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03.0 Dictionnaire historique — ANFINOMUS – AQUILIN

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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**ANFINOMUS & ANAPIAS**. Lorique dans une des antiques éruptions du Mont-Ema, qui détruifirent Catane en Sicile, la lave ardente inondoit la ville, & que chacun des malheureux habtrans enlevoient leurs effets les plus précieux; deux frères opulens négligèrent toutes leurs richesses, & se sauvèrent de l'embrasement, emportant sur leurs épaules leurs pareaux, que le grand âge rendoit inhabiles à la fuite. *Aristote, Sénèque, Strabon, &c.* ajoutent que, le feu respectant ces pieux enfans, les épargna, tandis que plusieurs autres qui avoient pris la même route qu'eux, furent confumés. Ces deux frères se sont rendus si fameux par cette action, que Syracuse & Catane se disputèrent l'honneur de leur avoir donné le jour, & ces deux villes dédierent à l'envi des temples à la *Piété Filiale*, en mémoire de cet évènement. I. ANGE DE CLAVASIO, Franciscain Génois, mort à Coni en Piémont l'an 1495, est auteur d'une Somme de Cas de conscience, appelée de son nom *Summa Angelica*, Venise 1487, in-fol. Il avoit fait aussi un *Traité des restitutions*; & un autre intitulé: *L'Arche de la Foi. Benoit XIV* a approuvé le culte qu'on rendoit à ce saint religieux.
II. ANGE DE ST. JOSEPH, (le P.) Carme déchauffé de Toulouse, dont le vrai nom étoit *la Brosse*, resta long-temps dans la Perse en qualité de missionnaire apostolique: le libre séjour qu'il fit dans ce royaume, lui donna lieu d'en apprendre la langue. Cette connoissance l'engagea à entreprendre une traduction latine de la *Pharmacopée Persine*, qui vit le jour à Paris en 1681, in-8.º Il y a encore de lui, *Gastophytacium lingua Persarum*, Amsterdam 1684, in-fol. Il y expliqua les termes en latin, en françois & en italien, pour que son livre pût être d'un usage général aux nations les plus éclairées de l'Europe. Cet ouvrage est recommandable par la justesse des remarques, & par divers traits historiques qui y sont semés. L'auteur avoit été provincial de son ordre en Languedoc; il mourut à Perpignan en 1697.
III. ANGE DE STE-ROSALIE, Augustin déchauffé & savant généalogiste, naquit à Blois en 1655, & mourut à Paris en 1726. Il préparoit une nouvelle édition de l'*Histoire de la maison de France & des grands Officiers de la Couronne*, commencée par le P. *Anselme*, lorsqu'il fut subitement frappé de mort, laissant de lui la mémoire d'un savant laborieux: le P. *Simplicien*, son associé dans ce travail, le publia en 9 vol. in-fol. Le P. *Ange* a aussi composé l'*État de la France* en 5 volumes in-12. Son nom de famille étoit *François Raffard*. Il y a des inexactitudes dans son *Histoire de la maison de France*; mais quel ouvrage de ce genre en est exempt? C'est d'ailleurs un répertoire très-utile pour l'Histoire de France, & qui a demandé bien des recherches.
ANGE, (Frère) *Voyet* IV. JOYEUSE.
ANGE-ROCCA, *Voyet* ROCCA.
ANGEL, (le Baron de Saint-) *Voyet* BALOUFEAU.
ANGÈLE-MERICI, ou *Angèle de Bresse*, institutrice des Ursulines, naquit à Dezenzano sur le lac de la Garde, fonda cet ordre en 1537, & mourut le 21 mars 1540 en odeur de sainteté, âgée de 34 ans. Son institut, consacré à l'éducation des jeunes filles, se répandit bientôt dans l'Europe. Il y en a eu plusieurs convens en France. Elle a été béatifiée en 1770... Voyer Bus.
ANGELERIO, (Bonaventure) de Sicile, religieux de l'ordre des frères mineurs de St. François, a laissé dans le siècle passé 24 vol. de ses œuvres. Son principal Traité est intitulé : Lux physica, magica & academica. I. ANGELI, (Pierre) Angelus Bargeus, poète Latin, né à Barga, petite ville de la Toscane, d'où il a été communément surnommé Bargeo. Après avoir enseigné pendant quelque temps les langues Grecque & Latine à Reggio de Lombardie, sa réputation le fit appeler à Pise par Cosme I, duc de Florence, pour y professer les belles-lettres. Il occupa cette chaire pendant plusieurs années avec beaucoup de succès, & passa ensuite dans la même université à une autre où l'on enseignait la morale & la politique d'Afistote. En 1554, durant la guerre de Sienne, Pierre Strozzi s'étant approché de Pise avec son armée, la ville se trouva sans défense. Ce professeur, qui n'avait pas moins de courage que de savoir, rassembla tous les écoliers de l'université, se mit à leur tête, & les encouragea si bien par son exemple, qu'il tint l'armée ennemie en respect, & donna le temps au duc de Florence d'y envoyer du secours. Angeli est principalement connu par deux Poèmes latins. L'un de ses poèmes a pour titre : Cynegaticum ou de la Chasse, en six livres. Il fut imprimé avec ses poésies en 1578, Paris, Junie, in-8.º Angeli en conçut la première idée en France, & en forma le plan dans une partie de chasse, où il accompagnait Henri II. Cet ouvrage qui lui conta vingt années de travail, est estimé, & a été traduit en vers italiens par Bergantini, Venise, 1735. L'autre poème est intitulé : la Syriade ou l'Expédition de Godefroi de Bouillon, pour le recouvrement de la Terre-faînte, en douze livres, Florence, 1591, in-4.º Ce poème n'a jamais été traduit en françois, Angeli mourut en 1596, âgé de 79 ans, quelque temps après la Taffe. On lui doit encore des Égiogues, une Oraison funèbre de Côme de Médicis, une traduction de l'Édipe de Sophocle, un Discours sur l'ordre dans lequel il faut lire les divers auteurs de l'Histoire Romaine. Ofsont le fait naître à Berge, & l'éditeur de Ladvocat à Barges; c'est une petite erreur, il faut lire Barga.
II. ANGELI, (Bonaventure) né à Ferrare, & mort à Parme en 1576, est auteur de plusieurs ouvrages. Le plus connu est son Histoire de la ville de Parme, en italien, qui est recherchée, lorsque certains passages sur P. L. Farnese n'ont pas été cartonnés. Elle fut imprimée dans cette ville en 1591, in-4.º L'auteur dit l'avoir composée dans l'espace de six mois : ce qui ne donneroit pas une merveilleuse idée de ce livre.
III. ANGELI, (Balde) médecin Italien, né dans la Romagne au 16e siècle, se fit un nom dans la pratique de son art. Il est connu dans la république des lettres, par un Traité en latin sur les Vipères. Cet ouvrage, où l'auteur traite en physicien de la nature de ces reptiles, & en médecin éclairé, des maladies où ils peuvent être administrés, fut imprimé en 1580, in-4.º Il est peu commun.
IV. ANGELI, (Erienne) né à Venise en 1623, mort à l'adour 282 ANG en 1697, professa avec distinction les Mathématiques dans cette dernière ville, & y répandit des écrits profonds sur la géométrie & l'algebre.
ANGELIC, (Jean) Dominicain & peintre, naquit à Fiefole. Le pape Nicolas V lui donna sa chapelle à peindre, & lui offrit l'archevêché de Florence pour récompenser sa modestie & ses talens; ce religieux le refusa. On dit qu'il laissait toujours quelque fautes grossières dans ses meilleures compositions, de peur que son amour propre ne fût trop fianté des louanges qu'on lui auroit données. Il ne peignit jamais que des tableaux de dévotion. Il mourut à Rome en 1455, à 68 ans; & l'on voit son tombeau & son portrait dans l'église de la Minerve. Angelic excelloit à peindre les miniatures des livres d'église. I. ANGELIS (Balthazar DE) juge de Naples, y publia, en 1635, un Apparat sur le code. Ce nom a été commun à divers autres savans. — François-Antoine de ANGELIS de Sorrente, voyagea, en 1604, dans les Indes & l'Ethiopie, & laissa divers ouvrages dont Alégambe donne la liste dans sa Bibliothèque. — Pompée de ANGELIS de Syracuse vécut dans le 16e siecle. Il est auteur I. d'une Description de l'église du Vatican. II. D'un Traité de l'aumône. III. Des Privilèges du Collège apostolique. — Jérôme de ANGELIS, Jésuite envoyé dans les Indes en 1623, a laissé une Relation du royaume d'Yego, tributaire du Japon. Enfin Philippe de ANGELIS, peintre de Naples, a embelli Rome sous le pontificat d'Urbain VIII, & diverses autres villes d'Italie, de ses ouvrages.
II. ANGELIS, (Dominique) historiographie du royaume de Naples, chanoine & grand pénitencier de Lecce sa patrie, a donné un Discours historique, en italien, sur cette ville en 1705, & a publié Vite de letterati Salentini, tome I, Florence, 1710; tome II, Naples, 1713, in-4.º Cet auteur mourut à Lecce le 9 août 1719. Il étoit de diverses académies d'Italie, & avoit étendu ses lumières par ses voyages.
ANGELO CATTO, Voyez CATHO.
ANGELONI, (François) historien & antiquaire, né à Terni dans le duché de Spolette, & mort à Rome en 1652. Son principal ouvrage est une Histoire Romaine par les médailles, depuis Jules César jusqu'à Constantin le Grand, dont la meilleure édition est celle de Rome 1685, in-4.º Il est encore auteur d'une Histoire de Terni, sa patrie, imprimée à Rome en 1646, in-4°, qui n'est pas commune. On lui a attribué assez généralement l'ouvrage intitulé: Il bonino ovvero Avverimenti al Tristano intorno gli errori nelle medaglie del primo tomo de' suoi Commentari Istorici, in-4°; mais il est prouvé qu'il est de J. B. Bellori, neveu & disciple d'Angeloni. I. ANGENNES, (Charles d') d'une ancienne maison du Perche, est plus connu sous le nom de cardinal de Rambouillet que sa famille possédoit. Il obtint l'évêché du Mans de Charles IX, & la pourpre de Pie II, auprès duquel il avoit été envoyé en ambaissade, Siste-Quint lui donna le gouvernement de Corneto. Il y mourut le 23 mars 1587, à 56 ans, de poison, suivant quelques-uns. Ce prélat, propre aux grandes affaires, avoit paru avec éclat au concile de Trente. Ce fut sous son épis- copas que les Calvinistes prirent la ville du Mans, & pillèrent l'église cathédrale de St. Julien. L'héritière de la branche d'Angennes Ramboulle, dont étoit le cardinal & l'évêque du Mans, qui fuit, épousa le duc de Montaufier.
II. ANGENNES, (Claude d') frère du précédent, né à Ramboulle en 1538, devint conseiller-clere au parlement de Paris en 1565. Envoyé trois ans après vers *Côme de Médicis*, grand duc de Toscane, il fut honoré du titre de conseiller-d'état, & nommé évêque de Noyon en 1577, puis du Mans en 1588, à la place de son frère Charles. Il y établit un Séminaire, & y mourut le 15 mai 1601, aimé & respecté. On a de lui une *Lettre contre l'attentat de Jacques Clémens*, 1589, in-8°: elle est jointe à une *Réponse d'un Docteur en théologie*, que l'on croit être *Jean Boucher*.
III. ANGENNES, *Voy. FARGIS*. Les d'Angennes *Fargis* étoient une branche de la famille d'Angennes, dont une autre branche portoit le nom de la *Loupe*. C'est de cette dernière qu'étoient la duchesse d'*Olonne* & la maréchale de la *Ferté*.
ANGERS, (François d') religieux capucin, a publié deux ouvrages latins. Le premier, une *Vie du P. Joseph Leclerc*, Paris, 1645, in-4°, le second, une *Histoire des missions des Capucins à Maroc*, Madrid, 1644, in-8°.
ANGILBERT, (Saint) Neufrien, étudia avec *Charlemagne* sous *Alcuin*, qui lui fut attaché comme un père l'est à son fils. *Charlemagne* lui donna *Berthe* sa fille, le fit gouverneur de la France maritime, depuis l'Escut jusqu'à la Seine, & ministre principal de *Repin* son fils, qu'il avoit fait cou- ronner roi d'Italie. *Angilbere* quitta le ministère & sa femme, pour se faire moine, en 790, dans le monastère de Centule ou de St. Riquier, dont il devint abbé peu d'années après. Il fut obligé de sortir très-fouvent de son monastère, pour des affaires d'état, ou pour des disputes ecclésiastiques. Il fit quatre voyages à Rome. Dans le dernier il accompagna *Charlemagne*, qui l'appelloit son *Homme*. Il le vit couronner empereur d'Occident, & mourut l'an 814. Nous n'avons de lui que peu d'ouvrages: ce sont des *Poésies*. On en trouve quelques-unes dans le *Recueil des Histoires de France*, dans *Alcuin*, dans le *Spicilège*. On a aussi l'*Histoire* qu'il a écrite de son monastère.
ANGIOLELLO, (Jean-Marie) naquit à Vicence, dans les états de la république de Venise. Ayant été fait esclave, il suivit en *Perfe* l'an 1473 *Mahomet II*, dont il écrivit la *Vie*. Ce sultan récompensa l'auteur, & accueillit bien l'ouvrage. On a publié, en 1573 à Venise, un autre ouvrage sous le nom d'*Angiolello*: c'est la vie d'*Uffum-Caffan*, roi de *Perfe*. Elle est insérée dans le second volume des *Voyages de Ramufius*.
ANGITIA ou ANGERONA, fille d'*Etta* roi de Colchide, passe pour être la première qui a découvert les herbes venimeuses, ou les poisons tirés des plantes. C'est d'elle que les Marfes, peuple d'Italie, avoient appris la maniere de charmer les ferens... Les anciens rêveraient aussi une déesse du silence, nommée ANGERONE, qu'ils représentaient comme *Harpocrates*, ayant un doigt sur la bouche.
ANGLIVIEL, *Voyer* LA BEAUMELLE. 284 ANG
ANGOSCIOLA, (Hippolyte Borromée comtesse d') de la même famille que St. Charles Borromée, se distingua au milieu du 16e siècle par son esprit & ses vertus. On trouve ses Poésies recueillies à la suite des Madrigaux de Louis Caffole, imprimés à Venise en 1544.
ANGOULÈME, (Aymar comte d') Voyer l'article d'AYMAR, dans lequel nous parlons des poésieurs du comte d'Angoulême.
ANGRAND'ALLERAY, (Denis-François) lieutenant civil du châtelet de Paris, remplit long-temps cette place importante avec autant de lumières que de désintéressement: Souvent on le vit acquitter les dettes de ceux que comme juge il avoit condamnés à la prison. En 1787, il fut membre de l'assemblée des notables. Arrêté fous le régime de Robespierre, il périt sur l'échafaud, le 29 avril 1794, âgé de 69 ans. Ses juges lui demandèrent s'il n'avoit pas entre:enu une correspondance avec ses enfans émigrés; il répondit oui. On lui observa qu'une loi le défendoit. « J'en connois une plus » sacrée, repliqua Angran; c'est « celle qui ordonne aux pères de » secourir leurs enfans dans le » besoin & dans le malheur. »
ANGRIANI, (Michel) Bolonois, docteur de Paris, général des Carmes, mourut en 1416. Nous avons de lui un Commentaire sur les Pfeasmes, qui a pour titre: Incognitus in Psalmos, 1626, 2 vol. in-folio.
ANGUIEN, Voyer VI FRANÇOIS. & LOUIS, n.º XXIII.
ANGUIER (François & Michel) fils d'un menuisier de la ville d'Eu en Normandie, se distinguèrent dans la sculpture. Après avoir éduié à Rome, ils embellirent Paris de leurs ouvrages. On a de FRANÇOIS, l'Autel du Val-de-Grace, la Crèche, le Crucifix de marbre du maître-autel de la Sorbonne, le Manfule du cardinal de Bérulle dans l'église St. Honoré, celui de M. de Thou à St. André-des-Arcs, celui du duc de Montmorency à Moulins, les quatre figures du tombeau du duc de Longueville à Paris; Celle de la Prudence est un chef-d'œuvre de grace & d'expression. On a de MICHEL, le Tombeau du commandeur de Souvré, les Ornemens de la porte St-Denis, les Figures du portail du Val-de-Grace, l'Amphitrite, &c. Le premier mourut en 1699, âgé de 95 ans; le second en 1686, à 74 ans. Ils furent l'un & l'autre inhumés à St-Roch, où on lit leur épitaphe en huit vers françois.
ANGUILLA, (François) littérateur du 16e siècle, à laissé des discours italiens sur les Odes de Sapho, & une Traduction de l'Opuscule de Lucien, sur les hommes qui ont vécu long-temps. I. ANGUILLARA, (Jean-André dell') excellent poète Italien du XVIe siècle. Sa langue lui doit, outre une tragédie d'Œdipe, & des Notes sur le Roland de l'Ariotte, une Traduction très-estimée des Métamorphoses d'Ovide, en stances de 8 vers, mise par les Italiens à côté de l'original. La meilleure édition est celle de Venise par les Juntes, 1584, in-4°, avec de belles figures, & les remarques d'Orologi & de Turchi.
II. ANGUILLARA, (Louis) savant botaniste de Padoue, avoit pris son nom de la petite ville d'Anguillara dans l'état ecclésiastique. On lui confia le soin du jardin des plantes de Padoue, & il A N I 285 mourut dans cette place en 1570. Gesner parle de lui avec eloge dans son ouvrage de *Hortis Germania*. En 1561 *Marinelli* publia les découvertes botaniques d'*Anguillara* sous le titre de *I Semplici di Luigi Anguillara*.
ANIA, dame Romaine qui, sous les premiers empereurs, passoit pour la plus belle personne de la ville. Etant restée veuve fort jeune, un de ses parens lui conféilloit de se remarier. Si j'épouse un second mari, lui dit-elle, aussi bon que le premier, je ne veux point m'exposer à la crainte de le perdre; si au contraire il est mauvais, quelle nécessité de le prendre après ça avoir eu un bon ?
ANICET, (St.) Syrien, fut élevé sur la chaire de *St. Pierre*, l'an 157, après *St. Pie*. Sous son pontificat, *St. Polycarpe* vint à Rome conférer avec lui sur le jour qu'on devoit célébrer la Pâque; & quoiqu'ils ne pussent pas s'accorder, la charité n'en fut point altérée. Il souffrit le martyre le 17 Avril 168, dans la persécution de *Marc-Aurèle*.
ANICH, (Pierre) astronome, géomètre & mécanicien, étoit fils d'un laboureur qui se mêloit de tourner. Il naquit en 1723 à Oberperuff, village à trois lieues d'Infpruck, & est mort en 1766. Laboureur & berger jusqu'à l'âge de 25 ans, il fut entraîné par un penchant irrésistible vers l'astronomie & la géométrie. Le Pere Hill, Jésuite, professeur en l'université d'Infpruck, eut occasion de connoître ses talens, de les perfectionner & de les employer. *Anich*, dans très-peu de temps, devint un grand astronome & un des plus habiles mécaniciens de l'Europe. Il fit pour l'université d'Infpruck deux globes, l'un céleste, l'autre terref- tre, qui sont des chefs-d'œuvres en leur genre. Il construisit & perfectionna plusieurs instruments de mathématique, des sphères armillaires, des sextans, des hémicycles, des micromètres. Il fit des cartes admirables pour la précision & la netteté. Enlevé dans la fleur de son âge aux sciences & aux arts, il merita les regrets des vrais savans, & mourut pauvre dans la chaumière de ses pères, où il revenoit sans cesse, sans avoir jamais voulu quitter les habits simples de son premier état. L'imperatrice-reine, dont il fut sujet, taisoit une pension de 50 florins à la sœur d'*Anich*, pour marquer quelle étoit sa considération pour le trère.
ANICHINI, (Louis) graveur Venitien, se rendit célèbre par la délicatesse de son burin, & la précision qu'il mettoit dans les plus petits objets. *Michel Ange* considérait avec admiration des pierres fines gravées par *Anichini*, assura que l'art en cette partie étoit parvenu à sa perfection. *Anichini* gravoit les médailles: on estime sur-tout celles de *Henri II*, roi de France, & du pape *Paul III*, ayant au revers *Alexandre* le *Grand* se prosternant devant le grand-prêtre de Jérusalem.
ANICIUS-PROBUS, (*Sextus*) préfet du prétoire, & consul Romain, se fit adorer des peuples par son humanité, & s'illustra dans l'empire par sa sagesse. Les deux philosophes Persans qui vinrent voir *St. Ambroise* à Milan en 390, passèrent express à Rome pour jouir de la conversation d'*Anicius-Probus*. Il avoit épousé *Proba-Falconia*. (*Voy. ce mot.*)
ANIELLO, (Thomas) appelé par contraction *Mataniello*, né dans la ville d'Amalfi, étoit un homme du peuple qui vendoit du fruit & du poiffon dans le marché de Naples. Ayant été recherché par les fermiers de la gabelle, à l'occasion d'un panier de pommes, il excita en 1647, une révolte contre le gouvernement Efpagnol; tant les plus grandes affaires ont fouvent de petits commencements! Le peuple Napolitain, accablé d'impôts, murmuroit depuis long-temps; & *Mataniello* n'étoit pas le moins animé. Comme les receveurs le preffoient de payer les droits de ses pommes, il les jeta par terre, en implorant le f.cours du peuple contre la violence des exacteurs. A l'inflant il est entouré d'une populace mutinée; il se met à leur tête, se rend avec eux au bureau des gabelles, où il crie: *Vive le roi, au diable le mauvais gouvernement!* Du bureau, les rebelles courent à l'hôtel du duc d'Arcos vice-roi, & exigent de lui qu'il prenne *Mataniello* pour collègue. Le peuple n'étoit guères moins irrité contre les nobles que contre les Efpagnols. En vain le cardinal *Filomarini*, archevêque de Naples, voulut-il calmer leur courroux; en vain *Jean d'Antriche*, fils naturel de *Philippe II*, s'approcha-t-il du port avec 22 galères, la fédition n'en devint que plus furieuse. Le fruitier devenu gouverneur, facrifia à sa haine soixante palais de la ville, qui furent confumés par le feu, sans qu'on daignât sauver ni tableaux, ni statues, ni vaisselle, ni meubles, ni papiers. Tous les signes de la royauté disparurent; les maffacres succédèrent bientôt à l'incendie. Tout étoit fufpect à *Mataniello*, & la mort fuivoit de près ses plus légères défiances. Naples paffa fept jours entiers dans ces horreurs, après lesquels on parla de paix. *Mataniello* la donna en souverain; toutes les conditions avantageuses furent pour le peuple. Ce traité, figné le 13 juillet, devoit être ratifié, dans un temps marqué, par le roi d'Efpagne. *Mataniello* ne furecut que deux jours à cet accommodement; les honneurs qu'on lui rendoit fur un échafaud qui lui fervoit de trône, la bonne chère, les longues veilles qu'exigeoient ses excès & ses ordonnances bizarres, lui avoient tellement dérangé la tête, que ses extravagances excitèrent l'indignation publique. Le vice-roi, d'autres difent le peuple, le fit affaffiner le 16 juillet dans le couvent des Carmes, sans que personne daignât le venger. Sa mort fembloit devoir calmer la fédition; mais le poids du pain ayant été diminué, la populace se choifit un nouveau chef; ce fut Dom François de *Toratto*, prince de Maffa, à qui on donna le commandement des troupes. Bientôt on le foupçonna d'intelligence avec le duc d'Arcos; & le peuple le maffacra, & mit à sa place *Gennaro Anese*. Ce nouveau chef étoit un armurier, plus capable d'un travail mécanique que de l'administration d'un état; timide, fourbe, avare, extravagant, brutal & crapufeux. Il se lia d'abord avec le duc de *Guife* que le peuple avoit appelé pour fourtenir sa révolte; ne pouvant pas l'emporter fur lui en autorité, il donna sa démission, moyennant une grande récompense, & traita secrètement avec les Efpagnols, qu'il introduifit dans Naples le 6 Avril 1648; mais il fut bientôt la victime de sa perfidie: les Efpagnols croyant n'avoir plus rien à craindre de la fureur de la populace, prirent occasion de quelques mouvements fecrets, pour maffacrer ce malheureux objet de l'enthousiasme populaire. On dut principalement le retour de l'ordre aux foins d'*Innico Vese*, & de *Taffis*, comte d'*Anate*. A N K 187 I. ANIEN, jurisconsulte du temps d'Alaric roi des Vifigoths, publia, par l'ordre de ce prince, un Abrégé des seize livres du Code Tidodoyien en 506.
II. ANIEN, diacre Pélagien, a fait la Traduction latine de quelques Homélies de St. Jean Chrysostome.
ANIRAN, ( Mythol. ) nom d'un génie qui, dans la mythologie Persane, préside aux noces & au trentième jour de chaque mois, qui porte aussi le nom d'Aniran. On s'élebrerait autrefois avec beaucoup de pompe, en Perse, la fête de ce génie; mais elle n'est plus en usage que chez les Parsis ou adorateurs du feu.
ANISIUS, ( Jean ) littérateur Napolitain du xv$^{e}$ siècle, a publié : I. La tragédie de Protogène. II. Des Epîtres latines. III. Divers Poèmes latins recueillis en deux vol. IV. Des Sentences morales en vers iambiques, inférées dans le Recueil des auteurs qui ont écrit sur l'éducation des enfans, & qui a été imprimé à Basle en 1541.
ANISSON, ( Laurent ) imprimeur renommé de Lyon, y fut échevin en 1670, & y publia la grande Bibliothèque des Pères, en 27 vol. in-fol. — Jean, son fils, se fit connoître par ses talens & la générosité de ses procédés. Ducange n'avoit pu trouver à Paris un éditeur de son savant glossaire grec; Jean Anifon qui possédait parfaitement les langues Grecque & Latine, recherche cet ouvrage dont il étoit plus que personne en état d'apprécier l'utilité, & il le publia en 1688. Jacques Spon & le père de Colonia en furent les correcteurs. Jean Anifon fut appelé par Louvois en 1690, à la direction de l'Imprimerie royale, place que ses fuscesseurs ont toujours remplie avec autant de zèle que d'intelligence, & qu'il céda en 1707 à Claude Rigaud, son beau-frère, connu par les belles éditions de Bourdalous, in-8$^{o}$, & de l'Homère de Mad. Dacier, in-12. Il mourut à Paris en 1711, après avoir rempli pendant quelques années les fonctions de député du commerce de la ville de Lyon. Ses neveux fuccéderent à Rigaud dans la place de directeur de l'Imprimerie royale, qui devint par leurs foins une des mieux disposées & des plus occupées de l'Europe. Nous lui devons non seulement plusieurs éditions d'auteurs anciens & modernes, mais encore l'impression des Mémoires des académies de la capitale.
ANIUS, ( Mythol. ) roi de l'île de Délos, & grand-prêtre d'Apollon, eut trois filles qui avoient reçu de Bacchus le don de changer tout ce qu'elles touchaient, l'une en vin, l'autre en blé, & la 3$^{e}$ en huile. Agamemnon, allant au siège de Troie, voulut les contraindre de l'y suivre, comptant qu'avec leur secours il n'auroit plus fallu de provision; mais Bacchus, qu'elles implorèrent, les changea en colombes.
ANJOU, Voyez CHARLES, n.$^{o}$ XXVI... LOUIS, n.$^{o}$ XXV & XXVIII... & MARGUERITE, n.$^{o}$ XI... MARIE, n.$^{o}$ X... RENÉ... VI. ROBERT.
ANKARSTROOM, ( Jean-Jacques ) gentilhomme Suédois, avoit été anfeigne aux gardes de Gustave III, & ensuite capitaine dans l'un de ses régimens. Il avoit conçu contre ce prince une haine violeante. Il trempa dans la conjuration formée contre lui, pendant la guerre que la Suède fit à la Russie. Cette dernière puissance avoit gagné un certain nombre d'officiers chargés de soulever l'armée Suédoise, de la paralyfer & de faciliter aux Ruffes la conquête de la Finlande. Condamné à mort, le roi lui fit grace; & cette clémence ne put calmer son reffentiment. *Gustave*, ayant affemblé une diète à Gèfle, au commencement de 1792, indifpofa les nobles dont les privilèges avoient déjà été reftreints dans la révolution de 1772. Il se forma un nouveau complot contre ses jours; & la haine personnelle que lui portoit *Ankarstroom*, le fit choifir pour exécuteur de la vengeance des conjures. Il prit le moment où le roi étoit entré dans la falle d'un bal mafqué, pour lui tirer un coup de pistolet chargé de deux balles & de clous. La bleffure étoit mortelle; *Gustave* expira le 29 mars 1792. Son affaffin avoit eu la précaution de laiffer tomber dans la foule un fecond pistolet & un couteau dont il étoit muni. On ramaffa ces armes; le couteau avoit une pointe recourbée; il fut reconnu par un coutelier qui déclara l'avoir vendu au capitaine *Ankarstroom*. Ce régicide eut le poing coupé & la tête tranchée, le 22 avril 1792, fans avoir voulu déclarer ses complices, & se glorifiant de son crime. *La vie*, répondit-il aux juges, *m'étoit odieuje*; je la perds avec joie, *si j'ai pu délivrer ma patrie d'un prince qui en étoit le fléau*. *Gustave* avoit reçu avant le bal une lettre non fignée, dans laquelle on l'avertiffoit qu'il feroit entouré & affaffiné dans une des falles de ce spectacle. *Je vous hais*, lui écrivoit l'anonyme, qu'on fut bientôt être le major aux gardes; *je hais tous les tyrans*; mais je ne veux pas être au nombre de vos affaffins. Si vos foldats falariés euffent tenté à Gèfle un mouvement contre la diète, j'aurois été le premier à vous percer le fein. Cette lettre ne fit aucune impression fur le roi; il étoit dans le caractère de ce prince confiant & courageux, de répondre comme *Céfar* & le duc de *Guife*: *Ils n'oferoient*; & ils osèrent. *Gustave* se préparoit, au moment de sa mort, à marcher contre la France pour renverfer sa nouvelle constitution; il parut regretter en mourant d'être entré dans des projets qui lui étoient étrangers.
ANNA-PERENNA, (Mythol.) divinité qui préfiéoit aux années, & à laquelle on faisoit de grands sacrifices à Rome au mois de mars. Les uns ont cru que cette déesse étoit la même que la Lune; d'autres ont pensé que c'étoit *Thémis* ou *Io*; ou celle des Atlantides qui avoit nourri *Jupiter*; ou enfin une nymphe du fleuve *Numicus*, la même qu'Anne, fœur de *Didon*.
ANNA, (Pierre d') Napolitain, chancelier du pape *Grégoire VI*, a écrit le *Récit* de la manière dont on découvrit le corps de *St. Secondin*.
ANNAT, (François) né à Rhodez en 1590, Jésuite, professeur de philosophie & de théologie dans son ordre, affifant du général, ensuite provincial, fut fait confesseur de *Louis XIV* en 1654. Nous avons de lui plusieurs *Ouvrages* en latin, Paris, 1666, 3 vol. in-4°; & d'autres en françois, contre les nouveaux disciples de *St. Augustin*. Le plus finguier est celui qui est intitulé: Le *Rabat-joie des Jansénistes*, ou *Observations fur le miracle qu'on dit être arrivé à Port-Royal*. Ce livre n'est plus lu, & n'a jamais mérité de l'être. *Paschal* lui a adressé ses deux dernières *Provinciales*. Ce Jésuite mourut à Paris en 1670. Il avoit perdu sa place de confesseur dans le commencement de l'inclination de *Louis XIV* pour la duchesse de la *Vallière*. Ses représentations déplurent à ce prince, que lui donna son congé. I. ANNE, I. ANNE, fœur de Pygmalion, roi de Tyr, & de la célèbre Didon, épousa le riche Sichée, & abandonna sa patrie après la mort de son époux, pour éviter la tyrannie de son frère qui avoit plusieurs fois tenté de la dépouiller de ses biens. Elle embarqua ses trésors, & suivie de Didon & d'une grande partie de la jeunesse Tyrienne, elle vint sur la côte d'Afrique fonder Carthage. Cette ville devint dans la fuite l'émule de Tyr par son commerce & sa puissance. La chronologie fixe cette émigration à l'an 888 avant l'ère chrétienne. Le souvenir d'Anne fit établir par Ende en Italie, la fête d'Anna perennis. Elle se célébreit aux ides de mars; on y buvoit à outrance; & la superstition favorisant l'intempérance, faisoit croire à chaque convive qu'il vivroit autant d'années qu'il boiroit de coups en honneur d'Anna.
II. ANNE, femme d'Elcana. Dieu, touché de ses prières, lui ayant promis qu'elle feroit mère, elle accoucha de Samuel l'année d'après, environ 1155 ans avant J. C. Anne signala sa reconnoissance par un cantique d'actions de graces, l'un des plus beaux de l'ancien Testament.
III. ANNE, femme du vieux Tobis, mourut après son mari dans une heureuse vieille, & fut ensevelie dans le même tombeau.
IV. ANNE, (Sainte) épouse de Joachim & mère de la Ste Vierge. St. Epiphane est le premier Père de l'Eglise qui nous ait appris son nom: les Pères des trois premiers siècles n'en parlent dans aucun endroit de leurs ouvrages. Son culte étoit établi en Orient dès le VIe siècle; en 550 l'empereur Justinien fit bâtir une église en son honneur. On célébreit sa fête dans tout l'empire de Constantinople au 12e siècle; mais les églises d'Occident ne requèrent universellement le culte de Ste Anne que fous Grégoire XIII, qui en ordonna la fête par une bulle du premier mai 1584, quoiqu'elle fut déjà établie dans des églises particulières. (BAILLET, Vies des Saints, au 26 juillet.) Chartres, Duérin, Urfitz, Ap: & d'autres villes prétendent avoir sa tête. Voy. JOACHIM. V. ANNE, la Prophétesse, fille de Phanuel, fut témoin de l'humilité ineffable de la Sainte Vierge, quand cette Mère sans tache vint après ses couches, selon la loi, se purifier au temple: alors Anne cédant aux vifs transports de sa joie, annonça, avec le vieillard Siméon, les merveilles du Messie.
VI. ANNE-COMNÈNE, fille de l'empereur Alexis Comnène I, confpira, après la mort de son père en 1118, pour arracher la couronne à Jean Comnène son frère. Elle vouloit la donner à son époux Nicéphore Bryenne, qui avoit la foibleuse d'une femme, tandis qu'Anne montroit la vigueur & la fermeté d'un héros; l'indolence de son mari fit échouer ce dessein. Cette princesse s'appliqua de bonne heure à l'histoire & à l'étude, sans négliger ses autres devoirs. Tandis que les courtisans s'abandonnaient aux plaisirs, elle convertoit avec les savans de Constantinople, & se rendoit leur rivale, par la Vie de l'empereur Alexis Comnène, son père, qu'elle composa. Cet ouvrage, divisé en 15 livres, est écrit avec feu; le style a un coloris très-brillant. On lui a reproché le portrait trop flatté qu'elle a fait de son père, ses parallèles trop fréquens des anciens avec les modernes, & l'inexactitude des dates. Ceux qui ont comparé sa Vie d'Alexis, avec celle d'Alexandre par Quinte-Curée, n'ont pas fait attention qu'Anne Comnène entre dans des détails minutieux, que l'histo-rien Latin auroit laissé échapper. Elle ne manque pas de marquer la figure & la taille de tous ses personnages. Elle s'emporte contre le pape; elle ne l'appelle qu'un évêque qui, selon l'infolente prétention des Latins, se dit pontife souverain & universel de toute la terre. On dit que, malgré son aversion pour les princes croisés, Boëmond, fils de Robert Guichard, lui avoit plu. Cependant elle ne parle jamais des François qu'avec mépris, & comme d'un peuple barbare, dont le nom seul suffiroit pour fouiller la beauté & l'élégance de l'histoire. Elle prend avec eux ce ton de supériorité d'une nation polie, versée dans les arts inconnus aux peuples du Nord. Le président Coufin a donné une version françoise de la Vie d'Alexis, aussi exacte qu'élégante. On la trouve dans le 1re volume de l'Histoire Byzantine. On en publia une édition au Louvre, avec de savantes notes de David Hoeschelius, 1651, in-fol.
VII. ANNE, dauphine de Viennois, succéda en 1282 aux états de son frère Jean I, mort sans postérité, & devint dès-lors souveraine du Dauphiné. Robert, duc de Bourgogne, prétendit que cette province étoit un fief masculin de l'Empire qui ne pouvoit passer aux femmes; qu'il appartenoit dès-lors à l'empereur Rodolphe; & que celui-ci lui en ayant accordé la concession & l'investiture, ce fief devenoit sa propriété. Anne défendit ses droits avec courage; la guerre fut déclarée, & ne se termina, après plusieurs sièges & divers combats, que par la méditation de Philippe le Bel; celui-ci indemnisa Robert, & laissa à Anne le domaine de ses pères. Elle mourut en 1296, & fut enterrée dans le monastère des Chartreuses de Salatte qu'elle avoit fondé.
VIII. ANNE, fille de Louis XI, roi de France, fut mariée à Pierre II de Beaujeu, duc de Bourbon. Elle mourut au château de Chantelle, à 60 ans environ, en 1522. C'étoit une femme habile qui gouverna l'état, dans le bas âge de Charles VIII, avec autant de prudence que de fermeté. Elle n'étoit pas moins vindicative; Louis duc d'Orléans, qui depuis fut le roi Louis XII, n'ayant point répondu à l'amour qu'elle avoit eu pour lui, elle ne cessa de le persécuter & le tint longtemps en prison. Peut-être y seroit-il mort, si Charles VIII (Voyez l'article de ce roi) qui étoit las d'être traité comme un enfant par cette impérieuse tutrice, ne fut allé lui-même à Bourges le tirer de captivité, plus par dépit contre elle que par affection pour lui. La maligne jalousie de cette princesse fut la première cause des lunettes querelles qu'eut François I avec le connétable de Bourbon.
IX. ANNE de BRETAGNE, fille & héritière du duc François II & de Marguerite de Foix, naquit à Nantes le 26 janvier 1476, & mourut au château de Blois, le 9 Janvier 1514. Quoiqu'elle eût été promise à Maximilien d'Autriche qui l'avoit même épousée par procureur, elle fut mariée à Charles VIII, roi de France, le 6 décembre en 1491. Elle avoit toutes les graces de la jeunesse & de la figure. Sa taille étoit noble; elle n'avoit d'autre défaut que d'être un peu boiteuse, mais à peine s'en appercevoit-on, par le soin qu'elle prenoit de le cacher. Les qualités de son esprit répondoient aux agrémens de son corps. Pendant l'expédition de Charles en Italie, son épouse gouverna le royaume avec une prudence & une sagesse peu communes. Après la mort de ce prince, elle fut deux jours sans manger, couchée par terre & pleurant sans cesse. Elle en prit le deuil en noir, quoique les reines l'eussent porté en blanc jusqu'alors. Ses dames de compagnie la plaignant un jour d'être à son âge & sans enfans (*), veuve d'un si grand roi; elle répondit qu'elle demeureroit plutôt veuve toute sa vie, que de s'abaisser à un moindre que son premier époux... Louis XII, successeur de Charles VIII, vint à bout de la confoler. Il épousa, le 8 janvier 1499, Anne qu'il avoit aimée lorsqu'il n'étoit encore que duc d'Orléans. Cette princesse donna à sa cour un grand éclat, par le grand nombre de Demoiselles de qualité, Bretonnes & François, qu'elle appella auprès de sa personne. Sa maison étoit une excellente école: elle leur offroit le modèle des vertus, & leur donnoit l'exemple du travail. C'est elle qui forma l'établissement des Filles d'honneur de la Reine, remplacées en 1673 par les Dames du palais. Jouissant de la plus grande partie des revenus de la Bretagne, elle s'en servoit pour secourir les misérables, pour donner des équipages aux pauvres officiers, pour soulager leurs enfans & leurs veuves. Mais parmi les objets de sa libéralité, elle choisissoit de préférence les Bretons: aussi le roi dans ses goguettes, dit Brantôme, l'appelloit quelquefois sa Bretonne, parce qu'elle avoit réellement le cœur plus breton que françois. Elle aimoit les savans & leur faisoit du bien. Une de ses manies étoit de vouloir paroître plus instruite qu'elle ne l'étoit. Dans les audiences qu'elle donnoit aux ambaissa- (*) Elle en avoit eu trois garçons qui étoient morts au berceau. deurs, elle mêloit toujours dans la conversation quelque mot de leur langue, qu'elle avoit eu soin d'apprendre par cœur. Elle étoit naturellement éloquente, judicieuse, sensible, agréable. Son cœur étoit généreux, sensible & franc; mais sa hauteur l'avoit rendue vindicative: (Voyet I. ROHAN.) Trop fière de sa vertu, elle voulut gouverner son second époux, & y réussit malgré ses caprices. Lorsqu'on lui disoit que sa femme prenoit trop d'empire sur lui, il répondoit: Il faut souffrir quelque chose d'une femme, quand elle aime son mari & son honneur. Louis XII lui résista pourtant dans quelques occasions; & on connoit la fable des Biches qui avoient perdu leurs cornes pour s'être égalées aux Cerfs, que ce prince lui cita très-à-propos. C'est la première de nos reines, qui ait joui de la prérogative d'avoir des gardes à elle; outre cent gentilshommes, & de donner audience aux ambaissadeurs. X. ANNE de Ferrare, fille d'Hercule II duc de Ferrare, & de Renée de France, épousa en 1549 François duc de Guise, surnommé le Balafré, & à qui le parlement donna celui de Conservateur de la patrie. Elle partagea les dangers des combats & le courage de son époux & de ses fils devenus chefs de la Ligue. Après l'assassinat du premier, par Poitroc de Méré, devant Orléans, Anne poursuivit avec ardeur la vengeance qui lui étoit due, & la punition du meurtrier. Mêlée ensuite dans les factions civiles, la cour la retire quelque temps prisonnière dans les châteaux de Blois & d'Amboise; en arrivant à celui de Blois où l'on voyoit la statue de Louis XII, son aïeut maternel, elle s'écria: « O mon père! vous ne fites pas élever ce château pour y voir gemir » & périr les enfans de votre fille, » 292 ANN Ronsard a consacré ces vers à cette princeffé : Vénus la fainte en fes graces habite ; Tous les amours logent en fes regards ; Pour ce à bon droit cette Dame mérite D'avoir été fimme de notre Mars.
XI. ANNE d'AUTRICHE, fille sinée de Philippe II roi d'Espagne, épousa Louis XIII le 25 décembre 1615, & fut mère de Louis XIV. Elle eut la régence du royaume pendant la minorité de son fils. Le parlement la lui donna par un arrêt du 18 mai 1643, & cassa le testa- ment de Louis XIII. Le cardinal Mazarin qui avoit toute la confiance de la reine, gouverna despotique- ment le royaume, sans que son ad- ministration causât d'abord le moin- dre murmure. Les victoires du duc d'Enguien, si célèbre sous le nom de Grand Condé, faisoient l'alégresse publique, & rendoient la régente respectable. Mais l'avidité de Ma- zarin, l'augmentation des impôts & l'ambition des grands, préparoient une guerre civile. Les grands fei- gneurs, jaloux de ce que la reine avoit fait un étranger le maître de la France & le sien, exciterent des séditions. Elle fut obligée de s'en- fuir de Paris, & d'implorer le fe- cours du grand Condé. Le peuple, toujours extrême, chantoit des vau- devilles injurieux à sa vertu. Les troubles s'étant pacifiés, Anne d'Au- triche donna tout son temps aux exercices de piété. Elle fit bâtir la magnifique église du Val-de- Grace, & mourut le 20 janvier 1666, d'un cancer, âgée de 64 ans. On connoit sa réponse à Ma- zarin qui la fondoit sur la paf- fion du roi pour sa nièce, & qui feignoit de craindre que ce prince ne voulût l'épouser : Si la Roi étoit capable de cette indignité, je me mettrois avec mon second fils, à la tête de toute la nation, contre le Roi & contre vous. Cette réponse étoit l'image de son caractère, bon & indulgent ; mais plein de noblesse & de hauteur : (Voyer III. RICHELIEU & I. BUCKIN- GHAM.) Elle ne manquoit ni de beauté, ni de graces ; & c'est à elle que la cour de France dut, en partie, les agrémens & la poli- teffe qui la diftinguoient de toutes les autres cours de l'Europe, sous le règne de Louis XIV. Elle avoit joui de peu de bonheur avec Louis XIII. Richelieu, qui dominoit ce prince, & qui n'aimoit pas la reine, lui avoit persuadé qu'elle étoit entrée dans les complots de Chalais : (Voyer ce mot.) L'idée de cette accusation se grava si pro- fondément dans l'esprit soupçon- neux & mélancolique de Louis XIII, qu'au lit de la mort, la reine lui ayant fait dire par Chavigni qu'elle n'avoit eu aucune part aux desseins de Chalais, le roi répondit : En l'état où je suis, je dois lui par- donner ; mais je ne puis la croire... Mad° de Motteville rapporte au sujet de ces étranges imputations, une particularité qu'elle dit avoir entendue de la propre bouche de la reine : C'est que le roi la fit venir au conseil ; qu'il lui reprocha en face qu'elle avoit conspiré contre sa vie pour avoir un autre mari ; & que la reine, outrée de cette accusation, lui répondit avec fermeté, qu'elle auroit trop peu gagné au change, de vouloir commettre un si grand crime pour un si petit intérêt. Cependant Richelieu, intéressé à la desservir, fit épier toutes ses dé- marches. Elle entretenoit un com- merce secret de lettres avec la reine d'Angleterre, avec le duc de Lorraine, & sur-tout avec le roi l'Espagne son frère. Il ne fut pas difficile, lorsque ce commerce fut découvert, de prouver à Louis XIII, que la reine son épouse étoit plus attachée aux intérêts de l'Espagne qu'à ceux de la France. En 1637, les soupçons allèrent si loin, qu'elle fut obligée de répondre au chancelier sur les intelligences qu'elle pouvoit avoir avec les puissances étrangères. Elle nia d'abord; ensuite elle avoua une partie de sa correspondance, plus imprudente que criminelle, & fut obligée de demander pardon à son époux, & de signer un écrit où elle promettoit plus de prudence & plus de zèle. Ces tracasseries, jointes à celles de la Fronde, prouvent que la félicité n'eût pas dans le plus haut rang. Malgré sa juste aversion pour Richelieu, elle ren-doit justice à son mérite. Se trouvant à Ruel dans les premiers jours de sa régence & regardant un portrait de ce cardinal, elle dit aux seigneurs qui étoient auprès d'elle: Si cet homme eût vécu jusqu'à cette heure, il auroit été plus puissant que jamais. C'auroit été sacrifier ses ressentiments particuliers au bien de l'état, & donner la preuve d'un grand caractère. Il ne faut donc pas s'en rapporter entièrement à ce que le cardinal de Ruel dit de cette princesse dans ses Mémoires. Ce prélat qui n'avoit pas à se louer d'elle, & qui avoit seint cependant d'en être amoureux, lui donne plus d'aigreur que de hauteur, plus de hauteur que de grandeur, plus de manière que de fonds, plus d'application à l'argent que de libéralité, plus d'attachement que de passion, plus de dureté que de fierté, plus d'intention de piété que de piété, plus d'opiniâtreté que de fermeté; & ne lui accorde que cette sorte d'esprit qui lui étoit nécessaire, pour ne pas garoître toute aux yeux de ceux qui ne la connoissoient pas. Mais on voit évidemment que le pinceau de cet historien a été égaré par la haine & par la fureur de faire des anti-thèses, & de dire des choses pensées, ou qu'il croit pensées. Une observation que les naturalistes n'oublieront point, c'eût que cette princesse qui aimoit passionnément les fleurs, ne pouvoit supporter la vue des roses, même en peinture. Elle étoit d'une délicatesse singulière sur tout ce qui touchoit son corps. On avoit de la peine à lui trouver de la baniste assez fine pour ses chemises & ses draps. Le cardinal Maïrain lui diçoit en plaisantant sur cette extrême délicatesse: Madame, si vous étiez donnée, votre enfer seroit de coucher dans des draps de toile d'Hollande.
XII. ANNE, fille de Jacques II, roi de la Grande-Bretagne, & d'Anne Hyde sa première femme, naquit le 6 février 1664. Elle fut élevée dans la religion Protestante, quoiqu'elle dit le jour à des parens Catholiques. Dans sa jeunesse, elle passa à la cour de France pour y chercher, pres des médecins, un secours à la soiblesse de sa vue; & ce fut à la sollicitation de cette cour, qu'en 1683 on la maria au prince Georges de Danemark, qu'elle gouverna entièrement. Après la mort du roi Guillaume, époux de Marie sa sœur aînée, les Anglois l'appellerent au trône le 4 mai 1702. Anne leur en témoigna sa reconnoissance en entrant dans toutes leurs vues. Elle donna des secours à l'empereur Léopold & à Charles d'Autriche, contre la France. Le duc de Marleborough, son favori & son général, acquit une gloire immortelle à son règne, par ses victoires dans la guerre de la succession d'Espagne. Les Anglois enlevèrent la flûte espagnole dans 294 ANN le port de Vigo, conquirent Gibraltar, s'emparèrent de Barcelone, & firent proclamer Charles roi d'Espagne. D'un autre côté, les François furent battus à Ramillies & à Oudenarde. La reine Anne fut une des premières à entrer dans les négociations pour la paix; & dans celle qui se conclut à Utrecht, elle ne négligea ni sa gloire, ni les intérêts de sa nation. Par ce traité, l'Angleterre obtint la démolition des fortifications du port de Dunkerque, la liberté du commerce dans les Indes Espagnoles, la retraite du prétendant hors de France, la reconnoissance des droits de la maison d'Hanover à la couronne d'Angleterre, la baye & le détroit d'Hudson, l'Acadie, l'isle de St-Christophe, & celle de Terre-Neuve. Un des articles les plus honorables, fut d'engager Louis XIV à délivrer les réformés condamnés aux galères. Dans ce traité, l'un des plus célèbres de l'histoire moderne, & qui servit de base à celui d'Aix-la-Chapelle en 1748, Anne stipula non-feulement comme souveraine, mais comme arbitre suprême de l'Europe. Elle donna un nouveau degré de puissance à son gouvernement en unissant l'Écosse à l'Angleterre, pour ne faire qu'une seule domination & qu'un seul parlement, où l'on admit seize pairs Écossois, & quarante-cinq députés de la même nation, à la chambre des communes: Anne accorda à l'Écosse la liberté du commerce avec l'Angleterre & les Colonies, & la conservation de ses lois & de sa jurisprudence particulière. Elle mourut le 12 Août 1714, à 51 ans, d'une goutte dégénérée en hydropisie. Elle avoit pris d'abord, mais en vain, des mesures pour s'ouvrir à son frère Jacques III le chemin au trône. On dit pourtant que la couronne se- roit à la fin rentrée dans la maison des Stuarts, si les ministres de la reine Anne avoient été plus secrets & plus unis entre eux. Cette princesse n'avoit pas les qualités brillantes d'*Elizabeth*; mais elle avoit une honte de caractère, une douceur inaltérable dans le gouvernement comme dans le commerce familier, qui auroit mieux valu que le génie, si elle avoit eu assez de lumière dans l'esprit, & assez de vigueur dans l'ame, pour ne pas laisser prendre trop d'accendant à ses favoris & à ses favorites. Ses sujets l'appelloient la bonne reine Anne. « Les Anglois s'enorgueillissent, dit un écrivain, lorsqu'ils songent au règne d'*Elizabeth*; mais leur cœur s'attendrit toutes les fois qu'ils se souviennent qu'Anne a regné sur eux. *Elizabeth* fit respecter ses lois, Anne les fit aimer. » Le comte d'Oxford & le vicomte de Bolynbrooke profitèrent de sa soiblesse pour remplir la cour de cabales. La duchesse de Marleborough avoit tyrannisé la reine au point de lui écrire après un petit différend: *Rendez-moi justice, & ne me faites point de réponse*. Ces chagrins domestiques, joints à l'usage trop fréquent des liqueurs fortes, goût qu'elle tenoit de son époux, abrégèrent les jours de cette princesse & ternirent un peu ses vertus.
XIII. ANNE DE RUSSIE, fille de Jaroslas, épousa, en 1044, Henri I, roi de France. C'est la première fois qu'il est fait mention de la Russie dans nos annales historiques. Après la mort de son époux, la reine se retira dans l'abbaye de St-Vincent-de-Senlis qu'elle avoit fondée, & dont elle sortit pour se remarier à Raoul comte de Crépi en Valois; cet hymen lui fit encourir l'excommunication, parce que Raoul se trouvoit parent du premier mari d'Anne. Celle-ci eut le courage de braver les foudres de l'église; mais son nouvel époux l'ayant répudiée, elle se retira dans sa patrie, & y finit ses jours.
XIV. ANNE I WANOWA, fille de Jean empereur de Russie, frère du czar Pierre I, épouse du duc de Courlande, succéda au czar Pierre II en 1730. Elle fut, en maintenant les forces de terre & de mer sur un pied respectable, favoriser le commerce de ses sujets, se faire rechercher tour-à-tour de l'empereur, des Polonois, des Turcs, des Persans & des Chinois, sans prendre part à leurs querelles, si l'on excepte la guerre qu'elle eut contre le grand-Seigneur, depuis 1737 jusqu'en 1740. Elle mourut d'une maladie de langueur le 28 octobre de la même année, à 47 ans, laissant sa couronne à son petit neveu Iwan. Malgré la douceur de ses mœurs, son ministre Biren qu'elle avoit fait duc de Courlande, se permit des vengeances atroces & des exécutions barbares. Il fut exilé par Elisabeth, & ne fut rappelé que sous Pierre III. Voyer I. SAXE.
XV. ANNE, fille aînée du czar Pierre I & de Catherine I, & mère de Pierre III, joignoit la beauté, les lumières, à la bonté & à la vertu. Elle épousa en 1725 Charles Frédéric, duc de Holstein Gottorp. Appelée au conseil de régence après la mort de l'impératrice Catherine, elle n'y put assister qu'une fois. Mentiçoff qui la redoutoit, l'obligea de quitter la Russie & de se retirer à Kiel, où elle mourut en 1728, à 22 ans.
XVI. ANNE DE SAVOIE, fille du duc Amédée V & de Marie de Brabant, devint impératrice d'O- A N N 295 rient par son mariage avec Andronie III, dit le jeune. Son entrée à Constantinople, en 1337, fut splendide. Anne partagea la gloire de son époux : elle le rendit accessible au pauvre, juste & bien-faisant. Après la mort de ce prince, elle eut la douleur de voir ses fils privés du trône par la perfidie de Jean Cantacujère leur tuteur.
XVII. ANNE DE CHYPRE ; fille de Janus, roi de Chypre & d'Arménie, épousa à Nicosie, le premier jour de l'an 1431, Louis duc de Savoie. Son esprit conciliant & flatteur, l'aménité de son caractère, les graces de sa figure captiverent l'affection de son époux, qui lui abandonna presque entièrement son autorité. Elle en profita pour créer des établissements utiles & plusieurs monastères. Les cordeliers de Genève, les observantins de Nice & de Turin lui durent leur fondation. Elle mourut le 11 novembre 1462, & se fit enterrer dans un habit de cordelier, pratique ridicule, mais que l'usage autorifoit alors, & que les moines savorifioient pour avoir part aux largesses testamentaires de ceux à qui ils permettoient de se revêtir ainsi de leur robe.
XVIII. ANNE DE HONGRIE ; fille de Ladissas VI, porta la couronne de Hongrie & de Bohème à son époux Ferdinand d'Autriche, & le fit sacrer à Albe-Royale en 1527. Zapolski, Vayvode de Transilvanie, soutenu par Soliman, empereur des Turcs, lui disputa sa puissance, & vint mettre le siège devant Vienne. Anne foutit alors le courage de Ferdinand, & donna des exemples de la plus grande fermeté. Hilarion de Coste la représente comme l'une des plus belles femmes de son temps. Elle mourut à Prague le 27 janvier 1547, & fut inhumée dans la cathédrale de cette ville. Les petites filles d'Anne régnèrent en France. Ce furent Marie de Médicis & Anne d'Autriche.
XIX. ANNE DE GONZAGUE, connue sous le nom de *Princesse Palatine*, épousa, en 1645, *Edouard* comte Palatin. Après une vie agitée, elle vint mourir à Paris le 6 juillet 1684, à 68 ans. *Boffuet* rendit un éclatant hommage à ses vertus, dans l'oraison funebre de cette princesse. En 1786, on a publié de prétendus memoires d'Anne de Gonzague, évidemment supposés, mais qui se font lire avec intérêt.
XX. ANNE-MARIE DE ST. JOSEPH, naquit à Ville-Castin, dans le diocèse de Ségovie en Espagne, & fit éclater des fa jeunes toutes les vertus chrétiennes. Elle fit profession religieuse à Salamanque, dans un monastère de l'ordre de St. François. Elle y écrivit fa vie qui fut imprimée en 1632, & qui a été traduite en françois.
ANNE DE BOULEN, *Voyez* BOULEN.
ANNE DE CLÈVES, *Voyez* I. CROMWEL & HENRI VIII, n° xx.
ANNEBAUT, (Claude d') baron de *Retz*, d'une famille ancienne de Normandie, servit d'abord à la défense de Mézières, & fut fait prisonnier à la bataille de Pavie avec *François I*, qui aimoit son caractère & estimoit fa probité & fa bravoure. Diverses places qu'il prit dans le Piémont, & ses travaux militaires dans les Pays-Bas, lui méritèrent le bâton de Maréchal de France en 1538, & la charge d'Amiral en 1543. C'est en cette qualité qu'il commanda la flotte envoyée contre l'Angleterre en 1545. Le Connétable de *Montemorand* ayant été disgracié, le Ma- Maréchal d'Annebaut fut chargé de l'administration des finances avec le cardinal de *Tournon*, & loin de s'y enrichir, il y fit des pertes, dont *François I* l'indemnisa, en ordonnant dans fa dernière maladie, qu'il servit graifié d'une somme confidérable. Privé de l'administration sous *Henri II*, il conserva son crédit & l'estime publique; & après une disgrace passagère, il entra dans le conseil de *Cathérine de Médicis*. Il mourut à la Fère le 2 novembre 1552. Le cardinal d'ANNEBAUT son frère, ne lui survécut que six ans, étant mort en 1558; *Jacques*, fils du Maréchal, tué à la bataille de Dreux en 1562, fut le dernier rejeton de cette famille illustre. Le président de *Thou* fait un grand éloge du désintéressement du Maréchal d'Annebaut.
ANNEIX DE SOUVENEL, (Alexis-François) avocat au parlement de Bretagne, né en 1689, mort à Rennes en 1758, est connu par une *Epitre* à l'ombre de *Despréaux*, qui respire le bon goût & des principes fains en littérature. La poëfie ne lui fit pas négliger la jurisprudence, & il eut à Rennes par ses Plaidoyers & ses Mémoires la même réputation que *Cochin* avoit à Paris. Comme ce célèbre avocat, il eut l'art de simplifier les faits, de les analyser, de les dégager des incidens étrangers, & d'éclairer les juges en réduisant les affaires à une ou deux propositions qu'il mettoit dans tout leur jour.
ANNEMETS, (D') V. IV. BOIS.
ANNÈSE, (Gennare) *Voyez* ANIELLO.
ANNI. *Voyez* ANNIUS. I. ANNIBAL, (*Hannibal*) fils d'Amilcar, général Carthaginois, avoit hérité de son père une haine implacable contre les Romains. On rapporte qu'un jour *Amilcar* faisant un sacrifice pour se rendre les dieux favorables dans la guerre qu'il alloit porter en Espagne, son fils *Annibal* se jetant à son cou, le conjura de le mener avec lui à l'armée. On ajoute que ce général, charmé de voir de si belles dispositions dans un enfant de neuf ans, le prit entre ses bras, & que l'ayant placé près des autels, il le fit jurer, en mettant la main sur la victime, qu'il se déclarerait l'ennemi des Romains dès qu'il feroit en âge de porter les armes. Le jeune *Annibal* partit donc pour l'Espagne & servit sous son père jusqu'à sa mort, après laquelle il retourna dans sa patrie. Cependant *Asdrubal* qui avoit succédé à *Amilcar*, écrivit au sénat de Carthage de lui envoyer *Annibal* qui avoit alors 22 ou 23 ans. Ce jeune guerrier, en arrivant à l'armée, attira sur lui les yeux & la faveur des troupes qui croyoient voir revivre en lui *Amilcar* leur ancien général. Trois années se passèrent, pendant lesquelles il s'exerça dans tout ce qui peut former un grand capitaine. *Asdrubal* étant mort, les soldats, d'un consentement unanime, le choisirent, tout jeune qu'il étoit, pour les commander : il avoit alors environ vingt-six ans, & leur choix fut confirmé par le peuple de Carthage. Des le moment qu'il eut été nommé général, il songea à porter la guerre en Italie. Pour y parvenir, il fit faire plusieurs plaintes à Carthage contre les Sagontins, & lui-même en écrivit au sénat, qui lui donna un plein pouvoir de faire de Sagonte tout ce qu'il jugeroit le plus avantageux pour l'état. Il assiégea donc cette ville, alliée des Romains, la prit & la rasa. La prise de Sagonte fut le commencement de la seconde guerre punique. *An-* *nibal* persuadé, comme il le disoit souvent, que les Romains ne pouvoient être vaincus que dans Rome, songea à passer aussitôt en Italie, franchit les Pyrénées, parvint au Rhône, & du bord de ce fleuve, s'avança en dix jours jusqu'au pied des Alpes. Le passage de ces montagnes lui causa des fatigues incroyables, & lui fit un nom immortel. La neige, les glaces, les rochers, les précipices, sembloient rendre ce passage impossible. Enfin, après neuf jours de marche à travers les vallées & les montagnes, *Annibal* se vit au sommet des Alpes. *Juvenal*, pour mettre peut être du merveilleux dans ce passage, assure (Satyre x°) qu'*Annibal* fut obligé de faire calciner avec du vinaigre un gros rocher qui s'oppofoit à son passage. Est-il possible de rendre une roche calcinable, ou du moins facile à diviser par le fer, en l'échauffant par un grand feu, & en y versant une liqueur acide? Les siècles suivans ont douté de la possibilité de l'expérience d'*Annibal*. « Tout ce que je sais, dit l'Auteur des *Singularités de la nature*, c'est qu'ayant pris les éclats d'une de ces roches à grains qui composent la plus grande partie des Alpes, je les mis dans un vase rempli de vinaigre bouillant, ils devinrent en peu de minutes presque friables comme du fable. Ils se pulvériserent entre mes doigts. Il n'y a point d'enfant qui ne puisse faire l'expérience d'*Annibal*. » Quoi qu'il en soit, le général Carthaginois passa les Alpes. Cinq autres jours suffirent pour traverser la partie qui regardoit l'Italie. Il entra dans la plaine, & la revue qu'il fit alors de ses troupes, lui apprit que son armée de 50 mille hommes de pied & de 9000 chevaux, étoit réduite à 20,000 hommes & à 6000 chevaux. Le général Car- 298 ANN maginois, malgré ses pertes, prit d'abord Turin, défit le consul Cornelius Scipion sur le bord du Tétin, & quelque temps après Sempronius, près la rivière de Trébie, l'an 218 avant J. C. Cette bataille fut meurtrière. Les vaincus y perdirent 26 mille hommes, & les vainqueurs, accablés du froid le plus rigoureux, n'eurent pas la force de se réjouir de leur victoire. A cela près tout réussissait à Annibal. L'année suivante, il vainquit Cnélus Flaminius près du lac de Trafymène. Le général Romain resta mort sur le champ de bataille, quinze mille ennemis périrent, six mille furent faits prisonniers; & Annibal, ne sachant que faire de tant de captifs, renvoya sans rançon les Latins, & ne garda que les Romains. C'est dans cette marche de quatre jours & de trois nuits, dans l'eau & dans la fange, que ce général perdit un œil. La république Romaine, affligée de tant de pertes, chercha à les réparer, en élisant pour dictateur Q. Fabius Maximus. Ce grand capitaine, qui acquit le surnom de Temporiseur, ne s'appliqua qu'à observer les mouvemens d'Annibal, à lui cacher les fiens, & à le fatiguer par des marches multipliées, plutôt qu'à s'exposer à en venir à un combat désavantageux. Fabius Maximus, que ses ruses & ses délais auroient dû faire aimer des Romains, ne recueillit que des plaintes. On partagea l'autorité du commandement entre lui & Minutus Felix, qui se laissa envelopper par le général Carthaginois, & qui auroit péri dans le secours de son collègue. Le temps de la dictature de Fabius étant expiré, Terentius Varro & Paul-Emile eurent le commandement des armées. L'un & l'autre furent vaincus à la bataille de Cannes, l'an 216 avant J. C.: 40 mille hommes de pied & 2700 de cavalerie restèrent sur la place, avec le consul Paul-Emile. On dit qu'Annibal envoya à Carthage par Magon son frère, trois boisseaux d'anneaux, pris à 1630 chevaliers qui périrent dans ce combat. Annibal auroit dû peut-être profiter des avantages que lui offroient ses victoires, & marcher droit à Rome; mais il aimait mieux passer l'hiver à Capoue; & les délices de cette ville firent autant de mal à ses soldats, que ses armes avoient causé de terreur aux généraux Romains. C'est ainsi du moins que pensent Tise-Live & plusieurs autres Historiens, peut-être plus moralistes que politiques. L'abbé de Condillac n'est pas de leur sentiment. Il est faux, suivant cet écrivain philosophe, que les plaisirs eussent amolli les soldats & perdu la discipline. Annibal se maintint encore en Italie pendant 13 à 14 ans; il prit des villes, il remporta des victoires; & lorsqu'il eut des revers, ses troupes, toujours fidèles s'exposèrent sans murmure à de nouvelles fatigues. Il n'y eut jamais, dit Polybe, de sédition dans son armée. La vraie raison de la décadence d'Annibal, c'est que Rome faisoit tous les jours de plus grands efforts. Elle leva dans une seule année jusqu'à dix-huit légions. Elle employa ses meilleurs généraux, & il s'en étoit formé de bons. Annibal, ne recevant presque aucun secours de Carthage, & voyant son armée diminuer chaque jour, marcha en vain du côté de Rome pour l'affléger, l'an 211 avant J. C.: les Romains en furent si peu effrayés, qu'ils vendirent la terre où Annibal campoit, & envoyèrent le même jour un secours considérable en Espagne. La pluie, les orages & la grêle l'obligèrent de decamper, sans avoir eu le temps, pour ainsi dire, de voir les mus railles de Rome. Le consul Marcellus en vint ensuite aux mains avec lui dans trois différens combats, mais il n'y eut rien de décisif; & comme il en présentoit un quatrième, Annibal se retira, en disant : Que faire avec un homme qui ne peut demeurer ni victorieux, ni vaincu? (Voy. I. MARCELLUS.) Cependant Afdrubal frère d'Annibal, s'avançoit en Italie, pour secourir son frère; mais Claude Néron lui ayant livré bataille, tailla son armée en pièces, & le tua lui-même. Néron, rentré dans son camp, fit jeter à l'entrée de celui d'Annibal la tête sanglante d'Afdrubal. Le Carthaginois en la voyant dit, « qu'il ne doutoit plus » que le coup mortel n'eût été « porté à sa patrie. » Carthage, pressée de tous les côtés, songea à rappeler Annibal. Dès que ce héros fut arrivé en Afrique, il pensa qu'il valoit mieux donner la paix à son pays, que de lui laisser continuer une guerre ruineuse. Il y eut une entrevue entre lui & Scipion; mais le général Romain n'ayant voulu entendre aucune négociation, qu'auparavant le sénat de Carthage n'eût fait des réparations à celui de Rome, ils ne purent convenir de rien. On en vint encore à une bataille près de Zama, l'an 202 avant J. C. Annibal la perdit, après avoir combattu avec autant d'ardeur que dans ses premières victoires; 40 mille Carthaginois furent tués ou faits prisonniers. Cette journée fut un nouveau motif pour les Carthaginois, de demander la paix. Annibal, honteux d'être témoin de l'opprobre de sa patrie, se réfugia d'abord chez Antiochus roi de Syrie, ensuite chez Prusias roi de Bithynie; & ne se croyant pas en sûreté dans ces deux cours amies des Romains, il avala un poison fubtil, qu'il portoit depuis longtemps dans le chaton de sa bague, l'an 183 avant J. C., âgé de 64 ans. Délivrons, dit-il, les Romains de la terreur que je leur inspire : ils eurent autrefois la générosité d'avertir Pyrrhus de se précautionner contre un traître qui le voulois empoisonner, & ils ont aujourd'hui la basse de solliciter Prusias à me faire périr. Rome perdit un ennemi, & Carthage un défenseur. Tite-Live nous le représente d'une cruauté inhumaine & d'une perfidie plus que Carthaginoise, sans respect pour la sainteté du serment, & sans religion. En nous gardant de dissimuler qu'il lui restoit quelque chose du caractère & des vices de sa nation, nous croyons cependant que les traits prêtés à Annibal par l'historien Latin, sont grossis, & qu'ils partent de la haine que lui portoit les Romains. Un courage mêlé de sagesse, une sermenté que rien ne troubloit, une connoissance parfaite de l'art militaire, une attention scrupuleuse à observer tout, une activité sans égale, ont mis Annibal dans le premier rang des grands généraux de tous les siècles. « Annibal, dit Turpin, qui fuit de contrées en contrées, pour soulever contre Rome de nouveaux ennemis, se consolant de vivre par l'espoir de venger sa patrie, abaissant sa fierté jusqu'à devenir le courtisan d'un roi, me paroît plus grand que Caton, qui se donne la mort, lorsqu'il peut opposer au génie & à la fortune de César, son propre génie, son courage & son nom. » Il cultiva les lettres au milieu du tumulte des armes. Plusieurs écrivains, en lui reprochant de n'avoir pas mené son armée victorieuse à Rome, après la bataille de Cannes, répètent ce mot de Maherbal, capitaine Carthaginois : Annibal, vous savez vaincre; mais vous ne savez pas profiter de la vie- 300 ANN soire. Un auteur plus judicieux dit, qu'on ne devroit pas prononcer si légèrement contre un si grand capitaine. « Rome jalouise, Rome inquiète, ajoute-t-il, fait bien comprendre quel homme étoit » Annibal. «
II. ANNIBAL CARO, Voyet CARO.
ANNIUS DE VITERBE, ou Jean ANNI ou NANNI, Dominicain, & maître du sacré palais, sous Alexandre VI, qui en faisoit beaucoup de cas, mourut à Rome en 1502, à l'âge de 70 ans. On a de lui des Commentaires sur plusieurs livres de l'Écriture-Sainte, parfaitement oubliés; mais les savans se souviennent encore de ses XVII Liv. d'Antiquités, Rome 1498, in-folio, & 1542, in-8°, compilés par l'ineptie & par la crédulité la plus absurde. Il y entaiffe tous les écrits supposés qu'on a imputés aux anciens Auteurs, comme à Xenophon, à Philon, à Bérose, à Fabius Pictor, à Myrtille, &c. Il paroît que ceux qui lui ont attribué la fabrication de ces ouvrages, se font trompés, & qu'Annius n'a fait qu'adopter des écrits que l'imposture avoit enfantés avant lui. On peut consulter sur ce sujet, le Voyage d'Italie du Père Labat, tom. 7, pag. 95, où ce Dominicain fait une digression fort ample en faveur de son confrère.
ANNON, (Saint) d'une famille noble d'Allemagne, suivit la carrière des armes dans sa jeunesse. Son oncle, chanoine de Bamberg, l'en dégoûta, & lui inspira le goût de l'état ecclésiastique. L'empereur Henri III, dit le Noir, entendant vanter les vertus d'Annon, voulut le connoître, l'appella près de lui, & bientôt après le nomma archevêque de Cologne en 1096. Le prêlat s'occupa aussitôt de la réforme des monastères; il en fonda deux de chanoines réguliers à Cologne & trois de l'ordre de St. Benoit ailleurs. Après la mort de Henri III, l'impératrice Agnès fit confier à St. Annon la régence de l'empire, & il l'exerça avec gloire; il réprima les exactions, diminua les impôts & apprit à gouverner au jeune Henri IV. Ce prince, séduit par des flatteurs, priva un instant Annon du ministère; mais la confiance générale & les plaintes des peuples, l'obligèrent à le rappeler en 1072. Annon mourut le 4 décembre 1075. Ses vertus ne se bornèrent pas à être contemplatives; elles furent actives, appliquées au bonheur public; & il crut sagement que le meilleur moyen de plaire à Dieu étoit de faire du bien aux hommes.
ANNONA, (Mythol.) divinité Romaine, fille de l'Abondance, qui présidait aux comestibles & aux provisions de ménage. Les médailles la représente ordinairement tenant des épis de blé, & ayant quelquefois près d'elle une proue de navire, parce que les grains arrivoient souvent à Rome parmer, & sur-tout de la Sicile.
ANNONCIADES, Voyet JEANNE DE FRANCE.
ANNONCIADES - CELESTES, Voyet FORNARI.
ANOMÉENS, Voy. AGRICOLA, n.º III.
ANOSCH - BEM - SCHEITH, grand pontife des hommes d'après l'histoire Arabe, établit, le premier, des aumônes publiques pour les pauvres, des tribunaux pour rendre la justice. Il naturalisa, dit-on, le palmier en Arabie. Les Orientaux le font vivre 965 ans. On croit avec vraisemblance qu'ils ont désigné, A N S 301 Tous le nom de ce pontife, *Enos*, fils de *Seti*, petit-fils d'*Adam*. L'histoire Gifarienne fait souvent mention de lui, ainsi que les auteurs du *Binaliti*, *Anosch*, suivant eux, après avoir vécu neuf cent soixante-cinq ans, laïssait l'aîné de ses fils pour fuscesseur dans sa dignité.
ANQUETIN, (Charles) mort à Rouen où il étoit curé en 1716, a écrit une *Dissertation* pour prouver qu'on devoit distinguer trois femmes, connues dans l'Écriture sous le nom de *Marie-Magdelaine*, Paris 1702, in-12. Il adressa au Père *Lamy* de l'Oratoire, une lettre sur le même sujet. Elle a été aussi imprimée.
ANSALONIO, (Jean) jurif-confute de Catane, vivait en 1493, & publia un traité des *Fiefs*. On connoit sous ce nom : I. *Giordano ANSALONIO*, missionnaire au Japon, qui y périt victime de son zèle, après avoir publié un *Traité des superstitions de la Chine*. II. *Sébastien ANSALONIO* de Palerme, astronome, mort en 1599, & qui a laïssé des vers italiens, des *Traités d'astronomie* & un *Almanach* perpétuel qu'il a publié sous le nom de *Benincasa*, qui étoit son domestique.
ANSCAIRE, (St.) *Anscharius*, premier archevêque de Hambourg & en même-temps évêque de Brême, étoit François de nation, & avoit été religieux à Corbie en Picardie, puis à Corwei en Saxe. Il fut choisi pour annoncer l'évangile en Danemark & en Suède; ce qui l'a fait surnommer l'*Apôtre du Septentrion*. On croit qu'il pénétra en Islande & jusqu'au Groënland. Après des prédications utiles, il fixa son séjour à Hambourg érigée, à cause de lui, en métro- pole. Son église ayant été brûlée par les Barbares, il se retira à Brême & y mourut faiblement en 865, à 67 ans. On a de *St. Anscaire* une vie de *St. Villehad*, premier évêque de Brême, écrite avec élégance, & qui a été imprimée à Cologne en 1642. La fienne a été écrite par *St. Rambert* son fuscesseur, & publiée par *Mabillon*.
ANSBERT, (St.) né à Chauffi, village du Vexin, devint évêque de Rouen, après la mort de *St. Ouen*, en 683, & assista aux états du royaume, assemblés à Clichy, par *Inictri III. Pepin*, maire du palais, trompé par les ennemis d'*Ansbert*, le relégua dans un monastère du Haynault, où ce dernier finit ses jours en 698 dans les exercices de la bienfaisance & de la piété. Son corps fut transporté dans l'abbaye de Fontenelles.
ANSEAUME, (N.) naquit à Paris, & commença sa carrière par l'emploi de fuscesseur à la comédie italienne. L'habitude de voir & de lire des pièces de théâtre lui donna l'idée d'en composer, & il réussit dans plusieurs. Il est mort en juillet 1784. On lui doit environ vingt-quatre opéras comiques dont quelques-uns offrent de la facilité & du naturel. On peut distinguer l'*Ile des Fous*, la *Clochette*, les deux *Chaffeurs* & la *Laitière*, le *Peintre amoureux de son modèle*, le *Soldat magicien*, *Mayet*, le *Milicien*, le *Tableau parlant*. Les pièces qui ont obtenu moins de succès, sont la *Vengeance de Melpomène*, l'*Ecole de la Jeunesse*, ou le *Barneveld français*, l'*Ivrogne corrigé*, le *Dépôt généreux*, le *Chinois en France*, le *Monde renversé*, ou les *Femmes qui commandent*, *Bertholde à la ville*, les *Amains trompés*, le *Docteur Sangrado*, le *Médecin de l'Amour*, la *Fausse Aven-* turière, etc. Le théâtre de cet auteur a été recueilli en 1766, 3 vol. in-8. I. ANSEGISE, abbé de Lobbes, ou de Fontenelles, selon l'opinion la plus probable, publia un recueil des Capitulaires de Charlemagne & de Louis le Débonnaire, que Pithoua fait imprimer & dont Balute a donné une nouvelle édition en 1677, 2 vol. in-fol. Ansegise fit revivre dans son abbaye la discipline monastique. Il rétablit les anciens édifices, en ajouta de nouveaux, orna l'église & augmenta la bibliothèque. Il mourut en 834.
II. ANSEGISE, prêtre du diocèse de Reims, abbé de St. Michel, fut élevé à l'archevêché de Sens le 21 juin 871. Charles le Chauve l'envoya au pape Jean VIII, qui le fit primat des Gaules & de Germanie; mais Hincmar & plusieurs évêques s'opposèrent à cette nouvelle primatie. En 879, il facra dans l'abbaye de Ferrières en Gatinois, Louis III & Carloman fils de Louis le Bègue. Ansegise mourut en 883, également estimé pour ses vertus & ses talens. I. ANSELME, (Saint) archevêque de Cantorbery, naquit à Aouffe en 1033. Il vint au monastère du Bec en Normandie, attiré par le nom du célèbre Lanfranc, s'y fit Bénédictin, & en fut prieur, puis abbé en 1078. On le nomma archevêque de Cantorbery l'an 1093. Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, à qui il reprochoit ses dérèglements & ses injustices, conçut de l'aversion pour lui. Ce prince étoit dans le parti de l'antipape Guibert, tandis qu'Anselme soutenait le vrai pape Urbain II. Le saint prélat, exilé sous ce prétexte, se retira à Rome, où Urbain le reçut comme il le méritait. Il soutint la procef- sion du Saint-Espirit contre les Grecs, dans le concile de Bari en 1098. Il partit ensuite pour la France, & s'arrêta à Lyon, jusqu'à la mort du monarque son persécuteur. Henri I, successeur de Guillaume, rappela l'archevêque de Cantorbery; mais il ne jouit pas long-temps de la paix que son rappel fembloit lui promettre. La querelle des investitures le mit mal avec le roi. Il fut obligé de revenir en France & en Italie, jusqu'à ce que le feu de ces disputes fût assoupi. Anselme retourna à Cantorbery, & y mourut le 21 avril 1109, à l'âge de 76 ans. D. Gerberon a publié en 1675 une très-bonne édition de ses Œuvres, in-fol. faite sur les meilleurs manuscrits de France & d'Angleterre. Il y en a une autre, donnée à Venise en 1744, en 2 vol. in-fol. St. Anselme fut un des premiers écrivains de son siècle pour les ouvrages de métaphysique & de piété; mais il faut se rappeler que ce siècle étoit barbare. Le moine Edmer écrivit sa vie.
II. ANSELME, Mantouan; évêque de Lucques en Toscane l'an 1061, quitta son évêché, parce qu'il crut que c'étoit un crime d'en avoir reçu l'investiture de l'empereur Henri IV. Grégoire VII le força de le reprendre, & le fit son vicaire général en Lombardie. Il mourut l'an 1086. Nous avons de lui un Traité contre l'antipape Guibert, & plusieurs autres ouvrages dans la Bibliothèque des Pères.
III. ANSELME DE LAON, doyen & archidiacre de cette ville, mort le 15 juillet 1117, proscsa avec réputation dans l'université de Paris, & ensuite dans le Diocèse de Laon. On a de lui une Glosé interlinéaire sur la Bible, imprimée avec celle de Lyra,... *Abalard* en parle comme d'un arbre qui avoit quelquefois de belles feuilles, mais qui ne portoit point de fruit. D'autres auteurs le peignent sous des couleurs plus favorables; mais apparemment qu'*Abalard* avoit à se plaindre de lui, & l'on fait combien peu il faut compter sur un écrivain dont la vengeance dirige la plume.
IV. ANSELME, (le Père) Augustin déchaussé, auteur de l'*Histoire généalogique & chronologique de la maison de France, & des grands Officiers de la Couronne*, in-4°, mourut à Paris sa patrie, âgé de 69 ans, en 1694. Cet ouvrage, imparfait dans sa naissance, est devenu meilleur sous les plumes de *du Fourni*, & des religieux Augustins *Ange & Simplicica*, continuateurs de cette histoire. Elle est actuellement en 9 vol. in-fol. 1726 & années suivantes. On y trouve des recherches abondantes & curieuses. Il y a certainement beaucoup de fautes; mais quelle compilation en est exempte? Cet ouvrage peut fournir du moins de grands secours à ceux qui veulent étudier notre histoire dans ses sources primitives, & souvent trop ignorées. V. ANSELME, (Antoine) né à l'Île-en-Jourdain, petite ville de l'Armagnac, le 13 janvier 1632, d'un chirurgien, fut couronné deux fois par l'académie des Jeux Floraux de Toulouse. Ses *Odes* se trouvent dans le recueil de cette Compagnie, & on ne les a guère vues ailleurs. Le marquis de *Montefman*, charmé de ses Sermons, le chargea de veiller à l'éducation de son fils, le marquis d'*Antin*. L'abbé *Anselme* vint avec son élève à Paris: la capitale applaudit à son éloquence, presque autant que la province. Ses Panégyriques fut tout, & ses Oraisons funèbres, firent sa réputation. La justesse des plans & l'élégance du style, caractérisent ses productions oratoires; mais on y désirerait plus de cette chaleur & de cette force nécessaires pour porter la vérité & la terreur jusqu'au fond de l'âme. Le duc d'*Antin* fit revivre pour lui la place d'historiographe des hâtimens. L'académie de peinture, & celle des inscriptions & belles-lettres, l'admirait, en qualité d'associé, dans leurs corps. L'abbé *Anselme* se retira, sur la fin de ses jours, dans son abbaye de St. Sever en Gascogne. Il y vécut en philosophe Chrétien, partageant son temps entre ses livres & ses jardins. Son abbaye & les paroisses qui en dépendaient se ressentirent de sa présence. Il ouvrit de nouveaux chemins, décora les églises, fonda des hôpitaux, & accommoda les différends. Il mourut le 18 août 1737, à 86 ans. Nous avons de lui: I. Un recueil de ses Sermons, *Panégyriques & Oraisons funèbres*, (celle du duc *Tyrconel* fit du bruit dans le temps) en 7 vol. in-8°. Les *Sermons* qui forment quatre de ces volumes, ont été réimprimés en 6 volumes in-12. II. Plusieurs *Differtations*, dans les Mémoires de l'académie des inscriptions.
VI. ANSELME, (Antoine) jurisconfluté d'*Anvers* où il fut échevin, mort presque octogénaire en 1668, a laissé plusieurs ouvrages de droit public, écrits avec méthode. Les principaux sont: I. *Codex Belgicus*, *Anvers*, 1649, in-fol. II. *Tribonianus Belgicus*. Bruxelles 1663, in-fol. III. Un recueil d'*Edies* en flamand, 1648, 4 vol. in-fol.; un autre de *Conjunctions*, publié à Anvers en 1671, in-folio. Ces deux derniers sur 304 ANS le droit civil font aussi écrits en latin.
ANSER, poète Latin, ami de Marc-Antoine, chanta les actions de ce général, qui paya ses louanges par le don d'une maison de campagne à Falerne. Il fit une critique amère des poésies de Virgile, qui badine sur le nom d'Anfer dans sa 9e Eglogue. Ovide l'appelle insolent, procacem, au deuxième livre des Tristes.
ANSGARDE, épousa en 862, Louis II dit le Bègue, & en eut Louis & Carloman, qui lui succédèrent. Elle fut répudiée par son époux qui ne fut approuvé ni par Hincmar, archevêque de Rheims, ni par le pape Jean VIII qui se trouvoit alors en France.
ANSLOO, poète Hollandois, est auteur de diverses poésies écrites dans sa langue, & recueillies par Jean de Haes, Rotterdam, 1713, in-8. — ANSON, (George) né dans le Staffordshire en Angleterre, d'une famille noble & ancienne, sa dévoua dès sa plus tendre enfance au service de mer. Ce fut par les dangers qu'il courut dans sa première course, qu'il commença à apprendre le grand art de commander une armée navale. Monté sur une frégate armée par la famille de sa mère, il affronta sans crainte des périls effrayans. Pourfuivi par deux corfaires, il leur échappa, malgré la disproportion des forces & les horreurs d'une tempête furieuse. La cour de Londres, informée de la valeur du jeune marin, le nomma en 1733 capitaine d'un vaisseau de guerre de 60 canons. Son courage, accompagné de prudence, brilla dans toutes les occasions, & lui acquit un nom célèbre. L'ambitieux projet de régner sur les mers occupoit l'Angleterre depuis longtemps; elle crut pouvoir l'exécuter en partie en 1739. La guerre fut déclarée à l'Espagne, & on médita dès lors la conquête de l'Amérique & du Pérou. Le ministère Britannique destina Anfon à porter la guerre sur les possessions des Espagnols; on lui donna six navires montés d'environ 1400 hommes d'équipage. La saison étoit si fort avancée quand cette escadre partit, que ce ne fut qu'à force de fatigues qu'elle parvint à doubler le cap Horn, vers la fin de l'équinoxe du printemps de 1740. Des six vaisseaux, il n'en restoit plus que deux & une chaloupe, lorsqu'on fut arrivé à la latitude de ce cap; le reste avoit été dispersé par les vents, ou submergé par la tempête. Anfon, après avoir réparé ses deux navires dans l'isle fertile & déferte de Juan Fernandes, osa attaquer la ville de Payta, la plus riche place des Espagnols dans l'Amérique méridionale. Il la prit en novembre 1741, la réduisit en cendres, & partit avec un butin considérable. La perte pour l'Espagne fut de plus de 1500 mille piastres: le gain pour les Anglois d'environ 180 mille. Le vainqueur s'éloigna de Payta, presqu'aussitôt qu'il en eut assuré la possession à l'Angleterre. Il fit voile vers les isles Ladronnes avec le Centurion, le seul de ses vaisseaux qui fut encore en état de tenir la mer. Mais avant que d'y arriver, un scorbut, d'une nature affreuse, lui avoit enlevé les deux tiers de son équipage. La contagion s'étendoit sur ce qui lui restoit de matelots & de soldats, lorsqu'il vit les rivages de l'isle de Tinian. Le voisinage des Espagnols ne lui permettant point de s'arrêter dans ces parages, il prit la route de Macao. Il y arriva en 1742, radouba son vaisseau, & se remit en mer. mer. Quelques jours après il rencontra un navire Espagnol richement chargé ; il l'attaqua, quoique son équipage fut fort inférieur en nombre, le prit, & rentra dans le port qu'il venoit de quitter. Le navire Espagnol portoit 1500 mille piastres en argent, avec de la cochenille & d'autres marchandises. La célérité de cette expédition lui acquit tant de gloire, qu'il fut reçu avec distinction par le vice-roi de Macao, & dispense des devoirs que l'empereur de la Chine exige de tous les étrangers qui entrent dans ses ports. *Anfon* ayant vengé l'honneur de sa nation, retourna par les isles de la Sonde & par le cap de Bonne-Espérance, & aborda en Angleterre le 4 juin 1744, après un voyage de trois ans & demi. Il fit porter à Londres en triomphe, sur 32 chariots, au son des tambours & des trompettes & aux acclamations de la multitude, toutes les richesses qu'il avoit conquises. Ses différentes prises se montoient en or & en argent à dix millions, qui furent le prix de sa valeur, de celle de ses officiers, de ses matelots & de ses soldats, sans que le roi entrât en partage du fruit de leurs fatigues & de leur bravoure. Le titre de contre-amiral du *Bleu*, fut la première récompense d'*Anfon* ; il l'obtint en 1744, & l'année d'après il fut honoré de la place de contre-amiral du *Blanc*. L'action qui contribua le plus à sa célébrité, après son voyage, fut son combat contre la *Jonquière*. Cet illustre François ramenoit en Europe une escadre composée de six vaisseaux de guerre, & de quatre vaisseaux revenant des Indes Orientales. L'amiral Anglois commandoit une puissante flotte de quatorze vaisseaux de guerre, quand il rencontra cette escadre à la hauteur du cap de Finistère. La disproportion des forces n'eût promis aucune gloire à *Anfon*, s'il eût attaqué un guerrier moins redoutable que la *Jonquière*. Ce héros combattit comme il l'avoit toujours fait, & ne se rendit qu'à la dernière extrémité. « Vous avez vaincu l'*Invincible*, dit-il à *Anfon*, & la *Gloire* vous fuit. C'étoit les noms des deux vaisseaux de l'escadre de la *Jonquière*. Cette victoire ne resta pas sans récompense. Le ministère Britannique nomma le vainqueur, amiral d'Angleterre, & peu de temps après, premier lord de l'amirauté. L'Angleterre, en guerre avec la France depuis les hostilités commencées en 1755, méditoit depuis long-temps une descente sur les côtes. *Anfon* chargé de la seconder, couvrit la descente des Anglois à Saint-Malo en 1758, reçut sur ses vaisseaux les soldats échappés à la valeur Française, & les ramena en Angleterre. Les fatigues de ce dernier voyage, jointes à 40 ans de courses maritimes, avoient entièrement accablé le héros Anglois. Quelques jours après son retour à Londres, la mort l'enleva à sa patrie, qui déplora long-temps sa perte avant que de la réparer : ce fut le 6 juin 1762. La gloire de l'amiral *Anfon* ne fut pas seulement fondée sur le succès de ses armes, sur sa valeur, sur son intrépidité ; il fut homme de bien ; il respecta l'humanité ; lors même que son bras s'armoit pour la détruire. On pourroit citer plusieurs actions de vertu & de générosité qui honoreroient sa mémoire, si la nature de cet ouvrage ne nous prescrivait des bornes trop étroites. Il est à souhaiter que quelque bon écrivain se charge de transmettre à la postérité les actions de ce grand homme. En attendant qu'on fasse ce présent au public, on pourra consulter l'histoire de son Voyage autour du Monde, traduite en françois, un vol. in-4°, Amsterdam, 1740, & réimprimée en 4 vol. in-12. Les officiers du Wager, vaisseau détaché de son escadre, ont donné une Relation particulière de leurs malheurs. On l'a publiée à Lyon, in-4.° & in-12; c'est une espèce de supplément au Voyage d'Anson.
ANSPRAND, roi des Lombards, Voye; ARIPERT.
ANTAGORAS, (Mythol.) berger de l'isle de Cos, renommé pour sa force extraordinaire, fut prié par Hercule de lui donner un bélier. Le berger y consentit, sous la condition que le héros le vaincroit à la lutte. Dans ce combat, Antagoras étoit près de succomber, lorsque les Méropes vinrent au secours de leur compariote, & forcerent Hercule à prendre la fuite pour la première fois.
ANTANDRE, guerrier de Syracuse, vivoit dans la 120e Olympiade. Il secourut la ville de Croone assiégée par des ennemis furieux, & combattit ensuite vaillamment les Carthaginois. Il étoit frère d'Agathoele, dont il a écrit l'histoire.
ANTÉE, (Mythol.) géant de Libye, fils de Neptune & de la Terre, fut étouffé par Hercule, qui l'éleve en l'air pour le tuer, parce que la Terre, sa mère, lui donnoit de nouvelles forces lorsqu'il la rouchoit. Les Grecs disoient qu'il avoit en soixante-quatre coudées de hauteur, qu'il avoit fait vœu d'élever un temple à Neptune avec les cranes des hommes qu'il auroit étouffés, & qu'il bâtit la ville de Tingy, près du détroit de Gibraltar. Sertorius fit ouvrir dans cette ville un tombeau qui passoit pour celui d'Antée, & y trouva des ossemens d'une énorme grandeur. I. ANTELMI, (Joseph) charnaine de Fréjus en Provence, aussi fivant que laborieux, publia plusieurs Dissertations latines sur l'hift. ecclésiastique de Fréjus, 1680, in-4°; sur St. Prosper & St. Léon, 1686, in-4°; sur le Symbole de St. Athanase, 1693, in-8°; sur St. Martin, 1693, in-8°; sur St. Eucher, 1726, in-12. Elles sont remplies d'une érudition peu ménagée. Antelmi mourut en 1697, âgé de 49 ans, à Fréjus sa patrie, victime de son application à l'étude. Il avoit beaucoup d'honnêteté & de douceur; mais il se livroit un peu trop facilement à ses conjectures.
II. ANTELMI, (N. d°) professeur de mathématiques & inspecteur des études à l'école militaire, est mort le 5 janvier 1783. Il n'a publié aucun ouvrage sur la science qu'il cultivoit, mais des traductions agréables, 1.° du Messie, poème de Klopfstock, 1769, 2 vol. in-12; 2.° des Fables allemandes de Lessing, 1764, in-12.
ANTENOR, prince Troyen, fut accusé d'avoir trahi sa patrie, non seulement parce qu'il reçut chez lui les ambassadeurs des Grecs qui venoient se plaindre de l'enlevement d'Hélène & revendiquer cette princesse; mais aussi parce qu'ayant reconnu dans Troie Ulysses déguisé, il ne le découvrit point aux Troyens. Après la prise de cette ville, il s'embarqua avec ceux de son parti, & vint aborder en Italie sur la côte de la Vénétie, où il fonda une ville de son nom, qui fut depuis appelée Padoue. Tite-Live le fait sortir de Paphlagonie avec une colonie de Vénetes, & aborder en Italie.
ANTÈRE, (Saint) Anteros, Grec de naissance, fut élu pape en novembre 235. Il mourut le 3 janvier suivant.
ANTEROS, (Mythol.) divinité opposée à Cupidon. On le croyoit fils de Vénus & de Mars. Cette Déesse voyant que Cupidon ne croisoit point, en demanda la cause à Thémis, qui lui répondit que c'étoit parce qu'il n'avoit point de compagnon. Vénus continua d'écouter la passion que Mars avoit pour elle, & Antéros fut le fruit de leur commerce. L'Amour ne grandit pas pour cela davantage; lui & son frère demeurèrent toujours en cet état. On les représentait comme deux petits enfans ayant des ailes aux épaules, & s'arrachant une palme. Quelques Mythologues lui donnent dans son carquois des traits de plomb, pour exprimer qu'il ne produit que des transports de courte durée, toujours suivis de laffitude & de faieté. Les Athéniens lui élevèrent un temple où on l'invoquoit comme vengeur des amours méprisées.
ANTESIGNAN, (Pierre) naquit à Rabatteins, au diocèse d'Albi, dans le 16e siècle. Sa Grammaire Grecque fut imprimée plusieurs fois, avant qu'on en eût de meilleure. Il fit ensuite une Grammaire universelle, compilation si confuse, qu'il n'y auroit qu'un érudit de son siècle, qui pût en soutenir la lecture. On a encore de lui une édition de Térence, qui ne vaut pas mieux que ses deux Grammaires.
ANTHARIC, Voy. AUTHARIS.
ANTHELME, (Saint) évêque de Bellay, d'une famille noble de Savoie, occupa les deux premières dignités des chapitres de Genève & de Bellay. Dégoûté du monde, il se fit Chartreux, & fut élu prieur de la grande Chartreuse l'an 1141. Pendant le schisme de Victor IV, il fit déclarer tout l'ordre des Chartreux en faveur d'Alexandre III. Ce pape le récompensa de ce service par l'évêché de Bellay, où il mourut en 1178 à plus de 70 ans, après avoir levé l'excommunication qu'il avoit portée contre le comte Humbert, fils d'Amédée. C'étoit un prélat d'un esprit actif & d'un zèle ardent. I. ANTHEMIUS, (Procopius) né à Constantinople, de la famille du tyran Procope qui avoit pris la pourpre sous Valens, se distingua par sa valeur. L'empereur Marcian lui fit épouser Flavia Euphemia, sa fille unique, & le nomma général des troupes de l'Orient. Anthemius ayant repoussé les Goths & les Huns, fut envoyé en Italie avec le titre de César, & proclamé Auguste en avril 467 par le sénat & le peuple. Le général Ricimer dominait alors dans l'Occident; Anthemius crut se l'attacher en lui donnant sa fille en mariage. Ce bienfait n'empêcha point ce barbare de venir mettre, quelque temps après, le siège devant Rome, où Anthemius étoit enfermé. La terreur qu'il répandoit, lui fit ouvrir les portes de cette ville, qui fut livrée à la fureur du soldat. Anthemius fut affaissonné par ordre de son gendre en 472, après un règne de 5 ans. Ce prince joignoit la piété au courage; il étoit zélé pour la justice & la religion, compatissant envers les malheureux, & n'ayant, ni dans son caractère, ni dans son extérieur, rien de la fierté que le trône inspire.
II. ANTHEMIUS, architecte, sculpteur & mathématicien, né à Tralles en Lydie, inventa, dit-on, sous l'empereur Justinien, au 6e siècle, divers moyens d'imiter les tremblements de terre, le tonnerre & les éclairs. Il avoit formé un immense miroir ardent de plusieurs 308 ANT miroirs plans. Il existe un recueil de machines, qu'on lui attribue; mais ce qui lui méritera toujours l'admiration publique, c'est d'avoir dirigé avec *Ibidore* de Milet la construction de la superbe église de Ste-Sophie à Constantinople. *Justinien* la fit élever, & lorsqu'il vit cet ouvrage achevé, il s'écria: « O *Salomon*, je t'ai surpassé. » C'est ainsi qu'on a décrit ce superbe édifice dans les *Vies des Architectes*: « Ce monument est dans la situation la plus avantageuse; il occupe le sommet d'une petite colline qui domine la ville de Constantinople du côté du férail. Le plan de Sainte-Sophie est presque un quarré parfait de deux cents cinquante-deux pieds de long, sur deux cents vingt-huit de large. Elle est dans la direction de l'orient au couchant. On voit s'élever de son milieu une coupole hémisphérique de cent huit pieds de diamètre, dont la circonférence est percée de vingt-quatre fenêtres; on compte quatre-vingts pieds depuis le centre de cette coupole jusqu'au pavé. Elle est accompagnée de deux autres plus petites qui sont également hémisphériques. — Dans le fond de ce temple, est une demi-coupole sous laquelle étoit placé le seul autel qu'il eût. C'est aujourd'hui l'endroit où les Turcs conservent l'Alcoran. La voûte de cette église est en pierre, & l'intérieur de la coupole est orné de mosaïques; les murs sont couverts de peintures. Il est surprenant que les Mahométans aient laissé subsister tant d'images de *Jésus* & de ses Saints; ils se sont contentés d'effacer les croix. Le pavé est composé de compartiments des marbres les plus choisis, parmi lesquels le marbre rouge domine le plus. — Il y avoit au dehors un *atrium* ou vestibule, c'est-à-dire une place quarrée environnée de portiques qui n'existent plus. On passe de là dans un portique aussi long que l'église, qui a trente-six pieds de large. Il est soutenu par des pilastres qui tiennent lieu de colonnes, & l'on voit au-dessus un autre portique. On entre dans l'église de Ste-Sophie par neuf magnifiques portes de bronze; les jambages qui les reçoivent sont de marbre blanc. La porte du milieu est la plus considérable. L'albâtre, le serpentin, le porphyre, la nacre de perle, les coruaines ne sont point épargnés tant au dedans que dans les dehors de cette église. On voyoit autrefois dans le milieu de l'*atrium* ou de la place quarrée, dont on a parlé, la statue équestre colossale de l'empereur *Justinien*. — Lorsqu'on entre dans Ste-Sophie, on est saisi d'admiration en voyant la grandeur de cette église & la beauté de l'ensemble. Pour élever ce temple, *Justinien* se saisit des revenus publics, imposa des taxes, & prit pour couvrir la coupole, le plomb des conduits des fontaines. — A peine cette église fameuse fut-elle achevée qu'un tremblement de terre renversa le dôme; mais l'empereur le fit rebâtir aussitôt. On prétend qu'on n'employa que des pierres ponces dans sa construction, pour le rendre plus léger. Depuis que les Turcs ont changé cette église en mosquée, ils ont élevé vis-à-vis les quatre angles, quatre minarets, c'est-à-dire quatre espèces de clochers isolés, qui s'élevent très-haut. Il sont si déliés vers leurs pointes qu'on les prendroit pour les vergues d'un vaisseau qui sont debout. Comme les Turcs n'ont point l'usage des cloches, de peur de troubler les ames des morts, ils montent à certaines heures au haut de ces minarets, & invitent le peuple par des cris à se rendre aux prières. Ste-Sophie a servi de modèle à toutes les mosquées qui ont été faites dans la fuite à Constantinople. Ces mosquées sont toutes isolées au milieu d'une place, ou environnées de rues très-larges; avantage que l'on devroit procurer à nos églises & à tous les édifices publics. » I. ANTHUSE, recluse qui vivait dans une solitude hors des murs de Constantinople, eut la hardiesse de recommander le culte des images malgré la défense de l'empereur Copronyme. Celui-ci, plein de ressentiment, fit arrêter Anthuse, & alloit la livrer à une vengeance cruelle, lorsque les larmes de l'impératrice Eudoxe obtinrent sa grace. En reconnoissance, Anthuse prédit à sa bienfaîtresse, depuis long-temps stérile, qu'elle aurait bientôt le bonheur d'être mère; en effet, Eudoxe eut une fille qu'elle fit nommer Anthuse. Cette princesse imita les vertus de celle dont elle portait le nom. Elle abandonna à son frère Léon tous ses droits à la puissance souveraine, & ne se réserva que la disposition de ses biens qu'elle employa à réparer les monastères & à payer la rançon des Chrétiens faits esclaves par les peuples barbares. C'était, dit Fleury, la mère des orphelins & des enfans abandonnés, elle les rassemblait, les élevoit & les instruisait. Ayant reçu le voile des mains du patriarche Taraïse, elle se retira dans le monastère d'Euménie, où elle mourut en 790. L'église Grecque honore sa mémoire.
II. ANTHUSE, célèbre devinereffe, née à Egès en Cilicie, prétendit descendre de Pelops roi d'Argos. Elle inventa, sous l'empire de Léon I, la divination par les nuages. Photius dans sa bibliothèque dit qu'Anthuse ayant considéré qu'un nuage prenant la forme d'un lion furieux, avait dévoré la figure d'un Goth, elle prédit que Léon ferait périr Asper général des Goths.
ANTIAS, (Mythol.) déesse dont le culte étoit célèbre à Antium, où elle avait un temple très-fréquenté. On croit que c'est la même que la Fortune.
ANTIC, (Bois d') médecin, mort en juin 1784, appliqua la chimie aux arts utiles, & sur-tout à la verrerie & à la poterie. L'un de ses mémoires sur cet objet fut couronné par l'académie des sciences en 1760. Ses Œuvres ont été recueillies en 1780, 2 vol. in-12.
ANTICIRE, prit son nom de son habileté à guérir les sous que l'on envoyait autrefois chercher leur raison dans l'île d'Anticire où l'hellébore croisait en abondance & spontanément; on dit que le médecin Nicefrate qui avait obtenu de grands succès dans l'application de cette plante aux maniaques, en légua une grande quantité à Anticire, & lui en apprit la préparation. Tournefort, dans son voyage du Levant, a retrouvé cet hellébore des anciens. Il est noir, plus nourri que le nôtre, & il est encore commun dans les îles d'Anticire, situées vis-à-vis le mont Etta dans le golfe Maléac, que l'on nomme maintenant golfe de Zeiton près de Négrepont.
ANTICLÉE, (Mythol.) fille de Dioclis & mère d'Ulyss, laquelle, après avoir épousé Lacto. 310 ANT roi d'Ithique, fut enlevée par *Sifyphe*, fameux brigand, dont elle eut *Ulyffe*, comme *Ajax* le reproche à ce dernier dans *Ovide*. — ANTIER, (*Marie*) née à Lyon en 1687, devint la première actrice de l'opéra de Paris. Elle y débuta en 1711, dans les rôles imposans de princeffe & de déesse. L'étendue de sa voix, sa taille élevée & la noblesse de ses traits l'y rendirent célèbre. Ce fut elle qui couronna au spectacle le maréchal de *Villars*, après sa victoire de Denain. Elle mourut à Paris en 1741.
ANTIGÈNE, un des capitaines d'*Alexandre* le *Grand*, eut le second des prix que ce prince fit distribuer aux huit plus braves capitaines de son armée. *Antigène* ne méritait pas celui de la probité. Il eut la basse de livrer *Eumène* à *Antigone*, vers l'an 315 avant J. C.; mais il reçut bientôt le salaire de sa perfidie : car il fut brûlé tout vif dans une cage de fer.
ANTIGENIDE, célèbre musicien de Thèbes en Béorie. On dit qu'exécutant un jour sur sa flûte le *Nome* ou l'air du *Char*, en présence d'*Alexandre* le *Grand*, il le mit tellement hors de lui, que se jetant sur ses armes, peu s'en fallut que ce prince ne chargeât les convives. *Cicéron* rapporte, dans son *BRUTUS*, qu'il avait un élève appelé *Ismémias*, lequel après avoir chanté admirablement en public sans avoir reçu le moindre applaudissement, *Antigénide*, pour lui apprendre à mépriser l'infenibilité d'une multitude ignorante, lui cria : *Chante pour les Mufus & pour moi*. *Antigénide* avait été maître de flûte d'*Ateibiade*; mais ce dernier se dégoûta bientôt d'un instrument qui le rendoit moins beau en lui faisant enfler les joues. Lorsque le général Athé- nien *Iphicrate* épousa la fille de *Cotys* roi de Thrace, *Antigénide* fit les honneurs du repas de noces. On doit à ce musicien renommé la perfection de la flûte à laquelle il ajouta plusieurs trous, ce qui en rendit le jeu plus doux, plus flexible & plus varié. I. ANTIGONE, (*Antigone*) fille d'*Adipe* & de *Jocafte*, fut un modèle de vertu. Son père étant aveugle & banni par le roi *Créon*, elle le conduisit au lieu de son exil, & y demeura avec lui. Peu après ayant appris la mort de ses frères *Ephéole* & *Polinice*, elle revint à Thèbes, accompagnée d'*Argie*, femme du dernier, pour leur rendre les honneurs de la sépulture. *Créon*, irrité de son retour, la fit mourir avec sa belle-fœur. *Hygin* raconte qu'*Hémon*, fils de *Créon*, qui aimoit *Antigone*, n'ayant pu obtenir de son père la grace de cette princeffe, la tua de sa main, & se perça ensuite lui-même sous ses yeux. *Sophocle* a fait une tragédie d'*Antigone*. — Il y eut une autre *ANTIGONE*, fille de *Laomédon*. Celle-ci, d'après la Mythologie, se vantant d'être plus belle que *Junon*, fut changée par cette déesse en cigogne.
II. ANTIGONE, (*Antigonus*) se distingua parmi les généraux d'*Alexandre* le *Grand*. Après la mort de ce héros, il remporta une victoire sur *Eumène*, qu'il fit mourir. Il défit *Ptolomée Lagus*, bâtit *Antigonie*, & fut tué dans un combat contre *Caffandre*, *Seleucus* & *Lysimachus*, qui s'étoient unis pour opposer une digue à ses desseins ambitieux. Il s'étoit fait couronner roi d'*Asie*, & auroit voulu l'être de tout l'univers. Sa défaite arriva l'an 301 avant J. C. à l'âge de 80 ans. Comme on étoit surpris que, dans sa vieilleffe, Il eût acquis plus de douceur dans le caractère, il répondit : Qu'il voulait conserver par la douceur, ce qu'il avait acquis par la force. Il difoit communément : Que la royauté eût une honorable servitude ; ce qui revient à la belle pensée d'un roi philosophe de ce siècle : Que les Rois font les premiers serviteurs de leurs Sujets. Antigone ajoutoit : Que si l'on s'avoit ce que pèse une couronne, on craindroit de la porter. On raconte qu'un poète lui ayant donné le titre de Dieu, il répondit sechement : Mon valse - de - chambre fait bien le contraire... Antigone ternit un peu ses belles qualités par son avarice. Il employoit toutes sortes de moyens pour se procurer de l'argent ; & lorsqu'on lui représentoit qu'Alexandre se comportoit bien différemment : Alexandre, avoit-il coutume de répondre, moifsonnoit ; mais moi je ne fais que glaner. Il pensoit qu'un général devoit toujours conserver le secret de sa marche. Dém trius son fils, lui demandant un jour quand il décamperoit ? As-tu peur, lui dit-il, de ne pas entendre le son de la trompette ?.. Un cynique se présenta devant Antigone, & lui demanda une dragme : Ce n'est pas assez pour un Prince, répondit-il. — Donnez-moi donc un talent. — C'est trop, reprit Antigone, pour un Cynique. Voyez APELLES.
III. ANTIGONE, fils d'Aristobule II, roi de Judée, fut conduit à Rome, avec son père après la prise de Jérusalem par Pompée. Ils servirent l'un & l'autre à l'ornement du triomphe du vainqueur. César ayant réduit l'Égypte, vint en Syrie. Antigone réclama à ses pieds ses droits sur la principauté de Judée, & ne put rien obtenir. Le crédit & l'habileté d'Antipater, père d'Hérode, firent rétablir en faveur d'Hyrcan, oncle d'Antigone, cette principauté si disputée. Hérode, nommé gouverneur de Judée, fut roi en effet par ses intrigues, par son argent, par la faveur des Romains. Antigone n'ayant plus rien à attendre de ce peuple - roi, s'adressa aux Parthes. Pazarus leur roi entra en Judée, l'an 40 avant J. C. avec une armée nombreuse ; tandis qu'Antigone mettoit le siège devant Jérusalem. Hérode fut obligé de se sauver dans l'Idumée, & ensuite dans l'Égypte. Pazarus mit Antigone sur le trône de Jérusalem, & lui livra Hyrcan son compétiteur. On lui laissa la vie ; mais, pour l'exclure à jamais de la grande sacrificature, Antigone lui fit couper les oreilles. Hérode partit bientôt pour Rome, où il implora la protection de Marc-Antoine. Cetriumvir se disposant à la guerre contre les Parthes, & sentant le besoin qu'on avoit d'Hérode, disposa le sénat en sa faveur, & il fut déclaré roi de Judée. Il envoya Sufius pour le seconder avec une armée. Tout le peuple de Jérusalem étoit pour Antigone, & regardoit comme un devoir de soutenir un Ašmonéen, un Machahée, contre le fils d'un Iduméen tel qu'étoit Hérode. Les Juifs de quelques autres villes, & même d'Alexandrie, étoient venus pour défendre leur capitale. Sufius & Hérode y mirent le siège, & entrèrent par les breches au bout de six mois, Antigone se voyant sans ressource, vint se jeter aux pieds de Sufius, qui, indigné d'une telle baffesse, l'appela ANTIGONA. Après l'avoir fait charger de chaînes, il l'envoya à Antoine, qui étoit pour lors à Antioche. Hérode n'attendant sa sûreté que de la mort de ce malheureux prince, obtint qu'on lui fit son procès comme à un vil 312 ANT fcelérat. Il fut condamné à un fupplice ignominieux; & c'étoit la première fois que les Romains en agissoient ainsi avec une tête cou- ronnée. Les licteurs l'ayant attaché à un poteau, le battirent de verges, & lui tranchèrent la tête avec leurs haches l'an 37 avant J. C. Il avoit régné environ trois ans & trois mois. Ainsi finit le règne des princes Afmonéens, après avoir duré 126 ans, si l'on en prend le commen- cement aux temps où Antiochus Eupator de la Judas Machabée prince de Judée.
IV. ANTIGONE DE CARYSTE, vivoit sous les deux premiers Pto- lomées, & a laissé Historia memo- rabiles, græco-latiné, publiées par Jean Meurfius, Leyde, 1619, in - 4.º
ANTIGUA, (Marie) naquit à Cazalla, bourg de l'Andalousie, au commencement du 17e siècle. Elle se fit religieuse dans l'ordre de la Merci; & quoiqu'elle n'eût fait dans sa jeunesse aucune étude, elle n'en a pas moins écrit avec onction & assez de pureté plusieurs ouvrages de piété dont quelques- uns ont été traduits en françois.
ANTILOQUE, (Myth.) fils de Nestor & d'Euridice, ayant suivi son père au siège de Troie, y fut tué par M:mon fils de l'Aurore.
ANTIMACO, (Marc-Antoine) de Mantoue, professeur de lité- rature grecque à Ferrare, en 1525, y devint président de l'académie degli Elevati, fondée par Albert Lollio. Il est auteur de diverses traductions du grec en latin, & entra autres de celles des œuvres de Polien, de Denys d'Halycarnaffe & de Demetrius de Phaïore.
ANTIME, duc de Naples, après Théophilate, fit bâtir dans cette ville le monastère di St. Quirico; & l'église de St. Paul.
ANTIN, (le Duc d') Voyer GONDRIN.
ANTINE, (D. Maur-François d') né à Gouvieux au diocèse de Liège en 1688, Bénédictin de la congrégation de St. Maur, mourut d'apoplexie en 1746. L'innocence de ses mœurs, la piété, la poli- teffe, l'art rare de savoir confoler les affligés & d'exhorter les ma- lades à souffrir leurs maux avec réfignation : telles étoient les qua- lités qui le faisoient chérir & ref- pecter. On a de lui plusieurs ou- vrages. Il fit paroître les cinq pre- miers volumes de la nouvelle édi- tion du Glossaire de du Cange en 1736, & le public ne put qu'applaudir aux recherches abondantes, aux améliorations & aux augmenta- tions intéressantes qui enrichissent ce recueil. Il travailla ensuite à la Collection des Historiens de France, commencée par D. Bouquet, & à l'Art de vérifier les dates, 1750, in-4°: ouvrage excellent, réimprimé en 1770, in-fol. par les foins de D. Clément, qui l'a considérablement augmenté.
ANTINOË, (Mythol.) fille du fleuve Céphée, obéit à un oracle qui lui ordonna de transférer les habitans d'une ville bâtie par un fils de Lycaon, dans celle de Man- tinée. Un serpent lui servit de guide dans cette émigration. I. ANTINOUS, un des amans de Pénélope, qu'Ulyffe perça d'un coup de flèche dans un festin, tandis qu'il buvoit.
II. ANTINOUS, jeune Bithy- nien, d'une beauté ravissante, parut à la cour de l'empereur Adrien, qui conçut pour lui une passion infame. Il fut le maître de fon cœur & le canal de toutes les graces. Il fuivit ce prince dans tous ses voyages. Celui d'Égypte lui fut funeste. On prétend qu'il tomba dans le Nil & s'y noya l'an 132 de J. C. Quelques favans ne font point de cette opinion : ils disent qu'*Antinoüs* s'immola dans un sacrifice, célébré pour prolonger la vie de l'empereur. *Adrica* pleura l'objet de ses amours, lui éleva des temples, lui donna des prêtres, des prophètes & un oracle. Il fit frapper des médailles à son honneur. Nous en avons encore quelques-unes, où il est représenté en *Bacchus*. I. ANTIOCHUS I. SOTER, c'est-à-dire *Sauveur*, fils de *Séléucus Nicanor* roi de Syrie, aima sa belle-mère *Stratonice*, & l'époufa du consentement de *Séléucus*. Après la mort de son père il remporta des victoires sur les Bithyniens, les Macédoniens & les Galates, & mourut l'an 261 avant J. C. *Stratonice* étoit morte avant lui : on leur rendit des honneurs divins. V. COMBABUS & ERASISTRATE.
II. ANTIOCHUS II, *le DIEU*, roi de Syrie, succéda à son père *Antiochus Soter*, & fit la guerre à *Ptolomée Philadelphe* : il la termina en époufant *Bérénice*, quoiqu'il eût déjà deux fils de *Laodice*, qui l'empoisonna l'an 246 avant J. C. & fit mettre sur le trône *Sé'ucus* son fils, par l'artifice d'un certain *Artemon*. *Laodice* fit ensuite poignarder *Bérénice*, avec le fils que cette princesse avoit eu d'*Antiochus*. Mais sa cruauté ne demeura pas impunie : elle fut tuée elle-même dans la guerre que *Ptolomée Evergetes* entreprit pour venger sa sœur *Bérénice*.
III. ANTIOCHUS III, *le GRAND*, roi de Syrie, successeur de son frère *Séléucus Ceraune*, l'an 223 avant J. C. fut vaincu par *Ptolomée Philopator* dans un combat meurtrier donné près de Raphia. Il ne tarda pas à réparer cette défaite. Il prit Sardes, réduisit les Mèdes & les Parthes, subjugué la Judée, la Phénicie & la Cœlésyrie, & méditoit de plus grandes conquêtes, lorsque Smyrne, Lampaque & les autres villes de la Grèce Asiatique demandèrent du secours aux Romains. Le Sénat envoya des ambassadeurs à *Antiochus*, pour le sommer de rendre à *Ptolomée Epiphan*: le pays qu'il lui avoit enlevé, & de laisser en paix les villes de la Grèce. *Antiochus* n'ayant donné aucune réponse favorable, Rome lui déclara la guerre l'an 192 avant J. C. Ce prince qui avoit alors *Annibal* chez lui, animé par les discours de ce général, crut pouvoir la soutenir ; mais *Acilius Glabrian* lui prouva bientôt le contraire. Il le força de quitter la Grèce, & *Scipion l'Asiatique* défit entièrement son armée. *Antiochus*, forcé de demander la paix, ne l'obtint qu'à des conditions dures. Il fut obligé de renoncer à toutes ses possessions d'Europe, & à celles qu'il avoit en-deçà du mont Taurus en Asie. Quelque temps après il fut tué dans l'Élymaïde, où il alloit piller le temple de *Jupiter Belus*, l'an 187 avant J. C. Les Juifs se louèrent beaucoup des privilèges que ce prince leur accorda. Il fournissait l'argent qu'il falloit pour les sacrifices, & il leur permit de vivre selon leurs lois dans toute l'étendue de ses vastes états. C'étoit un prince fort recommandable pour son humanité, sa clémence & sa libéralité. Ennemi du pouvoir arbitraire, il fit publier un édit qui défendoit de lui obéir toutes les fois qu'il ordonneroit quelque 314 ANT chose de contraire à la loi, affurant qu'il ne vouloit régner que par elle. Il fit rétablir Alexandrie, ville du golfe Perique. La ville de Pelée, embellie par sa magnificence, fut appelée Antioche. Il protégea les lettres & les arts, que sa vie agitée l'empêcha de cultiver. L'historien Mnésoptolème fut son plus cher favori. Dans les différens périodes de sa vie, il fut différent de lui-même. Il parut, dans sa jeunesse, capable de tout exécuter; mais appefanti par l'âge, il n'eut plus la même activité. Les médailles de ce prince sont extrêmement rares.
IV. ANTIOCHUS IV, fils du précédent, prit le surnom d'ÉPIPHANES, c'est-à-dire illustre. Il méritoit bien davantage celui d'Épimanes, que quelques-uns lui donnèrent, & qui veut dire furieux & infenf. Autant son père avoit été favorable aux Juifs, autant il s'en déclara l'ennemi. Après avoir affiégé & pris Jérusalem, il déposa le grand prêtre Onias, profana le temple par le sacrifice qu'il y offrit à Jupiter Olympien, emporta tous les vases facrés, & fit mourir le sept frères Machabées, & le vieillard Eléazar. Ce prince avoit usurpé le trône de Syrie sur Démétrius son neveu : il voulut aussi s'emparer de l'Égypte sur Ptolomée Philométor, son autre neveu; mais sa tentative fut vaine. Mathathias & Judas Machabée déferent ses armées : lui-même fut mis en déroute dans l'Élymaïde, pays renommé pour la richesse de ses temples, où l'avoit attiré l'ardeur effrénée du pillage. Au retour de cette expédition, où il ne recueillit que de la confusion, il tomba de son chariot, se meurtrit tout le corps, fut frappé d'une plaie horrible, & mourut dans les douleurs les plus aiguës & dans les crises du plus violent défeffoir, l'an 164 avant J. C. à Tables ville de Perfe, aujourd'hui Sara. On voyoit souvent ce roi confondu dans les ateliers avec des artisans, ou dans les tavernes avec des débauchés, Polybe dit qu'il faisoit les plus folles profusions de ses trésors, lorsqu'il étoit ivre, & il l'étoit souvent. Alors, il se plaisoit à répandre dans les rues des sacs d'argent, en disant que c'étoit pour ceux qui auroient le bonheur d'y paffer après lui. Quelquefois il se promenoit, une couronne de fleurs sur la tête, & vêtu d'une robe de drap d'or, dans le pan de laquelle il mettoit des pierres, qu'il jetoit à tous ceux qu'il rencontroit. Un de ses grands plaisirs étoit d'aller aux bains publics avec la populace, & de s'y faire parfumer d'effences les plus précieuses; ce que voyant un jour un homme du peuple : Ah ! Seigneur, s'écria-t-il, que vous êtes heureux de pouvoir répandre sur vous une odeur si agréable ! — Tu vas l'être aussi, lui répondit le roi; & en même temps il ordonna de lui verser un grand vase de cette essence sur la tête & sur les épaules, de façon qu'il en étoit tout couvert. L'odeur de ce parfum étoit telle, que s'étant répandue dans le voisinage, elle attira aux bains une foule de curieux, qui virent avec surprise l'état de langueur où étoit réduit ce malheureux. Plusieurs personnes s'en trouvèrent mal, & cette plaisanterie faillit coûter la vie au roi lui-même. Antiochus, après des jeux publics qu'il avoit donnés à Antioche, invita tous les Grecs qui y affifèrent à un grand festin, où il s'avisa de danser avec des mimes & des bouffons, d'une manière si licencieuse & si impudente, que tout le monde détournoit les yeux pour ne le point voir. Cependant ce prince dans sa jeunesse, étant en otage à Rome, s'y comparait avec décence & avec sagesse. Ce ne fut qu'après être monté sur le trône qu'il déshonora la royauté par toutes sortes d'infamies. Les courrisanes furent ses ministres. « Ce prince, dit Turpin, fut un assemblage de grandeur & de foibleffe, de vices & de vertus. Il se montra toujours tel qu'il étoit, sans se donner la moindre peine pour mettre un frein à ses passions. Presque toutes les villes de sa domination éprouverent ses bienfaits; plusieurs furent embellies de cirques & de théâtres, & d'autres édifices publics. Il enrichit les temples de ses offrandes. Il étalait dans les jeux publics une magnificence vraiment royale. Mais son intolérance cruelle contre ceux qui n'étoient pas de sa religion, le fit détester, autant que les scènes d'intempérance & d'ivrognerie qu'il donna plusieurs fois, le firent mépriser. » V. ANTIOCHUS V, EUPATOR, succéda, à l'âge de neuf ans, à son père Antiochus Epiphanes, l'an 164 avant J. C. Il entra en Judée, par le conseil de Lysias son général, avec une armée de 100 mille hommes de pied, 20 mille chevaux, 32 éléphans & 300 chariots de guerre; défit Judas Machabée, qui ne céda qu'après la plus brave résistance, & vint former le siège du temple de Jérusalem. Mais ayant appris que sa capitale avoit été prise par un ennemi dont il ne se défoit pas, il fit la paix à des conditions avantageuses aux Juifs, & s'en retourna dans son royaume, où ses propres soldats le livrèrent à Démétrius son coufin-germain, qu'il le fit mourir l'an 162 avant J. C... « L'histoire de son règne, dit Turpin, est celle de ses généraux & de ses ministres: c'est pourquoi il est représenté, sur les médailles, sous la figure d'un enfant. »
VI. ANTIOCHUS VI, fils de l'usurpateur Alexandre Balès, & se disant, à l'exemple de son père, petit-fils d'Antiochus le Dieu, prit, comme son prétendu aïeul, le surnom de Dieu, auquel il joignit celui d'Epiphanes. Il fut élevé en Arabie, pour n'être pas la victime des ambitieux qui se disputoient le trône de Syrie. Tryphon prit soin de son éducation, se servit de ses droits & de son nom pour se frayer un chemin au pouvoir suprême. Démétrius Nicanor, qui s'étoit emparé du trône de Syrie, s'en croyant paisible possesseur, licencia son armée & laissa son royaume sans défense. Tryphon profite de cette imprudence pour faire valoir les droits d'Antiochus, & fortifié de l'alliance de Jonathas, il marche contre Démétrius, sur lequel il remporte une pleine victoire. Antioche lui ouvre ses portes, & Antiochus proclamé roi, prend le nom de Nicéphore, qui signifie Vainqueur. Il ne fut jamais véritablement roi, puisqu'il ne fut reconnu que dans quelques contrées de la Syrie; & quoique les médailles lui donnent ce nom, il est certain que c'est plutôt par égard pour ses droits, que par la réalité de sa puissance. Ce fantôme de monarque ne régna que trois ans. Tryphon, se croyant assuré de l'affection des soldats, le fit massacrer pour se substituer à ses droits, l'an 143 avant J. C. Voyet TRYPHON.
VII. ANTIOCHUS VII, surnommé SIDETÈS ou Chasseur, étoit fils de Démétrius Soter. Il poursuivit Tryphon, qui avoit usurpé le 316 ANT royaume de Syrie, & qui fut tué à Apamée l'an 138 avant l'ère chrétienne. Maître paisible du sceptre, il déclara la guerre aux Juifs, assiégea Jérusalem, & ayant eu quelques avantages, il fit la paix à condition qu'on lui payeroit un tribut : (Voyez CENDEREE.) *Phraates*, roi des Parthes, retenoit auprès de lui *Démétrius Nicanor*, frère d'*Antiochus*, & voulut s'en servir pour l'intimider. *Antiochus* leva une armée, & après trois victoires remportées, il s'empara de Babylone 111 ans avant J. C. La fortune lui fut moins favorable l'année suivante; il fut vaincu par *Phraates*, & abandonné de ses troupes dans un combat où il perdit la vie, après l'avoir défendue les armes à la main. Ce prince, qui avoit les plus grandes vertus, en ternit l'éclat par son intempérance. Ennemi de la flatterie, on pouvoit lui dire les vérités les plus dures. S'étant un jour égaré à la chasse, il se réfugia dans la cabane d'un laboureur, & l'ayant interrogé sur ce qu'on penfoit de lui, le laboureur, qui ne le connoissoit pas, lui dit : *Notre Roi est juste & bienfaisant ; mais il a de méchans ministres !* Le lendemain, à la renaissance du jour, ses gardes arrivèrent, & le revêtirent de sa pourpre & de son diadème. Le paysan se souvint en tremblant de son indiscrétion ; mais le monarque le rassura & lui dit : *Tu m'as révélé des vérités que je n'ai jamais entendues à ma cour.*
VIII. ANTIOCHUS VIII, roi de Syrie, eut le surnom d'*Epiphanes* & de *Gripus*. Quoiqu'il fût le dernier des fils de *Démétrius Nicanor*, il fut élevé au trône au préjudice de ses frères, l'an 123 avant J. C. par les intrigues de sa mère *Cléopâtre*, qui lui fit donner le vain titre de roi, dont elle se réserva toute la puissance. Cette princesse, fille de *Ptolomée Philométor*, n'entra dans la maison des Séléucides, que pour la remplir de meurtres. *Séléucus*, son fils aîné, vouloit venger sur elle celui de son père; elle le prévint, en le perçant d'un coup de flèche. Attirant à elle toute l'autorité, elle insulta pour ainsi dire à la foibleuse de son fils, & fit graver sur les médailles son nom avant celui du jeune monarque. Son gouvernement ayant dégénéré en tyrannie, un imposteur, nommé *Alexandre Zebina*, profita du mécontentement des peuples pour se frayer une route au trône; & quoiqu'il fût d'une naissance obscure, il se dit fils d'*Alexandre Balès*, dont il réclama l'héritage. Les Romains & le roi d'Égypte favorisèrent son imposteur. Les Syriens, impatiens du joug dont les accabloit la reine régente, le reconnurent pour roi, sans examiner la légitimité de ses titres; & après plusieurs combats où il eut toujours la supériorité, il crut n'avoir plus besoin de secours étrangers pour se maintenir sur le trône. *Ptolomée*, qui avoit le plus contribué à son élévation, exigea pour prix de ses services, qu'il lui rendit hommage; & sur le refus qu'il essuya, il fit des préparatifs pour détruire son propre ouvrage. Il avoit besoin de *Cléopâtre* pour assurer sa vengeance : il se réconcilia avec elle. Les trésors d'*Alexandre* étoient épuisés : son industrie sacrilège lui fournit les moyens d'en remplir le vide. Il eut l'imprudence de piller les richesses du temple de Jupiter. Le peuple d'*Antioche*, furieux, prit les armes pour venger l'outrage fait à son Dieu. *Alexandre*, sur le point d'être la victime de cette multitude essrénée, fauva fa vie par la fuite; mais également ennemi des hommes & des Dieux, il fut découvert & mis à mort, l'an 122 avant J. C. Antiochus, resserré jusqu'alors dans une contrée obscure de la Syrie, rentra dans la possession absolue du royaume de ses ancêtres. Il commença alors à rougir de la dépendance humiliante où le tenoit fa mère. Cette femme impérieuse, craignant de perdre son autorité, lui présenta une coupe empoisonnée, un jour qu'il revenoit très-fatigué de quelque exercice: Antiochus refusa ce breuvage, & en fit boire à Cléopâtre, qui mourut peu de temps après. Il régna ensuite quelque temps en paix; mais il s'éleva bientôt une guerre entre ce prince & Antiochus de Cyzique, son frère. Après des succès divers, celui-ci se rendit maître d'une partie de la Syrie, & la guerre finit l'an 114 avant J. C., par un traité de partage entre les deux frères: Gripus eut pour lui la Syrie, & son frère la Coeléyrie. Le règne de Grypus fut encore de 16 ans. Un de ses sujets qui l'avoit attiré dans une embuscade, l'assassina l'an 97 avant J. C. Il avoit régné avec peu de gloire; il inspira peu de regrets à fa mort.
IX. ANTIOCHUS IX, PHILOPATOR, dit le Cyzicénien ou de Cyzique, parce qu'il avoit été nourri dans cette ville, étoit fils d'Antiochus Sideres & de Cléopâtre, & frère utérin de Gripus, auquel il enleva la moitié de son royaume: (Voy. l'article précédent.) Des qu'il fut en possession de la Coeléyrie, que son frère lui céda l'an 113 avant J. C., il s'endormit sur le trône. Homme privé, il parut digne du sceptre; roi, il n'eut pas même les vertus de l'homme privé. Il ne dispenfa les honneurs & les dignités qu'aux ministres de ses plaisirs. Sa cour fut remplie de bouffons & de bateleurs, qu'il récompensoit avec magnificence, parce qu'ils le turoient de l'atloupissement où le plongeoient ses excès. Sou goût pour faire danser les marionnettes, lui fit faire plusieurs découvertes dans les mécaniques. Il trouva le secret de taire des oiseaux artificiels, qui, par des ressorts ingénieux, planoient au milieu des airs. Tandis qu'oubliant le foin du trône, il se livroit à des occupations indécentes & futiles, son neveu Séducus, qui régnouit dans la partie de la Syrie dont il avoit hérité de son père, ne vit dans Philopator, qu'un concurrent effeminé & qu'un usurpateur de ses dépouilles. Il rassembla toutes ses forces, & lui livra, l'an 94 avant J. C., une bataille qui décida du destin de la Syrie: Philopator, entraîne par son cheval indocile & fougueux, fut précipité au milieu des escadrons ennemis, où se trouvant sans dépense, il aima mieux se donner la mort, que d'être redevable de la vie à son vainqueur. Ce prince passionné pour la chasse & pour d'autres amufémens qui avilissoient fa dignité, ne fut pas absolument sans talens. Mécanicien ingénieux, il inventa plusieurs machines de guerre, qui furent perfectionnées dans les siècles suivans. La religion, dont les princes doivent donner l'exemple, ne lui parut qu'un frein inventé pour contenir le vulgaire. Sans respect pour les Dieux, il fit enlever du temple la statue massive de Jupiter, haute de quinze coudées, & il eut l'adresse d'en substituer une autre d'une matière vile & grossière, qu'il eut foin de revêtir d'une feuille d'or. Elle étoit si semblable à la première, que personne ne s'aperçut de son sacrilège. Depuis 318 ANT le règne de ce prince, la Syrie occupa peu les historiens, & ils n'ont rien dit d'intéressant sur ses derniers rois. X. ANTIOCHUS D'ASCALON, philosophe Stoïcien, fut disciple de Carnéade & maître de Cicéron. Lucullus l'attira à Rome & lui donna son amitié... Il ne faut pas le confondre avec un autre ANTIOCHUS, philosophe Cynique, qui reçut de grands bienfaits des empereurs Sévère & Caracalla.
XI. ANTIOCHUS, abbé de St-Sabas, au commencement du 7e siècle, a fait des Homélies & un Traité De vitiosis Cogitationibus, que l'on trouve dans la Bibliothèque des Pères.
XII. ANTIOCHUS, de Syracuse, vivoit 416 ans avant J. C. Il a laissé une Histoire de Sicile, depuis le roi Coculus jusqu'à la mort de Xerées. Il est cité par Pausanias & Denys d'Alycarnaffe. I. ANTIOPE, fille de Nyctée roi de Thèbes, étoit célèbre dans toute la Grèce pour sa rare beauté. S'étant laissée séduire par son amant qu'elle disoit être Jupiter, elle fut obligée, pour éviter la colère de son père, de se sauver chez Epopée roi de Sicyone, qui l'épousa. Nyctée, bien résolu de se venger, marcha aussitôt contre lui; mais ayant été blessé à mort, il chargea Lycus son frère de punir le crime de sa fille. La mort d'Epopée, qui arriva bientôt après, mit fin à la guerre, & Antiope fut enfermée dans une prison, où elle accoucha d'Amphion & de Zéthès. Dans la suite ses enfans lui rendirent la liberté, tuèrent Lycus, & attachèrent Directa sa femme aux cornes d'un taureau furieux, qui la fit périr. On dit qu'Antiope perdit l'esprit, & que hors d'elle-même elle courut toute la Grèce.
II. ANTIOPE, reine des Amazones, fut vaincue & prise par Hercule, & donnée à Thésée qui l'épousa. Elle en eut un fils, nommé Hippolyte. C'étoit le nom de la mère, selon Plutarque, & non Antiope. Au reste, les AMAZONES étoient des femmes guerrières, qui ont habité différentes contrées de l'Asie, selon les différens Auteurs qui en parlent. Les uns les placent dans les pays voisins du royaume du Pont, & d'autres sur les côtes du Pont-Euxin ou de la Mer noire. Strabon les met au-dessus de l'Albanie, au pied des monts Cérauniens, qui sont une branche du Caucafe, & dans le voisinage des Scythes, appelés Gargariens. Il raconte que tous les ans, au printemps, les Amazones & les Gargariens s'assemblent sur ces montagnes pour y faire des sacrifices, qui durent plusieurs jours, pendant lesquels les Amazones s'abandonnent aux Gargariens pour en avoir des enfans. Quinte-Curce fixe leur demeure sur les frontières de l'Hircanie. On est partagé sur l'étymologie de leur nom. Il y en a qui le forment d'à privatif, & de mazoï, mamelle, c'est-à-dire sans mamelle, parce qu'elles brûlent la mamelle gauche aux jeunes filles dès leur enfance.
ANTIPAS, martyr dont il est parlé dans l'Apocalypse, fut un des premiers disciples du Sauveur. Il souffrit la mort à Pergame, dont il étoit évêque. L'Histoire de sa vie rapporte qu'il fut enfermé dans un taureau d'airain tout ardent; mais ces actes, quoique anciens, n'ont nulle autorité. I. ANTIPATER, disciple d'Aristote & général d'Alexandre le Grand, avoit le talent de la guerre & celui des lettres. Il réduisit les Thraces & dénit les Lacédémoniens. Alexandre lui ôta le gouvernement de la Macédoine, pour plaire à sa mère Olympias. On dit qu'Antipater s'en vengea en empoisonnant son maître. Après la mort de ce prince, il lui succéda dans le royaume de Macédoine. C'est lui qui répondit à Xenocrate, chef de l'ambassade des Athéniens auxquels il avoit déclaré la guerre : « Qu'il lieroit amitié avec eux sous trois conditions. La première, qu'on lui livreroit Démosthène & Hypride; la seconde, qu'il mettoit garniton Macédonienne dans leur citadelle; la troisième, qu'ils le dédommageroient des frais de la guerre. Ces conditions ayant été acceptées, le traité fut conclu. Il mourut l'an 321 avant J. C.
II. ANTIPATER, roi de Macédoine & frère de Philippe IV, fit mettre à mort Thellalonic: sa mère, & fut tué par Lysimachus l'an 297 avant J. C.
III. ANTIPATER, Iduméen & fils du gouverneur de l'Idumée, embraffa le parti d'Hyrcan, & le fit remonter sur le trône de Judée. Antipater jouit de tout le crédit que méritoient ses services. Il eut la conduite des affaires, & se rendit agréable aux Romains par son attachement à leurs intérêts. César, à qui il avoit beaucoup servi dans la guerre d'Egypte, lui donna le droit de bourgeoisie Romaine & le gouvernement de la Judée. Il fut empoisonné l'an 43 avant J. C. par un Juif de ses amis, qui le soupçonnoit de vouloir se faire roi. Hérode le Grand, son fils, bâtit en son honneur la ville d'Antipatride.
IV. ANTIPATER, de Sidon, Stoïcien, cultivoit la poésie, environ l'an 136 avant J. C. Il avoit, dit Cicéron, une si grande facilité, que sur le champ il faisoit de vers de telle espèce qu'on vouloit sur toutes fortes de matières. Valère-Maxime & Pline rapportent qu'il avoit régulièrement la fièvre une fois chaque année & au même jour, qui étoit celui de sa naissance, & qui fut celui de sa mort. Il vivait 144 ans avant J. C. Il nous reste de lui plusieurs Epigrammes dans l'Antologie. V. ANTIPATER, (Lelius Cælius) historien Latin, écrivit une Histoire de la seconde guerre Punique, qu'Adrien préféroit à celle de Salus, comme Brébeuf préféra depuis Lucain à Virgile. Nous en avons quelques fragments. Il vivait environ l'an 124 avant J. C.
ANTIPHATE, roi des Lettrigons Antropophages, & un des descendans de Lamus, fut fondateur de la ville de Formies en Italie. La Fable dit, qu'Ulyse ayant été jeté sur cette côte, envoya à terre trois de ses compagnons pour reconnoître le pays; qu'Antiphate, instruit de leur arrivée, en surprit un & le dévora; qu'il poursuivit les deux autres avec une troupe de Lettrigons, & que n'ayant pu les atteindre, il fit lancer des pierres & des poutres sur les vaisseaux d'Ulyse en si grand nombre qu'il les coula tous à fond, excepté celui que montoit ce prince. I. ANTIPHILE, peintre Egyptien, contemporain d'Apelle dont il étoit le rival, peignit un jeune garçon fouillant le feu, dont la lueur éclairoit durant la nuit un appartement très-orné, & faisoit briller la beauté du jeune homme; à ce que rapporte Pline, admirateur de ce tableau.
II. ANTIPHILE, ancien peintre Grec, fut le premier qui imagina les grotesques, ou l'art de représenter & de grouper les figures d'une manière plaifante & ridicule. Le fils de *Xénophon* fervit de sujet à l'un de ces tableaux. Il y étoit peint habillé d'une manière si extravagante, qu'on ne pouvoit le regarder sans rire.
ANTIPHON, orateur Athénien, naquit à Rhamnuse dans l'Antique, ce qui lui fit donner le surnom de *Rhamnusen*. On dit qu'il fut le premier qui réduisit l'éloquence en art, & qui enseigna & plaida pour de l'argent. On avoit de lui plusieurs ouvrages. Il nous est parvenu seize *Oraisons* d'*Antiphon*, qui se trouvent dans la Collection des anciens Orateurs Grecs, d'*Étienne*, 1575, in-fol. Il mourut vers l'an 411 avant J. C. Ayant été condamné à mort pour avoir favorisé l'établissement des Quatre-cents, il fit, au rapport de *Céron*, un discours admirable pour se justifier; mais il n'eut point le succès qu'il en attendoit. *Thucydide* fut un de ses disciples. Les anciens comptent plusieurs ANTIPHONS parmi les Poètes, les Rhétheurs & les Grammairiens, qui ne sont connus que de nom.
ANTISTHÈNE, philosophe Athénien, père des Cyniques, donna d'abord des leçons de rhétorique. La philosophie de *Socrate* l'ayant enlevé à l'éloquence, il renvoya ses disciples en leur disant : *Ailez chercher un Maître; pour moi, j'en ai trouvé un*. Pour philosopher plus à son aise, il vendit tous ses biens, & ne garda qu'un manteau, encore étoit-il déchiré. Il méprisoit la noblesse & les richesses, pour s'attacher à la vertu, qui n'étoit, selon lui, que le mépris des choses dont les hommes sont cas. Quelqu'un lui ayant demandé à quoi la philosophie lui avoit été utile? *A vivre avec moi-même*, répondit-il. Il enseignoit ouvert, et que le vulgaire adoroit plusieurs Dieux, mais qu'il n'y en avoit qu'un : il avoit, sans doute, puisé cette doctrine à l'école de *Socrate*. Le disciple faisoit tous les jours plus de quarante étades, pour aller trouver son maître, portant une longue barbe, un bâton à la main, & une besace sur le dos. *Socrate* voyant qu'il mettoit dans le mépris des choses extérieures un peu trop d'ostentation, lui dit : *Antisthène, j'apperçois ta vanité à travers les trous de ton habit*. Affranchi de la tyrannie du luxe & des richesses, & de la passion des femmes, de la réputation & des dignités, c'est-à-dire, de tout ce qui subjugue & tourmente les hommes, ce philosophe poursuivit les autres sans ménagement, après s'être immolé sans réserve. La mort de *Melitus* & l'exil d'*Anitus*, meurtriers de *Socrate*, furent les suites de l'amertume de son ironie. Il conseilla aux Athéniens, pour épargner les bœufs & les chevaux, d'employer au labourage les ânes & les béliers. On lui demanda la raison de ce conseil : *C'est, dit-il, que ces animaux feront aussi bien que les autres, une fois qu'ils feront accoutumés au travail; comme les citoyens incapables que vous mettez à la tête des armées, des flottes, & de l'administration, vont à peu près comme les plus habiles, une fois qu'ils sont choisis par vous*. La dureté de son caractère, la sévérité de ses mœurs, les épreuves auxquelles il soumettoit ses disciples, les éloignaient presque tous; il ne lui resta que *Diogène*. *Antisthène* enseignoit l'unité de Dieu, comme nous l'avons dit; mais il joignoit à cette vérité la doctrine erronée du suicide. *L'ame* disoit-il, *paye trop chèrement le séjour qu'elle fait dans le corps: ce séjour la ruine, la décrédite, & l'on ne peut trop tôt la renvoyer à sa véritable* *patrie...* petrie. — Antifhène vivoit vers l'an 24 avant J. C. Voici quelques- mes de ses sentences. « La vertu finit pour le bonheur ; celui qui la possède, n'a plus rien à déférer que la persévérance, & la fin de Socrate. — L'exercice a souvent élevé l'homme à la vertu et plus sublime : elle peut donc être le fruit de l'éducation ; celui qui pense autrement, ne connoît pas la force des vrais préceptes. — C'est aux actions qu'on reconnoît l'homme vertueux. La vertu or- nera assez son âme, pour qu'il puisse négliger la fausse parure de la science, des arts, & de l'élo- gence. Celui qui fait être ver- tueux, n'a plus rien à appren- tre, & toute la philosophie con- fide dans la pratique de la vertu. — La perte de ce qu'on ap- pelle gloire, est un bonheur ; ne font de longs travaux abré- gés. — Le sage doit être content d'un état qui lui donne la tran- quille jouissance d'une infinité de choses, dont les autres n'ont qu'une pénible propriété. — Les niens sont moins à ceux qui les possèdent, qu'à ceux qui fa- vent s'en passer. — C'est moins selon les lois des hommes, que selon les maximes de la vertu, que le Sage doit vivre dans la république. — Il vaut mieux tom- ner entre les griffes des cor- neaux, qu'entre les mains des lameurs : ceux-là ne font du mal qu'aux morts ; ceux-ci dé- vorent les vivans. — Les bour- neaux sont plus estimables que les tyrans ; les uns n'exécutent que les coupables ; les autres sont périr les innocents. — Les invieux sont consumés par leur propre caractère, comme le fer d'est par la rouille. — Il est ab- duché qu'on sépare le froment de l'ivraie, qu'on chasse d'une armée les soldats inutiles, & qu'on ne purge pas la société des méchans qui la corrompent. — Il en est des républiques comme du feu ; il faut n'en être ni trop loin, ni trop près. — Le seul bien qui ne puisse nous être enlevé, est le plaisir d'avoir fait une bonne action. — Il n'y a rien d'étrange dans le monde, que le vice. » — Sous un maître qui donnoit de telles leçons, & qui les appuyoit par ses exemples, le Cy- nisme devint respectable. Il le fut un peu moins sous Diogène son disciple, & il dégénéra peu à peu. Cette philosophie reparut quelques années avant J. C., mais dégradée. Il manquoit aux Cyniques de l'é- cole moderne, les âmes fortes & les qualités singulières d'Antifhène, de Crates, de Diogène, &c. Les maximes hardies de ces premiers philosophes, source pour eux de tant d'actions vertueuses, furent ou- trées & mal entendues par leurs derniers successeurs, & les pré- cipiterent dans la folie & la dé- bauche. (Voyez-en la preuve dans les articles de CRESCENCE & de PEREGRIN.) Les Lettres d'Antif- hène sont imprimées avec celles des autres philosophes Socratiques, Paris 1637, in-4ᵉ... On donna à ses disciples le nom de Cyniques, ou parce qu'ils étoient mordans, & qu'ils aboyoient après tout le monde comme des chiens, par leur façon dure & grossière de reprocher aux hommes leurs dé- fauts ; ou parce qu'Antifhène, en quittant le Pyrée, alla donner ses leçons dans un faubourg d'Athènes appelé Cynosarge, c'est- à-dire du Chien-blanc... Il ne faut pas le confondre avec un autre ANTISTHÈNE, dont on trouve des Discours dans les Ora- teurs Grecs d'Alde-Manuce, 1513, in-fol.⁹. 322 ANT
ANTI-TRINITAIRES, Voyez SERVEZ & SOCIN. I. ANTOINE, (Marc) l'Orateur, d'une famille distinguée de Rome, s'illustra dans le barreau par son éloquence, & dans la république par l'intégrité qu'il fit paroître en tous ses emplois. Il fut questeur en Asie, prêteur en Sicile, pro- conflé en Calicie, conflué à Rome, & enfin censéur. Son éloquence rendit, suivant Cicéron, l'Italie rivale de la Grèce. Il fut maffa- cré pendant les guerres civiles de Marius & de Sylla. Sa tête fut ex- posée sur la tribune aux harangues, lieu qui avoit retenti de sa voix élo- quente. Les bons citoyens de Rome le regrettèrent, comme le meilleur des patriotes, & ses amis comme le modèle des honnêtes gens. Il vivoit environ un siècle avant J. C.
II. ANTOINE, (Marc) fils alné de l'Orateur, ayant obtenu du fénat, par le crédit des confuls Cotta & Cethegus, la direction des blés sur les côtes maritimes, se déshonora en pillant la Sicile & d'autres provinces pour s'enrichir. Il fut surnommé le Crétique, à cause de la guerre de Crète dans laquelle il échoua. Il en mourut de chagrin, & laissa de Julie, sa seconde femme, Marc-Antoine le Triumvir, qui est le suivant.
III. ANTOINE, (Marc) le Triumvir, fils du précédent, reçut en naissant de grandes dispositions pour l'éloquence, pour la guerre & pour la débauche. Après avoir donné à Rome le spectacle de ses honnes qualités & de ses dérègle- mens, il se retira dans la Grèce, pour s'y former dans l'art de la parole & de la guerre. Gabinius, qui alloit combattre Aristobule, lui ayant donné le commandement de la cavalerie, il signala son courage dans cette guerre. Le même général le mena en Egypte au secours du roi Ptolome: il n'y acquit pas moins de gloire. Re- venu à Rome, il fut tribun du peuple & augure, & embraffa avec Curius, son ancien compagnon de débauche, le parti de César, qui faisoit alors la guerre dans les Gaules. La chaleur avec laquelle il parla pour cet illustre accusé, le brouilla avec le fénat. Il échappa aux poursuites qu'on faisoit de sa personne, en allant, déguisé en esclave, rejoindre César. Ce fut par son conseil, que ce général se détermina à porter la guerre en Italie; & dès qu'il s'en fut rendu maître, il en donna le gouverne- ment à Marc-Antoine. A la bataille de Pharsale, il commanda l'aile gauche de son armée, & contri- bua à la défaite de Pompe. L'an- née d'après, 49e avant J. C., César ayant été élu dictateur, donna le commandement général de la ca- valerie à Marc-Antoine, & le fit ensuite son collègue dans le con- flalat. Antoine lui en marqua sa reconnoissance par les plus basses adulations. Un jour que César af- faisoit à la fête des Lupercales, affis dans une chaise d'or, Antoine, ayant écarté la foule, s'avança vers son tribunal, & lui présente un diadème, entouré d'une cou- ronne de laurier. Ce jeu, concer- té, dit-on, entre eux, hâta la mort de Jules-César. Après le meur- tre de ce grand homme, l'an 44e avant J. C., il feignit de se récon- cilier avec ses affaffins, & leur donna ses fils pour otages. Cassius vint souper chez lui le même soir. Antoine lui demanda d'un air rail- leur, s'il portoit toujours un poi- gnard sur lui? Oui, lui répondit Cassius, & très-large, si tu fonges à l'emparer de la souveraine puissance. Antoine, qui vit sa fortune dérangée par la mort de César, en conçut la douleur la plus vive. Il vouloit la dissimuler pendant quelque temps, mais elle éclata tout-à-coup. Il foutit vivement la mémoire de César contre le Sénat qui alloit le déclarer tyran. Il prononça son éloge funèbre, & excita le peuple à punir les affaffins de ce grand homme. Il exalta ses vertus, ses conquêtes, ses actions immortelles, rappella ses dignités, son titre de Père de la Patrie, le décret qui ordonnait que sa personne feroit sacrée. Il montra ensuite au peuple la robe fanglante de César, ce grand homme si cher aux Dieux & l'objet de l'adoration des mortels. Le peuple excité par son éloquence devint furieux, & les vieux soldats qui avoient servi sous César, voyant mettre le feu au bûcher, y étèrent leurs couronnes, leurs piques, leurs bracelets & les autres ornemens dont leur valeur avoit été récompensée. La populace voulant à leur exemple signaler son zèle, brisa les bancs des magistrats, & prit autour du bûcher des tifons pour aller mettre le feu aux maisons des meurtriers. C'est ainsi que le parti d'Antoine devint plus considérable de jour en jour; & il auroit pu remplacer César, si Cicéron ne lui eût opposé Octave, appelé ensuite Auguste. Le nom de ce jeune homme, la douceur & la noblesse de sa physionomie, ses adroites insinuations; tout concourut à lui faire des partisans parmi le Sénat & le peuple. La haine d'Antoine contre cet héritier de César, le rendit odieux aux Romains, auxquels le nom de ce héros étoit cher. Pour se laver du reproche d'ingratitude envers la mémoire du dictateur, auquel il devoit son élévation & sa fortune, il lui érigea une statue dans la tribune aux harangues avec cette inscription : AU PERE ET AU BIENFAITEUR DE LA PATRIE. Mais le Sénat étoit déjà dans les intérêts d'Octave. Antoine, déclaré ennemi de la république, se retira dans les Gaules. On envoya Octave & les confuls Pansa & Hirtus pour le combattre. Après des succès balancés de part & d'autre, se donna la bataille de Modène. Quoiqu'Antoine y combattit en héros, il fut vaincu & réduit à se retirer auprès de Lépide. Pansa fut tué à cette journée; il conseilla, en mourant, à Octave de s'unir à Antoine. Ce conseil fut suivi quelque temps après, lorsqu'Antoine qui avoit levé six légions dans les Gaules, parut en Italie avec dix-sept légions & dix mille chevaux. Ce fut alors que commença le Triumvirat entre Lépide, Octave & Antoine. Un des premiers fruits de ce célèbre brigandage, fut la mort de Cicéron; sa tête fut portée à Antoine, qui eut la lâcheté de l'insulter. Cependant il auroit été le moins cruel des trois affaffins, s'il n'avoit été excité par les fureurs de sa femme Fulvie. Souvent même il ignoroit les vengeances exercées en son nom. Ses soldats lui ayant porté la tête d'un proscrit, qui leur avoit été fort recommandé de sa part : Hélas! leur dit-il, je ne le connais point, ni ne l'ai jamais vu... Les Triumvirs ayant cimenté leur puissance par le sang des plus illustres citoyens, (Voy. NONIUS & VOLUMNIUS.) se déterminerent à poursuivre Brutus & Caffius, meurtriers de César. Antoine les atteignit à Philippes, leur livra bataille & les défit. Après la mort de ces foutiens du nom républicain, les tyrans de Rome en partagèrent entr'aux l'empire, comme on partage une terre. Antoine eut la Grèce, la Macédoine, la Syrie & l'Asie. Il fut obligé 324 ANT de combattre les Parthes ; mais il ne le fit que par ses généraux, & ne se montra dans aucune de ces occasions l'élève de Céfar. Il ne pensoit plus qu'à jouir de ses exactions, à arracher d'une main & à prodiguer de l'autre. Cléopâtre, reine d'Égypte, qui craignoit les armes de ce conquérant, tenta de se l'affujettir par sa beauté, ne pouvant le réduire par la force. Il avoit plié sous les caprices de Fulvie ; il fut l'esclave de ceux de Cléopâtre. Son sort fut de commander à l'univers, & d'obéir à deux femmes. La reine d'Égypte l'enivra de plaisirs, & dans les délices où elle le plongea, elle obtint de lui tout ce qu'elle voulut. Il la déclara reine d'Égypte, de Chypre, de la Coeléfyrie, d'une portion de la Cilicie, de l'Arabie & de la Judée. Les deux fils qu'il avoit eus d'elle, furent déclarés rois des rois : on leur donna les habits royaux, & on y ajouta tout le faîte de la royauté. Les Romains irrités de ce qu'on démembroit l'empire pour une femme & pour des étrangers, résolurent de prendre les armes contre lui. Un autre motif de le combattre venoit de s'y joindre ; Antoine, marié avec Oñave fœur d'Oñave, avoit encore quitté son épouse & ses enfans pour Cléopâtre. Il prit pour prétexte de sa retraite de Rome, « qu'il perdoit toujours à quelque jeu de hasard qu'il jouât contre Oñave. » Celui-ci marcha contre lui. Leurs flottes se rencontrèrent près d'Actium, l'an 31 avant J. C. Antoine, vaincu dans cette fameuse journée, n'eut d'autre recours qu'en la fuite. Cléopâtre elle-même avoit déjà pris ce parti au milieu du combat, avec soixante vaisseaux qu'elle avoit amenés à Antoine. A peine eut-il atteint cette princesse, qu'il apprit la défection de son armée de terre. Dans la douleur où le jeta cette nouvelle, il effaya tous les moyens pour se distraire, tantôt s'enfonçant dans la solitude, tantôt s'abandonnant aux excès les plus honteux & les plus extravagants. L'année suivante, Auguste entra en Égypte & se rendit maître de Péluse. Antoine se réveillant un moment, attaqua la cavalerie de son ennemi & la mit en déroute. Ce premier succès lui en promettoit de plus grands, si son armée & sa flotte ne se fussent rendues à Oñave. Antoine se voyant alors au comble du malheur, furieux & défeupéré, envoya défier son ennemi à un combat singulier ; mais celui-ci répondit froidement qu'Antoine avoit, pour sortir de la vie, d'autres chemins que celui d'un combat de cette nature. La perfide Cléopâtre, craignant tout d'un amant qu'elle venoit de trahir, s'étoit retirée dans une tour, & avoit fait dire à Antoine qu'elle s'étoit donné la mort. Cet amant, toujours abusé, le crut. Honteux d'avoir été prévenu par une femme, dans une action qui passoit alors pour une généreuse ressource dans les grands malheurs, il s'adressa à un de ses affranchis, nommé Eros, pour le prier de terminer par un même coup sa vie & ses tourments. Mais Eros se poignarda lui-même, & jeta, en tombant, le poignard à son maître. Est-il possible, s'écria Antoine, que j'apprenne mon devoir d'une femme & d'un affranchi ? En prononçant ces mots, il se frappa du même poignard. Un moment après, on vint lui dire que Cléopâtre étoit encore vivante. Aussitôt, malgré la grande quantité de sang qu'il avoit perdu, il se fit porter à la tour où étoit la reine. Cléopâtre ne vouloit point faire ouvrir les portes, pour éviter toute surprise ; mais elle parut à une fenêtre haute, & jeta en bas des cordes & des chaînes; & la princeffe, aidée de deux femmes, qui étoient les seules qu'elle eût menées avec elle dans cette tour, le tira à elle. Un instant avant que de mourir, il dit à Cléopâtre, qui tenoit son visage collé sur le sien : Qu'il mouroit content, puisqu'il mouroit entre ses bras; & qu'il ne rougissoit point de sa défaite, puisque lui, Romain, étoit vaincu par des Romains. Il expira peu de temps après, l'an 30 avant J. C. âgé de 56 ans. Antoine eût le courage de César, & son amour pour les plaisirs; mais il pouffa plus loin que lui cette dernière passion. Elle le déshonora dans l'esprit des Romains, caufa ses défaites, lui enleva l'empire, & fit presque oublier à la postérité, sa valeur, son activité, sa elémence, ses talens, & son zèle pour ses amis, (Voyez ci-devant l'article ANSEL.) Il avoit l'ame élevée d'un général, & les goûts rampans d'un foldat. Après avoir paru en conquérant sur la scène de l'univers, il alloit se mêler à ces troupes de libertins crapuleux, qui mettent leur plaisir dans les querelles, les aventures nocturnes, & la fréquentation des lieux de débauche. Il étoit libéral jusqu'à la profusion. Il donna 50,000 dragmes d'argent à l'un de ses domestiques, qui ne lui avoit cependant rendu aucun service considérable. Un souper bien apprêté valut à un de ses cuisiniers une ville. Les préparatifs d'un de ses repas auroient pu servir pour nourrir mille hommes. Ce fut en partie son goût pour la volupté & pour la bonne chère, qui lui procura l'amitié de César. « Je ne redoute » point, difoit-il en parlant d'Antoine, ces gens uniquement occupés de leurs plaisirs; leurs mains cucillent des fleurs, & n'aiguifent pas des poignards. » La figure d'Antoine étoit pleine de noblesse & de dignité. Il avoit, dit Plutarque, un front large, la barbe fort épaisse, le nez aquilin & un air si mâle qu'on lui trouvoit de la ressemblance avec les statues d'Hercule. C'étoit une ancienne tradition généalogique que les Antonins descendoient d'Antoine, fils d'Hercule; & Antoine pour confirmer cette fable, s'habilloit quelquefois comme ce demi-Dieu; une tunique ceinte fort bas, une large épée pendue à son côté, & par dessus une cape fort grossière. Mais il cessoit d'imiter Hercule en se vantant sans cesse lui-même, & se moquant continuellement des autres. Il est vrai qu'il entendoit raillerie, & que même dans ses amours, il portoit cet esprit de légèreté & d'enjouement qui plaît tant aux femmes. Il fut du moins ainsi dans sa jeunesse; car son excessive familiarité avec des gens du peuple & des soldats, rendit son ton moins poli & moins agréable aux femmes honnêtes. Ce Triumvir laissa deux fils de Fulvie, sa première femme. L'aîné portoit le nom de son père, ou celui d'ANTOINE le Jeune: il fut confus avec Paulus Fab. Maximus. Il encourut la disgrace d'Auguste, qui le fit affaissiner, selon Dion & Pacite, quoique Velleius Paterculus affure qu'il se tua lui-même. Il paroît que cet Antoine avoit commis quelque crime avec une personne qui touchoit de près l'empereur. C'est lui que Cicéron raille dans la vie Philippine, pour s'être fait adopter par les trente-cinq Tribus. Horace lui adresse l'Ode seconde du IVe livre. Le second fils du Triumvir, appelé Jules ANTOINE, fut mis à mort par ordre du sénat.
IV. ANTOINE, (Caius) second fils de l'Orateur, fut un des lieues- 326 ANT nans de Sylla. Ayant détaché quelques escadrons de cavalerie de l'armée de son général, il s'en servit pour piller l'Achaie. Les Grecs l'accusèrent devant le prêteur Lucullus, qui laissa ce crime impuni; mais six ans après, les censeurs Gellius & Lentulus le chassèrent du Sénat pour ce crime & plusieurs autres. Cicéron, dans ses Verrines, l'appelle le brigand de l'armée de Sylla, gladiateur & conducteur de Quadriges : on lui donna le surnom d'Hybrida. V. ANTOINE, (Caius, fils du précédent, fut consul avec Cicéron qu'il haïsoit. Il favorisa la conjuration de Catilina, parce qu'il étoit lui-même accablé de dettes. Cicéron vint à bout de le gagner en lui cédant le gouvernement de la Macédoine qui lui étoit échu. Quelques années après ayant reçu un échec chez les Dardaniens, il fut accusé à son tour par M. Lasius, & envoyé en exil.
VI. ANTOINE, (Primus) Gaulois, surnommé BECCO, l'un des grands capitaines de son siècle, remporta une victoire signalée pour Vespasien sur Vitellius, près Crémone, l'an 69 de J. C. Il étoit de Toulouse.
VII. ANTOINE, (Saint) instituteur de la vie monastique, né au village de Come en Egypte, l'an 251. Ayant entendu ces mots de l'Évangile : Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez, donnez-le aux pauvres : puis venez & me suivez, & vous aurez un trésor dans le Ciel ; il résolut de se retirer du monde. Il vendit ses biens, en donna le prix aux pauvres, & s'enfonça dans la solitude. L'Esprit tentateur se présenta à lui sous différentes formes. C'étoit d'abord de belles femmes ; ce furent ensuite des spectres hideux, des bêtes féroces. Il lui faisoit entendre des bruits effroyables dans l'air. Enfin il l'affligea de toutes les façons, pour l'engager à retourner dans le monde. Vingt ans passés dans des combats continuels, lui méritèrent le don des miracles. Une foule de disciples vint s'offrir à lui : il fut obligé de faire bâtir plusieurs monastères dans le désert. La prière, le chant des pseaumes, la lecture, le travail des mains, occupoient tout le temps de ces foliaires. Antoine soutenoit ses frères par ses vertus & par ses leçons ; il leur donnoit l'exemple de la mortification & de l'humilité. Il ne sortit que deux fois de sa retraite : la première, pendant la persécution de Maximin en 312, pour donner des secours aux Chrétiens qui verfoient leur sang pour l'Évangile : & la seconde, en 335, à la prière de St. Athanase, afin de défendre la foi contre les Ariens qui ofoient publier qu'il suivoit la même doctrine qu'eux. Pendant qu'il étoit à Alexandrie, toute la ville accourut pour le voir. Les Paiens mêmes s'empressoient de le toucher, & il en convertit un grand nombre au Christianisme. Constantin & ses enfans lui écrivirent comme à leur père, & témoignèrent un grand désir de recevoir de ses lettres. Antoine parut peu touché d'un tel honneur, & il dit à ses disciples : Ne vous étonnez pas si un empereur, qui n'est qu'un homme mortel, m'écrit ; mais étonnez-vous de ce que Dieu vous a parlé par son propre Fils. Il fit réponse à ces princes, & leur donna des avis salutaires. Des philosophes païens l'allèrent visiter plusieurs fois ; & quelques-uns effayèrent de l'embarrasser par des arguments contre la religion Chrétienne ; mais Antoine les confondit, en leur mon- nant l'excellence de cette religion & l'absurdité du Paganisme. Lorsqu'il sentit que sa fin étoit proche, il alla rendre une dernière visite à ses frères, & leur dit: Mes chers enfans, ne vous relâchet point dans vos travaux & dans vos saints exerciés. Vivez comme si vous deviez mourir chaque jour. Ce patriarche des moines mourut le 17 janvier l'an 356 de J. C. âgé de 105 ans. Son corps demeura caché pendant deux siècles, par la fidélité de deux de ses disciples, auxquels il avoit recommandé de l'enterrer en secret. On prétend qu'ayant été découvert sous Justinien, il fut transporté à Alexandrie, de là à Constantinople au 7e siècle, & puis à Vienne en Dauphiné au XIe. On lui bâtit dans cette dernière ville une belle Eglise, centre du culte particulier qu'on lui rendit en Occident... Nous avons de lui sept Lettres, écrites en égyptien & en latin. Quelques-uns même lui attribuent une Règle & des Sermons. Ces différens ouvrages font dans la Bibliothèque des Pères. St. Athanase, auquel il donna en mourant une de ses tuniques, écrivit sa Vie, qui a été traduite par Evagré... Il y a eu en France un Ordre de chevalerie sous son nom, incorporé à celui de Malte par deux bulles du 17 décembre 1776 & 7 mai 1777. (Voyez IV. GASTON.) On en connoit un autre, institué sous le auspices de St. Antoine en 1382, par ALBERT de Bavière, comte de Hainault & de Hollande, lorsqu'il eut formé le dessein de déclarer la guerre aux Turcs. Les chevaliers portaient un collier d'or en forme de ceinture d'hermite, à laquelle pendofent une béquille & une clochette.
VIII. ANTOINE, (Saint) dit de Padoue, né à Lisbonne en 1195, de parens nobles & riches, prit l'habit de St. François, qui vivoit encore. Le désir d'obtenir la couronne du martyre, le fit s'embarquer pour l'Afrique; mais un coup de vent l'ayant jeté en Italie, il s'adonna à la théologie & à la prédication. Il fit des conversions sans nombre. « Ce qui contribua à ses succès, dit Baillet, fut l'opinion que Dieu avoit rendu son serviteur aussi puissant en œuvres qu'en paroles, & que pour lui donner créance sur les esprits, il l'avoit favorisé du don des miracles & de celui de prophétie ». Plusieurs pécheurs embrasèrent la pénitence. On dit que les confréries des Flagellans, qui se contenaient alors dans de justes bornes, durent en partie leur origine à ses sermons. Grégoire XI, qui l'entendit quelquefois, l'appelloit l'Arche-d'alliance, le secret Dépositaire des Lettres Saintes... Antoine professa ensuite à Montpellier, à Toulouse, à Padoue, & mourut dans cette dernière ville, le 13 juin 1231, à l'âge de 36 ans. Trente deux ans après sa mort, on éleva à Padoue une superbe Eglise, où son corps fut déposé dans un tombeau qui est un chef-d'œuvre de sculpure. Nous avons de lui plusieurs Ouvrages, imprimés en 1641. Ses Sermons sont écrits dans le goût de son siècle; le sens littéral de l'Écriture y est sacrifié à des subtilités mystiques. Mais étant soutenus par ses exemples, & prononcés d'un ton affectueux & touchant, ils furent écoutés avec autant de fruit que d'avidité. Atto-guidi les a fait imprimer avec des notes, à Bologne en 1757, in 4. La mémoire de St. Antoine est en si grande vénération dans le Portugal, qu'il est regardé comme le général des armées de ce royaume; son couvent reçoit les appointements de cette dignité. 328 ANT & ceux qui commandent les troupes, ne font que ses lieutenants.
IX. ANTOINE, roi de Navarre, fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, épousa à Moulins, en 1548, Jeanne d'Albret, qui lui ap- porta en mariage la principauté de Béarn, & le titre de roi de Na- varre. Ce prince né dans un temps où l'intrépidité étoit indiffensable, tint une conduite irréfvolue & sans vigueur. Après la conspiration de 1560, sept ou huit cents gentils- hommes lui offrirent leurs fer- vices, en cas que la cour où il étoit suspect, voulut l'inquiéter. Antoine les remercia, en ajoutant qu'il demanderoit leur grace, si l'on vouloit procéder contre eux. Notre grace ! lui dit un des gentilshommes, elle est au bout de nos épées. Vous feriez bien heureux si vous obtenez la vôtre, en la de- mandant avec beaucoup d'humilité. Ce- pendant après la mort de Fran- çois II, il voulut avoir la régence du royaume; mais Catherine de Mé- dicis, aussi hardie qu'il étoit foible, lui en fit signer la cession. Il se con- tenta d'être déclaré lieutenant-gé- néral du royaume. Il devint alors Catholique, de Protestant qu'il étoit, & forma, avec le duc de Guise & le connétable de Mont- morenc, l'union que les Réformés appelèrent le Triumvirat. L'an 1562, Antoine, qui commandoit l'armée, se rendit maître de Blois, de Tours & de Rouen. C'est durant ce der- nier siége qu'il reçut dans la tran- chée un coup d'arquebuse à l'é- paule gauche, comme il satisfai- foit à un besoin naturel. Lorsqu'on eut pris cette ville, il y entra vic- torieux, porté dans son lit, & mourut à Andeli, n'ayant pu passer outre, le 35e jour de sa blessure, le 17 novembre. La plaie n'étoit devenue mortelle que par l'incontinence du malade. Un plai- sant du temps, saiffisant avec ma- lice la circonstance de sa mort, lui fit l'épitaphe suivante : Amis François, le Prince ici giffant Vécut sans gloire & mourut en piffant. Antoine de Bourbon fit voir à sa mort le même esprit flottant qu'il avoit en pendant sa vie, ne sachant s'il mouroit Calviniste ou Catholique. On dit que sa foiblesse n'étoit que dans l'esprit, & qu'il avoit affez de courage dans le coeur. François II avoit confenti, à la prière du duc de Guise, qu'on se défit du roi de Navarre. Antoine, informé du com- plot, ne laissa pas d'entrer dans la chambre où ce meurtre devoit se commettre. S'ils me tuent, dit-il à un gentilhomme, portez ma chemise toute sanglante à mon fils & à ma femme; ils liront dans mon sang ce qu'ils doivent faire pour me venger. Quelques traits comme celui-là l'auroient rendu digne d'être le père de Henri IV. Il eut de Ma- demoiselle du Rouet, Charles de Bourbon, archevêque de Rouen, mort en 1610, après s'être démis de son archevêché en 1604. La mère de ce prélat étoit l'une des Syrènes de la cour de Catherine de Médicis. Robert de Gombaut, sieur d'Arcis sur Aube, maître d'hôtel du roi, l'épousa en 1573. X. ANTOINE, prieur de Crato & roi titulaire de Portugal, eut pour père Louis, 2e fils du roi Emmanuel, & pour mère Yolande de Gomez. Il servit de bonne heure, & fut pris à la bataille d'Alcaçar, où il signala sa valeur. Un esclave lui ayant donné le moyen de re- couvrer sa liberté, il vint faire valoir ses droits au trône de Por- tugal. Il prétendoit que D. Louis, son père, avoit épousé sa mère so- crètement. Mais Philippe II, roi d'Espagne, qui le regardoit comme bâtard, & qui n'avoit cependant pas pu empêcher les Portugais de le proclamer roi; Philippe, irrité, leva une armée contre lui. Il la confia au vieux duc d'Albe, vint se faire couronner à Lisbonne en 1580, & promit 80 mille ducats à qui lui livrerait Don Antoine. L'infortuné Antoine, battu par le duc d'Albe, & abandonné de tout le monde, implora le secours de la France. On lui donna un secours de 6000 hommes, avec 60 petits vaiffeaux, qui furent dissipés par une flotte Espagnole. Don Antoine échappa aux poursuites, passa sur un navire Flamand, erra en Hollande, en France, en Angleterre, & revint à Paris, où il mourut le 26 août en 1595, à l'âge de 64 ans. (Voy. TEXEIRA.) Il céda tous ses droits, réels ou prétendus, à Henri IV. On a imprimé sous son nom une Paraphrase des Psaumes de la Pénitence, traduite par l'abbé de Bellegarde, 1718, in-12. Ce prince eut un fils naturel nommé Emmanuel, d'abord novice chez les capucins, attaché ensuite au prince Maurice d'Orange, dont il épousa la sœur. Il mourut à Bruxelles en 1638 à 70 ans. Son petit-fils, Emmanuel Eugène, mourut sans postérité en 1687.
XI. ANTOINE DE PALERME, ou le Panormitain, naquit à Palerme d'une famille distinguée. Alfonse V d'Aragon, roi de Naples, au service duquel il étoit, l'envoya en 1451, demander aux Vénitiens l'os du bras de Tite-Live, qu'il obtint. On dit qu'Antoine vendit une de ses terres pour acheter un exemplaire de cet Historien, copié par le Pogge. Ce savant eut des querelles fort vives avec Laurent Valla. Suivant l'usage établi depuis long-temps parmi les gens d'esprit, ils empruntèrent des crocheteurs de leur temps toutes les injures dont ils purent se charger... Antoine mourut à Naples le 6 janvier 1471, âgé de 78 ans. Nous avons du Panormitain: I. Cinq livres d'Epîtres. II. Deux Harangues. Ces ouvrages, ainsi que ses Epigrammes & ses Saryres contre Laurent Valla, parurent à Venise en 1553, in-4.º III. Un recueil d'Apophthegmes d'Alfonse son maître, en latin, Pise 1485, in-4.º Bâle 1539, in-4.º (Voyet VIII. ALFONSE.) Antoine se distingua dans la poésie, autant que dans la jurisprudence & l'éloquence. On dit que, se sentant malade à l'extrémité, il composa lui-même son épitaphe : Quarite, Pierides, alium qui ploret Amores, Quarite qui Regum fortia facta canat; Me Pater ille ingens hominum fator atque redemptor, Evocat, & sedes donat adire pias; Il s'étoit marié dans sa vieilleffe, & il laissa plusieurs enfans de sa femme qu'il avoit aimée avec passion.
XII. ANTOINE, dit le Bâtard de Bourgogne, fils naturel de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, naquit en 1421. Il donna si souvent des témoignages de conduite & de bravoure, qu'il mérita d'être surnommé le Grand. Etant passé, avec Baudouin son frère, en Barbarie, il chassa les Maures de devant Ceuta que ces infidèles affégeoient. A son retour en France, il servit le duc de Bourgogne contre les Liégeois & contre les Suisses. Il commandoit l'avant-garde l'an 1476 au combat de Grandson, & il fut fait prisonnier à la bataille de Nanci. Il servit depuis le roi Louis XI avec distinction. Il fut 330 ANT décoré des titres de chevalier de l'ordre de St. Michel & de la Toifon d'or; & mourut en 1504, âgé de 83 ans. Charles VIII lui avoit donné, en 1486, des lettres de légitimation.
XIII. ANTOINE NERRISSENSIS, ou de *Lebrixa*, naquit dans le bourg d'Andalouse qui porte ce nom, en 1444. Il professa pendant 20 ans dans l'université de Salamanque, & ensuite dans celle d'Alcala, où il enseigna jusqu'à sa mort, arrivée le 11 juillet 1522 à 77 ans. Le cardinal *Ximenis*, qui l'avoit attiré dans cette dernière université, le fit travailler à l'édition de sa Polyglotte. *Antoine* publia plusieurs ouvrages sur les langues, les belles-lettres, les mathématiques, la jurisprudence, la médecine, la théologie. On a encore de lui: I. *Deux Décades de l'Histoire de Ferdinand & d'Isabelle*, Grenade, 1545, in-fol. II. *Des Lexiques*, Grenade 1536, in-fol. III. *Des Explications de l'Écriture Sainte*, dans les *Criticis facii*. IV. *Des Commentaires* sur beaucoup d'Auteurs anciens.
XIV. ANTOINE DE MESSINE, ainsi nommé, parce qu'il étoit de cette ville, fut aussi appelé *ANTOINELLO*. Il florissoit vers l'an 1430. Il a été le premier des Italiens qui ait peint à l'huile. Ayant eu l'occasion de voir à Naples un tableau que le roi *Alfonse* venoit de recevoir de Flandres, il fut si surpris de la vivacité, de la force & de la douceur des couleurs, qu'il quitta toutes les affaires pour aller trouver *Jean Van - Eyck*, qu'on lui avoit dit être l'auteur de ce bel ouvrage. On fait quelles furent les suites du voyage d'*Antoine*; *Van-Eyck* lui communiqua son secret : de retour à Venise, *Bellin* le lui enleva adroitement, & le rendit public dans cette ville. Cependant *Antoine* l'avoit confié à un de ses élèves, nommé *Dominique*. Ce *Dominique*, appelé à Florence, en fit part généreusement à *André del Castagno*, qui, par la plus noire ingratitude, & par l'avidité du gain, affaffina son ami & son bienfaiteur. Tous ces évènemens arrivant coup sur coup, répandirent promptement le mystère de la peinture à l'huile dans toute l'Italie. Les écoles de Venise & de Florence en firent usage les premières : mais celle de Rome ne tarda pas longtemps à les imiter.
XV. ANTOINE, (Paul-Gabriel) *Jésuite*, vit le jour à Lunéville en 1679, & mourut à Pont-à-Mouffon en 1743, après avoir professé avec distinction la philosophie & la théologie. Nous avons de lui: I. *Theologia universa dogmatica*, à Paris 1740, 7 vol. in-12. II. *Theologia moralis*, à Paris 1744, en 4 vol. in-12. La *Morale* du P. *Antoine*, dont Benoit XIV ordonna qu'on se servit dans le collège de la Propagande, est plus estimée que sa *Théologie dogmatique*, quoique celle-ci ne foit pas sans mérite. Il s'éloigne, dans la décision des cas de conscience, des opinions relâchées de quelques membres de sa société. On trouve pourtant quelques-unes de ses propositions dans les *Afferptions des Jésuites* condamnées en 1762 par le parlement de Paris. Mais la plupart souffrent des interprétations favorables. Sa piété répondoit à son favoir.
XVI. ANTOINE, Sicilien, prisonnier de *Mahomet II*, à la prise de l'isle de Négrepont en 1473, mit le feu à l'arsenal de Gallipoli, & se préparoit à brûler tous les vaisseaux qui étoient dans le port, lorsque les flammes qui s'étendoient de tous côtés, l'obligèrent de s'aller cacher dans un bois. Les Turcs l'y ayant découvert, le menèrent devant le grand Seigneur. Antoine lui dit fièrement « qu'il avoit mis le feu à son arsenal, n'ayant pas pu lui mettre le poignard dans le fein. » Mahomet le fit scier avec ses compagnons par le milieu du corps. Le sénat de Venise donna une pension considérable au frère de ce malheureux, & maria sa sœur.
XVII. ANTOINE de Galatona, dans le territoire d'Otrante en Italie, fut tout à la fois médecin, poète, philosophe & géographe. On a de lui des vers latins & italiens, qui peuvent se lire encore; la Description de Gallipoli, un éloge de la goutte, qu'il composa pour adoucir les douleurs qu'elle lui causoit. Il mourut vers l'an 1490.
XVIII. ANTOINE (Nicolas) né à Brieu en Lorraine, de parens Catholiques, étudia à Pont-a-Mouffon chez les Jésuites. Le ministre Feri lui fit quitter la religion de ses pères, & l'engagea d'embrasser le Calvinisme. Son cerveau étoit bouleversé; il n'étoit ni Protestant ni Catholique; & s'étant persuadé que la religion pure étoit la seule véritable, il alla se faire Juif à Venise. Cependant les rabbins ne le circoncitent point, de peur d'être inquiétés par le magistrat, mais il n'en fut pas moins Juif dans le fond du cœur. De Venise il se rendit à Genève, où il cacha si bien ses vrais sentimens, qu'il fut premier régent du collège, & ensuite ministre. Le combat perpétuel qu'il éprouvoit intérieurement entre le Calvinisme qu'il étoit obligé de prêcher, & la religion Mofaique à laquelle il croyoit, le jeta dans une mélancolie profonde; troublé par sa manie, il s'écria un jour qu'il étoit Juif. Les ministres voulurent en vain le faire rentrer en lui-même; il déclama contre le Christianisme. On l'enferma comme fou; mais dès qu'on lui eut rendu la liberté, il annonça de nouveau qu'il n'adoroit que le Dieu d'Irael. Le conseil de Genève affembla les ministres, pour savoir ce qu'on devoit faire de ce malheureux enthousiaste. Quelques-uns opinèrent à le faire traiter comme malade du cerveau; mais le plus grand nombre décida qu'il méritoit d'être brûlé, & il le fut après avoir été étranglé, le 20 avril 1632. Cette étrange sentence, sollicitée par des hommes qui demandaient la tolérance pour leurs propres erreurs, a été regardée par la postérité comme un monument d'abfurdité & de barbarie.
XIX. ANTOINE, (N.) architecte, après avoir long-temps séjourné en Suisse, où il éleva divers édifices, vint se fixer à Paris, & y fit construire le bel hôtel de la monnoie, la salle des archives nationales & le grand escalier du palais de justice. Sa probité & sa bienfaisance égaloient ses lumières. Une apoplexie foudroyante l'enleva aux arts & à l'institut dont il étoit membre, en fructidor de l'an 9.
ANTOINE, (Nic.) Voyet ANTONIO.
ANTOINE DE PAULO, Voyet PAULO.
ANTOINETTE d'ORLÉANS, fille de Léonore d'Orléans, duc de Longueville & de Marie de Bourbon comtesse de St.-Paul, se distingua de bonne heure par sa vertu & sa beauté. Elle se fit Feuillantine en 1599, après la mort de Charles de Gondi son mari, tué au Mont St.-Michel qu'il vouloit surprendre. Elle fut ensuite religieuse 332 ANT coadjutrice de l'abbaye de Fon- tévrault. Elle quitta cet ordre pour fonder la congrégation des Filles du *Calvaire*, sous la di- rection du fameux Père *Joseph*, capucin, qui dressa les constitu- tions suivant la règle de *St. Benoit*. Le premier monastère fut bâti à Poitiers en 1614. La pieuse fon- datrice mourut en 1618, en odeur de sainteté. Un soldat qu'elle avoit employé à venger la mort de son époux, ayant été pendu sans qu'elle pût obtenir sa grace, elle se dégoûta du monde, & ce fut le premier motif de son entrée dans le cloître.
ANTONELLI, (Nicolas) car- dinal, mort dans le duché d'Ur- bin, le 24 septembre 1767, âgé de 70 ans, a laissé divers écrits sur l'ancienne discipline de l'é- glife. Ils ont été imprimés à Rome en 1756 in-fol. On y trouve une critique judicieuse, & beaucoup d'érudition.
ANTONELLO, V. ANTOINE, n° XIV.
ANTONI, dit DE SCEAUX, a été le plus parfait danseur de corde que l'on ait vu en France. Sa danse étoit noble, aisée, malgré la gêne de l'équilibre & du cordeau : telle en un mot, qu'un habile maître, dégagé de ces entraves, eût pu l'exécuter à son aise sur un théâ- tre. Il joignoit à ce talent, celui de sauter avec une élévation, une justesse & une précision admira- bles. Il étoit original dans la danse d'Ivrogne, qu'il a plusieurs fois rendue sur le théâtre de l'académie royale de musique, au gré de tous les connoisseurs. Il mourut en 1732. I. ANTONIA, fille de Marc-An- toine & d'Ollavie, sœur puinée d'une autre *Antonia*, aïeule de l'empereur *Néron*, fut une des plus vertueuses femmes de son temps; quoique son père fût le plus dé- bauché des Romains. Elle épousa *Drufus*, fils de *Livie* & frère de *Tibère*; & après l'avoir perdu, quoique dans un âge peu avancé, elle ne voulut jamais se remarier. *Drufus* lui laissa trois enfans, deux fils, *Germanicus* père de *Caligula*, & *Claude* depuis empereur; & une fille nommée *Livie*, fameuse par ses débauches... Attachée unique- ment à l'éducation de ses enfans, cette illustre Romaine fit de *Germa- nicus* un héros, qui devint l'idole de l'empire : mais elle eut la dou- leur de se voir enlever ce prince à la fleur de son âge. Ce fut elle qui découvrit à *Tibère* les desseins de *Séjan*, son favori. *Antonia* reçut d'abord quelque satisfaction de *Caligula* son petit-fils, qui lui fit décerner, par un décret du sénat, les mêmes honneurs qu'on avoie accordés auparavant à l'impératrice *Livie*; mais il la traita ensuite avec beaucoup d'inhumanité : l'on pré- tend même qu'il la fit empoisonner l'an 38 de J. C. *Valère-Maxime* fait un bel éloge de sa chasteté & de son amour pour son mari. *Plin* prétend qu'elle n'avoit jamais cra- ché dans toute sa vie.
II. ANTONIA, Voyez CLAU- DIA, n° III.
ANTONIANO, (Sylvius) naquit à Rome d'une famille pauvre, en 1540. Ses talens écla- tèrent dès son enfance. A l'âge de dix ans, il faisoit à l'instant des vers *in-promptu*, sur tel sujet qu'on lui proposoit. Un jour, un car- dinal lui donna un bouquet, en le priant de le présenter à celui de la compagnie qui feroit pape; & cet enfant l'offrit au cardinal de *Médicis*, avec un éloge en vers qu'il débita sur le champ. *Médicis* devenu souverain pontife, l'appella à Rome, & le fit profeffeur de belles-lettres dans le collège Romain. Il fut enfuite fecrétaire du facré collège fous *Pis V*, & fecrétaire des brefs fous *Clément VIII*, qui récompenfa fon mérite par la pourpre en 1598. Le travail abrégea fes jours, & il mourut 5 ans après, à l'âge de 63 ans. Il nous refte de lui des *Lettres*, des *Commentaires*, des *Vers*, des *Sermons* & un *Traité de l'éducation Chrétienne des Enfans*, en latin. On dit qu'il travailla au *Catéchisme* du concile de Trente.
ANTONIDES, (Jean Vander-Goès) poëte de Zélande, mourut à la fleur de fon âge en 1684. On donna une édition de fes Ouvrages à Amsterdam en 1714, in 4.º On remarque dans toutes fes *Poëfies* beaucoup de facilité, de feu & de hardieffe. Sou meilleur *Poëme* eft celui dans lequel il chanta la rivière d'Y, fur laquelle Amsterdam eft bâtie.
ANTONIE, (Ste.) fouffrit le martyre à Nicomédie. Elle fut d'abord pendue par un bras pendant deux jours, renfermée enfuite dans une étroite prifon pendant deux ans. Le préfet, ne pouvant ébranler fa foi lui fit trancher la tête. I. ANTONIN, Empereur Romain, furnommé le *PIEUX*, méritoit, fuivant *Paufanias*, non-feulement ce titre, mais encore celui qu'on avoit donné à *Cyrus*, de *PÈRE DES HOMMES*. Né de parens originaires de Nîmes, il vit le jour en Italie dans la ville de Lanuvium, l'an 86 de J. C. Créé d'abord proconful d'Afie, puis gouverneur d'Itilie, & conful l'an 120 de J. C., il fe montra dans ces premiers emplois, ce qu'il fut fur le trône impérial : doux, fage, prudent, modéré, jufte. *Adrien* l'adopta, & il fut fon fucceffeur l'an 138. Il rendit d'abord la liberté à plufieurs perfonnes arrêtées par les ordres d'*Adrien*, qui les deftinoit à la mort. Le fénat, enchanté du commencement de fon règne, lui décerna le titre de *Pieux*, & ordonna qu'on lui érigeât des ftatus. *Antonin* les méritoit. Il diminua les impôts ; il défendit qu'on opprimât perfonne pour la levée des fubfides ; il écouta les plaintes des fur-chargés ; il confuma une partie de fon patrimoine en aumônes. Son nom fut auffi refpecté par les étrangers que par fes fujets. Plufieurs peuples lui envoyèrent des ambaffadeurs ; d'autres voulurent qu'il leur donnât des fouverains. Des rois mêmes vinrent lui faire hommage. Plus atteffif à rendre fes peuples heureux par la paix, qu'à les accabler d'impôts en voulant étendre fa domination, il fut éviter la guerre, & fon nom feul contint les Barbares. Rome & les provinces de l'empire ne fleurirent jamais autant que fous fon règne. Si une de fes villes effuyoit quelque calamité, il la confoloit par fes largeffes : Si quelqu'autre étoit rninée par le feu, il la fai-foit rebâtir des deniers publics. C'eft ainfi qu'il en ufa à l'égard de Rome, de Narbonne, d'Antioche, & de plufieurs autres. Dans les inondations, dans les famines, il donnoit tous les fecours que ces fléaux exigeoient. Il orna plufieurs villes de monumens magnifiques & utiles... Dans le temps de fon adoption, il avoit promis, felon l'ufage, des largeffes au peuple ; il les acquitta de fon propre bien. *Faufline*, fon époufe, lui ayant fait des reproches : *Ne devez-vous pas favoir*, lui dit-il, que depuis que nous fommes parvenus à l'empire, nous avons perdu le droit de propriété même fur ce que nous 334 ANT possédions auparavant ? Ce prince donna en effet son patrimoine à l'état, s'en réservant seulement l'ufufruit à lui & à sa fille Faustine, qu'il maria à Marc-Aurèle... Il ne craignoit rien tant que de déplaire à son peuple. Dans une émeute populaire, occasionnée par une famine, quelques séditieux s'étant présentés à lui, au lieu de venger l'autorité outragée, il rabaissa la majesté du sceptre, jusqu'à leur rendre compte des mesures qu'il prenoit pour soulager la misère publique. Il ajouta en même temps un secours effectif, en faisant acheter, à ses dépens, des blés, des vins, des huiles, qu'il distribua gratuitement aux pauvres citoyens, dont il se regardoit comme l'économe. Au lieu de déplacer les gouverneurs de provinces, & de surcharger le peuple en le faisant souvent changer de chefs, qui s'engraisfoient à ses dépens, il laiffoit chacun à sa place, & tâchoit de lui communiquer ses lumières, son intégrité & sa modération... Il ne voulut point que le sénat recherchât des malheureux qui avoient conspiré contre lui à son avènement au trône. Je ne veux point, dit-il, commencer mon règne par des actes de rigueur. Ce ne feroit certes point une chose agréable, ni honorable, que vos informations prouvaillent que je suis haï d'un grand nombre de mes concitoyens. Les delateurs furent bannis sous son règne; & qu'avoit-il besoin de ces hommes vils, au milieu d'un peuple qui l'adoroit?... Dans les accusations d'adultère, intentées par les maris, il vouloit qu'on examinât leur conduite ainsi que celle de la femme, & s'ils étoient tous deux coupables, ils devoient être tous deux punis : Car, disfoit-il, il est tout-à-fait injuste qu'un époux exige de son épouse l'observation des devoirs qu'il ne remplit pas lui-même. Lorsqu'on lui vantoit les conquêtes de ces illustres meurtriers qui ont défolé la terre, il disfoit comme Scipion l'Africain : Je préfère la vie d'un citoyen à la mort de mille ennemis. Le Paganisme n'abusa point de sa religion pour faire persécuter les Chrétiens ; touché de leurs plaintes, il publia cette Lettre si connue, dans laquelle il ordonne non-seulement de les absoudre, mais même de punir leurs accusateurs. Lorsqu'il fut attaqué de la maladie dont il mourut, le 7 mars 161, âgé de 73 ans, il eut des momens de délire, & l'on remarqua qu'il se mettoit alors en colère; mais ce n'étoit que contre les princes qui vouloient déclarer la guerre à son peuple. Quelqu'un lui ayant alors demandé le mot de raillement, il répondit : Equanimitas, (l'égalité d'ame.) Il se retourna aussitôt, & mourut aussi paisiblement que s'il s'étoit endormi. S'il y a eu des souverains qui aient mérité l'apothéose, ce fut sans doute Antonin. Sa mort fut un deuil pour le genre humain, qui perdoit le premier des hommes & le modèle des rois : c'étoit Socrate sur le trône. On ne peut se refuser d'ajouter un trait qui caractérise bien sa modération. Antonin étant proconsul d'Asie, fut logé, en arrivant à Smyrne, dans la maison d'un certain Polémon, sophiste, alors absent. Lorsque ce pédant fut de retour, il fit tant de fracas, qu'il obligea le proconsul de sortir de son logis au milieu de la nuit. Antonin étant devenu empereur, le sophiste vint à Rome, & alla lui faire sa cour. Antonin lui dit d'un air riant : J'ai ordonné qu'on vous loge dans mon Palais ; vous pouvez prendre votre appartement, sans craindre qu'on vous l'esse à minuit... Voy. aussi APOL- LONTUS, n.º VI.
II. ANTONIN, Voyez MARC- AURÈLE.
III. ANTONIN: c'est le nom de l'auteur d'un Itinéraire qu'on a attribué mal-à-propos à l'empereur Antonin. Il est imprimé à Amsterdam 1735, in-4.º Nous possédons, sous le même nom, Ier britannicum, Londres 1729, in-4.º On ignore quel est l'Antonin auteur de ces deux ouvrages, utiles aux géographes.
IV. ANTONIN, (Saint) né à Florence en 1389, Dominicain, & ensuite archevêque de Florence, se distingue par sa piété & par son savoir. Eugène IV, qui l'avoit placé sur ce siège à la prière des Florentins, n'eut pas à s'en repentir. Antonin, devenu évêque malgré lui, acquit toutes les vertus de son nouvel état, & conserva sous la mitre toute l'austérité du cloître. Ses diocétains étoient ses enfans; il se prévoit de tout pour fournir à leurs besoins. Il déçoit: «que les revenus ecclésiastiques étoient le patrimoine des pauvres, & n'étoient pas faits pour entretenir le luxe & la mollesse des prélats.» Il ne voulut ni ameublement, ni équipages, ni chevaux. Il faisoit souvent la visite de son diocèse, toujours à pied, étoit habillé pauvrement, & ne quitta jamais l'habit de son ordre. Il fut député par la ville de Florence auprès de plusieurs papes: il suyoit, autant qu'il étoit en lui, les honneurs qu'on vouloit lui rendre. Un flatteur, croyant gagner ses bonnes graces, lui dit un jour qu'il espéroit le voir bientôt cardinal. «Occupons-nous, répondit Antonin, de la pensée de l'éternité, & non des grandeurs passagères.» Pis II, qui respectoit sa vertu, le chargea avec plusieurs autres de travailler à la réforme du clergé & des laïcs; mais il mourut peu de temps après avoir reçu cette commission, le 2 mai 1459, à 70 ans. Ce pape se trouvant alors à Florence, assista à ses funérailles contre l'usage ordinaire. Clément VII le canonisa en novembre 1523, & plaça sa fête au jour de sa mort; Mais Innocent XI, à la prière du grand duc de Florence, la transporta au 10 mai, parce que ce jour étant libre, son office pouvoit se célébrer avec plus de solemnité. La Somme Théologique de St. Antonin, en IV parties, Venise 1571, 4 vol. in-4°, a eu de la célébrité: les casuistes la consultent encore. Mais sa Chronique en latin, depuis Adam jusqu'à Frédéric III, Lyon 1586 in-fol., est moins lue. Ceux qui aiment les fables entassées sans goût & sans ordre par un compilateur plus pieux qu'éclaire, pourroient y en recueillir plusieurs. Il y a pourtant des faits vrais; & St. Antonin ne dissimule ni le bien, ni le mal, lorsqu'il parle des papes & des princes.
ANTONINE, femme de Bélicaire général de Juffinien, devint par ses intrigues & son esprit, la favorite de l'impératrice Théodora. L'empereur ne se conduisoit que par son épouse, & celle-ci suivoit les volontés d'Antonine; ainsi cette favorite gouverna long-temps l'empire.
ANTONINI, (l'abbé Annibal) d'une famille noble établie dans le territoire de Salerne en Italie, fit ses études à Naples, & voyagea ensuite en Angleterre, en Islande & en Allemagne. Il se fixa pendant 25 ans à Paris, & revint mourir dans sa patrie au mois d'août 1755, à l'âge de 53 ans. C'est en France qu'il publia les belles éditions italiennes de l'Arise, du 936 ANT Taffe & du Triffin. On lui doit particulièrement une Description en italien des environs de Paris, un Traité de la prononciation françoise & un Dictionnaire de la langue italienne, en deux vol. in-4.º Cet ouvrage qui a obtenu un grand nombre d'éditions est un abrogé du grand dictionnaire publié en 1729 à Florence par l'académie della Crusca. Antonini y ajouta un grand nombre de mots nouveaux, & sur-tout les trois dialectes généralement reçus en Italie, qui sont le Romain, le Florentin & le Siennois : il n'y a pas même oublié ces mots appelés della lingua furba, espèce de jargon, en usage dans le 16e siècle, & dans lequel sont écrits les agréables faillies de Berni, de Casa, de Mauro, &c. Il a eu soin enfin, d'indiquer les mots vieillis, & que l'usage a dédaignés ; car en fait de langue vivante c'est l'usage seul qui est leur juge, leur arbitre souverain ; &, comme dit Horace : Quem penes arbitrium est, & jus & norma loquendi.
II. ANTONINI, (Joseph) frère du précédent, étudia les lois de son pays avec profondeur, & devint intendant des finances en diverses provinces Napolitaines sous Charles VI. On lui doit des Observations sur la géographie de Langlet, & une histoire complète de la Lucanie, qui fait partie du royaume de Naples. Antonini fit don à Côme III, du manuscrit de François Philéphe, De Exilio. Il est conservé à Florence.
ANTONIO, (Don) Voyet ANTOINE, n.º VIII.
ANTONIO, (Nicolas) chevalier de l'ordre de St. Jacques, agent du roi d'Espagne à Rome, chanoine de Séville, naquit dans cette ville en 1617, mourut en 1684. Sa Bibliothèque des Auteurs Espagnols l'a rendu célèbre. Il fait assez bien démêler le vrai d'avec le faux. Il écrit avec pureté, avec ordre, avec exactitude ; mais il prodigue les éloges, il exagère ; il ne traite pas son sujet en critique sévère des opinions & des talens. Le cardinal d'Aguirre, son ami, fit imprimer la seconde partie de cet ouvrage à Rome, après la mort de l'auteur, sous le titre de : Bibliotheca Hispana vetus, 1696, 2 vol. in-fol. La première avoit paru dans la même ville en 1672, 2 volumes in-fol. Elle est intitulée : Bibliotheca Hispana nova. L'une & l'autre sont rares. Antonio est auteur de quelques autres ouvrages, parmi lesquels on distingue un Traité De Exilio.
ANTONIUS-HONORATUS, évêque de Constantine en Afrique. Nous avons de lui une très-belle Lettre écrite vers 435 à Arcadius, exilé pour la foi par Genserie roi des Vandales. On la trouve dans la Bibliothèque des Pères.
ANTONIUS-LIBERALIS, auteur Grec, dont on ne connoit que l'ouvrage intitulé Métamorphoses, inféré dans les Mythologi Graci, Londres 1676, & Amsterdam 1688, 2 vol. in-8.º Les Métamorphoses d'Antonius ont été imprimées séparément à Leyde en 1774, in-8.º
ANTONIUS MUSA, Voyet MUSA (Antonius).
ANTRON-CORACE, (Mythol.) berger Sabin, possédoit la plus belle vache du pays. Un oracle prédit que celui qui pourroit la sacrifier à Diane sur le Mont-Aventin, affureroit à sa partie la supériorité sur toute l'Italie. Anton se rendit à Rome pour faire ce sacrifice ; mais Servius, roi de Rome, ayant appris la décision de l'oracle, l'Oracle, fit conseiller par le grand pontife au Sabin, d'aller premièrement se baigner dans les eaux du Tibre. Pendant ce temps, *Servius* s'empara de la vache & l'immola à *Diane*. Pour consacrer le souvenir de cet évènement, *Plutarque* dit que tandis qu'on attachoit des cornes de cerfs au feuil de tous les temples de *Diane*, il n'y avoit que celui qu'on lui avoit consacré sur le Mont Aventin qui fut orné de cornes de vaches.
ANUBIS, (Mythol.) Dieu des Egyptiens, adoré sous la forme d'un chien. On le représente aussi avec un filtre d'une main & un caducée de l'autre. Quelques-uns disent que c'étoit un fils d'*Ostiris*, d'autres de *Mercure*; d'autres croient que c'étoit *Mercure* lui-même. La statue d'*Anubis* étoit toujours placée à la porte des temples, comme le gardien d'*Ibis* & d'*Ostiris*, *Virgile* & *Ovide* l'appellent *latrator*, aboyeur. On a cru qu'*Anubis* avoit été un roi d'Egypte qui, ayant beaucoup aimé la chasse & s'étant toujours entouré de meutes de chiens, fut désigné ensuite sur les hiéroglyphes Egyptiens par la tête de cet animal.
ANVARI, surnommé le Roi de *Khorasan*, non pas qu'il fût prince, mais parce qu'il devint le premier poète de son pays. Il étoit encore au collège, lorsqu'il présenta une pièce au sultan *Sangiar*, qui se l'attacha. *Rafchidi* étoit son rival. Ces deux poètes furent pendant quelque temps de deux partis différens. *Anvari* étoit au camp de *Sangiar*, lorsqu'il assiégeoit *Atfiz*, gouverneur, puis sultan des Kouaresmiens, avec lesquels *Rafchidi* s'étoit enfermé. Pendant que les deux sultans donnoient & repoussaient des assauts, les deux versificateurs se battoient à leur manière, se décochant l'un à l'autre des vers atta- chés au bout d'une flèche. Ce poète étoit en même temps astrologue; mais ses prédictions ne lui valurent pas autant que ses vers. Ses ennemis s'en servirent pour lui faire perdre l'amitié du sultan, & il fut obligé de se retirer dans la ville de Balke, où il mourut l'an 1200 de J. C. Ce versificateur *Persan* retrancha de la poésie de son pays, les libertés qu'elle se permettoit contre le bon goût & contre les mœurs.
ANVILLE, (Jean-Baptiste Bourguignon d') géographe du roi, secrétaire de M. le duc d'*Orléans*, de l'académie des Inscriptions & belles-lettres, né à Paris le 11 juillet 1697, mort dans la même ville le 28 janvier 1782, fut aussi estimé pour la douceur & la simplicité de ses mœurs, que pour ses connoissances. Il sembla être né pour la géographie, comme on naît orateur & poète. Dans ses classes, il traçoit des Sphères & des Cartes. En lisant *Quinte-Curce*, ce n'étoit pas les exploits d'*Alexandre* qu'il cherchoit; c'étoit les lieux de ses combats & de ses victoires. Son enthousiasme pour la géographie la lui faisoit mettre au premier rang des connoissances humaines. Il ne pouvoit, d'après cette idée, que s'estimer un peu; mais on lui pardonnoit cet amour propre, parce qu'il étoit naïf, & qu'il avoit travaillé quinze heures par jour pendant 40 ans pour mériter l'estime du public. Ses Cartes, qui sont en grand nombre, sont encore plus recherchées que celles de *Santon* & de *Delisle*, parce qu'il a profité de toutes les découvertes nouvelles, & qu'il joignoit à une mémoire immense un esprit juste & méthodique. Son *Atlas* d'ailleurs très-estimé, est composé de cartes qui doivent être collées l'une à la suite de l'autre, de façon que pour connoître les limitrophes de la précédente, il faut l'avoir en même-temps sous les yeux: ce qui est peu commode. Lors de la dispute méthodique des savans sur la figure de la Terre, d'Anville crut pouvoir la déterminer d'après ses observations géographiques; mais ayant bientôt reconnu par les mesures prises au pôle qu'il s'étoit trompé, il avoua que c'étoit dans les cieux qu'il falloit apprendre à connoître notre planète. Ce n'est qu'à l'âge de 78 ans que d'Anville fut admis à l'académie des sciences: il est vrai que cette compagnie n'avoit qu'une seule place de géographie; mais celui-ci eût bien mérité une exception. On lui doit aussi plusieurs ouvrages. Les plus connus sont: I. Géographie ancienne abrégée, 1768, 3 vol. in-12. En joignant à ce bon livre les Cartes de l'auteur pour le monde ancien, on a un cours complet & exact de la géographie ancienne. II. Traité des Mesures itinéraires anciennes & modernes, 1769, in-8°: ouvrage excellent, & qui a demandé beaucoup de recherches & de savoir. III. Dissertation sur l'étendue de l'ancienne Jérusalem, 1747, in-8°. IV. Mémoire sur l'Égypte ancienne & moderne, avec une description du Golphe Arabique, 1766, in-4°. C'est ce qu'on a de plus approfondi sur cette partie de la géographie. V. Etats formés en Europe après la chute de l'Empire Romain en Occident, 1771, in-4°: livre nécessaire pour lire avec fruit l'histoire depuis le 5e siècle jusqu'au 12e. VI. Notice de l'ancienne Gaule, tirée des monumens Romains, 1761, in-4°. L'auteur se renferme dans la durée de la domination Romaine dans les Gaules; il ne traite point, dans cette Notice très-estimée, des temps postérieurs & du moyen âge. VII. Proposition d'une mesure de la Terre dont il résulte une diminution considérable vers sa circonscience sur les parallèles, 1735, in-12. VIII. Mesure conjecturale de la Terre, sur l'équateur, en conséquence de l'étendue de la mer du Sud, 1736, in-12. IX. Analyse géographique de l'Italie, 1744, in-4°. X. Eclair-iffemens sur la Carte du Canada, 1755, in-4°. XI. Mémoire sur la Carte des côtes de la Grèce, 1751, in-4°. XII. L'Empire Turc considéré dans son Etablissement & ses accroiffemens, 1772, in-12. XIII. L'Empire de Russie, considéré dans son origine & ses accroiffemens, 1772, in-12. XIV. Mémoires sur la Chine, 1776, in-3°. XV. Des Mémoires sur la mer Caspienne, sur le cours de l'Euphrate & du Tigre, sur la Mésopotamie & l'Irak; plusieurs autres savans écrits insérés parmi ceux de l'académie des inscriptions. D'Anville étoit frère du célèbre graveur Gravelot, qui, comme lui, n'avoit pas voulu s'accommoder du nom de Bourguignon, porté par plusieurs laquais. Il étoit marié, mais il ne laissa que des filles.
ANYSIS, ancien roi d'Égypte, détrôné par Sabacus roi d'Ethiopie, se cacha long-temps dans des marais, pour éviter la colère du vainqueur. Ce dernier, touché des malheurs d'Anysis, eut la générosité de lui rendre ses états.
ANYTA, nom d'une Grecque, dont on trouve des vers dans le recueil intitulé: Carmina novem Poctarum Fæminarum, Anvers 1568, in-3°; réimprimés à Hambourg, 1724, in-4°. Dans cette dernière édition il n'y a que huit poètes, parce que Sapho est imprimée séparément, Londres, 1733, in-4°. A ces deux volumes on en joint un troisième: Mulierum Græcarum quæ oratione prosæ usæ sunt, Fragmente & Elogia, græc. & lan. & A P C 339 Gottingue, 1739, in-4.º Ces trois volumes ont été donnés par J. Chrétien Wolff.
ANYTUS, rhéteur d'Athènes, fut l'ennemi déclaré de Socrate, après la mort duquel il se fauva à Héraclée; il y fut affommé à coups de pierres, environ l'an 339 avant J. C. Ce rhéteur étoit un homme rempli de préjugés, d'orgueil & d'envie.
AOD, jeune homme de la tribu de Benjamin, plein de courage & d'adreffe, entreprit, par l'inspiration de Dieu, de délivrer les Israélites qui gémissoient sous la servitude d'Eglon, roi des Moabites. Ayant été envoyé vers ce roi par ses concitoyens, pour lui faire des présens, il trouva moyen de rester seul avec lui dans son cabinet, & il lui enfonça dans le ventre une dague à deux tranchans, d'une coudée de long. Il retourna aussitôt vers les Israélites, qui prirent les armes & taillèrent en pièces les Moabites. Il fut élu juge du peuple, qu'il avoit délivré, vers l'an 1325 avant J. C. L'action d'Aod, qui seroit un horrible affaissat dans les règles communes, est un de ces coups extraordinaires, que l'ordre seul de celui qui tient entre ses mains la vie de tous les hommes, peut justifier, & qui pouvoient avoir lieu dans les temps où Dieu faisoit connoître sa volonté à son peuple d'une manière sensible.
AON, (Mythol.) fils de Neptune, ayant été obligé de fuir de l'Apulie, vint dans la Béorie. Il s'établit sur des montagnes, qui de son nom furent appelées Aoniennes, & consacrées aux Muses; c'est de là que vint le titre d'Aonides, que les poètes ont donné à ces Déesses. Aonienne les appelle aussi Baatia Numina, du pays où font ces montagnes. Toute la contrée avoit pris elle-même le nom d'Aonie.
AOUST, (St.) Voy. AYGULFE:
APCHON, (Claude - Marc-Antoine d') né à Montbrison en Forêt, prit dans sa jeunesse le parti des armes & le quita bientôt pour embraffer l'état ecclésiastique. Nommé évêque de Dijon, puis archevêque d'Auch, il vint mourir à Paris en 1783, à l'âge de 60 ans. La vie entière de ce prélat fut consacrée à la bienfaisance & à l'exercice de toutes les vertus utiles; les pauvres trouvèrent toujours en lui un soutien, & les infortunés un consolateur. Lorsqu'il prit possession de son archevêché, une épizootie cruelle avoit ravagé toute la contrée; il répara les maux de la nature en faisant don aux cultivateurs de sept mille bêtes à cornes. Un incendie ayant éclaté dans une maison, deux enfans se trouvèrent exposés à périr dans les flammes; d'Apchon invita les ouvriers à les secourir, il promit deux cents louis à celui d'entre eux qui les fauveroit; personne n'osant s'y exposer, l'évêque fit apporter une échelle, entra lui-même par une fenêtre, pénétra à travers les flammes, & reparut avec les deux enfans sur ses épaules, un moment avant que la maison écroulât. On a de ce prélat respectable des Instructions pastorales pleines d'onction, & qui exhortent aux vertus qu'il favoit si bien pratiquer lui-même.
APCHIER, (Garin d') troubadour, fleurit dans le 12e siècle. Nostrédame et Crescimbeni en ont fait mention. I. APELLES, peintre célèbre, fils de Pithius & élève de Pamphile, étoit de l'isle de Cos. Alexandre le Grand, sous lequel il vivait, ne voulut être peint que de sa main : il joignit aux récompenses dont il le combla, des marques d'amitié encore plus flatteuses. Ses talens supérieurs, soutenus par sa politesse & ses manières douces & infiniantes, le rendirent fort agréable au conquérant Macédonien, qui ne dédaignait pas d'aller souvent chez lui, pour jouir des charmes de sa conversation, & pour le voir travailler. Après la mort de ce prince, Apelles, retiré dans les états de Ptolomé roi d'Égypte, fut accusé d'avoir conféré contre ce monarque. Il allait être condamné à mort, malgré son innocence, si l'un des complices ne se fut avoué coupable, & n'eût déchargé Apelles de toute accusation. Ce grand homme, ne trouvant que des chagrins en Égypte, se retira à Ephèse. C'est là qu'il peignit son fameux tableau de la Calomnie, la plus belle image de la force des passions, & le chef-d'œuvre de l'antiquité. Pline le Naturaliste, qui a parlé en détail des ouvrages d'Apelles, admirait encore le portrait d'Antigone, fait de profit, pour cacher un côté du visage de ce prince, qui avait perdu un œil; celui de Vénus sortant de la mer; ceux d'Alexandre, de la Victoire, de la Fortune; & celui d'un Cheval si bien imité, que des cavales hennirent en le voyant. Les anciens plaçoient Apelles à la tête de tous leurs peintres, soit pour les coups de génie, soit pour les graces de son pinceau. Sa touche étoit si délicate, qu'à la simple vue de quelques traits tracés sur une toile, Protogènes, (Voyez ce mot.) peintre célèbre de l'île de Rhodes, connut qu'Apelles seul pouvoit en être l'auteur. Ce grand artiste n'avoit pas négligé ses talens : le proverbe,
NULLA DIES SINE LINEA (Aucun jour sans quelque trait,) fut fait à son occasion. On dit qu'il exposoit ses ouvrages en public, pour mieux en connoître les défauts. Un jour un cordonnier ayant critiqué les souliers de quelqu'une de ses figures, Apelles corrigea ce défaut sur le champ; mais l'ouvrier ayant voulu pousser la censure jusqu'à la jambe, le peintre l'artèra par cette répartie, NE SUTOR ULTRA CREPIDAM, qui est devenue un proverbe, dont on reconnoit tous les jours la justesse. — Un peintre se glorifioit devant lui de peindre fort vite : On s'en apprivoit bien, lui répondit Apelles. — Un autre artiste lui montroit Vénus revêtue d'habillement superbes, & lui demandoit, d'un air content, ce qu'il en pensoit ? Je crois, lui dit Apelles, que n'ayant pu faire ta Vénus belle, tu l'as faite riche — Mégabyse, un des satrapes les plus considérables de Perse, eut un jour la curiosité d'aller voir travailler Apelles; mais s'étant avisé fort mal-à-propos de vouloir raisonner sur la peinture devant ce grand-maître de l'art, Apelles, pour l'humilier & le confondre, se contenta de lui dire : Tandis que tu as gardé le silence, je te croyais bonnement supérieur aux autres hommes; mais depuis que tu as parlé, je te mets au-dessous des enfans qui broient mes couleurs. Cet artiste metoit toujours au bas de ses tableaux, quelque achevés qu'ils fussent, faciebat, pour marquer par ce mot qu'il ne les croyait pas assez parfaits. Il ne mit le mot fecit, qu'à trois de ses ouvrages. Le premier fut le portrait d'Alexandre le Grand, tenant en main la foudre de Jupiter : ce portrait étoit si ressemblant, que l'on disoit, selon Plutarque, « que l'Alexandre de Philippe étoit invincible, & celui d'Apelles, inimitable. » Le second tableau repréfentoit *Vénus* endormie; dans le troisième, il avoit peint cette même divinité fortant du sein des mers. *Apelles* trouva le moyen d'adoucir le trop grand éclat des couleurs naturelles, en y mêlant du talc ou une espèce de vernis dont il fut l'inventeur. Ce fut le premier peintre physionomiste & qui s'attacha à faire connoître l'âge, les mœurs & les inclinations de ses personnages. Comme il ne pouvoit nommer à *Ptolemée*, un homme, dont il lui parloit, il le lui fit sur le champ connoître en le figurant avec le simple trait d'un charbon. *Apelles* mourut à Cos, sa partie, en travaillant à une *Vénus* qui devoit être son chef-d'œuvre; mais qui ne fut point achevée, la mort l'ayant arrêté au milieu de l'ouvrage. *Pline* a fait le dénombrement des tableaux de ce peintre célèbre, dont quelques-uns se vendirent cent talens, qui reviennent à plus de cent mille écus. *Apelles* n'employoit, comme tous les peintres anciens, que quatre couleurs; mais il inventa un vernis qui les rendoit plus douces, plus moelleuses, & les mettoit à l'abri de l'altération de la poussière & du temps. Modeste comme tous les grands hommes, il rendoit justice aux talens des autres peintres; il disoit qu'*Aféléplodore* le surpassoit dans les proportions, & *Amphion* dans l'ordonnance. *Apelles* avoit écrit trois traités sur son art, mais ils ne nous font point parvenus. On ignore l'année de sa mort. Il avoit commencé d'être connu l'an 332 avant J. C.
II. APELLES, hérétique du 2$^{e}$ siècle, disciple de *Marcion*, répandit ses erreurs vers l'an 145 de J. C. Il n'admettoit qu'un seul principe, éternel & nécessaire, qui avoit donné à un Ange de feu le soin de créer notre monde; mais comme ce créateur étoit mauvais, son ouvrage l'étoit aussi. Il rejetoit les livres de *Mosée* & des Prophètes. Il disoit que J. C. s'étoit formé un corps de toutes les parties des lieux par lesquels il avoit passé en descendant; & il ajoutoit, qu'en remontant, il avoit rendu à chaque ciel ce qu'il en avoit pris.
APELLICON, philosophe Péripatéticien, connu dans l'antiquité par le talent qu'il avoit de se procurer des livres. Quand sa bourse ne lui permettoit pas d'en faire l'acquisition, il les déroboit. Ce fut lui qui acheta les livres d'*Aristote*, de quelques ignorans, héritiers de *Néle*, à qui *Théophraste* en mourant les avoit laissés. Ceux-ci les avoient cachés dans une fosse, où l'humidité & les vers les endommagerent beaucoup. *Apellicon* voulut réparer les lacunes; mais comme il n'avoit pas le génie de l'auteur qu'il suppliçoit, il mit beaucoup d'inepriés dans les endroits où *Aristote* avoit mis apparemment des réflexions excellentes. Cet écumeur de livres mourut à Athenes. Il s'étoit lié avec *Athénion*, tyran de cette ville, qui lui donna des troupes pour aller piller les trésors du temple d'*Apollon* dans l'isle de Délos. Le gouverneur Romain l'ayant surpris & battu, il fut fort heureux d'échapper à la mort par la fuite. Lorsque *Sylla* se rendit maître d'Athenes, il s'empara de la bibliothèque d'*Apellicon*, & la fit transporter à Rome. *Tyranion*, aussi mauvais grammairien que grand partisan d'*Aristote*, eut alors occasion de copier les livres de ce philosophe; mais comme ses manuscrits furent confiés à de mauvais copistes, qui ne prenoient pas la peine de les compter avec les 342 APE originaux, les livres du précepteur d'Alexandre passerent à la postérité, altérés de mille erreurs.
APELLITES, Voyet APELLES (n° II.) dont ils étoient disciples. I. APER. (Marcus) orateur Latin, Gaulois de nation, alla à Rome, où il fit admirer son génie & son éloquence. Il fut successivement fénateur, quefleur, tribun & préteur. On le croit auteur du Dialogue des Orateurs, ou De la corruption de l'éloquence, attribué autrefois à Tacite ou à Quintilien, & mis à la fin de leurs Œuvres. Giry, de l'académie Françoise, donna en notre langue une Traduction de ce Dialogue, Paris 1626, in-4° précédée d'une préface par Godeau. Cet orateur mourut vers l'an 85 de J. C.
II. APER. (Arrius) l'un des principaux officiers de l'armée Romaine, tua l'empereur Numérien, pour se faire élire à sa place, & fut bientôt affaffiné lui-même par Dioclétien, l'an 284. Voyet DIOCLÉTIEN.
APHÉA, (Mythol.) divinité adorée par les habitans d'Egine & ceux de l'île de Crete, a été célébrée par une ode de Pindare.
APHTONE, rhéteur d'Antioche au 3e flicle. Nous avons de lui: I. Une Rhétorique, à Upfal 1670, in-8°; & dans les Rhéteurs Grecs d'Alde Manuce, 1508, 1509, & 1523, 3 vol. in-fol. La meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1645, avec les notes de Lothirius. II. Quelques Fables imprimées avec celles d'Efope, à Francfort 1610, in-8°, avec fig.
APIARIUS, prêtre de Sicca, ville d'Afrique, excommunié par Urbain son évêque, se pourvut devant le pape Zozime, qui le reçut à sa communion. Les évêques Africains s'affemblèrent en concile à Carthage en 419. Les légats de Zozime, qui y affiffèrent, alléguerent les canons de Nicée, pour appuyer les appellations faites d'un simple évêque au souverain pontife; mais on reconnut que ces canons n'étoient point de ce concile général. Le pape Célestin rétablit, malgré cette décision, le prêtre Apiarius, & le renvoya en Afrique en 426. Les évêques Africains, affemblés en concile, s'opposèrent à ce rétablissement; & Apiarius ayant confessé ses crimes, ils confirmèrent la condamnation portée par Urbain, & déclarèrent que, « tous » évêque devoit être jugé par les « évêques de sa province. »
APICATA, femme de Séjan, ne partagea point les vices ni les crimes de son époux; aussi en fut-elle répudiée. Ses vertus la firent chérir des Romains, & Tibère lui-même, en proscrivant Séjan & toute sa famille, n'osa comprendre Apicata dans l'ordre de proscription. Cette mère infortunée, voyant les corps de ses fils, écrivit une lettre à Tibère où elle lui reprocha ses cruautés, & se donna ensuite volontairement la mort.
APICELLA, (Luc-Mathieu) favant docteur en droit à Salerne, dans le 17e flicle, a laissé plusieurs ouvrages, entre autres, le Gardien des pauvres, un traité de Remissonne debitorum & de Cessione bonorum.
APICIUS: il y a eu trois Romains de ce nom, tous trois fameux, non par leur génie, mais par l'art de raffiner la bonne chère. —Le second, le plus célèbre de tous, publia un traité de Opsonis & Condimentis, sive de Arta coquinariâ, libri X, Amsterdam 1709, in-8.º PLINE l'appelle nepotum omnium aliissimus gorges. Il fut l'inventeur des gâteaux qui portoient son nom, & le chef d'une académie de gourmandise. Après avoir fait des dépenses prodigieuses pour sa bouche, il crut que 250 mille livres qui lui reftoient ne pourroient jamais suffire à son appétit, & il s'empoisonna sous l'empereur Tibère. — Le troisième, contemporain de Trajan, se signala par l'invention d'un secret pour conserver les huîtres dans leur fraîcheur. Il les envoya à cet empereur dans le pays des Parthes, éloigné de la mer de plusieurs journées. I. APIEN, (Pierre) natif de Mifnie, professeur de mathématiques à Ingolstad, mourut dans cette ville en 1552. Il est auteur d'une Cosmographie, & de plusieurs autres ouvrages. L'empereur Charles-Quint fit imprimer à ses dépens sa Cosmographie en 1548, in-fol., & ajouta à cette gratification, celle d'anoblir l'auteur. Apien fut très-habile dans la construction des instruments de mathématiques, & il en inventa plusieurs.
II. APIEN, (Philippe) fils du précédent, & aussi habile que son père, naquit à Ingolstad l'an 1531, & mourut à Tubinge en 1589. Nous avons de lui un traité des Cadrans folaires, & d'autres écrits. Charles-Quint prenoit plaisir à s'entretenir avec lui. Apien étoit valérudinaire, & sa mauvaise santé lui inspira le dessein d'étudier la médecine, qu'il cultiva avec succès.
APION, grammairien, né à Orfis, ville d'Égypte. Les Alexandrins le nommèrent chef de l'ambassade qu'ils envoyèrent à Caligula pour se plaindre des Juifs, l'an 40 A P I 345 de J. C. Le député appuya beaucoup sur le refus que faisoient les Juifs, de consacrer des images à cet empereur, & de jurer par son nom. Apion composa une Histoire d'Égypte, suivie d'un Traité contre le peuple Hébreu, dans lequel il employoit toutes sortes d'armes pour les battre. L'historien Josèphe le réfuta avec beaucoup d'éloquence. Tibère appelloit ce savant, Cymbalum mundi, & il méritoit bien ce titre. C'étoit un vrai déclamateur, qui ne s'attachoit qu'à des minutes, & qui les foutenoit avec autant de fracas que les choses les plus importantes.
APIS, (Mythol.) roi d'Argos, étoit fils de Jupiter & de Niobé. Ce prince ayant cédé le trône à son frère Égiale, passa en Égypte vers l'an 1717 avant J. C., suivant quelques-uns. Il y fut connu sous le nom d'Ofiris, & y épousa Ifis. On dit qu'il enseigna aux Égyptiens l'usage de la médecine, & la manière de planter la vigne. Ces peuples, après sa mort, lui rendirent des honneurs divins sous la figure d'un bœuf vivant. Ce bœuf, principal symbole de l'Égypte, étoit logé dans un palais, & servi par des prêtres nombreux. Sous Pto-tomée Lagus, le bœuf Apis étant mort de vieillesse, la dépense de ses funérailles s'éleva, suivant les historiens, à une somme de plus de 50 mille écus. Apis avoit pris la forme de cet animal, pour se soustraire à la colère de Jupiter. Les Égyptiens consultoient Apis comme un oracle. C'étoit un bon présage, lorsqu'il prenoit ce qu'on lui offroit à manger. Pline observe que Germanicus lui présenta un mets qu'il refusa, & que ce prince mourut bientôt après. Cambyse, roi de Perse, irrité d'un oracle que l'on attribuoit au Dieu, le fit amener devant lui. le perça d'un coup d'épée dont il mourut, & fit fuftiger fes prêtres.
APOCAUQUE ou APOCAUCHUS, Grec, d'une fortune au-dessous de la médiocre, s'éleva aux premières dignités de l'empire à Constantinople, fous les empereurs Andronics, le Jeune & le Vieux. Cet homme obfcur commença par être fous-commis dans les finances; mais par la foupleffe de fon génie, il parvint jufqu'à pouvoir affermer lui-même quelques revenus de l'empire. S'infiniant tous les jours de plus en plus dans les bonnes graces d'Andronie, il fut fucceffivement quefleur, gouverneur de la cour & de l'empereur, grand duc; enfin tout ce que pouvoit être un particulier qui ne voyoit au-deffus de lui que le trône. Ce qu'il y a de plus fingulier, c'eſt que le prince qui l'élevoit fi haut, & qui fe fer-voit de lui dans les grands emplois, loin de l'eſtimer, ne le regardoit que comme un miférable, & une ame vile & méprifable. Apocauque abufa de fon crédit; on lui impura la plus grande partie des calamités publiques. Voulant fe venger de fes ennemis, il faifoit bâtir de nouvelles prifons. Quelques prifonniers, à la tête defquels étoit Raoul, fe révoltèrent un jour qu'Apocauque alloit vifiter fon ouvrage. Il eſt temps, dit Raoul, que le Ciel venge les crimes que tu as commis, & qu'il prévienne ceux que tu peux commettre. Je vais périr avec toi, ou devenir le libérateur de l'Empire; & à l'inſtant il lui déchargea plufeurs coups, & fecondé des autres prifonniers, il le mit à mort l'an 1345. Le fils, gouverneur de Theſfalonique, n'eut pas un fort plus heureux que fon père. Il fut pris dans une ſédition excitée à Theſfalonique, & jeté du haut des murailles de la ville, & un ma- telot lui coupa la tête qu'on promena dans toutes les rues—Il y a eu enfin, fur la fin du 13e fiécle un autre APOCAUCHUS, homme de lettres, à qui le célèbre médecin Grec Aduarius dédia fon ouvrage Des Règles à obſerver dans les Curcs, imprimé à Venife en 1554, fous ce titre: Methodi medendi Libri ſex. I. APOLLINAIRE, (St.) difficile de St. Pierre, fut le premier évêque de Ravennes. St. Pierre Chrysologue, fon fucceffeur dans le même fiège, a publié fon éloge, & le pape Honorius, en 630, fonda à Rome une Eglife fous l'invocation de St. Apollinaire.
II. APOLLINAIRE, (C. Sulpice) grammairien de Carthage au 2e fiécle, eſt auteur, felon quelques ſavans, des vers qui ſervent d'argument aux Comédies de Térence. On lui attribue encore quelques autres écrits. Il eut pour fucceffeur dans ſa profeſſion, Pertinax, qui fut depuis empereur.
III. APOLLINAIRE le Vieux, (Claude) évêque d'Hiérapie en Phrygie, préſenta vers l'an 177 à Marc-Aurèle une Apologie pour les Chrétiens. Elle réunifioit deux choſes qui vont rarement de compagnie, la vérité & l'éloquence. C'eſt dans cette Apologie qu'eſt rappelé le miracle de la légion Méline. Il avoit fait d'autres Traités contre les hérétiques de fon temps, qui font tous perdus. Voyez MONTAN.
IV. APOLLINAIRE, le Jeune, fils d'Apollinaire l'Ancien, évêque de Laodicée en Syrie, eut d'abord l'amitié de St. Athanaſe & de St. Baſile. Il la perdit par ſes erreurs fur la perſonne de JÉSUS-CHRIST. Il avoit été un des des plus zelés dé-en ſeurs de la conſubſtantialité du Verbe. Il l'avoit prouvée contre les Ariens, par une infinité de paffages, dans lesquels l'Écriture donne à JÉSUS-CHRIST tous les attributs de la Divinité. Il jugea, dit l'abbé *Pluquet*, qu'une ame humaine étoit inutile dans le Fils de Dieu. Aucune des opérations qui demandent de l'intelligence & de la raison, ne lui parut en fuppofer la nécessité dans JÉSUS-CHRIST. La divinité avoit présidé à toutes ses actions & fait toutes les fonctions de l'ame; mais JÉSUS-CHRIST avoit éprouvé des fentimens qui ne pouvoient pas convenir à la divinité. Ainsi *Apollinaire* fuppofa en JÉSUS-CHRIST une ame fenitive. Cette opinion avoit fon fondement dans les principes de la philofophie Pythagoricienne, qui fuppofe dans l'homme une ame qui raisonne, & qui est une pure intelligence, incapable d'éprouver l'agitation des paffions, & une ame incapable de raisonner, & qui est purement fenible. On attribue à *Apollinaire* d'avoir fou-tenu que la divinité avoit fouf-fert, qu'elle étoit morte, &c., mais ces erreurs font plutôt des conféquences qu'on tiroit des principes d'*Apollinaire*, que les fentimens de cet évêque: l'idée que les Auteurs ecclésiastiques nous donnent de lui, ne permet pas de penser autrement. "*Apollinaire* eut beaucoup de disciples, appelés *Apollinaristes*, qui ajoutèrent de nouvelles héréfies à celles de leur maître. *St. Athanase* l'anathématis dans le concile d'Alexandrie en 362, & écrivit contre lui. *Apollinaire* mourut vers 380. Il est auteur de plusieurs ouvrages en vers & en prose, sacrés & profanes. Nous avons dans la *Bibliothèque des Pères* fon *Inverprécision des Pseumes* en vers, qui contient des fentimens erronnés sur J. C. Elle a aussi été imprimée séparément à Paris, 1613, in-8°. On trouve dans les *Œuvres de St. Grégoire de Nazianze*, une *Tragédie de Jésus-Christ fouffrant*, qu'on croit être de lui. *Apollinaire* avoit composé ces pièces, afin que les Chrétiens puffent se paffer des Auteurs profanes pour apprendre les belles - lettres. Il écrivit en vers héroïques, à l'imitation d'*Homère*, l'Histoire Sainte jusqu'à *Saul*, divisée en vingt-quatre livres, suivant l'ordre de l'alphabet Grec. Il prit *Ménandre* pour modèle dans ses *Comédies*, *Euripide* dans ses *Tragédies*, & *Pindare* dans ses *Odes*; mais il étoit trop foible copiste pour abolir l'usage des originaux. *Apollinaire*, un des premiers hommes de fon temps pour le savoir & l'érudition, n'étoit que dans le second rang pour la poésie. V. APOLLINAIRE, (Sidoine) *Voyet* SIDONIUS APOLLINARIS.
APOLLINE ou APOLLONIE, (Ste.) vierge & martyre d'Alexandrie, reçut tant de coups sur la mâchoire, que toutes les dents lui tomberent. Elle se jeta elle-même dans le bûcher qu'on lui préparoit, vers l'an 248 de J. C. Une ancienne église de Rome porte fon nom.
APOLLO, V. I & II. APOLLON, & HORUS APOLLO. I. APOLLODORE d'Athènes, grammairien célèbre vers l'an 104 avant J. C., étoit disciple d'*Aristarque*. Nous n'avons plus de lui que trois livres de la *Bibliothèque*, publiés pour la première fois à Rome en 1555, in-8°, & ensuite à Saumur par le *Febvre* en 1661, in-12, en grec et en latin. On y trouve des choses curieuses. *Passerat* en a donné une *Traduction* françoise, 1605, in-8° qui a vieilli. Son ouvrage sur l'origine des *Dieux*, qui étoit 346 APO en dix-sept livres, est totalement perdu. Plusieurs savans croient que c'est le même ouvrage que sa Bibliothèque. Les anciens citent quelques autres écrits de cet auteur.
II. APOLLODORE, peintre d'Athènes, fut le premier qui orna des graces du coloris les plus belles parties du corps humain, & qui peignit la nature avec ses agrémens. Il fut le premier aussi qui détacha sur la toile les pieds & les mains des figures, qui avant lui n'étoient représentés qu'en bloc. Il fit ainsi dans la peinture ce que Dédale avoit fait pour la sculpture. Zeuxis son disciple l'éclipsa. Il vivoit vers l'an 439 avant J. C.
III. APOLLODORE de Damas architecte célèbre, dirigea le pont de pierre que Trajan fit construire sur le Danube, l'an 102 de J. C. Ce pont élevé dans la Basse-Hongrie, & dont il reste encore quelques piles, avoit vingt-une arches, 300 pieds de hauteur, & près de demi-lieue d'étendue, chaque arche se trouvant à 160 pieds de distance des autres. Adrien le fit détruire, ou par haine pour Apollodore, ou dans la crainte que les Barbares ne profitaient de son ouvrage pour pénétrer sur les terres de l'empire; ce fut aussi sous la direction de cet architecte que fut faite à Rome la grande Place Trajane, au milieu de laquelle on éleva une colonne qui supportoit la statue de Trajan, tenant un globe d'or dans sa main droite. On a prétendu que les cendres de cet empereur, modèle des rois, furent placées dans ce globe. Apollodore fit bâtir la basilique Ulpiane, une bibliothèque publique, des thermes & des aqueducs. Il répara & embellit le grand cirque. Adrien fit mourir ce célèbre article vers l'an 130 de JÉSUS-CHRIST, pour se venger de ce qu'un jour, comme Trajan s'entretenoit avec Apollodore sur quelque édifice, cet architecte dit à Adrien, qui se mêloit de dire son avis : Allez peindre vos citrouilles; c'étoit un genre de peinture auquel Adrien s'occupoit alors. Apollodore, apparemment peu civil & peu politique, eut encore l'imprudence de critiquer le Temple de Vénus, qui étoit un des ouvrages d'Adrien. « Le Temple n'est pas assez dégagé, écrivit-il à cet empereur; il est trop bas, & les statues des Déesses, trop grandes; si elles veulent se lever pour sortir, elles ne le pourront pas. » I. APOLLON, (Mythol.) fils de Jupiter & de Latone, naquit dans l'isle de Delos. Il est, selon les mythologistes, l'inventeur & le Dieu de la musique, de la poésie, de la médecine, de l'art de deviner, le chef des neuf Muses, & le père de la lumière. Son premier exploit fut de tuer le serpent Python qui avoit tourmenté long-temps Latone sa mère. Quelque temps après cette victoire, il eut un fils qu'il nomma Efeulape, (Voyez ce mot) que Jupiter foudroya. Apollon furieux tua les Cyclopes qui avoient forgé la foudre dont le maître des Dieux avoit frappé son fils. Cet attentat le fit chasser du Ciel. Il se réfugia chez Admete, roi de Thessalie, dont il garda les troupeaux. Il passa du service de ce prince à celui de Laomedon, s'occupa avec Neptune à faire de la brique & à bâtir les murs de Troie, travail dont les deux Dieux ne furent point payés. Il erra quelque temps sur la terre, cherchant à se consoler de sa disgrace avec des mortelles aimables, dont ce Dieu du bel esprit ne fut pas toujours satisfait : (Voyez DAPHNE, CLYTIE, CORONIS, CLIMENE.) L'exil & les malheurs d'Apollon appaisèrent enfin Jupiter ; il lui rendit sa divinité, avec les privilèges qui y étoient attachés. Parmi les enfans d'Apollon, on distingue Ætès, qui fut le père de Médée ; Païphaé, femme de Minor ; Linus, qu'il eut de Calliope ou de Terpychore ; Phaëton, le plus chéri de tous ; Rhodia, &c. Ce Dieu eut différens noms. Il fut appelé ACTIACUS, du promontoire d'Actium où il avoit un temple ; CLARIUS & DELPHICUS, de Claros & de Delphes où il rendit des oracles ; DAPHNEUS, à cause de son amour pour Daphné, & d'un lieu délicieux appelé de ce nom ; (Foyer à la fin de l'article.) DÉLIUS, nom qu'il tira de Délos, lieu de sa naissance. PALATINUS, parce que l'empereur Auguste lui fit bâtir un temple sur le mont Palatin. PHŒEUS, de deux mots grecs qui signifient lumière & vie. PYTHIUS, parce qu'il tua le ferpent Python. On représente ce Dieu de plusieurs façons, & avec différens attributs ; tantôt sous la forme d'un jeune homme sans barbe, une lyre à la main, & des instruments de musique à ses côtés ; tantôt sur le Parnasse, au milieu des neuf Muses, une couronne de laurier sur la tête. On le voit encore conduisant le char du Soleil, traîné par quatre chevaux blancs. On le peint aussi avec un carquois derrière le dos, un arc & des flèches à la main. Les Païens croyoient que ce Dieu rendoit des oracles, & ils alloient le consulter à Délos. Le culte d'Apollon y fut toujours si respecté, que les Perses qui avoient déclaré la guerre aux Dieux & aux hommes, étant abordés à Délos avec une flotte de mille vaisseaux, n'osèrent y faire le moindre dégât, ni piller le temple de ce Dieu, quoiqu'il fût rempli de richesses immenses. Apollon étoit encore honoré à Cla- ros, à Delphes & dans d'autres villes. C'est en son honneur qu'Auguste établit les jeux Actiens ou Actiaques, qui se célébroient tous les cinq ans à Rome en mémoire de la victoire d'Actium, & tous les ans à Actium. Apollon avoit un temple superbe à Daphné, lieu délicieux, avec un bois & de belles eaux, situé à trois ou quatre milles d'Antioche de Syrie. La beauté du séjour & les fêtes qu'on y célébroit souvent en l'honneur d'Apollon & de Diane, en faisoient le rendez-vous de toute la ville & des étrangers. Les historiens qui en ont parlé, disent qu'on y trouvoit tout ce qui pouvoit satisfaire les passions. C'est pour cela que St. Chrysostome a écrit que c'étoit un lieu infame, dont l'entrée devoit être interdite aux honnêtes gens. De là étoit venu ce proverbe si connu de l'antiquité : Daphnicis moribus vivere. « Vivre comme à Daphné. » Le monument le plus fameux qui nous reste de l'antiquité, est l'Apollon du Belvedere, que la France possède aujourd'hui. C'est ainsi que cette belle statue a été décrite par Winckelman. « De toutes les statues antiques qui ont échappé à la fureur des barbares, & à la main destructive du temps, la statue d'Apollon est, sans contredit, la plus sublime. On diroit que l'artiste a composé une figure purement idéale, & qu'il n'a employé de matière que ce qu'il falloit pour exécuter & représenter son idée. Autant la description qu'Homère a faite de ce Dieu surpassé toutes les descriptions qu'en ont essayées après lui les autres poètes, autant cette statue l'emporte sur toutes les figures de ce même Dieu. Sa taille est au-dessus de celle de l'homme, & son attitude annonce la grandeur divine qui le remplit ; un éternel printemps, 348 APO tel que celui qui règne dans les champs fortunés de l'Élysée, revêt d'une aimable jeunesse son beau corps, & brille avec douceur sur la fière structure de ses membres. Pour mieux sentir tout le mérite de ce chef-d'œuvre de l'art, il faut se pénétrer des beautés intellectuelles, & devenir, s'il se peut, créateur d'une nature céleste ; car il n'y a rien qui soit mortel, rien qui soit sujet aux besoins de l'humanité. Ce corps, dont aucune veine n'interrompt les formes, & qui n'est agité par aucun nerf, semble animé d'un esprit céleste qui circule comme une douce vapeur dans tous les contours de cette admirable figure. Ce Dieu vient de poursuivre Python, contre lequel il a tendu, pour la première fois, son arc redoutable ; il l'a atteint dans sa course rapide, & vient de lui porter le coup mortel. Pénétré de la conviction de sa puissance, & comme abymé dans une joie concentrée, son auguste regard pénètre au loin dans l'infini, & s'étend bien au-delà de sa victoire ; le dédain siège sur ses lèvres ; l'indignation qu'il respire gonfle ses narines, & monte jusqu'à ses fourcils : mais une paix inaltérable est peinte sur son front ; son œil est plein de douceur, tel qu'il est quand les Muses le caressent. Parmi toutes les figures qui nous restent de Jupiter, il n'y en a aucune dans laquelle le Père des Dieux approche de la grandeur avec laquelle il se manifesta jadis à l'intelligence d'Homère ; mais, dans les traits de l'Apollon du Belvédère, on trouve les beautés individuelles de toutes les autres divinités réunies comme dans celle de Pandora. Ce front est le front de Jupiter, renfermant la Déesse de la Sagesse ; ces fourcils, par leur mouvement, annoncent sa volonté suprême ; ce sont les grands yeux de la Reine des Déesses, arqués avec dignité ; & sa bouche est une image de celle du beau Branchus, où respiroit la volupté. Semblable aux tendres farmers de la vigne, sa belle chevelure flotte autour de sa tête comme si elle étoit légèrement agitée par l'haleine du Zéphir ; elle semble parfumée de l'essence des Dieux, & se trouve attachée avec une pompe charmante au haut de sa tête par la main des Graces. A l'aspect de cette merveille de l'art, j'oublie tout l'univers, & mon esprit prend une disposition surnaturelle propre à en juger avec dignité. De l'admiration je passe à l'extase ; je sens ma poitrine qui se dilate & s'élève comme l'éprouvent ceux qui sont remplis de l'esprit des prophéties ; je suis transporté à Delos, dans les bois sacrés de la Lycie, lieux qu'Apollon honoroit de sa présence. Cette statue semble s'animer comme le fit jadis la beauté fortie du ciseau de Pygmalion : mais comment pouvoir te décrire, ô inimitable chef-d'œuvre ? il faudrait pour cela que l'art même daignât m'inspirer & conduire ma plume. Les traits que je viens de crayonner, je les dépose devant toi, comme ceux qui venant pour couronner les Dieux, mettoient leurs couronnes à leurs pieds, ne pouvant atteindre à leur tête. »
II. APOLLON, (Apollos) Juif originaire d'Alexandrie, possédoit le talent de l'éloquence. Etant arrivé à Ephèse pendant l'absence de St. Paul, il parla hardiment dans la synagogue, & montra que Jksus étoit le Christ. Aquila & Prifaille l'ayant oui, le retirèrent chez eux, & l'on croit que ce fut alors qu'il reçut le baptême, l'an 54 de J. C. Quelque temps après étant allé à Corinthe, il y fit beaucoup de fruit & convainquit les Juifs par les Écritures. Mais l'attachement que ses disciples avoient pour lui, causa presque un schisme: les uns disant, Je suis à Paul; d'autres, Je suis à Apollon; & d'autres, Je suis à Céphas. Cependant cette division n'empêcha pas que Paul & Apollon ne fuient unis dans un même esprit par les liens de la charité.
APOLLONIAS, née à Cyrique, épousa Attale I, roi de Pergame. Quoique d'une famille peu distinguée, elle fut couronnée reine, & conserva toutes les prééminences de la souveraineté. Son âme élevée & incapable d'artifice, sa vertu seule, sa bonté & sa modestie lui gagnerent le cœur de son époux. Lorsqu'elle l'eut perdu l'an 198 avant J. C., Appollonias se consola, le voyant revivre dans quatre enfans qu'elle forma à la vertu. Cette princesse remerciait souvent les Dieux, non de l'avoir placée sur un des trônes de l'Asie; mais de ce qu'elle jouis soit, avant de descendre au tombeau, du plaisir de voir la concorde si bien établie parmi ses enfans, que ses trois jeunes fils faisoient la fonction de garde auprès de leur aîné.
APOLLONIDES, médecin de l'isle de Cos, vécut longtemps avec honneur à la cour d'Artaxerées I. Devenu amoureux d'Amytis, sœur de ce prince, il lui persuada qu'elle ne pouvoit guérir de quelques indispositions dont elle se plai- gnoit, qu'en suivant son penchant à l'amour; & il fut l'un de ses amans. Les excès de la princesse lui ayant causé une maladie très-dangereuse, & le médecin craignant qu'elle ne la lui communiquât, il s'éloigna d'elle. Il ne fit par-là qu'avancer sa perte. Amytis, mère d'Amytis, obtint qu'on lui livrât Apollonides, lui fit souffrir divers supplices pendant deux mois, & enfin le fit enterrer vif le jour même de la mort de sa fille.
APOLLONIE, Voyez APOLLINE. I. APOLLONIUS, de Perge en Pamphylie, composa plusieurs Traites sur les mathématiques. Nous n'avons plus que les huit livres des Sections Coniques, dont il donna le premier la théorie. Cet ouvrage a été traduit & commenté bien des fois par les modernes, (Voyez ECCELLENSIS, MAUROLICO.) auxquels cet ancien a fourni beaucoup de lumières. La meilleure édition de ce livre, est celle d'Oxford, en 1770, in-fol. Les savans n'eurent d'abord que les quatre premiers livres de cet ouvrage, jusqu'en 1658. Ce fut en cette année que Jean-Alfonse Borelli trouva dans la bibliothèque de Médicis les quatre derniers, & Barrow publia le tout à Londres 1675, in-fol. Robert Simpson en a publié une nouvelle édition. — Apollonius horifruit sous le règne de Ptolome Évergènes, roi d'Égypte, l'an 244 avant J. C. Cardan, dans son traité de Subtilitate, lui donne la septième place parmi les philosophes.
II. APOLLONIUS d'Alexandrie, surnommé Dyfcole, a fait: I. Quatre livres de Construction, qui se trouvent en Grec dans la Grammaire de 350 APO Théodore, d'Alde, 1595, in-fol.; & séparément, Francfort 1590, in - 4°. II. H'fortia commentitia, græc. lat., publiées par Jean Meurfius, Leyde 1620, in-4°
III. APOLLONIUS de Rhodes, originaire d'Alexandrie, mais surnommé Rhodica parce qu'il enseigna long-temps à Rhodes, étoit contemporain d'Apollonius de Pargé. Il fut disciple de Callimaque, & fucceffeur d'Eracofthènes dans la garde de la bibliothèque d'Alexandrie. Comme il se mêloit de faire des vers, les poètes ses confrères ne le laifèrent pas en repos. Il alla à Rhodes chercher la tranquillité qu'il ne trouvoit pas dans sa patrie, & y finit ses jours. Son Poeme sur l'expédition des Arponautes n'est guères au-dessus du médiocre; les scholies en font eftimées. On en a une édition de Leyde, in-8°, 1641. Il y en a deux autres qui font recherchées: celle de Florence, qui eft la première de cet ouvrage, parut en 1496, in-4°, & l'édition de Venise avec des commentaires grecs, de 1521, n'eſt pas commune — Il ne faut pas le confondre avec APOLLONIUS de la ville d'Alabaude dans l'Asie mineure: celui-ci fut un maître de rhétorique très-célèbre, au jugement de Sultone. Quoiqu'il tirât un salaire de ses auditeurs, cependant il ne fouffroit pas que ceux en qui il ne connoiffoit aucun talent pour l'art oratoire, perdiffent leur temps à l'écouter; il les avertiffoit de se retirer, en leur affignant l'art auquel ils pouvoient s'appliquer avec succès. Un autre APOLLONIUS de Rhodes, s'illufira dans la fculpture. Il eft auteur du fameux groupe d'Amphion, Zetès & Ireé liés à un taureau turieux, qu'on appelle le Taureau Farnéfe: tout, jufqu'aux cordes, eft du même bloc.
IV. APOLLONIUS de Tyanes; bourg de Cappadoce, naquit quelques années avant J. C. La philosophie de Pythagore le charma dès son enfance, & il en fit profeffion toute sa vie. Il ne se nourriffoit que de légumes, s'abſtenoit du vin & des femmes, donnoit son bien aux pauvres, vivoit dans les temples, appaiffoit les fétitions, & inſtruisfoit les hommes avec une douceur mêlée de force. Apollonius vivant de cette manière, & ne parlant que par ſentences pleines d'emphafe & d'obſcurité, dut faire impreſſion ſur le vulgaire, que les dehors ſéduifent toujours. Tout le monde le ſuivoit; les artifans mêmes quittoient leurs métiers; les villes lui envoyoient des députés; les oracles chantoient ſes louanges, apparemment afin que ce ſophifle chantât les leurs à ſon tour. Cet impoſteur ſe fit par-tout des disciples. Il converſa avec les brachmanes des Indes, les mages des Perſes, les gymnoſophiftes d'Egypte, & s'en fit admirer. A Ninive, à Ephéſe, à Smyrne, à Athènes, à Corinthe, & dans d'autres villes de la Grèce, Apollonius parut en prédicateur du genre humain, condamnant les ſpectacles, viſtant les temples, corrigeant les mœurs & prêchant la réforme de tous les abus. A Rome, où il étoit venu pour voir de près, diſoit-il, quel animal c'étoit qu'un tyran, il parla avec beaucoup de force contre les bains. Il ſe mit bientôt à faire des miracles. Ayant rencontré le convoi funèbre d'une jeune fille de famille confulaire, il s'approcha du lit ſur lequel on la portoit, la roucha, & dit quelques paroles tout bas: voilà que la fille qu'on croyoit morte, s'éveille, parle à tout le monde, & retourne à la maïfon de ſon père. Ses parens lui offrirent une grande ſomme; mais l'opérateur du miracle répondit qu'il la lui donnoit en dot. — Il y eut une éclipse de soleil, accompagnée de tonnerres ; Apollonius regarda le ciel & dit d'un ton prophétique : Quelque chose de grand arrivera, & n'arrivera pas. Trois jours après la foudre tomba sur la table de Néron, & fit tomber la coupe qu'il portoit à sa bouche : le peuple ne manqu pas de croire qu'Apollonius avoit voulu dire qu'il s'en faudroit peu que l'empereur ne fût frappé. C'étoit faire un commentaire absurde sur des paroles ridicules ; mais c'est ainsi que le vulgaire a toujours expliqué les oracles. L'empereur Vespasien, qui n'auroit pas dû penser comme le peuple, regardoit pourtant cet imposteur comme un homme divin, & lui demandoit des conseils. Apollonius lui en donnoit, avec toute la liberté que pouvoit permettre sa réputation, sa philosophie, & le beau don de lire dans l'avenir. Il avoit déjà usé de cette liberté dans d'autres cours. Néron ayant un jour chanté en plein théâtre dans les jeux publics, Tigelin demanda à Apollonius, ce qu'il pensoit de Néron ? — J'en pense beaucoup plus honorablement que vous, répondit-il ; vous le croyez digne de chanter, & moi de se taire. — Le roi de Babylone lui demandoit un moyen pour régner sûrement ; Apollonius lui répondit : Ayez beaucoup d'amis, & peu de confidens. — Un eunuque ayant été surpris avec une concubine du même roi, le prince voulut savoir d'Apollonius comment il devoit punir le coupable ? En lui laissant la vie, répondit Apollonius ; & comme le roi paroissoit surpris de cette réponse, il ajouta : S'il vie, son amour sera son supplice. — Apollonius fut accusé de magie sous Domitien. Ce prince ordonna qu'on lui coupât les cheveux & la barbe Je n'attendois pas, dit Apollonius en riant, que mes cheveux & les poils de ma barbe duffent courir quelque risque dans cette affaire. L'empereur, irrité de cette raillerie, commanda qu'on lui mit les ters aux pieds & aux mains, & qu'on le menât en prison : Si je suis magicien, ajouta Apollonius, comment viendrez-vous à bout de m'enchainer ? Un espion de l'empereur étant venu le trouver dans la prison, & feignant de plaindre son sort, lui demanda comment ses jambes pouvoient supporter les entraves qui le ferroient ? Je n'en fais rien, répondit Apollonius, car mon esprit est ailleurs. Ayant soutenu cette persécution avec beaucoup de courage, il mourut quelque temps après, vers la fin du premier siècle. On dressa des statues & on rendit des honneurs divins à cet homme, qui auroit resté éternellement dans l'obscurité, s'il ne s'étoit avisé de jouer le rôle de prophète. Un nommé Damis, le fidèle compagnon des imposteurs d'Apollonius, écrivit sa Vie, & depuis Philostrate qui vivait 200 ans après lui : on la trouve dans les Œuvres de ce dernier, ainsi que quelques Lettres qu'il attribue à son héros. Du Pin, dans son Histoire d'Apollonius de Tyanes, prouve : 1.º Que l'histoire de ce fourbe célèbre est destituée de témoins dignes de foi ; 2.º Que Philostrate n'a fait qu'un roman ; 3.º Que les miracles attribués à Apollonius, ont des caractères visibles de fausseté, & qu'il n'y en a pas un seul qu'on ne puisse attribuer à l'adresse, au hasard, ou à la supercherie : 4.º Enfin, que la doctrine de ce philosophe est contraire à la droite raison ; ce qui doit couvrir de confusion les incrédules ignorans, qui, comme Hérocles, osent comparer les imposteurs d'Apollonius avec les miracles de J. C. V. APOLLONIUS, sophiste, né à Alexandrie, ou qui a vécu dans l'école de Dydime, s'est fait connoître vers la fin de la république Romaine, ou sous les premiers empereurs, par son Leuccon Græcum Iliadis & Odysseæ, dont M. de Villofon a donné la première édition avec la traduction latine, à Paris 1773, 2 vol. in-4° : ouvrage fort utile pour l'intelligence d'Homère, & qui a beaucoup de rapport à celui d'Hesychius.
VI. APOLLONIUS, philosophe Stoicien, natif de Chalcis, vint à Rome à la prière d'Antonin, pour être précepteur de Marc-Aurèle, fils adoptif de ce prince. Dès que l'empereur le fut arrivé, il lui envoya dire qu'il l'attendoit avec impatience. Apollonius, qui joignoit à la grossièreté d'un pédant, l'orgueil d'un sophiste, lui fit répondre : Que c'étoit au Disciple à venir trouver le Maître, & non pas au Maître à aller au-devant du Disciple. — Antonin, aussi doux que ce Stoicien étoit brut, répondit en souriant : Qu'il étoit bien étrange qu'Apollonius, arrivé à Rome, trouvât le chemin de son logis au palais, plus long que celui de Chalcis à Rome ! & sur le champ ce prince, vraiment philosophe, envoya Marc-Aurèle au rufte qui en surpoit le nom.
VII. APOLLONIUS, (Lævinus) né dans un village entre Bruges & Gand, a publié deux ouvrages historiques qui furent recherchés dans le 16e siècle. Le premier est une Histoire du Pérou, imprimée en latin à Anvers, 1576, in-8° ; le second est la Narration du voyage des François à la Floride, 1568, in-8.°
VIII. APOLLONIUS - COLLATIUS, (Pierre) prêtre de Novare, auteur d'un Poème sur le siège de Jérusalem par Vespasen, en quatre livres, Milan 1481, in-4° ; du Combat de David avec Goliath, & de quelques autres Ouvrages de Poésie, ibid., 1692, in-8°, qu'on ne lit guerres, parce qu'on en a de meilleurs. Il mêle dans ces poèmes le nom du vrai Dieu avec celui des Divinités profanes. Il verfifioit dans le 15e siècle.
APOLLOPHANE, médecin d'Antiouchus surnommé le Grand, étoit fort habile dans sa profession ; mais il devint encore plus célèbre par le service important qu'il rendit à son maître. Hermias, premier ministre de ce prince, exerçoit des concussions & des violences inouies, sans que personne osât en porter ses plaintes à la cour, tant il s'étoit rendu terrible. Apollophane aima assez le bien public, pour ne point craindre de hazarder sa fortune. Il découvrit au roi le mécontentement général du royaume, & apprit aux médecins l'usage qu'ils devoient faire du libre accès qu'ils avoient auprès des princes. Il florifioit vers l'an 219 avant J. C. I. APOLLOS, Voyez II. APOLLON.
II. APOLLOS, (Saint) foliaire d'Italie, fonda un monastère, où plus de cinq cents religieux se mirent sous sa règle. Il avoit 80 ans, l'an 393, temps où St. Petrone, évêque de Bologne, vint le visiter.
APONO, (Pierre d') naquit à Apono, (aujourd'hui Abbano) village du territoire de Padoue, en 1250. Après avoir pris à Paris le bonnet de docteur en philosophie & en médecine, il alla professer cette science à Bologne. On dit qu'il ne vouloit jamais aller voir un malade hors de la ville, qu'on ne lui comptât 50 écus. Le pape Honorius IV l'avoit fait appeler ; il ne voulut se mettre en chemin, qu'après qu'on lui eut promis quatre cents ducats Abants par jour. C'étoit vendre bien cher l'art de soulager la nature, & peut-être celui de la détruire. — L'avarice d'Apono étoit fi odieuse, qu'on l'accusa de faire revenir dans sa bourse, par la magie, l'argent qu'il dépenfoit. On ne s'arrêta pas en fi beau chemin. On le soupçonna encore d'avoir acquis la connoissance des sept arts libéraux, par le moyen de sept lutins, qui tenoient leur académie dans une bouteille du docteur. Ces imputations le firent mettre à l'inquisition, à l'âge de 66 ans. Il eût peut-être subi la peine du feu, s'il ne fût mort dans le cours du procès, en 1316. On se contenta de brûler son effigie. Frédéric, duc d'Urbain, plaça parmi les statues des hommes illustres, celle de ce médecin, dont la personne avoit été destinée au bûcher d'un autoda-fil. Le fénat de Padoue la fit élever sur la porte de son palais, parmi celles de Tite-Live, d'Albert & de Julius-Paulus. On doit remarquer comme une bizarrerie du tempérament de Pierre d'Apono, son aversion extrême pour le lait & le fromage : il n'en pouvoit flairer ni même voir, sans tomber en défaillance. On a d'Apono plusieurs ouvrages sur les sciences qu'il avoit cultivées; ils sont tombés dans l'oubli, selon Nierron. (Mémoires, tome 26.) Le plus connu est son Conciliator differentiarum Philosophorum & præcipuit Medicorum, Mantone, 1472, in-fol. : rare & réimprimé plusieurs fois. Dans ce livre, il veut accorder, ce qui n'est pas facile, les différentes opinions des philosophes. Il s'érige en arbitre, & est lui même partie. Il est ridicule, dit Deslandes, de vouloir accorder les hommes les uns avec les autres, quand soi-même on n'est pas sur les bonnes voies, & qu'on donne dans des idées chi- mériques. On a encore de lui : I. Geomantia, 1556, in-8.° II. Phylfionomia, Padoue 1474, in-8.° III. Expositio Problematum Aristotelis, 1482, in-fol. L'éditeur de Ladvocet renvoie le mot APON à Abbano, & dans cet article il ne dit point pourquoi celui qu'il appelle Pierre d'Abbano, se nommoit aussi Pierre d'Apon, ou plutôt d'Apono.
APONIUS, auteur ecclésiastique du 7e fècle, dont nous avons un Commentaire sur le Cantique des Cantiques, Fribourg 1538, in-fol. & dans la Bibliothèque des Peres. C'est une allegorie continuelle, & souvent trop recherchée, des noces de J. C. avec l'église. Les commentateurs qui sont venus après lui, en ont beaucoup profité.
APOSTOLIQUES, Voy. DULCIN & SEGAREL.
APOTRES : Voyez leur histoire aux mots PIERRE, ANDRÉ, JACQUES fils de Zébédée, JEAN son frère; PHILIPPE, BARTHELEMI, THOMAS, MATTHIEU, JACQUES, fils d'Alphée, JUDE ou Thadée, SIMON, JUDAS Iscariote, MATTHIAS qui fut élu à sa place, & PAUL, appelé à l'apostolat par JÉSUS-CHRIST même après l'Ascension. On représente ordinairement les douze Apôtres avec leurs symboles ou leurs attributs spécifiques. C'est, pour chacun d'eux, à l'exception de St. Jean & de St. Jacques le Majeur, la marque de leur dignité, ou l'instrument de leur martyre. Ainsi St. Pierre a les clefs, en témoignage de sa primauté; St. Paul un glaive; St. André une croix en sautoir; St. Jacques le Mineur une perche de foulon; St. Jean une coupe, d'où s'envole un serpent ailé; St. Barthélemi un couteau; St. Philippe un long bâton, dont l'extrémité supérieure se mine en croix; St. Thomas une lance; St. Matthieu une hache d'armes; St. Jacques le Majeur un bourdon de pelerin & une gourde; St. Simon une scie; St. Jude une maffue. I. APPIEN, historien Grec, na- quit à Alexandrie, d'une famille distinguée. Il floriffoit sous Trajan, Adrien & Antonin le Pieux, vers l'an 123 de J. C. Il plaida quel- que temps à Rome; puis il eut l'intendance du domaine des em- pereurs. On a de lui une Hifloire Romaine, composée, non pas an- née par année, comme celle de Tite-Live, mais nation par nation. Cet ouvrage estimé étoit en vingt- quatre livres, depuis la ruine de Troie jusqu'à Trajan. Il ne nous en reste que ce qui regarde les guerres d'Afrique, de Syrie, des Parthes, de M'chridate, d'Ibérie ou d'Espa- gne; d'Annibal; des fragmens de celles d'Illyrie, cinq livres des guerres civiles, & quelques frag- mens de plusieurs autres, que Henri de Valois a recueillis. La meil- leure édition de cette Hifloire, est celle d'Amsterdam; en 2 volumes in-8. 1670. La première version latine qui en a paru, fut imprimée à Venise en 1472, in-fol.: elle est rare. La meilleure traduction italienne d'Appien est celle d'A- lexandre Bracci de Florence, revue par Louis Dolce, Venise 1559, 3 vol. in-12. Le troisième volume est entièrement l'ouvrage du dernier. Voyet QUINTE-CURCE.
II. APPIEN, (Saint) jeune homme de Lycie fuivoit avec zèle les leçons de St. Pamphile à Cé- farée en Palestine lorsque des lettres de l'empereur Maximien y ordon- nèrent à tous les citoyens d'offrir des sacrifices publics aux Dieux. « Appien n'ayant pas 20 ans, fortit, dit Eusèbe, fans avoir communiqué son dessein à personne, pas même à nous avec lesquels il demeuroit; il pénétra dans le temple, & s'ap- prochant du gouverneur Urbain, il le faisit par le bras pour l'em- pêcher de la 1re offrande de la vice time. « St. Appien fut arrêté aussitôt, & souffrit avec courage les tour- mens les plus cruels. Son martyre est du 2 avril 306.
APPION, Voyet APION. I. APPIUS CRASSUS, Consul & collègue de Spurius Nautius Ra- tilius, fut vaincu par le roi Persée, mais il battit les Carthaginois, & pilla leur camp.
II. APPIUS CLAUDIUS l'a- veugle, Appius Claudius Cæcus, ainsi nommé, parce qu'il avoit perdu le vue, se rendit célèbre par son éloquence, & fur-tout pour s'être opposé dans le Sénat à ce qu'on accordât la paix au roi Pyr- rhus. C'est lui qui étant Consul fit paver un grand chemin depuis Rome jusqu'à Capoue, & d'autres après lui le continuèrent jusqu'à Brindes: mais il porta le nom de voie Appienne d'un bout à l'autre, & le conserve encore aujourd'hui. Cici- ron fait l'éloge de ses talens dans Bruus, & dans le quatrième livre des Questions Tusculanes.
III. APPIUS CLAUDIUS le beau, Appius Claudius pulcher, petit fils de l'aveugle, Consul & collègue de Q. Fulvius Flaccus. C'est sous son Consulat qu'Annibal prit la ville de Tarente, & que les Car- thaginois furent battus par les Con- suls. Il y eut un autre Appius pul- cher, fils du précédent, qui triom- pha des Africains & d'Hieron roi de Sicile, comme le dit Polybe. On attribue à un Appius Claudius l'ad- dition de la lettre R à l'alphabet des latins; de sorte que depuis cette époque, on n'a plus dit Valerii & Fusii, mais Valerii & Furii.
IV. APPIUS - CLAUDIUS, le Bécémvir, Voyet CLAUDIUS, n.º II.
APPONCOURT. Voyet GRA- IGNI.
APRÈS DE BLANGY, (Jean- Baptiste-Nicolas-Denis d') sieur de Mannevillette, devint capitaine des vaiffeaux de la compagnie des Indes, garde du dépôt des cartes marines; chevalier de St.-Michel. Il étoit né au Havre le 11 février 1717, & il est mort à Lorient le 1er avril 1780. C'est le premier navigateur qui ait réduit en pra- tique l'observation des longitudes à la mer par la distance de la lune au soleil & aux étoiles: on lui doit plusieurs ouvrages relatifs à la navigation, entr'autres le Neptune Oriental.
APRIÈS, roi d'Egypte, connu fous le nom de Pharaon Hophra dans Jérémie & Ezechiel, monta sur le trône d'Egypte après son père Pfammatis, l'an 594 avant J. C. Il se rendit maître de Sidon & de l'isle de Chypre, conquêtes qui lui procurèrent de riches dépouilles; mais ayant été vaincu quelque temps après par les Cyrénéens, Amafis, son fuscesseur, le fit étrangler, l'an 569 avant J. C. Il étoit si orgueil- leux, que, dans le temps de sa prof- périté, il se vantoit de ne pouvoir être détrôné par Dieu même.
APROSIO, (Angelico) reli- gieux Augustin, né Vintimille en 1607, forma une très-belle biblio- thèque dans le couvent des Augu- tins de sa patrie. Il en composa un catalogue raisonné, sous le titre de Bibliotheca Aprofiana, publié à Bologne en 1673. Cette liste, qui ne renferme que les trois premières lettres de l'alphabet, est rare. On y trouve quelques particularités sur sa vie & sur celle de divers auteurs. Ce religieux défendit vi- vement, sous des noms supposés, l'Adonis du cavalier Marini, & pu- blia divers écrits sur ce poème li- cencieux. Le plus connu est, Sferza Poetica di Sapricio Saprici, Venise 1643, in-12. Comme ce religieux n'ofoit pas écrire sous son veri- table nom, en deviendant un poème obscène, il intitula bizarrement ses apologies: Le Bluccou, la Lunette cassée, l'Ellébore, &c.; & la poli- teffe n'y domine pas beaucoup: Aprofio mourut vers l'an 1682, membre de diverses académies d'Italie, & après avoir passé par les charges de son ordre. Il avoit parcouru les principales villes de- puis Vintimille jusqu'à Naples, pour se lier avec la plupart des gens de lettres. Ses voyages & ses correspondances lui avoient donné le moyen d'être instruit de l'hif- toire littéraire de son temps.
APSÉE sur auteur de la révolte des Palmyréniens, qui sous l'em- pire d'Aurélien, élurent pour Au- guste, au refus de Marcellin gou- verneur d'Orient, un certain Achil- lie, ou Antioque, selon d'autres, parent de la reine Zénobie, Aurélien vint droit à Palmyre, prit cette ville, la rasa, & fit tout passer au fil de l'épée, hors le prétendu em- pereur, qu'on dit qu'il épargna par mépris, vers l'an de J. C. 273.
APSINE, sophiste d'Athènes, est auteur d'un ouvrage intitulé: Pracepta de arte rhetorica, inféré dans les Rhetores Graci d'Alde; mais comme on en trouve au moins trois du même nom & de la même pro- fection, qui vivoient aux 3e & 4e siecles, on ne fait lequel a écrit ce livre.
APULE, (Mythol.) jeune berger de Lavinium en Italie, fut, dit-on, métamorphosé en olivier 356 APU fauvage, pour avoir insulté les Muses dans une grotte qui leur étoit consacrée.
APULÉE, (Lucius) naquit à Ma- daure en Afrique, d'une famille dif- tinguée, & fit ses études à Carthage, à Athènes & à Rome. Il dépenfa presque tout son bien à faire des voyages, pour satisfaire sa curiosité & perfectionner sa philosophie. De retour de ses courses, il plaide à Rome, pour échapper à la misère. Il épousa ensuite une riche veuve, qui répara ses affaires. Les parens de sa femme l'accusèrent de s'être servi de la magie, pour avoir son cœur & sa bourse, & d'avoir fait mourir Pontianus, fils de cette dame, mais il se lava de cette double accu- sation devant Claudius Maximus pro- consul d'Afrique, par une Apologie que nous avons encore, & que St. Augustin appelle un discours élo- quent & fleuri. Vous vous étonnez, dit-il à ses juges, qu'une femme se soit remariée après treize ans de vidui- té! étonnez-vous plutôt qu'elle ait tant attendu. Vous croyez qu'il a fallu de la magie pour qu'une veuve de son âge épousât un jeune homme! c'est cette jeunesse qui prouve que la magie étoit superflue. Le temps a épargné peu d'ouvrages d'Apulée, quoiqu'il en eût beaucoup composé en vers & en prose. Le plus connu de ceux que nous avons, est sa Métamor- phose, ou l'Ane d'or, en onze livres. C'est une fiction allégorique, pleine de leçons de morale, cachées sous des plaisanteries ingénieuses. On y diftingue sur tout l'épifode touchant des amours de Pfyché & Cupidon, imité & développé par la Fontaine dans son roman de ce nom. Ses au- tres productions roulent sur la phi- losophie Platonicienne, que l'au- reur avoit embrassée. Nous avons parlé de son Apologie, & nous l'avons louée, quoiqu'on y trouve quelquefois les déclamations d'un rhétoricien, & les fausses idées d'un philosophe superflitieux. Apulée étoit d'une jolie figure, savant, homme d'esprit, cherchant à plaire aux femmes, & leur plaisant pour l'or- dinaire. On a observé cependant, qu'avec toutes ces qualités, & l'art magique qu'on lui suppofoit, il ne put jamais parvenir à aucune ma- giftrature. Ce ne fut pas par indif- férence philosophique; car il se faitoit un honneur d'avoir un em- ploi de prêtre, qui lui donnoit l'in- tendance des jeux publics; & il dif- puta vivement contre ceux qui s'op- pofoient à l'érection d'une statue dont les habitans d'Oea voulurent l'honorer. Il dit cependant quelque part, « qu'il auroit acheté au prix de tout son patrimoine, le mépris de ce patrimoine; » disposition d'es- prit plus précieuse que les avan- tages de la fortune. Son cœur étoit généreux; il soulagea les indigents; il secourut ses amis; il reconnut les soins de ses maîtres, il dote leurs filles; & sa libéralité fut cause en partie de l'indigence à laquelle il fut réduit pendant quelque temps. L'impertinente crédulité des Païens attribua à notre philosophe une foule des miracles, qu'ils osèrent comparer à ceux de J. C. Ses Œu- vres ont été imprimées à Goude, 1650, in-8.º ad usum Delpini, 1688, 3 vol. in-4.º Les éditions de l'Ane d'or en françois, de 1623, 1631 & 1648, in-8°, sont recherchées à cause des figures. La Traduction ita- lienne d'Agnolo Firenzuola, Venise 1567, in-8°, est rare; ainsi que la première édition de l'original, Rome 1469, in sol. Nous avons une affez bonne Traduction françoise de cet ouvrage par L. de St. Martin, en 2 vol. in-12. Il en a paru une autre en 1787, moins exacte & in- férieure à la précédente. Voyq II. MERCIER.
AQUA - PENDENTE, Voye FABRICIUS ( Jérôme. ) I. AQUAVIVA, ( André-Mat- thieu d' ) duc d'Atri, prince de Té- ramo dans le royaume de Naples, protégea ceux qui cultivoient les sciences & les arts, & les cultiva lui-même. Il servit d'abord sous Ferdinand V, roi d'Aragon, se trouva à deux batailles perdues, & fut fait prisonnier dans la dernière; mais après avoir été délivré, il crut devoir préférer le repos du cabinet au tumulte des armes. Il composa une Encyclopédie très-imparfaite, & des Commentaires sur les morales de Plutarque. Il mourut en 1528, âgé de 72 ans.
II. AQUAVIVA, ( Bélizaire ) srère du précédent, voulut partager avec ce dernier les honneurs de la littérature. Il publia un traité sur la chasse, de Venatione & Aucupio, imprimé à Basle en 1518, à Naples en 1519, & encore à Basle en 1578, par les soins du célèbre Léan- clavius.
III. AQUAVIVA, ( Octavio ) de la famille du précédent, réfé- rendaire de l'une & de l'autre signa- ture, vice-légat du patrimoine de St-Pierre, ensuite cardinal, puis légat de la Campagne de Rome, enfin légat d'Avignon & archevé- que de Naples, se distingua par sa sagesse & sa prudence dans tous ses emplois ainsi que par la culture des lettres, & la protection qu'il accor- doit aux savans. Il mourut le 15 décembre 1612 dans sa 52e année.
IV. AQUAVIVA, ( Claude ) général des jésuites en 1581, de la même famille que les précédents, mourut le 31 janvier 1615, âgé de 72 ans. La Société le regarda, avec raison, comme un de ses gé- néraux qui ont eu le plus de don- ceur dans le gouvernement. Ce fut A Q U 357 lui qui fit dresser la fameuse or- donnance connue sous le nom de Ratio Studiorum, Romae 1586, in-8°, qui fut supprimée par l'Inquisition, & vue d'aussi mauvais œil par les jésuites, qui ne vouloient pas être gênés dans leurs opinions. On la réimprima, mais mutilée, en 1591. Aquaviva ordonnoit à ses religieux, dans ce célèbre régle- ment, d'enseigner la gratuité de la prédestination, en leur permettant en même temps d'adoucir ce système par le congruisme. Nous avons d'Aquaviva : I. Des Epitres, II. Des Meditations en latin sur les Pseaumes XLIV & XCIII, III. Inductia ad cu- randos anima morbos, 1606, in-12, dont il a paru une traduction fran- çoise sous le titre de Manuel des Supérieurs, Paris 1776, in-12. Aquaviva avoit un caractère cons- tant & ferme qui tenoit quelquefois de la dureté. Il réfléchissoit long- temps sur le parti qu'il devoit prendre; il étoit presque impos- sible ensuite de l'en détourner. I. AQUILA, surnommé le Pon- tique, parce qu'il étoit originaire de Pont, contrée d'Aile. Ce fut chez lui que St. Paul logea, lorsqu'il vint d'Athènes à Corinthe. Cet apôtre le convertit avec sa femme Priscille. Ils lui rendirent de très- grands services à Ephèse, jusqu'à exposer leurs têtes pour sauver la sienne. St. Paul en parle avec de grands éloges dans son Epître aux Romains.
II. AQUILA de Sinope, diraussi le Pontique, par la même raison que le précédent, embraffa le Christia- nisme sous l'empire d'Adrien, vers l'an 129 de J. C. Mais son attache- ment opiniâtre aux rêveries de l'as- trologie judiciaire, l'ayant fait chasser de l'église, il passa dans la religion des Juifs. Devenu rabin, il acquit une connoissance exacte 2 3 358 AQU de la langue Hébraïque, & s'appliqua à traduire l'Ancien Testament d'Hébreu en Grec: quoique sa version fût faite mot à mot sur le texte Hébreu, on vit bien que le dessein de cacher la honte de son apoïstie, l'avoit engagé à détourner le se is des passages qui regardent J. C. & à les interpréter dans un sens différent de celui des Septante. *Juftinica* en défendit la lecture aux Juifs; cependant, *St. Jérôme* dit quelque part: « Qu'en examinant continuellement la traduction d'*Aquila*, il y trouve tous les jours plusieurs choses qui sont favorables à notre croyance. » Il ne reste plus que quelques fragments de cette *Version*.
III. AQUILA, (Barthélemi) de l'ordre des Dominicains, eut en 1278 le titre de grand *Inquisiteur* dans le royaume de Naples, & s'y distingua par ses ouvrages & sa ferveur. Alors les inquisiteurs n'avoient encore aucune juridiction; ils se contentaient d'être de simples solliciteurs auprès des tribunaux séculiers, contre les hérétiques, & ceux qui par leurs prédications détachoient les Catholiques du culte établi, & troubloient ainsi l'ordre public. C'est à *Innocent IV* qu'est due l'origine du tribunal de l'inquisition, qui osa juger les pensées des hommes, & leur faire un crime de leurs erreurs. L'empereur *Frédéric II*, accusé par le pape d'être athée, crut se mettre à l'abri de tout reproche en protégeant les inquisiteurs, & en outrant les peines contre ceux qu'ils condamneraient. Par quatre édits, donnés à Pavie en 1244, il ordonna le supplice du feu. En 1255, le pape *Alexandre III*, établit l'inquisition en France, sous le règne de *St. Louis*; mais l'esprit public & celui du clergé même repoussèrent cette terrible institution. Sur la fin du treizième siècle, en 1289, Venise l'adopta, mais en la soumettant à son sénat, & en empêchant que les inquisiteurs profitent des amendes & des confiscations qu'ils prononçoient; quelque temps après, ce gouvernement adjoignit dans toute procédure trois sénateurs à l'inquisiteur; ce qui lui ôta toute autorité. L'inquisition déploya toute sa rigueur en Espagne & en Portugal contre le Juifs & les Maures, que le farouche *Ximenes* voulut forcer à se faire chrétiens. Ses bûchers furent portés jusqu'aux Indes, & le tribunal redoutable de Goa vint y effrayer l'industrie, & en éloigner les Arabes, les Mahométans, & les marchands de tous les cultes. Tandis que l'Italie voyoit toutes ses villes soumises à cette juridiction, le seul royaume de Naples, quoique feudataire du St. Siège, fut s'en affranchir. Le pape & le souverain y disputant sans cesse pour savoir qui nommeroit le grand Inquisiteur, on n'en nomma jamais, & *Barthélemi Aquila* n'y obtint que le droit de donner des conseils, sans pouvoir les convertir en jugemens.
IV. AQUILA, (Jean) célèbre médecin, professa son art dans l'université de Padoue, dans le seizième siècle, & s'y distingua par ses écrits. On estime sur-tout son *Traité* de la *Saignée* dans la pleurésie.—Quelques autres savans Italiens portèrent le nom d'*Aquila*. Jean-Baptiste d'*Aquila*, mort en 1544, publia des *Élégies* & des *Discours oratoires*.—Pierre d'*Aquila* a laissé un *Commentaire* sur les quatre livres des Sentences.—*Cataldo Aquila*, né en Sicile, alla s'établir en Portugal en 1509, & s'y fit connoître comme grand jurisconsulte & bon poète. On a imprimé de lui plusieurs Poèmes latins. V. AQUILA, ( Pompée d') peintre Napolitain, qui vivoit en 1593 a laissé à Rome quelques tableaux renommés, & entre au- tres une Descente de croix dans l'église di S. Spirito.
AQUILANO, ( Serafino ) ainsi appelé du nom de sa patrie, Aquila, ville de l'Abruzze au royaume de Naples, où il naquit en 1466, se fit un nom par ses Poésies Ita- liennes, imprimées à Rome 1503, in-8°, & qui consistent en Sonnets, Eglogues, Epîtres, &c. Il fut le contemporain & l'émule de Tebal- dea di Ferrara. Ces deux poètes fu- rent des premiers à secouer le joug de la barbarie, qui dans ce siècle défiguroit la poésie Italienne; mais toute leur réputation s'éclipsa, lors- que Sannatar & Bembo parurent. Se- rafino mourut à Rome en 1500, à l'âge de 35 ans. Le duc de Valensi- nois, qui l'aimoit, lui avoit obtenu le titre de chevalier de grace dans l'ordre de Malte. V. III MAIRE.
AQUILANUS, ( Sebastianus ) ou SÉBASTIEN D'AQUILA, médecin Italien, dont on ignore le vrai nom, étoit compatriote du précédent, comme le désigne le nom sous le- quel il est connu, & il professa son art dans l'université de Padoue. Il étoit en réputation du temps de Louis de Gonzague, évêque de Mantoue, au- quel il adressa un ouvrage, & il mou- rut en 1543. On a de lui un traité de Morbo Gallico, Lyon 1505, in-4°, imprimé avec les Œuvres d'autres Médecins, Boulogne 1517, in-8°, & de Febre sanguinea, dans la Pra- tique de Gretinaire, Basle 1537 in-8°, & Lyon 1538 in-4°. Aquilanus a été un des plus zélés désenieurs de la doctrine de Galica.
AQUILIN, ( St. ) né à Bayeux, devint évêque d'Evreux, après la mort de St. Etienne. Il assista au concile provincial de Rouen, assemblé en 689, & mourut quel- que temps après, regretté pour ses vertus douces & bienfaisantes.