II. BÉROALDE, (Philippe) neveu du précédent, homme plein d'esprit & de vivacité, fut bibliothécaire du Vatican sous Léon X. Il publia plusieurs Pièces de Vers, estimées en son temps, dans les Deliciæ Poëtarum Italorum. L'ouvrage le plus considérable qu'on ait de lui, confite en trois livres d'Éloges & d'Épigrammes latines. Ce recueil se fait lire avec plaisir, quoiqu'on s'aperçoive que l'auteur n'y avoit pas mis la dernière main. L'édition qui en est très-belle, & très-rare, vit le jour à Rome en 1530, douze ans après la mort de l'auteur, qui termina sa carrière en 1518, âgé au moins de 40 ans. Le chagrin de ce qu'on lui refusoit les émolumens attachés à sa place de bibliothécaire, abrégea ses jours.
BÉROÉ, (Mythol.) vieille femme d'Épidaure, dont Juvon prit la figure pour tromper Sémélé.
BÉROSE, prêtre du temple de Bélus à Babylone, auteur d'une Histoire de Chaldée, citée par les anciens, & dont on trouve quelques fragments dans Joseph. Annius de Viterbe a publié, sous le nom de cet historien, un Roman plein de mensonges, dans lequel ce fourbe mal-adroit avance des choses contraires à ce que Bérose avoit écrit. On ne fait si la perte de l'Histoire de Bérose est un grand malheur. En composant cet ouvrage, il n'avoit pas oublié qu'il étoit Babylonien. C'étoit alors la folie de tous les peuples, de vouloir être regardés comme les plus anciens de la terre. Il fabriqua des antiquités merveilleuses pour sa patrie, & éraya ses impostures comme il put. Un historien qui se mêloit d'astrologie, ne mérite pas d'être cru. Bérose étoit astrologue. Ses productions enchantèrent les Athéniens au point, qu'ils lui firent élever, dans leur gymnafe, une statue avec une langue dorée. Sa fille, prophétesse comme lui, fut Sibylle à Cumes. Il étoit contemporain d'Alexandre le Grand. On a imprimé sous son nom, cinq Livres d'Antiquités, Anvers, 1545, in-8.
BERQUEM, (Louis) natif de Bruges, trouva, sous Louis XI, en 1476, l'art de tailler le diamant. C'étoit un jeune-homme à peine fort des classes; mais il avoit l'esprit vif & beaucoup d'industrie. Ayant observé que deux diamans s'entamoient lorsqu'on les frottoit un peu fortement l'un contre l'autre, il s'imagina d'en monter deux fur du ciment. Il les aiguïsa l'un contre l'autre, & ramassa soigneusement la poudre qui en provenoit. Ensuite, à l'aide d'une roue de fer qu'il inventa, il parvint, par le moyen de cette poudre, à polir parfaitement le diamant, & à le tailler de manière à lui donner le plus bel éclat. Avant le XVe siècle, on n'en voit aucun poli; aussi n'étoient-ils pas aussi recherchés que les autres piertéres. I. BERQUIN, (Louis) gentil-homme Artésien, panchoit pour les nouvelles erreurs & déclamoit contre les moines de vive voix & par écrit. Il publia quelques mauvais ouvrages, entraîtres un Commentaire des Œuvres d'Erasme, fut mis en prison, relâché par ordre de François I, pris de nouveau, & brûlé à Paris le 22 avril 1529, âgé d'environ 40 ans.
II. BERQUIN, (N.) né à Bordeaux, mort à Paris le 21 décembre 1791, dans sa quarante-deuxième année, debuta par des Inyées, souvent reimprimées, pleines de facilité, de douceur, de sensibilité. Quelques-unes fem- blent dictées par les graces & corrigées par le bon goût. L'une, imitée de Métaslafe, Orgoglio Fiumacello, est un petit chef-d'œuvre. Ses Romances n'ont pas moins de charmes. Tous les littérateurs connoissent celle de Geneviève de Brabant, & savent par cœur la romance si touchante, Dors mon enfant, clos ta paupière, &c. Berquin, parvenu à un âge plus mûr, joignit à l'avantage qu'il avoit eu d'être agréable dans ses poésies, l'honneur plus réel d'être utile. Son Ami des Enfans, en 6 vol. in-12, présente des instructions intéressantes sous des formes variées, en dialogues, en récits & en actions. Il a eu un grand nombre d'éditions, & obtenu en 1778 le prix décerné par l'académie Françoise, à l'ouvrage le plus utile de l'année. L'auteur se mettant à la portée de l'âge le plus tendre, ne lui donne que des idées vraies, & n'inspire que des fénitimes honnêtes. Dans cette espèce de catéchisme moral, il est naturel, simple & naïf, sans être trivial. Il étoit d'autant plus propre à composer un tel ouvrage, qu'il aimoit véritablement les enfans, & qu'il se plaisoit avec eux. Il n'y avoit point de petit jeu de leur âge qu'il ne jouât volontiers, & même auquel il ne réussit. Son cœur étoit plein d'indulgence & de simplicité. Il étoit bon citoyen, ami tendre, d'une gaieté franche & d'un commerce sûr. Il a laissé en manuscrit quelques comedies, dont une tirée du conte du Connoisseur de Marmoncel. Il a mis en vers le Pygmalion de J. J. Ruffian. On y a réuni des estampes qui représentent les mouvements de la statue. On doit encore à Berquin un recueil agréable en un volume, intitulé Choix de Tableaux. Ce sont des extraits philosophiques & bien choisis des journaux Anglois.
BERRETINI, *Voyer* BERETIN.
BERRIAT, *Voyer* BERRYAT.
BERROYER, (Claude) avocat au parlement de Paris, mort en 1735, a donné : I. Les *Arêts de Bardes*, Paris, 2 vol. in-fol. II. La *Coutume de Paris*, de *Duplessis*, Paris, 1709, in-fol. III. La *Bibliothèque des Coutumes* avec *Lauriere*, Paris 1699, in-4.º Ce recueil est curieux. On y trouve, entre autres choses, un catalogue historique des coutumiers généraux, & une liste alphabétique des textes & commentaires des Coutumes. Le rédacteur, homme savant, fut fort employé à la consultation, & obtint la confiance du public & l'estime des magistrats.
BERRUGÈTE, (Alonzo) sculpteur & architect. Espagnol, mort à Madrid en 1545, fut l'un des premiers qui fit fleurir les beaux arts dans sa patrie. Il avoit été élève de *Michel Ange, Charles-Quint* l'admit à sa cour. On voit à Valladolid une statue, qui passe pour son chef-d'œuvre.
BERRUVER, (Philippe) archevêque de Bourges depuis 1236 jusqu'en 1260, mourut en cœur de sainteté. Dom *Marenne* a publié sa Vie, écrite par un auteur contemporain.
BERRUYER, (Joseph - Isaac) né à Rouen le 7 novembre 1681, d'une famille noble, prit l'habit de Jésuite, & l'honora par ses talens. Après avoir professé longtemps les humanités, il se retira à la maison professée de Paris, & y mourut le 18 février 1758 à 77 ans. Il étoit connu depuis 1728, par son *Histoire du Peuple de Dieu*, tirée des seuls Livres faints, comprimée en 1723, en 8 vol. in-4.º & en 10 vol. in-12. Cette Hif- toire fit beaucoup de bruit dès le moment de sa naissance. Le texte sacré y est revêtu des couleurs de quelques romans modernes. Les Patriarches y prennent quelquefois le ton des *Celadon*. *Berruyer* se promettoit que son Histoire paroîtroit un ouvrage neuf. Elle le parut effectivement, par les fleurs d'une imagination qui veut briller partout, dans les endroits mêmes où les Livres faints ont le plus de simplicité; par des dialogues mêlés de fausses délicatesses de ruelle, où il y a de la chaleur, mais très-fouvent une vaine emphase. Le rhéteur fait parler *Moye* aux Hébreux dans les déserts de l'Arabie, comme il parloit lui-même à ses écoliers dans ses exercices classiques. Le Père de *Tournemine* Jésuite, anti-Harduniste, s'éleva contre *Berruyer* d'éclair de *Hardouin* : il publia des *Observations*, qui renferment une critique vive des peintures indécentes dont son ouvrage est rempli. Celles des amours des patriarches, de la passion effrénée de la femme de *Pariphar*, de la parure de *Judith* & des propositions que lui fait *Holopherne*, du crime épouvantable d'*Onan*, de la facilité avec laquelle *Rachel* cède *Lia* à *Jacob* pour une nuit, y sont toutes relevées comme étant des écueils pour l'innocence. Outre les expressions libres dont cette Histoire fourmilloit, il y en avoit beaucoup d'autres reprehensibles; par exemple celles-ci : *Après une éternité toute entière. Dieu créa le monde* : comme si une éternité pouvoit finir ! — *A l'air aisé dont Dieu faisoit les miracles, on voyoit bien qu'ils couloient de fource.* — *Le mal alloit toujours croissant, à la honte du Seigneur Dieu.* — *Les aventures des Patriarches.* — *Après une telle aventure...* & mille autres dont la première édition étoit remplie. 266 B E R La prolixité du style de cette édition & de celles qui la suivirent, déplaît autant aux gens de goût, que les vains ornemens dont il est chargé. On ne peut nier cependant que si l'auteur avoit eu plus de jugement, il n'eût produit des ouvrages excellens. Son Histoire, mêlée de traits singuliers & brillans, écrite avec une abondante élégance, usque avec art, semée de réflexions quelquefois heureuses, quoique déplacées, est une preuve non équivoque qu'il étoit né avec beaucoup d'esprit, & un esprit facile. Cet ouvrage reparut avec de corrections en 1733; mais dès 1731, Colbert évêque de Montpellier, l'avoit condamné. Rome se joignit à lui, & le censura en 1734 & 1757. La seconde partie parut long-temps après la première, en 1753, 4 vol. in-4°, & 8 in-12. Elle lui ressemble pour le plan & les systèmes; mais elle est bien différente pour les graces, l'élégance & la chaleur du style. Comment un homme d'esprit ôtait-il substituer une froide rhétorique à la simplicité touchante & quelquefois sublime de l'Évangile? S'il avoit eu du goût, n'auroit-il pas senti que ce n'étoit pas embellir le texte sacré, mais le défigurer? Benoit XIV condamna cette seconde partie par un bref du 17 février 1758, & Clément XIII par un autre bref du 2 décembre suivant. Ce bref condamne en même temps la Troisième partie de l'Histoire du Peuple de Dieu, ou Paraphrase littérale des Épitres des Apôtres, en 2 vol. in-4° & 5 vol. in-12. Cette dernière partie est remplie, comme les autres, d'idées singulières & d'erreurs condamnables. L'auteur les avoit puissées dans les ouvrages posthumes de son confrère Hardouin, érudit sans jugement, & homme paradoxal, s'il en fut ja- mais. La Sorbonne a aussi censuré les ouvrages du P. Berruyer. Les Jésuites désavouèrent publiquement le livre de leur confrère, & obtinrent de lui un acte de soumission, lu en Sorbonne en 1754. Le parlement de Paris, deux ans après, manda Berruyer, pour être entendu sur plusieurs propositions de son Histoire. Mais l'auteur s'étant trouvé malade, la cour envoya un commissaire, à qui l'historien condamné remit une déclaration en forme de rétractation, qui fut déposée au greffe. Berruyer, malgré cette déférence extérieure, fit imprimer différentes Brochures pour justifier ses ouvrages. De Fin-James, évêque de Soissons, condamna les livres & les apologies dans un Mandement, accompagné d'une Instruction Pastorale, en 2 vol. in-4°, & 7 vol. in-12. Voy. aussi, la Censure de la Sorbonne, imprimée en 1764; & l'article V. GAUTHIER dans ce Dictionnaire.
BERRY, (Charles, duc de) le dernier des enfans de Louis dauphin, & de Marie-Christine de Bavière, naquit le 31 août 1686, & mourut le 4 mai 1714. Éleve de Fénélon, il eut des lumières & des vertus. Lorsque le duc d'Anjou, appelé à la succession d'Espagne, dit au duc de Bourgogne: le suis roi d'Espagne, vous serez roi de France; il n'y a que ce pauvre Berry qui ne sera rien. Le duc de Berry, qui avoit de l'esprit, répondit: Je ferai prince d'Orange, & je vous ferai enrager tous les deux. Louis XIV le maria en 1710, à Marie-Élisabeth d'Orléans, fille de Philippe d'Orléans, depuis régent de France. Ce mariage auroit été heureux, sans l'intimité trop étroite qui régnoit entre le père & la fille. Cette liaison occasionna des bruits scandaleux. La religion du duc de Berry les B E R 267 lui fit rejeter ; mais comme il aimoit éperdument son épouse, femme pleine d'esprit & de graces, il étoit importuné des assiduités de son beau-père, & il ne lui cacha pas toujours l'humeur qu'elles lui don- noient. Il étoit d'ailleurs effrayé des discours du duc d'Orléans & de la duchesse de Berry qui affi- choient devant lui l'irréligion, & le mépris des mœurs. La princesse railloit impudemment son époux sur une dévotion, qui étoit pour- tant l'unique préservatif de ses soupçons. Lorsqu'elle l'eût perdu en 1714, elle se livra à tous les excès. Emportée par le plus sol orgueil, ou avilie dans la crapule, elle donna, dit Duclos, des scènes dans l'un & l'autre genre ; & ce qu'il y a de plus étrange, c'est que des retraites aux Carmélites précédoient ou suivoient ses dé- bauches. De tous les amans qu'elle eut, le comte de Riom fut celui qui la tint dans le plus long ef- clavage. Malgré les duretés & les caprices qu'il lui fit effuyer, on prétend qu'il l'épousa secrètement. Les excès de vin, de liqueurs & de plaisirs l'épuisèrent de bonne heure, & elle mourut à 24 ans, la nuit du 20 au 21 juillet 1719.
BERRY, Voyet BOUVIER. — JEAN, n.º LXVIII. — & LOUIS X, n.º XV.
BERRYAT, (Jean) médecin ordinaire du roi, intendant des eaux minérales de France, corres- pondant de l'académie des sciences, & membre de l'académie d'Auxerre, mort en 1754, a publié : I. Les deux premiers volumes de la Col- lection académique, Dijon 1754, in-4° ; compilation avantageuse- ment connue. L'illustre Boerhaave avoit, le premier, conçu le projet d'un pareil recueil. Il sentoit com- bien la réunion d'une infinité de vérités physiques, éparses dans une quantité énorme de volumes, les rendroit plus lumineuses & plus fécondes. La Collection académique a été continuée par MM. de Mont- béillard, Paul, Vidal & Robinet. II. Des Observations Physiques & Médicinales sur les eaux minérales d'Époigny, &c., aux environs d'Auxerre, 1752, in-12.
BERRYER, (Nicolas-René) — d'abord président au grand con- seil, ensuite intendant de Poitiers, devint lieutenant de police de Paris en 1747. Il montra dans cette place de l'exactitude & de la vigilance ; mais les subalternes qu'il employoit ayant abusé de son pouvoir, il y eut en 1750 une espace de révolte qui fut réprimée par la mort de trois séditieux qui l'avoient excitée. De la po- lice, ce magistrat passa, en 1757, au département de la marine, mais étant peu capable d'un ministère, & les officiers se plaignent qu'il étoit sec & dur, on lui donna les sceaux en 1761. Il mourut d'a- poplexie le 15 août 1762, après avoir marié sa fille au président de la Moignon de Báville, depuis garde des sceaux. Ceux qui l'ont connu diseut qu'il avoit de la fer- meté & quelques lumières ; & il se trouva dans des circonstances qui auroient exigé les talens d'un Colbert & d'un Seignelai, & il ne les avoit point : aussi, parut-il au-dessous de ses places. Il les avoit obtenues par le crédit de Mad. de Pompadour, qui en vou- loit faire son homme d'affaires. Il est sûr qu'il les fit mieux que celles de l'état.
BERSABÉE, Voy. BETHSABÉE.
BERSMAN, (George) Alle- mand, naquit en 1538 à Anna- berg, petite ville de Mifnie, près de la rivière de Schop, & du côté de la Bohème. On l'éleva avec soin, & il fit de grands progrès dans les sciences. Il aima particulièrement la médecine, la physique, les belles - lettres & les langues savantes. Il entendoit très-bien la latine & la grecque; il se fit un plaisir de voyager en France & en Italie, pour y connoître ceux qui avoient plus de réputation parmi les gens de lettres. De retour dans son pays, il y enseigna en divers endroits jusqu'à sa mort, arrivée le 5 octobre de l'an 1611, qui étoit la 73e de son âge. Berman mit les Pseaumes de David en vers; il fit des notes sur Virgile, Ovide, Horace, Lucan, Cicéron, & sur d'autres auteurs anciens. Son corps ne fut pas moins fécond que son esprit: il eut quatorze fils & six filles de son mariage avec une fille de Pierre Hellebron.
BERTANI, (Lucie) née à Modène, ou suivant d'autres à Bologne, publia diverses Poésies qui firent honneur à son esprit. Son envie d'obliger ne fit pas moins honneur à son cœur. Liée d'amitié avec Castelvetro, littérateur renommé, & Annibal Caro, célèbre traducteur de Virgile, qui s'injurioient dans leurs écrits, elle chercha à les concilier, à les rendre du moins plus modérés; mais elle ne put y parvenir. Louis Dominichi, lui dédia, en 1558, les Cinquante Nouvelles de Jean de Florence. Bertani mourut quelque temps après. — Barbe BERTANI de Reggio, faisoit aussi des vers en 1588. Le Guasco a parlé d'elle avec éloge dans son Histoire littéraire.
BERTANO, (Jean, Baptiste) architecte Mantouan, se distingua dans le 16e siècle par ses connaissances dans les arts & dans la perspective. Il dirigea la construction de la belle église de Sainte-Barbe à Mantoue, & de son clocher décoré des quatre ordres d'architecture. Il a publié quelques écrits, entr'autres une Lettre au Baffi, sur une dispute élevée relativement à la cathédrale de Milan, & des Observations sur Vitruve qui font estimées.
BERTAUD, (Jean) fut premier aumônier de la reine Catherine de Médicis, secrétaire de cabinet & lecteur de Henri III, conseiller d'état, abbé d'Aulnai, & enfin évêque de Sées. Il naquit, non à Condé - sur - Noireau, mais à Caen, suivant Huet, l'an 1552, & mourut le 8 juin 1611 à 59 ans. On lui fit dans le temps une épitaphe, dont le sens étoit: Les doctes Sœurs dont vous fûtes la gloire Vous pleureroient autant que nous, Si ces neuf Filles de Mémoire N'avoient subi la mort en même temps que vous. Bertaud, ami & contemporain de Ronsard & de Desportes, les laïssés bien loin derrière lui. Quelques-unes de ses Stances ont de la facilité & de l'élégance. On connoit celle qui commence ainsi: Félicité passée Qui ne peux revenir, Tourment de ma pensée; Que n'aise, en te perdant, perdu le souvenir! Nos meilleurs poètes n'auroient pas mieux fait. On a de lui des Poésies Chrétiennes & Profanes, des Cantiques, des Chansons, des Sonnets, des Pseaumes. Elles offrent quelques réflexions heureuses, mais tournées en pointes; il avoit pris ce goût dans Sénèque. Ses mœurs parurent très-réglées, dès qu'il fut élevé à l'épiscopat, & l'évêque rougit des productions du courtisan. Mais comme la décence plus que la religion avoit produit cette honte, il recueillit tout ce qui étoit échappé à sa mufe. Ses *Œuvres* poétiques ont été imprimées en 1620, in-8.º Il a laiffé aussi une *Traduction* de quelques livres de *S. Ambroise*, des *Traités* imparfaits de controverse, des *Sermons* sur les principales fêtes de l'année, & une *Oraison funèbre de Henri IV*, à la conversion duquel il contribua. C'étoit l'oncle de Mad. de *Motteville*, première femme de chambre de la reine *Anne d'Autriche*. *Voy*. MOTTEVILLE.
BERTELS, (Jean) né à Louvain, devint abbé du monastère d'Echternach, qui fut pillé par les Hollandois en 1596. Lui-même fut emmené prisonnier avec ses religieux; & il n'obtint sa liberté & la leur qu'après avoir payé une rançon de quarante-huit mille livres. Il a publié une *Histoire* du duché de Luxembourg, écrite avec peu d'erreurs dans les faits & d'incorrections dans le style.
BERTERA, (Barthélemi-Antoine) interprète du roi, mort à Paris en novembre 1732, publia des *Méthodes pour apprendre la langue italienne*, l'*espagnole*, & la *françoise*. Celle qui roule sur l'italien est la meilleure, parce que l'auteur qui étoit né en Italie connoissoit mieux la langue de son pays, que toute autre.
BERTHAULT, (Pierre) natif de Sens, prêtre de l'Oratoire, & professeur de rhétorique dans sa congrégation, auteur du *Florus Gallicus*, in-12, & du *Florus Francicus*, in-12, qui ne valent point le *Florus Romanus*; mourut en 1681, fort âgé, chanoine & archidiacre de Chartres. Son traité *De Arcé* est savant & recherché : il parut à Nantes en 1636.
BERTHE, *Voyer* ÉTHELBERT. I. BERTHE ou BERTRADE, surnommée *au grand pied*, fille d'un comte de Laon, épousa *Pepin le Bref*, roi de France, & fut mère de *Charlemagne*. Elle mourut à Choisy le 27 juillet 1683, & fut enterrée à Saint-Denis. Une fille de *Charlemagne*, & une autre de *Pepin I*, roi d'Aquitaine, eurent aussi le nom de *Berthe*.
II. BERTHE, fille de *Lothaire*, réunit aux charmes de la figure la plus régulière, l'esprit & le courage; elle épousa d'abord *Thibaut* comte d'Arles, & ensuite *Adalbert* marquis de Toscane. Celui-ci se laissa entièrement conduire par son épouse, qui lui disoit souvent qu'il devoit être ou un âne, ou un souverain puissant. *Béranger*, roi d'Italie, se saisit de *Berthe* qui étoit devenue veuve & qui avoit concerté une ligue contre lui, & la fit prisonnière à Mantoue. Pour prix de sa rançon, il exigea qu'elle lui rendit les principales villes de la Toscane. *Berthe* ne voulut point y consentir; & les charmes assurant le succès de ses refus, *Béranger*, qui en devint amoureux, lui rendit la liberté sans condition. Cette princesse mourut à Lucques en 925, & l'on voit son tombeau dans cette ville.
BERTHELET, (Grégoire) Bénédictin de Saint-Vannes, né à Bérain dans le Barois en 1680, mort en 1754, publia un ouvrage savant & curieux, intitulé : *Traité historique de l'abstinence des viandes*, 1731, in-4.º
BERTHET, (Jean) né à Tarascon en Provence l'an 1622. 270 B E R mort en 1692, se rendit célèbre par la connoissance des langues anciennes & modernes. Il entra dans la Compagnie de Jésus, où il professa quelque temps les humanités : ensuite il enseigna les sciences abstraites, rassemblant, à l'aide d'une mémoire immense & d'un génie souple & actif, plusieurs connoissances. On a de lui des *Dissertations* savantes sur différents sujets, des *Odes*, des *Sonnets* italiens, françois, espagnols ; des *Chansons* provençales ; des *Vers* libres ; des *Épigrammes*, *Madrigaux*, & autres petites pièces en plusieurs langues.
BERTHIER, *Voyet* III. ROCHE. I. BERTHIER, (Guillaume-François) né à Issoudun en Berri le 7 avril 1704, entra chez les Jésuites en 1722, & y professa avec distinction. On lui confia, en 1745, la rédaction du *Journal de Trévoux*, qu'il dirigea pendant dix-sept ans, à la satisfaction du public & des véritables gens de lettres. « Ce travail, dit l'abbé de Fontenay, lui fit la plus grande réputation, par le soin & l'exactitude des analyses, par un ton de critique sage, impartial, ferme & constant. Mais cette exacte impartialité déplut à quelques écrivains, & sur-tout à *Voltaire*. Lorsque ce poète publia, sans se nommer, son *Panégyrique de Louis XV*, le P. Berthier n'y vit que l'essai d'un jeune homme qui couroit après les antithèses, & qui cependant avoit de l'esprit & quelque disposition à bien écrire. Une telle annonce, un jugement si sévère piqua vivement *Voltaire*, qui ne craignit point de se déclarer l'auteur de l'ouvrage critiqué, & qui se plaignit amèrement du critique. Son mécontentement augmenta lorsque le P. Berthier ayant rendu compte d'une brochure, où on le désignoit par le titre de *digne rival d'Homère & de Sophocle*, le journaliste mit froidement en note : *Nous ne le connoissons pas*. Enfin, ce qui acheva d'aigrir *Voltaire*, sur une censure très-juste de plusieurs passages représentables de son *Essai sur l'Histoire générale*. Ce poète se déclara ouvertement en 1759 contre le Jésuite, dans une espèce de diatribe, qu'il mit à la suite de son *Ode* sur la mort de Mad. la margrave de *Bareith*. Le P. Berthier repoussa ses traits avec autant d'honnêteté que de force, dans le *Journal de Trévoux*. Alors le poète changea de batterie. Au lieu d'une réponse sérieuse, il enfonta en 1760 une facétie intitulée : *Relation de la Maladie, de la Confession & de la Mort du jésuite Berthier*. Le savant Jésuite ne s'avisa point de répliquer à un adversaire qui avoit substitué les plaisanteries aux raisons, & il continua le *Journal de Trévoux* jusqu'à la dissolution de sa compagnie en France. Il quitta alors ses occupations littéraires, pour se livrer à la retraite. A la fin de 1762, le Dauphin le fit nommer garde de la bibliothèque royale, & adjoint à l'éducation de *Louis XVI* & de *Monsieur*. Mais, dix-huit mois après, des circonstances relatives à sa société l'obligèrent de quitter la cour. Il alla se fixer à Offembourg, petite ville impériale à cinq lieues de Strasbourg, & y composa le livre intitulé : *Les Pseaumes traduits en françois avec des notes & des réflexions*, Paris 1785, 8 vol. in-12. Après dix ans de séjour dans cette ville, il revint en France, & ne s'occupa plus que de l'étude & des exercices de la religion. Il mourut d'une chute, à Bourges, le 15 décembre 1782, à 78 ans & neuf mois. Le chapitre de la métropole lui donna une sépulture distinguée dans son église. Cet honneur étoit dû à un homme aussi recommandable par sa piété éminente, que par sa vaste érudition & son excellent jugement. La dernière assemblée du Clergé venoit, à son infçu, de le gratifier d'une pension, qu'il auroit partagée avec les pauvres. C'étoit sans doute pour le récompenser de sa continuation de l'Histoire de l'Église Gallicane, où il éclaircit par des recherches savantes plusieurs points de notre Histoire. On lui doit les six derniers volumes de cet ouvrage, qui sont rédigés avec beaucoup d'attention & d'exactitude. Quelques critiques auroient désiré dans le style du P. Berthier plus de légèreté, plus de souplesse, un ton plus vif & plus rapide; mais les genres qu'il a traités exigeoient presque tous la diction grave qu'il employoit, & qui étoit d'ailleurs plus conforme à son caractère. Dans sa traduction des Pseumes, il a souvent développé ce que les autres commentateurs n'avoient qu'apperçu, a fixé le sens du texte, & en a tiré des réflexions pieuses, propres à nourrir la dévotion ou à la faire naître. — Il y a eu de ce nom Jean BERTHIER, sculpteur, qui exécuta en relief, par ordre de Louis XIV, toutes les places fortifiées de France, pour l'instruction des princes ses petits-fils. Voyet BERTHIER.
II. BERTHIER, (Joseph-Etienne) de l'oratoire, né à Aix en Provence en 1710, mort à Paris le 5 novembre 1783, dans un âge assez avancé, a publié divers ouvrages qui firent sensation parmi les physiciens. Il examine dans l'un si l'air passe dans le sang. On lui doit : I. Physique des Comètes, 1760, in-12. II. Physique des Corps animés, 1755, in-12. III. Principes physiques, pour servir de suite à ceux de Newton, 1770, 4 vol. in-12. IV. Histoire des premiers temps du Monde, 1778, in-12. Berthier étoit dans la société d'un commerce doux & d'un caractère gai & indulgent. Il ressemblait un peu pour la figure, au Père Malebranche. Attaché au système de Descartes, il ne se présentoit jamais à Versailles, où il alloit pour rendre service, que Louis XV ne le désignât par le titre de l'homme aux tourbillons. Il étoit membre de la société royale de Londres, & correspondant de l'académie des sciences de Paris.
III. BERTHIER, (N.) intendant de Paris, fut l'une des premières victimes de la révolution Française. Après la prise de la Bastille en 1789, le peuple qui avoit égorgé Foulon, beau-père de Berthier, se porta à Compiegne, où il arrêta ce dernier, le traduit à Paris, & le perçu de plusieurs coups de baïonnette en y arrivant. Berthier étoit accusé d'avoir pratiqué des manœuvres pour faire enchérir les grains destinés à l'approvisionnement de la capitale. Son cœur & sa tête furent placés au haut d'une pique, & promenés ensuite dans toutes les rues par ses assaisins dégoûtans de sang.
BERTHOLD, premier général des Carmes, Voy. PAPEBROCH.
BERTHOLDE le Noir, Voyet SCHWARTZ.
BERTHOLDE, BERNOLDE, ou BERNALDE, prêtre de Constance dans le 11e siècle, continua la Chronique d'Hermannus Contractus, dont il étoit disciple, depuis l'an 1054 jusqu'en 1066. Il y ajouta l'Histoire de son temps jusqu'à l'année 1100, qu'on croit être celle de sa mort. Il nous reste encore de Bertholde des Opuscules en faveur de Grégoire VII, dont il étoit grand partisan.
BERTHOLET, (Jean) Jéfinite, né à Salm dans le duché de Luxembourg, & mort à Liège en 1755, est auteur de deux ouvrages. Le premier est une Histoire de l'institution de la Fère-Dieu, 1746, in-4°; on y déferroit plus de critique. Le second, est une Histoire ecclésiastique & civile du duché de Luxembourg, 1742, 8 vol. in-4°. Cet ouvrage volumineux est diffus, sans méthode, sans style; mais on y trouve des recherches, & des faits intéressans qu'on chercheroit vainement ailleurs.
BERTHOLET - FLAMÉEL, (Barchelemi) peintre de Liège, mort en 1675, fut élève de Jordaans, & vint se fixer à Paris, où il fut reçu à l'académie de peinture. Ses tableaux les plus renommés, font à Paris l'Enlèvement du prophète Élie dans le dôme des Carmes; une Adoration des Mages dans la facrissie des Grands-Augustins; un Plafond aux Tuileries; & à Liège, la Conversion de S. Paul, dans la collégiale de ce nom; une Affomption dans l'église des Dominicains, & la Résurrection du Lazare dans la cathédrale. Bartholet étoit ecclésiastique; son pinceau a de la force, du coloris, un dessin fini, mais peu de graces. — BERTHOLON, (N.) né à Lyon, & mort dans cette ville en 1799, entra jeune dans la maison de Saint-Lazare, & en forêt pour remplir à Montpellier la chaire de professeur de physique, établie par les états du Languedoc; & ensuite celle de professeur d'histoire à l'école centrale de Lyon. Des mœurs douces, une affabilité naturelle, une grande activité pour le travail le distinguèrent. Ami de Francklin, il profita des moyens imaginés par ce dernier pour se garantir de la foudre, & il fit élever sous sa direction un grand nombre de para-tonnerres dans la capitale & à Lyon. Peu de savans ont suivi avec plus de succès la carrière des concours académiques; il étoit rare que chaque année n'apportât pas à Bertholon deux ou trois prix. Bientôt, disoit-il, je vais faire ma récolte, en parlant des médailles qu'il recevait d'ordinaire dans le mois d'août. Ses ouvrages font tous consacrés à l'utilité publique. Ils font écrits avec clarté; s'ils offrent peu d'idées nouvelles, ils ont répandu celles des autres, & en ont fait des applications heureuses. Les principaux sont : I. Moyen de déterminer le moment où le vin en fermentation a acquis toute sa force, 1781, in-4°. II. De l'Électricité du corps humain en état de santé & de maladie, 1781, in-8°. III. De l'Électricité des végétaux, 1783, in-8°. IV. Preuves de l'efficacité des para-tonnerres, 1783, in-4°. V. Des Avantages que la physique & les arts peuvent retirer des aérostats, 1784, in-8°. VI. De l'Eau la plus propre à la végétation, 1786, in-8°. VII. Quelles sont les maladies qui procèdent de la plus ou moins grande quantité du fluide électrique? 1778, in-8°. VIII. Des Moyens les moins dispendieux & les plus durables d'entretenir le pavé, 1779. IX. Mémoire sur les moyens qui ont fait prospérer les manufactures de Lyon, les causes qui peuvent leur nuire, les moyens d'en maintenir & d'en assurer la prospérité, 1782, in-8°. Ce Mémoire Memoire embrasse une vaste éruction sur l'ancienne histoire du commerce de Lyon ; des détails savans & des vues judicieuses sur les machines & sur les arts. X. De l'Électricité des Médiores, 1787, 2 vol. in-8. XI. Théorie des incendies, de leurs causes, des moyens de les prévenir & de les éteindre, 1787, in-4. XII. Il a été pendant quelque temps l'éditeur d'un Journal d'Histoire naturelle.
BERTHONIE, (Hyacinthe) religieux Dominicain, mort en 1774, a publié : I. Des Sermons médiocres. II. Œuvres pour la défense de la religion, contre les Incrédules & les Juifs, 1777, 3 volumes in-12. I. BERTI, (Jean-Laurent) célèbre religieux Augustin, né le 28 mai 1696 à Serravezza, petit village de Toscane, fut appelé à Rome par ses supérieurs, & obtint le titre d'affitant-général d'Italie, & la place de préfet de la bibliothèque angélique. Ses connoissances théologiques lui méritèrent ces distinctions, & parurent avec éclat dans son grand ouvrage, De disciplinis Theologicis, imprimé à Rome en 8 vol. in-4. Il y adopta les sentimens de S. Augustin dans toute leur rigueur, à l'exemple du P. Bellelli son confrère. L'archevêque de Vienne, Sallon, ou plutôt les Jésuites qui le dirigeoient publièrent sous son nom en 1744, deux écrits contre les deux théologiens Augustins, & suivant eux trop Augustiniens. Le premier est intitulé : Baianismus redivivus in scriptis PP. Bellelli & Berti, in-4. Le second a pour titre : Jansenismus redivivus in scriptis PP. Bellelli & Berti, in-4. On dénonça en même-temps le Père Tome II, Berti au pape Benoit XIV, comme un disciple de Batus & de Jansénius. Le savant pontife, sans répondre aux délateurs, conseilla au P. Berti de se défendre ; & il le fit par un ouvrage en 2 vol. in-4. Dans cette Apologie savante & vive, mais un peu longue, il établit la différence qu'il y a entre le Jansénisme & l'Augustinianisme. A la suite de cet écrit, le P. Berti en donna plusieurs autres, dont le principal est une Histoire Ecclésiastique en latin, en 7 volumes in-4, qui a fait peu de fortune hors de l'Italie, à cause de la sécheresse de l'historien, & de ses préjugés en faveur de l'ultramon-tanisme. Il parle du pape dans sa Théologie & dans son Histoire, comme du souverain monarque des royaumes & des empires, & les autres princes ne sont que ses lieutenans. Le Père Berti donna un Abrégé de son Histoire Ecclésiastique, deux tomes, en un volume in-8, qui est très-peu de chose, & propre seulement à donner des notices succinctes aux étudiants en théologie. On a encore du Père Berti, des Dissertations, des Dialogues, des Panégyriques, des Discours académiques, quelques Poésies italiennes qui ne sont pas ses meilleures productions. On a fait à Venise une édition in-folio de tous ses Ouvrages. Ce savant mourut âgé de 70 ans, le 26 mai 1766, à Pise, où François I, grand-duc de Toscane, depuis empereur, l'avoir appelé, après lui avoir donné une pension considérable & une chaire de professeur de l'université, avec le titre de Théologien impérial. A l'amour le plus ardent pour l'étude, le Père Berti joignit un caractère doux & modéré, qui paroissait encore plus dans la société que dans ses livres. Il fut aimé de ses confrères, & il échappa, malgré son mérite, aux atteintes de l'envie : ce qui est rare non-feulement dans le cloître, mais encore dans toutes les sociétés.
II. BERTI, (Alexandre-Pompé) ne a Lucques, mort en 1752, fut d'abord bibliothécaire du marquis de *Waft*, & ensuite du cardinal *Girolami*. Sa profonde érudition le fit rechercher par la plupart des académies d'Italie. Ses écrits font : I. *Dissertation* sur la découverte faite à Lucques du corps de *S. Pantaleon*. Elle est adressée à *Muratori*. II. *Vie de Joseph Valetta*. III. *Une Traduction* de l'Abrégé de l'*Histoire de France* de *Daniel*. IV. *Une autre des Lettres* & des *Essais* de morale de *Chanterfme*. V. *Lettres* sur l'unité de l'église contre le ministre *Jurieu*. VI. *Catalogue* de la Bibliothèque *Capponi*. I. BERTIN, (S.) né dans le territoire de Constance sur le haut-Rhin, étoit neveu de *S. Omer*, évêque de Terouane. Il aida son oncle à défricher les terres de cet évêché, qui étoient des déferts. Un gentilhomme de ce pays s'étant converti, donna sa terre de Sithieu pour y fonder un monastère. Bientôt il fut peuplé d'un nombre infini de religieux, qui, sous la conduite de *S. Bertin*, menoient une vie consacrée à la piété. Il fut leur abbé & leur modèle. Quelques temps avant sa mort, arrivée en 706, il se retira dans un petit hermitage, où il finit sa vie dans de grands sentimens de piété.
II. BERTIN, musicien, mort au milieu du siècle passé, a fait la musique des Opéra de *Cassandre*, de *Diomède*, d'*Ajax*, du *Jugement de Paris*, & des *Plaisirs de la Campagne*.
III. BERTIN, (Nicolas) peintre, & disciple de *Jouvenet* & de *Boullongne* l'aîné, naquit à Paris en 1664. Son père étoit sculpteur. L'académie de peinture lui adjugea le premier prix à l'âge de 18 ans, & se l'affecira ensuite. Le séjour de Rome perfectionna ses talens. De retour en France, il fut nommé directeur de l'école Romaine; mais une aventure galante, qui auroit eu des suites s'il fut retourné à Rome, l'empêcha d'accepter cette place. *Louis XIV*, l'électeur de Mayence, celui de Bavière, l'employèrent successivement à divers ouvrages. Ce dernier voulut se l'attacher par de fortes pensions; mais *Bertin* ne put jamais consentir à quitter sa patrie. Il mourut à Paris en 1736, dans de grands sentimens de religion. Sa manière étoit pleine de force & de grace; il excelloit dans les petits tableaux. On a de lui plusieurs ouvrages à Paris dans l'église de Saint-Luc, à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, & dans les salles de l'Académie.
IV. BERTIN, (Exupère-Joseph) docteur en médecine, de la faculté de Paris, né au Tremblai, diocèse de Rennes, en 1712, mort dans sa patrie en février 1781, étoit membre de l'académie des sciences. Il fut pendant quelque temps médecin du Hospodar de Valachie; mais ce despote l'ayant forcé d'affister au supplice de celui qu'il venoit remplacer; il profita de l'absence du Hospodar, pour revenir en France. On a de lui, une *Ostéologie*, 1753, 4 vol. in-12: V. BERTIN, (Antoine) capitaine de cavalerie, né à l'Ile Bourbon, le 10 octobre 1752, passa en France neuf ans après, & fit ses études à Paris au collège du Plessis. Il se fit bientôt connoître par son goût pour la poésie, par une imagination brillante, & des vers pleins d'images & de sensibilité. On lui a attribué les beautés & les défauts de Properce, en disant de lui comme du poète Romain, qu'il semblait ne vouloir aimer que parce qu'il voulait écrire. Bertin passa à Saint-Domingue à la fin de 1789, pour y épouser une jeune Créole qu'il avait connue à Paris. La veille de son mariage, il prit une fièvre violente, & il mourut au bout de dix-sept jours de maladie, à la fin de juin 1790, âgé de 38 ans. En 1773 il publia un petit volume de Poésies qui n'obtint pas un grand succès; mais en 1782, il donna un recueil d'Élégies, intitulé : Les Amours; & cet ouvrage, justement loué, fixa sa réputation. Les descriptions en sont vives; les sentimens tendres. Si la volupté dicte les vers, elle est au moins à demi-voilée. Cet auteur, formé à l'école de Dorat, a plus de naturel, une sensibilité moins factice que ce dernier. Ses Œuvres ont été réimprimées l'an X, Paris, 2 vol. in-18. On aurait dû en faire disparaître quelques pièces d'un goût moins pur que les autres, telles que le Projet d'Orgie, &c. — BERTINAZZI, (Charles) connu sur le théâtre Italien sous le nom de CARLIN, né à Turin en 1713, mourut à Paris le 4 septembre 1783. Il remplissait depuis 1742 le rôle d'Arlequin, avec autant de succès que le célèbre Thomassin, dont il avait été le successeur. Il faisait les délices des spectateurs par son jeu vrai, naturel, comique, & par ses faillies heureuses. Son âge avancé ne lui avait rien fait perdre de sa vivacité, de son enjouement, de sa souplesse même & de ses graces. Un Anglois, tourmenté par le Spleen & par de noires vapeurs, épuisa l'art des médecins: on lui conseilla d'aller à la comédie Italienne, & Carlin le guérit. Il eut besoin lui même de toute sa gaieté pour supporter des faillites & un vol, qui lui enlevèrent cent mille livres, c'est-à-dire, presque toute sa fortune. Cet acteur joignoit aux talens du théâtre, des connoissances en divers genres, & toutes les qualités de l'honnête homme. On lui fit cette Epitaphe : De CARLIN pour peindre le sort; Très-peu de mots doivent suffire: Toute sa vie il a fait rire, Il a fait planter à sa mort. On a de lui une Comédie en trois actes; intitulée : Les Métamorphoses d'Arlequin.
BERTINO, (Georges) médecin Italien, né dans le royaume de Naples, dans le 16e siècle, a laissé quelques ouvrages estimés. Un Cours de médecine méthodique en 22 livres, des Consultations médicales. — Jean-Marie BERTINO, de Palerme, de l'ordre des Frères-Précheurs, mort en 1669, est auteur d'écrits pieux sur la Théologie Mystique, & les Exercices de la Retraite.
BERTIPAGLIA, célèbre chirurgien de Padoue, sur la fin du 15e siècle, a laissé plusieurs Ouvrages sur l'art qu'il exerçoit avec succès.
BERTIUS, (Pierre) né à Berveren, petit village de Flandre, en 1565, professeur de philosophie à Leyde, fut dépouillé de son em- 276 B E R ploi, pour avoir pris le parti des Arminiens. Il se rendit à Paris, où il abjura le Protestantisme en 1620; & fut revêtu de la charge de cosmographe du roi, & de la place de professeur royal surnuméraire en mathématiques. Il mourut le 3 octobre 1629, à 64 ans. Ses ouvrages de géographie font plus estimés que tout ce qu'il a publié sur les Gomaristes & les Arminiens. On a de lui: I. Commentariorum rerum Germanicarum libri tres, in-12, Amsterdam 1635. Il y a dans cet abrégé une assez bonne description de l'Allemagne, & une Carte de l'empire de Charlemagne. II. Theatrum Geographiae veteris, Amsterdam, 1618—1619, 2 vol. in-folio. Ce recueil, qui renferme presque tous les anciens Géographes, éclaircis par de savantes notes, est rare & recherché. III. Notitia Episcopatum Galliae, Paris 1625, in-folio. IV. De Aggeribus & Pontibus, Paris 1629, in-8°: traité fait à l'occasion de la digue de la Rochelle. V. Introductio in universum Geographiam, in-12. Tous ces ouvrages sont consultés par ceux qui cultivent la géographie, & qui écrivent sur cette science. VI. Ilustrium viro-rum Epistolae selectiores superiori sa-culo scriptae vel à Belgiis, vel ad Belgas, 1617, in-8°. Ce recueil curieux renferme différentes lettres sur des objets de politique, d'hif-toire, de théologie, de jurispru-dence & de médecine. Il y a cependant plusieurs lettres qui n'offrent rien de remarquable. Il est auteur de la Préface qui se trouve à la tête de quelques éditions du livre de Boëce, De consolatione Phi-losophiae, Leyde 1633, in-24.
BERTOLDE, sculpteur Florentin, devint directeur de l'école de destin dans sa patrie, & l'un des favoris de Laurent de Médiès. Il a exécuté en bronze, diverses batailles & autres morceaux en petit.
BERTOLI, (Jean-Dominique) né en 1676, dans le Frioul, devint chanoine d'Aquilée. Il s'oc-cupa toute sa vie à recueillir les médailles, les inscriptions & les monumens anciens qui se trou-voient enévelis dans les champs voisins de cette ville. En 1739, il publia le fruit de ses travaux dans un ouvrage intitulé: Le An-tichità d'Aquille ja profane. Sa pro-fonde érudition lui mérita l'ef-time des littérateurs les plus re-nommés.
BERTON, (Pierre-Montan le) — né en 1727, apprit la musique dès sa plus tendre jeunesse; &, après avoir voyagé dans les diverses contrées d'Italie, où cet art est le plus perfectionné, il revint en France où il devint directeur de l'Opéra, & surintendant de la musique du roi. Chargé de cor-riger, d'abréger les Opéra anciens, pour les adapter au goût moderne, il s'acquitta de ce travail avec succès. Les changemens qu'il fit à l'Iphigénie en Tauride de Campra; furent très-applaudis, & sur-tout la chaconne qu'il y ajouta. Le Castor & le Dardanus de Rameau, furent de même refaits; mais Berton eut le talent de puiser dans les autres productions de ce grand musicien les morceaux qu'il substitua à ceux qu'il crut devoir ôter. On doit à Berton seul, le chœur de Vertumne & Pomone, & les Opéra d'Erosine & de Sylvie. Une maladie inflammatoire le fit succomber le 14 mai 1780.
BERTRADE, fille d'un comte de Montfort, épousa très-jeune Foulques comte d'Anjou, surnommé Rechin, c'est à dire le revêche; Cette union ne fut point heureuse; l'époux étoit avare, fantasque & creuel; Bertrade étoit belle, am- bitieuse & spirituelle. Philippe I, roi de France, qui venoit de ré- pudier la reine Berche, vit Bertrade à Tours en 1092, & en devint passionnément amoureux. La com- tresse obtint bientôt d'être séparée de Foulques & d'épouser son amant. Ce nouveau mariage fut célébré publiquement par l'évêque de Senlis, & deux autres prélats, du consentement du cardinal Ro- ger, légat du pape. Le seul Ives évêque de Chartres, comblé des bienfaits de Philippe, chercha à troubler son nouvel hymen, pour seconder les vues de la cour de Rome. Il fit révoquer le légat Roger, & substituer en sa place Hugues, archevêque de Lyon. Celui-ci affembla un concile à Autun, le 16 novembre 1094, où le roi & Bertrade furent excom- muniés. Un nouveau concile tenu à Clermont & présidé par le pape lui même confirma l'anathème. « Ce qu'il y a de remarquable, dit un historien, c'est que non- seulement un pareil jugement se rendoit en France, presque sous les yeux du roi; mais encore par un pontife qui étoit venu près de lui chercher un affle contre l'empereur. » Pour appaifer les révoltes qui commençoient à s'al- lumer, Philippe fut forcé d'aller trouver Urbain II à Nîmes, & de lui promettre de renoncer à sa chère Bertrade; mais l'amour triompha de sa promesse, & la mort scule put l'en séparer. « Bertrade, tour à tour galante & prude, suivant le goût de ses amans ne fut pas, dit-on, plus fidelle à son second mari qu'au premier. Cependant, pour paroitre après sa mort plus chaste qu'elle n'avoit été de son vi- vant, elle se fit enterrer dans la chœur d'un couvent de reli- gieuses qu'elle avoit fondé près de Chartres. »
BERTRAM, (Corneille-Bona- venture) ministre & professeur d'hébreu à Genève, à Frankendal & à Lausanne, naquit à Thouars en Poitou l'an 1531, d'une fa- mille honnête, alliée à la maison de la Trimouille, & mourut à Lau- saine en 1594. Nous avons de lui: I. Une Dissertation sur la ré- publique des Hébreux, à Genève 1580, puis à Leyde 1641, in 8°, écrite avec précision & avec méthode. II. Une Révision de la Bible Françoise de Genève, faite sur le texte hébreu, Genève 1588. Il corrigea cette version de Calvin & d'Olivetan en bien des endroits; mais dans d'autres il a trop suivi l'autorité des rabbins, & pas assez celle des anciens interprètes. C'est la Bible dont les Calvinistes se servent aujourd'hui. III. Une nou- velle édition du Trésor de la langue fainte de Pagnin. IV. Parallèle de la Langue Hébraïque avec l'Arabe. V. Lucubrasiones Frankendalenfes, 1685. I. BERTRAND D'ALAMANON; gentilhomme du diocèse d'Aix en Provence, se distingua dans le 14e siècle, par son esprit & ses poésies. Attaché à la cour de Fanette de Gantelemi, dame de Ro- marin, & tante de la célèbre Laure, il lui confiera ses chan- fons. Le genre satirique lui plut ensuite, & il n'épargna point dans ses vers Charles II, roi de Naples, qui lui avoit enlevé un droit sur le sel qui passoit le pont de la Durance, à Pertuis B. ni face VIII qui avoit attaqué le roi de France, & l'empereur Henri VII qui avoit outragé Robert de Calabre. Voyes sur le surplus, l'Histoire des Troubadours, tom. I. — II. BERTRAND, (Pierre) né en Vivarais, professeur de jurisprudence à Avignon, à Montpellier, à Orléans & à Paris, ensuite évêque de Nevers, puis d'Autun, enfin cardinal en 1331, plaida si vivement pour le clergé, contre Pierre de Cugnières, que le roi Philippe de Valois prononça en sa faveur. Il étoit question d'établir, jusqu'où devoit s'étendre l'autorité du roi sur les choses spirituelles, & celle du clergé sur les choses temporelles. Bertrand allégua des raisons qui ne seroient guères reçues aujourd'hui pour établir la supériorité de la puissance spirituelle sur la temporelle; & parmi ses preuves, il cita un grand nombre d'exemples & de miracles qui prouvent peu de chose, ou qui ne prouvent rien. Philippe donna un an aux évêques pour corriger les abus; il n'y eut point alors de changements considérables; mais les appels comme d'abus naquirent de cette famcuse dispute. Le Traité que Bertrand composa à cette occasion, fut imprimé à Paris en 1495, in - 4°; & dans les Libestes de l'Église Gallicane, Lyon 1770, 5 vol. in 4°. Il mourut à Avignon en 1348. On trouve dans la Bibliothèque des Pères, un traité de ce cardinal: De origine & usu Jurisdictionum. Il a été imprimé séparément à Venise en 1584, in folio. Il fonda à Paris le collège d'Autun.
III. BERTRAND, (François) étoit d'Orléans. Il fit représenter à la fin du 16e siècle, une tragédie de Priam, qui fut imprimée à Rouen en 1600. — IV. BERTRAND, (Alexandre) mécanicien, naquit à Paris, & montra de bonne heure du goût pour les mécaniques. Après avoir pris la profession de doreur, il s'amusa à faire des marionnettes qui eurent une si grande vogue, qu'il cessa toute autre occupation pour celle-ci. Bientôt il entreprit de faire mouvoir lui même ses figures, & il établit à Paris un spectacle à la foire Saint-Germain, qui y attira le plus grand concours. Les comédiens François lui intentèrent divers procès, pour faire fermer son théâtre; mais Bertrand continua toujours ses jeux dans un lieu ou dans un autre, sous les noms de Doles, de Selle & de Trolat. Il mourut en 1740. V. BERTRAND, (François-Séraphique) avocat, né à Nantes en 1702, mourut dans cette ville en 1752. On a de lui des Poésies diverses, imprimées à Nantes en 1749, sous le titre de Leyde. Il y a d'assez jolis vers dans ce recueil, qui offre plusieurs bonnes traductions d'Odes d'Horace; celle de Beatus ille qui procul negotis, se fait lire avec plaisir. Mais sa poésie est quelquefois soible & négligée. C'est lui qui a rédigé le Ruris delicia, 1756, in - 12, collection de vers latins & françois qui renferme bien des pièces plates d'auteurs morts pour le public, & indignes d'être ressuscités.
VI. BERTRAND, (Nicolas) avocat à Toulouse, mort en 1527, a publié une histoire de Tolosanorum Gessis ab urbe condita, 1515, in-folio. Elle a été traduite en françois en 1517, sous le titre de Gessis des Toulousains, in-4°.
VII. BERTRAND, (Jean) premier président du parlement de Toulouse, mort le 1er novembre 1594, est auteur d'un ouvrage historique sur la vie des plus cé- B E R 279 libres jurisconsultes, sous le titre de *Bunomicon*. Son fils le publia en 1618; in-4.$^{o}$
**VIII. BERTRAND**, sculpteur, mort à Paris en 1724, se fit aimer par ses qualités sociales, & admirer par ses talens. Ses principaux ouvrages sont : I. *La figure du Christ*, dans le bâtiment de la Samaritaine, sur le Pont-Neuf. II. *Celles de la Justice & de la Force*, au-dessus des Arcades du chœur de Notre-Dame. III. *La statue de l'Air*, à Trianon. IV. *Celle de St. Satyre*, aux Invalides. V. *Les bas-reliefs de l'arc de triomphe de Montpellier*.
**IX. BERTRAND**, (Bernard-Nicolas) médecin de la faculté de Paris, naquit dans cette ville en 1715, & y est mort le 29 septembre 1780. Il a publié : I. *Notice des Hommes les plus célèbres de la faculté de Médecine de Paris*, depuis 1110, jusqu'en 1750, in-4.$^{o}$ II. *Éléments de Physiologie*, 1756, in-12. III. Il a rédigé les deux premiers volumes du *Journal de Médecine*. **X. BERTRAND**, (Jean-Baptiste) médecin, membre de l'académie de Marseille, né à Martigues le 12 juillet 1670, mourut le 10 septembre 1752. Il étoit bon praticien, & ne négligeoit point la théorie. Sa *Relation historique de la Peste de Marseille*, in-12, 1721, n'est pas le seul ouvrage de ce savant médecin. On a encore de lui des *Lettres à M. Deidier sur le mouvement des musées*, 1732, in-12; & des *Dissertations sur l'air maritime*, 1724, in-4$^{o}$, où l'on trouve de bonnes observations.
**BERTRAND DE RANS**, *Voyez RANS*.
**BERTRAND DU GUESCLIN**, *Voyez GUESCLIN* (du).
**BERTRANDI**, (Jean) étoit fils du procureur-général du parlement de Toulouse. Il devint, pas la protection d'Anne de Montmorencie, premier président de ce parlement, ensuite de celui de Paris. *Diane de Poitiers*, mécontente du chancelier *Olivier*, fit donner les sceaux à *Bertrandi*, en 1550; mais les *Guifes* les rendirent au chancelier sous *François II. Bertrandi* ayant perdu sa femme, fut nommé à l'archevêché de Sens, & *Paul IV* l'honora de la pourpre en 1557. Il mourut le 4 décembre 1560, avec la réputation d'un homme instruit & intelligent, mais encore plus ambitieux. Son fils, quoique bon catholique, fut tué au massacre de la Saint-Barthelemi, & ne laissa pas de postérité.
**BERVILLE**, *Voyez III. GUYARD*.
**BERULLE**, (Pierre) né en 1575, au château de Serilli près de Troyes en Champagne, d'une famille noble, embraffia l'état ecclésiastique, & se fit connoître de bonne heure par sa piété & son savoir. Il se distingua dans la fameuse conférence de Fontainebleau, où du *Perron combattit du Plessis-Mornay*, le pape des Huguenots. Il fut envoyé par Henri IV, dont il étoit au-mônier, en Espagne, pour amener quelques Carmélites à Paris. Ce fut par ses soins que cet ordre fleurit en France. Quelque temps après il fonda la congrégation de l'Oratoire de France, dont il fut le premier général. Ce nouvel institut, établi sur la piété, la liberté & le désintéressement, fut approuvé par une bulle du pape *Paul V*, en 1613. C'est un des plus grands services qu'il ait rendus à l'Église. « Dans cette congrégation l'on obéit sans dépendre, & on gouverne sans commander, lui- 280 B E R vant l'expression de *Boffuet* ; tout le temps est partagé entre l'étude & la prière. La piété y est éclairée, le savoir utile & presque toujours modeste. « *Urbain VIII* récompense le mérite de *Berulle* d'un chapeau de cardinal. *Henri IV* & *Louis XIII* avoient voulu inutilement lui faire accepter des évêchés considérables. Le cardinal de *Richelieu* auroit sur-tout voulu le voir loin de la cour, parce qu'il avoit la confiance de la reine mère, *Marie de Médicis*, ( voyez son article ) & qu'il la disposoit peu favorablement pour un ministre dont l'ambition & les mœurs le révoltoient également. Le cardinal de *Berulle* mourut le 2 octobre 1629, à l'âge de 55 ans, en disant la messe. Ainsi n'ayant pu achever le saint sacrifice, il en fut lui-même la victime : — *Capta sub extremis nequeo dum facra facerdos* *Perficere, as saltem victima perficiam.* Saint François de Sales, César de Bus, le cardinal *Bentivoglio*, &c. avoient été ses amis, & les admirateurs de ses vertus. Sa piété ne l'avoit pas empêché de se livrer à l'étude des hommes & des affaires ; & l'on prétend qu'il avoit la *Tacite* assez souvent pour en connoître toutes les fineffes. On a une édition de ses *Œuvres* de controverse & de spiritualité, publiée en 1644, in-folio ; réimprimée en 1657, par les Pères *Bourgoing* & *Gibieuf*. — Le cardinal du *Perron* disoit : « Si vous voulez convaincre des hérétiques, envoyez-les moi ; si vous voulez les convertir, adressez-les à *François de Sales* ; mais si vous désirez les convertir & les convaincre tout à la fois, c'est à M. de *Berulle* qu'on doit les envoyer. » Ceux qui voudront connoître plus par- ficulièrement ce pieux cardinal pourront consulter sa *Vie* par *Haber de Cerisy*, Paris 1646, in-4° ; & par l'abbé *Goujet*, Paris 1763, in 12. On a attribué cette vie à *Caraccioli*, & l'abbé *Mercier* a prétendu que celle de *Goujet* est restée manuscrite à l'Oratoire *St-Honoré* ; ainsi que ce dernier le dit lui-même dans ses *Mémoires*, page 173.
BERWIK, *Voy. FITZ-JAMES*.
BERYLLE, évêque de Boftres en Arabie, vers l'an 240, après avoir gouverné quelque temps son église avec beaucoup de réputation tomba dans l'erreur. Il crut que JÉSUS - CHRIST n'avoit point existé avant l'incarnation ; voulant qu'il n'eût commencé à être Dieu, qu'en naissant de la Vierge. Il ajoutoit que J. C. n'avoit été Dieu, que parce que le Père demeuroit en lui, comme dans les prophètes. C'est l'erreur d'*Abraham : Voyet* ce mot. On engagea *Origène* à conférer avec *Berylle*. Il alla à Boftres, & s'entretient avec lui pour bien connoître son sentiment. Lorsqu'il l'eut approfondi, il le réfuta ; & *Berylle* convaincu par les raisons d'*Origène*, abandonna sur le champ son erreur.
BESCHEN, ( Mythol. ) fut le second des êtres créés, suivant la doctrine des Brames, avant la formation de l'univers. Ce Dieu doit subir diverses incarnations, paroître sous la forme d'homme, & à la fin sous celle de guerrier, pour détruire tous les cultes contraires à celui des Brames.
BESELÉEL, fils d'*Uri* ou de *Hur*, & de *Marie* sœur de *Moïse*, avoit reçu de Dieu un talent extraordinaire pour travailler toute forte de métaux ; & il fut employé par le législateur *Hébreu* B E S 28r fux travaux du tabernacle avec Ooliub.
BESIERS, (N.) né à Saint-Malo, & mort à Caen en 1782, fut chanoine dans cette dernière ville, où il publia quelques ouvrages historiques, relatifs à sa province. I. Mémoires sur l'origine de la cathédrale de Caen, avec le catalogue de ses doyens. II. Chronologie historique des gouverneurs & des baillis de Caen, 1769, in-12. III. Histoire de la ville de Bayeux, 1773, in-12.
BESLER, (Basile) apothicaire de Nuremberg, né en 1561, a donné au public : I. Hortus Eysletienfis, 1613, in-folio, avec figures : la réimpression de 1640 est moins belle : celle de 1750 encore pire. Il y a 366 planches. II. Icones Florum & Herbarum, 1616, in-4° : & la continuation, 1622, in-folio. Le Gacophylacium rerum naturalium, Nuremberg 1642, in-folio, est de Michel - Rupert BESLER, fils de Basile, mort docteur en médecine l'an 1661. Ce livre a été réimprimé en 1716 ; mais il est moins estimé de cette édition que de la précédente. Lochner a donné la Description du Cabinet de Basile & de M. R. Besler, 1716, qui est recherchée.
BESLY, (Jean) avocat du roi à Fontenay-le-Comte en Poitou, né à Coulongnes-les-Royaux, mourut en 1644, à 72 ans. On a de lui : I. Histoire du Poitou, Paris, 1647, in-folio, estimée. II. Les Évêques de Poitiers, 1647, in-4°. C'étoit un homme versé dans les antiquités de France, écrivain incorrect, mais historien exact & profond.
BESME, Voyer BEME.
BESOIGNE, (Jérôme) docteur de Sorbonne, né à Paris en 1686, mort le 25 janvier 1763, à 76 ans ; fut d'abord coadjuteur du principal du collège du Plessis. Son opposition à la bulle Unigenitus lui ayant fait perdre cette place, qu'il méritoit par ses vertus & son savoir, il se livra au travail du cabinet. On a de lui : I. Histoire de Port-Royal, 1752, 6 vols in-12 ; 3 pour les Religieuses, 3 pour les Messieurs ; très-détaillée, & peut-être trop. II. Vies des Quatre Évêques engagés dans la cause de Port-Royal, 1756, 2 vols in-12. III. Principes de la perfection Chrétienne & religieuse, 1748, in-12. L'auteur de ce livre est d'une grande sévérité, sur-tout contre les religieuses qui reçoivent des dots. Un Jésuite a trouvé sa doctrine outrée ; mais, dit-il, Tertullien, s'il vivait dans ce siècle, feroit à la mode. Les événements du temps & les moralistes d'aujourd'hui, ont bien ôté ce rigorisme. IV. Principes de la pénitence & de la conversion, ou Vies des Pénitens, 1762, in-12. V. Principes de la justice Chrétienne, ou Vie des Juifs, 1762, in-12. VI. Concorde des Livres de la Sagesse, 1737, in-12, bon livre. VII. Plusieurs Ouvrages sur les affaires du temps, dans lesquelles il étoit entré avec assez de feu. Il étoit très-opposé à la société des Jésuites détruite en France en 1762.
BESOLDE, (Christophe) né à Tubinge en 1577, y fut professeur de droit. Il abjura la religion Protestantne en 1635, & mourut en 1638. Sa femme abjura aussi après sa mort. On a de lui : I. Dissertations philologica, 1642, in-4°. II. Documenta Monasteriorum ducatus Wirtemberga, 1636, in-4°. III. Virginum sacrarum Monumenta, Wirtemberg, 1636, in-4°. IV. Synopsis rerum ab orbe condito gestarum, Franeker, 1698, in-8.º Quoique ces ouvrages foient favans, ils ne font guères répandus au-delà de l'Allemagne; mais de fon temps ils parvinrent en Italie. Le nom qu'il s'étoit fait, engagea le pape à lui offrir une chaire à Bologne, avec 4000 ducats de pension; mais il mourut avant que d'avoir accepté ces offres.
BESOMBES, (N. Saint-Geniez de) mort à Cahors le 20 août 1783, à 65 ans, remplit longtemps la charge de conseiller à la cour des aides de Montauban. Il a traduit les poèmes d'Homère. On lui doit le livre de piété, intitulé: *Transitus animæ revertentis ad jugum sanctum Christi*, 1787, in-12.
BESPLAS, (Joseph-Marie-Anne Gros de) docteur de Sorbonne, un des aumôniers de la cour, abbé de l'Epau, né à Castelnaudari en Languedoc, l'an 1734, mort à Paris en 1783, remplit d'abord avec autant de courage que de charité la pénible fonction d'accompagner & d'exhorter les criminels à la mort. Ayant ensuite consacré ses talens à la chaire, il prêcha à Versailles & à Paris avec applaudissement, quoique la rapidité de son débit diminuât un peu l'effet de ses discours. Son *Sermon sur la Cène*, prêché devant le roi, offrit un morceau d'éloquence si frappant sur le mauvais état des prisonniers, que nos prisons rendues plus commodes & plus faines, & l'établissement de l'*Hôtel de force*, en furent les heureux effets. C'est pour célébrer ce changement mémorable qu'on grava le portrait de l'orateur, avec ces vers: Organe du Très-Haut, il instruisit les rois; Au bonheur des Humains il consacra sa vie; À la Chaire étonnée il prescrivit des lois, Et son aménité fut défarmer l'Envie. L'abbé de Besplas fervit non-seulement l'humanité par ses discours; mais par ses ouvrages. On a de lui un Traité des causes du bonheur public, 1778, 2 vol. in-12; plein de bonnes vues politiques & morales, enrichi d'idées grandes & nobles, & auquel il n'a manqué que d'être rédigé avec plus de méthode & écrit avec moins de pompe. On peut faire le même reproche à son *Essai sur l'éloquence de la Chaire*; production de sa jeunesse, dont la seconde édition en 1778, est retouchée avec soin. On a encore de lui un Traité de l'*Utilité des Voyages*, 1763, in-8.º L'abbé de Besplas laissa en mourant de justes regrets à ses amis: bien-faisant autant par goût que par principes, unissant la vivacité & la douceur, sachant plaire sans scandale, être décent sans pédanterie, & tolérant sans indifférence: on voyoit sur sa figure cette féretine, cette gaieté douce, compagne d'un cœur honnête & content de lui-même.
BESSARION, cardinal patriarche titulaire de Constantinople, naquit à Trébisonde, & fut d'abord religieux de S. Bastile. Son esprit vif & pénétrant le fit connoître. Devenu archevêque de Nicée, il fouhaïta, avec beaucoup d'ardeur, la réunion de l'Église Grecque avec la Latine, & engagea l'empereur Jean Paléologue à travailler à la consommation de cet ouvrage. Il passa en Italie, parut au concile de Ferrare depuis transféré à Florence, harangua les Pères, & s'en fit admirer autant par ses talens que par sa modestie. Les Grecs schismatiques conçurent une si grande aversion pour lui, qu'il B E S 283 fut obligé de rester en Italie, où Eugène IV l'honora de la pourpre en 1439. Il fixa son séjour à Rome, & dans très-peu de temps il prit les manières & les mœurs des Romains, & se rendit la langue latine aussi familière que la grecque. Son mérite l'auroit placé sur le siège pontifical, si le cardinal Alain, Breton, ne se fut opposé à l'élection de l'illustre Grec, comme injurieuse à l'église Latine. Le Père Thomassin, rapporte d'après un auteur contemporain, que Bessarion n'ayant point fait rafer sa barbe la veille du jour qu'il entra au conclave, le doyen du sacré collège se servit de cette raison pour l'exclure de la papauté. Quoi ! dit-il, cette barbe de bouc sera Pape ? Il ne l'a pas encore fait tondre, & il sera à notre tête, nous qui l'avons si courte ? Mais il est peu probable que les cardinaux lui aient refusé leurs voix pour un pareil motif. Voyez aussi I. PEROTTO. Quoi qu'il en soit, le cardinal Bessarion fut employé dans différentes légations; mais celle de France lui fut fatale. On dit que le légat ayant écrit sur l'objet de sa légation au duc de Bourgogne, avant que de faire sa visite à Louis XI, ce roi l'accueillit très-mal, & lui dit, en lui mettant la main sur sa grande barbe : Barbara graea genus retinent quod habere solebant. Ce qui dans l'occasion signifioit : « Jamais Grec ne s'arrache à sa rouille barbare. » Cet affront causa, dit-on, tant de chagrin à ce cardinal, qu'il en mourut à son retour, en passant par Ravenne, le 18 novembre 1472, à 77 ans. Ce récit est de Pierre Matthieu; mais d'autres histo- riens croient que Bessarion avoit déplu au roi, par la demande qu'il lui avoit faite de la grace du cardinal Balue Nicolas Perot, mieux informé, attribue sa mort à la négligence de son médecin. (Voyez les Mémoires de Nicéron, tome 21, page 150.) Bessarion aimoit les gens-de-lettres & les protégeoit. Agyrophile, Théodore de Gata, la Pugge, Laurent Valla, Platine, &c, formouant dans sa maison une espèce d'académie. Sa bibliothèque étoit nombreuse & bien choufie. Le sénat de Venise, auquel il en fit présent, l'a conservée jusqu'à nos jours. Ce cardinal a laissé plusieurs ouvrages qui tiennent un rang parmi ceux que produisit la renaissance des lettres. Les principaux sont : I. Contra calumniatorem Platonis Libri IV, dont l'édition sans date, m.i. de 1470, in-fol. est rare. Il y en a deux autres de Venise, 1503 & 1516, in-fol. Cette défense de Platon est contre George de Trébifonde. Elle fut réimprimée à Paris en 1516, in-folio, & l'on mit à la fuite la traduction latine de la Métaphysique d'Aristote par Bessarion. II. Des Lettres imprimées en Sorbonne, in-4.º III. Oratione contra il Turcho, 1471, in-4.º IV. Libri IV Xenophontis, de dictis & factis Socratis, Louvain, 1533, in-4.º Huet propose Bessarion comme le modèle des bons traducteurs : il écrit avec une facilité qui n'ôte rien au mérite de l'exactitude. V. D'autres Ouvrages, dans la Bibliothèque des Pères, & dans les collections des Conciles des Pères Labbe & Hardouin, — Voyez II. CAMPANUS.
BESSASIRI, surnom d'un célèbre général Persan, qui signifie celui qui mange beaucoup. Bessasiri, né esclave, s'éleva par son 284 B E S courage au commandement des armées du Sultan Baha-Édolat, & le rendit maître de la ville de Bagdad, l'an 454 de l'hégire. Bessafiri fut tellement recommandable auprès des Arabes & des Persans, que l'on faisoit pour lui des prières publiques dans toutes les mosquées. Il perdit la vie dans une bataille contre Calemi, 26° Calife de la race des Abbassides.
BESSÉ, ( Pierre de ) prêtre Limousin, prédicateur de Louis XIII, mort en 1639, publia 6 vol. in-8.° de Sermons, sous le nom de Conceptions théologiques. « C'est un Limousin, dit-il dans son avertissement, qui a bâti cet édifice, & non un courtisan; ce n'est pas un Citadin, mais un Rural qui parle. » On s'en appétçoit assez; on y trouve une foule de comparaisons basses & indignes de la dignité de la chaire. La plupart des expressions ont vieilli. Les auteurs profanes y sont cités avec les Pères de l'Église; l'érudition y est prodiguée, & très-fouvent mal à propos.
BESSET, ( Henri de ) sieur de la Chapelle-Milon, inspecteur des beaux arts, sous le marquis de Villacerf, & contrôleur des bâtiments, lorsque le grand Colbert fut nommé, en 1683, surintendant des bâtiments. Il joignit à cette place celle de secrétaire de l'académie des inscriptions & des médailles. On a de lui une Relation des campagnes de Rocroi & de Fribourg, en 1644 & 1645, in-12, écrite avec une simplicité élégante: c'est un modèle en ce genre. Il mourut en 1693.
BESSI, Voyer II. FRENICLE.
BESSIN, ( Dom Guillaume ) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, naquit à Glos-la-Fer- rière; au diocèse d'Évreux, le 27 mars 1654; & mourut à Rouen le 18 octobre 1726, à 73 ans, après avoir professé la philosophie, la théologie, & rempli divers emplois. Sa conversation étoit agréable, & il joignoit à un grand savoir, la facilité de parler avec grace & avec force. On a de lui une édition des Conciles de Normandie, 1717, in-folio. Ce recueil estimé renferme non-feulement les conciles de la province, mais encore les synodes des diocèses, les statuts principaux, les mandemens, les lettres pastorales qui méritent une mention particulière. On y trouve aussi les lettres des papes, ou leurs referits envoyés en Normandie, les lettres patentes des rois, & les autres actes qui ont rapport au clergé de la province. Une excellente table des matières, & une table particulière des évêques de Normandie, terminent cette savante collection. Dom Bessin eut part aussi à la nouvelle édition des Œuvres de S. Grégoire le grand, donnée par les Pères de Sainte-Marche.
BESSON, ( Jacques ) mathématicien Dauphinois, dans le 16° siècle, est connu par son Theatrum Machinarum, qui ne parut qu'après sa mort, Lyon 1582, in-fol. fig. Il avoit inventé une partie des machines décrites dans ce livre, & avoit publié le Cosmolabe, Paris 1567, in-4°, & un Traité de Ratione extrahendi olea & aquas & medicamentis simplicibus, 1559, in-8°; l'Ufage du compas d'Euclide, Paris 1571, in-4.° Besson avoit professé la philosophie à Orléans avec distinction.
BESTUCHEFF-RIUMIN, ( Alexis ) fils d'un simple officier Écosfois, parvint à la familiarité de Pierre I, Empereur de Russie. Son esprit, la hardiesse de ses conceptions, le firent bientôt dif- tinguer. Après avoir accompagné les ambassadeurs Russes au congrès d'Utrecht, il étoit passé en An- gleterre, & y avoit étudié la di- plomatie près des ministres du roi Georges I. Revenu à Pétersbourg, on le nomma ministre à la cour de Stockholm, puis à celle de Co- penhague. Attaché à Anne Ivan- owna, ducheffé de Courlande, elle lui donna, en montant sur le trône de Russie, diverses négociations dont il s'acquitta avec honneur. Dévoué au féroce Biren, il fut d'abord arrêté avec ce dernier; mais il eut assez d'adresse & de honneur pour ne pas partager son exil. Lorsque Elisabeth eut succédé à Anne, Bestucheff parvint à la place de grand chancelier. Sans être l'amant de l'Impératrice, ainsi que ses autres ministres, il parvint à la soumettre à ses opi- nions, & à régler toutes les af- faires importantes du gouverne- ment. Ce ministre hardi & en- treprenant, se montra constam- ment ennemi de la France. Castera dans son histoire de Catherine II, l'accuse d'avoir tenté de faire assassiner le comte de la Chétardie, ambassadeur de cette puissance, qui le génoit dans ses projets fa- vorables à l'Autriche & à l'An- gleterre. Sur la fin du règne d'El- fabeth, Bestucheff fut exilé; mais Catherine II le rappela bientôt près d'elle à Pétersbourg. Elle lui rendit son grade de Feld-maréchal, & sa place dans le conseil. Elle lui accorda une pension de vingt mille roubles, en le dispensant de tout travail à cause de son grand âge. Pendant sa retraite, ce mi- nistre avoit écrit un livre de piété, composé de divers passages de la bible & des psaumes, & qui fut imprimé à son retour. Il fit graver une médaille, offrant d'un côté son buste, de l'autre un cercueil entouré de palmiers & d'orangers, avec ces mots: Post duos triumphos de morte triumphat. Il mourut à Pétersbourg le 21 avril 1766.
BÉSUCHET, (Elizabeth) née à Paris en 1704, & morte dans la même ville, le 7 juillet 1784, n'étoit point dépourvue de rales pour la poésie, comme on le voit par quelques pièces fugitives, & par ses étances sur le Mifere, pu- bliées en 1765.
BETFORD, Voyer BEDFORT!
BETHENCOURT, (Jean sei- gneur de) gentilhomme Normand, ayant apprit que quelques aven- turiers avoient fait des décou- vertes sur l'Océan occidental, s'embarqua pour les vérifier. Il descendit dans une des îles Ca- naries, en juillet 1402, & entre- prit la conquête des autres; mais n'ayant pas assez de forces pour les soumettre, il passa en Es- pagne, où il reçut de l'argent & des vivres de Henri III, roi de Castille, qui lui donna la sou- veraineté de ces îles, à condition qu'il lui en feroit hommage. Il fou- mit alors Lancerote, Fortaventure & l'Isle de Fer. Pour achever sa conquête, il vint demander des secours en France, où l'on croit qu'il mourut peu de temps après. — Maciot de BETHENCOURT, son neveu, auquel il avoit confié la garde des îles conquises, se voyant hors d'état de s'y maintenir, les céda en 1424 à l'Infant D. Henri de Portugal. Ce prince le dédommagea par des pensions & par la cession des fabriques de savon de l'isle de Madère, découverte par Ray Gonzales de Camera. Le fils de ce 186 B E T gentilhomme Espagnol épousa la fille unique de Bethancourt, & de ce mariage, naquit une postérité illustre. On cite Pierre de BERTHEN-COURT, mort l'an 1667, qui fonda dans les Indes occidentales une congrégation de religieux Hospitallers, sous le nom de Beth-lémites. — BETHISAC, (Jean) domestique & l'un des principaux conseillers de Jean de France, duc de Berri, fut accusé avec Tiétac & de Bar, deux autres domestiques de ce prince, de l'avoir porté à faire d'énormes levées sur les peuples du Languedoc, dont il étoit gouverneur; & d'avoir, sous l'autorité & le nom de leur maître, commis de grandes violences, fait d'horribles pilleries, & mis l'argent du roi dans leurs coffres. Ce bruit donna lieu à la pasquinade qui courut alors, & dont la mémoire s'est conservée jusqu'à présent : « Tiétac, de Bar & Bethifac, « Ont mis l'argent du Roi au sac. » Bethifac porta la peine de cet excès. Charles VI nomma des commissaires pour lui faire son procès. Mais le duc de Berri l'ayant réclamé comme son domestique, ceux qui avoient conjuré sa perte, lui persuadèrent d'avouer qu'il avoit erré dans plusieurs articles de la foi. On lui fit entendre, qu'étant renvoyé à l'évêque, le duc son maître trouveroit plus facilement le moyen de le sauver. Le crime rend quelquefois imbécille. Bethifac fut assez simple pour donner dans ce piège. On lui fit faire son procès par l'évêque de Beziers, qui l'abandonna au bras séculier, après l'avoir condamné comme hérétique & sodomite. Ce malheureux fut brûlé tout vif : ce qui fut, dit Mézeray, un feu de joie pour les peuples qu'il avoit horriblement tourmentés. L'histoire ne dit point que l'étoit ce Jean Bethifac; mais il est aisé de juger que c'étoit un de ces hommes de néant, nés dans la boue, qui veulent s'élever trop tôt & trop haut.
BETHASBÉE ou BERSABÉE, femme d'Urie & mère de Salomon, épousa David, qui avoit joui d'elle du vivant de son mari qu'il avoit fait périr. Après la mort de David, Salomon fit placer sa mère sur le trône auprès de lui. Quelques Interprètes croient que le 31e chapitre des Proverbes est une instruction que Bethasbée donna à son fils Salomon; & que ce prince, pour en conserver la mémoire, voulut exprès la placer dans le recueil de ses Maximes. Mais il est très-possible que Salomon, pour faire honneur à sa mère, ait rédigé lui-même les instructions qu'il en avoit reçues, & qu'il les ait données au public sous le nom de Bethasbée. — Voyez DAVID & URIE. I. BETHUNE, Voyez SULLY.
II. BETHUNE, (Philippe de) — comte de Selles, lieutenant-général de Bretagne, & gouverneur de Rennes, d'une famille illustre qui a tiré son nom de la ville de Bethune en Artois, mourut en 1649 à 88 ans. Il s'étoit acquis beaucoup de gloire & de réputation par ses ambaffades dans les cours d'Ecosse, de Rome, de Savoie & d'Allemagne, où il appaina les troubles de Bohème. Il étoit frère puine du célèbre Maximilien de Bethune duc de SULLY. Son Ambaffade en Allemagne a été imprimée à Paris 1667, infol. par les soins de son petit-fils Henri comte de Bethune. B E T 287
BÉTIS, gouverneur de Gaza pour Darius, défendit cette place avec valeur contre Alexandre le Grand. Ce conquérant ayant été blessé au premier affaunt, fit mourir Bétis après la prise de la ville, vers l'an 332 avant J. C. Plus de dix mille hommes furent passés au fil de l'épée, & l'on punit dans plusieurs un courage digne d'un meilleur sort. Bétis fut attaché par les talons au char du héros Macédoinien, & périt ainsi misérablement.
BETLEM-GABOR, prince de Transilvanie, d'une maison aussi ancienne que pauvre, gagna les bonnes graces de Gabriel-Battori, prince de Transilvanie. Ayant quitté cette cour pour passer à celle de Constantinople, il profita du crédit qu'il s'acquit chez les Turcs, pour faire déclarer la guerre à son ancien bienfaiteur. Battori, abandonné de ses sujets & de l'empereur, fut vaincu en 1613. Betlem-Gabor prit plusieurs places en Hongrie, se fit investir de la Transilvanie par un pacha, & déclarer roi de Hongrie. L'empereur fit marcher des troupes contre lui en 1620. Le comte Bucquoi, un de ses généraux, fut tué. Gabor, vainqueur, demanda la paix, & l'obtint à condition qu'il renonceroit au titre de roi de Hongrie, & qu'il se borneroit à celui de prince de l'empire. Ferdinand assura cette paix, en le reconnoissant souverain de la Transilvanie, & en lui cédant sept comtés qui embraffoient environ cinquante lieues. Cet homme inquiet ayant voulu faire revivre ses droits sur la Hongrie, Waltein le vainquit, & cette guerre finit par un traité qui assuroit la Transilvanie, & les terrains adjacens à la maison d'Autriche, après la mort de Gabor : elle arriva en 1629.
BETTERTON, (Thomas) acteur & auteur sous Charles I & Charles II, rois d'Angleterre, se distingua plus par ses roies, qu'il rendoit parfaitement, que par ses ouvrages. Il jouoit bien également dans le tragique & dans le comique. On a de lui trois Pièces en anglois.
BETULÉE, (Sixte) grammairien, poète & philosophe, naquit à Memmingen en 1500. Sou vrai nom étoit Birch. Il enseigna les belles-lettres & la philosophie avec réputation, & devint principal du collège d'Ausbourg, où il mourut en 1554. On a de lui divers ouvrages en vers & en prose. Ses pièces dramatiques de Suzanne, de Judith & de Joseph, ont été assez estimées autrefois, quoiqu'elles soient bien éloignées de la perfection. On les trouve dans les Dramata sacra, Basle 1547, 2 vol. in-8.º
BÉTUSSI, (Joseph) né à Bafano vers l'an 1520, se distingua par ses talons pour la poésie italienne. Pierre Aréin lui témoigna beaucoup d'amitié, le dirigea dans ses essais, & le défendit contre ses critiques. Il voyagea en Espagne, en France, & dans toutes les contrées d'Italie. Bétussi est mort à la fin du 16e siècle. On lui doit : I. Dialogo amoroso crime, Venise 1538, in-8.º C'est le premier ouvrage de l'auteur. Ce dialogue est mêlé de prose & de vers. II. Dialogo sur l'amour & ses effets, Venise 1562, in-8.º III. Traduction en italien de l'ouvrage latin de Bocace, sur les hommes illustres. Elle a eu plusieurs éditions ; l'une des dernières, est celle faite à Florence en 1558, in-8.º IV. Traduction en vers Scioli du sixième livre de l'Encide, avec une élégie d'Auguste. La première édition de 288 B E U cet opuscule est de 1546, la dernière est de 1593, à Venise chez Paul Ugolin. V. Traduction des Femmes illustres de Bocace. Le traducteur y a joint la vie de celles qui avoient brillé depuis Bocace jusqu'à son temps, Florence 1596, in-8.º VI. Traduction en italien de la Généalogie des Dieux, par le même auteur. Il en a paru cinq éditions, in-4.º, à Venise. VII. Vie de Jean Bocace. VIII. La Léonora, ou Dissertation sur la véritable beauté, 1757, in-8.º Cet écrit est rare, même en Italie. IX. Discours historique sur la ville de Cataio, seigneurie de la maison Obizzi, Ferrare 1669, in-4.º Jean-Baptiste Varey, dans le recueil des poésies des écrivains de Bassano, en a inféré plusieurs de Betuzzi, dont il a écrit la vie.
BEUCKLAER, peintre Flamand du 17e siècle, a excellé dans les sujets bas, & sur-tout à représenter des vases & des ustensiles de cuisine.
BEUCKLIN, Voy. BUCKEL-DIUS.
BEVERIDGE, (Guillaume) Beveregius, évêque de Saint-Afaph en Angleterre, mort le 5 mars 1708 à 71 ans, mérita l'estime des savans de sa patrie & des pays étrangers. Bessuet étoit en commerce de lettres avec lui. Ses principaux ouvrages sont: I. Pandesta canonum Apostolorum & Conciliorum, 1672, 2 vol. in-fol. Ce livre, qui n'est pas commun, est enrichi de remarques qui font honneur à son savoir. II. Codex canonum Ecclesiae primitivae vindicatus, à Londres 1678, in-4.º III. Restrizione sur la Religion, Amsterdam 1732, in-12. IV. Des Institutions chronologiques, &c. Ces ouvrages sont pleins d'érudition; le style en est noble, & l'autrui y fait paroître beaucoup de modeste.
BEVERLAND, (Adrien) disciple de Vossius, & docteur en droit naquit à Middelbourg en Zélande, & mourut pauvre l'an 1712. Il s'annonça dans l'Europe littéraire par des infamies. Il fit paroître en 1680 son Traité de stolae virginitatis jure, à Leyde, in-8.º Il travaillait en même temps à un ouvrage encore plus licencieux, intitulé: De prostibulis veterum. Il auroit eu le front de la publier, sans les conseils de ses amis, qui l'empêchèrent de le faire. Vossius son ami en fit entrer une partie dans ses notes sur Catulle. Le Traité de Beverland, de Peccato originali philologica elucubrato, 1678 in-12, 1679 in-8°, traduit en françois 1714, in-12, dans lequel il renouvellait l'opinion d'Agrippa, lui mérita la prison. Ayant acheté chèrement sa liberté, il se déchaîna contre les magistrats & les professeurs de Leyde dans un mauvais libellé; & passa ensuite en Angleterre, où il employoit tout son argent à des peintures obscènes. On dit qu'il revint de ses égaremens; du moins son livre De fornicatione cavendà, Londres 1697 in-8°, dans lequel il y a pourtant encore bien des traits lubriques, l'a fait penser. Il mourut dans l'enfance, après avoir vécu en fou & en libertin. Sa folie étoit de croire qu'il étoit poursuivi par deux cents hommes, qui avoient conjuré sa perte.
BEVERNING, (Jérôme) habile négociateur Hollandois, commença à être député de la ville de Gouda sa patrie aux États-Généraux de Hollande. Quelque temps après, en 1654, il fit avec Olivier Crommel le traité qui donna la paix aux Provinces-Unies, quoique le prince d'Orange, dont les intérêts y étoient peu ménagés, cherchât à la rompre. En 1666 il conclut un traité important avec l'évêque de Munster, & un autre avec l'Espagne; il fut nommé plénipotentiaire pour la négociation de Nimègue, & tréforier-général, c'est-à-dire premier ministre des Etats. Sur la fin de sa vie, *Beverning* se démit de tous ses emplois, & jouit dans un doux repos de la gloire qu'il s'étoit acquise. Il eut toutes les qualités d'un homme d'état & toutes les vertus de l'honnête homme. Ses compatriotes lui reprocherent cependant trop d'inégalités dans son humeur & son caractère.
BEVERWICK, (Jean de) *Baverovicus*, né à Dordrecht en 1594, d'une famille noble. Elevé dès son enfance sous les yeux de Gérard-Jean Voßius, il parcourut différentes universités pour se perfectionner dans la science de la médecine, & se fit recevoir docteur à Padoue. Il exerça cette profession dans sa patrie, où il remplit aussi plusieurs emplois avec distinction. Il mourut en 1647, âgé de 51 ans; & quoiqu'il n'eût pas poussé sa carrière fort loin, *Daniel Heinsius* l'appela dans l'épithaphe qu'il lui fit, *VITÆ ARTIFEX*, *MORTIS FUGATOR*. Ses principaux ouvrages sont: I. *De termino vitæ, fatali an mobili?* Rotterdam 1644, in-8°, & Leyde 1651, in-4°. Ce livre fit quelque bruit dans le temps. Il y agite cette question: « Si le terme de la vie de chaque homme en particulier est fixe & immuable, ou s'il peut être changé. » II. *De excellenciæ Sexæ fœninei*, Dordrecht 1639, in-8°. III. *De Calculo*, Leyde 1638—1641, in-8°. IV. *Introductio ad Medicinam indi-* genam, à Leyde 1663, in-12. « Ce livre, dit *Vigneul-Marville*, est un fort petit volume, mais très-bien rempli. *Baverovicus* y prouve solidement que, sans avoir recours aux remèdes qui viennent des pays étrangers, la Hollande doit se contenter des fiens dans l'exercice de la médecine. La lecture de ce petit livre n'a rien que d'utile & d'agréable; car outre l'érudition fine, il se trouve encore à la tête de chaque chapitre de jolis vers de la composition de *Corneille Bay*, qui en expriment le sens en peu de mots. »
BEUF, (Jean le) né à Auxerre en 1687, fut associé à l'académie des inscriptions & belles-lettres de Paris en 1750. Il mourut en 1760, à 73 ans. On a de lui plusieurs ouvrages. Les plus connus sont: I. *Recueil de divers Écrits servant à l'éclaircissement de l'Histoire de France*, 2 vol. in-12, 1738. II. *Differtations sur l'Histoire EcléSIASique & civile de Paris*, suivies de plusieurs éclaircissements sur l'Histoire de France, 3 vol. in-12. III. *Traité historique & pratique sur le Chant ecléSIASique*, 1741, in-8°. Il le dédia à Vintimille, archevêque de Paris, qui l'avoit employé à la composition du chant du nouveau Breviaire & du nouveau Millel de son église. IV. *Mémoires sur l'Histoire d'Auxerre*, 2 vol. in-4°, 1743. V. *Histoire de la Ville & de tout le Diocese de Paris*, en 15 vol. in-12. VI. plusieurs *Differtations* répandues dans les Journaux, & dans les Mémoires de l'académie dont il étoit membre. On lui doit aussi beaucoup de *Pièces originales* qu'il a déterrées, & qu'il a communiquées à différents savans. L'abbé le *Beuf* étoit un prodige d'érudition. Elle éclate dans tous ses ouvrages; mais elle y est souvent mal —digérée. Il ne cessa, jusqu'au dernier de ses jours, de faire les recherches les plus laborieuses. —Il entreprit plusieurs voyages pour examiner, dans diverses provinces de France, les restes précieux & les monumens de l'antiquité, il séjourna pendant quelque temps à Nîmes. L'amphitère, les arenes, la maison carrée qui décorent cette ville, le jetoient dans un enthousiasme & dans des distractions qui le faisoient remarquer. Le peuple étoit surpris de voir un homme qui s'arrêtoit au milieu d'une rue, pour pointer sa lunette sur une enseigne de cabaret; mais les savans ne s'en étonnoient point. Le Beuf ne demanda jamais rien, & vécut avec le simple revenu de son canonicat; & il résigna ce canonicat, lorsqu'il fut parvenu à la pension de l'académie des belles-lettres. Le cardinal de la Rochefoucauld lui ayant fait obtenir sur le clergé une pension de mille livres, il fut honteux de se voir si riche. Un de ses amis étant venu lui dire qu'on n'étoit pas content de ce que le cardinal avoit fait pour lui : « Je m'en doutois bien, lui répondit le Beuf, aussi je n'en désirois pas tant, & je suis prêt de le rendre. » Cet ami eut beaucoup de peine à lui faire entendre qu'on se plaignoit, non de l'excès, mais de la modicité du bienfait. Le Beau, secrétaire de l'académie des inscriptions, a fait l'éloge de cet homme, aussi modeste que savant.
BEUIL, Voyet KEMPIS & MORET.
BEUVE, Voyet Ste. BEUVE.
BEVILACQUA, (Jean-Dominique) poète italien du seizième siècle, a traduit en vers le Poème de Claudien, sur l'enlèvement de Proserpine, & a publié d'autres Ouvrages.
BEURRIER, (Louis) né à Chartres, mourut Célestin le 8 avril 1645. Outre quelques livres de piété, tels qu'un Traité des sacremens, & les Analogies de l'Incarnation, on lui doit deux ouvrages historiques relatifs à son ordre. Le premier est l'Histoire des Fondateurs des Célestins; le second, l'Histoire du Monastère de Paris, 1634, in-4.º Celle-ci présente des recherches & quelque intérêt.
BEUVELET, (Matthieu) prêtre du séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, y fit fleurir dans le dix-septième siècle la science & la piété. Il est connu particulièrement: I. par des Méditations, in-4°, sur les principales vérités chrétiennes & ecclésiastiques, pour les Dimanches, Fêtes & autres jours de l'année; II. par un Manuel pour les Ecclésiastiques. Il laissa un autre ouvrage, donné au public après sa mort: c'est le Symbole des Apôtres, expliqué & divisé en Prônes, Paris, George Joffe, 1668, in-8.º Il est écrit d'un style non-seulement simple & familier, mais bas & incorrect.
BEXON, (Scipion) né à Remiremont en 1748, mort à Paris le 15 février 1784, embrassa l'état ecclésiastique, & obtint la place de grand chantre à la Sainte-Chapelle de Paris. Son goût pour l'étude de la nature se développa dès sa jeunesse; il y consacra sa vie, & mérita que Buffon l'associât à ses travaux pour les derniers volumes de son Histoire naturelle. Bexon avoit le caractère doux, l'humeur égale, la conversation animée, le cœur sensible. On lui doit: I. Système de la Fertilisation, 1773, in-8.º II. Catéchisme d'Agriculture, in-8.º C'est un Manuel simple & précis des connoissances propres aux laboureurs. Il devroit être plus répandu. III. Oraison funèbre de l'abbeffe de Remiremont, 1773, in - 8.° IV. Le premier volume d'une *Histoire* de Lorraine, que l'auteur n'a pas continuée.
BEYERLINK, *Voye*, BEIER-LINCK.
BEYREVRA, (Mythol.) est regardé dans la religion Indienne, comme le chef des démons voltigeans. Il eut l'audace de fendre avec son ongle l'une des cinq têtes du grand Dieu *Brama*.
BEYRUS, *Voy*, BEIER. I. BEYS, (Gilles) imprimeur de Paris au 16° siècle, employa, le premier, les consonnes *j* & *v*, que *Ramus* avoit distinguées dans sa Grammaire, de 1½ & de l'ouveyelles. Il mourut en 1595. Il avoit épousé une fille du célèbre imprimeur *Plantin*.
II. BEYS, (Charles de) poète françois & latin, contemporain de *Scarron* & son ami. Cet auteur burlesque ayant été encensé par *Beys*, le comparoit sans façon à *Malherbe*. Il y a aussi loin de l'un à l'autre, que du *Virgile travesti* à l'*Éneide*. On a de lui plusieurs Pieces de théâtre, le *Jaloux sans fujet*, l'*Hôpital des Foux*, *Céline* ou les *Frères rivaux*. Aucune n'est restée sur la scène. On lui doit le Poème latin qui fait partie des *Triomphes* de *Louis le Juste*; Paris 1649, in-folio, avec de superbes figures de *Jean Valdor*, Liégeois. On lui attribue aussi la *Milliade*, satire contre le cardinal de *Richelieu*. Il mourut en 1655. Ses *Œuvres Poétiques* avoient paru en 1651, in - 4.° — BEYSSER, (Jean-Michel) né à Metz d'un père conseiller au parlement de cette ville, abandonna jeune la maison paternelle pour se livrer à son goût pour les voyages & les aventures. Parvenu dans l'Inde, il s'y fit chirurgien-major d'un régiment; ayant passé en Hollande, il y devint capitaine au service des États; de retour en France, il fut nommé colonel, ensuite général pendant les troubles de la révolution. Il commandoit en 1793 l'armée de la Rochelle, puis celle envoyée contre la Vendée, où, après avoir d'abord repoussé les Insurgés, il fut ensuite complètement détait par eux. Décrété d'accusation, & condamné à mort par le tribunal révolutionnaire comme complice d'*Hébert*, il entendit son jugement sans surprise, sans émotion, & composa aussitôt le couplet suivant : *Amis, la marche va s'ouvrir, Ah ! plus de regards en arrière ; Déjà d'autres ont su courir, Avant nous, la même carrière. Sous la faute cruelle du temps Tombent les vertus & les crimes, Et nous sommes aux mêmes infians ; Spélicateurs, acteurs, & victimes.* *Beyffer*, l'un des plus beaux hommes de France, périt à l'âge de quarante ans, & marcha vers l'échafaud sans proférer une plainte, une seule parole, le 13 avril 1794.
BÉZA, (Mythol.) divinité Égyptienne, rendoit ses oracles par des billets cachetés. L'empereur *Constance* ayant reçu quelques-uns de ces billets qui avoient été laissés dans le temple, fit emprisonner & exiler un grand nombre de personnes qu'ils compromettent.
BEZBORODKO, Russe, secrétaire du maréchal de *Romanzoff*, laborieux & assidu, fut remarqué par l'impératrice *Catherine II*, qui lui procura un avancement très-rapide. Nommé ministre, il obtint bientôt après le 291 B E Z titre de prince. Son art pour négocier le fit employer avec succès à terminer divers traités. Devenu chef du conseil, il fit nommer & déplacer à son choix les autres ministres. Personne ne parloit ni n'écrivait la langue russe avec autant de pureté. A la mort de l'impératrice, Paul I son fuscesseur, conserva sa place à Bezhovodko, mais celui-ci n'en jouit pas long-temps, étant mort à Pétersbourg au commencement de 1799, laissant une fortune immense. Son goût pour le plaisir obscurcit ses talens. Il persécutoit une jeune danseuse qui résistoit à ses offres; l'impératrice le lui reprocha publiquement, & pour récompenser la vertu de celle-ci, elle la maria aux dépens du ministre.
BÈZE, Voy. BAIZE. — BÈZE, ou BES-ZE, car c'est ainsi qu'il signoit son nom, (Théodore de) naquit à Vezelay dans le Nivernois, le 24 juin 1519, d'une bonne famille de cette ville. Il fit ses premières études à Paris auprès d'un de ses oncles, conseiller au parlement. On l'envoya ensuite à Orléans, puis à Bourges, où Melchior Wolmar lui apprit le grec & le latin, & lui communiqua son goût pour les nouvelles opinions. De retour à Paris, il s'y fit rechercher par les agrémens de sa figure & de son esprit, par ses talens pour la poésie. Ses Épigrammes & ses Pièces Latines lui firent un nom parmi les poètes & les jeunes libertins. Il chanta la volupté avec la délicatesse de Catulle & la licence de Pétrone. Ses Poètes étoient l'image de ses mœurs. S'étant défait de son prieuré de Long-Jumeau, qu'il posséda quelque temps, malgré ses liaisons publiques avec une femme, il se retira à Genève, & ensuite à Lausanne, pour y protéger le Grec. Neuf ans après, Calvin son maître le rappela à Genève, & l'employa dans le ministère. En 1561, il se trouva à la tête de treize ministres de la Réforme, au colloque de Poïssi. Ce fut lui qui porta la parole dans cette assemblée, où Charles IX, la reine-mère & les princes du sang se trouvoient; mais ayant avancé « que J. C. étoit aussi éloigné de l'Eucharistie, que le ciel l'est de la terre, » ces paroles scandalisèrent l'auditoire & irritèrent la cour. Quelques ministres, dit l'abbé de Choisi, le blâmèrent d'avoir parlé si clairement; & l'un d'eux dit en riant: Comment croirait-il que J. C. est dans l'Eucharistie? à peine croit-il qu'il y a un Dieu au ciel. — Bèze est honte de son peu de retenue, & adoucit ses expressions dans une Lettre qu'il adressa à la reine. La guerre civile n'ayant pas été éteinte par ce colloque, Bèze s'arrêta auprès du prince de Condé, & se trouva avec lui à la bataille de Dreux en 1562. L'année d'après il se retira à Genève, & fut le chef de cette église après la mort de Calvin, dont il avait été le conjuteur le plus zélé & le disciple le plus fidèle. La qualité de chef de parti enfla son orgueil & aigrit son caractère. Il traita les rois, comme il traitoit les controversistes: Antoine de Bourbon, roi de Navarre, étoit un Julien; Marie-Stuart, une Médée, &c. On l'accusa d'avoir été la trompette de la discorde durant les guerres civiles. De Genève, il animoit tous ses disciples répandus dans l'Europe. Il fut appelé plusieurs fois pour assister à des conférences, à Berne & ailleurs. En 1571, il présida à un synode tenu à la Rochelle. Il mourut en 1605, à l'âge de 86 ans, regardé comme un poète aimable & un theologien emporté. Les Jésuites firent courir la nouvelle de sa mort, environ dix ans avant qu'elle ar- rivât : c'est une permission qu'on s'est donnée, dans tous les siècles, à l'égard des hommes qui ont eu de la célébrité. Bèze en rit le pre- mier, dans un petit traité qu'il publia à cette occasion, intitulé : B E Z A redivivus. Il épousa dans sa vieilleffe une jeune fille, qu'il ap- pella sa Sunamite, par allusion à celle de David. Il étoit, dit-on, si pauvre alors, que lui & sa maison ne subisoient que des libéralités qu'on leur faisoit en secret : ce qui paroît assez peu vraisemblable. Bèze étoit d'une taille médiocre, mais d'une figure agreable. Sa santé étoit si bonne, qu'il disoit souvent qu'il n'avoit jamais connu le mal de tête. Sa longue vie, jointe à l'em- pire qu'il s'étoit acquis sur les ef- prits, le faisoient appeler par ses partisans le Phénix de son siècle. Il dut en partie cet empire à son éloquence, aux agrémens de sa conversation, & aux manières in- finantes qu'il prenoit avec ceux dont il vouloit gagner le cœur ou subjuguer l'esprit. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, en vers & en prose, en latin & en françois. Les Vers François ne mé- ritent guères qu'on en parle. Il a achevé la Traduction des Pseaumes, que Marot avoit entreprise ; mais le continuateur est moins heureux dans le tour & dans l'expression. Ses Poésies Latines furent publiées fous le titre de Juvenilia Bèze, 1548, in-4°, & Barbou en a donné une nouvelle édition in 12, 1757, avec les Poésies de Muret & de Jean Second. On y distingue sa Traduction du Cantique des Can- tiques, assez tendre, mais trop chargée de diminutifs & d'épi- shètes. Ses Sylves, ses Élégies, ses Épitaphes, ses Portraits, &c. valent beaucoup mieux. On trouve dans la plupart de la facilité ; mais il ne murtroit pas de figurer parmi les Auteurs imprimés chez Bar- bou : Bèze n'est qu'un auteur du second ordre, dans la classe même des poètes Latins modernes. Des qu'il eut embrassé la Ruforme, il supprima tous les endroits licen- cieux qui auroient pu corrompre la jeuneffe ; & il publia ses Poé- sies sous le titre de Poemata varia, dont la meilleure édition est de Henri Etienne, 1597, in-4°. Ce trait peut faire penser que ses mœurs ne furent pas toujours dé- praves, comme des historiens Ca- tholiques l'ont avancé. Ses prin- cipaux ouvrages en prose, sont : I. Une Traduction latine du Nouveau Testament, avec des notes. II. Un Traité du droit que les Magistrats ont de punir les Hérétiques, traduit en françois par Colladon, Genève, 1560, in-8°. Ce livre, fait au sujet du supplice de Servec, est plus rare en françois qu'en latin. III. Confessio Christianæ fidei, 1560, in-8°. IV. La Mappemonde Papis- tique, 1567, in-4°. V. Histoire des Églises réformées, 1580, 3 volumes in-8°. VI. Le Réveil - matin des François, 1574, in-8°. VII. Re- lation du supplice de Gentilis, Ge- nève 1567, in-4°. VIII. Icones Virorum illustrium, 1580, in-4°. On a de lui en vers françois, très- inférieurs à ses Poésies latines, la comédie du Pape mal-de, la tra- gédie du Sacrifice d'Abraham, Caton le Censur, &c. Bolsec a donné sa Vie, in-8°, Paris 1582. Il y est peint d'une manière odieuse, & Maimbourg dans son Histoire du Cal- vinisme n'en a pas parlé plus avan- tageusement. Bayle tâcha de le jus- tifier dans sa Critique générale de ce dernier ouvrage. Il paroît par ces différens écrits, que si les Pro- 294 BEZ teftans outrèrent les éloges, quelques Catholiques n'examinèrent pas avec assez de soin les bruits scandaleux qu'ils femèrent contre *Théodore de Bèze*.
BEZELEEL, *Voyez BESELEEL*.
BEZIERS, (Michel) fut d'abord curé de Saint-André à Bayeux, sa patrie, ensuite chanoine du Saint-Sépulcre de Caen, & membre de l'académie de cette ville. Il employa toute sa vie à faire des recherches sur l'Histoire de son pays. Ce littérateur estimable & laborieux mourut à Bayeux, d'une attaque d'apoptexie, en 1782. Nous avons de lui : I. *Chronologie historique des Baillis & des Gouverneurs de Caen*, in-12, 1769. II. *Histoire sommaire de la ville de Bayeux*, 1773, in-12. III. *Mémoire historique sur l'origine & le fondateur de la Collégiale du Saint-Sépulcre de Caen*, avec le *Catalogue de ses Doyens*. IV. Un grand nombre de *Differtations* dans les Journaux, & d'Arcieles dans les Dictionnaires de *Moréri*, d'*Expilli*, de la *Noblesse*, &c. &c. V. Il rectifia beaucoup de dates, & inféra plusieurs *Arcieles* dans l'édition de 1779 du *Nouveau DICTIONNAIRE Historique*, dans lequel il méritait une place par son savoir & son caractère officieux.
BEZIEUX, *Voyez DEBEZIEUX*. I. BEZONS, (Jacques *Bazin*, comte de) maréchal de France, étoit fils d'un conseiller d'état, dont la famille avoit occupé des places au bureau des finances de Soissons. Il commença à servir en Portugal, sous le comte de *Schomberg*, en 1667. Il se signala ensuite dans grand nombre de sièges & de combats, jusqu'à l'an 1709, qu'il obtint le bâton de maréchal de France. Il prit Landau en 1713, & fut conseiller au conseil de la régence, après la mort de *Louis XIV*. Le maréchal de *Bezons* mourut le 22 mai 1733, à 88 ans, regardé comme un homme également propre à paroître & à la tête des armées & à la cour; parce que, malgré des manières un peu rudes, il étoit un courtisan délié. Il avoit épousé, en 1694, *Mlle le Menestrel*, fille du grand-audiencier de France, dont il eut plusieurs enfants.
II. BEZONS, (Armand *Bazin* de) frère du précédent, docteur de la maison & société de Sorbonne, s'éleva par son mérite, & sur-tout par le crédit de son frère, à différentes places. Il fut agent général du clergé de France, puis évêque d'Aire, ensuite archevêque de Bordeaux, de Rouen, membre du conseil de la régence, & chargé de la direction des économistes après la mort de *Louis XIV*. Il mourut à Gaillon en 1721, à 66 ans. Ce ne fut qu'à la prière de son frère qu'il permit à l'abbé *Dubois* de se faire ordonner dans son diocèse. S'il avoit suivi sa façon de penser, il avoit refusé cette permission.
BEZOUT, (Érienne) de l'académie des sciences, examinateur des gardes de la marine, & des élèves du corps de l'artillerie, naquit à Nemours le 31 mars 1730, & mourut dans une petite terre qu'il possédoit dans le Gatiniois le 27 septembre 1783. Il est principalement connu par son *Cours de Mathématiques* en 4 vol. in-8°, à l'usage de l'artillerie, & par un autre *Cours* à l'usage de la marine en 6 volumes in-8°, où l'on remarque de la méthode & de la clarté. On a encore de lui la *Théorie* des Équations algébriques, 1779, in-4.º L'auteur étoit attaché aux devoirs de ses places. Oblige de faire un examen à Toulon, il apprit que deux de ses élèves étoient attaqués de la petite vérole, maladie qu'il n'avoit point eue. Il brave la crainte de la gagner, &, pour ne pas retarder d'un an l'avancement de ces jeunes gens, il va les examiner dans leur lit, & les trouve dignes du sacrifice fait pour eux. On a réuni dans ces derniers temps à Paris toutes les Œuvres de Beçout en dix volumes in-8.º
BHAVANI, (Mythol.) femme de Shiva, divinité Indienne, étoit le juge suprême des méchans, & puniffoit les peuples par les maladies & autres fléaux de l'humanité. On la reprefentoit fous une figure monstrueuse & effrayante. Son culte est encore en honneur dans le Bengale, où on lui sacrifie des bœufs & des coqs. Les dévots fefont écraser fous les roues du char qui porte fa flâtué ayant le teint noir, les dents longues, deux éléphans pour boucles d'oreilles, les cheveux hérissés & entrelacés de serpens, tenant un couteau & une maffue. Elle naquit, dit-on, de l'œil enflammé que Shiva porte au milieu du front. Elle créa la peste & la petite vérole. On lui confacre l'yoni, ou représentation des parties sexuelles de la femme. Charpentier de Cassigni attribue tous les faits de la vie de cette Déesse, aux observations astronomiques. Hastings de même l'a prise pour Vénus - Uranie.
BIAGI, (Jean-Marie) né à Rovereto en Italie fur les confins de l'État de Venise, mort à 53 ans en 1777, fut professeur de rhétorique dans sa parrie. Il s'y fit estimer par son savoir, & chérir par son caractère. On a de lui : I. Une édition de S. Jean Chrysostome, faite à Rovereto en 1753, où il ajouta une très-bonne Préface. II. De situ Austria, Jubjectarumque regionum, 1772. Cet écrit n'est pas exempt d'erreurs. On a dit de Biagi, qu'en italien, il étoit meilleur orateur que poète, & qu'en latin, il étoit meilleur poète qu'orateur.
BIANCANI, (Joseph) Jéfiate de Bologne, mort à Parme en 1644, fut l'un des plus grands mathématiciens de son pays. On lui doit : I. Une édition des Œuvres mathématiques d'Aristote. II. La Sphère du Monde, ou Cosmographie démonstrative. III. Histoire chronologique des plus célèbres Mathématiciens. IV. Introduction à la Géographie. V. Différatio de Mathematicarum naturâ. VI. Apparatus ad Mathematicarum fludium. Les ouvrages de Biancani font tous en latin. I. BIANCHI, (Marc-Antoine) favant jurisconsulte de Padoue, mort en 1543, a laissé divers ouvrages de droit. Les plus remarquables font : I. Une Pratique criminelle. II. Un Traité sur les Fianquilles & les Promesses de mariage; III. un autre sur les Indices en cas d'homicide; IV. un autre sur les Exceptions judiciaires. Ces divers écrits font en latin. — Un cardinal du même nom, fut envoyé comme légat en Sicile par le pape Martin IV, & s'y trouva à l'époque des Vêpres Siciliennes. Il mourut à Rome en 1302. — Un BIANCHI, noble de Padoue, député de sa parrie au congrès de Paffarowitz, a publié l'Histoire de la paix qui y fut conclue, & une Description du pays des Suisses & de leurs alliés. Ces deux ouvrages font en italien.
II. BIANCHI, (Pierre) na- quit à Rome en 1694. Ce peintre réussit également dans l'histoire, les paysages, les portraits, les marines, les animaux. Ses ou- vrages font à Rome, où il mou- rut en 1739. Il se distingue par la correction de son dessin & par la vigueur de son coloris. Il pertec- tionna beaucoup les figures d'ana- tomie en c.re colorice.
III. BIANCHI, (Jean-An- toine) né à Lucques le 2 octobre 1686, mort à Rome en 1758, à 72 ans, entra dans l'ordre des Observantins, & se fit connoi- tre avantageusement du pape Be- noit XIII, & de tous les littéra- teurs Italiens. Il entreprit la ré- futation de l'Histoire de Naples par Giannone, & publia à cet effet un grand Ouvrage en 6 volumes in- 4°, sur la puissance & la poli- tique de l'Eglise, 1751. On lui doit encore une Défense des Théâtres, où, en soutenant l'opinion du mar- quis Maffi, il ne voit dans les spectacles, qu'un moyen de plus de faire prospérer la morale, & de créer le goût d'une nation. Il avoit lui-même prêché d'exemple, en faisant douze Tragédies en prose & en vers qui ne sont point sans mérite. I. BIANCHINI, (François) né à Vérone le 13 décembre 1662 d'une famille distinguée, s'illustra dès sa jeunesse par l'établissement de l'académie des Aletofili, c'est- à dire des amateurs de la vérité. Cette compagnie, spécialement consacrée aux matières de mathé- matiques & de physique, recevait des lumières de son fondateur. Le cardinal Ottoboni, depuis pape sous le nom d'Alexandre VIII, le fit son bibliothécaire. Il eut en- fuite un canonicat dans l'église de Sainte-Marie de la Rotonde, puis dans celle de Saint-Laurent la Damaso. Il fut secrétaire des con- férences sur la réforme du Calen- drier; Clément XI, qui connoissoit tout son mérite, le nomma à cette place. Innocent XIII & Benoit XIII lui donnèrent des marques publi- ques de leur estime. En 1705, le sénat l'aggregea à la noblesse Ro- maine; honneur qu'il étendit à tous ceux de sa famille, & à leurs descendans. Ce savant mourut le 2 mars 1729, à 67 ans, mem- bre de plusieurs académies, & af- focié de celle des sciences de Paris. Il y avoit huit ans qu'il s'occu- poit à faire des observations, qui puffent le conduire à tracer une méridienne pour l'Italie. Les ci- toyens de Vérone lui firent ériger après sa mort, un buste dans la ca- thédrale; distinction qu'il avoient déjà rendue à la mémoire du car- dinal Noris. On a de Bianchini: I. Palazzo di Cesari, à Vérone, 1738, in-folio, figures. II. In- crizioni Sepolcrali della casa di Au- gusto, à Rome 1727, in-fol. Ces deux ouvrages prouvent qu'il con- noissoit bien les antiquités. III. Une édition d'Anastase le Bibliothécaire, 1718, en 4 volumes in-fol, avec des notes, des dissertations, des profanes, des prologomènes, & des variantes. L'érudition y est ré- pandue avec profusion; mais le livre est plein de fautes typogra- phiques. IV. Des Pièces de poésie & d'éloquence. V. Une Histoire universelle, en italien, imprimée à Rome, 1697, in- 4°, avec figures. Quoiqu'elle contienne quelques sentimens particuliers, elle est re- cherchée, parce que l'auteur s'ap- puie sur des monumens de l'anti- quité. VI. Theafooratia. Il prétend dans ce singulier écrit qu'Hélène n'a jamais existé; que ce fut pour obtenir la navigation de la mer Egée & du Pont-Euxin, que les Grecs déclarèrent la guerre à Troyes; que cette ville ne fut ni prise, ni brûlée, mais qu'un traité de commerce en affura la conservation; que l'Iliade d'Homère enfin n'eût qu'une simple fiction allégorique dans le goût des Orientaux. VII. Deux Différations sur le cycle de César, & sur la défense du canon pascal de S. Hippolyte, attaqué par Scaliger; VIII une autre sur une Médaille frappée en honneur de Clément XI, qui avoit fait construire un gnomon à Rome, semblable à celui construit par Caffini dans l'église de Sainte-Pétronille à Bologne. IX. Observations sur la planète de Vénus. Il y indique une méthode de trouver la paralaxe de cette planète. Bianchini avoit intention de tirer pour l'Italie une méridienne semblable à celle de France. C'étoit un savant universel. — Il ne faut pas le confondre avec Joseph BIANCHINI, aussi Véronais, Oratorien de Rome, qui a écrit contre le Bellum Papale de Thomas James. Sa Réponse se trouve dans le recueil intitulé Vindicæ canonicarum Scripturarum vulgata edit. Rome, 1740, in-fol.
II. BIANCHINI, (Jean-Fortunat) médecin Italien, né à Chiéfi dans le royaume de Naples en 1720, mourut professeur dans l'université de Padoue le 2 septembre 1779. Il fut l'un des vingt-quatre pensionnaires de l'académie de la même ville. Ses principaux ouvrages font: I. Eff. & expériences sur la Médecine électrique. II. Lettres médicales sur le caractère des Fièvres malignes. III. De la force de l'imagination des Femmes enceintes sur le fetus. IV. Discours sur la Philosophie. V. De la Médecine d'Asclépiade, &c. &c.
III. BIANCHINI, (Joseph) littérateur Italien, né en 1683, mort en 1749, fut membre de la plupart des sociétés littéraires de son pays. On a de lui: I. Trois Discours prononcés à l'académie de Florence, 1710. II. Traité de la Satire, 1714. III. Défense du Dante, 1718. IV. De la culture des Oliviers, 1718. V. Des Notices historiques sur divers auteurs d'Italie. VI. Des Ouvrages de piété. Tous ces écrits font en italien, & ont été imprimés à Florence.
BIANCO, (Barthélemi) architecte Italien, fit briller ses talens à Gênes, où il construisit le nouveau môle, l'enceinte de la ville, les palais de la maison Balbi, & le superbe collège que les Jésuites possédoient autrefois à Gênes.
BIANCOLELLI, (Pierre-François) plus connu sous le nom de Dominique, étoit fils du célèbre Dominique, de l'ancienne troupe italienne. Il naquit à Paris en 1681. Il se destina aux mêmes rôles que son père; mais il joua quelque temps en province, avant de débuter à Paris. Il y parut en 1716, & se mit à la tête de la troupe que Bellegarde & Desguerois avoient formée. La plupart des pièces qu'il y faisoit jouer, étoient de sa composition, & jamais aucun acteur forain n'a joui d'une plus grande réputation que lui. Il mourut à Paris en 1734, à 53 ans. Parmi les rôles qu'il jouoit, il excelloit sur-tout dans celui de Trivelin. On trouve une longue liste de ses Pièces dans le premier volume du Dictionnaire des Théâtres. Agnès de Chaillot, parodie d'Inès de Castro, de la Motte, est la plus connue. La parodie est le genre où il s'exerça le plus; & pour faire cette petite guerre, il s'affocia souvent son confrère Romagnès. — DOMINIQUE, son père, avoit joui comme lui d'une grande célébrité. Il cachoit sous l'habit d'Arlequin, l'esprit d'un philosophe. Lorsque les comédiens François voulurent empêcher les Italiens de parler françois, le Roi fit venir devant lui Baron & Dominique, pour entendre les raisons de part & d'autre. Baron parla le premier au nom des comédiens François; & quand il eut cessé de plaider, Dominique dit au roi: Sire, comment parlerai-je? — Parla comme tu voudras, répondit le roi: — Il n'en faut pas davantage, reprit Dominique, j'ai gagné ma cause! Depuis ce temps les comédiens Italiens ont joué des pièces en françois.
BIANCOLINI, (Jean-Baptiste-Joseph) littérateur distingué par sa profonde érudition, né à Vérone le 10 mars 1697, est mort en 1780. Il embrassa la profession du commerce; mai, il y réunit le goût des lettres, & le soin d'acheter & restaurer les monumens antiques de sa patrie. Il est auteur: I. D'une Chronique de Vérone, 1749. II. D'une Notice historique des églises de la même ville, en 6 volumes in-4.º Cet ouvrage manque de critique. III. Des Dissertations sur les évêques & les gouverneurs de Vérone, 1757.
BIANCONI, (Jean-Louis) médecin & ministre de l'électeur de Saxe à la cour de Rome, naquit à Bologne en 1717. Après avoir résidé long-temps chez divers souverains d'Allemagne, il revint mourir en Italie, le 1er janvier 1781. On lui doit: I. Une Traduction italienne de l'anatomie de Winslow, 1744, en 6 volumes. II. Une Dissertation sur l'électricité qu'il adressa au comte Algaroti, qui fut imprimée en Hollande en 1748, & traduite ensuite en allemand. III. Lettres sur la Bavière & quelques contrées d'Allemagne; 1763. IV. Des Eloges de Pirankse & de Mengs. V. Lettres sur Celfa, 1779, pleines de goût & d'érudition. VI. Dissertation sur le cirque de Caracalla, imprimée à Rome en 1790, après la mort de l'auteur. Il avoit épousé une Saxone, & avoit été employé par Auguste III, roi de Pologne, en diverses négociations. L'académie de Berlin le comptoit au nombre de ses associés; & dans sa patrie, Mariotti lui a consacré une Oration funèbre.
BIANOR, (Mythol.) fils de la devinereffe Manto, & roi d'Étrurie, sur le fondateur de la ville de Mantoue. On lui éleva un tombeau sur la route de cette ville à Rome. I. BIARD, (Pierre) célèbre sculpteur, mort à Paris sa patrie en 1609, âgé de 50 ans. Il avoit fait le voyage de Rome, pour s'instruire dans son art d'après les grands modèles qu'offre cette ville fameuse; il revint à Paris avec de riches connoissances. Le chef-d'œuvre de cet artiste est la Statue équestre de Henri IV, qu'on voyoit au bas-relief sur la grande porte qui est au milieu de la façade de l'Hôtel de ville. La figure de ce grand roi étoit si bien placée, son visage étoit si ressemblant & si majestueux, que, selon bien des connoisseurs, c'étoit le meilleur portrait que nous eussions du Titus des François.
II. BIARD, (Pierre) Jésuite né à Grenoble & mort en 1722, est auteur d'une Relation de la nouvelle France, & des voyages qu'y ont fait les Jésuites; Lyon 1616, in-12.
BIAS, natif de Priène, ville de Carie, l'un des Sept Sages de la Grèce, & suivant quelques anciens, le plus Sage, floriffoit vers l'an 608 avant J. C. Poffedant des biens confidérables, il les employa à racheter de jeunes filles qui gemiffoient dans la captivité. On lui attribue plufieurs bons mots. Quelqu'un lui ayant demandé ce qu'il y avoit de plus difficile à faire? il dit que c'étoit de fupporter un revers de fortune. — S'étant trouvé au milieu d'une tempête furieuse, il entendit des impies qui prioient les Dieux : Taifez-vous, leur dit-il, de peur qu'ils ne s'aperçoivent que vous êtes fur ce vaiffeau. — Il avoit coutume de dire, qu'il aimoit mieux être pris pour arbitre par ses ennemis que par ses amis; parce que, dans le premier cas, il se faifoit un ami; & dans le second, un ennemi. Il difoit auffi : Puifque le monde eft plein de méchanceté, il faut aimer les hommes comme fi on devoit les haïr un jour. — L'espérance, difoit-il encore, eft un pavoe qui endort nos peines; mais l'amour du gain les réveille. — Le comble de l'infortune eft de ne pouvoir fupporter l'adversité. — Un caractère vil se manifeste par les louanges qu'il donne au vice en faveur. — La plus dangereuse maladie de l'âme eft d'ambitionner ce qu'on ne peut obtenir, & d'être infensible aux maux de ses femblables. — On rapporte que, durant le fêge de Priene fa patrie, il répondit à quelqu'un qui lui demandoit, pourquoi il étoit le feul qui se retiroit de la ville fans rien emporter? — Je porte tout avec moi, répondit-il. Voici de quelle façon Diogène Laërce raconte fa mort. « Il étoit fort avancé en âge, & plaidoit une caufe; s'étant tu pour se reposer, il appuya fa tête fur fon petit-fils, & rendit l'âme dans cette attitude. » Ses concitoyens lui confacrèrent un temple. — Voyç MÉLAMPUS.
BIBARS, quatrième fultan de la race des Mamelucs dite des Barites. Il avoit d'abord été efclave. On l'accufa d'avoir fait tuer Coïq fon prédéceffeur, qui venoit de défaire les Tartares, jufqu'alors regardés comme invincibles. Bibars parvint au fouverain pouvoir l'an de l'hégire 618. Auffitôt la ville du Caire lui ouvrit ses portes; mais celle de Damas refufa de reconnoître fon autorité. Bibars, en faifant élire Moftiner-Billah pour calife, c'eft-a-dire pour chef de la religion, le priva de toute puiffance temporelle; & c'eft depuis ce temps que les califes d'Égypte furent bornés à donner de timples déciſions fur le culte. Bibars, quelque temps après, s'empara de Céfarée en Palefiine, fur les Francs d'Aïla & de Tripoli. Il fit paffer tous les habitans de Saphet au fil de l'épée, & réduiſit en efclavage ceux de Jafa & d'Antioche où il détruiſit les égliſes des Chrétiens. Le fucces de ses armes se termina devant la ville de Ptolémaïde ou Saint-Jean-d'Acre, qu'il affiégea deux fois inutilement fans pouvoir s'en rendre maître. L'an 675 de l'hégire il furvint en Égypte une échipfe totale de la lune; & les aftronomes prédirent, fuivant l'ufage, qu'elle pronoſtiquoit la mort d'un fouverain. Le fultan voulant détourner de fa perſonne l'effet de ce préſage, invita un prince de la maïfon des Iobites à un repas fplendide, où il lui fit donner du vin empoifonné; mais comme Bibars, pour ôter tout foupçon, voulut boire après lui dans la même coupe, il y reſta affez de poifon pour le faire périr lui-même. Il avoit régné 17 ans. La plupart des hiſtoriens Orientaux le nomment Bon Dokdar, du nom du maître dont il avoit été efclave.
BIBIANE, (Ste.) vierge Romaine, souffrit le martyre sous Julien, *Apronien*, gouverneur de Rome, perdit un œil & attribua ce malheur aux magiciens & sur-tout aux Chrétiens. Il en fit arrêter & périr un grand nombre; & *Bibiane* fut comprise parmi les victimes. Dans la fuite, on érigea une chapelle fur son tombeau; & *Urbain VIII* en 1628 consacra une église à cette Sainte, & y fit placer ses reliques. I. BIBIÉNA, (Bernard de *Tarlati*, plus connu sous le nom de) étoit, à ce que disent quelques auteurs, de la famille de *Tarlati*, originaire d'Arezzo & établie à Bibiéna; mais il paroît par les lettres de *Léon X*, qu'il étoit né dans l'obfcurité, & qu'il ne dut son élévation qu'à son mérite. Il entra comme domestique dans la maison de *Laurent de Médicis*, qui lui confia la conduite du cardinal *Jean de Médicis*, son fils. L'élève, devenu pape sous le nom de *Léon X*, fit son maître cardinal en 1513, & l'envoya légat en France, en 1518, pour engager *François I* à faire prêcher une croisée contre les Turcs. Ce prince paroissoit très-disposé à cette guerre; mais la cour de Rome l'indisposa peu de temps après par des défiances injustes, & par des menées secrètes, qui le détournèrent d'entrer dans le projet formé contre les infidèles. « Le cardinal de *Bibiéna*, prévoyant les suites d'un procédé fi peu judicieux, dit le P. *Fabre*, en écrivit fortement en cour de Rome. On y désapprouva sa liberté, qui, toute raisonnable qu'elle étoit, ne laifia pas de lui être funeste. Car, étant arrivé à Rome en parfaite fanté, il y mourut peu de temps après, le 9 novembre 1520, âgé de 50 ans. On dit que ce fut du poison qui lui fut donné, selon *Paul Jove*; dans des œufs frais. « Il étoit évêque de Courance en Normandie. Ce cardinal, homme d'esprit & homme de lettres, est compté parmi les restaurateurs du théâtre. Sa comédie intitulée *Calandra*, imprimée à Rome en 1524, in-12, sous le simple nom de *Bernardo da Bibiena*, est la première qui ait été faite en prose italienne. L'auteur la composa pour amuser dans le carnaval *Isabelle d'Epi*, marquise de Mantoue, dont la cour étoit le séjour des arts & des plaisirs. Le cardinal de *Bibiéna* est aussi connu sous le nom de cardinal de *Divizio*.
II. BIBIÉNA, (Ferdinand Galli) peintre & architecte, naquit à Boulogne en 1657. Il étudia les principes de son art sous le *Cignani*, artiste distingué. Le maître produisit son disciple dans le monde. Ses talens pour l'architecture, pour les décorations de théâtre & pour la perspective, l'y firent bien recevoir. Le duc de l'arme & l'empereur lui donnèrent le titre de leur premier peintre, & le comblèrent de bienfaits. On éleva, sur ses dessins plusieurs édifices magnifiques. Ses morceaux de perspective sont pleins de goût. Quelques critiques lui reprochent pourtant d'avoir un pinceau plus fantastique que naturel & vrai. Il mourut aveugle en 1743, laissant deux *Livres d'Architecture* & des fils dignes de lui. C'est probablement à l'un d'eux, *Jean Galli BIBIÉNA*, qu'on doit l'*Histoire des amours de Valérie & du noble Vénitien Barbarigo*, traduite en françois, Lausanne & Geneve, 1751.—*François BIBIÉNA*, frère de Ferdinand, Bolonois comme lui, né en 1659, mort en 1739, s'est illustré par la construction du théâtre de Vérone, qu'il éleva sous la direction du marquis *Scipion* *Maffei*. Il fut professeur d'architecture, & long-temps occupé par la cour de Vienne.
BIBLIA ou BILLIA, *Voyez* DUILLIUS.
BIBLIA, (Fabrice) calculateur Napolitain du dernier siècle, a laissé un *Ouvrage* sur les monnoies & le change mercantil du royaume de Naples.
BIBLIANDER, (Théodore) né à Bischops Zell, fut professeur de théologie à Zurich; il y mourut de la peste en 1564, âgé d'environ 65 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Une nouvelle édition de l'*Alcoran*, avec des notes marginales, à Rostock 1638, in-4.º II. Un *Recueil d'anciens Ecrits sur le Mahometisme*, in-fol. 1543. Ce recueil est curieux, & renferme beaucoup de pièces sur la doctrine de l'imposteur de la Mecque. Il est devenu rare. III. Une édition de la *Bible de Léon de Juda*, Zurich 1543, in-fol. IV. Des *Commentaires* sur plusieurs livres de l'Écriture-faînte, &c. Il était habile dans les langues orientales; & il fit des recherches sur le rapport des langues entre elles. Il les configna dans son ouvrage *De ratione communi Linguarum*, 1548, in-4.º I. BIBLIS, (Mythol.) fille de *Milet* & de la nymphe *Cyanée*, n'ayant pu toucher le cœur de son frère *Caune*, qu'elle aimait, pleura tant, qu'elle fut changée en fontaine.
II. BIBLIS, (Sainte) martyre de Lyon, sous la persécution de *Marc-Aurèle*, effrayée de la vue des tourmens, renonça d'abord à la foi Chrétienne; mais prenant bientôt en horreur les sacrifices des païens, elle déclara aux magistrats qu'elle vouloit suivre jusqu'à la mort les préceptes des persécutés. Elle fut mise à la torture, & laïa la patience des bourreaux. Interrogée s'il n'était pas vrai que les Chrétiens immoloient des enfants à leur Dieu & les mangeaient ensuite; elle répondit: « Comment se pourroit-il faire qu'ils mangeaient des enfants, eux à qui il est défendu de causer le moindre mal à aucune créature ! » I. BICHI, (Pie) née à Sienne, se distingua, vers l'an 1580, par ses poésies italiennes. *Bulifon* les recueillit à Naples dans les *Rime di cinquanta poésies*.
II. BICHI, (Alexandre) parvenu au cardinal, fut envoyé nonce en France sous le règne de Louis XIII; & *Richelieu* le confusa souvent dans les affaires les plus importantes. Il accommoda les démolés élevés entre les *Barburas*, le duc de Parme & la république de Venise. Il fut nommé à l'évêché de Carpentras, & fit le bonheur de ses diocésains. *Riequifort* en fait un grand éloge, & dit qu'il était grave sans affectation, adroit sans finesse, & ami sans intérêt.
BICTAS, (Agis) favori d'*Amurat III*, empereur des Turcs, lui conseilla d'affermir sa puissance par l'établissement d'un corps de troupes réglées qui marcheraient au premier ordre, & qui, soumises à une sévère discipline, lui serviraient de gardes. *Amurat* y conférit. *Bictas*, pour former ces nouveaux soldats à l'impossibilité, prit un parti qui fait frémir la nature. Les peuples conquis en Europe, venoient pour la plupart d'être chargés de ters & arrachés à leur parrie; vieillards, enfants, tous avoient subi le joug. *Bictas* prit les enfants; & pour les accou- tumer au spectacle de la mort, il les exerça à immoler les vieillards, en leur mutilant les bras & les jambes. Les plus toibles se tervoient du poignard, & le plongeoient dans le cœur de ces malheureuses victimes. Leur féroce instituteur, voyant que le meurtre n'inspiroit plus aucune horreur à ses élèves, les rassembla en compagnie, leur donna le nom de *Janissaires*; & leur prescrivit des règlements, en leur faisant garder un extérieur religieux & sauvage. Voulant un jour leur donner une marque de satisfaction, il coupa une manche de sa chemise qui étoit de mousseline, en entoura la tête d'un de ses soldats, & ordonna que dans la suite les Janissaires feroient ainsi coiffés; ce qui s'est pratiqué jusqu'à ce jour. Telle est l'origine de ce corps qui, dans son commencement ne fut composé que de six mille hommes, & qu'on porte aujourd'hui à soixante mille. Établi pour veiller à la garde du sultan, il leur est devenu au contraire très-redoutable.
BIDAL d'ASFELD, *Voyet* ASFELD.
BIDDEL, (Jean) enthousiaste Anglois, maître d'école à Gloucester, voulut devenir chef de scète, & publia divers *Ecrits* contre la trinité & la divinité de *Jésus-CHRIST*. Suivant lui, le Saint-Esprit n'étoit que le premier des Anges. Ses opinions le firent mettre en prison. *Cromwel* lui rendit la liberté; mais *Charles II* le fit renfermer de nouveau, & il mourut pendant cette détention en 1662.
BIDI, (Mythol.) divinité du Malabar, dont le nom signifie le *Destin*. On lui attribue tous les événements; & on la représente avec trois têtes qui se rapportent au passé, au présent & à l'avenir.
BIDLOO, (Godefroi) poète & médecin, professeur d'anatomie à la Haye, & médecin de *Guillaume II* roi d'Angleterre, naquit à Amsterdam en 1649, & mourut à Leyde en 1713, à 64 ans. Il occupoit dans cette ville la chaire d'anatomie & de chirurgie. Ses *Poésies Hollandaises* ont été publiées à Leyde en 1719. Parmi ses autres ouvrages, le plus estimé est son *Anatomia humani corporis*, in-fol., avec de très-belles figures de *Laireffe*, à Amsterdam 1735. Ce livre est d'une belle exécution; mais il faut donner la préférence à la première édition: celles de 1739 & 1750 sont moins belles, quoique plus complètes. *B'dloo* manqua plutôt d'assiduité que de génie. Aussi plusieurs de ses planches supérieurement traitées par le graveur, ont été négligées par l'anatomie. Il y en a cependant de très-bonnes, qui sont connoître des muscles peu connus. Il revendiqua avec raison ses découvertes, qu'on tâchoit d'attribuer à *Swammerdam*. Il donna aussi des *Recherches* sur les yeux des animaux & sur des objets physiologiques. *Voyet* I. RUYSCH.
BIDPAY, *Voyet* PILPAY.
BIELFELD, (Jacques-Frédéric, baron de) né à Hambourg, le 31 mars 1717, dans une famille de négocians distingués. Il accompagna, en qualité de secrétaire de légation, le comte de *Truchsès*, ambassadeur du roi de Pruffe à la cour de Londres. En 1745, le roi de Pruffe le nomma précepteur du prince *Ferdinand* son frère, curateur des universités en 1747, & l'année d'après baron & conseiller-privé. L'impératrice de Ruffie lui envoya le cordon de *Ste-Anne*. Il se retira ensuite dans une de ses terres dans le pays «Altembourg, où il passa le reste de ses jours, partageant son temps entre l'étude & les soins de sa famille. Durant sa dernière maladie il se fit transporter à Altembourg, où il mourut le 5 avril 1770. Nous avons de lui plusieurs ouvrages qui ne sont pas de la première classe : I. *Institutions politiques*, Liège 1774, 3 vol. in-8°, réimprimées plusieurs fois. « S'il n'en est pas le créateur, dit l'auteur de son éloge, il n'en est pas aussi le simple compilateur. » On y trouve une description géographique de l'Europe, mêlée de réflexions politiques : il est facile de voir en lisant les articles qui concernent l'Espagne, le Portugal, l'Italie, qu'il écrit en protestant. *Robines* en a donné une longue analyse dans son *Dictionnaire*, ou *Bibliothèque* de l'homme d'État. II. *Progrès des Allemands dans les belles lettres*, 1 vol. in-8° : ouvrage qui n'est qu'esquissé & assez incorrect. III. *Amusemens dramatiques*, qui n'amusèrent guère que lui. IV. *Lettres familières*, qui furent un enfant de son loisir, mais un enfant gâté & beaucoup trop familier. V. *Traits d'érudication universelle* : ce ne sont que des traits ; l'ensemble manque. VI. Une feuille périodique en allemand, intitulée l'*Hermite* ; ouvrage qui s'est soutenu pendant trois ans.
BIELKE. (N. Baron de) gentilhomme Suédois, fut arrêté en 1792, comme l'un des principaux chefs de l'affaouir du roi. Il refusa de nommer ses complices, & soutint avec courage qu'il étoit seul l'auteur du projet qu'*Ankarstroom* avoit exécuté. En sortant de son interrogatoire, il avala du poison qu'il avoit eu la précaution de cacher sur lui. *Bielke*, avant cet évènement, avoit toujours joui de la réputation d'un homme tran- quille & sage. Il périt à l'âge de 50 ans ; son corps fut traîné sur la claie, & resta exposé pendant plusieurs jours à Stockholm.
BIENNÉ. (Jean) célèbre imprimeur de Paris, fut l'émule des *Morels* & des *Turnèbes*, qu'il égala par la beauté de ses caractères, la correction de ses livres & la bonté des ouvrages qui sont sortis de ses presses. *Maittaire* ne l'a point oublié dans ses *Vies des plus célèbres Imprimeurs* de Paris ; il prétend que ses impressions grec ues & latines ne le cèdent point à celles d'aucun des meilleurs typographes. Le *Nouveau Testament*, en Syriaque Grec & Latin, in-4° & le *Lucrèce* de *Lambin*, sont les éditions les plus renommées de *Jean Bienné*, qui mourut à Paris en 1588.
BIET. (Réné) chanoine régulier de Ste-Geneviève, mort le 29 octobre 1767, a publié un *Éloge* du maréchal d'*Etrées*, écrit foible & sans couleur ; & une *Dissertation* savante sur l'établissement des Francs dans les Gaules, in-12.
BIÈVRE. (N. Maréchal, marquis de) né en 1747, étoit petit-fils de *George Maréchal*, premier chirurgien de *Louis XIV*. Il servit d'abord dans les Mousquetaires, & acquit bientôt de la célébrité par ses réparties & ses calembours. C'est lui qui naturalisa ce nom en France, où il exprime ces jeux de mots, ce passage du sens propre au sens figuré que les Italiens appellent *concerti*. Avant lui, *Rabelais*, le poète *Théophile*, l'ouvrage intitulé *Le Moyen de parvenir*, l'abbé *Chérier* dans son fade *Polifoniana* & l'*Homme inconnu*, avoient offert des jeux de mots, & des équivoques ; & les poètes latins mêmes s'en amusèrent. On connoît ce difique sur le danger des couruisanes : *Quid facies, facies Veneris cum veneris ante ?* *Ne fedeas ? fed eas, ne pereas per eas.* *Bièvre* fut admis dans toutes les sociétés de Paris, & par la cour à toutes ses fêtes. Il y répandoit la gaieté par ses faillies & son amour extrême pour le plaisir. Son premier ouvrage dans le genre futile qu'il avoit adopté, fut une facétie qui publiée en 1770, sous le titre de *Lettre à la Comteille Tation*, par le sieur Bois-Flotté; & les *Amours de l'Ange-Lure*. On peut juger du mérite de ses *calembours*, par ceux-ci : « Les gens les plus expéditifs étoient, suivant lui, les notaires, car pour eux, l'acte le plus long & le plus compliqué est l'affaire d'une minute. — La fille naturelle de l'un de ses amis apprenoit à écrire en *coulée* : votre écolière a beau faire, dit-il à son maître, elle n'écrira jamais qu'en *bâtard*. — A la première représentation de l'Opéra, de la *Fauffe Magie*, où l'on apporta un miroir sur la scène, il s'écria : *Quel dénouement à la glace*. — Un jeune homme qui vivoit dans la solitude, lui montra des vers qu'il avoit faits : on voit aisément, lui dit-il, que ce sont des *vers foliaires*, car ils sont *longs* & *plats*. — On parloit de la retraite de *Turgot* & de *Mirojménil*, attaqués tous les deux de la goutte; & *Bièvre* disoit que ces ministres s'en alloient goutte à goutte. — *Louis XVI* lui demanda de le prendre pour le sujet d'un calembourg; Sire, lui répondit-il, vous ne ferez jamais un *sujet*. — Dans la pièce de *Cléopâtre* de *Marmontel*, on fit faire un aspic par *Vaucanfon*, & au moment où *Cléopatre* l'approchoit de son sein, l'aspic siffloit. Après la pièce, on demanda à *Bièvre* ce qu'il en pensoit : *Je suis*, répondit-il, de l'avis de l'aspic. — Un jour que *Verner* avoit exposé plusieurs des fins au salon, il y rencontra ce peintre, & lui dit mystérieusement : ce n'est pas sans *dessein* qu'on vous trouve ici. — Un joueur disfertoit sur la philosophie ancienne : je gage, lui dit *Bièvre*, qu'à tous les philosophes, vous préférez *Des cartes*. — Un jour d'été, le comte d'Artois lui demanda une *pointe*, en exigeant qu'elle fût courte : monseigneur lui répliqua-t-il, dans cette saison, l'usage des *courtes-pointes* est superflu. — Il fit appeler un médecin pour une légère indisposition : le docteur arrive, & débuta par lui offrir du tabac. Parbleu, dit le malade, je suis charmé d'être déjà aux prises avec vous. « Tous ses quolibets dont la lecture ne peut se prolonger, ont été recueillis en l'an IX, sous le titre de *Bievriana*. En les introduisant dans la conversation, *Bièvre*, en a gâté la simplicité & l'abandon qui en font le charme. La jeunesse, en limitant, a cru pouvoir remplacer le ton du sentiment & des graces, par un persiflage insipide, un apprêt fatigant dans le discours, des équivoques contraintes ou obscènes, qui annoncent autant de dépravation dans le goût que dans les mœurs. *Bièvre* mérita plus d'estime par deux pièces de théâtre, les *Réputations*, qui n'en obtinrent cependant pas une grande; & le *Séduiteur*. Cette dernière en cinq actes & en vers, fut jouée avec le plus grand succès en 1783. L'intrigue ne s'en débrouille pas aisément, & se trouve vide d'intérêt, du moins pendant les trois premiers actes. Le principal personnage, calqué sur le *Lovelace* du roman de *Clarisse*, ne réussit que par par la bêtise des autres ; mais on y trouve un style assez pur, & de la fiseuse dans les détails. Une situation du cinquième acte attache, & a fait pardonner les défauts des autres. Quelques journalistes avoient comparé le *Sédailleur* au *Mechant* de *Greffet*. On leur répondit par un jeu de mots digne de l'auteur, que son écrit étoit aussi éloigné du bon que du méchant. *De Bièvre* avoit une physionomie intéressante, un accueil gracieux, l'envie d'obliger, de l'adresse dans tous les exercices du corps, une santé délicate. Il chercha en 1789 à la rétablire en allant aux eaux de Spa. Il y mourut, en conservant jusqu'au dernier instant, sa gaieté & ses calembourgs. « Mes amis, dit-il à ceux qui l'entouroient, je m'en vais de Spa, de ce pas. » — Le théâtre des Troubadours à Paris, a célébré sa manie dans une petite pièce intitulée : *M. de Bièvre*, ou *l'Abus de l'esprit*. — BIEZ, (Oudard du) d'une illustre maison originaire d'Artois, servit de bonne heure & avec distinction. Il jouissoit d'une telle réputation de bravoure & d'habileté, qu'en 1538 François premier l'avoit tiré de la ville de Boulogne, dont il étoit gouverneur, pour lui confier les opérations du camp de Provence. Le Dauphin qui faisoit alors ses premières armes, voulut recevoir de ses mains l'ordre de chevalerie. *Du Biet* se comporta avec tant de sagesse, qu'il partagea avec le connétable de *Monmorency*, la gloire d'avoir sauvé la France, en faisant échouer tous les projets de *Charles-Quint*. Après la disgrace du connétable, *du Biet*, regardé comme le plus habile général de la France, & honoré en 1542 du grade de maréchal, se trouva chargé des commissions les plus difficiles. Lorsqu'en 1545 on fut obligé d'opposer toutes les forces du royaume à l'empereur qui avoit pénétré fort avant dans la Champagne, on laissa à *du Biet* le soin de garantir la Picardie contre les troupes réunies du roi d'Angleterre & des Pays-Bas. Quoiqu'on n'eût à lui donner que les garnisons réparties dans les différentes places de cette frontière, il se chargea de la défendre. Prévoyant avec sa sagacité ordinaire que l'effort des ennemis tomberoit sur Boulogne & sur Montreuil, il confia la garde de cette première ville qui étoit bien fortifiée, à *Jacques de Couci*, seigneur de Vervin, son gendre, déjà signalé par la défense, en 1543, de Landrecies, contre toutes les forces de l'empereur. *Du Biet* se renferma ensuite dans Montreuil, qui fut presqu'aussitôt investi par le duc de *Norfolk* & le comte de *Bures*. Malgré la foiblesse de la place, il soutint un siège de près de quatre mois, & força l'ennemi à la retraite. *Vervin* fut moins habile, ou moins heureux. Assiege pendant six semaines, par mer & par terre, par le roi d'Angleterre, après avoir soutenu un assaut meurtrier qui dura sept à huit heures, voyant sa garnison affoiblie, les murailles ouvertes en plusieurs endroits, & n'ayant aucune espérance de recevoir assez promptement des secours, il livra la place à l'ennemi, malgré les larmes & les représentations des bourgeois qu'on forçoit d'abandonner leurs foyers. On se plaignit à la cour contre *du Biet* & contre *Vervin*. On leur fit leur procès, & *du Biet* fut condamné avec son gendre à perdre la tête : ce qui fut exécuté à l'égard de celui-ci, en 1549; & quant à lui, le roi Henri II lui ayant fait grace de la vie, il fut enfermé dans le château de Loche. Quelques années après il obtint sa liberté, & revint à Paris, où il mourut accablé de chagrins & d'ennuis en 1553. Henri III fit rétablir sa mémoire, ainsi que celle de Jacques de Coucy, en 1575. Le maréchal de Bie; ne laissa que deux filles; il avoit un oncle, dont la postérité masculine a fini en 1723.
BIFFI, (Jean-Ambroise) littérateur Italien, né à Milan & mort à Louvain dans le dernier siecle, a publié les ouvrages suivans : I. Rome ressuscitée, poème in-8.º II. Discours sur le feu perpétuel entretenu par les Vestales. III. Avis sur la connoissance & l'étude des Antiquités. Ces écrits sont en italien.
BIGLIA, (André) moine Milanois, mort en 1435 à 60 ans, possédoit parfaitement les langues latine, grecque & hébraïque. On lui doit : I. Un Traité des progrès de l'ordre religieux des Augustins. II. une Histoire des Hommes célebres de Milan, réimprimée dans le recueil de Muratori. III. Un Traité sur l'origine des Turcs. I. BIGNE, (Gacé de la) & non de la Vigne, comme l'appellent presque tous les bibliographes, car c'est ainsi qu'il se nomme lui-même dans son Roman des Oiseaux, étoit d'une famille noble du diocèse de Bayeux. Il fut chapelain de la chapelle du roi Jean, & suivit ce prince en Angleterre, après la malheureuse journée de Poitiers. Étant à Rochefort en 1359, il commença un Poème de la chasse, intitulé le Roman des Oiseaux, qu'il finit à son retour en France. Le roi le fit faire pour l'instruction de Philippe son fils, duc de Bourgogne. L'abbé Genies attribue ce poème à Gaston de Foix, parce qu'il est imprimé à la fin du Miroir de la Chasse par ce prince, mais bien différent des manuscrits. On croit que Gacé vécut au moins jusqu'en 1374, puisqu'il parle dans ses vers de l'élection faite au scrutin de Pierre d'Orgemont, pour chancelier de France, devant le roi, le 10 novembre 1372. L'ouvrage de Gacé fut d'abord imprimé sous un nom étranger, chez Jean Treppere, sans date; Philippe Lenoir l'a publié de nouveau en 1520, in-4.º
II. BIGNE, (Marguerin de la) issu de la même famille du précédent, docteur de Sorbonne, & grand-doyen de l'église du Mans, naquit en 1546 à Bayeux, & vivait encore en 1591. Il publia en 1575, une Bibliothèque des Pères, en 8 vol. in-fol., qu'il fit réimprimer l'an 1589 en 9 vol. C'est le premier qui ait entrepris un ouvrage de ce genre. La plus ample édition que nous en ayons, est en 27 vol. in-fol. à Lyon, 1677. Il y en a une en 16 vol. in-fol. de 1644, qui est estimée, parce qu'elle renferme les petits Pères Grecs. On en mit au jour une autre à Cologne en 1694. Le Père Philippe de Saint-Jacques a donné un Abrégé de cette collection, en 2 vol. in-fol. 1719. On joint ordinairement à la Bibliothèque des Pères, Index locorum Scriptura sacra, Gênes 1707, in-fol., & l'Apparat de Nourri, Paris, 1703 & 1715, 2 vol. in-fol. Telle est l'édition la plus complète. La Bigne se distingua aussi par ses Harangues & par ses Sermons. Il donna un Recueil de Statuts synodaux en 1578, in-8º; & une édition d'Isidore de Séville en 1580. in-fol. C'étoit un homme aussi zélé que studieux, qui ayant effayé des querelles devant l'official de Bayeux, aima mieux abandonner ses bénéfices que ses travaux. Il se retira à Paris, où l'on croit qu'il mourut.
BIGNICOURT, (Simon de) ancien conseiller au préfidial de Reims sa parrie, naquit en 1709, & mourut en 1775. C'étoit un homme versé dans la littérature ancienne & moderne, & qui lifoit avec réflexion. Nous avons de lui : I. Un recueil de Poésies Latines & Françoises, 1767, in-12; ees pièces sont courtes, & le style est en général facile & naturel. II. L'Homme du monde & l'homme de lettres, in-12; collection de maximes détachées, qu'il avoit d'abord publiées sous le titre de Poésies & Réflexions philosophiques, & qui offrent trop de choses communes. — I. BIGNON, (Jérôme) naquit à Paris en 1589, d'une famille féconde en hommes illustres. Son père fut son maître. Ses progrès furent rapides, & dès l'âge de dix ans il étoit auprès du jeune prince de Condé, pour lui donner de l'émulation. Ce savant prématuré publia alors une Description de la Terre Sainte, 1600, qui auroit fait honneur à un savant consommé. Trois ans après, c'est-à-dire, à treize ans, il composa pour le jeune duée de Vendôme, auprès du- quel Henri IV l'avoit mis, un Traité des Antiquités Romaines, 1604, in-8°, & à quatorze, son livre De l'Élection des Papes, 1605, in-8° : matière neuve qu'il traita avec une érudition qui surprit tous les savans de son temps. Sealiger, Casanbon, Grotius, Pithou, de Thou, du Perron, Sirmond, &c. recherchèrent ce jeune homme, comme ils auroient recherché un érudit vieilli sur les livres. Henri IV, qui avoit goûté sa conversation & son esprit, le plaça en qualité d'enfant d'hon- neur auprès du dauphin, depuis Louis XIII. Il alla dans cette place les manières aisées d'un courtsan, à l'étude des sciences nécessaires à un bon citoyen. Un auteur Espagnol ayant établi, dans un gros in-fol la présence des Rois d'Espagne sur les autres sou- verains, il le réfuta dans son traité De l'excellence des Rois & du Royaume de France, dédié à Henri IV, in-8° 1610. Il n'étoit alors que dans sa dix-neuvième année. Après la mort funeste de ce prince, il quitta la cour, & entreprit ensuite le voyage d'I- talie. Paul V lui donna des mar- ques les plus distinguées de son éTIME. Le célèbre Fra-Paolo, enchanté de sa conversation & plein de ses ouvrages, le retint quelque temps à Venise. Bignon, de retour en France, devint avocat-général du grand conseil en 1620; conseiller d'état, & avocat-général du parlement de Paris en 1626; bibliothécaire du Roi en 1642: place que ses def- cendans ont occupée avec au- tant d'honneur que d'intelligence. Louis XIII, en la donnant à Jérôme Bignon, lui dit : « Je crois vous faire un présent digne de vous. On a voulu souvent me persuader que vous n'écriz pas dans mes in- térêts, mais on n'y a jamais réussi. Je fais que vous m'aimez, & jeu M. le Fresne ne cessoit de me dire que je prisse confiance en vous, à cause de votre exode probité. » Il avoit cédé sa charge d'avocat- général, peu de temps auparavant, à Etienne Briquet son gendre; mais celui-ci étant mort en 1645, il la reprit, & l'exerça avec la même intégrité & le même zèle. La reine *Anne d'Autriche* l'appela, pendant sa régence, aux conseils les plus importants. Il mourut le 7 avril 1656, dans de grands sentimens de religion. On l'a peint comme un homme d'une probité rare, & d'une douceur de mœurs qui n'étoit rien à la fermeté de son âme. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, il a donné une édition des *Formules* de *Marculphe*, avec des notes pleines d'érudition, sur les anciens usages, & les libertés de l'église de France, 1666, in-4°. Nous avons une *Vie* de ce grand magistrat, in-12, 1757, par l'abbé *Perrault* : elle a été lue avec plaisir.
II. BIGNON, (Jean-Paul) petit-fils du précédent, abbé de Saint-Quentin, bibliothécaire du roi, l'un des *Quarante* de l'académie Françoise, & honoraire de celles des sciences, des inscriptions & belles-lettres, mort à l'Isle-Belle sous Meulan le 14 mars 1743, à St ans, embrassa toutes les connoissances, & protégea tous les gens de lettres. On a de lui : I. Une *Vie* du Père *François Lévêque*, prêtre de l'Oratoire, Paris 1684, in-12. II. Un roman intitulé *Abdalla* qu'il n'avoit pas fini, & qui l'a été par un anonyme dans l'édition de 1773, 2 vol. in-12.
BIGORRE, (Gilberte de) fille d'un comte de *Bigorre*, fut la première reine d'Aragon, ayant épousé *Ramire*, qui prit le titre de roi en 1034. Celui-ci ayant été tué dans une bataille, sa veuve gouverna avec gloire l'Aragon, & partagea l'autorité souveraine avec son fils *Sanche I*.
BIGOT, *Voy*, III. CHATEL.
BIGOT, (Emeri) né à Rouen l'an 1626, d'une famille de robe, ne s'occupa que des recherches d'érudition. Il mourut en 1689, à 64 ans, avec la réputation d'un des plus savans hommes de son siècle, quoiqu'il n'ait publié que la *Vie de S. Chrysostome* par *Palladi*, 1680, in-4° en grec & en latin. Ses mœurs étoient celles d'un homme entierement consacré à l'étude. Modeste, ennemi du faîte, d'une humeur douce & tranquille, & supérieur à cette basse jalousie qui trouble si souvent le repos des gens de lettres, il étoit d'une probité à toute épreuve. Il n'y eut jamais de plus sincère & de plus fidèle ami : de tous les éloges qu'il méritoit, c'étoit celui qui le touchoit davantage. Il avoit amasse une riche bibliothèque, vendue en 1706, & dont le *Catalogue*, imprimé in-12 cette même année, est recherché. L'abbé de *Louvois* en acheta les manuscrits pour la bibliothèque du roi.
BILAIN, (Antoine) avocat au parlement de Paris, mort en 1672, publia un *Traité* des droits d'*Anne d'Autriche* sur divers états de la monarchie d'Espagne, 1667, in-4°, où il discute savamment toutes les questions relatives au partage de la succession de *Philippe IV*, roi d'Espagne. *Duhamel* de l'académie des sciences, le traduit en latin. *Bilain* soutient que la renonciation faite par *Marie-Thérèse* dans son contrat de mariage, est nulle, & que la reine de France doit posséder le Brabant, par le droit de dévolution qui fait passer les immeubles aux enfans du premier lit, mâles ou femelles, lorsque le mari a passé à de secondes noces ; ce qui étoit arrivé à *Philippe IV*. Cet ouvrage servit de manifeste à *Louis XIV*, lorsqu'il s'avança pour s'emparer des Pays-Bas Éspagnols. La cour d'Éspagne fit répondre à l'écrit de *Bilain*, par un grand nombre d'autres, publiés par *Stochmans*, conseiller de Brabant, *François d'Andréa*, avocat à Naples, le baron de *Lifola* & *Ramos d'Almatano*. La paix d'Aix-la-Chapelle, conclue en 1668, mit fin à ces différends sur la dévolution des Pays-Bas. Les François rendirent la Franche-Comté qu'ils avoient conquise, & garderent plusieurs villes en Flandres.
BILCHILDE, née esclave, fut achetée à Metz, par la reine *Branchaud*, pour sa rare beauté. Celle-ci, voulant conserver son autorité sur son fils *Théodebert*, roi d'Australie, & ne soupçonnant point qu'une fille obscure pût prendre sur lui aucune influence, lui fit épouser *Bilchilde*. Cependant les graces de la jeune reine, & le charme de son entretien, captivement entièrement le monarque; il en eut deux fils & une fille. Tout-à-coup son amour se changea en fureur, & il fit affaîmer *Bilchilde* en 709.
BILDERBEK, (Christophe-Laurent) jurisconsulte Hanovrien, & conseiller à Zell, traduisent en allemand l'excellent *Traité de la vérité de la Religion Chrétienne*, par *Abbadie*, avec des additions considérables. L'ouvrage d'*Abbadie*, également estimé de tous les partis pour la force du raisonnement, a été accueilli en Allemagne comme dans le reste de l'Europe. *Bilderbek* mourut en 1749. On a aussi de lui des *Ouvrages* de Jurisprudence.
BILFINGER, (George-Bernard) né à Canstadt en 1693, savant universel, professeur de philosophie à Pétersbourg, & de théologie à Tubinge, mourut en 1750. On remarque que toutes les personnes de cette famille, naissent avec douze doigts & douze orteils. Ce n'est pas ce qui distingue le plus *Bilfinger*. Ses écrits lui firent un nom en Allemagne. Le plus recherché est celui qui a pour titre : *Dilucidations philosophique de Deo, anima humana, mundo, & generalibus rerum affectioibus*. Il étoit partisan de *Leibniz*. Les académies de Pétersbourg & de Berlin se l'associerent.
BILIA, femme du Romain *Duillius*, dont la chasteté est renommée dans l'Histoire. *Voyer* DUILLIUS.
BILLAINE, (Louis) savant imprimeur de Paris, mort en 1681, possédoit le grec, le latin, l'italien, l'espagnol & le flamand. Son commerce dans les pays étrangers étoit immense; ses éditions les plus considérables sont : le *Gleffaire de du Cange*, les *Familles Byzantines*, & la *Diplomatique* du P. *Mabillon*.
BILLARD, (Pierre) né dans le Maine en 1653, entra à l'Oratoire en 1671, & mourut en 1726. On a de lui un ouvrage intitulé : *La Bête à sept têtes*, contre une société célèbre, détruite l'an 1762 en France, & depuis dans toute la Chrétienté. Ce livre le fit conduire à la Bastille, de là à Saint-Lazare, & ensuite à Saint-Victor. Il finit ses jours à Charenton.
BILLAUT, (Adam) connu sous le nom de *Maître Adam*, menuisier de Nevers, vers la fin du règne de *Louis XIII*, mort en 1662, fut appelé par les poètes de son temps le *Virgile au rabot*. Il verifia au milieu de ses outils & de ses bouteilles. Le cardinal de *Richelieu* & le duc d'*Orléans* lui firent des pensions. Ses *Chevilles*, 1644, in-4°, son *Villebrequin*, 1663, fon Rabot, in-12, &c. eurent beaucoup de cours. On y trouve, parmi un grand nombre de platitudes, quelques vers heureux. On peut citer ce rondeau, comme une de ses meilleures pieces : Pour te guérir de cette sciatique, Qui te retient, comme un paraly- tique, Entre deux drops sans aucun mou- vement, Prends-moi deux brocs d'un fin jus de farment; Puis lis comment on le met en pra- tique. Prends-en deux doigts, & bien chauds les applique Sur l'épiderme où la douleur te pique, Et tu boiras le reste promptement Pour te guérir. Sur cet avis ne sois point héré- tique; Car je te fais un serment authen- tique, Que si tu crains ce doux médica- ment, Ton Médecin pour ton soulagement, Fera l'essai de ce qu'il communique, Pour te guérir. — Sa chanson, Aussitôt que la lu- mière vient redorer nos côteaux, etc. est pleine de verve. Il mourut en 1662 à Nevers, qu'il n'avoit pas voulu quitier pour le séjour de Ver- failles. Il pensoit sainement sur les grandeurs, & étoit capable de sen- tir & d'inspirer l'amitié. Epicurien sans libertinage, stoicien sans su- perstition, il alla tellement ces deux festes, qu'on a dit que « si Epicure & Zenon avoient vécu de son temps, il les auroit fait boire ensemble. » Il conserva sa medio- crité pour conserver son bonheur. Les poètes de son temps furent ses amis & non ses envieux. Mai- gard assuroit que les Muses ne de- voient être assises que sur des tabo- res faits de la main de ce poète me- nuiser. — Le duc de Saint-Aignan lui dit dans des vers agréables: Que pour les vers & pour le nom il étoit le premier des hommes. Un passifier de son temps se mêloit aussi de faire des vers dont il enveloppoit ses biscuits; celui-ci disoit que si le menuisier, Maître Adam, tra- vailloit avec plus de bruit, lui, composoit avec plus de feu. I. BILLI, (Jacques de) né à Guise en Picardie, dont son père étoit gouverneur, étoit d'une an- cienne famille qui subsiste encore. Il mourut à Paris chez Genebrard son ami, le 25 décembre 1581, à 47 ans. Il gouvernoit l'abbaye de Saint-Michel en l'Herm, que Jean son frère lui avoit cédée pour se faire Chartreux. On a de lui plusieurs écrits en vers & en prose; & sur-tout des Traductions des Pères Grecs en latin. Les plus es- timées sont, celles de S. Grégoire de Nazianze, de S. Isidore de Pé- lufe, & de S. Jean-Damascène. Peu de savans ont mieux possédé la langue grecque. Il se distingua dans d'autres genres. Il composa quel- ques Poésies françoises, 1576, in-8°; Observationes sacre, 1585, in- folio : ouvrage savant. Sa Vie a été écrite en latin par Chatard, Paris 1582, in-4°. On la trouve aussi à la fin des Œuvres de S. Grégoire de Nazianze, de l'édition de 1583.
II. BILLI, (Jacques de) Jé- suite, né à Compiegne en 1602, mort à Dijon en 1679, à 77 ans, a publié un grand nombre d'ou- vrages de mathématiques, dont l'Opus Astronomicon, Paris 1661, in-4° est le plus connu.
BILLIARD DE COURGENAI, (Claude) né dans le Bourbonnois, se livra à la carrière dramatique. B I L 311 & donna d'abord les Tragédies de Saül, de Panthée, de Genève, d'Alboin, de Polysène. Il fut l'un des premiers qui osa mettre sur la scene des actions françoises dans ses autres Tragédies de Mérouée, de Gaston-de-Foix, de Henri le Grand; mais aucune n'a survécu long-temps à l'auteur qui mourut vers le commencement du siècle dernier. Le Théâtre de Billiard a été imprimé à Paris en 1610, chez Langlois, en un volume in-4.
BILLICK, (Éverard) religieux Allemand, entra dans l'ordre des Carmes, combattit les principes du Luthéranisme, & s'efforça d'en arrêter les progrès à Munster & à Cologne. Il parut avec distinction au concile de Trente, où il prononça un discours sur la circoncision, que Labbe a inféré dans son Recueil. Il réfuta l'ouvrage de Mélancthon sur la Réformation, & a laissé en manuscrit une Histoire du concile de Trente. Billick est mort en 1587.
BILLION, (N. Bussa) actrice célèbre, née à Nancy en 1751 d'un fameux danseur de corde, & de Spiracula renommée dans ce genre de talent, fut confiée dès son enfance à Véronef pere, qui lui trouvant de grandes dispositions pour la danse & le chant, lui donna des maîtres des l'âge de quatre ans. A dix, elle exécuta un pas de deux avec la célèbre Guimard. A douze, elle fut reçue au théâtre de Bruxelles en qualité de première danseuse & de première chanteuse. Après avoir épousé Billioni maître des ballets de la comédie italienne à Paris, elle y revint en 1767, renonça à la danse, & se consacra, comme chanteuse, au même théâtre que son mari. Une grande mémoire, l'intelligence de la scène, de la précision dans le chant, de la légèreté dans la voix, beaucoup de goût lui méritèrent l'accueil du public, & ses regrets lorsqu'elle mourut en 1783.
BILLON, (François de) secrétaire d'un cardinal François à Rome, acquit une sorte de célébrité par un ouvrage extravagant, & des-lors assez recherché. Il a pour titre: La Forteresse inexpugnable de l'honneur des Dames, divisée en quatre bastions. Il s'en est fait plusieurs éditions. Son auteur est mort à la fin du 16e siècle.
BILLUART, (Charles-René) né le 8 janvier 1685, à Revin, petite ville sur la Meuse à trois lieues de Rocroi, entra dans l'ordre des Dominicains, où il enseigna avec réputation la théologie, & fut trois fois provincial. Il mourut à Revin le 20 janvier 1757. On a de lui un Cours de Théologie, Liège, 1746—1751, 19 vol. in-8°, dont il donna un Abrégé, Liège 1754, 6 volumes in-8°: elle a été réimprimée à Venise & à Wurtsbourg en 3 vol. in-fol. Le P. Billuart s'attache plus à la théologie scolastique & à la morale, qu'à la théologie dogmatique; il y défend avec vivacité les différens sentimens de son ordre.
BILOTTA, (Vincent) jurisconsulte & poète Italien du dix-septième siècle, à fait des chansons & la tragi-comédie de Paris. Sa famille a produit d'autres jurisconsultes. — Jean-Baptiste BILOTTA a publié des Questions de droit, & des Décisions de la rote, 1645, in-folio. — Jean-Camille BILOTTA, juge criminel à Naples, a donné un Traité sur le Serment judiciaire. — Odawe BILOTTA est auteur d'une Vie de Barthélemi *Camerarius*, & d'une *Dissertation* historique sur la patrie de *Saint Gervais*.
BILSON, (Thomas) évêque de Winchester, sa patrie, gouverna cette église pendant vingt ans. Il fut estimé du roi Jacques I, qui le chargea de la *Traduction de la Bible* en anglais, Londres 1612, in-folio. On a de lui deux autres ouvrages, l'un sur le *Gouvernement de l'Église Chrétienne*, & l'autre sur la *Désente de J. C. aux Enfers*. C'étoit un homme pieux & savant. Il mourut à Winchester en 1618.
BIMET, (N.) chirurgien de Lyon, donna en 1664 un *Traité d'Osteologie* en vers françois. L'auteur perdit bien du temps à cet ouvrage, comme on en perdroit beaucoup à le lire.
BINASCHI, (Philippe) poète de Pavie, souffrit beaucoup dans l'invasion des François en Italie. Fait prisonnier de guerre, l'humidité de sa prison lui fit perdre la vue : il s'en confola en cultivant les Muses. Ses *Poésies* ont été imprimées. *Binaschi* est mort en 1576.
BINE, (Antoine) savant théologien Protestant, né à Utrecht le 6 août 1654, mourut à Deventer en novembre 1698. Ses principaux ouvrages sont : I. *De Calais Hebræorum*. II. *Christus crucifixus*. III. *Explicatio historiae de Nativitate Christi*. Sa critique est judicieuse, & ses recherches savantes.
BINER, Jésuite allemand, mort en 1778, a publié des *Annales* érudites & recherchées sur la *Jurisprudence ecclésiastique*. Elles sont en 7 vol. in-4°, dont on a fait une cinquième édition à Aurbourg, en 1767. I. BINET, (François) premier général des Minimes, & fidèle disciple de S. François de Paule, imita en tout les vertus de son maître. Il travailla si vivement à le faire-cinonier, que le cardinal Simonetta lui dit : *Père Général, vous avez travaillé pour un Saint ; un autre travailla pour vous*. Le P. Binet mourut à Rome, de la mort des Juízes, en 1520. Il avoit d'abord été Bénédiction au monastère de Marmoutier il se fit Minime à 39 ans.
II. BINET, (Étienne) Jésuite, natif de Dijon, mort recteur du collège de Clermont à Paris en 1639, à 71 ans, publia des *Vies des Saints*, où la critique n'a pas toujours présidé ; & d'autres ouvrages, écrits d'un style lâche, diffus & incorrect. Son *Essai sur les merveilles de la Nature*, in-4°, publié sous le nom de René François, est le moins mauvais, quoique plein de contes & d'erreurs. Il a été imprimé à Rouen en 1622.
BING, (L'Amiral) *Voyer* BYNG.
BINGHAM, (Joseph) savant Anglois, naquit à Vakefield en 1668. Nous avons de lui un ouvrage estimé sous ce titre : *Origines Ecclésiastiques*, 9 volumes in-4°, en anglais. Il a été traduit en latin à Hall, 1724 & suivantes, 10 vol. in-4°. L'auteur de ce livre plein de recherches, mourut le 17 août 1723. On a donné le recueil de tous ses ouvrages en 2 volumes in-folio. On y trouve des *Traités* de piété, de controverse, des Sermons, &c.
BINI, (Severin) *Binius*, chanoine de Cologne, donna en 1606 une édition des *Conciles*, en 4 volumes in-folio ; puis en 1618 une autre en 9 ; & une 3° en 1638, 10 volumes. Elle a été effacée entièrement par celles qui ont paru après. Voy. LABBE.
BINS, (Anne de) Flamande, née à Anvers, refusa de se marier pour se livrer plus entièrement à son goût pour la poésie & la littérature. Ses vers font en Flamand, & par conséquent peu connus. Swerius, auteur de l'Athènes Belgique, a consacré ce distique à l'éloge d'Anne de Bins : Arte pares, Lesbis Sapho, & mea Binsa distant Hoe solo, vitia hæc dedocet, illa docet.
BINSFELD, (Pierre) chanoine & grand-vicaire de Trèves, au commencement du 17e siècle, est auteur de l'Enchiridion Theologiae Pastoralis, in-8.° & de plusieurs autres écrits de droit-canon. Il mourut vers l'an 1606.
BIERNSTAHL, (N.) né à Rotarbo en Sudermanie, dans un état qui n'étoit guère au-dessus de l'indigence, devint précepteur des enfans du baron de Rudbeck & parcourut une partie de l'Europe avec ses élèves. A son retour il fut nommé professeur adjoint des langues orientales à Upsal, professeur de philosophie en 1776, & professeur des langues orientales & grecque en 1779, à Lunden. Ayant entrepris par ordre de son souverain le roi de Suède, un voyage en Turquie, il mourut à Salonique le 12 juillet 1779. On a de lui des Lettres écrites durant le cours de ses voyages, en suédois, traduites en allemand par Grof-kurd, Leipzig 1779, in-8°; & Suite de ces Lettres, 1781, in-8.° Les premières présentent des choses intéressantes, & des jugemens impartiaux. On y trouve des anecdotes curieuses touchant Voltaire, qu'il avoit vu à Ferney. La Suite, publiée après sa mort, mérite peu d'être lue; soit que les éditeurs aient altéré ces écrits posthumes, comme il n'arrive que trop souvent; soit que le voyageur se soit laisse d'être sage & équitable. Ses dernières relations sont remplies de jugemens faux, satiriques, calomnieux, dictés sur-tout par l'esprit de secte, & fourmillent de préventions aussi ridicules qu'injustes contre les Catholiques. I. BION de Smyrne, poète Grec, sous Prolomée Philadelphie, florissoit l'an 288 avant J. C. Moschus, son disciple, dit qu'il mourut de poison. Ses Idyles offrent des images champêtres, rendues avec beaucoup de délicatesse, une poésie douce & facile, un style pur & élégant. L'édition de cet auteur par Longepierre avec la Traduction françoise, 1680, in-12, est peu commune, & contient d'excellentes remarques. Celle de Commelin, par Heinzius, in-4°, 1604, est aussi estimée. Mais celle d'Oxford, 1748, in-8.° avec Moschus, est plus belle.
II. BION, de Borystène, disciple de Cratès, puis Cynique, s'adonna à la poésie & à la musique, & prononça un grand nombre de sentences, les unes ingénieuses, les autres vides de sens. Quelqu'un lui ayant demandé quel étoit de tous les hommes le plus inquiet? — Celui qui veut être le plus heureux & le plus tranquille. — Il disoit en parlant du mariage, qu'une femme laide étoit un supplice pour son mari, & que si une belle étoit un sujet de plaisir, c'étoit moins pour lui que pour ses voisins. — Un envieux lui paroissant avoir l'air triste & rêveur, il lui demanda: Si sa tristesse venoit de ses propres malheurs, ou du bonheur des autres? — Il disoit qu'Alcibiade avoit été dans son enfance la femme de tous les maris, & dans sa jeunesse le mari de toutes les femmes. « L'impiété étoit, selon lui, une mauvaise compigne de la sécurité, parce qu'elle la trahissoit presque toujours. » Etant sur mer avec des pirates, qui disoient qu'ils étoient perdus, si on les reconnoissoit : — Et moi aussi, leur répondit-il, si on ne me connost pas. — Une de ses belles maximes étoit celle qu'il donnoit à ses disciples : Quand vous écouterez avec la même indifférence les injures & les complimens, vous pourrassiez que vous aurez fait des progrès dans la vertu. — Il trouvoit quelque chose de contradictoire dans les funérailles : On brûle les gens, disoit-il, comme s'ils étoient insensibles, & on les pleure comme s'ils étoient sensibles. — Il disoit encore : Honorons la vieillesse, puisque c'est le but où nous tendons tous. — Bion quitta le manteau & la besace de Cynique pour suivre les leçons de Théodore surnommé l'Athée, & enfin de Théophraste, auprès duquel il apprit à répandre des fleurs sur la philosophie. On dit qu'à sa mort il reconnut ses impiétés, & en demanda pardon aux Dieux. Il aimoit le faîte & les applaudissemens. On rapporte qu'étant à Rhodes, il fit habiller des matelots en écoliers, & se donna en spectacle avec cette brillante suite. Bion florissoit 276 ans avant J. C. — Il ne faut pas le confondre avec un autre BION, de la secte de Démocrite, & mathématicien d'Abdère. Celui-ci est le premier qui conjectura qu'il existoit certaines régions, où les jours & les nuits duroient six mois.
III. BION, (Nicolas) fameux ingénieur, mort à Paris en 1733, à 81 ans, est très-connu par son Traité de la construction des instru- mens de Mathématiques, 1752, in-4. Cet ouvrage est d'autant meilleur que l'auteur joignoit une savante théorie à une longue pratique. On a encore de lui, de l'Ufage des Globes & Sphères, 1751, grand in-8. & 1752, in-4. Le portrait de Bion a été gravé, ayant au bas ce vers d'Ovide, dont l'application est heureuse : Admovet ille oculis distantia fidera nostris.
BIONDI, (Jean-François) né dans une isle de la Dalmatie, prétendit descendre des anciens souverains d'Illyrie. Marc-Antoine de Dominis l'engagea à changer de religion, & le conduisit en Angleterre, où le roi Jacques I lui assigna une pension de trois mille livres, & l'employa en négociations près du duc de Savoie. Il a publié une Histoire d'Angleterre en trois volumes ; il mourut à Aubonne dans le canton de Berne, en 1644.
BIONDO, Voy. BIONDUS. I. BIRAGUE, (Clément) graveur en pierres fines, passe pour le premier qui ait trouvé le moyen de graver sur le diamant, qui jusqu'alors avoit résisté à toutes sortes d'outils. Le premier ouvrage qu'il fit en ce genre fut le portrait de Dom Carlos, infant d'Espagne. Biraque étoit Milanois, & vécut long-temps à la cour de Philippe II.
II. BIRAGUE, (René de) étoit né à Milan d'une maison noble & ancienne. Il se retira en France, pour échapper à la vengeance de Louis Sforce, qui lui reprochoit son attachement pour la France. François I le fit conseiller au parlement de Paris, puis surintendant de la justice. Charles IX lui donna la charge de garde des sceaux en 1570, & celle de chancelier de France en 1573. *Birague*, les *Gondi*, les *Guise*, *Catherine de Médicis*, tous étrangers qui brouilloient l'état, formerent & dirigèrent le complot de la *Saint-Barthélemi*. « Il me semble, dit un historien, qu'on doit en reprocher un peu moins l'horreur à notre nation, que celle des proscriptions aux Romains. *Syila* & *Auguste* étoient Romains. » *Amelot* de la *Houffaire* prête à *Birague* un propos bien extraordinaire : « Le Roi, disoit-il, ne viendra jamais à bout des Huguenots par la voie des armes, au lieu qu'il s'en déferoit aisément par les cuisiniers, c'est-à-dire par le poison. » *Grégoire XIII* honora *Birague* du chapeau de cardinal, à la prière de *Henri III*, qui le déchargea des sceaux. Il avoit été marié avant son entrée dans l'état ecclésiastique. Il disoit ordinairement : Qu'il étoit *Cardinal sans titre*, *Prêtre sans bénéfice*, & *Chancelier sans sceaux*. Ce cardinal mourut le 24 novembre 1583, à 78 ans. Il plioit comme un roseau, dit *Mezerai*, a tous les vents de la cour, & considéroit plus un valet en faveur que toutes les lois du royaume. L'avocat *Servin* le peint ainsi : « Ce chancelier étoit Italien de nation & de religion; bien entendu aux affaires de l'état, fort peu en justice. De savoir, il n'en avoit point. Au reste, libéral, voluptueux, homme du temps, serviteur absolu des volontés du Roi : ayant dit souvent, qu'il n'étoit pas *Chancelier de France*, mais *Chancelier du Roi de France*. » Les *Mémoires* de *Castelnau* le caractérisent par ces mots : « *Birague* étoit un politique aussi dangereux, qu'il étoit rusé. » Il fit pendre, en 1575, le capitaine *la Vergerie* sur un simple propos contre les Italiens qui ruinoient la France; & il se chargea lui-même d'instruire son procès où il se trouvoit partie, & de le condamner. Ce cardinal fut enfeevié avec beaucoup de pompe. Le Roi assista à cette cérémonie en habit de pénitent, & *Renaud de Beaune*, archevêque de Bourges, prononça par son ordre l'éloge funèbre.
III. BIRAGUE, gentilhomme Italien, de la famille du chancelier, se distingua dans les guerres d'Italie, sous le premier maréchal de *Brignac*. Ce général ayant formé le projet de s'emparer de Cardé, petite, mais importante ville de Piémont, lui donna le commandement des troupes destinées à cette expédition. Comme la place n'étoit guère défendue que par quatre cents bandits, necessairement destinés à un supplice infame, s'ils se laiftoient prendre, on s'attendoit à une résistance opiniâtre. *Birague*, pour les étonner, fait donner brusquement un affaunt par ses meilleures troupes, qui furent reçues avec tant de résolution, qu'elles demandèrent à faire retraite. *Quoi donc*, s'écrie ce sage & intrépide chef, *seroit-il possible que le désir de la gloire vous inspirât moins de courage, que le désespoir n'en donne à ces brigands!* Prenant alors lui-même une pique, il arrêta un officier par la main, lui montrant la brèche : *c'est là*, lui dit-il, *qu'il faut aller mourir, plutôt que de nous sauver par une retraite honteuse*. Son courage ramma celui des soldats. Ils retourneront à l'affaunt & combattirent avec tant d'opiniâtre, qu'ils forcèrent la garnison. Comme elle n'attendoit point de quartier, elle se fit tuer sur la brèche.
IV. BIRAGUE AVOGADRO, (Jean-Baptiste) Génois, se distingua en 1640 par ses connoirs. fances en histoire & en jurisprudence. Son ouvrage le plus estimé est une *Histoire des Arabes d'Afrique*. Elle a été traduite en françois.
BIRCH, (Thomas) né à Londres le 23 novembre 1703, d'un Quaker, abandonna cette fette, & fut chapelain du Lord Kilmarnok, exécuté en 1746, parce qu'il favorisait les intérêts des *Stuards*. Les sciences l'occupèrent encore plus que les fonctions ecclésiastiques, & la société royale dont il étoit membre, le choisit pour son secrétaire en 1752. Il publia l'*Histoire* de cette société illustre, Londres 1756, 4 volumes in-4.º On a encore de lui: I. *Dictionnaire historique & critique* en anglais de 1734 à 1741, 10 vol. in-folio. *Bernard, Lokman, Sale*, lui fournirent de bons articles pour l'Histoire orientale. Il y a aussi des Mémoires curieux sur divers personnages célèbres d'Angleterre. *Chauffépié* a beaucoup profité de cette compilation, plus savante que bien écrite, dans son *Supplément de Bayle*. II. *Vie de Bayle*, 1744, in-8.º III. *Portraits* des hommes illustrés de la Grande-Bretagne, gravés par *Houbraken*, avec une *Notice* de leur vie & de leur caractère, 1747 à 1752, deux volumes in-folio. IV. *Mémoires sur le règne d'Élisabeth*, 1754, 2 vol. in-4.º *Birch* étoit curé de Depden dans le comté d'Essée lorsqu'il mourut, le 9 janvier 1766, à soixante-trois ans.
BIRCK, *Voyer* BETULÉE.
BIREN, (Jean-Ernest) petit-fils d'un piqueur des écuries de Jacques III, duc de Courlande, devint le favori d'*Anne Iwanowa*, ducheffe de Courlande, qui, après la mort de son époux, fut appelée au trône de Russie. Cette princeffe avoit promis aux députés des Russies qui lui avoient offert la couronne, qu'elle n'amèneroit pas *Biren* à Petersbourg; mais il y parut bientôt, & y exerça un pouvoir despotique, donnant tous les emplois à ses créatures, exilant ou condamnant à la mort ses ennemis. La famille d'*Algourouk* devint sur-tout sa victime; deux princes de cette maison périrent sur la roue, deux furent écartelés, trois autres eurent la tête tranchée, & les moindres allus furent dépouilles de leurs biens & relégués loin de Moscou. Au milieu des cruautés exercées par ce favori, les courtisans portoient sa santé à genoux, en disant: « Malédiction à quiconque n'est pas vrai, sincère & fidèle ami de monseigneur le duc de *Biren*. » Celui-ci obtint de l'impératrice le cordon de Saint-André, & se servit de sa protection pour devenir duc de Courlande, en 1737. Pour prolonger son empire tyrannique, il l'obligea de désigner *Iwan VI* pour son fuscesseur, au lieu de la mère de ce prince à laquelle la couronne impériale fembloit appartenir. Après la mort d'*Anne*, l'impératrice *Élisabeth* exila *Biren* en Sibérie, d'où *Pierre III* le rappela. Il rentra dans le duché de Courlande, qu'il céda quelque temps après à son fils. Il mourut haï & peu estimé, avec la réputation d'un homme qui n'avoit d'un ministre que l'adresse & l'ambition, & qui rendoit cette ambition odieuse par son caractère cruel & atroce. Les larmes mêmes d'*Anne* ne pouvoient pas le toucher; & malgré les prières de cette princeffe, plus de vingt mille hommes exilés en Sibérie, ou dans des déferts affreux, furent les victimes de sa barbarie.
BIRGE, *Voy. BERGE.*
BIRMAH, (Mythol.) divinité Indienne, & le premier des anges créés par l'Être suprême, étoit chargé d'exécuter les actes de puissance & de gloire, à la différence de *Bifnou*, le second ange crée, dont la fonction étoit d'exécuter les actes de clémence & de bonté.
BIROAT, (Jacques) né à Bordeaux, entra dans la compagnie de Jésus, & paffa ensuite dans l'ordre de Cluni. Son talent pour la chaire lui fit une réputation étendue. Il devint prieur de Beufan, de l'ordre de Cluni, conseiller & prédicateur du roi, & mourut vers l'an 1666. Nous avons de lui des *Sermons* & des *Panégyriques*, en plusieurs volumes in-8°, qui font aujourd'hui le rebut de la chaire. On sent que l'auteur possédoit la théologie; mais on sent aussi qu'il avoit conservé la marche de l'école. Il s'épuise en divisions & en soudivisions : chaque discours est divisé en trois parties, & chaque partie en trois séchions. — I. BIRON, (Armand de Gontault, baron de) d'une famille ancienne de Périgord, fut page de la reine *Marguerite* de Navarre. Choisi par le maréchal de *Brissac* pour porter le guidon de sa compagnie de cent hommes d'armes, il signala sa valeur dans les guerres de Piémont. Une blessure qu'il reçut à la jambe pendant le siège du fort Marin, le rendit boiteux pour le reste de ses jours. Le feu des guerres civiles s'étant allumé, il se distingua par son courage & sa prudence aux batailles de Dreux, de Saint-Denis, de Moncontour. Ses exploits furent récompensés par le bâton de maréchal de France en 1577, & ensuite par la lieu- lieu-tenance générale de Guienne, où il remporta divers avantages sur les Retormés. Il avoit été nommé huit ans auparavant, en 1569, grand-maître de l'artillerie. Cette place le fauva du massacre de la *Saint-Barthélemi*, parce que, s'étant mis en état de défense, il intimida ceux qui auroient osé l'attaquer, & il garantit ainsi plusieurs de ses amis retirés chez lui. L'année suivante il négocia la paix avec les Calvinistes, & fut secondé par *Henri de Mesmes*. (*Voyer* II. MESMES.) En 1583, *Henri III* l'envoya dans les pays-Bas pour secourir le duc d'Alençon; mais il y fut désobé par le duc de Parme. Après la mort funeste du roi, il fut un des premiers qui reconnurent *Henri IV*. Il le servit utilement aux journées d'Acques, d'Ivri, &c., & lui fournit une partie de la Normandie. Il fut tué au siège d'Épernai en Champagne, d'un coup de canon, le 26 juillet 1592, âgé de 65 ans selon les uns, & de 68 selon les autres. Il avoit commandé dans sept batailles, & sept blessures qu'il en rapporta, étoient des preuves non équivoques de sa bravoure. Il n'en aimoit pas moins les livres, & il avoit soin d'écrire sur ses tablettes ce qu'il lisoit de meilleur ou de plus piquant. Il avoit composé des *Commentaires*, dont l'historien de Thou regrette la perte. Il étoit fort zélé pour la religion Catholique. Ce fut lui qui diffuada *Henri IV* de se retirer en Angleterre ou à la Rochelle, & qui lui perfuada de tenir tête au duc de Mayenne. Il fut le parrain du cardinal de *Richelieu*, & lui donna son nom d'*Armand*. Il se glorifioit d'avoir passé par tous les grades, depuis celui de soldat jusqu'à celui de général : il disoit que c'étoit ainsi qu'il falloit devenir ma- réchal de France. Sa devise étoit une mèche allumée, avec ces mots : *PERIT, SED IN ARMIS*. La sévérité est l'âme de la discipline ; le maréchal de *Biron* ne pardonnoit jamais les fautes militaires, quoiqu'il dissimulat toutes les autres. Durant les guerres de religion, *Biron* vouloit faire brûler une maison. L'officier qu'il en chargeoit, craignant d'être un jour recherché, demanda qu'on lui donnât l'ordre par écrit. *Ah corbleu !* dit *Biron*, *êtes-vous de ces gens qui craignent tant la Justice ? Je vous casse ; jamais vous ne me servirez : car tout homme de guerre, qui craint une plume, craint mieux une épée.* — *Biron* fit, dans une marche, une chute de cheval, qui le mit dans l'impossibilité de continuer à commander l'armée. Pour ne blesser aucuns de ceux qui, suivant l'usage de ce temps-là, pouvoient prétendre au commandement, il leur laissa le choix d'un chef : ils donnèrent leurs voix au duc de *Biron* son fils, qui n'avoit que quinze ans. Le maréchal de *Biron* ayant été fait en 1581 chevalier du Saint-Esprit, affecta de ne produire que peu de titres. Il allégua ses exploits comme la preuve la plus authentique de sa noblesse. *Il n'apportera*, dit *Brantôme*, *que cinq ou six titres fort antiques*, & les présentant au roi & à messieurs les commissaires & inquisiteurs : *Sire*, dit-il, *voilà ma noblesse ici comprise*. Puis mettant la main sur son épée : *Mais*, *Sire*, ajouta-t-il, *la voici encore mieux*. Indépendamment de *Charles* qui fuit, le maréchal de *Biron*, eut un autre fils qui a continué sa postérité. — II. BIRON, (Charles de Gontault, duc de ) fils du précédent, pair, amiral & maréchal de France, fut confident & favori de *Henri IV*. Ce monarque érigea en sa faveur la baronnie de *Biron* en duché-pairie. Il se distingua dans toutes les occasions. A la bataille d'Ivri, donnée en 1590, il commandoit le corps de réserve. Borné par sa position à faire bonne contenance, il ne se battit point, parce qu'il ne devoit pas le faire. *SIRE*, dit-il à *Henri IV*, qui avoit montré la plus grande bravoure dans cette journée : *Vous avez fait mon personnage, & j'ai fait le vôtre*. Le baron de *Biron*, son fils, fit aussi des prodiges de valeur. *Henri IV*, trestouché des preuves qu'il avoit données de son courage, écrivit au maréchal : *Quoique vous soyez la père, vous n'aimez pas tant votre fils que moi. Je puis dire de lui & de moi, TEL MAITRE, TEL VALET*. Le maréchal ne se signala pas moins aux sièges de Paris & de Rouen, & au combat d'Aumale en 1594. Il fut blessé la même année au combat de Fontaine - Françoise. Le roi le dégagea lui-même, dans cette journée, du milieu des arquebuses, le trouvant tout percé de coups d'épée. Il se signala encore contre l'Espagne aux sièges d'Amiens, de Bourg en Bresse. Il fut ambassadeur en Angleterre, à Bruxelles & en Suisse. Le roi le combla de bienfaits : mais le maréchal eut la lâcheté de conspirer contre son maître. Lorsque le duc de Savoie vint en France, *Biron* se lia étroitement avec lui, malgré l'avis d'*Henri IV*, qui lui dit un jour : *Ne laissez point approcher cet homme-là de vous ; c'est une peste, il vous perdra*. Cette prophétie s'accomplit bientôt. *Biron* traita secrètement avec la Savoie & l'Espagne, qui le flattoient de la souveraineté du duché de Bourgogne & de la Franche-Comté, qu'on devoit lui donner pour dor d'une fille du roi d'Espagne, qu'on prometroit de lui faire épouser. Son dessein fut découvert par un gentilhomme nommé Lafin, qui le trahit indignement : Voyez v. FEVRE. Des que le maréchal fut arrêté, il désavoua les projets qu'on lui prêtoit, & s'en déclara coupable ensuite, avec une foi- blesse qui ne répondoit gueres au courage qu'il avoit montré. Il fut condamné à avoir la tête tranchée, & cet arrêt fut exécuté le 31 juillet 1602. Les parens de Biron deman- dèrent sa grace, & pour toucher le roi, ils parlerent de l'igno- minie que le supplice du cou- pable feroit rejaillir sur eux. Henri IV répondit : De pareilles punitions ne déshonorent pas les fa- milles. Je n'ai pas honte d'être des- cendu des Armagnacs & du comte de Saint-Pol, qui ont péri sur l'échafaud. Biron fut décapité à la Bastille, parce qu'on redoutoit une émeute. Foible & furieux dans les derniers instans, il ne conserva pas cette dignité qui rend le malheur ref- pectable, & il eut la double honte d'avoir mérité la mort, & de ne savoir pas mourir. Qu'on ne m'ap- proche pas, s'écria-t-il, en jurant sur l'échafaud; Si l'on me met en fougue, j'étranglerai la moitié de ce qui est ici. On trouve une longue relation de la conspiration de Biron, & de son jugement dans les Mémoires secrets, tirés des ar- chives des souverains de l'Eu- rope, & dans le Dictionnaire de Robinet, au mot Biron. Ce ma- réchal étoit fort gros, & de taille médiocre. Il avoit une physio- nomie funeste, les yeux enfoncés, la tête petite & remplie de desseins extravagans. Sa passion pour le jeu étoit extrême; il y perdit, dans une année, plus de cinq cent mille écus. Jamais homme ne fut plus vain. Il ne cessoit de dire du bien de lui-même, & du mal des autres. Il n'avoit pas honte de se préférer aux plus grands capitaines de l'antiquité. Henri IV disoit des deux maré- chaux de Biron, qu'il avoit eu beaucoup à souffrir de l'ivrognerie du père, & des incartades du fils. Celui- ci parloit du roi sans aucun mé- nagement. Il disoit en présence de tous les courtisans, qu'il étoit d'une avarice épouvantable pour les choses nécessaires, & d'une prodigalité sans exemple pour ses amours. Au siège d'Amiens, Biron lui dit tout haut, qu'il avoit grand tort d'y avoir amené sa mai- tresse, & que ce scandale faisoit murmurer les soldats, & les ren- doit moins ardens à le servir. Quelques historiens pensent malgré cela, que Henri IV devoit par- donner à Biron, qui avoit été son intime ami, son compagnon de fortune, son frère d'armes. Mais le maréchal avoit des défauts que les rois ne pardonnent guères : il avoit trop d'amour propre pour ménager toujours celui du mo- narque, & les blessures faites à l'orgueil, sont les plus profondes. «Le maréchal de Biron, dit le La- boureur, étoit d'un esprit fier & hautain, & presque ingouvernable, ne se plaisant qu'aux choses dif- ficiles & presque impossibles. Il envooit toute la grandeur d'autrui; & la jalousie qu'il portoit au duc de Montmorency, à cause de sa charge de connétable, s'étendit jusqu'à Louise de Budos sa femme. Il lui fit parler de mariage, son mari vivant, comme celui qui croyoit devoir être son successeur, & la partie étoit faite entre eux: mais le connétable leur survé- cut. » A ce portrait nous join- drons celui que l'intéressant au- teur de l'Intrigue du Cabinet, sous Henri IV & Louis XIII, a tracé de Biron. « Il fut mal élevé, Cal- viniste d'abord par son éducation, ensuite Catholique par convenance; à seize ans il avoit déjà changé deux fois de religion, & il n'eut toute sa vie que de l'indifférence pour l'une & pour l'autre doctrine. Quant aux principes de morale, ces principes qui rendent la subordination respectable, & qui établissent la sainteté des devoirs envers le prince & la patrie, Biron, ou les ignora, ou les méprisa comme au-dessous de lui. On l'accoutuma de bonne heure à faire plier la règle sous ses goûts & ses intérêts. Toujours victorieux à la guerre, constamment heureux dans ses entreprises, redouté dans la société, & jamais contredit, excusé sur ses fautes, applaudi dans ses succès, il devint fougueux, opiniâtre, présomptueux. Il auroit voulu se rendre le centre de tout, & que rien, disoit-il à Henri IV, par autre que lui n'eût été fait. Sa langue, comme celle de tous les gens vains, étoit fort légère. Le roi l'excusa long-temps; & quand on venoit lui rapporter les propos inconsidérés du maréchal, propos qui tomboient quelquefois directement sur le monarque, sur ses mœurs, sur son gouvernement, Henri répondoit : Je crois bien tous ces langages du maréchal; mais il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre, ses rodomontades, jactances & vanités. Il faut en supporter, comme d'un homme qui ne fait pas plus s'empêcher de mal dire d'autrui & de se vanter excessivement lui-même, que de bien faire lorsqu'il se trouve en une occasion, le cul sur la selle & l'épée à la main. Il lui auroit fallu une continuation d'occupations attachantes, telles que la guerre en fournit; faute de cela il donna dans tous les excès du luxe, dans toutes les dépenses. L'énormité de ses pertes au jeu l'effrayoit lui-même. Je ne fais, disoit-il, si je mourrai sur un échaud; mais je fais bien qu'au moins je mourrai à l'hôpital : funeſte alternative, qui en effet attend quelquefois les joueurs effrénés! Biron éprouva que, du gros jeu au crime, il n'y a souvent qu'un pas. Livré à ses réflexions, après de grandes pertes, il s'irritoit contre le roi, qui le laifſoit manquer d'argent. Il blâmoit son avarice & son ingratitude : jamais, à l'en croire, le monarque n'avoit assez payé ses services. Il regrettoit ces temps de troubles, où les pillages remplifſoient les vides de sa prodigalité; & pour fournir à ses profusions, tout lui paroifſoit permis, dût-il replonger le royaume dans les horreurs de la guerre civile, dont sa valeur avoit contribué à le tirer. « Voyez la Relation de son procès, par Jacques de la Guise : elle est curieuse. — Louis-Antoine de Gontault, duc de Biron, maréchal de France, & colonel du régiment des Gardes-Françoïes, né le 2 février 1701, & mort le 29 octobre 1788, étoit de la même famille. Il ne laifſa point d'enfants, de son mariage avec Pauline Françoise de la Rochefoucault de Roye. La bravoure & la bonté formoient son caractère. Il introduisit une excellente discipline dans le régiment confié à ses soins, pourvut à l'éducation des enfants destinés à y entrer, & fonda un hôpital pour les foldats malades. Son père, Charles Armand, fut maréchal de France comme lui, & mourut à Paris en 1756.
III. BIRON, (Armand-Louis de Gontault, duc de) colonel des huffards de Laufun, fut député aux États-généraux de 1789, & s'y montra un chaud paruſan du du duc d'Orléans. Nommé commandant de l'Île de Corfe, puis général de l'armée de Savoie, & ensuite de celle de la Vendée, il n'eut ni fucces ni revers éclatans. Le duc de Biron renfermé à Sainte-Pélagie, traduit devant le tribunal révolutionnaire, y fut condamné à mort, à l'âge de 46 ans, pour avoir laissé son armée dans l'inaction, & favorisé les Vendéens. Lorsqu'il descendit pour aller à l'échafaud, le 22 décembre 1793, il salua les prisonniers avec grace, & leur dit : Adieu, mes amis; c'est fini pour moi, je m'en vais. Le duc de Biron possédoit peu le talent oratoire; mais il avoit de la dignité dans le maintien, & une physionomie noble & intéressante. Sa foiblessie le jeta dans le parti des factieux; elle le porta jusqu'à arrêter lui-même le jeune duc de Montpensier, dont il étoit l'ami, pour l'envoyer sous une forte escorte, dans les prisons de Marseille.
BISAGNI, (François) né à Messine, chevalier de Malte, a publié en 1642, un Traité italien sur la peinture, où les préceptes sont judicieux, & l'érudition bien choisie.
BISALTIS, (Mythol.) nymphe d'une beauté singulière, fut enlevée par Neptune, & changée par ce dieu, en brebis, pour la dérober aux poursuites de ses nombreux amans. Sous cette forme, elle devint mère du bélier qui porta Phryxus à Colchos, & dont la toison a été rendue si célèbre par l'expédition des Argonautes.
BISATIMA, veuve d'un riche Vifir, s'étoit retirée dans l'île d'Ormus. Ferragut - Schak, qui régoit sur la Perfe, en 1596, en devint amoureux. Pour se délivrer de sa poursuite, elle lui promit de l'épouser lorsqu'il auroit découvert, pour les besoins de la ville de Turon-Puka, une autre source d'eau douce que celle qui arrefoit les vergers du souverain. Elle croyoit la chose impossible; cependant, le roi trouva une eau de source, & la fit passer dans une fontaine publique, mais Bifatima ne voulut point remplir sa promesse.
BISCHOP, (Nicolas) célèbre imprimeur de Basle, beau-frère de Froben, a donné d'anciennes éditions qui sont correctes & recherchées. Gessier lui dedia le dernier livre de ses Pandectes. Il avoit pris pour devise une croise, surmontée d'une grue, symbole de la vigilance.
BISCIOLA, (Lelius) Jésuite de Modène, mort à Ferrare en 1613, est auteur d'un Abrégé des Annales Ecclésiastiques de Baronius. Son frère, Jésuite comme lui, a laissé divers Ouvrages de piété & de controverse.
BISCIONI, (Antoine-Marie) chanoine italien, & bibliothécaire de Florence, a été l'éditeur de plusieurs écrits auxquels il a ajouté des notes & de savantes observations. Il a publié aussi les poésies de Lafea, les ouvrages en prose du Dante, de Bocace, de Borghini, &c. Il est mort au mois de mai 1756.
BISSI, Voyez THIARD.
BISSO, (François) de Pallerme, se rendit célèbre dans l'exercice de la médecine, & fut nommé par Philippe II, en 1581, premier médecin de Sicile. Divers écrits sur les fièvres, l'érysipèle, &c. ont prouvé son savoir. On lui doit aussi l'Oraison Funèbre du marquis de Pejcaire, vice-roi de Sicile.
BITIAS & PANDARE, deux frères, fils d'Alcamor de Troie, que leur mère Hiéra, avoit élevés dans les forêts. Ce héros à qui Enée avoit confié la défense de la nouvelle ville de Troie en Italie, comptant trop sur leur courage, & voulant braver Turnus & les Rutules, ouvrirent une porte de la ville, & défièrent l'ennemi d'approcher. Les Rutules animés par leur Roi, vinrent fondre sur eux, les tuèrent, & se rendirent maîtres de la ville.
BITON, mathématicien, qui vivoit vers l'an 335 avant J. C. a composé un Traité des machines de guerre, que l'on trouve dans les Mathematici Veteres, Paris 1593, in - fol.
BIZARI, (Pierre) historien Italien, qui vivoit en 1570, a laissé divers ouvrages, entr'autres, les Annales de Gênes, un Traité de optimo Principe, plusieurs Poèmes & Opuscules en vers latins, où il réussissait. I. BIZAS, fils de Céressa, & petit-fils d'Inachus, roi d'Argos, est regardé comme le fondateur de Byzance, l'ancienne Constantinople.
II. BIZAS, sculpteur Grec de l'île de Naxos, imagina de tailler le marbre en forme de tuile, pour en couvrir les temples. Il vivoit 560 ans avant J. C.
BIZOT, (Pierre) chanoine de Saint-Sauveur d'Hérisson, dans le diocèse de Bourges, est auteur de l'Histoire Mérallique de la République de Hollande, imprimée in-fol. à Paris, en 1687; & réimprimée par Pierre Mortier, à Amsterdam 1688, en 3 vol. in - 8.º Cette édition est très - belle. L'Histoire de Bizot la méritait; elle est curieuse & intéressante. Mais celle de Vanloom, 1732, 5 vol. in-folio, est beaucoup plus complète. Il mourut en 1696, âgé de 66 ans.
BLACAS, baron & troubadour de Provence, fit l'amour & la guerre, aima la magnificence, la gloire, le chant & le plaisir. Personne n'eut jamais autant de joie à recevoir que lui à donner. Il étoit originaire d'Aragon. Il nous reste de lui, un petit nombre de pièces mutilées & assez obscènes. Sordel, son contemporain, fit en vers son Oraison Funèbre. Son fils, surnommé Blacasse, suivit ses traces, & fut un bon troubadour. Sa maîtresse se fit religieuse; Blacasse suivit alors Charles d'Anjou à la conquête de Naples, & s'y distingua par son courage. Il mourut en 1300, après avoir composé un livre intitulé: Manière de bien guetroyer, dont il fit présent au duc de Calabre.
BLACKALL, (Offspring) théologien; il naquit à Londres en 1654, fut évêque d'Excefter, & se fit estimer par sa candeur & sa probité. Il mourut dans son évêché en 1716. Il passe pour un des bons prédicateurs d'Angleterre. Ses Sermons ont été imprimés en 2 vol. in-folio.
BLACKE, Voyet BLAKE.
BLACKSTONE, (Guillaume) — né à Londres en 1723, fut nommé professeur en droit à Oxford, où ses leçons lui attirèrent tant d'applaudissemens, qu'il fut invité à en faire la lecture au prince de Galles, depuis Georges III; mais comme son auditoire étoit très-nombreux, il crut ne pouvoir pas déférer à cette demande, & se contenta d'envoyer des copies de plusieurs de ses leçons au prince, B L A 323 qui, loin de se formaliser d'un refus dont le motif étoit si louable, fit remettre à Blackstone une récompense pour ces copies. Il mourut le 24 février 1780, laissant une veuve & une nombreuse famille qui se ressentirent de la générosité & des bienfaits du roi. La célébrité de Blackstone est particulièrement due à un grand Commentaire sur les Lois Angloises, 1765, & années suivantes, 4 vol. in 8°, traduit en françois, Bruxelles, sur la 4e édition angloise d'Oxford, 1774, 6 vol. in 8°. Son Code criminel a été traduit par l'abbé Coyer, 2 vol. in 8°. Si l'on doit juger des lois par leurs effets, peut-être que ce code ne méritait point les éloges que des Anglomanes lui ont prodigués. On a encore de ce jurisconsulte: Rapport des Cas jugés en différentes Cours de Westminster-Halle, depuis 1746 jusqu'en 1779, Londres 1781, 2 vol. in-fol. I. BLACKWEL, (Thomas) savant Ecoffois, mort à Edimbourg en 1757, à 56 ans, étoit principal de l'université d'Aberdeen dont il changea entièrement le plan d'éducation. Il secoua l'ancien joug scolastique avec tant de succès, qu'on accouroit de toutes les provinces du royaume pour étudier dans cette université florissante. A ces travaux académiques, il joignit ceux du cabinet. Nous avons de lui : Les Mémoires de la Cour d'Auguste, 3 vol. in 4°, traduits ou imités par Feutri, 3 vol. in 12, 1781. Cet ouvrage décele un vrai savant, qui joignoit à une connoissance exacte de l'histoire Romaine, les réflexions profondes sur la constitution de son gouvernement, & des sentimens vertueux. Ces sentimens étoient dans son cœur, & sa conduite étoit conforme à ses maximés. « Il est infame, écrivoit-il à son traducteur, d'écrire bien & de vivre mal, comme Salluste, Bolyngbrocke, & tant d'autres. » On a encore de lui : Recherches sur Homère, 1757, in 8°. L'auteur écrivoit avec plus d'érudition que de grace; & c'est peut-être la raison du peu de succès de ses ouvrages en France.
II. BLACKWEL, (Alexandre) né à Aberdeen, d'un marchand, étudia la médecine à Leyde, sous Buehaave, & alla en 1740, exercer son art en Suède. Il ne se borne pas au talent de guérir; il dessécha des marais, & obtint une pension du gouvernement. Mais ayant trempé dans la conjuration du comte de Iessin, il fut decapité le 9 août 1748. On a de lui, en Anglois, l'Herbier curieux, ou Description des Plantes les plus usitées en Médecine, gravées d'après le naturel, par Elifobesh BLACKWEL, 1739, 2 vol. in-fol. Il y a des exemplaires enluminés, que les curieux recherchent.
BLACWOOD, (Adam) né à Dumfermeling, ville d'Ecosse en 1539, mort en 1613, suivit en France l'infortunée Marie Stuart, & devint conseiller au préfiable de Poitiers. Il est auteur de deux écrits, le premier est une Réponse à Buchanan, qui avoit attaqué violemment Marie dans ses écrits. Le second est une Histoire de la mort de cette reine, qu'il qualifie de martyre.
BLAEU ou JANSSON, (Guillaume) disciple & ami intime de Tycho-Brahé, s'est fait un nom célèbre par ses ouvrages géographiques & ses impressions. Il employoit, pour la composition de ses Atlas, les plus savants géographes & les meilleurs ouvriers. Certaines de 324 B L A ses *Cartes* ont une netteté qui n'a pas encore été surpassée. On a de lui un *ATLAS* ou *Théâtre du Monde*, en 3 vol. in-fol. Amsterdam 1638; un *Traité des Globes*, &c. Cet excellent imprimeur mourut à Amsterdam sa patrie en 1638, âgé de 67 ans. Ses deux fils *Jean* & *Corneille* donnèrent en 1663 une nouvelle édition de l'*Atlas* de leur père, en 14 vol. in-fol : l'*Atlas Céleste* & le *Maritime*, formant chacun un volume, y font compris. Cette collection se vend fort cher, sur-tout lorsque les cartes font enluminées. Un incendie où ils perdirent presque tout leur fond de librairie, ne contribua pas à faire donner ce livre à meilleur marché. *Jean Blaeu* est encore auteur des dessins du *Nouveau Théâtre d'Italie*, Amsterdam 1704, 4 vol. in-fol. avec figures.
BLAGRAVE, (Jean) savant mathématicien Anglois, a publié divers ouvrages, parmi lesquels on distingue un *Traité de Gnomonique* en 2 vol. in-4°, 1600, & celui intitulé *Astrolabium Uranicum generale*, 1596, in-4°. Cet auteur est mort le 9 août 1611.
BLAINVILLE, *Voy. MOTOREL*. — BLAIR, (Jacques) ministre protestant, natif d'Écosse, passa dans la Virginie, où il devint curé de Williamsbourg & président de la colonie, place qu'il occupa pendant 50 ans. Il mourut très-vieux en 1743. Ses *Sermons* imprimés en 4 vol. in-8°, Londres 1742, ont été traduits en françois, Paris 1785 & 1786, 3 vol. in-8°. Quoique solides, ils n'ont pas été fort recherchés par nos prédicateurs. — Il ne faut pas le confondre avec *Jean BLAIR*, autre Écossois, membre de la société royale, & chapelain de la princesse douairière de *Galles* 2 mort en 1782, dont nous avons cinquante-fix *Tables chronologiques*, depuis la création jusqu'en 1753, avec des explications & des cartes géographiques, Londres, 1768. Elles ont été très-bien traduites en françois, in-4°, 1797, par *Chantreau*, qui les a continuées jusqu'en 1795.
BLAISE, (S.) fut, à ce qu'on croit, évêque de Sébaste, où il souffrit le martyre vers l'an 316. On ne fait rien de certain sur ce martyr. L'opinion où étoient les fidèles de l'église Grecque, qu'il guérissoit les maladies des enfans & des bestiaux, répandit son culte dans tout l'Orient. Ce culte passa en Occident, où on lui éleva une multitude prodigieuse de temples & d'autres. On se disputa ses reliques à un tel point, « qu'on s'est trouvé réduit, pour ne pas contrister les peuples, dit *Baillet*, de supposer plusieurs Saints du nom de *Blaise*. » Celui qui est honoré comme évêque de Sébaste, est patron titulaire de la République de Raguse.
BLAKE, (Robert) naquit à Bridgewater, dans la province de Sommerfer, en août, 1599. Son père etoit marchand, quoiqu'il fut d'une des meilleures familles de son pays. Il donna une excellente éducation à son fils, dont les talens furent long-temps ignorés. Enfin, les différends entre le roi & les deux chambres ayant allumé la guerre, il leva une compagnie de dragons pour le parlement. Il servit ensuite sur mer, &, de grade en grade, il parvint à la place d'amiral d'Angleterre pour les parlementaires en 1649, après le comte de Warwick, & se signala plusieurs fois contre les Hollandois. Il battit ensuite Tunis à coupe B L A 325 de canon en 1655, brûla neuf vaiffeaux Turcs qui y étoient en rade, & ayant débarqué avec mille deux cents hommes, il tailla en pièces trois mille Tunisiens. Il s'avança ensuite vers Alger & Tripoli, & fit donner la liberté à tous les esclaves Anglois. De là il fit voile pour Malte, afin de demander aux chevaliers la restitution des effets que leurs armateurs avoient pris sur les Anglois. Il eut le même succès qu'à Tripoli, à Alger & à Tunis. Tant d'avantages remportés dans la Méditerranée, obligèrent les princes d'Italie à rechercher l'alliance de Cromwel. Les Venetiens & le grand-duc de Toscane, lui envoyerent de magnifiques ambaffades, & firent avec lui des traités honorables pour l'Angleterre. Grégoire Lévi nous apprend, dans la Vie de Cromwel, que l'arrivée de Blacke sur les côtes d'Italie, jetaitement l'épouvante, que le pape même trembloit au Vatican. En 1657, il remporta une victoire signalée sur les Espagnols, devant Santa-Crux, & leur enleva les trésors avec lesquels ils pouvoient soutenir la guerre. Mais il tomba malade en retournant en Angleterre, & mourut devant Plimouth, le 17 d'août 1657. Le comte de Clarendon dit : « Qu'il fut le premier qui abandonna l'ancien usage, & fit voir que la science de la marine pouvoit être acquise en moins de temps qu'on ne l'imaginoit. Il mépritait les règles qui avoient été long-temps en pratique pour préserver ses navires & ses gens de tout danger, ce qui autrefois passait pour le fruit d'une grande habileté; comme si la principale science requise à un capitaine de vaiffeau, avoit été de trouver le moyen de revenir sain & sauf. » Se montrant le père de ses soldats & de ses matelots, & ne leur commandant rien qu'il ne fit lui-même, il donna le premier sur la mer l'exemple des exploits les plus hardis & les moins espérés. Blacke avoit de la piete à la maniere de son temps. Il auroit même été sujet fidèle, si la faction dominante ne l'avoit entraîné. Il blâmoit hautement ceux qui projetaient de faire mourir Charles I. Il disoit souvent pendant qu'on traitoit cette malheureuse affaire, qu'il risqueroit aussi hardiment sa vie pour sauver celle du Roi, qu'il l'avoit exposée pour le service du Parlement. Il étoit si désintéressé, que, malgré les occasions qu'il eut de s'enrichir, il ne laissa pas en mourant cinq cents livres sterlings de plus qu'il n'avoit hérité de son père. Il avoit enlevé aux ennemis de l'Etat plusieurs millions; mais il remit tout le fruit de ses conquêtes au trésor public.
BLAMONT, (François-Colin de) chevalier de l'ordre de Saint-Michel, surintendant de la musique du roi, & maître de celle de sa chambre, mérita ces distinctions par ses talens. Sa composition est élégante, & ne laisse rien à désirer. On se souviendra long-temps de Didon, & des Fêtes Grecques & Romaines. — Blamont étoit né à Versailles en 1690, & y mourut en 1760.
BLAMPIN, (Thomas) né l'an 1640, a Noyon en Picardie, Bénédictin de Saint-Maur en 1665, visiteur de la province de Bourgogne en 1708, mourut à Saint-Benoit-sur-Loire en 1710. C'est à lui que l'Eglise est redevable de la belle édition des Œuvres de S. Augustein: Voyez l'article de ce Père. Dom Blampin fut joindre à la pénétration d'esprit un jugement exquis, à l'application au travail beaucoup d'affiditude aux prières communes, & à une éru- dition profonde une rare modestie. I. BLANC, (Jean) bourgeois noble de Perpignan, se trouva premier consul, lorsque les Fran- çois en firent le siège en 1474. Son fils unique ayant été pris dans une sortie, les généraux en- nemis lui firent dire, « que s'il ne rendoit la place, ils le feroient maffacrer à ses yeux. » Il leur fit répondre: « Que sa fidélité pour son maître étoit supérieure à sa tendreffe pour son fils; & que s'il leur manquoit des armes pour lui ôter la vie, il leur enverroit son propre poignard. » Jean Blanc perdit, par cette générosité, son fils unique. Le roi d'Aragon Jean II, lui ayant permis d'ouvrir les portes de la place, plutôt que de l'expofer aux dernières extrémités de la guerre, il ne se rendit pourtant que huit mois après. On souffrit, dans ce siège, tout ce que la faim a de plus cruel: les chevaux, les chiens, les rats, les cuirs, &c. fervirent de nourriture aux affié- gés. Cette défense immortalisa Jean Blanc, & mérita à Perpignan le titre de très-fidèle.
II. BLANC, (François le) gentilhomme du dauphiné, plein de feu & d'esprit, mais d'un ca- ractère très-mélancolique, mort à Versailles en 1698, est connu par un Traité des Monnoies de France, Paris 1690, in-4.º figures, qui est recherche. On y joint ordinai- rement la Dissertation sur les Mon- noies de Charlemagne & de ses ju- cesseurs, frappés dans Rome, qu'il avoit fait paroître l'année précé- dente. L'un & l'autre ont été réim- primés à Amsterdam, en 1692, in-4.º Cette édition est moins es- timée que celle de Paris. Les con- noissances de le Blanc l'avoient fait choisir pour enseigner l'hif- toire aux Enfans de France; mais il mourut subitement, avant que d'avoir rempli cet emploi.
III. BLANC, (Claude le) in- tendant d. Bordeaux & de Dun- kerque, secrétaire d'état au dépar- tement de la guerre en 1718, fut mis à la Bastille en 1723, pour des sommes confidérables dont on vouloit lui faire rendre compte, & taxe à la restitution de près de huit millions. Il en fut déchargé en 1725, rentra dans la place de secrétaire d'état, sous le cardinal de Fleuri, & fut ministre de la ma- rine. Il mourut en 1728. Son mé- rite, son expérience, son affabi- lité pour les militaires, le firent regrétier. Plusieurs historiens le justifient des accusations qui occa- sionnerent sa disgrace & sa pri- son. Voyez PRIE. Ses frères, Céjar & Denys-Alexandre le Blanc, surent évêques d'Avranches & de Sarlat.
IV. BLANC, (Thomas le) Jé- suite de Vitri en Champagne, mort à Rheims en 1669, après avoir été provincial, étoit pieux & fa- vant. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages, qui roulent sur les devoirs des différens états: le Bon Valet; la Bonne Servante; le Bon Vigneron; le Bon Labouceur; le Bon Artifan; le Bon Riche; le Bon Pauvre; le Bon Écolier; le Soldat généreux, &c. Mais le livre qui lui a fait le plus de réputa- tion, est un ample Commentaire sur les Pseaumes sous ce titre: Analyfis Pja'morum Davidicorum, Lyon 1665, in-fol. en 6 volumes, & Cologne 1681, in-fol. L'au- teur ne se borne pas à rapporter le sens littéral; il entre dans tous les sens mystiques des différens commentateurs, & des lors on doit être étonné qu'il se soit ré- duit à 6 vol. in-fol. V. BLANC, (Horace le) peintre de Lyon, embellit les églises & les édifices de sa patrie de plusieurs de ses Ouvrages qui font estimés. Après avoir été élève de Lanfranc, il embraffa le genre du chevalier d'Arpin. Son principal talent fut dans le portrait, où il excella pour la ressemblance. Il précéda Thomas Blanchet dans la place de peintre de la ville de Lyon. Dans cette ville, le Petit Cloître des Chartreux, fut peint à fresque par lui; mais son chef-d'œuvre fut une Sépulture de Jésus dans l'église des Carmélites.
VI. BLANC, (Jean-Bernard le) historiographe des bâtiments de l'académie de la Cruïca, de celle des Arcades de Rome, naquit à Dijon en 1707, de parens peu accommodés des biens de la fortune. Il vint à Paris, où il se fit des amis & des protecteurs. Il voyagea à Londres & y obiint le même avantage. En 1746, Maupertuis lui offrit de la part du roi de Pruffe, une place d'homme de lettres à la cour de Berlin; mais, né avec de la philosophie & de la modération, il prétera la médiocrite dans sa patrie, aux espérances flatteuses par lesquelles on avoit voulu l'attirer. L'abbé le Blanc mourut en 1781. Sa tragédie d'Abenafid, dont le sujet est intéressant, fut bien accueillie d'abord, en 1735, malgré l'apreté de la verification; mais son succès ne se foutait point, lorsqu'elle fut remise au théâtre en 1743. Ses Élégies & ses autres Poésies, ont encore moins réussi; sa muse est dépourvue de douceur & de grace. Ce qui a le plus fait connoître l'abbé le Blanc, est le recueil de ses Lettres sur les Anglois, 1758, 3 vol. in-12: où il y a des choses bien vues, des jugemens sains, des pensées judicieuses; mais il est pesant, lourd, fécond en pensées communes, trivial dans son érudition. Il se repère, il se contredit quelquefois, & il revient trop souvent sur lui-même. Les éloges qu'il donne aux grands ou aux littérateurs auxquels il adresse ses Lettres, n'ont ni assez de légèreté, ni assez de précision, ni assez de finesse. Les Lettres de l'abbé le Blanc ne peuvent soutenir la comparaison avec le Londres de Grofley, qui a répandu dans cet ouvrage plus d'agrément & plus de sel; on doute qu'elles se réimpriment. On a encore de lui des Dialogues sur les mœurs des Anglois, 1765, in-12, la Traduction des Discours politiques de Hume, 1755, 2 vol. in-8. & quelques autres Traductions d'ouvrages anglois.
VII. BLANC, (N. le) fille Sauvage, trouvée au mois de septembre 1731, près du village de Sogny, à quatre lieues de Châlons, à l'âge d'environ dix ans. On a cru qu'elle avoit été abandonnée à la suite d'un naufrage sur les côtes de France, & que de forêt en forêt elle etoit parvenue au lieu où on la trouva. Sa force, son agilité a la course étoient étonnantes. La manière, suivant Racine le fils, dont elle couroit après les lièvres, n'offroit presque point de mouvement dans ses pieds ni dans son corps; c'étoit moins courir que glisser. Elle a passé la plus grande partie de sa vie dans un couvent de Chaillot, où les bienfaits du duc d'Orléans avoient pourvu à sa pension & à son entretien. Elle est morte vers l'an 1760, après s'être conformée avec facilité aux usages de l'état social, & avoit adopté avec zèle les principes de la religion. 328 B L A
VIII. BLANC, (Antoine de Guillet le) né à Marseille le 2 mars 1720, mort à Paris en 1799, fit ses études à Avignon, & entra dans la congregation de l'Oratoire, où il professe pendant dix ans la rhétorique. Il quitta ensuite l'Oratoire, & vint à Paris, où il n'acquit pas une grande fortune. Nommé professeur de langues anciennes dans l'une des écoles centrales de cette ville, & membre de l'Institut, il commençait à jouir d'un peu plus d'aïfance, lorsqu'il succomba à une maladie de poitrine. Les écrits de le *Blanc* font: I. *Manco-Capac*, tragédie. La vérification en est dure, & ressemble à celle de *Chapelain*; on peut en juger par ce vers : *Crois-tu de ce forfait Manco-Capac capable.* Cependant le sujet en est grand & digne du plus grand poète... Il est, dit *Condorcet*, des rapports généraux qui unissent l'homme à l'homme, indépendamment de toute institution; il y a des vices cachés dans les meilleures sociétés sur lesquels les lois n'ont pas de prise; il y a des erreurs destructives de l'humanité, & la tragédie peut, en attaquant ces vices & ces erreurs, en mettant ces rapports en action, avoir dans tous les pays un but moral qui lui donne une utilité plus durable & plus générale que celle de la tragédie grecque. C'est sous cet aspect que le *Blanc* a envisagé la tragédie dans *Manco*. Il a mis en opposition la liberté naturelle & la contrainte des lois, pour faire sentir les dangers de l'une, & la nécessité des autres pour le bonheur du genre humain; idée grande & peut-être la plus utile qu'on ait jamais présentée aux hommes. L'auteur eût dû la revêtir de meilleurs vers. *Manco-Capac*, après vingt ans de disparition, fut repris en 1778, mais il n'eut encore aucun succès. II. Les *Druides*, tragédie, 1772. Cette pièce bizarre, affranchie de toute règle, pleine de maximes hardies & philosophiques, la fit profscrire par le clergé après quelques représentations. Le goût confirma cet arrêt. Une singularité de cette pièce fut son *approbation* par l'abbé *Bargier*, l'apologiste du Christianisme. III. *L'Heureux Evénement*, comédie en trois actes. IV. *Albert I*, drame héroïque en trois actes, 1775, in-8.º V. *Virginie*, tragédie, 1786. Ces pièces offrent la même rudesse dans les vers, les mêmes négligences dans les plans. VI. *Traduction* en vers du poème de *Lucrèce*, *Sur la nature des choses*, 1788, 2 vol. in 8.º Si les vers ne peuvent se lire, les notes font instructives & attachantes, & le Discours préliminaire offre un modèle d'analyse dans le développement des systèmes de l'ancienne philosophie. VII. *Mémoires du comte de Guine*; roman fait dans la jeunesse de l'auteur. VIII. *Le Blanc* a contribué au *Conservateur*, journal ancien, qui avoit de l'intérêt, & plaisoit à l'imagination. — *Meherault*, professeur au Panthéon, a publié une *Notice biographique* sur cet auteur.
IX. BLANC, (N.) artiste renommé pour la fabrication des armes à feu, devenu entrepreneur de la manufacture nationale d'armes à Roane, est mort au commencement de l'an X. On lui doit le futil connu sous le nom de *Modèle de 1777*. Le général *Gribeauval*, inspecteur - général de l'artillerie, désirant porter dans toutes les parties de l'arme de guerre l'uniformité qu'il avoit introduite dans la groffe artillerie, l'avoit chargé de l'exécution de ce projet. *Blanc* parvint à fabriquer les platines avec une précision & une uniformité, telles que toutes les pièces prises au hasard, s'adaptent également à toutes les platines. Une expérience faite, il y a quelques années, à Paris, aux Invalides, sur les pièces nécessaires à la confection de mille platines, fut couronnée du succès le plus brillant, & lui mérita les plus grands éloges des officiers d'artillerie & de l'académie des sciences. Cette épreuve fut répétée à Paris sur les pièces de cinq cents platines. *Blanc* est mort au moment où il s'occupoit, d'après les ordres du ministre, à porter la même perfection dans toutes les autres parties de l'arme. Heureusement il a laissé après lui les types & les matrices nécessaires pour arriver à ce résultat.
BLANC, (Le) *Voyet* BEAULIEU, I. CARDAN, LEBLANC, & VALLIÈRE. I. BLANCHARD, (François) avocat Parisien, versé dans l'histoire & les généalogies, donna au public les *Éloges des premiers Présidents à mortier, & des Conseillers au Parlement de Paris*, depuis 1331; 1645, in-folio. Il publia aussi les *Maîtres des Requêtes* en 1647, in-fol. Ce livre n'a pas été fini. L'auteur mourut après l'an 1660.
II. BLANCHARD, (Guillaume) fils du précédent, célèbre avocat au parlement de Paris, consacra ses premières années à la plaidoirie. Le barreau ne l'empêcha pas de se livrer dans son cabinet à des études pénibles. Il donna 2 vol. in-fol., intitulés : *Compilation Chronologique, contenant un Recueil des Ordonnances, Edits, Déclarations & Lettres Pa-* Partentes des Rois de France, qui concernent la Justice, la Police & les Finances, depuis l'an 897 jusqu'à présent, Paris 1715, 2 volumes in-folio. Ce recueil utile lui coûta beaucoup de recherches. Il mourut en 1724, avec la réputation d'un homme savant & laborieux.
III. BLANCHARD, (Élie) né à Langres le 8 juillet 1672. Les Mémoires de l'académie des Inscriptions, dont il étoit membre, renferment plusieurs de ses *Differtations*, qui font honneur à son savoir. En 1711, *Dacier* le prit pour son élève. Il devint associé en 1714; & en 1727 il succéda, dans la place de pensionnaire, à *Boivin* le cadet. Il mourut en 1755.
IV. BLANCHARD, (Jean-Baptiste) né à Tourteron dans les Ardennes, le 12 octobre 1731, & mort le 4 prairial an 5, à l'âge de 65 ans, professa d'abord la rhétorique au collège des Jésuites de Metz & de Verdun. La douceur de son caractère, sa modestie & l'affabilité de ses manières, lui attirèrent l'estime & l'amitié de ceux qui le connurent. Après l'expulsion des Jésuites, il passa sept ans dans une retraite près de Namur, d'où il sortit pour venir finir ses jours dans sa patrie. On lui doit : I. Le *Temple des Muses*, ou *Recueil* des plus belles fables des fabulistes François. Ce choix est accompagné de remarques critiques & historiques. II. L'*Ecole des mœurs*, Lyon, Bruyère, 3 vol. in-12. Ce sont des réflexions morales & des traits historiques propres à développer les maximes de la sagesse. Cinq éditions de cet ouvrage ont prouvé combien on l'avoit jugé propre à former le cœur de la jeunesse, & à y faire germer les principes de la saine morale & de la religion. êtes trop délicats, leur répondit *SIXTE*, et les têtes de ceux qui volent le public sont d'une odeur plus insupportable. Dans le temps qu'il se livroit à une équité si sévère envers ses sujets coupables, il donnoit aux souverains des preuves de son ambition et de sa hauteur. L'ambassadeur de *Philippe II*, roi d'Espagne, lui ayant présenté la haquenée avec une bourse de sept mille ducats, pour l'hommage du royaume de Naples, fit en même temps un compliment conforme à l'ordre qu'il avoit reçu de son maître. Le pape répondit d'un ton railleur : *Que le compliment n'étoit pas mauvais, et qu'il falloit être bien eloquent, pour persuader d'échanger les charges du royaume contre un cheval. Mais, ajouta-t-il, je compte que cela ne durera pas long-temps.* Sa passion dominante étoit d'éterniser sa mémoire. Il entreprit d'abord de relever le fameux obélisque de granit, que *Cubigula* avoit fait transporter d'Espagne à Rome. Il étoit le seul qui fut resté entier : mais il se trouvoit presque enterré derrière la sacristie de l'église de St-Pierre. *Sixte-Quint* voulut le faire porter devant l'église. *Jules II* et *Paul III* avoient eu le même dessein, mais la grandeur de l'entreprise les avoit effrayés. Le nouveau pape surmonta les difficultés : il employa le nombre d'hommes et de chevaux nécessaire pour faire agir les machines destinées à mettre en place cette énorme masse, qui a plus de 100 pieds de hauteur. Il ordonna des prières solennelles ; et après quatre mois et dix jours de travail, l'obélisque fut placé sur son piédestal, et dédié par le Pape à la St. Croix. [ *Voy. II. FONTANA.* ] Après avoir achevé ce grand ouvrage, il fit déterrer trois autres obélisques, et les fit placer devant d'autres églises. Quoiqu'il aimât à amasser des trésors, le désir de s'immortaliser lui fit encore bâtir à grands frais, dans l'église de *Sainte-Marie-Majeure*, une chapelle superbe de marbre blanc, et deux tombeaux : l'un pour lui, et l'autre où il fit transporter le corps de *Pie V*, par reconnaissance des bienfaits qu'il en avoit reçus. Au commencement de l'année suivante 1586, il donna une Bulle pour défendre l'*Astrologie judiciaire*, qui étoit alors en vogue à Rome. Quelques personnes de condition s'étant amusées à cette science absurde, furent condamnées aux galères. Une Bulle, non moins sévère que cet arrêt, défendit aux Cordeliers de se faire Capucins, sous peine d'excommunication. Il fixa le nombre des cardinaux à 70, par une Bulle du 3 décembre 1586, qui a été observée par ses successeurs. Il entreprit aussi de bâtir une ville autour des Grottes du bourg de Montalte, au milieu desquelles il avoit pris naissance ; mais le terrain rendant l'exécution de ce projet impossible, il se contenta de faire bâtir cette nouvelle ville à Montalte même, dont il avoit porté le nom étant cardinal, et il l'érigea en évêché. *Sixte-Quint* donna une nouvelle forme à la congrégation du Saint-Office, établie par *Paul IV*, pour juger les Hérétiques. On le regarde, en quelque sorte, comme l'instituteur de la congrégation des Rits. La dernière année de son pontificat, il voulut réparer la célèbre Bibliothèque du Vatican. à laquelle le dernier sac de Rome avait causé un grand dommage. Il résolut de n'épargner ni soins, ni dépenses, pour la rendre la plus riche et la plus belle de l'univers. Il fit bâtir, dans la partie du Va- tican appelée Belveder, un superbe édifice pour l'y placer, et fit orner ce lieu de très-belles peintures, qui représentaient les principales actions de son pontificat, les con- ciles généraux, et les plus célèbres bibliothèques de l'antiquité. Il fit des réglemens fort sages, pour empêcher qu'elle ne fût dissipée dans la suite, par la trop grande facilité à communiquer les livres. Il fit encore bâtir près de cette Bibliothèque une très-belle Impri- mene, destinée à faire des éditions exactes et correctes de beaucoup d'ouvrages altérés par la mauvaise foi des Hérétiques, ou par l'igno- rance des Catholiques. Ces monu- mens de son savoir et de sa magni- ficence, lui font certainement plus d'honneur que la Bulle qu'il lança contre Henri III, et que l'appro- bation solennelle qu'il donna au crime détestable de Jacques Clé- ment, assassin de ce roi. [ Voy. IV. CLÉMENT. ] Cette approbation doit paroître d'autant plus extraor- dinaire, qu'on voit dans les Mé- moires de Nevers, qu'il désap- prouvoit intérieurement les en- treprises téméraires de la Ligue. Ce seigneur s'étant rendu à Rome au commencement de son pon- tificat, eut quelques conférences avec le pape sur les malheureuses affaires de France. Sixte lui dit, qu'il ne doutoit pas des bonnes intentions du cardinal de Bourbon, et de celles de ses confédérés; « mais, ajouta-t-il, en quelle école ont-ils appris qu'il faille former des partis contre un prince légitime ? Détrompez-vous, si vous voulez me croire ( conti- nua le pape ) : le roi de France u'a jamais consenti de bon cœur à vos Ligues et à vos armemens, et il les regarde comme des atten- tats contre son autorité; et bien que la nécessité de ses affaires, et la crainte d'un plus grand mal, le force à dissimuler, il ne laisse pas de vous tenir tous pour ses ennemis, et même des enne- mis plus redoutables et plus cruels, que ne sont ni les Huguenots de France, ni les autres Protestans. Je ne dis rien, que sur la con- noissance que j'ai du naturel des princes. Je crains bien fort que l'on ne pousse les choses si avant, qu'enfin le roi de France, tout catholique qu'il est, ne se voie contraint d'appeler les Huguenots à son secours pour le délivrer de la tyrannie des Catholiques. » La prophétie de Sixte Quint se vit accomplie quatre ans après. Ce pontife écoutant plus les pré- ventions injustes des Ligueurs que son propre jugement, avoit excommunié, en 1585, le roi de Navarre, si connu depuis sous le nom de Henri IV. Il l'estimoit cependant beaucoup, et ce prince lui rendoit estime pour estime; car on assure qu'il disoit : C'est un grand Pape; je veux me faire Catholique, quand ce ne seroit que pour être fils d'un tel Pere. Un travail excessif minoit peu à peu Sixte-Quint : sa dernière maladie ne put le lui faire in- terrompre. Il mourut le 27 août 1590, à 69 ans, généralement détesté. On crat qu'il avoit été empoisonné, et les médecins lui ayant ouvert le crâne, trouvèrent (dit-on) la substance du cerveau gâté par la malignité du venin qui y étoit attachee. Les douleurs de tête qui précédèrent sa mort, lui en donnèrent à lui-même quelque soupçon, et l'on rapporte qu'il dit alors à son médecin ordinaire : *Je crois que les Espagnols sont si las de me voir, qu'ils chercheront les moyens d'abréger mes jours et mon pontificat... Henri IV*, apprenant la nouvelle de cette mort, ne put s'empêcher de dire, que ce coup étoit un trait de politique espagnole ; et il ajouta : *Je perds un Pape qui étoit tout à moi ; Dieu veuille que son successeur lui ressemble !* Le peuple Romain n'eut pas les mêmes regrets. Gémissant sous le fardeau des taxes, et haïssant un gouvernement triste et dur, il brisa la statue qu'on avoit élevée à *Sixte*. Ce pontife avoit été dans une crainte continuelle pendant son règne, quoiqu'il donnât un libre accès auprès de lui aux délateurs, ou peut-être même parce qu'il leur donnoit cet accès. Plusieurs gouverneurs ou juges, qui paroissient avoir trop de clémence, furent destitués de leurs places par ses ordres : *Sixte V* n'accordoit sa faveur qu'à ceux qui penchoient vers la sévérité. Lorsqu'il appercevoit quelqu'un d'une physionomie rigide, il le faisoit appeler, s'informoit de sa condition, et lui donnoit, selon ses réponses, quelques charges de judicature, en lui déclarant que « le véritable moyen de lui plaire, étoit de se servir de l'Epée à deux tranchans, à laquelle *Jesus-Christ* est comparé. » Il n'avoit lui-même (disoit-il) accepté le pontificat, que suivant le sens littéral de l'Évangile : *Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ;* paroles qu'il répétoit toujours avec complaisance. Un jeune homme qui n'avoit que 16 ans, fut condamné à mort, pour avoir fait quelque résistance à des sbires. Les juges mêmes lui ayant représenté, qu'il étoit contraire à la loi de faire mourir un coupable si jeune, l'inflexible pontife leur répondit froidement, qu'il donnoit dix de ses années au criminel, pour le rendre sujet à la loi. Il envia le sort d'*Elisabeth*, meurtrière de *Marie STUART*. *O heureuse femme*, disoit-il, qui a goûté le plaisir de faire sauter une *Tête couronnée* ! La sévérité de ce pape paroîtra bien cruelle ; ce fut néanmoins à cette sévérité que Rome dut la satisfaction de voir le libertinage exclu de ses murs. Avant *Sixte*, les lois, trop foibles contre les grands, ne mettoient pas les jeunes filles à l'abri des entreprises de la témérité et de l'impudence. Mais, sous le règne de ce nouveau pape, elles purent jouir en sûreté de leur vertu, et se promener dans les rues de Rome avec autant de tranquillité que dans l'enceinte d'un couvent. L'adultère connu étoit condamné au dernier supplice. Il ordonna même, « qu'un mari qui n'étoit pas se plaindre à lui des débauches de sa femme, seroit puni de mort. » S'il toléroit les divertissemens du Carnaval, c'étoit en faisant dresser des potences pour punir les insolens et les licencieux. La plupart des princes se sont plus occupés des moyens d'accroître l'espèce humaine, que de la perfectionner et de la nourrir. Mais *Sixte-Quint* regardoit comme un mal de multiplier les hommes, si leur subsistance n'étoit assurée. Aucun curé ne pouvoit faire des mariages qu'après s'être assuré par des informations exactes, si les contractans seroient en état de nourrir leurs enfans. Sa maxime étoit qu'il valoit mieux laissé une ville déserte, que de la remplir d'habitans malheureux. Deux choses sont absolument nécessaires, disoit-il, pour conserver le peuple dans l'obéissance, le pain et le fer : maxime plus digne d'un élève de Machiavel que d'un souverain pontife, mais qui prouve du moins qu'il connoissoit ce qui assure la tranquillité dans les états despotiques. Il avoit coutume de dire, comme Vespasien, qu'un Prince doit mourir debout, sa conduite ne se démentit point. Aussi grand prince que grand pape, Sixte-Quint fit voir qu'il naît quelquefois sous le chaume, des gens capables de porter une couronne et d'en soutenir le poids avec dignité. Ce qui le distingua des autres papes, c'est qu'il ne fit rien comme eux. Il sut licencier les soldats, les gardes même de ses prédécesseurs, et dissiper les bandits par la seule force des lois, sans avoir de troupes; se faire craindre de tout le monde par sa place et par son caractère; renouveler Rome, et laisser le trésor pontifical très-riche : telles sont les marques de son règne, et marques qui n'appartiennent qu'à lui. (Voy. la Vie de Sixte-Quint, par Leti, traduite en françois en 2 vol. in-12, par Jean le Pelletier : (livre qui fait désirer quelque chose de mieux.) On travailla, par ordre de Sixte-Quint, à une nouvelle Version latine de la Bible, qui parut en 1590, 3 parties en un vol. in-fol. Les fautes dont on la trouva chargée, obligèrent Clément VIII d'en faire faire une nouvelle édition en 1592, dans laquelle furent corrigées les inexactitudes répandues dans la première. On reconnoit celle-ci (qu'on recherche à cause de sa rareté), à la Bulle de Sixte-Quint, qui ne se trouve plus à celle de Clément VIII, qu'on appelle la Bible de Sixte V corrigée. Les éditions les plus recherchées sont : Celle du Louvre, 1642, en 8 vol. in-fol... Celle de Paris, 1656, in-12, connue sous le nom de Bible de Bichelieu... Celle qu'on appelle des Evêques, qui est rare; elle est de Cologne, 1630, in-12 : on la distingue de sa réimpression, parce que cette dernière a des sommaires aux chapitres. La Bulle de Sixte-Quint contre Henri III et le prince de Condé, occasionna les réponses suivantes, que les curieux recherchent : I. Brutum Fulmen, 1585, in-8. II. La Fulminante pour Henri III, in-8. III. Moyens d'abus du Rescrit et Bulle de Sixte V, 1686, in-8. IV. Aviso piacevole sopra la Mentita data dal Re di Novarra a Papa Sixte V, Monaco, 1586, in-4.
VI. SIXTE DE SIENNE, fut converti du Judaïsme à la religion Chrétienne, et se fit Cordelier. Convaincu d'avoir enseigné des hérésies, et refusant avec opiniâtreté de les abjurer, il fut condamné au feu. La sentence alloit être exécutée, lorsque le pape Pie V, alors cardinal et inquisiteur de la Foi, vainquit son obstination, et le fit passer de l'Ordre de St-François dans celui de St-Dominique. Sixte s'y consacra à la chaire et à l'étude de l'Écriture-sainte. Il réussit dans ces différens travaux, l'un et l'autre si importans. Le pape Pie V, charmé de ses vertus et de son savoir, lui donna des marques d'une estime distinguée. Sixte termina sa carrière à Cénes en 1569, à 49 ans. Son principal ouvrage est sa Bibliothèque sainte, dans laquelle il fait la critique des livres de l'Ancien Testament, et donne les moyens de les expliquer. Le savant *Hottinger* fait grand cas de cet ouvrage, quoiqu'il soit rempli de jugemens faux et qu'il manque de critique. La meilleure édition est celle de Naples, 1742, en 2 vol. in-fol., avec des remarques pleines d'érudition. On a encore du pieux Dominicain: I. Des *Notes* sur différens endroits de l'Écriture-sainte. II. Des *Questions* Astronomiques, Géographiques, etc. III. Des *Homilies* sur les Évangiles, etc. plus remplies de citations que d'éloquence.
VII. SIXTE DE HEMMINGA; né dans la Frise Occidentale en 1532, d'une famille ancienne, et mort vers 1586, s'est fait connoître par un *Treité* judicieux contre l'*Astrologie judiciaire*, imprimé à Anvers, in-4°, chez *Plastin*, en 1583.
SKELTON, (Jean) poète Anglois, mort en 1529, a laissé des *Poèmes* et des *Satires* en vers latins. Il obtint en 1489, la couronne de laurier que l'université d'Oxford décernoit alors au meilleur poète.
SKINNER, (Étienne) né en 1622, est le *Menage* des Anglois. Il a publié *Etymologicon linguae Anglicanae*, 1671, in-fol.
SKITTE, (Vendela) baronne Suédoise, morte en 1629, à l'âge de 29 ans, possédoit le grec, le latin, l'allemand et le françois, outre sa langue naturelle. Elle a publié des *Lettres* et des *Discours* en latin. Ses deux sœurs, *Heldina* et *Anne Skitte*, se distinguèrent aussi par leur savoir.
SLEIDAN, (Jean) né dans le village de Sleide, près de Colo- gne, en 1506, de parens obscuré; passa en France l'an 1517. Ses talens le lièrent avec les trois illustres frères de la maison du *Bellay*. Après avoir été quelque temps à leur service, il se retira à Strasbourg, où son ami *Sturnius* lui procura un établissement avantageux. *Sleidan* fut député en 1545 par les Protestans vers le roi d'Angleterre, puis envoyé au concile de Trente. Il fut une des colonnes de son parti. Il avoit embrassé la secte de *Zuingle* en arrivant à Strasbourg; mais il la quitta dans la suite, et mourut Luthérien en 1556. La mort de sa femme, arrivée l'année d'auparavant, le plongea dans un si grand chagrin, qu'il perdit presque entièrement la mémoire. Il ne se rappela pas même les noms de ses trois filles, les seuls enfans qu'il eût eus de cette épouse chérie. On a de lui: I. Une Histoire en 26 livres, sous ce titre: *De statu Religionis et Reipublicæ Germanorum sub Carolo V*. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de 1555. *Sleidan* écrivoit avec clarté et même quelquefois avec élégance; mais on sent qu'il n'aimoit pas les Catholiques. Il est pourtant, en général, assez impartial. On voit combien il avoit en horreur *Charles-Quint*, dont il dénature toutes les actions; mais à travers ces calomnies, la vérité réclame de temps en temps ses droits, et l'on s'apperçoit que l'esprit de secte ne l'a pas entièrement étouffée. Il y a des passages favorables aux Catholiques; cela a beaucoup déplu aux Protestans; et ces témoignages, d'autant plus précieux qu'ils sortoient d'une plume hérétique, ont disparu dans les éditions données après la mort de l'auteur. Pour s'en con- vaincre il n'y a qu'à comparer l'édition de 1556 avec celle de 1653. Le Père le Courayer a traduit cet ouvrage en françois, Leyde, 1767, 3 vol. in-4.º II. De Quatuor summis Imperiis, 1711, in-8.º C'est un assez médiocre abrégé de l'Histoire Universelle. Gilles Struchius, et Conrad Samuel Schurtsfleisch professeur de Wittemberg, l'ont continué jusqu'en 1678, et Christian Junker l'a poussé jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Il a été traduit en françois, in-8.º, 1757, à Paris. Voltaire, dans certains chapitres de son Histoire Universelle, a beaucoup profité de celle de Sleidan. L'ordre des faits est semblable dans tout ce qui concerne l'histoire de l'empire d'Occident, et l'expression françoise paroît souvent calquée sur la latine. C'est ce que dit le traducteur de Sleidan. III. Une Traduction des Mémoires de Philippe de Commines, qui n'est pas toujours fidèle. Charles-Quint appelait Paul Jove et Sleidan, SES MENTEURS, parce que le premier avoit dit trop de bien de lui, et le second trop de mal.
SLICHTING, Voy. SCHLICHTING.
SLINGELAND, (Jean-Pierre) peintre, né à Leyde en 1640, mourut en 1691. Elève du célèbre Gérard Dow, il suivit de près son maître. Ses ouvrages sont d'un fini admirable. On ne peut porter plus loin que cet artiste, la patience dans le travail, et la scrupuleuse exactitude à détailler les moindres choses. On remarque dans ses ouvrages, une belle entente de couleurs, jointe à une heureuse intelligence du clair-obscur et à un ensemble merveilleux. Sa lenteur à opérer a répandu un peu de froid et de roideur dans ses figures; un tableau l'occupoit des années entières.
SLOANE, (le Chevalier HANS) naquit à Killileah, dans le comté de Down en Irlande, le 16 avril 1660, de parens Ecossols. Dès l'âge de 16 ans, il avoit fait des progrès considérables dans l'histoire naturelle et dans la physique. Il se perfectionna par le commerce de Ray et de Boyle, et par un voyage en France, où Tournefort, du Verney et Lemery lui ouvrirent le riche trésor de leurs recherches. De retour en Angleterre, le fameux Sydenham se fit gloire de l'avancer dans la médecine. La société royale de Londres l'agrégea à son corps en 1685, et deux ans après, il fut élu membre du collège royal des médecins de Londres. Le duc d'Albermale ayant été nommé, en 1687, vice-roi de la Jamaïque, Hans Sloane l'y suivit en qualité de son médecin. Ce savant naturaliste revint à Londres en 1688, rapportant avec lui environ 800 Plantes curieuses. Peu de temps après, on lui donna l'importante place de médecin de l'Hôpital de Christ, qu'il remplit avec un désintéressement sans exemple. Il recevoit ses appointemens, en donnoit quittance, et les rendoit sur-le-champ pour être employés aux besoins des pauvres. Environ un an après, il fut élu secrétaire de l'académie royale. Cette société ne l'occupa pas entièrement : Sloane, ami de l'humanité, établit le Dispensatoire de Londres, où les pauvres, en achetant toutes sortes de remèdes, ne payent que la valeur intrinsèque des drogues qui y entrent. Le roi Georges I le nomma, en 1716, chevalier-baronet et médecin de ses armées. La même année il fut créé président du collège des médecins, auquel il fit des présents considérables. La compagnie des apothicaires dut aussi à sa générosité le terrain du beau jardin de Chelsea, dont il facilita l'établissement par ses dons. Le roi Georges II le choisit en 1727 pour son premier médecin, et la société royale pour son président à la place de Newton. C'étoit remplacer un grand homme par un autre grand homme. L'académie des sciences de Paris se l'étoit associé en 1708. Ce digne citoyen, âgé de 80 ans, se retira en 1740, dans sa terre de Chelsea, où il s'occupoit à répondre à ceux qui venoient le consulter, et à publier des remèdes utiles. C'est à lui qu'on doit la poudre contre la rage, connue sous le nom de *Pulvis Anti-Lyssus*. Il mourut dans cette terre le 11 janvier 1753, à 93 ans. Il étoit grand et bien fait. Ses manières étoient aisées et libres; sa conversation gaie, familière et obligeante. Rien n'égaloit son affabilité envers les étrangers; on le trouvoit toujours prêt à faire voir son cabinet, pourvu qu'on l'eût averti à temps. Il tenoit, un jour la semaine, table ouverte pour les personnes de distinction, et sur-tout pour ceux de ses confrères de la société royale qui vouloient y venir. Quand il se trouvoit quelque livre double dans sa bibliothèque, il l'envoyoit soigneusement au collège des médecins, si c'étoit un livre de médecine; ou à la bibliothèque du chevalier *Bodley*, à Oxford, s'il traitoit d'autres matières. Il vouloit par ce moyen les consacrer à l'utilité publique. Lorsqu'il étoit appelé auprès des malades, rien n'étoit égal à l'attention avec laquelle il observoit jusqu'aux moindres symptômes de la maladie. C'étoit par ce moyen qu'il se mettoit en état d'en porter un pronostic si sûr, que ses décisions étoient des espèces d'oracles. A l'ouverture des cadavres de ceux qui mouroient, on trouvoit presque toujours la cause de mort qu'il avoit indiquée. On lui doit d'avoir étendu l'usage du *Quinquina*, non-seulement aux fièvres réglées, mais à un grand nombre de maladies, sur-tout aux douleurs dans les nerfs, aux gangrènes qui proviennent de causes internes, et aux hémorragies. Il s'en étoit souvent servi lui-même dans les attaques de crachement de sang auxquelles il étoit sujet. On a dit lui: Un *Catalogue latin des Plantes de la Jamaïque*, in-8°, 1696. II. Une *Histoire de la Jamaïque*, in-fol., 2 vol., en anglois, dont le premier tome parut en 1707, et le second en 1725. Cet ouvrage, aussi exact que curieux et intéressant, est orné de 274 figures. III. Plusieurs *Pièces* dans les *Transactions Philosophiques*, et dans les *Mémoires* de l'académie des Sciences de Paris. Sa bibliothèque étoit d'environ 50000 vol. Le *Catalogue* de son cabinet de curiosités, qui est en 38 volum. in-fol. et 8 in-4°, contient 69352 articles, avec une courte description de chaque pièce. Ce cabinet étoit la plus riche collection qu'aucun particulier ait peut-être jamais eue. Comme il souhaitoit que ce trésor (*destiné*, selon ses propres termes, à procurer la gloire de Dieu et le bien des hommes) ne fût pas dissipé après sa mort, et que cependant il ne vouloit pas priver ses enfants d'une partie si considérable de sa succession, il le laissa par son testament au public, en exigeant qu'on donneroit 20 mille livres sterlings à sa famille. Le parlement d'Angleterre accepta ce legs, et paya cette somme, bien peu considérable pour une collection de cette importance. Elle forme la plus grande et la plus riche partie du Musée britannique. Ce Musée est divisé en 3 départemens. Le premier contient les manuscrits, les médailles et les monnoies antiques, les médailles modernes, depuis Guillaume Rufus, jusqu'à nos jours. Celles recueillies de l'héritage de Sloane offrent une suite de plus de vingt mille. Le second renferme les antiquités et l'histoire naturelle : on y trouve les urnes, les vases, les amulettes, les idoles, les patères, les lampes, les coupes, les statues, les bustes, les instrumens de musique, et ceux propres aux sacrifices, les lacrymatoires, les talismans et cachets, les armes, l'épée du premier comte de Chester. La section de l'histoire naturelle offre une tabatière faite avec la lave du Vésuve, un éventail d'une seule feuille de taliput, une collection de fossiles et de minératix, une autre d'agathes, de cornaînes, de jaspes, d'ophites, d'héliotropes, de marbres ; une autre d'ambres, de bitumes, d'asphaltes, de perles dont une est violette, et une autre a la forme d'un raisin ; une collection de coquilles, fossiles, et d'autres objets pétrifiés, tels qu'un crâne humain et une épée trouvée dans le Tibre ; une autre de bois divers, de fruits et de plantes ; une autre d'insectes ; une autre de reptiles, d'amphibies, de poissons secs, où l'on voit le squelette d'une baleine. Le troisième département renferme les livres imprimés. Ceux de Sloane sont au nombre de 50 mille environ. Voy. PETIVER.
SLODTZ ou SLOOTZ, (Réné-Michel) surnommé Michel-Ange, né à Paris en 1705, et originaire d'Anvers, eut beaucoup de goût pour la sculpture, dont le talent paroissoit héréditaire dans sa famille. Après avoir remporté le second prix de ce bel art à l'académie de Paris, âgé seulement de 21 ans, il fut envoyé à Rome en qualité de pensionnaire. De retour à Paris, il fut reçu de l'académie et nommé dessinateur de la chambre du roi en 1758. Le roi de Prusse, qui vouloit l'attirer à Berlin, lui fit faire les propositions les plus avantageuses ; mais rien ne fut capable de l'enlever à sa patrie, qui le perdit peu de temps après, le 12 octobre 1764, à 59 ans. Cet habile homme s'étoit fait une manière pleine de vérité et de graces. Les attitudes de ses figures étoient souples, ses contours coulans, ses draperies vraies, ses dessins excellens. Il modeloit et travailloit le marbre avec un goût délicat et une netteté séduisante. Les qualités qui font aimer l'homme, ornoient chez lui les talens qui font estimer l'artiste. Il eut des amis, même chez ses rivaux, par ses mœurs simples, par sa probité exacte, par son caractère égal, doux et enjoué. Ses ouvrages sont : I. S. Bruno refusant la mitre, dans l'Eglise de Saint-Pierre de Rome. II. Le Tombeau du marquis Capponi, dans l'église de Saint-Jean-des-Florentins. III. Deux bustes de marbre, dont l'un est une tête de Colchas, et l'autre celle d'Iphigénie. IV. Le Tombeau du Cardinal d'Auvergne, à Vienne en Dauphiné. V. Le Tombeau de Languet, curé de St-Sulpice, dont la figure est à tous égards de la plus grande beauté. Ce tombeau, déposé, dans ces derniers temps, dans la collection des Augustins, où il est déplacé au milieu d'une foule de monumens profanes, devroit être reporté dans l'église de St-Sulpice qui le réclame. VI. Des Bas-reliefs en pierre, dont il orna le portique du rez-de-chaussée du portail de l'église de St-Sulpice. Ce sont tout autant de chefs-d'œuvre de bon goût et de graces. Sebastien SLODTZ son père, né à Anvers, mort à Paris en 1628, à 71 ans, et élève de Girardon, s'étoit distingué dans le même art, ainsi que son frère Paul-Ambroise, qui avoit été comme lui dessinateur de la chambre du roi, et qui mourut en 1758. I. SLUSE, (René-François WALTHER, baron de) de Visé, petite ville du pays de Liège, étoit frère du cardinal de Sluse, et du baron de ce nom, conseiller d'état de l'évêque de Liège. Il devint abbé d'Amas, chanoine, conseiller et chancelier de Liège, et se fit un nom célèbre par ses connaissances théologiques, physiques et mathématiques. La société royale de Londres le mit au nombre de ses membres. Cet illustre érudit mourut à Liège en 1685, à 62 ans. On a de lui de savantes Lettres, et un ouvrage intitulé : Mesolabium et Problemata solida, Leodii, 1668, in-4.
II. SLUSE, (Jean Gualtier, baron de) frère du précédent, né à Visé l'an 1626, fut appelé à Rome par Jean Gualtier son oncle, secrétaire des brefs. Clément IX le reçut au nombre de ses prélats domestiques ; il succéda ensuite à l'emploi de son oncle. Innocent XI l'éleva au cardinalat l'an 1686. Sa trop grande application au devoir de sa charge et à l'étude, jointe à sa complexion foible, avança la fin de ses jours. Il mourut le 7 juillet 1687. Détaché des richesses, il se contenta de son patrimoine et des revenus de sa charge, et refusa constamment tout bénéfice. Les brefs qu'il a dressés sont d'un style vif, et montrent combien il étoit versé dans la discipline de l'Eglise, l'Écriture-sainte et les Saints Pères. Il avoit amassé une bibliothèque immense, dont on a imprimé le catalogue en 5 vol. in-4.
SLUYS, (Jacques Vander) peintre, né à Leyde en 1660, mort en 1736, a fait des tableaux qui sont recherchés plutôt pour la force du coloris, que pour l'exactitude du dessin.
SMALCIUS, (Valentin) fameux socinien, né en Thuringe, mort à Cracovie le 14 décembre 1622, est auteur d'un Traité contre la Divinité de J. C., intitulé : de Divinitate J. C., 1608, in-4, traduit en polonois, en allemand et en flamand, et plusieurs fois réfuté, particulièrement par Jean Cloppenbach dans son ouvrage intitulé Anti-Smalcius, Franeker, 1652, in-4.
SMALRIDGE, (George) ecclésiastique Anglois connu principalement par ses Sermons, dont les premiers parurent en 1717, in-8, et les derniers en 1726, in-fol., étoit né à Lichtfield en 1666, et mourut en 1719, à Oxford, estimé pour ses mœurs et son savoir.
SMARAGUE, Voy. EUPHROSINE a la fin.
**SMART**, (Christophe) poète Anglois, né en 1722, et mort dans ces dernières années, excella dans la poésie latine, qui lui mérita plusieurs couronnes académiques. En 1791, on a recueilli ses *Poèmes* et autres ouvrages, 2 vol. in-fol.
**SMEATHMAN**, (Henri) écrivain Anglois, remplit long temps l'importante place de secrétaire du collège de commerce de Londres. Il s'est fait connoître par plusieurs *Mémoires* d'histoire naturelle et de politique, insérés dans les *Transactions philosophiques*. Il est mort en 1787.
**SMEATON**, (Jean) ingénieur Anglois, naquit dans le comté d'York en 1724, et mourut en 1792, après avoir été membre de la société royale. On lui doit le beau fanal d'Eddy-Stone qu'il acheva en 1759. Parmi ses écrits, on distingue la *Notice* sur ce fanal, et un *Mémoire* sur la force naturelle du vent et de l'eau, sur les moulins et autres machines dont le jeu dépend d'un mouvement circulaire. Ce Mémoire obtint la médaille d'or de la société royale. **I. SMELLIE**, (Guillaume) chirurgien célèbre, mort en 1762, a décrit avec exactitude la structure du bassin dans les femmes, et a publié en Angleterre. I. *Système* complet d'accouchemens. II. *Tables* anatomiques, avec des explications. — Un autre *Guillaume Smellie*, imprimeur Ecossois, et secrétaire de la société des antiquaires d'Edimbourg, a publié en anglois la *Traduction* de l'Histoire naturelle de *Buffon*. On lui doit un ouvrage sous ce titre : *Philosophie de l'Histoire naturelle*. Il est mort en 1795.