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03.0 Dictionnaire historique — III – II

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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III. AUBERY, (Louis) sieur DU MAURIER, suivit son père dans son ambassade de Hollande, d'où il passa à Berlin, en Pologne & à Rome. Revenu à Paris, il acquit la faveur de la reine-mère; mais cette faveur ne lui servant de rien pour s'avancer, il se lassa d'être courtisan, & ne voulant plus être que philosophe, il alla jouir du repos dans ses terres : il y mourut en 1687. On a de lui des Mémoires pour servir à l'histoire de Hollande, 2 vol. in-12, que tous les histo- riens ont cité & citent encore, quoique les vérités qu'ils renfer- ment aient déplu aux Hollandois. — Son petit-fils a donné, en 1737, des Mémoires de Hambourg, in-12; qui sont aussi de lui. On lui doit encore une Relation de l'exécution de Cabrières & de Mérindol, Paris, 1645, in-4. I. AUBESPINE; (Claude de l') baron de CHATEAU-NEUF sur Cher, d'une famille originaire de Bourgogne, fut secrétaire d'état, & employé dans différentes affaires importantes, sous François I, Henri II, François II & Charles IX. Il servit l'état jusqu'au dernier mo- ment de sa vie; car la reine Ca- cherine de Médicis, qui prenoit son conseil dans toutes les occasions, ulla le consulter au chevet de son lit le jour de la bataille de Saint- Denis. Il mourut le lendemain, en 1567, martyr du patriotisme. C'étoit le bouleversement des af- faires de l'état, qui avoit causé sa maladie. Il vécut & mourut dans les orages de la cour.
II. AUBESPINE, (Gabriel de l') fils de Guillaume, ambassadeur en Angleterre, fut le successeur d'un de ses parens dans l'évêché d'Or- léans, en 1604. Il joignit aux études d'un savant laborieux, le zèle d'un pasteur vigilant. Il fut employé, comme son père, dans plusieurs affaires intéressantes; & mourut à Grenoble le 15 août 1630, âgé de 52 ans. On a dit lui: I. De ve- teribus Ecclesiæ ritibus, in 4°, en 1627. Cet ouvrage respire l'éru- dition la plus profonde, & la con- noissance la plus vaste des anti- quités ecclésiastiques. II. Un Traité de l'ancienne police de l'Eglise, sur l'administration de l'Eucharistie, très-savant. III. On a encore de lui des Notes sur les Conciles, sur Tertullien, & sur Optat de Mileve.
III. AUBESPINE, (Charles de l') marquis de CHATEAU-NEUF, frère du précédent, né à Paris en 1580, remplit diverses ambaffades avec une distinction qui lui mérita les sceaux en 1630. Il présida, deux ans après, au jugement du maréchal de Marillac, & à celui du duc de Montmorenc. Le cardinal de Riche- lieu, qui lui avoit procuré les sceaux, les lui fit ôter le 25 fé- vrier 1633. On n'a jamais bien su la raison de cette disgrace: les uns prétendent qu'il dansa aux vio- lons pendant une maladie qui mit ce ministre à l'extrémité; les autres disent, que l'amour que la duchesse de Chevreuse avoit pour Château-neuf, excitoit la jalouise du cardinal, qui n'avoit jamais pu s'en faire aimer. Quoi qu'il en soit, le garde des sceaux fut mis en prison l'an 1633: (Voyet II. JARS.) Anne d'Auriche l'en tira deux ans après, au com- mencement de sa régence. Elle lui rendit les sceaux en 1650; mais des l'année suivante on fut obligé de les lui reprendre, parce que cet homme impérieux, loin d'avoît de la déférence pour le cardinal Ma'arin, ne cessoit de le décrier & de cabaler contre lui, Château-neuf mourut en 1653, âgé de 73 ans. C'étoit un grand ministre, un né- gociateur habile; mais son orgueil étoit extrême. On a dit de lui, « qu'il avoit plutôt les manières d'un grand-vifir que d'un ministre de la cour de France. » Indépen- damment de Gabriel de l'Aubespine, il avoit un autre frère dont la pos- térité subiste.
IV. AUBESPINE, (Magdelène de l') fille de Claude de l'Aubespine et tante du précédent, épousa Nico- las de Neufville de Villeroi, secré- taire d'état. Son esprit & sa beauté la rendirent un des ornements de la cour de Charles IX, de Henri III & de Henri IV. Ronfard la célébra dans un fonnet, où il lui confaille « de substituer les Lauriers qu'elle a mérités, à l'Aubespine qui compose son nom. » Elle mourut à Villeroi en 1506. Bertaud, évêque de Seès, fit son épitaphe. On lui attribue une Traduction des Epitres d'Ovide, & d'autres ouvrages en vers & en prose.
AUBETERRE, V. BOUCHARD & I. LUSSAN.
AUBIGNAC, Voyet HÉDELIN.
AUBIGNÉ, (Théodore- Agrippa d') né en 1550 à Saint- Maury, près de Pons, dans la Saintonge, d'une famille noble & ancienne, fit des progrès si ra- pides sous les habiles maîtres qu'on I i 2 lui donna, qu'à huit ans il traduisit le *Crison de l'Iaton*. Son père, qu'il perdit dès l'âge de 13 ans, ne lui ayant laissé que son nom & des dettes, le jeune orphelin crut que l'épée l'avanceroit plutôt que la plume. Il s'attacha à *Henri* roi de Navarre, qui le fit gentilhomme de sa chambre, maréchal de camp, gouverneur de l'île & du château de Maillezais, vice - amiral de Guienne & de Bretagne, &, ce qui valoit encore mieux, son favori. D'Aubigné perdit sa faveur par le refus qu'il fit de servir les passions de son maître, & sur-tout par une inflexibilité de caractère que les rois n'aiment pas, & que les particuliers souffrent avec peine. On fait que l'ingratitude n'étoit pas le vice de *Henri IV*; mais ce prince, obligé de se concilier par ses bienfaits les seigneurs Catholiques, se voyoit souvent forcé de priver ses plus anciens serviteurs des récompensés qu'ils méritoient. D'Aubigné mécontent du roi quitta la cour; aussitôt *Henri IV* lui écrivit quatre lettres consécutives pour le forcer à revenir; d'Aubigné fut inexorable; mais ayant appris que sur la fausse nouvelle qu'il avoit été fait prisonnier au siège de Limoges, le roi avoit pris plusieurs bagues à la reine pour payer sa rançon, il fut touché de cette preuve d'attachement, & il revint à la cour; il y faisoit souvent des plaintes du monarque. Couchant dans la garderobe du roi, il dit un soir à la Force qui dormoit à côté de lui: *La Force, notre maître est le plus ingrat mortel qu'il y ait sur la terre!* — *La Force*, qui fumeilloit, lui demanda ce qu'il disoit? — *Sourd que tu es*, cria le roi, que l'on croyoit bien endormi, il te dit que je suis le plus ingrat des hommes. — *Dormet*, *SIRÉ*, lui répondit d'Aubigné, nous en avons encore bien d'au vers à dire! « Le lent demain, dit d'Aubigné dans son Histoire, le roi ne me fit pas plus mauvais visage; mais aussi, il ne me donna pas un fou de plus » — *Ségur*, chef du conseil d'*Henri IV*, rapporta à ce prince plusieurs propos libres de d'Aubigné; il fut question de l'exiler. Cependant d'Aubigné eut la confiance de se présenter devant *Henri IV*, & de lui dire: *Mon maître, je suis venu pour savoir quel est mon crime; & si vous voulez payer mes servicés en bon prince, ou en vrai tyran.* — *Vous savez bien*, lui répondit le roi, que je vous aime; mais *Ségur est irrité contre vous*; réconcilier-vous avec lui. D'Aubigné l'alla trouver, & l'effraya si fort par ses reproches menaçans, que *Ségur* courut dire au roi: *SIRÉ*, d'Aubigné est plus homme de bien que vous & moi. — *Henri* lui par-donnoit tout, parce qu'il étoit sûr de sa fidélité. Quoiqu'il eût refusé de le suivre au siège de Paris, ce prince mit sous sa garde le cardinal de Bourbon, reconnu roi de France par la Ligue. En vain *Duplessis-Mornai* allégua les sujets de plaintes que d'Aubigné avoit contre la cour. *La parole de d'Aubigné mécontent*, répliqua le roi, vaut la reconnoissance d'un autre. Cependant d'Aubigné finit par éprouver que l'extrême franchise déplaît aux meilleurs rois. Il quitta la cour, & ensuite le royaume, pour se réfugier à Genève, où il mourut en 1630 à 80 ans. Cette république l'avoit comblé d'honneurs & de distinctions. Il y avoit épousé une veuve d'une famille distinguée, & qui consentit à unir son sort au sien, quoique pour éprouver ses sentimens, d'Aubigné lui eût fait accroire qu'il n'avoit plus aucune ressource en France, & qu'il y étoit condamné à mort. La générosité de les sentimens égaloit son courage. Henri IV lui reprochoit son amitié pour la Trémouille, exilé & disgracié. SIRE, lui répondit d'Aubigné, la Trémouille est assez malheureux d'avoir perdu la faveur de son maître; pourrois-je lui refuser mon amitié, dans le temps qu'il en a le plus besoin? Le principal ouvrage de d'Aubigné est son Histoire universelle depuis 1550 jusqu'en 1601, avec une Histoire abrégée de la mort de Henri IV, en 3 vol. in-fol., imprimée à Saint-Jean d'Angeli, quoique le titre porte à Maillé, 1616-18-20; & réimprimée en 1626, avec des augmentations & des corrections. La première édition, faite à Maillé, étant très-fatyrique, est la plus recherchée, quoique moins ample que la seconde. La Préface de cette Histoire est digne de Tacite, si ce n'est quant au style, souvent trop ampoulé; du moins quant aux pensées, pleines de noblesse & de hardiesse. A peine le premier volume étoit-il répandu, que le parlement de Paris le fit brûler, comme une production où les rois, les reines, les princes & les princesses étoient non-feulement peu ménagés, mais quelquefois outragés. Henri III y joue un rôle qui inspire le mépris & l'horreur. On y conte, sur son caractère & sur ses mœurs, mille particularités curieuses, dont quelques-unes sont vraies, & plusieurs sont fausses. Le détail des opérations de guerre, qu'on trouve dans cette Histoire, est ce qu'il y a de mieux: (Voyez SAINT-CIR.) L'auteur parle en soldat & en capitaine; mais c'est souvent en soldat emporté, & en capitaine enthousiaste. Son style guindé, plein de métaphores, d'expressions triviales & rampantes, étoit plus digne d'un pédant de son fêcle que d'un homme de guerre. Il aimoit sur-tout l'antithèse. Qu'on en juge par cette phrase, choisie entre mille autres: On est venu, dit-il, des ergos aux fagots, puis des argumens aux armemens. La première partie, sur les guerres du prince de Condé & de l'amiral, ainsi que la seconde qui commence peu avant la Saint-Barthélemi jusqu'aux premiers exploits de la Ligue, sentent un peu l'âbrégé. Mais la troisième, jusqu'à la paix de Henri le Grand, est plus ample & plus correcte. On a encore de lui: I. Les Tragiques, 1616, in-4.º & in-8.º II. Petites Œuvres mêlées, (Poésies) à Genève, 1630, in-8.º III. La Confession de Sancy, satyre amère de ce seigneur, auquel il donne le rôle de Mercure de Henri IV. Il y a du sel & de l'esprit dans cette pièce, qui se trouve à la suite du Journal d'Henri III, par l'Etoile; les allusions en sont fines, & la plaisanterie assez délicate. Son Baron de Faneffe, 1731, in-12, vaut beaucoup moins; il est plein de grossièretés. Ses Mémoires écrits par lui-même, avec une liberté qui, dans quelques endroits, passeroit à présent pour licence, ont été imprimés en 1731, avec l'Histoire de Mad. de Macy & les Mémoires du duc de Bouillon, 2 vol. in-12, qui se relient en 1.—Constant D'AUBIGNE, père de Mad. de Maintenon, étoit fils d'Agrippa. Voyez SIBILOT.
AUBIGNY, Voyez STUART (Robert) & MONTIGNY. I. AUBIN, (St.) Breton d'origine, fut élu évêque d'Angers par le choix unanime du clergé & du peuple. Il assista en 538 au concile d'Orléans, où il fit renouveler le canon du concile d'Eponz I i 3 502 A U B qui défendoit les mariages entre proches parens. Il mourut le 1er mars 549, à 81 ans. — Le roi Childebert fonda dans la ville d'Angers l'abbaye de Saint-Aubin, où l'on transporta les reſtes de ce saint évêque. — II. AUBIN, (N.) fille d'un officier François reſugié à Londres, naquit dans cette ville, & chercha dans ſes écrits une reſource contre l'indigence. Après avoir publié quelques romans qui n'eurent pas un grand ſuccès, elle quitta le profane pour le ſacré, & compoſa des ſermons. N'ayant trouvé perſonne à qui les vendre, elle s'aviſa de les prêcher elle-même, & d'attacher une rétribution au plaiſir de l'entendre. Cette nouveauté lui attira un grand nombre d'auditeurs qui lui ſournirent une ſomme aſſez conſidérable pour lui aſſurer un peu d'aïance & des jours heureux. Mad. Aubin mourut à Londres vers le milieu du ſiècle qui vient de finir.
AUBIN, (St.) Voy. GUEDIER.
AUBONNE, (le baron d') Voy. MAYERNE.
AUBREY, (Jean) Albericus, né en Angleterre l'an 1626, peut être compté parmi les hommes qui, pour avoir cultivé les lettres, n'en ont pas été plus heureux. Il perdit tout le bien que lui avoit laiſſé ſon père, par des procès qu'on lui intenta. Il fit naufrage en 1660, en revenant d'Irlande, & manqua de périr. Il ſe maria l'angee d'après; mais ſa femme lui fit peu d'honneur, & lui procura ſi peu de plaiſir, qu'il auroit voulu cacher ſes liens à tout le monde. Sur la fin de ſes jours, il fut heureux de trouver un aſſie chez une dame, qui eut la générosité de le lui offrir. Il mourut à Oxford, l'an 1700. On a de lui : I. La Vie de Hobbes; en anglois, & publiée enſuite en latin, par le médecin Richard Blackbourn, 1682, in-4.º II. Une Hiftoire naturelle de la province de Surrey, en anglois; ſous ce titre : Promenade de la province de Surrey; ouvrage plein de recherches. III. Mélanges ſur divers ſujets, 1721, in-8º; dans leſquels il traite de la fatalité des jours & des lieux, des préſages, des ſonges, &c. Il s'y montre fort crédule & fort ſu-perſtitieux.
AUBRIET, célèbre deſſinateur d'hiftoire naturelle, fit briller ſon talent vers la fin du 17e ſiècle. Ceſt d'après ſes deſſins qu'ont été gravées les planches du Botanicon Parſiſenſe de Vaillant. On a réuni en 4 vol. in-fol. ce que cet artille avoit fait de mieux en plantes & en papillons.
AUBRIOT, (Hugues) intendant des finances & prévôt de Paris ſous Charles V, étoit natif de Dijon, & frère de Jean Aubriot, évêque de Châlons-ſur-Saône. Il décora Paris de pluſieurs édifices, pour l'utilité & pour l'agrément. Il fit bâtir la Baſtille en 1369, pour ſervir de fortereſſe contre les Anglois, le pont Saint-Michel, le petit-Châtelet, les murs de la porte Saint-Antoine, &c. Aubriot fut la victime de ſon zèle pour l'ordre public. Ayant fait arrêter des écoliers inſolens, l'université, dont les privilèges étoient alors exceſſiſs, ſe déchaina contre lui; & avec l'appui du duc de Berri, elle lui fit faire ſon procès ſous prétexte d'hérèſie, & le fit renfermer à la Baſtille. Des ſéditieux, nommés Maillotius, l'en tirèrent en 1381, pour le mettre à leur tête; mais Aubriot les ayant quittés dès le ſoir même, préféra ſa patrie aux cabales. Il mourut l'an 1382, en Bourgogne où il s'étoit retiré.
AUBRUSSEL, Voyet LAUBRUSSEL. I. AUBRY, (Jean) prêtre, né à Montpellier, docteur en droit, abbé de Notre-Dame de l'Affomption, fit une étude particulière de la chimie. Décoré du titre de médecin ordinaire du roi, il exerça son talent à Paris en 1658—59 &—60. Il avoit voyagé en Orient pour convertir les Infidèles. Peu content des succès qu'il avoit eus sur les ames, il revint en France pour traiter les corps. Il annonça, en 1664, l'admirable quintessence de Raimond Lulle, dont la propriété étoit de rafraîchir les échauffés & d'échauffer les trop rafraîchis, de même que le soleil qui dessèche la terre, fond la cire. — Gui-Patin, témoin de l'enthousiasme qu'il avoit inspiré aux imbéciles, en parle comme d'un misérable charlatan, MERUS ET IGNARUS NEBULO, qui avoit été ci-devant compagnon chirurgien, puis moine, & qui enfin s'étant défroqué, est demeuré prêtre séculier fort débauché. Il eut cependant beaucoup de vogue, & il dit lui-même qu'il étoit visité par des princes souverains, des nonces, des ambassadeurs, des évêques, &c. Cet homme à prodiges mourut vers 1667, laissant plusieurs ouvrages, qui se sentent de l'esprit rabbinique du Talmud. Peu de temps avant sa mort, il publia une brochure de huit pages in-4°, qui commence par ces mots : AU PUBLIC. A l'honneur & gloire de Dieu, à l'exaltation de la Sainte Vierge & de toute la Cour céleste, je commencerai la trompette de l'Évangile, &c. Les livres fuivans ne font pas moins singuliers par leur titre emphatique : I. La Merveille du monde, ou La Médecine véritable ressuscitée, Paris 1665, in-4.° II. La Triomphe de l'Arché, & le désespoir de la Médecine, ibid. 1656, in-4.° Ces deux ouvrages réunis ont paru sous ce titre : La Médecine universelle & véritable pour toutes sortes de maladies les plus désespérées, in-4.° III. Abrégé des secrets de Raimond Lulle, in-4°, &c. — On voit par ces différens ouvrages, dit Nicéron, que c'étoit un visionnaire rusé qui cherchoit à en imposer aux simples par des apparences de piété & de religion.
II. AUBRY, médecin, Voy. 1: AUBERY.
III. AUBRY, (Jacques-Charles) digne émule de Cochin & de Normans, fut reçu avocat au parlement de Paris sa patrie en 1707, & plaida avec le plus grand succès. Il seroit à souhaiter que ce célèbre avocat eût écrit ses Plaidoyers en entier, & que nous en eussions un bon recueil : ce seroit un répertoire très-propre pour former à l'éloquence. Son principal talent étoit l'art de manier l'ironie. On a de lui un grand nombre de Consultations & de Mémoires imprimés, mais épars dans différentes bibliothèques. Ceux qui ont fait le plus de bruit, font : I. Les deux Consultations pour Soaten, évêque de Senez, la première sous-crite de vingt avocats, & la seconde de cinquante. II. Deux Mémoires pour les Ducs & Pairs, contre le comte d'Agénois, depuis duc d'Aiguillon, &c. Ses manières aimables & obligeantes, une modestie qui est ordinairement le partage des hommes supérieurs, & le plus parfait désintéressement dans l'exercice de sa profession, donnèrent un nouveau lustre à ses talents. Une maladie violente l'emporta le 22 octobre 1739. Il étoit âgé de 51 ans, & se disposoit à I i 4 304 A U B renoncer aux fonctions de la plaidoirie, pour se consacrer uniquement à celles de la consultation. Il a laissé deux fils & une fille. Son fils aîné embraça la profession de son père, & s'y distingua comme lui. Le dernier de ses enfans, qui s'étoit consacré à l'état militaire, en 1740, mérite une place honorable parmi les hommes utiles à la patrie. Il fit dans le régiment de Lyonnois plusieurs campagnes, tant en Allemagne qu'en Italie, & il y donna des preuves d'intrépidité. S'étant trouvé compris dans la réforme faite après la guerre, il obtint un brevet de capitaine des troupes du roi dans les Colonies. Il conduisit à la Nouvelle-Orléans 130 hommes de recrue. Son mérite fut bientôt connu dans la colonie, où le gouverneur le chargea de plusieurs opérations importantes. La guerre s'étant allumée entre les François & les Anglois, il signala sa valeur dans plusieurs occasions, & mérita la croix de chevalier de Saint-Louis & le titre de commandant. Il revenoit en France, lorsque son vaisseau fit naufrage le 18 février 1770, pour ainsi dire, en entrant dans le port.
IV. AUBRY, (N.) peintre, né à Versailles, copia dès sa jeunesse beaucoup de portraits à la Surintendance, se perfectionna dans ce genre, fut reçu en 1774 à l'académie de peinture, & se plut à représenter des groupes de famille, & des scènes morales & douces. Son tableau du Mariage interrompu, exposé en 1777, celui des Adieux de Coriolan à sa femme lui ont fait beaucoup d'honneur. Il est mort en 1781, à 36 ans, victime d'un chagrin profond & secret. V. AUBRY, (N.) médecin, intendant des eaux minérales de Luxeuil, a publié des Éléments de médecine sous le titre hifarre des Oracles de Cos, 1776, in-8.º Ils furent imprimés en 1781, année de la mort de l'auteur.
VI. AUBRY, (Jean-Baptiste) maître paveur à Paris, où il mourut le 20 mai 1692, donna au théâtre François deux tragédies, Démétrus & Agathocle, qui n'ont pas été imprimées. I. AUBUSSON, (Jean d') troubadour du 13e siècle, s'attacha à la fortune de Frédéric II empereur d'Allemagne, qu'il célébra dans ses vers. Millot, dans son histoire littéraire des troubadours, a conservé l'une de ses pièces.
II. AUBUSSON, (Pierre d') grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, naquit dans la Marche, d'une famille très-distinguée. Son courage se développa de fort bonne heure. Les Turcs dévastèrent alors la Hongrie. D'Aubusson suivit Albert, duc d'Autriche, gendre & général de Sigismond, & dans une bataille gagnée sur les Infiables, il rallia l'infanterie chrétienne qui plioit; il l'a ranimé tellement, qu'elle tua 18 mille ennemis, & mit en fuite le reste. Le jeune guerrier revint dans sa patrie, & se fit aimer du dauphin; fils de Charles VII. Il l'accompagna au siège de Montereau-faut-Yonne, dont ce prince avoit la direction, & y donna les mêmes preuves de valeur qu'il avoit données en Hongrie. Le dauphin s'étant ensuite révolté contre son père, d'Aubusson eut assez de pouvoir sur son esprit, pour le porter à mettre bas les armes. Charles VII, qui eut occasion de le connoître, dit de lui, qu'il étoit rare de voir ensemble tant de feu & tant de sagesse. Le récit des beaux exploits de Huniade, & des A U B 505 barbaries exercées par les Turcs, enflammèrent son imagination. Il alla se faire recevoir chevalier à Rhodes. En 1457 le grand maître de *Milly* envoya d'*Aubusson*, déjà commandeur, pour implorer le secours du roi de France contre l'ennemi du nom chrétien. Il s'acquitta de cette ambaffade avec succès. A son retour, il fut élu premier bailli, & ensuite grand prieur d'Auvergne, dignité qu'il quitta en 1476, après la mort de *J. B. des Urins*, pour gouverner la Religion en qualité de grand-maître. D'*Aubusson*, à la tête de son ordre, s'occupa à le faire respecter au dehors, & à régler les affaires du dedans. Il fit fermer le port de Rhodes d'une grosse chaîne, bâtit des tours & des forts, & prépara tout ce qu'il falloit pour repousser les efforts du grand Seigneur qui menaçoit Rhodes depuis longtemps. Sa flotte parut devant l'île en 1480, forte de 160 voiles & de 100 mille hommes. Mais la vigoureuse résistance des Rhodiens, & sur-tout la valeur éclairée du grand-maître, qui y reçut cinq blessures considérables, obligèrent les Turcs deux mois après de lever le siège, laissant 9000 morts, & emmenant 1500 blessés : (*Voyt VIII. DÉMÉTRIUS.*) *Mahomet II*, l'année d'après, se préparoit à affléger de nouveau Rhodes; mais sa mort dérangea tous ses projets. *Bajazet* son fils aîné, & *Zizime* son cadet, se disputèrent l'empire : le dernier, n'ayant pu monter sur le trône de son père, demanda un allié à Rhodes. D'*Aubusson* le lui accorda en 1482, & ordonna qu'on le traitât en fils d'empereur & en roi. Au bout de trois mois, il fit passer ce prince en France, pour le soustraire aux embûches de son frère; & il le faisoit garder à vue par des chevaliers dans la com- manderie de Bourg-neuf en Poitou. Plusieurs souverains le demandèrent pour le mettre à la tête de leurs armées contre *Bajazet* : d'*Aubusson* le remit par préférence entre les mains des agents d'*Innocent VIII*. En reconnoissance, ce pape, qui avoit donné au grand-maître les noms de *Bouclier de l'Église* & de *Libérateur de la Chrétienté*, l'honora de la pourpre en 1489, & renonça au droit de pourvoir aux bénéfices de l'Ordre. *Bajazet* ne put s'empêcher de l'estimer & de le respecter. Il lui fittémoigner qu'il ne troubleroit jamais la paix, & lui donna pour gage de son amitié la main de *S. Jean* qui avoit baptisé *JESUS-CHRIST*. D'*Aubusson* n'ayant pas pu obtenir une croisade, tomba dans une mélancolie qui l'emporta le 13 juillet 1503, dans sa 81$^{e}$ année. L'Ordre n'a point eu de chef plus accompli. Sa vie avoit été celle d'un héros, & ses derniers jours furent ceux d'un saint. Le chapitre général de Rhodes ordonna que la Religion lui élèveroit, des deniers publics, un magnifique mausolée en bronze, avec une épitaphe pour consacrer ses exploits. La branche d'*Aubusson* dont étoit le grand-maître, finit en 1507. Le *P. Bouhours* publia sa *Vie* en 1677, 3a-4$^{o}$ & in-12.
III. AUBUSSON, (François vicomte d') duc de la *F. willade*, pair & maréchal de France, descendoit de la même famille, mais d'une autre branche que celle du grand-maître. Il se distingua à la bataille de Rhétel en 1650, aux sièges de Moufon, de Valenciennes, de Landrecis, & à celui d'Arras en 1654, où il força des premiers les retranchemens des ennemis. Il ne signala pas moins sa valeur au combat de Saint-Gothard contre les Turcs en 1664. Il suivit 506 A U B le roi à la conquête de la Franche-Comté en 1674. Il emportà le fort Saint - Étienne l'épée à la main. C'est lui qui ayant acheté l'hôtel de Senneterre, le fit abattre, & y fit élever en 1686 une statue pédestre de Louis le Grand, dans une place qui fut appelée des Victoires. L'abbé de Choisi dit que le maréchal de la Feuillade vouloit acheter une cave dans l'église des Petits-Pères, & qu'il prétendoit la pouffer sous terre jusqu'au milieu de cette place, afin de se faire enterrer précisément sous la statue de Louis XIV. C'est une plaisanterie de cet écrivain. Il aurait dû se souvenir, que si la Feuillade n'étoit pas un Turenne, il n'étoit point aussi, suivant l'expression d'un auteur ingénieux, de ces courriſans inuilles à l'état, qu'on devroit enterrer aux pieds de la statue de leur maître, dans la place publique consacrée à l'idole qu'ils ont encensée & peu ſervie. Il mourut ſubitement en 1691, & n'eut que le temps de s'écrier : Que n'ai-je fait pour Dieu, ce que j'ai fait pour le Roi ! — Le duc de la Feuillade (Louis) ſon fils, maréchal de France comme lui, mourut en 1725, ſans laisser de poſtérité. C'étoit un des hommes des plus brillans & des plus aimables de France, & quoique gendre du miniſtre Chamillart, il avoit pour lui la faveur publique. Ce fut en partie ce qui le fit choiſir pour combattre le duc de Savoie. Il mit le ſiège devant Turin, le 13 mai 1706. Il avoit, dit-on, formé le projet de ſe ſaiſir de la perſonne du duc. Ce prince ſortit de la ville avec quelques troupes de cavalerie pour lui donner le change. La Feuillade ſe détacha en effet du ſiège, pour courir après le duc, qui, connoiſſant mieux le terrain, échappa facilement à ſes pourſuites. La conduite du ſiège de Turin ne put qu'en ſouffrir. Pluſieurs hiſtoriens ont aſſuré qu'il ne vouloit point prendre cette ville. Ils prétendent qu'il avoit juré à la ducheſſe de Bourgogne, dont ils le ſuppoſent amoureux, de reſpecter la capitale de ſon père. Ils aſſurent que cette princeſſe engagea Mad. de Maintenon à prendre toutes les meſures qui furent le ſalut de cette ville. Il eſt vrai que tous les ofſiciers de ſon armée en ont été long-temps perſuadés; mais c'étoit, dit le P. d'Avrigny, un de ces bruits populaires qui décréditent le jugement des nouvellistes, & qui déſhonorent les hiſtoriens. Il eût été d'ailleurs bien contradiétoire que le même homme eût voulu manquer Turin & prendre le duc de Savoie. Quoi qu'il en ſoit, la Feuillade prouva que le courage, l'eſprit & la figure ne ſuffiſent pas pour faire un général, & qu'il y a des qualités plus ſolides qui lui manquoient, quoiqu'il eût la préſomption d'un homme qui les avoit eues. Voy. PRESTRE n.º II & VICTOR AMÉDÉE.
IV. AUBUSSON, (George d') frère de François, archevêque d'Embrun en 1649, ambaſſadeur à Venise dix ans après, enſuite ambaſſadeur en Eſpagne l'an 1661, détermina le roi Catholique à envoyer en France le comte de Fuentes, ſon ambaſſadeur extraordinaire, pour réparer l'offense commise par le baron de Vatteville, en 1691, contre le comte d'Eſtrades à Londres. Il mourut le 12 mai 1697, évêque de Metz, & conſeiller d'état d'église. Il avoit été Jéſuite.
AUCOUR; (Jean Barbier d') Voyet BARBIER, n.º II.
AUDÉ, Voyet DAUDÉ.
AUDEBERT, (Germain) juris- conflute d'Orléans, disciple d'Al- clat, parcourut l'Italie, & fit en vers l'Éloge de Venise; cette répu- blique en reconnoissance le fit che- valier de Saint-Marc, & lui en- voya la chaîne d'or de l'Ordre, jointe à la médaille du doge. Henri-III l'anoblit, avec permis- son de porter des fleurs de lys en chef dans ses armoiries. Il mourut en 1598, âgé de plus de 80 ans. Ses Poésies latines ont été recueillies à Hanovre, en 1603, in-8.
AUDEBRAND, (Étienne) prieur du monastère du Turret en Auvergne, y reçut avec hospitalité Pierre Rogier, moine de la Chaise- Dieu, qui revenant de faire ses études à Paris, fut dépouillé par des voleurs dans une forêt voisine. Rogier touché des soins que le prieur lui avoit rendus, lui demanda quand il pourroit lui témoigner sa recon- noissance? Quand vous serez pape, lui répondit Audebrand. Cette ré- ponse fit sa fortune. Rogier devenu pape sous le nom de Clément VI, ne l'oublia pas. Il appella Aude- brand près de lui, le fit trésorier, puis camérlingue de l'église Ro- maine, évêque de Saint-Pons, & enfin archevêque de Toulouse en 1331. Audebrand honora ce choix par ses connoissances & ses vertus.
AUDÉE ou AUDIE, chef des AUDIENS, étoit de Mésopotamie. Un zèle ardent & amer le jeta dans l'erreur & dans le schisme, vers le milieu du quatrième siècle. Cet or- gueilleux attrabilaire commença par déclamer contre quelques membres de l'église qui excitoient son envie, & finit par s'en séparer. Il enfé- gnoit à ses disciples qu'on devoit célébrer la Pâque comme les Juifs; que Dieu avoit une figure humaine; & qu'il falloit donner l'absolution sans éprouver le pénitent par une longue pénitence. Il affectoit des mœurs fort austères, comme tous les chefs de sestes. Il avoit une aversion invincible pour toute espèce de condefcen- dance, qu'il appelloit du nom odieux de respect humain. Ayant trouvé beaucoup de partisans parmi les esprits faibles & les caractères inquiers, il fut exilé en Scythie, loin de ses profélytes. Il passa de là dans le pays des Goths, & s'y forma un nouveau troupeau. Il éta- blit des monastères, où la virgi- nité & la vie solitaire étoient en vigueur. Sa seste fut gouvernée après sa mort par divers évêques qu'il avoit établis & qui mouru- rent vers l'an 377. Alors les Audiens se retirerent dans des déserts, où ils vivoient pratiquant la mortifi- cation, mais toujours séparés des Catholiques.
AUDEN-AERT, (Robert Van) graveur Flamand, entreprit le voyage d'Italie pour se perfec- tionner dans son art, & y devint élève de Carle Maratte. Les sujets qu'il a gravés sont principalement d'après le Dominicain, le Bernin, Pierre de Cortone, Daniel de Vol- terre & Annibal Carrache. Il est mort à Gand, vers l'an 1660. I. AUDIFFRET, (Hercule) de Carpentras, pieux & savant général de la Doctrine-Chrérienne, oncle & maître de Fletcher, fut effacé par son disciple. Il mourut en 1619. On a de lui deux Oraiens funèbres, & des Ouvrages de piété. La chaire étoit livrée, se son temps, au style guindé des Italiens & des Espagnols. Il fut un des premiers qui s'atra- cherent à proportionner les expres- sions aux pensées & les mots aux choses : il traça ainsi la route de la véritable éloquence.
II. AUDIFFRET, (Jean- Baptiste d') gentilhomme de 508 A U D Draguignan en Provence, ou, selon d'autres, de Marseille, envoyé extraordinaire aux cours de Mantoue, de Parme, de Modène & de Lorraine, mourut à Nanci en 1733, à 76 ans. On a de lui une Géographie ancienne, moderne & historique, en 2 vol. in-4°, 1689 & 1690, & en 3 vol. in-12, 1694, qui ne contient que quelques parties de l'Europe. L'accord heureux que l'auteur fait de la géographie & de l'histoire, a fait regretter qu'il n'ait pas achevé son ouvrage.
AUDIGUIER, (Vital d') sieur de LA MENOR, terre près Villefranche de Rouergue, naquit vers l'an 1565, à Clermont. Son père étoit magistrat-royal; il le fut aussi: mais en 1590, il éprouva ce que c'est que d'avoir en main les affaires publiques. Onze ligueurs l'attaquèrent un jour, & le blessèrent dangereusement; & à peine fut-il guéri, qu'il fut blessé de nouveau avec son père par ces mêmes gens, qui soulevoient la bourgeoisie contre Henri IV. Ce n'étoit pas le moyen qu'il prit du goût à sa charge; aussi résolut-il de quitter la Gascogne, malgré les remontrances de son père qui étoit âgé, & malgré les larmes de sa mère. Son projet étoit de passer en Hollande, & de là en Hongrie; mais divers incidens dérangerent ses vues. Un domestique infidèle le vola, & comme celui de Marot, de deux chevaux il prit le bon, laissa le pire, & se retira sans dire adieu. Notre cavalier démonté demeura dans l'embarras, sans pouvoir ni retourner chez lui, ni poursuivre sa route. Son courage surmonta ce commencement de mauvaise fortune. Il se traîna comme il put à Paris, y trouva des protecteurs, s'introduisit à la cour, s'y livra aux plaisirs, & oublia en peu de temps sa première perte & ses premières résolutions. Un nouvel accident vint remplir son cœur d'amertume & son âme de douleur. Il tomba malade au milieu des délices qui l'environnoient; & à peine fut-il rétabli, qu'un troisième accident troubla sa convalescence: un faux ami l'influt, & l'appella en duel. D'Audiguier eut le malheur de blesser son homme, & ce coup qui méritoit selon lui un loyer honorable, l'obligée de fuir. Il erra long-temps, dépença beaucoup, s'endetta, se vit réduit à l'indigence, & perdit ses amis. Il surmonta de nouveau sa mauvaise fortune; mais un crime dont on l'accusa, le fit mettre en prison. Il se justifia, eut de nouvelles aventures, & fut, dit-on, assassiné vers l'an 1630. Sorel dans sa Bibliothèque, donne une liste ennuyeuse de ses ouvrages, dont on auroit bien pu se passer. Il écrivit en vers & en prose, & cela lui réussit si mal, que s'il eût eu des enfans, il les auroit déshérités, en cas qu'ils eussent voulu marcher sur ses traces. Il publia des Romans & des Livres de piété: il traduit de l'espagnol les Nouvelles de Cervantes, Paris, 1613; fit un Traité de la conversion de la Magdeleine; des Poésies oubliées, 1606 & 1614, où l'on trouve de l'harmonie, & quelques étincelles parmi beaucoup de fumée; & l'Ufage des Duels, 1617, in-8°
AUDOENUS, V. OUEN (S.) & OWEN.
AUDOVÈRE, reine de France, & première femme de Chilpéric, venoit de lui donner un quatrième enfant lorsque la jeune Frédégonde, l'une de ses suivantes, lui conseilla de tenir cet enfant sur les fonds de baptême dans l'absence du roi. Audovère crut sa favorite, & que devenant doublement mère de Chel- desinde, elle en feroit plus chère à fon époux. A peine celui-ci étoit- il de retour, que l'évêque lui an- nonça qu'ayant contracté avec Au- dovère une alliance spirituelle, il ne pouvoir plus la garder pour femme. Chilpéris, déjà touché de la beauté de Frédégonde, répudia la reine, & épousa sa rivale. Audovère fut ren- fermée dans un monastère où l'on dit que Frédégonde la fit étrangler vers l'an 580.
AUDOUL, (Gaspard) né en Provence, se rendit dès sa jeunesse à Paris, y suivit le barreau, & devint membre du conseil de la mai- fon d'Orléans. Il publia, en 1708, un Traité de l'origine de la Régale, & des causes de son établissement. Il y com- bat avec vigueur Bellarmin & Baro- nius. Cet ouvrage a été censuré par un bref du pape Clément XI, en 1710; & cette condamnation lui donna quelque célébrité. L'auteur mourut bientôt après.
AUDRA, (Joseph) né à Lyon en 1714, se consacra à l'état ecclé- fiastique, & devint professeur de philosophie dans sa patrie. Lié d'amitié avec l'intendant la Micha- dière, il travailla avec lui à un état de la population de la géné- ralité de Lyon, qui parut sous le nom de Mézence, secrétaire de l'in- tendance. L'abbé Audra, nommé en 1769 professeur d'histoire au collège de Toulouse, remplit cette chaire avec distinction. Il y donna le premier volume d'une Histoire générale qui lui fit perdre sa place & causa sa mort. Un mandement de l'archevêque de Toulouse con- damna l'ouvrage comme rempli de maximes philosophiques & erro- nées. Le chagrin qu'en conçut l'au- teur lui donna un transport au cer- veau, qui l'emporta en vingt-quatre heures, le 17 septembre 1770. Voltaire écrivoit à l'abbé Audra sur cette histoire : « D'Alembert est bien content de votre abrégé sur l'histoire générale. Quelques fan- tiques n'en sont pas si contens; mais c'est qu'ils n'ont ni esprit ni mœurs. — A l'égard de votre sage- hardesse, vous n'avez donc rien à craindre : il n'y a pas un mot dans votre écrit sur lequel on puisse vous inquiéter. On sera fâché; mais comme les plaideurs qui ont perdu leur procès. Vous avez d'ailleurs un archevêque qui pense comme vous, qui est prudent comme vous, & qui sera bientôt de l'académie. » Cet archevêque étoit M. de Brienne. L'abbé Audra avoit fait à Toulouse les démar- ches les plus actives pour faire re- connoître l'innocence de Sirven; ce qui lui avoit obtenu l'amitié & la correspondance de Voltaire. « Vous avez dû recevoir, lui disoit-il, le factum des dix-sept avocats du par- lement de Paris en faveur de Sir- ven : il est très-bien fait. Mais Sirven vous devra beaucoup plus qu'aux dix-sept avocats, & vous aurez fait une action digne de la philoso- phie & de vous. » La mort de l'abbé Audra fut un des plus grands chagrins de Voltaire. Elle lui arra- cha encore des larmes, dit son éditeur, quelques jours avant sa mort. Voy. la note sur le soixante- deuxième chapitre de l'Essai sur l'Histoire générale. I. AUDRAN, (Girard) naquit à Lyon, en 1640, d'un graveur. Son père lui donna les premières leçons de son art. Ses talens se perfectionnèrent à Rome, dans un séjour de deux ans. Revenu à Paris, le Brun le choisit pour graver les ba- tailles d'Alexandre, ouvrage digne de ce héros, qui immortalisé éga- lement le Brun & Audran. On a encore de lui de grands morceaux gravés d'après le Pouffin, Mignard 510 AUD & autres. Tous ses ouvrages sont remarquables par la correction du deffin, la force de son burin, le grand goût de sa manière. Ses plus belles pièces, après les Batailles d'Alexandre, sont six feuilles de la coupole du Val-de-Grace, gravées sur les deffins de Mignard. Il mourut à Paris en 1703, âgé de 63 ans, avec la réputation d'être le plus célèbre graveur qui ait jamais exifté dans le genre de l'histoire.
II. AUDRAN, (Claude) parent du précédent, né à Lyon comme lui, mourut à Paris en 1684, à 42 ans, professeur de l'académie de peinture. Il fut employé par le Brun dans plusieurs ouvrages, & fur-tout dans les quatre grands tableaux des Batailles d'Alexandre. Il étoit peintre d'histoire, & il ne faut pas le confondre avec Claude, son neveu, né à Lyon en 1658, peintre en décoration. Le principal ouvrage de ce dernier est le Recueil des douze mois de l'Année, caractérisés par les Divinités qui y prétendent. Il mourut en 1734, peintre & dessinateur du Roi. Il étoit fils de Germain Audran, graveur de Lyon & frère de Jean qui fuit. — Il avoit deux autres frères, Benoit & Louis. Benoit fut le plus célèbre des deux. C'est de lui que font les sept Sacremens du Pouffin. Il étoit né à Lyon en 1661, & il mourut, en 1721, à Louzouer, diocèse de Sens, où il avoit acheté une maison de campagne.
III. AUDRAN, (Jean) célèbre graveur, né à Lyon en 1667, mort aux Gobelins, en 1756, à 89 ans. Il est principalement connu par l'Enlèvement des Sabines, qu'il a gravé d'après le Pouffin; par le Pêche des Disciples, & la Résurrection du Lazare, peintes par Jouvenet à Saint-Martin-des-Champs; par le Couronnement de la reine Marie de Médicis, & le Départ d'Henri IV pour l'Allemagne, retracés à la galerie du Luxembourg, & par le morceau de la galerie de Versailles, où l'on voit la Hollande acceptant la paix, & se détachant de l'Allemagne & de l'Espagne. Il y a eu plusieurs autres peintres & graveurs dans cette famille. Jean Audran laissa deux fils; Benoit, graveur comme lui, mort sans postérité le 8 janvier 1772, & Michel, entrepreneur des tapisseries de la couronne, qui eut deux fils, dont l'un lui succéda, & l'autre fut conseiller au Châtelet. Voyez LONGUS.
AVED, (Jacques-André-Joseph) fils d'un médecin de Douai, naquit le 12 janvier 1702, & mourut à Paris le 4 mars 1766. Il resta orphelin dès l'enfance. Les estampes du célèbre Bernard Picart frappèrent sa vue & décélèrent son goût pour la peinture. Après avoir parcouru la Flandre, il vint à Paris en 1721, puiser dans les leçons des meilleurs artistes les principes dont il avoit besoin. Il entra chez le Bel, de l'académie royale de peinture; il eut pour amis, Carles Vanloo, Boucher, Chardin & Dumont le Romain, jeunes élèves comme lui. Ils le dévancèrent & l'attirèrent à l'académie; il n'avoit que 27 ans lorsqu'il y fut agrégé, en 1729. Il fut reçu en 1734. Alors sa réputation s'étendit; & l'ambassadeur de la Porte M'hémée-Effendi, voulant offrir son portrait à Louis XV, choisit Aved comme le meilleur peintre. Le portrait fut agréé du roi & admiré du public. Le succès qu'eut ce tableau, lui procura bientôt après l'honneur de peindre le roi lui-même, qui l'avoit fait appeler à la cour. Aved avoit le secret, si rare, de rendre dans ses portraits, non-seulement la figure, mais encore le génie, le caractère, les talens, les habitudes de la personne qu'il peignoit. A la qualité de bon peintre, il joignoit celle d'honnête homme; il étoit d'un caractère aimable, franc & généreux: il a fait tout le bien que sa fortune lui a permis de faite. Il laissa un cabinet de tableaux précieux.
AVEILLON, (Jean-Joseph) fils d'un procureur du roi, de l'élection de Lyon, entra dans la congrégation de l'Oratoire, & y publia les Conférences qu'il avoit faites à Paris, pendant qu'il étoit supérieur de sa maison. On lui doit encore des Méditations pour les séminaires & pour les gens du monde. Aveillon étoit ami de Boffuet. Il mourut à Paris le 29 mai 1713, à l'âge de 83 ans.
AVEIRO, (Joseph Maçcarenhas, duc d') étoit un des plus grands feigneurs de Portugal, par sa naissance, par ses biens & par son crédit. Sa maison avoit pour tige, George, fils naturel de Jean II dit le Grand. Aussi se vantoit-il, dit-on, « qu'il n'avoit qu'un seul degré à franchir pour monter au trône. » Il étoit sur-tout puissant pendant le règne de Jean V. L'avènement de Joseph I au trône, ayant diminué sa faveur, il conçut le dessein d'attenter sur sa personne. Il tâcha de gagner ceux qui pourroient avoir des mécontentemens de la cour, & de les envenimer par les calomnies les plus atroces. Dans ces circonstances, les Jésuites perdirent l'emploi de confesseurs de la cour. Le duc d'Aveiro, qui avoit été peu lié avec ces Pères, s'unit avec quelques membres de la société, & leur fit part de son projet. Les conjurés engagèrent dans ce complot la marquise Dona Eléonore de Tavora, belle-fœur du duc. Cette femme d'un esprit altier & d'une ambition démésurée, ne souffroit qu'avec peine que le titre de duc eût été refusé à son époux. Son caractère insinuant lui fit bientôt des complices de toute sa famille. Son mari, ses deux fils, ses deux filles & leurs époux, ses deux beaux-frères, leurs domestiques affidés furent confidens de ses secrets. Pour se concilier un plus grand nombre de partisans, elle pratiquoit des exercices de religion, de pèlerinage, de pénitence, sous la direction du Jésuite Malagrida. La conjuration éclata le 3 septembre 1758, à 11 heures du soir, comme le roi de Portugal revenoit de son château de Bélem, & sortoit de la porte appelée la Guenta. Trois des principaux conjurés à cheval tirèrent, sur le derrière du carrosse, deux coups de carabines; mais ces coups ne produisirent heureusement que de légères blessures. Ce prince, échappé à un si grand danger, fit rechercher les coupables. Des propos imprudens du duc d'Aveiro découvrirent son crime. On l'arrêta avec ses autres complices. Leur procès fut bientôt fait, & le 13 janvier 1759, le duc d'Aveiro & le marquis de Tavora furent rompus vifs, leurs corps brûlés, & leurs cendres jetées dans la mer. La marquise de Tavora eut la tête tranchée; & les autres coupables périrent par divers supplices. Ces terribles exécutions, & les accusations dont on chargea quelques innocens, firent tenir mille propos dans l'Europe, sur-tout par les partisans des Jésuites qui furent chassés du Portugal, comme instigateurs, ou du moins confesseurs de quelques-uns des coupables. La disgrace du marquis de Pombal, sous le ministère duquel le duc d'Aveiro, son ennemi personnel, fut exécuté, faisoit penser depuis quelques temps que ce duc étoit innocent. Cependant sa mémoire n'a pas été rétablie; 512 AVE & le nommé *Joseph - Polycarpe* de *Azevedo*, son valet-de-chambre, mort à l'hôpital-général de Lisbonne en janvier 1783, & par sentence déclaré coupable d'avoir tiré sur le roi de Portugal, a avoué en mourant à son confesseur, qu'il avoit réellement commis le crime dont il avoit été accusé, & l'a supplié de rendre, après sa mort, sa déclaration publique. (*Voy*) ce fait rapporté d'après la Gazette de France, dans le *Journal politique de Genève*, du 22 février 1783.) L'aveu de ce domestique au lit de la mort n'a pas servi à justifier son maître dans l'esprit de ceux qui, en lisant l'Histoire, ne se passionnent ni pour ni contre. Nous croyons être du nombre, & nous répéterons que le débit de ce Dictionnaire fut défendu en Portugal, parce qu'on y avoit peint *Malagrida* comme un homme qui méritoit plus les petites maisons que le bûcher; & parce qu'à la fin de l'article *AVEIRO*, on avoit dit que quelques *Écrivains* vouloient laver la mémoire des auteurs de cet attentat, & prétendoient que la plupart étoient innocens.
**AVELAR**, peintre Portugais, amaffa tant de richeffes, qu'il acheta une rue toute entière de maisons à Lisbonne, & qu'il donna lieu au proverbe local : *Riche comme Avelar*. Nous ignorons le siècle où il florissoit.
**AVELINE**, (Pierre) graveur & membre de l'académie de Paris, mort dans cette ville vers 1760, a donné plusieurs estampes estimées, d'après *Jordans*, *Boucher*, *Jouvenet*, *Watteau*, *Natoire*, *Oudry* & *Berghem*. On admire sur-tout celle qui représente la mort de *Sénèque*. **I. AVELLINO**, (S. André) né dans le royaume de Naples en 1521, commença à étudier la ju- jurisprudence; mais ayant été outragé & blessé au village par un jeune sat, il entra chez les clercs réguliers de *St-Paul* pour se faire panter; & touché de leurs soins & de leurs vertus, il demanda à les partager. *Avellino* prit l'habit de religieux en 1556, & en 1570, il fut envoyé à Milan où il obtint de *S. Charles Borrome* un établissement pour son ordre. Il mourut à Naples le 10 novembre 1708, à l'âge de 88 ans. Sa vie entièrement consacrée à la bienfaissance & à l'étude, sa charité continuelle, sa bonté inaltérable le firent canoniser par le pape *Clément XI*, le 22 mai 1712. On a recueilli, en deux volumes in-4$^{o}$ imprimés à Naples en 1732, les *Lettres* de cet homme vertueux. Ses autres *Œuvres* théologiques & morales forment 5 vol. in-4$^{o}$, Naples, 1734.
**II. AVELLINO**, (François) médecin de Messine, a publié : I. Un *Discours* contre les chimistes de son temps, Messine, 1637. II. Un autre contre ceux qui condamnoient l'usage des vœlicatoires dans les fièvres malignes. Cet écrit est en latin, ainsi que le précédent, & a été publié à Messine en 1664. — On a de *Raphaël AVELLINO* une explication d'une médaille hébraïque de *David* & d'*Abraham*, que *Fabricius* a oublié d'insérer dans son recueil d'*Antiquités Hébraïques*.
**AVENANT**, *V. DAVENANT*.
**AVENELLES**, (Pierre) avocat de Paris. *La Renaudie*, chef de la conspiration dite d'Amboise, ayant pris un appartement chez lui, le grand nombre de visites qu'il recevoit, le fit soupçonner de machiner quelque chose contre l'État. *La Renaudie* s'en ouvrit à lui; mais *Avenelle*, épouvanté de l'entreprise & de la grandeur du péril, alla découvrir découvrir à l'intendant du cardinal de Lorraine, ce qui se tramoit sourdement contre les *Guifes*, en 1560. *Voyez* RENAUDIE (la).
AVENNE, *Voyez* DAVENNE.
AVENPORT, (François d') *Voyez* DAVENPORT. Cet article a été doublé mal à propos dans *Ladvoce*. I. AVENTIN, héros qui se disoit fils d'*Hercule* & de *Rhéa*. Il se revêt comme son père de la peau d'un lion, & fit graver sur son bouclier l'hydre de Lerne. Il vint secourir *Enée* contre *Turnus*, & donna son nom au mont Aventin.
II. AVENTIN, (Jean) fils d'un cabaretier de Bavière, est auteur des *Annales* de ce pays, en latin, & traduites par lui-même en allemand. Il mourut en 1534, âgé de 68 ans. Son ouvrage ne vit le jour qu'en 1554, par les soins de Jérôme Ziegler, qui en retrancha les déclamations contre les ecclésiastiques, & la plupart des fables dont cet historien avoit rempli ses *Annales*. Elles ont été réimprimées en 1710, in-fol. *Aventin* avoit vécu dans le célibat jusqu'à 64 ans; mais songeant alors à se marier, il consulta ses amis, qui lui répondirent comme un des personnages de *Molière*: *Mariez-vous*; *ne vous mariez pas*. Il lui ensuite ce que les auteurs sacrés & profanes disent des avantages & des inconvénients du mariage, & ne fut que plus incertain sur le parti qu'il prendroit. Enfin il se détermina lui-même brusquement, en disant: *Je suis vieux, j'ai besoin d'une compagne pour me servir*. Il se maria donc; mais il ne pouvoit faire un plus mauvais choix: il épousa une femme laide, pauvre, & d'une humeur acariâtre, qui ne lui donna nul plaisir & beaucoup de chagrin. *Aventin* étoit extrêmement laborieux. Il commençoit à travailler dès le point du jour, après avoir lu quelque chose de l'Écriture-féinte, & se mettoit encore à l'étude quelque temps après son souper, qui étoit toujours léger, jusqu'à minuit. Quoiqu'il ne cherchât pas la compagnie, & qu'il aimât fort à être seul, il étoit enjoué & aimable avec ses amis. C'étoit un vrai philosophe, qui ignoroit l'ambition & l'avarice, & qui ne songeoit qu'à vivre dans la tranquillité & le repos, occupé tout entier de ses études.
AVENZOAR ou ABENZOAR, c'est-à-dire fils de *Zoar*, médecin, fut surnommé le *Sage* & l'*Illustre*, naquit dans l'Andalouse, & fut contemporain d'*Avicenne* & d'*Averroes*. Il s'adonna à la médecine, ensuite à la pharmacie, enfin à la chirurgie, qui de son temps n'étoient exercées que par des esclaves. Il réussit dans ces arts, & se fit un grand nom. On a de lui: *Rectificatio medicationis & regiminis*, Lyon, 1531, in-8°, & un *Traité sur les Fieures*, 1576, Venise, in-fol. I. AVÉRANI, (Benoit) né à Florence en 1645, & mort à Pise professeur de belles-lettres, en 1707, avoit reçu de la nature les dispositions les plus heureuses: c'étoit un savant universel. Philosophie, théologie, jurisprudence, littérature, géométrie, mathématique, astronomie, tout étoit de son ressort. Ce qui est le plus à remarquer, c'est qu'il avoit étudié la plupart de ces sciences sans le secours d'aucun maître, & qu'il y étoit assez profond pour les enseigner. C'est ainsi qu'il avoit appris en six mois la langue Grecque, qu'il professa ensuite dans l'université de Pise. Sa mémoire étoit prodigieuse; sans avoir fait d'extraits des auteurs, il en citoit K k exactement les passages dans ses leçons, ou les trouvois sous sa main à l'ouverture du livre. Comme il avoit beaucoup de goût pour la poésie latine & italienne, il étoit peu de poètes, dans ces deux langues, qu'il ne fût par cœur en grande partie. On publia à Florence, en 1717, le *Recueil de ses Ouvrages Latins*, en 3 vol. in-fol. Ce recueil contient des *Dissertations* sur plusieurs auteurs Grecs & Latins; des *Traductions*, des *Discours*, des *Lettres* & des *Poésies*, parmi lesquelles on distingue une *Élégie* sur le mépris de l'amour, digne de *Catulle*.
II. AVÉRANI, (Joseph) né à Florence en 1662, & mort en 1728, fut frère du précédent. Il se distingue par ses profondes connoissances dans le droit romain, qu'il enseigna à *Gaston*, grand duc de Toscane. Il aimoit la physique, & il eut part à toutes les expériences qui furent faites en 1675, à Florence, sur la fusion des pierres, des métaux & des corps les plus durs, par le moyen du miroir ardent. Ses principaux ouvrages font: I. *Interpretationum Juris libri duo*, Lugdun. 1716, in 8.º II. *Oratio de jurisprudentia, medicina & theologia*. III. *De calculorum seu latrunculorum ludo dissertatio*. IV. *Lezioni Toscane*. Dans ce qu'il a écrit sur la jurisprudence, on trouve, selon *Grofley*, les fleurs de la belle littérature, réunies à la connoissance profonde des lois romaines, & de leur analogie avec le droit naturel & le droit public. Il s'y montre historien exact & critique sévère. Son visage, ses traits & sa physionomie, offroient une ressemblance frappante avec ceux de *Voltaire*; du moins si l'on en juge par un médaillon en marbre que *Nicolini*, son disciple, lui a con- facré dans le cloître de Saint-Marc à Florence.
III. AVÉRANI, (Nicolas) frère des précédents, mort en 1727, exerça avec honneur la profession d'avocat. Il fut le premier éditeur des *Œuvres de Gassenti*, publiées à Florence, en 6 vol. in-fol. On doit à *Nicolas Avérani* une savante *Dissertation* sur le calendrier Égyptien, Florence, 1737, in-4.º
AVERDY, (Clément-Charles de l') naquit à Paris en 1720. Attaché aux fonctions de la magistrature, il y donna des preuves de désintéressement & de probité qui le firent distinguer de la cour. Nommé ministre d'État & contrôleur-général des finances, sous *Louis XV*, on s'attendit à des réformes heureuses & à de fages économies dans cette partie de l'administration; en effet, les premiers pas de l'*Averdy* dans le ministère, confirmèrent cette flatteuse opinion: le commerce des grains fut rendu libre & délivré de toute entrave; l'importation fut favorisée en n'exigeant qu'un foible droit d'entrée pour les blés amenés de l'étranger; leur seule exportation fut défendue dans le cas où le prix du blé augmenterait pendant trois marchés consécutifs, dans une progression déterminée. Bien-tôt les folles dépenses du monarque demandant sans cesse de l'argent, les prodigalités de ses ministres, le luxe extrême d'une cour dissolue, forcèrent le contrôleur-général à imaginer chaque jour de nouvelles ressources, & il ne les trouva que dans de nouveaux impôts. L'*Averdy* se fut montré grand & intègre en portant aux pieds du trône les besoins du peuple & en donnant sa démission, plutôt que de devenir l'agent de son oppression. Le contrôleur-général n'eut point ce tourage, & s'attira l'animadversion publique; il fut attaqué dans mille écrits. Alors parurent l'édit de dé- sembre 1764, sur la libération publique, qui n'offrit que des moyens minutieux, & une décla- ration défendant de rien publier ni imprimer contre l'administration des finances. Elle fut regardée comme un excès d'orgueil & de defpo- tisme. Bientôt s'établit le monopole des grains, qui s'étendit d'un bout de la France à l'autre. On ouvrit des entrepôts dans les ifles de Ger- say & de Guernefey. Là s'entaffoit le blé, revendu ensuite au prix fixé par les monopoleurs. L'Averdy, trop foible pour s'opposer à ce plan destructeur, devenu odieux à la nation & bientôt à ceux dont il ne favoit comment satisfaire les infactions désirs, fut renvoyé. Il reprit alors son premier caractère. Retiré dans sa terre de Gambais, doux, juste, bienfaisant, ami des lettres, s'occupant d'améliorations rurales, il avoit oublié toute am- bition, & il vivait heureux, lors- que la révolution vint troubler sa tranquillité & lui arracher la vie. Arrêté, traduit à Paris, il y fut condamné à mort, sur l'accusation devenue si générale d'avoir enfoui des grains, pour produire la fa- mine, & réduire le peuple au défepoir. L'Averdy repoussa avec calme & dignité cette imputation odieuse, & marcha au supplice en conflant un compagnon de son fort. Il périt en octobre 1794, âgé de plus de 70 ans. Il étoit membre de l'académie des inscriptions, & avoit mérité cet honneur par les ouvrages suivans : I. Code pénal, 1752, in-12. II. De la pleine fou- veraineté du roi sur la province de Bre- tagne, 1769, in-8. III. Mémoire sur le procès criminel de Robert d'Artois, pair de France, inséré dans les notices des manuscrits de la bibliothèque nationale. IV. Ex- periences de Gambais, sur les blés noirs ou cariés, 1788, in-8.
AVÉROLDI, (Jules-Antoine) né à Venise en 1641, se livra aux recherches de l'érudition, & forma un superbe cabinet de médailles & de bulles antiques. Il traduisit l'ou- vrage françois de Raissant sur les médailles de Domitien, représen- tant les jeux séculaires; Brefce, 1687, in-8. Il annonce de très- grandes connoissances en peinture & en antiquités, dans son ouvrage intitulé : Le Scelte pitture di Brefcia, 1700, in-4. Ce savant est mort à Brefcia en 1717.
AVÉRONI, (Valentin) né à Florence, se fit moine dans l'ab- baye de Vallombreuse. Il traduisit, en 1577, les Traités de S. Thomas, sur le gouvernement des Juifs, & sur celui des princes. Il dédia le premier au grand duc de Toscane, & le second à Gui de Lufignan, roi de Chypre. On doit encore au même, la Traduction de la doctrine Chrétienne de Denis Cartusiano, & de la Cité de Dieu de S. Augustin.
AVERROËS, philosophe & méde- cin, fut surnommé le Commentateur, parce qu'il traduisit le premier Aris- tote en arabe, & qu'il le commenta. Il naquit à Cordoue en Espagne, dans le 12e siècle, d'une famille illustre, & se signala autant par sa vertu que par ses lumières. Al- manzor, roi de Maroc, lui donna la charge de juge de Maroc & de toute la Mauritanie; mais il la fit exercer par des subdélégués, pour ne pas quitter Cordoue. Ses en- vieux l'accusèrent d'hérésie auprès de ce prince, qui en ayant vu les preuves, l'obligea de se rétracter à la porte de la mosquée, & à recevoir sur le visage les crachats K k 2 316 AVE de tous ceux qui y entreroient. Il mourut en 1206, dans les fonctions de la magistrature. Il cultiva la poésie dans sa jeunesse, & fit même quelques vers galans; mais il les brûla dans un âge plus avancé. Un docteur Juif de Cordoue, philosophe, médecin & astrologue, lui fut dénoncé comme un poète laïcif. Averroès le réprimanda & le menaça de le punir; mais apprenant que sa défense n'arrêtoit point la Mufe de l'Hébreu, & qu'on récitoit ses vers publiquement dans Cordoue, il cessa ses poursuites en disant : Une seule main pourroit-elle fermer mille bouches ? Les historiens de la philosophie l'ont mis à la tête des philosophes Arabes, à cause de sa subtilité & de sa pénétration. Sa Traduction d'Aristote, quoiqu'infidèle, fut mise en latin, & nous n'eûmes long-temps que cette version latine, très inexacte, faite sur une copie arabe qui ne l'étoit pas moins. On a de lui d'autres ouvrages : De naturâ Orbis; de Re medicâ; de Theriacâ, &c. Quoiqu'il ait écrit sur la médecine, il craignoit de l'exercer. « Un honnête homme, disoit-il, peut se plaire à la théorie de cet art; mais la pratique doit le faire trembler. Quelques lumières qu'il ait, il ignorera toujours le juste rapport qui se trouve entre le tempérament du malade, le degré de sa maladie, & l'application du remède convenable. » Gilles de Rome rapporte, qu'étant à la cour de l'empereur Frédéric II, il y trouva deux fils d'Averroès, qui durent sans doute être bien reçus dans cette cour, s'il est vrai que cet empereur soutenoit, comme le pape Gregoire IX l'en accusa publiquement, que le monde avoit été séduit par trois imposteurs, MOISE, JÉSUS-CHRIST & MAHOMET. Averroès & ses fils étoient dans de tels principes; & le même écrivain ajoute, que ce philosophe appelloit, par un blasphème horrible, la religion Chrétienne, une Religion impossible, à cause du mystère de l'Eucharistie; qu'il nommoit celle des Juifs, une Religion d'enfants, à cause des différens préceptes & des observations légales; qu'enfin il avouoit que la religion des Mahométans, bornée aux plaisirs des sens, étoit une Religion de pourceaux; & qu'enfuite il s'écrooit : « Moriatur anima mea morte Philosophorum ! » Il n'est pas étrange que, s'il débitoit publiquement cette doctrine, on lui ait craché au nez à la mofquée de Maroc. On dit que dans sa jeunesse il se permettoit des friponeries, pour détourner sur ses mœurs les critiques qu'on auroit pu faire de ses ouvrages. Il s'en repentit sans doute depuis : car, dans une petite pièce de vers, il dit à Dieu : Que ne m'avez-vous donné, en naissant, la maturité de l'âge ! Son Commentaire sur Aristote parut à Venise, en 1495, in-fol. Le recueil de ses ouvrages porte pour titre : Colletianorum de Re medicâ, sectiones tres. L'édition donnée à Lyon, en 1537, in-4. & celles des Juntes, à Venise, 1552, in-fol., sont beaucoup plus estimées que celle de Venise, 1590, même format.
AVERRUNCUS, (Mythol.) Dieu des Romains, ainsi nommé, parce qu'ils s'imaginoient qu'il détournoit les malheurs. Quand ils prioient les autres Dieux de les préserver ou de les délivrer de quelque accident funeste, ils les sur-nommoient quelquefois Averruci.
AVERSA, (Mathieu d') fut ainsi nommé parce qu'il étoit né dans la ville d'Aversa au royaume de Naples; malgré la pauvreté de A U G 517 fa famille, il parvint à connoître parfaitement les langues latine, grecque & hébraïque. S'étant fait religieux au monastère des Olivétans à Naples, il en devint abbé en 1556. Il a publié diverses traductions des Pères de l'Église, & fur-tout celle du traité de Saint Jean Chrysostome, fur la discipline ecclésiastique.
AVÉRULANI, (Antoine) architecte Florentin, vivoit en 1460, & publia un Traité d'architecture, divisé en vingt - cinq livres, que Bonfini a traduit en latin.
AVESNE, Voy. DAVENNE.
AUFIDIUS, nom de plusieurs grands hommes d'une illustre famille Romaine, dont les plus connus font: I. T. AUFIDIUS, orateur du temps de Sylla. II. Cncius AUFIDIUS, favant historien, vers l'an 100 avant J. C. III. AUFIDIUS BASSUS, historien fous Auguste. IV. M. Lufco AUFIDIUS, qui trouva la maniere d'engraisser des paons : cette découverte lui apporta un profit très - confidésable ; mais ce n'étoit pas dans les premiers temps de la république.
AUFRÉRI, (Etienne) favant président du parlement de Toulouse dans le 15e siècle, a publié divers traités latins fur les Récupations de juges, le Devoir & le Pouvoir des juges ordinaires ; une Bibliothèque des traités de droit, ou recueil de Décisions de l'officialité de Toulouse. Ce dernier fut publié à Lyon, en 1616, in-4°—L'auteur connoissoit parfaitement les droits & les limites de la juridiction ecclésiastique, ayant été long-temps official.
AUFUSTIA, Romaine qui, à l'imitation du baptême des Chzé- tiens, imagina la cérémonie du Taurobole, environ l'an 175 de J. C. Cette cérémonie confisoit à placer l'initié dans une fosse couverte de planches percées. On immoloit au-dessus, un ou plusieurs taureaux, dont le sang coulant par les ouvertures, inondoit celui qui se trouvoit dans la fosse. Dès - lors, il ne pouvoit plus quitter ses habits ainsi fouillés, & il falloit qu'ils se détachassent en lambeaux. On confacroit le souvenir de cette aspersion sanglante par des monumens ; on en a trouvé un à Lyon, qui a mérité les recherches de Gros de Boze, de Colonia & de plusieurs autres favans.
AUGÉ, (Mythol.) fille d'Alaur roi d'Arcadie, maitresse d'Hercule, alla dans les bois accoucher de Tétèphe. Ce prince étant devenu grand, s'avança beaucoup dans la cour de Teuthras, roi de Mysie, chez qui Augé s'étoit réfugiée pour éviter la colère de son père. Tétèphe obtint sa mère du roi, pour l'épouser sans la connoître ; & Augé, ne voulant pas prendre un aventurier, alloit se tuer, lorsqu'elle fut effrayée par un serpent. Cette surprise l'arrêta ; & lui donna occasion de reconnoître son fils.
AUGEARD, (Matthieu) fut reçu avocat au parlement de Paris en 1703, & secrétaire du sceau fous Chauvelin, qui fut garde des sceaux depuis 1727 jusqu'en 1737. En 1735 il acheta une charge de secrétaire du Roi du grand collège, & mourut le 27 décembre 1751. Il a donné au public un Recueil d'Arrêts des differens Tribunaux du Royaume, en 3 vol. in-4°, dont le premier parut en 1710, & le troisième en 1718. Ce Recueil a été réimprimé en 1756, in-fol. 2 vol. K k. 3. 718 AUG
AUGÉNIO, (Horace) né près de Lorette en 1527, devint professeur de médecine à Rome, à Turin, & enfin à l'université de Padoue, où il est mort en 1603. La plupart de ses écrits sur la médecine sont estimés & ont été publiés à Venise & à Francfort.
AUGER DE MAULÉON, Voyez MAULÉON. I. AUGER, (Edmond) né en 1530 à Alleman, village du diocèse de Troyes, prit l'habit de Jésuite à Rome sous S. Ignace. Il enseigna les humanités en Italie avec beaucoup de succès, & ne se distingua pas moins en France par son zèle pour la conversion des hérétiques. Le barbare des Adrets l'ayant arrêté à Valence, le condamna à être pendu. Auger étoit déjà sur l'échelle, lorsqu'un ministre, attendri par son éloquence, espérant de pouvoir le gagner à son parti, obtint sa grace. Auger n'en fut que plus ardent à ramener les hérétiques dans le sein de l'Église. Son zèle le fit fort-tout admirer dans Lyon, au milieu des ravages d'une peste cruelle. Henri III le nomma son prédicateur & son confesseur; poste dangereux alors & désagréable, parce qu'on attribuoit au confesseur toutes les momeries du pénitent, les processions auxquelles le roi assistoit vêtu d'un sac, les confréries, &c. Ce fut le premier Jésuite nommé Confesseur du Roi. Le Père Auger eut un autre désavantage dans sa place: il déplut aux Jésuites. Plus attaché à ses devoirs qu'aux intérêts de son ordre, il ne trahit jamais la confiance de son prince, malgré les anathèmes que Rome avoit fulminés contre lui. Après la mort d'Henri III, ses supérieurs l'appellèrent en Italie, & envoyé de maison en maison, regardé par- tout comme un excommunié, faisant ses voyages à pied au fort des rigueurs de l'hiver, ce respectable vieillard mourut de fatigue & de chagrin en 1501, dans la 61e année de son âge. On a de lui plusieurs Ouvrages de controverse, où il ne montre pas la même modération qu'il eut quelquefois dans sa conduite. C'est lui qui fit imprimer en 1568 le Pédagogue d'armes à un Prince Chrétien, pour entreprendre & achever heureusement une bonne guerre, victorieuse de tous les ennemis de son État & de l'Église. Le Père Dorigny a écrit sa Vie, in-12, 1716.
II. AUGER, (Athanafe) né à Paris le 12 décembre 1724, embraffa l'état ecclésiastique, & fut d'abord professeur d'éloquence au collège de Rouen. L'évêque de LeScar Noé, qui l'avoit connu dans cette ville, lui donna le titre de son grand-vicaire, & l'appelloit ordinairement son grand-vicaire in partibus Atheniensium, par allusion à sa profonde connoissance de l'ancienne langue d'Athènes. Auger a traduit la plupart des Orateurs, sinon avec noblesse & feu, du moins avec pureté. Reçu à l'académie des inscriptions, il s'y fit estimer par ses lumières, ses mœurs & sa bonté. Il vécut parmi les grands, & leur dit la vérité. Nourri de la lecture des anciens, il puisa dans leurs écrits la haine de la licence, & n'eut jamais à se reprocher ni procédés, ni sentimens peu généreux envers ses contradicteurs. Étranger à toutes les petites passions, il cultiva les lettres sans jamais les avilir. Jamais on ne le vit dans la foule de ceux qui sollicitoient des récompensés, parce que les idées de devoir & de sujétion n'étoient jamais entrées dans son ame; aussi n'avoit-il pas d'envieux. Modeste, tout annon- çoit en lui l'innocence des mœurs patriarcales. En même temps qu'on trouvoit dans ses écrits l'ami de l'antiquité, on reconnoissoit sur sa figure les traits de Socrate. C'est ainsi que Séllys l'a peint: Voici l'auteur qui réunit Le cœur, les mœurs, le don d'écrire, Que jamais on n'entend médire, Et dont personne ne médite. Les lettres perdirent cet écrivain estimable le 7 février 1791. Ses principaux ouvrages sont: I. Harangues de Démosthènes & d'Eschine sur la Couronne, Rouen 1768, in-12. II. Œuvres complètes de Démosthènes & d'Eschine, 1777 & 1788, 6 vol. in-8. C'est le premier traducteur qui ait fait passer dans notre langue les ouvrages entiers de ces deux orateurs Grecs, dont on ne connoissoit que quelques discours; mais on n'y trouve plus ce feu dans les idées, cette vénéne d'expression, cette éloquence entraînante qui échauffoient le cœur des Athéniens & les faisoient courir aux armes. La traduction est exacte, soignée, mais froide. III. Œuvres complètes d'Iso-rate, 1781, 3 vol. in-8. Cette traduction est meilleure que la précédente, parce qu'on s'attend à plus d'effet au nom de Démosthènes, & moins à celui d'Iso-rate. Un critique un peu trop sévère a dit que la traducteur savoit mieux le grec que le françois, & que si son travail pouvoit servir aux études des jeunes gens, il n'étoit pas fait pour donner aux gens du monde une idée de l'éloquence des anciens & de l'élégance Atique. IV. Œuvres complètes de Lysias, 1783, in-8. V. Homélies, Discours & Lettres choisies de S. Jean Chrysostome, 1785, 4 vol. in-8. VI. Discours choisis de Cicéron, 1787, 3 vol. in-8. VII. Marangues tirées d'Hérodote, de Thucydide & des Œuvres de Xenophon, 1788, 2 volumes in-8. VIII. Projet d'éducation publique, 1789, in-8. IX. Des Gouvernemens en général, & en particulier de celui qui nous convient, 1791, in-8. X. Combien il nous importe d'avoir la paix, 1792, in-8. XI. De la Constitution des Romains sous les Rois & au temps de la République, 1792, 3 volumes in-8. L'auteur montre quelles étoient à Rome l'organisation & l'action des trois pouvoirs, législatif, exécutif, judiciaire. Il présente d'abord la constitution Romaine dans son ensemble, ensuite dans chacune de ses parties. Auger annonce qu'il a mis plus de trente ans à cet important travail. XII. De la Tragédie Grecque, 1792, in-8. Ce dernier écrit parut quatre jours après la mort de l'auteur, il étoit destiné à servir de préface à une traduction des trois tragiques Grecs en prose & en vers. Les écrits d'Auger réunis à Paris, forment 29 vol. in-8.
III. AUGER, (N.) remplit long-temps avec succès à la comédie Françoise le rôle de valet. Il excelloit dans ceux du Commandeur dans le Père de famille, & de Bifle dans le Barbier de Séville. On a dit de lui qu'il étoit impossible d'être plus ignorant; il est tropioit tous les vers; & c'est à lui qu'il est arrivé dans le rôle de l'intimé des Plaideurs de dire ainsi les vers suivans: ... Et si dans la province Il se donnoit en tout vingt coups de nerf de bœuf, Mon père pour sa part en remboursoit dix-huit. La Harpe qui cite cette anecdote, ajoute: « Il faut être bien étrangement brouillé avec la rime pour K k 4 510 AUG manquer celle-là. » Il est plus vraisemblable que l'acteur en débitant ainsi ce dernier vers voulut exciter le rire & faire une turjupinade. Auger est mort vers l'an 1794.
AUGEREAU, (Jean) imprimeur de Paris, fut l'un des premiers qui substitua aux caractères gothiques les lettres romaines; il a publié en 1533 les discours latins d'André Navagero, & la préparation évangélique d'Eusebe.
AUGERVILLE, Voy. BURI.
AUGIAS, (Mythol.) roi de l'Élide & fils du Soleil, avoit des étables qui contenoient trois mille bœufs, & qui n'avoient point été nettoyées depuis trente ans. Ce prince ayant appris l'arrivée d'Hercule dans ses états, l'engagea à les nettoyer sous la promesse d'une grande récompense. Le héros détourna le fleuve Alphée, & le fit passer à travers ces étables. Lorsque le fumier qui infectoit l'air depuis si long-temps fut emporté, Hercule se présenta pour recevoir le prix de son travail. Alors Augias hésitant & n'osant le refuser ouvertement, le renvoya au jugement de son fils Philée. Celui-ci ayant décidé en faveur d'Hercule, son père le chassa de sa présence, & l'obligea de se réfugier dans l'île de Dulichie. Hercule fut si indigné de ce procédé, qu'il pilla la ville d'Elis, tua Augias, & fit revenir son fils, qu'il rappella de son exil. I. AUGIER, Voy. III. MARIGNY.
II. AUGIER, Voy. DUFOT.
III. AUGIER, appelé aussi Ogier ou Ugier, naquit à Saint-Donat près de Vienne en Dauphiné. Il fut l'un des plus célèbres troubadours du 12e siècle. Dans sa jeunesse, il voyagea en Lombardie, & s'attacha ensuite à Raymond-Béranger comte de Provence, qui mourut en 1162. L'une des pièces d'Augier est un Sirvente contre ceux qui préfèrent les vieilles femmes aux jeunes. « Moi, dit le poète, j'aime bien mieux les caresses de la beauté que celles de la vieille. Je ne puis fouffrir le teint blanc & rouge que les vieilles se font avec l'onguent d'un œuf battu qu'elles s'appliquent sur le virage avec du blanc par-dessus; ce qui les fait paroître hideusement éclatantes. Une jeune femme bien faite vaut mille fois mieux que cinq cents vieilles. Malheur à celle, qui perdant ses attraits, s'occupe encore de parure & de coquetterie. »
AUGURELLI, (Jean Aurélius) duquel Paul Jove a dit qu'il avoit un grand génie dans un petit corps, naquit à Rimini, & mourut à Treviée, âgé de 83 ans, au commencement du 16e siècle. Il professa avec succès les belles-lettres à Venise & à Treviée. On a de lui: I. Des Odes sans enthousiasme. II. Des Élégies sans délicatesse. III. Des Vers iambes sans agrément. IV. Des Harangues, dans lesquelles il n'y a que des mots, à ce que prétendoit Jules Sealiger; mais cette critique est outrée. Sa meilleure pièce est la Chrysopée, à Basse 1518, in 4e: Poème latin, où il enseigne ce qu'il croit savoir sur la pierre philofophale. Cet homme doublement fou, mauvais poète & alchimiste, se ruina à souffler & à vouloir faire de l'or. Léon X, pontife ingénieux, lui donna, dit-on, une grande bourse vide, pour le remercier de la dédicace de sa Chrysopée, en lui disant: Celui qui fait faire l'or, n'a besoin que d'une bourse pour le mettre. Les Poésies • *Auguelli* parurent à Vérone en 1491, in-4°, & à Venife 1505, in-8°
AUGUSELLI, (Jean) juriscon-fulte de Césène en Italie, écrivoit en 1300. Il professa les lois à Padoue & à Bologne, & a écrit savamment sur les dots, les mariages, les protestations, &c. I. AUGUSTE, (*Caius Julius Cæsar Octavianus*) étoit fils d'*Octavius* édile du peuple, & d'*Accia*, fille de *Julia*, sœur de *Jules-Cæsar*. Il naquit le 23 septembre l'an 63 avant J. C. à Rome, comme le dit *Sutone*, & non à Veletri, ainsi que l'affurent des écrivains postérieurs. Il est vrai que sa famille étoit originaire de Veletri, & qu'il fut mis en nourrice dans le voisinage de cette ville. La famille des *Octaves* étoit partagée en plusieurs branches : celle des *Caciens*, & celle des *Caiens*. Ceux-là rapportoient leur illustration aux premiers temps de la république; les autres, dont descendait *Auguste*, n'étoient point encore sortis de l'ordre des chevaliers dans le temps de la ruine de Carthage. *Cicéron*, dans une de ses lettres, appelle *Auguste* petit-fils d'orfèvre; & *Antoine* va plus loin, il le traite de petit-fils d'affranchi. Il y a apparence que dans ce temps-là l'un & l'autre vouloient insulter ce prince: Quoi qu'il en soit, le bisnieu d'*Auguste* étoit tribun légionnaire en Sicile; mais le petit-fils de ce tribun parvint, du rang de simple citoyen, à la monarchie universelle. Il n'avoit que 4 ans lorsqu'il perdit son père, & 18 seulement lorsque *Cæsar*, son oncle, fut affaffiné au milieu du sénat l'an 44 avant J. C. Mais avec beaucoup d'ambition, il avoit une prudence & une dextérité au-dessus de son âge. Il étoit d'une figure agréa- ble & prévenante, bien fait, quoique d'une taille au-dessous de la médiocre, & ses yeux jetoient un feu dont il étoit difficile de soutenir l'éclat. A ces qualités extérieures, il joignoit un esprit étendu & cultivé, une extrême facilité à s'exprimer noblement & élégamment, & un caractère adroit & insinuant, qui lui gagnait tous ceux qu'il vouloit s'attacher. C'est à Apollonie en Grèce, où il nourrisoit son goût pour toutes les belles connoissances, qu'il apprit le meurtre de *Cæsar*. Il partit sur le champ pour aller recueillir la succession de cet oncle illustre, qui l'avoit fait son héritier & l'avoit adopté pour son fils. Il prit en arrivant le nom de *Caius Julius Cæsar Octavianus*. Son premier soin, fut de demander compte à *Antoine* des biens immenses de *Cæsar*. *Antoine* ne se contenta pas de lui opposer un refus insultant, il cabala pour que son adoption ne fût pas confirmée. *Octave*, irrité d'un accueil si dur, s'adressa au sénat, auprès duquel il trouva de l'appui par le secours de *Cicéron*, qu'il appelloit alors son père. Il s'attacha les sénateurs par ses souplesse, & la multitude par des libéralités, des jeux & des fêtes. Il promit folemnellement d'acquitter non-seulement les legs que *Cæsar* avoit faits à chaque citoyen, mais de les doubler par une libéralité volontaire. Pour fournir à de si prodigieuses dépenses, il vendit son patrimoine, les biens de sa mère & ceux de son beau-père *Philippe* qu'il avoit fait entrer dans ses vues. Une telle conduite devoit lui faire des partisans. Le sénat, qui vouloit l'opposer à *Antoine*, déclaré ennemi de la république, lui fit élever une statue, & lui donna la même autorité qu'aux confuls. *Octave* s'en servit heureusement. Antoine fut défait à la bataille de Modène, & les deux confuls Hirfius & Pansa qui commandoient l'armée, ayant péri dans cette journée, Oñave refa feul à la tête des troupes. Pansa mourant déclara au jeune général le dessein du fénat, qui étoit d'affoiblir Octave & Antoine l'un par l'autre, & de confier enfuite l'autorité aux partisans de Pompée. Il commença dès-lors à négocier avec son rival, devenu plus fort, depuis que Lépide s'étoit joint à lui. Ces trois généraux eurent une entrevue, dans laquelle ils firent cette ligue connue sous le nom de Triumvirat, & convinrent de partager entre eux toutes les provinces de l'empire, & le pouvoir suprême pendant cinq ans, sous le titre de Triumvirs réformateurs de la République, avec la puissance confulaire. Ces réformateurs jurèrent en même temps la perte de tous ceux qui pouvoient s'opposer à leurs projets ambitieux. On disputa long-temps sur ceux qui devoient être prof-crits. Ils s'abandonnèrent enfin l'un à l'autre leurs amis & leurs parens. La tête de Cicéron, à qui Oñave devoit beaucoup, & qu'il avoit accablé de caresses, fut donnée en échange de celles de l'oncle d'Antoine & du frère de Lépide. Ce traité de fang fut cimenté par une promesse de mariage entre Oñave & Clodia belle-fille d'Antoine. Les tyrans conjurés arrivent à Rome, affichent leur liste de proscriptions, & la font exécuter. Il y eut plus de trois cents sénateurs & plus de deux cents chevaliers massacrés. Des fils livrèrent leurs pères aux bourreaux, pour profiter de leur dépouille. Les vengeances particulières firent périr beaucoup plus de citoyens, que les Triumvirs n'en avoient condamnés. Tous ces meurtres horribles furent colorés des apparences de la justice. On affaffina en vertu d'un édit; & qui ofoit donner cet édit? Trois scélérats fans pudeur, fans foi, fourbes, ingrats, avides, fanguinaires, qui dans une république bien policée auroient péri par le dernier supplice. L'avarice eut tout de part aux proscriptions, que les Triumvirs imposèrent une taxe exorbitante sur les femmes & les filles des proscrits, afin qu'il n'y eût aucun genre d'atrocité, dont ces prétendus vengeurs de la mort de César, ne fouillaffent leurs usurpations. Oñave ne fut pas le moins barbare des trois. Un citoyen qu'on menoit au supplice par son ordre lui demanda de faire au moins accorder à son cadavre les honneurs de la fœpulture: Ne t'en inquiète pas, lui répondit le brigand, appelé depuis Auguste; les corbeaux en auront foin. — Antoine & Oñave ayant affouvi leur rage à Rome, marchèrent contre Brutus & Cassius, meurtriers de César, qui s'étoient retirés en Macédoine. Ils leur livrèrent bataille dans la plaine de Philippes. Brutus remporta un avantage confidérable sur les troupes d'Oñave, qui ce jour-là étoit au lit, pour une maladie vraie ou feinte. Antoine répara le désordre, & s'étant joint à Oñave, ils battirent Brutus, qui se tua la nuit d'après ce second combat, l'an 41 avant J.C. Oñave, s'étant fait apporter la tête de ce dernier soutien de la république, l'accabla d'outrages, & la fit embarquer pour Rome, avec ordre de la jeter aux pieds de la statue de César. Il ajouta à cette basse vengeance, celle de faire mourir les prisonniers les plus distingués, après les avoir insultés. Ce barbare revint en Italie, pour distribuer aux soldats vétérans les terres qu'on leur avoit promises en récompensé de leurs services. Il fit dépouiller les habitans des plus beaux pays de l'Italie ; il chaffa de leurs foyers un nombre prodigieux de familles innocentes pour enrichir les meurtriers qui étoient à ses gages. Cette tyrannie fouleva tout le monde. *Ollave* emprunta, pour faire ceffer le cri universel ; mais ces emprunts ne suffisant point, il ferma les oreilles à l'indignation publique, & ne les ouvrit plus qu'aux louanges de *Virgile*, qui, pour quelques arpens de terre qui ne lui furent point ravis, mit *Ollave* au-dessus de tous les héros. *Fulvie* femme d'*Antoine*, voulant faire revenir à Rome son mari, retenu en Égypte dans les liens de *Cléopâtre*, remua contre *Ollave*, qui, pour s'en venger, répudia *Clodia*, sa fille, & la força elle-même de sortir de l'Italie. *Lucius*, son beau-frère, qui avoit pris les armes à la sollicitation de cette femme audacieuse, fut vaincu & fait prisonnier par *Ollave*; *Antoine* quitta alors sa maîtresse, pour mettre une digue aux progrès de son compétiteur. La mort de *Fulvie* renoua leurs liens, & l'amant de *Cléopâtre* se détermina à épouser *Ollave*, sœur d'*Ollave*. Ils se partagent ensuite l'empire du monde ; l'un eut l'Orient, & l'autre l'Occident. *Ollave*, après avoir chaffé de Sicile le jeune *Pompée*, voulut réunir l'Afrique à sa portion ; il en dépouilla *Lépide*, qu'il exila, & à qui il ne laissa que le titre de grand-pontise. Son pouvoir fut sans bornes à Rome, depuis ses victoires sur ces deux Romains. On lui décerna les plus grands honneurs, qu'il n'accepta qu'en partie. Il abolit les taxes imposées pendant les guerres civiles. Il établit un corps de troupes, chargé d'exterminer les brigands qui inséforment l'Italie. Il décora Rome d'un grand nombre d'édifices pour l'utilité & pour l'agrément. Il distribua aux vétérans les terres qu'on leur avoit promises, n'employant cette fois-ci que des fonds appartenans à la république. Il fit brûler dans la place publique, des lettres & d'autres écrits de plusieurs sénateurs, trouvés dans les papiers du dernier *Pompée*, & dont il auroit pu se servir contre eux. Le peuple Romain, transporté de l'idée d'être heureux, que ces actions d'*Ollave* lui faisoient naître, le créa tribun perpétuel. Le refus que fit *Antoine* de recevoir sa femme *Ollave*, joint à d'autres motifs, ralluma la guerre. Elle fut terminée après quelques petits combats, par la bataille navale d'*Actium*, l'an 31 avant J. C. (*Voy. IV. CLÉOPATRE*.) *Antoine* lui avoit fait proposer auparavant un combat particulier ; mais il répondit froidement qu'*Antoine* avoit pour sortir de la vie, d'autres chemins que celui d'un duel. La journée d'*Actium* donna à *Ollave* l'empire du monde. Pour en conserver la mémoire, il bâtit une ville dans l'endroit où étoit son camp, & l'appela *Nicopolis*, c'est-à-dire, ville de la victoire. C'est là qu'on célébroit tous les ans en l'honneur d'*Apollon* des jeux appelés *Actiens*, (*Ludi Actiasi*.) La clémence d'*Auguste* envers les officiers & les soldats à qui il fit grace, auroit fait beaucoup d'honneur à son caractère, si les cruautés de sa vie paffée ne l'avoient fait attribuer à sa politique. *Ollave* fut cruel, lors de la proscription, & après la bataille de Philippes, parce qu'il n'étoit pas encore le maître, & qu'il vouloit l'être ; il fut clément après celle d'*Actium*, parce qu'étant parvenu par cette journée au plus haut degré de puissance, il falloit la conserver par la douceur. *Ollave* s'avança ensuite vers Alexandrie, la prit, fit grace aux habitans, & permit à Cléopâtre de faire de magnifiques funérailles à Antoine, dont il pleura la mort; mais ces larmes étoient celles d'un hypocrite, puisque, peu de temps après, il fit mourir Céfarion, l'aîné des fils d'Antoine. Pendant qu'il étoit en Égypte, il fit ouvrir le tombeau d'Alexandre. On lui demanda s'il vouloit qu'on ouvrit ceux des Ptolomées? —Non, dit-il, j'ai voulu voir le roi, & non les morts. « Oñave de retour à Rome, l'an 29 avant J. C., eut l'honneur de trois triomphes différens: l'un pour une victoire sur les Dalmates, dans laquelle il reçut une blessure dangereuse; un autre pour la bataille d'Atlium; & le troisième pour celle d'Alexandrie. On vit dans ce triomphe le portrait de Cléopâtre mourante, qu'Oñave deftinoit à être attaché derrière son char. On ferma le temple de Janus, qui depuis 205 ans avoit toujours été ouvert. On déféra le titre d'Empereur à perpétuité, à celui qui avoit fait couler des flots de sang pour en obtenir le pouvoir. On multiplia les jeux & les fêtes en son honneur. On lui éleva des temples & des autels. Le fénat lui donna le nom d'Auguste. On dit que cet empereur voulait renoncer à l'empire, & qu'ayant consulté Agrippa & Mécène, le premier le lui conseilla, & le second l'en détourna. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Auguste proposa au fénat de se démettre de la souveraine puissance, qu'on le prša de garder; mais ce n'étoit qu'un jeu de sa politique. « Sylla, homme emporté, mena violemment les Romains à la liberté, (dit un écrivain François, né avec le génie Romain;) » Auguste, vryan rusé, les conduisit doucement à la servitude. Pendant que la république fous Sylla reprenoit des forces; tout le monde crioit à la tyrannie; & pendant que fous Auguste la tyrannie se fortifioit, on ne parloit que de liberté. « Pour accoutumer infenfiblement les Romains à sa domination, il déclara publiquement, qu'il ne prétendoit retenir la souveraine puissance que pendant dix ans, & qu'il s'en dépouilleroit avec plaisir si-tôt qu'il auroit rétabli le calme dans la République. Sous différens prétextes on le vit renouveler tous les dix ans la même protestation, comme un délai que la peur lui faisoit prendre pour sa conservation. Il fut furnommé le Père de la Patrie. Libéral à l'égard des troupes, affable avec le peuple, familier avec les gens-de-lettres, il gagna tous les cœurs. On voyoit tous les jours des mourans ordonner à leurs héritiers d'aller au Capitole offrir aux Dieux des victimes pour sa conservation. Dans ses différens voyages, chez les Gaulois, les Espagnols, en Sicile, en Grèce & en Asie, il se fit admirer & aimer. Revêtu de la dignité de grand-pontife, 8 ans avant J. C., il fit brûler les livres des Sibylles, & réforma le Calendrier. C'est alors qu'il donna son nom au mois appelé auparavant Sentilis, nommé depuis Augustus. Voulant régner par les lois, il retoucha celles qui étoient déjà reçues, & en fit de nouvelles, entr'autres une qui favorifoit les mariages, & plusieurs très-sévères contre les débauchés; car il affeça toujours un grand foin de conserver les mœurs, surtout celles de la jeuneffe. Les chevaliers Romains lui ayant demandé la révocation des lois contre les célibataires, Auguste fit mettre d'un côté ceux qui étoient mariés, & de l'autre ceux qui ne l'étoient pas. C'étoit le plus grand nombre. Auguste prenant le ton de gravité. des anciens cenfœurs, leur parla sinfi : « Pendant que les maladies & la guerre nous enlèvent tant de citoyens, que deviendra la ville, si l'on ne contraîche plus de mariages ? La cité ne conifle point dans les maifons, les por- tiques, les places publiques. Ce font les hommes qui font la cité. Vous ne verrez point, comme dans les fables, fortur des hommes de deffous terre pour prendre foin de vos affaires. Ce n'est point pour vivre feuls que vous vivez dans le célibat; chacun de vous a des compagnes de fa table & de fon lit; & vous ne cherchez que la paix dans vos dérèglements. Ci- terez-vous l'exemple des vierges veftales ? Donc si vous ne gardez pas ces lois de la pudicité, il fau- dra vous punir comme elles. Vous êtes également mauvais citoyens, foit que tout le monde imite votre exemple, foit que personne ne le fuive. Mon unique objet est la per- pétuité de la république. J'ai aug- menté les peines de ceux qui n'ont pas obéi; & à l'égard des récom- penses, elles font telles, que la vertu n'en a pas encore eu de pareilles. Il y en a de moindres qui portent mille gens à expofer leur vie; & celles-ci ne vous en- gageront pas à prendre une femme & à nourrir des enfans ? » Auguste, malgré cette apparente aufferité de mœurs, aimoit les spectacles, & il en amufoit souvent le peuple. Il fortit de Rome, quoique âgé, pour affifter à des jeux qu'on fai- foit à Naples en fon honneur. Mais en revenant à Rome une dys- fenterie l'arrêta à Nôle, où il mou- rut dans la même chambre que fon père, le 19e jour du mois d'août auquel il avoit donné fon nom, l'an 14 de J. C. Il avoit vécu 76 ans moins un mois; en avoit régné feul 44 depuis la bataille d'Actium, & 57 depuis la mort de Jules César. Le Sénat lui décerna les honneurs divins, & lui confacra un temple avec des prêtres pour le deffervir. On fit auffi un temple de la maifon où il étoit mort à Nôle. Sur le point d'expirer, il dit à fes amis, qu'il avoit trouvé Rome bâtie de bri- ques, & qu'il la loiffoit bâtie de mar- bre. Se fentant défaillir de plus en plus, il demanda un miroir, se fit peigner, trouvant fes cheveux trop négligés, & se fit rafer la barbe. Après quoi, il dit à ceux qui étoient autour de fon lit : N'ai-je pas bien joué mon rôle ? on lui ré- pondit que oui. — Batter donc des mains, répliqua-t-il, la pièce est finie. — L'éclat que cet heureux tyran répandit fur fes derniers jours, n'a fait oublier ni fes premières bar- baries, ni fes vices. Let hifforiens lui reprochent de s'être livré à la volupté fans pudeur & fans mé- nagement. Son impudence alla jufqu'à ravir une femme confu- laire à fon mari au milieu d'un fouper; il paffa quelque temps avec elle dans un cabinet voifin, & la ramena enfuite à table, fans que ni lui, ni elle, ni fon époux, en rougiffent. Avec des mœurs fi dépravées, il affecta souvent le langage de la vertu. Il feignit même d'être religieux, & il le fut quel- quefois jufqu'à la fupersfition. Il eut, au rapport de Suécone, la foi- bleffe de croire qu'un poiffon qui fortoit hors de la mer fur le ri- vage d'Actium, lui préfaegoit le gain de la bataille. Ayant enfuite rencontré un ânier, il lui demanda le nom de fon âne; l'ânier lui répondit, qu'il s'appelloit Vain- queur. Octave ne douta plus qu'il ne dût remporter la victoire : il fit faire des ftarues d'airain, de l'ânier, de l'âne, & du poiffon, & les plaça dans le Capitole. On rap- porte de lui beaucoup d'autres 526 AUG petiteffes, qui, en contraitant avec les cruautés dont il fouilla fa jeunesse, forment le portrait d'un homme extraordinaire. Une de ces petiteffes, est de s'être laissée dominer par Livie son épouse, qui l'assujettit trop souvent à ses caprices. C'est cependant à cet homme qu'on éleva des autels de son vivant, parce qu'en entretenant dans Rome l'abondance, les plaisirs & la paix, il lui fit oublier ses proscriptions. Le siècle d'Auguste est compté parmi ceux qui ont fait le plus d'honneur à l'esprit humain. Virgile, Horace, Ovide, Properce, &c., fleurirent dans cet âge illustre. Les deux premiers reçurent de lui des récompenses, & ils lui donnèrent l'immortalité. La passion d'Auguste pour les sciences étoit telle, qu'à ses repas il s'entretenoit toujours de matières d'érudition. Il s'étoit aussi mêlé de poésie. Suétoit nous apprend qu'il avoit décrit la Sicile en vers hexamètres, & fait un livre d'épigrammes qu'il compofoit ordinairement dans le bain. (Voy. II. ATHÉNODORE & OVIDE.) Auguste eut comme presque tous les Romains célèbres de son temps, le mérite de l'éloquence; « il vécut à peu près autant que Louis XIV, dit Thomas, & comme lui il vit périr presque toute sa famille; mais Louis XIV ne prononça point dans Paris l'éloge du grand Dauphin & du duc de Bourgogne; Auguste fit lui-même l'Oraison funèbre de Marcellus son neveu & son gendre, & de Drusus, le fils de sa femme. On dit qu'à la fin de cet éloge, il demanda aux Dieux la faveur de mourir comme ce jeune prince, en combattant avec gloire pour le peuple Romain. Un tel langage est été grand dans la bouche des Scipions; mais il dut paroître ridicule dans la bouche d'Ollave qui favoit assassiner & ne favoit point combattre, & qui ne versa jamais que le sang des citoyens. Outre ces deux éloges, ce prince prononça encore celui d'Ollavia sa sœur, & il le prononça dans le temple de César, qui pendant sa vie, prêtre & tyran, après sa mort devint Dieu. Il ne nous reste aucun des discours d'Auguste; nous savons seulement que ce meurtrier avoit un genre d'éloquence plein de simplicité & de graces. On se doute bien qu'il fut loué lui-même après sa mort. On célébra son humanité & sa clémence sur la tribune où la tête de Cicéron avoit été attachée. » Le temple de Janus fut fermé trois fois pendant son règne: là première fois pendant trois ans, la seconde pendant huit ou dix ans, & la troisième pendant douze. Le Père Buffier a donné la Notice généalogique de la famille d'Auguste.
II. AUGUSTE, duc de Brunswick & de Lunebourg, cultiva & protégea les lettres, & mourut en 1666 à 87 ans. Il est auteur de plusieurs ouvrages: & entr'autres d'une Harmonie Evangélique, en allemand, estimée par les protestans. La Stéganographie, qui parut sous le nom de Gustave Sélénus, Lunebourg 1614, in-fol, est aussi de lui. —Voy. TRITHÈME.
III. AUGUSTE, poète d'Udine en Italie, changea son nom d'Augustin en celui de Publius Augustus Gruçianus. Il professa les belles-lettres à Trieste & à Udine, & mourut dans cette ville où on lui éleva un tombeau de marbre avec cette courte épitaphe: Augustus vates hic situs est. —Les Odes de ce poète ont été publiées à Venise en 1529, in-4.
AUGUSTE I & AUGUSTE II, rois de Pologne: Voy. FREDERIC;
AUGUSTE I, & FREDERIC-AUGUSTE II. I. AUGUSTIN, (St.) né à Tagafle le 13 novembre 354, de Patrice, honnête citoyen de cette ville, & de Monique, étudia d'abord dans sa patrie, ensuite à Madore & à Carthage. Ses mœurs se corrompirent dans cette dernière ville, autant que son esprit s'y perfectionna. Il eut un fils nommé Adzodat, fruit d'un amour criminel; né avec le génie de son père, il ne donna que des espérances, ayant été moissonné à la fleur de son âge. La secte des Manichéens fit d'Augustin un prosélyte, qui en devint bientôt un apôtre. La lecture d'un livre philosophique de Cicéron commença à le dégoûter des voluptés & des richesses. « Une seule chose lui faisoit de la peine dans cette lecture, dit Baillat, c'est qu'il n'y trouvoit point le nom de JÉSUS-CHRIST, qu'il avoit comme fucé avec le lait. Il voulut donc lire les faintes-Ecritures; mais l'orgueil de l'esprit l'empêchant de voir ce que cachoit la simplicité apparente d'un livre inaccessible aux sages du siècle, il ne fut faire alors autre chose que de lui préférer les ouvrages de Cicéron. » — Cependant il tenoit déjà un rang dans les écoles de rhétorique. Il professa successivement cette science, à Tagafle, à Carthage, à Rome, à Milan où le préfet Symmaque l'envoya. Ambroise étoit alors évêque de cette ville. Augustin, touché de ses discours, & des larmes de Monique sa mère, pensa sérieusement à quitter le dérèglement & le Manichéisme. Il fut baptisé à Milan, à la Pâque de 387, dans la 32e année de son âge. Il renonça dès-lors à la profession de rhéteur, & se borna à celle d'observateur exact de l'Évangile. De retour à Tagafle, il se consacra au jeûne, à la prière, donna ses biens aux pauvres, forma une communauté avec quelques-uns de ses amis. Quelque temps après s'étant rendu à Hippone, Valère, qui en étoit évêque, le fit prêtre malgré lui, au commencement de l'an 391. Il lui permit, par un privilège singulier & inouï jusqu'alors en Afrique, d'annoncer la parole de Dieu. L'année suivante, Augustin confondit Fortunat, prêtre Manichéen, dans une conférence publique, & avec d'autant plus de succès, qu'il avoit connu le fort & le foible de cette secte. Un an après, en 392, il donna une explication si savante du Symbole de la Foi, dans un concile d'Hippone, que les évêques pensèrent unanimement qu'il méritoit d'être leur confrère. Un autre concile convoqué en 395, le donna pour coadjuteur à Valère dans le siège d'Hippone. Ce fut alors qu'on vit éclater toutes les vertus & tout le génie d'Augustin. Il établit dans sa maison épiscopale une société de clercs, avec lesquels il vivoit. Il s'appliqua de plus en plus à confondre l'erreur. Félix, un des plus célèbres Manichéens, qui étoit du nombre des Elus, c'est-à-dire de ceux qui se souilloient de toutes les abominations de la secte, vaincu dans une conférence publique, abjura bientôt sa doctrine entre les mains de son vainqueur. Augustin ne signala pas moins sa pénétration & son éloquence, dans une conférence des évêques Catholiques & des Donatistes à Carthage en 411. Il y déploya son zèle pour l'unité de l'Eglise, & le communiqua à tous ses collègues. Son grand ouvrage de la Cité de Dieu ne tarda pas à paroître. Il l'entreprit pour répondre aux plaintes des Païens qui attribuoient les irruptions des Barbares & les malheurs de l'empire. 528 AUG à l'établissement de la religion Chrétienne & à la destruction des temples. L'an 418, il y eut un concile général d'Afrique tenu à Carthage contre les Pélagiens. Augustin, qui avoit déjà réfuté leurs erreurs, dressa neuf articles d'anathèmes, & montra contre cette hérésie un zèle qui lui a mérité le titre de Docteur de la Grace. Après avoir triomphé des ennemis de l'Eglise, il eut à combattre ceux de l'Empire. Les Vandales passèrent d'Afrique en Espagne en 428 sous la conduite de leur roi Genferic. Ils se rendirent maitres d'une partie de ces contrées. Carthage, Hippone & Cirte, les trois principales villes de l'Afrique, résistèrent plus long-temps. S. Augustin, consulté par quelques-uns de ses confrères, s'il falloit fuir, ou attendre les Barbares, répondit qu'il valoit mieux combattre en faisant son devoir, que de s'exposer par la fuite à de plus grands maux. Il suivit le conseil qu'il donnoit aux autres. Les Vandales étant venus affiéger sa ville épiscopale avec une puissante armée, il sortifia ses brebis par son courage & ses discours. Il craignoit cependant de voir Hippone au pouvoir de l'ennemi; il demandoit à Dieu de le retirer du monde, avant que de voir un si grand malheur. Il fut exaucé: une fièvre violente le conduisit au tombeau le 28 août 430 à l'âge de 76 ans. Il conserva jusqu'au dernier soupir le jugement aussi ferme & les sens aussi vifs qu'en parfaite santé. Les Vandales, qui prirent Hippone l'année suivante, respectèrent sa bibliothèque, ses ouvrages & son corps. Les évêques Catholiques d'Afrique, chassés de leurs sièges par Thrasamond roi des Vandales, emportèrent ses reliques en Sardaigne, lieu de leur exil. Luitprand, roi des Lombards, les transporta, environ 200 ans après, à Pavie sa capitale. On les plaça, dit Bailler, dans un endroit de l'é, se de S. Pierre, qui est encore aujourd'hui inconnu aux hommes. Son culte reçut de grands accroissemens en Orient & en Occident, par la multiplication des religieux & des chanoines réguliers qui prirent son nom ou se soumirent à sa règle. La sainteté de ses mœurs l'avoit rendu le modèle des fidèles de tous les états, & principalement des évêques & des prêtres. Ses meubles & ses habits étoient modestes, sans affectation de propreté ni de pauvreté. Il étoit chauffé, & il exhortoit ceux qui alloient nupieds par mortification; à ne pas en tirer vanité. Gardons la charité, difoit-il; j'aime votre courage, souffret ma foiblesse. Sa table étoit frugale, on n'y servoit ordinairement que des herbes & des légumes: on y ajoutoit quelquefois de la viande pour les hôtes & les infirmes; mais il y avoit toujours du vin. Hors les cuillers, qui étoient d'argent, toute la vaisselle étoit de terre, de bois ou de marbre. Sur sa table étoient écrits ces deux vers: Quisquis amat dielis alienam todere famam, Hanc mensam vetitam duxerit esse sibi. Quiconque des absens déchire la conduite, Doit regarder pour lui cette table interdite. Ses clercs vivoient & mangeoient avec lui, & ils étoient nourris & vêtus à frais communs. Aucune femme ne demeura jamais ni ne fréquenta dans sa maison, pas même sa soeur; car, difoit-il, quoique celles que les Conciles nous permettent permettent d'avoir chez nous, comme futurs, nièces, cousines-germaines, soient hors de tout soupçon, elles attirent né- trésairement d'autres femmes qui les servent ou qui les visitent, & dont la fréquentation n'est pas sans péril ou sans scandale. Il ne faisoit point d'autres visites que celles des ma- lades, des veuves, des orphelins & des pauvres, & exerçoit l'hof- philité avec cette sensibilité com- patissante qui formoit son carac- tère. Il avoit pour maxime, qu'il vaut beaucoup mieux souffrir un mé- chant, que de s'exposer a refuser un homme de bien. Il laissoit le soin du temporel à des économes fi- dèles, qui lui rendoient compte; mais nullement méfiant, il s'en rapprotoit à leur probité. Quand l'argent de l'Eglise manquoit, il déclaroit, en père tendre, à son peuple, le besoin des pauvres, qu'il regardoit comme ses enfans; & quelquefois pour y subvenir, ou racheter les captifs, il faisoit briser & fondre les vases sacrés. Il reprenoit les fautes de ses ecclé- faïtiques, ou les toléroit, selon que sa prudence le lui suggéroit. Il ne voulut jamais acheter de terre ou de maison à la ville ni à la campagne; mais si on en donnoit à l'Eglise, à titre de donation ou de legs, il les recevoit. Il a plusieurs fois refusé des successions impor- tantes, non qu'elles ne puissent être avantageuses aux pauvres, mais parce qu'il lui semblait plus raisonnable de les laisser aux héri- tiers du mort. Possidieux, évêque de Catane, son ami intime, écrivit sa Vie. Dans la pépinière des doc- teurs que nourrissoit alors l'Eglise d'Afrique, il n'y en eut point qui eût un nom si célèbre qu'Augustin. Son historien compte mille trente de ses ouvrages, en y comprenant ses Sermons & ses Lettres. On re- marque dans tous un esprit subtil & pénétrant, une mémoire heu- reuse, un style énergique, mal- gré les mots impropres & barbares dont il se sert quelquefois. Les pointes & les jeux de mots dont il est fermé, sur-tout dans ses Ho- mélies, ont fait sentir combien il étoit au-dessous de S. Chrysostome pour l'éloquence. Il tourne sou- vent autour de la même pensée. Il est admirable dans quelques morceaux particuliers; mais il ta- tigue par ses antithèses, quand on le lit de suite. Cette affectation doit être attribuée, moins à son génie qu'à son siècle & à son pays, qui avoit perdu le goût de la vé- ritable éloquence. Ce qui sert en- core à l'excuser, c'est qu'il est tou- chant, lors même qu'il fait des pointes & des antithèses. On a donné plusieurs éditions particu- lières & générales de ses ouvra- ges; mais la seule qui mérite l'at- tention des gens de lettres, est celle des savans Bénédictins de la congrégation de St-Maur, en onze vol. in-fol. qui se relent en huit, & qui parurent successivement de- puis 1679 jusqu'en 1700. Cette édi- tion fut entreprise par le conseil du docteur Antoine Arnaud, un des plus zélés défenseurs de S. Augustin. Elle fut confiée à Dom Blampin, homme d'un esprit juste & d'un tra- vail infatigable. Dom Mabilen son confrère, mit du soir au matin, l'Epître dédicatoire en l'état où nous l'avons: ce n'est pas un des mois- dres morceaux de cette édition. Le premier volume renferme les ou- vrages qu'Augustin composa avant que d'être prêtre, avec ses Retrac- tations & ses Confessions, qui sont comme la préface de cet immense recueil. Les Retracations font une espèce de critique des différens écrits qu'il avoit mis au jour. Il en rapporte le titre & les premières paroles. Il en fait le catalogue 530 AUG felon l'ordre des temps, & marque à quelle occasion & pourquoi il les a composés. Il éclaircit les endroits obscurs; il adoucit ceux qui lui paroissent trop durs; il donne un sens favorable aux passages qui pourroient fournir à l'erreur, à l'envie, à la méchanceté, de mauvaises interprétations. Enfin il reconnoit de bonne foi ses fautes & ses méprises, & rétablit la vérité dans les passages où il croit s'en être écarté. Sa préface est fort modeste. Il dit qu'il veut être lui-même son propre censeur, qu'il est réfolu de se juger lui-même, suivant les règles de J. C. son seul maître, dont il veut éviter le jugement. « Si, tout âge que je suis, dit-il, je ne suis pas exempt d'erreur, il est impossible qu'étant encore jeune je ne sois tombé dans plusieurs fautes, d'autant plus que j'étois obligé de parler très-souvent. » Ses Confessions, qui ne prouvent pas moins son humilité que ses Rétractations, sont divisées en treize livres. Les dix premiers contiennent l'histoire de sa vie, & les trois derniers, des réflexions sur le commencement de la Genèse. Il y fait entrer d'autres questions qui n'ont guères de rapport à la déclaration de ses fautes; & en général, dans ses ouvrages, il y manque un peu de méthode. Les Confessions ont été traduites par Arnauld d'Andilly & Dubois, in-8° & in-12. Le second volume est occupé par ses Lettres, disposées selon l'ordre chronologique, depuis l'an 386, jusqu'à sa mort en 430. Il y en a en tout deux cent soixante & dix, qui forment une collection précieuse pour ceux qui s'appliquent à l'histoire, au dogme, à la morale, à la discipline de l'Eglise. Dubois les a traduites en français, en 6 vol. in-8° & in-12, avec élégance. Ces deux premiers volumes ayant été réimprimés avec quelques changements, les curieux en recherchent la première édition. Le troisième est consacré à ses Traités sur l'Écriture. Le quatrième, à son Commentaire sur les Psaumes, plus allégorique que littéral. En général, ses explications de l'Écriture sont insuffisantes pour connoître le vrai sens du texte; ses allégories sont trop recherchées. Le cinquième renferme ses Sermons, traduits encore par Dubois. Le sixième, ses Ouvrages dogmatiques, sur divers points de morale & de discipline. Le septième, l'ouvrage de la Cité de Dieu, son chef-d'œuvre, traduit en français, 2 vol. in-8°, ou 4 vol. in-12, par Lombard, qui a aussi traduit le Commentaire du même docteur, De Sermone Christi in monte. On y voit tout ce que l'érudition profane peut fournir pour combattre le Paganisme. S. Augustin n'avoit d'abord d'autre dessein en l'entreprenant, que de réfuter les blasphèmes des Patens, qui n'attribuoient les calamités de l'empire qu'à l'abolition de l'idolâtrie. Mais, de ce sujet particulier il passa à la matière de la Cité de Dieu, & de la Cité du Démon; c'est-à-dire de la société des bons & de la société des méchans. Il s'attacha sur tout à détendre la première contre la seconde. Tout l'ouvrage est divisé en vingt-deux livres. Dans les dix premiers, le saint Docteur s'applique à renverser tout ce qu'on pouvoit alléguer de plus précieux pour la détense du Paganisme. Dans les douze derniers, il établit la vérité de la religion Chrétienne. L'auteur offre presque partout une connoissance variée de l'histoire, des réflexions importantes sur la conduite de Dieu, une chaleur vive & douce qui relève la sécheresse des sujets. Les principes de morale y font établis avec force & onction. C'est dans cette source qu'ont puisé tous ceux qui, depuis S. Augustin, ont combattu les ennemis du Christianisme. Charlemagne ne se laffoit point de lire cet ouvrage; & le roi Charles surnommé le Sage, crut devoir récompenser magnifiquement celui qui le lui dédia traduit en françois. Le huitième volume contient ses Traités contre différens hérétiques. Le neuvième, ceux contre les Donatistes. Le dixième, ses Traités contre les Pélagiens. Le dernier, sa Vie, traduite en latin sur le françois de M. de Tillemont. Elle compose le treizième volume des Mémoires pour servir à l'Histoire Ecclésiastique de ce célèbre écrivain. Elle est très circonstanciée & très exacte, & contient; non-feulement toutes les particularités de la vie de l'illustre évêque d'Hippone, mais encore l'analyse critique de ses ouvrages, & le précis de sa doctrine. On l'a traduite en italien en 1729; mais cette version tronquée en plusieurs endroits est bien différente de l'original. On a imprimé un Appendix à Anvers, 1703, in-fol. Eugippius a donné, Theaurus ex Sancti Augustini operibus, Basileæ, 1542, deux tomes en un vol. in-fol. qui n'est pas commun. (Voyer GUERARD.) & l'abbé Macé a rédigé l'Epide de ce Père, qui est en manuscrit. S. Augustin fit éclater beaucoup de modération dans toutes ses disputes, non-feulement dans celle qu'il eut avec S. Jérôme, à l'occasion de S. Pierre & de S. Paul, mais encore dans celles où il confondit les hérétiques. Il abandonna cependant, sur la fin de ses jours, ses principes d'indulgence, & prêcha l'intolérance, contre les Donatistes, qui étoient eux-mêmes très-intolérans. Emporté par la chaleur de la dispute, il avoue lui-même qu'il n'a pas toujours été stable dans les mêmes sentimens, ou du moins dans la façon de les exposer. Ayant eu à combattre des hérétiques différens ou même opposés, il n'est pas étonnant qu'il ait employé des armes diverses, dont les hérétiques postérieurs ont abusé. Les ennemis de sa doctrine l'ont accusé d'employer, dans l'exposition des dogmes & de la morale, plus d'art & de subtilité que de savoir & de juste. Aussi le Jéluite Adam l'appella-t-il, dans un ses sermons, l'Africain échouffe & le Docteur bouillant. Ces qualifications étoient un peu dures. Il ne faut pas pourtant, en réfutant les fatyres, outrer les éloges, & dire comme le parti contraire au Père Adam, que Saint Augustin a été le plus illustre & le plus savant des Pères de l'Eglise. Il est sur qu'il n'étoit pas fort habile dans les langues, qu'il ignoroit la langue hébraïque, & qu'il avoit moins lu les anciens, que S. Jérôme, S. Basile, & d'autres Pères. Il a certainement illustré l'Eglise; mais Chrysostome, le plus éloquent des Pères Grecs, & Jérôme, le plus savant des Latins, lui ont, je pense, fait autant d'honneur qu'Augustin. La question, si S. Augustin a été religieux, & s'il en a institués qui vécussent sous une certaine règle, a été souvent agitée entre les Chanoines-réguliers & les Hermites de St-Augustin. Les parties n'ont jamais été d'accord. « Ce qu'on peut dire de plus précis là-dessus, est que ce saint Docteur étant à Hippone, voulut vivre dans un monastère, comme il avoit fait à Tagaste; que l'évêque Valère ayant su son dessein, lui donna, pour y contribuer, un jardin de l'Eglise, où le Saint rassembla des serviteurs L 1 2 532 AUG de Dieu, qui voulurent bien vivre dans la pénitence & dans la pauvreté comme lui, ayant déjà vendu son patrimoine qu'il avoit donné aux pauvres; qu'il paroît que chacun vivoit du travail de ses mains dans cette communauté : en un mot, ce qu'il y a de certain, c'est qu'on y observoit la règle des Apôtres; c'est-à-dire que personne n'y possédoit rien en propre, que tout y étoit commun, & distribué religieusement à chacun selon ses besoins. « FABRE, Histoire Ecclésiastique, liv. CXV, n° 132.
II. AUGUSTIN, (S.) premier archevêque de Cantorbery, fut envoyé par S. Grégoire le Grand, en 596, prêcher le Christianisme en Angleterre, qui le regarde comme son apôtre. Ce pontite lui associa, pour cette mission, quelques Bénédictins du monastère de St-André de Rome, dont il étoit prieur. Augustin convertit, l'année d'après, Ethelbert, roi de Kent : ils trouverent dans ce prince plus de dispositions à recevoir l'Évangile, parce qu'ayant épousé une princesse de France, fille du roi Caribert, qui étoit Chrétienne, il écouta favorablement tout ce que son épouse lui dit du Christianisme. Augustin obtint donc d'Ethelbert un établissement à Cantorbery. Il passa ensuite en France pour être fait évêque, & a son retour, il baptisa plus de dix mille personnes le jour de Noël. Le Christianisme s'étant répandu par ses soins, en Angleterre le pape y établit plusieurs nouveaux évêchés, dont il le fit métropolitaine, avec l'usage du Pallium. S. Grégoire lui conseilla de changer les temples des Anglois en églises, plutôt que de les abattre; & de permettre aux nouveaux convertis, de faire à l'entour des cabanes avec des branches d'ar- bres, pour y célébrer les fêtes par des repas modestes, au lieu de sacrifier des animaux aux idoles; voulant les faire monter, par degrés, de la fausse religion à la vraie. « On ne peut qu'avoir la plus haute idée de S. Augustin & de ses coopérateurs, dit un historien moderne, lorsqu'on examine le merveilleux changement qu'ils opèrent en Angleterre. Avant l'arrivée des saints missionnaires, les Anglois étoient livrés à toutes fortes de vices, & plongés dans la plus grossière ignorance. Ce qui prouve sur tout cette ignorance, c'est que quand ils débarquèrent dans la Bretagne, ils ne connoissoient point l'usage des lettres, & que tout le progrès qu'ils firent dans les sciences, jusqu'au temps de S. Augustin, se borna à emprunter l'alphabet des Irlandois. Les Northumbres, selon Guillaume de Malmesbury, vendoient leurs enfans comme esclaves; mais la lumière de l'Évangile n'eut pas plutôt brillé aux yeux de ces peuples, qu'ils devinrent des hommes nouveaux. » Augustin mourut le 26 Mai Pan 607, après avoir ordonné plusieurs évêques. Warthon place cette mort en 604.
III. AUGUSTIN, (Antoine) auditeur de Roie, évêque d'Alise, puis de Lérida, & enfin archevêque de Tarragone, naquit à Sarragosse de parens illustres, & mourut dans son siège archiépiscopal, l'an 1586, dans sa 69e année. Sa chattie étoit si généreuse, qu'on ne trouva pas dans ses coffres de quoi le faire enterrer suivant sa dignité. Il se trouva au concile de Trente en 1562, & s'y distingua beaucoup. Il avoit les talens & les vertus d'un évêque, & étoit un des plus savans hommes de son fiècle. « Vous excellez, lui écrivoit Paul Manuee, dans la belle littérature ; & si je suis quelque chose à l'égard des autres, je ne suis rien quand on me compare à vous. » C'est donc sans raison que Frapaolo déprise le savoir d'Antoine Augustin. Vossus, qui devoit s'y connoître, pense différemment, & dit que ses Notes sur Festus & sur Varron, sont remplies d'érudition. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages de droit, dont on peut voir le catalogue à la fin de son édition De emendatione Gratiani, in-8°, 1672, donnée par Baluze, avec des notes : livre savant, profond, & nécessaire aux jurisconsultes. L'édition originale de Tarragone, in-4°, 1587, est fort recherchée. L'auteur publia cet ouvrage à 25 ans. On a encore de lui : I. Antiques Collectiones Decretalium, Paris, 1621, in-fol. avec des notes estimées. II. Cinq livres des Constitutions de l'Eglise de Tarragone, en latin, imprimées dans cette ville chez Mey, en 1580, in-4°. Cet ouvrage est fort recherché, de cette édition. III. Canones Pannientiales, imprimés chez le même deux ans après, in-4°. Ce livre est rare. IV. Ses Dialogues sur les Médailles, publiés à Tarragone, en 1587, in-4°, en espagnol, le sont encore davantage. Il y en a plusieurs Traductions italiennes, in-4° & in-fol., & une latine, 1617, in-fol. par André Schott. Il faut prendre la Traduction italienne, in-4°, pour avoir les médailles des Dialogues trois à huit, parce qu'elles ne sont pas dans l'édition de 1587. V. Epitome Iuris Pontificis, tome 1er, à Tarragone, 1587 ; tomes 2 & 3, Rome, 1611, in-fol. VI. De propriis nominibus Pandecarum Florentiarum, Tarragone, 1579, in-fol. très-rare. L'édition qui porte sur le titre Barcinone, 1592, est la même. VII. Familiæ Romanorum triginta. VIII. De Militis. IX. De Legibus & Senatus consultis Romanis, &c. André Schott a publié l'Eloge d'Augustin, Anvers, 1586. Il a été aussi inséré dans l'édition des Dialogues, donnée par Etienne Baluze.
IV. AUGUSTIN, (Léonard) ou plutôt AGOSTINI, né dans l'état de Sienne au 17e siècle, vieillit parmi les antiques où il prit un goût exquis, & joignit l'esprit à l'érudition. Son ouvrage intitulé : Le Gemme antiche figurate, a été imprimé & traduit plusieurs fois ; la première édition fut donnée à Rome, en 1657 & 1669, 2 vol. in-4°. La seconde, dans la même ville, en 1686. Celle-ci, préférable à la première, pour l'ordre, lui est inférieure pour la beauté des planches, qui furent gravées par Jean-Baptiste Galle Trucci, dessinateur & graveur habile. Ce Recueil, fort estimé, ainsi que le Discours préliminaire qui le précède, a été redonné au public par Maffei, en 1707, 4 vol. in-4°. Gronovius l'a traduit en latin, & on fit deux éditions de cette Traduction : l'une à Amsterdam, en 1685, recherchée ; & l'autre à Franeker, en 1694, beaucoup moins belle que la précédente. V. AUGUSTIN, né à Sienne, se distingue, ainsi que son frère ANGE de Sienne, dans l'architecture. Elève de Jean de Pise, il obtrine dans sa patrie, la surintendance des barimens, & y fit élever deux Portes de ville, la grande Fontaine, la Salle du grand conseil, la Façade septentrionale de la Cathédrale, & la Tour du palais. Les villes d'Affise & d'Orviette durent aux plans d'Augustin plusieurs édifices. Il mourut à la fin du 15e siècle. L 1 3
VI. AUGUSTIN de Ferrare; imprima, dès l'an 1474, Bocace, qui est le premier poète Italien qui soit fort des presses d'Italie. Cette édition est sans date, sans nom d'imprimeur.
AUGUSTULE, étoit fils d'Oreste, patrice & général des armées Romaines dans les Gaules. Romulus Augustus étoit son vrai nom; mais presque tous les auteurs lui ont donné celui d'Augustulus, soit par dérision, soit à cause de sa jeunesse. Oreste son père, ayant excité une révolte en 475, aima mieux faire proclamer son fils empereur, que de prendre pour lui-même le sceptre. Augustule étoit un très-beau prince, & c'est la seule qualité qu'on lui donne. On fait seulement, qu'il envoya un ambassadeur à Bastisque, pour lui annoncer son élévation au trône d'Occident, d'où il fut bientôt renversé. Odoacre, roi des Hérules, appelé par la noblesse Romaine, fit perir Oreste, dépouilla son fils des marques impériales, l'exila dans la Campanie, avec un revenu de six mille livres d'or, & se rendit souverain de l'Italie sous le titre de roi. Ce fut ainsi que finit l'empire d'Occident. Rome fut obligée de se soumettre à un prince d'une nation barbare, & dont le nom étoit une insulte dans les temps florissans de la république. Cette révolution arriva l'an 476 de J. C., 507 après la bataille d'Accium. Elle avoit commencé à s'annoncer sous Honorius, & depuis ce prince l'État n'avoit fait que languir. Cet empire qui avoit rassemblé dans son sein presque tous les royaumes du monde connu, graces à près de quatre cent cinquante batailles livrées par les anciens Romains, ne put soutenir long-temps une puissance trop étendue, qui n'étoit plus défendue par des princes belliqueux & par des soldats soumis & disciplinés. D'illustres écrivains ont accusé Constantin d'avoir encore accéléré cette chute par la fondation de Constantinople. « Cette ville, disent-ils, étant merveilleusement située pour le commerce, une partie des sujets riches de l'empire devoit chercher à s'y rendre. Rome ayant d'un côté la mer, pour remparts l'Appennin & les Alpes, faisoit un centre de force, qu'il auroit fallu augmenter au lieu de l'affoiblir. Constantin cependant l'énerva en attirant auprès de lui les grands dans sa nouvelle capitale, & avec les grands leurs esclaves qui composoient presque tout le peuple. » Ce reproche est fondé. On peut dire néanmoins que la dépopulation de Rome & d'une partie de l'Italie, par le transport de cent ou deux cent mille habitans à Constantinople, auroit été un mal passager, qu'un bon gouvernement, & des mœurs sur-tout, pouvoient réparer. La seconde guerre punique avoit fait bien d'autres plaies aux Romains; & cependant à peine l'eût-on terminée, que leurs armes ébranlèrent tous les trônes des successeurs d'Alexandre. Mais quand la république fut changée en monarchie, le despotisme qui avilit tout, qui dépeuple les campagnes par la rigueur des impôts, & qui effémine les villes par la mollesse, porta jusque dans les camps, la funeste influence de son luxe. Tel étoit, depuis quelque temps, l'énervement des soldats Romains, qu'ils demandèrent & obtinrent de l'empereur Gratien la permission de quitter leur casque & leur cuirasse. D'habiles généraux, la foiblesse des ennemis, leurs discordes, d'autres causes accidentelles pouvoient bien prolonger plus ou moins la durée de l'empire ; mais il n'en portoit pas moins dans son sein le germe de sa destruction, & ce germe fut entièrement développé sous *Auguste*. Nous remarquèrons comme une singularité, que le dernier empereur ait été appelé *Auguste* comme le premier, & que son prédécesseur ait porté le nom de *Jules*.
AUHADI-MARAGAH, un des plus célèbres mystiques Mahométans, mit en vers persans le livre intitulé *Giam-Giam*, production qui est comme l'élixir de la spiritualité Musulmane. Il a composé encore un *Divan* poétique, qui contient dix mille vers & plusieurs *Lettres* qui ont été publiées parmi les Orientaux. Il vécut dans la pauvreté, & mourut assez riche des libéralités de l'empereur des Tartares, l'an 1319 de J. C. Son sépulcre est en grande vénération à Ifpahan, quoique ce poète mystique ait aussi fait des *Ouvrages de galanterie*.
AVIA, (le Chevalier d') gentilhomme Bolonnois au service de la maison d'Autriche, se signala dans la guerre de la succession par des témérités heureuses. En 1702, il fit prendre à quatre cents cavaliers l'uniforme d'un régiment de l'armée de France, & traversa par les dernières du camp de *Vendôme*, depuis le Parmesan jusqu'à Pavie, où il exigea des contributions considérables. De là il s'approcha de Milan, se saifit d'une des portes au moment qu'on l'ouvrit, pilla quelques maisons voisines, & s'empara d'une recette des deniers publics, où il ne laiffa pas la plus petite pièce de monnoie. Ce cuivre l'embarrassant, il le répandit dans les rues, & le fit ramasser par des enfans, qu'il força à crier : *Vive l'Empereur !* Cette troupe, qu'on avoit crus Françoise jusqu'à cet instant, parut alors ce qu'elle étoit réellement. On l'alloit charger, lorsqu'elle sortit de la ville, prit le chemin du Bergamaïque, & a l'aide de quelques détours, regagna heureusement son camp. Les troupes des deux couronnes furent très-piquées de cette course; & le chagrin qu'elles en témoignèrent de part & d'autre, donna beaucoup d'éclat à la témérité de l'entreprise.
AVICE, (Étienne) auteur dramatique, mort en 1747, a donné les *Époux mécontents*, la *Réunion forcée*, la *Gouvernante*, le *Valet embarraffé*, & les *Petite-Maîtres*.
AVICENNE, philosophe & médecin Arabe de Bochara en Perse, naquit l'an 980 de J. C. avec des dispositions si heureuses, qu'à l'âge de dix ans il savoit tout l'Alcoran par cœur. Il apprit les belles-lettres, la philosophie, les mathématiques & la médecine, avec la même facilité. Il s'adonna ensuite à la théologie, & commença par la Métaphysique d'*Aristote*. Il la lut, dit-on, quarante fois sans y rien entendre : un homme sensé, à sa place, ne l'auroit pas lu une quarante-unième. Ses études furent finies dès l'âge de 18 ans. Il fut ensuite médecin & visir du sultan *Cabous*. Il mourut de ses débauches l'an 1036 de J. C., la 56e de son âge. Nous avons de lui plusieurs *Ouvrages de Médecine* & de *Philosophie*, imprimés d'abord à Rome, en arabe, l'an 1595, in-fol. Ils ont été traduits en latin, à Venise, 1594, 2 vol. in-fol. & de même en 1595 & 1608. Il y en a une traduction de *Vopiscus Fortuatus*, Louvain, 1658, in-folio; & ils ont été commentés par différens auteurs. On y remarque quelques obser- L 1 4 436 AVI vations utiles, au milieu de beaucoup de minuties. Son Ouvrage de théologie, le plus célèbre chez les Orientaux, est intitulé : *Sahih*, c'est-à-dire *Le S'ucère*. C'est un recueil de traditions sur l'histoire & le dogme de la religion musulmane. *Avicenne* le composa à la Mecque, & resta seize ans pour l'achever. Il n'y a pas d'écrits sur lesquels les docteurs Arabes aient fait plus de Commentaires. *Voy*. III. CHAMPIER.
AVIÉNUS, (*Rufus F'sus*) poète Latin, floriffoit sous *Théologie* l'Ancien. On a de lui une *Traduction* en vers des *Phénomènes* d'*Aratus*, Venife, 1599, in fol.; de la *Description de la Terre*, par *Denys* d'Alexandrie; & de quelques *Fables d'Efope*, fort au-dessous de celles de *Phèdre*, pour la pureté & les graces du style. On trouve sa traduction d'*Efope* en vers élégiaques dans le *Phèdre* de Paris, 1747, in-12; *cum notis Variorum*, Amsterdam, 1731, in-8. Il avoit mis aussi en vers iambes tout *Tite-Live*: travail ridicule de son temps, mais qui à présent pourroit fuppléer en partie à ce qui nous manque de cet historien.
AVIGNONI, (*Ambroise*) né à Milan, en 1705, professa longtemps la théologie à Rome & dans sa partie. On lui doit une énergique & savante réponse à l'ouvrage de *Gorini Corio*, intitulé : *La Politique, le Droit & la Religion*. Cette Réponse fut publiée à Milan, en 1742, in-4. I. AVILA, (*Louis d'*) gentilhomme Espagnol, natif de Placentia, fut commandeur dans l'ordre d'Alcantara, & général de la cavalerie pour *Charles-Quint*, au siège de Metz, en 1552. Le duc de *Guise* commandoit dans cette place. D'*Avila* lui envoya un trompette pour lui demander un esclave fugitif qui avoit emmené un cheval d'un grand prix. C'étoit un prétexte pour faire reconnoître la ville. Le duc de *Guise* ne s'y trompa point : cependant il lui fit renvoyer le cheval qu'il rachera de son argent, & comme l'esclave avoit poussé plus loin, il lui fit dire « qu'il étoit déjà bien avant en France, & qu'un esclave devenoit libre dès qu'il y avoit mis le pied. » Il a écrit des *Mémoires historiques* de la guerre de *Charles-Quint* contre les Protestans d'Allemagne, imprimés pour la première fois en Espagne, l'an 1546, & traduit depuis en latin & en françois. Le président de Thou lui reproche sa partialité en faveur de cet empereur. On a encore de lui des *Mémoires de la guerre d'Afrique*.
II. AVILA, (*Jean d'*) né dans un bourg de l'archevêché de Tolède, fut surnommé l'*Apôtre de l'Andalouise*, *Dominique Soto* fut son maître de philosophie à Alcala. Après la mort de ses parens, il distribua tous ses biens aux pauvres. Il exerça le ministère de la prédication avec tant de zèle, qu'il opéra des convictions sans nombre. *François de Borgia & Jean de Dieu* lui durent la leur. *Ste Thérèse* lui fut aussi redevable d'avoir décidé sa vocation. D'*Avila* passa les dix-sept dernieres années de sa vie dans des infirmités continuelles, & mourut à Montilla en 1569. « On peut le regarder, dit un écrivain, comme le père de tant de Saints qui parurent en Espagne dans le 16e siècle. Il mérita par sa doctrine, par son zèle & par ses autres vertus, d'être l'édification, le soutien & l'oracle de l'Église. C'étoit un génie universel, un directeur éclairé, un prédicateur célèbre, un homme révéré de toute l'Espagne, connu de tout l'univers chrétien; un homme, enfin, dont la réputation étoit parvenue à un point, que les princes se soumettoient à ses décisions, & que les savans lui demandaient le secours de ses lumières. » On a de lui des *Lettres spirituelles* & des *Traités de piété*, traduits en françois par *Arnauld d'Andilly*. *Louis de Grenade* & *Louis Munnoze* ont écrit sa *Vie*.
III. AVILA, (Sanche d') ainsi appelé de la ville de ce nom en Espagne, qui fut son berceau, l'an 1546, sortit d'une famille distinguée: sa naissance l'illustra moins que sa science & ses prédictions, qui eurent un grand succès. (*Voy. XVII. JEAN.*) Il fut confesseur de *Ste Thérèse*. On lui donna l'évêché de Murcie ou de Carthagène, puis celui de Siguenza, & enfin de Placentia, où il mourut en 1626. Il a laissé des *Sermons*, des *Traités de piété*, & les *Vies de S. Augustin* & de *S. Thomas*.
IV. AVILA, (Gilles Gonzalès d') historiographe du roi d'Espagne pour la Castille, vit le jour dans la ville dont il portoit le nom, & mourut en 1658, âgé de plus de 80 ans. Il publia en espagnol l'*Histoire des Antiquités de Salamanque*, le *Théâtre des Eglises des Indes*, &c. V. AVILA, *Voyer* DAVILA. — AVILER, (Augustin-Charles d') naquit à Paris en 1653. Le goût de l'architecture l'engagea à s'embarquer à Marseille, pour aller perfectionner ses talens à Rome. La selouque sur laquelle il étoit monté, fut prise par des Algériens. Mené à Tunis, il donna le dessein de la superbe mofquée qu'on y admire. *D'Aviler* n'eut sa liberté que deux ans après, & ne s'en servit que pour aller admirer & étudier les chefs-d'œuvre de Rome. De retour en France, il éleva à Montpellier, la magnifique *Porte du Pérou*, à la gloire de *Louis XIV*, en terme d'arc de triomphe; & à Toulouse, le *Palais de l'archevêché*. Les états du Languedoc créèrent pour lui un titre d'*Architecte de la Province*, en 1693. Cet emploi l'engagea à se marier à Montpellier. Il y mourut en 1700, n'étant âgé que de 47 ans. On a de lui un *Cours d'architecture*, 2 vol. in-4°, qui est estimé. Cet ouvrage a été imprimé plusieurs fois à Paris & à la Haye, avec des augmentations. L'édition la plus belle & la plus complète, est celle de 1750 & 1755. *Mariette* y joignit plusieurs nouveaux dessins, & un grand nombre de remarques utiles. On doit encore à d'*Aviler* un savant *Commentaire sur Vignole*, & un *Dictionnaire d'architecture*, où tous les termes sont définis avec clarté. *D'Aviler* avoit auparavant traduit de l'italien le sixième livre de l'*Architecture de Scamozzi*.
AVIRON, (Jacques le Bathelier d') avocat au présidial d'Evreux, l'un des meilleurs juris-consultes de son temps, composa, vers 1587, des *Commentaires* sur la Coutume de Normandie. Après sa mort, le premier président *Groulard* les ayant fait imprimer, sans mettre le nom de l'auteur à la tête, on crut qu'il vouloit se les attribuer, & on le lui reprocha. *Ce livre est tant beau*, dit-il, qu'il ne peut être que l'œuvre de Jacques le Bathelier, ni connu sous autre nom. — Les *Commentaires* de d'Aviron ont été réimprimés avec ceux de *Berault* & de *Godefroi*, à Rouen, 1684, 2 vol. in-fol. 538 AVI I. AVIS, descendant d'Abov- faid, empereur des Mogols, & de Gengiskan, commença à régner l'an de l'hégire 757. Il conquit l'Adherbigian, qui est l'ancienne Médie, & les villes de Moful & de Mardin en Méfopotamie. Avis étant tombé malade, ses ministres lui demandèrent quel ordre il vou- loit laisser pour le partage de sa succession entre ses quatre fils. Le fultan leur répondit, qu'il choif- soit Houffain pour son successeur, & qu'il vouloit que l'aîné Haffan se contentât du gouvernement d'une province. Les ministres lui ayant remontré que ce dernier pourroit n'être pas content de son lot, le fultan leur répondit: Vous savez ce qu'il faut faire. Aussitôt les ministres firent arrêter Haffan; & son père ayant perdu la parole & ne pouvant s'expliquer davan- tage sur son sujet, ils firent maf- facrer ce malheureux prince, & le firent enfévelir le même jour qu'Avis, dans le même tombeau.
II. AVIS, (Ahmed) fils du précédent, succéda à son frère Houffain qu'il fit mourir. Ce fra- tricide indigna les peuples, & lui fit perdre ses états; mais il y fut rétabli par Cara-Mohammut le Tur- coman, premier prince de la fa- mille que l'on appelle ordinaire- ment du Mouton-Noir. Quelques temps après, Tamerlan, vain- queur de la Perse, vint affié- ger Avis dans Bagdad. Celui-ci fut forcé d'abandonner sa capitale & de se retirer d'abord chez Ma- nuel, empereur de Constantinople, puis auprès de Farage, fultan des Mamelucs en Egypte. Après la mort de Tamerlan, Avis, revêtu d'un habit de mendiant, pénétra dans la ville de Bagdad, excisa une fédition contre le gouverneur, se fit reconnoître; & reprit le tou- verain pouvoir. Il fut encore chaffé de ses états, & affaffiné par les Turcomans. Avis étoit courageux & spirituel. On cite de lui deux vers, qu'il écrivit à Tamerlan, qui éroit manchot & boiteux, lors- qu'il prit la fuite devant lui. Le sens étoit: Si j'ai été manchot dans le combat, je ne suis pas au moins boiteux dans la fuite.
III. AVIS, (Jean) médecin de Paris, fut un des quatre députés de la faculté de médecine, qui affisterent aux conférences tenues à Paris, pour condamner la fêche des Nominaux. Il étoit doyen de de cette faculté lorsque Louis XI y fit demander les Œuvres de Rha- fis, célèbre médecin Arabe, pour les faire copier & les répandre.
AVISTUPOR, (Mythol.) Dieu Romain, avoit soin de défendre les vignobles & les raifins en ma- turité, contre les oiseaux & les voleurs. Au temps des vendanges, on plaçoit sa statue armée d'une faucille, au milieu des vignes, comme épouvantail; plusieurs ont cru qu'Avistupor étoit le même que Priape.
AVITABLE, (Pierre) Napolli- tain, se fit théatin à Bitonto, en 1607. Son zèle pour répandre les lumières du Christianisme, le fit choisir par la congrégation de la Propagande, en 1626, pour chef d'une mission dans la Géorgie & dans les Indes, il mourut à Goa, en 1650. Il a laissé la Relation latine de ses travaux & de l'état de l'église en Géorgie. Elle est adressée au pape Urbain VIII. François Muggi a écrit la vie de ce missionnaire. —Corneille AVI- TABLE, mort à Naples, en 1636, a fait imprimer dans cette ville des Sermons & un traité de la véritable vie religieuse. —Blaise AVITABLE, qui vivoit dans le même temps, devint un jurisconsulte célèbre, à qui l'on doit : I. Plusieurs *Vies* des membres de l'académie des *Arcades*, II. Des *Lettres apologétiques* sur la théologie morale. III. La *Tragi-comédie* de *Torgon*. I. AVITUS, (*Marcus Macilius*) natif d'Auvergne, d'une famille illustre, préfet du prétoire des Gaules sous *Valentinien*, maître de la cavalerie sous *Maxime*, se fit proclamer empereur à Toulouse, en juillet 455, & repoussa les Vandales & les Suèves. Le général *Ricimer*, auquel il avoit donné sa confiance, parvint à une autorité si absolue, qu'il fit révolter l'armée à la tête de laquelle *Avitus* l'avoit placé. Ce prince étoit alors dans les Gaules; il passa en Italie pour se maintenir. Mais *Ricimer* l'ayant surpris dans Plaisance, le dépouilla de la pourpre impériale, en octobre 456, après un règne de 14 mois. *Avitus* crut se soustraire à la vengeance de ses ennemis en entrant dans les ordres sacrés. Il se fit ordonner évêque de Plaisance; mais comme il appréhendoit toujours le ressentiment de *Ricimer*, il résolut d'aller achever sa carrière en Auvergne. Il mourut en chemin, & son corps fut apporté à Brioude. « *Avitus*, dit *Turpin*, fut moins illustre par sa naissance que par ses qualités personnelles. Sa douceur & sa modération lui avoient mérité l'estime & l'amitié de *Théodoric II*, roi des Vifigots, qui se conduisit entièrement par ses conseils. C'est en lui donnant des leçons de droit & de littérature, qu'il acquit la confiance de ce prince. *Avitus* n'usa de son ascendant sur lui, que pour contribuer au bonheur de ses concitoyens. Employé dans les plus importantes négociations, il mania les affaires avec une extrême prudence, sans aucun mélange d'artifice. Sa parole fut le plus sûr garant des traites. Ce fut par son éloquence douce & persuasive, que les Vifigots se joignirent aux Romains contre *Attila*. Son élévation aux premieres dignités de l'empire, n'altéra point sa modestie. C'est par le conseil de *Théodoric* qu'il se fit élire empereur. « *Montez sur le trône*, lui avoit dit ce prince; tant que vous gouverneriez l'empire, il n'aura point de fond plus ardent que moi à le défendre. » Cependant *Avitus*, dont le règne n'offre rien de mémorable, prouve que les hommes pacifiques & vertueux ne font pas les plus propres à commander aux hommes, la plupart méchans, & toujours entraînés par leurs passions.
II. AVITUS, (*Sextus Alcimus*) neveu de l'empereur *Avitus* & archevêque de Vienne, contribua à la conversion de *Clovis*, présida au concile d'Epaone, puis à celui de Lyon, & mourut saintement l'an 525, à l'âge de 73 ans. Ses *Ouvrages* ont été publiés à Paris, in 8°, en 1643, & au Louvre en 1696, avec des notes par le *P. Sirmond*. Son style est bas, embrouillé, & défiguré par de mauvaises pointes. Il a écrit en vers & en prose. Ses *Poésies* sont réunies avec celles de *Marius Victor*. Elles offrent un poème curieux sur la Virginité, qu'il dédia à sa soeur *Furcina*.
AVITY, *Voyez* DAVITY.
AULAIRE, *Voyez* SAINT-AULAIRE.
AULISIO, (*Dominique*) né à Naples en 1639, fut l'un des littérateurs les plus célèbres de 540 A U L cette capitale. Il apprit fans maître toutes les langues savantes de l'Europe & de l'Orient. Il embraffa dans ses travaux la jurisprudence, les antiquités, l'architecture, la rhétorique & l'histoire. Charles II érigea une chaire d'architecture militaire pour Aulisio qui est mort en 1717, âgé de 78 ans. Son attachement aux opinions de Platon lui procura quelques ennemis. Ses principaux ouvrages ont pour objet, la construction des Gymnoses & des Mausoles; les nombres vénérés en médecine; un Commentaire sur divers titres des Pandéoles, 3 vol. in-4°; des Considérations sur la jurisprudence établie à Capoue; des Essais historiques sur les poésies hébraïques, grecques, latines, italiennes & espagnoles; un Abrégé de Chronologie, un autre d'Architecture civile, un autre de Rhétorique & de Philosophie, &c. Ces divers écrits font en latin ou en italien.
AULU-GELLE, (Aulus-Gellius) grammairien Latin, florissoit à Rome, sa patrie, vers l'an 130 de J. C., & mourut au commencement du règne de Marc-Aurèle. Il publia un ouvrage en vingt livres, intitulé : Les Nuits Antiques, qu'il nomma ainsi, parce qu'il l'avoit composé à Athènes pendant les longues soirées de l'hiver. C'est un recueil de beaucoup de matières différentes. Il peut servir à éclaircir les monumens & les écrivains de l'antiquité : on y trouve quantité de fragmens des anciens auteurs. Le compilateur auroit dû se dispenser d'y entasser tant de remarques minutieuses de grammaire, & il auroit pu mettre plus de pureté & de clarté dans son style. Cette collection qu'Aulu-Gelle fit pour ses enfans, a eu plusieurs éditions. On estime celle du Père Proust, ad usum Delphini, Paris, 1680, in-4°; & celle de Leyde par Gronovius, 1706, in-4°. On a encore l'Etévir, 1651, in-12. En 1776 il en a paru une traduction françoise par l'abbé de Verteuil, à Paris, 3 vol. in-12. La première édition de l'original est de 1469, in-fol. Lambécius publia en 1647 de savantes remarques sur cet auteur.
AUMALE, (Claude de LORRAINE, duc d') étoit le troisième fils de Claude de Lorraine, duc de Guise, qui vint s'établir en France vers 1512. Il fit la guerre aux Huguenots, & mourut en 1573. Son fils Charles fut un des chefs les plus entérés de la Ligue. Le parlement le condamna, comme coupable du meurtre de Henri III, à être écartelé en 1595. Il se retira à Bruxelles, où il mourut en 1631, sans laisser d'enfants mâles. Sa fille épousa le duc de Nemours. I. AUMONT, (Jean d') d'une-maison noble & ancienne, qui avoit fondé l'abbaye de Reffons dans le diocèse de Rouen en 1523. Il porta les armes de bonne heure, & se distingua par sa bravoure, sous le maréchal de Brissac en Piémont. Henri III le fit chevalier du Saint-Esprit en 1578, & maréchal de France en 1579. Après la mort funeste de ce prince, les premiers qui amenèrent des secours à son successeur, furent Souvré, d'O, & d'Epernon, qui avoit eu des démêlés très-vis avec d'Aumont. Henri IV craignoit que le séjour de ce favori de Henri III à la cour ne les renouvelât. Il s'en expliqua avec d'Aumont, qui lui dit : Sire, j'oublie tous mes ressentimens, jusqu'à ce que vous ayez triomphé de vos ennemis. D'Epernon, instruit par le roi de cette réponse, demanda son amitié à d'Aumont, & lui offrit la sienne. Allez, lui dit le vieux guerrier, je ne veux d'autre satisfaction. que celle de vous voir soumis aux ordres de votre maître. Combattons tous les deux pour sa gloire & pour le salut de la patrie. Quand nous aurons rendu la paix à la France, nous disputerons à qui se surpassera en générosité. — D'Aumont se signala à la bataille d'Ivry. Le soir de cette mémorable journée, Henri IV l'invita à souper, en lui disant: Il est bien raisonnable que vous soyez du festin, puisque vous m'avez si bien servi à mes noces. La sage conduite du maréchal dans son gouvernement de Poitou, contient cette province. Le roi l'envoya en Bretagne pour l'opposer au duc de Mercœur; mais il fut tué le 19 août 1595, à 73 ans, d'un coup de mousquet qu'il reçut à Comper, près de Rennes. Son courage foutent toutes les épreuves auxquelles on le mit; mais il étoit plus vaillant que suzé. Ses manières dures & impolies le faisoient passer à la cour pour un Franc-Gaulois: c'étoit d'ailleurs un sujet fidèle, un citoyen zélé, un homme d'honneur, également ferme & habile. Il fut d'avis, en 1588, de faire trancher la tête en place publique au duc de Guise, au lieu de le poignarder; mais ce conseil généreux ne fut pas suivi. Voyez HENRI IV, n.º XII.
II. AUMONT, (Antoine d') petit-fils du précédent, se trouva à divers sièges & combats, eut le commandement de l'aile droite à la bataille de Rétel en 1650, & contribua beaucoup au succès de cette journée. Il fut fait maréchal de France en 1651, gouverneur de Paris en 1662, duc & pair en 1665, & mourut dans cette capitale en 1669, âgé de 68 ans. Il étoit plus fin courtois que son grand-père; mais il lui étoit inférieur en talens, quoiqu'il eût d'ailleurs du mérite.
AUN-ARTHABAN-ALBASRIS, philosophe Musulman, né à Baffora, fut d'abord esclave & ensuite affranchi. Il acquit la plus grande réputation par sa tempérance. On dit qu'il fut tellement maître de sa langue qu'il ne lui étoit jamais échappé de paroles mal à propos, & qu'il n'avoit jamais proféré d'injures. Il ne saluoit cependant pas les Cadarsens, parce qu'ils nioient la prédestination. Il mourut l'an 150 de l'hégire, sous le califat d'Almanfar, à l'âge de 85 ans.
AUNAY, (Philippe & Gaulier d') Voy. MARGUERITE, n.º 4.
AUNEZ, (St.) Voy. CEZELL.
AUNILLON, (Pierre-Charles-Fabiot) abbé du Gué de Launay, mort le 10 octobre 1766, à 76 ans, avoit commencé par la prédication; il finit par des romans: Aor ou le Prince enchanté, 1750, in-12; la Force de l'Education, 1750, in-12. Mais le romancier ne réussit guère plus que le prédicateur.
AUNOY, (Marie-Catherine Jumeille de Berneville, comtesse d') veuve du comte d'Aunoy, & nièce de la célèbre Mad. Desloges, mourut en 1705. Elle écrivoit facilement, quoique négligemment, dans le genre romanesque. Les gens frivoles lisent encore aujourd'hui avec plaisir ses Comtes des Fées, 4 vol. in-12, & surtout ses Aventures d'Hippolyte comte de Duglas, in-12, où il y a de la chaleur, du naturel dans le flyle, & de l'extraordinaire dans les aventures. Ses Mémoires historiques de ce qui s'est passé de plus remarquable en Europe depuis 1672 jusqu'en 1679, sont mêlés de vrai & de faux. Ses Mémoires de la cour d'Espagne, 542 AVO où elle avoit vécu avec sa mère, en 2 vol., ne donnent pas une idée favorable de la nation Espagnole, qu'elle traite sans doute avec trop de rigueur. Son *Histoire de Jean de Bourbon*, prince de Carency, 1692, 3 tom. in-12, est un de ces romans historiques, fruits d'un peu d'esprit & de beaucoup de galanterie, qui plaisent à la pareffe & à la frivolité. Son mari, le comte d'Aunoy, accusé du crime de lézemajesté par trois Normands, manqua de perdre la tête. Un des accufateurs le déchargea par un remords de conscience.
AVOGADRI, (Lucia-Albani) née à Bergame d'une famille noble & ancienne, acquit plus de renommée encore par ses talens que par sa naissance. Elle excella dans la poésie italienne, & mérita d'avoir *Le Tasse* pour l'admirateur & le commentateur de ses vers. Ceux-ci furent recueillis en 1561. *Lucia* avoit époufée un noble de Brescia dans l'état de Venise, & elle mourut dans cette ville. *Calvi* a confacré à l'éloge de cette femme célèbre un article de sa *Scène littéraire* des écrivains de Bergame.
AVOGADRO, (Albert) de Verceil en Italie, vivoit sous le gouvernement de *Cosme de Médicis*, grand duc de Florence, dont il a célébré le piété & la magnificence, dans un poème en vers élégiaques, divisé en deux livres. Il a été dernièrement réimprimé dans le tome 12 du recueil de *Lami*, intitulé: *Delicia eruditorum*. Quelques autres savans du même nom se sont distingués en Italie. — *Ambroise AVOGADRO*, jurisconsulte de Brescia, se rendit également fameux & par son courage dans la défense de sa patrie assiégée en 1438 par *Picennino*, & par son éloquence & ses écrits. — Son fils Jérôme AVO-
GADRO devint le Mécène des gens-de-lettres dans sa patrie. Il fut le premier éditeur des *Œuvres de Vitruve*. — *Nestor-Denis AVOGADRO*, né à Novare, a publié un *Lexique* estimé, dont l'édition parut à Venise en 1488, in-fol. Les éditions postérieures renferment divers Traités du même auteur sur les huit parties du discours, sur la prosodie des fyllabes, &c. — *Pierre AVOGADRO*, de Vérone, vivoit en 1490. On lui doit des *Mémoires* littéraires sur les Hommes illustres de sa patrie; un *Discours* sur l'origine du Mont-de-Piété en Italie, un autre *De origine gentis Rittona*. Le marquis *Maffei* a parlé de ce littérateur avec éloge dans son *Histoire* de Vérone, *Verona illustrata*.
AVOCAT, *Voy. LADVOCAT*.
AVOIE, *Voy. HEDWIGE* (Ste.)
AURA, AURÉES, (Mythol.) divinités aériennes qui présidient, suivant les Romains, à la température de l'air, & étoient les compagnes ordinaires des zéphirs. Légères, à demi-voilées, semant des fleurs sur leurs traces, avec des vêtements de brillante couleur, elles parcouraient l'atmosphère & répandoient sur les mortels les plaisirs & le bonheur. *Pline* parle de deux statues des *Aurées* qui, de son temps, étoient fort admirées des Romains.
AURAT, *Voy. DORAT* (Jean).
AURE, (Sainte) ou AURÉE, de la race des Sarrasins en Espagne, se retira dans un monastère. Les Infidèles voulurent l'arracher de ce saint lieu, & lui faire abjurer le Christianisme; mais ayant persévéré dans la foi, elle fut honorée de la couronne du martyre le 19 juillet 856.
AURÈLE, (Marc) *Voy. MARC*, AURÈLE ANTONIN, n.º VIII. I. AURÈLE, (Saint) évêque de Carthage en 388, se distingua par son zèle contre les Donatilles & les Pélagiens. Il fit condamner dans un comble Pélagé & Célefius son disciple, avant que S. Augustin eût attaqué avec vigueur leur doctrine. Aurèle mourut en 423. Saint Fulgenne donne de grands éloges à son savoir & à sa piété.
AURÉLIANUS, Voyet CŒLIUS. I. AURÉLIEN, (Lucius Domitius Aurelianus) naquit dans un village de Pannonie, d'une famille obscure. Après avoir passé par tous les grades de la milice, il fut tribun & défit les Francs à Mayence. Valérien, qui connoissoit son zèle pour la discipline, lui confia le soin de veiller sur tous les quartiers des troupes, pour l'y établir ou pour l'y maintenir. Un soldat ayant fait violence à une femme, il le fit écarteler, en l'attachant à deux branches d'arbre courbées de force. Les querelleurs, les ivrognes, les marauteurs étoient fouettés sur le champ : « Enrichissez-vous, disoit-il à ses soldats, des dépouilles de l'ennemi, & non des larmes des citoyens. » Il fut élevé au consulat en 258; & Valérien qui ne l'appelloit que le libérateur de l'Illyrie & des Gaules, & l'imitateur des Scipions, voulut faire les frais de sa promotion. Ulpius Crinitus, dont il avoit été lieutenant dans la Thrace, l'adopta; & Claude II, qui aimoit & estimoit sa valeur & sa sagesse, le fit général de l'Illyrie & de la Thrace. Après la mort de cet empereur arrivée en 270, tous les suffrages se réunirent en faveur d'Aurélien. Élu par l'armée, il fut confirmé par le sénat & par le peuple. Il vainquit les Goths, les chaffa de la Pannonie, battit les Vandales, les Marcomans & les Sarmates, assura la paix au dehors & la tranquillité au dedans. On lui reprocha d'avoir terni l'éclat de ses victoires en punissant trop sévèrement, & même avec cruauté, de légers propos tenus à Rome sur ses détaites. Il quitta bientôt la capitale de l'Empire, pour aller conquérir l'Orient sur Zénobie. Il traversa la Sclavonie & la Thrace, tailla en pièces les Barbares, passa en Asie, prit Tyane en Cappadoce, & jura pendant le siège de cette ville, qu'il n'y laisseroit pas un chien en vie; mais lorsqu'il s'en fut rendu maître, il se calma, & dit aux soldats qui vouloient la mettre à feu & à sang, qu'il leur permettoit seulement de tuer tous les chiens qu'ils rencontreroient. Après avoir vaincu deux fois Zénobie, il la poursuivit jusqu'à Palmyre, où il l'assiegea. Cette reine, qui avoit conduit elle-même ses armées, n'encouragea pas moins fortement les assieges; elle se défendit en grand capitaine & en femme piquée. Aurélien, impatient d'entrer dans la ville, lui écrivit pour l'inviter à se rendre. Zénobie lui répondit avec une fierté qui ne fit qu'augmenter l'envie d'Aurélien de prendre la place. (Voyet ZÉNOBIE.) Elle se rendit bientôt après, l'an 273. (Voyet APSÉE.) Zénobie avoit tenté de se réfugier en Perfe; mais Aurélien la fit arrêter & charger de chaines. Palmyre, qui se révolta quelque temps après, fut rasée, & ses habitans passés au fil de l'épée, sans égard pour l'âge, pour le sexe, ni pour la condition. Aurélien, avant cette révolte, avoit déjà fait périr plusieurs partisans de Zénobie, entr'autres le fameux philosophe Longin, auquel il attribuoit la lettre altière de cette princesse. Il marcha ensuite contre Firmius, qui s'étoit fait proclamer empereur en Egypte pour venger Zénobie, le defit, & lui ôta la vie par des tourmens recherchés. De la il vint attaquer, l'an 274, Tétricus, qui dominoit dans les Gaules, & qui mit fin à la guerre en se fou- mettant. Aurélien, vainqueur de tant de peuples, orna son triomphe de captifs Goths, Alains, Roxe- lans, Sarmates, Francs, Suèves, Vandales, Allemands, Ethiopiens, Arabes, Indiens, Bactriens, Geor- giens, Sarrafins & Perses. Zénobie & Tétricus fuivirent le char de triomphe. La première obtint des terres dans le territoire de Tivoli, & le second eut le gouvernement d'une partie de l'Italie. Aurélien lui dit, en le lui donnant : Qu'il valoit mieux gouverner les beaux pays de l'Italie que de régner au-dela des Alpes. — Aurélien, tranquille à Rome, l'embellit, la reforma, fit distribuer aux pauvres du pain & de la viande, remit les impôts, fixa le nombre des eunuques, & défendit d'avoir des concubines, fi ce n'est une esclave. Il étoit en marche contre les Perses, lorsque Mneflée, l'un de ses affranchis, craignant de voir ses extorsions punies au dernier supplice, con- trefit l'écriture de son maître, & fit une liste de proscrits, où il mit les noms des principaux ca- pitaines de l'armée Romaine; cette liste ayant été montrée aux inté- reffés, excita une révolte qui coûta la vie à l'empereur. Il fut tué près d'Héraclée l'an 275. Peu de temps après, l'imposture ayant été découverte, Mneflée fut livré aux bêtes, & tous les conjurés furent punis. Dans la crainte de donner l'empire à quelqu'un de ceux qui avoient eu part à la mort d'Aurélien, l'armée pria le fénat de donner lui-même le diadème. Les fénateurs, au lieu de faifir cette occasion de rentrer dans leurs droits, renvoyèrent le choix à l'armée. Cette modération à la- quelle on ne s'attendoit pas, oc- cafionna un interrègne de huit mois. Ce qui étonna encore da- vantage, fut le calme qui régna pendant la vacance de l'empire. Il n'y eut de soulevement ni parmi le peuple, ni parmi les soldats. Aucun général ne tenta de se re- vêtir de la pourpre impériale; aucun même ne brigua pour l'ob- tenir. Rien ne pouvoit donner une plus grande idée de l'ordre qu'Au- rélien laiffoit après lui; cependant cet empereur fut plus admiré qu'ai- mé, parce que sa féverité étoit extrême. Il étoit fi cruel dans les châtimens, qu'il fit dire de lui : Qu'il étoit bon médecin, mais qu'il tiroit un peu trop de fang. On pré- tend que, dans ses différentes ba- tailles, il avoit tué de sa main plus de neuf cents hommes. Il affiftoit fouvent au supplice des soldats condamnés à la mort ou au fouet. Cet homme sévère étoit fœtueux. Il fut le premier empe- reur qui prit le diadème. Il s'é- leva fur la fin de son règne une persécution contre les Chrétiens, qui fut cruelle, mais qui ne dura pas.
II. AURÉLIEN, (Saint) devint évêque d'Arles en 546. Le pape Vigile lui accorda le pallium & le titre de vicaire du saint-Siège. Ce titre lui donna le pouvoir de ter- miner les differens qui pourroient s'élever parmi les évêques soumis à sa juridiction. Il fonda dans la ville d'Arles un monastère auquel il donna une règle pleine de fa- geffe. Aurélien mourut à Lyon, comme il paroît par l'inscription de son tombeau, découverte en 1308, dans l'église de Saint-Nizier.
AURÉLIO, (Louis) de Pé- roufe, chanoine de Saint-Jean de Latran, Batran, est mort à Rome en 1637. Ses connoissances historiques le firent considérer par le pape Urbain VIII, comme l'un des plus savans historiographes de son siecle. On lui doit : I. Un Abregé de l'Histoire universelle de Turfelin, Péroufe 1623. II. Un autre des Annales de Baronius. III. Un autre du grand ouvrage de Bzovius sur l'histoire ecclésiastique en 9 volumes in-fol. IV. Une Histoire de la révolte de la Bohème contre les empereurs Mathias & Ferdinand, Rom. 1625. Ce dernier écrit est en italien ; les autres sont en latin. I. AURÉLIUS-VICTOR, (Sextus) Africain, né dans la pauvreté, alla chercher fortune à Rome, & s'éleva par son mérite aux premiers emplois de l'Empire. Il fut gouverneur de la seconde Pannonie en 361. C'étoit un homme d'une modération exemplaire, plein de vertu & d'honneur. Étant devenu préfet de Rome, il fit élever une statue à Théodose, l'un de ses bienfaiteurs. Enfin il fut honoré du confulat avec Valentinien en 369. Il composa une Histoire Romaine, que nous avons perdue, & dont il ne nous reste qu'un Arrégé. La sécheresse du ce précis, qui ne contient presque que des dates, a fait penser qu'il n'étoit pas de lui, & qu'il devoit avoir composé un ouvrage plus étendu. Nous avons une édition de cet auteur par Mad. Dacier, à l'usage du Dauphin, Paris 1681, in-4.º Les éditions cum notis Varior, d'Utrecht 1696, in-8.º & d'Amsterdam 1733, in-4.º, sont estimées.
II. AURÉLIUS, (Cornelius) Hollandois, chanoine régulier de Saint-Augustin & précepteur d'Érasme, fut honoré par Maximilien de la couronne de poète. Son disciple valut beaucoup mieux que lui. Aurélius est auteur de deux traités, l'un intitulé : Difusio gloriae Batavinae ; & l'autre, Elucidarium variarum quassionum super Batavinae regione. On ne suit point quelle année il mourut : on croit qu'il vivait encore en 1520.
AURÉLIUS PROBUS, Voyet PROBUS.
AURELLI, ou plutôt ARELLI, (Jean Mutio) poète latin du seizième siècle. Ses Poésies sont dans les Délices des Poètes Latins d'Italie. Il se proposa Catulle pour modèle, & ne s'en éloigna que pour les obscénités. On trouve dans ses Poésies de l'harmonie, de la délicatesse, de l'enjouement & de l'élégance. Le pape Léon X ayant donné le gouvernement d'une place à Aurelli, il fut trouvé mort quelque temps après, avec sa mule, au fond d'un puits. Les habitans, que ce gouverneur opprimoit, tirèrent de lui cette cruelle vengeance en 1520.
AURENG-ZEB, grand-Mogol, se ligua avec un de ses frères contre son père Sebah-Gehan, & l'enferma dans une dure prison en 1660. Il se défit ensuite de son complice, & fit étrangler les deux autres frères qui lui refoient. Son père étant tombé malade, il lui envoya un médecin, ou, pour mieux dire, un empoisonneur, qui le fit mourir. Devenu paisible professeur de l'Empire, il crut expier ses atrocités, en se bornant au pain d'orge, aux légumes & à l'eau. C'est à vous, Dieu puissant ! s'écrioit-il quelquefois, que je dois le trône : d'un pauvre Faquir ; vous en avez fait le plus grand Roi de l'univers, pour apprendre à tous les hommes que vous humiliez les superbes & que vous élévez les humbles. Ce scélérat pénitent sur heureux dans toutes ses expédi M m tions. Il conquit les royaumes de Décan, de Vifapour, de Gol- conde, & presque route cette grande presqu'île que bordent les côtes de Coromandel & de Mala- bar. Il campoit ordinairement au milieu de son armée, de crainte que ses enfans ne le traitaffent comme il avoit traité son père. Il mourut âgé de près de 100 ans, en 1707. Il paroît, par ce qu'en rap- portent les historiens, que s'il eût régné sur un peuple éclairé, il auroit fait du bien & protégé les lettres. Il dut en partie ses succes à sa tempérance, à sa bravoure, à son activité infatigable. Il fortoit d'une grande maladie, & travail- loit plus que sa foiblesse ne pou- voit le lui permettre. Un ministre lui représenta combien cet excès de travail étoit dangereux; Au- reng-Zeb lui lança un regard de mépris & d'indignation, & se tournant vers les autres courtiens, il leur dit ces paroles remarqua- bles: « N'avouez-vous pas qu'il y a des circonstances où un Roi doit hazarder sa vie, & périr les armes à la main, s'il le faut, pour la défense de la patrie? & ce vil flatteur ne veut pas que je con- facre mes veilles & ma santé au bonheur de mes sujets! Croit-il donc que j'ignore que la Divinité ne m'a conduit sur le trône que pour la félicité de tant de millions d'hommes qu'elle m'a soumis? Non, non; Aureng-Zeb n'oubliera jamais le vers de Sadi: Rois, cessé d'être Rois, ou règne par vous-mêmes. Hélas! la prospérité & la grandeur ne nous tendent déjà que trop de pièges. Malheureux que nous sommes! tout nous entraîne à la mollese; les femmes, par leurs caresses, les plaisirs par leurs at- traits. Faudra-t-il que des minis- tres élèvent leurs voix perfides pour combattre la vertu toujours foible & chancelante des Rois; & pour les perdre par de funestes conseils? » Quoique ce prince affectât beaucoup de zèle pour l'Alcoran, l'auteur des Révolu- tions des Indes, prétend qu'il n'avoit d'autre religion que le désifme. Il dit qu'Aureng-Zeb s'en- tretenant sur les diverses religions qui partagent l'univers, avec un savant rabbin: A laquelle, lui dit-il, doit-on donner la préfé- rence, ou de la Chrétienne ou de la Musulmane, ou de celle de Moïse? « Seigneur, répondit le docteur Juif qui craignoit les suites d'un pareil entretien, un père de fa- mille avoit un diamant d'un prix ineffimable; chacun de ses trois fils souhaitoit avec passion d'avoir pour partage le diamant. Pour pré- venir les querelles après sa mort, le père de famille fit tailler deux autres diamans, avec tant d'art, & si semblables au premier, que, quoiqu'ils fuffent faux, il étoit impossible de ne pas s'y mépren- dre. Il les distribua tous les trois à ses enfans; chacun d'eux crut avoir le véritable. » Aureng-Zeb, à ce que dit le même auteur, en conclut que toutes les religions étoient indifférentes. Mais cette historiette, mise dans la vie d'Au- reng-Zeb pour la rendre plus in- téressante sans doute à certains in- crédules modernes, est beaucoup plus ancienne que lui. Il paroît d'ailleurs, par ce que rapportent Gemelli Carrieri & d'autres histo- riens, qu'Aureng-Zeb étoit très- religieux, du moins sur la fin de sa vie. Gemelli dit que, depuis qu'il se consacra à la pénitence, il cessa d'être sanguinaire; il devint même si bon, que les gouverneurs & les omras faisoient à peu près ce qu'ils vouloient. Lorsqu'on lui repro- choit cette extrême bonté à l'égard des ministres des provinces, il ré- pondoit « qu'il n'étoit pas Dieu pour leur faire faire tout ce qu'il falloit, & que s'ils faisoient mal, Dieu les puniroit. » Gemelli ajoute qu'il vivait du travail de ses mains, & qu'il faisoit des bonnets qu'il distribuoit aux principaux seigneurs de son empire. Voyez l'Histoire de l'empire du Grand - Mogol, par le P. Catrou.
AURÉOLE, (Manius Acilius Aureolus) né dans la Dace, fils d'un berger & berger lui-même, s'enrôla dans la milice, & devint général de l'empire Romain sous Valérien. En 262, il délivra ce prince des deux tyrans Macriens; mais sa fidélité se démentit sous Gallien. Cet empereur étant parti pour aller faire la guerre aux Goths, Auréole, qui commandoit à Milan, se fit donner la pourpre impériale à la fin de 267. Gallien revint sur ses pas, & vainquit l'usurpateur dans une bataille rangée; mais ce prince ayant été affaffiné sur ces entrefaites, Auréole se maintint encore quelque temps. Claude II, succeffeur de Gallien, tâcha de l'attirer hors de Milan où il s'étoit réfugié, & lui ayant livré bataille, il le fit prisonnier. Le vainqueur voulut, par un mouvement de magnanimité, lui laisser la vie; mais les soldats irrités de sa rebellion, le tuèrent en avril 268. Claude respectait cependant sa mémoire, donna des éloges à ses talens supérieurs pour les armes, & lui fit élever un tombeau.
AURÉOLUS, Voyez AURIOL & ORIOL. I. AURIA, (Dominique d') sculpteur & architecte Napolitain, a laissé dans sa patrie des monumens qui prouvent son habileté dans son art. On lui doit les bas-reliefs de Sainte-Marie delle Grazie, & la fontaine de Médicis qui orne la grande place en face de Cuffel-Nuovo. André Barchetta fut son élève.
II. AURIA, (Frédéric & Jean-François) nés à Palerme, mais originaires de Gênes, furent l'un & l'autre de profonds jurisconsultes, & de savans littérateurs. Frédéric a publié: I. Aureum repertorium, 6 vol. in-4.º II. Des Questions légales, in-fol. III. Index regalis, in-4.º IV. Protheum legale; seu de varia hominum fortuna. V. Élémens de la langue Hébraïque, in-8.º VI. Notices historiques sur les ouvrages qui attaquent les Hébreux. Jean-François est auteur: I. D'un Répertoire féodal en 6 vol. II. Relation de la peste de Palerme, 1624. III. Disputationes de Sicilia Monarchia. Cet écrit attaque les opinions de Baronius.
III. AURIA, (Vincent) né à Palerme en 1625, & mort dans la même ville en 1710, abandonna le barreau pour la littérature. Il fut assez mal partagé des biens de la fortune; mais il se confola avec les Muses. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en italien, & quelques-uns en latin. Les premiers sont plus estimés que les seconds. Parmi ceux-là on compte une Histoire, assez recherchée, des Grands-Hommes de Sicile, Palerme 1704, in-4º; une Histoire des Vice-Rois de Sicile, ibid. 1697, in-fol.; une autre de l'Origine des principales cités de Sicile; une Dissertation sur l'origine de la poésie Italienne, &c., &c. (Voy. AUTOLYQUE, n.º II.)
AURIAC, (Bernard d') troubadour Touloufain, vivait à la fin du 15e siècle & après les vêpres Siciliennes, puisqu'elles sont les sujets de plusieurs de ses pièces. « Le roi des Francs, dit-il, va déployer ses étendards pour venger M m 2 le maffacre de fes fujets. Les Ara-gonois & les perfides Catalans verront quels gens font les Fran-çois. Celui qui veut maintenant moiffonner les fleurs de lys ne connoit pas les jardiniers qui les gardent. Dieu & la foi font avec eux; & quand ils auront franchi le Mont-Canigou dans les Pyrénées, ils ne laifferont fur pied ni tours ni palais. » Cependant les expéditions de Philippe le Hardi & de Charles d'Anjou ne purent recou-vrer la Sicile.
AURIFABER, (André) méde-cin de Breslaw dans le 16e fiècle, se fit connoître par fon érudition. On a de lui des notes eftimées fur la première édition du Cyno-fophon de Phæmon, ou Traité des maladies des chiens, imprimé à Wirtemberg en 1545, in-8.°
AURIFICUS ou ORIFICUS BONFILIUS, (Nicolas) Carme de Sienne, a laiffé divers Ouvrages de morale & de piété. C'eſt lui qui a publié les Œuvres de Thomas Waldenſis. Il vivoit encore l'an 1590, qui étoit le 60e de fon âge. Sa principale production, De antiquitate & ceremonii Missæ, parut à Venife en 1572, in-8.°
AURIGNI, (Gilles d') poëte François du 16e fiècle, dont la vie eſt peu connue, mais dont les ouvrages méritent de l'être. Les éditeurs des Annales poétiques ont inféré dans leur recueil fes meilleures productions, entr'autres fon Tuteur d'Amour, petit poëme plein d'imagination, de grace & de molleſſe.
AVRIGNY, (Hyacinthe Ro-billard d') né en 1675 à Caen, Jéuite en 1691, mourut le 24 avril 1719, du chagrin que lui causèrent les retranchemens qu'on fit à fes ouvrages. régence pé- nible des baſſes claſſes ayant beau-coup affoibli ſa fanté, naturellement délicate, on le fit procureur du collège d'Alençon, où il reſta comme inconnu, malgré fes talens. On a de lui : I. Mémoires chronologiques & dogmatiques, pour ſervir à l'hiſtoire eccléſſuſtique depuis 1600 juſqu'en 1716, avec des réflexions & des remarques critiques, 4 vol. in-12. On s'eſt plaint que, dans cet ou-vrage, eſtimable par l'exactitude des dates & par pluſieurs faits très-bien développés, par la clarté & l'intérêt qu'il répand fur les ma-tières théologiques, l'auteur s'étoit trop laiffé conduire par l'eſprit de parti; que fes remarques critiques font pouſſées en quelques endroits juſqu'à la ſayre, & ſemblent avoir été trop fouvent dictées par fes préventions contre les adverſaires des Doucin & des Tellier, plus que par la vérité. II. Mémoires pour ſervir à l'Hiſtoire univerſelle de l'Eu-rope, depuis 1600 juſqu'en 1716, à Paris, 1725, 4 vol. in-12; & réimprimés en 1757, en 5 vol., avec des additions & des correc-tions par le P. Griffet. Le difcer-nement des faits, l'exactitude des dates, le choix des matières, l'élégante précision du ſtyle, ont fait comparer cet ouvrage aux meilleurs Abrégés Chronologiques que nous ayons. D'Avrigni peſe les auteurs & leurs témoignages; il les redreſſe, il écarte le faux, discute le douteux, & choiſit preſque tou-jours le vrai. Les étrangers lui ont reproché cependant des pré-jugés nationaux, & l'apologie qu'il oſe faire des cruautés exer-cées dans le Palatinat.
AVRILLON, (Jean-Baptiste-Elie) né à Paris en 1652, Minime diſtingué dans fon ordre par fes ſermons & ſa piété, mourut à Paris en 1729, âgé de 78 ans, A U R 549 On a de lui plusieurs ouvrages, pleins d'onction. Les principaux font : I. *Méditations & Sentimens sur la sainte Communion*, in-12. II. *Retraite de dix jours pour tous les états*, in-12. III. *Conduite pour passer saintement le temps de l'Avent*, in-12. — pour passer saintement le temps du Carême, in-12. — pour passer saintement les Oltaves de la Pentecôte, du Saint Sacrement & de l'Affomption, in-12. IV. *Commentaire affectif sur le Pseaume Miserere*, pour servir de préparation à la mort, in-12. V. *L'Anade affective*, ou *Sentimens sur l'amour divin*, tirés du Cantique des Cantiques, in-12. VI. *Réflexions théologiques, morales & affectives sur les attributs de Dieu*, in-12. VII. *Commentaire affectif sur le grand précepte de l'amour de Dieu*, in-12. VIII. *Réflexions pratiques sur la Divine Enfance de JÉSUS-CHRIST*, in-12. IX. *Sentimens d'un Solitaire en retraite pendant l'Octave du S. Sacrement*, in-24. X. *Traité de l'amour de Dieu à l'égard des hommes, & de l'amour du prochain*, in-12. XI. *Pensées sur divers sujets de Morale*, in-12.
AVRILLOT, (Barbe) ou Sœur MARIE de l'Incarnation, naquit à Paris de Nicolas Avrillon, seigneur de Champlatreux, maître des comptes. Sa vertu & ses agrémens l'ayant fait rechercher en mariage, elle épousa Acarie, aussi maître des comptes, & ligueur furieux, dont elle eut six enfants. Après la mort de son mari, elle se fit Carmelite en 1614 à Amiens, & mourut à Pontoise, en odeur de sainteté, l'an 1618. *Duval* professeur de Sorbonne, Maurice-Marin Barnabite, & d'autres, ont écrit sa Vie, qui contient des exemples d'une piété solide, & des choses singulières. Elle passe pour la fondatrice des Carmélites réformées en France, parce qu'elle contribua beaucoup à la propagation de cette réforme.
AURIOL, Voyet ORIOL.
AURIOL, (Blaise d') natif de Castelnau-dari, & professeur de droit-canon à Toulouse, demanda à François I, en 1533, à son passage par cette ville, d'accorder à l'université le titre de Noble, & aux professeurs le privilège de faire des chevaliers; ce prince le lui accorda. Pierre Daffis, docteur-régent, & comte-es-lois, titre qu'on donnoit aux docteurs qui avoient régent vingt ans, mit à Blaise d'Auriol les éperons dorés, la chaîne d'or au cou & l'anneau au doigt, & fit un beau compliment au docteur chevalier. Voltaire prétend que, des astrologues ayant prédit un nouveau déluge, Blaise d'Auriol craignant de périr, fit faire une grande arche pour lui, ses parens & ses amis. Il mourut vers l'an 1540. Il se mêloit de poésie : nous connoissons sa Départie d'Amours, à la fuite de la Chasse d'Amours d'Octavien de Saint-Gelais, Paris, 1533, in-4.º Les joies & douleurs de Notre-Dame, en vers & en prose, Toulouse, 1520, in-4.º Le premier est fait d'après les Poésies de Charles duc d'Orléans, père de Louis XII, dont le manuscrit étoit à la bibliothèque du roi. On a encore de d'Auriol quelques Ouvrages de jurisprudence peu connus aujourd'hui, mais le nom de l'auteur a toujours été en vénération dans l'université de Toulouse.
AURISPA, (Jean) né à Noto, ville de Sicile, en 1569, étudia avec succès la langue grecque, & passa à Constantinople pour y recueillir des manuscrits en cette M m 3 550 A U R langue; il s'y fit connoître & aimer de l'empereur Jean Paléologue, qu'il retrouva ensuite à Ferrare, où il étoit venu pour affister au concile affemblé par Eugène IV. Aurispa devint le secrétaire de ce pape & de Nicolas V son fucceffeur, qui lui donna deux riches abbayes, & il mourut à Rome âgé de 90 ans, en 1459. On a de lui la Traduction d'Archimède, celle du Commentaire d'Hiéroclès, sur les vers dorés de Pythagore, Bafle, 1543, in-8.º Un livre d'Epigrammes, une Traduction des économiques de Xénophon, & de quelques dialogues de Lucien.
AURISPI, (Victoire Galli) naquit à Urbin, d'un pere qui aimoit la poëfie, & qui lui apprit de bonne heure l'art des vers. Ceux qu'elle publia furent eftimés & recueillis en partie à la fuite des Églogues de Frédéric Riccioli, à Urbin en 1594. Victoire Aurispi mourut vers le même temps.
AUROGALLUS, (Matthieu) natif de Bohême, profeffeur des langues dans l'académie de Wittemberg, mourut en 1543. Il publia une Grammaire Hébraïque & Chaldaïque, à Bafle 1539, in-8°, & une Géographie de la Terre-faînée. Il avoit travaillé à la Version de la Bible Allemande, donnée par Luther.
AURORE, (Mythol.) Déesse de l'antiquité païenne. Elle ouvroit les portes du ciel, felon les poëtes, & après avoir mis les chevaux au char du Soleil, elle le précedoit sur un char brillant, trainé par deux chevaux, un grand voile sur la tête reculé en arrière, femant des fleurs sur son paffage, & embellissant la nature. Aurore, amoureuse du jeune Titon, l'enleva & l'épousa : elle en eut Mennon, roi d'Abydos en Egypte. Après la mort de ce prince, elle verfa tant de larmes, que la rofee du matin en fut produite. Ceux qui cherchent la vérité fous les enveloppes des fables, difent qu'Aurore étoit apparemment quelque reine, qui fe levoit tous les marins avec Titon pour contempler le ciel. Après la mort de ce dernier, elle enleva Céphale à fa femme Procris & ensuite Orion. Homère la fait fortir d'un palais de vermeil, pour ouvrir avec des doigts de rofe les barrières du jour. Quelquefois on attelle à son char deux chevaux, Lampus & Phaëon ; quelquefois elle eft montée sur Pégafe, parce qu'elle eft amie des poëtes. Le Guide a repréfenté son lever sur le plafond du palais Rospigliofi. « Tandis que la Nuit, dit Dupaty, enveloppe encore la vaffe mer, qui eft éclairée cependant par intervalle de l'écume des flots qui bouillonnent, jeune, belle, fimple, vêtue de voiles de toutes les couleurs, emblèmes ingénieux & brillants des nuages qui l'accompagnent, & tenant dans fa main des fleurs ; tout-à-coup, dans les airs, rougissant par degrés autour d'elle, paroît l'Aurore. Elle s'avance en regardant derrière, d'un œil attendri, le Soleil, qui, d'un œil non moins attendri, en la suivant la regarde. L'Aurore & le Soleil, en effet, ne peuvent s'atteindre ; ils s'entrevoient à peine un moment dans les beaux jours. Cependant quatre fuperbes courfiers rafant en bondissant les flots azurés, qui s'enflamment & emportent le char de vermeil. Les plus jeunes filles de l'Aurore, les premières Heures, fi reffemblantes à leur mère, & fi femblables entre elles, fe tiennent en riant par la main autour du char, tandis que, planant entre la Déesse & les courfiers, l'Amour porte le flambeau du Soleil : l'Amour le fecoue fur l'univers, & à l'inflant le jour brille. »
AUROUX DES POMMIERS, (Marthieu) confeiller - clerc en la fenéchauffée de Bourbonnois, étoit prêtre & docteur en théo- logie. Il a publié un Commentaire fort estimé & rare, fur la Cou- tume de Bourbonnois, 1732, deux parties in-fol. En 1741, il donna des additions à fon ouvrage.
AUSBERT, Voyet AUTPERT.
AUSON, fils d'Ulyffe & de Ca- lypfo, vint s'établir en Italie, & y donna fon nom à la contrée ap- pelée Aufonie. I. AUSONE, (Jules) père du poëte de ce nom, natif de Bafas en Aquitaine, vers l'an 287, pre- mier médecin de l'empereur Va- lentinien I, se fraya des routes nouvelles dans fon art, qu'il exer- çoit gratuitement. Il étoit philo- fophe, & en avoit les vertus; fans passions, fans desirs ambitieux; jouissant, dans la médiocrité, d'une paix inaltérable, & s'étu- diant plus à vivre qu'à parler en sage. Il se vit élever aux hon- neurs, fans les rechercher. Il fut préfet de l'Illyrie, & fénateur ho- noraire de Rome & de Bordeaux. Il mourut dans une heureuse vieil- lese, à l'âge de 90 ans. Son fils lui a donné l'immortalité dans ses vers. Il lui confacra un éloge fu- nèbre qui commence ainsi: Nomine ego Aufonius, non ulti- mus arte medendi, Et mea si noses tempora, primus eram. Vicinas urbes colui, patriâque, domique. Vafates patriâ, sed lare Burdigalam. Nous n'avons plus les Livres de Médecine d'Aufone le père. Ceux qui voudront connoître plus particu- lierement cet homme illustre, pour- ront consulter l'Histoire littéraire de la France, par une société de Bé- nédictins.
II. AUSONE, (Decius Magnus) natif de Bordeaux, fils du précé- dent, professa la grammaire & la rhétorique avec tant de diftinc- tion, que l'empereur Valentinien I lui confia l'éducation de Gratien fon fils. Cet emploi le conduisit aux premières dignités de l'empire. Il fut questeur, préfet du prétoire, & consul en 379. Gratien, en lui conférant cette dernière place, lui écrivit une lettre qui fait honneur au cœur de ce prince. « Lorsque je pen- fois, lui difoit-il, il y a quelque temps, à créer des confuls pour cette année, j'invoquai l'affilance de Dieu, comme vous savez que j'ai coutume de faire en tout ce que j'entreprends, & comme je fais que vous voulez que je fasse. J'ai cru que je devois vous nom- mer premier consul, & que Dieu demandoit de moi cette reconnois- fance, pour les bonnes instruc- tions que j'ai reçues de vous. Je vous rends donc ce que je vous dois; & sachant qu'on ne peut jamais s'acquitter, ni envers ses pères ni envers ses maîtres, je confesse que je vous suis encore redevable de tout ce que je puis vous rendre. » Il lui envoya par le même courrier la robe confu- laire, togam palmatam, la même que les empereurs portoient le jour de leur triomphe. Aufone re- connoissant pour tant de bienfaits, prononça le panégyrique de Gra- tien. « L'ouvrage, dit Thomas, n'a aucun mérite pour le fonds; & à l'égard du style, il est quelque- fois ingénieux, mais fans goût, fans harmonie & fans graces. Ce ne font, presque par-tout, que des fons brisés & heurtés les uns contre les autres, un choc éternel 552 A U S de petites phrases qui se re- pouffent, des déclamations, des figures incohérentes, de l'exagé- ration; enfin nulle noblesse dans les sentimens. On diroit que l'o- rateur a tremblé sous le poids de l'honneur qu'il a reçu. Il ne sa- voit pas qu'il y a une fierté gé- néresse qui honore le bienfaiteur même, & une bassesse de recon- noissance qui peut l'avilir. Par exemple, au milieu de son dis- cours, il fait un long commen- taire sur la lettre que Gratien lui a écrite, sur chaque mot dont il s'est servi, sur la robe qu'il lui a envoyée; enfin, sur ce qu'en le nommant consul, il l'a nommé le premier, & non pas le second. Je fais bien qu'il y a, dans Cicéron même, de ces petits détails de vanité; mais, dans l'orateur Ro- main, ces soiblesses d'amour pro- pre sont relevées par la beauté du style, par une éloquence har- monieuse & douce, par une cer- taine fierté de sentimens qui s'y mêle; enfin, par le souvenir de ses grandes actions, & le parallèle qu'il fait lui-même de ses travaux avec ces grands de Rome, en- dormis sous l'image de leurs an- cêtres, fiers d'un nom qu'ils désho- noroient, inutiles à l'état & pré- tendant à le gouverner, rejetant tous les travaux, & aspirant à toutes les récompenses. » Après la mort de son élève, Aufone se retira dans la Saintonge, où il finit ses jours vers l'an 393. Il avoit composé des Fasses Confu- laires jusqu'à l'an 383; mais cet ouvrage est perdu. Nous n'avons que ses Poésies, dont il y a une tres belle édition ad usum Delphini, 1730, in-4°; & dont l'abbé Jau- bert a publié une Traduction en 4 vol. in-12, 1769, avec le texte. On y trouve les éloges des prin- cipales villes de l'empire, un ou- vrage en vers sur les empereurs; &c. On y remarque beaucoup de facilité, de brillant & de feu; mais les pensées en sont recher- chées, le style dur, inégal; & la latinité peu correcte. Son Poème sur la Moselle est admiré de tous les gens de goût, & mis par quel- ques-uns à côté des ouvrages de Virgile; mais son Centon, produc- tion obscène, composée de vers pris de côté & d'autre dans le chaste Virgile, a révolté tous ceux qui ont des mœurs. Il n'est pas sur qu'Aufone fût Chrétien, quoi- que Trithème le fasse évêque de Bordeaux. C'est à Gesner que l'on doit la connoissance de ce poète, qu'il fit imprimer à Milan en 1490. George Merula en donna une autre édition, à Venise en 1496, à la- quelle il joignit une préface. Jo- feph Scaliger en publia une autre avec un savant Commentaire, en 1549; enfin, la meilleure est celle d'Amsterdam en 1671, avec les remarques d'André Vinet. Voyez VINET.
III. AUSONE, (S.) prêcha la foi dans les environs d'An- goulême, & convertit un grand nombre d'idolâtres. Il scella sa doctrine de son sang, & eut la tête tranchée. Ses reliques furent brûlées en 1568 par les Calvinistes.
AUSPICE, (S.) évêque de Toul, fut l'un des plus savans prélats de son temps. Il fut ami de Sidoine Apollinaire. Le tome pre- mier de la collection de Duchêne renferme une épître en vers de S. Auspice, adressée au comte Ar- bogaste, alors gouverneur de Trèves, Auspice mourut vers l'an 474.
AUSQUAI, V. DAUSQUAI.
AUSSUN, (Pierre d') grand capitaine, d'une famille noble & ancienne de Bigorre, servit pendant quarante ans avec beaucoup de réputation, & se distingua surtout à la bataille de Cérifoles en 1544. Il fut moins heureux à celle de Dreux en 1562 : le nombre des fuyards fut si grand, qu'il fut emporté par eux. Mais la douleur d'avoir fui devant l'ennemi le fait tellement, qu'il en mourut la même année à Chartres, suivant les uns, & à Paris suivant d'autres. Il étoit chevalier de St-Michel.
AUSSURD, (Antoine) l'un des premiers imprimeurs de Paris, se distingua par le choix & la netteté de ses éditions. Il publia en 1519 les œuvres de *Justin*, de *Florus* & de *Sextus-Rufus*, in-fol. dont il trouva l'ancien manuscrit dans la bibliothèque du collège de Lifieux.
AUSTAU D'ORLHAC, troubadour, dépeignit avec énergie, dans ses vers, les calamités produites par les Croisades. Après avoir déploré la mort de *S. Louis*, il maudit le clergé promoteur de la guerre sainte. Il voudroit que l'empereur se croisait avec les François pour le combattre & l'abolir, puisqu'il a fait périr la chevalerie, tandis qu'il ne songe lui-même qu'à dormir ; il désire, enfin, que les Chrétiens se fassent mahométans, puisque Dieu s'est déclaré pour les infidèles.
AUSTER, (Mythol.) vent chaud, fils d'*Éole* & de l'*Aurore*, avoit la taille haute, les traits vieillis, les cheveux blancs, l'air sombre : l'eau dégouttoit toujours de ses vêtements, & des nuées s'assemblent autour de sa tête.
AUSTREGESILE, (S.) *vulgò S. OUTRILLE*, étoit archevêque de Bourges, & mourut en 624, après avoir gouverné sainte son église pendant douze ans. Avant que d'embrasser l'état ecclésiastique, il répondit à ses parens qui vouloient le marier : *Si j'avois une bonne femme, je craindrois de la perdre ; si j'en avois une mauvaise, je craindrois de ne pouvoir m'en défaire*. La conclusion ne leur étoit pas difficile à tirer. Un seigneur nommé *Berlin*, l'accusa devant le roi *Gontran* d'avoir détourné à son profit les fonds du trésor public. L'évêque affirma son innocence. *Gontran* remit la décision de l'affaire au jugement de Dieu, par des champions respectifs ; mais le jour même où le combat devoit avoir lieu, *Berlin* tomba de cheval, & mourut misérablement de sa chute. *Mabillon* a publié la *Vie de S. Austregesile*.
AUSTREGILDE, simple suivante de la reine *Marcatrude*, première femme de *Gontran*, roi d'Orléans, parvint bientôt, par ses intrigues & ses charmes, à dégoûter le roi de son épouse & à la remplacer en 556. *Austregilde*, parvenue au but de son ambition, abusa de son pouvoir, & rendit son époux cruel. Deux frères de *Marcatrude* s'étant plaints avec un peu d'amertume de la répudiation de leur sœur, *Gontran*, animé par les reproches d'*Austregilde*, les poignarda de sa propre main. La reine ne jouit pas long-temps de sa vengeance ; frappée d'une maladie mortelle à l'âge de 32 ans, elle imputa sa mort à ses deux médecins, & pria le roi de les faire égorger sur son tombeau. *Gontran* eut la foiblesse d'en faire le serment, & la barbarie de le remplir. Ces deux médecins se nommoient *Donat* & *Nicolas* : ils périrent, ainsi que la reine, l'an 580.
AUSTREMOINE, (S.) l'un des sept missionnaires envoyés dans les Gaules par l'église de 554 AUT Rome, vers l'an 250, fonda l'église de Clermont en Auvergne, & mourut en paix, après avoir opéré plusieurs conversions.
AUTCAIRE, Voyez OGER.
AUTELS, (Guillaume DES-) poète françois & latin, naquit à Charolles en Bourgogne, vers l'an 1529, & mourut en 1576. Ses talens pour la poésie françoise furent très-médiocres, mais sa fureur de rimer ne le fut pas. Il savoit quelque peu de grec & de latin, dont il farcissoit tous ses vers. Son style manque de clarté & de naturel; il est même très-fouvent inintelligible. Des - Autels avoit une Iria, réelle ou feinte, comme tous les poètes de son temps. Il l'appelle sa Sainte, & déclare à qui voudra le croire, qu'il n'a eu pour elle qu'un amour pur & entièrement détaché des sens. On a de des - Autels beaucoup de mauvais ouvrages en vers & en prose.
AUTHARIS ou ANTHARIC, roi des Lombards, ne fucéda pas d'abord à Cleph ou Cléphis son père. Après la mort de ce prince en 574, ses sujets avoient confié le gouvernement à trente Ducs, qui commandoient en autant de petites provinces, & qui administroient l'État avec une autorité égale. La méfintelligence se mit bientôt entr'eux. Les Impériaux menaçoient les Lombards & les contrées qui en dépendoient. Pour résister à leurs efforts, il fallut élire un roi, & le choix tomba sur Autharis. Le nouveau roi voulant s'attirer plus de respect, prit le prénom de Flavius, que tous les empereurs avoient adopté depuis Constantin. Ayant ensuite exigé de chacun des trente gouverneurs la moitié de leur revenu, il com- mença la guerre. Il soumit d'abord l'Istrie, & fit des courses jusqu'aux portes de Rome & de Ravenne. Quelque temps après, il remporta des avantages sur les troupes de l'empereur Maurice, qui engagea Childebert II, roi d'Australie, à aller secourir l'Italie. Childebert envoya une armée considérable, qu'Autharis battit, & dans laquelle il fit un horrible carnage. Ce prince étoit irrité du refus qu'avoit fait Childebert, de lui donner en mariage Clofvinge sa sœur. Il épousa l'année suivante, 589, Theudelinde, fille de Garibaldi duc de Bavière, princesse Catholique, qui n'en fut pas moins aimée de ses sujets Ariens, parce que sa vertu leur en imposoit. Autharis délivré de la crainte des armes des Francs, s'étoit saisi de la plupart des provinces d'au-delà du Pô, lorsqu'il mourut en 590 à Pavie. Le bruit courut qu'il avoit été empoisonné. Ses talens militaires & politiques furent ternis par quelques actions de cruauté, & par un attachement excessif à l'Arianisme.
AUTHIER DE SISGAU, (Christophe d') natif de Marseille, Bénédictin de l'abbaye de St-Victor, institua, à l'âge de 23 ans, en 1632, la congrégation des Prêtres du S. Sacrement, pour les missions & la direction des séminaires. Authier fut fait évêque de Bethléem. Il gouverna son institut, confirmé en 1647 par Innocent X, jusqu'à sa mort, arrivée à Valence en 1667. Bordly, prêtre de sa congrégation, a écrit sa Vie, Lyon, 1703, in-12, qui est un tableau des principales vertus religieuses & sacerdotales.
AUTHON, (Jean d') historiographe de France sous Louis XII, abbé d'Angle en Poitou, étoit originaire de Saintonge, & d'une famille de laquelle descendoit, selon quelques auteurs, le fameux Barberouffe. Il écrivit l'Histoire de France, depuis l'an 1490 jusqu'en 1508, avec la fidélité d'un témoin qui dépose. Il y a pourtant quelques particularités qu'on a peine à croire. Tel est le détail d'une tête que le maréchal de Trivulee donna au roi à Milan. « Il y avoit, suivant notre auteur, douze cents dames qui mangèrent dans la même salle, servies par autant d'écuyers. » Garnier a porté sur cet historien un jugement sévère. Le voici: « Louis XII, qui avoit su employer les plumes les plus célèbres, choisit avec moins de discernement Jean d'Author pour écrire l'Histoire particulière de son règne; car, quoiqu'il lui eût conféré plusieurs bénéfices, qu'il le fit ordinairement voyager à la suite de l'armée, & qu'il ordonnât à ses ministres & à ses généraux de ne lui rien céler de tout ce qui méritoit d'être transmis à la postérité, il fut moins heureux à cet égard qu'un grand nombre de ses prédécesseurs. Author n'est qu'un froid bel esprit, fastidieux dans le détail des petits faits, stérile ou aveugle dans le développement des causes, &c. &c. » Théodore Godefroi a fait imprimer les quatre premières années de son Histoire, en 1620, in-4°, & les deux dernières qui avoient paru des 1615, in-4°, avec l'Histoire de Louis XII, par Seyffel; les trois autres qui n'ont pas encore vu le jour, se trouvent à la bibliothèque du roi. Cet historien mourut en janvier 1528. L'abbé le Gendre le nomme Anton; mais c'est une erreur.
AUTOLÉON, général de Crotone, livra bataille aux Locriens. Dans le fort de la mêlée, il aperçut dans les rangs des ennemis une place vide que ceux-ci y laiffoient toujours, par respect pour la mémoire d'Ajax. Autoléon fondit en cet endroit & y fut grièvement blessé. Sa plaie ne pouvant guérir, il consulta l'oracle qui lui ordonna d'appaiser les mânes d'Ajax. Autoléon se rendit dans l'isle de Leucée, où l'on honoroit ce héros, & sa plaie se ferma. I. AUTOLYQUE, (Mythol.) Autolicus, fils de Mercure, étoit un fameux brigand, qui infestoit par ses vols les lieux voisins du mont Parnasse. Il avoit l'art de dénaturer ses larcins de manière à ne point être reconnus. En dérobant les troupeaux de ses voisins, il leur imprimoit diverses marques ou teignoit leurs poils en une autre couleur. Sifyphe, se méfiant de lui, fit une marque à la corne intérieure du pied de son bétail. Autolyque ne manqua pas de s'approprier quelques bœufs de Sifyphe; mais il fut facilement convaincu de friponnerie par ce dernier qui épousa dans la suite sa fille Autolée, mère d'Ulyffe. Il y a des auteurs qui le comptent parmi les Argonautes. Pline parle d'un autre AUTOLYQUE, fameux athlète, qui remporta le prix de la lutte aux jeux Olympiques, & mérita une statue de la part des Athéniens.
II. AUTOLYQUE, philosophe Grec, vers l'an 340 avant J. C. a laissé quelques Traités d'astronomie, que Joseph Auria de Naples a mis en latin.
AUTOMATIE, (Mythol.) déesse du hasard, à laquelle Thimoléon, général Corinthien, fit bâtir un temple superbe, croyant lui devoir une partie de ses victoires. 556 AUT
AUTOMÉDON, fils de *Dioré*, étoit cocher d'*Achille* & écuyer de son fils *Pyrrhus*. *Cicéron* fait allusion à ce fameux cocher dans son plaidoyer pour *Rofcius* d'Amérie.
AUTOMNE, (Bernard) avocat au parlement de Bordeaux, né dans l'Agénois, mourut pauvre en 1666, à 99 ans. Une édition du *Corps du Droit*, qu'il avoit entreprisé, & pour laquelle le chancelier lui avoit promis des fonds qui lui manquerent, l'expofâ à de très-grandes dépenses, & aux pourfuites de ses créanciers: la générosité de *le Bree*, conféiller d'état, le délivra de leur importunité. *Automne* étoit un homme fludieux, qui avoit peu travaillé pour les plaideurs, mais qui avoit bien servi ceux qui les défendent, en compofant plusieurs livres de jurisprudence. Le plus célèbre est son *Commentaire sur la Coutume de Bordeaux*, dont la meilleure édition est celle de *Dupin*, 1728, in-fol. avec des notes. Ses autres ouvrages font: une *Conférence du Droit Romain avec le Droit François*, 1644, 2 vol. in-folio; & la *Cenfura Gallica in Jus civile Romanum*, Paris, 1615, in-8.º Dans le choix des opinions, il ne s'attache pas toujours à la meilleure.
AUTPERT ou AUSBERT, natif de Provence, Bénédictin, abbé de St-Vincent de Voltorne dans l'Abruzze, commenta les *Pfeaumes*, le *Cantique des Cantiques*, & l'*Apocalypse*; (dans la Bibliothèque des Pères, & dans la collection de *Martenne*.) Il mourut en 778. Il est le premier qui ait demandé au pape l'approbation de ses ouvrages.
AUTREAU, (Jacques d') peintre par besoin & poète par goût, mourut, dans la pauvreté, presque toujours attachée à ces deux professions, à Paris, sa patrie, à l'hôpital des Incurables, en 1745, à 89 ans: il étoit né en 1656. *D'Autreau*, d'un caractère sombre & mélancolique, a fait des *Comédies* qui ont fait rire & qui amufent encore. Il avoit presque 60 ans, lorsqu'il s'adonna au théâtre qui demande toute l'imagination & la vivacité de la jeunesse. Ses intrigues font trop simples; on voit tout de fuite le dénouement, & on perd le plaisir de la surprise. Son dialogue est naturel, son style aisé & quelquefois négligé. Quelques-unes de ses scènes respirent le bon comique. Le théâtre Italien a conservé le *Port à l'Anglois*, en prose; *Démocrite prétendu fou*, en trois actes & en vers. Le théâtre François a représenté *Clorinde*, tragédie en cinq actes; le *Chevalier Bayard*, en cinq actes; & la *Magie de l'Amour*, pastorale en un acte & en vers. Il donna à l'Opéra, *Platée* ou la *Naissance de la Comédie*, dont la musique est du célèbre *Rameau*. Le *Port à l'Anglois* est la première pièce dans laquelle les comédiens Italiens aient parlé françois: (*Voyez BIANCOLELLI*). Les *Œuvres* de *d'Autreau* ont été recueillies en 1749, en 4 vol. in-12, avec une préface de *Pfeffelier*, pleine de goût & d'esprit. Le plus connu des *Tableaux* de ce peintre, est celui de *Diogène*, la lanterne à la main, cherchant un homme, & le trouvant dans le cardinal de *Fleury*; un autre représente la *Mothe*, *Saurin* & *Fontenelle*, conversant ensemble. *D'Autreau* vivoit fort retiré, méprisant tout ce que les autres estiment, & ne s'accordant avec le public que dans le peu de cas qu'il faisoit de lui-même.
AUTREY, (Henri Fabri d') né en 1723, mourut en 1777. A U V 557 après avoir réfuté avec affez d'énergie l'ouvrage de Boulanger, intitulé : l'Antiquité dévoilée, par celui qui a pour titre : l'Antiquité justifiée, in-8.º
AUTRICHE, Voyet ALBERT, n.º 1, II, III. — IX. ANNE. — CHARLES-QUINT. — JUAN, n.º 1 & II. — LEOPOLD. — VI. MARGUERITE. — XVI. MARIE. — & les Empereurs de cette maison.
AUVERGNE, (Antoine d') directeur de l'Opéra de Paris, surintendant de la musique de la Cour, naquit à Clermont en Auvergne le 4 octobre 1713. Dès leur plus tendre enfance, beaucoup d'artistes célèbres ont fait pressentir par d'heureux essais ce qu'il seroient un jour. D'Auvergne, au contraire, en se livrant à l'étude de la musique, ne fit d'abord que céder aux vœux de son père qui, excellent musicien lui-même, dirigeait le concert public de Clermont. Ce fut seulement lorsqu'il atteignit sa dix huitième année, que d'Auvergne put dire : & moi aussi je suis musicien. On vit à cette époque s'opérer en lui un changement aussi prompt qu'extraordinaire : à l'indifférence extrême qu'il avoit jusques là témoignée pour son art, succéda tout-à-coup l'enthousiasme le plus vrai, le plus prononcé. Il travailla jour & nuit, & acquit en très-peu de temps, sur le violon, une supériorité d'exécution qui lui mérita, en 1739, d'être admis au nombre des musiciens de la chambre du roi; mais c'étoit peu pour lui. Son génie le tourmentoit, & avec les seuls ouvrages de Rameau, sur la composition, il parvint à s'en rendre les règles si familières, qu'il composa un œuvre de Trio pour deux violons & une basse. Un ami éclairé des arts, d'Augny, fermier-général, appelé à Clermont par les affaires de sa compagnie, d'Augny crut remarquer chez d'Auvergne les germes d'un grand talent; il lui fit la proposition de l'emmener à Paris. Elle fut acceptée, & dès ce moment s'établit entre l'artiste & son bienfaiteur une intimité qui ne s'est jamais démentie. Le lendemain de son arrivée dans la capitale, d'Auvergne fut conduit chez le célèbre auteur de la musique de Castor & Pollux, il lui présenta son œuvre de Trio. Rameau le parcourut, &, flatté de cette espèce d'hommage rendu à ses principes & à sa méthode, il offrit au jeune compositeur ses conseils & son amitié. D'Auvergne a donné, tant à la cour qu'au théâtre de l'Opéra, un grand nombre d'ouvrages, qui tous, & notamment Canente, Enée & Lavinie, & Hercule mourant, offrent des beautés du premier ordre. En 1766, s'étant chargé de l'entreprise du concert spirituel, & n'ayant pu traiter avec Mondonville qui mettoit ses motets à un prix exhorbitant, d'Auvergne ne fut point effrayé de la grande réputation que l'Orphée Languedocien s'étoit acquise dans ce genre de composition. Il s'y livra avec ardeur; des succès multipliés couronnèrent ses efforts, & l'on peut dire que son Te Deum, son De profundis & son Miserere sont autant de chefs-d'œuvre. D'Auvergne a fait la musique du premier opéra comique qui ait été joué en France en 1753, & a ouvert ainsi la carrière où ont brillé depuis les Monsigny, les Grétry & les Daleyrac. Monnet, directeur de l'Opéra-comique, où l'on ne jouoit que des pièces à vaudevilles, conçut le projet de donner un démenti aux partisans outrés de la musique 558 A U V italienne, qui, non contents d'accabler de farcasmes les compositeurs françois, foutenoient que notre langue n'étoit point susceptible des modulations variées & brillantes du chant italien. Il chargea *Vadé* de faire un opéra comique; & celui-ci compofa la jolie pièce des *Troqueurs*, que d'*Auvergne* mit en musique dans l'espace de quinze jours. Cet ouvrage fut donné comme d'un compositeur d'Italie, & il obtint le plus grand succès. D'*Auvergne* a dirigé le grand Opéra, de 1767 à 1775, & de 1785 à 1790. Trop véritablement artiste pour s'occuper beaucoup de sa fortune, il jouissoit cependant d'une honnête aisance lorsque la révolution, le privant de toutes ses places, le précipita dans un état voisin de l'indigence. Marié deux fois, il étoit veuf depuis 1788 : il se rendit à Lyon en 1796, auprès des fœurs de sa dernière femme. Celles-ci s'empressèrent de prodiguer à sa vieilleffes tous les soins de la plus tendre amitié, & de partager avec lui les débris de leur fortune; c'est chez elles qu'il est mort le 12 février 1797, justement regretté de tous ceux qui l'ont connu. Outre les ouvrages dont nous avons fait mention, d'*Auvergne* a fait la musique des opéras suivans : I. *Les Amours de Temps*, paroles de *Fuselier*, joué en 1752. II. *Les Fêtes d'Euterpe*; ce ballet en quatre actes, représenté en 1758, eut quatre auteurs pour les paroles : *Moncif*, *Danchet*, *Favart* & *Brunet*. III. *Polyxène*, opéra en cinq actes, paroles de *Joliveau*, 1763. IV. *La Vénitienne*, en trois actes, paroles de *Lamothe*. V. En 1773, d'*Auvergne* retoucha l'opéra de *Callirhoé*, paroles de *Roy*, & refit les aies de ballet & les chœurs dans l'acte de *Tibulle*, des *Fêtes Grecques* & *Romaines*. Le même compositeur a fait encore la musique de plusieurs ballets donnés à Versailles & à Fontainebleau, tels que le *Prix de la Valeur*, la *Coquette trompée*, le *Retour du Printemps*, la *Tour enchantée*. Il a dû laisser dans son porte-feuille la musique de deux opéra anciens, *Orphée* & *Sémiramis*.
AUVERGNE, *Voyer* GUILLAUME, n° XV, & MARTIAL, n° III.
AUVIGNY, (N. *Castres d'*) né dans le Hainaut, demeura quelque temps avec l'abbé des *Fontaines*, qui forma son goût. Il entra ensuite dans les chevaux-légers de la garde, & fut tué au combat d'Ettinghen en 1743, âgé de 31 ans. C'étoit un homme d'esprit & d'imagination. On a de lui : Les prétendus *Mémoires de Madame de Barneweldt*, 2 vol. in-12. II. Un *Abrégé de l'Histoire de France & de l'Histoire Romaine*, par demandes & par réponses, 2 vol. in-12, qui peut être de quelque utilité à la jeunesse. On l'attribue ordinairement à l'abbé des *Fontaines*, qui ne fit que la revoir, & qui y laissa quelques inexactitudes dans les dates, & des négligences dans le style. III. Les trois premiers volumes & la moitié du quatrième de l'*Histoire de Paris*, en 5 vol. in-12. IV. Les huit premiers volumes des *Vies des Hommes illustres de la France*, in-12. Le neuvième & le dixième ont été publiés en 1744, par son frère, chanoine de Prémontré. L'abbé *Péreou* & *Turpin* ont continué cet ouvrage. La partie que d'*Auvigny* a traitée, est écrite avec chaleur; il y a des anecdotes curieuses & des faits peu connus. Mais l'auteur préfère les ornemens du style à l'exactitude historique; il prend quelquefois le ton roman- neque. Sa diction est quelquefois trop oratoire, & d'autres fois elle est trop négligée.
AUVRAY, (Jean) naquit en Normandie, vers l'an 1590. Il réunit à la profession d'avocat le goût du théâtre, & y donna l'Innocence découverte; Madonte & Dorinde. Il est mort à la fin de 1633.
AUXENCE, Arien de Cappa- doce, intrus dans le siège de Milan par l'empereur Constance, fut con- damné dans un concile de soixante- trois évêques, à Rome, en 372. Il étoit né pour être plutôt homme d'affaires qu'évêque. Il ne favoit pas de latin; il ne connoissoit que l'intrigue. Il posséda pourtant cet évêché jusqu'en 374, année de sa mort.
AUXILIUS, prêtre du onzième siècle, ordonné par le pape For- mofe, publia en 907 trois Traités contre le pape Sergius III, pour foutenir la validité des ordinations faites par Formose. Deux de ces écrits font dans le Traité des Ordi- nations du P. Morin. Ils feront du goût de ceux qui aiment une fer- meté noble. D. Mabillon les a fait imprimer tous trois dans ses Ana- lettes, in-fol.
AUXO & HÉGÉMONÉ, (Mythol.) Les Athéniens qui ne reconnoissoient que deux Graces, les honoroient sous ces noms.
AUZANET, (Barthélemi) Parisien, naquit en 1591, & fut reçu avocat en 1609. Il eut une place au conseil établi en 1665 pour la réformation de la justice: on le fit à cette occasion con- seiller d'état. Il mourut en 1673, avec la réputation d'un magistrat éclairé & intègre. On a de lui des Notes sur la coutume de Paris, des A U Z 559 Mémoires, des Arrêts, &c. Le Re- cuil de ses ouvrages a été publié en 1708, in-fol.
AUZÉBY, (Pierre) chirurgien dentiste, fixa son séjour à Lyon, & y publia en 1772 un Traité d'Odontalgie qui obtint l'attention des gens de l'art, parce que l'au- teur y développe un nouveau système sur la formation des dents. Auzéby est mort à Lyon au com- mencement de la révolution.
AUZOLES, Voy. PEYRE (la)
AUZOUT, (Adrien) célèbre mathématicien du dernier siècle, né à Rouen, mourut en 1691, membre de l'académie des sciences de Paris. Il inventa en 1667 le Micromètre, sur lequel il publia un Traité, imprimé au Louvre dans le Recueil de l'académie, in-fol. 1693. Quelques Anglois lui dis- putèrent mal-à-propos la gloire de cette invention pour l'attribuer à Huyghens. Notre astronome eut encore la première idée d'appli- quer le télescope au quart-de-cercle astronomique, dont quelques fa- vans ont fait honneur à Picard, qui perfectionna seulement cette idée.
AXA, fille de Caleb, fut pro- mise à celui qui emporteroit la ville de Cariat-Sepher, qui lui étoit échue en partage; ce qu'Otho- niel ayant exécuté, il obtint Axa.
AXERETO, ou ASSERETO, (Blaise) général des galères de Gênes, gagna en 1435 la fameuse bataille navale de l'isle de Ponce, où il fit prisonnier Aiphonse V, roi d'Aragon, & plusieurs autres princes. Il se signala aussi contre les Vénitiens.
AXIOTÉE, femme d'esprit, disciple de Platon, se déguisoit en homme pour aller entendre 560 A Y A fon maître. D'autres femmes qui voulurent l'imiter, donnèrent lieu à beaucoup de bruits injurieux à la vertu du divin *Platon*.
AYALA, (Athanafe d') page de l'empereur *Charles-Quint*, suivit ce prince en Allemagne. Ayant appris que son père étoit profcrit, il vendit son cheval, & en envoya le prix à un gentilhomme Espagnol, pour le lui faire tenir. Dès qu'on se fut aperçu qu'il n'avoit plus de cheval, on lui imposa des peines, pour savoir ce qu'il en avoit fait; mais l'on n'en put rien arracher, ni par les châtimens, ni par les caresses. Enfin la vérité se découvrit. On le dénonça à l'empereur, & *d'Ayala* avoua tout à son prince. *Charles* feignit d'être fâché, pour ne pas autoriser une action qui étoit contre la discipline; mais ne voulant pas laisser sans récompense cet héroïsme de piété filiale, il saisit la première occasion dans laquelle se distinguait *d'Ayala*, & lui donna des marques honorables de sa générosité & de son estime.
AYBERT, (Saint) moine Bénédictin, né en 1060 au diocèse de Tournai, fut ordonné prêtre par *Burchard* évêque de Cambrai, avec un pouvoir particulier d'administrer dans sa cellule les sacremens de pénitence & d'eucharistie: pouvoir qui lui fut confirmé par *Paschal II* & *Innocent II*. Cependant il renvoyoit tous les pénitens à leur évêque. Il disoit tous les jours deux meilles, l'une pour les vivans, & l'autre pour les morts. Il mourut en 1140, âgé de 80 ans.
AYDER-ALI, souverain du Carnate, né d'un François en 1728, servit avec zèle la France contre les Anglois dans la guerre de l'Inde en 1778 & 79. Il combattit fur-tout les Marates, & se signala plus par sa bravoure que par son humanité. Il mourut en décembre 1782, laissant à son fils *Tipposafib*, sa haine pour le nom Anglois.
AYDIE, (Odet d') fire de Lefcun, d'une famille noble du comté d'Armagnac, fut d'abord amiral de Guienne, place que lui avoit conféré le duc de Guienne, frère de Louis XI. Il s'attacha ensuite au duc de Bretagne; mais Louis XI le détacha de ce prince en lui donnant le comté de Comminges, & le vicomté de Fronfuc. Après la mort de ce prince, il perdit l'amirauté & le gouvernement de Guienne, parce qu'il suivit le parti du duc d'Orléans contre la dame de Beaujeu. Il mourut en 1498, regardé comme un homme d'un grand sens & d'un bon conseil. Sa fille unique épousa le père du maréchal de Lautrec. La famille d'Aydie se perpétua par un frère d'Odet.
AYENAR, (Mythol.) fils de Vishnou, dont ce Dieu accoucha lorsqu'il étoit métamorphosé en femme. Les Indiens le regardent comme le protecteur de la police rurale. Ils lui confèrent de petits temples dans les lieux folitaires & écartés, ou dans la profondeur des bois. Ils lui immolent des coqs & des chevreaux, & ne lui offrent jamais de sacrifice dans la ville.
AYESHA, fut celle de toutes ses femmes que *Mahomet* aima le plus. Il la fit instruire dans toutes les sciences cultivées alors en Arabie, & *Ayesha* en profita avec avantage. Elle apprit le calcul, l'art de l'éloquence, la musique, & tous les arts qui pouvoient donner plus d'empire à sa beauté. Elle ne fut pas à l'abri des bruits injurieux A Y L 561 injurieux contre sa vertu ; mais le prophète composa le XXIVe chapitre de l'alcoran pour la disculper ; & déclara, au nom de Dieu, que tout discours portant atteinte à l'honneur d'Ayesha étoit une calomnie digne des peines éternelles. Après la mort de Mahomet, sa veuve se déclara contre la parti d'Ali, le combattit les armes à la main, & fit proscrire sa famille. Ayesha fut vénérée des Musulmans qui la nomment la Prophétesse & la Mère des croyans. Consultée souvent sur divers points de l'alcoran, ses décisions ont formé loi, & ont été recueillies dans le Sunnah. Ayesha survécut quarante-huit ans à Mahomet, & mourut sous le califat de Moavie l'an 678, âgée de 67 ans. Elle a été enterrée à Médine.
AYGNANI, Voy. AGRIANI.
AYGUEBÈRE, (Jean Dumas d') conseiller au parlement de Toulouse, sa patrie, mort en 1755, étoit un esprit agréable & cultivé. Voltaire, avec lequel il étoit en relation, en faisoit cas. Avant que de s'adonner à la jurisprudence, il avoit fait jouer quelques pièces aux théâtres François & Italien. Son divertissement intitulé les Trois Spectacles, représenté en 1729, & son Prince de Noisy, joué en 1730, prouvent qu'il auroit été plus loin dans la carrière dramatique, si des études plus importantes ne l'avoient obligé de l'abandonner.
AYGULFE, (Saint) ou AYEUL, vulgò S. AOUST, archevêque de Bourges vers l'an 820, mourut vers 840. Théodulphe, évêque d'Orléans, lui donne de grands éloges, & le titre de patriarche, dans la 42e Épître du IVe livre de ses Poésies.
AYLE ou AGILE, (Saint) fils d'Agnoald, l'un des principaux sois. Tome I. gneurs de la cour de Childebert II, roi d'Austrafie, fut élevé dans l'abbaye de Luxeuil, où il embraffa la vie monastique. Sa piété & son zèle le firent choisir pour aller prêcher l'Évangile aux Infi-dèles au delà les Vosges, jusqu'en Bavière. A son retour, il fut élu abbé de Rebais, où il mourut en 650.
AYLON, (Luc Vasques d') Espagnol, conseiller du tribunal supérieur établi en 1509 à Saint-Domingue, s'est rendu célèbre par ses expéditions dans le Nouveau-Monde. Velasques, gouverneur de Cuba, avoit fait un grand armement contre Fernand Cortès, qui lui envoya d'Aylon pour traiter d'un accommodement. Mais celui-ci n'ayant rien gagné sur l'esprit de Velasques, passa au Mexique, avec Narvaes, amiral de la flotte de Velasques ; & voyant qu'il rejetoit aussi toute voie de conciliation, il lui fit intimer, sous peine de la vie, une défense de passer outre, sans en avoir reçu les ordres de l'audience royale. Pour prévenir les suites de ce coup d'autorité, Narvaes fit embarquer d'Aylon sur une caravelle qu'il envoyoit à Cuba ; mais d'Aylon engagea le patron de mener droit à Saint-Domingue. En 1520, il fit une expédition dans la Floride, d'où il enleva par trahison un assez grand nombre de Sauvages, qui périrent presque tous. Il fit sonnet si haut cette expédition, qu'il obtint des provisions de gouverneur de la province de Chicora, où les dépenses qu'il y fit le ruinèrent. On croit qu'il périt dans un second voyage de la Floride. I. A Y MAR, dernier comte d'Angoulême, mort en 1218, n'est connu dans l'histoire, que parce N n 562 A Y M qu'en lui finit la poſtérité maſculine des comtes d'Angoulême. Ifabelle ſa fille, morte en 1245, veuve de Jean Sans-Terre, épousa le comte de la Marche, dont l'arrière petite-fille Marie, héritière de ce comté, le céda à Philippe-le-Bel. Il devint le partage de Jean, cinquième fils de Louis duc d'Orléans, fils de Charles V, qui paſſa près de trente ans en ôtage en Angleterre, & mourut en 1467. Son fils Charles, mort en 1495, fut père de François I, qui le réunit à la couronne. Charles, ſecond fils de François I, mort en 1545, eut pour apanage ce duché juſqu'à ce qu'il portât le nom de duc d'Orléans. Henri II le donna à ſon fils naturel Henri. Celui-ci ayant vu à la ſenêtre d'une hôtellerie Altoviti, contre qui il avoit du reſſentiment, monta dans la chambre, & lui paſſa ſon épée au travers du corps. Altoviti ſe ſentant bleſſé mortellement, le perça de la ſienne, & le tua ſur la place en 1586. Le bâtard de Charles IX, nommé Charles, eut le comté d'Angoulême, & mourut en 1650, laiſſant un fils nommé Louis, comte d'Alets, qui mourut ſans poſtérité maſculine en 1653. Charles avoit épousé en ſecondes noces Françoise de Narbonne, qui ne mourut qu'en 1713 : de ſorte que la bru de Charles IX lui a ſurvécu 139 ans. (Voyet BOURSAULT.) Son Ambaſſade vers Ferdinand II en 1620 & 1621, a été imprimée à Paris 1667, in-fol.; & ſes Mémoires en 1662, in-12. Voy. l'Art de vérifier les dates.
II. AYMAR, (Jacques) payſan de Saint-Véran en Dauphiné, fut connu par ſes fourberies. Il ſe vantoit de découvrir, par le moyen de la baguette divinatoire, les tréſors, les métaux, les bornes des champs, les larrons, les homicides, les aduiteres de l'un & de l'autre ſexe, &c. « Il les pourſuivoit, diſoit-il, à la piſte, conduit par la ſeule agitation de ſa baguette, & par les émotions violentes qu'il avoit ou feignoit d'avoir dans les endroits par où ils avoient paſſé. » Le vulgaire, & ceux parmi les grands qui étoient peuple, ſe laiſsèrent tromper par Aymar, qui, même en admettant la vertu occulte de la baguette divinatoire, devoit être traité d'impoſteur. Il affectoit la dévotion, ſe confeſſoit ſouvent, & affuroit qu'il avoit gardé ſa virginité, ſans laquelle, diſoit-il, la baguette auroit été entre ſes mains un inſtrument inutile. Ayant été appelé de Lyon à Paris, ſes ruſes furent découvertes à l'hôtel de Condé en 1693. On le ſoumit à des épreuves ſuneſtes à ſa réputation. Il avoua qu'il ne ſavoit preſque rien de ce qu'on lui avoit attribué, que la misère lui avoit inſpiré une partie de ſes manœuvres, & que la crédulité du public les avoit accréditées. L'abbé de Vallemont, homme qui avoit plus de ſcience que de diſcernement, publia vers ce temps-là ſon traité De la phyſique occulte de la baguette divinatoire, dans lequel il fit une eſpèce d'apologie du payſan Dauphinois; car toutes les cauſes, bonnes ou mauvaïſes, trouvent des avocats. Jacques Aymar mourut en 1708, à 46 ans, dans ſon village, abſolument ignoré. C'eſt ſur-tout depuis lui, que les ſavans ont diſputé ſur la vertu de la baguette divinatoire. Les uns l'ont niée, les autres l'ont expliquée comme ils ont pu. Mais il faudra un plus grand nombre d'expériences, pour que les perſonnes ſages ſe décident pour ou contre.
AYMON, Voyet AIMON.
AYMON, (Jean) écrivain Piémontois, accompagna en France l'évêque de Maurienne, en qualité d'aumônier. Il se retira ensuite en Hollande, où il embraffa le Calvinisme; quelques années après, il feignit de vouloir rentrer dans l'église Romaine. Clément, garde de la bibliothèque du roi, lui obtint un passe-port pour revenir en France. Le cardinal de Noailles lui fit avoir une pension, & le mir au séminaire des missions étrangères. Pendant ce temps-là, Clément lui donna une entière liberté dans la bibliothèque du roi; mais, par la plus noire ingratitude pour tous les services qu'il en avoit reçus, il vola plusieurs livres, entr'autres l'original du Synode de Jérusalem tenu en 1672. Il fit imprimer ce manuscrit en Hollande, avec des Lettres de Cyrille Lucar, & quelques autres pièces, sous ce titre: Monumens authentiques de la Religion des Grecs, & de la fausseté de plusieurs Confessions de foi, 1718, in-4. Cet ouvrage a été vivement réfuté par l'abbé Renaudot, qui prouve l'ignorance craffe & la mauvaise foi de l'auteur. On a encore d'Aymon: I. Les Synodes nationaux des Eglises réformées de France, imprimés en 1710, 2 vol. in-4. II. Tableau de la cour de Rome, 1707, in-12, ouvrage faryrique. III. Une mauvaise Traduction des Lettres & Mémoires du nonce Visconti, 1719, 2 volumes in-12. Voy. ESTRADES.
AYRAULT, Voy. AIRAULT.
AYSA, fille Maurefque, fut prise au siége de Tunis par un officier Espagnol. Muley-Hafcen, qui, après avoir été dépouillé de son royaume par Barberouffe, servoit l'empereur Charles V, lequel avoit détrôné à son tour ce roi corfaire, offrit de la racheter. La Mauref- que, avec la fierté que lui donnoit une naissance illustre, lui cracha au visage, en disant: Retire-toi, malheureux! qui, pour recouvrer un royaume qui ne s'appartenoit pas, as trahi honteusement ton pays & ta nation. Et comme cette réponse ne rebutoit pas le prince, apparemment charmé de sa beauté, Ayfa lui répéta: Retire-toi, te dis-je; je ne veux point d'un traitre pour libérateur.
AZADE, (Saint) eunuque de Sapor II roi de Perfe, périt dans la perfécution ordonnée par ce prince l'an 341. L'historien Sozomène dit qu'il y périt plus de seize mille Chrétiens. On les maffacra en tout lieu depuis le Vendredi Saint jusqu'au Dimanche de la Pentecôte. Sapor qui eftimoit la probité & les vertus d'Azade, apprit sa mort avec douleur, ne le foupçonnant pas Chrétien; dès-lors, il reftregnit la perfécution par un édit, aux évêques, aux prêtres & aux moines. I. AZAËL, frère de Joab, étoit, dit l'Écriture aussi léger à la course que les chevreuils. Il fut tué par Abner vers l'an 1053 avant J. C.
II. AZAËL, officier de Bénad, roi de Syrie, fit mourir ce prince 889 avant J. C. & usurpe la couronne. Il fit la guerre aux Juifs, dévaffa leur pays, & mic le siége devant Jérusalem. Joas, pour empêcher la ruine de cette ville, acheta la retraite d'Azaël, en lui envoyant tout l'or & l'argent du temple. Ce dernier eut pour fucceffeur son fils Bénad.
AZALAÏS de PORCAIRAGUES, d'une famille distinguée de Montpellier, eut pour amant Gui Gué-rujat, fils de Guillaume VI comte de Montpellier, qu'elle célébra N n. 2 984 A Z A dans ses chansons. L'une d'elles, après une description de l'hiver, difoit : « J'aime à voir la nature dans cet état de tristesse ; tant l'infidélité du prince d'Orange me chagrine. Les femmes font bien folles de s'attacher aux grands feigneurs. L'amour devient alors pour elles une source d'humiliation & de mépris. Elles devroient plutôt s'en tenir aux simples gentilhommes : car c'est un proverbe dans le Vellay, qu'il n'y a rien à gagner avec les grands. Pour moi, j'ai heureusement un ami loyal ; & en lui donnant mon cœur, je ne me suis point mal engagée. » *Acalais* vivait en 1180. On ne connoit point les détails de sa mort.
AZAN, fils d'Arcas roi d'Arcadie, fut le premier, suivant *Paufanias*, qui obtint des jeux funèbres après sa mort. Il donna son nom à une montagne d'Arcadie qui fut confusée à Cybèle. I. AZARIAS ou OZIAS, monté sur le trône de Juda, après le meurtre de son père *Amatias*, l'an 810 avant J. C. Il marcha contre les Philifins, avec une armée de trois cents mille hommes, & remporta sur eux de grands avantages. Il vainquit ensuite les Arabes & les Ammonites. Il fit abattre les murs de Geth, de Jannie & d'Azot. Ses victoires lui enfèrent le cœur : il voulut offrir de l'encens sur l'autel des *Parfums*, & s'attribuer les fonctions des prêtres, enfans d'Aaron. Il fut tout-à-coup couvert de lèpre. Cette maladie l'obligea de renoncer aux fonctions de la royauté ; il pleura son péché, & mourut l'an 759 avant J. C. Il passa ses derniers jours dans une maison séparée des autres, & fut enterré dans le champ où étoient les tombeaux des Rois.
II. AZARIAS, rabbin d'Itafé, auteur d'un livre Hébreu, intitulé : *La Lumière des yeux*, imprimé à Mantoue en 1574, 1 vol. in-12, dans lequel il diffeure plusieurs points d'histoire & de critique. Les livres des Chrétiens, qu'il connoissoit beaucoup, y font souvent cités.
III. AZARIAS, fils du prophète *Obed*, prophétis comme son père. Il vint au-devant d'*Aza* vainqueur de *Zira*, roi des Madianites, & l'exhorta avec énergie à ne point abandonner le culte du vrai Dieu. D'après les conseils du prophète, *Aza* détruisit l'idolâtrie dans ses états, l'an du monde 3063. — C'est à un autre *AZARIAS* qui vivait 60 ans après le premier, que le grand-prêtre *Joiada* découvrit que le jeune monarque *Joas* étoit vivant. *Voy.* JOAS.
AZARIO, (Pierre) né à No-vare en Italie, écrivit l'histoire des événements de son temps, arrivés en Lombardie, depuis l'an 1250 jusqu'en 1362. Elle est écrite avec simplicité & intérêt. L'auteur l'avoit continuée jusqu'en 1389, mais cette addition s'est perdue. *Burmann & Muratori* ont inféré la chronique d'*Azario* dans leurs recueils.
AZAZEL, nom du démon invoqué par *Marc*, chef des *Gouftiques*, dans ses conjurations.
AZE, (le Rabbin) compila le *Talmud de Babylone*, l'an 500, ou 600, suivant le P. *Moria*.
AZER, *Voy.* ASER.
AZÉVEDO, (Ignace d') jésuite Portugais, fut nommé procureur de son ordre dans le Brésil, & s'embarqua avec dix-neuf autres pour aller remplir sa mission. Le vaisseau sur lequel ils étoient, fut attaqué & pris à la hauteur de Palma par une escadre Calviniste, le 15 juillet 1570. *Azévédo* & ses compagnons furent massacrés par les vainqueurs, & leurs corps jetés à la mer. Cet évènement fit grand bruit en Europe; il devint le sujet d'un célèbre tableau de *Borgognone*; le pape *Pie V* dans une bulle proclama *Azévédo* martyr, & *Benoit XIV* l'a confirmée par un décret du 21 septembre 1742. Les jésuites *Beauvais* & *Cordara* ont publié la *Vie* & le *Marcyre* d'*Azévédo*, Venise 1745, in-8.º — *Emmanuel* de *AZÉVÉDO* a été l'éditeur des *Œuvres* du pape *Benoit XIV*. — *Louis* d'*AZÉVÉDO*, Portugais comme les précédens, fut missionnaire en Éthiopie, & y convertit *Selame* roi du pays. Il a traduit en Éthiopien le *Nouveau Testament*, un *Catéchisme* & une *Grammaire*. Il est mort le 17 février 1634. — AZIZ-BILLIAH, fils de *Moet* second calife de la race des Fatimites en Égypte, succéda à son père à l'âge de 21 ans, l'an 363 de l'hégire. Il laissa la principale conduite des affaires à *Gianhar*, ministre prudent & vertueux. Ce prince étoit lui-même plein de clémence & de douceur. Un Poète fatyrique avoit composé des vers très-injurieux contre le Vifir & contre lui-même. Le ministre demandoit le châtiment de l'auteur; *Atit*, après avoir lu les vers, lui répondit: « Comme j'ai part avec vous à l'injure, je désire que vous preniez part avec moi au mérite du pardon que je lui accorde. » Ce calife avoit épousé une femme Chrétienne. Il mourut dans la ville de Belbais, comme il étoit au bain, après un règne pacifique & heureux de plus de vingt ans. Son fils *Hakem-Béomillah* fut son fuscesseur. A Z O 565
AZNAR, comte de Vassonie (*aujourd'hui* la Gascogne), étant mécontent de *Pepin*, roi d'Aquitaine, passa les Pyrénées en 831, fit révolter une partie de la Navarre, & s'en appropria la souveraineté, qu'il conserva jusqu'à sa mort arrivée en 836. *Sanche*, son frère, lui succéda sous le titre de comte, & se maintint dans l'indépendance, qu'il transmit à *Garcias* son fuscesseur. Celui-ci fut reconnu pour chef par le reste des Navarrois qui étoient encore soumis à la domination Françoise.
AZON, (*Aton Portius*) jurisconsulte du 12$^{e}$ siècle, surnommé le *Maitre du Droit & la source des Lois*, professeur de jurisprudence à Bologne, s'y acquit une grande réputation, que l'école de droit ne put contenir tous ses élèves, & qu'il fut obligé de faire ses leçons dans une place publique; aussi disoit-on aux jurisconsultes en proverbe, que s'ils ne possédoient *Aton*, ils ne pouvoient aller à la fortune, *ch'i non ha Atto*, *non vada a Palatto*. Plusieurs biographes ont cru qu'il avoit professé à Montpellier, mais ils ont été trompés par *Placentin*: il est reconnu par les auteurs italiens qu'il ne quitta pas Bologne, le théâtre de sa gloire; qu'il y mourut l'an 1220, & qu'il y fut honorablement inhumé dans l'église de Saint-Gervais. *Aton*, dit-on, étoit si ardent dans la dispute, qu'un jour il tua son adversaire d'un coup de chandelier. On ajoute, que pendant sa prison il s'écrioit souvent: *Ad Bessias! ad Bessias!* pour qu'on eût recours à la loi qui porte ce titre, & qui ordonne qu'on modère la peine d'un coupable qui a excellé dans quelque science ou dans quelque art. Ses juges, qui apparemment 1566 A Z O n'avoient pas pâli sur les livres, s'imaginant qu'*Azon* les appeloit par le nom qu'ils méritoient, le condamnèrent à mort. Cependant quelques historiens, fondés sur les auteurs contemporains, ne conviennent point de cette fin funeste d'*Azon*, qu'ils traitent de fable. Nous avons de lui une *Somme*, & des *Commentaires* sur le *Code* & les *Institutes*, Spire 1482, & Lyon 1593, in-fol.; mais on ne les confulte plus à présent.
AZOR, (Jean) Jésuite Espagnol, professeur à Alcala & à Rome, mourut dans cette dernière ville en 1603. Il laissa des *Institutions morales* en latin, Lyon 1612, in-folio, & d'autres ouvrages peu lus.
AZPICUETA, (Martin) surnommé *Navarre*, *Voyet* II. NAVARRE.
AZRAIL, (Mythol.) nom de l'Ange de la mort dans la croyance des Musulmans. Cet ange, suivant l'alcoran, passant près de *Salomon* sous une forme visible, fixa un homme qui étoit assis près de lui. Celui-ci étonné demanda au roi quel étoit cet observateur? C'est l'Ange de la mort, répondit *Salomon*. « Dans ce cas, répliqua l'homme, ordonnez vite au vent de m'emporter en Egypte. » Le vent obéit aux ordres de *Salomon*. Alors, *Azrail* dit au roi: « Il n'est pas étonnant que l'aspect de cet homme m'ait surpris; j'avois ordre de prendre dans un instant son ame en Egypte, & je le trouvois près de toi. » Ainsi, nul ne peut savoir en quel lieu ses jours finiront.
AZRUN, sœur jumelle de *Cain*, suivant la tradition des Chrétiens d'Orient, fut promise à son frère *Abel*. *Cain* qui l'aimoit conçut une violente jalousie qui le porta à tuer *Abel*.
AZZANELLO, (Grégoire) de Crémone, a laissé des *Opuscules* historiques insérés dans le recueil d'*Aris*. — Son frère *Pierre* a publié un *Commentaire* sur *Gallien* & *Avicenne*, & une *Relation* politique de la situation de Crémone en 1432.
AZZARI, (Fulvius) né à Reggio vers l'an 1540, écrivit en latin une histoire de sa patrie qui n'a jamais été imprimée, mais dont *Olavio* son frère a fait un *Abrégé* qui a été publié en 1629. I. AZZI de FORTI, (Fauštine) née à Arezzo, se distingua par ses talens poétiques, & fustèque à l'académie des Arcades, sous le nom d'*Eurinomie*. Elle mourut le 4 mai 1724, après avoir donné un vol. de poésies italiennes sous le titre de *Guirlande poétique*, il *festo poetico*, Arezzo 1697.
II. AZZI, (Jean) ingénieur de la république de Lucques en 1690, a publié divers opuscules physiques, & entr'autres, un sur *La retraite de la Mer du territoire de Toscane*.
AZZIO, (Thomas) savant jurisconfuite de Fossombrone, connu en latin sous le nom de *Thomas Actius*, remplissait l'emploi d'auditeur de Rote à Macerata, ville de la Marche d'Ancone, en 1598. Ses principaux ouvrages de droit ont pour objet, les jeux & les contrats qui en dérivent, 1583, in-4°; les infirmités & leurs effets légaux, Venise 1603; un *Traité* de droit universel, &c. Ils sont tous écrits en latin.
AZZO, *Voyet* ACTIUS.
AZZOGUIDI, (Valerius Flaccus) antiquaire de Bologne, mort en 1718, à l'âge de 77 ans, étudia avec succès l'histoire sacrée & profane, & a laissé deux écrits : le premier, sur l'Origine de la ville de Bologne, & la Chronologie des premiers Rois d'Étrurie, Bologne 1716; le second, sur l'Age véritable des Patriarches & des premiers hommes dont il est parlé dans la Genèse, 1720. Ces deux écrits font en latin. — Antoine-Marie AZZOGUIDI, mort à Bologne en 1770, a été l'éditeur des Œuvres de S. Antoine de Padoue. — Un autre auteur de ce nom, mort en 1478, a publié la Vie de Sainte Catherine de Bologne. I. AZZOLINI, (Laurent) d'abord secrétaire du pape Urbain VIII, puis évêque de Narni, alloit être promu au cardinalat, lorsque la mort l'enleva à cette dignité en 1532. Les littérateurs Italiens ont loué la grace de ses poésies, & la rapidité de leurs expressions. On distingue sur-tout sa Satyre contre la débauche, imprimée à Venise en 1586, in-8.º Bianchini la préfère à toutes celles de Salvator Rosa, qui parurent dans le même temps. Attolini était oncle du cardinal Didius Attolini. — Un Jean AZZOLINI, religieux Théatin mort à Sorrente en 1655, a laissé des Sermons, un Traité de la consolation des Ames timides, & un Éloge de Ste. Marie Magdelaine de Pazzi.
II. AZZOLINI, (Decio) parent du précédent, naquit à Fermo en 1623. Innocent X le nomma secrétaire des brefs aux princes. La noblesse de son style le fit décorer du nom d'Aigle par ce pape, qui l'honora de la pourpre. On lui doit plusieurs ouvrages & entre autres des Aphorismes politiques, traduits de l'italien en latin par Hennigius, 1692, in-8.º Alexandre VII le donna à la reine Christine, pour régir ses affaires, fort dérangées par ses profusions, & par le peu d'exactitude qu'on avoit à lui payer ses pensions. Attolini fut son flatteur, son ami, & son confident. On diçoit : « qu'il n'y avoit que trois hommes qui eussent obtenu l'estime de cette princesse; Condé par son courage, le cardinal de Retz par son esprit, & Attolini par ses complaisances. » Ce cardinal fut l'héritier de Christine; mais il ne jouit que cinquante jours de cette succession. Il mourut en 1689, à 67 ans.
HISTOIRE ARRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours ; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres ; Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire. Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Huitième Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mihi Galba, Otho, Vitellius, nec beneficio, nec injuriâ cogniti.
ALYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp. An XII — 1804. 21370 | 序号 | 名称 | 单位 | 数量 | | --- | --- | --- | --- | | 1 | 2017年1月1日 | 100 | 500 | | 2 | 2017年1月2日 | 100 | 500 | | 3 | 2017年1月3日 | 100 | 500 | | 4 | 2017年1月4日 | 100 | 500 | | 5 | 2017年1月5日 | 100 | 500 | | 6 | 2017年1月6日 | 100 | 500 | | 7 | 2017年1月7日 | 100 | 500 | | 8 | 2017年1月8日 | 100 | 500 | | 9 | 2017年1月9日 | 100 | 500 | | 10 | 2017年1月10日 | 100 | 500 | **B**AAI ou BEL, (Mythol.) en hébreu *Seigneur*, qu'on croit être le même que *Bélus*, quoique d'autres pensent que c'étoit *Impiter* ou le *Soleil*. On offroit à ce Dieu cruel des victimes humaines. Ses prêtres se faisoient des incifions jusqu'à ce que le sang coulât. On croit que l'idole de *Baal* a été le premier monument élevé par la superstition. Les Hébreux l'adorèrent souvent, & lui dressèrent des autels. Ils brûloient quelquefois leurs enfans en holocaufte devant cette Divinité. Les Chaldéens, les Babyloniens & les Sidoniens lui rendoient un culte particulier. *Arnobe* dit que cette Divinité n'avoit point de sexe déterminé, & que ses adorateurs commençoient leurs prières par cette formule : « ô *Baal*, daigne nous entendre, que tu fois Dieu ou Déesse. » **B**AAN, (Jean de) peintre Hollendois, né à Harlem en 1633, fut mis sous la tutelle de l'un de ses oncles, dès l'âge de trois ans. Celui-ci lui inspira le goût de la peinture, & le plaça sous la direction de *Bakker*. Le jeune *Baan* *Tome II.* ne tarda pas à se distinguer dans le genre du portrait, & il y égala souvent *Van-Dick*. Le roi d'Angleterre, *Charles II*, le fit venit près de lui pour faire son portrait, celui de la reine, & des principaux seigneurs de la cour. Ayant quitté Londres, il peignit le grand duc de Toscane; & *Baan* lui fit don de son propre portrait que le grand duc fit placer dans sa galerie. Lorsque *Louis XIV* étoit à Utrecht, il le fit appeler pour le peindre; mais il s'en excusa, de peur que ses compatriotes n'en conçuissent des soupçons contre lui. Ce prince ne l'en estima pas moins, & le consulta sur le choix de différens tableaux qu'il vouloit acheter. *Baan* excita l'envie par la supériorité de ses talens, & surtout celle d'un peintre de Frise, qui se rendit à Amsterdam pour l'affaffiner. Il suivit long-temps *Baan* dans les rues; mais la crainte d'un énorme dogue dont ce dernier étoit toujours accompagné, l'empêcha d'exécuter son dessein. Il lui fit demander la permission de voir son cabinet de tableaux; & comme *Baan* s'empressoit de le lui montrer, il tira un poignard pour le frapper; mais un ami de *Baan* qui survint à l'instant même, lui arrêta le bras : l'affaffin s'échappa & ne put être arrêté. *Baan* aimoit la table; il étoit riche, spirituel, doué d'une mémoire heureuse & du désir d'obliger. Il mourut à Amsterdam en 1702, à 67 ans.
BAART, (Pierre) poète Latin & Flamand, est auteur d'un poème estimé, qui a pour titre : *La Pratique des Laboureurs de Frise*. Ce sont des Géorgiques Flamandes. Les gens de son pays l'ont comparé à *Virgile*; mais les étrangers, sans mépriser *Baart*, l'ont mis fort au dessous. On a encore de lui un poème intitulé : *Le Trison de Frise*. Il étoit aussi médecin. Nous ignorons l'année de sa mort.
BAASA, fils d'*Ahias*, usurpa la couronne d'Israël, après avoir tué son roi *Nadab*, fils de *Jéroboam*, & avoir exterminé toute la race de ce prince. *Baasa* déclara ensuite la guerre à *Ati*, roi de Juda, & se livra à toutes sortes de dérèglements. Dieu lui envoya le prophète *Jéhu*, pour le menacer de ses châtimens, s'il ne se corrigeoit pas; mais ce roi ne répondit aux reproches du prophète qu'en le faisant mourir. *Ela* son fils lui succéda, l'an 930 avant Jésus-Christ.
BAAT, (Catherine) Suédoise, célèbre par son savoir & son talent pour la peinture. Elle employa l'un & l'autre à dresser & à peindre des tables généalogiques de la noblesse de Suède; elle y corrigea les erreurs du traité de *Jean Messénius*, sur le même objet.
BABA, imposteur Turc, qui parut dans la ville d'*Amafie*, l'an 638 de l'hégire, faisoit prononcer à ses disciples cette profession de foi : *Il n'y a qu'un seul Dieu*, & Baba est son envoyé. Les spectateurs de *Mahomet* voulurent se saisir de sa personne, mais *Baba* mit bientôt sur pied une armée avec laquelle il ravagea la Natalie. Les Musulmans se réunirent aux Francs pour le poursuivre & détruire sa secte.
BABEK, Persan, fit profession publique d'impiété, & de n'être attaché à aucun culte de l'Asie. L'an 201 de l'hégire, il rassembla une foule de gens sans aveu, & en forma une armée avec laquelle il remporta une victoire sur le calife *Almamon*. Le successeur de ce dernier fut obligé d'employer contre lui toutes les forces de l'Empire. *Babek* fut défait & livré au calife qui ordonna aussitôt que ce rebelle fût mis sur un éléphant & promené dans les rues de Samara, pour devenir l'objet des outrages du peuple. On lui coupa ensuite les bras & les jambes, & il périt dans ce supplice qu'il avoit mérité par ses violences & sa cruauté. Parmi les prisonniers qui furent faits avec lui, on trouva l'un des dix hommes qu'il employoit à ses exécutions; celui-ci étant interrogé, combien de gens il avoit mis à mort par ordre de son maître, répondit qu'il en avoit passé au moins vingt mille par ses mains; mais qu'il ignoroit le nombre de ceux que ses neuf camarades avoient exécutés.
BABELIME, célèbre Pythoricienne, se distingue, suivant *Jamblique*, par son éloquence & son savoir.
BABEUF, (François Noël) né à Saint-Quentin de parens pauvres, entra en 1777 au service d'un homme bienfaisant, domicilié près de Roye. Celui-ci lui trouvant de l'esprit & l'aptitude à l'étude, lui fit apprendre à lire, à écrire, & l'art de l'arpentage. *Babeuf* témoigna sa reconnaissance à son bienfaiteur en plaidant contre lui. Devenu commissaire à terrier, il ne tarda pas à se livrer à son immoralité naturelle, qui lui faisoit regarder toutes les actions de la vie comme indifférentes en elles-mêmes. Il commit un faux, fut poursuivi par la justice, traduit à la citadelle d'Arras d'où il s'évada pour reparoire à l'instant où la révolution lui permit de rendre la France entière témoin de ses projets & de son audace. *Babeuf*, voulant fixer sur lui les regards du peuple, porta jusqu'à l'exagération les principes démagogiques. Il se surnomma *Gracchus* & dans un journal qu'il publia, il prit, à l'imitation de son patron, le titre de *Tribun du peuple*. Là, il répandit ses pernicieuses maximes; là, il prêcha le partage des biens, l'envahissement des propriétés, l'éveil de la classe indigente contre les riches; là, il établit des principes sur le vol, le brigandage & l'homicide. La chute de *Robeppiere* fit regarder *Babeuf* comme son fuscesseur; en effet, celui-ci se mit bientôt à la tête des conspirateurs qui devoient détruire en France tout gouvernement modéré & fondé sur des lois positives. *Babeuf*, dénoncé par quelques-uns de ses complices, fut arrêté, jugé & condamné à la mort en 1797. Il la subit avec courage à l'âge de 34 ans. Il développa dans sa défense de la fermeté & une éloquence énergique. Interrogé s'il vouloit détruire le gouvernement & faire égorger tous les membres des autorités constituées, il répondit : *Oui*. Préfé de déclarer le nom & le nombre de ses complices, il s'écria : « On me con- noit bien mal si l'on me croit assez lâche pour devenir le dénonciateur des amis de la liberté. » Les débats de ce procès fameux forment 3 vol. m-8. Comme les *Gracques*, dont il prit le nom, *Babeuf* fut l'idole des faïzieux & du peuple; comme eux il flata les passions de la multitude pour s'élever; comme eux il vécut dans l'agitation & le remords, & périt mitérablement à la fleur de l'âge.
BABIA, (Mythol.) divinité Syrienne, révérée à Damas, protégeoit les jeunes enfans appelés *Babe*, d'où est venu peut-être le nom de *Bambin*.
BABIN, (François) né à Angers d'un avocat; chanoine, grand vicaire & doyen de la faculté de théologie de cette ville, mort le 19 décembre 1734, à 83 ans, se distingua par ses lumières & ses vertus. Il est le rédacteur des dix-huit premiers volumes de l'édition en gros caractère des *Conférences* du diocèse d'Angers, fort estimées, & fort répandues. La suite n'est point de lui. Le style de *Babin* est tel qu'il le faut pour ces fortes d'ouvrages, net, clair, méthodique, & ne sentant point la barbarie de l'école. Son continuateur, *La Blandinière*, n'a ni sa netteté, ni sa précision; mais il a bien discuté plusieurs sujets de morale. Les *Conférences d'Angers* renfermoient 28 volumes in-12, que l'on a réduit à 14, petit caractère, & auxquels on a ajouté depuis 7 volumes.
BABINGTON, (Antoine) gentillomme de Derbishire en Angleterre, poussé par un zèle aveugle pour la religion Catholique, & par le désir de mettre en liberté la reine *Marie Stuart*, conspira contre la reine *Elizabeth*. Un prêtre du séminaire de Rheims, nommé Jean Ballard, lui inspira, dit-on, ce dessein. Babington ayant de la jeuneffe, de grands biens, de l'esprit & de la figure, n'eut pas de peine à faire entrer plusieurs gentilshommes Catholiques dans son complot. Le jour étoit pris pour se défaire d'Elisabeth : c'étoit le 24 août 1586. On devoit mettre Marie sur le trône, & rétablir la religion Catholique. « Babington ayant écrit à Marie pour lui communiquer ce projet, dit l'abbé Millot, reçut une réponse qui contenoit l'approbation la plus forte, & de grandes promesses de récompense. » Mais Wallsingham, secrétaire d'état, découvrit toute la trame par le moyen de l'un des conjurés. Babington fut condamné à être pendu & ensuite écartelé. Cette exécution se fit le 13 de Septembre suivant. Il eut pour tristes compagnons de son supplice, Jean Ballard, Jean Savage, Barnwell, Tickburne, Tilnes & Abington. Ils souffrirent la mort avec une fermeté héroïque. Cette conspiration aussi mal ourdée que mal conduite, hâta la mort de l'infortunée Marie Stuart, qui, en paroissant la favoriser, ne cherchoit qu'à se délivrer de l'esclavage où ses ennemis la détenoient. — il y a encore un théologien de ce nom, Gervais BABINGTON, mort évêque de Worcester en 1610, dont les œuvres parurent en 1637, in-fol. On y trouve des commentaires sur le Pencateque, sur le Symbole, le Décalogue, & des Sermons, en anglois.
BABOLENUS, (S.) ou BABOLEIN, premier abbé de St-Maur-les-Soffes, près de Paris, mourut vers l'an 660. Il seconda l'évêque Audebert & S. Landri son successeur, dans les fervices qu'ils ren- dirent au diocèse de Paris. S. Babolin contribua à la fondation de plusieurs églises & hôpitaux.
BABUR, petit-fils de Tamerlan, disputa l'empire à son frère aîné Alaeddoulat, & conclut avec lui une paix glorieuse, l'an 851 de l'hégire. Par le traité, Babur resta maître de la belle province du Giorgian. Son oncle Ulugbeg s'étant approché de ses états avec des intentions hostiles, il le força à se retirer. Un Turcoman, nommé Jar-Ali, s'empara par surprise de sa capitale, & s'occupoit à la piller, lorsque les troupes de Babur, qui tenoient encore la campagne & rôdoient autour de la ville, trouverent, au bout de vingt jours, l'occasion de se saisir d'une porte & de la personne de Jar-Ali : ce dernier eut la tête tranchée, d'après les ordres de Babur. Quelque temps après, il vainquit encore l'émir Hagi, général de l'un de ses frères qui lui avoit déclaré la guerre. Bientôt ce dernier, appelé Mohammed, lui livra en personne l'une des plus sanglantes batailles, dont les annales Afiatiques aient fait mention. Les deux fultans y firent des prodiges de valeur, & la victoire balança long-temps entre les deux armées : mais Mohammed ayant été trop téméraire, se trouva si fort engagé dans la mêlée, qu'il fut enveloppé & fait prisonnier. Babur ordonna sans pitié la mort de son frère. Il mourut lui-même, l'an 851 de l'hégire, d'un accès de colère. Ce souverain fut cruel, mais brave ; il fut allié la politique au goût des plaisirs, & une devotion apparente aux barbaries d'un despote. Il fut enterré à Thoua, sous un dôme à côté du tombeau d'un célèbre iman Musulman, qu'on appelle le Saint-Sépulcre.
BABYLAS, (S.) évêque d'Antioche, fut mis dans les chaînes pour la foi de J. C., sous l'empereur *Dèce*. Il mourut dans sa prison, & voulut être enterré avec ses fers. C'étoit un prélat plein de zèle. On dit qu'il défendit l'entrée de l'église à l'empereur *Philippe*, qui étoit monté sur le trône par le meurtre de *Gordien*, son bienfaiteur & son pupille. Il mourut l'an 251 de J. C. *Gallus Céjar* fit transporter le corps de S. *Babylas* à Daphné, fambourg d'Antioche, lieu célèbre par l'oracle d'*Apollon* & les superstitions des Grecs. L'arrivée de ce saint dépôt y mit un frein, au rapport de S. *Jean Chrysostome*.
BACCALAR-Y-SANNA, (Don Vincent) marquis de *St-Philippe*, né dans l'île de Sardaigne, d'une ancienne famille originaire d'Espagne, s'est fait un nom dans la littérature par son érudition, & dans le monde par les emplois importants dont *Charles II* & *Philippe V* le chargèrent en Sardaigne. Après la mort de *Charles II*, don Vincent fervit utilement le duc d'*Anjou*, son fuscesseur. Lorsque la Sardaigne se révolta contre ce prince, il se comporta en sujet fidèle & en homme habile. *Philippe V* le récompensa en le faisant marquis de Saint-Philippe. Il mourut à Madrid en 1726, aimé & estimé du prince & des sujets. Ses principaux ouvrages sont : 1. Une savante *Histoire de la monarchie des Hébreux*, traduite en français, en 2 vol. in-4°; & en 4 vol. in-12. II. *Mémoires pour servir à l'Histoire de Philippe V*, depuis 1699 jusqu'en 1725, 4 vol. in-12. Ces Mémoires, quoiqu'écrits par un homme d'état, font plutôt écrits pour les militaires que pour les politiques : ses longs détails de guerre ennuient un peu : on y trouve pourtant plusieurs particularités curieuses que le marquis de *Saint-Philippe* raconte avec beaucoup de vérité & d'exactitude. Nous en avons une *Traduction* françoise, assez bonne.
BACCARELLES, (Gilles) d'Anvers, célèbre paysagiste, ainsi que *Guillaume* son frère. Leur famille a produit plusieurs bons peintres.
BACCELLI, (Jérôme) gentilhomme de Florence, publia en 1558 une traduction de l'*Odysée*, en vers *scioli*. Il avoit entrepris de traduire de même l'*Iliade*; mais il fut surpris par la mort, comme il finissoit le septième livre.
BACCETTI, (Nicolas) naquit à Florence, & y est mort à l'âge de 80 ans, en 1647. Il devint abbé du monastère de Saint-Lucas de l'ordre de Citeaux, & s'acquit quelque renommée par ses écrits. Le plus considérable est *Septimiana historiae*, Rome, 1742, in-fol.
BACCHETTI, (Laurent) jurisconsulte & médecin de Padoue, professa la médecine dans l'université de sa patrie, depuis 1688 jusqu'en 1708. Il a publié diverses *Differtations*, dont la plus remarquable a pour objet, la nature & la propriété des *actes* & des *alkalis*. Il fut encore l'éditeur d'un ouvrage posthume de *Montanari* sur la mer Adriatique.
BACCHIARIUS, philosophe Chrétien, florissoit au 5$^{e}$ siècle. On a de lui une savante *Latre*, écrite à l'évêque *Januarius*, touchant la faute d'un moine qui avoit abusé d'une religieuse. Elle se trouve dans la bibliothèque des Pères. On a encore de lui une *Apologie*, conservée par *Murator* dans ses *Ancefoses*.
BACCHIDES, général de *Démétrus-Soter*, & gouverneur de la Mésopotamie, vint en Judée pour y rétablir *Alcime* dans la grande sacrificature. Il combattit *Judas Machabée* qui osa l'attaquer quoiqu'il eût des forces très - inférieures, & qui périt dans le combat. *Bacchides* fut forcé par *Jonathas* d'abandonner la Judée & se retira à Antioche.
BACCHILLE, évêque de Corinthe sur la fin du 2$^{e}$ siècle, & sous le pontificat de *S. Victor*, est auteur d'une *Lettre* sur la célébration de la Pâque, qu'il écrivit au nom des évêques d'Achaie.
BACCHINI, (Benoit) né dans le duche de Parme en 1651, entra dans la congregation du Mont-Caffin, & s'y distingua d'abord par ses *Sermons*. Sa santé délicate ne lui permettant plus les travaux de la chaire, il s'adonna à ceux du cabinet. C'étoit un savant universel. Il mourut à Bologne, le 1$^{er}$ septembre 1721, à 70 ans. On a de lui: I. *Journal de Littérature*, en 9 tomes in-4$^{o}$, depuis 1686 jusqu'en 1697, sous ce titre: *Giornale de Letteraï*. Il eut beaucoup de cours en Italie, & même ailleurs, II. *De Sistrorum figuris ac differentiâ*, Bologne, 1691, in-4$^{o}$; Utrecht, 1696, in-4$^{o}$, avec les remarques de *Tollius*. Le marquis *Scipion Maffiê* se glorifioit d'être son disciple; mais il surpassa son maître.
BACCHUS, (Myt.) fils de *Jupiter* & de *Sémélé*. On raconte de lui, que *Junon*, toujours outrée contre les concubines de *Jupiter*, conseilla à *Sémélé*, pendant sa grossesse, d'exiger de son amant qu'il se fit voir à elle dans toute sa gloire. La majesté du dieu ayant mis le feu dans la maison, *Sémélé* périt dans les flammes. De crainte que *Bacchus* dont elle étoit enceinte, ne fut brûlé avec elle, *Jupiter* l'en fit retirer par *Vulcain*: *Maçris*, fille d'*Aristée*, reçut l'enfant dans ses bras, secours que la jalouise *Junon* lui fit payer cher, & le donna à son père qui le mit dans sa cuisse, où il le garda le reste des neuf mois. Dès que le temps de sa naissance fut accompli, on le mit secrètement entre les mains d'*Ino* sa tante, qui en eut soin, avec le secours des Hyades, des Heures & des Nymphes. Quand il fut grand, il fit la conquête des Indes; il alla en Égypte, où il enseigna l'agriculture aux hommes, planta la vigne, & fut adoré comme le Dieu du vin. Il punit sévèrement *Panthée* qui vouloit s'opposer à ses solemnités; triompha de tous ses ennemis, & de tous les dangers auxquels les persécutions de *Junon* l'expofoient continuellement. *Bacchus* se transforma en lion, pour dévorer les Géans qui escaladent le Ciel, & fut regardé, après *Jupiter*, comme le plus puissant des Dieux. On le représente avec les agrémens de la jeunesse & de la beauté; on mettait *Silène* à sa suite, courbé sur un âne, & une troupe de Satyres & de Bacchantes. Quelquefois on couvrait sa tête de cornes, parce que dans ses voyages il s'étoit couvert de la peau d'un bouc, animal qu'on lui sacrifioit. On le peignait encore, tantôt assis sur un tonneau; tantôt sur un char traîne par des tigres, des lynx ou des panthères; souvent aussi tenant une coupe d'une main, & de l'autre un thyre, dont il s'étoit servi pour faire sortir des fontaines de vin. Le thyre étoit une espèce de petite lance ou bâton couvert de feuilles de vigne & de lierre mêlées ensemble, Ayant au bout une pointe en forme de pomme de pin. BACCHUS eut plusieurs noms. Il fut appelé Biformis, parce qu'il étoit dépeint tant comme un jeune homme, tant comme un vieillard. — Bromius, d'un mot grec qui signifie bruit, parce qu'il naquit au bruit d'un coup de tonnerre. — Dionysius, du mot grec Dios, par allusion à Jupiter qui étoit son père, & à Nysa, isle où il fut nourri. — Dihyambus, de deux mots grecs, dont l'un signifie deux, & l'autre porte, parce qu'il étoit venu deux fois au monde. — Evan Evohe, Bacche : surnom pris des cris que faisoient les Bacchantes en célébrant les fêtes de leur Dieu. — Liber, parce que le vin dont Bacchus fut l'inventeur, inspire la licence. On appelloit les fêtes qu'on faisoit à l'honneur de Bacchus, Bacchanales, Dionysiaques, Orgyes, Trétriériques. Elles furent d'abord instituées dans la Thrace par Orphée. Des femmes ivres & furieuses y offroient des sacrifices sur les montagnes pendant la nuit à la lueur des flambeaux. On n'admettoit à ces fêtes que ceux qui étoient initiés aux infames mystères de Bacchus, & l'on avoit grand soin d'en écarter tous les autres. L'usage de ces fêtes s'introduisit aussi à Rome; mais il s'y commettoit tant d'infamies, que le Sénat fut obligé de les abolir. Les medailles de Naxos le représentent barbu & couronné de lierre. Le Bacchus du palais Borghèse tient une grappe de raisin & en a une à ses pieds. On lui immoloit la pie, parce que le vin rend indiscret, & le bouc, parce qu'il détruit les bourgeons de la vigne. On lui consacroit le lierre, le pampre, les feuilles de figuier, & le sapin. (Voyer ACÈTE, ALCITHOÉ & BACCHANTES.)
BACCHYLIÈDE, poète lyrique de l'île de Cée, florissoit l'an 432 avant J. C. sous le roi Hiéron, qui l'honoroit de son amitié. Il ne nous reste de ses Poëtes que trespeu de chose. Elles étoient remplies de morale. Une de ses maximes étoit : Que la chasteté est le plus grand ornement d'une belle vie. On trouve ses Vers avec les fragmens d'Alcée. I. BACCIO, connu sous le nom de Frère Barthélemi de Saint-Marc, ou de Savigniano, Dominicain, fut disciple de Léonard de Vinci & de Raphael. Il se distingua dans la peinture, sur-tout par la beauté de son coloris. Son S. Sébastien est estimé des connoisseurs. Il mourut en 1517, âgé de 48 ans.
II. BACCIO ou BACCIUS, (André) né à Saint-Elpidio dans la Marche d'Ancone, professeur de médecine à Rome, & premier médecin du pape Sixte V, se rendit célèbre par ses talens pour son art. On a de lui plusieurs ouvrages pleins d'une érudition recherchée. I. De Thermis, libri septem, in-fol. à Venise, 1571, 1588; & Padoue, 1711, in-fol. II. De naturali Vinorum historiâ, Rome, 1596, in-folio : livre très-rare. III. De ventnis & antidotis, Rome, 1586, in-4.º IV. De gemmis ac lapidibus pretiotis in S. Scripturâ relatis, Rome, 1587, in-8.º V. Tabula simplicium Medicamentorum, Rome, 1577, in-4.º VI. De conviviis antiquorum. VII. Notitia dell'antica eluna macerata, 1716, in-4.º Ces divers écrits renferment des recherches curieuses, & des connoissances en physique, supérieures à celles de son siècle. Il vivait encore en 1596, & non en 1686, comme le dit Osmond.