ARPINO, (Josèph-César d') né à Arpino, en 1560. Son père le plaça dès l'âge de 13 ans, auprès des peintres que *Grégoire XIII* employoit pour peindre les loges du Vatican: on le faisoit servir à préparer les palettes & à broyer les couleurs. Il montra des dispositions & heureuses, que le pape ordonna que, tant qu'il travailleroit au Vatican, on lui payât un écu d'or par jour. Le pape *Clément VIII* ajouta de nouveaux bienfaits à ceux de *Grégoire XIII*. Il le fit chevalier de l'ordre du Christ, & le nomma directeur de St.-Jeans-de-Latran. Il suivit l'an 1600 le E e 4 440 ARQ cardinal Aldobrandin, nommé légat à l'occasion du mariage de Henri IV avec Marie de Médicis. Il fut fait chevalier de Saint-Michel, Caravage, son ennemi & son rival, l'ayant attaqué, Arpino refusa de se battre avec lui, parce qu'il n'étoit point chevalier. Il fallut pour lever cet obstacle, que le Caravage allât à Malthe se faire recevoir chevalier-servant. Arpino avoit aussi voulu se mesurer l'épée à la main avec Annibal Carache. Celui-ci, sans se déconcerter, prit un pinceau, & le lui montrant lui dit : « C'est avec ces armes que je vous défer. » Arpino mourut à Rome en 1640 à 80 ans. Peu de peintres ont mis autant d'esprit dans leurs idées. Il y a quelquefois du feu & de l'élévation dans ses compositions ; mais son coloris est froid & ses expressions forcées. Les morceaux d'histoire Romaine qu'on voit de lui au Capitole, font ce qu'il a fait de mieux. Sa Bataille entre les Romains & les Sabins, est un de ses meilleurs ouvrages. Le Roi de France possédoit trois de ses tableaux : une Nativité, Diane & Acléon, & l'Enlèvement d'Europe. Arpino gravoit aussi à l'eau-forte. Il est connu dans l'école de peinture sous le nom de Josephin.
ARQUIEN, Voy. MONTIGNY.
ARRACHION, fameux athlète, avoit terrassé tous ses adversaires dans les Jeux Olympiques. Il ne lui en restoit plus qu'un à vaincre, qui avoit eu un doigt du pied rompu. Ce dernier ayant déclaré qu'il étoit hors de combat, surprit Arrachion, qui avoit cessé de le presser, & se jeta sur lui avec tant de violence, que lui sertant en forcené la gorge avec ses doigts, il l'étrangla. Les Éléens, témoins de cette rufe perfide, adjugèrent le prix au cadavre d'Arrachion, qui fut proclamé vainqueur & couronné de lauriers & de cyprès.
ARRAËS, (Amator) né à Béja en Portugal, enseigna la théologie avec succès, & devint coadjuteur du cardinal Henry, archevêque d'Évora. Ses vertus le firent nommer en 1581 évêque de Port-Alegre; mais les soins de l'épiscopat, sur la fin de sa vie, lui paroissant surpasser ses forces, il se retira dans un monastère de Conimbre, où il mourut en 1600. Ses Dialogues d'histoire, écrits en Portugais, sont estimés. I. ARRIAGA, (Paul-Joseph d') Espagnol, se fit jésuite & passa au Pérou, où il devint recteur du collège de Lima, qui lui dut en partie son établissement. Il s'embarqua en 1622 pour revenir en Espagne; mais son vaisseau ayant fait naufrage près de la Havane, il y périt. Il est auteur de quelques Livres de piété, & d'un Traité utile sur la manière de travailler avec fruit à la conversion des Infidèles, 1621, in-4.º Cet ouvrage a été imprimé au Pérou.
II. ARRIAGA, (Roderic de), né à Logrogne en Espagne, l'an 1592, Jésuite en 1606, professa la théologie à Salamanque & à Prague. Il mourut dans cette dernière ville en 1667 à 76 ans, plus estimé qu'il ne méritait de l'être. Il fut député trois fois vers Urbain VIII & Innocent X. Il avoit plutôt l'esprit de chicane que de métaphysique. On trouve chez lui des choses qu'on n'entend point, & peu de difficultés bien éclaircies. Il gâta beaucoup de jeunes gens, auxquels il donna son esprit minutieux & sophistique. On a de lui plusieurs ouvrages : I. Un Cours de Philosophie, imprimé à Anvers en 1632, in-fol., dans lequel il fait l'apologie de ceux qui font de nouvelles découvertes dans les matières philosophiques. II. Une Théologie en 8 vol. in-fol. L'auteur travaillait au neuvième lorsqu'il mourut. Il y a dans cet ouvrage plus de logique & de métaphysique, que de véritable théologie. Arriaga, pour être long, n'en est pas plus clair.
ARRIE, dame Romaine, célèbre dans l'antiquité par son courage. Cécina Pétus son époux, lié avec Scribonien, qui avoit fait soulever l'Illyrie contre l'empereur Claude, fut condamné à la mort pour cet attentat, l'an 42 de J. C. Voyant qu'elle ne pouvoit sauver la vie de son mari, elle s'enfonça un poignard dans le sein; puis le retirant: Tiens, dit-elle, Pétus, cela ne fait aucun mal; & ce Romain se donna la mort à l'exemple de sa femme. Il y a une belle épigramme de Martial sur cette héroïne: Cafta suo gladium cum traderet Arria Poeto, Quem de vischeribus trauerat ipsa suis; Si qua fides: « Vulnus quod feci, non dolor, inquit; » Sed quod tu facies, hoc mihi, Poete, dolor. »
ARRIE sa fille, femme de Pétus-Traséa, voulut imiter sa mère, lorsque son mari, accusé d'avoir trempé dans la conjuration de Pison contre Néron, se fit ouvrir les veines; mais son généreux époux la pria instamment de lui survivre pour ses enfans. Elle fut bannie, quelques années après, par Domitien, & rappelée par Nerva, l'an 96 de J. C. I. ARRIEN, poète latin, qui vivoit vers l'an 14 de J. C. Ses vers plaisoient à Tibère, qui les lisoit souvent, comme le dit Sué- tone. Il avoit composé une Paraphrase des Géorgiques de Virgile, & une Alexandriade, ou un Poème sur les belles actions d'Alexandre en 22 livres.
II. ARRIEN, historien Grec, natif de Nicomédie, se fit un nom célèbre sous Adrien, Antonin, & Marc-Aurèle, par son savoir & son éloquence. On l'appelloit le nouveau Xénophon. Adrien le fit gouverneur de la Cappadoce. Il battit les Alains & arrêta leurs courses. Il nous reste de lui VII livres de l'Histoire d'Alexandre le Grand, Leyde 1704, in-fol.; Amsterdam 1668, in-8.º; Cum nobis Variorum, Amsterdam 1757, in-8.º On en a une traduction françoise, de d'Ablancour, in-12. Ils font très-estimés, parce qu'il avoit eu recours aux Histoires de ce conquérant, composées par Ptolomée fils de Lagus, & par Aristobule, qui avoient servi sous lui. L'historien paroît également versé dans la science militaire & dans la politique. Son style est moins doux que celui de Xénophon, auquel on le comparoit. C'est le seul qui ait écrit, d'une manière raisonnable sur Alexandre; parmi les contradictions fréquentes des historiens du héros Macédonien, le bon sens d'Arrien devroit toujours prévaloir. Il rapporte la visite que fit le vainqueur de Darius aux princesses ses prisonnières; la méprise de Syzigambis en se jetant aux pieds d'Epheston, qu'elle prit pour le roi de Macédoine, la belle réponse de ce prince, (Voy. I. ALEXANDRE) mais, sans assurer le fait comme d'autres historiens, il se contente de dire qu'il y a dans ce trait tant de dignité, que nous devons, sinon le croire, du moins en souhaiter la certitude. Épicée, philosophe Stoïcien, avoit été son 442 ARR maître, il publia 4 livres des *Discours* de ce philosophe, imprimé à Cologne, 1695, in-8.º & Londres 1739, 2 vol. in-4.º Il assure qu'il n'a composé son recueil que de choses qu'il a oui dire à son maître, & qu'il les a rédigées presque dans les mêmes termes dont il s'étoit servi. On voit dans le disciple un homme vertueux & reconnoissant. Modeste malgré ses dignités, il avouoit qu'il pouvoit se tromper & qu'effectivement il s'étoit trompé dans plusieurs occasions. On a encore de lui le *Périple du Pont-Euxin*, celui de la *Mer-Rouge*, une *Tactique* & un *Traité de la Chasse*. Ces derniers ouvrages ont été imprimés en grec & latin, avec l'*Enchiridion* d'*Epicette*, Amsterdam 1683; & réimprimés en 1750, in-8.º C'est *Arrien* qui avoit dressé cet *Enchiridion*. Son *Traité de la Chasse* a été traduit en françois par *Fermat*, Paris 1690, in-12. Son portrait du chien est remarquable, & *Buffon* en a pris les principaux traits. Le *Traité* de la Chasse fut découvert beaucoup plus tard que les autres ouvrages d'*Arrien*; & ce fut *Hosten*, qui le premier le fit connoître.
ARRIGHETTI, (Philippe) gentilhomme Florentin, né en 1582, mort en 1662, fut nommé par le pape *Urbaïn VIII*, chanoine de la cathédrale de sa patrie. Il a laissé un grand nombre d'écrits imprimés. I. La *Rhétorique d'Aristote* divisée en 56 leçons. II. Une *Traduction* de la poétique du même auteur. III. Quatre *Discours* académiques sur le plaisir, le rire, l'esprit & l'honneur. IV. Une *Vie* de *S. François*. V. Quelques *Ouvrages* de piété, entr'autres, un *Traité* sur l'*Oraison vocale* & mentale. — *Nicolas ARRIGHETTI*, parent du précédent, mort à Flo- Florence en 1639, se fit connoître par son amour pour les lettres & les mathématiques. — On doit à un *Jésuite* du même nom une *Théorie* du feu, publiée en 1750, in-4.º Ce dernier est mort à Sienne en 1767.
ARRIGHETTO, poète latin du douzième siècle, naquit à Settimelle près de Florence, devint curé de Calanzano. Fatigué par quelques ennemis, il abandonna son bénéfice, & devint si pauvre, qu'il fut forcé de mendier, & qu'il acquit le surnom de *Il Povero*. Il peignit sa disgrace & ses chagrins en vers élégiaques, si touchans & si purs, qu'ils furent répandus comme modèles dans toutes les écoles publiques. Ils étoient restés manuscrits dans les bibliothèques jusqu'à ces derniers temps, où il s'en est fait en Italie trois éditions. La première est de 1684, in-8.º; la seconde fait partie de l'*Histoire* des poètes du moyen âge, publiée par *Leifer*; la troisième a paru à Florence en 1730, in-4.º, avec une traduction très élégante. I. ARRIGHI, (Louis) célèbre imprimeur de Vicenze, fut longtemps occupé à Rome à écrire les brefs apostoliques. Il a publié un *Traité* sur l'art d'écrire les lettres de chancellerie, & une *Méthode* de tenir la plume dans les diverses sortes d'écritures, Rome 1522.
II. ARRIGHI, (François) né à Corté dans l'isle de Corse, professa le droit à Padoue, & y mourut le 28 mai 1765. Il ne cédoit pas aisément à l'avis des autres, & il eut de grandes disputes avec plusieurs antiquaires sur l'explication d'une épitaphe antique; on lui doit: I. Une *Histoire* latine de la guerre de Chypre en VII livres. II. *De vita Francifci Maurocei*.
ARRIGONI, (François) de Bergame, né le 1er décembre 1610, mort le 28 juillet 1645, s'attacha à l'étude de la langue Grecque, & fut employé par le cardinal Frédéric Borromée à l'explication des manuscrits Grecs de la bibliothèque Ambroifienne. Il a laissé des Éloges & des Discours, recueillis à Bergame en 1636; le Théâtre de la Vertu, & d'autres écrits dont Vaerini fait mention dans son Histoire des Écrivains de Bergame. — Balthazar ARRIGONI, mort en 1675, fut un médecin célèbre qui exerça sa profession à Ravennes. — Le cardinal Pompée ARRIGONI, mort à Naples en 1616, a laissé des Lettres latines & plusieurs Décisions judiciaires dans le recueil du tribunal de la Rote, où il fut long-temps auditeur. Claconius & Bayle ont donné des éloges aux vertus & aux lumières de ce cardinal.
ARRINGTON, Voyet HARRINGTON.
ARRIPHÉ, (Mythol.) nymphe, compagne de Diane, inspira la passion la plus vive a Tmolus roi de Lydie, qui fit outrage à son amante. Les Dieux pour la venger firent enlever Tmolus par un taureau furieux qui le laissa retomber sur des pieux aigus, où il expira au milieu d'affreuses douleurs. I. ARRIVABÈNE, (Jean-François) d'une famille noble de Mantoue, vivoit en 1546. Lié d'une étroite amitié avec Poësevin & Franco, il partagea leur goût pour la poésie, & composa des Églogues maritimes qui furent imprimées avec les Dialogues maritimes de Botatto, Mantoue 1547. Arrivabène écrivait aussi bien en prose qu'en vers; on trouve plusieurs Lettres & Discours de lui dans le recueil de Ruffinelli publié à Mantoue à la même époque.
II. ARRIVABÈNE, (Jean-Pierre) de la même famille que le précédent, devint évêque d'Urbin, & mourut dans cette ville en 1504, âgé de 63 ans. Il avoit été disciple de Philelphe, & avoit étudié sous cet habile littérateur les graces & les fines de la langue grecque. On lui doit: I. Gonçapidos, poème latin, en honneur du marquis de Gonçague, célèbre général du duc de Milan. Ce poème a été publié par Menfèren en 1738, in-4.º II. Des Épîtres latines, recueillies avec celles de Jacques Piccolomini, appelé le cardinal de Pavie; Mediolani, 1506.
III. ARRIVABÈNE, (Hippolyte) descendant de la même famille, mort le 22 mars 1739, exerça avec distinction la profession de médecin à Rome. On a imprimé ses Poësies à Modène en 1717, & un discours académique sous ce titre: La vera idea della Medicina, Reggio 1730, in-4.º
ARRIUS, étoit un ami de Cicéron, dont tout le mérite confistoit à savoir parfaitement ordonner un repas. C'étoit un homme de basse naissance, qui par ses flatteries amaffa de grands biens, & acquit quelque forte de réputation comme orateur, quoiqu'il n'eût ni esprit ni savoir. Il étoit fort prodigue, & aimoit l'éclat & la magnificence.
ARROY, (Béfian) théologal de l'église de Lyon, est connu par quelques écrits. I. Question sur la justice des armes des Rois de France. Cet ouvrage que Jansénius chercha à réfuter dans son Mars Gallicus, fut composé pour la défense des traités de Louis XIII avec les Suédois & les Protestans d'Allemagne. II. Apologie pour l'Église de Lyon, Lyon 1644, in-8.º Cette apologie est une réfutation des notes sur le bréviaire de Lyon par le Labour.ur. I.I. *Histoire de l'Abbaye de l'Ist.-Barbe*, Lyon 1668, in-12. Elle est rare & curieuse.
ARROWSMITH, (Jean) professeur à Cambridge en 1660, est auteur de plusieurs bons ouvrages. On estime sur-tout sa *Tartes Sacra*, Cambridge 1647, in-4.
ARRUBAL, (Pierre d') né en Espagne aux confins de la Navarre & de la vieille Castille, Jésuite en 1579, professeur de théologie à Salamanque & à Rome, fut chargé de soutenir le Molinième dans les congrégations de Auxilis, à la place de Valencia, qui étoit tombé malade pendant le cours de cette guerre théologique. Il mourut en 1608 à Salamanque. On a de lui 2 vol. *De Deu uno & trino*, & *De Angelis*, écrits avec precision & clarté.
ARSACE, (S.) *Arsacius*, moine Persan retiré à Nicomédie, prophétisa à cette ville sa ruine, qui arriva en effet l'an 338, par un tremblement de terre. Ce Saint homme fut trouvé mort de douleur dans une tour. I. ARSACES Ier, roi des Parthes, élevé sur le trône vers l'an 152 avant Jésus-Christ, devint aussi renommé parmi les Parthes que *Cyrus* chez les Perfes. Il chassa les Macédoniens, battit les généraux de *Séléucus*, & ce prince lui-même qu'il fut prisonnier. Enfin il établit solidement cet empire d'Orient, qui balança depuis la puissance Romaine, & fut une barrière d'airain, que les vainqueurs des nations ne purent forcer. Les successeurs de ce roi furent appelés *Arsacides*.
II. ARSACES, roi catholique d'Arménie, qui mena du secours à Julien l'Apoftat contre les Perfes! Après la mort de cet empereur, *Arsaces* combattit ses peuples avec assez de bonheur; mais *Sapor* l'attira sous prétexte d'alliance, & lui ôta la vie en 169, après lui avoir fait crever les yeux.
ARSEGNINO, notaire de Padoue, qui vivait au commencement du 13e siècle, a laissé un ouvrage intitulé : *Quadrige*. Il contient des règles de grammaire, des proverbes, des sentences, des lettres, &c.
ARSELEYN, (Jean) peintre Hollandois, voyagea en France & en Italie. Devenu ami de *Bambuche*, il imita sa manière. Il rapporta dans sa patrie le goût d'un coloris plus frais, plus éclatant que celui de ses compatriotes, toujours un peu obscur & rembruni. *Pérelle* a gravé d'après lui des ruines & vingt-quatre paysages. *Arsèleyn* ornoit ceux-ci, de sujets d'histoire & de scènes champêtres qui augmentent leur effet & leur intérêt. En admirant la facilité & la légèreté de son pinceau, on ne pouvoit soupçonner que la main qui le conduisoit, étoit tordue, recourbée, & presque estropiée; ce qui l'avoit fait surnommer *Kabbété* par les Flamands. *Arsèleyn* est mort à Amfite, dam en 1660. I. ARSÈNE, diacre de l'église Romaine, d'une naissance illustre & d'un rare mérite, fut choisi en 383 par le pape *Damafe*, pour être précepteur d'*Arcadius*, fils aîné de *Théodose*. Ce prince le pria de regarder son élève comme son propre fils, & de prendre sur lui l'autorité d'un père. Un jour l'empereur étant entré dans la chambre de son fils, pour assister à son étude, il le trouva assis, & *Arsène* levé. Il commanda à celui, ti de s'aféoir, & à son fils d'être debout. Il ordonna en même temps qu'on lui ôtit tous les ornemens impériaux, ajoutant « qu'il le croiroit indigne du trône, s'il ne rendoit à chacun ce qui lui est dû. » Cet avis ne changea pas le jeune prince; & Arsène n'ofant plus se flatter de réformer son naturel superbe & opiniâtre, se fauva de la cour, & alla se cacher dans le défert de Scethé. On dit qu'Arcadius, après la mort de Théodose, voulant réparer les fautes qu'il avoit commises à l'égard de son maître, lui fit offrir des prêens considérables, qu'il refusa. Le désintéressement étoit une des vertus principales de cet ecclésiastique. Un officier lui ayant apporté le testament d'un de ses parens, qui le nommoit son héritier; Arsène lui demanda, depuis quel temps son parent étoit mort? L'officier ayant répondu: Depuis peu de mois. — Il y a bien plus longtemps que je suis mort moi-même, répliqua Arsène; comment donc pourrois-je être son héritier. Il termina ses jours en 445, âgé de 95 ans.
II. ARSÈNE, évêque d'Hypsècle dans la Thébaïde, étoit de la fêcte des Méléciens. Eusèbe de Nicomédie, & les autres partisans de l'Arianisme, accusèrent S. Athanase de l'avoir tué, & d'avoir gardé sa main droite desséchée, pour s'en servir à des opérations magiques. Ils représentoient réellement une main, qu'ils prétendoient être celle d'Arsène; mais S. Athanase se justifia en faisant paroître Arsène, qui étoit venu secrètement au concile de Tyr, & qui étoit rentré dans la communion de ce désenseur de la divinité de J. C.
III. ARSÈNE, moine du Mont-Athos, fut patriarche de Constan- tinople en 1255. Ayant excommunié l'empereur Michel Paleologue, qui avoit fait crever les yeux au jeune Jean Laferis, confie à sa tutelle, il fut déposé l'an 1260, & rélegué dans l'isle de Proconefe. On a de lui un Nomocanon, ou Recueil de Canons, divisés en 141 titres, avec les lois impériales auxquelles ils font comparés.
ARSENS, Voyet AARSENS.
ARSÈS, le plus jeune des fils d'Atraxerces Ochus, roi de Perfe, régna après lui, & fut empoisonné par Bagoas, qui l'avoit placé sur le trône. Il mourut l'an 336 avant J. C. Voyet BAGOAS.
ARSEZAN, (Pader d') né à Touloufe, suivit long-temps le barreau dans cette ville, où il mourut en 1696. Il donna au théâtre deux tragédies, Agamemnon & Antigone, qui ont été inférées dans le Théâtre François, publié en 12 vol., à Paris, 1737.
ARSIGLI, (François) de Sinagaglia en Italie, fut tout à la fois médecin & poète. Il a traduit en vers latins les prologues d'Hippocrate. I. ARSINOÉ, (Mythol.) fille de Nicocrén, fut éperduement aimée d'Arcéophon; celui-ci, n'ayant pu gagner le cœur de sa maitresse, en mourut de déplaisir. Arsinoé n'en fut point touchée; elle fit plus, elle regarda d'un œil sec les funérailles de son malheureux amant. Vénus, irritée de sa dureté superbe, la transforma en caillou.
II. ARSINOÉ, nom de plusieurs princesses, dont les principales font: I. ARSINOÉ, fille de Ptolomée Lagus, sœur des Ptolomées Philadelphe & Céraune, étoit femme de Lysimaque roi de Macédoine, 446 ARS vers l'an 300 avant J. C. Son mari étant mort, elle se laissa tromper par les sollicitations & les sermens de son frère Céraune, qu'elle épousa malgré ses répugnances. Le nouvel époux voulant faire son entrée dans la ville capitale, elle envoya au-devant de lui ses deux fils Lysimaque & Philippe, deux beaux jeunes princes, l'un âgé de 16 ans & l'autre de 14. Le perfide les combla de caresses jusqu'à la porte de la ville; mais aussitôt qu'il y fut entré, il se saisit de la citadelle, & ordonna de faire mourir ses neveux. Ces malheureux princes s'étant échappés des mains des meurtriers, se réfugièrent chez la reine, entre les bras de laquelle ils furent égorgés. Elle fut elle-même attachée de son palais, & transportée sur un brancard avec les cercueils de ses deux enfans en Samothrace, où elle mourut de douleur & de désespoir. II. ARSINOÉ, sœur de la précédente, qui épousa aussi son propre frère Ptolomée Philadelphe, roi d'Égypte: il l'aima si tendrement, qu'il auroit fait bâtir un temple en son honneur, si la mort qui survint ne l'en eût empêché: (V. DINOCRATE.) III. ARSINOÉ, femme de Magas roi de Cyrène, connue par son amour pour Démétrius, frère du roi de Macédoine, qu'elle épousa depuis. IV. Enfin ARSINOÉ, fille de Ptolomée Aulère, & sœur cadette de la fameuse Cléopâtre, qui fut enlevée par l'eunuque Ganimède, conduite au camp des Égyptiens, & proclamée reine. Mais peu de temps après, César épris des charmes de Cléopâtre, lui donna la couronne, & lui associa son jeune frère Ptolomée. Il emmena à Rome Arsinoé, qu'il avoit fait prisonnière après la prise d'Alexandrie, & la fit marcher chargée de chaînes à la suite de son char de triomphe; mais aussitôt après cette pompe, il la mit en liberté avec défense de retourner en Égypte. Cette malheureuse princesse s'étoit retirée dans une province Romaine en Asie, où Antoine l'ayant trouvée, il la fit mourir par complaisance pour sa sœur Cléopâtre, l'an 41 avant J. C.
ARSLAN, Voy. ALP-ARSLAN.
ARTABAN ou ARTABANE frère de Darius, roi de Perse, assista de ses conseils Xercès son neveu. Il gouverna l'état pendant l'expédition de ce dernier contre les Grecs. — Un autre ARTABAN, capitaine des gardes de Xercès, tua ce roi de Perse. — Il y a eu aussi quatre Rois des Parthes qui ont porté ce nom, & qui n'ont été soumis qu'avec peine par les Romains.
ARTABASDE, Voy. ARTAVASDE. I. ARTABASE, fils de Pharnace, capitaine de Xercès, accompagna ce prince, dans son expédition contre les Grecs. Il le suivit jusqu'à l'Hellespont, avec 60,000 hommes d'élite. Après la bataille de Platée, où l'imprudent Mardonius s'étoit engagé contre l'avis d'Artabase, ce brave général revint avec 40,000 hommes qu'il commandoit, & qu'il fauva par une sage retraite.
II. ARTABASE, fils de Pharnabase & d'Apamée, fille d'Artaxercès Mnémon, déclara la guerre à Ochus son roi, l'an 356 avant J. C., à la tête d'un parti de mécontens. Il se fortifia dans la Lybie, & appela à son secours les Athéniens. Charles, amiral de la république d'Athènes, joint à Artabase, remporta une victoire signalée contre l'armée d'Ochus. Le sénat d'Athènes ayant ensuite rappelé son armée, Artabase, assiste par les Thébains, défit entièrement les Perses. Il obtint ensuite sa grace, revint en Perse, fut fidèle à Darius Codoman, & le servit contre Alexandre le Grand. Après la mort de Darius, le conquérant Macédonien lui fit beaucoup de caresses. Artabase avoit alors 95 ans. Il présenta neuf de ses enfans à Alexandre, qui leur fit le même accueil qu'au père : & quoique ce héros alliât le plus souvent à pied, il fit amener deux chevaux, un pour lui, & l'autre pour Artabase, de peur que ce bon vieillard n'eût honte de se voir seul à cheval.
ARTAGNAN, Voy. MONTESQUIOU (Pierre d')
ARTAINTE, Voy. AMESTRIS.
ARTALI, (Joseph) poète Italien, né en 1628 à Mazara en Sicile, aima également les Muses & les armes. Au fortir de ses études, n'ayant encore que 15 ans, il bleffa mortellement un fatryrique qu'il avoit déjà bâtonné. Il alla ensuite à Candie, dans le temps que les Turcs en faisoient le siége, & s'y diftingua tellement, qu'il mérita d'être fait chevalier de l'ordre militaire de Saint-George. De retour en Italie, il se rendit si redoutable par l'art de l'escrime, qu'on l'appelloit le Chevalier du Sang. Il mourut à Naples en 1679. On a de lui beaucoup d'Écrits en vers & en prose. I. ARTAVASDE, fils de Tigrane roi de la grande Arménie, fuccéda à son père. C'étoit un prince savant, qui compofa non-feulement des Tragédies, mais aussi des Discours & des Histoires. Il envoya du secours à Cressus dans la guerre contre les Parthes, & fut très-puissant tant qu'il cultiva l'amitié des Romains; mais ayant trahi Antoine dans la même guerre, ce général, par plusieurs députations & de grandes promesses, l'engagea à venir le trouver dans son camp. A peine y fut-il arrivé, qu'il le fit charger de chaînes d'argent, & conduire en triomphe à Alexandrie, où il le fit mourir.
II. ARTAVASDE ou ARTABASDE, gendre de l'empereur Léon l'Isaurien, & général de ses armées, étoit gouverneur d'Arménie, lorsque Constantin Copronyme monta sur le trône de Constantinople en 741. Ce prince qui connoissoit ses projets ambitieux, ayant voulu le faire mourir, Artavasde se fit proclamer empereur en octobre 742. Constantin marcha contre lui, le vainquit en bataille rangée, prit Constantinople, où l'usurpateur s'étoit réfugié; & après lui avoir fait crever les yeux, il l'envoya en exil avec son fils Nicéphore. Artavasde avoit su se rendre agréable au peuple pendant sa courte administration, par la protection qu'il accorda aux Catholiques contre les Iconoclastes, & par des manières affables.
ARTAUD, (Pierre-Joseph) né à Bonieux dans le Comtat-Venaissin, alla de bonne heure à Paris, & remplit avec distinction les différentes chaires de cette capitale. Devenu curé de St.-Merry, il édifia son troupeau & l'instruisit. Son mérite lui valut en 1756 l'évêché de Cavaillon. Il mourut en 1760, à 54 ans, avec la réputation d'un prélat exemplaire & d'un homme aimable. On a de lui : I. Panégyrique de S. Louis, 1754, in-4.º II. Discours sur les Mariages, à l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne, 1757, in-4.º III. Quelques Mandemens & Instructions pastorales. Il règne dans tous ces ouvrages une éloquence solide & 448 ART chrétienne. Ses Prônes étoient des modeles dans le genre familier.
ARTAVEL, Voy. ARTEVELLE. I. ARTAXERCÈS, surnommé Longuemain, fils & fucceſſeur de Xercès dans l'empire de Perſe, ne parvint au trône, qu'après avoir détruit deux factions puſſantes qui le lui diſputoient. Il extermina dans une bataille ſanglante les par- tifans des fils d'Artaban. Il remporta enſuite une victoire contre Hyſlapſe ſon frère, & ruina entièrement ſon parti. Il tourna ſes armes contre les Baſtriens, & les vainquit. Thé- miſlocles, qui avoit cherché une retraite dans ſa cour, ſut comblé d'honneurs & de prêſens; il lui donna 200 talens, & lui aſſigna cinq villes pour ſon entretien. L'Égypte s'étant révoltée, il l'alla faire rentrer dans le devoir, & en chaſſa les Athéniens qui étoient venus la ſecourir. C'eſt ce prince qui permit à Eſdras de rétablir la république & la religion des Juifs, & de rebâtir Jéruſalem. C'eſt à la ſeptième, ou, ſelon d'autres, à la vingtième année de ſon règne, que commencent les ſeptants Se- maines de Daniel, après leſquelles le Meſſie devoit être mis à mort. Il mourut l'an 426 avant J. C., après avoir fait la paix avec les Athéniens. Artaxercès ſut ſurnommé Longuemain, parce que ſes mains étoient ſi longues, qu'étant tout droit il pouvoit toucher ſes genoux. C'étoit le plus bel homme de ſon empire; mais on vantoit encore plus ſa bonté & ſa généroſité, que la figure.
II. ARTAXERCÈS Mnémon, trainſi appelé par les Grecs, à cauſe de ſa grande mémoire. Il ſuccéda à Darius ſon père, l'an 405 avant J. C. Cyrus, frère de ce prince, jaloux de le voir en poſ- ſeſſion du trône, attenta à ſa vie. Śon projet ſut découvert, ſon arrêt de mort prononcé; mais Artaxercès eut la ſoibleſſe généreuſe de lui pardonner. Il le renvoya dans l'Aſie mineure dont il avoit le gouvernement. Au lieu de ren- trer en lui-même, ce perfide leva des troupes ſous differens pré- textes, & vint préſenter bataille à ſon frère avec 113 mille hom- mes: elle ſut donnée à Cunaxa, à 25 lieues de Babylone; Cyrus y ſut tué de la main de ſon frère; mais Artaxercès ne put jamais con- trandre les Grecs qui étoient dans l'armée de Cyrus à ſe rendre: (Voy. XENOPHON & CYRUS le jeune.) Parſſatis, mère des deux princes, irritée de la mort de ſon fils, & jalouſe du credit de Statira ſa belle-fille, l'empoiſonna. Le roi, pour toute punition, ſe contenta de la confiner à Babylone, où elle demanda à ſe retirer. La fin de l'empire de Mnémon ſut troublée par les cabales des courtiſans. Les feigneurs de ſa cour prenoient parti pour ceux de ſes fils qui prêtendoient à la ſucceſſion. Il en avoit eu cent cinquante de 350 concubines; & trois d'Atoſſa ſon époueſe, Darius, Ariapſe & Ochus. Pour arrêter toutes les intrigues, il deſſigna Darius l'aîné pour ſon ſucceſſeur, & lui permit de prendre des-lors le titre de roi & la tiare royale. Mais ce fils ingrat, vou- lant jouir de tout le pouvoir, conſpira contre la vie de ſon père, qui le fit punir de mort. Ochus, le 3e de ſes fils, voulant auſſi être roi, fit périr Ariapſe ſon frère. Ces nouveaux chagrins précipité- rent la fin des jours d'Artaxercès. Il mourut l'an 161 avant J. C., avec la réputation d'un prince doux, humain, libéral. Rollin n'en a pas parlé d'une manière aſſez avantageuſe. Il auroit pu eſtimer etimer davantage un souverain qui gagna une bataille complète; qui ayant vaincu en héros, avoir pardonné en frère; qui, maître d'exterminer dix mille Græcs, les avoit laissé vivre & retourner chez eux. Ajoutez, dit un historien philosophe, que ce prince vainquit aussi les Lacédémoniens & leur imposa des lois humiliantes. Ajoutez que dans une guerre contre les Scythes, nommés *Cadusens*, vers la mer Caspienne, il supporta comme le moindre foldat toutes les fatigues & tous les dangers.
III. ARTAXERCÈS III, sur-nommé *Ochus*, fils & fuccefleur du précédent, monta sur le trône l'an 361 avant J. C. Il cacha pendant dix mois la mort de son père, pour s'affermir en agissant au nom du prince défunt. Jamais aucun tyran n'a été aussi cruel. Ayant conçu le projet de tarir tout le sang royal, il fit enterrer vive sa propre sœur *Ocha*, dont il avoit épousé la fille. Un de ses oncles fut égorgé par ses ordres, avec cent de ses fils ou petits-fils. Tous les principaux seigneurs Persans subirent le même sort. Un seul, nommé *Dathame*, échappé à cette boucherie, fit un parti dans la Cappadoce & la Paphlagonie. *Ochus* ne pouvant le vaincre, lui envoya des affaissins sous le titre d'ambassadeurs. *Dathame*: les ayant démasqués, leur fit éprouver à tous le traitement qu'ils lui réservoient. Ce brave homme se laissa tromper par un malheureux, qui ayant gagné son amitié, le perça de plusieurs coups de poignard. Les généraux & les gouverneurs d'*Artaxercès* étoient dignes de leur maître; ils tyrannisoient tous les pays qui étoient sous leur dépendance. L'Égypte s'étant révoltée, *Artaxercès* marcha contre elle, s'empara de l'isle de Chypre, força les Sidoniens à mettre le feu à leur ville, prit Pélufe, & de là se répandit dans toute l'Égypte. Il fouilla ses victoires par des cruautés inouies, ravagea les villes, pilla les temples, fit tuer le bœuf *Apis*, enleva les livres de la religion & les annales de la monarchie. L'cunuque *Bagoas*, Egyptien, dépositaire de sa puissance, irrité du traitement qu'*Artaxercès* avoit fait au dieu *Apis*, le fit empoisonner par son premier médecin, l'an 338 avant JÉSUS-CHRIST. Pour se venger de ce qu'il avoit fait manger son bœuf par ses gens, *Bagoas* fit faire un hachis de son cadavre & le livra ainsi à des chats; & quant à ses os, il en fit faire des manches de couteau ou d'épée, symboles naturels de sa cruauté. *Bagoas* mit ensuite la couronne sur la tête d'*Arsès*, le plus jeune des fils d'*Artaxercès*, après avoir fait périr tous les autres.
IV. ARTAXERCÈS, ou *ARDS-CHIR BABEGHAN*, premier roi de la dynastie des *Saffanides* en Perfe, étoit de la condition la plus vile. On dit que sa mère l'avoit eu d'un foldat nommé *Jafan*, du consentement de son mari, cordonnier de profession. *Artaxercès* fervit de bonne heure, & projeta de créer un nouvel empire des Perses. Malgré la baffesse de sa naissance, il avoit de l'élévation dans l'âme, du courage, & un génie propre à exécuter de grandes entreprises. Ayant acquis par ses talens de l'autorité sur ses compatriotes, il les fit révolter contre *Artaban*, qu'il prétendoit avoir enlevé la couronne à ses ancêtres: car dès qu'il eut le commandement, il se fit descendre d'une ancienne famille royale. Il remporta trois victoires consécutives, & tua dans la dernière, *Artaban* & le jeune prince fon fils, l'an 223 de J. C. Alors il prit la tiare & se fit proclamer roi des Perses. Il força les princes voifins à le reconnoitre, & foumit les peuples par les armes & par les lois. Comme il avoit été instruit par les mages, il voulut que leur religion fût la dominante dans l'empire, & ne se conduisit que par leurs conseils. Pour se rendre compte à lui-même de son administration, il fit un *Journal* exact de toutes ses actions, particulières & publiques, que les princes & les guerriers devoient méditer. Il pouffe la modestie, jusqu'à rapporter les fautes qui lui sont échappées, & qui certainement étoient bien réparées par ses vertus. *Artaxerces* ne négligea ni l'utile, ni l'agréable, & enrichit ses états des plus beaux monumens d'architecture. Il joignit à l'histoire de sa vie, un ouvrage intitulé : *Règles pour bien vivre*, adressées aux princes & aux sujets. Les maximes de ce monarque étoient : *Que le Peuple est plus obéissant quand le Roi est juste.* — *Que le plus méchant de tous les Princes, est celui que les gens de bien craignent, & duquel les méchans espèrent.* — Il vouloit que les peines fussent proportionnées aux fautes, & il répétoit souvent à ses officiers : *N'employer pas l'épée, quand la canne suffit.* Malgré ces maximes, l'ambition & l'ardeur belliqueuse qui l'avoient fait soulever contre son prince légitime, ne le quitta jamais. Il se faisoit appeler le *grand Roi*. Il entreprit d'enlever aux Romains leurs possessions en Asie l'an 228. Il étendit ses ravages jusques dans la Cappadoce, & envoya sommer *Alexandre Sévère* de se retirer de l'Asie. Mais l'empereur Romain ne fut que plus déterminé à le poursuivre ; il remporta sur les Perses une victoire complète, & *Artaxerces* fut obligé de prendre la fuite. Il mourut quelques années après, en 238, après quinze ans de règne. (*Voyer ALEXANDRE SÉVÈRE.*)
ARTAXIAS I$^{er}$, général d'*Antiochus* le *Grand*, se rendit maître de l'Arménie, du consentement de ce prince, & la partagea avec un autre général. *Annibal*, retiré à la cour de ce prince, lui conseilla de bâtir Artaxate sur le fleuve Artaxe. *Artaxias* en fit la capitale de son empire. Ce prince avoit soumis son royaume aux Romains, après la défaite d'*Antiochus*. Il fut ensuite défait lui-même par *Antiochus Epiphanes*, l'an 179 avant J. C.
ARTEDI, (Pierre) médecin Suédois, né en 1705, se lia d'une amitié très-étroite avec *Charles Linné*, autre médecin chimiste. Aidé des lumières de celui-ci, il travailla avec soin à la recherche de la nature des animaux quadrupèdes & des pierres. Il étoit prêt à publier ses ouvrages, quand il se noya dans un fossé le 25 septembre 1735. *Linné* les a fait imprimer sous les titres suivans : I. *Bibliotheca Ichthyologica*, Leyde, 1738, in-8.$^{o}$ II. *Philosophia Ichthyologica*, ibid. 1738, in-8.$^{o}$
ARTEMAN, ou ARTEMAS, hérétique qui nioit la divinité de J. C. & dont les principes étoient les mêmes que ceux de *Théodore* de Byzance.
ARTEMAS, disciple de S. Paul, fut envoyé par ce dernier dans l'isle de Crète, où il prêcha la Foi.
ARTÈME, (S.) commandant des troupes Romaines en Égypte, fous l'empire de *Constance*, fut chargé d'arrêter *S. Athanase*, & il le chercha vainement dans les divers monastères de la Thébaïde. Il se repentit ensuite d'avoir contribué à la persécution des Chrétiens, & il embraffa leurs dogmes. Bientôt après, on l'accusa d'avoir brisé les idoles à Alexandrie, & l'empereur *Julien* le fit décapiter l'an 362. L'Eglise l'honore comme martyr, le 20 octobre.
ARTÉMIDORE d'Éphèse, nommé ordinairement *Daldien*, parce que sa mère étoit de Daldis, ville de Lydie, florissoit sous *Antonin* le Pieux. On a de lui un *Traité des Songes* & de la *Chiro- mance*, matière qu'il avoit beaucoup étudiée. Son ouvrage, à travers bien des choses minutieuses & absurdes, offre des traits d'érudition. *Alde Manuce* le publia en grec à Venise, en 1518, & *Rigaud* en grec & en latin à Paris, 1603, in-4°, avec de savantes notes.
ARTÉMIE, (Ste) que plusieurs ont cru fille de l'empereur *Dioclé- tien*, fut convertie à la foi par *S. Cyrille*, & périt avec lui sous la persécution de *Maximien*. I. ARTÉMISE, reine de Carie, & fille de *Ligdamis*, se trouva à l'expédition de *Xercès* contre les Grecs, & se signala sur-tout à la bataille de Salamine, l'an 480 avant J. C. Un vaisseau Athénien la poursuivant, elle fit ôter le pavillon de Persé, attaqua un vaisseau de la flotte de *Xercès*, commandé par un roi de Calyade, avec qui elle avoit eu une querelle, & le coula à fond. Les Athéniens cessèrent alors de la poursuivre, dans la pensée qu'elle étoit de leur parti, *Xercès* dit à cette occasion, « que dans le combat les hommes avoient été des femmes & les femmes des hommes. » Les Athéniens, irrités d'être battus par une femme, pro- mirent une femme à ceux qui la leur amèneroient vivante; mais cette princesse eut le bonheur d'é- chapper à leurs recherches. Sa statue fut placée à Sparte parmi celles des généraux Persés. *Arté- mise* s'empara de la ville de Lat- mus, où elle étoit entrée sous prétexte d'y adorer la mère des Dieux. Cette déesse s'en vengea; car *Artémise* ayant conçu un amour violent pour *Dardanus*, jeune homme d'Abydos, qui n'y ré- pondit pas, elle lui creva les yeux, & se précipita ensuite dans la mer du haut du rocher de *Leucate*.
II. ARTÉMISE, reine de Carie, sœur & femme de *Maufole*, s'est immortalisée par sa tendresse con- jugale. Son époux étant mort, elle lui fit élever, à Halicarnaise, un monument superbe, compté parmi les sept merveilles du monde. *Pline* le Naturaliste en a laissé la descrip- tion. Les architectes *Scopas*, *Briaxis*, *Léothares* & *Timothée* le construi- rent. *Pythis* ensuite éleva sur ce mo- nument une pyramide surmontée d'un char de marbre à quatre chevaux. Les tombeaux dont on a voulu dans la suite faire l'éloge, ont pris leur nom de *Maufole*, & ont été appelés *Maufolées*. *Ar- témise* fit proposer dans toute la Grèce des prix considérables pour ceux qui réussiroient le mieux à faire l'oraison funèbre de son époux; & *Théopompe* de Chio fut le premier qui le remporta. Elle en recueillit les cendres qu'elle mêloit avec sa boisson, voulant leur servir en quelque sorte de tombeau. *Artémise* ne survécut pas long-temps à son cher *Maufole*. Elle mourut auprès du monument qu'elle lui F 1 2 avoit fait élever, l'an 351 avant J. C. La postérité l'a mise à la tête du petit nombre des martyrés de l'amour conjugal, Voyet NAUCRATE.
ARTEMON de Clazomène, fuivit Périclès au fêge de Samos, & y inventa le bélier, la tortue, & d'autres machines de guerre, environ 460 ans avant J. C.
ARTETIO, fut un imposteur du douzième fiècle, qui a écrit sur la pierre philosophale, & annoncé dans cet écrit, qu'il avoit déjà vécu plus de mille ans. Les alchimistes le recherchent, mais il est très-rare.
ARTEVELLE ou ARTAVEL, (Jacques) Flamand, brasseur de bière, faétieux éloquent & politique, causa beaucoup de sollicitudes au comte de Flandres. Il avoit des correspondans dans toutes les villes, & fongéoit à affujettir la Flandre à Edouard, roi d'Angleterre. Philippe de Valois fit proposer aux Flamands de s'unir à lui contre Edouard; mais Artevelle répondit « que la laine d'Angleterre valoit mieux pour son pays que l'amitié & l'alliance des François. » Cependant, malgré son ascendant sur ses compatriotes, il ne put longtemps les engager à violer le serment qu'ils avoient fait de ne point porter les armes contre le roi de France; ils s'étoient même engagés à payer, en forme d'amende en cas de parjure, deux millions de florins à la chambre apostolique. Artevelle conseilla à Edouard de prendre le titre de roi de France, & dès lors les Flamands crurent remplir leur promesse en le servant, & en lui rendant foi & hommage. Artevelle eut le sort de presque tous les faétieux célèbres, qui périssent sous les coups du peuple même qu'ils ont fumé & séduit. Le peuple de Gand le massacra en 1345. Philippe ARTEVELLE son fils, s'étant mis à la tête de près de 60 mille révoltés, fut tué à la bataille de Rosbec, en 1382.
ARTHALIN, (Claude-François) professeur en médecine, doyen de l'université de Besançon, mort dans cette ville le 15 mai 1782, a publié, I. Lettre à un médecin de province, sur un coup à la tête. II. Institutiones anatomica, 1753, in-8.
ARTHUR, Voyet CATHERINE, n° IV.
ARTHUS, Voyet les ARTUS.
ARTIGNI, (Antoine Gachet d') chanoine de l'église primatiale de Vienne, sa parrie, naquit le 9 mars 1704. Il tourna de bonne heure son esprit vers la littérature & les recherches bibliographiques. Il fit même des vers, mais qui ne lui donnent aucun rang sur notre Parnasse. Ses Mémoires d'histoire, de critique & de littérature, Paris, 1749 & années suivantes, 7 vol. in-12, l'ont fait connoître plus avantageusement. Quoique ce livre ne soit qu'une compilation, il prouve que l'auteur avoit l'esprit de discussion & de critique. Mais il est bon d'avertir que les articles les plus intéressants ont été tirés de l'Histoire manuscrite des Poètes françois, par feu l'abbé Brun, doyen de St-Agricole à Avignon; c'est ce que nous avons vérifié sur l'ouvrage même que ce dernier écrivain nous avoit communiqué. Cette Histoire existoit aussi en manuscrit dans la bibliothèque du séminaire de St-Sulpice de Lyon, où l'abbé le Clere, ami de l'abbé Brun, avoit de meuré long-temps; & c'est par le moyen de quelque séminariste de cette maison que l'abbé d'Artigni se l'étoit procurée. Ce plagiat rendit ses Mémoires beaucoup meilleurs; il y a d'ailleurs de lui des choses intéressantes & curieuses, mais trop d'extraits de vieux fermonnaires, & trop d'articles de remplissage. Ce littérateur mourut à Vienne le 6 mai 1768, dans sa 65e année. D'Artigni a publié encore un petit écrit sous ce titre: Relation de l'assemblée tenue au bas du Parnasse. Il étoit d'un caractère poli & officieux, d'une humeur enjouée; & sa conversation étoit agréable par le grand nombre d'anecdotes & de traits piquans dont il avoit enrichi sa mémoire.
ARTOIS, Voyez ROBERT I & ROBERT II, contes d'Artois. Dans l'article de ce dernier, n° v, nous parlons des princes qui ont après lui possédé ce comté.
ARTOIS, (Jean-Van) peintre, né à Bruxelles en 1613, excella dans le paysage. Ses arbres paroissent être agités, ses lointains sont purs & doux, ses détails riches & variés. Téniers, son ami, a peint les figures & les animaux de quelques-uns de ses tableaux. On les voit à Malines, à Bruxelles, à Gand, & dans la belle galerie de Duffeldorp. Van-Artois avoit acquis de la fortune dans l'exercice de son art; mais il la prodigua en donnant des festins aux grands, dans la société desquels ses talens & l'agrément de son esprit l'avoient fait admettre.
ARTORIUS, chevalier Romain, s'étant engagé dans un portique du temple, durant le siège de Jérusalem, pour éviter d'être consumé par les flammes, proposa à Lucius, son ami, de le recevoir entre ses bras lorsqu'il se jetteroit du haut en bas, & s'obligea de le faire son héritier. Lucius le reçut heureusement, & lui fauva la vie; mais accablé par la chute rapide d'un tel poids, il mourut lui-même à l'instant, victime de sa généreuse hardiesse.
ARTOXARÈS, eunuque de Paphlagonie, entra de bonne heure à la cour d'Artaxerès I, vers l'an 340 avant J. C. Il n'avoit que vingt ans lorsque ce prince l'envoya avec les grands de l'état en Syrie, pour engager Mégabyte, qui s'y étoit revolté, à se soumettre sans réserve. Il obriot ensuite le gouvernement de l'Arménie, & fut un de ceux qui forcèrent Darius-Ochus de prendre la couronne. Ce prince, paisible possesseur de l'empire, témoigna sa reconnoissance à Artaxerès, en lui donnant le premier rang parmi les eunuques. Ces honneurs, loin de satisfaire ses désirs ambitieux, ne firent que les irriter. Il se laffa d'être sujet, & voulut monter sur le trône. Comme la qualité d'eunuque éloignoit de lui les mécontens, il se fit faire une barbe poftiche. Ce mauvais artifice ne trompa que ceux qui voulurent l'être. Ses desseins ayant été découverts avant qu'il eût pu pourvoir à sa fureté, on l'arrêta; & la reine Paryfatis, qui gouvernoit avec une autorité absolue, lui fit souffrir les plus cruels & les plus honteux supplices.
ARTUR, (Lactance) né dans un bourg de la Calabre, mort en 1604, entra dans un ordre de religieux, & l'édifia par ses vertus. On lui doit une Oraison funèbre du cardinal Sirletto, & quelques Sermons. I. ARTUS ou ARTHUS, roi fabuleux de la Grande-Bretagne, au 6e siècle, vainquit, dit-on, les Saxons, & soumit l'Ecosse & l'Irlande. On ajoute qu'il défit Lucius, général Romain, qu'il ravagea une partie des Gaules, & qu'à son retour de ces expéditions chimériques, il institua les chevaliers de la Table ronde; table qu'on montre encore aujourd'hui au château de Winchester, avec les noms de ces prétendus chevaliers. La tradition porte que Mordell fils de Luthus, roi des Pictes, ayant livré bataille au roi Artus, ce dernier y fut blessé, & disparut sans qu'on pût savoir de ses nouvelles. Henri II, d'après d'anciennes chansons galloises, crut avoir découvert son tombeau dans le cimetière de Glastensburg.
II. ARTUS Ier, duc de Bretagne, étoit fils de Géofroi le Beau, comte d'Anjou, quatrième fils de Henri II, roi d'Angleterre. C'étoit le prince le plus aimable de son siècle. Il fut proclamé duc, quoiqu'encore au berceau, après la mort de Géofroi son père. Jean Sans-Terre, (Voyez JEAN, no LVII.) son oncle, le fit mourir, dit-on, de sa propre main à Rouen, l'an 1202. Son mariage étoit arrêté avec Marie, fille de Philippe-Auguste.
III. ARTUS II, duc de Bretagne, naquit en 1262, & mourut en 1312, après avoir gouverné assez heureusement.
IV. ARTUS III, dit le Justicier, auparavant comte de Richemont, & connétable de France, naquit en 1393, de Jean V, duc de Bretagne. C'étoit un petit homme, mais plein de bravoure. Il contribua à relever le trône de Charles VII, se signala à la bataille d'Azincourt, où il fut fait prisonnier; & pour recouvrer sa liberté, il fut contraint de servir le roi d'An- gleterre. Il battit depuis les Anglois en Normandie & en Poitou; remporta deux victoires, l'une à Patay en Beauce, l'an 1429, & l'autre à Formigni, l'an 1450. Dans la dernière, après leur avoir donné de fausses alarmes pendant deux jours, il feignit de se retirer; mais retournant sur ses pas durant la nuit, il les surprit au point du jour, & les défit totalement. Son neveu Pierre dit le Simple, duc de Bretagne, étant mort en 1456, sans laisser d'enfants, il lui succéda. Depuis cette époque, il fit toujours porter deux épées nues devant lui; l'une comme duc de Bretagne, & l'autre comme connétable. Il ne régna que quinze mois, & mourut sans postérité dans sa 66e année, en 1458, regretté de ses peuples qu'il gouvernait avec douceur; estimé, mais haï des courtisans & des troupes, parce qu'il réprimait le brigandage des uns & des autres avec autant de hauteur que de sévérité. Les favoris de Charles VII ne furent pas épargnés, lorsqu'il gouvernait les affaires de ce prince. S'étant aperçu que Giac, l'un d'eux, détournait à son profit l'argent destiné pour l'armée, il le fit enlever dans son lit en 1426, & après quelques légères formalités de justice, il le fit jeter dans la rivière. Le Camus Beaulieu, autre favori non moins avide que Giac, fut affaffiné presque sous les yeux du roi, dans les rues de Poitiers, par le maréchal de Bouffac, chargé des ordres du connétable. La Trimouille fut aussi, dans une autre occasion, enlevé & mis en prison, quoique Charles VII le regardât moins comme un courtisan que comme un ami. Ce prince fut forcé de dissimuler ces actes d'autorité, parce qu'il favoit qu'Artus, uniquement occupé du bien de l'état, étoit à la vérité trop fier, trop abfolu, mais exact à rendre la juftice, grand négociateur, & plus grand homme de guerre. La paix d'Arras, qui réunit, en 1435, Charles VII & le duc de Bourgogne, fut son ouvrage. Il contribua, dit un auteur estimé, par la fagesse de ses conseils & par sa sermété, à la création d'une milice permanente, (les Compagnies d'Ordonnance) & de ce moment naquirent en quelque forte parmi nous l'agriculture, le commerce & les arts. Le plus grand divertissement du connétable Artus, étoit de badiner avec des fous, & de leur faire des niches. Il ne connut ni les plaisirs de la table, ni ceux de la volupté, & sa vertu eut pour base la religion. V. ARTUS, (Thomas) Voyet THOMAS.
ARTUSI, (Jean-Marie) né à Bologne dans le 16e flecte, chanoine régulier de la congrégation de St-Sauveur, étudia les mathématiques, & fur-tout la partie qui concerne l'harmonie. On lui doit un excellent Traité du Contrepoint, en italien; livre peu commun, & où, malgré les progrès qu'on a faits depuis dans l'art agréable de la musique, on trouve à s'instruire. Il fut imprimé à Venise en 1586, 2 vol. in-fol.
ARTUSINI, (Cyprien) né à Ravennes, d'une famille noble, se fit Camaldule. Il se livra à son goût pour les mathématiques & l'architecture, & fut nommé par Urbain VIII & Innocent X, mathématicien du pape. Il est mort en 1654, après avoir publié les ouvrages suivans : I. Ephémérides perpétuelles. II. Traité de l'Architecture militaire & domestique. III. Nuovo methodo di ritrovare il tempo in cui fa la luna perpetuamente, Bologne, 1642. — Ginnani, dans son ouvrage historique sur les écrivains de Ravennes, fait une longue mention d'Artusini.
ARUERIS, (Mythol.) fut l'Apollon Egyptien. Il avoit en Phénicie un temple portatif, traîné par des bœufs. Il étoit né d'Ifis & d'Ofiris, qui étant jumeaux & conçus dans les mêmes flancs, se marièrent dans le ventre de leur mère, en sorte que des sa naissance Ifis étoit déjà enceinte d'Arueris. Les Egyptiens lui avoient consacré le second jour de leur année intercalaire.
ARVIEUX, (Laurent d') né à Marseille en 1635, fut emmené dans le Levant par un de ses parens, consul de Seyde. Pendant douze ans de séjour dans différentes villes de la Syrie & de la Palestine, il apprit les langues Orientales, & s'appliqua à la connoissance de l'histoire ancienne & moderne des peuples du Levant. Revenu en France, il fut envoyé, en 1668, à Tunis pour y négocier un traité. Il y procura la liberté à 380 esclaves François, qui, en reconnoissance, lui envoyèrent une bourse de six cents pistoles, qu'il refusa. Il fut ensuite consul d'Alger, puis d'Alep, en 1679. Il y fit fleurir le commerce, respecter le nom François, & répandre la Religion Catholique. Innocent XI lui envoya un Bref, par lequel il le nommoit à l'évêché de Babylone, & en cas de refus, il lui permettoit de faire choix du sujet qui lui plairoit. Il mourut en 1702, à 67 ans, après avoir reçu d'autres marques d'estime de ce pontife. Le Père Labat a publié à Paris, en 1735, en 6 vol. in-12, les Mémoires du chevalier d'Arvieux, contenant ses voyages à Constantinople, dans l'Asie, etc. Le Voyage 456 ARU d'Arabie par la Roque, imprimé à Paris, 1717, in-12, a été fait sur un de ses manuscrits : la Vie d'Arvieux se trouve à la tête.
ARUM, (Dominique Van-) né à Leuwarde en 1579, fut un célèbre jurisconsulte. Le plus considérable de ses ouvrages est un recueil de Discours académiques sur le droit public d'Allemagne, en 5 vol. in-4°, 1623. Van-Arum mourut à l'ène en 1637. I. ARUNDEL, (Thomas) fils de Robert, comte d'Arundel, d'une maison illustre d'Angleterre, fut élevé à l'âge de 22 ans sur le siège d'Ely, sous Edouard III, & transféré par le pape en 1388 à l'archevêché d'Yorck, où il dépenia des sommes considérables pour bâtir le palais archiepiscopal. Il fut grand chancelier d'Angleterre, & posséda cette dignité jusqu'en 1396, qu'il passa à l'archevêché de Cantorbery. C'est le premier qui ait quitté le siège d'Yorck, pour celui de Cantorbery. A peine en eut-il pris possession, qu'il encourut la disgrace du roi Richard II. Accusé de haute trahison, il fut condamné, sous peine de mort, à sortir du royaume. Arundel alla d'abord en France & à Rome, où Boniface IX le reçut très-bien, & le nomma à l'archevêché de St-André en Écosse. Ce prélat contribua beaucoup à engager Henri de Bolyngbroke, duc de Lancastre, qui régna depuis sous le nom de Henri IV, à envahir l'Angleterre, & à détrôner Richard II. Il fit paroitre un grand zèle contre Wielef & les Lollards, sur-tout contre le chevalier Jean Oldcastle, lord Cobhan. Il mourut le 20 Février 1414. C'est peut-être le premier qui ait défendu de traduire l'Écriture sainte en langue vulgaire. — Il y a eu de la même famille un autre Thomas d'ARUNDEL, tué en 1434 au combat de Gerberoi, que Saintraille & la Hère vouloient fortifier pour s'opposer aux Anglois. Sa bravoure le fit surnommer l'Achille des Anglois.
II. ARUNDEL, (Thomas Howard comte d') & de Surrey, maréchal d'Angleterre au commencement du 17e siècle, envoya au Levant Guillaume Pétrée, qui découvrit, dans l'isle de Paros, les célèbres Marbres dit d'Arundel. Ces monumens précieux renferment les principales époques de l'histoire des Athéniens, depuis la première année de Cécrops, l'an 1582 avant J. C., jusqu'en 364 avant sa naissance. Le comte d'Arundel plaça ces Marbres dans les salles & les jardins de son palais, sur les bords de la Tamise. Jean Selden publia en 1629 des Observations sur ces belles antiquités. Humfrey Prideaux mit au jour, en 1677, un Recueil de ces Marbres, & de quelques autres fort curieux, qui ont été donnés à l'université d'Oxford, sous le titre de Marmora Oxonienfia. Des différentes Explication de ces Marbres, la meilleure édition est celle d'Oxford, 1763, in-fol. par Chandler; il y a cependant dans l'édition donnée en 1732, in-fol. par Maittaire, de bons commentaires qui ne sont pas dans celle de 1763. On trouve dans ce recueil des éclaircissemens sur plusieurs points de l'histoire ancienne. Les Marbres d'Arundel ont été d'un grand secours au P. Pétau, à Saumais, à Vossus, & aux autres chronologistes qui sont venus après eux. On dit que la plupart de ces Marbres, servirent dans des temps de troubles, à réparer des portes & des cheminées.
ARUNS, Voyer ARONCE.
ASA, roi de Juda, fils & fuc- ceſſeur d'Abia, l'an 951 avant J. C. abattit les autels érigés aux idoles, rétablit le culte du vrai Dieu, rem- porta une victoire ſur l'armée des Madianites, vainquit Zara, roi d'E- thiopie, & ſe rendit maître de plu- ſieurs villes d'Ifraël; Bénadad, roi de Syrie, l'avoit ſecouru dans cette dernière guerre. Aſa fit tranſporter les matériaux de Rama, que Baſſaa, roi d'Ifraël, avoit fait élever, & les employa à bâtir la ville de Gabaa. Le prophète Ananus lui re- procha d'avoir eu recours à un prince étranger, au lieu de mettre ſa confiance dans le Seigneur. Aſa, irrité contre ce ſaint homme, le fit mettre en priſon. Ce prince mourut de la goutte, l'an 914 avant J. C. Joſaphat ſut ſon ſucceſſeur.
ASAEL, Voyet AZAEL.
ASAN III, roi de Bulgarie, étoit petit-fils d'Aſan II, par Marie ſa mère. A peine eut-il été reconnu par les foins de l'empereur Michel Paleologue, ſon beau-père, que Terter, homme illuſtre, ſe révolta contre lui. Pour le gagner, on lui donna une ſœur d'Aſan en ma- riage, avec le titre de deſpote. Cette ſaveur diſtinguée ne put aſſouvir ſon ambition, & ne l'empêcha pas de travailler tous les jours à groſſir ſon parti. Aſan s'en étant apperçu, & préférant une vie privée & tran- quille aux troubles auxquels la royauté l'expoſoit, feignit d'aller faire une viſite à ſon beau-père. Il emporta tous ſes tréſors à Conſtan- tinople, où il vécut depuis, con- tent du titre de deſpote de Romanie. Ce prince philoſophe ſut la tige d'une famille illuſtre, qu'on ap- pela les Aſanites. Les événemens que nous venons de rapporter doivent être placés entre 1275 & 1280; on n'en fait pas la date précife.
ASAPH, fils de Barachias, de la tribu de Lévi, chantre de David, & très-habile muſicien. On lui at- tribue la muſique de quelques Pſeau- mes; mais on ne fait précieſément leſquels.
ASARADDON, Voyet ASSAR- HADDON.
ASCAGNE, Aſcanius, fils d'É- née, prince Troyen, & de Creuſe fille de Priam, ſut auſſi appelé ILS & IULUS, comme le dit Virgile. La nuit de la priſe de Troie, Anchife & Énée étant indécis ſur le parti qu'ils devoient prendre, une flamme légère qu'ils virent tout-à-coup vol- tiger autour de la tête d'Aſcagne ſans brûler ſes cheveux, les décida; ils regardèrent ce prodige comme un préfage qui leur annonçoit qu'ils devoient aller chercher un nouvel établiſſement dans un pays étranger. En effet, ils s'embarquèrent auſſi- tôt avec leur ſuite, & arrivèrent, après ſept années de courſe, ſur la côte d'Italie où Énée épouſa La- vinie, fille du roi Latinus, & bâtit une ville qu'il appella Lavinium, du nom de ſa nouvelle épouse. Aſ- cagne ſuccéda à ſon père, & régna trente ans, après leſquels il fonda Albe-la-Longue, & y porta le ſiège de ſon royaume. Il rétablit à La- vinium ſa belle-mère Lavinie, que la crainte de ſon beau-fils avoit fait retirer dans les forêts avec le fils qu'elle avoit eu d'Énée. Aſcagne mourut l'an 1339 avant J. C.
ASCALAPHE, (Mythol.) fils de l'Achéron & de la nymphe Orphné, étoit un des officiers de Pluton. Cé- rés, après l'enlèvement de ſa fille, ayant demandé à Jupiter la perniſe- ſion d'aller la chercher aux enfers & de la ramener ſur la terre, ce Dieu la lui accorda, pourvu que Proſerpine n'eût rien mangé depuis ſon arrivée dans le royaume des 458 A S C morts. Cérès y étant descendue, se vit frustrée de ses espérances, parce qu'*Ascalaphe* déclara à Pluton qu'il lui avoit vu manger sept pepins d'une grenade qu'elle avoit cueillie dans ses jardins. Cette déesse fut si indignée contre *Ascalaphe*, qu'elle lui jeta de l'eau du fleuve Phlégéron au visage, & le métamorphosa en hibou : oiseau que *Minerve* prit sous sa protection, parce que *Ascalaphe* l'avertissoit pendant la nuit de tout ce qui se passoit. Ceux qui ont cherché à expliquer la mythologie, ont dit qu'*Ascalaphe* étoit l'intendant des mines de Pluton, roi d'Epire; qu'il lui confella l'enlèvement de *Proserpine*, fille d'un roi des Molosses, qui, pour s'en venger dans la suite, le fit mourir.
ASCELIN, né en Poitou, fut moine de l'abbaye du Bec, & non de St-Evroult. Il combattit, comme *Lanfranc* son maître, les erreurs de *Béranger*, & disputa si vivement contre lui à la conférence tenue l'an 1050 à Brione, qu'il le réduisit au silence. On a de lui une *Lettre* à cet hérétique *sur la Présence réelle* : elle se trouve dans la Collection des Conciles du P. *Labbe*. — *Voyer* ASSELIN.
ASCÈNES, l'un des fils de l'Hébreu *Gomer*, a été cru la tige des *Ascantes*, peuple ancien qui étoit établi sur les bords du Tanais & du Palus-Méotide. *Josèphe* qui le nomme *Ascanaxés*, le fait père des *Ascanaxiens*, antique peuple de la Grèce.
ASCHAM, (Roger) secrétaire d'*Elizabeth*, reine d'Angleterre, mort à Londres en 1558, à 53 ans, se distingua par les graces de son esprit. On lui doit : I. Un ouvrage Anglois intitulé : *Le Maître d'école*. II. Des *Lettres latines* écrites avec beaucoup d'élégance. III. *Poemata*.
IV. *Toxophilus*, etc. *Edouard Grant* prononça son oraison funèbre.
ASCHARI, docteur Musulman, chef des *Aschariens*, opposés aux *Hanbalites*. Ceux-ci soutiennent que Dieu agit toujours par des volontés particulières, & fait toutes choses pour le bien de chaque créature; au lieu que les *Aschariens* croyoient que l'Être suprême ne fuit que les lois générales qu'il a établies. Ce qui revient au sentiment de *Malebranche*. *Aschari* eut à cette occasion une querelle avec son beau-père, zèle *Hanbalite*. Son gendre l'ayant embarraffé, le bon homme finit par lui dire que son raisonnement étoit une tentation du Démon. Les *Aschariens* soutiennent la prédestination absolue & gratuite, & font parmi les Musulmans, ce que font les *Thomistes* rigides parmi les Chrétiens. *Aschari* mourut à Bagdad, l'an 940 de J. C. Il fut inhumé fort secrètement, de peur que les *Hanbalites*, qui le traitoient d'impie parce qu'il n'étoit pas de leur sentiment, ne le fisent déterrer.
ASCIA, (Sempronius) jurisconflut de Bari en Italie, a publié, dans le 16$^{e}$ siècle, un grand nombre d'ouvrages de droit. Les plus confidérables font sur la *Jurisdiction* ecclésiastique, le droit de *Patronage*, les *Enfons naturals*, etc. Naples, 1600 ; Bari 1603, in-4.$^{o}$
ASCLÉPAS, évêque de Gaza en Palestine, fut long-temps persécuté par les Ariens, déposé deux fois de son siège, & deux fois rétabli lorsque la pureté de sa doctrine eut été folemnellement reconnue dans le concile de Rome, tenu en 342, & par celui de Sardique assemblée quelque temps après. Le pape *Jules I* se montra l'ami & le déenseur d'*Asclépas*. I. ASCLÉPIADE, natif de Phthie, ville du Péloponnesse, eut pour maître *Silpon*. *Ménédème*, qu'il attira à cette école, se lia avec lui si étroitement, qu'ils ne purent plus se séparer. Leur indigence étoit telle, que n'ayant pas même le nécessaire, ils furent réduits à servir de manœuvres à des maçons. Ils s'étoient promis réciproquement de vivre dans le célibat; mais cet état leur pesant trop, ils se marièrent. *Ménédème* épousa la mère, & *Asclépiade* la fille. Celle-ci étant morte, son ami lui céda sa femme & en prit une autre fort riche. *Asclépiade* mourut dans un âge très-avancé, quelque temps après la mort d'*Alexandre* le *Grand*, vers l'an 320 avant J. C.
II. ASCLÉPIADE, médecin, natif de Pruze en Bithynie, refusa les offres de *Mithridate* qui l'appelloit auprès de lui, & exerça son art à Rome du temps de *Pompée* le *Grand*. Il avoit été rhéteur; mais il trouva qu'on gagnait plus à guérir les hommes, qu'à les instruire. Il n'employa presque aucun des principes d'*Hippocrate*, dont la doctrine n'étoit, selon lui, que la méditation de la mort. Il proscrivit presque tous les remèdes, & n'en fut que plus à la mode. Il permit à certains malades l'usage du vin & de l'eau froide. Il adoucit les remèdes rebutans, & en donna de moins difficiles à prendre. *Pline* les réduit à cinq: l'*abstinence des viandes*, l'*abstinence du vin* dans certaines occasions, les *frictions*, la *promenade*, & la *gestation*, c'est-à-dire les différentes manières de se faire voiturer. Sa maxime étoit, qu'un médecin doit guérir ses malades *sûrement*, *promptement*, *agréablement*. Cette pratique seroit fort à déférer, dit *Celfe*. Le fâcheux est, qu'ordinairement il y a beau- coup de danger à guérir trop vite, & à n'ordonner rien que d'agréable. Ce qui contribua le plus à le mettre en vogue, fut l'heureuse rencontre d'un homme qu'on étoit prêt de conduire au tombeau, en qui il trouva un reste de vie, & qu'il rétablit dans une parfaite santé. *Pline* parle souvent de ce médecin, mais avec fort peu d'estime. *Asclépiade*, voulant prouver la bonté de sa théorie, fit gageure de n'être jamais malade; il la gagna, & mourut d'une chute dans un âge avancé, l'an 96 avant J. C. Il ne faut pas le confondre avec un autre *ASCLÉPIADE*, médecin sous *Trojan*; ni avec quelques autres médecins qui ont porté le même nom.
III. ASCLÉPIADE, historien Grec, publia divers ouvrages que le temps a fait disparaître, & entr'autres, une *histoire* d'*Alexandre* le *Grand*, une autre de Bithynie, une autre des Grammairiens célèbres. Il vivait sous le règne de *Ptolomée-Epiphanes*. — Un Poète Grec, du même nom, fut inventeur d'une sorte de vers qui furent appelés *Choriambiques* ou *Asclépiades*.
ASCLÉPIODORE, peintre estimé par *Apelles*, dont il étoit contemporain: *Mnaçon*, roi d'Élate dans la Grèce, acheta douze portraits des Dieux de cet artiste, 300 mines chacun. *Voy*. ALLECTUS.
ASCLÉPIODOTE, Lesbien, l'un des généraux de *Mithridate* le *Grand*, conspira contre ce prince avec *Miricon*, *Philotime* & *Aristènes*. Mais sur le point d'exécuter cette entreprise, il la révéla à *Mithridate*, qui lui pardonna & fit mourir ses complices dans les tour-mens l'an 84 avant J. C.
ASCLÉTARION, astrologue du temps de *Domitien*. Cet écervelé s'étant avifié de faire le prophète fur l'empereur, ce prince lui dit: *Mais toi qui fais le moment de ma mort, connois-tu le genre de la tienne?* Oui, repartit l'affronome, je ferai dévoré par des chiens. — Do- mitien, pour le faire mentir, or- donna qu'on le tuât, & que son corps tût brûlé; mais un grand orage furvenu ayant éteint le bûcher, les chiens mirent le cadavre en pièces & le man- gèrent. C'est *Suécone* qui rapporte ce trait d'histoire, ou plutôt cette fable. *Dion C. fius* en fait aussi mention.
ASCONIUS-PÉDIANUS, natif de Padoue, habile Grammairien & ami de *Virgile*, mourut âgé de 85 ans, vers le commencement de l'empire de *Néron*: *Tite-Live* en fai- foit beaucoup de cas. Ses *Com- mentaires* fur les Harangues de *Ci- ceron* lui acquirent de la célébrité. Le peu qui nous en reste, peut servir de modèle en ce genre. On les trouve dans le *Cicéron* de *Gro- novius*, publié en 1692, 2 vol. in-4. La première édition des Commentaires d'*Asconius*, publiée à Venise en 1477, in-fol., est aussi rare que recherchée. I. ASDRUBAL, général des Carthaginois, gendre d'*Amilcar* & beau-frère d'*Annibal*, fuivit son beau-père en Espagne. Ce fut dans la guerre de Numidie qu'il déploya tous ses talens pour la guerre. Les Numides voyant les Carthaginois occupés en Espagne, leur déclarè- rent la guerre. *Asdrubal* quitta l'Espagne pour passer en Afrique, dont ses victoires pacifièrent les troubles. Après la mort de son beau-père, l'armée d'Espagne le proclama général, & ce choix fut confirmé par le Sénat, qui crut ne pouvoir mieux confier sa def- tinée qu'à un élève d'*Amilcar*. Les premiers jours de son commande- ment furent marqués par la défaite d'un prince Espagnol, qui osa le provoquer au combat: la conquête de douze villes qui lui ouvrirent leurs portes, fut le fruit de cette victoire. La modération dont il usa envers elles, engagea des con- trées entières à se soumettre. Plein de reconnoissance pour la mémoire d'*Amilcar*, il sollicita le Sénat de Carthage de lui envoyer *Annibal* pour le faire entrer dans la car- rière de la gloire. Un mariage qu'il contracta avec une princesse Es- pagnole, acheva de lui gagner tous les cours de la nation. Après qu'il eur étendu ses conquêtes, il crut devoir s'en assurer la possession, en bâtissant une ville qui pût servir de rempart à ce nouvel empire. Il lui donna le nom de *Carthage-la- Nuve*, & cette ville devint dans la fuite une des plus riches & des plus commerçantes du monde. Les Romains, alors trop occupés con- tre les Gaulois qui avoient fait une irruption dans l'Italie, n'é- toient point en état de l'arrêter dans le cours de ses prospérités. Ils conclurent donc le fameux traité par lequel les Carthaginois s'engageoient à ne point passer l'Èbre, à ne jamais troubler Sa- gonte & les autres colonies Grec- ques dans la jouissance de leurs privilèges. Ce traité fut religieuse- ment observés, & *Asdrubal* tourna ses armes contre cette partie de l'Es- pagne qui s'étend depuis l'Océan jusqu'à l'Èbre. Il la fournit par son affabilité & par sa valeur. Tandis qu'il jouissoit de l'honneur de cette conquête, il fut tué en trahison, l'an 224 avant J. C. par un ef- clave Gaulois, dont il avoit fait mourir le maître. On le fur- nommoit le *Beau*, à cause des graces de sa figure. — *Voyer* I. CLAUDIUS.
II. ASDRUBAL-BARCA, fils d'Amilcar & frère d'Annibal, général des Carthaginois en Espagne, reçut ordre de passer avec son armée en Italie, pour rejoindre son frère. Il équipa une flotte puissante & mit à la voile pour la Sardaigne. Dès qu'il fut débarqué, il renvoya ses vaisseaux en Afrique, pour marquer aux Infulaires, las du joug des Romains, qu'il vouloit vaincre ou mourir. Manlius, qui commandoit dans l'isle, rassemble une armée & livre un combat, où Afdrubal fut lâchement abandonné par les Sardes. Il trouva à peine le moyen de retourner en Espagne, où toutes les provinces s'étoient déclarées pour les Romains. Son génie fécond y crée une nouvelle armée. Il livre deux combats, & quoique toujours vaincu, il soutient la réputation de grand capitaine. Chargé ensuite de conduire une armée en Italie, il se fraya un passage dans les Alpes, où le consul Néron vint le surprendre, comme il s'avançoit pour se rejoindre à son frère. Il y eut une bataille sanglante, près de la rivière de Métaro. L'armée Carthaginoise fut taillée en pieces, & Afdrubal mourut les armes à la main. Sa tête fut jetée par ordre du vainqueur dans le camp d'Annibal. A cette vue, le Carthaginois, attendri & consterné, s'écria : En perdant Afdrubal, j'ai perdu tout mon bonheur, & Carthage toute son espérance ! Ce combat meurtrier, donné l'an 207 avant J. C., coûta aux vaincus 56,000 hommes, & aux vainqueurs près de 8000 tant Romains qu'alliés.
III. ASDRUBAL, général Carthaginois, fils de Gifcon, commandant en Espagne avec le frère d'Annibal, attira dans son parti Syphax, roi des Numides, passionnément amoureux de sa fille Sophoniabe. Les secours que lui donna ce prince, joints aux troupes qu'il avoit déjà, firent échouer le projet de Scipion sur Unique l'an 204 avant J. C. Mais l'armée suivante le général Romain ayant battu les Carthaginois & les Numides en un même jour, & remporté une seconde victoire sur eux, commença d'acquérir des droits au titre d'Africain qu'il eut dans la suite. Afdrubal mourut peu de temps après, vers l'an 206 avant J. C.
IV. ASDRUBAL, autre général Carthaginois, n'étoit point de la famille des Afdrubal-Barca; mais il eut la même haine pour Rome. Il fit des efforts inutiles pour défendre sa patrie contre les Romains dans la 3e guerre Punique. Une armée de 20,000 hommes, qu'il commandoit, ne cessa de harceler les troupes ennemies qui assiégeaient Carthage. Afdrubal traitoit inhumainement tous ceux qu'il pouvoit surprendre. Scipion le Jenne, qui étoit à leur tête, poursuivit le général Carthaginois; celui-ci ne pouvant tenir contre les Romains, se renferma dans la ville. Scipion s'en étant rendu maître l'an 146 avant J. C., Afdrubal se retrancha avec les transfuges de l'armée Romaine, sa femme & ses enfants dans le temple d'Ejeulape. Ce temple, situé heureusement, donnoit quelque espérance aux assiégés; mais Afdrubal les abandonna bientôt, & alla se jeter aux pieds de Scipion pour lui demander grace. Le général Romain le montra aux transfuges dans cette posture; & ceux-ci plus courageux que lui, mirent le feu au temple. La femme d'Afdrubal se para magnifiquement, & après avoir vomi 462 A S E mille imprécations contre son mari, elle égorgea ses deux enfans, & se précipita avec eux & les transfuges indignés au milieu des flammes. — *Afdrubal*, dominé par un caractère turbulent & farouche, accéléra, dit *Turpin*, la ruine de sa patrie par les efforts même qu'il fit pour l'empêcher. Son enthousiasme républicain précipita le peuple dans des factions. Plusieurs citoyens considérables furent exilés. Ces bannis illustres se réfugièrent auprès de *Maffiniffa* roi de Numidie, qui, ayant vainement sollicité leur rappel, déclara la guerre à Carthage. Le sort des armes fut funeste à cette république; & lorsque les Romains tournèrent de nouveau toutes leurs forces contre elle, ils la trouvèrent épuisée d'hommes & d'argent.
ASELLE, dame Romaine, aussi illustre par ses vertus que par sa naissance, se consacra à Dieu avant l'âge de 10 ans, & vieillit dans un monastère de Rome, où elle avoit plusieurs vierges sous sa conduite. *S. Jérôme* en fait un grand éloge. Elle mourut après l'an 404.
ASELLI, (Gaspard) *Asellius*, médecin de Crémone, découvrit les veines lactées dans le mésentère. Il publia une dissertation *De lacteis Venis*, où sa découverte est consignée, avec des planches en trois couleurs. La première édition de cet ouvrage curieux est de Milan, où il mourut en 1626; mais on le réimprima ensuite à Basle en 1627 in-4.º & à Leyde. L'auteur professoit l'anatomie à Pavie vers 1620, avec un succès distingué.
ASÉNAPHAR, roi d'Affyrie, qui envoya les Cuthéens dans le pays des dix tribus, après en avoir emmené captifs tous les habitans; c'est le nom que lui donne cette colonie d'Affyriens dans la *Lettre* qu'elle écrivit à *Artaxerces*, pour empêcher le rétablissement du Temple, que les Israélites avoient entrepris sous la conduite d'*Efdras*, après le retour de la captivité de Babylone. Il y en a qui croient que cet *Afénaphar* est le même qu'*Affarhaddon*: Voy. son article.
ASENETH, fille de *Putiphar*, épouse de *Joseph*, fut mère d'*Éphraïm* & de *Manassès*. On croit que ce *Putiphar* n'est pas le même qui avoit acheté *Joseph*, & qui, trompé par les calomnies de sa femme, le fit mettre en prison; mais un prêtre d'Héliopolis, différent du premier. L'opinion contraire est soutenue par *S. Jérôme*, *Rupert* & *Toftat*. *Aseneth*, disent les Rabins, étoit grande comme *Sara*, bien-faite comme *Rébecca*, & belle comme *Rachel*. Les abeilles se plaisoient à déposer leur miel dans sa main.
ASER, né de *Jacob* & de *Zelpha*, fervante de *Lia* sa femme, vécut 126 ans. Il fut chef d'une des douze tribus, eut quatre fils & une fille. Son père, par sa bénédiction, lui promit qu'il seroit les délices des Rois, voulant désigner la fertilité du pays que sa tribu occuperoit. Le partage de ses enfans fut dans une contrée féconde, entre le Mont-Liban & le Mont-Carmel; mais cette tribu, soit par foibleffe ou par négligence, ne put jamais se mettre en possession de tout le terrain qui lui avoit été assigné. I. ASFELD, (Claude-François Bidal, marquis d') fils du Baron d'*Asfeld*, fut nommé lieutenant-général en 1704. Il avoit mérité ce grade par plusieurs actions distinguées. Il fut envoyé la même année en Espagne, où il réduisit plufieurs villes. On lui dut en partie le gain de la bataille d'Almanza en 1707. Il prit ensuite Xativa, Denia & Alicante, & s'illustra jusqu'à la fin de la guerre, par ses talens pour l'attaque & la défense des places. En 1715, il fut fait chevalier de la toifon d'or, directeur-général des fortifications de France, & conseiller aux conseils de la guerre & de la marine. En 1734, après la mort du maréchal de Berwick, il eut le commandement en chef de l'armée d'Allemagne, fut fait maréchal de France le 14 juin, & prit Philisbourg le 18 juillet d'après. Il mourut à Paris le 5 mars 1743, à 78 ans. Ses vertus civiles & religieuses ne le cédoient point à ses talens militaires. Le roi d'Espagne, reconnoissant des services qu'il avoit reçus de ce grand homme, lui avoit permis d'ajouter à l'écu de ses armes, celles du royaume de Valence, & pour devise : *Bellica virtutis in Hispania præmium*. Lorsque le régent déclara la guerre à Philippe V, il voulut donner une partie du commandement de l'armée à d'Asfeld, qui lui répondit : *Monseigneur, que voulez-vous que je fasse de ceci*, en lui montrant sa toifon, que je tiens du roi d'Espagne ? *dispensez-moi de servir contre un de mes bienfaiteurs*. Le Régent agréa ce refus, & n'en estima que davantage d'Asfeld. La reine *Christine* avoit élevé son père à la dignité de baron, lui, ses enfans & ses descendans, tant mâles que femelles; & pour qu'il n'eût pas un vain titre, elle lui donna une baronie où il pût résider. Le baron d'Asfeld fut depuis résident pour Louis XIV à Hambourg & dans la basse-Allemagne. Il épousa en 1673 Catherine Bafonnacau dont il eut cinq fils. Les plus connus font le maréchal dont nous venons de parler, & l'abbé d'Asfeld qui est l'objet de l'article suivant. Le maréchal avoit été marié deux fois. Il eut de sa seconde femme, Mlle de Leffville, deux fils & une fille.
II. ASFELD, (Jacques-Vincent Bidal d') né en 1664, abbé de la Vieuville en 1688, docteur de Sorbonne en 1692, mourut à Paris l'an 1745. Il s'étoit démis de son abbaye en 1706. On lui a attribué plufieurs ouvrages; mais on prétend qu'ils se bornent à la Préface du livre des *Règles pour l'intelligence des Saintes Écritures*, par Duguet; aux IVe, ve & VIe tomes de l'*Explication d'Isaie*; aux trois vol. in-12 de celle des *Rois* & des *Paralipomènes*; & à quelques autres *Écrits* sur les disputes du temps, qui lui occasionnerent des chagrins. Il eut une lettre de cachet en 1721, à cause de son attachement au Janfénisme. Ses *Conférences* à la paroisse de Saint-Roch, lui avoient acquis beaucoup de réputation à Paris. C'étoit un homme plein de piété & de zèle. Son style est froid, mais pur & élégant.
ASFENDIAR, célèbre guerrier Persan, fut tué d'un coup de flèche. On a recueilli de lui cette maxime militaire : « Voulez-vous être obéi par vos soldats, ne leur commandez jamais que ce qui est possible. »
ASHMOLE, (Elie) surnommé aussi le *Mercuriophile Anglois*, obtint, sous *Charles II*, la charge de hérault d'armes & celle d'antiquaire. Il avoit les talens qu'il falloit dans ces deux postes. Sa mort, arrivée le 18 mai en 1692, à 75 ans, fut une perte pour la littérature. Le *Museum Ashmoleanum* d'Oxford a tiré son nom de ce savant, qui l'avoit enrichi de plufieurs raretés. C'est un grand édifice élevé aux dépens de l'université d'Oxford, en 1683. On y montre entre autres curiosités, le portrait d'un homme parvenu à l'âge de 152 ans, le berceau de fer de Henri VI, le chapeau de paille d'Anne de Boulen, & plusieurs antiquités Egyptiennes, Grecques & Romaines. Ona d'Ashmole : I. Le Theatrum Chymicum Britannicum, 1652, in-4. C'est une espèce de Commentaire sur les Philosophes hermétiques Anglois, qui ont décrit leurs mystères en leur propre langue. Ce livre prouve qu'Ashmole étoit infatué des chimères des Alchimistes. II. L'Histoire & les statues de l'Ordre de la Jarretière, Londres, 1672, in-fol. dont on a fait un Abrégé in-8°, 1715. C'est le plus considérable de ses ouvrages; il lui valut un pré-fent de 450 livres sterlings que Charles II lui fit. III. L'édition de l'ouvrage d'un inconnu sur la Pierre philosophale, intitulé : Chemin à la félicité ; & dont le véritable titre devoit être : Chemin à l'Hôpital. Il parut en 1658 in-4.
ASIMAH, (Mythol.) idole des habitans d'Emath, dont le culte fut porté à Samarie. Les uns lui donnent la figure d'un finge, d'autres celle d'un bouc.
ASINARI, (Frédéric) comte de Camérano près d'Asti, réunit la culture des lettres à la profession des armes. Il réussit dans la poésie; les recueils du 16e siècle offrent plusieurs de ses pièces, & on lui attribue la belle tragédie de Tancrede.
ASINELLI, architecte de Bologne, bâtit, vers l'an 1100, la Tour de Bologne, qui est la plus élevée d'Italie, & dont on admire la solidité & les proportions.
ASINIUS SEMPRONIUS RUFUS, étoit un fameux gourmand, du temps d'Horace. Il s'avisa de mettre en vogue les cigognes comme un mets excellent, & on avoit commencé à les préférer aux grues; mais Pline nous apprend que de son temps on étoit revenu aux grues. Horace l'appelle Prétorien par dérision, parce qu'il avoit brigué la prêtre qui lui avoit été refusée; sur quoi on fit un couplet de chanson dont le dernier vers étoit : Ciconiarum populus ultus est mortem. Le peuple a vengé la mort des Cigognes.
ASINIUS - POLLIO, Voyet POLLIO.
ASKE, (Mythol.) nom du premier homme dans la religion Scandinave. Il fut formé d'un morceau de bois de frêne flottant sur les eaux, & la première femme nommée Embla, d'un morceau de coudrier.
ASMODÉE, nom d'un démon dont parle l'Écriture. Il avoit tué tous les époux qu'avoit eus la jeune Sara avant d'épouser Tobie. Les Rabbins lui donnent le titre de prince des démons, d'exterminant Elias, dans son dictionnaire, dit qu'Amodée est le même que Samuel.
ASMONÉE ou ASSAMONÉE, père de Simon, donna son nom à la race des Aymonées. Cette famille gouverna la Judée pendant 226 ans. Le dernier qui porta la couronne, fut Antigonus, qui eut la tête tranchée; le trône des Juifs passa après sa mort à Hérode, prince étranger.
ASMOUG, (Mythol.) génie Persan, occupé sans cesse à nuire. Sa principale fonction étoit de brouiller les familles, & de faire naître des procès entre les voisins.
ASNE, Voyet LASNE.
ASOPE, (Mythol.) fils de l'Océan & de Thétis. Il fut changé en fleuve de fleuve par Jupiter, à qui il vouloit faire la guerre, parce que ce Dieu avoit abusé d'Égine sa fille.
ASOPICHUS, célèbre coureur Grec, qui remporta plusieurs fois le prix du stade aux jeux olympiques. Pindare qui l'a célébré, dit que sa tête étoit ceinte d'une couronne d'ailes, pour exprimer la vélocité de sa course.
ASOR, Voyez AZOR.
ASPAR, Voyez LÉON I, h° XII.
ASPASIE, de Milet dans l'Ionie, courrisane & fophiste. Son éloquence & ses talens pour la politique la rendirent si célèbre, que Socrate même venoit à son école. Périclès l'aima passionnément, & quitta sa femme pour l'épouser. Ce héros s'en laifia gouverner, tant elle eut d'accordant sur son esprit comme sur son cœur! On dit que c'est elle qui fit entreprendre la guerre de Samos pour venger les habitans de Milet, ses compatriotes. Les Mégariens ayant enlevé deux filles de sa fuite, elle décida qu'il falloit les combattre; & de là la guerre de Mégare, d'où naquit celle du Péloponnès, qui dura vingt-deux ans. Après la mort de Périclès, l'an 428 avant J. C. elle aima Lysiclès, homme d'une naissance obscure, que son crédit éleva aux premiers emplois de la république. Son nom devint si fameux dans toute l'Asie, que Cyrus, frère d'Artaxerces - Mnémon, le fit porter à sa maîtresse, nommée auparavant Milo. Cette dernière ASPASIE, qu'il ne faut pas confondre avec celle de Milet, étoit en même temps la maîtresse & le conseil de ce prince. Artaxerces, après l'avoir gardée plus de 37 ans, la céda à son fils Darius, à qui elle avoit inspiré l'amour le plus • Tome I. violent. Il la lui enleva quelque temps après, pour la faire prêtre de Diane ou du Soleil. Xénophon l'appelle Sage, & Plutarque assure que Cyrus lui avoit donné cette épithète pour s'être souvent bien trouvé de ses conseils dans les affaires les plus épineuses.
ASPELT, (Pierre d') né à Trèves dans le 13e siècle, quitta jeune sa patrie, où il n'y avoit point encore d'école de médecine, pour venir étudier les principes de cette science à Paris. Devenu chanoine de Basle, il n'en continua pas moins avec succès l'exercice de sa profession, suivant l'usage de son temps en Allemagne, où presque tous les médecins étoient clercs. Trithème raconte que l'empereur dont d'Aspele étoit devenu médecin, l'ayant envoyé à Rome pour y solliciter l'archevêché de Mayence pour son frère, d'Aspele eut occasion de guérir le pape d'une maladie mortelle, & que celui-ci plein de reconnoissance, croyant qu'il feroit aussi bon médecin des ames que du corps, l'avoit nommé à l'archevêché, préférablement au frère de l'empereur qui étoit trop jeune. Il occupa ce siège important, depuis l'an 1305 jusqu'en 1310.
ASPENDIUS, célèbre joueur de lyre, prit son nom de la ville d'Aspernde en Pamphylie, où il vit le jour. Il ne se servoit que de la main gauche pour toucher les cordes; & il le taïsoit avec tant de délicatesse, qu'il n'étoit presque entendu que de lui seul. De là ce proverbe, par lequel les Grecs lui comparoient ceux qui ne songeoient qu'à leurs intérêts particuliers: C'est, disoit-on, le musicien Aspendius, il ne joue que pour lui. — Ils appelloient aussi les larrons, joueurs Aspendiens, parce qu'ils font toujours en sorte G g n'être entendus de personne, quand ils veulent faire leurs coups.
ASPETTI, (Tutien) sculpteur célèbre, né à Padoue vers l'an 1540, travailloit en marbre, & couloit avec le même succès le bronze. On lui doit quelques ouvrages qui ornent sa patrie; mais les plus remarquables font à Venise : les statues de *Moïse* & de *S. Paul*, dans la façade de l'église de St-François *de la Vigna*, & une des statues colossales placées à la porte de la *Monnoie*.
ASPREMONT, (N. d') fille célèbre par sa beauté, son goût pour la poésie & la musique, naquit en Aquitaine près de Bordeaux, & devint l'objet des vers & des galanteries de *Savari* de *Mauléon*, poète Poitevin, gouverneur de l'Aunis, & l'un des plus beaux hommes de son siècle. Ce chevalier & sa dame vivoient sous le règne de *Philippe-Auguste*.
ASSAN, pacha, grand-vifir, commandoit les armées Ottomanes dans la guerre de 1790, contre la Russie. La Porte le tendit responsable du mauvais succès de ses armes; il fut arrêté & décapité à Schiumla, le 25 février 1791. — Il s'étoit acquis dans l'administration civile la réputation d'un homme intègre.
ASSARACUS, fils de *Tros* roi des Troyens, étoit frère d'*Ilus* qui régna après lui. *Assaracus* eut un fils nommé *Capis*, qui fut père d'*Anchise*, & celui-ci d'*Enée*; c'est pourquoi *Virgile* appelle ce prince *Assaraci genus*, fils d'*Assaracus*.
ASSARHADDON, que quelques auteurs croient être le même que *Sénaphar*, sec éda à son père *Sennachérib*, au royaume d'*Assyrie*, vers l'an 710 avant JÉSUS-CHRIST. Il réunit les royaumes de Ninive & de Babylone, s'empara d'Azoth, de la Syrie, & envoya une colonie à Samarie. *Manasse*, roi de Jerusalem, fait prisonnier par ses généraux, fut emmené à Babylone. *Assarhaddon*, mourut l'an 668 avant J. C. Le nom d'*Assarhaddon* ressemble si fort à celui de *Sardanapale*, que *Frère* ne balance pas à croire que l'un n'est point différent de l'autre.
ASSAS, (le Chevalier d') capitaine au régiment d'Auvergne, se dévoua l'an 1760 d'une manière bien héroïque, à l'affaire de Clof-tercamp en Allemagne. Son régiment étant près d'un bois pendant la nuit, il y entra seul pour le fouiller, de peur de surprise. A peine eut-il avancé quelques pas, qu'il se sentit environné d'une troupe d'ennemis, qui lui mirent la baïonnette sur la poitrine, en le menaçant de le tuer sur la place, s'il disoit un mot. Mais ce nouveau *Curtius*, n'écoutant que sa bravoure, s'écrie avec intrépidité : *Auvergne*, faites feu ! ce sont les ennemis. — Et il tombe mort sur le champ, percé de coups. *LOUIS XVI*, voulant conserver la mémoire de cette action patriotique, créa à perpétuité une pension de mille livres, pour être héréditaire dans la famille de ce héros, jusqu'à l'extinction des mâles.
ASSEDI ou ASSADP, poète Persan, né dans le Khoraïan, est auteur d'un *Poème*, où il montre avec éloquence les avantages de la nuit sur le jour. Ses *Poésies* sont pleines de douceur & de grâces. La raison y est unie au sentiment. On y lit cette sentence remarquable : *La vie de ce monde n'est qu'un voyage qui se fait de gite en gite*. Il florissoit du temps du sultan Mahmoud, & avoit été le maitre de Ferdouzi. Voyet cet article. I. ASSELIN, moine, Voyet ASCELIN.
II. ASSELIN, bourgeois de Caen, fit dans le onzième fîcle un coup de vigueur que l'histoire nous a transmis. Guillaume le Conquérant étant mort à Rouen, l'an 1087, son corps fut rapporté à Caen, suivant sa dernière volonté; pour être enterré dans l'abbaye de St-Etienne, qu'il avoit fondée. Au moment qu'on alloit l'inhumer, Asselin se présenta au milieu de l'assemblée, & d'une voix forte: le déclare devant Dieu, dit-il, que cette terre où vous voulez déposer ce corps, m'appartient légitimement. C'étoit un champ que le Prince usurpa sur mon père, lorsqu'il fit bâtir cette Abbaye, sans lui en vouloir faire aucune satisfaction: c'est pourquoi je réclame ce fonds, & je vous défends en vertu d'une clameur de Haro, d'enterrer ce corps dans mon héritage. Tous les assélus restèrent dans l'étonnement & le silence; mais Henri, le plus jeune des fils de ce prince, qui assélusait à ses funérailles, instruit des droits du requérant, lui fit donner sur le champ cent livres d'argent, qui étoient la valeur du terrain qu'il réclamoit.
III. ASSELIN, (Gilles-Thomas) docteur de Sorbonne, & proviseur du collège de Harcourt, étoit né à Vire. Il fut l'élève de Thomas Corneille, & l'ami de la Motte-Houdart. Il mourut à Paris le 11 décembre 1767, à 85 ans. Il avoit remporté le prix de poésie à l'académie Françoise en 1709, & ceux de l'idylle & du poème aux Jeux floraux en 1711. L'Ode sur l'existence de Dieu & l'immortalité de l'ame, est ce qu'il a fait de mieux. Ses Poèmes couronnés à l'académie Françoise & à celle des Jeux floraux, n'ont pu donner beaucoup de lustre à son nom, parce que sa verification étoit lâche, & que son style manquoit de force & de coloris. Mais Asselin étoit recommandable par son zèle pour les lettres, & par son attachement à ses devoirs. On a encore de lui un poème de la Religion, imprimé avec quelques autres poésies, 1725, in-8.
ASSEMANI, (Joseph-Simon) Maronite, chanoine du Vatican, mort à Rome octogénaire, le 14 janvier 1768, fut versé dans la connoissance de toutes les langues de l'Asie. A l'imitation de d'Herbelot, il a publié une Bibliothèque Orientale en 4 volumes in-fol. Rome, 1728. Dans ce grand ouvrage, il a fait connoître une foule de manuscrits Syriaques, Arabes & Persans, avec la vie de leurs auteurs. — Etienne Evode ASSEMANI a publié en 2 volumes in-fol. Rome 1748, les Actes des martyrs de l'Orient, tirés de deux manuscrits Chaldéens déposés à la bibliothèque du Vatican.
ASSER, célèbre rabbin /composa en 476, avec l'aide d'Hammaï son confrère, le Talmud de Babylone, ainsi appelé, parce qu'il fut fait dans cette ville. Ce recueil de visions, commenté par le rabbin Mair vers l'an 547, & depuis par un autre Affer mort en 1328, a été imprimé à Leyde chez Elysevir, 1630, in-4°; & avec tous ses commentaires, à Amsterdam 1644, en 12 vol. in-fol.
ASSÉRÉTO, Voy. AXÉRÉTO.
ASSÉRIUS, né au pays de Galles, Bénédictin, précepteur d'un fils du roi Alfred, obtint de G g 2 468 A S S ce prince le fêge épiscopal de Salisbury. On dit que ce fut par fes conseils que ce grand Roi fonda l'univerfité d'Oxford. Il mourut avant l'an 900. On a de lui la *Vie d'Alfred*, imprimée à Zurich en 1575.
ASSOUCI, (Charles Coypaeau, fleur d') appelé le *Singe de Scarron*, naquit à Paris en 1604, d'un avocat au parlement. A l'âge de huit ans, il s'échappa de la maison paternelle, se rendit à Calais, où il se donna pour fils de *Céjar Nostradamus*. S'étant mêlé de vouloir guérir, il vint à bout de procurer la santé à un malade d'imagination. Le peuple de Calais, croyant qu'il devoit son succès à la magie, vouloit le jeter dans la mer. Après plusieurs autres courses à Londres, à Turin, & dans d'autres villes, il vint à Montpellier, où son amour déréglé pour deux pages manqua de lui attirer un châtiment exemplaire. Il erra ensuite de pays en pays & arriva enfin à Rome, où ses fatyres contre cette Cour le firent mettre à l'inquisition, qu'il appelloit un *peux Enfer*. Revenu en France, il fut mis à la Bastille, & après être sorti de cette nouvelle prison, il fut conduit au Châtelet avec ses deux pages, pour le même crime qui l'avoit fait enfermer à Montpellier. Ses protecteurs le firent sortir six mois après. Il mourut en 1679. Ses *Poésies* ont été recueillies en 3 vol. in-12, 1678. On y trouve une partie des *Métamorphoses d'Ovide* traduites, sous le titre d'*Ovide en belle humeur*. C'est une version burlesque, dans laquelle il y a, comme dans tous les ouvrages de ce genre, mille platitudes & mille grossièretés, pour une bonne plaisanterie. On y trouve encore le *Ravissement de Proserpine*, de *Claw-dien*, à laquelle il fait parler le langage des harangères. « D'Affouci, dit un écrivain, avoit choisi le plus pitoyable de tous les genres, sans avoir les mêmes ralens que *Scarron* pour se le faire pardonner. Sa vie, comme sa prose & ses vers, ne fut qu'un mélange de misère, de burlesque & de platitude. Tous les pays où il passa, & il en vit beaucoup, furent marqués par ses disgraces. » D'Affouci a publié ses aventures d'un style presque bouffon : on peut les voir dans le *Dictionnaire critique de Boyle*. Le plus rare de ses écrits est un vol. in-12, 1678, qui contient *sa Prison & ses Pensées* dans le saint-Office.
ASSUÉRUS, roi de Perfe, épousa *Esther*, parente du Juif *Mardochée*, après avoir répudié *Vasthi*. En réjouissance de cet heureux évènement, il comanda des fêtes publiques dans ses états, & donna à toute sa cour des festins qui durèrent six mois. On ne fait point quel est cet *Affuérus*. On croit que c'est un *Ataxerces*; mais les savans ne conviennent pas si c'est *Ataxerces II*, ou *Ataxerces Longue-main*. D'autres croient que c'est *Cambyfe*. D'autres, tels que D. Calmet, ont vu dans *Affuérus*, *Darius* fils d'*Hystaspes*, & dans *Atorfe* fille de ce monarque, *Vasthi* dont les livres saints font mention.
ASSUR, fils de *Sem*, quitta le pays de Sennar pour se fixer vers la source du Tigre, dans un pays qui porta ensuite son nom. Il y bâtit Ninive, Rehoboth, Chalé & Rézen. Il est regardé comme le fondateur du royaume d'Affyrie.
ASSWINAU, (Mythol.) est l'Éclage des Indiens; ils le font naître d'une jument fécondée par l'un des rayons du soleil.
ASTAROTH, (Mythol.) génie Perfan, qu'on faisoit préfider à l'Occident. On l'invoquoit le mer- credi, pour qu'il procurât l'amitié des grands. Son culte paffa chez les Juifs & les Phéniciens, qui l'adoroient au milieu des bois. Ces derniers croyoient qu'il avoit un foin particulier des troupeaux de chèvres & de brebis.
ASTARTÉ, (Mythol.) Déesse des Sydoniens qui la répréfen- toient fous l'emblème d'une ge- nisse, ou fous les traits d'une femme coiffée avec des cornes. La ville d'Hiéropolis en Syrie, lui avoit élevé un temple magni- fique, dont le fouverain pontife, revêtu de pourpre, portoit une tjare d'or. Salomon introduisit fon culte dans la Judée, & Jézabel fille d'Achab lui offrit fur-tout des facrifices. Astarté avoit, dit-on, fondé la ville de Tyr. Lucien croit qu'elle est la même que la Lunz; d'autres ont vu dans cette Deesse Europe fille d'Agénor, déifiée pour confoler fon père de sa perte.
ASTER, citoyen d'Amphipolis, ville de Macédoine, s'offrit au roi Philippe, comme un tireur du premier ordre, qui ne manquoit jamais les oiseaux à la volée. Ce prince lui répondit: Je te prendrai à mon service, lorsque je ferai la guerre aux étourneaux. L'albalétrier piqué se jeta dans Méthon que Philippe afflégeoit, & vifant l'appréciateur de fon talent, il décocha une flèche qui lui creva l'œil droit, avec cette inscription: Aster envoie ce trait à Philippe. Le roi borgne lui renvoya la même flèche, avec ces mots: Philippe fera p. ndre Aster, s'il prend a ville; & il n'y manqua pas.
ASTÉRIE, (Mythol.) fille de Edus & sœur de Latone, fut d'abord aimée de Jupiter; mais ayant en- couru la colère de ce Dieu, il la changea en caille, & la jeta dans l'île d'Ortygie, la même que Délos, où l'on trouva les pre- mières cailles. I. ASTÉRIUS, (St.) confessa la foi Chrétienne, & fut martyrisé fous l'empire de Dioclétien, avec Réon & Claude ses compagnons. Baronius & Ruinart ont publié l'Asie de ce martyre.
II. ASTÉRIUS ou ASTYRIUS, (St.) sénateur Romain, ayant vu avec quelle fermeté S. Maria avoit fouffert la mort, fut saisi d'admi- ration; &, sans confidérer la ma- gnificence de fon vêtement, il s'empressa de prendre le corps fanglant dans ses bras, de l'em- porter chez lui, & de lui donner la sépulture. Bientôt S. Astérius paya de sa vie cet aste de générosité, & fut décapité l'an 272.
III. ASTÉRIUS, évêque d'A- masée, au 4e siècle, a laissé plu- sieurs Homélies, publiées en partie par Rubénius, & en partie par les Pères Combésis & Richard. Elles ont été traduites par Maucroi, 1695, in-12. On y trouve de la force & des mouvemens oratoires bien ménagés. Les quatorze premières Homélies sont évidemment d'Asté- rius; les fuivantes ont paru dou- teuses. Les deux qui passent pour les mieux faites sont celles sur Daniel & Suzanne, S. Pierre & S. Paul. Cette dernière établit la suprématie de l'église de Rome sur toutes celles de l'Orient & de l'Occident.
IV. ASTÉRIUS, (St.) évêque de Pétra en Arabic, vivoit en 347. Après avoir d'abord partagé les erreurs d'Arius, il les abjura & se réunit au parti de l'Église. Les Ariens alors le firent reléguer en Afrique. Il assisa au concile de Sardaigne & à celui d'Alexandrie G g 3 tenu sous l'empereur Julien. Dans ce dernier, il fut député pour en porter les actes à l'Église d'Antioche. St. Athanase a fait un grand éloge d'Astérius dans sa lettre aux Solitaires. V. ASTÉRIUS ou ASTURIUS, consul Romain en 449, est auteur d'une Conférence de l'ancien & du nouveau Testament, en vers latins. Chaque strophe renferme dans le premier vers un fait de l'ancien Testament; & dans le second, une application de ce fait à quelque point du nouveau. Son style est assez pur pour son temps; mais sa poésie est très-foible. Il revit aussi & publia le Poème Pascal de Sédulius, inféré dans la Bibliothèque des Pères.
VI. ASTÉRIUS, rhéteur de Cappadoce, appelé par S. Athanase l'Avocat des Ariens, quitta l'idolâtrie pour l'Arianisme. Les partisans de cette secte n'oserent jamais l'élever à l'état ecclésiastique, parce qu'il avoit eu la lâcheté de sacrifier aux idoles vers l'an 304, sous Maximien Hercule; mais ils l'engagèrent à publier un Livre sur leur doctrine. Il eut la témérité de dire: Que J. C. étoit la vertu du Père, de la même manière que les chenilles, selon Moïse, font la vertu de Dieu. — Il ne faut pas confondre cet Astérius avec un évêque Arien du même nom, qui vivoit vers l'an 370; celui-ci étoit si éloquent, que S. Sabas passant par Cyr, y trouva tous les catholiques en alarmes, parce que cet évêque devant prêcher le lendemain, ils craignoient l'influence de son discours sur les fidèles. S. Sabas se mit en prière pour en empêcher l'effet, & Astérius mourut la veille du jour où il devoit se faire entendre. S. Jérôme attribue à ce dernier des Commen- taires sur les pseaumes, les évangiles & les épîtres de S. Paul.
ASTÉRIUS, roi de Crète, surnommé Jupiter, comme ses prédécesseurs, enleva Europe fille d'Agenor, sur un vaisseau qui portoit en poupe la figure d'un taureau.
ASTÉROPÉE, (Mythol.) fils de Pilagonias, vint à la tête des Péoniens, au secours de la ville de Troie, assiégée par les Grecs. Achille, furieux de la mort de Parroele, le tua sous les murs de cette ville.
ASTESAN, religieux de l'ordre de Saint François ainsi nommé parce qu'il étoit de la ville d'Ast, publia une somme de Cas de conscience, appelée l'Astéfane, l'an 1317. Quoiqu'on l'ait beaucoup consultée autrefois, on ne la lit plus aujourd'hui. La 1re édition de cet ouvrage est de Venise 1473, in-fol. L'auteur mourut en 1330.
ASTIAGES, Voy. ASTYAGES.
ASTIOCHUS, amiral de Lacédémone, prit Phocée & Cumes, & vainquit les Athéniens près de Gnide, l'an 411 avant J. C.; mais il fut rappelé par les artifices d'Alcibiade, jaloux de sa gloire.
ASTOLPHE, ou AISTULFE, roi des Lombards, succéda à Riche son frère en 749. Plus ambitieux & plus entreprenant que lui, il tourna toutes ses pensées vers la conquête de l'Italie. Après avoir envahi l'exarchat de Ravenne, il se disposoit à s'emparer des terres de l'Église. Le pape Etienne II, défenseur de ses peuples & de ses domaines, passe en France pour demander du secours au roi Pipin. Ce prince tenta d'abord la voie de la négociation; & n'ayant reçu A S T 171 d'Astolphe qu'un refus absolu accompagné de menaces, il passa en Italie l'an 754, avec une armée. Astolphe, qui avoit voulu lui disputer les défilés des Alpes, fut vaincu & obligé de s'enfuir à Pavie, où il fut presque aussitôt assiégé. Sa perte étoit comme assurée. Il demanda & obtint la paix à condition qu'il refitueroit Ravenne & les autres places dont il s'étoit emparé. Mais à peine Pepin fut-il de retour en France, qu'Astolphe, loin de remplir ses engagements, alla mettre en 755, le siége devant Rome, & ravagea toutes les campagnes voifines. Le pape implora de nouveau les armes de Pepin, qui revint remettre le siége devant Pavie. Astolphe fut obligé de demander grace. Pepin ne le dépouilla point de ses états; mais il prit de nouvelles précautions pour assurer l'exécution de son premier traité (Voyer ETIENNE II); & afin de le punir de son infidélité, il exigea une somme qui le dédommageât des frais de la guerre, & la cession de Comachio non comprise dans l'exarchat. Jean le Silencieux, qui se trouvoit auprès de Pepin, demanda pour l'empire ce que le roi Lombard en avoit enlevé: car il avoit pris également aux Romains & aux Grecs. On lui répondit, que Ravennes & les autres places appartenoient à Pepin par droit de conquête, & que son intention étoit d'en faire un don à l'Eglise. En effet, Fulrad abbé de Saint-Denis en prit possession au nom du pape, & en mit les clés sur l'autel de S. Pierre avec l'acte de donation. Cependant Astolphe différa, sous différens prétextes, de rendre quelques places. Il se préparoit même à une nouvelle guerre, lorsqu'étant à la chasse il somba de cheval, & mourut trois ours après de sa chute, ou de la blessure d'un sanglier, en 756, sans laisser d'enfants mâles. Il étoit dans la 8e année de son règne.
ASTORGA, Voyer ALVA.
ASTORGAS, (la Marquise d') sous Charles II roi d'Espagne, se fit connoître par un trait horrible de fureur jalouise. Le marquis son époux aimoit une jeune personne parfaitement belle. Instruite de cette intrigue, elle court aussitôt, bien accompagnée, chez sa rivale, & la tue de sa main: elle lui arrache ensuite le cœur, qu'elle fit accommoder en ragoût & servir à son mari. Lorsqu'il en eut mangé, elle lui demanda si ce ragoût lui fembloit bon? Il lui dit qu'oui. — Je n'en suis pas surprise, répond-elle aussitôt; car c'est le cœur de ta maitresse que tu as tant aimés. En même temps elle tire d'une armoire sa tête encore toute sanglante, & la fait rouler sur la table où ce malheureux amant étoit avec plusieurs de ses amis. Sa femme disparaît à l'instant, & se sauve dans un couvent, où elle devint folle de rage & de jalouise. Voyer FAIEL.
ASTORI, (Jean-Antoine) mort à Venise, sa parrie, en 1743, s'est fait connoître par une étude profonde de la langue Grecque & par sa vaste érudition. Il a publié un grand nombre de Lettres & de Dissertations sur des sujets d'antiquités.
ASTORINI, (Elie) né dans la province de Cotenze dans le royaume de Naples en 1651, se fit carme, & devint professeur de mathématiques & de philosophie naturelle. Il est mort en 1702, après avoir publié: I. Une Dissertation sur la vie du Fétus dans le sein de la mère, 1686. II. Une Traduction des éléments d'Lucide, 1691. III. Un Traité sur la puissance G 8 4 du saint-Siège, 1693. IV. Une *Tradition* de l'ouvrage d'*Apollonius* de Perge, sur les *Settons coniques*, 1702, in-4°.
ASTRÆUS, (Mythol.) l'un des Titans, père des Vents & des Astres. Ses frères ayant déclaré la guerre à Jupiter, il arma de son côté les Vents ses enfans; mais Jupiter les précipita sous les eaux, & Astras fut attaché au ciel & changé en astre. Beaucoup de poètes font les Vents enfans d'*Eole*.
ASTRAMPSYCUS, auteur ancien, qui n'est connu que par un Traité qui a pour titre: *Oneirocrisicon*, in-8°, 1599.
ASTRÉE, (Mythol.) étoit fille d'Astras roi d'Arcadie & de l'Aurore, ou, selon d'autres, de Jupiter & de Thémis. Sa grande équité la fit appeler JUSTICE. Cette Déesse descendit du ciel dans l'âge d'or pour habiter la terre; mais les crimes & les injustices des hommes dans l'âge de fer & d'airain s'étant accumulés au point qu'elle ne put les supporter, elle remonta au ciel, où les poètes disent qu'elle forma le signe de la Vierge dans le zodiaque. On la représente avec un regard formidable, tenant une balance d'une main & une épée de l'autre.
ASTRONOME (1'). On appelle de ce nom un écrivain du 9e siècle, auteur de la *Vie de l'empereur Louis le Débonnaire*, à la cour duquel il avoit exercé quelque charge. Il eut plusieurs conférences avec ce prince sur des matières d'astronomie. Le président *Cousin* a traduit de latin en françois son Histoire.
ASTROS, (J. G. d') *Voyer* GOUPOULI.
ASTRUC, (Jean) docteur de la faculté de Montpellier, né à Sauve dans le diocèse d'Alais en 1684, professa d'abord la médecine dans l'université où il avoit pris ses degrés. Le bruit de son savoir étant parvenu à la capitale, la faculté de Paris l'adopta en 1743. Louis XV le mit au nombre de ses médecins consultans, & lui donna une place de professeur au collège royal. Les étrangers, que l'ardeur d'apprendre attiroit à Paris, s'empressoit de se procurer une place dans son école; la foule des auditeurs la rendit souvent trop petite. Ce savant homme mourut à Paris le 5 mai 1766, à 83 ans, après avoir eu le titre de premier médecin d'Auguste II, roi de Pologne. Il s'étoit rendu auprès de ce prince; mais se trouvant trop gêné à sa cour, il la quitta bientôt. Sa modestie, sa politesse, son humeur bienfaisante, sa sagesse & sa modération, le rendoient aussi recommandable que son savoir. Sa vie étoit renfermée dans l'enceinte de son cabinet. Père heureux, ami fidèle & zélé, il ne donnoit cependant que peu de momens à ses enfans & à ses amis. Ce même père qui, dans le temps où son fils avoit besoin de ses soins, étoit, au milieu de ses occupations, son répétiteur, & semblait se multiplier pour son éducation, ne donnoit à la tendresse de ce fils que quelques instans, les regardant comme dérobés au travail. Aussi, disoit-il, « qu'un honnête homme, que son état & son savoir rendoient dépositaire de la vérité, devoit mener une vie militante; (c'étoit son expression) & se tenir toujours prêt à la défendre, quand elle est attaquée, dût-il en être le martyr.» Cependant son courage n'avoit rien de cette férocité rustique, qui rendroit même la vérité odieuse & insupportable. Il aimoit les jeunes médecins; il les instruisoit sans affectation, leur donnoit ses avis sans orgueil, & corrigeoit leurs erreurs avec bonté. Ses principaux ouvrages sont : I. *Origine de la Peste*, 1721, in-8.º II. *De la contagion de la Peste*, 1724, in-8.º III. *De motu mufculari*, 1710, in-12. IV. *Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle du Languedoc*, 1737, in-4.º V. *De morbis Venereis libri sex*. Cet ouvrage n'avoit d'abord paru qu'en un volume in-4°, en 1736; mais les exemplaires ayant été rapidement enlevés, l'auteur en fit faire peu d'années après une seconde édition en 2 vol.; & *Jouet le traduisit en françois*, 4 vol. in-12. La matière y est épuisée. On ne peut rien ajouter à l'érudition & à la sagacité de l'habile scrutateur. Quelques critiques y auroient désiré plus de précision. L'histoire de ce nouveau fléau du genre humain y est traitée d'une manière curieuse & intéressante. VI. *Traité des maladies des Femmes*, où l'on a tâché de joindre à une théorie solide la pratique la plus sûre & la mieux éprouvée, avec un catalogue chronologique des médecins qui ont écrit sur ces maladies; 6 vol. in-12, 1761, 1765. On y trouve, ainsi que dans le précédent, beaucoup de méthode, jointe à une instruction complète sur les différens maux qui affligent le beau sexe. A la fin est une liste des auteurs qui ont écrit sur la même matière : *Astruc* les juge avec beaucoup de sagesse & d'impartialité. VII. *L'Art d'accoucher réduit à ses principes*, où l'on expose les pratiques les plus sûres & les plus usitées dans les différentes espèces d'accouchemens; avec l'*Histoire sommaire de l'art d'accoucher*, & une *Lettre* sur la conduite qu'*Adam* & *Eve* durent tenir à la naissance de leurs premiers enfans, 1766, in-12. Ce traité purement élémentaire, & à la portée des sages-femmes pour lesquelles il est destiné, est le résultat des leçons que l'auteur fit en 1745, 1746 & 1747, aux écoles de médecine, pour les sages-femmes de Paris. VIII. *Thèses de Phantasia, de Sensatione, de Fistula ani, de Judicio, de Hydrophobia*. IX. *De motus fermentativi causis*, 1702, in-12. X. *Mémoire sur la Digestion*, 1714, in-8.º XI. *Tractatus Pathologicus*, 1766, in-8.º; & *Tractatus Therapeuticus*, 1743, in-8.º XII. *Traité des Tumeurs*, 1759, 2 vol. in-12. XIII. *Doutes sur l'Inoculation*, 1756, in-12. XIV. Des *Differtations* sur différentes matières médicales, & sur d'autres qui n'y ont aucun rapport, (car *Astruc* n'étoit pas borné à un seul genre): telles que ses *Conjectures sur les Mémoires originaux qui ont servi à Moïse pour écrire la Genèse*, Paris, 1753, in-12; & sa *Differtation sur l'immatérialité & l'immortalité de l'Ame*, Paris 1755, in-12. Les ouvrages de ce savant universel ne sont point de vaines compilations; ils sont remplis de choses curieuses & agréablement variées. Il y règne par-tout un bon goût d'érudition, une critique savante, judicieuse & modeste. Ce qui les rend sur-tout précieux, c'est qu'ils respirent l'ardeur & le zèle d'un médecin ami de l'humanité, & d'un philosophe Chrétien. On a publié, après sa mort, des *Mémoires pour servir à l'Histoire de la Faculté de Médecine de Montpellier*, in-4°, 1767.
ASTURIUS, V. III. ASTÉRIUS.
ASTYAGES, fils de *Cyaxaris*, fut le dernier roi des Mèdes, suivant *Hérodote*. Cet historien, & *Justin* long-temps après lui, rapportent, que pendant la grossesse de Mandane sa fille, mariée à Cambyse, il vit en rêve une vigne qui fortoit de son sein, & qui étendoit ses rameaux dans toute l'Asie. Les Mages lui assurèrent que ce songe signifioit que l'enfant que portoit Mandane, subjugueroit plusieurs royaumes. Cette princesse ayant accouché de Cyrus, Astyages ordonna à Harpages son confident, de le faire mourir; mais Harpages ne put exécuter cet ordre barbare. Le monarque, irrité de sa désobéissance, lui fit manger la chair de son propre fils. On dit qu'Harpages vengea cette sanglante injure en appellant Cyrus, qui détrona son grand-père l'an 559 avant J. C. Ce récit d'Hérodote ne paroît qu'un conte. Xenophon en a fait un autre, qui n'est pas moins fabuleux. Il dit que Cyrus étoit fils d'un roi de Perse, dont il reçut une très-bonne éducation; qu'Astyages son grand-père l'appella à sa cour de bonne heure; que, pendant un séjour de quatre ans, il amusa le vieillard par ses saillies, & le charma par sa douceur & sa libéralité; que Cyrus vécut toujours très-bien avec Astyages, & avec Cyanares son successeur. — Voyez AMYTIS.
ASTYANAX, fils unique d'Hellor & d'Andromaque, perdit très-jeune son père. Sa mère le cacha avec soin, parce que les Grecs avoient répandu que cet enfant vengeroit la mort de son père. Ulysses l'ayant découvert, le fit précipiter du haut des murailles de Troie. Servius dit que Menelas, & non Ulysses, fut auteur de cette cruauté. Racine suppose dans son Andromaque qu'il ne fut pas précipité; mais qu'il suivit sa mère en Epire.
ASTYLE, (Mythol.) Centaure doué du don de divination. Ayant pressenti le mauvais succès de la guerre des Centaures contre les Lapithes, il s'efforça d'en détourner les premiers; mais n'ayant pu y parvenir, il les abandonna, & alla finir ses jours loin de son pays.
ASTYMÉDUSE, seconde femme d'Œdipe. Ce prince, après avoir répudié sa mère, qu'il avoit épousée sans la connoître, se maria à Astyméduse. Cette marâtre, haïssant les enfans du premier lit, les accusa auprès de leur père d'avoir attenté à son honneur. Œdipe sur ces plaintes entra en fureur & faillit à massacrer ses enfans.
ASTYOCHUS, l'un des plus anciens rois de Lipari. Il se disoit fils d'Èole, le Dieu des vents, & il donna le nom d'Èoliennes aux isles où il regnoit, & qui étoient exposées aux coups de vents & aux tempêtes.
ASTYPALÉE, fille de Phénix, obtint, dans le partage des états de son père, l'une des isles Cyclades à laquelle elle donna son nom.
ASUMAN, (Mythol.) génie de la religion Persane, qui présidait au vingt-septième jour de chaque mois, & qui prenoit soin des ames à l'instant de leur séparation d'avec le corps.
ASYLEUS, (Mythol.) Dieu Romain dont le temple servoit de refuge & d'asile à l'esclave qui suyoit la tyrannie de son maître, & au débiteur poursuivi. Le coupable y trouvoit l'impunité. Cet abus qui rendoit les Dieux mêmes complices des crimes, fut aboli par Tibère qui accorda aux magistrats le droit d'arracher du sanctuaire celui dont la punition étois réclamée par la justice. Le temple de Junon à Samos conserva encore son affle quelque temps après cet empereur.
ATA, (Abdal) chef des Dervis de la Natolie, contemporain de Tamerlan. Ce prince ayant oui dire que le mystique Musulman étoit regardé comme une divinité par ses disciples, eut envie de voir ce nouveau Dieu. Ata ordonna à ses fectateurs de contrefaire chacun la voix de quelqu'animal, quand ils se présenteroient à Tamerlan. Ce héros ayant vu des phantômes vêtus de haillons & à demi-nus, rugiffans comme des taureaux, &c. crut être au milieu d'une troupe de démons. Il fut encore plus surpris, lorsqu'il vit Ata enterré dans le sable jusqu'au cou, la barbe & les cheveux embrouillés, les yeux fermés & la tête baissée. Tamerlan dit à ce fou d'une espece singulière : Est-ce toi qui te vantes d'être le maître de certaines créatures ? — Et vous, répondit le dervis, ne vous faites-vous pas appeler le Seigneur de toute la terre ? — Le héros répliqua : Quand cela feroit, toute la Terre n'étant à l'égard du Ciel qu'un point, qui n'a pas avec le firmament, la proportion que le chaton de ma bague a avec son anneau ; feroit-il étrange que j'en fusse le maître ? — Et qu'y a-t-il de plus surprenant, reprit tout de suite ATA, que je me qualifie le maître des animaux que vous avez vus ici devant vous ? Le héros quitta le philosophe, fort content de la scène qu'il venoit de donner.
ATABALIPA ou ATAHULPA, dernier roi du Pérou, de la famille des Incas, avoit remporté divers avantages sur son frère Huafear, qui lui dispuroit la couronne ; mais il la perdit depuis avec la vie, d'une manière bien déplorable. Les Espagnols ayant abordé dans ses états en 1525, Pizarro leur chef employa l'artifice pour suppléer au peu de monde qui l'accompagnoit. Il demanda, sous la foi du ferment, une entrevue avec le roi, qu'il l'accepta aussitôt. Atabalipa étant sans défiance, se rendit auprès de son ennemi, qui, le voyant à sa disposition, se fait de sa personne, & le chargea de chaines à la vue de ses timides sujets, effrayés par les armes à feu des Espagnols. On apporta une quantité prodigieuse d'or pour obtenir son rachat : elle ne put adoucir les vainqueurs. La mort de ce prince infortuné fut arrêtée ; & il fut étranglé, contre la foi donnée, l'an 1532. C'est ainsi que Garcilasso raconte l'histoire d'Atabalipa. La plupart des historiens Espagnols ne font point d'accord avec lui. Ils disent qu'Atabalipa n'étoit que bâtard d'Huana-Capac roi du Pérou ; qu'il enleva le trône à Huafear, le légitime professeur ; que celui-ci, avant d'être mis à mort par son frère, appela les Espagnols à son secours ; & que Pizarro, en faisant mourir l'usurpateur, le punit de ce qu'il s'étoit rendu dans une entrevue demandée par lui, avec une troupe de domestiques, dont les armes étoient cachées sous leurs habits, dans le dessein de le mafiacrer. Mais il faut avouer, que presque tous les historiens étrangers ont préféré le récit de Garcilasso à celui des auteurs Espagnols, naturellement portés à excuser ce qui pouvoit rendre odieux les conquérants du Nouveau-Monde.
ATAHAUTA, (Mythol.) nom du grand Être créateur du monde & de toutes choses, adoré par les peuples qui habitent les bords du fleuve Saint-Laurent.
ATALANTE, (Mythol.) fille de Schénée, roi de l'île de Scyros, d'une beauté rare, tiroit supérieurement de l'arc, & surpassoit tous 476 A T A les hommes à la course & dans les autres exercices du corps. Se voyant poursuivie par une foule d'amans, elle leur déclara, par ordre de son père, qu'elle ne donneroit sa main qu'à celui qui pourroit la vaincre. Plusieurs jeunes princes le tentèrent & s'en retournèrent confus. Elle remporta, aux jeux institués en l'honneur de *Pélias*, le prix sur *Pélée*, contre qui elle lutta. *Hippomène* s'étant préféré au combat de la course, instruit par *Vénus*, fut le seul qui observa la condition prescrite. La déesse lui conseilla de jeter dans la carrière trois pommes d'or que l'imprudente *Atalante* s'amusa à ramasser. Par cette rufe, l'heureux *Hippomène* gagna le prix, & força la prince se à reconnoitre en lui son vainqueur & son époux. Peu de temps après, les deux époux ayant profané un temple de *Cybèle*, furent changés en lions. — Il y a eu une autre *ATALANTE*, fille de *Jasius* roi d'Arcadie, qui porta le premier coup au sanglier de Calydon, & qui, par cette action, mérita l'amour de *Mélégère*, roi du pays. Elle épousa *Milanion*, dont elle eut un fils nomme *Parthenope*.
ATAVYRIUS, (Mythol) l'une des plus anciennes divinités de l'île de Rhodes, qui portoit elle-même le nom d'*Atabyria*. On a cru que ce Dieu étoit le même que *Jupiter*.
ATAULPHE, beau-frère d'*Alaric*, roi des Goths, se signala auprès de ce prince au siège de Rome, & lui succéda en 410. Il pilla une seconde fois Rome, cette même année, & emmena *Placidie*, fille de l'empereur *Théodose* & sœur d'*Honorius*, qu'il épousa à Narbonne. Il se rendit maître en 414 de cette ville, après avoir échoué devant Marseille, d'où il fut repoussé par le comte *Boniface*. En repassant en Espagne, il fut tué à Barcelone en 415, par un certain *Vernulphe* qui fit massacrer six de ses enfans qu'il avoit eus de diverses femmes. *Atulphe* avoit regné environ cinq ans. Brave & courageux comme *Alaric*, il fut dans quelques occasions encore plus cruel que lui. I. ATAYDE, (Don *Alvare* d') gouverneur de Malaca pour *Jean III*, roi de Portugal, commit tant d'exactions & de violences, que le vice-roi des Indes le fit arrêter & l'envoya à Lisbonne, où la chambre royale confisqua ses biens & le condamna à une prison perpétuelle. *Atoyde* se montra l'ennemi de *S. François Xavier*. Il multiplia les obstacles pour empêcher le voyage de ce zélé missionnaire à la Chine; & en effet, ce dernier mourut dans l'île de Sancian avant d'y parvenir.
II. ATAYDE, (George d') de la même famille que le précédent, affiesta au Concile de Trente, & devint évêque de Vizeu. Il fut employé à la réformation du bréviaire Romain, & il publia les *Privilèges* de la chapelle royale de Portugal. Il avoit 76 ans, lorsqu'il mourut en 1611, honoré de la confiance de *Philippe II*.
ATÉ, (Mythol.) Déesse mal-faisante, dont on n'arrêtoit ou dont on ne prévenoit la colère que par le secours des *Lites*, filles de *Jupiter*. Ce souverain des Dieux la prit un jour par les cheveux, & la précipita du ciel en terre. Ne pouvant plus brouiller les Immortels, elle mit la discorde parmi les hommes. Elle parcourut la terre avec une vitesse incroyable, & les *Prières* boiteuses la suivirent de loin, tâchant de réparer les maux qu'elle faisoit. Cette fable allégou- rique est tirée d'Homère. *ATÉ* vient d'un mot grec, qui signifie *mal*, injustice; & *Lites* vient d'un autre mot qui signifie *prières*.
**ATÉPOMARE**, roi d'une partie des Gaules, que l'on croit le premier fondateur de Lyon, ayant mis le siège devant Rome, déclara aux assiégés qu'il ne feroit point de paix avec eux, qu'ils ne lui livraffent les dames & les principales bourgeoises de la ville. Lorsque cette proposition fut portée aux Romains, les fervantes de leurs femmes dirent qu'il falloit plutôt les envoyer elles-mêmes à la place de leurs maitres, promettant de donner un signal pour surprendre l'ennemi. Cet avis ayant été suivi, elles prirent le temps que les Gaulois étoient enfévelis dans un profond sommeil; & l'une d'elles, montant sur une tour, alluma un flambeau pour avertir les Romains qui vinrent fondre sur les barbares. En mémoire de cette action, l'on initia à Rome une fête annuelle, qui fut appelée *Fête des Servantes*.
**ATERGATIS, V. DERCÉTIS.**
**ATHAI**, auteur Arabe, né à la Mecque, mort l'an de l'hégire 114, est regardé par les Musulmans comme l'un des plus fermes fougiers de leur doctrine. On lui demanda pourquoi *Mahomet* avoit dit que tout ce qu'il y avoit de meilleur dans les bonnes œuvres étoit la pureté d'intention ? il répondit : « c'est que cette vertu nous délivre, non seulement de l'hypocrisie, mais encore du doute & de la perplexité d'esprit dans toutes les actions de notre vie. » *Jafei* a écrit la vie d'*Athai* dans son *Histoire* des saints Musulmans.
**ATHALARIC**, roi d'Italie, obtint le trône après la mort de *Théoderic* son aïeul maternel, en fep- tembre 526. Il étoit fils d'*Heuteric* & d'*Amalafonte*, qui lui donna une éducation digne de sa naissance. Les Goths, craignant que les maîtres qu'on lui donnoit n'énervaillent son courage, demandèrent que ce prince fût formé par des jeunes gens aux exercices militaires. Le jeune *Athaluric*, laissé à sa disposition, se corrompit aisément au milieu d'une cour de guerriers dissolus. S'étant abandonné à la débauche, il mourut d'une maladie de langueur, âgé à peine de 17 ans, en 534. *V. AMALASONTE*.
**ATHALIE**, fille d'*Achab* & de *Jézabel*, épousa *Joram*, roi de Juda. Après la mort de ce prince, elle fit massacrer tous les enfants que son fils *Ochofias* avoit laissés. *Joeabed*, sœur de ce dernier, fauva *Joas*, que le grand-prêtre *Joiada* fit reconnoître pour roi par les soldats & par le peuple. *Athalie*, accourue au bruit du couronnement, fut mise à mort par les troupes, l'an 878 avant J. C. *Racine* a mis cet évènement au théâtre; & cette pièce est un chef-d'œuvre.
**ATHAMAS**, (Mythol.) fils d'*Eole*, roi de Thèbes, épousa *Néphélé*, dont il eut *Hellé* & *Phryxus*. *Bacchus* ayant inspiré sa fureur à *Néphélé*, elle s'entuit dans les forêts. *Athamas*, après l'avoir cherchée inutilement, se maria à *Ino*, fille de *Cadmus*. *Junon*, jaloufe du bonheur de cette princesse qu'elle haissait, parce qu'elle avoit été maîtresse de *Jupiter*, ordonna à *Tisiphone* de se rendre au palais d'*Athamas*, & de verser dans le cœur des deux époux un poison fatal qui les rendit furieux. A peine la Furie eut-elle exécuté les ordres de la Déesse, qu'*Athamas*, fait d'une fureur épouvantable, courut comme un forcené dans son palais, criant de toutes ses forces, 478 ATH qu'il voyait une lionne avec deux lion-eaux, & poursuivant la reine, qu'il prenoit pour cette bête féroce, il lui arracha d'entre les bras un de ses fils appelé Léarque, qu'il écrasa contre la muraille. *Ino* fut aussi transportée de la même fureur; de sorte que fuyant avec *Mélicerte* son autre fils, elle monta sur un rocher, & se précipita dans la mer.
ATHANAGI, (Denis) né à Cagli, dans le duché d'Urbin, se rendit à Rome en 1532, où il se fit distinguer par l'agrément de ses discours & l'excellence de son goût; mais n'ayant voulu embraser aucune profession lucrative pour se livrer plus entièrement à la culture des lettres, il tomba dans une extrême pauvreté. En 1560, il devint correcteur d'imprimerie à Venise, & faillit à y périr sous les coups d'un étudiant de l'université de Padoue, qui lui avoit donné, dit-on, un écrit à corriger, & qu'*Athanagi* s'appropria & publia sous son nom. Les Italiens le reconnoissent pour un écrivain pur, & l'un de leurs meilleurs critiques. On estime plus sa prose que ses vers. On lui doit: I. Une traduction de la rhétorique d'*Ariilote* & de celle d'*Hermogène*, Venise, 1553, in-4.º II. *Lettres familières* de plusieurs hommes illustres, Rome, 1554, in-8. IV. *De l'excellence & de la perfection de l'Histoire*, Venise, 1558, in-8.º V. *Vies d'Alexandre*, de *Marc-Antoine*, de *Caton d'Utique*, de *Cifur* & d'*Auguste*, 1562, in-8.º VI. Recueil des *Poètes* de divers poètes Tofcans, Venise, 1565, in-8.º Il fut, en outre, l'éditeur de celles de *Capello*, de *Jacques Zani*, de *Bérard Rota*. Tous les ouvrages d'*Athanagi* sont écrits en italien.
ATHANAGILDE, roi des Vifigoths en Espagne, fut mis sur le trône en 554, par les fujets d'*Agila*, révoltés contre ce méchant prince. Il fut secondé par l'empereur *Justinien*, auquel il céda plusieurs places. Les Impériaux ne se contentèrent pas de cette marque de reconnoissance, ils voulurent s'emparer de quelques autres villes. Mais *Athanagilde* leur enleva une partie de leur conquête, sans pouvoir néanmoins les chasser entièrement de ses états. Le roi Vifigoth chercha à se soutenir par des alliances: il maria *Golfiande*, sa fille aînée, avec *Chilpéric*, roi de Soissons, & *Brunchaut*, la cadette, avec *Sigbert*, roi d'Australie. Il mourut à Tolède en 567, après 23 ans de règne, extrêmement regretté de ses fujets.
ATHANARIC, roi des Goths, se mit à la tête de sa nation, pour combattre les Romains qui lui avoient déclaré la guerre. L'empereur *Valens* se plaignait de ce que les Goths avoient fourni des secours à l'usurpateur *Procope*. *Athanaric* se justifia en présentant des lettres de ce dernier, où il se dirait l'irriter de la maison de *Constantin* & de la couronne impériale; il ajouta qu'ayant été séduit par cette apparence de justice, la bonne foi devoit justifier sa démarche. *Valens* peu satisfait de cette réponse, marcha contre *Athanaric*, lui fit la guerre pendant trois ans, & le contraignit à demander la paix. Quand il fut question de la conclure & de fixer le lieu du traité, *Athanaric* ne voulut point venir sur les terres des Romains, assurant que son père le lui avoit fait promettre par serment. D'un autre côté, *Valens* crut qu'il n'étoit pas de la dignité impériale d'aller trouver un roi barbare. On prit le parti de construire sur le Danube un pont de bateaux, sur lequel les deux princez se rendirent, donnèrent des otages, & signèrent la paix. Il fut défendu aux Goths de passer le Danube & de mettre le pied sur le territoire Romain, à moins que ce ne fût pour le commerce. On leur assigna deux villes frontières où ils pourroient apporter leurs marchandises & acheter celles dont ils auroient besoin. Tous les tributs qu'on leur payoit auparavant furent supprimés; mais on conserva la pension annuelle que recevoit *Athansris*. Ce dernier, quelque temps après ce traité, fut chassé dans une révolte de ses sujets. Il se résugia à la cour de *Théodose* qui l'accueillit. Il mourut à Constantinople le 25 janvier 381, & fut enterré à la maniere des Romains, avec beaucoup de pompe & de magnificence. *Ammien* fait l'éloge d'*Athansris*. D'autres historiens l'ont peint comme un homme feroce, & un ennemi irréconciliable des Chrétiens.
**ATHANASE**, (Saint) né à Alexandrie, d'une famille distinguée, fut élevé au diaconat par *S. Alexandre*, évêque de cette ville. Il l'accompagna au concile de Nicée, & s'y distingua par son zèle & son éloquence. *S. Alexandre* le choisit pour lui succéder l'année suivante, en 326. (*Voyer* LUCIUS n.º v.) Il signala son entrée dans l'épiscopat, en refusant de recevoir *Arius* à sa communion. Les spectateurs de cet hérétique inventèrent mille impostures contre celui qu'ils n'avoient pu gagner. L'empereur *Constantin* indiqua un concile à Césarée, pour le condamner ou pour l'abfoudre; mais *Athanafe* refusa de s'y trouver, parce que ses ennemis auroient été ses juges. On assembla un autre concile à Tyr, en 365; les Ariens & les Méléciens le composaient presque entièrement. Ils l'accusèrent de trois crimes: le premier, mier, d'avoir violé une vierge; le second, d'avoir tué l'évêque *Arène*, & le troisième, d'avoir gardé sa main droite pour des opérations magiques. Pour soutenir la première accusation, on produisit une courtième, qui s'écria qu'elle étoit bien malheureuse d'avoir succombé aux séductions d'*Athanafe*, lequel étant allé loger chez elle, avoit abusé de sa toilette, malgré son vœu de virginité. Le Saint ayant été sommé de répondre, garda le silence. Mais un de ses prêtres nommé *Thimothée*, se tournant vers cette femme, comme si c'est été lui qu'elle accuserait, lui dit: *Vous prétendez donc que j'ai logé chez vous & que je vous ai déshonorée?* Alors la femme le montrant au doigt, cria d'un ton de voix encore plus fort: *Oui, c'est vous-même qui m'avez fait outrage*. La bèveuse fit rire les assisants, mais n'adoucit pas tous les ennemis d'*Athanafe*. Quoiqu'innocent des autres imputations, il fut condamné comme coupable. On le déposa. Il s'adressa à *Constantin*; mais cet empereur, prévenu contre lui par les Ariens, qui l'avoient accusé d'empêcher la sortie des blés d'Alexandrie pour Constantinople, le relégua à Treves. Ce prince ordonna, dans sa dernière maladie, qu'on le fit revenir, malgré les oppositions d'*Eusé de Nicomédie*, évêque courtième, homme-de-lettres factieux, & secateur déclaré d'*Arius*. (*V. II. ARSÈNE & ARIUS.*) Son fils *Constantin* le *Jeune*, ayant rappelé, en 338, les évêques Catholiques chassés de leur siège, fit revenir *S. Athanafe*. En 340, le concile d'Alexandrie, composé de cent évêques, écrivit une lettre synodale à tous les prélats Catholiques, pour le laver des nombreuses calomnies qu'on avoit publiées contre lui; mais ses ennemis ne cessant d'en inventer de 480. ATH nouvelles, à mesure que les anciennes étoient détruites, il alla à Rome, où le pape Jules convoqua un concile de cinquante évêques, qui le déclara innocent. Le concile de Sardaque, assemblé cinq ans après, en 347, confirma la sentence de celui de Rome, & déposa de l'épiscopat l'usurpateur de son siège. Athanafe y fut retabli en 349, à la sollicitation de l'empereur Constantin. Après la mort de ce prince, Constance, animé par ses ennemis, l'exila de nouveau, après l'avoir fait condamner dans un concile. Athanafe, poursuivi par ses ennemis, délaissé par ses amis, prit le parti de s'enfoncer dans le désert. Il y visita les monastères, & les éditia. Le pape Libère, traité avec inhumanité dans l'exil que lui avoit attire sa fermeté contre les ennemis d'Athanafe, confientit enfin à sa condamnation: ce ne fut pas un des coups les moins sensibles pour le saint évêque. Les Ariens mirent un certain George sur le trône patriarcal d'Alexandrie, qu'il posséda jusqu'à la mort de l'empereur Constance. S. Athanafe, rendu à son peuple, fut obligé de le quitter de nouveau. Les Payens l'ayant rendu odieux à Julien, ce prince ordonna qu'on le chassât d'Alexandrie. Athanafe fans cessé traversé, & ne connoissant aucun des menagemens qui écartent ou adoucissent la persécution, se cacha une seconde fois; mais dès que Juvien eut monté sur le trône impérial, il reparut dans Alexandrie, où son troupeau le reçut comme un pasteur qui avoit souffert pour lui. Il assembla un concile des évêques d'Égypte, de la Thébaïde & de la Libye, au nom duquel il adressa une lettre à Juvien. Dans cette lettre on proposoit la formule de foi du concile de Niée, comme règle de la foi orthodoxe. Il ferendit lui-même auprès de ce prince à Antioche. Les Ariens, qui étoient venus pour le noircir dans l'esprit de l'empereur, se retirèrent confus de le voir l'objet de l'amitié & de l'estime de ce prince, tandis qu'eux-mêmes lui étoient un objet d'horreur & de mépris. Valens, successeur de Juvien, fut moins favorable à Athanafe qui se vit obligé de prendre la fuite pour la quatrième fois, & de s'enterrer quatre mois de fuite à la campagne, dans un bâtiment construit sur le tombeau de son père. L'empereur l'ayant rappelé, le saint évêque ne s'occupa plus qu'à instruire son peuple, & à se préparer à la mort. Il finit heureusement sa vie à Alexandrie, le 2 Mai 373, après 46 ans d'épiscopat. « Il est vraisemblable, dit Baillet, que son corps ne fut point embaumé pour être exposé sur un lit, selon la coutume des Égyptiens, parce qu'il avoit toujours travaillé à abolir cet usage; mais qu'il fut porté dans le sépulcre de ses pères, où il s'étoit renfermé dans sa dernière persécution. » Athanafe avoit l'esprit juste, vif & pénétrant; le cœur généreux & désintéressé; un courage de sang froid, & pour ainsi dire, un héroïsme uni & toujours égal; un christianisme mâle, simple & noble comme l'évangile; une éloquence naturelle, semée de traits perçans, forte de choses, allant droit au but, & d'une précision rare dans les Grecs de ce temps-là. « L'austérité de sa vie, dit l'abbé de la Elletterie dans son histoire de Juvien, rendoit sa vertu respectable; sa douceur dans le commerce la faisoit aimer. Le calme & la sérénité de son âme se peignoient sur son visage; quoiqu'il ne fut pas d'une figure avantageuse, son extérieur avoit quelque chose de majestueux & de frappant. Il n'ignoroit pas les sciences profanes, mais il évitait d'en d'en faire parade. Habile dans la lettre des Écritures, il en possé- doit l'esprit; jamais ni Grecs ni Ro- mains n'aimèrent autant la patrie qu'Athanafe aima l'Église, dont les intérêts furent toujours inséparables des fiens. Une longue expérience l'avoit rompu aux affaires ecclé- fiatiques. L'adversité qui étend & raffine le génie lorsqu'elle ne l'é- crafe pas, lui avoit donné un coup d'œil admirable pour appercevoir des ressources, même humaines, quand tout paroissoit désespéré. Me- nacé de l'exil lorsqu'il étoit dans son siège, & de la mort lorsqu'il étoit en exil, il luta pres de cinquante ans contre une ligue d'hommes sub- tils en raisonnements, profonds en intrigues, courtisans délies & mai- tres du prince, arbitres de la fa- veur & de la disgrace, calomnia- teurs infatigables, barbares persé- cuteurs. Il les déconcerta, les con- fondit, & leur échappa toujours, sans leur donner la consolation de lui voir faire une fauffe démarche; il les fit trembler, lors même qu'il fuyoit devant eux, & qu'il étoit en- séveli tout vivant dans le tombeau de son père. Il lisoit dans les cœurs & dans l'avenir. Quelques catholiques étoient persuadés que Dieu lui ré- véloit les desseins de ses ennemis: les Ariens l'accusioient de magie, & les Payens pretendoient qu'il étoit versé dans la science des au- gures, & qu'il entendoit le lan- gage des oiseaux: tant il est vrai que sa prudence étoit une espèce de divination. Perfonne ne discerna mieux que lui les momens de se produire ou de se cacher, ceux de la parole ou du silence, de l'action ou du repos. Il fut trouver une nouvelle patrie dans les lieux de son exil, & le même crédit à l'extrémité des Gaules, dans la ville de Treves, qu'en Égypte, & dans le sein même d'Alexandrie; entretenir des correspondances, mé- nager des protections, lier entre eux les orthodoxes, encourager les plus timides, d'un soible ami ne se faire jamais un ennemi; excuser les soi- blesse avec une charité & une bonté d'ame, qui font sentir que s'il condamnoit les voies de rigueur en matière de religion, c'étoit moins par intérêt que par principes & par caractère. Julien, qui ne persé- cutoit pas les autres évêques, du moins ouvertement, regardoit comme un coup d'état de lui ôter la vie, croyant que la destinée du christianisme étoit attachée à celle d'Athanafe. Le favant Weguelin, de l'académie de Berlin, qui a con- facré un mémoire à la vie de l'é- vêque d'Alexandrie, observe très- judicieusement qu'elle offre un phé- nomène très-remarquable dans l'his- toire. Nous ne lisons pas, dit-il, que ce grand homme exposé aux dangers les plus imminens, ait ja- mais été trahi. Sa vertu & sa pitié, qui lui servoient de bouclier & de dé- sense, l'avoient constamment affûté & secouru. S'il se fut fait des ennemis parmi les diocésains, ils auroient trouvé mille occasions de se venger. Rien ne fait plus l'éloge du gouver- nement ecclésiastique de cet homme illustre, que la persévérance avec laquelle on le chérissoit. Les Alexan- drins étant le peuple le plus léger, le plus impatient & le plus impé- tueux, on doit admirer la con- duire d'un évêque, qui, par l'uni- formité de ses principes & l'inflexi- bilité de son caractère, devoit ré- volter ces esprits superficiels & volages. Gagner la confiance d'un tel peuple sans déroger à la dignité de son office, ni à celle de son caractère, est le chef-d'œuvre de la sagesse. On penetre d'abord les des- ses d'un homme qui n'a que des vertus factices; mais S. Athanafe ayant été de même dans la prospé- H h 482 ATH rité & dans l'adversité, ses vertus font marquées au coin de la probité la plus exacte. Parmi tant d'orages qui ont fondu sur ce grand homme, aucun ne s'est élevé de l'Égypte, où, respecté par tous les ordres des habitans, leur attachement l'indemnisa de tous ses malheurs. Ayant reparu pour la quatrième fois, après la mort de Julien, il se maintint sur son siège jusqu'à la fin de sa vie, en 371. Un an avant la mort de ce saint évêque, l'empereur Valens, Arien trézzé, avoit tenté l'expulsion de S. Athanase; mais le peuple d'Alexandrie, indigné des nouveaux outrages qu'on vouloit faire à ce respectable vieillard, entra en fermentation, & l'empereur redoutant la fureur de ces habitans qui idolatroient leur évêque, se désista de son mauvais dessein. Si parmi tant de rumeurs & de séditions populaires, dont S. Athanase étoit le prétexte & le sujet, il eût été complice d'un seul forfait, sa réputation n'auroit pas été à l'épreuve de tant de secouffes. Quatre empereurs qui lui avoient envié le respect & la soumission d'un grand peuple, ne trouvèrent pas un seul homme qui pût le convaincre d'aucune action déréglée. Environné d'ennemis & de troubles, cet homme extraordinaire eut l'ame assez forte pour exécuter le plan d'une administration sans tache. Ses ennemis ayant échoué dans toutes leurs accusations, ils n'osèrent même le calomnier, & n'attaquèrent que sa doctrine. Il y a plusieurs éditions des Ouvrages de S. Athanase. La meilleure est celle du P. Montfaucon, en trois vol. in-fol. 1698, corrigée sur tous les anciens manuscrits, enrichie d'une version nouvelle, d'une Vie du Saint, de plusieurs ouvrages qui n'avoient pas encore vu le jour, & de quelques opuscules attribués à S. Athanase: on y joint ordinairement, du même Montfaucon, Collettio nova Patrum Graecorum, Paris, 1706, 2 vol. in-fol. Les principaux ouvrages de ce Père, sont: Sa Désesne de la Trinité & de l'Incarnation; ses Apologies; ses Lettres; ses Traités contre les Ariens, les Méleciens, les Apollinariistes & les Macédoniens. Le style de S. Athanase n'est ni au-dessus ni au-dessous du sujet qu'il traite; tour-à-tour noble, simple, élégant, clair, pathétique. Ses écrits sont presque tous dogmatiques; il y a peu de principes de morale, & ils n'y sont pas traités avec l'étendue qu'ils méritent. C'est le jugement de du Pin. On ne fait précisément à qui attribuer le Symbole qui porte son nom; plusieurs savans conviennent qu'il n'est pas de lui; cependant, l'abbé Leclerc a publié, en 1730, une Dissertation, pour prouver qu'Athanase en est le véritable auteur. Nous avons une Vie de S. Athanase, par Godefroi Hamant, en deux vol. in-4°, propre à faire connoître ce désesneur de la divinité de J. C. & ses adversaires.
II. ATHANASE, (S.) martyr, diacre de l'église de Jérusalem, soutint la décision du concile de Chalcedoine contre Théodose, chef des Enrychiens. Celui-ci le fit affaîmer l'an 452, par des satellites qui le meurtrirent de coups de fouet, & le percerent de coups d'épée. L'Eglise célèbre sa fête le 5 juillet.
III. ATHANASE, évêque d'Ancyre, assista au concile d'Antioche en 363, & y signa le symbole de Nicée. S. Basile & S. Grégoire de Nazianze ont loué ses vertus & son zèle pour la désesne de la religion.
IV. ATHANASE, (Jean-Baptiste) jésuite, né à Lyon, mourut Rome, âgé de plus de cent ans, en 1630. Il a publié un ouvrage pieux, sous le titre de Tribunal de la conscience. Allégambe a fait l'éloge de cet auteur & de son écrit.
ATHANASIE, (Ste.) veuve, de l'isle d'Égine, & abbeffe de Timie, morte le 15 août 860. Sa vie fut consacrée à toutes les vertus.
ATHANATUS, athlète d'une force prodigieuse, se promenait sur un théâtre, au rapport de Pline le naturaliste, revêtu d'une cuirasse de plomb, du poids de 500 livres, & avec des brodequins qui en pefoient autant.
ATHANE, historien de Syracuse, écrivit, suivant Vossius, la vie de Dion & de Denys tyran de Sicile. Il vécut vers la 110e olympiade, c'est-à-dire, environ 306 avant J. C.
ATHARIDE, (Mythol.) Dieu des Arabes, qu'ils faisoient présider au mouvement des constellations. C'est le Mercure de leur contrée.
ATHÉAS, roi des Scythes, combattit les Triballiens, les Istriens; & promit à Philippe, roi de Macédoine, de lui léguer sa couronne, s'il lui donnait du secours. Les troupes de Philippe étant venues trop tard, le Scythe les renvoya. Le roi de Macédoine fit demander à Athéas le remboursement des frais qu'il lui avoit occasionnés. « Les Scythes, répondit leur roi aux ambassadeurs Macédoniens, n'ont ni argent ni or; leurs uniques richesses sont du fer & du courage. » — Philippe conçut le dessein de se venger de cette réponse. Il fit demander à Athéas l'entrée dans ses états, sous prétexte d'ériger une statue à Hercule, à l'embouchure du Danube. Qu'il vienne, répondit le Scythe, mais seul & sans armée; Cette réponse, plus piquante que la première, fut la source d'une guerre, dans laquelle Athéas fut tué à 90 ans, 340 avant J. C. On dit que, dans les courses que ses gens faisoient sur les Macédoniens, ils prirent un célèbre musicien. Athéas le fit chanter; & comme ses sujets, tout farouches qu'ils étoient, l'écoutoient avec complaisance: Pour moi, dit le roi barbare, j'aime mieux entendre hennir mon cheval, que d'ouïr chanter cet homme-là.
ATHELSTAN, roi d'Angleterre, succéda à Edouard surnommé l'Ancien. Il regna quatorze ans, pendant lesquels il chassa les Danois du Northumberland soumit les Gallois & les força à payer tribut, vainquit les Écosois, se montra juste & bon pour ses peuples, & mourut en 941.
ATHEMÈNES, fils de Cratée roi de Crète, ayant appris de l'oracle qu'il devoit avoir le malheur de tuer son père, voulut l'éviter, & se retira dans l'isle de Rhodes sur une montagne. Son père étant venu l'y chercher long-temps après, Athenènes le priva du jour sans le connoître.
ATHÉNAGORE, (Athenagoras) philosophe Chrétien d'Athenes, adressa à Marc-Aurèle, & à son fils Commode associé à l'empire, une Apologie, l'an 179, selon Baronius, & 168, selon Dodwel. Il y réfute toutes les calomnies que les Païens répandoient contre les Chrétiens. On a encore de lui, un Traité sur la résurrection des morts, dans lequel on retrouve quelques-unes des idées de Platon. Ces deux ouvrages sont écrits avec pureté; mais le style est un peu trop chargé d'hyperboles & de parenthèses. On les trouve dans la Bibliothèque des H h 2 484 ATH Pères. Ils ont été imprimés plusieurs fois séparément. La meilleure édition de ces deux Traités est celle d'Oxford, 1706, in-8°, sous le titre de Legatio pro Christianis. Nous en avons une mauvaise traduction françoise par Gaufart prieur de Sainte-Foi, Paris 1574. — Martin Fumée, seigneur de Genillé, s'avifa de mettre sous le nom d'Athénagore, son mauvais roman Du vrai & parfait Amour, contenant les Amours honnêtes de Théogènes & de Charide, en 1589 & 1612, in-12; mais cet ouvrage n'a jamais exifté avant lui. L'abbé Lenglet l'attribue à Philander, & le célèbre Huet l'avoit soupçonné, ainsi que lui.
ATHÉNAÏS, Voyet II. EUDOXIE. I. ATHÉNÉE, grammairien, appelé le Varon des Grecs, né à Naucratie en Égypte, vivoit dans le 2e fêcle sous Marc-Aurèle. Son érudition étoit profonde, & sa mémoire prodigieuse. De tous les ouvrages qu'il avoit composés, il ne nous reste que les Dipnosophistes, c'est-à-dire les Sophistes à table, en 15 livres, dont les 2 premiers, une partie du 3e & presque tout le dernier nous manquent. Le nombre infini de citations & de faits curieux, rendent cet ouvrage intéressant à tous ceux qui aiment à se rappeler les mœurs de l'antiquité. L'auteur auroit pu se dispenser de faire égayer ses philosophes par des médisances & des obscénités. Noël le Comte, (Natalis Comes) l'a traduit en latin, & c'est sur cette version que le fécond abbé de Marolles l'a mis en françois. Ces deux traductions sont infidelles; la dernière, sur-tout, est un des plus mauvais ouvrages de Marolles: cependant on recherche l'édition de Paris, chez Langlois, in-4.° 1680. L'édition d'Athénée, donnée par Cafaubon, 1621, 2 vol. in-fol. est préférable à toutes les autres. Daléchamps l'a aussi traduit.
II. ATHÉNÉE, médecin de Glicie, floriffoit du temps de Pline. Il foutenoit que le feu, l'air, l'eau & la terre, n'étoient pas les vrais élémens; mais bien le chaud, le froid, le feu & l'humide, & un 5e qu'il ne favoit comment définir: il l'appelloit esprit, en grec pneuma; ce qui fit donner à ses spectateurs le nom de Pneumatiques.
III. ATHÉNÉE, de Byfance, ingénieur sous Gallien, fut employé par cet empereur pour fortifier les places de Thrace & d'Illyrie, exposées aux incursions des Scythes. Il est auteur, à ce qu'on croit, d'un Livre sur les Machines de guerre, imprimé dans le recueil des Ouvrages des anciens Mathématiciens, Paris 1693, in-fol., grec & latin. — Un autre ATHÉNÉE, mécanicien Grec, imagina une horloge dont les heures se faisoient entendre par un fistement d'air que l'impulsion de l'eau faisoit sortir par un étroit orifice. Antiphile a célébré cet Athénée dans le recueil des épigrammes grecques.
ATHÉNOBIUS, ambassadeur d'Antiochus roi de Syrie, vers Simon Michabée, fut chargé de lui demander la restitution des villes de Joppé, de Gaza, & de la forteresse de Jérusalem. Simon ayant repoussé cette proposition, Antiochus envoya contre lui son général Candabée qui fut complètement défait. I. ATHÉNODORE, de Tarfe, surnommé Cordillon, philosophe Stoïcien, retiré à Pergame, refusa constamment les faveurs que les rois & les généraux vouloient lui faire. Il devint ami intime de Caton. & mourut entre ses bras, avec la réputation d'un homme dont la philosophie ne se démentit jamais.
II. ATHÉNODORE, philosophe Stoïcien, précepteur & ami d'Auguste, avoit été choisi par César pour veiller à l'éducation de ce prince. Le philosophe donna souvent de très-bons avis à son disciple, qui en profita quelquefois, Auguste aimoit les femmes. Parmi les dames qu'il cultivoit, il y avoit la femme d'un sénateur, ami d'Athénodore. Celui-ci étant allé le voir, le trouva baigné de pleurs. Ayant su la cause de sa tristesse, il prit lui-même des habits de femme, s'arma d'un poignard, se mit dans la litière qu'Auguste envoyait à sa maitresse, & s'étant présenté à Auguste, étonné de ce déguisement, il lui dit : A quoi vous exposez-vous, Seigneur ? Un mari au désespoir ne peut-il pas se déguiser, & laver dans votre sang la honte que vous lui prépariez ? — Auguste ne fut pas fâché de cette leçon ; elle le rendit plus circonspect & plus équitable. Athénodore ayant obtenu la permission de se retirer à Tarfe sa patrie, conseilla en partant à son élève, pour calmer son naturel bouillant, de compter les 24 lettres de l'alphabet des Grecs, avant de suivre les mouvemens de sa colère. Il mourut à l'âge de 82 ans, pleuré de ses compatriotes, qui par reconnoissance lui décernèrent des sacrifices comme à un héros. Il doit être distingué, quoi qu'en disent quelques critiques, d'un autre ATHÉNODORE, qu'Auguste, au rapport de Suécone, chargea de l'éducation de Claude Néron, qui depuis parvint à l'empire. — Deux habiles sculpteurs Grecs portèrent le même nom. L'un travailla au groupe de Laocoon avec Polydore & Agésander ; l'autre, né dans l'Arcadie, fut élève de Polyclète, & se distingua en sculpant les femmes & le luxe de leurs vêtements.
III. ATHÉNODORE, (Saint) évêque de Néocésarée, fut frere de S. Grégoire Thaumaturge, & disciple d'Origène. Il affiesta au concile d'Antioche tenu contre Paul de Samofate, & souffrit le martyre sous l'empire d'Aurélien, l'an 233. — Il ne faut pas le confondre avec un autre évêque du même nom, qui périt dans la persécution de Dioclécien.
ATHÉNOGÈNE, (St.) martyr, fut précipité dans un abyme, & composa, à l'instant de sa mort, une Hymne sur la Trinité dont Saint Basile a fait mention.
ATHIAS, (Joseph) Juif, imprimeur d'Amsterdam, publia en 1661 & 1667, deux éditions de la Bible Hébraïque, en 2 vol. in-8.º qui lui méritèrent une chaîne d'or & une médaille dont les États-Généraux lui firent présent. Ces éditions étoient recherchées par les savans avant celle d'Amsterdam 1705, en 2 vol. in-8.º Il mourut en 1700. — Voy. IV. ABRAHAM.
ATHLONE, (Godard de Réède, comte d') d'une famille distinguée de Westphalie, fut velt-maréchal & général des troupes Hollandoises dans la guerre de la succession d'Espagne. Après avoir remporté des victoires, qui faciliterent à Guillaume III la conquête de l'Irlande, il fit la campagne de 1702 avec le duc de Mariebough, & mourut l'année d'après à Utrecht. Il s'étoit distingué autant par sa clémence que par sa valeur. Lorsqu'il étoit vainqueur en Irlande, il reçut avec douceur les vaincus qui voulurent se soumettre à Guillaume, & fit passer en France ceux H h 3 486 ATL qui aimèrent mieux aller trouver le roi Jacques.
ATLAS, (Mythol.) roi de Mauritanie, fils d'Uranus & frère de Prométhée, passait pour un habile astronome. On dit qu'il contemploit les astres, & qu'il inventa la Sphère. Les poètes ont feint qu'il portoit le Ciel sur ses épaules, & l'un d'eux nous le représente gémissant sous le faux, à cause de la multitude de Dieux que la superstition logeoit dans cette demeure sublime. Atlas fut métamorphosé en montagne, pour avoir refusé l'hospitalité à Persée. On croit qu'il vivait du temps de Moïse, Baer, dans une savante dissertation, a voulu prouver qu'Atlas étoit le même que Jacob, & l'Atlantide, la Judée. Elle a été traduite en allemand, Leipzig 1777. Dans le palais Farnèse, Atlas est représenté soutenant le globe céleste, & courbé sous cet immense fardeau.
ATOSSE, fille de Cyrus roi de Perse, épousa d'abord Cambyse, son propre frère, ensuite le mage Smerdis. Elle fut mariée en troisièmes noces, l'an 321 avant J. C., à Darius, dont elle eut Artabarçane & Xercès qui succéda à son père dans le royaume des Perses. Atosse, selon Ufférius, est la même qui est appelée Vasshi dans l'Écriture. Le médecin Démocède s'acquit une grande célébrité en la guérissant d'un cancer au sein.
ATRÉE, roi d'Argos & de Mycènes, fils de Pélups, père d'Agamemnon & de Ménélus, & époux d'Érope, vivait l'an 1291 avant J. C. Thyeste son frère s'étant fait aimer de sa femme Érope, & craignant le ressentiment d'Arrée, se retira dans un lieu de fureté. Arrée feignit de s'être réconcilié avec lui, & lui fit manger dans un festin deux enfans, fruits de son inceste. Le soleil recula à la vue de ce mets exécrable. Sénèque, Crébillon & Voltaire ont fait des tragédies où cet horrible évènement est représenté.
ATRONGE, simple berger, qui se fit roi de Judée, tandis qu'Archélaüs demandoit à Rome cette couronne pour lui. Le roi-berger s'étant soutenu quelque temps avec le secours de quatre de ses frères aussi vaillans que lui, fut pris enfin par Archélaüs. Ce prince lui mit sur la tête une couronne de fer, le fit promener sur un âne par toutes les villes de son royaume, & le dépouilla ensuite de la vie.
ATROPOS, (Mythol.) la plus sévère des trois parques, coupoit le fil des jours attribués à chaque mortel. Son nom signifioit en grec l'inflexible. Violente & féroce, Hésiode disoit que souvent elle se déchiroit elle-même. On la représentait comme la plus âgée, & toujours vêtue d'un habillement noir. Dans le tableau de Restoux où il a peint Orphée réclamant de Pluton son épouse Euridice, on distingue cette parque qui regarde fixement le monarque des enfers pour savoir si elle doit renouer le fil des jours de cette dernière.
ATSIZ, favori & échanson de Sangiar, sultan des Selgiusides, gouverna son empire avec gloire lorsque ce souverain fut fait prisonnier par les Turcomans. Quelque temps après, Sangiar, se trouvant à la chasse, fut encore enveloppé par une troupe de conjurés. Assez qui dormoit dans sa tente se réveilla au milieu d'un songe où il avoit vu son maître en danger, il se hâta de rassembler une troupe, & d'aller au lieu de la chasse. Les conjurés qui s'étoient déjà saisis de la perfonne du fultan, le relâchèrent aufitôt & ne fongèrent qu'à se fauver. *Afti*, fur la fin de sa vie se révolta contre *Sangiar*, & lui fit pendant plusieurs années une guerre cruelle, qu'il termina glo- rieusement en obtenant un vaste gouvernement. Il mourut l'an 551 de l'hégire dans la vallée de Khaboufchan, l'une des plus belles de l'Asie. Pendant sa ma- ladie, il entendit la voix d'un homme qui lisoit; & ayant fait prêter l'oreille par ceux qui étoient auprès de lui, on entendit ces paroles de l'alcoran: *Nul homme ne fait en quel pays il doit mourir*. Ces paroles firent tant d'impression fur son esprit, qu'il ne douta plus que sa mort ne fût marquée dans le lieu où il se trouvoit, & cette trifte pensée la lui avança de quel- ques jours. Il étoit âgé de 61 ans. Le poète *Rafchid* suivit le cercueil, & prononça son oraison funèbre en vers. Tous les écrivains de son siècle ont loué *Afti*, non-seule- ment pour son courage & ses talens dans l'art militaire, mais encore fur sa libéralité envers les gens de lettres, au nombre des- quels il étoit compté lui-même.
ATTA, (T. Quinctus) ancien poète Romain, vivoit l'an de Rome 677, & obtint sa sépulture dans la voie Prénestine. On lui donna le surnom d'*Atta*, parce qu'il avoit les jambes débiles. Il composa des pièces de théâtre ap- pelées par les Romains *Fabula togata*; elles sont citées avec éloge par les grammairiens latins; mais aucune n'est parvenue jusqu'à nous.
ATTAIGNANT, (l'Abbé I') *Voyet* LATTAIGNANT. I. ATTALE Ier, roi de Pergame, coufin-germain & fuccefleur d'*Eu-* *mènes*, combattit les Galates & les vainquit. Il pouffa ses conquêtes jusqu'au Mont-Taurus, & prit le titre de roi, que ses prédécesseurs n'avoient point. Il fecourut les Romains contre *Philippe*, remporta plusieurs avantages fur ce prince, & mourut laissant quatre fils, l'an 198 avant J. C., après un règne de 44 ans. Il s'illustra par sa géné- rofité, par sa valeur & par son zèle pour ses amis. L'usage magni- fique qu'il fit de ses richesses, lui donna le moyen d'augmenter ses états. Il fut se faire des alliés qui le fecondèrent dans toutes les en- treprises, & il gouverna ses sujets avec la plus exacte justice. Mari tendre, père affectionné, il rem- plit les devoirs de particulier avec le même soin que ceux de prince. *Voyet* APOLLONIAS.
II. ATTALE II, *Philadelphe*, roi de Pergame, & frère d'*Eu-* *mènes II*, prit la couronne, & la fit passer ensuite fur la tête de son neveu dont il étoit le tuteur. Il dé- fit *Antiochus*, donna du secours aux Romains contre *Persea*, & par- tagea avec eux les dangers & la gloire de cette guerre. Étant venu à Rome l'an 167 avant J. C., il fut reçu en prince qui avoit prouvé sa valeur & son attachement à la république. De retour dans ses états, il eut une guerre à soutenir contre *Prusias*, qui, après l'avoir vaincu dans un combat l'an 156, entra en vainqueur dans Pergame. *Atale* envoya son frère *Athene* à Rome pour implorer le secours du sénat, qui défendit en vain au roi de Bithynie de continuer la guerre. *Prusias* éluda cette défense, ou par des délais, ou par des perfidies; car il tenta de se saisir, sous prétexte d'une entrevue, de l'am- baffadeur Romain & d'*Atale*. Ce complot fut découvert & demeuré. H h 4 488 ATT fans exécution ; mais le crime n'en fut pas moins impuni : cependant, après quelques nouvelles hostilités, les deux rois firent la paix. Attale profita du repos dont il jouissoit, pour fonder Attalie, Philadelphie & d'autres villes. Il mourut de poison l'an 139 avant J. C., âgé de 82 ans. Ce prince aimoit les savans, & fur-tout le philosophe Polémon, avec lequel il entretenoit un commerce de lettres. Voyez LACIDE.
III. ATTALE III, roi de Pergame, surnommé Philométor, fils d'Eumènes & de Stratonice, monta sur le trône par le secours du poison, & le fouilla en répandant le sang de ses amis & de ses parens. Il faisoit faire ces exécutions par des troupes étrangères, qu'il avoit choisies parmi les peuples les plus sauvages, pour en faire les instruments de sa barbarie. Après avoir assouvi sa fureur, il cessa de paroître en public : il mit un habit usé, laissa croître sa barbe, & fit tout ce que faisoient alors les plus grands criminels, comme s'il eût voulu expier ses forfaits. A ces folies atroces succédèrent des folies ridicules. Il abandonna le soin de ses affaires, pour s'occuper entièrement de son jardin. Il y cultivait des poisons, tels que l'aco- nit & la cigué, qu'il envoyoit quelquefois en présent à ses amis. Ce prince bizarre quitta le jardinage, pour se livrer à la fonte des métaux. Il avoit entrepris d'élever un monument de cuivre à sa mère; mais ayant trop long-temps travaillé au soleil, il contracta une fièvre, & en mourut l'an 134 avant J. C., sans laisser d'enfant de Bérénice sa femme. On lui attribue l'invention des tapisseries. Il laissa les Romains héritiers des meubles de son palais ; Populus Romanus meorum hares esto, portoit son testament; mais la république l'ayant interprété de tout le royaume, elle s'en rendit maitresse. Voy. ARISTONIC.
IV. ATTALE, (Priscus Attalus) né dans l'Ionie, s'avança dans la cour des empereurs d'Occident & obtint le rang de sénateur. Il étoit préfet de Rome en 409, lorsqu'Alaric se rendit maître de cette ville. Ce prince le fit reconnoître empereur par le sénat & le peuple Romain; mais étant ensuite mécontent de lui, il le dépouilla en 410 de la pourpre impériale, qu'il envoya à l'empereur Honorius. Attale, obligé de suivre Alaric comme un simple particulier, devint la risse de la cour de ce roi, qui le revêtit encore peu de temps après des habits imperiaux, pour avilir de plus en plus la majeste Romaine. On prétend qu'un jour Alaric le produisit en public habillé en empereur, & que le lendemain il le fit paroître à sa fuite avec une robe d'esclave. Ce fantôme d'empereur reprit, après la mort d'Alaric, la pourpre dans les Gaules; mais comme il n'avoit ni argent, ni soldats, ni province, il fut errant jusqu'en 416, qu'il fut pris par le général Constance, & envoyé à Honorius qui étoit pour lors à Ravenne. Ce prince lui fit couper la main droite dont il avoit porté le sceptre, le donna, ainsi traité, en spectacle, pour orner son entrée triomphale à Rome, & l'envoya en exil dans l'isle de Lipari. C'est là qu'il finit obscurément une vie, mêlée de quelques instans brillans & de beaucoup d'humiliations.
ATTARDI, (Bonaventure) né à Argire, ancienne ville de Sicile, prit l'habit de religieux Augustin, & devint professeur d'histoire sacrée à l'université de Catane. Il a publié : I. *Balance de la vérité*, II. *Lettre* sur la mission de S. Philippe d'Argire en Sicile, 1738, in-4.º III. Diverses réponses au savant *Muratori*.
ATTAVANTI, (Paul) appelé communément en Italie, le frère *Paul* de Florence, parce qu'il étoit né dans cette ville en 1419, devint général de l'ordre religieux des Servites, & unit à une grande piété, un savoir peu commun dans le siècle où il vivait. Outre plusieurs livres sur la théologie, on lui doit : I. Un abrégé du *Droit Canonique*, Milan 1479, in-fol. II. La *Vie de Ste Catherine de Sienne*. III. Un *Commentaire* sur les Œuvres de *Dante* & de *Pétrarque*. IV. Une *Histoire* de l'Ordre des Servites. V. Une autre de la Maison de *Gonzague*.
ATTENDOLO, (*Darius*) né à Bagnacavallo dans le royaume de Naples vers l'an 1530, fut homme de guerre & homme de lettres. Il suivit le prince de *Salerne* général de *Charles V*, dans son expédition contre le Piémont; & il se délaissa ensuite de ses fatigues militaires dans la culture des lettres & de la poésie. On a de lui : I. *Il Duello*, Venezia 1560. C'est l'histoire des duels célèbres, & des lois qui les condamnent. II. *Discours sur l'honneur*, 1562. III. Des vers inférés dans divers recueils. — *Ambroise ATTENDOLO* fut un habile ingénieur qui fortifia Capoue. — Son fils, *Jean-Baptiste*, poète & littérateur, mort en 1593, écrasé sous les roues d'une charrette, a laissé une *Relation* des obsèques de *Charles* d'Autriche, Naples 1571; un *Discours* sur la victoire navale remportée par les confédérés, près des Échinades, petites îles de la Grèce, 1573, &c.
ATTENDULI, (Marguerite) née à Cotignola petite ville de la Romagne, vers l'an 1370, d'une famille obscure, soutint la gloire de son frère *Sforce*, qui par sa valeur & son génie s'étoit élevé à la place de grand connétable du royaume de Naples, & dont les descendans devinrent ducs de Milan. *Sforce* ayant été arrêté par l'ordre de *Jacques* comte de la *Marche*, qui avoit épousé la reine de Naples, *Marguerite Attenduli* sa sœur, rassembla ses amis, se mit à leur tête, & marcha avec courage contre le comte de la *Marche*, & après divers exploits, elle s'empara de Tricarico. Le Comte lui députa aussitôt plusieurs nobles pour lui annoncer qu'il immole-roit *Sforce* à sa vengeance, si Tricarico ne lui étoit rendu. *Marguerite* lui fit répondre que son frère ne craignoit pas la mort, qu'elle n'achèteroit pas sa vie par une lâcheté, & qu'ayant fait enfermer ses envoyés, leurs jours répondroient de sa barbarie. Les parens des députés, crainte de représailles, sollicitèrent la liberté de *Sforce* & l'obtinrent. (*Voyez SFORCE*.)
ATTERBURY, (François) naquit à Mittleton, dans la province de Buckingham, le 6 mars 1662. Ses premières études, faites aux collèges de Westminster & d'Oxford, annoncèrent ses talents. Dès l'âge de 22 ans, il mit en beaux vers lains l'*Abfalon* & l'*Achiropel* de *Dryden*. En 1687, année de son doctorat, il écrivit une savante *Apologie pour Martin Luther*, contre les Catholiques Romains. Le roi *Guillaume* le fit son chapelain. Il eut la même charge sous la reine *Anne*, fut doyen de Westminster, & évêque de Rochester en 1713. Après la mort de cette princesse, *Atterbury* s'étant déclaré pour le prétendant, fut enfermé dans la tour de Londres en 1722, & bannit l'année suivante du royaume. Cet évêque, retiré en France, fut le conseil & l'ami des gens-de-lettres; il s'en fit rechercher par son érudition & par son goût, & aimer par sa politesse & les agrémens de son commerce. Il mourut à Paris le 15 février 1732, âgé de 71 ans. On a de lui : I. Des Sermons en anglois. II. Des Lettres latines, dignes des meilleurs littérateurs; on les trouve dans le recueil des Pièces de Littérature par l'abbé Granet. III. Des Réflexions sur le caractère de Japis dans Virgile : on peut voir un long extrait de cette dissertation, à la fin du Virgile de l'abbé des Fontaines. Atterbury composa cet écrit pendant son séjour à Paris, comme il l'avoue lui-même dans ces vers qui le terminent. ... Hæc ego lufi Ad Sequanæ ripas Tamefino à flumine longè, Jam fenior, languenfque, fed ipsd in morte meorum, Quos colui patriaque memor, nec degener usquam.
ATTERSOL, (Guillaume) favant Anglois, vivoit au commencement du 17e siècle. Il a composé plusieurs ouvrages; le plus connu est son Commentaire en anglois sur le livre des Nombres, 1618, in-fol.
ATTICHY, Voyet DONI. I. ATTICUS, (Titus Pomponius) chevalier Romain, fils d'un père qui cultivoit les lettres, & qui lui inspira ce goût, fut étroitement uni avec Cicéron son contemporain. (Voyet TYRANNION) Les profcriptions de Cinna & de Sylla l'obligèrent de se retirer à Athènes. Il y apprit la langue Grecque avec tant d'attention, qu'il la parloit aussi facilement que la Latine. Les troubles de Rome étant calmés, Atticus revint dans sa patrie, emportant les regrets de tous les Athéniens. Un de ses oncles lui laissa près d'un million, dont il ne se servit que pour se faire des amis. Le célèbre orateur Hortensius, & tout ce qu'il y avoit de plus distingué à Rome, furent étroitement liés avec lui. « On ne pouvoit discerner, dit Cornelius Nipus, qui d'Hortensius ou de Cicéron aimoit le plus Atticus. Il étoit le nœud de l'amitié de ces deux grands hommes, & faisoit que tout rivaux qu'ils étoient, & animés de part & d'autre d'un désir également vif de se distinguer, il n'y avoit entr'eux, (chofe bien rare & bien difficile!) aucune jaloufie. Atticus pouvant par le moyen d'Antoine, tout-puissant alors dans la république, augmenter considérablement son bien, songea si peu à s'enrichir, qu'il n'usa jamais de son crédit auprès du Triumvir, que pour protéger ses amis dans les périls, ou pour les soulager dans leurs besoins. Il n'étoit pas moins bon père de famille que bon citoyen. Quoique très-riche, il fut toujours très-éloigné d'acquérir des biens & de bâtir. Il étoit pourtant logé décemment & avec dignité, & il se piquoit d'avoir en tout genre ce qu'il y avoit de meilleur. Délicat sans magnificence, & noble sans somptuosité, il étoit extrêmement curieux d'une propreté sans superflu. Son ameublement étoit modeste, & renfermé dans les bornes d'une sage médiocrité. Il croyoit devoir s'éloigner également des deux excès, c'est-à-dire du trop & du trop peu. Les repas chez lui étoient toujours assaisonnés de quelque lecture, afin que l'esprit ne fût pas moins nourri que le corps. Cette coutume faisoit grand plaisir à ses convives, parce qu'il avoit soin de ne choisir que ceux qui étoient du même goût que lui. Ses revenus considérablement augmentés, ne lui firent rien changer dans sa manière de vivre : toujours modéré, toujours égal à lui-même. Quand il n'avoit que deux millions de fêsterces que son père lui avoit laissés, il vivoit fort honorablement ; & quand son bien fut monté à dix millions de fêsterces, il ne fit pas plus de dépense qu'auparavant. Il ne lui échappoint jamais de menfongé à lui-même, & il ne pouvoit le fouffrir dans les autres. Son air affable & prévenant, étoit accompagné d'une forte de févérité, & sa gravité tempérée par un air de bonté & de douceur : en forte qu'on ne pouvoit dire si ses amis le refpectoient plus qu'ils ne l'aimoient. Durant les guerres civiles de Pompée & de César, de Marc-Antoine & de Brutus, il se ménagea si bien, qu'il fut aimé de tous, sans inspirer aucun ombrage. Content de partager sa vie entre les plaisirs de l'esprit & ceux du cœur, il refusa constamment toutes les charges. Parvenu à l'âge de 77 ans, sans avoir eu aucune maladie, il se laissa mourir de faim, pour prévenir les douleurs qui venoient l'affléger, l'an 33 avant J. C. — Cicéron lui écrivit un grand nombre de Lettres, dans lesquelles il lui fait part des affaires de la république & de ses affaires domestiques. Elles forment 16 livres. L'abbé Montgault les a traduites en françois, avec des notes, en 6 vol. in-12. (Voyer MONGAULT.) On lui avoit donné le surnom d'Atticus, parce qu'il avoit vécu long-temps à Athènes, & qu'il possédoit aussi parfaitement la langue grecque que s'il fut né dans la capitale de l'Attique : c'est le témoignage que lui rend Cornelius Nepos, qui a écrit sa vie. — L'abbé Paul qui a traduit cet historien, n'adopte pas toutes les louanges qu'il donne à Atticus : « Épicurien raffiné, ne se mêlant d'aucune affaire capable de troubler sa chère tranquillité, vivant à peu près avec les mauvais citoyens comme avec les bons, ami de Cicéron & de Clodius, parleur de morale & de vertu, mais moins philosophe qu'égoïste. » L'abbé Paul pourroit avoir raison ; les égoïstes, tels qu'Atticus, furent bien moins funestes à la république que tant de prétendus patriotes qui s'agitoient pour la bouleverser. Atticus avoit composé des Annales, ou plutôt, comme dit Cicéron dans son Brutus, une Histoire universelle qui renfermoit un espace de 700 ans ; & contenoit non-feulement celle des Romains, mais aussi celle des peuples & des empires les plus célèbres. Voyer NEPOS.
II. ATTICUS, (Hérode) fils d'Atticus, préfet de toute l'Asie sous Nerva, l'an 97 de J. C., descendait de Miltiade, avoit eu un de ses ancêtres consul à Rome, & fut lui-même consul l'an 143. Disciple de Favorin & de Polémon, il fut le maître de l'empereur Vérus. Son père lui avoit laissé des richefles immenses ; mais il préféra à tous ses trésors la gloire de parler sur le champ d'une manière éloquente. On disoit de lui, qu'il étoit la langue Grecque elle-même, & le roi du discours. Il avoit composé divers ouvrages : mais il ne reste de lui que sa réputation. Il mourut dans un âge avancé. On prétend que, dans sa vieillefse, il répondit à un homme puissant qui le menaçoit : Ne fais-tu pas qu'à mon âge on ne craint plus ? Cet homme de beaucoup d'esprit eut un fils qui poussa l'ineptie jusqu'à ne pouvoir pas apprendre les lettres de l'alphabet. Son père fut obligé de lui donner vingt-quatre domestiques, ayant chacun une des lettres peinte sur l'estomac. A force de les voir & de les appeler, cet imbécile conçut l'alphabet, & apprit à lire; mais il n'en refta pas moins stupide.
III. ATTICUS, moine de Sébaffe en Arménie, fut mis sur le siège patriarcal de Constantinople en 406, du vivant de S. Jean Chrysostome, le seul passeur légitime. Le pape Innocent I, & divers évêques d'Orient, désapprouvèrent cette élection. Cependant après la mort de S. Chrysostome, le même Innocent le reçut dans sa communion. Atticus édifia son troupeau & l'instruisit. Il composa un traité De fide & virginitate, pour les princesses, filles de l'empereur Arcadius. Il écrivit aussi contre les Nestoriens & les Eutychiens, & mourut en 427.
ATTILA, prince Scythe & idolâtre, surnomme le fléau de Dieu, étoit fils de Mondyicus roi des Huns. Il monta sur le trône avec Bléda son frère, en 434, après Roas leur oncle. Il commença par défiler la Thrace & l'Orient, & imposa un tribut annuel de sept cents livres d'or à l'empereur Théodore le Jeune. L'ambition de régner seul le tourmentoit. Il fit affaîffiner l'an 444 son frère Bléda, dont il s'étoit servi comme d'un instrument pour augmenter sa puissance. Il devint, par ce crime, seul roi des Huns, des Goths, des Gépides, des Alains, des Sarmates, des Suèves, des Hérules, des Scythes & des Germains. Ayant affermi sa domination qui s'étendoit depuis les bornes de l'Occident jusqu'à la Perfe, il s'avança du côté du Danube & du Rhin, mit tout à feu & à sang, entra dans les Gaules, tomba sur Treves, Worms & Mayence, emporta Metz, & fondit sur Orléans, l'an 451. (Voy. HONORIA & MARCIEN.) Aetius, Théodore & Mérouée, qui avoient joint leurs troupes contre ce monstre altéré de sang, le chassèrent de devant cette ville. Ils lui livrèrent bataille peu de temps après dans les plaines de Châlons, & lui tuèrent plus de 200 mille hommes. Attila frémissant de fureur & de rage, craignit pour la première fois. Il avoit fait dresser au milieu de son camp un large bûcher, où il devoit se précipiter avec tous ses trésors, en cas qu'il eût le dessous. C'étoit fait de lui, si Aetius, qui appréhendait que la défaite des Huns n'augmentât trop la puissance de Thorismond roi des Goths, (Voyet I. LOUP.) n'eût empêché ce prince de forcer le camp des Barbares & de les massacrer tous. Attila eut le temps de se retirer vers le Rhin. De là il passa dans la Pannonie, pour recruter ses troupes & rassembler ses forces contre l'Italie, où il entra en 452. La ville d'Aquilée fut la première dont il se rendit maître. Après en avoir enlevé toutes les richesses & égorgé les habitans, il y mit le feu, & l'enfèvelit sous ses ruines. Milan, Padoue, Vérone, Mantoue, Plaisance, Modène, Parme, essuyèrent à peu près le même traitement. Le pape S. Léon, craignant que Rome & son troupeau ne fussent la proie de ce brigand, eut le courage de l'aller trouver, & lui promit un tribut annuel au nom de Valentinien III. Cette proposition, jointe à la terreur que lui inspiroit Aetius, l'engagea à repasser le Danube avec un butin immense. L'année suivante, il revint dans les Gaules, mais Thorismond l'en ayant chassé, Attila n'osa plus se montrer. Il épousa, peu de temps après, Illico fille du roi des Bactriens, d'une beauté ravif- fante. Il se livra avec tant d'empor- tement aux plaisirs de la bonne chère & de l'amour, le soir & la nuit de ses noces, que s'étant enfin endormi, il lui prit un saignement de nez qui l'étouffa l'an 454. Ses géné- raux l'enfèvelirent dans un triple cercueil d'or, d'argent & de fer, & mirent dans son tombeau les effets les plus précieux enlevés par eux dans les palais des Souverains. La cérémonie achevée, ils ôtèrent la vie à ceux qui avoient aidé à le mettre en terre, afin que le lieu de sa fépulture fût inconnu à la poftérité. C'est ainsi que se ter- mina la carrière de ce conquérant, qui, à quelques qualités brillantes, au courage, à la prudence, au génie, à la politique, joignit la férocité, l'artifice & la fourberie. Il avoit fait accroire à ses soldats, « qu'il avoit le coutelas de Mars un de leurs dieux, & que la con- quête du monde entier étoit atta- chée à cette épée. » Il avoit cou- tume de dire, qu'il étoit le fléau de Dieu & le marteau de l'Univers : que les Étoiles tomboient devant lui, & que la Terre trembloit. Il fut oc- cupé pendant vingt ans de l'am- bition de subjuguer le monde, & il n'enleva la plus grande partie des richeffes des palais des rois, que pour les distribuer à ses soldats. Après ses expéditions il se repo- foit dans une cabane, où on lui fervoit à manger dans des plats de bois. Quoique cruel à l'égard des vaincus qui lui réfiltoient, il étoit bon avec ses sujets, aux- quels il rendoit une justice aussi prompte qu'exacte, & qu'il laiffoit jouir en paix de leurs biens. Des qu'on se foumettoit à lui, il par- donnoit. S'il négligeoit le fafte dans sa personne, il ne le dédai- gnoit pas dans sa cour : il trainoit à sa fuite plusieurs rois captifs, qui le fervoient comme des ef- claves. « Prodigieusement fier & cependant rufé ; ardent dans sa colère, mais sachant ordonner où différer la punition, suivant qu'il convenoit à ses intérêts ; ne fai- sant jamais la guerre, quand la paix pouvoit lui donner affez d'avantages ; fidèlement fervi des rois mêmes qui étoient sous sa dépendance, il avoit gardé pour lui seul l'ancienne simplicité des Huns. Du refte, on ne peut guères louer sur la bravoure le chef d'une nation, où les enfans entroient en fureur au récit des beaux faits d'armes de leurs pères, où les pères verfoient des larmes parce qu'ils ne pouvoient pas imiter leurs enfans. » C'est ce que dit Mon- tefique dans sa Grandeur des Ro- mains, en renvoyant pour la con- noissance de ce prince & des mœurs de sa cour, aux Histoires de Jor- nandès & de Prifous. Attila étoit d'une taille au-dessous de la mé- dioire. Il avoit le teint noir, la tête groffe, les yeux petits, mais pleins de feu. La fierté de son caractère étoit marquée sur sa fi- gure, & peu de personnes l'abor- doient sans être intimisées.
ATTILIUS, (Marcus) ancien poète Latin, qui, suivant Boyle, vivoit au commencement du fep- tisme flecte depuis la fondation de Rome, & suivant Konig, quel- que temps après cette époque ; s'attacha au théâtre, & y donna plusieurs comédies. Il traduit l'Electre de Sophocle. Cicéron donne à ce poète le surnom de Dor, & L'icinius l'appelle aussi le Ferré.
ATTILIUS - RÉGULUS, Voyer RÉGULUS (Attilius).
ATYS, (Mythol) jeune & beau Phrygien, que Cytèle aima passion- nément. Cette Déesse lui laiffa le foin des sacrifices qu'on lui offroit, à condition qu'il ne violeroit pas fon vœu de chasteté. Mais dans la fuite, ayant enfreint fon fer- ment en époufant la nymphe San- garis, la Déesse, pour le punir, le transporta d'un tel accès de frénésie, que non-feulement il se muilla avec une pierre tranchante, mais il étoit sur le point de se pendre, lorsque, touchée de compassion, elle le changea en pin, arbre qui lui étoit consacré. Catulle a fait un Poème, & Quinault un Opéra, sur ce jeune homme. — Il y a eu un autre ATYS, fils de Cœfus, roi de Lydie, qui étoit muet. Voyant un soldat dans la bataille prêt à percer son père d'un coup d'épée, il fit de si grands efforts pour par- ler, que sa langue se délia, & qu'il demanda grace pour lui. (Voy. II. ADRASTE.) — Un troisième ATYS, Indien d'origine, fut tué par Persée aux noces d'Andromède.
AVAL, Voy. DAVAL & LAVAL.
AVALON, (Irénée d') né en Bourgogne, s'occupa de la con- version des hérétiques & calvi- nistes, & publia ses controverses à Lyon, 1628, en trois vol. in-4.º Les seigneurs de Mazel, de Passade & autres, firent abjuration entre ses mains. I. AVALOS, (Ferdinand-Fran- çois d') marquis de Peseaire, d'une des maisons les plus distinguées du royaume de Naples, originaire d'Espagne, se fit remarquer de bonne heure par son esprit & par sa valeur. Ayant été fait prison- nier en 1512 à la bataille de Ra- venne, il consacra le temps de sa prison à composer un Dialogue de l'Amour, qu'il dédia à son épouse Victoria COLONNA, dame égale- ment illustre par sa beauté, sa vertu & son esprit, dont les Poésies parurent en 1548, in-8.º Dès qu'il eut sa liberté, il s'en servit avan- tageusement pour l'empereur Char- les V. Il eut beaucoup de part au gain de la bataille de la Bicoque, au recouvrement du Milanez & à la victoire de Pavie, l'an 1525. Clé- ment VII & les princes d'Italie, alarmés des progrès de l'empereur, proposèrent au marquis de Pese- aire d'entrer dans la ligue qu'ils vouloient opposer à ses conquêtes. On dit que d'Avalos, à qui le pape prometroit l'investiture du royaume de Naples, goûta ces propositions; mais que l'empereur l'ayant su, il s'en défendit en disant que «c'é- toit une feinte de sa part pour avoir le secret des ennemis.» Quoi qu'il en soit, il mourut sans postérité à Milan, le 4 novembre en 1525, âgé de 36 ans. C'étoit un des pro- tecteurs des lettres, dans un siècle qui en eut beaucoup. Il avoit pris pour devise un bouclier avec ces mots: AUT CUM HOC, AUT IN HOC; c'est-à-dire qu'il devoit re- venir vainqueur avec son bouclier, ou y être porté étendu mort. Il difoit qu'un grand capitaine devoit être sans charge dans une armée, ou, ce qui revient ou même, prêt à rem- plir tous les emplois. François pre- mier difoit de lui: que «sans An- toine de Lève, Peseaire auroit été le premier des capitaines de Charles- Quint.»
II. AVALOS, (Alphonse d') marquis de Gualt, héritier des biens de son cousin dont nous venons de parler, fut fait lieutenant-général des armées de Charles-Quint, (V. ce mot) en Italie. Il avoit suivi, en 1535, cet empereur à l'expédition de Tunis. Il fut chargé ensuite d'une ambassade à Venise, & quelque temps après, il fit lever le siège de la citadelle de Nice, formé par Barberouffe II & par le duc d'Enguien. en 1543. Ce dernier général le batit l'année suivante, 14 avril 1544, dans la fameuse journée de Cérifoles, où il prit des premiers la fuite. Le meurtre de Frégofe & de Rinçon, envoyés de François I, affaffinés, en 1542, dans une embuscade, lui faisoit apprehender de tomber entre les mains des François. Il craignoit qu'ils ne le traitaffent comme lui-même il les auroit traités : « Car deux jours avant que de partir de Milan, dit Brantôme, pour aller livrer cette bataille, (de Cérifoles) il brava fort, & menaça de tout battre, vaincre & renverfer; dont en ayant fait un festin aux dames de la ville, car il étoit fort dameret, s'habillant toujours fort bien, & se parfumant fort, tant en paix qu'en guerre, jusqu'aux felles de ses chevaux. — On dit même qu'il avoit fait faire deux charrettes toute pleines de menettes, qui se trouverent par après, pour enchainer & faire des esclaves tous les pauvres François qui feroient pris, & aussitôt les envoyer aux galères. Il arriva le contraire à son penser & dire : car il perdit la bataille, & au lieu de maltraiter les prisonniers ennemis, les nôtres lui firent très-honnête & bonne guerre. » Ces menettes, & ce dessein d'envoyer aux galères des prisonniers de guerre, ne pouvoit guères entrer dans la tête d'un officier, qui devoit connoître quelles étoient les lois militaires chez les nations de l'Europe; mais Avalos s'étoit montré capable de concevoir les violences les plus atroces, & plus capable encore de les exécuter. Le même Brantôme raconte qu'il s'arracha la moitié de la barbe, de dépit & de tristesse; & que ses équipages ayant été pris, son bouffon difoit aux soldats qui les fouilloient : Cherchez bien, vous ne trouverez pas ses éperons, il les a pris avec lui. Il mourut le 31 mars 1546, à 42 ans.
AVANTIN, Voyez AVENTIN.
AVANTIO, (Jean-Marion) né en 1564, se fit admirer à Ferrare & à Rovigo par l'étendue de ses connoissances dans le Droit. Mais son frère ayant été affaffiné dans cette dernière ville, & ayant couru grand risque de l'être lui-même, il se retira à Padoue, où il mourut le 2 Mars 1622. On a de lui, en manuscrit, Concilia de rebus civilibus & criminalibus, & une Histoire ecclésiastique depuis Luther. Ses ouvrages imprimés font : I. Le Satyre, Venise, 1587. II. Les Larmes de Jacob. III. Le Ver luisant, poème, Padoue, 1627. IV. Les Premières amours de Roland, poème. V. Traité de l'Accouchement. Tous ces écrits font en Italien. — Charles AVANTIO, son fils, célèbre médecin, s'est fait connoître aussi par ses Annotations sur l'ouvrage de Baptiste Fiera, qui parurent après sa mort, à Padoue, 1649, in 4.º
AVANZINI, (Joseph-Marie) né dans le territoire de Vérone, étudia la médecine à Padoue, & la professa à Florence, où il mourut en 1739. Disciple & ami du célèbre Vassini, il défendit son opinion sur l'origine des fontaines, contre les physiciens qui l'attaquerent. On lui doit encore un L'iscours sur l'utilité du chocolat, dont l'usage étoit regardé comme funeste par J. B. Felici.
AVAUX, V. MESMES, (Claude de) n° III.
AUBAIS, Charles de Bafchi, marquis d') des académies de Marseille & de Nîmes, né près de cette ville, au château de Beauvoisin, en 1686, & mort dans son château d'Aubais près de Nîmes, le 5 mars 496 A U B 1777, âgé de 91 ans, eut une vieil- leffe faine & confidérée. Son nom étoit illustre, & il l'illustra encore par ses vertus. Il aima les sciences, encouragea les favans, & forma une des plus belles bibliotheques qui fuffent en Province. Il donna à Ménard les matériaux de son re- cueil de Pièces fugitives pour l'His- toire de France, 1759, en 3 vol. in-4°, & il publia une Géographie Historique, in-8°, qui fut peu re- cherchée, parce qu'elle étoit mal digerée & quelquefois fautive. L'au- teur possédoit bien l'histoire mo- derne & les généalogies.
AUBANIE, Voyez LAUBANIE.
AUBENTON, Voyez DAU- BENTON. I. AUBERT, (S.) mort en 638, après avoir rempli pendant trente- huit ans, dans l'exercice de toutes les vertus, les fonctions d'évêque à Cambrai & à Arras, dont les sièges étoient alors réunis. Il fonda des monastères, contribua à l'cre- tion de celui de St-Vaiss d'Arras, & y transporta les reliques de ce saint. Le tombeau de S. Aubert est dans l'abbaye de son nom à Cambrai. Mabilion a publié sa Vie dans le tome 2 des Ait. Bened.
II. AUBERT, (Guillaume) né à Poitiers, se fit recevoir avocat au parlement de Paris, & mourut dans cette ville en 1601. On lui doit: I. Histoire des guerres des Chré- tiens contre les Turcs, sous Gode- defroy de Bouillon, Paris, 1559, in-4°. II. Vers au chancelier de l'Hôpital, in-8°.—Scévole de Sainte- Marche les a traduits en vers latins. III. Les Retranchemens, 1585, in-8°. C'est un recueil fait par l'auteur de ce qu'il croyoit digne de la pofté- rité. On y distingue un Traité de la connoissance de soi-même, & un Éloge du président de Thou, en vers.
III. AUBERT, (Pierre) avocat; né en 1642, & mort en 1733, laissa sa bibliothèque à la ville de Lyon, sa patrie, a condition qu'elle feroit publique. On a de lui: I. Une nouvelle édition du Dictionnaire de Richelet, en 3 vol. in-fol. 1728, que les dernières ont fait oublier. II. Un recueil de Faillums, 2 vol. in-4°, Lyon, 1710. III. Un petit roman intitulé: Retour de l'Ile d'A- mour. Il n'avoit que 16 ans lors- qu'il le publia.
IV. AUBERT, médecin de Mar- seille, devint celui des pauvres, auxquels il légua tout son bien. Il laissa dans cette ville deux établi- femens utiles; le premier fut une place de médecin à l'hôpital du Saint-Espirit, pour les émolumens de laquelle il constitua une rente de mille livres; le second fut un nouvel hôpital, à l'entretien du- quel il consacra toute sa fortune. La constitution de cet homme bien- faillant étoit foible; mais en ne vi- vant que d'alimens bouillis, il pouffa sa carrière jusqu'à 84 ans; il mourut en 1782. On fit alors découvrir son cercueil pour mouler son visage, & faire son buste placé dans l'hôpital qu'il a fondé. Aubert a publié une fivante Consultation sur la maladie noire, 1745, in-4°. V. AUBERT du BAYET, (N.)— sous-lieutenant au régiment de Bourbonnois, fit la guerre d'Amé- rique, & revint en France au com- mencement de la révolution. Il ne se montra pas d'abord favo- rable à ses principes en publiant, en 1789, un écrit violent contre l'admission des Juifs à l'état de ci- toyen; mais dès qu'il eut été élu, en 1791, par le département de l'Isère, à l'assemblée législative, il parut l'un des plus ardens no- vateurs. Aubert fit décréter que le mariage n'étoit qu'un contrat civil, dissoluble dissoluble par le divorce, que les religieuses qui fortiroient de leur monastère auroient une augmentation de pension, etc. Après l'assemblée législative, Aubert du Boyet rentra dans le service militaire, & devint successivement lieutenant-colonel du régiment de Saintonge, général de brigade & en chef. Il défendit Mayence en 1793; après la reddition de cette place, il commanda l'armée de la Moselle, & ensuite celle de la Vendée. Battu à Clifton, où il perdit huit mille hommes & ses bagages, il entra en négociation, & fut assez heureux pour arrêter l'effusion du sang dans ce malheureux pays, & y faire naître quelques jours de trêve & de paix. En 1795, Aubert étoit à la tête de l'armée des côtes de Cherbourg; l'année suivante, il fut appelé, malgré lui, au ministère de la guerre. Il sentoit qu'il étoit plus propre à commander une armée qu'à diriger ses opérations. Il le quitta bientôt pour l'ambassade de Constantinople. C'étoit depuis long-temps le but secret de son ambition. « Aussi, diroit-il, j'ai commandé les armées de la République; j'aurais pu être directeur; je suis nommé à la plus brillante ambassade de l'Europe; il ne me reste plus qu'à mourir les armes à la main, en combattant pour la liberté. » Ce dernier vœu ne fut pas rempli : il mourut d'une fièvre maligne le 17 décembre 1797. Son goût pour les plaisirs & les femmes abrégerent ses jours. Pendant son ambassade, il obtint de la Porte des distinctions honorifiques. On lui a justement reproché d'avoir fait convertir en cafernes les églises catholiques, établies à Constantinople & dans les Échelles du Levant.
AUBERTIN, (Edme) ministre de Charenton, né à Chalons-sur-Tome I. Marne, en 1595, mort à Paris en 1652, est auteur d'un livre estimé dans sa communion, sous le titre de L'Eucharistie de l'ancienne Eglise, 1633, in-fol. Cet ouvrage a été réfuté par le célèbre Arnauld, dans son livre de la Perpétuité de la Foi.
AUBERVILLIERS, Voyet I. & IV. MONTHOLON. I. AUBERY ou AUBRY, (Jean) Albericus, natif du Bourbonnois, médecin du duc de Montpensier, vivoit au commencement du dix-septième siècle. On a de lui l'Apologie de la Médecine en latin, Paris, 1608, in-8°, & l'Antidote de l'Amour, 1599, in-12. Cet ouvrage curieux & savant, fut remis sous presse à Delft, en 1663, in-12.
II. AUBERY, (Antoine) avocat de Paris, écrivain infangible, se levoit à cinq heures tous les jours, & étudioit sans relâche jusqu'à six heures du soir, qu'il alloit chez quelqu'un de ses amis. Il ne faisoit guère de visites, & en recevoir encore moins. Quoiqu'il eût prêté le serment d'avocat au conseil, il préféroit le commerce tranquille de ses livres au tumulte des affaires. Les Remarques de Vaugéas étoient son seul livre de récréation. Il mourut d'une chute, en 1695, à plus de 78 ans. On a de lui plusieurs ouvrages qui sont presque tous au-dessous du médiocre, pour le style, mais dans lesquels on trouve des recherches. Les principaux sont : I. L'Histoire des Cardinaux, en 5 vol. in-4°, 1642, composée sur les Mémoires de Naudé & de du Puy. Ce livre est très-ennuyeux, non-seulement parce que les personnages sont pour la plupart fort peu intéressants, mais parce que l'écrivain est au-dessous de ses héros. II. Mémoires pour l'Histoire du cardinal de Richelieu, 1660, en 2 vol. in-fol., & 1667, 5 vol. in-12. III. L'Histoire du même Ministre, 1660, in-fol. Les maté- riaux en font bons; mais Aubery n'étoit pas architecte. Le cardinal, que l'auteur loue sans restriction, n'y est pas peint tel qu'il étoit. « Quoique cette Histoire soit faite sur de bons mémoires, dit l'abbé Langle, elle est cependant peu esti- mée & peu recherchée. Le Clerc, qui traite l'auteur de flatteur in- supportable, a raison. Aubery a voulu faire du cardinal un trop honnête homme, il ne l'a pas fait assez politique : c'étoit néanmoins de ce côté la qu'il falloit peindre ce cardinal. » Gui-Patin, dans sa cent trente-fixième lettre à Charles Spon, parle d'une manière fort mé- présante de cette Histoire : « Ma- dame la duchesse d'Aiguillon, dit- il, fait imprimer l'Histoire de son oncle le cardinal de Richelieu, écrite sur les mémoires qu'elle a fournis, par M. Aubery; mais elle est déjà méprisée, étant trop sus- pecte pour le lieu d'où elle vient, & pour le mauvais style de ce chétif écrivain, qui, lucro adductus & adductus, n'aura pas manqué d'é- crire mercenairement, & de prof- tituer sa plume au gré de cette dame. » On dit que la Reine-mère répondit au libraire Berthier, qui lui témoignoit la crainte qu'il avoit que certaines personnes de la cour dont l'historien ne parloit pas avan- tageusement, ne lui fisent de la peine : Allez, travaillez en paix, & faites tant de honte au vice, qu'il ne reste que la vertu en France. — Aubery est un de ceux qui doutoient que le Testament publié sous le nom du cardinal de Richelieu, fût réelle- ment de lui. IV. L'Histoire du car- dinal Maçarin, 1751, en 4 vol. in-12; ouvrage encore moins es- time que le précédent. Cependant, comme cet Histoire a été faite sur les registres du parlement, dont plusieurs ont disparu depuis, il y a bien des détails qu'on cherehe- roit vainement ailleurs. Le cardinal Maçarin, dont le portrait est fardé & peu ressemblant, s'y trouve con- fondu très-fouvent parmi le grand nombre de faits qui y sont en- taillés; & où il ne joue quelque- fois qu'un rôle subalterne. V. Un Traité historique de la prééminence des Rois de France, 1649, in-4. VI. Un Traité des justes prétentions du Roi de France sur l'Empire, 1667, in-4, qui le fit mettre à la Bastille, parce que les princes d'Allemagne cru- rent que les idées d'Aubery étoient celles de Louis XIV.