AQUILINA et NICÈTE, ( Stes. ) furent deux sœurs qui profiterent de leur beauté, pour faire le mé- tier de courtisane. Le gouverneur d'une ville de Syrie leur ordonna de pénétrer dans la prison pour y séduire un chrétien nommé Chris- tophle; mais celui-ci, loin de céder à leurs criminelles avances, les convertir : elles l'accompagnerent au lieu de son supplice, et deman- derent à partager son sort; ce que le Gouverneur furieux leur ac- corda. I. AQUILLIUS-GALLUS, fa- vant jurisconsulte & ami de Cicé- ron, florissoit vers l'an 65 avant J. C. Un particulier qui vivoit en commerce de galanterie avec une maitresse, étant tombé malade, avoit ordonné par testament, qu'a- près sa mort on payât à cette femme une certaine somme qu'il recon- noissoit lui devoir. Lorsqu'il fut revenu en santé, la dame lui de- manda cette somme, mais sa mau- vaise foi ayant été découverte par Aquillius, celui-ci crut qu'il étoit à propos de pourvoir à un cas aussi captieux, & à plusieurs autres de semblable espèce; & cette considé- ration lui fit composer des Formules, qui sont perdues, ainsi que d'au- tres ouvrages du même auteur.
II. AQUILLIUS-MANIUS, pro- consul Romain qui commandoit une armée dans l'Asie mineure, fut vaincu & fait prisonnier par Mi- stridate roi de Pont. Ce prince bar- bare, non content de l'avoir fait passer en revue devant ses troupes, & de l'avoir donné en spectacle à ses peuples, monté sur un âne, & obligé de crier à haute voix qu'il étoit Aquillius, lui fit couler du plomb, d'autres disent de l'or fondu dans la bouche, & le fit mourir ainsi dans les tourmens.
III. AQUILLIUS - SABINUS, jurisconsulte Romain, surnommé le Caton de son siècle, fut consul l'an 216 de J. C. On a cru qu'il étoit frère d'Aquilla Severa, vestiale, que l'empereur Heliogabale épousa, & qu'il répudia ensuite pour la reprendre une seconde fois. Il le fut certainement de Fabius Sabinus, grand jurisconsulte, que l'empereur Alexandre Sévère choisit pour être un de ses conseillers d'état. Ce fut l'oracle de Rome par son sa- voir, & l'exemple des citoyens par ses vertus.
IV. AQUILLIUS - SÉVÉRUS, ou ACHILLIUS, ou ACILIUS, fut historien & poète sous l'empereur Valentinien. Il étoit Espagnol de na- tion, & de la même famille que Sé- vère, à qui Laotance avoit adressé deux livres de Lettres. Aquillius-Se- verus composa un ouvrage en prose & en vers, qui étoit comme le journal de sa vie, auquel il donna pour titre: La Catastrophe ou l'E- preuve. Il mourut vers l'an 370.
AQUILON, (Mythol.) Vent furieux & extrêmement froid, qui souffle du côté du nord ou du sep- tentrion. Les poètes le font fils d'Eole & de l'Aurore. Ils disent qu'il a une queue de serpent, & les cheveux toujours blancs.
AQUILONIUS; V. AGUILLON.
AQUIN, (St. THOMAS D') Voy. THOMAS, n° IV, où l'on trouvera quelques détails sur la famille d'Aquino. I. AQUIN, (Philippe) Juif natif de Carpentras, reçut le baptême à Aquino dans le royaume de Na- ples, ce qui lui fit donner le nom de cette ville. Ce Juif converti en- seigna ensuite l'Hébreu à Paris, & y mourut en 1650. Le célèbre le Jay l'avoit chargé de l'impression & de la correction des textes Hébreux & Chaldéens de sa Polyglotte. Son principal ouvrage est un Diction- naire Hébreu, Rabbinique & Tal- mudiste. — Louis d'AQUIN, son fils, qui devint ainsi que son père très- habile dans les langues orientales, a laissé plusieurs ouvrages Rabbini- ques. — Antoine d'AQUIN, premier médecin de Louis XIV, & mort an 1696 à Vichi, étoit fils de ce dernier.
II. AQUIN, (Louis-Claude d')— célèbre organisée, né à Paris le 4 juillet 1694, mort le 15 juin 1772, étoit parent des précédents. Son génie fut précoce. A six ans, il toucha du clavecin devant Louis XIV; a huit, le fameux Bernier déclara qu'il n'avoit plus rien à lui apprendre; à douze ans, on lui confia l'orgue du petit St. Antoine. Quelque temps après, il obtint un triomphe bien flatteux pour un homme de son art. L'orgue de St. Paul ayant été mis au con- cours, il l'emporta sur Rameau, qui vouloit se former un établis- sement dans la capitale. Son exé- cution étoit rapide & brillante. Égal des deux mains, il batoit deux ca- dences à la fois, & imitoit tout, jusqu'au chant du roffignol. Le cé- lèbre Hendel vint en France pour l'entendre & l'admirer. Mondon- ville fut si flatté du suffrage accordé par d'Aquin à son motte Jubilate, qu'il l'appela depuis le chant de d'A- quin. Ce dernier joignit à son talent des mœurs honnêtes, simples, un caractère doux, malgré son génie bouillant, & un sincère attache- ment au christianisme. On a gravé de lui un livre de pièces de cla- vecin & des noëls avec des varia- tions. Ces deux recueils font désirer
ARA 36r que le grand nombre d'ouvrages qu'il a laissés en manuscrit à son fils, voient le jour, & sur-tout les compositions qui regardent l'orgue.
AQUINO, (Charles d') né à Naples en 1654, mort à Rome en 1740, se fit Jésuite & professa avec éclat la rhétorique. Ses ouvrages sont écrits en latin; on y trouve de l'érudition & du goût. Les principaux sont: I. Des Poésies, Rome 1702, 3 vol. II. Des Discours, 1704, 2 vol. in-8.º III. Un Lexique militaire 1739, 2 vol. in-fol. Plusieurs mots de ce Dictionnaire offrent de savantes dissertations. IV. D'autres Lexiques ou Vocabulaires sur l'architecture & l'agriculture, 1734. Ils sont moins estimés que le précédent, V. Des Mélanges historiques, 1725. VI. Enfin une Histoire de la guerre de Hongrie, 1726, in-12. Elle est écrite avec intérêt.
AQUITAINE, Voyez GUILLAUME, n° v.
ARA, Hérétique des premiers siècles de l'église, prétendit que J. C. n'avoit pu être exempt du péché originel.
ARABSIADE, (Ahmet) docteur Musulman, naquit à Damas, & y mourut en 1450. Il a écrit une Histoire de Timur, que nous avons nommé Tamerlan. Ce conquérant y est très-maltraité. Pierre Vattier a traduit en françois cette Histoire, 1658 in-4.º Arabsiade a laissé d'autre écrits, & entr'autres, un traité sur l'Unité de Dieu.
ARABUS, (Mythol.) fils d'Apollon, fut regardé comme l'inventeur de la médecine.
ARACHNÉ, (Mythol.) étoit fille d'Idmon, roi de Lydie. Minerve étant venue trouver cette princesse sous la figure d'une vieille, dans le temps qu'elle étoit occupée à filer & à ourdir la trame d'une étoffe très-fine, elle lui fit un défi. La Déesse l'ayant accepté, elle commença à représenter plusieurs histoires différentes sur la toile avec un art admirable, Arachné en fit de même de son côté, mais avec plus de délicatesse encore. Minerve, outrée de dépit de se voir vaincue par une mortelle, lui donna trois ou quatre coups de navette sur la tête, dont cette charmante ouvrière conçut un tel chagrin qu'elle se pendit de désespoir. Alors la Déesse touchée de compassion, la changea en araignée. Pline l'ancien attribue à Arachné l'art de filer le lin, et d'employer le fil à des filers pour la chasse ou la pêche. V. PHALANX. I. ARAGON, (Jeanne d') épousa Aseagne Colonne, prince de Taglia-cozzi. Le XVIe siècle la compte parmi les femmes qui l'ont illustré. Elle se signala par son courage, par sa capacité dans les affaires & par sa prudence: la beauté étoit son moindre mérite. Elle déployait toutes ses qualités dans les querelles que les Colonnes eurent avec Paul IV. On lui défendit de sortir de Rome, & on l'auroit même mise en prison, sans les égards dus à son sexe. Elle mourut l'an 1577, fort âgée. Les vers que tous les beaux esprits du temps firent à sa louange, ont été publiés à Venise en 1558, sous le titre de Tempio alla divina Signora Aragona.
II. ARAGON, (Thullie d') née à Naples, descendait de la branche royale d'Aragon, & se distingua par son esprit & ses ouvrages, vers l'an 1550. Dès sa jeunesse elle vint à Rome, puis elle se fixa à Venise, où ses talens la firent rechercher de tous les amis des lettres. On lui doit: I. Des Poésies recueillies en 1547 à Venise chez Giolito. Elles ont de l'agrément & de la finesse. II. Traité de l'Iosinité de l'amour. Cet écrit est en prose, & parut aussi à Venise. III. Il Meschino, espèce de 362 ARA poème épique dont le héros *Gudrin de Durayto*, a le même but que Télémaque, & parcourt plusieurs pays pour trouver son père. *Thullie d'Aragon* fut éperduement aimée de *Mazio* qui la célèbre dans le troisième livre de ses lettres, & lui confacré, sous le nom de *Thalie*, le plus grand nombre de ses vers.
ARAJA, musicien de Russie, maître de la chapelle de la czarine *Anne*, a été le *Lully* de sa nation, & a établi le premier l'opéra à Péterbourg. Jusqu'à lui, on ne connoissait en Russie que des chants barbares. *Araja* fit représenter l'opéra de *Céphale* & *Procris*, dont il fit la musique : il est écrit en langue Russie; & tous les acteurs furent Russes. *Araja* est mort vers l'an 1740.
ARANDA, Emmanuel d') naquit à Bruges d'une famille noble & distinguée dans les armes. Il alla étudier en Espagne, d'où il revenait en Flandre, lorsqu'il fut pris par un corfaire d'Alger, qui le retit est exclave pendant deux ans. Il ne perdit point de vue dans sa captivité son goût pour l'étude; & étant de retour dans sa patrie, en 1642, il y publia une histoire de son esclavage, avec une notice des antiquités d'Alger. Cet écrit fut traduit en Anglois, & a été imprimé à Paris & à Bruxelles en 1682.
ARANTHON, (Jean d') né au château d'Alex dans le Genevois en 1620, fut évêque de Genève en 1660, & mourut le 4 Juillet 1695. Le Père *le Masson*, général des Chartreux, a écrit sa *Vie*, in-8°. C'est un modèle de conduite pour les prélats. *Aranthon* fut l'admiration de son diocèse par la pureté de ses mœurs, & l'amour de ses ouailles par sa bienfaisance & sa charité.
ARANZI, (Jules-César) mort à Bologne en 1581, y professa avec éclat la chirurgie, & s'y rendit célèbre par ses écrits & ses découvertes dans l'exercice de son art. On lui doit : I. Un traité latin sur le *Fatus*, imprimé à Bologne en 1589, & à Basle en 1579, in-8°. II. Observations anatomiques sur les *Tumours*, aussi en latin, dont le meilleure édition est celle de Venise, 1595 in-4°. III. Commentaire sur le livre d'*Hypocrate*, relatif aux coups & plaies de la tête, en latin, Lyon 1580, 1641, in-12. IV. *Consultations* de médecine, recueillies par *Scholtz* son disciple, & publiées à Francfort en 1598.
ARATA, (Augustin) né à Pallerme, en Sicile, se livra à la poésie, & a publié vers l'an 1603, quelques petits Poèmes latins, & des *Cantiques* siciliens.
ARATOR, Ligurien, d'abord secrétaire & intendant des finances d'*Athalarie*, ensuite soudiacre de l'église de Rome, présenta en 544, au pape *Vigile*, les *Atles des Apôtres*, mis en vers latins. On les trouve avec d'autres Poètes latins, à Venise 1502, in-4° dans la *Bibliothèque des Pères*, & séparément. Le Père *Sirmond* a publié une lettre en vers d'*Arator* à *Parshénius*. I. ARATUS, de Sicyone, échappé aux meurtriers de son père *Clinias*, conçut dès sa plus tendre jeunesse, le dessein de chasser les tyrans de sa patrie. Il s'affocia quelques-uns de ses compatriotes animés du même esprit que lui, courut avec eux mettre le feu au palais de *Nicoeles*, tyran de Sicyone, & le contraignit de prendre la fuite. *Aratus* ayant procuré à ses concitoyens le plus grand bien qu'un homme pût leur faire, la liberté, il leur proposa d'entrer dans la confédération des Achéens, composée de treize villes, qui en tirerent bien d'autres de l'esclavage, après l'avoir secoué elles-mêmes. *Aratus* fut général de cette ligue, & le fut toujours avec gloire. Le roi de Macédoine, maître de la citadelle de Corinthe, menaçait, de ce boulevard, la Grèce entière: *Aratus* forma le projet hardi de le lui enlever. Un homme s'engage à le conduire par des sentiers détournés au pied de la place; 60 talens devoient être le prix du succès. Il falloit auparavant les déposer chez un banquier, & il ne les avoit pas. Il engage sur le champ sa vaisselle, les joyaux de sa femme, & par sa générosité & sa valeur, il chasse le roi de Macédoine, 244 ans avant J. C. Il tenta ensuite de délivrer Argos de la tyrannie, & n'ayant pu réussir, il ne s'occupa plus que du bonheur de ses concitoyens. Il réunit plusieurs villes à sa république, & mérita que Sicyone lui élevait une statue, avec le titre de *Sauveur*. *Philippe II*, roi de Macédoine, le fit mettre en prison, où il mourut empoisonné l'an 214, après l'avoir attiré près de lui par mille prévenances. Il supporta long-temps l'effet du poison sans se plaindre; l'un des ses amis s'alarmant de lui voir cracher le sang, « c'est le fruit, dit *Aratus*, de l'amitié des rois. » Génie élevé, magnanime, vif, admirable pour un coup de main, *Aratus* avoit le défaut d'être lent & timide à la tête de son armée, lorsqu'il envisageoit de sang froid le péril; mais son courage s'animoit, & par un heureux mélange de qualités contraires, il n'étoit plus le même homme dès que les circonstances changeoient. Il avoit écrit l'*Histoire des Achéens*, dont il fut libérateur & le défenseur. Sur l'éloge que *Polybe* en fait, il paroit qu'*Aratus* étoit aussi bon historien que général. *Voyet* ARISTIPE, n° III.
II. ARATUS, poète & astronome du temps de *Prolomée Philadelphe*, naquit à Solos dans la Cilicie, & fut un des courtisans d'*Antigone Gonotas*, roi de Macédoine. Son Poème fut l'astronome, intitulé *les Phénomènes*, fort applaudi par les anciens, ne l'a pas été à beaucoup près autant par les modernes. *Aratus* n'est que versificateur, & il y a loin, comme on fait, d'un versificateur à un poète. *Cicéron* traduit dans sa jeunesse ce poème grec en vers latins. On trouve cette version dans l'édition de *Manilius*, donnée par M. *Pingré*, Paris 1786, 2 vol. in-8. Comme toute la traduction de *Cicéron* ne nous est pas parvenue, *Grotius* à suppléé à ce qui manquoit, par des vers qui ne déparent pas ceux de *Cicéron*. Ce supplément a été imprimé dans l'édition de M. *Pingré*. *Aratus* florifioit l'an 272 avant J. C. Les meilleures éditions de son poème, traduit aussi par *Avicnus*, mais d'un style trop diffus, sont celle que *Grotius* publia en 1600 in-4°, à Leyde, & celle d'Oxford, 1692, in-8° encore plus estimée que la précédente. *Voyet* I. HIPPARQUE.
ARBACES, gouverneur des Mèdes, pour *Sardanapale*, roi des Assyriens, s'unit avec *Bélésis*, gouverneur d'Assyrie, pour détrôner *Sardanapale*. Quelque temps après, ce roi fut obligé de se brûler lui-même dans son palais, & les conjurés partagèrent son royaume en trois. *Arbaces* eut l'empire des Mèdes, l'an 770 avant J. C. Cette monarchie dura 317 ans sous neuf rois, jusqu'à *Assyriens* chassé par *Cyrus*, 364 ARB
ARBAUD, Voy. PORCHÈRES.
ARBAUD, citoyen de Marfeille, plein de courage & de dévouement pour sa parrie, prit en 1793 le commandement des troupes Marfeilloises destinées à secourir Lyon, & à délivrer la France de la tyrannie des Terroristes. Après avoir passé la Durance, il rencontra le général Cartaux, qu'il défit, & s'empara du Château de Cadenet. Environné bientôt d'une armée plus considérable que celle qu'il commandoit, il fut blessé à mort, & fait prisonnier. Sa famille proscrite paya de son sang les liens qui l'unisfoient à lui.
ARBÉTION ou ARBITION, soldat de fortune, s'éleva des plus bas degrés de la milice jusqu'au consulat, qu'il exerça sous l'empire de Constance en 355. C'étoit un esprit pernicieux, mal-faisant, & dont l'envie s'acharnit sur tous les gens de mérite. On lui donna le commandement d'une armée contre les Allemands, qu'il vainquit dans un combat réglé. Jaloux de la réputation de Silvain, fils de Bonite, capitaine Gaulois, il contribua à le faire choisir pour général dans les Gaules, ayant le dessein de faire naître par-là quelque occasion de le perdre; ce suneste artifice lui réussit. En 357 il fut lui même soupçonné de rebellion; mais il se tira d'affaire par le crédit des eunuques. Il fut envoyé ensuite par l'empereur Constance contre les Perses en 361; puis contre Julien l'Apostat, qui s'étoit révolté. Ce prince étant parvenu à l'empire, le fit un des membres de la chambre de justice établie à Calcédoine contre les ministres de l'empereur Constance. Arbétion vivait encore sous Valens, qu'il servit utilement contre Procope. Le courage étoit sa seule qualité; et cette qualité fut ternie par bien des défauts. I. ARBOGASTE, comte Gaulois, défit & tua Victor, fils de Maxime, contre lequel Théodose l'avoit envoyé. Sa victoire lui procura la dignité de prêset du prêtoire. Ce Gaulois acquit une si grande autorité sur Valentinien, que le prince n'étoit, pour ainsi dire, que son second. Arbogaste l'engagea dans une guerre contre sa nation, pour satisfaire une haine particulière; mais cette guerre n'ayant pas été heureuse, l'empereur lui ôta la charge de général de ses armées. Arbogaste s'en vengea en le faisant étrangler par les eunuques. Le meurtrier fit empereur un certain Eugène, & voulut soutenir ce phantôme de souverain contre Théodose. Il remporta d'abord une victoire contre ce prince; mais ayant eu ensuite du dessous, il se passa deux épées à travers le corps en 394.
II. ARBOGASTE, (S.) évêque de Strasbourg, mort en 678, eut la faveur de Dagobert, roi d'Austrasie. Il demanda en mourant d'être enterré au lieu où l'on exécutoit les criminels. Othon, évêque de Strasbourg, a écrit la vie d'Arbogaste, & elle a été inférée dans le recueil du P. Bosch.
ARBOUSE, (Marguerite Vengd') naquit en Auvergne. Louis XIII la tira du monastère de St.-Pierre de Lyon, où elle étoit religieuse, pour lui donner l'abbaye de Notre-Dame du Val-de-Grace. Sa première pensée, en y entrant, fut d'y établir la réforme, & de la maintenir par de sages réglemens. Elle se démit elle-même de son abbaye en faveur de l'abbeffe triennale qui fut élue en 1626; & mourut en odeur de sainteté, le 16 toût de la même année, à Sery près de Dun-le-Roi, où elle étoit allée pour établir la régularité dans un monastère. L'abbé Fleury a écrit sa Vie, in-8.º 1685.
ARBRISSEL, (Robert d') ainsi appelé d'un petit bourg de Bretagne où il prit naissance, étudia à Paris avec succès. Silvestre de la Guerche, évêque de Rennes, récompensa les progrès que Robert avoit faits dans les lettres & dans la vertu, en le nommant son Archiprêtre. Il combattit dans ce diocèse la fimonie & l'incontinence du clergé, deux vices très-communs dans son fiècle. Marbode étant moins favorable à Robert que son prédécesseur, il se retira dans la forêt de Craon, où il fonda une communauté de chanoines réguliers. Il fortit quelque temps après de sa solitude, sans se fixer nulle part, prêchant partout, & toujours avec fruit. La multitude de ses disciples augmentant tous les jours, & les femmes qui le suivoient dans le fond des déserts, ne pouvant éviter d'être mêlées avec les hommes, il chercha un lieu où elles pussent habiter avec bienfaisance, sans exciter la critique de ses ennemis, scandalisés de cette nouvelle manière de prêcher & d'écouter l'Évangile. Il trouva ce lieu à l'extrémité du diocèse de Poitiers, dans un endroit appelé Fontevrault : c'est la qu'il établit sa nouvelle famille vers l'an 1103. On fit d'abord des cabanes, pour se garantir des injures de l'air; Robert sépara ensuite les femmes d'avec les hommes, destinant celles-là à la prière, & ceux-ci au travail. Ses disciples devoient porter le nom de Pauvres de J. C., & obéir aux femmes qui en étoient les servantes. Ces Pauvres commençoient à être déjà riches à la mort de Robert d'Arbrissel, arrivée en 1117, au priéure d'Orfan; mais ces richesses étoient, en partie, le fruit de leurs travaux : ils avoient défriché des marais, des landes & des bois. Outre le monastère de Fontevrault, Robert en fonda plusieurs autres en diverses provinces. Il avois conféré quelque temps avant sa mort le généralat à une dame nommée Pétronille de Chamille. Géoffroi abbé de Vendôme, & Marbode évêque de Rennes, amis du nouveau fondateur, lui reprocherent dans deux Lettres, sur les mauvais bruits qui couroient, les inconvénients de sa trop grande familiarité avec les femmes, l'amertume de son zèle contre les hommes, & sur-tout contre les prêtres & les évêques, la singularité de son extérieur, & les rumeurs scandaleuses que sa conduite occasionnoit. Des écrivains postérieurs se sont amusés à commenter ces deux Lettres. Ils ont formé des conjectures malignes sur sa vertu. Ils l'ont accusé de ne faire qu'un même lit avec ses prosélytes, sous prétexte de mortifier la chair & de vaquer plus commodément à l'oraison : ce qui a fourni à Bayle & à quelques auteurs fatyriques de fades railleries. Mais ses disciples, fondés sur les témoignages des auteurs contemporains, l'ont lavé de toutes ces calomnies. Consultez en particulier : I. L'Histoire de l'Ordre de Fontevrault, la Vie du B. Robert d'Arbrissel, & l'Institut de l'Ordre, par le P. Piquet jésuite, Paris 1642, & Angers 1686 in-4.º II. La Dissertation Apologétique pour le B. Robert d'Arbrissel, adressée à Bayle, par le P. Soris, in-8.º Anvers 1701. III. Le Bouclier de l'Ordre de Fontevrault naissant, in-8º, par le Père Mainferme, enfant de ce corps. On voit par ces différentes Apologies, que la jalousie de quelques ecclésiastiques avoit forgé & répandu contre Robert d'Arbrissel, les traits empo- 366 A R B fonnés dont *Geoffroi* & *Marbode* l'avoient affaillu. *Hildebre* évêque du Mans, depuis archevêque de Tours, lui fit une Epuphe où il le peint comme « un homme rempli de l'esprit de Dieu, tourmentant fa chair par la taint, par la foi, par les veilles, par les cuiraffes de ter; accordant rarement du repos à fes membres tatigués, & plus rarement de la nourriture; ne mangeant que des legumes, & fe foumettant en tout aux lois de la raifon & de la religion. » — Quelques Apologites de *Robert*, ont conteste l'authenticité des lettres de *Geoffroi* & de *Marbode*; mais les anciens manuscrits font connoître qu'elles font veritables. En 1633, *Louise de Bourbon*, abbeffe de Fontevrault, fit placer les reftes de *Robert* dans un fuperbe tombeau de marbre.
ARBUSCULA, célèbre comédienne dont parle *Horace*, qui ayant été fifflée par le peuple & applaudie par les Chevaliers, dit avec affectation « qu'elle fe contentoit de l'applaudiffement des honnêtes gens. » *Atticus* écrivant un jour a *Cicéron*, lui demanda fi *Arbufeula* avoit bien joué dans l'*Andromaque* d'*Ennius* que l'on venoit de reprefenter ? *Cicéron* lui répond qu'elle avoit plu extrêmement, *vaide placuit*. I. ARBUTHNOTH, (Alexandre) naquit en E. offe l'an 1538, d'une famille illustre. Apres avoir fait fon droit à Bourges fous le fameux *Cujas*, il fut prinéipal ou régent du collège royal d'Aberdeen. Il s'étoit rendu Profeftant peu de temps auparavant, & il joua un rôle dans toutes les querelles que cette fette fufcita en Angleterre. Il fut deux fois membre des affemblées générales. C'étoit un favant universel & un homme aimable. On a de lui des *Difcoure* en latin fur l'ori- gine & l'excellence du Droit, Éditis bourg 1572, in-4.º & l'édition de l'*Histoire d'Ecoffe*, de *Buchanan* fort ami. Il mourut à Aberdeen, en 1583, âge de 46 ans.
II. ARBUTHNOTH, (Jean) médecin de la reine *Anne* d'Angleterre, mort en février 1735, étoit d'une fociété agréable & d'une fcience peu commune. Son père ecclésiaftique Ecoffois ayant perdu fa place dans la révolution, le fils vint a Londres, où il exerça la médecine avec diffinction. *Pope*, *Swift*, *Gay* & *Parnell* furent de fes amis. Après la mort de la reine *Anne*, il vint à Paris, où il avoit un frère banquier. De retour à Londres, il publia quelques ouvrages eftimés. I. *Table des anciennes monnoies*, *poids* & *mejures*, in-4.º, 1742. II. *Effets de l'air fur le corps humain*. III. *Effai fur les alimens*, traduit en françois, ainfi que le précédent, in-12. On y trouve quelques bonnes obfervations; il prétend que l'efpce humaine a befoin d'une nourriture plus fortifiante que celle des végétaux. *Il faut du fang*, dit-il, *pour faire du fang*. On a encore de lui: *Examen de l'hiftoire naturelle de la terre de Woodward*, 1695, in-8.º
ARC, Voyet JEANNÉ D'ARC.
ARC ou ARCQ, (Philippe-Auguste de SAINTE-FOI, chevalier d') né à Paris, & mort en 1779 à Tulles où il étoit exilé, fe montre homme de lettres & homme de plaifir. Les agrémens de fon efprit & de fon imagination le rendoitent agréable, lorfi qu'il parloit & lorfi qu'il écrivoit. On a de lui: I. *Mes Loifirs*, pet. in-12. C'eft un recueil de penfées détachées, dont quelques-unes expriment des maximes qu'ont pourroit contester, mais dont la plupart font folides & finement endues. L'auteur y respecte la religion, & donne de bonnes raisons pour la faire respecter par les incrédules. II. *Histoire générale des Guerres*, 1756, in-4°, il n'en a donné que deux volumes, assez mal accueillis. Quoique l'auteur écrivit bien, un pareil ouvrage étoit au-dessus de ses forces. III. *L'Histoire du Commerce & de la Navigation des Anciens & des Modernes*, 1758, 2 vol. in-12. Le chevalier d'Arcy a profité du livre d'Huet sur le commerce des anciens, mais son style est plus élégant. IV. Quelques petits Romans, écrits avec délicatesse : le *Palais du Silence*, in-12, les *Lettres d'Ofman*, in-12, &c. &c. V. *La Noblesse militaire*, in-12, qu'il opposa à la *Noblesse commerçante* de l'abbé Coyer.
ARCADIE, fille d'Arcadius & sœur de l'Empereur *Théodose II*, illustra sa haute naissance par ses vertus. Le patriarche *Atticus* lui dédia son *Traité de la foi & de la virginité*. Elle fit bâtir les bains *Arcadiens* à Constantinople, & mourut dans cette ville à l'âge de 45 ans, l'an 444.
ARCADIUS, empereur d'Orient, fils de *Théodose* le *Grand*, fut revêtu de la pourpre par son père à l'âge de sept ans, en 383, & lui succéda en 395. *Honorius*, son frère, eut l'empire d'Occident. *Raffin*, préfet du prétoire, le gouverna d'abord ; mais n'ayant pas pu le déterminer à être son genre, il ouvrit l'Orient aux Barbares. Ce malheureux ayant péri par une mort tragique, *Arcadius* fut sans maître ; mais il s'en donna bientôt un second. *Eutrope*, eunuque qu'il fit son grand chambellan, d'abord esclave, ensuite valet, & parvenu peu à peu, le conduisit comme une bête, selon l'expression de *Zozime*. *Arcadius*, mou, indolent & voluptueux, se reposa de tout sur son eunuque, & après lui, sur *Eudoxie* sa femme, à laquelle il sacrifia *St. Jean - Chrysostome*. Cet empereur avoit développé de bonne heure son mauvais caractère, en ordonnant dans sa jeunesse à un de ses officiers, de tuer son précepteur *Arsène* : (*Voyce mot.*) *Arcadius* mourut en 408, âgé de 31 ans, & encore trop tard pour le bonheur & la gloire de l'empire.
ARCAGOLO, (Octave) historien & poète de Catane en 1602, a laissé : I. Une traduction des *Lettres de Diodore* en italien. II. Une *Chronique universelle*. III. Une autre de *Catane*. IV. Quelques *Chanson Siciliennes*.
ARCAMONE, (Agnello) jurifconsulte de Naples, nommé ambassadeur de *Ferdinand I* près du pape *Sixte IV*, & de la république de Venise, s'acquitta avec succès de ses négociations. Il a écrit sur les lois & le droit public du royaume de Naples.
ARCAS, (Mythol) fils de Jupiter & de Calisto, donna son nom à l'Arcadie, celui de tous les pays de la Grece dont on raconta le plus de fables, & renommé pour la taille extraordinaire des ânes qu'on y voyait. Quand *Arcas* fut grand, des chasseurs le présentèrent au roi *Lycaon* son aïeul, qui ne le reconnut point. Ce prince inhumain, pour éprouver la puissance de Jupiter, qui étoit venu chez lui prendre l'hospitalité, lui servit dans un festin les membres d'*Arcas* qu'il avoit coupé par morceaux. *Jupiter*, indigné d'un accueil & d'une tentative aussi détestables, changea *Lycaon* en loup, & *Arcas* en ours, qu'il plaça dans le ciel auprès de sa mère : c'est la constellation de la petite *Ourse*. 368 ARC
ARCELLA, (Justinien) favant médecin de Naples dans le feizième siècle, est auteur d'un traité estimé ayant pour titre : De ardore urina & sillicidio, ac de mièlu sanguinis non puri, Padoue, 1568.
ARCÈRE, (Louis Etienne) prêtre de l'Oratoire, né à Marseille, mort en 1781 dans un âge avancé, est moins connu par les prix de poésie qu'il remporta à Toulouse, à Marseille, à Pau, que par son Histoire de la ville de la Rochelle & du pays d'Aunis, 1756, 2 vol. in-4°, ou 6 vol. in-12. Cet ouvrage, écrit avec clarté & quelquefois avec élégance, offre des recherches curieuses. On lui doit encore les ouvrages suivants. I. Eloge du P. Jaillou, 1750, in-4°. II. Journal historique de la tentative de la flotte Angloise sur la côte d'Aunis, 1757, in-4°. III. Mémoire sur la nécessité de diminuer le nombre des fêtes, 1763, in-12. IV. De l'État de l'agriculture des Romains jusqu'au siècle de Jules-César, relativement au gouvernement, aux mœurs & au commerce. 1777, in-8°. L'auteur avoit beaucoup de littérature ; & il joignoit à cet avantage, des mœurs douces & un caractère honnête. I. ARCÈSILAS ou ARCÈSILAUS, de Pitane en Éolide, disciple & fuccefleur de Crantor dans l'école Platonique, forma la fêche appelée la seconde Académie. Il unit l'éloquence de Platon à la dialectique de Diodore. Ses principes étoient, qu'il falloit douter de tout, ne rien affirmer, & rester dans une incertitude continuelle sur toutes choses. Il foutenoit, que l'homme ne pouvoit jamais parvenir à la connoissance de la vérité. « Nos sens, disoit-il, nous trompent toujours ; notre raison ne nous trompe pas moins. D'ailleurs, la vie est trop courte, trop agitée, pour espérer d'acquérir aucune certitude. — Ne voit-on pas, continuoit-il, que tout n'est qu'un amas de préjugés & d'opinions ; que ce qu'on désiroit dans sa jeunesse, dans la santé, dans une certaine situation, on le hait dans la vieille, dans la maladie, dans un autre temps ; que tout est couvert de si épaisses ténèbres que les meilleurs yeux ne diffèrent en aucune manière des plus mauvais ? » Il laissoit par conséquent à ses disciples une entière liberté de suivre telle opinion qu'ils jugeoient à propos, soit en physique, soit en morale, soit même en matière de religion. Cicéron l'a réfuté dans ses Questions académiques. « Comment, dit-il, peut-on s'engager dans une fêche qui confond le vrai avec le faux, qui nous ôte tout usage de la raison & du jugement, qui nous défend de rien approuver, & qui nous dépouille de tous les sens ? Encore ces peuples Cimeriens, qu'on dit ne voir jamais le soleil, ont-il quelques feux & quelque crépuscule qui les éclaire ? Mais ces philosophes, au milieu des profondes ténèbres dont ils nous environnent, ne nous laissent aucune étincelle dont la lueur puisse nous éclairer. Ils nous tiennent comme garrotrés par des liens qui ne nous permettent pas de faire aucun mouvement. Car enfin nous défendre, comme ils font, de donner notre consentement à quoi que ce puisse être, c'est réellement nous ôter tout usage de l'esprit, & nous interdire en même temps toute action. » Arcèislas répétoit souvent cette sentence d'Hésiode : Les Dieux ont mis un rideau impénétrable entre eux & les hommes. Ce système dangereux étoit le renversement de toutes les sciences. Ce philosophe ne laissa pourtant pas d'avoir beaucoup de disciples. Un esprit vif & aisé, le don Son de la parole, une physionomie heureuse, une générosité sans égale, contribuerent plus encore à lui en faire, que son système. On dit qu'il prêta à un de ses amis se vaisselle d'argent pour donner un repas, & qu'il ne voulut jamais la reprendre. La philosophie n'avoit pas éteint en lui le goût de la belle littérature. Il aimoit tant *Homère*, que, lorsqu'il alloit le lire, il disoit qu'il alloit voir sa maitresse. Ce n'étoit pas la seule qu'il eût : car il partageoit son temps entre la philosophie, l'amour, les plaisirs de la table, & la lecture. On rapporte même qu'il mourut d'un excès de vin, à l'âge de 75 ans, l'an 300 avant J. C. La mort ne dut pas lui paroître affreuse ; il disoit ordinairement, que c'étoit de tous les maux le seul dont la présence n'incommodoit jamais personne, & qui ne chagrinoit qu'en son absence. Quoi-qu'un lui ayant demandé, pourquoi tant de disciples quittoient les sectes de leurs maîtres, pour embraffer celle d'*Epicure* ; tandis qu'aucun Epicurien n'abandonnait la sienne, pour se jeter dans une autre ? il répondit : *Parce que des hommes on peut faire des eunuques ; mais que des eunuques on ne peut point en faire des hommes*. Quoique le doute universel d'*Arcésilas* renversât les fondemens de la vraie philosophie, il trouva un défenseur dans *Lacyde*, qui le transmit à *Evandre*. Celui-ci le fit passer à *Hégésime*, & *Hégésime* à *Carnéade*, fondateur de la troisième Académie.
II. ARCÉSILAS, ancien sculpteur Grec, se rendit sur-tout célèbre par une statue de *Diane* longtemps admirée.
ARCÉSIUS, *Voy. ACRISIUS*.
ARCÉSIUS, (Mythol.), fils de *Jupiter*, devint père de *Laerte* & aïeul d'*Ulysses*. Il épousa, suivant les poètes, une Ourse, c'est-à-dire une femme Grecque qui se nommoit sans doute *Arctos*, mot qui signifie *Ourse*.
ARCHAMBAUD, (N.) née à Laval dans le Bas-Maine, a fait imprimer dans les premiers Mercures de France une *Dissertation* agréablement écrite sur la question, lequel de l'homme & de la femme est plus capable de constance ? On sent qu'elle décide en faveur de son sexe. I. ARCHÉLAUS, fils naturel de *Perdiceas*, s'empara de la couronne de Macédoine, après en avoir fait mourir les héritiers légitimes. Cet usurpateur se conduisit en grand prince; il disciplina ses armées, fortifica ses places, équippa des flottes, & protégea les lettres & les arts. Les plus grands écrivains & les plus habiles artistes vinrent en foule à sa cour. *Socrates* fut appelé : mais il répondit, « qu'il ne pouvoit se résoudre à aller voir un homme de qui il recevroit des biens qu'il ne pouvoit lui rendre. » On croit que ce philosophe avoit un autre motif de son refus : le gouvernement dur & sévère de ce prince. Un de ses favoris l'assassina l'an 399 avant J. C.
II. ARCHÉLAUS, fils d'*Archélaus* qui commanda en chef les troupes de *Mithridate*, obtint de *Pompée* le pontifiait de Comane dans le Pont. Il servit quelque temps dans l'armée des Romains en Grèce; mais ayant épousé la reine *Bérénice*, qui avoit fait étrangler depuis peu son premier mari, il se fit reconnoître roi d'Égypte. Son règne ne fut que de six mois, ayant été défait & tué par les troupes de *Gabinius*, général Romain, vers l'an 56 avant J. C. A a
III. ARCHÉLAÜS, petit-fils du précédent, fut rait roi de Cappadoce par Marc-Antoine. Il secourut ce général à la bataille d'Actium contre Auguste, & ne laissa pas de se maintenir sous cet empereur. Tibère, moins indulgent, voulut se venger de ce qu'il ne lui avoit rendu aucun devoir pendant son séjour à Rhodes, & l'invita de venir à Rome sous les plus belles promesses; mais à peine fut-il arrivé, qu'il le fit enfermer dans une dure prison, où il mourut la 16e année de J. C. Son royaume fut déclaré province de l'empire. C'est cet Archélus connu dans l'histoire des Juifs. Voyez ATKONGE.
IV. ARCHÉLAÜS, fils d'Hérode le Grand, lui succéda dans le royaume de Judée, l'an 3e de J. C. Il commença son règne en faisant mettre à mort 3000 personnes qui s'étoient révoltées à l'occasion d'un aigle d'or placé sur le portail du Temple. Il partit ensuite pour Rome. Auguste confirma sa royauté: mais il ne lui donna que la moitié des états de son père; &, sur des plaintes contre sa cruauté, il l'exila ensuite à Vienne dans les Gaules. Il y mourut l'an 6e de J. C. V. ARCHÉLAÜS, philosophe Grec, disciple d'Anaxagore, enseigna la doctrine de son maître avec quelques modifications. Il erra dans la physique & la morale, quoiqu'on lui eût donné le surnom de Physicien, parce qu'il apporta le premier la physique de l'lonie à Athènes. Il soutenoit, « que tout se forme par des parties semblables; que toutes les actions sont indifférentes, & qu'elles ne sont justes ou injustes, que parce que les lois & la coutume les ont rendues telles. » Il philo- sophoit vers l'an 444 avant J. C. Socrate fut son disciple.
VI. ARCHÉLAÜS, célèbre sculpteur, fils d'Apollonius, étoit de Priène, ville d'Ionie. Il fit en marbre l'Apothéose d'Homère, sous l'empereur Claude, à ce qu'on croit. Ce morceau de sculpture, l'un des plus beaux de l'antiquité, auroit suffi pour donner l'immortalité à Homère, si ses poèmes ne la lui avoient assurée. Ce monument fut déterré en 1658, dans une campagne appartenant aux princes Colonnes, & où l'on prétend que l'empereur Claude avoit une maison de plaisance.
VII. ARCHÉLAÜS, évêque de Cascar, suffragant d'Amide dans la Mésopotamie, s'illustra autant par sa piété que par son savoir. Il confondit Manès l'an 277, dans une conférence dont les Actes subsistent encore en latin, traduits par Zacagni sur le grec.—Voyez, sur l'authenticité de ces Actes, l'Histoire du Manichésime de Beaujobre & les Collécians de Zacagni.
ARCHEMORE, fils de Lycurgus roi de Nemée, fut mis par sa nourrice sur une plante d'ache, tandis qu'elle étoit à montrer une fontaine aux princes qui alloient affiéger Thèbes; un serpent le piqua, & il mourut de cette blessure. Lycurgus voulut punir de mort la négligence de la nourrice, mais les Argiens la prirent sous leur protection. Ce fut en mémoire de cet accident que furent institués les Jeux Néméens qui se célébroient de trois en trois ans. Les vainqueurs se mettoient en deuil & se couronnaient d'ache. I. ARCHIAS, (Mythol.) descendant d'Hercule, devint le fondateur de Syracuse. Ayant consulté l'oracle de Delphes sur la destinée de la ville qu'il vend d'établir, le Dieu lui laissa le choix de la rendre opulente ou de lui accorder un territoire très-falubre. *Archias* préféra les richeffes, & dès-lors Syracuse devint l'une des cités les plus riches de l'antiquité.
II. ARCHIAS, poète Grec d'Antioche en Asie, est plus connu par le plaidoyer éloquent que *Cicéron* prononça en sa faveur, que par les petits *Fragmens* qui nous restent de lui. On lui refufoit le titre de citoyen Romain, que *Cicéron* lui fit confirmer, en soutenant qu'il l'avoit, & que s'il ne l'avoit pas eu, ses talens & sa probité le lui auroient mérité. Il vivoit vers l'an 60 avant J. C. *Archias* avoit composé plusieurs ouvrages, entre autres un *Poème sur la guerre des Cimbres*, & en avoit commencé un autre *sur le Conjuste de Cicéron*.
ARCHIDAME, fils & fucceffeur d'*Agéfilas* le *Grand* roi de Sparte, vainquit les Arcadiens, repoussa les attaques d'*Épaminondas* contre Lacédémone, secourut les Tarentins, & fut tué par les Lucaniens l'an 338 avant J. C. C'étoit un prince digne des plus grands éloges, par ses belles actions dans la guerre, & par les autres circonstances de sa vie. Les anciens nous ont conservé plusieurs de ses bons mots.—Quelqu'un demandant à *Archidame*, jusqu'où s'étendoit le domaine des Lacédémoniens? Il répondit: *Par-tout où ils peuvent étendre leurs lances.*—Il écrivit à *Philippe* de Macédoine, fier du succès de ses armes: *Que s'il regardoit son ombre au soleil, il ne la trouveroit pas plus grande qu'elle l'étoit avant la victoire.*
ARCHIDAMIE, fille de *Cléonyme*, roi de Sparte, ayant appris qu'on délibéroit dans le sénat si l'on enverroit les femmes dans l'isle de Crète pendant la guerre du Péloponnès, entra dans l'assemblée l'épée à la main, & demanda fièrement aux hommes, s'ils penfoient que les femmes Lacédémoniennes puissent survivre à la ruine de leur patrie? Cette fermeté fit renoncer à ce projet & cesser la délibération.
ARCHILÉONIDE, femme Spartiate, célèbre par son courage. Son fils fut tué dans un combat. Sa mère demanda s'il étoit mort vaillamment. Des étrangers lui répondirent qu'il ne pouvoit pas y avoir à Lacédémone de soldats si courageux. « Détrompez-vous, répartit *Archiléonide*; mon fils étoit brave, mais grace au ciel, ma patrie renferme encore plusieurs hommes dont la valeur surpasse peut-être la fienne. »
ARCHILOQUE, poète Grec, naquit à Paros, l'une des Cyclades, vers l'an 664 avant J. C. C'étoit le poète le plus fatyrique de l'antiquité. Quand il étoit las de déchirer ses amis ou ses ennemis, il médifoit de lui-même. Ce sont ses vers qui nous apprennent qu'il étoit né d'une mère esclave, que la faim l'obligea de quitter son pays, qu'il se fit détester par-tout où il put sa faire connoître, & qu'il étoit livré à toutes fortes de dérèglements. Il se déchaîna avec une rage si envenimée contre *Lycambé*, qui, malgré son ferment, avoit promis sa fille à un concurrent plus riche, que le bon-homme se pendit de désespoir. Sa fureur s'étendit jusques sur la fille de ce malheureux imbécille, & avec tant de violence, qu'elle ne voulut pas survivre aux fatyres de ce poète furieux. *Cicéron* appelle de son nom les placards injurieux affichés contre *Céjar*, *ARCHILOCHIA EDICTA*, A a z Archiloque fut aussi licencieux dans ses vers, que médifiant : Lacédémone défendit à ses citoyens de lire ses Poésies. On en trouve des fragments dans les Poetes Grecs, Genève 1606 & 1614, 2 vol. in-fol. Il fut un des premiers qui se servit du vers iambe. Son style est plein de force, de hardiesse, de feu, de vénétence & d'énergie. Ce satyrique assassin fut assassiné lui-même : on se vengea par le ser, du poignard que ses jambes entonçoient dans la cœur. Il s'étoit trouvé à une bataille, où il jeta son bouclier : J'ai perdu mon bouclier, disoit-il, mais j'ai conservé ma vie ; & il ne me fera pas mal - aisé d'en trouver un meilleur que le premier. Bonne philosophie pour un poiron !
ARCHIMÈDE, d'une famille illustre de Syracuse, & parent d'Hiéron qui en étoit roi, préféra l'étude des mathématiques à l'élévation que sa naissance lui promettoit. Hiéron, son ami & son souverain, convertoit journellement avec lui sur la théorie & la pratique des sciences qu'il cultivoit. On prétend qu'un jour, comme il expliquoit à Hiéron les effets des forces mouvantes, il osa lui dire, que « s'il avoit une autre terre que notre globe pour placer ses machines, il lèveroit celle-ci à son gré. » Cette fable, que plusieurs historiens racontent, doit être mise au nombre des erreurs populaires, avec celle de la sphère de verre, dont on dit que les cercles suivent les mouvemens des astres du ciel. Mais l'histoire des miroirs ardens dont il se servit pour brûler les vaisseaux de Marcellus, qui assiégeoient Syracuse, mérite beaucoup plus de croyance. Nous avions révoqué en doute ce fait, traité de fable par Descartes & par l'abbé Saas. Mais M. de Buffon en a prouvé la possibilité, en imaginant un miroir semblable à celui d'Archimède, & même d'un beaucoup plus grand effet. Il est composé d'environ 400 glaces planes, d'un demi-pied en quarré. Il fond le plomb & l'étain à 140 pieds de distance, & allume le bois de beaucoup plus loin. Ainsi celui d'Archimède, qui brûloit à la portée du trait, c'est-à-dire, à 150 ou 200 pieds, ne doit pas être regardé comme une chimère. Une autre gloire de ce célèbre mathématicien, est d'avoir inventé des machines & des batteries, soit pour l'attaque, soit pour la défense des villes, dont sa patrie se servit avec avantage. Ses connoissances n'étoient pas bornées aux seules mathématiques. Un orfèvre ayant mêlé du cuivre avec de l'or dans une couronne d'or pour le roi, il trouva le secret, alors inconnu, aujourd'hui très-commun, de découvrir la fraude ; il conçut, dit-on, tant de joie de cette découverte, qu'il sortit brusquement du bain, sans s'apercevoir qu'il étoit nu, en criant : Je l'ai trouvé ! je l'ai trouvé !... Marcellus ayant enfin, après un long siège, surpris Syracuse, ordonna en entrant dans la ville que l'on épargnât Archimède ; mais l'application de ce mathématicien à ses études, lui coûta la vie. Fortement occupé de la solution d'un problème, il ne fut la prise de la place, que lorsqu'un soldat se présenta à lui, pour lui ordonner de venir parler à son général. Le philosophe le pria d'attendre un moment jusques à ce qu'il eût fini son opération géométrique ; mais le soldat ne comprenant rien à ce qu'il lui disoit, le perça de son épée l'an 208 avant J. C. La mort de ce grand homme causa une douleur vive au général Romain : il traita ses parens avec une distinction marquée, & lui fit élever un tombeau sur lequel on voyoit un cylindre & une sphère. Cicéron, questeur en Sicile, découvrit ce monument de la vénération de Marcellus pour ce savant mathématicien. On lui doit la vis inclinée, appelée encore de son nom la Vis d'Archimède ; il l'inventa, dit-on, dans un voyage qu'il fit en Egypte, pour donner à ses habitans le moyen de vider l'eau qui croupissoit dans les lieux bas après l'inondation du Nil. On lui attribue la poulie mobile & la sphère. Nous avons de lui quelques Traités, dont nous sommes redevables aux Grecs, qui se réfugièrent en Italie après la prise de Constantinople. Ils ont pour objet la Statique, l'Hydrostatique, Spharopæia, ou Description de la sphère, &c. Les éditions les plus recherchées sont celle de Londres in-4°, en 1675 ; & celle de Paris 1615, in-fol. qui est la meilleure. Melot a publié dans le 14° vol. des Mémoires de l'académie des Inscriptions, des recherches curieuses sur la vie d'Archimède.
ARCHINTO, (Octave) créé comte de Barate par Philippe III, roi d'Espagne, étoit d'une famille illustre du duché de Milan, qui prétend descendre des rois Lombards. C'étoit un des plus grands antiquaires du 16e siècle. On a publié le Recueil des Antiquités qu'il avoit réunies, en un vol. in-fol. sans nom de lieu ni d'année. Cet ouvrage est fort rare.
ARCHIPPE, (Mythol.) femme de Schéleus roi de Mycène, étoit enceinte dans le même temps qu'Alcémène, femme d'Amphytrion. L'Oracle avoit décidé que celui des deux enfans qui naîtoit le premier auroit la supériorité sur l'autre. Junon, pour se venger d'Alcémène, fit accoucher Archippe au bout de sept mois ; elle donna le jour à Euryshée.
ARCHITRENIUS, Voy. HAUTEVILLE.
ARCHON, (Louis) chapelain de Louis XIV, naquit à Riom en Auvergne en 1645, d'un procureur. Comme son père faisoit les affaires du cardinal de Bouillon, il obtint par la protection de ce prélat, une place de chapelain chez le roi, & celle de garde des ornemens qui fut créée pour lui. En 1678, il fut nommé à l'abbaye de St. Gilbert-neuf-Fontaines dans le diocèse de Clermont. Devenu infirme, il quitta la cour & se retira dans sa patrie, où il mourut en 1717. Ladvocat le fait mourir à Rome ; nous avons mieux aimé suivre l'opinion de l'auteur des Etrennes Ecclésiastiques d'Auvergne. Clermont, 1767, in-12. On a de lui l'Histoire de la Chapelle des Rois de France, Paris, 1711, 2 vol. in-4°, pleine de recherches curieuses, non-feulement sur la Chapelle, mais sur les grands-aumôniers, premiers aumôniers, confesseurs, &c. Il étoit licencié en théologie de la faculté de Paris.
ARCHYTAS, de Tarente, embraffa la philosophie de Pythagore, & fut son huitième successeur dans le professorat de cette fêcte. Egalement profond dans la géométrie & la mécanique, il enrichit celle-ci de la vis & de la poulie, & rendit service aux hommes en appliquant les mathématiques aux choses d'usage. Eutocius rapporte, qu'il trouva la duplication du cube, découverte plus utile que celle d'un pigeon volant qu'on prétend qu'il fit. Ses exercices de l'école ne l'empêcherent pas d'être un grand A a 3 374 ARC homme d'état & un bon général d'armée. Il eut différens emplois, & les remplit tous avec autant d'intelligence que d'industrie. Ce philofophe Pythagoricien fut trouvé mort sur les côtes de la Pouille, où un naufrage l'as oit jeté. Il floriffoit l'an 403 avant J. C. Porphyre nous a conservé un fragment d'Archytas. M. Jean Gramm, Danois, en a donné une édition, avec la traduction latine. Il l'a ornée d'une belle Différation sur ce philofophe guerrier & politique, in-4.° à Copenhague.
ARCLAIS, Voy. MONTAMY.
ARCO, (Nicolas comte d') agréable poète du 16e siècle, naquit à Arco, fief antique de sa famille, fut page de l'empereur Fréderic, servit avec distinction en Flandres, & revint ensuite en Italie y jouir de l'estime de ses compatriotes, & de l'amitié des hommes de lettres de son temps, tels que Fracastor, Cotta, &c. Il mourut en 1546, laissant beaucoup de Poésies latines pleines de feu & de délicatesse. Elle furent imprimées pour la première fois en 1546; Volpi en a publié une dernière édition en 1739. Elles offrent des Hymnes, un P. ème sur le siège de Vienne, l'Eloge de l'Olive, &c.
ARCQ, Voyet ARC.
ARCUDIUS, (Pierre) prêtre Grec de l'isle de Corfou, vint étudier à Rome. Clément VIII l'envoya chez les Russes pacifier quelques querelles de religion. Au retour de son voyage, qui fut assez heureux, il s'attacha au cardinal Boughèse, heveu du pape, & mérita sa protection & son estime. Nous avons de lui : I. Un ouvrage savant, intitulé : De concordia Ecclesia Occidentalis & Orientalis, in feptem Sacramentarum administratione, imprimé a Paris, en 1672, volume in-4.° II. Utrium detur Purgatorium ? Rome 1632, in-4.° III. De Purgatorio igne, ibid. 1637, in-4.° IV. Opuscula de Præstiana Spiritus functi, ibid. 1630, in-4.° & plusieurs autres ouvrages. Il seroit a souhaiter que l'auteur eût écrit avec plus d'ordre & de modération. Allatus, dit : « qu'il montre trop d'emportement contre les novateurs, dont il haistoit jusqu'au nom même, & que souvent pouvant défendre la vérité par de bonnes raisons, il aime mieux employer des injures; que voulant rapporter sur chaque matière tout ce qu'il avoit recueilli, il s'éloigne souvent de son sujet par de longues digressions, qui embrouillent tout, & que, quoiqu'il se piquât de bien écrire en grec, il n'étoit pas heureux dans le choix de ses expressions. » Eusèbe Renaudot va encore plus loin dans ses Notes sur l'Homélie de Gennade sur l'Eucharistie; car il dit que « souvent il manque d'exactitude, & même de bonne-toi, & qu'il est regardé comme un homme qui s'est proposé de décrier l'Eglise Grecque. (Mémoires de Nicéron, tom. 40.) » Arcudius mourut à Rome, au collège des Grecs, vers l'an 1635, des fuites d'un accident.
ARCULUS, (Mythol.) Dieu des Romains, qu'ils taisoient présidât à la défense des citadelles, & à la garde des coffres & des armoires.
ARCY, (Patrice d') né à Gallowai en Irlande, le 28 septembre 1725, passa au service de France, & s'y distingua par ses connoissances dans l'art militaire, & par ses ouvrages. Après avoir étudié les mathématiques sous le père de Clairaut; il approfondit les divers fyftèmes d'artillerie, & parvint au grade de Maréchal de Camp. Reçu membre de l'Académie des Sciences, les Mémoires de cette Société renferment plusieurs de ses écrits. Ceux qu'il a publiés à part font : I. Réflexions sur la théorie de la lune, in-8.º II. Effai d'une nouvelle Théorie d'artillerie, 1760, in-8.º III. Recueil de pièces sur un nouveau fusil, 1777 in-8.º D'Arcy est mort à Paris le 18 octobre 1779, à l'âge de 54 ans, deux ans après avoir épousé sa nièce.
ARDÈNE, Voyet ROME.
ARDOINA, (Anne-Marie) fille du prince de Puñtu, épousa celui de Piombino, petite ville souveraine sous la protection du roi de Naples. Ardoina se rendit célèbre par ses graces & ses talens dans la danse, la musique, la peinture & la poésie. Elle mourut en 1700, laissant un volume de Poésies latines, imprimées à Naples en 1687, in-4.º
ARDSCHIR BABEGHAN, Voy. IV. ARTAXERCÈS.
ARDUENA, (Mythol.) divinité Celtique adorée par les Gaulois comme protectrice des chasseurs; la forêt des Ardennes prit son nom du culte qu'on y rendoit à cette déesse. I. ARDUIN, l'un des chefs Normands qui s'établirent en Italie. Celui-ci chassa les Grecs en 1041, & se fit gouverneur de la Pouille.
II. ARDUIN, marquis d'Ivrée, prit le titre de roi de Lombardie dans le 9e siècle; mais l'empereur Henri II le mit en fuite en 1005; & quelque temps après, à la sollicitation de l'archevêque de Milan, Arduin préféra la tranquillité du cloître au bruit des armes & à l'éclat de la puissance souveraine. Il y mourut en 1015.
ARÉGONDE, épousa Clotaire I, roi de France, en 518. Suivant Grégoire de Tours, le roi aimait uniquement son épouse Ingonde, lorsque celle-ci lui demanda avec instance de protéger sa sœur Arégonde, & de lui procurer un mari puissant & riche, qui fut digne de son alliance. Clotaire alla voir Arégonde, & l'ayant trouvée belle, il annonça à la reine qu'il ne connoissoit pas de meilleur parti pour sa sœur que lui même. Il l'épousa aussitôt & la rendit mere de Chi périe, son fuscesseur. Cet hymen prouve que la polygamie étoit établie sous les monarques de la première race, & que la cour de Rome la toléroit alors, & ne metoit même aucun obstacle à ce que le même mari épousait les deux sœurs.
ARELLI, Voyet AURELLI.
AREMBERG, (Jean de Ligne; comte d') servit avec zèle Charles-Quin par ses négociations & par son épée. Pour reconnoître ses services, l'empereur Maximilien érigea sa terre en principauté, & le fit membre du cercle du Bas-Rhin. Jean fut tué dans une bataille près de Groeningue le 24 mai 1568. L'un de ses descendants périt aussi de ses blessures reçues dans la bataille de Salankeneen, livrée aux Turcs le 25 août 1691.—Le P. Charles d'Aremberg, capucin, de la même famille, a publié Flores Seraphici. C'est une histoire des écrivains de son ordre depuis 1525 jusqu'en 1580. L'ouvrage est orné de gravures qui en sont le principal mérite. I. ARENA, (Antoine DE) ou DU SABLE, naquit à Soliers, dans le diocèse de Toulon. Il fit d'abord quelques mauvais livres sur la A a 4 376 ARÉ jurisprudence, & se consola du peu de vogue qu'ils eurent, par ses Vers macaroniques. On fait que cette poësie, que Merlin Coccaie rendit célèbre en Italie, consiste à enfiler confusément des mots moitié latins, moitié françois, moitié provençaux, & d'en faire un mélange d'un goût barbare. Le principal ouvrage du poète Provençal dans ce genre, est sa Description de la guerre de Charles V en Provence, imprimée à Avignon, en 1537, édition très-rare; réimprimée en 1747, in-8°, à Paris, sous le nom d'Avignon. Il y a encore d'autres Poësies macaroniques du même auteur, De bragardissima villa de Soleris, &c. 1670, in-12. Il mourut en 1544, étant juge de St-Remi près d'Arles.
ARÉNA, (Jacques d') fameux jurisconsulte de Parme, devint professeur de droit civil à Padoue & à Bologne. De nombreux disciples répandirent dans toute l'Italie, sa réputation & ses ouvrages.
ARESI, (Paul) né à Crémone vers 1574, se distingua dans l'ordre des Théatins, & fut ensuite évêque de Tortone dans le Milanès. Il cultiva & protégea les lettres. On a de lui des Sermons en latin, des livres de philosophie, de théologie, de mysticité; & un savant ouvrage sur les Devises sacrées en italien; in-fol. & imprimé aussi in-4°, à Milan 1625, 8 tomes. Ce prélat mourut dans sa ville épiscopale en 1645.
ARÉTA, fille du philosophe Aristippe, d'autres disent sa mère, lui succéda dans son école, où elle enseignait que le souverain bien consistait dans les plaisirs des sens.
ARETÆUS de Cappadoce, médecin Grec de la secte des Pneumatiques, vivait sous Jules-César, ou sous Trojan. On a de lui divers Traités de médecine, dont le principal est celui des Maladies aiguës. Boerhaave en a donné une édition grecque & latine in-fol., à Leyde, en 1735, avec de savantes notes; celle de Wigan à Oxford en 1723 in-fol., est aussi fort estimée. Ce médecin étudiait la nature plus que les livres. Son style est concis & ferré, comme celui d'Hippocrate. Ses descriptions sont exactes & claires; le choix des remèdes est judicieux. On a dit de lui, qu'il n'avait embraffé aveuglément aucun parti; qu'il n'était admirateur ni enthousiaste de personne, & qu'il était pour la vérité contre toute autorité. — Ce qu'on trouve chez lui sur la philosophie & l'anatomie, est le précis de toutes les découvertes faites par ses prédécesseurs & ses contemporains.
ARÉTAPHILE, fille d'Æglaton, citoyen de Cyrène, naquit dans cette ville vers la 171e olympiade. Elle épousa Phedime qu'elle chérissoit; mais sa beauté ayant frappé Nicocrate, roi de Cyrène, il fit secrètement affaîmer Phedime & épousa sa veuve. Arétaphile apprenant que son nouvel époux avait ordonné le meurtre du premier, prit en horreur Nicocrate & chercha à le faire périr. Léandre frère de celui-ci, entra dans la conspiration, où l'on poignarda Nicocrate. Les Cyrénéens ne firent que changer de tyran, & gémirent bientôt sous la barbarie de Léandre. Arétaphile chercha une seconde fois à les affranchir. Elle gagna le prince de Lybie, Anatus, qui livra bataille à Léandre, & après l'avoir pris dans le combat, le fit enfermer dans un sac qu'on jera à la mer. Les habitants de Cyrène voulurent alors être gouvernés par Arétaphile; mais contente de leur avoir procuré la liberté, elle refusa le souverain pouvoir, établit des lois sages & un sénat équitable pour les faire exécuter, & se retira ensuite à la campagne où elle mourut. I. ARÉTAS, roi des Arabes, étoit beau-père d'Hérode-Antipas : (Voyez ce mot.) C'est pendant que le gouverneur d'Arétas faisoit garder la ville de Damas, que les fidèles descendirent St. Paul du haut des murailles dans une corbeille, pour le soustraire aux poursuites des Juifs, l'an 41 de J. C.
II. ARÉTAS, évêque de Césarée en Cappadoce, au 6e siècle, est auteur d'un Commentaire sur l'Apoealypsie, qui a été imprimé en grec & en latin. Il se trouve en latin dans la Bibliothèque des Pères.
ARÉTÉ, Voy. ARISTIPE, fine.
ARÉTÉE, Voyez ARÉTÆUS.
ARÉTHUSE, (Mythol.) fille de Nérée & de Doris, & compagne de Diane, préféroit la chasse à la tendresse d'Alphée qui l'aimoit passionnément. Les Dieux, pour la délivrer de ses poursuites, la métamorphosèrent en fontaine, & l'amant en fleuve de Grèce, qui, malgré son changement, rouloit ses eaux sans mélange au travers de la mer, & alloit se joindre à la fontaine d'Aréthuse en Sicile. Brydone, dans son voyage de Sicile, a retrouvé cette fontaine qui continue à fournir un volume d'eau assez considérable. I. ARÉTIN, (Gui) vit le jour à Arezzo, ville de Toscane en Italie. Il entra dans l'ordre de St. Benoit, & devint abbé. Il substitua aux six lettres de l'alphabet Romain, dont on se servoit dans le plain-chant Grégorien, les syllabes, ut, re, mi, fa, fol, la, qu'il trouva dans l'hymne de St. Jean, en la chantant de cette façon :
UT queant laxis FA-muli tuorum, RE-sonare fibris SOL-ve polluti MI-ra gestorum LA-bil reatum, &c. Le pape Jean XIX le fit venir à Rome, & admira son invention comme une merveille. Elle dut le paroître en effet dans ce siècle, puisqu'elle apprenait dans un an à un enfant, ce qu'un homme d'un âge avancé pouvait à peine apprendre en dix & vingt ans. L'usage de ces six syllabes pour solter s'est répandu dans toute l'Europe, si ce n'est en Allemagne. On attribue encore à Gui Arétin l'addition d'une cinquième portée ou ligne aux quatre anciennes du plain-chant, & l'invention des instruments à touche qui en se perfectionnant ont produit la vielle, l'épinette & le clavecin. (Voyez dans le Dictionnaire de Musique de M. Broffard, l'analyse des ingénieuses découvertes de Gui Arétin.) Ce Bénédictin vivait vers l'an 1028. Il laissa deux Livres sur la Musique.
II. ARÉTIN, (Léonard) ainsi appelé, parce qu'il étoit né à Arezzo en 1370. Son nom de famille étoit Bruni. Après avoir fait ses premières études dans sa patrie, il vint à Florence, où il s'appliqua avec beaucoup d'ardeur à la jurisprudence & à la politique. Il apprit la langue Grecque sous Emmanuel Chrysoloras. La réputation de ses talens & de son savoir, secondée des bons offices du Pogge son intime ami, lui mérita, dans un âge encore peu avancé, la place de secrétaire des brefs sous Innocent VII, qu'il remplit avec distinction pendant le règne de ce pontife & de quatre de ses successeurs. Il se trouva au concile de Constance en 1415, avec Jean XXIII. Ce pape y ayant été déposé, Arélin jugés qu'il y avoit peu de sûreté à Constance pour ceux qui avoient suivi son parti, & s'enfuit secrètement de cette ville. Il revint à Florence, où il confacra entièrement à son goût pour les lettres, & à la composition de divers ouvrages, le loisir que lui laissoient ses différentes charges. Il fut employé à plusieurs ambaissades par sa république, dont il étoit chancelier. Il mourut en 1444, à 74 ans, laissant de grands biens. De magnifiques obsèques lui furent faites aux dépens du public; on prononça son oraïson funèbre, pendant laquelle, son corps étant déposé dans l'église, l'orateur par ordre des magistrats le couronna de laurier. Léonard Arélin doit être regardé comme un des plus beaux génies de son siècle, & l'un de ceux qui firent époque à la renaissance des lettres. Historien, orateur, polygraphe, traducteur, il ne réussit pas également dans tous ces genres; mais il surpassa la plupart de ses contemporains, surtout dans l'histoire. On a de lui un grand nombre d'ouvrages imprimés; les principaux sont: I. Trois livres de la Guerre Punique, qu'il a presque tous pris de Polybs, & qui peuvent servir de supplément à quelques-uns de ceux qui nous manquent dans Tite-Live, 1517, in 8.° II. L'Histoire de l'ancienne Grèce fubuleuse & de Rome, sous le titre d'Aquila Volante, Venise, 1543, in-8.° III. De Bello Italico adversus Gothos gesto libri IV, 1470, in-fol. IV. Historiarum Florentinarum libri XII, 1610, in-8.° qu'il traduisit en italien, 1476, in-fol. V. Des Traductions latines de quelques Vies de Plutarque, des Politiques & des Economiques d'Aristote, & de l'Apologie de Socrate par Xenophon. VI. De studias & litteris, réimprimé en 1642 par les soins de Naudé. VII. Epistola. Ce dernier ouvrage est fort estimé, tant pour le style, qu'à cause de diverses notices importantes pour l'histoire de ce temps-là. Erajme dit, « que tous ses ouvrages sont écrits avec netteté & avec facilité; qu'il approche même quelquefois de Cicéron: mais que sa diction manque de nerf, & que son latin n'est pas toujours pur. » L'abbé Méhus en donna à Florence en 1741 une nouvelle édition, 2 vol. in-8.° avec des notes & la vie de l'auteur. L'Arélin n'étoit point prêtre, comme quelques biographes l'ont cru. Il avoit épousé une jeune et aimable Florentine, dont il eut un fils qui lui survécut.
III. ARÉTIN, (Pierre) bâtard de Louis Bacci gentilhomme d'Arezzo, fit l'essai de son talent poétique par un Sonnet contre les indulgences. Des indulgences il passa aux rois, & les outragea avec une hardiesse si brutale, qu'il fut appelé le fléau des Princes. Charles-Quint & François I furent assez bons pour payer à cet impudent le silence, qu'ils auroient dû lui imposer d'une autre manière. Des princes d'Italie, moins complaisant que ces deux rois, n'employerent que le bâton pour le faire taire, & s'en trouvèrent mieux. Les présens, loin de le calmer, ne faisoient qu'augmenter sa rage. Charles-Quint à son retour d'Afrique, lui envoya pour l'engager à se taire, une chaine d'or de la valeur de cent ducats: Voilà, dit le satyrique, un bien petit don pour une si grande fœtisse. Il se vantoit, « que ses libelles faisoient plus de bien au monde, que les sermons. » On difoit de lui, « que sa plume lui avoit assujetti plus de princes, que les princes n'avoient subjugué de peuples. » Il fit courir une médaille, où son huste étoit gravé d'un côté avec ces mots : *Il divino Arctino* ; de l'autre, on le voyoit sur un trône, recevant les envoyés des princes. Cet homme divin étoit le plus lâche & le plus bas de tous les adulateurs : lorsqu'il manquoit de pain, ses panégyriques alors étoient aussi outrés que ses fatyres. L'Arctin se plaint, dans une de ses lettres, de ce que la cour de Rome, moins prodigu de biens que d'honneurs, avoit laissé sa plume sans récompense. *Le saint Père*, dit-il, me donne l'accolade ; mais ses baisers ne font pas des lettres - de - change. Personne n'étoit plus importun que lui, quand on lui avoit donné quelque espérance ; ni plus insolent, quand il avoit obtenu ce qu'il demandoit. Il répondit à un tréforier de la cour de France, qui venoit de lui payer une gratification : *Ne soyez pas surpris si je garde le silence ; j'ai usé mes forces à demander, il ne m'en reste plus pour remercier*. Un officier de François I l'exhortant à continuer l'égale distribution de son encens entre les princes, l'Arctin lui répondit : *François I fut long temps l'idole de mon cœur ; mais le feu qui brûloit sur son autel, s'est éteint l'une d'alimens. Mes écries ont annoncé ses vertus à toute la terre ; mais je ne vis pas de fumée, & Sa Majesté n'a pas daigné s'informer si je mange*. — L'Arctin, pour mieux parvenir à ses fins, ufoit du secret des charlatans. Il se vantoit beaucoup : moyen toujours sûr d'en imposer à la multitude. On peut même le regarder comme un prodige d'effronterie à cet égard. Après avoir passé en revue dans ses écrits les poètes de son temps, il conclut qu'il n'appartient qu'à lui de louer les héros : « A moi, dit-il, qui fait donner du relief aux vers & du chef à la profe, & non à ces écrivains dont l'encre est parfumée & dont la plume ne fait que des miniatures. — L'éloge que j'ai fait de *Jules III*, écrit-il ailleurs, respire quelque chose de divin. Ces vers, par lesquels j'ai sculpté les portraits de *Jules*, de *Charles*, de *Catherine* & de *François*, s'élevent comme des Colosses d'or & d'argent au-dessus des Statues de marbre & de bronze que les autres érigent à leur gloire. Dans ces vers dont la durée égalera celle du Soleil, on reconnoit l'arrondissement des parties, le relief des muscles, tous les replis des passions cachées. Si j'avais prêché *JÉSUS - CHRIST* comme j'ai loué l'empereur, j'aurais amassé plus de trésors dans le ciel, que je n'ai de dettes sur la terre. — Un si grand nombre de gens, dit-il ailleurs, viennent me rompre la tête, que les marches de mon escalier se cavent sous leurs pieds, comme les pavés du Capitole l'étoient par les roues des chars de triomphe. Les Turcs & les Juifs, les Indiens, les François, les Allemands, les Espagnols affèrent continuellement ma porte ; jugez du nombre de nos Italiens ! Je suis assaillu de gens de guerre, de prêtres & de moines. Je suis devenu l'oracle de la vérité, & vous avez raison de m'appeler le secrétaire du monde. Je suis las des gens qui m'incommodent ; & il me prend quelquefois envie de m'aller cacher dans le grenier de quelque pauvre fille, qui me cédera son lit pour quelque légère aumône. » Il dit dans l'épître dédicatoire de la 2$^{e}$ partie de ses *Ragionamenti* : que, si on ne vouloit pas l'estimer à cause de ses inventions, il falloit du moins lui accorder quelque gloire pour le service qu'il avoit rendu à la Vérité, en la poussant dans la chambre & dans les oreilles des Grands, à la honte de la Flatterie & du Menfange. Il rapporte qu'un ambassadeur du 380 ARÉ duc d'Urbin disoit, que, si les ministres des princes & leurs courtiens étoient récompensés de leurs services, ils en avoient l'obligation à la plume d'Arétin. Il ajoute qu'un autre disoit: L'Arétin est plus nécessaire à la vie humaine que les prédicateurs, parce que les prédicateurs ne mettent dans le bon chemin que les Petits; mais ses écrits y mettent les Grands. On l'encourageoit à fatyriser les Princes, afin qu'ils se corrigeassent. Le marquis du Guast lui fit cette prière dans une lettre, qu'il lui écrivit de sa propre main: il ne demandoit pas d'être privilégié, il vouloit que ses défauts fussent censurés par l'Arétin, & il l'exhortoit à le faire. Il y a bien de l'apparence qu'il étoit sûr qu'il ne seroit pas pris au mot. Les ouvrages qui ont le plus déshonoré ce Cynique effronté, sont ses Ragionamenti, divisés en trois parties; ses Lettres & ses Sonnets sur les seize postures, gravées par Marc-Antoine de Bologne, d'après les dessins de Jules-Romain, en 1525. Tout ce que la lubricité la plus raffinée peut inventer de plus abominable, se trouve dans ces infames ouvrages. Les turpitudes de la dépravation la plus outrée y sont dévoilées avec une impudence, qui révolte & contre le peintre & contre le poète. Croiroit-on que cet homme corrompu écrivoit en même-temps la Vie de Ste Catherine de Sienne: passant du profane au sacré avec la même facilité, qu'il passoit de la médisance à l'adulation? Il mourut à Venise vers 1556, à l'âge de 66 ans. Les uns prétendent qu'il fut pendu; les autres disent, d'après Laurent Poirier, que des discours plaisans & obscènes le firent tant rire, qu'il se renverra de sa chaise & qu'il mourut sur l'heure. Un versificateur italien lui fit une Epitaphe, qu'on a rendue ainsi en françois: Le temps, par qui tout se consume, Sous cette pierre a mis le corps De l'Arétin, de qui la plume Blessa les vivans & les morts. Son encre noircit la mémoire Des Monarques de qui la gloire Est vivante après le trépas: Et s'il n'a pas contre Dieu même Vomi quelqu'horrible blasphème, C'est qu'il ne le connoissoit pas. Ceux qui voudront plus de détails sur cet écrivain trop fameux, peuvent consulter sa Vie, imprimée en 1750, in-12, à Paris; ou La Vita di Pietro Aretino, Padoue 1741, in-8.º Il y a moins de minutes dans celle de Paris. On y lit une anecdote singulière. L'émulation, dégénérée en jalousie, avoit brouillé le Tintoret & le Fitien. L'Arétin, intime ami du dernier, prit parti dans la querelle. Le Tintoret le rencontrant un jour près de chez lui, le pria d'entrer, sous prétexte de faire son portrait. A peine le Fléau des Princes fut-il assis, que le peintre vint à lui d'un air furieux, le pistolet à la main: Eh! Jacques, que voulez-vous faire? s'écria le poète épouvanté. — Prendre votre mesure, répondit gravement le Tintoret. Et après l'avoir mesuré, il ajouta du même ton: Vous avez quatre de mes pistolets & demi, de haut... & le renvoya. Voici la liste des principaux ouvrages de l'Arétin, tirée du Dictionnaire des Livres rares, par Osmont. — I tre primi canti delle Battaglia, Vinegia 1537, in-8.º Due primi canti delle lagrime d'Angelica, 1538, in-8.º Due primi canti di Marfisa, Venise 1544, in-8.º Ternari in gloria di Giulio III, 1551, in-8.º Les Capitoli, dans différents recueils, et de se: la Cortigiana, et il Marefcalco, 1536; la Talenta, et l'Ipocrito, 1542. Ces IV comodies ont été réimprimées ensemble en 1588, in-8.º Tout le mérite de ces pièces confiée dans quelques traits caustiques. L'art du théâtre y est totalement négligé. Ce font des scènes sans intrigue, sans intérêt, & aussi mal dialoguées que mal vérifiées.—*Il Filosofo*, 1546; *l'Oraia*, 1546, in-8.º—*Dialogo della Nanna e della Antonia*, 1534, in-8.º *Dialogo della Nanna e della Pippa*, 1536. (Voy. l'art. BARTHIUS:) *Ragionamento delle Corti*, Novara, 1538, in-8.º *Dialogo des Giuoco*, 1545, in-8.º Les Dialogues de la *Nanna* ont été réimprimés sous le titre de *Ragionamenti*, en 1584, & chez les *Etévirs* en 1660, in-8.º avec le *Commento delle Fiche*, & le *Ragionamento del Zoppino*. Dans l'édition de 1660, on trouve encore la *Pattana errante* de *Veniero*, dont la première édition est de *Venife*, 1531, in-12; *Dubbi amorosi con xxvi Sonetti*, in-8.º *Lettere*, Paris 1609, 6 vol. in-8.º *Tariffs delle Puttane*, 1535, in-8.º—*Salmi penitenziali*, la *Vita della Vergine*, in-8.º, & autres ouvrages de piété.
IV. ARÉTIN, (François) est le même que *François ACCOLTI*, dont on a parlé sous cette dernière dénomination, au n.º II. V. ARÉTIN, (Ange) jurisconsulte profond, professa le droit à Bologne & à Ferrare, & mourut dans cette dernière ville vers l'an 1480. On a de lui I. Un *Traité de Malefiesis*. II. Un autre sur les *Testaments*. III. Des *Conseils* recueillis en 1576. IV. Un *Commentaire* quatrième livre des *Institutes de Justinien*, 1480.
VI. ARÉTIN, (Jean) né à Belleville le 15.º siècle, se rendit d'andable par ses écrits. On lui doit I. *Examen theologicus*; on en fit en peu d'années douze éditions. II. *Vie de l'hérédique Gentilis*. III. *Description des mons Stokorn & Neff*. IV. *Catalogue des Comètes* calculées jusqu'au temps de l'auteur. V. *Commentaire sur Pindare*. VI. Des *Sermons*, des *Opuscules théologiques*, les tables d'une *Grammaire hébraïque*, etc., etc.
ARFE, (Joseph de) sculpteur Espagnol, mort à Séville en 1666, puisa dans l'étude des monumens de Rome, les principes de son art, & le goût qui affurèrent ses succès. On admire de lui les statues d'argent qui soutiennent le tabernacle de la cathédrale de Séville, & celles des Évangélistes en marbre qui font dans une chapelle de la même église.
ARGANTHONE, jeune fille de l'isle de Scio, mourut de douleur en apprenant la mort de *Rhéfort*, roi de Thrace, tué au siège de Troie, qui lui avoit promis de l'épouser à son retour.
ARGÉE, (Mythol.) fils de *Licymius*, fut emmené par *Hercule* dans ses expéditions; mais le héros promit au père de lui rendre bientôt son fils. Celui-ci étant mort, *Hercule* fit brûler son corps pour pouvoir en rapporter les cendres à *Lycimius*. Ce fut le premier exemple de l'ustion funéraire.
ARGELLATA, (Pierre) médecin Bolonois, professa long-temps dans sa patrie la logique, la physique & la médecine, & y mourut en 1423. On a placé sa statue dans la salle d'anatomie. Il est auteur d'un grand *Traité* de chirurgie complète, imprimé à *Venife* en 1480, in-fol.
ARGELLATI, (Philippe) l'un des plus laborieux écrivains d'Italie, naquit à Bologne en 1685, & 382 ARG mourut à Milan, le 25 janvier 1755. Il est auteur de deux ouvrages confédérables : une *Bibliothèque des Écrivains de Milan*, publiée en 1745, 2 vol. in-fol., & une autre de *Trédouleurs Italiens* en 5 vol. in 4.$^{a}$ imprimés à Milan en 1767. Outre ces écrits qui lui appartiennent, *Argellati* ne cessait d'être un éditeur éclairé de ceux de ses compatriotes. On lui doit les éditions d'*Ulyssie Aldrosande*, de *Poésies de Bédou*, des *Écrivains d'Italie*, par *Muratori*, des *Médailles de Mezzabarbe*, des *Œuvres de Castel Vetro*, de *Sigonius*, de *Lorenzini*, du *Newtonianisme d'Algarot*, des *Transactions philosophiques* ; enfin de l'ouvrage du *P. Marenne*, de *Ritibus Ecclesiae*, etc. I. ARGENS, (Jean-Baptiste de Boyer, marquis d') nequit en 1704 à Aix en Provence, du procu eurgénéral au parlement de cette ville. Son père voulut en vain le consacrer à la magistrature : il prit le parti des armes à l'âge de 15 ans. Il a donné, dans ses *Mémoires*, l'histoire de son impétueuse jeunesse. De retour de Constantinople, il fut obligé, pour obéir à son père, de suivre le barreau : l'affaire de la *Cadère Ven* dégoûta. Il rentra dans le service militaire en 1733. Il se trouva au siège de Kell, où il fut blessé légèrement en 1734. Après le siège de Phillibourg, il fit une chute de cheval qui le blessé tellement, qu'il ne put plus remonter la felle, & qu'il fut obligé de renoncer au service. Il passa en Hollande, & trouva une ressource dans sa plume. *Frédéric*, étant parvenu au trône, l'appela auprès de lui, & se l'attacha en qualité de chambellan. Après avoir passé environ 25 ans à Berlin, où il se maria, il tourna ses regards vers sa patrie, & revint à Aix, où il vécut en philosophie. La mort le surprit au château de la baronne de la Garde, sa sœur, près de Toulon, le 11 janvier en 1771. On allure qu'il demanda les sacrements dans sa dernière maladie ; qu'il lisait souvent l'*Evangile*, & qu'il s'était fait recevoir, quelque temps avant sa mort, d'une connerie de pénitens. Sa conversation plaisait, par un ton de candour & de bonhomie, par une vivacité pétillante, & des familles tout-à-fait originales. Il avait du penchant à l'hypocondrie ; mais il était d'ailleurs bon époux, bon ami & bon maître. Il avait, comme il le disait lui même, des dogmes qui dépendaient des faïsons : aussi faisait-il courir sa plume, dans les pays étrangers, avec une liberté, qui tenait de la licence. *Boyle* était son modèle ; mais il eut moins de génie que lui. Il avait une ardeur de savoir, qui s'étendait à tout. Il possédait plusieurs langues ; il se mêlait de chimie & d'anatomie ; il peignait assez bien. Ses ouvrages sont connus du public. Les principaux sont : I. Les *Lettres Juives*, les *Lettres Chinoises*, & les *Lettres Caballifiques*, qu'on a réunies avec la *Philosophie du bon fins*, sous le titre d'*Œuvres du Marquis d'Argens*, 1768, 24 vol. petit in 12. On vend séparément les différentes parties de cette collection ; les *Lettres Juives* en 8 vol. petit in 12, les *Chinoises* en 6, les *Caballifiques* en 7, la *Philosophie* en 3. La religion est peu respectée dans ce recueil, & ses ministres y sont déchirés avec un acharnement, non seulement, mais c'invenable, mais révoltant. Il y a d'ailleurs de l'érudition, des recherches, quelques bonnes réflexions ; mais le style de trop-diffus & manque de nerf. Sa plume était plus facile qu'énergiqué, parce qu'il avoit plus de mémoire que d'esprit. II. Un grand nombre de *Romans*, mal imaginés, & écrits d'une manière lâche & incorrecte. Le seul dont on se fouvienne, est celui qu'il publia sous le titre de *Mémoires du Marquis d'Argens*. Les faits qui y sont racontés n'immortaliseront jamais leur auteur, & ne méritioient guères de passer à la postérité. III. Les *Traductions* du grec en françois, d'*Ocellus Lucanus* (*Voyer* ce mot.) & de *Timée* de *Locres*, l'une & l'autre in-12. Les mêmes auteurs ont été traduits avec plus d'exactitude par l'abbé *Battoux*. IV. Il a aussi mis en françois le *Discours de Julien sur le Christianisme*: ouvrage contraire à la religion, & qu'on a réimprimé à Genève, in-8.9 avec des notes téméraires & indécentes. V. *Mémoires secrets de la République des Lettres*, 4 vol. petit in-12 de Hollande, & réimprimés en 7 à Paris. L'auteur y fait étalage d'érudition & de philosophie. L'ouvrage n'en est pas plus recherché aujourd'hui; il dut en partie son succès éphémère au titre de *Mémoires secrets*, qui piqua la curiosité.
II. ARGENS, (Luc de Boyer, chevalier d') frère du précédent, chevalier de l'ordre de Malte, mort le 30 mai 1772, donna en 1739, in-16, des *Réflexions sur l'état & le devoir des Chevaliers de Malte*.
ARGENTOLA, (Léonard & Barthélemi) poètes Espagnols, furent frères, & se ressemblèrent autant par la figure que par les talens. L'un & l'autre firent passer dans leurs vers espagnols les graces, le *molle atque facetum* des poètes latins leurs modèles. *Barthélemi* a donné l'*Histoire de la conquête des Moluques*; ouvrage qui a été traduit en françois.
ARGENSON, *chercher* VOYER.
ARGENTAL, (Charles-Augustin-Ferrol, comte d') né au mois de décembre 1700, fut ministre d'une cour étrangère en France. Il cultiva les lettres, les arts & l'amitié. *Lakain*, trouva en lui un zèle protecteur. Il fut l'ami de *Voltaire* & devint le dépositaire de ses écrits & de ses plus secrets pensées. « Son admiration pour *Voltaire*, dit *Lahaye*, étoit un sentiment vrai & sans ostentation; il jouiſoit véritablement de ses confidences & de ses fucces; il n'en étoit pas vain; il en étoit heureux & de si bonne foi, que tous ceux qui le voyoient lui favoient gré de ce bonheur. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que l'ami de *Voltaire* avoit un goût naturellement juste & un esprit orné, nourri de la politesse de ce beau fiècle de *Louis XIV* dont il avoit vu la fin. » Le comte d'*Argental*, juge éclairé des ouvrages de poëzie, faisoit lui-même agréablement des vers. Il en adresse de très-délicats à une dame, faits pendant la maladie dont il est mort le 6 janvier 1788. Quelques personnes lui ont attribué le *Comte de Comminge*, roman plein d'intérêt & que l'on trouve dans les œuvres de madame de *Tencin*, sa tante. Il étoit frère de *Pont de Veſle*. *Voy. Pont de Veſle*.
ARGENTIER, (Jean) né à Castelnuovo en Piemont, fit de grands progrès dans la médecine, & se distinguait dans la théorie de son art. Il commença à l'exercer à Lyon, où il séjourna pendant cinq ans. Il alla ensuite le profetier à Anvers, à Naples, à Pise, & enfin à Turin où il mourut en 1572, âge de 58 ans. Ses ouvrages furent recueillis après sa mort par son fils, en 2 volumes in-fol. à Venise, 1592, 1606 & 384 ARG 1610. Ce médecin n'étoit bon que pour le cabinet. Lorsqu'il lui falloit appliquer ses remarques dans la pratique, sa mémoire ne les lui fournissait pas. Il censura les écrits de *Galien* avec amertume, ainsi que ceux des médecins anciens; ce qui lui mérita le titre de *Censeur des Médecins*.
ARGENTINA, (Thomas d') savant & pieux général des Augustins, en 1345. On a de lui des *Commentaires* sur le Maître des Sentences, à Strasbourg 1490, in-fol. & d'autres ouvrages qui furent recherchés dans leur siècle: il est vrai que ce siècle étoit barbare.
ARGENTO, (Gaëtan) savant jurisconsulte des Calabrois, devint président de justice à Naples, & publia divers traités de droit, & entr'autres un sur les *Matières bénéficiaires*, imprimé à la fin du 17$^{e}$ siècle. I. ARGENTRÉ, (Bertrand d') né à Vitré, se fit estimer dans le 16$^{e}$ siècle, par sa probité & son savoir. Il s'adonna beaucoup à la jurisprudence & à l'histoire. C'étoit un bon citoyen. Il mourut en 1590, à 71 ans du chagrin, dit-on, de voir sa patrie en proie aux fureurs de la Ligue. On a de lui des *Commentaires* estimés sur la Coutume de Bretagne, Paris 1621, in-fol. en latin; & l'*Histoire* de cette province, in-fol. pleine d'inépties & de contes. Son fils en donna une édition corrigée, Paris 1612.
II. ARGENTRÉ, (Charles *Duplessis* d') naquit le 16 Mai 1673, du doyen de la noblesse de Bretagne. Il prit le bonnet de docteur de Sorbonne en 1700, & la place d'aumônier du roi en 1709. Il fut nommé évêque de Tulles en 1723. Il édifia son diocèse par ses vertus; & l'éclaira par son savoir. Malgré ses occupations pastorales, il étudi sept heures par jour. On a de lui plusieurs ouvrages; le plus connu est en trois volumes in-fol. publié à Paris en 1728, sous ce titre: *Collectio judiciorum de novis erroribus qui ab initio feculi XII, ad annum 1725, in Ecclesia proferipii sunt & notati*. Cette compilation est pleine de recherches savantes; mais elle manque d'ordre. On a encore de lui des *Éléments de Théologie*, en latin, in 4$^{e}$ & une *Explication des Sacremens*, 3 vol. in 12. Ce prélat mourut le 27 octobre 1740, regretté des pauvres dont il étoit le père, & des gens de bien dont il étoit la lumière & l'exemple.
III. ARGENTRÉ, (Barthélém) médecin du 16$^{e}$ siècle, a écrit sur la *Poudre cordiale*.
ARGENVILLE, *Voy.* DEZALLIER.
ARGIE, fille d'*Adraste*, roi des Argiens, se fit un nom célèbre dans l'antiquité, par sa tendresse pour son mari *Polynice*, tué au siège de Thèbes. Elle chercha son cadavre parmi les morts, malgré l'édit de *Créon*, qui le défendait sous peine de la vie, & lui rendit les derniers devoirs. *Créon*, irrité qu'elle eût transgressé ses ordres, & infensible au cri de la nature, la rejoignit à son époux. Ces événements furent antérieurs à la guerre de Troie.
ARGIS, (Boucher d') *Voy.* II. BOUCHER.
ARGIS & OPIS, (Mythol.) furent deux femmes. Scythes qui apportèrent à Délos le culte d'*Apollon* & de *Latone*. Les Déliens leur consacreront un tombeau, dont ils ramassèrent la poussière pour la répandre sur les malades, & servir à leur guérison. I. ARGOLI, I. ARGOLI, (André) mathématicien, né à Tagliacozzo dans le royaume de Naples, d'une famille originaire d'Arles en Provence, essuya dans sa patrie des désagréments, qui l'obligèrent de se retirer à Venise. Le sénat, connoissant tout son mérite, le nomma professeur de mathématiques dans l'université de Padoue, & lui donna le titre de chevalier en 1636. Il mourut en 1657. On a de lui : I. De diebus criticis, 1652, in-4.º II. Ephémérides, de 1620 à 1700, 4 vol. in-4.º III. Problemata astronomica.
II. ARGOLI, (Jean) fils du précédent, naquit avec une inclination décidée pour la poésie. Dès l'âge de 15 ans, il fit imprimer une Idylle sur la Ver à-voie. Peu de temps après, enflammé d'une vive émulation par les applaudissemens prodigués à l'auteur du Poème d'Adonis, il entreprit d'en composer un du même genre. S'étant renfermé dans une chambre, où l'on n'entroit que pour lui porter à manger, il acheva en sept mois, à l'âge de 17 ans, un Poème en XII chants, intitulé Endymion. Cet ouvrage fut tellement goûté, que, quoique publié sous son nom, on eut peine à croire que ce ne fût pas l'ouvrage de son père. Il est auteur de plusieurs autres Poésies, tant italiennes que latines, dont la plupart sont restées manuscrites. Son goût pour les belles-lettres ne l'avoit pas empêché de se livrer à l'étude de la jurisprudence, qu'il professa pendant quelques années à Bologne. On ne fait point l'année précitée de sa mort : on croit qu'elle arriva en 1660. Ghilini et la Bibliothèque Napolitaine donnent le catalogue des Ouvrages du père et du fils.
ARGONAUTES, troupes de jeunes héros de Thessalie, ainsi Tome I. nommés du vaisseau dans lequel ils s'embarquèrent, sous la conduite de Jason, pour aller dans la Colchide, & y faire la conquête de la Toison d'or. Cet événement répare les siècles fabuleux ou héroïques des temps historiques. Les Argonautes furent au nombre de cinquante-deux. On place leur voyage 35 ans avant la guerre de Troye. Voyez JASON.
ARGONNE, (Don Bonaventure d') né à Paris en 1640, mourut Chartreux à Gaillon près de Rouen, en 1704, âgé de 64 ans. Il n'avoit pas rompu entièrement avec le monde. Son esprit & son savoir lui avoient procuré des amis illustres, avec lesquels il entretient un commerce réglé de littérature. On a de lui : I. Un Traité de la Lecture des Pères de l'Eglise ; ouvrage fort judicieux. La meilleure édition est de 1697, in-12. II. Des Mélanges d'histoire & de littérature, publiés sous le nom de Vigneul de Marville, réimprimés en 1725, en 3 vol. in-12, dont l'abbé Banier a fait presque tout le dernier : cette édition est préférable aux autres. C'est un recueil curieux & assez intéressant d'anecdotes littéraires, de réflexions critiques, & de traits satyriques. Il y a quelquefois du faux & de l'injustice dans les unes & dans les autres, & le public ne lui a pas pardonné sa censure de la Bruyère. Quelques autres jugemens littéraires de ce Chartreux, prouvent qu'il connoissoit mieux les statuts de St. Bruno, que les règles du goût. III. L'Education, maximes & réflexions de Moncade, in-12. On a encore de lui quelques autres ouvrages manuscrits.
ARGONTE, reine de Léon & des Asturies, devint l'épouse d'Or; B b dogno II. Celui-ci l'ayant injustement répudiée, elle se dédommagea de la perte d'un infidèle, par l'exercice des vertus, & se retira dans le monastère de la *Salceda* en Galice. *Ordogno* la regretta dans la fuite, & voulut en vain la rappeler près de lui.
ARGOU, (Gabriel) natif du Vivarez, avocat au parlement de Paris, aussi estimable par ses mœurs que par son savoir, mourut au commencement du 18$^{e}$ siècle. Il est auteur d'une *Institution au Droit François*, en 2 vol. in-12, très-bien rédigée. L'*Institution au Droit Ecclésiastique*, par l'abbé Fleury son ami, le porta à composer cet ouvrage.
ARGUES, (Gérard DES) géomètre du 17$^{e}$ siècle, naquit à Lyon en 1597, & y mourut en 1662. Il étoit ami de *Descartes*; cette amitié fut utile à tous les deux: *Descartes* instruit son ami, & des *Argues* défendit son maître contre *Fermat* & *Bourdin*. On a de lui : F. Un *Traité de Perspective*, in-fol. II. Un *Traité des Sections Coniques*, in-8.$^{o}$ III. La *Pratique du Trait*, in-8.$^{o}$ IV. Un très-bon *Traité de la coupe des Pierres*, in-8.$^{o}$ V. *Manière de poser l'efficace aux cadrans folaires*. VI. *Manière de graver en taille douce & à l'eau forte*. Tous ces ouvrages sont écrits avec clarté & dans un style qui n'a pas vieilli.
ARGUS, (Mythol.) fils d'*Aresfor*, avoit cent yeux selon la Fable. Lorsqu'il vouloit dormir, il n'en fermoit jamais que la moitié. *Junon* le chargea de garder la nymphe *Io*, que *Jupiter* aimoit; mais il fut endormi & tué par *Mercure*. La Déesse le changea en paon, qui porte autant d'yeux à la queue, qu'*Argus* en avoit à la tête. Les Grecs connoissoient plusieurs *Argus*. L'un, fils de *Phryxus*, inspiré par *Minerve*, construit le navire *Ago*. Un autre donna son nom à la ville d'*Argos*, & fut le premier qui accoutuma les peuples voisins aux travaux de l'agriculture.
ARGYNNIS, (Mythol.) jeune Grec, se noya en se baigant dans le fleuve Cephise. *Agamemnon*, qui l'aimoit beaucoup, fit bâtir en son honneur un temple, qu'il dédia à *Vénus Argynnis*. I. ARGYRE, (Mythol.) nymphe d'Achaie, possédoit entièrement le cœur du beau *Sélimnus*, qui sécha de déplaisir, voyant qu'elle se dégoûtoit de lui. *Vénus*, touchée de pitié, le métamorphosa est un fleuve, qui, comme *Alphée* à l'égard d'*Aréthuse*, alloit chercher la fontaine où présédoit cette nymphe inconstante. Enfin *Sélimnus* vint à bout d'oublier l'ingrate *Argyre*, & il eut depuis la vertu de faire perdre à ceux qui aiment, le souvenir de leur tendresse, lorsqu'ils boivent de ses eaux ou qu'ils s'y baignent. Le poète *Ferrand* fait allusion à cette tradition dans ce madrigal. *D'amour & de mélancolie Sélimnus enfin consumé, En fontaine fut transformé; Et qui boit de ses eaux oublie Jusqu'au nom de l'objet aimé, Pour mien-oublier Egérie Hier j'y courus vainement: A force de changer d'amant L'infidèle l'avoit tarie.*
II. ARGYRE, (Isaac) moine Grec, habile mathématicien, florissioit au 16$^{e}$ siècle. Il est auteur de plusieurs écrits de *Géographie* & de *Chronologie*, & de quelques autres *Traités* sur diverses matières.
ARGYROPHILE, (Jean) né à Constantinople, paſſa en Italie, après la priſe de cette ville par Mahomet II, en 1453. *Côme de Médicis*, chef de la république de Florence, lui donna une chaire de profeſſeur en grec, & le fit précepteur de ſon fils. La peſte l'ayant obligé de quitter la Toſcane, il alla donner à Rome des leçons de philôſophie ſur le texte grec d'*Ariſtote*. Il y mourut vers 1474, d'un excès de melon. On dit qu'il mangeoit beaucoup, & que le produit de ſes livres & ſes autres revenus ſuffiſoient à peine à la dépenſe de ſa table. On a de lui une *Traduc-ction* de la Morale & de la Phyſique d'*Ariſtote*, dédiée à *Côme de Médicis*. On dit que *Théodore de Gaze*, ſon ami, la lui céda, & l'engagea à ſupprimer une verſion moins bonne qu'il préparoit. I. ARIADNE, (Mythol.) fille de *Minos* roi de Crete, ayant vu *Théſée* fils du roi d'Athènes, que le ſort avoit deſtiné à être dévoré par le Minotaure, conçut tant d'amour pour lui, qu'elle le ſauva de ce danger en lui donnant un fil pour ſe con-duire dans le labyrinthe. *Théſée*, après avoit tué le monſtre, re-rourna dans ſon pays, & amena *Ariadne* avec lui; mais il l'aban-china dans l'iſle de Naxos, où *Couſes*, pour la conſoler de cette *Ariadne*, l'époûſa, & lui fit prêſent d'une couronne ornée de ſept étoiles, qui fut placée au ciel après ſa mort. *Théſée*, ſuivant *Péon* d'Amathonte, ayant été jété par la tempête ſur les côtes de Chypre, ſut obligé de débarquer *Ariadne*, alors enceinte & malade. A peine étoit-il retourné ſur ſon vaſſeau, qu'un coup de vent l'é-loigna. Les ſemmes de l'iſle firent à la triſte *Ariadne* un accueil plein d'humanité; & s'attachèrent à trom- per ſa douleur, en contrefaſſant des lettres de *Théſée*. *Ariadne* mourut en couches. *Théſée* à ſon retour, affligé de cet événement, laiſſa une ſomme conſidérable pour lui offrir des ſacrifices, & lui rendre les honneurs divins; il fit faire à ſon départ deux petites ſtaunes, l'une d'argent & l'autre de bronze, qu'on devoit lui conſacrer. Les Amathuſiens appellèrent le boſquet où ils montroient ſon tombeau, le boſquet de *Vénus Ariadne*. L'a-bandon de cette princeſſe dans l'iſle de Naxos, eſt le ſujet d'un mélodrame moderne qui a eu du ſuccès, & dont *Edelman* a fait la muſique.
II. ARIADNE, fille de l'em-pereur *Léon I*, fut mariée avec *Zénon*, qui monta ſur le trône impérial l'an 474 de l'ère chré-tienne. Cette princeſſe, voyant que ſon époux la déthonoroit par les plus affreuſes débucches, & ne pouvant vivre plus long-temps avec lui, réfoiſit de s'en défaire. Elle avoit d'ailleurs conçu, dit-on, de l'amour pour *Anaſſaſe*, jeune homme de baſſe naiſſance; & cette paſſion la détermina à exé-cuter ſon projet. Ne pouvant élever ſon amant aux premières charges de l'empire, elle voulut le mettre à la place de ſon époux. Au ſortir d'un grand repas, où *Zénon* avoit tant bu de vin qu'il en avoit perdu la connoiſſance, elle donna ordre de l'enfermer dans un ſé-pulcre, où on le laiſſa expirer. Elle fit enſuite proclamer *Anaſſaſe* empereur, & l'époûſa. *Ariadne* mourut en 515. I. ARIARATHE Ier, roi de Cappadoce, commença à régner conjointement avec ſon frère *Holopherne*, l'an 378 avant J. C. Il ſe joignit à *Darius Ochus*, roi de Perſe, dans l'expédition d'Égypte; B b 2 il y acquit beaucoup de gloire, s'en retourna triomphant dans son royaume, & mourut peu de temps après.
II. ARIARATHE II, fils d'Holopherne, neveu & fucceffeur du précédent, fut obligé de défendre ses états, que Perdicas, l'un des fucceffeurs d'Alexandre le Grand, & tuteur du jeune roi Philippe, prétendoit lui être échus en partage. Le malheureux Ariarathe fut défait, & attaché en croix avec ses principaux officiers, par l'ordre du vainqueur, vers l'an 321 avant J. C. Il avoit alors 81 ans.
III. ARIARATHE III, fils d'Ariarathe II, s'étoit sauvé en Arménie, dans le temps du fupplice de son père. Ayant appris la nouvelle de la mort de Perdicas & d'Eumine, il rentra dans la Cappadoce, remporta une victoire contre Amynthas général Macédonien, & monta sur le trône vers l'an 300 avant J. C. Ariannés, son fils aîné, lui succéda.
IV. ARIARATHE IV, posséda la couronne après Ariannés. Ce prince régna quelques années conjointement avec son père. Il avoit épousé Stratonice, fille d'Antiouchus Théos. Il mourut après un règne de 28 ans, vers l'an 220 avant J. C. V. ARIARATHE V, fucceffeur & fils du précédent, éppufa Antiochie, fille d'Antiouchus le Grand. Il donna du secours au roi de Syrie contre les Romains; mais son beau-père ayant été vaincu, il envoya des ambaffadeurs à Rome, chargés de ses excuses. Il fut condamné à payer une somme de 200 mille écus, dont le sénat lui rendit depuis la moitié, à la prière du roi de Pergame. Ariarathe se ligua ensuite avec Eumine contre Pharnace roi de Pont, & ne fut gueres plus heu- reux. Il mourut avec la réputation d'un prince inconstant, l'an 166 avant J. C.
VI. ARIARATHE VI, surnommé Philopator, à cause de son attachement pour un père qui vouloit lui donner la souveraineté de son vivant, & que ce fils ne voulut point accepter, prit le sceptre l'an 166 avant J. C. Ce roi renouvela l'alliance que son père avoit entretenue avec les Romains. Il indisposa contre lui Démétrus, roi de Syrie, par le refus qu'il fit d'épouser sa sœur. Démétrus suscita contre Ariarathe, Holopherne, qui se prétendoit son frère. Ariarathe fut renversé de son trône, & obligé de se retirer à Rome. Le peuple-roi ordonna le partage entre les deux concurrents; mais Attale, souverain de Pergame, secourut Ariarathe, & le rétablit dans ses états. Ce prince se joignit aux Romains, contre Aristonie, usurpateur du royaume de Pergame; il périt dans cette guerre, l'an 130 avant J. C., & laissa six enfants. Laodice, veuve d'Ariarathe & régente du royaume, craignant de perdre son autorité, fit périr cinq de ses enfants par le poison : le 6°, qui suit, se sauva à l'aide de ses parents. Le peuple fit mourir cette mère cruelle.
VII. ARIARATHE VII, proclamé roi l'an 130 avant J. C. Ce prince épousa Laodice, sœur de Mithridate Eupator, dont il eut deux fils. Son beau-frère le fit affaissiner. Laodice donna sa main & la couronne à Nicomède, roi de Bithynie. Mithridate chassa ce nouveau roi, & restitua la couronne à son neveu, fils du même Ariarathe qu'il avoit fait tuer.
VIII. ARIARATHE VIII: Mithridate voulut l'obliger de faire venir à sa cour *Gordius*, le meurtrier de son père. Ce prince leva une armée contre son oncle. Celui-ci attira *Ariarathe* à une conférence, le poignarda à la vue des deux armées, & fit régner à sa place son propre fils, âgé de huit ans. Les Cappadociens se soulevèrent, & mirent sur le trône *Ariarathe*, frère du dernier roi.
IX. ARIARATHE IX : *Michridate*, le cruel perfécuteur de cette famille, chaffa le nouveau roi, qui mourut bientôt après de chagrin, & rétablit son fils. Alors *Nicomède* roi de Bithynie, craignant pour ses propres états, intérêts les Romains dans cette affaire. Le sénat voulut rendre les Cappadociens libres; mais ce peuple demanda un roi. Les Romains lui donnèrent *Ariobarçane*, vers l'an 91 avant J. C. X. ARIARATHE X, devint poiffeur du royaume de Cappadoce, par la mort d'*Ariobarçane*, son frère, vers l'an 42 avant J. C. La couronne lui fut disputée par *Sifinna* fils aîné de *Glaphyra*, femme d'*Archelaüs*, grand prêtre de *Bellone* à Comane dans la Cappadoce. *Marc-Antoine* se declara en faveur de *Sifinna*. Cependant *Ariarathe* remonta sur le trône, & fut obligé d'en descendre encore pour l'abandonner à *Archelaüs*, 2$^{e}$ fils de *Glaphyra*, l'an 36 avant J. C. I. ARIAS-MONTANUS, (Benoit) naquit à Séville, d'une famille noble, mais pauvre. Il voyagea dans toute l'Europe, & s'appliqua à l'étude des langues vivantes, qu'il avoit fait précéder par celle des langues mortes. L'évêque de Ségovie le mena au concile de Trente, où il parut avec beaucoup de distinction. A son retour, il s'enfonça dans les montagnes d'Andalouse, pour être tout à ses livres, *Philippe II* le tira de sa retraite, & le chargea d'une nouvelle édition de la *Bible Polyglotte*. Elle fut imprimée à Anvers, par les *Plantins*, depuis 1569 jusqu'en 1572, en 8 vol. in-fol. Elle est plus chère que celle d'Angleterre, quoique moins parfaite. *Arias-Montanus* augmenta cet ouvrage de paraphrases Chaldriques, & de plusieurs fautes qu'il ajouta à la version de *Pagnin*, très-fautive elle-même. *Philippe* lui offrit un évêché, pour récompense de son travail; mais cet écrivain, aussi pieux que savant, refusa ce fardeau, se contentant d'une pension de 2000 ducats sur des bénéfices d'une commanderie de St. Jacques, & d'une place de chapelain du roi. Il mourut dans sa patrie en 1598, âgé de 71 ans. Ses ouvrages roulent presque tous sur l'Écriture sainte. Ses neuf livres des *Antiquités Judaïques* sont les plus estimés, Leyde, 1596, in-4.$^{o}$ Ils se trouvent aussi dans la *Polyglotte* d'Anvers & dans les *Grands Critiques* d'Angleterre. *Arias* a mis encore en vers laïns le *Pfeautier*, 1574, in-4.$^{o}$ Richard *Simon* a jugé trop sévèrement cet écrivain.
II. ARIAS, (François) Jésuite de Séville, mourut en 1605, âgé de 72 ans, en odeur de sainteté. Ses ouvrages de piété avoient le suffrage de *St. François de Sales*. Ils ont été traduits d'espagnol en latin, en françois & en italien.
ARIBERT, fils de *Clotaire II*, roi de France, fut exclus du partage de la monarchie, par *Dagobert I*, son frère aîné, qui la réunit toute entière. Il eut beaucoup de peine à obtenir une partie du duché d'Aquitaine, qu'il gouverna avec sagesse. Il devoit la tenir plutôt comme duc que comme roi; il se fit cependant couronner B b 3 390 ARI à Toulouse, qui fut le siège de sa domination. Aribert mourut en 630, deux ans après son couronnement. Chilpéric, son fils, fut mis à mort par l'ordre de Dagobert, toujours inspiré par une politique barbare. D. Vaillette, auteur de l'Histoire du Languedoc, prétend qu'Aribert eut d'autres entans, Bertrand & Bogg's, qui tous deux échappèrent au couteau du tyran. Bogg's, l'aîné, est regardé comme la tige d'une longue fuite de princes, qui se font éteints dans la personne de Louis d'Armagnac, qui fut duc de Nemours, & périt à la fameuse bataille de Cérignole en 1503.
ARIBON, évêque de Frésingue en 760, est auteur de quelques vies de saints obscurs, St. Emméran, St. Corben. Surius & M. Billon les ont inferées dans leurs recueils. Aribon mourut en 783.
ARICIE, princeffe Athénienne, de la famille des Palantides, fut qui Thésée usurpa la puissance souveraine, épouia Hippolyte, après qu'Escutape eut ressuscité ce dernier. Elle donna son nom à une ville du Latium, & Racine lui a consacré un rôle dans sa belle tragédie de Phèdre.
ARICINE, (Mythol.) divinité Romaine, à laquelle on avoit élevé un temple dans la forêt d'Aricie. Son prêtre devoit toujours être un esclave fugitif, affaffin de son prédécesseur. Aussi celui qui remplissoit cette périlleuse fonction, avoit-il toujours à la main une épée nue pour se défendre contre celui qui voudroit attenter à ses jours. La fête d'Aricine se célébroit le 15 août, en allumant quantité de flambeaux, & en couronnant de fleurs les meilleurs chiens de chasse; ce qui fait pré- présumer qu'Aricine est la même que Diane.
ARIDÉE, fils de Philippe roi de Macédoine, & d'une concubine, étoit frère d'Alexandre le Grand, auquel il succéda dans le royaume de Macédoine. C'étoit un imbécile, incapable de régner, qu'Olympias, mère d'Alexandre, fit mourir l'an 304 avant J. C.
ARIEH, (Jacob-Juda) rabbin de la synagogue d'Amsterdam, est auteur d'une savante Description du Tabernacle. Il y en a plusieurs éditions, in 4.° en espagnol, en hébreu, en flamand, en latin. Ce Juif vivoit dans le dernier siècle.
ARIGE, (St.) fut élu évêque de Gap en 579. Imîme ami du pape St. Gregoire, il alla à Rome pour le voir, & ne s'en sépara qu'avec douleur. Le pontife lui accorda la permission de porter la dalmatique, dont l'usage n'étoit point encore permis aux évêques de France. St. Arige mourut à son retour de Rome le 1er mai 604, âgé de 69 ans. La Provence & le Dauphiné ont honoré particulièrement son souvenir.
ARIGNOTE, savante de Sicile, avoit écrit une histoire de Denys le tyran. Clément d'Alexandrie fait mention d'Arignote, sans désigner le temps où elle a vécu.
ARIMANES, (Mythol.) divinité adorée chez les Perses. C'étoit la source de tout mal, selon les dogmes de Zoroastre, comme Oromaye étoit l'auteur de tout bien. C'est de-là, apparemment, que les Manichéens ont tiré les deux Principes. Théopomie dit, que suivant la doctrine des Mages, ces deux principes doivent être alternativement vainqueurs & vaincus, & se faire une guerre cruelle pendant trois mille ans, jusqu'à ce qu'Arimane périsse, & que les hommes devenant plus heureux, n'aient plus besoin d'alimens, & que leurs corps deviennent transparens, & ne forment plus d'ombres. Les Perses n'écrivoient jamais qu'à rebours le nom d'Arimane.
ARIMASE, souverain d'une partie de la Sogdiane, s'enferma dans un château bâti sur la pointe d'un rocher, pour échapper aux armes d'Alexandre le Grand. Ce prince l'ayant sommé de ferendre, Arimase lui fit répondre : S'il pouvoit voler ? — Alexandre, irrité de cette bravade, le fit mourir, après avoir forcé sa retraite, lui & sa famille, vers l'an 318 avant J. C.
ARIMONDO, (Pierre) Vénitien, célèbre dans ses vers la victoire obtenue par son compatriote Louis Moncénigo, contre la flotte Turque. Ils parurent eu 1651.
ARINDODY, fille célèbre chez les Indiens pour sa haute sagesse. Le brame qui célèbre un mariage, dit à l'épouse : « Jeune fille, fuivez toujours l'exemple d'Arindody, pour le bonheur de votre époux & pour le vôtre. »
ARINGHI, (Paul) né à Rome, entra dès sa jeunesse dans la congrégation de l'Oratoire, & y mourut en 1676. Il est auteur de divers ouvrages de piété, & il a traduit en latin l'ouvrage d'Antoine Bofius, sur Rome souterraine, & l'a augmenté de deux livres. I. ARIOBARZANE, roi de Cappadoce, envoya du secours à Pompée, à la journée de Pharise, & par-là déplut à César; mais Cicéron obtint qu'il feroit conservé dans ses états, parce que ce prince avoit toujours été ami du peuple Romain. En effet, il avoit été chassé quatre fois de son royaume, & rétabli autant de fois par les Romains. Ce prince céda sa couronne à son fils en présence de Pompée, l'an 66 avant J. C.
II. ARIOBARZANE, gouverneur Persan, repoussa avec courage Alexandre, & auroit arrêté ses conquêtes, si un berger n'eût indiqué au Macédenien un chemin pour le surprendre. Ariebarzane défait voulut se réfugier à Persépolis, mais les habitans lui en fermeront les portes. Il prit alors la seule résolution digne d'un homme de cœur; il retourna vers son ennemi, & lui livra une seconde bataille, dans laquelle il fut tué, l'an 330 avant J. C.
ARIOCH, Voyez ERIOCH.
ARION, musicien & poète Grec, naquit dans l'isle de Lesbos. On dit qu'il fut l'inventeur du dithyrambe, & qu'il excelloit dans la poésie lyrique. Périandre, roi de Corinthe, l'eut long-temps parmi ses courtians. Il fit, sous les auspices de ce prince, un voyage en Italie, où il gagna beaucoup d'argent par ses talens. Comme il retournoit à Lesbos, ses compagnons de voyage résolurent de le tuer pour s'emparer de ses richesses. Arion ayant découvert leur complot, demanda pour toute grace avant que de mourir, de toucher encore une fois de la lyre. Ce qui lui ayant été accordé, il prit son instrument & se retira sur la poupe du vaisseau, où, après avoir fait retentir l'air de ses sons touchans, il se précipita dans la mer. Un dauphin attiré par ces doux accens, le prit sur son dos & le porta à Ténaro dans la Laconie, d'où il se rendit à Corinthe. Périandre, chez lequel il se réfugia, fit mourir les matelots, & éleva un tombeau au dauphin qui B b 4 avoir sauvé *Arion*, vers l'an 616 avant J. C. Les astronomes ont consacré, depuis, le souvenir de ce dauphin, en donnant son nom à une constellation. I. ARIOSTE, (Louis I) naquit à Reggio, d'une famille alliée aux ducs de Ferrare, en 1474. Il montra de bonne heure ses talens pour la poëse. Il plut au cardinal *Hippolyte d'Est*, & lui fut attaché jusqu'à sa mort. Son frère *Alfons I*, duc de Ferrare, l'appela à sa cour & le fit entrer dans tous ses divertissements. Sa conversation étoit un plaisir délicieux pour ce prince. L'*Arioste* possédoit parfaitement la langue latine; mais il préféra d'écrire en italien. Le cardinal *Bembo* voulut le désuader de se servir de cet idiome; il lui représenta qu'il acquerroit plus de gloire en écrivant en latin, langue plus sonore & plus étendue: *I aime mieux*, lui répondit l'*Arioste*, être le premier des *Ecrivains Italiens*, que le second des *Latins*. — Ce poète avoit bâti une maison à Ferrare, & y avoit joint un jardin, qui étoit ordinairement le lieu où il méditoit & où il composoit. Cette maison respiroit la simplicité d'un philosophe. — On lui demanda pourquoi il ne l'avoit pas rendue plus magnifique, lui qui avoit si noblement décrit, dans son *Roland*, tant de palais somptueux, tant de beaux portiques & d'agréables fontaines? il répondit: *Qu'on assemblait bien plutôt & plus aisément des mots que des pierres*. — Son oreille étoit déchirée, lorsqu'on lisoit ses ouvrages de mauvaise grace. Un jour ayant entendu un potier de terre, qui estropioit en chantant une fiance de *Roland*, il entra dans sa boutique & cassa plusieurs pots exposés en vente; l'ouvrier s'étant mis en colère, l'*Arioste* lui répondit: *Je ne me suis pas encore assez vengé; je n'ai brisé qu'une demi-douzaine de tes pots, qui ne valent pas vingt sous, & tu m'as gâté une statue qui vaut une somme considérable*. Quoi-que très-sensible aux plaisirs de l'amour, il l'étoit encore plus aux sentimens de la nature: il aimoit tendrement sa mère, & la traita avec le plus grand respect dans sa vieille. Son caractère étoit bienfaisant. Sa vertu & sa probité étoient si connues, qu'un vieux prêtre qui possédoit trois ou quatre riches bénéfices, & qui craignoit d'être empoisonné par quelqu'un de ceux qui devoient lui succéder, choisit l'*Arioste*, préférablément à tous ses parens & à tous ses amis, pour demeurer avec lui. Il avoit été chargé, pendant quelque temps, du gouvernement d'une province de l'Apennin, qui s'étoit révolte, & qu'insétoient des bandits & des contrebandiers: il appaissait tout, & acquit dans la province un grand empire sur les esprits, & en particulier sur ces voleurs. — Un jour le gouverneur-poète, plus rêveur que de coutume, étant sorti en robe de chambre d'une forteresse où il faisoit sa résidence, tomba entre leurs mains. Un d'eux le reconnut, & avertit que c'étoit le *Signor Arioste*. Au nom de l'*Arioste*, de l'auteur du poème d'*Orlando furioso*, tous ces brigands tombèrent à ses pieds, & le conduisirent jusqu'à la forteresse, en lui disant: que la qualité de poète leur faisoit respecter, dans sa personne, le titre de gouverneur. L'*Arioste*, d'une santé délicate & soible, fut obligé souvent d'avoir recours à l'art des médecins. Il fit paroître beaucoup de fermeté & de tranquillité dans sa dernière maladie; il dit à ceux qui étoient présents: *Que plusieurs de ses amis étoient déjà partis, qu'il souhaitoit de les revoir, & que chaque moment le faisoit languier* tant qu'il ne seroit point parvenu à ce bonheur. Un mal de langueur le réunit à eux en 1535, à l'âge de 59 ans. Il laissa deux fils illégirimes, qu'il eut d'une maîtresse, appelée Alexandra. Il l'auroit épousée, s'il n'avoit été retenu par la crainte de perdre ses bénéfices. Landi prétend qu'il se maria, sur la fin de ses jours, avec une veuve Florentine de la maison de Benucci, dont il n'eut point d'enfans. — Ce poète s'est fait un nom : I. Par sept Satyres, qui furent courues. II. Par cinq Comédies, dans lesquelles il y a beaucoup d'art & de comique. On les compara dans leur naissance à celles de Ploute & de Térance. Celle qui a pour titre, les Supposés, fut la plus applaudie, & l'est encore en Italie. III. Par des Sonnets, des Madrigaux, des Ballades, des Chansons, & par ce que les Italiens appellent Capitoli. IV. Par des Poésies latines en deux livres imprimées à la fuite de celles de Pigna & de Cælius Calcagninus, Venise 1553 in-8°. Le savant Mercier, bibliothécaire de Ste. Geneviève, en a publié une notice parmi celles des Poètes latins modernes. L'ouvrage qui l'a immortalisé, est son Poème de Roland le furieux. « Si l'on veut mettre sans préjugé, dit un très-bel esprit, l'Odyssée d'Homère avec le Roland de l'Arioste, dans la balance, l'Italien l'emporte à tous égards. Tous deux ayant le même défaut, l'intempérance de l'imagination & le romanesque incroyable : l'Arioste a racheté ce défaut par des allégories si vraies, par des satyres si fines, par une connoissance si approfondie du cœur humain, par les graces du comique qui succèdent sans cesse à des traits terribles; enfin par des beautés si innombrables en tout genre, qu'il a trouvé le secret de faire un montre admirable. » Le grand talent de l'Arioste est cette facilité de passer tour-à-tour du terrible au tendre, & du plaisant au sublime. Il va & revient de ses descriptions effrayantes aux peintures les plus voluptueuses, & de ces peintures à la morale la plus sage. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est d'intéresser vivement pour ses héros & ses héroïnes, quoiqu'il y en ait un nombre prodigieux dans son Poème. On y trouve presque autant d'événements touchans, que d'aventures grotesques. Son lecteur s'accoutume si bien à cette bigarrure, qu'il passe de l'un à l'autre sans en être étonné. Sa poésie est une peinture vive & brillante de la nature, avec tous ses charmes. On lui a reproché d'avoir terni ces beautés par le défaut d'art & de vraisemblance. Les poètes de son temps puissent leurs fictions dans les livres de chevalerie & dans les romans; de là ces épisodes qui ne tiennent point au sujet, ces fables dont le merveilleux révolte. On a dit de lui, qu'il parloit bien, mais qu'il inventoit mal; & on a dû le dire. Les beaux esprits de l'Italie balancent encore s'ils doivent mettre l'Arioste au-dessous du Tasse. Quelques-uns ont dit, que le tombeau de Roland étoit dans la Jérusalem délivrée. D'autres ont voulu trouver dans le poème du Tasse, des imitations de celui de l'Arioste : L'Armide, disent-ils, est d'après l'Alcine : le voyage des deux chevaliers qui vont désenchanter Renaud, paroît imité du voyage d'Astolphe; mais il faut avouer que ces ressemblances font un peu éloignées. Deux poètes dont le ton est si différent, ne doivent pas être mis en parallèle; &, quoiqu'en disent plusieurs Italiens, l'Europe, suivant un célèbre critique, ne meura l'Arioste avec le Tasse, que lorsqu'on placera l'*Enéide* avec *Don-Quichotte*, & *Calloe* avec le *Corrège*. *Voy*. BOIARDO.—On raconte que le cardinal d'*Eft*, à qui il dédia son poème, lui dit en riant : *Dove diavolo*, *Messer Ludovico*, *ayete pigliate tante cogl'onerie* ? — *Muffire Louis*, où diable avez-vous pris tant de *fortises* ? Il y en a en effet beaucoup, & les lecteurs sages trouveront bien des traits qui alarmeront leur vertu. *La Fontaine* y a puisé quelques contes, & *Voltaire* quelques-unes des fictions d'un poème beaucoup plus obscène, mais bien moins intéressant que le *Roland*. C'est un grand avantage de la langue italienne, ou plutôt c'est un rare mérite dans le *Tasse* & dans l'*Ariotte*, que des poèmes fi longs, non-feulement rimés, mais rimés en étances, en rimes croisées, ne fatiguent point l'oreille, & que le poème ne paroisse presque jamais gêné. Nous avons plusieurs traductions du poème de *Roland*; mais on ne trouve dans aucune ni le feu, ni la vivacité, ni la gaieté folle de l'original. *Voy*. MIRABAUD, TRESSAN. L'édition la plus recherchée du *Roland furieux*, est celle de *Venise*, in-fol. 1584, avec les notes de *Rufcelli* & les figures de *Porro*. On estime aussi celle de Paris, en 4 petits vol. in-12, 1744. Celle des *Aldes* à *Venise*, in-4.º 1545, quoique moins rare que celle de *Venise*, in-4.º 1584, est fort chère. Les littérateurs curieux de-connoître les changements faits à ce poème, recherchent aussi l'édition originale de *Ferrare*, 1515, qui est assez différente des autres. Mais la plus belle de toutes, & la plus digne d'orner le cabinet d'un curieux, est sans contredit celle qui a été publiée en 1772, en 4 vol. in-8.º par *Molini*, libraire Italien. Cette édition est fortie des presses célèbres de *Bass- kerville*, & elle n'est pas moins distinguée par la beauté des figures qu'on y a jointes, que par l'exécution typographique. Celle de *Panchouche*, en 10 vol. petit in-12, Paris, 1787, se distingue par sa fidélité. On a imprimé en 8 vol. petit in-12, Paris 1776, ses *Œuvres diverses* pour servir de fuite à l'*Orlando furiosa*. Ce recueil avoit été déjà publié à *Venise*, 2 vol. in-fol. 1730.
II. ARIOSTE, (*Horace*) neveu du poème, naquit à *Ferrare* en 1555, & y mourut en 1593, curé de la cathédrale. Il défendit avec esprit & énergie le poème de son oncle contre les critiques de *Pellegrino*. Il avoit lui-même entrepris un poème intitulé *Alphée*, & plusieurs *Comédies* lorsque la mort vint l'empêcher de les terminer. —L'immortel Auteur du *Roland furieux* eut trois frères, *Alphonse*, *Gabriel* & *Galéas*, qui se distinguèrent aussi par leurs poèmes; mais la renommée de *Louis* éclipsa la leur. —Le premier fut *Cemérier* du pape *Clément VIII*; il forma un cabinet précieux d'antiquités, & mourut en 1596. —Le second imita *Stace* dans ses vers, & termina la comédie de la *Scholastica*, commencée par *Louis*. Il mourut en 1552, laissant un volume de *Poèmes* latines, imprimé à *Ferrare* en 1562 in-12. —Le troisième mourut dans l'ambassade que lui confia le duc de *Ferrare* auprès de *Charles-Quint*. On a de lui une *Comédie* & un recueil de *Lettres*.
III. ARIOSTE, (*Jean-Baptiste*) musicien *Bolonois*, vivoit en 1686. Il est auteur d'une méthode italienne pour jouer du *fiftie* ou *tambour*.
IV. ARIOSTE, (*François*) unit la science des lois à celle de la médecine au milieu du 15e siècle. Il fut l'un des ancêtres du célèbre poète de son nom. Né à Ferrare, il y professa le droit civil, & y servit d'échançon à l'empereur Frédéric III, & au pape Pie II, lorsqu'ils passèrent dans cette ville. Les ducs de Ferrare l'employèrent en diverses négociations importantes, fur-tout auprès de Maximilien. Il mourut en 1492, laissant divers manuscrits & un Traité sur l'huile de pétrole, dont la dernière édition est de 1698.
ARIOSTI, (Lippa) belle Ferraroise, fut éperduément aimée d'Obitron, marquis d'Est, qui en eut cinq fils. Celui-ci l'épousa sur la fin de sa vie, vers l'an 1352, & légitima ainsi ses enfans. Ils ont été la souche de la maison d'Est, qui a possédé Ferrare, Reggio & Modène, jusqu'en ces derniers temps.
ARIOVALD, V. ADALOALD.
ARIOVISTE, roi des Suèves dans la Germanie, aujourd'hui l'Allemagne, fut défait par Jules-César, l'an 58 avant J. C. Deux de ses femmes périrent dans la fuite; & de deux filles qu'il avoit, l'une fut tuée, & l'autre faite prisonnière. Il ne manquoit ni de talent pour la guerre, ni de courage; mais il étoit d'une hauteur & d'une fierté qui lui nuisoient beaucoup.
ARIPERT, ou ARIBERT, ou ARITPERT, roi des Lombards, succéda en 702 à son père Requibert ou Ragimbert. S'il faut en croire un historien du temps, ce prince étoit juste, pieux, charitable. Mais ces éloges, démentis par plusieurs actions de cruauté, furent dictés vraisemblablement, dit Hardion, par la reconnoissance du clergé, qu'il combla de biens. Anspand, segent du royaume de Lombardie, voulut remettre sur le trône Luitpert, que le père d'Aripert avoit dépossédé. Il vint camper près des portes de Pavie, avec une armée qui fut repoussée. Luitpert ayant été blessé, tomba entre les mains d'Aripert, qui le fit étouffer dans un bain. Le duc Rotharis qui avoit secondé ce malheureux prince, s'étant retiré à Bergame où il prit le titre de roi, Aripert alla l'y combattre, le força de se rendre à discrétion, lui fit rafer la tête & la barbe, & l'envoya en exil à Turin, où peu de temps après il lui ôta la vie. Anspand s'étoit réfugié en Bavière. Aripert assouvit sa fureur sur sa famille, fit crever les yeux à son fils aîné, & couper le nez & les oreilles à sa femme & à sa fille. Anspand, animé par la vengeance, obtint de Théodebert duc de Bavière, une forte armée, & repassa en Italie avec Luitprand, le seul de ses enfans qui eût échappé à la vengeance d'Aripert. Il y eut une bataille, dans laquelle le roi Lombard eut d'abord quelque avantage; mais les Bavarois l'ayant repoussée, il se crut vaincu & rameau son armée à Pavie. Les Lombards, indignés de cette honteuse retraite, ne voulurent plus le reconnoître pour roi. Il résout de se retirer en France; mais il s'étoit chargé de tant d'or, qu'en passant le Tésin à la nage, le poids de ce perfide matal l'entraîna au fond de la rivière: ce fut en 736. Ce prince défiant & soupçonneux se déguisoit ordinairement, à l'entrée de la nuit, pour aller écouter, dans les différens quartiers de la ville, ce qu'on disoit de lui ou des magistrats. Il ne paroissoit jamais devant les ambassadeurs étrangers que mal vêtu, & ne leur faisoit servir que les viandes les plus communes, de peur que l'idée des richesses de fon royaume n'inspirât à leurs maîtres le défir d'en faire la conquête. *Anfprand* fut unanimement proclamé roi des Lombards, & mourut trois mois après, dans sa 55$^{e}$ année.
ARISI, (François) né à Crémone, le 3 février 1657, mort le 25 janvier 1743, fut l'un des plus laborieux écrivains d'Italie. Outre un grand nombre de manuscrits, & ceux qu'il perdit dans l'incendie de sa maison, il en donna plusieurs à l'impression. Le plus remarquable est intitulé, *Cremona litterata*, 3 vol. in-fol. Les deux premiers parurent à Parme en 1702 & 1705, le dernier à Crémone en 1711. *Mazzuchelli* a donné la notice des autres écrits d'*Arisi* dans le 31$^{e}$ volume de son recueil.
ARISTACRIDAS, capitaine Spartiate, s'illustra par sa bravoure. Lorfqu'*Antipater*, lieutenant d'*Alexandre*, eut défait les Lacédémoniens & tué *Agis* leur roi, l'an 530 avant J. C. *Aristacridas* ayant entendu un homme qui s'écrioit : *Malheureux Spartiates ! vous ferez donc esclaves des Macédoniens ?* — Il répondit fièrement : *Hé quoi ! le vainqueur pourra-t-il empêcher les Lacédémoniens d'échapper à l'esclavage par une belle mort, en combattant pour leur patrie ?*
ARISTAGORE, gouverneur de Milet pour *Darius*, voulant se soustraire à la puissance de son maître, tenta vainement de faire prendre les armes aux Spartiates. Il fit goûter aux Athéniens & aux autres Grecs, ce qu'il n'avoit pu persuader à Lacédémone. On lui donna 25 navires, avec lesquels il fit des courses dans le pays ennemi, prit & brûla Sardes. Le roi *Darius*, irrité contre ce traître, ordonna que tous les jours on lui rappelât qu'il avoit une injure à venger. Les généraux Persans attaquèrent les rebelles, les battirent en plusieurs rencontres, dans l'une desquelles *Aristagore* fut tué, l'an 498 avant J. C.
ARISTANDRE, fameux devin, étoit de Telmèfe, ville de Lycie; il exerça son emploi dans la cour de *Philippe*, & ensuite dans celle d'*Alexandre* le *Grand*, dont il se fit aimer par les prédictions les plus flatteuses. *Philippe* rêva qu'il appliquoit sur le ventre de la reine un cachet, où la figure d'un lion étoit gravée : le devin courriſan ne manqua pas de soutenir, contre ses confrères, que ce songe marquoit que la reine accoucheroit d'un fils qui auroit le courage d'un lion. Dans un combat contre les Perses, *Aristandre* fit remarquer aux troupes un aigle qui planoit sur la tête d'*Alexandre*; ce préfaige heureux encouragea les soldats, & ne fut pas infructueux au devin. I. ARISTARQUE de Samos, astronome, est un des premiers qui ait soutenu que la Terre tourne sur son centre, & qu'elle décrit tous les ans un cercle autour du Soleil. Il inventa une horloge solaire. On a de lui un Traité de la Grandeur & de la distance du Soleil & de la Lune, publié en grec & en latin à Peñaro, 1572, in-4$^{o}$, puis à Oxford, in-8$^{o}$, 1688; enfin avec la version latine de *Frédéric Commandin*, par *Vallis*, en 1695. On ne fait en quel temps ce philosophe a vécu : mais il étoit antérieur à *Archimède*. Son système de la rotation du Globe, en lui faisant honneur, faillit lui être funeste. Les prêtres l'accusèrent d'irréligion, pour avoir troublé le repos des Dieux *Lares* de la Terre.
II. ARISTARQUE de Samothrace, fut précepteur du fils de Prolomée Philométor, vers l'an 148 avant J. C. Il publia neuf livres de corrections sur l'Iliade d'Homère, sur Pindare, sur Aratus, & sur bien d'autres Poètes. Il mourut dans l'isle de Chypre, à 72 ans, d'une hydropie. Ne pouvant en guérir, il se laissa mourir de faim. On croit que c'est lui qui divisa l'Iliade & l'Odyssée en autant de livres qu'il y a de lettres dans l'alphabet; & l'on prétend même qu'il retrancha plusieurs vers: il suffisoit qu'un passage ne lui plût point, pour le taxer de supposé. Cependant il falloit que sa critique fût judicieuse, puisqu'on se sert de son nom pour désigner un censeur d'un jugement sain, d'un discernement exact, d'un goût épuré & délicat: en effet, Horace dans son Art poétique le peint ainsi: Vir bonus ac prudens reprehendat inertes, culpabit duros, &c.
III. ARISTARQUE, disciple & compagnon de St. Paul, étoit de Thellalonique, mais Juif de naissance. Il accompagna cet apôtre à Ephèse, & demeura avec lui pendant les deux ans qu'il y fut: partageant ensemble les dangers & les travaux de l'apostolat. Dans le tumulte que les orfèvres de cette isle excitèrent au sujet de la statue de Diane, il manqua de périr. Il sortit d'Ephèse avec St. Paul, & l'accompagna dans la Grèce. De là il le suivit en Asie, en Judée, & enfin d'Rome, où l'on prétend qu'il fut décapité avec lui sous Néron. St. Paul l'appelle le compagnon de sa captivité, concaptivus meus. I. ARISTÉE, (Mythol.) étoit fils d'Apollon & de la nymphe Cyrène fille de Pénée roi d'Arcadie. Il apprit des Nymphes l'art de cailler le lait, de cultiver les oliviers, de préparer les ruches à miel & de les conserver. Ayant épousé Autonné, fille de Cadmus, il en eut Aflon, qui fut déchiré à la chasse par ses propres chiens. Après la mort de ce fils, il se retira dans l'isle de Cos; de là en Sardaigne, qu'il poliya le premier; puis en Sicile, où il communiqua ses secrets; & enfin en Thrace, où Bacchus l'admit aux mystères des Orgyes. Arysée aima ensuite la nymphe Euridice, femme d'Orphée; en fuyant ses poursuites, elle fut piquée par un serpent, qui lui donna la mort. Les Nymphes, ses compagnes, pour venger sa perte, détruisirent toutes les ruches d'Aristée; celui-ci au désespoir de ce malheur, courut implorer la protection de sa mere Cyrène, qui le conduisit à l'oracle de Proté, où il apprit la cause de son infortune, & reçut ordre en même temps d'appaiser les mœurs d'Euridice par des sacrifices. Arisée ayant immolé sur le champ quatre jeunes taureaux & autant de génisses, il en vit sortir une nuée d'abcilles qui le consolèrent de ses pertes. Les Dieux le placèrent entre les étoiles, & il fut l'Aquarius du Zodiaque. Huit trouve de grandes conformités entre Aristée & Moyfe; mais il est assez difficile de les apercevoir.
II. ARISTÉE le Proconsion, historien & poète Grec, florissoit du temps de Cyrus & de Cressus, vers l'an 565 avant J. C. On lui attribue un Poeme épique en trois livres, sur la guerre des Arimapses, ou Scythes hyperboréens. Cet ouvrage s'est perdu. Longin en rapporte six vers dans son Traité du Sublime, & Tretzès six autres. Aristée avoit encore: compose un livre en prose sur la Théogonie, ou l'origine des Dieux. Cet ouvrage n'est point parvenu jusqu'à nous, & on doit le regretter plus que ses vers.
III. ARISTÉE, que Pappus a surnommé l'Ancien, vivoit vers le temps d'Alexandre le Grand. Euclide avoir tant d'estime & d'attache- ment pour lui, qu'il ne voulut pas écrire sur un sujet qu'avoit traité son ami, de crainte de nuire à la réputation qu'Aristée s'étoit acquise. On avoit de lui deux Ouvrages qui rouloient sur la géo- métrie sublime; mais l'injuye des temps en a privé la postérité.
IV. ARISTÉE, préfet ou officier de Ptolomée Philadelphie roi d'E- gypte, qui l'aimoit à cause de sa moderation & de sa sagesse, étoit Juif d'origine. Ce prince l'envoya, dit-on, demander au grand prêtre Eléazar, des savans pour traduire la Loi des Juifs d'hebreu en grec. Eléazar en choisit 72, qui firent cette traduction appelée des Sap- tante. On prétend qu'Aristée com- posa l'Histoire de cette version. Nous en avons une, à la verité, qui porte son nom. On l'a pu- bliée sous ce titre : Historia de S. Scriptura Interpretibus, Oxford, 1492, in-8°; & dans la Bible de Rome, 1471, 2 vol. in-fol. Van- dale a donné une savante disfor- tation sur cet ouvrage à Amiler- dam, 1705, in-4°. Mais il est constant que Ptolomée ne fit tra- duire que le Pentateuque, & que l'ouvrage qui nous reste sous le nom d'Aristée, est un livre fabuleux, composé par un Juif Helléniste d'Alexandrie, & non par un Aristée, paien & officier de Ptolomée. Il parle toujours en Juif, & fait parler & écrire de même les autres. Son roman ne s'accorde pas avec les his- toriens du temps; il est plein d'ana- chronismes. L'historien Joseph est le premier qui ait fait mention ex- pressée d'Aristée.—Voy. Dupin, Dis- fortation préliminaire sur la Bible.
ARISTÈNE, V. III. ALEXIS. ARISTENÈTE, auteur Grec du 5e siècle, périt dans un tremblement de terre qui renversa la ville de Ni- comédie. Nous avons de lui des Lettres, Paris 1610, in-8°; Utrecht 1737; Zwol, 1749, in-8°. Le Sage lès a traduites en françois 1695, in-12. Il y en a quelques-unes d'ingé- nieuses, & même de passionnées; mais la plupart ne sont qu'un tissu de passages de Platon, de Lucien & de quelques autres. I. ARISTIDE, surnommé le JUSIE, étoit fils de L'fymaque, de de la tribu Antiochice, & du bourg d'Alopéce. S'étant pénétré de bonne heure des principes de Lycurgue, le législateur de Lacedé- none, il eut pour rival à Athènes le célèbre Thémistocles. Ces deux grands hommes, élèves ensemble des leur enfance, avoient des qualités bien différentes: l'un fut plein de candeur & de zèle pour le bien public; l'autre, artincieux, fourbe & dévoré d'ambition. Aris- tide auroit voulu éloigner du gou- vernement cet esprit dangereux; mais les intrigues de son ennemi firent condamner à l'exil, par le jugement de l'ostracisme, l'homme simple & illustre qu'il envoût, vers l'an 483 avant J. C. On rap- porte qu'un paysan ne le connois- sant point, vint le prier de mettre sur sa coquille le nom d'Aristide. L'Athénien surpris lui demanda, s'il avoit à se plaindre de celui qu'il vouloit faire bannir? Point du tout, répondit le rustre; mais je suis fatigué de l'entendre toujours appeler le Juste. Aristide, sans se troubler, écrivit son nom sur la coquille, & la lui rendit. Les Athéniens se repentirent bientôt d'avoir chassé de sa patrie un ci- toyen qui ne travaillait que pour elle. Il fut rappelé. Il alla au-devant de Thémistocles, pour l'inviter à travailler tous deux de concert au salut de l'état, il engagea les Grecs à se réunir contre les Perses, s'il lustra par son courage autant que par sa justice, & se couvrit de gloire aux batailles de Marathon, de Salamine & de Platée. Il fit établir une caisse militaire pour soutenir la guerre. L'équité & le définitéressement avec lequel il leva la taxe imposée à cette occasion, fit appeler *siècle d'or* le temps de son administration. Il mourut si pauvre, que la république fut obli- gée de faire les frais de ses funé- railles, de donner quelques biens à son fils, & de doter ses filles. *Lifymacus*, fils de l'une d'elles, gagnoit sa vie à expliquer des fon- ges dans les carrefours. On ignore le lieu & le temps de la mort d'*Aristide*. — *Thémistoules*, *Cimca*, *Péricles*, remplirent Athènes de superbes bâtiments, de vastes por- riques, de riches statues; *Aristide* la templit de vertus. C'est le té- moignage que lui rend *Platon*, & la postérité y a souscrit. Le fur- nom de *Juste* lui fut confirmé plu- sieurs fois de son vivant. À la représentation d'une pièce d'*Eschile*, l'acteur ayant récité un vers sur *Amphiarais*, dont le sens étoit : *Il ne veut pas paroître homme de bien, mais l'être en effet*; tout le monde jeta les yeux sur *Aristide*. Un jour qu'il présidait au juge- ment de la cause de deux parti- culiers, l'un ayant commencé par dire que son ennemi avoit fait dans sa vie bien des maux à *Aristide* : « Eh ! mon ami, lui repartit *Aris- tide* en l'interrompant, dis seule- ment le tort qu'il t'a fait; car c'est son affaire que je juge, & non la mienne. » — *Aristide* ayant été forcé de produire en justice un de ses concitoyens, les juges, qui con- noissoient son équité, se prépa- roient à le condamner sur sa seule dénonciation : mais cet homme juste les conjura de ne point trans- gresser les règles ordinaires, & de laisser à l'accusé la liberté de pro- duire ses moyens de défense. Nous avons peint *Aristide* d'après le té- moignage des meilleurs Histoïens de l'antiquité : nous ne dissimule- rons cependant pas que *Plutarque* insinue que l'inimitié qui régnoit entre lui & *Thémistoules* naquit de leur amour déréglé pour *Stésilus* de l'isle de Léos, jeune homme d'une beauté éclatante. Cette riva- lité amoureuse se changea en envie inextinguible, lorsqu'ils se dispu- tèrent le gouvernement de la répu- blique.
II. ARISTIDE de Milet, histo- riographe, se rendit célèbre par ses *Milésiaques*, contes romanef- ques & souvent licencieux. *Apulée*, auteur de l'*Ane d'or*, avertit dans sa préface, qu'il va écrire des contes à la *Milésiaque* : ce qui prou- ve que les ouvrages d'*Aristide* de- voient avoir eu du succès. *Plutar- que* le cite souvent dans ses *Petites Parallèles*.
III. ARISTIDE, (St.) Athénien, présenta à l'empereur *Adrien*, l'an 125, une *Apologie de la Religion Chrétienne*, pleine d'érudition & d'éloquence; elle existoit encore du temps de *S. Jérôme*. C'étoit un philosophe Platonicien, & il en garda l'habit, même après qu'il eut embrasé le Christianisme.
IV. ARISTIDE, (*Ælius*) ora- teur Grec, né en Myfie, vers l'an 129 de J. C., prit le surnom de *Théodore*, en mémoire d'une gué- rifon qu'il avoit reçue & qu'il crut furnaturelle. Les plus grands mai- tres lui donnèrent des leçons d'é- loquence. Il passa sa vie à ha- ranguer & voyager. Il se fixa enfin à Smyrne. *Marc-Aurèle* ar- rivé dans cette ville, fut curieux de l'entendre. Il remarqua qu'il n'avoit point paru dans la foule des cour- nsans, & le demanda. Le lende- main *Aristide* parut : il s'excusa sur son travail de ce qu'il n'avoit point vu la veille l'empereur, qui le reçut avec beaucoup de bonté. Lorsque Smyrne fut ruinée par un tremblement de terre, il écrivit une *Lettre* si touchante à *Marc-Au- rèle*, que ce prince ordonna sur le champ de la rétablir. Les habitans érigèrent en reconnoissance une statue à *Aristide*. « Malheureuse- ment, dit *Thomas*, ses ouvrages dé- mement un peu ces honneurs. Son panegyrique de *Marc-Aurèle*, sur- tout, est trop inférieur au sujet. On n'y trouve ni élévation, ni chaleur, ni sensibilité, ni force. L'éloquence en est foible & la philosophie commune. C'est à peu près le caractère de ses autres productions. » On a de lui des *Hymnes* en prose en l'honneur des Dieux & des héros, des *Panégyri- ques*, des *Oraisons funèbres*, des *Apologies*, des *Harangues*, où il soutient le pour & le contre. *Sa- muel Jebb*, savant médecin Anglois, nous en a donné une excellente édition, en 2 vol. in-4°, grecque & latine, à Oxford, en 1722 & 1730, avec des notes pleines d'é- rudition. *Aristide* mourut dans sa patrie, à l'âge de 60 ans. V. ARISTIDE, peintre de Thèbes, fut le premier, dit-on, qui mit sur la toile les mouvemens de l'ame & les passions qui l'agi- tent. Le plus célèbre de ses ta- bleaux représentoit le sac d'une ville. Sur le devant une femme étendue, lottant contre la mort, ayant un poignard dans le sein, & repoussant son enfant à la ma- melle, qui, au lieu du lait ordi- naire, fuçoit le sang de sa mère, faissait frissonner les spectateurs. *Pline* le Naturaliste dit, qu'*Attale* offrit jusqu'à 6000 ses forces d'un de ses tableaux. Ce peintre vivait du temps d'*Apelles*, 300 ans avant J. C. I. ARISTIPPE de Cyrène en Afrique, disciple de *Socrate*, fon- dateur de la secte *Cyrénaïque*, quitta la Libye dont il étoit originaire, pour aller entendre *Socrate* à Athè- nes. Il s'éloigna beaucoup du plan de sagesse de ce grand homme. Le fonds de sa doctrine étoit, « que la volupté est le souverain bien de l'homme, & il ne dif- tingua point les plaisirs de l'ame de ceux des sens. » Il n'admettoit de connoissance certaine, que celle que nous devons au sentiment in- térieur. « On a, disoit-il, des idées distinctes de la volupté & de la douleur; mais ce qui en cause les sensations est inconnu, parce que les sens extérieurs nous trom- pent continuellement. La même personne juge différemment d'un objet extérieur, selon qu'elle est différemment affectée. De deux personnes qui goûtent le même mots, l'une le trouvera insipide, & l'autre agréable. Il n'y a donc rien de certain dans les choses ex- térieures, mais seulement dans ce qui nous touche intérieurement. Entre les différens sentimentens inté- rieurs, les uns sont agréables, les autres désagréables; d'autres tien- nent le milieu. La nature abhorre ceux qui causent la douleur, & cherche le souverain bien dans ceux qui causent le plaisir. » Ce- pendant *Aristippe* ne rejetoit pas la vertu; mais il ne la regardoit comme un bien, qu'en tant qu'elle cause de la volupté. Il ne croyoit pas qu'on doit la rechercher pour elle-même, mais seulement par rap- port aux plaisirs & aux avantages qu'elle peut procurer. *Aristippe*, sidèle à ses principes, ne se refu- soit rien de ce qui pouvoit rendre la la vie agréable; & comme il avoit l'esprit souple et infinuant, & que sa philosophie étoit commode, il eut beaucoup de partisans. Les grands seigneurs l'aimèrent; *Denys* le *Tyran* le rechercha. Il couvrit, à la cour de ce prince, le manteau de philosophe, de celui de courtisan. Il dansoit, il s'enivroit avec lui. Il donnoit sa décision sur tous les plats; les cuisiniers prenoient ses ordres pour la préparation & la délicatesse des mets. Sa conversation étoit piquante par une infinité de bons mots. *Denys* le *Tyran* lui ayant demandé « pourquoi les Philosophes assiégeoient les portes des Grands, tandis que ceux-ci n'alloient jamais chez les Philosophes? » *C'est*, répondit *Aristippe*, que les Philosophes connoissent leurs besoins, & que les Grands ne connoissent pas les leurs. D'autres disent qu'il lui répondit plus simplement: *C'est que les Médecins vont ordinairement chez les malades.* — Un jour ce prince lui donna le choix de trois courtisanes. Le philosophe les prit toutes trois, disant: que *Pâris ne s'en étoit pas mieux trouvé*, pour avoir jugé en faveur d'une *Déesse*, contre deux autres *Déesses*. Il les mena ensuite jusqu'à sa porte, & les congédia; tant il lui étoit aisé de prendre de l'amour & de s'en guérir! Quelqu'un le plaisantant un jour sur son commerce avec la courtisane *Lais*: (*Voyez ce mot.*) *Il est vrai*, dit-il, que je la possède, mais elle ne me possède pas. — Quand on lui reprochoit qu'il vivait trop splendidement, il disoit: *Si la bonne chère étoit blâmable, feroit-on de si grands festins dans les fêtes des Dieux?* — *Si Aristippe pouvoit se contenter de légumes*, disoit contre lui *Diogène* le Cynique, il ne s'abaisseroit pas à faire la cour aux Princes. — *Si celui qui me condamne*, répliquoit *Aristippe*, *savoit faire* la cour aux Princes, il ne seroit pas forcé de se contenter de légumes. — Comme on lui demandoit ce que la philosophie lui-avoit appris? *A bien vivre avec tout le monde, & à ne rien craindre.* — *En quoi les Philosophes sont-ils au-dessus des autres hommes?* — *C'est*, disoit-il, que quand il n'y auroit point de lois, ils vivroient comme ils sont. — On le railloit, & il se retiroit tout doucement: un jour celui qui l'attaquoit le suivit, & lui demanda pourquoi il s'en alloit? *C'est*, répondit-il, que comme vous êtes le maître de m'envoyer des brocards, il dépend aussi de moi de ne pas les attendre.* — Il avoit coutume de dire: « Qu'il valoit mieux être pauvre qu'ignorant, parce que le pauvre n'a besoin que d'être aidé d'un peu d'argent, au lieu qu'un ignorant a besoin d'être humanisé. » — Quelqu'un se vantant auprès de lui d'avoir beaucoup lu: *Hé quoi! dit Aristippe, ceux qui mangent avec excès & qui sont le plus d'exercice, sont-ils pour cela plus sains que les autres qui mangent avec mesure & qui sont un exercice modéré!* — On dit qu'il fut le premier qui exigea des récompenses de ses disciples. Ayant demandé 50 drachmes à un père pour instruire son fils: *Comment, cinquante drachmes!* s'écria cet homme; il n'en faudroit pas davantage pour avoir un esclave. — *Hé bien! répartit le philosophe, tour-à-tour courtisan & cynique, achète-le, & tu en auras deux.* — *Aristippe* florisfoit vers l'an 400 avant J. C. Il mourut en revenant à Cyrène, de la cour de Syracuse. Il avoit composé des livres d'histoire & de morale, que nous n'avons plus. Il laissa une fille nommée *ARETÉ*, qu'il avoit pris soin d'instruire dans toutes les parties de la philosophie, & qu'ilut un prodige de beauté & de vertu. 402 ARI
II. ARISTIPPE, dit le *Jeune*, petit-fils du précédent, étoit fils d'*Arété*, fille d'*Aristippe*. Il devint un des plus zélés défenfleurs de la fêche de son grand-père, vers l'an 364 avant J. C. Elle admettoit pour principe de toutes les actions, deux mouvemens de l'âme, la douleur & le plaisir.
III. ARISTIPPE, tyran d'Argos, vivoit dans les frayeurs, fuite de la tyrannie. Le foir après son fouper, il fermoit toutes les portes de son appartement, quoiqu'elles fuffent gardées par un grand nombre de foldats; il montoit ensuite par une échelle dans une chambre écartée avec sa maitrefle: la mère de la fille retiroit aussitôt l'échelle, l'enfermoit sous la clef, & le lendemain matin venoit la remettre à la trappe pour ouvrir leur prison. *Aratus* de Sicyone forma le projet de délivrer Argos du joug de ce tyran soupçonneux. *Aristippe* lâcha contre lui plusieurs affaffins, mais inutilement, parce que l'amour des citoyens veilloit à sa fureté. *Aristippe* l'attaqua & perdit une bataille; mais dans un second combat *Aratus* fut vainqueur, & *Aristippe* fut tué par un Crétois l'an 242 avant JÉSUS-CHRIST. *Argos* demeura néanmoins sous le pouvoir d'un autre tyran. I. ARISTOBULE, fut au nombre des gens-de-lettres qui flattèrent la vanité d'*Alexandre* le *Grand*, & qui exagérèrent ses talens & excusèrent ses vices. C'est dans cet esprit qu'il écrivit l'*Histoire* de ce conquérant. *Alexandre*, écoutant la lecture de cet ouvrage pendant qu'il naviguoit sur l'*Hydaspe*, fut si in ligne des baffes adulations de l'auteur, qu'il jeta son livre dans le fleuve. *Tu mériterois*, lui dit-il, que je t'y précipitaffe, toi vil menteur, qui me fais combattre seul un éléphant & le tuer d'un seul trait.
II. ARISTOBULE, de la race des sacrificateurs Juifs, étoit précepteur de *Ptolomée Evergète*, fils aîné de *Philométor*, roi d'Égypte, l'an 120 avant J. C. La synagogue de Jérusalem lui écrivit une belle *Lettre*, pour lui donner avis des graces que Dieu avoit faites à la nation, en le délivrant du cruel *Antiochus*, de l'oppression des Macédoniens, & en découvrant aux Solymitains le feu fâcré, caché depuis si long-temps. Ils le supplioient, lui & tous les Juifs qui étoient en Égypte, de célébrer en action de graces avec pompe & folemnité la fête de la *Scénopégie*. — Il ne faut pas le confondre avec ARISTOBULE, juif & philosophe Péripatéticien, qui dédia des livres à *Ptolomée* fils de *Lagus*.
III. ARISTOBULE, fils de *Jean Hyrcan* auquel il succéda, prit le diadème & le titre de Roi. Ce fils dénaturé fit arrêter sa mère, qui prétendoit que la souveraineté lui appartenoit, & la laïsa mourir de faim en prison. Il fit ensuite la guerre aux Ituriens, qu'il foumie & qu'il força d'embraffer la religion Juive. Une maladie l'obligea de revenir à Jérusalem. Il laïsa le commandement de l'armée à *Antigone*, celui de ses frères qu'il aimoit le plus. Cette prédilection excita l'envie des courtisans; & la reine son épouse s'étant jointe à cette cabale, employa les plus noires calomnies pour l'engager à faire mourir *Antigone*. Le repentir qui suivit de près ce meurtre, joint aux remords de la mort de sa mère, augmentèrent son mal. Il eut un grand vomissement, dont il mourut après un an de règne l'an 104 avant J. C. *Salomé* sa femme, qu'on nommoit aussi *Alexandra*, mit en liberté trois frères d'Aristobule, qui ce prince soupçonneux tenoit dans les ters, & donna le trône à l'aîné, nommé Alexandre Jannée.
IV. ARISTOBULE, étoit fils d'Alexandre Jannée & frère d'Hyrcan II, (Voy. ce mot) auquel il en- leva le royaume de Judée & la fouveraine sacrificature. Il jouit de l'un & de l'autre pendant plus de trois ans. Pompée ayant eu à se plaindre de lui, rétablit Hyrcan, & emmena Aristobule à Rome pour servir à la gloire de son triomphe. Jules-Céfar lui rendit la liberté long- temps après, & voulut le charger d'une expédition contre Pompée; mais les partisans de celui-ci l'em- poisonnerent avant qu'il sortit de Rome, l'an 45 avant J. C. V. ARISTOBULE, petit-fils du précédent, frère de Mariamne époufe d'Hérode le Grand, obtint, à l'âge de 17 ans, la sacrificature par le crédit de sa sœur. Mais l'af- fection que le peuple Juif conçut pour lui, ayant donné de l'om- brage à Hérode, ce prince cruel le fit noyer, en ordonnant qu'on le plongeât dans un réservoir comme par divertissement. Ce fut l'an 36 avant J. C.
VI. ARISTOBULE, fils d'Hé- rode le Grand, Voyet, ce dernier mot.
ARISTOCLÉE devint prêtreffe du temple d'Apollon à Delphes. Quelques uns l'ont dite sœur de Pythagore. Dans le temps où chaque legislateur cherchoit à donner à ses institutions & à ses lois une au- torité céleste, & pretendoit ou être inspiré ou tenir de quelque divi- nité les conseils qu'il donnoit aux hommes, Pythagore, suivant Por- phyre, annonça qu'Apollon, par l'organe d'Aristoclée, lui avoit ap- pris à Delphes tous les préceptes de morale qu'il enseignoit à ses disciples.
ARISTODÈME, Voyet ci-def- fous I. ARISTOMÈNE.
ARISTOGITON, citoyen d'A- thènes, le Brutus des Grecs, conf- pira contre Hipparque tyran de sa patrie. Il se joignit à Harmodius, & délivra son pays du fléau de la tyrannie. Hipparque périt d'un coup de poignard dans le cœur. Hippias, son frère, fit mettre inu- tilement plusieurs personnes à la torture, entr'autres une courtifane, qui se coupa la langue avec les dents, plutôt que de découvrir la conspiration. Aristogiton avoit été aussi présenté à la question: mais, loin de nommer ses com- plices, il accusa les plus fidèles partisans d'Hippias, qui sur le champ les fait traîner au supplice. As-tu d'autres scélérats à dénoncer, s'écrie le tyran transporté de fu- reur? Il ne reste plus que toi, répond Aristogiton. Je meurs, & j'emporte en mourant la fati-faction de l'avoir privé de tes meilleurs amis. Les Athéniens firent élever dans la place publique des statues à leur libérateur, hon- neur qui auparavant n'avoit été accordé à personne. Une petite-fille d'Aristogiton fut mariée & dotée aux dépens de la république. Les Tyrans furent chaffés d'Athènes la même année que les Rois le furent de Rome, l'an 513 avant J. C. Bar héliens place cet événement en 510. I. ARISTOMÈNE Ier, ou ARIS- TODÈME, roi des Messéniens dans la Morée, épuisa tellement Lacé- demone de citoyens, dans une guerre qu'il eut contre cette répu- blique, que l'armée Lacédémo- nienne renvoya à Sparte les nou- veaux soldats, & leur prostitua les femmes & les filles pour re- C C 2 peupler le pays. Ceux qui naqui- rent de ce commerce, furent ap- pelés l'arthéniens; ils se bannirent ensuite eux-mêmes de Sparte, & allèrent sous la conduite d'un cer- tain Phalante, s'établir à Tarente en Italie. Aristomène se tua sur le tombeau de sa fille, qu'il avoit sacrifiée pour faire cesser une peste qui ravageoit sa patrie, vers l'an 724 avant J. C.
II. ARISTOMÈNE II, général des Messéniens, souleva son pays contre Sparte, l'an 685 avant J. C. Ceux d'Argos, d'Elide, de Sicyone, favoriserent sa révolte. Aristomène battit les Lacédémo- niens, s'introduisit à Sparte pen- dant la nuit, & attacha à la porte du temple de Minerve un bouclier avec une inscription qui portoit, « qu'Aristomène faisoit ce présent à la Déesse. » Les Lacédémoniens, indignés de cette bravade, se mi- rent en campagne pour s'en ven- ger; mais ils furent encore défaits. Cependant ils remportèrent sur lui peu après une victoire si complète, qu'ils le mirent hors d'état de tenir la campagne; mais la guerre ne fut pas terminée pour cela. Aristomène se retira avec le reste de ses troupes sur une montagne es- carpée, appelée Iva, où il se dé- sendit pendant onze ans, & y fit une infinité d'actions héroïques. Enfin la trahison de quelques-uns de ses officiers l'ayant obligé d'a- bandonner ce poste, il se réfugia auprès du tyran de Rhodes qui avoit épousé sa fille, & y mourut, l'an 640 avant J. C. On dit que, lorsqu'on ouvrit son corps, on lui trouva le cœur tout velu. I. ARISTON, fils & successeur d'Agostoles dans le royaume de La- cédémone, est connu par ses re- parties, citées dans Platarque. Quel- qu'un lui ayant dit, que le devoit d'un Roi étoit de faire du bien à ses amis & du mal à ses ennemis; il ré- pondit: Qu'il convenoit bien plus à un Roi de conserver ses anciens amis, & de savoir s'en faire de nouveaux de ses plus grands ennemis. Ayant appris que l'on avoit fait un éloge funèbre des Athéniens, qui avoient été tués en combattant vaillamment contre les Lacédémoniens, il dit: S'ils honoreut tant les vaincus, quels honneurs méritent donc les vainqueurs? Il régnoit vers l'an 580 avant J. C. Il eut pour fils Démarate, qui lui succéda.
II. ARISTON, de l'île de Chio; surnommé Sirène, & disciple de Zénon, disoit qu'un Sage ressemble à un bon comédien, qui fait éga- lement bien le rôle d'un roi & celui d'un valet. — Le souverain bien, selon lui, étoit dans l'indif- sérence pour tout ce qui est entre le vice & la vertu. — Il compa- roit ingénieusement les argumens des Logiciens aux toiles d'airai- gnée, fort inutiles, quoique faites avec beaucoup d'art. Il rejetoit la logique, parce que, disoit-il, elle ne mène à rien; & la physique, parce qu'elle est au-dessus des forces de notre esprit. Quoiqu'il n'eût pas absolument rejeté la mo- rale, il la réduisoit à peu de chose; aussi finit-il par la volupté, après avoir commencé par la philoso- phie. Il florissoit vers l'an 236 avant J. C. On dit qu'il étoit fort chauve, & qu'ayant été frappé à la tête d'un coup de soleil, cet ac- cident fut cause de sa mort.
III. ARISTON, (Titus) juris- consulte Romain sous l'empire de Trajan, & digne de vivre sous ce prince, cherchoit la récompense de la vertu dans la vertu même. Il étoit philosophe, sans afficher la philosophie: c'est la seule bonne façon de l'être. Ayant été attaqué d'une longue maladie, il pria ses amis de demander aux médecins, s'il pouvoit en réchapper ? en leur déclarant que s'il n'y avoit pas d'espérance, il se donneroit la mort ; mais que si son mal n'étoit point incurable, il se réfoudroit à souffrir & à vivre pour sa femme, sa fille & ses amis. *Plin:* le *Jeune*, qui en étoit, fait un bel éloge de lui dans sa 22$^{e}$ *Lettre* du 1$^{er}$ livre.
ARISTONE, fille de *Cyrus* & femme de *Darius* roi de *Perfe*, inspira par sa beauté une si grande passion à son époux, qu'il lui fit élever des statues, & ordonna à ses sujets de l'adorer comme le plus bel ouvrage des Dieux.
ARISTONIC, fils d'*Eumènes* & d'une concubine d'Éphèse, irrité de ce qu'*Attale III* avoit donné en mourant le royaume de Pergame aux Romains, leva des troupes pour s'en emparer & s'y maintenir, & défit le consul *Licinius-Craffus*, l'an 131 avant J. C. La même année le consul *Perpenna* le prit ; & l'ayant fait conduire à Rome, où on le donna en spectacle, il y fut étranglé en prison par ordre du sénat. Ce prince fut le dernier des *Attalides*, qui occupèrent le trône de Pergame l'espace de 154 ans. *Mithridate*, dans une lettre à *Arface*, roi des Parthes, accusé les Romains d'avoir supposé un faux testament d'*Attale* pour frustrer *Aristonie* ; mais c'est un ennemi déclaré qui leur fait cette imputation, confignée dans les fragments de l'Histoire de *Salleffe*. I. ARISTOPHANE, poète comique Grec, vers l'an 446 avant J. C., fit retentir le théâtre d'Athènes des applaudissemens qu'on donna à ses pièces. On lui décerna, par un décret public, une couronne de l'*Othivier* sacré, en reconnoissance des traits qu'il avoit lancés contre les chefs de la république. Il étoit si mordant, qu'il n'épargnoit pas sa propre famille. On lui dispuroit un jour sa qualité de citoyen d'Athènes ; il répondit par ces deux vers parodiés d'*Homère* : *Je suis fils de Philippe, à ce que dit ma mère ;* *Pour moi, je n'en sais rien : qui sait quel est son père ?* Ses faillies amusèrent le peuple, & réprimèrent les vices des grands. *Socrate* & *Euripide* furent en butte à ses farcasmes. Dans la pièce contre le philosophe, il profite de tout pour le rendre non-seulement ridicule, mais odieux. Il lui reproche l'oracle de Delphes qui l'avoit nommé l'homme de la Grèce le plus sage ; la fureur de décrier toutes les sectes, & de n'en avoir aucune ; l'antipathie pour ce qui étoit mode, agrémens, magnificence, plaisirs, fêtes ; ses goûts suspects ; ses tracasseries de ménage ; le prétendu démon dont il se disoit inspiré : tout, jusqu'à sa naissance & à sa profession, fournit des armes contre lui. Il lui donne même le talent de décrocher les manteaux. Le poète intitula sa comédie, ou plutôt sa satyre, les *Nudes*. Il suppose que *Strepsiade*, qui avoit passé sa vie à la campagne, mais qui étoit venu demeurer à la ville, étant abîmé de dettes, entre dans l'école de *Socrate*, pour y apprendre à se débarrasser de ses créanciers : mais étant trop vieux lui-même, il met son fils à sa place. Le jeune homme profite si bien des leçons de son maître, qu'il débute par battre son père ; & il prouve ensuite éloquemment qu'il a très bien fait. Cette action amène le dénouement de la pièce, qui finit par l'incendie de l'école de *Socrate*. Le C c 3 406 ARI rôle que ce philosophe y joue, est digne de la pièce. On le voit enflé de vaine gloire, chantant ses propres louanges; répétant qu'il étoit initié dans tous les secrets de la nature; qu'il étoit envoyé des cieux pour éclairer la terre; que la jeunesse vient à lui pour s'instruire; qu'il avoit une méthode à laquelle étoient attachées la gloire & la félicité des générations à venir. Après s'être prodigieusement vanté lui-même, il fait la fâtyre des hommes & celle des Dieux. *Aristophane*, en rendant *Socrate* méprisable à la populace, prépara de loin l'arrêt, que des juges corrompus prononcèrent contre l'homme le plus vertueux de la Grèce. Ce poète avoit composé 54 *Comédies*; il ne nous en reste plus qu'onze. Elles offrent ordinairement cette élégance, cette finesse, ce style pur & délicat, cette plaisanterie légère qui faisoit le sel Attique. On l'admire moins à présent qu'autrefois, parce que l'éloignement des temps, & le peu de connoissance des mœurs anciennes, empêchent de sentir sur quoi portent ses bons mots. Ce qui le distingua parmi les comiques Grecs, est le talent de la raillerie. Il faisoit les ridicules avec facilité, & les rendoit avec vérité & avec feu. Il est vrai que ses *Comédies* n'étoient très-fouvent que des fâtyres atroces, qui n'épargnoient pas plus les Dieux que les grands. Ses plaisanteries dégénèrent quelquefois en turlupinades & en obscénités. *Plutarque*, qui pouvoit en juger plus faînement que nous, le mettoit au-dessous de *Ménandre*. On peut voir, sur ces deux poètes, le *Théâtre des Grecs*, en faisant attention, que le P. *Brumoi* flatte quelquefois les anciens, en les comparant aux modernes. *Ludolphe Kuster* a donné une édition magni- fique des Comédies d'*Aristophane*; en grec & en latin, avec de savantes notes, sous ce titre: *Aristophane Comediae græce & latinæ, ex codd. mfs. emendatae, cum scholis antiquis. Accedunt notæ virorum doctorum in omnes comedias. Omnia collegis & recensuit, notasque in novem comedias, & quatuor indices in fine adjecit Ludolph. Kusterus*, in-fol. Amsterdam 1710. L'édition de *Kuster* a été réimprimée à Leyde en 1760, en 2 vol. in-4.º par les soins de *Burmann*, *cum notis Variorum*: mais cette réimpression, quoique bien exécutée, n'a rien diminué du mérite de l'édition originale. Les Comédies d'*Aristophane* sont le *Plutus*, les *Oiseaux*, toutes deux contre les Dieux & les Déesses; les *Nudes* contre *Socrate*; les *Grenouilles*, les *Chevaliers*, les *Acarniens*, les *Guêpes*, la *Paix*, les *Harangueuses*, les *Femmes au sénat*, & *Lysistrate*. Nous avons une traduction françoise du *Plutus* & des *Nudes*, par madame *Dacier*; des *Oiseaux*, par *Boivin* le cadet. *Poinsinet* de *Sivey* a traduit en françois, partie en vers, partie en prose, le *Théâtre* d'*Aristophane*, Paris, 1784, 4 volumes in-8.º
II. ARISTOPHANE, de Byzance, disciple d'*Eratoslène*, & célèbre grammairien, mérita la place de surintendant de la bibliothèque d'Alexandrie, que le roi *Ptolomée-Evergète* lui donna. Il mourut dans un âge fort avancé, vers l'an 220 avant J. C.
ARISTOPHON, *Voyer* II. CÉPHALE. X I. ARISTOTE, surnommé le *Prince des Philosophes*, naquit à Stagyre, ville de Macédoine, l'an 384 avant J. C. Son père *Nicomachus* étoit médecin, & descendoit. dit-on, d'Esculape. Aristote l'ayant perdu, lorsque sa jeunesse lui rendoit ses conseils nécessaires, dissipa son bien, se livra à la débauche, & prit le parti des armes. Il fut ensuite obligé de faire un petit trafic de poudres de senteur, & de vendre des remèdes. Dégouté de ce métier, il consulta l'oracle de Delphes, qui lui fit cette réponse : Allez à Athènes, & étudiez la philosophie. Vous aurez plus besoin d'être retenu que poussé. Il se rendit donc dans cette ville, entra dans l'école de Platon, & en fur l'âme & la gloire : (Voyez THÉOPHRASTE & XÉNOCRATE.) Continuellement livré au travail, il mangeoit peu, & dormoit encore moins. Diogène Laërce rapporte que pour ne pas succomber à l'accablement du sommeil, il étendoit hors du lit une main dans laquelle il tenoit une boule d'airain, afin que le bruit qu'elle feroit en tombant dans un bassin, le réveillât. Aristote eut bientôt surpassé tous ceux qui étudioient avec lui. On ne l'appelloit que l'Esprit ou l'Intelligence. Platon, secrètement jaloux de ses progrès, se fit souvent un plaisir de le mortifier. Il lui reprochoit publiquement l'affectation de ses discours & la magnificence de ses habits ; & en mourant il laissa le gouvernement de son académie à Speu-pipe son neveu. Cette préférence choqua Aristote ; il prit le parti de voyager. Il parcourut les principales villes de la Grèce, se familiarisant avec tous ceux dont il pouvoit tirer quelque instruction. Enfin il se retira à Atarne, petite ville de Mysie, auprès de son ami Hermias, usurpateur de ce pays. Ce prince ayant été mis à mort par ordre du roi de l'Erse, Aristote épousa sa sœur, qui étoit restée sans biens. Quand Alexandre le Grand eut atteint environ 14 ans Philippe son père appela Aristote pour le lui confier. La lettre qu'il lui écrivit à l'occasion de sa naissance, étoit seule digne d'immortaliser le prince & le philosophe : Je vous apprends, lui disoit-il, que j'ai un fils. Je remercie les Dieux, non pas tant de me l'avoir donné, que de me l'avoir donné du temps d'Aristote. Pespère que vous en ferez un successeur digne de moi, & un roi digne de la Macédoine. Les espérances de Philippe ne furent pas trompées. Le maître apprit à son disciple toutes les sciences dans lesquelles il excelloit, & cette sorte de philosophie qu'il ne communiouoit à personne, comme dit Plutarque. Alexandre disoit être redevable à Philippe de vivre, & à Aristote de bien vivre. En reconnoissance, Philippe érigea des statues au philosophe, & fit rebâtir sa patrie ruinée par les guerres. Lorsque son élève se disposa à ses conquêtes, Aristote, qui préféroit le repos du cabinet aux agitations de la cour & au tumulte des armes, retourna à Athènes. Il y fut reçu avec les honneurs dus au précepteur d'Alexandre & au premier philosophe de son temps. Les Athéniens auxquels Philippe avoit accordé beaucoup de graces à sa considération, lui donnèrent le Lycée pour y ouvrir son école. Il donnoit ordinairement ses leçons en se promenant ; ce qui fit appeler sa secte la secte des Péripatéticiens. Le succès de la philosophie d'Aristote ne fut pas ignoré d'Alexandre. Ce prince, véritablement grand, lui écrivit de s'appliquer à l'histoire des animaux, lui envoya huit cents talens pour la dépense que cette étude exigeoit, & lui donna un grand nombre de chasseurs & de pêcheurs pour faire des recherches C c 4 408 ARI *Aristote*, au comble de la gloire, fut attaqué par l'envie qui la fuit de près. Sa passion pour sa femme *Pythais* le porta, dit-on, à l'ériger en divinité, & à lui rendre après sa mort le même culte que les Athéniens rendoient à *Cérès*. *Eurymédon*, prêtre de cette déesse, l'accusa de ne pas y croire. *Aristote*, se souvenant de la mort de *Socrate*, se retira à Chalcis pour empêcher qu'on ne commit une seconde injustice contre la philosophie. Si l'on en croit *Origène*, *Aristote* avoit donné lieu aux accusations d'impiété. Dans les conversations particulières il ne se ménageoit pas assez; il osoit soutenir « que les offrandes & les sacrifices sont tout-à-fait inutiles, & que les Dieux n'avoient pas besoin de la pompe extérieure des temples. » Quoi qu'il en soit, il mourut loin de sa patrie, d'un poison qu'il avoit pris selon les uns, & d'une colique selon d'autres, l'an 322 avant J. C., à 63 ans. Il ne survécut que deux années à son disciple, *Alexandre* le *Grand*, à la mort duquel on l'avoit faussement accusé d'avoir eu part. Les Stagyrites enlevèrent le corps de ce grand-homme, lui dressèrent des autels, & lui consacrèrent un jour de fête. Il laissa de sa femme *Pythais*, une fille qui fut mariée à un petit-fils de *Démarate*, roi de Lacédémone. Il avoit eu aussi d'une concubine un fils nommé *Nicomachus* comme son aïeul: c'est à lui qu'il adressa ses livres de *Morale*. Le sort d'*Aristote* après sa mort n'a pas été moins singulier que durant sa vie. Il parvint à l'empire des esprits & des opinions, comme *Alexandre* son disciple croit parvenu à la domination universelle. Il fut long-temps le seul oracle des écoles; & on l'a trop dédaigné ensuite. Le nombre de ses commentateurs, anciens & modernes, prouve le succès de ses ouvrages. Quant aux variations que sa mémoire a éprouvées, on peut consulter *Launoï* dans son livre intitulé: *De varia Aristotelis fortuna*; & *Patricius*, dans ses *Peripatetica Discussiones*. — *Diogène-Laëre* rapporte quelques-unes de ses sentences: « Les sciences ont des racines amères; mais les fruits en sont doux. — Il y a la même différence entre un savant & un ignorant, qu'entre un homme vivant & un cadavre. — L'amitié est comme l'âme de deux corps. — Il n'y a rien qui vieillisse si-tôt qu'un bien-fait. — L'espérance est le songe d'un homme éveillé. — Soyons amis de Socrate & de Platon, & encore plus de la vérité. — Les Lettres servent d'ornement dans la prospérité, & de consolation dans l'adversité. — La Philosophie apprend à faire volontairement ce que les autres font par contrainte. — Toute vertu est placée dans le milieu. » On l'interrogeoit pourquoi on goûtoit tant de plaisir à voir une belle figure? C'est là, répondit-il, la demande d'un aveugle. Le *Baharistan*, ouvrage Indien, rapporte cette maxime politique d'*Aristote*: *Qu'un prince doit plutôt ressembler au vautour qui est au milieu de la proie, qu'à une proie entourée de vautours, c'est-à-dire qu'il est aussi utile à un prince de savoir tout ce qui se passe autour de lui, qu'il lui est pernicieux que ses voisins sachent ses propres affaires.* La philosophie d'*Aristote* n'étoit point cette raison sauvage qui s'enfonce dans les bois, & qu'on y laisse; il avoit la politesse d'un courtisan, & toutes les qualités d'un véritable ami. Il confia en mourant ses écrits à *Théophrastus* son disciple & son successeur dans le Lycée. On admire comment il a pu en composer un si grand hombre, & y répandre autant de variété. Les plus estimés font sa Dialectique, sa Morale, son Histoire des Animaux, sa Poétique & sa Rhétorique. Le précepteur d'Alexandre montra dans ce dernier ouvrage que la philosophie est le guide de tous les arts. Il creusa avec sagacité les sources du bel art de persuader. Il fit voir que la dialectique en est le fondement, & qu'être éloquent, c'est savoir prouver. Tout ce qu'il dit sur les trois genres, le délibératif, le démonstratif & le judiciaire; sur les passions & les mœurs; sur l'élocution, sans laquelle tout languit; sur l'usage & le choix des métaphores, mérite d'être étudié. Ses préceptes respirent la justee éclairée d'un philosophe, & la politesse d'un Athénien; & en donnant les règles de l'éloquence, il est éloquent avec simplicité. Aristote fit cet excellent ouvrage suivant les principes de Platon, sans s'attacher servilement à la manière de son maître. Celui-ci avoit suivi la méthode des orateurs : son disciple crut devoir préférer celle des géomètres. Sa Poétique est un traité digne du précédent; l'un & l'autre furent composés pour Alexandre. Aristote chercha dans le goût épuré & délicat des honnêtes-gens d'Athènes, les raisons des suffrages qu'on accordoit à Homère, à Sophocle, & aux autres poètes. Il remonta aux principes, & de toutes ses observations il forma ce corps admirable de préceptes, si propres à faire connoître le différent caractère des poèmes, & à conduire à la perfection de la poésie. Quant à la philosophie, il établit deux principes qui montrent beaucoup de sagacité. Le premier, que l'ame acquiert ses idées par les sens, & que par les opérations qu'elle fait sur ses idées, elle se forme des connoissances universelles & évidentes. Voilà en quoi consiste la science. Des connoissances sensibles, l'esprit s'élève à des connoissances purement intellectuelles; mais comme les premières émanent d'une source qui peut être sujette à erreur, c'est-à-dire des sens, Aristote établit un second principe pour rectifier le premier : c'est l'art du raisonnement, au moyen duquel il forme un nouvel organe à l'entendement, qu'il appelle organe universel. Cependant sa dialectique n'est pas exempte de défauts. « 1.º Il s'étend trop, dit Deslande, & par là il rebute. On pourroit réduire à peu de pages tout son livre des Cathégories & celui de l'Interpretation : le sens y est noyé dans une trop grande abondance de paroles. 2.º Il est obscur & embarrassé : il veut qu'on le devine, & qu'on produise avec lui ses pensées. Quelque habile qu'on soit, on ne peut se flatter de l'avoir totalement entendu. Témoin ses Analytiques, où tout l'art du syllogisme est enseigné. » On connoîtra encore mieux ce qu'Aristote a de bon & de mauvais, en rapportant ici l'ingénieux parallèle que le Père Rapin en a fait avec Platon. Voici à-peu-près comme il s'exprime. « Les qualités de l'esprit étoient extraordinaires dans l'un & dans l'autre. Ils avoient le génie élevé & propre aux grandes choses; il est vrai que l'esprit de Platon est plus poli, & celui d'Aristote plus profond. Platon a l'imagination vive, abondante, fertile en inventions, en idées, en expressions, en figures, donnant mille tours, mille couleurs nouvelles, & toutes agréables, à chaque chose; mais après tout ce n'est 210 ARI fouvent que de l'imagination. *Aristote* pense; mais il est dur & sec dans son style, & a je ne sais quoi d'austère : ses obscurités affectées dégoûtent & fatiguent les lecteurs. *Platon* est délicat dans tout ce qu'il pense, & dans tout ce qu'il dit. *Aristote* ne l'est pas du tout; mais il en est plus naturel. Son style simple & uni, est ferré & nerveux : celui de *Platon* est grand & élevé, mais lâche & diffus. Celui-ci en dit toujours plus qu'il n'en faut dire; celui-là n'en dit jamais assez, & laisse à penser plus qu'il n'en dit. L'un surprend l'esprit & l'éblouit par des expressions éclatantes & fleuries; l'autre l'éclaire & l'instruit par une méthode juste & folide; & comme les raisonnemens de celui-ci sont plus justes & plus simples, les raisonnemens de l'autre sont plus ingénieux & plus embarrassés. *Platon* donne de l'esprit, par la fécondité du sien; & *Aristote* donne du jugement & de la raison, par l'impression de bon sens qui paroît dans tous ses écrits. Enfin *Platon* ne pense le plus souvent qu'à bien dire; & *Aristote* ne pense qu'à bien penser, à creuser les matières, à en rechercher les principes, & à tirer de ces principes des conséquences infaillibles. *Platon*, en se donnant plus de liberté, en prodiguant les ornemens, plaît davantage; mais, par la trop grande envie qu'il a de plaire, il se laisse emporter à son éloquence. *Aristote* se possède toujours; avare d'expressions figurées, il appelle les choses simplement par leur nom : comme il ne s'élève point & qu'il ne s'égare jamais, il est aussi moins sujet à tomber dans l'erreur que *Platon*, qui, donnant à tout la couleur de l'éloquence & les graces du style, y fait tomber ceux qui s'attachent à lui. *Alexandre* étoit très-attaché aux opinions de son précepteur, & très-jaloux de ses ouvrages. Il lui écrivit au milieu de ses conquêtes : « J'apprends que vous publiez vos *Traités Acroatiques*. Quelle supériorité me reste-t-il maintenant sur les autres hommes ? Les hautes sciences que vous m'avez enseignées vont devenir communes; & vous savez cependant que j'aime encore mieux surpasser les autres hommes par la connoissance des choses sublimes que par la puissance. » La meilleure édition des Ouvrages d'*Aristote* est celle de Paris, au Louvre 1619, donnée par *Duval*, en 2 vol. in-fol. grec & latin. *Gata* a mis en latin son *Histoire des Animaux*. Sa *Rhétorique* a été traduite en français par *Cassandre*, & sa *Poétique* par *Dacier* & le *Batteux* : (*Voyez* l'article de chacun de ces écrivains.)
II. ARISTOTE de Chalcide, dont *Apollonius* le scotiaste fait mention, avoit écrit une *Histoire* de l'isle d'Eubée, la plus considérable des isles de l'Archipel Grec, après la Crète ou Candie. Cette histoire n'est point parvenue jusqu'à nous. — *Diogène Laërce* parle de trois autres *ARISTOTES* : le premier étoit de Cyrène, & avoit écrit sur l'art poétique; le second avoit long-temps été à la tête du gouvernement d'Athènes, & avoit publié des *haranges* estimées; le troisième, dont on ignore la patrie, avoit commenté l'*Iliade*.
III. ARISTOTE, est le même que ALBERTI-ARISTOTIDE. *Voy*, ce mot. — & II. BATTUS.
ARISTOTIME, Tyran d'Élide, vivoit du temps de *Pirrhus*, roi des Épirotes. Après avoir exercé des cruautés inouies, il fut tué dans un temple de Jupiter, par Thrasbule & Lampis, auxquels Helianicus en avoit inspiré le dessein. Sa femme & ses deux filles se pendirent de désespoir avec leurs ceintures.
ARISTOXÈNE, de Tarente en Italie, s'adonna à la musique & à la philosophie, sous Alexandre le Grand, & sous ses premiers successeurs. Il étoit fils du musicien Mnésias. Il fut d'abord disciple de son père, & ensuite d'Aristoxe, dans l'école duquel il eut Théophraste pour compagnon d'étude. De 453 volumes, dont Suidas le fait auteur, il ne reste que ses Élémens harmoniques, en trois livres, qui est le plus ancien traité de musique qui soit parvenu jusqu'à nous. Meurlius le publia à Leyde, en 1616, in-4.º Cet ouvrage reparut bien plus correct dans le Recueil des Musiciens Grecs de Marc Meibomius, en deux vol. in-4.º Amsterdam, 1652, avec de savantes notes. Aristoxène attaque dans ce traité le système musical de Pythagore, qui vouloit soustraire la musique au rapport des sens, pour l'assujettir au seul jugement de la raison. Aristoxène prouve que cet art étant fait principalement pour l'oreille, c'est à elle de juger ses productions; son opinion divisa la Grèce en deux sectes de musiciens, les Pythagoriciens & les Aristoxéniens.
ARITCHANDREN, (Mythol.) esclave vertueux du chef des Parias dans les Indes, fut chargé par son maître du soin du lieu des sépultures. On le regarde comme l'auteur des premiers devoirs rendus aux morts; aussi a-t-on consacré son souvenir dans les Indes, par une pierre plantée à l'entrée des cimetières. C'est devant cette pierre qu'on dépose les corps avant leur inhumation, en offrant à ce symbole d'Aritchandren une pièce de monnoie de cuivre, un morceau de toile neuve, & une poignée de ris. Celui qui est chargé d'entretenir le feu dans les cimetières, s'approche alors de la pierre, & prie Aritchandren de laisser passer le corps puisqu'il a payé le tribut établi.
ARITPERT, Voyc ARIPERT. I. ARIUS, roi de Sparte, fit alliance avec Onias, grand-prêtre des Juifs, & lui écrivit une belle Lettre dans une feuille carrée, & scellée d'un cachet où étoit empreinte la figure d'un aigle qui tient une serpent dans ses terres. Il lui faisoit savoir « qu'ils avoient trouvé dans leurs archives, que les Juifs & les Lacédémoniens n'avoient qu'une même origine, étant descendus d'Abraham, & qu'ainsi ils devoient n'avoir que les mêmes intérêts. » (Voyc le premier livre des Machabées, chapitre XII.)
II. ARIUS, père des Ariens, naquit en Libye, ou, selon d'autres, à Alexandrie. Achillas, évêque de cette ville, le fit prêtre dans un âge assez avancé, & le chargea de la prédication & du gouvernement d'une de ses églises. Son éloquence, ses mœurs austères, son air mortifié, sembloient le rendre digne du sacré ministère; mais son ambition le perdit. Après la mort du saint évêque Achillas, le prêtre Arius irrité de n'avoir pas été son successeur, combattit la doctrine catholique sur la divinité du Verbe. Il soutenoit que le Fils de Dieu étoit une créature tirée du néant, capable de vertu & de vice; qu'il n'étoit pas véritablement Dieu, mais seulement par participation, comme toutes les autres à qui on donne le nom de Dieu. En avouant qu'il existoit avant tous les siècles, il affirmoit qu'il n'étoit point co-éternel à Dieu. Voici ce qui occasionna en partie son erreur, suivant l'abbé Pluquet : « Dans les lieux où les sciences & la philosophie étoient cultivées, les Chrétiens s'appliquoient à expliquer les mystères, sur - tout à les dégager des difficultés de Sabellius, de Praxée, de Noët, qui, dans le siècle précédent, avoient prétendu que les trois personnes de la Trinité, n'étoient que trois noms donnés à la même substance, selon la manière dont on la considéroit. L'Eglise avoit condamné ces erreurs; mais elle n'avoit pas expliqué comment les trois personnes de la Trinité existoient dans une seule substance. La curiosité & le désir de rendre ces dogmes croyables à ceux qui les rejetoient, porta l'esprit vers la recherche des idées qui pouvoient expliquer le dogme de la Trinité. Arius entreprit cette explication. Il falloit, en établissant contre Sabellius la distinction des personnes, ne pas admettre plusieurs substances incréées, comme Marcion, Cerdon, &c. Arius crut éviter ces deux écueils, & rendre le dogme de la Trinité intelligible, en supposant que les trois personnes de la Trinité étoient trois substances; mais que le Père seul étoit incréé. Arius fit donc de la personne du Verbe une créature. » Ses arguments séduisirent plusieurs personnes, & il fallut opposer une digue à l'erreur & à l'errant. St. Alexandre, évêque d'Alexandrie, l'anathémarifa dans deux conciles, en 319 & en 321. L'héréfierque, retiré en Palestine, gagna des évêques, parmi lesquels Eusèbe de Nicomédie & Eusibe de Césarée furent les plus ardens. « Condamné par Alexandre, mais défendu par plusieurs évêques, Arius, ajoute l'abbé Pluquet, ne se présenta plus que comme un malheureux qu'on perséutoit; il répandit sa doctrine. Il intérêts même le peuple en sa faveur. C'étoit un homme d'une grande taille, maigre, sec, portant la mélancolie peinte sur le visage; grave dans ses démarches, charmant par la vivacité de sa conversation, & ayant quelques talens pour la poésie & la musique: il fournissoit des chansons spirituelles aux gens de travail et aux dévots. Il mit en cantiques sa doctrine, & par ce moyen il la répandit dans le peuple. (*) C'est un moyen que Valentin & Harmonius avoient employé avant Arius, & qui a souvent réussi aux hérétiques. Apollinaire l'employa après Arius, & perpétua ses erreurs plus par ce moyen que par ses écrits. Ainsi le parti d'Arius se grossit insensiblement, & malgré la subtilité des questions qu'il agitoit, il intérêts jusqu'au peuple dans sa querelle. On vit donc les Evêques, le Clergé & le peuple divisés : bientôt les disputes s'échauffèrent, firent du bruit; & les comédiens, qui étoient payens, en prirent occasion de jouer la religion chrétienne sur leurs théâtres. Constansis n'envisagea d'abord cette querelle qu'en politique, & écrivit à Alexandre & à Arius qu'ils étoient des fous de se diviser pour des choses qu'ils n'entendoient pas, & qui n'étoient de nulle importance. L'erreur d'Arius étoit (*) On chantait sur-tout sa Thalie, titre emprunté d'une pièce efféminée du poète Sorsée. d'une trop grande conséquence, pour que les Catholiques refaffectent dans l'indifférence que *Constantin* leur conféilloit. *Alexandre* écrivit par-tout pour prévenir le progrès de l'erreur d'*Arius*, & pour en faire connoître le danger. D'un autre côté, *Arius* & ses partisans faisoient tous leurs efforts pour décrier la doctrine d'*Alexandre* : les Catholiques & les Ariens s'imputoient réciproquement les conséquences les plus odieuses qu'ils pouvoient tirer des principes de leurs adversaires. Ces chocs continuels échauffèrent les deux partis jusqu'à la sédition ; il y eut même des endroits où l'on renversa les statues de l'empereur, parce qu'il vouloit qu'on supportât les Ariens. Cependant *Eusebe* de Nicomédie affembla un concile, formé de la plus grande partie des évêques de la Bithynie & de la Palestine, qui leva l'excommunication prononcée contre *Arius*. Il avoit voulu faire entendre à *Constantin*, comme nous venons de le voir, que cette question n'étoit qu'une vaine subtilité ; mais cet empereur ayant été mieux instruit, affembla à Nicée en Bithynie, l'an 325, un concile œcuménique, où *Arius* fut convaincu de ses erreurs, excommunié par les Pères, & condamné au banissement par le prince. Après trois ans d'exil, *Constantin*, à l'infigation d'un prêtre Ariens, rappela *Arius* & ceux de son parti qui avoient été anathématisés par le concile de Nicée. Il présenta à l'empereur une confession de foi, composée avec tant d'art, qu'il étoit difficile d'y apprécévoir les erreurs qu'on y avoit cachées sous le masque de la vérité. Les évêques Ariens rentrèrent peu à peu en faveur, & les exilés furent rappelés. « Les édits de *Constantin* contre les Ariens n'avoient produit que l'apparence du calme. Les disputes se ranimèrent peu à peu, dit encore l'abbé *Pluquet*, & elles étoient devenues fort vives, lorsque les évêques exilés furent rappelés. A force d'examiner le mot de *Conjûstantiel*, il y eut des évêques qui s'en scandalisèrent : on disputa, on se brouilla, & enfin on s'attaqua avec beaucoup de chaleur. *Leurs querelles*, dit Socrate, ne refembloient pas mal à un combat nocturne. Ceux qui rejetoient le mot de *Conjûstantiel*, croyoient que les autres introduisoient par-la le sentiment de *Sabellius* & de *Montan*, & les traitoient d'impies, comme niant l'existence du Fils de Dieu ; au contraire, ceux qui s'attachoient au mot de *Conjûstantiel*, croyant que les autres vouloient introduire la pluralité des Dieux, en avoient autant d'aversion, que si on avoit voulu rétablir le Paganisme. » *Arius* revint triomphant à *Alexandrie* ; mais *Athanafe*, fuscesseur d'*Alexandre*, ne voulut pas le recevoir à sa communion. Il affilta ensuite, en 335, au concile de Tyr, auquel il présenta une confession de foi captieuse, qui fut approuvée. Les Pères écrivirent même en sa faveur à l'Eglise d'*Alexandrie*. Il retourna dans cette ville, où le peuple, préservé du venin de l'erreur par *S. Athanafe*, refusa de le recevoir. *Constantin*, instruit du trouble que sa présence avoit causée à *Alexandrie*, l'appela à *Constantinople* : il lui demanda s'il suivait la foi de Nicée ? *Arius* le jura en lui présentant une nouvelle profession de foi, où l'hérifie étoit couverte par des paroles tirées de l'Écriture. *Constantin* ne soupçonnant point que l'hésiarque le trompoit, fit ordonner à *Alexandre*, évêque de *Constantinople*, de l'admettre à la communion des fidèles. Le faim évêque refusant de le faire, les Ariens se vantèrent qu'ils le feroient entrer dans l'église malgré lui ; mais la veille du jour qu'ils devoient le mener comme en triomphe, il fut trouvé mort d'une colique violente dans laquelle il rendit ; dit-on, les boyaux, le foie, la rare & le sang : accident bien peu ordinaire, & même invraisemblable. Ce fut l'an 336 de J. C. La mort d'Ariens n'esteignit point l'hérésie qu'il avoit tait naître. Elle prit au contraire de nouvelles forces, & fit en Orient des progrès aussi étendus que rapides. Ses ravages ne furent pas fi terribles en Occident. Il y eut cependant quelques prélats séduits par les propositions artificieuses de deux évêques Ariens, *Valens* & *Urface*, qui leur firent entendre que pour rendre la paix à l'Eglise, il ne s'agissoit que de sacrifier quelques termes amphibologiques. Quelques Occidentaux eurent donc la foibleffe de souscrire à Rimini une formule Arienne, tandis que les Ariens assemblés à Sélénice, & dans un conciliabule qu'ils tinrent à Nicée, en signoient une à peu près semblable. Par cette supercherie, le monde, dit *S. Jérôme*, fut étonné de se trouver tout-à-coup Ariens. Une paix fondée sur un mal-entendu ne pouvoit être durable. La plupart de ceux qui avoient souscrit la formule de Rimini, reconnurent leur faute & la réparerent. Cependant l'Arianifme domina toujours à la cour & dans la capitale jusqu'à *Théodose* le *Grand*, qui lui porta les coups les plus terribles. A la fin du 4$^{e}$ siècle, les Ariens se trouvèrent réduits par les lois des empereurs à n'avoir ni églises ni évêques, dans toute l'étendue de l'empire. Les Vandales portrèrent cette hérésie en Afrique, & les *Vingoths* en Espagne. C'est dans ces deux contrées qu'elle subfit la plus longtemps, sous la protection des rois qui l'avoient embraffée ; mais les souverain d'ayant enfin abjurée, les sujets l'abandonnèrent vers l'an 660. Il y avoit près de 9 siècles qu'elle étoit enéveillé sous ses ruines, lorsqu'au commencement du 16$^{e}$ *Erasme* fut soupçonné de vouloir la réveiller : il se justifia. Mais les choses équivoques qu'il avoit répandues, sans doute innocemment, dans son *Commentaire* sur le nouveau Testament, germoient dans de mauvaises têtes, tandis que l'Arianifme fortoit du sein du fanatisme allumé par la Réforme. Un Prédicant Anabaptiste prétendit qu'il étoit petit-fils de Dieu, nia la Divinité de J. C. & se fit des disciples. « Bientôt les principes de la Réforme, dit l'abbé *Placques*, conduifirent les Théologiens à cette erreur. L'Écriture sainte est chez les Protestans la seule règle de foi à laquelle on doive se soumettre, & chaque particulier est l'interprète de l'Écriture, & par conséquent le juge des controverses qui s'élèvent sur la religion. Par ce principe fondamental de la Réforme, chaque particulier avoit le droit de juger l'Eglise Catholique & les Réformateurs mêmes, d'examiner les dogmes reçus dans toutes les communions chrétiennes, & de les rejeter, s'il n'y découvroit pas les caractères de révélation, ou s'il les trouvoit absurdes. Cette liberté fit bientôt renaître parmi les Protestans, une partie des anciennes hérésies, & l'Arianifme. On vit *Capiron*, *Cellarius*, & d'autres Luthériens guidés par ces principes, soumettre à leur examen particulier tous les dogmes de la religion, rejeter le mystère de la Trinité, & combattre la confubstantialité du Verbe. » Le médecin *Servet* publia, peu de temps après, un *Traité contre la Trinité*. Sa doctrine n'ayant pas été éteinte dans le bûcher où *Calvin* le fit précipiter, elle passa de Genève en Pologne, & à la longue elle dégénéra en Socinianisme. C'est l'Arianisme moderne, doctrine encore plus anti-Chrétienne que l'Arianisme ancien, & qui, sans être ouvertement embrasée par les protestans, domine en Hollande, & en Angleterre même, & finira par engloutir dans son sein toutes les sectes séparées de l'Eglise Romaine. — *Voyet* SERVET & SOCIN.
ARLAUD, (Jacques-Antoine) naquit à Genève en 1668. Il fut peintre de fort bonne heure, & fut lui-même son maître. Dès l'âge de 20 ans il passa en France, où son pinceau délicat & son coloris brillant lui firent une grande réputation. Le duc d'Orléans, régent du royaume, protecteur & juge de tous les arts, disoit, en parlant de sa miniature: *Les peintres en ce genre n'ont fait jusqu'ici que des images*; Arlaud leur a appris à faire des portraits. Sa miniature s'exprime aussi fortement que la peinture à l'huile. Ce prince se l'attache, & le gratifia d'un appartement dans son château de St-Cloud, où Arlaud lui donnoit des leçons. Dès qu'il fut à la tête du gouvernement, il ajouta à cette faveur celle de l'obliger de choisir dans sa galerie de peinture, les tableaux qui lui plaisoient davantage. Arlaud, après avoir résisté à une offre si flatteuse, fut forcé de céder. Il fixa son choix sur deux tableaux peints par le régent lui-même. *Je suis fâché*, lui dit le prince, que vous vous contentiez de si peu de chose. — *C'est*, Monseigneur, répondit Arlaud, qui étoit aussi bon courtifan qu'excellent peintre, ce que je pouvois emporter de plus précieux. Son désintéressement fut admiré du duc d'Orléans, qui lui envoya deux tableaux des premiers maîtres, & vingt mille francs en or. Les portraits d'Arlaud étoient non-feulement ressemblants; ils avoient encore le mérite singulier d'exprimer les qualités de l'âme des personnes qu'il peignoit. Arlaud se retira ensuite à Genève. Le grand duc de Toscane, Jean Gasson, le dernier de l'illustre famille des Médicis, fouhaïtra de joindre le portrait d'Arlaud à la grande collection des portraits des plus illustres peintres, faits par eux-mêmes. Arlaud le lui envoya, & il reçut en reconnoissance une très-belle médaille d'or. Il mourut à Genève en 1747. Il légua à la bibliothèque de cette ville, une collection de livres rares & curieux, & plusieurs bons tableaux anciens & modernes. Dans un voyage qu'il fit en Angleterre, il s'acquit l'amitié de Newton, qui, depuis, lui adressa ses ouvrages, & entretient avec lui une correspondance d'autant plus honorable, que ce grand homme avoue qu'il écrivoit peu de lettres.
ARLEQUIN, *Voyet* BIANCOZELLI & CARLIN.
ARLES, (le Cardinal d') *Voyet* I. ALEMAN.
ARLINGTHON, V. BENNET.
ARLOTTE, fille d'un habitant de Falaise, devint maîtresse de Robert, duc de Normandie, & mère de Guillaume le conquérant. Elle épousa Herluin, gentilhomme Normand, dont elle eut plusieurs enfants.
ARLOTTI, (Ridolphe) né Reggio en Lombardie, se distin- 416 ARL gua par ses poésies répandues dans les Recueils du temps. Il avoit commencé un Poème sur la conquête de Grenade; sujet heureusement traité ensuite par Graciani, Florian, & par plusieurs autres. Arlotto fut intime ami du Tasse, de Querengi & de Guarini. I. ARLOTTO, notaire de Vicence, en 1284, fut témoin des guerres civiles de son pays, & de toutes les fureurs qu'elles entraînent. Les Padouans faisoient depuis long-temps la guerre à Vicence, lorsqu'Arlotto, pour détacher de leur parti, publia l'Histoire de leur tyrannie & de leurs excès. Les Padouans resterent vainqueurs; Arlotto fut banni, ses biens furent acquis à ses ennemis qui publierent la peine de mort contre quiconque liroit, garderoit chez foi ou traduiroit son ouvrage. Chacun s'étant empressé de le brûler, on n'en pu retrouver un seul exemplaire, lorsque Vicence ayant secoué le joug de Padoue, Arlotto rétabli dans sa fortune, le fit vainement rechercher pour le publier de nouveau.
II. ARLOTTO, curé de la paroisse de St-Juste à Florence, dans le 15e siècle. Son nom de famille étoit Mainardi; mais il n'est guère connu que sous celui d'Arlotto. Cet homme se rendit célèbre de son temps par ses bons mots, ses tours joyeux, & ses faillies originales. On en fit un recueil après sa mort sous le titre de: Facetie, Fabule e Motti del Piovano Arlotto, Prete Fiorentino, Venise, 1520, in-8°; Florence, 1568, in-8°. Il mourut en 1483, à 87 ans, & fut enterré dans un tombeau qu'il s'étoit fait faire de son vivant, & sur lequel il avoit fait graver cette inscription qui peint son caractère: Questa sepultura il Piovano Arlotto la fire-fare per li, e per chi ci vuole insitare.
ARLUNO, (Bernard) noble Milanois, s'appliqua à la jurisprudence, & la prosetta à Pavie & à Padoue. Il est auteur d'une Histoire des guerres de Venise, imprimée par Burmaan, & d'une autre de sa patrie, qui est restée manuscrite. — On a publié, en 1515, à Milan, la collection in-folio des Œuvres de Pierre ARLUNO son frère, savant médecin.
ARMACH ou ARMACHANUS, Voyet RICHARD d'ARMACH, n.º VII. I. ARMAGNAC, (Jean d') cardinal, fils naturel de Jean II, comte d'Armagnac, & frère de Jean III, & de Bernard connétable de France, parvint aux premières places de l'eghse de France, par le crédit de sa famille, l'une des plus puissantes & des plus anciennes. Il fut fait archevêque d'Auch, par Clément VII, en 1391; puis conseiller d'état en 1401, par le roi Charles VI; & enfin cardinal, par Pierre de Lune, en 1408. Il avoit eu aussi la nomination de cet antipape pour l'archevêché de Rouen; mais le chapitre de cette métropole se maintint dans le droit d'élire son archevêque, & refusa Jean d'Armagnac. Ce prélat mourut peu de temps après avoir été décoré de la pourpre.
II. ARMAGNAC, (Bernard, comte d') frère du précédent, fut un seigneur du premier mérite. Il avoit fait la guerre pendant vingt ans avec distinction. La reine, femme de Charles VI, le fit venir à la cour, pour le mettre du parti des Orléanois; c'est de là qu'ils furent nommés Armagnacs. Le comte se fit acheter bien cher; car, outre l'épée de connétable qu'il recuit A R M 417 deut presque en arrivant, il se fit encore donner le commandement absolu des troupes & des finances. La liaison de la reine & du connétable ne fut pas de longue durée. Le comte d'Armagnac, homme fort rigide, désapprouvait publiquement la conduite de cette princesse, qui, pour s'en débarrasser, s'unit avec ses ennemis. La reine voyant que le connétable avait juré sa perte, & que le roi, prévenu contre elle, alloit l'exiler, prit la fuite, & alla se mettre sous la protection du duc de Bourgogne. Ce prince arma pour sa défense. Le connétable laissa surprendre Paris, en juin 1418. Il eut beau se cacher, il fut décédé par un maçon, chez qui il s'étoit sauvé. Les Bourguignons ne firent d'autre mal au connétable, que de le mettre en prison, dans l'espérance qu'il avoueroit où étoient ses trésors. Mais à quelques jours de là, sur le bruit qui se répandait que lui & le chancelier en feroient quittes pour de l'argent, le peuple en fureur alla les tirer de la conciergerie, & les massacra sur-le-champ dans la cour du palais.
III. ARMAGNAC, (Jean d') maréchal de France, seigneur de Gourdon, chevalier & chambellan du roi Louis XI, étoit fils naturel de Jean IV, comte d'Armagnac. Il fut l'un des principaux favoris de Louis XI, qui lui donna le gouvernement du Dauphiné. Il mourut en 1471, avec une réputation très-médiocre de capacité & de valeur. Il ne dut le bâton qu'à la faveur de Louis XI, car il n'avoit jamais servi.
IV. ARMAGNAC, (Jacques d') V. I. NEMOURS & II. ISABELLE. V. ARMAGNAC, (George d') fils de Pierre, bâtard de Charles Tome I. d'Armagnac, comte de l'Île-en-Jourdain, devint archevêque de Toulouse, co-légat & archevêque d'Avignon. Il fut fait cardinal en 1544 par Paul III, & mourut en 1585, à 85 ans. Il protégea les gens de lettres, & en fit connoître plusieurs à François I. C'étoit d'ailleurs un homme vain & ambitieux.
VI. ARMAGNAC, (Jean, comte d') Voyet l'article de JEAN V, comte d'Armagnac, n.º LXXI, dans lequel nous parlons de ceux qui ont possédé depuis le comté d'Armagnac.
ARMANÇAI, (Sabathier, marquise d') fille d'un gentilhomme Provençal, se fit avantageusement connoître, en 1634, par d'agréables opuscules en prose & en vers. Verron a dit d'elle: Tout est charmant, et tout est vrai Dans ce que cette Muse expose. On retrouve dans d'Armançai, Soit pour les vers soit pour la prose La Vigne, la Suze & Gournat.
ARMAND DE BOURBON, prince de Conti. Voyet I. CONTI.
ARMAND, comédien, Voyet HUGUET.
ARMELLE, (Nicole) née en 1606, à Campénac, dans le diocèse de St-Malo, & morte à Vannes en 1671, sur obligée d'entrer en condition. Elle passa les trente-cinq dernières années de sa vie chez un gentilhomme, qui rendit compte de tous les exemples de vertu que cette fille lui avoit-donnés. Sa Vie fut publiée par une Uruline de Vannes, nommée Sœur Jeanne de la Nativité. Posée la fit réimprimer en 1704, in-12, sous ce titre: l'École du pur amour de Dieu. Duché de Vancy en a inferné un abrégé dans ses Histoires édifiantes. D d 418 ARM On y raconte qu'Armelle croyait voir les Diables sous des figures horribles, & sentir leur puanteur; qu'ayant sans cesse l'esprit préoccupé de l'objet sacré de sa flamme, elle seroit ce qu'elle rencontrait sous ses mains, des piliers, des colonnes de lit, & qu'elle leur demandoit : N'est-ce point vous qui cachez le Bien-Aimé de mon cœur? On dit qu'elle mourut d'un excès d'amour divin. On ne peut douter que sa piété ne fût fort ardente; mais son imagination l'étoit encore davantage. I. ARMELLINI, (Jérôme) né à Faenza, se fit dominicain, & devint grand inquiéteur à Mamoue en 1516. Il combatait, dans un écrit, l'opinion de l'aftrologue Rorfiliano de Calabre, qui avoit soutenu que par l'inspection des planètes, il étoit facile de prévoir le Déluge universel qui devoit se renouveler à certaines époques.
II. ARMELLINI, (Marion) né à Ancone, mourut le 4 mai 1737, avec la réputation d'un fameux prédicateur. On lui doit : I. Une Vie de Marguerite Corradi, 1726, in-12. II. Une Bibliothèque de ceux qui ont honoré par leurs écrits l'abbaye du Mont-Caffin, 1732, infolio. L'auteur ajouta deux autres volumes à cet ouvrage, en 1733 & 1735.
ARMELLINO, (François) né d'un père banquerouier, vint de bonne heure à Rome, où il follicita des procès & tint la banque. Léon X, ayant souvent besoin de son industrie pour trouver de l'argent, le fit cardinal en 1517, & intendant des finances. Cette élévation surprenante lui fit des ennemis : son nom fut en exécration parmi le peuple, qu'il avoit chargé d'un grand nombre de subides & d'impôts; craignant de se voir exposé à sa fureur; sous le pontificat d'Adrien VII, successeur de Léon X, il céda à l'orage en se retirant. On dit que dans un confistoire où l'on parloit de trouver une somme dans un moment pressant, le cardinal Pompée Colonne dit qu'il ne falloit qu'écorcher Armellino, & exiger une petite pièce de monnoie de tous ceux qui seroient bien aises de voir sa peau, & que l'argent qu'on en retireroit seroit une somme assez considérable pour fournir à toutes les dépenses nécessaires. Mais le cardinal de Médicis foutait Armellino, & ayant été depuis élevé au souverain pontificat, sous le nom de Clément VII, il lui donna l'archevêché de Tarente & d'autres bénéfices considérables. Quelque temps après, il fut affligé avec le pape dans le château St-Ange, & mourut de douleur d'avoir perdu tous les biens qu'il avoit à Rome, dans le temps que cette ville fut prise par les Impériaux. Le pape se confola de cette mort qui lui laiffoit plus de 200,000 ducats en terres, qui contribuèrent à payer sa rançon. Armellino mourut dans le mois d'octobre 1527.
ARMENONVILLE, (Joseph-Jean-Baptiste-Fleuriou d') fut nommé garde des sceaux en 1722, & disgracié en 1727. Il mourut en 1728, au château de Madrid, où le Roi lui avoit donné une retraite, après avoir exigé sa démission. Il avoit entraîné dans sa chute le comte de Morville son fils, (Charles-Jean-Baptiste) d'abord avocat du roi au Châtelet, ensuite ambassadeur à la Haye, plénipotentiaire au congrès de Cambrai en 1722; enfin secrétaire d'état. Quoiqu'il n'eût que des talons médiocres, ses lumières & sa droiture A R M 419 lui avoient procuré cette place; des intrigues de cour la lui enlevèrent en 1727. Il se retira, comblé des graces du roi, & emportant son estime. Il conserva ses amis, parce qu'ils l'avoient été de sa personne, & non de ses places. L'académie Françoise connoissant son zèle pour les lettres, l'avoit mis au nombre de ses membres en 1722. Il mourut à Paris, le 3 février 1732. Les éloges donnés au fils, peuvent en partie s'appliquer au père, qui, sans avoir un génie supérieur, remplit ses emplois avec exactitude & intégrité. Le marquis d'Argençon réduit cependant son mérite à la docilité de suivre les impressions du ministère dominant, & à revêtir du grand sceau, des résolutions auxquelles il avoit peu de part. I. ARMINIUS, chef des Chérusques, qu'Auguste fit citoyen Romain & chevalier. Ces titres ne l'empêcherent point de former le projet de délivrer sa patrie du joug des Romains. Brave, fécond en ressources, d'un esprit pénétrant & dissimulé, il s'infinua adroitement dans la confiance de Varus, général Romain qui commandoit dans la Germanie, tandis qu'il faisoit révolter secrètement les cantons les plus éloignés du pays. Le crédule Varus, qui ignoroit la conspiration, marcha l'an 9e de J. C. avec trois légions contre les rebelles. Mais s'étant engagé imprudemment dans un défilé de bois & de montagnes, Arminius, qui avec ses troupes le suivoit sous prétexte de renfort, attaqua subitement les Romains, les tailla en pièces, & par un excès de cruauté, fit égorger, ou attacher en croix tous ceux qui avoient été faits prisonniers. Germanicus chargé par Tibère de poursuivre le général Chérus- que, le défit au-delà du Weser. Il eut le bonheur d'échapper; mais sa femme & son fils furent pris, & ornèrent le triomphe du vainqueur. Arminius qui s'étoit montré jusqu'alors le défenseur de sa patrie, voulut quelque temps après, l'affujettir à sa domination : ce fut la cause de sa perte. Il fut affaffiné dans une conjuration, dans sa 37e année, l'an 20 de J. C. L'héroïsme d'Arminius, déjà célébré par Campistron dans une de ses pièces les plus estimées, a été remis sous nos yeux par Bauvin en 1772, dans sa tragédie des Chérusques. Voy. ADGANDESTRIUS; HERMINIUS & I. VARUS.
II. ARMINIUS, (Jacques) chef de la secte des Arminiens ou Remontrans, naquit à Oude-Water, ville de Hollande, en 1560. Il fit une partie de ses études à Genève, aux dépens des magistrats d'Amsterdam; mais il fut obligé d'en sortir, parce qu'il marqua trop d'ardeur à soutenir la philosophie de Ramus. Après diverses courses en Italie & en Suisse, il revint à Amsterdam, où il fut ministre 15 ans. On le choisit ensuite pour remplir la chaire de théologie à Leyde, en 1603. Les leçons qu'il donna sur la prédestination, l'universalité de la rédemption, mirent la division parmi les Protestans. Ne pouvant pas concevoir Dieu tel que Calvin le peignoit, c'est-à-dire prédéfinant les hommes au péché comme à la vertu, il affaiblit les droits de la grace, & releva trop ceux de la liberté. Il enseignoit que Dieu vouloit que tous les hommes fuissent sauvés, & qu'il leur accordoit une grace avec laquelle ils pouvoient se sauver, « Comme tous les réformés, Arminius & ses disciples, dit Pluques, ne reconnoissoient point D d 2 d'autorité infaillible qui fût dépositaire des vérités révélées, & fixât la croyance des Chrétiens. Ils regardaient l'Écriture comme la seule règle de la foi, & chaque particulier comme le juge du sens de l'Écriture. Ils interpréteront donc ce que l'Écriture dit sur la grâce & sur la prédestination, conformément aux principes de l'équité & de la bienfaisance qu'ils portaient dans leur cœur & dans leur caractère. Ils ne se fixèrent point dans la doctrine de l'Église Romaine sur la prédestination, & passèrent insensiblement aux erreurs des Pélagiens & des Sémi-Pélagiens. Comme les Arminiens croyaient que chaque particulier étoit le juge naturel du sens de l'Écriture, par une suite de leur caractère & de leur principe d'équité, ils ne se crurent pas en droit de forcer les autres à penser & à croire comme eux. Ils crurent qu'ils devoient vivre en paix avec ceux qui n'interprétaient point l'Écriture comme eux; & de là vient cette tolérance générale des Arminiens pour toutes les sectes Chrétiennes, & cette liberté qu'ils accordent à tout le monde, d'honorer Dieu dans la manière dont il croyaient que l'Écriture le prescrivait. Chaque particulier étant le juge du sens de l'Écriture, & n'étant pas obligé de suivre la tradition, c'est à la raison à juger du sens de l'Écriture. L'Arminiens qui a cherché à examiner les dogmes du Christianisme, a donc rapproché insensiblement ces dogmes des idées que la raison nous fournit. Il a rejeté comme contraire à l'Écriture, tout ce qu'il ne comprenait pas, parce que chaque particulier étant obligé de croire l'Écriture & de l'interpréter, il ne pouvoit croire que ce qu'il pouvoit comprendre. Les Arminiens, en suivant scrupuleusement les principes de la Réforme sur la jugement des controverses, se sont donc insensiblement réunis avec les Sociniens, au moins en partie. « Arminius enseignant une doctrine nouvelle, fut cité à la Haye pour en rendre compte aux pasteurs réformés. Les persécutions qu'il essuya, les fatigues de ses voyages, l'accablèrent au point, qu'il en mourut en 1609. Ce ministre avoit les qualités sociales. Il étoit poli, agréable, amusant même avec ses amis particuliers. Il préséroit la piété intérieure à de vaines apparences, & le témoignage de sa conscience aux applaudissemens du public. Sa devise étoit : BONA CONSCIENTIA PARADISUS. Le grand objet de ses vœux étoit la tolérance mutuelle dans tout ce qui n'ébranloit pas les fondemens de la religion. A cette indulgence de caractère, il joignoit beaucoup de modestie & une grande défiance de lui-même. Tel est le portrait qu'en ont tracé ses disciples, tandis que ses ennemis le peignoient comme un ennemi de Dieu, un novateur artificieux, un homme rusé & malin, qui, semblable à Cham, avoit découvert la nudité de ses pères, en attaquant le système des premiers réformateurs. Ses disciples furent appelés Arminiens. On les persécuta, & ils n'en furent que plus opiniâtres. Cette secte qui, loin d'être éteinte, absorbera vraisemblablement toutes les sectes réformées, jouit à présent, dans la Hollande, de la tolérance accordée à toutes les religions. — On a d'Arminius plusieurs ouvrages publiés sous le titre de Opera Theologia, à Francfort, 1631 ou 1635, in 4.º Les principaux sont : I. Disputationes de diversis Christiana Religionis capitibus. II. Examen libelli Guillemi Perkeni de Pradestinationis modo & ordine. III. Differatio de vero sensu Capitis VII ad Romanos. IV. Analysis Cap. IX ad Romanos. V. Des Lettres dans les Præstantium viror. Epistola. L'Arminianisme a eu dans son sein plusieurs hommes du premier ordre pour l'érudition : Episcopius, Courcelles, Grotius, le Clere, &c.
ARMSTRONG, (Jean) médecin, né à Castleton en Écosse, prit ses degrés dans l'université d'Édim- bourg, & fut nommé médecin de l'armée d'Allemagne, en 1760. Apollon le favorifoit ainsi qu'Ésculpe. Nous avons de lui 2 vol. de poésies parmi lesquelles on distingue un poème sur l'Art de conserver la Santé. Il avoit donné en 1735, un Essai sur les moyens d'abrégir l'étude de la Médecine; & en 1737, une Histoire abrégée de la guérison des maladies vénériennes. Il mourut en 1779. — I. ARNAUD DE BRESSE en Italie, disciple d'Abailard, prit l'habit de moine pour débiter plus facilement ses erreurs. Il soutenoit que les évêques & les moines qui possédoient des terres, ne pouvoient manquer d'être damnés, & que les biens de l'Église appartenoient aux princes. Cette doctrine, prêchée dans un siècle où les brigands n'étoient pas rares, lui fit beaucoup de disciples, contre lesquels on fut obligé de prendre les armes. Le pape Innocent II le condamna dans le concile général de Latran, en 1139. Ce pontife avoit d'autant plus de raison d'être irrité contre cet hérétique, qu'il se croyoit le maître fouverain de tous les biens dont ce novateur vouloit priver le clergé. Il dit dans la harangue qu'il prononça à l'ouverture de ce concile : Que l'on recevoit les dignités sociétéfautiques par la permission du Pontife Romain, comme par droit de fief, & qu'on ne pouvoit les posséder légitimement sans sa permission. — Arnaud anathématisé se réfugia dans les montagnes de Suisse avec ses disciples. Il entretenoit toujours un parti puissant à Rome. Il y revint en 1141, excita une édition contre le pape, le fit chaffier, abolit la dignité de préfet de Rome, obligea les principaux citoyens de se soumettre au patrice, & fit piller le palais des cardinaux. Le pape Eugène III, après plusieurs combats contre cet enthousiaste turbulent, fut enfin reçu à Rome. Arnaud fut arrêté quelque temps après, sous Adrien IV, par le cardinal Gérard; & malgré les efforts des vicomtes de Campanie, qui l'avoient remis en liberté, il fut conduit à Rome, & condamné par le gouvernement de cette ville à être attaché à un poteau & brûlé vit en 1155. Ses cendres furent jetées dans le Tibre, de peur que ses spectateurs n'en fiffent des reliques. Il ne manquoit ni d'esprit, ni d'adresse, ni même d'éloquence, si l'on peut appeler de ce nom une grande abondance de mots & un flux de paroles. Ses discours ne respiroient que douceur, tandis que sa doctrine étoit tout poison, selon S. Bernard, qui le peint comme « un homme à tête de colombe & à queue de scorpion. »
II. ARNAUD DE VILLENEUVE, — médecin du 13e siècle, s'adonna aux langues & aux sciences. Après avoir voyagé dans différens pays pour se perfectionner, il se fixa à Paris, où il exerça la médecine & l'astronomie. Il se mit à publier, que la fin du monde arriveroit infailliblement vers le milieu du 14e siècle. Il en fixa même l'année à 1335 ou 1345. Entraîné par sa curiosité naturelle, il avoit effleuré presque toutes les sciences, & il s'étoit 422 ARN fait une réputation qui lui perfuada qu'il étoit capable de tout. Sa pré- fomption le jeta dans plusieurs er- reurs. Les principales étoient ; « 1. » La nature en J. C. est en tout égale à la divinité. 2. » L'ame de J. C., aussitôt après son union, a su ce que savoit la divinité. 3. » Les moines corrompent la doctrine de J. C.; ils sont sans charité, & ils seront tous damné. 4. » L'étude de la philosophie doit être bannie des écoles, & les théo- logiens ont tres-mal fait de s'en servir. 5. » Les œuvres de miséri- corde sont plus agréables à Dieu que le sacrifice de l'autel. 6. » Les fondations des bénéfices ou des messes sont inutiles. 7. » Celui qui ramasse un grand nombre de gueux, & qui fonde des chapelles ou des messes perpétuelles, encourt la damnation éternelle. 8. » Le prêtre qui offre le sacrifice de l'au- tel, & celui qui le fait offrir, n'offrent rien du leur à Dieu. 9. » La passion de J. C. est mieux représentée par les aumônes que par le sacrifice de l'autel. 10. » Dieu n'est pas loué par des œuvres, dans le sacrifice de la messe, mais feulement de bouche. 11. » Dieu n'a pas menacé de la damnation éternelle ceux qui péchent, mais feulement ceux qui donnent mau- vais exemple. « Toutes ces pro- positions sont tirées de différens livres composés par Arnaud de Villeneuve; tels sont le livre inti- rulé : *De l'humanité & de la patience* de J. C.; les livres *De la fin du* *Monde, De la Charité*, &c. Il ajou- roit à ces rêveries d'autres erreurs, qui ne prouvoient pas que ce mé- decin eût une tête saine. L'univer- sité de Paris le condamna, & l'In- quisation se disposoit à le pour- suivre, lorsqu'il se retira en Sicile, auprès du roi Frédéric d'Aragon. Quelque temps après; ce prince l'ayant renvoyé en France, pour traiter Clément V alors malade, il mourut sur le vaisseau qui le por- toit, & fut enterré à Gênes en 1313. Ses ouvrages ont été impri- més à Lyon en 1504 & 1520, & à Basle en 1585, in-fol. avec sa vie & des notes de Nicolas Taurellus. C'est sans raison que Guillaume Postel lui attribue le livre imaginaire *De tribus Impofloribus*. Mariana n'a pas moins de tort, de l'accuser d'avoir essayé le premier la gé- nération humaine dans une ci- trouille. Arnaud cultiva la chimie avec succès. Cette connoissance le conduisit à trouver l'esprit de vin, l'huile de térébenthine, & les eaux de fenteur. Voyez sa Vie publiée à Aix en 1719, in-12, sous le nom de Pierre Joseph : elle est d'un litté- rateur Provençal, nommé de Haïse.
III. ARNAUD, (l'abbé Fran- çois) abbé de Grandchamp, lec- teur & bibliothécaire de Mon- sieur, de l'académie Françoise & de celle des Inscriptions, né à Aubignan près de Carpentras d'un maître de musique, mourut à Paris le 2 décembre 1784. Il travailla au *Journal Étranger*, pendant les dernières années que cet ouvrage périodique fut publié. Il composa ensuite en 1764 & années suivantes avec *Suard*, la *Gazette Littéraire* de l'Europe; & ils montrèrent l'un & l'autre beaucoup de sagacité, de juste, & de goût pour tous les beaux-arts. L'abbé Arnaud, nourri de la lecture des meilleurs écrivains de l'antiquité, dont il connoissoit tous les chefs-d'œuvres, répandoit sur son style de l'intérêt— & de la chaleur. Il donnoit même quelquefois dans l'emphase : du moins c'est un défaut qu'on peut reprocher à ses premiers écrits; mais l'âge l'avoit corrigé. Il s'étoit d'abord montré l'ennemi de la nou- velle philosophie, & en avoit en- suite soutenu les intérêts avec trop— de vivacité. Sa conversation étoit animée & intéressante. On a de lui : I. Variétés Littéraires, ou Recueil de Pièces tant originales que traduites, concernant la Philosophie, la Littérature & les Arts, Paris 1770, 4 vol. in-12. On a rassemblé dans ce recueil, qui offre de l'instruction & de l'amufement, les différens morceaux que l'abbé Arnaud & Suard avoient répandus dans le Journal Étranger & dans la Gazette Littéraire. II. Éloge d'Homère, morceau court, mais plein de force, où il replace l'antique figure du poète Grec sur le trône de la poésie. III. Portrait de Jules-César : c'est une paraphrase élégante du fameux vers de Lucain : N'l aïlum reputans fi quid supresset agendum. IV. Discours de réception à l'académie Françoise, 1771, in - 4. V. Mémoires lus à l'académie des inscriptions, sur le style de Platon, les poésies de Catulle, la vie d'Apelles, sur les accens & l'harmonie de la langue Grecque, sur quelques questions relatives à la musique ancienne. En général, l'abbé Arnaud aimoit l'antiquité Grecque. Il regardoit les Grecs comme formant un peuple à part, réunissant à la force du génie & à la vivacité de l'imagination, une sensibilité exquise & l'héroïsme de toutes les espèces de courage. Les ames formées pour la vertu & les passions, y étoient adoucies par l'influence d'un climat doux & d'un beau ciel, & agrandies par celle de la liberté. L'abbé Arnaud appercevoit entre la langue, les arts de la Grèce, ses mœurs, ses lois, sa philosophie, une chaîne qui lioit entre eux tous ces objets & qui a été brisée par les autres Peuples. Voilà qui est Grec, disoit-il, pour mettre le dernier trait à un éloge. VI. Lettre au comte de Caylus sur la musique. Il y annonça son enthousiasme pour un art qui fit les délices de sa vie. Admirateur passionné de Gluck, il disoit que la douleur antique avoit été retrouvée par ce musicien célèbre, à quoi l'ambassadeur de Naples répondit plaisamment, que pour lui, il aimoit mieux le plaisir moderne. L'abbé Arnaud, surnommé le grand pontife des Gluckistes, déclara la guerre à Marmonel, partisan de Piccini; & l'on & l'autre la soutinrent par des épigrammes. VII. On doit encore à l'abbé Arnaud d'intéressantes observations sur le génie d'Horace & de Pétrarque. Il a transporté plusieurs idées d'Algaroti, sur l'ami de Mécène : il a montré combien ce poète fut unir les agrémens à la raison ; la pente au plaisir, au goût de la sagesse ; l'amour des jouissances actives, au penchant pour le repos ; la douceur des mœurs, à la probité ; une morale facile, aux principes austères. Ces qualités ordinairement incompatibles, firent d'Horace un poète aimable, un philosophe plein de graces, & le censeur le plus redoutable au mauvais goût. L'abbé Arnaud a très - bien caractérisé le talent de Pétrarque : libre comme l'imagination, hardi comme le génie qui fut consacré aux Dieux, aux héros & à l'amour. « L'abbé Arnaud, a-t-on dit, avoit étudié les arts en philosophe ; il en sentoit les beautés en homme passionné ; vivement frappé de tout ce qui étoit grand, simple & vrai, il louoit les artistes vraiment dignes de ce nom, avec un enthousiasme qu'il faisoit partager. Le talent naissant n'avoit qu'à paroître à ses yeux pour être encouragé & bientôt connu. Le jour qu'il l'avoit découvert étoit pour lui un jour de fête ; il en parloit sans cesse & à tout le monde, comme on 424 ARN parle d'un bonheur dont on est plein; & l'artiste, encore obscur, étoit étonné d'une gloire si prompte qu'il devoit à un seul homme. Il plaisoit aux artistes, parce qu'il leur parloit plutôt des effets que des moyens de leur art: car il avoit assez approfondi les arts pour savoir que, sur ces moyens, un artiste, même très-médiocre, en fait toujours plus qu'un homme de goût ou un philosophe. Il vouloit échauffer, aider leur génie & non le guider ou lui prescrire des lois: aussi ont-ils souvent avoué que sa conversation allumait leur enthousiasme, élevoit leurs idées, trop souvent rapetissées ou refroidies par les jugemens & le goût des amateurs. Les artistes les plus célèbres ont donné des regrets à sa perte, regrets partagés par ceux même qui, trompés quelques momens, avoient pu croire qu'il avoit été injuste envers eux. " — IV. ARNAUD DE RONSIL; (Georges) membre de l'académie de chirurgie de Paris, quitta cette ville pour se fixer à Londres, où il est mort le 27 février 1774. Ses ouvrages sur son art ont de la clarté & de la profondeur. Il a publié: I. *Dissertations sur les hernies*, Londres 1749, 2 vol. in-12. II. *Instructions familières sur le même sujet*, Londres 1754, in-8.º III. *Observations sur l'anévrisme*, Londres 1760, in-8.º IV. *Instructions simples sur les maladies de l'urètre & de la vessie*, Londres 1763, in-8.º V. *Dissertations sur les hermaphrodites*, Londres 1765, in-8.º VI. *Discours sur l'importance de l'anatomie*, Londres 1767, in-8.º VII. *Mémoires de chirurgie avec des remarques sur l'état de la médecine & de la chirurgie en France & en Angleterre*, Paris 1769, 2 volumes in-4.º VIII. *Remarques sur les effets* & les usages de l'extrait de l'anome; par Goulard, Londres 1771, in-8.º — La plupart de ces écrits sont en anglais & n'ont point été traduits.
ARNAUDE DE ROCAS, s'est rendue célèbre pour avoir préféré la mort à l'esclavage. Née en Chypre, elle fut faite prisonnière après la prise de Nicotie par les Turcs en 1570. Aussitôt, sa beauté la fit destiner pour le ferail, & on l'embarqua sur un vaisseau qui fit voile vers Constantinople. *Arnaud* se leva pendant la nuit, fit sauter le bâtiment en mettant le feu aux poudres, & périt victime de son dévouement avec tout ce qui l'entouroit. I. ARNAUD, (Antoine) fils aîné d'Antoine Arnaud, avocat général de la reine *Catherine de Médicis*, naquit à Paris en 1560. Il fut reçu avocat au parlement, & s'y distingua par son éloquence autant que par sa probité. De toutes les causes qu'il plaida, il n'y en eut point de plus célèbre que celle où Henri IV & le duc de Savoie assisterent. Il s'agissoit d'une femme qui accusoit un jeune homme du meurtre de son fils: Arnaud, avocat de la mère, gagna cette cause. Son plaidoyer contre les Jésuites en faveur de l'université de Paris, en 1594 (discours très-vrai & très-éloquent suivant les uns, déclamation ampoulée suivant les autres) lui acquit encore plus de célébrité. Il a été réimprimé en 1717, in-12. Il publia un autre ouvrage contre la Société; il a pour titre: *Le franc & véritable Discours du Roi, sur le rétablissement qui lui est demandé par les Jésuites*, in-8.º On a encore de lui l'Anti-Espagnol, la *Fleur de Lys*, 1593, in-8º; *La Délivrance de Bretagne, la première Savoise*, 1601, in-8º, & un *Avis au Roi* Louis XIII pour bien régner, 1615, in-8.º Il mourut le 29 décembre 1619, âgé de 59 ans. Il eut de Catherine Marion 20 enfans, dont 10 morts en bas-âge, 4 fils, & 6 filles, toutes religieuses. Les Jésuites l'accusèrent d'être Huguenot. Il est vrai qu'il étoit fort opposé à la Ligue; mais il ne l'étoit pas moins à la religion prétendue réformée. Il tenoit un juste milieu: en quoi les factieux de ces temps malheureux auroient dû l'imiter. On prétend que Catherine de Médicis avoit voulu le faire secrétaire d'état; mais que, par un désintéressement bien rare, il lui répondit qu'il la serviroit mieux en qualité d'avocat général. Le Maître, son petit-fils & son filleul, fait allusion à cette anecdote dans l'épitaphe qu'il lui fit en vers. Après avoir dit « qu'il laissa ses vertus à sa famille, son esprit à son siècle, & ses actions à l'histoire; » il ajoute: Il vit comme un néant les hautes dignités, Et préséra l'honneur d'Oracle de la France A tout le vain éclat des titres empruntés.
II. ARNAULD D'ANDILLY, (Robert) fils aîné du précédent, naquit à Paris en 1588. Il parut de bonne heure à la cour, & y eut des emplois qu'il remplit avec distinction. Il y jouit d'un grand crédit, & n'en fit usage que pour rendre service. Balzac disoit de lui, qu'il ne rougissoit point des vertus chrétiennes, & ne tiroit point vanité des vertus morales. A l'âge de 55 ans, il quitta le monde pour se retirer dans la solitude de Port-Royal des Champs. Il dit, en prenant congé de la reine-mère: Que si Sa Majesté entendoit dire qu'on suis soit des sabots à Port-Royal, Elle n'en croit rien: mais que si on lui rapportoit qu'on y cultivoit des espaliers, Elle le croit, & qu'il espéroit en faire manger des fruits à Sa Majesté. Il lui en envoyoit tous les ans, que Mazarin appeloit en riant des fruits bénis. Il mourut le 27 septembre 1674, à 86 ans. Son esprit & son corps conservèrent toute leur vigueur jusqu'à ses derniers instans. « Ses yeux vifs, dit Fontaine, sa démarche prompte & ferme, sa voix de tonnerre, son corps sain & droit, plein de vigueur, ses cheveux blancs, qui s'accordoient si bien avec le vermillon de son visage, sa grace à monter & à se tenir à cheval, la fermeté de sa mémoire, la promptitude de son esprit, l'intrépidité de sa main, soit en tenant la plume, soit en taillant les arbres, étoient comme une espèce d'immortalité. » — On a de lui plusieurs ouvrages. I. La Traduction des Confessions de S. Augustin, in-8.º & in-12. II. De l'Histoire des Juifs, de Josèphe, 5 vol. in-8.º & in-12; plus élégante que fidelle, au jugement de plusieurs savans, & en particulier du P. Gilles, Génovétain, dernier traducteur de cet historien. La meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1681, 2 vol. in-fol. avec figures. III. Des Vies des Saints Pères du Désert, & de quelques Saintes, écrites par les Peres de l'Eglise, 3 vol. in-8.º IV. De l'Échelle Ste. de S. Jean Climaque; du Traité du mépris du Monde par S. Eucher; du Préspirituel de J. Moschus. V. Des Œuvres de Ste. Thérèse, in-4.º, 1670. VI. De celles du B. Jean d'Avilla, in-fol. VII. Mémoires de sa vie écrites par lui-même, 2 vol. in-12, imprimés en 1734, pleins de candeur & de vérité. VII. Poème sur la vie de J. C. petit in-12. IX. Œuvres Chrétiennes, en vers; & plusieurs autres ouvrages. 426 ARN Ce qu'il a traduit du latin est plus exact, que les versions qu'il a faites sur le Grec.
III. ARNAULD, (Henri) frère du précédent, naquit à Paris en 1597. Après la mort de Gourn y, évêque de Toul, le chapitre de cette ville élut unanimement pour son successeur l'abbé Arnauld, alors doyen de cette église. Le roi lui confirma cette nomination, à la prière du fameux Père Joseph, capucin; mais les querelles que le droit d'élire occasionna, l'empêcherent de l'accepter. En 1645, il fut Envoyé extraordinaire de France à Rome, pour calmer les contestations survenues entre les Barberins & Innocent X. L'abbé Arnauld montra beaucoup de zèle pour l'intérêt de sa patrie & pour ceux des Barberins. Cette maison fit frapper une médaille en son honneur, & lui éleva une statue avec ce vers, que Fortunat avoit composé pour S. Grégoire de Tours:
ALPIBUS ARVERNIS VENIENS MONS ALTIOR IPSIS. Les Barberins faisoient allusion aux armes & à la patrie des Arnaulds, qui étoient d'Auvergne, & portoient pour armes une Montagne. L'abbé Arnauld, de retour en France, fut fait évêque d'Angers l'an 1649. Il ne quitta qu'une seule fois son diocèse, & ce fut pour convertir le prince de Tarente, & & pour le réconcilier avec le duc de la Tremouille son père. La ville d'Angers s'étant révoltée en 1652, ce prélat calma la reine-mère qui s'avançoit pour l'en punir; & lui dit un jour en la communiant: Recevet, Madame, votre DIEU, qui a pardonné à ses ennemis en mourant sur la Croix. Cette morale étoit autant dans son cœur que sur ses lèvres. On disoit de lui, que le meilleur titre pour en obtenir des graces, étoit de l'avoir offensé. Il étoit le père des pauvres & le consolateur des affligés. La prière, la lecture, les affaires de son diocèse occupoient tout son temps. Quelqu'un lui représentant qu'il devoit prendre un jour de la semaine pour se délaffer, il lui dit: Oui, je le vux bien, pourvu que vous me donniez un jour où je ne sois pas évêque. Il fut fidèle au roi dans la guerre des princes. Il figna le Formulaire, après l'avoir d'abord refusé, & fit sa paix par ce moyen avec Clément IX. Il mourut à Angers le 8 juin 1694, à l'âge de 95 ans, & encore trop tôt pour son diocèse, qui l'honora comme un saint, & le pleura comme le meilleur des évêques. Ses Négociations à la cour de Rome & en différentes cours d'Italie, ont été publiées à Paris en 5 vol. in-12, long-temps après sa mort, en 1748. On y trouve beaucoup d'anecdotes curieuses, & des particularités intéressantes, racontées dans le style qui étoit commun à tous les Arnaulds.
IV. ARNAULD, (Antoine) frère du précédent, né à Paris le 6 février 1612, montra de bonne heure son génie. Étant encore enfant, il barbouilloit du papier à la campagne dans le cabinet du cardinal du Perron, à qui il demanda une plume. Qu'en voulez-vous faire, lui dit le cardinal? — Écrire comme vous contre les Huguenots. C'est très bien, lui répondit du Perron; je suis vieux, & j'ai besoin d'un substitut. Je vous la donne donc comme le berger Damétas remit en mourant son chalumeau au petit Coridon. Arnauld fit ses humanités & sa philosophie aux collèges de Calvi & de Lifieux avec beaucoup de succès. Il prit ensuite des leçons de théologie sous Lefcoit, qui, déçoit le traité de la grace, & s'éleva contre son professeur. Dans son acte de tentative, soutenu en 1635, il mit en thèse des sentimens sur la grace entièrement opposés à ceux qu'on lui avoit dictés; mais l'éloquence & la force avec laquelle il se défendit, prouvèrent que le disciple pouvoit se passer de son maître. Il prit le bonnet de docteur de Sorbonne en 1641, & en prêtant le ferment ordinaire dans l'église de Notre-Dame sur l'autel des martyrs, il jura de défendre la vérité jusqu'à l'effusion de son sang: promesse que font depuis tous les docteurs. Deux ans après, il publia, avec l'approbation de la province ecclésiastique d'Auch en corps, de plusieurs évêques, & de vingt-quatre docteurs de Sorbonne, son livre *De la fréquente Communion*, auquel il auroit pu donner un titre tout opposé. Ce traité fut vivement attaqué par ceux contre lesquels il paroissoit être écrit; mais il fut défendu encore plus vivement. Mad. de Sévigné parle d'un écrivain qui avoit entrepris de prouver que cet écrit renfermoit 32 hérésies. Les disputes sur la grace donnèrent bientôt occasion à Arnauld de déployer son éloquence sur une autre matière. Un prêtre de Saint-Sulpice ayant refusé l'absolution au duc de Liancour, parce qu'on déçoit qu'il ne croyoit pas que les cinq propositions de Jansénius fussent dans le gros livre de cet évêque Flamand: Arnauld écrivit deux Lettres à cette occasion. On en tira deux propositions, qui furent censurées par la Sorbonne en 1656. La première, qu'on appeloit de droit, étoit ainsi conçue: *Les Pères nous montrent un juste en la personne de S. Pierre, à qui la grace, sans laquelle on ne peut rien, a manqué dans une occasion où* *l'on ne sauroit dire qu'il n'ait point péché. La seconde, qu'on appeloit de fait: L'on peut douter que les cinq propositions condamnées par Innocent X & par Alexandre VII, comme étant de Jansénius évêque d'Ypres, soient dans le livre de cet auteur. — Arnauld, n'ayant pas voulu souscrire à la censure, fut exclus de la faculté. Quelque temps auparavant, il avoit pris le parti de la retraite. Il s'y enlevélit plus profondément depuis cette disgrace, & n'en sortit qu'à la paix de Clément IX en 1668. L'archevêque de Sens & l'évêque de Châlons, médiateurs de cet accommodement, présentèrent le docteur Arnauld au nonce. Ce prélat le reçut avec la plus grande distinction, & lui dit « qu'il ne pouvoit mieux employer sa plume d'or qu'à défendre l'Église. » LOUIS XIV instruit de cette visite voulut voir aussi le savant théologien, qui lui fut présenté par Pompone son neveu. J'ai été bien aisé, lui dit ce prince, de voir un homme de votre mérite, & je souhaite que vous employiez vos grands talens à la défense de la Religion. Toute la cour l'accueillit comme le méritoient sa réputation & ses ouvrages. Monsieur, frère du roi, étant survenu, s'avança & dit: « Il faut bien faire quelques pas pour voir un homme si rare. » Arnauld travailla dès-lors à tourner, contre les Calvinistes, les armes dont il s'étoit servi contre ses adversaires. Ces temps heureux produisirent la Perpétuité de la Foi, le Renversement de la Morale de JÉSUS-CHRIST par les Calvinistes, & plusieurs autres ouvrages de controverse, qui le firent redouter des Protestans. Il semblait que la tranquillité fût revenue pour toujours; mais la démangeaison de dogmatiser dans les uns, & l'ardeur de s'opposer aux dogmatisans dans les autres, trou-* bèrent bientôt ce calme passager. *Arnauld*, devenu suspect par les visites nombreuses qu'il recevait, & cru dangereux par *Louis XIV*, se cacha pendant quelque temps. C'est alors que quelqu'un dit devant *Boileau*, que le Roi faisoit chercher le docteur pour le faire arrêter. *Le Roi*, répondit le Poète, *est trop heureux pour le trouver*. — *Arnauld*, craignant d'être enveloppé par l'orage qui grondoit sur sa tête, s'exila de sa patrie en 1679, & se retira dans les Pays-Bas. A peine s'étoit-il fixé à Bruxelles, que le marquis de *Grana*, qui désiroit de connoître un tel homme, le fit assurer de sa protection. *Arnauld* ne refusa point d'être appuyé par ce seigneur; mais il le fit prier de le laisser dans sa paisible obscurité, & de ne point l'obliger de voir le gouverneur des Pays-Bas Espagnols, pendant que l'Espagne étoit en guerre avec la France. Le marquis de *Grana* approuva cette délicatesse d'une ame élevée & noble. Son *Apologie du Clergé de France & des Catholiques d'Angleterre*, contre le ministre *Jurieu*, (*Voyez OATÈS*) fruit de sa retraite, souleva la bile du Prophète Protestant. Cet écrivain fanatique & emporté lança un libelle intitulé : *L'Esprit de M. Arnauld*; dans lequel il vomit mille calomnies contre ce docteur, qui ne daigna pas y répondre, mais qui n'y fut pas moins sensible. Une nouvelle querelle l'occupa bientôt. Le P. *Malebranche*, qui avoit embraffé des sentimens différents sur la grace, les développa dans un *Traité*, & le fit parvenir à *Arnauld*, qu'il regardoit comme son maître. Ce docteur, sans répondre à *Malebranche*, voulut arrêter l'impression de son livre; mais n'ayant pu en venir à bout, il ne pensa plus qu'à lui déclarer la guerre. Il fit le premier acte d'hostilité en 1683. Il y eut plusieurs écrits de part & d'autre, assaisonnés d'expressions piquantes & de reproches très-vifs. *Arnauld* n'attaquoit pas le traité *De la Nature & de la Grace*; mais l'opinion que l'on voit tout en *DIEU*, exposée dans la *Recherche de la vérité*, qu'il avoit lui-même vanée autrefois. Il intitula son ouvrage : *Des vraies & des fausses Idées*. Il prenoit ce chemin, qui n'étoit pas le plus court, pour apprendre, disoit-il, à *Malebranche*, à se défier de ses plus chères spéculations métaphysiques, & le préparer par-la à se laisser plus aisément défabuser sur la grace. *Malebranche* se plaignit de ce qu'une matière dont il n'étoit nullement question, avoit été malignement choisie, parce qu'elle étoit la plus métaphysique, & par conséquent la plus susceptible de ridicule aux yeux de la plupart des lecteurs. *Arnauld* en vint à des accusations certainement insoutenables : que son adversaire met une étendue matérielle en Dieu, & veut artificiquement infiniquer des dogmes qui corrompent la pureté de la religion. On sent que le génie d'*Arnauld* étoit tout-à-fait guerrier, & celui de *Malebranche* fort pacifique. *Arnauld* avoit un parti nombreux, qui chantoit victoire pour son chef, dès qu'il paroissoit dans la lice. Ses *Réflexions philosophiques & théologiques* sur le traité *De la Nature & de la Grace*, publiées en 1685, le rendirent vainqueur dans l'esprit de ses partisans; mais *Malebranche* le fut aussi aux yeux de ses disciples. Cette dispute dura jusqu'à la mort d'*Arnauld*, arrivée à Bruxelles le 8 août 1692, à 83 ans. *Malebranche* lui avoit déclaré « qu'il étoit las de donner au monde un spectacle, & de remplir le Journal les Savans de leurs pauvretés réciproques. « Les partisans de Jansénius perdirent le plus habile défenseur qu'ils aient jamais eu, & les Jésuites leur plus ardent adversaire. Son cœur fut porté à Port-Royal, puis transféré à Palaiseau. Les poètes les plus illustres, entraîtres Santeuil & Boileau, lui firent des épitaphes, chacun dans leur langue favorite. Voici celle de Boileau, qui, dans cette occasion, ne craignit pas de déplaire aux ennemis de Port-Royal : Au pied de cet autel de structure grossière, Gle sans pompe, enfermé dans une vile bière, Le plus savant mortel qui jamais ait écrit ; Arnauld, qui sur la grace instruit par JÉSUS-CHRIST Combattant pour l'Église, a, dans l'Église même, Souffert plus d'un outrage & plus d'un anathème. Plein du feu qu'en son cœur souffla l'Esprit divin, Il terassa Pélage, il foudroya Calvin : De tous les faux docteurs confondit la morale ; Mais, pour fruit de son zèle, on l'a vu rebuté, En cent lieux opprimé par la noire cabale, Errant, pauvre, banni, proscrite, persécuté : Et même par sa mort leur fureur mal éteinte, N'en est jamais laissé les cendres en repos, Si Dieu lui-même, ici, de son ouaille sainte, A ces loups dévorans n'avoit caché les os. Personne n'étoit né avec un esprit plus philosophique, dit un écrivain célèbre, mais sa philosophie fut corrompue par la faction qui l'entraîna. Cette faction, aussi illustre que dangereuse, plongea pendant 60 ans, dans des controverses toujours longues & souvent inutiles, & dans les malheurs attachés à l'opiniâtreté, un esprit fait pour éclairer les hommes. Nicole, son compagnon d'armes, né avec un caractère plus doux & plus accommodant, lui représentant qu'il étoit las de se battre la plume à la main, & qu'il vouloit se reposer : — Vous reposer, répond impétueusement Arnauld ! Eh ! n'aurez-vous pas pour vous reposer l'éternité entière ? Il vécut jusqu'à 82 ans dans une retraite ignorée, inconnu, sans fortune, même sans domestique, lui dont le neveu avoit été ministre d'état, lui qui auroit pu être cardinal. Le plaisir d'écrire en liberté lui tint lieu de tout. Il donna, jusqu'au dernier moment, l'exemple d'une ame forte, inébranlable, & supérieure à la mauvaise fortune. Son extérieur n'annonçoit point ce qu'il étoit. Il avoit le corps petit & la tête fort grosse. Les traits de son visage auroient annoncé la stupidité plutôt que l'esprit, si la vivacité de ses yeux n'avoit parlé en saveur de son génie. Il s'exprimoit d'un ton fort haut, lorsqu'il foutenoit ses opinions. Il étoit cependant plus modeste, que ses ennemis n'ont voulu le faire croire. Son frère, l'évêque d'Angers, l'ayant invité à le venir voir, il se trouva dans une voiture publique où l'on parloit du livre de la Perpétuité de la Foi ; on le vantoit beaucoup : le docteur lui seul le déprécia. Quelqu'un indigné lui dit : C'est bien à vous de vous ériger en censeur du grand Arnauld ! Et que trouvez-vous à blâmer dans son livre ? — Beaucoup de choses, répondit Arnauld. On a manqué tel & tel endroit ! 430 ARN on est dû mettre plus d'ordre, pouffer davantage le raisonnement. Il parla de tout en maître, & cependant personne ne fut désabusée. La carrossée de son frère étant venu le prendre à quelques lieux d'Angers, on reconnut que le Zoïle d'Arnauld étoit Arnauld lui-même; & chacun confus & étonné se répandit en excuses. — Arnauld, toujours occupé de ses études, avoit très-peu l'usage du monde. Lorsqu'il fut question de le présenter à Louis XIV après la paix de Clément IX, il alla trouver le confrère Brienne de l'Oratoire, fils du ministre, & qui avoit été ministre lui-même. Arnauld lui confia son ignorance extrême des usages de la cour, & le pria de le mettre en état de paroître décemment. Brienne se mettant sur un fauteuil : « Supposé, lui dit-il, que je sois le Roi, & que vous avez à me haranguer. » Arnauld trouva l'expédient très-bon; il ôte son chapeau & fait un discours. — Fort bien, reprit Brienne ! Voilà tout ce que vous avez à dire. Le compliment in-promptu est mis par écrit, & ce fut celui-là même qu'Arnauld fit au Roi. — Ce qu'il y a de singulier, c'est que cet homme, qu'on a cru l'ennemi des Papes, avoit de Rome la permission de dire la messe dans sa chambre. Ses liaisons avec cette cour étonneront sans doute; mais elles n'en sont pas moins véritables. Il entretint toute sa vie des correspondances avec quelques membres du sacré Collège. Il avoit des instructions très-fures concernant les papiers importants envoyés à la congrégation de la Propagande. Personne ne connoissoit mieux que lui la bibliothèque du Vatican : il citoit les pièces originales, l'endroit où on les avoit placées, & désoit les Jésuites d'en contester l'authenticité. Ils ne purent pas faire mettre à l'index sa Morale pratique, tandis que le livre du P. le Tellier, sur les Chrétiens de la Chine, y fut mis. Son crédit à Rome étoit au point, qu'il en plaifantoit lui-même : On me croit en France, disoit-il, le plus grand ennemi des Papes, & l'on ignore comme j'ai toujours été chez eux. C'est d'après l'auteur de l'Histoire des querelles littéraires, que nous rapportons ces faits sans les garantir. — On a de cet homme illustre environ cent volumes en différens formats, dont on a donné un Recueil complet en plusieurs vol. in-4.º à Lausanne, en 1777, 1778 & 1779. On peut les diviser en cinq classes : la première, composée des livres de belles-lettres & de philosophie. I. Grammaire générale & raisonnée, faite avec Lancelot, publiée de nouveau sous ce titre : GRAMMAIRE générale & raisonnée, contenant les fondemens de l'art de parler, &c., par Messieurs de Port-Royal : nouvelle édition, augmentée des Notes de M. Duclos, de l'Académie Française, & d'un supplément par M. l'abbé Fromant, in 12, 1756. Ouvrage fondamental, & qui est la clef de toutes les langues. II. Éléments de Géométrie. III. L'Art de penser, avec M. Nicole; livre excellent. La plupart des bons professeurs modernes y ont pris leur logique; ils ne pouvoient la puiser dans une meilleure source. Si Arnauld avoit écrit de nos jours, il auroit encore rendu son livre plus court. Il n'y a fait entrer certaines matières qu'il auroit exclues aujourd'hui, que pour ménager les partisans de l'ancienne barbarie s'ouflaise. Il est vrai qu'il fait assez sentir le cas qu'il faisoit de ces sottises, jouées peu de temps après sur le théâtre par l'inimitable Molière. IV. Réflexions sur Péloquence des Prédicateurs, à Paris en 1695, adressées au Card. Dubois. On peut voir l'occasion & le jugement de cet ouvrage dans la Bibliothèque Française de l'abbé Goujet. V. Objections sur les Méditations de Descartes. VI. Le Traité des vraies & des fausses Idées, à Cologne, en 1683. La IIe classe, des ouvrages sur les matières de la Grace, dont on trouve une liste fort longue dans le Dictionnaire de Moréri. Le principal est celui dont nous avons parlé plus haut, sous le titre de Réflexions philosophiques & théologiques. La plupart des autres ne toulent que sur des disputes particulières, si l'on en excepte la Traduction des livres de St. Augustin, de la Correction, de la Grace, &c. La IIIe, des livres de controverse contre les Calvinistes. I. La Parpétuité de la Foi : ouvrage auquel il avoit eu beaucoup de part, & qu'il publia sous son nom, comme Nicole, qui en étoit le principal auteur, l'avoit désiré. Clément IX à qui il fut dédié, Clément X & Innocent XI lui firent écrire des lettres de remerciement. II. Le Renversement de la Morale de J. C., par les Calvinistes, en 1672, in-4.º III. L'Impitié de la Morale des Calvinistes, en 1675. IV. L'Apologie pour les Catholiques. V. Les Calvinistes convaincus de dogmes impies sur la Morale. VI. Le Prince d'Orange, nouvel Absalon, nouvel Herode, nouveau Crommel. L'auteur du Siècle de Louis XIV prétend que ce livre n'est pas d'Arnauld, parce que le style du titre ressemble à celui du P. Garaffe. Cet ouvrage a pourtant toujours passé pour être de lui; on dit même que Louis XIV ordonna qu'on le fit imprimer, & qu'on en envoyât des exemplaires dans toutes les cours de l'Europe. La IVe, des écrits contre les Jésuites; parmi lesquels on distingue la Morale Pratique des Jésuites, en 8 vol. qui sont presque tous d'Arnauld, à l'exception du premier & d'une partie du second. Il y a dans cet ouvrage bien des choses vraies, quelques-unes d'exagérées, & quelques autres d'altérées. On peut mettre dans cette quatrième classe tous les écrits contre la morale relâchée, dont il étoit un des plus ardens ennemis. La Ve partie comprend les écrits sur l'Écriture-sainte: I. Histoire & Concorde Evangélique, en latin, 1653. II. La Traduction du Missel, en langue vulgaire, autorisée par l'Écriture-sainte & par les Pères; faite avec de Voisin. III. Défense du Nouveau-Testament de Mons, contre les Sermons de Maimbourg, avec Nicole, & quelques autres écrits sur la même matière, &c. &c. On a imprimé après sa mort 9 vol. de Lettres, qui peuvent servir à ceux qui voudront écrire sa Vie. Le Père Quésnel en publia une avec des pièces relatives & des écrits posthumes: on y trouve une réponse aux reproches qu'on lui avoit fais de se servir de termes injurieux contre les adversaires; elle a pour titre: Dissertation sur la méthode des Géomètres, pour la justification de ceux qui, en de certaines rencontres, emploient en écrivant des termes que le monde estime durs. Il veut y prouver, par l'Écriture & par les Pères, qu'il est permis de combattre ses adversaires avec des traits vis, forts & piquans. Son style se ressentoit de cette morale; il étoit plein de chaleur & d'énergie, & cette énergie seroit plus frappante, s'il avoit eu l'art de se resserrer. Arnauld, dit l'abbé Bussat, étoit né avec une grande éloquence; mais il n'en exploit pas assez les mouvements. Les 432 ARN négligences de la diction, le ton pesant & dogmatique, nuisirent quelquefois à la force de sa lo- gique; & dans les premières dif- putes qui le signalèrent, il eut besoin que *Pascal* fit valoir ses raisons par les charmes de l'ex- pression & par le piquant de la plaisanterie. Il n'eut pas, comme cet écrivain inimitable l'art de se resserrer, & d'être précis sans cesser d'être éloquent. « On lui deman- doit ce qu'il falloit faire pour se former un bon style, *liset Cicéron*, répondit-il; » il ne s'agit pas, lui répliqua-t-on, d'écrire en latin, mais en françois. « En ce cas, reprit le docteur, *liset Cicéron*. » V. ARNAULD, (Antoine) abbé de Chaumes, fils aîné de *Robert Arnauld d'Andilly*, passa quel- ques années dans le service. Il se retira depuis auprès de son oncle, l'évêque d'Anger, & mourut en 1698. Il a laissé des *Mémoires*, 1756, en 3 volumes in-12.
VI. ARNAULD, (Simon) marquis de Pompone, frère du précédent, & neveu du célèbre *Antoine Arnauld* de Port-Royal, fut employé dès l'âge de 23 ans en Italie, en qualité de négocia- teur. Il y conclut plusieurs traités, & fut ensuite intendant des armées du roi, à Naples & en Catalogne, ambassadeur à la Haye, en 1622 (*Voyer* l'article suivant), & en 1665, ambassadeur extraordinaire en Suède. Il demeura trois ans à cette dernière cour, & y fut en- voyé une seconde fois, en 1671. La même année il mourut un fe- crétaire d'état. « Je fus quelque temps à penser à qui je ferois avoir cette charge, dit *Louis XIV*, dans un mémoire déposé à la bi- bliothèque du Roi; & après avoir bien examiné, je trouvai qu'un homme qui avoit long-temps servi dans des ambaffades, étoit celui qui la rempliroit le mieux. Je lui fis mander de venir. Mon choix fut approuvé de tout le monde. — Mais l'emploi que je lui ai donné se trouvoit trop grand & trop étendu pour lui. — Enfin, il a fallu que je lui ordonne de se retirer, parce que tout ce qui passoit par lui, perdoit de la gran- deur & de la force qu'on doit avoir en exécutant les ordres d'un roi de France. » *Arnauld* fut privé du ministère des affaires étrangères, en 1679. Sa disgrace n'empêcha pas qu'il ne passât en France pour un ministre plein de probité, de verru & d'esprit. Ces qualités le faisoient chérir dans le monde, & il préféroit les agrémens des sociétés où il plaisoit, aux affaires publiques. Le Roi lui conserva le titre de ministre d'état, avec la permission d'entrer au conseil. On a de lui la *Négociation* de sa première ambaffade en Suède. Il mourut le 26 septembre, 1699, à 81 ans.
VII. ARNAULD, (Henri- Charles) plus connu sous le nom de l'abbé de *Pompone*, naquit en 1662, à la Haye, où le marquis de *Pompone* étoit ambassadeur. Sa naissance procura au désintéresti- ment de son père une occasion de triompher. Les États-généraux lui offrirent de tenir son fils sur les tonts-baptismaux. Cet honneur apportoit à l'enfant une pension viagère de 2000 écus. Le marquis de *Pompone* remercia les États, pour éviter, dans ses négociations, l'em- barras de la reconnoissance. Des l'âge de 15 ans, l'abbé de *Pom- pone* fut pourvu de l'abbaye de St-Maixent: neuf ans après, le Roi l'ayant nommé à celle de St-Mé- dard, il remit la première. En 1669, il perdit son père. *Louis XIV* voulut Voulut bien soulager sa douleur en la partageant; ce prince lui dit: Vous pleurez un père que vous retrou- verez en moi, & moi je perds un ami que je ne retrouverai plus. L'abbé de Pompone, nommé ambassadeur à Venise, fourint l'honneur de la France, au milieu des malheurs comme au milieu des succès. La fermeté faisoit son caractère. Dans les charges de commandeur, de chancelier, garde des sceaux, & surintendant des finances & des ordres du roi, qu'il obtint ensuite, il s'attacha à se rendre utile, & eut le bonheur d'y réussir. L'abbé de Pompone fut élu membre de l'académie des inscriptions, en 1743, & quoique dans un âge avancé, il n'avoit pas renoncé au commerce des Muses. Il mourut en 1756, à 87 ans. — VIII. ARNAULD, (Angélique) sœur d'Antoine Arnauld, abbesse de Port-Royal-des-Champs à 11 ans, mit la réforme dans son abbaye à 17. Elle fit revivre dans cette maison l'esprit de S. Bernard. La réforme de l'abbaye de Maubuis- son, gouvernée par la sœur Ga- brielle d'Estrée, lui causa bien des follicitudes. Elle transféra ensuite son monastère des Champs à Paris, & obtint du roi que l'abbesse seroit élective & triennale. Elle mourut en 1661, également célèbre par sa vertu, par son esprit & son savoir. — Sa sœur, la mère Agnès, publia deux livres, l'un intitulé: L'image de la Religieuse parfaite & imparfaite, Paris, 1665, in-12; & l'autre, le Chapelet secret du S. Sacrement, 1663, in-12, s'ip- primé à Rome, pour que les gens peu instruits n'en abusaissent point. Il ne fut pourtant pas censuré. La mère Agnès mourut en 1671. Elles étoient six sœurs religieuses dans le même monastère, toutes fortement occupées des disputes sur la Grace, comme si la simple foi, dit Boffuet, ne valoit pas mieux que tout cela? — Leur nièce, la mère Angélique de St-Jean ARNAULD, seconde fille d'Arnauld d'Andilly, religieuse comme elles de Port-Royal, & pendant vingt ans maitresse des novices, & ensuite abbesse, na- quit en 1624, & mourut en 1684. Dom Clémence a publié ses Con- sciences, en 1760, 3 vol. in-12.
IX. ARNAULT, (François) gentilhomme du Périgord, em- braffa l'état ecclésiastique & devint archidiacre de Bordeaux, puis chan- celier de l'université de cette ville. Il est auteur de trois ou- vrages; le premier est une Tra- duction d'un Traité de Jean Maldonat, sur les anges & les démons: cet écrit n'a jamais été imprimé qu'en françois, l'original latin étant resté manuscrit; le second, intitulé l'Anti-Drufac, 1564, est une apo- logie des femmes; le troisième, qui est le plus curieux & qui est devenu rare, a pour objet les An- tiquités du Périgord, 1577. Arnauld est mort à Périgueux en 1607. I. ARNDT, (Jean) Arndtius, un des mystiques de la religion réformée, naquit à Ballenstadt, dans le duché d'Anhalt, en 1555. Il étudia d'abord en médecine; mais cette science ne l'ayant pas empêché d'être dangereusement malade, il fit vœu de s'appliquer à la théologie, s'il guérissoit. Il fut successivement ministre en son pays, à Quedlimbourg & à Bruns- wick. Les persécutions qu'il es- suya, les erreurs qu'on lui attribua pour se venger de sa piété, l'obli- gérent de se retirer à Isleb. George, duc de Lünebourg, l'en tira trois ans après, en 1611, pour lui donner la surintendance de toutes les églises de son duché. Les E e parisans d'Arnde disent, qu'au re- tror de son dernier sermon, il assura à sa femme qu'il venoit de faire une oraison funèbre. Il mourut en 1621. On a de lui un ouvrage celebre, intitulé : Du vrai Chris- tianisme, traduit en latin, Londres, 1708, 2 volumes in-8°, & en françois par Samuel de Beauval. Il veut y prouver que « le dérègle- ment des mœurs qui regnoient alors parmi les Protestans, ne venoit que de ce qu'ils rejetoient les bonnes œuvres, & qu'ils se contentoient d'une foi stérile. » Il avoit beaucoup lu, beaucoup médité Taulère, Thomas à Kempis, S. Bernard & le autres auteurs af- cériques. Luc Osiander, théologien de Tubinge, l'attaqua avec viva- cité dans son Judicium Theologicum.
II. ARNDT, (Josué) prosesseur de logique à Rostock, prédicateur de la cour & conseiller eccléfiat- tique du duc de Mecklembourg, mourut à Gustrow, lieu de sa naissance, le 5 avril 1687, à 61 ans. On a de lui: I. Miséclane saera, 1648, in-8.° II. L'Anti-Vallem- bourg, Gustrow, 1664, in-4.° III. Clavis Antiquitatum Judaïcarum, Leipfick, 1707, in-4.° — Son fils Charles, prosesseur de poésie & d'hébreu dans l'académie de Mel- chin, est mort en 1721, & a laissé plusieurs Dissertations sur la poésie dans les Mélanges de Leipfick.
ARNÉ, (Mythol.) fille de l'isle Sithone, trahit sa patrie pour de l'argent. Elle fut punie par les Dieux qui la métamorphosèrent en chouette, oiseau à qui l'on at- tribue encore le goût de l'argent.
ARNGRIMUS, V. IV. JONAS.
ARNIGIUS, (Barthélemi) né à Bresce en Italie, en 1523, d'un maréchal, exerça long-temps le métier de son père. Il le quitta pour se livrer avec passion à l'é- tude, & devint bientôt un poète agréable & un médecin renommé. Parmi ses poésies, les Italiens ont distingué les Veillées, & la Méde- cine d'amour. C'est l'un des premiers physiciens qui se soit appliqué à la météorologie, science ignorée de son temps, & dont l'avenir pourra peut-être recueillir les ré- flutats les plus heureux pour la conservation de l'homme & le succès de l'agriculture. Les Obser- vations météorologiques d'Arnigius parurent en 1568, Bresce, in-8.° Il est mort en 1577.
ARNISÆUS, (Henningus) na- quit à Halberstadt, & mourut en 1633. Il prosesse la médecine dans l'université de Helmstadt, & voya- gea en France & en Angleterre. Le roi de Danemarck l'appella à sa cour, & le fit son conseiller & son médecin. On a de lui plusieurs ouvrages de politique, de juris- prudence & de médecine: I. De autoritate Præcipum in populum fem- per inviolabili, Francfort, 1612, in-4.° Il y soutient que le peuple ne peut, en aucun cas, porter atteinte à l'autorité du prince. II. Dajure Majestatis, 1610, in-4.° III. De jure Connubiorum, 1613, in-4.° IV. De subjecione & exemptione Cleicorum, in-4.° V. Lec- tiones Policiae, in 4.° VI. De luc Venered, in-4.° VII. Observationes Anatomicae, 1610, in-4°, &c. &c. Ces ouvrages sont très-peu connus aujourd'hui. I. ARNOBE L'ANCIEN, (Ar- nobius) enseigna la rhétorique à Sicca en Afrique, sa patrie. Lac- tance fut son disciple. Il se fit Chrétien sous l'empire, de Dioclé- tien, & signala son entrée dans la religion par ses Livres contre les Gentils, Rome, 1542, in folio. Amsterdam, 1652, in-4.° Il n'é- toit pas encore baptisé lorsqu'il composa cet ouvrage, & ne pouvant pas être parfaitement instruit de nos mystères, il lui échappa quelques méprises relevées par le Père Petau. Il attaque avec plus d'adresse la religion des Payens, qu'il ne défend celle des Chrétiens. Il a dans son style la véhémence & l'énergie des Africains; mais il a écrit souvent en professeur de rhétorique. Il emploie des termes durs, emphatiques, & des phrases obscures & embarrassées. Trichème a eu tort de lui attribuer un Commentaire sur les Pseaumes; il est d'Arnobe le jeune, qui fuit. Les Ouvrages d'Arnobe l'ancien ont été réimprimés à Leyde en 1652 & 1657.
II. ARNOBE le JEUNE, prêtre Gaulois, répandoit les erreurs du Sémi-Pélagianisme, vers l'an 460. Il étoit, dit-on, moine de Lérins, ou, selon d'autres, un de ces prêtres de Marseille qui attaquèrent si violemment la doctrine de S. Augustin & de ses disciples, dans le 5e siècle. Il est auteur d'un Commentaire sur tout le texte du Pseautier, qui parut à Basle, 1537 à 1560, in-8°; à Paris, 1539, in-8°; & enfin dans la Bibliothèque des Pères. Les autres ouvrages qu'on lui attribue ne font pas de lui. Voyez l'Histoire littéraire de France, tome 2, page 342.
ARNOLD MELCHTAL, Voyez MELCHTAL. I. ARNOLD, (Nicolas) Arnoldus, ministre Protestant, né à Lefna, l'an 1618. Après avoir parcouru différentes villes pour cultiver ses talens, il fut recteur en 1639 de l'école de Jablonow. Nommé ensuite professeur de théologie à Franeker dans la Frise, il se fit une grande réputation par ses sermons, & mourut en 1680. On a de lui : I. La Réfutation du Catéchisme des Sociniens. II. Un Commentaire sur l'Épître aux Hébreux. III. Un ouvrage intitulé : Lux in tenebris, &c, a Leipsick, 1698, in-8°. C'est une explication des passages de l'Écriture dont les Sociniens abusoient.
II. ARNOLD, (Géofroi) ministre de Perleberg, fut l'un des plus ardens défenseurs de la secte des Pléiistes, sorte de Protestant d'Allemagne, qui se piquent d'être plus réguliers que les autres. Il mourut en 1714. On a de lui une Histoire de l'Église & des Hérestes, Leipsick, 1700, in-8°, qui lui attira beaucoup de traverses. Son Histoire de la Théologie mystique est presque le seul ouvrage qu'il ait écrit en latin. Il en a composé beaucoup d'autres en allemand.
ARNOLPHE, Voyez LAPPO.
ARNON, doyen d'une communauté de Chanoines réguliers en Bavière, où il mourut le 30 janvier 1175, écrivit contre Fulmar qui attaquoit l'Eucharistie, & publia le Seatum Canonicorum, où il cherche à prouver que la vie des chanoines est aussi exemplaire que celle des moines. Raymond Duelli a inféré ce dernier écrit dans son Miscellanea, imprimé à Augsbourg, 1723, in-4°.
ARNONE, (Jean) né dans le royaume de Naples, professoit, en 1535, le droit civil dans l'université de Salerno. On a de lui un traité in-folio de Gautelis, & un gros volume in-4°, contenant cent Soliloques, cent Problèmes, cent Dialogues, cent Commentaires, etc. Pour compléter ces Centuries, que de temps perdu par l'auteur & par ceux qui voudroient le lire! E c 2 416 ARN I. ARNOUL, (St.) martyr, prêcha la foi aux Francs, quelque temps après le baptême de Clovis. Il fut sacrifié aux Dieux du peuple barbare chez lequel il portoit l'Évangile, dans la forêt d'Yveline, entre Paris & Chartres. L'Eglise célèbre sa fête le 19 juillet.
II. ARNOUL, (St.) évêque de Metz, l'an 614, exerça plusieurs emplois à la cour de Théodebert II, roi d'Australie. Après la mort de son épouse, il entra dans l'état ecclésiastique, fut nommé à l'évêché de Metz qu'il quitta ensuite, pour s'enterrer dans les déferts des Vosges. S. Arnoul avoit eu de Dode son épouse, deux fils, dont l'un nommé Anchisé, fut père de Pepin-Hérifel, qui eut pour fils Charles Martel, duquel nos rois de la seconde race sont descendus. La Vie de ce saint évêque, écrite par un auteur contemporain, a été traduite par Arnauld d'Andilly.
III. ARNOUL, (St.) servit avec distinction dans les armées de Robert & de Henri I, rois de France. Le peuple de Soissons, charmé de son aménité & de ses vertus, le demanda pour évêque au concile que le légat du pape Grégoire VII avoit assemblé à Meaux. Après beaucoup de résistance, S. Arnoul accepta cette dignité; mais il s'en démit sur la fin de sa vie pour aller fonder un monastère à Aldenbourg, ville du diocèse de Bruges, où il mourut l'an 1087.
IV. ARNOUL, fils naturel de Carloman, roi de Bavière, & petit-fils de Louis le Débonnaire, fut déclaré roi de Germanie en 837. Ayant été élu empereur, il passa en Italie pour s'y faire reconnoître. Gui de Spolette lui disputoit l'empire. La duchesse de Spolette, femme d'un grand courage, nommée Agiltrude, mère de Lambert, l'un de ses compétiteurs, arme Rome contre Arnoul. Les Romains ne vouloient plus d'empereurs; mais ils ne favoient pas se défendre contre ceux qui prenoient ce titre. Arnoul attaque la partie de la ville appelée Léonine; il la force. Le reste de la ville au-delà du Tibre se rendit, & Arnoul fut reconnu empereur, après avoir été sacré en 896 par le pape Formose. Cependant Agiltrude se défendoit encore contre lui. Arnoul l'affilage vainement dans la ville de Spolette. Plusieurs auteurs prétendent que cette héroïne lui fit prendre un breuvage empoisonné, par un des domestiques d'Arnoul qu'elle avoit gagné. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il repassa les Alpes pour la troisième fois, avec un corps malade, un esprit inquiet & une armée de la brève. Il mourut de la maladie pédiculaire, le 24 novembre l'an 899, devant Fermo dont il taifoit le siège. Il laissa l'Allemagne dans une grande confusion. Les feigneurs s'étoient cantonnés dans la Lorraine, dans l'Alface, dans la Saxe, dans la Bavière & dans la Franconie; tandis que les évêques & les abbés s'attribuoient les droits régaliens. Des restes de Saxons mêlés aux Slaves, nommés Acdotites, cantonnés vers la mer Baltique, ravagerent le nord de la Germanie. Les Bohèmes, les Moraves & d'autres Slaves, désoûlerent le midi & battirent les troupes d'Arnoul. Les Huns firent des incursions, les Normands recommencèrent leurs ravages. Ces dévastations réduisirent l'Allemagne à un état très-pauvre & très malheureux. Arnoul eut d'Oda sa femme, Louis IV, surnommé l'Enfant, le dernier prince de la race de P. p. qui ait occupé le trône de Germanie; & une fille nommée *Hedwinge*, qu'Othon le Grand épousa en secondes noces. *Tristhème* lui donne une autre femme, nommée *Agnès*, fille d'un empereur Grec, dont il fait descendre *Arnoul* de *Bavière*, ce duc fameux par les guerres qu'il fuscita à *Conrad*. V. ARNOUL de Milan, vivoit en 1085. Il foutit que le mariage des prêtres étoit licite; ce qui ne plut ni à la cour de Rome ni à son oncle, archevêque de Milan. *Arnoul* a laissé une *Histoire* de sa patrie. Elle comprend les évênemens arrivés de son temps, c'est-à-dire depuis 925 jusqu'à la fin de 1077, & a été insérée dans les *recusils* publiés par *Leibnitz*, *Burmana*, & *Muratori*. — Il ne faut pas confondre *Arnoul* de Milan avec *Arnoul* de Calabro, qui a laissé une *Chronique historique* de son pays, depuis 903 jusqu'en 965. *Tafuri* l'a publiée dans son *Histoire des Écrivains Napolitains*, vol. 2.
VI. ARNOUL, évêque de Lifieux dans le 12e siècle, défendit hautement *Alexandre III* & *S. Thomas* de Cantorberi. Sur la fin de ses jours il se démit de son évêché, & mourut le 31 Août 1184, dans l'abbaye de St-Victor de Paris, où il s'étoit retiré. On a de lui un volume d'Épîtres, écrites avec assez d'élégance. Elles font sur-tout remarquables par les particularités sur l'histoire & sur la discipline de son temps. *Turnèbe* en donna une édition à Paris en 1585, in-8°. On a encore de lui des *Poésies* imprimées avec ses *Lettres*: on les trouve aussi dans la *Bibliothèque des Pères*.
VII. ARNOUL ou ARNULPHE, évêque de Rochester au 12e siècle, naquit à Beauvais vers l'an 1040, & mourut en 1124. Il laissa un livre intitulé : *Textus Roffensis*, & quelques autres *Traités* intères dans le *Spicilège*.
VIII. ARNOUL, (François) Dominicain, natif du Maine, projeta, vers le milieu du dernier siècle, d'ériger un ordre de chevalerie propre au sexe, & qui étendit le culte de la Ste Vierge. *Anne d'Autriche*, régente de France, à qui il communique son dessein, lui donna son agrément. Le nouvel instituteur publia, en 1647, à Paris & à Lyon, le projet de son ordre du *Collier céleste du sacré Rosaire*, composé de 50 Demoiselles; mais il ne fut trouver de chevalières. Ne pouvant être fondateur, il voulut se faire médecin, & il n'y réussit guères mieux. Il publia pourtant un livre intitulé : *Révélations charitables d. plusieurs remèdes*, Lyon, 1651, in-12, qui le mit au rang des empyriques.
ARNOUL DE LENS, *Voyet* LENS, n° 1.
ARNOUL, *Voyet* II. MOULIN, n° VII de ses ouvrages.
ARNOULT, (J. Baptiste) attaché à l'église de Besançon, confacra ses études à la morale & à la religion. Il mourut dans cette ville en 1753, après avoir publié : I. *Traité de la Prudence*, 1745, in-12. II. *Le Précepteur*, ou de l'*Education de la jeunesse*. III. *Traité de la Grace*, 1749, in-12.
ARNU, (Nicolas) naquit à Merancourt, près de Verdun en Lorraine, l'an 1629. Il se fit Dominicain en 1644, & mourut à Padoue en 1692, professeur de métaphysique. C'étoit un esprit bizarre & singulier. Nous avons de lui : I. *Clypeus Philosophiae Thomisicae*, 8 vol. in-8°, Padoue, 1686. II. Un *Commentaire* sur la E e 3 438 ARN première partie de la Somme de S. Thomas, 1691, 2 vol. in-folio. Les favans lui ont paffé d'avoir commenté la théologie de ce docteur, mais non pas d'avoir défendu sa philosophie. On a encore de lui un troisième ouvrage, *sur la Ligue* entre l'empereur & le roi de Pologne, contre le Grand-Seigneur, qu'il menace de la destruction de son empire; & pour donner du poids à cette menace impertinente, il entaiffe des prophéties anciennes & modernes, & tous les pronostics qui ont paffé par la tête des rêveurs de tous les siecles. Ce livre parut à Padoue en 1684.
ARNULPHE, V. IV. ARNOUL.
ARNUPHIS, magicien Egyptien, fauva *Marc-Aurèle* & son armée enveloppée d'ennemis, au rapport du crédule *Dion*, en faisant tomber une pluie & une grêle prodigieuse.
ARNUS, (Mythol.) fameux devin de l'antiquité, fut tué à Naupacte par *Ippotes*, petit-fils d'*Hercule*, qui le prit pour un espion. La peste ayant ravagé le territoire, l'oracle consulté répondit qu'on devoit appaifer les mânes du devin, & établir des jeux funèbres en son honneur. Ces jeux furent longtemps célébrés avec folemnité à Lacédémone.
AROMATARI, (Joseph) natif d'Affife, exerça pendant cinquante ans avec distinction la médecine à Venise, dans le dix-septième siècle. Il a publié un écrit sur *la Rage*, & une réponse aux considérations de *Taffoni* sur les poëfies de *Pétrarque*. I. ARONCE ou ARUNS, petit-fils de *Tarquin* l'Ancien, & frère de *Tarquin* le Superbe, épousa *Tullia*, fille de *Servius Tullii*, princeffe pleine de cruauté & d'ambition; elle se défit de son mari vers l'an 436 avant J. C. & se maria eufuite à son beau-frère *Tarquin*, dont le caractère, également furieux & emporté, sympathifoit avec le sien.
II. ARONCE, fils de *Tarquin* le Superbe & de la cruelle *Tullia*, fut chaffé de Rome l'an 509 avant J. C. avec toute sa famille: quelque temps après il fut tué par *Brutus* dans un combat.
III. ARONCE, historien Romain qui vivait sous le règne d'*Auguste*, écrivit l'histoire de *Bello Panico*, en imitant parfaitement le style de *Salluste*, dont il étoit l'admirateur. Peut-être est-il le même, dont parle *Pline*, qui avoue avoir profité de ses secours & de ses lumières, dans son *Histoire naturelle*. — Il y eut encore un ARONCE qui partagea le confulat avec *M. Claudius Marcellus*, l'an de Rome 732. — *Stella ARONCE*, poète Romain, dont il ne nous reste plus aucun ouvrage, est connu par la citation de *Martial*, qui donne de grands éloges aux vers dans lesquels ce poète avoit célébré la *Colombe* de sa maitresse, & il annonce qu'ils étoient autant supérieurs à ceux de *Catulle*, chantant le moineau de *Lesbie*, qu'une colombe étoit préférable à un moineau.
ARONDEL, Voyet ARUNDEL.
AROT, (Mythol.) génie de la religion Mahométane, fut chargé par Dieu de descendre sur la terre pour y examiner les actions des hommes. L'ange étant venu chez une femme sage & belle qui l'invita à sa table, y trouva le vin bon & s'enivra. *Aros* voulut alors qu'elle se rendit à ses désirs; la femme feignit d'y consentir à fondition que le génie lui apprendroit les paroles mystérieuses dont il devoit se servir pour remonter au ciel. A peine les eut-elle prononcées qu'elle s'éleva jusqu'au trône de Dieu, qui, pour récompenser sa vertu, la transforma en étoile. *Arot*, au contraire, fut condamné à rester suspendu par les pieds au fond du puits de Babel, près de Bagdad, jusqu'au jour du jugement. D'après cette tradition, *Mahomet* a défendu le vin à ses spectateurs.
AROUET DE VOLTAIRE, *Voy*. VOLTAIRE.
ARPAJON, (Louis, marquis de *Séverac*, duc d') d'une ancienne famille de Rouergue, dont le dernier mâle est mort en 1736, servit de très-bonne heure. Il contribua beaucoup à sauver Cahal, le Montferrat & le Piémont, se trouva à la prise de trente-deux villes en Franche-Comté, se rendit maître de Lunéville & de quelques autres places, & mit toute la Guienne dans le devoir en 1642. Trois ans après, les Turcs menaçant l'isle de Malthe, il alla offrir ses services au grand-maître, qui le fit chef de ses conseils & généralissime des armées de la Religion. Le grand-maître *Jean-Paul Lajcaris*, & son ordre, pénétrés de reconnoissance pour le zèle avec lequel il avoit pourvu à la fureté de Malthe, lui accordèrent, pour lui & pour ses descendants aînés, le privilège de mêler à leurs armes celles de la Religion; de nommer chevalier en naissant; au choix du père, un de leurs enfants, qui seroit grand-croix à l'âge de 16 ans. Ce privilège, après l'extinction des mâles, a été continué à la fille du dernier rejeton de cette famille, mariée au comte de *Noailles*, & depuis maréchal de *Mouchi*; & il passera aux filles au défaut des garçons. *Louis d'Arpajon*, revenu en France, fut envoyé ambassadeur extraordinaire en Pologne, auprès de *Ladillas IV*, & après la mort de ce prince, il favorisa l'élection de *Cofimir* son successeur. *Louis XIV* le fit duc en 1651. Il mourut à *Séverac*, une de ses terres, en 1679. I. ARPHAXAD, fils de *Sam*; & petit-fils de *Noé*, né deux ans après le déluge, eut pour fils *Cainan*, suivant les Septante. L'historien *Josèphe* croit qu'il passa le Tigre, & qu'il se fixa dans le pays appelé d'abord Arphaxitide, & depuis la Chaldée.
II. ARPHAXAD, roi des Mèdes, que l'on a cru le même que *Phraortès*, succéda à *Dejocés* son père dans le gouvernement de la Médie. *Hérodote* en a fait un conquérant, qui, après avoir soumis les Perses & la plupart des peuples de l'Asie, vint attaquer Ninive; où il fut vaincu & mis à mort par l'ordre de *Nabuchodonosor*. Le livre de *Judith* fait mention de ce prince, & lui attribue la fondation d'Ecbatane.