ALSTEDIUS, (Jean-Henri) profeffeur de philofophie & de théologie à Herborn, enfuite à Albe-Pile, mourut à 50 ans dans cette dernière ville en 1638. II laissa un grand nombre d'ouvrages, qui prouvent beaucoup d'application, mais peu de génie. Ils font faits, pour la plupart, dans le goût des compilations Allemandes. Les principaux font : I. *Methodus formandorum studiorum*. II. *Encyclopædia*, dont la première édition parut à Terborn 1620, in-4.º & la deuxième en deux volumes in-fol. recueil mal digéré, & qui ne formera jamais un vrai savant. « L'auteur ( dit *Nicéron*, ) s'y est proposé de donner un abrégé méthodique de toutes les sciences. Quoiqu'il soit peu exact en bien des endroits, son livre n'a pas laissé d'être reçu du public avec de grands applaudissemens, lorsqu'il parut la première fois ; & il peut être utile à ceux qui étant destitués d'autres secours, veulent acquérir quelque connoissance des termes de chaque profession & de chaque science. On ne peut trop louer la peine qu'il s'est donnée pour tirer des meilleurs Auteurs, qui avoient écrit de son temps, de quoi composer son ouvrage, dans lequel il rapporte les principes des sciences & des arts avec beaucoup d'ordre : il s'est cependant quelquefois trop embarrassé, pour avoir voulu se rendre trop clair & trop méthodique, & en se servant pour cela de trop de divisions & de sous-divisions. » Il faut ajouter à ce jugement de *Nicéron*, trop favorable à quelques égards, que depuis la publication des Encyclopédies modernes, celle d'*Alfredius* est presque inutile. III. *Philosophia restituta*. IV. *Elementa Mathematica*. V. Un Traité de *Mille annis*, 1627, in-8.º ouvrage qui roule sur le système des Millénaires : une fille qu'il avoit, suivit les mêmes sentimens.
ALT, ( François-Joseph-Nicolas Baron d') né à Fribourg le 17 février 1689, & mort dans cette ville en 1770, fut avoyer en 1737. Son *Histoire des Welches*, Fribourg 1749 à 1752 en 10 vol. in-8.º est peu connue au-delà de la Suisse. Il y a des recherches ; mais le style est lourd & peu correct. C'est plutôt une compilation qu'une histoire.
ALTAMER, ( André ) ministre Lutherien, vivoit à Nuremberg sa patrie vers l'an 1560. On a de lui des œuvres de controverse & des notes estimées sur *Tacite*.
ALTAMURA, ( Ambroise d' ) dominicain, publia en 1677 une *Bibliothèque* raisonnée des écrivains de son ordre, jusqu'à l'année 1610.
ALTANI, ( Antoine ) évêque d'Urbain, patriarche d'Aquille, servit utilement les ponties de Rome, dans diverses négociations. *Martin V* l'envoya comme légat au concile de Basle, & il s'y conduisit avec prudence. Le pape *Eugène* ayant désapprouvé les sentimens du concile, envoya *Altani* en Ecole près de Jacques I pour y reformer le clergé ; puis en Angleterre en 1437 pour y terminer les différens survenus entre ce royaume & la France ; enfin en Espagne pour y ménager le mariage d'*Éleonor*, infante de Portugal, avec l'empereur *Frédéric III*. Il mourut quelque temps après cette ambaffade, & l'avènement de *Nicolas V* au pontificat. *Arrigo ALTANI* le jeune, a recueilli des notices sur la vie des hommes célèbres de sa famille, & les a publiées à Venise en 1717.
ALTESSERA. *Voyer* HAUTS-SERRE.
ALTHÉE, ( Mythol. ) fille de *Thellius* & femme d'*Anée*, roi de Calydon, eut plusieurs enfans, entre autres *Mélégre*. Ayant fait consulter l'Oracle sur la destinée de celui-ci, on lui annonça que son fils, qui venoit de naître, ne rivroit qu'autant de temps qu'il en audroit pour confumer le tifon qui brûloit alors dans son feu. *Athée* le retira sur-le-champ, l'étript, & le conferva avec grand loin. Le roi, dans un sacrifice qu'il ait aux Dieux, ayant oublié *Diane*; cette Déesse en fut si irritée, qu'elle envoya un monstrueux sanglier pour ravager les campagnes de Calydon. *Enée* rassembla tous les jeunes princes du pays pour l'en délivrer, & mit à leur tête son fils *Mélégre*, qui tua le sanglier, & en présenta la hure à *Atalante*, fille du roi d'Arcadie, qui lui étoit promise, & qui se trouvoit alors cette chasse. Les oncles de *Mélégre* prétendirent que cet honteur leur étoit dû, & voulurent enlever la hure à *Atalante*; mais le jeune prince, indigné de leur audace, les tua l'un & l'autre. *Athée*, au désespoir de la mort de ses frères, oubliant qu'elle étoit mère, dévoua son fils aux furies, & jeta au feu le tifon total, de la conservation duquel dépendoit sa destinée. En effet, le jeune prince sentit aussitôt ses forces s'affoiblir, & enfin il perdit à vie avec de mortelles douleurs, lorsque le tifon fut confumé. *Athée* se tarda pas à se repentir de sa cruauté : elle en conçut un tel regret qu'elle se perça le sein d'un coup de poignard.
ALTHEMÈNE, *Voyez* CRETÉE.
ALTHUSIUS, (Jean) jurisconflit du 17$^{e}$ siècle. Il eut la harcèdée de soutenir dans des ouvrages actuellement inconnus, & qui de son temps lui firent beaucoup de lecteurs & d'ennemis, « que la souveraineté des états » appartenoit au peuple. » I. ALTICOZZI, (Laurent) né à Cortone, le 25 mars 1689, mort à Rome en 1777, dans un âge très-avancé, se fit jésuite, & publia plusieurs écrits. Le plus considérable est une *Somme* de *St. Augustin*, en 6 vol. in-4$^{o}$ Rome, 1761; dans laquelle on estime sur-tout l'histoire de la vie, des opinions & de la condamnation de *Pélag*. On lui doit encore des *Differtations* sur les anciens et nouveaux Manichéens, sur les erreurs de *Beaufosse* dans son histoire critique du Manichéisme, &c.
II. ALTICOZZI, (Renaud) patrice de Cortone, de la même famille que le précédent, a publié en 1749 à Florence, une traduction en vers *fœlosti* de quelques comédies de *Plaute*.
ALTILIUS, (Gabriel) né à Mantoue, devint précepteur de *Ferdinand* le jeune, roi de Naples. *Sixto IV* le fit évêque de Policafro en 1471, & il y mourut à l'âge de 60 ans, en 1484. On a de lui diverses poésies latines, qui offrent de la facilité, mais quelquefois trop d'abondance; les plus célèbres font un Epithalame sur le mariage de *Galéas Sforce* duc de Milan, avec *Isabelle d'Aragon*; *Scaliger* & *Sannazas* ont fait l'éloge de cet écrit; des élégies, *Lamentatio*, &c. Ces poésies ont été recueillies par *Gruser*, dans le premier volume de son ouvrage intitulé, *Delicia poëtarum Italorum*, & par Jérôme *Rufceli*, à Venise en 1558 in-8$^{o}$. I. ALTING, (Henri) né à Embden en 1583, précepteur du prince électoral Palatin, directeur du collège de la Sapience à Heidelberg, signala son éloquence &c. son savoir au synode de Dordrecht, où il étoit député de la part du Palatinat. Lorsque Heidelberg fut pris en 1612, Alting pensà perdre la vie. Comme il gagnait précipitamment la maison du chancelier, pour se dérober à la fureur du soldat, un lieutenant colonel l'arrêta en lui disant : Cette hache a fait périr aujourd'hui des hommes ; le docteur ALTING ferait bientôt le onzième, si je savais où il est... Alting échappa en lui disant qu'il étoit régent du collège de la Sapience. Il occupa ensuite la chaire de théologie à Groningue, jusqu'à sa mort, arrivée en 1644. Ce théologien protestant a laissé beaucoup d'ouvrages imprimés & manuscrits, qu'on ne lit plus.
II. ALTING, (Jacques) fils du précédent, professeur d'hébreu, & ensuite de théologie dans l'université de Groningue, n'aquit à Heidelberg en 1618. Il eut de vives disputes avec le ministre Samuel des Marées, théologien qui ramenait tout à la scholastique, & qui ne pouvoit souffrir ceux qui traitaient la théologie, comme on doit le faire, par l'Écriture sainte & par les Peres. Alting mourut en 1679. Ses Ouvrages ont été publiés à Amsterdam, en 5 volumes infolio, 1687. On y voit que ce docteur avoit lu toutes sortes d'écrivains, & sur-tout les rabbins. Il a chargé ses productions de la plupart de leurs minutes. Ses ennemis disaient, qu'il ne différait d'un Juif que par le prépuce ; encore regrettait-il beaucoup de n'être pas circoncis.
III. ALTING, (Menson) bourgmestre de Groningue, mort en 1713, est auteur d'une Chronique sacrée, & d'une Descriptio Germania inferioris. Amsterdam 1697, in-fol. qui passe pour l'une des meilleures qu'on ait publiées. Ces deux ouvrages sont en latin. La style en est un peu lourd.
ALTISSIMO, célèbre improvisateur italien du 15e siècle, étoit suivi d'un grand nombre d'auditeurs charmés de la facilité & de l'éloquence de ses vers. Plusieurs les recueillirent de mémoire & les publierent. Quelques-uns ont prétendu, avec vraisemblance, qu'il s'appelloit Angelo, mais que ses admirateurs lui donnèrent le surnom d'Altissimo, pour exprimer la supériorité de son talent. Tiraboschi en fait mention dans son sixième volume.
ALTOGRADI, (Lélius) né à Lucques dans le 17e siècle, étudia le droit à Bologne & à Pavie, & se rendit si célèbre dans la connoissance des lois, que plusieurs universités lui offrirent des places de professeur; mais il ne voulut jamais quitter sa patrie. Il y publia divers ouvrages parmi lesquels on distingue deux volumes de Consultations.
ALTOMARE, (Donat-Antoine) médecin Romain, aimé du pape Paul IV, est mort en 1556. Ses Œuvres de médecine ont été publiées à Lyon chez Roville, en 1565, in-folio, & à Venise en 1570. — Un Blaise ALTOMARE, avocat de Naples; outre divers écrits sur la jurisprudence, est auteur d'un Recueil historique des principales maisons d'Italie.
ALTON, (Richard comte d') général d'infanterie au service d'Autriche, prit, en 1787, le commandement des armées des Pays-Bas. Sa sévérité, la discipline rigoureuse qu'il faisoit exercer, le firent redouter des soldats & des proyens. Lors de l'infarrection du Brabant, en 1789, il réprima les infurgés vers Tillemont; mais bientôt après, il concentra ses forces à Bruxelles, fit dépaver la ville, ouvrir des tranchées dans ses rues, & placer de l'artillerie dans le parc. Ayant reçu la fauffe alerte que quinze mille hommes s'avançoient contre lui, il abandonna, le 12 décembre, la ville & les fortifications qu'il y avoit fait élever. Obligé d'aller à Vienne rendre compte de ses opérations, il mourut en route. — Son frère, le comte d'Alton, s'est distingué dans la guerre de l'Autriche contre les Turcs, & ensuite contre les François. Il fut employé au siège de Valenciennes, & à celui de Dunkerque, dirigé par le duc d'Yorck. Il périt près de cette ville à la sanglante bataille du 24 août 1793, vivement regretté des troupes & du général. I. ALTOVITI, (Antoine) savant archevêque de Florence, où il mourut en 1573, a publié plusieurs Traités sur l'art de prêcher, les syllogismes, les élémens, la nature de l'âme, l'origine du verre, la cause des vents, le vide, &c.
II. ALTOVITI, (Marseille d') née d'une famille originaire de Florence, qui, dans les troubles de cette ville, s'étoit réfugiée à Marseille, fut tenue sur les fonts de baptême par le corps municipal de cette dernière cité, & en prit le nom. Elle ne quitta point cette patrie adoptive, & s'y rendit célèbre par ses poésies italiennes & provençales, qui furent imprimées dans le seizième siècle. Goujet a inféré, dans le tome 13e de la Bibliothèque Française, une Ode de Marseille d'Altovi, morte en 1609.
ALVA & ASTORGA, (Pierre DE) Espagnol, prit l'habit de St. François au Pérou. De retour en Espagne, il voyagea en différens endroits de l'Europe, & mourut dans les Pays-Bas en 1667. On a de lui une Vie de St. François, qu'il a intitulée: Natura prodigium, Gratia portentum, &c., à Madrid 1651, in-folio, rare & pleine de fables.
ALVARADO, Voyet MOSEOSO, & MONTEZUMA. I. ALVAREZ, (Diego) Dominicain Espagnol, né à Rio-Seco dans la vieille Castille, professeur de théologie en Espagne & à Rome, ensuite archevêque de Trani dans le royaume de Naples, soutint avec Lemos son confrère, la cause des Thomistes contre les Molinistes, dans la congrégation de Auxilis. Il mourut en 1635, après avoir publié plusieurs Traités sur la doctrine qu'il avoit défendue. On a de lui: I. De Auxilis divina Gratia, Lyon 1611, in-folio. II. Concordia liberi Arbitri cum Prædofinatione, Lyon, 1622, in-8°. III. Un Commentaire sur Isaïe, 1615, in-folio. IV. Sur la Somme de St. Thomas, in-folio, &c.
II. ALVAREZ, (Emmanuel) né dans l'île de Madère en 1526, entra dans la société des Jésuites, & devint recteur des collèges de Coimbre, d'Evora, & de la maison professe de Lisbonne. Il mourut au collège d'Evora, le 30 décembre 1582, avec la réputation d'un savant humaniste. On a de lui une excellente grammaire, intitulée: De inflitatione Grammatica, 1599, in-4°, & divisée en trois livres. Il y en a eu plusieurs éditions.
III. ALVAREZ, (François) chapelain d'Emmanuel roi de Por- 216. A L V tugal, & aumônier de l'ambassade que ce prince envoya à David, empereur d'Ethiopie ou d'Abyf- finie. Après six ans de séjour dans ces contrées, Alvarez revint avec la qualité d'ambassadeur du roi d'Ethiopie, & avec des lettres de ce monarque pour le roi Don Juan, qui avoit succédé à Em- manuel son père, & pour le pape Clément VII. Il rendit compte de son voyage à ce pontife, en présence de l'empereur Charles- Quint, à Bologne en 1533. On a de lui une Relation de son voyage, en portugais, imprimée à Lif- bonne en 1540, in-folio. Damien Goet, chevalier Portugais, la tra- duisit en latin dans l'ouvrage qu'il dédia au pape Paul III: De fide, regione, moribufque Æthiopum. Nous en avons aussi une traduction françoise, intitulée: Description de l'Ethiopie, &c., à Anvers, chez Plantin, en 1558, in-8.° Alvarez est le premier qui ait donné quel- que connoissance sûre de l'E- thiopie; mais il n'avoit pas tout vu par ses yeux, & ce qu'il avoit vu lui paroissoit toujours, ou au- dessous, ou au-dessus de ce qui étoit réellement. Alvarez mourut en 1540, regardé comme un prêtre zélé & un esprit médiocre.
IV. ALVAREZ DE PAZ, (Jacques) né à Tolède, prit l'habit de jésuite en 1578, & se confacra à l'instruction & au bonheur des Péruviens. Il établit des écoles à Lima, & mourut au Po- tofi, le 17 janvier 1720, après avoir marqué chacun de ses jours par des actes de bienfaisance & de piété. — Balthazar ALVAREZ, autre jésuite Espagnol, est mort en 1580, en odeur de sainteté. Sa vie écrite en espagnol a été traduite en italien par Rinaldi. V. ALVAREZ ALBORNOS; Voyet ALBORNOS.
ALVAROTTO, (Jacques) pro- fesseur en droit à Padoue sa pa- trie, où il mourut en 1546, à 74 ans. Son Traité le plus connu est intitulé: Commentaria in libros Feudorum, à Francfort 1587, in- folio. Il est souvent cité par les jurifconsultes Italiens.
ALUCCI, (César) né à Chiéti en Italie, dans l'Abruzze Cité- rieure, a publié lo Specchio, le miroir des antiquités romaines, 1625.
ALVERNY, Voyet III. PALME.
ALVIANO, (Barthélemi) gé- néral des Vénitiens, fut fait pri- sonnier à la bataille d'Aignadel, & perdit celle de la Mothe, sans décheoir de la réputation qu'il s'étoit acquise dans ses autres expé- ditions. Il se distingua à la journée de Marignan, & mourut en 1515, année où il avoit pris Bergame. Il mourut si pauvre, que le sénat fut obligé de faire une pen- sion alimentaire à son fils, & de marier ses filles. Au milieu du tumulte des armes, il cultivoit la littérature & la poésie. Il fonda même une académie à Pordonone, dans le Frioul, d'où sortirent plu- sieurs poètes célèbres. Voyet LOUIS XII, n° XVII, & II. DANTE.
ALUMNO, (Frère) religieux Italien dans le 16e siècle, ren- ferma tout le symbole des Apôtres, avec le commencement de l'Evan- gile de St. Jean, dans un espace grand comme un denier. Il pré- senta son petit chef-d'œuvre à l'empereur Charles-Quint & au pape Clément VII, qui parurent admirer sa petite industrie, & rirent peut-être intérieurement de son imbécile patience.
ALYATES, roi de Lydie, père de *Cræfus*, monta sur le trône après *Sadiates* vers l'an 614 avant J. C. Étant en guerre avec *Cyanare*, roi des Medes, une éclipse de soleil survenue au commencement d'une bataille, étonna si fort les deux armées, qu'elles se retirèrent pour faire la paix. Cette éclipse, suivant *Hérodote*, avoit été prédite par *Thalès* de Milet. *Alyates* mourut vers l'an 557 avant J. C.
ALYPE, (St.) d'Adrianople, petite ville de la Paphlagonie, surnommé le *Stylite*, parce qu'il resta 53 ans sur une colonne, mourut au commencement du 7$^{e}$ siècle. *Voyet* ALIPE.
AMABLE, (St.) curé de Riom, mort en cette ville l'an 475, en est devenu le patron. Appelé par *Sidoine Apollinaire*, évêque de Clermont, il l'aida dans les travaux de l'épiscopat, & après sa mort, on porta son corps à Riom, dans l'église de St. Bénigne. *Faydit* en a donné une *Vie*, mêlée de vrai & de faux.
AMADEDDULAT, premier sultan de la race des Buides, conquit en fort peu de temps l'Iraque & la Karamanie. Il établit son siège à Schiras l'an de J. C. 933, & mourut en 949. Sa bravoure & sa générosité le firent regretter des soldats & du peuple.
AMADEI, (Charles-Antoine) de Bologne, savant médecin & botaniste. Il découvrit le premier, dans les environs de sa patrie, la plante à laquelle *Gaetano Molti* donna le nom d'*Aldrovande* dans une dissertation insérée dans le tome 5$^{e}$ des *Mimoires* de l'institut de Bologne. *Amadei* est mort vers 1729. I. AMADESI, (Dominique) né à Bologne le 4 août 1657, se destina a la profession du commerce, & y réunit l'étude des belles-lettres & le goût de la poésie. La mort de son épouse à laquelle il étoit tendrement attaché, lui fournit une source intariffable de vers où il exprima ses regrets. Son ami *Pierre Zannoti* les recueillit & les publia à Bologne en 1723. *Amadei* mourut le 11 septembre 1730.
II. AMADESI, (Joseph-Louis) né à Livourne le 18 août 1701, mort à Rome le 8 février 1773, devint curé de l'église de St. Nicandre à Ravennes, & l'un des membres les plus distingués de l'académie que le marquis *Rasponi* avoit établie dans cette ville. On a de lui divers écrits sur la juridiction & les droits des archevêques de Ravennes, imprimés dans cette ville en 1747, & à Rome en 1752. *Fantuṭṭi*, dans son histoire des écrivains de Bologne, parle fort au long d'*Amadei* & de ses ouvrages.
AMAFANIUS, (Caius) philosophe Romain, adopta les opinions d'*Epicure*, & traduisit dans la langue latine les ouvrages de ce dernier. Ils furent lus avec enthousiasme; Cicéron en parle dans ses *Tufculanes*, livre 4.
AMAGE, célèbre reine des anciens Sarmates, épousa *Médosac* qui, enivré de plaisirs, de bonne chère & de voluptés, laissa sa femme gouverner entièrement ses états. *Amage* rétablit l'ordre dans les tribunaux, & la discipline dans l'armée. Sa renommée s'étendit dans toute la Scythie; & elle devint, par son courage & son équité, l'arbitre des peuples voisins. Ceux de la Cherfonef-Tau- 218 AMA rique, mécontens de leur roi, se plaignirent de ses exactions & de sa tyrannie, à la reine Sarmate. Celle-ci remontré à ce souverain qu'il ne devoit point abuser de son pouvoir; mais s'aperçevant bientôt que de juftes sujets de plainte continuoiant à s'élever contre lui, *Amage* prit subitement une résolution déterminée. Elle choisit cent vingt braves de son armée, & se mit à leur tête. Chacun de ses soldats conduisit trois chevaux, & les montant alternativement, ils firent en deux jours douze cents ftades, c'est-à-dire, environ cinquante lieues. La troupe arrive à la ville principale, en force les portes, & pénètre jusque dans le palais. *Amage* rue le roi & ses miniftres prévaricateurs, assemble le peuple, lui fait reconnoître pour souverain le fils de celui qu'elle vient d'immoler à la vengeance publique, & l'exhorte à écouter la voix de la juftice, & à ne pas mériter le fort de son père.
AMAJA, (François) d'Antequerza, professeur en droit à Ossuna & à Salamanque, mourut à Valladolid vers 1640. On a de lui des *Commentaires* sur les trois derniers livres du *Code*. Lyon 1639, in-folio, & d'autres ouvrages dont on fait cas en Espagne.
AMAK, poète Persan, versifioit du temps de *Khedberg-Kan*, prince qui protégeoit les lettres, & qui récompensa *Amak*. Les Persans louent ses *Elégies*.
AMALABERGUE, fille de Théodoric roi des Goths d'Italie, épousa *Hermanfroy* qui regnoit sur une partie de la Turinge. *Baudri* & *Berthier*, frères de ce dernier, possédoient le reste de cet état. L'ambition de la reine les en dépouilla. *Baudri* fut affaîfiné. *Hermanfroy* ne pouvoit se résoudre à déclarer la guerre à son autre frère; *Amalabergue* l'y détermina en ne faisant servir sur sa table que la moitié des mets ordinaires. Le roi lui demanda la raison de cette innovation. « Vous n'avez que la moitié d'un » trône, lui dit la reine, votre « table ne peut être servie qu'à » demi. « *Hermanfroy* s'unit à *Thierry*, roi de Metz, pour livrer bataille à *Berthier* qui y périt. Cette mort fut bientôt vengée. *Thierry*, devenu ennemi d'*Hermanfroy* pour le partage des états du vaincu, fit précipiter ce dernier du haut des murs de *Tolbiac*. Cet événement arriva en 531. *Amalabergue*, privée de toute puissance, chercha un affle auprès d'*Athalaric*, roi des Ostrogoths, & y mourut.
AMALARIC, fils d'*Alaric II*, roi d'Italie, devint roi des Wisigoths, par la mort de *Théodoric*, son aïeul maternel, en 526. La conduite de ce prince avec *Closilde* sa femme, fille de *Clovis* roi des François, qu'il voulut forcer d'embrasser l'arainisme, fut la cause de sa ruine. Il employa tour-à-tour les caresses, les menaces & la violence pour ébranler la foi de *Closilde*. Cette princesse n'opposa aux plus indignes traitements que la patience & la douceur. Enfin réduite au désespoir, elle se plaignit à ses frères, & fit passer à *Childebert*, roi de Paris, un mouchoir teint de son sang. Ce prince, voulant venger sa sœur, entra sur les terres d'*Amalaric*, qui tenoit alors sa cour à Narbonne. On en vint aux mains. *Amalaric* fut défait, & prit la fuite pour se sauver en Espagne; mais comme il vouloit rentrer dans Narbonne. A M A 219 pour enlever ses trésors, il fut jué en 531, près de la porte de cette ville, par un soldat François qui ne le connoissoit pas, ou par des Wifigoths que Theudis, gou- verneur d'Espagne, avoit apostés. D'autres historiens disent, qu'après sa défaite, Amalaric s'étoit retiré à Barcelone, où il avoit été égorgé par ses propres sujets. Les au- teurs diffèrent encore sur la cause & les suites de la guerre que Chil- dobere fit à Amalaric. Jornandès, Goth de nation, & Isidore, Espa- gnol, les racontent diversement; & c'est une nouvelle preuve de l'incertitude de l'histoire. I. AMALARIUS FORTUNATUS, archavèque de Trèves, fut placé sur ce siège en 810. Nommé am- bassadeur de Charlemagne auprès de Michel Caropalate, empereur d'O- rient, il s'acquitta très-bien de sa commision. Les autres emplois que son mérite lui procura, l'em- pèchèrent de résider dans son dio- cèse; mais il le fit gouverner par des gens sages. Il étoit savant & aimoit les savans. Il dédia à Char- lemagne son Traité du sacrement de Baptême, imprimé sous le nom & dans les Œuvres d'Alcuin. Il mourut en 814, au retour de son ambassade.
II. AMALARIUS SYMPIOSIUS, diacre, puis prêtre de l'église de Metz, ensuite abbé de Hornbac au même diocèse, à ce qu'on croit: écrivain du 9e siècle, que quel- ques-uns confondent mal-à-propos avec le précédent, dont il étoit contemporain. Il ne vécut pas au- delà de 837. Il est auteur d'un Traité des Offices Ecclésiastiques, ouvrage précieux à ceux qui ai- ment à s'instruire des antiquités de l'Eglise, quoiqu'il s'applique plus à les expliquer mystique- ment que littéralement. On a en- core de lui quelques écrits de ce genre, dans la Bibliothèque des Pères.
AMALASONTE, fille de Théo- doric, roi des Ostrogoths, & mère d'Athalaric, fit élever son fils à la manière des Romains; ce qui déplut fort aux Goths. Cette princesse, digne de régner sur un peuple plus poli, avoit toutes les qualités propres à former un grand roi. Pleine de génie & de courage, elle maintint ses états en paix, fit fleurir les arts & les sciences, appella les savans au- près d'elle, & préserva les Ro- mains de la barbarie des Goths. Elle savoit les différentes langues des peuples qui s'étoient emparés de l'empire, & traitoit avec eux sans interprète. Les Goths per- suadés qu'un prince accoutumé à craindre la férule d'un maître, n'auroit jamais le courage d'affronter les épées nues, demandèrent qu'on renvoyât les vieux gouverneurs d'Atalaric, pour leur substituer trois jeunes officiers qui le pré- cipitèrent dans la débauche, & qui se lièrent avec les mécontents pour éloigner la reine mère. Atha- laric succomba bientôt à ses excès, & mourut en 534, âgé à peine de 17 ans. Amalasonte avoit eu la précaution de renvoyer les trois principaux chefs des mé- contents sur les frontières, sous prétexte de leur en confier la garde. Mais comme ils cabaloient encore, elle envoya secrètement trois officiers Goths, d'une fidé- lité incorruptible, qui les assafi- nèrent. Malgré cette exécution, elle crut ne pouvoir se maintenir sur le trône qu'en se remariant. Elle épousa donc Théodat son cousin. Ce choix étoit un peu extra- ordinaire. Théodat avoit cultivé, à la vérité, la littérature grecque & latine, & la philosophie de Platon : mais l'étude n'avoit pu ni élever ses sentimens, ni vaincre son aversion pour les périls de la guerre, ni le guérir d'une infatiable avarice, qui le portoit à dépouiller tous ses voisins. Amalafounte ne lui donna vraisemblablement la main, que dans l'espérance que sa pareffe & sa lâcheté le rendroient indifférent sur l'usage du pouvoir, & qu'elle jouiroit, comme auparavant, de l'autorité absolue. Elle se trompa. Théodat voulant gouverner, & oubliant ses bienfaits, eut la barbarie de la faire étrangler dans un bain, sous prétexte d'adultère. Ce fut dans une isle située au milieu du lac Boltena, que se passa cette scène horrible. On a prétendu que Théodat, en la faisant mourir, s'étoit rendu aux vives sollicitations de l'impératrice Théodora, jaloufe de l'attachement que Justinien avoit pour cette princeffe. Amalafounte fut pleurée de ses sujets; & Théodat prit si peu de soin de cacher la part qu'il avoit à sa mort, qu'il combla les meurtriers de graces & de distinctions. Justinien, informé de son horrible perfidie, lui déclara la guerre, & le fit châtier par Bélifaire son général.
AMALECH, fils d'Eliphaz, petit-fils d'Efau, fut le père & le chef des Amalecites, peuple établi dans l'Idumée, & détruit ensuite par Saül & David, Voy. I. MOYSE & JOSUÉ.
AMALFI, (Constance d'Avalos ducheffe d') fut aussi recommandable par sa naissance que par l'éclat de ses talens. Ses Odes italiennes ont de la force dans les pensées, & de l'agrément dans le style. Elles sont imprimées à la suite des poëttes de Victoire Colonne. Paul Jove, dans sa vie de Gonçaloe, parlé avec éloge de la ducheffe d'Amalfi, que Zoppi cependant a oubliée dans sa bibliothèque Napolitaine. Elle mourut à Naples, sa patrie, vers l'an 1560.
AMALRIC, (Arnauld) général de l'ordre de Citeaux, inquiéteur en Languedoc contre les Albigeois, & ensuite archevêque de Narbonne, réunit les princes d'Espagne contre les Maures. Ces barbares furent vaincus dans une bataille donnée en 1212, dont Amalric, témoin oculaire, nous a laissé une Relation. Ce prélat mourut en 1225. Quelques historiens l'ont accusé d'avoir étalé trop de luxe, & d'avoir manqué de douceur. I. AMALTHÉE, (Mythol.) fille de Melyffus, roi de Crète, prit soin de l'enfance de Jupiter, qu'elle nourrit de lait & de miel dans un antre du mont Dyctée. D'autres disent que cette nourrice étoit une chèvre, appelée Amalthée, & que les filles de Melyffus nourrirent Jupiter du lait de cette chèvre; que le Dieu, par reconnoissance, la mit au rang des astres avec ses deux chevreaux, & donna aux deux filles de Melyffus une de ses cornes, en les assurant qu'elle leur fourniroit abondamment tout ce qu'elles pourroient désirer. Les poëtes l'ont appelée Corne d'abondance. On la représente pleine de feuilles, de fleurs & de fruits de toutes espèces, avec une pointe au milieu.
II. AMALTHÉE, Sibylle de Cumes, présenta à Tarquin le Superbe neuf livres de Prédictions sur le destin de Rome. Tarquin en acheta trois, après avoir consulté les augures. On commit deux patriciens à la garde de ces Prophecies, & pour être plus assuré de leur conservation, on les enferma dans un coffre de pierre, sous une des voûtes du Capitole. Les livres Sibyllins furent consultés dans tous les malheurs publics, & subiffèrent jusqu'au temps d'*Honorius* & de *Théodofe* le *Jeune*, qu'ils furent brûlés par *Stilicon*... *Servatius Gallaeus* a donné les *Oracles Sibyllins*, avec des *Differtations*. Amsterdam 1668 & 1689, 2 vol. in-4°; mais le p. us grand nombre de ceux qu'il a recueillis, ont été fabriqués après coup, dans les premiers ficelles du Christianisme. On y trouve des prédictions touchant J. C., la résurrection des corps, le Jugement dernier & les tourmens de l'Enfer. *Noel Alexandre* a publié une savante *Differtation* sur les Sibylles.
AMALTHEO, (*Jérôme*, *Jean-Baptiste* & *Corneille*) étoient trois frères, qui cultivèrent la poésie latine en Italie au 16e fêcle... Le 1er, né à Oderzo dans le Trévisan en 1506, joignit l'étude de la philosophie & de la médecine, à celle de l'art des vers. *Muret* le préféroit à tous les Poètes latins d'Italie... Le second publia le poème de *Lycidas*, & suivit en qualité de secrétaire, les cardinaux députés au concile de Trente. Le troisième mit en latin le *Catéchisme* de ce concile, & fit imprimer le poème de *Protée*, qui est estimé. Leurs Poètes furent publiées à Amsterdam en 1689, in-12, par *Gravius*; & dans le *Sannæcar variorum*, 1728, in-8°. On y trouve cette épigramme, qui donnera une idée favorable des graces piquantes & naïves de leurs ouvrages. Elle fut faite à l'occasion de deux enfans d'une rare beauté, quoique tous deux privés d'un œil. *Lumine Acon dextro, capta est Leonilla finistro;* *Et poteras formâ vincreu usque Deos.* A M A 221 *Parve puer, lumen quod habes concede forori;* *Sic tu cæcus Amor, sic erit illa Venus:* *Jérôme* mourut à Oderzo en 1574, dans sa 68e année. Ses concitoyens lui firent dresser une épitaphe, dans laquelle ils l'appelloient un autre *Apollon*, également habile en médecine & en poésie. Il laissa deux enfans, *Attilio* & *Ottavio*, qui marchèrent sur les traces de leur père. *Ottavio* fut, comme lui, poète & médecin. La reine de Pologne avoit voulu s'attacher en 1542. *Jérôme Amaltheo* en qualité de médecin; mais l'amour de la patrie & la philosophie l'empêcherent d'accepter cette place. L'éditeur de *Ladvocat* fait mourir *Jean-Baptiste* & *Corneille* en 1574. Si cette date n'est pas fausse, il est singulier que les trois frères soient morts la même année.
AMAMA, (*Sixtinus*) professeur d'hébreu dans l'académie de Franeker, naquit dans la Frise, & mourut en Décembre 1629. Ce théologien Protestant n'aimait pas la Vulgate. Il commença par attaquer la version du Pentateuque, & il finit par un recueil de *Differtations* critiques contre les Traductions adoptées par les Catholiques. Ce recueil parut sous le titre d'*Antibarbarus Biblicus*, 1656, in-4°: critique hardie, dans laquelle l'auteur donne trop à sa colère contre le concile de Trente.
AMAN, *Amalécite*, fils d'*Amadath*, & favori d'*Affuerus* roi de Perfe, voulut se faire adorer à la cour de son maître. Le Juif *Mardochée* refusa de lui rendre ces honneurs. *Aman*, choqué de ce refus, résolut de perdre tous les Juifs, & obtint un arrêt de mort contre eux. Il avoit déjà fait dresser un gibet pour *Mardochée*, lorsqu'*Affuerus* apprit que ce Juif avoit découvert 222 AMA autrefois une conspiration contre lui. Le roi reconnoissant d'un service qui n'avoit pas été récompensé, ordonna à Aman de conduire Mardochée en triomphe par toute la ville. Cet insolent favori ayant irrité contre lui son maître par sa jalouise & sa cruauté, fut ensuite attaché au gibet même qu'il avoit fait planter pour son ennemi. Afin d'éterniser la mémoire de leur délivrance, les Juifs établirent une fête solemnelle. Ils consacreront ce jour-là uniquement au plaisir & à la réjouissance. On n'y voyoit que festins, & on n'entendoit partout que des cris de joie. La veille de la fête ils se préparaient à la célébrer par un jeune, le jeune des clameurs, parce qu'à tel jour leurs ancêtres furent dans les pleurs à cause de l'arrêt obtenu par Aman. Le soir ils entroient dans leur synagogue, & des que les étoiles commençoient à disparaître, ils faisoient la lecture du livre d'Ether. Toutes les fois qu'on prononçoit le nom d'Aman, les enfans, à l'envi, frappoient sur les bancs de la synagogue avec des maillots ou des pierres, & faisoient des cris épouvantables. Ils écrivoient en gros caractères le nom d'Aman, sur lequel ils crachoient, & le déchiroient en mille pièces. Autrefois ils élevoient un gibet, & y brûloient un homme de paille qu'ils appelloient Aman. Mais sous prétexte d'insulter Aman, on crut qu'ils outrageoient la croix de Jesus-Christ, & les Empereurs leur défendirent cette cérémonie. I. AMAND, (St.) évêque de Bordeaux en 404, étoit ami de St. Paulin, dont il recueillit les écrits, & dont il avoit acquis les lumières & imité les vertus.
II. AMAND, (St.) né près de Nantes, évêque de Tongres, apôtre d'une partie des Pays-Bas, mourut en 629, après avoir fondé l'abbaye d'Elnone, près Tournai; l'abbaye de St. Pierre de Gand, & la cathédrale de cette ville. Sa Vie, écrite par Baudemont, se trouve dans Surius & dans la collection de Martenne.
III. AMAND, (Cneius Salvius AMANDUS) fit révolter les Gaules vers l'an 285, secondé par un nommé ELIEN, qui, après la mort de Carinus, s'étoit mis à la tête d'une troupe de voleurs, d'éclaves fugitifs & de paysans ruinés par les impôts. Ces deux brigands s'étant fait donner les titres d'empereurs, porteront la défoliation par-tout, ravageant les campagnes, brûlant les villages, rançonnant les villes, &c. L'empereur Diocletien envoya contre eux Maximien-Hercule, qui les ayant affoiblis par plusieurs petits combats, les torça de se renfermer dans une espèce de citadelle près de Paris. On se rendit maître de cette forteresse, qui fut rasée, & tous ceux qui s'y trouveront furent livrés à la mort. Amand périt dans le cours de cette guerre. Quant à Elien, on ignore comment il finit ses jours. Celui-ci étoit d'une famille obscure des Gaules; mais il avoit de l'audace, & savoit saisir à propos toutes les occasions de se signaler.
AMAND, (Marc-Antoine Gerard de St.) V. SAINT-AMAND.
AMARACUS, (Myt.) officier de la maison de Cynire, roi de Chypre. Comme il étoit chargé du soin des parfums, il eut tant de chagrin d'avoir cassé des vases qui en contenoient d'excellens, qu'il sécha de douleur. Les Dieux, touchés de compassion, le métamorphos A M A 223 thérent en une plante odoriférante, qui porte son nom : c'est la marjolaine.
AMARAL, (André D') ou DE MERAIL, Portugais de nation, chancelier de l'ordre dit depuis de Malte, & prieur de Catille, a rendu son nom à jamais infame, pour avoir trahi son ordre & livré Rhodes à Soliman. Ce scélérat fut puni de mort en 1522.
AMASA, fils de Jetra & d'Abi-guil sœur de David, fut général d'Abylon, lorsqu'il se révolta contre son père. Etant rentré dans son devoir après la mort de ce rebelle, David lui conserva sa charge : ce qui donna tant de jalouise à Joab, qu'il prit Amaja par la barbe, sous prétexte de le vouloir embraffer, & il le tua d'un coup d'épée. I. AMASEO, (Romulus) né à Udine dans le 15e siècle, devint secrétaire du sénat de Bologne, puis des papes Jules II & Paul III, qui l'envoyèrent en diverses ambaïades. Il possédait parfaitement la langue grecque, & on lui doit un volume de Discours, la traduction de Xenophon & celle de Pausanias. On a trouvé dans ces traductions plus d'élégance que de fidélité.
II. AMASEO, (Romulus) fils du précédent, né à Udine le 24 Juin 1481, professa avec éclat les Belles-Lettres & la langue Grecque à Padoue, à Bologne, & enfin à Rome, où il fut appelé par Paul III. Le successeur de celui-ci, Jules III le nomma secrétaire des Brefs apostoliques; & il remplit cette place jusqu'à sa mort, arrivée le 6 Juillet 1552. Ses principaux ouvrages, font I. Une Traduction en latin de l'expédition du jeune Cyrus par Xénophon, Bologne 1533.
II. Une autre, de la Description de la Grece, par Pausanias, Rome 1547. III. Vingt Discours sur divers sujets littéraires, publiés en 1564 à Bologne, par les soins de Pompilius Amaseo son fils, auteur lui-même de deux écrits; le premier sur la Construction du collège de Bologne, 1563; le second est une traduction latine du sixième livre de Polybe 1543, traduction dont Casabon a beaucoup profité.
III. AMASEO, (Grégoire) né à Udine d'une famille noble & originaire de Bologne, est mort en 1541. Nommé professeur de langue latine dans l'université de Venise, après la mort de George Valla, il s'acquit beaucoup de réputation. Il a laissé deux Discours latins qui ont été imprimés, & il a eu beaucoup de part aux Mémoires sur l'histoire & les troubles de la ville d'Aquilée, publiés sous le nom de Jean Candido en 1521.
AMASIAS, Voyez AMAZIAS.
AMASIS, de simple soldat devenu roi d'Egypte vers l'an 569 avant J. C., gagna le cœur de ses sujets par son affabilité & sa prudence. Il polica son royaume, y attira des étrangers, fit des lois, parmi lesquelles on en remarque une qui prescrivait à chaque particulier « de rendre compte tous les » ans à un magistrat, de la manière « dont il subisait ».
AMASTRIS, nièce du dernier Darius, épousa Cratera favori d'Alexandre, & ensuite Denis tyran d'Héraclée, & Lysimaque roi de Chalcedoine, qui lui laissa le gouvernement d'Héraclée où elle régna avec gloire. Ses fils Cléarque & Oxathres la firent juter dans la mer; mais Lysimaque punit bientôt ce parricine, & les fie 224 AMA périr. *Amaîris* fonda une ville de fon nom.
AMAT DE GRAVESON, *Voyet* GRAVESON.
AMATE, femme du roi *Latinus* & mère de *Lavinie*, se pendit de défefpoir, lorsqu'elle vit qu'elle ne pouvoit empêcher le mariage d'*Enée* avec sa fille. I. AMATO, moine du Mont- Caffin, dans le 11e siècle, a laiffé deux ouvrages; le premier sur la vie des apôtres *Pierre* & *Paul*, le second sur les victoires & les irruptions des Normands. Il dédia celui-ci à *Didier* abbé du Mont- Caffin, qui devint enfuite pape fous le nom de *Victor III*. On connoit encore deux savans nom- més *Amato*. Le premier, *Agnello* *AMATO*, fut avocat célèbre à Na- ples en 1616. On a de lui des *Conful- tations* & des écrits sur les droits *feodaux* & ecclésiastiques. Le se- cond, *Vincent AMATO*, a publié, en 1670, des *Mémoires historiques* for la ville de *Cantazero* sa patrie, capitaie de la Calabre-Ultérieure.
II. AMATO, (Jean-Antoine) peintre de Naples, né en 1475, fut disciple de *Silvestre Buono*. Un tableau de la naissance du Sauveur, dans l'église de *St. Jacques* à Naples; un autre de la Vierge, dans la chapelle des *Caraffes* de l'église de *St. Dominique*; celui de Ste. Marie *del Carmine* furent ses ouvrages les plus renommés. Il mourut à l'âge de 80 ans, en 1555, laiffant un neveu, *Antoine AMATO*, qui fuivit ses traces.
AMAURI, *Voyet* AMALARIC & AMALRIC.
AMAURI DE MONTFORT, *Voyet* MONTFORT. I. AMAURI Ier, roi de Jéru- falem en 1162, après la mort de *Baudouin III* son frère, étoit un jeune prince de 27 ans, qui, avec plusieurs bonnes qualités, avoit de très-grands défauts. L'avarice qui le dominoit, lui fit entre- prendre dans l'Egypte une guerre très-heureuse dans les commence- mens, mais bien funeste dans la suite. Il chaffa deux fois de toute l'Egypte *Gyracon*, prit Damiète, & auroit pu emporter avec la même facilité le Grand-Caire, si la crainte qu'il eut que son armée ne profitât du pillage de cette ville, ne l'eût porté à écouter les propositions du soudan. Le géné- ral Mahométan, instruit de la passion lâche d'*Amauri*, l'amusa si long-temps fous prétexte de lui amaffer deux millions d'or, que l'armée de *Noradin* qu'il attendoit, arriva & fit lever le siége. *Amauri* fut obligé de retourner dans son royaume, avec la honte d'avoir perdu sa peine, son honneur, & le tribut que les Egyptiens lui payoient. *Saladin*, fucceffeur de *Gyracon* son oncle, uni avec *Noradin*, pressa vivement les Chré- tiens. *Amauri* ne négligea rien pour rompre leurs mesures, & foutenu d'une puissante flotte de l'empereur Grec, il mit le siége devant Damiète; mais les pluies & la famine le contraignirent de le lever. Cependant *Saladin* entra dans la Palestine, prit Gaze, & fit un horrible ravage, dans le temps que *Noradin* en taifoit autant vers Antioche. *Amauri*, qui s'op- pofoit avec un courage invincible aux efforts de tant d'ennemis, mourut le 11 juillet 1173, âgé de 38 ans.
II. AMAURI II, de *LUSIGNAN*, roi de Chypre, fuccéda à *Guy* son frère roi de Jérusalem, en 1194. *Ifabelle*, seconde fille d'*Amauri I*, difputa à *Amauri II* le titre de roi de de Jérusalem, qu'elle porta à Henri II, comte de Champagne, son troisième mari. Mais ce dernier étant mort d'une chute en 1197, Amauri II, qui étoit veuf, épousa Isabelle, & fut couronné roi de Jérusalem. Il fit d'Acre sa résidence. Ses projets contre les Sarrafins, maîtres de la sainte Cité, furent inutiles. Il mourut en 1205, avec le regret d'avoir imploré en vain le secours des princes de l'Europe.
III. AMAURI DE CHARTRES, clerc, natif de Bène, village du diocese de Chartres, professa la philosophie avec distinction au commencement du XIIIe siècle. La métaphysique d'Aristote le jeta dans des erreurs dangereuses. Il se fit un nouveau système de religion, qu'il développa à peu près ainsi, suivant M. l'abbé Pluquet. Aristote suppose que tous les êtres sortent d'une matière étendue, mais qui n'a par elle-même, ni forme, ni figure, & qu'il appelle Matière première. « Amauri reconnoissoit » dans la matière première qu'il nommoit DIEU, parce qu'il étoit l'Être nécessaire & infini; « Amauri reconnoissoit, dis-je, » en Dieu trois Personnes, le Père, le Fils, & le Saint-Esprit, « auxquels il attribuoit l'empire » du monde, & qu'il regardoit comme l'objet de la religion. « Mais comme la matière première étoit dans un mouvement » continuel & nécessaire, la religion & le monde devoient finir, « & tous les êtres devoient rentrer » dans le sein de la matière première, qui étoit l'Être des êtres, « le premier Être, seul indéstructible... La religion, selon Amauri, » avoit trois époques, qui étoient « comme les règnes des trois Personnes de la Trinité. Le règne » du Père avoit duré pendant « toute la loi Mosaïque. Le règne » du Fils, ou la religion Chrétienne, ne devoit pas durer tous « jours : les cérémonies & les » sacremens, qui, selon Amauri, « en faisoient l'essence, ne devoient pas être éternels. Il devoit » y avoir un temps où les sacremens devoient cesser; & alors « devoit commencer la religion » du Saint-Esprit, dans laquelle les « hommes n'auroient pas besoin » de sacremens, & rendroient à « l'Être suprême un culte purement spirituel. Cette époque étoit « le règne du Saint-Esprit : règne » prédit, selon Amauri, dans l'écriture, & qui devoit succéder à « la religion Chrétienne, comme » la religion Chrétienne avoit « succédé à la religion Mosaïque. » La religion Chrétienne étoit « donc le règne de JÉSUS-CHRIST » dans le monde; & tous les « hommes, sous cette loi, devoient se regarder comme des » membres de JÉSUS-CHRIST. « Amauri eut beaucoup de profélytes, & fut condamné par Innocent II. Ses disciples ajoutèrent à ses extravagances, que les sacremens étoient inutiles, & que toutes les actions dictées par la charité, même l'adultère, ne pouvoient être mauvaises. Ils furent condamnés dans un concile de Paris en 1209. On en brûla plusieurs, & l'on déterra le corps de leur chef pour le jeter à la voirie. Amauri, condamné par l'université, en avoit appelé au pape, qui l'anathématisa à son tour. Craignant d'être puni rigoureusement, il se rétracta, & se retira à Saint-Martin-des-champs, où il mourut de chagrin & de dépit. DAVID de Dinant fut son principal disciple; (Voyer son article.) I. AMAZIAS, roi de Juda, l'an 856 avant J. C., fils & fucceffeur de Joas, eut d'abord un règne heureux. Il vengea le meurtre de son père, vainquit les Iduméens, leur enleva leurs idoles, et les adora. Un Prophète vint le menacer de la part de Dieu; mais ce roi ne lui répondit qu'en le menaçant lui-même de le priver de la vie. Son orgueil étoit à son comble. Il écrivit à Joas, roi d'Ifraël, que s'il ne se rendoit pas son sujet avec tout son peuple, ses armes l'en feroient repentir. Joas lui envoya en réponse l'apologue du cèdre du Mont-Liban, dont un vil chardon veut épouser la fille. Amazias, piqué de cette réponse, déclara la guerre au roi d'Ifraël, qui le défit & le prit prisonnier. Ses propres sujets le poignardèrent ensuite dans une conspiration, l'an 865 avant J. C.
II. AMAZIAS, prêtre des veraux d'or qui étoient à Béthel, vers l'an 965 avant J. C., avertit Jéroboam, roi d'Ifraël, des prédictions qu'avoit faites contre lui & contre le temple des idoles, le prophète Amos, & voulut empêcher ce dernier de manifester à Béthel les vérités funestes qu'il lifoit dans l'avenir. Amos lui prédit qu'il feroit mené captif en Syrie, où il mourroit de déplaisir; qu'on abuseroit de sa femme au milieu de la place de Samarie, & que ses fils & ses filles feroient tués par les mains des soldats de Salmanofar.
AMAZONES. Voyez ANTIOPE, ORITHYE, PENTHESILÉE & THALESTRIS.
AMBIGAT, roi de toutes les Gaules, du temps de Tarquin l'Ancien, vers l'an 590 avant J. C., étoit un prince très-puissant. Voyant que le nombre de ses sujets étoit beau- coup plus grand que son pays ne pouvoit en nourrir, il résolut d'en envoyer une partie sous la conduite de Bellovèje, une autre sous celle de Ségovèje, ses neveux, pour chercher ailleurs de nouvelles habitations. L'un prit la route d'Italie avec ceux des Sénonois qui voulurent le suivre, & l'autre celle de la forêt Hercinienne, aujourd'hui la Forêt-Noire, dans la Germanie. I. AMBOISE, (George d') de l'illustre maison d'Amboise, ainsi appelée parce qu'elle possédoit la seigneurie d'Amboise depuis l'an 1256, naquit en 1460. Destiné de bonne heure à l'état ecclésiastique, il n'avoit que quatorze ans lorsqu'il fut élu évêque de Montauban. Il devint ensuite un des aumôniers de Louis XI, auprès duquel il se conduisit avec beaucoup de prudence. Après la mort de ce prince, arrivée en 1483, il entra dans quelque intrigue de cour qui pouvoit être favorable au duc d'Orléans, avec lequel il étoit dès lors très-lie; & cette intrigue n'ayant pas réussi, d'Amboise & son protecteur furent arrêtés. Enfin le duc d'Orléans fut mis en liberté, & ce prince ayant fait le mariage du roi avec la princesse Anne de Bretagne, acquit un très-grand crédit à la cour. D'Amboise, son favori, en ressentit bientôt les heureux effets: il eut, quelque temps après, l'archevêché de Narbonne; mais comme il étoit trop éloigné de la cour, il le changea avec plaisir pour celui de Rouen, dont le chapitre l'avoit élu en 1493. Dès qu'il fut en possession de ce nouveau siege, le duc d'Orléans qui étoit gouverneur de Normandie, le fit lieutenant-general, avec la même autorité que s'il eût été gouverneur en chef. Cette province étoit alors dans un grand dé- ordre; la noblesse opprimoit le peuple; les juges étoient tous corrompus ou intimidés; les soldats, licenciés depuis les dernières guerres, infétoient tous les chemins, pillant & affaîffant tous les voyageurs qu'ils rencontroient. Mais dans moins d'un an, d'Amboise rétablit par ses soins & sa prudence la tranquillité publique dans la province confiée à sa conduite. Charles VIII étant mort en 1498, le duc d'Orléans monta sur le trône sous le nom de Louis XII, & d'Amboise devint son premier ministre. La première opération de son ministère lui concilia l'amour de toute la nation. C'étoit la coutume, à l'avènement du roi à la couronne, de mettre une taxe extraordinaire sur le peuple, pour payer les frais du couronnement. Mais par le conseil d'Amboise, cette taxe ne se leva pas à l'avènement de Louis XII, & les impôts furent bientôt diminués d'un dixième. Ses vertus fupplèrent à ses lumières. Il rendit les François heureux, & tâcha de conserver la gloire qu'ils s'étoient acquise: Louis XII entreprit par son conseil la conquête du Milanez, en 1499. Louis le Maure, oncle & feudataire de Maximilien, étoit alors en possession de cette province. Elle se révolta peu après qu'elle eut été conquise; mais d'Amboise la fit aussitôt rentrer dans le devoir. Quelque temps après il fut reçu à Paris en qualité de l'égat du pape, avec beaucoup de magnificence. Il travailla, pendant sa légation, à la réforme de plusieurs ordres religieux, des Jacobins, des Cordeiers, des moines de St.-Germain-des-Prés. Son désintéressement le rendit aussi recommandable que son zèle. Il ne posséda jamais qu'un seul bénéfice, dont il confiera les deux tiers à la nourriture des pauvres & à l'entretien des églises. Il se contenta de l'archevêché de Rouen, & du chapeau de cardinal, sans vouloir y ajouter d'abbayes. Un gentilhomme de Normandie offrant de lui vendre une terre à vil prix pour marier sa fille, il lui donna la dot de la demoiselle, & lui laissa la terre... Il avoit obtenu la pourpre Romaine après la dissolution du mariage de Louis XII avec Jeanne de France, à laquelle il contribua beaucoup; & après qu'il eut fait donner à César de Borgia, fils du pape Alexandre VI, le duché de Valentinois, avec une pension considérable. Son ambition étoit d'être pape; « mais ce » n'étoit, disoit-il, que pour travailler à la réforme des abus & » à la correction des mœurs. » Après la mort de Pie III, le cardinal François eût pu voir ses désirs accomplis, s'il eût été aussi rusé que les cardinaux Italiens. Il fit des démarches pour se procurer la tiare; mais le cardinal Julien de la Rovere (depuis Jules II,) plus politique que lui, la lui enleva. Les Vénitiens ayant beaucoup contribué à son exclusion, il excita Louis XII à leur faire la guerre. La France perdit le cardinal d'Amboise en 1510: il mourut le 25 mai, à Lyon, de la goutte à l'estomac, dans le couvent des pères Céleslins, âgé de 50 ans. On dit qu'il se pétoit souvent au Frère infirmier qui le servoit dans sa maladie: Frère Jean, que n'ai-je été toute ma vie Frère Jean! On a beaucoup loué ce sage ministre d'avoir travaillé au bonheur des François; mais on l'a blâmé d'avoir signé, au nom de son maître, le traité conclu à Blois en 1504, par lequel la France risquoit d'être démembrée. Il gouvernoit le roi & l'état Laborieux, doux, honnête, il avoit du bon sens, de la sermenté, de l'expérience; mais ce n'étoit pas un grand génie, ni un homme à vues étan- dues. L'envie qu'il témoigna de supprimer les impôts, lui fit donner de son vivant, & encore plus après sa mort, le nom de Père du Peuple. Il méritoit encore ce titre, par le soin qu'il prit de réformer la justice. La plupart des juges étoient des ames vénales, qui se laissolent ou corrompre, ou inti- mider; les pauvres, & ceux qui n'avoient point d'appui, ne pou- voient jamais obtenir justice, quand leurs parties étoient puissantes & riches. Un autre désordre, non moins grand, troubloit la France. Tous les procès trainoient si fort en longueur, étoient d'une si grande dépensé, & accompagnés de tant de détours & de chicanes, que la plu- part des gens aimoient mieux aban- donner leurs droits, que de s'effor- cer de les recouvrer par d'éternelles procédures. D'Amboise résolut de remédier à ces abus. Il appella au- près de lui les juges & les juris- consultes, les plus intègres, les plus savans; & les chargea devoir se qu'il y avoit à faire pour que la justice fût administrée sans par- tialité, pour abréger les procès & les rendre moins ruineux, & pour prévenir la corruption des juges. Quand les commissaires qu'il avoit établis, eurent déclaré les chan- gemens qu'il y avoit à faire aux anciennes lois, & les nouvelles qu'il étoit à propos d'établir, d'Am- boise se chargea lui-même du soin pénible d'examiner à fond leur pro- jet. Après y avoir fait quelques changemens, ces nouveaux règle- mens furent publiés dans tout le royaume; & comme il avoit été fait gouverneur en chef de Nor- mandie, depuis l'avènement de Louis XII à la couronne, il alla lui-même dans cette province avec le titre imposant de réfor- mateur général, pour y faire re- sevoir son nouveau Code. « Le » cardinal d'Amboise dit l'abbé » Béraud, sans avoir au degré su- » prême toutes les vertus qui ont » signalé les évêques du premier » âge de l'église, en eut toutefois » qui dans tous les temps feront dé- » tirer des prélats, qui lui soient » comparables; il réunit d'ailleurs » toutes les qualités sociales & » politiques, qui font les ministres » & les citoyens précieux. Ma- » gnifique & modeste, libéral & » économe, habile & vrai, aussi » grand homme de bien que grand » homme d'état, le conseil & » l'ami de son roi, tout dévoué » au monarque & très-zélé pour » la patrie; ayant encore à con- » cilier les devoirs de légat du » saint-Siège, avec les privilèges » & les libertés de sa nation, les » fonctions paternelles de l'épif- » copat avec le nerf du gouver- » nement, & le caractère même » de réformateur des ordres reli- » gieux avec le tumulte des affaires » & la dissipation de la cour: par- » tout il fit le bien, réforma les » abus, & captiva les cœurs avec » l'estime publique. » Voyez sa Vie par l'abbé le Gendre, 1721, in-4. ou 2 vol. in-12; & ses Lettres à Louis XII, Bruxelles 1712, 4 vol. in-12. Jean-Jacques d'AMBOISE, comte d'Aubijoux, mort sans alliance en 1645, fut le dernier de cette famille. Il étoit d'une branche cadette. L'aînée finit à Chaumont. ( Voyez CHAUMONT, n.º 1.)
II. AMBOISE, ( Aimery d' ) grand maître de l'ordre de St. Jean de Jérusalem, fuscesseur de Pierre d'Aubusson en 1503, étoit frère du précédent. La victoire navale qu'il remporta en 1510 fut le soudan d'Égypte, proche Monte-Négro, lui fit un nom dans son ordre & dans l'Europe. Il ne vécut que deux ans après cet évènement, étant mort le 8 novembre 1512, dans sa 78e année. « C'étoit un prince sage, dit l'abbé de Vertot, » habile « dans le gouvernement, heureux » dans toutes ses entreprises; qui » enrichit son ordre des dépouilles » des Infidèles, sans s'enrichir lui- » même; qui mourut pauvre, & » n'en laissa point dans l'isle. »
III. AMBOISE, (François d') fils d'un chirurgien de Charles IX, sut élevé par les soins de ce prince au collège de Navarre. Il eut en- suite une charge de maître des re- quêtes & de conseiller d'état. Lorf- qu'Henri III fut élu roi de Pologne, il suivit ce monarque dans ce pays. Il mourut vers 1620. C'est à lui qu'on attribue l'édition des Œuvres d'Abailard, en 1616, in-4.º On a de lui une Comédie plaisante, intitulée: Les Néapolitaines, 1584, in-12.
IV. AMBOISE, (Adrien d') frère du précédent, fut curé de St- André à Paris, & évêque de Tré- guier en 1604: il mourut dans ce siège en 1616. Il est auteur de la tra- gédie d'Holopherne, 1620, in-8.º V. AMBOISE, (Jacques d') docteur en médecine & recteur de l'université de Paris, étoit frère des deux derniers. Ce fut sous son rec- orat que l'université prêta ferment à Henri IV, & qu'elle commença le procès contre les Jésuites: il mourut de la peste en 1606. On a de lui: Orationes dum in senatu ha- bitæ pro universis Academiæ ordinibus, in Claromontenses, qui se Jesuitas dicunt, à Paris 1595, in-8.º, & quelques autres Questions citées dans la Bibliotheque de la Médecine ancienne & moderne, par Carrère.
VI. AMBOISE, (Michel d') S.r de CHEVILLON, fils na- surel de Charles d'Amboise, ma- chical & amiral de France, plus connu sous le nom de Chaumont (Voyer cet article n.º 1) naquit à Naples. La famille d'Amboise le fit clever & fournit à sa subfi- tance. Un mariage fait contre le gré de cette famille, joint à un crime dont il fut complice & dont il fut puni par la prison, lui attira son ressentiment & le réduisit à la misère. Il vivait encore en 1543. On a de lui en vers. I. Contre- Epitres d'Ovide, Paris 1546, in-16. II. Les Secrets d'Amour, 1542, in-8.º III. Les Ris de Démocrite & les Pleurs d'Héraclite, traduits d'Antoine Phileremo-Fragofo, 1547, in-8.º IV. Complaintes de l'Esclave Fortune, (c'est le nom qu'il pre- noit) 1529, in-8.º V. La Penthaire, ou Lettres & Fantaisies, &c. 1530, in-8.º VI. Epigrammes, 1532, in-8.º réimprimées dans le suivant, VII. Epitres vénériennes, 1532, in-8.º VIII. Le Babylon, ou Lettres récréatives & joyeuses, in-8.º IX. Le Blason de la Dent, dans le Recueil intitulé: Blason des parties du Corps féminin, Lyon 1536, in-16.
AMBOISE, (Françoise d') Voyer II. FRANÇOISE.
AMBOISE, (Renée d') Voyer III. MONTLUC.
AMBOISE, (Charles d') Voyer CHAUMONT, n.º 1. I. AMBRA, (Elizabeth-Girolami) naquit à Florence au commence- ment du dernier siècle, & mérita par ses poésies agréables d'être reçue à l'académie des Arcades de Rome sous le nom d'Idalba.
II. AMBRA, (François) poète Florentin du seizième siècle, a laissé quelques Comédies.
AMBROGI, (Antoine-Marie, né à Florence le 13 juin 1713) mort à Rome en 1788, remplis 230 A M B avec éclat pendant 30 ans la chaire d'éloquence au Collège Romain. La plupart des littérateurs qui honorent en ce moment l'Italie, lui doivent leur goût pour l'étude, & le développement de leurs talens. Il a publié : I. Une traduction de Virgile en vers sciolti, dont l'édition faite à Rome est très-recherchée. II. Des traductions de quelques tragédies de Voltaire, Florence, 1751. III. Une autre des Epîtres choisies de Cicéron. IV. Un Discours latin sur l'élection de Joseph II, roi des Romains. V. Museum Kicheranum, 2 volumes in-fol. La garde de ce dépôt précieux fut long-temps confié à Ambrogi, qui engagea le savant cardinal de Zéada à l'enrichir de ses dons. Il a laissé en manuscrit un poème latin en plusieurs chants sur la culture des citronniers. I. AMBROISE, diacre d'Alexandrie, homme de qualité, riche, & mari de Ste Marcelle, fut converti à la foi catholique par Origène, qu'il étoit allé entendre par curiosité. Le disciple plut au maître par son esprit & son éloquence. Il ne cessa de prêter Origène de travailler sur l'Écriture-Sainte, entretint 14 personnes pour écrire sous lui, & l'engagea à réfuter Celfe. Il confessa généreusement la foi de J. C. devant Maximin, & mourut vers l'an 250.
II. AMBROISE, (Saint) docteur de l'église, & archevêque de Milan, comptoit parmi ses aïeux des confuls & des préfets. Son père étoit gouverneur des Gaules, de l'Angleterre, de l'Espagne & d'une partie de l'Afrique. Il naquit vers l'an 340, dans une des villes où commandoit son père, soit à Arles, soit à Trèves, soit à Lyon. Il fut élevé d'abord dans les Gaules. Le prodige d'un assain d'abeilles, qui lui vint couvrir le visage, mit sa famille dans l'admiration : elle crut que Dieu le destinoit à quelque chose de grand. Après la mort de son père, sa mère l'emmena à Rome, où elle cultiva avec soin son cœur & son esprit. Alexis Probus, préfet du prétoire, le mit au nombre de ses conseillers, & lui donna ensuite le gouvernement de l'Émilie & de la Ligurie, en lui recommandant de se conduire dans cet emploi plutôt en évêque qu'en juge. Ce conseil fut comme une prédiction de ce qui arriva dans la suite. Après la mort d'Auxence, évêque de Milan, Ambroise fut élu pour lui succéder, par le peuple, qui le proclama d'une voix unanime, & ce choix fut confirmé par l'empereur Valentinien. Ambroise n'étoit que catéchumène ; on le baptisa, on l'ordonna prêtre, & on le sacra le 7 Décembre 374. L'Eglise d'Italie étoit alors affligée de deux fléaux différens; les Ariens agitoient le peuple, parce qu'ils étoient acharnés à l'établissement de leur doctrine ; & les Goths, qui avoient pénétré jusqu'aux Alpes, avoient commencé leurs ravages. Ambroise eut le courage qu'il falloit dans ces temps malheureux. L'impératrice Justine, maîtresse de l'empire sous son fils Valentinien II, défiloit que les Ariens eussent au moins une église ; mais Ambroise ne voulut leur rien accorder. Callogone, préfet de la chambre de l'empereur, le menaça de lui ôter la vie, s'il n'obéissoit à son maître. Ambroise se contenta de répondre, que si le préfet s'avoit agir en cours, on injuste, il trouveroit en lui un homme qui sauroit souffrir en évêque. Il dit dans la même occasion : Si l'on en veut à mon patrimoine, qu'on le prenne, je l'abandonne de bon cœur ; si c'est à mon corps, j'irai le présenter moi-même. Veut-on me mettre dans les fers, ou me conduire à la mort ? j'y confens encore avec plaisir. Qu'on n'appréhende pas que je me donne une escorte, ou que je me s'ffe entourer du peuple. Je n'irai point embroffer les autels pour défendre ma vie ; j'aimirois beaucoup mieux me voir immolet au pied des autels, que de les livrer aux héré- tiques, ou d'exposer le sang de mes ouvilles. Enfin fafermeté, que quel- ques hiftoriens ont regardée comme une résistance à l'autorité légitime, toucha l'impératrice, & Dieu lui rendit le calme après un long orage. Le faint prélat donna encore une preuve plus louable de son zele. La ville de Theffalonique s'étoit révol- tée contre son gouverneur qui fut tué dans la sédition. L'empereur Théodore, pour se venger de sa mort, fit massacrer 7000 habitans de cette malheureuse ville : l'évêque de Milan, instruit de cette barbarie, le mit en pénitence publique, & lui refusa l'entrée de l'église... Sa ma- gnanimité n'ôta rien à sa charité. Il racheta tous les captifs que les Goths avoient faits, & vendit même pour cette action héroïque, les vases de l'église. Les Ariens le lui ayant reproché, il leur dit qu'il valoit mieux conserver à Dieu des ames que de l'or. Ce faint prélat mourut le 4 Avril, veille de Pâques, en 397, à l'âge de 57 ans. Dans les derniers jours de sa maladie, les principaux citoyens de Milan alar- més, vinrent le prier de demander à Dieu la grace de le laiffer encore quelque temps sur la terre. Je n'ai pas vécu parmi vous, répondit Am- broise, de manière que je doive avoir honte de vivre encore ; mais je ne dois pas craindre aussi de mourir, parce que je tombe entre les mains d'un bon maître. Il fut enterré dans la Basilique Am- broisienne. On mit son corps dans les souterrains de l'Eglise, vis-à-vis de ceux des martyrs St. Gervais & St. Protais, qu'il y avoit placés lui- même. « Depuis ce temps, dit » Baillat, il y est demeuré si bien » caché, qu'on ne peut dire préci- » fement l'endroit où il est, non » plus que ce qui est resté des re- » liques de ces saints martyrs. » Les Bénédictins de la congregation de St. Maur, ont donné, en 1686 & 1690 ou 91, une bonne édition de ses Ouvrages en 2 vol. in-fol. divités en deux parties. La pre- miere renferme ses Traités sur l'E- criture sainte : la seconde, ses Ecrits sur différents sujets. Toutes ses pro- ductions respirent une piété tou- chante. Son style n'est pas toujours pur ; mais il est ordinairement vif & doux ; il prodigue un peu trop l'an- tiniste, & n'en a pas moins d'onc- tion. On distingue parmi ses ou- vrages ses trois livres des Offices. Quoique ce traité soit fort au- dessous de celui de Cicéron, soit pour l'élegance de la diction, soit pour l'arrangement des matières, soit pour l'ordre & la justeffe des raisonnements, il est précieux par les excellentes maximes de morale qu'il renferme. Il est été à désirer que les exemples & les passages de l'Ecriture, qui font la principale partie de ce livre, y fussent quel- quefois plus heureusement appli- qués ou expliqués. Il s'est trop per- suadé que les personnages de l'an- cien testament, étant à ses yeux exempts de défauts, il pouvoit louer ou excuser des actions que les livres saints ne louent ni n'ex- cusent. On a une traduction fran- çoise de ses Lettres, 1741, en 3 vol. in-12; de son Traité de la Vir- ginité, 1729, 1 vol. in-12; de son Traité des Offices, par Bellegarde, 1689, 1 vol. in-12. En 1787 on a publié à Dusseldorf ses Lettres aux souverains, pleines de fermeté & de grandeur d'ame. C'est à St. Am- broise qu'on attribue le Te Deum, désigné long-temps sous le nom de l'hymne d'Ambroise. « Ce qui dit 232 AMB » tingue ce cantique de tant d'au- » tres, dit un auteur moderne, ce » n'est pas seulement ce groupe » d'idées vastes, grandes, pro- » fondes, sublimes, qui en com- » posent le fond, mais encore la » manière dont elles sont jetées » avec une négligence de génie in- » finimpt supérieure aux efforts » de l'art. Ce passage rapide du Ciel » à la terre, & de la terre au Ciel, » de la redoutable majesté de l'E- » ternel, aux misères & aux besoins » de l'homme; adoration, terreur, » amour, espérances, affections » vives & tendres, langage animé » & désordre, chutes brussques & » inégales, ve. sans mère, sans » nombre, sans cadence: tout ex- » prime l'enthousiasme & la véri- » table inspiration. Les protestans » qui ont fait main-baise sur tant » d'hymnes catholiques, n'ont eu » garde de se départir de celle-ci; ils » ont senti qu'elle ne souffrait » point de remplacement. » *P. ulin*, prêtre de Milan, écrivit la *Vie* de *St. Ambroise*, à la prière de *St.* *Augustin*, le plus illustre disciple de ce saint évêque. (*Voyer* l'art. I. AGNES. )
III. AMBROISE le *CAMALDULE*, général de son ordre en 1:31, na- quit à Portico dans la Romagne. *Eugène IV* l'envoya au concile de Basle. Il brilla ensuite à ceux de Ferrare & de Florence, & il dressa le décret d'union entre l'Eglise Grecque & l'Eglise Latine. On ad- mira sa facilité à s'énoncer en grec. *Ambroise* fut re-herché par les sa- vans de son temps, qui aimoient en lui un homme de lettres enjoué, & un religieux aimable, quoique sévère pour lui-même. Il dit, à l'occasion de *Laurent Valla* & du *Pogge Florentin*, qu'il n'avoit pu réconcilier : « Qu'on devoit faire peu de cas des savans qui n'ont, » ni la charité d'un Chrétien, ni » la politesse d'un homme de » lettres. » Il mourut le 21 octobre en 1439. Nous avons de lui : I. Plusieurs *Traductions* de livres grecs. II. Une *Chronique du Mont-Caffin*. III. des *Harangues*. IV. Des *Lettres* & d'autres ouvrages. Ses lettres contiennent beaucoup de faits con- cernant l'histoire civile & littéraire. On les trouve dans la collection de *D. Martenne*. On a aussi de lui *Ho- doeporicon*, ou *Vifite des Monastères* de son ordre, Florence, 1680, in-4. °
IV. AMBROISE DE LOMBEZ, (le Père) pieux & savant capucin, dont le nom de famille étoit *La* *Périe*, naquit à Lombez en 1708, & mourut en odeur de sainteté le 25 Octobre 1778, à St.-Sauveur, près de Barèges, à 70 ans. Son ordre reconnut son mérite, & il fut successivement professeur de théologie, gardien & définiteur. Son *Traité de la Paix intérieure*, & ses *Lettres spirituelles*, l'un & l'autre en 1 vol. in-12, sont pleins de lumière, d'onction & de cette piété tendre dont l'auteur étoit pénétré, Il avoit de grands talens pour la direction des ames, & il fut l'instru- ment dont Dieu se servit pour con- verir les pécheurs & consoler les justes, ainsi que l'a dit le père *Maycul* ca- pucin, secrétaire-général de son ordre, dans un quatrain mis au bas de son portrait. Le Père *Ambroise* étoit ne avec un amour propre trop sensible, avec une délicatesse ex- cessive, avec le désir de l'estime publique : la religion corrigea tous ces défauts. Il opposa à l'orgueil l'humilité & le mépris de lui-même. C'est l'amour propre, disoit-il, qui corrompt nos vertus & notre bonheur. De cent choses qui nous choquent dans la société, quatre-vingt dix-neuf n'ont pas été dites pour nous choquer. Mais l'or- guil prend tout à la rigueur. » *Qu'il*
AMÉ 233 prenne, ajoutoit-il, les choses comme il voudra : je souffrirai tout. Quand on me cracheroit au visage, n'ai je pas un mouchoir pour l'essuyer ? I. AMBROSINI, (Barthélèmi) professeur en médecine, & directeur du jardin botanique de Bologne, sa patrie, vers 1620, fut dans le même temps préposé par le sénat de cette ville au cabinet d'histoire naturelle de la république. Outre plusieurs volumes d'Aldrovandi, qu'il a publiés, il a donné : I. Panacea ex herbis quæ à Sanctis denominantur, Bononiæ, 1630, in-8.º II. Historia Capsicorum cum iconibus, ibid. 1630, in-12. III. Theodorica Medicina, ibid. 1632, in-4º, &c. Il mourut en 1657.
II. AMBROSINI, (Hyacinthe) frère & fuccefleur du précédent dans la direction du jardin de Botanique à Bologne, est auteur des ouvrages fuivans : I. Hortus Bononia studioforum confitus, &c. Bononiæ, 1654, 1657, in-4.º II. Phytologia, hoc est, de Plantis, ibid. 1664, 1666, in-fol. Ce dernier contient les différens noms & les synonymes avec les étymologies des plantes découvertes dans le 17e siècle. La mort de l'auteur a laissé imparfait cet ouvrage, qui devoit avoir plusieurs volumes.
AMBROSIO, (Théée) de Pavie, de l'illustre famille des Comtes d'Albonèfe, professa les langues Syriaque & Chaldaïque dans l'université de Bologne, & mourut en 1540. Il a laissé. I. Une Introduction à la connoissance des langues Chaldaïque, Syriaque, Arménienne, & de dix autres langues. II. Description du Baffon, instrument de musique. III. Mystica Cabalistica quamplurima scitudigna, &c.
AMÉ, (St.) ou AMAT, se retira dans une cellule taillée dans le roc, près du monastère d'Agaune. On l'en tira pour le placer sur le siège épiscopal de Sion en Valais, & non de Sens, comme l'ont dit Baillet & les Bollandistes. Thierry fils de Clovis II, fatigué des pieuses exhortations d'Amé, l'exila à Péronne, où il mourut l'an 690. I. AMÉDÉE V, dit le GRAND, comte de Savoie en 1285, défendit en 1315 l'île de Rhodes contre les Turcs qui vouloient la reprendre. Ce fut en mémoire de cette expédition qu'Amédie & ses défendans ont pris pour armes une croix de Malte, avec cette devise en quatre lettres, F. E. R. T. qu'on explique ainsi : Fortitudo Ejus Rhodum Tenuit. On dit que ce prince fit trente-deux sièges, & qu'il fut toujours vainqueur. Il mourut à Avignon en 1323. Il s'étoit rendu dans cette ville, pour porter Jean XXII à faire prêcher une croifade contre les Infidèles, en faveur d'Andronic, empereur d'Orient, qui épousa sa fille.
II. AMÉDÉE VI, surnommé le Comte Verd, parce qu'il parut à un tournoi avec des armes vertes, fut comte de Savoie en 1343. Il alla en Grèce secourir Jean Paléologue, & l'arracha des mains du roi de Bulgarie. Il donna du secours au roi de France contre celui d'Angleterre. On le regarda comme l'arbitre de l'Italie & le détenieur des papes. Il mourut en 1383, de la peste. Amédée est l'infilateur de l'ordre du Lacs d'Amour.
III. AMÉDÉE VIII, fuccefleur d'Amédée VII en 1391, fut surnommé le Pacifique & le Salomon de son siècle. Il fut conserver la paix, pendant que tous les potentats ses voisins se faisoient la guerre. Après avoir fait ériger la 234 AMÉ Savoie en duché l'an 1416, il quitta ses états & ses enfans, & se retira avec plusieurs seigneurs de sa cour au prieuré de Ripaille, près Thonon. Il y bâtit tout auprès un palais superbe, auquel il donna le nom modeste d'Hermitage; & dans une assemblée des Grands de ses états, il y infitua, l'an 1434, l'ordre de la chevalerie séculière de l'Annonciade, qui n'étoit qu'une réforme de celui du Lacs d'Amour; établi en 1355 par le comte Amédée, dit le Verd, (Voyez l'Art de vérifier les dates, p. 837, 2e édit.) Tous ceux qui étoient admis dans ce séjour de plaisirs, étoient logés avec magnificence; les mers les plus exquis couvroient leurs tables: ils vivoient plus en honnêtes Epicuriens, qu'en véritables hermites. Ils portoient néanmoins ce dernier nom, parce qu'ils avoient exclu les femmes de leur société, & qu'ils laissoient croître leur barbe comme les capucins. Leur habit étoit moins rude que celui de ces religieux; c'étoit un drap gris très-fin, un bonnet d'écarlate, une ceinture d'or, & une croix au cou, de la même matière. Amédée jouissoit d'un repos voluptueux dans cette maison de délices, iorique les Pères du concile de Basse lui donnerent la tiare l'an 1439, & l'opposèrent à Eugène IV. Le cardinal d'Aries fut député pour lui apprendre son élection. Amédée vint au-devant de lui avec ses hermites & ses domestiques, & consentit à être pape, après avoir témoigné quelques regrets de quitter son hermitage. Il prit le nom de Félix V. Un sacrifice qui lui coûta autant que celui de sa retraite, fut de se laisser couper la barbe, qui étoit d'une longueur extraordinaire. Après la mort d'Eugène, Nicolas V ayant été élu, Félix abdiqua la tiare en 1449, par esprit de paix, & se contenta du chapeau de cardinal. Il mourut quelque temps après à Geneve le 7 Janvier 1451, âgé de 69 ans, en philosophe Chrétien, qui s'étoit sacrifié à la tranquillité de l'église. On ne fait trop pourquoi un historien moderne a dit de lui: Que c'étoit un homme bizarre, qui ayant renoncé à son duché de Savoie pour la vie molle d'Hermite, quitta ensuite sa retraite de Ripaille pour être Pape! Il est constant qu'il ne le fut que malgré lui, & sa démission le prouve assez.
IV. AMÉDÉE IX, né à Thonon en 1435, succéda à Louis duc de Savoie en 1465. Il joignit la valeur d'un héros à toutes les vertus d'un Chrétien. Ses ennemis l'éprouvèrent plus d'une fois; mais il ufoit généreusement de la victoire. Il chérissoit les pauvres comme ses enfans. On lui dit un jour que ses aumônes épuisoient ses finances. Eh bien! dit-il, voici le collier de mon ordre: qu'on la vende, & qu'on soulage mon peuple... Amédée mourut faiblement en 1472, emportant les regrets de son peuple & de ses voisins. Il avoit épousé Yolande de France, qui le seconda dans toutes ses bonnes œuvres. Les vertus de ce prince lui ont mérité le titre de Bienheureux.
AMELONGHI, (Jérôme) surnommé le Bossu de Pise, vivoit dans le 16e fêcle, & se fit rechercher par ses saillies & ses connoissances. On a de lui un poème intitulé, La Gigantea, que quelques auteurs l'ont accusé d'avoir volé à Benoit Arrighi, académicien de Florence. Le bibliothécaire Biscioni, dans ses remarques sur la vie & les ouvrages de Lafea, fait une longue mention d'Amelonghi. A M E 235
AMELOT DE LA HOUSSAYE, (Abraham-Nicolas) ne à Orléans en 1634, & mort à Paris en 1706, dans un état peu au-dessus de l'Indigence. C'étoit un esprit dur & un homme austère. Il est connu par son talent pour la politique. Il s'étoit formé sous le président de la André, ambassadeur à Venise, qui le prit pour son secrétaire. Nous avons de lui plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue: I. Sa Traduction de l'Histoire de la Concile de Trente, par Fra-Paulo, 1686, in-4°, assez estimée avant que celle de le Courayer parfit. Cette version lui fit des ennemis dangereux, qui répandirent des calomnages, répétées par l'auteur du Dicotnaire des livres Jansénistes. II. Elle du Prince, de Machiavel, en 2 vol. in-12. Il s'efforce d'y justifier et écrivain des reproches mérités qu'on lui faits, d'avoir donné desçons d'affaîchants & d'empoisonnement. III. La Version de l'Homme pour Cour, de Balthasar Gratian, 1-12, avec des remarques morales politiques. IV. Celle des Annales de l'Île d'Île, en 4 vol. in-12, seche à plate, mais estimée à cause des notes politiques dans lesquelles il a noyé son auteur. François Chrys y ajouta six volumes, très supérieurs aux premiers. V. L'Histoire du gouvernement de Venise, 3 vol. in-12, 1714, avec l'Examen de la liberté originelle de Venise, traduit de l'italien. Cette Histoire séduit au Sénat, qui s'en plaignit de la cour de France : on dit que l'auteur fut enfermé à la Bastille. On livre ne méritait pas de faire tant de bruit ; mais on n'avait alors rien de mieux. Il est plein d'inexactitudes & d'erreurs historiques. Ses jugemens sont en général peu réfléchis ; & faute d'avoir approfondi le véritable mécanisme de certaines institutions politiques, il s'est mépris souvent sur leur effet. (Voyez LAUGIER.) VI. La Morale de l'Île, extraite de ses annales, in-12. Ces ouvrages sont encore recherchés aujourd'hui. Amelot avoit beaucoup médité sur cet écrivain ; mais si cette étude approfondie forma son génie à la politique, elle ne contribua pas à rendre son style plus coulant. VII. Un Faitum servaut de réponse au livre intitulé : Procès fait aux Juifs de Metz, accusés d'avoir tué un enfant Chrétien ; Paris, 1670, in-12. Ce petit écrit est fort rare. VIII. Ses Mémoires Historiques, Politiques, Critiques & Littéraires, en 3 vol. in-12, sont, de tous ses écrits, le plus inexact & le plus répandu. Ce livre, imprimé après sa mort, n'étoit apparemment qu'un recueil de notes faites au hasard. Il seroit à souhaiter qu'il y eût entassé moins d'anecdotes faryriques, souvent fausses ; & qu'il eût soigné davantage son style, qui est presque toujours dur, lourd & incorrect.
AMELOTTE, (Denys) né à Saintes en 1606, prêtre de l'Oratoire en 1650, mourut à Paris en 1678. Nous avons de lui: I. La Vie du Père de Condren, in-4° pleine de minutes. II. La Traduction du Nouveau-Teatament, en françois, avec des notes en 2 vol. in-4° & 4 vol. in-8°. Cette version, imprimée aussi in-8° & in-12 sans notes, est très répandue. Dans la préface de la première édition, le Père Amelotte assuroit « qu'il avoit eu les manuscrits de la bibliotheque Vaticane, » 20 manuscrits de France & d'Espagne, tous ceux d'Italie, d'Angleterre, des pays du Nord, du fond de la Grèce. « C'est une rufe d'auteur. Il n'avoit jamais eu en main aucun de ces manuscrits ; il 236 AME l'avoit avoué lui-même à ses confrères. Deux Protestans, *Daillé* le fils & *Conrart*, accommodèrent cette traduction, en se servant de celle de Mons, à leurs opinions, & la firent imprimer à Paris chez *Louis Vendôme*, en 1671, in-12, petit caractère. Mais à peine cette édition parut-elle, qu'elle fut supprimée, ce qui l'a rendue très-rate. III. Un *Aorégé de Théologie*, in-4.º IV. *Harmonie des quatre Evangélistes*, en françois, in-12, 1669; & en latin, 1670.
AMÉNA, renommée parmi les Arabes pour sa beauté & sa vertu, épousa *Abdallah*, & fut mère du fameux prophète *Mahomet*.
AMENECLÈS, Corinthien, le premier qui construit, a Corinthe & à Samos, des galères à trois rangs de rames seulement; ce retranchement les rendit beaucoup plus légères, & fut adopté. La structure de ces *Tricèmes* a été l'objet d'un grand nombre d'opinions parmi les Antiquaires. Offroient-elles trois ponts placés les uns au-dessus des autres? ou les rameurs étoient-ils rangés sur des gradins formant un amphithéâtre sur les bords de la galère? *Descartes* dans son traité sur la marine des anciens, a adopté ce dernier sentiment, & a combattu l'autre avec avantage.
AMENTA, (Nicolas) né à Naples en 1659, & mort en 1719, professa le droit, & se délaissa de ses travaux par la poésie. On a de lui quelques *Comédies* élégamment écrites en italien, & qui sont estimées. I. AMERBACH, (Jean) natif de Suabe, imprimeur du XV$^{e}$ siècle, s'établit à Basle, & s'y distingua par des éditions correctes. Il publia en 1506 les ouvrages de *St. Augustin*. Il préparoit ceux de *St. Jérôme*; mais la mort, qu'il enleva en 1515, l'empêcha d'en commencer l'édition. Avant de mourir, il fit promettre à ses fils de l'entreprendre; & en effet ils la publièrent en 1516. Ce n'est pas à lui, comme quelques-uns l'ont avancé, qu'on doit la perfection des caractères d'imprimerie; *Nicolas Jenson*, *Jean* & *Wendelin de Spire* & autres, ont employé long-temps avant lui des caractères plus beaux que les fiens. Il a commencé à imprimer en 1480; & l'italique n'a été inventé par *Alde*, qu'en 1501, pour une édition d'*Horace* in-8.º Ainsi on ne peut pas dire que ses caractères étoient préférables à tous égards à l'italique qui étoit en usage de son temps, comme plusieurs l'ont assuré.
II. AMERBACH, (Virus) né à Védinguen en Bavière, professa la philosophie à Ingolstadt, & y mourut âgé de 70 ans vers l'an 1550. Il a traduit en latin les discours d'*Ilocrate* & de *Démosthènes*, le traité de *St. Chrysostome* sur la providence, celui d'*Epiphané* sur la foi catholique. On lui doit des commentaires sur *Cicéron*, sur les poèmes de *Pythagore* & de *Phocyllides*, sur les *Tristes* d'*Ovide* & l'art poétique d'*Horace*. *Amerbach* réunisait à l'érudition le talent de la poésie. On a de lui des épigrammes, des épitaphes & plusieurs autres pièces de vers.
AMÉRIC-VESPUCE, naquit à Florence d'une famille ancienne, en 1451. Son goût pour la physique, pour les mathématiques & pour les voyages maritimes, se développa de bonne heure. Dès qu'il eut appris que *Colomb* venait de découvrir le Nouveau-Monde, il brûla du désir de partager sa gloire. *Ferdinand* roi d'Espagne lui fournit quatre vaisseaux, avec lesquels il partit de Cadix en 1497. Il parcourut les côtes de Paria & de la A M E 237 Terre-ferme jusqu'au golfe du Me- rique, & revint en Espagne dix-huit mois après. Laissant à *Christophe* *Colomb* la gloire d'avoir abordé aux ifles de l'Amérique, il pré- endit avoir, le premier, découvert ce continent. Un an après ce pre- mier voyage, *Vespuce* en fit un fe- cond avec six vaisseaux, toujours sous les enseignes des Rois *Fardi- and* & *Isabelle*. Il alla non-feule- ment aux isles Antilles, mais encore au-delà, sur les côtes de la Guiane de Venezuela, & revint au mois de novembre 1500 à Cadix, rap- portant des pierreries & beaucoup autres choses précieuses. Les Ef- agnols lui ayant témoigné très- peu de reconnoissance de toutes ses secouvertes, leur ingratitude le mortifia vivement. *Emmanuel*, roi de Portugal, jaloux des succès des rois Catholiques, avoit déjà fait travailler à la découverte de nou- elles terres. Informé du mécon- entement de *Vespuce*, il l'attira sans son royaume, & lui donna rois vaisseaux pour entreprendre un troisième voyage dans les Indes. *Vespuce* accepta son offre, & partit de Lisbonne en mai 1501. Il courut les côtes d'Afrique jusqu'à Sierra- éona & la côte d'Angola. Ensuite il fit route vers l'Amérique, & alla reconnoître la côte de Brésil qu'il secouvrit toute entière, jusqu'à elle des Patagons, & par-delà la vrière de la Plata. L'illustre navi- ateur ayant repassé vers Sierra- éona & la côte de la Guinée, re- mit en Portugal, & arriva à Lis- bonne en septembre 1502. Le roi *Emmanuel*, extrêmement satisfait, si donna six vaisseaux, avec les- quels il fit un quatrième voyage: tant parti au mois de Mai 1503, il passa le long des côtes d'Afrique, ourna vers le Brésil; & dans le efféfin de découvrir un passage pour aller par l'Occident dans les Moluques, il navigua depuis la baie de Tous-les-Saints jusqu'aux Abrolhos & à la rivière de Cura- bado. Mais comme il n'avoit de provisions que pour 20 mois, & qu'il fut obligé par les vents con- traires d'en passer cinq sur cette côte qu'il reconnut, il retourna en Por- tugal, où il arriva en Juin 1504. Il mourut aux ifles de Tercère en 1514, après avoir donné son nom à la moitié du globe. « Dans les " VIIIe & IXe siècles, dit un auteur célèbre, " c'étoient des " Barbares qui venoient faire des " incursions chez des peuples po- licés; dans ce siècle, ce sont des " peuples policés qui vont subju- guer des Barbares. » Que ce mot n'offense pas les partisans des Amé- ricains. En général la nature leur avoit donné moins d'industrie qu'aux habitants de l'ancien monde. La population y étoit moins consi- dérable, & pour plusieurs raisons: l'Amérique étoit couverte de maré- cages immenses qui rendoient l'air très mal sain; la terre y produit un nombre prodigieux de poisons; les flèches trempées dans le suc de ces herbes venimeuses, y sont des plaies toujours mortelles. Plusieurs peuples n'avoient pas d'ailleurs une substance assurée, &c. Si la nour- riture abondante & les arts contri- buent à peupler un pays, l'Amé- rique devoit l'être moins que l'Eu- rope & l'Asie. *Améric Vespuce* laissa une *Relation* de quatre de ses voya- ges. Le roi de Portugal fit suspendre dans l'église métropolitaine de Lis- bonne, les restes de son vaisseau, nommé la *Victoire*. L'abbé *Bandini* publia sa *Vie* en 1745 à Florence, in 4.º Il accuse mal à propos *Pluche* & *Charlevoix* d'avoir ôté à *Americ* la gloire de la découverte de l'Amé- rique; mais on reproche à cet historien Italien de n'avoir pas assez respecté la vérité. 238 AME
AMERIGO, Voy. CARAVAGE.
AMERVAL, (Eloi d') est auteur d'un livre en rimes françoises, intitulé : Le Livre de la Deublerie, Paris, 1058, in - fol. gothique, rare.
AMÈS, (Guillaume) professeur de théologie à Francker, né à Nörfölck en 1576, a écrit en latin sur les cas de conscience, & a fait plusieurs ouvrages de controverse contre Bellarmin, &c. en 5 vol. in-12. Amsterdam, 1658. Il mourut à Rotterdam en 1634, à 57 ans.
AMES, (Joseph) secrétaire de la société des Antiquaires de Londres, mort le 5 octobre 1759, est auteur des antiquités typographiques d'Angleterre, depuis 1471, jusqu'en 1600, avec un supplément jusqu'en 1749, in-4.
AMESTRIS, femme de Xercès, roi de Perse. La jalouise qu'elle avoit conçue contre Arcaine, sa bru & sa niece, dont son mari étoit devenu amoureux, lui fit jurer de se venger sur la mère de cette princesse, que Xercès avoit aussi aimée, & qu'elle soupçonnoit de favoriser cette intrigue. Elle attendit le temps que Xercès donna, suivant la coutume, un festin solemnel : & ayant fait appeler son ennemie dans son appartement, elle lui fit couper le nez, la langue, les lèvres, les oreilles & les mamelles, & la renvoya ainsi défigurée à son époux. On place ce fait rapporté par Hérodote, à l'an 477 avant J. C.
AMFREVILLE, (l'abbé d') parent du cardinal du Perron, avoit le plus grand talent pour conter & lire. On le recherchoit pour l'entendre ; il se plut à former la célèbre actrice le Couvr.ur ; & lorsque la superstition voulut la priver de sépulture, c'est dans son jardin qu'il la fit inhumer. On a d'Amfré ville quelques chansons anacréontiques.
AMHURST, (Nicolas) né à Marden dans le comté de Kent, avoit été d'abord membre du collège de St-Jean, à Oxford, d'où se mœurs & sa causticité le firent chasser. Il se venga de son exclusion par deux frayres, & vint augmenter à Londres la foule des folliculaires de cette ville. Dans son Crafman, il décria le gouvernement, les ministres, & plut au public parce qu'il fut y répandre quelque sel. On a encore de lui des Paraphrases, des Traductions, des Poésies, qu'il réunit en 2 vol. sous le titre de Mélanges. Il mourut le 27 Avril 1742, peu riche & encore moins estimé, du côté de la douceur des mœurs.
AMI. Voy. AMY & LAMI.
AMICO, (Antoine) chanoine de Palerme, mourut dans cette ville en 1641. On a de lui une Histoire chronologique des anciens archevêques de Syracuse, & une autre des grands amiraux & vice-rois de Sicile. Le nom d'Amico a été porté par divers autres savans. Etienne d'AMICO, abbé de St-Martin-de-Palerme, enrichit cette abbaye d'une superbe bibliothèque, & a laillé des poésies latines. Il est mort en 1662 Jean d'AMICO, né à Venafie, ville du royaume de Naples dans la terre de Labour, professeur en droit sous Charles V, a fait imprimer un recueil de Conflutions, Venise 1578. Dév. d'AMICO, de Gallipoli, savant Franciscain, a publié en 1620 un Traité sur les plantes & les monumens de la Terre Sainte. F. van AMICO, né à Bassano en 1534 mort à 24 ans, s'étoit déjà distingue par des poésies légères & pleines de goût, entr'autres par une Epître a son ami Campisan, imprimée à Venise en 1564, où l'on A M I 239 trouvé autant de naturel dans les idées, que de pureté dans l'expression.
AMILCAR, nom commun à plusieurs Carthaginois. Le plus connu est AMILCAR Barea, père l'Annibal. Il défolia l'Italie pendant cinq ans, jusqu'à ce qu'il fut vaincu avec sa flotte, près de Trapani, l'an 242 avant J. C. Cette défaite nuit fin à la première guerre publique. Amilcar ouvrit la seconde, et porta la guerre en Espagne, dont l'ubjuguai les peuples les plus beliqueux : il y bâtit, dit-on, la ville de Barcelone. Enfin il y fut tué, les armes à la main, comme il étoit près de repasser en Italie, l'an 218 avant J. C. Il fit jurer à Annibal son fils une haine éternelle contre le nom Romain, & il le laifia avec des deux autres frères, comme trois ions qui devoient déchirer le sein de Rome jusqu'à leur dernier coupir.
AMIN-BEN-HAROUN, fixième calife de la maison des Abbassides, on nom étoit Mohammed, & son nom Amin, qui signifie le Fidèle. Il succéda à son père Aaron Rafchild, an de J. C. 809. Mamoun, son frère, étoit subrogé au califar, par une déclaration expresse, qu'Aaron leur père avoit fait attacher au temple de la Mecque. Ce prince avoit ordonné en même temps que le gouvernement & l'armée du Korafan, avec tous les meubles de la maison impériale, demeureront après sa mort à ce cadet. Amin, proclamé calife, n'observe aucun des ordres que son frère lui avoit donnés, se souciant fort peu d'exécuter sa dernière volonté. Il ôta d'abord à son frère tous les meubles, dont il devoit seul avoir la possession, & fit venir Bagdad toutes les troupes du Korafan. Mamoun arma contre son frère, le vainquit & le fit mourir l'an 822 de J. C. La nonchalance de ce prince fut en partie cause de sa mort. L'armée de Mamoun ayant affiege Bagdad, & pris un poste confidérable, on le trouva jouant paisiblement aux échecs. On le prêta de prendre les armes pour ranimer le courage des affieges : La jupe-moi en repos, leur répondit-il, car je suis prêt de faire un beau coup, & de donner échec-à-mat à mon adversaire. Un de ceux qui étoient prêens & qui entendit les paroles d'Amin, ne put s'empêcher de dire que « le bon fens & la bonne » fortune alloient ordinairement « de compagnie. » Amin, privé déjà du premier, ne tarda pas à perdre l'autre.
AMINADAB, Lévite, habitant à Carathiarim, chez lequel on dépoya l'Arche, après qu'elle eut été ramenée du pays des Philistins. Ce saint homme en donna le foin à son fils Eléazar, qui la garda jusqu'à ce que David la lit venir à Jerusalem.
AMIOT, Voyez AMYOT.
AMIRA, Voyez IV. GEORGE.
AMIRAL, (Henri l') né à Auzolot en Auvergne, de parens pauvres, alla dans sa jeunesse à Paris, & entra comme domestique dans la maison du ministre Bern. Il parvint ensuite à obtenir une place de directeur de la loterie à Bruxelles. Fatigué des excès de Collot d'Harbois & de Rouep vers, il voulut y mettre un terme, & ne trouva pas d'autre moyen que de chercher à leur ôter la vie. Dans cette intention il partit pour Paris; & dans la nuit du 26 mai 1792, il tira sur Collot deux coups de pistolet qui firent long feu & ne le blessèrent pas. Arrêté sur le champ, il déclara dans son interrogatoire que son projet étoit d'affaissiner Collot & Robespierre, qu'il avoit guetté pendant trois jours l'inflant de tuer ce dernier; qu'il étoit défeffpère de n'avoir pu réuffir, parce qu'il auroit délivré la France & mérité les regrets de l'univers. On voulut rendre complices de son projet plusieurs personnes avec lesquelles on le confronta. « Que de braves gens » compromis pour moi, s'écria-il, « c'est le seul chagrin qui put m'atteindre, mais il est bien vif. » Il perifia à soutenir qu'il avoit seul conçu son entreprise jusqu'à la condamnation prononcée par le tribunal révolutionnaire, le 29 prairial an 2. Il marcha au fupplice avec la jeune fille Renaud, accufée aussi d'avoir voulu attenter aux jours de Robespierre. « Vous vouliez voir un tyran, lui dit l'Amiral, vous n'aviez qu'à vous » rendre à la Convention, vous en auriez vu de toutes les tailles. L'Amiral étoit petit, mufculeux, avec un vifage maigre & févère.
AMITIÉ. (Mythol.) Les Grecs en avoient fait une divinité. Les Romains la repréfentoient sous la figure d'une jeune personne vêtue d'une tunique, sur la frange de laquelle on lifoit: La mort & la vie. Sur son front étoient gravés ces mots: L'été & l'hiver. La figure avoit le côté ouvert jusqu'au cœur, qu'elle montroit du bout du doigt, avec ces mots: De près & de loin.
AMITIS, Voyet AMYTIS. I. AMMAN, (Paul) de Breflau, étoit de l'académie des Curieux de la Nature, & profeffeur en médecine à Leipzig: il mourut en 1690. Il a donné: I. Enumeratio Plantarum Horti Lipfiensis, Lipfiæ, 1675, in-8.° II. Character Plantarum, 1676, in-12. III. Hortus Boftanus quoad exotica defcriptus, 1686, in-4.° &c.
II. AMMAN, (Jean Conrad) médecin Suiffe du dernier fiècle, né à Schaffhaufen en 1669, mort à Marmund en Hollande en 1724, s'étoit appliqué particulièrement à apprendre à parler aux fourds de naiffance. Il fit admirer son talent dans son pays, en France & en Hollande. Il publia le moyen dont il s'étoit fervi, dans deux petits Traités curieux, & recherchés; l'un sous le titre de Surdus loquens, Harlemii, 1692 in-8°: l'autre, de Loquelâ, Amfelodami, 1700, in-12. Il y a eu un autre Jean AMMAN, né dans la même ville que Jean Conrad le 22 décembre 1707, & mort le 10 janvier 1740 à Pétersbourg où il étoit profeffeur de botanique & membre de l'Académie. Nous devons à celui-ci, la Définition des plantes de Ruffie, 1739 in-4.° en latin.
AMMANATI, Voyet PICCOLOMINI, n.° IV. I. AMMANATI, (Barthélemi) fculpteur & architecte célèbre, né à Florence en 1511, mort en 1586, ou, selon le Dictionnaire des Artiftes, en 1592, fut employé dans sa patrie à plusieurs édifices confiderables, où il fit preuve de ses talents. Les Portiques de la cour du palais Pitti sont de lui, ainsi que le Pont de la Trinité, l'un des plus beaux qui aient été faits depuis la renaiffance des arts. On voit aussi plusieurs de ses ouvrages à Rome, tels que la Fugade du collège Romain, le palais Ruffoli sur le cours, & autres. Cet architecte compofa un grand ouvrage, intitulé, la Cita, qui comprenoit les deffins de tous les édifices publics nécessaires à une grande ville. Ce livre. A M M 241 livre, après avoir passé successivement en plusieurs mains, fut donné dans le siècle dernier au prince Ferdinand de Toscane, & on ignore aujourd'hui ce qu'il est devenu.
AMMANATI, (Laure Battiferri) née à Urbin en 1513, épousa l'architecte célèbre qui a fait le sujet du précédent article. Elle emmellit les études sérieuses de celui-ci par les charmes de sa poésie. On admire sur-tout sa traduction des *Pseumes pénitentiaux* en rimes tierces, de la *Prière de l'ermis* en vers blancs, de l'*Hymne* sur la gloire du ciel attribuée à St. Pierre Damien. L'académie de Vienne compta *Ammanati* au nombre de ses membres. Sur sa reputation, le célèbre peintre Flamand *Ina-d'Aken* lui demanda la permission de la peindre, pour la faire connoître en Allemagne. *Anibal Caro* & *Bernard Tasso* ont parlé d'elle avec honneur, surtout le dernier dans son poème *Amadis*. *Ammanati* mourut à Florence au mois de novembre 1589. Les poésies y furent d'abord imprimées en 1560, & ensuite à Naples chez *Bulifon* en 1694.
AMMIEN-MARCELLIN, naquit à Antioche vers 390. Il servit d'abord sous *Constance*, *Julien* & *Jalens*, & vint ensuite jouir des élices de Rome. Il y travailla à son *Histoire*, qu'il commença à la fin du règne de *Domitien*. Les frères *Jalois* en donnèrent une édition avec des notes l'an 1636. On en aussi une bonne édition de Paris, 1681. *Gronovius* la fit réimprimer à Leyde en 1693, in fol., & l'emmellit de plusieurs remarques faînés & curieuses. L'abbé de *Carolles* en publia une traduction en 1672, 3 volumes in-12. On n'a une meilleure, publiée par M. de *Moulines*, à Berlin, 1778; 3 volumes in-12. Cette *Histoire*, qui étoit d'abord en 32 livres, & dont nous n'avons plus que 18, n'est point écrite avec l'élégance de *Quinte-Curce*, ni avec la précision de *Sallustie*. Le style en est dur; mais les faits font intéressants, & racontés avec impartialité. La religion Chrétienne n'y est pas maltraitée, comme dans d'autres auteurs Païens. L'empereur *Julien* paroît un grand homme dans cet ouvrage, & *Marcellin* peut l'avoir flatté, comme d'autres écrivains l'ont déchiré.
AMMIRATO, (Scipion) né à Lecce, ville du royaume de Naples, le 27 septembre 1531, fut attiré à Florence par le grand-Duc, le bienfaisier de tous les arts. Ce prince l'engagea à écrire l'*Histoire* de Florence; & *Ammirato*, qui s'en acquitta à son gré, eut pour récompensé un canonicat de la cathédrale. Il mourut en 1600 à 69 ans. On a encore de lui: I. D. *Difcours sur Tacite*, Florence 1598, in-4°; traduits en françois, Lyon 1619, in-4°. II. Des *Harangues*. III. Des *Opuscules*. IV. Des *Poésies*, & d'autres ouvrages, assez foibles. La meilleure édition de son *Histoire*, qui est très-estimée, est celle de Florence, 1641, 1647, en 3 vol. in-folio. Elle fut publiée par son fils adoptif, qui avoit aussi pris le nom d'*Ammirato*. Il continua cet ouvrage, que son père avoit laissé, jusqu'à l'année 1574. V. *Les Généalogies* des familles nobles de Florence, 1615; & celles des familles Napolitaines, 1651, in-fol. I. AMMON, fils de *Loth* & de sa fille cadette, fut père des Ammonites, peuple qui fit souvent la guerre avec Israël.
II. AMMON ou HAMMON, (Mythol.) C'est le même que
JUPITER. Il étoit particulièrement honoré à Thebes, capitale de la Haute-Egypte. On dit que Bacchus, s'étant trouvé dans l'Arabie déferte, fut fur le point de mourir de foif : il implora le fecours de ce Dieu qui lui apparut fous la forme d'un bélier, lequel, en frappant du pied contre terre, lui montra une fource d'eau. On dreffa là un autel fuperbe à Jupiter, qu'on furnomma Ammon, à caufe des fables qui font dans cette contrée. D'autres difent que Jupiter fut ainfi furnommé, parce que fon premier temple fut élevé par un berger appelé Ammon. Les peuples de la Libye lui en bâtirent un magnifique fous ce nom, dans les déferts qui font à l'occident de l'Egypte. On venoit de fort loin confulter la statue de ce Dieu qui y rendoit des oracles : ils durèrent jufqu'au temps de Théodofe. On le repréfentoit fous la forme d'un bélier, ou feulement avec une tête & des cornes de bélier... AMMON fut auffi le nom d'un roi de Libye, que quelques-uns prennent pour Bacchus.
III. AMMON, folitaire Egyptien, ayant lu, le jour de fon mariage, l'Éloge de la continence par St. Paul, engagea fa femme à la garder, & fe retira l'an 308 dans la montagne de Nitrie, où il s'entoura de religieux qui regurent une regle de lui. I. AMMONIUS, philosophe d'Alexandrie, fut élevé dans le Chriftianifme. Il commença par porter du blé dans des facs, ce qui le fit nommer Saccas; mais ayant quitté ce métier, il fit de grands progrès dans la philosophie eclétique, ou des nouveaux Platoniciens, & il enfeignoit avec fucées en 243, « Ammonius, fui- vant M. l'abbé PLUQUET; forma le projet de concilier toutes les religions & toutes les écoles des Philofophes. La vraie philosophie confiftoit à dégager la vérité des opinions particu- lières, & à purger la religion de ce que la fupertition y avoit ajouté. JESUS CHRIST, felon Ammonius, ne s'étoit pas propofé autre chofe. Ammonius prenoit donc dans la doctrine de J. C. tout ce qui s'accordoit avec la doctrine des philofophes Egyp- tiens & de Platon. Il rejetoit, comme des altérations faites par fes difciples, tout ce qui étoit contraire au fyftème qu'il s'étoit fait. Il reconnoiffoit un Etre néceffaire & infini; c'étoit DIEU. Tous les êtres étoient fortis de fa fubftance. Parmi fes diffé- rentes productions, il fuppofoit une infinité de Génies & de Démons de toute efpèce, aux- quels il attribuoit tous les goûts propres à expliquer tout ce que les différentes religions racon- toient de prodiges & de mer- veilles. L'Ame humaine étoit, auffi bien que les Démons, une portion de l'Etre fuprême. Il fuppofoit, comme les Pythago- riciens, deux parties dans l'ame; une purement intelligente, & l'autre fenfible. Toute la philo- fophie, felon Ammonius, devoit tendre à élever l'ame au-deffus des impreffions qui l'attachent au corps, & à donner l'effor à la parne fenfible, pour la mettre en commerce avec les Démons, qui avoient un petit corps très- ful & très-délié, & qui pou- voit être apperçu par la par- tie fenfible de l'ame, purifiée & perfectionnée. » (Mémoires pour fervir aux égaremens de l'Efprit humain, Discours préliminaire, pag. 113.) Origene, Plotin furent fes disciples. St. Jérôme loue beaucoup sa Concorde des Evangelistes : elle se trouve dans la Bibliothèque des Pères. Ammonius ne fut pas moins estimé des auteurs Païens, que des Chrétiens : Longin, Porphyre & Héroclés en faisoient beaucoup de cas.
II. AMMONIUS, chirurgien d'Alexandrie, fit le premier une ouverture à la veffle pour en tirer le pierre : ce qui le fit appeler Lithotome, c'est-à-dire Coupeur de pierre.
III. AMMONIUS, fils d'Her- mias philosophe Péripatéticien, dis- ciple de Proclus, a fleuri dans le 6e siècle. I. Son ouvrage De differenti à Vocum, se trouve dans un Diction- naire grec publié in-fol. à Venise en 1497; & il est imprimé avec d'autres anciens Grammairiens, Leyde, 1739, deux parties in-4. II. Le Commentarius in Librum Aris- to-vesis de interpretatione, græce, Ve- nise, in-8. 1556, est encore de cet auteur.
AMNON, fils aîné de David, conçut un amour si violent pour Thamar sa sœur, qu'il abusa d'elle malgré sa résistance. Il la chassa ensuite avec outrage. Absalon, frère de Thamar, pour venger cet incette, fit inviter Amnon à un fes- tin; &, dès qu'il fut ivre, il le fit affaîmer vers l'an 130 avant J. C.
AMOLON, Voyet AMULON.
AMON, roi de Juda, fils & succefleur de Manasès, n'imita de son père que les impiétés. Ses officiers le mirent à mort après deux ans de règne, vers l'an 641 avant J. C.
AMONTONS, (Guillaume) naquit à Paris le 31 août 1663, d'un avocat originaire de Nor- mandie. Une furdité confidérable dont il fut attaqué dans sa jeu- neffe, l'empêchant de jouir de la société des hommes, il commença de s'amuser aux machines. Il ap- prit le destin, l'arpentage, & fut employé dans plusieurs ouvrages publics. En 1687, n'ayant encore que 24 ans, il préfenta à l'acadé- mie de sciences un nouvel Hygro- mètre, qui fut fort approuvé. On n'applaudit pas moins à ses Remarques sur une nouvelle Clépsydre, & sur les Baromètres, dédiées à la même académie, qui s'en associa l'auteur en 1699. Ce livre, mis au jour en 1695, est presque sans mérite aujourd'hui. Amontons a laissé aussi une Théorie des Frottemens, qui se trouve dans les Mémoires de l'académie. Il mourut le 11 octobre 1705, à 42 ans, d'une inflamma- tion d'entrailles. Le fond de son caractère étoit la retenue, la droi- ture & la tranchise. Sa furdité lui interdisoit le commerce avec les hommes, du moins tout commerce inutile ou dangereux, & il n'en valoit que mieux. Il n'avoit point l'art de se faire valoir autrement que par ses ouvrages; & la dif- ficulté qu'il avoit à se produire dans le monde nuisit à sa fortune. On lui doit l'invention d'un ba- romètre sans mercure, à l'usage des marins; & celle du Télégraphe mo- derne paroît une explication de son projet pour faire parvenir en très- peu de temps des nouvelles inté- ressantes d'un lieu à un autre très- éloigné, par le moyen de signaux alphabétiques, observés par des stationnaires munis de lunettes à longue vue.
AMORT, (Eusebe) chanoine régulier de l'ordre de St. Augustin, se distingua en Bavière par un grand nombre d'écrits. C'étoit un homme sage, modeste, mais un 244 AMO peu singulier. On a de lui entre autres ouvrages, I. *Philosophia Pollingana*, Aushbourg, in-fol. 1730. Il y a à la fin de ce volume, un traité fort extraordinaire contre le mouvement de la terre. II. Un *Histoire-théologique des Indulgences*, in-fol. III. Un supplément au *Dictionnaire des Cas de Confiance de Pontas*. IV. Des règles tirées de l'Écriture-Sainte, des conciles & des Pères touchant les apparitions, révélations, visions, &c. 1744, 2 vol. in-4.$^{o}$ V. Une *Dif-fertation* sur l'auteur du précieux livre de l'*Imitation de Jésus-Christ*. Il l'attribue à *Thomas a Kempis*. Tous ces ouvrages font en latin. *Eusebe Amort* mourut le 25 novembre 1775, à l'âge 82 ans.
AMOS, le troisième des douze petits Prophètes, étoit un pasteur de la ville de Thecué. Il vivait sous les règnes d'*Ostias*, roi de Juda, & de *Jéroboam II*, roi d'Israël. Ses Prophéties, renfermées dans neuf chapitres, sont écrites avec beaucoup de simplicité. On y trouve bien des comparaisons tirées de sa profession. *Amaziat*, prêtre de Béthel, le fit mourir vers l'an 785 avant J. C. Le père d'*Isaïe* s'appelloit aussi AMOS. I. AMOUR, (Guillaume de St.) naquit à St-Amour, bourg de la Franche-Comté. Il eut un canonicat à Beauvais, & prit le bonnet de docteur de Sorbonne. Les religieux mendians ayant attaqué les droits de l'université de Paris, St-Amour fut député à Rome, & les défendit avec beaucoup de force & de zèle. Son livre des *Péris des derniers Temps*, composé à cette occasion, est une déclamation contre les religieux mendians, & en particulier contre les Domini- Comincains. *Alexandre IV*, qui voulut bien entrer dans cette querelle, condamna Guillaume, & le privé de tous ses bénéfices. St-Amour ayant fait l'apologie de son livre dans un voyage qu'il fit à Rome, le pape le renvoyait absous. A peine fut-il parti, que ce même pontife lui écrivit qu'il lui défendait d'entrer en France, d'enseigner & de prêcher. St-Amour fut obligé de rester dans son village jusqu'après la mort d'*Alexandre*. Il revint alors à Paris, & y fut très bien accueilli. *Clément IV*, fuscesseur d'*Alexandre*, à qui ce docteur fit tenir son livre, ne dit rien contre l'ouvrage, se contenant de traiter l'auteur avec politesse. St-Amour mourut en 1272. Ses Ouvrages ont été publiés en 1632, in-4.$^{o}$ Ils font au nombre de trois. Le I$^{er}$ a pour titre : *De Pharisao & Publicano*. Le II$^{e}$, *De periculis novissimorum temporum*. Le III$^{e}$, *Collationes Scriptura sacra*. Il attaque dans tous ses écrits les ordres mendians. St. Thomas & St. Bonaventure, religieux l'un & l'autre, soutinrent la cause de leur état. Les moines mendians l'ont mis au nombre des hérétiques; mais cet anathème n'est d'aucune autorité.
II. AMOUR, (Louis GORIN de St.) étoit fils d'un cocher du roi, & filleul de Louis XIII. Il prit le bonnet de docteur en théologie, & fut recteur de l'université de Paris, dans laquelle il avait brillé durant le cours de ses études. Les évêques partisans de *Janfenius* l'envoyèrent à Rome sous Innocent X, pour défendre leur cause. N'ayant pas pu la gagner, il revint à Paris plaider celle d'*Arnauld*. Il fut exclus de la Sorbonne, pour n'avoir pas voulu fusciter à la condamnation de ce docteur. Il mourut dans un âge avancé, en 1687. Un a de lui un *Journal* de ce qui s'étoit paffé à Rome touchant les cinq *Propositions* depuis 1646 jusqu'en 1653. Il fut imprimé en 1662, in-fol. Il est aussi vrai, que peut l'être le *Factum* d'un avocat honnête homme qui parle contre sa partie adverse. Un arrêt du conseil d'état, de l'an 1664, donné sur les mémoires de plusieurs prélais & docteurs qui y avoient trouvé les cinq *Propositions* de *Jansevius*, le condamna à être brûlé par la main du bourreau.
AMOUREUX, (N. 1°) célèbre sculpteur, élève de *Couffou*, étoit de Lyon comme ce dernier. C'est principalement cette ville quirecéle la plupart de ses ouvrages. Il périt jeune en tombant du tillac de la diligence dans la Saône où il se noya au commencement de ce siècle.
AMPHIARAUS, roi d'Argos, fut l'inventeur de la divination par les fonges, suivant *Paufanius*. Il étoit fils d'*Oyelée*, & mari d'*Eriphyle*, sœur d'*Adraste*. Comme il possédoit l'art de deviner, il favoit qu'il mourroit à la guerre de Thèbes s'il y alloit. C'est pour cela qu'il refusa de suivre *Adraste* & *Polynice*, qui faisoient tous leurs efforts pour l'y engager. Voyant qu'ils ne pouvoient le persuader, *Polynice* essaya de gagner *Eriphyle* en lui offrant un collier d'or enrichi de diamans. Ce moyen réussit, & *Amphistaius* parut pour le fêge de Thèbes; mais le jour de son arrivée la terre s'étant entr'ouverte sous son char, il fut englouti. Les Grecs, frappés de cet évènement, lui bâtirent un Temple, & l'honorèrent comme un Dieu.
AMPHICTYON ou AMPHYC-TION, fils de *Deucalion* & de *Pyrcha*, régnoit aux Thermopyles, dans le temps qu'*AMPHICTIS*, roi d'Athènes, qu'on a mal-à-propos confondu avec lui, jouissoit du royaume usurpé sur *Cranais* son beau-père. Le roi des Thermopyles, bien différent de cet usur-pateur, étoit un prince plein de fagesse & d'amour pour sa patrie. Pour réunir les différens états de la Grèce par un lien commun, il établit une confédération entre douze villes Grecques, dont les députés se rendoient deux fois l'année aux Thermopyles pour y délibérer sur leurs affaires, après avoir honoré les Dieux en commun par des sacrifices. Par ce moyen *Amphyction* établissoit l'union & l'amitié entre les Grecs, & les assujettissoit à un culte réglé de la Divinité, qui seul peut adoucir les mœurs des peuples les plus sauvages. Cette célèbre assemblée s'appelloit le *Conseil des Amphyctions*, du nom de celui qui l'avoit instituée, l'an 1522 avant J. C. Chaque ville envoyoit deux députés à cette espèce d'étain-généraux; mais la moindre infidélité à la patrie suffisoit pour empêcher d'y être admis. *Cælus* dit, qu'*Amphyction* est le premier qui ait appris aux hommes à mêler l'eau à leur vin.
AMPHILOQUE, (St.) d'une famille noble, originaire de Cappadoce, fut fait évêque d'Icone vers l'an 344. Il avoit d'abord fréquenté le barreau. Il obtint de l'empereur *Théodore* des lois très-sèveres contre les hérétiques. On dit que le Saint, fâché de ce que ce prince écoutoit favorablement les Ariens, alla au palais, fit quelques caresses au jeune *Arcadius* comme à un autre enfant, mais affecta de ne lui rendre point le respect qu'il lui devoit. L'empereur irrité ordonnoit qu'on le 246 AMP chaffât, lorsqu'Amphiloque lui dit: Seigneur, vous ne voulez pas qu'on manque de respect à votre fils, & vous vous emportez contre ceux qui lui font une telle injure : comment voulez-vous élanc que le Dieu de l'univers traite ceux qui blasphèment contre son Fils unique ? Cette seule réponse, dont la force & la sagesse furent goûtées par Théodose, détermina cet em- pereur à punir les Ariens. St. Am- philoque affilait au premier concile général de Constantinople en 381, préfida au concile de Side, & fit admirer son zèle dans l'un & dans l'autre. Il mourut, dit Baillet, la même année que l'empereur Théo- dose, en 395. L'église célèbre sa fête le 23 novembre. Il nous reste de lui des fragments de divers ou- vrages, qu'on trouve dans la Bi- bliothèque des Peres; & une Lettre sur les Synodes, publiée par Cote- lier. Le Père Combestie donna une bonne édition de tout ce que nous avons de St. Amphiloque, à Paris 1644, in fol. en grec & en latin.
AMPHINOMUS, Voyez AN- FINOMUS.
AMPHION DIRCÉEN, ( My- thol. ) étoit fils de Jupiter & d'Antiope, femme de Lycus roi de Thèbes. Ce prince s'étant apperçu du commerce illégitime qu'elle avoit eu avec Epaphe ou Epopée, la répudia. Jupiter la voyant sans mari, alla la visiter. Etant deve- nue enceinte, Dircé seconde femme de Lycus, en soupçonna son mari, & commanda à ses domestiques d'enfermer Antiope dans une étroite prison. Mais Jupiter, touché de compassion, l'en délivra & la cacha sur le mont Citheron, où elle accoucha de deux jumeaux, Zethus & Amphion, qui furent élevés par des bergers. Leurs inclinations furent différentes. Zethus s'adonna au soin des troupeaux, & Amphion s'appliqua à la musique. Lorsque ces deux frères furent devenus grands, & qu'ils eurent appris le traitement que Dircé avoit fait à leur mère, ils la saisirent, & l'at- tachèrent à la queue d'un taureau indompté, qui la traîna sur des rochers, & la fit périr dans des supplices affreux. Bacchus qui en eut pitié, la changea en fontaine. Amphion se rendit si habile dans la musique, que les poètes disent que Mercure, dont il fut le disciple, lui donna une lyre, au son de la- quelle il bâtit les murailles de Thèbes, & que les pierres sensibles à la douceur de ses accens, al- loient d'elles-mêmes se poser les unes sur les autres. Ceux qui ont voulu donner un sens raisonna- ble aux absurdités du Paganisme, disent que cette fable signifie qu'Amphion gagnait tous les cœurs par son éloquence. Pausanias parle d'un autre AMPHION, fils d'A- cestor, qui excella dans la sculp- ture chez les Grecs.
AMPHITRITE, ( Mythol. ) fille de Nérée & de la Nymphe Doris, étoit femme de Neptune. Cette Déesse voulant garder sa virgi- nité, avoit d'abord refusé d'épouser le Dieu de la mer, & s'étoit cachée pour se soustraire à ses poursuites. Mais Neptune ayant chargé un dauphin de la chercher, il la trouva au pied du mont Atlas, & lui persuada de répondre aux désirs de ce Dieu. La Déesse s'é- tant rendue à ses instances, elle eut de Neptune un fils appelé Triton, & plusieurs Nymphes marines; c'est pour cela que les poètes la font Déesse de la mer. Elle est souvent représentée comme une Syrène avec le corps d'une femme de la tête à la ceinture, & le reste terminé en queue de poisson.
AMPHITRYON, (Mythol.) fils d'Alcée & époux d'Alcmène, succéda à son beau-père Elébrion, qu'il tua par mégarde. Dans le temps qu'il étoit occupé à faire la guerre aux Téléboïens, Jupiter alla voir Alcmène, sous la figure de son mari. Elle accoucha de deux jumeaux, dont l'un fils de Jupiter, fut nommé Hercule; & l'autre, fils l'Amphitryon, fut appelé Iphicius. Voyer ALCMÈNE.) Cette fable a fourni à Plaute & à Molière le sujet d'une comédie; mais celle du comique moderne est très-supérieure à la pièce de l'ancien. On trouve, selon le colonel Anglois Dow, l'aventure d'Amphitryon parmi les plus vieilles fables des Bracmanes. Un Indien, dit-il, d'une force extraordinaire, mari d'une très-belle femme en fut jaloux & disparut après l'avoir battue. Un Dieu secondaire fit passer son ame dans un corps entièrement semblable à celui de l'époux fugitif, & se présenta sous cette figure à la dame délaissée. La doctrine de la métempiscose, établie depuis long-temps dans l'Inde, rendoit cette supercherie vraisemblable. Le Dieu amoureux demande à sa prétendue femme pardon de ses emportements, obtient sa grace, lui fait un enfant & reste maître de la maison. Le véritable mari poussé par l'amour & le repentir, revient se jeter aux pieds de sa femme & trouve un autre lui-même établi chez lui. Il est traité par son représentant d'imposteur & de sorcier. L'affaire est portée aux tribunaux. Un Bracmane, l'un des juges, devina tout d'un coup que l'un des deux maîtres de la maison étoit un Dieu, & l'autre une dupe. Voici comme il s'y prit pour faire connoître le véritable époux. Il ordonna que la femme les verroit tous les deux, & déclarerait quel étoit le plus vigoureux. Ce fut le Dieu qui donna les plus grandes preuves de force. Les juges alloient renvoyer le mari, lorsque le Bracmane leur dit: vous vous trompez. Celui qui n'a pas passé les forces de la nature humaine dans l'union conjugale, doit être un homme, celui qui les a passées est un être divin. Le Dieu avoua tout & disparut.
AMPHOTERUS, V. ACARNAS.
AMPSINGIUS, (Jean-Affuerus) professeur en médecine dans l'université de Rostock, au commencement du 17e siècle, est auteur de quelques ouvrages sur son art. I. Disputatio de Calculo, 1617, in-4°. II. De morborum differentis liber, in-4°, 1619, & 1623, in-8°. III. De dolore capitis disputatio, 1618, in-14°, &c.
AMRI, roi d'Israël, fut proclamé souverain par l'armée après la mort d'Ela. Il bâtit Samarie, & mourut après un règne rempli d'impiétés, l'an 918 avant J. C.
AMROU-BEN-ALAS, l'un des plus grands capitaines que les premiers Musulmans aient eus. Il conquit l'Égypte, la Nubie, & une grande partie de la Libye. Il bâtit la ville de Fofhat ou Eufat, auprès de l'ancienne Babylone d'Égypte: il assiégea Jérusalem & la prit. Ce fut aussi Amrou qui fut choisi par Moavia pour son arbitre, dans la grande querelle qu'il eut avec Ali pour le califat. Amrou, le plus fin & le plus artificieux des Arabes, tourna si adroitement l'esprit de son collègue, qu'il le fit condescendre à sa déposition. Alors ce nouvel Ulyssé proclama Moavia, qui fut le premier des califes Omniades. Amrou eut un fils nommé Abdallah-Ben-Amrou, qui recueillit les Ahadith, 248 AMU c'est-à-dire les Histoires dont la tradition Musulmane est composée. L'un & l'autre vivoient dans le 7e siècle.
AMSDORF, (Nicolas) de Mifnie, prit Luther pour maître, & écrivit comme lui avec beaucoup de fiel contre les Catholiques & le pape. Luther sacra son disciple évêque de Naumbourg, quoique cet héréfiarque ne fut que simple prêtre. Ce prélat Luthérien soutenoit que les bonnes œuvres étoient pernicieuses au salut, lorsqu'on s'appuie trop sur elles. Il mourut à Magdebourg en 1541. Ses spectateurs furent appelés Amdorsons. I. AMULIUS, roi d'Albe, étoit fils de Procas & frère puné de Numitor, qu'il détrôna après s'être saisi de sa personne, & fait mourir son fils Egefe, appellé par d'autres Lusus. Il prit encore la précaution de mettre sa nièce Rhea Sylvia au nombre des Vessales, pour l'empêcher d'avoir des enfans qui pussent un jour le punir de sa perfidie. Mais il fut trompé dans ses espérances; la Vessale mit au monde deux jumeaux, Remus & Romulus, qui eurent pour père le dieu Mars. Parvenus à l'âge de 18 ans, ils tuèrent Amulius, & rétablirent Numitor sur son trône vers l'an 754 avant J. C. Tite-Live, Denis d'Halycarnaffe, Plutarque & Eutrope racontent diversement ce trait d'histoire. Voyez ROMULUS.
II. AMULIUS, peintre ancien, donna le premier à ses figures du mouvement dans les yeux avant lui, ils étoient fixes & ternes. On admira sa Minerve qui semblait regarder le Spectateur de quelque côté qu'il la contemplât.
AMULON ou AMOLON, Amolo, archevêque de Lyon, illustre par son érudition & par sa piété, écrivit contre Goetseale, & mourut vers l'an 854. Ses Œuvres sont imprimées avec celles d'Agobard, 1645 in-8°, édition donnée par le P. Sirmond, qui se trouve dans la Bibliothèque des Pères. I. AMURAT Ier, empereur des Turcs, appelé à juste titre d'Illustre, si ce n'est pour ses vertus civiles, du moins pour ses vertus militaires. Il succéda à Orcan son père, l'an 1360. Son premier soin fut d'augmenter ses états des provinces qu'il put enlever aux Grecs. Il leur prit la Thrace, Gallipoli & Andrinople dont il fit le siège de son empire. Il vainquit les Serviens & les Bulgares, & conquit la Basse-Mysie. L'empereur Paléologue, pressé par ce conquérant, fit un traité avec lui, glorieux pour le vainqueur, & honteux pour le vaincu. Amurat, irrité contre son fils rebelle, lui fit crever les yeux, & exerça des cruautés encore plus horribles contre ceux qui avoient favorisé sa révolte. Plusieurs se donnèrent la mort de leurs propres mains, pour se soustraire à la douleur de voir verser le sang d'un père ou d'un fils. Ce prince inhumain se flattoit pourtant d'imiter Cyrus; mais ce n'étoit assurément ni sa clémence, ni son assabilité qu'il copioit. Il ne lui ressembla que dans ses conquêtes. Amurat remporta trente-sept victoires, & périt dans la dernière en 1389, assassiné par un soldat de l'armée des Serviens qu'il avoit mise en déroute. On prétend que ce prince, cruel envers ses ennemis, gouverna ses sujers avec assez de douceur. Pour former sa garde, il ordonna à ses officiers de se faire livrer, tous les ans, la cinquième partie des jeunes gens pris à la guerre. Ces prisonniers formés à tous les exercices militaires, composèrent un corps à qui l'on donna le nom de *janiffaires* ou *nouveaux soldats*. Par leur bravoure & leur enthousiasme, ils curent bientôt la plus grande influence dans le gouvernement; n'ayant d'abord été que l'instrument dont se servaient les sultans pour affermir leur autorité, ils ne tardèrent pas d'être formidables à leurs maîtres. Les janiffaires à Constantinople, comme les gardes prétoriennes dans l'ancienne Rome, sentirent tout l'avantage d'un séjour permanent dans la capitale, de leur union sous le même drapeau, & de leur attachement immédiat à la personne du souverain. Les sultans ne sentirent pas moins combien il étoit important de ménager cette milice, & de s'affurer de sa fidélité. Sous un prince digne de gouverner, les soldats de la Porte exécutant & faisant exécuter les ordres du defproté, furent les solides appuis du pouvoir absolu; mais sous des sultans foibles ou malheureux, ces mêmes janiffaires, si dociles à la voix du talent & du courage, devinèrent des faîcheurs infolens, ôtèrent & donnèrent à leur gré la couronne, & firent trembler ces maîtres terribles sous lesquels les autres fujets trembloient.
II. AMURAT II, empereur des Turcs, fils & fuccefleur de *Mahomet I*, commença à régner en 1421. Un imposteur nommé *Mustapha*, qui se faitoit passer pour un des fils de *Bajayet*, lui disputa long-temps le trône. Soutenu par les Grecs, il se rendit maître de plusieurs provinces que les Turcs possédaient en Europe. Mais *Amurat* ayant ra- rassemblé ses forces, battit enfin *Mustapha*, qu'il fit étrangler en sa présence. Pour se venger des Grecs, il porta, comme ses prédécesseurs, la guerre dans l'empire; mais il fut obligé de lever le fêge de Constantinople & de Belgrade en 1422. Il fut le premier des Turcs qui se servit du canon, sans que cette nouvelle machine de destruction pût faire rendre Constantinople. Il réussit mieux devant Theffalonique qu'il prit d'affaut sur les Vénitiens. Le prince de Bofnie, & *Jean Cuffiot* prince d'Albanie, furent bientôt après ses tributaires. Le dernier lui ayant donné ses cinq fils en otage, le Turc les fit circoncire contre sa promesse, & en fit tuer quatre. *Amurat* pouffait ses conquêtes jusqu'en Hongrie. *Ladiflas*, qui en étoit alors roi, fit un traité de paix avec lui. A peine en avoieux, ils juré l'exécution, l'un sur l'Alcoran, l'autre sur l'Évangile, que le cardinal *Julien Céjarini*, légat du pape en Allemagne, perfuada à *Ladiflas* de le rompre. *Huniade*, choisi pour combattre le sultan, l'avoit vaincu dans plusieurs occasions; mais les parures furent moins heureux, car *Amurat* leur ayant livré bataille à Varne en 1444, les défit entièrement. *Ladiflas* mourut percé de coups; le cardinal *Julien* périt on ne fait comment; *Huniade* fut entraîné, malgré sa bravoure, par la déroute de ses troupes. La victoire fut long-temps douteuse. *Amurat* auroit pris la fuite au commencement du combat, si ses officiers ne l'avoient menacé de le tuer. On dit que dans un moment où ses soldats alloient plier, il tira de son sein le traité de paix conclu avec les Chrétiens, & qu'il s'écria: *Jejus! voici l'alliance que les Chrétiens ont jurée avec moi par* 250 AMU ton faint nom. Si tu es Dieu ; comme les tiens le disent, venge ton injure & la mienne !... Huniade, honteux du parti qu'il avoit pris à cette bataille, leva de nouvelles troupes pour combattre l'empereur Turc ; mais ce prince l'ayant atteint, lui tua plus de vingt mille hommes. Standerberg vengea Huniade : il défit plusieurs fois Amurat, y & le força de lever le siége de Croye, capitale de l'Albanie. Amurat, piqué de l'affront qu'il avoit reçu devant cette ville, alla s'enfermer chez des moines Mahométans ; mais l'ambition l'emportant sur l'amour de la retraite, il revint affiéger inutilement Croye, & mourut, dit-on, de désepoir près d'Andrinople, dans sa 75e année, le 11 février 1451. Ce prince Turc étoit à la fois philosophe & conquérant ; mais c'étoit un philosophe à la Turque. Les réflexions de la retraite ne le guérirent ni de ses cruautés ni des fureurs de la guerre. Il avoit discipliné avec soin les janissaires.
III. AMURAT III, empereur des Turcs, fils & fuccefleur de Selim II, monta sur le trône en 1574. Il augmenta ses états, fit étrangler ses frères, prit Raab en Hongrie, & Tauris en Perfe. Les Croates & l'empereur Rudolphe II mirent ses troupes en déroute. Amurat fut réprimer les janissaires. Un jour qu'ils vinrent lui demander en tumulte la tête du grand-tréforier, il fondit sur eux le sabre à la main, en tua plusieurs, & fit trembler les autres. Il avoit ce courage mêlé de cruauté, que l'on voit dans presque tous les héros Turcs. Il ne fut pas moins livré à la débauche. Il mourut le 18 janvier 1595, âgé de 48 ans.
IV. AMURAT IV, empereur des Turcs, surnommé l'Intrépide, monta sur le trône après Mustapha, en 1623. Les premières expéditions de ce prince furent contre les Perfes. Il fit le siége de Bagdad, qu'il fut obligé de lever. Les Perfes reprirent sur lui plusieurs places dont ses prédécesseurs s'étoient rendus maîtres. Les Polonois & les Cosaques le pressoient d'un autre côté, & remportoient de fréquents avantages. Tant de malheurs réunis excitèrent les murmures du peuple & des janissaires. Amurat les appaissèrent en faisant avec ses ennemis un traité plus avantageux qu'on ne devoit l'espérer. Persuadé qu'il étoit de sa politique d'occuper l'empereur par des divisions intestines, il protégea les Protestans d'Allemagne & les rebelles de Hongrie. Ragotski, prince de Transilvaquie, entra dans les vues du sultan ; mais ces différentes intrigues n'eurent aucun succès. Amurat prit occasion de la guerre des Perfes avec les Mogols pour entrer subitement sur leurs terres. Il affiégea de nouveau Bagdad, & la prit en 1638. Il avoit promis aux troupes la vie sauve, avec les honneurs de la guerre ; mais lorsqu'il fut maître de la place, il fit passer au fil de l'épée les soldats & les habitans de la ville. Il secouroit dans le même temps le grand-mogol Schah-Gehan, contre son fils Aurang-Zib. Amurat contint les janissaires, en les occupant à combattre les ennemis de l'État. La valeur étoit sa principale qualité ; encore étoit-elle ternie par la cruauté & par la débauche. Il mourut d'un excès de vin, le 8 février 1640, âgé de 42 ans.
AMY, Voyet LAMI.
AMY, (N.) avocat au parlement d'Aix, mort en 1760, est connu par quelques ouvrages de physique: I. *Observations expérimentales sur les eaux des rivières de Seine*, de Marne, &c. 1749, in-12. II. *Nouvelles Fontaines filtrantes*, 1757, in-12. III. *Réflexions sur les vaissieux de cuivre, de plomb & d'étain*, 1757, in-12, &c. Ces ouvrages décelent un homme ami de l'humanité, qui emploie ses lumières à chercher ce qui peut être utile ou nuisible à ses semblables.
AMYMOME, (Mythol.) l'une des cinquante Danaïdes, épousa *Encolade*, qu'elle tua la première nuit de ses noces, selon l'ordre de son père. Pressée de remords, elle se retira dans les bois, où voulant tirer sur une biche, elle blessa un Saryre qui la poursuivit, & dont elle devint la proie, malgré *Neptune* qu'elle imploroit. Ce dieu la métamorphosa en fontaine. I. AMYNTAS Ier, roi de Macédoine, succéda à son père *Alcatas*, vers l'an 547 avant J. C. Il se fit aimer de ses sujets & craindre de ses voisins. Son règne fut d'environ 50 ans.
II. AMYNTAS II ou III, roi de Macédoine, successeur de *Paufanias*, n'est placé dans l'histoire, que parce qu'il fut le père de *Philippe* & l'aïeul d'*Alexandre*. Les Illyriens & les Olynthiens déferent son armée. Il mourut après un règne de vingt-quatre ans, 390 avant J. C.
AMYOT, (Jacques) naquit à Melun le 30 Octobre 1513, de parens plus vertueux qu'opulens. Son père étoit un petit marchand mercier, & non boucher comme le dit de Thou. (Voyez les *Mémoires pour l'Histoire d'Auxerre* par l'abbé le *Bœuf*. Tome I.) La prodigieuse fortune que fit *Amyot*, a rendu les littérateurs fort curieux de savoir l'état de sa famille. Ce qu'on fait de certain, c'est qu'elle étoit très-obscure. *Amyot*, commença comme *Sixte V*. Un cavalier qui le trouva au milieu des champs dans la Beauce, le porta en croupe à l'hôpital d'Orléans. *Amyot*, qui avoit quitté sa maison pour échapper à un châtiment, se rendit à Paris, & y servit de domestique à quelques écoliers d'un collège de cette ville. Sa mère, *Marguerite Damours*, lui envoyoit chaque semaine un pain par les bateaux de Melun. Une dame qui le trouva d'une figure aimable, le prit pour accompagner ses enfans au collège: *Amyot* profita de cette occasion pour se former. Il recueillit les fleurs & les fruits de la littérature, & brilla dès-lors à Paris. Il quitta cette ville peu de temps après, parce qu'on l'accusait d'être favorable aux nouvelles erreurs. Il se retira chez un gentilhomme du Berri qui lui confia ses enfans. *Henri II* ayant passé en Berri, *Amyot* fit une épigramme grecque que ses élèves présentèrent au roi. Le chancelier de l'Hôpital fut si enchanté de ce petit ouvrage, qu'il dit à *Henri*, que l'auteur étoit digne de veiller à l'éducation des enfans de France. Ces vers grecs furent, selon quelques auteurs, le premier degré qui fit monter *Amyot* aux plus grandes dignités: mais cette histoire de sa fortune paroît un peu romanefique, & est contredite par les dates. Les historiens les plus judicieux s'accordent tous à dire qu'*Amyot* étudia d'abord à Paris au collège du cardinal le *Moine*; qu'il fut ensuite précepteur de *Guillaume* de *Saci-Boucherel*, alors fecrétaire d'état. Ce ministre le recommanda à Marguerite sœur de François I; & ce fut par le crédit de cette princesse qu'il eut la chaire de Lecteur public en grec & en latin dans l'université de Bourges. Amyot traduisit les Amours de Théagène & de Chariclée, roman grec qui lui valut l'abbaye de Bellozanne. Après la mort de François I, Amyot suivit en Italie Morvilliers, nommé à l'ambassade de Venise. Il eut occasion d'y voir le cardinal de Tournon, & Odet de Selves qui succéda à Morvilliers. Ce fut à Venise qu'il reçut ordre d'Henri II, de porter au concile de Trente une lettre de ce prince, pleine d'une noble hardiesse. Le roi se plaignoit de ce qu'il ne pouvoit envoyer ses évêques à Trente, à cause de la guerre qu'on lui faisoit en Italie. Amyot nous a laissé la Relation de sa députation auprès des Pères du Concile. C'est dans une lettre qu'il écrivit à M. de Morvilliers le 8 septembre 1557. Le fait y est raconté dans un détail & avec une aisance qui font plaisir. Amyot s'acquitta de sa commission en homme ferme & intelligent, quoiqu'il n'eût point de caractère public, ni d'ordre signé du roi. « Ce fut à moi, » dit-il, à jouer mon rôle, & ne « s'avois bonnement ce que j'étois, » ni comment je devois m'appeler. « Quand on voulut lire la lettre en présence du cardinal-légat, les évêques Espagnols, mal-intentionnés contre la France, trouvèrent mauvais le terme CONVENIUS, dont le roi s'étoit servi dans le titre, au lieu de celui de CONCILIUM. Ils s'attachèrent opiniâtrément à cette chicane. » Je ne « sais, dit Amyot, s'ils avoient » peur que le roi les prit tous pour « des moines. » Mais il leur fit observer que le terme de CON-
VENTUS, usité dans les bons auteurs latins, ne devoit pas être pris en mauvaise part, d'autant plus que le roi dans le corps de la lettre avoit aussi employé celui de CONCILIUM. Amyot fut sans doute assez peu content de son voyage; car il conseilla au ministère de France de ne point envoyer à Trente pour recevoir la réponse du Concile. La raison qu'il fit valoir dans sa lettre à Morvilliers, fut, selon le P. Bertier, que la réponse seroit faite à Rome de concert avec Mendoze ambassadeur de l'empereur. Quoi qu'il en soit, l'abbé de Bellozanne, à son retour d'Italie, fut fait précepteur des enfans de France. Charles IX, son élève, qui étoit monté sur le trône, ayant entendu dire que Charles-Quint avoit procuré la papauté à son précepteur, dit qu'il en seroit bien autant pour le sien. Quelque temps après, la charge de grand-aumônier ayant vaqué, ce prince en revêtit Amyot. Catherine de Médicis, qui la destinoit à un autre, dit en colère au nouveau pourvu: J'ai fait bouquer les Guises & les Châtillons, les connétables & les chanceliers, & les rois de Navarre & les princes de Condé; & il faut qu'un petit prefootet me fasse la loi!... Amyot craignant le ressentiment de Catherine, voulut se démettre; mais Charles IX s'y opposa fortement. Ce prince lui donna quelque temps après l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne & l'évêché d'Auxerre. Et comme ce prélat infatiable demandoit encore une abbaye, le roi lui dit: « Ne m'aviez-vous » pas assuré autrefois que vous « borniez votre ambition à mille » écus de rente? » — Oui, Sire, répondit Amyot; mais l'appétit vient en mangeant... Henri III qui avoit été aussi son disciple, lui con- A M Y 253 Serva la grande aumônerie, & y ajouta pour toujours l'ordre du st. Esprit, en considération de ses talens & de ses services. Amyot manqua à la reconnoissance qu'il devoit pour de si grands bienfaits, en favorisant les re- belles de la ville d'Auxerre, si l'on en croit l'illustre de Thou; mais il a été contredit sur ce fait par l'auteur de la Vie de ce prélat, mort le 6 février 1593, à l'âge de 79 ans. Quoi qu'il en soit, il avoit été privé de la grande- aumônerie, à cause de ses liaisons avec les partisans de la ligue; & il avoit été très-sensible à cette perte. On avoit voulu l'engager quelque temps auparavant à écrire l'Histoire de France; il répondit qu'il étoit trop attaché à ses maîtres pour écrire leur vie. Il préparoit, lorsqu'il mourut, une édition de ses ouvrages qu'il avoit tous re- souchés. Le plus célèbre est sa Traduction des Œuvres de Plutarque, qui est lue encore aujourd'hui, quoiqu'elle ait plus de deux ficcles. Le grand Racine, dans sa préface de Mithridate, dit que « cette » Traduction a une grace dans » le vieux style du traducteur, » qu'il ne croit pas pouvoir être » égalée dans notre langue mo- » derne, » Le Plutarque d'Amyot & les Essais de Montaigne sont une époque remarquable dans l'histoire du françois, quoiqu'il y ait pour la langue même une différence bien marquée entre ces deux écrivains. Le style de Montaigne, par les tours, par les formes, par l'assemblage des mots, & le caractère des images, a pref- que par-tout la physionomie des langues anciennes. Il semble, le plus souvent, qu'il n'y a que la terminaison des mots de françoise, & que l'usage qu'il en fait, ap- partient à la langue d'Athènes ou de Rome. « Le style d'Amyot, » avec une prodigieuse abondance, » dit M. Thomas, a beaucoup plus » le tour & la marche de notre » langue. Il fondit dans l'ancienne » naïveté Gauloise toutes les » richesses nouvelles; & en con- » servant l'esprit général de la » langue, il en fit disparaître les » mélanges qui semblaient l'al- » térer. » Mais si l'on a vanté le style de sa traduction de Pla- tarque, on en a beaucoup moins loué l'exactitude; elle fourmille de contre-sens & de fautes: tout n'y est donc pas un chef-d'au- vre, comme le dit l'éditeur de Ladvoce. Quelques savans même ont voulu persuader qu'Amyot avoit traduit Plutarque sur une version italienne de la bibliothe- que du roi; mais quelle appa- rence qu'un professeur en langue grecque, qu'un homme qui faisoit assez bien des vers en la même langue, ne fût pas assez de grec pour traduire sur l'original? On a encore d'Amyot: I. Traduction de la Pajlorale de Duphinis. L'édition cor- rigée avec les figures de B. Au- dran, gravées sur les dessins de M. le Régent, 1718, in-8°, est rare. II. Sept Livres de Diodora de Sicile. III. Quelques Tragédies grecques, &c. Notre langue a eu de grandes obligations à cet écrivain. Il fut le premier qui repandit dans notre prose une douceur & une aménité inconnues avant lui. La bonne édition de Plutarque est de Vascosan, 1567 & 1574. 13 volumes in-8°: 6 pour les Vies, 7 pour les Œuvres Morales, avec la Table. Il faut prendre garde si, dans le tome 6 des Vies, celles d'Annibal & de Scipion, par l'Ecluse, s'y trouvent. Le même Vascosan a 254 AMY donné une édition de *Plutarque*, en 4 volumes in-folio, qui est moins chère que l'in-8°; mais n'est pas moins belle. *Bastien*, libraire de Paris, a donné une nouvelle édition de *Plutarque*, en dix-huit volumes in-8°; tandis que *Cuffac*, son contrère, en publiait une autre en vingt-quatre volumes, avec des notes. Les *Œuvres mêlées d'Amyot* sont imprimées à Lyon, 1611, in-8°.
AMYRAULT, (Moïse) naquit à Bourgueil en Touraine l'an 1596. Son père voulut le consacrer à la jurisprudence; mais *Amyrault* préféra la théologie & vint l'étudier à Saumur. Cette ville, où le parti Protestant avoit une académie florissante, se félicita d'un tel élève, & bientôt *Amyrault* fut professeur lui-même. En 1631 le synode de Charenton, auquel il avoit été député, le nomma pour haranguer le roi & lui présenter le cahier: *Amyrault* fut reçu comme il le méritait. Il mourut en 1654, à 69 ans, regretté des Protestans & estimé de la plupart des Catholiques. Nous avons de lui: I. *Traité de la Grace & de la Prédestination*, dans lequel l'auteur, disciple de Cameron, s'éloigne moins de la doctrine catholique, que les autres théologiens Protestans. II. *Une Apologie de sa Religion*, 1647, in-8°. III. *Une Paraphrase sur le Nouveau Testament*, 12 vol. in-8°. IV. *Une autre sur les Pécumes*, in-4°. V. *La Vie de la Noue*, dit *Bras-de-fer*, Leyde 1661, in-4°. VI. *Une Morale Chrétienne*, &c.
AMYRIS, (Mythol.) nom d'un Sybarite qui fut envoyé à Delphes par ceux de sa nation, pour apprendre de l'Oracle, *si le bonheur dont ils jouissent seroit de longue durée*. L'Oracle répondit que « la » fortune des Sybarites change« » roit, & que leur perte seroit » infaillible, dès qu'ils rendroient » plus d'honneur aux hommes » qu'aux Dieux : « ce qui arriva bientôt. Un esclave, souvent battu par son maître, courut aux autels des Dieux comme à un asile; ou l'en arracha. Mais cet esclave, ayant eu recours à un ami de son maître, obtint qu'il seroit traité plus doucement. *Amyris*, pré- voyant les malheurs des Sybari- tes, se retira promptement dans le Péloponnèfe, ses compatriotes se moquèrent de sa retraite, & le traiterent d'infense : la suite fut voir qu'il étoit le seul sage. De là est venu l'ancien proverbe des Grecs, *Amyris devient fou* ; que l'on appli- que à ceux qui, sous l'ombre de folie, donnent ordre à leur affaires, & qui cachent beaucoup de sagesse sous le masque de la démente. *Voy.* aussi I. BRUTUS. I. AMYTIS, fille d'*Astyages*, dernier roi des Mèdes, fut mariée à *Spitamas*, de qui elle eut deux fils, *Spitaces & M'gabernes*. *Astyages*, vaincu par *Cyrus*, se retira à Ecbataine, & se cacha dans un endroit très-secret du palais. *Cyrus*, irrité de ne le pouvoir trouver, oraanne qu'on mit *Amytis*, son mari & ses enfans, à la question. *Astyages* se découvrit alors, & fut traité avec plus d'humanité qu'il n'avoit osé l'espérer; mais *Spitamas*, son gendre, fut puni de mort, pour avoir répondu qu'il ne savoit où il s'étoit c'ché. Son plus grand crime étoit d'avoir une belle femme. *Amytis* plut à son vainqueur, qui essuya ses larmes en l'époufant. *Cambyses & Tanyoxarées* naquirent de ce second mariage, vers l'an 550 avant J. C. Ils succédèrent à *Cyrus*, qui donna des gouvernements aux deux fils que la reine avoit eus de Spita- mas. Tanyoxarcès ayant été em- poisonné par ordre de son frère, & Amytis ayant découvert sa mort cinq ans après, elle pressa Cam- byes de lui livrer celui qui lui avoit conseillé de commettre ce crime; mais elle ne put l'obtenir, & ce refus, joint à sa douleur maternelle, fut cause qu'elle se donna la mort par le poison. Cessias est l'auteur qui nous a fourni ces anecdotes. Il ne paroît pas mériter plus de croyance sur cet article, que sur plusieurs au- tres; mais on ne pouvoit se dis- penser de le suivre, non plus que beaucoup d'autres auteurs anciens. Ces sables de l'antiquité ont si sou- vent été répétées par les moder- nes, qu'un Dictionnaire Historique paroît incomplet; lorsqu'on né- glige d'en faire mention.
II. AMYTIS, fille de Xercès I, fut mariée à Megabize, homme il- luftre, qui tient un rang distingué dans l'histoire de Perfe. La con- duite de cette princesse répandit beaucoup d'amertume sur la vie de son époux. Après sa mort, elle suivit son penchant à la volupté, & s'abandonna à des excès qui la conduisirent ou tombeau... Voyez APOLLONIDES.
ANACHARSIS, philosophe Scy- the disciple de Solon, s'illustra à Athènes par son savoir, son dé- finireusement, sa prudence & ses mœurs austères. De retour dans sa patrie, il voulut y introduire les Dieux & les lois de la Grèce. Il eut le fort de quelques philoso- phes, qui, comme lui, voulurent s'élever contre le gouvernement & la religion de leur pays: il fut tué par le roi des Scythes, vers l'an 550 avant J. C. Parmi plusieurs sentences triviales qu'on lui attri- bué, il y en a quelques-unes qui méritent d'être rapportées. La vue de l'ivrogne est la meilleure leçon de sobriété... Anacharsis, voyant qu'à Athènes les grandes affaires étoient décidées par la multitude assem- blée, & souvent très-mal, disoit: Les gens de bon sens proposent les questions, & les fous les décident. On dit qu'il comparoit les lois, qui ne font observées que par le peuple, tandis que les grands les violent ou s'en moquent, aux toiles d'araï- gnées qui ne prennent que les mou- ches. On rapporte encore que ce philosophe étant sur mer, demanda au pilote de quelle épaisseur étoient les planches du vaisseau; & que celui-ci lui ayant répondu, de tant de pouces; le philosophe Scy- the lui répliqua? Nous ne sommes donc éloignés de la mort que d'autant. Un Grec lui ayant reproché qu'il étoit Scythe: Je fais, lui répon- dit-il, que ma patrie ne me fait pas beaucoup d'honneur; mais vous désho- nerez la vôtre. Ceux qui ont attri- bué à Anacharsis l'invention de la roue des potiers de terre, ne sa- vent point qu'Homère, qui l'avoit précédé de quelques siècles, en parie dans ses poèmes. En 1788, l'abbé Barthelemi, membre de l'a- cadémie des Belles-Lettres, a pu- blité sous le titre de Voyage d'Ana- charfès, un tableau instruclif & tres- intéressant de l'ancienne Grèce. Voy. BARTHELEMI. I. ANACLET ou CLET, (St.) natif d'Athènes, ayant entendu prè- cher St. Pierre, se convertit & s'at- tacha à cet apôtre, qui l'ordonna diacre & prêtre peu après. Il suc- céda dans le pontificat à St. Lin, l'an 78 ou 79. L'Eglise fut assez tranquille pendant qu'il fut pape, parce que Trajan, sur la lettre que Pline lui adressa en faveur des Chré- tiens, fit cesser la persécution. St. Anaclet fut martyrisé l'an 91.
IL ANACLET, antipape, étoit fils de Pierre de Léon (nom qu'il porta lui-même), gouverneur du château St. Ange, & petit-fils d'un autre Pierre de Léon, Juif converti, que son crédit auprès des papes, & ses grandes richesses, avoient rendu fort considérable. Anaclet avoit été moine de Cluni; c'étoit en ce temps-là, dit l'abbé de Choïse, un titre de mérite. L'ambition lui fit quitter le cloître : il devint cardinal, & fut envoyé légat en France & en Angleterre. Après la mort d'Honorius II en 1130, il se fit élire pape sous le nom d'Anaclet II, tandis que la plus saine partie des cardinaux dontoit le pontificat à Innocent II. Anaclet étant le plus riche, fut pendant quelque temps le plus fort. Il se saifit du château St. Ange & de toute l'argenterie de St. Pierre. Maître de Rome, il fut reconnu par Roger, duc de Sicile, qui épousa sa sœur. Anaclet excommunié par les conciles de Rheims & de Pise, se soutint malgré les foudres de ces synodes, & malgré les armes de l'empereur Lothaire. Il mourut en 1138, après la défaite de Roger son beau-frère, auquel il avoit donné le titre de roi de Naples & de Sicile. (Voyez INNOCENT II.) Arnoul de Seès, dans son Traité contre les Schifmatiques, peint cet antipape sous les couleurs les plus odieuses. Il dit que « le Juif son aïeul, ayant amassé » des richesses par ses usures, se « fit Chrétien pour devenir plus » puissant; & que Pierre, son petit-fils portoit encore sur son visage les marques de son origine. Il fut, ajoute-t-il, envoyé « en France pour acquérir la bienveillance de la nation par la » conformité de mœurs & du langage; & s'étant étrangement décrié pendant sa jeunesse, par son « insolence & ses débauches, il » entra à Cluni, pour couvrir l'in- » famie de sa vie passée par la » réputation de ce monastère, » le plus illustre des Gaules. » Etant devenu cardinal par le » crédit de sa famille, il fut en- » voyé en plusieurs légations, où » il ne songeoit qu'à satisfaire sa » cupidité, & vivait avec un luxe » scandaleux : deux grands repas » par jour, des viandes exquises » & parfumées, une profusion qui » épuisoit les revenus des évêques » & des abbés ; encore pilloit-il » les ornemens des églises. Enfin, » on l'accusoit des débauches les » plus abominables ; d'avoir eu » des enfans de sa propre sœur, » & de mener avec lui une fille » déguisée en homme. Telle étoit » la réputation de l'antipape Ana- » clet. » FLEURY, Hiss. Ecclés, liv. 68, n° 18. Mais, sans vou- loir rétablir sa réputation, on peut croire que les vices d'Anaclet ont été exagérés par ceux qui étoient indignés qu'il disputât la chaire à son légitime possesseur. Au reste, Voltaire n'appelle Anaclet que le pape Juif. C'est une mauvaise plai- fanterie, puisque Pierre de Léon n'étoit point pape, mais antipape, & qu'il ne fut jamais Juif.
ANACOANA, reine de Xiragua, dans l'île St.-Domingue, fut l'une des victimes les plus illustres de la barbarie espagnole. Lors de la conquête du Nouveau Monde, elle accueillit avec bonté Barthelemi Colomb, frère de Christophe Colomb. Son pays ne produisoit point d'or; mais elle fournit aux Espagnols des vivres & du coton en abondance. Après la retraite de Barthelemi, l'Espagnol Ovando, qui avoit pris possession de l'île, vint à Xiragua, suivi de trois cents hommes d'infanterie, & de soixante & dix cavaliers. La reine sans défiance défiance crut qu'*Ovando* venoit la voir en ami. Elle le reçut au milieu des fêtes & des exclamations d'un peuple déformé. Un festin magnifique est préparé. Tous les Caciques du pays y sont invités. Alors *Ovando* entoure la falle, y fait mettre le feu, livre tous les convives aux flammes, en arrache *Anacoana* pour la conduire à St.-Domingue, où, irrité des justes reproches de cette infortunée, il la fit pendre publiquement.
ANACRÉON, naquit à Théos en Ionie, vers l'an 532 avant J. C. *Polycarte*, tyran de Samos, l'appella à sa cour, & trouva en lui un homme aimable & un homme utile. *Anacréon* fut de ses plaisirs & de son conseil. *Hipparque*, fils de *Pisistrate*, le fit venir à Athènes, sur un vaisseau de cinquante rames qu'il lui envoya. *Anacréon* partagea son temps entre l'amour & le vin, & chanta l'un & l'autre. Il coula sa vie dans une mollesse voluptueuse. Un présent de quatre talens, qu'il reçut du même *Polycarte*, l'ayant empêché de dormir pendant deux nuits, il renvoya ce trésor, & fit dire à son bienfaiteur, que quelque considérable que fût la somme, le sommeil valoit encore mieux. Les plaisirs le suivirent jusqu'à l'âge de 85 ans. On dit qu'un pépin de raisin s'arrêta à son gosier, & lui donna la mort. Nous n'avons pas tous les ouvrages de cet aimable poète. Ce qui nous reste a été publié par *Henri Etienne*, qui, en faisant, le premier, ce présent au public, y joignit une version latine digne de l'original. « Très-peu d'auteurs, a dit un homme d'esprit, vont à la postérité avec un gros bagage. Le Lèthé ressemble aux autres fleuves; les choses légères seules y surnagent & échappent à l'oubli, & c'est pour cette raison, qu'*Anacréon*, à travers deux mille ans, est venu jusqu'à nous avec une cinquantaine de feuilles volantes. » Les poésies d'*Anacréon* semblent avoir été dictées par les Amours & les Graces. L'antiquité, & même notre siècle, n'ont point fourni d'auteur, qui ait pu égaler ce style délicat & facile, cette mollesse élégante, & cette négligence heureuse qui fait son caractère. La France n'a eu que la Fontaine à lui comparer. Ce que cet écrivain en a traduit, a paru au public, tel qu'*Anacréon* l'auroit fait lui-même, s'il avoit écrit en françois. Mais on ne parle plus des versions de madame *Dacier* en prose, ni de celles en vers, de *Belleau*, de *Longpierre*, de *la Fosse*, de *Gacon*; *Corneille* de *Paw*, dans l'édition qu'il donna en 1732, in-4° des Œuvres d'*Anacréon*, prétend que les Poésies que nous avons sous son nom, sont un recueil de pièces de différents poètes de l'antiquité. Il a entassé beaucoup d'érudition pour prouver ce paradoxe; mais il ne faut qu'une simple réflexion sur l'uniformité du style des Œuvres d'*Anacréon*, pour le détruire entièrement. Les éditions les plus estimées de ce poète, sont celles de *Josué Barnès*, à Cambridge 1705, in-12; Londres 1706, in-8°; Utrecht 1732, in-4°; Parme 1785, in-8°. *Piacentini* de Venise, en a publié une in-4° en 1726, avec les diverses traductions italiennes de *Corfini*, *Salvini*, *Alexandre Marchetti*, &c. *Voyer* LONGEPIERRE.
ANAFESTE, (Paul-Luc) *Voy*; PAOLUCCIO.
ANAITIS, (Mythol.) Divinité adorée autrefois par les Lydiens, par les Arméniens & par les Perses. La religion de ces peuples, surtout dans la contrée voisine de 258 ANA la Scythie, les obligeoit de ne rien entreprendre que fous les auspices d'*Anaitis*. On faisoit les assemblées importantes dans fon temple. Les plus belles filles étoient confacrées à cette divinité, & abandonnoient leur honneur à ceux qui venoient lui offrir des sacrifices. Elles prétendoient, par cette prostitution, devenir plus nobles & plus dignes d'être mariées. En effet, plus ces filles avoient fait paroître de lubricité, plus elles étoient recherchées, dit-on, par les jeunes gens qui vouloient se marier. I. ANANIAS ou SIDRACH, l'un des trois jeunes Hebreux qui furent condamnés aux flammes, pour n'avoir pas voulu adorer la statue de *Nabuchodonosor*; mais ils n'y périrent point. Dieu les tira miraculeusement de la fournaise où ils avoient été jetés, vers l'an 138 avant J. C.
II. ANANIAS, Juif des premiers convertis. Il eut la hardiesse de mentir au Saint-Esprit, & de vouloir tromper *St. Pierre* sur le prix de la vente d'un champ. Il fut puni de mort avec sa femme *Saphire*, qui avoit eu part à son crime.
III. ANANIAS, disciple des Apôtres, qui demeuroit à Damas, eut ordre de *Jésus-Christ*, qui lui apparut, d'aller trouver *St. Paul* nouvellement converti; ce qu'il exécuta. On ne fait aucune autre circonstance de sa vie; il fut enterré à Damas dans une église dont les Turcs ont fait une mosquée, & ils ne laissent pas de conserver beaucoup de respect pour son tombeau.
IV. ANANIAS, fils de *Nébedée*, souverain pontife des Juifs, ayant été accusé d'avoir voulu foulever le peuple, fut envoyé prisonnier à Rome pour se justifier devant l'empereur; il y réussit, & revint absous. Après son retour, il fit mettre *St. Paul* en prison, & le fit foufifleter; ce qui obligea cet apôtre à lui dire: *Dieu vous frappera, muraille blanchie!* (Act. 23. 3.) Cet *Ananias* fut massacré dans Jérusalem au commencement de la guerre des Juifs contre les Romains, ainsi que l'avoit prédit *St. Paul*.
ANANUS, ou ANNE, grand sacrificateur des Juifs, beau-père de *Caïphe*, eut cinq fils, qui possédèrent après lui la grande sacrificature. C'est chez cet *Ananus* que J. C. fut mené dans sa passion.
ANAPIAS, *Voy. ANFINOMUS*. I. ANASTASE, (Saint) Persan d'origine, surpris de la haine extrême que *Cosroès* témoignoit contre les chrétiens, voulut approfondir la doctrine de ces derniers. Il l'admira, l'embrassa & en foutant la vérité jusqu'à l'instant de son martyre, arrivé le 22 janvier 628. En allant à la mort, il prédit à *Cosroès* que sa tyrannie alloit finir; & en effet, dix jours après *Héraclus* fut son vainqueur & le fit périr. Une église de Rome est dédiée à *St. Vincent* & *St. Anastase*.
II. ANASTASE Ier, (Saint) succéda à *Sirice* dans le souverain pontificat, en 398. Il illustra son règne par la réconciliation de l'église Orientale avec l'Occidentale. Il anathématisa les *Origénistes*, & mourut en 402. Rome ne méritoit pas de posséder plus long-temps ce pontife, suivant *St. Jérôme*, qui l'appelle un homme d'une riche probité, & d'une sollicitude apostolique. Ses restes reposent à Rome dans l'église de *St. Praxèle*. On a de lui deux *Leteres* dans les *Epistolae Rom. Pontifice* de *Coustan*, in-fol.
III. ANASTASE II, élu pape le 24 novembre 496, après la mort de *Gelos*, écrivit à l'empereur *Anastase I* en faveur de la religion Catholique, & à Clovis pour se féliciter sur sa conversion. « La chaire de l'église, lui disoit-il, » a tressailli d'alégresse, quand elle a appris que le filet du pêcheur d'hommes, du divin portier du ciel, s'étoit rempli d'une pêche abondante & miraculeuse. Vous êtes le fils de l'église; soyez la consolation de votre mère. Soyez la colonne de fer qui la soutienne au milieu des assauts des démons. Vous étiez dans les ténèbres, & maintenant vos yeux sont illuminés de la clarté céleste. Nous louons le Seigneur de ce que l'église a trouvé un bras capable de renverser tous ses ennemis. » En effet, l'Arianisme avoit tellement étendu ses conquêtes, que Clovis étoit alors le seul prince Catholique. (Voyez son article.) Anastafe mourut le 17 novembre 498.
IV. ANASTASE III, pape en 911, après Sergius III, gouverna l'église avec sagesse, & ne fut que deux ans sur le saint Siège. V. ANASTASE IV, pape le 9 juillet 1153, après Eugène III, se distingua par sa charité dans une grande famine. Il mourut le 2 décembre 1154. Sous son pontificat les Chrétiens s'emparèrent d'Ascalon, & il accrut les privilèges de l'ordre naissant de St-Jean de Jérusalem.
VI. ANASTASE, antipape, s'éleva contre Benoit III, élu pape en 855, & fut ensuite chassé par ses partisans. Voyez BENOIT III.
VII. ANASTASE SINAITE, ainsi appelé, parce qu'il étoit moine du Mont-Sinai, florissoit dans le 4e siècle. Nous avons divers écrits de ce solitaire : I. Le Guide du vrai Chemin; méthode de controverse contre les hérétiques, en grec & en latin. II. Contemplatione in Hexameron, græco-lat. Londini, 1682, in-4.º III. Cinq Livres dogmatiques de Théologie. IV. Quelques Sermons. Ses ouvrages ont été publiés à Ingolstad, in-4.º 1606, par le Jésuite Greifer; imprimés dans la Bibliothèque des Pères.
VIII. ANASTASE, moine de la Palestine, différent du précédent, (quoi qu'en dise le nouveau Dictionnaire de Ladvocat) fut élu patriarche d'Antioche en 559. Il soutint sur le siège épiscopal la réputation qu'il s'étoit acquise dans le cloître par sa doctrine & ses vertus. Il résista courageusement à l'empereur Justinien, qui vouloit faire ériger en dogme son erreur de l'incorrupibilité du corps de Jésus-Christ avant la résurrection. Sa grande charité lui fit épuiser le trésor de son église en faveur des pauvres. L'empereur Justin II, irrité d'ailleurs contre ce prélat, lui en fit un crime, & le chassé de son siège, en 569. Voyez l'Art de vérifier les dates, pag. 261.
IX. ANASTASE, bibliothécaire de l'église Romaine, assisté en 869 au huitième concile général de Constantinople, où il aidait beaucoup les légats du Pape. Il traduit en latin les Actes de ce concile. A la tête de sa version, se trouve l'Histoire du Schisme de Photius, & celle du Concile, en forme de préface. Anastafe possédoit également bien les deux langues. Il a traduit aussi du grec en latin : I. Les Actes du VIIIe Concile. II. Un Recueil de différentes Pièces sur l'Histoire des Monothélites. III. Plusieurs autres monuments de l'église Orientale. On a encore de lui les Vies des Papes, depuis St. Pierre jusqu'à Nicolas I, publiées à Rome par Bianchini, 1718, 4 vol. in-sol. Voyez GIAMPINI. 260 ANA X. ANASTASE Ier, empereur de Constantinople, appelé le Silentiaire, parce qu'il fut tiré du corps des officiers chargés de faire garder le silence dans le palais, étoit né en 430 à Duras en Ilyrie, d'une famille obscure. Il fut mis sur le trône en 491, par Ariadne, veuve du dernier empereur, & maitresse du nouveau. Tout retentit d'abord des louanges que l'on prodiguoit à l'impératrice, pour avoir fait donner la couronne à un prince, dont la douceur & la justice promettoient au peuple le bonheur & la tranquillité. Anastase abolit tous les honteux éduits de ses prédécesseurs. L'exarque Longn s'étant révolté contre lui, il fut défait par l'armée impériale, & conduit à Constantinople où il eut la tête tranchée. Ces heureux commencements ne se fouturent point. Il se déclara contre les Catholiques, & exila le patriarche Euphémus. Ne sachant de quelle religion il étoit, il vécut en prince qui n'en avoit aucune. Il insulta les députés du pape Symmaque, qui l'excommunia quelque temps après. C'est le premier exemple d'un pape qui ait lancé une telle foudre contre un souverain; exemple trop suivi par les successeurs de Symmaque. Anastase, altier & arrogant avec les prêtres, fut de la dernière basse avec les ennemis de l'empire. Ayant refuse de prêter une somme à Cavade, roi de Perse; celui-ci vint fondre sur ses états & les ravagea. Il ne le fit retirer qu'en obtenant à force d'argent une trêve de sept ans. Il acheta aussi la paix des Bulgares. Il y eut plusieurs séditions sous son règne; mais il fut les appaissés par son hypocrisie & par son adresse. Dans la dernière, il parut au cirque en habit de suppliant, dépouillé de tous les ornemens impériaux, & protesta qu'il alloit sacrifier ses intérêts particuliers à l'intérêt public. Cette comédie attendrit le peuple, qui le pria de reprendre le gouvernement. Il mourut subitement le premier Juillet 518 (d'un coup de foudre, selon quelques-uns), âgé de 88 ans, regardé comme un prince qui, malgré ses défauts, avoit fait plusieurs règlements utiles. Il donna gratuitement les charges aux personnes les plus capables de les remplir. Il abolit ces spectacles, où l'on voyoit les bêtes se repaître de sang humain. Il récompensa les gens de mérite; mais il négligea les sciences.
XI. ANASTASE II, empereur d'Orient, dont l'origine est ignorée, & dont le nom étoit Artémus, avoit été secrétaire de l'empereur Philippique Bardanes. Après la déposition de ce prince, sa piété, ses lumières, ses qualités civiles & militaires le firent placer sur le trône par le peuple en 713. Il rétablit la milice, & fut tenir les Musulmans en respect. Les soldats s'étant révoltés, parce qu'on avoit mis à leur tête un diacre nommé Jean, massacrèrent leur général ecclésiastique, & élurent un nouvel empereur. C'étoit un certain Théodose, receveur des impôts, homme simple, qui s'échappa de leurs mains, & se fauva dans les montagnes. Anastase quitta la pourpre pour l'habit religieux en 716, & quelque temps après, ayant voulu la reprendre, il obtint un secours des Bulgares, avec lequel il vint investir Constantinople. Mais Léon l'Isaurien, qui régnoit alors, ayant gagné les chefs de l'armée Bulgarienne, ils lui livrèrent Anastase, auquel il fit trancher la tête l'an 719. A N A 261 I. ANASTASIE, (Sainte) fille de Prétentat, citoyen Romain, fut élevée par sa mère Fausla, dans les principes du christianisme. Belle, riche & vertueuse, elle fut recherchée par divers partis; mais Publius Patricius, chevalier Romain, fut préféré par ses parens, & elle l'épousa. Cette union ne fut pas heureuse; Patricius conforma la plus grande partie de la dot d'Anastasie, & s'étant aperçu qu'elle ne suivait pas le culte admis dans l'empire, il la tint long-temps renfermée dans une espèce de prison, où il ne permit plus à personne de la voir. Anastasie devenue veuve & libre, se livra avec ardeur aux exercices de sa religion & de la bienfaisance. Les pauvres qu'elle nourrissait, formant un cortège trop nombreux, attirèrent l'attention & les soupçons des officiers de Dioclétien. Anastasie arrêtée par leur ordre, refusa de sacrifier aux idoles, & fut d'abord exilée dans l'isle de Palmaria. Ramence ensuite à Rome, elle y fut brûlée vive, & inhumée au lieu où l'on éleva depuis l'église qui porte son nom. Le rit Romain célébra sa fête le 25 Décembre, & l'anommée dans le canon de la messe.
II. ANASTASIE, sœur de Constantin, épousa Baffien, & consacra une partie de sa fortune à l'utilité publique. Elle fit élever à Constantinople les Bains, appelés de son nom, Anastasiens.
III. ANASTASIE, mérita par ses graces & ses vertus, l'attachement de l'empereur Tibère Constantin. Son mariage fut long-temps ignoré; & c'est à son secret que Tibère dut l'empire. L'impératrice Sophie, qui aimoit Tibère, & qui avoit conçu l'espoir de l'épouser un jour, le fit nommer César, par Justin. Anastasie, montée au rang d'impératrice qui lui étoit dû, s'en montra digne, en partageant avec son époux le bien qu'il fit, & l'amour des peuples. Elle maria sa fille à Maurice, fuscesseur de Tibère, & eut bientôt après le chagrin de voir sa famille massacrée par l'ordre du tyran Phocas, qui par ses cruautés devint l'horreur de son siècle. Anastasie mourut en 594. Il ne faut pas confondre cette Anastasie avec l'épouse de l'empereur Constantin Pogonas, qui portait le même nom. Celle-ci eut beaucoup à souffrir de la dureté de son époux & de la férocité de son fils Justinien Rithomer, & du meurtre de son petit-fils Tibère, égorgé par des assassins dans ses bras. L'histoire du Bas-Empire ne présentoit alors que des scènes de défoliation, de meurtre & de cruauté. I. ANATOLE, (Saint) né à Alexandrie, évêque de Laodicée, ville de Syrie, l'an 269, cultiva avec succès l'arithmétique, la géométrie, la physique, l'astronomie, la grammaire & la rhétorique. Il nous reste de lui quelques ouvrages, entr'autres un Traité de la Pâque, imprimé dans Doctrina temporum de Bocherius, à Anvers 1634, in fol.
II. ANATOLE, patriarche de Constantinople après Flavien, en 449, assista au concile de Chalcedoine, où il fit inférer trois canons sur la prédéminence de son siège; mais les légats de St. Léon, s'y opposèrent. Il mourut en 458.
ANAX, (Mythol.) fils du Ciel & de la Terre. Son nom étoit rêvéré comme quelque chose de sacré; on ne le donnait par honneur, qu'aux demi-Dieux, aux Rois, & aux Héros. Si on leur adressoit la parole, ou si on emparloit au pluriel, on les nommaie Anaites ou Anaces. 261 ANA
ANAXAGORE, surnommé l'*Esprit*, parce qu'il enseignoit que l'*Esprit* Divin étoit la cause de cet univers, naquit à Clazomène dans l'Ionie vers l'an 500 avant J. C. Il eut pour maître *Anaximènes*, qui en fit un de ses meilleurs disciples. *Anaxagore* voyagea en Egypte, & s'appliqua uniquement à étudier les ouvrages de l'Être Suprême, sans se mêler des querelles des hommes. Il fut aussi indifférent pour ses intérêts propres, que pour les intérêts publics. Un jour que ses parens lui reprochoient qu'il laiffoit déperir un riche patrimoine, il leur répondit en philosophe: *J'ai employé à former mon esprit, le temps que j'aurais mis à cultiver mes terres*. Il dit une autrefois: *Je préfère une goutte de sagesse à des tonnes d'or*. Athènes fut le théâtre où il brilla le plus. Le fameux *Périclès* fut au nombre de ses élèves. Dans la fuite il l'aida de ses conseils dans les affaires les plus importantes. Il ne se croyoit pourtant pas né pour prendre part à ce qui se paffoit dans sa patrie: il répondit à quelqu'un qui lui demandoit pourquoi il étoit venu sur la terre? — *Pour contempler le soleil, la lune & les étoiles*. Les visions qu'il débita sur ces globes, ne prouvoient pas qu'il eût beaucoup profité de ses médiations. Il enseignoit que la lune étoit habitée; que le soleil étoit une masse de matière enflammée, un peu plus grande que le Péloponnèse. Il entreprit d'expliquer la manière dont il suppofoit que Dieu avoit arrangé toutes les parties qui entrent dans la composition des corps. « La Suprême intelligence, » disoit-il, vit que la matière étoit dans un grand désordre, & voulut y remédier, parce qu'étant la perfection même, toute imperfection lui déplaît. Elle rappella toutes choses à un plan » plus régulier & plus digne de sa sagesse. Pour cela, elle divisa la matière en une infinité de petites parties exactement semblables, qui devoient être comme les éléments des corps. Toutes ces particules distribuées avec art, & avec de justes proportions, avoient une tendance naturelle à se rejoindre, & se rejoignoient en effet selon les différens besoins de la nature. « Il donnoit à ces particules le nom d'*Homœmeties* ou *Parties similaires*, & elles lui servoient à expliquer tous les phénomènes naturels. « Le pain qu'on mange, disoit-il, & les autres aliments, renferment des particules de sang, de lymphe, d'esprits animaux, de nerfs, de cheveux, d'ongles; lesquelles, par leur mouvement propre & par une espèce d'infinct, vont se rendre aux endroits qui leur sont destinés. Le bois qu'on brûle contient des particules de feu, de fumée, d'eau, de sel, de cendres qui se détachent les unes des autres, & qui après avoir pendant quelque temps nagé dans l'air, se rapprochent & se rejoignent pour former de nouveaux bois. » Il enseignoit encore, dit-on, que les Cieux étoient de pierre, & il paroissoit soupirer pour le céleste séjour. Comme on lui reprochoit qu'il ne se souciait pas de sa patrie: *Au contraire*, répondit-il, en montrant le ciel, *j'en fais un grand cas*. Ses opinions, ses singularités, ou plutôt ses liaisons avec *Périclès*, tyran d'Athènes, lui firent quelques ennemis. On l'accusa d'impiété, quoiqu'il eût reconnu, le premier, une Intelligence suprême qui avoit débrouillé le chaos; & on le condamna à mort par contumace. *Anaxagore* s'éloigna d'Athènes, & ayant appris sa condamnation, il répondit avec tranquillité ! Il y a long-temps que la nature a prononcé contre moi & contre mes juges le même arrêt de mort. Il se retira à Lampfaque, où ses écoliers vinrent le chercher, & où il passa le reste de ses jours. Dans sa vieilleffe, il résolut, dit-on, de se laisser mourir de faim, parce qu'il manquoit du nécessaire. Périches, son élève, accourut auprès de lui pour le détourner de cette funeste résolution. Anaxagore ayant à se plaindre du peu de reconnoissance qu'il avoit montrée pour son maître en politique & en philosophie, lui répondit : Quand on veut conserver la lumière d'une lampe, on a soin d'y verser de l'huile. Ses amis lui demandèrent, dans sa dernière maladie, s'il souhaitoit qu'on portât son cadavre dans son pays : Cela est inutile, répondit-il, le chemin qui mène aux enfers est aussi long d'un lieu que de l'autre. On éleva sur son tombeau deux autels, l'un consacré au Bon-fens, & l'autre à la Vérité. Mais, si l'on fait attention qu'Anaxagore eut une conduite bizarre & un esprit singulier, on ne saura à quelles divinités ces autels devoient être dédiés. Socrate n'esti-moit pas beaucoup les livres de ce philosophe.
ANAXANDRE, roi de Sparte, vainqueur des Messéniens, répondit à quelqu'un qui lui demandoit pourquoi les Lacédémoniens n'avoient point de trésor : C'est, dit-il, afin qu'on ne corrompe pas ceux qui en auroient les clefs. Il vivoit vers l'an 684 avant J. C. I. ANAXANDRIDES, roi de Sparte, soumit les Tugéates. Il fut le premier qui, par un abus dont on n'avoit point d'exemple à Lacédémone, s'avisa d'avoir deux femmes à la fois. Il vivoit entre les années 510 & 590 avant J. C.
II. ANAXANDRIDES, poète Rhodien, vivoit du temps de Philippe, père d'Alexandre. Suidas dit que c'est le premier qui ait introduit sur le théâtre les amours des hommes & les ruses de la galanterie. Ce poète comique s'étant mêlé d'attaquer le gouvernement d'Athènes, on le condamna à mourir de faim; digne mort d'un versificateur satyrique.
ANAXARÈTE, (Mythol.) jeune fille de Salamine, d'une rare beauté, mais fière, parce qu'elle descendoit de la famille royale de Teucer. Un jeune-homme de basse naissance, appelé Iphis, qui en étoit devenu éperduement amoureux, s'en voyant méprisé, se pendit de désespoir à sa porte. Anaxarète, loin d'en être touchée, regarda d'un œil sec & insensible le convoi du malheureux Iphis. Alors Vénus, indiquée de son orgueil, la changea en pierre.
ANAXARQUE, philosophe d'Abdère, fut le favori d'Alexandre le Grand, & lui parla avec une liberté digne de la philosophie de Diogène. Ce prince s'étant blessé, Anaxarque lui montra du doigt la blessure : Voilà du sang humain, lui dit-il, & non pas de celui qui anime les Dieux. Un jour que ce roi lui demanda à table ce qu'il pensoit du festin. Il répondit : « qu'il n'y manquoit qu'une seule chose, la tête d'un grand seigneur dont on avoit dû faire un plat : » & dans le même instant il jeta les yeux sur Nicocrén, tyran de Chypre. Après la mort d'Alexandre, ce Nicocrén voulut aussi faire un plat du philosophe; il le fit mettre dans un mortier, & le fit broyer avec des pilons de fer, comme on fait encore en Turquie à l'égard d'un muphti criminel. Le philosophe dit au tyran, « d'écraser tant qu'il vous 264 ANA » droit fon corps, mais qu'il ne » pourroit rien fur fon ame. » Alors *Nicocréon* le menaça de lui faire couper la langue. — *Tu ne le feras point, petit efféminé*, lui dit *Anaxarque*; & außitôt il la lui cracha au vifage, après l'avoir coupée avec fes dents, *Anaxarque* étoit fceptique.
ANAXENOR, célèbre joueur de luth, obtint de grands honneurs des habitans de Thyane, qui lui éleverent une ftarue. *Marc-Antoine* lui accorda le revenu de quatre villes, & lui donna des gardes.
ANAXIDAME, roi de Lacédémone, vers l'an 684 avant J. C., répondit à un homme qui lui demandoit: *Qui avoit l'autorité dans Sparte?* — *Les Lois*.
ANAXILAS, tyran des Réginiens, montra autant d'équité & de fageffe, que fes prédéceffeurs avoient fait voir d'injuftice & de cruauté. En mourant, il laïffa des enfans en bas âge, & en confia la tutelle à un efclave appelé *Micalus*, dont la fidélité lui étoit connue. La mémoire du tyran étoit en fi grande vénération chez fes fujets, qu'ils aimèrent mieux obéir à un efclave, que d'abandonner les enfans de leur fouverain. Au refte, *Micalus* s'acquitta de fa tutelle avec beaucoup de fageffe & de defintéreffement; & lorfque les jeunes princes furent en âge de gouverner, il leur rendit leurs biens & la royauté. Pour lui, content d'une fortune médiocre, il fe retira a Olympie fa patrie, où il vieillit dans un repos honnête & tranquille. C'eft *Juft'a* qui rapporte fon hiftoire, fans fixer la date précife du temps où il a vécu.
ANAXIMANDRE, philofophe, natif de Milet, fut difciple de *Thafes*, & fuccéda à fon maitre dans l'école de Milet. Il établit l'*Infini* pour premier principe de tout. Tous les êtres, felon lui, fortoient de fon fein & s'y replongeoient fucceffivement pour en fortir de nouveau. C'étoit une chaine non interrompue d'exiftence, de corruption & de renaiffance; il n'expliquoit point ce que c'étoit que ces *Infini*, & ne donnoit aucunes bornes à la matière, parce qu'au-delà de celles qu'on eût pu lui affigner, on concevoit toujours quelque étendue. Il fe diftingua dans l'aftronomie & la géographie. Il obferva le premier l'obliquité de l'écliptique. Il enfeigna que la Lune recevoit fa lumière du foleil. Il foutint que la Terre eft ronde, & inventa les cartes géographiques. Ayant divifé le ciel en différentes parties, il conftruffit une fphère pour repréfenter ces divifions. Il croyoit que le Soleil eft une maffe de matière enflammée, auffi groffe que la Terre. On veut qu'il foit encore l'inventeur du Gnomon, c'eft-à-dire, de la manière de connoître la marche du Soleil par un flyle ou gnomon élevé perpendiculairement à l'horifon. D'autres en font honneur à fon difciple *Anaximène*. On prétend qu'il connoiffoit le mouvement de la Terre. Ce qu'il y a de certain, c'eft qu'il expliqua fort bien pour le temps, comment la Terre peut fe foutenir au milieu de l'efpace fans tomber. Il vivoit l'an 549 avant la naiffance de J. C. I. ANAXIMÈNE de Milet, fut à la tête de l'école de cette ville après la mort d'*Anaximandre*, fon ami & fon maitre. L'air étoit, felon lui, le principe de toutes chofes. Comme il penfoit que l'air étoit infini, fon fentiment revenoit affez à celui d'*Anaximandre*. (*Voyez* l'article précédent.) « L'infini eft, » difoit-il, la fomme des êtres qui » composent le monde. Ce font » des substances inanimées, sans » aucune force par elles-mêmes; » mais le mouvement dont elles » sont douées, leur donne la vie, » & une vertu presqu'infinie. » Voilà tout ce qu'on fait d'exact sur ce philosophe. *Pline* dit qu'il in- venta le cadran folaire, & que les Sparriates, auxquels il le montra, admirèrent cette merveille. Il flo- risfoit dans le 1$^{re}$ siècle qui précéda la naissance de J. C.
II. ANAXIMÈNE, de Lamp- faque, se distingua dans l'éloquence & dans l'histoire. *Philippe*, père d'*Alexandre* le *Grand*, le choisit pour donner des leçons de belles- lettres à son fils. Le précepteur suivit son élève dans la guerre contre les Perses. Il fauva sa patrie qui s'étoit jetée dans le parti de *Da- rius*. Il prit un tour très-ingénieux pour obtenir sa grâce. *Alexandre* avoit juré qu'il ne seroit point ce qu'*Anaximène* lui demanderoit. Ce rhéteur le pria de détruire Lamp- faque. Le héros, désarmé par cette rufe, pardonna à la ville. *Anaxi- mène* avoit composé les *Vies de Philippe* & d'*Alexandre*; une *Histoire ancienne de la Grèce*, en 12 livres; mais il ne nous reste rien de ces ouvrages.
ANAXIPPE, Poète comique Grec de la nouvelle comédie, vi- voit du temps d'*Antigone* & de *Dé- métrius Poliorcès*. Ce poète avoit coutume de dire, « que les philo- » fophes n'étoient sages que dans » leurs discours & leurs écrits, » mais nullement dans leurs ac- » tions. »
ANCÉE, (Mythol.) fils de *Nip- tune* & d'*Aristopolis*, étoit roi de Sa- mos. Ce prince qui aimoit beaucoup l'agriculture, pouffoit un jour trop vivement un de ses esclaves au travail: celui-ci lui prédit qu'il ne boiroit point du vin de la vigne à laquelle il le faisoit travailler au- delà de ses forces. *Ancée*, sans s'ar- rêter à cette prédiction, fit porter du fruit de cette vigne sur le pref- foir, & déjà il étoit près de boire une coupe remplie de ce vin nou- veau, lorsqu'on vint lui dire qu'un fanglier étoit entré dans sa vigne & la ravageoit. A l'instant il posa la coupe pour courir au fanglier, qui d'un coup de boutoir le ren- versa mort. Cette aventure donna lieu à ce proverbe grec, traduit par *Caton*: *Multum interest inter os & offam*; « Il y a loin de la bouche » au plat. » *Horace* a mieux traduit le proverbe grec en ce vers: *Multa cadunt inter calicem supremaque labra*. *Ovide* parle d'un autre *ANCÉE*, qui fut pareillement tué par un fan- glier de la forêt de Calydon; ce- lui-ci étoit de la ville de Par- thafe, au lieu que le premier étoit de Pleurone. I. ANCHARANO, (Pierre D') de la famille des *Farnéses*, naquit à Bologne. *Balde* fut son maître dans le Droit civil & canonique. Son disciple se rendit digne de lui. Il fut choisi en 1400 par le concile de Pise, pour le désoudre contre ceux qui désapprouvoient cette assem- blée. Il démontra, contre les am- bassadeurs du duc de Bavière, que ce concile étoit légitimement con- voqué; qu'il avoit droit de procéder contre *Grégoire XII* & *Benoit XIII*. Il mourut à Bologne en 1417, après avoir commenté les *Dieré- tales* & les *Clémentines*, & publié quelques autres ouvrages. On le nomma dans son épitaphe: *Juris Canonici speculum*, & *Civilis anchora*. Il ne faut pas le confondre avec *Jacques D'ANCHARANO*, auteur de deux livres très-finguliers & très-rares. L'un est intitulé; *Pro-* 266 ANC *essus joco-serius*, in quo continentur *processus Satana contra beatam Vir- ginem*, in-fol. gothique, sans date. L'autre a pour titre : *Liber de pro- cessus Satana contra Christum*, 1472, in-folio. Ce dernier écrivain est le même que PALLADINO, *Voyet* ce mot.
II. ANCHARANO, (Gaspard) né à Bassano, ville de l'état de Ve- nife, vivoit encore en 1614, & proseffoit alors les belles lettres à Trévise. Il fut le Pellegrin de l'Ita- lie. Il a mis en *Cantiques* & en rimes Italiennes, les prières de l'église, les *Pseumes*, l'Office de la Vierge. Ces divers chants ont été imprimés à Venise en 1587 & 1588, in-4.º
ANCHIARA, (Pierre) né dans la Lombardie, près du lac *Majeur*, vécut à la cour de *Ferdinand* le Ca- tholique, & a laissé un ouvrage sur l'*Histoire* des Indes.
ANCHIETA, (Joseph) mission- naire Portugais, né aux Canaries, fut envoyé pour prêcher la foi aux Sauvages du Brésil, & mourut dans ses édifians travaux le 9 juin 1597, à 64 ans. Deux jésuites, *Rotéri- gius* & *Sebastien Béretérius*, ont écrit sa vie.
ANCHISE, (Mythol.) prince Troyen, fils de *Capys* & de la nym- phe *Nais*, s'occupoit à garder les troupeaux dans les bois & sur les montagnes de la Troade. Comme il étoit beau & bien fait, il fut aimé de la Déesse des graces & de la beauté : elle en eut un fils, appelé *Enée*, qu'elle mit au monde sur les bords du fleuve Simois. Les Mythologistes disent qu'il fut frappé légèrement de la foudre, pour n'avoir pas gardé le secret à la Déesse. *Anchise* échappa au sac de Troie par la piété de son fils, qui l'emporta sur ses épaules; & il mourut près de Drépano en Sicile.
ANCHITEE, femme de *Cléom- brote*, roi de Sparte, sacrifia l'amour maternel à celui de la patrie, & mit la première pierre à la porte du temple de *Minerva* que les Ephores avoient ordonné de murer pour y faire mourir de faim *Pausanias* son fils qui s'y étoit réfugié, & qui avoit voulu livrer Sparte aux Perses. *Voyet* PAUSANIAS.
ANCHURUS, (Mythol.) fils de *Midas*. Un gouffre s'étant ouvert à Céline, ville de Phrygie, *Anchurus* se dévoua pour le bien public, & s'y précipita avec son cheval : ce gouffre se renferma auffitôt. *Midas* fit élever à l'en- droit un autel à *Jupiter*. I. ANCILLON, (David) né à Metz en 1617, étudia à Genève, où il fit sa philosophie & sa théo- logie. On le pourvut, après son retour, du ministère de l'église de Meaux, qu'il garda jusqu'en 1653. Il revint à Metz, & il y resta jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Il alla demeurer à Francfort, puis à Berlin, où il mourut en 1692, jouissant de l'estime des littérateurs & des hon- nètes gens.
II. ANCILLON, (Charles) fils du précédent, naquit à Metz, le 29 juillet 1659. Il se fit recevoir avocat à Paris, & vint exercer cette profession dans sa patrie. Après la révocation de l'édit de Nantes, les réformés de Metz le députèrent à la cour pour de- mander de n'être point compris dans la révocation. Tout ce qu'il put obtenir, fut un traitement plus doux pour ses frères persécutés. Il suivit son père à Berlin, & devint inspecteur des tribunaux de justice que les François avoient en Prusse, historiographe du roi, & fur-intendant de l'école Françoise. Il mourut dans cette ville le 5 juillet en 1715, à 16 ans. Ses emplois ne l'empêcherent pas de s'occuper beaucoup à la littérature & à la bibliographie. Il est auteur : I. D'une *Histoire de l'établissement des François réfugiés dans les états de Brandebourg*, 1690, in-8.º II. *Mélanges critiques de littérature, recueillis des conversations de son père*, 1698, trois tom. in-8.º On y trouve des observations utiles & savantes, & quelques méprises. On les contrefit à Amsterdam, in-12, & on y fit entrer bien des choses qui faisoient tort à la mémoire du fils & du père : aussi *Ancillon* désavoua-t-il cette édition frauduleuse. III. La *Vie de Soliman II*, 1706, in - 4º, ouvrage peu soigné. IV. *Traité des Eunuques*, 1707, in-12. V. *Mémoire sur plusieurs gens de lettres*, 1709, in-12. Ces Mémoires sont trop diffus & pas assez exacts. Son *Traité des Eunuques* fut publié sous le nom de *C. Ollincan*, qui est l'anagramme de *C. Ancillon* : il fut fait à l'occasion d'un Eunuque italien qui vouloit se marier. Il y a répandu beaucoup de littérature, & des remarques curieuses & agréables ; mais il n'y montre guères de critique, & encore moins de philosophie. Il prend pour une histoire véritable l'allégorie de *Fontenelle* sur *Mero* & *Enegu*.
ANCKWITZ, nonce du Palatinat de Cracovie, fut nommé ambaffadeur de Pologne à la cour de Danemarck. Il revint à Varsovie à la fin de 1792, & l'année suivante il fit à Grodno l'ouverture de la diète, & signa le 23 juillet 1793, au nom du roi & de la république de Pologne, le traité d'alliance avec la Russie. Lors de l'insurrection de Varsovie le 18 avril 1794, il fut arrêté & mis en prison. On l'accusa de vouloir asservir sa patrie à la Russie ; & ses juges, après lui avoir fait lecture de quelques-unes de ses lettres surprises dans les papiers du général *Ingelfrom*, le condamnèrent à être pendu ; il fut exécuté devant l'hôtel - de - ville de Varsovie ; & à la demande du peuple, son corps fut privé de la sépulture de ses aïeux, pour être rejeté dans celle des malfaiteurs.
ANCOURT, (Florent Carton-fleur d') naquit à Fontainebleau, le premier novembre 1661, le même jour que le grand Dauphin. Le Père de la Rue, Jésuite, sous lequel il fit ses études, voulut procurer à sa Société ce jeune homme, dont la vivacité & la pénétration promettoient beaucoup ; mais l'éloignement du disciple pour le cloître, rendit inutiles tous les soins du maître. D'Ancourt aima mieux se livrer au barreau, qu'il abandonna bientôt pour le théâtre. Il fut non-seulement grand acteur, fur-tout dans les rôles de Jaloux, de Financier, d'Hypocrite, de Misanthrope, mais encore auteur distingué. Ce que *Regnard* étoit à l'égard de *Molière* dans la haute comédie, dit un homme d'esprit, le comédien d'Ancourt l'étoit dans la farce. Plusieurs de ses pièces attirent encore un grand concours. Le dialogue en est, non pas naïf, comme le dit *Voltaire*, mais léger, vif, rapide, plein de gaieté & de faillies. Le talent singulier de faire parler les paysans, les lui fit mettre souvent en jeu : aussi a-t-on dit, qu'il étoit plus souvent au village qu'à la ville, & au moulin qu'au village. Ses comédies forment des tableaux champêtres, qui plaisent à ceux qui peuvent foutenir une pièce presque toute écrite en jargon de paysan. Borné aux petites peintures, il traça rarement de grands caractères; & lorsqu'il voulut le tenter, il choisit mal ses sujets. Il faut en excepter le Chevalier à la mode, piece d'intrigue où il a su faire entrer des caractères plaisans & bien soutenus. Un de ses talens, ou plutôt une de ses adresses, étoit de mettre sur le théâtre les ridicules du jour, & il y réussit ordinairement assez bien. Sa prose est très-supérieure à ses vers, rimés ordinairement avec peine, & à qui cette contrainte fait perdre les graces de la vivacité. Les agré- mens de son esprit & de sa so- ciété le firent rechercher de ce qu'il y avoit de plus distingué & de plus aimable à la cour & à la ville. Louis XIV l'aimoit. Lorf- que ce prince devoit assister à la comédie, d'Ancourt alloit lui lire ses ouvrages dans son cabinet, où madame de Montespan seule étoit admise. Un jour le poète s'étant trouvé mal, à cause du grand feu qu'il y avoit, le roi ouvrit lui-même une fenêtre, pour lui faire prendre l'air. Les dernières années de d'Ancourt fu- rent plus sages & plus retirées que celles de sa jeunesse. Il quitta le théâtre en 1718, pour se retirer dans sa terre de Cour- celle-le-Roi en Berri, où il s'oc- cupa uniquement de son salut. Il y mourut le 16 décembre 1726, à 65 ans. Comme il étoit beau parleur, les comédiens le char- geoient ordinairement des discours d'apparat. Étant allé de leur part porter aux administrateurs de l'hôtel-Dieu, les rétributions de la comédie, il fit un discours pour prouver que le secours annuel donné aux pauvres, auroit dû mettre ses membres à l'abri de l'excommunication. Le premier président de Harlay, l'un des ad- ministrateurs, lui répondit: d'An- court, nous avons des oreilles pour vous entendre, des mains pour rece- voir vos aumônes; mais nous n'avons point de langue pour répondre aux propositions que vous faites. Ses Ouvrages ont été rassemblés en 1710 & 1730, en 9 vol. in-12. Celles de ses Comédies qui ont été conservées au théâtre, font: I. Les Bourgeois à la mode. II. Les trois Coufines. III. Le Chevalier à la mode. IV. Les Coquettes. V. Le Moulin de Javelle. VI. La Parisienne. VII. La Foire de Bejons. VIII. Le Mari retrouvé. IX. Collin-Maillard. X. L'egalant Jardinier. XI. Le Tuteur. XII. Le Notaire obligeant. XIII. La Folle enchère. XIV. L'Intrigante. XV. La Baguette. XVI. Les ven- danges de Surene. XVII. La Loterie. XVIII. Le Charivari. XIX. Les Fees. XX. La Famille à la mode. XXI. L'Opérateur. XXII. La diable Bostoux. XXIII. La Trahison puise. XXIV. L'Amour Charlatan. XXV. Les Agioteurs. On auroit dû reprendre cette pièce dans ces derniers temps. On a imprimé la plupart de ces pièces, sous le titre de Chef-d'œuvres de d'Ancourt, 3 vol. in-12. M. Titon du Tillet dit qu'on a cru que d'Ancourt, assez dissipé dans le monde & ami du plaisir, se faisoit aider dans quelques-unes de ses pièces : cela peut être; mais il n'est pas moins vrai que son esprit étoit vraiment comique, & que sa facilité étoit extrême. Il laissa deux filles, l'une & l'autre mariées.
ANCRE, (le Maréchal d') Voyez CONCINI.
ANCUS-MARTIUS, 1re roi des Romains, monta sur le trône après Tucius Hostilius, l'an 638 A N D 269 avant J. C. Il déclara la guerre aux Latins, triompha d'eux, vainquit les Véiens, les Fidénates, les Volfques & les Sabins. De retour de ses conquêtes, il embellit Rome, & bâtit le temple de Jupiter Férérien, joignit le Mont-Janicule à la ville, creusa le port d'Ostie, & y établit une colonie Romaine. Il fit ouvrir des falines au bord de la mer, & distribua au peuple une grande partie du sel qu'on en tiroit. Il bâtit une prison, d'autant plus nécessaire, que la licence devoit croître à mesure que son peuple devenoit plus nombreux. Il mourut l'an 616 avant J. C., après en avoir règne 24. Il aima la paix & les arts fruits de la paix, & rendit ses sujets heureux.
ANDELOT, Voyet IV. COLIGNI. I. ANDERSON, (Larz) premier ministre de Gustave-Wafa, roi de Suède, naquit de parens pauvres, & se tira de son obscurité par ses talens. Il obrint l'archidiaconé de Strègnes. N'ayant pu parvenir à l'épiscopat, il s'attacha à la cour. Gustave, qui connut son mérite, le fit chancelier. Il pensa dès-lors à introduire le Luthéranisme en Suède, & il exécuta ce projet. Il appuya si efficacement les propositions de Gustave aux états de Vesteras, qu'il obrint tout ce qu'il voulut. Ce ministre avoit le génie des affaires, & une politique éclairée & trappante.
II. ANDERSON, (Edmond) jurisconsulte Anglois sous Elisabeth, qui le fit chef-justicier des communs plaidoyers en 1582. Il mourut en 1604. On a de lui des Recueils de jurisprudence, estimés des Anglois, tels que les arrêts de la cour du commun banc, 1644, in-folio, & ceux de la cour de Westminster, 1653, in-4.
III. ANDERSON, (Adam) — Écossois, secrétaire de l'amirauté, mort le 10 janvier 1775, publia, en 1762, une Histoire de la navigation & du commerce, en anglois.
ANDIEN, de Clermont, peintre renommé pour le genre des Fleurs, passa quarante ans de sa vie en Angleterre; mais il en revint lors de la guerre de 1756, ne voulant pas rester parmi les ennemis de sa patrie. Il est-mort très-âgé à Paris, en 1783. En lui a fini l'école du Baptiste.
ANDIER DES ROCHERS, (Jean) graveur du roi, né à Lyon, s'étoit établi à Paris où il mourut en 1741, dans un âge fort avancé. Il a gravé quelques sujets de la Fable, sur tout d'après le Corrège. Mais son plus grand ouvrage est une suite de plus de sept cents Portraits de personnes distinguées par leur naissance, dans la guerre, dans le ministère, dans la magistrature, dans les sciences & dans les arts, avec des vers au bas, la plupart faits par Gacon. L'empereur Charles VI gratifia des Rochers d'une belle médaille d'or, pour quelques estampes du portrait de sa majesté impériale que ce graveur lui avoit envoyées.
ANDINI, Voyet DANDINI.
ANDOCIDES, orateur Athénien, né vers l'an 468 avant l'ère chrétienne, se distingua par son éloquence. Il fut plusieurs fois exilé de sa patrie, & toujours rappelé. Son style étoit simple, & presque entièrement dénué de figures & d'ornemens. Il nous reste de lui quatre Discours qui furent publiés par Guillaume Can- terus, à Basle 1566, in-fol. Ils se trouvent aussi dans les Oratores Graci d'Etienne, 1575, in-folio. Auger les a traduits en françois, en 1783, in-8.º Le plus curieux est celui qu'il prononça contre Alcibiade. I. ANDRADA, (Diégo de Payva d') d'une des plus illustres familles de Portugal, se distingua parmi les theologiens de l'uni- versité de Coimbre. Le roi de Portugal, Don Sebastien, l'en- voya au concile de Trente, où ce docteur parut avec éclat. Il mourut en 1578. Nous avons de lui la Defense du Concile de Trente, contre Chemnitz; Defensio Tridentina fidei, &c. à Lisbonne, 1578, in-4°, qui est rare. L'édi- tion d'Ingolstad, 1580, in-8°, l'est beaucoup moins. Cet ouvrage est bien écrit, & le 6e livre qui traite de la concupiscence, & de la conception immaculée de la Ste Vierge, est le plus curieux & le plus intéressant, par la di- versité des nombreux sentimens que l'écrivain y rapporte. Il est auteur d'un autre bon Traité contre le même Chemnitz, dont l'édition de Venise 1564, in-4°, est peu commune. Il a pour titre, Ortho- doxæ Questiones adversus Hæreticos. On a encore de lui sept vol. de Sermons portugais, qui ne font bons que pour son pays. Il pré- tendoit que les anciens philosophes ont pu se sauver par une connois- fance vague d'un Rédempteur: opinion de Zuingle, d'Erasme, de Collins, &c. &c.
II. ANDRADA, (François d') historiographe de Philippe III, roi d'Espagne, écrivit l'Histoire de Jean III, roi de Portugal: cet ouvrage, fait en langue Portu- gaise, fut publié à Lisbonne, en 1533, in-4.º Il étoit frère du theologien.
III. ANDRADA, (Thomas d') nommé dans son ordre THOMAS de Jesus, commença la réforme des Augustins déchaussés. Le frère Thomas suivit le roi Don Sébasti- can dans sa malheureuse expé- dition d'Afrique. Les Infidèles l'enfermèrent dans une caverne, où il composa, en portugais, les Souffrances de Jesus: ouvrage plein d'onction; traduit en françois, en 2 vol. in-12. Sa sœur Yolande d'Andrada, comtesse de Lignerez, lui envoya de l'argent pour acheter sa liberté; mais il aima mieux s'occuper, dans les fers, à con- soir les Chrétiens qui souffroient avec lui. Il mourut l'an 1582, en odeur de sainteté.
IV. ANDRADA, (Antoine d') Jésuite, missionnaire Portugais, fit la découverte, en 1624, du pays de Cathai & de celui de Tibet, dont il a donné une Re- lation. Il mourut le 19 mars 1633. V. ANDRADA, Voyet FREIRE. I. ANDRÉ, (Saint) Apôtre, frère de St. Pierre, naquit à Bet- faide. Il suivit d'abord St. Jean- Baptiste, qu'il quitta ensuite pour s'attacher à J. C. André lui amena son frère Simon ou Pierre, pêcheur comme lui. Ils se trouverent aux noces de Cana, & furent témoins du premier miracle de J. C. Quel- que temps après, le Sauveur les ayant rencontrés qui pêchoient, il leur promit de les faire pêcheurs d'hommes. Lorsque J. C. nourrit miraculeusement cinq mille per- sonnes, André l'avertit qu'il n'y avait que cinq pains d'orge & deux poissons. Depuis la mort de son maître, on ne fait rien de certain sur ce disciple. On croit qu'il prêcha l'Évangile à Patras en Achaie, & qu'il y fut marty-risé. On ignore quel fut son supplice. L'opinion commune est qu'il fut crucifié; mais elle n'est pas fondée sur le témoignage des anciens historiens. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en instituant l'ordre de la Toison d'or, lui donna pour symbole distinctif la croix de St. André, faite en forme d'un X. Ughelli & Gaspard Sagittarius ont prouvé que les Romains ont employé quelquefois dans les supplices cette forme de croix. Marseille & Bruxelles ont prétendu posséder des fragments de celle sur laquelle St. André périt.
II. ANDRÉ, prétendu Meffie, qui se donna pour libérateur des Juifs du temps de Trajan. Il ranima leur enthousiasme qui paroissoit assoupi. Il leur persuada qu'ils feroient agréables au Seigneur, & qu'ils rentreroient enfin victorieux dans Jérusalem, s'ils exterminoient tous les infidèles dans les lieux où ils avoient des fynagogues. Les Juifs, séduits par sa promesse, massacrèrent, dit-on, plus de deux cent vingt mille personnes dans la Cyrénaïque & dans l'isle de Chypre : Dion & Eusèbe disent, que non contens de les tuer, ils mangeoient leur chair, se faisoient une ceinture de leurs intestins, & se frottoient le visage de leur sang. Si cela est ainsi, ce fut, de toutes les conspirations contre le genre humain dans notre continent, la plus inhumaine & la plus épouvantable, & elle dut l'être, puisque la superstition en étoit le principe.
III. ANDRÉ, dit de Crète, parce qu'il étoit évêque d'Aleria en cette isle ; ou le Jérofolymitain, parce qu'il s'étoit retiré dans un monastère de Jérusalem, étoit de Damas, & mourut en 720, ou selon d'autres, en 723. Il a laissé des Commentaires sur quelques livres de l'Écriture, & des Sermons. Le P. Combesis en a donné une édition, ornée d'une traduction en latin, de notes, & accompagnée des Œuvres de St. Amphiloque & de Methodius : le tout imprimé à Paris en 1644, in-fol.
IV. ANDRÉ II, roi de Hongrie, partit pour la Terre-faînée en 1217. Il s'y distingua par sa valeur; ce qui lui acquit le surnom de Jérofolymitain. C'est à ce prince que les gentilshommes Hongrois doivent la charte de leurs privilèges. On y lit cette clause : Si moi ou mes successeurs, en quelque temps que ce soit, veulent enfreindre vos privilèges, qu'il vous soit permis, en vertu de cette promesse, à vous & à vos descendants, de vous défendre, sans pouvoir être traités de rebelles. C'étoit mettre les armes dans les mains des sujets; & cette clause, inutile sous un grand roi, pouvoit être dangereuse sous un prince foible. André fut heureux dans toutes les guerres qu'il entreprit, ou qu'il soutint. Il mourut l'an 1235. V. ANDRÉ DE HONGRIE, fils de Charles II, roi de Hongrie, épousa Jeanne I, reine de Naples, sa cousine. André, né avec un naturel groffier, que l'éducation Hongroise n'avoit pas corrigé, ne put jamais se faire aimer de sa femme. Ce prince vouloit être maître, & Jeanne prétendoit qu'il fût seulement le mari de la reine, sans prendre la qualité de roi. Un frère Robert, Franciscain, qui vouloit faire tomber toutes les dignités de l'état sur les Hongrois, ne contribua pas peu à entretenir la déunion. Il gouvernoit André; Jeanne étoit conseillée de son côté par la fameuse Catanoise, (Voyce CABANE.) de lavandière, devenue gouvernante des prin- cesses. Cette femme jalouise du crédit de frère Robert, & con- noissant l'aversion de Jeanne pour son époux, prit la résolution de le faire étranger. Louis, prince de Tarente, amant de Jeanne, (Voyce V. JEANNE.) d'autres princes du sang, les partisans de la reine, &, selon quelques-uns, la reine elle-même, eurent part à ce meurtre, exécuté en 1345. André n'avoit encore que 19 ans.
VI. ANDRÉ de Pise (Andréa da Pisa) sculpteur & architecte, natif de Pise, comme son surnom le dé- figne, en 1270; fut employé à la construction de divers édifices par les Florentins, dont ses talens le firent tellement chéris, qu'ils lui accordèrent le droit de bourgeoisie & l'admirent aux charges de la ré- publique. On prétend que l'arsenal de Venise fut bâti sur ses dessins. Il manioit aussi le pinceau, étoit bon poète, & excellent musicien. Il mourut à Florence, âgé de 60 ans.
VII. ANDRÉ, (Jean) né à Mugello près de Florence, profet- seur de droit à Bologne, mourut de la peste dans cette ville en 1348. On a de lui des Commentaires sur les Clémentines, 1471, in-fol. à Mayence & Lyon, 1575; sur les six livres des Décrétales, Mayence, 1455, in-folio, & Venise, 1581, in-folio. Il professa pendant 45 ans le droit canon à Pise, à Padoue, & sur-tout à Bolo- gne. Il eut de son mariage deux filles. L'aînée appelée Novella, & mariée à Jean Calderin, étoit si bien instruite dans le droit, que lorsque son père étoit occupé, elle donnoit les leçons à sa place; mais elle avoit, dit-on, la précaution de tirer un rideau devant elle, de peur que sa beauté ne donnait des dis- tractions aux écoliers. C'est en son honneur que J. André intitula son Commentaire sur les Décrétales, Novella.
VIII. ANDRÉ, (Jean) fut secrétaire de la Bibliothèque du Vatican, sous Paul II & Siste IV. Le premier le chargea de veiller aux éditions qui se teroient sous Conrad Swig- nheym & Arnoual Pannaret, qui ve- noient d'apporter à Rome la nou- velle invention de l'Imprimerie. Il revoyoit les manuscrits, com- pofoit les épîtres dédicatoires & les préfaces, & corrigeoit même les épreuves. Le cardinal de Cusa, son ancien condisciple, lui fit donner l'évêché d'Accra dans l'isle de Corse; & le pape Paul II le nom- ma ensuite à celui d'Aleria dans la même isle, où il mourut en 1493. On a de lui plusieurs ési- tions de livres anciens, de Tite- Live, d'Aulu-Gelle, 1469, Rome, in-fol. des Epîtres de St. Cyprien; des Herodotis Historiae, 1475; des Œuvres de St. Léon; de Strabon, Venise, 1472, in-fol. Il a fait aussi quelques ouvrages de jurispru- dence.
IX. ANDRÉ DEL SARTO, n'qui à Florence en 1488, d'un tailleur d'habits, d'où lui vint le surnom Del Sarto. François I, sous le règne duquel il vint en France, voulut arrêter ce peintre, qu'il visitoit souvent dans son atelier; mais sa femme le rappelloit en Italie. François I lui fit promettre de re- venir avec sa famille, lui donna de l'argent pour acheter des ta- bleaux; mais André l'ayant dissipé, n'osa plus reparoitre. On loue son coloris, les agrémens de ses têtes, la correction de son dessin, la délicateffe l'dicatesse de ses draperies; mais en lui reproche un air froid & uni- forme. Les têtes de ses Vierges ont peu de noblesse. Il mourut de la pette en 1530. Un des princi- paux talens d'André del Sarto, étoit de copier si fidellement les tableaux des grands maîtres, que tout le monde s'y trompoit. Sa copie du portrait de Leon X par Raphael, sur prise pour l'original par Jules Romain, quoique ce peintre en eût fait les draperies. On distingue dans le grand nombre de ses ou- vrages, la vie de St. Jean-Baptiste, le St. Sébastien de l'église de St. Gall à Florence, la Charité qui se voit dans une des salles du Luxem- bourg, & plusieurs autres tableaux à Versailles. On a beaucoup gravé d'après ce peintre. X. ANDRÉ, (Jean) né à Xativa dans le royaume de Valence, étoit fils d'un alfaqui, & alfaqui lui- même. Il quitta la secte de Mahomet pour la religion de Jésus-Christ en 1487, & reçut l'ordre de prêtrise. Il publia, après sa conversion, la Confusion de la Secte de Mahomet, Séville 1537, in-8.º traduit de l'espagnol en diverses langues. Nous en avons une version fran- toise sur l'italien, par Gui Lefèvre de la Boderie, en 1574. Ceux qui écrivent contre le Mahométisme, peuvent y puiser des choses utiles.
XI. ANDRÉ, (Jacques) dit SCHMIDELIN, c'est-à-dire Maré- thal, parce que son père l'étoit, chanceller & recteur de l'univer- fité de Tubingen, naquit dans le duché de Wittemberg en 1528. Il apprit d'abord le métier de char- pentier; mais on le tira de sa bou- tique, pour lui faire étudier la philosophie, la théologie & les langues. Il s'illustra dans le parti Luthérien, unit les princes de la sonfession d'Ausbourg, & fut em- ployé par plusieurs d'entre eux. Son esprit étoit inquiet & tur- bulent. Il changeoit souvent d'o- pinion & soutenoit cette varia- tion par des injures à ses adver- saires; il fut l'un des plus ardens défenseurs de la doctrine de l'Ubi- quité, ou de la présence du corps de J. C. en tous lieux. Il avoit eu dix-huit enfants & mourut à 62 ans en 1590. Son ouvrage le plus connu est intitulé : De la Concorde, 1582, in-4.º On lui donna plus justement le titre de Concordia difeors; car ce fut celui de tous ses écrits qui produisit le plus de troubles & de disputes. André a publié près de cent cin- quante opuscules lains, sur des matières de théologie & de contro- verse. On dit que, sur la fin de ses jours, il fut éclairé sur la fausteté de sa religion, & qu'il embraffa la véritable; mais les l'ortefans nient le fait.
XII. ANDRÉ, (Valère) naquit dans le Brabant en 1588. Il pro- feffa le droit à Louvain, & eut la direction de la bibliothèque de l'u- niversité. Sa Bibliotheca Belgica, feu de Belgis vitâ scriptique claris, paffé avec raison pour un des meilleurs ouvrages qu'on ait donnés en ce genre; il auroit pu néanmoins re- trancher quelques minutes & cor- riger quelques inexactitudes. Il la publia en 1643. On l'a depuis réimprimée en 1739, 2 volumes in-4.º avec des additions. Il vivoit encore en 1652.
XIII. ANDRÉ, (Yves-Marie) né le 22 mai 1675 à Châteaulin dans le comté de Cornouailles, contrée qui a été la patrie du Père Hardouin & du Père Bougeant, entra comme eux chez les Jésuites. La chaire de professeur royal de mathématiques le fixa à Caen; il remplit ce poste avec autant de 274 AND fruit que d'applaudissement, depuis 1726 jusqu'en 1759. Il étoit pour lors âgé de 84 ans, & c'étoit bien le temps de prendre du repos. Sa vie laborieuse se termina le 25 février 1764. La nature l'avoit doué d'un tempérament heureux, & il le conserva par l'uniformité de sa vie & par la gaieté de son caractère. Aucun genre de littérature ne lui étoit étranger : il avoit réussi dans la chaire : il avoit fait des vers pleins de graces ; mais il est principalement connu par son *Essai sur le beau*, dont on a donné une nouvelle édition dans le recueil de ses ouvrages en 1767, 5 volumes in-12. Ce livre, plein d'ordre & de goût, offre de la nouveauté dans le sujet, de la noblesse dans la diction, & assez de force dans le raisonnement. « C'est dans cette source, dit un » littérateur cité par *Feller*, que la plupart de nos auteurs didactiques ont puisé les bons préceptes qu'ils ont donnés, & c'est d'après ces préceptes, que les jeunes littérateurs doivent travailler pour obtenir de véritables succès. L'imitation de la nature, voilà le but essentiel auquel il faut tendre. Le P. André nous développe ce principe avec un ordre, un discernement, une clarté qui ne laissent rien à désirer. Il définit toutes les espèces de beau, avec précision, avec justesse. Le chapitre qui regarde le beau dans les ouvrages d'esprit est plein de réflexions profondes, instructives, lumineuses ; il semble y être l'interprète des Muses & de la Nature. Dans le chapitre qui concerne le beau dans les mœurs, la raison, le sentiment, la vérité ne se sont jamais mieux exprimés que par sa plume. On y voit briller une philosophie supérieure qui connoit aussi bien « les passions du cœur que les » ressorts de la politique humaine. « Si la philosophie substituoit des » maximes aussi utiles à ses folles « déclamations, elle auroit véritablement droit à la reconnoissance & au respect. » On estime aussi le *Traité sur l'Homme*, où il parle, en philosophie judicieux, de l'union de l'âme & du corps.
XIV. ANDRÉ, (le Maréchal de ST.) *Voyet* ALBON.
XV. ANDRÉ, (le petit Père) *Voyet* I. BOULANGER.
XVI. ANDRÉ CORSIN, *Voyet* ce dernier mot.
XVII. ANDRÉ, (Alexandre) Napolitain, mais originaire de Barlette, publia une *Traduction* de l'ouvrage de l'empereur Léon, sur l'Art de la guerre, avec trois *Discours* sur la guerre faite dans la campagne de Rome & le royaume de Naples sous le pape *Paul IV* en 1556. Plusieurs autres écrivains d'Italie curent le nom d'André. — *Onupère d'ANDRÉ* fit imprimer en 1631 quelques *poésies* & des opuscules en prose. — *François d'ANDRÉ*, grand jurisconsulte de Naples, y fit connoître pour la première fois les écrits de *Cujas* & de *Duaren*, la philosophie de *Descartes* & les nouvelles découvertes faites en médecine. — *ANDRÉ*, prêtre de Bergame, vécut dans le 9$^{e}$ siècle. Il est auteur d'une *Chronique* qui commence à l'arrivée des Lombards en Italie, & finit à la mort de l'empereur Louis II, c'est-à-dire à l'an 874. *Muratori* l'a insérée dans le premier volume de ses *Antiquités d'Italie*.
ANDREINI, (Isabelle) née à Padoue, de l'académie des *Intent* de cette ville, sur la plus célèbre comédienne de son temps. Après avoir brillé quelques années fut les théâtres d'Italie, elle vint en France, où elle ne se fit pas moins distinguer par la sagesse de sa conduite, qu'admirer par ses talens, qui ne se bornoient pas à ceux du théâtre. Elle étoit en même temps auteur, & s'exerça avec succès en différens genres d'ouvrages. On a d'elle des *Sonnets*, des *Madrigaux*, des *Chansons*, la pastorale de *Myrtille* imprimée à Vérone, 1588. *Cantonniere*, Milan 1601. Elle mourut à Lyon en 1604, d'une fauffe couche, a 42 ans. Le corps municipal de cette ville honora sa sépulture par des marques de distinction; & son mari (*Pierre-François ANDREINI*) lui fit une épitaphe où il célébra ses talens & ses vertus. On a de lui *Le Bravure del Capitan Spavento*, Venise 1607, in-4.º traduit en François, Paris 1608, in-12... Il ne faut pas le confondre avec *Jean-Baptiste ANDREINI*, auteur d'un grand nombre de *Pièces* de théâtre, qui ne font ni trop bonnes, ni trop rares. On recherche cependant son *Adamo*, Milan 1613, in-4.º parce qu'on prétend que *Milton* a pris l'idée de son *Paradis perdu* dans cette tragédie. On a encore d'*Andreini*, trois *Traités* en faveur de la comédie & des comédiens, publiés à Paris en 1625; ils font fort rares.
ANDRELINUS, (*Publius Faufus*) naquit à Forlì, ville d'Italie. Il fut honoré à 22 ans de la couronne de laurier, que l'académie de Rome donnoit à ceux qui avoient remporté le prix. Ce poète Latin vint à Paris sous le règne de *Charles VIII*, & fut professeur de belles-lettres & de mathématiques dans le collège de l'université. Il se donnoit le titre de Poète du roi & de la reine, *Louis XII* & *Anne de Bretagne*. On a de lui plusieurs ouvrages poétiques, tous vides de choses & remplis de mots, comme font la plupart des vers de collège. Ses différentes *Poésies* ont été imprimées in-4.º & in-8.º séparément depuis 1490 jusqu'en 1519; & dans *Delicia Poetarum Italorum*. Ses productions en prose ne font pas plus estimées. Il mourut en 1518. Ses mœurs n'étoient pas pures, si l'on en croit *Erasme*. Les déclamations auxquelles il s'abandonna contre les théologiens catholiques, prouvent aussi que ce rhéteur n'étoit ni tolérant ni philosophe.
ANDRIAM, (*André*) célèbre graveur en bois, naquit à Mantoua. Il s'attacha principalement à multiplier par le burin les compositions de *Raphaël* & du *Titan*. C'est lui qui a gravé en camaïeu d'après *Manteigne*, le triomphe de *Jules César* qui est un chef-d'œuvre de l'art. *Andriam* est mort au commencement du 17e siècle.
ANDRIEU, *Voyez* D'ANDRIEU.
ANDRIEUX, (*N.*) né à Tarare près Lyon, se consacra dans cette ville à la profession du commerce, & y réunit la culture des lettres. Diverses pièces de poésie qui portent son nom dans les journaux, prouvent un talent aimable & facile. Les qualités de son cœur lui donnèrent des amis. Il leur fut enlevé en 1797. On trouve dans l'Almanach des Muses de 1798, une épître consacrée à son souvenir.
ANDRISCUS, homme obscur, de la ville d'Adram:fte dans l'Asie mineure, se dit fils de *Persée*, roi de Macédoine, parce qu'il lui refembloit beaucoup par la taille & par le visage. Cet imposteur l'ayant persuadé aux Macédoniens, il se 276 AND mit à la tête de leur armée, & vain- quiz *Juventus*, prêteur de la répu- blique Romaine dans la Macédoine. *Q. Cacillus Metellus* marcha contre cet aventurier, le défit, & en orna son triomphe, vers l'an 148 avant J. C. Deux autres fédérieurs vou- lurent relever le parti de cet ufur- pateur; mais ils eurent le même fort que lui. Le fénat mit alors la Macédoine au nombre des autres provinces Romaines.
ANDROCLÉE, fille d'*An- sipène* de Thèbes, se dévoua avec sa fœur *Alcis* pour le salut de sa patrie. La guerre s'étant allumée entre les Thébains & les Orchomé- niens, l'oracle fut confuté; il ré- pondit que « la victoire feroit pour » les Thébains, si celui qui étoit du » fang le plus noble, vouloit se » sacrifier pour le salut de ses » concitoyens. » La naissance d'*Antipène* l'emportait sur celle de tous les autres; mais ce mauvais patriote refusant d'être la victime du bien public, ses deux filles *Androclée* & *Alcis* s'y résolurent, & s'immolèrent courageusement. Les habitans de Thèbes, en recon- noissance d'un service si signalé, firent dresser en leur honneur un monument dans le temple de *Diane* d'Euche.
ANDROGÉE, (Mythol.) fils de *Minos II*, roi de Crète, vivait l'an 12;0 avant J. C. Quelques jeunes gens d'Athenes & de Mégare, fâchés de ce qu'il leur enlevait tous les prix des jeux Olympiques, attente- rent à sa vie. *Minos*, pour venger ce meurtre, assiégea Athenes & Mégare, & obligea les habitans de lui envoyer tous les ans sept garçons & sept filles, qu'on faisoit dévorer par le Minotaure. *Thésée* les délivra de ce tribut odieux. I. ANDROMAQUE, fille d'*A- chion* roi des Ciliciens du mont Ida, épousa en premier lieu *Heïto* prince Troyen, qu'elle aima ten- drement. En ayant été malheu- reusement privée par *Achille* qui le tua dans un combat fingulier, elle vit bientôt tomber & réduire en cen- dres la ville de Troye dont il étoit l'unique appui, & fut livrée au fils de son meurtrier (à *Phyrthus*) qui la força de lui donner la main. Enfin elle eut pour troisième époux *Helenus*, frère de son premier mari, avec qui elle mena une vie assez trifte sur le trône d'Epire, ne pou- vant oublier son cher *Heïtor*. Elle eut de celui-ci *Astyanax*, *Molossus* du second, & *Cestrinus* du dernier... *Racine* fit couler bien des larmes, en traitant ce sujet; & sa pièce ac- cueillie avec transport, comme un chef-d'œuvre dans un genre nou- veau, annonça aux amateurs de la Muse tragique le fuccefleur & le rival de *Corncilla*.
II. ANDROMAQUE de Crète, médecin de l'empereur *Néron*, est moins connu par ce titre que par l'invention de la thériaque, qu'il chanta en vers grecs élégiaques, adressés à *Néron*. *Moïse Charas* pu- blia une traduction de ce poème curieux en 1668, in-12. *Androma- que* introduisit un usage inconnu avant lui, en prenant le titre d'*Ar- chiater*, ou premier *Médecin* des em- pereurs.
ANDROMÈDE, (Mythol.) fille de *Céphée* & de *Caffiope*, pour s'être vantée d'être plus belle que les Néréides, fut attachée par elles sur un rocher, où un monstre marin devoit la dévorer. *Persée* la délivra & devint son époux. I. ANDRONIC I$^{er}$, *Comnène*, eut pour père *Isaac Comnène*, troi- fieme fils d'*Alexis I*, il avoit fervi avec distinction sous Manuel Com- néne, qui le fit mettre aux fers pour crime de rebellion. Ayant recouvré sa liberté & ses premières dignités, il enleva l'empire de Constantinople à Alexis II, son pupille, qu'il fit étrangler en 1183. (Poys III. AGNES & v AARON.) Il commença son règne par des cruautés inouies contre les habi- tans de Nicée. Au siège de Pruze, il se distingua par des inhumanités encore plus singulières. Il saisoit couper aux uns les pieds et les mains, ou crever les yeux; & il s'amusoit sur d'autres, en ne leur coupant qu'un pied ou une main, ou en ne leur arrachant qu'un œil. Ses sujets, indignés qu'il fouillât la majesté du trône par ces barba- ries, transportèrent la couronne sur la tête d'Isaac l'Ange. Andronic prit la fuite; mais le peuple l'ayant atteint, le lia à un poteau dans la grande cour du palais, & lui rendit ce qu'il avoit fait aux autres. On lui brisa les dents, on lui arracha les cheveux, on le pendit par les pieds, on le mutila; enfin des soldats Italiens le porcèrent de plu- sieurs coups, & mirent fin à ses tourmens le 12 septembre 1185. Ce prince avoit de l'éloquence. Il diminua les impôts; mais l'inhu- manité est un vice, qui seul peut faire oublier les plus grandes qua- lités, sur-tout dans les princes.
II. ANDRONIC II, Paléologue, né en 1258 de Michel VIII, suc- céda à son père en décembre 1282. Son règne est célèbre par les inva- sions des Turcs dans l'empire; il leur opposa les armes des Catalans, qui firent encore plus de dégâts que les Musulmans. Andronic, con- noissant sa soiblesse, associa au trône son fils aîné Michel IX en 1294. Ce prince étant mort en 1320, Andronic le Jeune son fils partagea l'autorité avec son aïeul, qui le contraignit par ses manières dures à se révolter. Il se rendit maître de Constantinople en mai 1218, fit descendre Andronic le Vieux du trône, & lui donna le palais impé- rial pour prison: l'empereur dé- trône aima mieux s'enfermer dans un monastère, où il finit ses jours en 1332. Ce prince avoit quelques vertus, & beaucoup plus de dé- fauts. Crédule, timide, irréfolu, il devint le jouer des ecclésiastiques, qui se servirent de son nom, & souvent de son pouvoir pour so- menter leurs cabales & leurs dis- putes. Il chargea son peuple d'im- pôts pour acheter la paix. Il altéra tellement la monnoie, qu'elle n'eut plus de cours chez les étrangers; ce qui fit tomber le commerce & languir l'empire. Enfin, en laissant dépérir la marine, il donna lieu aux Génois & aux Vénitiens de faire des descentes jusqu'au port de Constantinople, & à d'autres nations de faire des incursions dans la Thrace. Il étoit d'ailleurs pieux, frugal, assidu au travail, & ami des savans.
III. ANDRONIC III, Paléologue, (ou Andronic le Jeune) petit-fils du précédent, eut les vertus de son aïeul, & beaucoup plus de talens. Guerrier habile, protecteur del in- nocence, père de son peuple, il diminua les impôts, & fut accessible dans tous les temps au pauvre comme au riche. Malgré sa valeur, il ne put empêcher les progrès des Turcs, qui s'approchèrent de Con- stantinople, en transférant le siège de leur monarchie, de la ville de Pruze, dans celle de Nicée. Une sieve maligne enleva ce prince à ses sujets qui l'adoroient, en juin 1341. Il avoit 45 ans, & en avoit régné seul environ 13. (V. JEAN V. Cantaeutène.) L'abbé Leng'ea, dans S. 3 278 AND ses Principes de l'Histoire, l'appelle mal à propos Andronic II.
IV. ANDRONIC IV, Paléologue, fils aîné de l'empereur Jean V, fut associé par son père à la puissance souveraine vers l'an 1355. Ce prince, d'un caractère perfide, d'un esprit inquiet, voulut détrôner son père, qui lui fit d'abord crever un œil, & qui l'obligea ensuite de renoncer à l'empire en 1373 & de céder ses droits à son frère Manuel. Après son abdication, il finit obscurément ses jours dans le lieu où il avoit été exilé. V. ANDRONIC, né à Céresse en Macédoine, fameux architecte ancien, dont Vitruve fait mention, bâtit une tour à Athènes, aux angles de laquelle il plaça les figures des huit principaux vents. Sur le sommet de cette tour s'élevoit un obélisque, & sur cet obélisque étoit la figure d'un triton, demi-homme & demi-poisson, tenant une longue verge de fer horizontale. Cette figure étoit très-mobile. Le vent la faisoit tourner, de manière que la verge indiquoit toujours l'une des figures des angles de la tour, & par conséquent quel étoit le vent qui souffloit. Cette invention fut l'origine des girouettes, & des coqs tournans au haut des flèches des clochers. On voyoit encore dans ces derniers temps près d'Athènes les ruines du monument d'Andronic, appelé la Tour des vents.
VI. ANDRONIC, (Livius Andronicus) le plus ancien poète comique Latin, florissoit sous le consulat de Claudius Centon, l'an 240 avant J. C. Sa première pièce fut représentée alors. Les auteurs, dans le berceau de l'art dramatique, monsoient sur des tréteaux, & jouoient eux-mêmes. Andronic s'étant en- roué en répétant ses vers, les fit réciter par un esclave: ce fut l'origine de la déclamation entre deux acteurs. Ce qui nous reste des pièces d'Andronic, ne nous fait pas regretter ce qui en a été perdu. Son style étoit grossier, ainsi que son fiècle. On trouve quelques-uns de ses fragments dans les Comici Latini, Lyon 1603, ou Leyde 1620; & dans le Corpus Poetarum.
VII. ANDRONIC, commandant des armées d'Antiochus Epiphanes dans la Judée, fit affaissir en trahison le souverain sacrificateur Onias; mais la mort de ce saint homme fut vengée par Antiochus, qui fit tuer Andronic dans le même lieu où il avoit commis le meurtre, l'an 166 avant J. C.
VIII. ANDRONIC de Rhodes, philosophe Péripatéticien, vivoit à Rome du temps de Cicéron, 63 ans avant J. C. Il fit connoître, le premier, dans Rome les ouvrages d'Aristote, que Sylla y avoit apportés. Il avoit d'abord professé à Athènes, mais avec peu de concours, parce que le goût de la philosophie étoit passé. Las de se trouver presque seul, il se retira, en répétant ce vers d'Homère: Qu'un autre se saisisse de l'arc d'Ulyssée & qu'il le tende, je ne puis en venir à bout; voulant dire qu'il ne pouvoit rétablir la gloire des écoles d'Aristote. On trouve Andronici Rhodii & Ethicorum Nichomachorum Paraphrasis, grec & latin, Cambridge, 1679, in-8.º qui se joint aux Auteurs cum notis Variorum.
IX. ANDRONIC, fut parent de St. Paul, & compagnon de ses liens. Il étoit considéré parmi les Apôtres, & avoit embrasé la foi de J. C. avant St. Paul. On dit qu'il souffrit le martyre à Jérusalem, avec Junie sa femme. **X. ANDRONIC**, chef de la fêcle des *Androniciens*, avoit adopté les erreurs des *Sévériens*. Ces fêctaires croyoient que la partie fupérieure des femmes étoit l'ouvrage de Dieu, & la partie inférieure l'ouvrage du Diable.
**XI. ANDRONIC** de Theffalonique, l'un des favans qui fe réfugièrent en Italie après la prife de Constantinople, enfeigna la langue grecque à Rome, à Florence & à Paris, du temps de *Louis XI*. Il mourut en 1478.
**ANDROUET DU CERCEAU**, (Jacques) fameux architecte de la fin du 16e fêcle, eft auteur de plusieurs ouvrages fur fon art. Il donna les deffins de la grande galerie du Louvre. Les hôtels de *Sully*, de *Mayenne*, des Fermes, de Carnavalet, &c. &c. font de lui, ainfi que le Pont-neuf, commencé fous fa direction le 30 mai 1578, & achevé en 1604. Il mourut dans les pays étrangers, où il s'étoit retiré en 1585 pour exercer plus tranquillement la religion Calvinife qu'il avoit embraffée. On a de lui : L Son *Architeiture*, 1559, in-fol. réimprimée depuis. II. *Les plus excellens Bâtimens de France*, 1576. III. *Leçons de Perspective*, Paris, 1576, in-fol.
**ANDRY**, (Nicolas) d'abord profeffeur de philofophie à Paris au collége des Graffins, enfuite au collége royal, & doyen de la faculté de médecine, travailla fur fon art avec quelque fuccès. On a de lui plusieurs ouvrages de littérature, qui ne lui ont pas furvécu. Il eft auteur des *Sentimens* de Cléarque *fur les Diologues d'Eudoxe & de Philante*... Ce médecin avoit un caractère aigre & porté à la fatyre. Il eut des démêles très-vifs avec *Recquet* fur la faignée. Ayant été affocié à la compagnie du *Journal des Savans*, il en fit, de concert avec fes confrères, un répertoire qui ne pouvoit être utile qu'à eux. Cet ouvrage, livré à la Faculté, alloit mourir, lorique l'abbé des *Fontaines* le reffufcita vers l'an 1724. Nous avons d'*Andry* : I. Un bon traité de la *Génération des vers dans le corps humain*, in-12. II. Un autre, intitulé : *L'Orthopédie*, ou *L'Art de prévenir & de corriger dans les enfans les difformités du corps*. III. *Traité des Alimens du carême*, 1713, 2 vol. in-12. IV. *Remarques fur la faignée, la purgation & la boiffon*, 1710, in-12. V. *La Prééminence de la Médecine fur la Chirurgie*, in-12, 1728, &c. Il mourut en 1742, dans un âge avancé.
**ANEAU**, (Barthélemi) poète Latin & François, natif de Bourges, fut principal du collége de la Trinité à Lyon. En 1565, une pierre fut jetée, d'une fenêtre de ce collége, fur le prêtre qui portoit le St. Sacrement en proceffion le jour de la Fête-Dieu : les Catholiques, irrités de cette action, entrèrent fur le champ dans le collége, & ayant trouvé *Anæus*, qu'on regardoit comme un Calvinife fecret, l'affommèrent & le mirent en pièces. On a de lui des *Chants-Royaux* ; un *Myffère de la Nativité*, 1559, in-8° ; *Lyon Marchand*, fatyre françoife, 1542, in-16 ; & plusieurs autres ouvrages en vers & en profe. Les curieux recherchent fon *Aleftor*, ou le *Coq*, *histoire fabuleuse*, Lyon 1560, in-8°