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03.0 Dictionnaire historique — VI – ALSAHARAVIUS

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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VI. ALBERTI, (Louis) né à Padoue en 1560 se fit hermite, de l'ordre de St. Augustin, & devint professeur de théologie dans la célèbre université de sa patrie. Il a fait imprimer plusieurs traités latins, sur la prédestination & la réprobation, sur l'ouvrage des six jours, sur la présence réelle &c. Il mourut en 1628.
VII. ALBERTI, (Romain) né dans la petite ville de *Borgo-San-Sepulcro*, fut secrétaire de l'académie de dessin fondé à Rome en 1593 par le peintre *Frédéric Zucchiro* d'Urbin. *Alberti* a écrit l'histoire de l'origine & des progrès de cette académie, & un traité de l'excellence de la peinture. Ce dernier ouvrage fut composé sur l'invitation de l'académie de peinture de Rome.
VIII. ALBERTI, (Jean-Baptiste) né à Savonne dans le 17$^{e}$ siècle, entra dans la congrégation des Sommaïques, & publia plusieurs ouvrages dont les principaux sont : 1$^{o}$ *Poésies fâssées & morales*, en italien ; 2$^{o}$ *Vie de St. Mayeul*, abbé de Cluny, en latin ; 3$^{o}$ *Discours sur l'origine & l'établissement des académies*, en italien.
IX. ALBERTI - ARISTOTILE, autrement appelé *Ridolphe-Fioraventi*, célèbre mécanicien, né à Bologne, vivait dans le xvi$^{o}$ siècle. On attribue des choses étonnantes à cet artiste. Il transporta à Bologne, le clocher de Ste Marie *del Tempio*, avec toutes ses cloches, à une distance de 35 pas. Il redressa dans la ville Cento celui de l'église de S. Blaise, qui penchoit de 5 pieds & demi. Appelé en Hongrie, il construisit un pont très-ingénieux, & fit beaucoup d'autres ouvrages, dont le souverain de ce pays fut si fatissait, qu'il le créa chevalier, lui permit de battre monnoie & d'y mettre son empreinte. Il fut aussi employé par *Jean Bafle*, grand duc de Moscovie, à la construction de plusieurs églises. I. ALBERTINI, (Paul) né à Venise en 1430, prit l'habit de Servite & devint évêque de Torcello, après s'être distingué dans la prédication ; il mourut en 1475, laissant plusieurs écrits latins sur la *connoissance de Dieu, l'origine & les progrès de l'ordre des Servites* ; enfin une explication de plusieurs passages du *Dante. Poésievin* a faussement attribué dans son *Apparat sacré* ces deux premiers ouvrages à *Paul Nicoletti*.
II. ALBERTINI, (François) Calabrois, se démit d'une riche abbaye pour se faire Jesuite. Il mourut en 1619. Nous avons de lui : I. Une *Théologie*, en 2 vol. in-fol. où il veut concilier la théologie avec la philosophie. II. Un traité *De Angelo Custode*. Il s'efforce de prouver dans ce livre livre que les animaux ont des Anges gardiens. I. ALBERTINO, (Edmond) ministre Calviniste de Charenton, né à Châlons-sur-Marne en 1595, & mort à Paris le 5 Avril 1652. On a de lui un traité contre l'Eucharistie, qui fit grand bruit dans le temps. Il fut publié par Blondel, & solidement réfuté dans l'ouvrage de la Perpétuité de la Foi.
II. ALBERTINO, (François) Florentin, né au commencement du seizième siècle, dédia au pape Jules II, un Traité sur les merveilles de l'ancienne et de la nouvelle Rome. On a encore de lui un Eloge historique de Florence & de Savonne.
ALBI, (Henri) né à Bolène dans le comtat Venaissin, prit l'habit de Jésuite en 1606. Il fut élevé aux charges de son ordre, dont il se fraya la voie, en enseignant la philosophie & la théologie. Il mourut à Arles en 1659, après avoir publié : I. L'Histoire des Cardinaux illustres qui ont été employés dans les affaires d'Etat, 1653, in-4°, livre écrit d'un style pesant, & qui ne rachète pas son peu d'élégance par son exactitude. II. Plusieurs Vies particulières, qui méritent la même censure. III. L'Anci-Théophile Paroissial, in-12; ouvrage plein d'emportement, qu'il opposa au Théophile Paroissial... Dupuy, curé de St.-Nizier de Lyon, lui répondit avec la même vivacité.
ALBICANTE, (Jean Albert) poète Milanois, vivait au milieu du seizième siècle. Il eut de grandes querelles littéraires avec Doni & Pierre Aréin; mais il se réconcilia ensuite avec eux. Outre beaucoup de poésies, Albicante a laissé une Histoire de la guerre de Pié- mont, & une Relation de l'entrée de Charles V à Milan.
ALBICUS, archevêque de Prague, avait été élevé à cette dignité par Sigismond, roi de Bohème. Il fit autant de tort à l'église par sa facilité à l'égard de l'hérédierque Jean Hus & des autres disciples de Wiclef, que son prédécesseur Stineon lui avait fait de bien par sa vigilance à s'opposer aux erreurs de cette fêche dangereuse. L'avarice d'Albicus était si grande, qu'il ne voulait pas même confier la clef de sa cave à qui que ce fût. Il n'avait pour tout domestique qu'une vieille servante, qu'il laissait mourir de faim; & il n'osoit entretenir des chevaux pour son usage, à cause de la dépense que cela lui aurait occasionné. Il a composé trois traités de médecine sous les titres suivants : Praxis medendi; Regimen sanitatis; Regimen pestilentiæ; imprimés à Leipzig 1484, in-8°, longtemps après la mort de l'auteur.
ALBIN, Voy. ALBINUS. I. ALBIN, (Bernard) dont le vrai nom était Weiss, né l'an 1653 à Deffaw dans la principauté d'Anhalt, fut un des plus célèbres médecins de son temps. Après avoir reçu les honneurs du doctorat en médecine dans l'université de Leyde, il se mit à voyager dans les Pays-Bas, en France et en Lorraine. A son retour, il fut nommé professeur à Francfort-sur-l'Oder en 1680 : puis, l'an 1702 dans l'université de Leyde, où il mourut le 7 Décembre 1721, âgé de près de 69 ans. L'électeur Frédéric de Brandebourg en faisoût beaucoup de cas. Il lui donna un canonicat à Magdebourg; mais ce médecin ne pouvant concilier sa place de professeur avec celle de chanoine, il remit celle-ci à un autre, avec l'approbation de l'électeur. Il a composé un grand nombre de Traités sur diverses maladies, dont on peut voir la liste dans la Bibliothèque de la médecine ancienne & moderne, de M. Carrère.
II. ALBIN, (Bernard-Sigefroi) fils du précédent, professeur de médecine à Leyde, né en 1683, est mort en 1721: il s'étoit marie, à l'âge de 73 ans, à une jeune fille. Il fut sans contredit un des plus grands maîtres en anatomie. S'étant appliqué de très-bonne heure à la dissection, il se proposa de donner des planches des muscles, imagina différens moyens de déterminer plus précisément leurs attaches, les fit dessiner par les plus grands maîtres, et surpassa de bien loin tout ce qu'on avoit fait avant lui. Les fruits de sa sagacité furent trois volumes, ornés de figures très-bien gravées. Le premier est une explication des Tables anatomiques de Barthelemi Eustachius, à Leyde 1744, in-fol. Le second offre les Figures des Muscles du corps humain, à Londres 1749, in-fol.; & le troisième roule sur les Os, à Leyde 1753, in-fol. Les explications sont en latin. Il avoit pour frère puiné Christian-Bernard ALBIN, qui s'est également distingué dans la carrière de la médecine en l'université d'Utrecht où il a été professeur. On a de lui: I. L'Histoire naturelle des Araignées & autres Insectes, Londres 1736, in-4°, avec figures. II. L'Histoire naturelle des Insectes d'Angleterre, à Londres 1749, in-4°.
III. ALBIN, (Eléazar) a donné une Histoire naturelle des Oiseaux, avec trois cents six estampes coloriées, traduites en françois par Derham, la Haie 1750, 3 vol. in-4°, moins estimée que celle d'Ewards. Albin a aussi donné l'Histoire des Insectes, Londres 1736, 4 tomes en 2 vol. in-4°.
ALBINE, dame Romaine, illustre par sa piète, vivoit dans le quatrième siècle. Devenue veuve, elle s'occupa à faire germer dans le cœur de sa fille Marcelle, les plus solides vertus; dégoûtée des plaisirs du monde, elle se mit sous la direction de St. Jérôme, à étudier l'écriture et les sévères vérités de la religion chrétienne. St. Jérôme dans sa lettre à Principia, fille de Marcelle, dit qu'Albine avoit tant d'esprit & de pénétration, que lorsqu'il lui lisoit quelques-uns de ses ouvrages, il la regardoit moins comme son disciple que comme son juge.
ALBINOVANUS, (C. Pedo) Poète Latin, qui vivoit environ trente-cinq ans avant l'ère chrétienne. Il a été loué par Annaus Sénéque & par Ovide, qui lui donne le titre de Divin dans sa dernière élégie de Ponto. On doit à ce Poète, I. Des Epigrammes, dont Martial fait mention. II. Deux élégies; l'une sur la mort de Drujus, l'autre sur celle de Mézène. Jean-le-Clerc les fit imprimer en 1702, in-8°, & 1715, in-12, à Amsterdam, sous le nom de Théodore Gorallo, avec un commentaire assez diffus. III. Un poème imparsait sur le voyage maritime de Germanicus. On ne doit pas le confondre avec un autre ALBINOVANUS, surnommé Celfus, dont Horace parle comme d'un plagiaire, dans son Art poétique. Dacier ne l'a pas distingué du précédent. I. ALBINUS, simple citoyen Romain, d'une famille Plébérienne, fuyoit de Rome avec sa famille pour ne point tomber entre les mains des Gaulois qui la facea-geoient. Ayant rencontré dans sa route les *Vessales* qui emportaient les vases facrés, il fit descendre de sa voiture sa femme & ses enfans pour y faire monter les prêtresses de *Vesta*. Cet acte de piété fut loué de tout le monde.
II. ALBINUS, qui fut confus avec *Lucullus* l'an 151 avant J. C., avoit écrit l'*Histoire Romaine* en grec. *Cicéron* dit qu'il avoit des connoissances, & que son style étoit doux & coulant. *Caton* au contraire le railloit de ce qu'il avoit écrit l'histoire de son pays en grec, pouvant la faire beaucoup mieux en latin... *Plutarque* rapporte d'un autre *ALBINUS* qui avoit été Préteur, qu'ayant été envoyé en députation de la part du peuple Romain vers *Sylla* pendant la guerre sociale, les soldats de ce général se faisirent de lui, & le firent expirer sous les coups de fouet.
III. ALBINUS, passa pour le négociant le plus instruit, & le caiculateur le plus expert de l'ancienne Rome. *Horace* en a fait mention dans son *Art poétique*.
IV. ALBINUS, (Elius) poète épique de Rome, célébra dans ses poèmes, les trois triomphes du Grand *Pompée*. *Cicéron* & *Lucullus* ont vanté son savoir & sa profonde connoissance de l'histoire & de la langue Grecque. V. ALBINUS, (Clodius) fut Sénateur Romain, sous l'empire, de *Septime Sévère*. Il avoit écrit en vers des *Fables Miléennes*, & des *Géorgiques*. L'empereur, dans une lettre qu'il écrivit au Sénat, le critiqua d'avoir trop pris *Apulée* pour modèle.
VI. ALBINUS, (Cécina) littérateur Romain, dont *Macrobe* fait mention dans ses *Saturnales*, & *Németien* dans son *Itinéraire*. L'empereur *Honorius* lui adressa la dernière loi du code de *Navicularis*.
VII. ALBINUS, (*Decius Claudius-Septimius*) ne a Adrumette en Afrique, d'une famille illustre, reçut une excellente éducation, & porta les armes de bonne heure. *Marc-Aurèle* le mit à la tête de ses armées & l'honora du consulat. *Commodé* l'ayant fait général des légions des Gaules, il remporta plusieurs victoires, qui lui méritèrent le gouvernement de la Grande-Bretagne. Enfin, *Septime Sévère* le nomma César. *Albin* ne se contentant pas de ce titre, se fit couronner empereur dans les Gaules où il avoit passé avec son armée. *Sévère* marcha contre lui & l'atteignit. Une sanglante bataille, donnée près de Trévoux, le 19 Février 197, décida de l'empire de l'univers entre ces deux puissans rivaux. *Albinus* fut défait & contraint de se donner la mort. *Voy. SÉVÈRE*. Tous ses amis & ses parens périrent du dernier supplice. Cet usurpateur étoit digne d'un meilleur fort; il avoit quelques vertus & du courage. Il menoit une vie retirée, sans faîte & sans débauche: mais la solitude rendoit son caractère mélancolique & son humeur fâcheuse. On dit qu'il mangeoit prodigieusement. Son règne ne fut que d'environ quatre ans.
VIII. ALBINUS, (Pierre) poète & historien Allemand du 16 siècle, naquit à Schneeberg en Mifnie. Son nom étoit *Weiss*, c'est-à-dire *Blanc* en allemand; mais il le changea en celui d'*Albinus*. Il fut professeur de poésie & de mathématique dans l'académie de Wittemberg; puis secrétaire de l'élec- 1 2 teur à Drefde, où il donna en 1589 in-fol. une seconde édition de sa Chronique de Miffrie, qu'il avoit deja publiée à Wittemberg en 1580 avec succès. Il est encore auteur de quelques autres ouvrages historiques, estimés des Allemands. Ses Poésies latines sont imprimées à Francfort, 1612, in-8.°
ALBION & BERGION, (Mythol.) Géans, enfans de Neptune, eurent l'audace d'attaquer Hercule, & voulurent l'empêcher de passer le Rhône. Ce héros ayant épuisé contreux ses flèches, Jupiter les accabla d'une grêle de pierres. Le champ où les pierres tombèrent, fut appelé Campus lapideus. Telle est la fable que les anciens ont imaginée pour expliquer comment s'étoit formée une plaine de cent étades d'étendue en tout sens, qui se voit en Provence entre Arles & Marseille, laquelle est couverte de pierres d'égale grosseur, dont chacune peut remplir la main. C'est aujourd'hui la Crau, petit pays de Provence, vers l'embouchure du Rhône. I. ALBIZI, ou DE ALBIZIS, appelé autrement BARTHELEMI de Pise, naquit à Rivano dans la Toscane. Il se fit Cordelier, & s'illustra dans son ordre par son livre Des Conformités de St. François avec J. C. Le chapitre général assemblé à Assise en 1399, auquel il présenta cette production singulière, lui fit don de l'habit complet que le Saint Fondateur avoit porté pendant sa vie. Le bon Albizi ne fait pas difficulté de mettre St. François au-dessus de tous les Saints & à côté de J. C. Il mourut à Pise en 1401. La 1re édition de son fameux ouvrage, fut faite à Venise in-fol. sans date & sans nom d'imprimeur, sous ce titre : Liber Conformitatum Sancti Francisci cum Christo. La seconde, de 1510, en caractères gothiques, à Milan in-fol. est de 256 feuillets. François Zeno ou Zeni, vicaire général des Franciscains Italiens, l'orna d'une Preface. La 3e édition se fit encore à Milan en 1513, in-fol. caractères gothiques, avec une nouvelle Preface de Jean Mappelli, Cordelier. Ces trois éditions sont rares, & l'on n'en trouve guères d'exemplaires qui ne soient mutilés. Jérémie Bucchi, autre Cordelier, en donna une nouvelle édition à Bologne en 1590; mais il fit bien des retranchemens, & ajouta à la fin un Abrégé historique des Hommes illustres de l'ordre de St. François. Cette édition n'ayant pas été vendue, on la reproduisit en 1620, & pour la masquer, on changea les deux premiers feuillets. On y trouve l'approbation du chapitre général des Franciscains, datée du 2 Août 1399. Ce même livre fut réimprimé à Cologne en 1632 in-8.° sous le titre de : Antiquitates Franciscanæ, sive Speculum vitæ beati Francisci & sociorum, &c. On fit dans cette édition des changemens très-confidérables. Le Pere Valentin Marée, récollet, en a donné une édition refondue & retouchée à Liege en 1658 in-4.° sous ce titre : Traité des conformités du Disciple avec son Maître ; c'est-à-dire de François avec Jésus-Christ, en tous les Mystères de sa naissance, vie, passion, mort, &c. Quoique le Récollet ait retranché quelques extravagances de ce chef-d'œuvre d'impertinence, il y en a encore assez pour amuser ceux qui le voudroient lire : (Voy. IX. ALBERT.) On attribue encore à Barthelemi Albizi : I. Six livres De la vie & des louanges de la Vierge, ou Les Conformités de la Vierge avec J. C. Venise 1596, in-4.° II. Des Ser- Mont pour le Carême, sur le mépris du monde, Milan 1498, in-4. & Breffe 1503, in-8. III. Enfin, La Vie du B. Gerard, laïc, manuscrit. Tous ces ouvrages font en latin.
II. ALBIZI, (François) de Césène, cardinal, mourut en 1684, âgé de 91 ans. Il dressa la Bulle contre le livre de *Iansénius* sous *Urbain VIII*.
ALBO, Voyez X. JOSEPH.
ALBOHACEN, Voyez FERDINAND V, le Catholique.
ALBOIN, *Albovinus*, roi des Lombards, étoit fils d'Audoin, auquel il succéda. Il régna d'abord dans la Pannonie. Le général *Narsès* voulant se venger de l'empereur *Justin II*, l'engagea de passer en Italie avec ses soldats, & la plus grande partie de ses sujets, leurs femmes & leurs enfans. Il abandonna en 568 la Pannonie aux Huns, à condition qu'ils lui rendroient ce pays, s'il étoit obligé de revenir. *Alboin* n'ayant trouvé aucun obstacle sur sa route, pénétra en Italie par le Tirol, & se rendit maître d'Aquilée, du Fréoul, de Trévière, de Padoue, de Mantoue, de Crémone, de Vicence, de Vérone, &c. La Ligurie fut obligée peu de temps après de reconnoître ses lois. S'étant rendu maître de Milan, il fut proclamé roi d'Italie en 570, & Pavie dont il fit la conquête, devint la capitale de ses états. Le vainqueur ne fongéoit qu'à établir la paix & le bon ordre, lorsqu'il périt par la vengeance de *Rosemonde* son épouse, en 573. Avant que d'entrer en Italie, il avoit remporté une victoire éclatante sur les Gépides qu'il affujetoit, & tué dans le combat leur roi *Ganimond* ou *Cunimond*. Son animosité n'étant pas encore satisfaite, il A L B 133 convertit le crâne de ce roi malheureux eu une coupe, dans laquelle il buvoit ordinairement. Il voulut faire boire dans cette odieuse coupe *Rosemonde*, fille du *Ganimond*, qu'il avoit épousée après la mort de ce prince. L'horreur que cette proposition lui inspira, fut si forte, qu'elle le fit poignarder : (*Voyez ROSEMONDE.*) Ce fut sous le règne d'*Alboin*, que les Lombards commencèrent à se distinguer par des exploits contre leurs voisins, ou par des alliances avec les couronnes étrangères. Il avoit épousé en premières noces *Clodovine*, fille de *Clotaire I*, roi de France. A quelques actions de cruauté près, il joignit la sagesse dans le gouvernement, à la valeur & à l'expérience dans l'art militaire. On lui attribue l'invention de plusieurs fortes d'armes inconnues jusqu'à lors, & dont l'usage se conserva long-temps après lui. Il avoit secondé *Narsès* contre les Goths; & tant que ce général conserva son crédit à la cour de Constantinople, les Lombards furent toujours prêts à servir l'empire. I. ALBON, (Jacques d') marquis de *Françac*, connu dans l'histoire sous le nom de *Maréchal de Saint-André*, descendoir d'une ancienne famille du Lyonnois. *Henri II*, qui l'avoit connu étant dauphin, & qui n'avoit pu le connoître sans l'aimer, tant à cause de sa valeur, que des agrémens de son caractère & de sa figure, le fit maréchal de France en 1547, & premier gentilhomme de sa chambre. Il avoit donné des preuves de son courage au siège de Boulogne, & à la bataille de Cérisole en 1544. *François de Bourbon*, comte d'Enguier, qui commandoit l'armée, jaloux des louanges qu'on 134 A L B donnoit à la bravoure de St.-André, acharné à poursuivre les ennemis, dit à ses officiers : Qu'on le fasse retirer, ou qu'on me permette de le suivre. Le maréchal s'illustra encore plus en Champagne, où il eut le commandement de l'armée en 1552 & 1554. Il eut beaucoup de part à la prise de Marienbourg, il ruina Cateau-Cambres, & se couvrit d'une gloire immortelle à la retraite du Quesso. Il se distingua à la bataille de Renti, & fut moins heureux à celle de St.-Quentin en 1557, où il fut fait prisonnier. Il contribuait beaucoup à la paix de Cateau-Cambres. Ce maréchal, sur la fin de ses jours, se jeta dans le parti des Guises; & combattit avec eux en 1561, à la bataille de Dreux, où il fut tué d'un coup de pistolet par un nommé Bobigni de Mézières, qu'il avait eu autrefois à son service, mais qui l'avoit quitté non-feulement à cause des railleries piquantes dont il l'accabloit, mais parce qu'il l'avoit dépouillé de ses biens. Le maréchal avoit eu un pressenti-ment de sa mort. « Le matin avant » la bataille, dit Brantôme, il » vint trouver M. de Guise dans » sa chambre, & en entrant il de- » manda au brave Tranchellion qui » en sortoit, ce que M. de Guise » faisoit? Il lui dit qu'il venoit » d'ouir la messe & faire ses pa- » ques.—Ah Dieu ! dit-il, que n'en » ai-je fait autant, & que ne me suis-je » mieux préparé ! car le cœur me » dit que j'aurai aujourd'hui je ne sais » quoi. » Les Calvinistes qui ne l'aimont pas, l'appelloient l'Ar- quebuser du Ponant. Quoique le maréchal St.-André aimait le jeu, la bonne chère, le luxe, les fem- mes, enfin tous les plaifirs, il étoit, un jour de bataille, capitaine & foldat. C'étoit le cavalier le plus aimable de son temps. Sa politeffe égaloit l'urbanité grecque & romaine. Il fut un des trium- virs, qui, après la mort de Henri II, furent les maîtres du gouvernement quatre ou cinq ans, malgré Catherine de Médicis. Il n'eut de son mariage avec Louise de Lufrac, qu'une fille, morte fort jeune au monastère de Lougchamp, dans le temps qu'on la destinoit à épouser Henri de Guise, qui depuis fut tué à Blois. La veuve du maréchal d'Albon avoit espéré d'épouser en secondes noces le prince de Condé, auquel elle donna sa terre de Valery. Mais ce prince ayant donné la préférence à une sœur du duc de Longueville, elle se remaria à Charles de Caumont, marquis de Castelnau, dont elle eut une fille. Antoine d'ALBON, parent du maréchal, fut comme lui gouverneur de Lyon, & s'y distingua par son zèle contre les Calvinistes. Il eut plusieurs ab- bayes, & devint archevêque d'Ar- les, puis de Lyon. Il mourut le 24 Septembre 1574.
II. ALBON, (Camille d') def- cendoit du précédent. Il naquit à Lyon en 1753, & mourut à Paris à la fleur de son âge en 1788. Ses écrits, son attachement à Quessay, chef des économistes, la- teiculture honorable qu'il accorda dans sa terre de Franconville au sa- vant Court de Gebelin, lui acquirent de la célébrité. Elle fut obscurcie par des idées quelquefois singu- lières, un peu de bizarrerie dans le caractère, & une affectation mar- quée de misantropie. Poiseleur de la seigneurie d'Ivetot, il fit construire dans cette petite ville de Normandie, des halles pour les foires, où il auroit pu se dis- penser de faire placer cette inscrip- tion trop vaine : Gentium commodo, Camillus III. Cet écrivain étoit de A L B 135 l'académie de Lyon, sa patrie. On lui doit, I. Des Poésies fugitives très-médiocres. II. L'Éloge de Quessay, où l'on trouve de l'intérêt & de la sensibilité. III. Discours sur cette question : Le siècle d'Auguste doit-il être préféré à celui de Louis XIV, relativement aux lettres & aux sciences ? Paris, Moutard, 1784, in-8. IV. Discours sur l'Histoire, le Gouvernement, les Usages, la Littérature & les Arts de plusieurs nations de l'Europe. Paris, 4 vol. in-12. Ce dernier ouvrage est le meilleur de l'Auteur. Il offre de la variété, des vues judicieuses, & une faine philosophie. V. La Paresse, poème en prose in-8. VI. Dialogue entre Alexandre & Cléus, in-8. L'Auteur y condamne la guerre et ceux qui n'acquèrent leur gloire que par des conquêtes, achetees par le sang des hommes. VII. Œuvres diverses lues à l'académie de Lyon, 1774 in-8. VIII. Éloge de Chamouffet, 1776 in-8. IX. Éloge de Court de Gabelin, 1785 in-8. I. ALBORNOS, (Gilles-Alvarez Carillo) né à Cuenca en Espagne, fut archevêque de Tolède. Alfonse II, roi de Castille, lui eut de grandes obligations dans la guerre contre les Maures; mais son successeur, Pierre le Cruel, les reconnut mal. Albornos, qui lui avoit déplu par son zèle contre ses mœurs déréglées, fut obligé de se retirer à Avignon auprès du Clémens VI, qui l'honora de la pourpre. Dès qu'il fut cardinal, il se démit de son archevêché, disant qu'il seroit aussi blâmable de garder une épouse qu'il ne pouvoit pas servir, que l'étoit le roi Don Pèdre de quitter sa femme pour une maitresse. Le pape Innocent VI l'ayant envoyé légat en Italie, il la remit sous l'o- béissance du saint siège, & fit revenir à Rome son successeur Urbain V. Ce pape lui ayant demandé un jour à quoi il avoit employé les grandes sommes qu'il lui avoit fait tenir pour la conquête de l'Italie ? le cardinal ne répondit qu'en lui faisant amener un chariot chargé de clefs & de serrures. Voilà, lui dit-il, à quoi j'ai fait servir votre argent. Je vous ai rendu maître de toutes les Villes dont vous voyez les clefs & les serrures dans ce chariot. Albornos alla passer le reste de ses jours à Viterbe, où il mourut en 1367. Le collège des Espagnols à Bologne est de sa fondation.
II. ALBORNOS, (Diègue-Philippe d') chanoine de l'église de Carthagène en Espagne, publia en Espagnol des Élémens de politique. L'ouvrage étoit imprimé avec peu de soin, lorsqu'il tomba entre les mains du jeune infant Dom Ferdinand, âgé de dix ans, qui, charmé de sa lecture, le transcrivit, & pria le roi son père de le faire imprimer avec plus de netteté. Philippe V, satisfait d'une demande qui prouvoit dans le jeune prince le goût des lettres, & un jugement au-dessus de son âge, chargea Elias Gomez, évêque d'Origuela, de l'édition; & elle parut en deux volumes in-12, imprimés en beaux caractères, dédiés au monarque, sans date ni nom d'imprimeur. Les Élémens de politique d'Albornos sont distribués par ordre alphabétique. A l'article Bonté, l'Auteur examine si une bonté excessive dans un monarque ne peut pas produire autant de maux que la tyrannie; & il prouve sensément que celui qui permet tout & ne punit rien, peut devenir aussi malheureux que celui qui punit tout & ne permet 136 A L B rien. On reconnoitroit aisément dans cet ouvrage qu'Albornoz étoit ecclésiafique; il veut qu'on accorde aux théologiens les plus grands droits, & qu'ils soient toujours consultés pour décider si toute guerre est juste ou injuste, inutile ou nécessaire.
ALBRECHT, V. ADELGREIFF. I. ALBRET, une des plus anciennes maisons de France, tire son nom du pays d'Albret en Gascogne, érigé en duché-pairie par Henri II, l'an 1556, en faveur d'Antoine de Bourbon, père d'Henri IV, & de Jeanne d'Albret son épouse, & échangé en 1642 avec le duc de Bouillon, pour la principauté de Sédan. Cette famille a été l'une de plus fécondes en hommes & en femmes illustres. Les plus connus sont: I. CHARLES d'Albret, connétable de France: (Voyez l'article suivant.) II. LOUIS d'Albret, cardinal estimé & chéri à Rome, où il mourut en 1465. III. JEAN d'Albret, roi de Navarre, dépouillé par Ferdinand d'Aragon en 1512 de la haute Navarre, mort en 1516. Il étoit devenu souverain de ce petit Royaume par son mariage avec Catherine de Foix, reine de Navarre. I V. CHARLOTTE d'Albret, sœur de Jean, mariée à César de Borgia, fils du pape Alexandre VI, épouse vertueuse d'un mari scélérat. V. JEANNE d'Albret, mère de Henri le Grand: (V. JEANNE VI.) VI. Le maréchal d'Albret, dont nous parlerons plus bas au n° III.
II. ALBRET, (Charles Sire d') refusa d'abord la place de connétable que Charles VI lui donna, & ce n'étoit pas sans raison: il n'avoit ni l'expérience, ni la capacité nécessaires pour un si grand emploi. La faction de Bourgogne le lui fit perdre en 1411. Celle d'Or- léans le rétablit en 1414. L'année suivante, Henri V, roi d'Angleterre, ayant assiégé Harfleur, place assez bien fortifiée, à l'embouchure de la Seine; cette ville fut prise d'assaut après deux mois de siège, parce que le connétable ne la fit pas secourir à temps. D'Albret fit encore une plus grande faute. Les vainqueurs affoiblis proposèrent de réparer les dommages qu'ils avoient causés, pourvu qu'on leur permit de se retirer à Calais. Cette offre, toute raisonnable qu'elle étoit, fut rejetée par le connétable, qui ne doutoit pas de leur entière défaite. En effet, les François étant fix contre un, la bataille ne pouvoit pas se perdre, si les chefs qui la commandoient avoient été aussi habiles que les soldats étoient vaillans. Mais d'Albret & ses lieutenants ne furent ni rangés leurs troupes, ni donner les ordres à propos. L'armée Françoise combattit confusément, & fut entièrement défaite près du village d'Azincourt, le 25 Octobre 1415. Il demeura sur la place 12,000 François, parmi lesquels on trouva le connétable. Ce général n'étoit ni craint ni aimé, & il n'étoit pas fait pour l'être. Son fils épousa la fille de l'infortuné Jean de Montagu... Etienne, bâtard d'Albret, grand-oncle de Henri IV, étoit trisaïeul du suivant.
III. ALBRET, (César-Phébus d') comte de Miossans, descendoit d'Etienne, bâtard d'Albret son bisateul & de Françoise de Béarn, dame de Miossans, épouse d'Etienne. Il apprit la guerre en Hollande, & y servit long-temps à la tête d'un régiment d'infanterie. Revenu en France, il fut fait maréchal de camp en 1646, & se trouva peu après aux sièges de Mardick & de Dunkerque. Le zèle qu'il témoigna. pour la reine-mère *Anne d'Autriche*, & pour le cardinal *Mazarin* pendant les troubles de la Fronde, contribua, autant que ses services, à lui mériter le bâton de maréchal de France : il le reçut le 15 Février 1654, & en fut décoré jusqu'en 1676, qu'il mourut à 62 ans, avec la réputation d'un esprit enjoué, fin & délicat. *St.-Evremond & Scarron* l'ont célébré sous le nom de *Mioffans*, qu'il portait alors. Il avait fait époufler sa fille à *Charles Amanjou* d'*Albret* son neveu, tué en 1678 dans le château du marquis de *Bussi*, en Picardie, & le dernier mâle de cette maison illustre.
ALBRIC, philosophe & médecin, né à Londres, vivait vers 1087. *Balée* cite de lui les ouvrages suivants : I. *De origine Decorum*. II. *De ratione veneni*. III. *Virtutes Antiquorum*. IV. *Canones speculativi*. Son Traité de l'*Origine des Dieux* se trouve dans les *Mythographi Latini*, Amsterdam 1681, 2 vol. in-8.$^{o}$
ALBUCASSIS, *Voyet* ALSAHARAVIUS.
ALBUCIUS, père de la forcière *Canid'e*, étoit si avare, dit *Horace*, que lorsqu'il envoyaient ses esclaves au marché, il les menaçait de les faire mourir, s'ils achetaient quelque chose qui ne fût pas de son goût.
ALBUMAZAR, philosophe, médecin & astrologue du 9$^{e}$ siècle, Arabe de nation, mais élevé en Afrique. Ses Ouvrages ont été imprimés en latin à Venise, 1586, in-8.$^{o}$ Celui *De la révolution des Années*, l'a fait regarder comme un des grands astronomes de son temps.
ALBUNÉE, (Mythol.) Sybille, qui rendoit ses oracles dans les fo- forcés de Tybur, aujourd'hui *Tivoli*. Quelques-uns croient que la Déesse qu'on réveroit sous ce nom dans ces mêmes forêts, étoit *Ino*, femme d'*Athamas*. I. ALBUQUERQUE, (Alfonse duc d') étoit d'une famille de Lisbonne, qui tiroit son origine des enfans naturels des rois de Portugal. Vice-roi des Indes Orientales, sous *Don Emmanuel* roi de Portugal, il établit la domination de ce prince dans le pays où il avait été envoyé. Son premier exploit fut de conquérir Goa, place importante qui devint le centre d'une partie du commerce des Portugais. *Albuquerque* vouloit assurer à sa nation celui des Indes & des pays voisins. Il fit diverses expéditions sur les côtes; & après s'être enfoncé bien avant dans la mer Rouge, il fut obligé de revenir sur ses pas avec sa flotte, qui avait souffert de grandes incommodités, & couru de continuels dangers. Son courage n'en fut pas abattu. Il asséga en 1597 Ormus dans le golphe Persique. Il somma le roi de cette isle de se rendre tributaire du Portugal, comme il l'étoit de la Perse. Après quelques mois de résistance, la ville & l'isle furent obligées de se rendre. Le roi de Perse envoya demander un tribut au vainqueur, qui fit apporter devant les ambassadeurs, des boulets, des grenades & des fibres. *Voilà*, leur dit-il, *la monnaie des tributs que paye mon maître*. La puissance Portugais étoit solidement établie dans les golphes d'Arabie & de Perse, sur la côte de Malabar; il songea à l'étendre dans l'Orient de l'Asie. Il se présenta au commencement de 1511 devant Malaca, qui par sa situation étoit le plus considérable 138 A L B marché de l'Inde. Il avoit déjà tenté d'avoir cette place. Son ami Araujo, qui avoit pris part à la première expédition, avoit été fait prisonnier. Les afflégés menaçent de le faire périr au moment où commenceroit le fège. Albuquerque, né avec un cœur sensible, étoit arrêté par le danger de son ami, lorsqu'il en reçut ce billet: Ne pensez qu'à la gloire & à l'avantage du Portugal : si je ne puis être un instrument de votre victoire, que je n'y fais pas au moins un obstacle. La place fut attaquée, & prise après bien des combats sanglans, douteux & opiniâtres. On y trouva des traitors immenses, de grands magasins, & tout ce qui pouvoit rendre la vie délicieuse. Une citadelle formidable garantit la fiabilité de cette importante conquête. Après la prise de Malaca, les rois de Siam, de Pégu & quelques autres, foit par crainte, foit par intérêt, envoyèrent à Albuquerque des amhasadeurs pour lui offrir leur commerce, & lui demander l'alliance du Portugal. Une escadre, détachée dans ces circonstances de la grande flotte, prit la route des Moluques, & elles ne tardèrent pas de devenir la proie des Portugais. Tandis que les fleutenans d'Albuquerque se signaloient par de nouvelles expéditions, ce général acheva de soumettre le Malabar. Tranquille après tant de succès dans le centre de ses conquêtes, Albuquerque réprima la licence des Portugais, rétablit l'ordre dans toutes les colonies, affermit la discipline militaire, & parut toujours actif, prévoyant, sage, juste, désintéressé, humain. Il mourut à Goa, en 1515, à 63 ans, sans detes & sans argent, & dans la disgrace du roi Emmanuel, auquel on l'avoit rendu suspect. Les Indiens, long-temps après sa mort, alloient à son tombeau pour lui demander justice des vexations de ses successeurs. Ses belles actions lui firent donner les noms de Grand & de Mars Portugais.
II. ALBUQUERQUE, (Blaise d') fils du précédent, né l'en 1500, fut élevé aux premières charges du royaume de Portugal, & prit, après la mort de son père, le nom d'Alfonsé, à la recommandation d'Emmanuel roi de Portugal, qui reprétoit beaucoup le célèbre vice-roi de ce nom. Blaise publia en langue Portugais des Mémoires de ce que son père avoit fait : ces Mémoires furent imprimés à Lisbonne en 1576.
III. ALBUQUERQUE COELHO, (Edouard d') marquis de Batto, comte de Fernambouc dans le Brésil, chevalier de Christ en Portugal, & gentilhomme de la chambre du roi Philippe IV, a écrit un Journal de la guerre du Brésil, commencée en 1630. Il mourut à Madrid l'an 1658. I. ALBUTIUS, (Titus) Philosophe Epicurien, né à Rome, s'attacha tellement aux manières Grecques dans un voyage qu'il fit à Athènes, qu'il ne voulut plus passer pour Romain ; comme certains imbéciles de nos jours, qu'on voit afficher l'Anglomanie. Scavola, pour se moquer de ce ridicule, ne le falluait qu'en Grec. Albutius, Grec ou Romain, fut pro-préteur en Sardaigne ; il chassa les brigands de cette ifte, & le devint lui-même. Le sénat le bannit comme concussionnaire. Il se retira à Athènes, où l'on croit qu'il mourut.
II. ALBUTIUS, (Silus) célèbre Rhéteur & Orateur Romain, naquit à Novare, ville de la Lombardie, sous l'empire d'Auguste. Il devint édile dans sa patrie, & remplit cet office avec impartialité; mais dans une révolte populaire, il fut arraché de son tribunal & livré aux injures publiques. *Albutius* ne s'en vengea qu'en sortant de la ville, & en allant à Rome briller sur un plus grand théâtre. Il y fut ami de *Munatius Plancus*, orateur distingué, & y suivit ses traces au barreau. Jamais on ne vit plus d'affluence au *Forum*, que lorsqu'il s'y fit entendre. Dans sa vieille, tourmenté d'un abcès dans la poitrine, il se détermina à retourner dans son pays natal. Là, il fit assembler les Novariens, pour leur annoncer que pour s'affranchir des maux qu'il souffroit, il alloit se donner la mort, & il exécuta ce dessein, en se privant de tout aliment. *Suétone*, dans son *Traité* des Orateurs célèbres, *Eromagiani*, dans son *Histoire* des suicides remarquables, ont fait mention d'*Albutius*. Cet orateur avoit publié un *Traité* sur la Rhétorique, dont *Quintilien* a fait l'éloge, liv. 2.
ALCAÇAR, (Louis) Jésuite Espagnol, né & mort à Séville, floriffoit au commencement du 17$^{e}$ siècle. On publia en 1614, à Anvers, avec ses autres ouvrages, un gros *Commentaire* in-fol. en 2 vol. sur l'*Apocalypse*, qu'il n'entendoit pas mieux que tant d'autres qui se sont mêlés de l'expliquer. Son ouvrage a pourtant eu plusieurs éditions.
ALCADINUS de Syracuse, médecin célèbre, enseigna son art dans l'école de Salerne, & s'y fit aimer de l'empereur *Frédéric II*. On lui doit, I. Un traité *De Balneis Puccolanis*. II. Une *Relation* des victoires de l'empereur *Henri* roi de Naples. III. Une autre de la vie de *Frédéric II*. Ces deux derniers ouvrages sont aussi en latin. *Alcadinus* mourut dans le 12$^{e}$ siècle.
ALCALA, (Rivera duc d') fut vice-roi du royaume de Naples sous *Philippe II* roi d'Espagne, & mérita, par sa prudence & la douceur de son gouvernement, l'amour des peuples. Tous les fléaux assiégèrent Naples de son temps: il les surmonta par son courage. Une disette affreuse fut modérée par d'immenses achats de grains; une peste dévorante fut arrêtée dans les progrès; les Turcs qui avoient fait une descente sur les côtes furent repoussés; des troubles pour cause de religion s'appaisèrent par ses soins; Matthieu *Bérardi*, que des séditieux avoient mis à leur tête, sous le titre du roi *Marcon*, disparut. Le duc d'*Alcala* mourut en 1571, laissant environ cent décrets utiles pour la réforme des abus, & qui amenèrent le bonheur des Napolitains. I. ALCAMÈNE, IX$^{e}$ roi de Sparte, connu dans l'histoire par ses *Apophthegmes*, vivoit vers l'an 800 avant J. C. Il disoit que, pour conserver la République, il ne falloit rien faire en vue de l'intérêt. Comme on lui demandoit pourquoi il vivoit en monarque pauvre, quoiqu'il fût riche? il répondit: *Qu'un homme riche acquéroit plus de gloire en suivant la raison, qu'en s'abandonnant à sa cupidité*. Ces sentences avoient apparemment plus de sel en grec, qu'elles n'en ont en françois.
II. ALCAMÈNE, sculpteur Athénien, célèbre chez les anciens par sa *Vénus* & son *Vulcain*, vivoit vers l'an 448 avant J. C. On lui a attribué la *Vénus* de la galerie de Versailles. V. PHIDIAS,
ALCANTARA, (Chevaliers d') Voyer GOMES-FERNAND.
ALCATHOUS, (Mythol.) fils de Pélups. Ayant été fortement soupçonné d'avoir eu part à la mort de Chrysippe son frère, il prit la fuite & se retira à Megare. Là il n'a un lion qui avoit dévoré Eurippe, fils du roi, dont il épousa la fille, & auquel il succéda... Homère parle d'un autre ALCATOUS de la ville de Troye, qui avoit épousé Hippodamie, fille d'Anchise, & qui fut tué par Idoménée.
ALCÉE, premier poète Lyrique Grec, étoit de Mitylène. Il fut contemporain de Sapho, et il inventa le vers Alcaique. Il s'adonna aux armes avant que de cultiver la poésie. Il nous reste de lui quelques fragments assez agréables, dans le Corpus Poétarum de Maïtaire, 1714, 2 vol. in-fol. Il nous y apprend que s'étant trouvé dans une bataille, & tremblant comme un poète, il prit la fuite. Il déclamait contre les tyrans Périander & Pittacus, avec une véhémence qui pouvoit plaire à l'antiquité; mais que les modernes, plus délicats, trouvent assez grossière. On dit que Pittacus le paya de ses vers en le faisant mourir, vers l'an 604 avant J. C. Un autre ALCÉE d'Athènes, différent du Lyrique, inventa la tragédie, à ce que dit Suidas.
ALCENDI, (Jacques) Alchindus, médecin Arabe, étoit en réputation vers l'an 1145. Peut-être est-il le même que le fameux Péripatéticien de ce nom, lequel vivait sous le règne d'Almanzor, roi de Maroc; mais il est certainement différent de cet ALCHINDUS, également médecin Arabe & astrologue, qui vivait après le 12e siècle, puisque Averroès fait mention de lui, & qu'il a été fort suspecté de magie. On leur attribue divers ouvrages, dont on peut voir les titres dans la Bibliothèque de la Médecine ancienne & moderne, de M. Carrière.
ALCESTE, (Mythol.) fille de Pélias, & femme d'Admète roi de Theffalie. Ce prince étant tombé dangereusement malade, Alceste confulta l'oracle, qui répondit « qu'il mourroit, si quelqu'un ne subissoit le même fort à sa place. » Personne ne souffrant, Alceste se dévoua elle-même. Hercule arriva dans la Theffalie le jour qu'elle fut sacrifiée. Admète le reçut très-bien, & le logea dans un appartement séparé, afin que ses malheurs ne lui fiffent pas négliger les devoirs de l'hospitalité. Hercule paya bien son hôte; il entreprit de combattre la Mort, & descendit aux Enters, d'où il retira Alceste malgré Pluton, & la rendit à son époux : Voy. ADMÈTE.
ALCIAT, (André) naquit au village d'Alcano, près de Milan, le 8 Mai 1492, d'un riche marchand de cette ville. Après avoir étudié le droit à Pavie & à Bologne, il vint le professer à Avignon, où il eut beaucoup de succès. François I, le père des lettres, l'appella à Bourges pour donner du lustre à cette université entièrement déchue, & lorsqu'il passa dans cette ville, il voulut l'entendre. Alciat ne fut que cinq ans à Bourges, pendant lesquels il acquit beaucoup de gloire. Nous ne pouvons mieux faire connoître ce Jurifconfluté qu'en traduisant un article de Pochier, juge en état de l'apprécier sainement. « Alciat fut le premier qui alla l'enseignement du Droit à celui des Belles-Lettres; mais les premiers essais qu'il en fit à Pavie, & l'élégance qu'il osa mettre dans ses leçons, excitèrent contre lui un violent orage. Les admirateurs de la barbarie des écoles se récrièrent avec fureur contre cette innovation. Obligé de s'enfuir, *Alciat* choisit pour retraite le climat plus tolérant de la Gaule, où, appelés par les largesses de *François I*, les savans affluoient de toutes parts. Ce Protecteur zélé des sciences le nomma Profecteur de Droit civil à l'université de Bourges, la plus célèbre de son siècle, avec mille sept cents écus d'appointement; & *Alciat* vit ses leçons suivies par un concours incroyable d'auditeurs. Le duc de Milan, jaloux de l'acquisition précieuse que la France avoit faite, rappella *Alciat*, qui professa dès lors à Pavie, à Boulogne, à Ferrare, & fut ensuite élevé par l'empereur à la dignité de Palatin. Il mourut à 58 ans comblé de richesses, d'honneur & de gloire. » Quoi-que très-avare, *Alciat* ne l'étoit point pour sa table. Il fouffroit beaucoup des chaleurs de l'été : dans cette saison il ne s'appliquoit jamais à rien de sérieux après ses repas; mais il s'amufoit à jouer ou à lire des livres agréables. On lui appliqua ce que *Cicéron* avoit dit de *Scevola*, qu'il étoit le plus grand Orateur parmi les jurisconsultes, & le plus grand des jurisconsultes parmi les Orateurs. Ses *Emblèmes* l'ont fait mettre au rang des poètes. La morale y est ornée des agrémens de l'esprit. On y trouve de la douceur, de l'élégance & de la force; mais on y fouhaiteroit quelquefois plus de juste & de naturel. On les a traduits en plusieurs langues. Ce fut *Peuinger* qui les publia pour la première fois à Aushbourg, 1531, in-8°; mais l'é- l'édition la plus recherchée est celle de Padoue, 1661, in 4°, avec des commentaires. Ses Ouvrages de jurisprudence furent imprimés en 1571, en 6 vol. in-fol. On ne trouve pas dans ce recueil ses notes sur *Tacite* & sur *Plaute*... *Hifloria encomium*... *Responsa*, Lugduni 1561, in-fol... *Hifloria Mediolanensis*, in-8°, 1625, & dans le *Theaurus Antiquitatum Italiae* de Grævius... *De formulā Romani imperii*, 1559, in-8° *Epigrammata*, 1529, in-8° *André* eut pour neveu François *ALCIAT*, qui professa longtemps la Jurisprudence à Pavie, & que *Paul IV* éleva au cardinalat à la recommandation de *St. Charles*, archevêque de Milan, qui avoit été son élève. *Marc-Antoine Muret* dit que *François Alciat* étoit l'ornement de son siècle & l'appui des gens de lettres. Ce cardinal mourut à Rome en 1580, âgé de 58 ans. *Térence ALCIAT*, Jésuite, fut très-estimé d'*Urbain VII*, qui lui destinoit un chapeau de cardinal lorsqu'il mourut. *Térence Alciat* a publié les *Ailes* du Concile de *Trente*, & quelques autres écrits théologiques.
ALCIBIADE, fils de *Clinias*; Athénien, descendait d'*Ajax* par son père, & avoit du côté de sa mère une origine non moins illustre. Il fut élevé par *Socrate*, & profita bien des leçons de son maître. La nature, en le formant, lui avoit prodigué tous les agrémens du corps & de l'esprit. Son caractère se plioit à tout: philosophe, voluptueux, guerrier, galant à Athènes, sobre à Sparte, fastueux à la cour de *Tisapherne*, sage à l'école de *Socrate*, héros à la tête des armées; *Alcibiade* ne laissa échapper aucune occasion de se distinguer. Il fit sa première campagne l'an 432 avant J. C. & faillit à perdre la vie dans un combat, qui se donna près de Potidée. Ayant été blessé & terrassé, *Socrate*, son maître, le couvrit de son bouclier, & à la vue de toute l'armée, le défendit avec tant de valeur, qu'il empêcha qu'on ne le fit prisonnier, & qu'on ne le dépouillât de ses armes. Quoique le prix de la valeur fût dû à *Socrate*, il contribua par son témoignage à le faire donner à son jeune élève, qui ne tarda pas à remporter plusieurs autres prix aux jeux olympiques. Occupé de jouer un rôle dans la république, il traversa de toutes ses forces l'exécution du traité de paix, conclu par *Nicias* pour mettre fin à la guerre du Péloponnèse. Bientôt les Athéniens, excités par son éloquence, reprennent le projet de s'emparer de la Sicile. *Alcibiade* est nommé général de cette expédition, & on lui donna pour collègues *Nicias* & *Lamachus*, afin que leur prudente lenteur modérât son impétuosité. Tandis qu'on armoit une flotte de cent trente vaisseaux, l'an 415 avant J. C., on trouva les statues de *Mercure*, qui ornoient les carrefours d'Athènes, mutilées & renversées. On accusa *Alcibiade* de ce sacrilège, & les soupçons paroissaient d'autant mieux fondes, que dans des parties de débauche il avoit contrefait les mystères de *Ceres* & de *Proserpine*, & les fonctions de leurs grands prêtres. On alloit lui faire son procès, lorsque les troupes demandèrent avec instance de partir, & de partir avec *Alcibiade*. Arrivé en Sicile, il se rendit maître de Catane par surprise; mais il ne put pouffer plus loin ses conquêtes. Ses ennemis profitèrent de son absence, pour faire continuer les poursuites intentées contre lui. Le peuple irrité lui envoya ordre de venir se justifier; il crut devoir échapper, par la fuite, au sort que la vengeance & le fanatisme lui préparoient. Il fut condamné à mort par contumace; & comme on lui porta cette nouvelle, il dit : *Je ferai bien voir que je suis encore en vie*. Il s'étoit déjà réfugié chez les Spartiates, qui l'avoient reçu à bras ouverts. A Sparte, il changea entièrement sa façon de vivre, & adopta celle des Lacédémoniens, se baignant dans l'eau froide, ne prenant que des aliments grossiers, & paroissant ne plus se souvenir des cuisiniers & des parfumeurs d'Athènes qu'il quittoit. *Socrate*, son maître, n'auroit plus eu raison de lui dire : « *Que s'il se compa- role avec les jeunes gens de Lacé- démone, il seroit un enfant à leur égard* ». *Alcibiade* servit les Lacédémoniens avec la vivacité que donne le ressentiment. Il fit révolter l'isle de Chio & plusieurs autres villes d'Ionie. Les généraux Spartiates, jaloux de cet étranger, inspirèrent tant de méfiance aux magistrats, que ceux-ci ordonnèrent de le faire mourir. *Alcibiade*, averti de cet ordre injuste, se réfugia auprès de *Tifapherne*, fatrape du roi de Perfe, & négocia en même temps son retour à Athènes 408 ans avant J. C. Le peuple Athénien, léger & inconstant, le reçut avec enthousiasme, après l'avoir condamné à perdre la vie. Il l'honora de la couronne d'or, lui rendit ses biens, & ordonna aux prêtres & aux prêtres de combler de bénédictions celui contre lequel ils avoient fait prononcer des anathemes. *Alcibiade* meritoit un tel accueil. Avant que de rentrer dans sa partie, il avoit obligé les Lacédémoniens à demander la paix, & s'étoit emparé de plusieurs A L C 143 villes fur les frontières d'Asie. Quelque temps après, les Athé- niens le nommèrent généralissime de leurs troupes. Antiochus, fon lieutenant, ayant perdu une ba- taille navale contre les Lacédé- moniens, Alcibiade, à qui on attri- bua ce mauvais succès, fut dé- posé. Pharnabaze, fatrape Perfan, lui offrit un asile, qu'il accepta; mais Lysandre roi de Sparte, ayant prié le fatrape de se défaire d'un génie aussi supérieur que dange- reux, le Perfan eut la lâchete de se prêter à ce dessein. Ceux qu'il chargea de cette exécution, le tuèrent de loin à coups de flèches, vers l'an 494 avant J. C., dans sa 50e année. Ses meurtriers n'osant l'attaquer, avoient mis le feu à l'endroit où il étoit. Le héros se fraya un chemin au milieu de ses assassins, & ne périt que par la quan- tité des traits qu'ils lui lançoient en fuyant. Turpin a tracé un por- trait très - ressemblant d'Alcibiade: « La nature en le formant réunit toutes ses forces, pour en faire un homme accompli. Des traits nobles & intéressans, des graces touchantes & soutenues de tous les dons du génie & de l'amé- nité du caractère, lui assur- rent un empire absolu sur les cœurs & les esprits. Ne avec toutes les passions, il les asservit à son ambition; & Prothée po- litique, il fut tour-à-tour altier & populaire, intempérant & frugal, décent & licenteux; toujours différent de lui-même, il ne fut que ce qu'exigeoit le moment. Sa beauté n'éprouva point les ou- trages du temps; & par un privi- lège exclusif, il fut plaire dans son été comme dans son printemps. Il est difficile de ne pas abuser d'un si riche partage: aussi fut-il le cor- rupteur des mœurs publiques. Il prêta à la débauche les graces de la volupté: & les vices, pour ainsi dire anoblis par ses exemples, n'offrirent rien de rebutant. » Le savant Barthelemi a encore mieux développé le caractère d'Al- cibiade que Turpin: « Il ne falloit pas chercher, dit-il, dans le cœur d'Alcibiade l'élévation que produit la vertu; mais on y trouvoit la hardiesse que donne l'instinct de la supériorité. Aucun obstacle, aucun malheur ne pouvoient ni le surprendre, ni le décourager. Il sembloit per- suadé que lorsque les ames d'un certain ordre ne font pas tout ce qu'elles veulent, c'est, qu'elles n'osent pas tout ce qu'elles peu- vent. Forcé par les circonstances de servir les ennemies de la patrie, il lui fut aussi facile de gagner leur confiance par son effondant que de les gouverner par la sagesse de ses conseils. Il eut cela de particulier, qu'il fit toujours triompher le parti qu'il favo- risoit, & que ses nombreux ex- ploits ne furent jamais ternis par aucun revers. Dans les négociations, il employoit tantôt les lumières de son es- prit, qui étoit aussi vif que profond; tantôt des ruses & des perfidies, que des raisons d'état ne peuvent jamais auto- riser. D'autres fois, la facilité d'un caractère que le besoin de do- miner ou le désir de plaire ploi- tant s'ens essor aux conjonctures. Chez tous les peuples il s'attira les regards, & maitris la opinion publique. Les Spartiates furent étonnés de sa frugalité; les Thra- ces, de son intempérance; les Béotiens, de son amour pour les exercices les plus violens; les Ioniens, de son goût pour la pa- resse & la volupté; les satrapes de l'Asie, d'un luxe qu'ils ne pou- voient égaler. Il se fut montré le » plus vertueux des hommes, s'il » n'avoit jamais eu l'exemple du » vice. Mais le vice l'entrainoit » fans l'affervir. Il semble que la » profanation des lois, la cor- » ruption des mœurs n'étoient à » ses yeux qu'une fuite de vic- » toires remportées sur les mœurs » & sur les lois. On pourroit dire » encore, que ses défauts n'étoient » aussi que des écarts de sa va- » nité. Les traits de légèreté, de » frivolité, d'imprudence échappés » à sa jeunesse ou à son oisiveté, » disparaissaient dans les occa- » sions qui demandaient de la ré- » flexion ou de la confiance. Alors » il joignoit la prudence à l'acti- » vité; & les plaisirs ne lui dé- » roboient aucun des instans qu'il » devoit à sa gloire ou à ses in- » térêts. Sa vanité auroit tôt ou » tard dégénéré en ambition; car » il étoit impossible qu'un homme » si supérieur aux autres, & si » dévoré de l'envie de dominer, » n'eût pas fini par exiger l'o- » béissance, après avoir épuisé » l'admiration. Aussi fut-il toute » sa vie suspecte aux principaux » Citoyens, dont les uns redou- » toient ses talens, les autres ses ex- » cès, & tour-à-tour a lore, craint » & haï du peuple, qui ne pouvoit » se passer de lui. » Les inclinations de son enfance avoient annoncé ce qu'il seroit. Un jour qu'il lutoit contre un de ses compagnons, il se sentit si vivement pressé, qu'il le mordit au bras, comme s'il eût voulu le dévorer. L'of- "fensé s'écrie: Ah, traitre! tu mords comme une femme! Dis plutôt comme un lion, répond Alcidiade... Dans une autre occasion, il jouoit aux osselets dans la rue: un chariot vint à passer. Il prie le conducteur d'ar- "rêter un moment; mais ce charre- "tier sans complaisance presse plus vivement ses chevaux: tous les compagnons d'Alcidiade se disper- sent; & au lieu de les imiter, il se couche devant la roue, en di- fant: Malheureux! passe, si tu l'uses. Ces détails minuteurs, sont ce- pendant dignes d'être observés... Quoiqu'il fût naturellement im- périeux, l'avidité de tout savoir le rendit docile à la voix de ses maîtres. Ce fut, comme nous l'avons dit, à l'école de So- crate qu'il développa le germe de ses talens. Alcidiade, beau & voluptueux, donna lieu à la ma- lignité de croire que cette union étoit fondée sur une passion in- same: tous ses contemporains se réunissent pour déposer qu'il étoit fouillé de ce vice; mais est-il à présumer qu'il eût donné la pré- sérence à un philosophe grave & rigide, sur tant de jeunes dé- bauchés qui briguoient l'avantage de lui plaire?
ALCIDAMAS, philosophe & chêteur, natif de la ville d'Elée en Grèce, vivoit vers l'an 424 avant J. C. On lui attribue Liber contradicendi Magistros, dans l'ouvrage intitulé: Oratorum collectio & Rhetorum, græce, à Venise 1512, en 3 vol. infel. Cet orateur, disciple de Gorgias, ne s'étoit pas borné à imiter servilement son maître; il avoit eu l'ambition de s'élever au-dessus de lui, par une façon de parler encore plus guindée & plus embarrassée d'ornemens; ce qui fait douter que la harangue attribuée à Alcidamas, soit véritablement de lui, par la raison qu'on n'y trouve rien de ce qui caractérisait l'élocution du disciple de Gorgias. I. ALCIME, grand prêtre des Juifs, usurpa cette souveraine dignité, soutenu des forces du roi Antiochus-Eupator. Alcime ayant entrepris d'abattre le mur du parvis intérieur du temple bâti par les prophetes, Prophètes, Dieu l'en punit en le rappant de paralysie, dont il mou- tr, après trois ou quatre ans de pontificat.
II. ALCIME, (Latinus ALCIMUS Alethius) historien, orateur & poète, parif d'Agen dans le 4e siècle, toit écrit l'Histoire de Julien l'A- poëtat, & celle de Sallusté, consul & préfet des Gaules sous le règne le cet empereur, que nous n'a- rons plus; il ne nous reste de lui qu'une Epigramme sur Homère & Virgile, dans le Corpus Poëtarum, de Maittaire, Londres 1714, 2 vol. n-fol.
III. ALCIME, historien de Sicile, a écrit les Vies des plus célèbres Sculpteurs, & une His- loire de Sicile. On ne connoit point le temps où il a vécu.
ALCINOË, (Mythol.) femme l'Amphiloque, ayant retenu le fa- taire d'une pauvre ouvrière, en ut punie sévèrement par Diane. Cette Déesse lui inspira un amour violent pour Xantus de Samos, qu'elle quitta son mari & ses en- ans pour le suivre. Malgré les intentions de son amant, elle de- rit si jalouise, que le croyant infidèle, elle se précipita dans la ner. I. ALCINOÜS, (Mythol.) roi les Phéaciens dans l'isle de Cor- yre, aujourd'hui Corfou, avoit les jardins magnifiques qu'Homère célèbres. « Jamais les arbres de ces jardins ne sont sans fruit, die le Poète : un doux zéphir entretient leur vigueur & leur sève; &, pendant que les pre- miers fruits mûrissent, il en naît toujours de nouveaux. La poire prête à cueillir, en fait voir une qui commence de naître. La grenade & l'orange déjà mûres, en montrent de nou- « velles qui vont mûrir. L'olive « est poussée par une autre olive; « & la figue ridée fait place à une « autre qui la suit. La vigne y « porte des raisins en toute fai- « son pendant que les uns sé- « chent au soleil dans un lieu dé- « couvert, on coupe les autres, « & on foule dans le presoir « ceux que le soleil a déjà pré- « parés. » Homère qui fait passer Ulysse son héros par tous les genres de dangers, pour relever davantage sa vertu, le fait venir à la cour du roi Alcinoüs, & l'y fait jouir quelque temps de ce lieu de délices.
II. ALCINOÜS, philosophe Platonicien, est auteur d'un Abrégé de la Philosophie de son maître, tra- duit en latin par Marfile Ficin, & sur lequel Jacques Charpentier fit un bon Commentaire, Paris 1573, in-4.
ACION & ALCIONE, Voyer ALCYON & ALCYONE.
ALCIONIUS, (Pierre) Italien, correcteur de l'imprimerie d'Alde Manuce à Venise, sa parrie, & professeur en grec à Florence, est un de ceux qui illustrèrent le 16e siècle. Clément VII qui l'avoit protégé n'étant encore que car- dinal de Médicis, l'appella auprès de lui dès qu'il fut pape; mais il perdit la protection de ce pontife en embrassant le parti des Colonnes, ses ennemis. Toute sa ressource fut d'enseigner; mais il en retira plus d'honneur que de profit, & il donna presque ses leçons par l'amor ci Dio. Il mourut en 1527, à l'âge de 40 ans. On a de lui un traité de Exilio, Venise, 1522, in-4, réimprimé par les soins de Mencken, sous le titre d'Analetta de calamitate litteratorum, Leipzig 1707, in-12. Cet ouvrage le 2 soupçonner d'avoir pillé tout ce qu'il y avoit de bon dans le Traité de Gloria, de Cicéron, dont on a prétendu que le seul original qui existât, étoit entre ses mains, et qu'il l'avoit brûlé pour cacher son plagiat. Cette accusation est injuste. Le livre de l'Exil est un dialogue fait à l'imitation de ceux de Cicéron, mais n'est pas du style de Cicéron, quoique celui d'Alcionius soit pur & agréable. Il y a quelque chose de trop recherché pour un dialogue familier, & on n'y trouve pas ce beau naturel, cette éloquence douce des ouvrages philosophiques de l'orateur Romain. Ce n'est proprement qu'un éloge emphatique de l'exil, ou du moins une déclamation pour prouver que l'exil n'est pas un mal. On a dit, je crois, la même chose de la fièvre; mais de telles consolations ne valent pas le quinquina & la liberté. Alcionius savoit du grec & du latin; mais il étoit caustique & mordant: caractère qui l'empêcha de s'avancer. Joignez à cela un amour propre mal réglé, qui ne trouvoit de bien fait que ce qui venoit de lui-même. On a encore de lui: Aristotelis Opera varia, latinè, Venise 1521, in-fol. Cette traduction de quatre ouvrages d'Aristotle est rare de cette édition, parce que l'auteur, piqué des critiques qu'on en fit, acheta tous les exemplaires qu'il put trouver, & les jeta au feu. Cependant sa version est écrite avec élégance, mais on y désire la fidélité.
ALCIPHRON, célèbre philosophe de Magnésie, du temps d'Alexandre le Grand, ne doit pas être confondu avec un autre ALCIPHRON, auteur Grec, dont nous avons quelques Epîtres traduites en latin par Etienne Bergler, Leipzig 1715, in-8.° & en françois en 1785. Ces lettres sont censées écrites par des courtisanes & des parasites; & par leur immoralité elles sont dignes de sortir de la plume d'êtres aussi avilis. I. ALCIPE, (Mythol.) fille de Mars, qu'Hazyrothias enleva. Mars, pour venger sa fille, tua le ravisseur; & ce fut pour ce meurtre qu'il fut cité devant un conseil composé de douze Dieux. Le lieu où ce jugement se rendit, se nomma depuis Aréopage ou Champ de Mars.
II. ALCIPE, Lacédémonien, fut exilé de sa patrie par la cabale de quelques envieux, qui l'accusèrent de vouloir renverser la constitution de la république. Sa femme Démocrita, qui avoit dessein de le suivre, en fut empêchée par le magistrat, qui fit vendre ses biens. Il fut ôta le moyen de marier deux filles qu'elle avoit, de peur qu'elles ne donnaisent la vie à des enfans qui pussent un jour venger l'outrage fait à leur aïeul. Démocrita, outrée de désespoir, épia le temps où les femmes les plus considérables de la ville étoient dans un petit temple pour célébrer une fête. Alors, ramassant plusieurs monceaux de bois qu'on avoit préparés pour les sacrifices, elle y mit le feu, voulant brûler à la fois, & le temple, & toutes les personnes qui étoient dedans. Lorsqu'elle vit le peuple accourir pour éteindre l'incendie & en punir les auteurs, elle se tua avec ses deux filles. Les Lacédemoniens, pour s'en venger, firent jeter le corps de Démocrita & de ses filles hors de leurs frontières.
ALCISTHÈNE, Grecque célèbre, le disputa aux peintres les plus fameux par ses talens dans la peinture. Elle mourut à la fleur de son âge.
ALCITHOË, (Mythol.) femme de Thèbes, s'étant moquée des fêtes de Bacchus, & ayant travaillé & fait travailler ses fœurs & ses fervantes à la laine, pendant qu'on célébroit les Orgies, fut métamorphofée en chauve-fouris, & ses toiles en feuilles de vigne ou de lierre.
ALCMAN, un des plus anciens poètes Grecs, & le premier qui ait fait des vers galans, mourut de la maladie pédiculaire. Athénée nous a conservé quelques petits fragments de ses Poésies. Il vivait vers l'an 672 avant J. C.
ALCMÈNE, (Mythol.) fille d'Elethion, roi de Mycène, et de Lysidice, étoit femme d'Amphitryon, roi de Thèbes. Elle n'avoit épousé ce prince, qu'à condition qu'il vengeroit la mort de son frère qui avoit été tué par les Téléboens. C'est pendant qu'Amphitryon étoit occupé à cette expédition, que Jupiter ayant pris la figure & la voix de ce prince, vint trouver Alcmène, & la trompa de façon qu'elle conçut de lui un second fils, quoiqu'elle fût déjà enceinte d'un premier. Ainsi elle mit au monde deux jumeaux, dont l'un appelé Iphielus étoit fils d'Amphitryon, & l'autre appelé Hercule l'étoit de Jupiter, Plaute & Molière ont fait de cette aventure un sujet de comédie. I. ALCMÉON, (Mythol.) fils d'Amphiaraüs & d'Eryphile, trempa ses mains dans le sang de sa mère pour obéir à son père, & fut depuis tourmenté par les Furies. Voyez ACARNAS.
II. ALCMÉON, philosophe & disciple de Pythagore, étoit de Crotonne. Il est le premier qui ait diséqué des animaux, dans le dessein de connoître la structure des A L C 147 parties qui les composent. C'est aussi le premier qui ait écrit sur la physique; mais le temps n'a pas épargné ses ouvrages. I. ALCON, fameux tireur-d'arc, de l'isle de Crète. Son fils ayant été saisi par un horrible serpent qui l'étouffoit, il décocha une flèche avec tant d'adresse qu'il tua le serpent sans blesser son fils.
II. ALCON, chirurgien, appelé par PLINE, Medicus vulnerum, avoit fait un si grand gain dans sa profession, qu'après avoir payé à l'empereur Claude une amende d'un million de nos livres, il gagna peu d'années après une pareille somme. Il étoit très expert dans l'art de traiter les hernies par l'incision, & dans celui de réduire les fractures.
ALCUIN, (Flaccus Albinius) diacre de l'église d'York où il enseignoit les sciences ecclésiastiques, fut appelé en France par Charlemagne, qui le prit pour son maître. Le monarque écoutoit ses leçons en disciple qui veut s'instruire, & permettoit qu'Alcuin lui parlât avec liberté. Ce prince difoit quelquefois en soupirant: Plût à Dieu que je trouvasse douze hommes aussi savant que Jérôme & Augustin? — Comment, lui répondoit Alcuin, le créateur du ciel & de la terre, JESUS-CHRIST, pour annoncer sa gloire, n'a eu que deux hommes de ce mérite, & vous, Sire, vous osé en demander douze! Quand il ren-doit compte à Charlemagne de ses travaux pour l'éducation, il lui difoit: Je ne donne pas à tous, les trésors que je possède; je les partage. Je frotte les lèvres de celui-ci du miel des saintes écritures; j'enivre celui-là du vin vieux de l'histoire ancienne; je nourris un autre des fruits de la grammaire; je fais briller aux yeux du dernier les scintillations des étoiles. Chacun a son lot, dont il doit être très-faissais... Alcuin fonda, sous les auspices de Charlemagne, plusieurs écoles à Aix-la-Chapelle, à Tours, &c., & fit remettre les lettres dans les valles etats de ce prince. Charlemagne lui donna plusieurs abbayes, & s'en servit dans plusieurs négociations. Il l'engagea à écrire contre l'hérêt de Felix & d'Etipand. Il mourut dans son abbaye de St-Martin de Tours, le 19 mai 804. Ses Œuvres ont été publiées à Paris, en 1617, par André du Chiffrin, in-fol. On en a une édition plus ample par M. Freben, prince-abbé de St. Emérande. Ratisbonne, 2 vol. in-fol. 1777. Le P. Chiffre a aussi publié un écrit intitulé, la Confession d'Alcuin, 1656, in-4°, que D. Mabillon prouve être de ce savant. On trouve dans ses Œuvres de la théologie, de la philosophie, des histoires, des épîtres, des poésies; mais tous ses ouvrages sont écrits sans goût & même sans justesse. Son latin n'est ni pur ni élégant; ses vers ne sont que de la mauvaise prose; tout enfin est marqué au coin de son siècle.
ALCYON (Mythol.) ou ALCYONE, géant, frère de Porphyrton, secourut les Dieux contre Jupiter. Minerve le chaffi du globe de la lune, où il s'étoit poêle. Dans la fuite il tua vingt-quatre soldats d'Hercule, & voulut affominer ce héros; mais il fut tué lui-même à coups de flèches.
ALCYONE ou HALCYONE, Voyer l'art. CEYX. — ALDANA, (Bernard) capitaine Espagnol, étoit gouverneur de Lippa, sur les frontières de Trénylvanie. Les Turcs ayant affiégé Temeswar en 1552, Aldana s'imagina qu'après ce siége ils viendrouent l'attaquer. Dans cette crainte, il envoya quelques-uns de ses gens pour apprendre des nouvelles de l'ennemi. Ils lui en venoient rendre compte, lorsque par hasard ils furent suivis de quelques troupeaux, qui formoient en marchant de gros nuages de pouffière. Les sentinelles ayant apperçu ses tourbillons, en avertirent Aldana, qui, se laifant surprendre par une terreur panique, fit brûler l'arsenal, le chateau & la ville de Lippa. Les Turcs informés de ce qui s'étoit paffe dans cette malheureuse place fut laquelle ils n'avoient formé d'abord aucun dessein, y vinrent en diligence, éteignirent le feu & la rétablièrent. Aldana fut pris & condamné à mort; mais Marie, reine de Bohême, femme de Maximilien qui fut depuis empereur, obtint de Ferdinand, son beau-père, qu'en considération de la nation Espagnole, on changeroit la peine du coupable en une prison perpétuelle. Aldana en forfit par la faveur de la même princesse. Il eut depuis de l'emploi dans la guerre d'Afrique, à l'expédition de Tripoli, & y fit oublier sa lâchère paffée.
ALDEBERT ou ADALBERT, ou ADALBERT, est le nom d'un impôtier, François de naissance, qui séduisait le peuple par le récit de ses rêveries dans le 8e siècle. Il affecta une devotion particulière, pour être élevé à l'ordre de prêtrise, & devint évêque à force d'argent. Il employait surtout le secours des visions pour ininuer ses creux. Il disait avoir une Lettre écrite par J. C., & tombée du ciel à Jérusalem, d'où elle A L D 149 lui avoit été apportée par l'archange St. Michel. Il se vantoit encore d'avoir des reliques d'une vertu admirable, qu'il distribuoit au peuple abusé, avec des rognures de ses cheveux & de ses ongles. Il remetroit les péchés sans confession, se moquoit des églises & des pèlerinages, faisoit bâtir des oratoires à la campagne, & dressoit des croix au bord des fontaines & dans les bois : il vouloit qu'on y priât Dieu, & s'y faisoit invoquer lui-même. Il fut déposé, et ses erreurs furent condamnées dans le concile de Soissons, assemblé par Pepin, duc des François en 744, & depuis dans un autre, convoqué par le pape l'an 746 ou 48.
ALDEGRAFF on ALDEGREVER, (Albert) peintre & graveur, né en 1502, fut célèbre dans le 16e siècle, par un pinceau correct & un burin plein de légèreté. Son design cependant tient un peu de la manière gothique. On a distingué ses gravures de Suzanne, des Travaux d'Hercule & des Danseurs. Cet artiste mourut pauvre à Soest en Westphalie, lieu de sa naissance.
ALDERETTE, (Bernard & Joseph) Jésuites Espagnols, natifs de Malaga, florissoient au commencement du 17e siècle. Ils ont donné : I. Les Origines de la langue Castillane, 1606, in-4°, II. Les Antiquités d'Espagne, 1614, in-4°, livre savant.
ALDÉRISIUS, (Albert) né dans le Pisan, fut un jurisconsulte estimé du 17e siècle. Il a laissé plusieurs Traités sur les Contrats & les Conventions.
ALDÉROTI, (Taddée) né à Florence, vécut en 1260, et devint le plus grand médecin de son temps. Il fut le premier qui com- mença à professer la médecine avec éclat et avec méthode. L'amour de l'argent avait un peu ses connoissances. Lorsqu'il eut obtenu toute sa renommée, il fixa ses honoraires à cinquante écus d'or par jour; et il en demanda dix mille au pape Honoris IV pour l'avoir guéri d'une maladie dangereuse. Le Dante, dont il fut l'ami, le nomme Fils d'Hypocrate. Aldérôti mourut l'an 1295, âgé de 80 ans. Killani a écrit sa vie, et l'on trouve encore son éloge parmi ceux des hommes illustrés de Toscane, tome Ier, édition de 1771.
ALDESTAN ou ADELSTAN, fils et successeur d'Edouard I, roi d'Angleterre, monté sur le trône en 924. Ses courtisans l'indisposèrent contre Edwin son frère, qu'ils accusèrent d'avoir tramé une conspiration contre lui. Aldestan, trop crédule, le fit exposer sur un petit navire sans voile & sans cordages, à la merci des flots. Le jeune prince, se voyant perdu, se jeta dans la mer. Cette mort injuste inspira les remords les plus violens à Aldestan, qui s'imposa lui-même une pénitence de sept ans, après avoir fait tuer le principal accusateur de son malheureux frère. Sa valeur parut en diverses occasions. Il recouvra le Northumberland, vainquit Constantin, roi d'Ecosse, & chassa les Danois de son royaume. Il réforma en même temps la jurisprudence, & adoucit les lois qui lui paroissaient trop sévères. Il mourut en 941, regretté des savans, dont il avoit été le protecteur.
ALDINI, (Tobie) de Césène, médecin du cardinal Odoard Farnèse, est auteur de la Descriptio plantarum, Horti Farnesiani, Rome, 1525, in-fol. 150 A L D I. ALDOBRANDIN, (Florentin) vivoit dans le 13e siècle, & mourut dans sa patrie le 30 septembre 1327, après avoir étudié la médecine à Bologne. Il y professa cette fécience; mais ayant éprouvé les effets de la jalouise de ses collègues, il alla donner ses leçons à Sienne: plein de gaieté, d'un accueil facile, il s'y fit aimer. On lui doit des notes sur Avicenne et Galien, sur le traité de Fæto d'Hippocrate. Il commenta avec agrément une Chançon anacréontique de Gui Calvalanti. L'abbé Lami a consacré un article à Aldobrandin dans ses Notices littéraires, publiées en 1748.
II. ALDOBRANDIN, (Silvestre) né à Florence, professa quelque temps le droit à Pise. De retour dans sa patrie, il s'y mêla des querelles politiques; & ayant pris parti contre les Médicis, il fut exilé & privé de tous ses biens. Paul III le reçut à Rome & le nomma avocat du fisc & de la chambre apostolique. Silvestre mourut en 1558, à l'âge de 58 ans, laissant divers ouvrages de jurisprudence, dont Maccuechelli a donné la nomenclature. Il fut père d'Hippolyte Aldobrandin qui parvint à la papauté, & prit le nom de Clément VIII.
III. ALDOBRANDIN, (Jean) fils de Silvestre Aldobrandin, d'abord auditeur de Rote, puis évêque d'Imola, & enfin cardinal sous Pie V en 1570, merita par ses lumières ces diverses promotions. Il fut député auprès de plusieurs souverains pour les engager à former une ligue contre les Turcs. Il mourut à Rome en 1573, & fut enterré dans l'église de Ste-Marie de la Minerve, où l'on voit sa statue en marbre.
IV. ALDOBRANDIN, (Thomas) né à Rome, y devint secrétaire des brefs après la mort du Pogge en 1568. Il fut frère du pape Clément VIII, & mourut à la fleur de l'âge, en laissant une traduction des vies des philosophes, par Diogène Laërce, publiée à Rome en 1594, par les foins du cardinal Pierre Aldobrandin son neveu; & un Commentaire sur le traité de l'ouïe d'Aristote. Ces ouvrages ont été loués par Veltori, Buonamici & Caffaubon. V. ALDOBRANDIN, (Joseph) musicien de Bologne, apprit les principes de son art, de Jacques Parti, & devint en 1695 membre de l'académie des Philarméniques, qu'il présida long-temps. Le duc de Mantoue le nomma maître de musique de sa chapelle. Il a publié en 1701, 1703 & 1706 diverses œuvres de musique, qui ont été recueillies & gravées à Amsterdam. Fantuzzi parle de ce musicien, dans sa Notice des écrivains de Bologne, publiée dans cette ville en 1781.
ALDRIC, (St.) évêque du Mans, issu d'une famille distinguée par sa noblesse, mort en 856, avoit composé un Recueil de canons, tirés des conciles & des décrétales des papes. Cette compilation si utile s'est perdue. Il reste de lui trois Testaments, & un Règlement pour le service divin, dans les Analistes de Mabillon & dans les Mécellants de Baluze. Ce n'est point comme quelques-uns l'avancent, du temps de St. Aldric, que l'usage des orgues fut inventé, & il est faux qu'il en a établi le premier dans son église. Cet instrument, décrit par Caffiodore, est d'une origine plus ancienne. Constantin Copronyme en fit présent d'un à Papin en 757. C'est le premier connu en France. St. Aldric croit aussi savant que pieux.
ALDRIGHETTI, médecin de Padoue, naquit en 1573, & mourut de la peste en 1631. Il réunit aux connoissances de son art, celles des mathématiques & des belles-lettres. Nomme professeur dans sa patrie, il y publia divers ouvrages, & entr'autres un Traité de Morbo Gallico.
ALDRINGER, né à Luxembourg, de parens obscurs, parvint par son courage & son habileté dans l'art, de la guerre à la dignité de comte de l'empire, & de général de l'empereur Ferdinand II. En 1630 il prit Mantoue; deux ans après, il fut blessé en défendant le passage du Lech; quelque temps après, il périt glorieusement sur le champ de bataille en Bavière.
ALDROVANDUS, (Ulysses) professeur de médecine & de philosophie à Bologne, naquit dans cette ville de la famille noble de ce nom, vers l'an 1525. Après avoir reçu le bonnet de docteur en médecine, il professa d'abord la philosophie; il fut ensuite démonstrateur des simples jusqu'en 1598, & enfin inspecteur du jardin des plantes. Il s'occupa, toute sa vie, de recherches sur l'histoire naturelle, dont il embraffa toutes les parties avec un zèle infatigable. De longs voyages entrepris pour cet objet, des appointeurs considérables payés par lui pendant long-temps aux plus célèbres artistes pour avoir des figures exactes de substances des trois règnes, altérerent tellement sa fortune, que, quoiqu'aide dans ces dépenses par plusieurs souverains zélés pour le progrès des sciences, par le sénat de Bologne, par le cardinal de Montaise son neveu, il se trouva A L D 151 à la fin de ses jours réduit à une espèce d'indigence. Mais il ne faut pas croire, comme l'ont dit plusieurs écrivains, que cet homme illustre soit mort à l'hôpital. Il est sans vraisemblance que les souverains qui avoient contribué à son entreprise, que le sénat de sa patrie, auquel il laissa par testament une immense collection d'histoire naturelle, l'aient laissé mourir de faim. Aldrovandus mourut aveugle à Bologne en 1605, âgé d'environ 80 ans, & fut inhumé avec pompe; ce qui détruit la fable de son extrême pauvreté. Le recueil de ses ouvrages d'Histoire naturelle, est en 13 vol. infol. dont trois pour les oiseaux, un pour les insectes, un pour les animaux qui n'ont point de sang, un pour les poissons, trois pour les quadrupèdes, un pour les serpens, un pour les monstres, un pour les métaux & un pour les arbres. Il n'y a que les six premiers dont il soit vraiment auteur; les autres ont été faits sur son plan, & avec les matériaux qu'il avoit assemblés, par divers savans pensonnés du sénat de Bologne. On trouve dans le recueil de ce naturaliste beaucoup de superfluités, de choses étrangères à son objet, peu de choix et de méthode; mais c'est le sumier d'Ennius: & malgré tous ces défauts l'Histoire naturelle lui a les plus grandes obligations. La Description de son cabinet de métaux, réunie à celle du cabinet de Cospéan, a été donnée en italien à Bologne, 1677, infol. Elle avoit déjà parue seule, 1648, ibid. infol. David Keller en publia un abrégé à Leipfick, 1701, in-12.
ALDRUDE, comtesse de Bertinoro dans la Romagne, fut fameuse en Italie, par son courage 152 A L E & son éloquence. Originaire de Rome, & de la famille des *Frangipani*, elle fut mariée jeune au comte de *Bertinoro*, & devint bientôt veuve. Sa cour fut renommée alors par le mérite des dames & des chevaliers qu'elle y rassembla. Touchée des malheurs des habitans d'Ancone, affiégés depuis sept mois par les Vénitiens & les troupes de l'empereur *Frédéric I*, elle vola à leur secours, & fit lever le siège de cette ville. Les Allemands soutenaient les droits de souveraineté qu'y prétendoit l'empereur; les Vénitiens, fatigués des excursions maritimes des Anconois qui venoient à chaque instant enlever leurs vaisseaux & faire des décentes sur leur territoire, s'étoient réunis pour réduire la ville aux plus dures extrémités. Le siège avoit commencé le premier avril 1172; il dura jusqu'au 15 octobre, jour où la comtesse de *Bertinoro* remporta une victoire complète sur *Christian*, archevêque de Mayence, qui commandoit l'armée impériale. Le Florentin *Buon-Compagnono* a écrit l'histoire de ce siège mémorable, & elle est insérée dans le tome VI des historiens d'Italie. I. ALEANDRE, (Jérôme) né en 1480 à la Mothe, petite ville sur les confins du Frioul et de l'Istrie, enseignoit les humanités dans un âge où on les étudie encore, à 19 ans. Les Souverains connurent ses talens, & les récompensèrent. Louis XII l'appella en France, & le fit recteur de l'université de Paris. Léon X l'envoya nonce en Allemagne, où il signala son éloquence contre *Luther*, à la diète de Worms en 1519. Clément VII le fit archevêque de Brindes & nonce en France. François I le mena avec lui en 1525 à la bataille de Pavie, où ils furent fait prisonniers l'un & l'autre. Quoiqu'*Aléandre* eût été trouvé auprès du roi en habit d'évêque, sans armes, sans emploi militaire, les Espagnols le maltraitèrent; & il ne recouvra sa liberté qu'en payant une rançon considérable. Il éprouva encore les disgraces de la fortune, lors de la prise de Rome par les impériaux. A peine put-il se sauver dans le château Saint-Ange. Il vit, des remparts de cette forteresse, sa maison en cendres, ses meubles & ses livres abandonnés au pillage. Dans le cours des années suivantes, il défendit l'église attaquée par les Luthériens d'Allemagne. Paul III, auquel ses services le rendirent extrêmement cher, l'honora de la pourpre en 1538. Il n'en jouit que quatre ans, étant mort à Rome, le 1$^{er}$ Février 1542, à 62 ans. Le cardinal *Sadolet*, son ami, le peint comme un homme qui avoit une grande connoissance des langues, une science profonde des choses ecclésiastiques, & une expérience consommée dans l'art de traiter avec les étrangers. Ajoutons que son affection constante pour la France, fait l'éloge de la bonté de son cœur. Nous avons de lui: I. *Lexicon Graeca-latinum*, Paris, 1521, in-fol. II. *Grammatica Graeca*, Argentorati, 1517, in-8.$^{o}$
II. ALEANDRE, (Jérôme) petit-neveu du précédent, antiquaire, poète, littérateur, jurisconsulte, écrivit sur ces arts différents avec un succès égal. Il mourut à Rome en 1631, d'un excès de bonne-chère, que sa santé naturellement délicate ne put soutenir. Le cardinal *Barberin*, auquel il étoit attaché, lui fit faire une pompe funèbre magnifique. On a de lui quelques ouvrages sur les diverses matières qu'il avoit emi braffées, tels qu'un *Commentaire* *sur les Institutes* de *Caius*, Venise 1600, in-4°, & quelques *Explications d'Antiques*, Paris 1617, in-4°.
ALEAUME, (Louis) mort en 1594, à 70 ans, exerça avec honneur, pendant plus de vingt ans, la charge de lieutenant-général au préfié de l'Orléans. Ses *poésies* latines & françoises furent recueillies par son fils, & forment un volume in-8°. *Ste-Marche* fait mention de ce poète.
ALECTON, (Mythol.) l'une des trois Furies. *Voy. EUMÉNIDES*.
ALECTRION, (Mythol.) jeune homme aimé du dieu *Mars*, & son confidant. *Lucien* raconte qu'il lui avoit confié le secret de ses intrigues avec *Vénus*, & l'avoit chargé de veiller à la porte du palais de cette déesse pour n'être point surpris par le *Soleil*. *Alectrion* s'endormit, & les amans furent apperçus par le dieu du jour qui les dénonça à *Vulcain*. Celui-ci les enveloppa d'un filet & les donna en spectacle à tous les dieux. *Mars*, irrité contre *Alectrion*, le changea en coq. C'est pour cela, disent les poètes, que cet oiseau, se souvenant de son ancienne négligence, ne manque plus d'annoncer chaque jour le lever du soleil par son chant.
ALEGAMBE, (Philippe) Jésuite de Bruxelles, né en 1592, devint secrétaire de son général à Rome, où il mourut en 1652. Il a augmenté & continué la *Bibliothèque* des Écrivains de sa société, que *Ribadeneira* avoit fait imprimer en 1608, in-8°, en un petit volume; & dont le Père *Alegambe* fit un gros in-fol. imprimé à Anvers en 1643 par les soins de *Bollandus*, & réimprimé à Rome en 1675. Ce livre est, comme tous ceux de ce genre, où l'on excuse les défauts & où l'on outre les bonnes qualités. Le savant Père *Oudin* a laissé une *Bibliothèque* des Auteurs Jésuites, beaucoup plus ample & plus exacte que celle d'*Alegambe*. On doit encore à ce dernier un *Traité* sur la vanité des honneurs & des plaisirs du monde, & un écrit historique sous ce titre : *Mortes & gésa eorum qui in odium fidei ab hareticis occis sunt*, Romæ 1637, in-fol. I. ALÈGRE, (Yves de) chambellan de *Charles d'Anjou*, roi de Naples & de Sicile, de l'illustre & ancienne maison d'*Alègre* en Auvergne, connue dès le XIII$^{e}$ siècle, se signala de bonne heure par son courage. Il suivit, à la conquête du royaume de Naples, *Charles VIII*, qui le fit gouverneur de la Babilicate, & *Louis XII*, qui lui donna le gouvernement du duché de Milan. Il eut celui de Boulogne en 1512, & fut tué la même année à la bataille de Ravenne, au gain de laquelle il contribua beaucoup. La maison d'*Alègre* a produit d'autres personnages illustres, dont plusieurs ont été chambellans de nos rois.
II. ALÈGRE, (Yves marquis d') de la même maison, se distingua en divers sièges & combats, eut plusieurs charges importantes, & fut fait maréchal de France le 2 Février 1724. Il mourut à Paris le 7 Mars 1733, à 80 ans.
ALEGRIN, (Jean) d'Abbeville, célèbre cardinal, & patriarche de Constantinople sous *Grégoire IX*, fut ensuite légat à *latere* en Espagne & en Portugal, & mourut l'an 1237. On a de lui quelques ouvrages peu estimés. 154 A L E
ALEIN, (Jacques de Renaud d') *Voyez CHASSENEUX.*
ALEMAGNA, (J. Baptiste) médecin de Calabre, dans le 16$^{e}$ siècle, a publié un *Traité des fièvres*, en 1533. Cet ouvrage est en latin. I. ALEMAN, (Louis) connu sous le nom de *Cardinal d'Arles*, naquit en 1390 au château d'Arbent, seigneurie du pays de Bugey, qui appartenoit à son père. Il fut nommé archevêque d'Arles, & ensuite cardinal & vice-camelingue de l'église. Il fut président du concile de Bâle à la place du cardinal *Julien Cézarini*, & couronna en cette qualité *Amédée* de Savoie, qui prit le nom de *Félix V. Eugène IV*, compétiteur de *Félix*, dégrada le cardinal d'Arles de la pourpre; mais *Nicolas V.*, son fuscesseur, le rétablit & l'envoya légat en Allemagne. Il mourut à Salon, ville de son diocèse, en 1450. Ce cardinal avoit les vertus d'un évêque & les talens d'un négociateur.
II. ALEMAN, (Mateo) né dans les environs de Séville en Espagne, sous le règne de *Philippe II*, exerça pendant plus de vingt ans une charge à la Cour. Après l'avoir quittée, il s'amusa dans sa retraite à peindre les jeux de la fortune dans l'histoire de *Guymann d'Alfarache*. Ce roman obtint dès qu'il parut le plus grand succès. Il en a été fait plus de trente éditions en Espagne, & il a été traduit en Italien, en Allemand, & en François par *Brémont* & *Le Sage*. *Scarron* en a tiré l'une de ses meilleures nouvelles. On a reproché à *Mateo Aleman*, quelques longueurs & des moralités superflues, mais elles ont disparu sous la plume de *Le Sage*.
III. ALEMAN, (Louis-Augustin) avocat de Grenoble sa pa- patrie, né en 1663, fit imprimer en 1690 les remarques posthumes de *Vauglas*, augmentées d'une préface & de quelques observations souvent peu justes. On a de lui 2 vol. d'un *Journal historique de l'Europe*, sur le plan du *Mercure* & du *Journal des Savans*, & quelques autres ouvrages.
ALEMBERT, (Jean le Rond d') de l'académie françoise, des académies des sciences de Paris, de Berlin, de Pétersbourg, de la société royale de Londres, &c. &c. étoit fils naturel de *Deftouches-Canon* & de *Mad. de Tencin*. Il naquit à Paris le 16 Novembre 1717. Ce fut d'abord un malheureux enfant sans parens, sans berceau. Il ne dut le bonheur de vivre qu'aux apparences d'une mort prochaine & à l'humanité d'un commissaire de quartier, qui, au lieu de l'envoyer aux enfants trouvés, lui donna pour nourrice la femme d'un vitrier, qui des lors conçut pour lui la tendre la plus affectueuse. Cet enfant infortuné se montra bientôt un de ces génies précoces, qui n'attendent point la maturité de l'âge pour montrer ce qu'ils feront un jour. Il n'avoit que dix ans, quand son maître de pension déclara qu'il n'avoit plus rien à lui apprendre, & qu'il falloit le mettre au collège, où il pouvoit entrer en seconde. Il acheva donc ses études au collège *Mazarin*, avec la plus grande distinction. Ce fut en philosophie que son penchant pour les mathématiques se déclara. Pour lui assurer un peu de fortune, on lui fit effrayer du droit & de la médecine; mais il revint bientôt à son goût dominant. Très jeune encore, il remporta le prix proposé par l'académie de Berlin, dont le sujet étoit *la cause générale* des Vents. Cette compagnie, pleinement satisfaite de l'ouvrage, ne se contenta pas de couronner l'auteur, elle l'élut académicien sans scrutin & par acclamation. Dans ce même-temps, l'Alexandre du Nord, après avoir gagné trois batailles contre les Autrichiens, venoit de terminer ses campagnes par une paix glorieuse. D'Alembert profita de cette heureuse circonstance, pour dédier son ouvrage au roi de Pruffe, par ces trois vers latins : Hac ego de Ventis, d'um ventorum ocyor alis Palantes agit Austriacos Fredericus, & orbi Insignis lauro, ramum pratendit oliva. Flatté de cette dédicace, Frédéric le remercia par une lettre obligeante, lui donna dans la fuite une pension de 1200 livres, & lui offrit la place de président de l'académie de Berlin, occupée ci-devant par Maupertuis : mais le philosophe François la refusa par attachement pour ses amis & pour son pays, & sur-tout par la considération qu'un homme de lettres honoré dans sa patrie, gagne rarement à se déplacer. D'Alembert étoit en effet regardé en France comme l'un des premiers écrivains de la nation. Il dut principalement cette réputation à son Discours préliminaire de l'Encyclopédie. Il avoit entrepris en 1750 cet ouvrage, dont on a dit tant de bien & tant de mal, avec Diderot son ami, & un grand nombre d'autres savans. Ce fut lui qui se chargea du vestibule de ce vaste édifice, & au lieu d'un tas de lieux communs, dont les auteurs médiocres ornent leurs présaces, il fit un Discours éloquent, où il réunit la force & l'élégance, le savoir & l'agrément; le don de bien penser, et le talent de bien écrire. La généalogie que l'auteur y fait des connoissances humaines, est supérieure à tout ce qu'on avoit vu jusqu'alors en ce genre; & l'équité qui dirige ses jugemens sur les écrivains qui ont contribué à la perfection des sciences, est digne d'un philosophe impartial. On n'a pas moins applaudi aux articles de mathématique dont il enrichit l'Encyclopédie, & à quelques articles d'histoire & de belles-lettres. Si tout l'ouvrage avoit été composé dans ce goût, ce dictionnaire n'auroit pas essuyé tant de critiques & de traverses. Ce qui lui mérita sur-tout l'éloge de Voltaire & des gens de goût, c'est que son style est toujours conforme à son sujet, & que dans les matières de physique, il ne prend point la diction & les images de la poésie. D'Alembert recueillit de nouveaux fruits de l'estime qu'il avoit inspirée. Dans un voyage qu'il fit à Wesel, où le roi de Pruffe l'appella après la paix de 1763, ce prince lui fauta au cou & l'embrassa tendrement. La première question qu'il lui fit, fut celle-ci : Les mathématiques fournissent-elles quelque méthode pour calculer les probabilités en politique ? La réponse du géomètre fut, qu'il ne connoissoit point de méthode pour cet objet; mais que s'il en existoit quelqu'une, elle venoit d'être rendue inutile par le héros qui lui faisoit cette question. En effet il avoit résisté, contre toute vraisemblance, à l'Europe liguée pour le combattre. L'impératrice de Ruffie, non-moins sensible au mérite du philosophe de Paris, lui avoit proposé à la fin de l'année précédente de se charger de l'éducation du grand-duc de Ruffie, son fils, & elle avoit attaché à cette place cent mille liv. de rente & des avantages considérables. D'Alembert, quoique vivement touché de l'honneur qu'on lui faisoit, refusa cet emploi si im- 156 A L E portant & fi délicat. L'impératrice insifta & le pressa de nouveau, par une lettre écrite de sa main; mais cette seconde tentative fut encore inutile, & d'Alembert demeura dans sa patrie. C'est à l'occasion de ce refus qu'un jeune homme parodia ces quatre vers déjà connus, mais dont l'application parut heureuse : » Est-ce à vous d'écouter l'ambition funiste, » Et la foi des faux biens dont on est capturé ? » Un instant les détruis ; mais la sagesse reste : » Voilà le seul trésor, & vous l'avez trouvé. » Lorsque le grand duc de Russie vint à Paris, il lui reprocha obligeamment le refus qu'il avoit fait de l'élever; & comme le philosophe s'excuofoit sur la dureté du climat & la foiblesse de sa santé; en vérité, monsieur, lui dit le prince, c'est le seul mauvais calcul que vous ayiez fait en votre vie. Les marques de considération dont nous venons de parler; une correspondance suivie avec Voltaire & le roi de Prusse, qui l'honora jusqu'à la fin de ses jours d'un grand nombre de lettres pleines d'esprit, d'intérêt & de raison; ses rapports avec plusieurs personnes très distinguées par leur rang, & sur tout avec les étrangers célèbres qui venoient à Paris; son influence dans l'académie des sciences, & sur tout dans l'académie françoise dont il étoit secrétaire depuis la mort de Duclos, (Voyez l'article MOLIÈRE.) tout concourut à faire jouer à d'Alembert un rôle vraiment important. On a prétendu qu'il avoit conservé ce rôle par la souplesse & l'adresse. Ses ennemis l'appelloient le Maçarin de la littérature; mais il est croyable qu'il dut autant son empire littéraire au manège qu'on lui reprochoit, qu'à l'estime qu'il inspiroit. L'amour de la vérité, et le zèle pour les progrès des sciences formoient le fond de son caractère. Une probité exacte, un désintéressement noble & sans faste, une bienfaissance éclairée, furent ses principales vertus. Le plaisir d'obliger étoit une espèce de besoin pour lui. Plusieurs jeunes gens qui annonçoient des talens pour les sciences & pour les lettres, trouvèrent en lui un appui & un guide; & l'ingratitude de quelques-uns ne put l'empêcher de se livrer à son caractère officieux. Ami ferme & courageux, il fut parler en faveur de quelques philosophes punis ou persécutés, en homme qui attendoit peu de la faveur & qui favoit bras et la malignité. On peut peut-être lui reprocher d'avoir trop favorisé les entreprises contre la religion & ses défenseurs, & d'avoir contribué, sans s'en douter, à l'anéantissement des bons principes de morale & à la corruption des mœurs. Sa conversation étoit instructive & quelquefois faillante. On lui attribue divers bons mots : telle est l'aféponse à l'abbé de Voignon, qui se plaignoit qu'on lui prêtoit beaucoup de sottises... Tant pis, monsieur! on ne prête qu'aux riches. Mais, en plaisantant, il fut faire du bien. Abandonné des sa plus tendre enfance, comme nous l'avons déjà dit, aux soins d'une femme qui le nourrit & l'éleva jusqu'à l'âge de quatre ans, il lui inspira la tendresse la plus affectueuse, & il conserva pour elle la sensibilité d'un fils tendre & reconnoissant. Lorsque madame de Tencin apprit que d'Alembert très-jeune encore étoit déjà un aigle en géométrie, elle le fit venir chez elle, le caressa beaucoup & lui découvrit le mystère. tère de sa naissance. Que me dites-vous-là, madame, s'écria-t-il? Ah! vous n'êtes qu'une marâtre; c'est la vitrière qui est ma mère. Préfqu'au sortir du collège, il alla demeurer avec cette mère d'adoption & y refta pres de trente années. Il n'en sortit qu'en 1765, après une longue maladie, par le conseil de monsieur Bouvard, qui lui représenta la nécessité de chercher un logement plus sain. Ces mêmes sentimens de reconnoissance l'engagement à dédier ses ouvrages à deux ministres disgraciés, tandis que ceux qui avoient été leurs courtisans les plus assidues dans le temps de leur faveur, les oublioient ou les déchiroient. Le premier de ces ministres étoit le comte d'Argenson, à qui d'Alembert avoit été redevable de la pension de douze cents livres que le roi lui accorda en 1756. Le second étoit le marquis d'Argenson, frère du précédent, qui aimoit son caractère & qui estimoit les talens. Ce célèbre géomètre étoit encore dans la force de son génie, lorsqu'il mourut à Paris le 29 octobre 1783, sans avoir reçu ni voulu recevoir les secours de la religion. Ses principaux ouvrages sont : I. Ses Mélanges de littérature, d'histoire & de philosophie, 5 volumes in-12, plusieurs fois réimprimés. Ce recueil est à la portée de tous les lecteurs, quoique les matières que l'auteur traite paroissent devoir être quelquefois au-dessus de leur intelligence. On y trouve le discours préliminaire de l'Encyclopédie; l'essai sur les gens de lettres, plein de vérités courageuses; cinq éloges, de Bernouilli, de Terrasson, de Montesquieu, de Mallet, de Dumasais; les mémoires de Christine; une traduction de divers morceaux de Tacite, réimprimée séparément en 2 deux volumes in-12; des élemens de philosophie; de petites disfer- rations sur divers sujets, sur l'éloquence, sur la poésie, sur la latrité des modernes, &c. &c. Rien de plus satisfaisant en général que le ton de l'auteur, lorsqu'il prouve ou qu'il discute. C'est l'esprit qui parle toujours raison; il pense, & il fait penser. Sa philosophie ferme & pleine de hauteur ose afficher son mépris ou son estime, mais sans blesser les bienfiances; & en ôtant à la vérité ce qu'elle a de révoltant, il lui laisse tout ce qu'elle a de noble & d'utile. Une remarque qu'on a faite, c'est que ses idées perdent beaucoup, si l'on emploie d'autres termes que ceux qu'il a employés: preuve qu'il joint l'élégance à la propriété des expressions. C'est un éloge qu'on a donné souvent à Voltaire, que d'Alembert cherche un peu trop à imiter. Mais s'il est plus profond que cet écrivain, il est moins léger, moins agréable. On pourroit même le trouver quelquefois un peu pesant. Certains morceaux écrits d'une manière très-piquante, tels que son Apologie de l'étude, prouvent cependant qu'il connoissoit les agrémens du style & la bonne plaisanterie. II. Elémans de musique, théorique & pratique, 1762, in-8. L'auteur ayant suivi dans ce livre les principes de Rameau, lui en attribue toute la gloire. Il dit que rien n'est à lui, que l'ordre & les fautes qui pourront s'y trouver. C'est être bien modeste; car dans ce Traité tout le monde a vu ce qu'on ne voit point dans les écrits du célèbre musicien: un homme qui s'entend, & qui fait se faire entendre aux autres. III. De la destruction des Jésuites, 1765, in-12. En général l'auteur traite avec la même sévérité les Jésuites & leurs adversaires. Il recueille toutes les épigrammes que la chute des enfans d'Ignace fit naître dans le temps. Il y ajoute les fiennes, & les 158 A L E unes & les autres font quelquefois amenées de trop loin. Il est souvent plus caustique que plaisant. NON RIDET, SED IRRIDET, a-t-on dit d'un de ses portraits; & l'on peut l'appliquer à cet écrit, où il affiche pour certains corps religieux un mépris trop insultant. Il ne se borna pas là. Quelques Jésuites ayant trouvé un asile dans les états du roi de Prusse, d'Alembert cherchoit à leur enlever cette dernière retraite. Mais Frédéric repoussa toutes les insinuations que le philosophe françois glissait dans ses lettres contre des hommes que leur malheur auroit dû lui rendre respectables. IV. Eloges lus dans les séances de l'académie françoise, 1779, in-12, qui ont été suivis en 1787 de cinq autres volumes. Ce recueil est plein de morceaux très - bien écrits, de parallèles ingénieux, de réflexions fines, d'anecdotes piquantes, de portraits peints avec vérité & avec énergie. Plusieurs critiques, en avouant ces beautés, ont relevé des défauts qu'on ne peut dissimuler: un style inégal & entortillé, des tournures alambiquées, des pensées recherchées, de froides plaisanteries. Cependant, cette collection fut lue avec empressement par le public, qui lui pardonna l'excès d'esprit, parce que l'auteur en avoit réellement beaucoup. Un journaliste l'a traité trop rigoureusement en disant, qu'il n'avoit été qu'un mauvais singe de Fontenelle. D'Alembert à la vérité l'imite souvent, & pas toujours dans ce qu'il a de meilleur; mais il offre aussi bien des choses neuves qui lui appartiennent. Nous avons parlé, jusqu'à présent, des ouvrages de d'Alembert les plus connus; mais il y a d'autres écrits qui, quoique moins célèbres, du moins pour le commun des lecteurs, lui ont peut-être plus coûté. Les principaux sont les suivans: I. Traité de Dynamique, 1758, in-4.º Ce livre fut le fondement de sa réputation, comme mathématicien. Il partagea avec Euler la gloire d'être un des plus célèbres géomètres de son siècle. Il ajouta, dit monsieur de Condorcet, un nouveau calcul à ceux dont la découverte avoit illustré le siècle dernier, & de nouvelles branches de la science du mouvement, à celles de Gagne, d'Huyghes & de Newton. II. Traité de l'équilibre & du mouvement des fluides, 1745, in-4.º ouvrage digne du précédent. III. Réflexions sur la cause générale des vents, 1746 in-4.º IV. Recherches sur la perception des équinoxes, 1748, in-4.º V. Effai d'une théorie nouvelle de la résistance des fluides, 1752, in-4.º VI. Recherches sur divers points importants du système du monde, 1754-1755, 3 vol. in-4.º VII. Nova tabularum lunarium emendatio, 1756, in-4.º VIII. Opuscules mathématiques, 1761 & annes suivantes, en 8 vol. in-4.º Voyet GÉOFRIN; COET-LOSQUET; & PREMONTVAL. On a publié en 1789, 2 vol. de sa Correspondance avec le roi de Prusse dans les Œuvres poultures de ce monarque. D'Alembert s'y montre plein de zèle pour la gloire de Frédéric, & très-empressé de servir ses amis auprès de ce prince; mais on y voit en même-temps une haine trop marquée contre la religion, le clergé & les jésuites. Frédéric plus philosophe que lui, est quelquefois obligé de lui prêcher l'indulgence & la modération. I. ALENÇON, (Robert IV comte d') Voyet ROBERT IV, comte d'Alençon n.º XI, où nous parlons des princes qui ont possédé depuis Robert le duché d'Alençon.
II. ALENÇON, (N. d') étoit fils d'un huissier au parlement de Paris. Il a donné au théâtre Italien deux comédies, la Vengeance comique & le A L E 159 Mariage par lettres-de-change. D'Alençon est mort au mois d'août 1744.
ALÉOTTI, (Jean-Baptiste) architecte de Ferrare, mort en 1630, étoit né dans une si grande pauvreté, qu'il fut obligé pendant sa jeunesse, de servir les maçons en qualité de manœuvre ; mais il apporta en naissant de si heureuses dispositions pour l'architecture, qu'à force d'en entendre parler il en apprit toutes les règles, ainsi que celles de la géométrie, & fut même en état de publier des ouvrages sur ces sciences. Il prit beaucoup de part à ces fameuses disputes sur l'Hydroflatique, qui s'élevèrent au sujet des trois provinces de Ferrare, de Bologne & de la Romagne, lesquelles sont très exposées aux inondations. Il bâtit aussi des théâtres & des palais à Mantoue, à Modène, à Parme, & la citadelle de Ferrare.
ALEPINS, Voy. V. ABDALLA.
ALERIA, (Jean évêque d') Voy. ANDRÉ, n.º III. I. ALÈS ou HALÈS, (Alexandre d') prit son nom d'un village d'Angleterre où il naquit. Il enseigna à Paris la philosophie & la théologie avec beaucoup d'éclat dans l'école des Frères-mineurs, chez lesquels il avoit pris l'habit en 1222. Il y mourut en 1245. Ses contemporains, qui aimoient les titres emphatiques, lui prodiguèrent ceux de Docteur irréfragable & de Fontaine de vie. Ceux qui liront sa SOMME de théologie, imprimée à Nuremberg en 1484, & à Venise 1575, en 4 énormes in-folio, n'y trouveront qu'une Fontaine d'ennui. Alès connoissoit plus Aristote que les Pères de l'Église. Il avance même des propositions pernicieuses : il prétend, entr'autres, que les sujets d'un prince apostait sont dispensés du ferment de fidélité, & que la puissance temporelle est soumise à la spirituelle. Il soutient encore d'autres erreurs, foudroyées par nos parlements dans les casuistes modernes.
II. ALÈS, (Alexandre d') Alesius, théologien de la confession d'Aubourg, né à Edimbourg en 1500, fut d'abord catholique ; mais en voulant convertir Patrice Hamilton, seigneur Ecossais, luthérien, il le devint lui-même. Il mourut le 27 mars 1565, à Leipzig où il professa la théologie. Il étoit ami de Mélancheon, & Bèze l'appelle l'ornement de l'Ecosse. On a de lui des Commentaires sur St. Jean, in-8°... sur les épîtres à Timothée, 2 vol., in-8°... sur les pécumes, in-8°... sur l'épître à Tite, in-8°... sur celle aux Romains, in-8°. En 1560, il soutint le sentiment de George Major sur la nécessité des bonnes œuvres, dans un écrit intitulé : De necessitate & merito bonorum operum.
ALESIO, (Matthieu Perez d') né à Rome, mort en 1600, se distingua également par son pinceau & par son burin. De toutes ses productions, la plus curieuse est le St. Christophe qu'il peignit à fresque dans la grande église de Séville en Espagne. Chaque mollet des jambes de cette figure colossale, a une aune de large : qu'on juge par-là des autres proportions du corps. Simple & modeste, cet artiste étoit le premier à rendre justice à ses rivaux. Admirant la jambe d'Ève dans un tableau de Louis de Vargas, il s'écria : « cette jambe seule vaut mieux que » tout mon St. Christophe. « Alors il retourna en Italie pour ne point disputer à ce dernier la prééminence de son arc dans sa patrie.
ALESSANDRI, (Marie Buonaccorsi) naquit à Florence au commencement du dix-huitième siècle, 160 A L E & fut l'un des ornemens de l'académie des Arcades par les grâces de ses talens poétiques. *Crefecmbeni* dans l'histoire de cette académie, cite plusieurs pièces agréables d'*Alessandri* qui vivait encore en 1730.
ALESSI, (Galeas) le plus célèbre architecte de son siècle, né à Perouse en 1500, mourut en 1572. Sa réputation s'étendit dans presque toute l'Europe. Il fournit à la France, à l'Espagne, à l'Allemagne, des plans non-écoulement pour des palais & des églises, mais encore pour des fontaines publiques & des salles de bain, où il montra la fécondité de son génie. Le plan qui lui fit le plus d'honneur fut celui du monastère & de l'église de l'Écuvial, que l'on préféra à tous ceux que les plus habiles architectes de l'Europe avoient donnés. Plusieurs villes de l'Italie font aussi ornées des édifices qu'il a construits, mais il n'en est aucune où l'on en trouve autant qu'à Gênes, & c'est sans doute à cause de la quantité de ces monuments magnifiques, que cette ville a mérité le nom de *Superbe*. *Alessi* étoit encore, dit-on, très-favant, & très-capable de traiter les affaires les plus importantes.
ALESSIO, dit *Marchis*, né à Naples vers l'an 1700, s'adonna à la peinture & y obtint des fœces. Il se distingua sur-tout dans les paysages : & la galerie de Veymar s'est enrichie de plusieurs. *Alessio* se trouvant à Rome s'y permit quelques propos indiscrets qui le firent emprisonner ; mais on lui rendit bientôt la liberté en considération de ses talens. Il est mort au milieu du siècle passé.
ALETHIUS, *Voyer* ALCIME II.
ALEXANDRA, fille d'*Hircan*, épousa *Alexandre* fils d'*Aristobule II*, roi des Juifs, et en eut un autre *Aristobule* grand-facrificateur, et *Marianne* qui fut femme d'*Hérode* le Grand. C'étoit une princesse fière et ambitieuse, qui confia, dit-on, plusieurs fois contre la vie de son gendre. *Hérode* la fit arrêter dans son palais, lui défendit d'en sortir & de se mêler d'aucune affaire. Ne pouvant supporter cette espèce de prison, elle porta ses plaintes à *Cléopâtre*, qui lui promit de la seconder dans le dessein d'échapper à sa captivité. *Alexandra* fit faire deux coffres pour s'y enfermer avec *Aristobule*. Un vaisseau devoit les attendre au port. Mais *Hérode*, instruit de ses menées, fit semblant de les ignorer, et la laïssa sortir de la ville. Quand elle fut sur le point d'entrer dans le vaisseau, il fit saisir & porter au palais ces deux coffres. *Alexandra* n'en fut gardée que plus étroitement. Dans le temps qu'elle gémissait sur la perte de sa liberté, on fit courir le bruit qu'*Hérode* étoit mort. Sur le champ elle voulut qu'on lui livrait les forteresses de la ville de Jérusalem et du temple. Mais les gouverneurs, (*Voyer* ACHIAB) fideles à un maître qu'ils favoient vivant, lui en donnèrent avis & reçurent ordre de la faire mourir : ce qui fut exécuté l'an 28 avant J. C. Il ne faut pas la confondre avec ALEXANDRA, femme d'*Alexandre-Jannée*, qui conferva toute l'autorité après sa mort, et qui se laïssa gouverner par les Pharisiens. Elle donna la grande-facrificature à *Hircan*, son fils aîné, à qui elle avoit inspiré une soumission aveugle pour cette secte infolente. Elle mourut l'an 70 avant J. C. à 73 ans, après en avoir regné neuf, & avoir montré d'excellentes qualités mêlées de quelques défauts.
ALEXANDRA-SALOME, *Voy.* III. ARISTOBULE.
SOUVERAINS: I. ALEXANDRE le GRAND, fils Philippe roi de Macédoine, né à le 356 ans avant J.C., la nuit éme que fut consumé le temple Diane; annonça de bonne heure qu'il feroit un jour. (Voyez ARIS- TE.) Les amufements de sa jeu- ssée furent des jeux héroïques. Il compta le cheval Bucéphale, qu'au- ne n'écuyer n'avoit pu réduire. Philippe transporté de joie, lui dit l'embraffant: Mon fils, cherche autre royaume; la Macédoine n'est pas grande pour vous. On lui pro- voit un jour d'aller disputer aux jeux olympiques le prix de la cour- : Qu'on me donne, dit-il, des rois de rivaux, et je disputerai le prix. Les ambaffadeurs de Perfe étonnés la passion pour la gloire qui nimoit, disoient: Ce jeune nce est grand, le nôtre est riche. Il niffoit des victoires de Philippe, se plaignoit qu'il prenoit tout, & il ne lui laifferoit rien à faire. Il sauva la vie dans une bataille, lorsqu'il lui eut succédé, il se entra digne d'un tel père. Alexan- n'avoit alors qu'environ 22 ans. commença ses conquêtes par la race et l'Illyrie, & détruisit Thè- : La famille & la maison de Pin- e, qui étoient dans cette ville, ent conservées en mémoire de sublime poète. Alexandre aimoit fionnément la poésie, & la lec- e d'Homère lui plaisoit à tel point, il portoit toujours avec lui l'I- le. Toutes les républiques de la ce se foumirent au vainqueur de èbes. Démosthènes se tut, & les médiens s'empressèrent de de- nder grace au jeune conquérant. Alexandre vouloit qu'on lui livrat principaux orateurs d'Athènes; is Demades obtint leur grace, & prince Macédonien se contenta banniffement de Charimède. Alors Alexandre ne s'occupa plus que du projet d'accabler les Perfes. Dans cette vue, il convoqua l'affemblée de villes Grecques, à Corinthe. Ayant gagné les députés par sa douceur, par son humanité & par ses manières flatteuses, il se fit nommer généralissime de toutes les forces de la Grèce. Il parfit avec trente mille hommes d'infanterie, cinq mille chevaux, soixante & dix talens, & des vivres pour un mois. C'étoit bien peu pour con- quérir un des plus vastes empires de l'univers, & l'entreprise pouvoit paroître téméraire; mais Alexandre comptoit sur sa fortune, sur des soldats aguerris, conduits par de vieux & excellens capitaines, & sur les vices qui avoient corrompu le courage & le patriotisme en Perfe. Darius-Codoman régnoit dans cet empire depuis l'an 336 avant J.C.; prince estimable à certains égards, mais manquant de politique & de courage. Alexandre s'étant mis en marche pour le combattre, passe l'Hellespont l'an 334. Arrivé en Phrygie, il honore le tombeau d'A- chille, et porte envie au double bonheur de ce héros d'avoir eu un ami fidèle pendant sa vie, & un chantre admirable. Plein de cet en- thoufaisme qui fait les héros, il passe le Granique en présence de l'armée ennemie qu'il met en fuite. Memnon de Rhodes, le meilleur gé- néral de Darius, vouloit qu'on évi- tât les combats, & qu'en ruinant le pays on affamât les Grecs; mais ces sages conseils ne furent point suivis par les Perfes. Bientôt l'A- fle mineure fut soumise. Le héros Macédonien avoit renvoyé la plus grande partie de sa flotte, pour mettre ses soldats dans la nécessité de vaincre ou de périr. Revenant de la Cappadoce vers Tarfe, il fran- chit les défilés étroits de la Cili- cie, que l'ennemi abandonna sans 162 ALE oser l'attendre. Il se rendit maître de Tarfe & des richeffes que cette ville renfermoit. C'est là qu'après s'être baigné, couvert de fueur, dans le Cydnus, il eut une maladie mortelle, dont son médecin Philippe le guérit. Cependant Darius s'avançoit pour le combattre. Au lieu d'attendre son ennemi dans une plaine où il auroit pu déployer toutes ses forces, il s'engagea dans les défilés de Calicie près de la ville d'Iffus, & livra bataille dans un endroit où le terrain donnoit tout l'avantage au roi de Macédoine. Il fut defait l'an 333 avant J. C. Alexandre qui avoit déjà conquis la Lydie, l'Ionie, la Carie, la Pamphylie, la Cappadoce, en moins de temps qu'il n'en auroit fallu à un autre pour les parcourir, mit le comble à sa gloire dans cette journée célèbre. Il s'empara des trésors de Darius, fit prisonniers sa mère, sa femme & ses enfans. Il les reçut avec la bonté d'un père & la magnificence d'un roi. Il se transporta dans leur tente, accompagné d'Epheffion son favori. Les reines s'étant prosternées devant celui qu'elles prenoient pour le roi, lui en fitent des excuses après avoir connu leur erreur. Non, ma mère, répondit le conquérant à Syfigambis, mère de Darius, vous ne vous êtes point trompée; celui-ci est un autre Alexandre. La bataille d'Iffus fut suivie de la réduction de plusieurs villes, & fur-tout de Tyr, qui lui réfiesta pendant quelque temps. Elle fut prise après un fège de 7 mois. Deux mille habitans qui échappèrent à la fureur du foldat, ne purent échapper à la cruauté d'Alexandre; il les fit mettre en croix. Après le fège de cette ville, il passa en Judée, pour châtier les Juifs qui lui avoient refusé des secours. Jaddus, leur grand sacrificateur, le calma en lui montrant le livre où Daniel prédit qu'un prince Grec renverseroit l'empire des Perses. Le vainqueur de Darius offrit des sacrifices au Dieu de Jaddus. (Voyet JADDUS.) Au fège de Gaza, il donna de nouvelles marques de son humeur vindicative. Bétis qui en étoit gouverneur, fidèle à Darius, l'avoit défendue avec courage, & ce fut un crime aux yeux du vainqueur. Alexandre immola deux mille hommes à sa vengeance, & les fit passer au fil de l'épée; il fit vendre tous les autres habitans; il insulta lâchement à la valeur de Bétis: enfin il le fit attacher par les talons à son char, & trainer autour de la ville. Ayant réduit Gaza, il traversa le désert pour entrer en Egypte, qui, laffe du joug des Perses, se rendit avec empressement au conquérant Macedonien. Après y avoit fait bâtir Alexandrie, qu'il vouloit rendre le centre du commerce de toutes les nations, il alla sacrifier au temple de Jupiter Ammon dans la Lybie: Alexandre avoit la manie d'être fils de ce Dieu, & l'oracle ne manqua pas de le déclarer. Darius lui avoit fait faire des propositions fort avantageuses, qu'il refusa. Parmenion ayant dit dans cette occasion, qu'il « les eût acceptées, s'il avoit été à » la place d'Alexandre: « Et moi aussi, reprit son maître, si j'eusse eût Parmenion. Il ne songea plus qu'à aller chercher son ennemi, & le défit à la bataille d'Arbelles, l'an 330 avant J. C. Pendant qu'il triomphoit en Asie, les Lacédemoniens se soulevoient; mais vaincus par Antipater, gouverneur de Macédoine, ils furent bientôt obligés de se soumettre à l'exemple du reste de la Grèce. La journée d'Iffus avoit ouvert à Alexandre: la Phénicie & l'Egypte. La victoire d'Arbelles lui ouvrit le reste de la Perse & les Indes. Il se transporta successi- vement à Babylone, à Suze, à Per- fepolis. Il marchoit vers Ecbatane à la pourfuite de Darius, lorsqu'à son approche Beffus & Narbarians égorgèrent cet infortuné monar- que. Alexandre donna des larmes à Darius. Absolument maître de la Perfe par sa mort, il s'avança juf- qu'à l'laxarte, sur les bords duquel il bâtit une nouvelle Alexandrie. Mais les Scythes, établis au-delà de ce fleuve, regardant cette ville comme faite pour les asservir, pri- rent les armes & envoyèrent des ambassadeurs à Alexandre. Leur ha- rangue, composée vraisemblable- ment par Quinte-Cures, renferme de trop belles idées sur la vanité de l'ambition guerrière, pour que nous n'en donnions pas un extrait: « Si les Dieux, lui dirent-ils, t'a- voient donné un corps propor- tionné à tes défis ambitieux, l'univers feroit trop petit pour toi. Ne fais-tu pas cependant que les grands arbres sont longtemps à croître, & qu'il ne faut qu'une heure pour les renverfer? Qu'a- vons-nous à démêler avec toi? jamais nous n'avons mis le pied dans ton pays. N'est-il pas per- mis à un peuple qui vit dans les bois, d'ignorer qui tu es, & d'où tu viens? Nous ne voulons ni obéir, ni commander à personne. Tu te vantes d'être venu pour exterminer les brigands, et tu es toi-même le plus grand voleur de la terre. Tu as pillé & saccagé toutes les nations que tu as vain- cues. Après avoir envahi la Ly- die, tu t'es rendu maître de la Syrie, de la Perfe, de la Bac- triane, tu fonges à pénétrer juf- qu'aux Indes, & tu viens ici pour nous enlever nos troupeaux: en forte que ce que tu possèdes, ne sert qu'à te faire déférer plus ar- demment ce que tu ne possèdes pas. Crois-nous cependant; la fortune est inconstante; prends garde qu'elle ne t'échappe; mets des bornes à ton bonheur, si tu veux en jouir. Es-tu un Dieu? tu dois faire du bien aux hom- mes, & non les dépouiller. Es- tu un homme? fongé toujours à ce que tu es. Ceux que tu laiffe- ras en paix, feront véritablement tes amis; mais n'imagine pas que des vaincus puissent t'aimer: il n'y a jamais d'amitié entre le maître & l'esclave; & une paix forcée amène bientôt la guerre. Malgré cette belle harangue, les Scythes furent soumis, & le vain- queur Macédonien marcha vers les Indes. Il attaqua Porus, de tous les rois de ce pays, le plus digne de combattre Alexandre. Porus voulut, en vain, s'opposer à ce torfeu dans sa chute. Alexandre le vain- dompta les autres rois, & fit des Indes une province de son empire. Il vint à bout de réduire ces valles contrées, avec autant de célérité, que de valeur & de prudence, donnant par-tout l'exemple aux foldats, souvent blessé, toujours heureux, & se tirant des dangers où son courage l'expofoit, par de nouveaux traits de hardiesse. Au fêge de la ville des Oxidra- ques, près des sources de l'In- dus, il avoit à combattre des en- nemis résolus de se défendre juf- qu'à la dernière extrémité. Dans la crainte d'être retenu trop long- temps devant cette place, il fait planter des échelles aux murs & monte le premier à l'escalade. Il s'accroche à la muraille, & n'ayant point où appuyer ses pieds, parce qu'elle n'avoit pas de cordon, il demeure suspendu en l'air, exposé aux traits qu'on lui lançoit de tou- tes parts & qu'il recevoir sur son bouclier. Ses foldats lui crioient de se laisser couler en bas, quand, par un excès de courage ou de 164 A L E témérité, il s'élança dans la place remplie d'entremis. Il ne pouvoit, sans une espèce de miracle, man- quer d'être pris ou tué; mais étant heureusement tombé sur ses pieds, l'épée à la main, il écarta ceux qui se trouvèrent auprès de lui, & en tua trois. Enfin il tombe dangereu- sement blessé. Ses troupes croyant avoir perdu leur roi, courent à la muraille, font une brèche & en- trent en foule dans la ville, où ils font main-basse sur tous les habi- tans. Alexandre fut porté dans sa tente sans connoissance, & ne re- vint à lui que lorsqu'on eut étan- ché le sang de sa plaie. Il se fit voir le septième jour aux Indiens, & n'attendit pas, pour continuer ses conquêtes, que sa santé fut raffer- mie. On n'entrera point dans le dé- tail de ces expéditions, parce que ne reconnoissant plus dans les noms modernes ceux que portoient au- trefois ces mêmes lieux, il est im- possible de les indiquer avec exac- titude. On peut même doucer, sans être Pyrrhonien, de la plupart des actions dont l'Inde fut alors le théâ- tre, selon Quinte-Curée. Quoi qu'il en soit, Alexandre s'embarqua sur l'Hydafpe pour descendre vers l'Océan méridional; & quand il fut arrivé sur les bords, le héros Ma- cédonien vit avec joie qu'il avoit porté ses armes jusqu'aux bornes les plus reculées de la terre. Après avoir donné ses ordres pour assurer ses nouvelles conquêtes, il équi- pa une flotte, & donna ordre à Néarque, de se rendre par mer au Golfe Persique, tandis qu'il repren- droit par terre la route de Baby- lone. Il traversa des déserts sablon- neux, où il eut extrêmement à souffrir, tant par la disette d'eau et de vivres, que par la chaleur excessive de ces climats brûlans. Dans des marches si longues, les froids épuisés de fatigue, regret- toient leur patrie, & se laffoient de ne point trouver de fin à leurs tra- vaux: mais un regard, un mot d'A- lexandre leur rendoit toute leur ar- deur. Il ne ramena cependant que le quart des troupes qui l'avoient suivi dans l'Inde. Enfin, après avoir bravé beaucoup de périls, il fit son entrée dans Babylone, où il donna audience à un grand nombre d'am- bassadeurs qui lui étoient venus de toutes les parties du monde. Pour se dédommager de ses fatigues, il ne pensa qu'à se livrer aux plaisirs que cette ville lui fournissoit en abondance. Il prit l'habitude & les mœurs des Perses. A leur mollesse il joignit la erapule. Son palais fut un sérail, & sa table un lieu de dé- bauche, où il étoit honteux de ne pas s'enivrer. Toujours rempli de l'idée qu'il étoit fils de Jupiter, il se montroit avec les attributs de ce Dieu; il vouloit sérieusement être adoré. Les dissolutions qui avoient déjà fait périr plusieurs de ses courtisans, hâtèrent sa mort. Il mourut à Babylone, d'un excès de vin, l'an 324 avant J. C., à l'âge de trente-deux ans. « Je laisse, dit- il est mourant, mon empire au plus digne; mais je vois que mes meilleurs amis célébreront mes funérailles les armes à la main. » Les bruits de poison répandus quelques années après la mort de ce prince, étoient, comme l'observe Plutarque, des fic- tions de gens qui s'imaginoient de- voir ajuster un dénouement tragique à ce grand drame. Sa maladie avoit duré trente jours; le journal en existoit. Le même historien ob- serve, qu'il étoit entré à Babylone, en bravant les prédictions finis- tres des Chaldéens, & que néan- moins les terreurs de la supersti- tion le faisèrent dans sa maladie au point, que le palais fut bientôt rem- pli de prêtres & de devins... On a dit dans tous les temps beaucoup de bien & beaucoup de mal d'Alexandre. Si on ne le regarde que comme un ambitieux, qui a fait tuer grand nombre d'hommes, il doit être odieux ainsi que tous les conquérants. Mais on doit moins le haïr, si l'on fait attention que ce vainqueur de l'univers étoit, dans le cours même de ses conquêtes, souvent humain, & presque toujours le plus libéral des princes; qu'il faisoit des lois après ses victoires, établissoit des colonies, faisoit fleurir le commerce, protégeoit les arts, envoyoit à son précepteur Aristote une somme considérable pour perfectionner l'histoire naturelle; si l'on fait attention qu'il fut aussi habile à conserver ses conquêtes, qu'heureux à les faire. Dans la rapidité de ses expéditions, dans le feu de ses passions mêmes, dit le président de Montesquieu, il avoit une faillie de raison qui le conduisoit. S'il est vrai que la victoire lui donna tout, il fit aussi tout pour se procurer la victoire; ne laissant rien derrière lui ni contre lui; n'éloignant point de sa flotte son armée de terre; se servant admirablement bien de la discipline contre le nombre. Il avoit sur-tout cette confiance héroïque qui du général passe aux soldats. Lorsqu'il partit la première fois pour ses expéditions militaires, Aristote lui dit qu'il seroit mieux d'attendre l'âge viril, qu'alors il commanderoit avec plus de prudence. En attendant, répondit-il, je perdrois l'audace de la jeunesse. Avant de passer en Asie, il distribue ses trésors & ses revenus aux courtisans et aux soldats. Que gardes-vous donc pour vous, Seigneur, lui dit Perdiccas? L'espérance, répondit-il. Cette confiance généreuse se communiqua à tous les Macé-doniens, qui dédaignèrent les présents de leur roi, & qui comme lui, se crurent déjà en possession des richesses des Perses. On voulut l'arrêter, en lui disant que Darius auroit un million d'hommes: Un loup, répondit-il, ne craint pas un grand nombre de brebis. Il cimenta toutes les parties de son nouvel empire, en réunissant les Grecs & les Perses, & en faisant disparaître les distinctions du peuple conquérant & du peuple vaincu. Les autres héros détruisirent plus qu'ils ne fondèrent; Alexandre fonda plus de villes qu'il n'en détruisit. Mais une partie de la gloire d'Alexandre fut ternie, lorsque la colère, le vin & l'orgueil le dominèrent sur la fin de ses jours. Le meurtre de Clitus son ami au milieu d'un repas, son amour pour l'eunuque Bagoas, ses excès avec les femmes, et la manie de vouloir passer pour le fils d'un Dieu, sont des taches éternelles à sa réputation... Les historiens nous ont peint Alexandre avec une taille moyenne, le cou un peu penché, les yeux à fleur de tête, & le regard fier, tel qu'il le falloit au maître du monde. Quelques anecdotes serviront à faire connoître son caractère, tel qu'il étoit dans les beaux jours de sa gloire. Ce héros ne voulut jamais permettre qu'à trois artistes de travailler à son portrait: à Praxitèle, en sculpture; à Lysippe, en fonte; & au célèbre Apelles, en peinture... Quoiqu'Alexandre méritât des éloges, il ne les recherchait pas avec avidité. Un poète lui ayant présenté de mauvais vers, il le fit payer très-libéralement, mais à condition qu'il ne se mêleroit plus d'en faire. Un autre de ces flatteurs qu'on appelle historiens, lui lisait, en traversant un fleuve, la description d'une de ses conquêtes, où la vérité étoit altérée par des exagérations ridicules, le conquérant indigné jeta l'ouvrage dans l'eau. (Voyez aussi 111 AGIS.) Sqs 166 A L E amour pour les arts se signala dans plusieurs occasions. Sur la simple prière d'un philosophe, qui avoit eu quelque part à son éducation, il pardonna à une ville qu'il avoit juré de détruire. Mais Persépolis paya cher la passion qu'il avoit conçue pour une de ses maîtresses : *Thaïs* lui mit en main le flambeau qui réduisit cette ville en cendres... Il eut le bonheur peu commun d'avoir des amis tendres. Il est vrai que son attachement pour *Ephesion* fut soupçonné d'être peu honnête ; mais l'histoire ne rapportant de ce favori que des actions louables & courageuses, il semble mériter qu'on n'attribue son élévation qu'à la vertu. D'autres officiers eurent aussi part à la confiance de leur maître. Il vivoit familièrement avec eux. Il oublioit son rang dans bien des occasions, où peu de souverains auroient la force de ne pas le faire sentir. Un jeune Macedonien amena, dans un bal où il étoit, une courtisane pleine de graces & de talens. Le roi, en la voyant danser, ne put se détendre de quelques désirs ; mais ayant appris que le jeune homme aimoit cette fille avec passion, il lui fit dire de se retirer promptement, & d'emmener avec lui sa maîtresse... On vouloit l'animer contre un homme qui condamnoit toutes ses actions ; il se contenta de répondre : *C'est le sort des Rois d'être blâmés, même quand ils se conduisent le mieux...* La veille de la bataille d'Arbelles, on vint lui dire que plusieurs de ses soldats avoient comploté de prendre & de garder pour eux, ce qu'ils trouveroient de meilleur dans les dépouilles des Perses : *Tant mieux, dit-il ! c'est une preuve qu'ils ont envie de se bien battre...* Un jour, en regardant arriver des mulets chargés d'argent qu'on lui envoyoit, il apperçut un des conducteurs, dont l'aumal étoit mort en chemin, s'avancer avec peine sous le poids d'un sac qu'il apportoit sur son dos : il lui fit présent du sac. Une autre fois, s'étant arrêté un peu derrière sa troupe au milieu d'une marche dans une montagne couverte de neige, il rencontra un simple soldat, à qui le froid et la fatigue avoient fait perdre connoissance : il le prit dans ses bras, le rapporta lui-même dans l'endroit où les autres l'attendoient avec du feu, & ne le quitta point qu'il ne l'eût vu parfaitement rétabli... *Justin* a fait un parallèle d'*Alexandre* & de *Philippe*, qui mérite d'être placé à la suite du portrait de ce conquérant. « *Alexandre* eut » de plus grands vices & de plus grandes vertus que *Philippe*. Tous deux triomphèrent de leurs ennemis, mais diversément. L'un employoit la force ouverte, l'autre l'artifice. L'un se félicitoit quand il avoit trompé ses ennemis ; l'autre, quand il les avoit mis en déroute. *Philippe* avoit plus depolitique ; *Alexandre* plus de grandeur. Le père favoit dissimuler sa colère, & quelquefois même la surmonter ; le fils ne connoissoit dans ses vengeances ni delais, ni bornes. Tous deux aimoient trop le vin ; mais l'ivresse produisoit sur eux des effets différens : *Philippe*, au sortir du repas, alloit chercher le péril & s'y expoisoit témérairement ; *Alexandre* tournoit sa fureur contre ses propres sujets. Aussi l'un revint souvent du champ de bataille, couvert de blessures ; l'autre se leva de table souille du sang de ses amis. Ceux de *Philippe* n'étoient pas admis à partager son pouvoir ; les amis d'*Alexandre* sentoient le poids de sa domination. Le père vouloit être aimé, le fils craint. Tous deux cultivèrent les lettres ; mais *Phè-* A L E 167 » lippe par politique, Alexandre » par goût. Le premier affectoit » plus de modération avec ses en- » nemis; l'autre en avoit réelle- » ment davantage, & mettoit dans » sa clémence plus de grace & de » bonne foi. Celui-ci étoit plus » porté à la débauche; celui-là à la » tempérance. C'est avec ces qualités » diverses, que le père jeta les » fondemens de l'empire du mon- » de, & que le fils eut la gloire » d'achever ce grand ouvrage. » L'idée qu'Alexandre laissa de lui à la posterité, étoit si grande, que plusieurs princes, entr'autres Cara- calla, n'étoient jamais aussi flattés que lorsque leurs courtisans leur dissoient qu'ils ressembloient au conquérant Macédonien. Le savant Jésuite, André Schott, a recueilli les noms des rois qui ont eu la ma- nie d'avoir quelque ressemblance avec lui, & a détaillé les extrava- gances que cette folie leur a fait faire. Mais ce qui paroîtra non moins extraordinaire, c'est que les Chrétiens d'Asie portoient sur eux, du temps de St. Jean Chryso- phène, des médailles d'Alexandre, comme des préservatifs contre les périls et les maladies. Quelques-uns mêmes de ces Chrétiens avoient des médailles, où l'on voyoit d'un côté la tête d'Alexandre, & de l'autre le nom de JESUS-CHRIST... Voy. les art. d'ARRIEN & QUINTE- CURCE. Voy. aussi ceux de ADA, de CRATÈRE, CALISTHÈNES, EPHESTION, DINOERATE, HER- MOLAUS, MANDANE, PARMÉ- NION, PHOCION, dans ce Dic- tionnaire; & l'Histoire élégante & bien écrite du siècle d'Alexandre, par M. Linguet, édition de 1769.
II. ALEXANDRE, tyran de Pherées dans la Thessalie, vaincu par Pélopidas, général des Thé- bains, l'an 364 avant J. C., fut af- suffiné quelques années après par sa femme, aidée de ses trois frères Tifiphon, Lycophron, & Pitholaus. Il s'étoit rendu redoutable par ses cruautés. Il prenoit plaisir à faire enterrer des hommes tout-vifs; il en couvroit d'autres de peaux d'ours ou de sanglier, & lâchant sur eux ses chiens de chasse, il les faisoit déchirer, ou les perçoit lui-même à coups de flèches.
III. ALEXANDRE JANNÉE, roi des Juifs, fils d'Hyrcan & frère d'Aristobule, fut mis sur le trône par Salomé veuve d'Aristobule. Il régna en tyran, & périt d'un excès de vin, l'an 79 avant J. C. Un jour qu'il faisoit un festin avec ses concubines, il fit crucifier huit cents de ses sujets qu'il avoit faits prisonniers dans une révolte, & fit massacrer devant eux leurs fem- mes & leurs enfans. A peine eut-il ceint le diadème, qu'il fit mourir un de ses frères qui lui avoit dis- puté la couronne. Mais il laissa vivre l'autre, nommé Absalon, dont l'humeur tranquille ne lui donnoit aucun ombrage. Il fit la guerre aux Arabes & aux Moa- bites, & perdit presque toute son armée dans une embuscade. Il avoit été défait auparavant par Prolomée Lathur roi d'Égypte. Ses sujets se révoltèrent plusieurs fois, parce qu'il les traitoit avec cruauté. Enfin voulant les regagner, il leur fit faire des propositions d'accom- modement, & leur demanda ce qu'il pouvoit faire pour les con- tenter? Tous s'écrièrent avec fu- reur: Qu'il meure! (V. ALEXAN- DRA.)
IV. ALEXANDRE-BALÈS, ou BALA, roi de Syrie, qui régna après la mort d'Antiouchus Epipha- nes, dont il se disoit fils, ne fut qu'un imposteur. Il fit alliance avec les Juifs, qui lui donnèrent du secours contre Demetrius Soter. qui, soutenu par *Ptolomée Philo-* *motor*, avoit été proclamé roi de Syrie. *Alexandre* marcha contre eux avec une armée, mais *Ptolomée* & *Démétrius* la taillèrent en piè- ces. Le prince vaincu chercha un affle auprès d'un prince Arabe, qui lui fit trancher la tête l'an 111 avant J. C. Quelques années après sa mort, un imposteur nommé *ALEXANDRE ZEBINA*, fils d'un fripier d'Alexandrie, ofa réclamer la couronne de Sy- rie, comme fils d'*Alexandre Bala*. *Ptolomée Physcon*, qui avoit à se plaindre de *Démétrius*, lui donna des troupes. Son parti devint con- fidérable; une foule de Syriens l'embrasserent. *Démétrius* fut battu & obligé de s'enfuir à Ptolemais. *Alexandre Zebina* se crut assez bien affirmi pour pouvoir refuser à *Physcon*, son bienfaiteur, l'hom- mage de sa couronne, comme il le lui avoit promis. *Physcon*, irrité, résolut d'abattre ce fan- tôme qu'il avoit élevé. *Antiochus* *Gripus* avoit été mis sur le trône de Syrie par *Cléopâtre* sa mere. *Physcon* lui donna sa fille en ma- riage, & lui envoya une armée pour se défendre contre *Zebina*. Cet imposteur fut poursuivi de contrée en contrée; & enfin arrêté prisonnier & remis entre les mains d'*Antiochus*. (*Voy. ce mot n° VIII*.) qui le fit mourir l'an 122 avant J. C. *Porphyre* dit qu'il s'empoi- sonna lui-même, mais il n'est pas d'accord en cela avec les autres his- toriens. Il ne faut pas le confondre avec un aventurier du nom d'A- LEXANDRE, qui eut la hardiesse de se dire fils de *Persée*, pour disputer son héritage aux Romains. Les Macédoniens, séduits, se ran- gèrent sous les drapeaux de ce fourbe ambitieux. Il eut d'abord quelques succès; mais *Metellus* l'arrêta dans le cours de ses prof- pérités naissantes. Il fut poursuivi jusqu'en Dardanie, où il disparut, sans qu'on pût découvrir quels lieux lui servoient de retraite. V. ALEXANDRE-SÉVÈRE, (*Marcus Aurelius Severus Alexander*) fils de *Genesius Marcianus* & de *Mum-* mée, né à Arco en Phénicie l'an 208, fut adopté par *Hélioga-* bale, qui lui donna le nom d'A- lexandre. Cet empereur fâché que le jeune César ne copiât pas toutes ses extravagances, forma le dessein de lui ôter la vie; mais connois- fant l'amour des soldats pour *Alexandre*, il n'osa pas en venir à l'exécution. *Alexandre*, proclamé Auguste & Empereur l'an 222, après la mort tragique d'*Hélio-* gabale, retrancha tous les abus du règne précédent. La félicité de ses peuples fut son principal objet. Il passoit les jours entre des savans & des amis éclairés, pour s'instruire avec les uns, & con- sulter les autres. Il vivait avec ceux-ci en égal; il les visitait dans leurs maladies; il prévenait leurs besoins. *Pourquoi ne me demandez-* vous rien, leur disoit-il? *Aimez-vous* mieux vous plaindre en secret, que de m'avoir obligation? Un de ses pre- miers soins fut de pouvoir aux nécessités des soldats. Ils ne crai- gnent point leurs chefs, disoit-il, s'ils ne sont bien vêtus, bien nourris, & s'ils n'ont quelque argent dans leur bourse. Il orna Rome de nouvelles écoles, pour les beaux arts & les sciences. Il payoit non-seulement les professeurs qui les enseignoient, mais encore les pauvres écoliers qui avoient du goût pour l'étude. Il donnait un logement dans son palais aux gens de lettres distin- gués. Mais s'il fut récompenser, il fut aussi punir à propos. Un certain *Turinus*, vendant le crédit qu'il avoit auprès de l'empereur, à ses protégés, *Alexandre* ordonna qu'il fût lié à un poteau, & qu'on allumât autour de lui du foin & du bois vert, tandis qu'un héraut crieroit : *Le vendeur de fumée est puni par la fumée...* A son avènement, le palais impérial étoit un gouffre où s'engloutissoient tous les revenus de l'empire. Il y avoit beaucoup de charges inutiles, il les supprima. Il ne garda, pour le service journalier que les personnes nécessaires. Le luxe des équipages, & sur-tout celui des tables, furent proscrits. On ne servoit sur celle d'*Alexandre Sévère*, les jours de cérémonie, que deux faisans & deux poulardes. *La majesté de l'Empire se soutient*, disoit-il, par la vertu, & non par une vaine ostentation. Il ne souffrit jamais que les offices qui donnoit un certain pouvoir de faire le bien ou le mal, fussent vendus. *C'est une nécessité*, disoit-il, que celui qui achète en gros, vende en détail. Pour faire un bon choix dans les personnes destinées aux emplois publics, il les annonçoit avant que de les y nommer, tous les particuliers pouvoient dire alors ce qu'ils favoient pour & contre elles. Quand les magistrats étoient nommés, il leur accordoit toutes sortes d'honneurs, s'ils en étoient dignes, jusqu'à les faire monter avec lui dans sa litière. Son amour pour la justice lui faisoit répéter souvent cette maxime qu'il avoit apprise des Chrétiens : *Ne faites point à autrui, ce que vous ne voudriez pas qu'il vous fît* ; & il la fit écrire en gros caractères sur les murs de son palais. Son goût pour la religion Chrétienne, alla jusqu'à donner un édit en faveur de ceux qui la professoient. On trouve dans ce respect cette maxime : *Qu'il est plus* important que Dieu soit adoré, de quelque façon que ce soit, qu'il ne l'est que des négocians aient plutôt un lieu qu'un autre pour la facilité de leur commerce. C'étoit à l'occasion d'une place destinée à une église que les Paiens vouloient enlever aux Chrétiens, qu'*Alexandre* rendit cet arrêt en faveur de ceux-ci. (*Voyez* VIII. ALEXANDRE.) En 228, *Artaxerces*, roi des Perses, forma le hardi projet d'enlever aux Romains tout ce qu'ils possédoient en Asie. Il entra sur leurs terres, ravagea la Mésopotamie, & pénétra jusqu'à la frontière de la Syrie. *Alexandre*, informé de cette irruption, essaya d'abord la voie de la négociation ; mais *Artaxerces* continuant ses ravages, l'empereur parfit de Rome pour lui aller faire la guerre en personne. Lorsqu'il fut arrivé à Antioche, il tâcha encore de porter le roi de Perse à des sentimens de paix. *Artaxerces*, au lieu de s'y prêter, lui envoya quatre cents Persans d'une figure imposante & magnifiquement armés, pour le sommer de se retirer avec ses troupes de toute l'Asie, jusqu'au Pont-Euxin & à la mer Egée. *Alexandre*, qu'une telle insolence indigna, fit dépouiller ces prétendus ambassadeurs, & les envoya esclaves dans la Phrygie. Cependant il exerçoit ses troupes sans relâche; & sa vigueur pour le maintien de la discipline, ayant fait révolter une des légions de l'Egypte, il fut la réprimer par sa fermeté. Ces soldats mutinés, s'avancent avec de grands cris & les armes hautes, comme pour le menacer de le tuer. *C'est contre les ennemis*, leur dit-il, que vous devez tourner vos clameurs, non contre votre empereur qui prend soin de vous nourrir & de vous entretenir. Leurs cris 170 A L E redoublant avec leur audace : *Cesse*, leur dit encore *Alexandre*, de me menacer ; *serret-vous de ces armes contre les Perses*, non contre moi. En me tuant, vous ne vous désirez que d'un homme, & la république trouvera bientôt des vengeurs pour vous punir. Enfin, voyant qu'ils continuaient de s'avancer, il leur cria d'un ton ferme & animé : *Citoyens*, *quittent vos armes & retirez-vous*. A ce mot de *Citoyens* que *César* avoit employé si utilement dans une semblable conjoncture, ils s'arrêterent tout interdits, quitterent leurs armes & leurs habits & se dispersèrent aussitôt dans la ville. Mais un mois après, *Alexandre* touché de leur repentir, les rétablit dans leurs fonctions militaires, & se contenta d'en punir de mort les tribuns qui avoient occasionné la révolte par leur négligence de la discipline. Cette même légion se distingua peu de jours après sur toutes les autres contre les Perses dans une bataille, que les Romains gagnèrent sur eux l'an 231. *Alexandre* se comporta dans cette glorieuse journée en soldat, autant qu'en capitaine, se montrant par-tout, & animant les troupes par son exemple. *Artaxerées*, quoique supérieur en nombre, fut obligé de prendre la fuite. Il laissa sur la place dix mille de ses meilleurs cavaliers, une grande partie de son infanterie & cinq cents éléphans. Le vainqueur ayant distribué le butin aux soldats & aux officiers, revint à Rome où il fut salué du nom de *Persique*. Pendant la pompe de son triomphe ; le peuple ne cessoit de crier : « *Rome n'a rien à craindre, puis- qu'elle a son Alexandre.* » On apprit alors que les Germains ravageaient l'Illyrie & les Gaules. *Alexandre* marche contre eux ; malgré le présage d'une femme Druide, qui lui cria, dit-on, sur la route : *Va, mais ne compte pas sur la victoire, & garde-toi de tes soldats*. En effet, lorsqu'il se préparoit à passer le Rhin, les Gaulois, accoutumés à la licence, se soulevèrent contre lui ; un de ses officiers, nommé *Maximin*, le fit assassiner avec sa mère à Sichilingen près de Mayence en 235. Il n'étoit âgé que d'environ 27 ans, & n'en avoit regné que 13 & quelques jours. Le sénat décernant l'apothéose à l'un & à l'autre. Cet empereur vertueux avoit toujours refusé de son vivant les titres de *Seigneur* & de *Dieu*, qu'on avoit prodigués à tant d'empereurs qui les avoient déshonorés ; & il les est mérités, s'il n'avoit été trop défiant, trop sévère pour les troupes, & s'il n'avoit fermé les yeux sur l'avarice de sa mère. Nous avons suivi dans le récit de son expédition en *Perfe*, l'historien *Lampride* ; mais nous devons observer, qu'*Hérodien*, auteur contemporain, ne donne pas une idée favorable de la manière dont *Alexandre* conduisit cette guerre, & qu'il parle plus des pertes des Romains que de leurs succès. Il ne paroît pas qu'*Alexandres* ait eu des enfans de ses trois femmes. On ignore le nom de la première, la seconde s'appelloit *Memmia*, (*Voyez ce mot*) & la dernière *Orbiana*. Il y a eu un autre empereur du nom d'*Alexandre*. C'est ALEXANDRE. Il, troisième fils de *Basile* le Macédonien, & frère de *Léon* le philosophe, auquel il succéda dans l'empire d'Orient en 911. Il déshonora la pourpre par les vices les plus infames : le jour étoit consacré à la chasse & au jeu, & la nuit aux plaisirs de la table A L E 171 & de la débauche. Négligeant le gouvernement de l'État, il en abandonna les rênes a des hommes sans principes & sans mœurs comme lui. Il chaffa du siège patriarchal le saint vieillard Euthimius, & rétablit Nicolas. Il voulut faire mutiler le jeune Constantin Porphyrogenète, son neveu, héritier du trône; & il ne fut détourné de ce dessein, que par l'espérance que ce prince, d'une complexion foible, mourroit bientôt. L'impératrice Zué, qui censuroit sa conduite, fut chaffée de Constantinople. A cet excès, Alexandre joignit le plus grand penchant pour l'idolâtrie. On prétend qu'il voulut faire adorer Bacchus. Il s'écria même un jour, en voyant deux belles statues de Mars & de Jupiter, « qu'il ne » falloit pas s'étonner si l'empire « Romain avoit été si heureux, » tandis qu'on avoit rendu les honneurs divins à ces deux protecteurs de l'empire. « Sa mort fut digne de sa vie. Un jour, étant chargé de vin & de viandes, il monta à cheval pour aller jouer à la paume; mais son cheval vigoureux & plein de feu, lui donna de si violentes secouffes, qu'il lui survint une hémorragie, dont il mourut le 6 Juin 912.
VI. ALEXANDRE, roi d'Écosse, succéda à son frère Edgar. Sous son règne les peuples furent heureux; il pacifia les troubles, termina les guerres, fonda le monastère de St. Colm dans l'isle d'Émona, & mourut en 1124.
VII. ALEXANDRE ( Saint ) évêque de Jérusalem fut persécuté sous Alexandre Sévère vers le commencement du 3e siècle. Narcisse l'ayant choisi pour son coadjuteur dans le siège de Jérusalem, il quitta celui de Cappadoce qu'il avoit eu d'abord. Ce saint prelat défendit Origène, qu'il avoit ordonné prêtre, contre Demetrius d'Alexandrie. Il mourut en prison sous l'empereur Déce, en 249. Il laissa une très-belle bibliothèque à Jérusalem.
VIII. ALEXANDRE, ( Saint ) dit le Charbonnier, évêque de Comane, fut martyrisé sous Déce vers l'an 248.
IX. ALEXANDRE, ( Saint ) évêque d'Alexandrie, lieu de sa naissance, prononça anathème contre Arius qu'il n'avoit pu ramener. Il assista au concile de Nicée dans un âge fort avancé, & mourut en 326. Il assura, avant d'expirer, comme par un esprit prophétique, que St. Athanase lui succéderoit. X. ALEXANDRE, ( Saint ) évêque de Byzance, fort zélé pour la religion chrétienne & pour la foi catholique, confondit un philosophe, & obtint de Dieu la punition d'Arius. Il mourut en 337.
XI. ALEXANDRE, ( Saint ) né dans l'Asie mineure, d'une famille noble, se retira du monde, après avoir occupé une charge dans le palais de l'empereur. Il est le fondateur des Acémètes, mot grec qui signifie des gens qui ne dorment point, parce que des fix chœurs de Solitaires, dont sa communauté étoit composée, il y en avoit toujours un qui veilloit pour chanter les louanges du Seigneur. Il mourut vers l'an 430, sur les bords du Pont-Euxin.
XII. ALEXANDRE Ier, ( Saint ) successeur de St. Evariste sur le siège de Rome, l'an 109 de J. C., mourut le 3 mai 119. Son pontificat fut de dix ans. C'est tout ce qu'on fait de ce pape. Les Epîtres qu'on lui attribue, sont supposées.
XIII. ALEXANDRE II, auparavant nommé Anfelme, étoit de Milan. On le tira du siège de Lucques, pour le placer sur celui de Rome en 1061. Cette élection, faite sans la participation de l'empereur Henri IV, ayant déplu à ce prince, on opposa au nouveau pape un homme très - corrompu dans ses mœurs, Cadaloüs évêque de Parme, qui prit le nom d'Honoré I. Alexandre l'emporta sur son concurrent, le chassa de Rome, & le fit condamner dans plusieurs conciles. Hildebrand, connu depuis sous le nom de Grégoire VII, l'engagea à citer à son tribunal l'empereur Henri IV, qui somentoit le schisme. Ce fut par les soins d'Hildebrand, que le pape, soutenu des armes de la comtesse Mathilde, se fit rendre les terres que les princes Normands avoient enlevées au saint - siège. Nous avons de ce pape plusieurs Epîtres, parmi lesquelles on distingue celle qu'il écrivit aux évêques de France, à l'occasion des persécutions qu'essuyoiens les Juifs. Plusieurs Chrétiens, indignes de ce nom, avoient alors l'étrange dévotion de massacrer ces malheureux, s'imaginant gagner la vie éternelle par ces meurtres. Alexandre loue beaucoup les évêques François, de ne s'être pas prêtes à ces cruautés, contre un peuple autrefois chéri de Dieu, & que sa justice a dispersé sur la terre. Il mourut le 11 avril 1073.
XIV. ALEXANDRE III, natif de Sienne, étoit cardinal, & chancelier de l'église romaine. Après la mort d'Adrien IV, tous les cardinaux, à l'exception de trois, le choisirent pour lui succéder le 7 septembre 1159. Les trois cardi- naux dyscoles nommèrent l'antipape Victor IV, qui eut la brutalité d'arracher la chappe des épaules du vrai pape, pour s'en revêtir. L'empereur Frédéric Barberouffe affembla l'an 1160 un conciliabule à Pavie, qui jugea en faveur de Victor. Alexandre III, retiré à Anagni, excommunia l'empereur, & déclara ses sujets absous du serment de fidélité. Quelque temps après le pape se réfugia en France, où l'empereur le poursuivit. Victor étant mort en 1164, Frédéric fit sacrer un autre pontife, sous le nom de Paschal III, & l'obligea de canoniser Charlemagne. Alexandre quittant la France, où il avoit été très-bien accueilli par le roi Louis le Jeune, passa en Italie, pour armer les Vénitiens contre l'empereur. Frédéric, laissé de tous ces troubles, & obligé de fuir, offrit la paix au pontife. (Voyez l'article de FRÉDERIC I.) Cet accommodement, fait à Venise le 1er août 1177, a été l'occasion de plusieurs contes fabuleux & puérils. Quelques auteurs débitent gravement, par exemple, que lorsque Frédéric vint à Venise & qu'il se prosterna devant Alexandre, ce pontife lui mit le pied sur la gorge, en disant ces paroles du pseaume 90: Tu marcheras sur l'aspie & le basilic; — que l'empereur lui répondit: Cela est écris pour St. Pierre, & non pour vous; — que le pape lui répliqua: Et pour St. Pierre & pour moi. Le silence de tous les historiens contemporains, la magnifique réception qu'on fit à Frédéric, à son entrée à Venise; la fierté de ce prince, qui n'auroit pas laissé impuni un tel outrage; le caractère de modestie que le pape avoit soutenu jusques-la; tout sert à réfuter cette ridicule fable. « Elle est, dit Maimbourg, » mêlée de tant de fots contes; » (comme entr'autres, que le pape, A L E 173 de peur de tomber entre les mains de Fréderic, se travestit en eufinier pour aller à Venife; où il fit le jardinier dans un monastère, qu'elle ne mérite pas du tour qu'on se donne la peine de la réfuter. Et certes il n'y a rien qui soit plus éloigné que cela de l'humeur & du génie du pape Alexandre, qui eut tant de bonté, que bien loin d'influter au pauvre antipape Calixte, il le reçut à bras ouverts, & voulut même qu'il eût l'honneur de manger à sa table. Calixte III, fucceffeur de l'antipape Pafchal III, abjura le fchiente. Alexandre rentra à Rome, y convoqua le 3e concile général de Latran en 1179, & mourut deux ans après, le 30 août 1181, chéri des Romains & respecté de l'Europe. Ce pontife abolit la servitude, & en rendant la liberté aux sujets, il fut aussi apprendre la justice aux rois: il obligea celui d'Angleterre, Henri II, à expier le meurtre de St. Thomas de Cantorbeti. Il a été le premier pape qui s'est réservé la canonisation des Saints, (droit que les métropolitains avoient eu jusqu'alors,) & qui ait introduit l'usage des monitoires. On dit que la république de Venife lui est redevable de son mariage avec la mer, le jour de l'Afcenfion. Alexandrie de la Paille fut bâtie en son honneur.
XV. ALEXANDRE IV, évêque d'Ostie, de la maison des comtes de Segni, fut élu pape après Innocent IV, le 25 décembre 1254. Son premier foin fut de s'opposer à Mainfroi, fils naturel de l'Empereur Fréderic, qui avoit inquiété ses prédécesseurs. Il donna l'investiture du royaume de Sicile, dont ce tyran s'étoit emparé, à Edmond, fils du roi d'Angleterre. Alexandre
IV favorifa, comme son oncle Grégoire IX, les religieux Mendians. Il accorda plusieurs bulles aux Frères Prêcheurs, contre l'université de Paris. Il condamna le livre fanatique de Guillaume de St-Amour, fur les périls des derniers temps; & l'évangile éternel, composé par les Franciscains, qui n'avoient pas moins d'enthousiasme. Le roi St. Louis l'ayant prié d'établir l'inquisition en France, le pape lui envoya des inquisiteurs en 1255. Vers ce temps il réunit en un seul corps cinq congrégations d'Hermites, deux de St. Guillaume & trois de St. Augustin. Alexandre IV pensoit sérieusement à réunir l'église Grecque avec la Latine, ce qui paroissoit assez difficile; &, ce qui ne l'étoit pas moins, à armer les princes chrétiens contre les infidèles. Il mourut à Viterbe le 25 mai 1261, regardé comme un prince gouverné par ses flatteurs, & comme un pontife prodigue de dispenses, de bulles & de privilèges.
XVI. ALEXANDRE V, naquit à Candia, village du Milanois, de parens obscurs. Cet homme, qui devoit un jour être pape, mendia son pain de porte en porte. Un Cordelier italien, qui remarqua dans ce jeune homme beaucoup de dispositions, l'instruisit & lui donna l'habit de son ordre; ce qui lui procura les moyens d'aller briller aux universités d'Oxford & de Paris. De retour en Lombardie, Galéas Visconti, duc de Milan, le fit ruteur de son fils, & sollicita pour lui l'évêché de Vicence, celui de Novare, & enfin l'archevêché de Milan. Innocent VII l'honora de la pourpre, & le nomma son légat en Lombardie. Au concile de Pife en 1409, il fut proclamé pape, & il y présida depuis la 19e session. *Alexandre V*, devenu pontife après avoir été mendiant, n'éleva pas son caractère au-dessus de son ancien état. Il eut la foibleffe de se laisser gouverner par le cardinal *Cuffa*. Ce favori le fit aller à Bologne, lieu de sa légation, & l'empêcha de se rendre à Rome, où il étoit désiré. Il mourut dans la première ville le 3 mai 1410. Le bruit courut que *Cuffa* l'avoit payé de ses complaisances par le poison. C'est sur la fin de son pontificat, que parurent les premières traces de la fette des Flagellans, dont un Moine de *Sainte Justine* de Padoue rapporte ainsi la naissance. « Lorsque toute l'Italie, dit-il, étoit plongée dans toutes fortes de crimes & de vices, tout-d'un-coup une superstition inouïe se glissa d'abord chez les Pérufiens, ensuite chez les Romains, & de là se répandit chez presque tous les peuples d'Italie. La crainte du dernier jugement les avoit tellement fais, que nobles, roumiers de tout état, se mettoient tout nuds, & marchoient par les rues en procession; chacun avoit son fouet à la main, & se fustigeoit les épaules, jusqu'à ce que le sang en fortit : ils poufoient des plaintes & des foupirs, & verfoient des torrens de larmes. Ces exemples de pénitence eurent d'abord d'heureufes fuites; on vit beaucoup de réconciliations, de restitutions, &c. » Ces Pénitens se répandirent bientôt dans toute l'Italie; mais les papes ne voulurent point les approuver, & les princes ne leur permirent point de former des établissemens dans leurs Etats.
XVII. ALEXANDRE VI, naquit à Valence en Espagne. La plupart des auteurs Italiens, presque toujours excessifs, soit en louange, soit en fatyre, n'ont point épargné ce pontife. Ils racontent qu'il acheta la tiare après la mort d'*Innocent VIII*. Quoi qu'il en soit, il fut élu le 11 août 1492. Il étoit de la famille de *Lanzoli* par son père, & de celle de *Borgia* par sa mère. Il prit ce dernier nom, lorsque son oncle maternel *Calixte III* fut fait pape. *Calixte* le fit cardinal en 1455, puis archevêque de Valence, & vice-chancelier. Cette dernière charge lui valoit, dit-on, chaque année huit mille ducats d'or, & il s'en servoit pour étaler la pompe d'un prince. *Sixte IV* l'envoya légat en Espagne, où il fit paroître, disent toujours les mêmes historiens, beaucoup d'esprit & de dérèglement. On connut dès-lors qu'il réunifioit la pénétration d'un génie délié, à toute la fourberie d'un ambitieux gangrené de vices. Le pape *Pie II*, indigné de sa vie licentieuse, lui défendit souvent sa présence. Ce cardinal, cet archevêque, ce légat, eut, dit-on, d'une dame Romaine, nommée *Vanozia*, quatre fils & une fille, tous dignes de leur père. *Cesar*, le second de ses enfans, fut un monstre de débauche & de cruauté. La voix publique l'accusfoit, lui & son frère aîné le duc de *Candie*, de s'être disputé les faveurs de leur sœur *Lucrèce*. On l'accusfoit d'avoir tué son rival, & de l'avoir jeté dans le Tibre. *Alexandre VI*, qui l'idolâtroit malgré tous ses vices, employa toutes fortes de moyens pour procurer son élévation. Il n'y a point de forfaits dont on ne l'ait chargé dans cette vue : meurtres, assassinats, empoisonnemens, simonie, on lui impute tous les crimes. Les mêmes traits de fatyre tombent sur sa vie privée. On l'accusa de jouir de sa propre fille, qu'il enleva, dit-on, à son premier & à son second maris, pour la faire épouser à un troi- fième, qu'il fit affaffiner, ne pouvant la lui ôter comme aux autres. Il la donna ensuite au fils aîné du duc de Ferrare. Ce pontife fi décrié ne laiffa pas d'être lié avec tous les princes de fon temps; mais il les trompa prefque tous. Il engagea Charles VIII à venir conquérir le royaume de Naples; & dès que ce prince s'en fut rendu maître, il fe ligua avec les Vénitiens & avec Maximilien, pour lui arracher fa conquête. On dit même qu'il envoya un nonce au fultan Bajayet II, pour implorer le fecours des armes Musulmanes contre le fils aîné de l'Eglise. Louis XII, le père de fon peuple, rechercha l'alliance de ce pape, dont il avoit befoin pour faire caffer fon mariage avec la fille de Louis XI. Alexandre, continuant toujours à combler de bienfaits fon fils César Borgia, lui fournit des troupes pour conquérir la Romagne, & ne fut payé que d'ingratitude. Il ne manquoit à ce pape que l'hypocrifie, & l'on a joint ce vice à tous ceux qu'on lui à donnés. Il propofa aux princes Chrétiens de fe mettre à la tête d'une armée contre les Turcs, malgré fon grand âge. Ce zèle pour l'honneur du nom Chrétien fervit de prétexte aux claufes qu'il mit à la bulle du Jubilé de l'année fainte 1500. Cette bulle lui procura, ajoute-t-on, des fommes immenses de toutes les parties de l'Europe. Alexandre VI finit le 8 août 1503 une vie infame par une mort honteuse: car il falloit bien que la fatyre noircit la mort de ce pontife des mêmes couleurs dont elle avoit peint fa vie. On dit que le pape & fon fils César, voulant hériter du cardinal Corneto, & de quelques autres cardinaux fort opulens, prièrent par mégarde le poifon qu'ils leur avoient préparé; que le premier en mourut, et que Borgia fon fils n'échappa à la mort qu'en fe faifant mettre dans le ventre d'une mule. Oderic Raynald difculpe Alexandre & fon fils de ce forfait. Il affure que la mort du premier fut très-naturelle, mais que la haine qu'on lui portoit fit imaginer cette calomnie. Ce récit de la mort d'Alexandre VI eft de Guichardin, auteur contemporain; mais Voltaire a donné quelques raifons d'en douter dans fa Dissertation fur la mort de Henri IV. « J'ofe dire à Guichardin, » dit-il: L'Europe eft trompée par vous, & vous l'avez été par votre paffion; vous étiez l'en- nemi du pape, vous en avez trop cru votre haine & les actions de fa vie. Il avoit à la vérité exercé des vengeances cruelles & perfides contre des ennemis auffi perfides & auffi cruels que lui. De là vous con- cluez qu'un pape de 74 ans n'eft pas mort d'une façon naturelle; vous prétendez, fur des rap- ports vagues, qu'un vieux fou- verain, dont les coffres étoient remplis alors de plus d'un million de ducats d'or, voulut empoi- fonner quelques cardinaux pour s'emparer de leur mobilier. Mais ce mobilier étoit-il fi important? Ces effets étoient prefque tou- jours enlevés par les valets de chambre, avant que les papes puffent en faifir quelques dé- pouilles. Comment pouvez-vous croire qu'un homme prudent ait voulu haarder, pour un auffi petit gain, une action auffi infame; une action qui deman- doit des complices, & qui tôt où tard eût été découverte? Ne dois-je pas croire le journal de la maladie du pape, plutôt qu'un bruit populaire? Ce journal le fait mourir d'une fièvre double- tierce: il n'y a pas le moindre veftige de preuve de cette accu- 176 A L È » fation intentée contre fa mémoi- » re. Son fils Borgia tomba ma- » lade dans le temps de la mort » de fon père : voilà le feul fon- » dement de l'histoire du poifon. » Les protefians ont fouvent opposé aux catholiques les vices d'Alexan- dre VI ; comme fi la dépravation d'un ministre pouvoit retomber fur une religion fainte ! Ce n'est point la tiare qui a rendu Alexandre VI vicieux, c'est fon caractère. Il l'auroit été également, quelque place qu'il eût occupée. Alexandre VI, dit un historien célèbre, fut auffi politique que cruel, ce qui ne s'allie guères. La Providence per- mit que tous fes crimes tournaf- fent au profit de l'Église. C'est principalement depuis ce pontife que les papes ont commencé à jouer un rôle dans le monde, comme princes féculiers. Ceux qui l'ont comparé à Néron, ne fa- vent pas que la politique d'Alexan- dre VI fut auffi raifonnée, que la conduite de cet empereur fut ex- travagante. Il avoit un courage au-dessus des événemens, une gran- de facilité de parler & de manier les efprits; une adresse extrême pour s'attirer, fi non l'estime, du moins les égards, & quelquefois la con- fiance des princes & des rois, & pour leur infpirer de la crainte. Il fut gouverner fon peuple; il ré- tablit à fon avènement la sûreté publique, vifia lui-même les pri- fons, & fit punir les voleurs & les affaffins avec toute la févérité des lois. C'est fans doute ce qui lui mé- rita les éloges outrés, qu'un poëte lui donna au commencement de fon pontificat. Cafare magna fuit; nunc Roma est maxima : Sextus Regnat Alexander. Ille vir, 1STE DEUS. Alexandre Gordon a écrit fa vie en anglois, 1729, in-fol. Cet ouvrage curieux & affez impartial a été traduit en françois en 1732, in-12, 2 vol. J. Burchard avoit auffi pu- blié la vie de ce pape en latin, Hanovre 1697, in-4.
XVIII. ALEXANDRE VII ; maquit à Sienne le 26 févr. 1599, de l'illustre maifon Chigi. D'abord inquiifteur à Malte, puis vice-légar à Ferrare, nonce en Allemagne, évêque d'Imola, & cardinal, il fut enfin pape le 7 Avril 1655, après la mort d'Innocent X. Il avoit tou- jours paffé pour avoir de l'efprit & de la vertu; & l'on n'avoit même pu lui reprocher aucune de ces fautes que la vivacité de l'âge & le tempérament font fouvent com- mettre. Il s'étoit fait beaucoup d'honneur en Allemagne pendant les négociations du traité de Munt- ter. Revenu de fa nonciature, il montra peu d'égards pour Dona Olympia, qui jouiffoit d'un grand crédit à la cour d'Innocent X. La li- berté avec laquelle il parloit contre les défordres de Rome, firent pen- fer qu'il feroit févère. Il commença fon pontificat par des réformes qui donnèrent une grande idée de lui. Le cardinal de Ret, alors à Rome, & qui contribua beaucoup à fon élection, n'en jugea pas comme le public, & l'annonça à la France comme un homme trop minutieux. (Voyet ce qu'en dit Joly dans fes Mémoires.) Un de fes premiers foins fut d'approuver la bulle d'In- nocent X, fon prédéceffeur, contre les cinq propositions de l'évêque Janfénius, & il preferivit le fameux Formulaire de 1656. Quelques an- nées après, il eut une affaire qui l'occupa davantage. Le duc de Créqu, ambassadeur de France, ayant été infulté par la garde Corfe, le pape fut obligé par Louis XIV de la caffer, d'élever dans Rome une pyramide pyrambide avec une inscription qui contenoit l'outrage & la futisfac- tion, & d'envoyer le cardinal Chigi son neveu, en qualité de légat à latere, à la cour de Verfailles, pour y faire des excuses de l'attentat des Corfes. Louis XIV le força encore à rendre Castro & Ronciglione au duc de Parme, & à donner des dé- dommagements au duc de Modine pour ses droits sur Comachio. Ale- xandre VII, sorti de cette dispute, ne songea qu'à embellir Rome, qu'il orna effectivement de plusieurs nouveaux bâtimens. Il protégea les gens de lettres, & converfa avec aux. Ce pape avoit des talens, qui le rendoient digne de leur entre- rien. En 1656, on imprima au Lou- vre un vol. in-fol. des Poëfies qu'il avoit faites dans sa jeunesse, lors- qu'il étoit de l'académie des Philo- nati de Sienne. Son amour pour les lettres se signala par les sommes qu'il donna pour achever le collège de la Sapience, qu'il orna d'une celle bibliothèque. Il mourut le 22 Mai 1667, à 68 ans, regardé com- me un homme rufé, mais qui n'a- voit pas toujours l'art de cacher ses rufes. Il avoit témoigné dès le com- mencement de son pontificat, beau- coup d'éloignement pour le népo- risme. Il fit mettre alors dans sa chambre un cercueil, pour se rap- peler incessamment le souvenir de ce qu'il feroit un jour. Mais enfin il s'accoutuma à le voir, comme les autres meubles de son apparte- ment. Ce n'est guères par les yeux, dit le P. d'Avrigny, qu'on de- vient plus homme de bien. La vue de la bière ne l'empêcha pas de faire du bien à ses parens, qu'il avoit d'abord tenus éloignés de Ro- me. Il fit plus, il les dédommagea pleinement de cette espèce d'exil. Son premier désintéressement étoit l'objet d'une Epître, que le cardi- nal Pallavicini lui avoit adressée à la tête de son Histoire du Concils de Trente; mais comme le pape chan- gea de conduite, le panégyrite, sentant le ridicule de son Epître, fut obligé de la supprimer. Il s'oc- cupa, dit le continuateur de Mézerai, de tout ce qui avoit dit safte et de l'éclat, s'étant fait faire des habits, des meubles & des équipages magnifiques. On dit de lui, qu'il étoit petit dans les plus grandes choses, & grand dans les plus petites.
XIX. ALEXANDRE VIII, (Marc Ottoboni) naquit le 10 avril 1610, à Venise, du grand chancelier de la république. Ottoboni étudia d'a- bord à Padoue, & ensuite à Rome où il fit éclater son génie pour les affaires ecclésiastiques. Il fut suc- cessivement évêque de Bresse & de Frescati, puis cardinal. Il fut élevé sur la chaire de St. Pierre le 6 Octo- bre 1689, après la mort d'Innocena XI. Pasquin, jouant alors sur le nom de famille de ce pontife, dit à Marforio: Allegretta per un papa cattivo abbiamo Ottoboni. Louis XIV, qui avoit eu des démêles avec son prédécesseur, lui rendit Avi- gnon. Mais ce pape n'en publia pas moins une bulle contre les qua- tre articles de l'Assemblée du clergé de France de l'année 1682, & con- tinua de refuser des bulles aux pré- lats qui avoient été de cette assem- blée. Il étoit presque au lit de la mort, lorsqu'ayant fait assembler les cardinaux autour de lui, il pro- nonça un discours latin qui com- mençoit par ces mots: Desficiunt vi- res, sed non animus, dans lequel il expofoit les raisons qu'il avoit eues de publier sa bulle. Cette publica- tion auroit peut-être aigri de nou- veau les esprits; mais Alexandra étant mort le premier février 1695 dans la quatre-vingt-deuxième an- née de son âge, on ne fit guères attention à cette nouvelle tentative de la cour de Rome. Ce pontife avoit secouru l'empereur Léopold I & les Vénitiens par de grandes sommes, pour combattre plus avantageusement le Turcs. Le népotifine domina beaucoup sous son pontificat. Il rétablit en faveur de ses parens, la plupart des dignités qu'Innocent XI avoit abolies. Il fut moins désintéressé que ce pontife, mais il eut des qualités que l'autre n'avoit pas; l'activité, la prudence, la politique & la moderation. Il ne répandit pas moins de bienfait sur les pauvres, que sur ses parens.
XX. ALEXANDRE de Médicis, premier duc de Florence en 1530, étoit fils naturel de Laurent de Médicis, surnommé le jeune, & neveu du pape Clément VII. Il dut son élévation aux intrigues de son oncle, & aux armes de Charles-Quint. Ce prince s'étant rendu maître de Florence, après un siége opiniâtre, disposa de la souveraineté de cette ville en sa faveur, & lui donna ensuite Marguerite d'Autriche, sa fille naturelle, en mariage. Suivant la capitulation accordée aux Florentins, le nouveau duc ne devoit être qu'un doge héréditaire. Son autorité étoit tempérée par des conseils, qui leur laissoient au moins un simulacre de leur ancienne liberté. Mais Alexandre, qui se sentoit étayé par l'empereur & par le pape, ne fut pas plutôt installé, qu'il gouverna en tyran, ne connoissant d'autre regle que ses caprices: livré d'ailleurs aux passions les plus brutales; se faisant un jeu de déshonorer les familles, & de violer même l'asile des cloîtres pour satisfaire sa lubricité. Parmi les confidens de ses débauches, étoit Laurent de Médicis, un de ses parens. Ce jeune homme, âgé feu- lement de 22 ans, à l'infligation de Philippe Strozzi, zélé républicain, conçut le projet de délivrer sa patrie de l'oppression, en affaissant Alexandre. Du moment qu'il s'étoit attaché à lui, il n'avoit cherché à gagner sa confiance que pour se faciliter les moyens de lui ôter la vie. Il s'écoula un affez long espace de temps, sans qu'il pût trouver une occasion telle qu'il la désiroit. Enfin, sous prétexte de ménager au duc un tête à tête avec une femme dont il étoit fort amoureux, il parvint à l'attirer seul & sans fuite dans sa chambre pendant la nuit, le fit mettre sous son lit; & feignant de sortir pour lui amener l'objet de sa passion, il ne rentra dans la chambre que pour le poignarder, aidé d'un scélérat de profession, le seul homme auquel il eût fait part de son dessein. Cette cruelle scène se passa la nuit du 5 au 6 janvier 1537. Alexandre n'étoit âgé que de 26 ans. Sa mort ne rendit point aux Florentins la liberté qu'ils réclamoient, & le crime de Laurent leur devint inutile. Le parti des Médicis prévalut, & Coyne succéda à Alexandre. Il est vrai que son gouvernement fut aussi juste & aussi modéré, que celui de son prédécesseur avoit été violent & tyrannique. Quant à Laurent de Médicis, il s'enfuit à Venise, auprès de quelques chefs des mécontents de Florence, qui y étoient réfugiés; mais ne s'y croyant pas en sûreté, il passa à Constantinople, d'où il revint au bout de quelque temps à Venise. Il y vivoit dans la sécurité, lorsqu'il fut affaissiné en 1547, dix ans après le meurtre d'Alexandre, par deux soldats, dont l'un avoit été autrefois parmi les gardes du duc: & ces deux soldats eurent la générosité de refuser une somme considérable, qui devoit être le prix de sa tête. A L E 179
XXI. ALEXANDRE FAR- RESE, duc de Parme, arrière-petit fils du pape Paul III, & fils d'une fille naturelle de l'empereur Charles- Quint, eut un rang distingué parmi les grands capitaines du seizième siècle. Sa valeur à la bataille de Lé- pante, & au fiège d'Anvers qu'il prit en faisant une digue sur l'Es- caut, lui fit beaucoup de réputation; mais son courage ni ses conseils ne purent rendre la Hollande à l'Es- pagne. Il avoit succédé en 1578 à D. Juan d'Autriche dans le gouver- nement des Pays-Bas. Lorsque Henri IV voulut conquérir son royaume, Philippe II, qui croyoit pouvoir l'en empêcher, envoya le duc de Parme à Paris avec une Armée confidérable. Il secourut les Parisiens contre leur roi; mais Henri IV l'obligea de rentrer en Flandres. Alexandre s'étant présen- té une seconde fois en France, ors que Henri IV assiégeoit Rouen, il fut encore obligé d'en sortir. Une blessure qu'il reçut à ce fiège, uit la cause de sa mort, arrivée le 1 Décembre 1592, à Arras où il étoit retiré.
XXII. ALEXANDRE FAR- RESE, cardinal distingué par ses lumières & ses vertus, né en 1520, port en 1589, étoit fils aîné de Pierre-Louis Farnèse, duc de Parme & oncle du précédent. Clement VII qui donna l'évêché de Parme, quoi- qu'il n'eût que 14 ans. Il eut succef- ivement divers autres évêchés, & evint doyen du sacré collège. Charles-Quint difoit, que, si tous les membres avoient ressemblé à Farnèse, l'auroit été l'assemblée du monde la plus auguste... Paul III, son aïeul pa- ernel, qui l'avoit honoré de la courpre en 1534, l'employa dans ifférentes légations, en France, en Allemagne & dans les Pays-Bas; mais il ne put réussir à concilier les intérêts de Charles-Quint avec ceux de François I. Retiré à Rome, il y vécut avec beaucoup de splendeur & de sagesse, & fut le père des savans & le protecteur des lettres. Il avoit coutume de dire, qu'il ne trouvoit rien de plus insupportable, qu'un soldat lâche & un ecclésiastique ignorant.
XXIII. ALEXANDRE NEWIS- KI, grand duc de Moscovie, suc- céda à son père Jaroslav dans le gou- vernement de ses états. Du vivant de ce dernier, Newiski remporta une victoire complète sur les Sué- dois, secondés des chevaliers de l'ordre teutonique, près des bords de la Sewa. Son frère aîné étant mort subitement la première nuit de ses noces, il parvint à l'empire en 1244, & gouverna la Russie avec autant de sagesse que de gloire. Au retour d'une expédition qu'il avoit faite dans la Crimée, il fut attaqué d'une maladie dangereuse, ce qui le détermina à abdiquer le pouvoir souverain, pour se reti- rer dans un monastère où il prit le nom d'Alexis, & où il mourut en 1263. Les Russes l'honorent comme un saint; l'empereur Pierre I a érigé une église & un couvent en son honneur; & Catherine I, pour conserver le souvenir de ses vertus, a fondé en 1725 un ordre de che- valerie qui s'appelle l'ordre de St. Alexandre.
XXIV. ALEXANDRE-POLY- HISTOR, né à Milet l'an 85 avant J. C., écrivit 42 Traités de Gram- maire, de Philosophie & d'Histoire, dont nous n'avons plus que quel- ques fragments dans Athénée, Plat- tarque, Eusèbe & Pline.
XXV. ALEXANDRE d'APHRO- DISÉE, surnommé par les Grecs le 180 A L E Commentateur, est le plus ancien interprète d'Aristose. On a son commentaire sur les Météores de ce philosophe, Venise, Alde, 1527, infol. Un Traité de l'Ame & du Destin, avec le Thémissus d'Alde, 1534, infol., & séparément Londres, 1658, in-12. Un Traité des figures, des sens & des paroles, avec les Rhétoses Graci d'Alde, 1508 & 1509, 2 vol. infol... Hervet a traduit en latin son Traité de l'Ame, Basle, 1548, in-4.º Donat l'a aussi traduit, Rostoch, 1618, in-4.º Il vivoit au commencement du 3e siècle.
XXVI. ALEXANDRE de CÉGLIO, abbé d'un monastère de ce nom, vivoit du temps de Roger, roi de Sicile, dont il a écrit l'histoire.
XXVII. ALEXANDRE TRALLIEN, Trallianus, médecin & philosophe célèbre du 4e siècle. Pierre du Châtel, évêque de Macon, grand-aumônier de France, a publié les ouvrages qui nous restent de lui, Paris 1548, infol. On a traduit ses Notes du grec en latin. Le baron de Haller a donné une édition de cette version à Lausanne, 1748, en 2 vol. in-8.º
XXVIII. ALEXANDRE de St. ELPIDE, général des Hermites de St. Augustin, archevêque d'Amalfi; est auteur d'un Traité de la jurisdiction de l'Empire, & de l'autorité du Pape, imprimé à Rimini en 1624. Il fut composé à la prière de Jean XXII, & manque par conséquent d'impartialité. Il vivoit au commencement du 14e siècle.
XXIX. ALEXANDRE de PARIS, poète du 12e siècle, employa dans son poème d'Alexandre le Grand, les vers de 12 syllabes, qui depuis ce temps ont été nommés Alexandris. Ce roman rimé étoit passable pour son siècle. Il y en a une édition de Paris, in-4°, gothique.
XXX. ALEXANDRE d'ALEXANDRE, ou plutôt ALEXANDRE, (Alexandre) Alexander ab Alexandru, jurisconsulte Napolitain, & protonotaire du royaume de Naples, né en 1461, mort à Rome le 2 Octobre 1523, à l'âge de 62 ans, se distingua dans la jurisprudence & dans les belles-lettres. On a de lui Gentilium dierum libri sex, sur lesquels André Tiraqueau a fait d'excellentes remarques, infol. & réimprimés cum notis variorum, Leyde, 1673, 2 vol. in-8.º Cet ouvrage, devenu rare, décèle un écrivain savant & crédule; ce qui étoit fort commun dans les siècles où l'érudition n'étoit pas éclairée par la philosophie. L'ouvrage d'Alexandre est fait à l'imitation des Notes Attiques d'Aulugelle. On y trouve des questions grammaticales, des dissertations d'antiquité, des explications de songes, des notices sur les maisons de Rome, où l'on prétendoit que des esprits apparois soient. Apostolo Zeno dans ses dissertations, & Maccucelli dans son histoire des écrivains d'Italie, ont longuement parlé de cet écrivain.
XXXI. ALEXANDRE, (Noël) né à Rouen le 10 Janvier 1639, Dominicain en 1655, successivement professeur de philosophie & de théologie dans son ordre, & docteur de Sorbonne en 1675, fut exilé en 1704 à Châtelleraut pour avoir souscrit au fameux Cas de Conscience. Sa rétractation le fit rappeler. Il mourut à Paris le 21 août 1724, à l'âge de 86 ans. Ses grands travaux usèrent sa vue, & il l'avoit entièrement perdue quelques années avant sa mort. La faculté de théologie de Paris assista à ses funérailles. Le pape Benoit XIII ne l'appelloit que son maître. Ce pontife, n'étant que cardinal, écrivit au P. Alexandre que sa bibliothèque étoit
ALE 18e entièrement disparue, dans le tremblement de terre arrivé à Bénévent en 1688; mais qu'ayant heureusement recouvré ses écrits, ils l'avoient dédommagé de sa perte. Le P. Alexandre étoit un homme vrai, doux & modeste. Ses principales productions sont: I. Historia Ecclesiastica veteris novique Testamenti, à Paris 1699, 8 vol. in-fol. & 24 vol. in-8. Cette Histoire, réimprimée à Lucques en 1754, avec des notes savantes de Constantin Roncaglia, respire l'érudition la plus profonde. On estime sur-tout les Dissertations nombreuses dont elle est enrichie. Colbert avoit établi des conférences chez lui, entre divers ecclésiastiques, pour l'instruction de son fils. Le P. Alexandre fut chargé de rédiger le résultat de ces conférences; & ce travail devint la base de son histoire ecclésiastique, condamnée sous Innocent XI par un décret de l'inquisition, en 1684. L'auteur n'en étoit encore qu'au 13e siècle; il continua des lors son ouvrage, avec des principes peu favorables à la cour de Rome, ce qui lui fit appliquer ce mot d'un ancien poète: Poeux fulmen meruisse secundum. On lit avec plaisir ses réponses fages & modestes aux censures des inquisiteurs. II. Theologia dogmatica & moralis, en 11 vol. in-8. & en 2 vol. in-fol.: estimée, quoiqu'un peu diffuse. III. Des Commentaires sur les Evangiles & sur les Epîtres de St. Paul, Paris, 1703 & 1710, 2 vol. in-fol. en latin, qu'on ne lit guères. IV. Une Apologie des Dominicains Missionnaires à la Chine, in-12. Il est difficile qu'on puisse juger, d'un coin de l'Europe, des usages & des pratiques religieuses des peuples de l'Asie: cependant il paroît que le P. Alexandre avoit eu de bons Mémoires. On publia à Paris, 1716, in-4. le Catalogue de tous ses ouvrages.
XXXII. ALEXANDRE (N.) récollet, de Lyon, a publié en 1706 une Retraite de dix jours, in-12. On a encore de lui la Vie de la mère Dunant.
XXXIII. ALEXANDRE, abbé du monastère de Saint-Sauveur, dans le royaume de Naples, a continué l'ancienne Histoire de Sicile, commencée par Godefroi Malaterra. Il fit cet ouvrage à la sollicitation de Mathilde, sœur du roi Roger; & quoiqu'il ne rapporte pas exactement la date des faits qu'il raconte, cet écrit ne laisse pas, suivant Muratori, d'être utile à consulter.
XXXIV. ALEXANDRE (Nicolas) Poète Napolitain, dont on trouve plusieurs pièces de poésie dans le recueil italien d'Allacci. Il vivait dans le 13e siècle. Un autre Antoine ALEXANDRE, élève de François Arélin, se distinguait par ses profondes connoissances dans le droit, & le profeffé à Naples. Le roi Ferdinand I l'envoya souvent en qualité d'ambassadeur à Rome & en Espagne, où il s'acquitta avec honneur de ses négociations. Il devint, sur la fin de sa vie, président du Conseil souverain de Naples, établi par Alphonse I.
XXXV. ALEXANDRE, (Dom Jacques) Bénédictin de la congrégation de St.-Maur, a laissé un Traité sur les Horloges élémentaires in-8°, 1734, année de la mort de l'auteur, qui étoit d'Orléans. Il mourut âgé de 82 ans. C'étoit un homme d'un caractère solide, doux & uni.
XXXVI. ALEXANDRE, (Nicolas) Bénédictin de la congrégation de St.-Maur, né à Paris, & 182 ALE mort dans un âge avancé à St. Denis en 1723, est connu par deux ouvrages utiles: I. La Médecine & la Chirurgie des pauvres, Paris, in-12, 1738. Ce livre renferme des remèdes choisis, peu coûteux, & faciles à préparer pour les maladies internes & externes. II. Dictionnaire Botanique & Pharmacie, in-8° : ouvrage plusieurs fois réimprimé, dans lequel on trouve les principales propriétés des minéraux, des végétaux & des animaux, qui sont en usage dans la médecine. On y indique un grand nombre de remèdes, mais pas toujours avec assez de choix. D. Alexandre avoit acquis une assez grande connoissance des simples. Egalement pieux & charitable, il en fit usage pour le soulagement de ses frères, & surtout des pauvres qu'il aimoit tendrement. Voyez l'Histoire littéraire de la Congrégation de St.-Maur, page 489 & 490.
XXXVII. ALEXANDRE LE PAPILAGONIEN, né à Abonotique dans la Paphlagonie, province de l'Asie mineure, fut un malheureux qui s'attira les honneurs divins, par des artifices propres tout au plus à séduire la canaille. Lucien nous a laissé l'histoire & le portrait de ce fourbe. Il étoit de belle taille & de bonne mine; il avoit l'œil vif & le teint blanc, la voix claire, & le ton doux, l'esprit infinuant & propre à persuader tout ce qu'il vouloit. Un charlatan qui contre-faifoit le magicien, le prit pour son élève. Il lui enseigna plusieurs secrets prétendus pour faire aimer ou haïr, pour trouver les sources & pour découvrir les trésors, enfin toutes les fortifes dont les imposteurs subalternes ont bercé en tout temps le peuple. Après avoir pris des leçons de ce bateleur, il s'affocia avec un Byzantin nommé Cocconas, homme aussi adroit qu'artificieux. Ces deux scélérats couroient le monde pour surprendre les esprits foibles & vider les bourfes, en vendant des prophéties & des secrets. Afin de mieux réussir dans leur dessein, ils résolurent de faire parler un oracle parmi les Paphla oniens, peuple fort grossier, & encore plus superstitieux. Ils cachèrent dans un vieux temple d'Apollon, qui étoit à Chalcédoine, des lames de cuivre, où ils avoient écrit qu'Esculape viendroit bientôt avec son père, établir sa demeure dans la ville d'Abonotique. Puis, ayant fait en sorte que ces lames fussent trouvées, la nouvelle de cette découverte se répandit aussitôt par toute la Bythynie & la Galatie, & particulièrement au lieu désigné. Les habitans résolurent de consacrer un temple à ces Dieux, & commencèrent à en creuser les fondemens. Tandis qu'ils élevoient cet édifice, Alexandre cacha dans la fontaine sacrée un œuf, où étoit renfermé un serpent qui venoit de naître. Ensuite il assemble le peuple, & plongeant un vase dans l'eau, il en tire un œuf; il le casse, & on en voit sortir un serpent. Il s'adresse alors au peuple, & lui dit: Voici votre Dieu. On crie au prodige, & le lendemain l'imposteur annonce que le Dieu qu'ils avoient vu si petit la veille, avoit repris sa grandeur naturelle. On court chez lui pour admirer ce nouveau miracle. On trouve le prophète couché sur un lit; un gros serpent qu'il avoit approuissé, étoit entorillé à son cou, & sembloit le carreffer. Il n'en laifoit voir que la queue, & il substituoit à la tête celle d'un dragon artificiel, dont il ouvroit & fermoit la gueule à son gré par le moyen d'un crin de cheval. Ces artifices réussirent si bien, qu'on venoit de toutes les provinces voïfines de la Paphlagonie pour consulter le prophète. Il vendait ses oracles à un prix si modique, qu'il en avoit un grand débit. Pour dix fous de notre monnoie, un imbécile achetoit de ce fripon la connoissance de tout ce qui devoit lui arriver. On lui envoyoit dans un billet cacheté la question qu'on propofoit, & il écrivait la réponse dans le même billet, sans qu'il parût qu'on eût rompu le cachet. On crioit au miracle, pour un secret que le dernier des escamoteurs possède aujourd'hui. Les remèdes qu'il prescrivait aux malades accréditerent ses impoftures, parce qu'il avoit fait une étude férieuse de l'art de guérir. Sa réputation s'étendit jusqu'à Rome, où il fut appelé par Marc-Aurèle l'an 174 de J. C. L'accueil que lui fit ce prince philosophe, lui acquit la confiance des courrisans & du peuple. On le revéra comme le dispensateur de l'immortalité, parce qu'il promettoit de prolonger la vie jusqu'au-delà du terme ordinaire. Il prédit que lui-même vivroit cent cinquante ans, & qu'alors il feroit frappé d'un coup de foudre. Il étoit de son intérêt de faire croire qu'il mourroit par un accident, pour ne pas décrier les promesses qu'il faisoit aux autres de perpétuer leur existence, & de corriger les vices de la nature. Ses prédictions furent démenties par l'événement; il mourut d'un ulcère à la jambe, à l'âge de 70 ans. Cocconas, son compagnon d'impofture, étoit mort quelques années avant lui de la morfure d'une vipère.
ALEXANDRE d'IMOLA, Voy. TARTAGNI.
ALEXANDRI, Voy. ALEXANDRE, n° XXX.
ALEXANDRINI de NEUSTAIN, (Jules) né à Trente, médecin de Maximilien II, reçut des bienfaits considérables de cet empereur, qui lui permit de les transmettre à ses enfans, quoiqu'ils ne fuffent pas légitimes. Il mourut dans sa patrie l'an 1590, à l'âge de 84 ans. Alexandri a écrit en vers & en prose divers ouvrages, qui font voir que sa doctrine étoit solide & universelle. I. De Medicina & Medico, Tiguri 1557, in-4° II. Salubrium, ou De Sanitate tuenda, libri XXIII, Coloniæ 1575, in-fol. III. Pædotrophia, Tiguri 1559, in-8° : cet ouvrage est en vers. IV. Cornelia Medica, V. Galeni Encomium. VI. De Theriaca, &c. &c. C'est un des premiers observateurs qui ait cherché à établir les rapports qui exifient souvent entre les affections & paffions de l'âme, & les maladies du corps. I. ALEXIS, Poète comique Grec, oncle de Ménandre, floriffoit du temps d'Alexandre le Grand, vers l'an 363 avant J. C. On trouve des fragmens de ce Poète dans Vessuissimorum Graecorum Bucolica, Gnomica, &c., Crispin, 1570 in-16.
II. ALEXIS, nom d'un Saint célébré par Mésaphrafle. On dit que c'est le même que St. JEAN CALYBITE. (Voyez son article.) Ce font du moins à-peu-près les mêmes faits dans les vies de ces deux personnages; & ces faits font assez extraordinaires. Consultez la Vie des Saints de Baillet, au 15 Janvier.
III. ALEXIS ARISTÈNE, diacre de l'église de Constantinople, se trouva au concile de cette ville, de l'an 1166. On a de lui des Notes sur un recueil de Canons, qui font imprimées dans les Pandelles des Canons de Beveridge. 184 ALE
IV. ALEXIS 1er COMNÈNE, maquit à Constantinople l'an 1048, de Jean Comnène, frère de l'empereur Isaac Comnène. Ayant reçu une excellente éducation, il fit de grands progrès dans l'état militaire, & fut regardé comme un héros dans sa jeunesse. Nommé général contre les Turcs avec son frère Isaac, il les engagea à faire alliance avec l'Empire. Il se distingua par plusieurs actions de valeur, avant que de monter sur le trône de Constantinople qu'il usurpa sur Nicéphore Bosoniate, après l'avoir cloitré en 1081. Proclamé empereur par les troupes, il battit les Turcs, & les força à faire la paix. Après cette expédition contre les Musulmans, il fut obligé de se défendre contre Robert Guifchard, qui le défit d'abord, & sur lequel ensuite il remporta deux victoires. Cette guerre fut suivie d'une irruption des Scythes, qu'il tailla en pièces dans une bataille générale. Peu de temps après il vit arriver dans ses états une multitude innombrable de Croisés qui l'alarmèrent beaucoup. Il craignit que Boëmond fils de Guifchard, & par conséquent son ennemi déclaré, ne profitât de cette guerre sainte pour lui arracher la couronne. Ses soupçons l'obligèrent de dissimuler, & de faire un traité avec l'armée croisée, par lequel il promettait de la secourir par terre & par mer. Les Latins disent qu'il l'observa mal, & les Grecs soutiennent au contraire qu'il en remplit toutes les conditions avec une ponctualité, que les Croisés, disent-ils, ne méritaient pas. Il est sûr qu'il se présenta pour les secourir au siège d'Antioche; mais il n'est pas moins vrai qu'il se retira, lorsqu'il vit que ses troupes risquaient d'être battues. Les François furent in- dignés de cette retraite; mais il les gagna ensuite en rachetant leurs prisonniers, & en les recevant avec magnificence lorsqu'ils revinrent à Constantinople. Boëmond fut le seul qui voulut rester en guerre avec lui: mais il en triompha bientôt par un traité de paix. Il pacifia aussi son empire en traitant avec les Turcs, & mourut en 1118, âgé de 70 ans. Maimbourg, dans ses Amplifications historiques, a prodigué à ce prince les injures les plus atroces. Sa fille Anne lui a donné les éloges les plus buités, dans l'Histoire qu'elle a écrite de son père. Il y a un milieu à tenir entre le panégyrique & la satyre. On ne peut que louer Alexis de sa sobriété, de sa douceur, de sa clémence, de son amour pour les lettres, de son affabilité envers le peuple; mais on doit le blâmer d'avoir trop songé à l'agrandissement de sa famille; d'avoir peu respecté le droit de propriété, & de s'être décidé souvent sans consulter le sénat. Quant au reproche d'avoir sollicité sous main les Mahométans contre les Chrétiens, après s'être uni avec ceux-ci, la plupart des historiens le rejettent comme un faux bruit. Parmi les traits de clémence qu'on cite de lui, nous ne nous arrêterons qu'à ceux-ci: il avait soutenu contre les Scythes une guerre cruelle, qui finit par une bataille sanglante; toute l'armée des Scythes y périt, sans excepter les femmes & les enfans, à la réserve d'un assez grand nombre de prisonniers, que leurs blessures avaient mis hors d'état de fuir. Sur le soir, Synefias, l'un de ses officiers, alla solliciter l'empereur de les faire tous mourir, de peur que la vengeance ne les portât à quelque révolte. Alexis, le regardant d'un œil sé- vère, lui dit : *Les Scythes, pour être Scythes, cessent d'être hommes ? Et pour avoir de nos ennemis, font-ils indignes de notre compassion ! Je ne fais comment vous avez pu concevoir une idée aussi cruelle, & me la proposer.* Il ordonna seulement qu'on les désarmât. Cependant vers le milieu de la nuit, les soldats Grecs se jettèrent sur les captifs & les passèrent tous au fil de l'épée. *Alexis* l'ayant appris, manda *Synefias*, & lui dit avec aigreur : *Ce massacre, capable de me déshonorer parmi les nations étrangères, est l'ouvrage de votre cruauté.* Il le fit ensuite charger de chaînes, & il l'ouvroit puni avec plus de rigueur, si ses parens & ses amis n'eussent intercédé pour lui... Deux officiers, nommés *Arièbe* & *Umpersopule*, furent convaincus d'avoir voulu attenter à la vie de l'empereur : cependant *Alexis* ne les traita pas suivant les lois, qui punissent de mort les crimes de cette nature; il se contenta de les exiler, & de confisquer leurs biens... *Jean*, son neveu, gouverneur de Duras, fut accusé de tramer une révolte ; *Alexis* le manda, & touché de l'indignation qu'il montra de se voir soupçonné, il ne voulut plus entendre de dépositions, & il le renvoya dans son gouvernement. Les bontés qu'il avoit eues pour *Grégoire*, fils de *Grabar*, gouverneur de Trébifonde, n'empêchèrent pas cet ingrat de songer à la révolte ; l'empereur se contenta de lui faire sentir l'injustice de sa conduite, & de le reléguer dans la citadelle de Philippopolis. V. ALEXIS II, COMNÈNE, étoit fils de *Manuel Comnène*, empereur de Constantinople, auquel il succéda, âgé seulement de douze ans, en 1180. (*Voyez* III AGNÈS.) Trop jeune, & trop dépourvu d'expérience & d'esprit, pour tenir les rênes de l'empire, il fut mis sous la tutelle de *Marie* sa mère & d'*Alexis Comnène* son oncle. Cet homme injuste, ambitieux, avide d'argent, irrita le peuple par ses exactions. On se révolta dans la capitale & dans les provinces, & l'on mit sur le trône *Andronie Comnène*, cousin d'*Alexis*. Le nouvel empereur s'étant rendu maître de Constantinople, fit étrangler la mère & le fils en avril 1182. Le corps de ce malheureux prince ayant été apporté sous ses yeux, il le pouffia du pied, en disant : *que son père avoit été un parjure, sa mère une impudique, & lui un imbécille* ; ensuite il le fit jeter dans la mer.
VI. ALEXIS III, L'ANGE, frère d'*Isaac l'Ange*, empereur de Constantinople, conspira contre lui, le détrôna en 1195, & le fit enfermer dans une prison, après qu'on lui eut crevé les yeux. Le nouvel empereur étoit un débauché avare & un lâche despote. Ayant abandonné le gouvernement à *Euphrosine* sa femme, il se laifia battre par les Turcs & les Bulgares ; & il ne termina cette guerre honteuse qu'en achetant baissement la paix à force d'argent. Les peuples murmuroient. *Isaac l'Ange* avoit un fils qui s'étoit retiré en Allemagne auprès de l'empereur *Philippe* son beau-frère. Ce prince engagea une armée de Croisies, composée de François & de Vénitiens, à le rétablir sur le trône de ses pères. Le siège fut mis devant Constantinople qui se rendit en juillet 1203. *Alexis l'Ange*, voyant sa capitale au pouvoir de son ennemi, prit la fuite ; & après avoir couru différentes aventures, il tomba entre les mains de *Théodore Lafearis*, qui lui fit crever les yeux, & l'enferma dans un mo- naître où il termina ses jours. Le fils d'Isaac fut couronné sous le nom d'ALEXIS IV. Ce jeune prince tira son père des fers, & tout aveugle qu'il étoit, il lui remit le sceptre, & se contenta d'être son collègue; mais comme il fallut donner des sommes con- fidérables aux Croisés, les peuples furent foulés, & il s'éleva un nouveau tiran qui détrôna Alexis IV, & le fit étrangler en 1204... Voyez ci-dessous ALEXIS Murt- uphle, n.º VIII.
VII. ALEXIS IV, empereur de Constantinople. Voyez l'article précédent.
VIII. ALEXIS V, surnommé Ducas Murtuphle, ayant d'abord été grand-maître de la garde-robe sous Isaac l'Ange & Alexis IV, détrôna ce dernier prince & le fit étrangler. Il commença son règne en janvier 1204, par une guerre contre les Croisés qui mi- rent le siège devant Constanti- nople. La ville fut prise & pillée. Théodore Lafearis fut élu empereur par les Grecs, & Baudouin par les Latins. Ce dernier poursuivit Murt- uphle, lui fit crever les yeux; & les François, irrités contre lui, le précipitèrent du haut d'un ro- cher, en avril 1204. Le surnom de Murtuphle lui avoit été donné, parce que ses fourcils se joignoient & lui tomboient sur les yeux. Il ne régna qu'environ trois mois. Tour-à-tour artificieux, dissimulé, avare & cruel, il dépouilla pref- que tous les grands seigneurs de la cour, & s'appropria leurs ri- cheffes, qui lui appartenoient, difoit-il, par la loi du plus fort. Ayant disgracié les hommes de mérite qui étoient dans le mi- nistère, il leur substitua ses pa- rens & ses amis; la plupart aussi avides qu'incapables. Ces différens changent de accélérerent sa chute.
IX. ALEXIS, (Guillaume) reli- gieux Bénédictin dans l'abbaye de Lyre, puis prieur de Bussi au Perche, vivoit encore en 1500, & a laissé différentes Poésies, bonnes pour le temps. Les prin- cipaux ouvrages qu'on connoit de lui, font : I. Quatre Chants royaux, présentés aux Jeux du Puy à Rouen, in-4°, sans date. II. Le passe-temps de tout homme & de toute femme, Paris, in-8° & in-4° sans date. L'auteur dit l'avoir traduit d'un ouvrage d'Ia- nocent III : c'est un livre de mo- rale, sur la misère de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort. III. Le grand Blafon des fausses amours, in-16 & in-4° sans date; & dans beaucoup d'éditions de la Farce de Pacelin, & des Quince joies du Mariage. C'est un dialogue sur les maux qu'entraîne l'amour. X. ALEXIS, (le Faux) impof- teur célèbre, qui voulut se faire passer en 1191, sous Isaac Lange, empereur d'Orient, pour Alexis, fils de l'empereur Manuel Comnène. Sa figure & ses cheveux reslem- bloient en effet beaucoup à ceux de ce prince, & il hégayoit com- me lui. A la faveur de cette res- semblance, il passe en Asie, en im- pose au peuple des environs du Méandre, & va représenter au sul- tan de Cogny qu'ayant été ami de l'empereur Manuel, il devoit venger les injustices que l'on fai- soit à son fils, seul héritier légi- time de la couronne. Le sultan s'in- forma de l'ambassadeur de Con- stantinople, si ce jeune homme étoit, réellement fils de Manuel ? L'am- bassadeur répondit, « qu'il étoit » public qu'Alexis, fils unique de » Manuel, s'étoit noyé avant la » mort de son père, & que celui « qui en prenoit le nom, étoit » un impofteur. « Malgré ce témoignage, le fultan lui permit de lever des troupes dans ses états, sans néanmoins s'engager de le défendre. En peu de temps le faux *Alexis* se vit à la tête de huit mille hommes. Il prit plusieurs villes à composition; il entra dans quelques autres par force, & répartit au loin la terreur par les ravages & les violences qu'il exerça. *Alexis* frère de l'empereur, qui monta depuis sur le trône, ne jugea pas à propos d'en venir aux mains avec lui; il se contenta de retenir dans l'obéissance ceux qui ne s'en étoient pas encore écartés. Mais un prêtre d'Asie, indigné contre ce rebelle qui pilloit toutes les églises, en délivra bientôt l'empire. Il attendit le faux *Alexis* au sortir d'un grand repas, où il avoit bu du vin avec excès, se faitit de son épée, & la lui plongea dans le cœur.
XI. ALEXIS MICHAELOWITZ, c'est-à-dire fils de Michel, czar de Mofcovie, fut père de Pierre le Grand. Il parvint au trône en 1645, âgé de 16 ans. Son règne fut troublé par des fétitions fanglantes, par des guerres intestines & étrangères. Un chef des Cosaques du Tanaïs, nommé *Stenko-Rafin*, voulut se faire roi d'Aftrakan. Il inspira long-temps la terreur; mais enfin, vaincu & pris, il finit par le dernier fupplice. Environ douze mille de ses partisans furent pendus, dit-on, sur le grand chemin d'Aftrakan. *Alexis* foufint ensuite une guerre contre la Pologne: elle fut terminée par une paix qui lui affura la possession de Smotensko, de la Kiovie & de l'Ukraine; mais il fut malheureux avec les Suédois, & les bornes de l'empire étoient toujours très-refferrées du côté de la Suède. Les Turcs étoient alors plus à craindre: ils tomboient sur la Pologne & menaçaient les pays du czar, voisins de la Tartarie-Crimée, l'ancienne Cherfonée-Taurique. Ils prirent en 1671 la ville importante de Kaminieck, & tout ce qui dépendoit de la Pologne en Ukraine. Le fultan *Mahomet IV*, ayant imposé un tribut aux Polonois, demanda, avec tout l'orgueil d'un Ottoman & d'un vainqueur, que le czar évacuât tout ce qu'il possédoit en Ukraine; & fut refusé avec la même fierté. On ne favoit point alors déguiser l'orgueil par les dehors de la bienférance. Le fultan ne traitait dans sa lettre le souverain des Russes que de *Hospodar Chrétien*; & s'intituloit *très-glorieuse Majesté, Roi de tout l'univers*. Le czar répondit, qu'il n'étoit pas fait pour se fémmettre à un chien de Mahométan, & que son cimeterre valait bien le sabre du Grand-Seigneur. En même temps il envoya des amboffadeurs à presque tous les souverains de l'Europe, pour les animer contre l'ennemi commun de la Chrétienté. Il secourut les Polonnois, qui ayant pour général *Jean Sobieski*, triomphèrent des Turcs à la célèbre journée de Chokfim en 1674. Lorsque le trône de Pologne fut vacant, peu de temps après, *Alexis* le disputa & fit des offres avantageuses qui ne furent pas acceptées. Une mort prématurée l'enleva en 1677, à 46 ans. Il laissa la réputation d'un prince juste, mais sévère. Il fut le premier qui fit imprimer les lois du royaume, auparavant manufactrites. Il lifoit les bons ouvrages étrangers, sur les arts & les sciences, qu'il se faisoit traduire en langue Russe. Le commerce fut favorisé par ses soins & ses bienfaits. Des manufactures de toile & de foie furent érables; plusieurs déferts, peuplés par des colonies d'étrangers, & fur-tout de Polonois. Il bâtit des villes; il augmenta & embellit Mofcou. Il avoit conçu le projet d'avoir des flottes fur la mer Caspienne & la mer Noire. Sa cour fut plus magnifique qu'aucune de celles de ses prédécesseurs; & malgré cette magnificence, il laifia des trésors, parce qu'il avoit une sage économie. Il reçut des ambassades avec de riches presens des Persans, des Chinois & d'autres peuples d'Asie, & forma des liaifons avec les principales puissances de l'Europe. Il eut de son second mariage avec Natalie Nariskin, le fameux czar Pierre, qui perfectionna tout ce qu'il avoit commencé.
XII. ALEXIS PETROWITZ, fils de Pierre le Grand, czar de Ruffie, & d'Eudoxie-Fædorowna Leprechin; épousa Charlotte de Brunswik-Wolfenbute. (Voyez CHARLOTTE.) Loin de marcher fur les traces de son père, il condamnoit, par ses discours, & encore plus par ses mœurs & par ses actions, tout ce que Pierre le Grand entreprenoit pour la gloire & pour l'agrandissement de la Ruffie. Le czarowitz Alexis menoit une vie obscure: il avoit un caractère sauvage, un attachement superstitieux pour les anciens usages de la nation, & un profond mépris pour les arts & pour les établissements nouveaux. Il étoit presque toujours enfermé avec une Finlandoise nommée Euphrafine, qui l'entretenoit dans une vie oisive. Pierre le Grand s'efforçoit d'exciter en lui de l'émulation, de l'amour pour la gloire, & du goût pour les grandes choses; mais le cœur du czarowitz ne renfermoit presque aucun de ces sentimens. En- fin le czar, envisageant le prince son fils comme le destructeur de tout ce qu'il avoit entrepris, résolut de le déshériter. Le czarowitz parut consentir à ce que le czar projetoit; cependant, à peine son père eut-il entreprit son second voyage en Europe, qu'il alla chercher un affle auprès de l'empereur qui étoit son beau-frère. La cour impériale lui ordonna de se tenir caché dans Vienne, & l'engagea bientôt à chercher une autre retraite. Le czarowitz se retira à Infpruck, capitale du Tirol, & ensuite à Naples. Voltaire compare la fuite d'Alexis avec celle de Louis XI, encore dauphin. « Ce dernier, dit-il, étoit bien plus coupable que le czarowitz, puisqu'il s'étoit marié malgré son père; qu'il avoit levé des troupes; qu'il se retiroit chez un prince naturellement ennemi de Charles VII, & qu'il ne revint jamais à sa cour, quelque instance que son père put lui faire. » Alexis, au contraire, ne s'étoit marié que par ordre du czar, ne s'étoit point révolté, n'avoit point levé de troupes, ne se retiroit point chez un prince ennemi, et retourna auprès de son père sur la première lettre qu'il reçut de lui. « Le czar découvrit la demeure de son fils; & l'engagea à revenir à Mofcou. Dès que le prince fugitif fut arrivé, Pierre le Grand fit environner par des gardes le château où il étoit; on lui ôta son épée, & il fut conduit comme un criminel devant son père. Les principaux de la noblesse & le clergé étoient assemblés: le czar le déclara indigne de sa succession, & l'y fit renoncer folemnellement. Les confidens du czarowitz, & ceux qui l'avoient suivi dans sa fuite furent arrêtés, & la plupart périrent par les fupplices. La czarine *Eudocle*, fa mère, fut transférée dans un monastère près du lac de Ladoga; & la princeffe *Marie*, fœur du czar, impliquée en cette funeste affaire, fut enfermée dans le châ- teau de Sleutelbourg. Le czar re- tenoit toujours son fils prifonier, et le traitoit comme coupable de lèze-majesté. On instruisit son procès, & il fut condamné à mort. Ce jugement sévère fut rapporté à ce malheureux prince qui mourut le lendemain, en 1719. Il avoit un fils qui monta sur le trône après la mort de l'impératrice *Ca- therine*, sous le nom de *Pierre II*. Le lecteur pourra consulter le chapitre X de l'*Histoire de Pierre le Grand*, féconde partie: il verra ce qu'il doit penser sur cette hor- rible catastrophe. Il est évident que *Pierre* fut dans cette occasion plus roi que père, & qu'il sacrifia son propre fils aux intérêts de sa na- tion, ou plutôt à ceux de sa gloire. "L'arrêt de mort, dit "*Voltaire* dans une lettre à M. de "*Schouvalof*, m'a toujours paru "trop dur. Il y a beaucoup de "royaumes où il n'eût pas été "permis d'en user ainsi. Je ne vois "dans le procès aucune conspi- "ration; je n'y apperçois que "des espérances vagues, quelques "paroles échappées au dépit; "nul dessein formé, nul attentat: "j'y vois un fils indigne de son "père; mais un fils ne mérite "pas la mort, à mon sens, pour "avoir voyagé de son côté, "tandis que son père voyageoit "du sien." On força ce malheu- reux prince, après quatre mois d'un procès criminel, on le força d'écrire, que s'il y avoit eu d.s révoltés puissans qui se fussent fou- levés & qu'ils l'eussent appelé, il se feroit mis à leur tête. Qui jamais a regardé une telle déclaration comme valable, comme une pièce réelle d'un procès? Qui jamais a jugé une pensée, une hypothèse, une supposition d'un cas qui n'est pas arrivé? Où sont ces rebelles? Qui a pris les armes? Qui a proposé à ce prince de se mettre un jour à la tête des révoltés? A qui en a-t-il parlé? A qui a-t-il été confronté sur ce point important? Aussi, le terme de *parricide* dont on se servit dans le jugement de ce prince, révolta-t-il tous les hommes équitables: on ne peut donner ce nom de *parricide* qu'à celui qui a pré- paré ou exécuté le meurtre de son père. La mort du czarowitz le len- demain de la lecture de son arrêt ne parut point naturelle. Etoit- il vraisemblable qu'un prince de 23 ans, mourut d'apoplexie, parce qu'on lui avoit lu une sentence qu'il devoit espérer qu'on n'exécuteroit pas. Les écrivains les plus favora- bles au czar *Pierre* ne purent dis- fimuler que toute l'Europe croyoit *Alexis*, son fils, empoisonné par ses ordres. Cette conjecture fut peut-être fauffe, mais la cruauté du czar étoit bien propre à la faire naître.
AL-FARABI, philosophe Mu- fulman, du 10e siècle, étoit un gé- nie heureux, & l'un de ces hom- mes universels, qui pénètrent dans toutes les sciences avec une égale facilité. Il ne s'en étoit pas tenu à l'explication des rêveries de l'Alcoran; il avoit encore appro- fondi des arts plus utiles & plus intéressans. L'aventure qui lui ar- riva à la cour de *Seifeddoulee*, fultan de Syrie, fait connoître les talens singuliers de ce philo- sphe. Il revenoit du pèlerinage de la Mecque, lorsqu'il passa par la Syrie: le fultan étoit alors environné de savans, qui s'étoient rendus dans son palais pour dis- courir sur les sciences. On ouvrit la conférence. Notre philosophe y disputa d'une manière si éloquente & si forte, qu'il reduisit tous les docteurs au silence. Le sultan, pour récréer l'assemblée, fit venir des musiciens; alors *Al-Farabi* se joignit à eux, & pinça le luth avec tant de délicatesse, qu'il attira sur lui les yeux & l'admiration de tous ceux qui étoient préfens. Le sultan l'ayant prié de donner quelque chose de sa composition, il tira de sa poche une pièce enjouée, la fit chanter, & l'accompagna avec tant de force & de vivacité, qu'il fit rire à l'excès tous les afflétans: il en produisit une autre, si tendre & si touchante, qu'il les émuit jusqu'aux larmes; & finit par une troisième, qui parvint à les endormir tous. Cette variété de talens porta le sultan à l'engager de rester auprès de lui; mais *Al-Farabi* s'en excusa, partit, & fut tué par des voleurs dans un bois de la Syrie, l'an 954 de J. C. Ce philosophe avoit composé des *Ouvrages* sur toutes les sciences; ils se trouvent, dit-on, en grande partie dans la bibliothèque de Leyde. — AL-FARGAN, (Ahmed-Ebn Cothair Al-Parganensis ou Al-Fraganius) astronome Arabe, florisoit dans le 9$^{e}$ siècle, sous le califat d'*Almaimoun*. On a de lui une *Introduction à l'Astronomie*, dont *Abulgarage* fait un grand éloge. *Golius* la fit imprimer à Amsterdam en 1669, in 4$^{o}$ avec des notes curieuses.
ALFES ou ALPHES, fameux rabbin, mort en 1103. On a de lui un abregé du Talmud, intitulé *Siphru*, fort estimé des Juifs. I. ALFONSE I$^{er}$, surnommé le *Catholique*, roi des Afturies, avoit été le compagnon de *Pélagé* dans ses travaux guerriers. Également brave & heureux, il vainquit en plusieurs occasions les Maures, & leur enleva plus de trente villes. Il agrandit par-là son royaume, & rendit le nom chrétien redoutable aux infidèles. Il mourut en 757, âgé de 64 ans, après en avoir régné 18.
II. ALFONSE II, surnommé le *Chaffe*, roi des Afturies, remporta plusieurs victoires sur les Musulmans. Il s'empara de Lisbonne, & mourut en 842, après un règne de 50 ans, dans un âge très-avancé. Il fit bâtir la cathédrale d'Oviédo, & fixa sa cour dans cette ville. Ayant gardé une exacte continence avec la reine *Barthe* sa femme, il obtint le nom de *Chaffe*. Il fut lié d'une étroite amitié avec *Charlemagne*, qui le seconda dans toutes ses entreprises.
III. ALFONSE III, dit le GRAND, roi des Afturies, succéda à *Ordogno* son père en 866. Son règne fut illustré par un grand nombre de victoires qu'il remporta sur les Maures. Il eut aussi à essuyer plusieurs révoltes de ses sujets. Une des plus célèbres, fut celle de *Froila* comte de Galice, qui lui disputa la couronne, & l'obligea même de chercher un affle chez les Cantabres. Mais la conduite tyrannique de l'usurpateur fit révolter les habitans d'Oviédo, qui l'affaffinèrent, & préparèrent ainsi le retour d'*Alfonse*. Cependant ce prince n'en fut pas plus tranquille. Il y eut de nouvelles révoltes, & la plus sensible à son cœur, fut celle où il virsie le lever contre lui son propre sang. *Garcie*, son fils aîné, à la tête des rebelles, fut battu, fait prisonnier, puis remis en liberté au bout d'un an. Alors *Alfonse* abdiqua la couronne en faveur de ce fils, qui A L F 191 avoir voulu la lui enlever ; & par une tendresse aveugle pour Ordogno, son deuxième fils, il divisa ses états, & donne à celui ci la Galice, avec la partie de la Lusitanie qu'il avoit conquise. L'an 912 Alfonse, avec une armée qu'il obtint du roi son fils, entra sur les terres des Maures, y mit tout à feu & à sang, & revint chargé de dépouilles à Zamora où il mourut le 20 décembre après avoir regné 46 ans jusqu'à son abdication. Il joignit à la valeur l'amour des lettres. On a de lui une Chronique des rois d'Espagne, depuis Vamba, jusqu'à Ordogno père de l'auteur.
IV. ALFONSE VI, roi de Léon & de Castille, reprit 1085 Tolède sur les Maures, qui tenoient cette place depuis l'an 714. Il mourut en 1109. Nous citerons de son règne l'anecdote suivante, qui servira à faire connoître l'esprit de ce siècle. Alfonse avoit ordonné que l'office romain fut substitué à l'office gothique dans ses Etats. Ce décret ayant causé beaucoup de troubles, on convint de recourir à ces épreuves appelées le Jugement de Dieu ; & l'on choisit le duel entre deux chevaliers, dont l'un tiendroit pour l'office gothique & l'autre pour le romain. L'avantage du combat fut pour le champion du gothique ; mais le roi n'en persista pas moins dans sa résolution, & l'office romain prévalut. V. ALFONSE VIII ou IX, roi de Léon & de Castille, surnommé le Noble & le Bon, monta sur le trône à l'âge de quatre ans en 1158. Il reconquit tout ce que ses voisins avoient usurpé sur lui pendant son enfance. Aucun roi ne suivit aussi constamment que lui le projet de chasser les Maures d'Espagne ; mais il fut défait par ces barbares, & blessé à la cuisse dans une grande bataille en 1195. Cet échec ralentit contre eux l'effort de ses armes, qu'il porta ailleurs. Enfin il eut sa revanche l'an 1212 à la bataille de Muradat, où les Sarrafins, dit-on, perdirent près de deux cents mille hommes. Ce prince mourut en 1214, à 60 ans. Les larmes que la Castille répandit sur son tombeau, étoient une juste récompense des travaux auxquels il se livra pour défendre son royaume, l'agrandir, & y faire naître le goût des sciences. On lui reproche de n'avoir pas profité de ses divers succès : mais on ne peut lui refuser la gloire d'avoir réparé les revers qu'il avoit essuyés, avec une sermenté supérieure aux évènement.
VI. ALFONSE X, roi de Léon & de Castille, surnommé le Sage & l'Astronome, fils de Ferdinand III, & son successeur en 1252. Après la mort de son père, il dissiqua tous les efforts que la Navarre & l'Arragon firent contre lui. Il fut élu empereur en 1257 par une faction de princes Allemands, qui comptoient s'enrichir des trésors qu'il répandroit parmi eux. Il fit des actes de souverain d'Allemagne, en Castille. Il donna l'investiture du duché de Lorraine à Frédéric ; mais lorsque Rodolphe d'Hapsbourg eut été élevé au trône impérial, il se contenta de protester contre l'élection. Il vécut en philosophe sur le trône. D. Sanche, son fils, connoissant le caractère pacifique de son père, se révolta contre lui & le détrona. Alfonse le Sage se ligua avec les Mahométans contre ce fils dénaturé, le combattit & le vainquit ; mais il ne put profiter de ses premiers avantages, & il mou- 192 A L F rut de chagrin le 21 avril 1284. Les Tables Alfonfines, dressées à grands frais par des Juifs de Tolède, & fixées au premier de juin, jour de son avènement à la couronne, lui ont acquis plus de gloire que ses combats. Son recueil de Lois prouve qu'il veillit sur la justice comme sur les lettres. Quelques auteurs l'ont accusé d'impiété, pour avoir dit : Que s'il avoit été du conseil de Dieu dans le temps de la création, il lui auroit donné de bons avis sur le mouvement des astres. Mais qui ne voit que cette plaisanterie ne tombe que sur les systèmes ridicules de certains astronomes, & non point sur les règles que l'Etre-Suprême a suivies dans la création de ses ouvrages ? Ce prince soupçonné d'irréligion par des écrivains peu religieux eux-mêmes, avoit lu, dit-on, 14 fois la Bible avec ses glofes, & l'avoit fait traduire en espagnol. Quinte-Curce étoit son auteur tavori, Alfonfe méritoit un pareil historien, quoi qu'en dise Mariana, qui a fait cette antithèse sur son règne : Dunque cælum considerat, observatque astra, terram amisit ; « En contem- plant les cieux, il a perdu la » terre. » Cet historien veut parler apparemment de la perte de l'empire ; mais les guerres des Sarrafins, & la révolte des Cætilans, permettoient-elles à Alfonfe de s'aller battre à quatre cents lieues de son pays ?
VII. ALFONSE XI, roi de Léon & de Cætille, fucceſſeur & fils de Ferdinand IV en 1312, livra bataille aux Maures avec le roi de Portugal, & en fit périr deux cents mille en 1340. On prétend que cette boucherie couvrit de cadavres tous les chemins à plus de trois lieues à la ronde, & que le butin immense qu'on y ramaſſa, fit baſſer d'un fxième le prix de l'or. Il mourut de la perſe au ſiège de Gibraltar, le 27 mars 1350, âgé de 38 ans.
VIII. ALFONSE V, roi d'Aragon, ſurnommé le Magnanime, mort en 1458, à 74 ans, avoit été reconnu roi de Sicile en 1442, après s'être rendu maître de Naples. Il étoit fils de Ferdinand le Juſſe, auquel il ſuccéda en 1416. Généreux, libéral, éclairé, bienſaifant, intrépide, galant, affable, politique, Alfonfe auroit été le héros de ſon ſiècle, ſi ſon goût effréné pour les femmes n'avoit trop ſouvent attaqué la vertu de celles de ſa cour. Il recueillit dans ſon ſein les Mufes bannies de Constantinople, établit la domination Eſpagnole en Italie, & ne tiré preſque rien de ſes états en Eſpagne. Ce prince alloit volontiers ſans fuite & à pied dans les rues de ſa capitale. Comme on lui faiſoit un jour des représentations ſur le danger auquel il expoſoit ſa perſonne : Un père, répondit-il, qui ſe promène au milieu de ſes enſans, n'a rien à craindre. Son goût pour les lettres parut dans pluſieurs occaſions. Tandis qu'il faiſoit le ſiège de Gaïette, les groſſes pierres dont on avoit beſoin pour charger les mortiers vinrent à manquer ; on lui dit qu'on pouvoit en tirer d'un ancien château, qui avoit été autrefois la maiſon de campagne de Cicéron. Il mépriſa cet avis & répondit : Qu'il aimoit mieux laiſſer repoſer ſon canon & toute ſon artillerie, que d'aller profaner la demeure antique de ce philoſophe & de cet orateur célèbre, qui de ſon temps aſſuroit la vie, auſſi bien que la fortune, à tant de peuples & à un nombre inſini de citoyens. Un courtiſan d'Alfonfe lui ſoutint un jour qu'il avoit lu dans l'hiftoire, qu'un roi d'Eſpagne diſoit, que la ſcience ne convient point point du tout aux gens de qualité, & qu'ils ne doivent jamais s'appliquer aux belles-lettres. *Alfonse* lors s'écria: *Ce n'est point un roi, mais c'est un bœuf qui l'a dit*. On connoit le trait suivant de sa libéralité. Un de ses trésoriers étoit venu lui apporter une somme de dix mille ducats; un officier, qui se trouvoit à dans le moment, dit tout bas : quelqu'un : *Je ne demanderois que cette somme pour être heureux*. — *Tu se feras*, dit *Alfonse* qui l'avoit entendu, & il lui fit emporter les dix mille ducats... Une galère chargée de soldats & de matelots périssoit, il ordonne qu'on les secoure. On n'est, alors *Alfonse* faute dans une chaloupe, en disant à ceux qui craignoient le péril : *J'aime mieux être le compagnon que le spectateur de leur mort*... Ce prince avoit, ainsi que *Salomon*, signalé le commencement de son regne par un jugement remarquable. Une jeune esclave affirmoit devant lui que son maître étoit le père d'un enfant qu'elle avoit mis au monde, & demandoit en conséquence sa liberté, suivant une ancienne loi d'Espagne. Le maître nioit le fait, & soutenoit n'avoir jamais eu aucun commerce avec son esclave. *Alfonse* ordonna que l'enfant fût vendu au plus offrant. Les entrailles paternelles s'émurent aussitôt en faveur de cet infortuné; & lorsque les enchères alloient commencer, le père reconnut son fils, & mit sa mère en liberté... Ce prince ne pouvoit souffrir la danse, & il disoit assez plaisamment, qu'un fou ne différoit d'un homme qui danse, que parce que celui-ci restoit moins longtemps dans sa folie... La république de Sienne, pendant que les princes d'Italie se faisoient la guerre, avoit gardé la neutralité, sans vouloir jamais se déclarer pour aucun parti. Lorsque la paix fut conclue & signée entre ces puissances ennemies, aussitôt leurs troupes vinrent, de toutes parts, fondre sur les terres de la république, & alors elle éprouva toute la force des armes. *Alfonse* en ayant reçu la nouvelle, dit : *Les Siennois, en se déclarant neutres, ressemblent à des locataires qui habitent le second étage d'une maison; ils sont étouffés de la fumée qui montent du premier, & reçoivent les immondices qui tombent du troisième*. Quelqu'un de ses courtisans lui demanda un jour quels étoient ceux de ses sujets, qu'il aimoit davantage? *Ceux*, répondit *Alfonse*, qui craignent pour moi, plus qu'ils ne me craignent. Il disoit encore que, pour faire un bon ménage, il faut que le mari soit sourd, & la femme aveugle... On a imprimé en 1765, in 12, le *Génie* de ce monarque. L'auteur, (M. l'abbé *Meri de la Canorgue*), y a recueilli les pensées & les faits les plus remarquables de sa vie. Il a tiré tous les traits qu'il a fait entrer dans ce tableau, d'*Antoine* de Palerme, précepteur & historiographe d'*Alfonse*, qu'il flatte souvent beaucoup trop. C'est cet *Antoine* Panormitain qui vint trouver son prince à Capou, où il étoit tombé malade, & lui apporta l'histoire d'*Alexandre* par *Quinte-Curce*, dont la lecture le guérit. L'auteur du *Dictionnaire Historique portatif*, attribue mal-à-propos cette guérison merveilleuse à *Alfonse l'Astronome*, antérieur à celui-ci de deux siècles. *Voyer* AXERETO.
IX. ALFONSE I$^{er}$, roi de Portugal, fils de Henri de Bourgogne de la maison de France, défit cinq rois Maures à la bataille d'Ourique le 25 juillet 1139. Cette victoire est l'époque de la monarchie de Portugal. Le vainqueur fut proclamé roi dans le camp par les soldats : on dit qu'il prit pour armes autant d'écus qu'il avoit soumis de rois. Il fut moins heureux dans la guerre contre *Ferdinand II*, roi de Caffille: il livra une bataille où il fut vaincu, fait prisonnier & renvoyé fans rançon par le généreux *Ferdinand*, qui ne lui imposa que quelques conditions, qu'*Alfonse* éluda, ou ne tint point. Il étoit déjà vieux, lorsque le Miramolin *Aben-Jacob* vint affiéger Santarem, où l'infant *Dom Sanche* étoit renfermé. *Alfonse*, malgré sa vieilleffe, vola au secours de son fils, & les autres Maures prirent la fuite, fans ofer livrer combat. Il mourut peu de temps après, le 6 Décembre 1185, dans un âge très-avancé. Il avoit institué l'ordre d'*Avis*. X. ALFONSE II, dit le *Gros*, roi de Portugal, fils de *Sanche I*, lui succéda en 1211. Il vainquit les Maures en plusieurs occasions, & avec le secours d'une flotte de Croisés, il s'empara de la ville d'Alcaçardofal. Il devint fi gros à l'âge de 35 ans, qu'à peine pouvoit-il refpirer. Il mourut le 25 mars 1223, à 38 ans. Sa haine pour ses frères & ses sœurs troubla son règne, d'ailleurs glorieux. Il donna de nouvelles lois, fit régner la justice, & voulut réformer le clergé. Mais ses différends avec l'archevêque de Brague, au sujet des immunités ecclésiastiques, lui attirèrent une excommunication, et il mourut fans avoir été relevé de cette censure.
XI. ALFONSE III, frère de *Sanche II*, monta sur le trône de Portugal en 1248. Il conquit les Algarves sur les Maures, & eut quelques différends avec la cour de Rome pour avoir répudié *Mathilde*, sa première femme. Il fut excommunié, & son royaume interdit, ce qui dura jusqu'à la mort de *Ma-* *thilde* en 1262. Il eut de nouvelles querelles au sujet des immunités ecclésiastiques, & il foutit les droits royaux avec force. Mais sa fermeté l'abandonna dans sa dernière maladie. Il fit un legs au pape, en lui donnant le titre de *Seigneur de son corps & de son ame*, & le suppliant de confirmer son testament. Il mourut le 16 février 1279, à 69 ans. Ce prince fit des règlements avantageux pour la fureté & la commodité publique.
XII. ALFONSE IV, surnommé le *Justicier*, fils du roi *Denis*, lui succéda en 1325, & illustra la couronne de Portugal dans la paix comme dans la guerre. *Sanche*, son frère naturel, excita des troubles qu'il fut calmer. Il eut une guerre avec le roi de Caffille qu'il termina heureusement. Il défendit même ce prince contre les Maures, & se trouva en 1340 à la fameuse bataille de Salado, où il périt, dit-on, 200,000 de ces infidèles. *Alfonse* mourut le 28 Mai 1357, à 66 ans. La postérité lui a reproché la mort injuste d'*Agnès* ou *Inès de Castro*, dame extrêmement belle, que son fils *Dom Pèdre* avoit époutée en secret.
XIII. ALFONSE V, roi de Portugal, surnommé l'*Africain*, à cause de ses exploits en Afrique, étoit fils d'*Edouard*, & n'avoit que six ans lorsqu'il monta sur le trône de Portugal en 1438. La tutelle de sa mère qui étoit étrangère, fut rejetée par les Portugais qui confierent l'administration du royaume à *Dom Pèdre*, frère d'*Edouard*; mais ce prince fut mal récompensé des soins qu'il prit de l'enfance de son neveu: *Alfonse* le fit affaîliner dans le temps qu'il venoit à la cour, pour se purger des crimes qu'on lui imputoit. Quelques historiens prétendent néanmoins qu'on ne fit mourir Dom Pèdre, que parce qu'il vouloit soulever les peuples & s'em- parer de la couronne. Alfonse passa en Afrique en 1458 avec une flotte formidable, prit Alcazar, & eut d'autres succès. Ce fut au sujet de cette guerre, qu'il instituta l'ordre des Chevaliers de l'épée. Il avoit entendu dire « qu'un prince Chré- » tien devoit conquérir une épée, « que les Maures conservoient » avec un soin extrême dans la « ville de Fez. » Il crut que cette gloire lui étoit réservée; & ce fut à cette occasion qu'il instituta son ordre, dont il fixa les chevaliers à 72 : c'étoit le nombre d'années qu'il avoit alors. Outre la guerre d'Afrique, Alfonse V en eut une autre à soutenir contre Ferdinand & Isabelle de Castille. Jeanne, fille de Henri IV, roi de Castille, avoit été promise à Alfonse, qui en l'épous- sant vouloit avoir en dot ce royaume, dont il la croyoit hé- ritiere. Il prit les armes pour faire valoir les droits de sa future épouse. Il implora même le se- cours de Louis XI, roi de France, mais quand il vit que toutes ses in- trigues ne produisoient rien, & qu'il avoit déjà été battu deux fois par Ferdinand, il rompit ce mariage. L'infortunée Jeanne ne fut ni reine de Castille, ni reine de Portugal : elle alla s'enfévérer dans un couvent où elle finit ses jours en 1530. Al- fonse avoit eu aussi le dessein de se retirer dans un monastère; mais il mourut de la peste à Sintra, âgé de 49 ans, le 24 août 1481. Ses sujets découvrirent la Guinée sous son règne, & en rapportèrent une grande quantité d'or. La Religion Chrétienne lui est redevable de son établissement dans cette partie Oc- cidentale de l'Ethiopie. Il fut le pre- mier monarque Portugais qui fit construire une Bibliothèque dans son palais; & il prenoit tant de plaisir à racheter des prisonniers, qu'on l'appelloit communément le Rédempteur des Captifs.
XIV. ALFONSE VI, roi de Portugal, fils & successeur de Jean IV, étoit né le 21 août 1643. Il eut d'abord quelques avantages sur les Espagnols, & fut ensuite chassé de son trône. Ce prince avoit eu à dit-on, quelque maladie qui lui avoit assoubli l'esprit. La princesse de Savoie-Nemours, son épouse, qui avoit tâché en vain de s'en faire aimer, porta des plaintes contre lui, & s'enferma dans un couvent. Alfonse avoit indisposé ses sujets, en se livrant au torrent de ses pas- sions. Il couroit les rues de Lis- bonne pendant la nuit, & attaquoit avec fureur tous ceux qu'il ren- controit. Le jour il commettoit sans rougir les actions les plus indé- centes. Les plaintes portées contre lui, furent assez graves pour obli- ger Alfonse à se démettre de la cou- ronne. On lui assigna la jouissance de tous les biens de la maison de Bragance. Dom Pèdre son frère qui fut mis à sa place, non avec le titre de Roi, mais avec celui de Prince- Régent, épousa peu de temps après la princesse de Savoie-Nemours, qui prétendoit que son mariage avec Alfonse tout à la fois furieux & im- pusissant, étoit nul. Le roi détrôné vécut depuis comme un simple par- ticulier, & mourut le 12 Septembre 1683, au château de Cyntra en Portugal, à 41 ans.
XV. ALFONSE D'EST, duc de Ferrare & de Modène, mort en 1534, eut pour ennemis implacables Jules II & Léon X. Il avoit épouse en 1501 Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre VI, & il mourut le 31 octobre 1534.
XVI. ALFONSE DE ZAMORA, travailla à l'édition de la Polygloté 196 A L F du cardinal Ximenès. Ce Juif converti est encore auteur d'un ouvrage intitulé: Introductiones Ha-braica, Compluti, 1526, in-4.º Il mourut l'an 1530.
ALFONSE DE CASTRO, Voyet CASTRO.
ALFONSE-TOSTAT, Voyet TOSTAT.
ALFONSE, (Pierre) Voyet PIERRE, n.º XXI.
ALFRED ou ELFRÈDE, appelé le Grand avec plus de justice que tant d'autres monarques, succéda, dans le royaume d'Angleterre, à son frère Ethelred, en 871. Les Danois, maîtres de presque tout son pays, le vainquirent d'abord; mais Alfred, après être resté caché pendant six mois sous l'habit d'un berger, ayant rassemblé ses troupes, tailla en pièces ces usurpateurs, & leur imposa les conditions qu'il voulut. Citro leur roi fut obligé de recevoir le baptême, & Alfred, reconnu souverain par les Anglois & les Danois, le tint sur les fonts. Il marcha ensuite contre Londres, l'affaçon, la prit, la fortifia, & y fit construire des vaisseaux de guerre, plus propres à manœuvrer que ceux des Danois. Après avoir conquis son royaume, il le poliça, fit des lois, établit des Jures, & divisa l'Angleterre en comtés, dont chacun contenoit plusieurs centaines de familles. Il maintint ou plutôt créa la discipline militaire. Il encouragea le commerce, protégea les négocians, leur fournit des vaisseaux, & fit succéder la politesse & les arts à la barbarie qui avoit défolé son royaume. L'Angleterre lui doit l'université d'Oxford. Il fit venir des livres de Rome pour former sa bibliothèque, & ressuscita les sciences, les arts, les belles-lettres. Il fit bâtir grand nombre d'églises, mais nul monastère. Aucun prêtre Anglois de son temps ne savoit le Latin; il l'apprit le premier, & le fit apprendre. Il s'adonna en même temps à la géométrie, à l'histoire, à la poésie même. On peut le compter au nombre des rois auteurs. Parmi divers ouvrages qu'il composa, on distinguoit un Recueil de Chroniques, les Lois des Saxons Occidentaux; des Traductions de l'Histoire d'Oroje, de celle de Bède; du Postoral & des Dialogues de St. Grégoire; de la Confiliation de la Philosophie de Boece, des Pseaumes de David, &c... Affe-rius Menevens, auteur contemporain, a écrit une partie de son Histoire; on la trouve dans Historia Britannica scriptores, de Galle, Oxford, 1687 & 1691, 2 vol. in-fol. & Spelman a donné sa Vie en latin, Oxford, 1673, in-fol. La manière dont il partagea son temps, lui donnoit le moyen de vaquer à tour, aux affaires, à l'étude & à la prière. Il divisa les vingt-quatre heures du jour en trois parties égales: l'une pour les exercices de piété; l'autre pour le sommeil, la lecture & la récréation; & la troisième pour les soins de son royaume. Comme il n'y avoit point encore d'horloges, il fit faire six cierges qui brûloient chacun quatre heures, & ses chapelains l'avertissoient tour-à-tour, lorsqu'il y en avoit un de consumé. Ce grand roi mourut le 28 Octobre 9.0, regretté comme un père & comme un héros par son peuple, dont il avoit été le législateur & le défenseur. Jamais prince n'eut plus d'affabilité pour ses sujets, & plus de valeur contre leurs ennemis. L'Angleterre, avant lui, sauvage & agitée de troubles continuels, devint un séjour de paix & de justice. On dit même A L G 197 que la fureté publique y étoit fi grande, qu'ayant suspendu des braffielets d'or fur un chemin public, pour éprouver les paffans, personne n'y toucha. Henri Spalman s'écrie en parlant de ce monarque : « O Alfred, la merveille » & l'étonnement de tous les fiècles ! fi nous réfléchiffons fur « fa religion & fur fa piété, nous » croirons qu'il a toujours vécu « dans un cloître ; fi nous pensons à fes exploits guerriers, » nous jugerons qu'il n'a jamais « quitté les camps ; fi nous nous » rappellons fon favoir & fes « écrits, nous effimerons qu'il a » paffé toute fa vie dans un collège ; fi nous faifons attention « à la fageffe de fon gouvernement & aux lois qu'il a publices, nous ferons perfuadés » que ces objets ont été fon unique étude. »
ALGARDI, (Alexandre) fculpteur & architecte Bolonois, eut Louis Carache pour maitre, & fut ami du Dominiquin, qui le produifit à Rome, où il mourut en 1654. L'église de St. Pierre du Vatican conserve de lui un bas-relief très-effimé, représentant St. Léon qui vient au-devant d'Attila. On voit encore de lui à Bologne un excellent groupe de la décollation de St. Paul. On lui doit encore la statue de St. Philippe de Néri, placée dans la facrifie des Oratoriens de Rome, toutes les fontaines & les ornemens de la célèbre villa Famphili, la façade de l'église St. Ignace, le grand autel de celle de St. Nicolas-Tolentin qui eft un chef-d'œuvre. Algardi refufcita la fculpteur trop négligée jusqu'à lui, & devint le chef d'une école d'artiftes renommés qui mirent leur gloire à marcher fur fes traces. Le pape Innocent XI fit donner à l'Algardi dix mille écus romains de fon bas-relief de St. Léon, & lui fit préfent d'une chaine d'or qu'il lui ordonna de porter toute fa vie. L'épitaphe d'Algardi qui fe voit dans l'église de St. Jean & Pétrone, porte avec raifon qu'il ne manque rien aux ouvrages de cet artiste que d'être anciens pour être égalés à tout ce que l'antiquité nous a offert de plus parfait. Milizia a fait un grand éloge d'Algardi dans fes Mémorie degli architetti. Baffan. 1785.
ALGAROTTI, (François) vit le jour à Venife d'un riche négociant, en 1712. Après avoir fait fes premières études à Rome & dans fa patrie, il fut envoyé par fes parens à Bologne, où il étudia pendant fix ans, fous les meilleurs maîtres de cette univerfité, la philofophie, la géométrie, l'affronomie, la physique expérimentale, & l'anatomie. Il voyagea de bonne heure, autant par curiosité, que par le défir de perfectionner fes talens. Il étoit encore fort jeune lorsqu'il vint en 1733 à Paris, où il compofa en italien la plus grande partie de fon Newtonianifme pour les Dames. Cet ouvrage, traduit en françois par du Perron de Caftera, n'a pas eu autant de fucées que la Pluralité des Mondes de Fontenelle. Dans l'un & dans l'autre ouvrage, la raifon fe montre avec les graces de l'esprit ; mais elle prend auffi quelquefois la parure d'une coquette. Les agrémens de l'auteur Italien plurent moins que ceux du philofophe François, parce qu'il y avoit moins de fineffe & de délicatesse : d'ailleurs les agréables fictions de Defeartes prêtent plus à l'imagination, que les vérités sèches de Newton, qui ne demandent que du calcul. Le jeune philofophe, après avoir fait un fejour affez long en France, paffa 198 ALG en Angleterre, & de là en Allemagne. Les rois de Pruffe & de Pologne cherchèrent à se l'attacher par des honneurs & des bienfaits. Frédéric le fit chevalier de l'ordre du Mérite, lui donna le titre de comte, & le nomma son chambellan. Le roi de Pologne, auprès duquel il s'étoit fixé, l'honora du titre de conseiller intime pour les affaires de la guerre. Ayant quitté la cour de ce Prince pour revoir sa patrie, la mort vint le frapper à Pise, le 23 Mai 1764. Il la reçut avec courage, & il s'érigea un mausolée plutôt par goût pour les beaux aris, que par la manie d'illustrer sa mémoire. Il dicta lui-même son épitaphe : *Hic jace ALGAROTUS, sed non omnis*. C'étoit un des plus grands connoisseurs de l'Europe, en peinture, en sculpture, en architecture. Il a beaucoup contribué à corriger l'Opéra italien. On a de lui des vers dans cette langue, pleins d'images & de sentiment... Le recueil de ses ouvrages a été publié en italien sous ce titre : *Œuvres du Comte Algarotti, chambellan du Roi de Pruffe*, à Livourne chez Marc Costellini, 1765, in-8°, 4 tom. Les deux premiers volumes de cette collection contiennent ses Dialogues sur la philosophie de Newton; des Essais sur la peinture, la musique, l'architecture; une Dissertation sur la nécessité d'écrire dans sa propre langue; un Essai sur la langue Françoise; un autre Essai sur la rime; un troisième sur la durée des règnes des rois de Rome; un quatrième sur la journée de Zama; un cinquième sur l'empire des Incas; un sixième sur Descartes. Un septième Essai sur le commerce, forme le 3° vol. Divers morceaux, qui décèlent le littérateur & le philosophe, sont rassemblés dans le 4° vol. On a traduit en françois ces différentes productions, à Berlin 1772, 8 vol. in-8°. On y remarque presque toujours de l'esprit & de la profondeur; mais on y défrerait quelquefois plus de naturel & de goût. Un homme, qui avoit vécu avec lui à Berlin, le peint ainsi : « *Algarotti* étoit plein d'esprit, d'affection, d'amour propre, François par l'esprit, italien par le caractère; désagréable en société, souvent exposé aux plais, fanteries royales, & les recevant comme une faveur. » *Anedotes sur FRÉDERIC le Grand*, Amsterdam, 1785, in-12.
ALGASIE, dame Gauloise, dans le 6° siècle; illustre par sa piete, étoit liée d'amitié avec Hédibie, autre dame Gauloise. St. Jérôme avoit alors une grande réputation parmi les interprètes de la Bible : elles lui envoyèrent à Bethléem un jeune homme nommé Apodème, pour le consulter. *Algasie* lui fit onze questions sur divers endroits de l'Évangile & de St. Paul; & Hédibie lui en proposa douze, qui rouloient toutes sur des endroits importants du nouveau Testament. On voit par ces questions, que ces deux dames étudient l'Écriture-faînte avec beaucoup d'affiduel & de réflexion.
ALGER, *Algerus*, prêtre Liégeois, auteur d'un *Traité du Sacrement du Corps & du Sang de N. S.* contre Béranger. *Erasme*, admirateur de cet ouvrage, en publia une édition à Anvers. Il a été réimprimé à Louvain en 1561. *Alger* se retira à Cluny, & mourut vers 1131. I. ALGHISI - GALAZZO, architecte & géomètre du 16e siècle, naquit à Carpi, dans le Modénois. Il devint architecte du duc de Fec, rare, & s'attacha principalement à l'art des fortifications. Son ouvrage sur ce sujet, divisé en trois livres, fut imprimé à Venise en 1570, avec un grand luxe typographique. Les ingénieurs modernes ont souvent puisé dans les idées d'Alghifi.
II. ALGHISI, (Thomas) célèbre lithosomiste Florentin, né le 17 Septembre 1669, mourut le 24 du même mois 1713, en voulant tirer un coup de fusil à une tourterelle. L'arme éclata, lui emporta la main gauche; & il périt de cet accident, après avoir professé longtemps la chirurgie dans sa patrie. Il s'appliqua particulièrement à l'art d'extraire la pierre, & il fit cette opération avec succès au pape Clément XI. Il a publié les ouvrages suivants : I. Lithotomia, Venise, 1708 in-4.º II. Une lettre curieuse à Valisneri, De vermi ufciti per la verga, &c.
ALGIERI, (Pierre) étoit de Venise, & se rendit célèbre à Paris par son talent à peindre la perspective & la décoration : il travailla longtemps pour l'Opéra. Son Temple souterrain dans Zoroastre; les décorations des Fées rivales; les ornemens du grand escalier de la maison de Tiers à la place Vendôme, lui acquirent sur-tout des admirateurs. Il est mort en 1760.
ALHAZIN, auteur Arabe, qui a composé vers l'an 1100 de J. C. un Traité sur l'Optique, & d'autres ouvrages en latin, imprimés à Basle, 1572, in-fol. — ALI, cousin-germain & gendre de Mahomet; fut un de ses disciples les plus ardens. Il adopta le système de son apostolat sanguinaire. « C'est moi, lui dit-il, en lui prêtant serment de fidélité; C'est moi, Prophète de Dieu, qu'veux être son vœu : je caffetai les dents, j'arracherai les yeux, je fendrai le ventre, & je romprai les jambes à ceux qui s'opposeront à toi. » Cet enthousiaste guerrier devoit succéder au prophète; mais Abubcker ayant été élu calife, Ali se retira dans l'Arabie. Son premier son fut de faire un recueil de la doctrine de son beau-père, dans lequel il permettoit beaucoup de choses que son rival avoit proscrites. La douceur de sa morale disposa les esprits à lui donner le califat; & après le massacre du calife Othman, Ali fut mis à sa place, vers le milieu du 7e siècle. Les Egyptiens, les Mecquois & les Médinois le reconnurent; mais un parti contraire s'étant élevé contre lui, il fut affaffiné l'an de J. C. 660, après avoir remporté quelques victoires. C'est un des martyrs du mahométisme. Son meurtrier s'étoit dévoué à la Mecque avec deux autres, pour affaffiner les chefs de parti, Ali, Moavia & Amrou. Le premier coup porté au calife Ali ne fut pas mortel, mais le second le priva de la vie; il n'eut que le temps de dire : Si je guéris, épargné l'affaffin; si je meurs, prononcez l'arrêt de sa mort, afin que je puisse le citer au tribunal de Dieu. On ignora long-temps le lieu où il avoit été d'abord inhumé; ce ne fut que sous le calife Abas que ce secret fut découvert. Les écrivains Arabes ont fait d'Ali le portrait le plus brillant. Quoiqu'il eût l'esprit orné, il étoit d'une crédulité imbécille, & la force des préjugés lui rendit toutes ses connoissances inutiles. Son désintéressement dégénéra en prodigalité; il n'estimait les richesses que pour les distribuer aux malheureux. Tant que Fatime, fille chérie du prophète Mahomet, vécut, il n'eut point d'autres femmes. Elle lui donna trois fils. Après sa mort il usa du privilège de la polygamie, & eut de ses différens mariages quinze fils & dix-huit filles. Le respect qu'inspire sa mémoire est poussé jusqu'à l'idolâtrie. Quoique son tombeau, près de Cuffa, atteste qu'il a été sujet à la mort, ses partisans superstitieux sont persuadés qu'il n'a pas subi la commune loi. Ils publient qu'il reparaîtra bientôt sur la terre, accompagné d'*Elie*, pour faire régner la justice & extirper les vices. Les plus outrés de ses adorateurs sont les Galaites, qui l'élevant au-dessus de la condition humaine, assurent qu'il participe à l'essence divine. Le Juif *Abdalla*, déserteur de la foi de ses pères, fut le fondateur de cette secte extravagante. Il n'abordoit jamais *Ali* sans lui dire, *TU ES CELUI QUI EST*; c'est-à-dire tu es Dieu... Les Persans suivent *Ali*, en mandissant *Abubeker*, *Omar* & les autres interprètes de l'Alcoran.
ALI-BASSA, l'un des plus grands capitaines de l'empire Ottoman, se distingua tellement dans la guerre de Perse, que l'empereur *Amurat IV* lui donna une de ses sœurs en mariage. Il mourut en 1663, à 70 ans.
ALI-BEG, *Voyet HALI-BEY*.
ALI-BEY ou ALI-BEK, naquit vers l'an 1728, parmi les Abasans, l'un des peuples qui habitent le Caucase. Vendu en Egypte par des marchands d'esclaves au kiaia des janissaires, il parvint de poste en poste à la place de l'un des vingt-quatre beys qui gouvernent l'Egypte; et enfin, en 1763, il devint Scheick Elhabad. C'est la première dignité du pays. Ayant établi son autorité par son courage & par son adresse, il fit des reglemens utiles, contint les Arabes, disciplina les soldats, & encouragea le commerce & l'agriculture. Lorsque les Russes eurent déclaré la guerre à la Turquie en 1768, *Ali* leva un corps de douze mille hommes pour soutenir les armes du grand-seigneur. Cette levée fut mal interprétée par ses ennemis à la cour de Constantinople, qui ordonna de l'arrêter & de lui couper la tête. *Ali* se voyant perdu, leve l'étendard de la révolte; il assemble les beys, fait déclarer l'indépendance de l'Egypte & renvoyer le pacha. *Aboudahah*, son beau-frère & son favori, qui avoit d'abord soutenu son insurrection, se tourne contre lui, & lui envoie douze mille hommes pour le combattre. Il y eut une bataille, le 13 avril 1773. Une partie de l'armée d'*Ali* l'abandonna. Lui-même, couvert de blessures, fut conduit à la tente de son beau-frère qui, affectant cette sensibilité que fait feindre la perfidie, parut s'attendrir sur son sort, lui donna une tente magnifique, & s'appella mille fois son esclave, baissant la poussière de ses pieds. Mais le troisième jour, ce spectacle se termina par la mort d'*Ali-Bey*, attribuée par les uns aux suites de ses blessures, et par les autres au poison. Ainsi finit la carrière de cet homme ambitieux qui eut le germe des grandes qualités, mais qui les fouilla par le meurtre, la rapacité, le parjure & la trahison. La crédulité pour l'aérologie judiciaire détermina plus souvent ses actions que des motifs réfléchis. *Volney* lui reproche trois fautes qui l'empêcherent de réaliser la grande révolution qu'il avoit tentée en Egypte; 1.º l'imprudente passion des conquêtes qui épuisa sans fruit fes revenus & fes forces. Au lieu de fe borner à contenir les Egyptiens, il voulut foumettre l'Yémen, tous les ports de la Mer rouge & la Syrie; expéditions qui réuffirent d'abord, mais qui furent bientôt infructueufes. 2.º Le repos précoce auquel il fe livra: il ne faisoit plus rien que par fes lieutenans; et ce fut par fon favori *Aboudahah* qu'il fit les conquêtes dont nous venons de parler. 3.º Enfin, les richeffes exceffives qu'il entaffa fur la tête de ce perfide, & dont il abufa pour faire révolter les peuples contre fon bienfaiteur.
ALIBRAI, *Voyet* DALIBRAI.
ALIGRE, (Etienne d') chancelier de France, naquit à Chartres d'une ancienne famille, dont étoit le baron de *la Bresse*, fon grand oncle, qui fervoit fous *François I* à la bataille de Pavie. Son mérite lui ayant procuré les places d'intendant de *Charles de Bourbon*, comte de *Soissons*, & de tuteur du comte fon fils, il obtint, par la protection de ce feigneur, l'entrée au confeil. Son caractère complaisant, fon application & fa probité le firent aimer & estimer. Le marquis de *la Vieuville*, alors ministre d'état, lui procura les fceaux en janvier 1624, & le titre de chancelier à la fin de la même année. Après la mort de *Sylleri*, d'*Aligre* vivoit dans une cour orageuse. Il perdit les fceaux en 1626. Cette difgrace vint, dit-on, de ce que *Gaston d'Orléans* lui ayant demandé d'un ton colère & menaçant, qui avoit confeillé l'emprisonnement du maréchal d'*Ornano*, fon gouverneur & fon ami? le magiffrat épouvanté lui répondit, « qu'il n'en favoit rien, » & qu'il n'étoit pas au confeil « lorsqu'on en avoit parlé. » Cette réponse puffillanime pour un chancelier, qui eût dû, comme chef du confeil, dire au duc avec fermeté, que le roi avoit fait cet acte d'autorité pour de très-bonnes raifons, piqua beaucoup le cardinal de *Richelieu*. D'*Aligre* fut obligé de fe retirer dans fa terre de la Rivière au Perche, où il finit fes jours le 11 décembre 1635, à 76 ans... Son fils, *Etienne* D'ALIGRE, fit la même fortune que lui, & n'éprouva pas les mêmes revers. Il devint confeiller au grand confeil, intendant de justice en Languedoc & en Normandie, ambaffadeur à Venife, directeur des finances, doyen des confeillers d'état, garde des fceaux en 1672, & chancelier deux ans après. Il mourut le 25 octobre 1677, à 85 ans, avec la répuration d'un magiffrat intègre & éclairé.
ALIPANDRE, hiftorien, né à Syracuse, a écrit une *Histoire Romaine* en fix livres, qui s'eſt perdue. On ignore le temps où il a vécu. I. ALIPE, évêque de Tagafte, ami de *St. Augustin*, fe diftingua dans la Conférence de Carthage contre les Donatiffes, en 411.
II. ALIPE, d'Antioche, géographe dans le 4$^{e}$ fiècle, dédia à l'empereur *Julien* une Géographie; mais il n'eſt pas fur que ce foit celle que *Jacques Godefroi* a publiée en grec & en latin, Genève, 1628, in-4.º C'eſt à lui que *Julien* avoit donné la commiffion de faire rebâtir le temple de Jérusalem.
III. ALIPE, (St.) *Voy*. ALYPE.
ALISSANT DE LA TOUR, née à Paris dans le fiècle qui vient de finir, y épousa un payeur des rentes de l'Hôtel-de-ville de Paris, & a fait imprimer, dans les recueils périodiques, des épîtres au chanteur *Jéliotte* & à la célèbre actrice *Dumafail*. On y trouve du feu & de l'esprit.
ALIX, DE CHAMPAGNE, fille de *Thibaud IV*, comte de Champagne, embellit la cour de son père par ses graces, ses talens & la douceur de son caractère. Plusieurs princes avoient sollicité leur union avec elle. Lorsque *Louis VII*, roi de France, ayant perdu, en 1160, *Conflance* de Castille, sa seconde femme, demanda *Alix* & l'obtint. Il s'unit même par un triple mariage au comte de Champagne, car il accorda les deux princesses qu'il avoit eues du premier lit aux deux fils aînés du comte. *Alix* resta quatre ans sans donner d'héritier à son époux; enfin elle accoucha, le 22 août 1165, d'un fils, qui fut *Philippe-Auguste*, surnommé d'abord *Dieudonné*, parce qu'il étoit désiré de toute la France. A la mort de *Louis* le jeune, *Alix* réclama la régence: elle lui appartenoit de droit, & par le testament du roi; mais *Philippe*, son fils, qui venoit d'épouser *Isabelle* de *Haynault*, fille du comte de Flandre, se réunit à son beau-père pour la lui disputer. *Henri II*, roi d'Angleterre, prit parti pour la reine-mère, & par transaction il fut arrêté qu'on lui restitueroit sa dot, & que son fils lui payeroit en sus sept livres parifis par jour, pour son entretien. Depuis, la confiance se rétablit tellement entre *Philippe* & sa mère, qu'ayant résolu, en 1190, de faire le voyage de la Terre-Sainte, il assembla les barons du royaume, & de leur avis, il fit nommer *Alix* tutrice de l'héritier du trône & régence de France. *Alix* gouverna avec autant de prudence que d'esprit: elle fit bénir son autorité au peuple, & respecter ses droits au dehors. L'évêque de Dôle ayant prétendu ne point dépendre de l'archevêque de Tours, écrivit au pape qui parut d'abord soutenir sa prétention; mais *Alix* s'y opposa, en observant avec fermeté au pontife, que c'étoit au roi son fils, lorsqu'il feroit de retour, à décider de la contestation entre les deux prélats, sans qu'ils eussent recours pour cet objet à une puissance étrangère. La lettre d'*Alix* portoit, qu'abuser de l'absence d'un monarque à qui la piété avoit fait abandonner ses états, pour y répandre le trouble, c'étoit violer l'obéissance qui lui étoit due. «Chargée » du soin du royaume, je dois, « ajouta-t-elle, pourvoir à sa tranquillité, & j'empêcherai toute innovation. » Cette fermeté en imposa à la cour de Rome, qui crut plus prudent d'attendre le retour de *Philippe*, & de lui renvoyer le jugement de l'affaire. *Alix* mourut à Paris, le 4 juin 1206, avec la réputation d'une reine éclairée, bienfaisante & vertueuse: elle avoit son tombeau dans l'abbaye de Pontigny, fondée par son père. — L'histoire fait mention de plusieurs autres princesses du nom d'*ALIX*. L'une, fille de *Henri* le jeune, comte de Champagne, devint reine de Chypre. Ayant épousé *Hugues* de *Lusignan*, & ensuite *Bohemond IV*, prince d'Antioche; elle mourut en 1246. — Une autre épousa *Bertrand*, comte de Toulouse; une autre fit le voyage de la Terre-Sainte avec *Jean* de *Châtillon*, comte de Blois, son époux. — Une héritière de Bretagne, mariée à Pierre de Dreux, dit *Mauclerc*, & deux filles de *Louis VII*, mariées à Thim laud, comte de Blois, & à Guil- laume, comte de Ponthieu, por- tèrent le même nom.
ALIX, Voyet ALLIX.
ALIX DE SAVOIE, Voy. ADÉ- LAIDE, n.º III.
ALIX VERGI, Voy I. VERGI.
ALKMAAR, (Henri d') poëre du 15e siècle, est le traducteur de la Fable du Renard, poème gaulois, composé en 1290, par Ja- quemars Giclée de Lille en Flandre. C'est une faryre où les gens d'é- glife, entr'autres, ne font pas épargnés. La plupart des défauts des hommes y sont représentés sous l'image des animaux, & fur- tout sous celle du renard. Cet ouvrage écrit avec naïveté, a été traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. Le savant Goussched en a donné une belle édition en allemand, enrichie de figures & de quelques dissertations préliminaires.
ALLADE, roi des Latins, fut fur- nommé le Sacrilège, à cause de ses impiétés. On dit qu'il contrefaissait le tonnerre avec des machines de son invention, & qu'il périt par la foudre du ciel, vers l'an 885 avant J. C.
ALLAMANON, (Bertrand) l'un des troubadours les plus dis- tingués du 13e siècle, possédait la terre d'Allamanon dans le diocèse d'Avignon. La dame de ses pen- sées fut Phanette de Gantelmi, pré- sidente à Tarascon. Il célébra ses charmes & ses rigueurs; mais espé- rer avec elle, disoit le poète, valoit mieux que posséder ailleurs. Allamanon allia le métier des armes à la galanterie. Il repouffa les entreprises de l'archevêque d'Arles qui opprimait les ci- toyens de cette ville, & il obtint du pape, qu'un légat viendroit mettre un frein à ses excès. Ce n'est pas qu'Allamanon fût partisan de la cour Romaine; car c'est ainfi qu'il s'exprime dans une autre pièce sur la déposition de l'em- pereur Frédéric par Innocent IV: "C'est le pape qui règne, qui "possède l'empire; car lui & ses "gens en tirent plus de revenus "par les trésors qu'on leur dis- "tribue, que n'en pourroit tirer "l'empereur. Il ne cherche qu'à "somenter les troubles: ce procès "ne sera point jugé; mais puis- "que les rois veulent le terminer "avec les armes, qu'ils se mettent "chacun en campagne; que l'un "des partis remporte la victoire; "alors les décrétales n'arrêteront "plus, & l'on sera bien parler "le pape. Le vainqueur sera ap- "pelé par lui Fils de Dieu, & il "sera couronné par le clergé. "Tel est l'usage de la cour de "Rome. Quand elle trouve un "empereur puissant, elle se sou- "met humblement à ses ordres; "elle l'accable quand on le voit "déchoir."
ALLANUS, Anglois, fit im- primer à Anvers, en 1611, un livre intitulé De officio viri boni; c'est un poème en mauvais vers latins. Un autre ouvrage du même auteur, qui est devenu très-rare, a pour titre, De planctu natura contra Sodomitas.
ALLAINVAL, (l'Abbé Léonor-Jean-Christine Soulas d') né à Chartres, mort à Paris le 2 mai 1753, donna au théâtre François quelques Comédies qui eurent un succès médiocre; & au théâtre Italien, l'Embarras des Ri- cheffes, qui fut beaucoup mieux accueilli; le Tour de Carnaval, & quelques autres pièces. Son École des Bourgeois rappelle souvent ce bon omique qui caractérise les pièces de Molière. On a encore de lui: I. Les Bigarrures Calotines. II. Lettres à Milord ***, au sujet de Baron & de la Demoiselle le Couvreur. III. Anecdotes de Ruffie, sous Pierre I, 1745, in-12. IV. Connoissance de la Mythologie, 1762, in-12. Ce dernier ouvrage est assez méthodique & bien fait; mais il n'en fut que l'éditeur. Il est d'un Jésuite qui l'avoit donné à M. Boudot. L'auteur de l'Embarras des Richeffes l'éprouva peu pendant sa vie, & encore moins à sa mort. Elle vint à la suite d'une paralysie, pour laquelle il fut porté à l'Hôtel- Dieu. I. ALLAIS, (Denys Vairaffe d') ainsi nommé de la ville d'Allais en Languedoc, où il naquit, passa en Angleterre dans sa jeu- neffe. Il se trouva en 1665 sur la flotte commandée par le duc d'Forck. Il revint en France, où il enseigna l'anglois & le françois. Ses ou- vrages sont: I. Une Grammaire Françoise méthodique, 1681, in-12. II. Un Abrégé de cette Grammaire en anglois, 1683, in-12. III. L'Hif- toire des Sévarambes, ouvrage divisé en deux parties générales: la 1re im- primée en 1677, en 2 vol. in-12; la 2e en 1678 & 79, en 3 vo- lumes in-12. Il fut réimprimé en 1716 à Amsterdam, en 2 volumes in-12, petit caractère. C'est un roman de politique, qu'on a cru dangereux, & qui, en beaucoup d'endroits, n'est que ridicule. Il renferme plusieurs allusions ma- lignes ou impies. On a encore d'Allais d'autres ouvrages peu estimés. Cet écrivain étoit un génie inquiet & frondeur.
II. ALLAIS DE BEAULIEU, Voyet BEAULIEU, n° III.
ALLARD, (Gui) auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire générale & particulière de Dau- phiné, mourut en 1715, âgé d'environ 70 ans. Ses livres sont estimés par les familles de cette province, qui lui ont fourni des généalogies; & les curieux re- cherchent son Nobilière du Dau- phiné avec les armoiries, Grenoble 1714, in-12. Ce livre n'est pas commun, non plus que son Hif- toire des maisons Dauphinoises, 1672, 1682, 4 vol. in-4°... Voyet CALIGNON & I. HUGUES:
ALLARD, Voyet ALARD.
ALLATIUS, (Leo) né dans l'isle de Chio en 1586, d'une fa- mille de Grecs schismatiques, vint à Rome en 1600, & dans la suite il y fut choisi pour enseigner au collège des Grecs. Grégoire XV l'envoya en Allemagne en 1622 pour faire transporter la biblio- theque d'Heidelberg, que l'elec- teur de Bavière avoit donnée à ce pontife. Il fut ensuite biblio- thecaire du cardinal François Bar- berin, & enfin du Vatican sous Alexandre VII. Il mourut à Rome en janvier 1669, à l'âge de 83 ans, après avoir fondé divers col- lèges dans l'isle de Chio. On a de lui plusieurs ouvrages, dans lesquels on trouve beaucoup d'é- rudition, mais peu de critique. I. De Ecclesiae Occidentalis & Orien- talis perpetua confensione, Cologne 1648, in-4.° II. De Purgatorio, Rome 1655, in-8.° III. Sur la patrie d'Homère, Lyon 1640, in-8.° IV. Sur les Livres ecclé- siastiques des Grecs, Paris 1645, in 4.° V. Sur les Temples, Colo- gne 1645, in-8.° VI. Gracia Or- thodoxa Scriptores, Rome 1652 & 1659, 2 vol. in-4.° VII. De En- gastr. mytho Syntagma, in-4.° VIII. Symmichta, 1653, in-8.° IX. De septem Orbis spectaculis, Rome 1648, in-8.° graco - lat. Col. Agrippinae X. *Opuscula Gracorum & Latinorum*, 1653, in-8.º Son latin est pur, & son grec encore plus. Cet écrivain metoit le nom d'*Allatius* à la tête de ses livres; mais dans l'usage ordinaire on le nommoit *ALLAZZI*.
ALLECTUS, tyran en Angleterre dans le 3e siècle, s'étoit attaché à *Caraufus*, général Romain, qui avoit usurpé la pourpre impériale dans cette isle. *Caraufus* le fit son lieutenant, & se déchargea sur lui d'une partie des soins de l'empire. *Allectus*, naturellement avare & ambitieux, fit des exactions criantes, & commit beaucoup d'injustices. Craignant d'en être puni, il affaffina *Caraufus*, & se fit déclarer empereur en 294. *Allectiodore*, général de *Constance-Chlore*, qui avoit dans son partage l'Angleterre, lui livra bataille; & le tyran, après avoir vu périr une partie de son armée, fut tué en 297. Cette victoire fit rentrer la Grande-Bretagne sous la domination des Romains dix ans après qu'elle en eut été séparée. On ignore la famille & la partie d'*Allectus*. Cet usurpateur avoit quelques talens pour la guerre, obscurcis par de grands vices. I. ALLÉGRI, (Jérôme) célèbre chimiste de Vérone, au milieu du 16e siècle, y présida longtemps l'académie des *Aléophiles*, consacrée à découvrir les erreurs populaires qui pouvoient se glisser dans la pratique de la médecine. Il est fâcheux qu'il abusât de ses connoissances pour s'appliquer aux folies de la philosophie *hermétique* & de l'aérologie. Il avoit trouvé la composition de deux liqueurs, qui, mêlées ensemble se durciffioient & se résolvoient en pierre. On a d'*Allégri* un Traité de chimie, des dissertations sur la A L L 205 poudre d'*Algaroto*, & la composition de la *thériaque*.
II. ALLÉGRI, (Alexandre) poète Florentin, vivoit sur la fin du 16e siècle. Il unit à la profession des armes le goût pour la poésie burlesque, à l'imitation du *Berni*. Ses œuvres publiées en 1605 & 1613, ont été réimprimées à Amsterdam en 1754.
ALLÉGRINI, né à Rome au commencement du 16e siècle, excella dans la musique. On lui doit sur-tout un *Miserere*, qu'on ne chantoit qu'à Rome, dans la chapelle du pape, pendant la Semaine sainte, & qui y a droit de toutes parts un concours immense d'étrangers. Il étoit défendu sous peine d'excommunication de donner des copies de ce *Miserere*; cependant l'Anglois *Burney*, auteur d'un célèbre Traité sur la musique, en obtint une du cardinal *Albani*, préfet de la chapelle du pape.
ALLEGRI, *Voyet* CORRÈGE.
ALLEMANT, *Voyet* LALLEMANT.
ALLÉON DULAC, (Jean-Louis) naquit à Lyon, & y suivit long-temps la profession du barreau. Il réunit aux connoissances du jurisconsulte le goût de l'histoire naturelle. Ce goût l'engagea à prendre une place dans les termes à St. Etienne en Forez, où il pouvoit plus commodément suivre ses études sur les fossiles & la minéralogie, & où il mourut vers 1768. On lui doit, I. *Mémoires pour servir à l'histoire naturelle du Lyonnois*, *Forez & Beaujolois* 1765, 2 vol. in-12. II. *Mélanges d'histoire naturelle*. Ce dernier ouvrage parut d'abord en 1763 en 2 vol. in-12; mais il obtint 206 ALL trois ans après une nouvelle édition en 6 vol. in-12.
ALLETZ, (Pons-Augustin) avocat, mort à Paris le 7 Mars 1785, à 82 ans, étoit né à Montpellier. Ayant trop peu de talens pour briller au barreau, il se mit aux gages des libraires, & leur composa un grand nombre d'ouvrages, dont quelques-uns ont réussi. Les principales compilations sorties de sa manufacture littéraire, sont, 1.° différens Dictionnaires: l'Agronome, 2 vol. in-8.° assez bon abrégé de la Maison rustique; le Dictionnaire théologique, in-8°; le Dictionnaire des conciles in-8°, l'un & l'autre concis, mais écrits avec clarté; le Manuel de l'homme du monde, in-8°, & l'Encyclopédie des pensées, in-8°; deux compilations faites sans beaucoup de soin. 2.° Synopsis doctrina sacra, in-8.° Recueil de passages de l'écriture sainte sur les verités de la foi. 3.° Tableau de l'histoire de France, 2 vol. in-12, adopté par quelques maisons d'éducation, quoiqu'il soit écrit avec négligence & presque sans intérêt; mais les principaux faits de notre histoire y sont exposés avec fidélité & simplicité. 4.° Les princes célèbres qui ont régné dans le monde, 4 vol. in-12. 5.° l'Histoire des papes, 2 vol. in-12. 6.° l'Histoire des singes, in-12. On voit par le titre de ces trois histoires, dont la première est la plus intéressante, que le choix du sujet étoit indifférent pour le rédacteur, pourvu qu'il pût lui fournir un ou deux volumes. L'Histoire des papes est très-superficielle, & n'est pas toujours impartiale. 7.° Les ornemens de la mémoire, in-12. C'est un recueil des plus beaux morceaux des poètes françois, in-8.° Les leçons de Thalie, 3 vol. in-12. Ce sont des portraits, des carac- tères, des traits de morale tirés des poètes comiques. 9.° Connoissances des poètes François, 2 vol. in-12. 10.° Cathéchisme de l'âge mûr, in-12. Cet abrégé par demandes & par réponses des preuves de la religion peut-être utile à la jeunesse. 11.° L'Albert moderne, 2 vol. in-12. 12.° L'Esprit des journalistes de Trévoux, 4 vol. in-12. 13.° L'Esprit des journalistes de Hollande, 2 vol. in-12. Ce second recueil ne vaut pas le précédent qui offre plusieurs morceaux curieux & bien écrits. 14.° Divers livres pour les classes, dont les plus connus sont, Selecta è novo testamento historia ex Erasmi paraphrasi desumpia, in-12, & Selecta è Cicerone præcepta, in-12. 15.° Enfin, un abrégé de l'histoire Grecque; le Magasin des adolescents; Nouvelles vies des Saints; l'Esprit des femmes célèbres; l'Almanach Parisien, &c. On voit par ce detail combien d'Allett étoit laborieux. Il joignit des vertus à l'amour du travail, & il fut sincèrement regretté par sa famille & ses amis. I. ALLEYN, (Thomas) né dans le Staffordshire en 1542, mort en 1632, favorisa le progrès des lettres par son crédit, ses soins & ses libéralités. Il avoit rassemblé des manuscrits concernant toutes les sciences; mais les siens, qui contenoient ses recueils & ses observations sur l'astronomie, les mathématiques & la physique, ont été perdus. Il fut admiré de tous les savans de son siècle; célébré par quelques-uns, & aimé des personnes les plus considérables.
II. ALLEYN, (Guillaume) Anglois de nation, après avoir stotté quelque temps entre les diverses erreurs répandues dans sa partie au sujet de la religion, se fixa taña à l'église Anglicane, & publia en sa faveur plusieurs ouvrages qui ont été imprimés en 1707, in-fol. Il a paru, comme traduit de lui, un *Traité Politique*, Lyon, 1658 in-12, où l'on soutient que tuer un tyran n'est pas un meurtre. Ce livre est attribué à *Marigny*, gentilhomme François, & fut dédié ironiquement à *Crommel*, dont l'on peignoit les traits fous des couleurs empruntées.
ALLI, *Voyer* LALLI.
ALLIACO, (DE) *Voy*. AILLY.
ALLIOT, (N.) fermier-général, mort en 1779, étoit attaché à *Stanislas*, roi de Pologne. On lui doit un *Recueil des établissements* de ce prince, le *Compte des dépenses* des bâtiments que *Stanislas* fit construire à Nancy; & la *Relation* de la pompe funèbre de Léopold II. 1730.
ALLIX, (Pierre) natif d'Alençon, d'abord ministre à Rouen, puis à Charenton, mourut l'an 1717 en Angleterre, trésorier de l'église de Salisbury. Il s'étoit réfugié dans cette ville après la révocation de l'édit de Nantes. On a de lui : I. Des *Réflexions sur tous les livres de l'ancien & du nouveau Testament*. II. La *Clef de l'Épître de St. Paul aux Romains*. III. *Jugement de l'ancienne Eglise Judaïque contre les Unitaires*. Ce dernier ouvrage, écrit en anglois, est recherché & mérite de l'être. IV. Une *Traduction* du *Traité de Rattamne*, du *Corps & du Sang de J. C. Rouen* 1672, in-12. V. *De Messia duplici adventu*, 1701, in-12. *Allix* prétendit dans cet ouvrage que J. C. devoit revenir en 1720 ou 1736.
ALLONVILLE, *V*. LOUVILLE.
ALLORI, (Alexandre) peintre Florentin, excella dans le portrait & dans l'histoire. Son pinceau a des graces. Rome & Florence possèdent ses principaux ouvrages. Il fut l'élève du *Bronzin* son oncle, & maître du fameux *Civoli*. L'étude particulière qu'il fit de l'anatomie, le rendit très-habile dans le dessin : il entendoit bien le nu. Il mourut en 1607, à 72 ans.
ALLOUETE, *V*. LALLOUETE.
ALLUTIUS, (prince des Celtibériens en Espagne, connu dans l'histoire par le trait de générosité que *Sciplon* l'Africain exerça à son égard, après l'avoir vaincu l'an 210 avant J. C. On amena à ce héros une fille d'une beauté rare; mais ayant su qu'elle étoit fiancée au jeune *Allutius*, il lui dit : *Je vous l'ai gardée avec soin, pour que le présent que je veux vous en faire, fût digne & de vous & de moi. Soyez ami de la République; voilà toute la reconnoissance que j'exige de vous*. Il ajouta ensuite à ce don, comme une seconde dot, la somme d'argent que les parens de cette fille l'avoient obligé de prendre pour sa rançon.
ALMAGRO, (Diégo) capitaine Espagnol, d'une extraction si basée qu'il ne connoissoit pas son père, étoit plein de bravoure, mais inquiet & cruel. Il accompagna François Pizarro, qui découvrit & conquit le Pérou en 1525. *Almagro* marcha à Cufco, au travers des milliers d'Indiens qu'il fallut écarter. Il pénétra jusqu'au Chili, par de là le tropique du capricorne, & signala par-tout son courage & sa cruauté. Des écrivains l'accusent d'avoir été lui seul, l'auteur du supplice d'*Asabaspa* : (Voyez ce mot.) La discorde s'étant mise enfuite entre lui & Picarro, il le fit affaffiner. Son crime ne refta pas impuni. Le vice-roi du Pérou, Vaca de Castro, lui ayant livré bataille, le fit prifonnier & le condamna en 1542 à perdre la tête; quarante de fes partisans furent exécutés avec lui.
ALMAIN, (Jacques) né à Sens, docteur de Sorbonne, écrivit en faveur de Louis XII contre Jules II, défendit l'autorité des conciles contre le cardinal Cajetan, & mourut en 1517. C'étoit un grand Scotifle. Ses Œuvres furent imprimées à Paris en 1517, in-fol.
ALMAMON, ALMAIMOUN, ou ABDALLA III, 7e calife de la maison des Abbassides, remporta plusieurs victoires sur les Grecs, se rendit maître d'une partie de la Candie, & s'illustra encore davantage par son goût pour les lettres. Il fit traduire en Arabe les meilleurs ouvrages des philosophes Grecs, & en orna sa bibliothèque, qu'il avoit formée lui-même à grands frais. Il aimoit les savans, les récompensoit, & l'étoit lui-même. Il établit des espèces d'académies, auxquelles il affiftoit quelquefois. Quelque religion que l'on professât, dès qu'on avoit des talens, on avoit droit à ses bienfaits. Les docteurs Musulmans, le traitèrent d'hérétique; mais la postérité ne l'en a pas moins rêvé. Il mourut en 833.
ALMANZOR: Il y a eu plusieurs princes Mahométans de ce nom, dont ceux qui ont joué les plus grands rôles, sont les trois suivans. Le premier étoit roi de Cordoue, & mourut l'an 1002, après avoir pris Barcelone, & fait sentir aux Chrétiens en plus d'une rencontre la supériorité de ses armes. Le second, Joseph ALMANZOR, étoit roi de Maroc, & fut défait par les Espagnols l'an 1158 de J. C. Le troisieme, Jacob ALMANZOR, fils de Joseph, se rendit maître de Maroc, de Fez, de Trémecen & de Tunis, & gagna la fameuse bataille d'Alarcos en Castille. Le pape Innocent III lui adressa un Bref en 1199, pour faciliter le rachat des esclaves Chrétiens. Abougiasar, fondateur de Bagdad dont il fit la capitale de ses Etats, fut aussi surnommé Almanzor. Ce nom appartint enfin à un astronome Arabe que d'autres appellent Alméon. Ce dernier publia des observations sur le soleil & des aphorismes d'astrologie qu'Hervat fit imprimer à Basle en 1530.
ALMEIDA, (François) gentilhomme Portugais, & premier gouverneur des Indes Orientales, où le roi Emmanuel l'envoya en 1505. Toutes les difficultés de cette conquête furent heureusement surmontées par la valeur & par la sage conduite des chefs, entre lesquels François Almeida se signala. Il défit en 1558 l'armée navale de Campon soudan d'Egypte, & il eut contre lui dans la fuite d'autres succès considérables. I. ALMELOVEEN, (Thomas Jansson d') médecin Hollandois, a donné la description des plantes du Malabar, dans l'Hortus Malabaricus, Amsterdam 1678 & suiv. 12 volumes in-fol, auxquels il faut joindre Flora Malabarica, 1696, in-fol.
II. ALMELOVEEN, (Théodore Jansson d') professeur en histoire, en langue grecque & en médecine à Harderwick, mourut à Amsterdam l'an 1742. On a de lui des Commentaires sur plusieurs Auteurs de l'antiquité, & d'autres ouvrages. Les plus connus sont: I. De Vitis Stephanorum, Rephanorum, Amsterdam 1683; in-12. II. Onomassicon rerum inventarum, 1684, in-12. III. Bibliotheca promissa & latens, 1692, in-12. IV. Amænitates Theologico-Philologicae, 1698, in-8.º V. Plagiariorum Syllabus. VI. Fasti Consulares, Amsterdam 1740, in-8.º
ALMERIC, ou ALMARIC, Voyet AMALARIC, AMALRIC, AMAURI.
ALMICI, ( Pierre Camille ) prêtre de l'Oratoire, né à Bresce en Italie le 2 novembre 1714, mort le 30 décembre 1779, à 65 ans, se livra avec succès à l'étude des langues anciennes, de l'histoire & des antiquités. Il a publié. I. Des réflexions critiques sur l'ouvrage de Féronious, de Statu ecclésiæ. II. Une dissertation sur la manière d'écrire la vie des grands hommes, la patrie possède encore quelques-ans de ses manuscrits, entre autres, les Observations sur l'esprit & le caractère des François & des Italiens; & d'autres, sur la vie & les écrits de Fra-Paolo Sarpi.
ALMODIS, Béarnoife, vivoit en 1055. Elle eut trois maris vidans, le comte d'Arles qu'elle quitta par inconstance; le comte de Toulouse qu'elle abandonna sous prétexte de parenté, & Raymond Béenger, comte de Barcelone, dont elle fit empoisonner les fils qu'il yvoit eus d'une première femme.
ALMOHADES, nom de la quatrième race des rois de Fez & de Maroc. Le premier auteur de cette race, fut Abdalla le M. havedin.
ALMUCS, ( Domna ) née à Château-Neuf en Provence, se livra à la poésie, & acquit de la réputation par ses vers provençaux. Elle eut pour amant Gigon le Tormen, & pour amie Ife Tome I. de Capion qui faisoit aussi des vers.
ALOADIN, ou LE VIEUX de la Montagne, prince des Arfaciés ou des Aflâssins : c'est de lui que vient le mot affaffin ( meurtrier ). Il demeuroit entre Amioche & Damas, dans un château où il élevoit des jeunes gens dans toutes fortes de plaisirs & de délices, leur promettant qu'après leur mort ils iroient dans un lieu encore plus délicieux, s'ils obéissoient aveuglément à ses commandemens. Ils étoient tellement dévoués à leur prince, qu'ils voloient avec intrépidité exécuter les arrêts de mort qu'il avoit prononcés contre les trois & princes ses ennemis. Ils ne manquoient guères leurs coups aussi les rois n'oublioient rien pour avoir les bonnes graces du Vieux de la Montagne. Lui & ses sujets étoient une fêche de Mahométans.
ALOARA, veuve de Pandulf, surnommé Tête-de-Fer, prince de Capoue & de Bénevent, gouverna ses Etats avec habileté, en 980. Baronious l'accuse d'avoir fait périr un comte, neveu de Pandulf, dans la crainte que ce dernier n'usurpât sur son fils le souverain pouvoir, meurtre que St. Nil lui reprocha, en lui prédisant que sa postérité ne régneroit plus à Capoue : ce que l'évènement juftifia Aloara mourut au mois de décembre 992.
ALOÉE, ( Mythol. ) géant, fils de Titan & de la Terre. Sa femme Iphimédie eut de Neptune deux enfans Othus & Ephialte, qui furent appelés Aloides, parce qu'Aloée les eleva comme étant de lui. Les Poètes disent qu'ils croissoient de neuf doigts par mois. Lorsque les géants se disposoient à déclarer la guerre aux Dieux, Aloée, qui 116 ALO étoit fort âgé, n'ayant pu s'y rendre, y envoya Othus & Ephialte, qui furent tués a coups de flèches par Diane & Apollon.
ALOGIENS, Voy. THÉODOTE de Byfance, n.º II.
ALOIGNY, Voyez II. ROCHE-FORT.
ALOIS, (Pierre) né à Caferte dans le royaume de Naples, entra dans la société des Jésuites, & y publia un Commentaire sur les évangiles de carême, & quelques épigrammes qui ne font point sans mérite. Il mourut au commencement du 17e siècle.
ALONZO, (Jean) architecte Espagnol, célèbre pour avoir bâti la superbe église des Hieronymites dans la ville de Guadeloupe en Estramandure. Elle est précédée d'un vaste périsite où l'on parvient par vingt degrés, & divisée en trois nets séparées par des groupes de colonnes. C'est l'un des plus beaux édifices d'Espagne.
ALOYSIA SYGEE, Voyez SIGÉE.
ALOYSIUS, premier architecte de Théodoric roi d'Italie, vivoit en 480. Il reçut l'ordre de son souverain de réparer les monumens de Rome, & particulièrement les aqueducs qui s'étendent d'Abano à Padoue, que les ravages, les guerres avoient presque entièrement fait disparaître. Dans les lettres de Cassiodore, on en trouve qu'il adresse, au nom de Théodoric dont il étoit ministre, à Aloysius.
ALOYSIUS LEGIONENSIS, Voyez XXIV. LÉON.
ALOPA, (François de) imprimeur Vénitien, chez qui Jean de Lofcaris fit imprimer une Antologie Grecque en lettres capitales 1494, in-4°, & un Callimagoe imprimé aussi en capitales in-4° sans date & sans nom de ville. Maittaire parle fort au long de cet imprimeur.
ALOPE, (Mythol.) fille de Cereyon, ayant écouté Neptune, de qui elle eut Hippotholis, fut tuée par son père, & changée en fontaine... C'étoit aussi le nom d'une des Harpies.
ALPAGO, (André) médecin Italien de grande renommée, vivoit en 1554. Après avoir étudié les principes de la médecine, l'amour de son art le décida à passer dans l'Orient pour y retrouver Avicenne dans sa langue naturelle. Il apprit parfaitement la langue arabe & revint occuper une chaire de médecine que la république de Venise lui accorda. Il a traduit Avicenne, Averroès & Sérapion, & ajouté des observations à leurs écrits.
ALPAÏDE, surnommée la Belle par les anciens historiens François, captiva le cœur de Pepin Hérifel, célèbre maire du palais, qui répudia Plectrude son épouse pour s'unir à elle. L'évêque de Liège Lambert condamna Pepin & refusa de bénir à table le verre que l'on présentoit à la nouvelle reine au festin des noces. Alpaïde, outrée de l'injure, excita son frère Dodon à la venger; & celui-ci fit périr Lambert. Bientôt, suivant les chroniques du temps, le Ciel punit le meurtrier par une maladie infecte qui couvrit son corps de vers, & le força, pour s'arracher à ses tourniens, à se précipiter dans la Meuse. Ce qui peut justifier Pepin & Alpaïde, c'est que le divorce étoit admis & commun sous la première race. Pepin resta très-attaché à Alpaïde jusqu'à sa mort. Alors, celle- fi, inconfolable de sa perte, s'enfè-velit pour toujours dans un mo-aftère près de Namur. Elle fut nere de Charles Martel & aïeule de Pepin pere de Charlemagne.
ALP-ARSLAN, fecond fultan le la dynaftie des Selgiucides, nonta fur le trône apres Togrul-leg, fon oncle, l'an 1063 de J. C. l'emporta un grand nombre de tritoires, & mourut à Méru dans e Khorafan en 1072, dans fon expédition pour la conquête du furkeftan. On lit à Méru cette pitaphe fur fon tombeau : Vous ius qui avei vu la grandeur d'Alp-irftan élevée jusqu'aux cieux, venez à Méru, & vous la verrez enfévelle fous i pouffière.
ALPHANUS, (Benoit) arche-éque de Salerne fa parrie, fe endit célèbre dans la médecine : la poëfie. Ses connoiffances le rent chérir du pape Victor III à ai il fit don de divers médica-ens précieux & préparés de fa ain. Alphanus mourut en 1086. écrivit en vers les Vies de quel-les Saints; on les trouve d'un s recueils de Surius & de Lipoman. ne faut pas le confondre ni avec ançois ALPHANUS qui exerça auffi médecine à Salerne, & a publié 1577 un Traité des fièvres ma-gnes & peftilentielles, ni avec Vin-te ALPHANUS auteur d'un Traité : la Dot, en latin, publié en 1607.
ALPHONSE, Voyez les AL-ONSE.
ALPIN, (Corneille) mauvais pète latin, qui avoit fait une tra-ifie, intitulée Memnon, à l'imi-tion de celle d'Eschyle; mais elle oit d'un flyle fi enfié, fi dur & fi offier, qu'Hurace dit que « Mem-non mouroit par les mains du poëte, fans attendre le coup d'A-chille, il l'avoit auffi compofé un poëme héroïque fur la guerre de Germanie, dans lequel on voyoit une defcription du Rhin fi ridicule & fi mal faite, que ce fleuve n'é-toit pas reconnoiffable.
ALPINI, (Profper) profeffeur de botanique à Padoue, né à Ma-roftica dans l'état de Venife en 1553, & mort à Padoue le 7 février 1617, voyagea en Egypte pour perfectionner la botanique. On a de lui : I. De præfagiendā viā & morte, in-4.º 1601, que l'illustre Boerhaave a fait imprimer à Leyde 1710, in-4.º II. De plantis Ægypti, Venife in-4.º 1592, & à Leyde 1735, in-4.º III. Deplantis exoticis, Venife 1627, in-4.º Cette édition a quelquefois des titres de 1629 & 1656. IV. Medicina methodica, Padoue 1611, in-fol. Leyde 1719, in-4.º V. De Rhapontico, Padoue 1612, in-4.º VI. Un excellent Traité du baume, qui fe trouve dans Medicina Ægyptiorum, Leyde 1718, in-4.º Ses ouvrages renferment des recherches curieufes, qui l'ont tiré de la foule des Botaniftes. André Doria, prince de Melphe, avoit voulu l'avoit pour fon mé-decin, mais la république de Venife le fixa à Padoue par des emplois honorables.
ALSAHARAVIUS, AÇARA-RIUS, ou ALBUCASSIS, médecin Arabe du 11e ficle, vivoit au temps de l'empereur Henri IV, vers l'an 1085. Ses Ouvrages en latin font imprimés à Ausbourg 1519, in-fol. Jean Channing en a donné une nouvelle édition en arabe & en latin, Oxford 1778, 2 volumes in-4.º