III. BACCIO, Voy. BALDINI, I. BACHAUMONT, (François le Coigneux de) né à Paris en 1624, d'un président à mortier au parlement, fut conseiller-clerc de la même compagnie. Il cabala comme plusieurs autres durant les troubles de la Fronde, & le cardinal de *Retz* s'en servit plusieurs fois utilement. *Bachaumont* quitta le rôle d'intrigant, pour se livrer à une oifiveté voluptueuse, égayée par les vers, l'amour & le vin. C'est ainsi qu'il passa une partie de ses jours, avec les hommes les plus aimables de son fiècle. Le fameux *Chapelle* tint le premier rang dans son cœur. C'est avec cet ami illustre qu'il fit ce voyage célèbre par la *Relation* heureuse & facile qu'ils nous en ont laissée en vers & en prose, in-12. *Bachaumont* eut beaucoup de part aux plus jolies tirades de cette description; c'est de lui que sont ces vers charmans; Fît pour fléchir quelqu'inhumaine, &c. Il ne nous reste de lui que cet ouvrage. Il avoit fait bien des *Chansons* & de petits *Vers de société*, que nous n'avons plus. Il mourut à Paris en 1702, âgé de 78 ans, dans des dispositions très-chrétiennes. Il disoit à ses amis, surpris de ce que sa vieille étoit aussi réglée que sa jeunesse avoit été dissipée : « Qu'un honnête homme devoit vivre à la porte de l'Eglijé & mourir dans la facrissie, » & fut *Bachaumont* qui forma la célèbre madame *Lambert*, dont il épousa la mère.
II. BACHAUMONT, (Louis Petit de) étoit de Paris. La politique & la littérature l'occupe- point tour à tour, & il recueille- loit tout ce que les connoisseurs & les nouvellistes disoient d'in- téressant, & en formoit une espèce de journal historique & littéraire. Il l'avoit commencé en 1762, & après sa mort, en mai 1771, un curieux rassembla ses notes & les publia en 1777, en 6 vol. in-12, sous le titre de *Mémoires fœtées*, auxquels on a donné une suite en 30 vol. On y trouve tout ce qui est relatif aux grands événemens, & beaucoup d'anecdotes particulières fut tous les personnages qui ont joué un rôle. On y parle des ouvrages qui ont fait quelque sensation, des critiques qu'ils ont essuyées. On y insere les vaudevilles, les épigrammes, & tout ce qui sert d'aliment à la curiosité ou à la malignité du public. Le style est sans prétention, clair, net & précis. Diverses anecdotes ont paru, ou fausses ou altérées; mais la vérité en a dicté un grand nombre d'autres. On prétend que *Bachaumont* ne présida pas toujours à la rédaction de ses *Mémoires*, & que son valet de chambre le suppléoit quelquefois; c'est ainsi que beaucoup de recueils historiques ont été composés. On doit encore à *Bachaumont*. I. *Lettres critiques* sur le Louvre, l'Opéra, la place Louis XV & les Salles de spectacle, 1752, in-8.º II. *Essai* sur la peinture, la sculpture & l'architecture, 1752, in-8.º III. Une édition de *Quintilien*, traduit par *Gédoyn*, avec une vie du traducteur, 1752, 4 vol. in-12.
BACHELIER, (Nicolas) de Toulouse, originaux de Lucques, étudia à Rome, sous *Michel-Ange*, la sculpture & l'architecture. De retour dans sa patrie, il y fit régner le bon goût, & en bannit la manière Gothique qui y avoit été en usage jusqu'alors. Ses ouvrages de sculpture qui subissent encore dans plusieurs églises de Toulouse, se font toujours admirer, quoique la dorure dont on les a couverts, leur ait ôté cette grace & cette délicatesse, que leur avoit données *Bachelier*. Il travailloit encore en 1553.
**BACHERIUS** ou
**BAKÈRE**, (Pierre) Dominicain de Gand, professeur de théologie à Louvain, mort en 1601, est auteur d'un ouvrage singulier, intitulé : *Jurgium conjugale contra Reformatorum gentem*, 1583, in-4.$^{o}$
**BACHET**, *Voyet*
**MEZIRIAC**.
**BACHIEVEN**, (W. R.) pasteur à Maastricht, mort en 1781, a publié des cartes exactes & d'autres ouvrages relatifs à la géographie qu'il cultivoit dans les intervalles des occupations de son ministre.
**BACHOVIUS**, (Reinier) né à Cologne en 1544, unit le négoce à l'étude des lettres. Il s'appliqua aux langues, à la jurisprudence & à la théologie. Il composa quelques écrits dans ces deux derniers genres. Il fortit de Leipfick, parce que le Calvinisme qu'il avoit embraffé préférablement au Luthéranisme, n'y étoit pas à la mode : car il en est des sectes comme des habits. *Bachovius* s'étant fait Catholique, après le rétablissement de l'université d'Heidelberg, on lui remit sa chaire de professeur, qu'il occupoit avant que le duc *Maximilien de Bavière* l'eût cassée. Il mourut en cette ville l'an 1614, chéri & honoré. Son fils, professeur de jurisprudence dans l'académie de cette ville, publia plusieurs écrits sur la science qu'il enseignoit, & mourut Catholique. On lui doit un *Traité* des gages & hypothèques, des *Observations* sur les arrêts de *Papon*, un *Traité* sur les erreurs des interprètes du droit, un *Commentaire* sur la première partie du *Digeffe*, & un autre sur les *Institutes*. Ce dernier ouvrage parut à Francfort, en 1665, in-4.$^{o}$
**BACHUISEN**, *V. BAKHUISEN*.
**BACICI**, (Jean-Baptiste *G. di*, surnommé le) peintre, né à Cènes en 1639, passa à Rome dès l'âge de 14 ans. Il se mit chez un marchand de tableaux, où il eut occasion de voir le *Bernin*, de qui il reçut des conseils pour son art & des secours pour sa fortune. Ses premiers coups d'essai furent des coups de maître. *Bacici* fut dès-lors employé à de très-grands ouvrages, entre autres à la *Compote de Jésus*, à Rome, grande machine qu'on ne peut se laisser d'admirer. Le *Bacici* excelloit dans le portrait. Il fit celui d'un homme mort depuis 20 ans. Il crayonna d'abord une tête d'imagination; puis réformant peu à peu son ouvrage, suivant les avis de ceux qui avoient vu la personne vivante, il parvint à en faire un portrait des plus ressemblans. *Bacici* peignoit avec une si grande facilité, que sa main suivoit, en quelque sorte, l'impétuosité de son génie. Il avoit des idées grandes & hardies, quelquefois bizarres; ses figures ont un relief étonnant. Il étoit bon coloriste, & excelloit à rendre les racourcis. On lui reproche beaucoup d'incorrection dans son dessin, & un mauvais goût dans ses draperies. Ses ouvrages font néanmoins très-estimés. Le *Bacici* étoit fort spirituel & enjoué dans la conversation; mais son caractère vif & emporté causa les disgraces de sa vie. Ayant un jour donné un soufflet à son fils en présence de ses camarades, le jeune homme, outré de cet affront, alla se précipiter dans le Tibre. Cette perte rendit le père inconfolable, & lui fit negliger, pendant quelque temps, l'exercice de son art. Les deffins de ce maître font pleins de feu, & d'une touche légère & spirituelle. *Bacici* mourut en 1709.
BACIS, fameux devin de l'antiquité, dont le nom passa à plusieurs de ceux qui, après lui, se mêlerent de prédire l'avenir.
BACKER, (Jacques) peintre Hollandois, né à Harlingen en Frise l'an 1608, mort à Amsterdam en 1641, excella dans le portrait, & sur tout dans celui des femmes dont il deffinoit parfaitement le corps. Il a laissé aussi quelques tableaux d'histoire. On estime celui du jugement dernier, placé dans l'église des Carmes d'Anvers. Les deffins de Backer au simple crayon font très-recherchés des amateurs. I. BACON, (Roger) Franciscain Anglois, naquit vers 1216, à Ilchester dans la province de Sommerfet. Il fut appelé le *Docteur admirable*, à plus juste titre que *Scot* le *Docteur subtil*. Il fit de si grands progrès dans l'astronomie, la chimie & les mathématiques, que les bonnes gens de son temps l'accusèrent d'être forcier. Son général qui avoit l'esprit de son siècle, ayant été excité par les professeurs de son ordre, lui défendit d'écrire, & le fit enfermer quelque temps après. Il fallut que *Bacon*, pour sortir de son cachot, prouvât qu'il n'avoit point de commerce avec le Diable. Il proposa en 1267, la correction du Calendrier au pape *Clément IV*; mais *Bacon* ne vivoit pas dans un temps assez heureux pour qu'on voulût corriger les vieilles erreurs. Il fit de grands progrès dans la mécanique. On vit sortir de ses mains des miroirs ardens. Il proposa des idées qui mettoient sur la voie de la découverte des lunettes, des télescopes & des microscopes; mais il est faux qu'il ait connu ces instruments, tels que nous les avons aujourd'hui. Quelques écrivains ont voulu lui faire honneur de l'invention de la poudre à canon; du moins décrit-il sa composition & la manière dont elle s'enflamme; mais *Plot* prétend que *Bacon* a tiré ce qu'il a dit sur ce sujet, d'un auteur Grec surnommé *Marc* dont le docteur *Méad* possédoit l'ouvrage, intitulé : *De compositione ignium*. Il est confiant que cette lunette découverte ne tarda pas à se faire; mais ce n'est point à *Bacon* qu'il faut attribuer ce nouveau fléau du genre humain. Il connoissoit les effets du salpêtre; mais le salpêtre seul ne compose pas la poudre. Quoi qu'il en soit, *Bacon* méritoit le titre d'*Admirable* pour son temps; s'il eût vécu dans le nôtre, son nom auroit peut-être été à côté de ceux de *Newton* & de *Leibniz*. Avec un très-beau génie, il ne put se mettre au-dessus de quelques puérilités de son siècle. Il adopta la chimère de la pierre philosophale, & les rêves encore plus ridicules de l'astrologie judiciaire. On sent bien que la baguette divinatoire, & d'autres grands secrets de cette espèce, ne durent pas être oubliés. Quelques auteurs, dignes de vivre dans le siècle de *Bacon*, nous répètent que ce frère mineur avoit une très belle tête d'airain, faite sans doute sur le modèle de celle d'*Albert* le *Grand*, qui répondoit à toutes les questions, quelqu'embarraffées qu'elles fuissent. On a de lui : I. *Specula Mathematica & Perspectiva*. Il tâche d'y résoudre divers problèmes sur les foyers des verres & des miroirs sphériques. On y trouve des réflexions sur la réfraction de la lumière des astres, sur la grandeur apparente des objets, &c. Mais ces réflexions ne contribuèrent pas aux progrès de l'optique; elles venoient dans un temps malheureux pour la perfection des sciences. II. *Speculum Alchimiae*. III. *De mirabilis potestate Artis & Naturae*. IV. *Epistolae, cum nois*. V. *Opus majus*, in-fol., Londres 1723. Cet ouvrage renferme toutes les vues de Bacon sur les sciences, & on y trouve des idées très-heureuses. Il comprit de bonne heure que le meilleur moyen d'acquérir quelques connoissances dans l'étude de la nature, étoit de joindre l'expérience au raisonnement, & de rectifier l'un par l'autre. Il mourut à Oxford en 1294, à 78 ans. *Naudé* a pris la peine inutile de le justifier de l'accusation de magie, qui avoit été intentée contre lui par ses confrères.
II. BACON, ou BACONDORF, (Jean) provincial des Carmes, docteur de Sorbonne, naquit en Angleterre, & mourut vers l'an 1346. On a de lui des *Commentaires* sur le Maître des Sentences, Milan 1611, in-fol. & un *Traité de la Règle des Carmes*. On l'appella le *Docteur résolu*; mais avec ce beau titre, il n'a pas été plus connu de la postérité, que le *Docteur irréfragable*, le *Docteur illuminé*, & tant d'autres qui, avec un petit mérite, ont de grands noms.
III. BACON, (Nicolas) né en Angleterre d'une famille illustre, fournit avec succès la carrière des sciences & celle des affaires d'état. La reine *Élisabeth* le fit secrétaire d'état, & ensuite chancelier d'Angleterre. Un jour que cette princesse alla dans sa maison d'Hertford, qu'il avoit fait bâtir avant sa fortune, elle lui dit en riant: *Voila une maison bien petite pour un homme comme vous*. — Madame, répondit le chancelier, c'est la faute de *Votre Majesté*, qui m'a fait trop grand pour ma maison. — Bacon mourut le 20 février 1578, à l'âge de soixante-neuf ans.
IV. BACON, (François) baron de Vérulam, fils du précédent, naquit à Londres le 22 janvier 1560. Il annonça de bonne heure ce qu'il devoit être. La reine *Élisabeth* lui ayant demandé quel âge il avoit? quoiqu'enfant encore, il répondit avec beaucoup de vivacité: *J'ai, Madame, deux ans de moins que l'heureux règne de Votre Majesté*; réponse qui flatta beaucoup la princesse. Depuis lors elle l'appela toujours, mon petit *Garde-des-sceaux*. Dès sa seizième année il avoit fini ses études. La philosophie de son temps, presque toute l'élépité, lui parut ce qu'elle est réellement, pleine de mots & de subtilités, & vide de choses. *Bacon* naquit avec toutes les dispositions qu'il falloit pour la réformer. A un génie actif, étendu & pénétrant, il joignit l'application à l'étude, & la fréquentation de tous les gens-de-lettres de son fiècle. Son père le fit voyager au sortir du collège. Il étoit à Paris en 1577; il s'y fit aimer & admirer. *Pawlet*, ambassadeur d'Angleterre à la cour de France, en conçut une idée si avantageuse, qu'il le chargea, auprès de la reine *Élisabeth*, d'une commission importante. *Bacon*, qui n'avoit pas alors dix-huit ans, la remplit comme un homme de soixante, consommé dans les affaires. La reine qui connut tout son mérite, le nomma son avocat extraordinaire. *Bacon*, pour faire fa cour à fa bienfaitrice, juftifia la condamnation du comte d'Effex, qu'il avoit flatté pendant fa vie, & dont il avoit reçu toutes fortes de bienfaits. Cette ingratitude fit autant abhorrer fon caractère par le public, que les gens éclairés eftimoient fes talens; il manqua plufieurs fois d'être affaffiné. Dès que Jacques II eut la couronne d'Angleterre, le philosophe Bacon fut un de fes flatteurs, & il reçut pour prix de fes adulations le titre de chancelier, après avoir exercé la charge de procureur-général. Il n'y a point de baffeffes qu'il ne fit pour parvenir à cette place. Il careffa le duc de Buckingham, il encenfa les autres miniftres, il dénigra fes concurrens. C'eſt par ces indignes manœuvres qu'il reunit les titres de chancelier & de garde des fceaux, en 1617, & ceux de baron de Vérium & de comte de Saint-Albans quelques années après. Bacon, efclave du roi & de fon miniftre, fcella des édits qui ordonnoient des exactions exorbitantes. Le peuple cria contre des impôts fi injuftes & fi réitérés. La chambre des Communes fe plaignit au parlement, de la corruption de la chancellerie. On l'accufa d'avoir fouffert que fes domeftiques priffent de l'argent des perfonnes, dont les affaires étoient pendantes devant lui. Bacon, accufé dans un temps où le miniftre étoit odieux, fut condamné à une amende de quarante mille livres fterlings, fut privé des fceaux & de toutes fes charges, & enfermé à la tour de Londres. On rapporte que, pendant le cours de fon procès, il dit à fes domeftiques, qui fe levoient en le voyant arriver : Affeyet-vous, mes maitres, votre élévation fera ma chute. Il fortit quelque temps après de fa prifon. Le roi, qui l'aimoit, lui remit l'amende à laquelle il avoit été condamné, & lui donna même des lettres d'abolition de tout ce qui avoit été fait contre lui. Bacon, loin des orages de la cour & des agitations du miniftre, ne penfa plus qu'a fe confoler de fes malheurs par la lecture & la composition. Ce fut alors que fes plus célibres ouvrages parurent. Les étrangers l'admirèrent, & les gens impartiaux de fon pays, qui purent oublier les fautes de l'homme d'état, applaudirent aux productions de l'auteur. Lorsque le marquis d'Effiat accompagna en Angleterre la fille d'Henri le Grand, épouse de Charles I, il lui fit une vifte; Bacon, qui étoit dans fon lit, malade, le reçut les rideaux fermés : Vous reffemblez aux Anges, lui dit le marquis; on entend toujours parler d'eux, & on n'a jamais la fatisfaction de les voir. — Monsieur, répondit Bacon, fi votre bonté me compare aux Anges, mes infirmités me font fendir que je fuis un homme. Ce philosophe mourut le 9 avril 1626, à 66 ans. On prétend que, dans les derniers temps de fa vie, il étoit fi mal à fon aife, qu'il écrivit à Jacques II pour lui demander quelque fe-cours; de peur, lui difoit-il, qu'après n'avoir fouhaité de vivre que pour étudier, je ne fois obligé d'étudier pour vivre. — Bacon réuniffoit toutes les fortes de mérites. Il portoit dans la fociété un efprit léger & flexible, qui prenoit aifeient & avec fuccés tous les tons. Il parloit le langage propre à tous ceux qu'il entretenoit, avec une facilité qui fembloit naturelle; ou, s'il y metoit de l'art, c'étoit un talent de plus, de favoir fi bien le cacher. La force & la grace de fon action répandoient dans fes entretiens particuliers & dans fes difcours publics un charme inexprimable. Ses réparties étoient juftes, promptes, & vives. Cette vivacité étoit empreinte dans fes regards; il avoit l'œil vif & pénétrant, le front large & découvert, & marqué avant le temps des traces respectables de la vieilleffe. Il mit dans fon teftament, « qu'il laiffoit fon nom & fa mémoire aux nations étrangères : car mes Concitoyens, ajouta-t-il, ne me connoitront que dans quelque temps. » L'Angleterre ne tarda pas à lui rendre juftice. Aujourd'hui il eft en fi grande vénération dans cette ifle, qu'on ne veut plus entendre parler de fes foibleffes. On a donné une magnifique édition de fes Ouvrages, tant latins qu'anglois, à Londres 1740, 4 vol. in-fol. Ils ont été réimprimés dans la même ville en 1765, en 5 vol. in-4.º Les principaux font : I. De la dignité & de l'accroissement des Connoiffances humaines : ouvrage fupérieur dans lequel on voit combien fon ficle étoit petit, & combien il étoit au-deffus de fon ficle. Des obfervations nouvelles & profondes y brillent, ornées des agrémens de l'imagination. II. Son Nouvel Organe des Sciences, qui peut être regardé comme une fuite du premier ouvrage. Ce livre l'a fait appeler d'une commune voix, le Père de la Physique expérimentale. C'eft un recueil d'idées neuves, juftes & grandes, fur tout ce qui peut perfectionner la physique; ç'a été le flambeau avec lequel les nouveaux philofophes ont éclairé les ténèbres de la philofophie ancienne. III. Ses Effais de Morale & de Politique, traduits en françois, 1734, in-12, offrent à chaque page des maximes dignes d'un grand philofophe, & propres à tous les états, depuis le prince jufqu'au particulier. IV. La Vie de Henri VIII, roi d'Angleterre. Cette Histoire, très - eftimée d'ailleurs, n'eft fouvent qu'un panegyrique. Bacon n'a pas toujours la fimplicité du flyle hiftorique; & il n'eft pas exempt des défauts que l'on reproche aux beaux efprits de fon ficle, l'enflure & le phébus. V. Un petit traité De juftiâ universali, Paris 1752, chez Vincent, in-16. On y trouve des idées que Platon auroit approuvées. VI. Plufieurs autres Ouvrages. M. Delcyre nous a donné l'Analyse de la Philofophie de Bacon, en 2 vol. in-12. Cet abrégé fuffit pour donner une idée des qualites & des défauts de Bacon dans fa manière d'écrire. Ses expressions font prefque toujours ingénieufes, fes images grandes & nobles, fes comparaifons heureufes, fes réflexions profondes; & c'eft, fans contredit, un des hommes à qui l'Europe litteraire a le plus d'obligation. Cependant le célèbre Hume, en comparant Bacon avec Galilée, a donné la fupériorité à celui-ci. « Si Bacon, dit-il, eft confidéré fimplement comme auteur & philofophe, quoique tres-eftimable fous ce point de vue, il eft fort inférieur à Galilée fon contemporain, & peut-être même à Képler. Bacon a montré de loin la route de la vraie philofophie; Galilée l'a non-feulement montrée, mais il y a marché lui-même à grands pas. L'Anglois n'avoit aucune connoiffance de la géométrie; le Florentin qui a reffufcité cette fcience, y excelloit, & paffe pour le premier qui l'ait appliquée avec les expériences & la philofophie naturelle. Le premier a rejeté fort dédaigneufement le fyftème de Copernic; l'autre l'a fortifié de nouvelles preuves, empruntées de la raifon & des fens. Le flyle de Bacon eft dur, empefé; fon efprit, quoique brillant par intervilles, eft peu naturel, amené de Join, & semble avoir ouvert le chemin à ces comparaisons pointues, à ces longues allégories, qui distinguent les auteurs Anglois. Galilée au contraire est vif, agréable, quoiqu'un peu prolixe Mais l'Italie n'étant point une sous un seul gouvernement, & rassifiée peut-être de cette gloire littéraire qu'elle a possédée dans les temps anciens & modernes, a trop négligé l'honneur d'avoir donné naissance à un si grand homme; au lieu que l'esprit national qui domine parmi les Anglois, leur fait prodiguer à leurs éminens écrivains, entre lesquels ils comptent Bacon, des louanges & des acclamations qui peuvent souvent paroître ou partiales en excessives. » (Histoire de la Maison de Stuart, tome 1er, page 361 de l'édition in-12.)
BACOUE, (Léon) le seul Protestant converti qui ait été évêque sous le règne de Louis XIV, naquit à Castelgeloux en Gascogne. Après avoir quitté sa religion, il se fit Franciscain, & fut évêque de Glandeve, & ensuite de Pamiers, où il mourut en 1694, âgé de 94 ans. Son Poème latin *fur l'éducation d'un Prince*, 1671, in-4°, lui valut l'épiscopat. Ce fut le duc de Montaufier qui le demanda pour lui. Ce poème a été réimprimé à Paris en 1685, in-8°, avec des notes. On y a joint quelques odes du même auteur. On a encore de lui : *Carmen panegyricum*, Toulouse 1667, in-4°, dédié au pape Clément IX.
BACQUERRE, (Benoît de) On a de ce médecin, dont on ne fait rien d'ailleurs, un ouvrage estimé, intitulé : *Senum Medicus*, imprimé à Cologne en 1673.
BACQUET, (Jean) avocat du roi en la chambre du Trésor à Paris, savant dans le droit François & dans les lois Romaines, est auteur de plusieurs *Traités* commentés par *Ferrière*, dont la dernière édition a paru à Lyon en 1744, 2 vol. in-fol. Sa mort, arrivée en 1597, fut causée par le chagrin qu'il eut d'avoir vu rompre en place de Grève son gendre *Charpentier*, lecteur & médecin en l'université de Paris, fameux Ligueur.
BAD, (Mythol.) génie Persan qui, suivant les Mages, présidait aux Vents. Un mois de l'année Orientale, portait son nom; & on lui avoit consacré, en outre, le 22 de chaque mois.
BADAJOZ, (Catherine de) savante Espagnole, mourut à 27 ans en 1553, après avoir annoncé un véritable talent pour la poésie latine.
BADAKSCHI, poète Persan, vivait sous le règne du calife *Mostafi*. On a de lui un Recueil de poésies en langue Persane. « Il ne faut pas s'étonner, dit-il, dans une pièce de l'alternative de bien & de mal qui se trouve dans les choses humaines, puisque la vie des hommes se mesure toujours par une horloge de sable, où il y a toujours l'heure d'en haut & l'heure d'en bas qui se suivent. »
BADÈME, (Saint) Persan riche & noble, souffrit le martyre le 9 avril 376, pendant la persécution de *Sapor*. Il avoit été mis en prison avec *Nersan*, prince d'Asie. Ce dernier, ayant renoncé au Christianisme, on offrit de lui accorder la vie s'il poignardoit *S. Badème*; ce qu'il exécuta. L'acte de son martyre écrit en Syriaque par *Saint Maruthas*, est inféré dans les recueils d'*Affémani* & de *Ruinars*. .BAD
BADI - ALZAMAN, descendant de Tumerlan, fut le dernier de sa race qui régna dans le Khorasan, l'an de l'hégire 911. Il fut défait par Schaibeg, roi des Uzbeks, qui l'obligea de se refugier en Perfe. Ismael-Sofi, qui régnoit alors, le reçut fort bien, & lui assigna la ville de Tauris pour sa demeure : mais lorsque Selim, empereur des Turcs, prit cette ville sur Schah-Ismael, il fut conduit à Constantinople, où il mourut l'an 913 de l'hégire.
BADIA, (Charles-François) prédicateur Italien, naquit à Ancone en 1675, & y est mort en 1751. Pendant 38 ans, il remplit les plus célèbres chaires d'Italie & de Vienne. On a imprimé son Carême & ses Panégyriques à Turin & à Venise. — Un cardinal du même nom, Modénois, fut longtemps maître du sacré Palais sous Clément VII, & a laissé plusieurs écrits sur la théologie & la philosophie. Il mourut à Rome en 1547. I. BADIUS, (Josée) surnommé Ascenius, parce qu'il étoit d'Asche dans le territoire de Bruxelles, étudia en Flandres & en Italie, & vint ensuite professer le grec à Lyon. Jean Treschel, imprimeur de cette ville, le fit correcteur de son imprimerie, & lui donna sa fille en mariage. D'autres temps, d'autres mœurs ! Si Badius eût vécu de nos jours, les modernes Treschel, pour la plupart, l'auroient relégué dans quelque grenier, Sutorio decoratum stipendio. Robert Gaguin, dont il avoit imprimé l'Histoire de France à Lyon, l'attira à Paris. C'est de sa presse qu'on a tant parlé, sous le nom de Prælum Ascenianum, il publia plusieurs Auteurs Classiques, qu'il commentoit lui-même. Il mourut à Paris, vers l'an 1536, après avoir composé quelques ouvrages, outre ses Commentaires. Il fit imprimer : I. La Nef des folles, en latin, 1502, in-4.º II. Sylva moralis contra vitia. III. Une Vie de Thomas à Kempis. On a faussement attribué à Badius l'introduction des caractères ronds dans l'imprimerie.
II. BADIUS, (Conrad) fils du précédent, se retira à Genève, où il se signala comme imprimeur & comme auteur. Robert Etienne son beau-frère, protestant comme lui, le suivit trois ans après. Ils y publierent de concert plusieurs éditions fort recherchées. Badius mourut vers l'an 1566. Il traduisit en françois le premier volume de l'Alcoran des Cordeliers, l'augmenta d'un second, & l'accompagna de notes, 1560, in-12. Voy. ALBERT, n° IX.
BADVARO, (Daniel) sénateur de Venise mort en 1580, a laissé divers traités de Droit civil, imprimés à Venise en 1593, & réimprimés à Bologne en 1744. — Son fils Pierre BADVARO, se rendit de même célèbre dans la connoissance des lois. Agostin Michel, l'un de ses élèves, a publié l'éloge funebre de ce dernier, mort en 1591. — Frédéric BADVARO, de la même famille que les précédents, se distingua dans la culture des lettres & dans les négociations. Il fut envoyé pour ambassadeur de la république de Venise, auprès de Charles-Quint & de Philippe II son fils. On lui dut l'établissement d'une académie Vénicienne qui prit le surnom delle Fama. Il mourut en 1593.
BAELI, (François) né à Milazzo dans la Sicile en 1639, unit aux connoissances mathématiques le talent de la poésie. Après avoir voyagé long-temps dans les principaux états de l'Europe, il se fixa pendant quelques années à Paris & à Madrid, puis il revint dans sa patrie où il donna au théâtre le Temple de Tempé, Polixène; & à la littérature des Odes, des Sonnets, & un État historique de la ville de Messine. Francfort, 1676.
BAENGIUS, (Pierre) Suédois, mort évêque de Wybourg en 1696, a publié un Commentaire sur l'épître de S. Paul aux Hébreux, une Chronologie sacrée, la Vie de Saint Anéchaire, une Histoire ecclésiastique de Suede. Ses écrits sont en latin.
BAERT (François) Jésuite Flamand, mort le 27 octobre 1719, parcourut toutes les bibliothèques d'Allemagne pour y puiser des recherches utiles à l'Histoire ecclésiastique. Il a publié les Actes de plusieurs Saints de Bretagne, & un Commentaire plein d'érudition sur la vie de S. Basile le Grand.
BAFFA, (Françoise) Vénitienne, cultiva la poésie avec succès dans le milieu du 16e siècle. Doménichi rend hommage aux talens de Baffa, & Grolito a imprimé ses vers dans un recueil qui parut à Venise en 1554.
BAFFO, noble Vénitienne, fille d'un gouverneur de Corfou, fut prise par un corfaire Turc, comme elle alloit rejoindre son père, & vendue comme esclave à l'empereur Amurat III. Son extrême beauté captivant uniquement le cœur du sultan, il l'éleva au rang de sultane Aséhi, c'est-à-dire d'épouse légitime; honneur qui n'avoit été accordé à aucune esclave depuis Soliman II. Bientôt la constance extraordinaire de l'époux de Baffo fit croire qu'elle employoit les philtres & des moyens surnaturels pour s'en faire aimer; Amuréé étonné de sa passion le crut lui-même, & fit arrêter toutes les femmes qui la servoient pour connoître les procédés de Baffo. Elles ne purent rien avouer, & il céda alors sans contrainte à l'empire de l'amour. La sultane conserva la plus grande influence politique sous le règne de Mahomet III son fils; mais après la mort de celui-ci, Achmet I son petit-fils la relégua dans le vieux sérail en 1603.
BAG, (Mythol.) idole Persane qui donna son nom à la ville de Bagdad, fut particulièrement honorée par la femme de Cosroès qui lui fit élever un temple.
BAGARD, (Charles) médecin, né à Nancy le 2 janvier 1686, mort dans la même ville le 7 décembre 1772, a publié divers écrits intéressans relatifs à sa profession. I. Histoire de la thériaque, 1725 in-4.° II. Dissertation sur les tremblements de terre, & les épidémies qu'ils occasionnent, in-8.° III. Explication d'un passage d'Hippocrate sur les Scythes qui deviennent eunuques, 1759 in-8.° IV. Analyse des eaux minérales de Contrexeville & de Nancy. V. Des Mémoires sur la petite vérole, les centenaires, & les vomissemens produits par la passion iliaque. VI. On lui doit encore en latin un Dispensaire pharmaceutique, 1771 in-fol, & un traité de Matière médicale, publié la même année, in-8.°
BAGARATTO, célèbre jurisconsulte de Bologne, vivait au commencement du 13e siècle. Il se rendit aussi recommandable par ses écrits, que par sa prudence dans l'administration de sa patrie dont dont il fut le consul. Il a laissé deux traités de Droit, l'un sur le Reproche des témoins, l'autre sur les Délais & les Délinatoires. Il mourut vers l'an 1242.
BAGHDAD - KATUN, princesse Tartare renommée chez les Orientaux pour son extrême beauté. Son père Juban, régent du royaume de Perfe pendant la minorité d'Abuqaid, la donna en mariage en 1323 à un émir puissant. Le jeune Abuqaid qui aimoit Baghdad, la demanda pour lui-même; mais ayant été refusé par Juban, il fit à ce dernier une guerre longue & sanglante.
BAGLIONI, (Aftor) célèbre général Vénitien, commandoit la garnison de Famagouffe dans l'île de Chypre en 1570, lorsque les Turcs assiégèrent cette ville. Baglioni se défendit avec la plus grande valeur; cependant, après un siège long & opiniâtre, réduit aux plus cruelles extrémités, il fut obligé de se rendre. Muftapha, général des Turcs, au mépris de sa promesse & de la capitulation honorable qu'il lui avoit accordée, le fit tuer avec tous les officiers de la place. Baglioni réunit aux talens militaires, celui de la poésie. On a publié ses vers dans les recueils de son temps.
BAGLIVI, (George) docteur en médecine de Padoue, professeur de chirurgie & d'anatomie à Rome, membre de la société royale de Londres, s'étoit fait une grande réputation dans le monde savant, lorsque la mort l'enleva en 1707, à l'âge de 38 ans. On a de lui plusieurs Ouvrages de Médecine estimés, dont les meilleures éditions sont celles de Paris en 1711, in-4°, ou de Lyon 1765, aussi in-4°. Baglivi avoit voyagé dans toute l'Italie. Il avoit fréquenté les hôpitaux & les académies. Les spéculations de la théorie sont appuyées, chez lui, sur les expériences de la pratique.
BAGNI, (Jean-François) d'une famille distinguée de Florence, naquit en 1565. Les papes Clément VIII, Grégoire XV, & Urbain VIII, l'employèrent dans plusieurs affaires importantes. Il fut fait cardinal, & mourut en 1641, regretté de tous les gens de lettres dont il avoit été le protecteur. Naudé fut son bibliothécaire.
BAGNOLI, (Jules-Céfar) né à Bagna-Gaballo dans le Ferrarois, se distinguait parmi les poètes Italiens. Michel Peretti, prince de Venafre, neveu de Sixte V, le comble de bienfaits. Il mourut vers 1600. La tragédie des Aragonois, & le Jugement de Paris, ont encore quelques lecteurs en Italie. Le travail se fait trop sentir dans ses ouvrages. I. BAGOAS, eunuque Egyptien, général & favori du roi de Perfe Artaxerces Ochus, empoisonna son maître, pour venger la mort du bœuf Apis, dieu d'Égypte, que ce prince avoit fait apprêter par son cuisinier. Ce trait outra Bagoas: après avoir fait périr Ochus par le poison, il donna son corps à manger à des chats, & fit faire de ses os des manches de couteaux & des poignées d'épées. Il plaça sur le trône Arsés, le plus jeune des fils du roi mort, qui, ne voulant pas se laisser gouverner par son eunuque, fut assassiné comme son père. Il mit ensuite la couronne sur la tête de Darius Codoman, dont il voulut encore se défaire; mais ce roi le prévint en le faisant mourir, vers l'an 336 avant J. C.
II. BAGOAS, eunuque Perfan, pour lequel Alexandre le Grand, qui se disoit fils de Jupiter, eut le même attachement, que son prétendu père avoit pour Ganymède. Orsinès, seigneur Perfan, descendu de Cyrus, osa le traiter de concubine; l'eunuque s'en vengea, en produisant contre Orsinès de faux témoins, qui le firent condamner à la mort.
BAGOË, (Mythol.) Sibylle qui fut la première qui rendit des oracles, & qui apprit aux peuples d'Étrurie l'art de deviner par le tonnerre. On croit que c'est la même que la Sibylle Érophyle.
BAGOT, (Jean) Jésuite Breton, mort en 1664, est auteur d'un ouvrage intitulé: Apologeticus Fidei, en 2 vol. in-fol. Paris 1645; livre savant, mais diffus.
BAHAEDDOULAT, sultan de Perfe, s'empara de l'Iraque Arabique, & rentra triomphant à Schiraz sa capitale. Il mourut vers l'an 403 de l'hégire, d'un accès d'épilepsie, à l'âge de 42 ans, dont il en avoit regné glorieusement 24.
BAHALUL, bouffon du calife Aroun-Al-Raschid, fut surnommé le Fou, parce qu'il prenoit toutes sortes de libertés à la cour de ce monarque. Celui-ci lui ayant dit un jour de lui faire un catalogue exact des fous de la ville de Bagdad, il lui répondit que ce travail n'étoit point court ni facile; mais que s'il lui ordonnoit de faire la liste des gens sages, il en viendroit aisément à bout. Un courtisan annonça à Bahalul que le calife venoit de lui donner le supréme pouvoir sur tous les ours, loups, renards & singes de son empire; le bouffon lui répondit « Dites-donc, qu'il m'établit sou- verain de tout le pays, & que vous autres courtisans étes devenus sur-tout mes sujets. » Il entra dans la salle des audiences du calife, & voyant son trône vide, il alla s'y placer; on l'en chassa à coups de canne. Le calife arriva: « Prends garde, lui dit Bahalul; car si pour m'être assis une seule fois en ma vie sur ce trône, j'ai reçu tant de coups, que de peines & de douleurs ne dois-tu pas endurer pour t'y asseoir tous les jours! »
BAHAMAN, (Mythol.) ange Perfan qui, suivant la tradition de cette contrée, prend soin des troupeaux & de tous les animaux domestiques.
BAHARAM, roi de Perfe, de la Dynastie des Sassanides, fut douce de grandes qualités, & mérita le surnom de bienfaisant. Il avoit coutume de dire, que l'humanité ne pouvoit pas se définir, parce qu'elle comprenoit toutes les vertus. Sous son règne les Manichéens furent chassés entièrement de ses états, & contraints de fuir jusqu'aux Indes & à la Chine. Baharam étoit contemporain de l'empereur Pupienus.
BAHARAM-GURI, sultan de Perfe, fut élevé loin de la cour de son père, dans la partie de l'Arabie la plus proche de la Chaldée, par Nooman surnommé le Sage. A la mort du père, les Perfans oublièrent son fils, & reconnurent Kefra pour roi. Guri rassembla une armée d'Arabes avec laquelle il vint attaquer l'usurpateur. Les troupes se trouvant en présence, on proposa un accommodement. Ce fut de placer la couronne entre deux lions affamés, & de la laisser pour toujours à celui des deux princes qui auroit le courage de l'enlever. Au jour indiqué, *Guri* dit à *Kefra* de commencer l'attaque; mais celui-ci refusa, en disant qu'il étoit déjà en possession du trône, & que c'étoit à celui qui y prétendoit de se montrer. *Guri* sans hésiter, attaqua les lions, les tua l'un & l'autre, & mit la couronne sur sa tête. Les Persans s'empressèrent alors de le reconnoître pour leur souverain, & *Kefra* son compétiteur fut le premier qui se soumit à son pouvoir. *Guri* repoussa les Turcs qui avoient fait une irruption dans ses états, & tua de sa propre main leur général. Ce prince régna dix-huit ans, & mourut la 30e année de l'empire de *Théodose* le *Jeune*. Le poète *Saadi* a fait mention de *Guri* dans le second chapitre du *Gulistan*.
BAHIER, (Jean) prêtre de l'Oratoire, natif de Châtillon, mort secrétaire de sa congrégation en 1707, eut un nom parmi ceux qui se mêlent de versifier en latin. On peut voir un de ses morceaux dans les *Poésies diverses*, recueillies par *Loménie* de *Brienne*. Son Poème *Fuquetius in vinculis*, composé lorsque le surintendant *Fouquet* fut arrêté, eut du cours dans son temps. L'auteur ne fera cependant jamais mis au rang des bons poètes latins.
BAJARD, (André) poète Italien, né à Parme dans le 15e siècle, obtint l'estime & l'amitié de *Louis* le *Mare* duc de Milan. On a de lui un roman de chevalerie, appelé *Philogine*; il est en vers coupés par oclave. Les autres poésies de *Bajard* ont été recueillies & publiées pour la première fois en 1756, par *François Fogliazzi* de Milan. I. BAJAZET Ier, empereur des Turcs, fils & successeur d'*Amuras I*, en 1389, fut appelé l'*Eclair*, à cause de la rapidité de ses conquêtes. Prévoyant que ses grands desseins l'obligeront de s'éloigner de sa capitale, & ne voulant point que ses sujets profitaient de son absence pour donner l'empire à un autre, il fit étrangler *Jacob* son frère aîné; traitement qui, suivant *Chalcondyle*, étoit déjà en usage parmi les princes de sa nation. Il enleva d'abord aux Chrétiens, en 1391, — 92 & — 93, la Bulgarie, la Macédoine, la Thessalie, & subjugua presque toutes les provinces des princes Asiatiques. *Sigismond*; roi de Hongrie, à qui l'empereur *Manuel Paléologue* avoit fait demander du secours, proposa une croisade contre *Bajazet*. La France se joignit à lui, & envoya *Jean* comte de *Nevers*, coufin-germain du roi, avec 2,000 gentilshommes. Mais cette petite armée, après quelques succès, fut presqu'entierement défaite l'an 1396, près de Nicopolis en Bulgarie. La plupart furent pris, tués ou noyés. Le comte de *Nevers* fut mené à Prufe chargé de fers. L'empereur Turc, enflé de ces avantages, assiégea Constantinople. Il obligea *Manuel* à partager la pourpre avec *Jean* son neveu, afin d'avoir l'empereur pour tributaire, & en quelque sorte pour vassal. Il quitta Constantinople pour aller s'opposer aux progrès du fameux *Tamerlan*. Ce héros lui envoya une ambaïade que le Turc reçut avec fierté. *Tamerlan* marcha contre lui & le défit près d'Angoury ou Ancyre, l'an 1402. *Mustapha*, aîné de *Bajazet* fut tué en combattant. *Bajazet* lui-même fut fait prisonnier. Son vainqueur lui demanda ce qu'il auroit fait de lui, supposé qu'il eût été vaincu? *Je l'aurois enfermé*, lui dit le Turc, dans une cage de fer. — *Je suis donc en droit*, reprit le Tartare, de t'y mettre aussi; & tout de fuite il l'y fit placer. *Bajazet*, aussi fier dans sa cage qu'à la tête de ses armées, comptoit toujours que ses fils viendroient le délivrer; mais voyant ses espérances frustrées, il se cassa la tête contre les barreaux de sa prison, en 1403, après 15 ans de règne & 8 mois de servitude. *Petis de la Croix* dit que les auteurs Arabes & Persans le font mourir d'apoplexie, dans le camp de *Tamerlin*, en 1397; mais cette opinion n'est pas fondée sur la chronologie. On apporte que *Bajazet* étoit borgne, & son adversaire boiteux; & que celui-ci lui dit un jour, en le considérant dans sa prison grillée: *Il faut que Dieu fasse bien peu de cas des royaumes & des empires, puisqu'il les donne à des hommes tels que nous, & que ce qu'il ôte à un borgne, il le donne à un boiteux.*
II. BAJAZET II, fils de *Mahomet II*, succéda à son père en 1481. *Zizim*, son frère cadet, favorisé par la plupart des feigneurs, lui disputoit la couronne; mais il le chassa de l'Asie, l'obligea de se réfugier en Occident, où il mourut, dit-on, de poison en 1495. Tranquille possesseur du trône, il fit une invasion dans la Moldavie, avant que *Mathias Corvin*, roi de Hongrie, put s'y opposer; & il étendit ses conquêtes jusqu'aux embouchures du Danube & du Niéper. Il tourna ensuite ses armes du côté de la Natolie & de la Syrie, d'où il vouloit chasser le sultan des Mammelus d'Égypte; mais cette seconde entreprise n'eutaucun succès. Après avoir enlevé & perdu plusieurs places, il fut battu deux fois & obligé d'accepter la paix. Le sultan, toujours agité du désir de conquérir, tomba sur l'Albanie, qu'il pilla & ravagea entièrement. Il arma ensuite par mer & par terre contre les Vé- Nitiens, sous prétexte de secourir *Louis Sforce*, duc de Milan, & il s'empara, dans la Morce, des villes de Lépante, de Coron, de Modon. Ses progrès rapides effrayèrent les Vénitiens, & les forcèrent à demander la paix. Différentes révoltes dans l'intérieur de ses états l'occupèrent plus ensuite que les guerres étrangères, & la dernière lui fit perdre l'empire. Les Janissaires, gagnés par son fils *Sélim*, l'obligèrent de lui céder le trône. Ce fils dénaturé, pour s'affurer encore mieux de la couronne, fit empoisonner son père en 1512, par son médecin qui étoit un Juif. Il avoit alors 60 ans. La réparation des murs de Constantinople, & des édifices superbes, sont des monumens de sa magnificence. La lecture des livres d'*Averroès* le détourna des affaires, sans lui inspirer un caractère plus doux & plus humain. Dès le commencement de son règne, il fit affaîmer, ou, selon quelques auteurs, affaffina lui-même dans un festin le bacha *Acomat* son général, à la bravoure duquel il étoit redevable de son trône, parce que son crédit sur les Janissaires lui étoit suspect.
BAIER, V. BAHIER & BAYER.
BAIER, (Jean-Jacques) célèbre médecin, né à l'ene en 1677, pratiqua son art dans différentes villes d'Allemagne, entr'autres, dans Nuremberg, Ratisbonne & Altort. Il fut possesseur dans cette dernière ville, membre de l'académie des *Curieux de la Nature* en 1720. Il en devint président l'an 1730, & mourut à Altort le 14 juillet 1735. Il a donné: *I. Thesaurus Gemmarum affabrè sculptarum, collectus à J. M. ab Ebermayer, Nuremberg, 1720, in-fol, II. Hort* medici Acad. Altorf. Historia, Al-torí, 1727, in-4.º III. Quantité de Dissertations ou Troyes sur des plantes particulières, in-4º, depuis 1710 jusqu'en 1721. I. BAÏF, (Lazare) abbé de Charroux & de Grenetière, conseiller au parlement de Paris, maître des requêtes, naquit dans la terre de Pins, proche de la Flèche, d'une famille noble, & mourut en 1545. François I l'envoya ambassadeur à Venise l'an 1530, & l'employa en diverses autres occasions. On a de lui: De re vestiariâ, & De re navali, imprimés à Basle en 1541, in-4º; écrits savans, mais sans ordre & sans choix.
II. BAÏF, (Jean-Antoine) fils naturel de l'abbé de Grenetière, ne a Venise en 1532 pendant l'ambassade de son père, fit ses études avec Ronfard. Ils s'adonnèrent l'un & l'autre à la poésie françoise; mais ils la défigurèrent tous les deux par un mélange barbare de mots tirés du grec & du latin. Baïf voulut introduire dans les vers françois, la cadence & la mesure des vers grecs & latins; mais ses efforts furent inutiles. Ce s'imeur étoit un fort bon homme, suivant le cardinal du Perron; mais un fort mauvais poète. Sa vérification est dure, incorrecte & rampante. C'est le premier qui établit à Paris une espèce d'académie de musique. On faisoit chez lui des concerts assez bons pour le temps: les rois Charles IX & Henri III s'y trouvèrent très-souvent. Ces concerts furent l'origine des divertissemens, des mascarades & des ballets qui firent ensuite les plaifirs de la cour jusqu'à Louis XIV. Baïf mourut en 1592. Il y a de tout dans ses Ouvrages, qui parturent à Paris en 1572, 2 vol. in-8º, du sérieux, du comique, du sacré, du profane: mais personne n'a eu le courage de les dire en entier, depuis la mort de l'auteur.
BAÏL, (Louis) docteur de Sorbonne & sous-pentencier de Paris, ne a Abbeville, est auteur de plusieurs ouvrages très-peu étimés. I. L'Examen des confesseurs, livre inexact. II. Une Bibliothèque des Prédicateurs en latin, sous ce titre pompeux: Sapientia fortis prædicans. III. Summ. Concilium, en 2 vol. in-tol. qui ne vaut pas mieux que les précédents IV. De Ben-ficio Crucis, 1653, in-8.º V. Philosophie affective, 1657, in-12.
BAILE, Voyez BAYLE.
BAILE, (Louis) prédicateur du roi Jacques Stuart, est connu parmi les Protestans d'Angleterre, par un livre intitulé: Pratique de la piété, ouvrage sec & assez peu lu.
BAILLET, (Adrien) né le 13 juin 1649, à la Neuville, village du Beauvois, d'une famille obscure, fit ses premières études dans un couvent de Cordeliers, voisin de sa patrie. Il étudia ensuite au collège de la ville de Beauvais, & y régenta les humanités. Quelque temps après, il fut fait prêtre & curé; mais il quitta sa cure pour se livrer tout entier à l'étude. Lamoignon, à qui il fut recommandé par Harmont, le fit son bibliothécaire. Il mourut chez ce magistrat le 21 janvier en 1706, à l'âge de 57 ans. Toute sa vie fut remplie par la lecture ou par la composition. Son avidité de tout savoir, qui abrégea ses jours, ne lui donnait pas le temps de polir son style. La première expression qui se présentoit à sa langue ou à sa plume, étoit celle dont il se servoit; & l'on s'en apprécévoit assez, soit en l'entendant, soit en le lisant. Il n'étoit pas propre pour le grand monde, & il le favoit; il avoit un extérieur négligé, une taille médiocre, une figure commune: cependant des yeux enfonçés, un front large, un air occupé, prévenoient en faveur de son esprit & de sa confiance au travail. Sans désirs, sans passions, toujours lisant ou écrivant, il n'étoit distrait que par les exercices de la prière ou de la charité. On a de lui plusieurs écrits, dont les plus connus sont: I. *Jugemens des Savans sur les principaux Ouvrages des Auteurs*, qui parurent en 9 vol. in-12, en 1685 & 1686. Il feroit difficile de lire cet ouvrage de suite sans ennui. Le plan étoit assez bon; mais l'exécution n'y répondit pas dans beaucoup d'endroits. *Baillet* manquoit de fineffe dans l'esprit & dans le style; il n'étoit que compilateur. Il ramaffe indifféremment tout ce qu'on a dit pour ou contre un auteur; & quand on l'a lu, on ne fait guères à quoi s'en tenir. Un défaut commun à ces fortes de livres, est de s'appefantir sur les petits écrivains, & de n'examiner pas assez en détail les grands génies. Il y a de très-bonnes règles de critique dans le premier volume; mais l'auteur ne les fuit pas toujours dans les suivans. Les trois premiers volumes roulent sur les imprimeurs, les auteurs de Dictionnaires, les traducteurs françois & latins. Il publia ensuite cinq vol. sur les poètes. *Ménage*, qu'il avoit critiqué assez vivement, lui opposa l'Anti-Baillet, en 2 vol. in-12, à la Haye. *Baillet* lui répliqua par les *Anti*, ou les *Satyres personnelles*. Les *Auteurs déguisés*, les *Enfans célèbres*, furent publiés à peu près dans le même temps. *La Monnoie* a rassemblé tous ces différens morceaux dans son edi- edition des *Jugemens*, en 1722, 7 vol. in-4°. L'éditeur a revu, corrigé & augmenté cet ouvrage, inexact dans beaucoup d'endroits, quoique plein par-tout d'une érudition profonde. Les critiques que *Baillet* essuya, l'empêcherent de continuer ses *Jugemens*. Nous n'en avons que la première partie, & le premier article de la seconde. Il en avoit promis six, qu'il laissa en manuscrit, & le public n'en fut guères fâché. Il n'avoit pas assez de goût & de génie, pour s'arroger le droit d'assigner les places au mérite & aux talens. II. *De la Dévotion à la Ste. Vierge, & du culte qui lui est dû*, in-12. Ce livre excita quelque rumeur dans sa naissance: il y désapprouve bien des pratiques que l'Eglise autorise. III. *La Vie de Descartes*, in-4°, pleine de recherches minutieuses. Il en publia un *Abrégé*, in-12, où il y avoit moins de ces bagatelles savantes, qu'il avoit entaffées dans le grand ouvrage. Dans celui ci il parle des guerres de Hongrie, de Gênes, de la Valteline, & de vingt autres événements auxquels son héros n'avoit eu aucune part, mais qui s'étoient passés de son temps. Il nous apprend qu'il s'étoit passionné pour les perruques qu'il se faisoit faire à Paris, & qu'il en avoit jusqu'à quatre; qu'il portoit le plumet, & qu'il étoit habillé de taffetas vert, quand il entra dans le monde: mais qu'il quitta en Hollande le taffetas pour le drap; que son grand goût étoit pour les omelettes d'œufs couvés de huit ou dix jours. Voilà ce qu'*Adrien Baillet* appelle écrire l'histoire d'un philosophe; cela est, à la vérité, plus facile, que de donner l'analyse de ses livres & l'exposé de ses principes. IV. *Les Vies des Saints*, en 4 vol. in-fol., 10 vol. in-4°, ou 17 in-8° : un pour chaque mois, deux pour les têtes mobiles, un pour la chronologie des Saints, un pour la topographie, un pour les Saints de l'ancien Testament. Ce livre excita des bruits lourds parmi les superstitieux & les faux dévors, accoutumés aux légendes & aux pieux menfonges; mais il plut à tous les bons critiques & à tous les Chrétiens instruits. Ils virent avec plaisir un hagiographe démêler enfin la vérité d'avec ce qui n'en avoit que l'apparence, & exercer ordinairement un jugement folide dans l'examen des faits, où d'autres n'avoient porté qu'une aveugle crédulité. Mais il paroit quelquefois se livrer avec trop de complaisance à la discussion de certaines traditions pieuses qu'il pouvoit se dispenser d'examiner : & c'est ce qui lui mérita, dans les matières ecclésiastiques, le titre d'*HYPERCRITIQUE*, qu'on avoit donné à *Scaliger* dans les sujets littéraires. Le style d'ailleurs manque de cette onction que devoient lui inspirer les grandes vertus & la piété tendre & affectueuse des héros du christianisme. L'auteur avoit commencé un abrégé de son ouvrage, & *Frion* son neveu le public in-fol. & en 4 vol. in-8°. Sans négliger certains points de critique qui intéressent les savans, l'abréviateur a mis ce livre à la portée du commun des lecteurs. V. Les *Vies* de *Richer*, de *Godefroi Hermant*, de *S. Etienne* de *Grammont*, chacune in-12. VI. L'*Histoire des démolés du pape Boniface VIII* avec Philippe le Bel, roi de France, 1718, in-12 : savante, curieuse, & extraite fidèlement des pièces originales. VII. Le *Catalogue*, en 32 vol. in-folio, de la bibliothèque confiée à ses soins : il n'a jamais été imprimé. VIII. *Relation* *curieuse & nouvelle de Mofcovie*, in-12, Paris, 1698. IX. *Histoire de Hollande*, sous le nom de la *Neuville*, 4 vol. in-12, 1690. Les faits principaux y sont recueillis avec assez d'exactitude, mais présentés avec peu d'agrément, & racontés sans chaleur.
BAILLEUL, (Nicolas) marquis de *Château-Gontier*, président du parlement de Paris, fut surintendant des finances, qu'il connoissoit bien moins que la jurisprudence, depuis 1643 jusqu'en 1648. Il eut sous lui pour contrôleur général, *Emeri*, connu par ses dépredations. *Bailleul* mourut en 1652.
BAILLOU, (Guillaume de) médecin de Paris, né au Perche vers 1538, mourut en 1616, âgé d'environ 79 ans. *Henri IV* lui donna le titre de premier médecin du dauphin son fils. Il argumentoit avec tant de force, qu'on l'appelloit le *Fléau des Bacheliers*. La médecine lui eut de grandes obligations. C'est un des premiers qui l'aient réduite à ce qu'elle a d'utile. Nous avons de lui : *Conciliorum Medicinalium libri duo*, à Paris, 1635, in-4°. Ce recueil renferme un *Traité de Caiculo*, que l'on consulte encore. Ses *Œuvres* ont été réimprimées par les soins du célèbre *Tronchin* à Genève en 1762, 4 vol. in-4°. *Baillou* étoit un vrai philosophe, & il préséra toujours les douceurs de la vie privée aux honneurs dangereux de la cour.
BAILLU, (Pierre de) graveur, né à Anvers, se perfectionna dans son art en voyageant en Italie, & a gravé la plupart des portraits de Wandick. I. BAILLY, (Roch) connu sous le nom de *LA RIVIERE*, premier médecin de *Henri IV*, naquit à Falaise, & mourut à Paris en 1605. Ce prince lui fit tirer l'horoscope du dauphin son fils, depuis *Louis XIII*. Le médecin astrologue prédit que ce prince feroit d'un caractère tout différent de celui de son père; qu'il s'attacheroit à ses opinions, & qu'il s'abandonneroit aussi à celles des autres; qu'il auroit des guerres; qu'il persecuteroit les Huguenots; que tous les bons établissements feroient détruits; & qu'après lui les choses empireroient encore: que cependant il feroit de grandes choses & vivroit âge d'homme. Une partie de toutes ces prédictions alarma *Henri IV*. Cependant, dit l'abbé de *Condillac*, il auroit pu deviner tout cela aussi bien que son astrologue. On a de lui un Traité intitulé: *Demonsterion, sive Trecenti Aphorismi continentes summam Doctrinae Paracelsicae*; & un Traité de la Peste, en 1580. Ces ouvrages sont peu connus, même par les gens de l'art. Son *Demonsterion* fut traduit en françois, & imprimé à Rennes en 1578, in-4.º Cette version est rare.
II. BAILLY ou BAILLI, (Philibert-Albert) provincial des Barnabites, & assistant du général, nommé ensuite à l'évêché d'Août, avoit occupé, avant de quitter le monde, la place de secrétaire d'état du duc de Savoie, *Victor Amé I*. Il se distingua par ses talens pour la chaire & pour la controverse. On a de lui des *Ouvrages* dans ces deux genres, & un recueil de Vers pieux, sérieux & burlesques, qu'il intitula: *Le Poète mêlé*. On doute que les gens de goût soient satisfaits de ce mélange. Il mourut en 1691.
III. BAILLY (Jacques) peintre en miniature de l'académie de Paris, mourut dans cette ville le 2 septembre 1679. Il étoit né à Gracay en Berri en 1629. Il excelloit à peindre les fleurs, les fruits, les ornemens.
VI. BAILLY DE MONTARON, (Pierre) mort en 1775 à Orléans sa patrie, y fut chanoine & chancelier de l'université. On lui doit un ouvrage de médecine, sur les vertus du *cassis*, & les remèdes propres à guérir la goutte, 1749, in-12. V. BAILLY DE ROLLEY, (N.) mort en 1786, a donné au théâtre l'opéra d'*Iphigénie* en *Aulide*. C'est l'un des meilleurs de la scène lyrique: les situations y sont attachantes, & le dialogue bien écrit.
VI. BAILLY, (Jacques) garde des tableaux du roi, né à Versailles en 1701, & mort le dix-huit novembre 1768, travailla dans le genre comique, & fit quelques Parodies qui eurent un succès passager. Son *Théâtre* parut en 1768, en deux vol. in-8.º
VII. BAILLY, (Jean-Sylvain) né à Paris le 15 septembre 1736, fut fils du précédent, & eut pour-ayeux des peintres distingués dans leur art. Sa vie a offert un exemple mémorable des contrastes de la fortune; d'abord pleine de gloire & bientôt après de malheurs. Elle fert de nouvelle preuve que l'homme de lettres, tranquille & heureux, doit éviter le tourbillon de ces révolutions politiques, qui ne le porte souvent au haut de la nue que pour le précipiter dans un abyme. «Ne nous mêlons point du gouvernail, disoit le poète *Malherbe*, dans un vaisseau où nous sommes toujours étrangers. » La douceur aimable & la touchante docilité de *Bailly* en firent l'idole de sa famille; elle ne put se résoudre à chagriner son enfance par de pénibles études; il n'apprit point le latin, & le peu qu'il en saisit dans le cours de ses travaux ne fut pour lui qu'un instrument pour ses recherches. Ainsi, on peut dire, à l'honneur de notre langue, que Bailly n'apprit point à la connoître dans les débris des langues anciennes, & que tout ce qu'il y versa de graces & de richesses ne sortoit pas d'une source étrangère. « Le père de Bailly, dit un écrivain élégant, le Cité, Lemontey, peintre & poète, homme d'esprit & de plaisir, dont les vaudevilles égayoient la scène italienne, dont les faillies faisoient déférer la société, aimoit tendrement son fils; mais il ne voyoit dans lui que son fuscesseur à la place de garde des tableaux du Louvre, & il bornoit son éducation à des leçons de dessin. Le hasard lui ouvrit bientôt une route d'instruction plus sérieuse. Un mathématicien, nommé Moncarville, avoit un fils auquel il pria Bailly père de donner des leçons, tandis que lui-même enseigneroit les mathématiques à son fils. Cet échange de soins paternels entre un savant & un artiste, a quelque chose de patriarcal qu'on déférerait voir plus souvent imité. » Après avoir épuisé les connoissances de Moncarville, Bailly eut pour maître le père du célèbre Clairaut. Quelques succès littéraires de l'un de ses amis, enflammèrent son imagination, & à l'âge de 16 ans, il composa deux tragédies. La première, intitulée Clotaire, est puisée dans les premiers siècles de notre histoire, où la grossièreté des mœurs n'empêchoit pas le raffinement des crimes. Quel démon prophétique conduisoit la plume du jeune écrivain, & lui faisoit tracer dans cette tragédie l'image de l'épouvantable catastrophe qui l'attendoit! Dans ce premier ouvrage, Bailly a décrit la mort d'un maître de Paris, massacré par le peuple. Le sujet de la seconde tragédie est l'Iphigénie en Tauride, traitée ensuite avec succès par Guimona de la Touche. Le comédien La Noue lui conféilla de renoncer à la carrière dramatique, dont il lui dévoila avec force les dégoûts & les périls. Il lui apprit que sa véritable destination étoit pour les sciences, & qu'il s'y rendroit célèbre. Bailly ayant rencontré l'abbé de la Caille de l'académie des sciences, grand astronome, qui revenoit des extrémités de l'Afrique, où il avoit surmonté tous les obstacles pour l'exécution d'une entreprise savante qu'il avoit conçue, ce dernier devint son ami, son guide, & lui fit bientôt partager ses goûts. En 1763, le jeune astronome fit hommage à l'académie des sciences, de ses Observations sur la lune; & l'année suivante, il publia un long travail sur les Etoiles zodiacales. En 1766, parut son Essai sur les satellites de Jupiter, avec des tables de leurs mouvements. En 1771, il publia un Mémoire sur la lumière de ces satellites. Ce dernier écrit, plein de vues profondes, le classa dans le rang des plus grands astronomes. En 1775, Bailly donna le premier volume de son Histoire de l'Astronomie ancienne & moderne; & en 1787, celle de l'Astronomie Indienne & Orientale, 3 vol. in-4. Ces deux ouvrages importants présentèrent des recherches savantes, une foule d'idées heureuses & une immense éruption. Le style a une élégance peu commune, & dont Fontenelle seul a donné l'exemple dans les matières scientifiques. Quelques objections que lui fit *Voltaire* sur la philosophie des Brames qu'il croyoit les inventeurs de toutes les sciences, engagerent *Bailly* à publier, en 1779, deux écrits intéressans sur l'*Origine des Sciences* & sur l'*Atlantide* de *Platon*. L'auteur y attribue la création de tous nos arts à un peuple ancien, originaire du Nord, habitant primitivement les hauts plateaux de la Tartarie orientale, peuple qui a disparu du globe par quelque révolution de la nature, & n'a laissé aux autres nations que les élémens de ses connoissances, quelques traditions & d'obscurs souvenirs. De ce peuple détruit, les arts ont passé aux Chinois, aux Indiens, aux Chaldéens, aux Grecs enfin qui nous les ont transmis. Ainsi, d'après ce système, l'Orient à qui nous croyons tout devoir, n'inventa aucune science, & n'en fut que simple dépositaire. *Bailly* se délaissait de ses travaux astronomiques par la littérature. Il eut l'*acceffite* à l'académie françoise, par ses éloges de *Charles V*, de *Molière*; & à Rouen, par celui de *Corneille*. L'académie de Berlin couronna son éloge de *Leibnitz*. On doit encore à *Bailly*, ceux de *Cook*, de *la Caille* & de *Grosset*. Cette variété de talens, les graces de son style, l'art de ne jamais nuire à l'intérêt par l'érudition, lui méritèrent d'être admis dans les trois académies de Paris, honneur singulier qui n'avoit jamais été obtenu que par *Fontenelle*. Son discours de réception à l'académie françoise est très-remarquable par l'agrément de la diction & la manière adroite avec laquelle il loue son prédécesseur, le comte de *Tressan*. Comme commissaire de l'académie des sciences, *Bailly* publia, en 1784 & 1786, deux *Rapporis* importans & considérables. Le premier a pour objet l'examen du *Magnétisme animal*; qu'il considère comme produit par l'imagination, & l'une des illusions de l'esprit humain. Le second a pour but de diviser la masse d'infection d'un seul hôpital à Paris, en établissant quatre hôpitaux, un pour chaque quartier principal. Cet écrit, plein de connoissances physiques, d'énergie & de sensibilité, avoit déterminé l'autorité à exécuter ce projet utile, lorsque la révolution vint l'arrêter. Les électeurs de Paris réunis pour nommer les députés aux États généraux de 1789, choisirent *Bailly* pour leur secrétaire, & ensuite pour député. Il présida le premier l'assemblée constituante, & dirigea les délibérations de la fameuse séance du *Jeu de paume*, ou les trois ordres, jusqu'alors divisés, se réunirent. Bientôt après, la ville de Paris ayant changé d'administration, le nomma *Maire*. Il exerça cette dangereuse place pendant deux ans & demi d'orage; & s'il embraffa quelquefois avec trop de zèle les principes de la révolution, du moins aucun parti ne lui refusa de la fermeté, de la modération & de la droiture. Le seul reproche qu'on lui ait fait, est d'avoir montré un peu d'orgueil, & de s'être laissé entourer de factieux avides & sans caractère; mais ils abondent dans les momens de fermentation publique, & l'homme en place ne peut toujours les éviter; du moins, *Bailly* ne fit-il pas assez d'efforts pour s'en garantir. Appelé comme témoin dans le procès de la Reine, il prostea de l'innocence de cette infortunée princesse, & déclara avec courage que tous les faits de l'accusation dirigée contre elle étoient faux. Redevenu simple citoyen, retiré à Melun, il cherchoit dans le silence & l'obscurité à faire oublier l'éclat de sa vie, lorsque le tribunal de fang, formé par *Robespierre*, l'arracha de son asile pour le condamner à mort le 11 novembre 1793. Il fut décapité le lendemain. Nulle victime de la révolution n'alla à l'échafaud avec plus de fang froid, & ne montra plus de courage. Ses ennemis prolongèrent son agonie en éloignant pour lui seul le lieu de l'exécution. Il resta plus de deux heures en route, depuis la prison jusqu'au champ de Mars où il fut immolé. Pendant le trajet, on lui lança des pierres, on cracha sur lui, on le couvrit de boue; les bourreaux eux-mêmes furent indignés de tant d'exces. Une pluie très-froide, & tombant à verfe, l'avoit inondé; un homme lui cria: «tu trembles *Bailly*. » Celui-ci lui répondit avec calme: *mon ami, ce n'est que de froid*. Ce furent ses dernières paroles. Il monta sur l'échafaud qu'on dressa lentement sous ses yeux, & il s'avança avec empressement vers le fer qui devoit terminer ses jours. Il a laissé parmi ses manuscrits, des *Mémoires* sur la révolution & les évènemens dont il a été témoin, & un grand ouvrage sur l'*Origine des Fables & des Religions anciennes*. L'histoire & la philosophie en espèrent la publication. *Bailly* étoit grand, maigre; il avoit le nez aquilin, le front grand, la physionomie grave & férieuse: on lui trouvoit beaucoup de ressemblance avec *Dundas*, ministre Anglois. Il parloit avec précision & dignité. Ses mœurs furent pures, & son cœur sensible. Bon époux, ami sur, il posséda les qualités de l'honnête homme. Plusieurs lui ont trouvé des rapports de caractère avec *Newton*; mais quelle différence entre la fin de l'un & de l'autre! «*Newton*, dit *Bailly* lui-même, avoit l'ame d'un fage, pour qui le repos est le premier des biens. Il méprisa la gloire qui le suivit malgré lui, & qui s'est éternellement attachée à son ombre. Il fut l'homme de sa patrie. A sa mort, on exposa, comme les rois, aux regards du public, le grand homme qui n'étoit plus, & qui devoit à jamais honorer l'Angleterre. Le grand chancelier & cinq autres pairs, portrèrent le drap du cercueil. » Telle fut la mort de *Newton*, le plus célèbre des astronomes. Que de réflexions, si on la compare à celle du plus grand historien de l'astronomie! On a fait sur ce dernier ces quatre vers: *De ses vertus, de sa raison, Il servit sa patrie ingrate; Il écrivit comme Platon, Et fut mourir comme Socrate.*
BAINES, (Rodolphe) fut d'abord professeur de langue hébraïque à Paris, & devint ensuite évêque de Litchfield en Angleterre, sous la reine *Marie*. Il fut dépossédé de son évêché par la reine *Elizabeth*, & mourut en 1560. Il a publié un *Commentaire* sur les Proverbes, & une assez bonne *Grammaire Hébraïque*, Paris, 1550, in-4.$^{o}$
BAINMADU, (Mythol.) idole Indienne, adorée sur les bords du Gange: ses prêtres sont sans cesse occupés à chasser les mouches de sa figure avec de larges éventails.
BAINVILLE, (Charles) né en Provence, embraffa la profession de peintre, d'après le conseil de *Despréaux* dont il étoit parent. Il a laissé plusieurs pièces fugitives, un opéra qui n'a pas été mis en musique, & un grand nombre de chansons bachiques. Il est mort à Paris dans un âge très avancé.
BAIRO, (Pierre) médecin célèbre, mort à Turin, sa patrie, en 1558, réunit à la pratique de son art toutes les connoissances qui peuvent le rendre utile. Il est auteur de plusieurs ouvrages, dont les plus connus sont : I. Un recueil de *Secrets de médecine*. II. Un traité de la *Peste* & de sa curation, Paris, 1513. III. *Lexypyretæ perpetuae Questiones*, Turin, 1512.
BAÏVA, (Mythol.) divinité des Lapons, qu'ils font présider au feu.
BAÏUS ou DE BAY, (Michèl) naquit à Melin dans le territoire d'Ath, en 1513. L'empereur *Charles V* le choisit pour professer l'Écriture-fainte dans l'université de Louvain. Il fut ensuite chancelier de ce corps, conservateur de ses privilèges, & inquiéteur général. L'université fit choix de lui, de concert avec le roi d'Espagne, pour le députer au Concile de Trente. Il y parut avec éclat. Une partie de ses Opuscules avoit déjà été publiée. *Baius* ayant combattu les Luthériens & les Calvinistes, crut qu'il les ramèneroit plus sûrement dans le sein de l'Église en adoptant quelques-uns de leurs sentimens. On l'accusa d'avoir fait revivre divers points de la doctrine de *Calvin* sur la justification, & il prétendit mettre à couvert ses opinions en citant souvent *S. Augustin*. On les dénonça à l'inquiéteur de Louvain, qui défendit de les enseigner; & à la Sorbonne, qui les censura en 1560. *Pie V* en condamna 76 autres, par sa bulle du 1er octobre 1567. La condamnation fut faite en gros & implicitement; c'est-à-dire qu'on ne détermina point le sens dans lequel chacune étoit condamnable. Frère *Peretti*, général des Cordeliers, (depuis pape sous le nom de *Sexté V*,) s'employa vivement contre le docteur de Louvain, à la prière des Franciscains s's confrères, que *Baius* avoit irrités par son mépris pour les scolastiques. La bulle causa une grande rumeur dans l'université de Louvain. Le cardinal de *Granvelle*, qui en fut chargé, la fit accepter. *Baius* lui-même, après quelques difficultés, s'y fournit en 1568, du moins extérieurement. Mais il dit, suivant l'usage de tous les docteurs condamnés, que ces propositions n'étoient point de lui, ou qu'elles avoient été dressées frauduleusement. *Grégoire XIII* foutent en 1579 l'ouvrage de *Pie V*. Le Jézuite *Tolet*, porteur de sa bulle, fit signer à *Baius* un écrit par lequel il reconnoissoit qu'il avoit soutenu plusieurs des LXXVI propositions, & qu'elles avoient été condamnées dans le sens qu'il leur avoit donné. Ses principales erreurs étoient : *Que l'état de l'homme innocent est son état naturel; qu'il lui étoit dû, & que Dieu ne l'a pu créer dans un autre état; Que ses mérites en cet état ne peuvent être appelés dans de la grace; qu'il pouvoit alors mériter la vie éternelle par les forces de la nature; Que depuis la chute d'Adam, les œuvres des hommes faites sans la grace, sont des péchés; Qu'en conséquence, toutes les actions des Infidèles sont des péchés, & les vertus des philosophes des vices. Que tout ce que fait le pécheur, est péché. Que tout crime est de telle nature, qu'il peut fouiller son auteur & toute sa postérité, comme le péché originel, &c. Cette doctrine n'est certainement pas fort consolante. Elle trouva cependant de nombreux spectateurs, qui encheferent même sur les erreurs de leur maître. Les disciples de *Baius*, & ceux du Jézuite *Leffius* alors professeur à Louvain, se firent une guerre très-vive. Le nonce du pape dans les Pays-Bas crut que, pour appaifer ces disputes, il falloit imposer silence aux deux partis. Il proposa cette idée judicieuse à *Sixte V*, qui l'adopta. Le nonce se transporta donc en 1588 à Louvain, & défendit sous peine d'excommunication aux deux partis de noter leurs adversaires d'aucune censure, jusqu'à ce que le saint-Siège eût prononcé. Cependant *Baius* ayant entrepris de nouveau de donner un sens favorable à ses opinions, & n'ayant pu réussir, il ne pensa plus qu'à terminer ses jours en paix. Il mourut le 16 septembre 1589, à 76 ans. On a de lui des *Traités* de controverse contre *Marnix*, 1579 & 1582, 2 vol. in-8°. Tous ses Ouvrages ont été recueillis en 1696, in-4°, à Cologne. Son style est fort au-dessus de celui des scolastiques de son temps: il est simple & ferré. On sent que *Baius* avoit beaucoup étudié les Pères. On dit même qu'il avoit lu neuf fois *S. Augustin*. Il eût été à souhaiter qu'en se remplissant de ce Père, il eût mieux interprété certains passages, ou qu'il s'en fût rapporté aux interprétations des théologiens avoués par l'Eglise. Il paroît qu'il aimoit les opinions singulières; car dans son *Traité sur le péché originel*, il s'efforce de prouver que si, entre les hommes, les uns ont des passions plus fortes que les autres, c'est qu'en naissant ils ont participé davantage au péché originel. *Baius* fonda un collège par son testament: c'est là son meilleur ouvrage. — Son neveu, *Jacques Baius*, aussi docteur de Louvain, mort en 1614, a laissé un *Traité de l'Eucharistie*, imprimé en cette ville, in-8°, 1605, & un *Catéchisme*, in-fol., Cologne 1620. Les opinions de *Michel Baius* ne moururent point avec lui. *Corneille Janzen*, qui se nommoit à la tête de ses livres *Cornelius Janzenius*, en renouvela une partie dans son *Augustinus*. Voy. II. JANSENIUS.
BAIZE, (Noël - Philippe) prêtre de la doctrine Chrétienne, naquit à Paris en 1672, & mourut en 1747 dans la maison de Saint-Charles, dont il étoit bibliothécaire. Les savans, & en particulier l'abbé *Bignon*, ont beaucoup loué l'ordre & l'exactitude du *Catalogue* de la bibliothèque confiée à ses soins. On a de lui quelques autres petits écrits. I. BAKER, (Richard) né en 1568, dans la province de Kent, devint en 1620 grand shérif d'Oxford. Poursuivi pour des dettes de famille, dont il avoit eu la foibleffe ou le courage de se rendre caution, il mourut en prison le 18 février 1645. Il est principalement connu par la *Chronique des Rois d'Angleterre*, réimprimée à Londres, 1730, in-fol. Dans cette dernière édition, elle a été continuée jusqu'à *George I*. Le premier auteur avoit été créé chevalier par *Jacques I*.
II. BAKER, (Thomas) auteur de la *Clef Géométrique*, in-4°, 1684, en latin & en anglois, étoit né à Uton, en Sommerfet, en 1625. Vicaire de Bishos-Nimmel, il y menoit une vie studieuse & retirée, & y mourut l'an 1690.
III. BAKER, (Henri) fils d'une sage-femme de Londres, fut élevé par un libraire, & se consacra à l'art précieux d'apprendre à parler aux lourds & aux muets. Des succès en ce genre le firent admettre dans la société des antiquaires & dans la société royale. Il justifia ce choix par son *Microcope rendu facile*, & l'usage du *Microcope*, souvent imprimé en anglois & traduit en françois, in-8.º Il mourut le 25 novembre 1774, âgé d'environ 75 ans, laissant deux fils & une mémoire respectable.
BAKÈRE, Voy. BACHÉRIUS.
BAKHUISEN, (Ludolph) peintre & graveur, né en 1631, dans la ville d'Embden, au cercle de Westphalie, mourut en 1709. Un goût naturel le guida dans ses premiers essais : ses productions étoient dès-lors recherchées, quoiqu'il n'eût pas encore appris les élémens de son art. Il cultiva ses talens, & d'habiles maîtres le dirigerent dans ses études. Cet excellent artiste consultoit beaucoup la nature, & la rendoit avec précision dans ses ouvrages. Il a représenté des *Marines*, sur-tout des *Tempêtes*. Pour bien rendre celles-ci, lorsqu'il voyoit se former un orage, il entroit dans une chaloupe & se faisoit conduire à force d'argent en haute mer ; là, il contemploit pendant long-temps le spectacle de l'horison en feu & les flots irrités ; là, il traçoit ses esquisses : revenu chez lui sans mot dire, l'esprit toujours occupé de ce qu'il avoit vu, il peignoit de suite & de manière à saisir de crainte le spectateur. La ville d'Amsterdam acheta treize cents florins l'un de ses tableaux de marine, dont elle fit présent à Louis XIV. Son coloris est suave & harmonieux, son dessin correct, ses compositions pleines de feu. On fait un cas infini de ses dessins ; ils sont d'un effet piquant, & admirables par la propreté du lavis. Ce maître a gravé, à l'eau forte, quelques *Vues maritimes*. Le roi de Prusse, le grand-duc de Florence, & le czar *Pierre I*, visitèrent quelquefois son atelier, & choisirent de ses tableaux pour en orner leurs palais. *Bukhuisen* étoit non-feulement grand peintre, mais habile graveur & bon poète. Quelques temps avant sa mort, il fit acheter le meilleur vin qu'on put trouver, & renferma dans une bourse un grand nombre de pièces d'or. Par son testament il invita ses amis à son convoi, & les pria de boire le vin acheté, & de dépenfer dans la joie l'or qu'il leur laissoit.
BAKTIAR, surnommé *Atteddoulat* ou l'*Heureux*, ne le fut cependant pas. Chassé de ses états par son cousin *Adhad*, vaincu par lui, long-temps proscrit, enfermé dans un château de la Perse, il fut enfin mis à mort à 36 ans, l'an de l'hégire 367. Il laissa six enfans, prisonniers comme lui, mais qui trouvèrent les moyens de prendre la suite. *Baktiar* aimoit la chasse aux lions ; il étoit si fort, qu'avec ses bras seuls il renversoit un taureau.
BALAAM, prophète de la ville de Peter sur l'Euphrate, suivit les ambassadeurs de *Balac*, roi des Moabites, qui l'avoit envoyé chercher pour maudire le peuple d'Israël. Un Ange l'arrêta au milieu du chemin, tenant une épée nue. L'aneffe sur laquelle il étoit monté, ne voulut plus avancer, & se plaignit miraculeusement des coups dont son maître l'assommoit. Le ministre du Seigneur commanda alors à *Balaam* de ne dire que ce que Dieu lui mettoit dans la bouche. Le prophète étant arrivé, ne prononça que des bénédictions, au lieu des malédictions que *Balac* lui avoit demandées. Il prédit qu'il fortiroit une étoile de Jacob, & un rejeton d'Israël, &c. Le roi, trompé dans son attente, renvoyoit le devin sans prêsens, lorsque cet homme avare lui conseilla d'envoyer les plus belles B A L 31 filles de Madian dans le camp d'Ifraël. *Balae* ayant suivi ce conseil, les Ifraélites, livrés à l'impudicité & à l'idolâtrie, abandonnèrent Dieu, & ils en furent abandonnés. Quelque temps après, *Balaam* fut tué par l'armée des Hébreux, qui venoit de défaire les Madianites. Les commentateurs ont beaucoup dispute sur la patrie de ce prophète, & sur la parole accordée à son âneffe. *Maimonide* croit que le dialogue de l'âneffe ne se passa que dans l'imagination de *Balaam*. *S. Grégoire* de Nyffe semble aussi penser que cet animal ne prononça aucune parole distincte & articulée; mais qu'ayant fait son cri ordinaire, *Balaam*, accoutumé aux augures, entendit ce qu'elle vouloit dire. Mais la plupart des interprètes affurent qu'elle parla distinctement : le texte de l'Écriture le fait assez entendre, & *S. Pierre* dit formellement, que l'âneffe parla d'une voix humaine & intelligible. Quelques docteurs présument que, par ce prodige si extraordinaire d'un animal qui parle & qui instruit un prophète, Dieu voulut donner aux fêcles futurs quelque grande leçon. *Peut-être*, dit *S. Augustin*, *a-t-il voulu figurer des lures, qu'il choifiroit ceux qui paroissaient sans esprit & sans raison pour confondre l'orgueil des sages*.
**BALAC**, le même dont on a parlé dans l'article précédent, fut tué par les Ifraélites, l'an 1461 avant J. C.
**BALACE**, préfet de l'empereur *Constance*, fit éprouver la plus cruelle persécution aux Chrétiens. C'est à lui, que *S. Antoine* écrivit pour le menacer de la vengeance céleste. Cinq jours après, *Balace* fut mordu à la cuisse par un cheval furieux, & mourut de sa blessure.
**BALADAN** ou
**BALAD**, roi ou gouverneur de Babylone, est, selon quelques-uns, le même que *Bélésis* ou *Nabonaissar*, dont il est parlé dans l'Écriture. Mais cette opinion & toutes les autres qu'on forme sur ce prince, ne sont fondées que sur des conjectures. *Voy. BELESIS & NABONASSAR*.
**BALAGNI**, *Voys MONTLUC*, n.º 111.
**BALAMI**, (Ferdinand) Sicilien, fut médecin du pape *Léon X*, de qui il reçut de grandes marques d'estime. Il n'étoit pas moins instruit dans les belles-lettres, que dans la médecine, & il cultivait la poésie & l'érudition Grecque avec beaucoup de succès. Il florissait à Rome vers l'an 1555. Il a traduit du grec en latin plusieurs *Opuscules de Gallien*, qui ont été imprimés séparément, & que l'on a réunis dans l'édition des Œuvres de cet ancien médecin, faite à Venise en 1586, in-fol.
**BALAZUN**, (Guillaume de) Châtelain du pays de Montpellier, fut l'un des poètes les plus agréables de son temps, il se fit aimer de la dame de Joviac, château dans le Gévaudan, & la célébra dans ses vers. S'étant brouillé avec elle, par un pur caprice de sa part, elle ne voulut pas le voir d'une année entière. En vain sollicitant-il sa grace, la dame de Joviac ne voulut l'accorder qu'à condition qu'il s'arracheroit l'ongle du petit doigt, & qu'il la lui apporteroit avec une chanson où il exprimeroit son repentir. Sur le champ *Balazun* se fit lier le doigt & arracher l'ongle par un chirurgien. Il foutait la douleur sans paroître la sentir. Il composa la chanfon prescrite, & courut offrit à sa dame fon sacrifice d'expiation. Don *Vaiifette* croit que *Balatun* vivait du temps de *Raymond V*, comte de Touloufe. I. BALBI, (Jean) Dominicain Génois, nommé aussi *Janua* ou *Januenfis*, composa, dans le 13$^{e}$ siècle, des *Commentaires* & quelques autres ouvrages. Son *Catholicon*, *feu Summa Grammaticalis*, fut imprimé à Mayence en 1460, in-fol., par *Fouft* & *Schaffer*. Il l'intitula *CATHOLICON* ou *UNIVERSEL*, parce que ce n'est pas un simple vocabulaire, mais une espèce d'Encyclopédie classique, contenant une *Grammaire*, une *Rhétorique* & un *Dictionnaire*. Quoique ce livre soit assez mal digéré, on en avoit grand besoin dans le siècle de *Balbi* où l'on ne connoissoit pas même les premiers élémens de la littérature & des arts. On en tira une infinité de copies, & ce fut un des premiers livres sur lequel on fit les essais de l'art de l'imprimerie. Il est très-cher & très-rare.
II. BALBI, (Gaspard) Vénitien, voyagea pendant onze ans dans l'Orient, depuis 1579 jusqu'en 1588. De retour dans sa patrie, il publia le fruit de ses courses sous le titre de *Voyage aux Indes Orientales*. Cet ouvrage se trouve difficilement.
BALBIN, (*Decimus - Callus BALBINUS*) étoit d'une famille illustre. Le sénat l'élut empereur en 237, après avoir été deux fois consul, & avoir gouverné plusieurs provinces. Les soldats n'ayant point eu part à cette élection, se soulevèrent & le massacrèrent un an après. *Balbin* étoit bon & populaire, & réussissait dans la poésie & dans l'éloquence. Il avoit 60 ans lorsqu'il obtint la couronne impériale, & possédoit de grandes richesses, qui lui donnèrent le moyen de satisfaire son goût pour les plaisirs. Son mérite lui avoit procuré les gouvernemens de l'Asie, de l'Afrique & de quelques autres provinces, où il se fit aimer par sa douceur, son équité, & son attention à ne pas laisser accabler le peuple d'impôts.
II. BALBIN, Jésuite de Bohème, mort vers l'an 1694, a donné plusieurs ouvrages historiques, où l'on peut compter sur son exactitude. Le plus considérable est l'*Histoire* de Bohème, écrite en latin, & qui contient 10 volumes in-fol., qui parurent de 1679 à 1687. Il traite dans le premier de l'histoire naturelle du pays; dans le second, des mœurs & usages des habitans; dans le troisième, des limites de ce royaume dans les divers temps, & d'après les divers traités avec l'Allemagne & la Turquie; dans le quatrième, *Balbin* traite des vies des Saints de Bohème; dans le cinquième, des paroisses de Prague; dans le sixième, des Archevêques de cette ville; dans le septième, des Rois & ducs. Les suivans donnent les généalogies des principales familles de la nation.
BALBO, (Jérôme) évêque de Goritz, mort à Venise en 1535, a été poète latin & historien. Ses vers sont insérés dans les *Delicia poetarum Italorum*. Ses ouvrages historiques sont intitulés: *De rebus Turcicis*, Rom. 1526, in-4.$^{o}$ — *De civili & bellicâ fortitudine*, 1526, in-4.$^{o}$ *De futuris Carolis V fuccefibus*, Bologne 1529, in-4.$^{o}$
BALBOA, (Vasco Nugnès de) Castillan, se fit connoître de bonne heure heure par ses expéditions maritimes. Il fut si heureux dans ses premières guerres contre les Indiens, qu'il ne leur donna jamais la paix qu'au prix de l'or. Il avoit amassé une si grande quantité de ce métal précieux, qu'il en envoya trois cents marcs au roi d'Espagne pour son quint. De nouvelles découvertes & de nouvelles conquêtes mirent son nom à côté de ceux de *Fernand Cortez* & d'*Amélie Véspuce*. Il s'embarqua en 1513, dans l'espérance de découvrir la mer du Sud, & un mois après son départ, il étoit en possession de cette mer. Il donna le nom de Saint-Michel au golfe où il débarqua. Il s'y plongea jusqu'à la ceinture, son épée d'une main & son bouclier de l'autre; disant aux Caffillans & aux Indiens qui bordoient le rivage: *Vous m'êtes témoins que je prends possession de cette Mer pour la couronne de Caffille*. & cette épée lui en conservera le domaine. L'année d'après il retourna à Sainte-Marie, chargé d'or & de perles. Un gouverneur Espagnol arrivé dans cette ville, fut bien surpris d'y trouver *Balboa* avec une simple camisole de coton sur sa chemise, un caleçon & des souliers de corde, faisant couvrir de feuilles une assez méchante case, qui lui servoit de demeure ordinaire. Ce gouverneur, jaloux du crédit qu'il avoit dans la colonie, fit revivre un procès terminé depuis longtemps, accusa *Vasco* de félonie; & quoiqu'il ne pût le prouver, il lui fit couper la tête en 1517, à l'âge seulement de 42 ans. Ainsi périt, par le dernier supplice, un des plus grands capitaines de l'Espagne, digne d'un meilleur fort.
BALBUENA, (Bernard de) né dans le diocèse de Tolède, docteur de Salamanque, & évêque de Porto-Rico en Amérique, mourut en 1627. Les Hollandois pillèrent sa ville épiscopale en 1620, & enleverent sa bibliothèque, double sujet de chagrin pour un pasteur & pour un homme de lettres. Il laissa plusieurs *Pièces de poésie*, Madrid, 1604 & années suivantes. Elles sont pleines d'imagination, de feu, d'esprit & de graces. I. BALBUS, (*Lucius Lucilius*) jurisconsulte Romain, disciple de *Mutius Scévola*, un siècle avant J. C., se distingua par ses talens dans la jurisprudence. L'histoire Romaine fournit plusieurs autres personnages du nom de *Balbus*: ils ne méritent pas un article séparé.
II. BALBUS, (*Olavius*) ayant été condamné à la mort par les Triumvirs, se déroba des mains des meurtriers qui le cherchoient dans sa maison, en forrant secrètement par une porte qui leur étoit inconnue. A peine fut-il dehors, qu'ayant appris, par un murmure confus de ses voisins, que l'on affaffinoit son fils à cause de lui, la tendresse paternelle le rappelle aussitôt à sa maison, pour défendre ce fils qu'il aimoit. Ce bruit étoit faux; mais les affaffins se saissent de ce père infortuné, & lui ôtèrent la vie.
BALCET, (Jean) prêtre & médecin du dernier siècle, a publié tout à la fois des ouvrages de controverse & de médecine. I. *Apologie de la Messe*. II. *Traktatus de Morbis animi*. Il ajouta des notes aux œuvres de *Perducis*. C'est à lui que l'on doit la belle édition de la Pharmacopée de *Bauderon*. I. BALDE de URALDIS, (Pierre) de Péroufe, disciple & rival de *Barthole*, professa le droit à Péroufe, à Padoue & à Pavie; Arrivé dans cette dernière ville, on fut surpris de voir qu'un homme si célèbre eût un extérieur qui l'annonçoit si peu. On s'écria, la première fois qu'il parut en public : *Minuit praesentia samam*. Mais *Balde* répondit ingénieusement, *Augabit cetera virtus*; & l'on oublia sa figure, pour ne faire attention qu'à ses talens. Il mourut de la morfure d'une chatte enragée vers 1400, après avoir recommandé qu'on l'enterrât en habit de Cordelier. Il laissa de grands biens. On a beaucoup d'*Ouvrages* de ce jurisconflut, six tomes en 3 vol. in fol.; mais il y a trespeu à profiter dans leur lecture. Ils offrent des singularités, du verbiage, des chicanes, &c. *Balde* manque de méthode, cite des lois apocryphes, s'épuise en subtilités, s'appesantit sur des choses très-inutiles, & passe rapidement sur les nécessaires. L'émulation & l'amitié qui régénèrent d'abord entre *Barthole* & lui, dégénérèrent en jalousie & en haine.
II. BALDE, ou plutôt BALDI, (Bernardin) naquit à Urbin l'an 1553. Il fut abbé de Guastalle en 1586, sans avoir demandé cette abbaye. Il avoit d'abord travaillé sur les Mécaniques d'*Aristote*, sur l'Histoire; il avoit fait des vers : mais dès qu'il fut abbé, il ne pensa plus qu'au droit-canon, aux pères, aux conciles & aux langues Orientales. Il mourut en 1617. C'étoit un homme fort laborieux, qui possédoit seize langues, & qui s'étoit sur-tout appliqué aux Orientales. On a de lui un grand nombre de *Traités sur les Mécaniques*, dont quelques uns sont dans le *Vitruve* d'Amsterdam, 1649, in-folio. *Versi Profe*, Venise 1690, in-4.º *Crescimbeni* a mis ses *Fables* en vers italiens, Rome 1702, in-12. Il avoit commencé une *Description historique* & géographique du Monde dans toutes ses parties; il n'eut pas le temps de finir ce grand ouvrage.
III. BALDE, (Jacques) né dans la haute-Alface en 1603, enseigna & prêcha chez les Jésuites. La cour de Bavière applaudit à ses *Sermons*, & l'Allemagne à ses *Poëtes*. On l'appella l'*Horace* de son pays. Il mourut à Neubourg en 1668. Les sénateurs se disputèrent à qui seroit l'héritier de sa plume; & celui auquel elle échu, la fit mettre dans un étui d'argent. Ses *Œuvres* furent imprimées à Cologne, in-4.º & in-12, 1645. Il y a de tout dans ce recueil, des *Pièces de Théâtre*, des *Traités de morale*, des *Odes*, des *Panégyriques*, des *Poèmes héroï-comiques*. — *Balde* étoit né avec le feu & le génie des bons poètes; mais il ne s'attacha pas assez à former son style & son goût. Les beautés chez lui sont mêlées de taches. L'*Uranie victorieuse*, ou le *Combat de l'Ame contre les Cinq Sens*, lui valut une médaille d'or de la part d'*Alexandre VII*. La *Barrachomyomachie d'Homère*, entonnée avec la trompette *Romaine*, poème héroï-comique, en six chants; & le *Temple d'honneur*, bâti par les *Romains*, ouvert par la vertu & le courage de *Ferdinand III*, quoique aussi applaudis, disent assez que c'étoit un homme de collège.
BALDELLI, (François) laborieux traducteur Italien, étoit de Tortone. Il se fixa à Venise, & y publia dans le 16.º siècle les traductions en Italien des Commentaires de *César*, des histoires de *Pomponius-Læus*, de *Dion-Cassius*, de *Flavius Joseph*, de *Robert*, moine, & les dialogues de *Polydore Virgile*.
BALDER, (Mythol.) fut le second fils d'*Odin* & l'Apollon de la B A L 35 religion Celtique. *Hoder* l'aveugle le tua en lui lançant un gui de chêne. Les Dieux d'enfer declarèrent qu'ils le rendroient à la lumière, si tous les êtres existants sur la terre demandaient cette résurrection par leurs larmes. La magicienne *Loke* ne voulut point pleurer, & *Balder* ne put être rappelé à la vie; mais il devoit revenir, après l'embrassement des mondes, habiter les belles plaines d'*Ida*.
BALDERIC, évêque de Noyon, auteur de la *Chronique des Evêques d'Arras & de Cambrai*, mourut en 1112. — Un autre BALDERIC, évêque de Dol dans le même siècle, écrivit une *Histoire des Croisades*, qu'on trouve dans le *Gesta Dei per Francos*, de *Bongars*, 1611, in-fol. On a aussi de lui la *Vie de Robert d'Arbrissel*, 1641, in-8. Elle a été traduite en François, 1647, in-8.
BALDI, *Voyer* BALDE, n.º II. I. BALDINI, (Baccio) Florentin, fut le second graveur d'estampes qu'on connoisse après *Maffo Finiguerra*, qu'il forpaffa, parce qu'il fit faire ses deffins par *Sandro Boticelli*. Il vivait vers l'an 1470.
II. BALDINI, (Baccio) académicien de Florence, se fit aimer de *Cosme I*, grand duc de Toscane, dont il écrivit la vie, imprimée en 1578, in-fol., & en 1615, in-4. On a encore de lui: I. Une *Dissertation* sur la figure des dieux du paganisme. II. Un écrit sur le *defin* & la *faculté*, 1578, in-fol.
III. BALDINI, (Bernard) médecin & mathématicien, naquit dans un bourg près du Lac majeur & mourut en 1600, après avoir professe la médecine à Pavie & ses mathématiques à Milan. On lui doit divers *Tinités* sur l'utilité des sciences, sur les dieux fabuleux des an- ciens peuples, sur les étoiles & les héros changés par la mythologie en constellations; une *Méthode* pour mesurer le trajet des vaisseaux. *Baldi* faitait aussi des vers. Il a publié des *Stances* sur la rigueur de l'hiver de 1571, & une *Traduction* en vers de quelques ouvrages d'*Artiste*, tels que l'Art poétique, les Économiques & la Physique de ce Philosophe.
IV. BALDINI, (Jean-François) né à Brescia en Italie, en 1677, mort à Tivoli à l'âge de 88 ans, entra dans la Congrégation des Clercs réguliers & en obtint les premières dignités. On a de lui I. Une *Dissertation* sur les forces mouvantes. II. Des *Remarques* sur les vies des premiers âlages, écrites par *Anastase* le bibliothécaire. III. La *Description* d'une aurore boréale. IV. Une *Dissertation* sur des vases de craie trouvés dans un tombeau. L'Italie lui doit la réimpression à Rome des *Œuvres* de *Vallant*, sur la numismatique.
BALDINSEL, (Guillaume) commandeur de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, fit en 1236 le voyage de la Terre-Sainte, & en publia la relation sous le titre de *Hodæporicon ad Terram Sanctam*. Elle est inférée dans le recueil de *Canisius*.
BALDINUCCI, (Philippe) étoit de Florence. Ayant acquis de grandes connoissances dans la peinture & la sculpture, & fait beaucoup de découvertes en étudiant les ouvrages des meilleurs maîtres, il se trouva en état de fait faire le cardinal *Le gold* de Toscane, qui souhaita d'avoir une *Histoire complète des Printres*. *Baldinucci* la fit remonter jusqu'à *Cambué*, le restaurateur de la peinture; & il avoit dessein de la poursuivre jusqu'aux peintres qui vivoient à la fin du dernier siècle. Son projet ne fut exécuté qu'en partie. Il donna trois vol. de son vivant, & le reste, qui n'étoit presque qu'ébauché, & où il se trouve de grands vides, n'a été publié qu'après sa mort, en 1702 & en 1728, à Florence. On a encore de lui un *Traité de la Gravure sur cuivre*, avec la *Vie des principaux Graveurs*, en italien, Florence 1686, in-4°, ouvrage estimé. Ce qu'il a écrit est d'un style pur, & il y a de l'exactitude dans les faits qui regardent les peintres de son pays. Il étoit de l'académie de la Cruïca, qui le perdit en 1696, à l'âge de 72 ans.
BALDRÈDE, (S.) vulgairement appelé *S. Baudré*, devint évêque de Glasgow en Écosse, où il fonda plusieurs monastères & où il mourut l'an 608. Les églises d'Écosse ont conservé précieusement le souvenir de ses vertus.
BALDUCCI, (François) poète Italien, né à Palerme & mort en 1642 à l'hôpital de Saint-Jean de Latran à Rome. Il avoit été chapelain de celui de S. Sixte, & avoit commencé par se mettre au service de divers seigneurs; mais son génie inconstant & libre ne pouvoit le fixer dans aucune place. Ce poète passe pour l'inventeur des *Cantates*. Ses *Rimes* furent réimprimées à Venise, 1663, in-12. I. BALDUIN, ou BAUDOUIN, (Frédéric) né à Dresde, Luthérien, professeur de théologie à Wittemberg, commentateur des Épitres de *S. Paul* & de plusieurs autres livres de la Bible, mourut en 1627.
II. BALDUIN, ou BALDINI RITOVIUS, (Martin) natif de Campen en Brabant, premier évêque d'Ypres, assista au concile de Trente en 1562, & présida à celui de Malines en 1570. Il tint un synode à Ypres à 1577, dont il publia les ordonnances. Nous avons de lui un *Commentaire* sur le Maître des Sentences, & le *Manuale Pajlorum*.
BALDWIN, surnommé *Devonius*, moine de Citeaux, archevêque de Cantorbery, suivit le roi *Richard I* dans son expédition de la Terre-Sainte, & y mourut vers 1191. On a de lui : *De corpore & sanguine Domini*. — *De Sacramento altaris*, &c. traités imprimés dans la Bibliothèque des Pères.
BALECHOU, (Nicolas) né à Arles, d'un marchand boutonnier, en 1719, mort subitement à Avignon dans le mois d'août 1765; s'est rendu célèbre par ses gravures en taille-douce, qui lui méritèrent une place dans l'académie de peinture de Paris. Il s'étoit fait une manière particulière de graver, qui unisfoit beaucoup de moelleux à une fineffe de burin singulière. Quoiqu'on ait prétendu qu'il chargeoit trop de tailles, on voit par ses ouvrages, qu'il favoit joindre, quand il vouloit, au fini précieux d'*Edelink* & de *Nanteuil*, les grands traits de *Mellan*. Ses principales pièces font : I. Les belles *Marines*, qu'il a gravées d'après *Vernet*, parmi lesquelles on doit distinguer la *Tempête*. II. Le *Portait* de *Frédéric-Auguste*, électeur de Saxe & Roi de Pologne. Ce portrait, chef-d'œuvre de gravure, fut la cause de tous ses malheurs, de son exclusion de l'académie, & de sa retraite forcée à Avignon. C'étoit par ordre de madame la Dauphine qu'il avoit fait ce portrait, & il en fit tirer des épreuves contre la parole expresse qu'il avoit donnée à cette princeffe. Cet excellent morceau est à la tête du *Recueil* précieux de la *Galerie* de *Dresde*. III. La *Sainte Geneviève*, d'après le tableau de *Carle Vanloo*; cette estampe précieuse par le fini & la douceur de ses traits, est le dernier ouvrage de *Balechou*. Son talent n'étoit pas borné à la gravure. Il avoit du goût & quelque talent pour la chimie, qu'il avoit étudiée jusqu'à un certain point. Il est même assez vraisemblable, qu'un remède chimique, qu'il prit en trop forte dose ou à contre-temps, ne contribua pas peu à sa mort subite & prématurée. I. BALÉE, (Jean) prêtre Anglois, disciple de *Wielf*, prêcha les erreurs de son maître, & y en ajouta de nouvelles. Il excitoit à la sédition en citant l'Évangile. Il comparoit les magistrats & la noblesse à *l'ivraie*, qu'il falloit arracher de peur qu'elle n'étouffait le bon grain; enseignant au peuple de commencer cette bonne œuvre par les plus considérables d'entre eux. Ses spectateurs, suivant trop fidèlement les leçons de leur chef, massacrerent le chancelier, le grand-tréforier, & réduifirent le Roi à leur proposer une amnistie. *Balec*, leur apôtre, fut enfin pris & exécuté en 1381.
II. BALÉE, ou BALE, (Jean) *Baleus*, né à Covie en Angleterre, quitta l'ordre des Carmes pour la fêche des Calvinistes, & renonça à la messe pour une femme. *Edouard VI* le nomma évêque d'Offeri ou Kilkenni en Irlande; mais, sous le règne de *Marie*, il fut obligé de prendre la fuite. Il revint sous *Elizabeth*, & fut pourvu d'une prébende dans la cathédrale de Cantorbery, & il y mourut en 1563. C'étoit un génie turbulent & frivole. On a de lui 13 *Centuries* des hommes illustres de la Grande-Bretagne, Bâle 1557, in-fol., copiées du livre de *Jean Leland* sur cette même matière: un *Traité sur les Vies des Papes*, à Leyde 1615, in-8°; un autre, intitulé: *Acta Romanorum* *Pontificum*; & plusieurs *Comédies*; dans lesquelles il jouoit les religieux, les catholiques & les saints. Tous ses ouvrages sont marqués au coin du dernier emportement. Il déchire les papes, les évêques & les prêtres d'une manière si odieuse, qu'elle dut déplaire aux gens sages même de sa communion.
BALEN, (Mathias) né à Dordrecht en Angleterre, l'an 1611, prit pour objet de ses travaux les antiquités. Il a publié une histoire de sa patrie, de son origine, de ses accroissemens & de ses monumens, 1677, in-4°.
BALES, (Pierre) maître d'écriture Anglois, né en 1547, mort en 1610, passe pour l'inventeur de l'art tachigraphique. On a de lui le *Maître d'écriture*, 1597.
BALES, *Voy. IV. ALEXANDRE*.
BALETTI, (Gianetta Roza-Bénozzi) actrice célèbre de la comédie italienne, où elle avoit pris le nom de *Silvia*, naquit à Toulouse de parens Italiens & mourut à Paris en 1758. Sa figure intéressante, son jeu aisé, sa déclamation, son art, firent pendant 42 ans les délices du public. Elle jouoit les rôles d'*amoureuses*, & *Baletti* son mari, dit *Mario*, celui d'*amoureux*; ce dernier fut amené à Paris en 1716, lorsque le Régent voulut y établir la comédie italienne. Leur fils Louis *Baletti* fut aussi bon acteur que bon dans cur.
BALI, (Mythol.) divinité Indienne, précipitée dans l'enfer par le dieu *Wishnou*. Tous les ans ce dernier fort *Bali* de ses ténèbres pour lui faire contempler la terre, puis il le replonge dans son cachot. Pour célébrer la clôture de ce génie dangereux, les Indiens sont chaque année la fête qu'ils appellent *Onam*.
BALKIS, reine de *Marcb*, capitale du royaume de *Saba* en Arabie, vint de son pays pour entendre les discours pleins de sagesse de *Salomon*. Il en est parti dans le livre des *Rois*. Les prêens qu'elle apporta, la magnificence avec laquelle elle fut reçue, sont célébrés dans les histoires orientales.
BALLA, (Philibert) né à Bagnasco dans le Piémont le 2 février 1705, prit l'habit de jésuite & devint l'un des chefs de l'ordre en Italie. Après avoir professé la philosophie & la théologie à Turin, son général *Centurioni* l'appella à Rome pour y remplir la place de censeur des écrits qui s'y imprimoient. Les fiens sont : I. Une *Notice historique* sur *S. Savin*, évêque & martyr, dont l'authenticité des actes avoit été attaquée par *Tillemont*. II. Des *Lettres Théologiques*, recueillies en 3 vol. in-12, 1755. Elles ont pour objet de défendre la doctrine des jésuites & de les venger des imputations de leurs adversaires. *Balla* est mort en 1760.
BALLERINI, & non *Ballarini*, (Pierre & Jérôme) frères, nés à Vérone, le premier en 1698, le second en 1712, étoient tous deux prêtres & très-favans, sur-tout dans l'histoire ecclésiastique. Unis par un goût commun pour les mêmes études, autant que par les liens du sang, ils étudient le plus souvent en société, & le partageaient le travail suivant leur talent particulier. Les matières purement théologiques & canoniques étoient du ressort de *Pierre*; les points d'histoire & de critique étoient la tâche de Jérôme. *Pierre* ne mourut point vers 1746, comme le dit l'éditeur de *Ladocet*. Les deux frères vivoient encore, lorsque le comte *Mastachelli* publia le second volume de ses *Écrivains d'Italie*, en 1758. Outre quelques bons ouvrages, on doit à leurs foins des éditions estimées, I. de la *Somme Théologique de S. Antonin*, & de celle de *S. Raimond de Pegnafort*; II. des *Œuvres de S. Léon le Grand*; III. de celles de *Gilbert*, évêque de Vérone. IV. Une édition complète de tous les *Ouvrages du cardinal Noris*, avec des *Notes*, des *Dissertations*, &c., imprimées à Vérone en 1732, 4 vol. in-fol. V. Un petit *Traité* intitulé : *Méthode d'étudier, tirée des Ouvrages de S. Augustin*, traduite de l'italien par l'abbé *Nicolle de la Croix*, Paris, 1760, in-12. VI. *De jure divino & naturali circa usuram*, Bologne, 1747, deux vol. in-4. Ce livre diffus, & pas toujours bien raisonné, est de *Pierre*.
BALLEXSERD, (N.) citoyen de Geneve, née 3 octobre 1726, & mort dans sa parrie en 1774, est connu par un bon ouvrage intitulé : *L'Éducation physique des Enfans*, 1762, in-8. dont *David*, médecin à Paris, a donné une seconde édition en 1780, avec des notes. Cette dissertation, couronnée par la société des sciences de Harlem en 1762, est remplie d'excellentes observations de physique & de médecine. L'auteur prend les enfans au moment de leur naissance, & les conduit jusqu'à l'âge de puberté. On a encore de lui une Dissertation non moins intéressante, sur cette question : *Quelles sont les causes principales de la mort d'un aussi grand nombre d'enfants ?* Cet ouvrage, publié en 1775, doit être lu par ceux qui aiment leurs enfans comme le peuple, ou seulement leur postérité comme la plupart des grands.
BALLI, *Voyez* II, BAILLY.
BALLI, (Joseph) né à Palerme en Sicile, mort à Padoue en 1640, chanoine de Bari dans le royaume de Naples, tient un rang parmi les théologiens scolastiques. On a de lui : *De facunditate Dei*, & *De morte Corporum naturalium*.
BALLIN, (Claude) né à Paris en 1625, d'un père orfevre, devint orfevre lui-même. Il prit le goût du dessin en copiant les tableaux du *Poussin*, & commença à fleurir du temps du cardinal de *Richelieu*, qui acheta de lui quatre grands bassins d'argent, sur lesquels *Ballin*, âgé à peine de 19 ans, avoit représenté admirablement les quatre âges du monde. Le cardinal ne pouvant se laisser d'admirer ces chefs-d'œuvre de ciselure, lui fit faire quatre vases à l'antique, pour assortir les bassins. *Ballin* porta son art au plus haut point. Il exécuta pour *Louis XIV* des tables d'argent, des guéridons, des canapés, des candelabres, des vases, etc. On estimoit sur-tout les bas-reliefs où il avoit ciselé les songes de *Pharaon*. Mais ce prince se priva de tous ces ouvrages pour fournir aux dépenses de la longue guerre qui finit par la paix de Ryswick. Il reste encore plusieurs morceaux de ce grand artiste, à Paris, à Saint-Denis, à Pontoise, d'une beauté & d'une délicatesse unique. On admire surtout le chef de *S. Remi* que *Louis XIV* donna à l'église de Reims le jour de son sacre, les six chandeliers d'argent, la croix, un soleil, qui avoit cinq pieds & demi de hauteur, où croient sculpres plusieurs traits historiques de l'Écriture-Sainte, & un lampadaire d'argent qui se voyoient en l'église de Notre-Dame. Ce fut *Ballin* qui ciselait la premiere épée d'or & le premier hauffe-col portés par *Louis XIV*. Lorsqu'après la mort de *Varin*, il eut la direction du balancier des médailles & des jetons, il montra dans ces petits ouvrages le même goût qu'il avoit fait paroître dans les grands. Il joignit à la beauté de l'antique les graces du moderne. Il mourut le 22 janvier 1678, à l'âge de 63 ans. Il n'étoit presque jamais fort de Paris, & nous faisons cette remarque pour confondre ceux qui pensent que, pour exceller dans les beaux arts, il faut avoir passé plusieurs années en Italie. *Launai*, neveu de *Ballin* par alliance, excellent orfevre & habile dessinateur, dessina presque tous les ouvrages de son oncle, avant que *Louis XIV* les eût sacrifiés au bien public.
BALLIS, (Antoine de) juris- consulte Sicilien, mort en 1591, a écrit sur le *Droit canonique*; son neveu du même nom, mort quelques années après lui, est auteur de divers *Traités sur le Droit criminel*.
BALLO, (Fabio) poète de Palerme, mort en 1631, est auteur de *Chansons Siciliennes*, & d'une églogue intitulée *Alphéfiée*. Son fils *Jean-Dominique* se distingua aussi par ses poésies. — Deux autres littérateurs du même nom, tous les deux de Sicile, se sont fait connoître. Le premier, *Joseph BALLO*, né à Palerme en 1567, & mort à Padoue en 1640, a publié un *Traité du mouvement*, & quelques autres écrits sur les mathématiques. Le second, *Thomas BALLO*, de la même ville, chevalier de l'ordre de *Saint Étienne*, mort en 1612, a laissé diverses poésies, & entr'autres un poème intitulé : *Palerme délivrée*.
BALLON, (Louise-Blanche-Thérèse de) née en 1591, dans le château de Vanchi, à 5 lieues de Geneve, d'une famille alliée à celle de S. François de Salles, prit l'habit des Bernardines, & travailla avec ce pieux évêque à réformer cet ordre. Le pape *Orbain VIII* accorda en 1628 à la nouvelle congrégation, un bref qui la mettoit sous la juridiction de l'ordinaire, & la rendoit indépendante de la juridiction de l'abbé de Citeaux. Ces faintes filles prirent le nom de *Religieuses Bernardines réformées*, de la *Congrégation de la Providence*, & s'établirent à Rumilli le 24 mai 1624. Bientôt la mère de *Ballon*, après avoir dressé les constitutions de son établissement, approuvées par le pape en 1644, s'empressa de passer en France, où elle fonda des maisons de sa congrégation à Grenoble, à Vienne, à Lyon & à Toulouse. Elle mourut en odeur de sainteté le 14 décembre 1668, à Seyffel, âgée de 77 ans.
BALMONT, (N. comtesse de Saint) d'une famille illustre de Lorraine, réunit aux charmes de la figure les dons de l'esprit & la valeur d'un guerrier. Pendant l'absence de son mari, ayant été insultée par un militaire, elle prit un habit d'homme & lui donna un défi sous le nom de son frère; l'officier fut désarmé; mais elle lui rendit son épice, en le priant de respecter un peu plus les dames. On a imprimé en 1650 une tragédie de la comtesse de *Balmont*, intitulée : *Les Jumeaux martyrs*.
BALOUFEAU, (Jacques) fils d'un avocat de Bordeaux, parut dans le monde sous le nom de *Baron de Saint-Angel*. Ses créanciers ayant contraint le baron Gascon de prendre le bonnet vert, il se fit de la terre en crime d'usure. Il courut ensuite différens pays, & épousés dans chacun une femme. Arrêté, après son quatrième mariage, il s'évadait de la prison de Dijon, vint à Paris, reçut 200 écus de récompense pour avoir dénoncé un Génois qui n'existoit pas, comme auteur d'une conspiration contre le Roi, passa en Angleterre pour suivre le prétendu criminel, efcamota 2000 liv. au Roi de la Grande-Bretagne, revint en France, fut reconnu pour un fourbe, & pendu malgré son titre de baron, en 1626.
BALSAMON, (Théodore) diacre, garde des chartres de l'église de Constantinople, & ensuite patriarche d'Antioche pour les Grecs, commenta le *Nomocanon* de *Photius*, Oxford 1672, in-fol. Il fit un *Recueil d'Ordonnances ecclésiastiques*, Paris, 1661, in-fol.; & d'autres ouvrages dans lesquels le patriarche Grec s'emporte beaucoup contre l'Eglise Latine. Il mourut vers 1214. La Bibliothèque du Droit Canonique, de *Juffel*, renferme une partie de ses écrits.
BALTASAR, GASPAR & MELCHIOR, font les noms qu'on a donnés aux trois Mages, qui vinrent adorer JÉSUS CHRIST. Mais ces noms sont nouveaux selon dom *Calmet* : on en trouve d'auffi douteux que ceux-là dans des auteurs peu authentiques; mais tous ces noms, dit le même commentateur, inconnus avant le 12$^{e}$ siècle, ont été forgés à plaisir. On a beaucoup disputé sur le pays; sur la protection des Mages, sur l'étoile qui leur apparut, sur le temps de leur arrivée à Bethléem. D. *Calmet* qui a fait une dissertation pour expliquer tous ces points, dit que les Mages n'étoient pas les sages connus sous ce nom en Perse; mais des savans de l'Arabie déferte, de la Chaldée ou de la Mésopotamie, aux environs de l'Éuphrate. Ils avoient apparemment la même profession que le fameux devin *Balaam*. Sachant par tradition qu'à l'apparition d'une nouvelle étoile il naîtroit, au milieu des enfans de Jacob, un roi qui devoit être le désiré des nations, ils se déterminèrent à suivre l'étoile qui leur apparut pour aller chercher ce nouveau roi. L'inspiration surnaturelle du Saint-Éprit, & peut-être quelque songe envoyé de Dieu, servirent encore à les déterminer. Il y a beaucoup d'apparence que l'étoile étoit un météore passager qui les accompagna jusqu'à Jérusalem sous la forme d'une étoile, & qui reparut de nouveau pour les conduire à Bethléem. Il n'est pas nécessaire qu'elle se soit fait voir avant la naissance du Sauveur, ni que les Mages soient arrivés à Bethléem treize jours avant la naissance de JÉSUS-CHRIST. Il suffit qu'ils y soient venus avant la fin des quarante jours de la purification de la Sainte Vierge. Il n'y a donc nulle obligation, ajoute D. *Cahmer*, de mettre l'arrivée des Mages à Bethléem le 6 janvier. C'est pourtant un usage immémorial de l'Église Romaine, de célébrer, ce jour-là, la manifestation de Dieu aux Gentils, & l'on doit le respecter. Le peuple, dit *Haillet*, appelle depuis long-temps cette tête la *Fête des Rois*, parce qu'il s'est accoutumé à regarder les Mages comme des Rois, en entendant chanter dans l'office de l'Épiphanie le verset du pseaume 71 : *Rogés Tharps & insula*, *Rogés Arabum & Saba dona adduent*. Quelques-uns ont cru trouver dans le même passage le nombre des Mages & le nom de leurs royaumes. On croit posséder leurs reliques à Cologne. Ce sont trois corps inconnus, trouvés à Milan dans le même tombeau, puis transportés sous *Frédéric Barberouffe* à Cologne, où l'on célèbre cette translation le 23 juillet.
BALTEN, (Pierre) peintre d'Anvers, imita la manière de *Pierre Breughel*, & se distingua dans la représentation des petites figures; la facilité étoit extraordinaire. On raconte qu'appelé à la cour de l'empereur, celui-ci lui ordonna d'exécuter un tableau où l'on put voir une multitude de figures. *Baltan* prit pour sujet saint *Jean* prêchant dans le désert. Une foule d'auditeurs paroissolent l'écouter avec respect & avoient les yeux fixés sur lui. L'empereur se plut à lui faire effacer *S. Jean* pour substituer à sa place un éléphant; alors il sembla que le caractère de toutes les figures avoient changé. Ce peintre mourut à la fin du seizième siècle. I. BALTHAZAR, dernier roi des Babyloniens, s'étant servi pour boire, lui & ses convives, des vases d'or & d'argent que son père avoit enlevés du temple de Jérusalem, dans un festin qu'il donnoit à ses femmes, à ses concubines, & aux scigneurs de sa cour; il vit une main qui traçoit sur la muraille de la falle ces trois mots : *Muné*; *Thécel*; *Pharec*. — *Daniel*, appelé pour expliquer ces énigmes, dit au prince qu'elles signifioient : *J'ai compté*; *J'ai payé*; *J'ai divisé*. — C'est-à-dire que ses jours étoient accomplis; que ses actions venoient d'être peffées; & que son royaume séroit divisé, & deviendroit la proie des Mèdes & des Perses. La nuit même de cette apparition, le Seigneur, suivant la prédiction de Jérémie, ayant mis à sec la mer de *Babylone*, les Perses pénétrèrent fans obstacle jusques dans le cœur de la ville, forcèrent le palais, & tuèrent *Balthazar* qui étoit enféveli dans le sommeil avec toute sa cour. Le corps de ce prince demeura confondu avec tous les autres, & il ne se trouva personne en état de lui donner la sépulture, ainsi que l'avoit prédit *Isaie*. *Darius* le *Mède* fut mis sur le trône de *Balthazar* l'an 538 avant J. C.
II. BALTHAZAR, (Christophe) avocat du roi au présidial d'Auxerre, se fit calviniste a Charenton, dans le 17$^{e}$ siècle. Nous avons de lui le *Panégyrique de Fouquet* en latin, des *Traités* sur le droit de *Régale*, l'origine des *Fiefs*, l'ordre judiciaire. Son style est élégant & pur. Il avoit composé plusieurs *Dissertations* contre *Baronius*; mais on ne fait ce qu'elles sont devenues. Son père, intendant du Languedoc, avoit défendu par plusieurs Mémoires imprimés, les droits de la France, contre les usurpations de l'Espagne & de l'Empire.
III. BALTHAZAR CORDÉRIUS, *Voyez* CORDER.
BALTHAZARINI, surnommé *Beaujoyeux*, célèbre musicien italien, vivoit sous le règne de *Henri III*, roi de France. Le maréchal de *Brissac*, gouverneur en Piémont, envoya ce musicien au roi, avec toute la bande de violons dont il étoit le chef. La reine lui donna la charge de son valet de chambre; & *Henri*, à son exemple, lui accorda le même emploi dans sa maison. *Balthazarini* fit les délices de la cour, tant par son habileté à jouer du violon, que par ses inventions de ballets, de musique, de festins, & de représentations. Ce fut lui qui composa, en 1581, le *Ballet* des noces du duc de *Joyeuse* avec Mlle de *Vaudemont*, sœur de la reine, ballet qui fut représenté avec une pompe extraordinaire. On l'a imprimé sous le titre de *Ballet comique de la Reine*, fait aux *Noces* de M. le duc de *Joyeuse* & de *mademoiselle* de *Vaudemont*.
BALTUS, (Jean-François) né à Metz en 1667, entra chez les Jésuites. Cette société l'estima & l'employa. Il mourut bibliothécaire de Reims, le 9 mars 1743, a 76 ans. On a de lui plusieurs ouvrages. I. La *Réponse* à l'*Histoire des Oracles de Fontenelle*, Strasbourg, 1707—1708, in 8.$^{o}$ Cette réponse est presque toute copiée dans la réfutation de *Vandale* par *George Mœlius*. On a dit très-mal à propos que cet illustre académicien prit le parti du silence, regardant son ouvrage comme une production de sa jeunesse, qu'il convenoit d'oublier, & que le P. *Baltus* avoit foudroyée. *Fontenelle* ne pensa jamais qu'il fût impossible de répondre à l'auteur Jésuite; mais l'*Histoire* des vérités découvertes par l'académie des sciences, lui laissoit trop peu de temps, pour qu'il en pût donner beaucoup à l'examen des faux Oracles du Paganisme. D'ailleurs, il haissoit tellement les querelles, que, suivant ses expressions, « il aimoit mieux que le Diable passât pour prophète, que d'entrer dans une discussion qui ne l'auroit mené à rien. » Ceux qui lui font dire, en voyant l'ouvrage de *Baltus*, que le *Diable* avoit gagné son procès, ne font pas attention que ce bel esprit parloit quelquefois ironiquement; & que, supposé qu'il ait dit ce prétendu bon mot, il sous-entendoit que le procès etoit gagné au tribunal des juges peu instruits. Tous les théologiens modérés con- viennent que cette querelle n'intéresse point le Christianisme, & que *Baltus* n'auroit pas dû en faire une affaire de religion, & traiter avec si peu de menagement un homme aussi poli & aussi sage que *Fontenille*. II. *Désirée des Saints Pères accusés de Platonisme*, in-4°, 1711; livre savant. III. La *Religion Chrétienne* prouvée par l'accomplissement des Prophéties, in-4°, 1728: traité qui a été eclipsé par l'ouvrage de M. de *Pompignan*, archevêque de Vienne, sur la même matière. IV. *Désirée des Prophéties de la Religion Chrétienne*, 3 vol. in-12, 1737, &c.
BALUE, (Jean) étoit d'une famille très-obscure. Son père étoit tailleur, suivant les uns; ordonnier, selon d'autres. La plus commune opinion le fait naître en Poitou. C'étoit un homme qui, à un esprit délié & artificieux, joignoit la hardiesse & l'effronterie qu'il faut pour l'intrigue. Il fut attaché d'abord à Jean-Juvenal des *Uffins*, évêque de Poitiers, fut nommé son exécuteur testamentaire, & vola une partie de la succession. Il entra ensuite dans la maison de Jean de Beauvau, évêque d'Angers, qui le fit son grand-vicaire. Jean de Melun, alors favori de Louis XI, le présenta au roi, qui lui donna la place d'aumônier, la charge d'intendant des finances, & ensuite l'évêché d'Evreux en 1465. Deux ans après, il fut transféré au siège d'Arras, après avoir fait déposer Jean de Beauvau, son bienfaiteur. Le pape Paul II honora ce méchant homme de la pourpre la même année, pour le récompenser de ce qu'il avoit fait abolir la *Pragmatique-Sanction*, que les parlements & les universités conspiroient à conserver. Le crédit qu'il avoit sur l'esprit de Louis XI, étoit extrême. *Balue* se mêloit de tout, des affaires de l'église, de l'état, de la guerre, excepté de celles de son diocèse. On le voyoit à la tête des troupes, les faire défiler devant lui en camail & en rochet. C'est dans une de ces occasions que le comte de Dammartin dit à Louis XI, de lui permettre d'aller à Évreux faire l'examen des Ecclésiastiques, & leur donner les ordres: *Car voilà*, ajouta-t-il, l'Évêque, qui, passant en revue les gens de guerre, semble m'autoriser à aller faire des Prêtres. Quoique ce bon mot couvrit de ridicule le prélat, il ne diminua point la faveur qu'il avoit auprès de son maître. *Balue* n'en fut pas plus reconnoissant: cet homme, né dans la boue, concerta mille intrigues avec les ducs de Bourgogne & de Berri, contre le prince qui l'en avoit tiré. Les lettres qui prouvoient ces complots, furent interceptées, & le perfide mis en prison. Il avoua tous ses crimes. « Sa misérable ambition, dit Villaret, n'avoit rien respecté pour maintenir son crédit. Par lui, le duc de Bourgogne avoit été instruit de tous les secrets du gouvernement. Il avoit mis en usage tous les ressorts imaginables pour perpétuer les divisions entre le roi & le prince Charles son frère; pour attirer la haine du monarque & du duc de Bourgogne, & pour faire en sorte que ce dernier fût toujours redoutable, afin de cimenter son installation dans le ministère, par le besoin qu'on avoit d'employer ses services. » Louis XI dépêcha deux avocats à Rome, pour demander des commissaires qui lui fussent son procès en France; mais le pape répondit, qu'un Cardinal ne pouvoit être jugé qu'en plein Conflitoire: comme si un souverain avoit besoin de ce cérémonial, pour faire punir un traitre & un scélérat! Après onze ans de prison, *Balue* trop peu châtié, obtint sa liberté en 1480, à la sollicitation du cardinal de *la Rovere*, légat du pape. Il alla intriguer à Rome, & acquit des honneurs & des biens qu'il ne méritait pas. *Sixte IV* ofa l'envoyer légat à *latere* en France, l'an 1484; & *Balue*, aussi impudent que perfide, ne rougit point d'y venir. Il ofa entreprendre de faire ses fonctions avant de présenter ses lettres au parlement. *Charles VIII* ne voulut pas le permettre, qu'auparavant il n'eût rempli cette formalité. Ce légat de retour à Rome fut fait évêque d'Albano, puis de Prénette, par le pape *Innocent VIII*. Il mourut à Ancone en 1491. Sa famille est éteinte.
BALUZE, (Erienne) né à Tulles le 24 novembre 1632, fit imprimer, à l'âge de 22 ans, une *Critique* du *Gallia purpurata* de *Frizon*. Il fut invité en 1655 de venir à Paris, par de *Marca*, archevêque de Toulouse, digne d'être le protecteur de ce savant. Après la mort de cet illustre prélat, *Colbert* le fit son bibliothécaire. C'est à ses soins que la bibliothécaire de ce ministre dut une partie de ses richesses. En 1670, le roi érigé en la faveur une chaire de droit canon au collège royal. Il fut ensuite inspecteur du même collège, & obtint une pension. L'*Histoire généalogique de la Maison d'Auvergne*, faite à la prière du cardinal de *Bouillon*, lui fit perdre ses places & ses pensions. Il fut exilé successivement à Rouen, à Tours & à Orléans; & il ne put obtenir son rappel, qu'après la paix d'Utrecht. Il mourut à Paris le 28 juillet 1718, à 88 ans. Les gens-de-lettres regretterent en lui un savant pro- fond; & ses amis, un homme doux & bienfaisant. Il ne ressemblait point à ces érudits avares de leurs lumières; il communiquait volontiers les finnes, & aidait ceux qui s'adressaient à lui, de ses conseils & de sa plume. Il étoit né avec la facilité d'esprit & la mémoire qu'il falloit pour son travail. Peu de savans ont eu une connoissance plus étendue des manuscrits & des livres. Nous avons de lui plusieurs éditions : I. du livre de son bienfaiteur de *Marca*, *De concordia Sacerdotii & Imperii*, 1704, in-fol., avec la vie de l'auteur, un supplément & des notes, où l'on retrouve toute l'érudition de ce savant prélat; II. — des *Capitulaires de nos Rois*, rangés dans leur ordre, qu'il a augmentés des collections d'*Anfegise* & de *Benoit* diacre, avec de savantes notes, 2 vol. in-fol., à Paris, en 1677; III. — des *Lettres du pape Innocent III*, en 2 vol. in-fol., 1682; IV. — de l'ouvrage de *Marca*, intitulé, *Marca Hispanica*; c'est-à-dire, la Marche ou les limites de l'Espagne, 1683, in-fol.; (Voy. MARCA.) V. — des *Vies des Papes d'Avignon*, par *Herentals*, depuis 1305 jusqu'en 1376, 2 vol. in-4, 1693; VI. — de *Salvien*; de *Vincent de Lérins*; de *Loup de Ferrière*; d'*Agobard*; d'*Amolon*; de *Leidrade*; d'un *Traité de Flore diacre*; de *XIV Homélies de S. Céfaire d'Arles*; des *Conciles de la Gaule Narbonnoise*; de *Reginon*; de la *Correction de Gratien*, par *Antoine Augustin*; de *Marius Mercator*, &c. VII. On lui doit en outre sept vol. in-8, de *Melanges*, 1678 à 1715. VIII. Un *Supplément* aux *Conciles* du P. *Labbe*, &c., 1683, in-fol. IX. *Historia Tuelenis*, 1707, 2 vol. in-4. Le latin des *Notes* & des *Préfaces* qui accompagnent ces ouvrages, est assez pur; on y reconnoit par - tout un homme qui possède l'histoire ecclésiastique & profane, le droit canon ancien & moderne, & les Pères de tous les siccles.
BALZAC, (Jean-Louis Guez, seigneur de) naquit à Angoulême en 1594, d'un gentilhomme Languedocien. Il s'attacha d'abord au duc d'Epernon, & ensuite au cardinal de la Valette, qui le fit son agent à Rome, où il refla pendant près de deux ans. A son retour en France, son protecteur le produisit à la cour. L'évêque de Luçon, depuis cardinal de Richelieu, le goûta beaucoup. Dès qu'il fut ministre, il lui donna une pension de deux mille livres & le brevet de conseiller d'état & historiographe du roi, que Balzac, ami de l'antithèse, appelait de magnifiques bagatelles. En 1624, on vit paroître le premier Recueil de ses Lettres. Le public, qui dans ce temps-là avoit peu de bons livres, fit un accueil extraordinaire à cette production. Malherbe, à qui on reprochoit de ne jamais louer personne, se défendit en disant : « Je n'approuve que ce qui est bon, & pour prouver que j'aime à rendre justice, j'annonce que le jeune Balzac qui a écrit ces lettres sera le restaurateur de notre langue. » Dès - lors, Balzac fut mis au-dessus de tous les écrivains anciens & modernes pour l'éloquence. Il eut une foule d'admirateurs, & s'il parut des critiques, ce ne fut qu'après que le premier enthousiasme fut passé. Un jeune Feuillant, appelé dom André de Saint-Denys, comparait, dans une brochure contre Balzac, l'éloquence de cet écrivain, à celle des auteurs du temps passé & du temps présent, & le mit au-dessous des uns & des autres. L'abbé Ogier défendit Balzac contre le jeune critique, ou plutôt Balzac se servit du nom de l'abbé Ogier, & ne s'en cacha point. Il disoit assez hautement : Je suis le père de mon Apologie ; Ogier n'en est que le parrain ; il a fourni la joie, & moi le canevas. Le général des Feuillans, nommé Goulu, se mêla d'une querelle qu'il auroit dû appaier, & plaida pour son confrère contre Ogier & contre Balzac, dans deux gros volumes de Lettres écrites sous le nom de Philarque. Il prouva assez bien, que les bons endroits du dernier appartenoient aux anciens, & les mauvais à l'auteur moderne. Ce ne fut pas tout : de la critique du style, on passa à celle des mœurs, & Balzac, pour des Lettres qui n'avoient d'autre vice que l'enflure & l'inutilité, fut attaqué comme si ses livres avoient été une école de libertinage. Le général Goulu, en critiquant les écrits, ne menagea pas assez la personne. (Voyer V. BOURBON & GOULU.) Balzac fut d'abord assez philosophe pour être peu sensible aux traits de ces Gladiateurs de plume, c'est ainsi qu'il appelait ses critiques ; & il pria le chancelier Séguier de ne point s'opposer à la publication d'une nouvelle censure qu'un auteur vouloit lancer contre lui. Il y a, disoit-il, une petite bibliothèque de libelles écrits contre moi. Je suis presque bien aise qu'elle se grossisse, & je prends plaisir de faire un Montjoie des pierres que l'envie m'a jetées dans me faire de mal. » Mais enfin, l'assé d'essuyer des censures à Paris, il se retira en province. Il se fixa à sa terre de Balzac, sur le bord de la Charente aux environs d'Angoulême, & y mourut le 18 février 1654, à 60 ans. Il fut enterré à l'hôpital d'Angoulême, auquel il avoit laissé douze mille livres. Il fonda par son testament un prix à l'académie Françoise, dont il étoit membre. C'est cette médaille d'or qu'on a distribuée tous les ans jusqu'à l'origine de la révolution Françoise, à l'auteur du meilleur discours, sur un sujet proposé. Elle représentait d'un côté *S. Louis*, & de l'autre une couronne de laurier, avec ce mot, *A L'IMMORTALITÉ*, qui étoit la devise de l'académie. Ce prix fut donné pour la première fois en 1671. La conversation de *Balzac*, loin d'être guinée comme ses Lettres, étoit remplie de douceur & d'agrément, lors même qu'il parloit de lui-même : ce qui lui arrivait assez souvent. *Voiture*, au contraire, faisoit le petit souverain avec ses égaux, & ne se contraignoit qu'avec les *Altes*. En comparant le style des deux auteurs, on a dit : on aime à louer *Voiture* ; on est forcé de louer *Balzac*. Les réflexions de celui-ci sont quelquefois assez plaisantes. En parlant des cardinaux qui, pour devenir papes, se faisoient souvent malades, il disoit : « Ils ne sont jamais sans catharre ; mais d'un cardinal malade, il se fait toujours un pape qui se porte bien. » On fit en 1665 un *Recueil de tous les Ouvrages de Balzac*, en 2 vol. in-fol, avec une savante préface de l'abbé de *Cassagne*, son admirateur & son ami. On trouve dans ce *Recueil* : I. Ses *Lettres*, qui lui méritèrent le titre de *Grand Epistolier*. — *Balzac* se donnoit beaucoup de peine pour écrire des riens. Il composoit ses lettres comme on compose un discours d'apparat. On peut, en imitant un bon mot de leur auteur, les appeler des pompeuses bagatelles. On en a une bonne critique par *Descartes*. (*Voyez* son art.) II. *Le* *Prince*, qui ne fut pas aussi bien accueilli que *Balzac* l'espéroit. III. *Le Socrate Chrétien*, mêlé de bon & de mauvais. IV. *L'Aristippe* ; ouvrage de morale & de politique, écrit assez purement. « Il y a semé, dit *Thomas*, à travers quelques fautes de goût, une foule de vérités de tous les pays & de tous les temps. On y retrouve l'âme d'un citoyen & la douceur de la vertu, relevées quelquefois par l'expression de *Tacite*. » V. Trois livres de *Vers latins*, qui valent mieux que ses ouvrages françois. Son *Christ victorieux* & son *Amynte* sont encore lus par ceux qui aiment la bonne poésie. Le style de *Balzac* est, en général, plein, nombreux, arrondi ; il y a même des pensées heureuses, car il avoit un recueil de *pensier* qu'il savoit coudre à propos ; mais on y trouve encore plus souvent des hyperboles, des pointes, & tout ce qu'on appelle l'écume du bel esprit. Quiconque entreprendroit de le réduire, pourroit le faire passer pour un grand écrivain ; mais il ne fautroit pas le faire lire en entier. *Le Conservateur* a donné quelques extraits de ses ouvrages, qu'on a vus avec plaisir, malgré le décri où *Balzac* étoit tombé. *Voyez* I. BRUN & II. FABRE.
BALZAC, *Voyez* MONTIGNY.
BALZAC D'ENTRAGUES, *Voyez* VERNEUIL.
BALZAMO, (Ignace) poète Sicilien, se fit *Jésuite*, & mourut en 1659. On a de lui des *Chansons*, & plusieurs poésies fugitives. — Un autre *Ignace* BALZAMO est auteur d'une *Instruction* sur la perfection religieuse, & la méthode de prier & de méditer, 1612.
BALZAMON, V. BALSAMON.
BALZARANO, (Jean-Paul) ju- ris confulte Napolitain du 16$^{e}$ siècle, a laïse des *Commentaires* estimés sur les constitutions de la Sicile, & un *Traité* des fièrs.
BALZO, (Charles) théologien Italien, né à Capoue, dans le 16$^{e}$ siècle, a écrit un *Traité* sur l'art d'exorcifer, une *Pratique* des confesseurs, une *Dissertation* sur le jugement universel, un *Recueil* de cas de conscience.
BAMBA, ou plutôt WAMBA, roi des Vifigoths en Espagne, l'an 672. C'est le premier, dit- on, qui ait été sacré dans ce royaume. Après avoir appuisé une révolte en Languedoc, il profia de la paix pour augmenter & for- tifier Tolède. Arentit aux demar- ches des Sarrafins d'Afrique, il enrôla dans les milices tous ses sujers, excepté les enfans & les vieillards. Les évêques & le clergé devoient, en cas d'attaque, affem- bler tous leurs fers, & marcher au-devant de l'ennemi. Ces pré- cautions étoient nécessaires. Les Sarrafins envoyèrent une flotte de 270 voiles, pour tenter une defcente en Espagne; mais elle fut repoussée par celle que *Wamba* avoit équipée. Ce prince joignoit à une grande valeur beaucoup de modeste, & il en donna des preuves dans plus d'une occasion. Affoibli par un poison lent qu'on lui avoit donné, il abdiqua la couronne, désigna *Ervige* pour son fuccefleur, & mourut en 680, dans un mo- naître où il s'étoit retiré.
BAMBOCHE, Voyer, LAER.
BANAYAS, capitaine des gardes de David, & général des armées fous le règne suivant, tua *Adonias*, & coupa la tête à *Ioab*, par ordre de *Salomon*, vers l'an 1014 avant J. C. Sa force étoit prodigieuse: il terraffa plusieurs lions. Il com- battit, avec un simple bâton, un Egyptien d'une flature giganteique, & le tua avec la propre hache dont il étoit armé.
BANCHI, (Séraphin) Domi- nicain de Florence, & docteur en théologie, vint en France, d'abord pour faire ses études; il y revint enfuite pour instruire *Ferdinand I*, grand duc de Tofcane, de tous les troubles funestes qui défolloient alors la France. *Banchi* étant à Lyon en 1693, *Pierre Barrière*, jeune homme de 27 ans, fanatique & imbécille, lui communiqua le dessein qu'il avoit d'affaîmer *Henri IV*. Ce Dominicain fut plus sage que deux prêtres & un ca- pucin, à qui *Barrière* s'étoit ou- vert sur son horrible projet. Il en donna avis à un seigneur de la Cour, qui ayant été trouver sur le champ le roi à Melun, ren- contra *Barrière*, prêt à commettre son parricide. Le roi récompensa son zèle en le nommant à l'évê- ché d'Angoulême; mais ce Domi- nicain s'en démit en 1608, pour vivre en simple religieux dans le couvent de Saint-Jacques de Paris, où il mourut quelques années après. On a de lui quelques Ou- vrages, dans lesquels il se juftifie d'avoir abusé de la confession de *Pierre Barrière*, qu'il ne confessa jamais. I. *Histoire prodigieuse du par- ricide de Barrière*, 1594, in-8$^{o}$, 40 pages. II. *Apologie contre les ju- gemens téméraires de ceux qui ont pensé conserver la Religion Catholique en faitant aff. fâner les très-chrétiens Rois de France*, Paris, 1596, in-8$^{o}$. III. *La Rofaire spirituel de la facrée Vierge Marie*, Paris, 1610, in-12, &c.
BANCK, (Laurent) Protestant Suédois, professeur de droit à Norkoping sa patrie, mourut en 1662. Il a laissé plusieurs ouvrages de jurisprudence. Le plus connu est *Taxa Cancellariae Romanae*, Franeker, 1652, in 8.º On a aussi de lui un *Traité de la tyrannie du Pape*, 1665 : ouvrage dicté par un esprit nourri de préjugés.
BANDARINO, (Marc) poète Italien, ne dans les environs de Padoue, a publié quelques *Poésies* & un *Traité* sur les costumes en usage dans toutes les villes d'Italie.
BANDARRA, (Gonzales) pauvre savetier Portugais, joua dans son pays le rôle que *Nostradamus* & *Maitre-Adam* avoient joué en France : il prophétisa, il verifia. Le Saint-Office, peu favorable à cette double manie, le fit paroître dans un *Auto-da-fé* avec un *San-Benito* en 1541. Il ne fut cependant pas brûlé, puisqu'il ne mourut qu'en 1556. Sa mémoire étoit éteinte en 1640, lorsque le duc de *Brugance* monta sur le trône ; mais les politiques s'étant imaginé que cette révolution avoit été annoncée dans ses *Prophéties*, la firent revivre. I. BANDELLO ou BANDELLI, (Vincent) général de l'ordre de Saint Dominique en 1501, mourut en 1506, après avoir composé quelques ouvrages ; entr'autres : I. *De conceptione Iesu-Christi*, Bologne, 1481, in 4.º, fort rare ; réimprimé depuis in 12. II. *De veritate Conceptionis Beatae Mariae*, Milan, 1475, in 4.º. Dans l'un & dans l'autre, *Bandello* attaque la Conception immaculée de la Sainte Vierge.
II. BANDELLO, (Mathieu) Dominicain, neveu du précédent, & auteur très-connu d'un *Recueil de Nouvelles* dans le goût de celles de *Bocace*, naquit à Castelnuovo, dans le Milanois, vers la fin du 15$^{e}$ siècle. Lorsqu'après la bataille de Pavie, en 1525, les Espagnols se rendirent maîtres de Milan, les biens de sa famille, dévouée à la France, furent confisqués, & sa maison paternelle fut brûlée. Contraint de prendre la fuite sous un habit déguisé, il erra quelque temps de ville en ville. Il s'attacha enfin à *César Frégofe*, qu'il suivit en France, & qui lui donna un aïle dans une terre qu'il avoit près d'Agen. L'évêché de cette ville étant venu à vaquer en 1550, il y fut nommé par *Henri II. Bandello*, nourri des fruits peu substantiels des poètes anciens & modernes, s'appliqua beaucoup plus aux belles-lettres qu'au gouvernement de son diocèse. Il est certain qu'il occupa le siège d'Agen pendant quelques années, & non pendant quelques mois, comme l'ont écrit *Joseph Scaliger*, & le continuateur de *Ladvocat*. On croit qu'il mourut en 1561, au château de Bazens, maison de campagne des évêques d'Agen. On voit encore son tombeau dans l'église des Jacobins du port *Sainte-Marie*. Il s'étoit démis en 1555 de l'évêché d'Agen, lorsque son fuscesseur *Janus Frégofe*, fils du malheureux *César*, affaissiné par le marquis de *Guast*, eut atteint sa vingt-septième année. *Henri II*, qui aimoit les *Frégofe*, étoit convenu avec le pape, à la mort du cardinal de *Lorraine*, évêque d'Agen, de donner par interim cet évêché à *Bandello*, jusqu'à ce que *Janus* eût l'âge qu'exige le concordat. *Bandello* se prêta à cet arrangement & donna sa démission, comme il l'avoit promis. La meilleure édition de ses *Nouvelles* est celle de Lucques, 1554, en 3 vol. in 4.º, auxquels il faut joindre un quatrième tome, imprimé à Lyon en 1573, in 8.º in-8°. Cette édition est rare & chère. Celles de Milan 1560, 3 vol. in-8°, & de Venise 1566, 3 vol. in-4°, sont tronquées & peu estimées; mais celle de Londres, 1740, 4 vol. in-4°, est conforme à la première. *Boaisthuau* & *Belleforest* en ont traduit une partie en françois, Lyon 1616 & suivantes, 7 vol. in-16. C'est mal à propos que quelques-uns ont prétendu que ces *Nouvelles* n'étoient point de lui, mais d'un certain *Jean BANDELLO*, Lucquois, puisque l'auteur s'y déclare Lombard, & désigne même Castelnuovo pour le lieu de sa naissance. D'un autre côté, *Joseph Scaliger*, son contemporain & son ami, qui l'appelle *Bandellus Insuber*, dit positivement qu'il composa ses *Nouvelles* à Agen. *Fontanini* se trompe grossièrement en le faisant auteur d'une *Traduction* latine de l'*Histoire d'Hégésippe*, qu'il confond avec la Nouvelle de *Bocace*, intitulée *Siro e Gifippo*, que *Bandello* a effectivement traduite en latin. On a encore de lui le *Tre Parche*; & un recueil de poésies, intitulé : *Canti XI composti del Bandello, delle lodi della Signora Lucrezia Gonzaga*, &c. imprimé à Agen en 1545, in-8°, qui est très-rare & recherché des curieux.
BANDINELLI, (Baccio) né à Florence en 1487, y mourut en 1559. Il se distingua dans la sculpture, dans la peinture & dans le dessin. Ses tableaux manquoient de coloris, quoique les dessins suffisent presque dignes de *Michel-Ange*. Son ciseau valoit mieux que son pinceau. On admire sur-tout sa copie du fameux *La-coon*, qu'on voit dans le jardin de Médicis à Florence. Cette copie étoit destinée par le pape *Clément VII*, à être offerte en don à François I; mais lorsque le pape l'eut vue, il la trouva si belle qu'il ne put s'en priver : & il envoya en échange au roi de France des statues antiques. On estime encore de *Bandinelli*, un bas-relief représentant une *defente de croix* que cet artiste présenta à *Charles-Quint*, lors de son passage à Gênes. Celui-ci l'en récompensa par le don d'une commanderie de Saint-Jacques.
BANDINUS, un des plus anciens théologiens scolastiques. Ses *Ouvrages* ont été imprimés à Vienne en 1519, in-folio; à Louvain, en 1555 & 1557, in-8°. La conformité des livres de *Bandinus* avec celui de *Pierre Lombard*, a fait agiter la question : Si *Lombard* étoit plagiaire de *Bandinus*, ou si celui-ci avoit copié l'autre? Un manuscrit du 13$^{e}$ siècle, conféré dans l'abbaye d'Ober-Altaich, a réfolu cette question frivole. Il porte en titre : *Abbreviatio magistri Bandini, de libro Sacramentorum magistri Petri, Parisiensis Episcopi, fideliter acta*.
BANDURI, (D. Anselme) Bénédictin de la congrégation de Méléda, naquit à Raguse en Dalmatie. Il vint en France l'an 1502 pour y puiser le goût de la bonne critique. Le grand duc de Toscane, qui avoit dessein de le mettre à la tête de l'université de Pise, lui fournit tout ce qui lui étoit nécessaire. L'académie des inscriptions l'agrégea en 1715, & le duc d'Orléans le choisit en 1724 pour son bibliothécaire. Il quitta pour lors l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, où il avoit logé depuis son arrivée en France. Il mourut en 1743, âgé de 72 ans. On a de lui : I. *Imperium Orientale*, sive *Antiquitates Constantinopolitanae*, 1711, in-folio, 2 vol. : ouvrage favant & vainement attaqué par l'apostat Oud'n. II. Num'jmata Imperatorum Romanorum, à Trajano Decio, ad Palciogos Auguilos. Cette collection, imprimée à Paris en 1718, in-fol. 2 volumes, & enrichie d'une bibliothèque numismatique, reparut à Hambourg en 1719, in-4°, par les soins de Jean-Albert Fabricius, avec un recueil de Différations de plusieurs favans sur les medailles. Banduri mérite d'être distingué de la foule des compilateurs. On a prétendu, avec assez de vraisemblance, qu'il devoit la plupart de ses écrits au favant de la Barre, à qui il avoit fait donner une pension par le grand duc de Toscane. Banduri passoit pour le fils naturel de ce dernier. Voyet III. BARRE.
BANIER, Voyet BANNIER.
BANIER, (Antoine) né au Pont-du-Château, petite ville d'Auvergne, en 1673, vint à Paris de bonne heure. Il se chargea de l'éducation des enfans de Nicolai, président de la chambre des comptes. Ses talens lui procurèrent des ressources honorables & une place à l'académie des inscriptions. L'abbé Banier mourut à Paris le 19 novembre 1741, dans sa 69e année. Conflant dans le travail, & fidèle aux devoirs de l'amitié, il mérita l'estime des favans & des gens de bien. On a de lui plusieurs ouvrages. I. L'Explication historique des Fables, réimprimée en 1743 en 3 vol. in 12. Il développa cet ouvrage dans celui qu'il donna sous ce titre: La Mythologie & les Fables expliquées par l'Histoire, 3 vol. in-4°, 1740, & 8 vol. in-12. Il y a peu de livres sur cette matière qui offrent autant d'érudition, de recherches, d'idées neuves & ingénieuses. Si quelqu'un étoit capable de dé- brouiller ce chaos, on sent que c'étoit l'abbé Banier. Cependant quelques-unes de ses conjectures historiques sont plus ingénieuses que vraies. II. La Traduction des Mémomorphoses d'Ovide, 3 vol. in-12, avec des remarques & des explications historiques, dans lesquelles ont trouvé le même fonds d'érudition que dans l'ouvrage précédent. Il y en a une magnifique édition latine & françoise, 1732, in-fol. avec les figures de Picart. Elle a été effacée par celle de Paris 1767, en 4 vol. in-4° figures. III. Plusieurs Différations dans les Mémoires de l'académie des inscriptions. IV. Une nouvelle édition des Mélanges d'histoire & de littérature de Vigneul-Marville, augmentés d'un troisième volume rempli de traits d'histoire, d'anecdotes littéraires, de remarques critiques, d'extraits de livres rares, &c. V. Il a eu part à la nouvelle édition de l'Histoire générale des Cérémonies des Peuples du monde, 1741, en 7 vol. in-folio, &c. Il ajouta, conjointement avec l'abbé Maferier, un grand nombre d'articles & de différations qui ne se trouvent point dans l'édition de Hollande; & il réforma ce que l'éditeur Batave avoit mis dans ce recueil contre l'Eglise Catholique, ses rites & ses usages Voy. PICART, & IV. LUCAS.
BANNÉS, (Dominique) Jacobin Espagnol, professeur de théologie à Alcala, à Valladolid & à Salamanque, mourut à Médina del-Campo en 1604, âgé de 77 ans. Il fut le confesseur de Ste Thérèse. On a de lui un long Commentaire en 6 gros vol. in-fol., sur la Somme de S. Thomas, dont il défendit la doctrine avec chaleur. Il a aussi commenté Aristote. Il n'avoit pas l'art d'écrire avec précision & avec goût. C'étoit un homme d'un esprit subtil, qui trouvoit ordinairement dans les Pères tout ce qu'il avoit dans la tête: de façon que tout paroissoit se plier à ses sentimens. Il foutenoit de nouvelles opinions, croyant n'avoir d'autre mérite que de les avoir découvertes dans les anciens. Préfque tout le monde le regarde comme le premier inventeur de la *Prémotion Physique*, excepté l'Ecole de *S. Thomas*, qui l'attribue à *S. Thomas* même.
BANNIER, (Jean) capitaine Suédois, eut le commandement de l'infanterie sous le roi *Gustave*. Il fut défait deux fois par le général *Papenheim*; mais, devenu généralissime des armées Suédoises après la mort de son maître, il vainquit deux fois les Saxons, battit les Impériaux, & mourut le 10 Mai 1641, âgé de 40 ans, après avoir fait plusieurs conquêtes. *Bannier* fut le plus illustre des élèves de *Gustave-Adolphe*, & celui qui sourit le mieux, après lui, la gloire des armées Suédoises en Allemagne. « Son activité, dit *Lacombe*, le rendoit présent par tout où étoit l'ennemi; il ne sépara jamais la prudence de la valeur; il semblait lire dans l'avenir, & prévoir les événements, tant il fut bien combiner ses projets & disposer ses campagnes. » *Beauregard*, ministre des affaires de France auprès de ce grand général, en a recueilli quelques maximes qui peuvent être utiles. *Bannier* parloit souvent, mais modestement, de ses faits de guerre. Il aimoit sur-tout à répéter, qu'il n'avoit jamais rien hasardé, ni même formé une entreprise, sans y être obligé par une raison évidente. Les volontaires nobles ne lui étoient point agréables dans ses armées: « Ils veulent trop d'égards & de ménagement. Les exemptions des de- voirs de la discipline, qu'ils usurpent, ou qu'on ne peut se dispenser de leur accorder, sont d'un pernicieux exemple, & gâtent tous les autres » — Il avoit secoué toute dépendance de sa cour pour les opérations militaires, & auroit abandonné le commandement, plutôt que d'en attendre les ordres. *Pourquoi croyez-vous*, disoit-il à ses confidens, que *Gatas & Piccolomini* n'ont jamais pu rien faire contre moi? C'est qu'ils n'osoient rien entreprendre sans le consentement des Ministres de l'Empereur. — C'étoit un de ses principes, que les officiers subalternes devoient succéder à ceux qui les précédoient, a moins qu'ils ne s'en fussent rendus tout-à-fait indignes. *Outre*, disoit-il, que rien n'anime plus à bien faire, les habitudes que les Officiers se font dans leurs Corps, les rendent capables d'y servir plus utilement que de nouveaux Officiers plus habiles. — Jamais il ne souffroit que ses soldats s'enrichissent. Ils se débanderoient incontinent, disoit-il, & je n'aurais plus que de la canaille. Leur accorder le pillage des villes, c'est vouloir les perdre. C'est pour cette raison qu'il ne voulut point prendre la capitale de la Bohème. Son système étoit le même avec les officiers, qu'il croyoit suffisamment récompensés par les grades & les distinctions. — Peu de généraux ont été plus avares du sang de leurs troupes. Il blâmoit hautement ceux qui les sacrifioient à leur réputation. Aussi ne s'attachoit-il pas volontiers aux sièges, & il les levoit sans répugnance, quand il y trouvoit de trop grandes difficultés. Sans cette conduite, sa patrie auroit été bientôt épuisée d'hommes. — Il estimoit beaucoup les Allemands formés sous sa discipline, & les croyoit les meilleurs soldats du monde. *Bannier* fut fidèle à ses principes jusqu'à la mort de sa femme. Elle le fuivoit dans toutes ses expéditions, & avoit le talent de moderer ses paffions, naturellement violentes. Son défeffoir fut extrême lorsqu'il la perdit. Cependant, en conduifant à Erfort les cendres d'une perfonne fi chérie, il prit une paffion violente & défordonnée pour une jeune princeffe de Bade, qu'il vit par hafard. Des cet inflant, la guerre, la gloire, la patrie, tout ce qui avoit été l'objet de ses vœux, lui fut indifférent. Il ne penfa qu'à fa maitrefle; il expofa témérairement fa perfonne pour aller au château d'Arolt où elle étoit. De retour au camp, il ne fit autre chofe que tenir table, pour boire à la fanté de la belle dont il étoit épris. Le jour qu'il reçut le confentement du marquis de Bade fon futur beau-père, il donna une fête magnifique, & fit tirer 200 coups de canon, dont le bruit fe fit entendre jusqu'à Caffel. On y crut fi certainement les armées aux mains, que le peuple & les miniftres coururent à l'église fe mettre en prière. Le mariage fe fit. Bannier ne fut plus occupé que de ses nouvelles amours, & laiffa à ses lieutenans le foin de conduire les opérations militaires. Il ne furtvécut que quelques mois à des liens trop vifs pour fon métier & pour fon âge.
BAPTISTE, de Ferrare, fectétaire d'Hercule I, duc de Ferrare, a écrit des livres de théologie & d'hiftoire fur les évenemens de la fin du quinzième fiècle. — Fulgofe BAPTISTE, doge de Genes, fut exilé de fa patrie, & écrivit dans fon exil, en 1483, neuf livres des Exemples mémorables, qui furent entuite traduits en latin par Camille Gilino de Milan. — Jofep BAPTISTE, poëte Napolitain, a laiffe des Poëfies italiennes & les Journées académi- ques. — Ignace BAPTISTE, profeffeur de belles-lettres à Venife, publia, en 1543, une Hiftoire Romaine en latin. — BAPTISTE, né à Mantoue en 1448, mort en 1516, fut élu général des Carmes, & fit imprimer quatre volumes de poëfies, où l'on en trouve plufieurs contre l'ambition de la cour de Rome. • BAPTISTIN, (Jean-bapifte STRUK, dit) muficien, né à Florence, mort vers 1740. Il a donné trois Opéra, favoir : Mélégre, Manto la Fée, Polydore. Sa réputation eft principalement fondée fur des Cantates. Celle de Démocrite & Héraclite eft admirable par fa musique toute pittorefque. C'eft lui qui, le premier, a fait connoître en France le violoncelle, inftrument dont il jouoit fupérieurement.
BAQUERRE, V. BACQUERRE.
BAQUET, Voyet BACQUET.
BARABAS, Voyet BARRABAS.
BARAC-HAGEL, ambaffadeur du roi des Mogols près de Mohamed, fultan de Karifme, plut tellement à ce prince par fon efprit & fon favoir, qu'il voulut l'attacher à fon fervice & lui donna l'emploi d'Hageb, c'eft-à-dire de maître de la chambre. Mis à la tête d'un armée, il vainquit le fultan de Kerman, s'empara de ses états, & fut le premier prince de la dynastie des Cara-Cathaians, ainfi nommés, parce que Barac tiroit fon origine du Cathai, province feptentrionale de la Chine. Il mourut l'an de l'hégire 632.
BARACH, quatrième juge des Hébreux, gouverna ce peuple avec le fecours de Débora, & vainquit Sifara vers l'an 1285 avant J. C.
BARACHIAS, père du prophète Zacharie. C'eft un nom commun à plufieurs autres Juifs.
BARADAT, (S.) folitaire, dont Théodore a fait mention. Ses vêtements n'étoient qu'une peau de bête fauve, & il vivoit dans une espèce de cage, exposé à toutes les intempéries des faisons.
BARADÉE ou BARDAÏ, Voyez ZANZALE.
BARAHONA, Voyez VALDIVIESO.
BARAK, succéda à son cousin Mobarek, qui étoit mort sans enfans, dans la souveraineté du Turqueftan. Il voulut envahir le Khorasan sur Avaka, empereur des Mogols; mais cette entreprise ne lui ayant pas réussi, il se tourna du côté de la Chine, y fit de grands ravages: mais il fut bientôt forcé d'abandonner ses conquêtes par la valeur & la sagesse de Coblai, qui régnoit sur ce vaste empire. Un auteur Arabe rapporte que dans cette irruption, un Tartare de l'armée de Barak ayant tiré une flèche contre un nid d'hirondelle, fit tomber un ais qui cachoit douze cents sacs remplis de monnoie d'or; & que par un autre événement aussi surprenant, quelques cavaliers ayant attaché leurs chevaux à un énorme platane renversé, cet arbre se trouva vermoulu, & en se partageant laissa voir un autre trésor qu'il renfermoit. Barak quitta le culte idolâtre de Gengis-Kan son ancêtre, pour embraser le Mahométisme; il mourut l'an 638 de l'hégire.
BARANZANO, (Redemptus) religieux Barnabite, né à Serravalle, aux environs de Verceil dans le Piémont, en 1590, fut fait professeur de philosophie & de mathématiques à Anneci, où il se distinguait par la subtilité de son esprit. Le général de son ordre l'ayant envoyé en France pour y faire quelques établissements, il vint à Paris, & se fit un nom comme philosophe & comme prédicateur. C'est un des premiers qui eut le courage d'abandonner Aristote. Il mourut à Montargis le 23 décembre 1622, âgé seulement de 33 ans. La Mothe-le-Vayer, le place parmi les premiers esprits de son siècle. Il ajoute que Baranzano l'avoit plusieurs fois assuré qu'il se croît revoir à lui, s'il partout le premier de ce monde; mais il ne tint pas parole. Le chancelier Bacon faisoit autant de cas de lui que la Mothe-le-Vayer. Quoique les systèmes que de Barnabite opposa à ceux d'Aristote n'aient pas fait fortune, on peut juger qu'il auroit été beaucoup plus loin, si la mort ne l'avoit enlevé dans sa première jeunesse. Nous avons de lui: I. Campus philosophicus, 1620, in-8°, II. Uranoscopia, seu Universa Doctrina de celo, 1617, in-fol. III. De novis Opinionibus phy-ficis, in-8°, 1617.
BARATIER, (Jean-Philippe) naquit le 19 janvier 1721, dans le margravat de Brandebourg-Anspach. Des l'âge de 4 ans il parloit bien, dit-on, le latin, le françois & l'allemand. Il apprit parfaitement le grec à 6, & étoit si versé dans l'hébreu à 10, qu'il traduisoit la Bible hébraïque sans points, en latin ou en françois, à l'ouverture du livre. Il donna en 1730 une notice exacte de la grande Bible Rabbinique en 4 vol. in-fol. Il publia trois ans après l'Hinéraire du rabbin Benjamin, 2 vol. in-8°, 1734, & l'accompagna de Differtations qui auroient fait honneur à un savant consommé. Il s'adonna ensuite à l'étude des Pères, des conciles, de la philosophie, des mathématiques, & sur-tour de l'astronomie. Cet enfant proposa à l'académie de Berlin un moyen pour trouver la longi- tude de la mer. Il vint ensuite lui-même dans cette ville. Passant à Hall avec son père, en 1735, le chancelier *Ludwig* lui offrit de le faire recevoir *gratis* maître-ès-arts. *Baratier*, flatté de cette proposition, composa sur l'heure, en présence de plusieurs professeurs de l'université, quatorze *Théfié*, qu'il fit imprimer la même nuit, & les soutint le lendemain en public pendant trois heures, avec un succès extraordinaire. L'académie l'agrégea folemnellement au nombre de ses membres. Il fut présenté au roi de Prusse comme un prodige d'érudition. Ce prince qui n'aimait pas les savans, lui demanda, pour le mortifier, s'il savait le droit public? Le jeune homme étant obligé de convenir que non : « *Allet l'étudier*, lui dit-il, *avant que de vous donner pour savant*. » *Baratier* y travailla si fort, renonçant à toute autre étude, qu'il soutint sa thèse de droit public au bout de 15 mois. Mais il mourut peu de temps après à Hall, de l'excès du travail, en 1740, âgé de 19 ans 8 mois & 7 jours. L'étude avait miné sa santé, naturellement foible & délicate. On dit qu'il passait douze heures au lit jusqu'à l'âge de dix ans, & dix heures depuis ce temps la jusqu'à sa mort. Si *Baillet* avait vécu de son temps, il l'aurait mis à la tête de ses *Enfans célèbres*. *Baratier* étoit bien au-dessus de *Pic de la Mirandole*, en ce qu'il approfondit tout ce que ce prince n'avait fait qu'effleurer. Outre les ouvrages ci-dessus, on en a encore d'autres de lui; les principaux sont : I. *Anti-Artemonius*, *seu Initium Sancti Joannis ex antiquitate Ecclesiasticæ*, *adversus Artemonium*, *vindicatum atque illustratum*; Nuremberg, 1735, in-8.º II. *Disquisitio chronologica de successione antiquissima Episcoporum Romanorum*, à Petro usque ad *Vide-* *rem*, &c. Utrecht, 1740. III. Plusieurs *Lettres* & *Dissertations*, insérées dans les divers volumes de la Bibliothèque Germanique, &c. Le père de cet enfant illustre fut pasteur de l'église françoise de Schwoabach, & ensuite de celle de Hall. Il étoit sorti de France pour avoir la liberté de professer la religion de *Calvin*.
BARAX, (Cyprien) jésuite, alla en mission chez les Moxes, nation sauvage de l'Amérique méridionale. Il les rassemble, leur apprit à cultiver, à faire de la toile, à exercer les arts les plus nécessaires. Ayant voulu poursuivre chez un peuple voisin le cours de ses travaux apostoliques, les Sauvages le perçèrent de coups, & lui fendirent la tête le 16 septembre 1742, après 27 ans de peines infinies pour hâter les progrès de la religion & de la civilisation dans ces contrées presque inhabitées. I. BARBA, (Pons) troubadour, sujet d'*Alphonse II*, roi d'Aragon, se plaignoit dans un fervente des dangers de la flatterie. « Les grands, dit-il, commettent des fautes si énormes, qu'on ne devroit parler d'autre chose... cependant la crainte me retient; car on n'est pas aussi hardi à leur dire des vérités qu'à leur prodiguer de fausses louanges. Aussi en sont-ils moins vertueux, depuis qu'ils éloignent les censeurs & qu'ils enrichissent des flatteurs qui ont la complaisance de souffrir leurs égaremens... »
II. BARBA, (Alvarès-Alonzo) curé de Saint-Bernard du Potosi, au commencement du XVIIe siècle, est auteur d'un livre fort rare, intitulé : *Arte de los Metalles*, Madrid, 1620, in-4.º Il a été réimprimé en 1729, in-4.º; & l'on a joint à cette édition le *Traité d'A-* tonço Carillo Lasso, sur les anciennes Mines d'Espagne, imprimé auparavant à Cordoue en 1624, in-4.º Il y a un Abrégé de Barba en françois, un vol. in-12, 1730, auquel on a joint un Recueil d'Ouvrages sur la même matière, aussi in-12, qui le font rechercher. Voy. LENGLET, n.º XVI de ses ouvrages.
III. BARBA, (Pompée) médecin du pape Pie IV, se rendit recommandable par son érudition. Il ajouta un très-bon commentaire au Traité de Cicéron sur la Rhétorique.
BARBADILLO, (Alphonse-Jérôme de Salas) né à Madrid, mort vers 1630, composa plusieurs Comédies très-applaudies en Espagne. Son style pur & élégant contribua beaucoup à perfectionner la langue Espagnole; il avoit quelque chose de l'urbanite Romaine. Ses Pièces de Théâtre sont pleines de morale & de gaieté. On a encore de lui, Aventures IX D. Diego de Noche, 1624, in-8.º
BARBARIGO, (Marc) d'une illustre famille de Venise, devint doge de sa patrie, & la gouverna avec gloire en 1485. Son frère Augustin, mort en 1501, lui succéda dans cette dignité, & s'opposa aux conquêtes de Charles IX en Italie. — Nicolas BARBARIGO, de la même famille, mourut ambassadeur de Venise à Constantinople, en 1579. Il écrivit en latin la vie du doge André Gritti, & celle du cardinal Contarini. — Le cardinal BARBARIGO, mort le 18 juin 1697, fonda le séminaire de Padoue, & publia des Lettres pieuses & un Traité sur l'art de bien gouverner un diocèse. Le jésuite Cordara a écrit la vie de ce cardinal. I. BARBARO, (François) noble Vénitien, né à Venise vers 1398, ne se distingua pas moins par son goût pour les belles-lettres que par ses talens pour la politique & les négociations. Il fut employé plusieurs fois dans les affaires publiques de sa patrie, à laquelle il rendit des services signalés. Étant gouverneur de Bresce en 1438, lorsque cette ville fut assiégée par les troupes du duc de Milan, il la défendit avec tant de courage, qu'après un long siège les ennemis furent obligés de se retirer. Il fut fait procurateur de Saint-Marc en 1452, & mourut en 1454. Il possédoit fort bien les langues Grecque & Latine; il avoit été disciple, pour la première, du célèbre Guarino Véronefe, & non de Chrysoloras, comme l'a dit Fabricius. On a de cet homme illustre plusieurs ouvrages en latin, dont le plus connu est un Traité de Re uxoria, Amsterdam, 1639, in-16; traduit en françois sous ce titre: De l'etat du Mariage. On peut compter encore au nombre de ses ouvrages, l'Histoire du siège dont on a parlé, laquelle, quoique sous un autre nom, passe assez généralement pour avoir été écrite par lui-même. Elle fut imprimée pour la première fois à Bresce en 1728, in-4º, sous ce titre: Evangelista Mancini Vicentini Commentariolum de obsidione Brixia anni 1438.
II. BARBARO, (Hermolaüs) petit-fils du précédent, naquit à Venise l'année de la mort de son grand-père. Il fut auteur dans un âge où l'on est encore au collège, à 18 ans. Les Vénitiens lui donnèrent des commissions importantes auprès de Frédéric & de Maximilien son fils. Il fut ensuite ambassadeur à Rome. Innocent VIII le nomma au patriarcat d'Aquilée: mais le Sénat irrité de ce qu'Hermolaüs avoit accepté cette dignité, contre la défense expresse faite à tous les miniftres de la république, de recevoir aucun bénéfice, lui défendit de profiter de cette nomination, sous peine de voir ses biens confisqués. *Hermolaus*, qui ne vouloit pas renoncer à son patriarcat, mourut à Rome dans une espèce d'exil en 1493. On a de lui des *Paraphrases sur Aristote*; une *Traduction de Dioscoride*, avec des notes; & des éditions de *Pomponius Mela* & de *Pline* le Naturaliste, dans lesquelles il corrigea, pour le premier auteur, 300 passages, & près de 5000 pour le second; il en altéra néanmoins quelques-uns. Ce dernier ouvrage lui fit plus d'honneur; il est en deux parties, Rome 1492 & 1493, in-folio. *Voyer* ETIENNE de Byfance.
III. BARBARO, (Daniel) neveu d'*Hermolaus*, & coadjuteur du patriarcat d'Aquilée, né en 1513, se distingua par son savoir & par sa capacité dans les affaires publiques, qui le fit choisir en 1548 par le sénat de Venise, pour être ambassadeur de la république en Angleterre, où il resta jusqu'en 1551. Il mourut en 1570, & laissa plusieurs ouvrages estimés, dont les principaux sont: I. Un *Traité de l'Éloquence*, en forme de dialogues, imprimé à Venise en 1557, in-4°. II. *Pratica della Perspectiva*, Venise, 1568, in-fol. III. Une *Traduction* italienne de *Virtue*, avec des *Commentaires*, Venise, 1584, in-4°, figures. *Bayle*, & plusieurs autres lexicographes qui l'ont suivi, se sont trompés lourdement sur les époques de la naissance & de la mort de cet homme illustre, ainsi que sur ses ouvrages.
BARBAROUX, (Charles) député de Marseille à la Convention nationale, fut l'un des plus ardents ennemis de *Louis XVI*, soit à la journée du 10 août, soit dans son procès où il fut l'acte d'accusation portée contre lui. Lié intimement avec le ministre *Roland*, il dénonça la faction des *Orléanistes* & les prétentions de *Robespierre* à la dictature. Bientôt après, il eut le courage d'accuser les Jacobins eux-mêmes de ne faire accorder des grades militaires qu'à leurs partisans, quelque incapables qu'ils puissent être d'en remplir les fonctions. Le 2 juin 1792, lors de la lutte qui renversa le parti républicain, connu sous le nom de *parti de la Gironde*, il entendit avec calme prononcer son décret d'arrestation. Fugitif dans le Calvados, où il tenta vainement d'opérer un soulèvement, il s'embarqua à Quimper pour Bordeaux; mais à peine fut-il arrivé dans cette dernière ville, qu'il y fut reconnu & guillotiné le 25 juin 1794. *Barbaroux* étoit jeune & ardent. Son éloquence naissoit de son extrême irascibilité; calme & de sang froid, il n'avoit plus aucun talent oratoire. Mad. *Roland*, dans ses *Mémoires*, dit que *Barbaroux* étoit aussi beau qu'*Antinois*. « Nous le vimes davantage, dit-elle, quand mon mari fut sorti du ministère. Son caractère ouvert, son ardent patriotisme nous inspirèrent de la confiance. Ce fut alors que raisonnant du mauvais état des choses & de la crainte du despotisme dans le nord, sous la faction de *Robespierre*, nous formâmes le projet d'une république dans le midi. *Ce sera notre pis aller*, disoit en souriant *Barbaroux*; mais les *Marseillois* qui sont ici nous dispenseront d'y recourir. » Les *Marseillois* ne remplirent pas cette attente. I. BARBATO, (S.) premier évêque de Bénévent, retira les Lombards de l'idolâtrie, sous le pontificat de *Vitalien*.
II. BARBATO, (Barthélemi) littérateur de Padoue dans le dix-septième siècle, cultiva la poésie, & a publié : I. L'Histoire de la peste de Padoue en 1631. II. La Vie du Tafe, réunie à l'édition de la Jérusalem délivrée, imprimée à Padoue en 1628. — Jérôme BARBATO, de la même famille, fut un médecin renommé. Il découvrit, le premier, dans le sang le fluide laiteux ou albuginé, & publia un Traité sur cet objet. On lui en doit d'autres sur la goutte, & sur la formation & la nutrition du Fétus, Padoue, 1676, in-12. — Horace BARBATO, jurisconsulte célèbre, a donné divers écrits sur le droit, & entraîtres sur les fidécommis, le droit d'aînesse, le partage des fruits, 1637, in-folio.
BARBAULT, (Antoine-François) né à Paris, y devint célèbre dans l'art des accouchemens, & y succéda à Pujos, dans la chaire destinée à cette partie de la chirurgie. Il la remplit avec éclat pendant vingt-cinq ans. Ses cours étoient suivis d'un grand nombre d'élèves qui regrettent encore sa société aimable & son profond savoir. Il est mort le 14 mars 1784. Il publia : I. Splanchnologie, 1739, in-12. II. Principes de la chirurgie, in-12. III. Cours d'accouchement, 1776, 2 vol. in-12. C'est le plus estimé de ses ouvrages.
BARBAY, (Pierre) professeur de philosophie à Paris, dans le 17e siècle, a donné un Cours de philosophie, fondé entièrement sur les idées d'Aristote. Son tombeau est à Saint-Etienne-du-Mont, où on lit son épitaphe. I. BARBAZAN, (Arnauld-Guillaume de) chambellan du roi Charles VII, & général de ses armées, honoré par son maître du beau titre de Chevalier sans reproche, vainquit le chevalier de l'Escale dans un combat singulier, donné en 1404, à la tête des armées de France & d'Angleterre. Charles VII lui fit présent d'un sabre après sa victoire, avec cette devise : Un casu gravore rusté. Ce héros trop peu connu défendit Melun contre les Anglois. Il mourut en 1432, des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Belleville, près de Nanci. On l'entrera à Saint-Denis auprès de nos rois, comme le connétable du Guéclin, dont il avait eu la valeur. Charles VII lui permit de porter les trois fleurs de lys de France sans brûlure, & lui donna, dans des lettres-patentes, le titre de Reflaureur du Royaume & de la Couronne de France.
II. BARBAZAN, (Étienne) né à Saint-Fargeau-en-Puifaye, diocèse d'Auxerre, en 1696, passa toute sa vie à lire les anciens auteurs françois, & mourut en 1770, après avoir publié : I. Conces & Fabieux des anciens Poètes François des 12e & 13e siècles, 1766, 3 vol. in-12. Ce recueil est précédé d'une dissertation sur les poètes, dont il présente les ouvrages, & suivi d'un vocabulaire. II. Ordens de Chevalerie ; c'est un recueil de plusieurs anciens contes, avec une dissertation sur la langue françoise, & un petit glossaire. III. Le Cassoyement, ou Instruction d'un Père à son Fils, 1760, in-8e ; précédé d'une dissertation sur la langue celtique. IV. Observations sur les Etymologies, — avec un vocabulaire à la fin. V. Il a été éditeur, avec l'abbé la Porte & Graville, du Recueil alphabétique, depuis la lettre C jusqu'à la fin de l'alphabet. Cet ouvrage, trop long de la moitié, avait été commencé par l'abbé Perau ; il est en 24 vol. in-12, 1745 & années suivantes. Il y a des pieces qu'on trouveroit difficilement ailleurs. I. BARBE, (Sainte) Vierge de Nicomédie, étoit fille de *Dios- core*, qui fut un des plus furieux fectateurs du Paganisme. Ce père barbare n'ayant pu, ni par caresses ni par menaces, lui faire abandon- ner la foi de J. C., lui trancha lui-même la tête vers l'an 240. Quelques savans ont traité ce fait d'apocryphe.
II. BARBE, fille d'un seigneur Bohémien, nommé *Herman*, comte de Cilei, plut à l'empereur *Sigis- mond*, qui l'épousa en 1392, après la mort de *Marie* sa première femme. *Barbe* se déshonora par sa lubricité. Non-seulement elle étoit vicieuse, mais elle s'attachoit à tourner en ridicule les dames de sa cour qui avoient de la vertu. *Sigismond* étant mort en 1437, elle voulut se re- marier à *Ladislas*, roi de Pologne & ensuite de Hongrie, qui avoit tous les agrémens de la jeunesse. Quelques courtifans sages lui con- seillèrent d'imiter dans son veuvage la tourterelle; mais elle leur ré- pondit effrontément qu'il valoit mieux suivre l'exemple des passereaux qui recherchent promptement une com- pagne, lorsqu'ils ont perdu la leur. Elle mourut peu de temps après à Koningsgretz en Bohème, vers l'an 1451.
III. BARBE, reine de Pologne, furnommée *Esther*, à cause de sa piété, épousa *Sigismond I* en 1512, & mourut en 1525, regrettée de ses sujets & pleurée de son époux. — Il ne faut pas la confondre avec une autre reine de Pologne, nom- mée *BARBE*, qui s'unit par un hy- men secret avec *Sigismond-Auguste*. Veuve de *Stanislas Gafold*, pala- tin de Trock, sa beauté éclatante alluma dans le cœur du jeune prince une passion d'autant plus vive, que *Barbe* fut la fortifier par une conduite artificielle & par des refus, qui conduisirent *Auguste*, énivré de son amour, à faire un mariage cache, à cause de la dif- proportion de la naissance, & des reproches qu'il craignoit de la part de son père alors vivant. Mais aussitôt qu'il se vit maître du trône, il fit rendre à son épouse les hon- neurs qui lui étoient dus en qua- lité de reine. En 1549, la nation délibera dans une diète indiquée à Petrikow, si elle ne casseroit pas le mariage du roi. Mais *Au- guste* ne put se résoudre à voir rompre les liens chéris qui l'atta- choient, & il eut la constance de résister aux fréquentes prières & même aux vives menaces des prin- cipaux de l'état, qui agissoient moins en sujets qu'en fiers répu- blicains. *Barbe* mourut en 1551.
BARBEAU DE LA BRUYÈRE, (Jean-Louis) né à Paris le 29 juin 1710, d'un marchand de bois, étoit destiné au commerce de son père; mais la nature lui avoit donné tant de goût pour la litté- rature, qu'il fut obligé de se livrer à son penchant. Il embraffa d'a- bord l'état ecclésiafique, qu'il quitta quelques temps après pour se retirer en Hollande, où il passa une quinzaine d'années. Il rapporta de ce pays différentes cartes peu connues en France, & il les com- muniqua à *Buache*, qui le garda chez lui environ 23 ans, & aux ouvrages duquel il eut la plus grande part. En 1759, il parut ce- pendant une production sous son nom. C'est sa *Mappemonde Histo- rique*: carte ingénieuse & vraiment nouvelle, où l'auteur a su réunir en un seul système, la géographie, la chronologie & l'histoire. Il auroit- développé cette carte générale dans des cartes particulières; mais il fut forcé de renoncer à ce travail, par la malheureuse nécessité où il étoit de gagner sa vie en donnant des éditions. On lui doit celle des *Tablettes Chronologiques* de l'abbé *Lenglet*, 1763 & 1778; de la *Géographie moderne* de l'abbé *la Croix*, dont le fonds lui appartenait presque autant qu'à son auteur; des deux derniers volumes de la *Bibliothèque d. France*, du *Père le Long*; & il aida beaucoup à M. de *Fontette*, dans la publication des trois premiers. On a encore de lui, une *Description de l'Empire de Russie*, traduite de l'allemand du baron de *Stralsomberg*, 1757, 2 vol. in-12. Ce savant estimable mourut d'une attaque d'apoplexie, à Paris le 20 novembre 1781. Il s'étoit marié deux ans auparavant, pour avoir une compagne qui adoucit les chagrins & les infirmités de sa vieilleffe. Il étoit du petit nombre de ces littérateurs-modestes, qui, sans avoir ni titres littéraires, ni pensions, font souvent beaucoup plus utiles que les gens de lettres titres & pensonnés. Personne ne fut plus ferviable, que lui; personne ne fut moins avare de ses lumières, & n'en eut autant à communiquer en fait d'histoire & de géographie. Sa mémoire étoit une bibliothèque vivante: on la confultoit toujours avec fruit, foit pour les dates précités des événemens, foit pour les meilleures éditions des bons ouvrages ou des livres rares.
BARBELO, (Mythol.) divinité de la fêche des Nicolaites, qui, suivant eux, habitait le huitième ciel, & avoit pour fils *Sabaoth*, dieu du feptième ciel, qui difoit aux divinités inférieures: « Je suis le premier & le dernier; il n'y a point d'autre dieu que moi. »
BARBERI, (Philippe) Dominicain de Syracuse, inquisiteur en Sicile & dans les îles de Malhe & de Gozo, est auteur d'un *Recueil d'Observations sur les endroits de l'Écriture saine*, que S. Augustin & S. Jérôme ont expliqués d'Étérément; & de quelques autres ouvrages dont le plus curieux est: *De animorum immortalitate*, il vivait vers la fin du 15$^{e}$ siècle. I. BARBERINO, (François) naquit à Barberino en Toscane, l'an 1264. C'est de lui que font descendus les *Barberins*, maison illustre d'Italie. François alla s'établit à Florence, où il acquit beaucoup de gloire par ses talens dans la jurisprudence & la poésie. Il y mourut en 1348. Nous avons de lui un poème italien, intitulé: *Documenti d'amore*, imprimé à Rome, avec de belles figures, en 1640, in-4.$^{o}$ C'est un ouvrage moral, qui ressemble par le titre à l'*Art d'aimer d'Ovide*; mais qui, par la sagesse qu'il respire, est digne de *Solomon*.
II. BARBERINO. L'histoire fait mention de plusieurs hommes illustres dans cette famille. I. François BARBERINO, cardinal & neveu du pape *Urbain VIII*. Iégat en France & en Espagne, père des pauvres & protecteur des savans, mort le 10 décembre 1679, à 83 ans. II. Antoine son frère, cardinal & camérlingue de l'église Romaine, généralissime de l'armée papale contre les princes ligues; grand-aumônier de France, où il s'étoit réfugié après l'élection d'*Innocent X*, ennemis des *Barberins*, mort archevêque de Reims en 1671. I. BARBEROUSSE I$^{er}$, (Aruch) originaire de Mitylène ou de Sicile, se rendit maître d'Alger après l'avoir ravagé, & se plaça sur le trône. Il déclara ensuite la guerre au roi de Tunis, & le vainquit en différentes occasions; mais il fut tué dans une embuscade par le marquis de *Gomarès*, gouverneur d'Oran. Étant poursuivi par les Espagnols, il employa, pour favoriser sa fuite, le même expédient dont se servit autrefois *Mithridate*, roi de Pont: il fit fumer dans le chemin son or, son argent, sa vaisselle, pour amuser les Chrétiens, & avoir le temps de se sauver avec ses troupes. Mais les Espagnols, méprisant ces perfides richesses, le joignirent de près: il fut obligé de faire face; & après avoir combattu avec furie, il fut massacré avec tous ses gens l'an 1518. *Barberousse* exerça bien des brigandages sur mer & sur terre, & se fit partout redouter.
II. BARBEROUSSE II, (Chérédin) fuscesseur du précédent dans le royaume d'Alger, général des armées navales de *Soliman II*, s'empara de Tunis, qu'il fut dans la fuite obligé d'évacuer par la célèbre victoire de *Charles-Quim*; il dévasta la Sicile, se fit un nom par sa valeur, & mourut de débauche en 1547, âgé de 80 ans. *Voyez* II. AVALOS & V. GONZAGUE. On a publié, en 1781, une *Vie*, in-12, de ce roi corfaire. On y assure qu'il étoit né en France, de la famille d'*Authon*, établie avec distinction dans la Saintonge.
BARBEROUSSE, *Voyez* FRÉDÉRIC n° II.
BARBÉSIEU, (Richard de) troubadour de Saintonge, étoit bon chevalier d'armes & de figures; mais avec une extrême timidité qui lui donnoit un air de gêne & d'em- barras dans les compagnies nombreuses, où il paroissoit morne & silencieux. Il devint amoureux de l'époufe de *Geofroi* de *Touai*, riche baron de son pays; & il la célébra sous le nom de *Miels de Donna*, la meilleure des dames. « Toutes les fois que je la confidère, dit-il, je suis plein d'amour: je ne fais que rêver, sans oser rien dire. Elle a tout l'esprit, toute la sagesse de l'âge mûr: elle y joint la gaieré, la galanterie & les graces de la jeunesse. Je suis comme le flambeau qui se consume en éclairant. » Il eut ensuite apparemment quelque tort à lui reprocher, puisqu'il est auteur d'une pièce de vers contre les femmes. « Chercher de la fidélité chez les femmes, dit ce poète, c'est chercher l'impossible: s'y fier, c'est comme si l'on confioit le pouffin au milan. Elles ne veulent que s'entraîner les unes les autres dans le désordre, pour en rire & se justifier. » Après la mort de sa dame, il se retira, dit-on, en Espagne, où il finit ses jours vers la fin du 14e siècle. *Nostradamus*, historien de Provence, prétend que l'étrarque connoissoit les poésies de *Barbésieu*, & qu'il en a profité.
BARBÉSIEUX, (Louis-François LE TELLIER, marquis de) troisième fils du marquis de *Louvois*; fut secrétaire-d'état de la guerre après la mort de son père, & le fit regretter. *Louis XIV*, mécontent de sa conduite, s'en expliqua ainsi à l'archevêque de Rheims son oncle: « Votre neveu a des talens; mais il n'en fait pas bon usage. Il donne trop souvent à souper aux princes, au lieu de travailler. Il néglige les affaires pour ses plaisirs. Il fait attendre trop longtemps les officiers dans son antichambre; il leur parle avec hauteur, & quelquefois avec dureté. » Ce ministre mourut presque subitement le 5 janvier 1701, dans sa 33e année. L'archevêque de Rheims, en parcourant ses papiers, trouva cette note écrite de la main de son neveu : « J'aurai, a ma 33e année, une grande maladie, de laquelle je n'échapperai pas. » Barbeaux, héritier de la crédulité de son père pour l'aftrologie, confultoit souvent le Père Alexis, cordelier, qui, d'après la connoissance de ses excès en plaisirs, avoit hâfardé cette prédiction. Il avoit épousé mademoiselle de Cruffol-Uges, morte en 1694, à vingt ans, sans lui avoir donné d'enfants.
BARBEU DU BOURG, (Jacques) médecin, de l'académie de Stockholm & de celle de Philadelphie, né à Mayenne le 15 février 1709, mort le 14 décembre 1779, apprit dans sa jeunesse toutes les langues savantes, & parfaitement le grec & l'hébreu. Il publia divers ouvrages, entr'autres la Gazette de Médecine, dont les premières feuilles parurent en 1761, in-8. Ses autres productions sont : I. Une traduction des Lettres sur l'Histoire de Bolyngbrocke, 2 vol. in-12. L'auteur avec lequel Barbeu étoit fort lié, ne lui permit de faire cette traduction que sous la condition qu'il ne la publieroit qu'après sa mort. II. Le Botaniste François, 1767, 2 vol. in-12. III. Éléments de Médecine en forme d'Aphorismes, 1780, in-12. IV. Traduction des Œuvres du docteur Francklin, 2 vol. in-4. V. Chronographie, avec une carte sur les révolutions des empires, in-12. Son plan est ingénieux, & aide la mémoire dans la classification des faits historiques. VI. Code de la raison humaine, in-12. Francklin fit réimprimer cet ouvrage en Angleterre pour l'envoyer dans les États-Unis. VII. Eloge du médecin Charles Gillet, in-8. VIII. Petit calendrier de Philadelphie. Barbeu étoit affable, compatissant, doué d'une douceur inaltérable : son caractère fit son bonheur & celui de ses amis.
BARBEY, (Marc le) médecin de Bayeux, fauva sa patrie de la peste par son habileté & ses sages précautions. L'armée des Ligueurs ayant été affligée de ce fléau, Barbey refusa d'employer ses soins pour ces troupes rebelles. On vendit ses meubles, on pilla sa maison, & rien ne put le porter à secourir les ennemis de son roi. Il aima mieux quitter la ville. Cette retraite fit périr plus de monde qu'une bataille. Henri IV lui donna le titre de son médecin, & l'anoblit en 1594, avec ses deux fils qui avoient pris le parti des armes, & dont l'un perdit une jambe d'un coup d'arquebuse au siège de Bayeux en 1589. Barbey mourut quelques années après. I. BARBEYRAC, (Charles) naquit à Cérête en Provence, & mourut à Montpellier en 1699. Il étoit établi dans cette ville depuis sa jeunesse. Il y avoit pris le bonnet de docteur en médecine des 1649. Il se fit un nom dans le royaume & dans les pays étrangers. Le cardinal de Bouillon lui donna le brevet de son médecin ordinaire, avec une pension de mille livres, quoiqu'il ne fût pas obligé de rester auprès de lui. Il n'employoit que peu de remèdes, & n'en guérissoit que plus de malades. Le philosophe Locke, ami de Sydenham & de Barbeyrac, qu'il avoit connus à Montpellier, disoit n'avoir jamais vu deux hommes dont les manières & la doctrine se ressemblent davantage.
II. BARBEYRAC, (Jean) neveu du précédent, né à Beziers le 15 mars en 1674, fut nommé à la chère de droit & d'histoire de Lausanne en 1710, & ensuite à celle du droit public & privé à Gromingue en 1717. Il traduisit & commenta l'excellent traité du Droit de la Nature & des Gens, celui des Devoirs de l'Homme & du Citoyen, par Puffendorf, & l'ouvrage de Grotius sur les Droits de la guerre & de la paix. Les notes dont il a enrichi ces traités, sont aussi estimées que la traduction. On ne fait pas moins de cas de la version du Traité latin de Cumberland sur les Lois naturelles, avec notes, 1744, in-4° : ouvrage excellent; mais qui demande d'être médité. Il a aussi traduit plusieurs Sermons de Tilloujon, & a donné au public différens ouvrages de son propre fonds. Les principaux sont : I. L'Histoire des anciens Traités qui sont répandus dans les auteurs Grecs & Latins, jusqu'à Charlemagne, in fol, 2 parties, 1739. II. Le Traité du Jeu, en 3 vol. in-8°. III. Traité de la morale des Pères, in-4°, 1728, contre Dom Cellier, qui avoit attaqué ce que Barbeyrac en avoit dit dans sa preface sur Puffendorf. Il s'elevoit dans cette preface avec trop peu de ménagement, contre les allégories que S. Augustin & d'autres Pères ont trouvées dans l'Écriture. Il n'est pas plus circonspect dans la défense qu'il en entreprit. Il y laisse paroître un si grand mépris pour les docteurs de l'Eglise; il parle avec tant de dédain de leur éloquence & de leur dialectique, qu'on le soupçonna de n'être Chrétien que de nom. Il mourut vers l'année 1747, avec la répu- tation d'un savant studieux & honnête homme. Son style manque de grace & de pureté. I. BARBIER, (Louis) plus connu sous le nom d'Abbé de LA RIVIÈRE, étoit fils d'un tailleur d'habits d'Étampes. De professeur au collège du Plessis, il parvint à la place d'aumônier de Gafton duc d'Orléans, & ensuite à l'évêché de Langres. Le cardinal Maçarin l'en gratifia, pour le récompenser de ce qu'il lui découvroit les secrets de son maître. Barbier avoit obtenu une nomination au cardinalat; mais elle fut révoquée. On dit que c'est le premier ecclésiastique, qui osa porter la perruque. Il laissa, par son testament, cent écus à celui qui feroit son épitaphe. La Monnoye lui fit celle-ci : Ci git un très-grand personnage, Qui fut d'un illustre lignage, Qui posséda mille vertus, Qui ne trompa jamais, qui fut toujours fort sage... Je n'en dirai pas davantage; C'est trop mentir pour cent écus. Barbier avoit gagné les bonnes graces de Gafton, duc d'Orléans, par des baisses d'esclave, & par la répétition des bouffonneries de Rabelais, qu'il lisoit plus que son bréviaire.
II. BARBIER D'AUCOUR, (Jean) avocat au parlement de Paris, de l'académie Françoise, né à Langres de parens pauvres, se tira de l'obscurité par ses talens. Il fut d'abord répétiteur au collège de Lisioux. Il s'adonna ensuite au barreau; mais la mémoire lui ayant manqué dès le commencement de son premier plaidoyer, il promit de ne plus plaider, quoiqu'il eût pu le faire avec succès. C'est lui que Boileau désigna dans ces vers de son Lustin où il dit au premier président Lamoignon : Quand la première fois un athlète nouveau Vient combattre en champ clos aux joûtes du barreau, Souvent, sans y penser, ton auguste présence Troublant, par trop d'éclat, sa timide éloquence ; Le nouveau Cicéron, tremblant, décoloré, Cherche en vain son discours sur sa langue égaré. En vain, pour gagner temps dans ses transes affreuxes, Traine d'un dernier mot les syllabes honestuses ; Il hésite, il bégaye ; & le triste orateur Demeure enfin muet aux yeux du spécateur. Cet accident l'engagea à se ren- fermer dans son cabinet. Hardi la plume à la main, il avoit hors de là une timidité, entretenue par sa mauvaise fortune encore plus que par son caractère. N'ayant pas de quoi payer son hôte, il con- vint avec lui d'épouser sa fille ; mais ce mariage ne le mit pas à son aise. Colbert l'ayant chargé de l'éducation d'un de ses fils, Barbier alongea son nom de celui d'Aucour. Mais ce ministre étant mort sans avoir rien fait pour sa fortune, il fut obligé de rentrer dans le barreau. Il se fit un honneur infini, en défendant avec autant d'élo- quence que de générosité, le nommé le Brun, domestique d'une dame de Paris, accusé sauvement d'avoir affaffiné sa maitresse. Ce fut sa dernière cause. Il mourut le 13 septembre 1694, à 53 ans, d'une inflammation de poitrine. Les députés de l'académie qui allerent le voir dans sa dernière maladie, furent touchés de le voir mal logé : Ma consolation, leur dit il, & ma très-grande consolation ; c'est que je ne laisse point d'héritiers de ma misère. L'abbé de Choisi, l'un d'entre eux, lui ayant dit : Vous laissez un nom qui ne mourra point. — Ah ! c'est de quoi je ne me flatte pas, répondit d'Aucour : Quand mes ouvrages auroient par ex-mêmes une sorte de prix, j'ai péché dans le choix de mes sujets. Je n'ai fait que des critiques, ouvrage peu durable. Car si le livre qu'on a critiqué vient à tomber dans le mépris, la critique y tombe en même temps, parce qu'elle passe pour inutile ; & si, malgré la critique, le livre se soutient, alors elle est pareille- ment oubliée, parce qu'elle passe pour injuite. — Il n'étoit point ami des Jésuites, & la plupart de ses ou- vrages sont contre cette société, ou contre les écrivains de la so- ciété. Celui qui lui a fait le plus d'honneur, est intitulé : Sentimens de Cléanthe sur les entretiens d'Arise & d'Eugène par le Père Bouhours, Jésuite, vol. in-12. Ce livre a été souvent cité, & avec raison, comme un modèle de la critique la plus juste & la plus ingénieuse. D'Aucour y sème les bons mots & l'érudition, sans pousser trop loin la raillerie & les citations. Le Jésuite Bouhours, qui écrivait d'un style précieux des choses frivoles, ne put se relever du coup que lui porta son adversaire. L'abbé Granet a donné en 1730 une édition de cet ouvrage, à laquelle il a joints deux Factions, qui prouvent que Barbier auroit été aussi bon avocat que bon critique. Les autres écrits de d'Au- cour ne sont qu'un recueil de tur- lupinades : les Gaudinettes, l'Ou- guent pour la brûlure, contre les Jésuites; Apollon vendeur de Mithri- dase, contre Racine; deux Satyres en mauvais vers. On ne comprend point comment il a pu railler si finement Bouhours, & si grossièrement les autres. On dit que sa haine contre les Jésuites venoit de ce que se trouvant un jour dans leur église, un de ces Peres lui dit de s'y tenir avec décence, parce que locus erat facer. D'Aucour répondit tout de suite : Si locus est factus, quare exponitis... On y avoit exposé ce jour-là des tableaux énigmatiques, pour être expliqués par les affiftans. Cette épithère de Sacrus courut à l'infant de bouche en bouche. Les régens la répétèrent, les écoliers la citèrent, & le nom d'Avocat Sacrus lui refta.
III. BARBIER, Voyez METZ du . . .
IV. BARBIER, (Marie-Anne) née à Orléans, cultiva la littérature & la poésie, & vint se fixer à Paris. Elle y donna au théâtre quatre tragédies, une comédie & trois opéra, dont voici les titres : Arie & Pétus, tragédie représentée en 1702; Cornélie, 1703; Tomyris, 1707; la Mort de César; le Faucon, comédie en un acte en vers; les Fêtes de l'Eté, opéra dont la musique est de Montelair; le Jugement de Paris, & les Plaisirs de la Campagne, ballet en trois actes donné en 1719. Les pièces de Mlle. Barbier ont été recueillies en un volume in-12. On a dit qu'elle n'étoit que le prête-nom de l'abbé Pellegrin; mais on s'est trompé : Mlle. Barbier avoit des talens, du goût, & des lumières; ainsi l'abbé Pellegrin ne fut jamais que son conseil & son censeur. Elle mourut en 1745. La conduite des Tragédies de Melle. Barbier est assez régulière, & les scènes assez bien liées : les sujets sont en général judicieusement choisis; mais rien de plus commun que la manière dont elle les traite. Elle tâche de rendre les héroïnes de ses pièces, grandes & généreuses, mais c'est en rabaisant tous ses héros. On sent la foibleffe d'un pinceau timide, qui ne pouvant peindre en grand, tâche d'exagérer les vertus de son sexe; & ces tableaux outrés ne produisent qu'un médiocre intérêt. On trouve néanmoins quelques situations touchantes, & une verification aisée & naturelle; mais trop de facilité la rend lâche, diffuse & prosaïque. V. BARBIER, (N.) fit jouer à Lyon, par la troupe de Dominique, l'Heureux naufrage, comédie en trois actes. Ses autres pièces sont les Eaux de mille-fleurs, l'Opéra impromptu, la Fille à la mode, les Soirées d'été; leur extrême médiocrité n'a pas empêché de les recueillir à Lyon en 1710, en un volume in-12.
BARBIERI, Voy. GUERCHIN. I. BARBO, (Jean-Baptiste) né à Padoue, se distingua dans la poésie italienne, & traduisit en vers le poème de Sannazar sur l'enfantement de la Vierge, & celui de Claudian sur l'enlevement de Proserpine. On lui doit encore des Poésies fugitives, & une pièce intitulée Invettiva contro le Donne. Il mourut au commencement du dix-huitième siècle.
II. BARBO, (Louis) fils d'un sénateur de Venise, de la même famille que le pape Paul II, naquit en 1381. Après avoir embraisé la vie religieuse, il établit la réforme parmi les élèves réguliers de S. Augustin. Il assista au concile de Constance, devint évêque de Trevise, & mourut dans cette ville en 1443. On lui doit une Histoire de la réforme qu'il opéra, B A R 65 opéra, des *Discours* & des *Méditations*. — *Marie BARBO*, cousin germain de *Paul II*, fur fucceffivement parriarche d'Aquilée, évêque de Palestrine, & enfin cardinal en 1467. *Sixto V* l'envoya en diverses ambaffades en Allemagne, en Pologne & en Hongrie, pour y terminer les différens éleves pour la couronne de Bohème. Il remplit ces négociations avec autant de fageffe que d'esprit. — *Paul BARBO*, religieux Dominicain, s'est fait connoître en Italie par ses ouvrages théologiques, & par des abrégés de *S. Thomas*, & de *Capréole*. I. BARBOSA, (N. de) fille d'une maison illustre de Provence, fit long-temps l'ornement de la cour du comte *Raymond Béranger* par les charmes de sa figure & de son esprit. Elle fut passionnément aimée d'*Aimeric* de *Belvéser*; mais loin de couronner ses feux, elle se fit religieuse, & devint abbeffe du monastère de Montlèges, où elle mourut vers l'an 1266. *Voy. BELVESER*.
II. BARBOSA, (Arius) natif d'Aveiro en Portugal, paffa en Italie, où *Ange Poulien* lui donna des leçons de Grec. Il enseigna ensuite vingt ans à Salamanque avec fuccès. Le roi de Portugal le nomma précepteur des princes *Alfonfe* & *Henri*. Nous avons de lui des *Poésies latines*, petit in-8°, un *Commentaire* fur *Arator*, & d'autres ouvrages. Il mourut dans un âge avancé, en 1540.
III. BARBOSA, (Pierre) né dans le diocese de Brague en Portugal, premier professeur de droit dans l'université de Coimbre, quitta ses écoliers pour être chancelier du royaume. Il mourut vers 1596, après avoir publié un *Commentaire* *Tome II.* fur divers titres du Digeste, & d'autres *Traités* de droit, en 3 vol. in-folio.
IV. BARBOSA, (Emmanuel) avocat du roi de Portugal, mort en 1638, à 90 ans, est auteur d'un traité *De potestate Episcopi*, & de quelques autres livres. V. BARBOSA, (Augustin) fils du précédent, égula son père dans la connoissance du droit civil & du droit canonique. *Philippe IV* lui donna l'évêché d'Ugento, dans la terre d'Otrante, en 1648. Il mourut l'année d'après. Nous avons de lui : I. *De officio Episcopi*. On croit que *Barbosa* ne fit que corriger ce livre. On ajoute, que son domestique lui apporta du poiffon dans une feuille de papier manuscrit, que *Barbosa* courut tout de fuite au marché pour acheter le cahier d'où on avait tiré cette feuille, & que ce manuscrit contenoit le livre *De officio Episcopi*. II. *Le Répertoire du Droit Civil & Canonique*. III. *Remiffiones Doctorum super varia loca Concilii Tridentini*, &c. IV. Un très-grand nombre d'autres *Ouvrages*, imprimés à Lyon en 1716 & années suivantes, 16 tom. in-fol. I. BARBOU, (Jean) imprimeur renommé de Lyon, avoit pour devise *Mort ni mord*. Son édition la plus recherchée est celle des Œuvres de *Marot* en petit format in-8°. Elle est très-correcte & en caractères italiques. *Jean Barbou* est la tige de tous les célèbres imprimeurs de ce nom.
II. BARBOU, (Hugues) fils de *Jean Barbou*, quitta la ville de Lyon, où son père étoit imprimeur, pour se retirer à Limoges, où l'an 1580, il imprima en très-beaux caractères italiques, les Épîtres de *Cicéron* à *Atticus*, avec les corrections & les notes de *Siméon du Bos*, lieutenant-général de Limoges. Cette édition est estimée de l'abbé d'*Olivet*. L'emblème de *Barbou* étoit une main tenant une plume, & un épi d'orge surmonté d'un croissant; sa devise étoit: *Meta laboris honor*. Leurs descendants, qui continuent encore aujourd'hui l'art de l'imprimerie avec succès & à Limoges & à Paris, ont toujours conservé l'un & l'autre. Les *Barbou* établis à Paris, ornent depuis vingt ans nos bibliothèques; par les belles éditions qu'ils publient des Auteurs classiques.
BARBUD, célèbre musicien Persan, excelloit tellement dans son art, que son nom est devenu le surnom des musiciens renommés qui sont venus après lui. On lui attribue l'air *Aurenki*, c'est-à-dire l'*Air du trône*, & l'invention d'une sorte de lyre, appelée *Barbud*. Il vivait sous la quatrième dynastie des rois de Persé.
BARCÉE, *Voyer* MAGON.
BARCEPHA, *Voy*. V. MOYSE.
BARCHAUSEN, (Jean Conrad) professeur de chimie à Utrecht, se distinguait par la profondeur de ses connaissances; il avait parcouru une partie des contrées de l'Europe pour converger avec les Chimistes les plus célèbres. Il est mort en 1723, après avoir légué à la ville d'Utrecht une bibliothèque riche en ouvrages de botanique & d'histoire naturelle. Tels sont ses ouvrages: I. *Synopsis pharmaceutica*, Utrecht 1696, in-8.º II. *Elements Chimie*, 1703, in-8.º III. Un *Traité* de l'origine & des progrès de la Médecine, 1723, in-4.º IV. Un *Recueil* d'observations médicales, 1715. I. BARCLAY, (Guillaume) naquit à Aberdeen en Écosse. N'ayant pas pu s'avancer à la cour, il vint en France, & alla étudier à Bourges sous *Cujas*. Le P. *Edmond Hay*, Jésuite, le fit nommer professeur en droit dans l'université de Pont-à-Mousson. Le duc de *Lorraine* lui donna une charge de conseiller d'état & de maître-des-requêtes; mais ayant été desservi auprès de ce prince par les Jésuites, à ce que dit *Bayle*, il repassa en Angleterre. Le roi *Jacques I* lui fit des offres considérables, à condition qu'il embrafferoit la religion Anglicane. *Barclay* aima mieux revenir en France l'an 1604. Il eut une chaire de professeur de droit dans l'université d'Angers, & il y mourut l'année d'après. Son traité *De potestate Papa*, à Rome 1610, in-8°, traduit en françois, 1688, in-12; & celui *De regno & regali potestate*, Paris 1600, in-4°, dédié à *Henri IV*, lui firent un nom célèbre.
II. BARCLAY, (Jean) fils de Guillaume, & d'une demoiselle de la maison de *Malleville*, naquit à Pont-à-Mousson en 1582. Les Jésuites, chez lesquels il fit ses études, voulurent l'agréger à leur société; mais il préféra de suivre son père en Angleterre. Un *Poème* latin qu'il publia sur le couronnement du roi, *Jacques I*, le mit en faveur auprès de ce prince. *Guillaume* son père craignant que le séjour d'Angleterre n'ébranlait la religion de son fils, le ramena en France. Le jeune *Barclay* l'ayant perdu quelque temps après, repassa à Londres, où *Jacques I* lui donna des emplois considérables. Il y fit imprimer la suite de son *Euphormion*, s'atyre latine en deux livres, dans laquelle l'auteur deploie l'érudition & la morale. Les meilleures éditions de ce livre sont celles, d'*Elizvir*, 1627, in-12, & de Leyde 1674, in-8°, *cum notis Variorum*. Il a été traduit en françois par l'abbé *Drouet de Maupertuy*. — *Barclay* publia vers le même temps le traité de son père *De potestate Papa*. Comme cet ouvrage attaquoit tous les Auteurs Ultramontains, *Bellarmin* y répondit. *Barclay* lui répliqua dans un écrit intitulé *Pictas*, in-4°, qui resta sans réponse. *Jean Eudemon*, Jésuite, en fit une à la vérité; mais comme elle contenoit plus d'injures que de raisons, elle ne fit aucune impression. Il s'avisa d'accuser *Barclay* d'hérésie, suivant la coutume des mauvais théologiens, qui n'ont rien de mieux à opposer à leurs adversaires. Ce savant homme n'eut pas beaucoup de peine à lui prouver qu'il avoit toujours été bon Catholique, dans la cour d'Angleterre même. *Paul V* l'attira ensuite à Rome, quoique dans ses écrits il eût plaidé la cause des rois contre les papes. Il y mourut dans l'aisance en 1621, la même année que son adversaire *Bellarmin*. *Barclay* étoit d'une mélancolie qui le rendoit un peu singulier; passant tout le matin dans son cabinet, sans voir personne, & le soir cultivant son jardin. On a de lui, outre les ouvrages dont nous venons de parler : I. *Paranefis ad Sestarios*, un des bons ouvrages de controverse qu'on ait publiés. II. *Argenis*, Leyde 1630, in-12; & *cum notis Variorum*, 1664 & 1669, en 2 volumes in-8°; roman mêlé de prose & de vers; traduit par l'abbé *Joffe*, chanoine de Chartres, 1732, 3 volumes in-12; & beaucoup mieux par M. *Savin*, Paris 1776, 2 volumes in-8°. Cet ouvrage offre de l'étendue dans le plan, de la noblesse & de la variété dans les caractères, de la vivacité dans les images, & est plus digne d'être lu que son *Euphormion*. Le style tient de celui de *Pétrone*, de *Lucien* & d'*Apulec*. C'est un tableau des vices & des révolutions des cours. La générosité franche, héroïque & sans détours, y est en contraste avec la fourberie habile & la marche artificieuse. Il est fâcheux que l'auteur y ait fait étalage d'une érudition toujours déplacée dans les ouvrages de pur agrément. III. Trois livres de *Poésies*, in-4°, inférieures à sa prose. *Barclay* tâchoit d'imiter *Pétrone*; mais il n'y réussissait pas toujours. Il donnoit dans l'enflure & dans le phébus. IV. *Icon animorum*, Londres 1612, in-8°; ouvrage qui eut du succès, quoiqu'il n'ait pas assez de profondeur.
III. BARCLAY, (Robert) né à Édimbourg en 1648, d'une famille illustre, fut élevé à Paris sous les yeux d'un de ses oncles, président du collège Écosfois de cette ville. Il retourna en Écosfe avec son père, qu'il perdit peu de temps après, en 1664. Les Quakers avoient répandu leurs erreurs dans ce royaume. *Barclay* se laissa séduire par ces novateurs, & publia plusieurs ouvrages pour leur détense. Non content de les servir par ses écrits, il passa en Hollande & en Allemagne pour y faire des prosélytes. Après avoir essuyé bien des fatigues, il revint en Écosfe, où il mourut le 3 octobre 1690, dans sa 42e année. Les historiens de sa fête le peignent comme un homme de bien, supportant le travail & la peine avec plaisir, d'une humeur gaie & d'un caractère constant. Ce qu'il y a de certain, c'est que ses mœurs étoient très-régulières, & qu'il joignoit à beaucoup d'érudition, un esprit méthodique, des vues fages, & autant de modération que peut en avoir un enthousiasme. Nous disons *enthousiaste*, parce que les premiers Quakers, sans cet esprit de profélytisme & d'enthousiasme, n'auroient jamais formé qu'une secte obscure & non un peuple connu. En se croyant inspirés, ils parvinrent à le faire croire aux autres. Les vertus douces & patientes font estimer, mais ne subjuguent point; au lieu que les Quakers parlant toujours à leurs juges au nom de Dieu, bravant toutes les puissances par l'idée d'une puissance supérieure, agirent sur les imaginations soibles, & en imposèrent quelquefois à leurs ennemis mêmes. De là, leurs progrès accrurent encore par leur singularité extérieure, qui étoit un signe caractéristique & un signal de ralliement. On a de *Barclay* plusieurs ouvrages, dans lesquels il réduit le Quakerisme en système. Les principaux sont: I. *Catéchisme* ou *Confession de foi dressée & approuvée dans l'assemblée générale des Patriarches & des Apôtres, sous la puissance de J. C. lui-même*. Il seroit trop long d'analyser les dogmes expliqués dans ce livre. Les principaux sont exposés ainsi dans le Dictionnaire de *Placant*, d'après *Barclay*: « La souveraine félicité de l'homme consiste dans la vraie connoissance de Dieu & de J. C. Perfonne ne connoit le Père, sinon le Fils, & celui auquel le Fils l'a révélé. La révélation du Fils est dans l'esprit & par l'esprit: ainsi, le témoignage de l'esprit est le seul moyen d'acquérir la vraie connoissance de Dieu. Ces révélations de Dieu par l'esprit, soit qu'elles se fassent par des voies extérieures, par des apparitions, par des fonges, ou par des manifestations & des illuminations intérieures, sont l'objet formel de notre foi. — Comme il n'y a qu'un Dieu & une foi, aussi il n'y a qu'un baptême; non celui par lequel les ordures du corps sont ôtées, mais l'attestation d'une bonne conscience devant Dieu, par la résurrection de J. C. Ce baptême-là, qui est quelque chose de pur & de spirituel, est un baptême d'esprit & de feu, par lequel nous sommes enlevés avec J. C., afin qu'étant lavés & purgés de nos péchés, nous cheminions en nouveauté de vie. Le baptême de *Jean*, qui en étoit la figure, fut pour un temps, & non pas commandé pour toujours. Quant au baptême des enfans, c'est une pure tradition humaine, dont on ne trouve ni précepte, ni pratique dans toute l'Écriture. La communion du corps & du sang de J. C. est intérieure & spirituelle; ce qui est la participation de la chair & du sang de J. C., par laquelle l'homme intérieur se nourrit chaque jour dans les cœurs de ceux en qui J. C. habite. La fraction du pain par J. C. avec ses disciples, qui en étoit la figure, l'usage de s'abstenir des choses étouffées & du sang, & de se laver les pieds les uns les autres, & d'oindre les malades d'huile, ne sont pas commandés avec moins d'autorité & de solennité que les premières; mais puisqu'elles n'ont été que des ombres de meilleures choses, elles cessent pour ceux qui en ont obtenu la réalité. — Puisque Dieu s'est approprié la domination & le pouvoir de la conscience, comme celui-là seul qui la peut bien instruire & gouverner; il n'est permis à personne, quelle que soit son autorité dans le gouvernement de ce monde, de force, les consciences des autres : c'est pourquoi tous les meurtres, les bannissemens, les proscriptions, les emprisonnemens, & toutes les autres choses de cette nature, dont les hommes sont affligés, par le seul exercice de leurs consciences, ou par leur différente opinion dans le culte, procèdent de l'esprit de Caïn le meurtrier, & sont contraires à la vérité. On ne peut infliger aucune peine, pourvu que personne ne nuise à son prochain, ni en sa vie, ni en ses biens, sous prétexte de conscience ; auquel cas il y a une loi pour le défaillant, & la justice doit être rendue à chacun, sans acception de personne, puisque toute religion tend principalement à retirer l'homme de l'esprit & de la vaine conversation de ce siècle. — Il faut que ceux qui craignent Dieu, laissent aux profanes ces vaines habitudes de tirer le chapeau à un homme, de se découvrir la tête, de plier le jarret & toutes les autres inflexions du corps, vaines & superstitieuses. » D'après ce principe, Barclay conclut qu'il n'est pas permis à un Chrétien : 1.º de donner aux hommes des titres respectueux, comme, votre Sainteté, votre Majesté, votre Éminence, votre Excellence, votre Grandeur, votre Seigneurie, &c. ; ni de se servir de ces discours flatteurs, appelés communément complimens. 2.º De se mettre, comme nous venons de dire, à genoux, ou de se prosterner devant aucuns hommes, ou de courber son corps, ou même de découvrir sa tête devant eux. 3.º D'user de superfluité dans ses vêtements, comme de gasse au chapeau & de boutons aux manches. 4.º De se servir de jeux, de passe-temps, de divertissemens ou de comédies, sous prétexte d'amusemens nécessaires. 5.º De jurer, non-seulement dans leurs discours ordinaires, mais même en jugement devant le magistrat. 6.º De résister au mal, ou de faire la guerre, ou de combattre dans aucun cas. La défense de faire la guerre, considérée sous le point de vue d'une charité universelle, inspire d'abord l'admiration. Mais en y regardant de près, on voit combien il seroit dangereux quelquefois pour les peuples de ne pas combattre dans le cas d'une défense légitime & nécessaire. Ce seroit encourager les méchans qui voudroient opprimer. « Les brutaux, dit très-bien M. de La Harpe, assomment ceux qui se laissent faire, & sont très-polis avec ceux qui peuvent les repousser. Les oppresseurs cherchent les victimes, comme les fripons cherchent les dupes. L'opinion de proscrire aussi tous les signes de déférence réciproque entre les hommes, ou de respect pour les hommes constitués en dignité, n'est guère mieux fondée. Si la loi veut, pourroit-on dire à un Quaker, que tu parles à ton roi, à ton juge, à ton maire, chapeau bas, tu as tort de t'y refuser; car ces signes extérieurs ne dégradent en rien la dignité de l'homme, & ils servent à maintenir la dignité de la loi. Les hommes ayant des sens, les choses sensibles doivent venir à l'appui des idées morales & politiques, & ne doivent pas être négligées par le législateur. » II. Apologie des Quakers, publiée en 1676, in-4°, traduite en françois, Londres 1702, in-8.º C'est, sans contredit, le meilleur ouvrage qu'on ait fait en faveur de cette secte; mais le style est embarrassé, & plusieurs phrases sont longues & louches. L'Épître dédicatoire à Charles II contient, non des complimens mercenaires & de basses adulations, mais des vérités hardies & des conseils juftes. » Tu as goûté, dit-il à Charles, à la fin de cet Epître, de la douceur & de l'amertume, de la prosperité & les plus grands malheurs. Tu as été chaffé du pays où tu règnes, tu as fenti le poids de l'oppression, & tu dois savoir combien l'oppresseur est détestable devant Dieu & devant les hommes. Que si, après tant d'épreuves & de bénédictions, ton cœur s'endurcissoit, & oublioit le Dieu qui s'est souvenu de toi dans tes disgraces, ton crime en seroit plus grand & ta condamnation plus terrible. Au lieu donc d'écouter les flatteurs de ta cour, écoute la voix de ta conscience, qui ne te flattera jamais. Je suis ton fidèle ami & sujet. » — III. Epistola ad Legatos Novomagi congressos, 1678, in - 4.⁰
BARCOCHÉBAS, ou BARCOCHAB, c'est-à-dire fils de l'Etoile, brigand fanatique, qui se disoit l'Etoile prédite par Balaam. Les Juifs, toujours prêts à cabaler, le crurent la lumière céleste, le vrai Messie, & se soulevèrent, dans l'espérance que ce scélérat seroit leur libérateur. Le nouveau prophète fit rebâtir Jérusalem, prit plusieurs forteresses & massacra beaucoup de Romains, & sur-tout de Chrétiens. L'empereur Adrien envoya contre ces furieux Julius Séverus, gouverneur de la Grande-Bretagne. Ce général les ayant resserrés dans la ville de Bitter, s'en rendit maître après trois ans de siège. Cette guerre finit par la mort de Barcochébas & de ses spectateurs, & par le massacre de 180 mille Juifs, sans compter ceux qui périrent de faim ou de maladie, l'an 134 de J.C.—Voy. VIII. ADRIEN.
BARCOK, surnommé Abusaid, Circassien de nation, fut le premier sultan d'Egypte de la seconde d'1ᵉ naftie, dite des Borgites ou Circassiens. Après avoir été chaffé du trône, il y remonta en 794 de l'hégire, & fit une entrée triomphante dans la ville du Caire. C'est à la cour de Barcok que le calife de Bagdad vint chercher un asile contre Tamerlan. Ce conquérant irrité contre Barcok vint affiéger Édesse, qu'il prit d'affaut, & fit passer ses habitans au fil de l'épée. Puis ayant dirigé sa marche vers les Indes, il délivra Barcok du voisin le plus redoutable. On dit que ce dernier, menacé par Tamerlan, s'écria : « Je ne crains pas ce boiteux, car tous les Musulmans viendront combattre contre lui, puisqu'il s'est déclaré l'ennemi de Mahomet; si l'Egypte a quelqu'un à craindre, c'est le sultan des Turcs. » Ce discours fut un pronostic de ce qui arriva quelque temps après sous Sélim, qui non-seulement conquit l'Egypte, mais extermina entièrement la race de Barcok. Ce dernier mourut couvert de gloire, paisible possesseur de l'Egypte & de la Syrie, l'an 801 de l'hégire, après en avoir régné 17. I. BARCOS, (Martin de) né à Bayonne, étoit neveu, par sa mère, du fameux abbé de Saint-Cyran, qui lui donna pour maître Jansénius, évêque d'Ypres, alors prosesseur de théologie à Louvain. Il le tira ensuite de cette université, pour lui confier l'éducation du fils d'Arnauld d'Andilly. Le secrétaire de l'abbé de Saint-Cyran étant mort, son neveu alla prendre sa place auprès de son oncle. Après sa mort, la reine-mère donna son abbaye de Saint-Cyran à Barcos en 1644. Il la rétablit & la réforma. Le père Annat obtint quelque temps après un ordre qui l'exiloit à Boulogne; l'abbé de Barcos aima mieux se teacher que de se rendre à l'endroit de son exil. Il revint ensuite dans son abbaye, & y mourut le 22 août 1768, âgé de 78 ans. Ses liaisons avec Saint-Cyran & avec le docteur Antoine Arnauld lui firent jouer un rôle dans les disputes du Jansénisme. Il enfanta plusieurs ouvrages, morts pour la plupart avec les querelles qui en furent l'occasion. Les principaux sont: I. La Grandeur de l'Eglise Romaine, établie sur l'autorité de S. Pierre & de S. Paul; in-4.º II. Traité de l'autorité de S. Pierre & S. Paul, qui réside dans le Pape, successeur de ces deux Apôtres; 1645, in-4.º III. Éclaircissemens de quelques objections que l'on a formées contre la grandeur de l'Eglise Romaine; 1646, in-4.º Ces trois gros volumes furent composés par l'abbé de Barcos, pour défendre cette proposition insérée par lui dans la Préface de La fréquente communion, & censurée par la Sorbonne: S. Pierre & S. Paul font deux chefs de l'Eglise Romaine, qui n'en font qu'un. L'abbé de Barcos avoit assez de vertu pour se soumettre aux règles de la plus austère pénitence, mais non assez de docilité pour rétracter une erreur. IV. Une Censure du Prædofsinatus du père Sirmond, V. Il travailla au livre intitulé: Petrus Aurelius, de son oncle, & en partagea avec lui la gloire. VI. De la Foi, de l'Espérance & de la Charité, 2 vol. 12. VII. Exposition de la Foi de l'Eglise Romaine, touchant la Grace & la Prædofsination, in-8.º ou in-12.
II. BARCOS, (Camille de) fut intendant de la maison de Villeroi. On lui doit quelques chansons mises en musique par de Bouffet dans ses recueils.
BARDANES, surnommé le Turc, général des troupes d'Irène, voulant monter sur le tronc, se fit proclamer empereur par l'armée qu'il commandoit. Nicéphore intendant des finances, s'étant fait couronner en même temps, & la ville de Constantinople refusant d'entrer dans la révolte de Bardanes, il écrivit à son concurrent qu'il mettoit bas les armes, & qu'il alloit se faire moine. Il obtint son pardon; mais quelque temps après, Nicéphore lui fit crever les yeux, l'an 803. I. BARDAS, patrice de Constantinople, étoit frère de l'impératrice Théodora, mère de l'empereur Michel III. Il fut un des tuteurs de ce prince, après la mort de l'héophile, en 842. Il avoit de l'esprit & quelque savoir. Il rétablit les sciences dans l'empire, où elles étoient comme anéanties, depuis que le barbare Léon l'Ijaurien avoit fait brûler la bibliothèque de Constantinople. Mais son ambition étoit extrême. Pour acquérir plus d'autorité, il maffacra en 856 Théoc-lisle, général des troupes de l'empereur Michel III, & fut mis à sa place. Il fit ensuite cloitrer l'impératrice sa sœur, répudia sa femme pour vivre avec sa belle-fille, fit chasser S. Ignace du siège patriarcal, qu'il donna à l'eunuque Photius son neveu, en 858. Cette injustice fut la source malheureuse du schifine de l'église Grecque, environ deux ans après, en 860. Bardas, se frayant un chemin à l'empire, engagea Michel à l'honorer de la dignité de César. Ce titre ne l'empêcha pas de concevoir une forte jalouise contre Bafle le Macédonien, homme de basse naissance, mais adroit & entreprenant, qui gagna la confiance de l'empereur, en fervant ses plaisirs. Leur haine mit tout en mouvement à la cour de Constantinople. Bardas, voyant l'accordant qu'avois *Bafile*, feignit de se réconcilier avec son ennemi ; mais *Bafile*, aussi fourbe que lui, ne voulant pas tenir toutes les promesses d'amitié qu'il lui avoit faites, l'affaffina en 866.
II. BARDAS, dit *SCÉLÈRE*, général d'armée sous l'empereur *Jean Zimifcès*, ne doit pas être confondu avec le précédent. Il s'acquit une grande autorité à Constantinople par ses intrigues, sa hardiesse & son courage. Après la mort de ce prince, en 975, il se souleva contre *Bafile II* & *Constantin* le jeune *Porphyrogenète*, & se fit revêtir par les troupes de la pourpre impériale. On lui opposa divers généraux, il fut presque toujours vainqueur ; mais il échoua contre *BARDAS Phocas*. Une bataille donnée à Amorie en Phrygie, n'ayant pu terminer la guerre, les deux généraux résolurent de se battre le lendemain en duel. *Scélère*, blessé dangereusement, fut réduit à chercher un affle dans les états du calife de Bagdad, qui le fit arrêter prisonnier en 979. Ayant obtenu sa liberté l'année d'après, il se joignit à *Bardas Phocas*, qui s'étoit fait déclarer empereur, & partagea l'empire avec lui. Ce rebelle, poursuivi par les troupes de l'empereur, fut tué bientôt après en 986. *Scélère*, las d'une vie orageuse, se rendit à Constantinople & se soumit de lui-même à *Bafile*. Lorsqu'on le présenta à l'empereur, ce prince ne put s'empêcher de sourire, en voyant un vieillard presque octogénaire que l'ambition n'avoit cessé de dévorer. Cependant, loin de l'humilier, il eut la sage politique de le flatter, le fit manger à sa table, lui conserva sa charge de grand-maître du palais, & le traita comme un ancien officier qui avoit autrefois rendu des services à l'état, en repoussant les Russes & les autres ennemis de l'empire.
BARDE, (Jean de la) d'abord premier commis des affaires étrangères, ensuite conseiller d'état, puis ambassadeur en Suisse, fut envoyé à Ofnabrug par le cardinal *Maqarin*, dont il avoit la plus intime confiance. Il mourut fort âgé, en 1692, après avoir publié une partie de l'histoire de son temps, depuis 1643 jusqu'en 1653. Ce livre, affez bien écrit en Latin, & où les intrigues du cabinet font racontées avec vérité, parut à Paris, 1671, in-4.º Il n'est pas commun.
BARDESANES, hérétique du 2.º siècle, sectateur de *Valentia*, se dégoûta ensuite d'une partie des erreurs de son maître, & écrivit même pour les résister ; mais il en garda toujours quelques-unes. Cet hérétique étoit cependant très-attaché à la religion Chrétienne. *Apollonius* de Calcedoine, célèbre Stoïcien, maître de *Marc-Aurèle*, fit tout ce qu'il put pour la lui faire abandonner. *Bardefanes* lui résista avec force, & défendit le Christianisme avec zèle. C'est ce que rapporte *S. Epiphane*, qui le compare à un vaisseau chargé de marchandises précieuses, lequel, après un long & heureux voyage, fait naufrage au port. Ses disciples portèrent le nom de *Bardefanistes*, & ajoutèrent de nouvelles erreurs à celles de leur chef.
BARDET, (Pierre) né à Montaguet en Bourbonnois l'an 1591, mourut à Moulins en 1685, à 94 ans, avec la réputation d'un bon avocat. On a de lui un *Recueil d'Arrés*, 2 vol. in-fol. Paris 1690, & Avignon 1773, publié la première fois par *Betroyer* son compatriote, qui les accompagna de notes & de dissertations. L'auteur, très-affidu aux audiences, a fait un ouvrage exact. I. BARDI, (Dea dé) religieuse de Florence, faisoit agréablement des vers dans le quinzième siècle. Son Ode sur la mort d'une pie, insérée dans le tome troisième des Œuvres barceliques de Berni, a de la facilité & de la grace.
II. BARDI, (François) jésuite de Palerme, mort en 1661, fut attaché au tribunal de l'inquisition en Sicile, & a publié des Commentaires sur les règles du droit canonique, des Questions sur la théologie morale, & un Traité de la conscience. — Jean de BARDI fut un ancien membre de l'académie della Crufica. — Jérôme BARDI, camaldoule de Florence, mort à Venise en 1594, a laissé quelques ouvrages historiques, & entr'autres les additions à la chronique de Jean Lucido, imprimée par les Juntes de Venise, en 1575.
BARDIN, (Pierre) né à Rouen, membre de l'académie françoise, se noya en 1637, en voulant sauver d'Humières, dont il avoit été gouverneur. Chapelain, dans une épitaphe faite par ordre de l'académie, dit que les vertus se noyèrent avec lui... Bardin laissa quelques ouvrages, écrits d'un style lâche & incorrect. Les principaux sont : I. Le Grand Chambellan de France, 1623, in-fol. II. Pensées morales sur l'Ecclésiaste, 1629, in-8.º III. Le Lycée, ou De l'honnête homme, 2 vol. in-8.º
BARDON, (Michel-François-d'André) né à Aix le 22 mai 1700, se consacra d'abord à la profession d'avocat; mais dégoûté de ses premiers essais, il apprit à peindre sous Vanloo & de Troy, & réussit sur-tout dans les tableaux d'histoire. Il devint professeur d'histoire à l'école de peinture, & il a publié le fruit de ses leçons dans un grand nombre d'écrits. I. De l'utilité d'un Cours d'histoire pour les artistes, 1751. II. Principes du dessin, 1754, in-12. III. Anecdotes sur la mort de Bouchardon, 1764. IV. Vie de Carle Kanloo, 1765, in-12. V. Monumens de la ville de Rheims, 1765, in-12. VI. Traité de peinture, 1765, 2 vol. in-12. VII. Histoire universelle relative aux arts, 1769, 3 vol. in-12. VIII. Coltumes des anciens peuples, 1776, in-4.º Cochin a considérablement augmenté cette collection, réimprimée en 1786 & 1792. Bardon faisoit aussi des vers. Il aimoit tous les arts, avoit une érudition très-variée, & étoit dans la société sensible, honnête & officieux. Il est mort à Marseille, directeur de l'académie de cette ville, le 14 avril 1783.
BARÈME, Voyez BARRÈME.
BARENTSEN, (Thierry) peintre d'Amsterdam, né en 1534 & mort en 1592, devint l'élève le plus chéri du Titien, dont il prit la manière dans le portrait. Il composa aussi quelques tableaux d'histoire, parmi lesquels on distingue une Judith, qui se voit dans sa patrie. Une belle figure, le talent de la musique, la connoissance de la littérature, firent de Barentsen, non-feulement un peintre renommé, mais un homme aimable.
BARGAGLI, (Scipion) l'un des membres de l'académie Degli Iatronati dans le seizième siècle, a publié des Discours académiques & un Dialogue sur la manière d'écrire & de parler le Siennois, intitulé : Il Turamino. Son frère Jérôme, de la même académie, fut professeur de droit civil à Sienne. On lui doit : I. Des *Poëffes fugitives*. II. *La Pèlerine*, comédie. III. Une *Differ- tation* sur les divers jeux enfantins, en usage dans les veillées du Siennois.
BARGEMONT, (Guillaume de) troubadour connu par ses plaifan- teries & ses chansons, se trouva à la cour du comte de Provence, & se vanta qu'il ne s'y trouvoit aucun mari dont la femme ne lui eût accordé des faveurs. « Suis-je du nombre, dit le Comte, — Monseigneur, lui répondit *Bargemont*, je ne vous mets ni ne vous excepte. » Toutes les femmes se liguèrent contre cet indiscret, & l'obligèrent à quitter le pays.
BARGEO, *Voyez* I. ANGELI.
BARGIUS, (Thomas) pro- fesseur de théologie à Copenhague, mort le 27 octobre 1661, possé- doit l'Hébreu & l'Arabe, & a publié un grand nombre d'ouvrages d'éru- dition & de critique sacrée.
BARIER, (François-Julien) graveur ordinaire du roi en pierres fines, excelloit dans cet art. On voit de lui des figures presque imperceptibles, & cependant tres- distinctes. Il mourut à Paris en 1746, à 66 ans. C'étoit un homme de goût, industrieux, & auquel il ne manquoit qu'une plus grande connoissance du dessin.
BARIN, *Voy*. GALISSONIÈRE.
BARISONI, (Albertin) noble de Padoue, né en 1587, mort évêque de Cénéda, dans l'état Vé- nitien, en 1667; professa dans l'université de sa patrie le droit civil & la philosophie morale. Il fut l'ami de *Tassoni*, de *Galilée* & du savant *Pignorius*, dont il prit la défense dans un écrit particulier. On lui doit un *Éloge* de la poésie, prononcé dans l'académie de *Rico-* *vrati*, des notes sur le poème *Della Secchia rapita*, & un *Traité* de *Archivis antiquorum*, que la marquis *Poleni* a publié dans ses supplémens aux antiquités de Rome.
BARJESU, *Voyez* ELYMAS.
BARJOLS, (Elias de) né en Agénois, s'occupa d'abord du né- goce comme son père; mais ayant de l'esprit & une belle voix, le métier de jongleur lui parut préférable. On le vit bientôt faire les délices d'*Alphonse II*, comte de Provence, & après la mort de celui-ci, *Garsende de Sabran*, sa veuve, devint l'objet de ses chan- sons. Il nous en reste quatorze, parmi lesquelles on peut distinguer celle-ci : « Pour plaire à Madame, je voudrois prendre les perfections des meilleurs chevaliers & les réunir en moi. J'enlèverais à *Aimar* sa politesse, à *Trincalco* sa gentillesse, à *Randos* sa générosité, au *Dauphin* ses réponses obligeantes, à *Pierre de Mauléon* sa plaifanterie, au se- gneur *Beraud* sa bravoure, à *Ber- trand* son esprit, au beau *Castillon* sa courtoisie, à *Nebles* sa magni- ficence, à *Miravals* ses chansons, à *Pons de Capduel* sa gaieté, à *Ber- trand de la Tour* sa droiture. Un tel amant seroit parfait, & tous deux, ô Madame! vous ne sauriez man- quer de vous aimer à cause de la ressemblance. » *Garsende*, en 1222, prit l'habit monastique dans le mo- naître de la *Celle*, & à son imi- tation *Barjols* se fit moine chez les hospitaliers de *Saint-Benoît* d'Avi- gnon. I. BARLAAM, (S.) naquit dans un village près d'Antioche, & passa sa jeunesse dans les travaux de l'agriculture. Ses vertus, sa piété sincere le firent remarquer des satellites de *Diocletien*, persé- cuteur des Chrétiens. *Barlaam* soul- frit divers tourmens. On dit qu'il se laissa brûler la main, dans laquelle on avoit placé des char- bons ardens, plutôt que de sacri- fier à l'idolâtrie. S. Bafile & S. Jean Chrysostôme ont écrit son panégy- rique.
II. BARLAAM, hermite Indien, dont la vie, ou plutôt le roman religieux a été écrit par S. Jean Damaçène. C'est ainsi que le savant Huet parle de cet ouvrage: « C'est un roman, mais spirituel: il traite de l'amour; mais de l'amour divin: l'on y voit beaucoup de sang ré- pandu; mais c'est du sang des Mar- tyrs... Non que je veuille soutenir que tout en soit supposé: il y au- roit de la témérité à désavouer qu'il y ait jamais eu de Barlaam. Le témoignage du martyrologe Romain qui le met au nombre des Saints ne permet pas d'en douter. —Cet ouvrage, soit pour la manière dont il est écrit, soit pour l'agré- ment de son invention, soit pour la piété, a été si fort goûté des Chrétiens d'Égypte, qu'il a été traduit en langue Cophte, & qu'il est aujourd'hui assez commun dans leurs bibliothèques. »
III. BARLAAM, moine Grec de S. Bafile, né à Seminara, dans la Calabre, se distingua au 14e siècle par son savoir dans la théologie, la philosophie, les mathématiques & l'astronomie. Etant passé en Orient pour y apprendre la langue Grecque, il s'acquit les bonnes graces d'Andronic le jeune, empe- reur de Constantinople l'an 1339, qui le fit abbé de Saint-Sauveur. Ce prince l'envoya en Occident pour proposer la réunion de l'église Grecque avec la Latine, & sur- tout pour implorer les secours des princes Chrétiens contre les Ma- hométans. Ses Lettres à ce sujet ont été imprimées à Ingolfsad, 1604, in-4.º Barlaam, de retour en Orient, eut de vives disputes avec Palamas, moine célèbre du mont- Athos: c'étoit le chef d'une secte de Quiétistes, qui, en appuyant leur barbe sur la poitrine, & fixant leurs regards vers le nombril, croyeient voir la lumière écla- tante qui parut aux Apôtres sur le Thabor. Ces visionnaires soute- noient qu'elle étoit incréée. Bar- laam s'éleva contr'eux de vive voix & par écrit; mais ayant été com- damné par les sectateurs de ces contemplatifs, il abandonna l'O- rient, pour repasser en Occident. Etant à Constantinople, il écrivit contre les Latins; devenu évê- que de Giéraci, il écrivit contre les Grecs: ce qui a donné lieu à quelques auteurs de distinguer deux Barlaam. On trouve dans Canissus, les Traités de cet auteur pour prou- ver la procession du Saint-Esprit & la primauté de l'église de Rome. Le siège de son évêché fut trans- féré à Locri, par le crédit de Pétrarque, à qui, dans le temps de son ambaffade à Avignon, il avoit montré un peu de Grec. Barlaam mourut dans cet évêché, vers 1348. I. BARLÆUS, (Gaspard) né à Anvers en 1584, d'abord mi- nistre en Hollande, défendit Ar- minius, & fut privé de ses emplois par les Gomariïtes. Il professa en- suite la philosophie à Amsterdam, où il mourut en 1648. On a re- marqué que, durant sa dernière maladie, il croyoit être tantôt de verre, tantôt de beurre ou de paille, & qu'il craignoit d'être cassé, fondu ou brûlé. On a de lui un volume de Harangues estimées, autant que peuvent l'être des écrits qui n'apprennent rien. Ses Poésies ont été imprimées à Leyde, en 1628 & 1631, in-9.º On y trouve plus de génie que d'art, & plus de feu que de correction. On a encore de lui des *Lettres*, Amsterdam 1667, 2 vol. in-12; & une *Histoire du Brésil*, ibid. 1647, in-fol.
II. BARLÆUS, (Lambert) professeur de Grec dans l'académie de Leyde, étoit frère du précédent. Il parloit, dit-on, le Grec, comme l'idiome maternel; ce qui lui mérita, de la part des états des Pays-Bas, la commission de traduire en cette langue, avec Jacques Révius, la Confession des Eglises réformées. Il mourut en 1655. On a de lui le *Timon de Lucien*, avec des notes utiles, & un bon *Commentaire* sur la *Théogonie d'Hésode*.
BARLAND, (Adrien) natif de Barland, village de la Zélande, professeur d'éloquence à Louvain, mourut en 1542, après avoir publié plusieurs ouvrages. Les principaux font : I. Des *Notes* sur *Térence*, sur *Virgile*, sur *Prince* le jeune, sur *Ménandre*. II. Un *Abrégé de l'Histoire universelle*, depuis J. C. jusqu'en 1532, in-8.º, 1603. III. La *Chronique des Ducs de Brabant*, traduite en françois, avec figures, 1603, in-fol. IV. *De litteratis Urbis Romae principibus*, in-4.º; & d'autres ouvrages.
BARLETTA, (Gabriel) religieux Dominicain, ainsi appelé, selon quelques-uns, parce qu'il étoit né à Barletta, ville du royaume de Naples; d'autres prétendent qu'il étoit d'Aquino, au même royaume, & que *Barletta* fut le nom de sa famille. Ce Jacobin se distingua dans le 15.º siècle par ses *Sermons*, où le burlesque le plus plat paroissoit à côté de ce que nous avons de plus sacré. Le style en est si bas, les plaisanteries si lourdes & si déplacées, que les FF. Prêcheurs soutinrent que *Barletta* n'a pas prononcé la plupart de ces discours. Quoi qu'il en soit, *Barletta* prêchoit à peu près comme *Antoine d'Aréna* rimoit; commençant une phrase en langue vulgaire, la continuant en latin, & la finissant en grec; citant *Virgile* après *Moïse*, & plaçant *David* à côté d'*Hereule*. Ses quolibets, son style burlesque, étoient une profanation de la parole de Dieu. Ce prédicateur, examinant par exemple, pourquoi le Saint-Esprit différa sa venue dans le monde, attribue ce délai à la peur d'être traité de la manière que le Fils de Dieu l'avoit été. Il ne fait finir la dispute entre le Père & le Saint-Esprit que par cet expédient : « Le Saint-Esprit s'avisa de prendre la forme de vent & de feu, afin de ne courir aucun risque parmi les hommes. » Les fables d'*Esepe* entrent aussi dans les sermons de *Barletta*; & il donne un tour naïf & original à ces petits récits, qui y répand je ne sais quoi de piquant & d'agréable. Ce pieux farceur avoit de la vogue de son temps. On fit même ce proverbe à son occasion. *Nescit prædicare, qui nescit Barletare*: proverbe digne de celui qui en étoit le sujet. Il y a eu plus de vingt éditions de ses Sermons. La meilleure est celle de Venise, 1577, 2 vol. in-8.º
BARLOTTA, (Joseph) poète Sicilien du siècle passé, a laissé des *Œuvres de morale*, des *Odes*, des *Sonnets*, des *Cantates*, & d'autres pièces de poésie.
BARLOW, (Thomas) professeur de théologie à Oxford, évêque de Lincoln sous *Charles II*, mourut en 1690. Il est auteur d'un *Ouvrage*, traduit en françois, in-12, sur l'*excommunication & la déposition des Rois*. Il y prouve ce qui n'a pas besoin d'être prouvé, que le pape ne peut pas déposer les rois. ni faire présent de leurs états à qui bon lui semble. Il a beaucoup écrit contre les Catholiques Romains. — Il y a eu du même nom un célèbre horloger, qui inventa, en 1676, les pendules à répétition, & qui, environ quinze ans après, imagina les montres de la même espèce. Il eut pour rival dans le même genre un habile artiste nommé Quare, dont les montres obtinrent la préférence sur celles de BARLOW; mais la gloire de l'invention reste toujours à celui-ci.
BARNABÉ, (Saint) de la tribu de Lévi, naquit dans l'isle de Chypre. Ayant goûté la doctrine de J. C., il vendit une terre & en donna le prix aux Apôtres. Il fut envoyé à Antioche, pour affermir les nouveaux disciples. Il alla ensuite à Tharse en Cilicie, pour amener S. Paul à Antioche, où ils furent déclarés tous deux Apôtres des Gentils. Ils annoncèrent l'Évangile ensemble en divers lieux, jusqu'à ce qu'il allât en Chypre, avec S. Marc, où les Juifs de Salamine le lapiderent, suivant la plus commune opinion. Nous avons une Lettre sous le nom de cet apôtre, déterrée par le Père Ménard, dans un manuscrit de l'abbaye de Corbie : elle a été publiée en 1645, in - 4°, par Dom Luc d'Achéri. Cette Lettre se trouve encore, en grec & en latin, dans le Recueil des Pères Apostoliques de Cotelet, réimprimé à Amsterdam en 1724, par les soins de le Clerc. Elle y est même accompagnée des jugemens & des notes de plusieurs savans.
BARNABITES, V. FERRARI & MARINIS.
BARNAVE, (Antoine-Pierre-Joseph-Marie) né à Grenoble en 1751, suivit d'abord la carrière du barreau au parlement de cette ville, & fut élu député à la première assemblée nationale. Sa jeunesse ne l'empêcha pas de s'y placer bientôt dans le rang des premiers orateurs. Une diction facile, une logique pressante, l'art de ne jamais perdre de vue l'objet principal, d'y ramener toujours la discussion, assurèrent ses succès. Il acquit la plus grande popularité, en déclamant avec colère contre les ministres & la noblesse, en devenant l'interprète des délibérations du club des Jacobins, en voyant par-tout des conspirateurs, en appellant les hommes aux chimeres d'une égalité primitive. Il perdit cette popularité, en témoignant quelque intérêt à la famille royale, ramenée de Varenne à Paris; en parlant avec énergie pour l'inviolabilité du monarque; en reconnoissant sur la fin de l'assemblée qu'une constitution trop démocratique pouvoit ouvrir sur la France mille sources de haines & de calamités; & en annonçant que la liberté étoit un superflu pour le peuple. De retour dans sa patrie, Barnave y fut emprisonné, & resta quinze mois dans la solitude de la détention. Là, il apprit par son expérience que le peuple abandonne bientôt qui l'a flatté, ou ne s'en rappelle que pour l'immoler. Conduit à Paris devant le tribunal révolutionnaire, il y parut avec nobleesse, y parla en sage qui prise peu la vie, mais qui fait la défendre pour épargner un crime à ses assassins. Jamais son éloquence ne fut plus douce, moins emportée, plus persuasive. Ses juges eux-mêmes furent entraînés; & on vit le moment où, oubliant la loi de proscription qui leur étoit imposée, ils alloient l'absoudre. Barnave périt sur l'échafaud à 32 ans, le 29 novembre 1793 : plusieurs de ses discours & de ses rapports ont été imprimés. I. BARNÈS, (Jean) né en Angleterre, supérieur des Bénédictins à Douai, se retira à Paris vers l'an 1624, pour éviter les poursuites de l'Inquisition; mais ayant écrit avec peu de ménagement sur des matières délicates, il fut conduit à Rome en 1625, & mis dans la prison de ce tribunal. Il y mourut trente ans après. On a de lui un *Traité contre les équivoques*, en latin, imprimé en 1625, in-8°, traduit la même année en françois; & un autre intitulé : *Catholico-Romanus pacificus*, qui fut cause de ses disgraces : on le trouve dans le *Fasciculus rerum expetendarum*, de Grotius.
II. BARNÈS, (Josué) professeur de Grec à Oxford, naquit à Londres en 1654, d'un marchand de cette ville, & mourut en 1712 à 58 ans. Il avoit quelques sentimens singuliers : il soutenoit fermement que les péchés spirituels, tels que l'orgueil, la médisance, &c., offensioient infiniment plus la Divinité, que ceux qu'on commet en se livrant aux sens. Il croyoit que la charité ne demeure jamais, ou bien rarement, sans récompense dans cette vie. Cette opinion étoit tellement entrée dans son esprit, qu'il donna un jour le seul habit qu'il avoit, à un misérable qui vint à sa porte; & il racontoit souvent qu'il avoit reçu des dons extraordinaires de personnes inconnues, pour des aumônes de ce genre. Le mariage qu'il fit en 1700, dut le confirmer dans cette idée. Mad. *Musson*, son admiratrice, veuve d'environ 45 ans, qui avoit un douaire de deux cents livres sterling par an, se rendit à Cambridge, pour lui rendre ses hommages & lui de- mander la permission de lui léguer cent livres sterling de rente après sa mort. *Barnès* s'excusa d'accepter le don, à moins qu'elle n'y joignit celui de sa personne, qui n'étoit rien moins qu'agréable. La dame l'estimoit & l'aimoit trop, pour rien refuser à Josué, pour lequel, disoit-elle, le *Soleil* s'étoit arrêté; & elle l'épousa peu de temps après. Nous avons de lui : I. Une édition d'*Homère*, Cambridge 1710, 2 vol. in-4°, qui est très-estimée pour les scolies, les remarques & les variantes dont il l'a enrichie. On y trouve aussi une version latine fort exacte. II. Une autre, qui ne l'est pas moins, d'*Euripide*, (*Voy. ce mot.*) Cambridge, 1694, in-fol. L'éditeur avoit une connoissance parfaite de la langue grecque, qu'il écrivoit & parloit avec facilité; mais il ne put faire passer dans sa traduction, les beautés & le sublime du poète qu'il publioit. III. L'*Histoire* d'*Esther*, en vers grecs, avec la version latine, Londres 1679, in-8°. IV. *Anacreon Christianus*, Cambridge 1705, in-12. V. *La création du Monde*, & le *Cantique des Cantiques*, en vers anglois, in-8°. VI. *Vie d'Édouard III*, 1688.
BARNEVELDT, (Jean d'Olden) avocat-général des États de Hollande, acquit l'estime de la République & des Puissances étrangères, dans ses négociations & dans ses ambaffades. On peut le compter parmi les fondateurs de la liberté de sa patrie. *Henri IV* & la reine *Élisabeth*, bons juges du mérite, faisoient beaucoup de cas de cet habile négociateur. Il avoit l'art de prêter les affaires sans précipitation affectée, & de les reculer sans indolence. Son talent de pénétrer les secrets d'autrui en cachant les fiens, fut plus d'une fois utile à sa république. Il fut le principal auteur de la Trève de 1609, conclue pour douze ans entre l'archiduc & les États. Il empêcha ses concitoyens de prendre part aux troubles de Bohême, dont Maurice, prince d'Orange, vouloit profiter pour avancer sa fortune. Les vues de ce prince ambitieux l'inquiétoient; il crut y mettre une digue en opposant les Arminiens aux Gomaristes, partisans de ce prince. On ne vit dès-lors, qu'écrits injurieux, que faryres sanglantes, entre les deux partis, que libelles diffamatoires contre les magistrats. Les ministres se déchiroient dans les chaires, & les ouailles épouioient la querelle des pasteurs dans l'intérieur des maisons & dans les places publiques. On n'entendoit parler que de la grace & de la prédestination; c'étoit le sujet de la dispute. Grotius engagea le roi Jacques à écrire aux États-généraux, pour les exhorter à tolérer les deux partis; & on publia, en conséquence des lettres du roi d'Angleterre, un décret par lequel il étoit ordonné aux ministres d'enseigner, que le principe & l'accroissement de la foi venoient de la grace que JÉSUS-CHRIST nous a méritée; que Dieu n'a créé personne pour le damner; qu'il n'impose à personne la nécessité de pécher, & qu'il a la volonté de sauver tous les fidèles. Il leur étoit en même temps défendu de traiter les questions obscures qui partageoient les esprits. Cette ordonnance accommodoit fort les Arminiens; mais les Gomaristes crièrent bientôt, que le remède, loin de guérir le mal, ne faisoit que l'aigrir. Persuadés que la religion dominante étoit sur les bords du précipice, si l'on en venoit aux dernières extrémités, ils rompi- rent tout commerce avec leurs adversaires. Les Arminiens déclamerent à leur tour contre la démarche des Gomaristes. Des plaintes on en vint aux injures, des injures aux coups, & tout paroissoit annoncer une guerre civile, lorsque l'ambassadeur d'Angleterre représenta aux États-généraux, que la division alloit entraîner la ruine de la république; que la connoissance des affaires de cette nature n'étoit pas du ressort des magistrats, & appartenoit au Synode national, qui seul devoit décider laquelle des deux opinions étoit la plus conforme à la parole de Dieu, ou du moins de quelle façon on pouvoit tolérer l'une & l'autre. On affembla donc un synode à Dordrecht, composé des députés de toutes les églises Calvinistes de l'Europe, excepté de celle de France, en 1618 & 1619. Cette affemblée condamna les Arminiens avec autant de sévérité que s'ils n'avoient pas été de la même communion. Barnevelde, jugé par vingt-six commissaires, eut la tête tranchée le 13 mai 1619, sous prétexte d'avoir voulu livrer sa patrie à la monarchie Espagnole: lui qui avoit travaillé avec tant de zèle pour soustraire son pays à cette puissance. Né avec les vertus des derniers soutiens de la république Romaine, il en eut le fort funeste. On lui envoya le ministre Walacus pour le préparer à la mort: Barnevelde écrivait dans le moment à sa femme. Lorsqu'il vit entrer ce ministre, il lui dit qu'il étoit vieux & suffisamment préparé depuis long temps, & qu'ainsi il pouvoit s'épargner cette peine. Le ministre insista: Asseye-vous donc, lui dit Barnevelde, jusqu'à ce que j'aie fini ma lettre. Lorsqu'elle fut achevée, il demanda à ce Walacus qui il étoit; discutait avec lui quelques points de religion, & ne cessà de protester de son innocence. Sur quelques représentations du ministre, il lui dit : Quand j'avois l'autorité, je gouvernois selon les maximes de ce temps-là ; & aujourd'hui je suis condamné à mourir selon les maximes de celui-ci. — Ses deux fils René & Guillaume, ayant formé le dessein de venger la mort de leur père, entrèrent dans une conspiration qui fut découverte. Guillaume prit la fuite ; René fut pris & condamné à mort. Son illustre mère demanda sa grace au prince Maurice, qui lui répondit : Il me paroît étrange que vous fassiez pour votre fils ce que vous avez refusé de faire pour votre mari ! Cette mère, digne épouse de Barnevelde, lui répartit avec indignation : Je n'ai pas demandé grace pour mon mari, parce qu'il étoit innocens ; mais je la demande pour mon fils, parce qu'il est coupable. La Lettre de Barnevelde à sa femme & à ses enfans avant d'être conduit au supplice, qu'on trouve dans les Præstancium virorum Epistolae, est un monument de tendresse & de grandeur d'ame.
BARO, (Sparano) de Bari, célèbre jurisconsulte, mérita l'estime de Charles d'Anjou, qui le fit son chancelier en Provence, & lui donna plusieurs seigneuries. On lui doit un Corps de lois & des coutumes de Bari, & un ouvrage en latin, sous le titre de Rosaire des vertus & des vices, imprimé à Venise en 1571.
II. BARO, (Balthasar) de l'académie Françoise, né à Valence, mourut en 1649. Il acheva l'Astré de d'Urfé. On a de lui quelques Pièces de Théâtre, qui ne sont pas sans mérite ; on estime sur-tout sa Parthénie.
BAROCCI, (François) noble Vénicien, vivoit dans le 16e siècle, & fut bon mathématicien. A sa mort, sa bibliothèque & ses manuscrits furent vendus par ses héritiers, & passèrent en Angleterre. Le plus remarquable de ses écrits est intitulé : Rithomachia. Il a pour objet un ancien jeu attribué à Pythagore, Auguste, duc de Brunswick & de Lunebourg, le traduisit en allemand, & le fit imprimer à Leipfick en 1616, sous le nom de Gustave Séléno ; le premier est l'anagramme d'Auguste ; le second, qui signifie la lune en grec, fait allusion à la ville de Lunebourg dont il étoit souverain.
BAROCHE, (Frédéric) peintre, né à Urbin en 1528, mort dans la même ville en 1612, trouva dans sa famille les secours qu'il pouvoit désirer pour son art. Son père, sculpteur, lui montra à modeler, & il apprit de son oncle, qui étoit architecte, la géométrie, l'architecture & la perspective. Il représentoit sa sœur pour les têtes des Vierges, & son neveu pour les Jésus. Le cardinal de la Rovère prit sous sa protection ce célèbre artiste qui n'avoit pour lors que vingt ans, & l'occupa dans son palais. Ce peintre fut empoisonné dans un repas, par un de ses envieux. Les remèdes qu'il prit aussitôt lui sauvèrent la vie ; mais il ne recouvra point entièrement sa santé, qu'il traîna languissante jusqu'à l'âge de 84 ans. Il ne pouvoit travailler que deux heures par jour. Ses infirmités lui firent refuser plusieurs places honorables, que lui présentèrent le grand duc de Florence, l'empereur Rodolphe II, & Philippe II, roi d'Espagne. On rapporte qu'à Florence, le duc François I voulant savoir le jugement que Baroche portétoit des tableaux qui ornoient son palais, le conduisit sous l'habillement de de son concierge ; l'interrogeant, & jouissant du plaisir de pouvoir, par un dehors simple, mettre le peintre à son aise, & s'entretenir librement avec lui. Baroche a fait beaucoup de Portraits & de Tableaux d'histoire ; mais il a sur-tout réussi dans les Sujets de dévotion. Son usage étoit de modéler d'abord en cire les figures qu'il vouloit peindre, ou bien il faisoit mettre ses élèves dans les attitudes propres à son sujet. Il a beaucoup approché de la douceur & des graces du Corrège ; il l'a même surpassé pour la correction du dessin. Son coloris est frais ; il a parfaitement entendu l'effet des lumières ; ses airs de tête sont d'un goût riant & gracieux. Il montroit beaucoup de jugement dans ses compositions. Il seroit à souhaiter qu'il n'eût pas outré les attitudes de ses figures, & qu'il n'eût point trop prononcé les parties du corps. On a des Dessins de Baroche, au pastel, à la plume, à la pierre noire & à la sanguine. L'on a gravé d'après ce grand-maître, & lui-même a fait plusieurs morceaux à l'eau-forte, qui pétillent de feu & de génie. Ses tableaux sont un des ornements des cabinets des curieux. I. BARON, (Éguinard) né à Saint-Pol-de-Léon, professa le droit à Bourges, avec François Duaren, son émule. Il mourut en 1550, âgé de 55 ans, & laissa quelques Ouvrages, Paris 1562, in-fol.