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03.0 Dictionnaire historique — BEDESIO – II

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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BEDESIO, (Fabrice) ecclésiastique Romain, eut le talent particulier de s'culper si parfaitement les lettres *Onciales*, c'est-à-dire celles dont on se servoit à Rome sous les premiers empereurs, que les papes *Paul V*, *Grégoire XV* & *Urbain VIII* n'employerent que lui pour les inscriptions qu'ils placèrent sur tous les édifices publics élevés pendant leur pontificat.
BEDFORT ou BETFORT, (Jean duc de) troisième fils de *Henri IV*, roi d'Angleterre, commanda en 1422 l'armée des Anglois contre *Charles VII*. Il fut nommé régent de France la même année, pour son pupille, qu'il fit proclamer roi de France à Paris & à Londres. Il dénit la flotte Françoïse près de Southampton, se rendit maître de Crotoï, entra dans Paris avec ses troupes, battit le duc d'*Alençon*, & jeta l'épouvante dans tout le royaume. Il mourut à Rouen l'an 1435. On dit que quelques gentilshommes de la fuite de *Charles VIII* lui ayant conseillé de démolir son tombeau, ce roi leur répondit : *Laissons en paix un mort, qui pendant sa vie faisoit trembler tous les François*.
BEDMAR, Voy. CUÉVA.
BEDOS DE CELLES, (D. François) Bénédictin de Saint-Maur, membre de l'académie de Bordeaux & correspondant de celle des sciences de Paris, n'quit à Caux dans le diocèse de Beziers, fit profession en 1726, & mourut le 25 novembre 1779. On a de lui : I. Une *Gnomonique*, 1780, in-8°, ou l'art de tracer les cadrans folaires, est exposé avec autant de précision que de juste. II. L'*Art* du facteur d'Orques, quatre parties, in-folio. Nous n'avons rien de meilleur sur cette matière. *Don Bedos* joignoit à beaucoup de connoissances une candeur, une simplicité & une modestie qui en re-levoient le prix.
BÉDOYÈRE, (Hugues-Charles-Marie-Huchet de la) avocat au parlement de Paris, épousa la fille d'un comédien, la belle & sensible *Agathe Sticoti*, & défendit son mariage attaqué par son père, avec autant d'énergie que de noblesse. Ses *Plaidoyes* & ses *Mémoires* sur ce sujet lui acquièrent de la réputation, & se font lire encore avec intérêt. Ils parurent en 1763. *La Bédoyère* a donné au théâtre en 1745 l'*Indolence*, comédie en trois actes, & en vers.
BÉEK, (David) peintre Flamand, mort à la Heye en 1696, fut élève de *Vandick*, & attaché à *Christine*, reine de Suède, qui l'envoya dans les principales cours de l'Europe, pour y obtenir les portraits des souverains. Il peignoit avec tant de rapidité, que *Charles I*, roi d'Angleterre, lui dit : *Je crois que vous peindriez un cheval qui courroit la poise*.
BÉELPHEGOR, (Mythol.) Divinité des Moabites, dont il est fait mention dans l'Écriture-fainte. On croit que ce Dieu est le même qu'*Adonis* ou *Priape*, ou cette idole connue chez les Payens sous le nom de *Crépitus*. *Selden* fait présider ce Dieu aux cérémonies funèbres. Ses prêtres lui offroient des victimes humaines. On lui donnoit une figure très-obscène. Le livre des Nombres dit que les filles des Moabites inviterent les jeunes Israélites à la célébration des fêtes de *Béelphegor*, qu'ils y allèrent & s'y livrèrent à la débauche. Cet événement fit déclarer la guerre aux Moabites, & produisit leur destruction.
BÉELZÉBUT, *Voy. MYAGRE.* B E F F A, ( Antonio ) natif d'Azola, forteresse dans l'état de Venise, mort en 1602, a laissé quelques ouvrages historiques, tels que : I. Les *Éloges* de plusieurs hommes célèbres de la maison de *Castigliana*. II. *Histoire* des comtes de *Canosse*, & de *Cafoldi*. III. *Vie* de la comtesse *Mathilde*. IV. *Vies* des évêques de Mantoue. V. *Éloges* des personnages remarquables de la maison de *Gonzague*.
BÉGA, ( Corneille ) peintre renommé, naquit à Harlem d'un père sculpteur, nommé *Béguin*. Brouillé avec lui, il changea de nom. Il fut élève de *Van-Ostade*, & il a excellé dans sa manière. Il gravoit aussi bien qu'il peignoit, & on a réuni ses gravures à l'eau forte. *Chénu*, graveur François, a publié en 1751 l'estampe du *Curieux*, d'après un tableau de *Béga*. L'amour coûta la vie à ce peintre. Sa maîtresse ayant été attaquée de la peste, il ne discontinua pas ses soins auprès d'elle, & périt victime de son attachement, le 27 août 1664. On voit le portrait de *Béga* dans le Recueil d'*Houbrakel*, tome premier. C'est celui qui est coiffé d'un chapeau.
BÉGARELLI, ( Antoine ) célèbre sculpteur de Modène, mort en 1555, étonna *Michel-Ange* par la beauté de ses sculptures en terre cuite. « Si cette terre devenoit marbre, s'écria-t-il, je craindrois pour la superiorité des statues antiques. » On dit que *Bégarelli* donna au *Corrège* son ami, les dessins de la fameuse coupole de Parme. On admire de cet artiste un *Christ au tombeau* qui se voit dans l'église de Sainte-Marguerite de Modène.
BÉGAT, ( Jean ) avocat, conseiller, & ensuite président au parlement de Dijon, mourut dans cette ville, en 1572, à 49 ans. On a de lui des *Remontrances à Charles IX* sur l'*Édit* de 1560, qui accordoit aux Protestans le libre exercice de leur religion; & des *Mémoires sur l'Histoire de Bourgogne*, fort inexacts, &c. Ils ont été imprimés au-devant de la *Coutume de Bourgogne*, 1665, in-4.º
BÉGER, ( Laurent ) naquit en 1653, d'un tanneur d'Heidelberg, & fut bibliothécaire de *Frédéric-Guillaume* électeur de Brandebourg. Il se fit estimer des savans de son pays par plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. *Thesaurus ex Thesaurum Palatino selectus, seu Gemma*, in-folio, 1685. II. *Spicilegium antiquitatis*, in-fol., 1692. III. *Thesaurus, sive Gemma, Numismata*, &c., 3 vol. in-fol., 1696 & 1701. IV. *Regum & Imperatorum Romanorum Numismata, à Rubenio edita*, 1700, in-fol. V. *De Nummis Cretenium serpentifris*, 1702, in-fol. VI. *Lucerna sepulcales* J. P. *Bellorii*, 1702, in-fol. VII. *Numismata Pontificum Romanorum*, 1703, in-fol. VIII. *Excidium Trojanum*, Berlin 1699, in-4.º, &c. &c. Il mourut à Berlin en 1705, membre de l'académie de cette ville. *Beger* avoit fait un ouvrage pour autoriser la polygamie, à la prière de *Charles-Louis*, électeur Palatin, qui vouloit époufer sa maîtresse du vivant de sa première femme; mais il le réfuta après la mort de ce prince. Cette réfutation n'a pas paru. Le livre qui y avoit donné occasion étoit intitulé : *Confédérations sur le Mariage*, par *Daphneus Arcuarius*, en allemand, in-4.º
BÉGH, ( Lambert ) Liégeois pieux, fonda dans sa patrie, en B E G 175 1173, une communauté de filles engagées par des vœux simples a garder la chasteté. Elles se nommèrent *Béguines* du nom de ce fondateur, & la réunion de leur maison fut appelé *Béguinage*. Cet institut se répandit à Nivelle en 1207, & de là dans la Flandre, l'Allemagne, & la Hollande. Ces religieuses peuvent sortir quand elles veulent du *Béguinage*, & rentrer dans la société. — BEGON, (Michel) né à Blois en 1638, d'une famille distinguée, remplit d'abord dans son pays les premières charges de la robe, & se distingua de bonne heure par la vivacité de sa pénétration & par son esprit d'ordre. Le marquis de *Seignelai*, son parent, l'ayant fait entrer dans la marine, il remplit successivement les intendances des îles Françoises de l'Amérique, des Galères du Havre, du Canada, & réunit celles de Rochefort & de la Rochelle, jusqu'en 1710. C'est cette année qu'il mourut, le 14 mars, vivement regretté. Le peuple l'aimait comme un intendant des plus désintéressés, & les citoyens, comme un des plus zélés & des plus attentifs. Les savans ne lui donnèrent pas moins d'éloges : il les protégeait, les aimait, s'intéresserait à leurs succès, leur ouvrait sa bibliothèque. Le goût avait présidé au choix de ses livres. Il avait un riche cabinet de médailles, d'antiques, d'estampes, de coquillages, & d'autres curiosités rassemblées des quatre coins de l'univers. La plupart de ses livres portaient sur le frontispice, *Michaelis BEGON & amicorum*. Son bibliothécaire lui ayant représenté, qu'en les communiquant à tout le monde, il s'en perdrait plusieurs : *l'aime beaucoup mieux*, répondit-il, perdre mes livres, que de paroître me défier d'un honnête homme. Il fit graver les portraits de plusieurs personnes célèbres du 17$^{e}$ siècle. Il rassembla des *Mémoires* sur leurs vies; & c'est sur ces matériaux, que *Perrault* fit *l'Histoire des Hommes illustres de France*.
BEGOZZI, (Pierre) jurisconsulte de Milan, né en 1437, professa long-temps le droit civil à Pavie, & laissa deux *Traités* latins; l'un *sur les Appels*, l'autre *sur les Legs*.
BÉGUE, (Le) célèbre organiste de l'église Saint-Merri, à Paris, avait un jeu noble & facile, qui attirait une foule d'amateurs. Il employa quelquefois, en troisième main, celle de l'un de ses élèves; ce qui faisait un effet très-harmonieux. Ce musicien est mort en 1700; il a laissé trois *Œuvres* de pièces pour l'orgue, & des *Vêpres* à deux chœurs.
BÉGUILLET, (Edme) avocat au parlement de Dijon, correspondant de l'académie des belles-lettres, consacra particulièrement ses études à l'économie domestique & à l'agriculture. Ses écrits en ce genre ont plus de mérite que ses Ouvrages historiques. Il est mort en mai 1786. On lui doit : I. Des *Principes de la Végétation & de l'Agriculture*, 1769, in-8.$^{o}$ II. *Mémoire sur les avantages de la Mouture économique*, & du *Commerce des Farines en détail*, in-8.$^{o}$ III. *Œnologie*, ou *Traité de la Vigne & des Vins*, 1770, in-12. IV. *Dissertation sur l'Ergot*, ou *Ble cornu*, 1771, in-4.$^{o}$ V. *Traité de la Connoissance générale des Grains*, 1775, 3 vol. in-8.$^{o}$ VI. *Manuel du Meunier & du Charpentier des Moulins*, 1785, in-8.$^{o}$ Il fut rédigé en grande partie sur les *Mémoires* de *César Bucquet*. VII. *Traité* général des Subéissances & des Grains, 1782, 6 vol. in-8°. Béguillet est encore auteur d'une Histoire des guerres des deux Bourgognes, sous les règnes de Louis XIII & de Louis XIV, 1772, 2 vol. in-12; d'un Précis de l'Histoire de Bourgogne par Mille, in-8°; d'une Description générale du duché de Bourgogne en 6 vol. in-8°, écrite en partie par l'abbé Courtepée, & de plusieurs articles insérés dans l'encyclopédie.
BEHAIM, (Martin) né d'une famille noble de Nuremberg, s'étant appliqué à la cosmographie & à la navigation, conçut, suivant les auteurs Allemands, la première idée de la découverte de l'Amérique. Il partit de Flandres vers l'an 1460, avec un navire de la duchesse Isabelle; découvrit, dit-on, l'isle de Fayal, le Brésil, & pouffa jusqu'au détroit de Magellan. Jean II, roi de Portugal, le créa chevalier en 1485. De retour dans sa patrie en 1492, il y construisit un Globe de vingt pouces de diamètre, sur lequel il dessina ses découvertes; globe qu'on voit encore aujourd'hui à Nuremberg. Il seroit curieux que la ville de Gênes par Christophe Colomb, Florence par Améric Véspuce, le Portugal par Vasco de Gama, s'attribuasient la gloire d'avoir produit les grands hommes qui ont fait les plus grandes découvertes, tandis que la première idée en eut été conçue dans une tête Allemande! Behaim mourut à Lisbonne en 1506.
BEHN, (Aphara ou Astrea) dame Angloise, naquit à Cantorbery. Son père Johnson, nommé lieutenant-général dans les Indes, mena avec lui sa famille, & mourut dans le trajet. Sa fille, de retour à Londres, après un séjour de quelque temps en Amérique; épousa Behn, riche marchand, originaire de Hollande. Charles II, qui connoissoit l'esprit & le mérite de Mad. Behn, lui confia une négociation au sujet de la guerre qu'il vouloit faire aux Hollandois. Elle s'en acquitta à la satisfaction du roi. La jalousie qu'excitoit son crédit auprès de ce monarque, l'obligea de préférer les douceurs de la vie privée, au tumulte & aux écueils de la cour. Elle mourut le 16 avril en 1689, & fut enterrée dans le cloître de Westminster, parmi les tombeaux des rois. Le temps qu'elle n'employa pas aux plaisirs de la société, fut consacré à la composition de plusieurs ouvrages. On a d'elle quatre volumes in-8° de Pièces de Théâtre; des Nouvelles historiques, 2 vol. in-8°; des Poésies diverses, 3 vol. in-8°, & une Traduction de la Pluralité des mondes. Son ouvrage le plus connu en France, est son Oronoko, qu'elle lût à Charles II, & qui a été traduit en notre langue par de la Place, in-12, 1755. Ce roman historique fournit le sujet d'une tragédie à Souchers; poète Anglois. Oronoko, le héros de cette production, étoit petit-fils d'un roi Africain, qui étant devenu amoureux de la maîtresse du jeune prince, voulut la posséder exclusivement. Les deux amans ayant été surpris en rendez-vous, Oronoko fut envoyé commander l'armée, & Imoinda fut vendue comme esclave. Oronoko, de retour à la cour après une victoire, fut bien reçu de son aïeul; mais ce malheureux prince ayant été attiré à bord d'un navire espagnol par un marchand d'esclaves sous prétexte d'une tête, il fut enlevé & mis aux fers avec plusieurs seigneurs de sa fuite & vendu aux Anglois de Surinam. Le Le prince Nègre devenu captif, & ne pouvant supporter cette humiliation, fit révolter ses compagnons d'esclavage, & fut condamné à mort par le fous-gouverneur *Bayam*, qui brûlait d'un amour furieux pour *Iminda*, qu'un heureux hasard avoit amenée en ces parages. Mais le maître & l'ami d'*Oronoko* ayant réclamé le nom & l'autorité du gouverneur en chef de Surinam, alors abent, il déroba sa tête à la vengeance de son lâche rival, qui, voyant sa proie lui échapper, périt de rage autant que des blessures qu'il avoit reçues d'*Oronoko*, lequel avoit trouvé l'occasion de se mesurer avec lui. Sur ces entrefaites arriva le gouverneur de Surinam; touché des malheurs des deux amans & indigné contre leurs persécuteurs, il punit ceux-ci, & renvoya *Oronoko* & son épouse devenue mère, sur un vaisseau qui faisoit voile pour la traite des Nègres à la côte de Coromantien. *Oronoko* y trouva encore son aïeul, qui se dépouilla du sceptre en sa faveur, & le jeune roi envoya des prêens somptueux au gouverneur de Surinam & aux amis protecteurs de ses disgraces. Mad. *Béha*, témoin de ces infortunes, les écrivit dès qu'elle fut de retour en Angleterre. On y voit la vertu, le courage & la générosité, contraster avec la perfidie, la noirceur & l'inhumanité. C'est un des romans Anglois qui a le plus attendri les François.
BÉHOTTE, (Adrien) archi-diacre de Rouen, mort en 1638, est auteur de quelques *Ouvrages* de droit canonique, dont les plus considérables font : Un *Traité* sur les libertés de l'église Gallicane, & un autre du *Déport* & de son origine, 1630, in-8.
BÉHOURT, (Jean) professeur d'un collège de Rouen en 1597, a fait trois Tragédies qu'on ne lit plus. Leur sujet étoit : *Efaïa*, *Polyxène*, *Hypocritée*.
BÉJART, (Armande-Claire-Flissabath) célèbre actrice, chantoit avec goût & excelloit dans le comique noble. Son plus grand titre a la célébrité est d'avoir épuisé *Molière*. On dit que cet auteur en étoit très-jaloux, & que s'il a bien peint les jaloux ridicules, c'est pour qu'on ne le soupçonnât pas de l'être. La *Béjart* quitta le théâtre en 1694, & mourut six ans après, en 1700.
BEICH, (Joachim-François) peintre & graveur, né dans la Souabe, est mort à Munich en 1748. Pendant son séjour à Naples, il devint l'ami de *Solimène*. Il a peint les batailles de l'électeur *Maximilien* en Hongrie avec la situation des lieux. Son coloris est rembruni; mais ses paysages sont pittoresques & attachans. Ses portraits sont estimés, ainsi que ses gravures à l'eau forte.
BEIER, connu sous le nom de *Hartmanus Beyerus*, naquit à Frankfort sur le Mein, en 1506. Lié avec *Luther*, il professa sa doctrine, & mourut ministre le onze août 1577. On lui doit des *Commentaires* sur la Bible, & un ouvrage intitulé : *Questions Spherica*.
BEIÉRICK, (Laurent) archi-diacre d'Anvers sa patrie, & directeur de séminaire, mourut en 1627, 1629 ans. Il publia une nouvelle édition du *Magnum Theatrum vita humana* de Zwinger, avec des augmentations considérables, en 7 vol. in-fol. On a encore de lui : *Biblia sacra variorum Translatorum*, 3 vol. in-fol. à Anvers, & d'autres ouvrages. 178 BÉI
BEINASCHI, (Jean - Baptiste) peintre Italien, né à Turin dans le 17e siècle, devint élève de Lanfranc, & imita sa manière. Doué d'une riche imagination, il ne donna jamais la même figure à ses personnages. Jean de la Tour, Horace Fretta & Joseph Fatturoso, furent ses élèves les plus fameux.
BEINVILLE, (Charles-Barthélemi) mort en 1641, défendit avec chaleur le cardinal de Richelieu dans toutes ses opérations, depuis la paix de Vervins en 1598. Son ouvrage, intitulé Vérités François, opposées aux calomnies Espagnoles, fut imprimé à Beauvais en 3 volumes in-8°, & à Paris in-4° 1643.
BEK, Voyet BÉEK.
BEKA, (Jean) chanoine d'Utrecht, mort en 1336, est auteur d'une Chronique de son église. Elle a été continuée jusqu'en 1574, par Suffidus Petri, & publiée à Utrecht, par Buchélius, 1643, in-4.°
BEKKER, (Balthazar) né à Warthuisen dans la province de Groningue en 1634, étoit fils d'un ministre, & fut ministre lui-même dans différentes églises. Il mourut à Amsterdam en 1698 à 64 ans. Son Monde enchanté, traduit du Flamand en François, 4 vol. in-12, 1694, le fit dépouiller de la place de ministre dans cette ville; mais les magistrats lui en conservent la pension. Ce livre singulier, mais diffus & ennuyeux, est fait pour prouver qu'il n'y a jamais eu ni possédés, ni forciers, & que les diables ne se mêlent pas des affaires des hommes, & ne peuvent rien sur leurs personnes. Il prétend, suivant le P. Nicéron, que l'opinion commune que l'on a de la puissance du démon, en fait une divinité, & que cette opinion est contraire à l'autorité suprême de Dieu, & à la divinité de son fils, puisqu'en l'admettant, on ne les peut plus prouver par les attributs du vrai Dieu, qui lui font donnés dans l'Écriture, & dont on fait part au diable. Bekker affure dans sa préface: que c'est cette raison qui l'a déterminé à écrire, & il ajoute que si le démon s'en fâche, il n'a qu'à employer sa puissance pour le châtier. S'il est Dieu, dit-il, comme on le veut, qu'il se défende lui-même, & qu'il s'en prenne à moi, qui ai renversé ses autels au nom de l'Éternel. Voilà un défi dans les formes, qui tient un peu de la gassonnade. » Mémoire. de Nicéron, tom. 33, p. 192. Ce trait peint assez l'originalité de Bekker. Benjamin Binet réfuta le Monde enchanté dans son Traité des Dieux du Paganisme, in-12, que l'on joint souvent à l'ouvrage de Bekker. On a encore de lui: I. Des Recherches sur les Comètes, in-8.° II. La saine Théologie. III. Une Explication de la Prophétie de Daniel, &c. &c. Bekker étoit horriblement laid, & quoiqu'il ne croit pas au diable, il lui ressemblait par la figure; mais il avoit l'esprit assez juste. Ses mœurs étoit pures, & son ame ferme & incapable de plier. Il avoit un esprit vif & plein de feu, toujours animé du désir d'augmenter ses connoissances. Le polémique étoit son genre. Avant de s'être fait des querelles en niant l'existence du démon, il s'en étoit fait pour Descartes. Il avoit eu ensuite une dispute à soutenir pour un de ses livres, intitulé: La Nourriture des Parfaits, 1670, in-8.° Cette nourriture parut un poison à plusieurs ministres, qui le firent condamner par un synode. On l'accabla d'injures dans quelques écrits, aux- quels *Bekker* répondit avec modération. I. BEL, (Jean-Jacques) conseiller au parlement de Bordeaux sa patrie, & membre de l'académie de cette ville, mourut à Paris en 1738, d'un excès de travail, à l'âge de 45 ans. Il avoit une très-belle bibliothèque, qu'il vouloit rendre publique, avec des fonds pour l'entretien de deux bibliothécaires. On a de lui, le *Dictionnaire Néologique*, considérablement augmenté depuis par l'abbé *Guyot des Fontaines*. On y reprend, avec raison, beaucoup d'expressions nouvelles, des phrases alambiquées, des tours précieux; mais on a tort, en condamnant les termes inutiles, d'en proscrire d'autres autorités par l'usage. Cette plaisanterie sur le langage moderne, ne corrigea pas les vieux écrivains; mais elle tint en garde les jeunes auteurs. On a encore de *Bel des Lettres critiques* sur la *Marianne de Voltaire*. Son *Apologie de Houdard de la Motte*, en quatre Lettres, est une satire sous le masque de l'ironie. Ses Tragédies & ses autres ouvrages y sont finement critiqués. Le caractère de l'auteur, & celui de *Fontenelle*, y sont bien peints.
II. BEL, (N. LE) ministre de l'ordre de la Trinité, du couvent de Fontainebleau, publia une *Relation du meurtre de Monaldeschi*, poignardé par ordre de *Christine*, reine de Suède, princesse qui se disoit philosophe. Cet écrit, imprimé avec plusieurs autres pièces curieuses, parut à Cologne en 1664, in-12. *Le Bel* assista ce malheureux à la mort.
III. BEL, (Jean-Louis LE) avocat à Paris, mort le 22 janvier 1784, a publié, I. Une *Traduction* de l'*Art Poétique d'Horace*, 1769. II. Un *Arrégé de l'Histoire Romaine de Florus*, 1776. III. L'*Anatomie de la Langue Latine*. IV. L'*Art d'apprendre sans maître le Latin & le François*, in-8.⁹ Chofe plus facile à proposer qu'à exécuter.
IV. BEL, *Voyet* BÉLIUS.
BELAIR, *Voyet* V. LAVAL, & SAINT-HYACINTHE.
BELAL, esclave favori de *Mahomet*, remplissoit auprès de lui la charge de *Moctin*, dont la fonction est de convoquer l'assemblée des Musulmans pour faire la prière publique. *Mahomet* adresse à *Belal* cette maxime : « Gouvernez-vous de telle sorte que vous arriviez pauvres & non riches devant le trône de Dieu; car dans sa maison les pauvres tiennent le premier rang. »
BELBOG, (Mythol.) divinité des Slavons & des habitants de la ville d'Acron. C'étoit un Dieu bienfaisant dont les fêtes se célébroient au milieu des festins & des jeux. Son nom signisioit le *Dieu Blanc*.
BELCARI, (Maffei) ancien poète Italien, mort en 1484, a fait beaucoup de *Cantiques Spirituels*; il a écrit une *Vie de Jean Colombini*, & quelques autres ouvrages dont il est fait mention dans le *Vocabulaire Della Crusca*.
BÉLÉNUS, (Mythol.) Dieu des Gaulois, des Illyriens & des habitants d'Aquilée. On lui attribuoit la guérison des maladies. Il est représenté sur les monuments antiques avec la tête rayonnante & la bouche ouverte comme rendant des oracles. *Schédius* a trouvé dans le nom de *Bélénus*, le nom 180 BÉL bre 365 qui est celui des jours de l'année.
BELENVEI, (Aimeri de) naquit dans le XIIIe siècle au château de l'Esparta, dans le Bordelois. Il quitta la profession de clerc pour se faire jongleur, & s'attacha à une belle Gafcone nommée Gentille de Ruis. Leurs amours ayant excité beaucoup de murmures, ils furent forcés de se séparer. Belenvei vint alors à la cour de Raimond Béranger, comte de Provence. Il y devint de nouveau amoureux de la Dame de Barboffa. « Sa belle main, dit-il, a enlevé mon cœur; elle a rompu la serrure qui le fermoit contre l'amour. Plus je la vois, plus je lui découvre de beautés; plus je pense à elle, plus je lui trouve de vertus. » Cette Dame s'étant fait religieuse dans un couvent où il n'étoit pas permis de parler aux personnes du dehors, son amant, perdant toute espérance de la voir, mourut de douleur en 1264. Millot a recueilli quelques-unes de ses pièces.
BELESIS, Chaldéen, le même, selon quelques auteurs, que Nabonaffar & Baladan, fut le principal instrument de l'élévation d'Arbaces roi des Mèdes, qui lui donna le gouvernement de Babylone l'an 770 avant J. C. Cet homme adroit, ayant su que Sardanapale, roi d'Affyrie, s'étoit brûlé dans son palais avec son or & son argent, obtint la permission d'en emporter les cendres, & enleva par ce moyen les trésors de ce malheureux prince.
BELGRADO, (Jacques) né à Udine le 16 novembre 1704, mort en 1789, se fit l'ésuite & devint l'un des plus grands mathématiciens d'Italie. Il professa long-temps les mathématiques à Parme, & eut la direction de l'observatoire de cette ville. Lors de l'extinction de son ordre, il se retira à Bologne, où il fut nommé recteur du collège de Sainte Lucie. Belgrado étoit aussi antiquaire & poète. Ses divers écrits ont été publiés à Parme & à Modène, & Maquchelli en a donné la notice dans son Histoire des Écrivains d'Italie. Celui qui a fait le plus de bruit, est un Traité de l'existence de Dieu démontrée par des théorèmes géométriques, Udine 1777. L'auteur étoit correspondant de l'académie des sciences de Paris, & membre de l'inflitus de Bologne.
BELHOMME, (Dom Humbert) Bénédictin de la congréga-tion de Saint-Vannes & de Saint-Hidulphe, professeur de philosophie & de théologie, ensuite abbé de Moyen-Moutier, naquit à Bar-le-Duc en 1653, & mourut le 12 décembre 1727. Il fit rebâtir son abbaye, l'orna d'une bibliothèque choisie avec goût, & en écrivit l'Histoire en latin, 1 vol. in-4.
BÉLIARD, (Guillaume) né à Blois, s'attacha à Marguerite de Valois, épouse de Henri IV, & en devint le secrétaire. Il fut auteur d'une pièce de théâtre, intitulée: Les Amours de Marc-Antoine & de Cleopâtre, imprimée à Paris, en 1578. Béliard mourut quelque temps après cet ouvrage.
BELIDOR, (Bernard Forest de) des académies des sciences de Paris & de Berlin, naquit en Catalogne, en 1697, d'un officier au régiment de Valence. Orphelin dès l'âge de cinq ans, & formé par un ingénieur, ami de sa famille, il se fit connoître de bonne lèbre par son talent pour les mathématiques. Nommé professeur royal aux écoles d'artillerie de la Fère, il forma des élèves dignes de lui. Son zèle lui valut la place de commissaire provincial d'artillerie; mais trop d'empressement pour s'avancer, lui enleva à la fois ces deux postes. Il fit quelques expériences sur la charge des canons, & découvrit, ou crut avoir découvert, qu'au lieu de douze livres de poudre pour chaque coup, qu'on employait ordinairement, on pouvoit n'en mettre que huit, sans diminuer l'effet. Comme le roi gagnait à cette diminution, *Belidor* voulut faire sa cour au cardinal de *Pleuri*, qui étoit premier ministre, en lui communiquant secrètement sa découverte. Le cardinal accueillait favorablement tous les projets d'économie : il reçut donc bien celui de *Belidor*. Il en parla même au prince de *Dombes*, grand-maître de l'artillerie. Ce prince fut surpris d'apprendre, qu'un mathématicien qui travaillait sous ses ordres, & qu'il combloit journellement de ses bienfaits, ne se fut point adressé à lui dans cette occasion. Il lui fit connoître au même instant son mécontentement, en le dépouillant de ses places, & l'obligea de quitter la Fère. *De Valière*, lieutenant-général d'artillerie, justifia la conduite du prince de *Dombes*, par un *Mémoire* qui fut imprimé à l'imprimerie royale, dans lequel il attaqua le procédé & les expériences de *Belidor*. Ce professeur, né sans fortune, se trouva ainsi dépourvu de tout. Le prince de *Conti*, qui connoissait son mérite, l'emmena avec lui en Italie, & ce voyage lui valut la croix de Saint-Louis. Cette faveur lui procura quelque considération à la cour. Le maréchal de *Belle-* *Ille* se l'attacha, & lorsqu'il fut ministre de la guerre, il le nomma inspecteur de l'artillerie, & lui donna un beau logement à l'arsenal de Paris, où il mourut en 1761, âgé de 64 ans. C'étoit un homme extrêmement laborieux, & qui a beaucoup écrit. On lui doit : I. *Sommaire d'un Cours d'Architecture militaire, civile & hydraulique*, 1720, in-12. II. *Nouveaux Cours de Mathématiques à l'usage de l'Artillerie*, 1737, in-4.º III. *La Science des Ingénieurs*, 1749, in-4.º IV. *Le Bombardier François*, 1734, in-4.º V. *Architecture Hydraulique*, 1737, in-4.º 4 vol. VI. *Dictionnaire portrait de l'Ingénieur*, 1768, in-8.º VII. *Traité des Fortifications*, 2 vol. in-4.º La plupart de ces ouvrages remplissent leur objet, quoique l'auteur ne fût pas un mathématicien du premier ordre. Son style est clair, mais diffus. Les qualités de son cœur surpassaient celles de son esprit. Il étoit doux, officieux, bon ami; & sa physionomie annonçait son caractère. Sa conversation étoit amusante, & il racontait avec netteté & avec justesse.
BELIN, (N.) poète dramatique, né à Marseille, a donné au théâtre plusieurs tragédies, *Othon*, *Vozonès*, *Muffopha* & *Zeangir*. Il est mort au commencement de ce siècle.
BELISANA, (Mythol.) est la Minerve des Gaulois. Ils lui attribuaient l'invention des arts, & la représentaient la tête appuyée sur sa main droite, méditant profondément, avec un casque orné d'une aigre, & une tunique sans manches. On lui immoloit des victimes humaines.
BÉLISAIRE, général des armées de l'empereur *Justinien*, termina heureusement la guerre contre *Ca-* bades, roi de Perfe, par un traité de paix conclu en 531. L'année d'après il conduit l'armée navale destinée à conquérir l'Afrique, emporte Carthage, marche contre Gilmer, usurpateur du trône des Vandales, prend possession de son royaume à Carthage, & se fait servir par les officiers de ce prince. Les Maures le reconnurent, & peu de temps après, il défit le reste des Vandales, prit Gilmer, & l'emmena à Constantinople en 533 : (Voyez GILMER). Ce prince fut un des ornemens de son triomphe. C'est en lui que finit la monarchie des Vandales Ariens. Bélifaïre, ayant détruit ce royaume en Afrique, fut envoyé par Justinien pour détruire celui des Goths en Italie. Arrivé sur les côtes de Sicile avec sa flotte, il s'empara de Catane, de Syracuse, de Palerme, & de plusieurs autres villes, par force ou par composition. Il courut ensuite à Naples, la prit; de là il marcha vers Rome, & en envoya les clefs à l'empereur. Théodar, roi des Goths, ayant été affaffiné, Vitigès son fuscesseur vint affiéger Rome. Bélifaïre le vainquit, l'obligea de se renfermer dans Ravenne, le prit & le mena à Constantinople, après avoir refusé la couronne que les vaincus offroient à leur vainqueur. (Voyez SILVERE.) Tout le peuple de Constantinople avoit son nom dans la bouche, & ses grandes actions dans la mémoire; on le regardoit comme le libérateur de l'empire. Il fut bientôt obligé de quitter cette capitale, pour aller combattre Chesroès I, roi de Perfe. Après l'avoir mis en fuite, il retourna en Italie contre Toila, élu roi des Goths, l'empêcha de détruire entièrement Rome, rentra dans la ville & la répara. Il reprit encore les armes dans sa vieilleffe contre les Huns, qui avoient fait une irruption dans l'empire en 558. Il les chaffa & les fit rentrer dans leur pays. Les grands, jaloux de sa gloire, l'accusèrent en 561, auprès de Justinien, d'avoir voulu s'emparer du trône. L'empereur, ombrageux comme tous les vieillards, lui ôta la dignité de patrice, lui retrancha ses gardes, & l'accabla de mauvais traitements, qui le conduisirent peu après au tombeau. Cet homme, digne d'un meilleur fort, après avoir été long-temps à la tête des affaires & des armées, & avoir rendu des services signalés à sa patrie, fut obligé, suivant les historiens Latins, de mendier son pain dans les rues de Constantinople. L'auteur de l'Histoire mélangée dit, que l'année suivante, il fut rétabli dans ses dignités; & Cedrène affirme qu'il mourut en paix dans Constantinople. Alciat est de ce sentiment, contre Crinitus, Volaterran, Pontanus, & quelques autres. Quoi qu'il en soit, on montre encore à Constantinople une prison, que l'on appelle la Tour de Bélifaïre. Cette prison est sur le bord de la mer, en allant du chateau des Sept-Tours au sérail de Constantinople. Les gens du pays disent, qu'il pendoit un petit sac attaché au bout d'une corde, comme sont les prisonniers, pour demander sa vie aux passans, en leur criant : Donnez une obole au pauvre Bélifaïre, à qui l'envie, plutôt que le crime, a crevé les yeux. On assure que ce grand homme mourut en 585. On voit encore des médailles de Justinien recevant Bélifaïre triomphant de la guerre contre les Goths; de l'autre côté de la médaille, se trouve l'image de Bélifaïre, avec ces mots : BÉLISAIRE, L'HONNEUR DU NOM ROMAIN : BELISARIUS, GLORIA ROMANORUM. — Marmontel a donné le nom de ce célèbre général à un Roman moral & philosophique, dont quelques chapitres sont pleins de vigueur & de force, & où la morale & la politique se prêtent la main pour instruire les princes. Il est fâcheux que quelques principes trop hardis sur la tolérance, empêchent de conseiller la lecture de cet ouvrage à tout le monde.
BÉLISARIO, (Louis) médecin de Modène, dans le 16e siècle, a laissé divers Ouvrages, dont le plus remarquable est un Traité de l'Odorat.
BÉLIUS, (Mathias) né à Oścova en Hongrie, en 1684, fit de bonnes études à Hall, & y apprit les langues savantes. De retour dans sa patrie, il fit fleurir les belles-lettres dans plusieurs collèges des Protestans, & s'appliqua avec succès à l'histoire de Hongrie. Nicolas Palfi, vice-roi de ce pays, lui facilita ses recherches, en lui faisant ouvrir diverses archives. Il employa la plus grande partie de sa vie à cette étude, & mourut l'an 1749. L'empereur Charles VI le nomma son historiographe; & le pape Clément XII lui envoya son portrait avec plusieurs médailles d'or, pour lui témoigner l'estime particulière qu'il faisoit de ses Ouvrages. Bélius fut associé aux académies de Berlin, de Londres & de Pétersbourg. Ses principaux ouvrages sont : I. De vetere Litteraturā Hanno - Scythicā Exercitatio, Leipzig 1718, in-4°; ouvrage savant. II. Hungaria antiqua & nova Prodromus, Nuremberg 1723, infol. Il y donne le plan d'un grand ouvrage qu'il préméditoit, & qu'il n'eut pas le loisir de publier. III. De peregrinatione lingua Hun- garica in Europam. IV. Apparatus ad Historiam Hungaria, sive Collectio miscella monumentorum ineditorum partim, partim editorum, sed figientium, Presbourg, en 3 vol. infol., 1735-1746. Cette collection d'historiens de Hongrie est ornée de préscées savantes & bien écrites. V. Amplissima Historico-critica Praefationis in Scriptores rerum Hungaricarum veteres ac genuinos, 3 vol. infol. VI Notitia Hungaria nova Historico-Geographica, Vienne 1735, & années suivantes, 4 vol. infol., avec des cartes géographiques; ouvrage savant & exact.
BELLA, (Octave & César) tous les deux de Palerme, le premier né en 1661, le second en 1670, se distinguerent par leurs talens pour la Poésie.—Un Jérôme BELLA, né à Carra dans le Piémont, grand vicaire de l'évêque de Saluce en 1660, a fait imprimer aussi des Drames pastoraux.
BELLACATO, (Louis) né à Brescia, en 1501, mort en 1575, professa avec succès, pendant plus de trente ans, la médecine dans l'université de Padoue. On a de lui des Confultations médicales, & des Leçons de médecine-pratique, imprimées à Ulm en 1676, avec les Observations de Welfelius.
BELLARMIN, (Robert) né à Monte-Pulciano en 1542, étoit fils de Cynthia Cervin, sœur du pape Marcel II. S'étant fait Jéuite à l'âge de 18 ans, il montra un génie si précoce, qu'on le chargca de prêcher avant qu'il fût prêtre. Il ne reçut en effet le sacerdoce qu'en 1569, des mains de Cornéille Jansénius, évêque de Gand. Bellarmin étoit alors professeur de théologie à Louvain. On dit qu'il prêchoit dans cette ville avec tant de succès, que les Proteffans venoient d'Angleterre & de Hollande pour l'entendre. Après sept ans de séjour dans les Pays-Bas, il retourna en Italie. Grégoire XIII le choisit, pour faire des leçons de controverse dans le collège qu'il venoit de fonder. Sixto V le donna ensuite, en qualité de théologien, au légat qu'il envoya en France l'an 1590. Clément VIII le fit cardinal neuf ans après. Ce pontife disoit l'avoir appelé auprès de lui, « pour avoir un homme qui lui dit la vérité. » Bellarmin lui parla en effet avec beaucoup de franchise. On prétend même que sa liberté déplut au pape, & que pour avoir un prétexte honnête de l'éloigner, il le nomma archevêque de Capone en 1601. Bellarmin gouverna son diocèse en prélat dont la vertu égaloit le savoir. Il dontoit, tous les ans, le tiers de son revenu aux pauvres. Il viftoit les malades dans les hôpitaux & les prisonniers dans leurs cachots; & il fecouroit les uns & les autres en leur envoyant secrètement de l'argent par un tiers qui avoit soin de cacher ses charités. Un pauvre lui ayant demandé douze écus, & ne se trouvant pas cette somme sur lui, il lui donna son anneau afin qu'il le remit en gage entre les mains de ceux qui voudroient lui avancer cet argent. Mais, Paul V le croyant nécessaire à Rome, il se démit de son archevêché, & se dévoua aux affaires ecclésiastiques jusqu'en 1621. Il mourut la même année, le 17 septembre, âgé de 79 ans, au noviciat des Jésuites, où il s'étoit retiré dès le commencement de sa maladie. Grégoire XV alla visiter le cardinal mourant, qui lui adreffa ces paroles: DOMINE, NON SUM DIGNUS UZ
INTRES, &c. Cet enthousiasme dans un homme agonisant, marque jusqu'à quel point le cardinal Bellarmin portoit son respect pour la personne du pape. Il n'y a point d'auteur qui ait défendu plus vivement la cause de l'Eglise & les prérogatives de la cour de Rome. Il regardoit le saint-Père comme le raonarque absolu de l'Eglise universelle, le maître indirect des couronnes & des rois, la source de toute juridiction ecclésiastique, le juge infaillible de la foi, supérieur même aux conciles généraux. Il ne fait pas difficulté de traiter d'hérétiques, ceux qui soutiennent que les princes, pour les choses temporelles, n'ont point d'autre supérieur que Dieu. Ces opinions, contraires à toutes celles qu'on soutient dans les universités, où les principes ultramontains ne se sont pas glissés, furent réfutées par Barclay, & l'ont été depuis par tous les écrivains, qui n'ont pas sacrifié le repos de leur patrie à des sentimens qui pourroient le troubler. Les papes, instruits du soulèvement que ces opinions ont causé dans certaines monarchies, n'ont jamais voulu canoniser Bellarmin, malgré les instances réitérées que la Société a faites, sous Innocent XII, Clément IX & Benoit XIV. — Ce savant cardinal a enrichi l'Eglise de plusieurs ouvrages. Le plus répandu est son Corps de Controverses. C'est l'arsenal ou les théologiens Catholiques ont puisé leurs armes contre les hérétiques. De tous les controversistes, il n'en est point qui ait fait autant de peine aux Proteffans. Ceux-ci, ne pouvant terrasser un si redoutable adversaire, répandirent contre lui les calomnies les plus atroces & les plus ridicules. On publia loag- temps avant sa mort, en Allemagne, en Pologne, en Angleterre & en Hollande, un libelle infame intitulé : *La fœtelle & véritable Histoire de la mort désespérée de Robert Bellarmin, Jesuite*. Voici à peu près, selon le Père *Nicéron*, à quoi se réduisait ce mauvais roman. « *Bellarmin* sur ses vieux jours touché de remords, ne pouvant plus porter le poids des crimes épouvantables dont toute sa vie n'avoit été qu'un tissu énorme, résolut de les aller déposer aux pieds du pénitencier de Lorette. Il y alla en habit déguisé. Etant arrivé à la chapelle, il se jeta à genoux, les bras étendus, suppliant la Vierge, qui rebuta sa prière, de lui obtenir le pardon de ses péchés. Après avoir passé trois heures entières dans les gémissemens & dans les larmes, il présenta au confesseur un cahier écrit de sa main, qui contenoit tous les désordres de sa vie. C'est ce papier-là même qu'on présentoit avoir été trouvé, je ne sais pas quelle aventure, & avoir été rendu public. Le confesseur fut effrayé dès la première feuille, & les cheveux lui dressèrent à la tête, à la lecture qu'il fit de mille effroyables excès, entre lesquels le coupable déclarait qu'il avoit entretenu de mauvais commerces avec une multitude de femmes débauchées, & qu'il s'en étoit désoit aussi bien que de leurs enfans, partie par poison, partie par le feu. Le pénitencier ayant jeté le cahier par terre, déclara à cet étrange pénitent qu'il n'avoit à espérer ni abfolition, ni rémission, ni miséricorde. *Bellarmin*, frappé de cette parole comme d'un coup de foudre, tomba par terre & s'abandonna au dernier désespoir. Son ame ayant été possédée sur le champ d'un affreux démon, tandis que son corps étoit brûlé d'une fièvre ardente, il mourut, reniant tout ce qu'il y avoit de plus sacré, & fut précipité dans les enfers. « Cette fable impertinente, ouvrage d'une vengeance mal-adroite, ne méritoit que le mépris : elle prouve que le style de *Garaffe* étoit alors familier aux Luthériens & aux Calvinistes : Cependant le Père *Jacques Greter* la refuta sérieusement dans un écrit intitulé : *Libelli famosi adversus Rob. Bellarminum Castigatio*, Ingolstadt 1615, in-4.º La plupart des théologiens de cette communion, lui ont répondu. Préfé tous ont avoué qu'il propofoit leurs difficultés dans toute leur force, & quelques-uns, qu'il les détruisoit mieux qu'aucun autre écrivain Catholique. Son style n'est ni pur, ni élégant ; mais il est ferré, clair, précis, sans cette féchéresse barbare qui défigure la plupart des scolastiques. S'il étoit venu de notre temps, & s'il étoit né François, il n'auroit point cité d'auteurs apocryphes, & auroit un peu mieux distingué les opinions particulières des théologiens Italiens, de la doctrine de l'Église : La meilleure édition de ses *Controverses* étoit celle de Paris, qu'on appelle des *Triadelphes*, en 4 vol. in-folio, avant qu'on eût celle de Prague, 1721, qui est aussi en quatre vol. in-fol. On a encore du cardinal *Bellarmin* d'autres ouvrages publiés à Cologne, en 1619, en 3 vol. in-fol. On y trouve son *Commentaire sur les Pseaumes* ; ses *Sermons* ; un *Traité des Écrivains Ecclésiastiques*, imprimé séparément, en 1663, in-4.º ; un autre sur l'*Autorité temporelle du Pape*, contre *Barclay*, flétri par le parlement de Paris en 1610 & en 1761, & qui avoit paru à Rome en 1610, in-8.º ; trois livres *Du* gémissement de la Colombe; un écrit sur les Obligations des Évêques, dans lequel il les damne presque tous, d'après des passages de S. Jean Chrysostôme & de S. Augustin; & une Grammaire Hébraïque, Rome, 1578, in-8.º Nous avons sa VIE, traduite en françois, de l'italien de Jacques Fuligati, 1625, in 8.º & en latin, Leodii, 1626, in-4.º Ces deux éditions & la premiere en italien, dit l'abbé Langlet, sont les meilleures, & ne sont pas commu- nes. On trouve dans cette Vie des traits singuliers qu'on a omis dans les autres.
BELLATI, (Antoine-François) né le 2 novembre 1665, mort le 1er mars 1742, fut l'un des meilleurs prédicateurs de son temps. Le recueil de ses Œuvres a été publié à Ferrare, en 1744, en 4 vol. in-4.º Ce sont des Sermons, des Traités de Morale, une Diffé- tation sur le jugement de Pilate, des Exhortations Domestiques, des Lettres, &c.
BELLAVITI, (François) né à Bassano, en 1708, mort dans la même ville, en 1782, professa la philosophie dans sa patrie, & posséda le talent rare de rendre clairs les principes de toutes les sciences. Ami de la retraite, il s'y délassoit de travaux plus sérieux, en se livrant à la poésie. On lui doit une Comédie en prose, & la Traduction en vers italiens, de trois Comédies de Térence, 1758, in-8.º — I. BELLAY, (Guillaume du) seigneur de LANGEY, est ordinai- rement connu sous ce dernier nom. Il étoit fils aîné de Louis du Belloy, d'une famille noble & ancienne, originaire d'Anjou. Langey servit de bonne heure, & se fit estimer par sa conduite autant que par son courage. François I l'ayant envoyé en Piémont en qualité de vice-roi; il y reprit diverses places sur les Impériaux. Le marquis du Guast avouoit qu'il étoit le plus excellent capitaine qu'il eût connu. Il avoit le corps tout cassé & les membres perclus par les grands travaux mi- litaires qu'il avoit essuyés. En 1542 il partit de Piémont en litière, pour venir donner quelques avis importans au roi; mais il se trouva si mal au bourg de Saint-Sapho- rin, entre Lyon & Roane, qu'il y mourut le 9 janvier 1543. C'é- toit le premier homme de son temps, pour découvrir ce qui se passoit dans les cours étrangères. Il ne fut pas moins utile dans ses ambassades en Italie, en Angle- terre & en Allemagne, qu'à la tête des armées. Il étoit savant & bel esprit. Nous avons de lui des Mémoires, 1757, 7 vol. in-12. Il est un peu partial, & il plaide souvent pour François I contre Charles-Quint. « Je ne veux pas croire, dit Montagne, qu'il ait rien changé quant au gros du fait; mais de contourner le jugement des événemens, souvent contre raison, à notre avantage, & d'omettre tout ce qu'il y a de chatouilleux en la vie de son maître, il en fait metier: témoins les disgraces de Montmorency & Biron qui y sont oubliées; voire le seul nom de Mad. d'Étampes ne s'y trouve point. On peut couvrir les actions se- crètes; mais de taire tout ce que le monde fait, & les choses qui ont eu des effets publics & de telle conséquence, c'est un défaut inexcusable. » Son style est naïf & quelquefois plaisant. Il dit, en parlant de la magnificence qu'éta- lèrent les courtisans à l'entrevue du Drap-d'or, en 1520, entre François I & Henri VIII, que leur depense fut telle, que plusieurs y porteront leurs moulins, leurs forêts & leurs près sur les épaules. On a attribué, depuis, ce bon mot à Henri IV. — On a encore de du Bellay, une Épicome de l'Histoire des Gaules, imprimé avec ses Opuscules, 1556, in-4.º C'est un des premiers, qui révoqua en doute le merveilleux de l'histoire de Jeanne d'Arc. On lui fit cette Épitaphe : Ci gît Langey, dont la plume & l'épée, Ont surmonté Cicéron & Pompée. Il y en a une autre qu'on attribue à Joachim du Bellay : Hic fitus est Langæus ! nil ultrà quare, Victor : Nil malius dici, nil potuit brevius. Ses frères Jean & Martin du Bellay lui firent élever un beau mausolée dans l'église Cathédrale de Saint-Julien du Mans. — II. BELLAY, (Jean du) frère du précédent, né en 1492, fut d'abord évêque de Baïonne, ensuite de Paris en 1532. L'année d'après, Henri VIII, roi d'Angleterre, faisant craindre un schisme pour une femme coquette ; du Bellay, qui lui avoit été envoyé l'an 1527 en qualité d'ambassadeur, y fit un second voyage. Il obtint de ce prince qu'il ne romproit pas encore avec Rome, pourvu qu'on lui donnât le temps de se défendre par procureur. Du Bellay partit sur le champ pour demander un délai au pape Clément VII. Il l'obtint & envoya un courrier au roi d'Angleterre pour avoir sa procuration. Mais ce courrier ne revenant point, Clément VII fulmina l'excommunication contre Henri VIII, & l'interdit sur ses états. Cette bulle fournit à ce prince l'occasion d'en- lever l'Angleterre à l'église Catholique, & à la cour de Rome une partie de ses revenus. Du Bellay continua d'être chargé des affaires de France sous le pontificat de Paul III, qui le fit cardinal en 1535. L'année d'après, Charles-Quint étant entré en Provence avec une armée nombreuse, François I voulant s'opposer à un ennemi si redoutable, quitta Paris où du Bellay étoit de retour. Le roi le nomina son lieutenant-general, afin qu'il veillât sur la Picardie & la Champagne. Le cardinal, aussi intelligent dans les affaires de la guerre que dans les intrigues du cabinet, entreprit de défendre Paris qui étoit dans le trouble. Il le fortifia d'un rempart & de boulevards, qu'on y voit encore aujourd'hui. Il pourvut avec la même promptitude à la conservation des autres villes. Tant de services lui méritèrent de nouveaux bénéfices, & l'amitié & la confiance de François I. Après la mort de ce prince, le cardinal de Lorraine devint le canal des graces à la cour de Henri II. Du Bellay, trop peu philosophe & trop sensible à la perte de son crédit, ne put soutenir le séjour de Paris. Il aima mieux se retirer à Rome, où la qualité d'évêque d'Ostie lui procura sous Paul IV le titre de doyen du sacré collège, & où ses richesses le mirent en état de bâtir un beau palais. Il eut son toutefois de conserver l'évêché de Paris dans sa famille. Il obtint ce siège pour Eustache du Bellay, son cousin, déjà pourvu de plusieurs bénéfices, & président au Parlement. Le cardinal vécut encore 9 ans après sa démission, & il ne cessa, soit zèle pour la France, soit habitude des affaires, de se rendre nécessaire au roi. Il mourut à Rome le 16 février 1560, à 68 ans, avec la réputation d'un courtisan adroit, d'un négociateur habile & d'un très-bel esprit. Les lettres lui durent beaucoup. Il se joignit à Budé, son ami, pour engager François I à fonder le collège royal. Rabelais avoit été son médecin. On a dû lui quelques Harangues, une Apologie pour François I, des Élégies, des Épigrammes, des Odes, recueillies in - 8.° chez Robert Étienne, en 1549.
III. BELLAY, (Martin du) frère de Guillaume & de Jean, fut, comme ses frères, un grand capitaine, un bon négociateur & un protecteur des lettres. François I l'employa. Il nous reste de lui des Mémoires historiques, depuis 1513 jusqu'à l'an 1543, qui furent publiés avec ceux de Guillaume son frère. Quelque plaisir que les curieux trouvent à la lecture de ces Mémoires, ils se plaignent de la longueur des descriptions, que l'auteur fait des batailles & des sièges où il s'étoit trouvé. Cet homme aussi sage qu'habile, mourut au Perche, en 1559. Il étoit prince d'Yvetot, par son mariage avec Élisabeth Chénu, propriétaire de cette principauté. — IV. BELLAY, (Joachim du) naquit vers 1524 à Liré, bourg à huit lieues d'Angers. Orphelin de bonne heure, il fut confié à la tutelle de son frère aîné, qui négligea de cultiver les talens dont il montroit le germe. L'amour des lettres & celui des armes animoient également son génie; mais on le retint dans une sorte de captivité, qui ne lui permit pas de s'élever. La mort de son frère relâcha sa chaîne; mais elle le jeta dans d'autres embarras. Il ne sortit de tutelle que pour être chargé d'un de ses neveux. Les disgraces de cette maison presque ruinée; & des procès qu'il falloit poursuivre, lui donnèrent des sollicitudes peu convenables à un enfant d'Apollon. Sa santé en fut altérée, & une maladie aussi dangereuse qu'accablante le retint deux ans au lit. Les Mufes vinrent à son secours : il lui les poètes Grecs, Latins & François, & les étincelles qui partoient de leurs écrits, échauffèrent sa verve. Il enfant plusieurs pièces qui lui donnèrent accès à la cour. François I, Henri II, Marguerite de Navarre, goûtoient beaucoup la douceur, la facilité & l'abondance de sa mufe. On l'appella d'une commune voix l'Ovide François. Le cardinal Jean du Bellay, son proche parent, s'étant retiré à Rome l'an 1547, après la mort de François I, notre poète l'y suivit deux ans après, & y trouva les charmes de la société & ceux de l'étude. Le cardinal étoit instruit; les courses que du Bellay faisoit avec lui, étoient des parties de plaisir. Son séjour en Italie ne fut que de trois ans, parce que son illustre parent avoit besoin de lui en France, où il le chargea de ses affaires. Son zèle, sa fidélité, son attachement à ses intérêts, furent mal récompensés; des ennemis secrets le desservèrent auprès de son protecteur. On empoisonna ses actions les plus innocentes; on donna un mauvais tour à ses poésies; enfin on l'accusa d'irréligion. Ces tracasseries renouvellèrent ses anciennes maladies. Euflaché du Bellay, évêque de Paris, sensible à ses malheurs & à son mérite, lui procura en 1555 un canonicat de son église : il n'en jouit pas long-temps; une attaque d'apoplexie l'emporta le 11 juin 1559, à 35 ans. On lui fit plusieurs Épitaphes, dans lesquelles on l'appelle Pater elegans. B E L 189 Narum, Pater omnium lepōrum. Ses Poëfies Françoifes, imprimées à Paris en 1561, in-4°, & 1597 in-12, lui firent une réputation. Elles font ingénieufes & naturelles. Il auroit été à souhaiter que l'au- teur eût eu plus d'égard à la dé- cence & aux convenances de son état, & qu'il eût imité les anciens dans ce qu'ils ont de bon & de fensé, & non dans des libertés qu'ils ont prifes. Il célébra en cent quinze Sonnets, qu'il appelloit fes Cantiques, les charmes de la belle Olive d'Angers, Anagramme de Viole qui étoit son vrai nom. Ses Poëfies Latines, publiées à Paris 1569, en deux parties in-4°, quoique très-inférieures à fes vers françois, ne font pas fans mérite. C'est de lui que font ces jolis vers fur un chien : Latratu fures excepti, mutus amantes; Sie placui domino, fie placui domina. « Rude aux voleurs, doux à l'amant, J'aboyois ou faisois caresse; Ainfi j'ai fu diverfement Servir mon maitre & ma mai- treffe. » L'ancien éditeur des Poëfies de du Bellay en a laiffé ce portrait. « Joachim étoit prompt & aigu en inventions, difcret & modeste en paroles, fubtil en fes difcours, doux en fa converfation, entier en fes promeffes. Il étoit autant difficile aux méchans de le trom- per, comme aux bons facile de s'en aider. » I. BELLE, (Étienne de la) graveur & peintre, né à Florence en 1610, perdit son père à l'âge de deux ans, & paffa fa jeuneffe dans l'indigence. Placé chez un orfèvre, il fe mit à copier les eftampes de Jacques Callot & faitit parfaitement la maniere de cet artifte. Une fingularité de son def- fin fut qu'il commençoit toujours les figures par les pieds, en re- montant de là jufqu'à la tête, & que malgré cette bizarrerie, les proportions fe trouvoient gardées & la figure correcte. La Belle fut accueilli en France par le cardinal de Richelieu pour lequel il fit les defins des principales conquêtes de la France fous la minorité de Louis XIV. Son burin fécond & varié a produit plus de mille quatre cents pièces. Sur la fin de fes jours il retourna dans fa patrie, & il y mourut en 1664 comblé d'hon- neurs par le grand-duc qui l'avoit nommé maitre de deffin de Côme II son fils. « Perfonne n'a furpaffé cet excellent artifte, dit Bafan, pour la fineffe & la légèreté de la pointe; fa touche libre, fa- cile, favante & pittorefque, rend fes eftampes fi pleines de goût, d'esprit & d'effet, qu'il doit être regardé comme un modèle de per- fection pour la gravure en petit; d'ailleurs, fes têtes font remplies de nobleffe, d'un beau caractère, & fes figures font bien deffinées. Il a gravé des fujets d'hiftoire, des batailles, des chaffes, des payfages, des marines, des ani- maux, & des ornemens d'un goût exquis. »
II. BELLE, (Alexis-Simon) peintre Parifien, mort en 1734 à 60 ans, étoit élève de François de Troy. Il affocia dans fes por- traits les vérités de la nature aux fineffes de l'art. Son intelligence lui fuggéroit pour l'ordinaire de faire concourir les tons fourds & vigoureux des étoffes & des ac- ceffoires, à l'éclat du coloris: ar- tifice qui manqua rarement de jeter dans fes tableaux des effets fingu- liers & piquans. Le portrait du roi, ceux des feigneurs de la cour, & de plusieurs souverains que Belle fut obligé de peindre, attestent la supériorité qu'il avoit acquise dans cette partie.
BELLE, Voy. LABELLE.
BELLEAU, (Rémi) naquit à Nogent-le-Rotrou, dans le Perche, en 1528. Le marquis d'Elbeuf, général des galères de France, le chargea de veiller à l'éducation de son fils. Il mourut à Paris en 1577, à 50 ans. Ses Pastorales furent estimées par ses contemporains. Ronfard l'appelloit le Peintre de la Nature. Il fut un des sept poètes de la Pédale Française. Son poème De la Nature & de la diversité des Pierres précieuses, qui passoit alors pour un bon ouvrage, fit dire de lui, à quelqu'un qui aimoit mieux apparemment les mauvaises pointes que la vérité : Que ce Poète s'étoit bâti un tombeau de pierres précieuses. Sa Chançon fut le mois d'Avril s'entend encore avec plaisir ; mais sa Traduction d'Anacréon est bien loin de l'original. Ses Œuvres poétiques furent recueillies à Rouen en 1604, à vol. in-12.
BELLEBUONI, (Mathieu) de Pistoie en Italie, a traduit, dans le 14e siècle en langue italienne l'Histoire de la guerre de Troyes de Gui Colonne, juge de Maffine. I. BELLECOUR, (Colfon) comédien distingué du théâtre François, mort en 1786, joua avec succès les petits-maîtres. Il débuta avec Le Kain dans la tragédie. Doué d'une belle figure, avec de l'intelligence, il sentit bientôt qu'il falloit céder à celui-ci la palme tragique, & il se consacra à la comédie, où il succéda à Grandval. Il jouoit parfaitement le Somnambule, & les marquis ivres dans Turcaret, le Diffipateur & le Retour imprévu. Dans les autres rôles, on lui reprochoit un jeu trop froid, & une prononciation un peu dure. On doit à ce comédien les Fausses Apparences, comédie en un acte, représentée en 1761.
II. BELLECOUR, (Mad.) comédienne, morte en fructidor an 7, étoit veuve du comédien de ce nom. Elle avoit débuté à l'Opéra-comique, & elle annonçoit, sous le nom de Gogo, cette gaieté spirituelle & franche, ce naturel heureux, qui l'a depuis si bien caractérisée au théâtre François, dont elle fit les délices pendant plus de vingt ans. Une physionomie mobile & des yeux expressifs, un organe un peu accentué, une grande attention d'être toujours à la scene, & sur-tout un naturel & une vérité précieuse de ton & de costume, d'accent & de maintien, l'ont rendue immortelle, sur-tout dans les rôles des servantes de Molière. Tous ceux qui ont eu l'avantage de la voir dans la Nicole du Bourgeois Gentilhomme, se souviennent encore d'avoir été contraints de rire avec elle, & plus long-temps qu'elle, parce que ses éclats & sa manière de rire, quoique joués, devenoient contagieux au point d'exciter une espèce de convulsion dans toute la salle. Elle étoit moins propre aux rôles de soubrettes de convention, genre qui n'a guères été mis sur la scene qu'après Molière; mais dans les Nicole, elle entraînoit par la vérité spirituelle de son jeu; elle étoit enfin du petit nombre de ceux dont la mémoire survit à leur perte, & Thalie doit honorer sa cendre de quelques pleurs.
BELLEFOND, Voyer GIRGAULT.
BELLEFOREST, (François de) né au village de Sarzan près de Samatan en Guienne, l'an 1530, étudia d'abord en droit à Touloufe. Mais la carrière fatigante du barreau n'ayant pas tardé à lui déplaire, il l'abandonna. Il avoit une grande facilité à faire de méchans vers; il en enfanta pour toute la noblesse de Touloufe & des environs, qui lui donna de l'encens & des soupers. Après avoir passé sept ou huit ans à Touloufe, toujours rimaillant & toujours mendiant le sonnet à la main, il vint produire ses talens dans la capitale. Il fréquenta les écoles célèbres, rechercha l'amitié des beaux esprits, s'infinua dans les maisons des grands; mais sa fortune n'en fut pas moins médiocre. Il fut cependant en quelque estime sous les règnes de Charles IX & de Henri III, & cette estime lui procura la qualité d'historiographe de France; mais il la perdit par le peu d'exactitude que l'on remarqua dans ses productions. Il mourut à Paris le 1er janvier en 1583, à 53 ans, dans un état qui n'étoit guères au-dessus de l'indigence. Cet auteur fut d'une fécondité affomment : il s'exerça dans tous les genres, sacré, profane, grave, sérieux, amusant, &c. Historien sans discernement & sans goût, il gâta presque tout ce qu'il toucha : Poète du dernier rang, il rampa plutôt qu'il ne monta sur le Parnasse. Force par la faim & par les besoins de sa famille, à chercher de l'argent, il écrivit, parce qu'il n'avoit pas l'esprit & le moyen de faire autre chose. Il inonda le public d'une foule de livres nouveaux, qui n'avoient rien de nouveau. Il étoit si fécond, qu'on disoit qu'il avoit des moules à faire des livres; mais on ne disoit pas qu'il en eût à en faire de bons. Parmi la multitude de ses ouvrages, dont plusieurs sont in-folio, nous ne ferons que citer les suivans. I. L'Histoire des neuf Rois de France qui ont eu le nom de CHARLES, in-fol. II. Les Histoires tragiques, 1616 & années suivantes, en 7 vol. in-16. III. Histoires prodigieuses, à Lyon, 1598, 7 vol. in-16. IV. Les Annales, ou l'Histoire générale de France, Paris 1600, 2 vol. in-folio. Il y a des choses singulières, mais le style en est embrouillé, & il faut avoir beaucoup de courage pour chercher une paillette d'or dans ce tas de sable. Belleforest a poussé son Histoire jusqu'en 1574; & Gabriel Chapuis l'a continuée jusqu'en 1590. Cette suite se trouve dans l'édition que nous avons indiquée. Voy. BOISTUAU. I. BELLEGARDE, (Roger de Saint-Lary, seigneur de) d'une maison connue depuis le quinzième siècle, fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique. On l'envoya étudier à Avignon, où il tua un de ses compagnons d'étude. Le maréchal de Thermes, son grand-oncle maternel, le reçut auprès de lui, l'employa, & le fit son héritier. Il se distingua dans plusieurs batailles. Henri III le fit maréchal de France en 1574, lui donna le marquise de Saluces, & plus de trente mille livres de rente, en biens d'église ou en pensions, & l'éleva aux honneurs qui pouvoient flatter un courtisan. Brantôme dit, qu'on ne l'appelloit à la cour que le Torrent de la faveur. Ce fut par le conseil de ce maréchal, vendu au duc de Savoie, que Henri III lui restitua Pignerol, Savillan & la Pérouse. Bellegarde ayant perdu sa faveur, se retira en Piémont dans son gouvernement l'an 1570, avec le projet de s'y rendre indépendant : ce qu'il exécuta en effet, sans que le roi, occupé pour lors d'affaires plus essentielles, plongé d'ailleurs dans la molleffe & de plaisirs, essayât de l'empêche, et étoit secrètement soutenu au roi d'Espagne & du duc de Savoie, qui lui fournissoient de l'argent. Il ne jouit pas long-temps de sa nouvelle souveraineté, étant mort à la fin de cette même année, non sans qu'on soupçonnât Catherine de Médicis de l'avoir fait empoisonner. Bellegarde avoit épousé la veuve du maréchal de Thermes, son oncle. Il l'avoit adorée durant la vie de son premier mari ; & il la traita mal, dès qu'elle fut devenue sa femme. — Il ne faut pas le confondre avec Roger de BELLEGARDE, l'un de ses descendants, duc & pair & grand écuyer de France ; qui fut comblé de biens & d'honneurs par les rois Henri III, Henri IV & Louis XIII. Il mourut en 1646, à 85 ans, sans laisser de postérité. Il s'étoit démis en 1639, en faveur de Cinq - Mars, de la charge de grand écuyer. La place de premier gentilhomme de Gaston d'Orléans, qu'il occupa, lui fit essuyer des désagréments & des disgraces, parce qu'il fut obligé d'entrer quelquefois dans les vues de ce prince, enneni déclaré du cardinal de Richelieu, & de paroître partager ses fautes. Il avoit été d'abord l'amant de Gabrielle d'Estrée, dont il vanta les charmes à Henri IV, qui la lui enleva & qui l'exila. Pour revenir à la cour, il épousa Mlle. de Racan, nièce du célèbre poète de ce nom. Ses biens passèrent à la maison de Gondrin, par le mariage de sa sœur. Les agrémens de son esprit & de sa figure furent la principale origine de sa fortune. Il avoit la franchise gauloise, jointe à l'uchanité françoise; & quoiqu'il partit fort dissipé & ami des plaisirs, il étoit d'un excellent conseil. Henri IV le combla de faveurs ; mais il fut quelquefois résister à ses demandes. Bellegarde lui demandant la grace de la Martinière, assassin & ravisseur de sa sœur, le roi lui répondit en colère : Après qu'on lui aura rompu les bras & les jambes, & jeté son corps au feu, je vous en donne bien volontiers les cendres. — Ventre-sins-gris, dit-il à un autre seigneur qui sollicitoit la même grace, j'ai assez de péchés sur ma tête, sans y mettre encore celui-là. Gabrielle d'Estrée ne fut pas la seule maîtresse de Bellegarde. Il inspira des sentimens très - tendres à Mlle. de Guise, qui trouva une rivale dans Mad. de Guise, sa mère.
II. BELLEGARDE, (Jean Baptiste Morvan de) né en 1648, à Pithyriac dans le diocèse de Nantes, se fit Jésuite, & le fut pendant 16 ou 17 ans. On prétend que son attachement pour le Cartésianisme, dans un temps où il n'étoit pas encore à la mode, l'obligea de sortir de la société. Depuis, il ne cessa d'enfanter volumes sur volumes. Il employoit le produit de ses ouvrages à son entretien & à des aumônes. Il mourut dans la communauté des Prêtres de S. François de Sales, le 26 avril 1734, à 86 ans. On a de lui des Traductions de plusieurs ouvrages des Peres, de S. Jean-Christofisme ; de S. Basile, de S. Grégoire de Nazianze, de S. Ambroise ; &c. des Œuvres de Th. a Kempis ; de l'Apparatus Biblicus, in-8. Elles sont, pour la plupart, infidelles. Ses versions des auteurs profanes, des Héroïdes d'Ovide & d'autres poètes, ne sont pas plus estimées. On a encore de lui la Version de l'ouvrage du vertueux las Casas, sur la destruction des des Indes, 1697, in-12; & diverses productions de morale. I. Réflexions sur ce qui peut plaire & déplaire dans le monde. II. Réflexions sur le ridicule. III. Modèles de Conversations, & autres écrits moraux, qui forment quatorze petits volumes. Ils se sentent de la précipitation avec laquelle l'auteur les composoit. On lui doit une Histoire universelle des Voyages, 1707, in-12. Elle ne porte pas son nom. L'abbé de Bellegarde avoit de la facilité dans le style, & quelquefois de l'élégance; mais ses réflexions ne sont que des moralités triviales, sans profondeur ni finesse.
BELLE-ISLE, (le Maréchal de) Voyer FOUQUET.
BELLENGER, (François) docteur de Sorbonne, naquit dans le diocèse de Lisieux, & mourut à Paris le 12 avril 1749, à 61 ans. Il possédoit les langues mortes & les langues vivantes. On a de lui: I. Une Traduction exacte de Denys d'Halicarnasse, 1723, 2 vol. in 4° II. Une Traduction de la Suite des Vies de Plutarque, par Rowe. III. Un Essai de Critique des ouvrages de Rollin, des traducteurs d'Hérodote, & du Dictionnaire de la Martinière, in-8°, avec une Suite. Cet ouvrage, quoique écrit pesamment, est estimé. Il résulte de la première partie, que Rollin n'entendoit que soiblement le Grec, & qu'il s'approprioit souvent les auteurs françois sans les citer. Les deux autres parties sur les traducteurs d'Hérodote & sur la Martinière, ne sont ni moins justes, ni moins savantes. Il a laissé en manuscrit une Version françoise d'Hérodote, avec des notes pleines d'érudition. Ses traductions sont fidelles; mais il n'avoit ni la douceur ni l'élégance de style de ce même Rollin, qu'il surpassoit en connoissance du Grec.
BELLEO, (Charles) de Raguée, religieux de l'ordre des Mineurs conventuels, mort en 1480, fut tout à la fois théologien & poète. On lui doit: I. De secundarum intentionum naturâ. II. Traclatus de multiplicis sensu Scriptura. III. Carmina varia. IV. Un Dialogue italien pour la défense de la Jérusalem délivrée. — Théodore, son frère, professa la médecine à Padoue où il mourut en 1600, après avoir publié un Commentaire sur les Aphorismes d'Hippocrate.
BELLÉROPHON, (Mythol.) fils de Glancus, roi de Corinthe, tua son frère par mégarde. Sténobée, femme du roi d'Argos, chez qui il se retira après ce malheureux accident, devint éperdument amoureux de lui. Ce jeune prince n'ayant pas répondu à ses désirs, Sténobée s'en vengea, en l'accusant auprès de son mari d'avoir voulu lui faire violence. Præus, son époux, envoya le héros accusé à Iobates roi de Lycie, père de Sténobée, pour le faire périr. Bellérophon échappa à tous les dangers auxquels on l'exposa, par sa valeur & sa prudence. Il dompta la Chimère, (Voy. CHIMÈRE) monté sur le cheval Pegâse, gagna l'amitié d'Iobates par ses belles actions, épousa sa fille Philonoë, & fut déclaré son successeur. On le surnommoit Hipponous, comme étant le premier qui eut enseigné aux hommes l'art de conduire les chevaux par le moyen de la bride. I. BELLET, (Charles) membre de l'académie de Montauban, bénéficier de la cathédrale de cette ville, étoit né en Querci, & mourut à Paris en 1771. Plusieurs prix remportés à Marseille, à Bordeaux, à Pau, à Rouen, ses connoissances littéraires et ecclésiastiques, & la pureté de ses mœurs, le firent respecter à Montauban. On a de lui : I. L'Adoration Chrétienne dans la dévotion du Rosaire, 1754, in-12. II. Quelques Pièces d'éloquence. III. Les Droits de la Religion sur le cœur de l'homme, 1764, 2 vol. in-12.
II. BELLET, (Isaac) mort à Paris en 1778, se livra à la profession de médecin, & devint inspecteur des eaux minérales de France. Outre quelques écrits relatifs à sa profession, sur le Syrop mercuriel, & le Pouvoir de l'imagination des Femmes enceintes, il a publié une Histoire de la Conjuration de Caillia, 1752, in-12. I. BELLI, (Mythol.) divinité des Quocas, peuple de l'intérieur de la Guinée. Ses prêtres ont des écoles où ils élèvent la jeunesse, & lui apprennent des hymnes en l'honneur de Belli. Quiconque offenseroit ce Dieu, feroit puni de mort subite & violente.
II. BELLI, (Valère) littérateur de Vicence dans le 16e siècle, a publié divers Opuscules, & entr'autres l'Éloge d'André Palladio. — Honorius BELLI, médecin de la même ville, se distingua par ses connoissances en botanique. Il décrivit les plantes de l'isle de Candie, & fut en grande correspondance avec Clusius.
BELLIÈRE, Voy. II. CHATEL.
BELLIÈVRE, (Pompone de) d'une famille originaire de Lyon, dont le premier nom étoit Bec-de-Lièvre, naquit dans cette ville en 1529. Il étoit fils d'un premier président au parlement de Dau- phiné, & petit-fils de l'intendant du cardinal de Bourbon, archevêque de Lyon : c'est de là que vint le crédit & la fortune de sa famille. Pompone de Bellièvre fut président au parlement de Paris en 1579. Il servit ensuite l'État en diverses ambaffades, sous Charles IX, Henri III, Henri IV, chez les Grisons, en Allemagne, en Angleterre, en Pologne, en Italie. Il se signala sur-tout à la paix de Vervins; & Henri IV, pour le récompenser de son zèle, le fit chancelier en 1599. La fortune des cours est chancelante. Henri, sur la fin de 1604, lui ôta les sceaux. Bellièvre demeura chancelier & chef du conseil : foible consolation pour un homme, qui, quoique âgé, avoit encore tout son esprit, & plus de vigueur qu'il n'en falloit pour s'acquitter de ses devoirs. Tout sage qu'il étoit, il ne put s'empêcher de dire à Bassompierre : « J'ai servi les rois tant que j'ai pu le faire; & quand ils ont cru que je n'en étois plus capable, ils m'ont envoyé reposer. Je donnerai ordre à mon salut, chose à laquelle leurs affaires m'avoient empêché de penser. Un Chancelier sans sceaux est un Apothickire sans sucre. » Un surcroît de chagrin, c'est qu'on ne les lui ôta que pour les donner à Brûlant de Silleri, son rival en talens, en réputation. Ces deux magistrats étoient recommandables par leurs ambaffades. Tout sembloit égal dans l'un & dans l'autre, étude, éloquence, habileté; mais ils parvenoient à leur but d'une manière différente. Bellièvre étoit plus éclairé, & Silleri plus fin. L'un avoit une fermeté d'ame qui ne ploit jamais, & l'autre une honnêteté à laquelle rien ne résistoit. Bellièvre étoit fier & austère, c'étoit le fléau des méchans; & B E L 195 Silleri, la consolation & le refuge des malheureux. Le premier avoit trop de feu, & quelquefois par présomption il précipitoit les affaires : l'autre, moins vif, agissoit sans empressement ; on disoit de lui, qu'il avoit le visage tranquille & l'esprit toujours inquiet. — Bellièvre mourut à Paris le 7 septembre 1607, âgé de 78 ans. Le P. Lallemant Genovésain, a publié son Éloge funèbre, in-4.º Pomponé de Bellièvre laissa un fils, NICOLAS, qui fut procureur-général au parlement de Paris. Celui-ci étoit un bon homme, qui aimoit un peu trop le vin : ses valets le couchoient tous les jours, sans qu'il se sentit mettre au lit. Voyez le Tome 1er des Mémoires d'Amelot de la Houffale. — Il y a eu de la même famille : I. Un premier président au parlement de Paris, sous Louis XIV, mort le 23 mars 1657 sans postérité. On lui doit l'établissement de l'Hôpital-général de Paris. Avant lui, la plupart des pauvres vivoient sans secours spirituels ni temporels : il leur fit bâtir un affle, où l'on soigna leurs corps & où l'on travailla au salut de leurs ames. Bellièvre exerça sa charge de premier président avec beaucoup d'application & d'intégrité. On lui reprocha seulement son goût pour les femmes, qui furent pour lui un grand objet de dépense. Il vivait avec magnificence, & pouvoit le faire : son épouse, fille de Bullion surintendant des finances, lui avoit apporté huit cent mille livres. Bellièvre avoit été ambassadeur en Angleterre & en Hollande, &, sur ces différens théâtres, il fit paroître de la prudence, de la politique & de la dignité. II. Deux prélais qui aimoient les lettres & les cultivoient ; ils furent l'un & l'autre archevêques de Lyon. I. BELLIN, (Gentil) peintre de Venise, apprit son art sous Jacques Bellin son père. Il fut demandé par Mahomet II à la république, & fit plusieurs tableaux pour cet empereur. On a parlé sur-tout de celui de la décollation de S. Jean-Baptiste. On a raconté à ce sujet une anecdote, qu'on trouve dans presque toutes les Histoires des Peintres ; mais qu'un auteur célèbre a mise au rang des contes improbables. Mahomet trouva, dit-on, son tableau de la décollation de St. Jean fort beau ; il lui parut seulement que les muscles & la peau du cou séparé de la tête, n'étoient point suivant l'effet de la nature. Il appela de suite un esclave, auquel il fit couper la tête pour donner une leçon au peintre. D'autres affurent que Bellin empêcha cette barbarie, & qu'il dit au Sultan : Seigneur, dispensez-moi d'imiter la nature en outrageant l'humanité. Soit que Mahomet II ait commis, ou non, cette cruauté, on ajoute que Bellin demanda son congé, de peur que sa tête ne servit de leçon un jour à quelque meilleur peintre que lui. Mahomet, tout à la fois rémunérateur des artistes, & tyran de quelques-uns de ses sujets, lui fit présent d'une couronne de trois mille ducats, & le renvoya avec des lettres de recommandation pour la république, qui lui donna une pension & le fit chevalier de Saint-Marc. Il mourut à Venise en 1501, à 80 ans.
II. BELLIN, (Jean) frère du précédent, avoit un pinceau plus doux & plus correct que Gentil. Ils travailloient de concert à ces magnifiques tableaux qui sont dans la salle du conseil à Venise. Jean fut un des premiers qui peignit à l'huile. Il publia ce secret, après 196 BEL l'avoir volé à *Antoine de Messine*, chez lequel il s'étoit introduit déguisé en noble Venitien. Il mourut en 1512, à 90 ans.
III. BELLIN, (Jacques-Nicolas) ingénieur-géographe de la marine, membre de la société royale de Londres, né à Paris en 1703, mourut le 21 mars 1772. Personne n'a mieux rempli les fonctions de son état. Il a mis au jour sous le nom d'*Hydrographie Françoise*, une fuite de Cartes marines, dont le nombre monte à quatre-vingts. *Essais géographiques sur les Isles Britanniques*, in-4°, — *sur la Guyane*, in-4°; — *sur les Antilles* — *sur l'isle de Saint-Domingue*; — *sur celle de Corse*; — *sur le golfe de Venise* & la *Morée*. *Le Petit Atlas Maritime*, 4 vol. in-4°. *L'Enfant géographe*, ou *Nouvelle méthode d'apprendre la géographie*, 1769, in-4°. *Le Neptune François*, 1783, in-fol. *L'Histoire du Japon du Père Charlevoix* renferme encore plusieurs *Mémoires de Bellin*. C'étoit un auteur très-laborieux.
BELLINCIONI, (Bernard) poète de Florence dans le 15$^{e}$ siècle, fut le confident & l'ami de *Louis Sforce*, dit le *More*, duc de Milan, qui le combla d'honneurs, & lui accorda la couronne confacrée aux grands poètes. Ses *Poésies* furent imprimées à Milan en 1493.
BELLING, (Richard) Irlandois, attaché à la fortune de *Charles I*, fut obligé de se retirer en France pour éviter la vengeance de *Cromwell*. Lorsque *Charles II* fut rétabli, il rappella *Belling*, & lui fit reftituer ses biens. Ce dernier mourut à Dublin en 1677. Pendant son séjour en France, il publia, sous le nom de *Philopator Irenæus*, une *Histoire* des troubles de l'Irlande, depuis 1641 jusqu'en 1649. Elle est en latin. Cet ouvrage ayant été critiqué, il en publia l'*Apologie*, Paris, 1654, in-8°.
BELLINI, (Laurent) né à Florence, mourut dans cette ville le 8 janvier 1703, âgé de 60 ans. Il professa la médecine avec succès à Pise, & devint médecin du grand-duc. Ses *Ouvrages* ont été imprimés en 2 vol. in-4°, Venise, 1732. On a encore de lui : I. *Exercitatione anatomicae*, à Leyde, 1726, in-4°. II. *Opuscula de motu cordis*, &c. ibid. 1737, in-4°, fig. Cet auteur avoit quelque chose de singulier dans son style & dans la manière de traiter les matières. Il s'attachoit trop à faire valoir ce qu'il trouvait de surprenant dans les manœuvres de la nature. Il introduisit une théorie sur les fièvres, qui fut généralement reçue au commencement de ce siècle, mais qui a été abandonnée par plusieurs. Il fit quelques découvertes en anatomie, & crut en avoir fait quelques autres qui n'étoient pas nouvelles.
BELLO, (Nicolas) né à Mazzara, publia en 1615 à Frankfort des *Dialogues politiques*, & deux volumes de *Panégyriques*.
BELLOCQ, (Pierre) né à Paris, valet de chambre de *Louis XIV*, plaisoit par son esprit, par ses faillies, par sa physionomie. Il étoit ami de *Molière* & de *Racine*. Il écrivit contre la *Satire des Femmes de Despréaux*; mais il se réconcilia ensuite avec lui. Ses *Satires* des *Petits-Maîtres* & des *Nouvellistes*, pleines de feu, eurent quelque succès; de même que son *Poeme sur l'Hôtel des Invalides*. Il mourut le 4 octobre 1704, à 59 ans. I. BELLOI, (Pierre) avocat général au parlement de Toulouse, naquit à Montauban, d'une famille B E L 197 catholique. Son attachement au parti Royaliste dans le temps de la Ligue, le fit accuser d'être un hérétique & un brouillon. Henri III, dont il soutenait la cause dans son Apologie Catholique contre les Libelles publiés par les Ligués, le fit mettre en prison l'an 1587; Henri IV, plus juste, le tira du préfiéral où il n'étoit que conseiller, pour lui donner la charge d'avocat-général du parlement. Il laissa plusieurs ouvrages, peu connus aujourd'hui.
II. BELLOI, (Pierre-Laurent Buyrette du) de l'académie Françoise, naquit à Saint-Flour en 1727. Il fut élevé. Paris chez un de ses oncles, à l'ebre avocat au parlement. Après avoir fait ses études avec distinction au Collège-Mazarin, il entra dans la carrière du barreau. Il ne faisoit que se prêter malgré lui aux volontés de son oncle. Entraîné par une passion violente pour les lettres, & désespérant de pouvoir fléchir son bienfaiteur, homme sévère & absolu, il s'expatria & alla exercer en Russie la profession de comédien, pour se dispenser d'exercer à Paris celle d'avocat. De retour dans cette capitale en 1758, il fit jouer sa tragédie de Titus, imitation de la Clemença di Tito de Métafsafe. Cette copie d'une pièce assez foible, n'est qu'une ébauche très-légère des traits mâles de Corneille, dont l'auteur tâchoit d'imiter le style. Elle tomba à la première représentation; & on n'y applaudit pas même une longue tirade sur une convalescence de Titus, faite pour rappeler celle de Louis XV, qui venoit d'être dangereusement malade à Metz. Du Belloi donna ensuite Zelmire, imitée aussi de l'Isipile de Métafsafe. Il y accumula les situations les plus violentes & les coups de théâtre les plus frappants. Elle eut du succès, quoique ce ne soit qu'un roman absurde & mal écrit, qui dut les applaudissements des spectateurs à l'illusion de la scene & aux grands talens de la Clairon, qui y parut avec éclat. Le siège de Calais, tragédie qu'il fit jouer en 1765, fut une époque brillante dans sa vie. Cette pièce, qui offre un des événements les plus frappants de l'histoire de France, mérita de justes récompensés à l'auteur. Le roi lui fit donner une médaille d'or du poids de vingt-cinq louis, & une gratification considérable. Les magistrats de Calais lui envoyèrent des lettres de citoyen dans une boîte d'or, avec cette inscription: Laureum tulit, civicum recipit; & son portrait fut placé à l'hôtel de ville parmi ceux de leurs bienfaiteurs. On devoit ces témoignages de reconnoissance à un poète qui donnoit à ses confrères l'exemple de puifer leurs sujets dans l'histoire de la nation; & il les auroit encore mieux mérités, s'il eût soigné sa verification, trop souvent incorrecte, dure, ampoulée. Le duc d'Ayen critiquoit cette pièce: « Est-il vrai, lui dit un jour Louis XV, que vous n'aimez pas le Siège de Calais? je vous croyois meilleur François. » Ah! Sire, répondit le courtisan, je voudrois qu'il fût aussi bon François que moi! Le style, cette partie essentielle, manquoit absolument à du Belloi; mais ce défaut ne doit pas empêcher de rendre justice aux grands traits aux sentimens nobles & généreux, aux situations pathétiques, surtout du cinquième acte, qui firent la fortune du Siège de Calais. Voltaire, qui écrivit les lettres les plus flatteuses à l'auteur, n'auroit pas dû rétracter ses éloges après sa mort; & si l'on exalta trop d'abord cette tragédie, on l'a trop rabaisée. depuis. Les vers qui réaffirent le plus à la cour, le jour de la première représentation de cette pièce, furent ceux-ci : Quelles leçons pour vous, superbes potentats, Veillez sur vos sujets dans le rang le plus bas ; Tel qui, sous l'oppresseur, loin de vos yeux expire, Peut-être quelque jour eût sauvé votre empire. Gaston & Bayard, dont le plan offre plusieurs fautes contre la vraisemblance, n'excita point une sensation aussi vive que le Maire de Calais. Les deux principaux caractères y sont défigurés. Le jeu Gaston, dit un critique célèbre, est sage comme un vieux capitaine, tandis que Bayard est étourdi comme un jeune officier. L'auteur dans cette tragédie fit une grande dépensé d'esprit, pour décrire en vers ces mines qui renferment le sulpètre, & d'où l'art militaire fait sortir le ravage & la mort. On trouva sa description si em- brouillée, qu'on lui fit la malice de l'inferer dans le Mercure de France, à l'article des Enigmes. — Gabrielle de Vergi, applaudie hors de propos, dans sa nouveauté, est inférieure à Bayard. Gabrielle offre un excès d'horreur qui passe le but, & ne peut procurer d'atten- drissement. C'est une atrocité froide, qui fatigue l'âme sans l'émouvoir. La coupe d'Atrée produit l'effroi ; mais le vase qui renferme le cœur langlant de l'amant de Gabrielle, révolte le spectateur sensible & le fait fuir. — Pierre le Cruel, mort dès sa naissance, est ressuscité après la mort de l'auteur. On trouve dans cette pièce un assez beau rôle, celui d'Edouard, une scène très- théâtrale entre les deux frères qui se disputent la couronne, quelques beaux vers unis à des pensées fauées, & un dénouement sans chaleur & sans vraisemblance. L'auteur connoissoit assez bien quelles étoient les situations pro- pres à produire un grand effet ; mais il n'avoit pas toujours l'art de les préparer & de les amener d'une manière naturelle. Il substi- tua les coups de théâtre extraor- dinaires au pathétique simple & vrai, & les petits ressorts à l'élo- quence du cœur ; par là il con- tribua à dégrader & à avilir la scène Françoise. La chute de Pierre le Cruel fut fatale à sa sen- tralité extrême, & précipita la de ses jours. Il fut attaqué une maladie de langueur qui dura plusieurs mois, & qui épuisa ses médiocres ressources. Louis XVI, devant qui on jouoit pour la pre- mière fois le Siège de Calais, appre- nant le triste état de l'auteur de cette pièce, lui envoya cinquante louis. Les comédiens, par une générosité louable, donnèrent une représentation de la même tragédie au profit du poète moribond. Il ex- pira peu de temps après, le 5 mars 1775, à 53 ans, justement regretté par ses amis, qui trouvoient en lui la bonté du caractère & la chaleur de l'amitié. On a reproché à l'auteur trop de prétention, de l'humeur contre les gens de lettres, qui, suivant lui, ne rendoient pas justice à ses talens, & sur-tout un amour propre d'autant plus ex- trême, qu'il ne le soupçonnait pas, & qu'il dit dans une de ses préfaces : on fait que je suis modeste. Gaillard, de l'académie Françoise, a publié ses Œuvres en 1779, en 6 vol. in 8. On y trouve ses Pièces de Théâtre, dont trois sont suivies de Mémoires Historiques pleins d'érudi- tion, avec des observations in- téressantes de l'éditeur ; diverses Pièces fugitives en vers durs & B E L 199 liches, enfantés la plupart en Russie, & qu'on auroit pu y laisser; & la Vie de l'auteur, par l'éditeur. Ce dernier morceau est à la tête de la collection, & ne la dépare point. Ennemi de tout esprit de parti, du Belloï difoit : Je suis tolérant, même envers les intolérants, afin de l'être avec tout le monde. Je ne hais que les perjécouteurs.
BELLONE, (Mythol.) déesse de la guerre, étoit sœur, d'autres disent femme du dieu Mars. Elle avoit des temples & des prêtres qui l'appaióient par leur sang, en se faisant des incisions aux bras & aux cuisses avec des couteaux. Les Poètes la représentent armée d'un casque & d'une cuirasse, les cheveux épars, une pique ou une torche à la main. On lui donne aussi quelquefois un fouet, pour animer les troupes au combat. C'étoit dans le temple qu'elle avoit à Rome, que le sénat recevait les ambaffadeurs des puissances alliées; & c'étoit à la porte de ce temple qu'on voyait la petite colonne Bellica, à laquelle on lançoit un javelot toutes les fois qu'on déclarait la guerre.
BELLONI, (Jean) chanoine de Padoue & professeur de morale dans l'université de sa patrie, a publié une Dissertation sur l'Antre des Natades dont parle Homère. L'académie des Ricovraï la fit imprimer. — Paul BELLONI, sénateur de Milan où il mourut en 1625, a laissé divers Traités de droit, & entr'autres un sur les teftamens. — Jérôme BELLONI, célèbre banquier de Rome, acquit par ses lumières & sa probité un crédit immense, & sur honoré par le pape Benoît XIV du titre de marquis. Il mourut en 1760. Son Efraï sur le commerce, im- primé d'abord à Rome en 1750, obtint plusieurs éditions. Celle de Venise en 1757, est augmentée d'une Lettre de l'auteur sur les monnoies idéales. Cet écrit a été traduit en allemand, en anglais & en français.
BELLORI, (Jean-Pierre) né à Rome, mort en 1696, à 80 ans, tourna ses études du côté des antiquités & de la peinture. Ses principaux ouvrages sont : I. L'Explication des Médaillons les plus rares du Cabinet du cardinal Campagne, auquel Bellori étoit attaché; publiée à Rome 1607, in-4°, en italien. II. Les Vies des Peintres, Architectes & Sculpteurs modernes; à Rome 1672, in-4°, en italien. Cet ouvrage, que l'auteur n'acheva pas, est estimé, quoiqu'il ne soit pas toujours exact, & il est devenu rare. III. Description des Tableaux peints par Raphael au Vatican; à Rome 1695, in-fol. en italien : livre curieux & recherché des peintres. IV. L'Antiche Lucerne fepolerali, avec figures, en italien, 1694, in-fol. V. Gli Antichi Sepoleri, 1699, in-fol. ou à Leyde 1718, in-fol. Ducker a traduit ces deux ouvrages en latin, Leyde 1702, in-fol. VI. Veteres Arcus Augustorum, Leyde 1690, in-fol. VII. Admiranda Roma antiqua vestigia, Rome 1693, in-fol. VIII. Seconde édition de l'Historia Augusta d'Angeloni, Rome 1685, in-fol; traduit en latin, Rome 1738, in-fol. IX. Fragmenta vestigia veteris Roma; 1673, in-fol. X. La Colonna Antoniniana, in-fol. XI. Pitture del Sepolero dei Nasoni, 1680, in-fol. XII. Imagines veterum Philisophorum, Rome 1685, in-fol. Tous ces ouvrages sont recherchés des antiquaires. La reine Christine lui confia la garde de sa bibliothèque & de son cabinet.
BELLOROSIO, (Thomas) chanoine de Palerme, mort en 1535, est auteur d'un ouvrage de théologie, sur les 7 ordres d'Anges qui entourent le trône de l'Éternel. Il le dédia à Charles V, & le fit imprimer à Palerme, 1535 in-4.º
BELLUTI, (Bonaventure) Franciscain, mort à Catane sa patrie en 1676, voyagea long-temps, & professa la philosophie à Cracovie & dans plusieurs villes d'Italie. On lui doit: I. des Mélanges de morale. II. Un Cours de philosophie. III. Une Logique. IV. Disputationes in organum Aristotelis, in-8.º V. D'autres Observations sur les ouvrages d'Aristote, sur la physique, l'ame, le ciel, le monde, les météores, la génération & la corruption. Ils sont tous écrits en latin, & imprimés à Venise en 1688.
BELMONT, (Aimeri de) Troubadour, qui vivait en 1230 à la cour du comte de Provence, celebra dans ses vers la comtesse de Sobiras. Ceux-ci ont de la délicatesse & plus d'élégance que les autres poésies de son temps. « On ne croira plus, dit-il, que les chagrins, les soupirs, les gémissemens, les larmes, les tourmens, les veilles & les passions long temps malheureuses puissent abréger les jours, puisque les miens ne sont pas finis. Non, je n'ai point foi à la mort d'André de France; nul amant ne souffrit jamais ce que j'ai éprouvé plus de cinq années entieres auprès de celle que j'aime. La plus grande faveur que j'en aie obtenue est de ne pas me haïr, tandis que j'aime mieux être à elle, que d'avoir sans elle l'empire du monde. Je trouve plus de douceur à la désirer, que dans toute jouissance. Son mérite est si éclatant, sa jolie personne si pleine de graces & de perfections, que celui qui voudroit les décrire, paroîtroit un conteur de fables. De même que la mer reçoit toutes les eaux du monde, de même elle en réunit toutes les vertus, tous les talens. »
BELMONTI, (Pierre) né à Rimini en 1537, mort en 1592, cultiva la poësie, & a laissé un petit Traité sur les devoirs des épouses, qu'il composa pour l'instruction de sa fille.
BELON, (Pierre) docteur en médecine de la faculté de Paris, naquit vers 1518 dans le Maine. Il voyagea en Judée, en Grèce, en Arabie, & revint en 1550. Il publia en 1555, in-4º, une Relation de ce qu'il avoit remarqué de plus considérable dans ces pays. Il composa plusieurs autres ouvrages peu communs, & qui furent recherchés dans le temps, pour leur exactitude, & pour l'érudition dont ils sont remplis. Les principaux sont: I. De Arboribus coniferis, Paris, 1553, in-4º, fig. II. Histoire des Oiseaux, 1555, in-fol. Cette édition est rare, & très-recherche. III. Portraits d'Oiseaux, 1557, in-4º IV. Histoire des Poissons, 1551, in-4º, figures. V. De la nature & diversité des Poissons, 1555, in-8º. Le même en latin, 1553, in-8º, &c. Il préparoit de nouveaux livres, lorsqu'un de ses ennemis l'assassina près de Paris, en 1564. Henri II & Charles IX lui avoient accordé leur estime, & le cardinal de Tournon son amitié. Ce prélat le mit en état, par sa générosité, de soutenir les dépenses de ses voyages.
BELOT, (Jean) de Blois, avocat au conseil privé de Louis XIV, composa une Apologie de la Langue Latine, Paris, 1637, in-8º, dans laquelle il vouloit prouver qu'on ne devoit pas se servir de la Françoise dans les ouvrages savans. B E L 201 Une de ses raisons, c'est qu'en communiquant au peuple le secret de certaines sciences, on a produit de grands maux. Cet écrit, de quatre-vingts pages, est dédié à Séguier, chancelier de France. Ménage, dans sa Requête des Dictionnaires, dit : Que la charité de Belot envers le Latin étoit d'autant plus recommandable, qu'il n'avoit pas l'honneur de le connoître ; & qu'il étoit semblable à ces Chevaliers, qui se battoient pour des inconnus.
BELPRATO, (Jean-Vincent) comte d'Averfe, originaire d'une famille noble de Valence qui passa à Naples, sous le règne d'Alphonse I, traduisit dans le 16e siècle plusieurs ouvrages en italien, entr'autres, l'Histoire Romaine de Sextus Rufus, le Dialogue de Platon sur le mépris de la mort, et les Œuvres de Solin ; Venise, 1557.
BELSUNCE, (Henri-François-Xavier de) d'une famille noble & ancienne, né au château de la Force en Périgord, le 4 décembre 1671, fut d'abord Jésuite, & ensuite évêque de Marseille en 1709. Il signala son zèle & sa charité durant la peste qui désola cette ville en 1720 & 1721, & dont J. Bertrand a publié la Relation, in-12. Il couroit de rue en rue, pour porter les secours temporels & spirituels à ses ouailles. Ce nouveau Borromée sauva les tristes restes de ses diocésains par cette générosité héroïque. Pope a célébré son dévouement dans ces vers : Lorsqu'aux champs de Marseille un air contagieux, Portoit l'affreuse mort sur ses rapides ailes, Pourquoi toujours en buste à ses flèches mortelles, Un Prélat s'exposant pour sauver son troupeau, Marche-t-il sur les morts sans descendre au tombeau ? Le roi l'ayant nommé en 1723 à l'évêché de Laon duché-pairie, il refusa une église si honorable, pour ne pas abandonner celle que le sacrifice de sa vie & de ses biens lui avoit rendue chere. Il fut dédommage de cette dignité, par le privilège de porter en première instance, à la grand-chambre du parlement de Paris, toutes ses causes, tant pour le temporel que pour le spirituel de ses bénéfices. Le pape l'honora du Pallium. Il mourut le 4 juin 1755. Il fut toujours attaché à la société dont il avoit été membre, & s'en laissa quelquefois gouverner. Il fonda à Marseille le collège qui porte son nom. On a de lui l'Histoire des Évêques de Marseille, des Instructions Pastorales, & des ouvrages de piété, publiés pour l'instruction ou la consolation de ses diocésains. On attribue ces différentes productions aux Jésuites qu'il avoit auprès de lui. Cependant il avoit publié en 1707, n'étant encore que grand-vicaire d'Agen, la Vie de Suzanne-Henriette de Foix - Candale, morte l'année précédente en odeur de sainteté : elle étoit sa tante à la mode de Bretagne.
BELTHA, (Mythol.) divinité des anciens Sabéens, en l'honneur de laquelle ils brûloient vifs des animaux & lui consacroient les trois premiers jours du mois Nijan.
BELTRAMI, (Fabrice) professeur de rhétorique à Padoue, à la fin du 16e siècle, a publié quelques écrits, parmi lesquels on peut distinguer celui où il combat l'usage des écrivains du temps de prendre des noms supposés, d'en changer à la tête de chaque ouvrage, & de répandre sous l'anonyme des injures & des inutilités.
BELTRANO, ( Octave ) né dans la Calabre extérieure, fut l'un des imprimeurs de Naples les plus célèbres. Il est auteur d'un *Poème* sur le Vésuve, & de quelques *Ouvrages* en prose, tels qu'une *Description* du royaume de Naples, une *Introduction* à l'aérologie, un *Abrégé* des Sciences propres aux médecins, aux chimistes, aux marins & aux agriculteurs. *Beltrano* vivait encore en 1640.
BELVEDÈRE, ( André ) peintre Napolitain, excella dans la représentation des fleurs & des fruits, ses tableaux sontrares & se vendent à haut prix. Il forma dans son art *Joseph Lavagne*, *Gaspard Loyer*, *Balthazar di Caro*, & *Thomas Bealfonfo*.
BELVÉSER, ( Aimeric de ) poète Languedocien, naquit au château de Leparre près de Bordeaux, & passa sa jeunesse près de *Raimond Béranger*, comte de Provence, & de son épouse *Béatrix* dont il célébra les vertus. Devenu amoureux de la belle *Barbassa*, elle devint l'unique objet de ses pensées, de ses vers & de ses chants. Celle-ci s'étant faite religieuse en 1264, il lui adressa un poème intitulé : *Amours de mon Ingrate*, & il mourut peu de temps après du chagrin de l'avoir perdue. Plusieurs bibliothèques d'Italie conservent en manuscrit des poésies de ce Troubadour.
BÉLUS, roi d'Affyrie, chassa les Arabes de Babylone, & y fixa le siège de son empire, l'an 1322 avant J. C. *Ninus*, son fils & son successeur, fit rendre à son père les honneurs divins. *Saint Cyrille* prétend que *Bélus* s'étoit fait bâtir des temples, dresser des autels, offrir des sacrifices; mais tout ce qu'on a dit de ce prince se ressent de l'incertitude qui règne dans l'histoire des temps reculés. On a prétendu que la fameuse Tour de *Babel* étoit originairement un temple consacré à *Bélus*. *Voyez* BAAL. I. BEMBO, ( Pierre ) noble Vénicien, naquit à Venise l'an 1470, de *Bernard Bembo*, gouverneur de Ravenne. Son père ayant été nommé ambassadeur à Florence, fit venir auprès de lui le jeune *Bembo*, qui y acquit ce style élégant & pur qui caractérise ses ouvrages. Il alla ensuite en Sicile, étudier la langue Grecque sous *Augustin Laceris*. Il fit son cours de philosophie à Ferrare, sous *Nicolas Leonicene*. Ce fut alors que ses *Poésies* commencèrent à se répandre. On admira la douceur de ses vers; mais on fut fâché qu'il mêlait à la pureté du langage Toican, de vieilles expressions qu'il croyait plus énergiques. On le blâma encore, d'avoir mis dans ses ouvrages la licence qui déshonorait alors sa conduite. Né avec un tempérament voluptueux, il eut trois fils & une fille, d'une femme qui étoit sa maîtresse & sa muse. Lorsque *Léon X* fut pape, il le tira de son cabinet pour le faire son secrétaire. Dès qu'il fut honoré de cette dignité, il s'attacha à la connoissance des affaires, qu'il avait fui jusqu'alors avec tant de soin. Obligé par sa place de se livrer à des occupations sérieuses, ses mœurs éprouvèrent des changements salutaires. Après la mort de *Léon X*, *Bembo* se retira à Venise, où il se partagea entre ses livres & les gens de lettres. *Paul III* l'éleva au cardinal en 1538, & lui donna l'évêché d'Eugubio & celui de Bergame. Il se conduisit en digne pafleur. Sa fanté avoit toujours été constante, à l'exception de quelques accès de goutte, plus incommodes que douloureux. Mais enfin il reffentit les infirmités de la vieilleffe ; & un coup qu'il reçut à la tête, en paffant par une porte, lui caufa une fièvre lente qui le confuma peu à peu. Il mourut le 20 janvier 1547, à 77 ans. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages, en italien & en latin, en profe & en vers. I. Seize livres de *Lettres écrites* pour Léon X, Venife 1536, in-fol. & 1552, in-8.º La manie qu'avoit le fe-cretaire de ne parler qu'en phrafes de *Cicéron*, lui fit mettre dans la bouche du père des Chrétiens, des expressions qui n'auroient convenu que dans celle d'un prêtre de Rome idolâtre. Par un pédantisme puéril, il faisoit dire au pape, annonçant sa promotion aux rois & aux princes : *Qu'il avoit été créé Pontife par les décrets des Dieux immortels*. Il appeloit JESUS-CHRIST un Héros, & la Sainte Vierge une Déffe, *DEA LAURETANA*. L'excommunication n'eſt désignée chez lui que fous le nom d'*aquá* & *igni interdiālo*, la foi fous celui de *perfuafio*. « Au reſte, dit le père *Nicéron*, l'attachement de *Bembo* au ſtyle & aux manières de parler des anciens Romains, a pu donner occafion aux contes qu'on a faits à ſon ſujet, & qui n'ont aucun fondement. Ainsi, quand *Thomas Langius*, dans ſon Diſcours contre les Italiens, dit qu'il mépriſoit les Épîtres de *Saint Paul*, & les traitoit d'*Epifcolacia* ; qu'il conſcilloit à ſes amis de ne les point lire, s'ils aimoient l'élégance du ſtyle & l'éloquence : quand d'autres prétendent, qu'ayant ſu que *Sadolet* expliquiot l'Épître aux Romains, il lui dit : *Omitte has nugas, non enim decent gravem virum tales ineptia* ; & que lui-même ne liſoit jamais la Bible & ne diſoit pas ſon bréviaire, de peur de gâter ſa belle latinité : quand *Melchior Adam* lui attribue d'avoir répondu à *George Sabinus*, qui l'aſſuroit que *Mélanchon* étoit pleinement convaincu de l'autre vie & de la reſurrection ; qu'il auroit meilleure opinion de lui, s'il ne les croyoit point ; ils ne citent aucun garant de ces faits, qui en méritoient cependant. C'eſt pour cela que *Boyle* les traite avec raiſon d'hif- toriettes inventées à plaiſir. « Ces hif- toriettes ont cedendant été répétées par quelques incrédules modernes. Mais quelle apparence qu'un fe-cretaire d'un pape, s'il a un peu de ſens, ait parlé & ait écrit comme on fait parler & écrire *Bembo* ! Il y a des choſes que les ſeules bienſéances de l'état interdifent à tout homme qui n'a pas perdu le jugement. II. *L'Histoire de Venife*, en XII livres ; Venife 1561, in-folio, écrite aſſez purement en latin, mais preſque ſans génie. On l'a accuſée d'infidélité. Un autre défaut de cet ouvrage, c'eſt que l'auteur date ſon Histoire par les années de la fondation de Venife, que ſouvent même il ne marque pas : de façon qu'on ne fait ſouvent où l'on en eſt, & à quelle année il faut rapporter les événemens. *Bembo* commença cette Histoire où *Sabellicus* l'avoit finie, & la termina à la mort du pape *Jules II. Parnia* la continua juſqu'en 1552. III. Un Poème ſur la mort de *Charles* ſon frere, plein de ſentiment, de douceur & de délicateſſe. IV. Des *Harangues*, où l'on trouve de l'é- légance, ſans élévation. V. *Epiflo- larum familiarum Libri VI*, Venife 1552, in-4.º Il y a de bonnes choſes dans ces Épîtres, que quel- ques humaniftes ont vainement dépriſées : leur plus grand défaut 204 B E M est le *Cicéronianisme*, qui étoit la folie de son temps. Les Lettres familières sont moins fardées & moins enflées que les autres; mais il n'y a que des particularités peu intéressantes à apprendre. VI. *De Imitatione*, Venife, 1520, in-4.º Il entreprit ce petit Traité, pour prouver contre les *Anti-Cicéroniens* qu'il vaut mieux imiter un seul auteur excellent, que de se nourrir de la substance des différens écrivains. Mais il établit cette opinion plutôt par des figures de rhétorique, que par des preuves concluantes. VII. *Le Rime*, Venife, 1570, in-12; Naples 1618, in-8.º C'est le recueil des Poésies Italiennes de *Bembo*, qui ont été commentées par plusieurs savans de son pays. On a recueilli toutes ses *Œuvres*, tant latines qu'italiennes à Venife 1729, en 4 vol. in-folio.
II. BEMBO, (Dardi) littérateur Vénitien du 16e siècle, a traduit en italien les *Œuvres* de *Platon*.
BÊME ou BESME, ainsi appelé parce qu'il étoit de Bohême, & dont le vrai nom étoit *Charles Dianowitz*, étoit domestique de la maison de *Guise*. Il fut le meurtrier de l'amiral de *Coligni*. Le cardinal de *Lorraine* le récompensé de ce meurtre, en le mariant, à une de ses bâtardes. Ce malheureux ayant été pris ensuite en Saintonge par les Protestins, l'an 1575, des Rochelois voulurent l'acheter pour le faire écarteler dans leur place publique. *Bême* s'échappa de sa prison. *Berthauville*, gouverneur de la place où il étoit enfermé, le poursuivit & l'atteignit. *Bême* se mit à crier, dès qu'il le vit : *Tu fais que je suis un mauvais garçon*, & lui tira un coup de pistolet. *Berthauville* l'ayant esquivé, lui répondit : *Je ne veux plus que tu le sois*, & lui passa son épée au travers du corps.
BÉMILUCIUS, (Mythol.) divinité Gauloise, dont on a trouvé une statue en Bourgogne, près de Flavigny. *Bémilucius* y est représenté jeune, sans barbe, ayant les cheveux courts, & un manteau sur l'épaule, tenant des fruits & une grappe de raisin. I. BENADAD Ier, roi de Syrie, appelé *ADAD* par *Josèphe*, étoit fils d'Héon. Il envoya du secours à *Afa* roi de Juda, contre *Baafa*, roi d'Ifraël, & contraignit ce dernier à se retirer dans son royaume vers l'an 948 avant J. C.
II. BENADAD II, roi de Syrie, fils du précédent, régnoit l'an 945 avant J. C. Il fut redouté par les princes voisins. Il tua *Achab* dans une bataille. Après quelques autres expéditions, le roi de Syrie étant tombé malade & sachant qu'*Elifée* étoit à Damas, lui envoya demander par *Hazaël*, s'il relèveroit de sa maladie ? Le prophète prédit à ce dernier qu'il feroit roi, & qu'il feroit de grands maux aux Israélites. *Hazaël* de retour assura *Benadad* qu'il guériroit de sa maladie; mais le lendemain il l'étrangla, & se fit déclarer souverain.
III. BENADAD III, succéda à *Hazaël* son père, l'an 836 avant J. C. Il fut vaincu trois fois par *Joas*. Les Syriens de Damas rendirent des honneurs divins à ce roi & à *Hazaël* son père, parce qu'ils avoient orné leur ville de temples magnifiques.
BENANA, poète Arabe, mort à Bagdad l'an 400 de l'hégire, avoit beaucoup voyagé, & a laissé un gros *Divan*, ou *Recueil* de ses poésies. Il disoit : *Les portes des appartements des Grands ou besoin* de portières ; elles font l'emblème des voiles qui couvrent leurs cœurs.
BEN - ASCHER & BEN-NEPHTALI, savans Rabbins, Juifs tous les deux de Tibériade, vécurent dans le 9e siècle, & inventèrent dans la langue Hébraïque privée de voyelles, les points qui en tiennent lieu. Ceux-ci au nombre de treize, rendent la prononciation longue, brève, ou très-rapide. Ils fervent à fixer la prononciation des consonnes, & souvent même à déterminer la signification du mot. Bustorf a prétendu que l'invention des points voyelles étoit antérieure ; mais il a été réfuté avec avantage par Louis Capel, Génébrad, Bellarmia, Scaliger, Olivetan & Villalpunde.
BENAVIDIO ou BENAVIDIUS, (Marcus Mantua) professeur de jurisprudence à Padoue sa patrie. Il fut trois fois créé chevalier : en 1545 par l'empereur Charles-Quint, en 1561 par Ferdinand I, & en 1564 par Pie IV. Ce jurisconsulte, chevalier, mourut le 28 mars 1582, à 93 ans. On a de lui : I. Colleccanea super Jus Cessarum, Venise 1584, in-folio. II. Vita Virorum illustrium, Paris 1565, in-4° ; & d'autres ouvrages, qui prouvent beaucoup d'érudition.
BENCE, (Jean) un des premiers prêtres de la congrégation de l'Oratoire de France, de la maison & société de Sorbonne, naquit à Rouen, & mourut à Lyon le 24 avril 1642, à 74 ans. On a de lui : I. Un Manuel sur le Nouveau-Testsement, en latin, à Lyon 1699, en 4 tomes in-12. II. Un ouvrage semblable sur les Épitres de Saint Paul & les Épitres Canoniques, en latin. Ces productions ont eu du cours dans le dernier siècle. L'au- teur avoit de la piété & du savoir.
BENCI, (François) Jésuite Italien, disciple de Muret, orateur & poète, mourut à Rome en 1594. On a de lui beaucoup d'ouvrages en vers & en prose, qu'on ne lit plus.
BENDIS, (Mythol.) divinité des peuples de Thrace, que l'on croit être la même que Diane. On célébroit sa fête avec les instruments les plus bruyans.
BENDLOWES, (Edouard) Anglois fort riche, se ruina pour payer des poètes & des flatteurs. Il resta long-temps prisonnier pour dettes, & mourut le 15 décembre 1676, à 73 ans. Il faisoit des vers, & il a publié : I. Théophile, ou Le Sacrifice de l'Amour, Londres, 1652; in-fol. II. Sphinx Theologica, seu Musica Templi. Cambridge, 1626, in-8°. I. BÉNÉDETTE, (Le) ou Benoît CASTIGLIONE, peintre, naquit à Gênes en 1616, & mourut à Mantoue en 1670. Il passa successivement dans les écoles de Pagi, de Ferrari & de Vandyck. Le disciple égalas ses maîtres. Rome, Naples, Florence, Parme & Venise possédèrent tour à tour cet artiste. Le duc de Mantoue le fixa auprès de lui par une forte pension, & lui entretendait un carosse. Bénédette réussissait également bien dans l'histoire, le portrait & les paysages ; mais son talent particulier & son goût, étoient de représenter des pastorales, des marchés, des animaux. Sa touche est délicate, son dessin élégant, son coloris perillant. Peu de peintres ont mieux entendu que lui le clair-obscur. Gênes possède ses principaux tableaux. Le Bénédette gravoit aussi ; on a de lui plusieurs pièces l'eau-forte, pleines d'esprit & de goût.
II. BENÉDETTE, (Alexandre) Médecin de Vérone, corrigé avec succès le texte de *Pline* dans trois éditions de son *Histoire Naturelle*, qui parurent à Venise en 1508, 1513 & 1516, & publia particulièrement des *Aphorismes* de Médecine, un *Traité* sur les causes de la peste, un *Cours* d'Anatomie, un *Traité* des signes & des pronostics des maladies, un *Journal* de la guerre portée en Italie par *Charles VIII*, roi de France. L'auteur avoit été témoin des évênemens qu'il décrit. — *Jules-César BENÉDETTE*, autre médecin, mort à Rome de la peste, en 1656, a fait imprimer des *Lettres*, des *Consultations*, des *Discours* académiques, un *Traité* de la pleurésie, & un autre de *Pephosmo*.
III. BÉNÉDETTE, (Antoine) de Fermano en Italie, né le 9 mars 1715, mort en 1788, à 73 ans, remplit long-temps avec éclat la chaire de rhétorique dans le collège des Jésuites à Rome, & se retira sur la fin de sa vie dans sa patrie, où il recueillit un riche cabinet de médailles & d'antiquités. On lui doit deux ouvrages; le premier est une édition de *Plaute* qu'il enrichit de commentaires & de notes, & qui parut à Rome en 1754; le second imprimé en 1777, offre plusieurs *Dissertations* sur des médailles grecques non encore décrites par les antiquaires, & qui se voyoient dans son cabinet. Ces deux écrits sont en latin. L'abbé *Oderic* de Gênes, est auteur des notes qui se trouvent dans le dernier.
BÉNÉDETTO, musicien célèbre, né à Venise, a mis en musique les cinquante premiers *Pseumes*: Cet ouvrage est renommé pour le pathétique, & la noble simplicité de l'expression musicale. On estime sur-tout le 50$^{e}$ *Pseume*, & ses *Cantates* de *Thimothée* & de *Cossandre*. « Il y a-t-il quelqu'un, dit *Algarotti*, qui rende mieux les passions de l'âme, dont l'enthousiasme soit plus noble & plus régulier en même temps que le sien. » *Bénédetto* est mort au commencement du siècle qui vient de finir.
BENEDICTIS, (Jean-Baptiste de) Jésuite Italien, né en 1622, mort à Rome le 15 mai 1706, se fit beaucoup d'ennemis, en soutenant avec opiniâtreté les principes de la philosophie péripatéticienne. On lui doit les écrits suivants: I. *Anatolia poetica*, 1686. II. *Philosophia Peripatetica*, Naples 1723, 5 vol. III. Une *Traduction* des *Entretiens de Cléanthe & d'Eudoxe*, du Père Bouhours. IV. Des *Lettres Apolégétiques* sur la théologie scolastique de Benoit *Aletin*. Elle firent beaucoup de bruit en Italie.
BÉNÉTON DE PEYRINS, (Étienne Claude) mort à Paris, en 1752, gendarme de la garde du roi, a laissé quelques *Dissertations* foiblement écrites, mais érudites, sur les réjouissances publiques, les divers genres de couronnes, les jeux de hasard, les marques distinctives du rang des personnes. En 1734, il publia un *Éloge* de la chasse.
BENEZET, (St.) berger d'Alvilard dans le Vivarais, né en 1165, se dit inspiré de Dieu à l'âge de 12 ans, pour bâtir le Pont d'Avignon. Cet ouvrage fut achevé dans onze années. Il paroît que le saint architecte le conduisit en partie. Il mourut en 1184, & fut enféveli dans une chapelle pratiquée sur un des éperons du Pont qu'il avoit construit. Cet édifice menaçant ruine, on transporta le corps de S. Beneux dans l'église des Célethis, en 1674, où il étoit exposé à la vénération publique. De dix - neuf arches qu'avoit ce fameux Pont, il n'en subisse plus que quatre entières.
BENGORION, Voyez JOSEPH BEN-GORION, n.º VII.
BENI, (Paul) né dans l'isle de Candie vers 1552, élevé à Gubio dans le duché d'Urbîn, fut choisi par la république de Venise, en 1599, pour professer les belles-lettres dans l'université de Padoue. Il mourut le 12 avril 1627, à 73 ans, avec la réputation d'un homme inquier, bilieux & bizarre. Il étoit sorti des Jésuites, parce que ses supérieurs lui refusèrent de faire imprimer un Commentaire sur le Festin de Platon. On a de lui: I. Une Critique du Dictionnaire de l'académie de la Crusca de Florence, sous le titre d'Anti-Crusca, pleine d'inpertinences & de verbiage: c'est un vol. in-4.º II. Des Commentaires sur la Poétique d'Aristote & sur la Rhetorique, en latin, Venise 1623, in-fol. III. Des Notes sur les six premiers livres de l'Enéide. IV.—sur Salluste. V. Deux Ouvrages critiques sur l'Aristote & le Tasse. Il met le premier à côté d'Homère, & le second à côté d'Homère & de Virgile. Son enthousiasme même le porte à professer le Tasse à ces deux anciens. Son écrit en faveur du Tasse, est intitulé; Comparat'one di Torquato Tasso con Homero e Virgilio; à Padoue, 1612, in-4.º VI. Une Théologie tirée des écrits de Platon & d'Aristote, Paris 1624, in-fol. VII. Un Traité en latin sur l'Histoire, Venise 1611, in-4.º « Cet ouvrage, dit l'abbé Lenglet, n'est pas aussi méprisable que l'a prétendu Naudé. L'auteur est sage & judicieux. Il y traite de la manière d'écrire & de lire l'histoire, & porte son jugement sur divers historiens. » On trouve aussi ce traité dans le recueil des Œuvres de l'auteur, Venise 1622, 5 vol. in-fol. I. BENJAMIN, XIIe & dernier fils de Jacob & de Rachel, naquit auprès de Bethléem vers l'an 1738 avant J. C. Sa mère qui mourut en accouchant, l'appella Benoni, c'est-à-dire fils de ma douleur; mais Jacob le nomma Benjamin, c'est-à-dire fils de ma droite. Lorsque Joseph, devenu ministre de Pharaon, vit ses frères en Egypte, il leur ordonna de lui amener Benjamin. Il fut attendri en le voyant, & lui donna une portion cinq fois plus grande qu'à ses autres frères. Benjamin mourut en Egypte âgé de cent onze ans. Sa tribu, quand elle sortit de ce pays, étoit composée de 36,400 combattants. Elle eut son partage dans un terroir gras & fertile, & posséda plusieurs villes très-considérables. Elle manqua d'être entièrement détruite par les onze autres tribus, qui vouloient venger l'influte faite par ceux de Gabaa à la femme d'un Lévite d'Ephraim. Les Benjamites ayant refusé de punir ce crime, se virent attaqués par une armée de 460,000 hommes, qu'ils vainquirent d'abord deux fois; mais ils succombèrent enfin, & périrent tous dans un embuscade, à l'exception de 600 hommes qui servirent à rétablir cette tribu. Dans la fuite elle fut réunie à celle de Juda, après la révolte des dix, & ne forma avec elle qu'un royaume.
II. BENJAMIN, (Saint) diacre, fut empoisonné par l'ordre de *Vavarane*, roi de *Perfe*, qui le fit empaler l'an 424 sur le refus du Saint de cesser ses prédications en faveur de la foi Chrétienne. Le calendrier Romain célèbre sa fête le 31 mars.
III. BENJAMIN de *Tudèle*, naquit à *Tudéla* dans la Navarre, & mourut en 1173. Il parcourut toutes les synagogues du monde, pour connoître les mœurs & les cérémonies de chacune. Il donna une *Relation de ses Voyages* fort curieuse, imprimée à Constantinople en 1543, in-8.º *Renaudot* regarde cette édition comme la moins fautive, & prétend que les Relations de ce rabbin sont véritables. Il assure que les reproches qu'on lui fait, ne tombent que sur les verisons peu correctes d'*Arias Montanus*, à Anvers, 1575; & de *Constantin l'Empereur*, Leyde 1633, in-24. *Jean-Philippe Baratier* a publié en 1734 une *Traduction* françoise des *Voyages de Benjamin* en 2 vol. in-8.º *Drusus* le fils en avoir commencé une, que la mort lui empêcha d'achever.
BENIGNE, (Saint) apôtre de Bourgogne, fut, dit-on, disciple de *S. Polycarpe*. Il vint en France sous le règne de *Marc-Aurèle*, & reçut la couronne du martyre à Dijon. On lui scella les pieds avec du plomb fondu dans une pierre que l'on montrait aux Fidèles du temps de *Grégoire* de Tours, & on le fit mourir ensuite à coups de lance.
BENINI, (Vincent) né à Cologne en 1713, mort en 1764, unit à la profession de médecin qu'il exerça à Padoue, la culture des belles-lettres & de la poésie. Il avait établi une imprimerie dans sa maison, où il publia huit auteurs anciens, dont il corrigea parfaitement le texte. On lui doit: I. Des *Notes* latines sur le texte de *Celée*. II. Des *Observations* en italien sur le poème d'*Alamanni*, intitulé: *La Culture*. III. Une *Traduction* en vers *Sciolti* de la *Syphilis* de *Fracastor*.
BENJOHNSON, (N.) Anglois, né en 1574, a été le restaurateur du théâtre de sa nation. Avant lui, les tragédies en Angleterre n'étoient que des dialogues historiques, & les comédies, des farces ridicules. *Benjohnson* ennoblit les unes & les autres. Lié d'amitié avec *Shakespeare*, ils marchèrent de concert à la gloire. *Benjohnson* avait une mémoire prodigieuse qui pouvoit répéter des livres entiers. Vers la fin de ses jours, son esprit baissa; il s'en apperçut & cessa d'écrire. Il est mort en 1638. Enterré dans l'abbaye de Westminster, on a couvert son tombeau d'une simple pierre, avec cette inscription: *O rare Benjohnson!* I. BENIVIENI, (Jérôme) gentilhomme & poète Florentin, mort en 1542, à 89 ans, fut un des premiers à abandonner ce goût bas & trivial qui s'étoit emparé de la poésie italienne dans le 15$^{e}$ siècle, & qui caractérisé entr'autres le *Morgane* de *Louis Pulci* & le *Cirillo Calvanzo* de *Luc Pulci* son frère, pour se rapprocher du style & de la manière du *Dante* & de *Pétrarque*. La plupart de ses poésies traitent de l'amour divin. On fait beaucoup de cas de sa *Cantone dell' Amor celeste e divino*, où l'on trouve les idées les plus sublimes de la philosophie de *Platon* sur l'amour. Cet ouvrage fut imprimé à Florence en 1519, in-8°, avec d'autres poésies du même auteur. Il y avait déjà eu une édition de ses *Œuvres*, Florence, in-folio, 1500, qui est très-rare. On a de lui un autre ouvrage intitulé: *Commento di Hieronimo Benivieni, cittadino Fiorentino, sopra a più sue Canzone è Sonnetti dello Amore, è della Bellezza divina, &c.*, imprimé à Florence en 1500, in-fol.: édition recherchée des curieux. *Benivieni*, homme d'ailleurs aussi estimable par la pureté de ses mœurs que par ses talens, fut intimement lié avec le célèbre *Jean, Pic* de la Mirandole, & voulut être inhumé dans le même tombeau.
II. BENIVIENI, (Dominique) frère du précédent, fut chanoine de Florence sa patrie, & zélé défenseur de Savonarole pour lequel il écrivit une *Apologie* énergique. — Un *Antoine BENIVIENI* fut l'un de ceux que nomma le grand-duc *Cosme I*, pour corriger le *Décaméron* de Bocace, en supprimer les traits licencieux, & le rendre classique.
BENIZZI, *Voyez S. PHILIPPE Benizzi*, n° VII. I. BENNET, (Christophe) né dans le Sommerfet-Shire en 1614, s'attacha à la médecine, & se rendit fameux dans la pratique & par ses écrits. Son ouvrage, intitulé: *Theatri tabidorum, seu Exercitationes quibus alimentorum & sanguinis vitia detestuntur in plerisque morbis*, Londres 1654, in-8°, est un chef-d'œuvre. Il mourut en 1655, de la maladie même qui est le principal objet de son Traité.
II. BENNET, (Henri) comte d'ARLINGTON, secrétaire d'état, chevalier, pair du royaume d'Angleterre, & grand chambellan du roi *Charles II*, joignit la valeur à la connoissance des affaires. Il se distingua sous *Charles I*, *Charles II* & *Jacques II*. Ses *Lettres* à *Guillaume Temple* ont été traduites en français, Utrecht 1701, in-12. Il mourut en 1685, âgé de 67 ans. *Tome II.*
III. BENNET, (Thomas) né à Salisbury, en 1673, & mort à Londres en 1728, passe pour un bon théologien & un savant interprète de l'Écriture-faînte, dans la communion Anglicane. On a de lui beaucoup d'Écrits de Controverse, contre les non-Conformistes, les Quakers & les Catholiques. Les principaux sont: I. Un *Traité du Schisme*, 1702, in-8°, & les écrits faits pour la défense de ce Traité. II. *Réputation du Quakerisme*, 1705, in-8°. III. *Histoire abrégée de l'usage public des formulaires de Prières*, 1708, in-8°. IV. *Discours sur les Prières publiques ou communes*, imprimé la même année. V. *Les Droits du Clergé de l'Église Chrétienne*, à Londres 1711, in-8°. VI. *Essais sur les trente-neuf Articles arrêtés en 1563 & revus en 1571*; Londres, 1715.
BENNON, (Saint) d'abord chanoine, puis théologal l'espace de dix-sept ans, fut nommé à l'archevêché de Migne ou Meysen en Basse-Saxe, par l'empereur Henri IV. Sacré par l'archevêque de Magdebourg après une longue résistance, il consacra ses travaux à sa nouvelle famille, & remplit tous les devoirs d'un bon pasteur. Il se trouva enveloppé dans les troubles, que les guerres de l'empereur excitèrent dans l'église & dans l'empire. *Bennon* se réconcilia ensuite avec le pape Grégoire VII, & ce ne fut que pour maintenir son église dans l'obéissance au saint-Siège. Il alla à Rome, & assista même au concile où Henri IV fut excommunié: ce qui lui attira beaucoup de persécutions. Les vertus & les austérités remplirent le reste de sa carrière, qu'il termina en 1106, à l'âge de 96 ans, dont quarante d'épiscopat. Le pape Alexandre VI. informé des miracles nombreux dont Dieu honoroit son tombeau, nonima des commissaires pour procéder à sa canonisation, qui ne fut prononcée qu'en 1523 par *Adrien VI*. La nouvelle de cette apothéose Chrétienne irrita tellement *Luther*, qu'il composa en allemand un *Traité* écrit avec emportement contre la nouvelle *Idole* qu'on doit élever à *Mifae*. Jérôme *Emfer*, qui avoit déjà composé la *Vie* du Saint, avant que l'héréfiarque eût dogmatisé, réfuta dans la même langue toutes ses calomnies. I. BENOIT ou BENOIST, (S.) naquit en 480 au territoire de Nursie, dans le duché de Spolette. Il fut élevé à Rome dès sa plus tendre jeunesse, & s'y distingua par son esprit & sa vertu. A l'âge de 16 ou 17 ans, il se retira du monde, où sa naissance lui promettoit de grands avantages. Une caverne affreuse dans le désert du Sublac, à quarante milles de Rome, fut sa première demeure : il y resta caché pendant trois ans. Ses austérités & ses vertus l'ayant rendu célèbre, une foule de gens de tout âge se rendit auprès de lui. Il bâtit jusqu'à douze monastères. Ses succès exciterent l'envie. Il quitta cette retraite, & vint à Cassin, petite ville sur le penchant d'une haute montagne. Les paysans de ce lieu étoient idolâtres : à la vue de *Benoit*, ils furent Chrétiens. Leur temple, consacré à *Apollon*, devint un oratoire. On y vit bientôt s'élever un monastère, devenu le berceau de l'ordre Bénédictin. Son nom se répandit dans toute l'Europe. *Totila* roi des Goths, passant dans la Campanie, voulut le voir; & pour éprouver s'il avoit le don de prophétie, comme on le disoit, il lui envoya son écuyer revêtu des habits royaux. Le Saint le reconnut. *Totila* vint ensuite : *Benoit* lui parla en homme que ses vertus mettoient au-dessus des conquérans. Il lui reprocha le mal qu'il avoit fait, l'exhorta à le réparer, & lui prédit ses conquêtes & sa mort. On dit que le Goth parut beaucoup moins barbare depuis cette entrevue. *S. Benoit* mourut un an après, le 21 mars 543, suivant le P. *Mabillon*; & une année plus tard, suivant d'autres. Ce ne fut que dans le 8$^{e}$ siècle, dit *Baillat*, que le culte de *S. Benoit* s'étendit au-delà du lieu de son tombeau. *Béde* l'ayant placé dans son Martyrologe, sa fête s'établit dans les maisons de son ordre, & bientôt après dans toute l'église d'Occident. Les Grecs mêmes qui célèbrent peu de Saints Latins, l'instituèrent chez eux, depuis que le pape *Zacharie* eut traduit en leur langue les Dialogues de *S. Grégoire* le *Grand*. Les Lombards ayant détruit le monastère du Mont-Cassin vers l'an 580, les religieux prirent la fuite, & laïstèrent le corps de leur saint fondateur sous ses ruines. On prétend, que ce trésor fut trouvé avec le corps de sa sœur *Ste Scholastique*, par *Aigulfe*, moine de Fleuri-sur-Loire, qui le transporta en France vers l'an 660. *Mommol*, abbé de Fleuri, permit qu'on emportât au Mans les reliques de la sœur; mais il retint celles du frère dans son abbaye, appelée pour cette raison *S. Benoit-sur-Loire*. Le jour de cette translation, le 11 de juillet, devint une seconde fête du Saint en France, plus célèbre encore que la première. Les Italiens intéressés à contester la vérité de la découverte faite par *Aigulfe*, ont imaginé une autre invention des corps de *S. Benoit*, & de *Ste Scholastique*, B E N 211 Ils supposent, que leurs reliques furent trouvées, l'an 1066, dans le lieu de leur première sépulture, sous l'administration de Didier abbé du Mont-Caffin. Mais supposer n'est pas prouver. Quoi qu'il en soit, S. Benoit laissa une succession encore plus précieuse que celle de son corps, l'exemple de ses vertus. Bien différent de la plupart des Législateurs, il fit à puis il ordonna. Il disoit à ses disciples : Cèdes sans peine & ne contestez avec personne; mais en même temps il abandonna lui-même un monastère déjà bâti & pourvu de tout, à un prêtre qui le traverfoit, quoiqu'il fût aisé, comme on l'a fait peut-être trop souvent depuis, de le réduire par les armes de la justice. « Voulez-vous, disoit S. Grégoire, un abrégé de la règle de S. Benoit? considérez sa vie; & voulez-vous un précis de la vie de S. Benoit? considérez sa règle : l'une est l'expression de l'autre. » Cette règle adoptée par la plus grande partie des Cénobites d'Occident, est, suivant l'expression du même S. Grégoire, d'érection præcipua, sermone luculenta. — « S. Benoit, dit Linguet, ne prétendoit pas, comme S. Pacôme, l'avoir reçue de la main d'un Ange, mais il faut avouer qu'elle étoit plus douce, plus humaine, & s'il est permis de le dire, plus raisonnable qu'aucune de celles qui l'avoient précédée dans les autres parties du monde. Elle n'ordonnait rien qui surpassât les forces de l'homme. Elle n'exigeoit ni macérations extraordinaires, ni efforts surnaturels. Elle renfermoit les principes de conduite les plus propres à contenir en paix une multitude d'hommes rassemblés. » Elle tendoit sur-tout à les détourner d'une contemplation oisive, qui avoit produit beaucoup de maux dans les monastères de l'Orient. Le travail des mains, ordonné par le sage Législateur, fut, à la fois, la source de la tranquillité des premiers moines & de l'opulence de l'ordre. Cette opulence, l'autorité que S. Benoit avoit donnée aux abbés, lesquels devoient avoir une table séparée, & d'autres avantages dont le fondateur n'auroit pas abusé, & dont ses successeurs abusèrent pour affervir leurs inférieurs, affoiblirent peu à peu la discipline; & ce fut un malheur dans les siècles barbares. « L'ordre de S. Benoit fut long-temps, dit un écrivain célèbre, un affle ouvert à tous ceux qui vouloient fuir les oppressions du gouvernement Goth & Vandale. Le peu de connoissance qui refoient chez les hommes, fut perpétué dans les cloîtres. » Les Bénédictins transcrivirent beaucoup d'auteurs sacrés & profanes. Nous leur devons en partie les plus précieux reſtes de l'antiquité, ainsi que beaucoup d'inventions modernes. On reprocha à cet ordre célèbre ses grandes richeſſes; mais toutes n'étoient pas le fruit des donations faites à S. Benoit & à ses enfans. Nous avons déjà fait ſentir que c'est en défrichant avec beaucoup de peine des forêts incultes & des terres ingrates, qu'ils ſe les étoient en partie procurées. Telle ville qui est aujourd'hui florissante, n'étoit autrefois qu'un rocher nu, ou un terrain en friche, devenus fertiles ſous des mains ſaintes & laborieuſes. Une juſtice qu'on ne peut s'empêcher de rendre aux Bénédictins, c'est que, dans les fureurs de la Ligue, ils ne portèrent pas les armes contre leur ſouverain, comme tant d'autres religieux. Cet avantage vaut bien, aux yeux de la raiſon & de la religion, celui d'avoir produit quarante papes, deux cents cardinaux, cinquante patriarches, mille six cents archevêques, quatre mille six cents évêques & 3 mille six cents Saints canonisés. Ce détail, puisé dans la *Chronique* de l'ordre de *S. Benoit*, ne peut partir que d'un zèle outré & mal-adroit : c'est ne savoir pas louer, que d'avoir recours à l'exagération. Dom *Bastide*, Bénédictin de *S. Maur*, plus pieux qu'éclaire, fâché de ce que le savant & sage *Mabillon*, son confrère, avoit retranché quelques Saints dans le grand recueil des actes des Saints de l'ordre de *S. Benoit*, préfiant contre lui une requête au chapitre général de 1677. Ceux qui compofoient alors cette assemblée, pensant avec raison que ces fausses attributions de Saints font plus de tort à un corps qu'elles ne lui acquièrent de gloire, n'eurent aucun égard à la plainte de D. *Bastide*, plus digne de vivre avec les légendaires du 10$^{e}$ siècle, qu'avec *Mabillon*, *Martenne*, &c. (*Voyet* CAJETAN.) Les réformes qu'a éprouvées en différens temps l'ordre de *S. Benoit* l'ont partagé en plusieurs branches. *S. Bernon*, abbé de Cluni, forma cette congrégation l'an 910. Celle de *Ste Justine* de Padoue ou du Mont-Caffin, fut établie en 1408, & se renouvela en 1504. La congrégation de *Saint Maur* commença en 1621 par les soins de Dom *Didier de la Cour*, & se soutint long-temps avec honneur, dans la littérature & dans l'église. La réforme de *S. Vannes* & de *S. Hilduphe*, établie en Lorraine par le réformateur de celle de *S. Maur*, a produit aussi des savans dont les noms ne périront point dans la république des lettres, tels que Dom *Calmet*, Dom *Cellier*, &c. — L'ordre de *S. Benoit* fut encore la tige de plusieurs autres. Les plus considérables, sont : Ceux des Camaldules, de Vallombreuse, des Charreux, de Citeaux, de Gramont, des Céleffins. C'est aux Bénédictins que convient proprement le nom de Moines, *Monachi*, & les plus éclairés d'entre eux, tels que *Martenne*, *Mabillon*, *Ruinart*, s'en font fait honneur à la tête de leurs ouvrages. Dans le droit-canon on les appelle *Moines-Noirs* à cause de la couleur de leur habit, par opposition à celle des *Moines-Blancs*. Ils n'étoient connus autrefois en Angleterre que sous ce nom, & leur nombre y étoit très-confidérable, avant les révolutions produites dans l'église Anglicane par le divorce de Henri VIII. — *Voyet* sur *S. Benoit*, sa *Vie* par Dom *Mage*, 1690, in-4$^{o}$; & le *Commentaire* sur sa Règle, par Dom *Calmet*, Paris, 1734, 2 vol. in-4$^{o}$. Ceux qui craindroient les longs détails des *Annales Bénédictines* de Dom *Mabillon*, ont l'Abrégé de l'Histoire de l'ordre de *S. Benoit*, par *Bulteau*, Paris 1684, 2 vol. in-4$^{o}$. On trouve dans le tome dixième de la *Méthode pour étudier l'Histoire*, de l'abbé *Lenglet*, un ample catalogue des livres nécessaires pour connoître l'histoire du patriarche des Bénédictins, & celle de ses enfans, ainsi que les révolutions qu'ont éprouvées les différens rameaux fortis de la souche commune. *Voyet* aussi dans ce Dictionnaire les noms des Réformateurs & des Savans cités dans cet article.
II. BENOIT, (St.) abbé d'Aniane, dans le diocèse de Montpellier, étoit fils d'*Aigulfe*, comte de Maguelonne. Après avoir servi avec distinction dans la maison & dans les armées de *Pepin* & de *Charlemagne*, il s'enferma dans un monastère, dont il devint abbé; il se retira ensuite dans une terre de son patrimoine, où il fonda l'abbaye d'Aniane. Ses réformes & son zèle lui firent un nom dans la France; Louis le Débonnaire l'établit chef & supérieur-général de tous les monastères de son empire. Benoit mourut le 11 février 821. Il fut en France & en Allemagne, ce que S. Benoit avoit été en Italie: donnant des leçons & des exemples, labourant & moiffonnant avec ses frères. On a de lui: Codex Regularum, avec une Concorde des Règles, qui montre ce que la Règle de Saint-Benoit a de commun avec celle des autres fondateurs. Sa Vie écrite par Ardon Smaragdus, se trouve à la tête de la Concorde des Règles du même S. Benoit, que Dom Hugues Menard fit imprimer avec des notes en 1638, in-4.
III. BENOIT BISCOP, (Saint) né dans le Northumberland en Angleterre, l'an 628, mourut en 703. Après avoir porté les armes, il entra dans l'ordre de S. Benoit, & fit son noviciat dans le célèbre monastère de Lérins en Provence. De retour dans sa patrie, il travailla avec zèle au progrès de la religion: il y établit le chant Grégorien & toutes les cérémonies Romaines.
IV. BENOIT Ier, surnommé Bonose, fuscesseur de Jean III dans le pontificat, en 574, consola Rome affligée par deux fléaux, la famine & les Lombards. Il mourut le 30 juillet 578, après avoir tenu les clefs quatre ans & deux mois. V. BENOIT II, prêtre de l'église de Rome, pape le 26 juin 684, après Léon II. Constantius Pogonat respecta à tel point sa vertu, qu'il permit au clergé d'élire les papes, sans l'intervention de l'exarque ou de l'empereur. Il mourut le 8 mai 685, n'ayant fiégé que dix mois & douze jours. On voit son tombeau au Vatican, avec une épitaphe en vers latins, dans laquelle on dit qu'il a laissé de grands monumens: des vertus.
VI. BENOIT III, Romain, pape malgré lui, le premier septembre 855, après Léon IV, endura sans murmurer les mauvais traitements de l'antipape Anafase. Il mourut le 10 mars 858. C'étoit un homme simple, humble, & animé d'une véritable piété. C'est entre Léon IV & Benoit III, que d'anciens chroniqueurs & quelques Protestans modernes placent la prétendue papesse Jeanne, sous le nom de Jean VIII. C'étoit, selon ces bonnes gens, une fille déguisée en garçon, qui étant parvenue à la tiare, s'avisa d'accoucher en habits pontificaux dans une procession au Colysée de Rome. Cette fable, racontée comme une vérité par 70 auteurs orthodoxes, entre lesquels il y a plusieurs Religieux & des Saints canonisés, n'est plus aujourd'hui adoptée de personne. Les Calvinistes l'ont opposée long-temps aux Catholiques; mais à présent ils rougiroient de la citer. Il est prouvé que Benoit III succéda immédiatement au pape Léon, & que le saint Siège ne resta vacant que quatre jours. Hugues de Fleuri, qui vivoit sous le règne de Louis le Gros en 1137, Anafase, le bibliothécaire, dans ses Vies des papes, tous deux auteurs contemporains & dignes de foi, ont confirmé ce point d'histoire. On attribue la fable de la papesse à Martin Polacco, qui vivoit plus de quatre fiècles après Benoit III.
VII. BENOIT IV, Romain, élevé au pontificat après Jean IX. au mois de décembre 900, sage dans un temps de corruption, & père des pauvres, mourut au commencement d'octobre 903, après avoir siégé trois ans & environ deux mois. Il avoit couronné empereur à Rome Louis III, dit l'Aveugle, que le cruel Béranger traita si indignement dans la suite.
VIII. BENOIT V, souverain pontife après la mort de Jean XII. en 964, durant le schisme de Léon VIII, fut emmene à Hambourg par l'empereur Othon. Les Romains qui l'avoient élu, & qui avoient promis de le défendre contre Léon VIII & l'empereur, furent contraints de l'abandonner à Othon, & de reconnoître pour pape le rival de Benoit V. Il mourut le 5 juillet 965. C'étoit un pontife savant, vertueux, & digne de la triple couronne, si son élection eût été plus régulière.
IX. BENOIT VI, Romain, fut élevé sur la chaire de S. Pierre le 22 septembre 972, après Jean XIII. L'antipape Boniface le fit étrangler l'an 974 dans sa prison où il avoit été enfermé par Crescentius, fils du pape Jean X & de la fameuse Théodora. X. BENOIT VII, fuscesseur de Donus II, en 975, mourut le 10 juillet 983, après avoir donné des exemples de vertu.
XI. BENOIT VIII, évêque de Porto, succéda à Sergius IV, le 7 juin 1012. La tiare lui fut disputée par un Grégoire, qu'une partie du peuple avoit élu. Benoit passa d'Italie en Allemagne, pour implorer le secours de l'empereur Henri II. Ce prince le fit rentrer à Rome, & vint s'y faire couronner avec Cunégonde son épouse. Benoit VIII changea la formule de cette cérémonie. Il lui demanda d'abord sur les degrés de l'église de S. Pierre: Voulez-vous garder, à moi & aux Papes mes fuscesseurs, la fidélité en toutes choses? C'étoit, dit un historien, une espèce d'hommage, que l'adresse du pape extorquoit de la simplicité de l'empereur. Le moine Glaber rapporte, que Benoit donna en même temps à Henri une pomme d'or, enrichie de deux cercles de pierreries, croisés, & surmontés d'une croix d'or. La pomme représentoit le monde, la croix la religion, & les pierreries les vertus. Glaber, en rapportant ce fait, dit: Qu'il parcit très-raisonnable & très-bien établi, afin de conserver la paix, qu'aucun Prince ne prenne le titre d'Empereur, sinon celui que le Pape aura choisi pour son mérite, & à qui il aura donné la marque de cette dignité. En 1016, les Sarafins venus par mer en Italie, menacèrent les domaines du pape. Benoit, à la tête des évêques & des défenseurs des églises, les attaqua, les mit en suite, & les fit tous massacrer jusqu'au dernier. Leur reine fut prise & eut la tête coupée; ce qui irrita tellement le roi son époux, qu'il envoya au pape un sac plein de châtaignes, & lui fit dire par le porteur que, l'année suivante, il lui amèneroit autant de soldats. Le pontife, pour toute réponse, remit au messager une caisse remplie de millet, annonçant par-là au monarque barbare, qu'il trouveroit autant & plus de guerriers, s'il revenoit une seconde fois. Cette mâle intrépidité étonna l'infidèle; & Rome fut pour toujours délivrée d'un ennemi plus jaloux encore de renverser les autels de J. C. que de faire des conquêtes. Benoit VIII battit aussi les Grecs, qui étoient venus ravager la Pouille. Ce pontife politique & guerrier mourut le 10 juillet 1024. B E N 215
XII. BENOIT IX, fucceſſeur de *Jean XIX*, monta ſur le trone pontifical à l'âge de douze ans, en 1033. Son père *Alberie*, comte de *Tuſculum*, le lui avoit procuré à prix d'or. Le peuple Romain, laſſé de ſes infamies, le chaſſa de Rome. Il y rentra quelque temps après. Déſeſpérant de s'y maintenir, il vendit le pontificat, comme il l'avoit acheté. Il reprit la tiare pour la troiſieme fois; mais, au bout de quelques mois, il y renonça pour toujours. Il mourut dans le monaſtère de la Grotte-Ferrée, en 1054, où il s'étoit retiré pour pleurer ſes debauches & ſes crimes. *Voyet* VI. GRÉGOIRE.
XIII. BENOIT X, antipape, placé le 30 mars 1058 ſur le ſiège de Rome par une troupe de factieux, ſut chaſſé quelques mois après par les Romains, qui élurent *Nicolas II*. Il mourut le 18 janvier 1059. Cet uſurpateur eſt compté ſous le nom de *Benoit X* parmi les ſouverains pontiſes.
XIV. BENOIT XI, (Nicolas Bocaſin) général de l'ordre des Frères Prêcheurs, fils d'un berger; ou, ſelon d'autres d'un greſſier de Tréviſe, ſut fait pape le 22 octobre 1303, après *Boniface VIII*. Il annulla les bulles de ſon prédéceſſeur contre *Philippe* le *Bel*, & rétablit les *Colonnes*. Il ſut empoïſonné par quelques cardinaux mécontents, ſi l'on en croit les bruits qui coururent alors. Voici le fait, rapporté par *Fleury*: « Comme il étoit à table à Pérouſe où il réſidoit, vint un jeune homme habillé en ſille, ſe diſant tourière des religieuses de *ſte Pétronille*, tenant un baſſin d'argent plein de belles figues, qu'il préſenta au pape de la part de l'abbeſſe qui étoit ſa dévote. Le pape les reçut avec grande fête, parce qu'il en mangeoit volontiers; & ſans en faire d'eſſai, parce qu'elles venoient d'une perſonne renfermée, il en mangea beaucoup. Auſſitôt il tomba malade, & mourut en peu de jours, ſavoir le ſixieme de juillet 1303, après avoir tenu le ſaint ſiège huit mois & quinze jours. Il ſut enterré à Pérouſe même, dans l'égliſe des Frères Prêcheurs, ſans cérémonies & d'abord dans un tombeau ſimple, où depuis on ajouta des ornemens d'architecture gothique à la maniere du temps. On dit qu'il s'y fit pluſieurs miracles. » *Benoit XI* étoit ſage & modéré. On raconte que ſa mère étant venue le voir avec des habits ſuperbes, il ne voulut jamais la recevoir, qu'elle n'eût repris les habits de ſon premier état. Il avoit commenté l'Écriture-fainte, & a été béatiſié en 1733.
XV. BENOIT XII, appelé *Jacques de Nouveau*, ſurnommé *Fournier*, peut-être parce que ſon père étoit boulanger, naquit à Saverdun au comté de Foix. Il étoit docteur de Paris, cardinal-prêtre du titre de *S. Prisque*. On l'appelloit le *Cardinal Blanc*, parce qu'il avoit été religieux de Citeaux & qu'il en portoit l'habit. Il ſut élu unanimement le 20 décembre 1334, après *Jean XXII*. Comme ſa naiſſance n'étoit pas bien illuſtre, les cardinaux furent tout ſurpris de ce choix unanime, & le nouveau pape lui-même, autant que les autres: *Vous avez choisi un âne*, leur dit-il; voulant ſans doute leur faire entendre, qu'il ne ſe ſentoit pas propre aux intrigues & aux manèges. Mais il étoit profond dans la théologie & la juſſprudence. Il confirma les anathèmes de ſon prédéceſſeur contre *Louis de Bavière*, & excommunia 216 BEN les *Fratricelles*. Il publia une bulle pour la réforme de l'ordre de Citeaux, voulant que les abbés ne fuffent habillés que de brun & de blanc, & n'euffent point avec eux de *Damoifeaux*, c'est-à-dire, de jeunes gentilshommes qu'ils avoient à leur fuite comme les autres feigneurs. Il révoqua toutes les commandes données par ses prédécesseurs, excepté celles des cardinaux & des patriarches, & toutes les expectatives dont *Jean XXII* avoit furchargé les collateurs des bénéfices. S'il remédia aux maux que l'avidité de *Jean XXII* avoit causés dans l'Église, il ne négligea pas non plus de réparer le scandale qu'avoit occasionné son opinion sur la vision béatifique : il définit, que les ames des Bienheureux font dans le Paradis avant la réunion à leurs corps & le Jugement général, & qu'elles voient Dieu face à face. Ce saint pape mourut le 25 avril 1342 à Avignon, où il jeta les fondemens d'un palais qui subfifte encore. Une Tête couronnée lui ayant fait demander quelque chose d'injuste : Si j'avois deux ames, répondit-il à celui qui le sollicitoit, j'en pourrois donner une pour le prince qui vous envoie; mais n'en ayant qu'une, je ne veux pas la perdre. — Il pensoit que les Papes devoient être comme Melchifédech, n'avoir ni père, ni mère, ni parens. Il avoit une nièce qu'il refusa à plusieurs grands feigneurs qui vouloient l'épouser, & qu'il maria à un bon négociant de Toulouse. Les deux époux étant allés le saluer à Avignon, il les garda une quinzaine de jours auprès de lui; ensuite il les congédia en leur donnant une somme assez modique : *Jean Fournier*, votre oncle, leur dit-il, vous fait ce petit présent; à l'égard du pape, il n'a de parens & d'alliés que les pauvres & les malheureux. On le représentoit la main fermée, afin de marquer combien il étoit réservé dans la distribution des biens ecclésiastiques & dans la collation des bénéfices. On a de lui quelques ouvrages.
XVI. BENOIT XIII, né à Rome en 1649, de la famille illustre des *Urins*, prit en 1667 l'habit de S. Dominique à Venise, fut cardinal en 1672, archevêque de Manfrédonia, puis de Césène, ensuite de Bénévent. Il étoit dans cette dernière ville le samedi 5e de juin 1688, lorsqu'un tremblement de terre, qui la renversa presque toute, ruina le palais archiépiscopal, où il étoit resté seul avec un gentilhomme. Ils furent précipités l'un & l'autre du second appartement, jusques sur la voûte de la cave. Le gentilhomme fut écrasé sous les ruines; mais l'archevêque n'eut que de légères blessures, quelques bouts de cannes de roseau ayant formé sur sa tête une espèce de toit, sous lequel il avoit la liberté de respirer. On le tira de là au bout d'une heure & demie. Il prêcha le jour même, le saint Sacrement à la main. Bénévent, qu'il enrichit de plusieurs édifices, le reconnoit pour un de ses restaurateurs. Il tint des synodes, veilla sur les séminaires, & réforma son clergé. Ses vertus le firent élire pape le 29 mai 1724. Il assembla un concile à Rome l'année d'après, pour confirmer la bulle *Unigenitus*. Il approuva ensuite la doctrine des Thomistes sur la grace & la prédestination. Benoit XIII mourut le 21 février 1730, âgé de 81 ans. Sa mémoire est en bénédiction à Rome, qu'il édifia par ses exemples & qu'il soulagea par ses bienfaits. Un zèle plus éclairé, un caractère moins indéterminé, voilà ce qu'il lui auroit fallu, pour en faire un pontife aussi grand qu'il étoit saint. Le cardinal *Cofcia*, son favori, qui avoit abusé de son autorité, faillit à être massacré par la populace, & fut obligé de prendre la fuite. Les Bénéventins, trop favorisés par ce ministre, devenus comme lui l'objet de la haine publique, furent expoliés par le peuple, dès que *Benoit* eut fermé les yeux, *Cofcia* leur protecteur fut enfermé dans le château de Saint-Ange, & mourut en 1755 comblé de biens & de l'exécution publique. *Voyez* BENOIT, n.º XVIII.
XVII. BENOIT XIV, naquit à Bologne en 1675, de l'illustre famille de *Lambertini*. Après s'être distingué dans ses études, il fut fait successivement chanoine de la basilique de Saint-Pierre, confulteur du saint office, votant de la signature de grace, promoteur de la foi, avocat consisterial, secrétaire de la congrégation du concile, canoniste de la facrée pénitencerie, archevêque titulaire de Théodose en 1724, enfin cardinal en 1728. Lorsqu'il reçut le chapeau, il écrivit à un de ses amis : « Il faut croire bien fortement à l'infaillibilité du Pape, pour se persuader qu'il ne s'est pas trompé dans ma promotion au cardinalat. L'on veut à toute force que je sois une éminence, moi qui suis le plus petit homme du monde. Ce qu'il y a de sûr, c'est que dans cette nouvelle métamorphose je ne changerai que de couleur, & que je ferai toujours Lambertini par mon caractère. » Clément XII ne s'en rapporta pas plus à sa modestie, que *Benoit XIII* de qui il tenoit la pourpre romaine. Il le nomma à l'archevêché de Bologne en 1731. Après la mort de ce pontife en 1740, *Lambertini* eut quarante-quatre voix pour lui, & fut pape le 17 août sous le nom de *Benoit XIV*. Le conclave où il fut élu dura plus de cinq mois. Les cardinaux étoient partagés en deux factions. Celle qui portoit le cardinal *Aldrovandi*, lui donna constamment trente-trois voix chaque jour pendant deux mois, sans pouvoir lui en assurer une trente-quatrième qui auroit décidé l'élection. « Le cardinal *Albani*, chef de la faction contraire, feignit, rapporte *Duclos*, de se laisser gagner pour *Aldrovandi*, qui eut l'imprudence d'en marquer sa reconnaissance dans un billet, dont *Albani* se prévalut pour accuser *Aldrovandi* d'uner d'intrigue. Celui-ci, voyant quelques-uns de ses partisans prêts à se détacher de lui, les tourna tous vers *Lambertini*, pour les enlever du moins à *Albani*, dont la faction, laisse du conclave, accéda à *Lambertini*, à qui personne n'avoit d'abord pensé, & qui eut l'unanimité. » Lui-même détermina, pour ainsi dire, son élection, par une plaisanterie. Voyant que les cardinaux avoient longtemps délibéré. *Lambertini* leur dit : *Eh ! pourquoi vous confumer ici en discussions & en recherches ? Voulez-vous placer sur la chaire pontificale un saint ? Elisez Gotti : — un politique ? Choisissez Aldrovandi : — un bon compagnon ? Prenez-moi*. Chaque année de son pontificat a été marquée par quelque Bulle pour réformer des abus, ou pour introduire des usages utiles. La modération, l'équité, l'esprit de paix ont été l'ame de son gouvernement. Il avoit cultivé les lettres, avant de monter sur le trône pontifical ; il les protégea dès qu'il y fut monté. (*Voyez* MURATORI, NORIS.) Il fonda des académies à Rome ; il envoya des gratifi- cations à celle de Bologne. Il fit tracer une méridienne, & tirer de terre l'Obelifique du Champ de Mars, appelé fort mal-à-propos l'Obelifique de Séfostris, & orna Rome de plusieurs monumens antiques. Il honora plus d'une fois de ses lettres les savans; il les encouragea, il les recompensa. La Sorbonne reçut de lui son portrait & ses ouvrages. Il fut accompagner ses générosités d'une delicatesse qui les rendoit plus précieuses. Labbe Gagliani, célèbre litterateur, fut chargé par ce pontife de ramasser diverses matières du Vésuve. En lui renvoyant une caisse de ces curiosités naturelles, il y joignit un billet qui ne contenoit que ces mots: DIC UT LAPIDES ISTIPANES FIANT. — Benoit XIV lui répondit ainsi, en lui envoyant le brevet d'une pension considérable: Vous ne doutez pas de l'infaillibilité du souverain Pontife; je vous en donne une nouvelle preuve. C'est à moi qu'il appartient d'expliquer les textes de l'Écriture-sainte: je dois toujours en saisir l'esprit, & je ne l'ai jamais saisi avec plus de plaisir que dans cette occasion. Sa conversation étoit charmante, & son esprit très-enjoué. Je n'ai point, dit-il, une physionomie papale, parce que je ne suis pas assez grave; je prierai les peintres & les sculpteurs de me la donner. Ce fonds de plaisanterie & d'urbanité qu'il porta sur le saint-Siège, & qui lui adoucit l'ennui du gouvernement, il l'avoit eu dès son enfance. Etant jeune avoucit, il fit à Gênes un voyage de plaisir avec quelques-uns de ses confrères, qui vouloient retourner à Rome par mer. Prenez cette route, leur dit Lambertini, vous autres qui n'avez rien à risquer; mais moi qui dois être Pape, il ne me convient pas de mettre à la merci des flots César & sa fortune. — Il avoit banni l'étiquette d'un petit appartement qu'il s'étoit fait construire à Monte-Cavallo; & là, au milieu de ses familiers les plus intimes & d'étrangers choisis, il badinoit, il plaisantoit, il rioit comme s'il n'eût pas été pape. C'est ainsi qu'il se soulageoit du poids des affaires, pour lesquelles il avoit une aversion décidée, & qu'il abandonnait presque entièrement au cardinal Valenti son ministre. Les Romains, fâches quelquefois que Benoit XIV ne gouvernât pas par lui-même, disoient de lui: magnus in folio, parvus in folio. Benoit XIV se rendoit lui-même justice de bonne grace. Il disoit un jour au cardinal Portocarrero: Vous devez être las d'un Pape qui écrit toujours; & vous feriez bien de ne pas prendre un Docteur pour mon successeur. Le bon Espagnol, qui savoit que Benoit XIV avoit donné plusieurs chapeaux à des prélats qui ne se piquoient pas de science, lui répondit ingénument: Votre Sainteté y a trop bien pourvu dans sa dernière promotion, pour ne pas se tranquilliser sur cet article. Cette aversion des affaires le jetoit facilement dans l'impatience, lorsqu'il traitoit avec les ambassadeurs. Il dit un jour à celui de Venise, qui l'avoit interrompu souvent par des objections: Si vous avez été à la comédie, M. l'Ambassadeur, vous savez que lorsque le Docteur parle, le Pantalon se tait. — Cette vivacité n'étoit que passagère, & il reprenoit à l'instant sa bonne humeur. Ce pontife aimable & vertueux mourut le 3 mai 1758, à 83 ans, & eut pour successeur Clément XIII. Les Ouvrages de Benoit XIV sont en 6 vol. in-fol. Les cinq premiers ne traitent que de la béatification & canonisation des Saints: la matière y est épuisée, & on en a donné un abrogé en françois, en 1759, in-12. Le fixième contient les actes des Saints qu'il a canonisés. Les deux tomes suivans renferment des supplémens & des remarques sur les volumes précédents. Le neuvième est un Traité du sacrifice de la Messe. Le dixième traite des Fêtes instituées en l'honneur de JÉSUS-CHRIST & de la Sainte Vierge. Giacomelli a traduit ces deux derniers ouvrages. Le onzième renferme les Instructions & les Mandemens qu'il avoit donnés avant que d'être pape. Le douzième est un Traité sur le Synode, le meilleur & le plus répandu des ouvrages de ce pontife. Les quatre derniers sont un Recueil de ses Brefs & de ses Bulles. L'on remarque dans tous ces écrits une vaste érudition, & une profonde connoissance du droit civil & canonique, de l'histoire sacrée & profane. On a encore de Benoit XIV un Martyrologe, & quelqu'autres ouvrages. Il avoit très-hien gouverné le diocèse de Bologne; & malgré le ton gai & libre de sa conversation, il avoit des mœurs pures, & les vouloit telles dans ses prêtres. Il marquoit sur un livre particulier ce qu'ils avoient de bon & de mauvais, du côté du cœur & de l'esprit. Chaque sujet y étoit caractérisé en deux mots, & avec une énergie qui prouvoit qu'il connoissoit les hommes, & qu'il vouloit exactement connoître ceux qu'il employoit. Clément XII lui ayant porté des plaintes contre un vicaire dont les mœurs étoient irréprochables, Lambertini lui répondit : Le rang suprême expose à la prévention, dont je puis me désendre, parce que j'ai le temps d'approfondir. On a calomnié auprès de Votre Sainteté l'abbé M***. C'est un bon Ecclésiastique, & je prie tous les jours notre divin Sauveur, pour qu'il soit aussi content de son Vicaire que je le suis du mien. — J'ai voulu voir, disoit Lambertini, ceux que la haine publique maltraitoit; & après les avoir observés, j'ai souvent remarqué que ces hommes peints avec les plus noires couleurs, étoient presque toujours les victimes de la prévention & de l'envie. A son intronisation, il eut un projet qui malheureusement ne réussie point : c'étoit de faire signer un corps de doctrine, où, sans toucher aux opinions de Batus, de Jansénius & de Quasnel, telle vérité seroit proscrite, & telle erreur condamnée. Il n'adoptoit pas toutes les idées des partisans outrés de l'autorité du Pape. Moins de libertés Gallicanes, disoit-il au Père de Montsaucon, moins de prétentions Ultramontaines, & nous mettrons les choses au niveau qu'elles doivent avoir. — Le fils du ministre Walpole, à son retour d'Italie en Angleterre, lui rendit hommage par une Inscription en italien, qu'on peut rendre ainsi en françois : A PROSPER LAMBERTINI, Evêque de Rome, Surnommé Benoit XIV; Qui, quoique Prince absolu, Régna avec autant d'équité Qu'un Doge de Venise. Il rétablit le lustre de la Tiare; Par les moyens Qui seuls la lui ont fait obtenir, C'est-à-dire, par les vertus. Aimé des Papistes, Estumé des Protestans; Prêtre humble & désintéressé; Prince sans favori; Pape sans népôtisme; Auteur sans vanité: En un mot, homme Que ni l'esprit, ni le pouvoir n'ont pu gâter. Le fils d'un Ministre favori, Qui n'a jamais fait la cour à aucun Prince, Ni révéré aucun Ecclésiastique, Offre, dans un pays Protestant libre, Cet encens mérité Au meilleur des Pontifes Romains. Caraccioli a écrit sa Vie, Paris 1784, in-12. Cet ouvrage étoit commencé du vivant de Benoit XIV, qui, après en avoir parcouru quelques cahiers, dit à l'auteur : Si vous étiez historien & non panégyrite, je vous remercié- rois du cadre que vous m'avez présenté, & dont je suis très - satisfait.
XVIII. BENOIT, antipape, appelé Pierre de Lune, connu sous le nom de Benoit XIII, s'adonna d'abord à la jurisprudence civile & canonique. Il quitta cette étude pour porter les armes, la reprit enfuite, & enseigna le droit dans l'université de Montpellier. Gré- goire IX le fit cardinal, & Clé- ment VII, légat en Espagne sa pa- trie. Après la mort de ce pontife, les cardinaux d'Avignon élurent Pierre de Lune pour lui succéder, le 28 septembre 1394. Il prit le nom de Benoit XIII. Le cardinal avant son élection avoit promis de se démettre, si on l'exigeoit, pour mettre fin au schisme; mais le pape oublia sa promesse. Il commença par la ratifier. Il amusa pendant quelque temps Charles VI, roi de France, & divers princes de l'Europe, le clergé de France, l'université de Paris, dont l'un des membres, Pierre d'Ailly, lui fit instituer en 1405 la fête de la Sainte Trinité. Il finit par déclarer qu'il n'en vouloit rien faire. Les rois dont il s'étoit joué, après s'être soustraits à son obéissance, réfolurent de l'obliger par force à céder la tiare. Charles VI le fit enfermer dans Avignon. Benoit trouva le moyen de s'échapper, & se retira à Château - Renard. (Voyez CLEMANGIS.) Cet in- flexible Aragonois fut déclaré schis- matique, aux conciles de Pife & de Constance, & comme tel dé- posé de la papauté. C'est de lui que Gerson dit, dans le style de son temps, qu'il n'y avoit que l'é- clipse de cette Lune fatale, qui pût donner la paix à l'Église. — Benoit, anathémaisé par les Pères des deux conciles, les anathématisa à son tour. Il se retira dans une petite ville du royaume de Valence, nommée Paniscola, & de ce trou il lançoit ses foudres sur toute la terre. Il y mourut le 23 mai 1424, dans son obstination, à l'âge de 90 ans. Il obligea deux cardinaux qui lui estoient, à élire Gilles Mugnos, Aragonois, chanoine de Barcelone, qui se crut pape sous le nom de Clément VIII.
XIX. BENOIT GENTIEN, Bénédictin de l'abbaye de Saint- Denis, se distingua par son élo- quence au concile de Constance. On lui attribue une Histoire ano- nyme du roi de France Charles VI.
XX. BENOIT, (Jean-Baptiste) célèbre mathématicien naif de Flo- rence, vivoit vers 1490. C'est lui, selon de Thou, qui a rétabli la Gnomonique en Europe.
XXI. BENOIT, (Guillaume) professeur en droit à Cahors, con- seiller au parlement de Bordeaux, enfuite à celui de Toulouse, nous a laissé un Traité sur les Testaments, 1582, in-fol. Il mourut en 1520.
XXII. BENOIT, (Jean) né à Verneuil en 1483, docteur en théologie de la maison de Na- varre, mourut à Paris, curé des Saints-Innocens en 1573. Il a fait des Notes marginales en latin sur la Bible, Paris 1541, in-fol. On appelle cette Bible de Benedicii ; elle a été souvent réimprimée. Il a fini les Scholies de Jean Gagny sur les Évangiles & les Actes des Apôtres, 1563, in-8.º
XXIII. BENOIT, (René) Angevin, doyen de la faculté de théologie de Paris, curé de Saint-Eustache, confesseur de Marie, reine d'Écosse, & ensuite professeur de théologie au collège de Navarre, fut choisi pour confesseur de Henri le Grand, à la conversion duquel il avoit beaucoup contribué. Il fut nommé à l'évêché de Troyes ; mais sa Traduction de la Bible, publiée en 1566, in-fol. & 1568, 2 vol. in-4°, lui fit refuser les Bulles par le pape. Cette version fut supprimée par la Sorbonne en 1567, & condamnée par Grégoire XIII en 1575. Elle avoit bien de la ressemblance avec celle de Genève, sur tout dans les notes. Le docteur refusa quelque temps d'acquiescer à sa condamnation ; il y souscrivit enfin en 1598. Sa mort arriva dix ans après à Paris, en 1608. On a de lui plusieurs autres ouvrages, des Sermons, des Catéchismes, des Livres de piété, &c.
XXIV. BENOIT, (Élie) savant ministre Réformé, né à Paris en 1640, & réfugié en Hollande après la révocation de l'édit de Nantes, fut pasteur de l'église de Delft, & mourut en 1728. On a de lui plusieurs écrits estimés des Protestans : I. Histoire & Apologie de la retraite des Pasteurs, à cause de la persécution de France ; 1688, in-12. II. Histoire de l'Édit de Nantes, en 5 volumes in-4°, Delft 1693. Il y a des recherches dans cet ouvrage, mais mal digérées. L'esprit de parti y domine, & la vérité par conséquent y est altérée. III. Mélanges de Remarques critiques, historiques, &c. sur deux Dissertations de Toland, 1712, in-8.º Benoit, obligé de quitter sa patrie, ne fut pas plus heureux en Hollande. Il eut une femme, auprès de laquelle celle de Socrate auroit été un ange. Voici le portrait qu'il en fait dans des Mémoires manuscrits : « Uxorem duxi. Vitiis omnibus quæ conjugi pacem amanti gravia esse possunt, implicita : avara, procax, jurgiosa, inconstantis & varia indefessa contradicendi libidine, per annos quadraginta septem miserum conjugem omnibus diris affectit. » Quant au caractère du mari, il étoit patient, timide, aimant le repos, & cependant appliqué & diligent quand il étoit à l'ouvrage : facile à contracter amitié, il n'étoit pas heureux dans le choix de ses amis. On l'accusa d'avarice, mais à tort ; le caractère de sa femme, portée à la plus fordide létine, l'obligea de réprimer le penchant qu'il avoit à la libéralité.
XXV. BENOIT, (le Père) savant Maronite, naquit à Gusta, ville de Phénicie, en 1663, d'une famille noble. Des l'âge de 9 ans, il fut envoyé à Rome dans le collège des Maronites, où, pendant treize années consécutives, il s'appliqua avec les plus grands succès aux belles-lettres, aux langues orientales, & à la théologie. Il retourna ensuite dans son pays, d'où il fut envoyé à Rome par les Maronites d'Antioche, en qualité de député de leur église. Cosme III, grand-duc de Toscane, l'appella à Florence, le combla de ses graces, & lui donna la place de professeur d'hébreu à Pise. A l'âge de 44 ans, le Père Benoit se fit Jésuite. Il sortit du noviciat, Clément, & mit au nombre de ceux à qui il avoit confié le foin de corriger les livres fâcres écrits en grec. Il mourut à Rome le 22 septembre en 1742, âgé de plus de 80 ans, regretté par les favans, par ses confrères & par ses amis. On a de lui les deux premiers volumes de l'édition de *S. Ephrem*, continuée & achevée par le favant *Affermanni*. Le cardinal *Quirini*, qui lui devoit la connoissance des langues orientales & une partie de son érudition, l'avoit engagé à entreprendre cet ouvrage. Les *Mémoires* de *Trévoux* de l'année 1745, ont consacré une notice à la mémoire du P. *Benoit*, dont la Vie a été écrite en italien par *Louis Brenna*.
XXVI. BENOIT, (Zaccharie) Chartreux, né à Vicence dans le 16$^{e}$ siècle, a écrit en vers héroïques la *Vie* de *S. Bruno*, fondateur de son ordre.
BENOIT CASTIOLIONE, *Voy.* BENÉDETTE.
BENOIT LABRE, *Voy.* LABRE.
BENOIT DE TOUL, *Voy.* PICARD, n.º 111.
BENSAÏTA, (Mythol.) déesse des richesses, est honorée dans le Japon par une fête solemnelle dans laquelle les pères donnent un grand festin à leurs filles, & s'empressent de leur fournir des divertissements dans tous les genres. — Ce festin se donne dans une salle ornée de riches poupées, & remplie de tables garnies de gâteaux & de feuilles d'armoise. Cette déesse, dit-on, pondit cinq cents œufs, d'où sortirent cinq cents fils.
BENSERAD, *Voy.* BENTZERADT.
BENSERADE, (de) naquit en 1612 à Lionneville ville de la haute Normandie. Il n'avoit que huit ans, lorsque l'évêque qui lui donnoit la confirmation, lui demanda s'il ne vouloit pas changer son nom hébreu d'*Isaac*, pour un nom chrétien? — *De tout mon cœur*, répondit cet enfant, pourvu qu'on me donne du retour. Le prélat, charmé de cette faillie, dit: *Il faut le lui laisser, il le rendra illustre*. Le cardinal de *Richelieu*, dont il se disoit parent, lui donna une pension de 600 livres au sortir de ses études, qu'il perdit après la mort du ministre par un mauvais bon mot. Le cardinal *Mazarin* lui en fit une de 2000 livres, & lui donna ensuite plusieurs autres pensions sur des bénéfices; on croit qu'elles montoient à plus de 12000 livres. L'auteur des *Réflexions morales & historiques sur le Théâtre*, rapporte à ce sujet une anecdote singulière. « *Mazarin*, dit-il, se piquoit d'être poète. Il est vrai que ce n'étoit pas comme *Richelieu*, jusqu'à l'honneur du cocturne: il se vantoit seulement d'avoir fait beaucoup de vers galans, qui avoient réussi: mérite dont un prélat, sans faire tort à sa gloire, eût pu ne pas se décorer. C'est ce qui fit la fortune de *Benferade*. Un jour qu'au coucher du roi le cardinal parloit de ses couronnes poétiques, il ajouta qu'il avoit fait comme *Benferade*. Celui-ci, dont la fortune étoit alors fort délabrée, ayant appris peu de temps après ce mot flatteur, courut aussitôt à l'appartement du cardinal, qu'il trouva couché. Il entre malgré ses gens, pénètre jusqu'à lui, & se jetant à ses genoux, au chevet de son lit, lui fait les plus grands éloges de ses vers italiens, qu'il n'avoit jamais vus & qu'il n'auroit pas entendus, & lui témoigne de la manière la plus vive, sa joie & sa reconnoissance de l'honneur infini qu'il lui avoit voulu faire en daignant se comparer à lui. L'Emirance à demi-endormie, se réveille, rit de cette faillie, & lui en fait bon gré. Il lui envoya le lendemain 2000 livres, & lui donna plusieurs pensions sur des bénéfices; revenu qui, certainement, ne fut jamais destiné à payer des vers galans. » *Benferade* plaifoit beaucoup à la cour, par sa figure, par son esprit, par sa conversation affaifonnée d'une plaifanterie fine, & qui flatoit ceux-mêmes sur lesquels il l'exerçoit. Mais, quoiqu'il vécût familièrement avec les grands feigneurs, il obfervoit avec eux une grande circonfpétition. » Perfonne, difoit-il à l'un de ses amis, n'a plus d'attention que moi aux *longues* & aux *brèves* en leur parlant. Ce font des lions qui me tendent des pièges par des caresses affectées : ils feroient ravis qu'il m'échappât quelque chose de peu mefuré, pour avoir le plaifir de me donner un coup de patte; mais, Dieu merci, je ne leur ai point encore donné cet amufement. » *Benferade* excella, fur-tout, dans les vers des Ballets qu'il fit pour la cour avant que l'Opéra fût à la mode. Il avoit un talent particulier pour ces pièces galantes. Il faifoit entrer dans les rôles des personnages de l'antiquité, ou de la fable, des peintures vives & piquantes, du caractère, des inclinations & des aventures de ceux qui les représentoient. — Toute la cour fut partagée, en 1651, sur le Sonnet de *Job* par *Benferade*, & sur celui d'*Uranie* par *Voiture*. Il y eut deux partis, les *Jobelins* & les *Uraniens*. Le prince de *Conti* fut à la tête du premier; & sa fœur, Mad. de *Longueville*, pour l'autre. Ces deux Sonnets firent beaucoup de bruit alors, & sans cela on n'eu par- perleroit pas à présent. — Au commencement de l'inclination de *Louis XIV* pour la *Valière*, cette demoiselle chargea *Benferade* d'écrire pour elle a son amant. Le roi, que ce poète courtifan favoit si bien louer, le combla de bienfaits, lui donna mille louis pour les tailles-douces de ses *Rondeaux* sur les Métamorphoses d'*Ovide*; ouvrage pitoyable, qui ne méritoit pas une telle libéralité. Ce Rondeau épigrammatique, qui fut fait à cette occasion, vaut mieux que tous ceux de *Benferade* : *A la fontaine où s'enivre Boileau,* *Le grand Corneille, & le sacré troupeau* *De ces Auteurs que l'on ne trouve guère,* *Un bon Rimeur doit boire à pleine aiguière,* *S'il veut donner un bon tour au Rondeau.* *Quoique j'en boive aussi peu qu'un moineau,* *Cher Benferade, il faut te satisfaire,* *T'en écrire un. — He ! c'est porter de l'eau* *A la fontaine.* *De tes refrains un livre tout nouveau* *A bien des gens n'a pas eu l'heur de plaire ?* *Mais quant à moi, j'en trouve tout fort beau,* *Papier, dorure, images, caractère,* *Hormis les vers, qu'il falloit laisser faire* *A la Fontaine.* *Benferade*, dégoûté de la cour, se retira sur la fin de sa vie a Gentilli, où son seul amufement étoit d'orner & de cultiver son jardin. Il avoit embelli sa retraite de diverses Inscriptions, qui valoient peut-être mieux que ses autres ouvrages. On lifoit celle-ci en entrant: *Adieu, Fortune, honneurs; adieu, vous & les vôtres,* Je viens ici vous oublier : Adieu toi-même, amour, bien plus que tous les autres Difficile à congédier. Sa vieilleffe fut douce & chré- tienne. Il mourut à Paris, d'une faignée, ( le chirurgien lui ayant coupé l'artère ) le dix-neuf octobre 1691, âgé de 78 ans. Il étoit de l'académie Françoise depuis 1674. Boileau difoit à ses amis, que son goût pour les pointes ne l'aban- donna pas même dans ses derniers momens. Quelques heures avant sa mort, son medecin lui ayant ordonné une poule bouillie : Pourquoi le bouilli, répondit-il, puisque je suis frit ? Des compila- teurs ont rapporté des plaisanteries de Benferade aussi mauvaises que celle-là, & ils les ont données pour de bons mots. Furetière & Boileau n'en penfoient pas de même. Le premier dit, dans un de ses fac- tums satiriques, contre l'académie : Qu'il s'étoit érigé en galant dans la vieille Cour, par des chansonnettes & des vers de Ballets, qui lui avoient acquis quelque réputation pendant le règne du mauvais goût, des équivoques & des pointes qui subsistent encore chez lui. — Benferade lui-même ne faisoit guères cas des jeux de mots qu'on a rapportés de lui. Il les difoit, parce qu'il les croyoit plai- sans, & qu'ils venoient à propos. Du moins dans un de ses Ballets, où Jupiter étoit représenté par un des seigneurs de la cour, il difoit : » Jupiter descend même à la turlu- » pinade ; » Chez les pauvres mortels on ne » va pas plus bas. » Ses Poésies ont été recueillies en 2 vol. in-12, 1697. Ses pièces de théâtre sont, les tragédies de Cléopâtre, d'Achille mourant, & de Mélégage; deux Comédies, Iphise & l'Heureuse Ambition. Seneçai à un peu flatté Benferade dans ce por- trait, d'ailleurs assez ressemblant : Ce Bel esprit eut trois talens divers, Qui trouveront l'avenir peu crédule. De plaisanter les Grands, il ne fit point scrupule, Sans qu'ils le prissent de travers ; Il fut vieux & galant, sans être ri- dicule, Et s'enrichit à composer des Vers. » Benferade, dit un écrivain, pour avoir eu pendant sa vie une ré- putation au-dessus de son mérite, est aujourd'hui beaucoup moins estimé qu'il ne vaut. La po- térité devient toujours sévère à l'égard des auteurs, dont les contemporains ont été trop lége- rement enthousiastes. On ne peut refuser à Benferade une facilité singulière pour composer des vers sur toutes sortes de sujets. »
BENSI, (Jules) peintre Génois, mort en 1668, inventa divers instrumens pour réduire les ta- bleaux. Il desfinoit parfaitement le relief & la perspective. La famille Doria l'occupa long-temps. I. BENTIVOGLIO, (Antoine) se rendit fameux dans le 14e siècle, par ses richeffes, par son courage & ses vertus. Il fut la tige d'une famille illustre, qui tiroit son ori- gine d'un fils naturel de l'empereur Frédéric II, & son nom d'un vil- lage de la Toscane, près de Ferrare. — Jean BENTIVOGLIO, son fils, se rendit maître de Bologne, vers l'an 1400, & quoiqu'il perdit la vie dans une bataille en 1402, sa famille n'en refta pas moins en possession de la seigneurie de cette ville, jusqu'à l'année 1566, où le Pape Jules II l'en dépouilla. Cette famille alla dès-lors s'établir à Ferrare & à Milan.
II. BENTIVOGLIO, B E N 225
II. BENTIVOGLIO, (Annibal) se rendit maître de Bologne, & gouverna cette ville avec fermeté. Les chefs de la famille Giferi, seignant une réconciliation avec lui, le prièrent d'être parrain d'une fille de leur maison; & comme il se livroit à de perfides embraffemens, ils l'affaffinerent en 1445, dans l'église de St-Jean. Son fils Jean, guerrier intrépide, plein d'énergie & de fagesse, s'affermit dans le gouvernement de sa patrie, en effrayant ses ennemis. Il fit une ligue avec le Pape Sixte IV & le duc de Ferrare, contre les Vénitiens, & battit complètement Jérôme Riaro, leur général. En 1506, le Pape Jules II s'empara de Bologne, & en chaffa Bentivoglio. Les enfans de celui-ci furent maffacrés & sa maison démolie par le peuple. Il se réfugia à Bursetto, près de Parme, où il mourut en 1508, à l'âge de 70 ans.
III. BENTIVOGLIO, (Hercule) né vers 1507 à Bologne, étoit neveu par sa mère d'Alphonse I duc de Ferrare. Il occupa non-feulement un des premiers rangs parmi les poètes Italiens du 16e siècle; mais il fut un des cavaliers les plus accomplis de son temps. Il excelloit dans tous les exercices du corps, la musique & les inftrumens. Le duc de Ferrare l'employa en plusieurs négociations importantes, dans lesquelles ses talens ne brillèrent pas moins que dans la poésie. Il mourut à Venise en 1583, âgé d'environ 76 ans. Ses Poésies, imprimées plusieurs fois, furent recueillies à Paris, en 1719, in-12. On y trouve des Saires, des Sonnets, des Comédies, &c. Les fatires approchent beaucoup de celles de l'Arioste, pour la juftesse, la facilité & le sel qu'il a su y répandre; elles font au nombre de six. Il prit aussi l'Arioste pour son modèle dans ses Comédies, & ne lui fut guères inférieur. Il ne faut pas le confondre avec Hippolyte BENTIVOGLIO d'Aragone, mort en 1685, qui donna trois Opéra, & ajouta des machines à ce spectacle. Celui-ci étoit de Ferrare.
IV. BENTIVOGLIO, (Gui) né à Ferrare en 1579, de la même famille que le précédent, fut d'abord aumônier secret de Clément VIII, ensuite nonce en Flandre & en France. Il étoit à Paris, lorsqu'il fut fait cardinal par Paul V en 1621. Louis XIII & toute la cour, dont il s'étoit fait chérir par sa prudence & ses manières honnêtes, le félicitèrent sur sa nouvelle dignité. Ce prince le chargea ensuite du protectorat de la France à la cour de Rome, où il fut reçu avec distinction. Sa probité, sa douceur, sa vertu, son esprit, ses lumières & ses services lui auroient procuré la tiare après Urbain VIII son ami, s'il n'étoit mort durant la tenue du conclave, le 27 avril 1644, à 65 ans. Comme ce conclave se tenoit pendant les grandes chaleurs, Bentivoglio passa onze nuits sans dormir, & cette infomnie avança sa dernière heure. On a de lui : I. L'Histoire des Guerres civiles de Flandre, écrite en italien; à Cologne, 1633, — 36, — 39, in-4°, & à Paris, de l'imprimerie royale. Cet ouvrage sent l'homme d'état parfaitement instruit de ce qu'il raconte. Sa narration est plus ferrée, & par conséquent plus intéressante que celle de Strada. II. Ses Mémoires, traduits par l'abbé de Vayrac, en 1713, à Paris, 2 vol. in-12. III. Relation de la Flandre, in-12. IV. Des Lettres estimées, & traduites en françois, in-12. Peu de modernes ont mérité d'être comparés aux hiforiens de l'antiquité; *Bentivoglio* a eu cet avantage. C'étoit un très- bel esprit. Son style est aisé, na- turel & pur. Ses réflexions, qu'il prodigue peut-être un peu trop, marquant une connoissance pro- fonde de la politique & du cœur humain. « *Bentivoglio*, dit son tra- ducteur, a fait éclater les talens de l'homme de lettres & de l'homme d'état. C'est à ces deux titres qu'il a illustré son siècle. Ils font d'au- tant plus incontestables que l'un & l'autre font évidemment con- fignés dans ses écrits. On peut prendre une juste idée de l'étude qu'il avoit faite, & des connois- sances qu'il avoit acquises des règles de l'histoire, & des meilleurs hiforiens de l'antiquité, sur les traces desquels il a marché avec tant de gloire, par le jugement qu'il porte de l'histoire du *Jesuite Strada*, son contemporain & son ami. « Il peint avec vérité & avec feu. Trop de zèle pour l'autorité ultramontaine, & trop d'atta- chement aux Espagnols, ont quel- quefois égaré sa plume. Au reste, il prétendoit qu'il avoit presque toujours composé à la hâte, dé- robant quelques moments aux af- faires, au tumulte de la cour, & luttant contre les obstacles d'une foible santé. V. BENTIVOGLIO, ( Cor- neille ) né à Ferrare en 1668, mort à Rome, en 1730, fut d'a- bord envoyé à Paris en qualité de nonce, dans un temps difficile, & nommé cardinal en 1719. Il est auteur de quelques ouvrages en littérature, & entr'autres d'une *Traduction* en vers *Sciotti* de la *Thébaïde de Stace*. Il la publia sous le nom de *Selvaggio Porpora*.
VI. BENTIVOGLIO, ( Fran- çoise ) femme de *Galéote Manfrédi*, prince de Forli en Italie. Irritée de l'indifférence & du mépris de son mari, qui avoit contracté, dit-on, un mariage secret avec une de- moiselle de Faenza, elle gagna deux médecins pour l'affaffiner. Elle feignit d'être malade, les appella dans sa chambre, avec des armes sous leurs habits; mais *Galéote* s'étant défendu contre les deux affaffins, elle prit un poi- gnard & le lui plongea dans le fein.
VII. BENTIVOGLIO-CALCA- GNINI, ( Baillide ) née à Ferrare, & morte à Rome en 1711, faisoit des vers loués par l'académie des Arcades dont elle étoit membre, & des *Traductions* d'ouvrages fran- çois. *Crescimbeni* en fait mention dans son *Histoire* de l'*Arcadie*.—*Ca- mille Caprara BENTIVOGLIO*, qui vivoit aussi à Rome en 1714, se distingua également par son savoir, & écrivoit bien en vers & en prose.
BENTLEY, ( Richard ) né dans le comté d'York en 1662, fut bibliothécaire du roi *Guillaume*, en 1693, après le savant *Justel*, & en 1700 directeur du collège de la Trinité à Cambridge. Il mourut en 1742, après avoir publié plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Des *Sermons* contre les incrédules, traduits en plusieurs langues. *Bentley* fut le premier qui eut les 50 livres fierlings, que *Boyle* légua par son testament au théologien, qui, dans huit sermons prononcés dans le cours d'une année, défendroit la religion naturelle & révélée. II. Une excellente *Réfunction*, sous le nom supposé de *Philéleuthère* de Leipzig, du trop fameux *Dis- cours* de *Collins* sur la liberté de penser. On a traduit cet ou- vrage, sous le titre peu conven B E N 227 nable de *Friponnerie Laïque*, 1738, in-8.º III. Plusieurs savantes *Editions* d'auteurs Grecs & Latins, qu'il a enrichies de notes, tels que *Manilius*, 1739, &c.
BENTZERADT, (Charles-Henri) né dans le Luxembourg, se fit Cistercien à Orval, à l'âge de 21 ans. Il en fut abbé pendant 39, & signala le temps de son gouvernement, par son attention à soutenir la régularité que Dom Bernard de Montgaillard, appelé communément le *Petit Feuillant*, y avoit introduite. Il mourut en 1707.
BENVENUTI, (Charles) né à Livourne, le 8 février 1716, mort en 1789, à l'âge de 74 ans, se fit Jésuite, & fut nommé professeur de mathématiques à Rome. Lors de l'extinction de son ordre, il se retira à Varsovie, près du roi de Pologne, qui lui témoigna la plus grande estime. On a de lui: I. Un *Abrégé* de la physique générale, 1754. Il y explique avec clarté, les élémens de la physique, de la mécanique & de l'astronomie Newtonienne. II. *Differtation* sur la lumière, 1754, Rom. III. Une *Traduction* des *Élémens* de géométrie de *Clairaut*, Rom. 1751. IV. Des *Réflexions* sur le *Jésuite*, 1772. V. L'*Oraison Funèbre* d'*Ancajani*, évêque de Spolette. Tous ces écrits font en latin, & imprimés à Rome.
BENYOWSKY, (Maurice-Auguste) magnat de Hongrie & de Pologne, fut un de ces hommes inquiets qui fuyant le repos, s'engagent à chaque pas dans des dangers dont ils fortent par leur courage. Propriétaire de grandes terres en Lithuanie, *Benyowski* s'engagea dans la confédération Polonoise, contre les Russes. Fait prisonnier, & racheté par les confédérés, il se laissa prendre une seconde fois les armes à la main, & fut envoyé prisonnier à Caban, avec plusieurs autres Polonois. Là, quelques seigneurs Russes ayant fait un complot contre l'Impératrice de Russie, le communiquerent à *Benyowski*; & quoiqu'il n'y fut pas directement entré, il n'en partagea pas moins la peine de ses complices, & fut relégué pour la vie au Kamchatka. Cet exilé trouva encore le moyen d'en sortir, de traverser l'Océan pacifique, le Japon, une partie de la Chine, pour venir mourir d'un coup de fusil à Madagascar, en 1787. On a imprimé en 1792, les *Voyages* & *Mémoires* de *Benyowsky*, 2 vol. in-8.º
BENZÉLIUS, (Eric) docteur en théologie, archevêque d'Upsal, & sous-chancelier de l'université, mourut en 1709, à 67 ans. Il étoit né d'une famille fort obscure: il dut sa fortune à ses talens & à son mérite. On a de lui plusieurs ouvrages sur l'Écriture-faîné, l'histoire ecclésiastique & la théologie; le plus considérable est une *Traduction Suédoise de la Bible*, Stockholm, 1703, in-fol. I. BENZIO, (Trifone) natif d'Affise, cultiva la poésie italienne, depuis 1530 jusqu'à l'an 1570, & fut secrétaire de plusieurs pontises. Il étoit extrêmement contretaît, avec le corps horriblement velu, & les dents très-longues: ce qui le fit comparer à un loup & à un fanglier. Sa conversation étoit pleine de faillies; Il aimoit la table & le plaisir. Son penchant à obliger, lui donna grand nombre d'amis; sa douce philosophie, & son austère probité le firent souvent surnommer le *Sacrate* de Rome. Il avoit fi peu foin de sa personne, que pour s'éviter la peine de nettoyer ses vêtements, il rognoit avec des ciseaux les bords de son manteau, ce qui le rendoit bientôt ridicule & trop court. Ses *Poésies* latines & italiennes, écrites avec grace & facilité, ont été recueillies par *Pallavicin*, *Guter* & *Varchi*. On a encore de lui quelques *Lettres* facétueuses dans le recueil d'*Atanati*.
II. BENZIO, (Maximilien-Soldani) sculpteur Florentin, né en 1658, est renommé pour l'exacte ressemblance & le fini de ses médaillons. On lui doit ceux de la reine *Christine* de Suède, du pape *Innocent XI*, de *Côme III* grand duc de Toscane, & de *Louis XIV*. Il sculpta ce dernier, dans un voyage qu'il fit en France. *Benzio* exécutoit aussi avec succès les bas-reliefs & les statues.
BÉOLCO, (Ange) surnommé *Ruzzante*, naquit à Padoue, & mourut en 1542. Il étudia de bonne heure l'air, le geste & le langage des villageois, & en prit tout ce qu'il y avoit de naïf, de plaisant & de grotesque. C'étoit le *Vadé* des Italiens. Ses *Farces Ruffiques*, quoiqu'écrites d'un style bas & populaire, plaisent aux gens d'esprit, par la vérité avec laquelle les campagnards y sont représentés, & par les bons mots piquans dont elles sont affaifonnées. Il aima mieux être le premier dans ce genre, que le second dans un autre plus élevé. Ses principales pièces sont : La *Vaccaria*, l'*Anconitana*, la *Moschetta*, la *Fiorina*, la *Piovana*, &c. Elles furent imprimées avec d'autres Poésies du même genre, en 1584, in-12, sous ce titre : *Tutte le Opere del famosissimo Ruzzante*. —Voy. CALMO.
BÉOTUS, (Mythol.) fils de *Neptune* & petit-fils d'*Éolus* roi de l'Éolide, naquit à Métaponte en Italie, & succéda à son grand-père. Ses états prirent de lui le nom de *Béotie*, & il donna à sa capitale celui d'*Arné* sa mère.
BERARDINI, (Bérard) de Bari, a traduit en vers italiens, une partie de l'*Énéide*. Cette traduction fut imprimée à Naples en 1555, in-8.
BERARDO, (Jérôme) né à Ferrare, vécut sous le gouvernement d'*Hercule* & d'*Alphonse I*, ducs d'Este. Il traduisit en vers deux comédies de *Plaue*, qui furent imprimées à Venise, en 1530, in-8.
BÉRAUD, (Laurent) né à Lyon, le 5 mars 1702, mort le 26 juin 1777, se fit jésuite & commença sa carrière scientifique en professant les mathématiques à Avignon. Appelé à Lyon, on lui remit le soin de l'observatoire du grand collège de cette ville. Il y publia divers *Mémoires* couronnés par les sociétés savantes : 1. Sur la cause de l'augmentation de poids que certaines matières acquièrent dans leur calcination; 2. Sur les rapports qui se trouvent entre la cause des effets de l'aimant, du tonnerre & de l'électricité; 3. Sur l'influence de la lune, sur la végétation & l'économie animale; 4. Sur la question, si les animaux & les métaux ne deviennent électriques que par pure communication? On doit encore à ce Jésuite : *La Physique des corps animés*, 1755, in-12. Ses vertus égaloient ses lumières. Il étoit correspondant de l'académie des sciences, & membre de celle de Lyon, qui a fait imprimer l'éloge de ce savant estimable.
BÉRAULD, (Nicolas) *Beraldues*, natif d'Orléans, se distingua dans les premières années du 16$^{e}$ siècle. en l'université de Paris, par sa connoissance des belles-lettres & des mathématiques. Il fut précepteur de l'amiral de *Coligny* & de ses deux frères. Il ne vécut pas beaucoup au-delà de 1539. Il ne pouvoit donc être en 1571 principal du collège de Montargis, comme l'a avancé le nouvel éditeur de *Ladvocat* : cette place étoit alors occupée par *François Bérauld* son fils, qui se fit Calviniste. On a de *Nicolas Bérauld*, une édition des *Œuvres de Guillaume* évêque de Paris, 1516, in-fol.; une de l'*Histoire naturelle de Pline*, & d'autres ouvrages. Sa vertu & ses talens lui concilièrent l'amitié & l'estime du fameux *Erasme*, & de plusieurs autres personnages illustres.
BÉRAULT, (Josias) avocat au parlement de Rouen, se distingua par son savoir, sous le règne de *Henri III*. On a de lui un *Commentaire*, fort estimé, sur la Coutume de Normandie. La cinquième édition de 1650, & la sixième de 1660, in-fol. sont les meilleures. Les libraires de Rouen ont réuni, en 1684, les Commentaires de *Bérault*, de *Godefroi* & d'*Aviron*, en deux volumes in-folio.
BERCHEM, *Voyet* BERGHEM.
BERCHOIRE ou BERCHEUR, (Pierre) *Berchorius* ou *Bercherius*, Bénédictin de Saint Pierre-du-Chemin, village à trois lieues de Poitiers, fut prieur de Saint-Eloi à Paris, & mourut en 1362. C'est lui qui fit, par ordre du roi *Jean*, la *Traduction* françoise de *Tise-Live*, dont il y a un beau manuscrit en Sorbonne. Cette traduction, curieuse pour le temps où elle parut, est remarquable par l'introduction d'un grand nombre de mots françois, que l'auteur inventa. On trouve dans un *Mémoire* de l'abbé *Sallier*, inféré dans ceux de l'académie des inscriptions, une liste de tous les mots qui furent créés à cette époque, & qui ont servi de fondement à notre langue. *Bercheur* est encore auteur du *Réductoire moral*, & du *Répertoire*, ou Dictionnaire moral de la Bible, Deventer 1477, in-fol.; & Cologne, 1650 : ouvrages assez mal executés. Il fit cette compilation dans une tour qui termine le jardin de Saint-Victor. Ses sentiments suspects en matière de religion l'y avoient fait enfermer. Cette correction l'empêcha d'en infecter ses contemporains.
BEREGANI, (Nicolas) gentilhomme Vénitien, né en 1627, reçut du roi de France le cordon de Saint-Michel, & se distingua dans le barreau par son éloquence, & dans la littérature par ses écrits. On lui doit sur-tout beaucoup de *Poésies* qui se ressentent du mauvais goût de son siècle, & qui abondent en jeux de mots. Sa *Traduction* en vers de *Claudien*, avec de savantes observations, est son meilleur ouvrage. Elle fut imprimée à Venise, 1716, 2 vol. in-8°, trois ans après la mort de l'auteur. I. BÉRENGER Ier, étoit fils d'*Eberard*, duc de Frioul, & de *Gille*, fille de *Louis* dit le *Débonnaire*. Vers l'an 893, il se fit déclarer roi d'Italie. Il eut pour concurrent *Gai*, duc de Spolette, qui le défit dans deux batailles rangées. *Bérenger* implora le secours de l'empereur *Arnold*, qui passa en Italie, où il fournit plusieurs villes en 894 & 896. Mais en 898 les Italiens se soulevèrent contre *Bérenger*, dont la cruauté les indignoit & dont l'orgueil les révoltoit : ils appellèrent *Louis Bojon*, roi d'Arles & de Bourgogne, lequel s'étant engagez témorairement dans le pays ennemi, fut surpris par Béranger, qui lui fit repaffer les Alpes. L'année suivante Bozon revint en Italie, à la tête d'une puissante armée, à laquelle tout céda. Il s'avança jufques à Rome, où il se fit couronner empereur, & regna quatre ou cinq ans avec assez de bonheur; mais Béranger le surprit à Vérone, & lui fit crever les yeux en 904. Le vainqueur se fit mettre la couronne impériale par le pape Jean IX la même année, & par le pape Jean X en 915. L'année d'après il joignit ses troupes à celles de ce pape & des autres princes, & défit les Sarafins, qui faisaient de grands ravages en Italie. Mais, aveugle par son bonheur, il irrita les grands, qui eurent recours à Rodolphe II, roi de la Bourgogne Transjurane. Béranger appella à son secours les Hongrois, qui ravageaient alors l'Allemagne, & qui l'avoient remplie de carnage. Ils ne commirent pas moins d'excès en Italie, & Béranger qui les y avoit attirés, y devint plus odieux que ces Barbares mêmes. Tout le monde s'y ligua contre lui; il perdit une bataille le 28 juin de l'an 922, près de Plaisance, contre Rodolphe. Il ne lui refla plus que Vérone, où il s'enferma, & où il fut affaffiné en 924. Il ne laifia qu'une fille unique, Gifle ou Gillette, mère de Béranger II dit le Jeune. — Voyez les articles OTHON I. — LOUIS l'Aveugle, n° III. — I. LAMBERT. — & I. GUY.
II. BÉRENGER II, dit le Jeune, fils d'Abert, marquis d'Yvce, et de Gifle, fille de Béranger I, se fouleva vers l'an 939 contre Hugues roi d'Italie & d'Arles; mais il fut obligé d'aller implorer en Allemagne la protection de l'empereur Othon. Revenu en 945 avec des troupes, il se rendit maître d'une partie de l'Italie, & prit le titre de roi en 950, après la mort de Lothaire, fils de son compétiteur. Ses succès l'aveuglerent. Il exerça une tyrannie si violente sur ses sujets, qu'ils furent contraints d'appeler Othon à leur secours. Adclair, veuve de Lothaire, que Béranger vouloit obliger d'épouser son fils Adelbert, fut encore un motif du voyage de l'empereur en Italie. Othon s'étant rendu maître de Béranger en 964, l'envoya en Allemagne, où il mourut deux ans après, à Bamberg en Franconie, laissant une mémoire odieuse.
III. BÉRENGER, archidiacre d'Angers, trésorier & écolâtre de Saint-Martin de Tours sa patrie, fut condamné dans un concile de Rome en 1050. Il renouveloit les erreurs de Jean Scot surnommé Erigène, & soutenues ensuite plusieurs siècles après, par les Sacramentaires. « Béranger, dit Placque, voyoit que le pain & le vin confervoient, après la confécration, les propriétés & les qualités qu'ils avoient avant la confécration, & qu'ils produisoient les mêmes effets: il en conclut, que le pain & le vin n'étoient pas le corps & le sang de J. C. qui étoit né de la Vierge, & qui avoit été attaché à la croix. Il enseigna donc, que le pain & le vin ne se changeoient point dans le corps & le sang de J. C.; mais il n'attaqua point sa présence réelle. Il reconnoissoit que l'Écriture & la tradition ne permettoient pas de douter que l'Eucharistie ne contint vraiment & réellement le corps & le sang de JÉSUS-CHRIST, & qu'elle ne fût même son vrai corps. Mais il croyoit que le Verbe s'unissoit au pain & au vin, & que c'étoit par cette union qu'ils devenoient le corps & le sang de JÉSUS-CHRIST fans changer leur nature ou leur essence physique, & fans cesser d'être du pain & du vin. Il croyoit qu'on ne pouvoit nier la présence réelle, & il reconnoissoit que l'Eucharistie étoit le vrai corps de JÉSUS-CHRIST. Il croyoit que le pain & le vin étoient après la confération, ce qu'ils étoient avant: & il concluoit que le pain & le vin étoient devenus le corps & le fang de JÉSUS-CHRIST, fans changer de nature: ce qui n'étoit possible, qu'en supposant que le Verbe s'unissoit au pain & au vin. " Cette hérésie avoit déjà bien des fauteurs, parmi les quels on comptoit Brunon, évêque d'Angers. Henri I, roi de France, se joignit au pape, & fit condamner l'hérésiarque dans un concile, où ce prince assista lui-même, avec les personnes les plus considérables du clergé & de la noblesse. Les Peres déclarèrent, que si Béranger & ses secta.eurs ne se rétractoient pas, toute l'armée de France, le clergé à la tête, iroit les contraindre de se soumettre, ou les punir de mort. Le roi, en qualité d'abbé de Saint-Martin de Tours, donna ordre de ne point payer à Béranger les revenus du canonicat qu'il possédoit dans cette église. Béranger se rétracta au concile de Tours, en 1054; mais après le concile, il dogmatiza comme auparavant. Nicolas II assembla à Rome, en 1059, un concile de cent treize évêques; Béranger y souscrivit une nouvelle abjuration, une profession de foi dressée par le cardinal Humbert, dans laquelle il reconnoissoit, que le pain & le vin, après la confération, étoient le vrai Corps & le vrai Sang de JÉSUS-CHRIST, touché par les mains des Prêtres, rompu & moulu par les dents des fidèles. — Il brûla ses écrits, & le livre de Jean Scot; mais à peine fut-il hors du concile, qu'il écrivit contre sa formule de foi, & accabla d'injures le cardinal qui l'avoit rédigée. Il ne laissa pas de condamner encore ses erreurs au concile de Rouen, en 1063; & en 1075 à celui de Poitiers, où il manqua d'être tué. Grégoire VII le cita à Rome en 1078, à un concile qu'il célébroit alors: il y prononça encore sa rétractation. Deux ans après, il renonça de nouveau à ses erreurs dans un concile célébré à Bordeaux. Il mourut en 1088 dans son opinion, suivant les uns; & dans le repentir, suivant les autres. On faisoit tous les ans un service pour lui dans le chapitre de Saint-Martin de Tours. Nous avons de lui plusieurs ouvrages relatifs à ses disputes. Tels sont une Lettre à Aseelin, une autre à Richard, trois Professions de Foi, & une partie de son Traité contre la seconde profession de foi qu'on l'avoit obligé de faire: dans le Thesaurus Anecdotorum de Martenne, & dans les Œuvres de Lanfranc. — Béranger combatoit aussi les mariages légitimes, le baptême des enfans, vilipendoit les Peres, & nioit que JÉSUS-CHRIST fût entré à travers la porte de la salle où ses disciples étoient assemblés.
IV. BÉRENGER, (Pierre) Poitevin, disciple d'Abailard, publia une Apologie très-mordante, pour son maître, contre Saint-Bernard qui l'avoit fait condamner. Elle se trouve avec les Œuvres d'Abailard. V. BÉRENGER, (Raymond) grand-maître de l'ordre de Malte, tiroit son origine d'une ancienne famille de Dauphine, alliée aux souverains de cette province. Il se ligua contre les Ottomans avec le roi de Chypre, prit Alexandrie en Égypte, la brûla, & s'empara de Tripoli de Syrie, en 1366. Le pape *Urbain V* l'envoya en qualité de nonce, appaîfer les troubles qui s'étoient élevés dans le royaume de Chypre après la mort du roi *Pierre*, affaffiné par ses frères. *Béranger* tint deux chapitres généraux de son ordre. Il y fut réglé que pour l'élection des grands-maîtres, on nommeroit deux chevaliers de chaque nation pour électeurs, & que chacun des religieux ne pourroit posséder qu'une commanderie. *Béranger* mourut en 1373.
VI. BÉRENGER, (Jacques) *Voyez* CARPI.
BÉRENGÈRE, reine de Léon & de Caffille, étoit fille de *Raymond IV*. Son mérite & sa beauté faisant bruit en Europe, *Alphonse VIII* roi de Léon, la demanda en mariage, & l'obtint en 1128. Les noces furent célébrées avec beaucoup de pompe à Saldana. Elle contribua par son esprit au bonheur de ses peuples, & mourut le 3 février 1149. Les Maures avoient rassemblé une armée considérable pour marcher au secours du château d'Auréja, affligé par *Alphonse VIII*; *Bérengère* étoit dans Tolède: les Maures entourèrent cette dernière ville, & la sommerent de se rendre. *Bérengère* envoya un héraut aux chefs des Maures pour leur dire que des guerriers, aussi célèbres par leur galanterie que par leur courage, ne devoient trouver nulle gloire à s'emparer d'une ville défendue par une femme; mais que s'ils vouloient se rendre de fuite à Auréja, ils y trouveroient le roi de Léon, bien disposé à les recevoir. Les Maures surpris de la mission du héraut, accédèrent à sa proposition, à condition que *Bérengère* voudroit bien se montrer à eux sur les murailles de Tolède; pour recevoir l'hommage de leur admiration. La reine y consentit & parut sur les remparts avec toute sa cour & la magnificence que la conjoncture pouvoit lui permettre. Les Maures se retirèrent, & leur deux généraux, *Aben - Aquel*, & *Aben - Céta*, ayant été tués ensuite dans une bataille, *Bérengère* fit placer leurs corps dans de riches cercueils, & ordonna qu'on les portât de sa part à leurs épouses. Cette manière de faire la guerre, ne se ressenti pas d'un temps ignorant & barbare.
BÉRÉNICE, *Voyez* CALLIPATIRA. I. BÉRÉNICE, fille de *Ptolomée Philadelphe* & sœur de *Ptolomée Évergète*, épousa *Antiochus*, surnommé *le Dieu*, roi de Syrie. La politique fit ce mariage. *Antiochus* avoit une autre femme appelée *Laodice*, qu'il répudia pour donner la main à *Bérénice*, parce que les rois d'Égypte étoient pour lui des alliés puissans. Mais, après la mort de *Ptolomée Philadelphe*, il rappella *Laodice*. Cette princesse vindicative, n'ayant pas oublié l'outrage que lui avoit fait son mari, l'empoisonna, & plaça son fils sur le trône. Elle poursuivit ensuite *Bérénice*, qui s'étoit retirée à *Antioche*, & la fit étrangler 248 avant J. C. avec le fils qu'elle avoit eu d'*Antiochus*.
II. BÉRÉNICE, femme de *Ptolomée Évergète* roi d'Égypte, épousa ce prince l'an 247 avant J. C. & l'aima tendrement. *Ptolomée* étant parti l'année d'après pour une expédition de guerre, elle fit vœu de se faire couper les cheveux & de les consacrer à *Vénus*, si son époux revenoit victorieux. *Ptolomée*, après avoir foumis une partie de la Perfe, de la Médie & de la Babylonie, rentra triomphant dans ses états. Bérénice, fidelle à sa promesse, suspendit sa chevelure dans le temple de Vénus Zéphyride, d'où elle fut enlevée dès la première nuit. Un astronome célèbre, Conon de Samos, assura qu'il l'avoit vue dans le ciel, où elle formoit une espèce de triangle, nommé encore aujourd'hui la Chevelure de Bérénice. Voyez II. CALLIMAQUE. Cette princesse se distingua par ses vertus. Son fils Ptolomée Philopator ayant dans elle & dans son frère des censeurs importuns, les fit mourir dans une chaudière d'eau bouillante, l'an 221 avant J. C.
III. BÉRÉNICE, fille de Ptolomée Aulées, trahit & son père & son époux. Le premier ayant été obligé d'aller à Rome pour implorer du secours contre ses sujets révoltés, Bérénice fut mise sur le trône paternel. Après avoir fait étrangler son mari Séléucus, elle épousa Archélaüs, pontife de Comane, qui fut obligé de prendre les armes pour soutenir l'élection de son épouse. Quoique né avec les talens de la guerre & du gouvernement, il perdit un combat & la vie dans une action contre les Romains. Cette journée fut funeste à Bérénice : Ptolomée, rétabli sur son trône, d'où ses sujets l'avoient chassé, la punit de mort l'an 55 avant J. C.
IV. BÉRÉNICE, fille de Cottobare & de Salomé, sœur d'Hérode le Grand, épousa Aristobule, fils de ce prince. Elle vécut mal avec lui, & contribua à sa mort par ses plaintes & par ses intrigues. Elle se maria à Theudion, autre fils d'Hérode, après la mort duquel elle alla à Rome. Antonia, femme de Drusus, lui témoigna beaucoup d'amitié. Bérénice mourut quelque temps après. Son fils du premier lit, Agrippa, fit un voyage à Rome l'an 36 de J. C., où il reçut de grands services d'Antonia. V. BÉRÉNICE DE CHIO, l'une des femmes de Mithridate Eupator. Ce prince vaincu par Lucullus, craignant que le vainqueur ne prit un château où les femmes étoient retirées, & ne les violât, leur envoya un eunuque pour les faire mourir. Bérénice donna à sa mère une partie du poison que l'eunuque lui offroit, & en ayant pris trop peu pour mourir assez tôt, ce barbare l'étrangla l'an 71 avant J. C. « Cette horrible action de Mithridate, dit un historien, passeroit encore aujourd'hui, chez les Orientaux, pour un trait héroïque; chez nous ce n'est qu'un trait de férocité. »
VI. BÉRÉNICE, fille d'Agrippa l'ancien, & sœur aînée d'Agrippa se jeune, rois des Juifs, fut mariée à Hérode son oncle, à qui Claude donna le royaume de Chalcide. Elle demeura quelque temps veuve après la mort de ce prince, arrivée l'an 48 de J. C.; mais sur le bruit qu'elle avoit un commerce incestueux avec son frère, elle épousa Polémon, roi de Cilicie, après l'avoir engagé à se faire circoncire. Elle le quitta ensuite pour son ancien anant : aussi Juvenal l'appelle-t-il barbare, incestueuse. Elle avoit eu deux fils d'Hérode : Bérénicien & Hyrean. C'est elle qui conseilla aux Juifs de se soumettre aux Romains; mais n'ayant pu rien gagner sur ce peuple indocile, elle se rangea du côté de Titus, & s'en fit aimer. On dit que cet empereur, dans les transports de son amour, voulut l'épouser & la faire déclarer impératrice; mais que la crainte des murmures du peuple Romain l'obligea de la renvoyer, malgré lui & malgré elle, des les premiers jours de son empire. Cette séparation de deux amans passionnés a été mise sur le théâtre François, par *Cornille & Racine*, a la prière d'une grande princesse. Ce fut devant elle & de son frère *Agrippa*, que *S. Paul* plaida sa cause.
BÉRÉNICIUS, homme inconnu, qui parut en Hollande l'an 1670. On crut que c'étoit un Jésuite, ou quelqu'autre religieux apostat. Il gagnait sa vie à ramoner des cheminées & à aiguiller des couteaux. Il mourut dans un marais, étouffé par un excès de vin. Ses talens, si l'on en croit quelques historiens, étoient extraordinaires. Il versifioit avec une telle facilité, qu'il récitoit soudain, & en assez bons vers, ce qu'on lui disoit en prose. On l'a vu traduire du flamand, en vers grecs ou latins, les gazettes, en se tenant debout sur un pied. Les langues mortes, les langues vivantes, le grec, le latin, le françois, l'italien, lui étoient aussi familiers que sa langue maternelle. Il savoit par cœur *Ho ace*, *Virgile*, *Homère*, *Arist phane*, plusieurs ouvrages de *Cicéron*, & ceux de l'un & l'autre *Pine*, en récitoit de longs passages, & indiquoit le livre & le chapitre. On croit que la *Georgarchonomachia* est de lui.
BÉRÉTIN, (Pierre) né à Cortone dans la Toscane en 1596, montra d'abord peu de talent pour la peinture; mais ses dispositions s'étant développées tout-a-coup, il étonna ceux de ses compagnons qui s'étoient moqués de lui. Rome, Florence, le possédèrent successivement. *Alexandre VII* le créa chevalier de l'éperon d'or. Le grand-duc *Ferdinand II* lui donna aussi plusieurs marques de son estime. Un jour ce prince admirant un *Enfant* qu'il avoit peint pleurant, il ne fit que donner un coup de pinceau, & il parut rire; puis avec une autre touche, il le remit dans son premier état: *Prince*, lui dit *Bérétin*, vous voyez avec quelle facilité les enfans pleurent & rient. Il étoit si laborieux, que la goutte dont il étoit tourmente, ne l'empêchoit pas de peindre: mais sa vie sédentaire, jointe a son extrême application, augmentèrent cette cruelle maladie, & il en mourut en 1669. Son commerce étoit aimable, ses mœurs pures, son naturel doux, son cœur sensible à l'amitié. Son génie étoit vaste, & demandoit de grands sujets à traiter. Ses petits tableaux valent beaucoup moins que ceux qu'il a faits en grand. Il mettoit une grace singulière dans ses airs de tête, du brillant & de la fraîcheur dans son écoloris, de la noblesse dans ses idées; mais son dessin étoit peu correct, ses draperies peu régulières, & ses figures quelquefois lourdes. — BÉRÉTIN, connu aussi sous le nom de *Pierre de Cortone*, ne reussit pas moins dans l'architecture.
BERGA, (Antoine) professeur de philotophie dans l'université de Turin dans le 16e siècle, a publié un *Difcours* en italien sur l'étendue de la terre & des mers. Il y combat les opinions de *Piccolomini*. I. BERGALLI, (Charles) né à Palerme, professeur de morale dans l'université de sa patrie, mort en 1679, a publié un poème, intitulé, la *Davidiade*, des *Melanges* de poésies latines, & un ouvrage *De objecto Philosophiae*.
II. BERGALLI, (Louise) Vénitienne, renommée par sa B F R 235 beauté & fes talens, naquit en 1703, & épousa le comte Gafpard Gozzi. Elle en eut cinq fils, tous distingués par leur esprit & leur bonne éducation. Lonife a donné au théâtre des Tragédies & des Comédies qui ont obtenu des succès; elle a traduit en vers sciolti, les Comédies de Térence, & les Tragédies de Racine.
BERGAME, Voy. FORESTI.
BERGANTINI, poète Italien, qui a traduit en vers les Cynégétiques, ou Poème sur la chasse de Pierre Angéli, & celui du président de Thou, De re accipiteriâ, Venise, 1735, in-4.º
BERGEDAN, (Guillaume de) poète Catalan, eut de l'esprit dont il abufa. La licence de ses mœurs, & l'obscénité de ses vers, n'ont pas honoré sa mémoire. Jaloux de Foulques de Tendona, seigneur plus riche que lui, il l'affaffina par trahison. La justice le dépouilla de ses biens. Ses parens voulurent d'abord le secourir, mais il leur devint si odieux par ses emportemens, qu'à la fin ils l'abandonnèrent. Dans l'une de ses pièces, il se vanta d'avoir obtenu les faveurs de sa belle-sœur; ce qui occasionna un duel entre son frère & lui. Il dit que ce frère ressembloit à un vieux juif, fortant de la synagogue, ayant le front couvert de cornes. Bergedan fut dépouillé de ses fiefs par sentence du roi d'Aragon. Il publia plusieurs Satyres contre lui. Le meilleur de ses ouvrages est une Complainte sur la mort du marquis de Mataplana, avec lequel cependant il s'étoit une fois battu en duel, en présence des chanoines & des bourgeois de Vic. Ce poète méchant & dangereux périt dans une bataille contre les Turcs.
BERGELMER, (Mythol.) géant, qui, dans la religion Celtique, échappa seul à l'inondation, causée par le sang de Yme, à la faveur d'une grande barque. On voit que c'est le même que Noé.
BERGER, (Christophe-Henri) conseiller aulique impérial, mort à Vienne en 1757, publia à Frankfort en 1723, in-4°, un Traité savant & curieux, De Personis seu Larvis, avec figures.
BERGERAC, Voy. CYRANO.
BERGERIE, (La) Voyet DURANT.
BERGHEM, (Nicolas) peintre, excellent paysagiste, né à Amsterdam en 1624, montra des son enfance les plus grandes dispositions pour la peinture. Le château de Benthem, où il demeura longtemps, lui offroit des vues agréables & variées, qu'il deffina d'après nature. Ses tableaux sont remarquables par la richesse & la variété de ses deffins, par un coloris plein de grace & de vérité: la collection nationale en possède deux. Ce peintre mourut en 1683. La douceur & la timidité formoient son caractère, & l'avarice celui de sa femme. C'étoit à la fois une harpie & une mégère. Elle s'emparoit de son argent, & le laiffoit à peine respirer: elle étoit dans une chambre au-dessous de son atelier, pour frapper au plancher toutes les fois qu'elle s'imaginoit que son mari alloit s'endormir. Le seul plaisir de Berghem étoit de peindre. Il disoit en badinant, que l'argent étoit inutile à qui fait s'occuper. Ce peintre n'a rien laiffe de médiocre. Il gravoit aussi à l'eau-forte. Ses animaux sur-tout sont du deffin le plus correct.
BERGIER, *Voyæ GÉOF-FROI.*
BERGIER, (Nicolas) naquit à Reims en 1557. Il fut professeur dans l'université de cette ville. Il s'adonna ensuite au barreau, & s'y fit un nom. Les habitans de Reims l'envoyèrent souvent à Paris, en qualité de député, pour les affaires de leur ville. Le président de *Bellevue* lui procura une pension de deux cents écus, & un brevet d'historiographe. Il mourut le 15 septembre 1623, à 66 ans. On a de lui : I. Les *Antiquités de Reims*, 1635, in-4.º *Bergier* avoit composé l'histoire de cette ville en seize livres; mais son fils n'en fit imprimer que les deux premiers, apparemment parce que son père écrivant avec plus de savoir que d'élégance, il craignoit de hazarder un long ouvrage. II. *L'Histoire des grands Chemins de l'Empire Romain*, traduite en plusieurs langues, & réimprimée à Bruxelles, en 2 vol. in-4°, 1729. Elle réunit tout ce qu'on pouvoit dire de plus curieux sur cette matière. Les savans l'estiment beaucoup, & avec raison. Il y a d'excellens matériaux; mais l'arrangement pourroit en être & plus agréable & plus méthodique. On trouve cet ouvrage en latin dans le dixième volume des *Antiquités Romaines de Gravius*.
II. BERGIER, (Nicolas - Sylvestre) né à Darnay en Franche-Comté, mort à Paris le 9 avril 1790, devint successivement professeur de théologie, curé de Flangebouche, principal du collège de Besançon, & chanoine de l'église de Paris. Ses écrits & ses qualités personnelles l'eussent fait parvenir aux premières dignités ecclésiastiques, s'il eût voulu les solliciter, mais il se contenta d'une pension de deux mille livres que lui avoit fait l'assemblée du clergé, sans qu'il s'y attendît. On lui offrit une abbaye qu'il refusa en disant : *Je suis assez riche*. Aussi, extrêmement économe pour lui-même, il n'étoit prodigue qu'envers les pauvres. Après avoir publié deux Ouvrages d'érudition, sur les *Éléments* primitifs des langues, & l'*Origine* des Dieux du Paganisme, il consacra ses études & ses travaux à la défense de la Religion, que ses vertus faisoient aimer. On lui doit : I. *Réputation du système de la Nature*, 2 volumes in-12. II. *Désirée réfuté par lui-même*, 2 volumes in-12. III. *Certitude des preuves du Christianisme*, 2 volumes in-12. IV. *Apologie de la Religion Chrétienne*, 2 vol. in-12. V. *Traité dogmatique de la vraie Religion*, 1784, 12 vol. in-12. L'auteur y refondit ses précédents ouvrages, & transcrivit celui-ci jusqu'à trois fois de sa propre main. VI. *Discours* sur le mariage des Protestans, 1787. VII. *Discours* sur le divorce, 1792. Ce dernier parut après la mort de *Bergier*, à qui l'on doit encore le *Dictionnaire* théologique de la nouvelle Encyclopédie, trois volumes in-4.º Dans ces divers écrits, le style est pur, quoique un peu diffus, l'érudition choisie, & la discussion attachante & lumineuse. *Bergier* est du petit nombre des théologiens qui méritent d'être conservés dans la bibliothèque de l'homme de goût.
BERGIMUS, (Mythol.) héros du territoire de Brescia en Italie, fut honoré comme un Dieu après sa mort, & obtint un temple déféré par une prêtre.
BERGION, *Voy. ALBION.*
BERGLER, (Étienne) savant du 18$^{e}$ siècle, mena une vie assez errante, à Leipzig, à Amsterdam, à Hambourg, & fut presque toujours aux gages des libraires. Une traduction qu'il fit du *Traité des Offices* du célèbre *Mauwordato*, defpote de Moldavie & de Valachie, lui concilia la bienveillance de ce prince. Il quitta Leipzig pour se rendre à sa cour; mais ayant trouvé le defpote mort, il passa en Turquie, où il vécut & mourut misérablement, après avoir abjuré la religion Chrétienne. C'étoit un homme très-verf dans les langues grecque & latine; mais d'un caractère dur, peu sociable & inquiet. Ce savant fournit plusieurs articles aux *Journaux de Leipzig*; mais il est principalement connu par des *Versions d'Auteurs*, & par des *Commentaires*, dont les uns ont été publiés sous son nom, & les autres sont anonymes. Nous ne possédons que ses *Notes sur Aristophane*, inférées dans l'*Aristophanis Comediae undecim*, græce & latine, in-4°, à Leyde, 1760. Cette édition fait beaucoup d'honneur à *Barmann* qui l'a publiée, & elle lui en aurait fait davantage, s'il avait retranché beaucoup de notes inutiles.
BERGMAN, *Voyet* SCHEÈLE. I. BÉRIGARD, (Claude) né à Moulins en 1578, enseigna la philosophie avec réputation à Pise & à Padoue, où il mourut d'une hernie ombilicale en 1663, à 85 ans. On a de lui : I. *Circulus Pisanus*, imprimé en 1641 à Florence, in-4°. Ce livre traite de l'ancienne philosophie, & de celle d'*Aristote*. II. *Dubitationes in Dialogum Galilæ pro Terra immobilitate*, 1632, in-4° : ouvrage qui l'a fait accuser de Pyrhonième & de Matérialisme avec assez de fondement. On lui a reproché de ne point reconnaître d'autre moteur du monde, que la matière première. Le vrai nom de ce philosophe est *Cl. Guillermet de Beauregard*.
II. BÉRIGARD, (N.) poëie, mort à la fin du dernier siècle, fut auteur d'une Comédie en cinq actes, intitulée : *Le Docteur extravagant*, représentée en 1684.
BÉRILLE, *Voy*. BÉRYLLE.
BÉRING, (Vitus) professeur en poëie à Copenhague, & historiographe du roi de Danemark, vers le milieu du dernier siècle, a laissé un grand nombre de *Poëses Latines*, dans tous les genres. Ceux qui lient d'autres poëies Latins que ceux de l'antiquité, éminent ses *Lyriques*. On a recueilli plusieurs de ses *Pièces* dans le tome second des *Délices des Poètes Danois*.
BERKELEI, (George) naquit à Kilvrin en Irlande le 12 mars 1684, étudia à Dublin, & vint à Londres, où sa société fut recherchée par *Pope*. *Stéle*, & le comte de *Petersborough*. Ce dernier ayant été nommé ambassadeur en Sicile, emmena avec lui *Berkelei*, en qualité de chapelain & de secrétaire. Il revint l'année suivante en Angleterre, d'où il repartit peu de temps après pour parcourir tout le Midi. Il passa quatre années dans ce voyage; mais il visita avec une attention plus particulière le royaume de Naples & la Sicile. Il avait ramassé dans cette isle d'excellens matériaux d'histoire naturelle, qu'il perdit dans la traversée. Le regret que mérite cette perte, doit être senti par ceux qui ont lu sa lettre au docteur *Freind* sur la Tarentule, celle qu'il écrivit à *Pope* sur l'isle d'Ischia, & la description d'une éruption du Vésuve, qu'il envoya au savant *Arbuchnat*, en 1717. 238 B E R Un événement imprévu lui procura un accroissement de fortune considérable. Une Angloise que Swift avoit promis d'épouser & qu'il a célébrée sous le nom de Vanessa, furieuse de son infidélité, révoqua le testament qu'elle avoit fait en sa faveur, & laissa son bien à Berkelei. En 1726, il fut nommé au doyenné de Dery, bénéfice considérable. Il s'occupa alors d'un plan qui fait honneur à son humanité, c'étoit de faire batir, dans les îles Bermudes, un collège destiné à l'instruction des Sauvages de l'Amérique. Il offrit d'y consacrer tous ses soins & tous ses revenus. Il passa dans le nouveau continent pour exécuter ce bien-faisant projet, & y attendit longtemps les fonds que le ministre avoit promis de lui faire passer. Ce dernier étoit Robert Walpole; il répondit à celui qui sollicitoit le paiement : « Si vous me le demandez comme ministre, je dois vous assurer que la somme sera indubitablement payée si-tôt que l'état des affaires le permettra; si vous me le demandez comme à votre ami, je conseille à Berkelei de revenir en Europe, & de renoncer à son projet. » Berkelei y revint en effet après avoir distribué au clergé de Rhode - Island la bibliothèque qu'il y avoit apportée. En 1713, il fut nommé à l'évêché de Cloyne par la reine Caroline, & il justifia son choix par une observation scrupuleuse de la résidence, & un attachement à ses devoirs qui ne lui permettoit d'en négliger aucun. Pope dit : « A Benson, ont été données les mœurs & la candeur; à Berkelei, toutes : vertus. » Ce dernier mourut le 14 janvier 1753, âgé de 69 ans. On lui doit un grand nombre d'ouvrages : I. Un Traité d'arithmétique sans algèbre, 1707. II. Théo- vie de la Vision, 1709. « Cet ouvrage, suivant Reid, est le premier où l'on ait tenté de distinguer les objets immédiats & naturels de la vue, des conclusions que notre imagination en tire, & où l'on ait tracé une ligne de séparation entre les idées que la vue & le toucher sont naître. » III. Principes de Science humaine, 1710. Il y combattit avec chaleur & succès le matérialisme, & commença a y annoncer son Système sur la non-existence des corps. IV. Discours sur l'Obéissance passive, 1712. V. Traité sur le Mouvement. L'auteur s'arrêta à Lyon à son retour d'Italie, pour y composer cet écrit qu'il envoya à l'académie des sciences de Paris. VI. Essai sur les moyens de prévenir la ruine de la Grande-Bretagne. VII. Questions relatives au Commerce & à la prospérité de l'Irlande, publiées en 1733. VIII. Maximes sur le Patriotisme, 1740. IX. L'Analyse. Il soutient dans cet ouvrage que les mathématiciens ont tort de rejeter la religion à cause de ses mystères, eux dont la science est remplie de mystères encore plus incompréhensibles, & même d'erreurs évidentes, & il en donne pour exemple la doctrine des Fluxions. Cette sortie contre les géometres, produisit plusieurs réponses très-vives de leur part. X. Alciphron, ou Le petit Philosophe, en sept dialogues, contenant une Apologie de la Religion Chrétienne, contre ceux qu'on nomme Esprits-forts. Cet écrit parut en françois l'an 1734, à Paris, 2 vol. in-12. On y trouve, comme dans tous les autres ouvrages de l'auteur, des opinions singulières. Les objections contre les vérités fondamentales de la religion, y sont poussées avec une force capable de faire illusion; & l'on a besoin de méditer les réponses pour sentir la solidité de celles-ci.
XI. Ses Dialogues entre Hylas & Philonous, traduits en françois par l'abbé du Gua, 1751, in-12, firent du bruit. Il y fouient qu'il n'y a que des esprits, & point de corps. Il avoit adopté le système du P. Malebranche touchant l'existence des corps, & l'avoit poussé beaucoup plus loin. Le nom de Philonous, l'un de ses interlocuteurs, signifie ami de l'Esprit : nom bien convenable à un philosophe, on plutôt à un raisonneur qui ne reconnoit point de corps. A la tête de la traduction françoise, on a mis une vignette allégorique, ingénieuse & singulière. Un enfant voit sa figure dans un miroir, & court pour la saifir, croyant voir un être réel. Un philosophe placé derrière l'enfant, paroît rire de sa méprise ; & au bas de la vignette, on lit ces mots adressés au philosophe : Quid rides ? fabula de te narratur. XII. On a encore de lui un Traité sur l'eau de Goudron, qu'on lit avec plaisir malgré la sécheresse du sujet, & qui vaut mieux que toutes ses spéculations métaphysiques. Il faut avouer cependant qu'il attribue à cette eau un peu trop de vertus. Bouiller & Canswel en ont donné de bonnes traductions françoises, in-12. Le style de Berkelei est méthodique, élégant & clair.
BERKEN, (Louis) natif de Bruges, inventa l'art de tailler le diamant, vers l'an 1450.
BERKENHEAD, (Jean) journaliste Anglois, fut auteur du Cabinet de la Cour, journal qui commença en 1642, lorsque la cour d'Angleterre étoit retirée à Oxford. Cette feuille est encore recherchée pour le goût & l'esprit qui y règnent. Le parlement, fatigué des plaisanteries de Berkenhead, le fit emprisonner, mais à la fin des troubles, il obtint sa liberté, & devint même l'un des membres du parlement. Il est mort le 4 décembre 1679.
BERKEYDEN, (Job) peintre Flamand, né à Harlem, se pût à imiter la nature dans des paysages qui font recherchés. Il se noya dans un canal à l'âge de 70 ans. — Son frère Gerard peignit aussi avec succès des villes, des palais, des temples. Il est mort en 1693.
BERMUDE, ou VÉRÉMOND III, roi de Léon, succéda à Ajonje V son père, en 1027. Son règne est célèbre par une révolution qui se filait en Espagne. Sanche le Grand, roi de Navarre, se rendit maître de la Caffille & du royaume de Léon. Voici comment il fit cette double conquête : Don Garcias, comte de Caffille, étoit sur le point de célébrer son mariage avec la sœur de Vérémond, lorsqu'il fut assassiné avec quelques-uns de ses vassaux. Sanche épousa la sœur de Garcias, & par cette alliance il obtint la Caffille, à laquelle il donna le titre de royaume. Il attaqua ensuite Vérémond, & lui enleva une partie de ses états. Le prince dépouillé n'ayant pas d'enfants, les deux rois firent un traité, par lequel Sanche devoit conserver ses conquêtes, à condition que son fils Ferdinand épouseroit la sœur de Vérémond. Ainsi les trois royaumes d'Espagne furent le partage de la maison de Navarre, qui n'eut pas le bonheur ou le talent de les conserver longtemps unis. Sanche partagea ses états entre ses enfants. Cependant Vérémond voulant recouvrer ce que la nécessité l'avoit forcé de ceder, assembla des troupes. Don Garcias, nouveau roi de Navarre, informé de ses desseins, s'avança avec une armée & livra bataille à son ennemi. Vérémond, emporté par fa jeuneffe & par une valeur téméraire, pénétra dans les eſcarons ennemis, & ſe fit tuer comme un toſdat de fortune, en 1637. Avec lui firit la race maſculine de Pierre duc de Cantabrie, & du grand Recarède roi des Goths.
BERNACCHI, muſicien d'Italie, fut le premier chanteur de ſa patrie. On lui reprochoit trop de fredons & d'ornemens, & de gâter par des ports de voix, la ſimplicité de la première muſique italienne. Pif- tocco, qui avoit été ſon maître de chant, lui diſoit ſouvent : « Quel deſagrément pour moi ? je t'ai appris à chanter, & tu ne veux rendre que des ſons. » I. BERNARD, roi d'Italie, Voyet Louis I.
II. BERNARD DE MENTON, (St.) né dans un château de ce nom en Genevois au mois de juin 923, d'une des plus illuſtres maïſons de Savoie, montra dès ſon enſance beaucoup de goût pour les lettres & la vertu. Il ſe confacra, malgré ſes parens, à l'état eccleſiaſtique. Pour ſe dérober à leurs ſollicitations, il ſe retira à Aouſte en Savoie, ville ſituée au pied des Alpes, capitale d'une petite vallée, nommée le Val d'Aouſte, & y reçut les ordres ſacrés. Nommé archi-diacre de cette église, il fit des miſſions dans les montagnes voi- fines. Les habitans de ces deſerts ſauvages, attachés à d'anciennes ſuperſſitions, conſervoient encore des monumens du Paganiſme. Bernard, animé d'un ſaint ſele, les renverſa. Son cœur, non moins compatiſſant que ſon eſprit, étoit éclairé, fut vivement touché des maux que les pèlerins Allemands & François avoient à ſouffrir en allant à Rome, pour rendre leurs pieux hommages aux tombeaux des ſaints Apôtres. Il fonda en leur faveur deux Hôpitaux, tous deux dans les Alpes, l'un ſur le mont Joien ou Mons Jovi, montagne ainſt appelée, parce qu'il y avoit un temple dédié à Jupiter qu'il fit abattre : l'autre, ſur la colonne Jolienne ou Columna Jovi, ainſt nommée, à cauſe d'une colonne de Jupiter qui fut pareillement renverſée. Ces deux Hôpitaux, dits de ſon nom, le grand & le petit Saint-Bernard, furent deſſervis avec autant d'exaſtitude que de géné- roſité par des chanoines réguliers de Saint Auguſtin. Bernard fut leur premier prévôt : c'eſt le nom qu'ils donnoient à leur ſupérieur. Le ſaint fondateur ayant aſſuré des ſecours aux pèlerins, alla porter la lu- mière de la ſoi aux peuples de Lombardie qui ſont au levant du mont Joien. Il en convertit un grand nombre, & après les avoir arrachés aux ténèbres de l'idolâ- trie, il paſſa à Rome, où il obtint la confirmation de ſon inſtitut. Les privilèges que le pape lui accorda, ont été renouvelés par Jean XXII, Martin V, Jean XXIII, Eugène IV, &c. S. Bernard, de retour en Lombardie, cultiva les fruits du Chriſſia diſme qu'il y avoit fait naître, & mourut à Novare le 28 mai 1008, âgé de 85 ans. Ses vertus éminentes & ſes mi- racles le firent canonifer l'année ſuivante. Les chanoines hoſpitaliers des Monts St-Bernard, ayant été réunis par la cour de Rome au chapitre d'Aouſte, à la ſollicitation de Charles-Emanuel III, les Hôpi- taux ſont dirigés actuellement par des eccleſiaſtiques ſéculiers, qui exercent envers les pèlerins & les paſſans, une charité auſſi conſ- tante que deſintéresse. « Quelques- uns de ces ſublimes ſolitaires, dit un voyageur, graviſſant les pyramides de de granit, qui bordent le chemin, pour y découvrir un convoi dans la détresse, & pour répondre aux cris de secours; d'autres frayent le sentier enseveli sous la neige fraîchement tombée, au risque de se perdre eux-mêmes dans les précipices; tous bravant le froid, les avalanches, le danger de s'égarer, presque aveuglés par les tourbillons de neige, & prêtant une oreille attentive au moindre bruit qui leur rappelle la voix humaine. Leur intrépidité égale leur vigilance. Aucun malheureux ne les appelle inutilement. Ils le raniment agonisant de froid & de terreur; ils le transportent sur leurs bras, tandis que leurs pieds glissent sur la glace, ou s'enfoncent dans les neiges: voilà leur ministère. Leur sollicitude veille sur l'humanité dans ces lieux maudits de la nature, où ils présentent le spectacle habituel d'un héroïsme qui ne fera jamais chanté par nos flatteurs. De grands chiens sont les compagnons intelligents des courses de leurs maîtres; ces dogues bienfaisants vont à la piste des malheureux; ils devancent les guides, & le sont eux-mêmes: à la voix de ces auxiliaires, le voyageur trans reprend de l'espérance; il suit leurs vestiges toujours sûrs: lorsque les chutes de neige aussi promptes que l'éclair engloutissent un passager, les dogues du Saint-Bernard le découvrent sous l'abyme; ils y conduisent les religieux qui retirent le cadavre, ou portent, s'il en est encore temps, des secours à ce malheureux."
III. BERNARD, (Saint) né en 1091, dans le village de Fontaine en Bourgogne, étoit le troisième de sept enfants qu'eurent T. celin & diette, l'un & l'autre distingués par leur piété autant que par leur nobleffe. Après avoir fait ses études avec succès, il se fit moine à l'âge de 22 ans à Cîteaux, avec trente de ses compagnons. Son éloquence touchante, leur avoit persuadé de renoncer au monde. L'austérité fut bientôt empreinte sur ses traits, où la nature avoit répandu les graces & la beauté. Clairvaux ayant été fondé l'an 1115, Bernard, quoiqu'à peine sorti du noviciat, en fut nommé le premier abbé. Cette maison, depuis si opulente, étoit si pauvre alors, que les moines faisoient souvent leur potage de feuilles de hêtre, & mêloient dans leur pain de l'orge, du millet & de la veçce. Bernard, qui ne prévoyait pas que ses successeurs seroient un jour très-riches, porta l'esprit de pauvreté jusques dans les ornemens des églises. Voici comme il parloit a des religieux qui ne pensaient pas comme lui: "Un poète s'écrioit: — Dis-moi; Pontife, que fait l'or dans les temples? Et moi, religieux, ne puis-je pas dire aux religieux: — Dites-moi, pauvres, si toutefois vous l'êtes, que fait l'or dans les églises? Quel fruit retirons-nous de la pompe & de la magnificence de nos temples? Que cherche-t-on en tout cela? Est-ce pour inspirer des sentimens de douleur & de componction aux penitens, ou du plaisir & de la satisfaction aux spectateurs? O vanité! ô folie! L'église est brillante dans les édifices, & défolée dans les pauvres! Elle couvre d'or les pierres du temple, & laisse ses enfants nus! Les curieux trouvent de quoi repaître leurs yeux, & les misérables ne trouvent pas de quoi rassasier leur faim!" Le nom de Bernard se répandit bientôt par-tout. Le pape Eugène III fut tiré de son monastère pour gouverner l'église. On s'adressoit a lui de toutes les parties de l'Europe. En 1128, on le chargea de dresser une regle pour les Templiers, comme le seul homme capable de la leur donner. En 1130, un concile que Louis le Gros avoit fait assembler, s'en rapporta à lui pour examiner lequel d'Innocent II, ou d'Anaclet, élus tous les deux papes, étoit le pontife légitime. Bernard se déclara pour Innocent, & toute l'assemblée y souscrivit. Quelque temps après, il fut envoyé à Milan avec deux cardinaux, pour réconcilier cette église, qui s'étoit jetée dans le parti de l'antipape Anaclet. La foule fut si grande à sa porte, tout le temps qu'il refla dans cette ville, que, son tempérament délicat ne pouvant résister aux empressemens du peuple, il fut obligé de ne se plus montrer qu'aux fenêtres, & de donner de la sa bénédiction aux Milanois. On voulut en vain l'engager à accepter cet archevêche : il aima mieux retourner en France. Il assista au concile de Sens en 1140, & fit condamner plusieurs propositions d'Abaillard, theologien bel-esprit, qui se flattoit d'être son rival. (Voy, son art.) Eugène III, son disciple, lui donna bientôt une commission plus importante : il écrivit à son maître de prêcher la Croisade. Cet apôtre perfuada d'abord Louis le Jeune, roi de France. Il l'engagea à courir se battre en Asie, pour expier les barbaries qu'il avoit exercées en France. L'abbé Suger s'y opposa vainement : les avis de Bernard, quoique moins judicieux que ceux du ministre, étoient des oracles pour les princes & pour le peuple. On dressa un échataud en pleine campagne, à Vezelai en Bourgogne, sur lequel le cenobite parut avec le roi. Il prêcha for- tement, échauffa les esprits, & tout le monde voulut être croisé. Quoiqu'il eût fait une grande provision de croix, il fut obligé de mettre son habit en pieces, pour suppléer à l'étoffe qui manquoit. L'enthousiasme que son éloquence inspira, fut si véhément, que Bernard écrivit au pape Eugène : Vous avez ordonné, j'ai obéi, & votre autorité a rendu mon obéissance fructueuse. Les villes & les châteaux deviennent déserts, & l'on voit par-tout des veuves dont les maris sont vivans. On voulut charger le prédicateur de la Croisade, d'en être le chef; mais, soit humilité, soit prudence, soit horreur pour le tumulte des armes, il refusa le rôle que Pierre l'Hermite n'avoit pas craint de jouer. De France, il passa en Allemagne, détermina l'empereur Conrad III à prendre la croix, & promit de la part de Dieu les plus grands succès. On marche de tous les côtés de l'Europe vers l'Asie, & on envoie une quenouille & un fuseau à tous les princes qui aimoient assez leurs sujets pour ne pas les abandonner. S. Bernard resté en Occident, tandis que tant de guerriers, sur la foi de ses prophéties, alloient chercher la mort en Orient, s'occupa à refuter les erreurs de Pierre de Bruys, du moine Raoul, qui annonçoit, au nom de Dieu, l'obligation d'aller massacrer tous les Juifs; à confondre Gilbert de la Porte. Éon de l'Etoile, & les spectateurs d'Arnaud de Breffe. Quelque temps avant sa mort, il publia son Apologie pour la Croisade qu'il avoit prêchée : il en rejeta le mauvais succès sur les déréglemens des soldats & des généraux qui la composoient. Il ne faisoit pas attention que la première Croisade avoit eu plus de succès, quoique les Croises eussent être aussi peu réglés. « Il ne s'apprecévoit pas, dit Fleury, qu'une preuve qui n'est pas toujours concluante, ne l'est jamais. » Il appuya cette raison par l'exemple de Moïse, qui, après avoir tiré d'Égypte les Israélites, ne fit point entrer ces incrédules & ces rebelles dans la terre qu'il leur avoit promise. Il parla ensuite avec beaucoup de modestie des miracles qui avoient autorisé ses prédications & ses promesses. » En général, dit Macquer d'après le sage Fleury, les avantages que procurèrent les Croisades ne peuvent contrebalancer les inconvénients qui en résultèrent. » On voit par les relations de ces voyages, que les armées des Croisés étoient non-feulement comme les autres armées, mais encore pires, & que toutes fortes de vices y régnioient, tant ceux qu'ils avoient apportés de leurs pays, que ceux qu'ils avoient pris dans les pays étrangers. Grand nombre d'ecclésiastiques & de moines se croisoient, quelques-uns pouffés d'un véritable zèle, d'autres par l'amour de l'indépendance; tous se croyoient autorisés à porter les armes contre les infidèles. Ces grandes entreprises ne furent, ni bien concertées, ni bien conduites. L'indulgence plénière, & les grands privilèges que l'on accordoit aux Croisés, attroient une infinité de personnes. Ils étoient sous la protection de l'Église, à couvert des poursuites de leurs créanciers, qui ne pouvoient leur rien demander jusqu'à leur retour. Ils étoient déchargés des usures ou intérêts des sommes qu'ils devoient. Il y avoit excommunication de plein droit contre quiconque les attaquoit en leurs personnes & en leurs biens. Mais comment faire observer une discipline exacte à tous ces Croisés, rassemblés de différentes nations, & conduits par des chefs indépendants les uns des autres, sans qu'aucun eût le commandement général ? Il est vrai que le Pape y envoyoit un légar; mais un ecclésiastique étoit-il capable de contenir de telles troupes ? Ce fut cependant ce défaut de discipline qui aliéna totalement les Grecs, & les rendit les plus dangereux ennemis des Croisés. On étoit d'ailleurs si mal instruit de l'état des pays qu'on alloit attaquer, que les Croisés étoient obligés de prendre des guides sur les lieux, c'est-à-dire de se mettre à la merci de leurs ennemis, qui souvent les égaroient exprès & les faisoient périr sans combat, comme il arriva à la seconde Croisade. (Voy. l'art. GODEFROI DE BOUILLON, & le Diffours VIe de l'abbé Fleury). — S. Bernard, au milieu des agitations que lui causeront ses voyages, soupiroit après sa chère solitude, d'autant plus qu'en la quittant, pour prêcher des expéditions lointaines, il s'étoit exposé à avoir bien des regrets, & à essuyer beaucoup de reproches. » Il se plaignoit sans cesse à lui-même & à ses amis, a dit Maffillon dans son panégyrique, de la dissipation de sa vie. Il regardoit les services qu'il rendoit au public, comme des prévarications à ses devoirs particuliers. Je ne vis plus, défoit-il, ni en ecclésiastique, ni en laïc; car il y a long-temps que je ne suis plus la vie de religieux dont je porte l'habit. Que suis-je donc ? Je ne suis plus que comme le prodige & le montre de mon siècle. » Enfin, l'orateur des Croisades s'étant retiré à Clairvaux, se livra aux exercices de la plus rigoureuse pénitence. Son corps déjà affoibli y succomba, & il mourut le 20 août 1153, dans sa 63e année, en présence de beaucoup d'Évêques & d'Abbés qui étoient venus recueillir ses dernières paroles. Il y avoit quarante ans qu'il avoit fait profession à Citeaux, & trente-huit qu'il étoit abbé de Clairvaux. Il fonda ou agrégea à son ordre, soixante & douze monastères, en France, en Espagne, dans les Pays-Bas, en Angleterre, en Irlande, en Savoie, en Italie, en Allemagne, en Suède, en Hongrie, en Danemarck, & s'il faut y comprendre les fondations faites par les abbayes dépendantes de Clairvaux, on doit en compter cent soixante & plus. Il y eut de son temps jusqu'à cent novices. Clairvaux fut le séminaire des prélats. *Saint Bernard* vit un de ses religieux assis sur la chaire de *Saint Pierre*; six autres décorés de la pourpre, & plus de trente de la mitre. Après la mort du saint fondateur, l'ordre de Citeaux donna trois autres papes à l'Église: *Grégoire VIII*, *Célefin IV*, *Benoit XII*, & une foule de cardinaux & d'évêques. L'abbé de Citeaux avoit la juridiction ordinaire sur les quatre premières abbayes, appelées ses quatre filles, & presque toutes aussi riches que la mere: *La Ferté-sur-Grone*, *Pontigni*, *Clairvaux* & *Morimont*. Il étoit le supérieur-général de tous les monastères de son ordre, qui étoient avant la naissance du Luthéranisme & du Calvinisme, au nombre de dix-huit cents d'hommes, & de quatorze cents de filles. Les ordres militaires du Calatrava, d'Alcantara & de Montèze en Espagne, d'Avis & du Christ en Portugal, le reconnoissoient aussi pour leur père spirituel. — Revenons à *S. Bernard*, le principal propagateur de la gloire & de la prospérité de l'ordre. « Nul homme, dit le président *Hénoult*, n'a exercé sur son flocle un empire aussi extraordinaire. Entraîné vers la vie folitaire & religieuse, par un de ces sentimens impérieux qui n'en laissent pas d'autres dans l'âme, il alla prendre sur l'autel toute la puissance de la religion. Lorsque fortant de son désert, il paroissoit au milieu des peuples & des cours, les austérités de sa vie empreintes sur des traits où la nature avoit répandu la grace & la force, remplissoient toutes les ames d'amour & de respect. Eloquent dans un flocle où le pouvoir & les charmes de la parole étoient absolument inconnus, il triomphoit de toutes les hérésies dans les conciles; il faisoit fondre en larmes les peuples au milieu des places publiques: Son éloquence paroissoit un des miracles de la religion qu'il prêchoit. Enfin l'Église dont il étoit la lumière, sembloit recevoir les volontés divines, par son entremise; les rois & leurs ministres, à qui il ne pardonna jamais, ni un vice, ni un malheur public, s'humilioient sous ses réprimandes, comme sous la main de Dieu même; & les peuples, dans leur calamités, alloient se ranger autour de lui, comme ils vont se jeter aux pieds des autels. Égaré par l'enthousiasme même de son zèle, il donna à ses erreurs l'autorité de ses vertus & de son caractère, & entraîna l'Europe dans de grands malheurs. Mais gardons-nous de croire qu'il ait jamais voulu tromper, ni qu'il ait eu d'autre ambition que celle d'agrandir l'empire de Dieu. C'est parce qu'il étoit trompé lui-même, qu'il étoit toujours si puissant; il eût perdu son ascendant avec la bonne foi. L'Église, malgré ses erreurs qu'elle a reconnues, l'a mis au rang des saints; le philo- fophe, malgré les reproches qu'il peut lui faire, doit l'élever au rang des grands hommes. " Raynal l'a traité plus défavorablement, en lui donnant les épithètes d'homme bouillant, inquiet, opiniâtre, inflexible, qui se portoit au grand & au singulier, d'enthousiaste, de déclamateur, de prétendu Prophète, &c. S'il avoit lu l'histoire de ce Saint, il auroit pu y voir peut-être trop de zèle, mais en même temps beaucoup de droiture dans ce zèle même. Supposé que S. Bernard l'ait poussé trop loin, il faut s'en prendre à l'esprit du temps, plutôt qu'à son caractère. Les grands hommes ne font jamais entièrement au-dessus de leur siècle. (Voyez un autre portrait de S. Bernard, dans l'Éloge de Suger, par Garat.) S. Bernard fut canonisé le 18 janvier 1174, par le pape Alexandre II; & cette folemnite fut célébrée avec beaucoup de pompe. On gardoit sa cuculle à Saint-Victor de Paris, comme une précieuse relique. L'Église possède un trésor d'un plus grand prix dans les Ouvrages, qu'il lui a laissés. De toutes les éditions que nous en avons, la seule qui soit consultée par les savans est celle de Dom Mabillon, 1690, en 2 vol. in-fol. réimprimée en 1719. Cette seconde édition est moins estimée que la première. L'une & l'autre sont enrichies de préfaces & de notes. Le premier volume renferme tous les ouvrages qui appartiennent véritablement à S. Bernard. Il est divisé en quatre parties : la 1re pour les Lettres, la 2e pour les Traités, la 3e pour les Sermons sur différentes matières, la 4e pour les Sermons sur le Cantique des Cantiques. Le deuxième volume contient les ouvrages attribués à S. Bernard, & plusieurs pièces curieuses sur sa vie & ses miracles. Il y a une autre édition du Louvre, en 1642, 6 vol. in-fol. D. Antoine de St-Gabriel, Feuillant, a traduit tout S. Bernard en français, Paris 1678, 13 vol. in-8°. La vivacité & la douceur, caractérisent le style de cet écrivain. Il est plein d'onction & quelquefois d'agrément. Il fait donner des louanges sans flatterie, & dire des vérités sans offenser. Son imagination seconde lui fournissait, sans effort, les allegories & les antithèses dont ses ouvrages sont semés, & qui ne sont pas toujours dictées par la julesse & par le goût. Quoique ne dans le flicle des scolastiques, il n'en prit ni la méthode ni la sécheresse. Il a été regardé comme le dernier des Pères. S. Ambroise & S. Augustin étoient les deux auteurs auxquels il s'étoit attaché. Comme S. Augustin, il est touchant, lors même qu'il est antithétique. Ses Sermons respirent cette eloquence tendre & douce qui penche le cœur & plait à l'esprit; car il ne dédaignoit pas ce dernier avantage. Les sentences morales qu'on recueille de ses discours & de ses autres traités, sont vives, & renferment un grand sens en peu de mots. Plein de l'Écriture-sainte, il l'emploie dans presque toutes ses périodes, & il en fait souvent des applications heureuses & quelquefois forcées. Le P. Mabillon prouve que la plupart de ses Sermons ont été prononçés en latin, comme le style le fait connoître; ce style est très-mélangé; mais il avoue qu'il les a quelquefois prêchés en langue romance ou vulgaire, en faveur des Frères convers & des autres personnes qui n'entendoient pas le latin. Nous avons sa Vie par le Maître, Paris 1649, in-8°, & par Villefore, 1704, in-4° : celle-ci est la meilleure. Quant aux Saints que Cœaux & ses dépendances 246 B E R ont produits, ils étoient en fi grand nombre dans les temps héroïques de l'ordre, qu'un chapitre tenu au 14e siècle, ordonna qu'on n'en feroit plus canoniser : né multitudine Sancti vilescerent (Lettre de l'abbé d'Olivet au président Bouhier, pag. 144.) Précaution sage, parce qu'à force de multiplier les honneurs sur de petits personnages, ceux qui en font vraiment dignes y perdent.
IV. BERNARD-PTOLOMÉE, (Saint) instituteur de l'ordre religieux des Olivétains, très-répandu en Italie, naquit à Sienne en 1272, d'une famille distinguée. Il vendit tous ses biens, en distribua l'argent aux pauvres, & se retira dans un désert, à trois lieues de Sienne, où il rassembla un grand nombre de solitaires. Il leur donna la règle de S. Benoit, & un habit blanc. Il mourut le 20 août 1348, après avoir fait approuver par le saint-Siège l'établissement de son institut, dont la principale maison est celle de Sainte-Françoise, à Rome. V. BERNARD, (le bienheureux) margrave de Bade, né en 1438, avoit été fiancé avec Madelone, fille du roi de France Charles VII; mais il refusa cette alliance pour vivre dans la continence & l'exercice de l'austérité. Il céda à son frère Charles la souveraineté de la portion du Margraviat, qui lui étoit échue en partage, & parcourut la France & l'Italie, pour engager les princes Chrétiens à se croiser de nouveau contre les Turcs. Il mourut dans une ville près de Turin, en 1558. Le pape Sixte IV le béatitia; Clément XIV confirma la bulle de béatification, & nomma Bernard patron du Margraviat de Bade. Son neveu fit frapper des médailles d'or & d'argent, où Bernard est représenté avec la cuiasse & la casque entouré d'une auréole, & tenant un étendard.
VI. BERNARD DE THURINGE, pieux écervelé, qui annonça vers la fin du 10e siècle, que la fin du monde étoit prochaine. Il portoit un habit d'hermite, & menoit une vie austère. Il jeta l'alarme dans tous les esprits; & une éclipse de soleil étant arrivé dans ce temps-là, beaucoup de monde alla se cacher dans des creux de rocher, dans des antres & des cavernes. Le retour de la lumière ne calma pas les inquiétudes. Il fallut que Gerberge, femme de Louis d'Outremer, engageât les théologiens à éclaircir cette matière. La plupart furent assez sensés, pour prouver que le temps de l'Antechrist étoit encore bien éloigné. Le monde subsista, & les rêveries de l'hermite Bernard se dissipèrent. Quelques ignorans n'ont pas rougi de prêter les songes de cet enthousiasme a S. Bernard abbé de Citeaux.
VII. BERNARD DE BRUXELLES, connu par ses Chasses, où il peignit d'après nature l'empereur Charles-Quint son protecteur, & les principaux seigneurs de sa cour. On a encore de lui, à Anvers, un tableau du Jugement dernier, dont il dora le champ avant d'y mettre les couleurs, afin que l'éclat de l'or rendit l'embrasement du ciel plus au naturel. On ne fait ni le temps de sa naissance, ni celui de sa mort. Il florissoit vers le milieu du 16e siècle.
VIII. BERNARD, (Dom) de Montgaillard, Voyez MONT-GAILLARD.
IX. BERNARD, (Claude) appelé communément le pauvre Prêtre ou la Père Bernard, naquit à Dijon, d'une famille noble, en 1558. Pierre le Camus, évêque de Belley, voulut lui persuader d'entrer dans l'état ecclésiastique. Bernard lui répondit : Je suis un cadet qui n'ai rien ; il n'y a presque point de bénéfice en cette province, qui foient en la nomination du roi : pauvre pour pauvre, j'aime mieux être pauvre gentilhomme, que pauvre prêtre. Il ne laissa pourtant pas de suivre le conseil de l'évêque de Belley. Il vécut quelque temps en ecclésiastique mondain ; mais Dieu l'ayant touché, il renonça au monde, résigna le seul bénéfice qu'il eût, & se confacra à la pauvreté & au service des pauvres. Il se dépouilla pour eux d'un héritage de près de quatre cent mille livres. Le cardinal de Richelieu l'ayant nommé à une abbaye du diocèse de Soissons, il ne voulut pas l'accepter. Quelle apparence, écrivit-il à ce cardinal, que j'ose le pain de la bouche des pauvres de Soissons, pour le donner à ceux de Paris ? Il se borna à demander au ministre, de faire ra-commoder les planches de la charrette sur laquelle il accompagnoit les patiens à la potence. Il mourut au retour d'une de ces exécutions, le 23 mars 1641, à 54 ans. Son tombeau est dans la nef de l'église de la Charité à Paris. Ce saint prêtre avoit l'esprit vif, l'imagination forte, l'humeur enjouée. Sa conversation plaisoit aux grands, & il ménageoit leur protection, pour avoir plus d'occasion d'être utile aux petits & fur-tout aux pauvres. Lorsqu'il alloit à la cour, il disoit hardiment la vérité, mais d'une manière si agréable & avec tant de franchise, qu'il inspiroit toujours de l'attachement & du respect. Sollicitant un jour un grand seigneur en faveur d'un malheureux qui avoit encouru sa disgrace, il en reçut un fouillet. Bernard tendit l'autre joue, « donnez-m'en deux, dit-il, mais accordez-moi ma demande. » C'est à lui qu'on dut l'établissement du Seminaire des Trente-trois, à Paris. On peut voir la Vie du vénérable Claude Bernard, in-12, par le Gauffre. X. BERNARD, (Étienne) né à Dijon en 1553, avocat en 1574, fut député de sa province, pour le tiers-état aux Etats de Blois en 1588, & y brilla par son éloquence. Il fut fait conseiller au parlement de Dijon en 1594. Il suivit le parti de la Ligue, & fut très-utile au duc de Mayenne ; mais il répara sa faute en s'attachant à Henri IV, qui le choisit pour négocier la réduction de Marseille à son obéissance. Le roi, satisfait de sa négociation, le fit en 1590, lieutenant-général du bailhage de Châlons-sur-Saône, où il mourut en 1609.
XI. BERNARD, (Catherine) de l'académie des Ricovrati de Padoue, naquit à Rouen. L'académie Françoise, & celle des Jeux Floraux, la couronnèrent plusieurs fois. Le théâtre François représenta deux de ses tragédies, Brutus joué avec succès en 1601, & Laodami, qui en obtint moins. On croit qu'elle composa ces pièces conjointement avec Fontenelle, son ami & son compatriote. On a d'elle quelques autres Ouvrages en vers, où il y a de la légèreté, & quelquefois de la délicatesse. On distingue son Placer à Louis XIV pour demander les deux cents écus dont ce prince la gratifiait annuellement ; il se trouve dans le Recueil de Vert choisis, du P. Rouhours. Elle cessa de travailler pour le théâtre, à la sollicitation de Mad, la chancelière de Pont-Chartrain, qui lui faisoit une pension. Elle supprima même plusieurs petites *Pièces*, qui auroient pu donner de mauvaises impressions sur ses mœurs & sa religion. On lui connoit aussi deux romans; le *Comte d'Amboise*, in-12, & *Inès de Cordoue*, in-12. Quelques littérateurs ont attribué à Mlle *Bernard* la *Relation de l'Île de Bornéo*, que d'autres donnent à *Fontenelle*. « On peut douter, dit l'abbé *Trublet*, qu'elle soit de lui, & il est à souhaiter qu'elle n'en soit pas. » Mlle *Bernard* mourut à Paris en 1712, & fut enterrée dans l'église Saint-Paul.
XII. BERNARD, (Jacques) naquit à Nions en Dauphiné, l'an 1658, d'un ministre Protestant. Il exerça successivement le ministère en France, à Genève, à Lausanne, à Tergow & à Leyde, où il professa la philosophie. Il prêchoit & parloit avec force, mais sans pureté de style, & se servoit souvent des expressions les plus basses. Devenu journaliste en 1699, sans cesser d'être ministre, il continua les *Nouvelles de la République des Lettres* par Bayle, jusqu'à la fin de 1710, & depuis 1710 jusqu'en 1718, année de sa mort. Il mourut d'une inflammation de poitrine, dans la 60e année de son âge. C'étoit un homme fort zélé, & qui se rendoit quelquefois incommode par le fond importun de s'informer de tout ce qui se passoit dans son troupeau. On a encore de lui: I. Quelques volumes de la *Bibliothèque universelle de la Clerc*. II. Un *Supplément au Moréri*, qui n'est qu'une compilation mal digérée. III. *L'Excellence de la Religion Chrétienne*, 2 vol. in-8°, 1714. IV. Un *Traité de la repentance tardive*, 1712, in-8°. V. Un *Recueil de Traités de Paix*, depuis l'an 536 de J. C. jusqu'en 1700; la Haye 1700, 4 volumes in-folio; VI. Il a traduit en françois *Le Théâtre des Etats du Duc de Savoie*, la Haye 1700, 2 vol. in-folio, &c. Tout ce qu'a fait *Bernard* est mal écrit, & on ne comprend pas comment un tel écrivain osa se faire le continuateur de Bayle.
XIII. BERNARD, (Édouard) professeur d'astronomie à Oxford en 1673, naquit à Towcester en Northamptonshire, le deux mai 1638. C'étoit un homme profond dans les mathématiques, la chronologie & la littérature ancienne. Il publia quelques ouvrages sur les sciences qu'il enseignoit & sur la critique: I. *De mensuris & ponderibus*, à Oxford, 1688, in-8°. II. *Litteratura à caractere Samaritano d'ducta*. III. *Des Notes sur Josèphe*, inferées dans l'édition d'Oxford 1700, in-fol. IV. *Quelques Livres d'Astronomie*, qui sont estimés. Il mourut le 12 janvier 1696, à 59 ans, après six années de mariage. *Smith* a écrit la *Vie* de cet écrivain, à la fin de laquelle on voit le catalogue de tous ses ouvrages.
XIV. BERNARD, abbé du Mont-Caffin, de l'ordre de *Saint Benoit*, vers l'an 1340, a écrit divers ouvrages. I. *Une Règle de S. Benoit*. II. *Speculum monachorum*. III. *De præceptis regularibus*.
XV. BERNARD, (Samuel) peintre & graveur, mort à Paris dans sa patrie en 1687, âgé de 72 ans, professeur de l'académie royale de peinture à Paris, s'est distingué principalement par ses ouvrages en miniature, & dans la manière que les Italiens nomment à *guazze*. On a de son pinceau grand nombre de *Tableaux d'histoire & de paysage*, qu'il co- pioit avec goût & exactitude d'après ceux des grands maîtres. Il a gravé l'*Histoire d'Attila*, peinte au Vatican par *Raphael*, & quelques autres pièces, qui ne lui font pas moins d'honneur que ses peintures. Cet artiste avoit épousé *Madelaine Chérulier*, dont la mère étoit fameuse dans l'art de faire des mouches pour les Dames. — XVI. BERNARD (Samuel) né à Paris, étoit fils du précédent. Il se fit comte de Coubert, & devint le *Lucullus de son siècle* à cause de ses immenses richesses. Après avoir brillé dans les finances sous *Louis XIV*, il mourut à 88 ans en 1739. C'étoit le plus riche banquier de l'Europe, & celui qui faisoit le commerce d'argent le plus sûr & le plus étendu. Son nom & son crédit vivifioient tous les comptoirs de l'Europe. Les contrôleurs généraux, qui avoient bien plus souvent besoin de lui qu'il n'avoit besoin d'eux, le traitoient avec distinction. Il y eut même une circonstance pressante, dans le temps de la guerre de la Succession, où *Bernard* refusant d'ouvrir son coffre fort, *Louis XIV* lui prodigua, à la vue de toute la cour, les choses les plus flatteuses. *Bernard*, qui avoit un peu de vanité, accorda à *Desmarées*, contrôleur-général, non-seulement ce qu'il lui avoit refusé, mais plus qu'il n'avoit demandé. La même vanité ou la même générosité le rendirent utile à divers particuliers. A sa mort, il laissa dix millions d'argent prêté, dont cinq ne portoient aucun intérêt. Les militaires pauvres ou embarraffés avoient sur-tout recours à lui, & rarement les renvoya-t-il sans les obliger. Il montra même dans certaines occasions autant de sermété que de noblesse d'ame. *Chauvelin* ayant été disgracié, on voulut interroger *Samuel Bernard* sur certains fonds passés chez l'étranger; mais il ne voulut point répondre, de peur d'ajouter à l'infortune d'un homme malheureux. Je ne sais pas pourquoi on s'obstina longtemps de l'appeler *Juif* cet homme généreux; il ne le fut ni par la naissance, ni par les sentiments, quoiqu'il eût beaucoup gagné, comme tous les gens d'affaires, sous le ministère malheureux, obéiré & ignorant de *Chamitiara*. On prétend que *Bernard* étoit fort superstitieux. Il avoit une poule noire, à laquelle il croyoit que son fort étoit attaché. On en avoit le plus grand soin. La mort de ce volatile fut, dit-on, l'époque de la fienne. La plus grande partie des trente-trois millions qu'il avoit amassés, étoient déjà mangés dix ans après sa mort. L'un de ses fils, président au parlement de Paris, mourut banqueroutier.
XVII. BERNARD, (Jean-Baptiste) Chanoine régulier de Sainte-Geneviève, né à Paris en 1710, mort en 1772, étoit orateur & poète. On a de lui quelques *Orai-fons funèbres* & d'autres *Discours*, dont le style a plus de douceur que de force. L'auteur étoit un homme très-estimable, non-seulement par ses talens, mais par des vertus solides & en caractère aimable.
XVIII. BERNARD, (Pierre-Joseph) secrétaire-général des Dragons, & bibliothécaire du cabinet de Sa Majesté au château de Choisi-le-Roi, naquit en 1710 d'un sculpteur à Grenoble en Dauphiné. Envoyé au collège des Jésuites à Lyon, il fit des progrès rapides sous ces habiles maîtres, qui voulurent l'attacher à leur corps ; mais le jeune élève, ami des plaisirs & de la liberté, ne put consentir à s'imposer des chaînes. Attiré à Paris par l'envie de faire briller son talent pour la poésie, il fut obligé de tenir la plume pendant deux ans chez un notaire, en qualité de clerc. Les Poésies légères qu'il donna par intervalles, & dont les plus jolies sont l'Épître à Claudine & la chanson de la Rose, l'arrachèrent à la fin au dégoût & à la poussière de la pratique. Le marquis de Pezay l'emmena avec lui en 1734 dans la campagne d'Italie. Bernard se trouva aux batailles de Parme & de Guastalla, &, quoique poète, il s'en tira mieux qu'*Horace*. Ce fut là l'époque de sa fortune. Présenté au maréchal de Coigni qui y commandoit, il fut lui plaire par son esprit & son caractère agréable. Ce héros le prit pour son secrétaire, l'admit dans sa plus grande familiarité ; mais il lui défendit de faire des vers. En mourant, il le recommanda à son fils, qui lui procura, quelque temps après, la place de secrétaire-général des Dragons, qui rendoit vingt mille livres de rente. Bernard étoit recherché dans toutes les sociétés choisies de la cour & de Paris. Il en faisoit les délices par cette fleur d'esprit, par cet épicurisme séduisant que respirent ses poésies & ses chansons, dont quelques-unes sont dignes d'*Anacréon*. Il employa aussi avec succès ces petits demi-vers, ces vers nains, vifs & badins, suivant l'expression de *Voltaire*, qui sont en poésie ce que la miniature & l'émail sont en peinture. Il aima les femmes avec excès, & quoiqu'inconstant & peu libéral, il en fut aimé, parce que les charmes de son esprit faisoient évanouir auprès d'elles ces défauts. En 1771, sa mémoire, affoiblie par une attaque d'apoplexie violente, s'aliéna tout-à-coup, & mit fin à son bonheur. Il traina depuis dans l'imbécillité une ombre de vie pire que la mort. Il vint dans cet état à une reprise de son Opéra de *Castor*, & il ne cessoit de demander : « *Le Roi est-il arrivé ? le Roi est-il content ? Mad. de Pompadour est-elle contente ?* » Il croyoit toujours être à Versailles : c'étoit le délire d'un poète courtisan. Il se promenoit ordinairement après son dîner, maigre, décoloré, l'air égaré ; il étoit cependant né robuste, mais ses excès avoient anéanti ses forces. Il mourut dans cet état le 1er novembre 1775. Outre ses Poésies légères, qui le firent appeler le *Gentil Bernard* par *Voltaire*, l'Opéra de *Castor & Pollux*, joué en 1737, ajouta beaucoup à sa réputation. La muse ingénieuse de *Quinault* semble dans quelques morceaux avoir inspiré le poète ; & certaines tirades fournirent au musicien, le célèbre *Rameau*, le moyen de déployer tout son talent. Les scenes sont bien distribuées, les airs bien amenés, les sentimens variés & naturels. Il y manque peut-être un peu de cette douceur, de cette mollesse de poésie qui soutenoit *Quinault* depuis la première scène jusqu'à la dernière. La verification étincelle de pensées & d'expressions brillantes, & c'est ce qui fait que les vers ne sont pas toujours bien lyriques. C'est du moins le jugement qu'en porte *Voltaire* dans ses *Lettres* ; mais qui n'a pas retenu ces vers sur l'amitié ? *C'est dans tes nœuds charmans que tout est jouissance ;* *Le temps ajoute encore un lustre à ta beauté.* L'Amour te laiffe la confiante; Et tu fœrois la volupté, Si l'homme avoit fon innocence. Les Surprises de l'Amour, ballet donne en 1757, n'eſt point ſans mérite; mais il eſt très-inſérieur à l'Opéra de Caſtor & Pollux. On a raſſemblé les Poéſies fugitives de Bernard en 1776, en un vol. in-8.º La plupart offrent plus de graces que de décence. On y trouve : I. Des Épîtres, dont la verſſiſca- tion eſt douce, vive & légère, & les penſées fines & délicates. II. Le célèbre Poème de l'Art d'aimer; ſi vanté dans les ſociétés où il avoit été lu pendant trente ans, & qui, à quelques tableaux près d'un coloris agréable, quel- ques détails remplis de graces, & quelques images riantes, parut en- ſuite fort au-deſſous de ſa répu- tation. L'auteur ayant a fournir une carrière plus longue que dans ſes Poéſies légères, néglige ſon ſtyle, & ne fait pas lui donner cette ſoupleſſe & ce moëlleux de quel- ques-uns de ſes premiers ouvrages. III. Pliroſine & Mélidore, poème dont le fond reſſemble à l'aven- ture de Héro & de Léandre, & au- quel on peut appliquer le ju- gement porté ſur le précédent. « Bernard, ſuivant un poète con- temporain, portoit dans la ſociété une politeſſe qui tenoit à un grand uſage du monde, à l'habitude d'une longue contrainte, & une com- plaiſance qui n'étoit au fond qu'une grande indifférence ſur tout. On ne l'a jamais entendu contrarier perſonne, ni dire du mal de quoi que ce ſoit. Il parloit peu, & ſe taïfoit à peine appercevoir dans la ſociété; choſe dont les gens du monde ſavent beaucoup de gré à ceux qui ont prouvé d'ailleurs une ſupériorité quelconque. Il n'a- voit point d'ambition littéraire : B E R 251 il ne ſongea jamais à ſe pré- ſenter à l'académie Françoiſe, où il auroit été reçu. Il étoit grand mangeur, jouoit volontiers, li- ſoit peu. En général ſon cœur & ſon eſprit avoient peu beſoin d'ac- tivité. »
BERNARDI, (Jean) graveur, né à Caſtel-Bologneſe, mourut à Faenza en 1555. Cet artitle tra- vailla beaucoup à de grands ſu- jets, ſur des criſtaux, qu'on en- chaſſoit enſuite dans des ouvrages d'orſevrerie. On a comparé ſes productions à ce que les anciens ont fait de mieux. Pluſieurs princes, & en particulier le cardinal Anexan- dre Farnéſe, le protegèrent, Parmi le grand nombre d'ouvrages qu'on lui doit, on a diſtingué Titie rongé par un vautour, & la chute de Phaëton, gravés ſur criſtal pour le cardinal de Médicis, d'après les deſſins de Michel-Ange. Il excella auſſi dans l'architecture. I. BERNARDIN, (Saint) dit de Sienne, ſur ainſi appelé parce que ſon père étoit de cette ville, & qu'il y paſſa lui-même une par- tie de ſa vie. Il naquit le 8 ſep- tembre 1380, ſelon Baillet, à Maſſa-Carrara, d'une famille diſ- tinguée. Après ſes études de phi- loſophie, il entra dans une con- frérie de l'Hôpital de Scala, à Sienne. Son courage & ſa charité éclatèrent pendant la contagion de 1400. Deux ans après il prit l'ha- bit de S. François, réforma l'é- troire Obſervance, & fonda près de trois cents monaſtères. Son hu- milité lui fit reſuſer les évêchés de Sienne, de Ferrate & d'Urbin. Il ſur envoyé pour être gardien du couvent de Bethléem. Les be- ſoins de l'Europe le rappellèrent bientôt. Après une vie ſi labo- rieuſe, il mourut à Aquila le 20 mai 1444, âgé de 63 ans. *Nicolas V* le mit au nombre des Saints en 1450, c'est-à-dire six ans après. Le P. *Jean de la Haye* donna en 1636 une édition de ses *Ouvrages* en 2 vol. in-fol. On y trouve des *Sermons*, des *Traités* de spiritualité, des *Commentaires* sur l'Apocalypse, la *Vie* du Saint, & les divers éloges qu'il a mérités. Dans ses discours il ne ménageoit ni le vice, ni les vicieux. Ses *Sermons* font en latin, & ils se ressentent du mauvais goût de son siècle. Mais la manière de les déclamer, une voix sonore, & une poitrine infatigable contribuèrent à leur succès, non-feulement auprès du peuple, mais même auprès des gens de lettres. Il les prononçoit en italien. Dans le temps qu'il prêchoit à Rome, ses ennemis le dénoncerent à *Martin V*, comme avançant beaucoup de choses téméraires; mais le pape ayant voulu l'entendre, fut si satisfait de sa morale, qu'il l'exhorta à continuer comme il l'avoit commencé. *Bernardin* institua la fête du nom de Jésus, & la vénération pour le chiffre qui exprimoit ce nom sacré : *J. H. S.*
II. BERNARDIN, (le Bienheureux) de Feltri, de l'ordre des Frères mineurs, perfuada aux habitans de Padoue d'établir un *Mont de Piété*, pour s'affranchir des usures que les Juifs exerçoient, en prêtant à vingt pour cent par année. Cet établissement est du 26 juillet 1491. Les réglemens de ce *Mont de Piété* furent réformés & perfectionnés en 1520. Le fondateur étoit un homme recommandable par sa science & par sa piété. Une simplicité aimable lui gagnait les cœurs. Il prêchoit avec applaudissement, & dirigeoit de même; mais il montra une haine trop forte contre les Juifs. Ses *Sermons* font remplis d'invectives contre eux. Il ne se bornoit pas à prêcher contre les usurters de cette nation; il faisoit chasser tous les Juifs des villes & des villages où il prêchoit.
III. BERNARDIN DE PÉQUIGNY, (*Bernardinus a Piconio*) Capucin, né à Péguigni en Picardie l'an 1633, mort à Paris en 1700 à 76 ans, étoit estimable par ses lumières & par son zèle. Il a donné en latin un bon *Commentaire* sur les Évangiles; & une *Triple Exposition* sur les *Épîtres de S. Paul*, qui méritèrent les éloges du pape *Clément XI*; Paris 1703, in-fol. Cet ouvrage est savant & assez clair. La Traduction françoise qui n'en est qu'un abrégé, est en 4 vol. in-12, 1714: on en fait moins de cas que de l'original.
IV. BERNARDIN DE CARPENTRAS, (Le Père) Capucin, naquit dans cette ville, d'une famille distinguée, connue sous le nom d'*André*. Sa piété & son érudition lui firent un nom dans son ordre. Il mourut à Orange en 1714. Nous avons de lui un ouvrage de philosophie, intitulé : *Antiqua prifcorum hominum Philosophia*, imprimé à Lyon en 1694. L'auteur assure dans sa préface, qu'il a secoué le joug de l'école, pour ne jurer sur la parole d'aucun maître. Sa physique est assez bonne pour le temps, & il est, à certains égards, inventeur. On y apperçoit quelques rayons de la lumière qui alloit se répandre sur la physique.
BERNAZZANO, de Milan, excellent paysagiste du 16e siècle, réussissoit à peindre les animaux; mais comme il ne fut jamais venir à bout de dessiner la figure, il s'associa avec un dessinateur qui pût le feconder dans fon travail. On dit, qu'ayant peint a frefque des fraifes fur une muraille, des paons vinrent fi fouvent les becqueter, qu'ils en rompirent l'enduit.
BERNIA ou BERNI, (François) chanoine de Florence, né à Lam- porecchio en Toscane, d'une fa- mille noble, mais pauvre, ori- ginaire de Florence, fut élevé auprès de Jules de Méliès, depuis pape fous le nom de Clément XII, Il fut enfuite fécrétaire de Giberti évêque de Verone, & obtint un canonicat de Florence, où il mou- rut en 1543. Il a donné fon nom à une efpèce de poésie burlefque, qu'on appelle Berni-fque en Italie. Il excelloit dans ce genre. C'étoit le Scarron des Italiens. Il avoit encore le dangereux talent de la faire. Quelques auteurs l'ont mis à la tête des Poètes burlefques Italiens. En 1548, on recueillit fes Poésis Italiennes, avec celles du Varchi, du Moro, du Dolce, &c. in-8.° 2 vol; réimprimées à Londres 1721 & 1724, fur l'édi- tion de Venife. Ce recueil eft re- cherché. Son Orlando inamorato rifatto, poème fort estimé des Ita- liens pour la pureté & la richeffe de la langue, eft l'ouvrage du Boiardo, refait. Il fuivit fidelle- ment fon original, fans faire pref- que de changement à fon plan ni à fa marche. Il fe contenta de corriger le flyle, fouvent incor- rect & barbare, du Boiardo; de femer plus de poésie, de graces & de gaieté. Il y a en effet, beau- coup de plaifanteries; mais elles ne font pas du meilleur ton, & dégénèrent fouvent en bouffon- neries de l'efpèce la plus triviale. Il joignit auffi à chaque chant des prologues, où il développe lon- guement, mais toujours comi- quement, des maximes de morale. Il eft le premier à fe moquer des faits prodigieux de fes paladins, de la vigueur de leurs bras, qui d'un feul coup partagent en deux le cavalier & le cheval, &c. La meilleure édition de fon Poème eft celle de Venife, 1545, in-4.° On en a une autre tres - jolie, Paris 1768, 4 vol. in-12. On a recueilli fes Poésies Latines avec celle du Segni, du Varchi, &c. Florence 1562, in - 8.° Voyez GRAZZINI. — Il y a eu du même nom, dans la littérature, François BERNI, profeffeur de l'Univerfité de Ferrare, fa patrie, mort en 1673, à 63 ans, apres avoir eu fept femmes. On a de celui-ci un volume de Drames, imprimés à Ferrare. I. BERNIER, (François) natif- d'Angers, fe fit recevoir docteur en médecine à Montpellier, & fe livra peu de temps après à fon penchant pour les voyages. Il partit en 1654 pour la Terre- Sainte, d'où il fe rendit en Egypte, & de là dans le Mogol. Il de- meura pendant douze ans à la cour du Grand-Mogol, qu'il accompagna dans fes voyages & qui le fit fon médecin. Il revint en France en 1670, paffa en An- gleterre en 1685, & mourut à Paris le 22 feptembre 1688 dans un âge affez avancé. St-Evremont difoit, qu'il n'avoit point connu de plus joli philofophe. Joli philofophe, ajouroit-il, ne fe dit guires; mais fa figure, fa taille, fa conversation, l'ont rendu digne de cette épithète. — On a de lui : I. Ses Voyages, en 2 vol. in-12, Amsterdam 1699, qui ont un rang diftingué parmi les rela- tions des voyageurs, par plufieurs particularités curieufes. C'eft ce que nous avons de plus exact fur l'état du Mogol, de l'Indouffan & du royaume de Cachemire. Dans le dernier siecle, ses voyages le firent appeler Bernier le Mogol. II. Un Abrégé de la Philosophie de Gaffendi, son maître, en 7 vol.: ouvrage que le système de Descartes, alors à la mode, empêcha d'être aussi bien accueilli qu'il l'auroit mérité. Bernier combat les sentimens de ce philosophe, & suit ordinairement ceux de Gaffendi. Il a cependant plusieurs opinions à lui, & très-différentes de celles de l'un & de l'autre. III. Traité du libre & du volontaire, Amsterdam, 1685, in-12. Il a eu aussi quelque part à l'Arrêt critique de Despréaux, donné pour le maintien de la doctrine d'Aristote.
II. BERNIER, (Jean) médecin à Blois, sa patrie, & ensuite à Paris, eut le titre de médecin de Madame. Nous avons de lui : I. Histoire de Blois, Paris 1682, in-4°, peu exacte, suivant Dom Liron. II. Essais de Médecine, 1689, in-4°. III. Anti-Menagiana, 1693, in-12. IV. Jugement sur les Œuvres de Rabelais, Paris 1697, in-12, plein de verbiage & de mauvaises plaisanteries. Sa qualité de médecin de Madame, ne le tira pas de la pauvreté. Sa mauvaise fortune lui inspira une humeur chagrine, qui perce dans tous ses ouvrages. Son érudition étoit fort superficielle, & Ménage l'appelle vir levis armaturæ. Il mourut en 1668, dans un âge avancé.
III. BERNIER, (Nicolas) maître de musique de la Ste-Chapelle, & ensuite de la Chapelle du roi, naquit à Mantes sur Seine en 1664. Le duc d'Orléans, régent du royaume, estimoit ses ouvrages & protégeoit l'auteur. Ce prince lui ayant donné un motet de sa composition à examiner, & impatient de savoir le jugement du musicien, fut chez lui & monta dans son cabinet. Il y trouva l'abbé de la Croix, qui examinoit son ouvrage : Bernier en ce moment étoit occupé, dans une autre salle, à boire & à chanter avec quelques uns de ses amis. Le duc d'Orléans alla troubler la gaieté du festin par des reproches. Bernier mourut à Paris en 1734, à 70 ans. Ses cinq Livres de Cantates, à une & deux voix, dont les paroles sont en partie de Rouffœau & de Fuselier, lui acquirent une grande réputation. Celle des Nymphes de Diane, passe pour son chef-d'œuvre. On a aussi de lui les Nuits de Secaux, & beaucoup de Mouters qu'on exécute encore. Peu de musiciens ont mieux postédé leur art que Bernier : il auroit dû seulement se dispenser de faire passer le même tour de chant dans cinq ou six tons différens.
BERNIN, (Pierre) peintre & sculpteur, né en 1562, fut employé par le cardinal Farnèse, à peindre le château de Caprarole avec Antoine Tempête. Il quitta ensuite la peinture pour la sculpture, & fut chargé par les papes Paul V, & Urbain VIII, de divers morceaux considérables qu'il exécuta avec honneur.
BERNINI ou BERNIN, (Jean-Laurent) appelé vulgairement le Cavalier Bernin, peintre, sculpteur & architecte, excella également dans ces trois genres. Il naquit à Naples en 1598, d'un sculpteur Florentin. Il n'avoit que dix ans, lorsqu'il fit une tête de marbre qu'on voit à Rome dans l'église de Ste-Praxède, & qui mérita les suffrages de tous les connoisseurs. Paul V se fit présenter un enfant qui annonçoit des dispositions si heureuses. Ce pape lui demanda s'il pourroit dessiner tout de suite une tête ? Le Bernin répondit aussitôt : Quelle tête demande Votre Sainteté ? — Puisque je n'ai qu'à choisir, dit le Pontife, il les fait faire toutes. Le pape lui ayant indiqué celle de S. Paul, elle fut achevée en demi-heure. Ce pontife lui fit présent de douze médailles d'or, & le recommanda au cardinal Barberia. Ce prélat, devenu pape sous le nom d'Urbain VIII, l'honora du titre de chevalier, & le nomma directeur - architecte de la Basilique de Saint-Pierre. Alexandre VII & Clément IX lui donnèrent aussi des marques de leur estime. La reine Christine lui rendit quelques visites. Louis XIV l'appella de Rome à Paris en 1665, pour travailler aux dessins du Louvre. Ce prince magnifique lui fit fournir des équipages pour son voyage, lui donna, outre cinq louis par jour pendant huit mois qu'il y refa, un présent de cinquante mille écus, avec une pension de deux mille écus, & une de cinq cents pour son fils. — Ses dessins ne furent pas exécutés. On préféra ceux de Claude Perrault, si injustement & si vainement ridiculisé par Despréaux. « Bernin, dit-on, voyant les ouvrages de cet habile architecte, eut la modestie de dire : Que quand on avait de tels hommes chez soi, il n'en falloit pas aller chercher ailleurs. » Mais l'ingénieux auteur des Essais historiques sur Paris, rejette cette anecdote. Selon lui, le cavalier Bernin, plus rempli d'amour-propre qu'un autre, loin d'admirer les dessins de Perrault, marqua le plus grand empressement pour faire exécuter les liens par préférence. Il ajoute, qu'on lui promit trois mille louis par an s'il vouloit rester, ce qu'il refusa, aimant mieux aller mourir dans sa patrie : que la veille de son départ on lui porta cette somme avec un brevet de douze mille livres de pension, & qu'il reçut le tout assez froidement. Quoi qu'il en soit, le Roi voulut avoir son portrait de la main de ce célèbre artiste, & lui en fit présent d'un autre enrichi de diamants. Le Bernin se montra à Versailles courtifan délicat, autant que grand peintre. Comme il dessinoit un jour le portrait de Louis XIV, il éleva sur la tête de ce prince une boucle de cheveux en lui disant : Votre Majesté peut montrer son front à tout l'univers. Il fit encore un compliment fort spirituel à la reine, qui louoit beaucoup le portrait du monarque, qu'il venoit d'exécuter : Votre Majesté, lui dit-il, loue le portrait, parce qu'elle en chéris l'original. — Quelques dames lui demanderont quelles étoient les plus belles femmes, ou des Françoises, ou des Italiennes ? Toutes sont belles, répondit-il : il n'y a d'autre différence, finon que le sang coule sous la peau des Italiennes, & que l'on apperçoit le lait sous celle des femmes Françoises. Il mourut à Rome le 29 novembre 1680, à 83 ans. Ses mœurs étoient austères, & son caractère brusque & impétueux. Il savoit pourtant prendre un ton doux avec les grands & avec les dames. Rome compte parmi ses chefs-d'oeuvres, les ouvrages de ce grand-maître. Les principaux sont : la Fontaine de la place Navonne ; l'Extafe de Ste Thérèse, ouvrage supérieur pour l'expression ; la Statue équestre de Constantin ; le Maître-Autel, le Tabernacle, la Chaire de S. Pierre, la Colonnade qui environne la place de cette église. Le beau groupe d'Apollon & Daphné dans la Villa-Pinciana, les tombeaux d'Urbain VIII, & d'Alexandre VII, la statue de Ste Bibiane, celle de Jésus qu'il légua à la reine Christine. La jolie église de Saint-André à Rome, fut construite d'après ses deffins. Le Bernin n'avoit que quatorze ans, lorsqu'il fe trouva dans l'église de Saint-Pierre, au moment qu'Annibal Carrache examinoit avec plusieurs peintres l'endroit où devoit être placé le maître-autel. Croyez-moi, dit Carrache à un de ses camarades, il pourra venir quelque jour un génie supérieur, qui élèvera sous la coupole & dans le fond de l'église, deux monuments proportionnés à la grandeur de ce temple superbe. A ces mots le jeune Bernin s'écria : Plût à Dieu que ce fût moi ! & fon fouhait fut exaucé. Versailles admirera toujours le Bulle de Louis XIV, où le caractère de ce grand prince eft aussi bien marqué que les traits de fon visage ; & la Statue équeftre de Marcus Curtius, qui mérite d'être comparée aux plus beaux ouvrages de l'antiquité, &c. Cette belle statue devoit représenter Louis XIV ; mais comme elle étoit peu ressemblante, on lui donna le nom de Marcus Curtius. C'étoit un monument que la reconnoiffance de Bernin deffinoit à ce prince : il y travailla pendant quinze ans. Il laiffa plus de deux millions de fortune à fa mort. La reine Christine en l'apprenant, s'écria : S'il eût été attaché à mon service, j'aurais honte qu'il eût laiffé fi peu.
BERNIS, ( François - Joachim Pierre de ) cardinal, archevêque d'Albi, de l'académie françoise, naquit en 1715, à Saint-Marcel de l'Ardèche, d'une famille noble & ancienne. Deffiné à l'église des fon enfance, il fut d'abord chanoine, comte de Brioude. Après avoir paffé quelques temps au féminaire de Saint-Sulpice, où il ne put fe faire goûter du févere Couturier, supérieur de ce féminaire, & le canal des graces ecclésiftiques, il entra dans le chapitre de Lyon, & revint bientôt à Paris. La meilleure compagnie le rechercha. De la naiffance, une figure aimable, une physionomie de candeur, beaucoup d'esprit & d'agrement, un jugement fain, un caractère fûr ; tels furent ses titres pour plaire aux hommes & aux femmes. Déjà il s'étoit fait commoire par quelques poëfies, remplies de facilité & de grace ; ce fut un acheminement de plus pour être admis dans les fociétés les plus brillantes. Mais cet air de diffipation déplut au cardinal de Fleury, qui lui déclara qu'il n'avoit aucun bénéfice à fêperer de lui. Monfeigneur, j'attendrai, lui dit le jeune abbé, en lui faisant une profonde révérence. Une chanson faite pour Mad. de Pompadour, le fit accueillir par cette favorite. Elle obtint pour lui l'ambassade de Venise, où il fe fit aimer & eftimer. De retour à Versailles, il ne tarda pas à y jouer un grand rôle. Il eut beaucoup de part au traité de 1756, avec la cour de Vienne ; lequel fembloit réunir à jamais deux puiffances rivales, & depuis long-temps divifées. Ce traité bleffoit les intérêts de la Pruffe, qui ne tarda pas à nous faire la guerre. Le roi de Pruffe avoit dit dans un vers : Evitez de Bernis la fêrile abondance. Celui-ci ne put oublier fon refentiment, & la France devint la victime de l'orgueil bleffé d'un poëte. Bernis entré dans le confcil, y montra plus de maturité & de fageffe. Il fut nommé ministre des affaires étrangères, & eut la plus grande influence fur les autres ministères. La cour de Rome, intérefce à le ménager, & d'ailleurs reconnoiffante des foins qu'il s'étoit donné pour la réconcilier avec Venise, ne l'oublia pas dans la distribution des chapeaux. Clément XIII, le fit cardinal cardinal en 1758. Les revers que les armées Françoises avoient effuyés en Allemagne, & le dérangement des finances lui firent défirer la paix. Mad. de Pompadour ne la vouloit point, parce qu'elle étoit rejetée par l'Impératrice-reine, dont elle ménageoit la faveur. De concert avec le duc de Choiseul, elle obtint du foible Louis XV, l'exil du nouveau cardinal à Soissons. On prétend que ce prince lui écrivit en le renvoyant : Votre tête légère n'a pu soutenir le poids de mes bienfaits. Allez-vous-en à votre abbaye, pour servir à jamais d'exemple aux ingrats. Il n'y avoit qu'une femme piquée qui pût déferer un tel billet : aussi, tout le monde l'attribua-t-il à Mad. de Pompadour. Sa disgrace dura jusqu'en 1764; il fut rappelé alors & nommé archevêque d'Albi, d'où il se rendit cinq ans après à Rome. L'habileté qu'il déploya dans le conclave de 1769, le fit juger capable de servir les vues de la France & de l'Espagne auprès du pape. Ces deux cours vouloient l'entière destruction des Jésuites. Bernis nommé ambassadeur de France, travailla à l'extinction de cet ordre, extinction qu'il désapprouvoit dans le fond du cœur. Il pensoit qu'il eût été plus sage de le conserver & de le contenir dans ses justes bornes. Après le conclave de 1774, il joignit à son titre d'ambassadeur, celui de protecteur des églises de France. Des-lors sa seule ambition fut de passer à Rome le reste de ses jours. La fin de sa carrière fut pénible. Après vingt-trois ans passés dans l'opulence & dans la plus magnifique représentation, pendant quatre cent mille livres de rente, il se trouva, par les suites de la révolution françoise, réduit presque au dénuement. Le chevalier Azara l'en tira, en obtenant pour lui une forte pension de la cour d'Espagne. Il ne survécut que trois ans à cette faveur, & il mourut à Rome le 1er novembre 1774, généralement chéri & regretté des Romains, & des étrangers qui admiroient sa douceur, ses graces & sa politesse noble & facile. Ses Œuvres ont été publiées par Didot & par Lottin. Cette dernière édition est en 3 vol. in-4. On y trouve des épîtres morales, quelques pièces galantes, une épître charmante à la Paresse; son Poème des Quatre Saisons, & celui sur la Religion. Son Poème des Quatre parties du Jour est plein d'aïeance & de douceur; aussi mit-on au bas de son portrait, gravé à Rome, ce dittique : Le Chantre des Amours habite en cour dans Rome. Ce poète a caché sous des fleurs les préceptes de la philosophie. Il fait peindre; mais l'usage continuel qu'il fait de la mythologie, rend quelquefois sa lecture fatigante. Dans ses Saisons, il a entassé les tableaux, les uns sur les autres. Il n'use pas avec assez de sobriété de ce qu'on appelle la vieille poésie. Ces lieux communs trop répétés, faisoient dire à d'Alembert, que si l'on coupoit les ailes au Léphire & aux Amours, on lui couperait les vivres. Voltaire l'appelloit Baret la Bouquette. Il offre, disoit-il, une terrible profusion de fleurs; & ses bouquets pourroient être arrangés avec plus de soin. Cette vicieuse abondance d'images recherchées se fait moins remarquer dans sa Religion vengée, poème commencé en 1737, sous les auspices du cardinal de Polignac. Quoiqu'il renferme des traits d'un talent marque pour les vers, & d'une heureuse facilite, il n'a point effacé le Poëme de la *Religion* par *Racine* le fils. A la mort du cardinal de *Bernis*, on a trouvé dans son porte-feuille quelques pièces de vers que ses amis mêmes ont cru propres à ajouter à sa réputation de poète agréable. Il se jugeoit lui même avec modeste. Lorsque, pour le flatter, on lui rappelloit ses premiers ouvrages, il détournoit la conversation, en disant : « Ne parlons point de ces erreurs de ma jeunesse. *De-lila juventutis meæ ne memineris*, » « Si vous voulez que je vous dise mon secret tout entier, écrit-il à *Voltaire*, j'ai renoncé à la poésie, quand j'ai connu que je ne pouvois être supérieur dans un genre qui exclut la médiocrité. » Sa *Correspondance* avec ce Poëme, depuis 1761 jusqu'en 1777, a été publiée l'an VII par *Bourgoing*, chez *Dupont*, Paris, in - 8.º Ce recueil doit ajouter à sa réputation. On y voit la raison toujours lumineuse, toujours aimable, jointe à une rare sagacité, à un goût sur & délicat, & à une critique aussi franche, aussi honnête que judicieuse. On a reproché à certains morceaux de prose de *Bernis*, le défaut de naturel. Ses *Lettres* à *Voltaire* ne méritent pas la même censure; & le style des deux correspondans, est digne de l'un & de l'autre.
BERNOLDE, *Voyer* BERTHOLDE.
BERNON, noble Bourguignon, fut le premier abbé de Cluny, & le réformateur de plusieurs autres monastères. Il prit l'habit religieux dans l'abbaye de la Baume, dont il devint prieur. *S. Hugues*, moine de Saint-Martin d'Autun, maison alors très-régulière, travailla avec lui à rétablir la discipline monastique. *Benson*, devenu abbé de Cluny, y donna l'exemple de toutes les vertus. Il n'y mit d'abord que douze religieux, à l'exemple de *S. Benoit*, qui vouloit sagement que chaque monastère se bornât à ce nombre. Il donna sa démission en 926, & partagea les abbayes qu'il gouvernoit, entre *Vidon* son parent, & *Odon* son disciple. Ce dernier a été proprement le premier fondateur de l'ordre de Cluny. Il mourut le 1er janvier 927, après avoir fait un *Testament* que nous avons encore. I. BERNOULLI, (Jacques) né à Basle en 1654, fut d'abord destiné à être ministre; mais la nature l'avoit fait mathématicien. En vain son père s'opposa fortement à son goût, ses progrès furent fi rapides, quoique secrets, qu'il passa bientôt de la géométrie à l'astronomie. Pour célébrer cette espèce de triomphe, il fit un médaillon, dans lequel il représenta *Phaeton conduisant le char du Soleil*, avec cette légende : « Je suis parmi les *Astres*, malgré mon Père. » Il auroit pu ajouter, *sans conducteur & sans maître*. Dès l'âge de 18 ans, il résolut un problème chronologique, qui auroit embarrassé un vieux savant. A 22, étant à Genève, il apprit à écrire, par un moyen nouveau, à une fille qui avoit perdu la vue deux mois après sa naissance, elle s'appelloit *Elizabeth Walkirch*. La philosophie de *Descartes* & celle du Père *Malebranche*, le dégoûtèrent de celle qu'il avoit apprise dans les écoles. Il publia en 1682 un nouveau *Système des Comètes*, & une excellente *Dissertation sur la pesanteur de l'air*. Ce fut environ vers le même temps, que l'illustre *Leibniz* fit paroître, dans les Journaux de Leipzig, quelques essais du nouveau Calcul différentiel ou des Infiniment-Paiss, dont il cachoit la méthode. Jacques Bernoulli & Jean son frère, aussi grands géomètres que lui, devinèrent son secret. Cette méthode fut tellement per- fectionnée sous leurs mains, que l'inventeur, assez grand homme pour être modeste, avoua qu'elle leur appartenoit autant qu'à lui. Sa patrie, voulant s'attacher un citoyen qui l'illustroit, le nomma professeur de mathématiques. L'a- cadémie des sciences de Paris se l'agrégea en 1699, & celle de Berlin en 1701. Il mourut le 16 août 1705, à 51 ans. Son tem- pérament étoit bilieux & mélan- colique; sa marche dans les scien- ces, lente, mais sûre. Il ne donna rien au public, qu'après l'avoir revu & examiné plusieurs fois. Son Traité de Arte conjectandi, ouvrage posthume, imprimé sé- parément en 1713, in-4.º & celui des Infinis, répandirent son nom dans toute l'Europe. A l'exemple d'Archimède qui, voulant orner son tombeau de sa plus belle décou- verte géométrique, ordonna qu'on y mit un cylindre circonscrit à une Sphère; Bernoulli voulut que l'on mit sur le sien une spirale logarith- mique, avec ces mots: EADEM MUTATA RESURGO. — Bernoulli joignit le talent de la poésie à celui des mathématiques, il s'exerça à faire des vers Allemands, Latins & François. Ses Œuvres, en y comprenant le Traité de l'Art de conjecturer, forment 2 vol. in-4.º Genève. Le recueil intitulé: Joannis Bernoulli & Leibniti commercium Epistolicum, Genève, 2 vol. in-4.º renferme aussi quelque chose de Jacques Bernoulli.
II. BERNOULLI, (Jean) frère du précédent, professeur de mathé- matiques à Basle, & membre des académies des sciences de Paris, de Londres, de Berlin & de Pé- tersbourg, naquit en 1667 à Basle, & y mourut en 1748. Il courut la même carrière que son frère, & ne s'y distingua pas moins. On a publié, en 1742, à Lausanne, le Recueil de tous les Ouvrages de Bernoulli, en 4 vol. in-4.º Un des plus grands géomètres de l'Europe, feu M. d'Alembert, avouoit qu'il leur devoit presque entièrement les progrès qu'il avoit faits dans la géométrie: cet aveu nous dispense d'en faire l'éloge. A l'âge de dix- huit ans, il imagina le Calcul diffé- rentiel, ou les Infiniment-Paiss, d'après des idées vagues que Leib- niti avoit données de ce calcul, & trouva les premiers principes du Calcul intégral: Voyez l'article pré- cédent. Cette découverte le mit en état de résoudre les problèmes les plus difficiles, & de faire les plus grandes choses. En 1690, cet habile homme vint à Paris, pour y voir les philosophes. Il fit con- noissance avec Malebranche, Caffini, la Hive, Varignon, & le marquis de l'Hôpital. Ce seigneur fut si char- mé de l'entendre raisonner sur la géométrie, qu'il voulut le posséder tout seul. Il l'emmena dans sa tête, & résolut avec lui les problèmes les plus difficiles de la géométrie. C'est dans cette solitude philoso- phique que Bernoulli inventa le Calcul exponentiel. De retour il pro- pofa différens problèmes aux ma- thématiciens, & décernas les cou- ronnes à Newton, à Leibniti, & au marquis de l'Hôpital, c'est-à-dire aux plus grands géomètres du siècle. Son frère concourut à ces prix, & lui demanda à son tour des solutions. C'étoit une espèce de défi, qui fit naître une querelle fort vive entre ces deux illustres savans. Elle ne fut terminée que par la mort de Jacques Bernoulli. Jean foutint aussi, avec Hartzöcker physicien célèbre, une guerre sur le baromètre, & il vengea Leibnitz de la forte d'infulte que quelques Anglois, provoqués par Keill, lui firent au sujet du Calcul diffé- rentiel. Bernoulli écrivit sur la nia- noeuvre des vaisseaux, & sur toutes les parties des mathématiques; il les enrichit de grandes vues & de nouvelles découvertes. Son fenti- ment sur les forces-vives, adopté aujourd'hui par une partie des géomètres, eut beaucoup de con- tradictions à essuyer. Ce mathéma- ticien faisoit quelquefois, comme son frère, des vers Latins, peut- être aussi mal, dit un homme d'esprit, qu'un homme né à Pekin feroit des vers François. Il avoit foutenu, à l'âge de dix-huit ans, une Thèse en vers grecs, sur cette question: Que le Prince est pour les sujets. Voltaire mit au bas de son portrait ces quatre vers: Son esprit vit la vérité, Et son cœur connut la justice; Il a fait l'honneur de la Suisse Et celui de l'humanité. Un anonyme les a rendus ainsi en latin: Ille fuit cultor justi, verique repertor: Extitit Helvetiis decus, & decus ex- titit orbi. Bernoulli laissa des enfans dignes d'un tel père. Nicolas BERNOULLI, appelé par le czar Pierre, pour remplir une chaire de professeur de mathématiques dans l'académie naissante de Pétersbourg, mourut huit mois après d'une fièvre lente, en 1726; la czarine d'athérine fit les frais de son enterrement Daniel, dont nous parlons dans l'article suivant, & Jean, deux autres de ses fils, n'ont pas moins honoré leur patrie. Jacques & Jean BER- NOULLI avoient un frère puiné,
NICOLAS, né à Basle en 1687, mort dans cette ville où il fut successivement professeur de ma- thématiques & de droit, le 29 no- vembre 1759. On a de lui quelques ouvrages de mathématiques.
III. BERNOULLI, (Daniel) professeur de philosophie, de physique & de médecine dans l'uni- versité de Basle, de l'académie des sciences de Paris, de la société royale de Londres, de l'institut de Bologne, des académies de Pétersbourg, de Berlin, de Turin, &c. naquit à Groningen le 9 février 1700, de Jean Bernoulli, alors pro- fesseur de mathématiques dans l'u- niversité de cette ville: Voy. l'art précédent. On le destina d'abord au négoce; mais il étoit né pour la géométrie. Il alla passer quel- que temps en Italie, & il en partit comblé d'honneurs littéraires, après avoir refusé à vingt-quatre ans la présidence d'une académie que la république de Gênes se proposoit d'établir. L'année fui- vante, il fut appelé à Pétersbourg où l'on tâcha en vain de le retenir. L'égalité républicaine qu'on goû- toit à Basle, lui paroissoit préfé- rable aux faveurs d'une cour aussi orageuse que brillante. Il s'y ren- dit donc en 1733 pour occuper une chaire dans l'université. Ce fut alors que s'accumulèrent sur sa tête les couronnes académiques: neuf fois il remporta ou partagea les prix distribués par l'académie des sciences de Paris, qui se l'asso- cia enfin en 1748. Cette compa- gnie le perdit le 17 mars 1782. Il avoit conservé jusqu'à près de quatre-vingts ans sa tête toute en- tière; mais à cette époque ses idées s'affoiblirent, & il jouissoit à peine de son esprit quelques heures de la journée. Il ne s'étoit point marié. Dans sa jeunesse on lui avoit proposé un parti très-avantageux; mais l'extrême économie de sa future épouse le décida bientôt à rompre avec elle. Sa société pouvoit cependant faire le bonheur d'une femme. Il étoit simple, sans vanité, sans fauffe modeste; &, quoiqu'on l'ait accusé d'avarice, il avoit un fonds de bienfaissance. Lorsqu'il avoit à choisir entre la fortune & la liberté, c'est toujours la fortune qu'il a sacrifiée. Quoiqu'il eût un respect extérieur pour la religion de son pays, ses passeurs l'accusioient d'avoir poussé trop loin la liberté de penser, & de n'être pas fâché qu'on le devinât. On a de lui, indépendamment des divers mémoires couronnés par les académies, l'*Hidrodinamique*, ou *Commentaire sur la force & les mouvements des fluides*, Strasbourg, 1738.
BERNSTORFF, (N. comte de) issu d'une famille originaire de l'électorat d'Hanovre & neveu d'un ministre de Danemark, obtint la place de son oncle après la mort de celui-ci. L'influence de la cour de Ruffie, contribua à le faire appeler au ministère. Il s'en montra digne par l'étendue de ses vues & de son zèle pour le bonheur des Danois. Accessible & bon, il étoit peu de citoyens un peu aisés de Copenhague qu'il ne connût & dont il ne fût aimé. En flattant l'orgueil de *Catherine II*, il obtint la cession du Schleswig, partie du Holstein, en lui représentant qu'il étoit au-dessous de sa dignité de conserver une foible principauté qui la rendoit dépendante de l'empire d'Allemagne. Le traité fut signé à Kiel le 16 novembre 1773; il augmenta la puissance du Danemark de quarante-cinq milles carrés & d'environ cent mille habitans. Le principal titre de *Bernstorff* à la gloire, est d'avoir fait affranchir les pays dans Danois, et fait cesser la traite des Nègres. Une colonne élevée près de Copenhague atteste à son égard la reconnaissance publique. « Ce ministre, dit *Cafiera*, étoit d'une belle stature, & avoit une figure noble. Il se distingua des sa jeunesse par sa politesse, sa modeste, la justesse de son esprit & l'éloquence la plus persuasive. A mesure qu'il avança en âge, ses heureuses qualités se fortifièrent, & lui valurent l'estime générale de ses compatriotes: vivant à la cour, & livré à l'étude de la politique, il n'en étoit ni moins simple dans ses manières, ni moins franc dans ses discours. Homme d'état, il étoit très-famille; ministre, il tenoit fidèlement sa parole. Diligent & infatigable dans le travail, il avoit une conception facile, & une manière heureuse d'expliquer ses idées. Ennemi de la flatterie, indifférent pour les plaisirs, montrant une présence d'esprit rare, & une humeur toujours égale, il ne se laissoit point détourner du but qu'il s'étoit proposé. On ne le vit jamais enorgueilli par le succès, ni abattu par les revers. S'il triomphoit, il savoit qu'il auroit bientôt de nouveaux obstacles à surmonter; s'il échouoit, il voyoit toutes les ressources que la fortune pouvoit encore lui offrir. Son seul défaut, peut-être, étoit un peu trop d'attachement à ses opinions, qu'il défendoit toujours avec chaleur; mais ce défaut même avoit l'avantage de prouver que *Bernstorff* ne trompoit, ni ne vouloit jamais tromper. » *Bernstorff*, pendant son ministère, a montré beaucoup de prédilection pour les Anglois, sans être injuste envers les autres gouvernements. Il est mort à Copenhague le 21 juin 1797.
BERO, (Augustin) favant juris- confulte de Bologne, mort en 1554, à 79 ans, a laissé plusieurs ouvrages de droit, & particulièrement des Questions familières, des Conseils, des Leçons sur les Décrétales. I. BÉROALD ou BÉROALDE, (Matthieu) né à Paris, & mort en 1584, est connu par une Chronologie, qu'il donna en latin, 1775, in-fol. Chronicon, Scriptura sacra auctoritate constitutum. Cet ouvrage est favant, mais peu solide. En voulant tout appuyer sur la Bible, il s'embarrasse dans un labyrinthe dont il ne peut se tirer. Il prétend qu'il ne faut suivre d'autre guide dans la science des temps, que l'Écriture. Il efface donc du catalogue des rois de Perfe, Cambyse & Darius fils d'Histoire. Scaliger a montré combien une pareille façon de traiter la chronologie est ridicule. Beroald, de Catholique se fit Protestant, & gouverna une église Calviniste à Genève. Il avoit été précepteur de Théodore-Agrippa d'Aubigné.
II. BÉROALD DE VERVILLE, (Fainçois) fils du précédent, naquit à Paris en 1558. De Protestant devenu Catholique, il fut chanoine de Saint-Gatien de Tours; il n'étoit au fond ni Catholique, ni Protestant: dans son Moyen de parvenir, il se moque ouvertement des deux religions. C'étoit une espèce de métaphysicien romanesque qui chercha la Pierre philosophale, & qui déposa ses folies dans ses Appréhensions spirituelles, Poèmes & autres Œuvres philosophiques, avec les recherches de la Pierre philosophale, 1584, in-12. L'auteur y paroît aussi mauvais poète que mauvais philosophe. Il est plus connu par son Moyen de parvenir, dans lequel il s'efforce de tourner en ridicule tout le genre humain. C'est un recueil d'inutilités, de puérilités & d'ordures, mêlées de quelques contes agréables, & de quelques traits naifs. Un favant a bien voulu prendre la peine de donner une édition de cet ouvrage pitoyable, en 1732, 2 vol. in-16; réimprimé en 1754 avec des tables alphabétiques & des notes marginales. Ce livre a été aussi imprimé avec ce titre: Le Salmigondis, Liège 1698, in-12; Le Coupe-cu de la mélancolie, Parme 1698, in-12: c'est la même édition sous deux titres. Il y en a une autre in-24 de 439 pages, sans date, que le P. Nicéron croit être d'Elgevir. Béroald mourut vers l'an 1612. C'étoit un vrai original. Il affectoit d'être instruit des secrets les plus cachés de la nature, comme de la pierre philosophale, du mouvement perpétuel, de la quadrature du cercle, des effets de la sympathie, &c. &c. Il moralisoit en répandant des obscénités à pleines mains. Il vouloit passer pour habile en architecture; & dans les plats & ennuyeux Romans qu'on a de lui, il s'épuise en descriptions de palais. I. BÉROALDE, (Philippe) né à Bologne d'une famille noble en 1453, mort le 25 juillet 1505 à 52 ans, professa les belles-lettres dans sa parrie, & y jouit d'une grande considération. Il aimoit les plaisirs de la table, où sa gaieté répandoit la joie parmi les convives. Il avoit la passion du jeu, & il y sacrifioit tout ce qu'il avoit. Il aimoit les femmes, & rien ne lui coûtroit pour parvenir au but de ses débris. Ces différentes passions qui agiterent la jeunesse de Béroalde, se calmèrent des qu'il fut marié. Il craignoit les chaînes de l'hymen, & par rapport à lui-même, & par rapport à sa mère, qu'il aima toujours tendrement. Mais enfin, B E R 263 Il trouva une femme telle qu'il la souhaitoit. Elle fut captiver son cœur par ses manières douces & engageantes, & lui inspirer la sagesse & l'économie. Béroalde fut dès-lors tout différent. Ce fut un homme de mœurs réglées, doux, poli, bienfaissant, ne portant envie à personne, ne faisant ni ne disant de mal, rendant justice au mérite, n'ambitionnant point les honneurs, & se contentant de recevoir modestement ceux qu'on lui offroit. Ce ne fut qu'à la sollicitation de ses amis, qu'il accepta la place de secrétaire du Sénat de Bologne, qu'il remplit pendant quelques mois. Quant à son mérite littéraire, il fut très-favant pour son temps, & l'un de ceux qui contribuèrent le plus à purger la langue latine de la rouille & de la barbarie des siècles d'ignorance, quoique sa latinité cependant ne soit pas un modèle. Il composa plusieurs ouvrages, en prose, de divers genres, & quelques-uns en vers; mais il s'appliqua principalement à publier d'anciens Auteurs Grecs & Latins avec des commentaires. On a de lui: I. Des Commentaires sur Apulée, Venise 1501, in-fol. & sur d'autres écrivains. Béroalde, suivant Paul Jove, en éclaircissant les auteurs les plus obscurs de l'antiquité, redonna la vie à une quantité de vieux mots proscrits par les bons écrivains: ce qui chargea son style d'expressions dures & de phrases incorrectes. II. Le Recueil des Œuvres, 1507 & 1513, 2 vol. in-4.º Sa Vie a été publiée en latin par Jean Pins, à Bologne 1505, in-4.º Bianchini en a donné une autre à la tête du Suétoine de Béroalde, à Lyon, 1548, in-fol.