II. BARON, (Vincent) Dominicain du diocèse de Rieux, est auteur d'une Théologie Morale, en latin, 5 vol. in-8°, à Paris 1666. Il mourut en 1674, après avoir occupé la place de provincial, & celle de définiteur-général au chapitre de 1656. Sa Théologie n'a guères eu de cours que parmi ses confrères.
III. BARON, (François) né à Marseille en 1620, consul de France à Alep, rétablit le commerce du Levant presque entièrement ruiné. Le grand Colbert, instruit des biens qu'il avoit faits à Alep & dans toutes ses dépendances, voulant procurer les mêmes avantages au commerce des Indes-Orientales, l'envoya à Surate en 1671 ; &, pendant douze ans d'administration, il fit fleurir le commerce de France, & le fit respecter des étrangers. Il mourut en 1683, dans de grands sentimens de religion, honoré comme un modèle de droiture & de bien-faissance, par les Gentils mêmes & les Mahométans, qui prièrent sur son tombeau. C'est de lui que le célèbre Nicole tenoit toutes les pièces justificatives de la doctrine des Églises Syriennes sur l'Eucharistie, dont il a enrichi sa Perpétuité de la Foi.
IV. BARON, (Michel) fils d'un marchand d'Iffoudun qui se fit comédien, entra d'abord dans la troupe de la Raisin, & quelque temps après dans celle de Molière. Baron quitta le théâtre en 1696, par dégoût ou par religion, avec une pension de mille écus que le roi lui faisoit. Il y remonta en 1720, âgé de 68 ans ; & il fut aussi applaudi, malgré son grand âge, que dans sa première jeunesse. A ces vers de Cinna : Soudain vous eussiez vu, par un effet contraire, Leurs fronts pâlir d'horreur & rougir de colère... On le vit, dans la même minute, pâlir & rougir comme le vers l'indi-quoiit. Il finit sa première & sa seconde carrière dramatique, en 1709, par le rôle de *Venceslas*, dans la tragédie de ce nom par *Rotrou*. Oppresse par son asthme, il s'arrêta sur ce vers : *Si proche du cercueil où je me vois descendre*. Il ne put achever son rôle ; mais les applaudissemens le suivirent long-temps, pour la dernière fois, jusques derrière le théâtre. On l'appella, d'une commune voix, le *Roscius* de son siècle. Il disoit lui-même, dans ses enfoufiasmes d'amour-propre : *Que tous les cent ans on voyoit un CÉSAR ; mais qu'il en falloit deux mille pour produire un BARON*. Un jour son cocher & son laquais furent battus par ceux du marquis de *Biran*, avec lequel *Baron* vivait dans cette familiarité, que la plupart des jeunes seigneurs permettent aux comédiens. *M. le Marquis*, lui dit-il, *vos gens ont maltraité les miens ; je vous en demande justice*. Il revint plusieurs fois à la charge, se fervant toujours du même terme de *vos gens* & *des miens*. *M. de Biran*, choqué du parallele, lui répondit : *Mon pauvre Baron, que veux-tu que je te dise ? pourquoi as-tu des gens ?* On ajoute qu'il pensa refuser la pension que *Louis XIV* lui avoit donnée, parce que l'ordonnance portoit : « Payez au nommé *Michel Boyron*, dit *Baron*, etc. » Cet acteur, né avec tous les dons de la nature, les avoit perfectionnés par l'art : figure noble, voix sonore, geste naturel, goût sûr & exquis. *Racine*, si versé dans l'art de la déclamation, voulant faire jouer aux comédiens son *Andromaque*, avoit, dans la distribution des rôles, réservé à *Baron* celui de *Pyrrhus*. Après avoir montré l'intelligence de plusieurs personnages aux acteurs qui devoient les représenter, il se tourna vers *Baron* : *Pour vous, Monsieur, je n'ai point d'instruction à vous donner ; votre cœur vous en dira plus que mes leçons n'en pourroient faire entendre... Rous-* *feau* fit ces quatre vers pour son portrait : *Du vrai, du pathétique il a fixé le ton.* *De son art enchanteur, l'illusion divine* *Prétoit un nouveau lustre aux beautés de Racine ;* *Un voile aux défauts de Pradon :* *Le Sage* prétend néanmoins que, dans les derniers temps de *Baron*, cet acteur avoit une prononciation un peu affectée, & que sa voix tremblante donnoit un air antique à sa prononciation. Pour se donner un air de jeunesse, il teignoit ses cheveux & ses fourcils, & réparoit par beaucoup d'art les outrages du temps. *Baron* prétendoit que la force & le jeu de la déclamation étoient tels, que des sons tendres & tristes, transportés sur des paroles gaies & même comiques, n'en arrachoient pas moins de larmes. On lui a vu faire, plus d'une fois, l'épreuve de cet effet surprenant sur la chanson si connue : Paris sa grand'ville, &c.* *Baron*, ainsi que les grands peintres & les grands poètes, sentoit bien que les règles de l'art n'étoient pas faites pour rendre le génie esclave. *Les règles*, disoit ces acteurs sublimes, défendent d'élever les bras au-dessus de la tête ; mais si la passion les y porte, ils feront bien ; la passion en fait plus que les règles. Il mourut à Paris, le 22 décembre 1729, âgé de 77 ans. Son esprit brilloit dans la conversation comme sur le théâtre. Il savoit une infinité de bons contes, qu'il rendoit d'une manière originale, & qui auroient fait encore plus de plaisir s'il ne les avoit racontés avec cet air imposant qui commande l'attention. On a imprimé, en 1760, 3 vol. In-tz de Pièces de Théâtre, sous le nom de ce comédien ; mais on présume, peut être injustement, qu'elles ne font pas toutes de lui. On attribua l'Andrienne au Père de la Rue, dans le temps même qu'elle fut représentée. C'est à quoi Baron fit allusion dans l'avertissement qu'il mit à la tête de cette pièce : « J'aurois ici un beau champ, dit-il, pour me plaindre de l'injustice qu'on m'a voulu faire. On a dit que je prêtois mon nom à l'Andrienne... Je tâcherai d'imiter encore Térances, & je répondrai ce qu'il répondit à ceux qui l'accusent de ne prêter que son nom aux ouvrages des autres (Scipion & LeLus). Il disoit qu'on lui faisoit beaucoup d'honneur de le mettre en commerce avec des personnes qui s'attiroient l'estime & le respect de tout le monde. » Les autres pièces qui méritent quelque attention, sont l'Homme à bonne fortune, la Coquette, l'École des Pères, &c. L'intelligence théâtrale qui règne dans ces pièces, est peut-être une preuve qu'elles sont de Baron. Le dialogue en est vif, les scènes en sont variées : rarement elles offrent de grands tableaux ; mais l'auteur fait copier d'après nature certains originaux, aussi importants dans la société qu'amufans sur la scène. On voit que l'auteur avoit étudié le monde autant que le théâtre. Quant à la vérification, si Baron étoit acteur excellent, il n'étoit que poète médiocre. L'abbé d'Allainval a publié des Lettres sur Baron & la le Convir. Voyez BIANCOLELLI. — Le père de ce célèbre acteur avoit aussi, dans un degré supérieur, le talent de la déclamation. Son genre de mort est remarquable. En faisant le rôle de Don Diégue dans le Cid, son épée lui tomba des mains, comme la pièce l'exige ; & la re- pouffant du pied avec indignation, il en rencontra malheureusement la pointe, dont il eut le petit doigt piqué. Cette blessure fut d'abord traitée de bagatille ; mais la gangrenne qui y parut exigeant qu'on lui coupât la jambe, il ne le voulut jamais souffrir : Non, non, dit-il, un Roi de théâtre je ferais huer avec une jambe de bois ; & il aura mieux attendre doucement la mort, qui arriva en 1655. V. BARON, (Hyacinthe-Théodore) ancien professeur & doyen de la faculté de médecine de Paris, sa patrie, mourut le 29 juillet 1758, âgé d'environ 72 ans. Il a eu beaucoup de part à la Pharmacopée de Paris, de l'année 1732, in-4°, & a donné, en 1739, une Différation académique, en latin, sur le chocolat : An Senibus Chocolata potus ? Elle a été imprimée plusieurs fois.
VI. BARON, (Théodore) fils du précédent, docteur-regent de la faculté de médecine de Paris, membre de l'académie des sciences, marcha sur les traces de son père. Il naquit à Paris le 27 Juin 1715, & mourut le 10 mars 1763. Il avoit étudié la philosophie sous Rivard, & la chimie sous Rouelle. Ses succès répondirent aux soins de maîtres aussi célèbres. On a de lui : I. Une édition du Cours de Chimie de Lémery, augmenté, 1756, in-4°. II. Pharmacopœa Thoma Fulleri, editio castigatori. Les mémoires de l'académie des sciences, renferment plusieurs de ses écrits, & entr'autres une excellente Différation sur les propriétés du sel de tartre. Il connoissoit la théorie & la pratique de la science qu'il professoit.
VII. BARON, (Hyacinthe) doyen de la faculté de médecine de Paris, mort en 1787, âgé de 80 ans, a publié quelques écrits relatifs à sa profession. I. *Questions sur les maladies vénériennes*, 1745, in-4.º II. *Usages de la faculté de médecine de Paris*, 1751, in-12. III. *Questions médicales*. IV. *Formule des médicaments à l'usage des hôpitaux militaires*, 1758. L'auteur avoit été pendant long-temps employé dans les armées d'Italie & d'Allemagne. I. BARONI, (Adrienne-Baïle) sœur du poète *B-file*, naquit à Mantoue, & se fit admirer par son esprit, ses talens & son extrême beauté. On ne l'appelloit que la belle *Adrienne*; & on fit tant de vers pour la célébrer, qu'on en forma un tres-gros recueil, publié en 1623, sous le titre de *Teatro della gloria d'Adiana*. — *Léonor BARONI* sa fille, obtint le même honneur. En 1639, il parut à Bracciano un recueil de poésies Grecque, Latine, Italienne, Françoise & Espagnole, dont toutes les pièces étoient confacrées à son éloge. Elle les méritoit par la beauté de sa voix & l'excellence de son chant; elle s'accompagnait avec art de la viole & du thuorbe. « En l'entendant, dit un voyageur de son temps, les sens sont portés à un tel ravissement, qu'on oublie sa condition mortelle pour se croire parmi les anges, jouissant du contentement des bienheureux. »
II. BARONI, (Théodore-Cavalcabò) abbé d'Olivet en Italie, mort à Mantoue en 1774, dans la fleur de son âge, a laissé un gros recueil de *Thèses* philosophiques, & une *Dissertation* sur le culte rendu aux Martyrs, par les premiers Chrétiens. I. BARONIUS, (César) naquit le 30 octobre en 1538, à Sora, ville épiscopale du royaume de Naples. Les troubles de cet état l'obligèrent de suivre son père à Rome en 1557. S. Philippe de Neri, fondateur de l'Oratoire d'Italie, l'agrégea à sa congrégation, & s'étant démis de la charge de supérieur-général, il la lui fit donner. Il fut ensuite confesseur de *Clément VIII*, qui le fit cardinal en 1596, & bibliothécaire du Vatican. Dans le conclave où *Léon XI* fut élu, *Baronius* eut plus de trente voix pour lui. Son mérite auroit dû les réunir toutes; mais les Espagnols lui donnerent l'exclusion. Son application continuelle à l'étude lui affoiblit tellement l'estomac, qu'il ne pouvoit presque plus digérer aucune nourriture. Un dégoût extrême se joignit à cette foibleffe, & un épuisement total en fut la suite. Il mourut le 30 juin 1607, dans sa 69$^{e}$ année. Sa piété, sa rigoureuse probité, & sa douceur, embellissoient son érudition. Il a été appelé le *Père des Annales Ecclésiastiques*, à cause de ses *ANNALES Ecclésiastici*, depuis J. C. jusqu'en 1198. Ce livre, bien digéré & plein de grandes recherches, est une preuve sensible de sa capacité & de son amour pour le travail; il parut en 12 vol. in-fol. en 1593 & années suivantes. Son but, dans cet ouvrage commencé des l'âge de 30 ans, fut d'opposer à la compilation indigeste des centuriaux de Magdebourg, un livre de même nature, dans lequel l'église Catholique seroit vengée des imputations dont la chargeoient ces herétiques. L'exécution ne répond pas toujours au zèle de l'auteur. *Baronius* étoit controversé; il ne savoit qu'imparfaitement le Grec; il avoit trop de crédulité. De là, les questions de controversé qui interrompent souvent le fil de son ouvrage, ses méprises grossières dans l'histoire des Grecs, les fables qu'il adopte. Il y a de la clarté & de l'ordre dans son style; mais ni pureté, ni élégance. On défi- reroit aussi qu'il eût été exempt des préventions que son éducation & son pays lui avoient inspirées sur l'autorité temporelle des papes. Ses préjugés à cet égard l'ont plus d'une fois éloigné de la vérité. Par exemple, en rapportant le fer- ment par lequel Frédéric I promit de n'ôter ni la vie, ni les biens, ni l'honneur au pape Adrien IV, il a mis en marge en gros carac- tère : SERMENT DE FIDÉLITÉ FAIT AU PAPE PAR L'EMPEREUR FRÉDÉRIC : A Friderico præscriptum juramentum fidelitatis Papa. Je de- mande à tout lecteur fêché, si c'est là un ferment de fidélité ? Le père Pagi cordelier, Isaac Cafaubon, le cardinal Noris, Tillemont, &c. ont relevé bien des fautes de cet anna- liste. On a réuni la plupart des remarques de ce favans, dans une édition, d'ailleurs peu estimée, donnée à Lucques en 1733 & années suivantes, formant 28 vol. in-fol. On ne peut nier, en la par- courant, que Baronius n'ait fait bien des méprises; mais quand on entre, le premier, dans une carrière im- mense & très-épineuse, il est par- donnable de faire des faux pas. On a encore de ce favant cardinal, le Martyrologe Romain, avec des no- tes, Rome 1586, in-fol. C'est la première édition, & nous la citons, parce qu'il s'y trouve quelques fautes singulières. On y voit une Ste Xinoris, martyre d'Antioche, qui n'a jamais existé. La source de cette erreur vient de ce que l'auteur ayant lu dans S. Jean Chrysostome ce mot, qui signifie une couple, une paire, le prit pour le nom d'une Sainte. (Voyez MALVENDA.) Au reste ces fortes de méprises échap- pent aux plus habiles gens, & les fois en triomphent souvent très- mal à propos. On joint ordinaire- ment à ses Annales, la Continuation par Rainaldi, Rome 1646 & suiv. 10 vol. in-fol.; l'Abrégé du même, Rome 1667, in-fol.; la Continua- tion de Laderchis; Rome 1728, 3 vol. in-fol.; la Critique de Pagi, 4 vol. in-fol. 1705; & Apparatus, Lucques 1740, in-fol. La Conti- nation de Sponde, 3 vol. in-fol., n'est pas estimée, ni celle de Bavius en 9 vol. On a traduit en mauvais françois l'Abrégé de Ba- ronius, qu'a donné Sponde, 2 vol. in-fol.; & la Continuation du même, en 3 vol. in-fol.
II. BARONIUS, (Vincent) favant médecin Italien, exerçoit son art à Forlì. Il n'étoit point parent du cardinal Baronius. On lui doit un traité estimé de Peripneu- monia, imprimé à Forlì en 1636.
BAROU DU SOLEIL, (N.) né à Lyon, où il exerça avec honneur la place de procureur du roi au présidial, fut de l'académie de cette ville. Les favans étran- gers, les artistes célèbres trou- verent toujours chez lui l'accueil le plus flatteur. Il eut des amis, & fut les conserver par les dou- ceurs de sa société, son plaisir à obliger, & les qualités de son cœur. Personne ne débitoit mieux que lui les vers. On lui doit des Tra- ductions de quelques écrits anglois & un Éloge de son compatriote Prost de Royer, Lyon 1785, in-8. Ce dernier ouvrage est plein de philosophie & de sensibilité. Pro- nonce au palais de Lyon, la foule y fut immense, & ne l'en- tendit pas sans enthousiasme. Barou du Soleil paya de sa vie l'estime & la renommée qu'il s'étoit acquises dans sa partie. Les révolutionnaires l'immolèrent après le siège de Lyon, à la fin de 1792.
BAROZZI, (Pierre) né à Venise, mort en 1507, devint évêque de Belluno, dans la marche de Tréville, & ensuite de Padoue. Ses ouvrages respirent la piété, la douceur & toutes les vertus de son état. Les principaux sont : I. Moyen de bien mourir. II. Des Hymnes. III. Un recueil de Prières pour demander la pluie, l'abondance, la ferénité du ciel, la fuite des maladies contagieuses, &c. Ils font en latin.
BAROZZIO, Voy. VIGNOLE.
BARRABAS, meurtrier & homme fœdieux, destiné à la mort, que Pélate délivra, à la prière des Juifs, préterablement à JÉSUS, suivant la coutume usitée chez les Juifs de délivrer tous les ans, à Pâques, un malfaiteur.
BARRADAS, (Sébastien) Jésuite de Lisbonne, né en 1542, prêcha avec tant de succès, qu'on lui donna le titre d'Apôtre du Portugal. Il mourut en odeur de sainteté, l'an 1615. Ses Ouvrages, imprimés à Cologne en 1628, font en 4 vol. in-fol., parmi lesquels on distingue son Itinerarium filiorum Israel ex Egypto in terram promiffionis, imprimé séparément à Paris, 1620, in-fol.
BARRAL, (l'Abbé Pierre) né à Grenoble, & mort à Paris le 21 juillet 1771, vint de bonne heure dans cette ville, où il se chargea de quelques éducations. Pour tenir à quelque chose, il s'étoit fait Janfeniste, & il étoit un de ceux qui parloient & qui écrivoient avec le plus de violence contre les ennemis de Port-royal. Il développa ses sentimens dans son Dictionnaire historique, littéraire & critique des Hommes célèbres, 1759, 6 vol. in-8.º L'enthousiasme & l'animofité, ces deux passions si ridicules dans un homme de lettres, si dangereuses dans un historien, ont dirigé l'auteur & l'ont égaré. Les éloges les plus outrés & les injures les plus atroces, se présentent tour-à-tour à sa plume. Dans les articles des ennemis de la Bulle, il emploie toutes les hyperboles des oraisons funèbres. On a dit, avec quelque raison, que ce livre étoit le Martyrologue du Janfenisme, fait par un Convulsionnaire. Malgré ce défaut, son Dictionnaire fut lu avec plus de plaisir que celui de Ladvocat, parce que dans les articles, des savans, des poètes, des orateurs, des gens de lettres, il écrivit avec feu & les jugea souvent avec goût; au lieu que Ladvocat ne difoit rien du tout, ou ne difoit que des choses vagues. On a encore de lui : I. Un extrait des Lettres de Madame de Sévigné, 1768, in-12, sous le titre de Sevigniana. II. Un Abrégé estimé du Dictionnaire des Antiquités Romaines de Pitifcus, en 2 vol. in-8.º III. Un Dictionnaire historique, géographique & moral de la Bible, 1758, 2 vol. in-8.º IV. Lettres fut l'ouvrage intitulé : Querelles littéraires, 1762, in-12. — L'abbé Barral avoit de la littérature, une conversation animée, & un style fort & vigoureux, mais négligé & incorrect. I. BARRE, (Pierre la) Voyer BARRIÈRE, n.º II.
II. BARRE, (Pierre) médecin du dernier siècle, a publié quelques ouvrages sur sa profession. I. Un Traité sur l'abus de l'antimoine. II. Un autre sur l'usage de la glace. III. Un autre De vers terminis partis humani.
III. BARRE, (François Poullain de la) naquit à Paris en juillet 1647. Il s'alonna à la philosophie, aux belles-lettres & à la théologie. Il joignit à ses études, celle de l'Écriture sainte & de la tradition ; mais il conçut tant de dégoût pour la scolastique, qu'il renonça au dessein d'être docteur de Sorbonne. Il eut ensuite la cure de la Flamingrie, dans le diocèse de Laon, qu'il quitta pour se retirer à Genève. Le curé la Barre s'y maria l'an 1690. Il enseigna d'abord la langue Françoise aux jeunes étrangers, jusqu'à ce qu'il eût une chaire dans le collège de Genève. Il y mourut en mai 1723, à 76 ans. Il avoit été déclaré Citoyen. On a de lui un traité De l'égalité des deux sexes, in-12, 1673. Il publia ensuite un traité De l'excellence des Hommes, contre l'Égalité des sexes, in-12 : sujet qui ne peut être qu'un jeu d'esprit. Il a donné encore un Traité de l'éducation des Dames, & le Rapport de la Langue Latine avec la Françoise. Tous ses ouvrages sont foiblement écrits.
IV. BARRE, (Louis-François-Joseph de la) de l'académie des Inscriptions, naquit à Tournai en 1688, & mourut à Paris en 1738, après avoir publié plusieurs ouvrages : I. Imperium Orientale, en 2 vol. in-fol. conjointement avec Dom Banduri, qui l'avoit pris pour son second. II. Un Recueil de Médailles des Empereurs, depuis Dèce, jusqu'au dernier Paléologue ; autre ouvrage, auquel Dom Banduri eut encore beaucoup de part. III. Une nouvelle édition du Spicilège de Dom d'Achéri. IV. Une autre édition du Dictionnaire de Moréri, en 1725. V. Un volume in-4° de Mémoires pour servir à l'Histoire de France & à celle de Bourgogne, connue sous le nom de Journal de Charles VI. VI. Une Vie de Lycurgue, dans les Mémoires de l'académie. VII. Une édition du Secrétaire de la Cour, & du Secrétaire du Cabinet, 2 vol. in-12, qui prouve que la Barre avoit plus d'érudition que de goût. Le discernement qu'il avoit acquis pour les vieux manuscrits, ne lui servoit pas pour les ouvrages modernes. V. BARRE, (Michel de la) musicien, étoit fils d'un marchand de vin du quartier Saint-Paul, à Paris. Il a passé avec justice pour le plus excellent joueur de flûte Allemande de son temps. Il se signala, par son talent, dans l'orchestre de l'académie royale de musique. Il mourut pensionnaire de cette compagnie, vers l'an 1744. Il a composé la musique de deux poèmes, le Triomphe des Arts & la Vénitienne, & trois livres de Trio pour la flûte.
VI. BARRE, (Joseph) chanoine régulier de Sainte-Geneviève, & chancelier de l'université de Paris, mort dans cette ville, le 23 juin 1764, âgé de 72 ans. Il entra jeune dans sa congrégation, & y fit de grands progrès dans la piété, ainsi que dans les sciences ecclésiastiques & profanes. Plusieurs ouvrages sortis de sa plume ont rempli le cours de sa vie laborieuse. Les principaux sont : I. Vindicia Librorum Deutero-Canonicorum veteris Testamenti, 1730, in-12. Ce livre offre beaucoup d'érudition. II. Histoire générale d'Allemagne, 1748, en 11 vol. in-4°. Cette Histoire, pleine de recherches, mais quelquefois inexacte, est rarement élégante. Elle prouve plus d'efforts de mémoire que de génie. On y chercheroit inutilement cet enchainement heureux, ce choix des matières, ces tableaux variés, ces réflexions fines, qui distinguent les bons historiens anciens & modernes. C'est cependant ce qu'on a de mieux en français sur l'Allemagne. Une chose singulière, c'est que l'auteur a inséré dans son ouvrage, un tres- grand nombre de faits & de discours, pris mot pour mot dans l'Histoire de Charles XII par Voltaire. Il met entr'autres, ces paroles dans la bouche de Charles-Quin: « Le pape est bien heureux que les princes de la Ligue de Smalkalde ne m'aient pas proposé de me faire Protestant; car s'ils l'avoient voulu, je ne fais pas trop ce que j'aurais fait. » On fait que c'est la réponse de l'empereur Joseph, quand le pape Clément XI se plaignit à lui de sa condescendance pour le monarque Suédois. « Il ne suffit pas, dit un critique, pour composer une bonne histoire d'Allemagne, de compiler ce qui se trouve dans nos auteurs modernes, & de le mettre bout à bout, en y faisant quelques liaisons; il faut consulter les auteurs originaux, que les Allemands ont recueillis avec soin. Mais cela est encore à faire. Aussi n'avons-nous pas de bonne histoire de ce pays : car celle de Heiff ne mérite guère ce nom; & celle de l'abbé Schmidt, traduite de l'allemand en françois est moins l'histoire des Allemands, qu'un cadre où l'auteur a cherché à placer ses systèmes. » III. Vie du Maréchal de Fabert, 1752, 2 volumes in-12. Cette histoire est curieuse; mais la diction n'en est pas assez pure, & les faits n'en font pas toujours bien choisis. IV. Histoire des Lois & des Tribunaux de Justice, 1755, in-4°; ouvrage savant. V. Le Père Barre a orné de notes l'édition des Œuvres de Bernard Vau-Espen, donnée en 1753, 4 vol. in-fol.
BARREAUX, (Jacques Vallée, seigneur des) naquit à Paris, en 1602, d'une famille de robe. Les liaisons qu'il eut avec Théophile Viaud, le jetèrent dans l'irreligion & le libertinage. On trouva parmi les papiers de ce poète, des Lettres Latines de des Barreaux, dans lesquelles l'impiété se montrait sans masque. Sa jeunesse lui épargna un châtiment exemplaire. Les plaisirs étoient sa seule occupation. Il quitta une charge de conseiller au parlement de Paris, pour goûter plus aisément les délices d'une vie voluptueuse. Ses vers, ses chansons, sa gaieté le faisoient rechercher par-tout. Il porta le raffinement du plaisir jusqu'à changer de climat, suivant les saisons. En hiver, il alloit jouir du beau soleil de Provence; ensuite il venoit occuper en Anjou la maison de Lude, qui étoit autrefois un rendez-vous de beaux esprits; puis, il visitoit Balzac sur les bords de la Charente; en automne, il se trouvoit à Chenailles sur la Loire, lieu de plaisirs & de bonne chère; il re-enoit enfin passer l'hiver à Paris. Il devint plus sage sur la fin de ses jours, & il mourut en Chrétien à Châlons-sur-Saône, où l'on trouvoit le meilleur air de France, à ce qu'il disoit, en 1673, à 72 ans. Quelque médisant, croyant que ce n'étoit pas un pur motif de piété qui l'avoit porté à changer de vie, fit alors cette épigramme : Des Barreaux, ce vieux débauché, Afficte une réforme austere; Il ne s'est pourtant retranché, Que ce qu'il ne sauroit plus faire. On ne connoit de ce fameux Épicurien, que le beau sonnet qu'il fit dans une maladie : Grand Dieu, &c. & qu'il désavoua, dit-on, lorsqu'il eut recouvré la santé. Voltaire a prétendu que ce sonnet n'est pas de des Barreaux, mais de l'abbé de Laveau. Dans le temps que des Barreaux étoit magistrat, il se chargea de rapporter un procès; & les parties pressant le jugement, il brûla les pièces, & donna la fomme pour laquelle on plaidoit. Des Barreaux demandoit ordinai- rement trois choses à Dieu : OUBLI pour le passé, PATIENCE pour le présent, & MISÉRICORDE pour l'avenir.
BARREIROS, (Gaspard) Portugais, neveu de l'historien Barros, fit le voyage de Rome, s'acquit l'estime des cardinaux Bembe & Sadolet, & mourut cha- noine d'Evora en 1610. On lui doit de savantes Observations sur les Origines de Caton, les écrits attribués à Bérose & à Manéthon, & le livre de Fabius Piëlor sur l'origine de la ville de Rome. Il est encore auteur d'une Differta- tion curieuses sur le pays d'Ophir, dont il est parlé dans l'Écriture, Anvers 1620, in-8.
BARRELIER, (Jacques) Do- minicain, botaniste estimé. Après avoir fait de bonnes études, & pris le degré de licencié en méde- cine, il entra dans l'ordre des Frères Prêcheurs. Ses talens & sa prudence, le firent clire, en 1646, affiant du général, avec lequel il parcourut la France, l'Espagne & l'Italie. Au milieu des occu- pations de cet emploi, & sans négliger ses devoirs, il trouva le moyen de s'appliquer à la bota- nique, pour laquelle il avoit un goût naturel. Il recueillit un grand nombre de coquillages & de plan- tes, & il en dessina beaucoup qui n'étoient point connues, ou ne l'étoient qu'imparfaitement. Il avoit entrepris une histoire générale des Plantes, qu'il devoit intituler : Hortus mundi, ou Orbis Botanicus. Il y travaillait fortement, lors- qu'il fut étouffé d'un asthme le 25 juillet 1673, à l'âge de 67 ans. Ce qu'on a pu recueillir de cet ouvrage, a été publié par Ant. de Juffieu, sous ce titre : Planta per Galliam, Hispanium & Italiam observatae, & iconibus æneis exhibitae, Paris 1714, in-fol.
BARRÈME, (François) né à Lyon, mort à Paris en 1703, s'est acquis quelque célébrité, par des livres d'un usage journalier. Tels font son Arithmétique, ses Comptes faits, in-12; ses Changes Etrangers, 2 vol. in-8°, &c.
BARRÈRE, (Pierre) médecin de Perpignan, mort le 1er no- vembre 1755, étoit bon pour la théorie & la pratique : il passoit pour un observateur exact. On a de lui : I. Relation & Essai sur l'Histoire naturelle de la France équi- noxiale, 1748, in-12. II. Differ- tation sur la couleur des Nègres, 1741, in-4. III. Observations sur l'origine des Pierres figurées, 1746, in-8.
BARRI, (Marcel-Ferdinand de) Italien, devint abbé d'Olivet, & publia des Sermons estimés dans leur temps. Ils ont été traduits en françois par le Dominicain Siméon, en 1610. I. BARRIÈRE, (Jean de la) né à Saint-Séré en Querci, en 1544, fut nommé abbé de Feuillans, dans le diocèse de Rieux. Sa première pensée fut de faire revivre l'esprit de l'ordre de Citeaux dans son mo- naître; mais il fut long-temps à chercher des hommes qui vou- luffent le seconder. Sixte V con- firma son nouvel institut en 1595; & l'année d'après, le roi Henri III l'appela à Paris. La ferveur de cette réforme croissoit tous les jours; on y pratiquoit les ausfé- rités les plus singulières. On dit que, pour se fortifier, ils se fer- voient de crânes humains dans les repas, au lieu de tailles. Barrière eut la douleur de voir un grand nombre de ses religieux, même des plus fervens, infectés du poison de la Ligue, & foulevés contre lui. Ces malheureux obinrent de *State V* la permission de convoquer un chapitre général à Rome. Le pape y députa le procureur-général des Frères Prêcheurs. Cet homme, plus zélé que prudent, suspendit *Jean de la Barrère* de l'administration de son abbaye, pour avoir fait son devoir, en ne se revoltant point contre son légitime souverain. On lui défendit de dire la meille, & on lui donna la ville de Rome pour prison. *Cément VIII*, instruit de cette injustice par le cardinal *Bellarmin*, défendit au Prêcheur qui avoit porté ce jugement, de jamais paroître devant lui, & fit abfoudre *Barrière*. Ce sage pontife voulut le retenir à Rome, où il mourut le 25 avril 1600, à 56 ans, en odeur de sainteté, entre les bras du cardinal d'*Offat* son ami.
II. BARRIÈRE, (Pierre) dit la *Barre*, natif d'Orléans, de matelot devenu foldat, conçut l'abominable dessein de tuer *Henri IV*. On disoit dans la dernière édition, que le P. *Varade*, recteur des Jésuites de Paris, loin de détourner ce scélérat, l'encouragea au parricide. L'auteur de cet article inculpoit ce Jésuite, d'après plusieurs Hiftoriens, & entr'autres d'après de *Bury*, qui cite de *Thou*, le *Grain*, les *Mémoires d'Etat*. Mais les apologistes du P. *Varade* le justifient par le témoignage ou le silence de divers autres Hiftoriens, tels que l'auteur du *Mercure François*, *Matthieu*, *Villeroi*, *Duplex*. Ils citent même *Henri IV*, qui, en répondant aux remontrances du président de *Harlay*, dit à ce magistrat, qu'il n'y avoit aucune charge contre *Varade*. Ce bon roi dit dans une autre occasion : *Je veux tout oublier ; je veux* *tout pardonner*. Imitons *Henri IV*, & s'il faut choisir entre les Hiftoriens qui justifient & ceux qui accusent, penchons plutôt pour les premiers. Nous nous bornons donc à dire que *Barrière*, ayant refolu d'assassiner *Henri IV*, fit part de son dessein à un Dominicain Italien, qui avoit le cœur François, nommé *Seraphin Banchi*. Ce sage religieux, n'ayant pu guérir cet esprit noir & mélancolique, fit avertir le roi par un seigneur de la cour. *Barrière* fut arrêté, tenaillé & rompu vif à Melun, le 26 août 1593. On prétend qu'il souffrit la mort sans paroître appréhender la vengeance divine, & que dans son Testament, il accusa quelques personnes de l'avoir porté à commettre son crime. Mais il y a grande apparence que ceux qu'il accusoit ne lui avoient pas dit : *Allez tuer votre roi* ; mais qu'ils avoient seulement tenu quelques-uns de ces propos indiscrets, que le faux zèle se permettoit trop facilement alors contre un prince soupçonné de favoriser les hérétiques.
BARRINGTON, (Jean-Shute) né en 1578, d'un négociant de la province de Leicester, cultiva les sciences sacrées, & la politique. La reine *Anne* l'employa dans diverses affaires; mais il fut éloigné du ministère en 1711. Devenu baron de *Barrington* par son mariage, il fut rappelé à la cour en 1720, & devint, en 1722, député de Berwick au parlement. Il mourut à Becket, le 4 décembre 1730. On a de lui divers ouvrages. Le plus connu des étrangers est une espèce d'histoire de l'établissement du Christianisme, intitulée *Miscellanea sacra*, dont la dernière édition est de 1770, 3 vol. in. 8. Il laissa plusieurs enfans ; entr'autres d'Aines Barrington, qui a écrit sur divers objets d'histoire naturelle.
BARRIO, (Gabriel) Calabrois, né dans le 16e siècle, a publié en latin quelques ouvrages d'antiquités : I. De l'antiquité & de la situation de la Calabre. II. Éloge de l'Italie. III. Apologie de la langue Latine. IV. De l'éternité de Rome.
BARROIS, (Jacques-Marie) libraire de Paris, mort dans cette ville le 20 mars 1769, âgé de 65 ans, a poussé la connoissance des livres plus loin qu'aucun de ses confrères : il en connoissait non-sédulement les éditions & le prix, mais leur contenu. Il a rédigé habilement les Catalogues de nombre de bibliothèques de son temps, entraîtres de celles de Delan, Secouffe & Falconet. I. BARROS, ou DE BARROS, (Jean) né à Vifco, en 1496, fut élevé à la cour du roi Emmanuel, auprès des Infinis. Il fit des progrès rapides dans les lettres Grecques & Latines. L'enfant Juan, auquel il s'étoit attaché, & dont il étoit précepteur, ayant succédé au roi son père en 1521, de Barros eut une charge dans la maison de ce prince. Il devint en 1522 gouverneur de Saint-George de la Mine, sur les côtes de Guinée en Afrique. Trois ans après, le roi l'ayant rappelé à la cour, le fit renforcer des Indes : cette charge lui inspira la pensée d'en écrire l'Histoire; pour l'achever, il se retira à Pombal, où il mourut en 1570, avec la réputation d'un savant estimable & d'un bon citoyen. De Barros a divisé son Histoire de l'Asie & des Indes en quatre décades. Il publia la première en 1552, la seconde en 1553, & la troisième en 1563. La quatrième ne vit le jour qu'en 1615, par les ordres du roi Philippe III, qui fit acheter le manuscrit des héritiers de Jean de Barros. Cette Histoire est en portugais. Poisevin & le président de Thou, en font de grands éloges. La Boulaye-le-Goux dit que c'est plutôt du papier barbouillé, qu'un ouvrage digne d'être lu. Il ne faut prendre ni les louanges, ni la critique, à la lettre. Barros a ramassé bien des faits que l'on chercheroit vainement ailleurs. Avec moins de goût pour l'hyperbole & plus d'amour pour la vérité, il aurait mérité une place parmi les bons historiens. Divers auteurs ont continué son ouvrage, & l'ont poussé jusqu'à la treizième décade. Il y en a une nouvelle édition, Lisbonne 1736, 3 vol. in-fol. Alfonse Ulloa l'a traduite en espagnol.
II. BARROS, (Alphonse de) auteur Espagnol, qui fut dans son pays l'un des premiers éditeurs du Guaman d'Alfarache de Mateo Aleman. Il a fait précéder cette édition d'un éloge de ce roman & de son auteur.
BARROW, (Isaac) naquit à Londres, en 1630. Il fit plusieurs voyages en France, en Italie, à Constantinople. Il demeura un an en Turquie, & lui pendant ce temps tous les ouvrages de S. Jean Chrysostome. S'étant ensuite embarqué pour retourner en Angleterre, le feu prit à son vaisseau, qui fut entièrement brûlé, avec les effets qu'il portait. Mais il eut le bonheur de se sauver avec tous ceux qui étoient dessus, & d'arriver chez lui en santé, après avoir traversé l'Allemagne & la Hollande. A son retour, il se hâta de prendre la prêtrise. Charles II, ayant été ratabli en 1660, tout le monde crut que Burrow feroit récompensé de son attachement au parti de ce prince; mais n'en recevant d'abord aucune faveur, il ne put s'empêcher de faire ce distique : *Temagis optavit rediturum, CAROLE, nemo ;* *Et nemo senfie te rediiffe minus.* Son mérite ayant été reconnu, il professa le Grec à Cambridge, & quelque temps après, la géométrie. *Tillotson* a donné une édition de ses *Œuvres* en 4 vol. in-fol., 1683 & 1687. On y trouve des *Sermons*, des *Traités de Théologie*, des *Poésies* tres-profasiques, & dont quelques vers sont à demi-barbares. On ne trouve pas dans ce recueil ses ouvrages de Mathématiques, dont les plus connus sont : I. *Lectiones Opticae*, 1669, in-4.º II. *Lectiones Geometricae*, 1670, in-4.º III. Des éditions d'*Euclide*, 1678, in-8.º, Londres; — d'*Archimède*, 1675, in-4.º; — des Coniques d'*Apollonius*, 1675, in-4.º IV. *Lectiones Mathematicæ*, Londres 1685, in-8.º Il mourut le 4 mai 1677, dans sa 48ᵉ année, avec la gloire d'avoir fait passer son nom au-delà des limites des ifles Britanniques. *Barrow* avoit beaucoup de génie pour les mathématiques : il disoit « qu'il désiroit d'aller en paradis pour les savoir parfaitement. » Il fut le maître de *Newton*, & il ébaucha le calcul des infiniment-petits : il trouva, en 1669, une méthode pour les tangentes, qui donna bientôt lieu à ce calcul. Ce qu'il y a de singulier, c'est que *Barrow* abandonna l'étude des sciences exactes où il excelloit, pour celle de la théologie où il ne fut que médiocre. Ses mœurs étoient dignes d'un philosophe Chrétien : son application au travail les lui conserva pures & irréprochables.
BARRY, (Paul de) Jésuite, né à Leucate, mort à Avignon en 1661, seroit oublié des dévots mêmes auxquels il consacra ses écrits, sans leurs titres singuliers : *Les Saints accords de Philagie avec le fils de Dieu.* — *La riche alliance de Philagie avec les Saints.* — *Pédagogie céleste.* — *Les cent illustres de la maison de Dieu.* — *Les deux amans de la mère de Dieu.* — *Pensé-y-bien.* — Ce dernier ouvrage a été souvent réimprimé.
BARSABAS, (Joseph) surnommé le *Juste*, un des premiers disciples de JÉSUS-CHRIST, après l'Arcension du Sauveur, fut présenté avec *Matthias* par S. Pierre, pour être mis à la place du traître *Judas*. *Matthias* fut préféré. *Barsabas* exerça le ministère jusqu'à la fin. Quelques Martyrologes disent qu'il souffrit beaucoup de la part des Juifs, & qu'il eut une mort glorieuse en Judée; mais il n'y a rien de certain. — BARSABAS est aussi le surnom de *JUDE*, autre disciple dont il est parlé dans les Actes, qui fut envoyé avec quelques autres à Antioche, pour y porter la Lettre où les Apôtres rendoient compte de ce qui avoit été décidé dans le concile de Jérusalem.
BARSEBAI, huitième sultan d'Égypte de la seconde dynastie des Circaffiens, avoit d'abord été esclave avant de parvenir au souverain pouvoir. Il reprit l'isle de Chypre sur les Chrétiens; cette isle est restée depuis tributaire de l'Égypte, lors même que les Vénitiens s'en emparèrent. *Barsebai* fut bon & modeste; il défendit à ses sujets de baisser la terre & de se prosterner devant lui. Il mourut l'an 841 de l'hégire, après un règne de 17 ans.
BARSINE, Voy. II. MEMNON. — BARTAS, (Guillaume de Sallufte du) naquit à Montfort en Armagnac l'an 1544, d'un tréforier de France, & non pas dans la terre de Bartas, qui est voisine de cette petite ville. Henri IV, qu'il fervit de son épée, & qu'il chanté dans ses vers, l'envoya en Angleterre, en Danemarck & en Ecosse. Il eut le commandement d'une compagnie de cavalerie en Gascogne, sous le maréchal de Matignon. Il étoit Calviniëte, & mourut en 1590, à 46 ans. L'ouvrage qui a le plus contribué à rendre son nom célèbre, est le poème intitulé : Commentaire sur la semaine de la Création du Monde, en sept livres. Pierre de l'Ostal dit, (dans un mauvais fonnet adressé à du Bartas, que ce seigneur a mis à la tête de son poème) que ce livre est plus grand que tout l'Univers. Cet éloge ampoulé du versificateur le plus plat, fut adopté de son temps; mais il a été rejeté dans le nôtre. Le style de du Bartas est bas, lâche, incorrect, impropre; il peint tout sous des images dégoûtantes. Il dit que la tête est le logis de l'entendement, que les yeux sont deux luisantes verrières, ou deux astres beffons; le nez, la gouttière ou la cheminée; les dents, une double palissade servant de meule à l'ouverte gueule; les mains, les chambrières de la nature, les greffières de l'esprit & les vivandieres du corps; les os, les poutres, les chevrons & les piliers de ce logis de chair. On a du seigneur du Bartas plusieurs autres ouvrages. Le plus singulier est un petit Poeme, composé pour la reine de Navarre, faisant son entrée à Nerac. Ce sont trois Nymphes qui se disputent l'honneur de saluer Sa Majesté. La première débite ses platitudes en vers latins, la seconde en vers françois, & la troisième en vers gâcons. Du Bartas, quoi- que mauvais poète, étoit homme de bien. Lorsque le service militaire & ses autres occupations lui laissoient quelque loisir, il se retiroit au château de Bartas, loin du tumulte des armes & des affaires. Il auroit désiré qu'on l'eût oublié, pour pouvoir s'appliquer plus librement à l'étude; c'est ce qu'il témoigne en finissant la troisieme journée de sa S.maine. Puissé-je, dit-il en s'adressant à Dieu: Puissé-je, ô Tout puissant ! inconnu des grands Rois, Mes foliaires ans achever dans les bois. Mon étang soit ma mer, mon bosquet mon arène, La Gimone mon Nil, le Sarrapin ma Seine; Mes chantres & mes luths, les mignards oiselets; Mon cher Bartas, mon Louvre, & ma cour, mes valets... Ou bien, si mon devoir, ou la bonté des Rois, Me fait de leur grandeur approcher quelquefois, Fais que de leur faveur jamais je ne m'enivre: Que, commandé par eux, libre je puisse vivre; Que l'honneur vrai je suive, & non l'honneur menteur; Aimé comme homme rond, & non comme flatteur. La modestie & la sincérité faisoient en effet le caractere de du Bartas: au rapport du président de Thou. « Je fais, dit ce célèbre historien, que quelques critiques trouvent son style fort figuré, ampoulé, & rempli de gâconnades. Pour moi, ajoute-t-il, qui ai connu sa candeur, & qui l'ai souvent entretenu familièrement, tandis que durant les guerres civiles je voyageois en Guienne avec lui, je puis affurer que je n'ai rien remarqué de semblable dans ses manières : malgré sa grande réputation, il parloit toujours avec beaucoup de modestie de lui-même & de ses ouvrages. » Son livre de la Semaine, tout méprisable qu'il est, eut la fortune des meilleurs ouvrages. On en fit, dans cinq ou six ans, plus de trente éditions. Il se forma de tous côtés des traducteurs, des commentateurs, des abréviateurs, des imitateurs, & des adversaires. Ses Œuvres furent recueillies, en 1611, in-fol. à Paris, par Rigaud. I. BARTH, (Gaspard) Voyer BARTHIUS.
II. BARTH, (Jean) né à Dunkerque, d'un simple pêcheur, est plus connu que s'il avoit dû le jour à un monarque. Dès 1675, il étoit célèbre par plusieurs actions aussi singulières que hardies. Il feroit trop long de les détailler toutes. Sa bravoure ayant éclaté en différentes occasions, il eut le commandement, en 1692, de sept frégates & d'un brûlot. Trente-deux vaisseaux de guerre, Anglois & Hollandois, bloquoient le port de Dunkerque. Il trouva le moyen de passer; & le lendemain, il enleva quatre vaisseaux Anglois, richement chargés, qui alloient en Moscovie. Il aila brûler 86 bâtiments, tant navires qu'autres vaisseaux marchands. Il fit ensuite une descente vers Newcastle, y brûla environ deux cents maisons, & emmena à Dunkerque pour cinq cent mille écus de prises. Sur la fin de la même année 1692, ayant été croisé au Nord avec trois vaisseaux du roi, il rencontra une flotte Hollandoise chargée de blé. Elle étoit escortée par trois navires de guerre : Barth les attaqua, en prit un après avoir mis les autres en suite, & se rendit maître de seize vaisseaux de cette flotte. En 1693, il eut le commandement du vaisseau de Glorieux de 66 canons, pour servir dans l'armée navale commandée par Touville, qui surprit la flotte de Smyrne. Barth s'étant trouvé séparé de l'armée, rencontra proche de Foro six navires Hollandois, tous richement chargés : il les fit échouer & brûler. Le héros marin, actif, infatigable, partit quelques mois après, avec six vaisseaux de guerre, pour amener en France, du port de Velker, une flotte chargée de blé. Il la conduisit heureusement à Dunkerque, quoique les Anglois & les Hollandois eussent envoyé de grosses frégates pour l'empêcher. Au commencement de l'été 1694, il se mit en mer avec les mêmes vaisseaux, pour retourner à Velker, chercher une flotte chargée de blé. Cette flotte étoit déjà partie, au nombre de plus de cent voiles, sous l'escorte de trois vaisseaux Danois & Suédois. Elle fut rencontrée, entre le Texel & le Fly, par le contre-amiral de Frise. Hidde, qui commandoit une escadre, composée de huit vaisseaux de guerre, s'étoit déjà emparé de la flotte. Mais le lendemain Barth le rencontra à la hauteur du Texel, &, quoiqu'inférieur en nombre & en artillerie, il lui enleva sa conquête, prit le contre-amiral & deux autres vaisseaux. Cette grande action lui valut des lettres de noblesse. Deux ans après, en 1696, Jean Barth causa encore une perte considérable aux Hollandois, en se rendant maître d'une partie de leur flotte, qu'il rencontra à six lieues de Fly. Son escadre étoit composée de huit vaisseaux de guerre & de quelques armateurs, & la flotte Hollandoise de deux cents vaisseaux marchands, escortés de quelques frégates. Barth l'attaqua avec vigueur, & aborda lui-même le commandant, prit trente vaisseaux marchands, & quatre du convoi, sans avoir souffert que très-peu de perte. Il ne put néanmoins profiter de sa conquête. Ayant rencontré presque auຶfôt douze vaisseaux de guerre Holandois, convoyant une flotte qui alloit au Nord, il fut contraint de mettre le feu à sa prise, pour l'empêcher de retomber entre les mains des ennemis. Il ne se fauva lui-même qu'à force de voiles, de la poursuite de quelques autres vaisseaux. Ce célèbre marin mourut à Dunkerque le 27 avril 1702, d'une pleurésie, à 51 ans, avec une grande réputation. Sans protecteurs & sans autre appui que lui-même, il devint chef d'escadre, après avoir passé par tous les degrés de la marine. Il étoit de haute taille, robuste, bien fait, quoique d'une figure grossière. Il ne s'avoit ni lire, ni écrire, ayant seulement appris à mettre son nom. Il parloit peu & mal, ignorant les bienfiances, s'exprimant & se conduisant par tout en matelot. Lorsque le chevalier de Forbin l'amena à la cour en 1691, les plaifans de Versailles se disoient : Allons voir le chevalier de Forbin qui mène l'Ours. Il se présenta, dit-on, avec une culote de drap d'or, doublée de drap d'argent; & Ladvocat remarque noblement qu'elle lui écorchoit le derrière. Louis XIV l'ayant fait appeler, lui dit : Jean Barth, je viens de vous nommer chef d'escadre. — Vous avez bien fait, SIRE, répondit le marin. Cette réponse ayant excité un éclat de rire parmi les courtifans, Louis XIV ne la prit pas de même : Vous vous trompez, Messieurs, leur dit-il, sur le sens de la réponse de Jean Barth ; c'est celle d'un homme qui sent ce qu'il vau, & qui compte m'en donner de nouvelles preuves. Au reste, le nouveau chef d'escadre n'étoit guères bon que sur son navire; encore étoit-il plus propre pour une action hardie, que capable d'un projet un peu étendu. Il a paru en 1730 une Vie, in-12, de ce célèbre marin.
BARTHE, Voyet THERMES. I. BARTHE, (Bernard de la) archevêque d'Auch, fut déposé par des légats du pape, dans le temps de la guerre des Albigeois, à cause de ses principes de modération. On lui fit un crime d'avoir prêché l'indulgence dans des vers. « Je veux chanter, y disoit-il, la paix avec l'église; paix bonne & solide, faite de bonne foi, entre bonnes gens résolus d'oublier le passé & de contracter étroite amitié, me plaît fort ; mais non une paix forcée : car de mauvaise paix il naît plus de malheur que de bien. On doit, dans le cœur d'un roi, trouver de l'équité, & dans l'église, de la miséricorde, de la clémence à pardonner sincèrement, même les plus grandes fautes. » Ces principes ne s'accordoient point avec la fureur & le fanatisme du temps : La Barthe en fut victime.
II. BARTHE, (Nicolas-Thomas) de l'académie de Marseille sa patrie, naquit dans cette ville, en 1733, d'un négociant, & mourut à Paris le 17 juin 1785. Livré aux plaifirs de la société, & jouissant d'une fortune considérable pour un homme de lettres, il abréga sa carrière en négligeant une incommodité qui demande le régime le plus rigoureux. Au sortir d'un souper d'amis, il fut attaqué d'une colique violente & d'un vomissement, qui, par les efforts qu'il occasionna, causa un étranglement dans une hernie dont il étoit affligé. Les secours de l'art furent inutiles : il fallut recourir à une opération douloureuse qu'il supporta avec courage ; mais il expira douze heures après. Il avoit fait ses études à Juilly, sous les Pères de l'Oratoire, & y avoit donné des preuves d'une conception vive & d'une mémoire heureuse. Au sortir du collège, il remporta un prix à l'académie de Marseille. Son père le destinoit au barreau ; mais la nature l'ayant destiné à la poésie, il vint à Paris, où il se consacra au théâtre. En 1764, il débuta par la petite pièce de l'Amateur, d'une vérification agréable & spirituelle. Ce coup d'essai fut suivi, en 1768, des *F-uses infidélités*, où l'on remarque un dialogue facile, ingénieux & gai, & quelques scènes d'un bon comique. Sa *Mère jalouise*, jouée en 1772, eut moins de succès, parce qu'il y a moins de naturel ; & plutôt, peut-être, parce que le premier rôle, dont le spectateur s'attendoit à voir éclater l'humeur jalouise, n'offre qu'un personnage qui, tenant sa passion tout-à-fait concentrée, est froid & sans effet. Enfin son *Homme personnel*, comédie en cinq actes, représentée en 1778, écrite avec élégance & pureté, ne plut que médiocrement, malgré des vers agréables & quelques détails pleins de légèreté & de finesse, parce que l'intrigue est obscure & embarrassée, & amène un dénouement sans effet ; parce que les principaux caractères ne sont pas peints avec assez de force, & que la pièce est froide. Ses ennemis disaient qu'il avoit manqué le principal personnage, parce qu'on ne se connoit jamais bien soi-même. Ayant lu sa comédie à *Colardeau* mourant, qui n'eut pas la force de lui deman- der grace. *Vous avez oublié*, lui dit le poète malade, un *trait d'égoïste*. — *Quel est-il ?* demanda le poète. — *C'est un auteur qui force son ami, qui se meurt, à entendre une comédie de sa façon*. Pour se consoler de ses disgraces théâtrales, *Barche* entreprit, à l'imitation d'*Ovide* son auteur favori, un poème de l'*Art d'aimer*, qu'il auroit pu intituler avec plus de juste, l'*Art de séduire*. La vérification en est facile, les portraits y sont voluptueux, & les mœurs du jour bien saises. On a encore de lui : *Lettre* de l'abbé de *Rancé* à un ami, 1766, in.8. Une gaieté noble, une philosophie pleine d'agrémens, caractérisent ses *Épîtres*, où l'on trouve de la correction & des traits d'esprit. Mais on a eu tort de croire que, dans ce genre, il pouvoit être le successeur de *Voltaire* ; il est fort loin des graces piquantes & de la facile élégance de ce poète ; & dans ces petites pièces, on sent quelquefois le travail de la lime. *Barche* joignoit à un caractère impétueux une humeur assez enjouée. Son esprit abondait en bonnes plaisanteries & en réparties vives. On lui a reproché d'être jaloux de la gloire littéraire, de se passionner pour ses ouvrages & d'aimer l'argent ; mais il n'écrivit contre aucun de ses rivaux, & il fut généreux dans l'occasion. Aussi eut-il de vrais amis : de ce nombre fut *Thomas*, dont l'estime étoit un témoignage honorable, & à qui il confia en mourant le manuscrit de son poème sur l'*Art d'aimer*. Il n'a point encore été imprimé. *Barche* s'étoit marié dans la capitale dont il aimoit le séjour ; mais il fut contraint de rompre ses chaînes, dit le *Journal de Paris*, & il en parloit d'un ton trop vif, pour qu'on n'entrevoit pas le regret d'avoir recouvré sa liberté. I. BARTHÉLEMI, I. BARTHÉLEMI, (S.) un des douze Apôtres, annonça l'Évangile dans les Indes, dans l'Éthiopie, dans la Lycaonie, suivant la plus commune opinion. On dit qu'il fut écorché vif en Arménie; mais cette tradition est plus pieuse qu'affurée. L'Église de Bénévent & celle de Rome se glorifient d'avoir ses reliques. L'Évangile qu'on lui a attribué a été déclaré apocryphe par le pape Gélafe. Voy. NATHANAEL.
II. BARTHÉLEMI DE PISE, Voyez I. ALBIZI ou de ALBIZIS.
III. BARTHÉLEMI des Martyrs, Dominicain, né à Lisbonne en 1514, enseigna la théologie à Don Antonio, neveu de Jean III, roi de Portugal, que l'on destinoit à l'église. La reine Catherine lui donna l'archevêché de Brague en 1559, par le conseil de Louis de Grenade, son confesseur. Le nouvel archevêque parut au concile de Trente, & fut le premier à demander la réforme du clergé. Comme quelques prélats demandaient si les cardinaux devoient être aussi réformés, il y en eut un parmi les vieux qui dit « que les illustrissimes cardinaux n'avoient pas besoin de l'être. » Barthélemi alors prit la parole, & fit ce jeu de mots qui renfermoit une vérité: Les très-illustres Cardinaux ont besoin d'une très-illustre réforme. S. Charles Borromée voyait dans ce prélat un second lui-même, & lia une amitié très-étroite avec lui. L'église perdit Barthélemi le 16 juillet 1590, à 76 ans. Il mourut dans le couvent de Viane, où il s'étoit retiré huit ans avant sa mort, après s'être démi de son archevêché. Il y fit beaucoup de bien, & dans tous les genres. Il disoit que sa vie n'étoit pas à lui, mais à son troupeau. Je suis, à jou- Tome II, toit-il, le premier médecin de quatorze cents Hôpitaux, qui sont les Paroisses de mon diocèse. En 1567, le Portugal fut affligé d'une grande famine. La seule consolation du peuple de Brague fut son saint archevêque, qui agit en père compatissant. Tous les jours on assembloit les pauvres à l'heure du dîner de l'archevêque: après une instruction familière, on leur distribuoit de l'argent, du pain, du potage & de la viande. Ses aumônes ne finissaient pas avec le jour: car le soir plusieurs personnes de condition venoient implorer son assistance, & il satisfaisoit à leurs besoins. Cette misère dura jusqu'en 1576, que la récolte fut très-abondante. La peste fuccéda à la famine. Le saint pasteur étoit dans le cours de ses visites lorsque la ville de Brague en fut attaquée. Il se hâta de s'y rendre, & donna de si bons ordres, que les pauvres souffrirent peu dans une misère si générale. La plupart des chanoines de la cathédrale prirent la fuite; mais il n'y eut pas un seul des curés qui abandonnât ses paroissiens, tant l'exemple de leur archevêque fit d'impression sur eux. L'on a de ce saint prélat un livre intitulé: Stimulus Pastorum, & plusieurs autres Ouvrages de piété, recueillis à Rome en 2 vol. in-fol. en 1744, par Don Malachie d'Ingumberti, depuis évêque de Carpentras. On y trouve d'excellentes règles pour la vie des pasteurs & des simples fidèles. Dans ses Itinéraires & dans ses Ouvrages historiques, on voit un auteur plus pieux qu'éclaire; mais la crédulité étoit encore un défaut de son fiècle. L'abbé de Longuerue le blâme encore de n'avoir pas voulu que son bailli rendit compte aux officiers du roi de la manière dont il administroit la justice. C'étoit une fuite des fauffes idées qu'il avoit conçues, comme tant d'au- tres, du pouvoir illimité du clergé. Clément XIV la béatifié en 1773. Le Maître & du Foffé ont donné sa Vie en 1664, in-8.º
IV. BARTHÉLEMI di SAN- MARCO, Voyez BACCIO. V. BARTHÉLEMI, (Nicolas) Bénédictin du 15e siècle, né à Loches, a fait des Poëffes latines, difficiles à trouver : Epigrammata Momiæ, Enneæ, in-8º; les deux premières fans date; la troisième, de 1531, contient des pièces qui roulent sur des sujets de dévotion. De vitâ aëlivâ & contemplativâ, 1523, in-8º, en prose; Chrissus xylonicus, tragédie en quatre actes, 1531, in-8º V. DESLIONS.
BARTHÉLEMY, (Jean-Jacques) né à Caffis près Aubagne, le 20 janvier 1716, sentit dès sa jeu- neffe l'attrait le plus vif pour l'é- tude des langues savantes & la connoissance des monumens de l'antiquité. Envoyé à Marseille, fous le Pere Renaud de l'Or- toire, il y apprit l'hébreu, le sy- riaque & le grec, & il y embragia l'état ecclésiaft que. Gros de Boye l'accueillit à Paris; & rendant jus- tice à son savoir, il lui confia la garde des médailles du cabinet du roi; cette place lui fut conservée en 1753, époque de la mort de Gros de Boye. Un voyage que Bar- thélemy fit en Italie lui permit de rendre ses connoissances plus pro- fondes. Il expliqua à Rome la belle motsique de Palestine, & prouva avec évidence qu'elle offroit un hommage à l'empereur Adrien, & non au dictateur Sylla, ni au vainqueur des Perses, Alexandre. A son retour, l'académie des inf- criptions & la société royale de Londres, s'empressèrent de compter Barthélemy parmi leurs membres: Les Mémoires de la première ren- ferment un grand nombre de ses écrits, sur des médailles curieuses, sur une inscription d'Amyclée, la paléographie numismatique, le Pachole, l'alphabet & la langue de Palmyre, celle d'Egypte & de Phé- nicie, l'état des finances d'Athènes, les monumens de Rome, l'ori- gine des Chinois, &c. On a im- primé à part plusieurs autres ou- vrages de Barthélemy : I. Les amours de Carite & de Polidor, roman tra- duit du grec. Il fut d'abord publié en 1760, & réimprimé en 1796, in-8.º II. Lettres sur quelques mo- numens Phéniciens, 1766, in-4.º III. Entretien sur l'état de la musique grecque au quatrième siècle, 1777, in-4.º IV. Voyage du jeune Ana- charfit en Grèce, Paris, 1788, 7 vol. in-8.º Didot en a publié une su- perbe édition avec un Atlas, in-foli — L'auteur employa trente années de sa vie à composer cet ouvrage; & elles ne furent pas perdues. Les philosophes, les historiens, les hommes de goût y trouvèrent tout ce qui pouvoit les instruire & leur plaire : style agréable, rappro- chemens fins, transitions heu- reuses d'un sujet grave à un autre plus riant, tableaux riches, juge- mens rapides & justes, érudition immense & assez bien ménagée. Ces avantages si rares dans un même écrit, ont placé celui-ci parmi les meilleurs que se dix- huitième siècle a produits; il n'est cependant pas exempt d'un peu de diffusion, & renferme peut- être trop d'éloges & point assez de critique. En 1779, l'académie françoise reçut l'abbé Barthélemy par acclamation. Son âme étoit franche & douce, sa taille haute & bien prise, sa figure noble & digne de rappeler celle de Platon. Il défoit souvent, sur la fin de ses jours, à ses neveux qu'il chérisfoit: Que n'est-il permis à un mortel de léguer le bonheur ? Empri- sonne en 1793, à l'âge de 78 ans, il supporta sans être ému la perte de sa liberté, & il attendoit avec calme celle de sa vie, lorsqu'on le rendit à sa famille. Peu de jours après, lisant Horace, il parut s'en- dormir; il n'étoit plus. Les lettres le perdirent le 25 avril 1794.
BARTHIUS, (Gaspard) né à Custrin en 1587, mourut à Leip- fig en 1658. Il mérite une place parmi les enfans précoces. A douze ans, il traduit les Pseumes de David en vers latins; à seize, il fit imprimer une Dissertation sur la manière de lire les auteurs la- tins, depuis Ennius jusqu'aux criti- ques de son temps. Ce petit livre annonçoit un très-hon écrivain & un habile critique. On a encore de lui: I. Ses Adversaria, gros vo- lume in-folio, divisé en 60 livres, imprimé à Francfort en 1624 & 1648. C'est un recueil de notes sur différents écrivains sacrés & pro- fanes, avec des éclaircissemens sur les coutumes & les lois. (Voyet III. ÉNÉE.) II. Un Commentaire in-4.º sur Stace, 1660; & un autre sur Claudien, Frankfort 1650, en un vol. in-4.º L'érudition n'y est pas dispensée avec discernement, & St-Hyacinthe auroit pu y puiser bien des remarques pour son Ma- than-sus. III. Il a traduit en latin le troisième Dialogue de la troi- sieme partie des Entretiens d'Arctin, sous le titre de Porno-didascalus, in-8.º, Zwickaw 1660; il est rendu décemment en latin: la Célestine, sous celui de Pornobosco-didascalus, Franckfort 1624, in-8.º; & la Diane de Gil-Polo, sous celui de Eroto- didascalus, Hanau 1625, in-8.º La Traduction des Pseumes dont nous avons parlé se trouve dans ses Ju- venilla, in-8.º, 1607. Ses autres Poésies sont imprimées à Hanovre 1612, in-8.º, & à Frankfort 1623, in-8.º On lui doit une édition de Gratius & de Némésien, avec des notes, imprimées à Hanau 1615, in-8.º On a reproché à Barthius plusieurs contradictions dans ses jugemens; défaut ordinaire à tout auteur qui, comme celui-ci, se hâte de publier, sans avoir long- temps réfléchi sur ce qu'il veut écrire.
BARTHOLE, jurisconsulte cé- lebre, né à Saffo-Ferrato, dans la Marche d'Ancone, en 1305, sut professeur de droit dans plu- sieurs universités d'Italie. Il mourut à Pérouse en 1356, & laissa plu- sieurs Ouvrages, Lyon 1545, 10 vol. in-folio, écrits du style de son temps; trop remplis de dif- tinctions défectueuses & de so- phismes, mais qui renferment des choses qu'on ne trouveroit pas ailleurs. La santé de ce juriscon- sulte étoit très-délicate, sa taille petite; mais il avoit été dédom- magé des défauts du corps par les avantages de l'esprit & du carac- tère: le sien étoit plein de can- deur, & d'une franchise qu'on prenoit quelquefois pour de la satyre. Il fut du conseil de l'em- pereur Charles IV, qui lui permit de porter les armes de Bohème. Voyet MATTHIOLE. I. BARTHOLIN, (Gaspard) médecin & anatomiste, natif de Malmoe, mort en 1629, à 45 ans, a donné: I. Une Anatomie, Leyde, 1673, in-8.º II. Introduction à la véritable physiologie. III. Manuel phy- tique, 1625. IV. De Lapide nephre- tico, de Unicornu, de Pygmals, Co- penhague, 1663.
II. BARTHOLIN, (Thomas) médecin, fils de précédent, non moins favant que lui, naquit à Copenhague le 16 octobre 1616, & mourut en 1680, à 64 ans. Il étoit fort superstitieux, & il croyoit que le précepte de s'abstenir de la viande obligeoit les Chrétiens. Il avoit fait des découvertes sur les veines lactées, & sur les vaiffeaux lymphatiques; il publia: I. Un ouvrage sur l'usage de la Neige, 1661. II. De Morbis Biblicis, Frankfort 1672, in 8.º III. Paraly-ici Novi Testamenti, Copenhague 1654, in 8.º IV. Dissertatio de Passione Christi, Amsterdam 1670, in 11. V. Epistolae Medicinales & de Insolitis partis viis, La Haye 1740, 5 vol. in 8.º VI. De usu flagrorum in re Venerea, Frankfort 1670, in 12. Bartholin étoit médecin & littérateur, & il tint dans son pays un des premiers rangs dans les sciences. Il avoit beaucoup lu les anciens, & il a profité de leurs découvertes, ainsi que de celles de ses contemporains. Il est probable qu'il prit l'idée de celle des vaiffeaux lymphatiques dans les Epitres posthumes de Vesting, qu'il mit au jour. Ses Lettres sont remplies d'expériences anatomiques, ainsi qu'un Journal qu'il publia sous le titre d'Asia Hafnensis.
III. BARTHOLIN, (Thomas) fils du précédent, étudia la jurisprudence dans plusieurs universités de l'Europe. De retour à Copenhague sa patrie, il fut professeur en histoire & en droit, affesseur du confistoire, secrétaire, antiquaire & archiviste du roi, & il mourut en 1690. Nous avons de lui: I. De Holgero Dano, 1677, in 8.º II. De Longobardis, 1676, in 4.º III. De origine Equestris ordinis Danaborgici, in folio. IV. Antiquitates Danica, 1689, in 4.º — Il avoit un fière, nommé Erasme, qui, après avoir pro- fessé la médecine & la géométrie à Copenhague, fut élevé à la dignité de conseiller d'état. On a de celui-ci, mort en 1698, à 73 ans, plusieurs livres sur ces deux sciences: I. Experimenta crystallis Islandici, Copenhague 1670, in 4.º On y trouve des observations curieuses sur la glace, le givre & la neige. II. De Aere Hafnensi, Frankfort 1679, in 8.º III. Principia Matheos universalis, seu introduzio in Geometriam Cartesi. IV. Heliodori Larissai opticorum, libri 2, grec & latin.
BARTHOLOMÉ, V. BRÉENBERG.
BARTHON, Voyet BARTON.
BARTIMÉE, nom de l'aveugle de la ville de Jéricho, qui, étant assis sur le chemin qui conduisoit à Jérusalem, & entendant passer Jésus suivi de ses disciples, lui demanda la vue & l'obtint.
BARTIOLET, (Flaméel) né à Liège en 1612, peignit à Paris avec succès. On lui donna une place d'académicien & de professeur. Les Carmes déchaussés de Paris avoient de lui un Enlèvement d'Élie, & les Grands-Augustins une Adoration des Mages. Il mourut à Liège en 1675, chanoine de la collégiale de Saint-Paul.
BARTOLE, Voyet BARTHOLE. I. BARTOLI, (Minerve) née à Urbin à la fin du seizième siècle, faisoit agréablement des vers. Riccinoli & Scaïoli les ont inférés, le premier dans son Recueil d'Églogues, 1594; le second, dans son Parnasse poétique, Parme, 1611.
II. BARTOLI, (Daniel) savant & laborieux Jésuite, né à Ferrare en 1608. Après avoir professé la rhétorique, & ensuite exercé long- B A R 101 temps avec applaudissement le ministère de la prédication, ses supérieurs le fixèrent à Rome en 1650. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, il publia un grand nombre d'ouvrages, tant historiques que de divers genres, tous écrits en langue italienne. Le plus connu & le plus considérable, est une *Histoire de sa Compagnie*, imprimée à Rome depuis 1650 jusqu'en 1677, en 6 vol in-fol., traduite en Latin par le père *Giannini*, & imprimée à Lyon en 1666 & années suivantes. Ses autres ouvrages ont été rassemblés & publiés à Venise en 1717, 3 vol. in 4.º Les uns & les autres sont estimés, tant pour le fonds que pour la pureté, la précision & l'élévation du style; & ce Jésuite est regardé par ses compatriotes comme un des premiers écrivains de la langue italienne. Il mourut à Rome le 13 janvier 1685, à 77 ans, après s'être rendu aussi recommandable par ses vertus que par ses talens.
BARTOLOCCI, (Jules) religieux de Cîteaux, né à Célanò dans le royaume de Naples, en 1613, professeur de la langue Hébraïque au collège des Néophytes & Transmarins à Rome, mourut le premier novembre 1687, à 74 ans. On a de lui une *Bibliothèque Rabbinique*, en 4 vol. in-fol. 1675. Le Feuillant *Imbonati*, son disciple, ajouta un 5$^{e}$ volume à cet ouvrage aussi curieux que savant. En voici le titre: *D. Julii BARTOLOCCII de Celano, Congregat. Sancti Bernardi Ref. Ord. Cisterciensis, BIBLIOTHECA magna Rabbinica, de Scriptobus & scriptis Hebraicis, ordine alphabetico hebraicè & llatinè digestis*; in-fol. 4 vol. Rome 1675.
BARTON, (Élisabeth) née en Angleterre dans le comté de Kent, se fit convulsionnaire sous le règne de *Henri VIII* en Angleterre, & s'avisa de faire la prophétesse. Ce prince, à qui elle prédit dans les accès de sa frénésie, que s'il épousait *Anne de Boulen*, il perdroit sa couronne & mourroit un mois après son mariage, la fit mettre à mort comme criminelle d'état le 22 avril 1354. Ce ch'iniment fut un peu sévère; mais cette visionnaire excitoit à la sedition en prophétisant. Elle disoit que *Henri* n'étoit plus roi depuis qu'il étoit hérétique. On auroit pu se contenter de la faire enfermer dans l'hôpital des fous. On a demandé si c'étoit Dieu ou le Démon qui la faisoit parler? Les gens instruits ont répondu que c'étoit son curé, prêtre fanatique, qui croyait que les convulsions pouvoient faire rentrer les rois en eux-mêmes. *Fischer*, évêque de Rochester, & le célèbre chancelier *Thomas Morus*, furent enveloppés dans la condamnation de cette prophétesse, quoique *Morus* la qualifia de *foste nonne*.
BARUCH, prophète, d'une famille distinguée, suivit Jérémie son maître en Egypte. Après la mort de ce saint homme, il alla à Babylone faire part à ses frères captifs des prophéties qu'il avoit lui-même composées. On ne fait rien de bien certain sur le reste de la vie de *Baruch*. Les Juifs & les Protestants ne reconnoissent point le livre de *Baruch* pour canonique. Son style a de la noblesse & de l'élévation, & ressemble assez à celui de Jérémie, dont il etoit le disciple & le secrétaire. Il prophétisait vers l'an 607 avant J. C. Ses prophéties sont en six chapitres; on ne les possède plus en Hébreu; leur plus ancienne version est en Grec.
BARUFFALDI, (Jérôme) littérature de Ferrare, né en 1675. mort le dernier de mars 1755, fut aimé du pape Benoit XIV, qui lui accorda diverses dignités ecclésiastiques. Baruffaldi prêcha avec distinction dans plusieurs villes d'Italie, & remplit long-temps la chaire de professeur d'Écriture Sainte à Ferrare. Il est auteur d'un grand nombre d'ouvrages, dont Maccuechelli a donné la notice.
BARWICK, (le marchal de) Voyet FITZ-JAMES.
BARZIZIO, Voy. GASPARINI.
BAS, (Jacques-Philippe le) célèbre graveur, membre de l'académie de peinture & pensionnaire du roi, naquit à Paris en 1707, & y mourut le 14 avril 1783. Il se forma presque de lui-même sur les belles gravures de G. Audran, dont il imita le hurin mâle & fier. La prédication de S. Jean d'après le Mole, fut le premier morceau digne de son modèle. Il grava ensuite, d'après les plus grands peintres, & il eut l'art de conserver dans ses estampes le style & le caractère particulier de chacun. A son talent il joignoit des connoissances variées & l'étude de l'antiquité.
BASADONNA, (Jean) sénateur Vénitien en 1540, fut tout à la fois poète agréable, savant jurisconsulte & habile négociateur. La république de Venise le fit son ambassadeur auprès du pape Paul III. Il a publié des Dialogues latins, imprimés à Venise en 1518.
BASCAPE, (Charles) né à Milan en 1550, mort évêque de Novare en 1615, fonda dans cette ville un collège de clercs réguliers, & devint l'ami intime de S. Charles Borromée. On lui doit : I. Une Description de quelques églises de Milan. II. Une Vie de S. Charles. III. Des Lettres sur le gouvernement épiscopal. I. BASCHI, (Matthieu) naquit dans le duché d'Urbin en Italie, prit l'habit de frère Mineur au couvent de Montefalconi. Une voix qu'il crut entendre, & qui l'avertit d'observer la règle de S. François à la lettre, l'engagea de se revêtir d'un habit singulier, semblable à celui du spectre qui lui étoit apparu. Il partit peu de temps après pour Rome, & parut ainsi vêtu devant Clément VII, qui croyant voir un phantôme, lui demanda ce qu'il vouloit? Saint Père, répondit Matthieu, je suis un frère Mineur, enfant de S. François. Je veux observer la règle de mon séraphique Père, comme il l'observois lui-même. Il est démontré que ce grand Saint ne portoit qu'un habit grossier avec un capuchon pointu, sans scapulaire, comme vous me voyez. Le pontife, après quelques difficultés, approuva sa réforme en 1528. Matthieu Baschi se fit des compagnons & des ennemis. Les frères Mineurs le firent mettre en prison, mais ayant eu sa liberté, il fut élu général de son nouvel ordre. Il se démit de cette dignité deux mois après, & ne pouvant obéir après avoir commandé, il sortit de son couvent, il déchira son capuce quoiqu'il l'eût reçu du ciel, & continua de prêcher en divers endroits. Il mourut à Venise en 1552. L'ordre des Capucins, dont il est le fondateur, est un des plus nombreux & des plus laborieux de l'Église. Urbain VIII donna une bulle en 1627, par laquelle le titre de vrais enfans de S. François leur est assuré; titre qui leur étoit disputé par les Cordeliers, moins effarouchés par la singularité du long capuce, que par l'austérité de leur règle. Il n'étoit pas juste que ceux qui font tant d'honneur à leur père fussent déclarés illégitimes. Il y avoit eu un semblable procès du temps de Paul V, qui décida, en 1608, que les Capucins étoient véritablement frères Mineurs, quoiqu'ils n'aient point été établis du temps de S. François. Ces dernières paroles rallumèrent la querelle. Les adversaires des Capucins en concluoient, qu'ils ne venoient point en droite ligne de ce saint fondateur. Urbain VIII le termina en décidant : « Qu'il faut prendre le commencement de leur institution, de celui de la règle Séraphique qu'ils ont observée sans aucune discontinuation. »
II. BASCHI, Voy. AUBAIS.
BASEILLAC, Voyet COSME (Frère). I. BASILE, (Saint) prêtre de l'église d'Ancyre, se signala par son attachement à la foi Chrétienne, & souffrit le martyre sous l'empereur Julien, le 29 juin 362. Après diverses incitions cruelles, on lui enfonça dans le dos des pointes de fer rougies.
II. BASILE Ier, le Macédonien, empereur d'Orient, né à Andrinople de parens très-pauvres, porta les armes en qualité de simple soldat, & fut fait prisonnier par les Bulgares. Échappé de sa prison, il vint à Constantinople, n'ayant qu'une besace & un bâton. L'empereur Michel le fit son écuyer, puis son grand chambellan, & l'affeocia enfin à l'empire. Basile, de mendiant devenu empereur, voulut retirer Michel de ses désordres. Ce prince ennuyé d'avoir un censeur dans un homme à qui il avoit donné la pourpre, résolut de le faire mourir. Basile le prévint, & jouit tout seul de l'empire en 867. Il donna ses premiers soins à fermer les plaies de l'Eglise & celles de l'Etat : il remit sur le trône patriarcal Ignace, & en chaffa Photius, qu'il rétablit un an après. Il se fit craindre des Sarrafins d'Orient, s'empara de Césarée, vainquit ceux qui osèrent lui résister, & força les autres à lui demander la paix. Il avoit déjà réduit les Manichéens, & il pensa à réparer d'autres maux. Le trésor public étoit épuisé par les profusions de Michel. Une sage économie remplit ce vide : tous les exacteurs furent recherchés & punis. Les complices des débauches du dernier empereur, furent condamnés à rendre la moitié des folles largesses dont ils avoient été gratifiés. Après un règne de dix-sept ans, Basile fut tué à la chaffa par un cœuf qui lui enfonça son bois dans le ventre ; ce fut l'an 886. Il laissa la réputation d'un prince plein de droiture & de bonté, mais foible & ambitieux. Photius le séduisit en lui dressant une généalogie, par laquelle il le faisoit descendre de parens illustres. C'est sous le règne de ce prince que les Russes embrasèrent le Christianisme & la doctrine de l'Eglise Grecque. On a de lui quelques Lettres, dans la bibliothèque des Pères ; & des Avis à son fils Léon, dans l'Imperium Orientale du P. Banduri. « Ce fut un malheur pour ce prince, dit Le Beau dans son Histoire du Bas-Empire, d'être né dans ces temps d'atrocité & de barbarie. Ses grandes qualités propres à faire un héros furent altérées par la rouille de son siècle. On peut cependant conjecturer, que s'il eût eu des successeurs semblables à lui, l'empire eût réparé ses pertes. Il n'eut que la gloire d'en avoir retardé la chute. Aussi laborieux que vigilant, il fut toujours à la tête du gouvernement ou de ses armées. Il aimoit la vérité, & n'espérant guère la trouver dans la bouche de ses courtisans, il la cherchoit dans l'histoire. Il prenoit conseil des exemples qu'elle lui présentoit. A ses yeux la haute vertu tenoit lieu de la plus éminente dignité ; il l'admettoit dans sa familiarité, il oublioit même la majesté Impériale, pour aller visiter ceux qui portoient ce noble caractère. Plein de tendresse pour ses sujets, il apporroit la plus grande précaution à ne leur donner que des gouverneurs & des magistrats qui fussent les défenseurs de ceux dont il étoit le père. » Voy. SANTABARENE.
II. BASILE II, fuscesseur de Zimisées, l'an 976, dans l'empire d'Orient, étoit fils de l'empereur Romain le Jeune. Il naquit en 956. Son frère Constantin, qui lui fut donné pour collègue, n'eut que les dehors du pouvoir, sans en avoir la réalité. C'étoit un prince sans vertus & sans talens, qui ne jouit d'une ombre d'autorité que pour se livrer à la débauche. Basile ne lui ressembloit en rien ; il avoit de la valeur, de l'équité, de la vertu ; mais il aima trop la gloire, & ne protégsa pas les lettres. Il y eut deux révoltes sous son règne : celle de Bardas, qui fut vaincu dans la Perfe par Phocas, fut la première. Ce dernier général, ne se croyant pas assez récompensé de ce service, forma la seconde ; mais sa défaite & sa mort rétablirent la tranquillité. Basile tourna alors ses armes contre les Bulgares, en tua cinq mille dans une bataille en 1014, & en fit quinze mille prisonniers qu'il traita avec une inhumanité singulière. Les ayant partagés par bandes de cent, il fit crever les yeux à 99 de chacune, & n'en laissa qu'un au centième, pour conduire les autres à leur roi, qui ne survécut que deux jours à la vue de tant d'infortunés. Ce cruel spectacle jeta la consternation parmi les Bulgares, qui craignant la même destinée, se rangerent sous l'obéissance de l'empereur de Constantinoble. Les Sarrafins qui faisoient des courses sur les terres de l'empire, furent aussi vaincus & dissipés. Basile heureux dans toutes ses expéditions, & ayant occupé le trône plus long - temps qu'aucun de ses prédécesseurs, mourut en 1025, à 70 ans ; il en avoit regné cinquante.
III. BASILE, imposteur, né en Macédoine, excita une révolte dans l'empire d'Orient l'an 934. Il voulut se faire passer pour Constantin Ducas, mort depuis quelques années, & se flatta, à la faveur de ce nom chéri du peuple, de s'élever à la place de Romain, qui regnoit alors. Basile étoit un esprit audacieux, entreprenant, rusé, habile à profiter de tous les avantages que la fortune & sa propre industrie lui présentoient. Il avoit caché ses talens & ses desseins, jusqu'au moment où les malheurs de l'état fussent devenus favorables à son ambition : alors il leva le masque ; & les grands, le peuple, les officiers & les soldats s'offrirent de le seconder. Romain voyant sa cour diminuer, & celle de Basile grossir de jour en jour, ne se crut plus en sûreté ; il ne voulut pas cependant faire arrêter tous ceux qui lui étoient suspects : il se contenta de faire écarter leur chef, & de lui faire couper une main pour intimider ses complices. Basile, guéri de sa blessure, se fit mettre une main de cuivre, dont il apprit à manier les armes aussi adroitement que de l'autre. Il eut encore recours à ses anciens artifices ; il réunit ses partisans, & s'empara d'un fort, d'où il fit des courses aux environs. Son opiniâtreté & la multitude de ses partisans donnèrent de grandes inquiétudes à Romain. Il fallut envoyer des troupes réglées pour détruire les rebelles, ou du moins les dissiper. On les attaqua comme des ennemis de l'empire, & l'on amena Basile chargé de chaines à Constantinople, où il fut brûlé vif.
IV. BASILE, (Saint) surnommé le Grand, naquit vers la fin de 319 à Césarée en Cappadoce, de parens Chrétiens & connus par leur piété. Il alla continuer ses études à Constantinople, où il profita des leçons des plus célèbres philosophes, & à Athènes, où il cultiva l'amitié de S. Grégoire de Nazianze. Il ne trouva presque rien dans cette dernière ville, qui répondit à son ancienne réputation; on n'y étoit occupé que de bagatelles. Il revint bientôt à Césarée, & plaida quelques causes avec succès. Dégoûté du barreau & du monde, il alla s'enféverir dans un désert de la province de Pont, où sa sœur Macrine & sa mère Émilie s'étoient déjà retirées. Cette pieuse société mettoit sa gloire à être inconnue, ses plaisirs à souffrir, & ses richesses à mépriser tous les biens. Saint Grégoire de Nazianze, & plusieurs autres, vinrent se former à la vertu dans cette solitude. Basile leur écrivit en divers temps plusieurs avis que la plupart des moines ont pris pour leur règle, & où les fondateurs des monastères occidentaux ont puisé bien des points de leurs constitutions. Après la mort de l'évêque de Césarée, en 369, Basile fut choisi & élu contre sa volonté pour lui succéder. L'empereur Valens, partisan fanatique des Ariens, voulut l'engager dans cette secte. Il lui envoya Modeste, préfet d'Orient, pour le gagner par des promesses ou par des menaces; mais rien ne put l'ébranler. Le préfet, surpris & irrité, lui dit: Qu'il devoit craindre qu'on ne lui ravit ses biens, sa liberté, sa vie même. Ces menaces ne m'effraient pas, lui répondit Basile: Quiconque n'a rien, ne craint point la confiscation. Tous les endroits m'étant indifférents, comment l'exil fera-t-il une punition pour moi? Si vous m'enfermez dans une prison, j'y aurai plus de plaisir que les courtisans auprès de Valens. A l'égard de la mort, elle fera pour moi un bienfait en me réunissant à l'Être Suprême. — Modeste, encore plus étonné, s'écria que personne n'avoit jamais osé lui parler si hardiment. — Peut-être aussi, lui réplica Basile, n'avez-vous jamais rencontré d'Évêque. Cette magnanimité désarma pour quelque temps Valens. Les Ariens voulurent le faire exiler. Ce prince foible y confientit, & se rétracta. Le saint évêque travailla ensuite à appaiser les différens qui divisaient les églises d'Orient & d'Occident au sujet de Mélèze & de Paulin, tous deux évêques d'Antioche. Il mourut en 379. Il étoit fort grand, mais fort sec; il avoit un air pensif, & parloit très-lentement. Son zèle étoit ordinairement conduit par la prudence: les Catholiques emportés la traiterent quelquefois de foibleffe, mais les exemples que nous avons cités, ne font pas des preuves équivoques de sa fermeté. — D. Garnier & D. Prudent Marand ont donné une très-belle édition de ses Œuvres, en 3 volumes in-fol., avec une traduction latine, 1721 & années suivantes. On y trouve des Homélies, des Lettres, traduites en françois par l'abbé de Bellegarde, Paris 1693, in-8°; des Commentaires, des Traités de Morale. Tout y respire une elegance, une pureté que la solitude n'avoit pu éteindre. Son style est élevé & majestueux, ses raifonnemens suivis, son érudition variée. Ses écrits étoient lus de tout le monde, même des Patens. On le comparoit aux célèbres orateurs de l'antiquité, & on peut l'égaler aux Pères de l'Eglise les plus éloquens. Peut-être ses idées sur la perfection Chrétienne font un peu exagérées. Il veut que tout laïque qui s'est défendu contre des brigands, soit suspendu de la communion, & qu'un ecclésiastique dans le même cas, soit déposé. Il interdit aux Chrétiens les procès, même pour les vêtements qui les couvrent. Hermant a écrit sa Vie, 2 vol. in 4°, 1674. V. BASILE, pieux & savant évêque de Séléucie en Ifaurie, fut déposé l'an 451 dans le concile général de Calcedoine, pour avoir eu la foibleffe de fougcrire le faux concile d'Éphèse en faveur d'Eutychès; mais ayant bientôt reconnu sa faute, il fut rétabli & reçu à la communion des Catholiques. On a de lui quarante Homélites, imprimées avec les Ouvrages de S. Grégoire Thaumaturge, en 1626, in-folio, & dans la bibliotheque des Pères.
VI. BASILE, médecin, chef des Bogomiles, hérétiques de Bulgarie, (ainsi nommés de deux mots esclavons: Bog, qui signifie DIEU, & Milotri, qui veut dire ayet pitié de nous) attaqua, vers l'an 1110, le mystère de la Sainte-Trinité. Il avança que Dieu avoit eu, avant JÉSUS-CHRIST, un autre fils nommé Sathanaël, qui s'étant révolté contre son père, avoit été chaffé du ciel avec les anges compagnons de sa révolte, & s'étoit établi sur la terre; que c'étoit lui qui avoit trompé Moïse, en lui donnant la loi; que J.C. envoyé pour détruire sa puissance, l'avoit renfermé dans l'enfer, & avoit retranché la dernière syllabe de son nom; en sorte qu'il ne se nommoit plus que Sathanas. Il rejetoit la résurrection, les livres de Moïse & l'eucharistie. Il regardoit le baptême comme inutile, proscrivoit les églises comme autant d'habitations du Démon, & ne vouloit point d'autres prières que le Pater noster. Les deux démoniaques dont il est parlé dans l'Écriture, qui habitoient dans les sépultures, lui paroissioient désigner les prêtres & les moines, qui habitent les églises où l'on garde les os des morts, c'est-à-dire les reliques. Il comparoit aussi les moines enfermés dans leurs monastères aux renards, qui, selon le langage de l'Évangile, ont leurs tanières. Il étoit cependant lui-même, ainsi que ses disciples habillé en moine, afin d'influer plus aisément ses erreurs. Il condamnoit de plus l'usage de la viande & des œufs. A l'exemple de plusieurs hérétiques, il déclamait contre le mariage, & permettoit la communauté des femmes. Comme il enseignoit avec le plus grand secret sa détestable doctrine, il fallut user de rufe pour le convaincre. L'empereur de Constantinople, Alexis Comnène, feignit de vouloir embraser ses principes, & Bafile flatté de l'honneur d'avoir un disciple si illustre, commença à débiter ses erreurs le plus élégamment qu'il lui fut possible. Mais, pendant qu'il parloit, un secrétaire, caché par ordre du monarque derrière un rideau, écrivoit, jusqu'au moindre mot, tout ce que le médecin dogmatisant disoit. Alors l'empereur convoqua un concile à Constantinople ; *Bafile* y foutint ses extravagances, & déclara qu'il étoit prêt à subir les plus horribles tourments, plutôt que de se rétracter. On lui permit d'opter entre le bûcher & la croix. Il choisit le bûcher & s'y précipita, persuadé que les anges viendroient le délivrer ; mais les anges le laissèrent brûler en 1118.
VII. BASILE, (Adriène) Napolitaine, savante & belle, fut par ses graces & ses talens pour la poésie, l'objet des chants & des éloges des poètes du 16e siècle. On publia, en son honneur, un recueil intitulé : *Il Teatro della gloria della signora Bafile*. — Son parent Jean-Baptiste BASILE fut aussi un poète agréable qui a laissé des *Madrigaux*, des *Odes*, le *Poème* de *Théagine*, & des *Observations* sur les poésies du *Bembe*.
BASILIDE, hérédiaque d'Alexandrie, mort sous *Adrien* vers l'an 130, eut pour maître *Simon* le magicien. On croit que c'est lui qui apporta de *Perfe* le *Manichéisme* dans l'église Chrétienne. — *Voy*. BASILOWITZ.
BASILINE, seconde femme de *Jules Constantin* & mère de l'empereur *Julien*, embrassa la religion Chrétienne, & devint bienfaitrice de l'église d'Éphèse, à laquelle elle donna des terres. Ayant adopté depuis l'hérédité d'*Arius*, elle persécuta & fit exiler *S. Eutrope*, évêque d'Andrinople.
BASILISQUE, frère de *Vérine*, femme de *Léon I*, empereur d'Orient, devint général d'armée, consul & patrice, & fut chargé de la guerre contre *Genferic*, qui s'étoit rendu maître de l'Afrique. Mais les Ariens, craignant de voir détruire la puissance d'un roi qui étoit de leur scôte, corrompirent la fidélité de *Bafilique* par la promesse de l'empire. Ce général donna le temps au roi Vandale de rassembler des troupes & une flotte qui dispersa ou brûla celle des Romains. *Bafilique* fut obligé de se cacher jusqu'à ce que sa sœur eût calmé l'empereur son époux. Après la mort de ce prince, en 474, il usurpa l'empire, & fut bien accueilli par le peuple fantasque de Constantinople. Mais, au lieu de répondre à l'idée qu'on avoit de lui, il gouverna en tyran, favorisant les Ariens, protégeant les Eutrychéens, & persécutant les Orthodoxes. *Zénon* l'Isaurien, légitime empereur, qui avoit été obligé de prendre la fuite, revint à Constantinople, avec une armée, & donna bataille, en août 476, à *Bafilique*, qui fut vaincu, & n'eut d'autre aille qu'une église des Catholiques qu'il avoit persécutés. *Zénon* se fit livrer l'usurpateur, avec sa femme & ses enfans, & les fit renfermer dans une tour d'un château de Cappadoce, où la faim & le froid les tuèrent l'hiver suivant ; ils expirèrent en s'embrassant les uns les autres. Pendant sa courte administration, *Bafilique* ne fit usage de sa puissance, que pour piller les peuples & les accabler d'impôts. Il avoit pour principe, qu'un Roi qui veut gouverner avec autorité, doit dévorer la haine que ses injustices inspirent. Il fut assez infame, pour souffrir qu'*Hermate*, son neveu, entretint un commerce criminel avec *Zénonide* sa femme. De son temps, une partie de Constantinople fut réduite en cendres, & l'on regretta sur tout la bibliothèque publique, qui renfermoit, dit-on, plus de cent vingt mille volumes.
BASILOWITZ, (Iwan) ou Jean BASILIDE, affranchit sa nation de la domination des Tartares, & jeta les fondemens du puissant empire de Russie. Il fut le premier qui se donna le titre de Czar; il prit, en 1554, la ville d'Astracan fur les Tartares-Nogais, fit venir des architectes pour batir des églises dans les principales villes de ses états; veilla fur le clergé, assembla un synode en 1542, dressa, en 1550 le Soudehnic ou le Manuel des juges, fixa le cours des monnoies, régla le commerce en 1571, par un tarif ainsi que par des traités faits avec d'autres nations, & introduisit l'imprimerie dans sa capitale. Pour peupler ses états, il accorda aux étrangers le libre exercice de leur religion. Il entreprit de fonder à Novogorod & à Pleskow des gymnases pour faire instruire la jeunesse Russe dans les langues latine & allemande : enfin, il n'épargna rien pour rendre les peuples heureux. Il régna depuis 1534 jusqu'en 1584. Il eut pour fucceffeur Fador.
BASIN, Voy. BESONS.
BASINE, femme de Basin roi de Thuringe, quitta son mari pour venir en France épouser le roi Childeric I. — Si j'avois cru, dit-elle à ce prince, qui avoit été son amant, trouver au-delà des mers un Héros plus brave & plus galant que vous, j'aurois été l'y chercher. Notre Talestris fut bien accueillie, & de leur union naquit Clovis I, l'an 465. — Une autre BASINE, fille de Chilpéric & d'Audovaire, fut violée par les domestiques de Frédégonde sa belle-mère, digne d'être servie par de tels monstres. Après qu'ils s'en furent rassasiés, ils rasèrent Basine & la renfermèrent dans un couvent à Poitiers. — BASKERVILLE, (Jean) célèbre imprimeur & graveur Anglois, mort le 18 janvier 1775, à Birmingham, ville d'Angleterre dans le comté de Warwick, quitta sa profession de maître d'école pour se faire imprimeur. Il grava & fondit lui-même ses caractères, & leur donna une grande perfection. L'œil en est net & beau. Il inventa une manière de fabriquer le papier qu'on n'a pu découvrir encore en France. Il est si lisse & si poli qu'on le croiroit de soie. Ses principales éditions se distinguent encore par leur noble simplicité, sans vignettes, estampes, lettres grises ni ornemens superflus; cependant son Orlando furioso, 1775, 4 volumes in-8°, en est orné. On recherche celles de Virgile, 1757, in-4°, d'Horace, de Juvenal & de Perse, & de la Bible Angloise, imprimée aux frais de l'université de Cambridge. Il est fâcheux que ce magnifique ouvrage in-fol. soit imprimé sur un papier trop mince & trop transparent, qui laisse apercevoir le verso des pages. La société littéraire qui a donné, en 1785, une édition de Voltaire in-4° & in-8°; a acquis les poinçons de Baskerville. — Mais quel que soit le mérite des productions de ses presses, il ne faut pas que la fureur d'admirer exclusivement tout ce qui vient d'outre-mer, nous ferme les yeux sur les belles éditions du Louvre, des Barbou, des Lambert, des Didot, &c. &c.
BASMAISON, (Jean) avocat de Vic-le-Comte, mort vers 1600, a composé une bonne Paraphrase sur la Coutume d'Auvergne, & un Traité sur les Fies & Arrière-Fies. I. BASNAGE, (Benjamin) ministre Protestant à Carentan, sa patrie, né en 1580, fut considéré & employé dans sa communion. On a de lui un Traité de l'Eglise, estimé par ceux de son B A S 109 parti. Il mourut en 1652, âgé de 72 ans.
II. BASNAGE, (Antoine) fils aîné du précédent, ministre à Bayeux, puis à Zutphen en Hollande, où il se retira après la révocation de l'édit de Nantes, mourut en 1691, âgé de 81 ans. — Son fils Samuel BASNAGE de Flottemanville, fut également ministre à Bayeux & à Zutphen. Il a laité des Annales Eccléptiques en latin, 1706, 3 vol. in-fol. beaucoup moins estimées que l'Histoire de l'Égypte de son cousin, dont nous allons parler; & une Critique des Annales de Baronius, in-4°, pour servir de supplément à celle de Cajoubon, mais dans laquelle il étoit un peu trop controversé. Ce favant, né à Bayeux, mourut en 1721.
III. BASNAGE DU FRAQUENAT, (Henri) fils puiné de Benjamin, naquit à Sainte-Mère-Église, au-dessus de Carentan, le 16 octobre 1615. Ayant embrassé le parti du barreau, il s'établit à Rouen & y acquit la réputation d'un des plus éloquents orateurs de son siècle. Il n'en acquit pas moins, par son intelligence dans les commissions importantes où il fut employé. Cet habile avocat, généralement estimé pour sa probité & son savoir, mourut, le 20 octobre 1695, à Rouen, âgé de 80 ans, ayant conservé jusqu'au dernier moment toute la force de son jugement. Il est auteur d'un Traité des Hypothèques, & d'un excellent Commentaire sur la Coutume de Normandie, imprimés plusieurs fois. Un favant de la même profession en prépare une nouvelle édition, qui doit paroître incessamment.
IV. BASNAGE DE BEAUVAL, (Henri) né à Rouen l'an 1659, étoit fils du précédent. Il fut avocat au parlement de Normandie, comme son père. Réfugié en Hollande après la révocation de l'édit de Nantes; il s'y étoit annoncé par un Traité de la Tolérance, 1684, in-12. Il mourut à la Haye en 1710, à 51 ans. Bayle, ayant discontinué ses Nouvelles de la République des Lettres, Basnage leur fit succéder l'Histoire des Ouvrages des Savans. Ce Journal, en 24 vol. in-12, fut commencé en septembre 1687, & finit au mois de juin 1709. Il y a de très-bons extraits; mais le style est souvent recherché. S'il n'étoit pas prodigue de louanges, il épargnouit aussi tous les termes injurieux, les froides railleries, les plaisanteries insultantes. Il se contentoit de faire sentir le défaut de l'ouvrage en ménageant la personne; & le jugement du public s'accordoit ordinairement avec le sien. Il respectoit les différents partis & les différentes religions. On lui a reproché seulement, qu'il mêloit trop souvent ses réflexions avec celles des auteurs dont il rendoit compte, & il étoit quelquefois très-difficile de distinguer les unes des autres. On a encore de lui une édition de Furetière, en 3 vol. in-fol., 1701. Le Dictionnaire Universel, imprimé à Trévoux en 1074, 3 vol. in-fol., (& poussé depuis jusqu'à 8 vol. in-fol.) est une fidèle copie de celui-ci. Méthode, orthographe, exemples, on n'y a pas changé un seul mot, à l'exception de quelques additions étrangères à un Dictionnaire de la langue. Cependant, on a supprimé les noms de Furetière & de Basnage, & le nouvel éditeur, en le dédian au duc du Maine, le lui annonce comme un ouvrage tout nouveau. Les Basnages étoient destinés à être volés: Voy. l'article suivant. V. BASNAGE DE BEAUVAL; (Jacques) fils de Henri du Fraquenay, & frère du précédent, naquit le 18 août 1651. Il exerça le ministère à Rouen, sa patrie, & ensuite en Hollande, où il s'étoit retiré pour le même sujet que son frère. Basnage, quoique réfugié dans les pays étrangers, fut toujours attaché à sa patrie. Lorsque l'abbé Dubois, depuis cardinal, vint à la Haye en 1716, le duc d'Orléans lui conféilla de se conduire en tout par les avis de Basnage. Les services qu'il rendit alors, lui valurent la restitution de tous les biens qu'il avoit laissés en France. On a de lui divers ouvrages : I. Une Histoire de l'Église en françois, 2 vol. in-fol., à Rotterdam 1699, qui est une des meilleures de celles qu'on a faites pour les Protestans. L'Histoire des Églises réformées, qui se trouve dans ce livre, a été donnée séparément, 1725, 2 volumes in-4.º II. L'Histoire des Juifs, depuis J. C. jusqu'à présent, seconde édition à la Haye, 1616, 15 vol. in-12. Ce livre, plein d'érudition, fut si applaudi dans sa naissance, que l'abbé Dupin ne fit pas difficulté de le faire imprimer à Paris, après se l'être approprié, en y faisant quelques corrections. Les savans qui veulent s'instruire des dogmes, des cérémonies & de l'histoire de la nation Juive, le lisent encore avec fruit; mais il faut avouer que cette lecture seroit plus agréable, si l'auteur avoit un style moins languissant, & s'il avoit écarté bien des choses qu'on se soucie assez peu de savoir. Peut-être que la première édition étoit faite avec plus de choix que la suivante; mais l'envie de faire tomber la contre-sacron de l'abbé Dupin, lui fit grossir, &, à quelques égards, gâter son livre. Il y a des choses étrangères aux Juifs; & le savant la Croix y trouvoit plusieurs erreurs; mais heureusement elles ne sont pas de conséquence. III. La République des Hébreux, Amsterdam 1705, en 3 vol. in-8.º IV. Les Antiquités Judaïques, 1713, 2 vol. in-8.º V. Dissertation sur les Duels & la Chevalerie, 1720, in-8°, imprimée aussi dans l'Histoire des Ordres de Chevalerie, 1716, 4 vol. in-8.º VI. Les Annales des Provinces-Unies, depuis la Paix de Munster, 2 vol. in-fol., la Haye, 1719 & 1726; assez bonnes, principalement pour la partie qui regarde les derniers temps de la république. C'est là apparemment l'ouvrage qui a donné occasion à cette antithèse d'un écrivain célèbre : « Que Basnage étoit plus propre à être ministre d'état, que d'une paroisse. » VII. Un Traité de la Confiance, en 2 vol. in-8.º VIII. Des Sermons, moins lus que ses ouvrages historiques. IX. Theaurus Monumentorum, &c. (Voyer II. CANISIUS.) Il mourut en décembre 1723, laissant une fille mariée. Basnage étoit un homme poli, affable, prévenant, officieux, charitable, & plus doux que ne le sont communément les controverses. On a encore de lui un livre dont les Catholiques peuvent se servir comme les Protestans : c'est son Histoire de l'Ancien & du Nouveau Testament, avec des figures par Romain de Hoogues, à Amsterdam, 1705, in-fol.; l'in-4.º 1706, est moins recherché. Son style manque de légèreté & d'élégance; & dans ce dernier livre il est concis, dit Dom Caimet, lorsqu'il devoit être étendu. Basnage est plus estimé comme savant, que comme écrivain. J. BASSAN, (Jacques DU PONT, ou le) naquit en 1510 à Bassano, ville des états de Venife. Il étoit fils d'un peintre de Vicence, qui charme de la belle situation de Bassano, vint s'y établir. Le Bassan travailla beaucoup à Venife dans sa jeunesse; mais à la mort de son père, il revint dans sa patrie. Admirateur de la nature dans une campagne charmante, il peignit des paysages & des animaux, avec beaucoup de vérité. Mais son pinceau n'est pas si vrai & si noble dans les sujets historiques; parce qu'il connoissoit très-peu les beautés de l'antique. On voit plusieurs de ses tableaux en France, & sur-tout à Paris, au dépôt national. « Bassan a été un peintre excellent, dit le célèbre Annibal Carache; il fut digne d'une plus grande louange que celle que Vassari lui donne, parce qu'entre les beaux tableaux qu'on voit de lui, il a fait encore de ces miracles que l'on rapporte des anciens Grecs, trompant par art, non seulement les bêtes, mais les hommes; ce que je puis témoigner, puisqu'entrant un jour dans sa chambre je fus trompé moi-même, avançant la main pour prendre un livre que je croyois un vrai livre, & qui ne l'étoit qu'en peinture. » Le Bassan avoit mis dans son jardin diverses figures de reptiles & d'animaux, qu'à la première vue on croyoit vivans. Ce peintre excelloit aussi dans le portrait. Il fit ceux de l'Arlofte & du Tasse, & de plusieurs hommes célèbres de son temps. Lui-même se peignit avec les attributs de son art. Il mourut à Venife en 1592, à 82 ans. Il avoit amassé une fortune considérable, dont il faisoit un usage agréable, partageant son temps entre la lecture, la musique, la peinture, & les soins du jardinage. Il laissa quatre fils, tous peintres.
II. BASSAN, (François) peintre, fils du précédent, mort à Venife en 1594, à l'âge de 44 ans. La supériorité de ses talens le fit choisir par la république, concurremment avec Paul Véronise & le Tintorot, pour orner de ses peintures le palais de Saint-Marc. Il avoit peint un magnifique tableau représentant l'enlèvement des Sabines, qu'il vendit très cher au maréchal d'Ancre. L'humeur mélancolique de cet artiste lui fit croire sur la fin de sa vie qu'il étoit sans cesse poursuivi par des archers. Un jour que l'on frappa violemment à sa porte, il crut que les archers arrivoient. Il se jette par la fenêtre, & s'étant blessé dangereusement à la tête, il mourut quelques temps après. — Son frère Léandre BASSAN, avec les mêmes talens, avoit les mêmes accès de folie. Il s'imaginait qu'on vouloit toujours l'empoisonner. Celui-ci acheva divers ouvrages que son frère François avoit laissé imparfaits. Ses portraits étoient recherchés. Celui du doge de Venife lui mérita le collier de Saint-Marc; & l'empereur Rodolphe II lui envoya une médaille d'or, pour lui prouver l'estime qu'il faisoit de lui. Léandre aimoit la société, la parure, la musique. Il mourut à Venife en 1623, âgé de 63 ans. — Les deux autres frères de François; appelés Jean-Baptiste & Jérôme, faisirent si bien la manière de leur père, qu'il faut être fin connoisseur pour les distinguer. I. BASSANI, (Jacques-Antoine) né à Vicence en 1686, mort le 21 mai 1747, à l'âge de 61 ans, se fit Jésuite & devint l'un des plus éloquents prédicateurs d'Italie. Ses Discours furent exempts du mauvais goût, & des jeux de mots qui déparent trop souvent les productions des orateurs de fon pays. Le pape Benoit XIV qui l'avoit entendu à Bologne, l'ap- pella à Rome pour l'entendre en- core. Les Sermons de Bassani ont été publiés à Bologne en 1752, & à Venise l'année suivante. On lui doit encore des Poésies latines & italiennes qui ont paru à Padoue en 1749. Un Jésuite à écrit sa vie en latin, où il dit: que la pu- reté des mœurs de Bassani égala celle de son style, & que ce qui pourroit faire le mérite de plu- sieurs personnes se trouva réuni en lui.
II. BASSANI, (Alexandre) noble Padouan, se distingua sur la fin du 15e siècle par ses grandes connoissances dans le Droit. Il mourut à Ravennes en 1495, après avoir publié un traité De officio praeteris. — Jean BASSANI, de la même famille, a publié le Voyage à Rome de Marie Casimir, veuve de Jean III, roi de Pologne. Rome 1700, in-4.
BASSANO, (Alvare de) mar- quis de Sainte-Croix, célèbre amiral Espagnol, étoit fils d'Alvare de Bassano, général des troupes de Ferdinand le Catholique dans la guerre de Grenade, & d'Anne de Guzman. Après avoir fait plusieurs cam- pagnes sur mer avec autant d'ha- bileté que de bonheur, il fut nommé général des galères par Charles-Quint, & fit, en 1530, des conquêtes sur les Maures. Il n'eut pas moins de succès dans les dif- férens combats qu'il livra, tantôt à des vaisseaux François, tantôt à des corsaires de Barbarie. Les côtes de l'Espagne furent assurées, par son courage, contre les en- nemis étrangers. En 1571, il se signala dans la fameuse journée de Lépante contre les Turcs, con- tribua beaucoup à la victoire & reçut trois blessures. Philippe II ayant voulu se rendre maître du Portugal, l'amiral Bassano défit en 1583 la flotte Françoise en- voyée pour retarder ou empêcher cette conquête; mais il ternit la gloire de tant de belles actions, par les cruautés qu'il commit contre les prisonniers. En 1586, il attaqua, près du cap de Sainte-Hélène, l'es- cadre Angloise commandée par Edouard Drake, remporta un grand avantage, & fit ce général pri- sonnier. Enfin on lui donna la charge de grand-amiral de la flotte surnommée l'Invincible & destinée contre l'Angleterre. Mais l'empe- reur Philippe II, lui ayant fait des reproches qu'il ne méritoit point, sa sensibilité le mit au tombeau. Philippe le regretta extrêmement; & après la défaite de cette der- nière flotte, il ne put s'empêcher de dire: Les choses auroient été autrement, si le marquis de Ste-Croix ne fût pas mort. En effet, cet amiral étoit un homme de tête & de main, actif, ferme, intrépide; & son héroïsme sanguinaire le faisoit re- douter des ennemis de sa nation.
BASSANÈSE, Voy. NEGRO.
BASSELIN, (Olivier) foulon de Vire en Normandie, fit beau- coup de Chansons à boire, modèles de celles qu'on a faites depuis, & auxquelles on a donné par corruption le nom de Vaudevilles. Comme le chansonnier Normand chantoit ses vers aux pieds d'un côteau appelé les Vaux, sur la rivière de Vire, on les nomma les Vaux-de-Vire. Ces Chansons, composées dans le 15e siècle, tenoient de la barbarie du style du temps, & de la grossièreté de l'auteur. Jean le Houx les corrigea un siècle après, & les mit dans l'état où nous les voyons à présent. B A S 113
BASSEPORTE, (Magdelène-Françoise) célèbre par le talent de peindre les plantes, les oiseaux, les animaux, naquit à Paris en 1701, & y mourut en octobre 1780, à 79 ans. Elle fut l'élève du fameux Robert, & succéda en 1732 à Obriette dans la place de peintre des jardins du roi. Louis XV qui la fit souvent appeler pour peindre des animaux singuliers, étoit plein d'estime pour ses talens, convertoit familièrement avec elle, & la dispenfoit de toute étiquette. Mlle. de Basseporte, naturellement sensible & bienfaifante, ne se servit de son crédit que pour encourager les talens naiffans. Larchevêque, peintre du roi de Suède, & le fameux chimiste Rouelle, lui durent leur avancement. Plusieurs artistes dans les deux sexes participèrent à ses leçons & à ses libéralités. Elle n'avoit cependant qu'une pension de cent pistolets & le produit de son talent; mais l'envie de faire du bien rend économes ceux dans qui cette envie est une espèce d'enthousiasme.
BASSET DE LA MARELLE, (Louis) né à Lyon, se fixa à Paris, & y exerça la place de président au grand conseil. Membre de l'académie de Lyon, il a publié en 1766 un Écrit sur la différence du patriotisme national chez les François & chez les Anglois, in - 8.º Arrêté avec sa femme & son fils agé de 17 ans, ils périrent tous les trois sur l'échafaud en 1793, victimes du tribunal révolutionnaire. On les accusa d'être complices dans une conspiration tramée dans la prison du Luxembourg, comme si des détenus pouvoient encore nuire à l'état & en troubler les opérations. I. BASSI : Quelques bibliographes ont cru mal à propos que c'étoit le nom de famille du fameux Politien. Voyez POLITIEN.
II. BASSI, (Ferdinand) naturaliste Bolonois, mort le 9 mai 1774, n'épargna ni soins, ni dépenses pour perfectionner dans sa patrie le goût pour l'histoire naturelle. Il voyagea beaucoup & légua à l'institut de Bologne, sa bibliothèque, ses herbiers, & tout ce qui pouvoit dans sa succession servir au progrès des sciences. On a de lui des Mémoires inférés dans la collection de l'institut & une Dissertation imprimée à Rome en 1767, sous le titre : Delle Terme Porretane.
III. BASSI, (Martin) célèbre architecte de Milan, répara avec art le magnifique dôme qu'on admire dans sa patrie, & publia à cette occasion un ouvrage sur les démêlés qu'il eut avec d'autres architectes pour la restauration de cet édifice.
IV. BASSI, (Laure) épouse du docteur Joseph Verai, mourut à Bologne sa patrie, le 20 février 1778. Ses talens & son savoir lui avoient mérité le bonnet de docteur. Elle reçut cet ornement de la science en 1732, en présence des cardinaux Lambertini & de Polignac, témoins illustres & irréprochables de ses succès. La réputation de cette femme célèbre acquit un nouvel éclat par les leçons de physique expérimentale qu'elle donna depuis 1745 jusqu'à sa mort. La plupart des savans de l'Europe, avec lesquels elle étoit en relation, admiroient sa vaste littérature, grecque, latine, françoise, italienne, & aimoient son caractère. Ses mœurs ne faisoient pas moins d'honneur à sa patrie, où elle pratiqua sur-tout une vertu qui est la source de beaucoup d'autres, la charité envers les pauvres & les orphelins.
BASSIANI, (Jean) né à Crémone, acquit de la réputation dans l'étude de la jurisprudence, dans le 12e siècle, & devint le maître d'Azon. Il a laissé quelques ouvrages, & entre autres une Somme de jurisprudence.
BASSIANO, (Lando) célèbre médecin de Plaisance en Italie, mort à la fin du siècle passé, a publié les écrits suivants : I. De humană hiftoriă. II. De incremento. III. Jatrologia.
BASSO, (Simon) chanoine de Bénévent dans le 17e siècle, a fait imprimer : I. des Poésies Toécanes ; II. des Fragments sur la poésie épique ; III. Apologie pour la monarchie d'Espagne. Ce dernier écrit fut fait pour réfuter celui de Boccalini.
BASSOMPIERRE, (François de) colonel-général des Suisses, & maréchal de France en 1622, naquit en Lorraine l'an 1579 d'une famille distinguée. Le cardinal de Richelieu, qui avoit à se plaindre de sa langue caustique, & qui désapprouvoit ses liaisons avec le duc de Guise & la princesse de Conti, l'un & l'autre déclarés contre lui, ayant su que dans la journée des Dupes, il avoit conclu à ce qu'on l'enfermât, lui fit subir le fort qu'il lui destinoit. Il fut mis à la Bastille en 1631. Bassompierre avoit prévu l'ascendant que la prise de la Rochelle, le boulevard des Protestans, donneroit à ce ministre ; aussi dit-il dans cette occasion : Vous verrez que nous serons assez sous pour prendre la Rochelle. Il passa le temps de sa prison à lire & à écrire. Un jour il feuilleroit beaucoup la Bible ; Malleville lui demanda ce qu'il cherchoit ? — Un passage que je ne saurois trouver, lui dit le maréchal. Ce passage étoit une porte pour sortir de sa prison. Il y fit ses Mémoires, imprimés à Cologne en 1665, 3 vol. Il y a, comme dans la plupart des livres de ce genre, quelques anecdotes singulières, & beaucoup de minutes. Ils commencent en 1598, & finissent en 1631. Sa détention fut de douze ans. Il n'eut sa liberté qu'après la mort de Richelieu. Comme il sortit de la Bastille le jour même des obsèques du cardinal, il dit : Je suis entré dans ce château pour le service de M. le Cardinal ; j'en sors pour son service. On a encore de lui une Relation de ses Ambassades, estimée, 1665 & 1668, 2 vol. in-12 ; & des Remarques sur l'Histoire de Louis XIII par Duplex, in-12 : ouvrage un peu trop satyrique, mais curieux. Bassompierre vécut jusqu'au 12 octobre 1646 ; on le trouva mort dans son lit. C'étoit un homme à bons mots qui n'étoient pas toujours délicats. Quand il sortit de la Bastille, il étoit devenu extrêmement gros, faute d'exercice. La reine lui demanda : Quand il accoucheroit ? — Quand j'aurai trouvé une sage-femme, répondit-il. Louis XIII lui demanda son âge à peu près dans le même temps ; il ne se donna que cinquante ans. Le roi paroissant surpris : Sire, lui répondit Bassompierre, je retranche dix années passées à la Bastille, parce que je ne les ai pas employés à votre service. Quoiqu'il eût été employé pour des ambassades, la négociation n'étoit pas son principal talent ; mais il avoit d'autres qualités qui le rendoient très-propre à la représentation. C'étoit un fort bel homme, d'un esprit présent, léger, vif & agréable, d'une politesse noble & d'une générosité rare. Après sa sortie de la Bastille, la duchesse d'Aiguillon, nièce du B A S 115 cardinal de *Richelieu*, lui offrit cinq cents mille livres pour en disposer comme il lui plairoit : *Madame*, lui dit *Bassompierre* en la remerciant, *votre oncle m'a fait trop de mal, pour recevoir de vous tant de bien*. Il parloit toutes les langues de l'Europe aussi facilement que celle de son pays. Le jeu & les femmes étoient ses deux passions dominantes. Avertis secrètement qu'il alloit être arrêté, il se leva avant le jour, & brûla plus de six mille lettres qu'il avoit reçues des dames de la ville & de la cour. Il avoit épousé secrètement la princesse de *Conti*, *Louise de Lorraine*, dont il eut un fils, mort peu de temps après son père. Il eut de Mlle. de *Baltac* un bâtard, *Lotis*, mort évêque de Saintes en 1676. Cette demoiselle, fœur de la marquise de *Verneuil*, se faisoit appeler Mad. de *Bassompierre*. Un jour la reine dit au maréchal, fortis depuis peu de la Bastille : *Monsieur le maréchal, voilà madame de Bassompierre*. — *Madame*, répondit-il, *ce n'est qu'un nom de guerre*. — Mlle. de *Baltac* l'ayant entendu, lui dit : *Vous êtes un foi*. — *Il n'a pas tenu à vous*, reprit vivement le maréchal, *que je ne le fasse*.
**BASSUEL**, (Pierre) né à Paris en 1706, fut élevé dans les lettres. Il fréquenta de bonne heure les écoles de chirurgie. Les hôpitaux font le champ de bataille du chirurgien : le jeune *Bassuel* s'y exerça avec succès. L'académie des sciences & celle de chirurgie, eurent le plaisir d'entendre la lecture de plusieurs de ses *Mémoires*, & quelques-uns ont été inférés dans les leurs. Il mourut en 1757, à 51 ans. Il n'avoit pas l'art de se prôner; son mérite faisoit toute sa recommandation. Plein de franchise & de droiture, sa conversation étoit assez contentieuse, mais sans sortir des bornes de la politesse & de la modération.
**BASSUS**, (*Casius*) poète Latin sous *Néron*, dont on a des fragments dans le *Corpus Poétarum*, est le même auquel *Perse* adresse sa sixième Satire. — *Voyet* VENTI-DIUS - BASSUS.
**BASSVILLE**, (Nicolas-Jean-Hugon de) a obtenu plus de célébrité par sa mort que par ses ouvrages. Nommé envoyé extraordinaire à Rome pour réclamer la liberté de plusieurs François emprisonnés, il y fut affaîmé le soir du 13 janvier 1793 dans la maison de *Morette* banquier, & reçut dans une émeute populaire, un coup de rafoir dans le bas-ventre, dont il mourut trente-quatre heures après. Péris-il victime de la vengeance Italienne, ou sous le poignard des révolutionnaires eux-mêmes, jaloux de trouver un prétexte pour l'envahissement de Rome ? Ce qui pourroit favoriser ce dernier sentiment, c'est que *Bassville* avoit, quelques jours auparavant, refusé de faire placer l'écusson de la république sur la porte de la maison du consul de France qu'il occupoit. On lui doit : I. *Élémens de Mythologie*, in-8° : ils ont eu plusieurs éditions. II. *Précis* sur la vie de *Lefort* de Genève, grand amiral de Russie, 1786. III. *Mémoires* historiques & politiques de la révolution de France, 1790, 2 vols. in - 8°.
**BASTA**, (George) originaire d'Épire, naquit à la Rocca près de Tarente. Le duc de Parme, sous lequel il servit, fut très content du succès de toutes les affaires qu'il lui confia. En 1596, il fit entrer des vivres dans la Fère dont Henri IV faisoit le fêge. Cette entreprise fut exécutée avec un secret & une célérité qui lui firent beaucoup d'honneur. L'empereur l'eut ensuite a son service. Il se signala en Hongrie & en Transylvanie, vainquit les rebelles & les réduisit. Il mourut vers 1607, & laissa deux Traités sur la Discipline militaire, qui sont estimés; l'un intitulé : Le Mestre de Camp général, Venise 1606. L'autre traite de la Manière de conduire la Cavalerie légère, Bruxelles 1624, in-4.° Ces deux ouvrages sont en italien.
BASTIEN, Voyez IV. SÉBASTIEN & ZAMET.
BATALA (Mythol.) Divinité des îles Philippines, à laquelle on attribuoit la création de toutes choses.
BATALUS, musicien Grec, antérieur à Démosthènes, jouoit parfaitement de la flûte, & fut le premier qui monta sur le théâtre avec une chaussure de femme. La molleffe de sa vie & la dissolution de ses mœurs, passèrent en proverbe. On surnomma Batales les personnes efféminées & sans courage.
BATARNAY, (Françoise de) épousa François d'Ailly, vidame d'Amiens, mort en 1560. Elle n'avoit que 22 ans, lorsqu'elle devint veuve; mais au lieu de profiter de sa beauté & de sa fortune pour contracter un nouvel hymen, elle se dévoua pendant soixante ans, à servir de mère aux pauvres & aux orphelins, & aux plus dures austérités. On dit qu'elle resta vingt ans sans se coucher. Le cardinal de Joyeuse son neveu, l'empêcha de s'enfermer dans un cloître en lui remontrant qu'elle pouvoit faire plus de bien dans le monde que dans un monastère, où sa bienfaissance deviendroit moins ac- tive, & ses vertus plus ignorées. —Sa sœur, Marie de BATARNAY, mariée au maréchal de Joyeuse, ne se distingua pas moins par sa douceur, ses graces & sa piété.
BATE, (George) médecin Anglois, né à Maidsmorton en 1608, mort premier médecin de Charles II, est connu par sa Pharmacopaa Batteana, 1700, in-12, plusieurs fois imprimée.
BATHILLE, pantomime d'Alexandrie, qui parut à Rome sous Auguste, fut affranchi de Mécène. Il s'étoit associé avec un certain Pylade. Ils inventèrent une nouvelle manière de danse, où l'on représentoit, par des poîtres & par des gestes, le tragique & le comique. Pylade réussissait dans le premier genre; Bathille dans le second. Cette espèce d'éloquence muette, qu'ils perfectionnèrent, fut dans la fuite tellement cultivée, que le philosophe Démétrius, sous Caligula, étant allé voir jouer les pantomimes; comme il attribuoit tout l'effet qu'ils produisaient, aux instruments, aux voix & à la décoration, l'acteur lui dit : Regarde-moi jouer seul, & dis après de mon art tout ce que tu voudras. Les flûtes se turent, le pantomime joua; & Démétrius transporté s'écria aussitôt : Je ne te vois pas seulement, je t'entends, tu me parle des mains. Les Romains adoptèrent avec passion le spectacle inventé par Pylade & Bathille, & ils le nommèrent la danse italique. Les deux amis, rivaux de talens & de fortune, ne tardèrent pas à se brouiller & à élever chacun un théâtre. Rome se trouva dès-lors partagée en deux factions qui furent souvent sur le point d'en venir aux mains, & qui firent long-temps oublier toutes les querelles politiques. „ Bathille, dit Cahufac dans B A T 117 son Traité de la Danse, avoit l'esprit badin, gai, léger, plein de feu & de jolies faillies. Telles devoient être ses compositions. Ce n'étoit, dans tout ce qu'il exécutoit, qu'images vives & riantes, que tableaux peints par la main légère des Grâces, destinés par l'Amour, animés par la Volupté. Les traces qui en refoient dans son imagination rendoient son humeur égale, sa conversation gaie, son commerce facile. Souple, complaisant, adroit, il faisoit dans le même temps une révérence profonde, disoit un bon mot, & rioit d'une plaisanterie qu'on lui adreffoit, quoiqu'il sut très-bien qu'elle étoit mauvaise. Il mérita la faveur de Mécène, parce qu'il avoit des talens, de la politesse & de l'esprit. Ce favori d'Auguste ne se feroit pas laissé séduire par de moindres avantages; mais pour s'acquérir la bienveillance de la foule des grands feigneurs, Bathilde avoit senti qu'il lui falloit d'autres ressources: il les trouva dans sa souplesse, dans une liberté effrénée de mœurs, dans une facilité extrême à se prêter sans difficulté aux parties de plaisir les plus libertines, dans les soins qu'on pouvoit exiger de lui, sans craindre de l'offenser, pour négocier, lier ou rompre les tendres commerces de Rome. Avec ces secours, il ne pouvoit pas manquer de se faire un nombre infini de partisans, une foule d'amis & autant de protecteurs, qu'il y avoit pour lors de grands feigneurs, mal élevés & sans mœurs, à la cour d'Auguste. »
BATILDE, (Sainte) épouse de Clovis II, descendoit, suivant l'auteur de sa Vie, de ces rois Saxons qui composèrent l'heptarchie d'Angleterre, & fut quelque temps esclave des Danois. Elle fut achetée à vil prix par Archambault, seigneur François, qui la donna à sa femme pour la servir. Belle, adroite, sage, modeste, douce, agréable, obligeante, elle gagna bientôt tous les cœurs. Après la mort de son épouse, Archambault lui offrit sa main, qu'elle refusa. Bathilde ne vouloit alors que se consacrer à la retraite; mais la Providence la deftinoit au trône; & lorsqu'il fallut chercher une femme à Clovis II, toute la nation jeta les yeux sur elle. Ce prince étant mort fort jeune, Bathilde devint regente du royaume. Elle le gouverna avec sagesse durant la minorite orageuse de Clotaire III son fils. Elle mourut à la fin de janvier 680, religieuse à l'abbaye de Chelles, qu'elle avoit bâtie. Elle avoit fondé aussi l'abbaye de Corbie. « L'histoire, dit Hénault, lui rend le témoignage qu'elle n'oublia point sur le trône son premier état, & que devenue religieuse, elle ne se souvint jamais qu'elle eût porté la couronne. » Le plus grand sujet de son éloge, est d'avoir aboli l'usage des esclaves qui subfiantoit encore, supprimé des exactions qui réduisoient les particuliers à vendre leurs enfans, réprimé les brigues pour l'épiscopat, & fait une guerre salutaire à la fimonie. Ébrom, le plus grand homme d'état de la première race, lui servit longtemps de conseil. « Bathilde, dit un historien, étoit parfaitement belle; sa physionomie étoit heureuse; & son esprit juste & délicat répondoit à tout ce que promettoit sa physionomie. Ses charmes étoient soutenus, non-feulement de ces graces touchantes, & sans lesquelles la beauté est imparfaite, mais encore de beaucoup de vertu. » Elle fut canonisée par le pape Nicolas I. Sa fête est célébrée le 718 B A T 30 janvier, qui passe pour celui de sa mort. Ses reliques reposaient sur le grand autel de l'abbaye de Chelles, avec celles de S. Genès évêque de Lyon, son aumônier, & celles de Ste. Bettile, abbeuse de ce monastère. Baille eut de Clovis II trois princes : Clotaire III, Childérie II, & Thierry III. — Voy. sa Vie, traduite par Arnauld d'Andilly, & Baillet au 30 janvier.
BATISTE, (N.) l'un des plus célèbres joueurs de violon qui aient paru en France, parcourut dans sa jeunesse l'Allemagne, la Pologne & l'Italie. Dans cette dernière contrée, il obtint l'amitié du célèbre musicien Corelli, qui, après l'avoir entendu, courut l'embrasser, & lui fit présent de son archet. Il se retira, sur la fin de ses jours, à la cour du roi de Pologne, dont il fit les délices. Il excelloit moins dans la difficulté du jeu que dans l'expression. Il tiroit de son instrument les sons les plus ravissans. Quelques-uns lui attribuent l'invention de la double corde.
BATISTIN, (Jean-Baptiste STRUCH, dit) musicien Florentin, mort vers 1740, vint en France, & mit en musique trois opéra Mélégre, Manco-la-Fée, Polydora & la cantate de Démocrite & d'Héraclite.
BATTAGLINI, (Marc) évêque de Nocera, & ensuite de Cesene, mourut en 1717, à 71 ans. Il est auteur d'une Histoire universelle des Conciles, 1686, in-fol. & des Annales du Sacerdoce & de l'Empire du dix-septième siècle, 1701 à 1711, 4 vol. in-fol.
BATTALIER, (Jean) né à Lyon, religieux Dominicain, résomma la Légende dorée, & la publia en 1476. C'est le premier ouvrage qui soit sorti des presses de l'imprimerie Lyonnoise.
BATTEUX, (Charles) de l'académie Françoise & de celle des Inscriptions, chanoine honoraire de Rheims, étoit né à Allendhuy, village de l'élection de Rheims. Après avoir professé la rhétorique dans cette ville, il se rendit, en 1730, à Paris, où il enseigna les humanités & la rhétorique dans les collèges de Lisieux & de Navarre. Il devint ensuite professeur en philosophie grecque & latine au collège royal. Il occupa avec distinction cette chaire supprimée depuis, jusqu'à sa mort arrivée à Paris le 14 juillet 1780. Il fut inhumé dans l'église de Saint-André-des-Prés, où le ministre Bertin lui a fait ériger un tombeau. La douleur de voir que les livres élémentaires à l'usage de l'école militaire, dont le gouvernement lui avoit confié la composition, n'avoient pas réussi, avança, dit-on, sa mort. Ce littérateur estimable joignoit à des mœurs graves mais sans rudeesse, à un caractère ferme, à une conversation solide & instructive, les lumières d'un homme vieilli dans la lecture des auteurs Grecs & Latins. Il y avoit puisé ces principes judicieux, ces pensées naturelles, qui, pour nous servir de ses expressions, n'ont que le sel de ces nourritures saines, dont le goût est toujours nouveau, parce qu'elles n'usent point le goût, qui exercent l'esprit sans le tourmenter, & l'éclairent sans l'éblouir. Nous avons de lui : I. Cours de Belles-Lettres, 5 vol. in-12, 1760; dans lequel on a réuni les Beaux-Arts réduits à un même principe, & son Traité de la Construction oratoire, qu'il avoit donnés séparément. Ces livres, plus raisonnés, plus méthodiques, plus précis que le *Traité d'Études* de *Rollin*, font écrits avec moins d'élégance & de douceur. Il règne dans le style un certain ton métaphysique, une précision roide & sèche, qui est un peu corrigée par les exemples choisis dont l'auteur a embelli ses leçons. On peut lui reprocher encore, que lorsqu'il discute certains morceaux de nos grands écrivains, par exemple les *Fables de la Fontaine*, la manie de s'extaîter sur tout, lui fait trouver des beautés où des critiques d'un goût plus sévère ont trouvé des défauts. « *Aristote* dans la *Poétique*, dit l'auteur des *Trois Siècles*, avoit réduit le but de la poésie à l'imitation de la nature; l'abbé *Batteux*, d'après l'*Essai sur le Beau* du Père *André*, a développé, étendu ce principe, & l'a appliqué avec beaucoup de justefie à tous les beaux-arts. Dans l'ouvrage estimable qu'il a composé à ce sujet, il en revient continuellement à cette idée primitive, & en tire, non-feulement les règles de la poésie & de l'éloquence, mais encore celles des autres genres d'imitation. Il commence par examiner quelle est la nature des arts, quelles en font les parties & les différences essentielles; il fait voir ensuite que leur unique but ne tend qu'à cette imitation nécessaire, & qu'ils ne diffèrent entre eux que par les moyens qu'ils emploient pour y arriver. Le sentiment vient à l'appui de son système, & lui fournit des observations pour prouver que le goût dans les arts ne fauroit subfiiller sans l'imitation, dont il n'est lui-même qu'une conséquence. Après cela, il entre dans la définition du goût; il en expose les sources, il développe les moyens propres à le former & à l'entretenir; il décou- vre les écueils qui l'affoiblissent & le corrompent; & de tous ces articles, il forme une chaîne de preuves qui le ramènent à son principe général, *l'imitation*. Enfin l'abbé *Batteux*, pour fortifier ses raisonnements, a recours aux exemples. La pratique des grands maîtres concourt à la conviction de la bonté du précepte qu'il donne; & soit dans l'universalité des beaux-arts, soit dans chaque espèce particulière, la justefie de la théorie est toujours démontrée par l'expérience. » II. *Traduction des Œuvres d'Horace en français*, 2 volumes in-12, en général fidelle, mais qui manque de chaleur & de grace, & qui confirme que les poètes ne peuvent être bien traduits que par les poètes. III. *La Morale d'Épicure, titrée de ses propres écrits*, 1758, in-12; livre bien fait & bien imprimé, & où l'on découvre le fonds de beaucoup d'érudition, dont l'auteur cache l'appareil. IV. *Les Quatre Poétiques, d'Aristote, d'Horace, de Vida & de Boileau, avec les traductions & des remarques*, 2 vol. in-8°, 1771: ouvrage qui respire le bon goût d'un excellent littérateur, & quelquefois l'aménité d'un académicien. V. *Histoire des Causes premières*, in-8°, 1769. L'auteur y débrouille quelques principes de l'ancienne philosophie, & ce travail lui coûta d'autant plus, qu'il se fait moins appercevoir à son lecteur. VI. *Éléments de Littérature, extraits du Cours des Belles-Lettres*, 2 vol. in-12. VII. *Son Cours élémentaire à l'usage de l'école militaire*, en 45 vol. in-12: livre fait à la hâte, dans lequel il s'est copié lui-même, & a copié les autres. Il avoit été reçu de l'académie des Inscriptions en 1754, & de l'académie Françoise en 1761. Il avoit beaucoup de dignité dans la 120 B A T caractère, la figure & le maintien! *Battux* étoit encore plus estimable par ses qualités personnelles, que par ses talens littéraires. Ses bienfaits foutenoient une famille aussi nombreuse que peu opulente. C'est donc à tort qu'on l'a taxé d'avarice. — *Voyet* ARGENS, vers la fin.
BATTIE, (Guillaume) médecin Anglois, né à Dévonshire en 1704, mort de paralysie le 13 juin 1776, est moins connu par ses écrits de médecine, que par son édition d'*Isocrate*, Cambridge 1749, 2 volumes in-8.$^{o}$
BATTIFERRI, (Laure) née en 1523 & morte en 1589, épousa le célèbre sculpteur *Ammanait*, & se distingua par son talent pour la poésie. Elle traduisit en vers italiens les Pseaumes de la pénitence, & publia plusieurs autres Opuscules qui furent goûtés de son temps.
BATTORI, (Étienne) d'une illustre famille de Transylvanie, fut élu en 1575, prince de cet état. Il gouverna ses sujets avec autant de sagesse que de bonté. Lorsque *Henri III* quitta le trône de Pologne, la réputation d'*Étienne* lui fit donner le sceptre. Il foutait la guerre contre les Moscovites, sur lesquels il eut divers succès. Il aurait voulu donner une nouvelle face à la Pologne; mais il se plaignit vainement du gouvernement de son royaume, où il trouvoit un grand nombre de défauts. Il vécut trop peu pour les corriger, & mourut en 1586. La famille de *Battori*, qui a donné d'autres princes à la Transylvanie, s'éteignit en 1613 par la mort de *Gabriel Battori*, & ses biens passèrent à la maison de *Ragotki*. — *Voyet* BETLEM GABOR. I. BATTUS, (Mythol.) fameux berger de Pylos en Arcadie, qui fut témoin du vol des troupeaux que *Mercure* prit à *Apollon*. *Mercure* donna à *Battus* la plus belle vache de celles qu'il avoit prises, & tira parole de lui qu'il ne le déclarerait pas. Il feignit de se retirer, & vint peu après sous la forme d'un paysan, lui offrir un bœuf & une vache, s'il vouloit dire où étoit le bétail qu'on cherchoit. Le bon homme se laissa gagner & découvrit tout. *Mercure* indigné le métamorphosa en pierre de touche, qui indique de quelle matière est le métal qu'on lui fait toucher.
II. BATTUS, fils de *Polymnefte*, tiroit son origine d'*Euphème*, l'un des Argonautes qui avoient accompagné *Jason* dans la Colchide. *Battus* fut ainsi nommé, parce qu'il étoit bègue, ou qu'il affectoit de le paroître pour mieux couvrir ses desseins. Son véritable nom étoit *Aristoteles*. Par ordre de l'oracle de Delphes, il partit de l'isle de Thera sa patrie, aujourd'hui nommée *Santorini*, avec une colonie, & il se rendit en Libye, où il fonda la ville de Cyrene, dans l'endroit où étoit né *Aristée*, fils d'*Apollon* & de *Cyrène*.
BATU, petit-fils de *Gengiskan*, succéda à son aïeul dans la partie septentrionale de son vaste empire, & suivit ses traces en devenant lui-même un conquérant. Il porta ses armes jusques dans la Pologne, la Hongrie, la Moravie & la Dalmarie qu'il ravagea. Protecteur de *Mungukan*, il le fit monter sur le trône des Mogols en Perfe, & lui facilita la conquête de la Chine. *Batu* suivit le culte de *Gengis*, en croyant à l'unité de Dieu & en n'adorant que lui seul. Il régna trente ans, & mourut l'an de l'hégire 654.
BATURIS, roi des Ibères, nation qui habitoit les bords du Pont-Euxin, fut surpris à la chasse par un orage si épouvantable, qu'il s'égara & se trouva au milieu des précipices dans une nuit profonde. Effrayé de son danger, il promit au Dieu des Chrétiens, s'il l'en délivroit, d'embrasser son culte. Les nuages, dit-on, se dissipèrent aussitôt; la lune parut dans tout son éclat, & *Baturis* rejoignit sa fuite. Fidèle à son vœu, il devint l'apôtre de ses états, vers l'an 327 de l'ère chrétienne.
BATZ, (Violente de) Espagnole d'origine, belle, galante & féroce, gérée par son mari dans ses intrigues, le fit affaîmer par *Arias Burdée* son amant, moine Augustin, professeur dans l'université de Toulouse, & par quelques autres scélérats. Le mari perdit la vie sous dix-sept coups d'épée & de couteau. *Burdée* & *Violente de Batz* furent condamnés au dernier supplice par le parlement de Toulouse, & exécutés au mois de février 1609.
BAUCIS, (Mythol.) vieille femme, fort pauvre, vivait avec son mari *Philémon*, presque aussi vieux qu'elle, dans une petite cabane. *Jupiter*, sous la figure humaine, accompagné de *Mercure*, ayant voulu visiter la Phrygie, fut rebute de tous les habitants du bourg auprès duquel demeuroient *Philémon* & *Baucis*, qui furent les seuls qui le reçurent. Pour les récompenser, ce Dieu leur ordonna de le suivre au haut d'une montagne. Ils regardèrent derrière eux, & ils virent tout le bourg & les environs submergés, excepté leur petite cabane, qui fut changée en un tem- ple. *Jupiter* promit à ce couple pieux & humain de leur accorder ce qu'ils demanderaient. Les deux époux souhaitèrent seulement d'être les ministres de ce temple, & de ne point mourir l'un sans l'autre. Leurs souhaits furent accomplis. Parvenus à la plus grande vieille, *Philémon* s'aperçut que *Baucis* devenoit tilleul, & *Baucis* fut étonné de voir que *Philémon* devenoit chêne; ils se dirent alors tendrement les derniers adieux. *Ovide* & *la Fontaine* ont déployé les richesses de la poésie à décrire cette aventure touchante.
BAUD, (Pierre le) doyen de l'église de Saint-Tugal de Laval, devint aumônier de la reine *Anne* de Bretagne, qui lui ordonna d'écrire l'Histoire de Bretagne, & lui accorda le pouvoir de visiter toutes les archives du pays pour la composer. L'ouvrage de *le Baud* parut en 1638, in-fol., par les soins de *Pierre d'Ozier*. Il s'étend jusqu'à l'année 1458. On a dit que *le Baud* n'étoit que le plagiaire de *Geoffroy* de *Montmouth*, & qu'il avoit copié servilement toutes les fables recueillies par ce dernier; cependant, *Lobineau*, dans son Histoire de Bretagne, a donné de grands éloges à celle de *le Baud*.
BAUDÈLE, (Saint) martyr des Gaules, eut son tombeau à Nîmes. Plusieurs églises de France & d'Espagne font sous le vocable de ce Saint.
BAUDELOT DE DAIRVAL, (Charles-Céfar) né à Paris en 1648, fut reçu avocat au parlement. Il plaida quelque temps avec succès. Un procès l'ayant obligé d'aller à Dijon, il parcourut, dans ses moments de relâche, les bibliothèques & les cabinets des savans. Ce fut l'origine du traité *De* 122 B A U l'utilité des Voyages, 1727, 2 vol. in-12, dans lequel il montre une grande connoissance des monumens de l'antiquité. En instruisant le lecteur, il l'amuse par des remarques curieuses & des observations singulières. On lui attribue la rédaction du premier voyage de Paul Lucas. Il fut nommé en 1705 à une place de l'académie des belles-lettres. On a de lui plusieurs Dissertations dans les Mémoires de cette compagnie. Il mourut en 1722, à 74 ans. C'étoit un homme doux, modeste, bienfaisant.
BAUDERON, Voy. SENECÉ.
BAUDET, (Etienne) célèbre graveur, né à Blois, & mort en 1671, à 73 ans, grava beaucoup d'après le Pousin. Il en a rendu l'effet & les caractères; mais on ne trouve point dans ses estampes la précision & la noblesse qui sont dans les tableaux. Les meilleurs ouvrages de Baudet sont: le Frappement de Roche, le Veau d'or, Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon, d'après le Pousin: son chef-d'œuvre est l'estampe d'Adam & Eve d'après le Dominique.
BAUDIER, (Michel) Languedocien, historiographe de France sous Louis XIII, étoit une des plus fécondes & des plus pesantes plumes de son siècle. Il laissa beaucoup d'ouvrages sans ordre & sans goût, mais dans lesquels on trouve des particularités qu'on chercheroit vainement ailleurs. I. Histoire générale de la Religion des Turcs, avec la vie de leur Prophète Mahomet, & des quatre premiers Calises; plus, le Livre & la Théologie de Mahomet, in-8°, 1636: ouvrage traduit de l'Arabe, copié par ceux qui l'ont suivi, quoiqu'ils n'aient pas daigné le citer. II. Histoire du Cardinal d'Amboise, Paris, 1651; in-8°. Simond, de l'académie Françoise, un des flatteurs du cardinal de Richelieu, s'étoit proposé d'élever ce ministre aux dépens de ceux des siècles passés. Il attaqua d'abord d'Amboise, & ne manqua pas de le mettre au-dessous de Richelieu. Baudier, nullement courtisan, vengea sa mémoire, & obscurcit l'ouvrage de son détracteur. III. Histoire du maréchal de Toiras, 1644, in-fol.; 1666, 2 vol. in-12: curieuse & nécessaire, quand on veut connoître à fonds le règne de Louis XIII. IV. Les Histoires de Suger, de Ximenès, &c. Les faits que Baudier raconte dans ces différens ouvrages, sont presque toujours absorbés par ses réflexions, qui n'ont ni le mérite de la précision, ni celui de la nouveauté. « Quiconque, a-t-on dit, aime le style précis & agréable, doit bien se garder de lire ses ouvrages; celui qui fait démêler les traits d'érudition au milieu du verbiage & de l'ennui des dissertations, peut y trouver de quoi étendre ses connoissances. »
BAUDIN, (Pierre-Charles-Louis) né à Sédan en 1751, fut député par cette ville à l'assemblée législative & à la convention. Plus laborieux qu'éloquent, très-incertain dans ses principes, il partagea quelquefois l'exagération de ses collègues, mais plus souvent le calme de la modération. En combattant la loi sur les droits successifs des émigrés, il s'écria: Si parmi des millions de coupables, il s'en trouve dix innocens, la loi qui les frappe tous indistinctement, est injuste. Deux de ses discours sont curieux: le premier a pour objet d'offrir les moyens de terminer la révolution sans secouffe; le second présente le tableau de l'état de la république, & des travaux de la convention, à la fin de sa fession. On a encore de lui : I. Anecdotes fur la Conflitution, 1794, in-8.º II. De la Liberté de la Presse, 1795, in-8.º Sa mort arrivée en décembre 1799, laissa une place vacante à l'inflitut, dont il étoit membre.
BAUDIUS, (Dominique) professeur d'éloquence à Leyde, mourut dans cette ville en 1613. Il étoit né à Lille en 1561, & avoit été reçu avocat à la Haye en 1587. Il se distingua comme jurisconsulte & comme littérateur. Parmi les ouvrages latins en vers & en prose qu'il laissa, on distingue ses Poésies & sur-tout ses Vers lambes, 1607, in-8.º Il y a du feu & de la noblesse. On a encore de lui des Harangues & des Epîtres, Leyde 1650, in-12, où il montre beaucoup d'esprit & de vanité, & qui valent mieux que ses vers. L'amour & le vin ternirent sa réputation.
BAUDONIVIE, religieuse de Poitiers, fut témoin des vertus & des actes de piété de la reine Radegonde morte en 587, & elle se plut à en écrire la vie. Cet ouvrage se borne à recueillir les faits oubliés par l'évêque Fortunat, qui a publié aussi une Vie de la même princesse.
BAUDORI, (Joseph du) né à Vannes, d'une famille distinguée, en 1710, entra chez les Jésuites en 1724, & mourut à Paris en 1749. Il fut nommé, à l'âge de 31 ans, pour occuper la place du P. Porée, & il eut le mérite de la remplir. On a de lui des Œuvres diverses, dont la dernière édition est de Paris, en 1762, in-12. On trouve dans ce Recueil quatre Discours Latins & quatre Plaidoyers François. L'édition précédente offroit une tragédie latine, intitulée : Sanctus LUDOVICUS in vinculis, à laquelle on a substitué le Plaidoyer des quatre âges, qui y manquoit. Les sujets des discours sont intéressans, les divisions nettes & simples. Sa latinité, quelquefois trop dure, est en général tresbonne. On peut lui reprocher quelques pointes, quelques jeux de mots, qui gâtent presque toujours notre latinité moderne, & qui ont régné si long-temps dans le collège de Louis le Grand; mais l'on doit avouer qu'il en a moins que ses prédécesseurs. Quant à ses Plaidoyers, ils sont aussi ingénieux que bien choisis.
BAUDOT DE JUILLI, (Nicolas) né à Vendôme en 1678, d'un receveur des tailles, s'établit à Sarlat, où il fut subdélégué de l'intendant. Les devoirs de son emploi, & les charmes de la littérature remplirent le cours de sa vie. Il termina sa longue carrière en 1759, à 81 ans. On a de lui quelques ouvrages historiques, écrits avec art & méthode. I. L'Histoire de Catherine de France, reine d'Angleterre, qu'il publia en 1696. Quoique tout y soit vrai dans les principaux événements, & que la bienfeance y soit observée exactement, l'auteur a avoué depuis, qu'il ne prétendoit pas se faire honneur de cet ouvrage, qui tient beaucoup du roman. II. Germaine de Foix, nouvelle historique, qui parut en 1701. III. L'Histoire secrète du Connéable de Bourbon, imprimée en 1706. IV. La Relation historique & galante de l'invasion d'Espagne par les Maures, imprimée en 1722, 4 vol. in-12. Ces trois ouvrages sont à peu près du même genre que le premier; mais il y en a d'autres de lui plus solides, comme l'Histoire de la conquête d'Angleterre par Guillaume duc de Normandie; 1701, in-12; l'Histoire de Philippe-Auguste, 1702, 2 vol. in-12; & celle de Charles VII, 1697, 2 vol. in-12. L'ordre & le style en font le principal mérite; l'auteur n'avoit consulté que les livres imprimés. On a encore de lui: l'Histoire des hommes illustres, tirée de Brancôme; l'Histoire de la vie & du règne de Charles VI, en 9 vol. in-12, 1753; l'Histoire du règne de Louis XI, 6 vol. in-12, 1756; l'Histoire des révolutions de Naples, 4 vol. in-12, 1757. Ces trois derniers ouvrages ont paru sous le nom de Mlle. de Lussan. Le style en est un peu négligé, & il manque souvent de précision. Voyet LUSSAN, n° II. I. BAUDOUIN Ier, frère de Godefroy de Bouillon fut qualifié de roi de Jérusalem & de Saint-Jean-d'Acre, après la mort de celui-ci. Il entra en Egypte, & y attaqua la ville de Farma, qu'il réduisit en cendres. Après cette expédition, il tourna du côté d'Arifch; mais la mort le surprit en chemin en 1131. Ses entrailles furent déposées dans une tombe qui se voit encore sur le chemin d'Egypte en Syrie, & qui porte le nom de Higiarat Barduil ou la tombe de Baudouin. Son corps ayant été enbaumé, fut porté par l'armée à Jérusalem, & placé dans l'église de la Résurrection, bâtie sur le Calvaire.
II. BAUDOUIN I, fils de Baudouin VIII, comte de Flandres, s'étant croisé pour aller à la Terre-Tainte, fut élu premier empereur Latin de Constantinople, après la prise de cette ville par les François & les Vénitiens, réunis en 1204. (Voyet ALEXIS V, n° VIII.) On ne pouvoit faire un meilleur choix. Baudouin étoit pieux, chaste, humain, prudent dans ses entreprises, courageux dans l'exécution, & possédoit tous les talens militaires. Son règne fut cependant aussi malheureux que court. Les Grecs, méprisés par les François, qui refusoient de les recevoir dans leur armée, en mirent à mort un grand nombre qu'ils surprirent en différentes occasions. Ayant fait alliance avec les Bulgares, quoique depuis long-temps ces peuples fuffent leurs ennemis; Jean roi de cette nation, prince aussi ambitieux que cruel, entra dans l'empire avec une armée formidable. Il marcha vers Andrinople, pour faire lever le siège que Baudouin y avoit mis. Il fallut en venir à une bataille rangée. Baudouin y montra la plus grande valeur; mais la fortune ne l'ayant pas secondé, il fut battu, & fait prisonnier, le 15 avril 1205. Ce prince, abandonné au pouvoir d'une nation féroce, fut chargé de chaînes, & conduit à Ternobe, capitale de la basse Mœsie, où on le laissa languir dans les fers pendant seize mois. Après cette longue captivité, le roi des Bulgares le fit mourir cruellement, à l'âge de 35 ans. Les uns disent qu'on lui coupa les bras, les jambes & la tête, qu'on donna son cadavre aux bêtes féroces & aux oiseaux de proie; les autres, qu'il les fit manger par ses chiens; d'autres, qu'il fit garnir son crâne d'un cercle d'or, pour lui servir de coupe dans ses repas. Baudouin avoit épousé Marie de Champagne, qui donna le jour à deux princesses. Voyet RANS.
III. BAUDOUIN II, dernier empereur Latin de Constantinople, de la maison de Courtenai, fut élu en 1218. Asségué deux fois dans Constantinople, par Vatace empereur de Nicée, & par Azan roi des Bulgares, il fut obligé de passer en Italie pour y mendier du secours. Il défit à son retour *Vatace*, à qui il accorda la paix, mais celui-ci ayant repris le dessus, *Baudouin* fut réduit à aller chercher de nouvelles troupes dans différentes cours, qui le secoururent foiblement. *Vatace* étant mort l'an 1255, eut pour successeur son fils *Théodore Lufcaris* le jeune, qui ne régna que quatre ans, & qui laissa la couronne à *Jean Lufcaris* son fils, âgé de 8 ans, sous la régence d'un nommé *Muçalon*. *Michel Paléologue*, ayant fait tuer ce tuteur, se fit déclarer régent à sa place, & prit le 1er décembre 1259, le titre d'empereur, conjointement avec *Jean Lufcaris*. *Paléologue* ayant formé ensuite le projet de chasser les François de la Grèce, & de se rendre maître de Constantinople, il fit investir cette capitale. Il entra par un souterrain le 29 juillet 1261, & força la garnison de lui céder la place. *Baudouin*, vit de son palais le feu dans différents quartiers de la ville, tandis qu'on passait au fil de l'épée les François qui vouloient résister. Dans cette fâcheuse extrémité, il quitta les ornemens impériaux, qui furent portés à *Paléologue*, & s'étant déguisé, il entra dans une barque qui le transporta dans l'isle de Nègrepont. Ce monarque ayant abandonné ainsi la capitale de l'Orient, se retira en Italie, & mourut en 1273, à 55 ans. Il avoit de l'esprit & de la valeur; mais il monta sur le trône dans un temps où il auroit eu besoin d'une armée formidable, parce qu'il étoit environné de rivaux puissans & d'ennemis étrangers. Sa femme *Marthe de Brienne*, fille de *Jean de Brienne*, lui donna un fils unique, *Philippe*. *Baudouin* lui laissa le vain titre d'empereur, dont il ne jouit pas long - temps, étant mort en 1285. *Philippe* avoit une fille nommée *Catherine*, qui épousa *Charles*, comte de Valois, auquel elle transmit ses droits. La fille de celui-ci, appelée *Catherine* comme sa mère, les porta à *Philippe* prince de Tarente, qui n'eut qu'un fils, mort sans postérité en 1364. Ce dernier rejeton de l'infortuné *Baudouin* s'appelloit *Robert*.
IV. BAUDOUIN, roi de Jérusalem, *Voyez* NORADIN. — I. PUY. — & I. FALIERI. V. BAUDOUIN, (Benoit) théologien d'Amiens sa patrie, se fit un nom parmi les érudits par son traité *De la chaussure des Anciens*, publié en 1615, in-8°, sous le titre de *Calceus antiquus & mysticus*. Cet ouvrage fit faussement imaginer qu'il étoit fils d'un cordonnier, qu'il l'avoit été lui-même, & qu'il vouloit faire honneur à son premier métier.
VI. BAUDOUIN, (François) naquit à Arras l'an 1520. Il fut professeur de droit à Bourges, à Angers, à Paris, à Strasbourg, & à Heidelberg. *Antoine de Bourbon*, roi de Navarre, qui lui avoit confié l'éducation d'un de ses fils naturels, l'envoya au concile de Trente pour être son orateur. *Henri III*, n'étant encore que duc d'Anjou, voulut employer sa plume pour justifier la Saint-Barthélemi; mais ce prince trouva dans *Baudouin* un politique adroit & un contradicteur honnête-homme, & dans la suite il le fit entrer au conseil d'état. Il mourut en 1573, à 54 ans, comme il se disposoit à suivre *Henri*, élu roi de Pologne: le Père *Maldonat*, Jésuite, l'affista à la mort. *Baudouin* avoit d'abord été lié avec *Calvin*; mais la lecture de *Georges Caffander* le dégoûta de la nouvelle doctrine. Ce savant joignit au don de persuader, beau- coup de savoir & de mémoire. Nous avons de lui des Ouvrages de jurisprudence, d'histoire, de théologie & de controverse. Le style en est facile & élégant.
VII. BAUDOUIN on BAUDOIN, (Jean) naquit à Pradelle en Vivarais. Il fut lecteur de la reine Marguerite, & eut une place à l'académie Françoise. On a de lui de mauvaises versions de Tacite, de Suétone, de Lucien, de Salluste, de Dion Cossus, du Taffe, de Bacon, de Davila, & de beaucoup d'autres auteurs. Ces versions, écrites avec plus de simplicité que d'exactitude, ne lui coûtoient guères. Lorsqu'il étoit pressé, il ne faisoit que retoucher celles qu'on avoit faites avant lui, sans se donner la peine de recourir à l'original. Il écrivit aussi une Histoire de Malte, 1659, 2 vol. in-fol & publia quelques Romans. Tous ses ouvrages furent dictés par la faim, & sont par conséquent très-peu estimables. Le seul qui ne soit pas entièrement dédaigné, est son Recueil d'Emblèmes, avec des Discours moraux qui servent d'explication, Paris 1638, in-8°, 3 vol. ornés de figures gravées par Briot. On recherche aussi son Iconologie, Paris 1636, in-fol., & 1643, in-4°. Il mourut à Paris en 1650, à soixante-six ans.
VIII. BAUDOUIN, Voyer BAUDUIN.
BAUDRAND, (Michel-Antoine) prieur de Rouvres & de Neuf-Marché, naquit à Paris en 1633, & y mourut le 29 mai 1700, à 67 ans. Le Père Briet, professeur de rhétorique au collège de Clermont, sous lequel il étudia, lui ayant fait corriger les épreuves de sa Géographie ancienne & nouvelle, le disciple prit le goût du maître. On a de lui un Dictionnaire naire Géographique, en 2 volumes in-fol., imprimé d'abord en latin, 1682; & en françois, 1705, après la mort de l'auteur. Guillaume Sanson, un des premiers géographes de France, reprocha bien des méprises à l'abbé Baudrand, dans une critique qu'il fit de la première édition. Ces fautes ne disparurent point à la seconde, & l'on n'estime guères ni l'une ni l'autre. Le Dictionnaire Géographique de Maty, 1712, in-4°, a été puisé en partie dans celui de l'abbé Baudrand; mais il est beaucoup plus exact.
BAUDRI, Voy. BAULDRI.
BAUDRICOURT, (Jean de) maréchal de France, gouverneur de Bourgogne, se signala à la bataille de Saint-Aubin du Cormier, en 1488, & aida Charles VIII à conquérir le royaume de Naples en 1495. Il mourut quelques années après sans postérité. Son père Robert de Baudricourt avoit servi avec distinction : c'est lui qui envoya la Pucelle d'Orléans à Charles VII. Il mourut vers l'an 1464.
BAUGÉ, (Etienne de) évêque d'Autun en 1113, renonça à son évêché pour embraffer la vie religieuse, dans le monastère de Cluni. Jean Monteléon a publié en, 1517, un ouvrage de cet évêque, sur les ordres ecclésiastiques & les cérémonies de la messe. I. BAUHIN, (Jean) originaire d'Amiens, exerça la médecine à Basse sa patrie avec réputation, & ensuite à Lyon, où il donna longtemps des leçons de botanique. Le duc de Wittemberg-Montbéliard le nomma en 1560 son médecin. Il mourut à Montbéliard en 1613, à 73 ans. On a de lui divers ouvrages de médecine & de botanique. Le plus connu est son Historia Plantarum universalis, réimprimée en 1650, in-fol., à Embrun, avec différentes additions. Son Père, Jean Bauhin, avoit joui d'une grande réputation. Il s'étoit retiré à Bafle, pour y professer plus librement le Calvinisme.
II. BAUHIN, (Gaspard) frère du précédent, né en 1560, fut premier médecin du duc de Wiettemberg. Il professa la médecine & la botanique à Bafle, où il mourut en 1624, âgé de 65 ans. C'étoit un homme savant, mais vain & présomptueux. On a de lui : I. *Institutiones Anatomicae*, à Bafle 1604, in-8.º II. *Theatrum Botanicum*, 1663, in-fol. III. *Traite des Hermaphrodites*, en latin, 1614, in-8.º, peu commun. IV. *Pinax Theatri Botanici*, Francfort 1671, in-4.º V. D'autres *Ouvrages* en latin, justement estimés de leur temps, & qui méritent encore de l'être aujourd'hui. On l'appelle dans son épithaphe le *Phénix de son fiècle* pour l'anatomie & la botanique. — Gaspard laissa un fils, nommé Jean-Gaspard, qui marcha sur ses traces. Né en 1606, mort en 1685, il professa à Bafle sa patrie, fut consulté d'une partie de l'Europe, & publia le *Théâtre Botanique* de son père. — Jérôme BAUHIN, fils de Jean-Gaspard, né à Bafle en 1637, mort en 1667, publia en 1664 l'*Herbier de Tabernamontanus*, in-fol.
BAVIÈRE, (Princes de) *Voyet* VI. ALBERT. — II. ISABELLE. — LOUIS, n.º V. — MARIE. — n.º XVIII. — X. ROBERT, & ULRIQUE.
BAVIUS, nom d'un mauvais poète, que *Virgile* a tiré de l'oubli par ce vers : Qui BAVIUM non odis : amet sua carmina, Mavi.
BAULDRI, (Paul) professeur en histoire sacrée à Utrecht, né à Rouen l'an 1639, étoit gendre du célèbre *Henri Bagnage*. Il a donné au public : I. Une édition du traité de *Laßance*, *De morte persecutorum*, avec des notes savantes, Utrecht, 1692. Il y justifie plus d'une fois *Laßance* contre les vaines critiques de Jacques Tollius ; il admet l'arrivée de S. Pierre à Rome, attestée ici par *Laßance*, & contestée si peu judicieusement par la plupart des Protestans. Tout ce que renferme l'édition de *Bauldri* a passé dans le second volume de celle que *Lengles du Fresnoy* a donnée à Paris en 1748, 2 vol. in-4.º II. Une nouvelle édition d'un petit ouvrage de *Furetière*, intitulé : *Histoire des derniers troubles arrivés au royaume d'Eloquence*, Utrecht 1703, in-12. III. *Syntagma kalendariorum*, &c., Utrecht 1706, in-folio : tout ce qui concerne les différens calendriers est ici rédigé en tables, par lesquelles on trouve facilement à quels jours sont arrivés les événements dont il est parlé dans l'histoire. IV. Plusieurs *Dissertations* répandues dans différens journaux. Il mourut en 1706.
BAULOT ou BEAULIEU, (Jacques) célèbre lithotomiste, naquit en 1651, dans un hameau, au bailliage de Lons-le-Saunier en Franche-Comté, de parens fort pauvres. Il les quitta de bonne heure pour prendre parti dans un régiment de cavalerie. Il y servit quelques années, & fit connoissance avec un certain *Pauloni*, chirurgien empyrique, très-couru pour tailler les malades attaqués de la pierre. Après avoir pris cinq ou six années de leçons sous ce charlatan, il se rendit en Provence. Ce fut là qu'il commença à porter une espèce d'habit monacal, qui ne ressemblait à aucun vêtement des ordres religieux ; & il ne fut 128 BAU plus connu, depuis, que sous le nom de *Frère Jacques*. De Provence, il passa en Languedoc, ensuite dans le Rousillon, & de là dans les différentes provinces de la France. Il se montra enfin sur le théâtre de Paris, qu'il quitta bientôt pour continuer ses courses. Il parut à Genève, à Aix-la-Chapelle, à Amsterdam, & opéra par-tout. Ses succès furent assez variés; non-seulement sa méthode n'étoit pas uniforme, mais l'anatomie étoit inconnue à cet incisseur téméraire. Il ne vouloit prendre aucun soin des malades après l'opération, disant: *J'ai tiré la pierre, Dieu guérira la plaie*. L'expérience lui ayant depuis appris que les pansemens & le régime étoient nécessaires, ses traitements furent constamment plus heureux. A peine *Frère Jacques* avoit-il quitté la Hollande, que sa méthode passa en Angleterre, & fut adoptée par *Chefelden*, qui la porta à sa dernière perfection: de là vient qu'elle fut appelée l'*Opération Angloise*, quoiqu'elle appartienne incontestablement aux François. En reconnoissance des cures nombreuses que cet opérateur avoit faites à Amsterdam, les magistrats de la ville firent graver son portrait, & frapper une médaille sur la face de laquelle étoit son buste. Enfin, après avoir paru à la cour de Vienne & à celle de Rome, il choisit une retraite auprès de Besançon. Il y mourut l'an 1720, à 69 ans, dans les sentimens d'un homme de bien, dont la vie avoit été consacrée au soulagement de l'humanité. L'*Histoire* de cet hermite a été écrite par *Vacher*, chirurgien major des armées du Roi, & imprimée à Besançon en 1757, in-12. I. BAUME, (Pierre de la) évêque de Genève en 1523, d'une ancienne famille de Bresse, fut chassée de son siège par les Calvinistes en 1535. Cet évêché fut transféré à Anneci par *Paul III*, qui fit la *Baume* cardinal. Il mourut archevêque de Besançon, en 1544.
II. BAUME, (Claude de la) neveu & successeur du précédent dans l'archevêché de Besançon, préserva son troupeau des erreurs de *Calvin*. *Grégoire XIII* le fit cardinal en 1578. Il mourut à Arbois le 14 juin 1584, dans le temps où il alloit prendre possession de la charge de vidame d'Amiens. Les gens de lettres perdirent un protecteur.
III. BAUME, (Nicolas-Auguste de la) marquis de *Montrevel*, maréchal de France en 1703, étoit de la famille des deux précédents. Il fut envoyé contre les Camisards, qu'il battit en plusieurs occasions, sans pouvoir les réduire. Il mourut à Paris le 11 octobre 1716, à 70 ans. *Duclos* attribue sa mort à une espèce de superstition, dont bien des gens sont encore attaqués. Etant à table chez le duc de *Biron*, on versa une filière sur lui. Il en fut si effrayé, qu'il s'écria qu'il étoit mort. Il tomba en soiblesse; on l'emporta chez lui; la fièvre le prit, & il mourut au bout de quatre jours. Il avoit cependant beaucoup de bravoure. Il fut d'abord capitaine de cavalerie. Une affaire d'honneur qui lui arriva à Lyon, & dont il se tira deux fois avec avantage, l'obligea de sortir du royaume; mais il y revint en 1667, & se distingua tellement au siège de Lille, qu'il fut avancé à la prière de *Turenne*. Ayant signalé sa valeur & reçu des blessures dans diverses affaires périlleuses, il parvint, de grade en grade, jusqu'au bâton de maréchal de de France. Il favoit faire fa cour, auffi bien que fe battre. L'abbé de Saint-Pierre dit qu'il etoit poli, galant, & que fes affaires étoient dérangles. —Le duc de Saint-Simon dit qu'il dut fon élévation à une brillante valeur & à une figure qui avoit enchanté, mais qui n'étoit plus la même. « Elle fuppléoit en lui, ajoute-t-il, à toute autre qualité. Jamais deux hommes fi femblables que lui & le maréchal de Villeroi, qui fut toujours fon protecteur, à la différence près du désintéressement du maréchal & du pillage de Montrevel, né fort pauvre & grand dépenfier, & qui auroit dépouillé les autels. Sa forte de fauité, qui pourtant paroissoit extrême, étoit toute faite pour le roi. Les modes, les dames, un gros jeu, un langage qui s'étoit fait de phrases tout-à-fait vides de fens, & fort ordinairement de raison, fes grands airs; tout cela en impofoit aux fots, & plaisoit merveilleusement au roi. Ajoutez un service très-affidu, dont toute l'ame n'étoit qu'ambition & valeur, fans avoir jamais fu diftinguer fa droite d'avec fa gauche; mais couvrant fon ignorance univerfelle d'une audace que la faveur, la mode & la naiffance protégeoient. » En adoucissant un peu les couleurs trop fortes de ce portrait, on aura une idée affez juste du maréchal de Montrevel. Il avoit été marié deux fois, & il n'eut point d'enfans : Duclos lui donne deux filles; mais nous croyons qu'il fe trompe, ainfi que fur la date de fa mort, qu'il place en 1718. Le frère du maréchal de Montrevel continua fa pofterité. La maison de la Baume, une des plus illuftres du royaume, a produit plusieurs hommes diftingués.
IV. BAUME, (Jacques-François de la) chanoine de la col- Tome II. légiale de Saint-Agricole d'Avignon, naquit a Carpentras dans le Comtat-Venaissin, en 1705. Son goût décidé pour les belles-lettres l'entraîna à Paris. Après y avoir fait quelque fejour, il fit paroître une petite brochure, intitulée : Eloge de la Paix, dédiée à l'académie Françoise. C'eſt l'ouvrage d'un plat rhéteur. Il a la forme de fermon, d'ode & d'épopée, & n'a le mérite d'aucun de ces genres. Son peu de succès n'empêcha point cet écrivain de méditer un ouvrage de plus longue haleine. Il porta jusques dans fa province l'idée de fon deſſein, & c'eſt là qu'il l'acheva. La Chiftiade, dont nous voulons parler, occaſionna à fon auteur un fecond voyage à Paris. Il y retourna pour faire imprimer ce Poème en profe, en 6 vol. in-12, 1753. L'ouvrage, bien exécuté quant à la partie typographique, eſt écrit d'un flyle pompeux & figuré, qui, loin d'échauffer le lecteur, le refroidit. Il y a d'ailleurs de très-grandes indécences, & l'Écriture-faînte y eſt étrangement traveſtie; on y voit tenter J. C. par la Magdelaine. Cette bizarre production fut flétrie par arrêt du parlement de Paris, & l'auteur condamné à une amende. Il mourut peu de temps après, le 30 août 1756, dans cette même ville. Il a fait quelques autres opufcules, comme les Saturnales Françoiſes, 1736, 2 vol. in-12; & il a travaillé pendant plus de dix ans au Courrier d'Avignon. C'étoit un homme animé du feu des imaginations méridionales, mais fans goût & fans jugement. V. BAUME, Voy. VALLIÈRE.
VI. BAUME, (Éléazar de la) Voyet ACHARDS.
BAUMELLE, V. BEAUMELLE I 130 B A U
BAUNE, (Jacques de la) naquit à Paris le 15 avril 1649. Il entra chez les Jésuites, où il professa les humanités avec succès. Il mourut le 21 octobre 1725. On a de lui : I. Des Poésies & des Harangues en latin. II. Un Recueil des Ouvrages du P. Sirmond. III. Panegyrici veteres ad usum Delphini, in - 4°, 1676; & d'autres écrits. Voyez BEAUNE.
BAVON, (Saint) né dans le pays de Liège, mena dans sa jeunesse une vie fort déréglée; mais ayant perdu subitement une épouse qu'il aimoit, cette perte lui fit embraser la pénitence. Il se retira dans le creux d'un arbre, puis il se bâtit une petite cellule dans la forêt de Malmedun, près de Gand, & s'y nourrit d'eau & de fruits sauvages. S. Bavon mourut dans le 7e siècle. Plusieurs habitans de Gand, touchés de l'exemple des vertus de ce reclus, firent édifier sous son nom un monastère que le pape Paul III fécula-ris, & qui est devenu la cathédrale. La vie de S. Bavon a été écrite par divers auteurs, & entre autres, par Surius, d'après Thierri, abbé de Saint-Tron.
BAUR, (Jean-Guillaume) nommé plus communément Wirlem-Baur, peintre & graveur de Strasbourg, mourut à Vienne en 1640, âgé de 30 ans. Il a excellé dans les paysages & dans les tableaux d'architecture. Ses sujets sont des vues, des processions, des marchés, des places. On a de lui : I. Un recueil d'estampes sous le titre d'Iconographie, Ausbourg 1682. II. Des Batailles, 1635. III. Des Jardins, 1636. IV. Des Métamorphoses, Vienne, 1641, in-fol. On trouve dans ses ouvrages du feu, de la force, de la vérité; mais ses figures sont petites & lourdes; les peintures les plus ordinaires de Baur sont à gouache sur vélin. Il étoit élève de Brendel, & eut pour disciple François Goubeau.
BAURANS, (N.) né à Toulouse en 1710, mort dans sa patrie en 1764, à 54 ans, vint à Paris pour exercer ses talens. Il adopta la musique de la Serva Padrona de Pergolese à des paroles françaises; & cet heureux essai fut l'époque de la révolution du goût français pour la musique italienne. On a encore de lui, le Maître de Musique, opéra qu'il traita dans le même goût, & des Lettres sur l'électricité médicale, traduites aussi de l'italien.
BAUT, Voyez BOTH.
BAUTER, (Charles) né à Paris, s'est caché sous le nom de Méligloffe, pour donner au théâtre deux pièces, la Rodomontade & la Mort de Roger. Elles ont été imprimées avec d'autres poésies, à Paris en 1605, & à Troyes en 1619.
BAUTRU, (Guillaume) comte de Nogent, bel esprit du 17e siècle, & l'un des premiers membres de l'académie Française, quoiqu'il n'aie rien écrit, naquit à Paris en 1588, & y mourut en 1661. Quand on voulut vendre ses meubles après sa mort, sa chapelle se trouva fort en désordre. Il ne faut pas s'en étonner, dit le comte de Séran, son fils: mon père négligeoit autant sa chapelle, qu'il avoit soin de sa cuisine & de sa bibliothèque. Il fut, dit-on, les délices des ministres, des favoris, & généralement de tous les grands du royaume, & jamais leur flatteur. A en juger néanmoins par les différens traits qu'on rapporte de lui, c'étoit une espèce de *Gorgibus*, un plaisant de profession. On cite plusieurs de ses bons mots, dont quelques-uns sont très-mauvais. *Bautru* étant en Espagne, alla visiter la fameuse bibliothèque de l'Écruïal, où il trouva un bibliothécaire fort ignorant. Le roi d'Espagne l'interrogea sur ce qu'il avoit remarqué. *Votre bibliothèque est très-belle*, lui dit *Bautru*; mais *Votre Majesté* devroit donner à celui qui en a le soin, l'administration de ses finances. — Et pourquoi? — C'est, répartit *Bautru*, qu'il ne touche point au dépôt qui lui est confié. Il voulut faire imprimer les *Négociations* de son ambassade en Espagne, & il s'adressa pour cet objet au libraire *Berthier*, qui lui dit : « Je ne vous le conseille pas. J'étois alors à Madrid, où j'avois ordre de traiter avec le duc d'*Olivarès*, tout le contraire. Et j'en défaîsois plus en un jour, que vous ne pouviez faire en trois mois; en un mot, j'avois seul le secret: vous n'étiez que l'homme du Roi; pour moi, j'étois celui de *Richelieu*. » Cet aveu rendit *Bautru* ennemi irréconciliable du cardinal. Il disoit d'un certain seigneur de la cour, qui n'entretenoit les gens que de contes bas, qu'il étoit le *Plutarque des laquais*. L'abbé de la *Rivière* étant revenu de Rome très-enrhumé, & sans avoir été nommé cardinal, *Bautru* dit que son rhume n'étoit pas fort extraordinaire, puisqu'il étoit revenu sans chapeau. L'une de ses maximes étoit qu'il ne falloit pas s'abandonner aux plaisirs, mais seulement les côtoyer. Son fils, le comte de *Séran*, mort en 1665, avoit l'esprit plaisant comme son père; mais il a dit moins de bons mots. La famille de *Bautru* étoit originaire d'Angers, où elle occupoit des places dans le présidial.
BAUVES, (Jacques de) avocat au parlement de Paris, dans le 17$^{e}$ siècle, composa avec le célèbre *Antoine Despeisses*, un *Traité des Successions*. Ces deux amis se proposèrent d'écrire sur toutes les matières de droit; mais *Bauves*, mort sur ces entrefaites, laissa à son confrère le soin d'exécuter cet utile projet. Les *Œuvres* de *Despeisses* ont été imprimées plusieurs fois. Il a paru une édition à Toulouse en 1777, 3 vol. in-4$^{o}$, sur celle de 1750, donnée par *Gui du Rousseau de la Combe*, & conforme à la jurisprudence actuelle. *Voyez DESPEISSES*.
BAUVIN, (Jean-Grégoire) avocat, ancien professeur de l'École militaire, de la société littéraire d'Arras sa patrie, né en 1714, est mort en cette ville le 7 janvier 1776. Il avoit fait imprimer en 1769, sa tragédie d'*Arminius*, corrigée ensuite, & représentée à Paris sous le titre des *Chérusques*. Ceux qui savent démêler le talent à travers les vers foibles & les scènes de remplissage, accordèrent leurs suffrages à cette pièce. On a encore de ce poète une Traduction en vers des *Sentences* de *Publius Syrus*, in-12. Il travailla pendant quelque temps au *Mercure* & au *Journal encyclopédique*. C'étoit un bon littérateur, qui savoit discuter avec goût & avec esprit tout ce qui regardoit les belles-lettres. Il vécut & mourut pauvre, & fut au nombre des hommes dont la fortune est au-dessous de leur mérite. I. BAUX, (Clairette de) dame de Berre en Provence, descendait d'une famille distinguée qui avoit possédé la principauté d'Orange. Sa beauté, sa vertu, ses talens aimables furent célébrés par *Pierre d'Auvergne*, troubadour célèbre, Clairette fut l'une des présidentes de la cour d'amour de Romanino. Voyez PIERRE D'AUVERGNE. — Huguette de BAUX de la même maison, d'abord fille d'honneur d'Ermengarde de Narbonne, femme de Roger comte de Foix, se plaça par son esprit au rang des poètes de son pays. Le troubadour Pierre Roger devint son amant; & les historiens disent qu'il fut parfaitement heureux. Après la mort de Roger qui fut assassiné par les parens d'Huguette, elle épousa Beaudinar, seigneur d'Aulps en Provence. — Une autre Jeanne de BAUX, contemporaine de la belle Laure, fut l'une des dames qui, par les qualités de l'esprit & du cœur, mérita de composer la cour d'amour d'Avignon, lorsque les papes avoient fixé leur séjour dans cette ville.
II. BAUX, (Guillaume de devint prince d'Orange du chef de sa mère Tiburge. En 1214, il obtint des lettres de Frédéric II qui lui accordaient le titre de roi d'Arles & de Vienne. Cet empereur disposait alors de ce que l'empire n'avoit pu garder. Guillaume avoit rançonné sur ses terres un marchand qui les traversoit, & n'avoit pas voulu acquitter les droits de péage; celui-ci avoit demandé justice au roi de France Philippe-Auguste, qui lui répondit qu'il étoit trop éloigné pour punir son vassal, mais qu'il lui permettoit de se venger comme il pourroit. Le marchand alors contredit le sceau du roi, & écrivit en son nom une lettre à Guillaume, pour l'inviter à se rendre, aux fêtes qui devoient se célébrer dans sa cour. Guillaume, pour s'y rendre, passa dans la ville où résidait le marchand qui, ayant assemblé ses amis, arrêta le prince & toute sa suite, & le força à réparer le dommage qu'il lui avoit fait. Cette aventure fut chansonnée par les troubadours du temps, & peut faire juger de la police qui régnon alors. Guillaume faisoit lui-même des vers & se désignoit sous le nom poétique d'Inglés. Il fut victime de sa haine contre les Albigeois. Les Avignonnois qui en soutenoient le parti, le firent prisonnier dans une embuscade, l'écorchèrent vif & coupèrent son corps en morceaux, l'an 1218. Le pape Honorius III expédia un bref pour exciter les Croisés à punir cet attentat, & ce fut l'un des motifs du siège d'Avignon par Louis VIII en 1226. I. BAXTER, (Richard) théologien Anglois, non Conformiste, Chapelain du roi Charles II, naquit le 2 novembre 1615. Il refusa l'évêché d'Héréford que ce prince lui offroit, & mourut le 8 décembre 1691. Il a laissé des Sermons; une Paraphrase sur le Nouveau Testament, Londres 1685, in-4°, & d'autres livres pleins de chaleur. Le savant Burnet l'estimoit beaucoup.
II. BAXTER, (Guillaume) neveu du précédent, né en 1650, est auteur d'un Glossaire d'Antiquités Britanniques, en latin, Londres 1733, in-8°; & d'un autre d'Antiquités Romaines, Londres 1733, in-8°, en latin. Il mourut en 1723. — Un autre savant de ce nom, né au vieux Aberdeen en Ecosse en 1687, mort en avril 1750, est connu par ses Recherches sur la nature de l'âme & sur son immatérialité, 1745, 2 vol. in-8°.
BAY, (Michel de) Voy. BAIUS.
BAYARD, (Pierre du Terrail de) né en Dauphiné d'une famille noble & ancienne, fut d'abord B A Y 133 page de Philippe comte de Beaugé, qui fut depuis duc de Savoie, & qui étoit alors gouverneur de Lyon. Charles VIII paſſant par cette ville, le demanda au comte de Beaugé, & le mena en Italie en 1495. La conquête du royaume de Naples fut le fruit de cette expédition. Le jeune Bayard s'y diſtingua par-tout, mais principalement à la bataille de Fornoue. Le duc d'Orléans, témoin de ſa valeur, crut voir eu lui un du Guéſclin. Charles VIII étant mort, Bayard ne fut pas moins utile à Louis XII. Il contribua beaucoup à la conquête de Milan, en 1499, & refuſa la vaſſelle que pluſieurs villes du Milanois avoient offerte pour ſe rendre les généraux François favorables. Il fut envoyé l'année d'après dans le royaume de Naples. Dans une bataille qui ſe donna l'an 1501, il ſouint ſeul, comme Coelès, ſur un pont étroit, l'effort de deux cents chevaliers qui l'attaquaient. Ce fut alors qu'il obtint du roi une deviſe ayant pour emblème un porc-épic, avec ces mots : Vires agminis unus habet. A la priſe de la ville de Breſce, il reçut une bleſſure dangereuſe, & fit un acte de vertu héroïque. Son hôte lui ayant fait remettre deux mille piſtoles, en reconnoiſſance de ce qu'il l'avoit garanti du pillage, il donna cette ſomme à tes deux filles qui la lui apportoient. Dans l'hiver ſuivant, le chevalier Bayard donna une preuve non moins glorieuſe de ſa granſeur d'ame. Il logeoit à Grenoble à côte d'une jeune perſonne, dont la rare beauté lui fit une vive impreſſion, & dont la ſituation lui donna des eſpérances. Des propoſitions ſurent faites à la mère, qui, ne prenant conſeil que de ſa pauvreté, les accepta. Elle força même ſa fille à ſe laiſſer conduire chez le chevalier. Cette aimable vierge ne l'eut pas plutôt apperçu, qu'elle ſe jeta à ſes pieds, & les arroſant de ſes larmes : Monjeigneur, lui dit-elle, vous ne deſhonoreret pas une malheurue victime de la mière, dont votre vertu devoit vous rendre le deſenſeur. Ces mots toucherent Bayard : Levet-vous, lui dit-il, ma fille ! vous ſortirez de ma maſſon, cuſſi ſage & plus heureuſe que vous n'y êtes entrée. Sur le champ il la conduiſit dans une retraite sûre, & le lendemain il fit appeler ſa mère. Après lui avoir fait les reproches qu'elle méritoit, il lui donna ſix cents francs pour marier ſa fille à un honnête homme qui conſentoit de l'époüſer avec cette dot. Il ajouta cent écus pour les habits & les frais de la cérémonie. C eſt ainsi, dit l'auteur de ſa vie, que le bon chevalier changa de vice à vertu. On peut dire de lui, dit un homme d'eſprit, ce que Tite-Live écrivoit de Scipion dans une pareille occaſion. Il remporta cette grande victoire à l'âge de 16 ans, & JUENIS, & CELEUS, & VICTOR. Les Anglois ayant en 1513 aſſiege Terouane, prirent cette place après la journée de Guinegaſte, dite la journée des Éperons, où les François furent mis en déroute. Bayard ſouint pendant quelque temps les efforts de pluſieurs corps très-condérables ; mais, forcé à la fin de ſe rendre comme les autres, il le fit d'une manière également ſage & hardie. Il avoit apperçu de loin un gendarme ennemi, richement armé, qui, voyant les ennemis en déroute, & dédaignant de faire des priſonniers, s'étoit jeté au pied d'un arbre pour ſe repoſer, & avoit quitté ſes armes. Il pique droit à lui, faute de ſon cheval, & lui appuyant l'épée ſur la gorge. 1 3 Rends-toi, homme d'armes, lui dit-il, ou tu es mort ! L'Anglois croyant qu'il étoit furvenu du secours aux François, se rendit sans résistance, & demanda le nom du vainqueur. Je suis, répondit le chevalier d'un ton plus adouci, le capitaine Bayard, qui vous rend votre épée avec la sienne, & qui se fait aussi votre prisonnier. Quelques jours après, le chevalier voulut s'en aller : Et votre rançon, dit le gendarme ? — Et la vôtre, lui répondit Bayard ? Je vous ai pris avant de me rendre à vous ; & j'avais votre parole, lorsque vous n'aviez pas encore la mienne. Cette singulière contestation fut portée au tribunal de l'empereur & du roi d'Angleterre, qui déciderait que les deux prisonniers étoient mutuellement quittes de leurs promesses. En 1514, il eut la lieutenance générale du Dauphiné. A la bataille de Marignan contre les Suisses en 1515, il combattit à côté de François I. C'est à cette occasion, que ce roi voulut être fait chevalier de la main du héros, suivant les usages de l'ancienne chevalerie. Bayard brilla au fêge de Pampelune. Il alla ensuite défendre pendant six semaines Mézières, place mal fortifiée, contre une armée de quarante mille hommes & de quatre mille chevaux. Le comte de Nassau l'ayant sommé de se rendre, il répondit : Je ne sortirai jamais d'une place que mon Roi m'a confiée que sur un pont fait du corps de ses ennemis. Le conseil du roi avoit résolu de brûler cette place, qui ne paroissoit pas être en état de soutenir un fêge. Bayard s'y opposa, en disant à François I : Il n'y a point de place foible, là où il y a des gens de cœur pour la défendre. L'amiral de Bonnivet s'étant rendu en Italie, le chevalier Bayard le suivit en 1523. L'année d'après, il reçut à la retraite de Romagnagno, & non à celle de Rebec, comme quelques historiens l'ont écrit, un coup de moustique qui lui cassa l'épine du dos. Il tomba en s'écriant : Jésus mon Dieu ! Je suis mort ! Il fit un acte de contrition, baissa la croix de son épée ; & ne trouvant point là de chapelain, il se confessa à son écuyer. Ensuite il pria qu'on le mit sous un arbre, le visage tourné vers l'ennemi : Parce que, dit-il, n'ayant jamais tourné le dos, il ne voulait pas commencer dans ses derniers momens. Il chargea d'Allègre d'aller dire au roi, que le seul regret qu'il avoit en quittant la vie, étoit de ne pouvoir pas le servir plus long-temps. Le connétable Charles de Bourbon, qui l'estimoit, l'ayant trouvé dans cet état comme il poursuivoit les François, lui témoigna combien il le plaignoit. Bayard lui répondit : Ce n'est pas moi qu'il faut plaindre ; mais vous, qui portez les armes contre votre Roi, votre patrie & votre serment. Il expira peu de temps après, âgé d'environ 50 ans. — Un gentilhomme lui ayant demandé quels biens un noble devoit laisser à ses enfans ? Ce qui ne craint ni le temps, ni la puissance humaine, LA SAGESSE & LA VERTU. Il avoit puisé ces principes à l'école de Georges du Terrail, son oncle, évêque de Grenoble. « Je n'ai jamais, lui disoit ce bon prélat, pu retenir de mémoire que trois mots latins : les voici ; retiens-les bien aussi : NOBILITAS SOLA, ATQUE UNICA VIRTUS. Mon enfant, fois noble comme tes pères, comme ton trisaïeul, qui fut tué aux pieds du roi Jean à Poitiers ; comme ton bisaeul, qui eut le même sort à Azincourt, comme ton père, qui s'acquit tant de gloire en défendant la patrie, B A Y 135 & fut fi souvent blessé. " Nous avons la Vie de cet homme illustre par Symphor. Champier, Paris 1525, in-4°, par un de ses secrétaires, 1619, in-4°, avec des notes de Thomas Godefroi; par Lazar Bocquillo, prieur de Lonval, 1702, in-12; & par Guyard de Berville, 1760, in-12. Le style des deux premiers a vieilli, & celui des deux autres manque un peu d'élégance. Quoique Bayard n'eût jamais commandé en chef, les troupes le regretterent, comme si elles avoient perdu le meilleur des généraux. Plusieurs officiers & un grand nombre de soldats allèrent se rendre aux ennemis, pour avoir la consolation de voir encore une fois le chevalier. L'ennemi, aussi généreux qu'eux, ne voulut pas qu'ils fussent prisonniers. On remit son corps, après l'avoir embaumé, pour être porté à Grenoble sa patrie. Le duc de Savoie lui fit rendre les honneurs qu'on rend aux souverains, & le fit accompagner par la noblesse jusques sur la frontière. On avoit donné à ce grand homme le nom de Chevalier sans peur & sans reproche, & il le méritoit bien. Il avoit cette vertu naïve & cet héroïsme plein de franchise, dont un siècle raffiné ne fournit plus d'exemple. La valeur n'éteignit point en lui la religion; mais cette religion n'étoit pas toujours éclairée. Il laissa une fille naturelle, qui fut mère de Chastelard, à qui Marie Stuart fit trancher la tête pour avoir osé lui parler d'amour. On dit, qu'avant de se battre en duel, il faisoit toujours dire une messe. Le poète du Belloï dans sa tragédie de Gaston & Bayard, dépeint assez bien le caractère de ce guerrier aussi loyal que courageux. —Voyez l'article BOUTIÈRES (des)
BAYE, (François BERTHELOT marquis de) mort le 3 septembre 1776, est auteur des Campagnes du Maréchal de Créqui, faites en 1677; Paris 1761, in-12.
BAYER, (Théophile-Sigefroi) petit-fils de Jean Bayer habile mathématicien, naquit en 1694. Son goût pour l'étude des langues anciennes & modernes, le porta à apprendre même le Chinois. Il alla ensuite à Dantzick, à Berlin, à Hall, à Leipzig, & en plusieurs autres villes d'Allemagne, & se fit par - tout des connoissances utiles. De retour à Konigsberg en 1717, il en fut fait bibliothécaire. Il fut appelé en 1726 à Pétershourg, où on le nomma professeur des antiquités Grecques & Romaines. Il étoit sur le point de retourner à Konigsberg, lorsqu'il mourut à Pétershourg en 1738. On a de lui un grand nombre de Différations savantes & curieuses. Son Musaum Sinicum, imprimé en 1730, 2 vol. in-8°, ouvrage d'une érudition singulière, montre dans son auteur beaucoup de sagacité. — Jean BAYER, son aïeul, né à Ausbourg, étoit un astronome habile. En 1603 il publia, sous le titre d'Uranometria, une description des constellations, dans laquelle il indique chaque étoile par une lettre grecque ou latine. — Voy. BAIER & BAHIER.
BAYEUX, (N.) avocat à Caen, entra dans la carrière littéraire en obtenant un prix de poésie à l'académie de Rouen par une ode sur la Piété filiale. Deux écrits estimables le firent connoître davantage; le premier est une Traduction des faîtes d'Ovide avec des notes pleines de recherches & de philosophie; elle parut d'abord en 1783, & a été réimprimée en 1789 en 4 vol. in-8°. Le second a pour objet des Réflexions sur la règne de Trajan, 1787, in-4° : on y trouve un style agréable & beaucoup de fineffe dans les idées. A l'origine de la révolution, Bayeux fut nommé procureur-fyndic du département du Calvados ; accusé ensuite d'entretenir une correspondance avec les ministres Montmorin & de Leffart, alors détenus à Orléans, il fut lui-même mis en prison où le peuple ameuté vint le massacrer en 1792.
BAYLE, (Pierre) naquit au Carlat, petite ville du comté de Foix, le 18 novembre 1647. Son père, qui vit dans cet enfant ce qu'il feroit un jour, lui fervit de maître jusqu'à l'âge de 19 ans, & l'éleva dans le Calvinisme. Il l'envoya ensuite à Puy-Laureus, où étoit une académie de sa secte. Le curé de cette ville, aidé de quelques livres de controverse que le jeune philosophe avoit lus, lui fit abjurer le Protestantisme. Dix-sept mois après il retourna à son ancienne communion. Un édit du Roi, peu favorable aux relaps, l'obligea de sortir de sa patrie. Il se réfugia à Copet, petite ville de Suisse près de Genève, où il se chargea d'une éducation, & d'où il fortit quelque temps après. La chaire de philosophie de Sédan s'étant trouvée vacante en 1675, Bayle alla la disputer, & l'emporta sur des concurrens dignes de lui. Ses succès dans ce poste ne furent point équivoques ; mais l'académie de Sédan ayant été supprimée en 1681, Bayle se vit obligé de se retirer à Rotterdam. Son mérite l'avoit annoncé. On érigea en sa faveur une chaire de professeur de philosophie & d'histoire. Il en fut destitué en 1696, par les cabales de Jurieu, ministre Protestant assez connu par ses prophé- ties & son fanatisme. Cet enthousiaste, ayant quelques sujets de ressentiment contre le philosophe, prit occasion de l'Avis aux Réfugiés, pour lui susciter cette persécution. Bayle eut beau désavouer ce livre, & publier des apologies éloquentes ; le zèle & l'intrigue l'emportèrent. La haine de Jurieu avoit son principe dans l'imprudence qu'avoit eue Bayle de travailler sur un sujet dont s'étoit emparé ce ministre Calviniste, alors son protecteur & son ami. Ce sujet étoit la réfutation de l'Histoire du Calvinisme de Maimbourg. Bayle garda l'anonyme en publiant ses Lettres sur cet historien, & jouit, à la faveur de l'incognito, de son triomphe sur Jurieu, qui avoit réfuté le même ouvrage, & qui lui avoit donné le plus libre accès dans sa maison & dans son cabinet. L'étude des ouvrages de Bayle, de ses lettres, des écrits qu'occasionna cette querelle, les faits que découvre cette étude, les lumières qu'elle répand sur le caractère de ce philosophe & sur sa tournure d'esprit, ramènent l'aversion de Jurieu à sa véritable cause, & non à des amours imaginaires de Bayle pour la femme de ce ministre. Quoi qu'il en soit, l'Avis aux Réfugiés ne fut que la cause apparente qui le fit priver de sa chaire & de sa pension. Halvein, bourguemestre de Dordrecht, étoit entré dans une espèce de négociation avec Amelot, ambassadeur de France en Suisse, pour faire la paix avec cette couronne à l'insçu de l'état. Il fut arrêté pour ce sujet par l'ordre du roi d'Angleterre, qui ne vouloit que la guerre, & condamné à une prison perpétuelle & à la confiscation de tous ses biens. Bayle fut soupçonné d'avoir, par ses écrits, fait entrer bien des personnes dans les vues du bourguemestre, & les magistrats de Rotterdam eurent ordre de lui ôter sa place de professeur & sa pension : ils obéirent en cela au roi Guillaume, dont ils étoient créatures. Les cris de ses ennemis se renouvellèrent, lorsque son Dictionnaire parut en 1697. Jurieu dénonça au confisoire de l'église Wallone, ce qu'il y avoit de répréhensible dans cet ouvrage. Bayle fut obligé de promettre qu'il corrigeroit les fautes qu'on lui reprochoit. On exigeoit de lui : I. Qu'il retranchât toutes les obscénités & les expressions sales. II. Qu'il réformât entièrement l'article de David. III. Qu'il réfutât les Manichéens, au lieu de donner une nouvelle force à leurs objections & à leurs arguments. IV. Qu'il ne fit pas triompher les Pyrrhoniens & le Pyrrhonifme, & qu'il réformât l'article de Pyrrhon. V. Qu'il ne donnât point de louanges outrées aux Athées & aux Épicuriens. VI. Qu'il ne se servit pas de l'Écriture - sainte pour faire des allusions indécentes. Il ne paroît pas que Bayle ait eu beaucoup d'égard à ce qu'on lui demandoit. Le seul changement considérable qu'il fit dans la seconde édition de son Dictionnaire, regarde l'article de David, dont il retrancha tout ce qui avoit choqué. Mais plusieurs littérateurs, plus curieux que religieux, ayant déclaré qu'ils n'achèteroient point cette édition, si cet article ne s'y trouvoit tel qu'il avoit paru d'abord, le libraire le fit imprimer à part, & le mit à la fin du volume auquel il appartenoit. — Cependant les ennemis du philosophe de Rotterdam n'oublioient rien pour le perdre. En 1705, ils chercherent à prévenir le ministère d'Angleterre contre lui. On écrivit au comte de Sunderland, secrétaire d'état, qu'il avoit eu des conférences avec le marquis d'Alègre, prisonnier de guerre. On ajouta qu'il femoit par-tout des principes favorables à la monarchie & au pouvoir abfolu; qu'il devoit perpétuellement la grandeur de la France, & rabaisfoit le pouvoir des alliés & les grandes actions de leurs généraux, &c. Mylord Sunderland avoit autant d'aversion pour les maximes qu'on attribuoit à Bayle, qu'il avoit de passion pour l'abaisfement de la France. Il ne paroît de ce philosophe qu'avec des transports d'indignation & de colère. On tâcha de le ramener, mais inutilement. Sa prévention étoit trop forte; il étoit à craindre qu'il ne portât la cour à se plaindre aux États d'Hollande, & qu'on ne donnât ordre à Bayle de quitter les sept Provinces. Mylord Shaftesbury, ami de Bayle, se chargea de dissiper cet orage, & il en vint à bout en détrompant le ministre Anglois. Le philosophe calomnié vit qu'il pourroit succomber tôt ou tard aux attaques de ses ennemis. L'abbé d'Artigny dit qu'il devoit passer en France avec une pension de six mille livres, lorsqu'il mourut à Rotterdam, d'une maladie de poitrine, âgé de 19 ans, le 28 décembre 1706, avec la sermété d'un philosophe. En vain ses ennemis l'avoient pressé de faire des remèdes. Comme son mal étoit héréditaire, il sentit que la médecine feroit impuissante, & continua de s'occuper avec la même tranquillité d'esprit, que si la mort n'eût pas dû interrompre son travail. Il fit un testament qui fut déclaré valide en France par un arrêt du parlement de Toulouse. Les héritiers ab intestat réclamoient en leur faveur les édicts & les lois. Mais la grand-chambre crut devoir céder à l'avis de *Senaux*, l'un des juges, qui représenta « que les savans étoient de tous les pays; qu'il ne falloit pas regarder comme fugitif, celui que l'amour des belles-lettres avoit appelé dans les pays étrangers; qu'il étoit indigne de traiter d'étranger, celui que la France se glorifioit d'avoir produit. » Ce magistrat s'éleva surtout contre ceux qui disioient que *Bayle* étoit mort civilement, « tandis qu'ils étoient forcés de convenir que pendant le cours de cette mort civile son nom éclatoit dans toute l'Europe. » On a peint tant de fois *Bayle* dans ces dernières années, qu'un portrait de ce philosophe seroit superflu. Nous nous bornerons à dire qu'on ne fauroit douter de son irrélégion, quand même il n'auroit pas fait à l'abbé de *Polignac*, depuis cardinal, la réponse qu'on lui prête : *A laquelle des Sèdes qui règnent en Hollande, êtes-vous le plus attaché*, lui demandoit cet abbé ? — *Je suis Protestant*, répondit *Bayle*. — *Mais ce mot est bien vague*, reprit *Polignac* : *Êtes-vous Luthérien ? Calviniste ? Anglican ?* — *Non*, répliqua *Bayle* : *Je suis Protestant, parce que je proteste contre tout ce qui se dit & ce qui se fait.* — (Eloge du cardinal de *Polignac*, par de *Boze*.) Cet incrédule avoit pourtant des qualités estimables : il étoit d'un désintéressement parfait, & n'acceptoit qu'avec peine les présens qu'on lui faisoit. Une personne de la première qualité en Angleterre, fit entendre à un de ses amis qu'il lui feroit un présent de cent cinquante guinées, s'il vouloit lui dédier son *Dictionnaire*. Cet ami eut beau le presser d'accepter ses offres; *Bayle* les refusa constamment. Il croyoit s'être trop déclaré contre l'esprit flatteur & rampant des Épitres dédicatoires, pour vouloir s'exposer à tomber dans le même défaut. Les ouvrages fortis de sa plume ingénieuse & téméraire, sont : I. *Pensées diverses sur la Comète qui parut en 1680*, 4 volumes in-12. Il avoit commencé cet ouvrage à Sédan, il le finit en Hollande. Il y foutient, parmi bien d'autres paradoxes, qu'il est moins dangereux de n'avoir point de religion, que d'en avoir une mauvaise; que l'athéifine est un moindre mal que l'idolâtrie & la superstition; & en grossissant le nombre des Athées, il montre une envie secrète de diminuer la juste horreur qu'on a pour eux. On jugea dès lors que *Bayle* étoit un sophiste éloquent & un Pyrrhonien plein d'esprit. Après avoir sapé les fondemens de toutes les religions dans ce livre, il veut anéantir la Chrétienne. Il ose avancer, que de véritables Chrétiens ne formei-roit pas un état qui pût sub-sister. On a cru, qu'en soutenant ce paradoxe, il méconnoissoit l'esprit de la religion; mais il étoit trop éclairé & feignoit seulement de le méconnoître. *Bayle* se formoit des phantômes pour les combattre : on ne le voit que trop dans cet ouvrage, à travers les digressions, les hors d'oeuvres & les passages dont il est parsemé. Il dessille les yeux sur l'influence des comètes; mais il mêle à cette vérité une infinité d'erreurs. Son style, qui plait d'abord par sa clarté, & par le naturel qui le caractérise, déplaît à la fin, par une langueur, une mollesse & une négligence poussée un peu trop loin; il en convenoit lui-même. *Mon style*, disoit-il, est assez négligé; il n'est pas exempt de termes impropres & qui vieillissent, ni peut-être même de barbarismes : je l'avoue; je suis là-dessus presque sans scrupule. Il rendoit une exacte justice à ses B A Y 139 ouvrages. Il dit dans une de ses lettres : On m'écrit que monsieur Despréaux goûte mon ouvrage. J'en suis surpris & flatté. Mon Dictionnaire me paroît à son égard un vrai ouvrage de caravane, où l'on fait vingt & trente lieues, sans trouver un arbre fruitier ou une fontaine. — Bayle écrivoit aussi au P. de Tournemine : Je ne suis que Jupiter assemble-nues. Mon talent est de former des doutes ; mais ce ne sont pour moi que des doutes. — II. Les NOUVELLES de la République des Lettres, depuis le mois de mars 1684, jusqu'au même mois 1687. Ce journal eut un cours prodigieux. La critique en est faite dans bien des endroits, les réflexions justes, l'érudition variée. On est fâché d'y trouver quelquefois des plaisanteries déplacées, & des obscénités qui le sont encore plus. Ce philosophe tenoit souvent des discours treslibres, sans s'en apercevoir. Il parloit des matières les plus cachées de l'anatomie dans un cercle de femmes, comme les chirurgiens dans leurs écoles. Les femmes baiffoient les yeux, ou détournoient la tête : il en étoit surpris, & demandoit tranquillement s'il étoit tombé dans quelque indécence ? — III. Commentaire Philosophique sur ces paroles de l'Évangile, CONTRAINS - LES D'ENTRER, 2 vol. in-12. C'est une espèce de traité de la tolérance, qui intérêts vivement dans son temps ; mais qui, à présent, est moins lu que ses autres livres. IV. Réponses aux Questions d'un Provincial, 5 vol. in-12. Ce sont des mélanges de littérature, d'histoire & de philosophie. V. Des Lettres, en 5 vol. VI. Dictionnaire Historique & Critique, en 4 vol. in-fol. Rotterdam 1720. Bayle l'auroit réduit, de son propre aveu, à un seul, s'il n'avoit eu plus en vue son li- braire que la postérité. Ce livre, d'un goût nouveau, est accompagné de grandes notes, dans lesquelles le compilateur a placé, avec plus de profusion que de choix, tout ce qu'il avoit pu recueillir de bon & de mauvais. Chaque article est ainsi divisé en deux parties : l'une comprend l'exposition du sujet, l'autre, un commentaire de cette exposition. Quelque jugement qu'on porte de cette méthode, il est certain que la plupart des lecteurs ne s'en accommodent point. Les renvois fréquents qui établissent la communication du texte & des remarques, pique d'abord la curiosité ; mais cela fatigue à la longue. On ne peut se plaire à une lecture continuellement interrompue. Je ne parle pas des désordres qui règnent dans le commentaire ; de la transposition inutile de plusieurs faits historiques, qui eussent beaucoup mieux été placés dans le corps du texte ; de la multiplicité confuse des recherches ; des digressions inutiles, ou trop fréquentes, ou amenées brusquement ; de la multitude ou de l'embarras des citations ; de cette foule d'autorités contradictoires, & de cette nuée confuse de témoins, dont les dépositions se coupent, & qu'il faut tous entendre les uns après les autres ; enfin de ces longs passages grecs, latins, gaulois, &c. dont tout le livre est offusqué. Je ne parlerai pas non plus d'une foule d'anecdotes hazardées, de citations fausses, de jugemens peu justes, de sophismes evidens, d'ordures révoltantes. On apprend quelquefois à penser dans ce Dictionnaire, & plus souvent à s'égarer. Bayle traite le pour & le contre de toutes les opinions. Il expose les raisons qui les foutiennent, & celles qui les détruisent; mais il appuie plus sur les raifonnemens qui peuvent accréditer une erreur, que sur ceux dont on étaye une vérité. « D'où viennent, a dit un orateur célèbre, & comment se font formés parmi nous ces progrès si rapides du libertinage & de l'athéisme? Il s'est trouvé un homme d'un génie supérieur & dominant, a qui de tous les talens qui font les grands hommes, il n'a manqué que le talent de n'en pas abuser; esprit vaste & étendu, qui n'ignora presque rien de ce qu'on peut savoir, qui ne voulut apprendre que pour rendre douteux & incertain tout ce qu'on fait; esprit habile à tourner la vérité en problème; à étonner, à confondre la raison par le raifonnement; à répandre du jour & des graces sur les matières les plus sombres & les plus abstraites; à couvrir de nuages & de ténèbres les principes les plus purs & les plus simples; esprit uniquement appliqué à se jouer de l'esprit humain; tantôt occupé à tirer de l'oubli & à rajeunir les anciennes erreurs, comme pour forcer le monde chrétien à reprendre les fonges & les superstitions du monde idolâtre: tantôt habile à frapper les fondemens des erreurs récentes, par une égale facilité à soutenir & à renverser; il ne laisse rien de vrai, parce qu'il donne à tout les mêmes couleurs de la vérité: toujours ennemi de la religion, soit qu'il l'attaque, soit qu'il paroisse la défendre. Il ne développe que pour embrouiller; il ne refute que pour obfuscir; il ne vante la foi que pour dégrader la raison; il ne vante la raison que pour combattre la foi. Ainsi, par des routes différentes, il nous mène imperceptiblement au même terme, à ne rien croire, & à ne rien savoir; à mépriser l'autorité, & à meconnoître la vérité; à ne consulter que la raison, & à ne point l'écouter. « Un écrivain célèbre, grand admirateur de *Bayle*, a dit: *Qu'il étoit l'Avocat-général des Philosophes; mais qu'il ne donne point ses conclusions.* » Il les donne quelquefois. Cet avocat-général est souvent juge & partie; & lorsqu'il conclut, c'est ordinairement pour la mauvaise cause. « *Bayle* lui-même, dit un de ses plus grands partisans, brode des toiles d'araigne comme un autre. Il argumente à l'article *Zénon*, contre l'étendue divisible de la matière, & la contiguité des corps; il dit tout ce qu'il ne seroit pas permis de dire, à un géomètre de six mois. « Ceux qui ont dit qu'il converse avec ses lecteurs comme *Montagne*, auroient dû ajouter qu'il leur parle avec moins d'énergie. Mais quelques défauts qu'on reproche à *Bayle*, il faut avouer qu'il étoit né avec un grand fonds d'esprit & de génie, une imagination vive, & une mémoire heureuse. Les critiques qui lui ont refusé une érudition profonde, n'ont pu s'empêcher de lui accorder une vaste lecture, puisse très-fouvent dans des livres rares & singuliers. Son style, tout verbeux qu'il est, a quelque chose d'agréable & d'original, un air libre & facile, une candeur, une simplicité qui décelent le génie. Il répand des fleurs sur les matières les plus sèches, & des réflexions solides dans les sujets de pur enjouement. Les meilleures éditions de son *Dictionnaire Historique*, sont celles de 1720 & 1740. Ses *Œuvres diverses* ont été recueillies en quatre autres vol. in-sol. L'abbé de *Masty* a publié l'*Analyse* de ses écrits; & des *Maïseaux*, sa *Vie* en 2 vol. In-12 : ce dernier ouvrage auroit pu se réduire à la moitié d'un, si l'historien s'étoit borné à l'utile. On lit au bas du portrait de B.yle ces deux vers traduits d'un quatrain de la Monnoye : Baylius hic ille est, cujus dum scrip- ta vigebunt, Lis erit oblectent, proficiant - ne magis. Un homme pieux, persuadé que les écrits de Bayle ont fait plus de mal que de bien, a changé ainsi le dernier vers : Lis erit oblectent, officiant - ne magis. Voy. JURIEU, & IV. MASSON, à la fin.
II. BAYLE, (François) né au diocèse d'Auch, professeur de médecine de l'université de Tou- louse, mourut dans cette ville en 1709, à 87 ans, avec la fer- meté d'un philosophe Chrétien. C'étoit un homme modeste, qui fermoit les yeux sur son mérite, & qui n'en voyoit que mieux celui des autres. Nous avons de lui une Physique latine, publiée en 1700, 3 vol. in-4°, & quel- ques Traités de Médecine.
BAZARLU, l'un des saints du culte Mahométan. Il s'enferma pen- dant la plus grande partie de sa vie dans une cellule, où il s'ap- pliqua uniquement à contempler le Ciel, & à méditer sur le mot Hu qu'il avoit écrit en gros ca- ractères sur sa muraille, & qui signifie Celui qui est. I. BAZIN, (N.) né à Rouen en 1673, vint achever ses études à Paris, & y devint supérieur de la communauté de Saint-Hilaire. Ses Sermons qui lui procurèrent la foule des auditeurs, n'ont point été publiés. On lui doit quelques ouvrages de piété, dont le plus répandu est Exercices du Pénitent. Son auteur est mort à Paris le 23 décembre 1734, âgé de 61 ans.
II. BAZIN, (N.) médecin de Strasbourg, exerça sa profession avec honneur, & se délaffa de ses travaux par l'étude de la bo- tanique & de l'histoire naturelle. On lui doit dans ces deux genres des ouvrages estimés. I. Observa- tions sur les plantes, 1741 in-8.° II. Traité de l'accroissement des plantes, 1743 in-8.° III. Histoire des Abeilles, 1744, 2 vol. in-12. IV. Lettres sur les Polypes, 1745 in-11. V. Abrégé de l'Histoire des insectes, 1747, 2 vol. in-12. C'est un extrait très-bien fait de l'ouvrage de Réaumur. Bazin est mort au mois de mai 1754.
III. BAZIN, Voyet BEZONS.
BAZINE, Voyet BASINE.
BAZIRE, (Claude) né à Dijon en 1764, n'auroit été qu'une ame basse & un scélérat obscur, si la révolution n'eût donné quelque célébrité à ses calomnies & à ses motions incendiaires. Fils d'un portier, il avoit obtenu une place de simple commis aux archives de la province de Bourgogne, lors- qu'en 1790, il se mit à la tête du club de Dijon & de tous les attroupemens séditieux qui por- tèrent la terreur dans cette ville. Nommé à l'assemblée législative & à la convention, Bazine eut un libre champ pour nuire. Il s'honora du titre de Dénonclateur en chef des Jacobins, & pour s'en montrer digne, il anaqua le roi & fit or- donner qu'il seroit jugé sans dé- sempa er. Il proposa de mettre à prix la tête de la Fayette, de sé- questrer les biens des émigrés, de licencier tous les officiers de l'armée, pour ne nommer à leur place que des soldats; d'amniffier *Jourdan* surnommé *Coupe-tête*, & tous ses complices. Envoyé en miffion à Lyon, il expulfa les officiers municipaux, légalement élus, pour appeler des factieux. *Robespierre* ne voulant ni s'en fervir davantage, ni le récompenser de ses éternelles dénonciations, le fit condamner à mort avec *Danton*; & il fut décapité à l'âge de 30 ans le 5 avril 1794. Petit, d'une foible ftructure, ayant toujours l'attitude d'un homme ivre, *Bazire* pour donner plus d'activité à son fang, prenoit chaque jour douze taffes de café. Mechant & menteur, hardi & fans honte, il se faisoit appeler le *Crétois*, parce qu'il figeoit sur la *crête* de la *Montagne*, lieu de la Convention, où se plaçoient de préférence les plus ardens révolutionnaires.
BAZMAN & COBAD, furent deux guerriers célèbres, qui décidèrent dans un combat singulier du fort des Turcs & des Perfans. *Bazman* étoit Turc & sujet d'*Afrasiab* roi du Turkestan, qui avoit paffé le Gihon & s'avançoit avec une armée formidable pour envahir la Perfe. *Cobad* étoit Perfan, & l'un des officiers de l'armée de *Naudhar*, l'un des derniers rois de la première dynaftie Perfanne. Les deux monarques remirent la décifion de leurs démêlés au fucées du combat de *Bazman* & de *Cobad*, en jurant que celui des deux qui feroit vainqueur, feroit triompher son fouverain. *Bazman* fuccomba sous l'épée de son adversaire; auffitôt *Afrasiab*, fidele à son ferment, repaffa le Gihon & laiffa *Naudhar* en paix.
BÉ, (Guillaume LE) graveur & fondeur en caractères d'imprimerie, naquit à Troyes en 1525, de *Guillaume le Bé*, noble bourgeois, & de *Magdelène* de *St-Aubin*. Elevé à Paris dans la maifon de *Robert Etienne* que son père fournifioit de papier, il avoit eu part à la composition des caractères de sa célèbre imprimerie. En 1545 *le Bé* paffa à Vénise, & y grava pour *Marc-Antoine Juffiniani*, qui avoit levé une imprimerie Hébraïque, des affortimens de caractères Hébraïques. De retour à Paris, il y exerça cet art jufqu'en 1598, époque de sa mort. *Cafaubon* parle de lui avec éloge, dans sa préface à la tête des *Opuscules* de *Scaliger*. — Henri LE BÉ, son fils, fut imprimeur à Paris, où il donna en 1581 une édition in-4°, des *Inftitutions Clenardi in Linguam Gracam*. Ce livre, qui a été très-utile aux auteurs de la *Méthode Grecque* de Port-Royal, est un chef-d'œuvre d'impression. Ses fils & ses petits-fils se signalèrent dans le même art. Le dernier mourut en 1685.
BÉARDE DE L'ABBAYE, (N.) s'attacha à l'étude de l'Économie rurale, & mourut à Paris, à la fleur de son âge, en 1771. On lui doit : I. *Effai d'Agriculture*, 1769, in-8°. II. Une *D'ffertation*, couronnée à l'académie de Péterfbourg, sur cette question : *Est-il avantageux à un État que les paysans possédent des terres en propriété ?* Paris, 1769, in-8°.
BÉATILLO, (Antoine) né à Bari en 1570, mort à Naples en 1642, se fit Jésuite & devint grand prédicateur. On lui doit : I. *L'Histoire de Bari*, 1637, in-4°. II. *Vie de Saint Irenée*. III. *Vie de Saint Nicolas* archevêque. IV. D'autres *Vies* d'hommes pieux & recommandables par leurs vertus.
BÉATOUR, cardinal Écoffois, archevêque de Saint-André, fut affaffiné dans le 16e siècle, pendant les troubles de religion. Une nouvelle preuve, combien le fanatisme dénature toutes les idées, c'est que Knox donne au récit de ce meurtre, le titre de Joyeuse Narration. I. BÉATRIX, (Sainte) donna la sépulture à S. Simplice & S. Faustin, martyrs décapités à Rome, l'an 303. Elle fut découverte, arrêtée & étranglée dans sa prison. Le pape Léon fit transporter ses reliques dans une église qu'il faisait bâtir à Rome; elle font maintenant dans celle de Sainte-Marie Majeur.
II. BÉATRIX, femme de Frédéric I, & fille de Renaud, comte de Bourgogne, fut mariée à cet empereur en 1156. Elle eut la curiosité d'aller à Milan pour voir cette ville. A peine y fut-elle arrivée, que la douleur que le peuple avoit de se voir privé de son ancienne liberté, éclata, dit-on, contre sa personne d'une manière indigne. Les mutins ayant pris cette princesse, la mirent sur une âneffe, le visage tourné du côté de la queue, qu'ils lui donnèrent en main au lieu de bride, & la promenerent en cet état par toute la ville. Une action si insolente ne demeura pas long-temps impunie. L'empereur les ayant affiégés en 1162, prit & rafa leur ville jusqu'aux fondemens, à la réserve de trois églises. Il la fit ensuite labourer comme un champ de terre, & par indignation y fit fumer du sel au lieu de blé. Il y a même des auteurs qui ont écrit que ceux qui furent pris ne purent sauver leur vie qu'à une condition honteuse : c'étoit de tirer avec les dents une figue, que l'on metoit au derrière de l'aneffe sur laquelle l'impératrice avoit été menée. Il y en eut, dit-on, qui aimèrent mieux souffrir la mort, qu'une telle ignominie. On dit que c'est de là qu'est venue cette forte d'injure, qui est en usage encore aujourd'hui parmi les Italiens, lorsqu'en mettant un doigt entre deux autres, ils disent par moquerie : Voilà la figue. Mais l'histoire de l'insulte faite à Béatrix, & de la punition des Milanois, a l'air d'un roman.
III. BÉATRIX DE PROVENCE, fille de Raymond Béranger, comte de Provence, en devint héritière, & épousa en 1245 Charles de France, fils de Louis VIII. Ses trois sœurs avoient été unies à des souverains, Béatrix désiroit le même honneur, & elle en jouit bientôt, son époux ayant été investi du royaume de Naples & de Sicile; & elle fut elle-même couronnée à Rome, le 6 janvier 1265. Béatrix mourut à Nocera, quelque temps après son couronnement. — BÉATRIX de Savoie, mère de la précédente, fonda en 1248, un couvent de Dominicains, près de Sitteron, & une commanderie de Maite. On voyoit son tombeau dans l'église de Saint-Jean, à Aix. — BÉATRIX de Portugal épousa en 1521, Charles III, duc de Savoie, & fut célébrée pour sa sagesse & sa beauté. — BÉATRIX de Lorraine devint duchesse de Toscane, & montra dans les troubles de l'Italie autant de prudence que de courage. Elle eut pour fille la fameuse comtesse Mathilde, bienfaitrice du Saint-Siège. I. BEAU, (Jean-Baptiste le) né en 1602, dans le comtat d'Avignon, mort à Montpellier, le 26 juillet 1670, se fit l'éluite, & publia plusieurs Difféctions érudites, que Gravius a insérées dans ses Antiquités Romaines. On lui doit encore des Vies de François d'Estaing, évêque de Rhodez, de Barthélemi des Martyrs, d'Alphonse Torribius, évêque de Lima; & une Dissertation latine sur les Stratagèmes employés à la guerre, par les Gaulois & les François; Frankfort, 1661.
II. BEAU, (Jean-Louis le) professeur de rhétorique au collège des Graffins, de l'académie des Inscriptions, naquit à Paris le 8 mars 1721, & mourut le 12 mars 1766. Il remplit avec distinction les fonctions d'académicien & de professeur. Il est auteur d'un *Discours* dans lequel, après avoir fait voir combien la pauvreté est nuisible aux gens de lettres, & quels sont les dangers qu'ils ont à redouter des richesses, il conclut que l'état d'une heureuse médiocrité est à peu près celui qui leur convient. Il a donné une édition d'Homère, grecque & latine, en 2 vol. 1746; & les *Orfons de Cicéron*, en 3 vol. 1750. Il les a enrichies de notes.
III. BEAU, (Charles le) frère aîné du précédent, d'abord professeur de rhétorique au collège des Graffins, ensuite professeur au collège Royal, secrétaire de M. le duc d'Orléans, secrétaire perpétuel & pensionnaire de l'académie des Inscriptions, naquit à Paris le 15 octobre 1701, & mourut dans cette ville le 13 mars 1778. Il étoit marié, & il n'a laissé qu'une fille. Cet académicien, aussi honnête que laborieux, l'émule de Rollin dans l'art d'enseigner, adoré de ses disciples comme ce célèbre professeur, avoit peut-être une plus vaste littérature que lui. Peu d'hommes ont mieux connu les belles-lettres Grecques & Latines. Son *Histoire du Bas-Empire*, en 22 vol. in-12, faisant suite à l'Histoire des empereurs de Crevier, est d'autant plus estimée, qu'il a fallu pour la composer, concilier sans cesse des écrivains qui se contredisent, remplir des lacunes, & faire un corps régulier d'un amas de débris intormes. Il y règne une critique judicieuse, & un style soigné & élégant. Le rhéteur s'y fait quelquefois un peu trop sentir; mais en général on la lit avec plaisir & avec fruit. Les Mémoires de l'académie des belles-lettres sont enrichis de plusieurs *Dissertations* savantes du même auteur sur les Médailles restituées, la Légion Romaine, l'Art de la guerre chez les Romains, & de trente-quatre *Éloges historiques*, où le caractère des Académiciens est fait avec juste & peint avec vérité. Les sentimens de religion, la sagesse des principes, la douceur des mœurs & la sûreté du commerce de *le Beau*, ont inspiré de vifs regrets à ses amis & à ses élèves. On pourroit rapporter plusieurs traits qui font honneur à son cœur. Une place à l'académie des belles-lettres lui étoit destinée. *Bougainville*, le traducteur de l'*Anti-Lucrèce*, se présente, avec moins de titres & un savoir moins consommé; il redoutoit un concurrent tel que *le Beau*, auquel il ne craignit point de faire part de ses désirs. Ce professeur entra dans sa peine, & courut chez les amis qui lui avoient promis leurs voix, pour les donner au jeune littérateur. C'est le moindre des sacrifices, disoit-il, que j'eusse voulu faire pour obliger un homme de mérite. — *Le Beau* fut reçu à l'élection suivante; & *Caperonier*, surpris de son savoir, & touché de son honnêteté, disoit: « Il est notre maître à tous! » Sa modestie égaloit ses lumières. Il répondoit à ceux qui le louoient sur l'immensité de ses travaux: *J'en sais bien assez pour être humilié* de de ce que je ne fais pas. Thyerriat a publié les Œuvres latines de le Beau, Paris 1782, 4 vol. in-8.º On y trouve des Harangues & des Poésies latines. Les premières ne font pas sans mérite, quoique la plupart de ces discours de collège ne soient guères que des amplifications. Les secondes respirent le goût de la saine antiquité, si l'on excepte ses Fables : il n'a pas connu le style de ce genre ; mais la plupart de ses pièces détachées sur des sujets tirés de l'Histoire ou de l'Écriture, offrent de belles images, une latinité pure, & un bon goût de verification.
BEAUBRUEIL, (Jean de) avocat à Limoges, fit jouer l'une de nos plus anciennes tragédies, Régulus, représentée en 1582.
BEAUCAIRE DE PÉGUILLON, (François) né dans le Bourbonnois, d'une famille ancienne, fut précepteur du cardinal Charles de Lorraine, qu'il accompagna à Rome, & qui lui céda l'évêché de Metz. Il le suivit encore au concile de Trente, & y parla avec beaucoup d'éloquence & de zèle, contre les prétentions des Ultramontains, & sur la nécessité de la réformation. Péguillon se retira dans le château de la Chrette en Bourbonnois, après s'être démis de son évêché. C'est là qu'il composa ses Rerum Gallicarum Commentaria, ab anno 1641 ad annum 1562 ; Lyon 1625, in-fol. On encore de lui, un Traité des Enfans morts dans le sein de leurs mères, 1567, in-8.º Il mourut en 1591, avec la réputation d'un prélat savant & vertueux. Son Histoire de France ne parut qu'après sa mort, comme il l'avoit désiré. Elle est bien écrite, & elle renferme les événemens principaux. Il loue trop les Guises ; mais il est d'ailleurs assez exact. I. BEAUCHAMP, (Richard) comte de Warwick, né en 1381 ; & mort à Rouen l'an 1439, assista au concile de Constance, & remporta plusieurs victoires sur les François. Après sa mort, son corps fut transporté en Angleterre, & enterré dans la collégiale de Warwick.
II. BEAUCHAMP, célèbre danseur, mort en 1695, apprit à danser à Louis XIV, & devint le compositeur des ballets de l'Opéra, lorsque Lulli eut obtenu le privilège de cet établissement. « Beauchamp, dit Rousseau, étoit savant & recherché dans sa composition, & il avoit besoin de gens habiles pour exécuter ce qu'il inventoit. »
BEAUCHAMPS, (Pierre-François Godard de) né à Paris, mourut dans cette ville en 1761, à 72 ans. On a de lui : I. Les Amours d'Ismène & Ismémus, 1743, in-8.º C'est une traduction libre d'un roman Grec d'Enfasius, excellent grammairien, & auteur des fameux Commentaires Grecs sur Homère. Il y a des aventures intéressantes dans cette espèce de poème épique en prose, qui est dans le genre tragique & comique tout à la fois. II. Les Amours de Rhodantes & Dosselés, autre roman grec, de Théodore Prodrame, traduit en françois, 1746, in-12. III. Recherches sur les Théâtres de France, 1735, in-4° & in-8°, 3 vol. Beauchamps ne s'est pas borné à compiler les titres des pièces de théâtre : il y a joint des particularités sur la vie de quelques comédiens François ; mais il a oublié plusieurs anecdotes intéressantes, dont il eût pu orner son ouvrage. On auroit souhaité qu'il eût développé le goût de nos ancêtres pour les spectacles, l'art & les progrès du 146 BEA théâtre tragique & comique depuis Jodelle ; le genre de nos poètes & leur manière d'imiter les anciens. Mais il eût fallu lire les pièces, & réfléchir, & Beauchamps étoit moins capable du second, que du premier. IV. Lettres d'Heloise & d'Abâilard, en vers françois assez faciles, mais profatiques, 1737, in-8.º V. Plusieurs Pièces de Théâtre : Voy. le Calendrier des Spectacles de Paris.
BEAUCHATEAU, (François- Mathieu Châtelet de) naquit à Paris, d'un comédien, en 1645. Il fut mis dès l'âge de huit ans au rang des poètes. La reine, mère de Louis XIV, le cardinal Maçarin, le chancelier Séguier, & les premières personnes de la cour, se faîfoient un plaisir de converger avec cet enfant, & de mettre son exprit en exercice. Il n'avoit que douze ans, lorsqu'il publia un recueil de ses Poésies, in-4º, sous le titre de : La Lyre du jeune Apollon, ou la Muse naissante du petit de Beauchâteau, avec les portraits en taille-douce des personnes qu'il y a célébrées. Environ deux ans après, il passa en Angleterre avec un ecclésiastique apostat. Crommel, & les personnes les plus distinguées de cette isle, admirèrent le jeune poète. On dit que l'apostat son compagnon le mena ensuite en Perfe, & que depuis ce temps, on n'a pu découvrir ce qu'il étoit devenu.
BEAUCOUSIN, (Christophe- Jean-François) avocat à Paris, mort dans cette ville en 1798, a confacré ses loisirs à la biographie, & a publié les Vies d'Antoine le Conte, de Jean d'Arte, de Bonaventure Fourcroy, de Nicolas de Ramel, du poète Racan, de Philibert Delorme ; les Éloges de J. B. Hatté, de Loiseau de Maulcon, de Jacques & Pierre Sarasin ; la notice des ouvrages de Charles du Moulin jurifconsulte ; l'Histoire des Hommes illustres de Noyon. Ces écrits sont languissans ; le style y est sans couleur ; mais la recherche des faits qu'ils renferment, offre cependant quelque intérêt.
BEAUFILS, (Guillaume) Jésuite, né à Saint-Flour en Auvergne en 1674, mourut à Toulouse dans un âge très-avancé, le 30 novembre 1757. Le ministère de la chaire, la composition de quelques ouvrages, & la direction des ames pour laquelle il avoit un attrait & un talent particulier, remplirent presque toute sa vie. On a de lui quelques Oraisons funèbres ; la Vie de Mad. de Leftonac, celle de Mad. de Chantal, & des Lettres sur le gouvernement des Maisons religieuses, 1740, in-12. I. BEAUFORT, (Henri) frère d'Henri IV, roi d'Angleterre, fut fait évêque de Lincoln, ensuite de Winchester, chancelier d'Angleterre, ambassadeur en France, cardinal en 1426, & légat en Allemagne. En 1431, le cardinal de Winchester couronna le jeune Henri VI, roi d'Angleterre, comme roi de France, dans l'église de Notre-Dame de Paris. Il mourut à Winchester en 1447, après y avoir fondé un hôpital.
II. BEAUFORT, (le Comte de) Voy. BOUCICAUT.
III. BEAUFORT, (la Duchesse de) Voyet ESTRÉES, (Gabriel) n.º IV.
IV. BEAUFORT, (François de Vendôme, duc de) fils de César duc de Vendôme & de Françoise de Mercœur, naquit à Paris au mois de janvier 1616. Il se distingua de bonne heure par son courage, & se trouva à la bataille d'Avein, en 1635, aux sièges de Corbie en 1636, de Helfdin en 1639, & d'Arras en 1640. Il voulut jouer un rôle au commencement de la régence d'Anne d'Autriche. Il crut pouvoir gouverner l'état, quoique, selon le cardinal de Rert, il ne fut pas plus en état de le faire que son valet de chambre. On l'accusa d'avoir attenté à la vie du cardinal Maçarin : il fut mis à Vincennes en 1643, & se fauva cinq ans après. C'étoit dans le temps de la guerre de la Fronde ; il en fut le héros & le jouet. Les Frondeurs se servirent de lui pour soulever la populace, dont il étoit adoré, & dont il parloit le langage : aussi il fut appelé le Roi des Halles. Il étoit grand, bien fait, adroit aux exercices, infatigable, rempli d'audace. Il paroissoit plein de franchise, parce qu'il affectoit des manières grossières ; mais il étoit artificieux, & aussi fin que le peut être un homme d'un esprit borné. Le duc de Beaufort servit beaucoup les princes durant cette guerre civile, & se signala en diverses occasions. (Voy. IV. NEMOURS.) Lorsque les mécontents firent leur paix, il fit la sienne, & obtint la survivance de la charge d'amiral de France, que son père avoit. Il passa ensuite en Afrique, où l'entreprise de Gigeri ne lui réussit pas ; mais l'année d'après, 1665, il défit les vaisseaux des Turcs près de Tunis & d'Alger. Ces Infidèles ayant assiégé Candie en 1669, le duc de Beaufort, nommé généralissime des troupes envoyées pour la défense de cette place, en retarda la prise de plus de trois mois. Il périt dans une sortie le 25 juin, & on ne put retrouver son corps, dont les Turcs avoient coupé la tête. La Grange-Chancel prétend dans une lettre à l'auteur de l'Année littéraire que le duc de Beaufort ne fut point tué au siège de Candie, qu'il fut transféré aux îles de Lérins, & que c'est ce prisonnier si illustre & si ignoré, connu sous le nom de l'Homme au masque de fer. Ses preuves ne sont pas démonstratives : il ne s'appuie que sur un oui-dire de la Mothe Guérin, commandant de Sainte-Marguerite. Il se peut que cet officier ait fait des conjectures, comme tous les autres ; mais, de l'aveu de tous ceux qui l'ont connu, il n'a jamais rien assuré : & comment auroit-il pu affirmer quelque chose sur un fait qu'il ne s'avoit, ni ne pouvoit s'avoir ? La détention de cette victime de la politique étoit un secret d'état ; pourquoi l'auroit-on découvert à un homme qui ne l'avoit pas eu sous sa garde ? Cet illustre infortuné fut conduit, on ne fait en quelle année, à Pignerol, où de Saint-Mars étoit commandant. Lorsqu'il fut nommé à la lieutenance de roi de Sainte-Marguerite, il emmena avec lui son captif, qui y resta jusqu'au temps où il fut fait gouverneur de la Bastille. On disoit alors que ce prisonnier inconnu étoit un homme d'environ cinquante ans. C'est du moins ce que nous a assuré Audri, qui, de simple cadet, étoit devenu commandant des îles de Lérins, & qui l'étoit encore en 1743. Il n'avoit que quinze ans lorsque le Masque de fer fut conduit à Sainte-Marguerite, & il avoit souvent fait sentinelle à sa porte. Ce prisonnier n'avoit que cinquante ans dans ce temps - là : ce ne pouvoit donc pas être le duc de Beaufort, qui en auroit eu plus de quatre-vingts. Le nom de l'Homme masqué de fer étoit caché aux contemporains, & il le sera à la postérité. Il est plus facile de dire ce qu'il n'étoit pas, que ce qu'il étoit ; & on a fait des efforts bien vains, jusqu'à présent, pour lui ôter le masque qu'il porta jusqu'à sa mort.
BEAUFORT, (Louis de) mort à Maffricht en 1795, mérita d'être reçu à la société royale de Londres, par les ouvrages suivans : I. *Histoire de Germanicus*, 1741, in-4.º II. *Dissertation fur l'incertitude des cinq premiers siècles de la République Romaine*, 1750, in-8.º III. *Histoire de la République Romaine*, ou *Plan de l'ancien gouvernement de Rome*, 1766, 2 vol. in-4.º Quoiqu'on ait beaucoup écrit sur l'histoire Romaine, *Beaufort* a prouvé dans cet important ouvrage, qu'il refloit encore une foule de recherches intéressantes à faire pour bien développer tous les efforts de l'administration civile du peuple le plus célèbre qui ait existé. On y trouve quel étoit le département du Sénat, comment les trois pouvoirs étoient distribués & se contre-balançoient, comment le peuple exerçoit sa souveraineté, la part que chaque magistrat avoit dans le gouvernement, & les fonctions de chaque emploi, la manière d'administrer la justice civile & criminelle, les prérogatives du citoyen Romain, & les différentes conditions des sujets soumis à ce vaste empire. Une critique sage, des rapprochemens judicieux ; un style simple, noble & soutenu, distinguent cette histoire ; mais l'œil du lecteur y est fatigué par le trop grand nombre de citations dont il est hérissé.
BEAUGENDRE, (le Père) Bénédictin, *Voy. HILDEBERT.*
BEAUHARNOIS, (Alexandre de) né à la Martinique, vint à Paris, où les graces de son extérieur & sa supériorité dans l'art de la danse, le firent rechercher des sociétés les plus brillantes. Député de Blois à l'assemblée constituante, il se distingua dans le parti populaire par son ton d'aménité & l'élégance de ses discours. Il fut du petit nombre de ceux qui crurent de bonne foi que le peuple pouvoit avoir une part active dans le gouvernement. Ni l'ambition, ni l'esprit d'intrigue ne le portèrent à embraser sa cause. Il y fut attaché, parce qu'il en avoit fait le serment. Il proposa l'égalité des peines pour tous les citoyens & leur admission à toutes les places, en ne consultant que leur capacité, & présida avec calme l'assemblée, lorsqu'elle apprit le départ du roi pour Varennes. Devenu ensuite adjudant-général de l'armée de *Luchner*, puis général en chef de celle de la Moselle ; il y donna des preuves de courage, de prudence & d'humanité envers les vaincus. Appelé au ministère de la guerre, il refusa cette place. Traduit au tribunal révolutionnaire cinq jours avant la chute de *Robeppierre*, il porta sa tête sur l'échafaud, à l'âge de 34 ans, le 23 juillet 1793. I. BEAUJEU, (Edouard Sire de) maréchal de France, se distingua à la bataille de Crécy en 1347, un an avant que d'avoir reçu le bâton, & mourut au combat d'Ardres en 1351, laissant un fils qui n'eut pas de postérité. *Edouard* avoit un frère, mort sans enfans mâles, en 1541. Cette famille descendoit des comtes de *Foret*, branche cadette des comtes d'*Albon*, depuis *Dauphins*.
II. BEAUJEU, (Pierre II de BOURBON, Sire de) connétable de France, pendant la vie de son frère *Jean*, qui mourut en 1488. & auquel il succéda dans tous les biens de la branche ainée de Bourbon, qui finit en lui, fut régent sous Charles VIII; mais dans le vrai, c'étoit Anne, fille de Louis XI, qui avoit l'autorité. Pierre mourut sans enfans en 1503, & fa femme Anne en 1522. Louis XII, n'étant que duc d'Orléans, eut beaucoup à souffrir d'elle, n'ayant pas voulu, dit-on, répondre à son amour.
III. BEAUJEU, Voyet QUI-QUERAN.
BEAUJOYEUX, Voyet BAL-THAZARINI.
BEAULATON, (N.) mort en 1782, a publié en 1778, une Traduction en vers françois du Paradis perdu de Milton, en 2 vol. in-8. C'est une foible esquisse du tableau original. On y trouve quelques tirades bien versifiées au milieu d'un océan de vers durs, incorrects, & semblables à ceux de Brébeuf. I. BEAULIEU, Louis le Blanc, seigneur de) professeur de théologie à Sédan, fit soutenir plusieurs thèses de théologie dans l'académie des Protétans, qui furent publiées sous ce titre: Thèses Sedanenées, 1683, in-folio. C'étoit un théologien modéré, & propre à démêler le véritable état d'une question à travers toutes les chicanes de l'école. Il examine dans ses thèses les points controversés entre les Catholiques & les Calvinistes, & il conclut toujours, mais quelquefois sans fondement, que les uns & les autres ne font opposés que de nom. Il étoit né en 1611 au Plessis - Marli, & il mourut en 1675, avec la réputation d'un homme vertueux, & d'un esprit net & pénétrant.
II. BEAULIEU, (Sébastien Pontault de) ingénieur & maré- chal de camp, mort en 1674, deffina & fit graver à grands frais les sièges, les batailles, & toutes les expéditions militaires du règne de Louis XIV, avec des Discours très-instructifs, en 2 vol. in-fol.
III. BEAULIEU, (Jean-Baptiste, Allais de) l'un des plus célèbres maîtres-écrivains de Paris, fit d'excellens élèves. Il publia l'Art d'écrire, gravé par Sénault, et imprimé à Paris en 1681 & 1683, in-fol.
IV. BEAULIEU, (N. Baron de) général Autrichien, avoit servi avec distinction dans l'artillerie de l'empire, & s'étoit retiré au sein de sa famille, lorsque la révolte des Brabançons en 1789 vint le rappeler aux combats. Il prit le commandement du corps de troupes envoyé contre eux, les vainquits & les dispersés. La guerre ayant été déclarée avec les François, il obtint divers avantages contre le général Biron, à Marches, à Templeuve, à Furnes. Quelque temps après, il gagna la bataille d'Arlon, & s'empara de Bouillon & de plusieurs places. En 1796, il fut appelé au commandement général de l'armée d'Italie, & alors sa superiorité s'éclipsa devant celle de Bonaparte. Battu à Monténotte, Millésimo, Montézemo, Mondovi, il ne put défendre l'Adda, que son ennemi passa à gué, et fut obligé de se retirer devant lui jusques dans les montagnes du Tirol. Beaulieu fut alors remplacé dans le commandement de son armée par Wurmser, & mourut bientôt après. Les militaires l'ont regardé comme un général estimable, plein d'activité, sachant inspirer l'intrépidité, mais plus propre à conduire une petite armée qu'une grande. Au milieu d'une action, on lui apprit la mort de son fils, qui venoit d'être tué. Mes amis, dit-il aux soldats qui Pentouroient, ce n'est pas le moment de le pleurer; il s'agit de le venger et de vaincre.
BEAULIEU, Voyez BAULOT. — XIX. GUILLAUME. — & II. LALANE. I. BEAUMANOIR, (Philippe de) bailli de Clermont, et conseiller de Robert, comte de Clermont, fils de S. Louis, écrivit vers 1283 les Coutumes de Beauvois, dont la Thaumassière a donné une bonne édition, Bourges, 1690, in-fol.
II. BEAUMANOIR, (Jean de) connu sous le nom de Maréchal de Lavardin, né en 1551, étoit d'une ancienne famille du Maine. Henri IV, auprès duquel il fut élevé, paya sa valeur et ses services, par le gouvernement du Maine en 1595, par le collier de ses ordres, & le bâton de maréchal de France. En 1602 Lavardin commanda l'armée en Bourgogne, & fut ambassadeur extraordinaire en Angleterre l'an 1612. Il mourut à Paris en 1614, avec la réputation d'un bon militaire, & d'un citoyen attaché aux intérêts de l'état, & capable de les faire valoir par son esprit ainsi que par son courage. Il laissa des enfans de Catherine de Carmain, son épouse, fille unique & héritière du comte de Négrepelisse. Le dernier mâle de sa postérité masculine, Philibert Emanuel, fut tué en 1703 à la bataille de Spire.
BEAUMARCHAIS, (Pierre-Augustin CARON de) naquit à Paris le 24 janvier 1732, d'un horloger, comme Jean - Jacques Rousseau. Son père distingué dans son art, en inspira d'abord le goût à son fils. Celui-ci perfectionna le mécanisme de la montre par une nouvelle espèce d'échappement; invention sans doute heureuse, puisqu'elle lui fut contestée par un horloger célèbre qui la réclamait. Le différend fut porté devant l'académie des sciences, qui décida en faveur du jeune Beaumarchais. La musique devint alors l'un de ses goûts les plus vifs. Il jouoit de plusieurs instruments, & surtout avec supériorité de la harpe & de la guitarre. Les sœurs de Louis XV voulurent l'entendre; elles l'admirent à leurs concerts, & ensuite dans leur société. Le crédit très-marqué dont il jouissoit auprès des princesses de France, la disproportion de ce qu'il étoit né à ce qu'il étoit devenu, sa fierté naturelle qui en augmenta, une légèreté dans le ton & les manières, qui alla quelquefois jusqu'à l'indiscrétion, formèrent bientôt contre lui un foyer de haines secrètes. Un grand le voyant passer avec un habit superbe dans la galerie de Versailles, & voulant l'humilier, s'approche & lui dit: « Je vous rencontre bien à propos; ma montre est dérangée, faites-moi le plaisir d'y donner un coup d'œil. » Beaumarchais rappelé à son ancien état, lui observa qu'il y avoit toujours eu la main très mal adroite. On insiste; il prend la montre & la laisse tomber, en disant: « Je vous l'avois bien dit; & c'est vous qui l'avez voulu. » La protection de la cour attacha Beaumarchais au riche Paris Duverney; & c'est là qu'il se reconnut le génie des affaires, & qu'il en profita pour sa fortune. Trois procès occupèrent alors sa vie; le premier, contre le légataire universel de Duverney, dans la succession duquel il réclamait une modique somme; le second, contre le conseiller Goosman; enfin le procès Kornman. Il finit par les gagner tous trois. Ceux-ci lui furent suscités par la haine plus que par un intérêt litigieux, B E A 151 & tous trois fixèrent les regards de toute la France. Les États-Unis venoient de se détacher de l'Angleterre; il conçut le dessein de les approvisionner. Il eut longtemps à lutter contre la circonspection du comte de Maurepas, principal ministre, qui ne vouloit rien haarder, & contre les obstacles de la politique Angloise. Il falloit des fonds très-condérables, Beaumarchais vint à bout de disposer de ceux d'autrui. Plusieurs de ses vaisseaux furent pris, trois entraîtres en un seul jour, en sortant de la Gironde; mais le plus grand nombre arriva chargé d'armes & de munitions de toute espèce; & c'est ce qui lui procura une opulence très-grande pour un particulier. Beaumarchais fut en faire usage, contribua à des établissements utiles, à celui de la caisse d'escompte formée à l'instar de la banque d'Angleterre, mais avec la disproportion que comportoit la différence des gouvernements; à celui de la pompe à feu qui a fait tant d'honneur aux frères Perier, mais qui rencontra des contradicteurs & des obstacles; à l'entreprise des eaux de Paris, qui lui procura une violente diatribe de Mirabeau. Dans le même temps, Beaumarchais faisoit représenter ses pièces; & malgré leurs nombreux défauts, l'esprit qui y pétilloit, la force de l'imbroglio & de l'intérêt, leur faisoient obtenir un succès dont aucun auteur dramatique n'avoit joui. La révolution arriva, & Beaumarchais fut membre de la première commune provisoire de Paris. Bientôt sa vie fut menacée; on le vit fuir successivement en Hollande & en Angleterre, tour à tour proscrit & absous, accusé & justifié par les agents du pouvoir révolutionnaire, revenant en France pour y être emprisonné à l'Abbaye, sortant de prison pour fuir encore. De retour enfin dans ses foyers, il y mourut d'un coup de sang à l'âge de 69 ans, dans la nuit du 29 au 30 floréal an sept. Alors il parossoit jouir encore d'une fante robuste après une vie si laborieuse & si tourmentée. Sa forte constitution n'avoit rien encore de la vieillesse. Beaumarchais possédoit les ressources du génie et du caractère, une hardiesse restéchie, une patience tenace, & sur-tout le don de persuader. Il avoit une physionomie & une élocution également vives, animées par des yeux pleins de feu; autant d'expression dans l'accent et le regard, que de finesse dans le sourire, & sur-tout l'espèce d'assurance que lui inspiroit la confiance de ses moyens. Il avoit avec les grands une tournure particulière, fort adroite sans être servile, & où sa réputation d'esprit le servoit beaucoup; il avoit toujours l'air d'être convaincu qu'ils ne pouvoient pas être d'un autre avis que le sien, à moins d'avoir moins d'esprit que lui; ce qu'il ne supposoit jamais, sur-tout avec ceux qui en avoient peu: & s'enonçant avec autant de confiance que de séduction, il s'emparoit à la fois de leur amour propre & de leur médiocrité, en rassurant l'une par l'autre. Ses ouvrages sont: I. Mémoires contre les sieurs de Goëman, la Blache, Marin, d'Arnaud; 1774 & 1775. « Rien de plus original ni de mieux écrit, dit Sabathier, que les mémoires de Beaumarchais. La raison s'y trouve assaisonnée du sel de la meilleure plaisanterie, le quatrième sur-tout annonce un écrivain qui connoit les sources de la persuasion, & qui fait profiter de la dextérité de son esprit, pour tourner contre eux-mêmes les armes de ses adversaires. N'eût-il fait que ce *Mémoire*, *Beaumarchais* mériterait de figurer dans le petit nombre des gens de lettres qui, au mérite d'écrire avec autant de clarté que de correction, réunissent le talent de nourrir la curiosité du lecteur, par un style aussi varié que piquant. Dans ces *Mémoires*, suivant un littérateur prénommé, l'auteur s'agrandit en talent & en courage, au point de faire de sa cause celle de tous ses lecteurs : ils font d'un genre & d'un ton qui n'ont point eu de modèle. Leur forme, aussi faillante qu'injustice, offrit à la fois une plaidoirie, une fatire, un drame, une comédie, une galerie de tableaux. Tous les traits du ridicule y partent d'une main légère & intrépide, qui frappe sans cesse en variant toujours ses coups. On y trouve une succession alternative, & quelquefois même le mélange sans disparate de l'indignation & de la gaieté qu'il communique tout-a-tour ou en même temps, comme il lui plaît. Il vous met en colère & vous fait rire ; ce qui est plus rare & plus difficile dans l'art que dans la nature. Une des armes de *Beaumarchais*, & qui lui a servi à tout, c'est sa dialectique. Il n'y en a pas de plus pressante, de plus ingénieuse & de plus diversifiée. Aucune induction ne lui échappe ; pas une qu'il ne saississe avec juste & qu'il ne pousse aux dernières conséquences ; pas une qu'il ne fasse ressortir & reparoire à propos, & toujours avec un nouvel avantage. C'est la logique oratoire, celle de *Démosthène*. *Voltaire* fut enchanté de la lecture de ces *Mémoires*, au point d'être un moment alarmé de la célébrité qu'ils donnoient à l'auteur. Il ne dissimula pas ce petit mouvement qui ne pouvoit être ni sérieux, ni réfléchi. Il le tourna en plaisanterie, & dans une lettre où il se répandoit en éloges sur ces *Mémoires* & sur tout ce qu'ils suppoient d'esprit, il ajoutoit : « Je crois pourtant qu'il en faut encore davantage pour faire *Zaire* et *Mérope*. » Ces *Mémoires* ont sans doute des disparates & des incorrections ; mais ils trouvent une excuse toute naturelle dans la précipitation nécessitée de ces fortes de compositions, soumises aux époques & aux conjonctures légales. C'est là que souvent le temps commande à l'auteur. La rapidité de la marche de celui-ci entraîne le lecteur avec lui. C'est un flambeau qui étincelle en courant, & qui brûle les yeux ; c'est une arme à feu qui tire cinq coups par minute, et s'aperçoit-on toujours quand le flambeau pâlit un instant, ou quand un coup ne porte pas ? II. *Mémoire* en réponse à celui de *Guillaume Kornman*, Paris 1787. III. *Eugénie*, drame en cinq actes, 1767. L'auteur débuta au théâtre par cette pièce. Il en prit le sujet dans le *Diable-Boiteau de la Sage*. De l'intérêt dans les situations, une pantomime souvenue & faite pour le théâtre, en firent le succès. IV. *Les deux Amis*, drame en cinq actes, représenté en 1770. Cette pièce offre de l'art dans la conduite & le dialogue ; & cet art est employé sur tout à sauver la soiblesse des ressorts de l'intrigue. Tout son nœud consiste dans un secret que rien n'oblige à garder, & dans un embarras ridicule qui ne dure que parce que l'auteur l'a voulu. Quelqu'un du parterre dit assez plaisamment à la première représentation : *Il n'est question dans toute cette pièce que d'une banqueroute & j'y suis moi pour mes vingt sous*. Quelques jours après, un banqueroutier frauduleux, nommé *Billard*, ayant été condamné au carcan, on écrivit au bas de l'affiche de cette pièce : « Ici, on jouera au noble jeu de Billard. » V. Le Barbier de Séville, comédie en quatre actes, jouée en 1775. C'est le mieux conçu & le mieux fait des ouvrages dramatiques de Beaumarchais. Les caractères en font assez marqués & assez soutenus pour le genre de l'imbroglio; celui du tuteur amoureux & jaloux, a un mérite particulier; il est dupe sans être maladroit. Il n'y a point d'acte qui n'offre une situation ingénieusement combinée, piquante & gaie dans les détails. La pièce se noue plus fortement d'acte en acte, & se dénoue heureusement au dernier. La scène de Bofle, au troisième, est d'un comique neuf & piquant. VI. La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro, comédie en cinq actes, 1784. Le personnage principal qui figure dans cette pièce de Beaumarchais, est unique au théâtre; il n'a point eu de modèle. Un dialogue plein de faillies, & une hardiesse plaifamment fatyrique, d'autant plus piquante que personne ne s'attendoit qu'on osât jamais en ce genre aller juques-là, firent la fortune de la pièce. L'auteur passa trois ans à combattre les obstacles qu'on oppofoit à sa représentation. Elle fut jouée deux ans de fuite une ou deux fois par semaine; elle valut 500 mille francs à la comédie, & 80 mille à l'auteur. Les trois premiers actes sont supérieurs au quatrième qui est sans action, & au cinquième qui offre une foule d'invraisemblances. La pièce dure plus de trois heures, & ne permet pas de petite pièce après sa représentation. Lorsqu'elle fut jouée pour la première fois, plus de trois cents personnes dînerent dans les loges pour y avoir place, & à l'ouverture des bureaux, trois furent étouffées. Le Timocrate, mauvaise tragédie de Thomas Cor- neille, eut quatre-vingt représentations de fuite; la Folle Journée a eu le prix sur elle. VII. Tarare, opéra en cinq actes, joué en 1787. La pièce est foible, durement rimee; mais le spectacle, la hardiesse de quelques pensées, l'ont soutenue. Son résultat est de prouver cette vieille maxime: Homme, ta grandeur sur la terre N'appartient point à ton état; Elle est toute à ton caractère.
VIII. La Mère Coupable, drame en cinq actes, représenté en 1791. Ce titre est mal choisi, puisque c'est plutôt une Épouse coupable qu'une mère coupable, qui paroît dans cette pièce. Celle-ci offre des tableaux dangereux, de la bouffissure dans le style, une préface pleine de l'amour propre le plus ridicule, un rôle de Bégers tout à la fois inepte & hideux de perversité. L'auteur eut le tort de faire du nom de ce personnage, l'anagramme de celui de l'un de ses adversaires qui eut la générosité de ne jamais s'en plaindre, & de laisser au public qui ne le reconnut point dans le portrait, le foin de le venger de la calomnie. IX. Mémoire en réponse au manifeste du roi d'Angleterre. On fut surpris qu'un simple particulier se permit alors de répondre en son nom à la déclaration de guerre d'un souverain, & sur-tout de ce que le ministère François permit d'abord la publication de cet écrit, quoiqu'un arrêt du conseil le supprimât bientôt ensuite. X. Mémoires à Lecointre de Versailles, ou Mes six Époques, Paris, 1793. Beaumarchais raconte dans cet écrit avec autant d'intérêt que de force, les divers dangers auxquels il eut le bonheur d'échapper pendant la révolution, tandis que ses richesses, ses talens, sa célébrité, son influence le désignoient comme devant être l'une de ses premières victimes. XI. On lui doit encore la collection complète des *Œuvres de Voltaire*. Il y dépença une somme immense. Il paya fort cher les manuscrits de Madame *Denys*; il fit acheter en Angleterre les poinçons et les matrices des caractères de *Baskerville*, regardés avant ceux de *Didot*, comme les plus beaux de l'Europe. Il fit reconstruire dans les Vosges d'anciennes papeteries ruinées, et y envoya des ouvriers pour y travailler, suivant les procédés de la fabrication hollandisée, au papier destiné à cette édition. Il fit l'acquisition d'un vaste emplacement au fort de *Kell*, alors abandonné, & y établit son imprimerie. De tant d'avances énormes, il n'en résulta que des éditions médiocres, fautives, peu soignées, et dont le commentaire choque souvent les principes de l'art & du goût. En général, *Beaumarchais* offrit un composé de singularités, même dans un siècle où tant de choses ont été singulières. Né dans une condition privée & n'en étant jamais sorti, il parvint à une très-grande fortune sans posséder aucune place; fit de grandes entreprises de commerce, sans être à Paris autre chose qu'un homme du monde; eut au théâtre des succès sans exemple avec des ouvrages qui ne sont pas même des premiers du second ordre; obtint la plus éclatante célébrité par des procès qui, avec tout autre que lui, se croient demeurés aussi obscurs qu'ils étoient ridicules; se fit une reputation de grand talent par l'espèce d'écrits qu'on oublie le plus vite, des *Mémoires* et des *Factums*. On a publié la *Vie de Beaumarchais* au commencement de l'an dix; mais nous n'avons consulté pour cet article que l'intéressante notice donnée sur cet écrivain remarquable, par M. de la *Harpe*, dans le tome second de son excellent *Cours de littérature*. C'étoit un guide aussi judicieux qu'agréable à suivre.
BEAUME-MONTREUIL, (Françoise de la) épousa *Guyard de Tavannes*, marechal de France, & posséda si bien l'Écriture sainte, que dans des conférences réglées & publiques, elle convertit un Rabbin par son savoir & son éloquence, vers l'an 1550.
BEAUMELLE, (Laurent Angliviel de la) né à Valleraugues, dans le diocèse d'Alais, en 1727, mort à Paris, en novembre 1773, fut de bonne heure au rang des écrivains distingués. Appelé en Danemarck pour être professeur de belles-lettres françoises, il ouvrit ce cours de littérature par un *Discours*, qui fut imprimé en 1751, & bien accueilli. Comme il avoit toujours vécu dans le midi de la France, le séjour du nord ne pouvoit guères lui convenir. Il quitta le Danemarck, avec le titre de conseiller & une pension. S'étant arrêté à Berlin, il voulut se lier avec *Voltaire*, dont il aimoit passionnément les écrits; mais, nés l'un & l'autre avec un caractère bilieux & bouillant, ils ne se virent que pour se brouiller sans retour. L'histoire de ce démêlé, qui occasionna tant de personnalités & d'injures, se trouve; malheureusement pour l'honneur des lettres, dans trop de livres. On fait qu'une réflexion d'une brochure de *La Beaumelle*, intitulée *Mes Pensées*, en fut la première origine. Cet ouvrage fortement pensé, mais écrit avec trop de hardiesse, fit beaucoup d'ennemis à l'auteur; & en arrivant à Paris, en 1753, il fut enfermé à la Bastille. Il n'en fordit que pour -publier ses Mémoires de Maintenon, qui lui attirèrent une nouvelle détention dans cette prison royale. C'est après sa première fortune de la Bastille, qu'il écrivit la lettre suivante à Voltaire, qui, quelques mois auparavant, avoit été arrêté à Frankfort, après avoir quitté la cour de Berlin. « Nous voilà libres : vengeons-nous des dif- graces en nous les rendant utiles. Laissons toutes ces petites litté- raires, qui ont répandu tant de nuages sur le cours de votre vie, tant d'amertume sur ma jeunesse. Un peu plus de gloire, un peu plus d'opulence : qu'est-ce que tout cela ? Cherchons le bonheur, & non les dehors du bonheur. La plus brillante réputation ne vaut jamais ce qu'elle coûte. Charles- Quint soupire après la retraite ; Ovide souhaite d'être un fort. Nous voilà libres. Je suis hors de la Bastille ; vous n'êtes plus à la Cour. Profitons d'un bien qu'on peut nous ravir à tout moment. Respectons cette grandeur, dange- reuse à ceux qui l'approchent ; & cette autorité, terrible à ceux- mêmes qui l'exercent : & s'il est vrai qu'on ne peut penser sans risque, ne pensons plus. Tous les plaisirs de la réflexion valent-ils ceux de la fureté ? Croyons-en, vous, soixante ans d'expérience ; moi, six mois d'anéantissement, soyons plus sages, ou du moins plus prudents ; & les rides de la vieilleesse & le souvenir des ver- roux, ces outrages du temps & du pouvoir, deviendront pour nous de vrais biens. » La Baumeille, ayant obtenu sa liberté, se retira en province, où il profita des leçons qu'il avoit données à Vol- taire. Il cultiva en paix la litté- rature, & fixa son inconstance en époufant la fille de Laveille, célèbre avocat de Toulouse. Une dame de la cour, Mad. du Barry l'appella à Paris vers l'an 1772, & voulut l'y fixer en lui procu- rant une place à la bibliothèque du roi ; mais il n'en jouit pas long-temps ; une fluxion de poi- trine l'enleva à sa famille & à la littérature. Il a laissé un fils & une fille. Ses ouvrages sont : I. Une Défense de l'Esprit des Lois, contre l'auteur des Nouvelles Ecelé- siafiques ; qui ne vaut point celle que le président de Montesquieu publia lui-même, mais dont cet écrivain lui fut beaucoup de gré. II. Mes Pensées, ou le Qu'en dira- ron ? in-12 : livre dont la répu- tation ne s'est pas soutenue, quoi- qu'il y ait beaucoup d'esprit ; mais l'auteur est en politique souvent loin du vrai, & il se permet un ton trop tranchant en morale & en littérature. Le trait de ce livre qui le brouilla avec Voltaire, est celui-ci : Il y a eu de meilleurs Poètes que Voltaire ; il n'y en eut jamais de si bien récompensés. Le Roi de Prusse comble de bienfaits les hommes à talens, précisément par les mêmes raisons qui engagent un petit Prince d'Allemagne à combler de bien- faits un bouffon ou un nain. III. Les MÉMOIRES de Mad. de Maintenon, 6 vol. in-12, qui furent suivis de 9 vol. de Leures : (Voyez MAIN- TENON.) On y hasarde plusieurs faits, on en défigure d'autres. On fait penser & parler Madame de Maintenon, comme elle ne pensoit ni ne parloit. Le style n'a ni la décence, ni la dignité qui con- viennent à l'histoire. Mais, malgré ces défauts, on ne peut refuser à l'auteur beaucoup de feu & d'énergie. Il a quelquefois la pré- cision & la force de Tacite, dont il a laissé une Traduction manuscrite. Il avoit beaucoup étudié cet his- torien philosophe, & il limite quelquefois très-bien Ces Mémoires eurent un débit prodigieux dans le temps, par la grande curiosité qu'inspiroit la cour de Louis XIV. IV. Lettres à M. de Voltaire, 1761, in-12, pleines de sel & d'esprit. L'auteur avoit publié le Siècle de Louis XIV avec des notes, en 3 vol. in-12. Voltaire avoit réfuté ces remarques dans une brochure intitulée : Supplément au Siècle de Louis XIV, & avoit fait sentir combien il étoit odieux de s'emparer d'un ouvrage pour le défigurer. La Beaumelle donna en 1754 une Réponse à ce Supplément, qu'il reproduisit en 1761 sous le titre de Lettres. Voltaire n'y répondit point ; mais peu de temps après il le mit à la chaîne avec une troupe de Gens de lettres qu'il envoyoit aux galères, dans un des champs d'un Poëmet trop connu. Il y peignoit la Beaumelle comme prenant les poches d'autrui pour les fiennes. Cet écrivain si indignement outragé, voulut faire fêter le libelle calomnieux par un arrêt du parlement de Toulouse, mais d'autres affaires furvenues ne lui permirent pas de suivre celle-là. Au reste, Voltaire l'estimoit malgré lui ; & nous avons vu une lettre où il disoit : « Ce pendard a bien de l'esprit ! » La Beaumelle, de son côté, disoit : « Personne n'écris mieux que Voltaire. » Ainsi voilà deux beaux esprits, qui reconnoissant les talens l'un de l'autre, passèrent une partie de leur vie à s'entredéchirer. L'abbé Iraïl dit, qu'on demanda un jour à la Beaumelle, pourquoi il maltraitoit Voltaire dans ses livres ? C'est, répondit-il, qu'il ne m'épargne pas dans les fiens, & que les miens s'en vendent mieux. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que la Beaumelle auroit cessé d'écrire contre l'auteur de la Henriade, & se seroit même réconcilié avec lui, s'il n'avoit imaginé qu'il étoit impossible de déformer sa colère & d'échapper à ses traits : il aima mieux la guerre, qu'une paix fardée. V. Penjacs de Senèque, en latin & en françois, in-12; dans le goût des Penjacs de Cicéron, de l'abbé d'Olivet, qu'il a plutôt imité qu'égalé. VI. Commentaire sur la Henriade, Paris 1775, 2 vol. in-8. Il y a quelquefois de la justefie & du goût, mais trop de miautes. VII. Une Traduction manuscrite des Odes d'Horaire. VIII. Des Mélanges, aussi manuscrits, parmi lesquels on trouvera des choses piquantes. L'auteur étoit naturellement porté à la satyre. Son caractère étoit franc & décidé, mais ardent & inquiet. Quoique sa conversation fut instructive, il y annonçoit beaucoup moins d'esprit que dans ses livres.
BEAUMONT des ADRETS, Voy. ADRETS.
BEAUMONT de PEREFIXE, Voye, PEREFIXE. I. BEAUMONT, (Géoffroi de) natif & chanoine de Bayeux, légat du saint-siège en Lombardie, suivit, en qualité de chancelier, Charles d'Anjou, frère de S. Louis, au royaume de Naples. Nommé à son retour évêque de Laon, il fit les fonctions de Pair l'an 1272 au couronnement de Philippe le Hardi, & mourut l'année d'après. C'étoit un prélat vertueux & de grand mérite.
II. BEAUMONT, (François de) né à Grace-Dieu, dans le comté de Leicester en 1586, mourut à la fleur de son âge en 1615, & fit plusieurs Tragédies & Comédies pour le théâtre Anglois; elles fèrent applaudies. Fletcher, son ami, l'aidoit dans la composition de ses pièces. Ces deux hommes furent Avaux, sans être jaloux. On a réuni leurs Ouvrages dans une belle édition publiée en 1711 en 7 vol. in-8.º
III. BEAUMONT, (Guillaume-Robert Philippe Joseph Gean de) curé de Saint-Nicolas de Rouen, sa patrie, mort au mois de septembre 1761, fut regretté de ses ouailles, qu'il édifioit & qu'il instruifioit. On a de lui quelques ouvrages de piété, qui ne font pas du premier ordre. I. De l'imitation de la Sainte Vierge, in-18. II. Pratique de la dévotion du divin Cœur de Jejus, in-18. III. Exercice du parfait Chrétien, 1757, in-24. IV. Vies des Saints, en 2 vol. V. Méditations pour tous les jours de l'année, etc.
IV. BEAUMONT, (Christophe de) né au château de la Roque dans le diocèse de Sarlat en 1703, d'une famille ancienne, embrassa l'état ecclésiastique & fut d'abord comte de Lyon. Nommé évêque de Bayonne en 1741, il passa à l'archevêché de Vienne en 1745, & l'année d'après à celui de Paris. Il fallut deux lettres expresses de Louis XV, pour le forcer à accepter ce siège important. Les querelles religieuses le firent exiler; mais il supporta cette disgrace avec une sermété qui mérita même les éloges du roi de Peuffe. « Sa morgue fur sa noblesse, dit le continuateur de Ladvocat, & trop peu de lumières pour discerner la jufresse des opinions, qu'il embrassoit & qu'il soutenoit opiniâtrement, ont donné lieu à des troubles qu'un prélat plus éclairé auroit su éviter. » Il est un peu étrange que l'auteur de ce jugement, d'ailleurs impartial, donne pour origine aux troubles ecclésiastiques de la France, la manie vraie ou fauffe de descendre d'une ancienne famille. Le zèle, la charité, la bienfaisance étoient les vertus principales de ce prélat. Il mourut en décembre 1781. Sa mort priva plus de mille ecclésiastiques & de cinq cents familles indigentes des secours annuels qu'il leur donnoit. On a de lui un recueil in-4.º d'Instructions pastorales, dirigées principalement contre les écrits philosophiques. Ces vers le peignent tel qu'il fut : Auftère dans ses mœurs, vrai dans tous ses discours, Plain de l'esprit de Dieu qui l'anime & l'embrasse; Ou libre, ou dans les fers, il fut joindre toujours La sermété d'Ambroise à la foi d'Athanage. V. BEAUMONT, (Elie de) né à Carentan en Normandie en 1732, mort à Paris le 10 janvier 1785, fut reçu avocat en 1752. Il plaida d'abord quelques causes avec peu de succès. La nature, qui lui avoit donné presque toutes les parties de l'orateur, lui en avoit absolument refusé l'organe. Il renonça à l'audience & se renferma dans son cabinet; d'où il paria aux magistrats & au public avec autant de netteté que d'éloquence. On se souvient encore de l'effet que produisit en France son Mémoire pour les Calas. Cet ouvrage fut suivi d'un grand nombre d'autres Mémoires, où l'on sent un homme maître de sa matière comme de ses expressions, & remarquable fur-tout par cet intérêt de style, qui se compose d'un mélange de chaleur, de facilité, de juftesse & de clarté. Cet homme si ingénieux, portoit dans la société de la simplicité & de la bonhomme. Mais, quand il étoit dans un petit cercle d'amis, il se livroit sans réserve, & alors peu 158 BEA de personnes avoient une imagination plus agréable, & une gaieté plus piquante & plus franche. Dans ces momens heureux, il racontoit avec autant d'esprit que d'originalité. Il n'étoit plus le même avec des indifférens ou des supérieurs; il étoit timide & déconcerté. De la les différens jugemens qu'on a portés sur ses talens & sa conversation. D'ailleurs, comme tous les hommes à imagination, il étoit quelquefois tourmenté par la sienne, & des qu'une idée triste venoit l'obféder, toute sa gaieté s'éteignoit, & il n'étoit plus possible de la ranimer. — Il avoit épousé Mlle Dumesnil-Molin, née à Caen en juillet 1730, morte à Paris le 12 Janvier 1783. Cette dame est connue par les Lettres du Marquis de Roselle, in - 12, roman estimable par la vérité des évènemens, des mœurs, des caractères; tableau fidèle des courtisanes du jour, & des hommes sans morale & sans honneur qui les encensent. Ce livre, où l'on peint si bien tous les artifices des vices dominans, étoit pourtant liouvrage d'une femme vertueuse. Le même auteur a fini les Anecdotes du règne d'Édouard, roman que Mad. de Tencin avoit laissé imparfait. On sent que la troisième partie est d'une plume différente; mais les caractères sont soutenus, & le dénouement heureux. Le commerce de Mad. de Beaumont étoit intéressant par son inaltérable douceur, par sa politesse vraie & noble, par une gaieté douce, par un heureux mélange de prudence & de sensibilité, par le ton de la bonne compagnie, par un excellent esprit, par une mémoire ornée, par la connoissance & le goût des talens; enfin, par une figure qui n'étoit pas celle de la beauté, mais celle de la vertu. De Beau- mont étoit seigneur de Canon en Normandie, où il établit cette fête intéressante, connue sous le nom de Fête des bonnes-gens.
VI. BEAUMONT, (Mad. LE PRINCE de) née à Rouen le 26 avril 1711, & morte à Anneci en 1780, vécut dans la médiocrité soit en France, soit en Angleterre, où elle séjourna long-temps, mais avec la considération due aux talens utiles. Elle les consacra à l'instruction de la jeunesse. Un style simple & facile, une morale attachante & douce, des traits historiques bien choisis, une imagination heureuse, sont de ses écrits le charme de la jeunesse, & ne sont point indignes des regards de l'homme de goût. Mad. de Beaumont en a publié un grand nombre; on peut les diviser en romans, & en ouvrages relatifs à l'éducation. Les premiers sont : Mémoires de Villeuse, 1748, 2 vol. in-12. Civan, roi de Bungo, 1754, 2 vol. in-12. Lettres de Mad. du Moutier, 1756, in-12. Lettres d'Emérance à Lucie, 1765, 2 vol. in-12. Mémoires de Batteville, 1766. La Nouvelle Clarice, 1767. Contes Moraux, 1773, 2 vol. in-12. Nouveaux Contes Moraux, 1776, in-8.º Aucun de ces ouvrages n'alarme la décence, ni la pudeur. Ceux relatifs à l'éducation, sont : I. Magasin des Enfans, 4 vol. in-12. II. Magasin des Adolescentes, 4 vol. in-12. III. Magasin des Artisans & Gens de la Campagne, 2 vol. in-12. Ces trois ouvrages ont eu un grand nombre d'éditions. IV. Lettres diverses & critiques, 1750, 12 vol. in-12. V. Bibliothèque instructive, 1750, in-8.º VI. Education complète ou Abrégé de l'Histoire Ancienne, 1753, 3 vol. in-12. VII. Anecdotes du 14e siècle, 1759, in-12. VIII. Lettres curieuses & amusantes 1756, 4 vol. in-12. IX. *Instructions pour les jeunes Dames qui entrent dans le monde, & qui je marient*, 1767, 4 vol. in-12. X. *Les Américains ou Preuves de la Religion, par les lumières naturelles*, Paris, 1770, 6 vol. in-12. XI. *Le Mentor moderne*, 1770, 6 vol. in-12. XII. *Manuel de la Jeunesse*, 1773, 2 vol. in-12. XIII. *Œuvres mêlées*, 1775, 6 vol. in-12. C'est un extrait littéraire des feuilles Angloises. *Magasin des Dévotes*, 1779, in-12. — En retranchant des *Œuvres* de Mad. de Beaumont, des longueurs, des discussions théologiques, des hors d'œuvres trop renouvelés, on pourroit les réunir avec succès, & en publier une édition digne d'être accueillie par les mères de famille.
VII. BEAUMONT, (Jean-Louis MOREAU de) né à Paris en 1715, d'un président au parlement, fut successivement conféiller dans ce corps, intendant de Poitou, de Franche-Comté & de la Flandre; & enfin en 1756, intendant des finances. Le projet de les reformer amenait la nécessité de les examiner en détail. C'est ce qui produisit 4 vol. in-4°, un pour les impositions des différens états de l'Europe, & trois pour celles de la France. Cet ouvrage curieux, imprimé au Louvre, a été réimprimé en 1787. Nommé président du comité qui remplaçait les intendans des finances, de Beaumont se montrait qu'il avait paru dans toutes ses places, juste, laborieux, intelligent. Le travail usa ses jours; & il mourut le 22 mai 1785, dans sa terre de *Mesnil*, près de Nantes, ne laissant point d'enfants de Mlle. de la *Reynèze*, son épouse. I. BEAUNE, (Jacques de) baron de SAMBLANÇAI, surintendant dant des finances sous François I, les administra à la satisfaction de ce prince, jusqu'à ce que *Lautrec* eut laissée perdre le duché de Milan, faute d'avoir touché les sommes qui lui avaient été destinées. Le roi lui en faisant de vifs reproches, il s'excusa en disant que le même jour que les fonds pour le Milanois avaient été préparés, la reine-mère étoit allée elle-même à l'épargne pour lui demander tout ce qui lui étoit dû de ses pensions, & des revenus de Valois, de la Touraine & de l'Anjou, dont elle étoit douairie: l'affurant qu'elle *avait affet de crédie pour le sauver, s'il la contentoit; & pour le perdre, s'il la désobligeoit*. Le roi ayant fait appeler sa mère, elle avoua qu'elle avoit reçu de l'argent; mais elle nia qu'on lui eût dit que c'étoit celui qui devoit passer à Milan. *Samblançai* fut la victime de ce mensonge perfide. La reine-mère poursuivit sa mort avec tant d'ardeur, qu'il fut pendu en 1527 au gibet de Montfaucon, pour crime de péculat. Il fut longtemps à l'échelle avant d'être exécuté, attendant toujours sa grace; mais il l'espéra en vain. Lorsqu'on lui eut annoncé qu'il falloit mourir, il s'écria: *Qu'il reconnoissoit enfin quelle différence il y avoit de servir Dieu & les Rois ! que s'il avoit travaillé autant pour son salut que pour le bien de l'état, il ne seroit pas réduit à l'affreuse extrémité où il se trouvoit*. — *J'ai bien mérité la mort, ajouta-t-il, pour avoir plus servi les hommes que Dieu*. Cependant il faut convenir que *Samblançai* n'étoit pas tout-à-fait innocent. Je ne parle point des grands biens, des riches établissements, que ses emplois, sous les trois derniers rois, lui avaient procurés: on peut croire qu'ils étoient le fruit de ses travaux. Mais pouvoit-il, sans crime, préférer sa fortune à celle de l'état ? &, par une lâche complaisance dont il fut puni, donner à une princeffe les fonds definés pour une guerre nécessaire ? Devoir-il, dans la crainte de perdre son crédit en irritant une femme impérieuse, garder le silence sur un point si important ? Cependant on regarda en général sa mort comme la fuite d'une intrigue de cour. Le public ne faisoit pas difficulté de le dire, & les poètes de l'écrire. On con- noit cette épigramme de *Marot* : *Lorsque Maillard, juge d'Enfer, menoit* *A Montfaucon Samblançai l'ame rendre,* *A votre avis, lequel des deux te- noit* *Meilleur maintien ? Pour vous le faire entendre,* *Maillard fembloit homme que mort va prendre ;* *Et Samblançai fut si ferme vieillard,* *Que l'on cuidoit pour vrai qu'il menât pendre* *A Montfaucon le lieutenant Mail- lard.* La mémoire de ce ministre fut ré- tablie quelque temps après sa mort. *Amelot de la Houssaye* dit, dans ses *Mémoires*, que « *René Gentil*, premier commis de l'Epargne, avoit rendu à la reine-mère les quitances qu'elle avoit remises à *Samblançai* en recevant l'argent de l'armée d'Italie. » Ce fut sans doute la raison pour laquelle ce ministre malheureux ne put se jus- tifier pleinement. *Gentil* fut pendu à son tour quinze ans après, & celui-là le méritoit bien. — II. BEAUNE, (Renaud de) naquit à Tours, en 1527, de *Guil- laume de Beaune*, fils de Jacques *Guillaume*, obrint, en 1529, des Jettres qui le rétablirent dans les biens & honneurs dont l'arrêt pro- noncé contre son père l'avoit privé. *Renaud* prit d'abord le parti de la robe, & fut chancelier de *François* duc d'*Alençon*, souverain du Brabant; mais étant entré en- suite dans l'état ecclésiastique, il fut nommé à l'évêche de Mende, à l'archevêché de Bourges, & en- suite à celui de Sens en 1596. *Clément VIII*, irrité de ce que ce prélat avoit absous *Henri IV*, & de ce qu'il avoit proposé de faire un patriarche en France, préten- tion à laquelle il étoit peut-être intéressé, étant primat des Gaules, en qualité d'archevêque de Bour- ges, lui refusa ses bulles, & les lui accorda et fuite six ans après. *De Beaune* se montra bon François dans toutes les occasions, aux assemblées du clergé, aux états de Blois, où il présida en 1588, & sur-tout à la conférence de Su- rennes. Dans cette conférence te- nue en 1593, il annonça que *Henri IV* étoit entièrement décidé à faire abjuration. *Comment pou- vons-nous le croire*, interrompit l'archevêque de Lyon, après qu'il a promis tant de fois ? — Il est vain- queur, répondit l'archevêque de Bourges, & à présent qu'il est maître de la plus grande partie des provinces & des principales villes, s'il se fait catholique, on ne dira pas que c'est par la crainte que lui inspirent des en- nemis dont il a triomphé. Suivant *Paulmi d'Argenson*, dans ses *Mé- langes*, ce prélat avoit l'appétit le plus extraordinaire, faisoit six repas par jour de quatre heures en quatre heures, & avoit été force de prendre des dispensés pour dire la messe, moins à jeun que le commun des prêtres. Loin que cette quantité d'alimens appesantit son esprit, il ne se trouvoit jamais la tête pesante que quand il avoit besoin de manger. Il craignoit de faire faire des exercices de corps, parce qu'il augmentoit son appétit; mais il se livroit au travail de cabinet le plus assidu, en sortant de table. Il mourut en 1606, grand aumônier de France & commandeur des ordres du roi, à 79 ans. On a de lui quelques Oraisons funèbres, & le *Pseautier traduit en françois*, Paris 1586, in-4.$^{a}$ Le continuateur de *Ladvocat* dit que *Renaud de Beaune* eut un bâtard qui obtint, en 1583, des lettres de privilège de noblesse, & fut père du suivant.
III. BEAUNE, (Florimont de) conseiller au présidial de Blois, fut fort lié avec *Defcartes*. Il inventa des instruments d'astronomie, & mourut en 1652. Ce mathématicien est célèbre par un *Problème* qui porte son nom: il confite à construire une courbe avec des conditions qui rendent cette construction difficile. *Defcartes* résolut ce problème, & encouragea l'auteur par des éloges. *De Beaune*, excité par ses louanges, découvrit un moyen de déterminer la nature des courbes, par les propriétés de leurs tangentes. *Voyez* la fin de l'article précédent.
BEAUPRÉ, (Marotte) célèbre comédienne de la troupe du *Marais* au commencement du règne de *Louis XIII*, fut aimable, belle & courageuse. Ayant eu à se plaindre de l'une de ses compagnes nommée *Catherine des Urlis*, elle lui proposa un duel l'épée à la main. *Catherine* l'accepta. Elles se battirent sur le théâtre même à la fin de la petite pièce. *Sauvass* qui raconte ce fait; & qui en avoit été témoin, ne nous a point appris l'issue du combat.
BEAURAIN, (Jean de) né en 1697, a Aix en Iffart, dans le *Tome II.* comté d'Artois, mort à Paris, le 11 février 1771, à 75 ans, d'une rétrention d'urine, se faisoit descendre des anciens *Châtelains de Beaurain* en Iffart. Dès l'âge de 19 ans il vint à Paris, & s'appliqua à la géographie sous le célèbre *Pierre Moulart-Sanfon*, géographe du roi. Ses progrès furent si rapides, qu'à l'âge de 25 ans il fut décoré du même titre. Un Calendrier perpétuel qu'il inventa, & dont *Louis XV* s'est amusé pendant une vingtaine d'années, lui procura l'honneur d'être connu de ce prince, pour qui il fit nombre de *Plans* & de *Cartes*, dont l'énumération feroit ici superflue. Mais ce qui mit le sceau à sa réputation, fut la *Description topographique & militaire des Campagnes de Luxembourg*, depuis 1690 jusqu'en 1694; Paris 1756, 3 volumes in-folio. L'honneur qu'il eut de contribuer à l'éducation du Dauphin, lui procura une pension en 1756. Indépendamment de ses talens pour la géographie, il en avoit pour les négociations. Le cardinal de *Fleury* & *Amelot* eurent, plus d'un folio, lieu de s'applaudir de l'avoir choisi dans des occasions délicates. Son fils marche sur ses traces. Il a déjà fait paroître la *Campagne du Grand Condé* en 1674, Paris 1775, in-folio, & celles de *Turne* 1781, in-folio.
BEAUREGARD, *Voyez* BERGARD.
BEAURIEU, (Gaspard-Guillard de) né à Saint-Paul en Artois le 9 juillet 1712, mort à Paris à l'hôpital de la Charité le 5 octobre 1795, se fit connoître par sa bizarrerie & ses écrits. Vêtu d'une maniere singuliere, avec un manteau de crispin, un large chapeau, des fouliers carres, la tête d'*Efope*, il arretroit les regards, & fixoit ensuite l'attention par ses discours pleins de sel & de gaieté. Si on lui reprochoit de n'avoir jamais cherché à rien acquérir, il répondit : « J'ai trop aimé l'honneur & le bonheur pour avoir jamais pu aimer la fortune. » Il disait quelquefois : *La vie est une épigramme continuelle, dont la mort est la pointe.* Il appelait le temps, un dormeur qui nous mène à l'éternité. *Beaurieu* étoit bon & compatissant ; il aimait les enfans, & il se consacra long-temps à leur éducation. Il se fit lui-même admettre comme élève à l'école Normale, pour y puiser des principes généraux d'instruction publique. On a de lui : I. *L'Heureux Citoyen*, 1759, in-12. II. *Cours d'Histoire sacrée & profane*, 1763 & 1766, 2 vol. in-12. III. *Abrégé de l'Histoire des Infections*, 1764, 2 volumes in-8. IV. *L'Heureux Vieillard*, drame pastoral, 1769. V. *Cours d'Histoire naturelle*, 1770, 7 vol. in-12. VI. *Variétés Littéraires*, 1773, in-12. VII. *De l'Allaitement & de la première Éducation des Enfans*, 1782, in-12. VIII. *L'Élève de la Nature*, Genève 1790, 2 volumes in-8. Ce dernier ouvrage a eu plusieurs éditions. Le cadre en est ingénieux ; mais il n'est pas toujours bien rempli. I. BEAUSOBRE, (Isaac de) né à Niort en 1659, d'une famille originaire de Provence, se refugia en Hollande, pour éviter les poursuites qu'on saisoit contre lui. Une sentence le condamnait à faire amende honorable, pour avoir brisé les sceaux du roi, apposés à la porte d'un temple, après la défense de professeur publiquement la religion prétendue réformée. Il passa à Berlin en 1694. Il fut fait chapelain du roi de Prusse, & conseiller du confisaire royal. Il mourut le 5 juin 1738, à 79 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages. I. *Défense de la Doctrine des Réformés*. II. *Une Traduction du Nouveau Testament*, accompagnée de notes en françois, faites avec *L'enfant*, à Amsterdam, 1718, & réimprimée en 1741, 2 volumes in-4° : elle est estimée des Calvinistes ; & les commentateurs Catholiques pourroient profiter de plusieurs notes savantes & clairement exposées. III. *Différation sur les Adomites de Bohème*, livre curieux. IV. *Histoire Critique de Manes & du Manichéisme*, en 2 vol. in-4°, 1734 & 1739. Cet ouvrage, intéressant pour les philosophes, est une preuve non équivoque de l'esprit, de la sagacité & de l'érudition de Beau-Sobre. Personne n'a mieux développé ces chimères célèbres. On y trouve une grande connoissance de l'histoire ecclésiastique, puisée dans les sources ; une critique judicieuse, quelquefois trop hardie, des historiens qui l'avoient précédé ; des digressions curieuses ; une narration soutenue ; un style agréable & animé, mais incorrect. L'auteur éclaircit, non seulement ce qui regarde le Manichéisme, mais presque toute l'histoire des premiers siècles de l'Église. On lui a reproché de n'avoir pas traité les papes & les pères de l'Église avec assez de ménagement ; d'avoir accusé l'illustre *Fenélon* de pencher vers le fanatisme sur la fin de ses jours ; mais on ne peut s'empêcher d'estimer d'ailleurs son impartialité & son amour pour la vérité. L'auteur a laissé en manuscrit une Histoire des *Pauliciens*, celle des *Bogomiles*, celle des *Vaudois*, celle des *Albigeois*, celle des *Frères de Bohème*, qu'on peut regarder comme des suites de son Histoire du Manichéisme. Ce savant prouve que cette hérésie fut, proprement, un lystème théologique & philosophique, dont les hypothèses sont prises de la théologie des Orientaux, de la philosophie de Pythagore & de Platon, amalgamées avec les vérités évangéliques. V. Des Sermons, 4 vol. in-8°, Genève : on y trouve peu de profondeur, mais assez d'onction. VI. Plusieurs Dissertations dans la Bibliothèque Germanique, à laquelle il a travaillé jusqu'à sa mort. Beaufore écrivait avec chaleur, & prêchoit de même. Son cœur étoit généreux, humain, compatissant, éloigné de tout esprit de rancune & de vengeance. Ses mœurs furent toujours régulières; il aimoit la religion & en pratiquoit les devoirs. Il ne possédoit pas moins le talent de la parole en conversation qu'en chaire, & son air gracieux, sa figure noble, ses yeux vifs & brillants, ajoutoient encore au charme de son entretien. Il a laissé un fils, qui s'est montré digne de son père par ses talens & son savoir.
II. BEAUSOBRE, (Louis de) conseiller intime du roi de Pruffe, membre de l'académie de Berlin, naquit dans cette ville en 1730, & y mourut le 3 décembre 1783, à 53 ans, à la suite d'une apoplexie. On a de lui : I. Des Dissertations Philosophiques sur la nature du Feu, 1753, in-12, où l'on trouve des observations justes, & quelques idées hasardées. II. Le Pyrrhonisme du Sage, 1754, in-12. III. Les Songes d'Épicure, 1756, in-12. Dans ces deux derniers ouvrages il y a des maximes fauffes & de vraies; mais l'un & l'autre prouvent un homme d'esprit, qui ne revoit pas toujours ce qu'il a écrit. IV. Introduction générale à l'étude de la Politique, des Finances & du Commerce, Berlin 1771, 3 vol. in-12. Beaucoup d'erreurs sont réunies dans cet écrit à des raisonnemens justes & à l'art de les présenter.
BEAUSOLEIL, (Jean du Châtelet, baron de) Allemand, astrologue & philosophe hermétique du 17e siècle, épousa Martin Berthereau, attaquée de la même folie que lui. Ils furent les premiers qui firent métier de trouver de l'eau avec des baguettes. Ils passèrent de Hongrie en France, cherchant des mines, & annonçant des instruments merveilleux pour connoître tout ce qu'il y a dans la terre : le grand Compas, la Bouffole à sept angles, l'Astrolabe minéral, le Râteau métallique, les Sept Verges métalliques & hydrauliques, &c. &c. Martin Berthereau ne gagna, avec tous ces beaux secrets, que l'accusation de fortilège. En Bretagne on fit ouvrir ses coffres, & enlever des grimoires, & diverses baguettes, préparées avec soin sous les constellations requises. Le baron finit par être enfermé à la Bastille, & la baronne à Vincennes, vers 1641.
BEAUTRU, Voy. BAUTRU.
BEAUVAIS, (Vincent de) Voy. VINCENT, n.º III. I. BEAUVAIS, (Guillaume) de l'académie de Cortone & de la société littéraire d'Orléans, né à Dunkerque en 1698, mort à Orléans le 29 septembre 1773, avoit beaucoup de goût pour la science numismatique. Nous avons de lui l'Histoire abrégée des Empireurs Romains par les médailles, 1767, 3 volumes in-12 : ouvrage dont la partie historique est exacte, mais trop succincte & soiblement écrite. On le recherche pour les détails que l'auteur donne sur les médailles de chaque empereur, dont il fait connoître la rareté & 164 B E A le prix. Il y a eu un célèbre graveur du même nom, élève de Gerard Audran & digne de son maître, qui se servit de lui dans les gravures du sacre de Louis XV, du cabinet de Crozet, de la galerie de Dreffé. Il étoit né à Paris en 1668, & y mourut en 1763. Il ne faut pas le confondre avec Philippe de Beauvais sculpteur, né à Paris en 1739, mort le 31 octobre 1781, connu par le bas-relief du portail de Sainte-Geneviève, & par une statue de l'Immortalité qu'il exécuta à Rome pour l'impératrice de Ruffie.
II. BEAUVAIS, (Jean-Baptiste-Charles-Marie de) évêque de Senez, né en basée-Normandie en 1733, mort en 1789, occupa les principales chaires de la capitale, & se distingua sur-tout dans celle de Versailles par le zèle courageux de la vérité. Ses mœurs foutonoient son éloquence. Ses Sermons n'ont pas encore été imprimés; mais nous avons de lui les Oraisons funèbres de Don Philippe duc de Parme, de Louis XV, du maréchal du Muy, & un Panégyrique de S. Louis. L'évêque de Senez réunit dans ces discours les grandes parties de l'orateur Chrétien; une imagination élevée, une ame sensible, de l'onction, & un style noble, abondant & facile, qui, malgré quelques négligences, fait plaisir aux puristes mêmes. Dans ses Sermons, il chercha plus à attacher ses auditeurs par des peintures brillantes & pathétiques, que par une dialectique pressante, mais quelquefois ennuyeuse. Il eut encore l'art des applications heureuses, & par l'usage ingénieux qu'il fit de l'Écriture, il prouva, que les livres saints, lui étoient familiers, & qu'il s'en étoit pénétré. On lui doit encore l'Éloge funèbre de Claude Léger, curé de Saint-André-des-Arts, à Paris. C'est peut-être la première Oraison funèbre d'un simple curé prononcée par un évêque. Ce discours est noble & touchant. On aime à y entendre un élève reconnoissant louer un maître vertueux. L'évêque de Senez réunisfoit à une figure majestueuse & pastorale, des mœurs irréprochables, l'amour de la simplicité & l'exercice du bien.
III. BEAUVAIS, (Charles-Nicolas) médecin, né à Orléans en 1749, mort à Montpellier en 1794, publia quelques écrits relatifs à sa profession, qui ne lui acquirent pas beaucoup de célébrité. Il espéra en obtenir davantage en embraffant avec exagération les principes de la révolution Française. Dépuré à l'assemblée législative & à la convention, il y donna de fréquentes preuves d'un caractère colérique & violent. Battu dans une assemblée de section, il y reçut plusieurs coups de couteau. A peine est-il guéri qu'il prit querelle avec un officier de garde à la convention & lui livra un combat à coups de poing où il eut le dessous. Nommé commissaire à Toulon, il y fut pris par les Anglois, qui le laissèrent en prison, & le traitèrent avec dureté. Redevenu libre, il se plaignit de leurs mauvais traitements; & la convention, après sa mort, le regardant comme une victime de l'état, fit pendant quelque temps exposer son buste dans la salle de ses séances. Les ouvrages de Beauvais, font: I. Des Essais historiques sur Orléans, 1778, in-8.º II. Description topographique du mont-Olivet, 1783, in-8.º III. Cours élémentaire d'Éducation pour les Sourds & Muees, suivi d'une Dissertation sur la parole, traduit du laun, 1779, in-12.
BEAUVAL, Voy. V. BASNAGE. — BEAUVAU, (Louis-Charles-Antoine, marquis de) né au mois d'avril 1710, d'une famille ancienne & illustre, fut d'abord capitaine au régiment de Lambefe cavalerie, & ensuite mettre de camp du régiment de cavalerie de la Reine. Il se distinguait au siège de Philisbourg en 1734, & à l'affaire de Clausen en 1735. La guerre s'étant rallumée, il commanda le régiment à la prise de Prague, en 1741, à la défense de la même ville en 1742, & rentra en France avec l'armée, en janvier 1743. Il fut fait maréchal de camp au mois de février suivant. Employé à l'armée de Flandres, il fut blessé mortellement au siège d'Ypres, & expira le 24 juin 1744. Il étoit à la tête des Grenadiers, à l'attaque du chemin couvert, lorsqu'il reçut le coup de fusil qui l'enleva à la patrie. Des Grenadiers accoururent sur le champ pour le secourir; Mes enfans, leur dit-il, allez faire votre devoir, j'ai fini le mien. Son extrême valeur, ses talens & sa passion pour la guerre, le faisoient compter parmi ce petit nombre de généraux, que le vrai militaire désigne pour le commandement des armées. Il n'étoit pas moins propre aux négociations, & il rendit de grands services, quand il fut envoyé par la cour de France, pour diriger particulièrement les démarches de l'empereur Charles VII. Quoiqu'il fut versé dans les intrigues de la politique, il avoit & méritoit des amis, aimoit l'état, cultivoit les lettres & étoit enfin au-dessus des petites importantes des cours & de la frivolité du siècle. — On connoit de la même famille Marc de BEAUVAU, qui épousa Marguerite de Ligneville, connus l'une & l'autre par leur faveur auprès B E A 165 de Léopold duc de Lorraine, sous le nom de monsieur & de madame de Craon. Il mourut en 1754. Le grand-père de Marc, gouverneur du fils du duc de Lorraine, depuis Charles V, étoit mort en 1684, laissant des Mémoires, Cologne, 1690, in-12. — Le maréchal de BEAUVAU, né en 1720, mort en 1792, étoit membre de l'académie Françoise. Outre son Discours de réception, on a de lui une Lettre à l'abbé Desfontaines sur une phrase d'un discours de Hardion qui contient cent quatre-vingt mots, 1745, in-12. La famille de Beauveau avoit été attachée aux ducs d'Anjou de la premiere & seconde race; la branche aînée de cette maison passa en Lorraine avec René d'Anjou, qui en devint duc.
BEAUVILLIERS, (François de) duc de Saint-Aignan, de l'académie Françoise, né en 1607, remporta le prix fondé à Caen pour l'immaculée Conception. Il s'étoit distingué dans plusieurs batailles; & ce fut en sa faveur que Louis XIV érigea en duché-pairie la terre de Saint-Aignan. Chargé souvent de diriger les fêtes de la cour, il en traçoit les plans & les faisoit exécuter avec autant d'intelligence que de goût. On a de lui plusieurs pièces de Poésie, qu'on n'a pas recueillies, & qui mériteraient de l'être. Elles se trouvent éparses dans les anciens Mercures, les Œuvres de Mad. Deshouvières & de Scarron. Il mourut le 16 juin 1687. — Son fils aîné, Paul, duc de BEAUVILLIERS, chevalier des ordres du Roi, premier gentilhomme de sa chambre, ministre d'état & chef du conseil royal des finances, avoit été gouverneur du duc de Bourgogne, père de Louis XV. & mourut en 1714, à soixante-fix ans. Il inspira a son élève l'amour des hommes & le désir de les rendre heureux. A la cour, il fut vrai; il parla toujours en faveur des peuples: c'étoit la vertu, la probité même; & l'académie Françoise s'est honorée en proposant son éloge pour sujet de l'un de ses prix. L'évêque de Beauvais, son frère, mourut le 19 août 1751, dans l'abbaye de Prémontré, après s'être démis de son évêché. On a de lui quelques livres de piété; & un *Commentaire* sur la Bible, en français, in-4°, qui n'est pas fini. — *Paul-Hippolyte* de BEAUVILLIERS, duc de Saint-Aignan, troisième fils du gouverneur du duc de Bourgogne, devenu le chef de sa famille par la mort de son frère aîné, étoit ne le 15 novembre 1684, & mourut le 22 janvier 1776. Il fut honoré du grade de lieutenant-général, du collier des ordres du roi, & membre de l'académie Françoise. On a de lui des *Amusemens littéraires* & un *Mémoire* dans le tome dix-septième de l'académie des Inscriptions, sur la cession d'André Paléologue à Charles VIII, de ses Droits sur l'Empire de Constantinople & de Trébisonde. Aux services qu'il avoit rendus à sa patrie dans des ambaffades & des négociations, il fut joindre des talens agréables & une piété solide. Sa longue carrière fut marquée par cette sérénité constante, & par cette gaieté douce qui naissent de la paix de l'âme. Il a laissé des enfants.
BEAUVOIR, *Voyez* CHATELUS.
BEAUXAMIS, (Thomas) Carme de Paris, docteur de Sorbonne, mourut en 1589. On ne fait où *Amelot de la Houffaye* a appris que ce Carme avoit eu la cure de Saint-Paul, & qu'il l'avoit perdue pour n'avoir pas voulu que les mignons de Henri III fussent inhumés dans son église. On a de lui des *Commentaires* sur l'*Harmonie évangélique*, Paris 1690, 3 volumes in-folio, & d'autres ouvrages.
BEAUZÉE, (Nicolas) de l'académie Françoise, professeur de Grammaire à l'École militaire, né à Verdun le 9 mai 1717, mort à Paris le 25 janvier 1789, étoit un littérateur laborieux & éclaire; & il relevoit ce mérite par une probité exacte & fondée sur des sentimens religieux. Il fit, après la mort de *Dumarsais*, les articles de grammaire de l'Encyclopédie, dont plusieurs sont peut-être trop longs, mais bien développés. On a encore de lui: I. *Grammaire générale*, ou *Exposition raisonnée des Éléments nécessaires du langage*, 2 vol. in-8°. Il y a d'excellentes choses dans ce livre; mais l'auteur n'a pas l'art de s'expliquer toujours d'une manière nette & précise; & sa métaphysique est quelquefois embrouillée. L'impératrice *Marie-Thérèse*, après avoir lu cet ouvrage, adressa à l'auteur une médaille d'or, en témoignage de satisfaction. II. Une nouvelle édition des *Synonymes* de l'abbé *Girard*, considérablement augmentée, en 2 vol. in-8°. Quoique tous les articles qu'il a fait entrer dans le second volume qui est entièrement neuf, ne soient pas de lui, ce qu'il a écrit d'après lui-même & ce qu'il a puisé chez les autres, servira également aux progrès de la langue. III. Une *Traduction* de *Salluste*, in-12, plusieurs fois imprimée, & estimée pour son exactitude & pour quelques notes dont il l'a accompagnée, mais dont la lecture seront plus agréable sans B E C 167 les innovations que l'auteur s'est permifes dans l'ortographe. IV. *Histoire d'Alexandre le Grand*, traduite de *Quinte-Curfe*, 1789, 2 volumes in-12. V. *Exposition abrégée des preuves historiques de la Religion*, in-12. On doit encore à *Beauzée* une *Traduction* de l'*Imitation* de J. C. & de l'*Optique* de Newton. Celle-ci a été publiée en 1786. Elle est correcte, exacte, & utile. Il fut bon père & bon époux. Le roi de Pruffe avoit voulu l'appeler à Berlin; mais il préféra à une fortune plus considérable, sa famille, sa patrie, & l'académie Françoise où il étoit flatté de figer, & où il se rendit utile. I. BEBÈLE, (Henri) naquit à Juftingen en Suabe, d'un laboureur. Il fut fait professeur d'éloquence dans l'université de Tubinge. L'Allemagne lui dut la bonne latinité. L'empereur *Maximilien I* l'honora de la couronne de poëte en 1501. Nous avons de lui des Poëses sous le titre d'*Opuscula Bebeliana*, Strasbourg 1512, in-4°. Ses vers paroissent le fruit d'une imagination fleurie. On a encore de lui, un Traité de *Animarum flatu poft solutionem à corpore*, dans le recueil latin sur cette matière, Frankfort 1692, 2 vol.; & un autre, de *Magistra-tibus Romanorum*, où cette matière n'est pas épuisée.
II. BEBÈLE, (Balthazar) auteur d'Alface, s'est distingué comme le précédent, dans la connoissance de l'antiquité. On lui doit: I. quatre *Dissertations* latines sur la théologie payenne, expliquée par les médailles, Wittemberg, 1658, en latin; II. *Antiquités des quatre siècles évangéliques*, aussi en latin, Strasbourg, 1669, 3 vol. in-4°; III. *Antiquités de la Germanie*, & en particulier de l'église de Strasbourg, 1669, in-4°; IV. *Ecclesia antediluviana ex antiquitatibus Mofalis eruta*, 1706, in-4°.
BEC, *Voyer* BÉEK. I. BÉCAN, (Martin) professeur de philosophie & de théologie chez les Jefuites, confesseur de l'empereur *Ferdinand II*, naquit dans le Brabant, & mourut à Vienne en 1624. On a de lui une *Somme de théologie*, in-fol.; des *Traités de Controverse* & plusieurs autres écrits. Ils font au nombre de ceux qui ont été condamnés à être lacérés & brûlés par arrêt du parlement de Paris, en 1762. Ce Jefuite portoit si loin l'autorité du pape dans son *Livre sur la puissance du roi & du souverain pontife*, que *Paul V* fut obligé de le faire condamner par le saint Office. Ce décret fut rendu à Rome le 3 janvier 1613. L'ouvrage de *Bécan* le plus lu & généralement le plus estimé, est son *Analogie de l'ancien & du nouveau Testament*, in-8°.
II. BÉCAN, (Guillaume) Jefuite, né à Ypres en 1608, mort à Louvain le 12 décembre 1683. Il acquit de la célébrité par ses poëses latines & italiennes. On a de lui la *Description* en vers de l'entrée en Flandres de *Ferdinand*, infant d'Espagne; elle est ornée des gravures de *Corneille Galle*, exécutées sur les desins de *Rubens*, Anvers, 1655. C'est lui, & non *Martin Bécan*, qui est auteur de quelques Idylles, inferées parmi celles d'*Hoffebius* & de *Wellius*, & qui font dans le goût d'*Ovide*.
BECCADELLI, (Louis) naquit à Bologne en 1592, d'une famille noble. Après avoir fait ses études à Padoue, il se tourna du côté des affaires, sans cependant abandonner les lettres. Il s'attacha au cardinal *Polus*, qu'il suivit dans sa légation d'Espagne, & il exerça bientot lui-même celle de Venise & d'Aubourg, après avoir affûté au conche de Trente. L'achev- èche de Raguse fut la recom- pente de ses travaux. *Cosmé I*, grand duc de Toscane, l'ayant charge en 1563 de l'éducation du prince *Ferdinand* son fils, il re- nonça à cet archevêché, sur l'espérance qui lui fut donnée d'obtenir celui de Pife; mais son attente ayant été trompée, il fut oblige de se contenter de la prévôté de la cathédrale de Prato, où il finit ses jours en 1572. Ses principaux ouvrages sont: *La Vie du Cardinal Polus*, en latin, que *Maucroix* a traduite en françois; & celle de *Pétrarque* en italien, plus exacte que toutes celles qui avoient paru jusqu'alors. Ce prélat étoit en relation avec presque tous les savans de son temps; *Sadolet*, *Bembo*, les *Manuces*, *Varchi*, &c.
BECCAFUMI, (Dominique) nommé auparavant *Mécarino* ou *Méchérino*, célèbre peintre de Sienne, s'amufoit, en gardant les moutons de son père, à tracer des figures sur le sable. Un bour- geois de Sienne, qui s'appelloit *Beccafumi*, le tira de la bergerie, pour lui faire apprendre le dessin. Ce peintre, reconnoissant, quitta son nom de famille pour prendre celui de son bienfaiteur, qu'il porta depuis. Il mourut en 1549 à Gênes, âgé de 65 ans. Son *Saint Sébastien* est un des plus beaux ta- bleaux qui se voient dans le palais *Borghèse*. On lui doit l'ordon- nance du beau pavé de marbre de l'église cathédrale de Sienne. *Bec- cafumi* étoit encore graveur, scul- pteur, & favoit couler les métaux. I. BECCARI, (Augustin) né à Pétrare, est le premier poète d'Italie qui ait fait des *Pastorales*; *Baillot* s'est trompé en disant que le *Tasse* est l'inventeur de ce genre de poésie. L'*Amyate* du *Tasse* n'est que de 1573, & la pastorale de *Becciari*, *Il Sacrificio*, *savola pas- torale*, parut en 1555, in-12. Ce poète mourut en 1560.
II. BECCARI, (Jacques-Bar- thélemi) médecin, né à Bologne en 1682, mort dans la même ville en 1706, professa long-temps la chimie dans sa patrie, & fut précédent de l'institut. Il a publié les écrits suivans: I. *Lettre sur les faux follets*. II. *Dissertation sur l'in- tempérie de l'air & sur les maladies qui ont régné à Bologne en 1729 & en 1730*; III. *du mouvement in- térieur des fraides*; IV. *de longis jeju- nils*. V. *Traité des phosphores*. Ce dernier ouvrage est renommé. Les *Atlas* de l'institut de Bologne ren- ferment encore plusieurs mémoires de *Becciari* sur la médecine. I. BECCARIA, (Jean-Baptiste) religieux des Écoles-Pies, né à Mondovi, mourut à Turin le 23 mai 1781. Il professa d'abord à Palerme, puis à Rome, la phi- lofophie & les mathématiques, & parvint, par ses expériences & ses découvertes, à jeter un grand jour sur la science naturelle, & sur- tout sur celle de l'électricité. Il fut ensuite appelé à Turin, pour y être professeur de physique expé- rimentale. Devenu l'instituteur des princes, *Benoit*, duc de Chablais, & *Victor-Amédée* de Carignan, le séjour de la cour, ni l'attrait des plaisirs ne le détournèrent point de l'étude. Comblé d'honneurs & de bienfaits, il n'épargnoit rien pour augmenter sa bibliothèque, & se procurer les instruments né- cessaires à son genre de travail. Il est auteur de plusieurs *Disserta- tions sur l'Électricité*, qui auroient été plus utiles, s'il se fût moins fortement attaché à quelques systèmes particuliers, & sur tout à celui de M. Franklin. On a encore de lui un *Essai sur la cause des Orages & des Tempêtes*, où l'on ne voit rien de plus satisfaisant que ce qui a paru dans d'autres ouvrages sur cette matière : quelques *Écrits* sur le Méridien de Turin : & d'autres objets astronomiques & physiques. Le P. *Beccaria* étoit aussi recommandable par ses vertus que par ses connoissances. — II. BECCARIA, (N. marquis de) né à Milan, & mort dans cette ville en 1795, a mérité une très-grande réputation par son petit *Traité des Délis & des Peines*. Ce qui est le caractère des écrits célèbres & profonds, celui-ci en a fait produire une foule sur le même objet. Traduit dans toutes les langues, il fut justement apprécié en France par d'Alembert, & commenté par Voltaire. D'après les idées de *Beccaria*, les formes vicieuses de l'ancienne procédure criminelle en France, ont commencé à se débrouiller & à être plus favorables à l'accusé, & la torture a été abolie. En admirant l'élégance & la précision de son style, la clarté, la vérité de ses principes, on l'a surnommé avec raison le *Fontenelle* des criminalistes. L'imprimeur *Didot* a fait une édition du *Traité des Délis & des Peines*, en italien, sur papier d'Annonai, qui est un chef-d'œuvre de typographie. *Morelle* l'a traduit en français avec autant d'élégance que d'exactitude.
BECCO, *Voyer* IV. ANTOINE.
BECCUTI, (François) poète italien, surnommé il *Cappeta*, naquit à Pérouée en 1509, & mourut à 44 ans. Il s'adonna à l'étude des lois & proffes long-temps le droit avec succès dans sa patrie; mais ce qui le fit plus particulièrement connoître, est son talent pour la poésie burlesque, à l'imitation du *Berni*. — L'abbé *Cavallucci* a donné une belle édition des œuvres de *Beccuti*, Venise, 1751, in-4.$^{o}$
BÉCERRA, (Gaspard) célèbre sculpteur Espagnol, né dans l'Andalouise, & mort à Madrid en 1570, fut élève de *Raphael*. Il acquit sous cet habile maître le goût le plus pur. Son chef-d'œuvre est la *Statue de la Vierge*, faite par ordre de la reine *Isabelle de Valois*, & dont on admire à Madrid la beauté. *Bécera* peignoit aussi avec succès à Fresque.
BECHER, (Jean-Joachim) né en 1645 à Spire, fut d'abord professeur de médecine, ensuite premier médecin de l'électeur de Mayence, puis de celui de Bavière. Il passa à Londres, où sa réputation l'avoit précédé, & où la fureur de ses envieux l'avoit obligé de chercher un affle : il y mourut en 1685. On a de lui beaucoup d'ouvrages, parmi lesquels on distingue les suivans : I. *Physica subterranea*, Frankfort 1669, in-8$^{o}$, réimprimé à Leipzig 1703 & en 1759 in-8.$^{o}$ II. *Experimentum Chimicum novum*, Frankfort 1671, in-8.$^{o}$ III. *Character pro notitia linguarum universali*. Il prétendoit y fournir une *Langue universelle*, par le moyen de laquelle toutes les nations s'entendroient facilement. C'est la chimère d'un homme de génie. IV. *Institutiones Chimicae*, seu *Manudatio ad Philosophiam hermeticam*. Mayence 1662, in-8.$^{o}$ V. *Institutiones Chimicae prodromæ*, à Frankfort 1664. & Amsterdam 1665, in-12. VI. *Experimentum novum ac curiosum de Minera arenaria perpetua*, Frankfort 1680, in-8.$^{o}$ VII. *Epifoliae Chimicae*, Amsterdam 1673, in-8.º *Becher* paffoit pour un très-habile machiniste & un bon chimiste. C'étoit un homme d'un caractère vif, ardent & entêté, qui le jeta dans les rêveries de la chimie. Il fut le premier qui appliqua cette dernière science, dans toute son étendue, à la philosophie, & qui montra de quel usage elle pouvoit être pour expliquer la structure, le tissu & les rapports mutuels des corps. Il prétendoit avoir trouvé une espèce de mouvement perpétuel. On lui dut en effet quelques inventions utiles, & il travailla à perfectionner l'imprimerie.
BECHET, (Antoine) auteur médiocre de quelques médiocres ouvrages. Les plus connus sont : I. *L'Histoire du cardinal Martinus*, publiée à Paris, in-12, 1715, plus curieuse qu'exacte. II. *La Traduction des Lettres du Baron de Busbec*. Il mourut chanoine d'Ufez, en 1722, à 73 ans. Il étoit de Clermont en Auvergne.
BECICHEMO, (Marin) né à Scutari en 1468, mort à Padoue le 23 septembre 1526, professa les belles-lettres dans les principales villes d'Italie, & publia plusieurs *Discours* & des *Observations* estimées sur les héroïdes d'Ovide.
BECK, (Jean baron de) lieutenant-général du roi d'Espagne & gouverneur du duché de Luxembourg, se distingua dans la bataille de Thionville, où *Piccolomini* fut vainqueur des François en 1640. Après la prise de la ville d'Aire, il se trouva aux combats de Honnecourt & de Lens. Il mourut d'une blessure qu'il ne laissa point cicatriser. *De Beck* s'éleva graduellement par son courage & sa prudence aux premiers emplois militaires; il avoit été simple postillon dans sa jeu- neffe. Son épitaphe qui se lit dans l'église des Francscains de Luxembourg annonce que *Waltlein* fit tout ce qui lui fut possible pour le faire entrer dans sa conspiration contre *Ferdinand II*, mais que rien ne fut capable d'ébranler la fidélité du baron de *Beck*. I. BECKER, (Daniel) naïf de Konigsberg, premier médecin de l'électeur de Brandebourg, mourut dans sa patrie en 1670, à 43 ans. Il a publié : *Commentarius de Theriacà*; *Médicus miocrosmus*, Londres 1660, in 8.º *De cultrivoro Prussinio*, Leyde 1638, in-8.º
II. BECKER, (Philippe-Christophe) graveur, né à Coblentz à la fin du siècle passé, obtint des lettres de noblesse de l'empereur *Charles VI*, & le titre de Graveur des médailles impériales. Il alla en Russie pour y faire le sceau de *Pierre le Grand*, qui le fit manger à sa table. *Becker* excelloit dans la gravure des armoiries; & à cet égard, le cachet du duc de *Liria* est son chef-d'œuvre.
III. BECKER, *Voy. BECKER*.
BECKINGTON, (Thomas) né dans le Sommerfer-Shire, fut le premier de cette province qui se distingua dans les lettres au quinzième siècle. Membre du collège neuf d'Oxford, il en fut dans la fuite le bienfaiteur, lorsqu'il eût été fait évêque de Bath. Il est auteur d'un *Livre* en latin, fort recherché dans son temps & entièrement oublié à présent, touchant le droit des *Rois d'Angleterre* sur la France.
BECMAN, (Christian) né à Borna dans la Mifnie, étoit ministre de Steinbac dans la même province. Nous avons de lui des *Ouvrages de Théologie*, estimés des Allemands. Il mourut en 1648.
BECOLD, *Voyez* JEAN de Leyde, n.º LXXXII. I. BECQUET, *Voyez* THOMAS DE CANTORBERI (Saint).
II. BECQUET, (Antoine) Célestin, bibliothécaire de la maison de Paris, mort en 1730, à 76 ans, publia l'*Histoire de la Congrégation des Célestins de France*, avec les éloges historiques des Hommes illustres de son ordre, en latin, in-4°, 1721. C'étoit un homme docte & officieux, qui savoit beaucoup d'anecdotes littéraires, & qui les communiquoit avec plaisir.
BECTOZ, (Claudine de) fille d'un gentilhomme de Dauphiné, abbeffe de Saint-Honoré de Tarascon, fit de grands progrès dans la langue latine & les sciences, sous *Denys Faucher*, moine de Lérins & aumônier de son monastère. François I étoit si charmé des *Lettres* de cette abbeffe, qu'il les portoit, dit-on, avec lui, & les montroit aux dames de sa cour comme des modèles. Il passa d'Avignon à Tarascon, avec la reine *Marguerite de Navarre*, pour converter avec cette savante. Elle mourut en 1547, après avoir publié plusieurs *Ouvrages*, françois & latins, en vers & en prose. Deux écrivains Italiens, *Louis Domenichi* & *Augustin della Chiesa*, en ont fait l'éloge dans leurs écrits.
BÉDA, (Noël) principal du collège de Montaigu, & syndic de la faculté de théologie de Paris, naquit en Picardie. Il publia une critique emportée des *Paraphrases d'Érasme*. Cet homme illustre voulut bien prendre la peine de la réfuter, & convainquit son censeur d'avoir avancé cent quatre-vingt-un mensonges, deux cents-dix calomnies, & quarante-sept blasphèmes. Le docteur n'ayant rien de bon à répondre, fit des extraits des ouvrages d'*Érasme*, le dénonça à la faculté comme hérétique, & vint à bout de le faire censurer. Ce fut lui qui empêcha la Sorbonne d'opiner en faveur du divorce de *Henri VIII*, roi d'Angleterre. Son opinion étoit la meilleure, & il la fit passer par sa véhémence. « Comme *Béda*, dit le P. *Berthier*, ne pouvoit réprimer ni sa plume ni sa langue, il avoit osé prêcher contre le Roi même, sous prétexte apparemment que la cour ne pourfavoit pas les hérétiques avec autant de vigueur que cet esprit ardent & extrême l'auroit fouhaisé. Une hardiesse si intolérable lui attira, deux fois de suite, un arrêt de bannissement. Rappelé pour la troisième fois, & toujours incorrigible, il fut condamné, par le parlement de Paris, en 1536, à faire amende honorable devant l'église de Notre-Dame, pour avoir parlé contre le Roi & contre la vérité. » Il fut ensuite exilé à l'abbaye du Mont-Saint-Michel, où il mourut le 8 février 1537, avec la réputation, dit le P. *Berthier*, du plus violent déclamateur & de l'adversaire le plus incommode. *Béda* a fait : I. Un Traité de unicâ *Magdalena*, Paris 1519, in-4°, contre l'écrit de *le Fevre d'Étaples*, & celui de *Josse Clathone*. II. *Douce Livres* contre le *Commentaire* du premier. III. Un contre les *Paraphrases d'Érasme*, 1526, in-folio; & plusieurs autres ouvrages, qui sont tous marqués au coin de la barbarie & de l'aigreur. Son latin n'est ni pur ni correct.
BÉDE, (le *Vénérable*) naquit en 673 à Wermouth dans le diocèse de Durham, près d'un monastère, dans lequel il fut élevé dès l'âge de sept ans. Il s'adonna aux sciences & aux belles-lettres. Il apprit le grec, la verification latine, l'arithmétique, &c. Il fut ordonné prêtre à l'âge de trente ans, & ce fut depuis qu'il s'appliqua à écrire, principalement sur l'Écriture-faînte. Il mourut étendu sur le pavé de sa cellule, en 735, âgé de 63 ans. Son corps fut emporté de l'abbaye de Sarrow où il avoit fini sa carrière, dans l'église de Durham. Cette translation se fit dans le 11e siècle. Il y resta avec honneur jusqu'au règne d'Élisabeth, que le doyen du chapitre, nommé *Wittingham* le fit déterrer avec une fureur de fanatique, blâmée des Protestantes mêmes. Son nom se lit pourtant dans le nouveau calendrier de la liturgie réformée. On a imprimé ses *Ouvrages* à Baile & à Cologne, en huit volumes in-folio, qui se relient ordinairement en quatre. Le plus connu est l'*Histoire Ecclesiastique des Anglois*, depuis l'entrée de *Jules César* dans la Grande-Bretagne, jusqu'à l'an 731; imprimée séparément à Cambridge 1644, in-folio. Elle manque de critique & d'exactitude; & on ne peut guère la consulter, que pour ce qui s'est passé sous ses yeux. Ses autres ouvrages sont des *Commentaires sur l'Écriture-faînte*, qui le plus souvent ne sont que des passages des Pères, & principalement de *Saint Augustin*, dont *Béde* a fait un corps de notes. Son Livre *Des fixages du monde*, excita contre lui la bile de quelques ignorans. Ils le chansonnerent, le traitèrent d'héritage, & lui reprocherent comme le plus grand crime d'avoir osé avancer que Notre-Seigneur n'étoit pas venu au monde dans le sixième âge. *Béde* daigna faire son apologie, justifia son système chronologique, & eut la hardiesse de prouver, contre l'opinion générale qui bornoit la durée du monde au sixième millénaire, que ce sentiment n'étoit pas fondé. Le style de *Béde* a de la clarté & du naturel, mais sans élégance & sans politesse. « On chercheroit en vain dans ses livres, dit un écrivain, les ornemens de la rhétorique; on y trouve en récompense beaucoup de précision & de clarté; il y règne une aimable simplicité, avec un ton de franchise, de piété & de zèle qui intéressent le lecteur. La candeur & l'amour de la vérité caractérisent ses livres historiques; & si l'on dit qu'il a porté quelquefois la crédulité trop loin, on doit au moins convenir qu'aucune personne judicieuse ne révoquera jamais en doute sa sincérité. Dans ses *Commentaires*, il s'est souvent contenté d'abréger ou de ranger dans un ordre méthodique ceux de *S. Augustin*, de *Saint Ambrose*, de *S. Jérôme*, de *Saint Baffle*, &c. Il n'en a point agi de la forte pour éviter le travail, ni par défaut de génie, comme l'ont prétendu quelques modernes. Son but croît de s'attacher plus étroitement à la tradition, en interprétant les Livres faînts. Dans ce que les Pères avoient laissé à faire, il suit toujours leurs principes, de peur de s'écarter de la tradition dans la moindre chose. Les meilleurs juges avouent que dans les morceaux qui font entièrement de lui, il ne le cède point en solidité & en jugement au plus habile d'entre les Pères. »
BÉDÉ, (Jean) avocat, a publié : I. *De la Liberté de l'Église Gallicane*. II. *Échantillon de l'Histoire des Templiers*, 1646, in-8.º III. *Les Droits du Roi, contre le cardinal Bellarmin*, 1611, in-5.º Ces divers écrits ne se lisent plus, & ne se trouvent guère.