**SMERDIS**, fils de *Cyrus*, fut tué par ordre de *Cambyse* son frère, qui mourut quelque temps après, vers l'an 524 avant J. C. Alors un Mage de Perse prit le nom de *Smerdis*, et faisant accroire qu'il étoit frère de *Cambyse*, parce qu'il lui ressemblait beaucoup, il se mit sur le trône : mais il prit tant de précautions pour cacher sa fourberie, que cela même le découvrit. Il se forma un complot, environ six mois après son usurpation, entre sept des principaux seigneurs de Perse, du nombre desquels étoit *Darius* fils d'*Hystaspes* qui régna après la mort de *Smerdis*. Cet usurpateur fut tué par les conjurés, et sa tête fut exposée au bout d'une lance.
**SMILAX**, (Mythol.) Nymphe, qui eut tant de douleur de se voir méprisée du jeune *Crocus*, qu'elle fut changée aussi bien que lui, en un arbrisseau dont les fleurs sont petites, mais d'une excellente odeur. Il y a des Mythologistes qui rapportent ce trait de fable d'une manière moins tragique. *Crocus* et *Smilax*, disent-ils, étoient deux époux qui s'aimient si tendrement et avec tant d'innocence, que les Dieux, touchés de la force et de la pureté de leur union, les métamorphosèrent, *Crocus* en Safran et *Smilax* en If. **I. SMITH**, (Thomas) né en 1512, à Walden, dans la province d'Essex, et mort en 1577, fut élevé dans l'université de Cambridge, où ses progrès dans les belles-lettres et dans les sciences, lui méritèrent la chaire de professeur royal en droit civil. Il obtint ensuite la place de secrétaire d'état, sous le règne d'E. douard VI, et sous celui de la reine Elisabeth, qui l'employa en diverses ambassades et négociations importantes. — Il ne faut pas le confondre avec un théologien Anglois nommé aussi Thomas Smith, né en 1638, mort à Londres, sa patrie, en 1710. On a de celui-ci : I. Une Relation de l'Eglise Grecque, 1680, in-8.º, qu'il publia aussi en latin. Cette Relation est exacte : l'auteur ayant fait le voyage de Constantinople avec un seigneur Anglois, avoit été à portée de s'instruire. II. Inscriptiones Grææe Paimyrenorum, 1648, in-8.º III. De Moribus Turcarum. Oxford, 1672, in-12. IV. De Druidum moribus, Londres, 1664, in-8.º Tous ces Ouvrages sont remplis d'érudition. Le dernier est le plus rare.
II. SMITH, (Richard) théologien Anglois, fut élevé à l'épiscopat par le pape Urbain VIII, sous le titre d'évêque de Chalcédoine, et envoyé en Angleterre en 1625. N'ayant pas assez ménagé les religieux qui étoient dans ce royaume, ils soulevèrent contre lui les Catholiques. Smith fut obligé, l'an 1625, de se retirer en France, où il fut très-bien reçu par le cardinal de Bichelieu. Ce fut alors que deux jésuites, Knot et Floïd, publièrent deux Ecrits contre le droit que les Evêques prétendoient avoir d'éprouver les Réguliers; droit que Smith avoit vainement réclamé en Angleterre. Ces deux livres furent censurés par Gondi, archevêque de Paris, par la Sorbonne, et par le Clergé de France, qui manda les Jésuites et les obligea de les désapprouver. Malgré ce désaveu, le Père Floïd opposa deux autres Ouvrages à ces censures. C'est à cette occasion que l'abbé de Saint-Cyran fit avec l'abbé de Barcos son neveu, le gros livre intitulé : PETAUS AURELIUS. Richard Smith qui avoit occasionné ces disputes, mourut saintement à Paris en 1655. — Il y a eu un autre Richard SMITH, qui publia en 1550, contre Pierre Martyr, un Ecrit intitulé : Diatriba de homines justificatione, in-8.º
III. SMITH, (Jean) est un des premiers et des plus excellens graveurs en manière noire. Il étoit Anglois, et mourut à Londres dans un âge avancé, au commencement du XVIIIe siècle. On a de lui beaucoup de Portraits ; il a gravé presque tous ceux de Kuller, et des Effets de l'ouï, propres à son genre de gravure, rendus avec beaucoup d'intelligence. La Magdeleine à la lampe, d'après Scalken, est un de ses plus beaux ouvrages. Scalken étoit son peintre favori.
IV. SMITH, (Adam) docteur en droit, professeur de morale dans l'université d'Edimbourg, et commissaire des douanes d'Écosse, naquit en 1723, et mourut le 18 juillet 1790. Ayant quitté sa chaire pour se charger de l'éducation d'un seigneur Anglois, il voyagea deux ans avec son élève, et recueillit des observations importantes sur le commerce et les finances. Il profita de ses remarques pour composer ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. 1776, 2 vol. in-4.º, réimprimées depuis quatre fois, et traduites sur la 4e édition, par Boucher, Paris, 1790, 5 vol. in-8.º Les matières traitées dans cet excellent livre, intéressent tous les peuples, et sont approfondies avec une saga- aité peu commune. On y développe les ressources des états ; mais peut-être l'auteur confond-il quelquefois la richesse des nations avec leur prospérité. *Smith* s'étoit nourri de la lecture des encyclopédistes, et de *Hume* dont il étoit grand admirateur, et dont il publia la vie. Il adopta quelques-unes de leurs idées systématiques, auxquelles le temps n'a pas encore mis son sceau. Il s'étoit d'abord fait connoître par sa *Théorie des sentimens moraux*, 1759, in 8.$^{o}$ *Smith* étoit un génie méditatif, et l'on s'en appercevoit assez dans la société. S'étant consacré de bonne heure à l'étude et à la retraite, il n'avoit point poli ses manières. Ses distractions très-fréquentes le faisoient prendre, par ceux qui ne le connoissoient pas, tantôt pour un insensé, tantôt pour un idiot. Mais ses amis estimoient en lui ses profondes connoissances, sa probité et son caractère officieux. Il fut longtemps pauvre, et il supporta l'indigence avec courage. Ses amis auroient voulu le faire entrer dans l'état ecclésiastique ; mais il craignit d'être repoussé par le clergé Anglican, parce qu'il s'étoit déclaré hautement le partisan des opinions anti-religieuses de *Voltaire*. Dans sa *Vie* de *D. Hume*, il soutient un paradoxe contraire à toutes les religions et funeste à la société : c'est que le bonheur, la paix de l'âme et la vertu ne sont pas incompatibles avec l'athéisme. V. SMITH, (Edmond) né en 1668, mort en 1710, à Gartham. Parmi ses Œuvres poétiques, publiées en 1719, on distingue sa tragédie de *Phèdre et Hippolyte*, jouée avec succès en 1707. Il avoit commencé une traduction de *Longin*, qu'il n'a pas achevée.
VI. SMITH, (Guillaume) doyen de Chester, né en 1711, mort en 1787, a publié des *Discours* sur les Béatitudes, et des *Traductions* de *Longin* et de *Thucydide*.
VII. SMITH, (George) peintre Anglois, né à Chichester, mort en 1776, s'est distingué, ainsi que ses frères *Guillaume* et *Jean*, dans le paysage. On recherche ses ouvrages en Angleterre.
VIII. SMITH, (Thomas) né à Londres en 1638, devint chapelain de l'ambassade de Constantinople. De retour dans sa p'tirée, il a publié plusieurs Écrits sur l'histoire des Turcs ; il est mort en 1710.
IX. SMITH, (Charlotte) avantageusement connue en Angleterre par une foule de Poésies agréables, est morte en 1787.
SMITS, (Louis) peintre Hollandois, né à Dordrecht en 1635, mort en 1675, représentait les fruits avec une vérité étonnante. Il vendait ses tableaux à haut prix ; cependant le coloris s'y dégrade et devient jaune.
SMOLETT, (Thomas) médecin Anglois, né à Cameron en Écosse, en 1720, mort en Italie en 1771, s'étoit trouvé au siège de Carthagène, et avoit parcouru la France et quelques contrées méridionales de l'Europe. Il s'occupa plus de l'art d'écrire que de celui de guérir. Peut-être eût-il été un excellent médecin, mais il a été un médiocre auteur. La poésie, l'histoire, le genre romanesque, la littérature l'occupèrent tour à tour. Nous avons de lui : I. L'*Histoire d'Angleterre*, 4 vol. in 4$^{o}$, traduite en français par M. *Farge* en 19 vol. in 12, S N'O qui y a ajouté une suite jusqu'en 1763, en 5 vol. in-12. *Smolett* n'a aucune des qualités des bons historiens; il est partial et passionné, et il ne rachète pas ce défaut par l'élégance du style. Exposant séchement les faits, détaillant les circonstances avec un ton monotone, donnant très-peu à penser, ne remuant ni l'imagination ni le cœur, il fatigue le lecteur en voulant l'instruire. Son style est sans force et sans coloris. II. Un *Voyage en France*, 1766. Asthmatique et vaporeux, *Smolett* étoit venu, en 1763, chercher en France la santé et la bonne humeur: il ne l'y trouva probablement pas; car, dans sa relation, il paroît mécontent de tous nos usages, et plein de mépris pour les hommes et les choses qu'il venoit de voir. III. Un *Abrégé de l'histoire des voyages*, par ordre chronologique, 7 vol. in-12. Le style en est foible et lourd, et les détails ne sont guère piquans. IV. Plusieurs Romans: *William Pirate*, 4 vol. in-12; *Ferdinand comte Fathom*; *Lancelot Greaves*; *Roderick Random*, traduit en françois, en 3 vol. in-12. V. Des *Satires*; les *Représ-illes*, comédie; le *Régicide* (de Charles I), tragédie: productions qui ne valent pas mieux que ses romans presque tous dénués d'intérêt et de style. VI. Les *Recherches critiques*, ouvrage périodique, publié depuis 1755 jusqu'en 1763, et où l'on cherche vainement la gaieté d'imagination, la finesse des vues, la justesse dans les jugemens et la politesse dans la manière de les exprimer, qui caractérisent les critiques célèbres. *Smolett* étoit marié. I. SNELL DE ROYEN, (Rodolphe) *Snellius*, philosophe Hollandois, né à Oudewater en 1546, fut professeur en hébreu et en mathématiques à Leyde, où il mourut en 1613. On a de lui plusieurs ouvrages sur la géométrie et sur toutes les parties de la philosophie; ils ne sont plus d'aucun usage.
II. SNELL DE ROYEN, (Wilbrod) fils du précédent, né à Leyde en 1591, succéda à son père en 1613, dans la chaire de mathématiques, et mourut à Leyde en 1626, à 35 ans. C'est lui qui a découvert le premier la vraie loi de la réfraction, déconverte qu'il avoit faite avant *Descartes*, comme *Huyghen* nous l'assure. Il entreprit aussi de mesurer la Terre, et il l'exécuta par une suite de triangles semblable à celle qu'ont employée depuis *Picard* et *Cassini*. Mais toutes ces tentatives pour mesurer le globe, ont jusqu'ici assez mal réussi. La Terre ne peut être mesurée, sans que l'on sache l'étendue de chaque degré dans la direction du méridien; or, cela ne se sait pas: les voyages de divers mathématiciens, leurs calculs et leurs raisonnemens opposés n'ont fait que constater l'incertitude où nous sommes sur ce point. Il est auteur d'un grand nombre de savans ouvrages de mathématiques, dont les plus connus sont l'*Eratosthenes Batavus*, et le *Cyclometrium*, in-4°. Ils prouvent beaucoup en faveur de ses talens, et ils font sentir tout ce qu'il auroit pu faire, s'il étoit venu un demi-siècle plus tard.
SNORRO, (*Sturlesonius*) illustre Islandois d'une ancienne famille, fut ministre d'état du roi de Suède, et des trois rois de Norwège. Une sédition l'oblige de se retirer en Islande, dont il fut gouverneur; mais en 1241, *Gyssurus* son ennemi, le força dans son château et le fit mourir. On a de lui: I. *Chronicon Ilegum Norwegorum*, qui est utile pour cette partie de l'Histoire du Monde. II. *Histoire* de la Philosophie des Islands, qu'il a intitulée: *Edda Islandica*. M. *Mallet* l'a traduite en françois à la tête de son *Histoire de Danemarck*, 1756, 3 vol. in-4°, ou 6 volumes in-12. Nous en avons une édition par *Resenius*, à Hanau, 1665, in-4°.
SNOY, (Renier) né à Ter-Gouw en Hollande, vers l'an 1477, a la étudier en médecine à Bologne, où il prit le bonnet de docteur. De retour dans sa patrie, il exerça la médecine. *Charles-Quint* le chargea de quelques commissions auprès de *Christiern II*, roi de Danemarck, retiré en Zélande, et à la cour de *Jacques IV*, roi d'Écosse. Il mourut à Ter-Gouw, le 1 août 1537. On a de lui: Une *Histoire de Hollande en XIII livres*, en latin, Rotterdam, 1620, in-fol. *Swertius* l'a insérée dans ses *Annales rerum Belgicarum*. C'est une chronique qui ne renferme guère que des relations de séditions, de batailles et de sièges. Elle finit à l'an 1519. *Renier Snoy* a encore fait quelques ouvrages sur la morale et la médecine. — Il ne faut pas le confondre avec *Lambert SNOY*, né à Malines en 1574, mort vers l'an 1638, qui a beaucoup travaillé à l'Histoire généalogique des Pays-Bas.
SNYDERS, (François) peintre et graveur, né à Anvers en 1587, mort dans la même ville en 1657, s'étoit d'abord consacré à peindre uniquement des fruits; mais son goût le porta encore à représenter ter des animaux: personne ne l'a surpassé en ce genre. Ses *Chasses*, ses *Paysages* et ses *Tableaux*, où il a représenté des *Cuisines*, sont aussi fort estimés. Sa touche est légère et assurée, ses compositions riches et variées, et son intelligence des couleurs donne un grand prix à ses ouvrages. Quand les figures étoient un peu grandes, *Snyders* avoit recours au pinceau de *Rubens*, ou de *Jacques Jordans*. *Rubens*, à son tour, recouroit quelquefois à *Snyders*, pour peindre le fond de ses tableaux. Les touches de ces grands maîtres se confondent et paroissent être de la même main. *Snyders* a gravé un *Livre d'Animaux* d'une excellente manière: on a aussi gravé d'après lui.
SOANEN, (Jean) fils d'un procureur au présidial de Riom en Auvergne et de *Gilberte Sirmond*, nièce du savant *Jacques Sirmond*, jésuite, naquit à Rioms le 6 janvier 1647. Il entra en 1661, dans la congrégation de l'Oratoire, à Paris, où il prit le P. *Quesnel* pour son confesseur. Au sortir de l'institution, il enseigna les humanités et la rhétorique dans plusieurs villes de province, avec un succès rare. Consacré au ministère de la chaire pour lequel il avoit beaucoup de talent, il prêcha à Lyon, à Orléans, à Paris. Il fut souhaité à la cour; il y prêcha les Éarèmes de 1686 et 1688, et obtint tous les suffrages. Il étoit un des quatre prédicateurs les plus distingués de sa Congrégation, et on les appeloit ordinairement *LES QUATRE EVANGEISTES*. *Fénélon* ne proposoit d'autres modèles pour l'éloquence de la chaire, que *Massillon et Soanen*. On récompensa ses succès par l'évêché de Viviers; mais il le refusa, par la raison que cette ville est sur une route fréquentée, et que son revenu, le bien des pauvres, se consumeroit à représenter. Il préféra en 1695, l'évêché de Senez, peu riche, mais isolé. Son économie le mit en état de faire beaucoup de charités. Il donnoit à tout le monde: un pauvre s'étant présenté, et le charitable évêque ne se trouvant point d'argent, il lui donna sa bague. A son désintéressement, à son zèle, à sa piété, *Soanen* joignoit la fermeté de caractère que donne la vertu. La Bulle *Unigenitus* lui ayant paru un *Décret monstrueux*, il en appela au futur concile, et publia une *Instruction pastorale*, dans laquelle il s'élevoit avec force contre cette Constitution. Le cardinal de *Fleury*, voulant faire un exemple d'un prélat Quesnéliste, profita de cette occasion pour faire assembler le concile d'*Embrun*, tenu en 1727. Le cardinal de *Tencin* y présida, *Soanen* y fut condamné, suspendu de ses fonctions d'évêque et de prêtre, et exilé à la Chaise-Dieu en Auvergne, où il mourut le 25 décembre 1740, âgé de 92 ans. Les Quesnélistes en ont fait un *Saint* et les Molinistes un *rebelle*. Il faut admirer ses mœurs, et plaindre le zèle qui jeta tant d'amertume sur une vie pure. Sa retraite fut fort fréquentée; on le visitoit, on lui écrivoit de toutes parts. Il signoit ordinairement, JEAN *Evêque de Senez, prisonnier de J. C...* On a de lui : I. Des *Instructions Pastorales*. II. Des *Mandemens*. III. Des *Lettres*, imprimées avec sa Vie, en 2 vol. in-4.$^{o}$ ou 8 vol. in-12, 1750. Ce recueil auroit pu être élagué; mais ceux qui le faisoient, croyoient tout précieux. On a réimprimé sous son nom, en 1767, 2 vol. in-12 de *Sermons*; mais quelques-uns doutent qu'ils soient de lui... *Voyez AUBRY*.
SOARDI, (Victor-Amédée) né d'une famille noble dans le Piémont, eut pour parrain *Victor-Amédée*, roi de Sardaigne. Livré à tous les plaisirs de la jeunesse, il réfléchit sur leur frivolité, et se déterminant à partir tout-à-coup pour Paris, il entra dans la congrégation de Saint-Lazare. Il est mort à Avignon en 1752, après avoir publié un ouvrage intitulé : *De supremâ Romani Pontificis auctoritate et Ecclesiae Gallicanae doctrinâ*, 1747, in-4.$^{o}$ On en a donné une nouvelle édition à Heidelberg, en 1793.
SOARÉ, (Cyprien) *Soarus*, jésuite Espagnol, mort à Placentia en 1593, à 70 ans, est auteur d'une *Rhétorique* en latin à l'usage des collèges, mais qui ne peut servir aux gens de goût. On en a un *Abrégé*, Paris, *Cramoisi*, 1674, in-12.
SOAREZ, *Voy. SUAREZ*.
SOAREZ, (Jean) évêque de Conimbre et comte d'Arganel, de l'Ordre des Augustins, parut avec éclat au concile de Trente, et mourut en 1580. On a de lui des *Commentaires* sur les Évangiles de *S. Matthieu*, de *S. Maro* et de *S. Luc*, dans lesquels il entasse citations sur citations.
SOBIESKI, (Jean III$^{o}$) roi de Pologne, et l'un des plus grands guerriers du XVI$^{e}$ siècle, obtint les places de grand maréchal de grand général du royaume. Il les illustra par ses conquêtes sur les Cosaques et sur les Tartares, et par ses victoires sur les Turcs. Il gagna sur eux la célèbre bataille de Choczim, le 11 novembre 1673. Les ennemis y perdirent 28000 hommes. Sa valeur et ses autres grandes qualités lui méritèrent la couronne de Pologne, le 20 mai 1674. Son courage parut avec non moins de gloire au siège de Vienne en 1683. Lorsque Sobieski fut monté à cheval pour aller sauver Vienne, la reine son épouse [ Voy. MONTIGNY. ] le regardoit en pleurant et en embrassant le plus jeune de ses fils. Qu'avez-vous à pleurer ? lui dit le monarque. — Je pleure, lui répondit-elle, de ce que cet enfant n'est pas en état de vous suivre comme les autres. Un moment après, Sobieski s'adressant au nonce, lui dit : Mandez au pape que vous m'avez vu à cheval, et que Vienne est secourue... Sobieski arriva aux environs de cette capitale avec une cavalerie très-brillante et une infanterie mal équipée. Le prince Lubomirski conseilloit au roi, pour l'honneur de la nation, de faire passer de nuit le pont à un régiment plus mal vêtu que les autres. Sobieski en jugea autrement; et lorsque cette troupe fut sur le pont, Regardez-la bien, dit-il aux spectateurs, c'est une troupe invincible, qui a fait serment de ne jamais porter que les habits de l'ennemi. Dans la dernière guerre, ils étoient tous vêtus à la Turque... Sobieski agit avec tant de vigueur, qu'il s'empara des meilleurs postes occupés par les Turcs. Ce roi s'avança jusqu'à une hauteur d'où l'on voyoit l'armée turque et les ouvrages de la tranchée; il regardà quelque temps avec sa lunette, et dit à ceux qui étoient autour de lui : Cet homme-là est mal campé; je le connois, c'est un ignorant présomptueux : nous n'aurons pas d'honneur à cette affaire. En effet, il répandit tellement la terreur dans le camp ennemi, que le grand-visir se retira précipitamment avec ses soldats. Ils abandonnèrent leurs tentes, leurs bagages, et jusqu'au grand étendard de Mahomet, que le vainqueur envoya au pape, avec une lettre dans laquelle on lisait ces mots : Je suis venu, j'ai vu, DIEU a vaincu. Il écrivit à la reine sa femme, qu'il avoit trouvé dans les tentes la valeur de plusieurs millions de ducats. On connoit assez cette lettre, dans laquelle il lui dit : « Vous ne direz pas de moi ce que disent les femmes Tartares, quand elles voient entrer leurs maris les mains vides : Vous n'etes pas des hommes, puisque vous revenez sans butin. » Le lendemain, 13 septembre, Sobieski fit chanter le Te Deum dans la cathédrale, et l'entonna lui-même. Cette cérémonie fut suivie d'un sermon, dont le prédicateur prit pour texte : Il fut un homme envoyé de Dieu, nommé JEAN; paroles qui avoient été déjà appliquées à un empereur de Constantinople, et à Dom Juan d'Autriche après la victoire de Lépatte. Ce prince mourut le 17 juin 1696, à 66 ans, regretté des héros dont il étoit le modèle, et des gens de lettres dont il étoit le protecteur. Il parloit presque toutes les langues de l'Europe, et avoit autant d'esprit que de bravoure. Dans les actions décisives, il s'exposoit comme le moindre soldat. En vain ses principaux officiers le conjuroient de mettre sa personne en sûreté : *Vous me mépriseriez*, leur répondoit-il, *si je suivois vos conseils*. M. l'abbé *Coyer* a écrit sa *Vie*, en trois vol. in-12. *Marie-Casimir de la Grange d'Arquien* son épouse, mourut en France, au Château de Blois, en 1716. Les trois fils de *Sobieski* ne laissèrent point de postérité masculine.
SOBRINO, (François) est auteur d'un *Dictionnaire françois et espagnol*, imprimé à Bruxelles en 1705, en 2 vol. in-4°, et depuis en 3. Il a fait aussi une *Grammaire espagnole*, in-12. Ces ouvrages ont encore du cours, mais moins qu'autrefois. La Grammaire auroit besoin d'être refondue pour le style, qui est à peine françois, et même pour le fond des choses. I. SOCIN, (*Marianus*) naquit à Sienne en 1401, et professa le droit canon dans sa patrie, avec un succès qui lui m'irita l'estime de *Pie II*. Il mourut en 1497.
II. SOCIN, (*Barthelemi*) fils du précédent, mort en 1507, à 70 ans, professa le droit dans plusieurs universités d'Italie, et laissa des *Consultations* imprimées à Venise avec celles de son père, en 1579, en 4 vol. in-fol. On dit que ce professeur disputoit un jour sur des matières de droit avec un jurisconsulte qui pour se tirer d'affaire, s'avisa de forger sur-le-champ une loi qui lui donnoit gain de cause. *Socin* tout aussi habile et non moins rusé que son adversaire, renversa cette loi aussi-tôt par une autre tout aussi formelle. Sommé d'en citer l'endroit : *Elle se trouve*, dit-il, *précisément auprès de celle que vous venez de m'alléguer*. Jérôme *Donato* avoit usé d'une réplique aussi concluante en face du pape *Jules II*. Voyez CONSTANTIN, n° III, à la fin.
III. SOCIN, (*Lélie*) arrière-petit-fils de *Marianus Socin*, naquit à Sienne en 1525, et fut destiné par son père à l'étude du droit. Les principes de la nouvelle réforme, portés dans les pays où le feu du fanatisme n'échauffoit pas les esprits, y germoient alors sourdement, et acquéroient de la consistance dans des sociétés qui se piquoient de raisonner. Quatre personnes des plus distinguées par leur rang, par leurs emplois et par leurs titres, établirent en 1546, à Vicence, ville de l'état Vénitien, une espèce d'académie, pour y conférer sur des matières de religion, et particulièrement sur celles qui faisoient le plus de bruit. « L'espèce de confusion qui couvroit alors presque toute l'Europe (dit M. l'abbé *Plaquet*), les abus grossiers et choquans qui avoient pénétré tous les états, des superstitions et des croyances ridicules ou dangereuses qui s'étoient répandues, firent juger à cette société que la Religion avoit besoin d'être réformée; et que l'Écriture contenant, de l'aveu de tout le monde, la pure parole de Dieu, le moyen le plus sûr pour dégager la Religion des fausses opinions, étoit de n'admettre que ce qui étoit enseigné dans l'Écriture. Comme cette société se piquoit de littérature et de philosophie, elle expliquoit selon les règles de critique qu'elle s'étoit faites, et conformément à ses principes philosophiques, la doctrine de l'Écriture, et n'admit comme révélé, que ce qu'elle y voyait clairement enseigné, c'est-à-dire, ce que la raison concevait. D'après cette méthode, ils réduisirent le christianisme aux articles suivants : Il y a un Dieu très-haut, qui a créé toutes choses par la puissance du Verbe, et qui gouverne tout par son Verbe. Le Verbe est son Fils, et ce Fils est Jésus de Nazareth, fils de Marie, homme véritable ; mais homme supérieur aux autres hommes, ayant été engendré d'une Vierge, et par l'opération du Saint-Esprit. Ce Fils est celui que Dieu a promis aux anciens Patriarches, et qu'il a donné aux hommes : c'est ce Fils qui a annoncé l'Évangile, et qui a montré aux hommes le chemin du Ciel, en mortisant sa chair et en vivant dans la piété. Ce Fils est mort par l'ordre de son Père, pour nous procurer la rémission de nos péchés ; il est ressuscité par la puissance du Père, et il est glorieux dans le Ciel. Ceux qui sont soumis à Jésus de Nazareth, sont justifiés de la part de Dieu ; et ceux qui ont de la piété en lui, reçoivent l'immortalité qu'ils ont perdue dans Adam. J. C. est le Seigneur et le Chef du peuple qui lui est soumis ; il est Juge des vivans et des morts ; il reviendra vers les hommes à la consommation des siècles. Voilà les points auxquels la société de Vicence réduisit la Religion chrétienne : la Trinité, la Consulsantialité du Verbe, la Divinité de Jésus-Christ, etc. n'étoient, selon cette société, que des opinions prises dans la philo- sophie des Grecs, et non pas des dogmes révélés. » Socin, lié avec quelques-uns des nouveaux raisonneurs de Vicence, en suça tous les dogmes, et les poussa même plus loin. « Il avoit conçu de fort bonne heure ( dit l'abbé Racine ) le dessein de changer de religion ; parce que, disoit-il, l'Eglise catholique enseignoit plusieurs choses qui n'étoient pas conformes à la raison. Il ne distinguoit point la raison souveraine, qui n'est autre chose que la sagesse divine, de la raison aveugle de l'homme, qui ne peut que jeter dans l'égarement ceux qui ont la folie de la prendre pour guide. » Socin osa donc rejeter tout ce qui ne lui paroissoit pas s'accorder avec sa raison ; et d'abord il voulut approfondir par lui-même le sens de l'Écriture, et suivre dans cet examen son esprit particulier. Il étudia le grec, l'hébreu, et même l'arabe, et acquit une érudition qui ne pouvoit que lui être funeste dans la malheureuse disposition où il étoit. Il quitta l'Italie en 1547, pour aller chercher parmi les Protestans des connoissances capables de le satisfaire. Il employa quatre ans à voyager en Angleterre, en France, dans les Pays-Bas, en Allemagne et en Pologne. Après y avoir conféré avec les plus fameux hérétiques, il se fixa à Zurich où malgré la réputation que sa science et ses talens lui acquirent, il se rendit bientôt suspect même aux Protestans, de l'hérésie Arienne qu'il embrassa. Calvin lui donna de bons conseils à ce sujet en 1552. L'Elie Socin profita des avis de ce patriarche de la Réforme, et plus encore du supplice de Servet. Il ne découvrit ses erreurs qu'avec beaucoup d'artifices et de précautions. Les nouveaux Ariens avoient formé un troupeau considérable en Pologne. *Socin* se réfugia dans ce pays en 1558, et y porta le goût des lettres, les principes de la critique, et l'art de la dispute. Il fit des Commentaires, et apprit aux Antitrinitaires à expliquer dans un sens figuré ou allégorique, tous les passages qui pouvoient leur être contraires. Il auroit sans doute rendu de plus grands services à sa secte, mais il mourut le 16 mars 1562, laissant son bien et ses écrits à *Fauste* son neveu, qui fit valoir ce dangereux héritage.
IV. SOCIN, (*Fauste*) neveu du précédent, naquit à Sienne en 1539. Il fut gâté de fort bonne heure, aussi bien que plusieurs de ses parens, par les lettres de son oncle; et pour éviter les poursuites de l'Inquisition, il se retira en France. Lorsqu'il étoit à Lyon, n'étant âgé que de 20 ans, il apprit la mort de son oncle, et il alla recueillir ses papiers à Zurich. De-là il passa en Italie, où il demeura 12 ans à la cour du duc de Florence. Ayant appris des calvinistes à ne s'arrêter ni à l'autorité de l'Eglise, ni à celle de la Tradition, il résolut de donner à ce principe toute l'étendue qu'il pouvoit avoir. Il ne se contenta pas de rejeter les dogmes de l'Eglise catholique, que les luthériens et les calvinistes avoient déjà rejetés; il entreprit l'examen de tous les autres que les nouveaux hérétiques avoient retenus, et même de ceux auxquels son oncle n'avoit point porté atteinte. Il prétendoit que les Ariens avoient trop donné à J. C., et nia net- tement la préexistence du *Verbe*. Il soutenoit que le *Saint-Esprit* n'étoit point une personne distincte, et qu'ainsi il n'y avoit que le *Père* qui fût proprement Dieu. Il étoit forcé d'avouer que l'Écriture donne le nom de Dieu à J. C.; mais il disoit que ce n'étoit pas dans le même sens qu'au *Père*; et que ce terme appliqué à J. C.; signifie seulement que le *Père*, seul Dieu par essence, lui a donné une puissance souveraine sur toutes les créatures, et l'a rendu par là digne d'être adoré des Anges et des hommes. Ceux qui ont lu ses Écrits, avoit quelle violence il a été contraint de faire à l'Écriture, pour l'ajuster à ses erreurs. Il anéantit la Rédemption de JESUS-CHRIST; et réduit ce qu'il a fait pour sauver les hommes, à leur avoir enseigné la vérité, à leur avoir donné de grands exemples de vertu, et à avoir scellé sa doctrine par la mort. Le Péché originel, la Grace, la Prédestination passent chez cet impie pour des chimères. Il regarde tous les Sacrements comme de simples cérémonies, sans aucune efficace. Il prend le parti d'ôter à Dieu les attributs qui paroissent choquer la raison humaine, et il forme un assemblage d'opinions qui lui paroissent plus raisonnables, sans se mettre en peine si quelqu'un a pensé comme lui depuis l'établissement du Christianisme. *Socin* ne jouit pas tranquillement de la gloire à laquelle il avoit aspiré avec tant d'ardeur. Les catholiques et les protestans lui causèrent des chagrins, et il mourut le 3 mars 1604, dans le village de Luclavie, près de Cracovie, où il s'étoit retiré pour se dérober aux poursuites de ses ennemis; il étoit dans sa 65e année. On mit sur son tombeau une Epitaphe dont le sens étoit : LUTHER a détruit le toit de Babylone, CALVIN en a renversé les murailles, et SOCIN en a arraché les fondemens. L'idée de cette Epitaphe fut prise d'un tombeau qu'avoit fait exécuter Pauli. (Voy. ce mot.) La secte Socinienne, bien loin de mourir ou de s'affoiblir par la mort de son chef, devint considérable par le grand nombre de personnes de qualité et de savans qui en adoptèrent les principes. Les Sociniens furent assez puissans pour obtenir dans les diètes la liberté de conscience. Au reste, quoique Fauste Socin ait surpassé tous les hérétiques par le nombre de ses erreurs, et par la hardiesse de ses sentimens, il a donné peu de prise sur lui du côté des mœurs. Il a écrit avec élégance et d'une manière fort éloignée des emportemens de Luther et de Calvin. Avant que l'on eût fait les recueils des livres qui sont dans la Bibliothèque des Frères Polonois, il étoit difficile de recouvrer les ouvrages de Fauste Socin. Mais ils ont été imprimés à la tête de cette Bibliothèque, qui est en 9 tom. in - fol. Les deux premiers ne contiennent que les productions de cet auteur. Sa Vie a été écrite en latin par Priscovius, un de ses sectateurs.
SOCOLOVE, (Stanislas) théologien Polonois, chanoine de Cracovie et prédicateur du roi Etienne Battori, mourut en 1619, avec la réputation d'un savant. On a de lui des Commentaires sur les trois premiers Evangélistes, et d'autres ouvrages de Controverse et de Morale. Le plus estimé de tous est une Traduction de Jérémie, patriarche de Constantinople, sous ce titre : Censura Ecclesiae Orientalis de præcipuis nostri sœculi Hareticorum dogmatibus, è Graeco in Latinum converso, cum annotationibus, Cracovie, 1582, in-fol. I. SOCRATE, fils d'un sculpteur nommé Sophronisque, et d'une sage-femme appelée Phenarète, naquit à Athènes l'an 469 avant J. C. Il s'appliqua d'abord à la profession de son père, et l'histoire fait mention de trois de ses Statues représentant les Graces, qui étaient très-belles. Il paroît par les comparaisons que Socrate employa depuis dans ses discours, qu'il ne rougissoit point de la profession de son père, ni de celle de sa mère. Il s'étonnoit qu'un Sculpteur appliquait tout son esprit à faire qu'une pierre brute devint semblable à un homme, et qu'un homme se mit si peu en peine de n'être pas semblable à une pierre brute. Il s'appeloit l'Accoucheur des Esprits, parce qu'il exerçoit à l'égard des esprits, auxquels il faisoit produire des pensées, les mêmes fonctions que sa mère exerçoit à l'égard des corps. Criton ravi de la beauté de son esprit, l'arracha de son atelier pour le consacrer à la philosophie. Il eut pour maître le célèbre Archelaïts qui conçut pour lui toute l'amitié qu'il méritoit. Il commença par l'étude de la physique, selon l'usage des écoles de ce temps-là, qui ne connoissoient que cette partie de la philosophie alors très-obscure. Ayant remarqué combien cette science vague et incertaine étoit peu utile au commun des hommes, il fit descendre, dit Cicéron, la philosophie du Ciel pour la placer dans les villes et la mettre plus à la portée des hommes, en l'appliquant seulement à ce qui pouvoit les rendre justes, raisonnables et vertueux. Le jeune philosophe porta les armes comme tous les Athéniens, et se trouva à plusieurs actions, dans lesquelles il se distingua par son courage. Endurci depuis long-temps contre les saisons, on le vit, au siège de Potidée, marcher pieds nus sur la glace. Ayant trouvé *Alcibiade* couvert de blessures, il l'arracha des mains de l'ennemi, et quelque temps après lui fit décerner le prix de la bravoure qu'il avoit mérité lui-même. A la bataille de Délium, il se retira des derniers à côté du général. Y ayant apperçu le jeune *Xénophon* traversé de cheval, il le prit sur ses épaules et le mit en lieu de sûreté. Ce courage ne l'abandonnoit pas dans des occasions peut-être plus périlleuses. Le sort l'avoit élevé au rang de sénateur, et il présidait en cette qualité avec ses autres confrères à l'assemblée du peuple. On accusa un général d'armée, et l'on proposa une forme de jugement injuste et irrégulière. La multitude acharnée approuvoit cette forme et menaçoit d'exterminer ceux qui la rejetaient. Les sénateurs épouvantés se soumirent. *Socrate* seul, au milieu des clameurs et des menaces, refusa de juger. Comme il s'étoit accoutumé de bonne heure à une vie sobre, dure, laborieuse, il dédaigna l'amour des richesses, et se consacra sans effort à celui de la pauvreté. Voyant la pompe et l'appareil que le luxe étalait dans certaines cérémonies, et la quantité d'or et d'argent qu'on y portoit : *Que de* *choses*, disoit-il en se félicitant lui-même sur son état, *que de choses dont je n'ai pas besoin l... Moins on a de besoins*, ajoutoit-il, *plus on approche de la Divinité*. *Socrate* n'étoit pas seulement pauvre ; mais, ce qui est admirable, il aimoit à l'être ; il ne rougissoit pas de faire connoître ses besoins. *Si j'avois eu de l'argent*, dit-il un jour dans une assemblée de ses amis, *j'aurois acheté un manteau*. Chacun de ses disciples voulut lui faire ce petit présent... Quoique très-pauvre, il se piquoit d'être propre sur lui et dans sa maison. Il dit un jour à *Antisthène*, qui affectoit de se distinguer par des habits sales et déchirés, *qu'à travers les trous de son manteau et de ses vieux haillons, on entrevoyoit beaucoup de vanité*. Le faste de la sagesse lui paroissoit une ostentation plus ridicule que le faste de l'opulence. Il rejeta généreusement les offres et les présens d'*Archelais*, roi de Macédoine, qui vouloit l'appeler à sa cour. Sa raison étoit, *qu'il ne vouloit pas aller trouver un homme qui pouvoit lui donner plus qu'il n'étoit en état de lui rendre*. Eût-ce donc été rendre à ce prince un petit service, dit *Sénèque*, que de le détromper de ses fausses idées de grandeur, de lui montrer le véritable usage du pouvoir et des richesses, de lui apprendre le grand art de régner, et l'art peut-être plus difficile, de bien vivre et de bien mourir ? Une des qualités les plus marquées dans *Socrate*, étoit une tranquillité d'âme, que nul accident ne pouvoit altérer. Il ne se laissoit jamais emporter par la colère. Un esclave ayant excité en lui quelque émotion : *Je te frapperois*, lui dit-il, si je n'étois pas en colère. Un brutal lui ayant donné un soufflet, il se contenta de dire en riant : *Il est fâcheux de ne pas savoir quand il faut s'armer d'un casque.* Une autre fois, ses amis étant étonnés de ce qu'il avoit souffert, sans rien dire, un coup de pied d'un insolent : *Quoi donc !* leur dit-il, si un dîné m'en donnoit autant, le fercis-je citer en Justice ? Enfin, comme on lui rapportoit qu'un certain homme l'accabloit d'invectives, il ne fit que cette réponse : *C'est qu'apparemment il n'a pas appris à bien parler...* « Que celui d'entre vous (disoit-il à ses disciples), qui, en consultant le miroir, s'y trouvera beau, prenne garde de corrompre les traits de sa beauté par la difformité de ses mœurs ; mais que celui qui s'y trouvera laid, s'applique à effacer la laideur de son visage par l'éclat de sa vertu... » Comme le peuple sortoit un jour du théâtre, *Socrate* forçoit le passage pour y entrer. Quelqu'un lui demandant la raison de cette conduite : *C'est, répondit-il, ce que j'ai soin de faire dans toutes mes démarches, je résiste à la foule...* On lui demanda pourquoi il se fatiguoit à travailler avec tant d'ardeur jusqu'au soir ? Il répondit : « Qu'il gagnoit de l'appétit pour mieux souper ; que, selon lui, le meilleur assaisonnement des viandes étoit la faim, et que celui de la boisson étoit la soif... » On dit que, pour endurcir son corps contre les accidens de la vie, il avoit coutume de se tenir debout un jour entier dans l'attitude d'un homme rêveur, immobile, sans fermer les paupières et sans détourner les yeux du même endroit. Après avoir gagné de la soif par les fatigues et les mouvemens qu'il se donnoit, il ne buvoit point, qu'il n'eût versé dans le puits la première cruche d'eau qu'il en tiroit... *Socrate* avoit invité à souper quelques personnes riches, et sa femme *Xantippe* rougissoit de les recevoir si simplement. « Ne vous inquiétez point, ( lui répondit *Socrate* ) si ce sont des gens de bien et sobres, ils seront contens ; mais s'ils sont déréglés et méchans, peu importe qu'ils le soient. » Il trouva, sans sortir de sa propre maison, de quoi exercer sa patience : *Xantippe* sa femme le mit aux plus rudes épreuves, par son humeur bizarre, violente et emportée. Un jour, après avoir vomi contre lui toutes les injures dont son dépit étoit capable, elle finit par lui jeter un pot d'eau sale sur la tête. Il ne fit qu'en rire, et il ajouta : *Il falloit bien qu'il plaît après un si grand tonnerre.* Il étoit accoutumé aux criailleries perpétuelles de cette femme, comme on l'est au cri des *Oies*. ( C'étoit son expression. ) — *Mais les Oies nous font des petits*, lui disoit-on un jour. — *Et ma femme me donne des enfans*, repartit *Socrate*. On a cru que le caractère de cette mégère étoit de son choix, et qu'il l'avoit épousée à dessein d'être exercé ; mais cette conjecture suppose une bizarrerie qui n'étoit point dans l'esprit de *Socrate*, déclaré par l'Oracle, *LE PLUS SAGE DE TOUS LES GRECS*. Parmi le grand nombre de sentences et de bons mots qu'on lui a attribués, nous avons choisi les principaux. Parlant d'un prince qui avoit beaucoup dépensé à faire un superbe palais, et n'avoit rien employé pour former ses mœurs, il faisoit remarquer, qu'on couroit de tous côtés pour voir sa maison, mais que personne ne s'empressoit pour en voir le Maître... Dans le temps du massacre que faisoient les trente Tyrans qui gouvernoient la ville d'Athènes, il dit à un philosophe : Consolons-nous de n'être pas, comme les Grands, le sujet des Tragédies. Il disoit que les richesses et les grandeurs, bien loin d'être des biens, étoient des sources de toutes sortes de maux... Il recommandoit trois choses à ses disciples, la sagesse, la pudeur et le silence ; et il disoit qu'il n'y avoit point de meilleur héritage qu'un bon Ami... Un physionomiste ayant dit de lui qu'il étoit brutal, impudique et ivrogne, ses disciples vouloient maltraiter ce satirique impudent ; mais Socrate les en empêcha, en avouant « qu'il avoit eu du penchant pour ces vices, mais qu'il s'en étoit corrigé par la raison. » Sa physionomie, la seule chose difforme qu'il eût en lui, avoit dans ses traits une ressemblance frappante avec les images du Dieu Silene. Il plaisantoit le premier de sa laideur : et il disoit que son père, en le sculptant, avoit oublié de donner le dernier coup de ciseau. Il disoit ordinairement qu'on avoit grand soin de faire un portrait qui ressemblât, et qu'on n'en avoit point de ressembler à la Divinité dont on est l'image : qu'on se paroît au miroir, et qu'on ne se paroît point de la vertu. Il njoutoit, qu'il en est d'une mauvaise Femme comme d'un Cheval vicieux, auquel lorsqu'on est accoutumé, tous les autres semblent bons... C'est principalement à ce grand philosophe que la Grèce fut redevable de sa gloire et de sa splendeur. Il eut pour disciples et forma les hommes les plus célèbres en tous genres, tels qu'Alcibiade, Xénophon, Platon, etc. Il n'avoit point une école ouverte comme les autres philosophes, ni d'heure marquée pour ses leçons. C'étoit un Sage de tous les temps et de toutes les heures, et il saisissoit toutes les occasions pour donner des préceptes de morale. La sienne n'étoit ni sombre, ni sauvage ; il étoit toujours fort gai, et il aimoit la douce joie d'un repas frugal, assaisonné par l'esprit et par l'amitié. Ce ne seroit pas bien connoître Socrate, que d'oublier son Démon, ou ce Génie qu'il prétendoit lui servir de guide. Il en parloit souvent, et fort volontiers à ses disciples. Qu'étoit-ce que ce Démon familier, cette voix divine, cet esprit qui lui obéissoit constamment quand il le consultoit ? Ce n'étoit autre chose, suivant des philosophes judicieux, que la justesse et la force de son jugement, qui par les règles de la prudence, et par le secours d'une longue expérience soutenue de sérieuses réflexions, lui faisoit prévoir quel devoit être le succès des affaires et des entreprises sur lesquelles on lui demandoit son avis. [ Voy. VIII. MARC-ACRELE. ] Quant aux principes de sa philosophie, il ne se piqua pas, comme nous l'avons déjà dit, d'approfondir les mystères impénétrables de la nature. Il crut que le Sage devoit la laisser dans les ténèbres où elle s'étoit ensevelie ; il tourna toutes les vues de son esprit vers la morale, et la Secta Ionienne n'eut plus de physicien. Socrate Socrate chercha dans le cœur même de l'homme, le principe qui conduisoit au bonheur : il y trouva que l'homme ne pouvoit être heureux que par la justice, par la bienfaisance, par une vie pure. Il traitoit les matières avec tant de netteté, de naturel et de simplicité, qu'il faisoit en- tendre à ses disciples tout ce qu'il vouloit, et qu'il leur disoit trou- ver dans leur propre fonds, la réponse à toutes les questions qu'il leur proposoit. Il forma une école de morale, bien supérieure à toutes les écoles de physique; mais, dans le temps qu'il instrui- soit les autres, il ne veilloit pas assez sur lui-même. Il s'expliquoit très-librement sur la religion et sur le gouvernement de son pays. Sa passion dominante étoit de régner sur les esprits, et d'aller à la gloire en affectant la modestie. Cette conduite lui fit beaucoup d'ennemis : ils engagèrent Aristo- phane à le jouer sur le théâtre. Le poète lui prêta sa plume, et sa Pièce, pleine de plaisanteries fines et saillantes, accoutuma in- sensiblement le peuple à le mé- priser. [ Voy. ARISTOPHANE. ] Il se présenta un infâme délateur, nommé Melitus, qui l'accusa, 1.º d'être le détracteur des ancien- nes Divinités de la Grèce, dont il blâmoit les passions ridicules, et se se vanter d'avoir un Génie qui l'inspiroit. 2.º D'être le corrup- teur de la jeunesse; 3.º l'ennemi du gouvernement populaire, parce qu'il vouloit rejeter la voie du sort dont on se servoit pour élire les magistrats. Lysias qui passoit pour le plus habile orateur de son temps, lui apporta un Dis- cours travaillé, pathétique, tou- chant, et conforme à sa malheu- reuse situation, pour l'apprendre par cœur, s'il le jugeoit à propos, et s'en servir auprès de ses juges. Socrate le lut avec plaisir, et le trouva fort bien fait. Mais de même, lui dit-il, que si vous m'eussiez apporté des souliers à la Sicyonienne (c'étoient alors les plus à la mode) je ne m'en servirois point, parce qu'ils ne conviendroient point à un Philo- sophe; ainsi votre Pividoyer me paroît éloquent et conforme aux règles de la rhétorique, mais peu convenable à la grandeur d'ame et à la fermetédignes d'un Sage. Son apologie fut un discours simple, mais noble, où l'on voyoit briller le caractère et le langage de l'in- nocence. « Je comparois, dit-il à ses juges, devant ce tribunal pour la première fois de ma vie, quoi- qu'âge de plus de 70 ans. Ici, le style, les formes, tout est nouveau pour moi. Je vais parler une lan- gue étrangère; et l'unique grace que je vous demande, c'est d'être plutôt attentifs à mes raisons qu'à mes paroles. Votre devoir est de discerner la justice; le mien est de vous dire la vérité. On m'ac- cuse de ne pas admettre les Di- vinités d'Athènes, et de croire à un Génie particulier; ma réponse est facile. J'ai offert souvent aux Dieux du pays, des sacrifices de- vant ma maison; j'en ai souvent offert sur les autels publics; j'en ai offert devant tous mes disciples, et Athènes en a été témoin. J'ai blâmé les passions honteuses et les haines barbares que l'on attribuoit aux Dieux. J'ose vous le demander : qui de vous, ô magistrats ! les pardon- neroit aux hommes ? Quant au Génie particulier dont j'écoute l'inspiration secrète, ce n'est pas une Divinité nouvelle: c'est l'éter- nel instinct, c'est le génie éter- nel de la morale. Pour se conduire, les uns consultent des Sybilles, d'autres le vol des oiseaux, d'autres le cœur des victimes. Moi, je consulte mon propre cœur; j'interroge ma conscience; je converse en secret avec l'esprit qui m'anime. On prétend, en second lieu, que je corromps la jeunesse d'Athènes: qu'on cite donc un de mes disciples que j'aie entraîné dans le vice. J'en vois plusieurs dans cette assemblée; qu'ils se lèvent, qu'ils déposent contre leur corrupteur. S'ils sont retenus par un reste de considération, d'où vient que leurs pères, leurs frères, leurs parens n'invoquent pas dans ce moment la sévérité des lois? d'où vient que *Melitus* a négligé leur témoignage? C'est que, loin de me poursuivre, ils sont eux-mêmes accourus à ma défense. On m'accuse enfin de m'être déclaré contre la loi établie parmi-nous, de choisir au sort des magistratures importantes: mais en cela je ne me suis pas montré mauvais citoyen; car il est évident que c'est confier au hasard la fortune des particuliers et la destinée de l'état. O Athéniens! oseriez-vous tirer au sort les précepteurs de vos enfans, les généraux de vos armées? Ce ne sont donc pas les accusations de *Melitus* et d'*Anytus* qui me coûteront la vie; c'est plutôt la haine de ces hommes vains ou injustes dont j'ai démasqué l'ignorance ou les vices: haine qui a déjà fait périr tant de gens de bien, qui en fera périr tant d'autres; car je ne dois pas me flatter qu'elle s'épuise par mon supplice. Au reste, mes ennemis sont plus à plaindre que moi, puisqu'ils sont injustes. Pour échapper à leurs coups, je n'ai point, à l'exemple des autres accusés, employé les menées clandestines, les sollicitations ouvertes. Je vous ai trop respectés pour chercher à vous attendrer par mes larmes, ou par celles de mes enfans et de mes amis, assemblés autour de moi. C'est au théâtre qu'il faut exciter la pitié par des images touchantes; ici la vérité seule doit se faire entendre. Vous avez fait un serment solennel de juger suivant les lois; si je vous arrachois un parjure, je serois véritablement coupable d'impiété. Mais plus persuadé que mes adversaires de l'existence de la Divinité, je me livre sans crainte à sa justice, ainsi qu'à la vôtre. Ce plaidoyer semblait avoir fléchi une partie de ses juges. D'abord il eut la pluralité des voix pour lui, et *Melitus* son accusateur alloit être condamné, selon l'usage, à une amende de mille drachmes. Mais *Anytus* et *Licon* s'étant joints à lui, leur crédit entraîna un grand nombre de suffrages, et il y en eut 281 contre *Socrate*, et par conséquent 220 pour lui; car les juges, sans compter le président, étoient au nombre de cinq cents. [*Voyez l'article PEREDETTE.*] Par une première sentence, les juges déclaraient simplement que le philosophe étoit coupable, sans statuer sur la peine qu'il devoit souffrir. On lui en laissa le choix. Il répondit, que puisqu'on le laissoit le maître de son châtiment, il se condamnoit, pour avoir toujours instruit les Athéniens, à être nourri le reste de ses jours dans le Prytanée, aux frais de la République; honneur qui, chez les Grecs, passoit pour le plus distingué. Cette réponse révolta tellement tout l'Aréopage, que l'on résolut sa perte, tout innocent qu'il étoit. Quelqu'un étant venu lui annoncer qu'il avoit été condamné à mort par ses juges : *Et eux*, répliquait, *l'ont été par la Nature*. On ordonna qu'il boiroit du jus de ciguë. Dès que la sentence fut prononcée, il dit à ses juges : *Je vais être livré à la mort par votre ordre; la nature m'y avoit condamné dès le premier moment de ma naissance. Mais mes accusateurs vont être livrés à l'infamie et à l'injustice par l'ordre de la vérité*. Il marcha avec une fermeté admirable vers la prison. *Apollodore*, un de ses disciples, s'étant avancé pour lui témoigner sa douleur de ce qu'il mouroit innocent : *Voudriez-vous*, lui dit-il, *que je mourusse coupable ?* Ses amis voulurent lui faciliter son évasion : ils corrompirent le geolier à force d'argent; mais *Socrate* ne voulut point profiter de leurs bons offices. Il but la coupe de ciguë avec la même indifférence dont il avoit envisagé les différens événemens de sa vie; ensuite il se promena tranquillement dans sa chambre, et lorsque ses jambes commencèrent à foiblir, il se coucha sur son lit et expira, vers le mois de juin de l'an 399 avant J. C., âgé de 70 ans. Sa femme et ses amis recueillirent ses dernières paroles. Elles furent toutes d'un sage : elles roulèrent sur l'immortalité de l'âme, et prouvèrent la grandeur de la sienne. « Une chose, mes amis, (leur dit-il en finissant) qu'il est très-juste de penser, c'est que si l'âme est immortelle, elle a besoin qu'on la cultive, non-seulement pour ce temps passager que nous appe- appelons le temps de la vie, mais encore pour celui qui la suit, c'est-à-dire pour l'éternité. La moindre négligence sur ce point, peut avoir des suites infinies. Si la mort étoit la ruine et la dissolution de tout, ce seroit un grand gain pour les méchans, après le trépas, d'être délivrés en même temps de leur corps, de leur âme et de leurs vices. Mais puisque l'âme est immortelle, elle n'a d'autre moyen de se délivrer de ses maux, et il n'y a de salut pour elle, que de devenir très-bonne et très-sage... Au sortir de cette vie, s'ouvrent deux routes, *ajouta-t-il*; l'une mène à un lieu de supplices éternels les âmes qui se sont souillées ici-bas par des plaisirs honteux, et des actions criminelles; l'autre conduit à l'heureux séjour des Dieux, celles qui se sont conservées pures sur la terre, et qui dans des corps humains ont mené une vie divine.» Quelqu'un demandant à *Aristippe* comment *Socrate* étoit mort ? *Comme je voudrois*, répondit-il, *mourir moi-même*. Quelques Pères de l'Eglise décorent ce Sage du titre de *MARTYA de Dieu. Erasme* dit, qu'autant de fois qu'il lisait la belle mort de *Socrate*, il étoit tenté de s'écrier : *O saint SOCRATE, priez pour nous !* On a tâché vainement de noircir sa réputation, en l'accusant d'un amour criminel pour *Alcibiade* : l'abbé *Fraguier* l'apleinement justifié. Des auteurs postérieurs à *Socrate* de plusieurs siècles, assurent qu'immédiatement après sa mort, les Athéniens demandèrent compte aux accusateurs, du sang innocent qu'ils avoient fait répandre; que *Melitus* fut condamné à mort, et que les autres furent bannis; que non contenus d'avoir ainsi puni les calomniateurs de *Socrate*, ils lui firent élever une statue de bronze de la main du célèbre *Lysippe*, et lui dédicèrent une chapelle comme à un demi - Dieu. Ces traditions, dit M. l'abbé *Barthelemi*, ne peuvent se concilier avec le silence de *Xénophon* et de *Platon*, qui ne parlent nulle part, ni du repentir des Athéniens, ni du supplice des accusateurs de *Socrate*... On a demandé ce que c'étoit que cette ironie, que les anciens ont tant vantée dans *Socrate*. Le même abbé *Fraguier*, qui a fait une Dissertation curieuse sur ce sujet, remonte jusqu'à la cause qui obligea *Socrate* de se servir souvent de cette figure. Ce philosophe ayant résolu de donner une base certaine à la morale, commença par combattre certains charlatans de philosophie, connus sous le nom de *Sophistes*. Ces hommes hardis, présomptueux, avoient par un brillant étalage de phrases, et par une fausse éloquence, séduit toute la Grèce. Comme ils étoient tréspuissans à Athènes, *Socrate* étoit forcé de les ménager en apparence, et d'affecter une sorte d'ignorance pour mieux décréditer une morale et une éloquence éblouissante, mais qui dans le fond n'avoit rien que de frivole. Voici à-peu-près quel étoit son procédé. Il savoit dans quel lieu public, ou dans quelle maison particulière un ou plusieurs des plus fameux *Sophistes* débitoient leur fausse doctrine. Il y arrivoit comme par hasard, et quelquefois il avoit assez de peine à entrer. Il trouvoit le docteur gonflé de cet orgueil que donne aux personnes vaines l'admiration des sots; et s'approchant de lui modestement: « Je m'estimerois bien heureux, lui disoit-il, si mes facultés répondoient au besoin et à l'envie que j'aurois d'avoir pour mes maîtres, des hommes tels que vous. Mais, pauvre comme je suis, que me reste-t-il pour m'instruire, que de vous exposer mon ignorance et mes doutes, lorsque mon bonheur m'offre l'occasion de vous consulter? » Le *Sophiste* l'écoutoit avec une attention dédaigneuse, et lui permettoit de parler. *Socrate* lui faisoit des questions toutes simples; il lui demandoit, par exemple: *Qu'est-ce que votre profession? Qu'appelez — vous Rhétorique? Qu'est-ce que le Beau? En quoi consiste la Vertu?* Ce docteur ne pouvoit reculer, sans risquer son revenu et sa réputation. Il répondoit; mais, au lieu de donner une réponse précise, il se jetoit dans les lieux communs, et prenant l'espèce pour le genre, il parloit beaucoup sans rien dire qui fût à propos. *Socrate* applaudissoit à ce verbiage, pour ne pas effaroucher d'abord son docteur; et affectant de ne pouvoir le suivre dans ses longs discours, il le réduisoit à répondre *oui* et *non*. Alors, par la justesse de sa dialectique, il le conduisoit de l'un à l'autre, jusqu'aux conséquences les plus absurdes, et le forçoit à se contredire lui-même, ou à se taire. [ *Voy. I. PRODIGUS.* ] On a de *Socrate* quelques *Lettres*, recueillies par *Allatius* avec celles des autres philosophes de sa secte, Paris, 1637, in-4. *Socrate* avoit mis en vers, dans sa prison, les Fables d'*E-sopé*; mais cette traduction n'est pas parvenue jusqu'à nous. *Voy. THERAMÈNE, LOEHRHAVE*, et II. BOULANGER à la fin.
II. SOCRATE, le *Scholastique*, naquit à Constantinople, au commencement du règne du grand *Théodose*, vers l'an 380. Il étudia la grammaire sous deux fameux professeurs Païens, et fit des progrès qui annonçoient beaucoup de talent. Il suivit ensuite le barreau; enfin il s'appliqua à l'Histoire Ecclésiastique, et entreprit de continuer celle d'*Eusèbe de Césarée*, en reprenant à l'Arianisme, qu'*Eusèbe* n'avoit touché que fort légèrement. L'Histoire de *Socrate*, divisée en VII livres, commence à l'an 306, et finit en 439; ainsi elle renferme ce qui s'est passé pendant 134 ans. Son style n'a rien de beau ni de relevé. Quoiqu'il proteste qu'il s'est donné beaucoup de peine pour s'instruire exactement de tous les faits qu'il rapporte, il y en a néanmoins plusieurs auxquels on ne peut ajouter foi. Il n'est pas même toujours exact dans les dogmes. Il n'étoit que laïque, et peu versé dans les matières de théologie. Il parle souvent des Novatiens d'une manière avantageuse. Ce n'est pas qu'il fût engagé dans leur schisme; mais il faisoit trop de cas de leurs belles qualités apparentes. Il ne paroît pas avoir été fort instruit de la discipline des différentes Eglises. On ne dit pas en quelle année il mourut. On trouve son *Histoire* dans le Recueil des Historiens Ecclésiastiques de *Valois*, à Cambridge, 1720, 3 vol. in-folio. *Cousin* l'a traduite en françois. I. SODI, (Pierre) maître de ballets, né à Rome, vint en France en 1744, et y excella dans la composition des pantomimes. Les plus remarquables furent: la *Cornemuse*, les *Jardiniers*, les *Foux*, les *Mandolines*, le *Bouquet*, le *Dormeur*, les *Caracteres de la Danse*, la *Noce*, les *Amusemens champêtres*, la *Chasse*, etc. etc. *Sodi* est mort en 1760.
II. SODI, (Charles) frère aîné du précédent, naquit à Rome, et se fit connoître par son talent pour la mandoline. Il vint à Paris en 1749, et on lui doit la musique de la plupart des pantomimes dont son frère dessinoit les pas. On a encore de lui les airs d'un grand nombre d'ariettes italiennes et françoises, dont le chant est gai ou voluptueux.
SOÉMIAS, (Julie) fille de *Julius Avitus*, et mère de l'empereur *Héliogabale*, étoit d'Apamée en Syrie. *Julie Mammée*, sa sœur, épousa l'empereur *Septime-Sévère*, et *Soémias* fut mariée à *Varius-Marcellus*. Devenue veuve de bonne heure, ainsi que sa sœur, *Masa* leur mère les emmena, l'an 217, à Emèse. Ce fut par les intrigues des ces trois femmes qu'*Héliogabale* fut élu empereur en 218. *Soémias* et sa mère furent admises au sénat, où elles donnoient leurs voix comme les autres sénateurs. Peu satisfaite de dominer dans cette assemblée auguste, *Soémias* forma un sénat composé de femmes, pour décider sur les ajustemens des dames Romaines. Ses folies et celles de son fils irritèrent les citoyens de Rome; on encouragea les Prétoriens à se soulever, et ils tranchèrent la tête à l'un et à l'autre en 222. *Soémias* avoit de la beauté et du courage. Dans une occasion, des soldats qui combattoient pour *Héliogabale*, commençant à fuir, elle se jeta au milieu d'eux et les fit retourner au combat. Mais ce fut la seule occasion où elle parut avec honneur. Née avec un esprit vain, ambitieux, un caractère railleur, insolent et cruel, elle donna les plus mauvais conseils à son fils. Elle avoit un front incapable de rougir, et elle se donna en spectacle par les débauches les plus criantes.
SOFFREY DE CALIGNON, *Voy*. CALIGNON.
SOGDIEN, 2e fils d'Artaxerces - Longuemain, ne put voir sans jalousie Xerces son frère aîné sur le trône de Perse; il le fit assassiner l'an 425 avant J. C., et s'empara de la couronne. Il ne jouit pas long-temps du fruit de son crime. Son règne ne fut que d'environ sept mois. Ochus son frère, qui régna sous le nom de Darius Nothus, leva une armée contre lui, se saisit de sa personne, et le fit précipiter dans un monceau de cendres chaudes. Ce supplice fut inventé pour Sogdien, parce qu'Ochus s'étoit engagé par serment à n'employer contre lui ni le fer ni le poison. On remplit donc de cendres jusqu'à une certaine élévation, une des plus hautes tours. On y fit monter Sogdien, et on l'y précipita la tête la première. On agita ensuite les cendres jusqu'à ce qu'il fût suffoqué. Ainsi périt ce malheureux prince; et depuis ce temps, le supplice des cendres devint très-commun dans la Perse.
SOHÈME, frère de Ptolomée roi d'Iturée, fut élevé à la cour d'Hérode le Grand, qui lui avoit donné toute sa confiance. Ce roi, en partant pour aller faire sa paix avec Auguste, après la bataille d'Actium, lui remit sa femme Mariamne avec ordre de la tuer, en cas qu'on le fit mourir à Rome. Un pareil ordre avoit déjà été donné à Josepn, beau-frère d'Hérode. (Voyez ce mot, n° v.) Sohème, gagné par les civilités de la reine, ne put garder son secret; et Mariamne, indignée de la cruauté de son mari, accabla de reproches Hérode, qui, pour s'en venger, fit périr et Sohème et Mariamne elle-même. I. SOISSONS, (Thierri de) accompagna S. Louis dans son expédition à la Terre-sainte, et fut fait prisonnier comme son roi à la bataille de la Massoure. Il chanta sa captivité, et partagea avec son contemporain Thibaut, comte de Champagne, l'honneur d'être un de nos premiers poètes. Dans un manuscrit de la bibliothèque nationale, de l'an 1350, on trouve plusieurs chansons de lui.
II. SOISSONS, (Louis DE-BOURBON, comte de) grand-maître de France, fils de Charles comte de Soissons, dont la passion pour Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV, est connue, (Voyez CAIET.) naquit à Paris en 1604. Il se distingua d'abord contre les Huguenots au siège de la Rochelle. Il commanda en Champagne dans les années 1635, 1636 et 1637, et défit au combat d'Yvoi les Polonois et les Croates qui entroient en France. Poussé à bout par le cardinal de Richelieu, dont il avoit refusé d'épouser la nièce, la marquise de Combatel, il résolut de s'en défaire; mais le coup ayant manqué, il se retira à Sedan, traita avec la maison d'Autriche contre le roi, et défit le maréchal de Châtillon en 1641 à la bataille de la Marfée. Il y fut tué d'un coup de pistolet, en poursuivant sa victoire avec trop d'ardeur. Louis XIII vouloit qu'on fit le procès à sa mémoire; mais Puy-Ségur l'en empêcha, en disant: Il étoit de votre sang, et votre filleul; voudriez-vous exposer son corps à être traîné sur la claie par un jugement solennel? Laissez à Dieu, SIRE, la vengeance de vos ennemis. Le comte de Soissons étoit un prince bien fait, et plein de fierté, de feu et de courage; mais d'un esprit médiocre, incertain et défiant. Il avoit la barbe rousse. Ayant demandé un jour à un jardinier qui passoit pour eunuque, pourquoi il n'avoit point de barbe: le jardinier lui répondit: Je suis arrivé tandis que le bon Dieu faisoit la distribution des barbes. Il n'y en avoit plus que de rousses, et j'ai mieux aimé n'en point avoir, que d'en avoir une de cette couleur. Le père du comte de Soissons demanda en vain pour lui en mariage, Marie duchesse de Montpensier qui épousa Gaston d'Orléans. Il n'eut qu'un fils naturel, Louis-Henri, chevalier de Soissons, abbé de la Couture, qui quitta ses bénéfices, prit le titre de Prince de Neuchatel, et épousa en 1694 Angélique-Canegonde de Montmorencé - Luxembourg. Il mourut en 1703, laissant une fille, mariée en 1710 à Charles-Philippe d'Albert duc de Laynes.
III. SOISSONS, (Eugène Maurice de Savoie, comte de) fils puiné de Thomas de Savoie prince de Carignan, et de Marie de Bourbon comtesse de Soissons, naquit en 1635. D'abord destiné à l'état ecclésiastique, il le quitta en 1656, après la mort de son se- cond frère, prit le nom de comte de Soissons et obtint la même année une compagnie au régiment de cavalerie de Mancini. L'année d'après il épousa Olympe Mancini, nièce du cardinal Mazarin, et devint successivement colonel général des Suisses et Grisons, gouverneur de Champagne et de Brie, lieutenant-général des armées du roi. Il se signala dans diverses occasions. A la bataille des Dunes, en 1658, il rompit l'infanterie à la tête des Gardes-Suisses; et six jours après il y eut un autre combat où il fut blessé au visage d'un éclat de grenade. Après s'être distingué dans les guerres qui suivirent, il fut nommé en 1673 pour servir dans l'armée de Turenne; mais il tomba malade en chemin, et mourut à Unna en Vestphalie. Aux talens militaires, il joignoit les connoissances politiques, et il réussit à Londres dans l'ambassade dont Louis XIV le chargea en 1660. Il eut de son mariage cinq garçons et trois filles. Le plus illustre fut le fameux prince Eugène. [Voy. son article.] La Vie du comte de Soissons fut imprimée à Paris, 1677, in-12.
IV. SOISSONS, (N. de) gentilhomme du Maine, est connu par un ouvrage qui fit du bruit. Il le publia en 1716, sous le titre de Détail de la France. Voici ce qu'en dit l'abbé Lenglet: « Il y démontre bien la cause des misères. Il fait voir que, sous les rois prédécesseurs de Louis XIV, les Tailles étoient plus fortes, et que cependant les peuples sont plus misérables qu'ils n'étoient alors. Il en développe bien les raisons, et il est peu d'auteurs qui parlent aussi sensément. Son style est bon, même intéressant. L'ouvrage est un in-12 de 400 à 500 pages, où l'on trouve des raisonnemens solides, et une curieuse littérature sur le sujet que l'auteur traite. » *Voyez PÉ-SANT.*
SOLANDER, (Daniel) docteur en médecine, membre de la société royale de Londres, naquit en Suède, dans la province de Nordland, où son père étoit ministre. Il fit ses études à Upsal, après lesquelles il alla à Archangel par la Laponie. De là il se rendit à Pétersbourg, d'où il revint à Upsal auprès de Linné, son maître, qui conseilla à son père de l'envoyer en Angleterre. En 1768 M. *Banks* l'engagea à faire avec lui le tour du monde, moyennant une rente viagère de 400 liv. sterlings, outre la promesse que sa place au Musée lui seroit conservée pendant le voyage. Après une absence de trois ans, il revint en 1771. Il employoit tous les jours une partie de son temps à mettre en ordre la Collection des Piantes que son ami *Banks* et lui avoient rapportées de la mer du sud, et à les décrire. Excepté quelques petits Ecrits, épars dans les Mémoires des sociétés savantes, il n'a rien donné que la *Description*, imprimée in-4.º avec figures, chez *Lockier Davies*, à Londres, de la Collection des pétrifications trouvées dans la province de Hampshire, et dont *Gustave Brander* fit présent au Musée Britannique. On a encore de lui des Observations d'Histoire naturelle, dans les *Voyages autour du Monde*, faits par ordre de Georges III, Paris, 1774, 4 vol. in-4.º *Solander* mourut à Londres en 1782. C'étoit un homme sage et modéré.
SOLANO, (N.) médecin Espagnol, né à Montilla, et mort à Antequerra en 1738, fit des recherches curieuses sur le pouls, et sur les crises qu'on pouvoit annoncer en l'observant. Il les consigna dans son *Apollinis lapis Lydius*, in-fol., où l'on trouve des observations importantes. I SOLE, (Joseph del) habile peintre d'histoire et de portrait, né en 1654, et mort à Boulogne, sa patrie, en 1719.
II. SOLE, (Antoine-Marie del) peintre Bolonois, né en 1597, mort en 1677, excella dans le paysage. On admire le bon choix de ses situations, et la beauté de son coloris. — Son fils *Joseph*, né en 1654, mort en 1719, imita son père dans son talent pour le paysage, et y réunit le genre de l'histoire. Son Tableau de la *Mort de Priam*, passe pour son chef-d'œuvre.
SOLEIL, (Myth.) Les Païens distinguent *Cinq SOLEILS*. L'un fils de *Jupiter*; le 2$^{e}$, fils d'*Hypérion*; le 3$^{e}$, fils de *Vulcoin*, surnommé *Opas*; le 4$^{e}$ avoit pour mère *Acantho*; et le dernier étoit père d'*Aetès* et de *Circé...* *Voy. PHAETON*, et I. PHENIX.
SOLEISEL, (Jacques de) gentilhomme du Forez, naquit en 1617 dans une de ses terres, nommée le *Clapier*, proche la ville de St-Etienne, et mourut en 1680, à 63 ans, après avoir formé une célèbre Académie pour le manège. Sa probité étoit au-dessus de son savoir, quoiqu'il sât beaucoup. On a de lui quelques ouvrages; le plus estimé est inti- tulé : *Le Parfait Maréchal*, 1754, in-4.º Il y traite de tout ce qui concerne les chevaux, et sur-tout de leurs maladies et des remèdes qu'on peut y apporter. Il y a quelques endroits qui auroient besoin d'être retouchés dans ce livre ; mais, en général, il est très-utile et assez exact. *Soleisel* passoit pour un si galant homme, qu'on a dit de lui, « qu'il auroit encore mieux fait le livre du *Parfait Honnête-homme*, que celui du *Parfait Maréchal*. »
SOLEVANDER, (*Reinerus*) médecin, a publié en latin des *Conseils Médecinaux*, qui furent estimés dans le 16e siècle, temps où il vivoit.
SOLEYMAN, né à Alep, âgé de 24 ans, irrité des conquêtes des François en Egypte, animé par les exhortations des prêtres Turcs, résolut d'assassiner le général en chef *Kleber*, qui venoit de triompher des guerriers de sa nation à Héliopolis, et de réprimer une violente insurrection au Caire. Il se rendit à Jérusalem chez *Ahmed Aga*, dont il implora la protection pour soustraire son père, marchand à Alep, aux concussions qu'on lui faisoit éprouver. Dans cette conférence, *Ahmed* s'apercevant que toute l'ambition de *Soleyman* se bornoit à devenir lecteur de l'alcoran dans une mosquée, qu'il avoit déjà fait deux pèlerinages à Médine et à la Mecque, et que sa tête entroit dans le délire le plus fanatique, lorsqu'il lui parloit de venger son culte outragé par des étrangers, fortifia ses dispositions. *Soleyman* arriva au Caire, et se logea dans la grande mosquée. Il attendit pendant 31 jours l'instant favorable pour frapper sa victime, et il le trouva le 25 prairial de l'an VIII. S'étant caché dans le jardin du général, il le vit passer, et l'aborda pour lui baiser la main. Son air de misère intéressa *Kleber*. A peine celui-ci s'étoit-il arrêté pour écouter les plaintes de *Soleyman*, que ce dernier lui porta quatre coups de poignard. Envain l'architecte *Protain*, qui se trouvoit près de lui, voulut arrêter le bras du meurtrier, il en reçut lui-même six blessures, et fut renversé. *Soleyman*, arrêté à l'instant même, ne tarda pas à recevoir sa punition. Elle fut terrible. Empalé et exposé aux oiseaux de proie, il éprouva les douleurs les plus vives jusqu'à ce que la mort vint lentement les terminer.
SOLIGNAC, (*Pierre-Joseph de la Pimpie*, chevalier de) né à Montpellier en 1687, d'une famille distinguée, vint de bonne heure à la capitale, et se fit connoître à la cour, qui lui donna une commission très-honorable pour la Pologne. Il eut occasion d'être connu du roi *Stanislas*, qui le prit chez lui, moins comme son secrétaire, que comme son ami. Il suivit ce prince en France, lorsqu'il vint prendre possession de la Lorraine, et il devint secrétaire de cette province, et secrétaire perpétuel de l'académie de Nanci. C'est dans cette ville qu'il trouva ce loisir philosophique et littéraire, qui fut le délassement des longues fatigues qu'il avoit essuyées. Des mœurs douces et honnêtes, des manières agréables, une littérature fine et variée, le faisoient rechercher par tous ceux qui aiment les talens aimables, joints à l'exacte probité. Il mourut à Nanci en 1773, âgé de 80 ans. Le chevalier de *Solignac* est connu dans la république des lettres par divers ouvrages. Les principaux sont : I. *Histoire de Pologne*, en 5 vol. in-12. Cet ouvrage, qui n'est point achevé, est bien écrit; mais le style se ressent quelquefois du ton oratoire. II. *Éloge historique du Roi Stanislas*, in-8°, écrit avec esprit et avec sentiment. L'auteur avoit aussi composé l'*Histoire* de ce prince; mais elle n'a pas encore paru. Elle présentera, dit-on, un grand nombre de faits intéressants et nouveaux. III. Divers morceaux de littérature, dans les *Mémoires* de l'académie de Nanci, entre autres quelques *Éloges*, dont le style est élégant et facile, à quelques endroits près, où il prend un ton précieux et recherché. IV. On lui a attribué la *Saxe Galante*, 1732, in-12, qui fut recherché à cause de plusieurs anecdotes peu connues. V. On a encore de lui les *Amours d'Horace*, 1728, in-12, et des *Quatrains sur l'Éducation*, 1728 et 1738, in-12. I. SOLIMAN I, s'étant sauvé de la bataille d'Ancyre, fut proclamé empereur des Turcs, à la place de *Bajazet* son père, en 1402, par les troupes qui étoient restées en Europe. Il releva l'empire Ottoman dont il conquit une partie, du vivant même de *Tamerlan*. Son amour pour les plaisirs ternit sa gloire et causa sa perte. Il fut détrôné en 1410 par son frère *Musa*, et tué en allant implorer la protection de l'empereur de Constantinople, dans un village entre cette ville et Andrinople.
II. SOLIMAN II, dit le *Magnifique*, empereur Turc, étoit fils unique de *Sélim I*, auquel il succéda en 1520. Il fut proclamé sultan trois jours après la mort de son père, dans le même temps que *Charles-Quint* fut couronné empereur à Aix-la-Chapelle. *Soliman* n'avoit pas été élevé à la manière des princes Ottomans. On ne lui avoit rien caché des maximes de la politique et des secrets de l'état. Sa justice éclata au commencement de son règne; il rendit le bien à ceux que son père avoit dépouillés injustement, rétablit l'autorité des tribunaux qui étoit presque anéantie, et ne donna les charges et les gouvernements qu'à des personnes de probité et riches, afin qu'ils ne fussent pas à charge au peuple. Je veux, disoit-il, qu'ils ressemblent à ces fleuves qui engraissent les Torres par où ils passent, et non pas aux torrents qui entraînent tout ce qu'ils rencontrent sur leur passage. *Gazeli Beg* gouverneur de Syrie, se révolta au commencement de son règne, et entraîna une partie de l'Égypte dans sa rébellion. Après l'avoir réduit par ses lieutenants, il acheva de détruire les Mammeluks en Égypte, et conclut une trêve avec *Ismaël Sophi*. Tranquille du côté de l'Égypte et de la Syrie, il résolut de fondre en Europe. Il assiégea et prit Belgrade en 1521. L'année suivante il conçut le dessein d'assiéger l'île de Rhodes, qui étoit depuis 212 ans entre les mains des chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem. Résolu à cette entreprise, il leur écrivit une lettre très-fière, dans laquelle il les sommoit de se rendre, s'ils ne vouloient tous être passés au fil de l'épée. Cette conquête lui coûta beaucoup de monde; mais enfin la ville réduite aux dernières extrémités, fut obligée de se rendre en 1522. Le vainqueur tourna ensuite ses armes contre la Hongrie, où il remporta, le 29 août 1526, la fameuse bataille de Mohatz sur les Hongrois. [ *Voy. I. NADASTI.* ] *Louis II*, leur roi, y périt dans un marais. Le conquérant Turc prit Bude en 1529, et alla ensuite attaquer Vienne, qui soutint 20 assauts pendant l'espace de 20 jours; mais il fut obligé d'en lever le siège, avec une perte de 80 mille hommes. L'an 1534, il passa en Orient, et prit Tauris sur les Perses; mais il perdit une bataille contre *Schah - Tamasp*. Son armée éprouva en 1565, devant l'île de Malthe, le même sort qu'elle avoit eu devant Vienne; mais il se rendit maître en 1566, de l'île de Chio, possédée par les Génois depuis 1346. Ce héros infatigable termina ses jours en Hongrie, au siège de Sigeth, le 30 août 1566, à 76 ans, quatre jours avant la prise de cette place par les Turcs. Ses armes victorieuses le firent également craindre en Europe et en Asie. Son empire s'étendoit d'Alger à l'Euphrate, et du fond de la Mer-Noire au fond de la Grèce et de l'Épire. Ce prince étoit aussi propre aux affaires de la paix, qu'à celles de la guerre : exact observateur de sa parole, ami de la justice, attentif à la faire rendre, et d'une activité surprenante dans l'exercice des armes. Plus guerrier que *Charles-Quint*, il lui ressembla par ses voyages continuels. C'est le premier des empereurs Ottomans qui ait été l'allié des François, et cette alliance a toujours subsisté. *Soliman* ternit l'éclat de sa gloire par sa cruauté. Après la victoire de Mohatz, 1500 pri- sionniers, seigneurs pour la plupart, furent placés en cercle par ordre du sultan, et décapités en présence de l'armée victorieuse. *Soliman* ne croyoit rien d'impossible lorsqu'il ordonnoit. Un de ses généraux lui ayant écrit que l'ordre de faire construire un pont sur la Drave, étoit inexécutable; l'empereur ferme dans ses volontés, lui envoya une longue bande de toile, sur laquelle étoient écrites ces paroles : « L'empereur *Soliman*, ton maître, te dépêche par le courrier que tu lui as envoyé, l'ordre de construire un pont sur la Drave, sans avoir égard aux difficultés que tu pourras trouver. Il te fait savoir en même temps, que si ce pont n'est pas achevé à son arrivée, il te fera étrangler avec le morceau de toile qui t'annonce ses volontés suprêmes. » *Soliman* se servit de l'autorité absolue dont il jouissoit, pour établir l'ordre et la police dans son empire. Il le divisa en différens districts obligés de fournir un certain nombre de soldats. Le revenu d'une certaine portion de terres de chaque province, fut appliqué à l'entretien des troupes; et il régla en détail tout ce qui concernoit leur discipline, leurs armes, la nature de leurs services. Il établit un système d'administration pour les finances de l'empire; et pour que les impôts ne fussent pas excessifs, il s'astreignit à une économie sévère et attentive. *Voyez ROXELANE... MUSTAPHA*, n° V... et v. GONZAGUE.
III. SOLIMAN III, empereur Turc, fils d'*Ibrahim*, fut placé sur le trône en 1687, après la déposition de *Mahomet IV*, à l'âge de 48 ans, et mourut le 22 juin 1691. C'étoit un prince indolent, superstitieux et presque imbécille, qui ne dut toute la gloire de son règne qu'à l'habileté de son ministre *Mustapha Coprogli*.
SOLIMÈNE, (François) peintre, né en 1657 dans une petite ville proche de Naples, mort dans une de ses maisons de campagne en 1747, étoit un de ces hommes rares qui portent en eux le germe de tous les talens. Destiné par son père à l'étude des lois, il s'en occupa pendant quelque temps; mais la nature le détermina à se décider pour la peinture. Il réussissoit également dans tous les genres. Une imagination vive, un goût délicat et un jugement sûr, présidoient à ses compositions; il avoit le grand art de donner du mouvement à ses figures; il joignoit à une touche ferme, savante et libre, un coloris frais et vigoureux. Ce peintre a beaucoup travaillé pour la ville de Naples. Plusieurs princes de l'Europe exercèrent son pinceau. Charmés de ses ouvrages, ils voulurent l'attirer à leurs Cours; mais *Solimène*, comblé de biens et d'honneurs dans sa patrie, ne put se déterminer à l'abandonner. La maison de cet illustre artiste étoit ouverte aux personnes distinguées par leur esprit et leurs talens. Les beaux arts y fournissoient les plaisirs les plus purs et les plus variés. *Solimène* avoit d'ailleurs l'esprit de société. Ses saillies et ses connaissances faisoient désirer sa compagnie. On a de lui quelques *Sonnets*, qui peuvent le placer au rang des poètes estimés. Il s'habilloit d'ordinaire en abbé, et possédoit un bénéfice. Nous avons plusieurs morceaux gravés d'après les ouvrages de ce peintre.
SOLIN, (*Caius-Julius Solinus*) grammairien Latin, vivoit sur la fin du 1$^{er}$ siècle, ou au commencement du second. On a de lui un livre intitulé : *Polyhistor*, sur lequel *Saumaise* a fait de savans Commentaires, Paris, 1629, et Utrecht, 1689, en 2 vol. in-folio. C'est une compilation, assez mal digérée, de remarques historiques et géographiques sur les choses les plus mémorables de divers pays. *Solin* y parle souvent de Rome, comme de sa patrie. On l'a surnommé le *Singe de Pline*, parce qu'il ne fait presque que copier ce célèbre naturaliste; mais le *Singe* est fort au-dessous de son original. La plus ancienne édition de son *Polyhistor* est de Venise, 1473; la meilleure, de Leyde, 1646.
SOLIS, (Antoine de) poète Espagnol, né à Alcala de Henarez, le 18 juillet 1610, mort le 19 avril 1686, fut secrétaire de *Philippe IV*, et historiographe des Indes, place fort lucrative et fort recherchée. Il vivoit avec beaucoup d'agrément dans le monde, lorsqu'il le quitta pour se consacrer à l'état ecclésiastique : il reçut l'Ordre de prétrise à 57 ans. Il avoit jusqu'alors beaucoup travaillé pour le théâtre; il y renonça entièrement, et ne voulut pas même composer des *Autos Sacramentales*, pièces de dévotion représentées en Espagne les jours de certaines fêtes, mais où le profane est trop souvent mêlé avec le sacré. Il a composé : I. Plusieurs *Comédies*, Madrid, 1681, in-4°, dont le plan est confus, et le fond plus romanesque que co- mique. Il y a cependant beaucoup de jeux de mots, mais plus dignes du théâtre de *Tabarin*, que d'une scène épurée. II. Des *Poésies*, 1716, in-4°, qui sont animées des charmes de l'imagination, mais dont le bon goût n'a pas su écarter l'emphase et les images incohérentes. III. Une *Histoire* de la *Conquête du Mexique*, Bruxelles, 1604, in-fol., et Madrid, 1748; dont nous avons une traduction en françois, par *Citri de la Guette*, 1691, in-4°, avec figures, et 1692, 2 vol. in-12. Cet ouvrage est écrit avec feu et avec élégance; mais on y rencontre de temps en temps des phrases empoulées, des réflexions puériles et des faits hasardés. L'auteur attentif à relever la gloire de *Fernand - Cortès* son héros, lui prête bien des traits de politique, des réflexions, et peut-être des actions même dont il n'étoit pas capable. Il termina son Histoire à la conquête du Mexique, pour ne point ternir sa réputation par les cruautés qu'il y avoit exercées.
SOLON, le second des *Sept Sages* de la Grèce, naquit à Athènes vers l'an 639 avant J. C. Après avoir acquis les connoissances nécessaires à un philosophe et à un politique, il se mit à voyager dans toute la Grèce. De retour dans sa patrie, il la trouva déchirée par la guerre civile. Les uns vouloient le gouvernement populaire, les autres l'oligarchique. Dans ce soulèvement général, *Solon* fut le citoyen sur lequel Athènes tourna les yeux. On le nomma *Archimée* et souverain législateur, du consentement de tout le monde. Les Athéniens avoient voulu plusieurs fois lui déférer la royauté; mais il l'avoit toujours refusée. Revêtu de sa nouvelle dignité, ses premiers soins furent d'appaiser les pauvres qui fomentoient le plus la division. Il défendit qu'aucun *Citoyen* fit obligé par corps, pour dettes civiles; et par une loi expresse, il remit une partie des dettes. Il cassa toutes les lois de *Dracon*, à l'exception de celle contre les meurtriers. Il procéda ensuite à une nouvelle division du peuple, qu'il partagea en *tr Tribus*. Il mit dans les trois premières les citoyens aisés, donna à eux seuls les charges et les dignités, et accorda aux pauvres qui composoient la 4$^{e}$ tribu, le droit d'opiner avec les riches dans les assemblées du peuple: droit peu considérable d'abord, mais qui par la suite les rendit maîtres de toutes les affaires de la république. L'Aréopage reçut une nouvelle gloire sous son administration. Il en augmenta l'autorité et les privilèges, les chargea du soin d'informer de la manière dont chacun gagnait sa vie: loi sage, surtout dans une démocratie où l'on ne pouvoit espérer de ressource que de son travail. Ce législateur fit aussi des changements au sénat du Prytanée. Il fixa le nombre des juges à 400, et voulut que toutes les affaires qui devoient être portées devant l'assemblée du peuple, auquel seul en appartenoit le pouvoir souverain, fussent auparavant examinées devant ce tribunal. C'est à ce sujet qu'*Anacharsis*, attiré du fond de la Scythie par la réputation des Sages de la Grèce, disoit à *Solon*: *Je suis surpris qu'on ne laisse aux Sages que la délibération, et qu'on réserve la décision aux Foux*. Après ces différens ré- glemens, *Solon* publia ses Lois, que la postérité a toujours regardées comme le plus beau monument d'Athènes. Parmi ces Lois, une des plus nécessaires dans une petite république, étoit celle qui chargeoit l'Aréopage de veiller sur les arts et les manufactures; de demander à chaque Citoyen compte de sa conduite, et de punir ceux qui ne travailleroient point. Il ordonna que la mémoire de ceux qui seroient morts au service de l'État, fût honorée par des oraisons funèbres; que l'État prît soin de leur père et de leur mère; et que leurs enfans fussent élevés aux dépens de la république, jusqu'à l'âge de puberté, temps auquel on devoit les envoyer à la guerre, avec une armure complète. La peine d'infamie étoit décernée contre ceux qui avoient consumé leur patrimoine, qui n'avoient point voulu porter les armes pour la patrie, ou qui avoient refusé de nourrir leur père et leur mère. Il n'exemptoit de ce dernier devoir que les fils des courtisanes. *Solon* ne fit aucune loi contre les sacrilèges, ni contre les parricides, parce que, disoit-il, le premier crime a été inconnu jusqu'ici à Athènes; et la nature a tant d'horreur du second, que je ne crois pas qu'elle puisse s'y déterminer... Cicéron remarque ici la sagesse de ce législateur, dont les lois étoient alors en vigueur dans cette république. Les Athéniens s'étant obligés par serment d'observer ces lois pendant 100 ans, *Solon* obtint d'eux un congé de 10 ans. Le prétexte de son voyage étoit le désir de trafiquer sur mer; mais le véritable motif fut d'éviter les importunités de ceux qui venoient se plaindre pour obte- nbler des interprétations en leur faveur. Il alla d'abord en Egypte, ensuite à la cour de *Cræsus*, roi de Lydie, qui chercha à l'éblouir par une magnificence étudiée. *Cræsus* lui ayant un jour fait voir toutes ses richesses, lui demanda d'un air satisfait, s'il avoit jamais connu d'homme plus heureux que lui? « Oui, prince, lui répondit le Sage, c'est un simple Citoyen d'Athènes, nommé *Tellus*, qui, après avoir vu sa patrie toujours florissante, et ses enfans généralement estimés, est mort en combattant pour elle. » *Cræsus*, surpris de cette réponse, demanda à *Solon* si, après ce *Tellus*, il avoit connu un autre homme dont le bonheur fût égal au sien? *Solon* répondit qu'il pouvoit encore lui citer deux frères, nommés *Cléobis* et *Biton*, qui avoient été un parfait modèle d'amitié fraternelle, et qui avoient eu pour leur mère la piété la plus tendre. Un jour de fête, comme elle devoit aller au temple de *Junon*, dont elle étoit prêtresse, ses bœufs tardant à venir, *Cléobis* et *Biton* se mirent eux-mêmes au joug, et traînèrent le char. Cette mère, saisie de joie, pria *Junon* d'accorder à ses enfans ce qui étoit le plus avantageux aux hommes. Après le sacrifice ils allèrent se coucher; et au milieu de leur sommeil ils terminèrent leur vie par une mort douce et tranquille, et non moins célèbre que celle d'un grand capitaine. *Eh quoi*, reprit *Cræsus*, vous ne me compterez donc pas au nombre des hommes heureux? — Roi de Lydie, s'écria *Solon*, Dieu nous a donné à nous autres Grecs, un esprit ferme et simple, qui ne nous permet pas d'estimer ce qui n'est qu'éclatant, ni d'admirer. un bonheur qui peut-être n'est que passager. Celui-là seul nous paroit heureux, de qui Dieu a continué la félicité jusqu'au dernier moment de la vie : car le bonheur d'un homme qui vit encore, et qui flotte au milieu des écueils de cette vie, nous paroit aussi incertoin que la couronne pour celui qui court dans la carrière. Ne vous y trompez pas, grand Roi, on trouve dans une fortune médiocre beaucoup d'hommes heureux ; et ils ont cet avantage sur les riches, qu'ils sont moins exposés aux revers de la fortune, et peuvent moins contenter leurs désirs : impuissance qui est pour eux une faveur des Dieux... Crœsus, dont l'orgueil ne pouvoit reconnoître la vérité de ces discours, parut estimer moins Solon ; et le célèbre Esope qui étoit à la cour de Lydie, ayant pris le Sage en particulier, lui dit : Solon, il faut ou ne jamais approcher des Rois, ou bien ne leur dire que des choses agréables.—Dis plutôt, reprit SOLON, qu'il faut ou ne pas les approcher, ou leur dire des choses qui leur soient utiles... (Voyez CRŒSUS.) Solon étant revenu dans sa patrie, la trouva toute livrée à ses anciennes divisions. Pisistrate s'étoit emparé du gouvernement, et régnouit moins en chef d'un peuple libre, qu'en monarque qui vouloit avoir toute l'autorité. Après avoir reproché à ce tyran sa perfidie, et aux Athéniens leur lâcheté, il alla mourir, dit-on, chez le roi Philocypre, l'an 559 avant J. C., à l'âge de 80 ans. Pisistrate lui écrivit une lettre pour justifier sa conduite et l'engager à revenir dans sa patrie. C'est donc à tort que Plutarque avance, que ce législateur se réconcilia, sur la fin de sa vie, avec le tyran, et qu'il fut même de son conseil. Ce fait, s'il est vrai, seroit une tache dans la vie de Solon ; mais toutes ses démarches annoncent un républicain zélé et un philosophe ami de la vérité. On sait qu'il reprocha à Thespis, poète tragique, l'usage qu'il faisoit du mensonge dans ses pièces, comme étant un exemple pernicieux pour ses concitoyens. Thespis répondit, « qu'il n'y avoit rien à craindre de ces mensonges et de ces fictions poétiques, qu'on ne faisoit que par jeu. » Solon indigné, repartit, en donnant un grand coup de son bâton contre terre : Mais si nous souffrons et approuvons ce beau jeu-là, il passera bientôt dans nos contrats et dans toutes nos affaires. Les gens de bien devroient avoir continuellement dans le cœur et sur les lèvres cette maxime de Solon : Laissons en partage au reste des mortels les richesses ; mais que la vertu soit le nôtre... Solon, voyant un de ses amis plongé dans une profonde tristesse, le mena sur la citadelle d'Athènes, et l'invita à promener ses yeux sur tous les bâtiments qui s'y présentoient. Quand il l'eut fait : Figurez-vous maintenant, lui dit-il, si vous le pouvez, combien de deuils et de chagrins logèrent autrefois sous ces toits, combien il en séjourne aujourd'hui, et combien dans la suite des siècles il y en doit habiter. Cessez donc de pleurer vos disgraces, comme si elles vous étoient particulières, puisqu'elles vous sont communes avec tous les hommes... Voyez un parallèle de Solon et de Lycurgue dans l'article de ce dernier.
**SOMAISE** (Antoine *Baudeau*, sieur de) mit en vers détestables la comédie des *Précieuses ridicules* de *Molière*, contre lequel il vomit cependant beaucoup d'injures. On a encore de lui : I. Les *Véritables Précieuses*. II. Le *Procès des Précieuses* ; chacune en un acte ; la première en prose, la seconde en vers. III. Le *Dictionnaire des Précieuses*, Paris, 1661, 2 vol. in-8. Il y a du naturel dans le style de ces trois plaisanteries, mais trop de négligence et de plates bouffonneries.
**SOMBREUIL** est le nom d'une famille victime des fureurs de la révolution françoise, et dont la perte a été déplorée par tous les partis. — *François - Charles Virot de Sombreuil*, maréchal de camp et gouverneur des invalides, montra beaucoup de fermeté dans l'exercice de sa place, et fut enfermé à l'Abbaye, après le 10 août 1792. Il alloit être immolé dans les massacres de septembre, sans le dévouement courageux de sa fille, jeune, intéressante et belle. Celle-ci se précipita au milieu des assassins, les cheveux épars, prit son père dans ses bras, le couvrit de son corps, demanda sa grace au peuple et l'obtint. *Sombreuil*, échappé à ce danger, n'en fut pas moins traduit quelques jours après devant le tribunal révolutionnaire, et condamné à mort avec son fils aîné, le 29 prairial an 2. — *Charles de Sombreuil*, son fils cadet, né avec une ame ardente, s'échappa de la capitale, et se jeta, en 1792, dans l'armée prussienne. Il s'y signala par tant de preuves de valeur, qu'il obtint du roi de Prusse l'ordre du mérite militaire. Il servit ensuite con- contre *Custines*, et passa en Hollande, où il déploya autant de bravoure que d'activité pendant la campagne de 1794. L'année suivante, choisi par le gouvernement anglois pour conduire un renfort aux troupes débarquées à Quiberon, il s'acquitta de cette commission. Lorsque *Hoche* y attaqua le fort Penthièvre, le jeune *Sombreuil* y protégea, avec une grande intelligence le rembarquement des troupes angloises. Celles-ci payèrent ce service par la plus noire perfidie. *Sombreuil* ne trouva point de bâtiment pour s'embarquer lui-même, ainsi que les émigrés qu'il commandoit. Placé entre le feu ennemi et celui des chaloupes angloises, qui tiroient indistinctement sur les françois des deux partis, il fut forcé de se rendre. Il demanda la vie pour ceux qui l'accompagnaient : « Pour moi, dit-il au général vainqueur, je m'abandonne à mon sort. » Conduit successivement à l'Orient et à Vannes, il apprit qu'il alloit être fusillé. On dit que, sur sa parole d'honneur de se représenter dans trois jours, on lui permit, avant la prononciation de son jugement, de s'embarquer sur un esquif pour rejoindre l'escadre angloise, où il avoit des intérêts à régler. Là, on chercha vainement à le retenir, en lui déclarant le sort qui l'attendoit. *Sombreuil* vint dégager sa parole, et périr. Lors de sa condamnation, on ne put trouver d'officier françois pour composer le conseil de guerre, et on fut contraint d'y appeler des Belges ; on eut beaucoup de peine à déterminer les soldats à tirer sur lui. *Sombreuil* refusa de se laisser bander les yeux, donna lui-même le signal de sa mort, et fut plu- ré de tous les républicains qui l'entouroient.
SOMERS, (Jean) né à Worcester en 1652, se distingua par son éloquence dans le parlement d'Angleterre. Il devint grand-chancelier du royaume en 1697, place qu'il perdit en 1700. Il se consola par l'étude, de sa disgrace, et fut élu président de la société royale de Londres. On le mit à la tête du conseil en 1708; mais le ministère ayant changé, on lui ôta encore cette place en 1710. Il mourut en 1716, après être tombé en enfance. C'étoit le plus grand protecteur des savans en Angleterre. On a de lui quelques *Écrits* en anglois.
SOMERVILLE, (Guillaume) poète Anglois, né dans le comté de Warwick en 1692, et mort en 1743, a fait sur la *Chasse* un poème très-estimé.
SOMMALIUS, (Henri) pieux et savant jésuite, né à Dinant dans la principauté de Liège, vers l'an 1534, mourut à Valenciennes le 30 mars 1619, après avoir travaillé avec beaucoup de zèle au salut des ames, en Allemagne et dans les Pays-Bas. Il s'appliqua à rechercher des ouvrages de piété pour en donner de bonnes éditions, tels que ceux de *imitatione Christi*, *Soliloquia Sti Augustini*, *Libri Confessionum* du même Saint, etc.
SOMMEIL, (Mythol.) fils de l'*Erébe* et de la *Nuit*, a son palais dans un antre écarté et inconnu, où les rayons du soleil ne pénètrent jamais. Il y a à l'entrée une infinité de pavots et d'herbes assoupissantes. Le fleuve *Léthé* coule devant ce palais, et on n'y entend point d'autre bruit que le dou, murmure des eaux de ce fleuve. Le *Sommeil* repose dans une salle sur un lit de plumes, entouré de rideaux noirs. Les Songes sont couchés tout autour de lui, et *Morphée* (*Voyez* ce mot, principal ministre, veille pour prendre garde qu'on ne fasse du bruit. Voilà ce que la Fable raconte de cette divinité.
SOMMERY, (N. Fontette de) demoiselle de Paris, dont l'origine est ignorée, ne savoit elle-même à qui elle devoit la naissance. Jetée dans un couvent dès son jeune âge, une petite pension que les religieuses recevoient pour elle, finit bientôt sans qu'on sût pourquoi elle avoit cessé. Heureusement pour la jeune pensionnaire, elle étoit douée d'un esprit prématuré. Dès l'âge de 12 ans, elle devint le bel esprit du couvent. La maréchale de *Brissac*, avec qui elle avoit été élevée, la prit avec elle, lors de son mariage et lui assura une pension de 4000 liv. par son testament. Alors M$^{lle}$ de *Sommery* eut une maison, où elle vécut dans l'indépendance et dans le commerce des philosophes et des gens d'esprit. Quoiqu'elle n'eût ni beauté, ni aucun des agrémens de son sexe, elle attira chez elle la meilleure compagnie des gens du monde, qu'elle recevoit avec un ton noble, et à qui elle plaisoit encore par ses bizarreries, son extrême franchise, et son esprit mordant et caustique. Elle savoit braver les ridicules et en donner aux autres d'une manière piquante; mais sa méchanceté étoit toute en paroles et jamais en tracasseries. Son caractère singulier lui fit des amis distingués, d'autant plus qu'elle se faisoit par A a donner ses bizarreries par d'excellentes qualités ; la prudence, la discrétion, la fidélité en amitié, et le désir de servir les honnêtes gens et de secourir les malheureux. Elle mourut en 1794, dans un âge assez avancé. On a d'elle un ouvrage de morale, dont la 3e édition parut en 1784, en 2 vol. in-12, sous le titre de *Doutes sur les opinions reçues dans la société*. Les gens de lettres qui composaient sa petite cour, le comparèrent, dans le temps, aux *Caractères de la Bruyère* ; mais le public n'adopta pas ce parallèle. Cet ouvrage est certainement la production d'une femme de beaucoup d'esprit, qui connaît le monde, qui sait juger des choses et des personnes ; mais des paradoxes, des opinions hasardées, et un style quelquefois recherché, déparent un peu le mérite de ce livre. L'auteur y soutient le ton tranchant qu'elle avoit dans la société. Dès sa jeunesse, elle portoit des jugemens un peu extraordinaires de quelques-uns de nos meilleurs écrivains, quoiqu'elle en appréciât d'autres avec justesse et justice. Elle appeloit *Lafontaine* un *nâris*, *Fénélon* un *bavard*, et Mme de *Sévigné* une *caillette*, etc. etc. On a encore de Mme de *Sommery*, *Lettres de Mme la Comtesse de L'*** au Comte de R***, 1785, in-12 ; et l'*Oreille*, *conte asiatique*, 1789, 3 vol. in-12. Elle se méloit aussi de faire des vers, mais la poésie n'étoit pas son plus grand talent.
SOMMIER, (Jean-Claude) Franc-Comtois, curé de Champs, conseiller d'état de Lorraine, archevêque de Césarée, et grand prévôt de l'église collégiale de St-Diez, publia divers ouvrages dont le succès fut médiocre. I. *L'Histoire dogmatique de la Religion*, en six vol. in-4°, dont le premier parut à Paris en 1708. Ce livre est écrit avec méthode et avec sagesse. L'auteur paroît versé dans la lecture des Philosophes anciens et modernes, des Poètes ; et il ne l'est pas moins dans celle des Pères et des Écrivains sacrés. L'érudition qu'il étale est propre à faire impression sur les esprits cultivés, mais il n'est pas si fort à la portée de ceux qui n'ont pas fait des études suivies. II. *L'Histoire du Saint-Siège*, en 7 vol. in-8°, mal reçue en France, parce qu'elle est pleine des préjugés de l'Ultramontanisme. *Benoît XIII* le récompensa de son zèle pour la cour Romaine, et le nomma archevêque titulaire de Césarée. On voit par ce livre que l'auteur avoit beaucoup lu l'histoire ecclésiastique ; mais on y voit aussi que la critique n'étoit pas son principal mérite. Il mourut en 1737, à 76 ans.
SOMMIÈRES, (Gilles de) maître de la garde-robe de *Henré III*, et chevalier des ordres du roi, fut aimé et estimé de ce Prince, qui lui fit don de cent mille écus. Ce présent paroissant trop considérable dans l'état où étoient les finances, *Sommières* le refusa. *Je craindrois*, dit-il au roi, que *V. M. ne fit à son trésor une brèche qu'elle servit obligée de réparer aux dépens de son peuple*. Ce généreux courtisan fut depuis gouverneur de Louis XIII.
SOMNER, (Guillaume) né à Cantorbery en 1606, fut très-attaché au roi *Charles I*, et publia, en 1648, un *Poème* sur les souffrances et sur la mort de ce prince infortuné. Il mourut en 1699, avec la réputation d'un savant très-habile dans le saxon, et dans toutes les langues de l'Europe, anciennes et modernes. Ses principaux ouvrages sont : I. Un Dictionnaire Saxon, imprimé à Oxford en 1659, in-fol., exact et méthodique. II. Les Antiquités de Cantorbery, en anglois, Londres, 1640, in-4.º III. Dissertation sur le Portus Iccius, in-8.º
SONNES, (Léonard) né dans le diocèse d'Auch, ordonné prêtre à Rouen, se signala dans ce siècle par sa haine contre les Jésuites. On a de lui un ouvrage intéressant pour les ennemis de cette société fameuse, publié sous ce titre : Anecdotes ecclésiastiques et jésuitiques, qui n'ont point encore paru, 1760, in-12. L'auteur mourut en 1759.
SONNIUS, (François) natif d'un petit village du Brabant, nommé Son, d'où il prit le nom de Sonnius, reçut le bonnet de docteur à Louvain. Il fut envoyé à Rome par Philippe II, roi d'Espagne, pour l'érection des nouveaux évêchés dans les Pays-Bas, et il s'acquitta si bien de sa commission, qu'à son retour il fut nommé évêque de Bois-le-Duc, puis d'Anvers. Il assista au concile de Trente, et mourut en 1576. On a de lui : I. Quatre livres de la Démonstration de la Religion chrétienne par la parole de Dieu, Anvers, 1557, in-4.º II. Un Traité des Sacremiens et d'autres ouvrages qu'on ne lit plus.
SOPATNE, (Sopater) capitaine de Judas Machabée, qui avec Dosithée défit dix mille hom- mes de l'armée de Timothée... C'est aussi le nom d'un Philosophe d'Apamée, que l'empereur Constantin le Grand fit mourir à Alexandrie.
SOPHIE-CHARLOTTE, V. FRÉDERIC I, électeur de Brandebourg.
SOPHOCLE, célèbre poète Grec, surnommé l'Abeille et la Syrène Attique, naquit à Colore, bourgade de l'Attique, l'an 494 ou 95 avant J. C. Son père étoit maître d'une forge dans le voisinage d'Athènes. On dit que lorsqu'il étoit au berceau, on avoit vu des abeilles arrêtées sur ses lèvres : ce qui, joint à la douceur de ses vers, le fit surnommer l'abeille de l'Attique. Son coup d'essai dans le genre dramatique, fut un coup de maître. Les os de Thésée ayant été rapportés à Athènes, on célébra cette solennité par des jeux d'esprit. Sophocle entra en lice avec le vieux Eschyle et l'emporta sur lui. C'est ce qui a fait dire à Boileau : Sophocle enfin donnant l'essor à son génie, Accrut encor la pompe, augmenté l'hormonie; Intéressa le chœur dans toute l'action, Des vers trop raboteux polit l'expression, Lui donna chez les Grecs cette hauteur divine Où jamais n'atteignit la foiblesse latine. Il ne se distingna pas moins par ses talens pour le gouvernement. Elevé à la dignité d'Archonte, il commanda en cette qualité, l'armée de la république avec Périclès, et signala son courage en diverses occasions. Il augmentoit en même temps la gloire du théâtre Grec, et partageoit avec *Euripide* les suffrages des Athéniens. Ces deux poètes étoient contemporains et rivaux. Après avoir traité différens sujets, ils choisirent les mêmes et combattirent comme en champ-clos. Tels nous avons vu *Crébillon* et *Voltaire*, luttant l'un contre l'autre dans *Oresta*, dans *Sémiramis* et dans *Catilina*. Paris a été partagé comme Athènes. La jalousie de ces deux célèbres Tragiques devint une noble émulation. Ils se réconcilièrent, et ils étoient bien dignes d'être amis l'un de l'autre. Leurs tragédies étoient également admirées, quoique d'un goût bien différent. *Sophocle* étoit grand, élevé; *Euripide* au contraire, étoit tendre et touchant. Le premier étonnoit l'esprit, et le second gagnoit les cœurs. L'ingratitude des enfans de *Sophocle* est fameuse. Ennuyés de le voir vivre, et impatiens d'hériter de lui, ils l'accusent d'être tombé en enfance; ils le déferent aux magistrats, comme incapable de régir ses biens. Quelle défense oppose-t-il à ses enfans dénaturés? Une seule. Il montre aux juges son *Œdipe*, tragédie qu'il venoit d'achever: il fut absous à l'instant. Les historiens ne sont point d'accord sur la cause de la mort de *Sophocle*. Les uns disent qu'en récitant son *Antigone*, il rendit l'âme, ne pouvant pas reprendre haleine. D'autres tels que *Valère-Maxime*, disent qu'il mourut de joie d'avoir remporté le prix aux jeux Olympiques. Enfin, *Lucien* assure qu'en mangeant un raisin, il fut étranglé par un pepin. Quoi qu'il en soit, il mourut presque nonagénaire, l'an 406 ou 404 avant J. C. Il avoit été couronné vingt fois et avoit composé cent vingt-sept tragédies. Il ne nous en reste que sept, qui sont des chefs-d'œuvre: *Ajax*, *Electre*, *Œdipe*, *Antigone*, *Œdipe à Colonne*, les *Tachiniennes*, et *Philoctète*. Une des meilleures éditions des Tragédies de *Sophocle*, est celle que *Paul Etienne* publia à Bâle, 1558, in-8°, avec les Scholies grecques, les notes de *Henri Etienne* son père, et de *Joachim Camerarius*. Plusieurs estiment aussi celle qui parut à Cambridge en 1673, in-8°, avec la version latine, et toutes les scholies grecques à la fin; et celle d'Oxford, 1705 et 1708, 2 vol. in-8°; et de Glasgow, 1745, 2 vol. in-8°. *Dacier* a donné en françois l'*Électre* et l'*Œdipe*, avec des remarques, in-12, 1692. On a aussi l'*Œdipe* de la traduction françoise de *Boivin* le cadet, à Paris, 1729, in-12. Les critiques sont partagés sur le mérite de cette pièce. Les partisans de l'antiquité y admirent tout. *Voltaire* y trouve des contradictions, des absurdités dans le plan, et de la déclamation dans le style; mais il loue l'harmonie des vers de *Sophocle* et le pathétique de certaines scènes, et il avoue que sans le poète Grec, il ne seroit pas peut-être venu à bout de son *Œdipe*... *Voyez* le *Théâtre des Grecs* du P. *Brumoi*, qui a traduit ou analysé les pièces de *Sophocle*; et les *Tragédies de Sophocle*, traduites en françois, en un vol. in-4°, et deux vol. in-12, par M. *Dupuy*, de l'académie des Belles-Lettres: cette version est estimée des connoisseurs. M. de *Bochefort* de cette dernière société, et M. de la *Harpe* de l'académie Françoise, ont traduit en vers françois, le 1er, l'*Électre* de Sophocle ; le 2e, son Philactète ; et M. d'Arnaud, le v° acte des Trachiniennes.
SOPHONIE, (Sophonias) le IXe des petits Prophètes, fils de Chusi, commença à prophétiser sous le règne de Josias, vers l'an 624 avant J. C. Ses Prophéties sont en hébreu, et contiennent trois chapitres. Il y exhorte les Juifs à la pénitence ; il prédit la ruine de Ninive, et après avoir fait des menaces terribles à Jérusalem, il finit par des promesses consolantes sur le retour de la captivité, l'établissement d'une loi nouvelle, la vocation des Gentils, et les progrès de l'Eglise de Jesus Christ. Les prophéties de Sophonie sont écrites d'un style véhément, et assez semblable à celui de Jérémie, dont il paroît n'être que l'abréviateur. I. SOPHONISBE, belle Carthaginoise, fille d'Asdrubal, général des troupes de cette république, avoit été mariée à Syphax roi de Numidie. Ce prince ayant été vaincu dans une bataille par le roi Masinissa, son épouse tomba au pouvoir du vainqueur, qui épris de ses charmes l'épousa. Ce nouvel hymen fut rompu par Scipion l'Africain, (Voyez ce mot, n° 1.) qui obligea Masinissa de se séparer de cette malheureuse princesse qu'il aimoit éperdument. Mais, pour ne pas survivre à cet affront, elle prit du poison par le conseil de son dernier époux. En le recevant, elle dit à l'officier de Masinissa, qui le lui porta : « J'accepte ce présent nuptial, et même avec reconnoissance, s'il est vrai que Masinissa n'ait pu faire davantage pour sa femme. Dis-lui pourtant que je quitterois la vie avec plus de gloire et de joie, si je ne l'eusse point épousé la veille de ma mort. » Elle prit ensuite le poison avec fermeté, et expira l'an 203 avant J. C. Voy. MAIRET.
II. SOPHONISBE de CRAMONE, s'acquit une grande réputation par ses talens pour la peinture. Cette dame peignit des tableaux d'une composition admirable. Philippe II, roi d'Espagne, l'attira à sa cour, et lui donna rang parmi les dames de la reine. Sophonisbe excelloit sur-tout dans le portrait. L'un de ses dessins fut célèbre : il représentoit une femme riant en voyant pleurer un petit garçon pincé par une écrevisse.
SOPHRONE, (S.) célèbre évêque de Jérusalem, en 634, natif de Damas en Syrie, fut l'un des plus illustres défenseurs de la Foi catholique contre les Monothélites. Immédiatement après sa promotion, il assembla un concile où il foudroya leur hérésie. De là il envoya ses lettres synodiques au pape Honorius, et à Sergius, patriarche de Constantinople, qu'il croyoit encore catholique. Les trouvant peu favorables l'un et l'autre à ses vues, il députa à Rome Etienne, évêque de Dore, pour engager les saints personnages de cette ville à anathématiser solennellement l'erreur. Ce prélat, plein de zèle et de vertus, finit sa sainte carrière en 638. On a de lui la Vie de sainte Marie l'Egyptienne. On lui attribue encore quelques autres ouvrages, qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères. Voy. II. MOSCHUS.
SOPRANI, (Baphaël) écrivain Italien du XVIIe siècle, est auteur d'une Bibliothèque des Ecrivains Génois, 1667, in-4.º; et des Vies des Peintres, Sculpteurs et Architectes Génois, 1674, in-4.º
SORANUS, Voy. VALERIUS- SORANUS.
SORBAIT, (Paul) né dans le Hainaut, fut professeur de médecine à Vienne pendant 24 ans, et médecin de la cour im- périale. Il mourut en 1691 dans un âge avancé. On a de lui : I. Des Commentaires sur les Apho- rismes d'Hippocrate, en latin, Vienne, 1680, in-4.º II. Médecine universelle, théorique et pratique, en latin, 1701, in-fol. Cet ou- vrage passe généralement pour être utile et solide, quoiqu'il y ait des choses qui aujourd'hui paroîtroient au moins singulières. III. Plusieurs Dissertations in- sérées dans les Ephémérides des Curieux de la Nature. IV. Con- silium medicum, sive Dialogus loimicus de peste Viennensi. Vienne, 1679, in-12. Cette année est remarquable par la peste qui y emporta, selon Sor- bait, 76921 personnes.
SORBIÈRE, (Samuel) né à Saint-Ambroix, petite ville du diocèse d'Usez, le 7 septembre 1615, de parens Protestans, vint à Paris en 1639, et quitta l'étude de la théologie pour s'appliquer à la médecine. Il passa en Hollande l'an 1642, et s'y maria en 1646. De retour en France, il fut fait principal du collège de la ville d'Orange, en 1650, et se fit Ca- tholique à Vaison, en 1653. Les papes Alexandre VII et Clément IX, Louis XIV, le cardinal Mazarin et le Clergé de France, lui donnèrent des marques publi- gues de leur estime, et lui accor- dèrent des pensions avec des bé- nélices. Il étoit en commerce de lettres avec le cardinal Rospí- gliosi, qui fut élevé sur la chaire de Saint-Pierre, sous le nom de Clément IX. Ce pape ne lui ayant donné que des bagatelles, Sor- bière dit plaisamment qu'il en- voyoit des manchettes à un hom- me qui n'avoit point de chemises. Le caractère de son esprit étoit de répandre sur tous ceux qui le connoissoient, le sel de la satire, pour laquelle il avoit plus de goût que de vrais talens en aucun genre. On prétend qu'il hâta sa mort en prenant du laudanum, pour calmer les angoisses de l'agonie. Il mourut le 9 avril 1670, à 55 ans. C'étoit un de ces hom- mes qui ont plus de réputation que de mérite. Il n'étoit pas sa- vant : il cherchoit à établir com- merce de lettres avec tous ceux dont la réputation étoit étendue, pour donner de l'éclat à la sienne. Il étoit en assez grande liaison avec Hobbes et Gassendi. Hobbes écrivoit à Sorbière sur des ma- tières de philosophie. Sorbière envoyoit ses lettres à Gassendi, et ce que Gassendi répondoit, lui servoit pour répondre aux lettres de Hobbes, qui croyoit Sorbière un grand philosophe. A la fin le jeu fut découvert, et il fallut le discontinuer. C'est lui qui appeloit les Relations des Voyageurs, les Romans des Philosophes. On a de lui : I. Une Traduction françoise de l'Uto- pie de Thomas Morus, 1643, in-12. II. Une autre de la Poli- tique de Hobbes, Amsterdam, 1649, in-12. III. Des Lettres et des Discours sur diverses ma- tières curieuses, Paris, 1660, in-4.º IV. Une Relation d'un de ses voyages en Angleterre, Paris, 1864, in-12, qui est fort peu de chose. V. Divers autres *Ecrits* en latin et en françois. Le livre intitulé *Sorberiana*, Toulouse, 1691, in-12, n'est point de lui. C'est un recueil de sentences ou bons mots qu'on suppose qu'il avoit dits dans ses conversations. Il faut très-peu compter sur les faits rapportés dans cet ouvrage, et dans ceux du même genre, dont le meilleur ne vaut pas grand'chose.
**SORBONNE**, (Robert de) naquit en 1201 à Sorbon, petit village du Rhételois, dans le diocèse de Rheims, d'une famille obscure. Après avoir été reçu docteur à Paris, il se consacra à la prédication et aux conférences de piété. Il s'y acquit en peu de temps une si grande réputation, que le roi *saint Louis* voulut l'entendre. Ce prince, charmé de son mérite, l'honora du titre de son chapelain, et le choisit pour son confesseur. Il jouissoit d'une grande considération à la cour de ce monarque, avec lequel il vivoit familièrement, ainsi qu'avec les principaux seigneurs. Un jour ayant badiné *Joinville*, sur la magnificence de ses habits, tandis que ceux du roi étoient fort simples, ce gentilhomme lui répondit : « Maître *Robert*, ne me blâmez pas tant. L'habit que je porte m'a été laissé par mes père et mère ; mais vous qui êtes fils de *Vilain* et de *Vilaine* (c'est ainsi qu'on appeloit les personnes d'une naissance obscure), vous avez laissé l'habit de vos parens, pour prendre des étoffes plus fines que celles du roi. » Cette réponse déconcerta *Robert*. Alors *saint Louis* qui l'aimoit, le tira d'embarras en disant, « qu'il convenoit de s'habiller honnêtement et de telle manière que les sages ne puissent dire : *Vous en faites trop* ; ni les jeunes gens : *Vous en faites trop peu*... » *Robert de Sorbonne*, devenu chanoine de Cambrai, vers 1251, réfléchit sur les peines qu'il avoit eues pour parvenir à être docteur, et résolut de faciliter aux pauvres écoliers le moyen d'acquérir les lauriers doctoraux. Il s'appliqua donc à former une société d'ecclésiastiques séculiers, qui vivant en commun et ayant les choses nécessaires à la vie, enseignâssent gratuitement. Tous ses amis approuvèrent son dessein, et offrirent de l'aider de leurs biens et de leurs conseils. *Robert de Sorbonne*, appuyé de leurs secours, fonda en 1253, le Collège qui porte son nom. Il rassembla d'habiles professeurs, et choisit entre les écoliers, ceux qui lui parurent avoir plus de piété et de dispositions. Cet établissement étoit nécessaire. La plupart des évêques, depuis le XII$^{e}$ siècle, s'appliquaient peu à l'instruction de leur clergé. Ils se laissoient accabler d'affaires temporelles. Les princes, livrés la plupart à l'ignorance, prenoient parmi les abbés et les évêques, leurs chanceliers et leurs ministres. Les prélats d'ailleurs étant seigneurs temporels, avoient des procès à défendre, des guerres à soutenir, des places à fortifier, des troupes à rassembler. Il leur falloit de grands équipages, de grosses familles et toutes sortes d'officiers. Au milieu de ce faste et des suites qu'il entrainoit, l'instruction publique étoit souvent négligée. Les études des églises cathédrales et des monastères A a 4 s'étant ralenties à mesure que le zèle des évêques s'affoiblissoit, il s'éleva des docteurs instruits qui se chargèrent d'instruire les autres. Leurs écoles placées dans les grandes villes, parurent être d'une utilité plus générale que les écoles diocésaines. Un seul docteur pouvoit former un plus grand nombre de disciples et les mieux instruire. Un prêtre uniquement appliqué à l'étude de la théologie, intéressé à avoir beaucoup d'écoliers, devoit devenir plus savant qu'un évêque, distrait par plusieurs autres fonctions. Les seuls inconvénients étoient que ces nouveaux instituteurs n'avoient pas la même autorité qu'un évêque sur son clergé : qu'ils abusent souvent de leur loisir, pour traiter des questions plus subtiles que nécessaires ; et que leurs disciples, loin des yeux de leurs parens et de leur évêque, se livroient à la corruption des grandes villes, et ne se formoient point aux fonctions ecclésiastiques. Pour remédier à ces abus, on fonda des collèges, d'abord pour les réguliers, ensuite pour les séculiers ; « et il faut avouer, dit Fleury, que ces collèges furent, comme les monastères, des asiles pour la piété et les bonnes mœurs, aussi bien que pour la doctrine. » Le collège de Sorbonne en particulier servit de modèle à tous les autres ; car avant ce temps-là, il n'y avoit en Europe aucune communauté où les Ecclésiastiques séculiers vécussent en commun et enseignassent gratuitement. Robert de Sorbonne après avoir solidement établi sa société pour la théologie, y ajouta un autre collège pour les humanités et la philosophie. Ce collège, connu sous le nom de Collège de Calvi et de petite Sorbonne, devint très-célèbre par les grands hommes qui y furent formés. Le célèbre fondateur, devenu chanoine de Paris dès l'an 1258, s'acquit une si grande réputation, que les princes mêmes le prirent pour arbitre en quelques occasions importantes. Il termina saintement sa carrière en 1274, âgé de 73 ans, après avoir légué ses biens qui étoient très-considérables, à la société de Sorbonne. On a de lui plusieurs ouvrages en latin. Les principaux sont : I. Un Traité de la Conscience ; un autre de la Confession ; et un livre intitulé : le Chemin du Paradis. Ces trois morceaux sont imprimés dans la Bibliothèque des Pères. II. De petites Notes sur toute l'Écriture-sainte, imprimées dans l'édition de Manochius par le Père de Tourne-mine. III. Les Statuts de la maison et société de Sorbonne, en 38 articles. IV. Un livre du Mariage. V. Un autre des trois moyens d'aller en Paradis. VI. Un grand nombre de Sermons, etc. Ils se trouvent en manuscrit, dans la bibliothèque de Sorbonne ; et l'on remarque dans tous assez d'onction, malgré la barbarie du style. La maison et société de Sorbonne est une des quatre parties de la Faculté de Théologie de Paris. Elle a été une source féconde en habiles théologiens ; et quoiqu'elle ne soit plus ce qu'elle étoit dans le dernier siècle, elle produit encore beaucoup d'hommes de mérite.
SORCIERS, voyez la fin de l'article de GASSENDI. I. SOREL ou SOREAU, (Agnès) dame de l'romeuteau, village de Touraine, vit le jour dans cette terre vers l'an 1409. Elle étoit fille de Jean Sorel, seigneur de St-Guran, et de Catherine de Maignelais. Elevée avec soin, elle devint une des plus aimables et des plus belles personnes de son temps. Le roi Charles VII ayant eu la curiosité de la voir, ne put s'empêcher de l'aimer. Il la plaça auprès de la reine en qualité de fille-d'honneur, et lui donna le château de Beauté-sur- Marne, et plusieurs autres terres. Agnès se défendit long-temps con- tre son amant, et cet amant étoit son roi. Toute simple Demois- elle que je suis, disoit-elle un jour au brave POTON DE XAIN- TRAILLES, la conquête du roi ne sera pas facile; je le révère et l'honore, mais je ne crois pas que j'aie rien à démêler avec la reine à son sujet. Elle ne tint pas parole. Charles VII fut si épris d'elle, qu'il en vint jusqu'à quitter le soin de son royaume et des affaires publiques. Mais Agnès, née avec un esprit au-dessus de son sexe, lui reprocha vivement son indolence. Pour l'animer da- vantage contre les Anglois, elle l'assura qu'un Astrologue lui avoit prédit qu'elle seroit aimée du plus grand roi du monde; mais que cette prédiction ne le regar- doit point, puisqu'il négligeoit d'arracher à ses ennemis un Etat qu'ils lui avoient usurpé. » Je ne puis, ajouta-t-elle, accomplir ma prédiction, qu'en passant à la Cour du Roi d'Angleterre. Ces reproches touchèrent tellement le monarque François, qu'il prit les armes pour satisfaire en même temps et son amour et son am- bition. La belle Agnès gouverna ce prince jusqu'à sa mort, arri- vée le 9 février 1450, à 40 ans, au château du Mesnil, à un quart de lieue de Jumièges. Plusieurs historiens prétendent qu'on l'a- voit empoisonnée par ordre du dauphin Louis XI, qui ne l'aimoit point, parce que son père l'aimoit trop; mais c'est une con- jecture qui n'a d'autre fonde- ment que le caractère cruel et vindicatif de ce prince. Ce qu'il y a de vrai, c'est que ce roi, se trouvant dans l'église de Loches où elle avoit été enterrée, les chanoines croyant lui faire leur cour, le prièrent de faire enlever de leur chœur un objet si pro- pre à les scandaliser. J'y consens, répondit le monarque, mais il faut rendre auparavant tout ce que vous avez reçu d'elle. En effet Agnès Sorel, pour avoir son tombeau dans le chœur de l'église de Loches, avoit donné au Chapitre deux mille écus d'or, une magnifique tapisserie et di- vers joyaux. [ Voyez CŒUR. ] On dit que le roi François I, se trouvant un jour dans la maison d'Artus-Gouffier de Boissy, comte d'Estampes, autrefois son gouver- neur, et pour lors grand-maître de France, s'amusa à feuilleter un porte-feuille dans la chambre de Madame de Boissy. Cette dame, de la maison d'Hangest, aimoit la peinture, et y avoit dessiné le portrait de diverses personnes illustres, entre autres celui d'Agnès Sorel. Le roi fit des devises et des vers pour cha- cun de ces portraits, et écrivit ceux-ci de sa propre main pour la belle Agnès : Plus de louange et d'honneur en mérite, La cause étant de France recouvrer, Que ce que peut dedans un cloître ouvrer Close Nenain ou bien dévot Hermite. Agnès Sorel eut trois filles de Charles VII. L'aînée, Charlotte, eut un sort funeste. [ Voyez I. BREZÉ à la fin. ] La seconde fut mariée à Olivier de Corti, seigneur de Taillebourg : la troisième à Antoine de Beuil, comte de Sancerre. La postérité masculine du frère d'Agnès Sorel, finit dans son petit-fils. M. Riboud, de Bourg, a publié un Eloge de cette femme célèbre, appelée la Belle des belles, par les poètes qui la virent.
II. SOREL, ( Charles ) sieur de Sauvigni, né à Paris en 1599, étoit fils d'un procureur et neveu de Charles Bernard historiographe de France, à qui il succéda en 1635. Il continua la Généalogie de la Maison de Bourbon, que son oncle avoit fort avancée : cet ouvrage est en 2 vol. in-fol. On a encore de lui : I. Une Bibliothèque Françoise, in-12. On en estime la seconde partie, parce qu'il y donne un jugement assez exact sur plusieurs historiens : tout le reste est très-peu de chose. II. L'Histoire de la Monarchie Françoise, etc. 2 vol. in-8.º : abrégé peu exact, et plein de fables et de minuties ridicules. Il dit que « Clovis s'étant présenté au Baptême avec une perruque gauffrée et parfumée avec un soin merveilleux, S. REMI lui reprocha cette vanité. Alors le Néophyte passa ses doigts dans ses cheveux pour les mettre en désordre. » III. Un autre abrégé du Règne de Louis XIV, 2 vol. in-12, aussi négligé que le précédent. IV. Droits des Rois de France, etc. in-12. V. Nouvelles Françoises, 1623, in-8.º VI. Le Berger extravagant, 3 vol. in-8.º VII. Fran- elon, 2 vol. in-12, figures. Tous ces ouvrages sont écrits d'un style plat et lourd. L'auteur croyoit pourtant que ses livres devoient être lus avec plaisir. Il mourut en 1674.
SORET, ( Jean ) étoit né à Caen où il naquit en 1420. S'étant soumis à la règle des Carmes à l'âge de 16 ans, il devint provincial en 1451, et ensuite général de cet Ordre. La vanité et l'ambition n'étouffèrent point en lui les sentimens humbles du religieux. Il refusa constamment le chapeau de cardinal et l'évêché que le pape Calixte III vouloit lui donner. Il mourut saintement à Anvers en 1471. Ses principaux ouvrages sont des Commentaires sur le Maître des Sentences, et sur les Règles de son Ordre.
SORGH, ( Hendrick ) peintre, né à Rotterdam en 1621, mort en 1682, devint le plus célèbre élève de Teniers, et excella comme son maître dans la représentation des foires et des marchés.
SORRI, ( Pierre ) peintre Italien, né à Sienne en 1556, mort en 1622, devint disciple de Salimbini, et réunit le talent de peindre le paysage à celui du portrait et de l'histoire.
SOSIGÈNES, habile astronome Egyptien, que César fit venir à Rome pour réformer le Calendrier. Il s'engagea à déterminer avec exactitude l'étendue de l'année solaire. C'est ce que fit Sosigènes. Il trouva que cette année étoit de 365 jours et six heures. D'après cette détermination, Jules-César ne songea qu'à régler l'année civile. De l'avis de son patronome, il fixa l'année à 365 jours, qu'on appelle l'Année Julienne, et qui commença à l'an 45 avant J. C.; et pour comprendre les six heures qu'on négligea, il fut arrêté qu'on y auroit égard tous les quatre ans, en faisant cette 4e année de 366 jours, parce que quatre fois six heures font un jour. On arrêta aussi qu'on feroit cette intercalation le 24 février, qu'on nommoit Bissexto Calendas Martii, c'est-à-dire, le second sixième avant les Calendes de Mars : de-là est venu le nom de Bissextile, qu'on donne à cette 4e année. L'année de Numa, suivie auparavant par les Romains, n'avoit que 355 jours; il fallut en ajouter dix. Sosigènes les répartit ainsi : on en ajouta deux aux mois de décembre, de janvier et d'août, qui n'en avoient que vingt-neuf; un seulement aux mois d'avril, de juin, de septembre et de novembre, qui n'en avoient également que vingt-neuf. Sosigènes fit d'autres petites additions à son Calendrier, et quoiqu'il ne fût pas sans erreur, cette réforme prouvoit beaucoup de génie. Elle a réglé le temps pendant quinze siècles, jusqu'à ce que le pape Grégoire XIII donna son nom à une autre réforme, devenue indispensable, et dirigée avec encore plus de justesse.
SOSOMÈNE, Voyez Sozomène.
SOSTRATE, célèbre architecte de l'antiquité, natif de Cnide, fut chargé de faire construire, dans sa patrie, des promenades ou terrasses soutenues sur des arcades, qui donnoient lieu d'admirer la hardiesse de son génie et la puissance de l'art. C'est encore cet architecte qui éleva, par ordre de Ptolomée - Philadelphe, le magnifique fanal dans l'île de Pharos proche d'Alexandrie, regardé comme une des Sept Merveilles du monde. C'étoit une tour de marbre blanc, qui coûta environ deux millions quatre cent mille livres de notre monnoie. Strabon dit qu'elle fut construite aux frais de Sostrate, qui y grava cette inscription : SOSTRATE DE CNIDE, FILS DE DEXIPHANE : AUX DIEUX PROTECTEURS DE LA NAVIGATION. Il florissoit vers l'an 273 avant J. C.
SOTADE, ancien poète Grec, natif de Maronée dans la Thrace, inventa une sorte de vers Iambiques irréguliers, qu'on appela de son nom, Vers Sotadiques. Ce poète aussi licencieux dans ses vers que dans sa conduite, n'épargnoit ni ses amis, ni les gens de bien, ni même la personne sacrée des rois. Il avoit composé une satire violente contre Ptolomée-Philadelphe, roi d'Egypte, à l'occasion de son mariage avec Arsinoé sa propre sœur. Pour éviter la colère de ce prince, il se sauva d'Alexandrie; mais Patrocle officier de Ptolomée, le fit enfermer dans un coffre de plomb et jeter dans la mer.
SOTELO, (Louis) de l'Ordre de St - François, alla faire des Missions au Japon, d'où il fut envoyé en qualité d'ambassadeur du roi Oxus catéchumène, vers Paul V. Ce pape le reçut avec distinction, le nomma évêque au Japon, et l'y renvoya; mais en y arrivant il fut mis en prison à Omura, ville du Japon, et fut honoré peu de temps après de la couronne du martyre, en 1624. On a de lui une Lettre qu'il écrivit de sa prison à Urbain VIII. sur l'état de l'Eglise du Japon : elle est curieuse et intéressante.
SOTER, (S.) natif de Fondi, monta sur la chaire de St-Pierre après le pape S. Anicet, l'an 168 de J. C. Il souffrit le martyre l'an 177, durant la persécution de Marc-Antonin le Philosophe. Ce pontife étoit le père des pauvres. I. SOTO, (Dominique) naquit à Ségovie l'an 1494. Son père qui étoit un pauvre jardinier, le destina d'abord au même travail ; mais le jeune homme obtint qu'on lui apprit à lire et à écrire. Il se retira depuis dans un petit bourg près de Ségovie, où il fit dans l'église de ce lieu, la fonction de Sacristain. Il consacroit à l'étude le temps qui lui restoit : il se rendit capable d'aller ensuite étudier la philosophie dans l'université d'Alcala. De là il vint étudier à Paris. Il retourna ensuite en Espagne, et entra dans l'Ordre de St-Dominique. Il professa avec beaucoup d'éclat dans l'université de Salamanque. Sa grande réputation porta l'empereur Charles-Quint à le choisir pour juger le différent d'entre le vertueux Las-Casas et le fanatique Sepulveda, et pour être son premier théologien au concile de Trente, en 1545. Ce savant religieux se fit généralement estimer dans cette auguste assemblée. Les autres théologiens aimoient à l'écouter, et les évêques lui commettoient ordinairement la discussion des points les plus difficiles. Il fut un de ceux à qui on donna le soin de rédiger ce qui avoit été décidé, et de former les décrets. Il parla souvent, même dans les sessions, et soutint que la résidence des Evêques étoit de droit divin. Il fut chargé de représenter son général qui étoit absent, et il en tint la place dans les six premières sessions. Cette distinction étoit d'autant plus glorieuse, qu'il se trouvoit alors dans le concile plus de 50 religieux du même Ordre, évêques ou théologiens. Il s'y acquit beaucoup de réputation, et y publia ses deux livres, de la Nature et de la Grace, Paris, 1549, in-4°, en latin, qu'il dédia aux Pères du Concile. Il refusa l'évêché de Ségovie, et se démit de l'emploi de confesseur de l'empereur Charles-Quint, qu'il n'avoit pu se dispenser d'accepter. Il mourut à Salamanque le 15 novembre 1560, à 66 ans. Ses ouvrages les plus connus, sont : I. Des Commentaires sur l'Epître aux Romains, 1550, in-fol., et sur le Maître des Sentences, in-fol. II. Des Traités, de justitia et jure, in-fol. III. De tegendis secretis, in-8°. IV. De pauperum causa. V. De cavendo Juramentorum abusu. VI. Apologia contra Ambrosium Catharinum, etc.
II. SOTO, (Fernand de) gentilhomme Portugais et général de la Floride en Amérique, fut un des plus illustres compagnons de François Pizarro, conquérant du Pérou. Il le servit beaucoup par son intelligence et par son courage, et partagea avec le vainqueur les trésors de ce pays, en 1532. Quelques années après, l'empereur Charles-Quint lui ayant donné le gouvernement de l'île de Cuba, avec la qualité de Général de la Floride, et le titre de Marquis des Terres qu'il pourroit acquérir, il partit pour l'Amérique avec une bonne flotte en 1538; mais il mourut dans ses courses le 21 mai 1542.
III. SOTO, (Pierre de) pieux et savant Dominicain de Cordoue, fut confesseur de l'empereur Charles-Quint. Il abandonna la cour de ce prince, pour aller rétablir les études dans l'université de Dillingen fondée par Othon Truchsès, évêque d'Ausbourg. Il professa dans cette université jusqu'en 1553, qu'il alla en Angleterre pour rétablir la Catholicité dans les universités d'Oxford et de Cambridge. Après la mort de la reine Marie, arrivée en 1558, il retourna à Dillingen, et y demeura jusqu'en 1561. Il se rendit cette année par ordre du pape, au concile de Trente: les Pères l'écoutoient avec admiration, ainsi que Dominique Soto, et on les considérait tous deux comme les princes des théologiens. Soto épuisé de fatigues et de travail, tomba malade et mourut le 20 avril 1563, dans le temps que le concile paroissoit en avoir plus de besoin. Trois heures avant sa mort, il dicta et signa une Lettre pour le pape où il conjuroit Sa Sainteté de consentir « qu'on décidât dans le concile l'institution et la résidence des évêques de droit divin. » Pallavicin et Rainald ont donné cette Lettre au public, sur les exemplaires qui sont au Vatican. Le même Pallavicin dit que le concile fut très-affligé de la mort de Soto, et qu'il le regretta comme une de ses grandes lumières. Voyez un Livre imprimé à Paris, sous le nom d'Avignon, en 1738, et intitulé: Apologie du Révérend Père Pierre Soto, Dominicain, etc. contre le Père Duchesne, jésuite, qui l'avoit accusé de favoriser les erreurs de Baius. Ses principaux ouvrages sont: I. Institutiones Christianae. II. Methodus Confessionis. III. Doctrinae Christianae Compendium. IV. Tractatus de institutione Sacerdotum qui sub Episcopis animarum curam gerunt, Lyon, 1587, in-8.
IV. SOTO, (Antonio Perez de) célèbre imprimeur Espagnol, s'établit à Paris au milieu du XVIIIe siècle, et y publia des éditions recherchées.
SOTWELL, (Nathanaël) jésuite, publia à Rome, en 1675, année de sa mort, une Continuation, in-fol. assez estimée, depuis 1642 jusqu'en 1675, de la Bibliothèque des Écrivains de la Société de Jésus. Cet ouvrage, qui avoit été commencé par Ribadeneira, et continué par Philippe Alegambe, est en latin. Le P. Oudin préparoit un livre dans le même genre, qui auroit entièrement éclipsé celui-là.
SOUBEYRAN DE SCOPON, (N.) avocat à Toulouse, membre de l'académie de cette ville, mort en 1751, a publié plusieurs ouvrages de morale et de littérature: I. Réflexions sur le bon goût, le bon ton et la conversation, 1746, in-12. II. Caractère de la véritable grandeur, 1746, in-12. III. Considérations sur le génie et les mœurs de ce siècle, 1749, in-12. I. SOUBISE, (Jean de PARTHENAI, seigneur de) le dernier mâle de l'illustre maison de Parthenai en Poitou, se signala parmi les capitaines calvinistes du XVIe siècle. La cour du duc de Ferrare, où Renée de France, fille de Louis XII, et femme de ce duc, avoit introduit le calvinisme, fut l'écueil de sa religion. Revenu en France, il fut une des colonnes de son parti. Le prince de Condé l'ayant envoyé à Lyon, pour commander cette place, il s'y soutint avec un courage peu ordinaire. Le duc de Nemours fut obligé d'en lever le siège, et les négociations de la reine n'eurent pas un meilleur succès que les armes de ses généraux. Ces héros, si respecté chez les Calvinistes, et si redouté par les Catholiques, mourut en 1566, à 54 ans, ne laissant qu'une fille, Catherine de Parthenai... Voyez PARTHENAI.
II. SOUBISE, (Charles de Lahan, princesse) naquit en 1715, de la branche de Rohan-Montbazon. Devenu lieutenant-général en 1738, après avoir servi dans les campagnes de Flandre, il voulut devenir maréchal de France dans la guerre de 1757. La faveur de mad$^{e}$ de Pompadour, à laquelle il faisoit une cour assidue, lui obtiut le commandement d'une division dans l'armée du maréchal d'Estrées. S'étant avancé à la tête des François, le prince de Soubise perdit le 5 novembre 1757, la bataille de Rosbach avec des circonstances qu'on trouve dans tous les livres. Nous en avons parlé dans l'article du roi de Prusse (Frédéric II). On ne rougit point à la cour de calomnier les troupes pour disculper le général. Son incapacité, qui étoit égale à sa bravoure, ne l'empêcha pas d'être maréchal de France l'année suivante, et de continuer de commander. Deux succès, dont le dernier fut principalement dû au brave Chevert, lui valurent le bâton. Il battit un corps de troupes commandé par le prince d'Isembourg le 23 juillet 1758, et eut un autre avantage près de Lauterbourg, le 10 octobre suivant. Il quitta le commandement l'année d'après, et fut depuis ministre d'état. Si ses amis mêmes lui refusoient les talens militaires, ses ennemis convenoient que comme citoyen et courtisan, il avoit des qualités estimables: honnête homme, affable, obligeant, inaccessible à la cupidité, et sachant agir et parler pour ses amis. Il mourut le 4 juillet 1787.
III. SOUBISE, Voy. ROHAN, n$^{os}$ III et v.
SOUCHAI, (Jean-Baptiste) chanoine de l'église cathédrale de Rodez, conseiller du roi, lecteur et professeur d'éloquence au collège royal, vit le jour à Saint-Amand près de Vendôme. Un de ses oncles fut son premier maître. Après s'être perfectionné sous lui, il vint à Paris, et se fit rechercher par tous les savans. L'académie des Inscriptions le mit au nombre de ses membres en 1726, et le perdit le 15 août 1746, à 59 ans. L'abbé Souchai étoit un littérateur aimable, qui en acquérant des connoissances profondes, n'avoit pas négligé les connoissances agréables. Son caractère poli et obligeant lui acquit l'amitié et l'estime de ceux qui le connurent. On a de lui: Une Traduction françoise de la Pseudodoxia epidemica du savant médecin Thomas Brown, en 1738, 2 vol. in-12, sous le titre d'Essais sur les Erreurs populaires. II. Une édition des Œuvres diverses de Pelisson, en 3 vol. in-12. III. Des Remarques sur la Traduction de Joseph par d'Andilly, qui se trouvent dans l'édition de Paris, 1744, 6 vol. in-12. IV. Une édition des *Œuvres de Boileau*, en 1740, 2 vol. in-4.º V. Une édition de l'*Astrée d'Honoré d'URFE*, où, sans toucher ni au fonds ni aux épisodes, on s'est contenté de corriger le langage et d'abréger les conversations, à Paris, chez *Didot*, 1733, en 10 vol. in-12. VI. Une édition d'*Ausone*, 1730, in-4.º, avec des notes abondantes. Le commentaire est de *Julien Fleury*, qui n'avoit pas pu le publier de son vivant à cause des obscénités du texte. L'abbé *Souchai* n'en fut que l'éditeur. V. FLEURY n° 1, à la fin. VII. Plusieurs *Dissertations* dans les *Mémoires de l'académie des Belles-Lettres*. Elles embellissent ce recueil. I. SOUCIET, (Etienne) jésuite, fils d'un avocat de Paris, naquit à Bourges le 12 octobre 1671. Après avoir professé la rhétorique et la théologie dans sa Société, il devint bibliothécaire du collège de *Louis le Grand*, à Paris. Il mourut le 14 janvier 1744, à 73 ans, honoré des regrets des gens de lettres, dont la plupart aimoient son caractère et estimoient son savoir. On a de lui plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. *Observations astronomiques* faites à la Chine et aux Indes, Paris, 1629 et 1732, 3 vol. in-4.º II. *Recueil de Dissertations critiques sur les endroits difficiles de l'Écriture-sainte*, etc. in-4.º III. *Recueil de Dissertations* contenant un *Abrégé Chronologique*, cinq *Dissertations* contre la *Chronologie de Newton*, etc. in-4.º Ces ouvrages ont fait honneur à son érudition et à sa sagacité. On y trouve des recherches ches curieuses et des observations sensées.
II. SOUCIET, (Etienne-Augustin) frère du précédent et jésuite comme lui, ne lui survécut que deux jours. Il mourut en 1744 au collège de *Louis le Grand*, où il professoit la théologie. On a de lui un *Poème* sur les *Comètes*, Caen, 1710, in-8.º; et un autre sur l'*Agriculture* avec des *Notes*, Moulins, 1712, in-8.º Ces deux ouvrages sont d'une latinité pure.
SOUFFLOT, (Jacques-Germain) architecte, naquit en 1713, à Iranci près d'Auxerre, du lieutenant-général de cette petite ville. Son goût pour les arts et sur-tout pour l'architecture, se manifesta de bonne heure. Dès sa plus tendre jeunesse, il suivoit avec plaisir les anciens ouvriers de bâtiments, regardoit avec attention travailler les maçons et les charpentiers, s'entretenoit souvent avec les architectes et les appareilleurs, les questionnoit, et leur empruntoit des dessins qu'il copioit. Bientôt son goût pour cet art devint une passion si forte, que contrarié par son père qui eût mieux aimé lui voir prendre le parti du commerce, il se décida à quitter la maison paternelle d'où il emporta un sac de 1000 livres. Il dirigea dès-lors ses pas vers l'Italie. Sentant bien que sa musique somme ne suffiroit pas pour faire ce voyage, il s'arrêta à Lyon. Son intention étoit d'y passer quelque temps, et d'y travailler avec les architectes de cette ville, pour augmenter à-la-lois ses connaissances et ses fonds. Après avoir ajouté aux unes et aux autres, il partit pour Rome, et y fréquenta tous les grands artistes, ceux sur-tout que le roi de France y envoie annuellement dans l'académie qu'il y a établie. Il parcourut ensuite toute l'Italie, s'arrêta dans tous les endroits où se trouvent des monumens intéressants, qu'il leva et dessina scrupuleusement. Muni de ces modèles, il repassa en France, et s'établit à Lyon, où il s'étoit fait aimer pendant son premier séjour. A peine y fut-il arrivé, qu'il fut successivement chargé, par les magistrats de cette ville, de la construction de la *Bourse* et de l'*Hôpital*: ce fut ce dernier bâtiment qui commença la grande réputation dont il a joui depuis. Son nom étoit parvenu à la marquise de *Pompadour*. Quand cette dame eut obtenu du roi, pour le marquis de *Marigny* son frère, l'adjonction à la place de directeur et ordonnateur général des bâtiments, jardins, arts et manufactures royales, elle engagea *Soufflot* et *Cochin* à le suivre en Italie. Au retour de ce voyage, le célèbre architecte quitta Lyon et s'établit à Paris, où il devint successivement contrôleur des bâtiments de Marly, des Tuileries, membre des académies d'architecture et de peinture, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, enfin intendant des bâtiments du roi. En 1757, *Louis XV* le choisit pour le plan et l'exécution de l'église de Sainte-Geneviève de Paris, dont il n'a pu perfectionner que le portail, ainsi que la nef, les bas-côtés et les tours. Le reste n'a été élevé sous sa conduite que jusqu'au niveau de la naissance des voûtes, et de l'ordre qui doit porter le dôme. Il éprouva, relativement à ce dôme, des contradictions et des critiques amères, dictées par l'envie. Quoique la possibilité de son exécution fut prouvée et démontrée par les calculs les plus scrupuleux, il fut sensible à l'excès aux déclamations de ses ennemis, parmi lesquels il s'en trouvoit un qui lui devoit de la reconnaissance. C'est à ces espèces de contradictions et de tracasseries, qu'on doit attribuer le dépérissement de sa santé. *Soufflot* mourut, après deux ans de langueur, le 29 août 1780, à 67 ans. Il emporta les regrets de ses parens et de ses amis, qui lui pardonnoient un caractère vif et brusque, en faveur de son excellent cœur, et qui l'appeloient le *Bourru bienfaisant*. Outre la *Bourse* de Lyon, l'*Hôpital* de la même ville, et le superbe édifice de Sainte-Geneviève, il a élevé d'autres monumens publics, entre autres la belle Salle des spectacles de Lyon. Il a été enterré dans le chœur de l'église de Sainte-Geneviève. On lui a consacré ces vers : *Pour maître dans son art il n'eut que la nature ;* *Il aima qu'aux talens on joignit la droiture :* *Plus d'un rival jaloux, qui fut son ennemi.* *S'il eût connu son cœur, eût été son ami.*
SOULAS, *Voyez* ALLAINVAL.
SOUI-GIN-CHI, souverain de la Chine, avant *Fo-hi*, inventa les *cordelettes*, dont les nœuds différens et à inégales distances, servoient à conserver le souvenir des événements. Aux cordelettes succédèrent les *koua*, premiers caractères chinois, dont l'invention est attribuée à *Fo-hi*, et qu'il employa dans la composition de l'*Y-king*.
SOULIER,
SOULIER, (Pierre) prêtre du diocèse de Viviers, et curé dans le diocèse de Sarlat, au siècle dernier, donna au public : I. L'Abrégé des Edits de Louis XIV, contre ceux de la Religion Prétendue-Réformée, in-12, en 1681. II. L'Histoire des Edits de Pacification, et des moyens que les Prétendus-Réformés ont employés pour les obtinir, in-8°, 1682. III. L'Histoire du Calvinisme in-4°, 1686, appuyée de bonnes preuves et de quantité d'actes utiles, mais platement et durement écrite. Nous ignorons le temps de sa mort.
SOUMILLE, (N...) pré-bendé du chapitre de Villeneuve-les-Avignon, étoit correspondant des académies des sciences de Paris, de Toulouse et de Montpellier, et associe des sociétés d'agriculture de Limoges et de Tours. Il méritoit de l'être; c'étoit un excellent calculateur. Il rendit des services, non-seulement à la province de Languedoc, mais à Avignon qui le regardoit comme un de ses citoyens. Il s'étoit établi dans cette ville, deux loteries à des, dans l'une desquelles les lots consistoient en livres, et dans l'autre en pièce de mercreties, estimées au gré de celui qui donnoit à jouer. C'étoit un jeu ruineux qui attiroit beaucoup de d'ores autour des tréteaux de la triponnerie. Les magistrats d'Avignon chargèrent l'abbé Soumille d'en montrer le danger. C'est à cette occasion qu'il publia une brochure intéressante, sous ce titre : la Loterie insidieuse, ou Tableau général de tous les points. Tant à perte qu'il profit, qu'on peut faire avec sept dés, Avignon, 1773, in-12. Ce livre renferme des tables aussi justes que commodes pour ceux qui sont livrés à la folie des jeux de hasard. Mais l'ouvrage de l'abbé Soumille qui a été le plus lu et le plus consulté, est le Grand Tric-trac, ou Méthode facile pour apprendre, sans maître, la marche, les termes et une grande partie des finesses de ce jeu, Avignon, 1750, in-12, avec 287 figures. C'est le meilleur traité qu'on ait sur ce jeu agréable. On a encore de lui, Description du Semoir à bras de Languedoc, 1763, in-10. L'auteur mourut en 1781. Il a coit dans les manières la simplicité et la bonhomme qui étoient dans son caractère. Ami de la retraite et de l'étude, il partagea son temps entre ses devoirs et les sciences exactes.
SOURDIS, Voyez ESCOUBLEAU.
SOUSI, Voy. II. PELLETIER.
SOUTH, (Robert) théologien Anglois, prébendaire de Westminster, et chanoine de l'église de Christ à Oxford, naquit à Londres en 1631 et mourut en 1710. C'étoit un homme aussi recommandable par ses connaissances que par sa probité : il tenua les évêches dont on dépoudoit ceux qui ne vouloient pas prêter serment au roi Guillaume. On a de lui 6 vol. de Sermons en anglois, qui ont en assez de cours dans son pays; des Harangues latines, et des Poies.
SOUTHERN, (Thamar) Irlandois, né en 1669, mort en 1746, fit ses études à Dublin, ensuite à Oxford, et donna au théâtre anglois plusieurs pièces qui eurent du succès. Les plus Bb remarquables sont : le *fatal Mariage*, le *Prince de Perse*, *Oroonoko*. Cette dernière tragédie a pour sujet un fait véritable, raconté dans une des Nouvelles de M.$^{me}$ *Behn*.
SOUVAROW, (Alexandre) feld-maréchal Russe, naquit en 1730, d'une famille ancienne ; son père avoit été général et étoit devenu sénateur. Il destina son fils à la magistrature ; mais celui-ci ne respirant que pour les armes, entra au service en 1742, comme simple soldat, et s'éleva de grade en grade jusqu'à celui de colonel qu'il obtint en 1762, après s'être distingué dans la guerre de sept ans contre les Prussiens. Il ne combattit pas avec moins de courage les confédérés de Pologne et le rebelle *Pugatschew*. Le général *Romanzoff* attiroit alors les regards de l'Europe par ses victoires et ses talents militaires ; *Souvarow* voulut apprendre l'art de la guerre de ce maître habile ; il se rendit à l'armée que ce dernier commandoit contre les Turcs, et dans une action il s'élança dans les rangs ennemis, immola plusieurs janissaires, remplit un sac de leurs têtes, et vint le vider aux pieds de son général. Bientôt, il passe le Danube à la tête d'un corps d'armée, malgré les efforts des Ottomans, et vient camper sous les murs de Silistrie. Quelques jours après, réuni à *Kameaskoi* ils battirent ensemble le *Reis-Effendi* qui commandoit 40 mille hommes, et lui enlevèrent toute son artillerie. En 1783, *Souvarow* soumit les Tartares du Kuban et du Budziack, et leur fit prêter serment de fidélité à l'impératrice. Celle-ci lui envoya alors son portrait, la croix de *Volodimer* et le nomma général en chef. En 1787, il défendit avec succès Kinburn contre la flotte ottomane. Le pacha d'Oczakoff avoit débarqué six mille hommes pour surprendre cette place : *Souvarow* les laissa descendre sur le rivage, et n'envoya contre eux que quelques tirailleurs, qui feignirent d'être épouvantés et de se retirer en désordre. Les Turcs s'avancèrent ; et tandis que leurs chaloupes alloient chercher de nouveaux renforts, tous ceux qui restèrent sur la plage périrent sous les coups des bataillon nombreux qui les enveloppèrent aussitôt. *Souvarow*, blessé au cou dans cette action, en fut dédommagé par un superbe panache de diamans, qui lui fut donné par *Catherine*. Le 21 juillet 1789, après avoir défait l'ennemi à Fock-san, il apprit que le prince de *Saxe-Colonurg*, général de l'armée autrichienne, étoit entouré par celle du Grand-Visir ; *Souvarow* se mettant aussitôt à la tête de dix mille Russes, tombe à l'improviste sur celle-ci, forte de cent mille hommes, et reste maître du champ de bataille. « Amis, crioit-il aux soldats, ne regardez pas les yeux de l'ennemi ; fixez sa poitrine, c'est là qu'il faut frapper. » Cette victoire, remportée près de la rivière de Binnisk, valut à *Souvarow* le surnom de *Binniski* et le titre de comte de l'Empire Romain. La ville d'Ismailow résistoit depuis 7 mois, et avoit obligé le général *Sudowitsch* de se retirer ; *Potemkin*, général en chef, adresse aussitôt l'ordre à *Souvarow* de la prendre en trois jours. Celui-ci marche avec la plus grande ce- lérité, malgré la rigueur de la saison. Le troisième jour, il assemble ses soldats, et leur dit : « Soldats, point de quartier, les provisions sont chères. » L'assaut se donne, les Russes sont repoussés deux fois ; ils escaladent enfin les remparts, pénètrent dans la ville, dans les maisons, dans les mosquées, et passent tout au fil de l'épée. 40 mille Turcs périrent en ce jour funeste, qui fit donner au général Russe le nom de *Muley Ismaël*, l'homme le plus sanguinaire qui ait donné des lois à Maroc. En 1792, ne pouvant plus combattre dans les champs ottomans où le traité d'Yassy avoit porté la paix, *Souvarow* se rendit en Pologne pour y arrêter les progrès de *Kotciusko*, dont les efforts tendoient à l'affranchissement de cette contrée, et à la faire sortir de la dépendance où la Russie la retenoit depuis long-temps. Le 4 octobre, il mit le siège devant Prague, faubourg considérable et fortifié de Varsovie ; et après un assaut furieux, il s'en rendit maître et fit égorger tout ce qui s'y trouva ; 20 mille Polonois succombèrent dans cette action, sous les coups des Russes, dont le général reçut en récompense le titre de feld-maréchal. « Vous savez, lui écrivit l'Impératrice, que je n'avance jamais personne avant son tour. Je suis incapable de faire tort à un plus ancien ; mais c'est vous qui venez de vous faire feld-maréchal, par la conquête de la Pologne. » En effet, cette victoire décida du sort de ce royaume, qui fut aussitôt partagé entre la Russie, l'Autriche et la Prusse. En 1799, *Paul Ier* donna à *Souvarow* le commandement des troupes qu'il fit marcher en Italie contre les François ; mais c'est là que sa gloire pâlit devant le génie de *Moreau*, Celui-ci, avec des forces inférieures, l'arrêta dans sa course, le battit au passage de l'Adda, et le chassa successivement d'Alexandrie et de Turin. Sa retraite prouva cependant les plus grands talens. Il se porta sur la Suisse Italienne, vainquit les obstacles que lui opposoient les François et pénétra, à travers les neiges et les glaces, en Allemagne. Les troupes Russes ayant été rappelées par leur Souverain, *Souvarow* arriva à Pétersbourg, et y mourut en 1800. Ce général, né avec beaucoup d'esprit et une grande originalité dans les idées, étoit aussi bizarre qu'intrépide. Il pensoit que le devoir d'un général étoit d'être toujours en avant de son armée, et disoit : « Il faut que la tête n'attende jamais la queue. » Pour se faire aimer de ses soldats, il affectoit autant de simplicité que de rudesse dans ses mœurs. On le voyoit souvent changer de chemise au milieu du camp, et ne se couvrir pour tout vêtement que d'une simple peau de mouton. *Catherine II*, dans son voyage en Crimée, se plut à accorder toutes les graces que ses généraux lui demandèrent. Elle s'adressa à *Souvarow*, pour savoir ce qu'elle pourroit faire pour lui. Celui-ci lui répondit : *Payer mon logement*. Le prix de ce logement n'étoit que de trois roubles. Il se piquoit de laconisme. Dans ses premières guerres, après avoir pris la ville de Toutoukai en Bulgarie, il écrivit à sa Souveraine : « Gloire à Dieu ! louanges à Catherine ! la ville est prise, et j'y suis. » Il lui rendit compte de même de la prise d'Ismaïlow, par ces seuls mots : « Madame, l'orgueilleuse Ismaïl est à vos pieds. » Il se plaisoit à mettre ses ordres en vers, et d'écrire souvent ainsi ses rapports à l'Impératrice. Sa manière de vivre, extrêmement frugale, ne le distinguoit pas du simple soldat, et il soutint comme lui toutes les fatigues de la guerre. Petit, maigre, courbé, ayant des yeux pleins de feu, sachant le russe, l'allemand, le françois, le turc et le tartare, il parloit peu et presque toujours en apophthegmes. Les officiers supérieurs devinrent ses ennemis secrets, parce qu'il proscrivoit le luxe de ses camps, et qu'il étoit pointilleux dans le service; mais les soldats l'adoroient. Ce guerrier affectoit une grande dévotion; il obligeoit tous les officiers de réciter, le soir après la retraite, une prière devant le soldat : il ne donna jamais l'ordre de combattre, sans faire le signe de la croix, et baiser une petite image de S. Nicolas, qu'il portoit toujours sur lui. Il se refusa à tous les travaux diplomatiques et politiques, en disant : Une plume sied mal dans la main d'un soldat. Fougueux dans son génie comme dans son courage, on ne lui refusa ni l'audace d'un conquérant, ni la rapidité de ses entreprises, ni l'art d'attacher les soldats à sa destinée; mais on lui a reproché des combinaisons peu profondes, des manœuvres plus rapides que sages, et d'avoir usé de la victoire avec trop peu d'humanité. — SOUVERAIN, (N...) écrivain François, étoit du Bas-Languedoc. Il fut ministre d'une église calviniste du Poitou. Déposé du ministère, il se réfugia en Hollande, d'où il fut encore chassé pour avoir refusé de souscrire au synode de Dordrecht. Il se retira en Angleterre, où il fut regardé comme Socinien, et y mourut vers la fin du dernier siècle. On a de lui un ouvrage recherché par les incrédules. Il est intitulé, le Platonisme dévoilé, ou Essai sur le Verbe Platonicien, Cologne, 1700, in-8. Le Père Baltus a réfuté ce livre dans sa Défense des Saints Pères accusés de Platonisme, Paris, 1711, in-4. Les nouveaux philosophes, sans avoir égard à la réfutation, ont renouvelé l'accusation formée contre les Saints Pères, d'avoir pris le dogme de la Trinité dans Platon. Mais répéter une accusation n'est pas la démontrer. I. SOUVRÉ, (Gilles de) marquis de Courtenvaux, d'une maison originaire du Perche, qui remontoit au XIVe siècle, suivit en Pologne, en 1573, le duc d'Anjou, depuis roi de France sous le nom de Henri III. Ce monarque, revenu en France, le fit grand-maître de sa garde-robe, et capitaine du château de Vincennes. Il fut son favori, dit l'abbé le Gendre, sans être de ses mignons. Le marquis de Souvré se signala à la bataille de Coutras en 1587, et conserva la ville de Tours sous l'obéissance du roi, pendant les troubles funestes de la Ligue. Fidelle à Henri III, il ne le fut pas moins à Henri IV, qui le choisit pour être gouverneur de Louis XIII. Il occupa auprès de ce prince la place de premier gentilhomme ordinaire de la chambre, obtint le collier des ordres du roi, et le bâton de maréchal de France en 1615. Il mourut en 1626, à 84 ans, regardé comme un courti- san agréable, plutôt que comme un capitaine habile. *Anne de Souvré*, épouse du marquis de *Louvois*, morte en 1715, a été le dernier rejeton de la famille de ce maréchal.
IL SOUVRÉ, (Jacques de) fils du précédent, fut chevalier de Malthe dès l'âge de 5 ans. Après s'être distingué au siège de Casal, il commanda les galères de France pour le siège de Porto-Longone, où il acquit beaucoup de gloire. Chargé, par son Ordre, d'ambassades ordinaires et extraordinaires auprès de *Louis XIV*, il s'en acquitta avec succès. Il parvint enfin au grand-prier de France, l'an 1667, et après avoir soutenu ce caractère avec beaucoup d'éclat, il mourut le 22 mai 1670, dans sa 70$^{e}$ année. C'est lui qui a fait bâtir le superbe hôtel du Temple, pour être la demeure ordinaire des grands-priers de France. Il fit commencer ce bel édifice dès le vivant de son prédécesseur, le grand-prier de *Boissy*.
SOUZA, (Louis de) Dominicain en 1614, mort en 1633, est un des meilleurs écrivains Portugais. Ses ouvrages sont : I. *La Vie de Dom Barthelemi des Martyrs*, Paris, 1760, 2 vol. in-8.$^{o}$ C'est la même qui fut traduite en françois par MM. de *Port-Royal*, en 1674, in-8.$^{o}$ ou in-4.$^{o}$ II. *Histoire de S. Dominique*, 3 vol. in-fol. *Louis de Souza* a écrit d'un style animé, mais quelquefois trop métaphorique. Le discernement des faits et la critique ne sont pas son principal mérite.
SOZIGÈNE, *Voyez* SOSI-GÈNES.
SOZOMÈNE, (Hermias) surnommé le *Scholastique*, étoit originaire de Palestine. Il avoit embrassé le Christianisme, touché par les miracles de *S. Hilarion*. Il passa de Palestine à Constantinople, où il cultiva les belles-lettres, et fit les fonctions d'avocat. Il avoit du goût pour l'histoire ecclésiastique, et son premier coup d'essai fut un *Abrégé* de ce qui s'étoit passé depuis l'Ascension du Sauveur, jusqu'à la défaite de *Licinius*. Cet Abrégé est perdu. Il commença une *Histoire* plus considérable, vers l'an 443. Elle est divisée en neuf livres, et renferme les événements arrivés depuis l'an 324 jusqu'à l'an 439. Il déclare, au commencement du premier livre, « qu'il écrit ce qui s'est passé de son temps, sur ce qu'il a vu lui-même, ou sur ce qu'il a appris des personnes les mieux instruites et qui avoient été témoins oculaires. » L'Histoire de *Sozoméne* contient des choses très-remarquables, dont la plupart se trouvent aussi dans *Socrate*, qu'il semble n'avoir que copié. Elle est néanmoins plus étendue et mieux écrite, quoiqu'elle ne soit pas sans défaut, même pour le style; mais il est fort au-dessus de *Socrate* pour le jugement. On croit qu'il mourut vers 450. La plus belle édition de l'*Histoire de Sozoméne*, est celle qu'on voit dans le recueil des *Historiens Latins*, donné par *Robert Etienne* en 1544. On la trouve aussi dans le recueil de *Valois*. Le président *Cousin* l'a traduite en françois.
SOZZI, (Louis-François de) né à Paris le 4 octobre 1706, d'une famille noble et originaire de Pistoie en Italie, suivit dès l'âge de neuf ans son père en Espagne. A son retour, il devint l'élève et bientôt l'ami du célèbre avocat *Le Normant*, appelé justement *l'Aigle du Barreau*. Nommé bailli-général du Temple, il publia plusieurs *Mémoires* précieux par les recherches qu'ils renferment. Celui sur les testamens olographes fit une telle sensation, qu'on fut obligé de le réimprimer trois ans après le jugement pour lequel il avoit été fait, afin de satisfaire l'empressement des jurisconsultes qui en demandaient des copies. Celui sur la mouvance des paires de France, fut de même recueilli avec avidité. *Sozzi* vint s'établir à Lyon en 1756, et y fut membre de l'académie de cette ville : celles de Berlin et de Nanci l'adoptèrent pour associé. Il est mort le 12 mars 1784. Ses ouvrages littéraires sont : I. *Lettre* sur l'Urne antique de plomb, trouvée à Lyon. II. *Avertissement* sur l'Hyène qui a paru dans le Lyonnois en 1756, in-12. III. *Discours* de réception à l'académie de Nanci, 1762, in-12. IV. Olympiques de *Pindare*, traduites du grec en françois, 1754, in-12. Cette traduction du poète grec le plus difficile à entendre, est accompagnée de remarques historiques, et d'un discours sur *Pindare* et l'histoire des jeux Olympiques.
SPACHIUS, *Voy*. MOSCHION.
SPAGNOLETTO, (Joseph Ribera) *Voy*. ESPAGNOLET.
SPAGNOLI, (Baptiste) religieux Carme, dit le *Mantouan*, parce qu'il étoit de Mantoue, né l'an 1444, étoit bâtard de la famille de *Spagnoli*. Les *Spagnoli* le reconnurent volontiers pour leur frère. Il leur fit honneur par ses talens, et sa plume fut toujours prête à célébrer la gloire de leur maison. Ayant pris l'habit de Carme, il se distingua tellement dans son Ordre, qu'il parvint au généralat en 1513. Quoiqu'il paroisse dans ses Poésies avoir eu une morale assez relâchée, il voulut réformer ses confrères. Mais ses tentatives ayant été inutiles, il se démit de sa dignité en 1515, pour cultiver plus librement les belles-lettres. Il mourut l'année d'après, le 20 mars 1516, à 72 ans. Cet auteur est principalement connu par ses *Poésies*. Son esprit étoit si fécond, qu'il enfanta plus de 59000 vers, dont la plupart sont semés de pointes, et n'offrent qu'une facilité molle et languissante. Parmi ses Poésies, on distingue ses *Eglogues*, dans lesquelles il est tour-à-tour Epicurien et dévot. Il détruit dans l'une, la croyance d'une autre vie; et dans l'autre, la *Vierge* apparaît à un berger, et lui promet que « quand il aura passé sa vie sur le Carmel, elle l'enlèvera dans des lieux plus agréables, et l'y fera à jamais habiter les Cieux avec les Dryades et les Hamadryades : » nouvelles Saintes, que nous ne connoissions pas encore dans le Paradis. Ses bergers sont d'une grossièreté dégoûtante. Il s'emporte jusqu'à la fureur contre les femmes et contre les ecclésiastiques : contre les femmes, parce qu'apparemment le versificateur *Mantouan* n'avoit pas pu leur plaire; et contre les ecclésiastiques, parce que les charges de son Ordre n'avoient pas pu satisfaire son ambition. C'est sur-tout dans son poème de la *Calamité des Temps*, qu'il s'acharne contre ces derniers avec un emportement digne de l'Aretin. Ses autres Poésies ont pour objet des sujets de morale, ou les éloges des Saints. Elles se trouvent dans le Recueil de ses ouvrages, publié à Venise, 1499, in-4°; à Paris, 1502, in-fol., 1513, 3 vol. in-fol.; et Anvers, 1576, en 4 vol. in-8°. Ce recueil renferme : I. Commentaire sur les Pseaumes. II. La Vie de S. Basile. III. Un poème sur S. Nicolas de Tolentin, en 3 livres, Milan, 1509, in-4°. Il parle à la fin du 1er livre du fameux Merlin, et quoiqu'il le fasse fils du Diable, selon un préjugé populaire de son temps, il le reconnoit pour un vrai prophète, et le met même au nombre des Saints. Spagnoli se montre, dans plusieurs autres endroits de ses productions, aussi crédule que peu judicieux. IV. Il est encore auteur de quelques ouvrages en prose.
SPALLANZANI, ( Lazare ) né en 1729 à Scandiano en Italie, près de Reggio, étudia à Bologne sous le célèbre Laure Bassi, se retira ensuite dans la retraite pour rendre ses connoissances plus profondes, et sut pendant quelque temps se priver de la gloire pour mieux la mériter. Il débuta dans le monde littéraire par un opuscule où il a pour but de rectifier les erreurs échappées à Salvini, dans sa traduction des Œuvres d'Homère, poète qu'il avoit étudié dans sa langue naturelle, avec autant de discernement que de goût. Il adressa ses observations au comte Algarotti, l'ami de Voltaire, dont le savoir étoit aussi étendu que la renommée. Nommé professeur à Pavie, Spallanzani abandonna la litté- rature pour l'étude de la physique; et c'est là, qu'armé du flambeau de l'expérience, il découvrit des propriétés nouvelles, et divers phénomènes qui attirèrent à ses leçons un nombre considérable de disciples et d'admirateurs. La physique animale obtint surtout sa prédilection, et ses observations y furent aussi neuves qu'intéressantes. Ses travaux microscopiques, ceux sur la circulation du sang, la digestion, la génération, la respiration, lui ont acquis des droits immortels à la reconnoissance des physiologistes et de tous les savans. En 1779, Spallanzani se mit à voyager, et parcourut les cantons de la Suisse. En 1785, il partit pour Constantinople, où il accompagna le chevalier de Zulian son ami, et visita les îles de Corfou et de Cythère; il en décrivit la géologie, les volcans éteints, les coquillages, et une montagne immense presque entièrement formée d'ossemens humains pétrifiés. Après avoir parcouru les ruines de Troye, et plusieurs contrées d'Allemagne, il se rendit à Vienne où il fut accueilli par l'empereur Joseph II, il revint à Pavie, et y entra au bruit des acclamations d'une foule d'élèves qui étoient allés à sa rencontre, et qui le conduisirent en triomphe dans sa demeure. Le Muséum de Pavie étoit dépourvu d'objets relatifs à la minéralogie des volcans. Pour lui en procurer, Spallanzani fit en 1788 un voyage à Naples, dans les deux Siciles, et dans plusieurs parties des Apennins. Il rédigea les observations recueillies dans ce voyage, et en fit l'un de ses principaux titres à la gloire. Tormenté depuis long-temps d'une ischurie vési- cale, il fut frappé de diverses attaques d'apoplexie, et succomba à la dernière, survenue le 12 février 1799. Après avoir rempli tous ses devoirs de religion, il s'endormit dans son sein, plein de confiance dans les espérances qu'elle donne. Les écrits de Spallanzani sont : I. Lettres sur l'origine des Fontaines. Elles sont au nombre de deux, et adressées au fils du savant Vallisnieri. Descartes avoit prétendu que les eaux de la mer, filtrant par d'innombrables canaux dans le flanc des montagnes, y subissoient une sorte de distillation par l'action d'un feu souterrain, se purgeaient de leur amertume, et formoient ensuite les sources d'eau douce. Spallanzani démontra que celles ci devoient leur origine aux pluies, aux rosées, aux brouillards qui tombent sur les monts, s'insinuent dans leur intérieur, et suivent la direction de leurs excavations particulières. II. Dissertation dédiée à Laure Bassi, sur les Ricochets. Le professeur de l'avie cherche à y expliquer la cause de ces bonds successifs que subit une pierre lorsqu'on la lance obliquement sur la surface de l'eau. Il ne les attribue ni à la réaction, ni à l'électricité du fluide frappé, mais au changement de direction du mobile; et à cet égard, il n'a pas convaincu les physiciens. III. Expériences sur les reproductions animales, 1782. C'est un spectacle bien extraordinaire que celui d'un membre coupé à un animal à sang froid, et qui en fait un autre animal absolument conforme à celui qui a éprouvé la scission. Réaumur avoit prouvé la reproduction des jambes dans les écrevisses; Trembley, que les parties séparées du polype, devenoient autant de polypes; Bonnet, que les vers terrestres et aquatiques se reproduisoient dans leurs sections: Spallanzani confirma leurs essais, et démontra que plus l'existence de ces êtres fragiles est environnée de dangers, plus la nature s'est montrée juste à leur égard, en leur donnant le moyen de réparer les pertes qu'ils peuvent subir; aussi, les animaux doués de cette prérogative, ne reproduisent ils exactement que les parties qu'un accident peut leur enlever. Les expériences prouvent que ceux dont la contexture est plus molle, se reproduisent en un temps moins long; que par cette raison, il ne faut que peu d'heures pour opérer la régénération des polypes divisés, et quelques jours pour celle des vers, tandis qu'il faut des mois aux limaçons, et des années aux salamandres aquatiques et aux écrevisses pour se reproduire; que le printemps est la saison la plus favorable pour cette réorganisation animale, et que pour l'obtenir, il faut au moins une température de treize degrés au thermomètre de Réaumur; enfin, que les limaçons, les lombrics et les tétards pouvoient représenter plusieurs fois les mêmes organes. IV. Essai sur les Animalcules infusoires. Cette multitude d'êtres répandue dans les liquides, est un monde mystérieux où Spallanzani aborda, et qu'il décrivit avec plus de soin que tout autre. Après avoir établi contre Buffon et Needham, que leurs habitans sont des animaux complets et non de simples molécules organiques, privées de vie, quoique douées de mouvement et propres à constituer des corps, il prouve, à l'aide d'excellens microscopes, que les animalcules infusoires ont tous les rapports des autres êtres vivans et connus; que si on ne découvre en eux ni l'organe du cœur, ni les vaisseaux rouges, une multitude de vésicules rondes leur en tient lieu; qu'on apperçoit l'organe de leur respiration; que leurs mouvemens sont réguliers et ont des motifs, qu'ils les changent à leur gré; qu'ils savent se détourner des obstacles qui les arrêtent, s'atteindre et souvent se combattre; que certaines races sont ovipares, d'autres vivipares; qu'on les surprend dans leur ponte et leur accouchement; que plusieurs savent se reproduire à la manière des polypes, par des divisions transversales; que les uns cèdent, tandis que d'autres résistent à l'action de l'eau bouillante; que leurs œufs peuvent supporter une chaleur beaucoup plus vive, ou un froid plus rigoureux qu'eux-mêmes, ainsi que les graines des plantes sont plus inattaquables que la plante même, par une prévoyance de la nature, plus attentive à la conservation des espèces qu'à celle des individus; que les émanations sulfureuses les font périr, ainsi que leur immersion dans des liqueurs huieuses, salées ou acides. V. *Expériences microscopiques*. Elles ont pour objet l'histoire du *Rotifere*, animalcule concentré dans le sable, qui s'y dessèche, auquel un peu d'humidité rend la vie, et qui a le privilège de ressusciter plusieurs fois; celle de l'*Anguille* du blé rachitique; du *Tardigrade*, autre animalcule observé pour la première fois par *Spallanzani*. « Je suis en peine, lui écrivoit *Voltaire*, de toute ame et de la mienne; mais il y a long-temps que je suis persuadé de la puissance immense et inconnue de l'Auteur de la Nature. J'ai toujours cru qu'il pouvoit donner la faculté d'avoir du sentiment, des idées, de la mémoire, à tel être qu'il daignera choisir; qu'il peut oter ces facultés et les faire renaître, et que nous avons pris souvent pour une substance, ce qui est un effet, une faculté de cette substance. L'attraction, la gravitation, est une qualité, une faculté. Il y a dans le genre animal et dans le végétal, mille ressorts pareils dont l'énergie est sensible, et dont la cause sera ignorée à jamais. Si les *Rotiferes* et les *Tardigrades* morts et pourris, reviennent en vie, reprennent leur mouvement, leurs sensations, engendrent, mangent et digèrent, on ne saura pas plus comment la nature leur a rendu tout cela, qu'on ne saura comment la nature le leur avoit donné; et l'un n'est pas plus incompréhensible que l'autre. J'avoue que je serois curieux de savoir pourquoi le grand Être, l'Auteur du tout, qui nous fait vivre et mourir, n'accorde la faculté de ressusciter qu'aux *Rotiferes* et aux *Tardigrades*; les baleines doivent être bien jalouses de ces petits poissons d'eau douce. Si quelqu'un a droit, Monsieur, d'expliquer ce mystère, c'est vous. Il est bon aussi de savoir si ces petits animaux, qui ressuscitent plusieurs fois, ne meurent pas enfin tout de bon, et sur combien de résurrections ils peuvent compter. C'est apparemment d'eux que les Grecs apprirent autrefois la résurrection d'*Athalide*, de l'*Lops*, d'*Hippolyte*, d'*Alceste*, de *Pirithoüs*; c'est dom- mage que le secret en soit perdu. » VI. Mémoire sur les Moisissures. Les moisissures, symptômes ordinaires de la corruption de nos fruits ou de la décomposition de diverses substances mouillées, ont été reconnues pour des plantes. Micheli avoit regardé comme fécondante la petite poussière noire qu'elles fournissent à leur sommité lorsqu'elles sont mûres; Spallanzani a confirmé ce sentiment par plusieurs expériences. Dans l'une d'elles, il prit deux morceaux de pain mouillés, du même poids, de la même épaisseur; l'un fut constamment semé avec de la poussière des moisissures; l'autre ne fut point semé. La poussière fit constamment naître non seulement avec plus de célérité les moisissures, mais les rendit plus toujours. La force germinatrice de ces petites semences résiste à l'action de l'eau bouillante, à celle même du feu. VII. Mémoire sur la circulation du sang. Ce travail important occupa plusieurs années de la vie de l'auteur. Il y perfectionna les recherches de Malpighi et de Haller, et rassembla un grand nombre de faits sur le mouvement du sang dans ses rapports avec le calibre, les angles et les sinuosités des vaisseaux; sur les fonctions du cœur, qu'il prouve se raccourcir dans la systole et s'alonger dans la diastole; sur les organes vasculaires, l'abouchement des artères avec les veines, la gravité du fluide sanguin, la figure et la couleur de ses globules, leur élasticité; sur le gaz renfermé dans les veines et les artères, dont Michel Boza et le célèbre Moscati ont dernièrement déterminé les propriétés; sur les vicissitudes enfin de la circulation, suivant que la vitalité des organes diminue et tend à s'anéantir. Haller regardoit ce travail comme tellement utile aux progrès de la physiologie, qu'il voua à son auteur la plus grande estime, et lui dédia le quatrième volume de son immortel ouvrage sur le même objet. VIII. La digestion et la manière dont elle s'opère, devint l'objet de plusieurs Écrits de Spallanzani. Jusqu'à lui elle avoit été diversement expliquée: les uns l'attribuoient à la putréfaction; d'autres, avec plus de fondement, à la pression successive et énergique des muscles de l'estomac qui trituroient les alimens. Le professeur de Pavie unit à leur action celle du sue gastrique répandu dans ce viscère, qui dissout les corps les plus compacts et les plus durs. Ses expériences sur les oies, les poules d'Inde, les corneilles, les hérons, les grenouilles, les serpens, les poissons, les chouettes, les chiens et les chats, confirment son opinion. Après avoir extrait du sue gastrique de leur estomac, il parvint à opérer des digestions artificielles en s'aidant de la chaleur solaire. « Jusqu'alors, a-t-on dit, il n'avoit été que le confident de la nature, il en devint le rival... Il tourmenta lui-même ses propres organes, et se dévoua courageusement à une multitude d'essais qui auroient pu porter des atteintes irrémédiables à sa santé. Il osa introduire dans son estomac divers alimens enveloppés dans des sacs de toile; il avala de petits tubes de bois remplis de substances qui furent entièrement digérées sans le secours d'aucune trituration. » IX. Les travaux de Spallanzani sur la génération ne furent pas moins étonnans. Il surprit le phénomène le plus mysté rieux de la nature. Après avoir présenté l'histoire de la propagation des crapauds et des salamandres, de leurs amours et des époques de leur union, il osa entreprendre de féconder des animaux par le moyen de l'art, et il y réussit. Il toucha avec la liqueur exprimée des vésicules séminales du mâle, les deux cordons sortis du corps de la grenouille, et qui étoient couverts d'œufs ou fœtus de tétards non développés, et il leur communiqua la vie. Il injecta dans l'appareil génital d'une chienne, la semence du mâle, et il la fit concevoir et produire. Cette expérience pourroit paroître une illusion du savoir, si elle n'avoit été répétée avec succès par d'autres physiciens, tels que *Rossi* de Pise, et *Bufaliani* de Césène. X. *Dissertation* sur l'influence de l'air clos et non renouvelé, sur la vie des animaux et des végétaux, sur le développement de leurs œufs et de leurs graines. XI. *Voyages* dans les deux Siciles et dans plusieurs parties de l'Apennin, Pavie, 1792, 6 vol. Ce savant ouvrage a été traduit par MM. *Sènebier* de Genève, et *Toscan* naturaliste de Paris. On y trouve d'importantes observations sur le Vésuve et l'Etna, la grotte du Chien, le lac d'*Agnano*, les grenouilles de *Monte - Nuovo* qui forment une espèce particulière, la situation et la structure des îles Eoliennes, dont celle d'Alicuda n'avoit pas encore été décrite. On y trouve encore une histoire complète des mœurs, de la vie et de l'instinct des hirondelles, des martinets, des petits ducs ou hiboux, des chevêches, des anguilles de la côte de Comachio, des méduses, des chiens de mer et des espadons.
XII. *Examen chimique* des expériences de *Goettling*, sur la lumière du phosphore de *Kunkel*, Modène, 1796. *Goettling*, savant professeur d'Iène, avoit établi une nouvelle doctrine sur cette partie; elle fut renversée par les expériences faites en France par MM. *Fourcroy* et *Vauquelin*, et en Italie par *Spallanzani*. XIII. *Observations* sur la transpiration des plantes. Il y confirma les expériences de *Sènebier* et d'*Ingenhousz*, et en accrut le nombre. XIV. La *Correspondance* de *Spallanzani* avec les hommes les plus célèbres, tels que *Saussure*, *Sènebier*, *Bonnet*, *Giosbert*, *Prilli*, *Lucchesini*, offre une foule de recherches intéressantes sur la physiologie et l'histoire naturelle. Elles ont pour objet l'examen des ailes membraneuses des chauve-souris, auxquelles il attribue le sens du toucher le plus exquis; la phosphorescence des plumes marines; des détails curieux sur les aicyons, les millepores et madrépores, les gorgones, les éponges de mer, les oursins, les orties, les crabes, et sur-tout sur celui appelé *Bernard l'hermite*, parce qu'il adopte successivement les coquilles qu'il trouve vides, pour y vivre en solitaire. Ses observations sur les torpilles, les mitiles lithophages, les animalcules des eaux salées, l'aiguillon de la raie dont les piqûres passaient à tort pour venimeuses, une fontaine d'eau douce jaillissant au-dessus de l'eau de la mer près de Spezzia, la composition et les mélanges des marbres de Carrare, la formation des orages et des brouillards dans les Apennins, sont pleines de vues neuves et de sagacité. XV. Le dernier ouvrage auquel *Spallan-* zani travaillait lorsque la mort le vint ravir aux sciences, avoit pour objet la respiration comparée dans les diverses classes d'animaux; il est encore resté manuscrit. En général, le style de ce physicien célèbre est pur et élevé; il sait embellir les sujets sérieux et rendre attachans des détails arides. Il professoit avec éloquence, et se livroit quelquefois à un abandon aimable, qui dévoilait toutes les richesses de son imagination et de son génie. « Sa stature, dit M. Alibert, auteur d'un savant et éloquent Eloge de ce physicien, étoit haute, noble et fière, sa tête volumineuse, sa physionomie pensive; ses sourcils étoient noirs et épais, ses épaules élevées; son corps avoit de l'embonpoint; ses muscles étoient forts et prononcés; son tempérament fut mélancolique. Il ne mettoit entre ses occupations aucun intervalle de repos... Il étoit ardent à poursuivre la vérité, patient à l'attendre. Il ne sut pas toujours se garantir des dangers de la prévention, qui, comme un nuage épais, se place souvent entre les objets et celui qui les contemple; aussi commit-il quelques erreurs: mais, ainsi que le dit Fontenelle, il n'est pas étonnant que l'on fasse quelques faux pas dans des routes inconnues et que l'on se trace soi-même. La conversation de Spallanzani n'étoit pas seulement instructive, elle étoit agréable et brillante. Sa vie étoit sobre et frugale; il se plaisoit dans la solitude, parce que c'est là seulement qu'on est en société avec soi-même. Il eut une probité rare; il prit l'intérêt le plus tendre aux infortunes d'autrui, et prodigua les bienfaits sans se plaindre de l'ingratitude. » Cet Eloge de Spal- lanzani se trouve en tête du troisième volume des Mémoires de la Société médicale de Paris. I. SPANHEIM, (Frédéric) né à Amberg dans le haut-Palatinat, parcourut une partie de l'Allemagne et de la France, et s'arrêta à Genève. Il y disputa, en 1626, une chaire de philosophie, et l'emporta. Son mérite lui obtint, en 1631, une chaire de théologie que Benoit Turretin laissoit vacante. Il remplit cet emploi avec une approbation si universelle, qu'il fut appelé à Leyde en 1642, pour y remplir la même place. Il y soutint et augmenta même sa réputation; mais ses grands travaux lui causèrent une maladie, qui l'enleva à la république des lettres, en mai 1649, à 49 ans. Spanheim étoit un homme laborieux, propre aux affaires, ardent, facile à s'irriter, et dont la maxime étoit, qu'il falloit se battre contre ses frères, même dans les moindres choses qui intéresseient la religion. Ses principaux ouvrages sont: I. Commentaires historiques de la vie et de la mort de Messire Christophe, Vicomte de Dhona, in-4.º II. Dubia Evangelica, en 7 parties, 1700, 2 tomes in-4.º III. Exercitationes de Gratia universali, en 3 vol. in-8.º IV. La Vie de l'Electrice Palatine, in-4.º V. Le Soldat Suédois, in-8.º VI. Le Mercure Suisse, etc. Spanheim laissa sept enfans, dont les deux aînés marchèrent sur ses traces.
II. SPANHEIM, (Frédéric) second fils du précédent, fut professeur de théologie à Leyde, où il mourut en 1701, à 69 ans. Ses travaux hâtèrent sa mort. Il étoit aussi laborieux que son père; mais il étoit plus tolérant, quoique d'ailleurs zélé pour sa religion. On a de lui une *Histoire Ecclésiastique*, et plusieurs autres savans Ouvrages en latin, recueillis et imprimés à Leyde, 1701 et 1703, en 3 vol. in-fol. Il y règne beaucoup d'érudition, et une critique judicieuse, aux préjugés du Protestantisme près.
III. SPANHEIM, (Ezéchiel) frère aîné du précédent, né à Genève en 1629, alla à Leyde en 1642. Son esprit et son caractère lui acquiert l'amitié de *Daniel Heinsius* et de *Claude Saumaise*, dont il fut toujours très-estimé, malgré l'animosité mutuelle qui étoit entre ces deux savans. Sa réputation s'étant répandue dans les pays étrangers, *Charles-Louis*, électeur Palatin, l'appela à sa cour, quoiqu'il n'eût que 25 ans, pour être gouverneur du prince électoral *Charles*, son fils unique. *Spanheim* parut, dans cette place, homme de lettres et politique habile. Son maître l'envoya dans les cours des princes d'Italie, à Florence, à Mantoue, à Parme, à Modène, à Rome, pour observer les intrigues des électeurs Catholiques en ces cours. Ces divers voyages furent pour lui une nouvelle source de lumières, sur-tout pour la connoissance des médailles et des monumens antiques. De retour à Heidelberg en 1665, l'électeur Palatin l'employa en diverses négociations importantes dans les cours étrangères. L'électeur de Brandebourg le demanda à l'électeur Palatin, qui voulut bien lui céder un homme si utile. On l'envoya en France en 1680, et lorsqu'il retourna à Berlin en 1689, il y tint la place d'un des ministres d'état. Après la paix de Ryswick, en 1697, il fut renvoyé en France, où il demeura jusqu'en 1701. De là il passa en Hollande, puis en Angleterre, en qualité d'ambassadeur auprès de la reine *Anne*. C'est vers ce temps-là que l'électeur de Brandebourg, qui avoit pris le titre de roi de Prusse, lui donna la qualité de baron, que ses services lui avoient si bien méritée. Il s'étoit acquitté de ses négociations, comme s'il ne s'étoit jamais distrait par l'étude; et il se livra aux travaux du cabinet, comme s'il n'avoit jamais été homme public. Ce savant mourut à Londres, le 25 novembre 1710, à 81 ans. Son érudition étoit prodigieuse. Il savoit le grec, le latin, parloit plusieurs langues avec facilité, et étoit aussi propre aux affaires qu'à l'étude. Ses Ouvrages les plus connus sont: I. *De praestantia et usu Numismatum antiquorum*, dont la meilleure édition est d'Amsterdam, 1717, en 2 vol. in-fol.: ouvrage excellent, d'une érudition rare, et qui tient lieu d'une infinité d'autres livres aussi savans, mais moins méthodiques. II. Plusieurs *Lettres* et *Dissertations* sur diverses médailles rares et curieuses. III. La *Traduction* de la Satire des *Césars* de l'empereur *Julien*, avec des Notes, Amsterdam, 1728, in-4°. Cette version est plus fidèle qu'élégante; mais les remarques sont très-instructives, et expliquent une infinité de choses auxquelles *Julien* fait allusion. IV. Une *Préface* et des *Notes* savantes, dans l'édition des Œuvres du même Empereur, à Leipzig, 1696, in-fol.
SPANNOCHI, (N...) gentil-homme de Sienne dans le dernier siècle, se distingua par le talent d'écrire en caractères très-déliés. On a vu de lui l'Évangile de S. Jean, qu'on dit à la fin de la Messe, écrit sans aucune abréviation sur du vélin, dans un espace de la grandeur de l'ongle du petit doigt, d'un caractère néanmoins si bien formé, qu'il égaloit celui des meilleurs Écrivains. On ne rapporte ce fait que d'après quelques journaux, qui exagèrent vraisemblablement. Les anciens ont dit avoir vu une copie de l'Iliade d'Homère, renfermée dans une coquille de noix. Voy. FABA.
SPARRE, baron et sénateur de Suède dans le XVIe siècle, mérita par ses talens d'être employé dans les affaires du gouvernement. L'étude du droit naturel et public qu'il avoit approfondie, ne lui servit pas peu à se distinguer dans les emplois. Il avoit, à cet égard, des vues particulières qu'il consigna dans un fameux Traité in-fol., intitulé : De Lege, Bege et Grege. Ses idées déplurent au gouvernement suédois, qui fit exactement supprimer son ouvrage. Il est au nombre des livres défendus, de la première classe, dans ce royaume.
SPARTACUS, fameux gladiateur, né en Thrace, fut pendant trois ans la terreur d'une partie de l'Italie. Secondé de Chrysus et d'Œnomais, ses compagnons d'esclavage, il força le lieu d'escrime où il étoit renfermé à Capoue, et s'étant mis à la tête d'une troupe nombreuse d'esclaves fugitifs, d'aventuriers et de brigands, l'an 72 avant J. C., il se retrancha sur le Mont-Cervisius, d'où il fit des courses dans toute la Campanie. La licence et l'espoir du butin grossissant tous les jours son armée, les prêteurs Valinius Glaber et Publius Valerius marchèrent contre lui; mais Spartacus les vainquit et pilla leur camp. Cet esclave vainqueur, fut proclamé général par ses soldats; dès-lors il fut escorté de licteurs, et on porta devant lui les faisceaux des prêteurs, qu'on avoit trouvés dans le pillage du camp romain. Peu de temps après il dispersa l'armée de Lentulus dans l'Apennin, força le camp de Cassius près de Modène, et se proposoit de venir assiéger Rome, lorsqu'il fut mis en fuite par Licinius Crassus. Alors Spartacus cherchant à passer en Sicile, se retira dans un lieu écarté de l'Abruzze; mais Crassus, instruit de son dessein, lui coupa le chemin de la mer. Spartacus investi de tous côtés, chercha à se faire jour les armes à la main. Le combat fut long-temps indécis; mais enfin la victoire se déclara en faveur des légions romaines. Spartacus se défendit en héros, et mourut percé de coups, sur un monceau de soldats Romains immolés à sa vengeance, l'an 70 avant J. C. Avant la bataille, il avoit tué son cheval à la tête de son armée, disant que s'il étoit vainqueur, il ne manqueroit pas de chevaux; et que s'il étoit vaincu, il n'en auroit plus besoin. On convient qu'il étoit, par ses qualités personnelles, un vrai héros, quoique la fortune n'en eût fait qu'un vil esclave. Après sa première campagne, la Campanie, la Lucanie et d'autres provinces ayant été cruellement ravagées par ses soldats, il voulut les licencier, et les renvoyer chacun dans leur patrie, en disant que c'étoit assez pour lui d'avoir rendu la liberté à tant de misérables. Après la mort de *Chrysus* son compagnon, il avoit obligé trois cents prisonniers Romains à combattre comme gladiateurs, pour honorer les funérailles de son camarade d'armes. C'étoit la coutume des Romains de donner de ces cruels spectacles à la mort des hommes illustres; et ce fut sans doute, dit *Crevius*, pour leur apprendre que s'ils se jouoient ainsi du sang des hommes, ils pouvoient être exposés à leur tour à un semblable traitement. *Voyez* IV. SAURIN.
SPARTIEN, (*Alius Spartianus*) historien Latin, avoit composé la *Vie de tous les Empereurs Romains*, depuis *Jules-César* jusqu'à l'empereur *Dioclétien* exclusivement, sous lequel il vivoit; mais il ne nous en reste (dans l'*Historiae Augustae Scriptores*, Leyde, 1670 et 1671, 2 vol. in-8°) que les *Vies d'Adrien*, d'*Alius-Verus César*, fils adoptif d'*Adrien*; de *Didier-Julien*, de *Septime-Sévère*, de *Caracalla* et de *Geta* son frère: le reste a été perdu. C'est un des plus mauvais historiens.
SPÉ, (*Frédéric*) né d'une famille noble, à Langenfeldt, près de Kayserwerd, l'an 1595, se fit jésuite en 1615. Il enseigna la philosophie et la théologie à Cologne, se consacra ensuite aux missions, et exerça les fonctions de ce pénible ministère avec zèle. C'est particulièrement dans l'évêché de Hildesheim qu'il raffermit les Catholiques chancelans dans la foi, et qu'il ramena à l'Eglise ceux que l'hérésie en avoit séparés. Ses succès irritèrent les hérétiques, au point qu'ils attentèrent à sa vie. Il se retira ensuite à Trèves, et se dévoua entièrement ment au service des hôpitaux et des soldats, et mourut le 7 août 1635. On a de lui, *Cautio criminalis, seu de processibus contra Sagas*, Rinthel, 1631, un vol. in-8°, dont on a donné une nouvelle édition à Franckfort, en 1632, et une autre la même année à Cologne. Le Père *Spé* combat les préjugés de son siècle, et les fautes qui se commettoient par les juges dans les procédures contre les sorcières et les sorcières. Le savant Jésuite montre que le peuple toujours extrême, s'imagine voir des sortilèges où souvent il n'y en a pas même l'apparence; mais il ne disconvient pas que la magie ne soit possible.
SPEED (*Jean*) natif de Farington, dans le comté de Chester, mort à Londres en 1629, à 77 ans, fut destiné d'abord à apprendre un métier; mais ayant trouvé un *Mécène*, il fit ses études. Son érudition lui procura les faveurs de *Jacques I*, qui répandit sur lui ses bienfaits. On a de lui le *Théâtre de la Grande-Bretagne*, en anglois. Cet ouvrage fut traduit en latin, et imprimé à Amsterdam, in - fol., 1646. L'auteur y donne une description exacte de cette monarchie, une juste idée des mœurs de ses habitants, et un état de son gouvernement ancien et moderne. Il fait aussi l'Histoire de ses rois jusqu'à *Jacques I*, son protecteur. Le recueil de ses Ouvrages fut imprimé à Londres en 1723, in-fol.
SPELMAN, (*Henri*) chevalier Anglois, mort en 1641, à 80 ans, se rendit habile dans l'Histoire d'Angleterre. Il s'attacha aussi à débrouiller le chaos des mots de la basse latinité. On a de lui: I. *Glos-* scrium Archæologicum, Londres, 1584 et 1687, in-fol. La dernière édition est la meilleure. Il y explique les termes barbares et étrangers, les vieux mots remis en usage, et les nouveaux inventés depuis la décadence de l'empire romain. II. *Vittare Anglicum*, in-8.º : c'est une description alphabétique des villes, bourgs, et villages d'Angleterre. III. Une *Collection des Conciles d'Angleterre*. David Wilkins donna en 1737 une édition de cet ouvrage, plus ample que la première, qui n'étoit qu'en 2 vol. in-fol., 1639 et 1664. Celle que nous citons, et qui est la meilleure, est en 4 vol. in-folio. IV. *Beliquiæ Spelmanicæ*, in fol., en anglois. C'est un recueil de Traités nécessaires pour étudier l'Histoire d'Angleterre. V. *Vita Alfredii Magni*, Oxonii, 1678, in-fol. VI. *Codex Legum veterumque Statutorum Angliæ*, que Wilkins a inséré dans ses *Leges Anglo-Saxonicæ*, Londres, 1721, in-fol.
SPENCE, (Joseph) maître-és-arts du collège neuf d'Oxford, se noya dans le canal d'un jardin, où il se baignoit : le 26 août 1768. On a de lui, I. *Essai sur l'Odyssée d'Homère de Pope*, 2 parties in-12, qui lui méritèrent la place de professeur de poésie, en 1728, dans le collège où il étoit maître-és-arts. II. *Polymetis*, ou *Recherches sur les beautés des poètes latins*, 3e édition, 1774, in-fol. III. *Criton*, ou *Dialogue sur la beauté*, 1752, in-8.º IV. *Remarques sur Virgile*, 1767, in-4.º Tous ces ouvrages respirent le goût : mais il y a quelquefois trop de subtilité, et trop d'envie de trouver admirable ce qui n'est que beau. I. SPENCER, (Hugues) fils de *Hugues Spencer*, comte de *Winchester*, devint en 1320, par le crédit de son père, le favori d'*Edouard II*, roi d'Angleterre. Ce jeune seigneur aussi distingué par sa naissance que par sa figure, régna souverainement sur le cœur de ce prince foible ; mais, naturellement fier et hautain, il excita la haine des grands qu'il affectoit de braver. Son avidité égaloit son insolence, et cette avidité le perdit. Il se fit donner une baronie, qu'il prétendit revenir de droit à la couronne. Une matière de procès fut l'occasion d'un soulèvement. Le comte de *Lancastre*, premier prince du sang, et plusieurs autres seigneurs, vinrent, les armes à la main, demander au roi l'exil de son favori, et même de son père, homme sage et digne de la confiance du monarque. Sur le refus d'*Edouard*, ils entrèrent dans Londres, présentèrent au parlement une accusation contre les *Spencer*, et sans aucunes preuves légales, firent prononcer la sentence de bannissement du père et du fils, et confisquer leurs biens. *Edouard* se vit bientôt forcé de confirmer cette sentence. *Spencer* son favori, ne fut pas long-temps loin de la cour. Il revint auprès du roi, et l'engagea à prendre les armes contre les barons qui l'avoient proscrit. Vingt-deux des plus puissans, dont le comte de *Lancastre* étoit le premier, eurent la tête tranchée. Cette exécution attira sur le prince et sur le favori une haine universelle. (On peut voir quelles en furent les suites, à l'article d'*Edouard II*.) *Spencer* finit sa vie par le dernier supplice, à Hereford, le en novembre 1326. Après lui avoir coupé les parties naturelles, on lui arracha le cœur, qui fut jeté au feu; puis on lui trancha la tête qui fut portée à Londres, et l'on mit son corps en quatre quartiers pour être exposés aux quatre coins de l'Angleterre.
II. SPENCER, (Edmond) poète Anglois, natif de Londres, mort en 1598. La reine Elisabeth en faisoit un cas singulier; elle lui promit cent livres sterlings pour une pièce de vers que ce poète lui présenta. Le trésorier de cette princesse lui fit observer que la somme étoit trop forte, et qu'il lui donneroit ce qu'il croiroit être de raison; et il ne lui donna rien. Spencer présenta une requête en quatre vers à Elisabeth, dans laquelle il disoit: On m'avoit annoncé qu'on me donneroit ce que de raison pour mes rimes; mais je n'ai reçu jusqu'à présent ni rime, ni raison. La reine gronda son trésorier, et fit compter la somme promise. Il n'en devint pas plus riche: il vécut malheureux, et mourut de faim, dans la rigueur du terme. Le comte d'Essex lui ayant envoyé 20 livres sterlings au moment qu'il alloit expirer: Remportez cet argent, dit SPENCER, je n'aurois pas le temps de le dépenser. On lui fit cette Epitaphe: Anglice, te vive, visit placestique Poesis; Nunc moritura timet, te moriente, mori. Parmi les ouvrages de Spencer, le plus estimé est sa Fairs Queen, c'est-à-dire la Reine des Fives, en douze chants. Sa versification est douce, sa poésie harmonieuse, son élocution aisée, son imagination brillante. La description du désespoir est remarquable au premier chant. Cependant son ouvrage ennuie tous les lecteurs qui n'aiment pas les allégories trop longues, les descriptions verbeuses, les stances multipliées. Il déplaît encore aux gens sages, par ses tableaux des extravagances de la chevalerie, par ses affétéris et ses concetti. Cazin a donné une édition des œuvres de Spencer, en 8 vol. in-12.
III. SPENCER, (Jean) né en 1630, devint maître du collège du Corps de Christ, et doyen d'Ely; et mourut le 27 mai 1693, à 63 ans. On a de lui un ouvrage sur les Lois des Hébreux et les raisons de ces Lois, ainsi que plusieurs autres Écrits, imprimés à Cambridge en 1727, en 2 vol. in-fol., dans lesquels on trouve beaucoup d'érudition, et plusieurs observations singulières.
IV. SPENCER, (Guillaume) de Cambridge, membre du collège de la Trinité, dont on a une bonne édition grecque et latine du Traité d'Origène contre Celse, et de la Philocalie, avec des notes où il prodigue l'érudition. Cet ouvrage parut à Cambridge, in-4°, en 1658. I. SPENCER ou SPEINER, (Philippe-Jacques) pasteur Luthérien de Franckfort sur le Mein, fut auteur, vers l'an 1680, de la secte des PIÉTISTES. Elle prétendoit que le Luthéranisme avoit besoin d'une nouvelle réforme, et se croyoit illuminée. Elle renouvela aussi les erreurs des Millénaires. Les Allemands et les Suisses s'occupèrent beaucoup de ce nouveau genre de fanatisme, qui s'enracina dans les tempéramens bilieux et mélancoliques. Les Piétistes en général, dit M. l'abbé *Plaquet*, toléroient dans leurs assemblées tous les différens partis, pourvu qu'on eût de la charité, et que l'on fût bienfaisant. Ils estimoient beaucoup plus les fruits de la foi, (selon la doctrine de Luther) tels que la justice, la tempérance, la bienfaisance, que la foi même. — Les points fondamentaux du Piétisme étoient : 1.º « Que la parole de Dieu ne sauroit être bien entendue sans l'illumination du Saint-Esprit, et que le Saint-Esprit n'habitant pas dans l'âme d'un méchant homme, il s'ensuit qu'aucun méchant ou impie n'est capable d'apercevoir la lumière divine, quand même il posséderoit toutes les langues et toutes les sciences. 2.º Qu'on ne sauroit regarder comme indifférentes, certaines choses que le monde regarde sur ce pied; telles sont la danse, les jeux de cartes, les conversations badines, etc. » *Spener*, qui avoit le premier formé cette secte, avoit de la piété et de l'éloquence. Il mourut en 1705, à 70 ans, à Berlin où l'électeur de Brandebourg l'avoit appelé pour lui donner les charges d'inspecteur et de conseiller consistorial, qu'il remplit avec zèle. Il étoit né à Reppoltzweiler en Alsace, l'an 1635.
II. SPENER, (Jacques-Charles) Historien Allemand, dont on a *Historia Germanica universalis et Pragmatica*, Lipsiae et Halæ, 1716, deux vol. in-8.º M. de *Montigny*, auteur d'une bonne *Histoire de l'Empire d'Allemagne*, dit que *Spener* lui a servi de modèle. Cet auteur quoi- que succinct, est instructif. Il eût exactement les écrivains originaux dont il s'est servi, et qui sont nécessaires à ceux qui veulent approfondir quelque point d'histoire. On a encore de lui : *Notitia Germaniae antiquæ*, Halæ Magdeburgicæ, 1717, in-4.º, 2 tom. en 1 vol. Quoique tout ne soit pas approfondi dans cet ouvrage, il est très-utile pour connoître l'ancienne Germanie. Cet auteur vivoit au commencement de ce siècle.
SPERATUS, (Paul) théologien Luthérien, né en 1484, d'une ancienne famille de Souabe, prêcha le Luthéranisme à Salzbourg, à Vienne en Autriche, et en plusieurs autres villes d'Allemagne. *Luther* l'envoya en Prusse où il fut élevé à l'épiscopat de Poméranie : il y mourut en 1554, à 70 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, entre autres des *Cantiques*, que l'on chante dans les églises Luthériennes et dont les Protestans font cas. I. SPERLING, (Jean) né à Zeuchfeld en Thuringe l'an 1603, enseigna la physique avec succès à Wittemberg où il mourut en 1658. On a de lui plusieurs bons ouvrages. Les principaux sont : I. *Institutiones Physicæ*. II. *Anthropologiae Physicæ*, etc. Le nom de *Sperling* est commun à plusieurs autres savans.
II. SPERLING, (Otton) né à Hambourg en 1602, étudia la médecine en Italie, voyagea en Dalmatie pour y observer les simples, fut ensuite nommé physicien de la ville de Berghen en Norwège, devint médecin du roi de Danemarck en 1638, et physicien de Copenhague en 1642. Il fut enveloppé dans la disgrace du comte d'Ulfeld (*Voyez* ce mot); mis en prison en 1664, il y mourut en 1681. On a de lui plusieurs ouvrages sur les médailles et les antiquités; un *Catalogue des Plantes de Danemarck* dans le *Cista medica* de Bartholin; et un *Catalogue des Plantes du jardin* de *Christiern IV*, Copenhague, 1642, in-12.
**SPERON, SPERONI, (N...)** né à Padoue en 1500 d'une famille noble, mort en 1588, commença à enseigner la philosophie à 24 ans dans sa patrie. Les magistrats de cette ville l'ayant envoyé à Venise, il s'acquit tant de réputation, que lorsqu'il parloit dans le sénat, les avocats et les juges des autres tribunaux quittoient le barreau pour l'entendre. On dit qu'étant à Rome, quelques cardinaux lui demandèrent quel étoit le sens de ces lettres que l'on voyait gravées sur la porte du palais du pape, M.CCC.LX ? Il répondit : *Multi Cæci Cardinales Crearunt Leonem Decimum*, parce que le pape étoit encore jeune, lorsqu'il fut élevé sur le Saint-Siège. Les principaux ouvrages de *Speron*, sont : I. Des *Dialogues* en italien, Venise, 1595, in-8.º Il y en a dix sur des sujets de morale. On n'y trouve rien de bien piquant. L'auteur lisoit les vieux auteurs, et y prenoit ce qu'ils avoient de bon; ainsi ses lacins étoient plus cachés. Ils sont cependant estimés en Italie, et ont été traduits en françois par *Gruget*, in-8.º, 1551. II. *Canace*, tragédie, 1597, in-4.º III. Des *Discours*, 1596, in-4.º IV. Celui de la *Presseance des Princes*, en italien, 1598, in-4.º V. Des *Lettres*, 1606, in-12.
**SPEUSIPPE** d'Athènes, disciple de *Platon*, son neveu et son successeur, vers l'an 347 avant J. C., déshonora la philosophie par son avarice, son emportement et ses débauches. *Platon* le traita cependant avec indulgence, espérant que son exemple feroit plus sur son neveu, que des remontrances étudiées. En effet, il lui donna pendant quelque temps le goût des choses honnêtes; mais après la mort de son oncle, le caractère de *Speusippe* prit le dessus. Malgré ses vices, sa société fut recherchée, parce qu'il avoit de l'enjouement et des graces.
**SPHINX, (Le) *Voyez* l'article d'ŒDIPE.**
**SPIELMANN, (Jacques Reinbold)** né à Strasbourg en 1722, exerça avec honneur, dans cette ville, les fonctions de médecin et de professeur de chimie dans l'université. Né avec l'esprit observateur et le goût des voyages, il parcourut plusieurs contrées de l'Europe, et résida longtemps à Berlin. A son retour dans sa patrie, un grand nombre d'élèves s'empressèrent à l'entendre et recueillirent de ses leçons une foule de connaissances. *Spielmann* décrivit tous les végétaux malfaisans de l'Alsace; il analysa toutes les diverses sortes de lait, et prouva que celui de femme est le seul qui convienne véritablement à l'homme. Strasbourg lui doit l'établissement du jardin botanique, qui fait en ce moment l'un de ses principaux ornemens. Heureux par les jouissances du cœur, comblé d'honneurs par ses C C 2 compatriotes, célèbre parmi les étrangers, *Spielmann* mourut en septembre 1782. Une singularité de la vie de ce chimiste, est qu'il réunissoit à l'étude de la science sérieuse qu'il professoit, le goût de la poésie et l'art de faire parfaitement sentir les beautés des poètes anciens. Aussi, en 1756, l'université de Strasbourg ne craignit pas de le nommer à la place vacante de professeur de poésie, et il remplit pendant trois ans cette chaire avec le plus grand concours d'auditeurs. Ses principaux ouvrages sont: I. *Elementa Chimiae*, 1766, in-8.º Ils ont été traduits en françois en 1783, par M. *Cadet de Vaux*, et ensuite par d'autres savans, en allemand et en italien. II. *Prodromus Floræ Argentinensis*, 1766, in-8.º III. *Institutiones materiae medicae*, 1774, in-8.º Cet ouvrage concis, devenu classique, a été réimprimé en 1783. IV. *Syllabus Medicamentorum*, 1777, in-8.º V. *Pharmatopœa generalis*, 1783, in-4.º L'auteur étoit membre de la plupart des académies de l'Europe, et correspondant de celle des Sciences de Paris. Son fils marche sur ses traces dans la carrière de la médecine qu'il suit à Strasbourg.
SPIERINGS, (Henri) peintre Flamand, né à Anvers en 1633, fut renommé pour le paysage. On estime sur-tout le feuillé et la délicatesse de ses arbres.
SPIERRE, (François) de Lorraine, dessinateur et graveur, florissoit à la fin du xviᵉ siècle. Ses ouvrages sont rares et très-estimés. Son burin est un des plus gracieux. Les Estampes qu'il nous a données de sa composition, prouvent la facilité et la beauté de son génie. On estime sur-tout la Vierge qu'il a gravée d'après le *Corrège*.
SPIERS, (Albert) peintre Hollandois, né à Amsterdam en 1666, mort en 1718, étudia en Italie et revint jouir, au sein de sa patrie, de la considération et de la fortune que lui procurèrent ses tableaux d'histoire et ses qualités personnelles. I. SPIFAME, (Jacques-Paul) né à Paris, étoit originaire de Lucques en Italie. Sa famille, qui avoit passé en France, et qui produisit divers magistrats dans le parlement de Paris, a fini par *Jean Spifame*, sieur des *Granges*, mort en 1643. Après avoir occupé différentes places que son mérite lui avoit procurées dans la robe et ensuite dans l'église, *Jacques* fut élevé à l'évêché de Nevers en 1547, et se trouva aux Etats tenus à Paris en 1557. Ce prélat entretenoit alors une femme qu'il épousa ensuite secrètement. Dissolu dans ses mœurs, il se tourna vers la secte où il espéroit le plus d'indulgence. Il se fit Calviniste, gardant néanmoins son évêché et d'autres bénéfices, qui joints à un riche patrimoine, lui formoient quarante mille livres de rente. Ce scandale éclata. Le parlement de Paris décréta *Spifame* de prise de corps. L'évêque de Nevers, plus touché des charmes de sa concubine que de la vérité du Calvinisme, prit avec elle la route de Genève, en 1559, sous le nom de *Passy*, terre dont *Jean Spifame* son père, étoit seigneur. *Calvin* le reçut honorablement, et quelque temps après l'envoya à Orléans auprès du prince de Condé, en qualité de ministre. Ce prince le députa à la diète de Franckfort, pour justifier les Protestans qui avoient pris les armes, et pour implorer le secours de Ferdinand. Il y signala son éloquence, et obtint tout ce qu'il voulut. De retour à Genève et toujours agité par son ambition et son inconstance, il se proposa de demander au roi de France l'évêché de Toul en Lorraine; non pour en être évêque Catholique Romain, mais pour y établir la religion Prétendue-Réformée, et avoir la surintendance sur les ministres. Il prétendoit, en même temps, se faire donner tous les revenus de cet évêché. Il écrivit, dans ce dessein, à l'amiral de Coligny, en février 1566; mais cette démarche inconsidérée fit penser aux Protestans qu'il vouloit rentrer dans l'Eglise Catholique: on jugea donc à propos de s'assurer de sa personne. Dans la visite qu'on fit de ses papiers, on trouya un faux contrat de mariage, qu'il avoit produit en se présentant avec sa femme à Genève, et qui fut une des plus mauvaises pièces de son procès. Cette prétendue épouse qui n'étoit réellement qu'une concubine, en reconnut elle-même la fausseté, et la soutint devant Spifame, qui fut contraint de l'avouer. On le condamna donc comme coupable d'adultère, sans faire aucune mention de son inconstance, ni des trahisons qu'on lui imputoit. Son procès fut fait en trois jours. Le conseil le condamna à avoir la tête tranchée, et la sentence fut exécutée le 23 mars 1566. Il n'est pas vrai que Spifame soit l'auteur d'un livre contre le che- valier de Villogagnon sous le nom de Pierre Richer, comme quelques-uns l'assurent, puisque c'est le véritable ouvrage de celui dont il porte le nom. On a de lui dans les Mémoires de Castelnau et de Condé, la Harangue qu'il prononça à la diète de Franckfort, et quelques autres écrits qui ne méritent pas notre attention.
II. SPIFAME, (Raoul) frère du précédent, avocat au parlement de Paris, ne manquoit ni d'imagination, ni de connoissances; mais il avoit un caractère d'originalité, une sorte d'aliénation d'esprit, qui le firent interdire. Il mourut en novembre 1563. Nous avons de lui un livre rare, intitulé: *Dicearchiae Henrici, Regis Christianissimi, Progymnasmata*, in-8°, sans date, ni lieu d'impression. Ce volume contient 309 Arrêts de sa composition, qu'il suppose avoir été rendus par Henri II en 1556. Se mettant à la place du souverain, comme tant d'autres écrivains, il ordonne des choses impraticables et plusieurs qui sont judicieuses, dont quelques-unes ont été exécutées. De ce nombre sont le commencement de l'année au premier janvier, l'abolition des justices seigneuriales dans les grandes villes, l'agrandissement de la Bibliothèque du Roi, par la réserve d'un exemplaire de chaque livre imprimé avec privilège. M. Auffray a pris dans cet ouvrage les réflexions les plus judicieuses, et les a publiées sous le titre de *Vues d'un Politique du XVIe siècle*, à Paris, 1775, in - 8°... Il ne faut pas le confondre avec Martin SPIFAME, dont les C c 3 plates *Poésies* parurent en 1583, in-16.
SPIGELIUS, (Adrien) né à Bruxelles en 1578, et mort en 1625, fut professeur en anatomie et en chirurgie à Padoue. Ses *Œuvres Anatomiques* en latin, publiées à Amsterdam, 1645, in-fol., sont estimées. On croit communément qu'il fit la découverte du petit lobe du foie; il est sûr du moins qu'il porte son nom. I. SPILBERG, (George) amiral Hollandois, partit de Zélande en 1614, avec six navires de la compagnie des Indes Orientales, pour aller combattre les Espagnols dans la mer du Sud. Après avoir remporté sur eux divers avantages, et parcouru les mers à travers bien des périls, il rentra en Hollande le 1$^{er}$ juillet 1617. On trouve son *Voyage* dans ceux de la compagnie des Indes Hollandoise. Il est curieux et intéressant pour les navigateurs.
II. SPILBERG, (Jean) peintre, né à Dusseldorf en 1619, mort en 1691, devint premier peintre du comte Palatin. On voit plusieurs de ses Tableaux dans sa patrie. — Sa fille *Adrienne SPILBERG*, née à Amsterdam en 1646, excella à peindre au simple crayon.
SPILEMBERGUE, (Irène de) née à Venise, fut contemporaine du *Titien*, et excella comme lui dans la peinture. Ses Tableaux sont très-recherchés, et souvent confondus avec ceux de ce peintre célèbre. I. SPINA, (Alexandre) religieux du Couvent de Ste-Catherine de Pise, de l'Ordre de St-Dominique, minique, mourut en 1313. Un particulier (dit-on) ayant inventé de son temps les lunettes, vers l'an 1295, et ne voulant pas en découvrir le secret au public, *Spina* trouva le moyen d'en faire de son invention trois ans après. Mais ce que l'on prit alors (dit M. l'abbé de *Fontenay*) pour une découverte en Italie, n'étoit qu'une imitation du secret connu en France depuis long-temps : les lunettes étoient en usage chez les François dès la fin du XII$^{e}$ siècle.
II. SPINA, (Alphonse) religieux Espagnol de l'Ordre de St-François, inquisiteur à Toulouse vers l'an 1459, avoit été juif, à ce qu'on dit. Il est auteur du livre intitulé : *Fortalitium Fidei*; ouvrage très-médiocre, imprimé plusieurs fois, tant in-fol. que in-4.$^{o}$ Il y en a une édition de Nuremberg en 1494, in-4.$^{o}$
III. SPINA, (Barthelemi) natif de Pise, mort en 1546, à 72 ans, entra dans l'Ordre de St-Dominique vers l'an 1494. Il fut maître du sacré palais, et l'un de ceux que le pape choisit pour assister à la congrégation destinée à examiner les matières que l'on devoit proposer au concile de Trente. On a de lui divers *Ouvrages* en 3 vol. in-fol., qui sont très-peu lus.
IV. SPINA, (Jean DE L'EPINE, ou) fameux ministre Calviniste, avoit été religieux Augustin. Il assista au Colloque de Poissy, et échappa au massacre de la St-Barthelemi. On a de lui plusieurs Livres de *Murale* et de *Controverse*, assez mauvais. Ils furent imprimés à Lyon, in-8.$^{o}$ en différentes années. L'auteur mourut en 1594.
SPINELLO, peintre, natif d'Arezzo dans la Toscane, sur la fin du XIVe siècle, fit plusieurs ouvrages qui lui acquèrent de la réputation. L'on raconte qu'ayant peint la chute des mauvais Anges, il représenta Lucifer sous la forme d'un monstre si hideux, qu'il en fut lui-même frappé. Une nuit dans un songe il crut appercevoir le Diable, tel qu'il étoit dans son tableau, et qui lui demanda d'une voix menaçante, « où il l'avoit vu, pour le peindre si effroyable ? » Le pauvre Spinello, interdit et tremblant, pensa mourir de frayeur; et depuis ce rêve épouvantable, il eut toujours la vue égarée et l'esprit troublé. I. SPINOLA, (Ambroise) né en 1569, et mort en 1630, étoit de l'illustre maison de Spinola, originaire de Gênes, et dont les branches se sont répandues en Italie et en Espagne. Il fit ses premières armes en Flandre, à la tête de 9000 Italiens, la plupart vieux soldats et gens de condition. Il n'y fut pas long-temps sans se signaler. Le roi d'Espagne lui donna ordre bientôt après de lever cinq régimens, pour s'en former une armée avec laquelle il devoit exécuter quelque grand projet; mais la mort de Frédéric I son frère, fit prendre d'autres mesures. Le siège d'Ostende traînait en longueur, lorsque Spinola s'étant chargé du commandement, la place se rendit en 1604. Ses services le firent nommer général des troupes d'Espagne dans les Pays-Bas. Le comte Maurice de Nassau, le héros de son siècle, fut l'homme contre lequel il eut à combattre, et il se montra aussi bon capitaine que lui. Spinola passa à Paris après la reddition d'Ostende. Henri IV lui demanda quels étoient ses projets pour la campagne prochaine. Spinola les lui développa; et le monarque croyant qu'il avoit voulu lui donner le change, écrivit à Maurice le contraire de ce que son rival de gloire lui avoit dit. Qu'arriva-t-il ? Spinola suivit de point en point le plan qu'il avoit tracé à Henri IV, qui dit à cette occasion : Les autres trompent en disant des mensonges, et celui-ci m'a abusé en disant la vérité. L'Espagne ayant conclu en 1608 une trêve avec les Etats-généraux, Spinola jouit de quelque repos; mais il fut bientôt troublé par la contestation qui s'éleva sur la succession de Clèves et de Juliers. Spinola reprit les armes, se rendit maître d'Aix-la-Chapelle, de Wesel et de Breda. En 1627, Spinola, allant d'Anvers à Madrid, voulut voir le siège de la Rochelle. Richelieu le consulta sur les moyens de hâter la reddition de cette place redoutable. Il faut, dit-il, fermer la port (ce qui fut exécuté peu de temps après) et ouvrir la main, c'est-à-dire, donner libéralement aux soldats, pour les aider à supporter la rigueur de l'hiver. Louis XIII étoit présent à cette conversation. Spinola se tournant vers lui; La présence de votre Majesté, lui dit-il, rendra la Noblesse de France infatigable et invincible. Un de mes grands chagrins, continua-t-il, c'est que le Roi mon Maître n'ait pu être témoin de ce que j'ai fait pour son service; je mourrais content, si j'avais eu cet C c 4 honneur une seule fois. Les affaires d'Espagne l'ayant rappelé dans les Pays-Bas en 1629, ils y signalent de nouveau et passa en Italie, où il prit Casal en 1630. La citadelle de cette ville demeura entre les mains de *Thoiras*, parce que des ordres imprudens, qui lui venoient régulièrement de Madrid, génoient ses opérations. Il en mourut de désespoir, répétant jusqu'au des-mers soupir : *Ils m'ont ravi l'honneur !* On demandait au prince *Maurice*, quel étoit le premier capitaine de son siècle ? *Spinola est le second*, répondit-il. *Spinola* pensait que, pour que le soldat Espagnol fût tout ce qu'il pouvoit être, il falloit qu'il fût confondu dans un escadron ou dans un balallon. Aussi, disoit-il souvent, qu'un Espagnol seul, quoiqu'il fût bon soldat, n'étoit propre qu'à faire sentinelle.
II. SPINOLA, (Charles) célèbre jésuite, de la même maison que le précédent, fut envoyé en mission au Japon, et fut brûlé vif à Nangasaqui, pour la Foi de J. C., le 10 septembre 1622. Le P. d'Orléans, jésuite, a publié sa *Vie* en françois, in-12.
III. SPINOLA, (Thomassine) Dame Génoise d'une beauté peu commune, conçut l'amour le plus violent pour *Louis XII*, à son passage pour Gênes, l'an 1502. Ce prince n'étoit pas bel homme; mais il étoit aimable, et d'un caractère doux et sensible. *Thomassine* touchée de l'amour le plus tendre, alla se jeter aux genoux de son vainqueur, qui, surpris d'une conquête qu'il n'avoit pas tentée, se prêta par pitié aux sentimens délicats et touchans qu'il avoit inspirés à cette belle femme. C'étoit tout ce qu'elle demandait. Le roi quitte Gênes, sans qu'elle ose le suivre; mais elle continue de l'aimer. *Louis* étant tombé malade, passe pendant quelques jours pour mort : et la trop sensible *Spinola* mourut en 1505, en apprenant cette funeste nouvelle. I. SPINOLA, (Benoît) né à Amsterdam le 24 novembre 1632, étoit fils d'un juif Portugais, marchand de profession. Il fut d'abord nommé *Baruch*; mais quand il eut abandonné le judaïsme, il se fit appeler *Benoît*. Après avoir étudié la langue latine sous un médecin, il employa quelques années à l'étude de la théologie, et il se consacra ensuite tout entier à celle de la philosophie. Plus il acquéroit de connoissances, et plus son esprit hardi et téméraire formoit sur la religion juive des doutes que ses Rabbins ne pouvoient résoudre. Sa conduite trop libre à leur égard le brouilla bientôt avec eux, malgré l'estime qu'ils faisoient de son érudition. Enfin, un coup de couteau qu'il reçut d'un juif, en sortant de la Synagogue, l'engagea de se séparer tout-à-fait de la communion judaïque. « Ce changement (dit *Nicéron*) fut la cause de son ex-communication, qu'on ne prononça cependant contre lui, qu'après qu'il eut paru devant les anciens de la Synagogue. Il avoit été accusé de mépriser la loi de *Moïse*; mais il s'en défendit toujours, et le nia constamment, jusqu'à ce qu'on produisit contre lui des témoins, avec lesquels il s'étoit expliqué sur ses vrais sentimens, et qui déposèrent qu'ils l'avoient ouï se moquer des juifs, comme de gens superstitieux, nés et élevés dans l'ignorance, qui ne savent ce que c'est que DIEU, et qui néanmoins ont l'audace de se dire son peuple, au mépris des autres nations; que pour la Loi, elle avoit été instituée par un homme plus adroit qu'eux, à la vérité, en matière de politique, mais qui n'étoit guère plus éclairé dans la physique, ni même dans la théologie; qu'avec une oncle de bon sens on en pouvoit découvrir l'imposture, et qu'il falloit être aussi stupide que les Hébreux du temps de Moïse, pour s'en rapporter à lui. Ces paroles impies excitèrent l'indignation de la Synagogue, qui, après lui avoir donné un délai suivant la coutume, prononça contre lui la sentence d'excommunication, et le retrancha de son corps. Spinosa composa alors en espagnol son Apologie: mais cet écrit n'a pas été imprimé; il en a seulement inséré plusieurs choses dans son Tractatus Theologico-Politicus. Il embrassa alors la religion dominante du pays où il vivoit, et fréquenta les églises des Mennonites ou des Arminiens. Quoique soumis extérieurement à l'Évangile, il se contenta d'emprunter les secours de la philosophie pour la recherche de la vérité, et sa présomption le précipita dans l'abyme. Pour philosopher avec plus de loisir, il abandonna Amsterdam, et se retira à la campagne, où de temps en temps il s'occupoit à faire des microscopes et des télescopes. Cette vie cachée lui plut tellement, qu'il ne put s'en détacher, lors même qu'il se fut établi à la Haye. Il étoit quelquefois trois mois de suite sans sortir de son logis; mais cette solitude étoit égayée par les visites qu'il recevoit des raisonneurs de tout sexe et de toute condition, qui venoient prendre chez lui des leçons d'athéisme. En renversant tous les principes de la morale, il conserva cependant les mœurs d'un philosophe: sobre, jusqu'à ne boire qu'une pinte de vin en un mois; désintéressé, quoique fils d'un juif, au point de remettre aux héritiers de l'infortuné Jean de Wit, une pension de 200 florins que lui faisoit ce grand homme. Simon de Uries son ami, l'ayant voulu faire son héritier, il lui répondit qu'il ne devoit pas priver son frère de son bien. Alors il lui proposa une pension de 500 florins; mais il ne voulut l'accepter que de 300. Spinosa vieux avant le temps, fut attaqué d'une maladie lente, dont il mourut le 21 février 1677, âgé de 45 ans. On assure qu'il étoit petit, jaunâtre, qu'il avoit quelque chose de noir dans la physionomie, et qu'il portoit sur son visage un caractère de réprobation. On ajoute néanmoins qu'il étoit tel que nous l'avons peint, d'un bon commerce, affable, honnête, officieux, et fort réglé dans ses mœurs; sa conversation étoit agréable, et il ne disoit rien qui pût blesser la charité ou la pudeur. Quand on lui apprenoit qu'un ami le trahissoit ou le calomnioit, il répondoit que les procédés des méchans ne doivent pas nous empêcher d'aimer et de pratiquer la vertu. Il ne juroit jamais. Il assistoit quelquefois aux sermons, et il exhortoit à être assidu aux temples. Son hôtesse qui étoit luthérienne, lui ayant demandé si elle pourroit être sauvée dans sa religion; Spinosa lui répondit qu'oui, pour ce qu'en s'attachant à la pitié elle menait en même temps une vie paisible. Apparemment qu'il ne vouloit pas découvrir ses sentiments à une femme. Il parloit toujours avec respect de l'Être suprême. Un tel caractère doit paroître étrange dans un homme qui a rédigé le premier l'athéisme ou système, et en un système si déraisonnable et si absurde, que *Bayle* lui-même n'a trouvé dans le *Spinasisme* que des contradictions, et des hypothèses absolument insoutenables. L'ouvrage de *Spinosa* qui a fait le plus de bruit, est son *Traité* intitulé : *Tractatus Theologico-Politicus*, publié in 4.$^{e}$ à Hambourg, en 1570, où il jeta les semences de l'athéisme, qu'il a enseigné hautement dans ses *Opera Posthuma*, imprimés in 4.$^{e}$ en 1677. Le *Tractatus Theologico-Politicus* a été traduit en françois, sous trois titres différens, par *Saint Glain*. (Vay. GLAIN.) Le but principal de *Spinosa* a été de détruire toutes les religions, en introduisant l'athéisme. Il soutient hardiment que Dieu n'est pas un être intelligent, heureux et infiniment parfait; mais que ce n'est autre chose que cette vertu de la nature, qui est répandue dans toutes les créatures. Voici l'analyse que M. *Saverien* a donnée de son système. Il n'y a qu'une substance dans la nature : c'est l'étendue corporelle; et l'univers n'est qu'une substance unique. On appelle *Substance*, ce qui est en soi, ce qui se conçoit par soi-même. Cette substance existe par elle-même : elle est éternelle, indépendante de toute cause supérieure. Elle doit exister nécessairement, par l'idée vraie que nous en avons : car, de même que *Descartes* a conclu de l'idée d'un être infini- ment parfait existant nécessairement, qu'un tel être devoit exister, ainsi de l'idée vraie que nous avons de la substance, on conclut qu'elle doit nécessairement exister, ou que son existence et son essence sont une vérité éternelle. La substance a donc toutes les propriétés inséparables de l'Être existant par lui-même. Elle est simple et exempte de toute composition. Elle ne peut être divisée en parties : car si elle pouvoit avoir des parties, ou chaque partie de la substance seroit infinie, et existeroit par elle-même, de sorte que d'une substance il en naîtroit plusieurs, ce qui est absurde; et ces parties n'auroient encore rien de commun avec leur tout; ce qui n'est pas moins absurde : ou les parties ne conservoient point la nature de la substance. Ainsi la substance divisée, en perdant sa nature, cesserait d'être ou de subsister par elle-même. De-là il suit qu'il ne peut pas y avoir deux substances, et qu'une substance ne peut pas en produire une autre. Mais si la substance existe en soi, qu'elle ne tienne existence que de sa propre nature, qu'elle se conçoive par elle-même, et qu'elle soit éternelle, simple, indivisible, unique, infinie, la substance et Dieu sont synonymes. Elle est donc douée d'une infinité de perfections. Comment ! une étendue aura une infinité de perfections ? Ceci mérite attention. La substance, comme substance, n'a ni puissance, ni perfections, ni intelligence. Ces attributs découlent de ses modifications, d'une infinité desquelles elle est susceptible. Ces modifications ou affections existent dans la substance, et ne se conçoivent que par elle. Ce sont elles qui forment son intelligence et sa puissance. Ainsi, en se modifiant, la substance a formé les astres, les plantes, les animaux, leurs mouvemens, leurs idées, leurs désirs, etc. Modifiée en étendue, elle produit les corps et tout ce qui occupe un espace; et modifiée en pensée, cette modification est l'ame de toutes les intelligences. L'univers n'est donc autre chose que la substance, ou Dieu avec tous ses attributs; c'est-à-dire, toutes ses modifications. » Il présenta ce système monstrueux sous une forme géométrique. (Voyez PLOTIN.) Il donne des définitions, pose des axiomes, déduit des propositions; mais ses prétendues démonstrations ne sont qu'un amas de termes subtils, obscurs, et souvent inintelligibles. Ses raisonnemens sont fondés sur une métaphysique alambiquée, où il se perd, sans savoir ni ce qu'il pense, ni ce qu'il dit. Ce qui reste de la lecture de ses écrits les moins obscurs, en les réduisant à quelque chose de net et de précis, est bien peu de chose. Pour affoiblir les preuves de la Religion chrétienne, il tâche de déprimer les prédictions des Prophètes de l'ancien Testament. Il prétend qu'ils ne doivent leurs révélations qu'à une imagination plus forte que celle du commun: principe absurde, qu'il étend jusqu'à Moïse et à Jesus-Christ même. A la fin de la première partie de son Traité de la Morale, il nie « que les yeux soient faits pour voir, les oreilles pour entendre, les dents pour mâcher, l'estomac pour digérer; » il traite de préjugé de l'enfance, le sentiment contraire. On peut juger par ce trait, de la beauté du gé- nie de ce prétendu philosophe. L'obscurité, au reste, est le moindre défaut de Spinosa. La mauvaise foi paroît être son caractère dominant. Il n'est attentif qu'à s'envelopper pour surprendre. On prétend que Spinosa avoit un tel désir d'immortaliser son nom, qu'il eût tout sacrifié à cette gloire; autre vanité ridicule dans un Athée. Ce n'étoit que par degrés qu'il étoit tombé dans le précipice de l'athéisme. Il paroît bien éloigné de cette doctrine dans les Principes de René DESCARTES, démontrés selon la manière des Géomètres. Amsterdam, in-4.º 1667, en latin. Les absurdités du Spinosisme ont été réfutées par un très-grand nombre d'auteurs: entr'autres, par Copæ, dans ses Arcana Atheismi revelata, Rotterdam, 1676, in-4.º; par Dom François Lami, Bénédictin; par Jacquelot, dans son Traité de l'Existence de Dieu; par le Vassor, dans son Traité de la Véritable Religion, imprimé à Paris en 1688; et dans les Écrits donnés sur cette matière par les modernes apologistes du Christianisme. Voyez les Mémoires de Niceron, tom. XIII, qui a profité de la Vie de Spinosa par Colerus, insérée dans la Réfutation de Spinosa par divers auteurs, recueil publié par l'abbé Lenglet, 1731, in-12; et d'une autre Vie de ce philosophe, par un de ses partisans, 1712, in-8.º Celle-ci n'est pas commune, non plus que le recueil de Lenglet, lequel fut supprimé, comme plus favorable que contraire au Spinosisme. Voy. aussi l'article de Spinosa dans le Morari de Hollande, 1740.
II. SPINOSA, (Juan) auteur Espagnol, natif de Belovado, fut secrétaire de Dom Pedro de Gonzales de Mendoza, capitaine-général de l'empereur dans la Sicile. On a de lui un Traité à la louange des femmes, plein d'éloges emphatiques et de citations fastidieuses. Ce livre, écrit en espagnol, parut à Milan en 1580, in-4.º Cet auteur vivoit au XVIe siècle.
SPIRIDION, (S.) évêque de Tremithunte dans l'île de Chypre, assista au concile général de Nicée en 326, et vécut jusqu'après le concile de Sardique en 347. Son zèle et ses miracles lui firent un nom respectable.
SPIRITUELS, Voyez SCHWENCKELD.
SPIZELIUS, (Théophile) écrivain Protestant, né à Augsbourg en 1639, mort en 1691, est auteur de plusieurs ouvrages. Les plus connus sont deux Traités; l'un intitulé: Felix Litteratus, 2 vol. in-8.º; et l'autre, Infelix Litteratus, 2 vol. in-8.º Spizelius prétend faire voir dans ces deux ouvrages, les vices des gens de lettres, et les malheurs qui leur arrivent quand ils étudient par de mauvais motifs, et plutôt pour eux-mêmes que pour l'amour de Dieu et l'utilité du prochain. Nous avons encore de lui: I. Une espèce d'Essai de Bibliothèque, sous le titre de Sacra Bibliothecarum illustrium Arcana detecta, imprimé en 1668, in-8.º; mais cet Essai manque de clarté et de méthode, et ne s'étend qu'à un petit nombre d'auteurs. II. Sinensium res litteraria, Leyde, 1660, in-12. I. SPON, (Charles) né à Lyon en 1609, d'un riche marchand, alla faire ses études à Ulm en Allemagne, et vint exercer la médecine dans sa patrie avec beaucoup de réputation. Il caltiva la poésie avec un succès égal, et mourut à Lyon le 21 février 1684, dans sa 75e année, après avoir publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue la Pharmacopée de Lyon, et l'Appendix chymique à la Pratique de Pereda. Il avoit mis en vers les Aphorismes d'Hippocrate, et il publia en 1661 les Pronostics du même auteur aussi en vers, sous le titre de Sibylla medica. Ce médecin étoit d'un caractère doux, sans ambition, parlant peu, et n'aimant que son cabinet.
II. SPON, (Jacob) fils du précédent, naquit à Lyon en 1647. Honoré du bonnet de docteur en médecine à Montpellier, il passa de là à Strasbourg, où il fit admirer son érudition. Le célèbre Vaillant étant allé à Lyon pour se rendre en Italie, le jeune Spon se joignit à lui. Il voyagea ensuite en Dalmatie, en Grèce, dans le Levant; et à son retour il publia la Relation de son voyage. Son attachement pour la Religion prétendue-Réformée le fit sortir de France en 1685, dans le dessein de se fixer à Zurich en Suisse; mais il mourut le 25 décembre en chemin, à Vevay, ville du canton de Berne. Les académies de Padoue et de Nîmes se l'étoient associé: il méritoit cet honneur par l'étendue de son érudition. Nous avons de lui divers ouvrages; les principaux sont: I. Recherches curieuses d'Antiquités, in-4.º, Lyon, 1683: ouvrage savant. II. Miscellanea erudita Antiquitatis, Lyon, 1685, in-fol., aussi curieux pour les inscriptions que pour les médailles,
III. Voyages d'Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, imprimés à Lyon en 1677, 3 vol. in-12; réimprimés à la Haye en 1680, et en 1689, en 2 volum. in-12. Cet ouvrage est intéressant pour les amateurs d'antiquités. IV. Histoire de la Ville et de l'Etat de Genève, 2 vol. in-12; réimprimé à Genève en 1730, en 2 vol. in-4°, et en 4 volum. in-12, avec des augmentations considérables. Cette Histoire est pleine de recherches; mais elle n'est pas toujours fidèle. Le style manque de précision, de pureté et d'élégance. V. Recherche des Antiquités de Lyon, 1673, in-8°. VI. Bevanda Asiatica, seu le CAFÉ, Lipsiae, 1705, in-4°. VII. Observations sur les Fièvres, in-12, 1684. VIII. Ignotorum et obscurorum Deorum Arae, 1677, in-8°; 1684, in-12. IX. Aphorismi novi Hippocratis Lyon, 1683. On lui doit encore l'édition du Traité de Pons sur les Melons, et celle du Voyage du Congo, par Huguetan. Il travaillait à perfectionner le Glossaire de Ducange, lorsqu'il mourut. I. SPONDE, (Henri de) né à Mauléon-de-Soule, bourg du pays de Soule, entre la Navarre et le Béarn, le 6 janvier 1568, d'un calviniste, fut élevé dans cette religion. Sa jeunesse annonça beaucoup de goût pour les belles-lettres, et une grande facilité pour apprendre les langues. Il exerçoit la charge de maître des requêtes pour le roi de Navarre, lorsque les livres de controverse des cardinaux du Perron et Bellarmin, touchèrent son cœur et éclairèrent son esprit. Il abjura le Calvinisme en 1595, et accompagna à Rome le cardinal de Sourdis. Quelques années après il embrassa l'état ecclésiastique, et fut nommé à l'évêché de Pamiers en 1626. Il n'oublia rien pour tirer de l'erreur les hérétiques de son diocèse. Il y établit une Congrégation ecclésiastique, des séminaires, des maisons religieuses, et se signala par toutes les vertus épiscopales. Cet illustre prélat finit ses jours à Toulouse le 18 mai 1643, âgé de 75 ans. A beaucoup de zèle et de piété, il joignoit un cœur sensible et capable d'amitié. Son principal ouvrage est l'Abrégé des Annales de Baronius, 2 vol. in-fol.; et la Continuation qu'il en a faite jusqu'à l'an 1640, 3 vol. in-fol. Quoique cet ouvrage ne soit pas parfait, et qu'il y ait presqu'autant de fautes que dans Baronius, il doit être acheté par ceux qui ont les Annales de ce cardinal. Il servira à leur rappeler les faits principaux qui y sont détaillés avec netteté et choisis avec jugement. Pour rendre ce Recueil plus complet, Sponde y joignit les Annales sacrées de l'Ancien Testament jusqu'à JESUS-CHRIST, in-fol., qui ne sont proprement qu'un abrégé des Annales de Torniel. On a aussi de Sponde des Ordonnances Synodales, Toulouse, 1630. Son Traité de Cæmeteriis sacris, 1638, in-4°, renferme des recherches curieuses. Le premier but de l'auteur qui avoit d'abord fait imprimer ce livre en françois, Paris, 1600, in-12, avoit été de réfuter une prétention des calvinistes. En effet, il prouve que les cimetières ayant été regardés comme sacrés par toutes les nations, les Protestans avoient tort de traiter d'injustice le refus que faisoient les Catholiques de rendre leurs cimetières communs avec eux. Ce sujet lui lui donna occasion de déployer beaucoup de savans Discours, infol. Pierre Frison, docteur de Sorbonne, a écrit sa Vie. La meilleure édition de ses Œuvres est celle de la Noue, à Paris, 1639, 6 vol. in-fol.
II. SPONDE, (Jean de) frère du précédent, abjura le calvinisme, et mourut en 1595. On a de lui: I. D'assez mauvais Commentaires sur Homère, 1606, in-fol. II. Réponse au Traité de Bèze sur les marques de l'Eglise, Bourdeaux, 1595, in-8.
SPOTSWOOD, (Jean) né en 1566, à Glasgow en Écosse, d'une ancienne famille qui avoit rang et séance parmi les Pairs du royaume, suivit en qualité de chapelain, Louis duc de Lenox, dans son ambassade auprès de Henri IV, roi de France. Jacques I, roi d'Angleterre, qui avoit été auparavant roi d'Écosse, et qui avoit connu toute l'étendue du mérite de Spotswood, l'éleva à l'archevêché de Glasgow, et lui donna une place dans son conseil-privé d'Écosse. Il fut ensuite au-ménier de la reine, archevêque de Saint-André, et primat de toute l'Écosse. Charles I voulut être couronné de sa main, en 1633, et le fit son lord chancelier. Ce prélat mourut en Angleterre, en 1639, à 74 ans. On a de lui une Histoire Ecclésiastique d'Écosse, en anglois, Londres, 1655, in-fol. Ce livre, qui s'étend depuis l'an 202 de J. C., jusqu'en 1624, est savant; mais la critique n'en est pas toujours exacte ni impartiale. L'auteur n'a pas le vrai style de l'histoire.
SPRANGER, (Partholmi) peintre, naquit à Anvers. L'envie d'apprendre fit concevoir au jeune artiste le projet de voyager; il vint en France, d'où il partit peu de temps après pour aller en Italie. Un tableau de Sorciers; qu'il fit à Rome, lui mérita la protection du cardinal Farnese, qui l'employa à son château de Caprarole. Ce prélat le présenta ensuite au pape Pie V, dont Spranger reçut beaucoup de témoignages d'estime et de générosité. Après la mort de ce pontife, Spranger fut mandé à Vienne pour être le premier peintre de l'empereur. Maximilien II et Rodolphe II le mirent dans l'opulence, et le comblèrent d'honneurs. Cette protection singulière lui mérita des marques de distinction dans les lieux par lesquels il passa dans un voyage qu'il fit. Amsterdam et Anvers, entre autres villes, le reçurent, à son passage, comme un homme d'une grande considération, et lui firent des présens. Spranger, dans ses productions, s'est toujours laissé conduire par son caprice, sans consulter la nature: ce qui lui a donné un goût maniéré. Ses contours sont aussi trop prononcés; mais ce peintre avoit une légèreté de main singulière. Sa touche est en même-temps hardie et gracieuse, et son pinceau d'une douceur admirable. Il mourut après l'an 1582, dans un âge fort avancé.
SPRAT, (Thomas) fils d'un ministre de la province de Devon, naquit en 1636. Il devint l'un des premiers membres de la société royale de Londres, chapelain de Georges duc de Buckingham, puis chapelain du roi Charles II, prébendaire de Westminster, et enfin évêque de Rochester 1584. Ce prélat, aussi versé dans la politique que dans les sciences, mourut d'apoplexie en 1713. Tous ses ouvrages sont bien écrits en anglois. On estime sur-tout son *Histoire de la Société royale de Londres*, dont on a une mauvaise traduction françoise, imprimée à Genève en 1669, in-8.º *Sprat* cultivoit aussi la poésie, et on a de lui quelques morceaux en ce genre, qui ne sont pas sans mérite.
SPRENGER, *Voy*. INSTITOR.
SQUARCIA-LUPI, *Voy*. SIMONIUS (Simon). I. SQUIRE, (Samuel) évêque de St-David, né en 1714, et mort en 1766, devint un profond helléniste, et a publié une *Défense* de l'ancienne chronologie grecque, des *Recherches* sur l'origine de la Langue grecque, et des *Observations* sur la nature de la Constitution angloise.
II. SQUIRE, (Guillaume) mécanicien Anglois, mort à Londres le 30 décembre 1795, à l'âge de 74 ans, trempit l'acier avec supériorité, et s'en servoit pour fabriquer des instrumens de chirurgie, qui sont recherchés pour leur fini et leur légèreté. *Squire* faisoit sur-tout les bandages avec beaucoup d'art; il les vendoit chèrement aux riches pour les donner gratuitement aux pauvres.
STAAL, (Madame de) connue d'abord sous le nom de M$^{lle}$ de *Launai*, étoit née à Paris d'un peintre. Son père ayant été obligé de sortir du royaume, la laissa dans la misère, encore enfant. Le hasard la fit élever avec distinction au prieuré de St-Louis, de Rouen; mais la supérieure de ce monastère, à laquelle elle devoit son éducation, étant morte, M$^{lle}$ de *Launai* retomba dans son premier état. L'indigence l'obligea d'entrer, en qualité de femme chambre, chez Mad$^{le}$ la duchesse du *Maine*. La foiblesse de sa vue, sa mal-adresse et sa façon de penser, la rendoient incapable de remplir les devoirs qu'exige ce service. Elle pensoit à sortir de son esclavage, lorsqu'une aventure singulière fit connoître à la duchesse du *Maine* tout ce que valoit sa femme de chambre. Une jeune demoiselle de Paris, d'une grande beauté, nommée *Tétard*, contrefit la possédée par le conseil de sa mère. Tout Paris, la cour même, accourut pour voir cette prétendue merveille. Comme le philosophe *Fontenelle* y avoit été comme les autres, M$^{lle}$ de *Launai* lui écrivit une lettre pleine de sel, sur le témoignage avantageux qu'il avoit rendu de la prétendue possession. Cette ingénieuse bagatelle la tira de l'obscurité. D' - lors la duchesse l'employa dans toutes les fêtes qui se donnoient à Seaux. Elle faisoit des vers pour quelques-unes des Pièces que l'on y jouoit, dressoit les plans de quelques autres. Elle s'acquit bientôt l'estime et la confiance de la princesse. Les *Fontenelle*, les *Tourreil*, les *Valincourt*, les *Chaulieu*, les *Malazieu*, et les autres personnes de mérite qui ornoient cette cour, recherchèrent avec empressement cette fille ingénieuse. Elle fut enveloppée, sous la régence, dans la disgrace de Mad$^{le}$ la duchesse du *Maine*, et renfermée pendant près de 2 ans à la Bastille. La liberté lui ayant été rendue, elle fut fort utile à la princesse, qui, par ce- connoissance, la maria avec M. de Staal, lieutenant aux Gardes-Suisses, et depuis capitaine et maréchal-de-camp. Le savant Dacier l'avoit voulu épouser auparavant; mais elle n'avoit pas cru devoir donner sa main à un vieillard et à un érudit. Mad$^{e}$ de Staal montroit beaucoup moins d'esprit et de gaieté dans sa conversation que dans ses ouvrages. C'étoit une suite de sa timidité et de sa mauvaise santé. Son caractère étoit mêlé de bonnes et de mauvaises qualités; mais les bonnes l'emportent. Elle mourut l'an 1750. On a imprimé depuis sa mort, les Mémoires de sa vie, en 3 vol. in-12, composés par elle-même. On y a ajouté depuis un IV$^{e}$ volume qui contient deux jolies Comédies, dont l'une est intitulée, l'Engoûment, et l'autre, la Mode. Elles ont été jouées à Seaux. Ces Pièces ont trop de charge; et quant à ce qui s'appelle action et unité d'action, intrigue bien liée et bien suivie, dépendance nécessaire des événements entre eux, tout cela leur manque. Leur seul mérite est dans le dialogue, qui est communément vif et spirituel. Les Mémoires de Mad$^{e}$ de Staal n'offrent pas des aventures fort importantes; mais elles sont assez singulières. Son caractère personnel ne l'est pas moins. C'est un caractère mêlé et composé de qualités assez opposées; il en est plus pittoresque. De cette double singularité, celle du caractère, et celle des circonstances dans lesquelles Mad$^{e}$ de Staal se trouva, il dut résulter une vie peu ordinaire, et qui dès-lors méritoit d'être écrite. Ses amours eurent une grande part aux chagrins de sa vie. Tantôt elle aima sans être aimée; tantôt elle fut aimée sans aimer. Enfin, on voit par ces Mémoires, comme par beaucoup d'autres du même genre, combien il y a de malheureux parmi les prétendus heureux du monde. D'ailleurs cet ouvrage, plein de traits ingénieux, se fait lire avec délices, par l'union si rare de l'élégance et de la simplicité, de l'esprit et du goût, de l'exactitude grammaticale et du naturel. Ses récits ont de l'agrément; mais elle cherche quelquefois, selon Marmontel, à les rendre plus agréables encore. « On voit, dit il, qu'elle avoit vécu dans une cour où sans cesse et à toute force il falloit avoir de l'esprit. » Cependant cet esprit nous paroît couler de source dans Madame de Staal. Quant à ses portraits, si l'on excepte ceux de quelques-uns de ses amans, qu'elle a peints trop en beau, ils sont assez ressemblants. On n'avoit pas imprimé celui de la duchesse du Maine, que La Harpe a inséré dans le tome IV$^{e}$ de sa correspondance. Il peint bien l'esprit naturel et piquant de son auteur. Quelques critiques prétendent que madame de Staal n'a pas dit tout ce qui la regardoit, dans ses Mémoires. Une dame de ses amies lui ayant demandé comment elle parleroit de ses intrigues galantes? Je me peindrai en buste, lui répondit Mad$^{e}$ de Staal. Mais cette réponse pouvoit n'être qu'une plaisanterie, qu'on a mal interprétée. On trouve dans ses Mémoires son portrait fait par elle-même; et comme il peut servir à la faire connoître, nous en transcrirons ici la plus grande partie. « Laxmi est de moyenne taille, maigre, sèche et désagréable. Son caractère et son esprit esprit esprit sont comme sa figure ; il n'y a rien de travers, mais aucun agrément. Sa mauvaise fortune a beaucoup contribué à la faire valoir. La prévention où l'on est que les gens dépourvus de naissance et de bien ont manqué d'éducation, fait qu'on leur sait gré du peu qu'ils valent. Elle en a pourtant eu une excellente, et c'est d'où elle a tiré tout ce qu'elle peut avoir de bon, comme les principes de vertu, les sentimens nobles et les règles de conduite, que l'habitude à les suivre lui ont rendues comme naturelles. Sa folie a toujours été de vouloir être raisonnable : et comme les femmes qui se sentent serrées dans leurs corps, s'imaginent être de belle taille, sa raison l'ayant incommodée, elle a cru en avoir beaucoup. Cependant elle n'a jamais pu surmonter la vivacité de son humeur, ni l'assujettir du moins à quelque apparence d'égalité ; ce qui souvent l'a rendue désagréable à ses maîtres, à charge dans la société, et tout-à-fait insupportable aux gens qui ont dépendu d'elle. Heureusement la fortune ne l'a pas mise en état d'en envelopper plusieurs dans cette disgrace. Elle a rempli sa vie d'occupations sérieuses, plutôt pour fortifier sa raison, que pour orner son esprit, dont elle fait peu de cas. Aucune opinion ne se présente à elle avec assez de clarté pour qu'elle s'y affectionne et ne soit aussi prête à la rejeter qu'à la recevoir ; ce qui fait qu'elle ne dispute guère, si ce n'est par humeur. Elle a beaucoup lu, et ne sait pourtant que ce qu'il faut pour entendre ce qu'on dit sur quelque matière que ce soit, et ne rien dire de mal à propos. Elle a recherché avec soin la connoissance de ses devoirs, et les a respectés aux dépens de ses goûts. Elle s'est autorisée du peu de complaisance qu'elle a pour elle-même, à n'en avoir pour personne ; en quoi elle suit son naturel inflexible, que sa situation a plié sans lui faire perdre son ressort. L'amour de la liberté est sa passion dominante ; passion très-malheureuse en elle qui a passé la plus grande partie de sa vie dans la servitude : aussi son état lui a-t-il toujours été insupportable, malgré les agrémens inespérés qu'elle a pu y trouver. Elle a toujours été fort sensible à l'amitié ; cependant plus touchée du mérite et de la vertu de ses amis que de leurs sentimens pour elle, indulgente quand ils ne font que lui manquer, pourvu qu'ils ne se manquent pas à eux-mêmes. »
STABEN, ( Henri ) peintre Flamand, né en 1578, mort en 1658, fut élève du *Tintoret*, et suivit de près ce grand maître dans ses compositions. I. STACE, *Voy. CÆCILIUS.*
II. STACE, (*P. Papinius STATIUS*) Napolitain, vivait du temps de *Domitien* qu'il flatta avec autant de lâcheté que de bassesse. Ce poète Latin plaisoit fort à cet empereur, par la facilité qu'il avoit de faire des vers sur-le-champ. Il mourut à Naples vers l'an 100 de J. C. Nous avons de *Stace* deux Poèmes héroïques, dédiés à ce tyran odieux qu'il place dans le ciel, sans doute entre *Octave* et *Néron*. C'est la *Thébaïde* en 12 livres ; et l'*Adhil-* Dd léide, dont il n'y a que deux livres, la mort l'ayant empêché de la continuer. Ce poète a encore fait cinq livres de Sylves, ou un Recueil de petites pièces de vers sur différens sujets. Les Poésies de Stace furent fort estimées de son temps à Rome : mais le goût commençait à s'y corrompre. En cherchant à s'élever, il tombe quelquefois dans le ton déclamateur. Dans sa Thébaïde, qui a des morceaux intéressans, il a traité son sujet plutôt en historien qu'en poète, sans s'attacher à ce qui fait l'essence de la poésie épique. C'était un homme d'une imagination forte, mais dénuée de ces charmes d'expression, de ce sentiment exquis d'harmonie qui enclante dans l'Énéide. On peut lui appliquer ce qu'il dit de lui-même, qu'il ne pouvoit suivre Virgile que de loin, et seulement en baisant ses traces : Sed longè sequere, et vestigia semper adora. Cependant la Thébaïde fut applaudie par ses contemporains. Juvenal dit qu'on alloit l'entendre avec un concours extraordinaire et qu'on lui donnoit de grands applaudissemens. Malgré ce succès, Stace vécut pauvre et fut obligé de faire des pièces de théâtre pour fournir à ses besoins, et de les vendre à des comédiens. Il mit dans ses Tragédies sinon la simplicité des Grecs, du moins des situations horribles et des tableaux des crimes et des passions; c'était le Crébillon de son siècle. La 1re édition de ce poète est celle de Rome, 1475, in-fol. Les meilleures sont celle de Barthius, 1664, 3 vol. in-4°; celle cum notis Variorum, Leyde, 1671, in-8°; et celle ad usum Delphini, 1685, 2 vol. in-4°, très-rare. Corniliolle a publié une bonne traduction de la Thébaïde, Paris, 1783, 3 vol. in-12.
STACKHOUSE, (Thomas) théologien Anglois, mort en 1752, se fit un nom par ses Écrits contre Tindal, Collins et Voolston. Ses ouvrages les plus estimés sont : I. Le Sens littéral de l'Écriture, traduit en françois, 3 vol. in-12. II. Un Corps complet de Théologie, dont on a aussi une version françoise. III. Une Histoire générale de la Bible.
STADINGUES, Hérétiques qui parurent sous GRÉCOIRE IX; Voy. l'article de ce pape.
STADIUS, (Jean) né à Loënhout dans le Brabant, en 1527, et mort à Paris en 1579, a composé des L'hémérides, Cologne, 1660, in-4°; les Fastes des Romains, et plusieurs ouvrages sur l'Astrologie judiciaire, vaine science dont il était infatué.
STAFFORD, (Arundel comte de) second fils du comte d'Arundel, grand maréchal héréditaire d'Angleterre, était chef d'une branche de la maison de Norfolk, et par sa femme il était héritier de celle de Stafford. Il avait toujours donné des preuves de sa fidélité à Charles I et à Charles II, et ses vertus le faisoient estimer des Protestans autant que des Catholiques. Le scélérat OATÈS (Voyez son article.) l'accusa en 1678, d'être un des chefs d'une conspiration chimérique, dans laquelle il faisait entrer tous les Catholiques. Ce malheureux déposa qu'il lui avait vu remettre une commission si- finée du Père *Oliva*, général des Jésuites. Deux autres témoins jurèrent qu'il avoit voulu les engager à tuer le roi. L'infamie des délateurs, l'absurdité des dépositions, la conduite irréprochable et la fidélité de *Stufford*, les preuves qu'il apporta pour sa défense, n'empêchèrent pas que les pairs eux-mêmes, à la pluralité de vingt-quatre voix, ne le déclarassent criminel ; tant il est difficile de résister au torrent des préjugés populaires ! Son courage ne l'abandonna point. Vieux et infirme, en partant pour l'exécution, il demanda un manteau : *Je pourrai*, dit-il, *trembler de froid, mais grace au Ciel, je ne tremblerai pas de peur*. Il désavoua sur l'échafaud la morale corrompue qu'on attribuoit à l'Eglise Catholique. *Je meurs*, ajouta-t-il, *dans l'espérance que l'illusion se dissipera bientôt, et que la force de la vérité obligera tout le monde à faire réparation à mon honneur*. — *Nous vous croyons, Milord*, s'écria le peuple touché jusqu'aux larmes : *Que le Ciel vous bénisse, Milord !* Le bourreau eut peine à le frapper. Il reçut en priant le coup de la mort, le 29 décembre 1680. Il étoit dans la 69$^{e}$ année de son âge. *Voltaire* blâme avec raison *Charles II*, de n'avoir pas osé lui donner sa grace : « foiblesse infâme, dit-il, dont son père avoit été coupable, et qui perdit son père. Cet exemple prouva que la tyrannie d'un corps est toujours plus impitoyable que celle d'un roi. Il y a mille moyens d'appaiser un prince ; il n'y en a point d'adoucir un corps entraîné par les préjugés. Chaque membre, enivré de cette fureur commune, la reçoit et la redouble dans les autres membres, et se porte à l'inhumanité sans crainte, parce que personne ne répond pour le corps entier. »
STAHL ; ( George-Ernest naquit à Anspach en 1660. Lorsque l'université de Hall fut fondée en 1694, la chaire de médecine lui fut conférée. Il remplit dignement l'attente qu'on avoit conçue de lui. Sa manière d'enseigner, la solidité de ses ouvrages, les heureux succès de sa pratique concourent à lui faire une réputation des plus brillantes. La cour de Prusse voulut s'attacher un homme si habile. *Stahl* fut appelé à Berlin en 1716, et il y eut les titres de conseiller de la cour et de médecin du roi. Il acheva glorieusement sa carrière en 1734, dans la 75$^{e}$ année de son âge. *Stahl* est un des plus grands hommes que la médecine ait possédés. Il faut cependant convenir qu'il a soutenu des opinions singulières, et qui, peut-être vraies au moins à un certain point, ne laissent pas d'avoir un air paradoxal. Tel est son système de l'Autocratie de l'âme sur le corps en santé et en maladie ; système qui lui suscita beaucoup d'adversaires, et en même temps des admirateurs. ( *Voy. SAUVAGES François de Boissier.* ) Selon son opinion, un médecin ne doit opérer qu'en suivant attentivement les effets de l'âme sur le corps. C'est par son intelligence en chimie que *Stahl* s'est surtout rendu recommandable. Il en puisa le fond dans des ouvrages qui avant lui étoient presque ignorés, et dont il répandit la connoissance aussi bien qu'il n'age : s'étoient ceux D d 2 du fameux *Beccher*, qu'il com-menta, rectifia et étendit. Il pro-fita aussi beaucoup des livres de *Kunkel*, et fit un grand nombre de découvertes utiles. Cette étude le conduisit à la composition de plusieurs remèdes qui ont eu et ont encore une grande vogue : telles sont les *Pilules Balsami-ques*, la *Poudre Antispasmodi-que*, son *Essence Alexiphar-moque*, etc. La métallurgie lui a les plus grandes obligations; son petit Traité latin sur cette matière, 1697, est excellent. Ses principaux ouvrages sont : I. *Experimenta et Observationes che-mica et physicae*, Berlin, 1731, in-8.º II. *Dissertationes medicae*, Hall, 2 vol. in-4.º C'est un re-cueil de thèses sur la médecine. III. *Theoria medica vera*, 1737, in-4.º IV. *Opusculum chymico-physico-medicum*, 1740, in-4.º V. *Traité sur le Soufre*, tant inflammable que fixe, en alle-mand, traduit en françois par le baron de *Holbach*, Paris, 1766, in-12. VI. *Negotium otiosum*, Hall, 1720, in-4.º C'est principa-lement dans cet ouvrage qu'il établit son système de l'action de l'âme sur le corps. VII. *Fundamenta Chymica dogmaticae et experimentalis*. Nuremberg, 1747, 3 vol. in-4.º; traduit en françois, par M. de *Machy*, Paris, 1757, 6 vol. in-12. VIII. *Traité sur les sels*, en allemand; et en fran-çois, par le baron de *Holbach*, Paris, 1771. IX. *Commentarium in Metallurgium Beccheri*, 1723. Tous ces ouvrages utiles pour le fond des choses, sont écrits d'un style dur, serré, embar-rassé; son latin est à demi bar-bare, du moins dans ses traités chimiques. L'obscurité que ce style répand sur des matières d'ailleurs abstraites, a été repro-chée à *Stahl* par divers auteurs, et regardée comme très-avantageuse à l'art par quelques autres; comme si les secrets des sciences devoient être des mystères inac-cessibles aux profanes. L'ordre, la clarté, la liaison des idées sont aux yeux des philosophes, nécessaires en chimie comme dans tous les autres arts; et ces qualités ne distinguent pas tou-jours les productions de *Stahl*. « celui-ci, dit le médecin *Roussel*, dans son ouvrage du *Système physique de la Femme*, est de tous les médecins modernes celui qui a le plus insisté sur le moral, lorsqu'il a développé les causes de nos affections corporelles. En faisant de l'âme le principe de tous nos mouvemens vitaux, il a renversé la barrière qui séparoit la médecine et la philosophie. D'après ses dogmes, il n'est plus permis d'être médecin, sans con-noître le jeu des passions, l'in-fluence des habitudes, et la diffé-rence qu'il y a entre une machine active et dont les mouvemens sont spontanés, et une machine mue par un enchaînement de ressorts inanimés. Son système doit à jamais laver les médecins des imputations de matérialisme, dont l'ignorance maligne de leurs ennemis les a quelquefois chargés, et auxquelles la légèreté impru-dente de quelques-uns d'entre eux peut avoir donné lieu. Si son sys-tème est le plus orthodoxe, il est aussi le plus vrai, le plus simple, et le plus conforme aux faits. On a dit qu'il semble n'être qu'une extension des principes d'*Hippocrate*. *Stahl* auroit sans contredit subjugué toute la mé-decine, si plus complaisant pour ses lecteurs ou plus zélé pour sa réputation, il eût pris le soin de polir ses ouvrages, et d'y répandre ces agrémens dont la vérité même a si souvent besoin. » I. STAHREMBERG, (Conrad-Balthazar, comte de) gouverneur de Vienne, défendit cette ville avec la plus grande intrépidité, lorsqu'elle fut assiégée par les Turcs en 1683. Il mourut à Rome quatre ans après.
II. STAHREMBERG, (Guido-Balde, comte de) général Autrichien, né en 1657, et mort à Vienne en 1737, s'éleva par son courage aux premiers grades militaires, remporta plusieurs victoires, et sur-tout celle de Saragosse en 1713.
STALBEMPT, (Adrien) peintre Flamand, né à Anvers en 1580, mort en 1660, excella dans le paysage. Sa touche est moelleuse, son coloris frais, ses poses naturelles.
STALENUS, (Jean) né à Calcar dans le duché de Clèves, en 1595, curé de Rées dans le même duché. Il y montra beaucoup de zèle à préserver son troupeau des nouvelles erœurs, et à ramener à la foi de l'Eglise ceux qui en étoient infectés. Il entra ensuite dans la Congrétion de l'Oratoire, et mourut à Kévélac le 8 février 1681, après avoir publié plusieurs ouvrages de controverse, dont les principaux sont : I. *Syntagma Controversiarum fidei*, 2 vol. II. *Papissa monstrosa et mera fabula*, Cologne, 1639, in-12; ouvrage savant, dont *Bayle* et *Blondel* ont profité pour réfuter cette fable si chère aux fanatiques de leur communion.
STALPART VANDER-WIEL, (Corneille) chirurgien et médecin de la Haye sa patrie, né l'an 1620, mort vers 1668, trouva le moyen de dessécher les cadavres pour avoir par-là le moyen d'en mieux examiner la structure. On a de lui : *Observationes rariores medicæ, anatomicæ et chirurgicæ*, Leyde, 1687 et 1727, 2 vol. in-8° avec figures. C'est une traduction ; l'original est en flamand ; *Planque* l'a traduit en françois, Paris, 1758, 2 vol. in-12.
STAMPART, (François) peintre Flamand, né en 1675, à Anvers, mort en 1750, alla s'établir à Vienne, où la beauté de ses portraits les firent rechercher. L'empereur le nomma peintre de son cabinet, et lui accorda plusieurs distinctions.
STANDOUK ou STANDONEC, (Jean) docteur de la maison et société de Sorbonne, né à Malines, en 1443, d'un cordonnier, vint achever ses études à Paris, et fut fait régent dans le collège de Sainte-Barbe, puis principal du collège de Montaigu. Ce dernier collège reprit son ancien lustre, et il en fut regardé comme le second fondateur. Son zèle n'étoit pas toujours assez modéré. Ayant parlé avec trop de liberté sur la répudiation de la reine *Jeanne*, femme du roi *Louis XII*, il fut bieni du royaume pour deux ans. Il se retira alors à Cambrai, où l'évêque, allant partir pour l'Espagne, le fit son vicaire spécial pour tout le diocèse. *Standouk* revint à Paris après le temps de son exil, et continua de faire fleurir la piété et l'étude dans le collège de Montaigu. Il y mourut saintement le 5 février 1504, après avoir rempli la place de recteur de l'université, fondé diverses communautés en Flandre, et converti beaucoup de pécheurs par ses sermons. Il étoit, selon le Père Berthier, assez homme de bien, mais ambitieux et hardi dans ses discours. I. STANHOPE, (George) théologien Anglois, né en 1660, mort en 1728, acquit de la réputation par ses talens pour la chaire, et devint doyen de Cantorbéry. On lui doit outre ses Sermons, une traduction de l'Imitation de J. C., et une Paraphrase sur les Épitres et Évangiles.
II. STANHOPE, (Jacques, comte de) d'une ancienne famille du comté de Nottingham, naquit en 1673. Il suivit en Espagne Alexandre Stanhope son père qui fut envoyé extraordinaire en cette cour, au commencement du règne du roi Guillaume. Le séjour de Madrid lui acquit la connoissance de la langue espagnole. Il voyagea en France et en Italie pour apprendre le françois et l'italien. De retour en Angleterre, il prit le parti des armes et se distingua au siège de Namur, sous les yeux du roi Guillaume, qui le gratifia d'une compagnie d'infanterie. Il s'éleva de grade en grade jusqu'à celui de lieutenant-général. En 1709, il fut nommé commandant en chef des troupes angloises en Espagne. Le 27 juillet 1710, il romporta une victoire près d'Almanara, qui fut attribuée à sa conduite et à sa valeur, et dont il fut remercié publiquement par l'empereur. Le 20 août suivant, il acquit beaucoup de gloire à la bataille de Saragosse, ainsi que le 9 décembre de la même année, à la défense de Briheuga, où il fit une vigoureuse résistance. Mais il fut obligé de céder à la valeur du duc de Vendôme généralissime des troupes espagnoles, et de se rendre prisonnier de guerre à Briheuga. Après avoir été échangé en 1712, contre le duc d'Esculona, vice-roi de Naples, il retourna en Angleterre, où il fut favorablement reçu de toute la cour. Le roi Georges étant parvenu au trône, le fit secrétaire d'état et membre du conseil privé. En 1714, il l'envoya à Vienne, où l'empereur lui fit présent de son portrait enrichi de diamans. Il étoit nommé plénipotentiaire au congrès de Cambrai, lorsqu'il mourut à Londres, le 16 février 1721, à 50 ans. Bon politique et grand capitaine, citoyen zélé et philosophe compatissant, il s'acquit les cœurs des sujets et mérita les regrets de son prince. C'est lui qui s'empara du Port-Mahon et de l'île de Minorque. Voyez CHESTERFIELD. I. STANISLAS, (S.) né en 1030, de parens illustres par leur naissance et par leur piété, fit ses études à Gnesne et à Paris. De retour en Pologne en 1059, il fut élu évêque de Cracovie en 1071; mais ayant repris vivement Boleslas II, roi de Pologne, qui avoit enlevé la femme d'un seigneur Polonois, ce prince le tua dans la chapelle de Saint-Michel le 8 mai 1077, où il expira martyr de son zèle.
II. STANISLAS I, (LRC-ZINSKI) roi de Pologne, grand-duc de Lithuanie, duc de Lorraine et de Bar, naquit à Léopold le 20 octobre 1677, du grand trésorier de la couronne. Son père étoit un seigneur distingué non-seulement par sa naissance et ses places, mais encore par sa fermeté et son courage. C'est lui qui dit un jour dans le sénat ces paroles remarquables : *Malo periculosam libertatem, quam quietum servitium* : « J'aime encore mieux une liberté dangereuse qu'un esclavage tranquille. » *Stanislas* fut député en 1704 par l'assemblée de Varsovie, auprès de *Charles XII*, roi de Suède, qui venait de conquérir la Pologne. Il étoit alors âgé de 27 ans, palatin de Posnanie, général de la grande Pologne, et avoit été ambassadeur extraordinaire auprès du Grand-Seigneur en 1699. Sa physionomie étoit heureuse, pleine de hardiesse et de douceur, avec un air de probité et de franchise. Il n'eut pas de peine à s'insinuer dans l'amitié du roi de Suède, qui le fit couronner roi de Pologne à Varsovie en 1705. Le nouveau roi suivit *Charles XII* en Saxe, où l'on conclut en 1706 un traité de paix entre les deux rois d'une part, et le roi *Auguste* qui renonça à la couronne de Pologne, et reconnut *Stanislas* pour légitime souverain de cet état. Le nouveau monarque resta avec *Charles XII* en Saxe, jusqu'en septembre 1707. Ils revinrent alors en Pologne, et y firent la guerre pour en chasser entièrement les Moscovites. Le Czar fut obligé d'en sortir en 1708; mais le roi de Suède ayant trop poussé son ennemi, après avoir remporté plusieurs avantages sur lui, fut défait entièrement lui-même au mois de juillet 1709. *Stanislas* ne se trouvant pas en sûreté dans la Pologne, où les Moscovites revinrent, et où le roi *Auguste* renoua un nouveau traité en sa faveur, fut obligé de se retirer en Suède, puis en Turquie. Les affaires de *Charles XII* n'ayant pu se rétablir, *Stanislas* se retira dans le duché de Deux-Ponts, et ensuite à Weissembourg en Alsace. *Auguste* ayant fait à cette occasion, porter des plaintes à la cour de France par *Sum* son envoyé, le duc d'Orléans, alors régent, lui répondit : *Mandez au Roi votre maître que la France a toujours été l'asile des Rois malheureux... Stanislas* vécut dans l'obscurité jusqu'en 1725, que la princesse *Marie* sa fille, épousa *Louis XV*, roi de France. Après la mort du roi *Auguste* en 1733, ce prince se rendit en Pologne, dans l'espérance de remonter sur le trône. Il y eut un parti qui le proclama roi; mais son compétiteur, le prince électoral de Saxe, devenu électeur de Saxe après la mort du roi son père, soutenu de l'empereur *Charles VI*, et de l'impératrice de Russie, l'emporta sur le roi *Stanislas*. Ce prince infortuné se rendit à Dantzig pour soutenir son élection; mais le grand nombre qui l'avoit choisi, céda bientôt au petit nombre qui lui étoit contraire. Dantzig fut pris. (*Voyez* PLELO.) *Stanislas*, obligé de fuir, n'échappa qu'à travers beaucoup de dangers, et à la faveur de plus d'un déguisement, après avoir vu sa tête mise à prix par le général des Moscovites dans sa propre patrie. Il sut supporter ce revers avec résignation. « Nos malheurs, écrivoit-il à la reine sa fille, nos malheurs ne sont D d 4 grands qu'aux yeux de la prévention qui n'en connoit point au-dessus de la perte d'une couronne. Dois-je avancer la main pour la reprendre ? Non, il vaut mieux attendre les vœux de la Providence, et nous convaincre du vide et du néant des choses d'ici-bas. » Lorsque la paix se fit en 1736, on statua dans le premier article des préliminaires de paix, signés entre l'empereur et le roi de France, que « le roi Stanislas abdiqueroit ; mais qu'il seroit reconnu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie, et qu'il en conserveroit les titres et les honneurs ; qu'on lui restitueroit ses biens et ceux de la reine son épouse, dont il auroit la libre jouissance et disposition : qu'il y auroit en Pologne une amnistie de tout le passé, et que chacun y seroit rétabli dans tous ses biens, droits et privilèges ; que l'électeur de Saxe seroit reconnu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie par toutes les puissances qui accéderoient au traité de paix ; qu'à l'égard du roi Stanislas, il seroit mis en paisible possession du duché de Lorraine et de Bar ; mais qu'immédiatement après la mort de ce prince, ces duchés seroient réunis en pleine souveraineté pour toujours à la couronne de France. » Stanislas succédoit dans la Lorraine à des princes chéris qu'elle regrettoit tous les jours. Le roi de Pologne arriva, et ces peuples retrouvèrent en lui leurs anciens maîtres. Il goûta pour lors le plaisir qu'il avoit si long-temps désiré, de faire des heureux. Il auroit, comme Titus, cru perdre un jour, s'il ne l'avoit pas signalé par quelque bienfait. Mais ce prince éclairé savoit que la bienfaisance du souverain doit toujours avoir le plus grand nombre pour objet, et qu'une grâce que la faveur seule accorde à un particulier, est une injustice faite au peuple. Il soulagea ses nouveaux sujets ; il embellit Nancy et Luneville ; il fit des établissemens utiles ; il dota de pauvres filles ; il fonda des collèges ; il bâtit des hôpitaux ; enfin il se montra l'ami de l'humanité. La Lorraine jouissoit de ses bienfaits, lorsqu'un accident hâta sa mort. Le feu prit à sa robe de chambre, et ses plaies lui causèrent une fièvre qui l'enleva au monde le 23 février 1766. Sa mort fut un deuil public ; et les pleurs de ses sujets sont le plus bel éloge que nous puissions faire de ce prince. Charles XII disoit de lui, qu'il n'avoit jamais vu d'homme si propre à concilier tous les partis. Dans sa jeunesse il s'étoit endurci à la fatigue, et avoit fortifié son esprit en fortifiant son corps. Il couchoit toujours sur une espèce de paillasse, n'exigeant jamais aucun service de ses domestiques auprès de sa personne. Il étoit d'une tempérance peu commune dans ce climat ; libéral, adoré de ses vassaux, et peut-être le seul seigneur en Pologne qui eût quelques amis. Il fut en Lorraine ce qu'il avoit été dans sa patrie ; doux, affable, compatissant, parlant avec ses sujets comme avec ses égaux, partageant leurs peines, et les consolant en père tendre. Il ressembloit parfaitement au portrait qu'il a tracé du philosophe : « Le vrai philosophe, dit-il, exempt de préjugés, doit connoître le prix de la raison... ne pas estimer les grands états de la vie plus qu'ils ne valent, ni les basses conditions plus pe- tites qu'elles ne sont. Il doit jouir des plaisirs, sans en être l'esclave; des richesses, sans s'y attacher; des honneurs, sans orgueil et sans faste. Il doit supporter les disgraces, sans les craindre et sans les braver; regarder comme inutile tout ce qu'il n'a pas, comme suffisant tout ce qu'il possède. Toujours égal dans l'une et l'autre fortune, toujours tranquille et d'une gaieté sans art, il doit aimer l'ordre et le mettre dans tout ce qu'il fait. Epris des vertus de son état, n'être extrême dans aucune, et les pratiquer toutes, même sans témoins. Sévère à son égard, être indulgent à l'égard des autres, franc et ingénu sans rudesse, poli sans fausseté, prévenant sans bassesse... Le philosophe doit avoir le courage de se passer de toute sorte de gloire, ignorer ses vertus, et compter pour rien jusqu'à la philosophie même. » Voilà ce que fut Stanislas dans les différentes situations de sa vie. Il fut aimé et il sut aimer. Un jour qu'il réglait l'état de sa maison avec son trésorier, il lui dit de mettre sur la liste un officier qui lui étoit fort attaché. En quelle qualité votre Majesté veu-elle qu'il soit, lui demanda le trésorier? En qualité de mon ami, répondit le monarque. Un jeune peintre qui espérait de parvenir à quelque fortune, si son talent étoit connu de Stanislas, lui présenta un tableau que les courtisans critiquèrent durement. Le prince bon et juste loue beaucoup l'artiste et paya généreusement l'ouvrage, en disant aux courtisans: « Ne voyez-vous pas, Messieurs, que ce pauvre homme a besoin de s'accréditer par son talent qui fera subsister sa famille? Si vous le découragez par vos censures, il est perdu. Il faut toujours aider les hommes, et jamais on ne gagne rien à leur nuire. » Ces actes continuels de bonté lui firent donner, d'une commune voix, le titre de Stanislas le Bienfaisant. Les revenus de ce prince étoient modiques; cependant, lorsqu'on vouloit apprécier ce qu'il faisoit, on le croyoit le plus riche potentat de l'Europe. Il suffira de donner un exemple de cette économie sage et raisonnée, qui lui faisoit faire de si grandes choses. Ce prince avoit donné aux magistrats de la ville de Bar 18000 écus, pour être employés à acheter du blé lorsqu'il seroit à bas prix, et le revendre ensuite aux pauvres à un prix médiocre, quand il seroit monté à un certain point de cherté. Par cet arrangement la somme augmentera tous les jours; et bientôt on la pourra répartir sur d'autres endroits de la province. Ce prince avoit beaucoup d'esprit et de lumières; il protégeoit les sciences et les arts. S'il avoit été un simple particulier, il se seroit distingué par son talent pour la mécanique. Nous avons de lui divers ouvrages de philosophie, de politique et de morale, imprimés d'une manière élégante, sous ce titre: Œuvres du Philosophe Bienfaisant, 1765, en 4 vol. in-8. Les libraires de Paris publièrent en même temps une édition in-12 en 4 vol. de ce recueil, en faveur de ceux qui ne pouvant donner dans le luxe typographique, se contentent de l'utile. L'amour des hommes, le désir de les voir heureux, la sagesse des principes, la grandeur des vues, les leçons courageuses données aux princes, rendent cette collection précieuse. M. l'abbé Proyard a publié son Histoire, Lyon, 1784, 2 vol. in-12; elle est fidelle, exacte, et écrite avec clarté et simplicité.
III. STANISLAS-AUGUSTE, (*Poniatowski*) étoit fils d'un simple gentilhomme de Lithuanie, qui, après avoir passé au service de *Charles XII* roi de Suède, et ensuite à celui d'*Auguste* roi de Pologne, parvint à épouser la princesse *Czartorinska*, descendante des *Jagellons*. Le jeune Polonois, doué de la plus belle figure et de graces naturelles, voyagea en Allemagne, et vint en France, où l'amitié de l'ambassadeur de Suède lui procura des relations agréables. Les dettes qu'il contracta à l'avis le firent mettre en prison; mais il en fut délivré par la générosité de Mme *Geofrin*, femme d'un riche entrepreneur de la manufacture des glaces. *Poniatowski* sortit de France pour aller en Angleterre; il s'y lia avec le chevalier *Hambury*, qui nommé par la cour de Londres à l'ambassade de Pétersbourg, l'emmena avec lui en Russie. Lest, brillant, audacieux, il ne tarda pas à plaire à la grande-duchesse qui fut *Catherine II*. Celle-ci, parvenue à l'empire, employa son influence pour faire monter son protégé sur le trône de Pologne, après la mort d'*Auguste III*. Cette influence étoit d'autant plus puissante, que cette souveraine avoit fait passer le maréchal de *Romanzoff* sur les bords de la Vistule avec 50 mille hommes répartis dans la Courlande, l'Esthonie et la Livonie, et que son ambassadeur *Kayserling* dominoit à Varsovie. L'élection de *Poniatowski* fut faite dans la diète de Wola, le 7 septembre 1764, et il prit le nom de *Stanislas-Auguste*. Le nouveau roi se conduisit aussitôt avec beaucoup de modération et de prudence. Il accueillit ceux qui lui avoient été opposés, et ne leur ôta point les emplois dont ils jouissoient. Des troubles religieux ne tardèrent pas à s'élever: les Protestans, connus sous le nom de *Dissidens*, exclus des diètes et du droit de suffrage par les Catholiques, réclamèrent l'exécution du traité d'Oliva conclu en 1660, par lequel plusieurs puissances leur avoient assuré leurs privilèges, et ils implorèrent le secours de la Russie. La diète de 1766 s'assembla; alors, les ministres Russe, Anglois et Prussien, lui présentèrent, en faveur des Protestans, des mémoires qui excitèrent de violens murmures. Le roi parut les favoriser; aussitôt les évêques catholiques lui reprochèrent de soutenir les ennemis de l'état; mais les armées russes qui s'avancèrent jusques aux portes de Varsovie, firent ouvrir les yeux à la diète sur le danger imminent de voir partager la Pologne par les puissances protectrices. Les Catholiques se réunirent en corps d'armée, sous le nom de *Confédérés*, ayant pour étendard, la Vierge et l'Enfant *JESUS*. Ils prirent, comme les anciens Croisés, des croix brodées sur leurs habits. L'un d'entre eux, nommé *Putawski*, résolut d'enlever le roi, et confia son projet à trois autres chefs, qui lui promièrent avec serment de lui livrer *Stanislas*, ou de le tuer s'ils ne pouvoient l'amener vivant. Ces trois chefs, à la tête de quarante dragons déguisés en paysans, entrèrent dans Varsovie, le 3 novembre 1771, par diverses portes, se réunirent dans la rue des Capucins, attaquèrent à dix heures Au soir la voiture du roi. Toute sa suite disparut, lui-même étoit descendu dans le dessein de s'échapper à la faveur de la nuit, lorsque les assassins le saisirent par les cheveux, en lui disant : ton heure est venue. L'un d'eux tira contre lui son pistolet si près, que Stanislas sentit la chaleur de la flamme, tandis qu'un autre lui donna sur la tête un coup de sabre qui pénétra jusqu'au crâne. Les conjurés le prirent alors au collet, et étant montés à cheval, ils le conduisirent, entre leurs chevaux, au grand galop, dans les rues de la capitale. Hors des portes, ils le mirent sur un cheval et l'entraînèrent dans leur fuite. La nuit étoit extrêmement sombre : les conjurés perdirent le chemin ; et comme les chevaux ne pouvoient plus se soutenir de lassitude, ils obligèrent le monarque à descendre et à les suivre à pied, avec un seul soulier, l'autre s'étant perdu dans le trajet. Ils continuèrent alors leur route à travers des terres impraticables, sans chemin tracé, sans savoir où ils étoient. Pendant la route, plusieurs demandèrent souvent à leur chef Kosinski, s'il n'étoit pas temps de mettre le roi à mort. Au point du jour les assassins s'apercevant qu'ils n'étoient pas fort éloignés de Varsovie, s'enfuirent, et Stanislas resta seul avec Kosinski, qui étoit à pied comme lui. Cependant, ce dernier commença à laisser entrevoir quelque inquiétude. Quel moment ! lorsque ce malheureux dit à son prince tout sanglant : Vous êtes pourtant mon roi ! — « Oui, répondit Stanislas, et votre bon roi, qui ne vous ai jamais fait de mal. » Ce dernier profita aussitôt de cet instant pour représenter à Kosinski l'atrocité de son action, et l'invalidité du serment qu'il avoit prêté. Kosinski resta attentif à ce discours, et dit au monarque : « Si, consentant à vous sauver la vie, je vous conduis à Varsovie, quelle en sera la suite ? Je serai arrêté et mis à mort. » Le roi lui donna sa parole qu'il ne lui seroit fait aucun mal. Alors Kosinski ne résistant plus, tomba aux pieds de son souverain, en l'assurant qu'il se fioit entière à sa générosité. Le roi parvenu au petit moulin de Mariemont, écrivit au gouverneur de la capitale, et ses gardes accoururent aussitôt pour le chercher et le reconduire à son palais. Deux chefs des conjurés furent arrêtés et condamnés à mort ; Kosinski obtint sa grace, et se retira en Italie, où il jouit, pendant sa vie, d'une pension annuelle que lui fit le roi. — En 1787, Stanislas se rendit à Kanieff, à la rencontre de Catherine II, qui alloit visiter les vastes contrées de la Tauride et du Caucase. Depuis 23 ans ils ne s'étoient vus : leur entrevue fut affectueuse. L'impératrice décora son ancien favori de l'Ordre de St-André, et lui fit espérer plusieurs avantages pour le négoce des Polonois ; de son côté, Stanislas célébra par de brillantes fêtes sur les bords du Nieper, la présence de la flotte russe. Ces preuves de déférence n'arrêtèrent cependant pas l'envahissement de ses états, qui s'exécuta quelque temps après par la Russie, les cours de Vienne et de Berlin. En 1792, les armées de Prusse et de Catherine entrèrent en Pologne, repoussèrent les tentatives de Koczisko pour la défendre, emportèrent d'assaut Wilna, s'emparèrent de Varso- vie, portèrent le ravage dans toutes les contrées qu'elles traversèrent, et finirent par les partager. Au mois de novembre 1795, le prince de *Repnin*, général Russe, remit à *Stanislas* une lettre de *Catherine*, portant, « que l'effet des arrangemens pris par elle, devenoit la cessation de l'autorité royale en Pologne ; qu'ainsi, on lui donnoit à juger s'il n'étoit pas convenable qu'il abdiquât formellement. » En effet, *Stanislas*, cédant au vœu de *Catherine*, qui devenoit un ordre pour lui, signa l'acte d'abandon à un trône qu'il lui devoit, et qu'il ne put ni défendre, ni conserver. Relégué à Grodno, il chercha à y oublier sa grandeur disparue, dans la tranquillité d'une vie obscure. *Paul I*, succédant à sa mère à l'empire de Russie, appela près de lui *Stanislas*, le logea dans le palais impérial, et chercha à le dédommager de son dépouillement par tous les égards dus au malheur. Ce dernier monarque Polonois est mort à Pétersbourg, le 11 avril 1794. Il eut des qualités plus propres à le faire aimer dans une société privée, qu'à lui donner le droit de commander aux hommes et de les défendre. Instruit et spirituel, il parloit et écrivoit les sept principales langues de l'Europe. « *Stanislas*, dit un écrivain moderne, enflammé un moment par ceux des Polonois qui s'indignoient de voir leur patrie sous un joug étranger, mais effrayé bientôt par la Russie, ne fit que hâter la chute de son pays, en tentant quelques-uns de ces efforts inutiles qui sont toujours pernicieux, lorsqu'on n'a pas le courage de les soutenir. Enfin, dominé, repoussé par tous les partis étrangers et Polonois, il succomba sans exciter d'intérêt, même de pitié, et devint une nouvelle preuve de cette vérité trop souvent prouvée, que, sur le trône, la foiblesse et l'indécision furent toujours les pires de tous les vices. » I. STANLEY, (Guillaume) grand chambellan de *Henri VII* roi d'Angleterre, joua un grand rôle dans les démêlés sanglans qui portèrent ce prince sur le trône, et n'en périt pas moins sur un échafaud, victime de la perfidie de *Clifford* et de l'avare ingratitude de *Henri*. *Clifford*, qui avoit d'abord trahi son roi pour embrasser le parti de son ennemie *Marguerite* duchesse de *Bourgogne*, trahit à son tour cette princesse, qui avoit eu la foiblesse de nommer à ce traitre les principaux conspirateurs qui soutenoient en Angleterre le parti de la *Rose Blanche*. Le lâche *Clifford* accourut à Londres se jeter aux pieds du roi, offrant d'expier son attentat par tels services qu'on exigeroit de lui. Le monarque lui promet son pardon, aux conditions qu'il déclarera ses complices. Il nomme *Stanley*... *Henri*, prenant le masque de la dissimulation, affecte de l'étonnement, somme avec vivacité l'accusateur de prouver ce qu'il avance, et lui dit même que sa vie répondra d'une pareille inculpation contre son ami, s'il est innocent. *Clifford* persiste et *Henri* fait mettre *Stanley* aux fers : c'est où le roi brûloit d'arriver. Le malheureux lord possédoit des richesses immenses. Voilà son véritable crime aux yeux d'un prince qui tenoit un registre secret de tout ce que lui rapportoient les confiscations, et qui avoit toujours sous les yeux la liste des personnes opulentes de son royaume. Ce riche infortuné fut dans la suite condamné à mort et décapité, lui à qui ce prince avoit obligation de la victoire de Bosworth, et peut-être du sceptre d'Angleterre : en effet, *Stanley* avoit abandonné *Richard III* pour suivre son rival, et il ramassa sur le champ de bataille la couronne de *Richard*, qu'il posa lui-même sur le front du vainqueur. Mais les rois et les vainqueurs (on l'a dit) sont d'illustres ingrats, qui sacrifient plus souvent à leurs passions qu'à leurs devoirs et à l'équité ; et *Henri VII* mérite moins que tout autre une exception honorable.
II. STANLEY, (Thomas) natif de Cumberlow en Herefordshire, se rendit habile dans les belles-lettres et dans la philosophie. Après avoir fait divers voyages en France, en Italie et en Espagne, il se retira à Londres, où il mourut en 1678, avec la réputation d'un savant profond. Ses principaux ouvrages sont : I. Une belle édition d'*Eschyle* : avec la traduction, et des Notes, in-fol., 1663. II. *L'Histoire de la Philosophie*, en anglois. Cette Histoire a été traduite en partie en latin, par le *Clerc* ; et toute entière par *Godefroy Olearius*, Leipsig, 1712, in-4.º Tous les journaux firent de grands éloges de l'érudition qui y règne. On y désirerait plus de profondeur dans les analyses et plus de précision dans le style.
III. STANLEY, (N.) Anglois, membre distingué du parlement, devint ministre plénipotentiaire en France. Ses connaissances littéraires et politiques lui acquiert une juste réputation. On lui doit une très-bonne traduction de *Pindare*. Il est mort à Londres en février 1780.
IV. STANLEY, (Jean) musicien Anglois, né en 1713, et mort en 1786, excella sur l'orgue, et a publié plusieurs œuvres de clavecin. Quoique aveugle depuis son enfance, il avoit parfaitement compris la théorie musicale, et étoit devenu maître de musique de la chapelle du roi.
STANNINA, (Gérard) peintre Florentin, né en 1354, fut disciple du *Venitiano*, et quitta l'Italie pour se rendre en Espagne, où ses tableaux sont recherchés, et où il fut employé à orner les maisons royales. Il est mort en 1405.
STANYHURST, (Richard) né à Dublin en 1552, et mort à Bruxelles en 1618, entra dans l'état ecclésiastique après la mort de sa femme, et devint chapelain de l'archiduc *Albert*. On a de lui : I. *De rebus in Hybernia gestis*, Antuerpiæ, 1584, in-4.º II. *Vita Sancti Patricii*, 1587, in-8.º III. *Harmonia, seu catena dialectica in Porphyrium*, 1570, in-fol. IV. Les quatre premiers livres de l'*Enéide*, traduits en vers anglois, 1583, in-12.
STAPHYLIUS, professeur de rhétorique à Auch sa patrie, au IV$^{e}$ siècle, possédoit, dit-on, une si grande érudition, qu'*Ausone* le compare au célèbre *Varron* ; mais cet éloge peut être une flatterie.
STAPLETON, (Thomas) controversiste catholique Anglois, d'une ancienne famille du comté de Sussex, naquit à Henfield en 1535, et fut chanoine de Chichester. La persécution que l'on 450 STA faisoit éprouver aux catholiques dans sa patrie, l'obligea de se retirer en Flandre. Il y enseigna l'E-criture-sainte à Douay, et il fut professeur - royal de théologie à Louvain, et chanoine de Saint-Pierre. Il mourut dans cette ville en 1598, à 63 ans, avec une grande réputation de zèle et de piété. Il pensoit philosophiquement sur les grandeurs de ce monde; et il ne voulut point quitter sa retraite pour aller à Rome, où Clément VIII le faisoit appeler. Ses ouvrages recueillis et imprimés à Paris en 1620, 4 vol. in-fol., prouvent son érudition; mais comme ils roulent presque tous sur la controverse, on ne les lit plus guère, depuis que les disputes sont assoupies.
STAPYLTON, (Robert) poète dramatique Anglois, fut élevé par les Bénédictins de Douay, et s'attacha au parti de Charles I qu'il suivit dans sa fuite de Londres. Les pièces qu'il a données au théâtre ne sont pas sans mérite. Il est mort en 1669.
STAROVOLSKI, (Simon) géographe et littérateur Polonois du XVIIe siècle, rendit deux hommages littéraires à sa patrie. I. Il en composa une Description géographique, en latin, sous le titre de POLONIA. Conringius, après l'avoir ornée de Cartes et d'une bonne Préface, l'augmenta et la corrigea; et malgré cela, elle ne passe pas pour trop exacte. II. Les Eloges et les Vies, en latin, de cent Ecrivains illustres de Pologne, in-4e: recueil où l'amour de la gloire de ses compatriotes domine plus qu'une saine critique. Il y a d'ailleurs beaucoup d'inepties, parmi plusieurs choses curieuses.
STATILIE, Voyez MESSAGLINE, n° II.
STATIO, (Achille) Portugais, né à Vidigueira, en 1524, d'une famille illustre, voyagea en Espagne, en France et dans les Pays-Bas. Il s'arrêta à Rome, où le cardinal Caraffe le fit son bibliothécaire. Il mourut dans cette ville le 6 octobre 1581, à 57 ans. Nous avons de lui: I. Des Remarques sur les endroits difficiles des anciens auteurs, 1604, in-8e. II. Des Oraisons. III. Des Epîtres. IV. Une Traduction latine de divers Traités de S. Chrysostome, de S. Grégoire de Nysse, et de S. Athanase. V. Illustrium virorum ut extant in urbe expressis vultus, 1569, in-fol. Cette collection des médailles des grands hommes de l'antiquité, a été considérablement augmentée dans l'ouvrage publié l'année suivante à Rome par Fulvio Ursini.
STATIRA, fille de Darius Codoman, fut prise avec sa mère par Alexandre le Grand, après la bataille d'Issus, l'an 332 avant J. C. Ce prince, qui l'avoit refusée lorsque Darius la lui offrit pour gage de la paix, l'épousa lorsqu'elle fut son esclave. Les noces furent célébrées après qu'Alexandre fut de retour des Indes; et ce fut comme une espèce de triomphe. Il y eut 9000 personnes de cette fête, à chacune desquelles ce conquérant donna une bouteille d'or pour sacrifier aux Dieux. Statira n'eut point d'enfants: Roxane lui ete la vie après la mort d'Alexandre, l'an 323 avant J. C... La femme de Darius s'appeloit aussi STATIRA. Elle étoit enceinte lorsqu'elle fut faite prisonnière. Ses malheurs lui ayant occasionné une hausse-couche, elle mourut quelque temps après, et fut enterrée magnifiquement par les soins d'Alexandre, qui l'avoit traitée avec beaucoup de respect, et qui mêla ses larmes à celles de sa famille.
STATIUS, Voyez STACE, et CÆCILIUS.
STATOR, ( Pierre ) né à Thionville, embrassa le Calvinisme, puis le Socinianisme à Genève d'où il se retira en Pologne, de peur d'essuyer le même sort que Michel Servet; il écrivit ensuite contre la divinité du St-Esprit; puis redevint calviniste parce que ses intérêts le demandaient, et mourut vers 1568 Il a eu beaucoup de part à la Bible Indonésie, 1563, in-fol., à l'usage des Unitaires de Pologne.
STAVELEY, ( Thomas ) Anglois, s'attacha à la politique, et mourut en 1683, après avoir publié l'Histoire des Eglises Anglicanes, et un Discours sur les exactions de la cour de Rome.
STAUNTON, ( George-Léonard ) Irlandois, né à Galloway, mort à Londres le 18 janvier 1801, vint en France pour y étudier la médecine à l'Université de Montpellier. De retour à Londres, il s'y lia d'amitié avec lord Macartney, et lorsque celui-ci fut nommé ambassadeur à la Chine en 1762, Staunton l'y suivit en qualité de secrétaire de légation, et ensuite à Madras, dont Macartney devint gouverneur. On doit à Staunton la Relation de l'ambassade de son ami: elle offre beaucoup d'intérêt, et a été traduite en frangois.
STAULER, Voyez II. MUSCULES.
STAUPITZ, ( Jean ) Staupitius, vicaire général de l'Ordre des Augustins, né en Misnie d'une famille noble, fut le premier doyen de la faculté de théologie en l'université de Wittemberg. Staupitz y appela d'Erford en 1508, le fameux Luther, pour y être professeur en théologie; mais lorsque cet Hérésiarque répandit ses erreurs, Staupitz se retira à Saltzbourg, où il fut abbé de St-Pierre, et où il termina sa vie en 1527. On a de lui, en allemand: I. Un Traité de l'amour de Dieu. II. Un autre de la Foi Chrétienne, traduit en latin, Cologne, 1624, in - 8. III. Un Traité de l'Imitation de la Mort de Jesus-Christ.
STAURACE, fils de Nicéphore I, empereur d'Orient, avoit tous les vices de son père, et une figure qui les annonçoit, il étoit hideux. Il fut associé à l'empire en décembre 803. S'étant trouvé à la bataille que son père perdit contre les Bulgares en 811, il y fut dangereusement blessé. Dès qu'il fut guéri, il se rendit à Constantinople pour prendre possession du trône impérial; mais le peuple de cette ville l'avoit donné à Michel Ilhangabe, son beau-frère. Contraint de lui céder le sceptre, il se retira dans un monastère où il mourut au commencement de l'année 812. La cruauté et la tyrannie de Nicéphore ne contribuèrent pas peu à faire perdre l'empire à son fils.
STEDMAN, ( Jean-Gabriel ) né en Ecosse en 1748, mort à Tiverton en 1797, servit dans la compagnie des Indes angloises, et a publié une *Relation* intéressante de l'expédition contre les Nègres révoltés de Surinam, 2 vol. in-4. On y trouve 80 dessins gravés par l'auteur, qui étoit lui-même de l'expédition.
STEELE, (Richard) né à Dublin en Irlande, de parens Anglois, passa de bonne heure à Londres, et eut pour condisciple le célèbre *Addisson*, avec qui il contracta une amitié qui dura autant que leur vie. *Steele* parvenu à un âge mûr, servit quelque temps en qualité de volontaire dans les Gardes du roi, et y obtint ensuite une enseigne. Il eut depuis une lieutenance dans le régiment que commandoit le lord *Cutts*. *Steele* lui ayant dédié son *Héros Chrétien*, cette attention lui valut le grade de capitaine dans le régiment des Fusiliers. Il quitta ensuite le parti des armes, pour s'adonner entièrement à la littérature. Il eut beaucoup de part aux Ecrits périodiques d'*Addisson*. Ils donnèrent ensemble le *Spectateur*, Londres, 1733, 8 vol. in-12, traduit en françois, 9 vol. in-12, ou 3 in-4; puis le *Gardien*, Londres, 1734, 2 vol. in-12. *Steele* étant devenu paralytique, se retira dans une de ses terres, où il mourut le 1er septembre 1728, laissant plusieurs enfans d'un second mariage. C'étoit un philosophe Chrétien qui ne faisoit aucun cas des talens s'ils n'étoient appuyés sur la vertu. Il eut besoin des consolations de la religion, car il fut malheureux parce qu'il étoit prodigue, et que pour fournir à ses prodigalités, il imagina mille projets dont aucun ne réussit. On a de lui plusieurs Comédies qui sont en général élégantes, décentes et pleines de sel. Les principales sont : I. *Le Convoi funèbre*. II. *Le Mari tendre*. III. *Les Amans menteurs*. IV. *Les Amans convaincus intérieurement de leurs flammes mutuelles* : pièce fort applaudie, souvent représentée, et dédiée à *Georges I*, qui gratifia l'auteur d'un présent de 500 guinées. C'est aussi lui qui donna la *Bibliothèque des Dames*, traduite en françois, en 2 vol. in-12; et le *Taller*, Londres, 1733, 4 vol. in-12. Il publia aussi quelques Ecrits politiques qui eurent un succès éphémère, mais qui sont aujourd'hui oubliés; parce que tout son but étoit d'exalter un parti, et de décrier le parti opposé. *Voy*. II. *ADMISSION*.
STEEN, (Jean) peintre Holandois, né en 1636, mort en 1689, étudia les principes de son art sous *Brower* et *Vangyen*. Il s'est attaché à représenter des scènes burlesques et plaisantes.
STEENWICK, (Henri de) peintre né à Steenwick en Flandre, vers l'an 1550, mourut en 1603. Il fit une étude particulière de la perspective et de l'architecture. Ce peintre avoit une parfaite intelligence du clair-obscur. Il aimoit à représenter des nuits et des lieux dont l'obscurité étoit interrompue par des feux; on ne peut rien voir de mieux entendu que ses effets de lumière. Ses tableaux sont très-finis. On remarque aussi beaucoup de légèreté dans sa touche. Ce peintre a eu un fils (*Nicolas*) qui a hérité de ses talens et de son goût de peinture.
STEFANESCHI, (Jean-Baptiste) peintre Florentin, né en 1582, 1582, s'attacha au grand-duc de Toscane Ferdinand II, et fut employé par lui à représenter en miniature plusieurs sujets pieux.
STEIGUER, (N. de) avoyer de la république de Berne, se montra un des adversaires les plus prononcés des principes de la révolution françoise. Il lutta long-temps contre ses compatriotes qui les partageaient, et ne pouvant plus résister à l'influence de la France, qui venait d'attaquer la Ligue Helvétique, il se rendit à l'âge de 70 ans, à l'armée commandée par le général d'Erlach, combattit vaillamment à Fraubrunnen, et se retira ensuite en Allemagne, où il est mort en 1799.
STEINBOCK, (Magnus) feld-maréchal de Suède, né à Stockholm le 12 mai 1664, mourut le 23 février 1717, à Fréderickshaven, où il étoit prisonnier de guerre. Il est regardé comme le dernier héros de son pays. Il fit ses premières armes en Hollande, d'où il fut envoyé sur le Rhin avec les troupes auxiliaires de Suède. Sa réputation le fit rechercher de plusieurs princes d'Allemagne, mais inutilement. Il se signala dans les plus grandes guerres de Charles XII. Il contribua beaucoup à la victoire de Nerva, et à celles qui furent remportées en Pologne. Après le départ de son maître pour la Turquie, Steinbock réprima les troubles et les dissensions ordinaires dans un royaume dont le monarque est absent. Les Danois profitèrent de cette absence, pour attaquer la Suède avec des forces nombreuses et exercées. Steinbock, à la tête de 13000 soldats très-peu aguerris et rassemblés à la hâte, les battit complètement à Gadembusck en 1712. Mais il fit tort à sa gloire en faisant brûler l'année suivante la ville d'Altena sur l'Elbe, près de Hambourg; et voulant forcer Tonningen, il fut forcé lui-même faute de vivres, de se rendre prisonnier par capitulation, avec toute l'armée suédoise qu'il commandoit. Quelque attaché qu'il fût à son roi, il s'en falloit bien qu'il fût toujours l'esclave de ses idées de conquête. Il osa en effet, désapprouver le détrônement du roi de Pologne. Ce trait vaut peut-être lui seul, autant que toutes ses victoires. Ajoutons qu'il fut bon politique, citoyen vertueux, sujet fidelle, le soutien et la victime des intérêts de son maître. Ses Mémoires ont été imprimés en 4 vol. in-4°, 1765.
STEINGEL, (Charles) Bénédictin Allemand du dernier siècle, s'est fait connoître par une Histoire de son Ordre en Allemagne, 1619 et 1638, 2 vol. in-fol., et par quelques ouvrages de piété. Parmi ces derniers, on distingue la Vie de S. Joseph, sous le titre de JOSEPHUS, in-8°, 1616. Ce petit ouvrage est assez recherché pour les singularités qu'il renferme, et pour les jolies figures dont il est orné. I. STELLA, (Jacques) peintre, né à Lyon en 1596, mourut à Paris en 1657, dans sa 61e année. Il avoit pour père un peintre qui le laissa orphelin à l'âge de neuf ans. Héritier de son goût et de ses talens, il s'adonna tout entier à l'étude du dessin. A vingt ans il entreprit le voyage d'Italie. Le grand-duc Cosme de Médicis l'arrêta à Florence et charmé de son mérite, l'employa dans les fêtes occasionnées par le mariage de Ferdinand II, son fils. Après un séjour de 7 ans à Florence, il se rendit à Rome où il se lia d'amitié avec le Poussin, qui l'aida de ses conseils. Stella fit une étude sérieuse d'après les grands maîtres et les figures antiques. On rapporte qu'ayant été mis en prison sur la fausse accusation d'un commerce adultère, ce peintre s'amusa à dessiner sur le mur, avec du charbon, une Vierge tenant l'Enfant Jesus. Depuis ce temps, les prisonniers tiennent en cet endroit une lampe allumée, et y viennent faire leur prière. Les faux témoins qui avoient fait arrêter Stella, furent punis du fouet. La réputation et le mérite de ce peintre s'étant déjà répandus au loin, on voulut lui donner à Milan la direction de l'académie de peinture, qu'il refusa. Le roi d'Espagne le demandoit; l'amour de la patrie l'attira à Paris, où le roi le nomma son premier peintre, lui accorda une pension, avec un logement aux galeries du Louvre, et le fit chevalier de St-Michel. Cet artiste a également réussi à traiter les grands et les petits sujets. Il avoit un génie heureux et facile; son goût le portoit à un style enjoué. Il a parfaitement rendu des Jeux d'Enfans, des Pastorales. L'étude qu'il fit d'après l'antique, lui donna un goût de dessin très-correct. Son coloris est cru et donne trop dans le rouge. Ses ouvrages se sentent de son caractère qui étoit froid; il a peint de pratique: au reste sa manière est gracieuse et fine, et ce peintre doit être mis au rang des bons artistes. Audran, Gruiter et Paul Maupain ont gravé la plupart de ses dessins. Jacques Stella avoit trois nièces, Antoinette, Françoise et Claudine Bouzonnet, qui se sont distinguées par leur talent pour la gravure, et qui ont mis dans leurs ouvrages le goût et l'intelligence qu'on peut exiger des plus grands maîtres. Antoinette a gravé plusieurs tableaux de Jules-Romain. Elle mourut en 1676. Françoise a gravé 66 planches d'ornement antiques, et 50 de vases, Claudine a gravé une Estampe de Moïse exposé sur les eaux; un Crucifix, d'après le Poussin; le Livre des Jeux de l'Enfance, et les Pastorales, d'après son oncle; et plusieurs planches pour des Missels, sur ses propres dessins.
II. STELLA, (François) né à Malines, en 1532, alla puiser à Rome les principes de la peinture, et revint à Lyon où il multiplia ses ouvrages. Il se poignoit souvent dans les personnages de ses tableaux. On estime sur-tout celui des Sept Sacremens. Il mourut à 42 ans, le 26 octobre 1605, et fut enterré dans un tombeau dont les Cordeliers de Lyon lui avoient fait donation, en récompense de l'un de ses tableaux.
III. STELLA, (Antoine Bousonnet) de la même famille que le précédent, se distingua de même dans la peinture. On voit plusieurs de ses tableaux à Lyon, d'où il étoit natif. Il mourut en 1682, dans un âge avancé.
IV. STELLA, (Jules-César) poète Latin du XVIe siècle, natif de Rome, composa, à l'âge de 20 ans, les deux premiers livres d'un poème intitulé: la Colombie ou les Expéditions de Chris- tophe Colomb dans le Nouveau-Monde, à Londres, 1585, in-4.º Ce poème fut admiré de Muret, qui apparemment étoit plus surpris de la jeunesse de l'auteur, que de la bonté de l'ouvrage. Madame du Bocage en a profité dans sa Colombiade, Paris, 1756. Il y eut sous Domitien, un autre poète appelé Stella Aruntius, qui composa plusieurs Epigrammes dans le goût de celles de Catulle, mais non avec la même élégance. V. STELLA, Voy. SWIFT.
STELLART, (Prosper) religieux Flamand de l'Ordre des Augustins, né à Tournai, mourut à Gaiette en 1626, à 39 ans, en allant à Rome pour les affaires de son Ordre. On a de lui un Traité de Tonsuris et Coronis, à Douay, 1625, in-8.º; et d'autres ouvrages où l'on trouve des recherches, mais souvent étrangères à son sujet.
STENKO - RASIN, Voyez ALEXIS, n° x.
STENOBÉE, Voyez BELLÉ-ROPHON. I. STENON II, administrateur du royaume de Suède, succéda en 1513 à son père Stenon Stur, chargé de la même fonction. Il observa d'abord les lois de l'Etat; mais écoutant l'ambition, il voulut ensuite régner en monarque absolu. La Suède se divisa en plusieurs factions, qui se réunirent toutes pour appeler les Danois à leur secours. Christiern II roi de Danemarck, leva une puissante armée, et assiégea Stockholm, la capitale du pays. Stenon partit aussitôt, et fit lever le siège. Après quelques com- bats, les deux princes finirent la guerre; mais quelque temps après, Christiern repassa en Suède avec une armée considérable, composée de toutes sortes de nations. Stenon s'avança pour le combattre; mais un de ses confidens l'ayant trahi, il fut obligé de se retirer à la hâte, après avoir reçu dans le combat une blessure dont il mourut trois jours après, l'an 1519. Ce prince avoit beaucoup de valeur, mais il manquoit de politique et d'expérience, et il étoit plus propre à être à la tête d'un parti, qu'à gouverner un état. Après sa mort, Christiern se rendit maître de la Suède.
II. STENON, (Nicolas) né à Copenhague le 10 janvier 1638, d'un père Luthérien, qui étoit orfèvre de Christiern IV, roi de Danemarck, étudia la médecine sous le savant Bartholin, qui le regarda comme un de ses meilleurs élèves. Pour se perfectionner, il voyagea en Allemagne, en France, en Hollande et en Italie. Ferdinand II, grand - duc de Toscane, instruit de son mérite, le fit son médecin et lui donna une pension. Stenon qui avoit été ébranlé à Paris par l'éloquence victorieuse du grand Bossuet, abjura l'hérésie Luthérienne en 1669. Le roi Christiern V crut le fixer dans ses états, en le nommant professeur d'anatomie à Copenhague, avec la liberté de suivre les exercices de la religion Catholique. Mais son changement lui ayant attiré des désagréments dans sa patrie, il retourna à Florence, et continua l'éducation du jeune prince, fils de Cosme III, dont il avoit été chargé. Ce fut alors qu'il embrassa l'état ecclé- siastique. *Innocent XII* le sacra évêque de Titiopolis en Grèce. *Jean-Frédéric*, duc d'Hanovre, prince de Brunswick, ayant abjuré le Luthéranisme, appela auprès de lui *Stenon*, auquel le pape donna le titre de vicaire apostolique dans tout le Nord. Le savant médecin étoit devenu un zélé missionnaire. Munster, l'électorat de Hanovre, le duché de Mackelbourg furent le théâtre de son zèle et de ses succès. Ce prélat mourut à Swerin le 25 novembre 1686, à 48 ans. Son corps fut transporté à Florence, où on l'enterra dans le tombeau des grands-ducs. *Stenon* a enrichi l'anatomie de plusieurs découvertes importantes, consignées dans *Observationes anatomicae*, *quibus varia oris*, *oculorum et marium vasa describuntur*, *novique salivae*, *lacrymarum et muci fontes deteguntur*, Leyde, 1680, in-12. On a encore de lui : I. *Elementorum Myologiae Specimen*, Florence, 1667. II. *Discours sur l'anatomie du Cerveau*, Paris, 1669; et en latin, à Leyde, 1671, in-12. On le trouve aussi dans l'*Exposition anatomique de Winslow* son petit-neveu, tom. IV, pag. 204.
STENTOR, l'un des Grecs qui se rendirent au siège de Troye, avoit la voix si forte, qu'il faisoit seul autant de bruit que 50 hommes qui auroient crié tous ensemble.
STENWICH, (Henri) peintre Anglois, surnommé *l'Ancien*, naquit en 1550, et mourut en 1603. Il fut élève de *Jean de Wries*, et excella à peindre l'architecture, l'intérieur des églises et des monastères gothiques, ainsi que des scènes nocturnes, éclairées par des flambeaux. — Son fils, nommé aussi *Henri*, mort à Londres en 1640, peignoit le portrait, et fut aimé de *Charles I*, qui le combla de bienfaits.
STEPHANO, peintre, natif de Florence, mort en 1350, âgé de 49 ans, étoit disciple de *Giotto*, qu'il surpassa par son art à faire paroître le nu sous les draperies. Ce peintre étudia aussi, d'une manière plus particulière, les règles de la perspective, et cette étude se fait sentir dans ses ouvrages. I. STEPHENS, (Robert) Anglois, né à Eastington dans le comté de Glocester, mort en 1732, a été l'éditeur d'un recueil de Lettres du chancelier *Bacon*, auxquelles il a réuni des notes savantes.
II. STEPHENS, (Jean) capitaine Anglois, mort en 1726, combattit avec courage pour le parti de *Jacques II*, et suivit ce monarque en Irlande. On lui doit un *Dictionnaire Espagnol*, et la continuation du *Monasticon* de *Dugdale*.
STEPHONIUS, (Bernardin) jésuite Italien, et bon poète latin, mort en 1620, s'est fait connoître par des *Discours*, in-16; et par trois *Tragédies* peu théâtrales, *Crispe*, *Symphorose* et *Flavie*, in-12.
STEPNEY, (George) poète Anglois, né en 1663, fut chargé de diverses ambassades, et a publié des ouvrages de politique et des poésies.
STERK, *Voyez Fortius*.
STERNE, (Laurent) né à Clomwell dans l'Irlande méridito- male, d'un officier, fut destiné à l'état ecclésiastique; et après avoir fait ses études avec succès à Cambridge, il devint vicaire à Sutton, où il fut long-temps ignoré. Un pamphlet contre un simoniaque, décida ce bénéficier qui craignoit de nouveaux traits de satire, à résigner à un ami de *Sterne*, le bénéfice qu'il avoit voulu vendre. Le nouveau pourvu procura par reconnoissance, à l'écrivain satirique, une prébende à Yorck. Ce fut alors qu'il déploya l'esprit comique et gai de *Rabelais*, et cette originalité de caractère, qui l'ont fait connoître à Londres et à Paris. On sait qu'ayant pris le nom d'*Yorick*, bouffon du roi de Danemarck, introduit par *Shakespear* dans sa tragédie d'*Hamlet*, il fit imprimer ses Sermons sous ce sobriquet. Au milieu d'une foule de digressions déplacées et de réflexions exprimées en termes trop familiers, on y trouve une morale solide, des argumens pressans, des traits de génie, et une grande connoissance du cœur humain. « *Sterne*, dit un écrivain, fut un auteur vif et spirituel, qui n'a point encore eu son égal chez aucun peuple, et probablement il sera long-temps, dans son genre, un modèle inimitable. Ce n'est ni *Lucien*, ni *Montaigne*, ni *Rabelais*, et pourtant il a quelque chose de ces trois écrivains originaux. Il a leur finesse, une partie de leurs idées, leur gaieté et leur agréable abandon; mais il est plus libre, plus assuré, plus indépendant qu'eux dans sa marche. Tantôt il danse sur la pointe d'une aiguille, tantôt il revient aux matières les plus relevées. A propos d'une épingle, il va parler de la misère de l'es- pèce humaine, et devient le précepteur des nations. Seul écrivain qui sache à la fois faire couler une larme et naître le sourire, il est le *Démocrite* des siècles modernes, comme *Young* en est devenu l'*Héraclite*. » Sa mauvaise santé, son inconstance, son esprit d'observation, entraînèrent *Sterne* dans des voyages perpétuels. Il vint en France en 1762. Plusieurs gens de lettres le virent avec plaisir, quoiqu'il s'exprimât quelquefois avec une liberté que son manteau ecclésiastique rendoit encore plus indécente. Ses amis de Londres lui demandèrent à son retour, s'il n'avoit pas trouvé à Paris quelque caractère original qu'il pût peindre? *Non*, répondit-il, les hommes y sont comme les pièces de monnaie, dont l'empreinte est effacée par le frottement. Cet homme singulier excitoit le rire non seulement par ses plaisanteries, mais par une figure singulière, et une façon de s'habiller plus singulière encore que sa figure. Malgré le revenu de ses bénéfices et le produit de ses ouvrages, dont la seconde édition lui valut 24000 livres, il mourut très-pauvre, en mars 1768. Son goût pour la dépense étoit extrême, et sa succession ne produisit à sa femme et à sa fille, que des dettes; mais les amis de *Sterne* leur firent des présens qui les mirent dans un état aisé. *Sterne* est connu par deux Ouvrages traduits en françois par *Pierre Fresnais*, et en l'an onze, avec plus de succès, par *Paulin Crassous*. Le premier est intitulé : *Voyage sentimental*, in-12; et le second, *la Vie et les Opinions de Tristram Shandy*, 4 vol. in-12. Le premier livre ne paroît, à beau- coup de gens, que l'ouvrage d'un fou. Cependant il est difficile d'en commencer la lecture sans l'achever, parce qu'en plusieurs endroits on y trouve une peinture fidelle de l'homme. On voit que l'auteur ne se génoit point pour écrire. Je sais ce que je fais, disoit-il, lorsque j'écris la première phrase; mais je m'abandonne à la providence pour toutes les autres. Le même ton règne dans le second ouvrage de Sterne, qui est tout en préliminaires et en digressions. C'est une bouffonnerie continuelle, qui n'exclut pas des réflexions très-sérieuses sur les singularités des hommes célèbres, sur les erreurs et les foiblesses de l'humanité. Il y ridiculise les universités, les érudits, les docteurs, le clergé, les médecins, les orateurs du parlement, enfin presque tous les états. Il a poussé la plaisanterie jusqu'à faire imprimer dans son ouvrage un de ses Sermons sur la conscience. Cette bizarrerie, loin de nuire au burlesque écrivain, lui valut des protecteurs. Un grand seigneur lui donna un bénéfice très-considérable, pour lui témoigner l'estime qu'il lui portoit, et le peu de cas qu'il faisoit de ses censeurs. Sterne, quoique protégé par quelques seigneurs, vécut indépendant. C'est le premier des titres en Angleterre. Il se glorifioit, comme Pope, d'être sans places, sans pension, héritier ni esclave de personne. Il dédia le 1er volume de Tristram Shandy à Milord Chatham, « non pour qu'il prit le livre sous sa protection, car il doit se protéger lui-même, mais pour qu'il servit de distraction à ses travaux pendant son séjour à la campagne. »
STERNHOLD, (Thomas) poète Anglois, devint valet de chambre de Henri VIII, et d'Edouard VI. Il traduisit en vers anglois, 51 Pseaumes de David. Hopkins a continué cette version et traduit les autres.
STESICHORE, poète Grec, étoit d'Himère, ville de Sicile: il se distingua dans la poésie lyrique. Pausanias raconte entre autres fables, que Stesichore ayant perdu la vue en punition des vers mordans et satiriques qu'il avoit faits contre Hélène, ne la recouvra qu'après s'être rétracté dans une pièce de vers contraire à la première. Stesichore, au rapport de Quintilien, chanta sur sa lyre les exploits des héros, et soutint la noblesse et l'élévation du poème épique. Horace le loue d'avoir eu un style plein et majestueux: Stesichori graves Camæne. Il est l'inventeur de cet Apologue ingénieux, de l'HOMME et du CHEVAL, qu'Horace, Phèdre et la Fontaine ont si bien versifié. Il le composa pour détourner ses compatriotes de l'alliance avec Phalaris, et il réussit. On lui attribue l'invention de l'Epithalame ou Chant Nuptial. Ses ouvrages ne sont venus à nous que par fragmens. Ce poète florissoit vers l'an 536 avant J. C.
STESICLÉE, Athénienne, réunissoit l'esprit à la beauté, et fut éperdument aimée de Thémistocle et d'Aristide. Leur rivalité désunit ces deux capitaines célèbres.
STESICRATE, est ce fameux sculpteur et architecte Grec, qui offrit à Alexandre le Grand de tailler le Mont-Athos, pour en former la statue de ce prince Il se proposoit de laisser dans chaque main, un espace pour y bâtir une ville, et de faire passer la Mer entre ses jambes. Alexandre rejeta ce projet, suivant la plus commune opinion.
STEVART, (Pierre) professeur à Ingolstadt, ensuite chanoine de Saint-Lambert à Liège sa patrie, mourut en 1621, à 71 ans. Il commenta la plupart des Epîtres de S. Paul, en 10 vol. in-4.º; et fit l'Apologie des Jésuites, 1593, in-4.º Ces ouvrages ont en étendue ce qui leur manque en solidité.
STEUBERT, (Jean Engelhard) professeur de théologie à Rintelen, et surintendant des Eglises du comté de Schomberg, étoit né à Marpurg en 1693, et mourut en 1747. On a de lui des Traités sur les Jubilés des Juifs, et sur les Premiers-Nés; et un grand nombre de Dissertations académiques, qui roulent la plupart sur des passages obscurs des Livres saints.
STEUCUS - EUGUBINUS, (Augustin) surnommé Eugubinus, parce qu'il étoit de Gubio, dans le duché d'Urbin. Il se fit chanoine régulier de la congrégation du Sauveur vers l'an 1540, devint garde de la bibliothèque apostolique, et évêque de Ghisairo en Candie. On a de lui des Notes sur le Pentateuque, des Commentaires sur 47 Pseumes, et d'autres ouvrages imprimés à Paris en 1577, et à Venise, 1591, en 3 vol. in-fol., dans lesquels tout n'est pas à priser.
STEVENS, (George-Alexandre) acteur Anglois dans le dernier siècle, est auteur de quelques pièces de théâtre, et d'un roman intitulé Tom Fou. — Un Archi-tecte, de son nom, mort en 1726, a construit, en Angleterre, un grand nombre de ponts remarquables par leur solidité et leur élégance.
STEVENS, (Palamède) peintre Anglois, né à Londres en 1607, mort en 1638, voyagea en Flandre et en Italie, pour y puiser la connoissance des grandes beautés en peinture. Ses tableaux de batailles et de campemens sont très-recherchés. — Son frère Antoine, mort en 1680, fut renommé pour le portrait.
STEVIN, (Simon) mathématicien de Bruges, mort en 1635, fut maître de mathématiques du prince Maurice de Nassau, et intendant des digues de Hollande. On dit qu'il fut l'inventeur des Chariots à voiles, dont on s'est quelquefois servi en Hollande. On a de lui: I. Un Traité de Statique, curieux et estimé. II. Des Problèmes géométriques. III. Des Mémoires mathématiques. IV. Un Traité de Portuum investigandorum ratione; et un grand nombre d'autres ouvrages en flamand, qui ont été traduits en latin par Snellius, et imprimés en 2 vol. in-fol. On y trouve plusieurs idées utiles.
STEWART, (Matthieu) né à Rothsay en Ecosse, vers l'an 1717, et mort en 1786, alla étudier les mathématiques à Edimbourg sous le célèbre Maclaurin, auquel il succéda dans sa chaire de professeur à l'université. En 1761, il publia divers Traités de physique et de mathématiques sur la théorie de la lune, la distance du soleil à la terre, etc. On lui doit encore un Ouvrage E e 4 intitulé : *Propositiones more re-*
**STEYAERT**, (Martin) célèbre docteur de Louvain, habile dans les langues, et sur-tout dans la théologie, fut député à Rome par sa faculté en 1675. Il contribuait beaucoup à faire censurer, par le pape *Innocent XI*, 65 propositions de morale relâchée. Son amour pour le travail et ses autres qualités lui procurèrent diverses places. Il fut recteur de l'université de Louvain, président du collège de *Baius*, puis du grand collège, censeur des livres, chanoine et doyen de St-Pierre de Louvain, professeur royal en théologie, vicaire apostolique de Bois-le-Duc, commissaire apostolique, officiel de tout le diocèse de Louvain, et conservateur de l'université. Il mourut en 1701, après avoir publié plusieurs Ouvrages de morale et de controverse. Les plus remarquables sont : I. Un petit *Ecrit* contre *Jansenius*. II. Un Livre sur l'*Infaillibilité du Pape*, fait dans le goût Ultramontan. III. Des *Aphorismes Théologiques*, critiqués par le grand *Arnauld*, qui a fait, contre ce docteur, les *Steyardes*, sous le titre de *Difficultés proposées à M. Steyaert...* *Voyez* OPSTRAET.
**STICKIUS**, *Voyez* STICKIUS.
**STICOTI**, (Antonio) fils de *Fabio Sticoti*, très-bon acteur de la Comédie italienne, mérita les suffrages du public dans la même profession. On lui doit des *Parodies*, et les Comédies suivantes : les *Fêtes sincères*, l'*Impromptu des Acteurs*, et les *Ennuis de Thalie*. Il est mort au milieu du siècle qui vient de finir.
**STIFELS**, (Michel) ministre Protestant et habile mathématicien, natif d'Estingen, mort en 1567 à l'Île, âgé de 58 ans, est moins connu par son *Arithmétique*, que par sa fureur de faire le prophète. Il prédit que la fin du monde arriveroit en 1553; mais il vécut assez pour être témoin lui-même de la vanité de sa prédiction. Il passa pour un très-mauvais calculateur, malgré son *Arithmétique*.
**STIGELIUS**, (Jean) poète latin de Gotha, né en 1515, mort en 1562, laissa plusieurs Pièces de poésie. On estime surtout ses *Élégies*, 1604, in-8°; et ses *Églogues*, 1546, in-8°.
**STIGLIANI**, (Thomas) poète Italien et chevalier de Malthe, natif de Matera dans la Basilicate, mort sous *Urbain VIII*, est auteur de divers Ouvrages en vers et en prose. Les premiers sont très-médiocres. Ceux qu'on estime le plus parmi les seconds, sont : I. Des *Lettres*, Rome, 1651, in-12. II. *Arte del verso italiano*, Rome, 1658, in-8°. C'est une Poétique qui eut du succès. III. Le *Chansonnier*, Venise, 1601 et 1605. IV. Le *Nouveau Monde*, poème, Rome, 1628.
**STILICON**, Vandale, et général de l'empereur *Théodose-le-Grand*, épousa *Sérène*, nièce de ce prince, et fille de son frère. Quelque temps après *Théodose* ayant déclaré ses fils empereurs, *Arcadius* d'Orient, et *Honorius* d'Occident, donna *Rufin* pour tuteur au premier et *Stilicon* au second. *Stilicon* commença le règne d'*Honorius* par faire alliance avec les Barbares du Nord, et par faire assassiner *Rufin*, de- venu son ennemi. Il combattit ensuite les Goths commandés par *Alaric*, qui ravageoit la Thrace, la Grèce et l'Illyrie, et fit périr *Gisden* qui avoit excité une révolte en Afrique. *Alaric* ayant passé en Afrique avec une armée formidable, fut de nouveau attaqué par *Stilicon*, qui gagna la célèbre bataille de Pollerue, le 29 mars 403, et lui enleva ses conquêtes. L'Italie fut ravagée, deux ans après, par *Radagaise* que *Stilicon* vainquit et fit mourir; mais il priva l'empire du fruit de sa victoire. Dans la crainte que son crédit ne diminuât après la paix, il appela de nouveaux Barbares. Ce ne fut pas son seul crime : il forma l'abominable dessein de détrôner *Honorius*, et de faire proclamer empereur son fils *Eucher*. Ainsi il sacrifia à ses intérêts l'empire, auquel il avoit tant de fois sacrifié sa vie. Il envoya secrètement solliciter les Vandales, les Suèves, les Alains de prendre les armes, et leur promit qu'il seconderoit leurs efforts. Les Barbares s'étant établis dans plusieurs pays soumis aux Romains, firent venir de nouvelles troupes à leur secours, tandis que l'Angleterre se révoltit et reconnoissoit en qualité d'empereur un soldat nommé *Constantin*, qui après s'être emparé d'une partie des Gaules et de l'Espagne, donnoit le gouvernement de ce dernier Etat à son fils *Constant*. *Stilicon* étoit soupçonné d'entretenir tous ces mouvemens. L'empereur *Honorius* ouvrit enfin les yeux, et fut secondé par les troupes. Les soldats instruits des intrigues secrètes que *Stilicon* avoit entretenues avec les Barbares, pour mettre son fils sur le trône, entrèrent en fureur contre lui, massacrèrent tous ses amis, et le cherchèrent pour l'immoler à leur vengeance. A cette nouvelle, *Stilicon* se sauva à Ravenne; mais *Honorius* l'ayant poursuivi, lui fit trancher la tête, l'an 408. Son fils *Eucher* et *Sérène* sa femme, furent étranglés quelque temps après. *Stilicon* étoit un politique habile, un négociateur adroit, un guerrier en même temps prudent et hardi. Il eût été un sujet utile et un bon citoyen sous un prince ferme et vigilant; il fut un factieux sous *Honorius*. I. STILLINGFLEET (Edouard) — théologien Anglois, naquit en 1639 à Cranburn, dans le comté de Dorset. L'évêque de Londres le fit curé de la paroisse de St-André, et peu après le roi *Charles II* le choisit pour un de ses aumôniers. Son mérite le fit élever à l'évêché de Worcester, et charger par le roi *Guillaume III* de revoir la Liturgie Anglicane. Ses ouvrages ont été imprimés en 6 vol. in-fol. On estime sur-tout ses *Origines Britannicae*; ses *Ecrits* contre *Locke*, qui avoit avancé qu'on ne pouvoit prouver l'immortalité de l'ame que par l'Écriture. *Champion* a donné une traduction françoise, in-8°, du Traité intitulé : *Si un Protestant, laissant la Religion Protestante pour embrasser celle de Rome, peut se sauver dans la Communion Romaine ?* L'original avoit paru à Londres en 1677. Ce célèbre théologien mourut en 1699 dans la 64$^{e}$ année de son âge. Son fils nommé *Edouard* comme lui, mort en 1708, et son petit-fils *Benjamin*, en 1771, à 69 ans, cultivèrent la physique et la littérature. Le dernier a laissé divers Écrits.
II. STILLINGFLEET, (Benjamin) poète et naturaliste Anglois, mort en 1771, à l'âge de 69 ans, voyagea long-temps dans diverses contrées de l'Europe, et à son retour il publia : I. Des Poésies dans la collection de Dodsley. II. Des Voyages et Mélanges, 1759, in-8. III. Le Calendrier de Flore, 1761, in-8. IV. Principes et puissance de l'harmonie, 1771, in-4.
STILPON, philosophe de Mégare vers l'an 306 avant J. C., s'insinuoit si facilement dans l'esprit de ses élèves, que tous les jeunes philosophes quittoient leurs maîtres pour le venir entendre. On dit que, reprochant un jour à la courtisane Glycère, qu'elle corrompoit la jeunesse : Qu'importe, lui répondit-elle, par qui elle soit corrompue, ou par une courtisane ou par un sophiste?... Stilpon piqué de cette réponse, réforma, ajoute-t-on, l'école de Mégare, et en bannit les sophismes, les subtilités inutiles, les propositions générales, les argumens captieux, et tout cet étalage de mots vides de sens, qui a si long-temps infecté les écoles du Paganisme et celles du Christianisme. Demetrius Poliorcète roi de Macédoine, ayant pris Mégare, fit défense de toucher à la maison de notre philosophe : mais ses ordres furent mal observés. Le vainqueur lui ayant demandé s'il n'avoit rien perdu dans la prise de la ville ? Non, répondit Stilpon, car la guerre ne sauroit piller la vertu, le savoir, ni l'éloquence. Il donna en même temps des instructions par écrit à ce prince, pour lui inspirer l'harmonie et la noble cause de faire du bien aux hom- mes. Demetrius en fut si touché, qu'il suivit depuis ses conseils. On dit que Stilpon avoit des sentimens fort équivoques sur la Divinité ; mais ces soupçons téméraires sur la façon de penser des grands hommes, demanderoit des preuves convaincantes. Stilpon fut regardé comme un des chefs des Stoïciens. Plusieurs républiques de la Grèce eurent recours à ses lumières, et se soumirent à ses décisions.
STIMMER, (Tobie) peintre et graveur du XVIe siècle, étoit de Schaffhouse, ville de Suisse. Il peignit à fresque les façades de plusieurs maisons dans sa patrie et à Franckfort. On a de lui un grand nombre d'Estampes sur bois. Le célèbre Rubens faisoit grand cas d'une suite de Figures, dont les sujets sont tirés de la Bible ; on y remarque beaucoup de feu et d'invention. Elles furent publiées en 1586.
STOA, Voy. QUINTIANUS.
STOBEE, (Jean) auteur Grec du IVe ou du Ve siècle, avoit écrit divers ouvrages, dont Photius fait mention dans sa Bibliothèque. Les plus importants sont ses Sentences, traduites en latin par Conrad Gessner, Lyon, 1608, et Genève, 1609, in-fol. Il ne nous en est resté que des fragmens, qui sont indubitablement de lui. Il s'y trouve bien des choses ajoutées par ceux qui sont venus après. Cet auteur est moins recommandable par son esprit ou par son érudition, que parce qu'il nous a conservé plusieurs morceaux précieux des anciens Poètes et des Philosophes, sur-tout par rapport à la morale. I. STOCK, (Simon) général de l'Ordre des Carnes, étoit Anglois. Il se retira dès l'âge de douze ans dans une solitude, et habita dans le creux du pied d'un gros arbre qui étant nommé Stock en anglois, donna le nom à ce célèbre pénitent. C'étoit à peu-près vers le temps où les Carmes passèrent de la Palestine en Europe. Il prit leur habit, devint leur général, et mourut à Bourdeaux en 1265, après avoir composé quelques ouvrages de piété, très-médiocres. Ses confrères ont prétendu que dans une vision la sainte Vierge lui donna le Scapulaire, comme une marque de sa protection spéciale envers tous ceux qui le porte-roient. L'Office et la Fête du Scapulaire ont été approuvés depuis ce temps-là, par le Saint-Siège. Launoy a fait un volume, pour montrer que la vision de Simon Stock est une fable, et que la Bulle appelée Sabbatine, qui approuve le Scapulaire est supposée; mais cette dévotion n'en a pas été moins répandue. Il n'est pas aisé de savoir, dit le P. Heliot, le temps auquel la confrérie du Scapulaire a été établie. Lezane dit que les papes Etienne V, Adrien II, Sergius III, Jean X, Jean XI et Sergius IV, ont remis la troisième partie de leurs péchés à ceux qui entroient dans cette association pieuse. Or Simon Stock n'étant mort qu'en 1265, et Etienne V ayant été élu pape en 816, et ayant accordé, selon les Carmes, des indulgences aux confrères du Scapulaire, il s'ensuit que cette confrérie étoit établie plus de 450 ans avant qu'on eût songé seulement au Scapulaire parmi les Carmes. Ce qu'on peut conclure encore, c'est que si les historiens du Scapulaire sont des hommes fort pieux, ils ne sont pas des critiques fort habiles. Quoi qu'il en soit, l'office et la fête du Scapulaire ont été approuvés depuis ce temps-là, par le Saint-Siège, comme n'ayant rien d'opposé à la foi des Chrétiens, et pouvant au contraire contribuer à la piété et à la dévotion envers la sainte Vierge: car c'est-là tout ce que signifient ces sortes d'approbations; l'Eglise n'ayant jamais prétendu attester la certitude d'aucune révélation ou vision particulière, même dans les Saints canonisés comme l'observent Noël Alexandre, Muratori, Benoit XIV.
II. STOCK, (Christian) né à Camburg, en 1672, fut professeur à Iène en 1717, et mourut en 1733, avec la réputation d'un homme profondément versé dans les langues Orientales. Ses principaux ouvrages sont: I. Disputations de pœnis Hebræorum capitalibus. II. Clavis Linguæ Sanctæ vet. Test.: c'est un Dictionnaire hébreu. III. Clavis Linguæ Sanctæ novi Testam.: c'est un bon Dictionnaire grec. Ses derniers ouvrages sont estimés.
STOCKADE, (Nicolas de Helt) peintre Hollandois, né à Nimègue en 1614, fut disciple de Rycaert, et voyagea en Italie pour se perfectionner dans l'exercice de son art. Il peignit avec goût l'histoire et le portrait, et ses tableaux sont recherchés.
STOFFLER, (Jean) né à Justingen dans la Suabe, en 1452, enseigna les mathématiques à Tubinge, et s'acquit une haute réputation, qu'il perdit en se mêlant de prédire l'avenir. Il annonça un grand déluge pour l'année 1524, et fit trembler toute l'Allemagne par cette prédiction. On fit faire des barques pour échapper à ce fléau : mais heureusement on n'en fut pas affligé, et l'astrologue insensé reconnut lui-même la vanité de sa prédiction. On a de lui plusieurs ouvrages de *Mathématiques* et d'*Astrologie*, pleins d'idées folles et chimériques. Il annonça, dit-on, qu'il périt d'une chute. En effet, s'étant levé précipitamment, dans une dispute, pour prendre un livre qu'il citoit en sa faveur, il attira en même-temps une planche qui lui porta un si grand coup à la tête, qu'il en mourut peu de jours après, le 16 février 1531. Un fatal hasard pour son malheur, le rendit véridique cette fois.
STOFFLET, (Nicolas) né à Lunoville, servit long-temps en qualité de simple soldat, et devint ensuite garde-chasse du comte de *Maulevrier*. Se trouvant, en 1793, dans le Bas-Anjou, entouré d'ennemis de la révolution de France, il les assembla, leva l'étendard de la révolte et s'empara de Bressuire. Il céda bientôt le commandement de sa petite armée à *d'Elbée* qu'il chérissoit, et ne le reprit qu'à la mort de ce dernier. Après diverses alternatives d'avantages, de pertes, il conclut, en 1795, un armistice avec le général *Hoche*; mais bientôt après, ayant voulu renouveler la guerre, il fut livré par les habitants de Saugrenière qu'il étoit venu solliciter à reprendre les armes, à un détachement françois qui le conduisit à Angers, où il fut fusillé le 23 février 1796. *Stofflet* mourut avec sang-froid, à l'âge de 44 ans. En deux ans, il avoit livré 150 combats où il avait été le plus souvent vainqueur.
STOICIENS ou STOIQUES, *Voyez* ZENON, n° 11, EPICTÈTE, CATON, et 11. BRUTUS.
STOLBERG, (Balthazar) luthérien, natif de Misnie, mort en 1684, fut professeur de la langue grecque à Wittemberg. On a de lui de savantes *Dissertations* sur divers textes difficiles de l'Écriture. I. STONE, (Jean) peintre Anglois, mort à Londres en 1653, excelloit à copier les tableaux des meilleurs maîtres.
II. STONE, (Edmond) mathématicien Ecossois, étoit fils d'un garçon jardinier du duc d'*Argyle*. Un valet lui apprit à lire, et il n'avoit que 18 ans, que, sans le secours d'aucun maître, il savoit le latin, le françois, l'arithmétique et la géométrie. Le duc d'*Argyle* l'ayant trouvé étudiant un ouvrage de Newton, l'interrogea, fut surpris de son esprit et de ses connoissances, et le mit à portée de les perfectionner. On doit à *Stone*, un *Dictionnaire* de Mathématiques, et un *Traité* des Fluxions : il est mort à la fin du XVIII$^{e}$ siècle.
III. STONE-HOUSE, (Jacques) médecin et théologien Anglois, mort en 1795, à l'âge de 80 ans, a publié un livre qui a eu beaucoup de cours en Angleterre, et qui est intitulé : *Avis amical à un malade*. I. STORCK, (Nicolas) étoit de Saxe et originaire de Zwickaw en Silésie. Son nom, qui en allemand signifie *Cigogne*, fut changé en celui de *Pelargus*, qui signifie un grecla même chose. Après avoir été fortement attaché à Luther, il l'abandonna, et forma une nouvelle secte d'Anabaptistes avec Thomas Muncer, vers l'an 1522. Il ne manqua pas d'assurer que le Seigneur lui avoit parlé par un ange, pour lui promettre la souveraineté de l'Univers. Il cherchoit à abolir toutes les sources de la tradition : monumens de l'antiquité, Pères de l'Eglise, Conciles. La lecture de l'Écriture-sainte lui paroissoit une occupation au moins infructueuse. Il soutenoit que l'unique application d'un chrétien, devoit être de céder à l'inspiration, et de s'abandonner à la force de l'esprit intérieur. Sa secte devint nombreuse. Luther ne put en arrêter le cours, qu'en obtenant du duc de Saxe un édit de proscription contre Storck, Muncer et leurs adhérens. Storck se retira à Zwickaw, d'où il alla en Souabe et en Franconie, où il fit soulever les paysans contre leurs seigneurs. Il fallut recourir aux armes pour dissiper cet orage, et il se fit alors un grand carnage de ces fanatiques. Storck fut assez heureux pour se sauver dans son pays. Ses sectateurs s'emparèrent, à son instigation, des églises avec violence, et en chassèrent les véritables pasteurs. Le mal eût été beaucoup plus loin, si Storck n'eût été banni par arrêt. Alors il passa en Pologne en 1527; mais ayant beaucoup perdu de son crédit dans ce royaume, il se retira à Munich, en Bavière, où il jeta le fondement d'un anabaptisme outré, qui dans la suite, s'établit en corps de république dans la Moravie. Cependant ce séducteur, malgré ses succès, mourut accablé de misère.
II. STORCK, (Ambroise) théologien Allemand, de l'Ordre de St-Dominique, appelé en latin Pelargus, combattit avec zèle les hérétiques par ses sermons. Il assista, en 1546 et 1552, au concile de Trente, en qualité de théologien de l'archevêque de Trèves; il y mourut en 1557, après s'être signalé dans cette auguste assemblée par son éloquence. On a de lui un Traité du Sacrifice de la Messe, contre Écolampade; et un Recueil de ses Lettres à Erasme, avec celles que ce savant lui avoit écrites, et d'autres ouvrages, Fribourg, in-fol. 1534. Son style est assez poli.