III. STORCK, (Abraham) peintre Hollandois, mort en 1768, excelloit dans la représentation des ports et des vues de mer. Il ornoit ses tableaux d'une foule de petites figures dessinées avec art, et qui présentent autant de variété que d'agrément. — Ce peintre avoit un frère bon paysagiste, dont on a des Vues du Rhin.
STORER, (Mœris) poète Anglois, mort de la consomption en 1799, a publié des Poésies latines, élégamment écrites. Très-lui avec lord North, il en partagea les opinions politiques. Storer jouissant d'une assez grande opulence, en consacra la plus grande partie à recueillir une bibliothèque nombreuse et bien choisie, où l'on remarquoit la beauté des reliâres, et qui renfermoit ce qu'il y avoit de plus curieux en ce genre: il l'a léguée au collège d'Éton. I. STOSCH, (Guillaume) né à Berlin en 1646, mort dans la même ville en 1707, est auteur d'un livre intitulé : Concordia. 416 STO *Rationis et Fidei*, imprimé à Gouben, sous le nom d'Amsterdam, en 1692. Ce livre est infecté des idées des Sociniens et des Athées.
II. STOSCH, (Philippe) donna, en latin, les *Explications* des Pierres gravées, que *Bernard Picart* avoit mises au jour. *Limiers* les traduisit en françois; et ce Recueil curieux fut imprimé à Amsterdam en 1724, in-fol.
STOUFFACHER, (Werner) Suisse du canton de Schwitz, résolut en 1307 de mettre en liberté sa patrie opprimée par les vexations de *Grisler*, qui en étoit gouverneur pour l'empereur *Albert I*. Il communiqua son dessein à *Walther Furst*, du canton d'Ury, et à *Arnold de Meichtal*, de celui d'Underwald. Après s'être associé quelques-uns de leurs amis, entre autres le fameux *Guillaume Tell* qui tua *Grisler*, ils s'emparèrent des citadelles qu'*Albert* avoit fait construire pour les contenir, seconèrent le joug, et firent une ligue qui fut l'origine de la liberté et de la république des Cantons Suisses.
STOUP, *Voyez* STUPPA.
STOW, (Jean) de Londres, où il mourut en 1605, est auteur d'une *Chronique d'Angleterre*, in-fol., et d'une *Description de Londres*, 1720, 2 vol. in-fol. On trouve dans ces deux ouvrages des choses utiles; mais le dernier ne pouvoit servir qu'à faire connoître ce qu'étoit Londres il y a deux siècles, avant que M. *Strype* donnât l'édition de 1720, très-augmentée par l'éditeur. I. STRABON, philosophe et historien, natif d'Amasie, ville de Cappadoce, florissoit sous *Auguste* et sous *Tibère*, vers l'an 14 de J. C. *Xenarchus*, philosophe Péripatéticien, fut son premier maître, et il fut aussi disciple de *Molon* célèbre rhéteur de l'île de Rhodes. Il s'attacha ensuite aux Stoïciens, et eut les vertus de cette secte. On croit qu'il mourut vers la XIIe année de l'empire de *Tibère*, sous lequel il étoit venu à Rome. De tous ses ouvrages, nous ne possédons plus que sa *Géographie* en 17 livres. La plus ancienne édition est de 1472, in-fol. Les meilleures sont, de Paris, 1620, in-fol.; d'Amsterdam, 1707, en 2 vol. in-fol., et de la même ville, 1652, 2 vol. in-12. Cet ouvrage est un monument de l'érudition et de la sagacité de son auteur. Il voyagea en divers pays, pour y observer la situation des lieux et les coutumes des peuples qu'il décrit avec beaucoup d'exactitude. Il avoit parcouru sur terre et sur mer, du levant au couchant, depuis l'Arménie jusqu'à cette partie de la Toscane qui répond à la Sardaigne; et du nord au midi, depuis le Pont-Euxin jusqu'au fond de l'Arabie. Il raconte ce qu'il n'a pas vu par lui-même, d'après les Ecrits et les Discours de gens habiles et dignes de foi. *Strabon* avoit composé des Commentaires historiques, et d'autres Traités qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous.
II. STRABON, Sicilien, avoit si bonne vue, qu'étant au Cap de Marzala ou de Lilybée dans la Sicile, il découvroit les vaisseaux qui partoient du port de Carthage en Afrique, et en comptoit toutes les voiles, quoiqu'il en fût éloigné d'environ 130 milles d'Italie, c'est-à-dire, à 43 lieues environ. *Valère-Maxime* l'appelle *Lyncée*; mais ce *Lyncée* n'a pas existé ou n'avoit pas la faculté qu'on lui attribue.
STRABON, *Voy. WALLAFRID.* I. STRADA, (Famien) jésuite de Rome, mort au collège Romain, en 1649, à 78 ans, professa long-temps les belles-lettres dans sa Société, et se fit un nom par sa facilité d'écrire en latin. Les princes *Farnèse* l'engagèrent à écrire l'*Histoire des Guerres des Pays-Bas*. Elle est divisée en deux décades. La première qui s'étend depuis la mort de *Charles-Quint* jusqu'en 1578, vit le jour à Rome en 1640, in-fol. La seconde, qui renferme les événemens depuis 1578 jusqu'à l'an 1590, fut imprimée au même endroit en 1647, in-fol. On en a une *Traduction* françoise, Bruxelles, 4 vol. in-12. Cet historien a de l'imagination; il écrit d'une manière brillante et animée; mais il est jésuite et rhéteur, les harangues, les digressions, les descriptions étudiées surchargent son ouvrage. Il ignore la guerre et la politique, et ne dit la vérité qu'à moitié, sur-tout lorsqu'il est question des Espagnols qu'il flatte trop. Sa qualité de Jésuite excita la bile de *Scioppius* contre son Histoire. Celui-ci en fit une Critique qu'il intitula: *Infamia Famiani Stradæ*, et dans laquelle il répandit le fiel à pleines mains: cette critique au lieu de ruiner la réputation de *Strada*, ne servit qu'à l'établir encore davantage. Le latin de cet histo- histo-rien est assez pur, quoique inférieur à celui de *Maffée*. On a encore de lui *Prolusiones Academicae*; ce sont des dissertations sur différens sujets de littérature, écrites avec élégance et pureté. On y trouve des imitations des meilleurs poètes latins, dont il prend si bien le style, que les plus habiles pourroient s'y méprendre. Ce livre moins connu que son Histoire, lui est peut-être préférable.
II. STRADA, (Jacques) né à Mantoue, se fit un nom dans le XVIe siècle, par son habileté à dessiner les médailles anciennes. Son fils, *Octave STRADA*, hérita des talens de son père. Il publia les *Vies des Empereurs* avec leurs médailles, en 1615, in-fol, depuis *Jules-César* jusqu'à *Mathias*. Cet ouvrage n'est pas toujours exact.
III. STRADA, (Jean) peintre, né à Bruges en 1570, mort à Florence en 1604. Le séjour que ce peintre fit en Italie, et ses études d'après *Raphaël*, *Michel-Ange*, et les statues antiques, perfectionnèrent ses talens. Il avoit une veine abondante, et beaucoup de facilité dans l'exécution; il donnoit des expressions fortes à ses têtes. On lui reproche des draperies sèches, et un goût de dessin lourd et maniéré. Il a fait beaucoup d'ouvrages à fresque et à l'huile, à Florence, à Rome, à Reggio, à Naples; il a composé aussi plusieurs cartons pour des tapisseries. Ses tableaux d'histoire sont fort estimés; mais son inclination le portoit à peindre des *Animaux* et à représenter des *Chasses*: ce qu'il a fait en ce genre, est parfait. Ses dessins sont d'un précieux infini.
STRAFFORT, (Thomas Wentworth, comte de) d'une famille distinguée d'Angleterre, étoit un seigneur plein de courage et d'éloquence. Il se signala dans le parlement contre l'autorité royale. Charles I le mit du parti de la cour par ses bienfaits; il le nomma comte de Straffort, et vice-roi d'Irlande. Depuis lors, Straffort se dévoua avec tant de chaleur à son service, que les grands et la nation, irrités contre Charles, tournèrent toute leur fureur contre son favori. La chambre des Communes l'accusa de haute trahison. On lui imputa quelques malversations inévitables dans ces temps orageux, mais commises toutes pour le service du roi. Les pairs le condamnèrent au dernier supplice. Il falloit le consentement de Charles pour l'exécution. Le peuple demandoit sa tête à grands cris. Straffort poussa la grandeur d'une jusqu'à supplier lui-même le roi de consentir à sa mort. La nécessité détermina enfin le roi, qui nomma quatre commissaires pour signer le bill en son nom, ne pouvant se résoudre à le faire de sa propre main. Straffort à cette nouvelle, ne put s'empêcher d'en témoigner sa surprise par ce passage de l'Écriture, trop convenable aux circonstances: Ne mettez pas votre confiance dans les Princes, ni dans les enfans des hommes, parce qu'il n'y a point de salut à espérer d'eux. Il marcha cependant au supplice avec une fermeté héroïque. Je crains, dit-il sur l'échafaud, que ce ne soit un mauvais présage pour la réforme qu'on projette dans l'Etat, que de commencer par l'effusion du sang innocent... Charles I se reprocha jusqu'à la fin sa foiblesse comme un crime. Il avoit promis au comte que le Parlement ne toucheroit pas à un poil de sa tête, et il ne pouvoit s'excuser lui-même d'avoir consenti à la mort d'un si fidelle serviteur. Il eut la tête tranchée le 12 mai 1641. Straffort répétoit souvent à son maître une maxime mémorable: Si quelquefois la nécessité oblige les Souverains de violer les Lois, on doit user de cette licence avec une extrême réserve; et aussitôt qu'il est possible, on doit faire réparation aux Lois, pour tout ce qu'elles ont pu souffrir de ce dangereux exemple. « Ce ministre (dit M. l'abbé Millot) n'étoit pas sans doute exempt de reproche. Mais Rabin Thoyras nous paroît trop prévenu contre son mérite. Pendant son gouvernement d'Irlande, il acquit dans cette importante et difficile commission, un droit éternel à la reconnaissance publique. Ses soins, sa vigilance, sa fermeté y avoient maintenu la paix, augmenté les ressources, encouragé l'agriculture et l'industrie, établi des manufactures, rendu la marine cent fois plus forte qu'il ne l'avoit trouvée, et toujours concilié les intérêts du roi avec ceux des peuples. » Quand ses juges lui reprochèrent quelques actes de juridiction arbitraire, justifiés par la coutume ou par les circonstances, il leur dit: Si vous examinez les Ministres du Roi dans les plus minces détails, l'examen deviendra intolérable; et si, pour de légères fautes, vous les soumettez à des peines rigoureuses, les affaires publiques seront abandonnées. données. Jamais homme sage, qui aura une réputation ou une fortune à perdre, ne voudra s'engager dans des périls si affreux pour des choses de si peu de conséquence. La mort de Charles suivit bientôt celle de ce généreux infortuné, dont la mémoire fut réhabilitée sous Guillaume III. Le jésuite d'Orléans, dans ses Révolutions d'Angleterre, se plaint d'un historien qui a fait mourir Straffort en vrai chrétien, puisqu'on ne peut mourir en vrai chrétien, dit-il, quand on ne meurt pas dans la vraie Eglise. Mais si Straffort mourut avec toute la résignation qu'inspire le christianisme, on peut dire qu'il eut à sa mort les sentimens d'un chrétien, et qu'il est à regretter qu'il n'ait pas eu la foi d'un catholique.
STRAFTEN, (N. Vander) peintre Hollandois, né en 1680, voyagea beaucoup et devint l'un des plus célèbres paysagistes de son siècle. Ses mœurs furent déréglées, et il mourut jeune, victime de ses plaisirs immodérés.
STRAIGHT, (Jean) littérateur Anglois, mort à la fin du XVIIIe siècle, a publié des Discours choisis, en 2 vol., et des Poésies agréables, insérées dans le recueil de Dodsley.
STRANGE, (Robert) graveur Ecossois, fut élève à Edimbourg de Richard Cooper, vint à Rouen prendre des leçons d'anatomie de Le Cat, et ensuite à Paris, où il apprit de Le Bas l'usage de la pointe sèche. Cet artiste renommé a beaucoup gravé d'après les tableaux des grands maîtres, et est mort en 1791. Il avoit été nommé professeur à l'académie de Parme.
STRAPAROLE, (Jean-François) auteur Italien, né à Caravage, s'amusa à écrire des Contes dans le goût de Bocace. Cet auteur vivoit dans le XVIe siècle. Il nous a laissé quelques rapsodies sous ce titre: Le Piacevole Notti, in-8. Elles contiennent treize Nouvelles qu'il appelle agréables, et que plusieurs personnes de goût trouvent assez insipides. Louveau et la Rivei perdirent leur temps à les traduire en françois. On a fait deux éditions de cette traduction: l'une à Paris, l'Angelier, 1596, 2 tomes en 1 vol. in-16; l'autre en 1726, 2 vol. in-12. Les bonnes éditions, en italien, sont des années 1557, 1558, 1560, à Venise, in-8°, et 1599, in-4°; les autres sont chatrées. I. STRATON, roi de Sidon, ayant refusé de rompre son alliance avec Darius, roi des Perses, fut détrôné par Alexandre le Grand, qui donna sa couronne à Abdalonyme, prince de la famille royale.
II. STRATON, philosophe Péripatéticien de Lampsaque, fut disciple de Théophraste à l'école duquel il succéda, l'an 248 avant J. C. Son application à la recherche des secrets de la nature, le fit surnommer le Physicien. On lui a reproché de n'avoir pas reconnu l'auteur de cette nature qu'il étudioit. «Aristote, dit M. l'abbé Pluquet, suppose que tous les êtres sortent d'une matière étendue, mais qui n'a par elle-même ni forme, ni figure, et qu'il appelle la matière première. Cette matière première existe par elle-même, le mouvement qui l'agite est nécessaire comme elle; et quoique Aristote reconnaît que les esprits sont des F f · 450 êtres immatériels, cependant il avait quelquefois semblé sup- poser que les esprits étoient sortis de la matière. Straton en rap- prochant ces différentes opinions d'Aristote, crut que la matière première suffisoit pour rendre raison de l'existence de tous les êtres, et qu'en supposant le mou- vement attaché à la matière pre- mière, on trouvoit en elle et la cause, et le principe de tout. » Ce philosophe fut choisi pour pré- cepteur de Ptolomée Philadelphe, qui le combla de bienfaits. Il avait fait des Traités de la Ro- yauté, de la Justice, du Bien, et plusieurs autres ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu'à nous.
STRATONICE, Voyez COM- BABUS.
STRATONIQUE, trésorier de Philippe, roi de Macédoine, et d'Alexandre son fils, passoit pour le plus riche particulier de son temps. C'étoit le Crassus des Grecs.
STREATER, (Robert) pein- tre Anglois, né en 1624, mort de la pierre en 1680, peignit également bien l'Histoire et le Portrait. Ses connoissances fuient variées et ses mœurs douces.
STREBÉE, (Jacques-Louis) de Rheims, habile dans le grec et dans le latin, mort vers 1550, est connu par une Version latine, 1556, in-8°, des Morales, des Economiques et des Politiques d'Aristote, aussi élégante que fidelle.
STREECK, (Juriam Van) peintre Flamand, né en 1652, dont les tableaux sont estimés, quoiqu'ils soient presque tous marqués des emblèmes de la mort, qu'il peignoit avec beau- coup de succès.
STREIN, (Richard) Strinius, baron de Swarzenow en Autri- che, conseiller-bibliothécaire et surintendant des finances de l'em- pereur, mourut en 1601, et laissa quelques ouvrages : I. Un Traité de Gentibus et familiis Romano- rum, Paris, 1599, in-fol., où il a éclairci les antiquités Ro- maines. II. Discours pour dé- fendre la liberté des Pays-Bas. III. Commonitorium de Roberti Bellarmini Scriptis atque Libris. Il étoit Protestant. On conserve de lui dans la Bibliothèque de l'empereur, un Manuscrit inti- tulé : Anti-Anicien. Il y réfute le livre du Bénédictin Arnold Wion, qui avoit voulu prouver que de la famille Romaine ap- pelée Anicien, étoient sortis S. Benoît et les empereurs de la mais son d'Autriche.
STREITHAGEN, (André de) Streithagius, de Mertzenhaus près de Juliers, mort vers 1640, eut la direction de l'école et de l'orgue du collège des chanoines d'Heinsberg. On a de lui des Poésies et d'autres ouvrages ignorés. Pierre de STREITHAGEN son fils, naquit à Heinsberg en 1595, et mourut vers 1671, chanoine à Vassen- berg. Il ne faut pas le confondre avec un autre écrivain du même nom, né à Aix-la-Chapelle en 1592, et mort en 1654, après avoir été pasteur à Heidelberg, prédicateur anlique, et conseiller de l'électeur Palatin Charles-Louis. On a de celui-ci : I. Florus Chris- tianus, sive Historiarum de rebus Christiana Religionis libri qua- tuor, à Cologne, 1640, in-9°. Cet ouvrage est partial, et le style ne dédommage pas de ce défaut. *Streithagen* imite *Florus*, comme un Germain qui contre-fait un Romain. II. *Novus Homo*, sive de *Regeneratione Tractatus*, etc.
**STRIGELIUS**, (*Victorius*) né à Kausbeir dans la Soumbe en 1524, fut un des premiers disciples de *Luther*. Il enseigna la théologie et la logique à Leipzig; mais la conférence d'Eysenach où il se trouva en 1556, et sa dispute avec *Francowitz* lui furent funestes. Ses ennemis lui firent défendre de continuer ses leçons, ce qui l'obligea de se retirer dans le Palatinat. On le fit professeur de morale à Heidelberg, où il mourut le 26 juin 1569, à 45 ans. On a de lui des *Notes* sur l'ancien et le nouveau Testament, et d'autres ouvrages que personne ne lit.
**STROBELBERGER**, (Jean-Etienne) de Gratz en Styrie, reçut le bonnet de docteur en médecine à Montpellier en 1615, fut fait médecin impérial aux bains de Carlsbad, et mourut peu après, l'an 1630. On lui doit: I. *Gallie politica, medica Descriptio*, Iène, 1620, in-12. C'est une Description des principales villes, des académies, des fleurs, des fontaines minérales, des plantes, etc. de la France; mais elle est très-superficielle. II. *Historia Monspeliensis*, Nuremberg, 1625, in-12. C'est une Histoire de l'université de Montpellier, et des professeurs qui s'y sont distingués.
**STROMER**, (N.) Suédois, fut professeur d'astronomie à Upsal et a publié dans cette ville, une savante *Théorie* de la déclinaison de l'aiguille aimantée. Il est mort en 1770, et son éloge a été publié par *Ferner* son compatriote.
**STRONG**, (Joseph) musicien Anglois, mort à Carlisle en 1798, étoit aveugle depuis son enfance. Il n'en fut pas moins bon mécanicien. Il s'étoit fait l'Orgue sur lequel on alloit l'entendre, et il s'amusoit à faire tous ses vêtements.
**STROPHIUS**, roi de Phocide, étoit père de *Pilade*. C'est chez lui que se réfugia *Oreste* pour se soustraire à la cruauté de sa mère. **I. STROZZI**, (Tite et Hercule) père et fils, deux poètes latins de Ferrare, laissèrent des *Elégies* et d'autres *Poésies* latines d'un style pur et agréable. *Tite* mourut vers 1502, âgé de 80 ans. *Hercule* son fils, fut tué par un rival, en 1508, à l'âge de 38 ans. Ils avoient l'un et l'autre du mérite. Leurs *Poésies* ont été imprimées à Venise en 1513, in-8°, et à Paris, chez *Colines*, en 1530. *Hercule* donne de grands éloges au fameux *César Borgia*, le héros de *Machiavel*; ce qui ne fait honneur ni au poète, ni à l'historien.
**II. STROZZI**, (Philippe) issu d'une ancienne et riche maison de Florence, fut l'un de ceux qui après la mort du pape *Clément VII*, entreprirent de chasser de Florence *Alexandre de Médicis*, et d'y rétablir la liberté. On fit d'abord des remontrances à *Charles-Quint*; mais elles furent inutiles. Les conjurés résolurent alors d'ôter la vie à *Alexandre*. Ce dessein fut exécuté par Laurent de Médicis; mais Florence n'en fut que plus agitée. Après sa mort, le duc Cosme, successeur d'Alexandre [ Voyez ce mot, n° xv. ] poursuivit les conjurés. Philippe Strozzi se met pour lors à la tête de 2000 fantassins; ils se retirent dans un château, qui bientôt est assiégé et pris. Strozzi est fait prisonnier avec les autres mécontents; il est appliqué à la question, et il soutient ce supplice avec fermeté. Menacé d'être mis une seconde fois à la torture, il forme la résolution de mourir avec sa gloire. Il avoit une épée qu'un des soldats qui le gardoient, avoit laissée par mégarde dans sa chambre, il la prend et se la plonge dans le sein, après avoir écrit sur le manteau de la cheminée de sa prison, ce vers de Virgile, dans le quatrième livre de l'Enéide : Exorcière aliquis, nostris en ossibus, ulter : Il expira en 1538. Le malheur de Strozzi fut d'avoir été mal secondé dans le dessein de rendre la liberté à sa patrie. Il avoit de grandes qualités; il aimoit sur-tout l'égalité, qui est l'ame des républiques. Il posséda les premières dignités à Florence, sans faste et sans orgueil. Si quelqu'un de ses concitoyens, au lieu de l'appeler simplement Philippe, lui donnoit le titre de Messire, il se mettoit en colère, comme si on lui eût fait une injure : Je ne suis, disoit-il, ni Avorat, ni Chevalier; mais Philippe, né d'un Commerçant. Si vous voulez donc m'avoir pour ami, appelez-moi simplement de mon nom, et ne me faites plus l'in- jure d'y ajouter des titres; car attribuant à l'ignorance la première faute, je prendrai la seconde pour un trait de malice... M. Requier a publié l'Histoire de ce républicain, sous ce titre : Vie de Philippe STROZZI, premier Commerçant de Florence et de toute l'Italie, sous les règnes de Charles-Quint et de François I; et chef de la Maison rivale de celle de Médicis, sous la Souveraineté du Duc Alexandre : traduite du toscan de Laurent son frère, in-12, 1764.—La famille de Strozzi passa presque toute en France, où elle fut élevée aux premières dignités. De son épouse Clarice de Médicis, nièce du pape Léon X, Philippe eut Laurent STROZZI, cardinal et archevêque d'Aix, mort à Avignon le 4 décembre 1571; ROBERT, mari de Magdeleine de Médicis; LEON, chevalier de Malthe, et prieur de Capoue, illustre pour ses expéditions maritimes, et tué au siège du château de Piombino, en 1554; et PIERRE, maréchal de France. [ Voy. l'article suivant. ]
III. STROZZI, ( Pierre ) fils du précédent, maréchal de France, fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique; il quitta cette profession pour embrasser celle des armes. Il commença à les porter en Italie pour la France, en qualité de colonel, sous le comte Gui Bangoni, et contribua beaucoup à faire lever l'an 1536, le siège de Turin aux Impériaux. En 1538, après sa défaite près de Monte-Murlo en Toscane où fut pris Philippe son père, et où lui-même courut grand risque de l'être, il se retira à Rome et y resta jusqu'en 1542. La guerre s'étant rallumée alors entre François I et Charles-Quint, il leva à ses dépens une troupe de 200 arquebusiers à cheval, tous hommes d'élite, qu'il vint offrir à François I. Il se trouva au siège et à la prise de Luxembourg par les François, en 1543. Il fut battu en 1544 par les Impériaux, près de Serravalle, sur la frontière de l'état de Gênes. Après cette défaite, il traversa avec autant d'adresse que de bonheur, un pays occupé de tous côtés par les garnisons impériales. S'étant rendu à Plaisance, il y fit une levée de 8000 hommes de pied et de 200 chevaux, avec lesquels il vint joindre en Piémont l'armée françoise, commandée par le duc d'Enguien. En 1545, il se distingua sur la flotte commandée par l'amiral d'Annebaut, qui fit une descente sur les côtes d'Angleterre. Il passa en Ecosse l'an 1548, avec mille Italiens qui faisoient partie des troupes envoyées cette année par Henri II, à Marie Stuart, reine d'Ecosse, contre les Anglois, et il y fut blessé d'une arquebusade au siège d'Edimton. Il servit dans l'armée que le roi envoya en 1552, au secours d'Octave duc de Parme, en qualité de colonel de l'infanterie italienne; et la même année il eut part à la défense de Metz, assiégé par l'empereur. En 1554 il commanda l'armée envoyée par Henri II en Toscane, pour secourir la république de Sienne contre l'empereur et le duc de Florence; et il perdit le 2 août de cette année, la bataille de Marciano contre le marquis de Marignan, où il fut blessé de deux arquebusades. (Voy. I. AN-
GELI.) Sa défaite ne l'empêcha pas d'être honoré la même année du bâton de maréchal de France, et d'être fait lieutenant-général de l'armée du pape Paul IV, avec laquelle il reprit le port d'Ostie, et quelques autres places aux environs de Rome, l'an 1557. De retour en France, il contribua à la prise de Calais en 1558, et fut tué cette même année le 20 juin, au siège de Thionville, d'un coup de mousquet, à l'âge de 50 ans. Le Roi, dit-il en expirant, perd en moi un bon et fidèle serviteur. Il ne vécut qu'une heure après sa blessure. Sa réponse (si l'on en croit les Mémoires du maréchal de la Vieilleville) à une exhortation chrétienne que voulut lui faire en ce moment le duc de Guise, prouve qu'il tenoit peu à la religion. Le maréchal de Strozzi étoit cousin-germain de la reine Catherine de Médicis, par sa mère Clarice de Médicis, sœur de Laurent duc d'Urbin, père de Catherine. C'étoit un homme de la plus grande valeur, actif, entreprenant, mais malheureux dans ses expéditions, plus propre d'ailleurs à l'exécution qu'au commandement. Il étoit libéral et magnifique : il aimoit les sciences et les belles-lettres, et savoit très-bien le grec et le latin. Brantôme dit avoir vu de lui une Traduction en grec des Commentaires de César, qui étoient son livre favori. Il est enterré à Epernay en Champagne, dont la seigneurie lui appartenoit. Il avoit épousé Léodamie de Médicis, dont il eut Philippe qui suit [Voy. u° v]; et Claire, première femme d'Honorat de Savoie Ier du nom, comte de Tende.
IV. STROZZI, (Léon) frère du précédent, chevalier de l'ordre de St-Jean de Jérusalem, connu sous le nom de *Prieur de Capoue*, fut un des plus grands hommes de mer de son temps. Il se rendit célèbre par ses exploits, sur les galères de France, dont il fut général, et sur celles de Malthe. Il fut tué, en 1554, d'un coup d'arquebuse, en reconnoissant la petite ville de Scarlino sur la côte de Toscane. V. STROZZI, (Philippe) fils de *Pierre* maréchal de France, fut le dernier rejeton mâle de sa famille. Né à Venise au mois d'avril 1541, il fut amené en France par sa mère en 1547, et élevé en qualité d'enfant-d'honneur auprès du dauphin, depuis roi sous le nom de *François II*. Il fit ses premières armes sous le maréchal de *Brissac*, et se signala aux batailles de St-Denis et de Jarnac. Il fut le second mestre-de-camp du régiment des gardes-françoises en 1564, après la mort du capitaine *Charry*, qui avoit été le premier. Il succéda depuis à *Dandelot* dans la charge de colonel-général de l'infanterie françoise. Il fut fait prisonnier au combat de la Roche-Abeille contre les Protestans en 1569, et quelque temps après échangé contre *la Noue*. Ses services lui méritèrent le collier de l'Ordre du Saint-Esprit, qu'il reçut en 1579. Don *Antoine*, roi de Portugal, ayant obtenu de *Henri III* en 1582, une armée navale pour tenter de se remettre en possession de ses états, qui lui avoient été enlevés par le roi d'Espagne, *Philippe Strozzi* fut choisi pour la commander sous ses ordres. Il aborda dans l'île de St-Michel, où il défit la garnison espagnole; mais dans le combat naval qu'il livra à la flotte ennemie, près les Açores, le 26 juillet de la même année, il fut grièvement blessé, et jeté à la mer encore vivant, par ordre du marquis de *Santa-Crux*, amiral. Voici le récit de la mort de l'infortuné *Philippe Strozzi*, suivant *Torsay*, auteur de sa *Vie*, et qui avoit été son gouverneur. «Le seigneur *Strozzi* porté audit marquis, exposé sur le pont de cordes de son galion, quelqu'un lui fourra, par-dessous ledit pont de cordes, son épée dans le petit ventre; lui ôtant par ce coup inhumain et barbare... ce qui lui restoit encore de vie. Et étant, en cet état, présenté au marquis, icelui dédaignant de le regarder, se retourna de l'autre côté, après avoir fait signe qu'on le jetât en la mer; ce qui fut aussitôt exécuté, lui encore un peu respirant.» Ainsi périt, à l'âge de 42 ans, un des plus braves et des plus honnêtes hommes de l'Europe. La sœur de *Philippe Strozzi* épousa le comte de *Tende*, de la maison de Savoie.
VI. STROZZI, (Cyriaco) philosophe Péripatéticien, né à Florence en 1504, voyagea dans la plus grande partie de l'univers, sans que ses voyages interrompisent ses études. Il professa le grec et la philosophie avec beaucoup de réputation, à Florence, à Bologne et à Pise, où il mourut en 1565, à 63 ans. On a de lui un 1$^{re}$ et un 2$^{e}$ livres, en grec et en latin, ajoutés aux huit livres qu'*Aristote* a composés de la République; il a bien pris l'esprit de cet ancien philosophe; et l'imitateur égale quelquefois son modèle.
**VII. STROZZI**, (Laurence) sœur du précédent, née au château de Capalla à deux milles de Florence, l'an 1514, mourut en 1591, religieuse de l'Ordre de St-Dominique. Elle s'applique tellement à la lecture, qu'elle apprit diverses langues, sur-tout la grecque et la latine. Elle devint aussi habile dans plusieurs sciences outre la musique et la poésie. Nous avons de cette illustre religieuse un livre d'*Hymnes* et d'*Odes* latines sur toutes les Fêtes que l'Eglise célèbre, Parme, 1601, in-8. Cet ouvrage a été traduit en vers françois, par *Simon-George Pavillon*.
**VIII. STROZZI**, (Thomas) jésuite, né à Naples en 1631, s'est fait une réputation par ses ouvrages. Les plus connus sont: I. Un *Poème* latin sur la manière de faire le *Chocolat*. II. Un *Discours de la liberté*, dont les républiques sont si jalouses. III. Dix *Discours* italiens, pour prouver que J. C. est le Messie, contre les Juifs. IV. Un grand nombre de *Panégyriques*, où il y a beaucoup de pensées ingénieuses et quelques-unes de puériles.
**IX. STROZZI**, (Jules) se distingua par son talent pour la poésie italienne. Il mourut vers l'an 1636, après avoir donné un beau *Poème* sur l'origine de la ville de Venise. Il parut sous ce titre: *Venetia edificata*, 1624, in-fol., ou 1626, in-12. On a encore de lui: *Barbarigo o vero l'Amico sollevato*, *Poema Eroico*, Venezia, 1626, in-4. **X. STROZZI**, (Nicolas) autre poète Italien, né à Florence en 1590, mort en 1654. Ses Poésies italiennes sont fort recherchées. On a de lui les *Sylves du Par-* *nasse*, des *Idylles*, des *Sonnets*, et plusieurs Pièces fugitives; outre deux tragédies, *David de Trébizonde* et *Conradin*. **I. STRUCK**, *Voyez BAPTISTIN*.
**II. STRUCK**, (Samuel) imprimeur Allemand, renommé pour l'exactitude de ses éditions, imprimoit à Lubeck en 1720. On lui doit, en allemand, un *Traité* sur la pratique de l'Imprimerie.
**STRUDEL**, (Pierre) peintre Allemand, naquit dans le Tirol, et alla s'établir à Vienne; il y orna les églises et plusieurs édifices de ses tableaux qui y sont estimés. Il mourut en 1617.
**STRUENSÉE**, d'abord simple—médecin, puis devenu principal ministre Danois, montra de l'intelligence dans les négociations et de l'habileté en politique. Il s'efforça d'affranchir le Danemarck de l'espèce de tutelle où la cour de Russie le retenoit. Trop d'orgueil, des imprudences, une passion funeste pour la jeune reine *Caroline-Mathilde*, le rendirent conspirateur, et le conduisirent à l'échafaud le 26 juillet 1772. *Caroline* elle-même fut emprisonnée, exclue du trône et exilée à Zell, où elle mourut de chagrin au commencement de 1776.
**STRUTT**, (Joseph) mort en 1787, a publié un *Tableau des mœurs et usages des anciens habitans de l'Angleterre*, dont M. Boulard prépare une traduction en françois. On a encore de lui, les *Antiquités royales et ecclésiastiques de l'Angleterre*; et un *Dictionnaire des Graveurs*. Tous ces ouvrages sont pleins de recherches curieuses. **I. STRUVE**, (George-Adam) né à Magdebourg en 1619, professa la jurisprudence à l'ène, et F I 4 devint le conseil des ducs de Saxe : il mourut le 15 décembre 1692, à 73 ans, peu de temps après avoir fait le rapport d'un procès. Il appliquait aux magistrats ce mot d'un empereur Romain : *Oportet stantem mori*. C'étoit un homme d'un travail infatigable, d'un tempérament fort robuste, et d'une franchise qui lui gagnait tous les cœurs. Il fut marié deux fois, et se vit père de 26 enfans. On a de lui des *Thèses*, des *Dissertations*, et d'autres ouvrages de droit, parmi lesquels on distingue son *Syntagma Juris Civilis*... *Voy*. LILIENTHAL.
II. STRUVE, (Burchard Gotthlieb) fils du précédent, professeur en droit à l'ene comme son père, se fit respecter par ses mœurs et estimer par son érudition, et finit sa carrière le 25 mai 1738, dans un âge avancé. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Les plus connus sont : I. *Antiquitatum Romanarum Syntagma*, 1701, in-4°. C'est la première partie d'un grand ouvrage. Celle-ci regarde la Religion, et l'on y trouve des choses intéressantes. II. *Bibliotheca historica selecta* 1705, in - 8°. III. *Syntagma juris publici*, 1711, in-4°; ouvrage estimable, où l'auteur fait un bon usage de l'Histoire. IV. *Syntagma Historiae Germanicae*, 1730, 2 vol. in-fol. V. *Une Histoire d'Allemagne*, en allemand. VI. *Historia Misnensis*, 1720, in-8°, etc. Tous ces ouvrages sont savans et pleins de recherches.
STRUYS, (Jean) Hollandois, célèbre par ses voyages en Moscovie, en Tartarie, en Perse, aux Indes, etc. Il commença à voyager l'an 1647, par Mada- gassar jusqu'au Japon ; en l'an 1655, par l'Italie dans l'Archipel ; et enfin l'an 1668, par la Moscovie en Perse ; et ne revint dans sa patrie qu'en 1673. Les *Relations* qu'il en avoit faites, furent rédigées, après sa mort, par *Glanius*. Elles parurent à Amsterdam en 1681, in-4°; et depuis, en 3 volumes in-12, ibid. 1724, et Rouen, 1730 : elles sont intéressantes.
STRYCKIUS, (Samuel) né en 1640, à Lenzen, petit lieu du marquisat de Brandebourg, mort en 1710, voyagea dans les Pays-Bas et en Angleterre. De retour en Allemagne, il fut successivement professeur de jurisprudence à Franckfort-sur-l'Oder, conseiller de l'électeur de Brandebourg *Frédéric-Guillaume*, assesseur du tribunal souverain des Appellations à Dresde en 1690, conseiller aulique, et professeur en droit dans l'université de Hall. On a de lui divers ouvrages qui lui firent un nom célèbre. — *Jean-Samuel STRYCKIUS* son fils, professeur comme lui dans l'université de Hall, se distingua par son assiduité à ses devoirs, et par la clarté de ses leçons.
STRYPE, (Jean) ecclésiastique Anglois, né à Londres, de parens Allemands, mort en 1737, est connu par ses *Annales de la Réformation*, 4 vol. in-8°, et par d'autres ouvrages. *Voyez* STOW. I. STUART, (Robert) comte de Beaumont-le-Roger, seigneur d'Aubigny, plus connu sous le nom de *Maréchal d'Aubigny*, étoit second fils de *Jean Stuart III*, comte de Lénox, de la maison royale d'Angleterre. *STUART* signifie *Sénéchal* : titre qui passa en surnom à cette maison, laquelle possédoit héréditairement cette charge en Ecosse dès le XIIe siècle. Robert Stuart se signala par sa valeur dans les guerres d'Italie, et contribua au gain de plusieurs batailles. Ses belles actions lui méritèrent le beton de maréchal de France. Sa mort arrivée en 1543, fut une perte pour l'état. Il ne laissa pas de postérité. — Il ne faut pas le confondre avec Jean STUART, comte de Boucon, petit-fils de Robert II, roi d'Ecosse, qui amena 6000 bons soldats à Charles VII, alors dauphin. Il battit les Anglois à Baugé en 1421, fut défait à Crevant en 1423, et enfin tué devant Verneuil en 1424. Il avoit reçu l'épée de connétable le 24 août de la même année. Il ne laissa que des filles.
II. STUART, (Gauthier) comte d'Athol en Ecosse, fils de Robert II, roi d'Ecosse, fut convaincu en 1436, d'une conspiration contre Jacques I, roi de ce pays. On lui fit subir pendant trois jours les plus rigoureux supplices. Après lui avoir fait essuyer une espèce d'estrapade le premier jour, on l'exposa à la vue du peuple sur une petite colonne, et on lui mit une couronne de fer toute rouge sur la tête, avec cette inscription : Le Roi des Traitres. Le lendemain il fut attaché sur une claie à la queue d'un cheval, qui le traîna dans le milieu de la ville d'Edimbourg ; et le troisième jour, après l'avoir étendu sur une table élevée dans une grande place, on lui tira les entrailles du ventre, et on les jeta dans le feu pendant qu'il vivoit encore. Sa tête fut mise au haut d'une pique, et son corps coupé en quatre morceaux, que l'on envoya dans les quatre principales villes du royaume, pour y être exposés selon la coutume du pays.
III. STUART, (Gilbert) né à Edimbourg en 1744, mort à Musselburg village près de cette ville, en 1786, d'une hydropisie causée par des excès de bière, publia divers ouvrages, parmi lesquels on distingue : I. Sa Dissertation sur la Constitution Angloise. II. Son Histoire de Marie Stuart, qu'il tache de justifier. III. Le Tableau des progrès de la Société en Europe, traduit en françois, par Boulard. IV. L'Histoire de la Réforme. V. L'Histoire d'Ecosse depuis l'Etablissement de la Religion Reformée, jusqu'à Marie Stuart, 1782.
IV. STUART, (Jacques) célèbre antiquaire et architecte Anglois, né à Londres en 1713, mort en 1788, soutint sa famille dénuée de fortune, par ses talens; et après la mort de sa mère, il consacra une partie de qu'il avoit acquis à voyager en Italie. Là, lié étroitement avec l'architecte Revell, ils conçurent le projet d'aller visiter Athènes, pour en dessiner et en mesurer tous les monumens. Après l'avoir exécuté, Stuart publia le fruit de ses recherches, en 3 vol. in-fol. dont le premier parut en 1762, sous le titre d'Antiquités d'Athènes. Ce savant ouvrage fit nommer son auteur l'Athénien. A son retour en Angleterre, il fut nommé intendant de l'hôpital de Greenwich. V. STUART, (Les) rois d'Ecosse; Voyez ALBANIE... JAC-
QUES, n.º VIII à XIV... MARIE, n.º XII... et RIZZO.
STUBBS, (George) poète Anglois, devint ministre de la paroisse de Gunville, dans le comté de Dorset : il est mort dans le siècle qui vient de finir. Il a publié, en anglois, *Nouvelles Aventures de Télémaque*, et des *Poésies* estimées.
STUBER, né à Philadelphie, d'une famille Allemande qui s'y étoit établie, se livra à l'étude de la médecine, et ensuite de la jurisprudence ; il y acquit des succès, et mourut jeunes dans ces derniers temps. On a de lui la *Continuation de la Vie de Francklin*, écrite par lui-même. *Stuber* fut l'ami de ce physicien célèbre, et il ne lui a survécu que peu de temps.
STUCKIUS, (Jean-Guillaume) de Zurich, s'est acquis à la fin du XVI$^{e}$ siècle, de la réputation par son *Traité des Festins des Anciens et de leurs Sacrifices*, Zurich, 1591, in-fol, et qui se trouve dans un Recueil d'autres ouvrages sur l'antiquité, Leyde, 1695, 2 vol. in-fol. Il y rapporte la manière avec laquelle les Hébreux, les Chaldéens, les Grecs, les Romains et plusieurs autres nations faisoient leurs repas, et les cérémonies qu'ils observoient les jours de fêtes dans leurs sacrifices. Il y a beaucoup de recherches dans cet ouvrage. L'auteur mourut en 1607. On a encore de lui de savans *Commentaires* sur *Arrien*. Il paya un tribut d'admiration au héros de son siècle, à *Henri IV*, sous ce titre : *Carolus Magnus redivivus*, in-4.º, 1598. C'est un parallèle de ce bon, de ce grand roi, la tige des *Bourbons*, avec le fondateur de l'empire d'Occident.
STUDLY, (Jean) poète Anglois, servit avec distinction sous le règne d'*Elisabeth*, et fut tué en 1587 au siège de Bréda. On lui doit une *Traduction* des Tragédies de *Sénèque*.
STUKELEY, (Guillaume) antiquaire et médecin Anglois, né à Holbech dans la province de Lincoln, en 1687, mort à Eastham-Esssex, en 1765, fut long-temps détenu dans son cabinet par la goutte. Il soulagea ses douleurs par l'étude. On a de lui : I. *Curiosités de la Grande-Bretagne*, Londres, 1776, infol. II. *Palaographia Sacra*, in-4.º III. *Palaographia Britannica*, 1744.
STUNICA, (Jacques Lopez) docteur de l'université d'Alcala, a écrit contre *Erasme*, et contre les *Notes de Jacques le Fevre* d'Etaples sur les Epitres de *S. Paul*. Il mourut à Naples en 1530. On a encore de lui un *Itinerarium dum Compluto Romam proficuereatur*... Il étoit parent de *Diego STUNICA*, docteur de Tolède et religieux Augustin, qui vivait dans le même siècle. Celui-ci a fait plusieurs ouvrages, entre autres un *Commentaire* sur *Job*. I. STUPPA ou STOUP, (Pierre) natif de Chiavanne au pays des Grisons, leva en 1672, un régiment Suisse de son nom au service de *Louis XIV*, servit avec distinction dans la guerre de Hollande, et fut établi par le roi, commandant dans Utrecht. Il se trouva à la bataille de Senef. Sa bravoure lui mérita le grade de lieutenant-général, et le charge de colonel du régiment des Gar- des-Suisses en 1685. Le roi l'em- ploya en diverses négociations en Suisse, dont il s'acquitta avec succès. Ce guerrier négociateur mourut le 6 janvier 1701, dans la 81e année de son âge. Jamais Suisse ne posséda en même temps, en France, autant de régimens et de compagnies que Stuppa. Comme il sollicitoit un jour, au- près de Louis XIV, les appoin- temens des officiers Suisses, qui n'avoient pas été payés depuis long-temps, Louvois dit au roi: Sire, si votre Majesté avoit tout l'argent qu'elle et ses prédé- cesseurs ont donné aux Suisses, on pourroit paver d'argent une chaussée de Paris à Bâle. « Cela peut être, répliqua Stuppa; mais aussi si votre Majesté avoit tout le sang que les Suisses ont versé pour le service de la France, on pourroit faire un fleuve de sang de Paris à Bâle. Le roi frappé de cette réponse, fit payer les Suisses.
II. STUPPA, (N...) compa- triote et proche parent du précé- dent, fut d'abord pasteur de l'Eglise de Savoie à Londres, où il mérita la confiance de Cromwell. Il quitta ensuite le ministère pour les armes, devint brigadier dans les troupes de France, et fut tué à la journée de Steinkergue en 1692. Il est auteur du livre inti- tulé: La Religion des Hollan- dois, 1673, in-12, qu'il com- posa à Utrecht, pendant que les François en étoient les maîtres. Jean Braun, professeur de Gro- ningue, le réfuta dans sa Véri- table Religion des Hollandois, 1675, in-12. Ces deux livres firent du bruit dans le temps; ils sont oubliés aujourd'hui. I. STURM, (Jean Christophe) Sturmius, né à Hippolstein en 1635, fut professeur de philo- sophie et de mathématiques à Altorf où il mourut en 1703, à 68 ans. On a de lui plusieurs ouvrages. I. Collegium experi- mentale curiosum, Nuremberg, 1676 et 1701, in-4°. Il y parle de la chambre obscure, de la machine pneumatique, des baro- mètres, thermomètres, télesco- pes, microscopes, etc. On y voit aussi un projet de machine aérostatique conçue d'après la théorie du P. de Lana. II. Phy- sica electrica sive hypothetica, Altorf, 1730, 2 vol. in-4°. Il y examine en critique tous les systèmes de physique anciens et modernes. III. Physicae conci- liatricis conamina, Nuremberg, 1687, in-12. IV. Prælectiones contra Astrologiæ divinatricis vanitatem, Leipsig, 1722, 2 vol. in-4°. V. Mathesis enucleata, en 1 vol. in-8°. VI. Mathesis juve- nilis, en 2 gros vol. in-8°.
II. STURM, (Léonard-Chris- tophe) et non STURNI, comme d'autres l'appellent mal-à-propos, excelloit dans toutes les parties de l'architecture civile et militaire. Il naquit à Altorf en 1669, et mourut en 1719. On a de lui: I. Une traduction latine de l'Archite- cture curieuse de G. A. Bokler, à Nuremberg, 1664, in-fol. II. Un Cours complet d'Archite- cture, imprimé à Augsbourg, en 16 vol. I. STURMIUS, (Jean) né à Sleiden près Cologne en 1507, éleva une imprimerie avec Bud- ger Roscius, professeur en grec. Il vint à Paris en 1529, y fit des leçons publiques sur les auteurs Gross et Latins, sur la logique, qui eurent beaucoup d'approbateurs; mais son penchant pour les nouvelles hérésies l'obligea de se retirer à Strasbourg en 1537, pour y occuper la chaire que les magistrats lui avoient offerte. Il y ouvrit l'année suivante une Ecole qui devint célèbre, et qui par ses soins obtini de l'empereur *Maximilien II*, le titre d'Académie en 1566. Il mourut le 3 mars 1589, dans sa 82e année. Ce savant étoit non seulement propre au travail du cabinet, mais il s'acquitta bien des négociations et des emplois qu'on lui confia. Il étoit doux et tolérant, et il fut fâché de ne pas trouver ce caractère parmi les Luthériens, dont il avoit embrassé la secte. Il perdit la vue sur la fin de ses jours, et il supporta ce malheur avec constance. On a de lui : I. *Linguae Latinæ resolvendæ Ratio*, in-8.º II. D'excellentes *Notes* sur la *Béthorique d'Aristote* et sur *Hermogène*, etc.
II. STURMIUS, (Jean) natif de Malines, médecin et professeur de mathématiques à Louvain, se fit un nom par divers Traités. Les principaux sont : de *Institutione Principum*; de *Nobilitate litterata*, qui ont été réunis en 1 vol. sous le titre de *Institutio Litterata*, Torunii, 1586, in-4.º Il y a dans ce recueil deux autres vol. qui ne sont pas de *Sturmius*. On a encore de lui : de *Rosæ Hiericulantina*, Lovanii, 1607, in-8.º; ouvrage peu commun.
III. STURMIUS, (Jean-Christophe) mathématicien Allemand, né à Hippolstein en 1635, devint professeur de mathématiques et de philosophie à Altdorf, et mourut dans cette ville en 1703. On lui doit des *Traités* de Philosophie, un *Cours* complet de Ma- Mathématiques, une *Traduction d'Archimède*. Tous ses écrits sont en allemand.
STYCKIUS, (Jean-Guillaume) *Voy. STUCKIUS*.
STUVEL, (Esnest) peintre, né en 1657 à Hambourg, mort en 1712, acquit de la renommée par son talent à peindre les fleurs et les fruits.
SUAIRE, (le Saint-) *Voyez* VERONIQUE.
SUANEFELD, (Herman) peintre et graveur, Flamand d'origine, né vers l'an 1620. Le goût qu'*Herman* avoit pour le travail, lui faisoit souvent rechercher la solitude, ce qui le fit surnommer l'*Hermite*; on le nomma aussi *Herman d'Italie*, à cause de son long séjour en cette contrée. Ce peintre reçut les leçons de son art, de deux habiles maîtres, *Gérard Dow* et *Claude le Lorrain*. Il rencontra ce dernier à Rome, et lia une étroite amitié avec lui. *Herman* étoit un excellent paysagiste, il touchoit admirablement les arbres : son coloris est d'une grande fraîcheur; mais il est moins piquant que celui de *Claude le Lorrain*. A l'égard des figures et des animaux, *Suanefeld* les rendoit avec une touche plus vraie et plus spirituelle. I. SUARÈS, (François) jésuite, né à Grenade le 5 janvier 1548, professa avec réputation à Alcala, à Salamanque et à Rome. On l'appela ensuite à Conimbre en Portugal, et il y fut le premier professeur de théologie. Il mourut à Lisbonne en 1617, avec beaucoup de résignation : *Je ne pensois pas*, dit-il, qu'il *fât si doux de mourir* !... *Suarès* avoit une mémoire prodigieuse; il savoit si bien par cœur tous ses ou- vrages, que quand on lui en ci- toit un passage, dans le même instant il se trouvoit en état d'a- chever et de poursuivre jusqu'à la fin du chapitre ou du livre. Ce- pendant, le croiroit-on ? à peine ce savant homme put-il être ad- mis dans la Société. Il fut d'abord refusé; il fit de nouvelles instan- ces jusqu'à demander même à y entrer parmi les Frères. Enfin on le reçut, et l'on étoit encore sur le point de le renvoyer, lorsqu'un vieux Jésuite dit : *Attendons ; il me semble que ce jeune homme conçoit aisément, et pense quel- quefois fort bien*. Nous avons de lui 24 vol. in-fol., imprimés à Lyon, à Mayence, et pour la dernière fois à Venise, 1748. Ils roulent presque tous sur la *Théo- logie* et sur la *Morale*. Ils sont écrits avec ordre et avec netteté; il a su fondre avec adresse dans ses ouvrages, presque toutes les différentes opinions sur chaque matière qu'il traitoit : sa méthode étoit d'ajouter ensuite ses propres idées aux discussions théologiques, et d'établir avec solidité son sen- timent. Mais il surcharge trop souvent sa théologie de questions inutiles; et il perd quelquefois de vue la noble simplicité des dog- mes évangéliques. C'est lui qui est le principal auteur du système du *Congruisme*, qui n'est dans le fond que celui de *Molina* mieux assorti à la mode et au langage des théologiens, et ha- billé d'une manière moins cho- quante. « Dans le système de *Mo- lina*, dit M. l'abbé *Bossut*, Dieu d'abord voit par une prévision de simple intelligence, toutes les choses possibles. Il voit par une autre prévision, que *Molina* ap- pelle *Science moyenne*, ou la *Science des futurs conditionnels*, non-seulement tout ce qui arrivera en conséquence de telle ou telle condition, mais encore ce qui seroit arrivé, (et qui n'arrivera pas) si telle ou telle condition avoit eu lieu. Mais tous les hom- mes sont conditionnellement mu- nis de graces suffisantes pour opé- rer leur salut : graces qui devien- nent efficaces ou qui demeurent sans effet, selon le libre usage qu'ils en font. Lorsque Dieu veut convertir ou sauver un pécheur, il lui accorde des graces auxquel- les il prévoit par la science moyen- ne que le pécheur consentira, et qui le feront persévérer dans le bien. *Suarès* fit quelques correc- tions au système de *Molina*, et crut expliquer par le concours simultané de Dieu et de l'homme, comment la grace opère infailli- blement son effet, sans que l'hom- me en soit moins libre d'y céder ou d'y résister. Mais cette asso- ciation de la Divinité aux actes de notre volonté foible et chan- geante, est encore un mystère non moins impénétrable que tous les autres points de la dispute. » Son *Traité des Lois* est si estimé, qu'il a été réimprimé en Angle- terre. Son livre intitulé : *Défense de la Foi Catholique contre les erreurs de la secte d'Angleterre*, fut entrepris par ordre de *Paul V*. Ce Pontife voyant qu'un grand nombre de Catholiques Anglois prêtoient le serment exigé par *Jacques I*, fit proposer à *Suarès* par le cardinal *Caraffa*, son légat en Espagne, de prendre la dé- fense de la Religion. Le Jésuite obéit, et le pape satisfait de son ouvrage, l'en remercia par un bref du 9 septembre 1613. Le Traité de *Suarès* est dédié aux princes Chrétiens, et divisé en VI livres. Dans le sixième il discute la formule du serment qui révoltoit Rome et la plus grande partie des Catholiques. Il s'attendoit bien que son ouvrage ne seroit pas du goût du roi Jacques. Aussi ne fut-il pas surpris d'apprendre que ce prince l'avoit fait brûler à Londres devant l'église de Saint-Paul. On dit même qu'à cette nouvelle il témoigna envier le sort de son livre : Heureux, dit-il, si je pouvois sceller de mon sang les vérités que j'ai défendues avec ma plume. Le roi d'Angleterre ne se contenta pas d'avoir condamné au feu, et défendu sous de grièves peines la Défense de la Foi ; il se plaignit vivement au roi d'Espagne de ce qu'il souffroit dans ses états un écrivain assez téméraire pour oser se déclarer ouvertement l'ennemi du trône et de la majesté des rois. Philippe III fit examiner le livre de Suarès par des évêques et des docteurs ; et sur leur rapport il écrivit à Jacques I une longue lettre, où, après avoir justifié le Jésuite, il exhortoit ce prince à rentrer dans la voie de la vérité, que ses prédécesseurs avoient suivie pendant tant de siècles. L'ouvrage du Jésuite Espagnol ne fut pas si bien accueilli en France : il fut condamné à être brûlé de la main du bourreau, par arrêt du parlement de Paris, comme contenant des maximes séditieuses. Le P. Noël, jésuite, a fait un Abrégé de Suarès, imprimé à Genève, 1732, en 2 vol. in-fol. L'abréviateur a orné son Ouvrage de deux Traités ; l'un de Matrimonio, l'autre de Justitia et Jure. Le P. Deschamps a écrit la Vie de Suarès ; elle fut imprimée à Perpignan en 1671, in-4.º
III. SUARÈS, (Joseph-Marie) évêque de Vaison, d'une famille originaire d'Espagne, établie à Avignon, se retira à Rome chez le cardinal Barberin son ami, à qui il plaisoit par son savoir et par les agrémens de sa conversation. On a de lui : I. Une Traduction latine des Opuscules de saint Nil, à Rome, en grec et en latin, avec des Notes, en 1673, in-folio. II. Une Description latine de la ville d'Avignon et du Comtat Venaissin, in-4.º etc. III. M. d'Aultan, petit-neveu de cet évêque, possédoit dans sa bibliothèque à Avignon un grand nombre de volumes in-fol. manuscrits de la main de Suarès. Ce prélat mourut en 1678, dans un âge avancé.
SUAVIUS, (Lambert) habile graveur de Liège, florissoit dans le XVIe siècle. On le croit communément élève de Lombart ; il a presque toujours été occupé à graver d'après ce maître. On a de Suavius un Recueil de 48 Estampes, entre lesquelles on distingue la Résurrection de Lazare, les 12 Apôtres, les Sibylles, Jesus-Christ au tombeau, Saint Pierre et Saint Jean guérissant le boiteux à la porte du Temple ; elles sont d'un beau fini, mais un peu sèches.
SUBLET, (François) seigneur des Noyers, baron de Dangu, intendant des finances et secrétaire-d'état, étoit fils d'un maître des comptes de Paris, intendant de la maison du cardinal de Joyeuse. Le cardinal de Richelieu l'employa dans les affaires les plus importantes. Après s'être signalé par son zèle pour le service de l'état, il se retira dans sa maison de Dangu, où il mourut le 20 octobre 1645, à 57 ans. Ce ministre aimoit les arts et les talens. Il fonda l'Imprimerie royale dans les galeries du Louvre, et encouragea les auteurs par sa protection et par des récompenses.
SUBLEYRAS, (Pierre) peintre et graveur, né à Uzès en 1699, mort en 1749, prit les premiers élémens de peinture à l'école d'Antoine Rivals. Il se fit à Rome une si brillante réputation, que les princes, les cardinaux, le pape même voulurent avoir leurs portraits de sa main. Il fut aussi chargé d'un tableau pour Saint-Pierre de Rome, qu'on a mis en mosaïque dès son vivant; privilège flatteur, dont aucun autre artiste ne peut se vanter d'avoir joui. Le sujet de ce tableau représente saint Bazile célébrant les Saints Mystères, et recevant les dons de l'empereur Valens, l'appui des hérétiques, qui tombe évanoui dans les bras de ses gardes.
SUBLIGNY, (N...) avocat au parlement de Paris, au XVIIe siècle, cultiva plus la littérature que la jurisprudence, et donna des leçons de versification à la comtesse de la Suze. Livré au goût du théâtre, il permit que sa fille fût une des danseuses de l'Opéra. Ses ouvrages sont: I. Une Traduction des fameuses Lettres Portugaises, dont le chevalier de Chamilly, revenant de Portugal, lui donna les originaux, qu'il arrangea. Elles respirent l'amour le plus ardent. (Dorat les a mises en vers françois.) II. La folle Querelle : c'est une comédie en prose contre l'Andromaque de Racine. Elle fut représentée sur le théâtre du Palais royal en 1668. III. Quelques Kerits en faveur de Racine, dont il devint le panégyriste, après en avoir été le Zoile. IV. La Fausse Clélie, in-12, roman médiocre.
SUBTERMANS, (Juste) peintre Flamand, né à Anvers, mort en 1681, à l'âge de 80 ans, acquit de la célébrité par ses portraits et ses tableaux d'histoire. Son chef-d'œuvre se voit dans le palais de Florence, et représente l'hommage des Florentins à Ferdinand II.
SUCCA, (Marie de) fille d'un célèbre jurisconsulte de Liège, naquit dans cette ville en 1600, et s'y distingua par son érudition et ses profondes connaissances en mathématiques et en musique. Elle a publié quelques ouvrages, et est morte vers le milieu du XVIIe siècle.
SUCKLING, (Jean) poète Anglois, naquit à Vrinam en 1613, et mourut en 1641. On dit qu'il parloit latin dès l'âge de cinq ans. Dans sa jeunesse, il servit en Danemark sous Gustave-Adolphe, et se retira ensuite dans sa patrie, où il publia des Poésies, des Lettres, des Comédies, un Discours sur l'occasion, et un Examen de la religion par la raison. I. SUE, (Jean) chirurgien, né à la Cotte-St-Pol, vint à Paris dans sa jeunesse, et fut accueilli par Devaux, chirurgien renommé, qui lui apprit son art. L'élève égaïa bientôt le maître : sa pratique fut heureuse, son savoir étendu. Il apprit le latin à l'âge de 45 ans, pour interroger en cette langue les étudiants en médecine. Il a publié quelques Mémoires, dont le plus remarquable a pour objet la correction du Forceps alors en usage. Bienfaisant et ami des pauvres, ceux-ci pleurèrent sa mort arrivée à Paris le 30 novembre 1732. — II. SUE, (Jean-Joseph) frère du précédent, né en 1710, vint à Paris à 19 ans, devint l'élève de Verdier, célèbre anatomiste, et lui succéda dans la chaire de professeur d'anatomie. Il approfondit cette science dans tous ses détails, et en propagea la connoissance parmi un grand nombre d'élèves. Il est mort à Paris, le 10 décembre 1792, à plus de 82 ans. On lui doit : I. Plusieurs Mémoires intéressans, insérés dans le Recueil des Savans étrangers, publié par l'académie des sciences. L'un d'eux décrit dans deux individus, une transposition générale des viscères, en sorte que ceux du côté droit se trouvaient à gauche; un autre a pour objet l'examen de la structure et des vaisseaux de la matrice; un autre a calculé les proportions du squelette de l'homme, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse. II. Traité des bandages et appareils, 1746, in-12. On en a fait une seconde édition en 1761. III. Abrégé d'Anatomie, 1748, 2 vol. in-12, réimprimés en 1774. IV. Elémens de Chirurgie, 1755, in-8.º V. Anthropologie ou Traité sur l'art d'injecter, de disséquer et d'embaumer, 1759, in-8.º Il a été augmenté, et publié de nouveau en 1765. VI. Ostéologie, 1759, 2 vol. in-fol. avec 31 planches. Cet ouvrage est une traduction de celui de Monro, professeur d'anatomie à Edimbourg. C'est un chef-d'œuvre de typographie et d'exactitude dans le dessin. — Les neveux de Sue suivent avec distinction la même carrière.
SUEN-TI, empereur Chinois, régnoit dans le XIVe siècle, et se rendit recommandable par la sagesse de ses lois. Il prit pour leur base, le respect filial. Une de ses déclarations ordonne à tous les gouverneurs de l'empire, de lui faire connoître ceux qui ont témoigné une soumission particulière à leurs parens, pour qu'il puisse les récompenser. Un autre de ses édits dispense des corvées ordinaires, les enfans qui ont perdu leur père ou leur mère, pendant tout le temps destiné à leur rendre les honneurs funèbres.
SUENKFELD, (Gaspar) Voy. SCHWENFELD. I. SUETONE, (Caius Suetonius Paulinus) gouverneur de Numidie, l'an 40 de J. C., vainquit les Maures, et conquit leur pays jusqu'au-delà du Mont Atlas, ce qu'aucun autre général Romain n'avoit fait avant lui. Il écrivit une Relation de cette guerre, et commanda 20 ans après dans la Grande-Bretagne, où son courage et sa prudence éclatèrent également. Son mérite lui procura le consulat l'an 66 de J. C., et lui valut la confiance de l'empereur Othon, qui le fit un de ses généraux. Suétone ternit sa gloire, en abandonnant cet empereur. Il prit honteusement la fuite le jour du combat décisif, et s'en fit même un mérite auprès de Vitellius.
II. SUETONE, (C. Suetonius Tranquillus.) Le surnom de Tranquillus lui venoit de son père, à qui on avoit donné celui de Lenis, qui signifie à peu près la même chose. Suetonius Lenis, père de l'historien, étoit chevalier Romain et tribun de la treizième Légion. Son fils fut fort estimé estimé de l'empereur *Adrien*, qui en fit son secrétaire. Il perdit les bonnes graces de ce prince, pour avoir manqué aux égards dûs à l'impératrice *Sabine*. Le mépris qu'*Adrien* avoit pour son épouse, la rendoit triste, chagrine, d'une humeur difficile; et l'on croit que *Suétone* ne se rendit coupable envers cette princesse, que pour l'avoir brusquée dans ses mauvaises humeurs. D'autres disent qu'il étoit bien avec elle, et qu'*Adrien* le renvoya, parce qu'il soupçonnoit leur intelligence. *Suétone* après sa disgrace, vécut dans la retraite, et se consola avec les Muses de la perte des faveurs de la cour. *Pline le Jeune* qui étoit lié avec lui, dit que c'étoit un homme d'une grande probité et d'un caractère fort doux. *Suétone* avoit composé : I. Un *Catalogue des Hommes illustres de Rome*; mais cet ouvrage est perdu. II. Plusieurs ouvrages sur la *Grammaire*. III. Une *Histoire des rois de Rome*, divisée en trois livres. IV. Un Livre sur les *Jeux Grecs*, etc. Mais nous n'avons de lui que la *Vie des XII premiers Empereurs de Rome*, et quelques fragments de son *Catalogue des illustres Grammairieux*. Dans son Histoire de la *Vie des douze Césars*, il n'observe point l'ordre des temps : il réduit tout à certains chefs généraux, et met ensemble ce qu'il rapporte sous chaque chef. Son style manque de pureté et d'élégance. On lui reproche avec raison d'avoir donné trop de licence à sa plume, et d'avoir été aussi libre et aussi peu mesuré dans ses récits, que les empereurs dont il fait l'histoire l'avoient été dans leur vie. Il leur impute même quelquefois des forfaits qui ne paroissent pas être dans la nature. Il y a plusieurs éditions de cet auteur. La première est de Rome, 1470, in-fol. Les meilleures sont celles des *Variorum*, 1690, 2 vol. in-8.º... de Leewarde, 1714, 2 vol. in-4.º... d'Amsterdam, 1736, 2 vol. in-4.º... de Leyde, 1751, 2 vol. in-8.º... celle *ad usum Delphini*, 1684, in-4.º... celle du Louvre, 1644, in-12. Nous en avons une Traduction en françois, in-4.º, par *Duteil*, qui est plate, rampante et tronquée en quantité d'endroits; et deux autres beaucoup meilleures, publiées toutes deux en 1771; l'une par M. de la *Harpe*, en 2 vol. in-8.º; l'autre par M. *Delille*, sous le nom d'*Ophellet de la Pause*, en 4 vol. in-8.º I. SUEUR, ( Nicolas le ) en latin *Sudorius*, conseiller et ensuite président au parlement de Paris, assassiné par des voleurs, en 1594, dans sa 55ᵉ année, s'est fait un nom parmi les savans par sa profonde connaissance de la langue grecque. Il en a donné des preuves, principalement dans son élégante Traduction de *Pindare* en vers latins, publiée à Paris en 1582, in-8.º, chez *Morel*; et réimprimée dans l'édition de *Pindare*, donnée par *Prideaux*, à Oxford, en 1697, in-fol. Le *Sueur* imite son original avec la même fidélité, qu'un habile dessinateur copie les tableaux d'un grand maître.
II. SUEUR, ( Eustache le ) - peintre, né à Paris en 1617, mort dans la même ville en 1655, étudia sous *Simon Vouet*, qu'il surpassa bientôt par l'excellence de ses talens. Ce savant artiste n'est jamais sorti de son pays; cependant ses ouvrages G g offrent un grand goût de dessin, formé sur l'antique et d'après les plus grands peintres Italiens. Un travail réfléchi, soutenu d'un beau génie, le fit atteindre au sublime de l'art. Il n'a manqué à le *Sueur*, pour être parfait, que le pinceau de l'école Vénitienne : son coloris auroit plus de force et de vérité, et il auroit montré plus d'intelligence du clair-obscur. Ce peintre fit passer dans ses tableaux la noble simplicité et les graces majestueuses qui sont le principal caractère de *Raphaël*. Ses idées sont élevées, son expression est admirable, ses attitudes sont bien contrastées. Il peignoit avec une facilité merveilleuse. On remarque dans ses touches une franchise et une fraîcheur singulières. Ses draperies sont rendues avec un grand art. *Le Sueur* avoit cette simplicité de caractère, cette candeur et cette exacte probité qui donnent un si grand prix aux talens éminens. Ses principaux ouvrages sont à Paris. On sait qu'il avoit orné le petit cloître des Chartreux de peintures sublimes, que des envieux mutilèrent. Elles représentent l'histoire de *S. Bruno*, et se voient maintenant dans le *Museum* de Versailles, sous le n° 247 et suivans. Son fameux tableau de *S. Paul* est au-dessus de tout éloge. On a gravé d'après ses ouvrages. *Goulai* son beau-frère, ainsi que ses trois autres frères, *Pierre*, *Philippe* et *Antoine le Sueur*, et *Patel* avec *Nic. Colombel* ses élèves, l'ont beaucoup aidé.
III. SUEUR, (Jean le) ministre de l'église prétendue-réformée au XVII$^{e}$ siècle, pasteur de la Ferté-sous-Jouarre en Brie, se distingue par ses ouvrages. On a de lui : I. *Un Traité de la divinité de l'Écriture-Sainte*. II. *Une Histoire de l'Église et de l'Empire*, Amsterdam, 1730, en sept vol. in-4$^{e}$, et huit in-8$^{e}$. Cette *Histoire* continuée par le ministre *Pictet*, est savante et exacte, et il y a moins d'emportement que dans les autres Ouvrages historiques des Protestans. On y désirerait seulement plus de pureté dans le style.
IV. SUEUR on SEUR, (Thomas le) né à Rethel en Champagne, le 1 octobre 1703, entre dans l'ordre des Minimes en 1722; il enseigna avec distinction, la philosophie et la théologie, et fut appelé à Rome, où il eut une chaire de mathématiques à la Sapience et une de théologie à la Propagande. Il alla ensuite à Parme concourir à l'instruction de l'enfant Duc; et retourna de-là à Rome, où il mourut le 22 septembre 1770. Il jouit constamment de l'estime des papes sous lesquels il vécut : *Benoit XIV* l'honora plusieurs fois de sa visite. Il eut pour associé dans tous ses écrits, son estimable ami le *P. Jacquier*. L'amitié tendre et inaltérable de ces deux savans, fait honneur aux lettres. Tout fut commun entre eux, peines, plaisirs, travaux, la gloire même, celui de tous les biens dont on est le plus jaloux. Chacun des deux amis fit en entier le *Commentaire sur Newton*. Ils en comparoient ensuite les différens morceaux, et jugeaient à laquelle des deux manières on devoit donner la préférence; mais jamais on n'a su à qui appartenoit celle qui a été imprimée. Le *P. le Sueur* n'avoit aucune ambition, du moins s'il en eût été capable, elle auroit eu pour but l'élévation de son ami. Le cardinalat est un beau problème, disoit ce dernier dans une assemblée nombreuse; le Sueur ajouta: Je voudrois bien le résoudre pour vous. Après le retour d'un voyage que le P. Jacquier fit en France, les deux amis donnèrent sur le Calcul intégral, l'ouvrage le plus complet qu'on eût encore publié, et qui renferme toutes les méthodes jusqu'alors connues. Ce Traité parut en 1748, in-8°, et a été réimprimé en 1765, par les soins du duc de Parme. On avertit les deux savans, qu'on venoit de se servir de leur travail sans les citer: C'est une preuve qu'on l'a trouvé utile, répondirent-ils; et ils ne firent aucune réclamation. On attribue particulièrement à le Sueur des Principes de philosophie naturelle, en 4 vol. in-12; et Institutiones philosophicae, 1760, 5 vol. in-12. Le P. le Sueur ne montrant nul désir ni apparent ni caché, de se mettre au-dessus de ses confrères, dut en être beaucoup aimé, et il le fut en effet autant qu'il le méritoit. Il succomba à de longues infirmités en 1770. Deux jours avant de mourir, il paroissoit avoir perdu toute connoissance. Me reconnaissez-vous, lui dit le Père Jacquier, peu d'instans avant sa mort? Oui, répondit le mourant, vous êtes celui avec qui je viens d'intégrer une équation très difficile. Ainsi, au milieu de la destruction de ses organes, il n'oublia ni l'objet de ses études, ni l'ami avec qui tout lui fut commun. — Mad° d'Aleignat observe, dans une Lettre adressée à l'auteur de l'Année littéraire, que le Père le Sueur n'étoit point de l'académie des sciences, mais simple correspondant de cette société; et que M. de Fouchi ne lui a pas rendu le tribut d'éloge dû aux associés.
SUFFETIUS, Voy. METIUS.
SUFFOLCK, (le duc de) Voy. XI. MARIE.
SUFFREN, (Jean) jésuite, né à Salon en Provence, en 1571, se consacra à la direction et à la chaire. Sa piété et sa droiture le firent choisir pour confesseur de Marie de Médicis, qui engagea Louis XIII à lui donner la même place auprès de lui. Dans les disputes qui s'élevèrent entre ce prince et sa mère, Suffren voulut être conciliateur. Mais il déplut à Richelieu, et n'ayant que de la franchise dans une cour intrigante, il fut bientôt renvoyé. Il fut cependant toujours attaché à la reine, et mourut à l'lessingue, en 1641, en passant avec elle de Londres à Cologne, où elle alloit chercher un asile. Son Année Chrétienne, 4 vol. in-4°, composée à la prière de S. François de Sales, et abrégée par le P. Frizon, en 2 volumes in-12, Nancy, 1728, est écrite avec onction; et quoique le style de l'abréviateur soit plus correct, plusieurs personnes pieuses préfèrent la simplicité de l'original. (Voy. l'article de NOSTRADAMUS son compatriote.) — Nous ignorons si le bailli de Suffren, chevalier de Malthe et chef d'escadre, mort en 1789, étoit de la même famille; mais il étoit né en Provence, comme le Jésuite. Ce célèbre marin, si redouté des Anglois, se signala sur la mer de l'Inde, où il fut le vengeur des François et le conservateur des possessions hollandoises. Son activité, son courage, son zèle, ses talens et ses vertus étoient respectés des étrangers comme de ses concitoyens. Le prince Indien Alder Alikan lui dit : Jusqu'à présent je m'étois cru un grand homme ; mais depuis que tu as paru sur cette côte, tu m'as éclipsé. Le bailli de Suffren, paroissant à Versailles, y reçut les plus grands honneurs. Le roi l'entretint plusieurs fois en particulier. A un dîner chez les Ministres, où se trouvoit M. d'Estaing, on appeloit ce dernier Général : d'Estaing désignant alors Suffren, répondit : « Voici le seul qu'il y ait ici. »
SUGER, né ou à TourienBeance en 1087, ou à St-Denis suivant Filibien, ou dans la province d'Artois, à St-Omer, qui étoit alors une ville nouvelle et sans considération, de parens peu distingués dans le monde, fut mis à l'âge de 10 ans, dans l'abbaye de St-Denis où Louis, fils de France, depuis Louis le Gros, étoit élevé. Lorsque ce prince fut de retour à la cour, il y appela Suger qui fut son conseil et son guide. Adam, abbé de St-Denis, étant mort en 1122, Suger obtint sa place. Il avoit l'intendance de la Justice, et la rendoit dans son abbaye avec autant d'exactitude que de sévérité. Les affaires de la guerre et les négociations étrangères étoient encore de son département ; son esprit actif et laborieux suffisoit à tout. Suger, vivant dans le siècle, en prit l'esprit et les manières ; il étaloit un faste plus convenable à un grand seigneur qu'à un abbé. Mais touché par les exhortations et les vertus de S. Bernard, il réforma son monastère en 1127, et donna le premier l'exemple de cette réforme. Les personnes du monde n'eurent plus dès-lors un si libre accès dans l'abbaye, et l'administration de la justice fut transportée ailleurs. Suger étoit dans le dessein de se renfermer entièrement dans son cloître, lorsque Louis VII, près de partir pour la Palestine, le nomma régent du royaume. Les soins du ministre s'étendirent sur toutes les parties du gouvernement. Il ménagea le trésor royal avec tant d'économie, que, sans charger les peuples, il trouva le moyen d'envoyer au roi de l'argent toutes les fois qu'il en demanda. Ce ministre mourut dans de grands sentimens de religion, à St-Denis, en 1152 à 70 ans, entre les bras des évêques de Noyon, de Senlis, et de Soissons. Le roi honora ses funérailles de sa présence et de ses larmes. Persuadés que son nom seul étoit le plus bel éloge, les religieux de St-Denis se contentèrent de graver ces mots sur son tombeau : C' G'IT L'ABBÉ SUGER. On a de lui des Lettres, une Vie de Louis le Gros, et quelques autres ouvrages. Un écrivain moderne a fait un parallèle de S. Bernard et de Suger, qui est entièrement à l'avantage de celui-ci. « Ces deux hommes avoient tous deux de la célébrité et du mérite. Le premier avoit l'esprit plus brillant, le second l'avoit plus solide. L'un étoit opiniâtre et inflexible ; la fermeté de l'autre avoit des bornes. Le Solitaire étoit spécialement touché des avantages de la religion : le Ministre, du bien de l'état. S. Bernard avoit l'air, l'autorité d'un homme inspiré ; Suger, les sentimens et la conduite d'un homme le bon sens. Un sage n'a jamais raison auprès de la multitude, contre l'enthousiasme. Les déclamations de l'un l'emportèrent sur les vues de l'autre, et le zèle triompha de la politique. » S. Bernard est trop maltraité dans ce portrait; mais Suger y est peint sous ses véritables traits. Il croyoit qu'il valoit mieux prévenir les maux dans leurs causes, que de s'exposer à chercher des ressources pour y remédier. Rarement on le voyoit former des projets qu'un hasard ou un événement imprévu pussent déconcerter : aussi il voyoit ordinairement réussir ceux qu'il formoit. « Son caractère circonspect et précautionné, dit le Père Fontenai, l'avoit rendu fort contraire au projet de la Croisade exposé à trop de risques. La volonté du pape l'avoit emporté sur ses raisonnemens, aussi bien que sur ses répugnances à accepter la régence. Mais quand une fois l'expédition sainte eut été conclue, et que par sa qualité de flégent il eut également à pourvoir au dedans et au dehors, sa haute capacité fournit et suffit à tout. Il contint l'intérieur du royaume dans l'ordre. Il ménagea au roi jusqu'en Asie, des remises proportionnées aux énormes dépenses que nous y liaisons ; et assez fréquemment traversé par les démolés de théologie qui survinrent, ou même par de purs embarras de cloître, il trouva encore des heures de reste pour ne pas se dérober aux objets les plus minces. » Dom Gervaise a écrit la Vie de Suger en 3 vol. in-12. On trouve dans le Pour et le Contre de l'abbé Prévost, tom. x, une Dissertation pour déterminer la patrie de ce Ministre; on lui donne pour frère dans cet ouvrage, Alvise évêque d'Arras.
SUICER, (Jean-Gaspard) né à Zurich en 1620, y fut professeur public en hébreu et en grec, et y mourut en 1688. On a de lui un Lexicon ou Trésor ecclésiastique des Pères Grecs, dont la meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1728, en 2 vol. in-fol. Cet ouvrage est utile et prouve beaucoup de savoir, ainsi que son Lexicon Graeco - Latinum, Zurich, 1683, in-4. — Jean-Henri SUICER son fils, professeur à Zurich, puis à Heidelberg, mort en cette dernière ville en 1705, se fit connoître aussi par quelques productions, parmi lesquelles on cite sa Chronologie Helvétique, en latin.
SUIDAS, écrivain Grec, qui florissoit, à ce qu'on croit, sous l'empire d'Alexis Comnène, est auteur d'un Lexicon grec historique et géographique. Outre l'interprétation des mots, on y trouve encore les Vies de plusieurs savans et d'un grand nombre de princes. Ce sont des extraits qu'il a pris dans les écrivains qui l'avoient précédé. Sa compilation est faite sans choix et sans jugement. Quelques-uns pour le justifier, ont dit que depuis lui on a ajouté beaucoup de choses à son ouvrage, et que les fautes ne sont que dans les additions. Quoique son Lexicon ne soit pas toujours exact, il ne laisse pas d'être important, parce qu'il renferme beaucoup de choses prises des anciens. La première édition, en grec seulement, est de Milan, 1499, in-fol.; et la meilleure est celle de Kuster, Cambridge, 1705, en 3 vol. in-fol., en grec G g 3 et en latin, avec des Notes pleines d'érudition.
SUINTILA ou CHINTILA, roi des Visigoths en Espagne, monta sur le trône en 621. Il en parut digne par sa bravoure, sa prudence, et sa générosité qui se répandoit principalement sur les pauvres, dont il fut appelé le père. Les Gascons qui occupaient alors la Navarre, se révoltèrent contre lui; mais il sut les réduire. L'empire Grec avoit encore deux généraux qui commandoient dans une partie de l'Espagne. *Suintila* conquit le pays qui lui étoit soumis, après avoir vaincu l'un des deux généraux par les armes, et l'autre par ses libéralités. Il devint ainsi seul souverain de toute l'Espagne, et tenta de rendre le trône héréditaire dans sa famille, en associant son fils à la dignité royale. Les Goths regardèrent cette association comme un attentat sur leur droit d'élection, et choisirent pour son successeur un autre de ses fils appelé *Sisenand*. *Suintila* voulut soutenir son premier choix; mais il s'arma en vain. Ses troupes l'abandonnèrent; et *Sisenand*, à qui *Dagobert* roi de France, avoit envoyé une grande armée, fut couronné en 631. I. SULLY, (Maurice de) natif de Sully, petite voie sur la Loire, d'une famille obscure, fut élu évêque de Paris après *Pierre Lombard*. Son savoir et sa piété lui méritèrent cette place. Il fonda les abbayes de Hérivaux et de Hermères. C'est lui qui jeta les fondemens de l'Eglise de Notre-Dame de Paris, l'un des plus grands bâtimens qui se voient en France. Ce prélat, magnifique et libéral, mourut le 11 septembre 1196. On grava sur son tombeau, suivant son intention, ces mots de l'Office des Morts: *Credo quid REDEMPTOR meus vivit, et in novissimo dia de terro surrecturus sum.*
II. SULLY, (Maximilien de Béthune, baron de Rosni, duc de) maréchal de France et principal ministre sous *Henri IV*, naquit à Rosni en 1559, d'une famille illustre et connue dès le x$^{e}$ siècle. Il n'avoit que 11 ans, lorsqu'au commencement de 1572, il fut présenté par son père à la reine de Navarre et à *Henri*. Florent *Chrétien* préceptent de ce prince, donna aussi des leçons à *Sully*, qui suivit *Henri* à Paris. Il s'y trouva lorsque l'affreux massacre de la Saint-Barthelemi inonda de sang la capitale. Le principal du collège de Bourgogne le tint caché pendant trois jours, et l'arracha ainsi aux assassins. *Rosni* attaché au service du jeune roi de Navarre, se signala dans plusieurs petits détachemens. Ce prince ayant appris qu'il se comportoit avec plus de témérité que de prudence, lui dit: *Rosni, ce n'est pas là où je veux que vous hasardiez votre vie. Je loue votre courage; mais je désire vous le faire employer dans de meilleures occasions.* Cette occasion se présenta bientôt au siège de Marmande, où il commandoit un corps d'arquebusiers. Il y montra la plus grande bravoure. Sur le point d'être accablé par un nombre trois fois supérieur, le roi de Navarre, couvert d'une simple cuirasse, vola à son secours, et lui donna le temps de s'emparer du poste qu'il attaquoit. Fausse, Mirande, Cahors furent ensuite les théâtres de sa valeur. En 1586, *Bosni* fut employé avec honneur à différens sièges; et l'année d'après, avec six chevaux seulement, il défit et emmena prisonniers 40 hommes. A la bataille de Coutras, il contribua à la victoire, en faisant servir à propos l'artillerie. Au combat de Fosseuse, journée très-meurtrière, il marcha cinq fois à la charge, eut son cheval renversé sous lui, et deux épées cassées entre ses mains. A la bataille d'Arques en 1589, *Sully* à la tête de 200 chevaux, en attaqua 900 des ennemis et les fit reculer. Il partagea à la bataille d'Ivry donnée l'année d'après, les fatigues et la gloire de son maître. Ce bon prince ayant appris qu'il avoit eu deux chevaux tués sous lui, et reçu deux blessures, se jeta à son cou et le serra tendrement, en lui disant les choses les plus touchantes et les plus flatteuses. « Brave soldat et vaillant chevalier, j'avois eu toujours bonne opinion de votre courage, et conçu de bonnes espérances de vos vertus; mais vos actions signalées et votre modestie ont surpassé mon attente. En conséquence, je veux vous embrasser des deux bras, en présence de ces princes, capitaines et grands chevaliers qui sont ici près de moi. » En 1591, *Bosni* prit Gisors par le moyen d'une intelligence; il passoit dès-lors pour un des hommes les plus habiles de son temps dans l'attaque et dans la défense des places. La prise de Dreux en 1593, celle de Laon en 1594, de la Fère en 1596, d'Amiens en 1597, de Montmelian en 1600, donnèrent un nouveau lustre à sa réputation. Aussi habile négociateur qu'excellent guerrier, il avoit été envoyé dès 1583 à la cour de France, pour en suivre tous les mouvements. On l'employa dans plusieurs autres occasions, et il montra dans chacune la profondeur du politique, l'éloquence de l'homme d'état, le sang-froid de la bravoure, et l'activité de l'homme de génie. En 1586, il traita avec les Suisses, et en obtint une promesse de 20,000 hommes. En 1599, il négocia le mariage du roi avec *Marie de Médicis*. En 1600, il conclut un traité avec le cardinal *Aldobrandin*, médiateur pour le duc de Savoie. En 1604 il termina en faveur du roi une contestation avec le pape, sur la propriété du Pont d'Avignon. Mais c'est sur-tout dans son ambassade en Angleterre, qu'il déploya toute la pénétration de son esprit et toute l'adresse de sa politique. La reine *Elisabeth* étant morte en 1603, *Sully* revêtu de la qualité d'ambassadeur extraordinaire, fixa dans le parti de *Henri IV*, le successeur de cette illustre princesse. De si grands services ne demeurèrent pas sans récompense; il fut nommé secrétaire d'état en 1594, membre du conseil des finances en 1596, surintendant des finances et grand-voyer de France en 1597 et 1598, grand-maître de l'artillerie en 1601, gouverneur de la Bastille et surintendant des fortifications en 1602. *Béthune*, de guerrier devenu ministre des finances, remédia aux brigandages des partisans. En 1596, on levoit 150 millions sur les peuples, pour en faire entrer environ trente dans les coffres du roi. Le nouveau surintendant mit un si bel ordre dans les affaires de son maître, qu'avec 35 millions de revenu, il acquitta 200 G 8 4 millions de dettes en dix ans, et mit en réserve 30 millions d'argent comptant dans la Bastille. Son ardeur pour le travail étoit infatigable. Tous les jours il se levoit à quatre heures du matin. Les deux premières heures étoient employées à lire et à expédier les Mémoires qui étoient toujours mis sur son bureau; c'est ce qu'il appeloit nettoyer le tapis. A sept heures il se rendoit au conseil, et passoit à l'acte de la matinée chez le roi qui lui donnoit ses ordres sur les différentes charges dont il étoit revêtu. A midi il dinoit. Après dîner il donnoit une audience réglée. Tout le monde y étoit admis. Les ecclésiastiques de l'une et de l'autre Religion étoient d'abord écoutés. Les gens de village et autres personnes simples qui appréhendoient de l'approcher, avoient leur tour immédiatement après. Les qualités étoient un titre pour être expédié des derniers. Il travailloit ensuite ordinairement jusqu'à l'heure du souper. Dès qu'elle étoit venue, il faisoit fermer les portes. Il oublioit alors toutes les affaires, et se livroit aux doux plaisirs de la société avec un petit nombre d'amis. Il se couchoit tous les jours à dix heures; mais lorsqu'un événement imprévu avoit dérangé le cours ordinaire de ses occupations, alors il reprenoit sur la nuit le temps qui lui avoit manqué dans la journée. Telle fut la vie qu'il mena pendant tout le temps de son ministère. Henri dans plusieurs occasions, loua cette grande application au travail. Un jour qu'il alla à l'armal où demeuroit Sully, il demanda en entrant où étoit ce ministre? On lui répondit qu'il étoit à écrire dans son cabinet. Il se tourna vers deux de ses courtisans, et leur dit en riant: Ne pensiez-vous pas qu'on alloit ma dire qu'il est à la chasse ou avec des Dames? Et une autre fois il dit à Roquelaure: Pour combien voudriez-vous mener cette vie-là? La table de ce sage ministre n'étoit ordinairement que de dix couverts: on n'y servoit que les mets les plus simples et les moins recherchés. On lui en fit souvent des reproches; il répondit toujours par ces paroles d'un ancien: Si les conviés sont sages, il y en aura suffisamment pour eux; s'ils ne le sont pas, je me passe sans peine de leur compagnie. L'avidité des courtisans fut mal satisfaite auprès de ce ministre: ils l'appeloient le Négatif, et ils disoient que le mot oui n'étoit jamais dans sa bouche. Son maître, aussi bon économe que lui, l'en aimoit davantage. Avant le ministère de Sully, plusieurs gouverneurs et quelques grands seigneurs levoient des impôts à leur profit. Quelquefois ils le faisoient de leur propre autorité; d'autres fois, en vertu des édits qu'ils avoient surpris par intrigue. Le comte de Soissons tenta d'obtenir du roi, sous l'administration de Rosni, un impôt de 15 sous sur chaque ballot de toile qui entroit dans le royaume ou qui en sortoit. Suivant lui, cet impôt ne devoit se monter qu'à 10,000 écus, quoique suivant le calcul de Sully, il dût en produire près de 300,000. Dans le même temps, des courtisans avides tourmentoient Henri pour obtenir plus de vingt autres édits, tous à la charge du peuple. Rosni alloit sortir pour faire des remontrances sur des vexations si odieuses, lorsqu'il vit arriver chez lui M$^{lle}$ d'Entragues, alors marquise de Verneuil, l'une des maîtresses de Henri IV, laquelle étoit intéressée à la réussite des nouveaux projets. Sully ne lui cacha point combien ces tentatives continuelles que ceux qui entouroient le roi faisoient pour dépouiller le peuple, le révoltoient. En vérité, lui dit-elle, le Roi seroit bien bon, s'il mécontentoit tant de gens de qualité, uniquement pour se prêter à vos idées. Et à qui, ajouta-t-elle, voudriez-vous que le Roi fît du bien, si ce n'est à ses parens, à ses courtisans et à ses maîtresses ? — Madame, vous auriez raison, répondit Rosni, si le Roi prenoit cet argent dans sa bourse; mais y a-t-il apparence qu'il veuille le prendre dans celle des Marchands, des Artisans, des Laboureurs et des Pasteurs ? Ces gens-là qui le font vivre, et nous tous, avons assez d'un seul Maître, et n'avons pas besoin de tant de Courtisans, de Princes et de Maîtresses... Si l'on veut connoître les vues de Sully pour le bonheur des états et de la France en particulier, qu'on jette les yeux sur le détail des causes de la ruine ou de l'affoiblissement des monarchies. (Mémoires, l. 19.) « Ces causes, dit-il à Henri IV, sont les subsides outrés, les monopoles principalement sur le blé; le négligement du commerce, du trafic, du labourage, des arts et métiers; le grand nombre de charges, les frais de ces offices, l'autorité excessive de ceux qui les exercent; les frais, les longueurs et l'iniquité de la justice; l'oisiveté, le luxe, et tout ce qui y a rapport; la débauche et la corruption des mœurs; la confusion des conditions; la variation dans la monnoie; les guerres injustes et imprudentes; le despotisme des souverains; leur attachement aveugle à certaines personnes; leur prévention en faveur de certaines conditions, ou de certaines professions; la cupidité des ministres et des gens en faveur; l'avilissement des gens de qualité; le mépris et l'oubli des gens de lettres; la tolérance des méchantes coutumes, et l'infraction des bonnes lois; l'attachement opiniâtre à des usages indifférens ou abusifs; la multiplicité des édits embarrassans et des réglemens inutiles. » Il ajoute : « Si j'avois un principe à établir, ce seroit celui-ci : Que les bonnes mœurs et les bonnes lois se forment réciproquement. Malheureusement pour nous cet enchaînement précieux des unes et des autres ne nous devient sensible, que lorsque nous avons porté au plus haut point la corruption et les abus; en sorte que parmi les hommes, c'est toujours le plus grand mal qui devient le principe du bien. » L'agriculture, qu'il protégea avec zèle, lui paroissoit bien plus digne d'être encouragée que les arts de luxe. Ces arts ne devoient occuper, selon lui, que la partie la moins nombreuse du peuple. Ce ministre craignoit que l'appat du gain, attaché à ces sortes d'ouvrages, ne peuplât trop les villes aux dépens des campagnes, et n'énervât insensiblement la nation. Cette vie sédentaire, disoit-il en parlant des manufactures d'étoffes, ne peut faire de bons soldats; la France n'est pas propre à telles babioles. C'est pourquoi il vouloit que les impôts portassent pres- que tout entiers sur le luxe. Henri objectoit que ce genre de taxe mécontenteroit les grands seigneurs. Ce sont, répondit SULLY, les gens de Justice, Police, Finances, Ecriture et Bourgeoisie, qui ont introduit le luxe; il n'y a qu'aux qui crieront. S'ils le font il faudra les remettre à la vie de leurs ancêtres, qui même Chanceliers, premiers Présidens, Secrétaires d'affaires et plus relevés Financiers, n'avoient que de fort médiocres logis, des meubles très modestes, des habillements fort simples, et ne traitaient leurs parens et amis que chacun n'apportait sa pièce sur sa table. — J'aimerais mieux, répliqua vivement HENRI, combattre le roi d'Espagne dans trois batailles rangées, que tous ces Gens de Justice, de Finances et de Villes, et surtout leurs Femmes et Filles, que vous me jetteriez sur les bras. Cependant le roi, en contredisant son ministre, en connoissoit tout le mérite. Au retour de son ambassade d'Angleterre, Henri IV le fit gouverneur de Poitou, grand-maître des Ports et Havres de France, et érigea la terre de Sully-sur-Loire en duché-pairie l'an 1606. Sa faveur ne fut point achetée par des flatteries. Henri IV ayant eu la foiblesse de faire une promesse de mariage à la marquise de Verneuil, Sully, à qui ce prince la montra, eut le courage de la déchirer devant lui. Comment morbleu, dit le roi en colère, vous êtes donc fou? — Oui, SIRE, répondit BETHUNE, je suis fou; mais je voudrois l'être si fort, que je le fusse tout seul en France. Parmi les maux que causa à ce royaume la mort de Henri IV, un des plus grands fut la disgrace de ce fidelle ministre. Il fut obligé de se retirer de la cour avec un don de cent mille écus. Louis XIII l'y fit revenir quelques années après, pour lui demander des conseils. Les petits-maîtres qui gouvernaient le roi, voulurent donner des ridicules à ce grand homme, qui parut avec des habits et des manières qui n'étoient plus de mode. Sully s'en appercevant, dit au roi: SIRE, quand votre Père me faisoit l'honneur de me consulter, nous ne parlions d'affaires, qu'après avoir fait passer dans l'antichambre les Baladins et les Bouffons de la Cour. En 1634 on lui donna le bâton de maréchal de France, en échange de la charge de grand-maître de l'artillerie, dont il se démit en même temps. Il mourut sept ans après, dans son château de Villebon, au Pays-Chartrain, le 21 décembre 1641, à 82 ans; on lui a fait cette épitaphe: Souverains, adorez la cendre De l'homme en ces lieux endormi; Le premier, il sut vous apprendre Qu'un roi peut avoir un ami. Sully s'étoit occupé dans sa retraite à composer ses Mémoires, qu'il intitula: Economies Royales, Amsterdam, 2 vol. in-fol., auxquels on joint les tomes III et IV, Paris, 1662. Ces Mémoires, réimprimés à Trevoux, en 12 vol. in-12, sont écrits d'une manière très-néligée, sans ordre, sans liaison dans les récits; mais on y voit régner un air de probité et une naïveté de style qui ne déplaît point à ceux qui peuvent lire d'autres ouvrages françois que ceux du siècle de Louis XIV. L'abbé de l'Écluse, qui en a donné une bonne édition, 1745, 3 vol. in-4°, et 8 vol. in-12, les a mis dans un meilleur ordre, et a fait parler à Béthune un langage plus pur. C'est un tableau des règnes de Charles IX, de Henri III et de Henri IV, tracé par un homme d'esprit pour l'instruction des politiques et des guerriers. Béthune y paroît toujours à côté de Henri. Les amours de ce prince, la jalousie de sa femme, ses embarras domestiques, les affaires publiques, tout y est peint d'une manière intéressante. Sully rend compte lui-même de la manière dont Henri IV le peignoit à ses courtisans. « Quelques-uns (disoit un jour ce grand roi, si bon juge des hommes) se plaignent de Rosni, (et quelquefois moi-même) qu'il est d'une humeur rude, impatiente et contredisante. On l'accuse d'avoir l'esprit entreprenant, de présumer tout de ses opinions et de ses actions, et de rabaisser celles d'autrui. Quoique je lui connoisse une partie de ces défauts; quoique je sois contraint quelquefois de lui tenir la main haute, quand je suis de mauvaise humeur, qu'il se fache ou se laisse emporter à ses idées, je ne laisse pas pour cela de l'aimer, de lui en passer beaucoup, de l'estimer et de m'en bien et très-utilement servir; parce que véritablement il aime ma personne, qu'il a intérêt à ce que je vive, et qu'il désire avec passion l'honneur et la grandeur de moi et de mon royaume. Je sais aussi qu'il n'a rien de malin dans le cœur; qu'il a l'esprit fort industrieux et fort fertile en expédiens; qu'il est grand ménager de mon bien, homme fort laborieux et diligent; qu'il essaie de ne rien ignorer et de se ren- dre capable de toutes sortes d'affaires de paix et de guerre; qu'il écrit et parle assez bien, d'un style qui me plaît, parce qu'il sent son soldat et son homme d'état. Enfin, il faut que je vous avoue que, malgré ses bizarreries et ses promptitudes, je ne trouve personne qui me console si puissamment que lui dans tous mes differens chagrins. » Mémoires de Sully, livre 26. Aussi ce prince lui écrivait un jour: « Mon ami, j'achèterois votre présence de beaucoup, car vous êtes le seul à qui j'ouvre mon cœur... Il n'y a ni d'amour ni de jalousie, c'est affaire d'état... Hâtez-vous ! venez, venez, venez!... Ma femme, mes enfans, tout le ménage se porte bien; ils vous aimeront autant que moi, ou je les déshériterai. » Sully étoit Protestant, et voulut toujours l'être, quoiqu'il eût conseillé à Henri IV de se faire Catholique. Il est nécessaire, lui dit-il, que vous soyez Papiste, et que je demeure Réformé. Le pape lui ayant écrit une lettre qui commençoit par des éloges sur son ministère, et finissoit par le prier d'entrer dans la bonne voie, le duc lui répondit, qu'il ne cessoit de son côté, de prier Dieu pour la conversion de Sa Sainteté. Nous finirons cet article par un parallèle de Sully et de Colbert, que nous sommes éloignés d'adopter en tout, parce que le mérite du dernier ministre y est injustement rabaisé, mais celui de Rosni y paroît dans le plus beau jour. « Sully, dont on ne parle plus, étoit bien plus grand homme que ce Colbert dont on parle tant. Sully gouvernoit Henri IV; Colbert gouvernoit Louis XIV: mais avec cette différence, que Henri IV examinoit les décisions de Sully, et que Louis XIV croyoit en celles de Colbert; et cette différence est cause que le nom de Colbert a fait fortune... Sully m't un ordre admirable dans les finances, dans un temps où il pouvoit impunément en augmenter le désordre; pourvint à tous les besoins; amassa 40 millions d'argent comptant. Colbert eut le bonheur de succéder à un homme peut-être innocent, qu'il fit condamner comme coupable: il ne pouvoit mal faire; le procès de Fouquet étoit un engagement trop fort... Colbert enrichit le Royaume; Sully fit plus, il le racheta... Colbert avoit les meilleures intentions du monde; mais peu d'étendue de génie, peu de connoissances, peu de goût: ses premiers pas furent de faux pas; ses premiers choix furent ridicules; ses premières entreprises furent des fautes, et ses dernières des vexations. Sully avoit des intentions aussi pures, un esprit capable de tout embrasser, de tout entreprendre, de tout finir; une droiture sévère, clairvoyante; beaucoup de netteté dans les idées, et malgré le feu de son âme, beaucoup de flegme dans ses démarches: il faisoit tout par lui-même, et pour ne pas se tromper dans le choix de ses confidens, n'en avoit point. On doit tenir compte à Sully de tout le mal qu'il ne fit pas, tant la maltôte italienne, introduite par Catherine de Médicis, avoit jeté de trouble et de confusion dans cette partie de l'administration. On peut reprocher à Colbert tout le bien qu'il ne fit pas, tant il avoit de motifs, de lumières, de moyens pour en faire. Colbert n'exceltoit que dans les finances. Sully étoit un homme de guerre, un homme de lettres; Sully étoit un Romain... Sully est le plus homme de bien qui se soit mêlé des finances. Colbert est le premier homme d'un esprit médiocre, qui ait réussi dans une science qui demande de grandes vues, et qui conduit à d'infiniement petits détails... Sully est un modèle: sa gloire lui appartient, et n'appartient qu'à lui. La gloire de Colbert appartient en partie à Sully. » Louis XVI a fait faire sa statue en 1777... Voyez I. CORON. Comme les Mémoires de Sully, donnés par l'abbé de l'Ecluse, en gagnant du côté du style, ont perdu du côté de la fidélité, M. l'abbé Baudeau avoit annoncé en 1777, une nouvelle édition du Texte original en 12 vol. in-8°, avec d'abondantes notes; mais cette édition n'a pas été achevée. L'académie Françoise a fait de l'éloge de Sully, le sujet de l'un de ses prix, qui fut remporté par Thomas.
III. SULLY, (Henri) célèbre artiste Anglois, passa en France, où il se signala par sa sagacité. Ce fut lui qui dirigait le Méridien de l'église de Saint-Sulpice. Le duc d'Orléans, régent, et le duc d'Aremberg, lui firent chacun une pension de 15000 livres. Il mourut à Paris le 13 octobre 1728, après avoir abjuré la religion Anglicane. Il a laissé: I. Un traité intitulé: Description d'une Horloge pour mesurer le Temps sur mer, Paris, 1726, in-4° II. Règle artificielle du Temps, 1737, in-12. Ces deux ouvrages prouvent que sa main étoit conduite par un esprit intelligent.
SULPICE-APOLLINAIRE, Voy. APOLLINAIRE, n.° L
SULPICE-SÉVÈRE, historien ecclésiastique, naquit à Agen dans l'Aquitaine, où sa famille tenoit un rang assez distingué. Aussitôt qu'il eut fini ses études, il se mit dans le barreau et y fit admirer son éloquence. Il s'engagea dans les liens du mariage; mais sa femme étant morte peu de temps après, il pensa sérieusement à quitter le monde, quoiqu'à la fleur de son âge, très-riche et généralement distingué. Il ne se contenta pas de pratiquer la vertu, il la rechercha. Il s'attacha à S. Martin de Tours, suivit ses conseils, et fut son plus fidèle disciple. Il se laissa surprendre par les Pélagiens, et alla jusqu'à les défendre; mais il connut sa faute, et la répara par les larmes et les mortifications. On croit qu'il mourut vers l'an 420. Sulpice-Sévère avoit plusieurs terres auprès de Toulouse, de Narbonne, d'Agen et de Tarbes. Il se servit de ses grands revenus pour mettre les pauvres en état de travailler; car étant grand ami du travail, il ne croyoit pas devoir par un faux esprit de charité, entretenir la fainéantise. Sa piété n'excluoit ni la gaieté, ni la politesse, ni la vigueur d'une sage administration. Il ne se déchargeoit point sur des intendans infidelles du soin de ses affaires. Il voyoit tout par lui-même, et il n'en fut que plus en état de faire du bien. Comme il étoit prêtre, il distribuoit à ses vassaux les secours spirituels et temporels. Nous lui sommes redevables d'un excellent Abrégé d'Histoire sacrée et ecclésiastique, qui est intitulé: Historia Sacra. Elle renferme, d'une manière fort concise, ce qui s'est passé de siècle en siècle depuis la création du monde jus- qu'au consulat de Stilicon, l'an 400 de J. C. Cet ouvrage a fait donner à Sulpice le nom de Salluste Chrétien, parce qu'en l'écrivant il s'y est proposé cet écrivain pour modèle. Il faut avouer qu'il l'égale quelquefois pour la pureté et l'élégance du style. On trouve dans son livre quelques sentimens particuliers, tant sur l'histoire, que sur la chronologie; mais ces défauts n'empêchent pas qu'il ne soit regardé comme le premier écrivain pour les Abrégés d'Histoire ecclésiastique. Sleidan nous en a donné la Suite, écrite avec assez d'élégance; mais comme il étoit Protestant, il est très-favorable à sa secte. Un autre ouvrage qui fait beaucoup d'honneur à Sulpice-Sévère, est la Vie de S. Martin qu'il composa du vivant de ce saint évêque, à la sollicitation de plusieurs de ses amis. On lui reproche d'avoir cru avec trop de facilité des miracles dont quelques-uns n'avoient pour fondement que des bruits populaires. Les meilleures éditions de ses Écrits sont les suivantes: Elzevir, 1635, in-12, cum notis Variorum. — Leyde, 1665, in-8. — Leipzig, 1709, in-8. — Vérone, 1755, 2 vol. in-4°, par le P. de Prato Oratorien, qui l'a accompagnée de notes et de savantes dissertations. — Il y en a une édition de Bâle, 1556, par Flaccus Illyricus, in-8°, rare; et une Version françoise de 1656, in-8°, fort plate... Il y a eu encore S. SULPICE-SÉVÈRE, évêque de Bourges, mort en 591; et S. SULPICE le Débonnaire ou le Pieux, aussi évêque de Bourges, mort en 647. L'un et l'autre se signalèrent par leurs vertus et leurs lumières. Nous avons quelques *Lettres* de celui-ci dans la Bibliothèque des Pères. *Baronius* et d'autres éditeurs du *Martyrologe Romain*, confondent *Sulpice-Sévere*, historien ecclésiastique, avec *Sulpice-Sévere*, évêque de Bourges. Cette erreur a été relevée par *Benoit XIV*, dans sa préface de l'édition du *Martyrologe* qu'il a donnée en 1749; il y démontre que le saint-siège n'a jamais mis le nom de l'historien *Sulpice-Sévere* dans le *Martyrologe*. On lui rend cependant un culte depuis un temps immémorial dans l'église de Tours.
SULPICIE, dame Romaine, femme de *Calenus*, florissoit vers l'an 90 de J. C. Nous avons d'elle un *Poème* latin contre *Domitien*, sur l'expulsion des philosophes. Elle avait aussi composé un *Poème* sur l'amour conjugal, dont nous devons regretter la perte, si l'éloge qu'en fait *Martial* n'est point flatté. Son *Poème* contre *Domitien* se trouve avec le *Pétrone* d'Amsterdam, 1677, in 24; dans les *Poetée Latini minores*, Leyde, 1731, 2 volumes in 4°, et dans le *Corpus Poëtarum* de *Maitaire*. M. de Sauvigny en a donné une traduction libre en vers françois, dans le *Parnasse des Dames*. Il y a une autre *Sulpicie*, fille de *Patercule* et femme de *Valerius Flaccus*, qui fut déclarée d'une voix unanime la plus chaste de toutes les dames Romaines, et la plus digne, selon les Livres Sibyllins, de dédier la statue de *Venus* dans son temple. I. SULPICIUS, (*Gallus*) de l'illustre famille Romaine des *Sulpiciens*, fut le premier astronome parmi les Romains, qui donna des raisons naturelles des éclipses du Soleil et de la Lune. Étant tribun de l'armée de *Paul-Émile*, l'an 168 avant J. C., la sagacité de son esprit lui avoit appris que, le jour qu'on alloit donner bataille à *Persée*, il arriveroit la nuit précédente une éclipse de Lune. Il eut peur que les soldats n'en tirassent un mauvais augure. Il les fit assembler avec la permission du consul, leur expliqua l'éclipse, et les avertit qu'elle arriveroit la nuit suivante. Cet avis guérit les soldats de leur superstition, et le fit regarder comme un homme extraordinaire. On l'honora du consulat deux ans après, avec *Marcellus*, l'an 166 avant J. C... SERVIS-SULPICIUS - RUFFUS, excellent jurisconsulte du temps de *Cicéron*, homme recommandable par sa vertu et par ses autres belles qualités, et consul comme le précédent, étoit de la même famille. *Voyez aussi SYLLA*.
II. SULPICIUS, (*Jean*) surnommé *Verulanus*, du nom de Véroli sa patrie, se fit quelque réputation dans le xve siècle, par la culture des belles-lettres; il fit imprimer *Végece*, et publia le premier *Vitruse*, vers 1492. On lui doit aussi le rétablissement de la musique sur le théâtre.
SULZER, (*Jean-George*) de l'académie de Berlin et autres, naquit en 1720 à Winterthur dans le canton de Zurich. Il embrassa l'état ecclésiastique, et se chargea de quelques éducations à Zurich, où il donna, dans un Ouvrage périodique, divers morceaux recueillis en allemand, sous le titre de *Considérations morales sur les Ouvrages de la Nature*. Il traduisit ensuite en allemand les *Iilnera Alpina* de *Scheuchzer*, et composa dans la même langue un *Traité sur l'Education*. En 1747 *Sulzer* fut nommé professeur de mathématiques au collège de *Joachim Sthal* à Berlin, et fut reçu en 1750 à l'académie. Agrégé à la classe de philosophie spéculative, il donna dans les volumes de cette société d'excellens Mémoires sur la Psychologie. Son meilleur Ouvrage est sa *Théorie universelle des Beaux Arts*, qui annonce un penseur profond et un bon citoyen. Le duc de *Courlande* voulant fonder un gymnase académique à Miltan, jeta les yeux sur *Sulzer* pour en dresser le plan, et le chargea de trouver des sujets pour y professer. Ce philosophe estimable mourut le 25 février 1779.
SUMOROKOF, (Alexandre) né à Moscow en 1727, mort en 1777, est regardé comme le *Corneille* du Théâtre Russe. D'heureuses dispositions, un esprit naturel et facile, des manières agréables le firent aimer du comte *Ivan-Shouvalof*, qui le présenta à l'impératrice *Elisabeth*. L'auteur, fêté à la cour, y donna, à l'âge de 29 ans, sa tragédie de *Koref*, qui fut la première pièce dramatique, écrite en langue russe. *Sumorokof* fit jouer ensuite d'autres tragédies et des comédies. *Elisabeth* lui accorda une pension, et le nomma directeur du théâtre de Pétersbourg. *Catherine II* lui donna l'Ordre de *Ste-Anne* et le rang de conseiller d'état. Peu de poètes furent plus honorés et jouirent d'un sort aussi heureux.
SUPERVILLE, (Daniel de) ministre de l'église Wallone de Rotterdam, naquit en 1657 à Saumur en Anjou, où il fit de très-bonnes études. Il étudia ensuite à Genève, sous les plus habiles professeurs de théologie. Il passa en Hollande l'an 1685, et mourut à Rotterdam le 9 juin 1728. On a de lui : I. *Les Devoirs de l'Eglise affligée*, 1691, in-8. II. *Des Sermons*, in-8. 4 vol. dont la septième édition est de 1726. III. *Les Vérités et les Devoirs de la Religion*, en forme de *Catéchisme*, 1706. IV. *Traité du vrai Communient*, 1718, etc. Ces différens ouvrages sont estimés des Protestans.
SURÆUS, *Voy. ROSIER*.
SURBECK, (Eugène-Pierre de) de la ville de Soleure, capitaine commandant de la compagnie générale des Suisses au régiment des Gardes, servit la France avec autant de valeur que de zèle. Son savoir le fit recevoir Honoraire étranger de l'académie royale des Inscriptions. Ce savant militaire mourut à Bagneux près de Paris, en 1741, à 65 ans. On a de lui, en manuscrit, une *Histoire Métallique des Empereurs*, depuis Jules-César jusqu'à l'Empire de Constantin le Grand, dans laquelle il a répandu beaucoup d'érudition.
SURE, (Pierre de) fils d'un notaire de Lyon, se fit religieux Célestin, et écrivit la vie de *S. Pierre de Luxembourg*, imprimée à Avignon. Il est mort à la fin du XVIe siècle, et fut contemporain d'un autre Célestin, aussi fils d'un notaire de Lyon, nommé *François de Larbent*, qui travaille avec les docteurs de Louvain à la traduction de la Vulgate, en 1550.
SURENA, général des Parthes dans la guerre contre les Romains commandés par *Crassus*, l'an 53 avant J. C. Il étoit le second après le roi en noblesse et en richesse, et le premier en valeur, en capacité et en expérience. C'étoit lui qui avoit mis *Orodes* sur son trône. Il se signala surtout par la défaite de l'armée Romaine, commandée par *Crassus*. Le vainqueur ternit sa gloire par la perfidie dont il usa envers le vaincu, en lui demandant à s'aboucher pour la conclusion d'un traité de paix. Il fit de grandes honnêtetés à ce général Romain, auquel il engagea sa parole, et l'assura que l'accord étoit conclu entre les deux armées, et qu'il ne s'agissoit que de s'avancer jusqu'à la rivière pour le mettre par écrit. *Crassus* le crut et s'avança; mais peu après, *Suréna* lui fit couper la tête. Il ajouta la plaisanterie à cette infidélité. Il entra en triomphe dans la Séleucie, disant qu'il amenoit *Crassus*: il avoit forcé un des prisonniers à faire le personnage de ce général Romain, et il fit couvrir ce faux *Crassus* de toutes sortes d'opprobres. *Suréna* ne jouit pas long-temps du plaisir de sa victoire; car s'étant rendu suspect à *Orodes*, ce prince le fit mourir. Il passoit non seulement pour un homme brave, mais encore pour un homme de tête, sage et capable de donner de bons conseils; mais ses vertus étoient gâtées par le soin efféminé qu'il avoit de sa personne, et par son amour pour les femmes.
SURENHUSIUS, (Guillaume) auteur Allemand du dernier siècle, savant dans la langue hébraïque, est connu principalement par une bonne édition de la *Mischna*. Ce recueil, important pour connoître la jurisprudence, les cérémonies et les lois condition- nelles des Hébreux, est accompagné des commentaires des rabbins *Maimonides* et *Bartenora*, d'un version latine et des savantes Notes de l'éditeur. Il fut imprimé en Hollande l'an 1698, en 6 tom. ou 3 vol. in-fol.
SURGÈRES, *Voy. ROCHE-FOUCAULT*, n.º v.
SURIAN, (Jean-Baptiste) d'abord prêtre de l'Oratoire, ensuite évêque de Vence, naquit à St-Chamas en Provence, le 10 septembre 1670. Il prêcha à la cour deux Avents et deux Carèmes; et ses Sermons lui valurent la mitre en 1728. Retiré dans son petit diocèse, il n'en sortit que pour se rendre aux assemblées du clergé. Le soin de son troupeau fut sa seule occupation. Lorsque quelque paroisse se plaignoit de son curé, l'indulgent prélat répondoit aux paysans: *Souvenez-vous, mes enfans, que les prêtres sont des hommes; votre curé se corrigera, il me l'a promis. Retournez dans votre paroisse, et vivez en paix*. On lui offrit d'autres sièges que le sien: *Je ne quitterai point*, répondit-il, *une femme pauvre pour une femme riche*. Il mena une vie très-frugale, et quoiqu'il possédait un des évêchés les plus modiques de France, il laissa aux pauvres des épargnes considérables, à sa mort arrivée le 3 août, en 1754. C'étoit un homme doux et tranquille, mais timide. Malgré cette timidité, il montra du courage et du patriotisme, lors de l'invasion des Autrichiens en Provence. Un officier ennemi lui ayant demandé combien il faudroit de temps à l'armée pour se rendre à Lyon: *Je sais*, répondit-il, *le temps dont j'aurais besoin pour faire ce voya-* 8° ge, mais j'ignore celui qu'il faut droit à une armée qui auroit des François à combattre. Le travail d'apprendre par cœur lui coûtoit infiniment, et cela seul lui auroit fait renoncer à la prédication, si l'espérance de parvenir par ce moyen ne l'avoit soutenu. Nous possédons quelques-uns de ses Discours ( entre autres celui du Petit nombre des Elus, qui est son chef-d'œuvre ) dans le Recueil des Sermons choisis pour les jours de Carême, Liège, 1738, 2 vol. in-12. ; et on a imprimé en 1778, in-12 son Petit-Carême, prêché en 1719. Son éloquence ( dit M. d'Alembert qui lui succéda à l'académie ) fut touchante et sans art, comme la religion et la vérité. Il fut comparé à Massillon son confrère ; mais son style est moins pénétrant et moins pathétique.
SURITA, ( Jérôme ) d'une famille noble de Saragosse, se fit secrétaire de l'Inquisition, moins par fanatisme, que pour pouvoir vivre tranquille à l'abri de ce titre. Il mourut en 1580, à 67 ans, après s'être fait un nom par son savoir. On a de lui : I. L'Histoire d'Aragon jusqu'à la mort de Ferdinand le Catholique, en 7 vol. in-fol. Vossius loue le jugement et le savoir de cet historien, mais le conseil du roi d'Espagne le blâma d'avoir découvert avec trop de sincérité les défauts des monarques Espagnols, et les savans lui applaudirent. II. Des Notes sur l'Itinéraire d'Antonin, sur César et sur Claudien.
SURIUS, ( Laurent ) né à Lubeck en 1522, étudia à Cologne avec Canisius, et se fit religieux dans la Chartreuse de cette ville. Après avoir édifié son Ordre par ses vertus, il mourut à Cologne en 1578, à 56 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Un Recueil des Conciles, en 4 vol. in-fol., Cologne, 1567. II. Les Vies des Saints, en 7 tomes in-fol., 1618, Cologne. L'auteur a compilé Lippoman, dont il a changé l'ordre ; il s'est permis un arrangement, différent et très-souvent en ne conservant pas le style des originaux, il les a surchargés d'un fatras de mensonges. III. Une Histoire de son temps, sous le nom de Mémoires qui commencent en 1514 ; elle a été continuée successivement par Isselt, Brachel, jusqu'en 1651, par Thulden, jusqu'en 1660, et Henri Brewer, jusqu'en 1673. C'est une suite de la Chronique de Naucleus : il semble que Surius ne l'a entreprise que pour démontrer la mauvaise foi de Sleidan. Sponde en parle en ces termes ( ad an. 1556, n.º 8 ) : Quæ Sleidanus quæsitis calumniis vel impuris derisionibus peccavit, ut frequentissimè fecit, Laurentius Surius censuris suis in semitam rectum reduxit. On en a une Traduction françoise, 1573, in-8.º L'Histoire de Surius est trop souvent une compilation sans choix et sans discernement ; elle prouve qu'il étoit plus propre à ramasser des passages qu'à arranger des faits. Cet homme, plus pieux qu'éclaire ; travailla, selon Moréri, à excuser les massacres de la Saint-Barthelemi. IV. Une excellente Traduction en latin du Traité de la présence véritable de Jesus-Christ après la consécration, de Gropper, sous ce titre : de veritate Corporis et Sanguinis Christi in Eucharistia, Cologne, 1560, Hh in-4.º Il a encore traduit en latin les ouvrages de *Thaulère*, ceux de *Rusbrock*, de *Stapyle*, et donné plusieurs ouvrages de controverse. *Voy*. SUSON.
SURUGUE, (Louis) graveur Parisien, né en 1686, et mort en 1762; et *Pierre-Louis* son fils, né en 1717, et mort en 1772, ont été deux artistes habiles qui ont gravé d'après les meilleurs maîtres.
SURVILLE, (Marguerite-Eléonore - Clotilde - de - Vallon-Chalys de) née à Vallon, château du Bas-Vivarais, sur la rive gauche de l'Ardèche, en 1405, eut pour mère *Pulchérie-de-Fay-Collan*, connue par son esprit à la cour de *Gaston-Phébus*, comte de l'oix et de Bearn, et qui inspira à sa fille le goût de la poésie et des occupations littéraires. Celle-ci, dès l'âge de 11 ans, traduisit en vers une *Ode de Pétrarque*, avec tant de graces, que *Christine de Pisan* s'écria, après l'avoir lue : *Il me faut céder à cet Enfant tous mes droits au Sceptre du Parnasse*. Clotilde aima *Berenger de Surville*, beau, bien fait, aimable, et l'épousa en 1421. Ce dernier, forcé d'aller rejoindre *Charles VII* au Puy-en-Velay, ne se sépara point sans douleur de l'épouse à laquelle il venoit de s'unir, et Clotilde célébra la sienne dans une héroïde datée de 1422, et qui est un modèle de sensibilité, de graces, et d'une élégance de style bien extraordinaire pour le temps. Le poète *Alain Chartier* n'en critiqua pas moins cette pièce, et publia son jugement dans un recueil intitulé : *Flours de belle Rhétorique*. M.$^{me}$ de *Surville* y répondit par des Rondeaux malins, qui mirent les rieurs de son parti. Elle entreprit alors un grand Poème, sous le titre de *Lygdamir*, et un Roman héroïque et pastoral, appelé le *Châtel d'Amour*. L'un et l'autre n'ont point été publiés, et se sont perdus au milieu des ravages des guerres civiles. Les *Poésies légères* de Clotilde avoient été admirées par *Charles* duc d'Orléans, que l'abbé *Sallier* a présenté comme l'un des meilleurs poètes du siècle où il vécut. Le duc les fit connoître à la reine *Marguerite* d'Écosse; et celle-ci, voyant que Clotilde ne vouloit point céder à ses instances, en quittant sa retraite dans le Vivarais pour la cour, lui envoya une couronne de laurier artificielle, surmontée de douze *Marguerites* à boutons d'or et à feuilles d'argent, avec cette devise faisant allusion au nom de M.$^{me}$ de *Surville* : « *Marguerite* d'Écosse à *Marguerite* d'Hélicon. » Celle-ci mourut à plus de 90 ans, puisqu'elle chanta en 1495 la victoire remportée à Fornoue par *Charles VIII*. La date de sa mort est incertaine; on sait seulement qu'elle fut inhumée à Vessaux, dans la même tombe qui renfermoit déjà les cendres de son fils et de sa belle-fille, qu'elle a célébrés dans ses vers. Les poésies de Clotilde offrent l'entrelacement des rimes masculines et féminines, règle à laquelle *Marot*, qui vécut 100 ans après elle, ne se conforma jamais, mais qui paroît cependant avoir été suivie par des poètes plus anciens, tels que *Henri de Croix* et *Jean Molinet*. La naïveté, la vérité des sentimens, la propriété des expressions, la liaison toujours naturelle des idées, beaucoup d'adresse dans les transitions; voilà ce qui frappe le plus dans tes poésies; et l'on ne sera pas fâché de trouver ici les louanges que Jeanne de Vallon, descendante de Clotilde, et qui vivoit dans le XVIIe siècle, leur a données : « S'il est vrai, dit-elle, que le goût consiste principalement à ne point faire entre-choquer le style et le sujet, les couleurs et les genres; à marier avec art, mais sans que l'art y paroisse, des fleurs de tous les pays et de toutes les saisons; à savoir quand il faut prendre vol, l'alentir, tournoyer, s'arrêter enfin ou s'étendre, et sans pour ce épuiser la mine, extraire de l'or ou des diamans d'un terrain dédaigné du vulgaire; en un mot, avec la simple émaillure des champs, simuler quelquefois l'éclat et la fraîcheur des roses de l'antiquité; certes, on je me trompe fort, ou ce goût, tant de fois outragé, fut le partage de ma Clotilde. Elle n'a point de ces éclairs qui d'abord éblouissent d'une lueur blafarde, et ne font que replonger plus tristement dans une obscurité profonde; c'est un jour pur et doux, à propos éclatant, mais d'un éclat ami de la vue, et qui sait récréer les yeux sans les fatiguer. » Les poésies de Clotilde n'ont été publiées qu'en l'an 11, par M. Wanderbourg, en un vol. in-8°, précédé d'un Discours très-bien écrit sur la vie et les ouvrages de Clotilde. On doit le Recueil de ceux-ci à Joseph-Etienne de Surville, descendant de Clotilde, qui fit avec distinction la guerre de Corse et d'Amérique, émigra sous le règne de la terreur, rentra en France, y fut reconnu et fusillé au Puy-en-Velay, le 27 vendémiaire de l'an 7. Ce dernier, fouillant dans ses archives en 1782, aidé d'un feudiste, trouva par hasard le manuscrit de son aïeule. Il l'emporta en Suisse, et s'occupa de sa publication, qui n'a pu avoir lieu que quelques années après sa mort.
SUSANNE, fille d'Helcias et femme de Joakim, de la tribu de Juda, est célèbre dans l'Écriture par son amour pour la chasteté. Elle demeuroit à Babylone avec son mari, qui étoit le plus riche et le plus considérable de ceux de sa nation. Deux vieillards conçurent pour elle une passion criminelle, et pour la lui déclarer, choisirent le moment qu'elle étoit seule, prenant le bain dans son jardin. Ils l'allèrent surprendre, et la menacèrent de la faire condamner comme adultère, si elle refusoit de les écouter. Susanne ayant jeté un grand cri, les deux suborneurs appelèrent les gens de la maison, et l'accusèrent de l'avoir surprise avec un jeune homme. Susanne fut condamnée comme coupable; mais lorsqu'on la menoit au supplice, le jeune Daniel, inspiré de Dieu, demanda un second examen de cette affaire. On interrogea de nouveau les deux accusateurs. Ils se contredirent dans leurs réponses; l'innocence triompha, et ils furent condamnés par le peuple au même supplice auquel ils avoient injustement fait condamner Susanne, l'an 607 avant J. C. L'un des plus beaux tableaux de Rubens est celui où il a représenté Susanne au bain, surprise par les vieillards. La plus grande terreur règne sur son visage, sans qu'il perde rien de sa beauté et de sa douceur. Un autre motif d'admiration dans ce visage, c'est qu'il n'y a presque H h 1 pas d'ombre, et qu'il n'en paroît pas moins sortir de la toile. Les figures sont de grandeur naturelle. Ce Tableau appartient au roi de Suède, et se trouve placé dans la salle d'audience. On dit que le comte de Kagenck, grand connoisseur en peinture, et ambassadeur de l'Empereur en Suède, recevant du roi sa première audience, fut si ravi de la beauté de ce Tableau, que s'interrompant au milieu de sa harangue, il s'écria : *Mon Dieu, Sire, quel superbe morceau vous avez là ! Paul Pontius* l'a gravé en 1624. *Voy. I. LUCRÈCE.*
SUSON, (Henri) né vers 1300, d'une famille noble de Souabe, entra dans l'Ordre de Saint-Dominique, et mourut en 1366. On a de lui : I. *Des Méditations sur la Passion de Notre-Seigneur.* II. *Divers Sermons.* III. *Horloge de la Sagesse*, traduit en latin par *Surius*, sur un manuscrit allemand fort imparfait. Cet ouvrage, tel qu'il est sorti des mains de l'auteur, fut imprimé dès l'an 1470, et avoit été traduit en françois dès 1389, par un religieux Franciscain, natif de Neuf-Château en Lorraine. Cette dernière version fut imprimée à Paris en 1493, in-fol., après avoir été retouchée, pour le style, par les Chartreux de Paris. On en a une autre Traduction, 1684, in-12, par l'abbé de Vienne, chanoine de la Sainte-Chapelle de Viviers en Brie.
SUTCLIFFE, (Matthieu) *Sutclivius*, théologien Protestant d'Angleterre, au commencement du XVIIe siècle, a composé plusieurs Traités de controverse, dictés par le fanatisme et l'emportement, et bien contraires à cet esprit de douceur et de mansuétude qu'inspire l'Évangile. On en peut juger par son Livre anonyme touchant la prétendue *Conformité du Papisme et du Turcisme*, Londres, 1604. Il a encore laissé : I. *De verd Christi Ecclesia*, Londini, 1600, in-4. II. *De Purgatorio*, Hanoviae, 1603, in-8. III. *De Missa Papistica*, Londini, 1603, in-4., etc.
SUTELISTE, (Matthieu) *Anglois*, doyen d'Exeter, a publié plusieurs Écrits de théologie, parmi lesquels ses compatriotes distinguèrent un *Traité* sur la discipline ecclésiastique, Londres, 1591, in-4. L'auteur mourut quelque temps après la publication de cet ouvrage.
SUTOR, (Petrus) *Voy. COUSTURIER.* I. SUTTON, (Thomas) célèbre philanthrope Anglois, naquit en 1532, dans le comté de Lincoln, et mourut à Hackney en 1611. Il se destina d'abord aux fonctions du barreau : il voyagea ensuite dans diverses contrées de l'Europe, et y apprit le françois, le hollandois et l'espagnol. De retour dans sa patrie, il acheta de l'évêque de Duxham des terres considérables où il découvrit des mines de charbon de terre, qu'il fit exploiter, et qui lui rendirent un profit immense. *Sutton* contracta en outre un riche mariage, et réussit dans toutes ses opérations commerciales. A la mort de son épouse, se trouvant sans enfant, il se retira dans une retraite profonde, et employa sa fortune, en 1611, à fonder en faveur des indigènes et des enfans délaissés, le superbe hôpital de *Charter-House*.
II. SUTTON, (Samuel) né à Alfreton, mort à Londres en 1752, servit, dans sa jeunesse, sous le duc de *Marlborough*, et établit ensuite un café à Londres. En 1740, il inventa une méthode simple de désinfecter les vaisseaux et de les purger de tout mauvais air, par des tuyaux de communication avec le feu des cuisines. Le médecin *Mead* favorisa cette invention, dont l'utilité fut surpassée par celle des ventilateurs de *Hales*.
SUWAROW, *Voy. SOUVAROW*.
SWAMMERDAM, (Jean) célèbre anatomiste, né à Amsterdam en 1637, d'un apothicaire, reçut le bonnet de docteur en médecine, à Leyde, en 1667. Il s'appliqua sur tout à l'étude du corps humain et des insectes, et parvint à se faire un très-riche cabinet d'histoire naturelle. On lui doit l'idée d'injecter dans les vaisseaux une matière liquéfiée par la chaleur, et qui acquérant de la solidité en se refroidissant, rend ces vaisseaux plus sensibles. On lui doit encore l'invention d'un thermomètre, pour apprécier le degré de chaleur dans les animaux. Sur la fin de ses jours il donna dans les mysticités de *la Bourignon*, alla la joindre dans le Holstein, vécut dans la retraite, et mourut en 1680. L'excès d'application l'avoit jeté dans l'hypocondrie. Il étoit tellement tourmenté par l'atrabile ou bile noire, qu'à peine daignoit-il répondre à ceux qui lui parloient. Quand il montoit en chaire, souvent il restoit comme interdit, sans répondre aux objections qu'on lui faisoit. Peu de temps avant sa mort, il fut saisi d'une fureur mélancolique; et dans l'un de ses accès il brûla tous ses Ecrits. Enfin il périt desséché comme une momie, et conservant à peine la figure humaine. Les ouvrages de ce savant investigateur de la nature, sont : I. *Traité de la Respiration et de l'usage des Poumons*, en latin, Leyde, 1738, in-4.º II. Un autre, *de fabrica Uteri muliebris*, 1679, in-4.º III. Une *Histoire générale des Insectes*, Utrecht, 1669, in-4.º, en allemand; ibidem, 1685, in-4.º, en françois; Leyde, 1733, in-4.º, en latin, par *Henri Chrétien Henninius. Jérôme David Gaubius* en a donné aussi une édition en latin : la meilleure édition est celle de Leyde, 1737, 2 vol. in-fol., sous le titre de *Biblia naturæ*, etc. (*Voyez MOUFET.*) Cet ouvrage, dans lequel on trouve l'observateur exact et laborieux, est divisé en quatre parties, suivant les quatre ordres de changement qu'il avoit observés par rapport aux insectes. Les figures sont d'une grande beauté, et jusqu'aux viscères des abeilles tout y est gravé avec la plus grande exactitude. *Réaumur* qui a travaillé sur le même objet, a adopté les planches de *Swammerdam* pour orner ses ouvrages. On trouve sa *Vie* par le célèbre *Boërhaave*, à la tête du *Biblia naturæ*.
SWANEFELD, (Herman) peintre Flamand, né en 1620, mort en 1680, fut disciple de *Gérard-Dow* et de *Claude Lorrain*. Il excelloit à peindre les ruines et les lieux déserts. On le vit long - temps ne parcourir dans le voisinage de Rome, que les endroits escarpés et solitaires, ce qui le fit surnommer le *Poin* H 1 3 tre-Hermite. Ses Tableaux sont très-recherchés.
SWEDEMBORG, (Emmanuel de) né à Stockholm le 29 janvier 1688, d'un évêque Suédois et Luthérien, fut nommé assesseur extraordinaire au collège des Mihes en 1716, anobli en 1719, et mourut à Londres le 29 mars 1772, à 85 ans. C'étoit un homme à révélations et à visions singulières, qui croyoit avoir trouvé les clefs de l'Apocalypse. Il a publié un grand nombre d'ouvrages, où il a déposé ses rêveries. Le plus connu, du moins en France, est intitulé : les merveilles du Ciel et de l'Enfer, et des Terres Planétaires et Astrales, par Emmanuel Swedemborg, d'après le témoignage de ses yeux et de ses oreilles ; nouvelle édition traduite du latin par A. J. P. Berlin, 2 vol. in 8°, 1786. Tous les événements qui arrivent dans ce monde terrestre, ont d'abord été réalisés, selon lui, dans le monde des esprits, qui est entre le ciel et l'enfer. Le Jugement dernier, par exemple, a déjà eu lieu, sans que personne s'en soit douté. Ça été dans le courant de 1756; mais il n'indique pas le jour. Il ne nous apprend pas davantage de combien d'années l'événement spirituel a précédé le temporel. « Le Seigneur, dit-il, m'a rendu témoin, en 1757, du Jugement dernier exercé dans le monde des esprits. » En 1770, quelques-uns de ses disciples vinrent en France, et y firent connoître son extravagante doctrine. L'auteur a écrit plus de 20 vol. latins, pour établir son système et ses opinions. Il admet dans le ciel les païens et les hérétiques, et sur-tout les sages d'A- thènes et de Rome. Suivant lui, la véritable Église est dans l'intérieur de l'homme, l'Église extérieure n'est rien. « L'homme est créé, dit-il, de manière à ne pouvoir mourir, car il peut être conjoint à Dieu ; ce qui est vivre de toute éternité. Si les hommes croient ressusciter corporellement, c'est parce qu'ils n'ont pas compris la parole divine. » Swedemborg n'avoit contre lui que ses chimères ; il étoit d'ailleurs bon homme, sincère dans ses discours, constant dans ses liaisons, sobre dans sa nourriture et simple dans ses vêtements. Ses Écrits minéralogiques sont estimés. A 81 ans, il s'embarqua pour faire imprimer ses rêveries en Hollande. C'étoit le dixième voyage qu'il, avoit fait dans les pays étrangers. — Ses Œuvres philosophiques et minéralogiques forment 3 vol. in-fol., imprimés à Dresde en 1734.
SWEERTS, (Emmanuel) né à Sevenbergen, près de Breda, cultiva un grand nombre de fleurs et de plantes étrangères, fit dessiner ce qu'il avoit de plus rare en ce genre, et en composa un Recueil qu'il intitula, Florilegium, Francfort, 1612, 2 vol. in-fol.; Amsterdam, 1647. Ce Recueil formé de planches bien gravées, contient la description en latin, allemand et françois, de ce qu'elles représentent. (Voy. MERIAN Marie Sibylle.)
SWERT, (François) Swertius, né à Anvers en 1567, et mort dans la même ville en 1629, fut en relation avec presque tous les savans de son temps. Il étoit versé dans l'histoire belgique, dans les antiquités romaines et la littérature, et donna un grand nombre d'ouvrages, dont les plus connus sont : I. *Herum Belgicarum Annales*, 1620, in-folio. II. *Athenæ Belgicæ*, Anvers, 1628, in-fol. III. *Deorum, Deorumque Capita ex antiquis numismatibus*, Anvers, 1602, in-4°, et dans les *Antiquités Grecques de Gronovius*. Cestêtes sont au nombre de 59.
SWEYNHEIM, (Conrad) *Voy. PANNARTY.*
SWIETEN, *Voyez VAN-SWIETEN.* I. SWIFT, (Jonathan) surnommé le *Babelais d'Angleterre*, naquit à Dublin le 30 décembre 1667, d'une bonne famille. Les liaisons de sa mère avec le chevalier *Temple*, ont fait concevoir quelques doutes sur la légitimité de sa naissance. On prétend que *Swift* lui-même n'a pas peu contribué à accréditer ce soupçon, ne doutant pas qu'il ne fût plus glorieux d'être le fils naturel de *Jupiter*, que le fils légitime de *Philippe*. Mais ces soupçons étoient sans fondement. La mère de *Swift* étoit parente de M$^{me}$ *Temple*, et le chevalier voyoit quelquefois son alliée; voilà tout ce qu'il y a de vrai dans ce conte. Il prit ses grades à Oxford, où *Temple* fournissoit aux frais de son éducation. Ce seigneur ayant renoncé aux affaires publiques, s'étoit retiré dans une de ses terres, où il recevait souvent les visites du roi *Guillaume*. Le jeune *Swift* eut des occasions fréquentes de converser avec ce prince. Le roi lui offrit une place de capitaine de cavalerie, qu'il refusa pour embrasser l'état ecclésiastique. Il obtint un bénéfice en Irlande, à la recommandation du chevalier *Temple*; mais il se lassa bientôt d'une place qui l'éloignoit de l'Angleterre à laquelle il étoit attaché, et qui le privoit de ses sociétés ordinaires. Il résigna son bénéfice à un ami, et vint retrouver son protecteur. *Swift* employa tout le temps qu'il passa avec lui, à cultiver l'esprit et les talens d'une jeune personne, qu'il a célébrée dans ses ouvrages, sous le nom de *Stella*. C'étoit la fille de l'intendant du chevalier, qui devint la femme du docteur, quoique leur mariage ait toujours été caché : l'orgueil de *Swift* l'empêcha d'avouer pour son épouse la fille d'un domestique. Il continua même de vivre avec elle après son mariage, comme auparavant, et il ne parut rien dans leur conduite, qui fût au-delà des bornes d'un amour Platonique. *Stella* ne s'accommoda point de ce genre de vie, qui la plongea dans une noire mélancolie, et elle mourut la victime d'un sort aussi cruel que bizarre. Long-temps avant la mort de sa femme, *Swift* avoit perdu son protecteur. Privé de tout secours du côté de la fortune, il vint à Londres solliciter une nouvelle prébende. Il présenta une requête au roi *Guillaume*; mais ce prince avoit oublié le docteur. C'est au mauvais succès de cette démarche qu'il faut attribuer l'aigreur répandue dans tous les ouvrages de *Swift* contre les rois et les courtisans. Il obtint pourtant quelque temps après plusieurs bénéfices, entre autres le doymé de Saint-Patrice en Irlande, qui lui valoit près de 30,000 liv. de rente. Obligé de retourner en province, il fit de l'étude sa principale occupation. En 1735, il fut attaqué d'une fièvre violente, qui eut pour lui des suites très-fichesses. Sa mémoire s'affoiblit; un noir cha- grin s'empara de son ame ; il devint de jour en jour d'une humeur plus difficile, et tomba enfin dans un triste délire. Il traîna le reste de sa vie dans cet état déplorable. Il eut cependant des momens heureux quelque temps avant sa mort, il mit à profit ces instans de raison pour faire son *Testament*, par lequel il a laissé une partie de son bien pour la fondation d'un Hôpital de Foux de toute espèce, fondation qu'il croyoit très-utile aux trois royaumes de la Grande-Bretagne. Il n'avoit pas une grande idée de la raison humaine. Il définissoit l'homme, non *animal rationale*, mais *rationis capax*. Il mourut le 29 octobre 1745, à 78 ans. *Swift* étoit un homme capricieux et inconstant. Né ambitieux, il ne se nourrissoit que de projets vastes, mais chimériques, et il échouoit dans presque tous ses desseins. Sa fierté étoit extrême, et son humeur indomptable. Il recherchoit l'amitié et le commerce des grands, et il se plaisoit à converser avec les gens du petit peuple. Durant ses voyages, qu'il faisoit presque toujours à pied, il logeoit dans les plus minces auberges, mangcoit avec les valets d'écurie, les voituriers et les gens de cette sorte. Il étoit aimable dans ses politesses, sincère dans ses amitiés, et sans déguisement dans ses haines ; il parloit comme il pensoit. Il eut pour amis les plus grands hommes de son siècle. Il étoit sur-tout étroitement lié avec le comte d'Oxford, [ *Voyez PARNELL.* ] le vicomte de *Bolymbrocke* et le célèbre *Pope*. Les femmes, celles particulièrement qui se piquoient de bel-esprit, recherchèrent son amitié. Il avoit sur elles un pouvoir étonnant : sa maison étoit une espèce d'académie de femmes, qui l'écoutoient depuis le matin jusqu'au soir. Il étoit caustique avec les hommes, et même en les prêchant. *Il y a quatre sortes d'orgueil*, disoit-il dans un de ses sermons : *l'orgueil de la naissance, celui de la fortune, celui de la figure, celui de l'esprit. Je vous parlerai des trois premiers ; quant au dernier, il n'y a personne parmi vous à qui on puisse reprocher un vice si condamnable*. Un procureur lui ayant demandé, si le clergé et le diable étoient en procès, qui gagneroit ? *Le diable*, répondit-il, parce qu'il s'est assuré de tous les gens de robe. Son principe, en matière de politique, étoit celui de *Cicéron* : *L'intérêt et le bonheur du peuple est la première de toutes les Lois*. Il répétoit souvent cette belle maxime : « Tout *Sage* qui refuse des conseils, tout *Grand* qui ne protège pas les talens, tout *Biche* qui n'est pas libéral, tout *Pauvre* qui fuit le travail, sont des membres inutiles et dangereux à la société. » Le docteur *Swift* a enfanté un grand nombre d'Écrits en vers et en prose, recueillis en 1762, à Londres en 9 vol. in-8. L'ouvrage le plus long et le plus estimé que ce docteur ait fait en vers, est un Poème intitulé : *Cadenus et Vanessa*. C'est l'histoire de ses amours, ou pour mieux dire de son indifférence pour une femme qui brûla pour lui d'une flamme inutile. Son véritable nom étoit *Esther Vanhomrigh*. Elle étoit fille d'un négociant d'Amsterdam qui s'étoit enrichi en Angleterre. Après la mort de son père, *Vanessa* alla s'établir en Irlande, où l'ambition de passer pour bel-esprit lui fit rechercher la société du docteur, qui insensible à son amour la jeta dans une mélancolie dont elle mourut. Il y a dans cette production, ainsi que dans ses autres Poésies, de l'imagination, des vers heureux, trop d'écarts et trop peu de correction. Ses ouvrages en prose les plus connus : I. Les *Voyages de Gulliver à Lilliput*, à *Brogdingnac*, à *Laput*, etc. en 2 vol. in-12. Ce livre neuf et original dans son genre, offre à la fois une fiction soutenue et des contes puérils, des allégories plaisantes et des allusions insipides, des ironies fines et des plaisanteries grossières, une morale sensée et des polissonneries révoltantes; enfin, une critique pleine de sel, des réflexions plates et des redites ennuyeuses. L'abbé des *Fontaines*, traducteur de cet ouvrage, l'a un peu corrigé. II. Le *Conte du Tonneau*, assez mal traduit en françois, par *Van-Effen*; c'est une histoire allégorique et satirique, où, sous le nom de *Pierre*, qui désigne le Pape, de *Martin*, qui représente *Luther*, et de *Jean*, qui signifie *Calvin*, il déclare la guerre à la religion catholique, au luthéranisme et au calvinisme. On ne peut nier que sa plaisanterie n'ait de la force; mais il l'a poussée souvent au-delà des bornes, s'appesantissant sur des détails puérils, indécens et même odieux; enfin, ne sachant jamais s'arrêter au véritable point. On ne peut montrer plus d'esprit et moins de goût. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'il réunit une précision de style admirable, avec une extrême prolixité d'idées. III. Le *Grand Mystère*, ou l'*Art de méditer sur la Garde-robe*, avec des *Pensées hardies sur les Etudes*, la *Grammaire*, la *Rhétorique*, et la *Poétique*, par *G. L. le Sage*, à la Haye, 1729, in-8°. IV. *Productions d'esprit*, contenant tout ce que les *Arts* et les *Sciences* ont de rare et de merveilleux, Paris, 1736, en 2 vol. in-12, avec des notes. V. *La Guerre des Livres*, ouvrage aussi traduit en françois, qu'on trouve à la suite du *Conte du Tonneau*. Il dut sa naissance à une dispute qui s'éleva vers la fin du dernier siècle, entre *Wootton* et le chevalier *Temple*, au sujet des anciens. Cette pièce ingénieuse est écrite dans un style héroï-comique. Le docteur *Swift* y donne la palme au chevalier *Temple*, son protecteur et son ami. Il y a des vides qui interrompent souvent la narration; mais en général il est très-bien écrit, et il contient des choses extrêmement amusantes. Tous les ouvrages précédens ont été traduits en françois. Ceux que nous avons en anglois, consistent en différens écrits de morale et de politique. Le plus célèbre est son recueil intitulé : *Lettres du Drapier*. Voici ce qui donna lieu à cette feuille périodique. Le roi d'Angleterre avoit accordé à *Guillaume Wood* des Lettres patentes qui l'autorisoient à fabriquer, pendant quatorze ans, une certaine monnoie pour l'usage d'Irlande. *Swift* fit voir au peuple l'abus qu'il y auroit à recevoir les nouvelles espèces. Au son de la trompette du *Drapier*, un murmure s'éleva parmi ses compatriotes, les esprits s'échauffèrent, on déclama avec force contre le gouvernement, et l'on ne prévint la révolte qu'en supprimant cette monnoie. *Swift* devint dès lors l'idole du peuple; on célébra sa fête; son portrait fut exposé dans les rues de Dublin. Les pauvres lui eurent une obligation plus essentielle. Il établit pour leur soulagement une *Banque*, où, sans caution, sans gages, sans sûreté, sans intérêts quelconques, on prétoit à tout homme ou femme du bas peuple, ayant quelque métier ou quelque talent, jusqu'à la concurrence de 10 liv. sterlings, environ 200 liv. monnoie de France. Par-là il leur ouvrit un nouveau moyen d'éviter la fainéantise, la mère des vices, et de faire valoir une louable industrie. On trouvera un portrait beaucoup plus étendu du *Rabelais* d'Angleterre, dans les *Lettres Historiques et Philologiques du Comte d'Orriri*, sur la *Vie et les Ouvrages de Swift*, pour servir de supplément au *Spectateur moderne de Stéle*, in-12, 1753; livre traduit de l'anglais par M. Lacombe d'Avignon. Mais il ne faut pas adopter tous les jugemens du seigneur Anglois sur son héros. Il prétend, par exemple, qu'à bien des égards, on trouveroit une grande ressemblance entre *Horace* et le poète Anglois. « Tous les deux, dit-il, se sont également distingués par leur esprit et par leur caractère. L'un et l'autre ont répandu dans leurs Ecrits une gaieté singulière. *Horace* est plus délicat, est plus élégant, et plaît même dans ses Satires les moins travaillées. *Swift*, au contraire, prend plaisir à captiver le lecteur. La différence qu'il y a eu entre leur caractère, semble être une suite de leur différente fortune. Le docteur *Swift*, né ambitieux, se nourrissoit de projets vastes, mais chimériques, et fut trompé dans tous. *Horace*, content du bien médiocre que lui avoient laissé ses pères, se fit des amis, mérita les largesses et les bonnes graces d'*Auguste*. Tous deux ont fait les délices de ceux qui les voyoient. Tous deux modérés et un peu Epicuriens, *Horace* eut sa *Lidie*, *Swift* sa *Vanessa*; *Horace* son *Mécène* et son *Agrippa*; *Swift* son *Oxford* et son *Bolynchbroche*; *Horace* son *Virgile*, et *Swift* son *Pope*. » Nous ne doutons, dit le *Journal des Savans*, octobre 1753, que nos lecteurs ne soient très-surpris de ce parallèle, après la peinture que l'auteur nous a donnée du caractère de *Swift*; et nous sommes très-éloignés de l'adopter. S'il y a quelque ressemblance entre les deux écrivains qui en sont l'objet, il y a tant de différence, que nous pensons qu'on ne se seroit jamais attendu de voir mettre à côté des graces d'*Horace*, la rudesse indomptable du caractère, les plaisanteries basses et mordantes du docteur Anglois. Quelques critiques sont étonnés aussi que *Voltaire* l'ait mis au-dessus de notre *Rabelais*; ils prétendent qu'il est plus sec, et qu'il n'en a pas la naïveté originale. — Toutes ses Œuvres ont été recueillies à Londres, 1755, 22 vol. in - 8. *Drane Swift* son parent, mort à Worcester en 1783, a publié aussi quelques ouvrages. *Voyez* PRIOR, et VELLI.
II. SWIFT. (Dean) parent du précédent, mort en 1783, à Worcester, a publié un *Essai* sur la vie et les Ecrits de *Jonathan Swift*.
SWINDEN, (Jérémie) théologien Anglois, mort vers l'an 1740, est connu par un *Traité* en anglois sur la nature du *Feu de l'Enfer* et du lieu où il est situé. Cet ouvrage, rempli de choses curieuses et singulières, a été traduit en françois par *Bion*, et imprimé en Hollande, en 1728, in-8. Les autres ouvrages de *Swinden* sont peu connus en France.
SWINTON, (Jean) né en 1703, mort en 1777, fut d'abord chapelain de la Factorerie Angloise à Livourne, et ensuite archiviste de l'université d'Oxford. C'est l'un des auteurs de l'*Histoire universelle*, publiée en Angleterre. Il a publié, en outre, un grand nombre de *Dissertations* sur l'histoire et les antiquités de sa patrie.
SUYDERHOEF, (Jonas) graveur Hollandois, mort vers la fin du siècle dernier, s'est plus attaché à mettre dans ses ouvrages un effet pittoresque et piquant, qu'à faire admirer la propreté et la délicatesse de son burin. Il a gravé plusieurs portraits d'après *Bubens* et *Vandyck*; mais on estime sur-tout ceux qu'il nous a donnés d'après *Franshals*, bon peintre. Une de ses plus belles estampes, et la plus considérable, est celle de la *Pais de Munster*. Il a saisi admirablement le goût de *Terburg*, auteur du Tableau original, dans lequel ce peintre a représenté une soixantaine de Portraits de plénipotentiaires qui assistèrent à la signature de cette paix.
SUZANNE, SUZON, *Voyez SUSANNE*, etc.
SUZE, (Henriette de Coligny, connue sous le nom de la Comtesse de la) née à Paris en 1618, étoit fille du maréchal de Coli- gny. Aussi aimable par son esprit que par sa figure, elle fut mariée très-jeune à *Thomas Addington*, seigneur Ecossois. La mort lui ayant enlevé son mari, elle épousa en secondes noces le comte de la Suze. Ce nouvel hymen fut pour elle un martyre. Le comte, jaloux de ce que sa figure douce, languissante, passionnée, lui faisoit trop d'adorateurs, résolut de la confiner dans une de ses terres. Pour faire échouer ce projet, la comtesse quitta la religion Protestante que suivoit son mari, et se fit Catholique; pour ne pas le voir, dit la reino CHRISTINE, ni dans ce monde, ni dans l'autre. Ce changement n'ayant fait qu'agir les deux épous, la comtesse de la Suze obtint du parlement la cassation de son mariage. Comme le comte ne vouloit pas consentir à cette séparation, sa femme lui donna 25,000 écus pour avoir son agrément. Ce fut alors qu'un plus-sant dit: «Que la comtesse avoit perdu 50,000 écus dans cette affaire, parce que si elle avoit encore attendu quelque temps, au lieu de donner 25,000 écus à son mari, elle les auroit reçus de lui pour s'en débarrasser.» *Mad de la Suze*, libre du joug du mariage, cultiva ses talens pour la poésie. Remplie d'enthousiasme pour la littérature, elle négligea entièrement ses affaires domestiques, qui ne tardèrent pas à se déranger; mais elle regarda ce dérangement en héroïne de roman, qui attache peu d'importance aux richesses. Un exempt, suivi d'archers, vint un matin saisir ses meubles. Elle étoit encore au lit; elle fit entrer l'exempt dans sa chambre pour le prier de la laisser encore dormir deux heures; ce qui lui, fut accordé. Elle se leva à midi, s'habilla pour aller dîner en ville; fit de grandes excuses à l'exempt de l'avoir fait attendre, et lui dit en sortant : *Je vous laisse le maître chez moi*. M.$^{me}$ de la Suze plaidoit contre M.$^{me}$ de Châtillon. Elle rencontra celle-ci dans la grande salle du palais. Le duc de la Feuillade accompagnoit cette dernière. Le duc voyant M.$^{me}$ de la Suze suivie de *Benserade* et d'autres poètes, lui dit : *Madame, vous avez pour vous la rime, et nous la raison*. M.$^{me}$ de la Suze lui repartit aussitôt : *Ce n'est donc pas sans rime ni raison que nous plaidons*. Sa maison fut le rendez-vous des beaux-esprits, qui la célébrèrent en vers et en prose. Elle mourut le 10 mars 1673, regardée comme une femme qui avoit les foiblesses de son sexe, et tous les agrémens d'un bel-esprit. Elle a excellé sur-tout dans l'*Éligie*. Ce qui nous reste d'elle en ce genre, est aussi délicat qu'ingénieux. Sa versification manque quelquefois d'exactitude et d'harmonie ; mais elle a de la facilité et de l'élégance. *Montplaisir* et *Subligni* la guidèrent dans l'art de rimer, et elle surpassa ses maîtres. On a encore d'elle des *Madrigaux* assez jolis, des *Chansons* qui méritent le même éloge, et des *Odes* qui leur sont fort inférieures. Ses Œuvres parurent en 1684, en 2 vol. in-12. On les réimprima avec plusieurs pièces de *Pelisson*, et de quelques autres, en 1695, et en 1725, en 5 vol. in-12. On connoit ces vers ingénieux sur la comtesse de la Suze, qu'on attribue à *Fieubet*, ou au *P. Bouhours* : *Que Dea sublimi vehitur per inania *An Juno, an Pallas, an Venus ipsa venit?* *Si genus inspicias, Juno; si scripta; Minerva;* *Si spectes oculos, Mater Amoris erit.* On a essayé de les rendre ainsi en notre langue : Quelle Déesse ainsi vers nous descend des Cieux? Est-ce *Vénus*, *Pallas*, ou la Raine des Dieux, Dont nous ressentons la présence? Toutes trois en vérité. C'est *Junon* par sa naissance, *Minerve* par sa science, Et *Vénus* par sa beauté.
SYAGRIA, dame Lyonnoise, fille d'un personnage consulaire, s'illustra dans sa patrie, au v$^{e}$ siècle, par ses lumières et sa piété. Les poètes et les historiens de son temps en ont fait l'éloge. I. SYDENHAM, (Thomas) né dans le comté de Dorset en 1624, d'un gentilhomme de cette province, mort en 1689, fut fait membre du collège d'Oxford, âgé d'environ dix-huit ans. Mais l'esprit républicain qui l'animoit ainsi que sa famille, ne lui permettant pas de prendre comme les autres écoliers, les armes pour la défense de son prince, il quitta cette ville. Il se fit recevoir docteur en médecine dans l'université de Cambridge. Il exerça son art à Londres avec un succès éclatant, depuis 1661 jusqu'en 1686. C'étoit l'homme le plus expérimenté de son temps, et l'observateur le plus curieux et le plus exact des démarches de la nature. Il se contentoit de l'observer, sans vouloir la deviner d'après des idées systématiques; et lorsque la maladie n'exigeoit pas des secours prompts, il savoit attendre. Il se distingua sur-tout par les rafraî- chissans qu'il donnoit dans la petite vérole, par l'usage du quinquina après l'accès, dans les fièvres aiguës, et par son *laudanum*. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en latin, qui mériteraient d'être plus communs dans les pays étrangers. On les a recueillis en 2 volumes in-4°, à Genève, 1716, sous le titre d'*Opera Medica*. Ce Recueil servira longtemps de guide aux jeunes praticiens et de secours aux malades. On y trouve un *Traité de la goutte*, maladie cruelle qui avoit tourmenté la vieillesse de l'auteur. Pour grossir cette collection, on y a fait entrer un grand nombre de Traités de différens auteurs, fort bons en eux-mêmes, mais inférieurs à ceux de *Sydenham*. Sa *Praxis Medica*, imprimée séparément à Leipzig, 1695, 2 vol. in-8°, et traduite en françois par M. *Sault*, 1774, in-8°, est généralement estimée.
II. SYDENHAM, (Floyer) né en 1710, étudia à Oxford et s'y rendit célèbre dans la connoissance de la langue grecque. Il a traduit les *Œuvres* de *Platon*. Son savoir ne le tira pas de l'indigence : arrêté pour dettes contractées chez un traiteur qui le nourrissait, il mourut en prison en 1788. Le triste sort de *Sydenham* a donné lieu, en Angleterre, à une fondation en faveur des gens de lettres réduits à manquer d'alimens.
SYDER, (Daniel) peintre, né à Vienne en Autriche en 1647, mort à Rome où il avoit fixé son séjour, vers 1699, excella dans son art. Le duc de Savoie l'ano-ble, le décora de son ordre et le retint long-temps à sa cour.
SYGALLE, (Lanfranc) gentilhomme Génois, fut envoyé en ambassade par ses compatriotes, auprès de *Raymond*, comte de Provence. Ce prince fit avec les Génois un traité qui les mit à couvert de leurs ennemis : c'est à l'esprit insinuant de *Sygalle* que Gênes dut ce traité. Ce négociateur écrivit beaucoup en langue provençale ; et on cite de lui diverses *Poésies* en l'honneur de *Bertrande Cibo* sa maîtresse, et un *Poème* adressé à plusieurs princes pour les exhorter au recouvrement de la Terre-sainte. *Sygalle* fut massacré par des brigands en retournant à Gênes.
SYLBURG, (Frédéric) né en 1546, près de Marpurg, dans le landgraviat de Hesse, mort à Heidelberg en 1596, à la fleur de son âge, hâta la fin de sa carrière par ses travaux et ses longues veilles. Il s'attacha à revoir et à corriger les anciens auteurs grecs et latins que *Wechel* et *Commelin* mettoient au jour. On loue la correction des éditions auxquelles il a travaillé. Il eut grande part au *Trésor* de la Langue grecque d'*Henri Etienne*. On a de lui des *Poésies* grecques, et quelques autres ouvrages dans lesquels on remarque beaucoup d'érudition et de jugement. On estime surtout sa *Grammaire Grecque*, et son *Etymologicon magnum*, 1594, in-fol... *Voy*. BRISSON.
SYLLA, (*Lucius-Cornelius*) dictateur Romain, de l'ancienne famille des *Scipious*, naquit, dit *Salluste*, dans un temps où le peu de mérite de son père et de quelques-uns de ses ancêtres, avoit presque effacé le lustre de la branche dont il étoit. Quoiqu'il eût reçu une excellente éducation, sa jeunesse fut très-déréglée. Il aima le théâtre, le vin et les femmes. Cette dernière passion ne lui fut pas inutile; car il s'éleva par la faveur de *Nicopolis*, riche courtisane, qui le fit héritier de ses biens. Ce legs joint aux grandes richesses que lui laissa sa belle-mère, le mit en état de figurer parmi les chevaliers Romains. Il fit ses premières armes en Afrique, vers l'an 107 avant J. C., sous *Marius*, qui l'employa en différentes rencontres. Il l'envoya contre les Marses, nouvel e-sam de Germains. *Sylla* n'employa contre eux que l'éloquence: il leur persuada d'embrasser le parti des Romains. Peut-être que cette nouvelle gloire acquise par *Sylla*, fit éclater dès-lors la jalousie de *Marius*. Il est certain du moins qu'ils se séparèrent, et que *Sylla* servoit, dès l'année suivante, sous le consul *Catullus*, qui fut donné pour collègue à *Marius* dans son 5$^{e}$ consulat, l'an 101 avant Jesus-Christ. Cependant *Sylla* battit les Samnites en campagne, et les força deux fois en deux différens temps. Il mit lui-même le prix à ses victoires, demanda la prêtre et l'obtint. *Strabon*, père de *Pompée*, prétendoit que *Sylla* avoit acheté cette dignité, et le lui reprocha agréablement un jour que celui-ci le menaçoit d'user contre lui du pouvoir de sa charge. *Vous parlez juste*, lui répliqua-t-il en riant; *votre charge est bien à vous*, puisque vous l'avez achetée. (*Plutarque* attribue ce bon mot à *César*.) *Sylla*, après avoir passé à Rome la 1$^{re}$ année de sa prêtre, fut chargé du gouvernement de la province d'Asie, et il eut la glorieuse commission de remettre sur le trône de Cappadoce *Ariabarzane*, élu roi par la nation, du consentement des Romains. Le roi de Pont, le fameux *Mithridate Eupator*, avoit fait périr par des assassinats ou par des empoisonnemens tous les princes de la famille royale de Cappadoce, et avoit mis sur le trône un de ses fils, sous la tutelle de *Gordius* l'un de ses courtisans. Ce fut ce *Gordius* que *Sylla* eut à combattre. Une seule bataille décida l'affaire. Avant de quitter l'Asie, le prêtre Romain reçut une ambassade du roi des Parthes qui demandait à faire alliance avec la république. Il se comporta en cette occasion avec tant de hauteur, et en même temps avec tant de noblesse, qu'un des assistans s'écria: *Quel homme! C'est sans doute le Maître de l'Univers, ou il le sera bientôt... Sylla* se signala encore contre les Samnites: il prit Boviane, ville forte où se tenoit l'assemblée générale de la nation. Il termina par cet exploit la plus glorieuse campagne qu'il eût encore faite, ou peut-être la plus heureuse: car il convenoit lui-même que la fortune eut toujours plus de part à ses succès que la prudence et la conduite. Il aimoit à s'entendre appeler l'heureux *Sylla*. Ses exploits lui valurent le consulat, l'an 88 avant J. C. Le commandement de l'armée contre *Mithridate* lui fut donné l'année d'après. *Marius* dévoré par l'envie et par la fureur de dominer, fit tant qu'on ota le commandement au nouveau général. *Sylla* marche alors à Rome à la tête de ses légions, se rend maître de la république, fait mourir *Sulpicius* qui étoit l'auteur de la loi portée contre lui, et oblige *Marius* à de Rome. Après qu'il eut mis le calme dans sa patrie, et qu'il se fut vengé de ses ennemis, il passa dans la Grèce, l'an 86 avant J. C., et résolut de prendre Athènes et le Pyrée tout-à-la-fois. La somme qu'on lui avoit fournie ne suffisant point, il se fit apporter les trésors des temples, même celui de Delphes. Il écrivit aux Amphictions assemblés dans cette ville, que l'argent et l'or offerts aux dieux seroient bien mieux entre ses mains; et que s'il étoit obligé de s'en servir, il en rendroit la valeur après la guerre. En recevant ces trésors, il dit d'un ton moqueur, qu'on ne pouvoit douter de la victoire, puisque les dieux soudoyoient ses troupes. Une famine affreuse obligea bientôt les Athéniens à demander grace. Leurs députés, ou plutôt ceux d'Aristion, vinrent haranguer Sylla. Ils parlèrent avec emphase de Thésée, de Codrus, des victoires de Marathon et de Salamine. Allez, leur répondit-il, grands harangueurs rapportez ces beaux discours dans vos écoles. Je ne suis point ici pour apprendre votre histoire, mais pour châtier des rebelles. Le bois lui ayant manqué, à cause de la grande consommation qu'il en faisoit pour ses machines de guerre, il n'épargna pas les bois sacrés. Il coupa même les belles allées de l'Académie et celles du Lycée. Enfin Athènes fut prise d'assaut et livrée au pillage. Le vainqueur, prêt à la raser, se rappela la gloire de ses anciens héros, et pardonna, dit-il, aux vivans, en considération des morts... Archelaüs, l'an des meilleurs généraux de Mithridate, fut contraint d'abandonner le Pyrée: on y mit le feu. Deux victoires complètes, remportées ensuite par Sylla, l'une à Cheronée, l'autre à Orchomène, ruinèrent toutes les espérances de l'ennemi. La seconde bataille lui fit d'autant plus d'honneur, qu'il se vit au moment de la perdre. Ses troupes fuyoient; il accourut, descendit de cheval, saisit une enseigne, et affrontant le danger: Il m'est glorieux de mourir ici, s'écria-t-il; vous autres, si l'on vous demande où vous avez abandonné votre général, vous répondrez: à Orchomène. Il n'en falloit pas davantage pour rendre les Romains invincibles. Tandis qu'il faisoit ainsi triompher la république dans la Grèce, on rasoit sa maison à Rome, on confisquoit ses biens, et on le déclaroit ennemi de la patrie. Cependant il poursuivoit ses conquêtes, traversoit l'Hellespont, et forçoit Mithridate à lui demander la paix. Le général Archelaüs vint traiter avec lui de la part de ce prince, et lui promit de l'argent, des vaisseaux et des troupes, s'il vouloit abandonner l'Asie pour aller accabler ses ennemis à Rome. Sylla, sans répondre à cette proposition, l'engagea de quitter le parti de Mithridate, de se faire roi à sa place, en devenant l'allié des Romains, et de lui livrer actuellement tous les vaisseaux qu'il avoit en sa puissance. Comme Archelaüs paroissoit détester cette horrible trahison, Sylla continuant, lui dit: « Archelaüs, toi qui es Cappadocien, et l'esclave ou si tu veux l'ami d'un roi Barbare, tu ne peux seulement entendre une preposition honteuse; et à moi qui suis capitaine général des Romains, à moi Sylla, tu oses me proposer une trahison, comme si tu n'étois pas cet Ar- chelaüs qui a pris la fuite à Chéronée avec une poignée d'hommes, reste malheureux de 120 mille combattans, et qui t'es tenu deux jours caché dans les marais d'Orchomène, content de rendre la Béotie inaccessible par les monceaux de morts que tu y as laissés. » Archelaüs, humilié par cette réponse, demanda de nouveau la paix, dont le traité fut tout à l'avantage des Romains. Dès que cette importante négociation fut terminée, Sylla laissa à Murena le commandement dans l'Asie, et reprit avec son armée le chemin d'Italie. Sylla fut joint dans la Campanie par plusieurs personnages qui avoient été proscrits; et à leur exemple Cneïus Pompeius, connu depuis sous le nom du Grand-Pompée, vint le trouver avec trois légions dans la Marche-d'Ancône. Sylla l'aima, et fut le premier instrument de sa fortune. Malgré ces secours, ses ennemis lui étoient supérieurs en forces; il eut recours à la ruse et aux intrigues. Il les fit consentir à une suspension d'armes, à la faveur de laquelle il gagna, par des émissaires secrets, un grand nombre de soldats ennemis. C'est à cette occasion que le consul Carbon, qui marchoit contre lui, disoit, « que dans le seul Sylla il avoit à combattre un lion et un renard; mais qu'il craignoit bien plus le renard que le lion. » Il battit ensuite le jeune Marius, le força de s'enfermer dans Préneste, où il l'assiégea sur-le-champ. Après avoir bien établi ses postes autour de la ville, il marcha vers Rome avec un détachement. Il entra sans opposition, et borna sa vengeance à faire vendre publiquement les biens de ceux qui avoient pris la fuite. Il retourna ensuite devant Préneste, et il rendit maître. La ville fut livrée au pillage; et peu de Romains du parti de Marius échappèrent à la cruauté de vainqueur. Sylla ayant ainsi dompté tous ses ennemis, entra dans Rome à la tête de ses troupes, et prit solennellement le surnom d'Heureux, FELIX: titre qu'il eût porté plus justement, dit Velleius, s'il eût cessé de vivre le jour qu'il acheva de vaincre. Le reste de sa vie ne fut plus qu'un tissu d'injustices et de cruautés. Il fit massacrer dans le Cirque de Rome 6 ou 7000 prisonniers de guerre, auxquels il avoit promis la vie. Le sénat étoit alors assemblé dans le temple de Bellone, qui donnoit sur le Cirque. Les sénateurs ayant paru extrêmement émus, lorsqu'ils entendirent les cris d'une si grande multitude de mourans, il leur dit, sans s'émouvoir: Ne détournez point votre attention, PÈRES CONSCRIPTS; c'est un petit nombre de rebelles qu'on châtie par mon ordre. Ce carnage fut le signal des meurtres dont la ville fut remplie les jours suivans. Dans cette désolation générale, un jeune sénateur nommé Caius Metellus, fut assez hardi pour oser demander à Sylla, en plein sénat, quel terme il mettoit aux infortunes de ses concitoyens? Nous ne demandons point, lui dit-il, que tu pardonnes à ceux que tu as résolu de faire mourir; mais délivre-nous d'une incertitude pire que la mort, et du moins apprends-nous ceux que tu veux sauver. Sylla, sans paroître s'offenser de ce discours, répondit qu'il n'avoit point encore déterminé le nombre de ceux à qui il devoit faire grace. Fais-nous connaître du moins, ajouta un autre sénateur, qui sont ceux que que tu as condamnés. Sylla repartit froidement qu'il le feroit; et c'est ainsi que fut annoncée cette horrible proscription qui fait encore aujourd'hui frémir l'humanité après tant de siècles. Tous les jours on affichoit les noms de ceux qu'il avoit dévoués à la mort. Rome et toutes les provinces d'Italie furent remplies de meurtres et de carnage. On récompensoit l'esclave qui apportoit la tête de son maître, le fils qui présentoit celle de son père. Catilina se distingua dans cette boucherie. Après avoir tué son frère, il se chargea du supplice de M. Marius Gratianus, auquel il fit arracher les yeux, couper les mains et la langue, briser les os des cuisses, et enfin il lui trancha la tête. Pour récompense il eut le commandement des soldats Gaulois, qui étoient presque toujours chargés de ces cruelles exécutions. On fait monter à 4700 le nombre de ceux qui périrent par cette proscription; et ce grand nombre ne doit pas surprendre, puisque pour être condamné à la mort, il suffisoit d'avoir déplu à Sylla ou à quelqu'un de ses amis, ou même d'être riche. Plutarque rapporte qu'un certain Q. Aurelius, qui n'avoit jamais pris part aux affaires, ayant apperçu son nom sur la liste fatale, s'écria: Ah! malheureux! c'est ma terre d'Albe qui me proscrit; et à quelques pas de là il fut assassiné. Le barbare Sylla s'étant fait déclarer dictateur perpétuel, parut dans la place avec le plus terrible appareil, établit de nouvelles lois, en abrogea d'anciennes, et changea selon son gré la forme du gouvernement. Quelque temps après il renouvela la paix avec Mithridate, donna à Pompée le titre de Grand, et se dépouilla de la dictature. On n'oubliera jamais qu'un jeune homme ayant eu la bardesse de l'accabler d'injures, comme il descendoit de la tribune aux harangues, il se contenta de dire à ses amis qui l'environnoient: Voilà un jeune homme qui empêchera qu'un autre qui se trouvera dans une place semblable à la mienne, songe à la quitter. Il se retira ensuite dans une maison de campagne à Pouzzole, où il se plongea dans les plus infâmes débauches. Ce goût pour les plaisirs, loin d'adoucir sa cruauté, le rendit souvent plus cruel encore. Pendant une fête somptueuse qu'il avoit donnée au peuple Romain, sa femme s'étant trouvée malade à l'extrémité, il se hâta de la répudier et de la faire transporter ailleurs avant qu'elle expirât; quoiqu'il eût paru l'aimer beaucoup. Il ne vouloit, ni troubler par sa mort la joie des festins publics, ni être distrait lui-même de ses délices. C'est Plutarque qui rapporte ce trait révoltant. Le même historien dit que son regard étoit terrible, et que la couleur de son visage le rendoit encore plus affreux. Il étoit tout couvert de boutons rouges, parsemés de blanc; ce qui fit dire à un plaisant d'Athènes: Une mère saupoudrée de farine, voilà Sylla. Cet homme extraordinaire mourut d'une maladie pédiculaire, l'an 78 avant J.C., âgé de 60 ans. On croit que cette maladie fut occasionnée par les excès auxquels il s'abandonnait pour calmer ses remords; et en ce cas il auroit eu cela de commun avec Marius. Presque toujours maître de lui-même, il sut se livrer aux voluptés et s'en arracher avec la même facilité, parce qu'il aimoit encore plus la gloire que le plaisir. Naturellement insinuant, persuasif, éloquent, il chercha dans sa jeunesse à plaire à tout le monde. Modeste dans ses discours s'il parloit de lui-même, il étoit prodigue de louanges pour les autres, et même d'argent. Familier avec les simples soldats, il en prenoit les manières, buvoit avec eux, les railloit et souffroit d'en être raillé; mais hors de la table, il étoit sérieux, actif, vigilant, d'une dissimulation profonde et impénétrable même aux compagnons de ses débauches. Cet homme si courageux ajoutoit foi aux devins, aux astrologues et aux songes. Il écrivoit dans ses *Mémoires*, deux jours avant sa mort, qu'il venoit d'être averti en songe qu'il alloit rejoindre incessamment son épouse *Metella*. La chose n'étoit pas difficile à prévoir, dans l'état où il étoit; mais il hâta sa mort de quelques jours, en se livrant à un excès de colère, qui fit crever un abcès qu'il avoit dans les entrailles, et dont la matière lui sortit par la bouche. « Ainsi cet homme sanguinaire jusqu'au dernier instant de sa vie, dit le président de *Brosses*, mourut tranquillement dans son lit, comme le pût espérer le plus paisible des citoyens. Il est jusqu'à présent le seul entre les mortels qui ait osé s'attribuer le nom d'*Heureux*, si peu convenable à la condition humaine, et sur-tout aux passions féroces dont son ame fut agitée. Aussi doux, aussi modéré avant que de vaincre, qu'il fut ensuite cruel et vindicatif, il fit détester la justice de sa cause par l'inhumanité de sa victoire. Il fut, dit *Cicéron*, un maître consommé dans trois vices, la débauche, l'avidité et la cruauté. Ni l'indigence dans sa jeunesse, ni le déclin de l'âge, ne purent mettre de frein à ses dérèglements; il viola sans ménagement ses propres lois, qu'il faisoit observer aux autres par le fer et par le feu. En même temps qu'il publioit des ordonnances sur la continence et la frugalité, il se plongeoit publiquement dans la dissolution. Cependant il a eu ce bonheur, au-delà du tombeau, d'être le seul des méchans en qui l'éclat des grandes actions ait surpassé la haine de ses affreuses cruautés. Né dans le sein de la pauvreté, il ne tint pas sa fortune de l'illustre nom qu'il portoit; il dut tout à ses talens. Nul ne l'a surpassé dans la gloire des armes, puisqu'il vainquit le plus fameux guerrier de Rome (*Marius*), et le plus redoutable des ennemis étrangers (*Mithridate*). Grand homme de guerre, grand homme d'état; terrible dans ses menaces, mais fidelle dans ses promesses, il fut d'autant plus inexorable, qu'il étoit toujours sans colère comme sans pitié; il sacrifia tout, jusqu'à ses amis, à la dignité des lois, et il força ses concitoyens à être meilleurs que lui. En un mot, *Sylla* fut extrême dans ses vices comme dans ses vertus; on ne peut trop le louer, ni assez l'abhorrer. Il ordonna en mourant qu'on écrivit sur son tombeau, que jamais personne ne l'avoit égalé à faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis. On peut juger par ces dernières paroles, du genre de passion qui l'agitoit, et de l'espèce de gloire à laquelle il aspiroit. Ce ne fut qu'après les avoir pleinement assouvies, qu'il fut enfin rassasié jusqu'au dégoût, du pou- voir et de la domination. » C'est lui qui, à la prise d'Athènes, recouvre les livres d'Aristote.
SYLVA, (Béatrix de) d'une famille illustre, fut élevée en Portugal sa patrie, auprès de l'infante Elisabeth. Cette princesse ayant épousé en 1447, Jean II, roi de Castille, mena avec elle Béatrix de Sylva... Les charmes de son esprit, de sa figure et de son caractère, ayant fait une vive impression sur tous les cœurs, les dames de la cour, dévorées par l'envie, la calomnièrent auprès de la reine, qui la fit emprisonner. Son innocence fut reconnue; on la mit en liberté, et on lui fit à la cour des offres avantageuses, qu'elle refusa, pour se retirer chez les Religieuses de St-Dominique de Tolède. Elle fonda l'Ordre de la Conception en 1484, et termina saintement sa vie quelque temps après, pleurée des pauvres dont elle étoit la mère, et de ses filles dont elle étoit le modèle.
SYLVA. Voy. SILVA... EBOLI... et VELASQUEZ.
SYLVAIN, (Myth.) Dieu des Forêts. On le représente un rameau de cyprès à la main, monument de ses amours et de ses regrets pour la nymphe Cyparis, ou selon d'autres, pour un jeune homme de ce nom qu'Apollon changea en cyprès. On confond souvent Sylvain avec le Dieu Pan et le Dieu Faune. Chez les Romains il n'y avoit que les hommes qui pussent sacrifier à Sylvain. On ne lui offroit d'abord que du lait; mais dans la suite on lui immola un cochon.
SYLVAIN, Voyez SILVAIN (Flavius Silvanus).
SYLVEIRA, (Jeande) carme de Lisbonne, d'une famille noble, eut des emplois considérables en son Ordre. Il mourut dans sa patrie en 1687, à 82 ans. On a de lui des Opuscules et des Commentaires sur les Evangiles, Venise, 1751, 10 vol., et sur l'Apocalypse, un vol., qui ne sont proprement que de longues compilations.
SYLVESTRE, Voyez SILVESTRE.
SYLVIA, Voy. RHEA-SYLVIA.
SYLVIO, Voy. BOCONI. I. SYLVIUS, ou DU BOIS, (François) né à Braine-le-comte dans le Hainaut, en 1581, chanoine de Douay, professa pendant plus de trente ans la théologie dans cette ville, où il mourut en 1649. On a de lui des Commentaires sur la Somme de saint Thomas, et d'autres savans ouvrages, imprimés à Anvers, 1698, en 6 vol. in - fol. On y trouve plus de savoir que de précision; mais comme les matières théologiques y sont bien développées, on les estime d'autant plus qu'ils deviennent rares.
II. SYLVIUS, (François) professeur d'éloquence, et principal du collège de Tournai à Paris, étoit du village de Levilly, près d'Amiens. Il mourut vers 1530, après avoir travaillé avec zèle à bannir des collèges la barbarie, et à y introduire les belles - lettres et l'usage du beau latin. Ses soins ne furent pas perdus, et la littérature de son siècle doit le compter parmi ses bienfaiteurs. On a de lui un ouvrage intitulé: Progymnasma tum in artem Oratoriam Fran- cisci Sylvii Ambiani, viri erudition rectd et judicio acute insignis, Centuries tres; ou plutôt c'est le titre que donna Alexandre Scot, surnommé l'Ecossois, à l'Abrégé qu'il en fit depuis, en un vol. in-8.°
III. SYLVIUS, (Jacques) frère du précédent, et célèbre médecin, mourut en 1555, à 77 ans, avec la réputation d'un homme habile dans les langues grecque et latine, dans les mathématiques et dans l'anatomie. Son avarice étoit extrême. Il faisoit un bruit horrible lorsque quelqu'un de ses écoliers manquoit à lui donner le teston qu'il faisoit payer par mois. Il fut une fois si irrité de ce qu'un d'eux ne lui avoit pas payé son mois, qu'il jura qu'il ne feroit plus de leçons, si les autres ne le chassoient ou ne l'obligeoient au payement. Henri Etienne assure, dans son Apologie d'Hérodote, qu'il fut présent à cette action. Il vivoit au reste de la manière la plus mesquine. Il ne donnoit que du pain sec à ses gens, et passoit tout l'hiver sans feu. Deux choses lui servoient de remède contre le froid. Il jouoit au ballon, et portoit une grosse bûche sur ses épaules du bas de sa maison jusqu'au grenier: il disoit que la chaleur qu'il gagnoit à cet exercice, étoit plus utile à sa santé, que celle du feu. Quelques-uns de ses disciples mirent ce distique de Buchanan sur sa porte, le jour de sa mort: Sylvius hic situs est, gratis qui nil dedit unquam: Mortuus et gratis quod legis ista, doler. On a de lui divers ouvrages, imprimés à Cologne en 1630, in-fol. sous le titre d'Opera Medica. Parmi les Traités qui composent ce vol., on doit distinguer la Pharmacopée, traduite séparément en françois par Caille, et imprimée à Lyon en 1574. M. Baumé, bon juge en cette matière, en a fait beaucoup de cas.
IV. SYLVIUS, (Lambert) ou VANDEN BOSCH, ou DU BOIS, écrivain Hollandois, né vers l'an 1610 à Dordrecht, mort vers l'an 1688, a donné un grand nombre d'ouvrages, plutôt dictés par la faim que par le désir d'être utile: ils sont tous en langue flamande. Les principaux sont: I. Théâtre des Hommes illustres, etc. Amsterdam, 1660, 2 volumes in-4.° II. Histoire de notre Temps, depuis 1667 jusqu'en 1687, Amsterdam. C'est une continuation de l'Histoire de Léon-van-Aitzema, mais inférieure à celle-ci. Bernard Costerus, Protestant, a relevé bien des fautes de Sylvius, qui décèlent l'homme crédule, plein de passion et même de malignité. III. La Vie des Héros qui se sont distingués sur la Mer, in-4.° avec figures. Il a encore publié quantité de Tragédies, Pièces de vers, etc. V. SYLVIUS, (François DE LE BOE) né à Hanau dans la Vétéravie, en 1614, pratiqua la médecine avec succès en Hollande, et enseigna cette science à Leyde. La circulation du sang, publiée par Guillaume Harvée, faisoit alors beaucoup de bruit: Sylvius la démontra le premier dans cette université, par des preuves incontestables. Il mit en réputation par ses leçons et ses expériences, la chimie, qui avoit été négligée jusqu'alors, et mourut à la Haye le 14 novembre 1672. On a une collection de ses Œuvres, Amst. Elzevir, 1679, in-4°; et Venise, 1708, in-fol.
VI. SYLVIUS. Voy. Bois.
SYMBACE, gendre du fameux Bardas, conspira contre son beau-père avec Basile le Macédonien, en 866. [Voy. BARDAS.] Basile avoit séduit Symbace, en lui faisant espérer qu'il seroit fait César, dès que l'empereur Michel ne seroit plus gouverné par Bardas. Mais se voyant frustré de cette espérance, il se ligua avec Georges Pégane, maître de la milice, se mit à la tête d'une troupe de mécontens, et ravagea les campagnes voisines de Constantinople, lorsqu'on se préparoit à faire la moisson. Cette révolte tourna contre son auteur. Sa petite troupe fut dissipée, et il fut arrêté par un soldat, envoyé à Constantinople, où Michel lui fit crever les yeux. On l'exposa dans la place du Milion, avec une tasse à la main, dans laquelle les passans mettoient leur aumône par dérision. On l'encensa avec un encensoir de terre. Pégane fut arrêté en même temps, et après avoir subi à-peu-près la même punition que Symbace, on les renvoya chez eux et on se contenta de les faire garder étroitement. I. SYMMAQUE, natif de Sardaigne, monta sur la chaire de Saint-Pierre, après le pape Anastase II, le 22 novembre 498. Le patrice Festus fit élire, quelque temps après, l'archiprêtre Laurent, dont il croyoit dis- poser plus facilement que de Symmaque, partisan zélé du concile de Chalcédoine. Ce schisme fut éteint par Théodoric, roi des Goths, qui prononça en faveur de Symmaque, lequel fut aussi reconnu par les évêques pour pape légitime, et déclaré dans un concile, innocent des crimes dont il étoit accusé. L'empereur Anastase s'étant déclaré contre le concile de Chalcédoine, le pontife Romain lança sur lui les foudres ecclésiastiques. Symmaque mourut en 514, après avoir fait bâtir plusieurs églises. C'étoit un homme austère et inflexible. Son zèle ne fut pas toujours éclairé, mais sa vertu fut sans tache. Nous avons de lui XI Epîtres dans le Recueil de D. Constant, et divers Décrets. On dit que c'est lui qui ordonna de chanter à la Messe, aux Dimanches et aux fêtes des Martyrs, le Gloria in excelsis; mais cette opinion n'a aucun fondement solide.
II. SYMMAQUE, écrivain du IIe siècle, étoit Samaritain. Il se fit Juif, puis Chrétien, et tomba ensuite dans les erreurs des Ebionites. Il ne nous reste que des fragmens de la Version grecque qu'il avoit faite de la Bible.
III. SYMMAQUE, (Quintus-Aurelius-Avianus) préfet de Rome, et consul en 391, fit éclater beaucoup de zèle pour le rétablissement du Paganisme et de l'autel de la Victoire. Il trouva un puissant adversaire dans S. Ambroise, et fut banni de Rome par l'empereur Théodose le Grand. Il nous reste de lui dix livres d'Epîtres, Leyde, 1653, in-12, qui ne contiennent rien d'important, mais dans lesquelles on trouve des preuves de sa probité et de son éloquence.
SYMMAQUE, *Voy.* THEODORIC.
SYMPHOSIUS, *Voy.* IL AMALARIUS.
SYNCELLE, (George) étoit syncelle de *Taraise* patriarche de Constantinople, vers l'an 792, c'est-à-dire, qu'il occupoit l'office de cet homme qu'on plaçoit auprès du patriarche pour être le témoin de ses actions. C'est de cette charge qu'il tira son nom. Il étoit moine, et il remplissoit les obligations de son état. Nous avons de lui une *Chronographie*, que le Père *Guar* a publiée en grec et en latin, 1652, in-folio. Cet ouvrage est important pour la connaissance des dynasties d'Égypte. Il a suivi *Jules Africain* et *Eusebe*, mais avec des différences, sur lesquelles il faut consulter son savant éditeur.
SYNCLÉTIQUE, (Sainte) vierge d'Alexandrie en Égypte, morte à 83 ans, fut maîtresse de beaucoup de vierges consacrées à Dieu. Regardée par les femmes comme *S. Antoine* par les hommes, elle devint le modèle de son sexe dans la pratique des mortifications et dans la souffrance des maux. Sa vie a été traduite par *Arnauld* d'Andilly, dans le second volume de ses *Vies des Pères du Désert*. On a cru longtemps, mais mal à propos, que *S. Athanase* en étoit l'auteur. Quelques-uns même, dit *Baillet*, sont tentés de prendre cette Vie pour une simple exhortation à la vertu, cachée sous les apparences d'une histoire. Cependant l'Église célébrant sa fête le 5 janvier, on doit croire qu'elle a existé, quoique son historien ait pu mettre sous son nom bien des choses qui appartenoient à d'autres Saintes. I. SYNESIUS, philosophe Platonicien. On ignore le temps où il vivoit. Il nous reste de lui trois *Traités de Philosophie Naturelle*, avec les figures de *Nicolas Flamel*, Paris, 1612, in-4°, et un de *Somniis*, imprimé avec les Écrits de *Jamblique*, autre philosophe Platonicien, Venise, 1497, in-fol.
II. SYNESIUS, fut disciple de la fameuse *Hypacie* d'Alexandrie. Les fidèles touchés de la régularité de ses mœurs, l'engagèrent à embrasser le Christianisme. Député à Constantinople en 400, il présenta son livre de *La Boyauté* à l'empereur *Arcadius*, qui le reçut favorablement. On l'éleva dix ans après sur le trône épiscopal de Ptolemaïde. *Synesius* n'accepta cette dignité qu'avec beaucoup de répugnance. Elle lui paroissoit contraire à la vie philosophique qu'il avoit menée, et il n'étoit pas encore convaincu de tous les dogmes de la Religion Chrétienne. Dans une lettre à son frère, « il propose (dit M. Fleury) sa femme comme le premier obstacle à son ordination. Il en ajoute d'autres sur la doctrine. Il est difficile, dit-il, pour ne pas dire impossible, d'ébranler les vérités qui sont entrées dans l'esprit par une vraie démonstration, et vous savez que la Philosophie en a plusieurs, qui ne s'accordent pas avec cette doctrine si fameuse (il veut dire la Chrétienne). En effet, je ne croirai jamais que l'ame soit produite après le corps. Je ne dirai jamais que le monde doive périr en tout ou en partie. Je crois que la Résurrection dont on parle tant, est un mystère caché; et je suis bien éloigné de convenir des opinions du vulgaire. Il marque ensuite la peine qu'il auroit de quitter la chasse; mais enfin il se soumet et se rapporte de tout au jugement de Théophile. Cette protestation de Synesius a fait dire à quelques historiens, qu'il avoit été baptisé et ordonné évêque, quoiqu'il ne crût pas la résurrection; mais il ne le dit pas: il paroît seulement qu'il y entendoit quelque mystère, peut-être la Métempsycose des Platoniciens, ou la Résurrection des Origénistes dans une autre chair. Quoi qu'il en soit, il faut croire que Théophile, et les évêques d'Égypte, s'assurèrent de sa docilité et de sa foi dans les points essentiels, avant que de lui imposer les mains, et que son mérite extraordinaire, joint à la nécessité des temps et des lieux, les obligea de se dispenser de la rigueur des règles.» (Hist. Ecclésiastique, Liv. xxii, n.º xlii.) Synesius, devenu évêque, eut les vertus d'un apôtre et l'humanité d'un philosophe. Il célébra un concile, et soulagea les indigènes. Nous avons de lui CLV Epîtres, des Homélies, et plusieurs autres ouvrages, dont la meilleure édition est celle du Père Petau, 1633, in-fol., en grec et en latin, avec des notes. Ils méritent tous d'être lus, quoiqu'ils ne soient pas entièrement exempts des erreurs de la philosophie Païenne. On y remarque de l'élégance, de la noblesse et de la pureté. On ignore l'année de la mort de cet homme illustre.
SYNGE, (Edouard) théologien Anglois, né en 1659, devint archevêque de Tuam en 1741. Il est auteur de 4 vol. in-12, qui renferment plusieurs Écrits estimés sur la Morale et la conduite de la vie civile.
SYNPOSIUS. C'est sous ce nom qu'on trouve des Enigmes latines dans le Corpus Poëtarum de Maittaire. Quelques-uns croient que ce nom, qui en grec signifie Banquet, vient de ce que ces Enigmes furent proposées dans un banquet.
SYPHAX, roi d'une partie de la Numidie, prit le parti des Romains contre les Carthaginois, au commencement de la seconde guerre Punique. Mais ayant épousé dans la suite Sophonisbe, fille d'Asdrubal, elle l'engagea de quitter Rome pour Carthage. Masinissa, à qui cette princesse avoit été promise, se joignit à Lælius, général Romain, et lui livra bataille près de Cirtha, l'an 201 avant J. C. Syphax fut vaincu, fait prisonnier, et conduit à Scipion, qui le mena en triomphe à Rome. Ce malheureux prince, ne pouvant survivre à son infortune, se laissa mourir de faim dans sa prison. Les Romains donnèrent à Masinissa une partie des états de son ennemi.
SYRÈNES, Voy. SIRÈNES, et PARTHENOPE.
SYRIEN, Syrianus, sophiste d'Alexandrie vers l'an 470, avoit composé : I. *Quatre Livres* sur la République de Platon. II. *Sept Livres* sur la République d'Athènes. III. *Des Commentaires* sur *Homère*. Tous ces ouvrages sont perdus, et on doit les regretter.
SYRINX, Nymphe aimée du Dieu PAN. *Voyez PAN*.
SYRIQUE, *Voy*. III. MELECE.
SYROËS, *Voy*. II. CHOSROËS, vers la fin.
SYRUS, (Publius) *Voyez* PUBLIUS SYRUS.
SYSIGAMBIS, mère de *Darius*, dernier roi de Perse, fit voir à la mort d'*Alexandre le Grand*, combien la reconnoissance et la magnanimité ont de force sur les belles ames. Elle avoit supporté la mort de *Darius* son fils; mais elle ne put survivre à celle du conquérant Macédonien, et mourut de douleur après lui.
SZEGEDIN, *Voy*. ZEGEDIN.
TABARIN, (N...) acteur renommé du XVIe siècle, jouoit sur les treteaux de Paris des parades qui devinrent nos premières pièces dramatiques. Il s'étoit associé avec un célèbre opérateur du temps, nommé *Mondor*. On a rassemblé les titres et les sujets de ses farces, en 1623, à Paris, chez *Sommaville*, sous le titre de *Recueil général des Œuvres et Fantaisies de Tabarin*. — La notice de quelques-uns des titres peut donner une idée de l'esprit et du goût du temps. *Quel est le premier créé de l'homme ou de la barbe ? En quelle partie du corps la peau est-elle plus dure ? Qui sont ceux qui sont les plus courtois ? Quels sont les meilleurs pelfreniers ? Qui sont ceux qui ne se servent point de gants en hiver ? Pourquoi on fend les marrons en les mettant au feu ? etc. etc.*
TABERNA, ou TAVERNE, (Jean-Baptiste) né à Lille en 1622, se fit jésuite en 1640, enseigna long-temps la philosophie et la théologie avec distinction. La ville de Douay ayant été affligée d'une épidémie meurtrière l'an 1686, *Taberna* prodigua ses soins aux malades, et fut la victime de sa charité. On a de lui : *Synopsis Theologiae practicae*, 3 vol. in-12, excellent abrégé de théologie morale, bien écrit, clair, précis, et éloigné des deux extrêmes, du relâchement et de la rigidité.
TABOR, (Jean-Othon) né à Bautzen en Lusace, l'an 1604, voyagea en France, et s'y fit connoître par son érudition. Les guerres d'Allemagne ayant réduit en cendres sa patrie où il exerçoit la charge d'avocat et de syndic de la ville, il se retira en 1659. à Giessen, où il fut conseiller du landgrave de Hesse-Darmstad, et en 1667 à Franckfort, où ses chagrins le suivirent. Il mourut en 1674. Ses divers *Ouvrages sur le Droit* ont été publiés en 1688, en 2 vol. in-fol. *Praschius* son gendre a écrit sa *Vie*, qui fut celle d'un bon citoyen et d'un savant appliqué.
**TABOUET**, (Julien) né dans le Maine, devint procureur-général du sénat de Chambéry. Sa conduite équivoque lui valut une mercuriale de la part du premier président *Raymond Pelisson*, qui la lui fit par ordre de sa Compagnie. Pour s'en venger, *Tabouet* s'avisa d'accuser le premier président de malversations. *Pelisson* fut condamné à une peine infamante (à l'amende honorable et à l'amende bursale) par le parlement de Dijon, en 1552. Mais ayant obtenu que son procès seroit revu par les commissaires, il fut absous en 1556, et son accusateur condamné à la peine qu'il avoit subie. Il fut depuis mis au pilori et banni. Il mourut en 1562. On a de lui : I. *Sabaudiæ Principum Genealogia*, *versibus et Latiali dialecto digesta*, traduite en françois, en prose et en vers, par *Pierre Trebedan*. II. Une *Histoire de France* dans le même goût, imprimée avec l'ouvrage précédent en 1560, in-4.
**TABOUREAU DES RÉAUX**, (N.) fils du grand-maître des eaux et forêts du Lyonnois, fut d'abord conseiller au parlement de Paris, et ensuite intendant de cette province, qu'il administra pendant 10 ans en père tendre et en magistrat éclairé. *Louis XVI*, instruit de ses lumières, de son équité et de son assiduité aux affaires, le nomma contrôleur-général. Il garda peu de temps cette place, qui ne contribua en rien à sa fortune, et mourut conseiller d'état le 30 mai 1782, regretté de tous les gens de bien. — *Louis-Philippe Taboureau de Villepatour* son frère, lieutenant-général des armées du roi, commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, inspecteur général de l'artillerie, étoit mort à Besons huit mois avant lui, le 9 septembre 1781, à 62 ans : c'étoit un officier brave, intelligent, actif, expérimenté. Il se distingua dans diverses actions d'éclat, et surtout à Saint-Cast en Bretagne, lorsque les Anglois y firent une descente en 1760. Il mourut couvert de blessures, et laissant à ses amis le souvenir d'un homme dont la bonté, la sensibilité et les autres qualités sociales égaloient la bravoure. **I. TABOUROT**, (Jean) chanoine et official de Langres, se fit un nom par divers ouvrages. Le *Calendrier des Bergers*, 1588, in-8°, et la *Méthode pour apprendre toutes sortes de Danses*, 1589, in-4° (l'un et l'autre sous le nom de *Thoinot Arbeau*) sont encore recherchés. Il mourut en 1595 ; il étoit oncle du suivant.
**II. TABOUROT**, (Étienne) plus connu sous le nom de *Sieur Des Accords*, procureur du roi au bailliage de Dijon, né en 1547, s'est fait un nom par quelques ouvrages singuliers. Le moins mauvais est celui qui est intitulé : *Bigarrures et Touches du Seigneur DES ACCORDS*, dont on a plusieurs éditions ; une entre autres avec les *Apophthegnes* de *Gouhard* et les *Escraignes Dijonoises*, à Paris chez *Macroi*, in-12. Il enfanta cette production à l'âge de 18 ans; mais il la revit et l'augmenta, en ayant plus de 35. Son ouvrage réimprimé plusieurs fois, entre autres en 1662, in 12, renferme des règles sur les différentes manières de plaisanter et même sur les calembourgs. Cet auteur mourut en 1590, à 43 ans.
TACCA, (Pierre-Jacques) célèbre sculpteur Italien, né à Carare, et mort à Florence en 1640, fut élève de Jean de Bologne, et égala son maître. Il voyagea en Espagne, en France, et laissa sur son passage des morceaux qui prouvent sa supériorité dans son art. On lui doit la Statue de la reine Jeanne d'Autriche, et celle de Ferdinand III, grand duc de Toscane qui se voit à Livourne; les quatre Esclaves en bronze qui décorent le port de cette ville; la Statue de Henri IV, placée à Paris sur le Pont-Neuf; et enfin la fameuse Statue équestre de Philippe IV, à Madrid. Ce dernier ouvrage passe pour le chef-d'œuvre de l'artiste. L'attitude qu'il a su donner au cheval, prouve combien Tacca avoit de hardiesse et de génie. Il l'a représenté au moment où il se cabre; de sorte que les deux pieds de derrière de l'animal soutiennent le poids énorme de 18 milliers.—Son fils, nommé Ferdinand, se distingua aussi dans la sculpture. Il fit la Statue colossale de Ferdinand I, et exécuta plusieurs morceaux estimés en relief et en ronde bosse.
TACFARINAS, chef d'armée contre les Romains en Afrique, au temps de Tibère, étoit Nômide de nation. Il servit d'abord dans les troupes auxiliaires des Romains; et ayant déserté, il assembla une bande de vagabonds et de brigands, et se mit à faire des courses qui lui réussirent. Il devint chef des Muzulains, nation puissante proche les déserts d'Afrique, et il se ligua avec les Maures du voisinage. Ceux-ci étoient commandés par Mazippa, et formèrent un camp volant, qui portoit le fer, le feu et la terreur de tous côtés, pendant que Tacfarinas, avec l'élite des troupes, campoit à la manière des Romains, et accoutumoit ses gens à la discipline militaire. Les Cinithiens, autre nation considérable, entrèrent dans les mêmes intérêts. Furius Camillus, proconsul d'Afrique, averti de ces mouvements, marcha contre lui et le vainquit, l'an 17 de J. C. Tacfarinas renouvela ses brigandages quelque temps après: il assiégea même un château où Decrius commandoit, et délit la garnison qui étoit sortie pour se battre en rase campagne. Decrius remplit les devoirs d'un guerrier très-brave et très-expérimenté. Les blessures qu'il avoit reçues, dont l'une lui avoit crêvé un œil, ne l'empêchèrent pas de faire tête à l'ennemi; mais ses soldats ayant pris la fuite, il perdit la victoire et la vie. Sa mort fut vengée par Apronius, successeur de Camille dans le proconsulat d'Afrique. Ce général, à la tête de cinq cents vétérans, chassa l'ennemi de devant la ville de Thala qu'il assiégeoit. Junius Blesus, successeur d'Apronius, remporta aussi divers avantages sur Tacfarinas, qui avoit changé sa méthode de faire la guerre, et ne faisoit plus que des courses, à la manière des Numides. Ce dernier, sans être abattu par ses défaites réitérées, envoya un ambassadeur à l'empereur pour lui demander des terres, qu'il promettoit de cultiver en paix. Loin de lui accorder sa demande, *Ble-sus* reçut ordre de le poursuivre plus vigoureusement. Après avoir tenté vainement de le réduire, il céda cette gloire au proconsul *Dolabella*. Ce nouveau général lui livra bataille; le brigand y fut vaincu, et mourut les armes à la main.
TACHARD, (Gui) jésuite François, suivit en qualité de missionnaire, le chevalier de *Chaumont* et l'abbé de *Choisi*, ambassadeurs à Siam. Il revint en Europe en 1688, retourna dans l'Inde, et mourut à Bengale d'une maladie contagieuse, dans l'exercice de ses travaux apostoliques, vers l'an. 1694. Ses deux *Voyages à Siam*, en 2 vol., Paris, 1686 et 1689, réimprimés à Amsterdam en 2 vol. in-12, 1700, sont moins estimés que la *Relation de la Loubère*, publiée à Paris, 1691, 2 vol. in-12. Les Mémoires de celui-ci, moins agréables pour le style (dit l'abbé de *Marsy*, HISTOIRE Moderne, tome III, page 358) que ceux de l'abbé de *Choisi* et du Père *Tachard*, l'emportent infiniment du côté de l'ordre, de l'exactitude, du choix des matières, et de la solidité des réflexions. *Choisi* est superficiel, *Tachard* est flatteur. L'un et l'autre sont d'une crédulité excessive. Le Jésuite sur-tout, flatté des honneurs extraordinaires qu'il reçut à Siam, se laissa tromper par les exagérations artificieuses de *Constance*, qui ne cherchoit qu'à en imposer aux François par une ostentation de magnificence. *Tachard*, élevé dans un collège, écrivoit en professeur de rhétorique, qui n'avoit pas oublié l'amplification. On lui fit voir une cinquantaine d'éléphans, et on n'eut pas de peine à lui persuader que le roi en entretenoit au moins vingt mille dans le reste du royaume. Le ministre lui montra rapidement le trésor du prince, et lui fit croire qu'il y avoit des amas d'or, d'argent et de pierreries. On sait jusqu'où peut aller l'imposture dans la montre de ce genre de richesses. Il le conduisit dans les plus belles Pagodes, lui fit voir des idoles colossales bien dorées, et soutint hardiment qu'elles étoient d'or massif, etc. Le chevalier de *Torbin* fait voir dans ses Mémoires, combien *Tachard* et *Choisi* ont trompé le public.
TACHERON, (Pierre) peintre sur verre, fut renommé dans son art, dans le XVIIe siècle. Ses principaux ouvrages sont les vitraux peints en grisaille du cidevant cloître des Minimes à Soissons, et ceux de la salle de l'Arquebuse dans la même ville. Ces derniers représentent plusie les métamorphoses d'*Ovide*. Autour de chaque panneau règne une frise ornée de fleurs supérieurement coloriées. *Louis XIV*, en passant à Soissons en 1663, admira longtemps cet ouvrage, et témoigna quelque désir de le faire transporter à Versailles; ce qui n'a pas été exécuté.
TACHON, (Dom Christophe) Bénédictin de Saint Sever au diocèse d'Aire, mort en 1693, cultiva le talent de la chaire avec succès. On a de lui un livre intitulé: *de la sainteté et des devoirs d'un Prédicateur évangélique*, avec l'*Art de bien prêcher*, et une courte *Méthode pour catéchiser*, in-12. Cet ouvrage ne renferme que des préceptes triviaux.
TACHOS ou TACHUS, roi d'Égypte du temps d'Artaxerces-Ochus, défendit ce royaume contre les Perses qui songeoient à l'attaquer de nouveau, malgré les mauvais succès de leurs premiers efforts. Il obtint des Lacédémoniens un corps de troupes, commandé par Agésilas qui le trahit d'une manière indigne. Tachos ayant donné à Chabrias, Athénien, le commandement de l'armée, et n'ayant laissé à Agésilas que celui des troupes auxiliaires, celui-ci profita de la révolte de Nectanclus, avec lequel il se ligua. Le roi d'Égypte fut obligé de sortir de son royaume, et on ne sait pas trop ce que devint ce malheureux prince. Athénée donne une cause singulière au ressentiment d'Agésilas. Il prétend que Tachos, le voyant de petite taille, lui appliqua la Fable de la montagne qui accouche d'une souris; et qu'Agésilas en colère lui répondit: Vous éprouverez un jour que je suis un Lion. I. TACITE, (C. Cornelius-Tacitus) historien latin, n'étoit point de l'ancienne famille des Cornéliens, mais d'une autre beaucoup plus nouvelle. Il étoit, à ce que conjecture Tillemont, fils d'un chevalier Romain, qui avoit été intendant de la Belgique. Il naquit à la fin de l'empire de Claude, ou au commencement de celui de Néron. Vespasien qui vit en lui une ame forte et un génie élevé, le prit en affection, et commença à l'élever aux dignités: Tita et Domitien curent toujours beaucoup d'estime pour lui. Ayant été fait consul l'an 97 de J. C., à la place de Virginius-Tufus, sous Nerva, il prononça le panégyrique de son illustre prédécesseur. La fortune, toujours propice à Virginius (dit Pline le jeune), gardoit pour dernière faveur un aussi excellent orateur à un aussi excellent homme. Tacite avoit plaidé plusieurs fois à Rome, et fait admirer son éloquence. Chargé de la cause des Africains contre Marius-Priscus, proconsul d'Afrique, il le fit condamner. Pline le jeune et lui, étoient étroitement liés. « Leur amitié (dit l'abbé de la Bletterie) avoit pour base la conformité de principes et de mœurs. Comme dans l'essentiel ils se ressembloient parfaitement, d'assez grandes différences sur tout le reste, ne servoient qu'à rendre leur amitié plus piquante et plus utile. On saisit facilement le caractère de Pline, qui nous a laissé un volume de Lettres. Nous sommes moins au fait de Tacite, dont nous n'avons que des ouvrages d'apparat; mais autant qu'on peut connoître l'un et deviner l'autre, la probité de Pline étoit plus douce, plus hiante, assaisonnée de tout ce qui fait les délices du commerce: celle de Tacite étoit plus franche, plus naturelle, sans apprêt, en un mot, vraiment romaine. Le premier par ses qualités aimables gagnait tous les cœurs; le second les subjuguait par la force de son mérite, par l'ascendant de sa vertu. L'un, courtisan délié sans bassesse, et même avec dignité, sembloit fait pour vivre sous le gouvernement fondé par Auguste, et pour être l'ami d'un prince tel que Trajan. L'autre, républicain sans aigreur et sans imprudence, avoit droit à l'estime des bons princes: mais il auroit été mieux encore sous l'ancien gouvernement: il eut besoin, si je ne me trompe, de prendre sur lui-même pour se façonner au nouveau, et ce dut être l'ouvrage de toute sa vie. *Pline* aimoit passionnément la vertu, lui prodiguoit l'encens par-tout où il croyoit la trouver, et peut-être il la voyoit quelquefois où elle n'étoit pas; il louoit avec une profusion, qui pouvoit rendre problématique son discernement ou sa sincérité. Il mettoit dans ses préventions les plus injustes, une sorte de modération et d'équité: témoin la demi-justice qu'il rend aux Chrétiens, en reconnoissant la pureté de leurs mœurs, tandis qu'il les regarde comme des malheureux, aveuglés par une folle superstition. *Tacite* haïssoit fortement le vice. Il distribuoit les louanges avec économie, et toujours en connoissance de cause. L'horreur qu'il avoit de la flatterie et du mensonge, le poussoit vers les excès opposés. On voit combien ces deux amis étoient nécessaires l'un à l'autre. Peut-être que, sans la douceur de *Pline*, *Tacite* ne se seroit pas préservé d'une philosophie sauvage, de cette haine des hommes qu'il reprochoit aux Chrétiens; sans le caractère mâle de *Tacite*, la bonté d'ame de *Pline* auroit pu dégénérer en complaisance outrée, en adulation, en fadeur. Ils avoient tous deux l'esprit vif, solide et juste, l'imagination féconde, le sentiment délicat. Rien de la surface des objets n'échappoit à *Pline*, rien de leur intérieur à l'œil perçant de *Tacite*. L'un avoit en partage le brillant, l'aménité, les graces légères; il savoit même se donner, au besoin, de l'élévation et de la force: mais c'étoit un état violent pour lui; bientôt il retomboit dans les fleurs. L'autre, plein d'une vigueur soutenue, joignoit à la chaleur des idées, à l'énergie de l'expression, à la vivacité des images, un sens exquis, une suréminence de raison. » De leur temps on ne nommoit guère l'un sans penser à l'autre. *Tacite* s'étant trouvé aux spectacles du Cirque près d'un chevalier Romain avec lequel il eut une conversation savante et diversifiée, le chevalier qui ne le connoissoit point, lui demanda s'il étoit de l'Italie ou de quelque autre province de l'Empire? *Tacite* lui répondit: *Vous me connoissez, et j'en ai l'obligation aux Lettres*. Aussitôt le chevalier repartit: *Vous êtes Tacite ou Pline...* Nous avons de *Tacite*: I. Un Traité des Mœurs des Germains. Il lone les mœurs de ces peuples, mais comme Horace chantoir celles des Barbares nommés Gètes: l'un et l'autre (dit *Voltaire*) ignoroient ce qu'ils louoient, et vouloient seulement faire la satire de Rome; cependant, ce que d'autres auteurs nous ont appris des Germains, donne lieu de croire qu'à plusieurs égards le tableau de *Tacite*, quoique embelli, est d'après nature. II. La Vie de Cn. Julius-Agricola, dont il avoit épousé la fille l'an 77 ou 78 de J. C. Cet Ecrit est un des plus beaux et des plus précieux morceaux de l'antiquité. Les gens de guerre, les courtisans, les magistrats, y peuvent trouver d'excellentes instructions. III. Histoire des Empereurs; mais, de vingt-huit ans que cette Histoire contenoit, (depuis l'an 69 jusqu'en 96.) il ne nous reste que l'année 69 et une partie de 70. IV. Ses Annales: elles renfermoient l'Histoire de quatre empereurs, *Tibère*, *Caligula*, *Claude*, *Néron*. Il ne nous reste que l'Histoire du premier et du dernier, à-peu-près entière; *Caligula* est perdu tout entier, et nous n'avons que la fin de *Claude*. On a trouvé les cinq premiers livres des *Annales* dans l'abbaye de Corwey, en Angleterre. L'empereur *Tacite*, qui se faisoit honneur de descendre de la famille de l'historien, ordonna qu'on mit ses ouvrages dans toutes les bibliothèques, et qu'on en fit tous les ans dix copies aux dépens du public, afin qu'elles fussent plus correctes. Cette sage précaution n'a pas pu néanmoins nous conserver, en entier, un ouvrage si digne de passer à la postérité. *Tacite* est, sans comparaison, le plus grand des historiens aux yeux d'un philosophe. Il a peint les hommes avec beaucoup d'énergie, de finesse et de vérité; les événements touchants, d'une manière pathétique; et la vertu, avec autant de sentiment que de goût. Il possède, dans un haut degré, la véritable éloquence, le talent de dire simplement de grandes choses. On doit le regarder comme un des meilleurs maîtres de morale, par la triste mais utile connoissance des hommes, qu'on peut acquérir dans la lecture de ses ouvrages. « Si l'on demande, dit *Thomas*, qui a le mieux peint les vices et les crimes, et qui inspire mieux l'indignation et le mépris pour ceux qui ont fait le malheur des hommes? je dirai: c'est *Tacite*. Qui donne un plus saint respect pour la vertu malheureuse, et la représente d'une manière plus auguste, ou dans les fers ou sous les coups d'un bourreau? c'est *Tacite*. Qui a le mieux flétri les affranchis et les esclaves, et tous ceux qui rampoient, flattoient, pilloient et corrompoient la cour des empereurs? c'est encore *Tacite*. Qu'on me donne un homme qui ait jamais donné un caractère plus imposant à l'histoire, un air plus terrible à la postérité. *Philippe II*, *Henri VIII* et *Louis XI* n'auroient jamais dû voir *Tacite* dans une bibliothèque, sans une espèce d'effroi. Si de la partie morale, nous passons à celle du génie, quel homme a dessiné plus fortement les caractères? Qui est descendu plus avant dans les profondeurs de la politique? Qui a mieux tiré de grands résultats des plus petits événements? mieux fait à chaque ligne, dans l'histoire d'un homme, l'histoire de l'esprit humain et de tous les siècles? a mieux surpris la bassesse, qui se cache et qui s'enveloppe? a mieux démêlé tous les genres de crainte, tous les genres de courage, tous les secrets des passions, tous les motifs des discours, tous les contrastes entre les sentimens et les actions, tous les mouvemens que l'ame se dissimule? mieux trouvé le mélange bizarre des vertus et des vices, et l'assemblage des qualités différentes et quelquefois contraires? » On l'accuse d'avoir peint trop en mal la nature humaine; c'est-à-dire, de l'avoir peut-être trop étudiée et trop connue. On l'accuse encore d'être obscur; ce qui signifie seulement qu'il n'a pas écrit pour la multitude. On lui reproche enfin d'avoir le style trop concis: comme si le plus grand mérite d'un écrivain n'étoit pas de dire beaucoup en peu de mots. S'il peint en raccourci, ses traits en récompense sont d'autant plus vifs et plus frappans. (Voy. son parallèle avec SENÈQUE, n° II, vers la fin; et avec SALLUSTE, n° 1.) Tacite se flattoit d'avoir écrit sans haine et sans prévention; Sine ira et studio. Il connoissoit tous les écueils que rencontre un historien, et il croyoit les avoir évités. Il remarque lui-même, en parlant des Histoires de Tibère, de Caius, de Claude, de Néron, que, soit qu'elles eussent été écrites de leur vivant, ou peu de temps après leur mort, la fausseté y régnoit également, parce que la crainte avoit dicté les unes, et la haine les autres. « On blesse, dit-il ailleurs, la vérité de deux manières : par la fureur de louer les puissans pour leur plaire, et par le plaisir secret d'en dire du mal pour se venger. De tels historiens, ou flatteurs ou ennemis déclarés, ménagent fort peu l'estime de la postérité. On est choqué d'une basse flatterie, parce qu'elle sent la servitude; mais on ouvre volontiers ses oreilles à la médisance, dont la malignité se couvre d'un air de liberté. » Tacite promet de se préserver de ces deux excès, et proteste une fidélité à l'épreuve de toute séduction. Le règne de Tibère passe pour un chef-d'œuvre de politique, et pour le chef-d'œuvre de Tacite. Le reste de son Histoire pouvoit être composé par un autre que par lui, et Rome ne manquoit pas de déclamateurs pour peindre au naturel les vices de Caligula, la stupidité de Claude, et les cruautés de Néron; mais, pour écrire la vie d'un prince aussi artificieux que Tibère, il falloit un historien comme Tacite, qui pût démasquer les fausses vertus, dé- méler les intrigues, assigner les causes des événements, et discerner la réalité des apparences. On peut reprocher cependant à cet historien si vrai, d'avoir adopté trop légèrement les préjugés de sa nation contre les Juifs et les Chrétiens. Il prétend que les premiers adoroient une tête d'âne, parce que se trouvant pressés d'une soif excessive dans les déserts de l'Arabie, après avoir été chassés de l'Égypte, ils n'avoient trouvé de l'eau que par le moyen de quelques ânes sauvages qui leur indiquèrent la source où ils alloient se désaltérer. Cette fable grossière étoit tellement accréditée, que Plutarque, et quelques auteurs païens l'assurent comme une vérité. Les Chrétiens étant confondus par les Romains avec les Juifs, passèrent aussi pour adorer une idole sous la forme d'un homme avec des oreilles et les pieds d'un âne. C'est ainsi, selon Tertullien, que le représentoit un tableau exposé à Rome sous l'empire de Sévère, avec cette inscription, le Dieu des Chrétiens ongle d'âne. Tacite ne parle point de cette insolente calomnie des Païens; mais il peut y avoir donné lieu par ce qu'il dit lui-même sur les Juifs. Plusieurs auteurs ont traduit ou commenté cet historien. Il y en a une traduction françoise par d'Ablancourt, et une par Guerin, (Voyez VI. GUERIN.) chacune en 3 vol. in-12: l'une et l'autre sont peu estimées. Celle qu'a faite Amelot n'est recommandable que par les connoissances politiques qu'il a étalées dans ses longues Notes; elle est en 6 vol., auxquels on a ajouté une Suite en 4 vol. L'abbé de la Blatterie a traduit les *Mœurs des Germains*, la *Vie d'Agricola*, 2 vol. in-12, et les six premiers livres des *Annales*, 3 vol. in-12; le *P. d'Otteville* a traduit le reste en 4 vol. in-12. L'auteur a pris pour modèle *M. d'Alembert*, qui a traduit divers morceaux de *Tacite* en 2 vol. in-12... Quoique cette version ne rende pas toute la force et l'énergie de l'original, elle est préférée à toutes les autres, parce qu'elle est la plus fidèle. On ne doit pas s'attendre, dans une langue surchargée d'articles et de verlies auxiliaires telle que la nôtre, de rendre même imparfaitement cette concision, le premier caractère de *Tacite*, et qui le distingue si avantageusement parmi les écrivains qui prodiguent le sens et comptent les paroles. (*Voyez* encore III. ROUSSEAU, à la fin.) Nous avons plusieurs éditions de *Tacite*. La première est de Venise, 1468, in-fol. *Juste-Lipse* en a donné une in-fol. à Anvers, 1585: *Gronovius*, une en 2 vol. in-8°, à Amsterdam, 1672, que l'on appelle des *Variorum*. On préfère celle de *Ryckius*, où le texte est plus exact, en 2 vol. in-8°, à Leyde, 1687. *Elzevir*, en 1634, en a donné aussi une fort estimée. On fait cas encore de celle *ad usum Delphini*, 1682 et 1687, 4 vol. in-4°; et celle d'Utrecht, 1721, 2 vol. in-4°. Celle qui parut en 1760, in-12, 3 vol., que nous devons à M. *Lallemant*, est exacte. (*Voyez* aussi LACARRY.) Il a paru chez *L. F. de la Tour*, à Paris, rue Saint-Jacques, 1771, un *Tacite* en 4 vol. in-4°; et 1776, 7 vol. in-12, dont le titre est *C. Cornelii Taciti Opera*, *recognovit*, *emendavit*, *Supplementis explevit*, *Notis*, *Dissertationibus*, *Tabulis geographicis illustravit* Gabriel BROTIER. C'est une des meilleures éditions qu'on ait données de cet auteur.
II. TACITE, (*M. Claudius*) empereur Romain, fut élu par le sénat en la place d'Aurélien, le 25 septembre de l'an 275, après un interrègne d'environ 7 mois. Il se donna tout entier à l'administration de la justice et au gouvernement de l'état; et dans l'une comme dans l'autre de ces fonctions, il s'attira l'approbation générale. La justice, exempte de corruption, se rendoit selon le droit de chacun; et afin que le cours en fût toujours égal, il dressa de sages constitutions. Les mauvaises coutumes furent abolies, les lieux de prostitution condamnés, et les bains publics exactement fermés après le coucher du soleil. *Tacite* ne se régloit que sur les conseils du sénat, et jamais empereur ne lui laissa plus d'autorité. Ce corps lui ayant refusé le consulat qu'il demandoit pour *Florien* son frère, il répondit: *Il est à croire que le Sénat a un meilleur choix à faire*. Il ne voulut jamais permettre à l'impératrice de se parer de pierreries, et il défendit à qui que ce fût de porter des habits brodés d'or. Il donna le premier l'exemple de la modestie. Avec cette simplicité pour lui-même, il montra de la libéralité et de la magnificence dans les dépenses publiques. Il préféroit néanmoins les bienfaits durables aux largesses passagères; car pendant six mois qu'il régna, à peine put-on citer de lui une seule de ces distributions de vin et de viande usitées chez les Romains. Mais il fit abattre sa maison pour construire construire en la place, à ses frais, des bains à l'usage des citoyens. Il céda au temple du Capitole, pour l'entretien et la réparation des bâtiments, les biens qu'il possédoit en Mauritanie. Il consacra aux repas de religion qui se célébreient dans les Temples, tout ce qu'il avoit d'argenterie dans son buffet, tandis qu'il étoit particulier. Il employa à payer ce qui étoit dû aux soldats, les sommes d'argent qui se trouvèrent dans ses coffres lorsqu'il fut placé sur le trône. Mais j'ai peine à croire, dit *Crevier*, qu'il ait abandonné à la république son patrimoine, qui étoit immense, et dont le revenu, si nous en croyons *Vopiscus*, montoit à 35 millions. Ce sacrifice auroit réduit ses héritiers à la misère, si l'empire ne se fût pas perpétué dans sa famille... Il ainoit les lettres. Mais sa journée étant trop remplie par ses affaires, il prenoit sur les nuits pour les cultiver; et il n'en passa jamais aucune sans en donner quelque partie à lire ou à écrire. La littérature ne l'avoit cependant pas guéri de la superstition. Il s'abstenoit de toute étude le second jour de chaque mois, qui étoit marqué comme malheureux dans les calendriers romains. Au commencement de son règne, les Barbares se jetèrent, lorsqu'on y pensoit le moins, sur les terres de l'empire; mais ils en sortirent très-promptent, soit qu'ils y fussent forcés, soit qu'ils eussent été payés pour s'en retirer. Le 4$^{e}$ ou le 5$^{e}$ mois de l'avènement de *Tacite* au trône impérial, il entreprit de porter la guerre chez les Perses et chez les Scythes Asiatiques; et il étoit déjà à Tarse en Cilicie, quand *Tome XI.* il fut attaqué de la fièvre ou plutôt assassiné par ses soldats qui lui ôtèrent la vie. Plusieurs historiens ne lui donnent qu'environ six mois de règne. *Crevier* lui fait tenir le sceptre impérial deux cents jours. *Voy. I. TACITE.*
**TACONNET**, (Toussaint-Gaspard) né à Paris en 1730, d'un mercuisier, quitta le métier de son père pour se livrer à son inclination libertine. Il se mit à faire des vers; le cabaret fut son Parnasse. Étant entré dans la troupe des Histrions de la Foire, il fut à-la-fois acteur et poète. On l'appela le *Molière des Boulevards*. Il fit pour le spectacle de *Nicolet*, un grand nombre de *Parodies*, de *Farves* et de *Parades*, dont on peut voir la liste dans la *France Littéraire*. Parmi ses nombreuses productions faites pour divertir le peuple, les honnêtes gens voient avec quelque plaisir les *Aveux indiscrets*, le *Baiser donné et rendu*. Ses héros étoient des *Savetiers*, des *Ivrognes*, des *Commères*, des *Barbouillards*, des *Egrillards*; et il mettoit dans ses pièces la même gaieté et les mêmes charges qu'il mettoit dans son jeu. Il mourut à Paris à l'hôpital de la Charité, le 29 décembre 1774, des suites de ses débauches. *Bacchus* fut son *Apollon* et lorsqu'il vouloit marquer son dédain pour quelqu'un, il disoit ordinairement: *Je le méprise comme un verre d'eau*. On prétend que le vin qu'il ainoit tant, accéléra sa mort; et comme *Poinsinet*, un de ses rivaux, avoit trouvé le trépas quelque temps auparavant dans le Guadalquivir, on fit sur eux les vers suivans: K k O Mors en veux - tu dans ta rage Aux plus grands Auteurs de notre âge ? Dans trop d'eau s'éteint Poinsiner, Et dans trop de vin Taconnet. Artaud de Montpellier a publié, en 1775, des Mémoires sur la vie et les ouvrages de Taconnet.
TACQUET, (André) jésuite d'Anvers, mort en 1660, se distingua dans les mathématiques, et donna un bon Traité d'Astronomie. Ses Ouvrages, imprimés en un vol. in-fol., à Anvers en 1669 et 1707, ont été recherchés autrefois, et ne seroient point inutiles aujourd'hui.
TADDA, (François) sculpteur de Florence, florissoit au milieu du xiv$^{e}$ siècle. Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane, l'honora de sa protection et de son estime. Ce sculpteur trouvant plusieurs morceaux de porphyre parmi des pièces de vieux marbre, voulut en composer un bassin de fontaine, qui parût être d'une seule pierre. Il fit, dit-on, distiller certaines herbes, dont il tira une eau qui avoit tant de vertu, qu'en y trempant plusieurs morceaux détachés, elle les unissoit et leur donnoit une dureté extraordinaire. Il répéta cet essai plusieurs fois avec un égal succès; mais son secret fut enterré avec lui.
TAFFI, (André) peintre, natif de Florence, mort en 1294, âgé de 81 ans, apprit son art de quelques peintres Grecs que le sénat de Venise avoit mandés. Il s'appliqua sur-tout à la Mosaïque, sorte de peinture dont le secret lui fut montré par Apollonius, un de ces artistes Grecs. Tuffi travailla de concert avec lui, dans l'église de St-Jean de Florence, à représenter plusieurs histoires de la Bible. On admiroit sur-tout un Christ, de la hauteur de sept coudées, composé avec un grand soin par Tuffi. On reproche à ce peintre d'avoir été plus sensible au profit qu'à l'honneur qu'il retira de ce beau morceau de peinture, et d'avoir depuis précipité son travail par avidité pour le gain.
TAGEREAU, (Vincent) avocat au parlement de Paris au xvii$^{e}$ siècle, étoit Angevin. On a de lui : I. Un Traité contre le Congrès, imprimé à Paris en 1611, in-8$^{o}$, sous ce titre : Discours de l'impuissance de l'homme et de la femme. L'auteur y prouve que le congrès est déshonnête, impossible à exécuter, et empêche plutôt de connoître la vérité, qu'il ne sert à la découvrir. Cet usage abominable fut aboli en 1677, sur un plaidoyer de Lamoignon, alors avocat-général. II. Le Vrai Praticien François, in-8$^{o}$
TAGLIACOCCI, (Gaspard) professeur en médecine et en chirurgie dans l'université de Bologne sa patrie, mourut dans cette ville en 1553, à 64 ans. Ils'est rendu très fameux par un livre, où il enseigne la manière de réparer les défauts des narines, des oreilles et des lèvres, dans le cas de mutilation ou de difformité de ces parties. Mais Manget croit que tout ce qu'il dit sur cette matière, quelque ingénieux qu'il soit, n'a jamais pu exister que dans la théorie, et que lui-même ne l'avoit point pratiqué. Quoi qu'il en soit, Tagliacocci rap- ports des exemples de nez perdus, rétablis par son art. Sa Statue, dans la salle d'anatomie de Bologne, le représente un nez à la main. Son Traité, plein de choses curieuses, divisé en deux livres, et accompagné de figures, parut à Francfort en 1598, in-8°, sur l'édition faite à Venise l'année précédente 1597, in-fol., sous ce titre : *de Curtorum chirurgii per insitionem*. Un nommé *Verduin* a renouvelé l'idée de *Tagliacocci*, dans son livre, *de nova Artuum decurtandorum ratione*, Amsterdam, 1666, in-8°.
TAHUREAU, (Jacques) né au Mans vers 1527, fit quelques campagnes avant de se marier. Il n'étoit encore fixé à aucun état, quand il mourut en 1555. Ses *Poésies* furent imprimées à Paris en 1574, in-8°. Ses *Dialogues facétieux*, 1566, in-8°, prouvent que l'auteur avoit de la gaieté dans le caractère et du naturel dans l'esprit; mais ses vers sont très-peu de chose.
TAILLARD, (N.) fut un musicien renommé par son talent sur la flûte. Son exécution vive, brillante et animée, étoit encore embellie par sa modestie. Dès l'âge de 12 ans, il fut écouté avec plaisir par plusieurs Souverains. On lui doit une *Méthode* pour guider les compositeurs, des *Duo*, des *Trio*, et treize *Recueils* d'ariettes. Il mourut à Paris le 3 mars 1782.
TAILLE, (Jean et Jacques de la) poètes dramatiques François, étoient deux frères qui naquirent à Bondaroi dans la Beauce, près de Pithiviers, d'une famille noble et ancienne : Jean en 1536, et Jacques en 1542. Le premier s'appliqua d'abord au Droit; la lecture de *Ronsard* et de *du Bellai* lui fit bientôt abandonner les Lois pour les Musées. Il inspira son goût à son frère, qui, avant l'âge de 20 ans, composa cinq *Tragédies* et d'autres Poésies; mais il mourut de la peste en 1562, à la fleur de son âge. Jean, le frère aîné, prit le parti des armes. Il se trouva à la bataille de Dreux, et fut dangereusement blessé au visage à celle d'Arnai-le-Duc. Au retour du combat, le roi de Navarre, depuis Henri IV, courut l'embrasser, et le remit à ses chirurgiens pour être pansé. Il mourut en 1608. On a de lui : I. Des *Tragédies*, des *Comédies*, des *Élégies* et d'autres Poésies, imprimées avec celles de son frère Jacques, en 1573 et 1574, 2 vol. in-8°. II. Une *Géomance*, 1574, in-4°. III. Les *Singeries de la Ligue* 1595, in-8°, ou dans la *Saitre Menippée*. IV. *Discours des Duels*, 1607, in-12. Le guerrier valoit mieux en lui que le poète et le prosateur.
TAILLEMONT, (Claude de) né à Lyon, vivoit en 1594. Il a fait des *Odes*, des *Epigrammes*, et un *Discours* sur les Champs-Elysées.
TAILLEPIED, (Noël) religieux de St-François, né à Pontoise, mort en 1589, fut lecteur en théologie et prédicateur. On a de lui : I. Une *Traduction* française des *Vies de Luther*, de *Carlostade* et de *Pierre Martyr*, in-8°. II. Un *Traité de l'apparition des Esprits*, 1602, in-12, fruit d'un esprit superstitieux et créole. III. Un *Recueil* sur les Antiquités de la ville de Rouen in-8. C'est son meilleur ouvrage. IV. L'Histoire des Druides, Paris, 1585, in-8. : livre savant, rare et recherché.
TAILLEURS, (Les FRÈNES) Voyez BUCRE.
TAISAND, (Pierre) avocat et jurisconsulte au parlement de Dijon sa patrie, puis trésorier de France en la généralité de Bourgogne, naquit en 1644, et mourut en 1715, aimé et estimé. Ses meilleurs ouvrages sont : I. Les Vies des plus célèbres Jurisconsultes. La plus ample édition de cet ouvrage est celle de 1737, in-4. II. Histoire du Droit Romain, in-12. III. Couture générale de Bourgogne avec un Commentaire, 1698, infol.
TAISNIER, (Jean) né à Ath en 1509, fut précepteur des pages de l'empereur Charles-Quint; mais cet emploi gênant son goût pour le travail et les talens agréables, il alla se fixer à Cologne, où il fut maître de musique de la chapelle de l'électeur. Il passait pour un habile chiromancien. On a de lui, Opus Mathematicum, Cologne, 1562, infol. C'est dans cet ouvrage qu'on trouve sa Chiromancie et son Astrologie judiciaire. I. TAIX, (Jean, seigneur de) d'une famille noble de Touraine, fut grand-maître de l'artillerie, et premier colonel général de l'infanterie françoise en 1544, époque de l'institution de cette charge. Il perdit dans la suite celle de grand-maître de l'artillerie, que sa bravoure à la bataille de Cerisoles et d'autres exploits lui avaient méritée, pour avoir tenu quel- ques propos indiscrets sur la duchesse de Valentinois et le maréchal de Brissac. Il fut tué dans la tranchée au siège de Hesdin, en 1553.
II. TAIX, (Guillaume de) chanoine et doyen de l'église de Troyes en Champagne, et abbé de Basse-Fontaine, naquit au château de Fresnay près de Châteaudun en 1532, de la famille du précédent, et mourut en 1599. Il a donné une Relation curieuse et intéressante de ce qui s'est passé aux Etats de Blois en 1576, qu'on trouve dans les Mélanges de Camusat; et une autre de deux assemblées du Clergé, où il avait assisté comme député : celle-ci parut à Paris en 1625, in-4.
TALARU, (Amédée de) né dans le Forez, devint archevêque de Lyon en 1415. L'anti-pape Félix le fit cardinal, mais l'attachement d'Amedie de Talaru pour le pape Eugène IV, l'empêcha de prendre ce titre. Il reçut Charles VII à Lyon en 1434, et mourut le 11 février 1443. On lui doit quelques Lettres latines sur le concile de Bâle. Son oncle Jean de Talaru, avait été aussi archevêque de Lyon en 1376.
TALBERT, (François-Xavier) né à Besançon en 1725, d'un père conseiller au parlement de Franche-Comté, fut l'aîné de ses fils; et il abandonna les fonctions de la magistrature auxquelles il eût destiné, pour embraser l'état ecclésiastique. Nommé chanoine de la métropole de sa patrie, il se distingua bientôt, par son esprit et ses talens pour la chaire. On l'entendit à la cour de Stanislas à Lunéville, à celle de Versailles, et en 1777 il partagea à Paris, avec le Père Élisée, la station de S. Sulpice. Les lauriers académiques vinrent alors s'unir sur son front aux palmes sacrées. L'évêque Marbauf lui fit une espèce de reproche de cette moisson de couronnes profanes. Monseigneur, lui répondit Talbert, quand j'ai eu besoin de 25 louis, j'ai mieux aimé tirer une Lettre de change sur une Académie, que de les emprunter. — M. l'Abbé, dit alors le prélat, il n'est pas donné à tout le monde de se procurer de l'argent avec de semblables effets; et quelques jours après, il le nomma à un bénéfice. Sur la fin de 1791, la reconnoissance le détermina à suivre l'un de ses amis en Italie; il y connut la princesse de Nassau, qui l'emmena dans ses terres de Pologne, où elle le combla de bienfaits. L'abbé Talbert est mort le 4 juin 1803, à Lemberg en Gallicie, à l'âge de 78 ans. Il eut le talent de se faire des amis, et celui de plaire dans la société. « Il y portoit, dit M. Philippon de la Magdeleine qui a consacré une notice à sa mémoire, ce que rarement on y trouve; des talens sans prétention, le désir de plaire sans amour-propre, et une adresse merveilleuse à faire valoir l'esprit des autres. Aussi sortoit-on d'après de lui toujours plus content de soi. » Il réussissoit parfaitement dans tous ces petits jeux qui font l'agrément des cercles. Dans celui qui a pour objet de désigner les personnes par un emblème, il proposa celui-ci pour une femme aimable et séduisante: un cep de vigne chargé de fruits, avec ces mots: Je plais jusqu'à l'ivresse. Les Écrits de l'abbé Talbert sont: I. Discours sur la source de l'inégalité parmi les hommes. Il fut couronné à Dijon en 1755. II. Panégyrique de S. Louis, 1779, in-12. III. Les Éloges de Bonnet, de Montaigne, du cardinal d'Amboise, du chancelier de l'Hôpital, de Philippe régent de France, de Boileau, obtinrent les prix des académies de Dijon, de Rouen, de Villefranche, de Toulouse et de Bordeaux. Il remporta encore ceux des académies de Pan et d'Amiens, par des Pièces de poésie intitulées: Stances sur l'industrie; autres sur les avantages de l'adversité. I. TALBOT, (Jean) comte de Shrewsbury et de Waterford, d'une illustre maison d'Angleterre, originaire de Normandie, et connue dès le XIIe siècle, donna les premières marques de valeur lors de la réduction de l'Irlande sous l'obéissance du roi Henri V, qui le fit gouverneur de cette île. Il se signala ensuite en France, où il avoit passé en 1417, avec l'armée angloise. Il reprit la ville d'Alençon en 1428, puis Pontoise et Laval. Il commandoit au siège d'Orléans, avec les comtes de Suffolk et d'Escalet; mais la Pucelle les obligea de le lever. Talbot continua de se distinguer, jusqu'à ce qu'il fut fait prisonnier à la bataille du Patay en Beauce. Après sa délivrance, il emporta d'assaut Beaumont-sur-Oise, et rendit de grands services au roi d'Angleterre, qui le fit maréchal de France en 1441. Deux ans après, ce prince l'envoya en qualité d'ambassadeur, pour traiter de la paix avec la roi Charles VII; il remplit sa commission avec beaucoup d'intelligence. La Guienne ayant tenté de se détacher du parti de l'Angleterre, il prit Bordeaux avec plusieurs autres villes, et rétablit les affaires des Anglois; mais étant accouru vers la ville de Castillon, pour en faire lever le siège aux François, il fut tué dans une bataille le 17 juillet 1453. Il avoit prié, quelques momens avant d'expirer, un de ses fils qui étoit à ses côtés, de se retirer. Je meurs en combattant pour ma patrie, lui dit-il, vivez pour la servir. Mais le jeune homme, acharné contre les ennemis, tomba bientôt sous leurs coups. Les Anglois appeloient Talbot leur Achille, et il étoit digne de ce nom. Aussi brave qu'habile, il étoit le plus grand général qu'ils eussent alors. Les armes n'étoient pas son seul talent; il savoit négocier et combattre. Une piété sincère rehaussoit sa gloire; et cette piété étoit accompagnée de toutes les vertus sociales: il fut sujet fidelle, ami sincère, ennemi généreux, etc.
II. TALBOT, (Pierre) né en Irlande en 1620, se disoit d'une branche de l'illustre maison de Talbot. Il devint aumônier de la reine Catherine de Portugal, femme de Charles II, roi d'Angleterre. Son zèle pour la Religion Catholique le porta à quitter la cour et à repasser en Irlande, où il travailla si utilement pour l'Eglise, que le pape Clément IX le fit archevêque de Dublin. Arrêté et renfermé par les Protestans dans une étroite prison, il y mourut en odeur de sainteté, vers 1682. On a de lui: I. De natura Fidei et Haresis, in-8.º II. Politicorum Catechismus, in-4.º III. Tractatus de Religione et Regimine, in-4.º IV. Histoire des Iconoclastes, Paris, 1674, in-4.º; et d'autres ouvrages.
III. TALBOT, (Richard) duc de Tyrconel, frère du précédent, se trouva dès l'âge de 15 ans à une bataille, où il resta trois jours parmi les morts. Après la mort de Cromwell, il s'attacha à Charles II roi d'Angleterre, et fut laissé vice-roi d'Irlande par Jacques II, lorsque ce dernier passa en France. Talbot s'opposa à Guillaume prince d'Orange, et se préparoit à donner bataille, lorsqu'il mourut en 1692. Son Oraison funèbre prononcée à Paris par l'abbé Anselme, et publiée in-4.º, donne une grande idée de sa valeur et de son zèle pour la Religion Catholique, et pour les Stuarts. Voy. COURTILZ.
IV. TALBOT, (Guillaume) de la même maison que les précédents, mais d'une branche Protestante établie en Angleterre, mort en 1730, avoit été successivement évêque d'Oxford, puis de Sarisbury, et enfin de Durham. On a de lui un volume de Sermons, et quelques autres Ecrits qui n'ont qu'un mérite médiocre. V. TALBOT, (Charles) fils du précédent, et lord grand-chancelier d'Angleterre, naquit en 1686 et mourut en 1736, après avoir montré beaucoup de talent pour les affaires d'état et pour la politique.
TALESTRIS, Voy. THALES-TRIS.
TALEYRAND, ( Elie de ) connu sous le nom de Cardinal de Périgord, étoit fils d'Archamband, comte de Périgord, et de Brunissende de Foin, d'une maison illustre, qui tenoit par ses alliances à plusieurs souverains de l'Europe. Le roi de France Charles V, appeloit le cardinal de Périgord, son Cousin; et ce prélat avoit une sœur mariée à Jean, duc de Gravina, huitième fils de Charles le Boiteux, roi de Sicile et grand-père de Charles de Duras, qui posséda la même couronne de la reine Jeanne I. Tous ces princes descendus en ligne directe de Charles, frère de S. Louis, étoient de la maison de France. Elie de Taleyrand, né vers 1301, d'une famille bien alliée, dut parvenir de bonne heure aux premières dignités de l'Eglise. Evêque de Limoges à 24 ans, il fut transféré à Auxerre à 28, et fait cardinal à 30, c'est-à-dire, en 1331. Depuis cette époque, il parut dans toutes les grandes affaires de son temps. Il se rendit, en 1356, dans le camp du roi Jean, et dans celui du prince de Galles, pour empêcher la bataille de Poitiers. Mais il exhorta en vain des guerriers à déposer les armes. Le roi Jean ayant été fait prisonnier dans cette funeste journée, le cardinal de Périgord passa en Angleterre pour négocier sa délivrance. De retour en France, ce prélat s'occupa de bonnes œuvres, et mourut en 1364, à Avignon, laissant un nom respecté.
TALEYRAND, Voyez CHALIS.
TALHOUET, ( N... ) maître des requêtes, fut convaincu de prévarication dans l'administration des affaires de la Banque et de la compagnie des Indes. Ayant été condamné à mort en 1723, sous le Régent, cette peine fut commuée en une prison perpétuelle à l'île Sainte-Marguerite. Il mourut fort âgé. C'étoit un homme de plaisir, qui n'amassoit que pour dissiper. Dans sa vieillesse il avoit conservé son esprit et sa mémoire; mais son imagination frappée lui avoit laissé un tic singulier. Comme on l'avoit accusé d'avoir ordonné des choses répréhensibles, sa tête s'étoit échauffée de cette idée, et à chaque phrase il plaçoit ces mots; d'ordonner des choses. Ce refrain causoit quelquefois des équivoques plaisantes.
TALLARD, ( Camille d'Hostun, comte de ) maréchal de France, naquit le 14 février 1652, de Roger d'Hostun, marquis de la Baume, et de Catherine de Bonne fille et unique héritière de Bonne d'Auriac, vicomte de Tallard, en Dauphiné. Sa famille remontoit au XIVe siècle. Il eut à l'âge de 16 ans, le régiment royal des Cravates, à la tête duquel il se signala pendant dix ans. Il suivit Louis XIV en Hollande, l'an 1672. Turenne, instruit de son mérite, lui confia, en 1674, le corps de bataille de son armée, au combat de Mulhausen et de Turkeim. Après s'être distingué en diverses occasions, il fut élevé au grade de lieutenant-général en 1693. Sachant également manier le caducée et le glaive, il fut envoyé l'an 1697, en qualité d'ambassadeur en Angleterre, où il conclut le traité de partage pour la succession de Charles II. La guerre s'étant rallumée, il commanda sur le Rhin en 1702. Le bâton de maréchal de France lui fut accordé l'année d'après. Il prit le vieux Brisach, sous les ordres du duc de Bourgogne, et mit le siège devant Landau. Les Impériaux, commandés par le prince de Hesse-Cassel, étant venus l'attaquer dans ses lignes (le 14 novembre 1703), il alla au-devant d'eux, les joignit sur les bords du Spirback, les attaqua la baïonnette au bout du fusil, les battit, et oltint tous les trophées qui suivent la victoire la plus décidée. Son caractère avantageux lui fit gâter une action si brillante, par une Lettre hyperbolique. Nous avons pris plus de drapeaux et d'étendards, écrivit-il à Louis XIV, que Votre Majesté n'a perdu de soldats. La prise de Landau fut le fruit de cette victoire. Le maréchal de Tallard fut envoyé en 1704, avec un corps d'environ 30.000 hommes, pour s'opposer à Marlborough, et se joindre à l'électeur de Bavière. Les deux armées se rencontrèrent à peu-près dans les mêmes campagnes où le maréchal de Villars avoit remporté une victoire un an auparavant, c'est-à-dire, dans la plaine d'Hochstet. Le général Anglois, auquel s'étoit joint le prince Eugène, eut tout l'honneur de cette journée. Le maréchal de Tallard courant pour rallier quelques escadrons, la foiblesse de sa vue lui fit prendre un corps ennemi pour un corps de nos troupes; il fut fait prisonnier et mené au général Anglois, qui n'oublia rien pour le consoler. Le maréchal, fatigué de tous les lieux communs qu'on lui débitoit sur l'inconstance de la fortune, dit à Marlborough, avec une impatience très-déplacée : Tout cela n'empêche pas que votre Grandeur n'ait battu les plus braves troupes du monde. — J'espère, répliqua Milord, que votre Grandeur exceptera celles qui les ont battues. Le maréchal de Tallard (dit l'abbé de Saint-Pierre) commit une faute considérable en dégarnissant son corps de bataille pour fortifier sa droite. La raison qu'il donna pour se justifier, c'est qu'on n'avoit jamais perdu de bataille par le centre d'une armée. Il est vrai, lui répondit on : mais c'est qu'on ne s'étoit pas encore avisé de dégarnir par le centre... Tallard fut conduit en Angleterre, où il fut prisonnier pendant sept ans. Louis XIV le consola de son malheur, en le nommant l'année même de sa détention, gouverneur de la Franche-Comté. Son séjour en Angleterre ne fut pas inutile à sa patrie. Il servit beaucoup la France, en détachant la reine Anne du parti des Alliés, et en faisant rappeler Marlborough. De retour à Paris en 1712, il fut créé duc. En 1726, il fut nommé secrétaire d'état ; place qu'il ne conserva pas longtemps, étant mort le 3 mars 1728, à 76 ans. Il étoit parvenu à cet âge, sans que sa santé eût été beaucoup altérée, soit par les travaux du corps, soit par ceux de l'esprit, et par toute l'agitation des divers événements de sa vie. Le maréchal de Tallard avoit des lumières. L'académie des Sciences se l'étoit associé en 1723. Sa présomption ternit la gloire qu'il auroit pu retirer de l'ardeur de son courage et de l'activité de son caractère. L'abbé de Saint-Pierre le peint comme un bon enurtisan, comme un esprit fin, et comme un homme très-ambitieux et inquiet. Il eut un fils, Marie-Joseph de Hostun, duc de Tallard, dont le duché fut érigé en pairie en 1715, et dont l'épouse, Marie-Isabelle-Gabrielle de Rohan, née en 1699, succéda à son aïeule Mad$^{e}$ de Vantadour, dans la charge de gouvernante des Enfans de France.
TALIESSIN, célèbre Barde Gallois, chartoit les belles et les héros dans le VI$^{e}$ siècle. L'Archéologie Galloise a conservé près de 80 Pièces de ce poète, qui ont de l'énergie et de l'intérêt. I. TALLEMANT, (François) abbé du Val-Chrétien, prieur de Saint-Irenée de Lyon, et l'un des Quarante de l'académie Françoise, naquit à la Rochelle vers 1620. Il fut aumônier du roi pendant vingt-quatre ans, et ensuite de la Dauphine, à laquelle il plut par son amour pour les belles-lettres. Il mourut sous-doyen de l'académie Françoise, le 6 mai 1693, à 73 ans. L'abbé *Tallemant* possédoit les langues mortes et les vivantes, mais il écrivait avec beaucoup de négligence dans la sienne. Nous avons de lui : I. Une *Traduction* françoise des *Vies* des Hommes illustres de *Plutarque*, en 8 vol. in 12. L'abbé *Tallemant*, sec traducteur du françois d'*Amyot* (suivant l'expression de *Boileau*), n'offre dans cette version, ni fidélité, ni élégance. *Louis XIV*, qui avoit quitté *Amyot* pour la lice, en revint bientôt à ce naïf écrivain. La version de *Tallemant* fut imprimée sept fois du vivant de l'auteur : tant il est vrai que le début d'un L.16 n'en prouve pas toujours le mérite. II. Une *Traduction* de l'Histoire de Venise, du Procurateur *Nanni*, 1682, en 4 vol. in-12, qui vaut mieux que la précédente.
II. TALLEMANT, (Paul) parent du précédent, né à Paris en 1642, devint membre de l'académie Françoise, et secrétaire de celle des Inscriptions. Le grand *Colbert* lui obtint des pensions et des bénéfices : il eut beaucoup de part à l'Histoire de *Louis XIV*, par les Médailles. On a encore de lui des *Harangues* et des *Discours*, qui ne sont pas des chefs-d'œuvre d'éloquence ; et un *Voyage* de l'*Ile d'amour*, 1663, in-12, qui est un peu insipide. Il mourut le 30 juillet 1712. Aux richesses dont il avoit embelli son esprit, il joignoit le trésor plus précieux de la vertu. Sa société étoit douce et aisée ; il sut se faire des amis, et les conserver. Il plaisoit par sa gaieté, ses saillies et ses *impromptu*.
TALLIS, (Thomas) musicien Anglois, mort en 1585, devint maître de la Chapelle d'*Edouard VI*, et de *Marie* reine d'Angleterre. On lui doit le chant de la liturgie et de beaucoup d'antiennes que l'on chante dans l'Eglise Angloise. Il a publié avec *Bird*, autre musicien, un *Recueil* d'Hymnes.
TALLOT, (Louis) né à Troyes, et mort dans cette ville le 13 janvier 1777, est auteur des *Lettres* sur le *Manuel* à l'usage du diocèse de Chartres ; et d'un *Examen* du livre intitulé : *Dieu et l'Homme*, 1772, in-8.$^{a}$ I. TALON, (Omer) avocat-général au parlement de Paris, d'une famille distinguée dans la robe, en soutint la gloire par son intégrité autant que par ses talens. Il mourut le 29 décembre 1652, à 57 ans, regardé comme l'oracle du barreau, et respecté même de ses ennemis. On a de lui 8 vol. in-12 de *Mémoires* sur différentes affaires qui s'étoient présentées au parlement pendant les troubles de la *Fronde*. Ils commencent à l'an 1630, et finissent en juin 1653. Le cardinal de *Retz* dans ses *Mémoires*, donne une grande idée de l'éloquence de ce magistrat.
II. TALON, (Denis) fils du précédent, lui succéda dans la charge d'avocat-général. Il fut digne de son père, et se signala par les mêmes vertus et les mêmes talens. Il mourut en 1698, président à mortier. Nous avons de lui quelques Pièces imprimées avec les *Mémoires* de son père, qu'elles ne déparent point. Le *Traité de l'autorité des Rois dans le gouvernement de l'Eglise*, qu'on lui attribue, n'est point de lui. Ce *Traité* est de *Roland le Vayer de Boutigni*, mort intendant de Soissons en 1685.
III. TALON, (Nicolas) jésuite, a publié en 1641, chez le célèbre libraire *Cramoisy*, les *Œuvres de S. François de Sales*, 2 vol. in-fol.; et une *Histoire Sainte*, 1655, 4 vol. in-fol. Le mérite de l'édition, mais non celui de l'ouvrage, peut le faire rechercher.
TAM, (François Verner) peintre, né à Hambourg en 1658, mort à Vienne en 1724, excella dans l'art de peindre les animaux, et sur-tout les fleurs et les fruits. Son génie souple et facile lui fit adopter divers genres; res; tantôt il se rapprocha de celui de *Carlo Fiori*, tantôt de celui de *van-Huysum*. Ses tableaux sont finis, quoique légèrement jetés; ils sont précieux, rares, et à très-haut prix.
TAMAYO, (Martin) soldat Espagnol, servoit en Allemagne dans l'armée de l'empereur *Charles-Quint*, l'an 1546. Il se rendit célèbre par une action de bravoure, et par la sédition dont il pensa être la cause innocente. L'armée de l'empereur, plus foible que celle des Protestans, commandée par le landgrave de Hesse, étoit campée en présence des ennemis, près d'Ingolstadt; un rebelle d'une taille de géant, et qui se croyoit le héros de son siècle, s'avançoit chaque jour entre les deux camps, armé d'une hallebarde, et provoquoit au combat les plus braves des Impériaux. *Charles-Quint* fit faire des défenses, sous peine de la vie, à tous les siens d'accepter le défi. Ce fanfaron revenoit tous les jours, et s'approchant du quartier des Espagnols, leur reprochoit leur lâcheté dans les termes les plus injurieux. *Tamayo*, simple fantassin dans un régiment de sa nation, ne put souffrir l'insolence de ce nouveau *Goliath*. Il prit la hallebarde d'un de ses camarades, et se laissant couler le long des retranchemens, il alla l'attaquer, et sans avoir été blessé, lui porta un coup de hallebarde dans la gorge et le jeta sur le carreau. Il prit ensuite l'épée de ce malheureux, dont il lui coupa la tête, et l'apporta dans le camp. Il la fut présenter à Sa Majesté, et se jetant à ses pieds, il lui demanda la vie. *Charles-Quint* la lui refusa, mal- gré les prières des principaux officiers de l'armée ; mais voyant les troupes espagnoles prêtes à en venir aux dernières extrémités pour qu'on leur rendît leur illustre camarade, il le remit entre les mains du duc d'Albe, qui lui accorda sa grace.
TAMBURINI, et en françois, TAMBOURIN, ( Thomas ) naquit en Sicile d'une famille illustre, se fit jésuite, exerça divers emplois dans cette compagnie, et mourut vers 1675. Ses ouvrages, qui roulent tous sur la Théologie Morale, ont été recueillis à Lyon, 1659, in-fol. Il y explique le Décalogue et les Sacremens. Beaucoup de théologiens y ont trouvé des propositions répréhensibles ; et le parlement de Paris les a supprimés le 6 mars 1762.
TAMERLAN, appelé par les siens Teimur-Lenc ou Teimur le Boiteux, étoit fils d'un berger, suivant les uns, et issu du sang royal, suivant les autres. Il naquit en 1335 dans la ville de Kesch, territoire de l'ancienne Sogdiane, où les Grecs pénétrèrent autrefois sous Alexandre, et où ils fondèrent des colonies. Son courage éclata de bonne heure. Sa première conquête fut celle de Balk, capitale du Khorasan, sur les frontières de la Perse. De là il alla se rendre maître de la province de Candahar. Il subjugua toute l'ancienne Perse, et retournant sur ses pas pour soumettre les peuples de la Transoxane, il prit Bagdad. Lorsque la valeur ne suffisoit point à Tamerlan pour seconder ses projets, il faisoit à l'exemple des plus grands capitaines de l'antiquité, parler le ciel en sa faveur. Il suscitoit à propos un de ces hommes puissans en paroles, qu'il avoit à ses gages, pour représenter à ses sujets leur devoir. Lorsqu'après la prise de Bagdad, il eut entrepris la conquête des Indes, les soldats fatigués refusoient de le suivre. Tout d'un coup s'élève au milieu d'eux un enthousiaste, qui reproche fortement à Tamerlan la foiblesse avec laquelle il cède aux cris des soldats : il peint en même temps avec des couleurs si vives la honte et le danger de la fuite ; il exagère tellement la lâcheté et l'indiscipline des Indiens ; il promet enfin avec tant de confiance une victoire facile et décisive, qu'aussitôt les Tartares, comme s'ils eussent entendu la voix d'un Dieu, paroissent d'autres hommes. Ils demandent avec des cris redoublés, qu'on les mène sur-le-champ à l'ennemi, afin d'effacer dans son sang l'ignominie dont ils venoient de se couvrir en se soulevant. L'empereur profite habilement du succès de son stratagème, et sans laisser refroidir l'ardeur de ses troupes, les conduit à l'ennemi, s'ouvre le passage des Indes, et se saisit de Délhi, qui en étoit la capitale. Vainqueur des Indes, il se jette sur la Syrie, il prend Damas. Il revole à Bagdad qui vouloit secouer le joug, il la livre au pillage et au glaive. On dit qu'il y périt plus de 800 mille habitans ; elle fut entièrement détruite. Les villes de ces contrées étoient aisément rasées, et se rebâtissoient de même ; elles n'étoient que de briques séchées au soleil. Ce fut au milieu du cours de ces victoires, que l'empereur Grec, qui ne trouvoit aucun secours chez les Chrétiens, s'adressa au héros Tartare. Cinq princes Mahométans, que *Bajazet* avoit dépossédés vers les rives du Pont-Euxin, imploroient dans le même temps son secours. *Tamerlan* fut sensible à ce concours d'ambassadeurs; mais il ne les reçut pas également. Ennemi déclaré du nom Chrétien et admirateur de *Bajazet*, il ne voulut le combattre qu'après lui avoir envoyé des députés, pour le sommer d'abandonner le siège de Constantinople, et de rendre justice aux princes Musulmans dépossédés. Le fier *Bajazet* reçut ces propositions avec colère et avec mépris. *Tamerlan* furieux de son côté, se prépara à marcher contre lui. Après avoir traversé l'Arménie, il put la ville d'Arcingue, et fit passer au fil de l'épée les habitans et les soldats. De là il alla sommer la garnison de Sébaste de se rendre; mais cette ville ayant refusé, il permit de massacrer tout, à la réserve des principaux citoyens, qu'il ordonna de lui amener pour les punir comme les premiers auteurs de la résistance. On commença par leur lier la tête aux cuisses. Ensuite on les jeta dans une fosse profonde, une l'on ferma de poutres et de planches, recouvertes par-dessus de terre, afin qu'ils souffrissent plus long-temps dans cet affreux abyme, et qu'ils sentissent toutes les horreurs du désespoir et de la mort. Après avoir rasé Sébaste, il s'avança vers Damas et Alep qu'il traita de la même manière, enlevant des richesses infinies, et emmenant une multitude innombrable de captifs. Ayant demandé inutilement au sultan d'Égypte de lui abandonner la Syrie et la Palestine, il s'en empara à main armée. Il entra ensuite dans l'Égypte, porta ses armes victorieuses jusqu'à Memphis, alors nommée Aicair ou le Caire, dont il tira des trésors immenses. Cependant il s'approchoit de *Bajazet*: les deux héros se rencontrèrent dans les plaines d'Ancyre en Phrygie, l'an 1402. On livre la bataille qui dure trois jours, et *Bajazet* est vaincu et fait prisonnier. Le vainqueur l'ayant envisagé attentivement, dit à ses soldats: *Est-ce là ce Bajazet qui nous a insultés?* — *Oui*, répondit le captif, *c'est moi*; et il vous sied mal d'outrager ceux que la fortune a humiliés. Il y a des historiens qui prétendent que *Tamerlan* lui reprocha son orgueil, sa cruauté et sa présomption: *Ne devois-tu pas savoir*, lui dit-il, *qu'il n'y a que les enfans des infortunés qui osent s'opposer à notre invincible puissance?* « D'autres écrivains disent au contraire que *Tamerlan* le reçut fort honnêtement; qu'il le conduisit dans sa propre tente; qu'il le fit manger avec lui, et que pour le consoler, il ne l'entretint que des vicissitudes et de l'inconstance de la fortune. On ajoute qu'il lui envoya un équipage de chasse, soit par un motif de compassion, soit peut-être par une sorte de mépris; et que le fier Tartare fut bien aise de lui faire sentir qu'il le croyoit plus propre à la suite d'une meute de chiens courants, qu'à la tête d'une grande armée. C'est au moins l'explication que *Bajazet* donna lui-même à ce présent mystérieux de son ennemi. Ce malheureux prince n'étant pas maître de son ressentiment, et plein d'un chagrin farouche: *Dites à Tamerlan*, ré- pondit-il fièrement à celui qui étoit venu de sa part, qu'il ne s'est pas trompé en m'invitant à un exercice qui a toujours fait le plaisir des Souverains, et qui convient mieux à Bajazet, né du grand Amurat, fils d'Orcan, qu'à un Aventurier comme lui, et à un Chef de brigands... Tamerlan revint bientôt à son caractère; et ce barbare, irrité d'une réponse si injurieuse, commanda sur-le-champ qu'on mit Bajazet sans selle sur quelque vieux cheval de ceux qui servaient à porter le bagage, et que dans cet état on l'exposât dans le camp aux mépris et aux railleries de ses soldats; ce qui fut exécuté aussitôt: et au retour on ramena le malheureux Bajazet devant son vainqueur. » [ Vertot. Hist. de Malthe, Liv. VI.] Tamerlan lui ayant demandé comment il l'auroit traité si la fortune lui avoit été favorable? Je vous aurois enfermé, lui répondit-il, dans une cage de fer; et aussitôt il le condamna à la même peine, si l'on en croit les Annales Turques. Les auteurs Arabes prétendent que ce prince se faisoit verser à boire par l'épouse de Bajazet à demi nue; et c'est ce qui a donné lieu à la fable reçue, que les sultans ne se marièrent plus depuis cet outrage. Il est difficile, dit Voltaire, de concilier la cage de fer et l'affront brutal fait à la femme de Bajazet, avec la générosité que les Turcs attribuent à Tamerlan. Ils rapportent que le vainqueur, étant entré dans Burse, capitale des États Turcs Asiatiques, écrivit à Soliman, fils de Bajazet, une lettre qui eût fait honneur à Alexandre. « Je veux oublier, (dit Tamerlan dans cette lettre) que j'ai été l'ennemi de Bajazet; je servirai de père à ses enfans, pourvu qu'ils attendent les effets de ma clémence. Mes conquêtes me suffisent, et de nouvelles faveurs de l'inconstante fortune ne me tentent point. » Supposé qu'une telle lettre ait été écrite, elle pouvoit n'être qu'un artifice. Les Turcs disent encore que Tamerlan n'étant pas écouté de Soliman, déclara sultan un autre fils de Bajazet, et lui dit: Reçois l'héritage de ton père; une âme royale soit conquérir les Baynames et les rendre. Les historiens Orientaux, ainsi que les nôtres, mettent souvent dans la bouche des hommes célèbres, des paroles qu'ils n'ont jamais prononcées. La prétendue magnanimité de Tamerlan n'étoit pas sans doute de la modération. On le voit bientôt après piller la Phrygie, l'Ionie, la Bithynie. Il repassa ensuite l'Euphrate, et retourna dans Samarkande, qu'il regardoit comme la capitale de ses vastes états. Ce fut dans cette ville qu'il reçut l'hommage de plusieurs princes de l'Asie et l'ambassade de plusieurs souverains. Non-seulement l'empereur Grec, Manuel Paléologue, y envoya ses ambassadeurs, mais il en vint de la part de Henri III, roi de Castille. Il y donna une de ces fêtes qui ressemblent à celles des premiers rois de Perse. Tous les ordres de l'État, tous les artisans passèrent en revue, chacun avec les marques de sa profession. Il maria tous ses petits-fils et toutes ses petites-filles le même jour. Enfin, résolu d'aller faire la conquête de la Chine, il mourut le 1er avril 1405, dans sa 71e année, à Ouar dans le Turques- tan, après avoir régné 36 ans. S'il fut plus heureux par sa longue vie et par le bonheur de ses descendans, qu'Alexandre auquel les Orientaux le comparent, il fut fort inférieur au Macédonien, en ce qu'il naquit chez une nation Barbare, et qu'il détruisit beaucoup de villes, comme Gengiskan, sans en bâtir. Je ne crois point d'ailleurs, dit l'historien déjà cité, que Tamerlan fût d'un naturel plus violent qu'Alexandre. Un fameux poète Persan, étant dans le même bain que lui avec plusieurs courtisans, et jouant à un jeu d'esprit qui consistoit à estimer en argent ce que valoit chacun d'eux: Je vous estime trente aspres, dit-il au grand-kan. — La serviette dont je m'essaie les vaut, répondit le monarque. — Mais c'est aussi en comptant la serviette, repartit Homédi... [Voyez aussi ATA.] Peut-être qu'un prince qui laissoit prendre ces innocentes libertés, n'avoit pas un fonds de naturel entièrement féroce: mais on se familiarise avec les petits, et on égorge les autres. Il disoit ordinairement qu'un Monarque n'étoit jamais en sûreté, si le pied de son trône ne nageoit dans le sang. Ses fils partagèrent entre eux ses conquêtes. Nous avons une Histoire de Tamerlan, composée en persan par un auteur contemporain, et traduite par Petis de la Croix, 1722, en 4 tomes in-12. [Voy. BRUMOY.] L'impératrice de Russie a fait présent dernièrement, le 17 mai 1780, au roi de Pologne, d'un parchemin très-fin, d'environ cinq pieds de long, sur une largeur proportionnée, où ce fameux empereur d'Asie, qui se faisoit appeler le Fils de Dieu, écrivit de sa main en langue arabe l'Histoire de sa Vie.
TANAQUESIUS, Voyez I. THOMASIUS.
TANAQUILLE, appelée aussi CÉCILIE, femme de Tarquin l'Ancien, née à Tarquinie, ville de Toscane, fut mariée à Lucumon, fils d'un homme qui s'étoit réfugié dans cette ville, après avoir été chassé de Cocinthe sa patrie. Les deux époux dévorés l'un et l'autre d'une ambition égale, allèrent tenter fortune à Rome. Lucumon y prit le nom de Tarquin. Il gagna l'estime et l'amitié des Romains, et s'insinua tellement dans les bonnes graces du roi, qu'il fut revêtu des plus grands emplois, et qu'il devint roi lui-même. Ce prince ayant été assassiné la 38e année de son règne, Tanaquille fit tomber la couronne sur Servius-Tullius son gendre. Elle l'aida dans l'administration des affaires, et fut son conseil, ainsi qu'elle avoit été celui de son époux. La mémoire de cette femme illustre fut en si grande vénération dans Rome pendant plusieurs siècles, qu'on y conservoit précieusement les ouvrages qu'elle avoit filés, sa ceinture, et une robe royale qu'elle avoit faite pour Servius-Tullius. C'est elle qui fit la première de ces tuniques tissues, que l'on donnoit aux jeunes gens, quand ils se défaisoient de la prætexta pour prendre la robe virile; et de celles dont on revêtoit les filles qui se marioient.
TANCHELIN ou TANCHELME, fanatique du XIIe siècle, né à Anvers, prêcha publiquement, dans les Pays-Bas et dans la Hollande, que les Sacremens de l'Eglise étoient des abominations; que les prêtres, les évêques et le pape même n'étoient rien, et n'avoient rien de plus que les laïques; que l'Eglise n'étoit renfermée que dans ses disciples, et qu'il ne falloit pas payer la dixme. Il gagna d'abord les femmes, et par elles il séduisit les hommes. Cet imposteur avoit tellement fasciné les esprits, qu'il abusoit des filles en présence de leurs mères, et des femmes en présence de leurs maris. Bien loin que les uns et les autres le trouvassent mauvais, ils se croyoient tous honorés de l'amour du prétendu prophète. *Tanchelin* prêcha d'abord dans les ténèbres et dans l'intérieur des maisons. Mais dès qu'il eut formé un certain nombre de prosélytes, il parut en public, escorté de 3000 hommes armés qui le suivoient par tout. Il marcha avec la magnificence d'un roi, et il se servit de son fanatisme même pour subvenir à ses dépenses. Un jour qu'il prêchoit à une grande foule de peuple, il fit placer à côté de lui un tableau de la Sainte Vierge, et en mettant sa main sur celle de l'Image, il eut l'impudence de dire à la Mère de Dieu: *Vierge Marie, je vous prends aujourd'hui pour mon épouse*. Puis se tournant vers le peuple: *Voilà, dit-il, que j'ai épousé la Sainte Vierge; c'est à vous à fournir aux frais des fiançailles et des noces*. En même temps il fit placer à côté de l'Image deux troncs, l'un à droite et l'autre à gauche: *Que les hommes, dit-il, mettent dans l'un ce qu'ils veulent me donner et les femmes dans l'autre; je verrai lequel des deux sexes a le plus d'amitié pour moi et pour mon épouse*. Les femmes s'arrachèrent jusqu'à leurs colliers et leurs pendans d'oreilles pour les lui donner. Cet enthousiaste d'une espèce singulière fit de grands ravages dans la Zélande, à Utrecht, et dans plusieurs villes de Flandre, sur-tout à Anvers, malgré le zèle de *saint Norbert*, qui le confondit plusieurs fois. Il s'avisa d'aller à Rome en habit de moine, prêchant par-tout ses erreurs; mais à son retour, il fut arrêté et mis en prison par *Fréderic*, archevêque de Cologne. Il s'échappa de sa prison, et un prêtre crut faire une bonne œuvre de lui donner la mort en 1125: son hérésie ne mourut pas avec lui. I. TANCRÈDE DE HAUTEVILLE, seigneur Normand, vassal de *Robert*, duc de Normandie, se voyant chargé d'une grande famille, avec peu de biens, envoya plusieurs de ses fils, entre autres *Guiscard* et *Roger*, tenter fortune en Italie. Ils prirent l'alerme en 1070, et se rendirent maîtres de la Sicile, où leurs descendans régnèrent dans la suite avec beaucoup de gloire. *Voyez* IV. RAOUL.
II. TANCRÈDE, roi de Sicile, bâtard de *Roger*, Voy. HENRI IV.
III. TANCRÈDE, archidiacre de Bologne au XIII$^{e}$ siècle, est auteur d'une *Collection* de Canons. *Ciron* l'a donnée au public, avec des notes utiles.
IV. TANCRÈDE, prétendu *Duc de Rohan*, fut porté jeune en Hollande par un capitaine, qui le donna à un paysan. On en eut ensuite si peu de soin, que manquant de tout, il fut sur le point d'apprendre un mé- tier. Mais en 1645, *Marguerite de Bithune*, duchesse de *Rohan*, voulant déshériter sa fille, qui s'étoit mariée malgré elle à *Henri Chabot*, reconnut *Tancrède* pour son fils. Le soi-disant duc de *Rohan* vint à Paris, où le parlement le déclara supposé, par un célèbre arrêt rendu en 1646. Cet imposteur fut tué fort jeune en 1649, d'un coup de pistolet, pendant la guerre, civile de Paris; il avoit donné des marques singulières de bravoure.
TANEVOT, (Alexandre) ancien premier commis des finances, naquit à Versailles en 1691, et mourut à Paris en 1773. Il joignit les calculs de *Plutus* à l'harmonie d'*Apollon*. Ses ouvrages, recueillis en 3 vol. in-12, en 1766, consistent en deux Tragédies non représentées, et qui n'auroient guère fait d'effet au théâtre, quoiqu'il y ait des tirades bien versifiées. L'une est intitulée, *Sethos*; l'autre, *Adam* et *Eve*. On trouve encore dans son Recueil des *Fables*, des *Contes*, des *Epitres*, des *Chansons*, etc. Son mérite principal est la pureté et la douceur du style, qui dégénère quelquefois en foiblesse, et l'attachement aux bons principes de la morale et du goût. Quoiqu'il eût occupé des places qui enrichissent, il ne laissa précisément que ce qu'il falloit pour payer ses dettes et pour récompenser ses domestiques. Plus il avoit eu de facilité d'obtenir des graces, plus il s'étoit tenu en garde contre la cupidité basse et injuste qui porte à les demander. C'étoit un homme sincèrement religieux, et un véritable philosophe Chrétien.
TANFIELD, (Elisabeth) savante Angloise, d'une famille illustre, fut un prodige d'érudition. Elle savoit l'hébreu, le grec, le latin et le frangois. Elle mourut à Londres en 1639, à l'âge de 60 ans, après avoir publié quelques ouvrages.
TANNEGUY DU CHATEL, *Voyez I. et II. CHATEL*. I. TANNER, (Adam) jésuite d'inspruck, enseigna la théologie à Ingolstadt et à Vienne en Autriche. Son savoir lui procura là place de chancelier de l'université de Prague; mais l'air de cette ville étant contraire à sa santé, il résolut de retourner dans sa patrie. Il mourut en chemin le 25 mai 1632, à 60 ans. On a de lui: I. Une *Relation* de la Dispute de Ratisbonne en 1601, à laquelle il s'étoit trouvé, Munich, 1602, in-fol. II. Et un grand nombre d'autres ouvrages en latin et en allemand, parmi lesquels on distingue son *Astrologia sacra*, Ingolstadt, 1621, in-fol. Il montre dans cet ouvrage comment un Chrétien peut juger par les astres, des choses cachées. Tanner étoit un savant laborieux et ardent.
II. TANNER, (Matthias) né à Pilsen en Bohème, l'an 1630, se fit jésuite en 1646, enseigna les belles-lettres, la philosophie, la théologie et l'Écriture-sainte, et fut envoyé à Rome en qualité de procureur en 1675. On a de lui: I. *Cruentum Christi Sacrificium incruentio Missae Sacrificio explicatum*, Prague, 1669. II. *Contra omnes impie agentes in locis sacris*, en latin, et ensuite en bohémien. III. *Societas Jesu usque ad sanguinis et vitæ profusionum* profusionem militans, Prague, 1675, in-fol., avec de belles figures. C'est l'histoire des religieux de son Ordre qui ont souffert pour la Foi; elle est écrite avec pureté et élégance. IV. Historia Societatis Jesu, sive vitæ et gesta præclara Patrum Societatis, etc. Prague, 1694, in-fol., avec figures, écrite avec la même élégance.
III. TANNER, (Thomas) évêque d'Asaph en Angleterre, étoit né en 1674, et mourut en 1735. Une profonde érudition, une critique sage, un esprit judicieux, distinguent ses écrits. Les deux principaux sont: Bibliotheca Britannico-Hibernica, 1741; et Notitia Monastica Anglica, 1744, in folio.
TANNERIE, (Christophe le Clerc de la) né à Bordeaux, catholique zélé, recueillit au milieu du XVIe siècle les chansons faites contre les Calvinistes. Ceux-ci prirent leur revanche, et publièrent aussi leurs recueils.
TANQUELIN, Voyez TANCHELIN.
TANSILLO, (Louis) né à Nole vers l'an 1510, s'attacha de bonne heure à la maison de Tolède. Il passa une grande partie de sa vie auprès de D. Pierre de Tolède, marquis de Villa-tranca, qui fut long-temps viceroi de Naples, et de D. Garcias de Tolède, général des galères du même royaume. On ignore l'année de sa mort. Scipion Ammirato dit qu'il étoit juge de Gaëtte en 1569, que sa santé étoit alors très-foible, et qu'il mourut peu de temps après. Tansillo acquit très-jeune la réputa- tion d'excellent poète; mais ayant fait un ouvrage où, en traçant le tableau des plaisirs et de la licence qui régnoient pendant les vendanges dans les campagnes de Nole, il blessoit les bonnes mœurs, l'Inquisition mit à l'Index toutes ses Poésies. La Poëme qui occasionna cet anathème, avoit paru sous le titre de il Vendemiatore (le Vendangeur), Naples, 1534, et Venise, 1549, in-4°. C'est pour réparer en quelque sorte sa faute, qu'il fit depuis un Poëme intitulé: le Lagrine di San Pietro, ou les Larmes de S. Pierre. Ce Poëme a été donné en françois par, Matherbe, et en espagnol par Jean Gedendo et par Damien Alvares. Le pape Paul IV, auquel Tansillo présenta cet ouvrage, avec une requête pour le prier de faire lever la condamnation prononcée contre ses autres productions, les fit tirer de l'Index, et n'y laissa que le Vendangeur. Nous avons encore de Tansillo des Comédies, des Sonnets, des Chansons, des Stances, etc. genre de poésie où il a tellement réussi, que plusieurs prétendent qu'il a surpassé Pétrarque. Mais ce n'est pas le sentiment des gens de goût. Tansillo est plein de concetti et de ces pointes qu'on reproche avec raison aux poètes Italiens modernes. Quoi qu'il en soit, on a réuni ses Poésies diverses, à Bologne, 1711, in-12.
TANTALE, (Mythol.) fils de Jupiter et d'une Nymphe appelée Plota, étoit roi de Phrygie, et selon quelques-uns de Corinthe. Il enleva Ganimède, pour se venger de Tros, qui ne l'avoit point appelé à la première solennité I. 1 qu'on fit à Troye. Pour éprouver les Dieux, qui vinrent un jour chez lui, il leur servit à souper les membres de son fils Pelops, [Voyez ce mot.] et Jupiter condamna ce barbare à une faim et à une soif perpétuelles. Mercure l'enchaîna, et l'enfonça jusqu'au menton au milieu d'un lac, dans les enfers, dont l'eau se retirait lorsqu'il en vouloit boire. Il plaça auprès de sa bouche une branche chargée de fruits, laquelle se retirait lorsqu'il vouloit en manger.—Il y eut un autre TANTALE, à qui Clytemnestre avoit été promise en mariage, ou même mariée avant qu'elle épousât Agamemnon.
TANUCCI, (Bernard, marquis, de) principal ministre du royaume de Naples, naquit en 1698, à Stia, village de Toscane, de parens pauvres qui l'envoyèrent faire son cours de droit à l'université de Pise. Son amour pour le travail et son esprit naturel l'y eurent bientôt fait remarquer, et le grand-duc Gaston le nomma quelque temps après professeur pour remplir la chaire de jurisprudence dans la même université. Le jeune professeur fut présenté à Don Carlos, infant d'Espagne, qui venoit recueillir en Italie le brillant héritage de la maison de Médicis; il lui plut par l'agrément de son entretien. A cette époque, un soldat espagnol, coupable d'un assassinat prémédité, se réfugia dans une église et en fut retiré pour être livré à la justice. La cour de Rome réclama le soldat et l'exercice du droit d'asile : Tanucci, dans un opuscule écrit avec chaleur, soutint celui de la souveraineté, et prétendit que le meurtrier ne pouvoit être soustrait à la rigueur des lois. La cour de Rome fit censurer Tanucci et condamner son Ecrit; mais Don Carlos l'avoit lu, approuvé, et bientôt après il devint la cause de la fortune éclatante de son auteur. A peine l'enfant d'Espagne fut-il parvenu au trône de Naples, que, voulant réunir aux Espagnols qui l'avoient accompagné dans ses nouveaux états, et qui formoient son conseil, un ministre qui connât les lois et les usages de l'Italie, fit choix de Tanucci, et lui donna une confiance entière. Celui-ci vit sa faveur s'accroître d'année en année; il passa successivement de la place de conseiller d'état à celle de surintendant général des postes, et enfin de premier ministre. Don Carlos quitta Naples en 1759 pour aller prendre possession du royaume d'Espagne; mais il mit, avant de partir, Tanucci à la tête de la régence établie pour gouverner celui des deux Siciles, durant la minorité de son fils Ferdinand IV. Pendant 50 ans, ce chef de l'administration napolitaine ne vit aucun nuage obscurcir son pouvoir ni la bienveillance des monarques dont il dirigea les conseils. Son ministère fut glorieux : on lui a cependant reproché d'avoir mis trop de passion à dépouiller la cour de Rome des privilèges dont elle jouissoit à Naples, et d'avoir toujours cherché à venger, étant ministre, la censure du professeur de Pise. En effet, il resserva dans les bornes les plus étroites la juridiction de la nonciature. Sans avoir recours à l'autorité pontificale, il réunit des évêchés et supprima 78 monastères en Sicile. Il fit nommer à l'archevêché de Naples sans le concours du pape, et força Pia VI, par la crainte d'un schisme éclatant, à donner l'institution canonique à l'évêque de Potenza. Il contribua enfin de toute son influence à hâter la suppression de l'hommage annuel de la haquenée blanche, établi par Charles d'Anjou, en faveur du Saint-Siège; suppression qui a eu lieu quelque temps après la retraite de Tanucci du ministère. Il le quitta en 1777, à l'âge de quatre-vingts ans, et mourut cinq ans après, le 29 avril 1783. Tanucci fut un protecteur éclairé des sciences; c'est lui qui fit entreprendre les fouilles de Pompéia et d'Herculanum. Il ne négligea jamais les intérêts de son souverain pour les siens propres, et doit passer, avec raison, pour l'un des plus grands ministres du siècle qui vient de finir.
TAPHIUS, ou TAPHUS, fils de Neptune et d'Hippothée, fut chef d'une troupe de brigands, avec lesquels il alla s'établir dans une île qu'il appela Taphiuse, de son nom.
TAPPEN, (Silvestre) ministre Protestant, né à Hildesheim en 1670, mort en 1747, est auteur de divers Écrits en allemand sur la Théologie, la Morale et l'Histoire. Le plus connu est une petite Géographie en vers latins, sous le titre de Poëta Geographus.
TAPPER, (Ruard) d'Enkhuysen en Hollande, mort à Bruges en 1559, fut docteur de Louvain. Il enseigna la théologie avec réputation, et y fut fait chancelier de l'université, et doyen de l'église de Saint-Pierre. L'empereur Charles-Quint, et Philippe II, roi d'Espagne, l'employèrent dans les affaires de religion. On a de lui plusieurs Ouvrages de Théologie, Cologne, 1582, in-fol., qu'on ne lit plus.
TARAISE, fils d'un des principaux magistrats de Constantinople, fut élevé à la dignité de consul, puis choisi pour être premier secrétaire d'état, sous le règne de Constantin et d'Irène, qui le firent ensuite élire patriarche de Constantinople, l'an 784. Il n'accepta cette place qu'à condition qu'on assembleroit un concile général contre les Iconoclastes. En effet, après avoir écrit au pape Adrien, il fit célébrer le 2e concile général de Nicée, l'an 787, en faveur des saintes Images. Il étoit la bonne odeur de son église et la lumière de son clergé, lorsqu'il mourut en 806. Nous avons de lui, dans la collection des Conciles, une Épître écrite au pape Adrien.
TARANTIUS, (Lucius) philosophe ami de Cicéron, s'adonna à l'astrologie, et fut surnommé le prince des astrologues. Il tira l'horoscope de Romulus et de la ville de Rome.
TARAUDET, Voy. FLASSANS.
TARAVAL, (N.) professeur de l'académie de peinture et sur-inspecteur de la manufacture des Gobelins, est mort à Paris à la fin de 1783. L'un de ses meilleurs tableaux a été un Sacrifice de Noé, exposé au salon de 1783.
TARDIEU, (Nicolas-Henri) graveur Parisien, né en 1674, mort en 1749, fut un des meilleurs élèves de G. Audran. Sous la direction de ce maître habile, il grava les petites batailles d'Alexandre, et y ajouta celle de Porus qui n'est pas dans la suite des L 1 2 grandes batailles exécutées par *Audran*. Son morceau de réception à l'académie en 1713, fut le portrait du duc d'*Antin*, d'après *Rigaud*. Ses ouvrages les plus remarquables sont une *Magdeleine*, d'après *Bertin*; le plafond de la galerie du Palais-Royal, les tombeaux des hommes illustres d'Angleterre, le sacre de *Louis XV*.
TARDIF, (Guillaume) originaire du Puy-en-Velay, professeur en belles-lettres et en éloquence au collège de Navarre, et lecteur de *Charles VIII*, a vécu jusqu'à la fin du xve siècle. Il s'est fait connoître par plusieurs ouvrages, dont le plus curieux est un Traité de la Chasse, sous ce titre : l'*Art de Faulconnerie et déduyt des Chiens de Chasse*, réimprimé en 1567, avec celui de *Jean de Francières*. La première édition est sans date. La dernière est celle de Paris en 1628, in-4°, avec figures.
TARENTE, (*Louis*, prince de) *Voyez LOUIS*, n° XXVII... et V. JEANNE.
TARGE, (J.-B.) professeur de mathématiques, a publié un grand nombre d'ouvrages historiques, dont plusieurs sont traduits de l'anglois. Ces derniers sont l'*Histoire* d'Angleterre de *Smollet*, en 19 vol. in-12; celle de la guerre de l'Inde, depuis 1745, en 2 vol. in-12; l'*Abrégé* chronologique des découvertes faites par les Européens, traduit de *Barrow*, en 12 vol. in-12. *Targe* est particulièrement auteur d'une *Histoire* d'Angleterre depuis le traité d'Aix-la-Chapelle jusqu'en 1761, en 5 vol. in-12; d'une autre sur l'avènement de la maison de Bourbon au trône d'Espagne, 1772, 6 volum. in-12; enfin, d'une *Histoire* générale d'Italie, depuis la décadence de l'empire Romain jusqu'à nos jours, 1774, 4 vol. in-12. *Targe* aima le travail et vécut solitaire au milieu des livres. Son style est trop diffus; mais il présente les faits avec intérêt. Il est mort à Orléans en 1788.
TARGIONI - TOZZETTI, (Jean) médecin, professeur d'histoire naturelle à Florence, sa patrie, naquit en 1712, et mourut en 1783. On a de lui : *Aggradimenti delle scienze fisiche in Toscana*, 1780, 4 vol. in-4°.
TARIN, (Pierre) médecin, né à Courtenay, mort en 1761, est connu par des *Éléments de Physiologie*, ou *Traité de la structure, des usages et des différentes parties du Corps humain*, traduit du latin de *Haller*, 1752, in-8°. On a encore de lui : I. *Adversaria Anatomica*, 1750, in-4°, avec figures. Il n'y parle que du cerveau et du cervelet. II. *Dictionnaire Anatomique*, 1753, in-4°. Il est suivi d'une Bibliothèque anatomique et physiologique. La partie bibliographique est extraite de l'ouvrage de *Haller*, intitulé : *Methodus Studii medici*. III. *Ostéographie*, Paris, 1753, in-4°, avec fig. Ce n'est qu'une compilation. IV. *Anthropotomie*, ou l'*Art de disséquer*, 1750, 2 vol. in-12. M. *Portal* en parle avec éloge. V. *Desmographie*, ou *Traité des ligamens du Corps humain*, in-8°, 1752. C'est une traduction du latin de *Weilbrecht*, professeur en médecine à Pétersbourg. VI. *Observations de Médecine et de Chirurgie*, 1758, 3 vol. in-12; elles sont extraites de différents auteurs. VII. *Myographie*, ou *Description des Muscles*, 1753, in-4°, avec Les figures copiées d'Albinus, mais mal rendues. VIII. Les articles d'anatomie dans l'Encyclopédie, et le Discours qui y est inséré sur l'origine et les progrès de cette partie de la médecine. — Ce médecin rappelle l'idée de Jean TARTIN, professeur de Paris, et précepteur de l'infortuné de Thou, que Gui-Patin appelle un abyme de science, et qu'il regardoit comme un des plus savans hommes du monde. Il étoit d'Angers.
TARISSE, (Don Jean-Grégoire) né en 1575, à Pierre-Rue, près de Cessenon, petite ville du Bas-Languedoc, fut le premier général de la Congrégation de St-Maur, qu'il gouverna depuis 1630 jusqu'en 1648, année de sa mort. On a de lui des Avis aux Supérieurs de sa Congrégation, in 12, 1632. Ils sont d'autant plus judicieux, que l'auteur avoit connu le fort et le foible de son Ordre. Il l'éclaira par ses lumières, et l'édifia par ses exemples. Rien n'égala son zèle pour rétablir les études. Il eut beaucoup de part à la publication des Constitutions de sa Congrégation, imprimées par son ordre en 1645.
TARLAT, Voyez BIBIENA.
TARLETON, (Richard) acteur Anglois, mort en 1589, fut amené à Londres par Robert comte de Leicester, et s'y fit applaudir par son rare talent. On lui doit un drame dans les mœurs du temps, intitulé: les sept Péchés mortels.
TARPA, (Spurius-Metius, ou Mævius) critique à Rome du temps de Jules-César et d'Auguste, avoit son tribunal dans le temple d'Apollon, où il exami- noit les pièces des poètes avec quatre autres critiques. On ne représentoit aucune Pièce de théâtre, qui n'eût été approuvée de Tarpa ou de l'un de ses quatre collègues. Les connoisseurs n'étoient pas toujours satisfaits de son jugement, et les auteurs encore moins. Cicéron et Horace en font cependant une mention honorable.
TARPEIA, fille de Tarpéius, gouverneur du Capitole sous Romulus, livra cette place à Tatius, général des Sabins, « à condition que ses soldats lui donneroient ce qu'ils portoient à leur bras gauche, » désignant par-là leurs bracelets d'or. Mais Tatius, maître de la forteresse, jeta sur Tarpéia ses bracelets et son bouclier qu'il avoit au bras gauche; et ayant été imité par ses soldats, Tarpéia fut accablée sous le poids des boucliers, l'an 746 avant J. C. Elle fut enterrée sur ce Mont, qui, de son nom, fut appelé Mont Tarpéien. Il fut encore destiné au supplice de ceux qui étoient coupables de trahison ou de faux témoignage. On les précipitoit du haut de la Roche Tarpéienne. I. TARQUIN l'Ancien, roi des Romains, monta sur le trône après le roi Ancus-Martius, l'an 615 avant J. C. Il étoit originaire de Grèce, mais né en Etrurie dans la ville de Tarquinium, d'où il prit son nom. [Voy. II. DEMARATE.] Une grande ambition, soutenue dimmenses richesses, l'avoit conduit à Rome. Il se distingua tellement sous le règne d'Ancus-Martius, qu'on le jugea digne de devenir son successeur. On remarque que Tarquin fut le premier qui introduisit dans 1. 1 3 Rome la coutume de demander les charges, et de faire des démarches publiques pour les obtenir. Pour se faire des créatures, et récompenser ceux qui l'avoient servi en cette occasion, il créa cent nouveaux sénateurs. Il les choisit parmi les familles plébéiennes, et par cette raison ils furent nommés sénateurs du second ordre, *Patres minorum gentium*; afin de les distinguer de ceux de l'ancienne création, qu'on nommoit sénateurs du premier ordre, *Patres majorum gentium*; mais ils étoient parfaitement égaux en autorité. Après s'être signalé par ces établissements, il se distingua contre les Latins et les Sabins, sur qui il remporta une grande victoire aux bords de l'Anio. Un stratagème la lui procura. Les Sabins avoient derrière eux un pont de bois, par lequel ils tiroient leur subsistance, et qui favorisoit leur retraite. *Tarquin* fit mettre le feu, pendant la bataille, à une grande quantité de bois qu'il fit jeter dans la rivière, et qui, portée contre le pont, le mit bientôt en flammes. Les Sabins effrayés voulurent prévenir sa ruine; mais le plus grand nombre se noya. Plusieurs autres avantages lui procurèrent trois triomphes. Il profita du loisir de la paix, pour faire reconstruire magnifiquement les murs de Rome. Il environna la place publique de galeries, et l'orna de temples et de salles destinées aux tribunaux de justice et aux écoles publiques. Rome, dans ses temps les plus fastueux, ne trouva presque qu'à admirer dans ces ouvrages. *Pline*, qui vivoit 800 ans après *Tarquin*, ne parle qu'avec étonnement de la beauté des aqueducs souter- rains qu'il fit construire pour purger Rome de ses immondices, et procurer un écoulement aux eaux des montagnes que cette ville renfermoit dans ses murs. Il introduisit aussi la coutume des faisceaux de verges qu'on lioit autour des haches des magistrats, les robes des rois et des augures, les chaires d'ivoire des sénateurs, avec les anneaux et les ornemens des chevaliers et des enfans des familles nobles. Il fut assassiné par les deux fils d'*Ancus-Martius*, l'an 577 avant J. C., à 80 ans, après en avoir régné 38. *Voy*. TANAQUILLE.
II. TARQUIN *le Superbe*, parent du précédent, épousa *Tullia*, fille du roi *Servius-Tullius*. La soif de régner lui fit ôter la vie à son beau-père, l'an 533 avant J. C. Il s'empara du trône par violence, et sans aucune forme d'élection. Il se défit, sous divers prétextes, de la plus grande partie des sénateurs et des riches citoyens. Son orgueil et sa cruauté lui firent donner le nom de *Superbe*. *Tarquin* s'appuya de l'alliance des Latins, par le mariage de sa fille avec *Manilius*, le plus considérable d'entre eux. On renouvela les traités faits avec ces peuples. *Tarquin* signala son règne par la construction du temple de *Jupiter*, dont *Tarquin l'Ancien* avoit jeté les fondemens. [*Voy*, AMALTHÉE.] Il étoit situé sur un mont ou colline. Dans le temps qu'on y travaillait, les ouvriers trouvèrent la tête d'un certain *Tolus*, encore teinte de sang: ce qui fit donner le nom de *Capitola* (*Caput Toli*) à tout l'édifice. Les dépenses de *Tarquin* ayant épuisé le trésor public et la pa- vence du peuple, il se flatta que la guerre feroit cesser les murmures. Il la déclara aux Rutules. Il étoit occupé au siège d'Ardée, capitale du pays, lorsque la violence que fit Sextus à Lucrèce, souleva les Romains. Ils fermèrent les portes de leur ville, renversèrent le trône l'an 509 avant J. C., et Tarquin n'y put jamais remonter. Chassés de Rome, Tarquin et ses enfans cherchèrent à intéresser à leur cause les princes voisins, et conservèrent au sein de Rome même des partisans disposés à rétablir la tyrannie. Des jeunes gens accoutumés aux jouissances du luxe et de la vanité, qu'on obtient toujours en flattant l'orgueil des princes, regrettoient les graces et les plaisirs de la cour, et redoutoient l'austérité des mœurs républicaines. Ils égarèrent le fils de Brutus même, qui les sacrifia à la patrie. (Voy. BRUTUS.) Tarquin ayant perdu l'espérance de bouleverser Rome par ses agens secrets, implora des secours auprès de Porsenna, roi de Clusium dans l'Etrurie; mais ses armes furent inutiles au monarque détrôné. Après une guerre de 13 ans, la paix fut conclue, et le tyran se vit abandonné de tous ceux qui l'avoient secouru. Il seroit mort errant et vagabond, si Aristodeme, prince de Cumes dans la Campanie, ne l'eût enfin reçu chez lui. Il mourut bientôt après, âgé de 90 ans. Il en avoit régné 24. Les historiens ont beaucoup déprimé ce prince; mais on ne peut nier que ce ne fût un tyran habile, qui augmenta son pouvoir par ses victoires. On doit (dit M. l'abbé Millot) lui reprocher des injustices, mais non lui refuser la gloire du génie et des talens. Malheur (dit MONTESQUIEU) à la réputation de tout prince qui est opprimé par un parti qui devient le dominant!
III. TARQUIN-COLLATIN, Voy. COLLATINUS.
TARRAGUA, (Gabriel de) médecin Espagnol, mort professeur de médecine à Bordeaux, au milieu du XVIe siècle, exerça long-temps son art dans cette ville. Ce qu'on appeloit alors médecine, étoit un amas de principes abstraits sur la nature, mêlé de pratiques astrologiques et de formules inintelligibles. Les ouvrages de Tarragua se ressentent des préjugés et du mauvais goût de son temps. Ils sont écrits en latin barbare, et ne roulent que sur la doctrine physiologique d'Avicenne. Ils sont extrêmement rares. Gessner, qui seul en a parlé, ne cite que celui qui a pour titre: Figura rerum naturalium, non naturalium et contra naturam, in-folio, sans date ni lieu d'impression. Les autres livres de Tarragua sont imprimés en caractères gothiques, chez Guyart, le plus ancien imprimeur établi dans les provinces. Ils sont intitulés: I. Compendium eorum quæ super arte techni Galeni et aphorismis Hippocratis scribuntur, Bordeaux, 1524, petit in-fol. II. Commentaria G. de Tarragua super ea de regimine quod commenditur ab Avicenne, Bordeaux, 1534, in-fol. III. Repertorium scientiæ theoricae et practicae ex doctis antiquorum fideliter extractum commentariis, Bordeaux, 1536, in-fol.
TARRAKANOFF, (N. princesse de) née du mariage clandestin d'Elisabeth, impératrice L 1 4 de Russie, et d'Alexis Rozou- moffski, fut enlevée à l'âge de douze ans, en 1767, par le prince Radziwill. Celui-ci, irrité des procédés despotiques avec lesquels Catherine II anéantissoit les droits des Polonois, crut effrayer cette sonveraine en lui présentant un jour cette concurrente au trône. La jeune Tarrakanoff fut con- duite à Rome, où Radziwill, appelé par les troubles de sa patrie, fut forcé de l'abandonner sous la garde d'une seule gou- vernante. Alexis Orloff, feignant le plus grand mécontentement contre Catherine, se présenta à la princesse; il lui offrit sa main, et des secours pour opérer en sa faveur une révolution en Russie. Des propositions si bril- lantes éblouirent la princesse; sa candeur, son innocence ne pou- voient soupçonner la perfidie. Trompée par une fausse céré- monie, elle crut épouser Orloff. Ce ravisseur la conduisit bientôt à Pise, puis à Livourne: là, sous le prétexte de lui donner le spectacle d'une fête navale, Orloff l'engagea à quitter le rivage pour entrer dans un vaisseau, au bruit des instrumens et des salves d'artillerie; mais à peine y fut-elle parvenue, que ses mains furent chargées de chaines, qu'on la descendit à fond de calc, et que le navire fit voile pour Pétersbourg. Tarrakanoff y fut aussitôt étroitement ren- fermée dans la forteresse. En dé- cembre 1777, un vent furieux ayant fait refluer la Baltique dans la Newa, qui baignoit les murs de la prison, les eaux de cette rivière s'élevèrent subitement de dix pieds, et noyèrent la jeune princesse, qui ne reçut aucun recours.
TARTAGLIA ou TARTALEA, (Nicolas) mathématicien de Bresse, dans l'Etat de Venise, mort fort vieux en 1557, passoit avec raison pour un des plus grands géomè- tres de son temps. Nous avons de lui une Version italienne d'Euclide, avec des Commen- taires, Venise, 1543, in-tolio; un Traité des Nombres et des Mesures; et d'autres ouvrages imprimés en 3 vol. in-4°, 1606. Il s'est fait un nom par l'invention de la méthode de résoudre les Equations cubiques, que l'on attribue ordinairement à Cardan. C'est aussi le premier auteur qui a écrit expressément sur la théo- rie du mouvement des bombes et des boulets: sujet qu'il examine dans sa Nova Scientia, imprimée à Venise en 1537; et dans ses Quesiti ed inventioni diverse, Venise, 1546. Voy. I. CARDAN.
TARTAGNI, (Alexandre) jurisconsulte, surnommé d'IMOLA, parce qu'il étoit natif de cette ville, enseigna le droit à Bolo- gne et à Ferrare avec tant de réputation, qu'on le nomma le Monarque du droit et le Père des jurisconsulies. On a de lui des Commentaires sur les Clé- mentines et sur le Sexte, et d'autres Ouvrages dont il y a eu plusieurs éditions autrefois. Ce jurisconsulte mourut à Bologne en 1587, à 53 ans.
TARTERON, (Jérôme) jé- suite de Paris, mort dans cette ville le 12 juin 1720, à 75 ans, professa avec distinction au collège de Louis le Grand. Il est auteur: I. D'une Traduction françoise des Œuvres d'Horace, dont la méilleure édition est celle d'Ams- terdam en 1710, 2 vol. in-12.
II. D'une Traduction des Salires de Perse et de Juvenal, dont la dernière édition est celle de 1752, in-12. Le père Tarteron a supprimé les obscénités grossières, dont il est étrange que Juvenal, et sur-tout Horace, aient souillé leurs ouvrages. Il a ménagé en cela la jeunesse, pour laquelle il croyoit travailler: mais sa version n'est pas assez littérale pour elle: le sens est rendu, mais non pas la valeur des mots.