plus aisément à lui ôter sa confiance, l'abbé Dubois, instruit par ses espions de l'ascendant que Laura, nourrice de la reine, avoit sur cette princesse, lui fit offrir tout l'argent qu'elle voudroit, si elle se prétoit à ce qu'on demandoit d'elle. L'intérêt réuni à la haine, détermina cette femme. La reine ayant abandonné le cardinal, il reçut le 5 Décembre 1720 un ordre de Philippe V de sortir dans 24 heures de Madrid, & dans quinze jours du royaume. « Alberoni, dit Duclos, partit avec des richesses immenses. Il y avoit déjà deux jours qu'il étoit en marche, lorsqu'on s'aperçut qu'il emportoit le testament de Charles II, qui instituoit Philippe V héritier de la monarchie. Il fallut user de violence pour l'obliger à rendre ce testament. Il avoit sans doute envie de gagner la protection de l'empereur, en lui remettant ce titre précieux. Alberoni devant traverser la France, le chevalier de Marcion eut ordre d'aller le prendre à la frontière, de ne le quitter qu'à l'embarquement, & de ne pas souffrir qu'il lui fût rendu aucuns bon- » neurs sur son passage. Le cardinal se rendit à Parme, n'osant s'exposer au ressentiment du pape. Ce ne fut qu'en 1721, à la mort de Clément XI, qu'il alla à Rome pour le conclave. « Le nouveau pape Innocent XIII fit examiner par des commissaires du sacré collège, la conduite de leur confrère, accusé d'avoir été d'intelligence avec le Turc, pour inquiéter quelques puissances chrétiennes. Alberoni fut enfermé un an chez les Jésuites. S'étant retiré quelque temps après dans sa patrie, il y établit un séminaire, fit élever à ses frais tous les bâtiments qui étoient immenses, & acquit des fonds convenables pour un tel établissement. Comme il réunissoit à ces fonds ceux qu'il découvroit avoir été usurpés sur le clergé dans le voisinage de Plaisance, les Plaisantins ne voyoient pas son séminaire de bon œil. Dans la campagne de 1746, cet édifice devenu le point d'attaque & de défense entre trois formidables armées, fut foudroyé à ses yeux par toute l'artillerie Espagnole & Génoise. L'esprit remuant de ce cardinal ne le quitta pas. On connoit l'entreprise qu'il forma sur la petite république de Saint-Marin, vers l'an 1750, pendant sa légation dans la Romagne : elle ne lui réussit pas plus que celles qu'il avoit tentées sur des états plus puissans. Benoit XIV disoit, en comparant ses anciennes opérations avec ce petit projet : Alberoni ressemble à un gourmand qui, après avoir bien diné, auroit envie d'un morceau de pain bis. Ce prélat inquiet & intrigant, mourut le 26 Juin 1752, âgé de 87 ans, avec la réputation d'un grand politique & d'un ministre aussi entreprenant & aussi ambitieux que Richelieu, aussi souple & aussi adroit que *M. tain*, mais plus inconsidéré, plus chimérique que l'un & l'autre. *Duclos* prétend qu'on a beaucoup trop exalté son génie. « *Alberoni*, » dit-il, pour établir un équilibre « & une paix durables, commence » par allumer un incendie, sans « avoir les moyens ni les forces » suffisantes pour exécuter ses « projets. Tel est cet *Alberoni* , » qu'on a cherché à donner pour « un grand homme; titre qu'on » déferé trop légèrement aux hommes extraordinaires, & qu'ils « ne doivent qu'à des écrivains » nés dans la classe moyenne qui « est la victime, & porte le fardeau des grandes entreprises. Le « grand homme est celui qui, pour » des objets grands & utiles, proportionne les moyens aux entreprises, les couronne par les « succès, & peut s'applaudir des » événements, puisqu'il a su les « prévoir, les préparer & les manier. *Alberoni*, né dans la poussière, s'élève par son esprit, & « parvient à une des plus hautes » dignités; cela n'est pas d'un « homme commun. Mais il engage son maître dans une guerre » ruineuse, le met dans la nécessité de faire une paix forcée, & finit par se faire chasser lui-même, pour aller à Rome vivre « dans l'opulence & dans le mépris. Il fut près d'être dégradé, » & ne l'évita que par l'intérêt « qu'ont tous les cardinaux de » rendre la pourpre invulnérable « dans ceux-mêmes qui la déshonorent. Voilà les faits; que le » lecteur juge. « *Alberoni* conferva jusqu'à ses derniers jours sa santé & son esprit. Dans la conversation, il tenoit souvent la parole, & d'une manière si aisée & si vive qu'il ajoutoit encore de l'intérêt aux faits intéressans par eux-mêmes. Ses récits étoient mêlés d'italien de françois, d'espagnol, suivant les affaires ou les personnes qui en étoient l'objet. Quelque maxime de *Tacite* qu'il citoit en latin, venoit ordinairement à l'appui de ses réflexions. Les campagnes où il avoit suivi *Vendôme*, son minière en Espagne, & les événements courans, étoient les objets les plus familiers de ses entretiens. Il n'aimoit gueres qu'on le contredit ou qu'on lui résistât. Lorsqu'en 1746 le maréchal de *Maillebois* vint dans le Parmesan pour y livrer bataille, un secrétaire refusa de l'introduire dans l'appartement du maréchal, sous prétexte qu'il étoit en affaires. *Mon ami*, lui répondit fièrement le cardinal, en ouvrant lui-même la porte, *sachez que M. de Vendôme me recevait sur sa chaise-percée*; & il entra. On a publié après sa mort un prétendu *Testament politique*, imprimé sous son nom, & qui peut-être n'est pas indigne de lui; (*V. y. GOUVEST.*) mais il n'a fait illusion à personne. *Jean Rouffet* a écrit sa *Vie*, en un vol. in-12.
ALBERT, (St.) né en Sicile, entra dans l'ordre des Carmes, & fut canonisé par Sixté IV en 1426. Il a laissé quelques *homélies* & des *traités* de morale chrétienne.
II. ALBERT I$^{er}$, fils de l'empereur *Rodolphe* de Hapsbourg, & premier duc d'Autriche, fut couronné empereur, après avoir remporté une victoire sur *Adolphe* de *Nassau*, son compétiteur, & l'avoir percé de sa main en 1298. *Boniface VIII* ne voulut pas d'abord le reconnaître. Il prit pour prétexte, qu'*Albert* avoit assassiné son prédécesseur, justement élu, & que la femme étoit la nièce de *Frédéric* A L B 121 d'Autriche, excommunié par Clément IV. Albert croyant pouvoir se maintenir par des alliances, s'unit avec Philippe le Bel, roi de France, & maria en 1299 son fils aîné Rodolphe à Blanche, sœur de ce prince. Alors Boniface VIII ne tarda pas à se réconcilier avec Albert, & le reconnut pour légitime empereur, en suppléant, désoit-il, par la plénitude de sa puissance à ce que son élection avoit eu de défectueux. Il lui offrit même, quelque temps après, la couronne de France, qu'il se garda bien d'accepter. Albert, quoique reconnu par le pape & par la plupart des princes, ne laissa pas d'avoir beaucoup de guerres à soutenir, fur-tout pour la succession du royaume de Bohème, qu'il voulut vainement faire tomber à Frédéric son fils. Ce fut encore sous ce prince que se forma la république des Suisses. La Suisse, quoique dépendante de la maison d'Autriche, avoit conservé quelques privilèges : Albert voulut les lui ôter. Les gouverneurs qu'il avoit établis, traitoient si durement le peuple, qu'il se révolta. Albert se préparoit à la réduire, lorsque son propre neveu, Jean duc de Suabe, dont il restenoit le patrimoine, le tua sur le bord de la rivière de la Russe, pres de Vindesch en Argow, l'an 1308, & rentra dans ses biens. Albert avoit regné environ dix ans, & il laissa de l'impératrice Elisabeth cinq garçons & six filles. Ce prince joignoit l'habileté à la valeur. Mais le désir d'établir sa nombreuse famille, & d'augmenter par des acquisitions la puissance & les richesses de sa maison, lui fit commettre quelques injustices. Il se fit peu aimer de ses sujets & il alarma ses voisins.
III. ALBERT II, dit le GRAVE & le MAGNANIME, naquit en 1394 d'Albert d'Autriche IVe du nom. Gendre de l'empereur Sigismond, il monta après lui sur le trône impérial d'Allemagne le 1er Janvier 1418. Il avoit été élu roi de Bohème & de Hongrie. On lui disputa la première couronne. Les Callistins, branche des Hussites, la donnerent à Casimir frère du roi de Pologne : il fallut combattre ; l'armée de l'empereur commandée par Albert l'Achille, qui fut depuis électeur de Brandebourg, assura par ses victoires le trône qu'on disputoit à Albert II. Ce prince signala le commencement de son empire par une grande diète, tenue à Nuremberg : on y réforma l'ancien tribunal des Auftrages ; on abolit l'ancienne loi Veimique, appelée le jugement secret, par laquelle on condamnoit un homme à mort sans qu'il en fût instruit. On divisa l'Allemagne en quatre parties, nommées Cercles, Baviere, Rhin, Suabe & Westphalie. Albert se disposoit à s'opposer aux dévastations des Turcs & des Tartares, qui ravageoient les frontières de la Hongrie, lorsqu'il mourut le 27 Octobre 1439, la seconde année de son empire. Sa mort fut causée par un excès de melon. Sa douceur, sa générosité promettoient beaucoup ; mais ayant regné très-peu de temps, il ne put rétablir les affaires. Il favorisa le concile de Bâle, & fit exécuter ses décrets en Allemagne.
IV. ALBERT, archiduc d'Autriche, gouverneur, puis souverain des Pays-Bas, né en 1559, étoit le sixième fils de l'empereur Maximilien II & de Marie d'Autriche. Il fut destiné à l'église, & d'abord cardinal & archévêque de Tolède. 722 A L B On lui donna en 1583 le gouvernement de Portugal, & sa conduite plut tellement à Philippe II, roi d'Espagne, qu'il le nomma gouverneur des Pays-Bas. Il arriva à Bruxelles au mois de Fevrier 1596; peu-après il prit la ville de Calais, puis Ardres, & ensuite Hulst, qui se rendit le 18 Août de la même année. Portocarrero, gouverneur de Dourlens, surprit Amiens le 11 Mars 1597; mais le roi Henri IV s'en refaistit le 3 Septembre suivant. Albert renonça à la pourpre Romaine, pour epoufer en 1598 Elisabeth-Claire Eugénie d'Autriche, fille de Philippe II & d'Elisabeth de France. Cette princeffe lui porta en dot les Pays-Bas catholiques & la Franche-Comté. La paix entre la France & l'Espagne, conclue à Vervins, lui fit renouveler la guerre contre les Hollandois. Il y eut une bataille donnée le 2 Juillet 1600, près de Nieuport. L'archiduc tua d'abord huit ou neuf cents hommes chargés de la garde du pont; & fans laiffer reprendre haleine à ses soldats, il alla affronter ses ennemis: mais le comte Maurice de Naffau le reçut vigoureusement & le défit. Quelque temps après, Albert fit affiéger Ostende, qui ne fut prise que le 22 Septembre 1604. Ce fêge fi mémorable dura trois ans, trois mois & trois jours; & Albert n'eut pour fruit de sa victoire qu'un monceau de cendres, qui avoit coûté la vie à plus de cent mille hommes, des femmes immenses, la perte de deux villes considérables: car Maurice pendant le fêge avoit pris l'Ecluse, Grave & quelques autres places. L'archiduc fongea à la paix; elle commença par une treve de huit mois en 1607, & continua par une autre de douze ans en 1609. Il employa ce temps à policer ses provinces, où sa bonte & sa douceur lui avoient gagné le cœur de tout le peuple. Il mourut fans poftérité en 1621, à 62 ans. V. ALBERT, le COURAGEUX, duc de Saxe, gouverneur de Frise en 1494, se rendit illustre par sa prudence & ses exploits fous l'empereur Maximilien I, & mourut le 13 Septembre 1500. C'est le père de George de Saxe, qui fut l'un des plus grands protecteurs de Luther.
VI. ALBERT Ier, l'Ours, fils d'Othon prince d'Anhalt, fut chéri de l'empereur Conrad III, qui le fit marquis & électeur de Brandebourg, vers l'an 1150, à la place de la maison de Staden, alors éteinte. La marche de Brandebourg n'étoit presque qu'une grande forêt: Albert la fit détricher, & bâtit des villes, des églises & des collèges. Il mourut le 18 Novembre en 1168, avec l'estime de tous les princes d'Allemagne. (Voy. l'art. PRUSSE dans les Tables Chronologiques.)
VII. ALBERT V, duc de Baviere, fils de Guillaume IV duc de Baviere & de Monaco, naquit en 1528 & succéda à son père en 1550. Il mérita, par ses vertus & sa bienfaissance, le fûnom de Magnanime. En 1556, il présida pour l'empereur la diète de Ritisbonne. Il avoit époufe en 1544, Anne d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand I, & il mourut à l'âge de 50 ans en 1579: il établit un cabinet d'antiques & de médailles, ainsi qu'une bibliotheque publique & précieuse dans ses états. Il fut politique sage, prince économe; il posséda des lumières & les vertus domestiques.
VIII. ALBERT VI, duc de Baviere, né en 1584, & mort à Munich en 1666, se distingua par fa piété & par son érudition. On a de lui un livre *sur le mariage* des Prêtres.
IX. ALBERT ou ADELBERT, fait archevêque de Mayence par l'empereur Henri V, s'unit avec plusieurs princes d'Allemagne con- tre son bienfaiteur. Cet évêque ingrar & remuant fut enfermé pendant quatre ans, & n'obtint sa grace que pour se révolter encore contre le prince qui lui avoit pardonné. *Cafixte II*, ayant ex- communié Henri V, Albert prit les armes contre lui, battit ses trou- pes, & ne voulut pas se soumettre à son souverain, qu'il n'eût re- noncé aux investitures par la croise, & à nommer aux bénéfices ceux qu'il devoit investir par le sceptre. Ce prélat, dont le carac- tère étoit mêlé d'ambition & de zele, mourut le 23 Juin 1137. X. ALBERT, surnommé le *Grand*, non parce qu'il naquit dans un siècle où les hommes étoient petits, comme le dit un écrivain célèbre, mais parce que son nom de famille étoit *Groot* qui signifie *Grand* en hollandois, étoit né à Lawingen en Suabe l'an 1205, d'une famille illustre. Il entra chez les Dominicains, où il fut provincial. Le pape *Alexandre IV*, qui connoissoit les succès qu'avoit eus *Albert* à Fri- bourg, à Ratisbonne, à Cologne, à Paris, l'appela à Rome, lui donna l'office de maître du sacré palais, & quelque temps après l'évêché de Ratisbonne; mais il ne le garda que trois ans, pen- dant lesquels il veilla avec soin au temporel & au spirituel. Il renonça à la croise, pour vivre dans sa cellule en simple religieux. Il n'interrompit sa retraite de Co- A L B 123 logne que par ses leçons pu- bliques, où quantité d'hommes illustres se formèrent, & entr'au- tres l'Ange de l'Ecole: (*Voyez IV.* THOMAS.) Le pape Grégoire X l'appella au concile général tenu à Lyon en 1274. Il mourut le 15 Novembre 1282, à Cologne, âgé de 77 ans. Ses Ouvrages, de l'édition de Lyon de l'an 1651, font en 21 gros vol. in-fol. Le père *Jammi* Dominicain fut l'édi- teur des ouvrages d'*Albert le Grand*. Il y inféra des traités qui ne font pas de lui, & en omit d'autres qui lui font attribués. On appliqueroit avec justefie à Albert ce que *Cicéron* difoit d'un auteur volumineux, qu'on auroit pu brûler son corps avec ses seuls écris. La plupart ne méritoient guères un autre fort. « Je laiffe, « dit *Fleury*, à ceux qui ont lu « plus exactement cet auteur, à « nous montrer ce qui lui a fait « mériter le nom de *Grand*. Voici « le peu que j'y ai remarqué. « Dans les trois volumes de Phy- sique, il cite toujours *Aristote*, « & les Arabes qui l'ont com- « menté : il s'arrête aux anciens « Physiciens, qu'*Aristote* a com- « battus, dont les écrits font per- « dus, & les opinions oubliées. « Il suppose toujours les quatre « Elémens, & les quatre qualités, « le chaud, le froid, le sec & l'hu- « mide; & met souvent pour prin- « cipes des propositions qui ne « font ni évidentes par elles- « mêmes, ni prouvées d'ailleurs. « Parlant du ciel, il fait voir peu « de connoissance de l'astronomie, « il suppose les influences des af- « tres, & parle de l'astrologie judi- « ciaire comme d'une vraie science, « sans la blâmer : d'ailleurs même « il la mêle à la politique. A « l'occasion des météores, il fait « voir son peu de connoissance de la géographie ; encore ailleurs il met Byfance en Italie avec Tarente. Parlant des minéraux, il attribue aux pierreries des vertus semblables à celles de l'aimant, se fondant sur des expériences qu'il ne prouve point, & cherche ensuite les causes de ces vertus. Il donne souvent des étymologies absurdes, voulant expliquer les noms grecs sans savoir la langue : ce qui lui est commun avec la plupart des Docteurs du même temps. Ses Ouvrages sont de longs commentaires sur saint Denys l'Aréopagite, sur le Maître des Sentences, dans lesquels il peut y avoir quelque chose de bon ; mais quel homme auroit le courage de lire 21 vol. in-fol., pour ne recueillir que quelques pensées justes, noyes dans un fatras de raisonnemens alembiqués & revêtu d'un latin grossier ? Albert étoit recommandable comme religieux & comme évêque ; mais il ne l'est guères comme auteur. Il étendit la Logique au-delà de ses bornes, en y mêlant mille subtilités barbares & beaucoup de choses étrangères. Au-lieu de la regarder comme la porte de la Philosophie, il en fit un vaste labyrinthe où un homme erreroit toute sa vie sans trouver une issue... On a dit, & des écrivains crédules le répètent encore, qu'Albert le Grand avoit fait une tête d'airain, qui répondoit sans hésiter à toutes les questions ; comme si une tête artificielle pouvoit faire des raisonnemens suivis ! A cette fable on en ajoute une autre aussi ridicule. On raconte qu'un jour des Rois, Albert changea l'hiver en été, pour mieux recevoir Guillaume, comte de Hollande & roi des Romains, qu'il avoit invité à di- ner. Ce qui veut dire apparemment qu'il lui fit servir des fleurs & des fruits conservés : image de l'été, que des imbécilles ont prise à la lettre... On lui a attribué de ridicules Recueils de Secrets, auxquels il n'a pas eu la moindre part. Tel est entr'autres celui qui parut à Amsterdam in-12, en 1655, sous ce titre : De secretis Multicum & Natura, & qu'on croit être de Henri de Saxonia, l'un de ses disciples.
XI. ALBERT de Florence, littérateur du 13e siècle, se trouvant en prison pendant les troubles de sa patrie, s'y consola de la perte de sa liberté, en traduisant en italien les consolations philosophiques de Boèce.
XII. ALBERT de Padoue, célèbre prédicateur Augustin, est mort à Paris en 1328, après avoir publié de longs Commentaires sur les livres saints.
XIII. ALBERT, général des Franciscains, étoit Allemand suivant quelques auteurs, & de Pise en Italie, suivant d'autres. Il a laissé une chronique historique depuis le commencement du monde jusqu'en 1250, temps où il vivait. Reinar-Reincocio l'a publiée en 1587 avec des notes.
XIV. ALBERT ou ALBÈRE, (Erasme) naquit près de Francfort. Luther fut son maître dans l'académie de Wittemberg, où il fut reçu docteur en théologie. C'est lui qui recueillit, dans le livre des Conformités de S. François avec J. C., les absurdités & les inepties les plus remarquables, pour en composer le livre connu sous le titre d'Alcoran des Cordeliers. Il fit imprimer ce recueil en allemand l'an 1531, sans nom de ville ni d'imprimeur, puis en latin à A L B 125 Wittenberg en 1542 in-4°; & il l'intitula Alcoran, parce que les Franciscains de son temps esti- moient autant les Conformités, que les Turcs leur Alcoran. Luther ho- nora d'une préface la compilation de son disciple. Conrad Badius l'augmenta d'un second livre, la traduisit en françois, & l'imprima en 1556, un vol. in-12; puis à Genève en 1560, en 2 vol. in-12. La dernière édition de cet ou- vrage singulier, est celle d'Amf- terdam en 1734, en 2 vol. in-12, avec des figures (Voy. ALBIZI.) On a encore d'Albert: Judicium de Spongiâ Erafmi, & plusieurs autres ouvrages en latin & en allemand. Albert étoit prédicateur ordinaire de Joachim II, électeur de Bran- debourg. Il étoit à Magdebourg pendant le siége de cette ville en 1551, & il mourut à Newbran- debourg dans le Mecklenbourg.
ALBERT, Voy. ALBERIC.
ALBERT GIRARD, Voy. GI- RARD, n° II.
ALBERT DURER, V. DURER. I. ALBERT, (Charles D') duc de LUYNES, né en 1578, à Mornas dans le comtat Venaissin, fut le premier de sa famille qui s'établit à Paris. Ses ancêtres les Alberti avoient fixé leur séjour dans le comtat, après avoir quitté Florence, où leur naissance, leur crédit & leurs richesses excitèrent la jalouise, & causèrent une ré- volution. Le jeune Cadenet, (car c'étoit le nom qu'il portoit alors,) fut page & genulhomme ordinaire de Louis XIII. Il gagna les bonnes graces de ce prince, en dressant des pigrièches à prendre des moi- neaux. De Luynes perfuada à son maître de se défaire du maréchal d'Ancre, qui lui avoit procuré le gouvernement d'Amboise. Il fut mis en 1617 à la tête des affaires de l'état, après la mort funeuse de son bienfaiteur; & n'eut point honte de se faire don- ner la confiscation de ses biens. Quatre ans après, il reçut l'épée de connétable le 22 Avril 1621, en présence des princes du sang & de tous les grands du royaume, sans savoir, disoit Mayenne, ce que pesoit une épée. On se régla, pour le cérémonial, fur ce qui s'étoit pratiqué lorsque Charles d'Albret fut fait connétable par Charles VI. La conformité des noms d'Albret & d'Albret flattoit la vanité de ce favori, qui étoit au plus haut point de puissance. On afficha à la porte où le nouveau ministre logeoit avec ses deux frères: A l'Hôtel des trois Rois. Louis XIII quelque temps après se dégoûta de lui. Il l'avoit élevé par ca- price; par un autre caprice, il devint jaloux des honneurs qu'on lui rendoit. Voyant un ambaïa- deur qui alloit chez le conné- table: Il s'en va, dit-il, à l'au- dience du roi Luynes. Le favori, averti des discours du monarque, parut s'en inquiéter si peu, qu'il disoit devant tout le monde: J'ai su gagner ses bonnes graces, je faurai bien les conserver. Il est bon de temps en temps que je lui donne de petits chagrins; cela réveille l'amitié. Pour mieux subjuguer Louis XIII, il l'occupa contre les Huguenots. On porta les armes contre eux en 1621. De Luynes, qui avoit fort à cœur d'humilier ce parti, & qui fut le premier à conseiller de l'abattre, se faisit de toutes leurs places, depuis Saumur jus- qu'aux Pyrenées: mais il échoua devant Montauban. Il mourut la même année, d'une fièvre pour- prée, au camp de Longueville près de Monheur, le 15 Décembre, 126 A L B âgé de 43 ans. Ses équipages & ses meubles furent pillés avant qu'il eût rendu l'esprit, & il ne refait pas un drap pour l'enfevelir. L'abbé *Ruccelai*, & un nommé *Contade*, eurent la générosité de donner ce qu'il fallut pour embaumer son corps. C'est du moins ce que rapportent plusieurs historiens; quoiqu'il soit peu probable que le maréchal de *Chaulnes* & le duc de *Luxembourg*, frères du connétable, l'aient laissé sans secours. Quoi qu'il en soit, on transporta son corps à Maillé, bourg à deux lieues de Tours; érigé le 14 Novembre 1619 en duché-pairie sous le nom de *Luynes*, où il fut inhumé. Ainsi ce favori, qui avoit régné avec tant d'empire, mourut abandonné de ses créatures, assez peu regretté de son maître, & haï du peuple qu'il n'avoit pas foulagé. C'étoit un esprit souple & rusé. Sa famille a submissé dans les ducs de *Chevreuse* & de *Chaulnes*.
II. ALBERT, (Honoré D') duc de *CHAULNES*, dut sa fortune à son aîné le duc de *Luynes*, qui lui fit épouser en 1619 la riche héritière *Charlotte d'Aili*, comtesse de *Chaulnes*. Il fut fait maréchal de France en 1620, & l'année d'après, duc & pair : ce fut une clause de son contrat de mariage. Une autre condition fut, que tous les enfants porteroient le nom & les armes de la famille de leur mère. Après la mort du connétable de *Luynes*, le maréchal de *Chaulnes* se soutint par ses biens, par ses alliances, & par son assiduité à faire sa cour au cardinal de *Richelieu*. Ce ministre lui fit donner le gouvernement de la Picardie en 1633, & trois ans après le commandement d'une petite armée pour défendre cette frontière. Des trois maréchaux de France qui firent le siège d'Arras en 1640, de *Chaulnes* étoit le plus ancien, & celui en qui le cardinal avoit le plus de confiance. C'étoit aussi le plus vigilant & le plus modéré. Les deux autres étoient *Châtillon* & *la Meilleraye*. Il mourut le 30 Octobre. 1649, à 69 ans.
III. ALBERT, (Joseph D') de *Luynes*, prince de Grimberghen, fut ambassadeur de l'empereur *Charles VII* en France, & mourut en 1758, âgé de 87 ans. Il avoit cultivé, en homme du monde, un goût assez vif pour les lettres, contracté des sa jeunesse. On a de lui un *Recueil* de différentes pièces de littérature, contenant *Timandre instruit par son génie*, & le *Songe d'Alcibiade*, 1759, in-8°.
ALBERTANO, de Bresce, juge & gouverneur de *Gavardo* pour l'empereur Frédéric II, fut mis en prison pendant les troubles politiques qui agitoient alors l'Italie. Dans sa captivité, il composa divers ouvrages sur l'amour du prochain, sur l'art de parler & de se taire, sur les motifs de *conjulation* dans l'infortune. Ces trois traités furent imprimés long-temps après la mort de l'auteur par les soins de Bastien de *Rossi*, à Florence en 1610.
ALBERTET, mathématicien & poète Provençal, né à Sifteron, & mort à Tarascon, vivait dans le XIII$^{e}$ siècle. Il eut une *Dame de ses pensées*, suivant la coutume de son siècle, & fit toute sa vie des vers pour elle. En mourant, il laissa ses vers à un de ses amis, pour les remettre à sa maîtresse; mais cet infidèle ami les vendit à un rimailleur d'Uzès, qui les publia sous son nom. Ce p agis A L B 127 nyant été découvert, le plagiaire fut fouetté : c'étoit alors la peine de ces larcins littéraires. I. ALBERTI, (Léandre) Bolonois, fut provincial des Dominicains, parmi lesquels il s'appliqua à faire fleurir la science & la piété. Il a publié, 1° Une *Histoire des hommes illustres de son ordre*, 1517, in-fol. 2° Une *Description de l'Italie*, 1596, in-4° pleine de recherches & de contes. 3° Quelques *Vies particulières*. 4° L'*Histoire de Bologne*, sa patrie, imprimée avec les cinq livres d'additions de *Caccianemici*, Bologne in-4° Il mourut en 1552, à 74 ans. *Kiriander* a traduit en latin sa *Description de l'Italie*.
II. ALBERTI, (André) est auteur d'un *Traité de Perspective*, imprimé en 1670, in-fol. en latin, à Nuremberg. Cet ouvrage fut estimé dans son temps.
III. ALBERTI, (Jean) surnommé *Widmanstadius*, jurisconsulte Allemand très-favant dans les langues Orientales au xvi$^{e}$ siècle, donna un *Abrégé de l'Alcoran* avec des notes critiques : ouvrage qui lui mérita le titre de chancelier d'Autriche & de chevalier de S. Jacques. Il publia in-4°, en 1556, un *Nouveau Testament* en Syriaque à l'usage des Jacobites, aux dépens de l'empercur *Ferdinand I*. On n'y trouve point la 2$^{e}$ Epître de *St. Pierre*, la 2$^{e}$ & 3$^{e}$ de *St. Jean*, celle de *St. Jude*, ni l'*Apocalypse*. On n'en tira que mille exemplaires, dont l'empercur gardé 500 ; les autres passèrent en Orient. On ne peut rien voir de plus beau, ni de mieux proportionné, dit *Simon*, que les caractères de cette édition. Il composa encore une *Grammaire* *Syriaque*, dont la préface est curieuse.
IV. ALBERTI ou DE ALBERTIS, (Léon Baptiste) architecte, peintre & mathématicien né à Florence en 1398, d'une noble & ancienne famille, surnommé par quelques écrivains le *Virtue Florentin*. Après avoir reçu à Bologne le degré de docteur en droit civil & canonique, il fut ordonné prêtre. Le Sacerdoce ne l'empêcha pas de cultiver sa science favorite, l'Architecture. Il bâtit à Mantoue la grande église de S. André, & à Rimini celle de S. François. A Florence, il fut l'architecte du beau palais de *Rucelai*, & se signala par d'autres ouvrages du même genre à Rome & dans d'autres villes d'Italie. Il mourut en 1485, avec la réputation d'un homme modeste, patient & désintéressé. Il souffrit les contradictions de ses censeurs, & se soumit avec plaisir aux critiques de ses amis. On a de lui divers écrits sur la peinture, la sculpture & l'architecture. Son ouvrage le plus confidérable & le plus connu est un traité *De Architectural*, *feu de re adificatoria*, en 10 vol. dont il y a eu plusieurs éditions. Ce livre, trop loué peut-être par ses contemporains, est encore estimé. Il est en latin; le style en général est net & assez pur. Son *Traité sur la Peinture*, en trois liv., a été réimprimé à la suite du *Virtue* d'Amsterdam 1649, in-fol. Il a été traduit en italien par *Domenichi*. Ses *Œuvres morales*, imprimées à Venise en 1568, in-4° ont de même été traduites en Italien par *Cosme Bartholi*. Son traité de la *sculpture* fut publié à la suite des œuvres de *Léonard de Vinci*, Paris 1631 in-8°. Son *Hecatomphile* est un poème 128 A L B en prose sur l'art d'aimer, traduit en françois en 1534 & en 1544. Il l'a été dernièrement encore dans les mélanges de littérature étrangère publiés en 1785. On a encore de lui une comédie intitulée : *Polidoxeos* qu'*Alde-Manuce* publié en 1588 comme l'ouvrage d'un *Lepidus*, ancien poète comique. L'auteur l'avait cependant avouée, ce n'était pas son meilleur ouvrage : elle est en prose latine. V. ALBERTI, (Jacques) de Bologne, jurisconsulte qui vivait vers l'an 1420, a écrit un *Traité* sur les différences entre le droit canonique & le droit civil. On en trouve un long extrait dans les œuvres de *Barthole*.