TARTINI, (Joseph) l'un des plus grands musiciens de notre siècle, naquit au mois d'avril 1692, à Pirano en Istrie. Après différentes aventures, qui prouvoient une jeunesse bouillante, il se fixa à la musique vers l'an 1714. Il y fit des progrès étonnans. En 1721, il fut mis à la tête de la musique de Saint-Antoine de Padoue. Son nom étoit très-célèbre en Europe, lorsqu'il mourut en février 1770. On a de lui: I. Des Sonates, publiées en 1734 et 1745, et reçues avec transport par tous les maîtres de l'art. II. Un Traité de Musique, imprimé en 1754, dans lequel on trouve un système qui fait autant d'honneur à son savoir dans la théorie de la musique, que celui de la basse fondamentale en fait à l'illustre Rameau.
TARUFFI, (Emile) peintre Bolonols, né en 1632, mort en 1694, se distingua dans le paysage qu'il ornoit de scènes vives et animées.
TASMAN, (N.) navigateur célèbre, sortit de Batavia le 14 août 1642, et découvrit la Nouvelle Hollande et la Nouvelle Zélande, qu'on a cru faire partie d'un con- tinent, jusqu'à l'instant où Cook reconnut qu'elles formoient deux îles. Tasman aborda encore le premier dans quelques autres îles de ces mers lointaines, et revint de son voyage par Gilolo et la nouvelle Guinée. I. TASSE, (Le) Torquato Tasso, poète Italien, né à Corinto, ville du royaume de Naples, le 11 mars 1544, composa des vers n'étant encore âgé que de 7 ans. Le père du Tasse étoit attaché en qualité de secrétaire au prince de Salerne, San-Severino, qui s'étant chargé de représenter à Charles-Quint l'injustice du vice-roi de Naples, lequel vouloit établir l'Inquisition dans le royaume, fut obligé de prendre la fuite. Bernardo Tasso (c'étoit le nom de son père, Voy. II. TASSE) suivit ce prince, et fut condamné à mort comme lui. La même sentence fut prononcée contre son fils, quoiqu'il n'eût que 9 ans, et ils n'échappèrent au supplice que par la fuite. L'enfant poète fit des vers sur sa disgrace, dans lesquels il se compare au jeune Ascapne fuyant avec Enée. Rome fut leur premier asile. Le jeune Tasso fut envoyé ensuite à Padoue étudier le droit. Il reçut même ses degrés en philosophie et en théologie. Mais, entraîné par l'impulsion irrésistible du génie, il enfanta, à l'âge de 17 ans, son Poème de Renaud, qui fut comme le précurseur de sa Jérusalem. Il commença ce dernier ouvrage à l'âge de 22 ans. Enfin, pour accomplir la destinée que son père avoit voulu lui faire éviter, il alla se mettre en 1565 sous la protection d'Alphonse, duc de Ferrare. Ce prince le logea dans son palais, et le mit par ses libéralités en état de n'avoir d'autre soin que celui de s'entretenir avec les Muses. Il pensa même à le marier avantageusement, et il lui en fit faire la proposition par son secrétaire intime qui étoit un vieux garçon. Le Tasse répondit à celui-ci, comme Epictète avoit répondu autrefois à l'un de ses amis : Je me marierai lorsque vous me donnerez une de vos filles. Le pape Grégoire XIII ayant envoyé en 1572 le cardinal Louis de Ferrare, frère du duc, en France, en qualité de légat, le Tasse l'y accompagna : il fut reçu du roi Charles IX avec les distinctions dues à son mérite. De retour en Italie, il devint amoureux à la cour de Ferrare, de la sœur du duc. Cette passion, jointe aux mauvais traitements qu'il reçut dans cette cour, fut la source de cette humeur mélancolique qui le consuma pendant 20 années. Le reste de sa vie ne fut plus qu'une chaîne de calamités et d'humiliations. Persécuté par les ennemis que lui suscitoient ses talens ; plaint, mais négligé par ceux qu'il appeloit ses amis, il souffrit l'exil, la pauvreté, la faim même : et ce qui devoit ajouter un poids insupportable à tant de malheurs, la calomnie l'attaqua et l'opprima. Il s'enfuit de Ferrare. Il alla, couvert de haillons, depuis Ferrare jusqu'à Sorrento dans le royaume de Naples, trouver une sœur qu'il y avoit. Il est faux qu'il n'en obtint aucun secours, comme le prétend Voltaire. Le Père Nicéron, mieux instruit, dit que sa sœur le reçut avec toute la joie et toute la tendresse imaginable, et il passa tout un été avec elle. Mais le désir de retourner à Ferrare le tourmentoit toujours. Il y alla de nouveau. Le duc le croyant malade, l'exhorta à ne plus penser qu'à une vie douce, et à la jouissance de la tranquillité qu'il vouloit lui procurer. Son cœur toujours passionné éloignoit ce calme que le prince lui promettoit. Un jour, au milieu de sa cour, il est saisi tout-à-coup d'un accès de sa folie amoureuse ; il se jette au cou de la princesse Eléonore, sœur du duc, et l'embrasse avec transport. Alphonse se tournant de sang-froid vers ses courtisans : Quel dommage, leur dit-il, qu'un si grand homme soit devenu fou ! Qu'on le transporte à l'hôpital, et qu'on le soigne. (Cette anecdote est tirée de Muratori.) En effet, il le fit enfermer dans l'hôpital de Sainte-Anne, où la solitude et sa détention forcée le jetèrent dans des maladies violentes et longues, qui lui ôtèrent quelquefois l'usage de la raison. Il prétendit un jour avoir été guéri par le secours de la Sainte Vierge et de sainte Scholastique, qui lui apparurent dans un grand accès de fièvre. Ce ne fut qu'à la prière du duc Vincent de Gonzague, que sa liberté lui fut rendue au commencement de 1586. Pour comble d'infortune, sa gloire poétique, cette consolation imaginaire dans des malheurs réels, avoit été attaquée de tous côtés. Le nombre de ses ennemis éclipsa pour un temps sa réputation : il fut presque regardé comme un mauvais poète. Enfin, après 20 années, l'envie fut lasse de l'opprimer ; son mérite surmonta tout. Las de la vie orageuse qu'il avoit menée à la cour des princes, il avoit été chercher le repos à Naples. Il y jouissoit de la tranquillité et du bonheur, lorsqu'il fut appelé à Rome par le pape Clément VIII, qui, dans une congrégation de cardinaux, avoit résolu de lui donner la couronne de laurier et les honneurs du triomphe. Le Tasse fut reçu à un mille de Rome par les deux cardinaux neveux, et par un grand nombre de prélats et d'hommes de toutes conditions. On le conduisit à l'audience du pape: Je désire, lui dit le pontife, que vous honoriez la Couronne de laurier, qui a honoré jusqu'ici tous ceux qui l'ont portée. Les deux cardinaux Aldobrandins, neveux du pape, qui aimoient et admiroient le Tasse, se chargèrent de l'appareil de ce couronnement. [ Voyez PÉTRARQUE. ] Il devoit se faire au Capitole. Le Tasse tomba malade dans le temps de ces préparatifs, et, comme si la fortune avoit voulu le tromper jusqu'au dernier moment, il mourut la veille du jour destiné à la cérémonie, le 15 avril 1595, à 51 ans. Le Tasse avoit la taille haute, droite et bien proportionnée, et un tempérament vigoureux et propre à tous les exercices du corps. Il parloit posément et ne montroit point dans la conversation tout le feu qui brilloit dans ses Écrits. Il rioit peu et sans éclats. Il manquoit d'action, et dans ses discours publics, il se soutenoit plutôt par les choses que par les graces extérieures. Bon parent, bon ami, il excelloit par les qualités du cœur. Jamais poète n'a été aussi indulgent et aussi honnête dans la société. Peu satisfait ordinairement des productions de son esprit, il étoit toujours content de son état, lors même qu'il manquoit de tout. Il s'abandonnoit entièrement à la Providence, et il se faisoit un scrupule de recevoir ou de garder ce qui ne lui étoit pas absolument nécessaire. Sa fin fut très-chrérienne, et dès qu'il la sentit approcher, il se fit porter au couvent de Saint-Onuphre, pour être plus à portée des secours spirituels. On l'enterra sans pompe, comme il l'avoit désiré. Mais le cardinal Bevilaqua lui fit ensuite élever un monument dans l'église du monastère où il étoit mort. Ses principaux ouvrages sont : I. La Jérusalem délivrée, dont le consul Lebrun nous a donné une traduction élégante et animée, qui a fait oublier celle de Mirabaud: [ Voy. MIRABAUD. ] Ce Poème offre autant d'intérêt que de grandeur: il est parfaitement bien conduit; presque tout y est lié avec art. L'auteur amène adroitement les aventures; il distribue sagement les lumières et les ombres. Il fait passer le lecteur des alarmes de la guerre aux délices de l'amour, et de la peinture des voluptés il le ramène aux combats. Son style est par-tout clair et élégant; et lorsque son sujet demande de l'élévation, on est étonné comment la mollesse de la langue italienne prend un nouveau caractère sous ses mains, et se change en majesté et en force. Mais avec de grandes beautés, ce Poème a de grands défauts. Le sorcier Ismène qui fait un talisman avec une image de la Vierge Marie; l'histoire d'Olinde et de Sophronie, personnages qu'on croiroit les principaux du Poème, et qui n'y tiennent point du tout; les dix princes Chrétiens métamorphosés en poissons; le Pas- roquet chantant des chansons de sa composition; ce mélange d'idées païennes et chrétiennes, ces jeux de mots et les *concetti* puérils, tout cela dépare sans doute ce beau Poème. [Voyez BORGHÈSE.] *Le Tasse* sembla reconnoître lui-même qu'il l'avoit rempli de choses qui choqueroient les lecteurs judicieux. Pour se justifier il publia une Préface, dans laquelle il tâcha de prouver que tout son Poème étoit allégorique. L'armée des princes Chrétiens représentoit, selon lui, le corps et l'âme. Jérusalem étoit la figure du vrai bonheur qu'on acquiert par le travail et avec beaucoup de difficulté. *Godéfroi* est l'âme: *Tancrede*, *Renaud* et les autres héros en sont les facultés. Le commun des soldats sont les membres du corps. Les diables sont à-la-fois figures et figurés. *Armide* et *Ismène* sont les tentations qui assiègent nos âmes. Les charmes, les illusions de la Forêt euchantée représentent les faux raisonnemens dans lesquels nos passions nous entraînent. Telle est la clef que *le Tasse* donna de son Poème: il y a apparence qu'il la trouva dans le temps de ses vapeurs. II. *La Jérusalem Conquise*, 1593, in 4.º III. *Renaud*, 1562, in 4.º; Poème en douze chants, plein de faux brillans, de tours affectés, d'images recherchées. Nous en avons une plate traduction en prose, par le sieur de *la Ronce*, en 1620, réimprimée sans changement en 1624. IV. *Aminte*, Pastorale, qui respire cette mollesse, cette douceur et ces graces propres à la poésie italienne. On a reproché à l'auteur d'avoir chargé son Poème de trop de récits, qui ne laissent presque rien à la représentation; mais on oublie facilement ce défaut en faveur des beautés touchantes de l'ouvrage. On doit observer que l'*Aminte* est la première comédie pastorale, et que son auteur fut le premier qui mit en scène l'idylle et la porta sur le théâtre. Il fut tout-à-la-fois l'inventeur et le modèle de ce genre de poésie que les anciens n'avoient pas connu. *Pequet* l'a traduit en prose françoise en 1734. V. *Les Sept Journées de la Création du Monde*, 1607, in 8.º VI. *La Tragédie de Torismond*, 1587, in 8.º; mauvais ouvrage, indigne de l'auteur. Les productions du *Tasse* ont été imprimées en 6 volumes in-fol., à Florence en 1724, avec les Écrits faits pour et contre sa *Jérusalem délivrée*. La contestation qui s'étoit mue, sur la fin du XVI$^{e}$ siècle et au commencement du XVII$^{e}$, entre les partisans du *Tasse* et ceux de l'*Arioste*, touchant la préférence sur le Parnasse Italien, semble être entièrement finie. Malgré le jugement des académiciens de *la Crusca*, et de quelques rimailleurs jaloux et inquiets, *le Tasse* est aujourd'hui en possession du premier rang sur tous les poètes de sa langue. On peut voir l'histoire de la dispute dont nous parlons, dans le 4$^{e}$ volume des *Querelles littéraires*. Les éditions les plus recherchées de la *Jérusalem*, sont: celle de Gênes, 1590, in 4.º, avec les figures de *Bernard Castelli*, et les Notes de divers auteurs; celle de l'imprimerie royale à Paris, 1644, grand in-folio, avec les planches de *Tempesta*; celle de Londres, 1724, 2 vol. in 4.º, avec les Notes de plusieurs littérateurs Italiens; celle de Venise, 1745, in-fol., avec figures; l'édition portative et élégante des Elzevirs, 1678, 2 vol. in-32, avec les figures de Sébastien le Clerc; enfin celle de Paris, 1768, 3 vol. in-12. L'Aminte a été donnée par les mêmes, 1678, in-24. La Vie de ce grand poète a été écrite en italien par le marquis Manzo, et publiée à Venise en 1621. Nous en avons une en françois, par de Charnes, à Paris en 1690, in-12.
II. TASSE, (Le) Bernardo Tasso, père de Torquato, se fit aussi beaucoup de réputation par ses ouvrages poétiques: le plus connu et le plus recherché est l'Amadis, poème en 100 chants, dont la première édition, faite à Venise par Giolito en 1550, in-4°, est très estimée, et peu commune. Les Italiens font aussi beaucoup de cas du recueil de ses Lettres, imprimées à Venise en 1574, in-8°. L'édition la plus complète est celle de Padoue, 1733, en 3 vol. in-8°. On y a joint sa Vie par Leghezzi. Bern. Tasso mourut à Rome en 1575, au couvent de Saint-Onupère, où il s'étoit retiré sur la fin de ses jours. On a encore de lui: il Floridante, 1560, in-12.
III. TASSE, (Augustin) peintre Bolonois du XVIIe siècle, réussit dans le Paysage, dans les Perspectives et dans les Tempêtes.
TASSIN, (René-Prosper) Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, né en 1697 à Lonlai, bourg du diocèse de Coutances, mourut à Paris en 1777. Ce religieux, aussi recommandable par sa piété que par son érudition, continua la Nouvelle Diplomatique de Dom Toustain son ami. [Voy. TOUSTAIN.] On a encore de lui: I. L'Histoire Littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, Bruxelles, 1770, in-4°. Ce livre, beaucoup plus exact et plus étendu que la Bibliothèque de Dom le Cerf, est un monument de l'attachement de Dom Tassin pour la Société dont il étoit membre. On y trouve la vie et les travaux des auteurs qu'elle a produits depuis son origine en 1618, jusqu'à nos jours. On y détaille avec soin les titres et les différentes éditions de leurs livres, et les jugemens que les savans en ont portés. On y voit en même temps la notice de beaucoup d'ouvrages manuscrits, composés par des Bénédictins du même corps. Il seroit à souhaiter que toutes les Histoires littéraires fussent faites sur ce modèle. Le Censeur de Paris y fit mettre plusieurs cartons pour les articles de Gerberon et de quelques autres religieux soupçonnés de jansénisme. D. Tassin, qui pensoit comme eux, étoit bien éloigné de les blâmer; et c'est en ce point seul qu'il ne paroît pas toujours impartial. II. Dissertation sur les Hymnographes. III. Défense des titres et des droits de l'abbaye de Saint-Ouen, 1734, in-4°. IV. Notices des manuscrits de l'Eglise de Rouen, 1746, in-12. C'est une nouvelle édition de l'ouvrage de Saas, auquel Tassin a fait beaucoup d'additions.
TASSONI, (Alexandre) né à Modène en 1565, membre de l'académie des Humoristes, suivit en Espagne en 1600, le cardinal Ascarne Colonne, en qualité de premier secrétaire; mais ses traits satiriques contre les Espagnols, lui firent perdre sa place. Il se retira à Rome où il partagea son temps entre la culture des fleurs de son jardin et des fruits du Parnasse. François I, duc de Modène, l'appela à son service, et l'honora des titres de gentilhomme ordinaire et de conseiller d'état. Tassoni brilloit dans cette cour, lorsqu'il mourut en 1635, à 71 ans. Ce poète avoit un caractère enjoué et un esprit aimable; mais il étoit trop porté à la satire. Ce fut pour imiter son génie caustique, autant que pour rendre hommage à la vérité, qu'on le représenta après sa mort, une figue à la main, avec ce distique au bas de son portrait : Dextera sur ficum quæris mea gestet inanem? Longi operis merces hæc fuit : aula dedit. De Tassoni pourquoi la main honteuse Tient-elle ce fruit enfantin? C'est le digne présent qu'une Cour généreuse, Pour prix d'un long travail, lui fit un beau matin. On le regardoit comme un des premiers savans de son siècle, et le savoir, dit M. Grosley, étoit son moindre mérite. On a de lui quelques ouvrages. Les principaux sont : I. Un Poème héroï-comique, sur la guerre entre les Modénois et les Bolonois, au sujet d'un Seau qui avoit été pris, et qu'il intitula : la Secchia rapita. L'édition la plus recherchée est celle de Ronciglione, 1264; et la plus récente celle de Paris, 1768, 2 vol. in-12. Ce Poème a été traduit en françois par Pierre Perrault, 1678, 2 vol. in-12; et par M. de Cedors, 1759, 3 vol. in-12. L'une et l'autre version sont avec le texte italien. Ce Poème est un assez agréable mélange de comique, d'héroïque et de satirique; mais la décence n'y est pas toujours observée. Voltaire l'a jugé avec trop de rigueur, lorsqu'il a dit dans une de ses lettres, « que la Secchia rapita étoit un très-plat ouvrage, sans invention, sans imagination, sans variété, sans esprit et sans graces; et qu'il n'a eu cours en Italie que parce que l'auteur y nomme un grand nombre de familles auxquelles on s'intéressoit. » Voltaire, plein de l'Arioste, trouvoit que tous les poètes Italiens, ses imitateurs, lui étoient très-inférieurs; mais il y a plusieurs places sur le Parnasse, et Tassoni ne devoit pas être relégué à la dernière. II. Des Observations sur Pétrarque, dont quelques-unes sont curieuses. III. Une Histoire Ecclésiastique, dans laquelle il contredit souvent Baronious. IV. Son Testament. C'est une pièce pleine de sel et d'enjouement; en voici un échantillon. « Je soussigné, dit-il, sain de corps et d'esprit, si l'on excepte la fièvre commune de l'ambition humaine qui porte ses vues au-delà du trépas, voulant déclarer ma dernière volonté : I. Je laisse mon Ame au Principe qui l'a créée. Pour mon Corps, il ne seroit bon qu'à être brûlé; mais comme la religion dans laquelle je suis né, ne le permet pas, je prie les maîtres de la maison où je mourrai, ( n'en ayant aucune à moi ); ou si je mourois en plein air, je prie les voisins ou les passans, de me faire enterrer en lieu saint, déclarant que pour tout appareil d'enterrement, je serai content d'un sac, d'un porte-faix, d'un prêtre, d'une Croix et d'une chandelle. II. Je laisse à l'église où je serai inhumé, 12 écus d'or, sans exiger ni obligation, ni reconnaissance pour une si petite somme, que je ne laisserai d'ailleurs, de même que tout mon bien, que parce que je ne pourrai pas l'emporter. III. Je laisse à Marzio, mon fils naturel, né de Lucie Grafaguina, cent écus en carlins, afin qu'il puisse s'en faire honneur au cabaret, etc. » Ce fils naturel de Tassoni étoit un libertin, qui lui donna beaucoup de chagrin, et qui le voioit de temps en temps. La Vie de ce poète a été écrite par le savant Muratori.
TASTE, (Dom Louis la) fameux Bénédictin, né à Bordeaux de parens obscurs, fut élevé comme domestique dans le monastère des Bénédictins de Sainte-Croix de la même ville. On lui trouva de l'esprit, et on le revêtit de l'habit de Saint-Bénoit. Devenu prieur des Blancs-Manteaux à Paris, il écrivit contre les fameuses convulsions et contre les miracles attribués à Paris. Ceux de ses confrères qui respectaient la mémoire de ce pieux diacre, se préparaient à faire flétrir son ennemi, lorsqu'il fut élevé à l'évêché de Bethléem en 1738. On le nomma, environ dix ans après, visiteur général des Carmélites. Sa conduite, tour à tour artificieuse et violente envers les divers monastères de cet Ordre, souleva, dit-on, plusieurs personnes contre lui. On le regardoit comme un homme faux, qui avoit fait servir la religion à sa fortune; comme un caractère tortueux, qui savoit plier sa façon de penser suivant le temps et les circonstances. Nous n'avons pas assez connu Dom la Taste, pour décider si ce portrait n'est pas trop chargé. Il y a apparence que les couleurs ont été fournies par ceux que ce prélat Bénédictin combattit, et dès-lors on doit se méfier de la ressemblance. Dom la Taste mourut à Saint-Denis en 1754, à 69 ans. Ses ouvrages sont : I. Lettres théologiques contre les convulsions et les miracles attribués à Paris, in-4°, 2 vol. Cet ouvrage contient XXI Lettres; on y trouve des faits curieux, mais peu de critique pour démêler les vrais d'avec les faux, et point de saine théologie sur l'article des miracles Dom la Taste y soutient que les Diables peuvent faire des miracles bienfaisans et des guérisons miraculeuses, pour introduire ou autoriser l'erreur ou le vice: sentiment contraire à la religion et au bon sens. L'abbé de Prades l'ayant adopté dans sa fameuse thèse, elle fut censurée par la Sorbonne. La 19e Lettre de la Taste contre le livre de Montgeron, fut supprimée par arrêt du parlement. Les 18 premières furent attaquées par les Anti-Constitutionnaires, qui dans leurs Écrits appellent honnêtement l'auteur : Bête de l'Apocalypse, Blosphémateur, Diffamateur, mauvaise Bête de l'île de Crète; Moine impudent, bouffi d'orgueil; Écrivain forcené; Auteur abominable d'impostures atroces et d'ouvrages monstrueux; voilà le sel délicat qu'on a répandu sur les productions de l'Anti-Convulsionnaire. II. Des Lettres contre les Carmélites de Saint-Jacques, à Paris.
TATE, ( Nahum ) poète Irlandois, né à Dublin en 1652, et mort en 1715, fut intime ami de *Dryden*, et a publié un grand nombre de poésies, parmi lesquelles on distingue un *Poème* sur la mort de la reine *Anne*.
TATIEN, disciple de *S. Justin*, étoit Syrien de naissance. Il fut d'abord élevé dans les sciences des Grecs et dans la religion des Païens. Il voyagea beaucoup, et trouva partout la religion paienne, absurde, et les philosophes de son siècle flottant comme ceux du nôtre, entre une infinité d'opinions et de systèmes contradictoires. Il étoit dans cette perplexité, lorsque les livres des Chrétiens lui tombèrent entre les mains; il fut frappé de leur beauté. « Je fais persuadé, dit-il, par la lecture de ces livres, pour plusieurs raisons. Les paroles en sont plus simples; les auteurs en paroissent sincères et éloignés de toute affectation; les choses qu'ils disent se comprennent aisément; on y trouve plusieurs prédictions accomplies; les préceptes qu'ils donnent, sont admirables, et ils établissent un seul Maître de toutes choses; et cette doctrine nous délivre d'un grand nombre de maîtres et de tyrans, auxquels nous étions assujettis. » C'étoit donc en quelque sorte par lassitude, et non pas par conviction forte, que *Tatien* avoit embrassé le Christianisme; il restoit encore au fond de son esprit des idées Platoniciennes. Après avoir utilement servi l'église, il enseigna des erreurs dangereuses. Il admit avec *Mareion* deux Dieux différens, dont le créateur étoit le second. Il attribuoit l'ancien et le nouveau Testament à ces deux Etres divers, et rejetoit quelques-unes des Epitres de *S. Paul*. Il devint le chef de la secte des *Encrates* ou *Continens*. Il condamnoit l'usage du vin, défendoit le mariage, et donnoit encore dans d'autres excès. C'étoit un homme très-savant, et qui écrivoit aisément. Ses talens, joints à l'austérité de ses maximes, donnèrent à son école beaucoup de réputation. De Mésopotamie elle se répandit à Antioche, dans la Cilicie, dans l'Asie-Mineure et même en Occident. *Tatien* étoit auteur d'une *Harmonie* des IV Evangelistes, et d'un grand nombre d'autres ouvrages; mais il ne nous reste que son *Discours* contre les Gentils en faveur des Chrétiens; car la *Concorde* qui porte son nom, n'est point de lui, non plus que les autres Ecrits qu'on lui attribue. L'édition la plus estimée de son *Apologie* est celle d'Oxford, 1700, in-8.º *Voyez* la Dissertation du savant abbé de *Longuerue* sur cet écrivain.
TATISTCHEF, Russe; conseiller privé sous le règne de l'impératrice *Anne*, au commencement du XVIIIe siècle, a travaillé pendant 30 ans à l'*Histoire* de sa nation, qu'il avoit poussée jusqu'à la fin du XVIe siècle; il en a péri une partie dans un incendie. Ce qui est imprimé ne s'étend pas bien avant dans le XIIIe siècle, et forme 3 volin-4.º I. TATIUS, roi des Sabins, fit la guerre à *Romulus*, pour venger l'enlèvement des Sabines. Dans un combat où *Romulus* étoit près de succomber, ces femmes femmes se jetant au milieu des combattans, qui étoient leurs pères ou leurs frères et leurs époux, vinrent à bout de les séparer. La paix fut conclue l'an 750 avant J. C., à condition que *Tatius* partageroit le trône de Rome avec le fondateur de cette ville; mais *Romulus* fâché de ce partage, fit tuer *Tatius* six ans après. Sa fille *Tatia* fut mariée à *Numa Pompilius*.
II. TATIUS, (Achille) d'Alexandrie, renonça au Paganisme et devint Chrétien et évêque. Nous avons de lui deux ouvrages sur les *Phénomènes d'Aratus*, traduits par le P. *Petau*, et imprimés en grec et en latin dans l'*Uranologium*. On attribue encore à *Tatius* le Roman grec des *Amours de Leucippe et de Clitophon*, dont *Saumaise* a donné une belle édition en grec et en latin, avec des notes, Leyde, 1540, in-12, *Baudoin* l'a platement traduit en françois en 1635, in-8°, et il l'a été beaucoup mieux par *du Peron de Castera*, 1733, in-12. Cet ouvrage est écrit d'un style peu naturel. Il y règne une morale licencieuse, et en général c'est une production médiocre.
TATTEMBACH. *Voyez* NADASTI, n.° II. I. TAVANES, (Gaspard de Saulx de) né en mars 1509, fut appelé *Tavanes*, du nom de *Jean de Tavanes* son oncle maternel, qui avoit rendu à l'État des services signalés. Il fut élevé à la cour en qualité de page du roi; et fait prisonnier avec *François I*, à la malheureuse journée de Pavie. Devenu guidon de la compagnie du grand-écluder de *Tome XI.* France, il servit dans les guerres de Piémont où il se distingua. Le duc d'*Orléans*, second fils de *François I*, charmé des agrémens de son caractère, le nomma lieutenant de sa compagnie, et voulut se l'attacher particulièrement. Comme ils étoient l'un et l'autre vifs, hardis et entreprenans, ils se livrèrent à toute l'impétuosité de leur âge, et firent différentes folies dans lesquelles ils couroient ordinairement risque de la vie. Ils passaient à cheval à travers des bûchers ardens; ils se promenaient sur les toits des maisons, et sautoient quelquefois d'un côté de la rue à l'autre. Une fois, on dit que *Tavanes*, en présence de la cour qui étoit alors à Fontainebleau, sauta à cheval d'un rocher à un autre qui en étoit distant de trente pieds. Tels étoient les amusements de *Tavanes* et en général des jeunes gens de qualité qui étoient attachés au duc d'*Orléans*. La guerre mit fin à ces extravagances, dignes des héros des siècles barbares. *Tavanes* se signala par des actions plus nobles. Il fut envoyé à la Rochelle, qui s'étoit révoltée en 1542, à l'occasion de la Gabelle, et il ramena les rebelles à leur devoir. En 1544, il eut beaucoup de part au gain de la bataille de Cérisoles. Le duc d'*Orléans* étant mort l'année suivante, le roi donna à *Tavanes* la moitié de la compagnie de ce prince, et le fit son chambellan. *Henri II*, héritier des sentimens de *François I* pour *Tavanes*, le nomma en 1552 maréchal-de-camp: place d'autant plus honorable, qu'alors il n'y en avoit que deux dans une armée. Notre héros se montra digne de son emploi dans les différentes guerres qu'eut le roi avec l'empereur Charles-Quint, sur-tout à la bataille de Fenti en 1554. Le comte de Vulenfurt qui commandoit le corps des Reîtres, appelés les Diables-Noirs a cause de leur intrépidité, s'étoit vanté qu'avec ce seul corps il déferoit entièrement toute la gendarmerie françoise. Il en étoit si persuadé, qu'il avoit fait peindre sur son enseigne, un Renard dévorant un Coq : figure allégorique qui désignoit que les Allemands tailleroient en pièces les François, représentés sous la figure du Coq, par une allusion au mot Gallus. Tavanés, qui portoit un Coq dans les armes de sa mère, s'imagine qu'il est personnellement intéressé à enlever aux Impériaux un monument qui paroît blesser sa gloire. Cette idée singulière semble ajouter à la bravoure qui lui étoit naturelle ; et il fit des efforts prodigieux, qui décidèrent la défaite des Reîtres, et ensuite de toute l'armée. Quoique Tavanés ne commandât qu'une compagnie de cent hommes d'armes, il s'attribua avec raison tout l'honneur de cette journée. Il le fit bien sentir au duc de Guise, lorsque ce général lui dit : Monsieur de Tavanés, nous avons fait la plus belle charge qui fut jamais. — Monsieur, lui répliqua Tavanés, vous m'avez fort bien soutenu. Le roi le voyant venir tout couvert de sang et de poussière à la fin de cette bataille, arracha le collier de St-Michel qu'il portoit à son cou, et le jeta sur celui de Tavanés, après l'avoir embrassé. Il se trouva en 1558, au siège et à la prise de Calais et de Thionville. Pendant les règnes orageux de François II et de Charles IX, Tavanés appuisa les troubles du Dauphiné et de la Bourgogne, et montra en toute occasion beaucoup d'aversion pour les Protestans. Il forma même contre eux, en 1567, une ligue, qui fut appelée la Confrérie du Saint-Esprit ; mais cette ligue fut supprimée par la cour, comme une innovation dangereuse. Il fut ensuite chef du conseil du duc d'Anjou, et décida la victoire à Jarnac, à Moncontour et en plusieurs autres rencontres. Le bâton de maréchal de France fut la récompense de ses services en 1570. Tavanés s'opposa deux ans après au dessein que l'on avoit d'envelopper le roi de Navarre et le prince de Condé dans le massacre de la Saint-Barthélemi ; et l'on a eu raison de dire, que c'est à lui que la maison de Bourbon a l'obligation d'être aujourd'hui sur le trône. Cependant il se signala cruellement dans cette fatale journée. Brantôme, qui le regardoit comme l'un des principaux auteurs du projet d'exterminer les Calvinistes, dit qu'il se promena dans Paris pendant tout le jour de Saint-Barthélemi, et qu'il crioit au peuple : Saignez ! saignez ! les médecins disent que la saignée est aussi bonne en août qu'en mai. Peu de temps après, il dirigea les opérations du siège de la Rochelle qui s'étoit révoltée. Le siège trainant en longueur, le roi l'engagea à s'y transporter. Il obéit quoique convalescent ; mais s'étant mis en marche, il retonda malade, et meurt en chemin dans son château de Sully, le 29 juin 1573 (et non 75, comme dit Lachouat), gouverneur de Provence et amiral des Mers du Le- vant. *Tavanes* eut une jeunesse emportée, et une vieillesse sage. Il ne lui resta, du feu de ses premières années, qu'une activité de courage toujours prête à éclater, mais à qui la prudence sut imposer un frein. Il donna en mourant les ordres nécessaires, pour que sa mort fût cachée, jusqu'à ce que ses enfans eussent le temps d'être pourvus des charges qu'il avoit sollicitées pour eux. *Tavanes* avoit une éloquence noble et laconique. Lorsqu'il reçut en 1564, *Charles IX* aux portes de Dijon dont il étoit gouverneur; il prit dans son compliment, le ton d'un militaire qui savoit bien dire et bien faire. *Sire*, lui dit-il, en mettant la main sur son cœur, ceci est à vous; et portant la main sur la garde de son épée, voici ce dont je me sers pour le prouver. (*Voy. les Hommes illustres de France*, par l'abbé *Pérau*, tome 16.)
II. TAVANES, (*Guillaume de Saulx*, seigneur de) fils du précédent, étoit lieutenant-de-roi en Bourgogne. Il combattit pour la Ligue dans la journée d'Ivry, en 1590, et fit sa paix avec *Henri IV*, qui lui conserva ses places. Nous avons des *Mémoires* sous son nom, et d'autres sous le nom de son père le maréchal de *Tavanes*, imprimés séparément et réunis dans une édition in-fol. Ils furent rédigés par son frère *Jean* mort en 1630, avec un brevet de maréchal de France. Il raconte dans les uns, ce qui s'est passé en Bourgogne pendant la Ligue; et dans les autres beaucoup plus amples, ce que son père a fait de glorieux. On a peu de plaisir à lire les uns et les autres, non seulement parce qu'ils sont écrits d'un style sec et languissant, mais encore parce qu'on n'y apprend rien de bien important. L'auteur est un *Caton* qui moralise à tout moment, et qui voudroit par ses préceptes, apprendre aux rois à gouverner et aux sujets à obéir. Mais dans ce qui les regarde, il n'est point du tout *Caton*. Il ne cesse d'exalter son père qu'il justifie en tout, et sa famille dont il a fait remonter l'antiquité jusqu'au troisième siècle. Elle descend, à ce qu'il prétend, d'un seigneur appelé *Faustus* qui vivoit l'an 214; et d'un autre *Faustus*, qui environ deux siècles après, reçut chez lui les saints Martyrs qui plantèrent la Foi en Bourgogne. En mémoire de ce service, continue l'auteur, « il ne meurt personne de sa maison, qu'on ne voie des bluettes de feu dans la chapelle du château de Saulx. » *Guillaume de Tavanes* mourut en 1633. Sa postérité subsiste... Il ne faut pas le confondre avec *Jacques de Saulx*, comte de TAVANES, son petit-fils, lieutenant-général, mort en 1683, à 63 ans, dont nous avons des *Mémoires* contenant les guerres de Paris depuis la prison des Princes (en 1650) jusqu'en 1653; Paris et Cologne, 1691, in-12. Il étoit attaché au prince de Condé, et le suivit dans toutes ses campagnes jusqu'en 1653, qu'il le quitta pour ne pas partager le commandement avec le prince de Tarente.
TAUBMAN, (*Frédéric*) de Franconie, mort en 1613, professa la poésie et les belles-lettres à Wittemberg avec réputation. Son érudition le fit rechercher par les savans, et l'enjouement M III 2 de son esprit par les princes. Naturellement porté à la raillerie, il sut renfermer ce dangereux penchant dans de justes bornes. Il étoit d'ailleurs officieux et bon ami. On a de lui: I. Des Commentaires sur Plaute, in-4°, et sur Virgile, in-4°, qui sont estimés, et sur-tout le premier. II. Des Poésies, 1622, in-8°. III. Des Saillies, sous le titre de Taubmaniana, Lipsiae, 1703, in-8°.
TAVARONE, (Lazare) peintre Génois, né en 1556, et mort en 1631, devint premier peintre du roi d'Espagne, et mérita cet honneur par son talent dans le genre de l'histoire et le portrait.
TAVERNIER, (Jean-Baptiste) naquit en 1605 à Paris, où son père, qui étoit d'Anvers, étoit venu s'établir et faisoit un trafic utile de cartes géographiques. Le fils contracta une si forte inclination pour les voyages, qu'à 22 ans il avoit déjà parcouru la France, l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Pologne, la Suisse, la Hongrie et l'Italie. La curiosité le porta bientôt au-delà de l'Europe. Pendant l'espace de 40 ans, il fit six voyages en Turquie, en Perse et aux Indes, par toutes les routes que l'on peut tenir. Il faisoit un grand commerce de pierreries, et ce commerce lui procura une fortune considérable. Il voulut en jouir dans un pays libre; il acheta, en 1688, la baronie d'Aubonne, à peu de distance du lac de Genève. La malversation d'un de ses neveux qui dirigeoit dans le Levant une cargaison considérable, l'espérance de remédier à ce désordre, le désir de voir la Moscovie, l'engagèrent à entreprendre un septième voyage. Il partit pour Moscow, et à peine y fut-il arrivé qu'il y termina sa vie ambulante, en juillet 1689, à 84 ans. Louis XIV lui donna des lettres de noblesse, quoiqu'il fût de la Religion Prétendue-Réformée; mais il regardoit moins en lui le Chrétien, que l'homme qui avoit porté son nom aux extrémités de l'Asie. Nous avons de Tavernier un Recueil de Voyages, imprimé en six vol. in-12. On y trouve des choses curieuses, et il est plus exact qu'on ne pense. Nous n'ignorons pas qu'il ment quelquefois; mais quel voyageur dit toujours vrai? Ses voyages sont sur-tout précieux aux joailliers, pour le détail qu'ils renferment sur le commerce des pierreries. Comme il n'avoit point de style, Samuel Chappuzeau lui prêta sa plume pour les deux premiers volumes in-4° de ses Voyages; et la Chapelle, secrétaire du premier président de Lamoignon, pour le troisième: et malgré tous ces secours ils ne sont pas bien écrits.
TAULÈRE, Voy. THAULÈRE.
TAVORA, (François d'Assise, marquis de) d'une des plus anciennes et des plus illustres familles de Portugal, général et inspecteur de toute la cavalerie du royaume, membre du conseil de guerre, fut condamné au dernier supplice et exécuté le 13 janvier 1759, avec Dona Eléonore de Tavora sa femme, ses deux fils, et plusieurs autres seigneurs, comme auteur d'une conspiration contre le monarque. « On sait, dit M. Bourgoing dans ses Mémoires sur l'Espagne et le Portugal, que l'intrigue amoureuse du roi Joseph avec une jeune personne de la famille de *Tavora*, fut pour les conjurés, parmi lesquels cette famille jouoit le rôle principal, un des prétextes de la conspiration qui éclata contre lui ; mais l'ambition des *Tavora* et la haine qu'inspiroit le marquis de *Pombal*, en furent les véritables causes. » Par une sentence de la Reine, du 7 avril 1781, les personnes de tout rang et de toute condition, impliquées dans cette affaire, furent déclarées innocentes. *Voyez les Anecdotes du marquis de Pombal*, 1 vol. in-8°, 1783 ; et les *Mémoires du M. de P.*, 1783, 4 vol. in-12.
TAURICUS, célèbre sculpteur, qui fit avec *Apollonius* le fameux groupe de *Dirce* attachée à un taureau indompté. Ce groupe se voit au palais *Farnèse*, à Rome.
TAUVRI, (Daniel) docteur en médecine de la faculté de Paris, naquit en 1669 d'un médecin de Laval, qui fut son précepteur. Il fit des progrès si rapides que dès l'âge de 18 ans, il donna au public son *Anatomie raisonnée*, et à 21 son *Traité des Médicamens*, 2 vol. in-12. Associé à l'académie des Sciences, en 1699, il s'engagea contre *Méri* dans la fameuse dispute de la circulation du sang dans le fœtus. Il composa à cette occasion son *Traité de la génération et de la nourriture du Fœtus*. Cette dispute abrégé ses jours. L'application que demandaient les réponses qu'il préparoit à son adversaire, augmenta la disposition qu'il avoit à devenir asthmatique, et le jeta dans une plithisie dont il mourut l'an 1701, dans sa trente-deuxième année. Outre les Ouvrages dont nous avons parlé, on a de lui une *Nouvelle Pratique des Maladies aiguës*, et de toutes celles qui déperdent de la fermentation des liqueurs. C'étoit un homme d'un esprit vif et pénétrant, qui avoit le talent d'imaginer des idées nouvelles dont la plupart étoient systématiques. Il ne fut pas aussi répandu qu'il auroit pu l'être, parce qu'il n'avoit pas le talent de se faire valoir ; et l'homme d'étude faisoit tort en lui au médecin praticien. I. TAYLOR, (Jérémie) fils d'un barbier de Cambridge, devint professeur de théologie à Oxford. Il souffrit beaucoup pour la cause du roi *Charles I*, auquel il demeura toujours fidèle, et dont il étoit chapelain. A l'avènement de *Charles II* à la couronne, *Taylor* fut fait évêque de Down et de Connor en Irlande : place qu'il remplit avec édification. On a de lui : I. Un livre intitulé : *Doctor Dubitantium*. II. Une *Histoire des Antiquités de l'Université d'Oxford*, et d'autres Ouvrages où l'on trouve des recherches. Ce savant prélat mourut en 1667.
II. TAYLOR, (Jean) appelé le *Poète d'Eau*, naquit dans le comté de Glocester, et ne poussa jamais plus loin ses études qu'à la grammaire. Son père le mit en apprentissage chez un cabaretier de Londres ; et au milieu du tumulte et des dégoûts de son art, il composa des Pièces de poésie assez agréables. Après la mort de *Charles I* à qui il les avoit dédiées, il exerça son métier à Londres, et prit pour enseigne de son cabaret, une *Couronne noire ou de deuil* ; mais pour M m 3 ne pas se rendre suspect, il mit au-dessus son portrait, avec deux vers anglois dont le sens étoit : *On voit pendre aux cabarets, pour enseignes, des Têtes de Bois et même de Saints : pourquoi n'y mettrois-je pas la mienne ?* Il mourut vers 1654, avec la réputation d'un bon aubergiste et d'un poète médiocre.
III. TAYLORD, (Jean) d'abord curé de Lawfort en Essex, ensuite directeur de la société des antiquaires de Londres, naquit en 1703 à Shrewsbury, et mourut en 1766. Il étoit profondément versé dans la langue grecque. On a de lui une édition des Harangues de *Lysias*, 1740, in-8°, et de celles de *Démosthène*, 2 vol. in-8°. Elles sont estimées.
TCHERNISCHEFF, imposteur Russe, déserteur du régiment d'*Orloff*, parut en 1770 à Zapeuka dans la Crimée, et se fit passer pour l'empereur *Pierre III*. Les popes ou prêtres Russes, mécontens de ce que *Catherine II* ne leur avoit pas rendu leurs biens, favorisèrent cette erreur, et avoient déjà procuré à *Tchernischeff* un grand nombre de partisans. Ils se préparoient même à le couronner publiquement, lorsqu'un colonel russe s'empara du nouvel empereur, et lui fit sur-le-champ trancher la tête.
TEBALDEO DA FERRARA, *Voyez AQUILINO*.
TEBALDINI, (Nicolas) imprimeur Italien, renommé dans son art, imprimoit à Bologne vers 1630. Il a publié une *Description* de cette ville, qui se fait lire avec plaisir.
TEGULA, *Voy. II. LICINIUS*.
TEISSIER, (Antoine) né à Montpellier en 1632, fut élevé dans le Calvinisme, et se retira en Prusse après la révocation de l'Édit de Nantes. L'électeur de Brandebourg lui donna le titre de conseiller d'ambassade et le nomma son historiographe, avec une pension annuelle de 300 écus qui fut augmentée dans la suite. Cet écrivain mourut à Berlin en 1715, à 83 ans. Sa probité et ses mœurs lui firent un nom respectable dans son parti ; son érudition contribua à le faire connoître. On a de lui plusieurs Ouvrages, dans lesquels on trouve des recherches ; mais dont le style n'est pas assez pur. Les principaux sont : I. *Les Éloges des hommes savans*, tirés de l'Histoire du Président de Thou, dont on a quatre éditions. La dernière est de Leyde, 1715, en 4 vol. in-12, par les soins de la Faye, qui a joint des remarques et des additions aux Éloges. Ce livre qui pouvoit être utile avant que le Père *Nicéron* donnât ses Mémoires, n'est presque plus d'aucun usage. Il est d'ailleurs écrit pesamment. II. *Catalogus Auctorum qui Librorum Catalogos, Indices, Bibliothecas, Virorum Litteratorum Elogia, Vitam aut Orationes funebres scriptis consignant*, à Genève en 1686, in-8°. III. *Des Devoirs de l'Homme et du Citoyen*, traduit du latin de *Puffendorf*, 1690. IV. *Instructions de l'empereur Charles-Quint à Philippe II, et de Philippe II au prince Philippe son fils, avec la Méthode tenue pour l'éducation des Enfans de France*. V. *Instructions Morales et Politiques*, 1700.
VI. Abrégé de l'Histoire des Quatre Monarchies du Monde, de Sleidan, 1700. VII. Lettres choisies de Calvin, traduites en françois, 1702, in-8.º VIII. Abrégé de la Vie des Princes illustres, 1700, in-12. Le grand défaut de Teissier, dans ses Livres historiques, est de n'avoir pas su discerner les choses essentielles, éclaircir les faits en les débrouillant, raccourcir et resserrer sa prose trainante et incorrecte.
TEISSIER, (Jean) Voyez TIXIER.
TEKELI, (Emmeric, comte de) naquit en 1658 d'une famille illustre de Hongrie. Son père, Etienne Tekeli, avoit été impliqué dans la funeste affaire des comtes de Serin et de Frangipani, qui périrent par le dernier supplice en 1671. Le général Spark, à la tête des troupes de l'empereur, l'alla assiégé dans ses forteresses : il capitula après avoir fait évader son fils déguisé en paysan, et mourut peu de temps après. Emmeric Tekeli sortit alors de sa retraite de Pologne, pour passer en Transilvanie avec quelques autres chefs des mécontens de Hongrie. Son esprit et son courage le rendirent si agréable au prince Abaffi, qu'il devint en peu de temps son premier ministre. On l'envoya au secours des mécontens qui le reconnurent pour généralissime : ses armes eurent un succès heureux. La cour de Vienne fut alarmée ; mais n'ayant pas voulu satisfaire à toutes les demandes de Tekeli, les mécontens recommencèrent la guerre en 1680. Les étendards de ce héros portoient cette inscription : Comes TEKELI, qui pro Deo et Patria pugnat. Sa conduite répondoit quelquefois assez mal à cette épigraphe : il avoit exercé ses chiens à chasser et à dévorer les hommes, et donné dans plus d'une occasion des preuves de cruauté. Son armée fut renforcée par les Turcs et les Transilvains. Il se lia avec le Bacha de Bude, qui lui fit ôter son bonnet à la hongroise, et lui en fit mettre un à la turque, enrichi de pierreries, dont il le gratifia de la part du grand-seigneur, avec un sabre, une masse d'armes et un drapeau. Quelques-uns disent qu'il lui mit la couronne de Hongrie sur la tête, et le revêtit des habits royaux par ordre de Mahomet IV, qui se croyoit en droit de disposer de cet état. Tekeli ayant ainsi satisfait son ambition, songea à contenter son amour. Il épousa la princesse Ragotzki fille du comte de Serin, au commencement d'août 1682. Il se joignit aux Turcs armés contre l'Empire, et répandit par-tout la terreur. Après avoir tenté dans une diète tenue l'année d'après à Cassovie, de se raccommoder avec l'empereur, il unit ses armes à celles du grand-voir Mustapha, qui avoit assiégé Vienne. Ce ministre fut vaincu et obligé de se retirer. Dans son désespoir il attribua le mauvais succès de la campagne au comte de Tekeli, qu'il rendit suspect à Mahomet. Tekeli part pour Andrinople, se justifie, et s'assure de plus en plus la protection du grand-seigneur qui le nomma prince de Transilvanie, après la mort de Michel Aluffi, arrivée en 1690. Ce nouveau prince ne put jamais se faire reconnaître, quoiqu'il fit des prodiges de valeur contre le général Heusler, qui défendoit cette province pour la M m 4 cour de Vienne. Il se retira alors à Constantinople où il vécut comme particulier jusqu'au 13 septembre 1705, qu'il mourut à 47 ans, Catholique-Romain, près de Ni-comédie. Le comte de *Tekeli* avoit plus de courage que de conduite; mais dans les derniers temps, il montra des mœurs plus douces et un esprit plus calme.
**TELAMON**, (Myth.) fils d'*Eaque*, épousa *Péridée*, dont il eut le fameux *Ajax*. Il monta le premier à l'assaut, lorsqu'*Hercule* prit la ville de Troye sous le règne de *Laomédon*; et il eut pour récompense *Hésione*, qui fut mère de *Teucer*. Il fut aussi du nombre des *Argonautes*.
**TELCHINS**: C'étoient des magiciens et des enchanteurs, à qui on attribuoit l'invention de plusieurs arts. On les mit au nombre des Dieux, après leur mort. On croit que c'est d'eux qu'*Apollon* a eu le surnom de *Telchinius*. Leur culte étoit célèbre sur-tout dans l'île de Rhodes qui a été aussi nommée *Telchinia*. **I. TÉLÉGONE et THMOLUS**, *Voyez I. PROTÉE*.
**II. TÉLÉGONE**, (Myth.) fils d'*Ulysse* et de *Circé*. L'Oracle ayant prédit qu'*Ulysse* périroit de la main de *Télégone*, il céda son trône à *Télémaque*, et se confina dans un désert. *Télégone* étant devenu grand, obtint de *Circé* la permission d'aller voir son père; et lorsqu'il débarquoit, *Ulysse* ramassa dans la campagne quelques gens à la tête desquels il se mit, pour s'opposer à la descente de *Télégone*, qu'il croyoit être un ennemi qui venoit sur- prendre l'île d'Ithaque. Ce malheureux prince ne put éviter sa destinée; car il fut tué par son propre fils, qui ne connut son crime qu'après avoir épousé *Pénélope* sa belle-mère, sans la connoître aussi.
**TELEMAQUE**, (Myth.) fils unique d'*Ulysse* et de *Pénélope*, n'étoit encore qu'au berceau, lorsque son père partit pour le siège de Troye. Dès qu'il eut atteint l'âge de 15 ans, il alla courir les mers, accompagné de *Minerve*, sous la figure de *Mentor* son gouverneur, pour chercher son père. Pendant ce voyage, il courut beaucoup de risques, et retrouva enfin *Ulysse*, lorsqu'il arriva dans l'île d'Ithaque. Quelque temps après que son père se fut démis de la couronne, il alla voir *Circé*, et l'épousa a-peu-près dans le temps que *Télégone* épousoit *Pénélope*, après avoir tué son père. *Voyez* l'article précédent.
**TÉLÉPHANE**, musicien de Samos, mourut à Mégare, où *Cléopatre* sœur de *Philippe* roi de Macédoine, lui fit élever un superbe tombeau. L'Anthologie grecque nous a conservé son épitaphe; elle étoit ainsi conçue: « *Orphée*, par sa lyre, a surpassé tous les mortels; *Nestor* a eu le même avantage par la douceur de son éloquence; et *Homère*, par l'harmonie de ses vers. Il étoit réservé à *Téléphane*, dont les restes reposent en ce lieu, d'acquérir la même gloire par son talent extraordinaire sur la flûte. »
**TÉLÉPHE**, (Myth.) fils d'*Hercule* et d'*Augé*, ayant été abandonné par sa mère aussitôt après sa naissance, fut trouvé sous une biche qui l'alaitoit. *Teuthras*, roi des Mysiens, l'adopta pour son fils ; et lorsqu'il fut en âge de porter les armes, il se mit en devoir de s'opposer aux Grecs qui alloient à Troye ; mais *Achille* le blessa, et l'oracle lui conseilla de faire alliance avec ce héros, et l'assura qu'ensuite il guériroit, en suivant les remèdes de *Chiron*.
**TÉLÉSILLE**, femme illustre d'Argos dans le Péloponnèse, se signala, l'an 557 avant J. C., envers sa patrie, par un service pareil à celui que la fameuse *Jeanne Hachette* rendit longtemps après à Beauvais. La ville d'Argos étant assiégée par *Cléomène*, roi de Sparte, cette héroïne fit armer toutes les femmes à la place des hommes, et les posta sur les remparts pour résister aux ennemis. Les Spartiates, plus surpris qu'effrayés d'avoir affaire à de tels combattans, et persuadés qu'il leur seroit également honteux de les vaincre ou d'en être vaincus, levèrent le siège sur-le-champ. C'est ainsi que *Télésille* délivra sa patrie d'un ennemi puissant et redoutable ; et ses concitoyens par reconnoissance, lui érigèrent dans une des places publiques d'Argos, une statue qui la représentoit tenant un casque à la main et ayant à ses pieds un monceau de volumes. En effet, cette femme forte manioit la lyre des Muses avec autant de dextérité que l'arc de *Bellone*. On possède des fragments de ses *Poésies* dans le Recueil : *Carmina novem Poitarum Feminarum*, Hambourg, 1734, in-4.
**TÉLÉSIUS**, *Voy. TILESIO*. **I. TÉLESPHORE**, ou *Evernerion* ; médecin qui fut célèbre dans son art et dans celui de deviner. Les Grecs en firent un Dieu.
**II. TÉLESPHORE**, (S.) né dans la Grèce, monta sur le trône de St-Pierre, après le pape *S. Sixte I*, sur la fin de l'an 127, et fut martyrisé le 2 janvier 139.
**TELL**, (Guillaume) est l'un des principaux auteurs de la révolution des Suisses en 1307. *Grisler*, gouverneur de ce pays pour l'empereur *Albert*, l'obligea, dit-on, sous peine de mort, d'abattre d'assez loin d'un coup de flèche, une pomme placée sur la tête d'un de ses enfans. Il eut le bonheur de tirer si juste, qu'il enleva la pomme sans faire de mal à son fils. Après ce coup d'adresse, le gouverneur ayant apperçu une autre flèche cachée sous l'habit de *Tell*, lui demanda ce qu'il en vouloit faire : *J : l'avois prise exprès*, répondit-il, *afin de t'en peger, si j'eusse eu le malheur de tuer mon fils*. Il faut convenir que l'histoire de la pomme, qu'on avoit déjà contée d'un soldat Goth, nommé *Tocho*, est bien suspecte. Il semble qu'on ait cru devoir orner d'une fable le berceau de la liberté Helvétique ; mais on tient pour constant que *Tell*, ayant été mis aux fers, tua ensuite le gouverneur d'un coup de flèche, et que ce fut le signal des conjurés. Le sujet de *Tell* a été mis au théâtre par le *Mierre*, peint à Londres par *Fuesli*, et gravé à Paris par *Guttenberg* en 1791. *Voy. MELCTAL*.
**TELLÈS**, *Voyez ELÉONOR-TELLÈS*.
TELLEZ, (Emmanuel-Gonzalez) professeur de droit à Salamanque, florissoit au milieu du XVIIe siècle. On a de lui, un Commentaire sur les Décrétales, en 4 vol. in-fol., dont l'édition la plus estimée est de l'an 1693.
TELLIAMED, Voy. MAILLET. I. TELLIAS, poète et devin de l'Élide dans le Péloponnèse, suggéra un stratagème nouveau aux l'hocéens, lorsqu'ils faisoient la guerre aux Thessaliens. Il leur conseilla de choisir six cents hommes des plus vaillans, de blanchir leurs habits et leurs armes avec du piatre, et de les envoyer vers la nuit dans le camp des Thessaliens, leur ordonnant de tuer tous ceux qui ne leur paroîtroient point blancs. Cet artifice eut un succès merveilleux; car les Thessaliens, épouvantés par un spectacle si extraordinaire, ne firent aucune résistance, et eurent 3000 hommes tués sur la place.
II. TELLIAS d'Agrigente, a immortalisé son nom par une libéralité presque incroyable. La porte de sa maison étoit toujours ouverte aux étrangers, et on n'y refusoit l'entrée à personne. Il reçut un jour en hiver 500 cavaliers, et les voyant mal vêtus, il donna un habit à chacun d'eux. Athénée, qui nous a fait connoître cet homme bienfaisant, ne dit pas en quel temps il vivoit. I. TELLIER, (Michel le) fils d'un conseiller à la cour des Aides, et petit-fils d'un correcteur des Comptes, naquit à Paris le 19 avril 1603. Son premier emploi dans la robe, fut celui de conseiller au grand-conseil, qu'il quitta l'an 1631, pour exercer la charge de procureur du roi au Châtelet de Paris. De ce poste il passa à celui de maître des requêtes. Nommé intendant de Piémont en 1640, il gagna les bonnes graces du cardinal Mazarin, qui le proposa au roi Louis XIII pour remplir la place de secrétaire d'état. Les divisions qui déchiroient la France après la mort de ce prince, lui donnèrent lieu de signaler son zèle pour l'Etat. Tout ce qui fut négocié avec M. le duc d'Orléans et avec M. le Prince, passa par ses mains. Il eut la plus grande part au Traité de Ruel; et ce fut à lui que la reine-régente et le cardinal Mazarin donnèrent leur principale confiance, après les brouilleries dont la France fut agitée depuis ce Traité. Le parti des factieux ayant prévalu en 1651, Mazarin se retira, et fut bientôt rappelé. Pendant l'absence du cardinal, le Tellier fut chargé des soins du ministère, que la situation des affaires rendoit très-épineux. Après la mort de ce ministre, il continua d'exercer la charge de secrétaire d'état jusqu'en 1666, qu'il la remit entièrement au marquis de Louvois son fils aîné, qui en avoit la survivance. Sa démission volontaire ne l'éloigna pas du Conseil. En 1677, il fut élevé à la dignité de chancelier et de garde des sceaux. Il avoit pour lors 74 ans; et en remerciant Louis XIV, il lui dit : SIRE, vous avez voulu couronner mon tombeau. Son grand âge ne diminua rien de son zèle vigilant et actif. Ce zèle ne fut pas toujours prudent. Le Tellier servit beaucoup à animer Louis XIV contre les Protestans : il fut un des principaux moteurs de la révocation de l'Édit de Nantes; révocation qui fut accompagnée de trop de cruautés. Il s'écria, en signant l'Édit révocatif : *Nunc dimittis servum tuum, Domine, quia viderunt oculi mei salutare tuum*. Il mourut peu de jours après, le 28 octobre 1685, à 83 ans. *Bossuet* prononça son oraison funèbre. Si on lit cette pièce, ce chancelier paroît un juste et un grand homme. Si on consulte les Annales de l'abbé de *St-Pierre*, c'est un lâche et dangereux courtisan, un calomniateur adroit, dont le comte de *Grammont* disoit, en le voyant sortir d'un entretien particulier avec le roi : *Je crois voir une fouine qui vient d'égorger des poulets, et qui se lèche le museau teint de leur sang*. Il est certain que ce ministre étoit extrême dans ses amitiés et dans ses haines, et qu'il abusa souvent de la confiance du roi, pour obtenir des places à des amis sans mérite, ou pour perdre d'illustres ennemis. Dans sa vie privée, il fut simple et austère; et il cachoit, sous les dehors de la modestie, la finesse de sa politique, l'inflexibilité de son caractère, et son penchant au despotisme. Son habileté dans les affaires fut le premier fondement de la grandeur de sa famille, que le marquis de *Louvois* son fils accrut encore. — II. TELLIER, (François-Michel le) marquis de *Louvois*, fils du précédent, naquit à Paris le 18 janvier 1641. Le chancelier, son père, le proposa à *Louis XIV* comme un jeune homme d'un bon esprit, quoiqu'un peu lent, mais qui aidé des avis de son prince, seroit bientôt propre à l'administration. *Louis* flatté d'être créateur, donna des leçons à *Louvois*, qui les recevoit en novice. Ses progrès furent graduels, mais rapides. Il fut revêtu en survivance de la charge de ministre de la guerre, l'an 1664. Le roi s'étant persuadé que c'étoit lui qui faisoit tout sous un ministre qu'il avoit formé; le ministre fit bientôt faire tout ce qu'il vouloit lui-même. Il se rendit maître absolu du militaire, et assujettit les généraux à lui rendre compte directement. Tous à l'exception de *Turenne*, s'y soumirent. Son activité, son application et sa vigilance lui procurèrent tous les jours de nouvelles faveurs. Nommé surintendant général des Postes en 1668, chancelier des Ordres du roi, grand-vicaire des Ordres de St-Lazare et de Mont-Carmel, il remplit ces différentes places en homme supérieur. Un grand nombre d'Hôpitaux démembrés de l'Ordre de St-Lazare, y furent réunis, et destinés en 1680 à former cinq grands prieurés et plusieurs commanderies, dont le roi gratifia près de 200 officiers estropiés ou vétérans. Les soldats que les disgraces de la guerre mettoient hors d'état de servir, obtinrent leur retraite honorable dans l'Hôtel des Invalides bâti par les soins du marquis de *Louvois*. Son zèle pour l'éducation de la Noblesse, lui fit encore obtenir de sa Majesté l'institution de quelques académies dans les places frontières du royaume, où grand nombre de jeunes gentilshommes, élevés gratuitement, apprenoient le métier de la guerre. Après la mort de *Colbert* arrivée en 1683, il fut pourvu de la charge de surintendant des Bâtimens. Arts et Manufactures de France. L'étendue de son génie l'élevoit au-dessus de cette mul- titude d'emplois qu'il exerça toujours par lui-même; mais ses grands talens éclatèrent sur-tout dans les affaires de la guerre. Il introduisit le premier cette méthode avantageuse, que la faiblesse du gouvernement avoit jusqu'alors rendue impraticable, de faire subsister les armées par magasins. Quelques sièges que le roi voulût faire, de quelque côté qu'il tournât ses armes, les secours en tout genre étoient prêts, les logemens des troupes marqués, leurs marches réglées. La discipline rendue plus sévère de jour en jour par l'austérité inflexible du ministre, enchaînât tous les officiers à leur devoir. Il avoit si bien banni la mollesse des armées françoises, qu'un officier ayant paru à une alerte en robe de chambre, son général la fit brûler à la tête du camp, comme une superfluité indigne d'un homme de guerre. Un seigneur (*Nogaret*) avoit levé une nouvelle troupe; le sévère ministre n'en fut pas content: *Monsieur*, lui dit-il publiquement, *votre Compagnie est en fort mauvais état*. — Monsieur, je ne le savois pas. — *Il faut le savoir. L'avez-vous vue?* — Non, Monsieur; j'y donnerai ordre. — *Il faudroit l'avoir donné... Il faut prendre parti, Monsieur; ou se déclarer Courtisan, ou s'acquitter de son devoir, quand on est Officier!* Le marquis de *St-André* sollicitoit un petit gouvernement. *Louvois*, qui avoit reçu quelques plaintes contre lui, le refusa: *Si je recommençois à servir, je sais bien ce que je ferois*, repartit cet officier en colère. — *Et que feriez-vous*, lui demanda le ministre d'un ton brusque? — *Je réglerais si bien ma* *conduite, que vous n'y trouveriez rien à redire*. Il n'y a dit que cette saillie inattendue, peut l'engager à accorder ce que *St-André* lui demandoit. L'artillerie, dont il exerça lui-même plus d'une fois la charge de grand-maître, fut servie avec plus d'exactitude que jamais; et des magasins établis par ses conseils dans toutes les places de guerre, furent fournis d'une quantité prodigieuse d'armes et de munitions, entretenues et conservées avec le dernier soin. Dans ce grand nombre de fortifications que le roi fit élever et réparer pendant son ministère, on n'entendoit plus parler de malversations. Les plans étoient levés avec toute l'exactitude possible, et les marchés exécutés avec une entière fidélité. D'ailleurs, rien de plus juste et de mieux concerté, que les réglemens publiés pour les étapes, pour les marches, pour les quartiers et pour le détail des troupes. La paye des officiers et des soldats étoit constamment assurée par des fonds toujours prêts, qui suivoient et devançoient les armées. La force de son génie et le succès de ses plus hardies entreprises, lui acquirent un ascendant extrême sur l'esprit de *Louis XIV*; mais il abusa de sa faveur. Pendant le siège de Mons, il déplaçoit les gardes que le roi avoit placées; et ce prince se bornoit à dire: *N'admirez-vous pas Louvois? il croit savoir la guerre mieux que moi*. Il osoit même quelquefois traiter ce prince avec une hauteur qui le rendit odieux. Au sortir d'un conseil où le roi l'avoit très-mal reçu, il rentra dans son appartement, et expira. C'est ainsi que mourut ce fondateur du des- potisme des ministres, consumé par l'ambition, la douleur et le chagrin, le 16 juillet 1691, à 51 ans. La manière dont Madame de Sévigné annonça cette mort à Coulanges, peut beaucoup servir à nous faire connoître ce que les contemporains pensaient, et ce que la postérité doit penser de Louvois. « Le voilà donc mort, ce grand ministre, cet homme si considérable, qui tenoit une si grande place, dont le Moi (comme dit M. Nicole) étoit si étendu; qui étoit le centre de tant de choses. Que d'affaires, que de desseins, que de projets, que de secrets, que d'intérêt à démêler ! Que de guerres commencées, que d'intrigues, que de beaux coups d'échec à faire et à conduire ! — Ah, mon Dieu ! donnez-moi un peu de temps; je voudrois bien donner un échec au duc de Savoie, un mat au prince d'Orange. — Non, non, vous n'aurez pas un seul moment. — Faut-il raisonner sur cette étrange aventure ? Non, en vérité. Il y faut réfléchir dans son cabinet... » Louvois ne fut regretté ni par le roi, ni par ses courtisans. Son esprit dur, son caractère hautain avoient indisposé tout le monde contre lui. Avant lui les secrétaires d'état donnoient du Monseigneur aux ducs en leur écrivant; Louvois supprima ce titre. Il fit plus, il l'exigea pour lui-même de tous ceux qui ne le lui donnoient pas auparavant. De bons officiers furent obligés de quitter le service, parce qu'ils ne voulurent pas se soumettre à cette loi. Les philosophes devoient être encore plus mécontents de lui que les courtisans : ils pouvoient lui reprocher les cruautés, les ravages exercés dans le Pela- tinat en 1689; le projet d'exciter le duc de Savoie et les Suisses à déclarer la guerre à la France, en manquant à tous les traités faits avec eux. « Louvois, dit Luclos, jaloux des succès et du crédit de Colbert, excite la guerre dont il a le département. Il persuade au roi de s'emparer de la Franche-Comté, des Pays-Bas espagnols au mépris des renonciations les plus solennelles. Cette guerre en amène successivement d'autres, que Louvois avoit le malheureux talent de perpétuer. Celle de 1688 dut sa naissance à un dépit de l'orgueilleux ministre. Le roi faisoit batir Trianon; Louvois qui avoit succédé à Colbert dans la surintendance des bâtiments, suivoit le roi qui s'amusoit dans ces travaux. Ce prince s'apperçut qu'une fenêtre n'avoit pas autant d'ouverture que les autres, et le dit à Louvois: celui-ci n'en convint pas, et s'opiniâtra contre le roi qui insistoit, et qui traita durement Louvois devant les ouvriers. Amam humilié, rentra chez lui la rage dans le cœur; et là exhalant sa fureur devant ses familiers : Je suis perdu, s'écria-t-il, si je ne donne de l'occupation à un homme qui s'emporte sur des misères. Il n'y a que la guerre pour le tirer de ses bâtiments, et parbleu il en aura, puisqu'il en faut à lui ou à moi. La ligue d'Augsbourg qui se formoit, pouvoit être désunie par des mesures politiques. Louvois souffla le feu qu'il pouvoit éteindre et l'Europe fut embrasée, parce qu'une fenêtre étoit trop large ou trop étroite. Voilà les grands événements par les petites causes. » Il pensoit, faussement qu'il falloit faire une guerre cruelle, si l'on vouloit éviter les représailles. Le seul moyen de faire cesser les incendies et les cruantes, étoit, selon lui, d'enchérir sur celui qui commençoit. Aussi écrivoit-il au maréchal de Boufflers : Si l'ennemi brûle un village de votre Gouvernement, brûlez-en dix du sien. Mais quelques reproches qu'on ait faits à sa mémoire, ses talens ont été encore plus utiles à la patrie, que ses fautes ne lui ont été funestes. On ne trouva dans aucun des sujets qu'on essaya depuis, cet esprit de détail qui ne nuit point à la grandeur des vues; cette prompte exécution malgré la multiplicité des ressorts; cette fermeté à maintenir la discipline militaire; ce profond secret qui avoit fait passer de si cruelles nuits à l'ombrageux Guillaume; ces instructions savantes, qui dirigent un général; cette connoissance des hommes qui savoit les approfondir et les employer à propos. En un mot, on ne retrouva plus cet enfant de Machiavel, moitié courtisan, moitié citoyen; né ce semble pour l'oppression et pour la gloire de sa patrie. Louvois étoit connu de tous les seigneurs de la cour pour un ministre impénétrable. Il étoit près de partir pour un grand voyage; et il feignit de dire où il devoit aller. Monsieur, (lui dit le comte de Grammont) ne nous dites point où vous allez : aussi bien nous n'en croirons rien. Il ne supportoit pas les mauvais succès à la guerre avec autant de fermeté que Louis XIV. Après la levée du siège de Coni, il alla porter cette nouvelle à ce prince, les larmes aux yeux. Vous êtes abattu pour peu de chose, lui dit le roi; on voit bien que vous êtes trop accoutumé aux succès : pour moi qui me souviens d'avoir vu les troupes Espagnoles dans Paris, je ne m'abats pas si aisément. Nous avons sous son nom un Testament politique, 1695, in-12; et dans le Recueil de Testamens politiques, 4 vol. in-12. C'est Courtilz qui est l'auteur de cette rapsodie politique d'après laquelle il ne faut pas juger le marquis de Louvois. Après sa mort, il parut une espèce de Drame satirique contre lui, intitulé : Le Marquis DE LOUVOIS sur la sellette, Cologne, 1695, in-12. C'est une pièce pitoyable, qui vaut encore moins que le Testament de Courtilz. Le marquis de Louvois laissa des biens immenses qui venoient en partie de sa femme, Anne de Souvré, marquise de Courtenvaux, la plus riche héritière du royaume. Il en eut plusieurs enfans, entre autres François-Michel LE TELLIER, marquis de Courtenvaux, mort en 1721, et père de Louis César, marquis de Courtenvaux. Celui-ci prit le nom et les armes de la Maison d'Estrées. (Voyez ESTRÉES, n° VI; et BARBESIEUX.)
III. TELLIER, (Charles-Maurice le) archevêque de Rheims, commandeur de l'Ordre du St-Esprit, docteur et proviseur de Sorbonne, conseiller d'état ordinaire, etc. né à Paris en 1642, étoit frère du précédent. Il se distingua par son zèle pour les sciences ecclésiastiques, et pour l'observation de la discipline. Il soumit son clergé aux règles de cette discipline, quoiqu'il s'en dispensât quelquefois lui-même. Mme de Sévigné raconte que lorsque Fénélon, nommé à l'archevêché de Cambrai, eut remis au roi son unique abbaye; « M. de Rheims a dit que M. de Fénélon, pensant comme il faisoit, prenoit le bon parti; et que lui, pensant comme il fait, il fait bien aussi de garder tous ses bénéfices. » Ce prélat étoit très-attaché aux biens de ce monde. Ayant vu passer Jacques II dans la galerie de Versailles, il dit assez haut pour scandaliser les ames pieuses : Voilà un bon homme qui a quitté trois Royaumes pour une Messe. Il prétendoit qu'on ne pouvoit être honnête homme, si l'on n'avoit dix mille livres de rente. Ce fut d'après un tarif si peu apostolique, que Despréaux, questionné par lui sur la probité de quelqu'un, lui répondit : Monseigneur, il s'en faut quatre mille livres de rente qu'il ne soit honnête homme. Le même Despréaux disoit : L'Archevêque de Rheims fait bien plus de cas de moi, depuis qu'il me croit riche. Le nonce du pape qui le connoissoit peu scrupuleux sur la pluralité des bénéfices, et peu soumis à l'autorité du pape dans les matières ecclésiastiques, lui dit un jour : Ou croyez à l'autorité papale, ou ne possédez qu'un bénéfice ; car vous ignorez apparemment que leur pluralité interdite par les conciles, n'est tolérée en France qu'en vertu de quelque dispense du Pontife Romain. Sur la fin de ses jours, il réussit à faire excuser son avidité par le bon usage qu'il fit des biens ecclésiastiques ; et quoiqu'il tint beaucoup du caractère dur et inflexible de son père et de son frère, il fut charitable, et il protégea les savans et les gens-delettres. Il mourut subitement à Paris, le 22 février 1710, à 78 ans. Il défendit qu'on ouvrit son corps, ni qu'on lui fit aucune oraison funèbre. Il laissa aux chanoines réguliers de l'abbaye de Ste-Geneviève de Paris, sa belle bibliothèque composée de 50 mille volumes.
IV. TELLIER, (Le) Voyez MONTMIRAIL. V. TELLIER, (Michel) jésuite, né auprès de Vire, en Basse-Normandie, le 16 décembre 1643, professa avec succès les humanités et la philosophie. On l'appela à Paris pour former une société de savans, qui rappelèrent, dans le collège de Louis le Grand, la mémoire des Sirmond et des Petau. Mais le Père Tellier s'étant engagé dans la guerre que les Jésuites faisoient aux Jansénistes, abandonna l'érudition, et parvint aux premiers emplois de la Compagnie. Il devint provincial de la province de Paris. C'étoit un homme de mœurs pures et sévères; mais ardent, inflexible, couvrant ses violences sous un flegme apparent, aussi attentif à cacher ses menées, qu'à les faire réussir. Il fut long-temps le dénonciateur des Jansénistes, en attendant qu'il en devint le persécuteur. C'est à lui qu'on attribue la première idée de la fourberie de Douay, si ressemblante à une perfidie. Le Père de la Chaise étant mort en 1709, le Père Tellier fut son successeur dans la place de confesseur de Louis XIV. Voici comment il obtint cet emploi délicat, suivant l'auteur de la Vie de M. de Caylus, évêque d'Auxerre (T. 1. p. 39). « M. de Caylus tenoit de Madame de Maintenon, qu'après la mort du Père de la Chaise, les Jé- suites présentèrent trois des leurs. Ils parurent en même temps devant le roi. Deux tinrent la meilleure contenance qu'ils purent, et dirent ce qu'ils crurent de mieux pour parvenir au poste éminent qui faisoit tant de jaloux. Le Père *Tellier* se tint derrière eux, les yeux baissés, portant son grand chapeau sur ses deux mains jointes, et ne disant moi: Ce faux air de modestie réussit; le Père *Tellier* fut choisi. Il avoit raison de baisser les yeux, car il avoit quelque chose de louche ou de travers dans son regard. On le fit remarquer au roi; et on lui dit qu'il pourroit y avoir du danger pour madame la duchesse de Bourgogne, de voir cet objet pendant sa grossesse. Le roi balança quelque temps pour le renvoyer; mais enfin il passa par-dessus; et le Père *Tellier* resta confesseur. Il fit tout de mal qu'il pouvoit faire dans cette place, où il étoit trop aisé à un homme vindicatif ou faussement zélé, d'inspirer ce qu'il veut et de perdre ses ennemis. On peut voir dans les articles du cardinal DE NOALLES et de QUESNEL, les ressorts qu'il fit jouer pour perdre cet archevêque, et pour faire recevoir la Bulle qui proscrivoit le livre de cet Oratorien. Il fatigua Louis XIV, jusque dans ses derniers momens, pour lui faire donner des édits en faveur de cette Constitution. Après la mort de Louis XIV, son confesseur fut exilé à Amiens, puis à la Flèche, où il mourut le 2 septembre 1719, à 76 ans. Ce Jésuite s'étoit acquis de la considération dans son Ordre, non-seulement par la régularité de ses mœurs, par son zèle pour le main- tien de la discipline, mais encore par ses connaissances. Il étoit membre de l'académie des Belles-Lettres. On a de lui plusieurs ouvrages: I. Une édition de *Quinte-Curce*, à l'usage du Dauphin, in-4°, 1678. II. *Défense* des nouveaux Chrétiens et des Missionnaires de la Chine, du Japon et des Indes, in-12. Ce livre excita beaucoup de clameurs, fut réfuté par le docteur Antoine Arnauld, et censuré à Rome par un décret de l'Inquisition. III. *Observations sur la Nouvelle Défense de la Version françoise du Nouveau Testament*, imprimée à Mons, Rouen, 1684, in-8°. IV. Plusieurs *Écrits polémiques*, qui ne méritent pas d'être tirés de l'oubli. [Voyez l'article DUMAS.] Le cardinal de Polignac conçoit, suivant l'éditeur des *Lettres de Montesquieu*, une anecdote qui est digne d'être rapportée. Le P. *Tellier* alla un jour le trouver, et lui dit que, « le roi étant déterminé de faire soutenir dans toute la France l'*Infaillibilité*, il le prioit d'y donner la main. » Le cardinal lui répondit: *Mon Père, si vous entreprenez une pareille chose, vous ferez bientôt mourir le Roi*. Ce qui fit suspendre les démarches et les intrigues du confesseur à cet sujet. C'est à ce Jésuite que sa Société doit attribuer une partie de ses malheurs.
VI. TELLIER. (N. le) né à Château-Thierri, et mort dans la même ville en 17°, est auteur de quatre pièces de théâtre: le *Festin de Pierre* opéra; les *Pélerines de Cythère*, *Arlequin Sultane favorite*, et la *Descente de Mezzetin aux Enfers*. La seconde de ces pièces a été imprimée à Marseille en 1717.
**VII. TELLIER**, (Adrien le) avocat du roi à Melun, fut député par ce bailliage aux états-généraux, et y travailla beaucoup dans le comité de judicature. Ses principes républicains le firent appeler à la convention. Cette assemblée l'ayant envoyé, en 1795, à Chartres pour y favoriser la libre circulation des grains, sa présence et la disette qu'on ressentoit exciterent contre lui une violente sédition : le peuple en fureur le força à signer un arrêté qui taxoit le pain à 3 sous la livre, et à le proclamer sur la place publique, monté sur un âne. *Le Tellier* de retour à son auberge, se brûla la cervelle, après avoir écrit aux municipaux de Chartres la lettre suivante : « J'étois venu pour vous servir de tout mon pouvoir ; ma récompense est l'ignominie. Je ne veux pas y survivre ; mais j'ai mieux aimé mourir de ma propre main, que de laisser commettre un crime par l'aveuglement. Je rétracte mon arrêté, je n'aurois jamais consenti à signer, si je n'avois reconnu d'un côté l'impossibilité de son exécution, et de l'autre le danger de faire répandre d'autre sang que le mien. Je sors de la vie avec un héritage de probité que je transmets à mes enfans aussi pur que je l'avois reçu de mon respectable père. »
**VIII. TELLIER**, (N. le) modèle de la fidélité domestique, fut valet-de-chambre de l'ex-ambassadeur *Barthelemy*. Celui-ci ayant été arrêté et condamné à la déportation en 1797, *le Tellier*, ne voulant pas quitter un instant son maître, l'accompagna dans la prison du Temple, et le suivit à la Guyane. Il continua, *Tome XI.* sous ce climat brûlant et mal-sain, à lui prodiguer les soins du plus tendre attachement. Il étoit parvenu à s'échapper avec lui ; mais il mourut dans la traversée, comme il alloit revoir l'Europe.
**IX. TELLIER**, (le) Voyez *COURTANVAUX*.
**TELLIUS**, philosophe Grec, né à Elis, alla s'établir dans la ville de Phocée, où ses talens et ses vertus lui acquirent de grands honneurs. Après sa mort, on lui éleva une statue dans le temple d'*Apollon*, à Delphes.
**TELLO**, mort au commencement du VIIe siècle, soutint l'Eglise Anglicane par son zèle et ses écrits, et fut le fondateur de l'évêché de Landaft.
**TEMPESTA**, (Antonio) peintre et graveur de Florence, né en 1555, et mort en 1630. *Strada*, qui fut son maître, lui donna du goût pour peindre les animaux, genre dans lequel il a excellé. Son dessin est un peu lourd ; mais ses compositions prouvent la beauté et la facilité de son génie. Sa gravure est inférieure à sa peinture. On a de lui, tant en tableaux qu'en estampes, beaucoup de sujets de *Batailles* et de *Chasses...* *Voy*.
**GALLONIUS**, et **I. TASSE**.
**TEMPESTE**, (Pierre Molyn, surnommé) peintre, né à Harlem en 1643, excelloit dans les tableaux de chasses aux sangliers. Accusé d'avoir trempé, à Gênes, dans l'assassinat d'une femme qu'il aimoit, il fut condamné à une prison perpétuelle, dont il ne sortit que par hasard au bout de 16 ans. *Louis XIV* ayant fait bombarder Gênes, le feu mena- N n çant de consumer toute la ville, le Doge fit ouvrir toutes les prisons. *Molyn* prohita de cet élargissement pour se retirer à Placenza dans le duché de Parme, et il y mourut.
TEMPLE, (Guillaume) né à Londres en 1628, et petit-fils d'un secrétaire du comte d'Essex, voyagea en France, en Hollande et en Allemagne. De retour dans sa patrie, gouvernée par l'usurpateur Cromwell, il se retira en Irlande, où il se consacra à l'étude de la philosophie et de la politique. Après que *Charles II* fut remonté sur le trône de ses pères, le chevalier Temple retourna à Londres, et fut employé dans des affaires importantes. Une des négociations qui fit le plus d'honneur à son habileté, fut celle de la triple alliance qui fut conclue en 1662, entre l'Angleterre, la Hollande et la Suède. Ces trois puissances étoient pour lois amies de la France; cependant, par ses intrigues et ses clameurs, il parvint à les réunir contre elle. Il avoit formé lui-même le plan de cette ligue. Le chevalier Temple, qui regardoit cette confédération comme le salut de l'Europe, passa ensuite en Allemagne, pour inviter l'empereur et les princes à y accéder; mais il eut bientôt le chagrin de voir que sa cour ne partageoit pas son zèle, et qu'elle étoit même sur le point de rompre avec la Hollande. Il fut donc rappelé, et on respecta si peu son ouvrage, que *Charles II* se ligua avec Louis XIV pour écraser les Provinces-Unies. Il se trouva en 1668, aux conférences d'Aix-la-Chapelle, en qualité d'ambassadeur extraordinaire; et à celles de Nimègue en 1678. Après avoir conclu ce dernier traité, il retourna en Angleterre, où il fut admis au conseil du roi, et disgracié peu de temps après. N'ayant plus de rôle à jouer sur la scène du monde, il se fit auteur. Il se retira dans une terre du comté de Sussex, et mourut en février 1698, âgé de 70 ans. Par une clause assez bizarre de son Testament, il ordonna que son cœur seroit déposé dans une boîte d'argent, et qu'on l'enterreroit sous le cadran solaire de son jardin. Il faut convenir que cet homme célèbre avoit de grands talens, des vertus éminentes, du zèle, une rare habileté, avec de grands défauts. Il étoit fort vain et fort violent, et quoiqu'il fût naturellement vif et gai, son orgueil rendoit son humeur fort inégale. Quand il haissoit quelqu'un, c'étoit au point de ne pouvoir le rencontrer sans se troubler. S'il étoit ennemi ardent, il étoit ami chaud. Il évitoit les plaintes avec ceux qu'il aimoit: *Elles peuvent servir*, disoit-il, *entre amans, mais rarement entre amis*. Son amour pour la liberté ne pouvant se plier à la servitude des cours, il ne voulut jamais d'autre emploi que celui de ministre public. « C'étoit un homme, dit le duc de St-Simon, qui aimoit à se réjouir et à vivre libre, en vrai Anglois, sans aucun soin d'élévation, de biens, ni de fortune. » Dans un voyage qu'il fit en France, le duc de Chevreuse qui aimoit sa conversation, s'entretint avec lui un matin dans les galeries de Versailles, sur les machines et la mécanique. Il le tint si long-temps, que deux heures sonnèrent. Le chevalier Temple, qui n'avoit point dimé, l'interrompit, en lui disant: *Je vous assure, Monsieur le Duc, que* de toutes les machines dont nous avons parlé, je n'en connois aucune qui soit plus belle, en ce moment-ci, qu'un tourne-broche; et il le quitta sur-le-champ. Le chevalier Temple supportait difficilement la critique. Quelques pédans l'attaquèrent par des Écrits peu mesurés, et il leur répondit dans le même style. Nous avons de lui : I. Des Mémoires depuis 1672 jusqu'en 1692, in 12, 1692. Ils sont utiles pour la connoissance des affaires de son temps. II. Remarques sur l'état des Provinces-Unies, 1697, in 12; assez intéressantes, mais pleines de pensées libres sur la religion. III. Introduction à l'Histoire d'Angleterre, 1695, in 12. C'est une ébauche d'une Histoire générale. IV. Des Lettres qu'il écrivit pendant ses dernières ambassades. Elles sont curieuses, et on les a traduites en françois, 1700, 3 vol. in 12. V. Des Œuvres mêlées, 1693, in 12, dans lesquelles on trouve quelques bons morceaux. L'auteur pensoit profondément, et écrivoit avec force; mais il ne faut pas juger de son génie par les traductions françoises : elles sont plates et incorrectes. On a un recueil de ses différens ouvrages, Londres, 1740, 3 vol. in-fol. (Voy. SWIFT.) I. TEMPLEMAN, (Pierre) médecin Anglois, mort en 1769, étoit correspondant de l'académie des Sciences de Paris, à laquelle il avoit envoyé divers Mémoires, qu'il fit imprimer en 1753.
II. TEMPLEMAN, (Thomas) maître d'école Anglois, dans le dernier siècle, a publié des Tables sur l'étendue et la population des divers pays de la terre.
TEMPLIERS, Voy. GEOFFROY de Saint-Omer, et MOLAY.
TENA, (Louis) de Cadix, docteur et chanoine d'Alcalá, puis évêque de Tortose, mourut en 1622. On a de lui : I. Un Commentaire sur l'Épître aux Hébreux. Il excelle particulièrement dans les préludes; mais le fonds de cet ouvrage n'est qu'une compilation indigeste. II. Isagoge in sacram Scripturam, in-fol. : ouvrage savant et diffus. I. TENCIN, (Pierre Guerin de) né à Grenoble en 1679, d'une famille originaire de Romans en Dauphiné, étoit fils d'un président au parlement. Envoyé de bonne heure à Paris, où il fit ses études avec distinction, il devint prieur de Sorbonne, docteur et grand-vicaire de Sens. Ses liaisons avec le fameux Law dont il reçut l'abjuration, furent aussi utiles à sa fortune que nuisibles à sa réputation. Il accompagna en 1721 le cardinal de Bissy à Rome, en qualité de conclaviste; et après l'élection d'Innocent XIII, il fut chargé des affaires de France à Rome, où il jouit d'un grand crédit. Ayant de la figure, de l'esprit, et s'étant fait un système suivi de flatterie, il devoit réussir dans cette cour. L'abbé Dubois, pour lequel il sollicitoit le chapeau de cardinal, ne le laissoit pas manquer de l'argent nécessaire pour s'y maintenir avec honneur. Ses services le firent nommer archevêque d'Embrun en 1724; il y tint, en 1727, un fameux concile contre Soanen, évêque de Senez : concile qui lui a fait donner tant d'éloges par un parti, et tant de malé- N 11 2 dictions par l'autre. Ayant obtenu la pourpre en 1739, sur la nomination du roi Jacques, il devint archevêque de Lyon en 1740, ministre d'état deux ans après. On croyait qu'il avoit été appelé à la cour pour remplacer le cardinal de Fleury; mais ses espérances et celles du public ayant été trompées, il se retira dans son diocèse, où il se fit aimer par d'abondantes aumônes. Il y mourut en 1758, à 80 ans. Qui croire sur le compte de ce cardinal? Les uns en font un génie, un homme d'état, un politique consommé; d'autres lui disputent ces talons, et attribuent son élévation, moins à son mérite qu'à celui d'une sœur ambitieuse et bel esprit. On trouvera peut-être la vérité, en prenant le milieu entre ces deux extrémités. Vers la fin de ses jours, les choses pour lesquelles il avoit montré le plus d'ardeur, se présentèrent à lui sous un autre point de vue. Ses sentimens allèrent jusqu'à une espèce d'indulgence pour ces mêmes Jansénistes qui l'avoient regardé comme un persévateur. Dans le temps des disputes occasionnées par les billets de confession, il se conduisit avec modération et avec sagesse. Une guerre plus cruelle ayant désolé la France en 1756, le cardinal de Tencin entra en correspondance avec madame la Margrave de Barvith, pour ménager la paix avec les puissances belligérantes; mais il mourut avec la douleur de n'avoir pas pu réussir. On a de lui des Mandemens et des Instructions Pastorales. Nous renvoyons ceux qui se plaignent que nous n'avons pas peint le cardinal de Tencin assez en Leau, aux Mémoires de Duclos; et ils verront que nous l'avons ménagé.
II. TENCIN, (Claudine-Alexandrine Guerin de) sœur du précédent, prit l'habit religieux dans le monastère de Montfleury, près de Grenoble. Dégoûtée du cloître, elle devint chanoinesse du chapitre de Neuville près de Lyon, rentra bientôt dans le monde, et vint à Paris. Les agrémens de sa figure et de son esprit lui firent des amis accrédités: elle prit part à la folie épidémique du système; et cette folie, jointe à ses liaisons avec le cardinal Dubois, fut avantageuse à sa fortune, ainsi qu'à celle de son frère. Son caractère intrigant la rendit pendant quelque temps l'arbitre des graces. Elle songea dès-lors à demander à la cour de Rome un Bref qui confirmât sa sortie du cloître. Elle l'obtint en effet par le crédit de Fontenelle; mais comme le Bref avoit été rendu sur un faux exposé, il ne fut point fulminé. Madame de Tencin n'en resta pas moins dans la capitale, où elle cultiva la littérature avec succès. Benoît XIV avec lequel elle étoit en correspondance lorsqu'il n'étoit que le cardinal Lambertini, l'honora de son portrait dès qu'il fut pape. Sensible à un tel honneur, Madame de Tencin lui répondit par une lettre ingénieuse, où elle lui disoit: Votre affabilité, votre bonté, votre fidélité dans l'amitié, vous avoient fait de tendres Amis de ceux qui sont devenus vos Enfans. Depuis long-temps mes vœux plaçaient V. S. sur la Chaire de Saint-Pierre. J'étois par mes désirs votre fille spirituelle, avant que vous fessiez le Père commun des Fidelles. La maison de Madame de Tencin devint le rendez-vous des gens les plus spirituels de Paris. On la voyoit au milieu d'un cercle de beaux esprits et des gens du monde qui composoient sa cour, donner le ton et se faire écouter avec attention, parce qu'elle parloit à chacun son langage. Sa petite société fut troublée de temps en temps par quelques aventures assez tristes. Elle fut impliquée dans celle de la mort de la Fresnaye, conseiller au grand conseil, qui se tua chez elle. On la transféra d'abord au Châtelet, ensuite à la Bastille; enfin elle eut le bonheur d'être déchargée de l'accusation intentée contre elle à l'occasion de ce funeste accident. Cette dame célèbre mourut à Paris en 1749, dans un âge avancé, regrettée par plusieurs gens de lettres, qu'elle appeloit ironiquement ses Bêtes. L'envie a dit beaucoup de mal de cette Ménagerie spirituelle, mais elle étoit bien préférable à tant d'autres coteries où l'on ne peut exister sans jeu et sans médisance. Il faut avouer cependant que cette petite société avoit un peu trop adopté la maxime, Nul n'aura de l'esprit que nous et nos amis; et que le public ne donnoit pas toujours son approbation aux ouvrages qu'on y préconisoit. Madame de Tencin étoit très-servisible, lorsque son intérêt particulier ne s'opposoit pas à ce qu'on lui demandoit. Elle ambitionnoit la réputation d'être amie vive ou ennemie déclarée. Elle saisit habilement quelques occasions de le persuader, et s'atta- cha ainsi beaucoup de gens de mérite. Nous avons de Madame de Tencin: I. Le Siège de Calais, in-12. C'est un Roman écrit avec délicatesse, et plein de pensées fines. Certaines idées d'une licence enveloppée; des portraits aimables de l'un et de l'autre sexe, mais qui auroient dû être plus contrastés; de la tendresse dans les expressions; le ton de la bonne compagnie: voilà ce qui en fit le succès. On ferma les yeux sur ses défauts, sur la multitude des épisodes et des personnages, sur la complication des événements, la plupart peu vraisemblables; enfin, sur la conduite, moins judicieuse que spirituelle, de ce Roman. II. Mémoires de Comminges, in-12, dont le fonds est touchant, quoique, mêlé d'invraisemblances, et qui sont encore meilleurs pour la forme. M. de Pont-de-Vesle, son neveu, eut part à cet ouvrage, ainsi qu'au précédent. III. Les Malheurs de l'Amour, 2 vol. in-12: roman intéressant, dans lequel on a prétendu qu'elle traçoit sa propre histoire. IV. Les Anecdotes d'Edouard II, in-12, 1776: ouvrage posthume. On a recueilli toutes ses Œuvres en 1786, à Paris, 7 volumes petit in-12, précédés d'une Notice sur sa vie et ses écrits, par l'un des auteurs de ce Dictionnaire.
TENDE, (Gaspard de) petit-fils de Claude de Savoie, comte de Tende et gouverneur de Provence, servit avec distinction en France dans le régiment d'Aumont. Il fit ensuite deux voyages en Pologne, où il acquit beaucoup de connoissance des affaires. On a de lui: I. Un Traité de la Traduction, sous N u 3 le nom de l'Estang, in-8.º II. *Relation historique de Pologne*, sous le nom de *Hauteville*, in-12. Ces deux ouvrages eurent quelque cours. L'auteur mourut à Paris en 1697, à 79 ans. Il descendait de *René de Savoie*, et de *Villars*, comte de *TENNE*, fils naturel de *Philippe* duc de Savoie. Le comte de *Tende* s'attacha à *François I*, qui le fit grand-maître de France. Il mourut des blessures qu'il avoit reçues à la funeste journée de l'avie en 1525. Il eut d'*Anne Lascaris*, comtesse de *Tende*, sa femme, *Honorat*, maréchal de France et pourvu de la charge d'amiral en 1572, qui mourut en 1580, laissant une fille, mariée au duc de *Mayenne*. Son frère *Caude*, gouverneur de Provence, mort en 1566, eut un fils légitime, *Honorat*, mort en 1572; et un fils naturel, *Annibal*, qui servit dans les troupes de France, et qui fut père de celui qui fait l'objet de cet article.
TENDILLA, *Voyez MENDOZA*, n.º III.
TENÉS ou TENNÉS, (Myth.) fils de *Cygnus*, ou selon d'autres, d'*Apollon*. Ayant été accusé d'inceste par sa belle-mère *Philonomé*, il fut exposé dans un coffre sur la mer avec sa sœur *Hornithée*, qui ne voulut jamais l'abandonner. Le coffre aborda dans l'île de Leucophrys, qui de *Tenés*, prit le nom de Ténédos. *Tenes* y régna, et y établit des lois très-sévères, telle qu'étoit celle qui condamnoit les adultères à perdre la tête: lois qu'il fit observer en la personne de son propre fils. *Tenes* fut tué par *Achille*, avec son père *Cygnus*, pendant la guerre de Troye; et après sa mort, il fut honoré comme un Dieu dans l'île de Ténédos. I. TENIERS, dit le *Vieux*, (David) peintre, né à Anvers en 1582, mort dans la même ville en 1649, apprit les principes de la peinture sous *Rubens*. Le désir de voyager le fit sortir de cette école, et il alla à Rome où il demeura durant dix années, et où il imita la manière d'*Elzheimer* son ami. Ce peintre a travaillé en Italie dans le grand et dans le petit. Il a peint dans le goût de ses deux maîtres: mais à son retour à Anvers, il prit pour sujets de ses tableaux, des *Buveurs*, des *Chimistes* et des *Paysans*, qu'il rendit avec beaucoup de vérité.
II. TENIERS le *Jeune*, (David) né à Anvers en 1610, mort dans la même ville en 1694, étoit fils du précédent et son élève; mais il surpassa son père par son goût et par ses talents. *Teniers le Jeune* jouit, de son vivant, de toute la réputation, des honneurs et de la fortune dus à son mérite et à ses bonnes qualités. L'archiduc *Léopold - Guillaume* lui donna son portrait attaché à une chaîne d'or, et le fit gentilhomme de sa chambre. La reine de Suède donna aussi son portrait à *Teniers*. Les sujets ordinaires de ses tableaux, sont des scènes réjouissantes. Il a représenté des *Buveurs* et des *Chimistes*, des *Noces* et des *Fêtes de village*, plusieurs *Tentations* de *S. Antoine*, des *Corps-de-garde*, etc. Ce peintre manioit le pinceau avec beaucoup de facilité. Ses ciels sont très-bien rendus, et d'une couleur gaie et lumineuse. Il touchoit les arbres avec une grande légèreté, et don- poit à ses petites figures, une ame, une expression et un ca- ractère admirables. Ses tableaux sont en si grand nombre, qu'il disoit en plaisantant : Pour ras- sembler tous mes ouvrages, il faudroit une galerie de deux lieues de longueur ; ils sont comme le miroir de la nature ; elle ne peut être rendue avec plus de vérité. On estime sin- gulièrement ses petits tableaux ; il y en a qu'on appelle des Après- soupers, parce que ce peintre les commençoit et les finissoit le soir même. On ne doit pas ou- blier son talent à imiter la ma- nière des meilleurs maîtres, qui l'a fait surnommer Protée et le Singe de la peinture. Il a quel- quefois donné dans le gris et dans le rougeâtre ; on lui reproche aussi d'avoir fait des figures trop courtes, et de n'avoir pas assez varié ses compositions. Louis XIV n'aimoit point son genre de peinture. On avoit un jour orné sa chambre de plusieurs Ta- bleaux de Teniers ; mais aussitôt que ce prince les vit : Qu'on m'ôte, dit-il, ces Magots de de- vant les yeux. On a beaucoup gravé d'après les ouvrages de Teniers. Il a lui-même gravé pla- sieurs de ses morceaux, entre autres un Vieillard et une Fête de village. Pour étudier de plus près la nature, Teniers s'étoit retiré dans le village de Perth entre Malines et Anvers. Sa mai- son y devint le rendez-vous des grands, des artistes et des ama- teurs renommés.
TENIVELLI (N.) savant Pié- montois, est auteur de divers ou- vrages historiques, et entr'autres de l'Histoire de l'Académie de Turin, qui possédoit dans son sein Beccaria, Alfieri, Denina, La Grange, etc. Tenivelli ac- cusé d'avoir favorisé des princi- pes d'insurrection dans les états du roi de Sardaigne, fut fusillé en 1796.
TENSIO-DAÉ-DSIN, (My- thol.) principale Divinité des Ja- ponois, se lit homme, suivant eux, et devint la tige de tous les Souverains du Japon et le patron de leur empire. On célé- bre sa fête dans le neuvième mois de l'année, avec la plus grande solennité.
TENTIGNAC, (Arnaud de) troubadour du XIIe siècle, fut renommé par ses chansons, dont Crescimbeni et Nostradamus ont donné des notices. I. TENTZELIUS, (André) fameux médecin Allemand du XVIIe siècle, publia un Traité curieux, dans lequel il décrit fort au long, non-seulement la matière des Momies, leur vertu et leurs propriétés, mais aussi la manière de les composer et de s'en servir dans les maladies.
II. TENTZELIUS, (Guil- laume-Ernest) ne à Arnstadt en Thuringe, en 1659, mourut en 1707, à 49 ans. C'étoit un homme entièrement livré à l'étude et à la littérature, et qui se conso- loit avec les Muses, des rigueurs de la fortune. Quoiqu'il fût assez pauvre, il parut toujours con- tent de son sort. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels on distingue : I. Sa- xonia Numismatica, 1705, in- 4°, 4 vol., en latin et en alle- mand. II. Supplementum His- toria Gothamæ, 1701 et 1716, 3 vol. in-4°. Il y a beaucoup d'érudition dans ces deux livres, mais l'auteur n'a pas l'art d'être. N n 4 précis et de ne choisir que l'utile. Voy. SCHEELSTRATE.
TERAMO, (Jacques de) Voy. PALLADINO.
TERBURG, (Gerard) peintre, né en 1608, à Zwol dans la province d'Over-Yssel, mort à Deventer en 1681, voyagea dans les royaumes les plus florissans de l'Europe. Le Congrès pour la paix, qui se tenoit à Munster, l'attira en cette ville, où son mérite le produisit auprès des ministres. On le chargea de plusieurs Tableaux, qui ajoutèrent à sa fortune et à sa réputation. L'ambassadeur d'Espagne, le comte de Pigoranda, l'emmena avec lui à Madrid, et Terburg y fit des ouvrages qui charmèrent le roi et toute la cour. Ce maître reçut de riches présens, et fut fait chevalier. Londres, Paris, Deventer, lui fournirent de nouvelles occasions de se signaler. Sa réputation, et surtout sa probité et son esprit, le firent choisir pour être un des principaux magistrats de cette dernière ville. Terburg consultoit toujours la nature: sa touche est précieuse et très-finie. On ne peut porter plus loin que ce peintre l'intelligence du clair-obscur. Ou lui reproche quelques attitudes roides et contraintes. Les sujets qu'il a traités sont, pour l'ordinaire, des Bambochades et des Galanteries; il excelloit encore à peindre le portrait, les habillemens, et surtout le satin blanc qu'il aimoit à représenter dans ses tableaux. Netscher a été son disciple.
TERCIER, (Jean-Pierre) né à Paris le 7 octobre 1704, suivit le marquis de Monti dans son ambassade de Pologne, et connut particulièrement le roi Stanislas à Dantzig, où l'ambassadeur de France et son secrétaire furent retenus prisonniers pendant 18 mois. Les services qu'il rendit dans cette occasion, et surtout au Congrès d'Aix-la-Chapelle en 1748, lui méritèrent la place de premier commis des affaires étrangères: place qu'il perdit pour avoir approuvé, en qualité de censeur royal, le dangereux livre de l'Esprit. Il mourut le 21 janvier 1766, laissant quelques Mémoires dans ceux de l'académie des Belles-Lettres dont il étoit membre. C'étoit un homme doux, poli et éclairé, qui jouit de l'estime publique, même après sa disgrace. On a de lui en manuscrit, dans le dépôt des affaires étrangères, des Mémoires historiques sur ses négociations, qu'il avoit composés pour l'instruction de M. le Dauphin. Il étoit marié; et il laissa deux fils et une fille.
TERÉE, Voy. PHILOMÈLE.
TÉRENCE, (Publius Terentius Afer) né à Carthage, l'an 186 avant J. C., fut enlevé par les Numides dans les courses qu'ils faisoient sur les terres des Carthaginois. Il fut vendu à Terentius Læcanus, sénateur Romain, qui le fit élever avec beaucoup de soin, et l'affranchit fort jeune. Ce sénateur lui donna le nom de Térence, suivant la coutume qui vouloit que l'affranchi portât le nom du maître dont il tenoit sa liberté. Son esprit le lia étroitement avec Lælius et Scipion l'Africain. On les soupçonna même d'avoir travaillé à ses Comédies; en effet, ils pouvoient donner lieu à ce soupçons avantageux, par leu sare mérite, par la finesse de leur esprit, et la délicatesse exquise de leur goût. Nous avons six Comédies de Térence; on admire dans ce poète l'art avec lequel il a su peindre les mœurs et rendre la nature. Rien de plus simple et de plus naturel que son style; rien, en même temps, de plus élégant et de plus ingénieux. De tous les auteurs latins, c'est celui qui a le plus approché de l'Aticisme, c'est-à-dire de ce qu'il y a de plus délicat et de plus fin chez les Grecs, soit dans le tour des pensées, soit dans le choix de l'expression; mais on lui reproche de n'avoir été le plus souvent que leur traducteur. Madame Dacier trouvoit Plaute plus original, et le mettoit à bien des égards au-dessus de Térence. « Ce poète (dit-elle) a beaucoup plus d'art, mais il me semble que l'autre a plus d'esprit. Térence fait beaucoup plus parler qu'agir: l'autre fait plus agir que parler, et c'est le véritable caractère de la Comédie, qui est beaucoup plus dans l'action que dans le discours. Cette vivacité me paroît donner encore un grand avantage à Plaute; c'est que ses intrigues sont toujours conformes à la qualité des acteurs; que ses incidens sont bien variés, et ont toujours quelque chose qui surprend agréablement: au lieu que le théâtre semble languir quelquefois dans Térence, à qui la vivacité de l'action et les nœuds des incidens et des intrigues manquent manifestement. » C'est le reproche que lui avoit déjà fait César, dans des vers où il s'exprime ainsi, en s'adressant à Térence: quoque, et in summis, & dimidiate Menander, Poneris, et merité, puri sermonis amator. Lenibus atque utinam scriptis adjuncta foret vis Comica, ut æquate virtus polleret honore: Cum Graeis, neque in hac despectus parte jaceres: Unum hoc maceror, et doleo tibideesse, Terenti. « Toi aussi, demi-Ménandre, tu es mis au nombre des plus grands poètes, et avec raison, pour la pureté de ton style. Eh! plût aux Dieux que la douceur de ton langage fût accompagnée de la force comique, afin que ton mérite fût égal à celui des Grecs, et qu'en cela tu ne fusses pas fort au-dessous des autres! Mais c'est ce qui te manque, Térence, et c'est ce qui fait ma douleur. » Mais s'il est inférieur, dit M. Froron le fils, à Plaute pour la vivacité de l'intrigue et l'enjouement du dialogue, il a bien plus de décence, de noblesse et de goût. Ses caractères sont plus vrais, ses peintures de mœurs plus fidèles. Il rend beaucoup mieux la nature, et attache bien davantage par le grand fond d'intérêt qui domine dans ses pièces. S'il n'égaye pas ses lecteurs par cette foule de bons mots que Plaute répand avec profusion, et qui souvent, au jugement d'Harace, sont assez insipides, il sait les dédommager par la justesse et la solidité des pensées, la délicatesse des sentimens, la douceur des images; par ce moelleux et cette suavité de style qui fait éprouver un plaisir toujours nouveau dans la lecture de ses Comédies. La première fois qu'on entendit prononcer à Rome, sur la scène, ce beau vers: Homo sum, humani nil & me alienum pato, il s'éleva, dit S. Augustin, dans l'amphithéâtre un applaudisse- ment universel : il ne se trouva pas un seul homme, dans une assemblée si nombreuse, compo- sée des Romains et des envoyés de toutes les nations déjà sou- mises ou alliées à leur empire, qui ne paraît sensible à ce cri de la nature. Térence sortit de Rome n'ayant pas encore 35 ans : on ne le vit plus depuis. Il mourut, selon la plus com- muné opinion, vers l'an 159 avant J. C., à Stympale, ville de l'Arradie. Il s'étoit, dit-on, amusé dans sa retraite à traduire les Pièces de Ménandre, et à composer de son propre fonds; et ce fut, dit-on, la douleur d'avoir perdu ces différentes Piè- ces, qui lui causa la mort. D'autres prétendent qu'il périt sur mer en passant de Grèce en Italie. Il n'eut qu'une fille qui fut mariée après sa mort à un chevalier Romain, et à laquelle il ne laissa qu'une maison avec un jardin de deux arpens situé sur la voie Appienne. Voyez I. APOLLINAIRE et MENAGE. Nous avons une Vie de Térence, écrite par Saétone. Les éditions les plus recherchées des VI Co- médias de ce poète, sont les suivantes : De Milan, 1470, in- fol. — Venise, 1471, in-fol. — Elzevir, 1635, in-12. (A l'édi- tion originale, la page 104 est cotée 108.) — Au Louvre, 1642, in-fol. — Ad usum Del- phini, 1671, in-4.º — Cum notis Variorum, 1686, in-8.º — Cambridge, 1701, in-4.º — Lon- dres, 1724, in-4.º — Urbin, 1736, in-fol. figures. — Londres, Sandby, 1731, 2 vol. in-8.º, figures. Celle de Birmingham, Baskerville, 1772, in-4.º, est d'une grande beauté. Madame Dacier en donna en 1717, une belle édition latine, avec sa Tra- duction françoise et des Notes, en 3 vol. in-8.º L'abbé le Mon- nier en a publié une nouvelle traduction, 1771, 3 vol. in-8.º et 3 vol. in-12, qui a eu du succès. On conserve dans la bibliothèque du Vatican, une antique copie de Térence, faite du temps d'Alexandre Sévère et par son ordre.
TERENTIA, femme de Ci- céron, étoit d'une humeur brus- que, impérieuse et prodigue, qui obligea son époux de la reputier : son nom, ses grandes richesses, et une sœur Vestale, prouvent qu'elle devoit être d'une grande maison. Cicéron ayant été obligé de lui rendre sa dot, se trouva embarrassé ; mais il ai- moit mieux la paix que l'argent. Il avoit vécu plus de 30 ans avec elle, et en avoit eu deux enfants. Térentia épousa en secondes noces, Salluste l'ennemi de Ci- céron, dont il vouloit savoir les secrets ; Messala, en troisièmes noces; et Vibius Rufus, consul sous Tibère, en quatrièmes. Ce Vibius se vantoit d'avoir possédé deux choses qui avoient appar- tenu aux deux plus grands hommes de son temps, la femme de Cicéron, et la chaise sur laquelle César fut assassiné. Té- rentia vécut 103 ans, selon Pline et Valère-Maxime.
TERENTIANUS MAURUS, Voyez MAURUS.
TERME, (Mythol.) Divinité qui présidait aux limites des champs. Après que Saturne eut quitté le Latium pour retourner au Ciel, le Dieu *Terme* mit fin à toutes les querelles qui s'élevèrent sur les limites des terres. Lorsque les Dieux voulurent céder la place du Capitole à *Jupiter*, ils se retirèrent dans les environs par respect; mais le Dieu *Terme* demeura à sa place sans bouger. On le représentait sous la forme d'une *tuile* ou d'une *pierre carrée*, (*Voy. QUADRATUS DEUS.*) ou d'un *pieu* fiché dans la terre, ou enfin d'un *Homme sans pieds et sans mains*. •
**TERPANDRE.** *Voy. THERPANDRE.*
**TERPSICHORE.** (*Myth.*) l'une des neuf *Muses*, Déesse de la musique et de la danse. On la représente sous la figure d'une jeune fille couronnée de guirlandes, tenant une harpe et des instruments de musique autour d'elle.
**TERRACA**, *Voy. II LULLE.* **I. TERRASSON**, (*André*) prêtre de l'Oratoire, fils aîné d'un conseiller en la sénéchaussée et président de Lyon, sa patrie. Il parut avec éclat dans la chaire: il prêcha le Carême de 1717 devant le roi, puis à la cour de Lorraine, et ensuite deux Carêmes dans l'église métropolitaine de Paris, et toujours avec le succès le plus flatteur. Il joignoit à une belle déclamation, une figure agréable. Son dernier Carême dans cette cathédrale, lui causa un épuisement dont il mourut à Paris le 25 avril 1723. On a de lui des *Sermons*, imprimés en 1726, et réimprimés en 1736, en 4 vol. in. 12. Son éloquence a autant de noblesse que de simplicité, et autant de force que de naturel. Il plaît d'autant plus qu'il ne cherche point à plaire. On ne le voit point employer ces pensées qui n'ont d'autre mérite qu'un faux brillant, ni ces tours recherchés, si fréquents dans nos orateurs modernes, et plus dignes d'un Roman que d'un Sermon.
**II. TERRASSON**, (*Jean*) frère du précédent, né à Lyon en 1670, fut envoyé par son père à la Maison de l'institution de l'Oratoire, à Paris. Il quitta cette Congrégation presque aussitôt qu'il y fut entré; il y rentra de nouveau, et il en sortit pour toujours. Son père, irrité de cette inconstance, le réduisit par son testament à un revenu très-médiocre. Ce père, homme très-religieux, avoit eu quatre fils qu'il destina tous à l'Oratoire, voulant, disoit l'abbé *Terrasson*, accélérer, par dévotion, la fin du monde autant qu'il dépendoit de lui. Loin de se plaindre de la médiocrité de sa fortune, l'ex-Oratorien n'en parut que plus gai. L'abbé *Dignon*, instruit de son mérite, lui obtint une place à l'académie des Sciences en 1707, et en 1721 la chaire de philosophie grecque et latine. L'abbé *Terrasson* s'enrichit par le fameux Système: mais cette opulence ne fut que passagère. La fortune étoit venue à lui sans qu'il l'eût cherchée; elle le quitta sans qu'il songeait à la retenir: *Me voila tiré d'affaire* (dit-il, lorsqu'il se trouva réduit pour la seconde fois au simple nécessaire); *je revivrai de peu, cela m'est plus commode*. Quoiqu'il eût conservé, au milieu des richesses, la simplicité des mœurs qu'elles ont coutume d'eter, il n'étoit pas sans défiance de lui-même: *Je* réponds de moi, disoit-il, jusqu'à un million; ceux qui le connoissoient, auroient répondu de lui par-delà. Sa philosophie étoit sans bruit, parce qu'elle étoit sans effort. Il n'étoit ni l'esclave de son amour-propre, ni le complaisant de l'amour-propre des autres. Un homme qui pensoit comme lui, ne devoit guère solliciter de graces, même purement littéraires. Son mérite seul avoit brigué pour lui celles qu'on lui avoit accordées. Ce qui l'occupoit le moins, étoit les démêlés des princes et les affaires d'état. Il avoit coutume de dire, qu'il ne faut point se mêler du gouvernail dans un vaisseau où l'on n'est que passager. L'ignorance où étoit l'abbé Terrasson sur la plupart des choses de la vie, lui donnoit une naïveté que bien des gens taxoient de simplicité; ce qui a fait dire qu'il n'étoit homme d'esprit que de profil. Madame la marquise de Lassai, qui étoit de sa société, répétoit volontiers qu'il n'y avoit qu'un homme de beaucoup d'esprit, qui pût être d'une pareille imbécillité. Il disoit lui-même, pour excuser cette manière d'être: Le ridicule de la simplicité est un mérite, en comparaison du ridicule d'affectation. Quand la vieillesse et les infirmités commencèrent à le rendre inutile à la société, il disparut de dessus la scène. Il se montroit tout au plus dans les lieux publics, où il ne pouvoit être à charge à personne. Je calculois ce matin, disoit-il, dans ses derniers jours, à M. Falconet son ami, que j'ai perdu les quatre cinquièmes des lumières que je pouvois avoir acquises. Si cela continue, il ne me restera pas même la réponse que fit à l'agonie, ce bon M. de Lagny à M. de Maupertuis. [ Voyez LAGNY. ] L'espèce de stoïcisme dont M. l'abbé Terrasson faisoit profession, ne l'empêchoit pas d'avoir des amis: mais ils étoient en petit nombre; et il étoit persuadé que ceux qui ont tant d'amis, ont très-peu d'amitié. Ce philosophe mourut à Paris le 15 septembre 1750. Ses ouvrages sont: I. Dissertation critique sur l'Iliade d'Homère, en 2 vol. in-12, pleine de paradoxes et d'idées bizarres. Égaré par une fausse métaphysique, il analyse froidement ce qui doit être senti avec transport. II. Des Réflexions en faveur du Système de Law. Il le justifia sans l'estimer cependant plus qu'il ne falloit. On sait que le centre de l'agiotage que ce Système produisit, étoit dans la rue Quincampoix. Il appliqua assez plaisamment à un bossu qui y prétoit son dos pour la signature des billets de banque, ce passage d'un Pseaume: Supra dorsum meum fabricauerunt peccatores. III. Sethos, roman moral, en 2 vol. in-12. Cet ouvrage, quoique bien écrit et estimable par beaucoup d'endroits, ne fit cependant qu'une fortune médiocre. Le mélange de physique et d'érudition, que l'auteur y avoit répandu, ne fut point du goût des François, quoique plein d'un grand nombre de caractères, de traits de morale, de réflexions fines, et de discours quelquefois sublimes. On distinguait surtout le Portrait de la Reine d'Égypte, qui se trouve dans le premier volume. IV. Une Traduction de Diodore de Sicile, en 7 vol. in-12, accompagnée de préface, de notes et de fragments, qui ont paru depuis 1737 jusqu'en 5-3 4744. Cette version est aussi fidèle qu'élégante. On prétend que l'abbé Terrasson ne l'entreprit que pour prouver combien les anciens étoient crédules. Une de ses maximes étoit : Qu'y a-t-il de plus crédule ? l'ignorance. Qu'y a-t-il de plus incrédule ? l'ignorance.
III. TERRASSON, (Gaspard) frère d'André et de Jean, naquit à Lyon le 5 octobre 1680. A l'âge de 18 ans, il entra à l'Oratoire, où il s'appliqua d'abord à l'étude de l'Écriture et des Pères. Après avoir professé les humanités et la philosophie, il se consacra à la prédication, et s'acquit bientôt une réputation supérieure à celle dont son frère avoit joui. Il prêcha à Paris pendant cinq années. Il brilla surtout pendant un Carême dans l'église métropolitaine, et il ne brilla que par l'Évangile et les Pères. Il ne cherchoit pas les applaudissemens. Le seul éloge qu'il exigeoit de ses auditeurs, étoit qu'ils se corrigeassent. Différentes circonstances l'obligèrent ensuite de quitter en même temps la Congrégation de l'Oratoire et la prédication. Ses sentimens excitèrent contre lui le zèle persécuteur des Constitutionnaires outrés ; mais ses vertus auroient mérité plus d'égards. Il mourut à Paris, le 2 janvier 1752. On a de lui : I. Des Sermons en 4 vol. in-12, publiés en 1749. Ce recueil contient xxix Discours pour le Carême, des Sermons détachés, trois Panégyriques, et l'Oraison funèbre du Grand Dauphin. Tout y respire la sublime simplicité de l'Évangile. II. Un livre anonyme, intitulé : Lettres sur la Justice Chrétienne, censurées par la Sorbonne.
IV. TERRASSON, (Matthieu) né à Lyon le 13 août 1669, de parens nobles, et de la même famille que les précédens, vint à Paris, où il se fit recevoir avocat en 1691. Il plaida quelques causes d'éclat qui furent le premier fondement de sa grande réputation. Profondément versé dans l'étude du Droit écrit, il devint en quelque sorte l'Oracle du Lyonnois et de toutes les autres provinces qui suivent ce Droit. La jurisprudence n'éteignit point en lui le goût de la littérature. Il fut associé pendant cinq ans au travail du Journal des Savons, et il exerça pendant quelques années les fonctions de Censeur royal. Cet homme, aussi estimable par ses connoissances que par sa douceur et son désintéressement, mourut à Paris le 20 septembre 1734, à 66 ans. On a de lui un Recueil de ses Discours, Plaidoyers, Mémoires et Consultations, sous le titre d'Œuvres de Matthieu Terrasson, etc. in-4. Voyage l'article suivant. On a publié une édition des Œuvres de Henrys, avec les Remarques de Matthieu Terrasson. V. TERRASSON, (Antoine) fils du précédent et avocat comme lui, naquit à Paris le 1er novembre 1705. Il se livra d'abord à la plaidoirie, et eut quelques succès ; mais les travaux du cabinet ayant plus d'attraits pour lui, il composa, par ordre du chancelier d'Aguesseau, son Histoire de la Jurisprudence Romaine, suivie d'un Recueil de contrats, testamens et autres actes qui nous restent des anciens Romains, in-fol. 1750. Ce livre, remplie de recherches, et qui prouve autant de sagacité que d'écul- tion, est écrit d'un style clair et quelquefois élégant. L'auteur fut nommé la même année Censeur royal, conseiller au Conseil souverain de Dombes en 1752, avocat du clergé de France en 1753, professeur au Collège royal en 1754. Dans le préambule de ses provisions, Louis XV parle de lui, « comme d'un homme distingué par des talens recommandables et qui sont comme héréditaires dans sa famille, et qui réunissoit à l'application la plus assidue, les qualités qui caractérisent le sujet fidelle et le citoyen vertueux. » Ces qualités lui procurèrent en 1760 la place de chancelier de Dombes, dont il remplit les fonctions jusqu'au temps que cette principauté fut réunie à la couronne. Accablé d'infirmités, il se démit de sa place de professeur royal, et mourut le 30 octobre 1782, à 77 ans. Il avait épousé en 1759 la fille du marquis de Termes, dont il n'eut point d'enfants. Outre son Histoire de la Jurisprudence Romaine, on a de lui des Mélanges d'histoire, de littérature, de jurisprudence, de critique, etc. 1768, in 12; et quelques autres ouvrages.
TERRAY, (l'abbé Joseph-Marie) naquit en 1715 dans la petite ville de Boen, près de Roanne en Forez. Jean Terray son père, avait été fermier général au commencement du siècle. Marie-Anne Dumas sa mère, étoit fille d'un officier qui se distingua à la bataille de Nérwinde, et fut récompensé par des lettres de noblesse. Un oncle fort riche, qui devoit une grande partie de sa fortune aux bontés du duc d'Orléans, régent, fit élever le jeune Terray au collège de Jully. Ses succès dans ses études présagèrent ceux qu'il devoit obtenir dans la carrière des affaires. Il acheta une charge de conseiller-clere au parlement de Paris; mais il ne fut jamais prêtre; son éloignement insurmontable pour les assujettissemens de l'état ecclésiastique, l'obligea à se borner au sous-diaconat. Un caractère décidé, un jugement droit, une conception prompte, l'amour et la facilité du travail, cette sûreté de tact qui fait saisir à l'instant le point de la difficulté des affaires les plus épineuses, ne tardèrent pas à lui mériter une grande considération dans sa compagnie. La nature qui lui avoit refusé les graces extérieures, et même celles de la parole, l'en avoit dédommagé par une clarté laconique, plus impérieuse souvent que l'éloquence. La cour le choisit pour son rapporteur. Les graces dont l'état ecclésiastique le rendoit susceptible, ajoutèrent à la fortune déjà considérable qu'il tenoit de l'oncle qui lui avoit servi de père. Il devint chef du conseil de M. le prince de Condé, contrôleur général au mois de décembre 1769, ministre d'état, secrétaire commandeur des Ordres du roi en 1770, et directeur général des batimens en 1773. Peu de ministres se sont trouvés dans une position plus difficile et plus orageuse. La sienne l'étoit d'autant plus, que le public jugea les moyens qu'il prit pour en sortir, sans connoître toute l'étendue du mal auquel il avoit à remédier: cependant, ses mesures furent prises avec tant de prévoyance et des calculs si justes, qu'elles prévinrent toutes les révolutions fâcheuses qui pou- voient en résulter, et qu'aucune banqueroute particulière ne fut la suite de l'édit qui suspendit les rescriptions. On voit par un de ses Mémoires, qu'il regrette de n'avoir pu suivre des principes plus justes; mais dans l'alternative d'employer les moyens dont il fit usage, ou de laisser manquer tous les services à-la-fois, il préféra le moindre des maux entre lesquels il avoit à choisir. Ses opérations parurent d'autant plus dures aux intéressés, qu'il sembloit les voir exécuter de sang-froid, et qu'il ne se refusoit pas toujours aux fantaisies du monarque, des courtisans et des favorites. Il déclara cependant au roi qu'on ne pouvoit augmenter l'impôt; que c'étoit par les réformes, les économies, la suppression des abus, qu'il falloit maintenir désormais au même niveau la recette et la dépense, et prévenir le retour des désordres qu'il avoit réparés. Ses comptes de 1770, 1772 et 1774, qui ont été imprimés dans la *Collection des Comptes rendus depuis 1758 jusqu'en 1787*, sont des modèles d'ordre, de précision et de clarté. Ces qualités distinctives de l'homme d'état se retrouvent dans tous ses Mémoires sur l'administration des finances, dont la plupart, peu connus du public, mériteraient de l'être. Au commencement du nouveau règne, il rédigea l'édit de la remise du droit de joyeux avènement que *Louis XVI* voulut bien accorder à ses peuples. Le 24 août 1774, il donna sa démission, et se retira dans une de ses terres, où il fut poursuivi par la haine et la vengeance de ceux dont il avoit blessé les intérêts particuliers, pour sauver la fortune publique. Les arts, qu'il avoit aimés dès sa jeunesse, firent dans sa retraite sa plus douce occupation. Il mourut à Paris le 18 février 1778, laissant une mémoire contre laquelle le souvenir des rescriptions suspendues animoit encore ses détracteurs; mais que le temps, la vérité, la publicité des écrits où sont consignés ses principes, ont un peu réhabilité. Ses mœurs ne furent pas plus épargnées que sa conduite dans le ministère. Ceux qui l'ont particulièrement connu, savent néanmoins qu'il fut économe sans avarice; que sa fermeté froide, et même accompagnée de sécheresse, n'excluoit point en lui les qualités sociales; que la dureté qu'on reprocha souvent à l'administrateur, n'étoit point inhérente à l'homme, qui se montroit facile et doux avec les siens. Il est avéré d'ailleurs que pendant son ministère, il ne se vengea d'aucun ennemi; qu'il ne fit donner aucune lettre de cachet; qu'il ne persécuta personne; et s'il s'éloigna quelquefois des règles de l'exacte justice, il se montra plus modéré dans les vengeances particulières, que ne le sont les ministres. Ce qui lui nuisit beaucoup dans l'esprit des Parisiens, c'est que dans ses réponses, il montra trop de mépris pour l'opinion publique. On lui reprochoit un jour, qu'une de ses opérations ressembloit fort à prendre l'argent dans les poches.—*Eh! on voulez vous donc que je le prenne?* répondit-il avec humeur. Une autre fois on lui disoit: *Une telle opération est injuste.—Eh! qui vous dit qu'elle est juste?* répliqua-t-il sans s'émouvoir. —Son Neveu, intendant de Lyon, où 5-6 TER il fut estimé pour sa probité et sa justice, fut condamné à mort avec son épouse par le tribunal révolutionnaire de Paris, en 1793, comme ayant fait émigrer ses fils pour porter les armes contre la république. Ceux-ci, très-jeunes lorsqu'on immoloit leur père, faisoient leurs études à Oxford et à Berlin.
TERRIDE, (Antoine de Lomagne, vicomte de) d'une des plus illustres maisons du royaume, se distingua au siège de Turin, prit Montauban, et fut capitaine de cent hommes d'armes, et chevalier de l'Ordre du Roi en 1549. Son attachement à la Religion Catholique l'arma contre la reine de Navarre, dont il étoit né sujet. Il entra en 1569 dans ses états, et les conquit au nom du roi de France. Il fut fait gouverneur et commandant du Béarn et de la Navarre. Montgomméri l'assiégea dans Orthès, et le fit prisonnier de guerre. On mit à mort, en sa présence, contre la foi des traités, les officiers de la garnison. Il eut la douleur de voir égorger sous ses yeux un de ses cousins-germains. On a de lui des Mémoires qui n'ont point été imprimés. Ce guerrier mourut en 1569.
TERRIEN, (Guillaume) étoit lieutenant-général à Dieppe, vers le milieu du XVIe siècle. C'est le plus ancien jurisconsule Normand que l'on connoisse. Il donna un Commentaire sur les Coutumes anciennes de Normandie, avant leur rédaction, c'est-à-dire en 1574, à Rouen, in-4.
TERRISSE, (François-Christophe) né à Nantes, le 19 novembre 1704, devint chanoine de Rouen, et est mort dans cette ville. Il a publié divers Écrits pour la défense des droits du chapitre dont il étoit membre; un Mémoire sur l'origine de l'abbaye de St-Victor au pays de Caux, 1743, in-4. et un autre sur les marbres employés dans le chœur de l'église de Rouen, 1774, in-4.
TERTIUS DE LANIS, (Pierre-François) est auteur d'un Livre qui a pour titre: Magisterium Naturae et Artis, Brixia, 1684, 3 vol. in-folio, figures, rare et curieux. I. TERTRE, (Jean-Baptiste du) né à Calais en 1610, quitta ses études pour entrer dans les troupes, et fit divers voyages sur terre et sur mer. De retour en France, il se fit Dominicain à Paris, en 1635. Son zèle pour la conversion des ames le fit envoyer en mission dans les Iles de l'Amérique, où il travailla avec fruit. Il revint en 1658, et mourut à Paris en 1687, après avoir publié son Histoire générale des Antilles, habitées par les François, en 4 vol. in-4, 1667 et 1671: ouvrage écrit avec plus d'exactitude que de précision, de chaleur et d'agrément. Le premier volume renferme ce qui s'est passé dans l'établissement des Colonies Françoises; le IIe, l'Histoire naturelle; le IIIe et le IVe, l'établissement et le gouvernement des Indes Occidentales depuis la paix de Breda.—Il ne faut pas le confondre avec un autre Jésuite, Rodolphe du Tertre, né à Alençon en 1677, et mort vers 1752; dont on a des Entretiens sur la vérité de la Religion, 1743, 3 vol. in-12, et une Réfutation de la la métaphysique de Malebranche, 1715, 3 vol. in-12.
II. TERTRE, (François-Joachim Duport du) de la société littéraire-militaire de Besançon, et membre de l'académie d'Angers, vit le jour à Saint-Malo. Il entra chez les Jésuites, où il professa les humanités pendant quelque temps. Rendu au monde, il travailla aux feuilles périodiques avec Fréron et la Porte, et se fit connoître par plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Abrégé de l'Histoire d'Angleterre, 1751, 3 volumes in-12. Cet ouvrage se peut lire avec plaisir sans interruption, et il a les avantages d'un Abrégé Chronologique, sans en avoir la sécheresse. La narration est fidèle, simple, claire et assez rapide; le style est un peu froid, mais en général pur et de bon goût; les portraits sont d'après nature et non d'imagination. Mais tracés, ce n'est au fond qu'une compilation où l'auteur a mis peu de chose, et on lui préfère l'Abrégé de l'Histoire d'Angleterre, donné par M. l'abbé Millot. II. Histoire des conjurations et des conspirations célèbres, en 10 vol. in-12. C'est encore une compilation, dans laquelle tout n'est pas égal, mais qui offre des choses intéressantes. III. Les deux derniers volumes de la Bibliothèque amusante. On y désirerait plus de choix, et ils ne sont pas dignes du premier. IV. L'Almanach des Beaux-Arts, connu depuis sous le nom de la France Littéraire. Cet ouvrage, dont il donna une esquisse très-imparfaite en 1752, est aujourd'hui en plusieurs vol. in-8°. V. Cet auteur a publié les Mémoires du marquis de Choupes, 1753, in-12; et a eu part l'Abrégé de l'Histoire d'Espagne, en 5 vol. in-12, donné par Désormeaux. Il mourut en 1759, à 44 ans, avec la réputation d'un écrivain qui devoit plus au travail qu'à la nature. — Son fils, d'abord avocat au parlement de Paris, parvint à devenir ministre de la justice, sous la première assemblée nationale. Cette place, et la modération des principes qu'il y montra, le conduisirent à l'échafaud en 1792. Ses ennemis lui avoient donné pour devise un serpent montant sur un arbre, avec ces mots : rependo pervenit.
III. TERTRE, (Du) Voyez THORENTIER.
TERTULLIEN, (Quintus Septimius Florens Tertullianus) prêtre de Carthage, étoit fils d'un centenier dans la milice, sous le proconsul d'Afrique. Sa première profession fut le barreau. Il avoit fait une grande étude des systèmes des différentes sectes de la Grèce, et il joignit la philosophie à l'éloquence. La constance des Martyrs lui ayant ouvert les yeux sur les illusions du Paganisme, il se fit Chrétien, et défendit la Foi de J. C. avec beaucoup de courage. Ses vertus et sa science le firent élever au sacerdoce. De Carthage il passa à Rome. Ce fut dans cette ville qu'il publia, durant la persécution de l'empereur Sévère, son Apologie pour les Chrétiens qui est un chef-d'œuvre d'éloquence et d'érudition en son genre. Après avoir montré combien il étoit injuste de punir les Chrétiens, uniquement parce qu'ils étoient chrétiens, il les justifie des crimes qu'on leur imputoit. Il examine la théologie Païenne, et lui oppose les dogmes des Chrétiens, adorateurs d'un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre, qui punira les méchans et récompensera les bons. A l'exposition des mystères du Christianisme, il joint le tableau de la vie de ceux qui le professent. « Nous faisons un corps, dit-il, parce que nous avons la même religion, la même morale, la même espérance. Nous nous assemblons pour prier et pour lire l'Écriture; nous nous exhortons, nous nous corrigeons, nous nous jugeons avec équité, comme Dieu nous jugera; et tout est à craindre pour celui qui aura mérité d'être privé de la participation aux choses sacrées. Ceux qui président à nos assemblées, sont des vieillards éprouvés. La vertu seule les élève à cet honneur. Les choses saintes ne se vendent pas; et si nous avons une espèce de trésor, c'est le fruit d'une contribution volontaire. Chacun apporte ce qu'il veut, et quand il veut. Les biens sont communs entre nous, et nous les employons à entretenir les pauvres, les orphelins, les vieillards, les infirmes, à secourir les fidèles relégués dans des Iles, condamnés à travailler aux mines, ou renfermés dans les prisons pour avoir confessé J. C. Nous nous regardons comme frères; nous faisons en commun des repas de charité; nous prions avant de nous mettre à table; nous prions après, et nous nous séparons sans désordre et avec modestie. Telles sont nos assemblées. Cependant si le Tibre inonde les terres, et si le Nil ne les fertilise point, on crie: *Livrez les Chrétiens aux lions*. On veut que nous soyons la cause de tous les malheurs, comme si avant la venue de J. C. il n'étoit pas arrivé de semblables calamités. Que trouve-t-on en nous, sinon des vertus supérieures à celles de tous les autres philosophes? j'ajoute même et plus de science à certains égards? Tandis que *Platon* disoit qu'il étoit difficile de trouver l'auteur de l'univers, et encore plus difficile d'en parler devant le peuple, parmi nous le moindre artisan connoit Dieu, et le fait connoître. Mais quand nos opinions seroient fausses, au moins sont-elles utiles, puisqu'elles nous rendent meilleurs. Certainement elles ne nuisent à personne: et s'il falloit les punir, ce seroit par le ridicule, et non par le fer, les feux, les croix, les bêtes. Ces persécutions produisent un effet contraire à celui qu'on attendoit. Le mépris de la mort se montre bien mieux dans notre conduite, que dans les discours des philosophes. On est étonné de notre courage: on veut en pénétrer les causes, et bientôt on désire de souffrir. Ainsi le sang des Chrétiens devient une semence féconde. « On ne sait si cette Apologie produisit un effet favorable. La persécution continua, et fut très vive à Carthage, où *Tertullien* avoit publié cet Écrit éloquent. L'auteur avoit un génie vif, ardent et subtil. Quoiqu'il parle avantageusement de ses études, ses Livres prouvent assez qu'il avoit étudié toutes sortes de sciences. Son élocution est un peu dure, ses expressions obscures, ses raisonnemens quelquefois embarrassés: mais il y brille une noblesse, une vivacité et une force qu'on ne peut s'empêcher d'admirer. *Balzac* disoit que l'obscurité du style de *Tertullien* étoit comme celle de l'ébène, qui jette un grand éclat. On voit que ce dernier avoit beaucoup lu *S. Justin* et *S. Irénée*. Il rendit son nom célèbre dans toutes les Eglises par ses ouvrages. Il confondit les Hérétiques de son siècle; il en ramena plusieurs à la Foi; il encouragea par ses exhortations les Chrétiens à souffrir le martyre. Malgré ses grandes qualités, il faut avouer que *Tertullien* a cette imagination africaine qui grossit les objets, cette impétuosité qui ne donne pas le temps de les considérer avec attention, cette sévérité naturelle qui le portoit toujours à ce qu'il y avoit de plus rigoureux. Il trouva que *Proclus*, disciple de *Montan*, vivoit d'une manière conforme à son humeur. Ces apparences de piété le séduisirent, et il embrassa le *Montanisme*. Il donna aveuglément dans les visions ridicules de cette secte. Il devint alors aussi nuisible à l'Eglise qu'il lui avoit été utile, et les ouvrages qu'il composa contre les Catholiques, causèrent de grands troubles. Il ne paroît point qu'il soit revenu de ses égaremens. Il laissa quelques sectateurs, auxquels on donna le nom de *Tertullianistes*. *Saint Augustin* qui en parle, dit que de son temps cette secte étoit presque entièrement éteinte, et que le petit nombre qui en restoit, rentra dans le sein de l'Eglise Catholique. Cet homme, à-la-fois si illustre et si dangereux, mourut sous le règne d'Anfonia-Caravalla, vers l'an 216. Les Ouvrages de *Tertullien* sont de deux genres: ceux qu'il a faits avant sa chute, et ceux qu'il a enfantés depuis. Les Écrits du premier genre sont: I. Les livres de la *Prière*, du *Baptême* et de l'*Oraison*. II. Son *Apologétique* pour la Religion Chrétienne. III. Les *Traités* de la *Patience*. IV. L'*Exhortation* au *Martyre*. V. Le Livre à *Scapula*. VI. Celui du *Temoignage* de l'*Ame*. VII. Les *Traités* des *Spectacles* et de l'*Idolâtrie*. VIII. L'excellent Livre des *Prescriptions* contre les Hérétiques... Ceux du second genre sont: I. Les quatre *Livres* contre *Marcion*. II. Les *Traités* de l'*Ame*, de la *Chair*, de *Jésus-Christ* et de la *Résurrection* de la *Chair*. III. Le *Scarpique*. IV. Le Livre de la *Couronne*. V. Celui du *Manteau*. VI. Le *Traité* contre les Juifs. VII. Les Écrits contre *Praxée* et contre *Hermogene*, où il soutient que la matière ne peut être éternelle, mais que Dieu l'a produite de rien, de *nibilo*. VIII. Les Livres de la *Publicité*; de la *Fuite* dans la persécution; des *Jeunes* contre les *Psychiques*; de la *Monogam*, où l'élève contre les secondes noces; et de l'*Exhortation* à la *Coasteté*. Tous les autres ouvrages qu'on lui attribue sont supposés. Les PP. latins, qui ont vécu après *Tertullien*, ont déploré son malheur, et ont admiré son esprit et aimé ses ouvrages. *Saint Cyprien* les lisoit assidûment; et lorsqu'il demandoit cet auteur, il avoit coutume de dire: *Donnez moi le MATRER*. *Vincent* de Lérina dit, « qu'autant de paroles qu'on lit dans *Tertullien*, sont autant de Sentences; et ces Sentences sont autant de victoires.» *Vassouil* a donné, en 1714 et 1715, une Traduction de l'*Apologétique* pour les Chrétiens, avec des Notes. *Manessier* a aussi mis en notre langue les livres du *Man-* O 0 2 teau, de la Patience, et de l'Exhortation au Martyre. Un Jésuite publia à Paris en 1729, m-12, avec des Remarques, une traduction du Traité des Prescriptions. Un autre Jésuite (le P. Caubère) traduisit en 1733, les Traités sur l'ornement des femmes, sur les spectacles, sur le baptême et la patience, avec une Lettre aux Martyrs. La meilleure édition des Ecrits de Tertullien, est celle qu'on en a donnée en 1746, à Venise, infol., sous ce titre: Q. Septimii Florentis TERTULLIANI Opera, ad vetustissimorum Exemplarium fidem sedulo emendata, diligentii Nicolai Rigaltii Jur. Cons., cum ejusdem adnotationibus integris, et Variorum Commentariis seorsim antehac editis... Accedunt Novatiani Tractatus de Trinitate, et de Cibis Judaicis, cum Notis... Et Tertulliani Carmina de Jond et Ninive, etc. Il y en a une autre par le même Rigault, 1664, infol. Thomas, seigneur du Fossé, a donné les Vies de Tertullien et d'Origène, sous le nom du sieur de la Motte: c'est un ouvrage estimé... — Il ne faut pas confondre Tertullien avec un SAINT de ce nom, qui scella l'Evangile de son sang vers l'an 260.
TERWERTON. (Augustin) peintre Hollandois, né à la Haye en 1639, mort à Berlin en 1711, où il avoit établi une académie de peinture, voyagea en Italie, et se distingua par ses Tableaux d'histoire. Il eut deux frères, Matthieu et Elie, qui furent aussi de bons peintres. L'un excelloit à représenter les fleurs: il mourut en 1724. L'autre peignit l'histoire, et mourut en 1735.
TESAURO. (Emmanuel) philosophe et historien Piémontois, mérita par ses talens la confiance de ses maîtres, et ce fut par leur ordre qu'il entreprit l'Histoire du Piémont, et ensuite celle de la capitale de ce petit Etat. La 1re parut à Bologne en italien, en 1643, in-4°; et celle de Turin, en cette ville, 1679, 2 vol. infol. Les études qu'il fit pour ces deux ouvrages, lui fournirent l'occasion de ramasser des matériaux pour une Histoire générale de toute l'Italie. Il la réduisit, et en forma un Abrégé pour les temps seulement où ce pays fut soumis à des rois Barbares. Il fut imprimé à Turin en 1664, infol., avec des Notes de Valerio Castiglione. Les Histoires de Tesauro sont utiles; mais elles ne seront jamais comparables, pour la fidélité, à celles de Guichardin. L'auteur vécut jusque vers la fin du XVIIe siècle.
TESCHENMACHER. (Garnier) né dans le duché de Bergues à Elverfeld, fut ministre Calviniste à Santen et à Clèves, et mourut à Wesel en 1638. Le principal de ses ouvrages est, Annales des Duchés de Clèves, Juliers, Bergues et pays circonvoisins, en latin, Arnheim, 1638, infol. Chaque partie de ces Annales est précédée d'une description géographique de la province dont il fait l'histoire. Elles sont écrites de la même manière que les vieilles chroniques, sans liaison et sans réflexions. Juste-Christophe DITHMARE (Vov. ce mot.) en a donné une édition, Francfort et Leipzig, 1721, infol. Elle est enrichie d'une Carte qui représente le pays tel qu'il étoit au moyen lge, de Diplômes, et de Notes savantes qui valent quelquefois des dissertations.
**TESSÈ**, (René Froulai, comte de) d'une famille connue dès le XV$^{e}$ siècle, d'abord aide-de-camp du maréchal de *Crequi* en 1669, servit de bonne heure et avec distinction. Devenu lieutenant-général en 1692, il fit lever le blocus de Pignerol en 1693, et commanda en chef dans le Piémont pendant l'absence du maréchal de *Catinat*. Ayant été nommé maréchal lui-même en 1703, il se rendit l'année d'après en Espagne, où il eut d'abord des succès : mais il échoua devant Gibraltar et devait Barcelone. La levée de ce dernier siège fut très-avantageuse aux ennemis : il laissa dans son camp des provisions immenses, et il prit la fuite avec précipitation, abandonnant 1500 blessés à l'humanité du général Anglois, le comte de *Peterborough*. Le maréchal de *Tessé* fut plus heureux en 1707; il chassa les Piémontois du Dauphiné. Le dégoût du monde lui inspira en 1722, le dessein de se retirer aux Camaldules; mais il fut obligé de quitter sa retraite, pour se charger des affaires de France en Espagne. De retour en 1725, il rentra dans sa solitude, et y mourut le 10 mai de la même année, âgé de 74 ans, avec la réputation d'un excellent courtisan, d'un homme poli et d'un négociateur insinuant. Les sentimens de piété qui animèrent ses derniers jours, prouvent que le tumulte des armes et des affaires n'avoit point affoibli sa religion. Il laissa plusieurs enfants. *Voy*. COSNAC.
**TESTAS**, (Abraham) auteur François, réfugié en Angleterre pour y professer plus librement le Calvinisme auquel il étoit attaché, exerça le ministère dans une église françoise à Londres, et mourut vers 1748. Il s'est fait connoître par quelques ouvrages dogmatiques, dont le principal parut sous ce titre : *la Connoissance de l'Ame par l'Écriture*, 2 vol. in-8.$^{o}$ Il considère l'Ame sur les différens états d'union, de séparation et de réunion avec le corps. On a trouvé dans cet ouvrage des textes dont l'explication est forcée.
**TESTE**, (Pierre) peintre et graveur, natif de Lucques, alla jeune encore à Rome, sous l'habit de pèlerin, pour apprendre le dessin; mais son humeur sauvage et son caractère timide s'opposèrent long-temps à son avancement. Il vivoit misérable, passant presque tout son temps à dessiner des ruines autour de Rome. *Sandrari*, peintre et graveur comme lui, le voyant dans cet état, le recueillit et lui procura les occasions de faire connoître ses talens en dessinant plusieurs morceaux de la galerie *Justiniani*. Ce peintre avoit une grande pratique du dessin, et ne manquoit point d'imagination; mais ils abandonnait trop à son ardeur. Il a souvent outré les caractères et les attitudes de ses figures. Son pinceau est dur, et ses couleurs sont mal entendues; ses dessins, dont il a gravé une partie, sont plus estimés. On y remarque beaucoup d'esprit et de pratique; mais on voudroit qu'il y eût eu plus d'intelligence du clair-obscur, que ses figures fussent plus correctes et ses O 0 3 expressions plus raisonnées. Son principal talent étoit de dessiner des enfans. Un jour que ce peintre, assis sur le bord du Tibre, étoit occupé à dessiner, le vent emporta son chapeau; et l'effort qu'il fit pour le retenir, le précipita lui-même dans ce fleuve où il se noya en 1648. I. TESTELIN, (Louis) peintre, né à Paris en 1615, mourut dans la même ville en 1655. Les jeux de son enfance manifestèrent son inclination pour le dessin. Son père le fit entrer dans la célèbre école de *Vouet*. *Testelin* ne se produisit au grand jour, qu'après s'être formé sur les tableaux des plus excellens maîtres. Le tableau de la résurrection de *Tabithe* par *saint Paul*, que l'on voit dans l'église de Notre-Dame, et celui de la flagellation de *Paul* et *Silas*, firent admirer la fraîcheur et le moelleux de son coloris, les graces et la noblesse de sa composition, l'expression et la hardiesse de sa touche. Personne n'avoit plus approfondi que ce maître, les principes de la peinture. L'illustre *le Brun* le consultoit souvent; l'estime et l'amitié qui régnoient entre eux, font l'éloge de leur talent et de leur caractère. *Testelin* n'étoit pas favorisé de la fortune; il reçut plusieurs bienfaits de son ami, qui se faisoit un art de ménager sa délicatesse. On a beaucoup gravé d'après ses dessins.
II. TESTELIN, (Henri) né en 1616, mort en 1696, étoit cadet du précédent. Il se distingua dans la même profession que son frère aîné. Le roi l'oc- l'occupa quelque temps, et lui accorda un logement aux Gobelins. C'est lui qui a donné les *Conférences de l'Académie* avec les *sentimens des plus habiles Peintres sur la Peinture*; ouvrage qui reçut des applaudissemens dans sa naissance, et qui est devenu très-rare: Paris, 1696. Les deux frères se trouvèrent à la naissance de l'Académie, où ils furent l'un et l'autre nommés professeurs.
TESTI, (Fulvio) poète Italien, né à Ferrare dans un état au-dessous du médiocre, devint par ses talons et ses intrigues, favori et ministre de *François*, duc de Modène, qui le créa comte et chevalier. Ayant eu le malheur de déplaire à ce prince, il fut enfermé dans une forteresse où il finit ses jours en 1646. On a de lui des *Odes* et d'autres *Poésies*. Venise, 1656, 2 vol. in-12, où il a imité avec succès les meilleurs poètes d'Athènes et de Rome. On lui reproche seulement d'écrire quelquefois d'un style trop enflé. Les agrémens de son esprit le firent regretter par ceux qui le connoissoient.
TESTU, (Jacques) aumônier et prédicateur du roi, reçu à l'académie Françoise en 1665, poète François, mourut en juin 1706. Il a mis en vers les plus beaux endroits de l'Écriture et des Pères, sous le titre de *Stances Chrétiennes*, 1703, in-12. Il a fait aussi diverses autres *Poésies Chrétiennes*, dont le style est foible et lâche. L'abbé *Testu* s'étoit d'abord consacré à la chaire; mais la foiblesse de sa santé l'obligea de quitter la prédication. Il avoit ruiné son tempérament dans une retraite qu'il fit avec *Hancé* le réformateur de la Trappe. C'étoit un homme tour à tour mondain et dévot, que ses vapeurs jetoient tantôt dans la solitude, et tantôt dans le grand monde. On l'appeloit, *TESTU TAIS-201*, parce qu'ayant la facilité de parler sur toutes sortes de matières, il s'emparoit trop souvent de la conversation. Il rachetoit ce défaut par l'envie et le talent de plaire, par un grand usage du monde, et par une vivacité d'esprit qui réveilloit ceux qui l'entendoient, sans jamais chercher à les offenser. — Il ne faut pas le confondre avec l'abbé *Jean Testu de Mauroy*, mort en avril 1706, membre de l'académie Françoise: place qu'il avoit dû à la protection de *Monsieur*, plus qu'à ses talens. Il avoit été l'instituteur des filles de ce prince.
**TESTZEL**, (Jean) religieux Dominicain, et Inquisiteur de la Foi, né à Pim sur l'Elbe, fut choisi par les chevaliers Teutoniques pour prêcher les Indulgences qu'ils avoient obtenues pour la guerre contre les Moscovites. Il s'acquitta fort bien de cette commission. Quelque temps après, l'archevêque de Mayence nommé par le pape *Léon X* pour faire publier les Indulgences, l'an 1517, donna cette commission au P. *Testzel*, qui s'associa à cet emploi les religieux de son Ordre. Ils exagéroient la vertu des Indulgences, en persuadant au peuple ignorant, « qu'on étoit assuré d'aller au Ciel, aussitôt qu'on auroit payé l'argent nécessaire pour les gagner; qu'elles pourroient absoudre un homme qui, par impossible, auroit violé la Mère de Dieu; que la Croix avec les armes du Pape, étoit égale à la Croix de *Jesus-Christ*, etc. etc. » Ils tenoient leurs bureaux dans des cabarets, où ils dépenoient en débauches une partie des revenus sacrés qu'ils recevoient. *Jean Scaupitz*, vicaire général des Augustins, chargea ses religieux de prêcher contre le Dominicain. *Luther* choisit cette occasion pour mettre au grand jour les erreurs qu'il enseignoit en secret. Il soutint des choses, que *Testzel* fit brûler. Les disciples de *Luther*, pour venger l'honneur de leur maître, brûlèrent à leur tour en public celles de l'Inquisiteur à Wittemberg. Il avoit publié contre l'hérésiarque naissant, 105 propositions, dont plusieurs sont fausses. *Charles Militz*, nonce du pape auprès du duc de Saxe, ayant reproché à cet Inquisiteur imprudent, qu'il étoit en partie la cause des désastres de l'Allemagne, ce religieux en mourut de chagrin, l'an 1519.
**TETEFORT**, (Jean) de Lyon, religieux Dominicain, mourut dans sa patrie en 1643, après avoir publié en 1622, les *Roses du Chapelet*, pour être jointes à nos fleurs-de-lis, in-8°, en 1633. *Le choix de la perfection*, in-8°. Ce dernier Ecrit est un commentaire d'un opuscule de *saint Thomas*. On lui doit encore un *Traité de Philosophie* en vers latins, imprimé en 1634.
**TÉTHYS**, ou
**TÉTHIS**, (Mythol.) déesse de la mer, étoit fille du *Ciel* et de la *Terre*, et femme de l'*Océan*, qui en eut un grand nombre de Nym- O o phes appelées *Océanitides*, ou *Océanies*, du nom de leur père. C'est pour cela qu'on l'appeloit la mère des déesses. Elle fut aussi la nourrice de *Jun n*. On confond cette déesse avec *Amphitrite*, et on la représente ordinairement sur un char en forme de coquille, traîné par des dauphins... Il faut distinguer cette *Tethys*, de la nymphe *Tuerrits*; (*Voy*, ce mot.) celle-ci étoit fille de *Nérée*.
**TETRICUS**, dont le vrai nom étoit *Pivesuvius* ou *Pesuvius*, président de l'Aquitaine, homme naturellement grave et de mœurs sévères, fut indigné des démarches de *Gallien*, et se jeta dans le parti de *Posthume*, élu empereur par l'armée Romaine destinée à la garde des Gaules. *Posthume* ayant été tué par les soldats l'an 267, on élut à sa place *Victorius*, qui bientôt après eut le même sort. Sa femme *Victorina*, accusée d'avoir trompé dans ce meurtre, eut le crédit de faire couronner *Marius*, qui fut tué quelques jours après : alors elle fit déférer l'empire à *Tetricus*, gouverneur d'Aquitaine, qui fut proclamé empereur à Bordeaux en 267. Maître de l'Espagne et de l'Angleterre, il préserva ces provinces des incursions des Parbares, et les battit plusieurs fois. Autun s'étant déclarée pour *Claude le Gothique*, il la prit après un siège de sept mois, et eut beaucoup d'autres avantages. Ses succès nous sont plus connus par ses médailles, où l'on voit souvent le type de la victoire, que par les Histoires contemporaines, dont plusieurs ne sont pas venues jusqu'à nous. *Claude* ayant été tué l'an 270, et *Quintilius* qui lui succéda, ayant bientôt éprouvé le même sort, l'empire échut à *Aurélien*, qui battit *Zénobie*, et se disposa à marcher contre *Tetricus*. Instruit par les revers de ses prédécesseurs, celui-ci écrivit tout naturellement à *Aurélien*: « Qu'il étoit pressé par des ennemis soulevés dans les Gaules, et le pria de venir à son secours. » *Aurélien* s'avance, bien décidé à ne partager avec personne le titre d'empereur. *Tetricus*, qui vouloit se conserver en sacrifiant ses légions, les fait avancer à la rencontre d'*Aurélien*, pour ne pas faire soupçonner ses desseins. Les deux armées se livrèrent bataille dans les plaines de Châlons sur Marne. Le combat fut rude et sanglant. Dans le fort de la mêlée, *Tetricus* et son fils abandonnèrent les leurs et passèrent du côté d'*Aurélien*; ses légions se défendirent encore opiniâtrement; mais se voyant sans chefs, elles furent contraintes de mettre bas les armes. On fixe l'époque de ces événements à l'an 274 de J. C., le 5$^{e}$ de l'empire de *Tetricus*. Le superbe *Aurélien* réserva les deux *Tetricus* et *Zénobie* pour son entrée à Rome; son triomphe est un des plus éclatans dont l'histoire fasse mention; et *Flavius-Vopiscus* nous en a laissé une relation très-étendue. *Aurélien* rendit aux deux *Tetricus* la dignité de sénateur, et même il donna au père le gouvernement de la Leucanie; en lui disant qu'il seroit plus honorable pour lui de commander une partie de l'Italie, que de régner par-delà les Alpes. Il l'appeloit souvent son collègue, et quelquefois empereur. *Tetricus* rentré dans la tranquillité d'une vie privée, se fit aimer par la probité, sa prudence et son équité. Il agissoit envers tout le monde avec cette simplicité qui accompagne le vrai mérite. Il mourut fort âgé, et il fut mis au rang des Dieux ; c'est une chose remarquable dans un homme qui avoit renoncé depuis plusieurs années à la pourpre. Il laissa un fils qui fut digne de lui. Le règne du père avoit été d'environ 5 ans. Voyez BOZE.
TETZEL, Voyez TESTZEL.
TEUCER, fils de Télamon roi de Salamine et d'Hésione, et frère d'Ajax, accompagna ce héros au siège de Troye. A son retour, il fut chassé par son père, pour n'avoir point vengé la mort d'Ajax, dont Ulysse étoit la cause. Ce malheur n'ébranla point sa constance ; il passa dans l'île de Chypre, où il bâtit une nouvelle ville de Salamine. — Il ne faut pas le confondre avec Teucer, fils de Scamandre Crétois. Il régna dans la Troade, avec Dardanus son gendre, vers l'an 528 avant J. C. Il donna le nom d'Ida à la montagne près de laquelle Troye, dans la suite, fut bâtie. C'est de son nom que cette ville fut appelée Teucrie, et les peuples de la contrée Teucriens.
TEUDAS, Voyez THEODAS.
TEUTA, reine d'Illyrie, laissoit ses sujets exercer le métier de pirates sur la mer Adriatique. Plusieurs marchands d'Italie ayant été pillés par eux, portèrent leurs plaintes au sénat de Rome. Celui-ci envoya des ambassadeurs en Illyrie qui choquèrent Teuta par leur hauteur. Cette reine, violant le droit des gens, en fit égorger quelques-uns et mettre les autres en prison. Pour ven- ger cet attentat, les Romains pénétrèrent dans l'Illyrie, l'an 232 avant J. C., remportèrent plusieurs victoires, forcèrent Teuta à demander la paix, et ne l'accordèrent qu'en la faisant descendre du trône.
TEUTATÉS, THEUTOU THOT, Dieu des anciens Gaulois, le même, à ce qu'on croit, que Mercure chez les Grecs et les Romains. On n'offroit à cette barbare divinité que des victimes humaines, que les Druides lui immoloient au fond des forêts par le fer et plus souvent par le feu. Jules-César eut bien de la peine à détruire cet horrible culte, après avoir fait la conquête des Gaules. Voyez ce qu'il dit à ce sujet dans ses Commentaires.
TEUTHRAS, (Myth.) fils de Pandion, roi de Mysie et de Cilicie dans l'Asie mineure, avoit 50 filles que Hercule épousa toutes, et qu'il rendit en une seule nuit mères d'autant de fils : ce ne fut pas un de ses moindres travaux. Voyez TELEPHE. Certains mythologistes donnent le nom de Thespius à ce beau-père d'Hercule.
TEVIUS, (Jacques) professeur de belles-lettres à Bordeaux, puis à Coimbre en 1547, étoit natif de Prague. C'est sous son rectorat que les Jésuites prirent possession, l'an 1555, de l'université de cette dernière ville. Il étoit poète, orateur et historien. Ses Discours latins, ses Poésies, et son Histoire aussi latine de la Conquête de Dieu par les Portugais en 1535 (Paris, 1762, in-12), prouvent qu'il avoit lu les bons auteurs de l'antiquité.
TEXEIRA, (Joseph) Domi- cain Portugais, né en 1543, étoit prieur du Couvent de Santaren en 1578, lorsque le roi Sébastien entreprit en Afrique cette malheureuse expédition où il périt. Le cardinal Henri qui lui succéda, étant mort peu de temps après, Texeira suivit le parti de Dom Antoine, que le peuple avoit proclamé roi, et lui demeura toujours attaché. Il vint l'an 1581 avec lui en France, où il jouit de la faveur de Henri III et de Henri IV. Il mourut vers l'an 1620. Il détestoit les Espagnols, et sur-tout le roi d'Espagne Philippe II, qui avoit fait la conquête du Portugal. On dit que prêchant un jour sur l'amour du prochain, il dit que « nous devions aimer tous les hommes, de quelque secte et de quelque nation qu'ils fussent, jusqu'aux Castillans. » On a de lui : I. De Portugalliæ ortu, Paris, 1582, in-4°, assez rare. II. Un Traité de l'Oriflamme, 1598, in-12. III. Aventures de Dom Sébastien, in-8°; et d'autres ouvrages politiques et théologiques, qui sont trop peu connus aujourd'hui pour en donner la liste. I. TEXTOR, (Benoit) médecin de Pont-de-Vaux dans la Bresse, est auteur d'un Traité sur la Peste, qu'il fit imprimer à Lyon en 1551, in-8°. On a encore de lui : de Cancro, Lyon, 1550; et Stirpium differentiæ, Strasbourg, 1552, in-8°.
II. TEXTOR, (Ravisius) Voyez TIXIER.
THADÉE, Voyez JUDE.
THAIS, fameuse courtisane Grecque, corrompit la jeunesse d'Athènes : elle suivit Alexandre dans ses conquêtes, et l'engagea à détruire la ville de Persépolis. Après la mort du conquérant Macédonien, Thais se fit tellement aimer de Ptolomée, roi d'Égypte, que ce prince l'épousa. — Il y eut une autre courtisane de ce nom en Égypte, que S. Paphnuce, anachorète de la Thébaïde, arracha aux charmes séducteurs du monde. I. THALÉS, le premier des Sept Sages de la Grèce, naquit à Milet, vers l'an 640 avant J. C., d'une famille illustre. Pour profiter des lumières de ce qu'il y avoit alors de plus habiles gens, il fit plusieurs voyages selon la coutume des anciens. Il s'arrêta longtemps en Égypte, où il étudia, sous les prêtres de Memphis, la géométrie, l'astronomie et la philosophie. Thalés profita de leurs leçons, mais en génie supérieur; et il les instruisit à son tour. La manière dont il mesura la hauteur des pyramides, en comparant l'ombre qu'elles formoient à midi avec l'ombre d'un corps exactement connu et et mesuré, leur parut très-ingénieuse. Proclus assure qu'elle donna lieu dans la suite à la 4e proposition du VIe livre d'Euclide. Mais la partie que Thalés cultiva avec plus de soin, fut l'astronomie. Il découvrit plusieurs propriétés des triangles sphériques. Il partagea la sphère en cinq cercles parallèles, d'où s'ensuivit la division des cinq zones. Il détermina le diamètre apparent du soleil. Il fut encore le premier qui donna des raisons physiques des éclipses du soleil et de la lune, et qui détruisant les idées ridicules et effrayantes que le peuple s'en formoit, les fit regarder comme un effet na- turel des révolutions de ces astres. *Amasis*, alors roi d'Égypte, donna à *Thales* des marques publiques de son estime. Mais avec tous ses grands talens, il n'eut pas celui de se maintenir à la cour. Il étoit grand astronome, grand géomètre, excellent philosophe, mais mauvais courtisan. Sa liberté philosophique déplut à *Amasis*, et *Thales* prit le parti de se retirer de la cour. Il revint à Milet répandre dans le sein de sa patrie les trésors de l'Égypte. Les grands progrès qu'il avoit faits dans les sciences, le firent mettre au nombre des *Sept Sages* de la Grèce, si vantés dans l'antiquité. De ces Sept Sages, il n'y eut que lui qui fonda une Secte de philosophes, appelée la *Secte Ionique*. Il recommandoit sans cesse à ses disciples de vivre dans une douce union. « Ne vous haïsez point, leur disoit-il, parce que vous pensez différemment les uns des autres, mais aimez-vous plutôt, parce qu'il est impossible que, dans cette variété de sentimens, il n'y ait quelque point fixe où tous les hommes viennent se réunir. » On lui attribue plusieurs sentences ; les principales sont : I. *Il ne faut rien dire à personne, dont il puisse se servir pour nous nuire; et vivre avec ses amis comme pouvant être nos ennemis.* II. *Ce qu'il y a de plus ancien, c'est Dieu, car il est incréé; de plus beau, le Monde, parce qu'il est l'ouvrage de Dieu; de plus grand, l'Espace, car il contient tout ce qui a été créé; de plus prompt, l'Esprit; de plus fort, la Nécessité; de plus sage, le Temps, car il apprend à le devenir; de plus constant, l'Espérance, qui reste seule à l'homme quand* *il a tout perdu; de meilleur, la Vertu, sans laquelle il n'y a rien de bon.* III. *La chose la plus difficile du monde, est de se connoître soi-même; la plus facile, de conseiller autrui; et la plus douce, l'accomplissement de ses désirs.* IV. *Pour bien vivre, il faut s'abstenir des choses que l'on trouve répréhensibles dans les autres.* V. *La félicité du corps consiste dans la santé, et celle de l'esprit dans le savoir.* Il avoit établi, d'après *Hombre*, que l'eau étoit le premier principe de toutes choses. L'un et l'autre avoient emprunté cette doctrine des Égyptiens, qui attribuoient au Nil la production de tous les êtres. On a accusé *Thales* d'avoir nié la divinité ; et c'est un reproche grave qui lui est commun avec ses disciples *Anaximandre* et *Anaximene*. Ils croyoient tous que la matière avoit la force de s'arranger elle-même. Ils lui donnoient je ne sais quelle âme répandue par-tout, qui avoit la faculté d'organiser ses moindres parties : faculté qui ne diminuoit rien de son propre fonds. Ils ajoutoient que la matière est dans un mouvement perpétuel, et passe par toutes sortes de formes ; que chaque chose n'a qu'une existence si fugitive, qu'on ne peut assurer précisément qu'elle existe. *Tertullien* rapporte que *Thales* étant à la cour de *Crésus*, ce prince lui demanda une explication claire et nette de la nature de Dieu. Après plusieurs réponses vagues, le philosophe convint qu'il n'avoit rien à dire qui contentât. Et que pouvoit-il dire dans son système ? Malgré son athéisme, il croyoit que tout l'univers étoit peuplé de démons et de génies, les gardiens des hommes et les guides de leur entendement. Il faisoit même de cet article un des principaux points de sa morale, en avouant que rien n'étoit plus propre à inspirer à chaque homme cette espèce de vigilance sur lui-même, que Pythagore nomma dans la suite le sel de la vie. Quant aux opinions de Thalès sur la physique, il pensoit que l'eau étoit le principe de toutes choses. Il enseignoit que malgré sa nature homogène, elle étoit disposée à prendre toutes sortes de formes; à devenir arbre, métal, os, sang, vin, blé, etc. Il ajoutoit que les vapeurs étoient la nourriture ordinaire des astres, et l'Océan leur échanson. Ce philosophe parvint à une longue vie. Il mourut l'an 548 avant J. C., à 90 ans, sans avoir été marié. Sa mère le pressa en vain de prendre une femme. Il lui répondit, lorsqu'il étoit encore jeune: Il n'est pas encore temps; et lorsqu'il fut sur le retour: Il n'est plus temps. Sa passion pour l'astronomie le jetoit dans des distractions singulières. S'étant un jour laissé tomber dans une fosse pendant qu'il étoit occupé à contempler les astres, une bonne vieille lui dit: Hé! comment connoîtrez-vous ce qui est dans le Ciel, si vous ne voyez pas ce qui est à vos pieds? Il avoit composé divers Traités en vers sur les Météores, sur l'Equinoxe, etc.; mais ses écrits ne sont point parvenus jusqu'à nous.
II. THALÈS, poète Grec, né dans l'île de Crète, ami de Lycurgue, à la sollicitation duquel il alla s'établir à Sparte, excelloit sur-tout dans la poésie lyrique. Ses vers étoient remplis de préceptes et de maximes admira- bles pour diriger la conduite des hommes et leur inspirer le véritable esprit de société. Il introduisit à Lacédémone, à Argos et dans l'Arcadie, plusieurs sortes de danses et des airs nommés Péans, qui inspiroient le courage par le secours de la musique; il appaisa une sédition, et ses chants nobles et guerriers secondèrent les institutions de Lycurgue. « En paroissant, dit Plutarque, ne composer que de simples airs, il faisoit tout ce qu'on auroit pu attendre des législateurs les plus expérimentés. Ses Odes étoient autant d'exhortations à l'obéissance et à la concorde, qu'elles inspiroient par l'agrément et la gravité de leur mélodie et de leur cadence; en sorte qu'elles adoucissoient insensiblement les mœurs de ceux qui les écoutoient, et que les portant à l'amour des choses honnêtes, elles les délivroient des animosités qui régoient entre eux. »
THALESTRIS ou MINITHYE, prétendue reine des Amazones, qui rechercha l'alliance d'Alexandre, à ce que disent quelques historiens, démentis par Arrien. Il n'y avoit plus alors d'Amazones; et s'il est vrai qu'on ait amené au conquérant Macédonien cent filles armées, elles étoient du pays des Scythes appelés Sauromates, dont les femmes étoient aussi guerrières qu'eux.
THALIE, (Myth.) l'une des neuf Muses, selon la Fable, préside à la Comédie. On la représente sous la figure d'une jeune fille couronnée de lierre, tenant un masque à sa main, et chaussée avec des brodequins. L'une des Graces se nommoit Thalie. C'é- boît aussi le nom d'une des Nèvées, et celui d'une autre Nymphe. Voyez PALIQUES. I. THAMAR, Cananéenne, épousa Her, fils aîné de Juda, qui mourut subitement, ainsi que son second époux Onan. [Voy. ce mot.] Juda craignant le même sort pour Sella son troisième fils, ne voulut point qu'il épousât la veuve de ses deux frères, quoiqu'il l'eût promis. Ce refus chagrina Thamar; elle se voila le visage, s'habilla en courtisane, alla attendre Juda sur le grand chemin, eut commerce avec lui. Quelque temps après, sa grossesse ayant éclaté, elle fut condamnée à être brûlée vive, comme adultère; mais ayant représenté à Juda les bracelets qu'elle en avoit obtenus pour gage de son amour, ce patriarche étonné et repentant de lui avoir refusé son fils Sella, fit casser l'arrêt de sa condamnation. Elle accoucha ensuite de deux jumeaux, Pharès et Zara. L'histoire de Thamar arriva vers l'an 1664 avant J. C.
II. THAMAR, fille de David et de Maacha, princesse d'une beauté accomplie, inspira une passion violente à son frère Amnon. Ce jeune prince désespérant de pouvoir la satisfaire, feignit d'être malade. Sa sœur Thamar vint le voir, et Amnon profita d'un moment où ils se trouvèrent seuls pour lui faire violence. Ce misérable la chassa ensuite honteusement, l'an 1032 avant J. C. Absalon, frère de Thamar, lava cet outrage dans le sang d'Amnon.
THAMAS, Voy. KOULIKAN.
THAMURATH, surnommé DIUBEND, roi de Perse de la première race, fut juste et courageux. Il fit la guerre au roi de Darien, et la province de Kabul, frontière des Indes et de la Perse, devint le théâtre de ses exploits et son tombeau. Étant tombé dans une embuscade, le général ennemi le fit tuer; mais son fils Kurschash vengea sa mort, et s'empara des états de son ennemi.
THAMYRIS, petit-fils d'Apollon, étoit si vain, qu'il osa défier les Muses à qui chanteroit le mieux. Il convint avec elles que s'il les surpassoit, elles le reconnoitroit pour leur vainqueur; qu'au contraire, s'il en étoit vaincu, il s'abandonneroit à leur discrétion. Il perdit: les Muses lui crevèrent les yeux, et lui firent oublier tout ce qu'il savoit.
THARÉ, fils de Nachor, et père d'Abraham, de Nachor et d'Aram, demeuroit à Ur en Chaldée, et il en sortit avec son fils Abraham, pour aller à Haran, ville de Mésopotamie: il mourut âgé de 275 ans. L'Écriture dit clairement que Tharé étoit idélère, lorsqu'il habitoit dans la Chaldée; mais ayant appris de son fils Abraham le culte du vrai Dieu, il renonça à ses idoles pour l'adorer.
THARGELIE, fameuse Milésienne, contemporaine de Aerees, à qui elle gagna beaucoup de partisans dans la Grèce, lorsque ce prince voulut en faire la conquête. Courtisane à-la-fois et Sophiste, elle donna la première l'idée de cet assortiment inouï, que la célèbre Aspasie imita dans la suite. Moins belle et moins éloquente que celle-ci, Thargelie sut employer ses talens et ses charmes avec autant de succès. Elle par- courut plusieurs pays, où elle se fit des amans et des admirateurs, et termina ses courses en Thessalie, dont elle épousa le souverain. Elle régna pendant 30 ans.
THAULERE, (Jean) Dominicain Allemand, brilla dans l'exercice de la chaire et de la direction, sur-tout à Cologne et à Strasbourg, où il finit sa vie le 17 mai 1361. On a de lui: I. Un Recueil de Sermons, en latin, Cologne, 1695, in-4.º II. Des Institutions, 1623, in-4.º III. Une Vie de Jesus-Christ, 1548, in-8.º Ces deux derniers ouvrages sont aussi en latin. Il parut une version françoise des Institutions, à Paris, 1668, in-12. [Voyez III. LOMENIE.] On lui attribue un grand nombre d'autres ouvrages; mais ils paroissent être supposés. Ceux qui sont certainement de lui, prouvent que son esprit n'étoit point au-dessus de son siècle. La plupart ont été traduits de l'allemand par Surius; on a une édition de cette version, Paris, 1623, in-4.º, et Anvers, 1685.
THAUMAS DE LA THAUMASIÈRE, (Gaspard) avocat au parlement de Paris, né à Bourges, mort en 1712, se distingua comme juriste consulte et comme savant. Il est auteur: I. D'une Histoire de Berry, in-folio, 1689. II. De Notes sur la Coutume de Berry, 1701, in-folio. III. — sur celle de Beauvaisis, 1690, in-folio, qui sont estimées. IV. D'un Traité du Franc-Aleu de Berry. Ces ouvrages sont remplis d'érudition.
THEANO, prêtresse d'Athènes, donna au rapport de Plutarque, un bel exemple de modération et de fermeté, qui auroit dû être suivi plus souvent par les prêtres de la vraie Religion. Theano étant pressée par le sénat d'Athènes de prononcer des malédictions contre Alcibiade, qu'on accusoit d'avoir mutilé, la nuit en sortant d'une débauche, des Statues de Mercure, s'en excusa en disant: « Qu'elle étoit ministre des Dieux pour prier et bénir, et non pour détester et maudire. »
THEATINS, Voy. GAETAN, et l'article du pape PAUL IV.
THÈBÉ, femme d'Alexandre, tyran de Phères en Thessalie, craignant de devenir la victime de la barbarie de son époux, forma avec ses frères le complot de le tuer, et l'exécuta. Le tyran occupoit le haut d'une tour; sa chambre étoit gardée par un dogue féroce; on n'y parvenoit que par une échelle. Thèbé endormit le chien, garnit de laine les échelons pour que ses frères ne fissent aucun bruit en montant, et livra Alexandre à leurs coups, l'an 357 avant J. C.
THEBUTE, Voy. THEOBUTE.
THÈCLE, (Ste.) vierge, et selon la plus grande opinion, martyre, fut un des ornemens du siècle des Apôtres. Nous n'avons point d'Actes authentiques de cette Sainte, comme l'a prouvé le Père Stilling. (Acta Sanctorum, tom. 6, Sept. p. 547) S. Jérôme rapporte d'après Tertullien, qu'un prêtre d'Éphèse, nommé Jean, fut déposé pour avoir fabriqué de faux Actes de S. Paul et de Ste. Thècle; et le pape Géluse condamna un Livre qui portoit ce nom. Les circonstances les plus avérées de la vie de cette Sainte, ont été recueillies des Écrits des *Saints Pères*, par *Tillemont*, tom. 2, pag. 60. On connoît les beaux Vers de *S. Grégoire de Nazianze*, traduits ainsi en latin : *Quis Theclam necis eripuit, flammaque periculo?* *Quis validos ungues vinkit, rabiemque ferarum?* *Virginitas. O res omni mirabilis ævo!* *Virginitas fulvos potuit sopire leones:* *Dente nec impuro generos Virginis artus* *Ausi sunt premere, et rigido discerpere morsu.* — Il ne faut pas la confondre avec *Ste. THÈCLE* qui souffrit le martyre avec *Timothée* et *Agape*, à Gaze en Palestine, l'an 304.
THEGAN, co-évêque de Trèves, du temps de *Louis le Débonnaire*, écrivit l'*Histoire* de ce prince, auprès duquel il avoit beaucoup de crédit. *Pierre Pithou* l'a publiée dans le Corps des auteurs de l'*Histoire* de France. Cet historien n'est ni exact, ni fidèle.
THEGLAT-PHALASSAR, roi des Assyriens, succéda à *Phul*, l'an 747 avant J. C. *Achaz*, roi des Juifs, se voyant assiégé dans Jérusalem par *Rasin*, roi de Syrie, implora le secours de *Theglat-Phalassar*. Le monarque Assyrien marcha aussitôt contre *Rasin*, le tua, ruina Damas; mais il n'épargna pas davantage *Phacée*, roi d'Israël, dont il ravagea les États. Il transporta aussi en Assyrie les tribus de Ruben et de Gad, et la demi-tribu de Manassès. Après avoir fait des deux rois de Syrie et d'Israël, un exemple de sa justice. Dieu tourna contre *Achaz* lui-même, les armes victorieuses de son prétendu protecteur. Ce prince, dont il avoit acheté si cher le secours, acheva de le ruiner. Non content de ce qu'*Achaz* lui avoit donné, il entra dans la Judée, qu'il traita en pays de conquête. Son insatiable avidité obligea *Achaz* de faire fondre les vases de la maison du Seigneur, pour se délivrer, à force d'argent, d'un ennemi redoutable, que sa fausse politique lui avoit attiré sur les bras. *Theglat-Phalassar* mourut à Ninive l'an 728 avant J. C., après un règne de 20 ans.
THÉIAS, roi des Goths en Italie, fut élu à la fin de l'an 552, après la défaite et la mort de *Baduela*. Il eut à combattre le général *Narsès*, capitaine expérimenté, et fut obligé d'en venir aux mains près du mont Vésuve. Cette journée fut une des plus sanglantes qu'il y ait jamais eu. *Théias* se défendit en héros, et tua presque tous ceux qui s'avançoient pour lui ôter la vie. Enfin, ayant voulu changer de bouclier, un soldat ennemi saisit ce moment pour le percer de sa javeline, et le renversa mort. C'est ainsi que périt *Théias* à la fin de l'année 553.
THÉLIS, (N. de) né dans le Forez, sur les bords de la Loire, entra jeune au service, et devint officier des gardes-francoises. Sur la fin de sa carrière, il s'occupa beaucoup d'économie politique, et institua une école nationale pour former de jeunes soldats. Ses écrits sur ces objets ont le mérite de l'utilité, s'ils n'ont pas celui du style et de l'agrément. Ils ont pour titres : I. *Moyens* proposés pour le bonheur des peuples qui vivent sous le gouvernement monarchique, 1778, in-4.º II. *Réflexions* d'un militaire, 1778, in-4.º III. *Mémoire* sur les rivières et canaux, et particulièrement sur le canal de Charolois, 1779, in-4.º IV. *Plan* d'éducation nationale en faveur des pauvres enfans de la campagne, 1779, in-12. *Taëlis* est mort à Paris, au commencement de la révolution.
THELUSSON, (Pierre-Isaac) négociant Genèveois, mort à Londres en 1798, a laissé à sa mort une fortune immense, et plus de 700 mille livres sterlings. Par son testament il a créé un fonds d'amortissement au profit de l'état, qui, dans un siècle, doit s'élever à une somme énorme. Sa femme et ses enfans, à qui il n'a légué que 100.000 livres sterlings, ont vainement attaqué ce testament ; ses dispositions ont été maintenues en Angleterre et déclarées valides.
THÉMINES, (Ponce de Lussières, marquis de) chevalier des Ordres du roi, maréchal de France, étoit fils de *Jean de Thémines*, seigneur de Lussières, d'une famille qui remonte au XIIe siècle. Il servit avec distinction sous *Henri III* et *Henri IV*, auxquels il fut toujours fort attaché, et se signala en 1592 au combat de Villemur. Ayant été honoré du bâton de maréchal de France, en 1616, au siège de Montauban, par *Louis XIII*, il prit plusieurs villes aux Protestans, et échoua devant Castres et le Mas d'Azil. En 1626, il eut le gouvernement de Bretagne, dont le cardinal de *Richelieu* avoit dépouillé le duc de *Vendôme*, pour s'en revêtir lui-même. Mais comme ce procédé pouvoit paroître odieux, il donna ce gouvernement à *Thémines*, qui ne pouvoit pas pousser sa carrière fort loin. En effet il mourut l'année d'après, à 74 ans. Quoiqu'il eût rendu quelques services à la tête des armées, il étoit meilleur courtisan qu'habile guerrier. On prétend qu'il ne parvint au grade de maréchal de France, que parce qu'il avoit arrêté le prince de *Condé*. Comme vous ne pouviez rien faire, lui dit la Reine-mère, qui fût plus utile à l'état, il est juste que la récompense soit proportionnée au service. [Voy. MONTIGNY.] « C'étoit (selon le *Gendre*) un homme généreux, civil, affable, magnifique, grand dissipateur, se souciant fort peu qui payeroit ses dettes ; moins habile peut-être que brave : fort ou foible, dès qu'il avoit jeté son coup d'œil, il attaquoit. » Sa postérité masculine finit dans la personne de son petit-fils, mort en 1646, sans s'être marié.
THÉMIS, (Myth.) fille du *Ciel* et de la *Terre*, et Déesse de la Justice. On la représente tenant une balance d'une main et un glaive de l'autre, avec un bandeau sur les yeux. Ayant refusé d'épouser *Jupiter*, ce Dieu la soumit à sa volonté, et eut d'elle la *Loi* et la *Paix*. *Jupiter* plaça sa balance au nombre des 12 figures du *Zodiaque*.
THEMISEUL, *Voy.* SAINT-HYACINTE.
THEMISON, médecin célèbre vers l'an 4 avant Jesus-Christ, disciple d'*Asclepiade*, étoit de Laodicée Laodicée, dans l'Asie mineure. Il changea, dans sa vieillesse, quelque chose au système de son maître. La secte qu'il forma fut appelée Méthodique, parce qu'il se mit en tête d'établir une méthode pour rendre la médecine plus aisée à apprendre et à pratiquer. Il ne faut pas le confondre avec un autre médecin auquel Juvenal donne la nom de Thémison, et dont il ne parle pas favorablement : Quoi Themison ægros autumno occiderit uno.
THEMISTE, (Themistius) fameux philosophe, étoit originaire de Paphlagonie. Son père, philosophe lui-même, l'envoya de bonne heure dans un petit pays auprès du Pont-Euxin, où il étudia l'éloquence sous un habile maître. Il y fit de si grands progrès, qu'on lui donna le surnom de Beau Parleur. Il aila à Constantinople où il enseigna la philosophie avec beaucoup d'applaudissement. Constance le fit sénateur de cette ville, et 4 ans après il lui érigea une statue. Dans une occasion importante, le sénat l'ayant chargé de haranguer Jovien, il lui dit : « Souvenez-vous que si les gens de guerre vous ont élevé à l'empire, les philosophes vous apprendront à le gouverner. Les premiers vous ont donné la pourpre des Césars; apprenez des seconds à la porter dignement. » Themiste se rendit à Rome l'an 376; mais comme cette ville n'étoit plus que la seconde de l'empire, il ne voulut point y demeurer, quelques offres qu'on lui fit. Théndose le Grand conçut pour lui une estime singulière, et le fit préfet de Constantinople l'an 384. Il étoit Païen, mais sans fanatisme; et il fut très-lui avec S. Grégoire de Nazianze, qui lui écrivait : « Vous savez philosopher dans les plus hautes places, et joindre suivant le précepte de Platon, l'étude au pouvoir, les dignités à la science. » On ignore les autres circonstances de sa vie, ainsi que l'année de sa mort. Dès sa jeunesse il composa des Notes sur la philosophie de Platon et d'Aristote; et cet ouvrage fut fort goûté. Ce qu'il avoit fait sur Aristote parut à Venise, 1570 et 1587, in-fol.; et Stohée cite un passage de son Livre sur l'Immortalité de l'Ame. Il nous reste encore de lui XXXIII Discours grecs, qui sont pleins de dignité et de force. Il osa remontrer dans un de ces Discours, à l'empereur Valens, prince qui étant Arien persécutoit les Orthodoxes, qu'il ne falloit pas s'étonner de la diversité des sentiments parmi les Chrétiens, puisqu'elle n'étoit rien en comparaison de cette multitude d'opinions qui régnoient chez les Grecs, c'est-à-dire chez les Païens, et que cette diversité ne devoit pas se terminer par l'effusion du sang. Themiste avoit principalement en vue d'engager l'empereur à laisser la liberté de conscience, et il y réussit. Dans ses autres Discours, Themiste prodigue moins l'encens aux princes de son temps, que les autres déclamateurs; et il leur donne souvent des leçons d'humanité, de clémence et de sagesse. Nous avons deux éditions de ses Discours; l'une, par le P. Petau, jésuite; et l'autre par le P. Hardouin: celle-ci parut en grec et en latin, au Louvre, en 1684, in-fol.
THEMISTO, femme d'Athamas, fut si piquée de ce que son mari l'avoit répudiée pour épouser Ino, qu'elle résolut de s'en venger en massacrant Léarque et Mélicerte, enfans d'Ino. Mais la nourrice, avertie de ce dessein, donna les habits de ces deux princes aux enfans de Themisto, qui fit périr ainsi ses propres fils. Elle se poignarda dès qu'elle eut reconnu son erreur.
THÉMISTOCLE, célèbre général Athénien, eut pour père Néocle, citoyen d'Athènes aussi illustre par sa naissance que par ses vertus : son fils ne l'imita point. On le vit dans le premier feu de la jeunesse, se livrer à tous les écarts d'un tempérament vicieux et emporté. On raconte qu'un jour il attela à son char quatre courtisanes nues, et qu'il se fit traîner par elles dans la place publique, au milieu d'une multitude assemblée qu'un tel spectacle révoltoit. Son libertinage fut si grand, que son père le déshérita. Cette infamie au lieu d'abattre son courage, ne servit qu'à le relever. Pour effacer cette honte, il se consacra entièrement à la république, travaillant avec un soin extrême à acquérir des amis et de la réputation. Il prouva bientôt la vérité de ce qu'il avoit dit de lui-même, que les poulains les plus vicieux deviennent meilleurs chevaux, lorsqu'ils sont domptés et dressés par un écuyer habile. Le récit des exploits de Miltiade qu'il entendoit célébrer, échauffa tellement en lui le désir de les effacer, qu'il s'arracha entièrement aux plaisirs et aux fêtes. Lorsque les compagnons de ses débauches, étonnés d'un changement si extraordinai- re et si prompt, lui en demandoient la raison, il leur répondoit que les exploits de Miltiade ne le laissoient pas dormir. Thémistocle eut sur-tout le talent rare de lire dans l'avenir. Il sut prévoir de bonne heure que la bataille de Marathon n'étoit que le prélude des efforts des Perses contre la Grèce. Comme il vouloit qu'Athènes jouât le premier rôle dans la nouvelle scène qui alloit s'ouvrir, connoissant sa foiblesse par terre, qui ne lui permettoit pas de résister même à ses égaux, il chercha à lui donner l'empire de la mer. Il sut persuader au peuple d'abolir les distributions annuelles qui se faisoient du revenu des mines, et de l'employer à construire des vaisseaux. Il l'engagea ensuite dans de petites querelles maritimes avec leurs voisins, pour l'exercer à de plus grands combats. Il étoit à la tête de la république lorsque Xercès roi de Perse, marcha contre cette ville. Il fut élu général. On arrêta que les Lacédémoniens iroient défendre le passage des Thermopyles où ils firent des prodiges de valeur; et que les Athéniens conduiroient la flotte au détroit d'Artemise, au-dessus de l'Eubée. Il s'éleva une contestation entre les Lacédémoniens et les Athéniens pour le commandement général de l'armée navale. Les alliés voulurent que ce fût un Lacédémonien. Thémistocle qui avoit droit de prétendre à cet honneur, persuada aux Athéniens d'abandonner ces disputes qui auroient pu perdre la Grèce. Cette déférence fut l'une des principales causes du salut de la Grèce. Le courage des Grecs et une tempête furieuse ruinèrent une partie de la flotte ennemie; mais il n'y eut aucune action décisive. Cependant une armée de terre de Xercès, à force de sacrifier des hommes à la valeur des Lacédémoniens, avoit franchi le passage des Thermopyles, et se répandoit dans la Phocide, mettant tout à feu et à sang. Dans ce désastre affreux, Thémistocle remua tout pour secourir sa patrie : il employa la raison pour persuader les Juges, et fit parler les Oracles pour entraîner la multitude. On rappela tous les citoyens exilés ; Aristide alla au-devant de Thémistocle qui l'avoit persécuté, (Voy. ARISTIDE.) et ils travaillèrent tous deux au salut de la République. Thémistocle fait donner un faux avis à Xercès que les Grecs veulent s'échapper, et qu'il doit se hâter de faire avancer sa flotte, s'il veut leur couper la retraite du Péloponèse ; le Persan donna dans le piège. La petite flotte grecque agissant avec tout l'avantage possible contre les Perses trop resserrés dans ce détroit, porte le désordre dans leurs premières lignes ; et bientôt toute la flotte est dispersée. Cette victoire si célèbre, sous le nom de la bataille de Salamine, coûta aux Grecs 40 vaisseaux, et les Perses en perdirent 200. Thémistocle eut tout l'honneur de cette fameuse journée, qu'on place 480 avant J. C. Quelques jours avant cette fameuse bataille, qui décida du sort de la Grèce, Thémistocle donna un exemple de son dévouement pour la cause commune. Ne pouvant dans un conseil, déterminer Euribiade à prendre une résolution vigoureuse, celui-ci fatigué de ses représentations, lui dit : On châtie ceux qui se lèvent sans ordre dans les combats publics. — Il est vrai, répondit Thémistocle, mais aussi on ne couronne jamais ceux qui attendent trop tard et qui demeurent derrière. Sur cela le Lacédémonien ayant levé le bâton sur lui comme pour le frapper : Frappe, (lui dit modestement Thémistocle) mais écoute. Surpris de tant de fermeté, de douceur et de patience, Euribiade revint à lui-même, écouta les conseils de Thémistocle et adopta enfin le seul bon parti qu'il y eût à prendre. Le héros de Salamine profita du crédit que lui donna cette victoire, pour persuader à ses concitoyens d'établir une marine puissante. C'est par ses soins qu'on bâtit le port du Pyrée, et qu'on destina des fonds pour construire des vaisseaux toutes les années. Ses services furent mal récompensés : on cabala contre lui, et il fut banni par la loi de l'Ostracisme. Après avoir erré de retraite en retraite, il se réfugia auprès du roi de Perse, qui le combla de biens, lui donna la ville de Lampsaque, et voulut lui confier le commandement général de ses armées. Le vertueux Athénien ne voulant ni porter les armes contre sa patrie, ni déplaire à Artaxercès-Longue-main son bienfaiteur, s'empoisonna, l'an 464 avant Jésus-Christ, à l'âge de 63 ans. Thémistocle, né avec une ardeur extrême pour la gloire, étoit courageux, entreprenant ; mais n'étoit pas exempt des foiblesses de l'envie. Le repos semblait l'inquiéter. Grand homme d'état, son génie toujours prévoyant, toujours fécond en ressources, le rendit supérieur aux événemens. Personne n'a possédé à un plus haut degré, l'art si souvent nécessaire de rappeler les hommes à leurs pas- P p 2 sions, pour les porter à ce qu'ils doivent faire. On cite de lui plusieurs traits honorables ou curieux. Le poète *Simonides* s'appuyant sur l'étroite liaison qu'il avoit avec ce grand homme, lui demanda quelque grace injuste. *Thémistocle* la refusa, et lui dit : *Cher Simonides, vous ne seriez pas un bon poète, si vous faisiez des vers qui péchassent contre les règles de l'Art poétique ; et moi je ne serais pas bon magistrat, si je commettois quelque action qui fût opposée aux lois de ma patrie... Thémistocle, après une célèbre victoire, marchant sur les dépouilles des ennemis, dit à celui qui le suivoit : Ramasse ces dépouilles pour toi ; car tu n'es pas THEMISTOCLE.* Ce général avoit un fils, qui avoit beaucoup d'empire sur sa mère. *Ce petit garçon que vous voyez-la, disoit-il un jour en riant à ses amis, c'est l'arbitre de la Grèce ; car il gouverne sa mère, sa mère me gouverne, je gouverne les Athéniens, et les Athéniens gouvernent les Grecs.* Oh ! quels petits conducteurs, ajoute un auteur moderne, on trouveroit souvent aux plus grands empires, si du prince on descendoit par degrés jusqu'à la première main qui donne le branle en secret !... *Thémistocle*, chargé par les Athéniens de lever des subsides considérables sur les alliés de la république, s'acquitta facilement de sa commission sur les villes riches, parce qu'on pouvoit leur enlever une contribution plus forte que celle qu'on avoit demandée. Mais les habitans d'Andros, réduits à l'indigence, ne craignirent point de résister à ses ordres. Le général Athénien leur déclara : Qu'il ve- voit, accompagné de deux puissantes divinités, le *Besoin et la Force*, qui, disoit-il, entraînent toujours la persuasion à leur suite. — *Thémistocle*, lui répondirent les habitans d'Andros, nous nous soumettions, comme les autres alliés, à tes ordres, si nous n'étions aussi protégés par deux divinités non moins puissantes que les tiennes, l'Indigence et le Désespoir, qui méconnaissent la Force. Quelqu'un demandant un jour à *Thémistocle* : *Lequel aimeriez-vous mieux être, ou Achille ou Homère ? Et toi, repartit-il, voudrois-tu être le vainqueur aux jeux Olympiques, ou le crieur qui proclame son triomphe ?* Il parut à Franckfort en 1629, et à Leipzig en 1710, des *Lettres* in-8°, en grec et en latin, sous le nom d'un *THEMISTOCLE*, qui n'est pas le général Athénien.
THEOBALDE, (*Teobaldo Gatti*) natif de Florence, mort à Paris en 1727 dans un âge avancé, occupa pendant 50 années, une place de symphoniste pour la basse de violon dans l'orchestre de l'Opéra. On dit que charmé de la musique de *Lully*, qui étoit parvenue jusqu'à lui, il quitta sa patrie pour en féliciter ce célèbre musicien. Enfin il se montra digne élève de ce grand homme, par deux opéra qui ont été joués sur notre théâtre : *Coronis*, Pastorale en 3 actes; et *Scylla*, Tragédie en 5 actes : celle-ci a été représentée à trois reprises différentes. On a encore de lui un Livre d'airs italiens à une seule et à deux voix, publié à Paris, chez *Ballard*, en 1696, in-4°
THEOBUTE ou THEBUTE. Après la mort de S. Jacques, surnommé le Juste, Siméon, son frère, fut élu évêque de Jérusa- lem, l'an 61 de Jesus-Christ. Théobute, qui aspirait à cette dignité, se sépara de l'Église Chrétienne, réunit les sentimens des différentes sectes des Juifs, et en forma le corps de ses erreurs.
THÉOCLES, sculpteur Grec, fit à Olympie deux statues, re- présentant Atlas et Hercule près de l'arbre des Hespérides. Elles étoient en bois de cèdre. Théo- cles vivait environ 370 ans avant l'ère chrétienne.
THÉOCRÈNE, (Benoît) né à Larzana, petite ville de l'état de Gênes, vint en France où il devint évêque de Grasse, et ensuite précepteur des enfans de François I. On lui doit un vo- lume d'Odes en vers latins, où il y a du feu et de l'harmonie. Il avait aussi fait une Chronique de Gênes. Son véritable nom étoit Tagliacarne.
THÉOCRITE, de Syracuse, ou de l'île de Cô, ou Cos, dans la mer Égée, florissoit sous Pto- lomée Philadelphie, roi d'Égypte, vers l'an 285 avant Jesus-Christ. On dit que ce poète eut l'im- prudence d'écrire des Satires contre Hiéron tyran de Syra- cuse, et qu'il fut puni de mort par ce prince. On ajoute qu'il aimait l'argent, et qu'il men- dioit bassement des récompenses pour ses vers. Théocrite s'est fait une grande réputation par ses Idylles, qui ont servi de modèle à Virgile dans ses Églogues. En- tre tous les excès, dit Boileau, ... La route est difficile Suivez, pour la trouver, Théocrite et Virgile. Que leurs tendres écrits, par les Graces dictés, Ne quittent point vos mains, jour et nuit feuilletés Seuls dans leurs doctes vers, ils pourront vous apprendre Par quel art, sans bassesse, un au- teur peut descendre, Chanter Flore, les champs, Pomone, les vergers; Au combat de la flûte animer les ber- gers; Des plaisirs de l'amour vanter la douce amorce; Changer Narcisse en fleur, couvrir Daphné d'écorce; Et par quel art encor l'églogue quelquefois Rend dignes d'un Consul la campagne et les bois. Théocrite a employé le dialecte Dorien, qui est très-propre pour ce genre. Les Idylles de ce poète passent, avec raison, pour une des plus belles images de la na- ture: on y trouve cette beauté simple, ces graces naïves, enfin ce je ne sais quoi, qu'il est plus facile de sentir que d'exprimer. « Il faut avouer cependant (dit M. Fré- ron le fils) qu'on peut quelquefois reprocher avec justice à Théocrite, certains détails bas et grossiers. La cinquantième Idylle, par exemple, a des endroits qui ne sont pas faits pour plaire à notre siè- cle; et je doute qu'on put les goûter, dans une cour polie et galante, telle que celle d'Ale- xandrie. On a vivement blâmé dans Homère les injures grossiè- res que se disent Agamemnon et Achille; mais la fureur qui les anime, peut en quelque sorte les excuser. Ici deux bergers de sang-froid s'accablent mutuellement des reproches les plus atroces. Ce langage, il est vrai, paroît plus convenable à leur condition ; mais il n'en est pas moins contraire à la nature du Poème pastoral, qui ne doit offrir que des images riantes, et ne respirer que la paix. En vain les Scoliastes prétendent-ils excuser *Théocrite*, en disant qu'il n'a mis les discours qui nous choquent, que dans la bouche des bergers et des chevriers, et qu'il s'est conformé en cela aux mœurs connues. L'homme de goût répondra que l'art de la poëzie ne consiste pas à imiter la nature, mais la belle nature ; qu'il est un milieu entre le simple et le bas, le naïf et le grossier : que l'*Idylle* doit nous présenter l'image touchante du bonheur et des plaisirs des bergers, et non le tableau dégoûtant de leurs vices, de leurs querelles et de leur grossièreté. » *Longepierre* a traduit en françois xv *Idylles* de *Théocrite*. (*Voyez* son art.) Les meilleures éditions du texte original sont celle d'Oxford, in-8°, 1699, qu'on joint aux *Variorum* ; et de la même ville, 1770, 2 vol. in-4°, mise au jour par *Thomas Warton*. On estime aussi celle de Rome, 1516, in-8°, en grec. La première édition de ce poète est de Venise, 1495, in-fol.
THÉODAMAS, père d'*Hylas*, fut tué par *Hercule*, à qui non-seulement il avoit refusé l'hospitalité, mais qu'il avoit encore osé attaquer. Le héros prit soin du jeune orphelin qu'il avoit privé de son père, et eut pour lui une tendre amitié.
THÉODAS et THEUDAS : Ce sont les noms des deux im- mosteurs qui voulurent chacun se faire passer pour le *Messie*. L'un fut pris par *Saturnin*, gouverneur de Syrie sous l'empereur *Auguste* ; et l'autre par *Cuspius Fadus* préposé au même gouvernement sous *Claude*.
THÉODAT, roi des Goths en Italie, étoit fils d'*Amalaberge*, sœur du roi *Théodoric*. La reine *Amalasonte* ayant perdu son fils *Atalaric*, mit sur le trône son neveu *Théodat* en 534, et l'épousa peu de temps après. Ce qui arrive presque toujours, arriva. *Théodat* fut ingrat ; il chassa sa bienfaitrice du palais de Ravenne, sous prétexte d'adultère ; et après l'avoir détenue quelque temps en prison, il la fit étrangler dans un bain. L'empereur *Justinien*, indigné de la mort de cette princesse et de l'ingratitude de son époux, lui déclara la guerre. *Bélisaire* descendit en Italie, et lui enleva la Dalmatie et la Sicile. *Théodat* envoya le pape *Agapet* à Constantinople, pour calmer l'empereur. Mais ses soldats voyant les progrès de *Bélisaire*, élurent *Vitigès* et le proclamèrent roi en 536. Le nouveau prince fit poursuivre son compétiteur, et dès qu'on l'eut atteint, il fut immolé à la haine des Romains. C'est ainsi que la providence se servit d'un traître pour en punir un autre. Quoique *Théodat* eût tous les vices d'un ambitieux, il aimoit la philosophie, et surtout celle de *Platon*. Mais rien n'est plus commun que de voir la sagesse dans les paroles, et le crime dans les actions. *Voyez* AMALASONTE.
THÉODEBALDE, *Voyez* THIBAUD.
THÉODECTE, orateur célèbre, né en Cilicie, et mort à Athènes à 41 ans, fut disciple de Platon, d'Isocrate, d'Aristote, et mit en vers les préceptes de la rhétorique. Il avoit une mémoire si prodigieuse, qu'il lui suffisait d'entendre une seule fois la lecture d'un poème pour le retenir. I. THÉODEBERT I, roi de Metz, succéda à son père Thierry l'an 534, et fut placé sur le trône par ses vassaux, malgré l'opposition de ses oncles. Il les aida pourtant dans leur seconde expédition en Bourgogne, et eut part au partage qu'ils firent de ce royaume. Il se joignit à Childebert en 537, contre Clotaire son oncle; mais cette guerre n'eut pas de suite. Théodebert secourut en 538, Vitiges roi des Ostrogoths, et entra lui-même l'année suivante en Italie d'où il revint chargé de dépouilles; mais la plus grande partie de son armée périt de maladie. Il mourut lui-même en 547, lorsqu'il se préparoit à faire la guerre à Justinien et à la porter jusqu'aux portes de Constantinople. Sa valeur, sa libéralité, sa prudence et sa clémence, lui méritèrent l'éloge de ses contemporains. Il eut assez d'ambition pour prendre le titre d'Auguste, qui lui est donné dans une de ses monnoies. Sa mort arriva à la chasse, par la chute d'une grosse branche d'arbre qu'un bœuf sauvage lui fit tomber sur la tête, et qui l'abattit de son cheval. Voyez DELTERIE.
II. THÉODEBERT II, roi d'Austrasie, monta sur le trône en 596, après la mort de son père Childebert, dont il partagea les états avec son frère Thierry, roi d'Orléans. Il régna d'abord sous la tutelle de Brunehaut, son aïeule; mais les grands d'Austrasie, lassés de la domination tyrannique de cette princesse, engagèrent son petit-fils à l'exiler en 599. Théodebert qui avoit joint ses forces à celles de son frère, défit successivement Clotaire et les Gascons. Brunehaut irritée contre lui, excita Thierry à lui déclarer la guerre. Ce prince le vainquit par deux fois, et le prit prisonnier. Théodebert fut envoyé à Châlons-sur-Saône, où la reine Brunehaut lui fit couper les cheveux, et le fit mourir peu après, l'an 612. On cite de lui une belle réponse qu'il fit à l'évêque Didier. Ce prélat ayant rapporté à Théodebert une somme considérable, que le prince avoit prêtée aux habitans de Verdun, il refusa de la prendre. Nous sommes trop heureux, dit-il au prélat: vous, de m'avoir procuré l'occasion de faire du bien; et moi, de ne l'avoir pas laissé échapper.
THÉODON, (Jean-Baptiste) sculpteur, membre de l'académie, mort à Paris en 1713, se distingua par ses ouvrages à Rome et en France. C'est lui qui commença le beau groupe d'Arrie et Pœlus qui se voit aux Tuileries, et qui fut fini par le Pautre. I. THÉODORA, (Flavia Maximiana) étoit fille d'un noble Syrien, et d'Eutropie, deuxième femme de Maximilien-Hercule. Cet empereur ayant fait César Constance-Chlore l'an 292, lui fit épouser Théodora; et son épouse Hélène, mère de Constantin, fut répudiée. Ses médailles la représentent avec une physionomie spirituelle. Sa vie fut P p 4 sans doute irréprochable, puisque le vertueux Constance-Chlore la rendit mère de plusieurs enfans.
II. THÉODORA, femme de l'empereur Justinien I, étoit fille d'un homme chargé du soin de nourrir les bêtes pour les spectacles. Sa mère sacrifia sa vertu pour de l'argent; et la jeune Théodora s'abandonna bientôt à tout le monde. Un certain Hécéhole de Tyr gouverneur de la Pentapole, l'entretint pendant quelque temps; mais il s'en dégoüta bientôt, et la chassa de chez lui. Elle alla à Alexandrie, revint à Constantinople, n'ayant pour subsister que ses prostitutions. Justinien en devint passionnément amoureux. Il en fit sa maîtresse, engagea l'empereur Justin à abroger la loi qui défendoit à un sénateur d'épouser une femme débauchée et l'épousa. Cette femme fut le fléau du genre humain, si l'on en croit Procope, qui en fait une peinture affreuse dans ses Anecdotes, après l'avoir louée dans son Histoire. Elle mourut vers l'an 565. Elle avoit eu un enfant d'un amant qui avoit précédé Justinien. On prétend que pour cacher sa naissance, elle le fit mourir.
III. THÉODORA DESPUNA, née à Eblisse dans la Paphlagonie, d'un tribun militaire nommé Murin, reçut de la nature une beauté parfaite et un génie supérieur, qui fut perfectionné par une excellente éducation. Euphrosine belle-mère de l'empereur Théophile, ayant fait assembler les plus belles filles de l'empire pour lui donner une épouse, Théodora eut la préférence sur toutes ses rivales. Elle embellit le trône par sa piété et ses vertus. Devenue veuve en 842, elle prit les rênes de l'empire durant la minorité de son fils Michel, et gouverna pendant 15 ans avec sagesse. Elle rétablit le culte des Images, conclut la paix avec les Bulgares, fit observer les lois et respecter son autorité; mais comme elle génoit les passions de Michel, ce fils ingrat, indisposé d'ailleurs contre sa mère par de vils courtisans, la fit enfermer en 857 dans le monastère de Gastrie, où elle acheva saintement ses jours. Les Grecs célèbrent sa fête le 11 février. En quittant l'empire, elle laissa dans le trésor public des sommes très-considérables qu'elle avoit économisées sans vexer ses sujets. Mais l'histoire lui reproche avec raison, le massacre d'environ cent mille Manichéens ou pendus, ou noyés, ou décapités. Elle vouloit les convertir; mais c'étoit s'y prendre d'une étrange manière. Ceux qui survécurent devinrent les plus cruels ennemis des Grecs et des Romains, et augmentèrent les maux de l'empire. [Voy. l'Hist. Ecclés. de Fleury, Liv. 48, n.º 25. Voy. DANDERI et BOGORIS.]
IV. THÉODORA, troisième fille de Constantin XI, fut chassée de la cour par son beau-frère Romain Argyre, qu'elle avoit voulu faire descendre du trône pour y placer Prusien son amant. Elle fut enfermée dans un couvent jusqu'à la fin du règne de Michel Calafate, en 1042. Elle fut alors proclamée impératrice avec sa sœur Zoé, qui épousa Constantin Monomaque. Après la mort de ce prince en 1054, Théodora gouverna en grand homme ; elle se fit craindre des ennemis de l'empire qu'elle maintint en paix, choisit des ministres habiles, fit fleurir le commerce et les arts et diminua les impôts. Une colique l'emporta en 1056, à 76 ans, après avoir régné environ 19 mois. En elle périt la famille de Basile le Macédonien, montée sur le trône en 867... Il y a encore eu plusieurs autres impératrices de ce nom. V. THÉODORA, dame Romaine, fille d'une autre Théodora, avec laquelle on l'a confondue, fut non moins célèbre par sa beauté et par son esprit, que par sa lubricité et par ses crimes. Elle étoit si puissante à Rome, vers l'an 908, qu'elle occupoit le château Saint-Ange, et faisoit élire les papes qu'elle vouloit. Jean un de ses amans, obtint par son moyen l'évêché de Cologne, l'archevêché de Ravenne, et enfin la papauté, sous le nom de Jean X. Elle étoit sœur de Marosie, qui ne lui céda ni en attraits, ni en débauches. I. THÉODORE, architecte de Samos, étoit fils de Rheus et frère de Téléclés. Il fit construire le superbe temple de Jumon à Samos. — On connoit Théodore de Phocée, qui écrivit un livre sur la grandeur du temple de Delphes, et un peintre du même nom, qui peignit la guerre de Troye dans plusieurs grands tableaux placés à Rome dans le portique de Philippe.
II. THÉODORE I, né à Jérusalem, succéda au pape Jean IV, le 24 novembre 642. Il condamna Pyrrhus et Paul, patriarches de Constantinople, qui étoient Monothélites, et mourut saintement le 13 mai 649. Sa douceur, sa charité et ses vertus laissèrent des regrets très-vifs. C'est le premier pape qu'on ait appelé Souverain Pontije, et le dernier que les évêques aient appelé Frère.
III. THÉODORE II, pape après Bonain en 898, mourut 20 jours après son élection. Il fit reporter solennellement dans la sépulture des papes, le corps de Formose, qui avoit été jeté dans le Tibre par ordre d'Etienne VI.
IV. THÉODORE DE CANTORBERY, moine de Tarse, fut envoyé l'an 668 en Angleterre pour remplir le trône épiscopal de l'église de Cantorbery. Il y rétablit la foi et la discipline ecclésiastique. Ce qui nous teste de son Pénitenciel et de ses autres Ouvrages, a été recueilli par Jacques Petit, et imprimé à Paris en 1677, en 2 vol. in-4°, avec de savantes Notes. Ce Recueil important mérite d'être lu par ceux qui aiment à chercher les traces de l'ancienne discipline. Théodore mourut en 690, à 88 ans, en odeur de sainteté, après avoir fondé des écoles pour instruire ses ouailles. V. THÉODORE DE MOPSUESTE, ainsi nommé parce qu'il étoit évêque de Mopsueste, ville de Cilicie, fut élevé et ordonné prêtre dans un monastère, et mourut l'an 428. On peut le regarder (dit l'abbé Racine) comme le premier auteur de l'hérésie qui distingua deux personnes en Jésus-Christ. Quand on étudie ses Ouvrages, on voit qu'il avoit dans l'esprit le prin- cipe qu'ont eu depuis les Soci-\nniens, « qu'il faut déférer tout\nau tribunal de la raison, et\nn'admettre que ce qu'elle approu-\nve.» *Théodore* avoit une grande\nréputation de science et de ver-\ntu, et passoit pour un des plus\nillustres docteurs de tout l'Orient.\nIl avoit écrit contre *S. Jérôme*,\npour défendre l'hérésie de *Pé-\nlage*. Le fameux *Julien* d'E-\nclane, un des sectateurs de cet\nHérésiarque, ayant été chassé de\nson siège, se réfugia chez lui, et\naugmenta le nombre de ses disci-\nples. *Théodore* cacha long-temps\nsa doctrine; mais lorsque le Nes-\ntorianisme éclata, elle étoit déjà\nrépandue dans bien des esprits.\nLes Nestoriens se servirent en\n531, après la tenue du concile\nd'Éphèse, des ouvrages de cet\nhérétique pour appuyer leurs\nerreurs. Dans le v$^{e}$ concile gé-\nnéral, tenu en 553, la personne\net les ouvrages de *Théodore de\nMopsueste* furent anathématisés.\nSes principaux ouvrages sont:\nI. Un *Commentaire sur les Psea-\nmes*, dans la *Chaîne* du Père\n*Corder*. II. Un *Commentaire*, en\nmanuscrit, sur les XII petits Pro-\nphètes. Ce Commentaire prouve\nque l'auteur étoit un Déiste.\nIII. Plusieurs fragments dans la\n*Bibliothèque de Phocius*.
VI. THÉODORE - STUDITE,\nfut ainsi nommé, parce qu'il fut\nabbé du monastère de Stude,\nfondé par *Studius*, consul Ro-\nmain, dans un des faubourgs de\nConstantinople. Il vit le jour en\n659, et embrassa la vie monastique\nà l'âge de 22 ans. La liberté avec\nlaquelle il blâqua l'empereur *Cons-\ntantin*, fils de *Léon IV* qui\navoit répudié l'impératrice *Marie*,\npour épouser *Théodora*, et le refus qu'il fit, sous *Léon l'Armé-\nnien*, *Michel le Bègue*, et les\nautres empereurs Iconoclastes,\nd'anathématiser les Images, lui\nattirèrent de violentes persécu-\ntions. Il répondit à *Léon V*, qui\nle pressoit d'embrasser ses erreurs:\n*Vous êtes chargé de l'Etat et de\nl'Armée, prenez-en-soin, et laissez\nles affaires de l'Eglise aux Pas-\nteurs et aux Théologiens*. A la\nmort de ce prince, il obtint sa\nliberté, après sept ans d'exil. Cet\nabbé, plein de zèle, finit sa car-\nrière dans l'île de Chalcide, le\n11 novembre 826, à 67 ans. Il\nnous reste de lui des *Sermons*,\ndes *Epitres* et d'autres ouvrages\npeu lus.
VII. THÉODORE le *Lecteur*,\nainsi appelé parce qu'il étoit lec-\nteur de la grande église de Cons-\ntantinople, avoit composé une\n*Histoire de l'Eglise* depuis la 20$^{e}$\nannée du règne de *Constantin le\nGrand*, jusqu'à la mort de ce\nprince. Cet ouvrage étoit divisé\nen 2 livres. Il l'avoit tiré des his-\ntoires de *Socrate*, de *Sozomene*,\net de *Théodore*. Il est en manus-\ncrit dans quelques bibliothèques,\net n'a pas encore été imprimé.\n*Théodore* avoit encore composé\nune autre *Histoire Ecclésiastique*,\ndepuis la fin du règne de *Théo-\ndore le Jeune*, jusqu'au commen-\ncement du règne de *Justin*. Nous\nn'avons que des extraits de cet\nouvrage. *Henri de Valois* nous\na donné tout ce qu'il a pu ra-\nmasser de *Théodore*, dans *Sui-\ndas*, *Théophane* et *Jean Damas-\ncène*.
VIII. THÉODORE, sur-\nnommé l'*Athée*, fut disciple d'A-\nristippe. Il adopta tous les prin-\ncipes de son maître, et enseigna 6c3 de plus qu'il n'y avoit point de Dieux. Les Cyrénéens l'exilèrent : il se réfugia à Athènes, où il auroit été conduit devant l'Aréopage et condamné, si Démétrius de Phalère n'eût trouvé le moyen de le sauver. Ptolomée fils de Lagus, le reçut chez lui, et l'envoya un jour en qualité d'ambassadeur vers Lysimaque. Le philosophe lui parla avec tant d'effronterie, que l'intendant de ce prince, qui se trouva présent, lui dit : Je crois, Théodore, que tu t'imagines qu'il n'y a pas de Bois non plus que de Dieux. On prétend que ce philosophe fut à la fin condamné à mort, et qu'on l'obligea de prendre du poison.
IX. THÉODORE, Voy. MUTCHITE... BRY... n° LASCARIS... GAZA... BALZAMON... THÉODORUS... SANTABARÈNE. X. THÉODORE, roi des Corses, Voyez NEUHOFF.
XI. THÉODORE DE BEZE, Voyez BEZE. I. THÉODORET, Martyr, Voyez IV. JULIEN.
II. THÉODORET, né en 386, fut disciple de Théodore de Mopsueste et de S. Jean-Chrysostome, après avoir été formé à la vertu dans un monastère. Elevé au sacerdoce, et malgré lui à l'évêché de Cyr, vers 420, il fit paroître dans sa maison, à sa table, dans ses habits et dans ses meubles, beaucoup de modestie : mais il étoit magnifique à l'égard de la ville de Cyr. Il y fit bâtir deux grands ponts, des bains publics, des fontaines et des aqueducs. Il travailla avec tant de zèle et de succès dans son diocèse, composé de 800 paroisses, dont un grand nombre étoient infectées de diverses hérésies, qu'il eut le bonheur de rendre orthodoxes tous ses diocésains. Son zèle ne se borna point à son Église ; il alla prêcher à Antioche et dans les villes voisines, où il fit admirer son éloquence et son savoir, et où il convertit des milliers d'hérétiques et de pécheurs. Sa réputation fut néanmoins obscurcie pendant quelque temps, par l'attachement qu'il eut pour Jean d'Antioche et pour Nestorius, en faveur duquel il écrivit contre les XII Anathèmes de S. Cyrille d'Alexandrie ; mais il effaça cette tache, en se réconciliant avec ce prélat, et en anathématisant l'Hérésiarque. Le malheur qu'il avoit eu de le favoriser, étoit bien excusable : séduit par l'extérieur mortifié des Nestoriens, il s'aveugloit sur le fond de leur doctrine, jusqu'à croire que le Concile d'Éphèse et S. Cyrille enseignoient l'unité de la nature en J. C. ; mais dès qu'il eut ouvert les yeux, il s'éleva avec force contre ces hypocrites. Il combattit les Eutychéens, résista aux menaces de l'empereur Théodose II, et se vit tranquillement déposer dans le faux synode d'Éphèse. Sa vertu triompha en 451, dans le Concile général de Calcédoine, où ses lumières et sa sagesse brillèrent également. Il termina saintement sa carrière, quelques années après ; il la finit comme il l'avoit commencée, dans la paix et dans la communion de l'Église. Ses bienfaits égalèrent ses vertus. « Depuis vingt-cinq ans que je suis évêque, je n'ai eu, dit-il, de procès avec personne, et j'en puis dire autant de mon clergé. Ni mes domesti- 604 THE ques, ni moi, n'avons reçu le moindre présent. J'ai donné des long-temps mon patrimoine aux pauvres, et je ne l'ai point remplacé. Je n'ai ni argent, ni maison, ni terres, pas même un tombeau. Le misérable habit qui me couvre est tout mon bien. Des revenus de mon évêché j'ai bâti des portiques et deux larges ponts, et réparé les bains publics. Je trouvai la ville sans eau, et les habitans étoient obligés d'en aller puiser dans la rivière; je leur ai fait construire un aqueduc qui en fournit abondamment. Je trouvai huit villages infectés de l'erreur des Marcionites, et deux autres remplis d'Ariens; je les ai tous convertis au péril de ma vie, ayant été plus d'une fois attaqué par les errans. » Sa politesse, son humilité, sa modération, sa charité, sont peintes dans tous ses Ecrits, qui sont en très-grand nombre. I. Une Histoire Ecclésiastique qui renferme des choses importantes qu'on ne trouve pas ailleurs, et plusieurs pièces originales. Elle commence où Eusèbe a fini la sienne, c'est-à-dire, à l'an 324 de J. C., et finit à l'an 429. Les savans y remarquent des fautes de chronologie. Son style est élevé, clair et net; mais il y emploie des métaphores un peu trop hardies. II. Un Commentaire, par demandes et par réponses, sur les VIII premiers Livres de la Bible. III. Un Commentaire sur tous les Pseumes. IV. L'Explication du Cantique des Cantiques. V. Des Commentaires sur Jérémie, sur Ezéchiel, sur Daniel, sur les XII petits Prophètes, et sur les Epîtres de S. Paul. Ce ne sont que des compilations, mais elles sont faites avec soin. L'auteur se compare aux femmes des Juifs, qui n'ayant point d'or ni de pierreries à donner à Dieu pour la construction du Tabernacle, ramassoient les poils, les laines et les lins que les autres avoient donnés, les filoient et les unissoient ensemble. VI. Cinq Livres des Fables des Hérétiques. VII. Dix Livres sur la Providence. VIII. Dix Discours sur la guérison des fausses opinions des Païens, sous le titre de Thérapeutique, traduits par le P. Mourgues, jésuite. IX. Un sur la Charité. X. Un sur S. Jean. XI. Quelques Ecrits contre S. Cyrille. XII. Des Sermons. On y trouve du choix dans les pensées, de la noblesse dans les expressions, de l'élégance et de la netteté dans le style, de la suite et de la force dans les raisonnemens. XIII. Les Vies des SS. Solitaires. XIV. Des Lettres, fort courtes pour la plupart; mais il y peint son caractère au naturel. Divers historiens lui ont reproché l'approbation qu'il donna à Abdas, évêque de Suze, lequel mit le feu à un temple des Ignicoles. Cette action n'étoit ni selon l'Évangile, ni selon la justice, ni selon la politique. Mais quel homme ne se laisse pas éblouir par de fausses lumières? La meilleure édition de ses Œuvres, est celle du P. Sirmond, en grec et en latin, 1642, 4 vol. in-fol., auxquels le P. Garnier, jésuite, a ajouté un cinquième en 1684, qui contient divers autres Traités aussi de Théodorot. Quoique ce Père de l'Église eût été lié avec les Nestoriens, il fut reconnu pour orthodoxe par le Concile de Calcédoine, et par le pape S. Lion. Le cinquième Concile général, en condamnant ses ouvrages contre S. Cyrille, ne toucha point à sa personne ; et S. Grégoire le Grand déclara depuis qu'il l'honoroit avec le Concile de Calcédoine.
THÉODORIC, premier roi des Goths en Italie, fils naturel de Théodomir, second roi des Ostrogoths, fut donné en otage, l'an 461, par Wétamir, frère et prédécesseur de Théodomir, à l'empereur Léon I. Il rendit de grands services à l'empereur Zénon, chassé de son trône par Basilisque. Ce prince lui fit élever une Statue équestre vis-à-vis du palais impérial, et l'honora du consulat en 484. Il l'envoya ensuite en Italie contre Odoucre, qu'il battit plusieurs fois, et avec lequel il fit la paix en 493. Quelque temps après, ayant fait mourir ce prince sous divers prétextes, il se vit maître de toute l'Italie. Pour s'affermir dans ses nouveaux états, il épousa en 509 une sœur de Clovis, roi de France, sur lequel il avoit eu des avantages, contracta d'autres puissantes alliances, et fit la paix avec l'empereur Anastase, et avec les Vandales d'Afrique. Théodoric, tranquille après de violentes secousses, ne pensa plus qu'à policer son royaume. Il prit pour secrétaire d'état le célèbre Cassiodore qui remplit parfaitement ses vues. Quoique ce prince fût Arien, il protégea les Catholiques. Il ne vouloit pas même qu'ils se fissent Ariens pour lui plaire, et il fit couper la tête à un de ses officiers favoris, parce qu'il avoit embrassé l'Arianisme, en lui disant ces paroles remarquables : Si tu n'as pas gardé la foi à Dieu, comment pourrass-tu me la garder à moi qui ne suis qu'un homme ? Sa droiture le fit choi- sir par les Orthodoxes, pour juge dans une cause purement ecclésiastique. Comme il étoit souverain de Rome, il devint l'arbitre de l'élection des papes. Après la mort du pape Anastase, en 498, Laurent et Symmaque se disputèrent le trône pontifical ; on s'en remit à la décision de Théodoric, qui jugea en faveur de Symmaque. Rome lui fut redevable de plusieurs édifices, et de la réparation de ses murailles. Il embellit Pavie et Ravenne. Il ajouta 150 Lois nouvelles aux anciennes. Il régla l'asile des Lieux saints, et la succession des Clercs qui meurent sans tester. Enfin, il fut pendant 37 ans le père des Italiens et des Goths ; bienfaiteur impartial des uns et des autres, et également cher aux deux nations. Il fit fleurir le commerce dans ses états. La police s'y faisoit avec tant d'exactitude, qu'à la campagne on pouvoit garder son or comme dans les villes où il y a le plus d'ordre. Il protégea et cultiva les lettres. Les états qu'il s'étoit formés, étoient très vastes. Sa domination s'étendoit sur l'Italie, la Sicile, la Dalmatie, la Norique, la Pannonie, les deux Rhéties, la Provence, le Languedoc, et une partie de l'Espagne. Sa gloire ne se soutint pas jusqu'à la fin. L'âge, les infirmités le rendirent jaloux, avare, inquiet et soupçonneux. Les adulateurs profitèrent de ces dispositions pour perdre les deux plus respectables sujets qu'il y eût dans la République, Symmaque et Boëce son gendre. Ils périrent tous les deux par le dernier supplice. Théodoric ne survécut pas long-temps à ce double homicide. Un jour qu'on lui servit à table une tête de poisson, il s'ima- gina que c'étoit celle de *Symma-* que qui le menaçoit; et se levant saisi de frayeur, il se mit au lit, et rendit l'ame le 30 août de l'an 526, déchiré par des remords que personne ne put calmer. C'est du moins ce que rapporte *Pro-* cope.
II. THÉODORIC, *Voyez* THIERRY, n° IV.
THÉODORUS - PRODRO- MUS, auteur Grec, et connu par le Roman des *Amours de Rhodante* et *Douiles*, imprimé en grec et en latin, Paris, 1625, in 8°, et traduit en françois par *Beau-* champs, 1746, in 12. On ne sait en quel temps il florissoit. I. THÉODOSE LE GRAND, (*Flavius Theodosius Magnus*) em- pereur, étoit né en 346 à Cauca, ville de la Galice en Espagne. Son père étoit le fameux comte *Théodose*, qui avoit fait de si grands exploits sous *Valenti-* nien I, qui fut décapité à Car- thage en 376, par ordre de *Va-* lens, [ *Voyez ce mot.* ] prince crédule et barbare. Ce grand homme avoit illustré le nom de *Théodose*. Son fils se retira dans sa patrie pour pleurer son père; mais *Gratien*, qui connoissoit son mérite, l'appela à la cour et l'associa à l'empire en 379. Il lui donna en partage la Thrace, et toutes les provinces que *Valenti-* nien avoit possédées dans l'Orient. Peu de jours après son élection, *Théodose* marcha vers la Thrace, et ayant formé un corps de trou- pes, il tomba sur le camp des Goths, leur enleva leurs femmes et leurs enfans avec 4000 cha- riots qui servoient pour les con- duire. Les Barbares furent ef- frayés par cette défaite. Les Alains et d'autres Goths qui rava- geoient les provinces voisines, lui envoyèrent faire des propositions de paix, et acceptèrent toutes les conditions qu'il leur imposa. (*Voy*, AMPHILOQUE, et I. ARSENE.) L'année d'après en 380, *Théo-* dose, malade à Thessalonique, se fit baptiser par *Ascale* évêque de cette ville. Pour consacrer son entrée dans le Christianisme, il ordonna à tous ses sujets, par une loi du 28 février, de recon- noître le *Père*, le *Fils*, et le *Sacrit-Esprit*, comme un seul Dieu en trois personnes. A cette loi contre l'erreur, il en joignit d'autres pour le maintien de la police. L'une défendoit aux juges de connoître d'aucune action cri- minelle durant les 40 jours du Carême. Une autre ordonnoit de très-grandes peines contre les femmes qui contractoient de se- condes noces pendant le deuil de leur premier mari, qui étoit de dix mois. Par une loi plus sage, il ordonna qu'on délivrait les prisonniers à Pâques. Ce fut en portant cette ordonnance qu'il dit ces paroles mémorables: *Plut* à *Dieu qu'il fût en mon pouvoir* de ressusciter les *Moris*! Il cou- ronna tous ces réglemens salutai- res par des Edits sévères contre les délateurs convaincus de men- songe. *Athalaric* roi des Goths, se réfugia vers ce temps auprès de *Théodose*, qui le traita en roi, et qui lui fit après sa mort des fu- nérailles magnifiques: cette géné- rosité n'empêcha pas que plusieurs Barbares ne fissent des irruptions dans la Thrace. *Théodose* marche contre eux, leur livre bataille au mois d'août 381, les défait et les force à repasser le Danube. Son nom pénétra dans les pays étran- gers. *Super III* roi de Perse, lui envoya des ambassadeurs, pour lui demander à faire alliance ensemble. Ces deux princes firent un traité de paix qui dura longtemps. L'an 385 fut célèbre par une conjuration formée contre lui. Il défendit de citer en justice ceux qui sans être complices, en avoient été instruits, et ne l'avoient pas découverte. Il laissa condamner les conjurés, et leur envoya leur grace lorsqu'on les conduisoit au supplice. Ils furent redevables de la vie à *Ste. Flaccille* sa femme, à qui la religion inspira ce que la politique avoit inspiré à *Livie*, femme d'*Auguste*, à l'égard de *Cinna*. La clémence de *Théodose* se démentit dans une occasion plus importante. Il y eut, en 390, une sédition à Thessalonique, capitale de la Macédoine. *Botherie* gouverneur de l'Illyrie, avoit fait mettre en prison un cocher accusé du crime infâme de pédérastie. Lorsqu'on donna dans cette ville des spectacles, en réjouissance des victoires de *Théodose*, le peuple demanda qu'on mit ce cocher en liberté; et sur le refus du gouverneur, on prit les armes et l'on tua plusieurs officiers de la garnison. *Botherie* vint en personne pour appuyer ce tumulte; mais il fut lui-même massacré. *Théodose* à cette nouvelle, n'écouta que sa colère, et fit passer tous les habitans au fil de l'épée. On peut voir dans l'article de *S. AMBROISE*, comment cet illustre prélat lui fit expier cette horreur, d'autant plus révoltante dans *Théodose*, qu'il avoit pardonné à la ville d'Antioche, coupable du même crime. Cependant *Maxime* qui avoit tué *Grotien*, et qui s'étoit fait déclarer empereur, pressoit le jeune *Valentinien*. *Théodose* fit la guerre à ce tyran, le délit en deux batailles, dans la Hongrie et en Italie; et l'ayant poursuivi jusqu'à Aquilée, il contraignit les soldats de le lui remettre. On l'amena dans le camp de *Théodose*, qui vouloit lui pardonner; mais les soldats le jugeant indigne de sa clémence, le tuèrent hors de sa tente, et lui coupèrent la tête. C'est ainsi que finit cette guerre, deux ans avant la cruelle scène de Thessalonique, et que *Théodose* ayant pacifié l'Occident pour *Valentinien*, s'assura la possession de l'Orient pour lui et pour ses enfans. L'année suivante 389, il vint à Rome pour y recevoir les honneurs du triomphe, et y fit abattre les restes de l'idolâtrie. Après ce triomphe, *Théodose* retourna à Constantinople, et défit une troupe de Barbares qui pilloient la Macédoine et la Thrace. *Arbogaste* Gaulois d'origine, dépouilla l'empereur *Valentinien* de son autorité, et lui donna la mort. Pour éviter la peine due à son crime, il choisit *Eugène* homme de la lie du peuple, qui avoit enseigné la grammaire, et le fit déclarer empereur, à condition qu'il permettrait l'idolâtrie. *Théodose* se prépara à lui faire la guerre; et après avoir été battu, il a dit l'usurpateur le 6 septembre, à Aquilée, l'an 394. *Eugène* eut la tête tranchée, et *Arbogaste* se tua lui-même. On faisoit de grands préparatifs à Constantinople pour recevoir *Théodose* en triomphe; il tomba malade à Milan, et y mourut d'hydropisie, le 17 janvier 395. Il étoit âgé de 50 ans, et en avoit régné 16. Son corps fut porté à Constantinople où *Arcade* son fils le fit mettre dans le mausolée de *Constantin*. *Théodose* doit être mis au nombre des rois G.8 THE qui font honneur à l'humanité. S'il eut des passions violentes, il les réprima par de violens efforts. La colère et la vengeance furent ses premiers mouvemens, mais la réflexion le ramenoit à la douceur. On connoit cette Loi si digne d'un prince Chrétien, portée en 395 au sujet de ceux qui attaquent la réputation de leur monarque : Si quelqu'un, dit-il, s'échappe jusqu'à dissiper notre nom, notre gouvernement et notre conduite, nous ne voulons point qu'il soit sujet à la peine ordinaire portée par les lois, ou que nos officiers lui fassent souffrir aucun traitement rigoureux : car si c'est par légèreté qu'il ait mal porté de nous, il faut le mépriser ; si c'est par une aveugle folie, il est digne de compassion ; et si c'est par malice, il faut lui pardonner. Plusieurs écrivains l'ont comparé à Trajan dont il descendoit, et à qui il ressembloit par la figure et par le caractère : l'un et l'autre étoient bienfaisans, magnifiques, justes, humains. Tel Théodose avoit été à l'égard de ses amis, dans l'état de simple particulier, tel il fut envers tout le monde, après être monté sur le trône. Sa règle étoit d'en agir avec ses sujets, comme il avoit autrefois souhaité d'être traité lui-même par l'Empereur. Il n'avoit rien de la fierté qu'inspire le sceptre. S'il accordoit quelque préférence honorable, c'étoit aux savans et aux gens de lettres. Jamais le peuple ne fut moins chargé d'impôts que sous son règne. Il appeloit une heure perdue, celle où il n'avoit pu faire du bien. Il savoit parler à chacun selon son rang, sa qualité, sa profession ; ses discours avoient en même temps de la grace et de la dignité. Il pratiquoit les exercices du corps, sans se livrer trop au plaisir, et sans se fatiguer : il aimoit sur tout la promenade ; mais le travail des affaires précédoit toujours le délassement. Il n'employoit d'autre régime pour conserver sa santé, qu'une vie sobre et frugale : ce qui ne l'empêchoit pas de donner dans l'occasion des repas où l'élégance et la gaieté brilloient plus que la dépense. Il diminua dès le commencement celle de sa table, et son exemple tint lieu de loi somptuaire ; mais il conserva toujours dans le service de sa maison, cet air de grandeur qui convient à un puissant prince. Les libéralités qu'il fit aux habitans de Constantinople, y attirèrent un si grand nombre de citoyens, qu'on délibéra sur la fin de son règne, si l'on ne feroit point une seconde enceinte, quoique dix ans auparavant les maisons n'occupassent qu'une très-petite partie de la ville, le reste n'étant que des jardins ou des terres labourables. C'est le dernier prince qui ait possédé l'empire romain en entier. Il laissa trois enfans : Arcade, Honorius et Pulchérie. Arcade fut empereur d'Orient, et Honorius d'Occident. — L'Editeur du Dictionnaire de Ladvocat, fait naître Théodose vers l'an 336, et lui donne 60 ans de vie. M. Beauvais dans son Histoire abrégée des Empereurs, place la naissance de Théodose en 346, et le fait mourir âgé de 50 ans. Nous avons cru devoir donner la préférence à cet auteur, qui est très-instruit, et qui a suivi en cela les meilleurs historiens.
II. THÉODOSE II. le Jeune, petit-fils du précédent, né le 11 avril 401, succéda à Arcade son père, père, le 1er mai 408. Ste. Pulchérie sa sœur, gouverna sous son nom. C'est elle qui lui fit épouser Athénaïs, fille du philosophe Léonce, laquelle reçut au baptême le nom d'Eudoxie. Théodose placé sur le trône, ne prit presque aucune part aux événements de son règne. Les Perses armèrent contre lui en 421; il leva des troupes pour s'opposer à leurs conquêtes. Les deux armées qui se cherchoient l'une l'autre, furent toutes les deux saisies de crainte lorsqu'elles s'approchèrent, et fuirent chacune de leur côté. Les Perses se précipitèrent dans l'Euphrate, où il en périt près de cent mille. Les Romains abandonnèrent le siège de Nisibe, brûlèrent leurs machines et rentrèrent dans les terres de l'empire. Il envoya ensuite une armée en Afrique contre Genseric, roi des Vandales, qui fut encore plus malheureuse. Il fut obligé de la rappeler, pour l'opposer aux Huns qui ravageaient la Thrace sous la conduite d'Attila. Ses troupes n'ayant pu arrêter les courses de ces Barbares, ce ne fut qu'à force d'argent qu'il les fit retirer. Théodose II se rendit méprisable par la confiance qu'il donna à ses cunuques. Sa foiblesse alloit jusqu'à signer ce qu'on lui présentoit, sans prendre même la peine de le lire. La vertueuse Pulchérie sa sœur, l'avoit corrigé de plusieurs défauts; elle le corrigera encore de celui-là. Un jour elle lui présenta un acte à signer, par lequel « il abandonnoit l'impératrice sa femme, pour être esclave. » Il le signa sans le lire; et lorsque Pulchérie lui eut fait connoître ce que c'étoit, il en eut une telle confusion, qu'il ne retomba jamais dans la même faute. Ce prince, particulier estimable, mais monarque méprisé, avoit d'abord favorisé les Nestoriens et les Eutychéens; il les condamna sur la fin de sa vie. Il mourut le 28 juillet 450, à 49 ans, ne laissant que Licinia Eudoxia, femme de Valentinien III. Théodose II avoit de la douceur, et du goût pour les arts. C'est lui qui publia, le 15 janvier 438, le Code dit Théodosien de son nom, imprimé à Lyon en 1665, 6 tom. in-fol.; c'est un recueil de lois choisies entre celles que les empereurs légitimes avoient faites. Après la mort de ce prince, Pulchérie fit élire Marvien.
III. THÉODOSE III, surnommé l'Adramitain, fut mis malgré lui sur le trône d'Orient l'an 716. Il étoit receveur des impôts de la ville d'Adamite en Natolie, sa patrie, lorque l'armée d'Anastase II s'étant révoltée, le proclama empereur. Il fut couronné par le patriarche de Constantinople. Mais n'ayant ni assez de fermeté, ni assez de génie pour tenir le sceptre impérial dans des temps difficiles, il le céda à Léon l'Isaurien, vers le mois de mars 717, et se retira dans un monastère d'Éphèse; il y mourut saintement. Son caractère modéré, et la noblesse de ses sentimens, en auroient fait un particulier estimable; mais il falloit un héros, pour repousser les barbares qui inoudoient l'empire.
THÉODOSE, moine factieux, Voyez EUTYCHÉS, vers la fin.
THÉODOSE, Voyez MAUROLICO, et GERASIME. I. THÉODOTE le Valentinien, n'est connu que par ses Églogues, que le Père Combéfis nous a données d'après le manuscrit 610 THE de la Bibliothèque des Pères. Ces Eglogues ne contiennent qu'une application de l'Écriture au système de Valentin. Théodote prétend y prouver les différens points de la doctrine de Valentin par quelques passages de l'Écriture. Cet ouvrage a été commenté par le Père Combéfis, et se trouve dans la Bibliothèque Grecque de Fabricius.
II. THÉODOTE de BYZANCE, surnommé le Corroyeur, du nom de sa profession. Pendant la persécution qui s'éleva sous Marc-Aurèle, Théodote fut arrêté avec beaucoup de Chrétiens qui confessèrent J. C., et méritèrent la couronne du martyre. Ce misérable renonça à son Dieu : les Fidelles lui firent tous les reproches que méritait son crime ; et pour s'excuser, il voulut prouver que Jesus-Christ n'étoit qu'un homme. Sa doctrine souleva tout le monde, et Théodote fut excommunié par le pape Victor ; il trouva cependant des disciples, qu'on nomma Théodotions, et Alogiens. Ils prétendoient que la doctrine de leur maître, soit été enseignée par les Apôtres, jusqu'au pontificat de Zéphirin, qui avoit corrompu la doctrine de l'Église, en faisant un dogme de la divinité de J. C.
III. THÉODOTE le Banquier, tira ce nom de la profession qu'il exerçoit. Il fut l'auteur de la secte des Melchisédiciens, qui prétendoient que J. C., dont ils nioient la divinité, étoit inférieur à Melchisedech. « Voyant (dit M. Plaquet) qu'on appliquoit à J. C. ces paroles du Pseaume : Vous êtes Prêtre selon l'ordre de Melchisedech ; il crut voir dans ce texte une raison péremptoire contre la divinité de J. C. : et tout l'effort de son esprit se tourna du côté des preuves qui pouvoient établir que Melchisedech étoit supérieur à JESUS-CHRIST. Ce point devint le principe fondamental du sentiment de Théodote le Banquier et de ses disciples. On rechercha tous les endroits de l'Écriture qui parloient de Melchisedech. On trouva que Moïse le représentoit comme le prêtre du Très-Haut ; qu'il avoit béni Abraham ; que S. Paul assuroit que Melchisedech étoit sans père, sans mère, sans généalogie, sans commencement de jours, et sans fin de vie, sacrificateur pour toujours. Théodote et ses disciples conclurent de-là que Melchisedech n'étoit point un homme comme les autres hommes, et qu'il étoit supérieur à J. C. qui avoit commencé et qui étoit mort ; enfin, que Melchisedech étoit le premier pontife du sacerdoce éternel, par lequel nous avions accès auprès de Dieu, et qu'il devoit être l'objet du culte des hommes. Les disciples de Théodote firent donc leurs oblations et leurs prières au nom de Melchisedech, qu'ils regardoient comme le vrai médiateur entre Dieu et les hommes, et qui devoit nous bénir comme il avoit béni Abraham. Hicrax, sur la fin du IIIe siècle, adopta en partie l'erreur de Théodote, et prétendit que Melchisedech étoit le Saint-Esprit. » Mais toutes ces rêveries tombèrent peu à peu dans l'abyme de l'oubli.
IV. THÉODOTE, Voy. PROLOMÉE, n° IV.
THÉODOTIENS, Voy. les articles précédens.
THÉODOTION, natif d'Éphèse, fut disciple de Tatum, puis sectateur de Marcion. Il passa ensuite dans les synagogues des Juifs où il fut reçu, à condition qu'il traduiroit l'Ancien Testament en grec. Il remplit sa promesse l'an 185, sous le règne de Commode. Il ne nous reste de lui que des fragmens de cette Version. Elle étoit moins fidelle que celle des Septante et d'Aquila, qui avoient été faites auparavant; et l'auteur s'étoit permis d'ajouter ou de retrancher des passages entiers.
THÉODULPHE, étoit originaire de la Gaule Cisalpine. Charlemagne qui l'avoit amené d'Italie, à cause de son savoir et de son esprit, lui donna l'abbaye de Fleuri, puis l'évêché d'Orléans, vers l'an 793. Ce prince le choisit pour signer son testament en 811. Louis le Débonnaire hérita de l'estime que son père avoit pour lui. Mais Théodulphe ayant été accusé d'avoir eu part à la conjuration de Bernard, roi d'Italie, fut mis en prison à Angers. Il protesta toute sa vie qu'il étoit innocent; et peut-être l'imputation qu'on lui fit, ne fut-elle qu'une trame de l'envie et de la méchanceté. C'est là qu'il composa l'Hymne Gloria, laus et honor, dont on chante le commencement au jour des Rameaux. On prétend que l'ayant chantée d'une fenêtre de la prison, dans le temps que l'empereur passoit, ce prince fut si charmé de cette pièce (dont le mérite est pourtant très-médiocre), qu'il lui rendit la liberté. Il en jouit fort peu de temps. On croit qu'il mourut en 821, en retournant à son Eglise. C'étoit, dit le P. Longueval, un pasteur vigilant et laborieux, et un des plus beaux-esprits de son temps. Il ne lui manqua pour être un écrivain poli, que d'être né dans un siècle moins barbare. On a de lui un Traité du Baptême; un autre du Saint-Esprit; deux Capitulaires adressés à ses curés, qu'on peut regarder comme des monumens de la discipline de son temps. Il avoit été envoyé commissaire par Charlemagne, dans les provinces voisines du Rhône, pour y administrer la justice. Dans tous les lieux où il arrivoit, on lui offroit des présens considérables. Il fut si choqué de cet usage, qu'il fit un Poème de près de mille vers, pour exhorter les juges à refuser des dons qui pouvoient corrompre leur équité. Cet ouvrage est plus estimable par son objet que par l'élégance de la poésie. Le Père Sirmond, jésuite, publia en 1646, in-8°, une bonne édition de ses Œuvres.
THEOGNIS, poète Grec, natif de Mégare, florissoit 544 ans avant J. C. Nous n'avons de lui que des Fragmens. Leipsig, 1576, in-8°; et dans le Corpus Poëtariu Graecorum, à Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in fol.
THEOLON, (IV) peintre paysagiste, membre de l'académie, naquit à Aigues-mortes en 1739, et mourut à Paris en 1781. I. THEON, sophiste Grec, est avantageusement connu dans le monde littéraire, par un Traité de Rhétorique, intitulé Progymnasmata, écrit avec goût et avec élégance. Les meilleures éditions de ce livre sont celles d'Upsal, 1670, in-8°; et de Leyde, 1726, in-8°, en grec et en latin.
II. THEON d'ALEXANDRIE philosophe et mathématicien du Q 9 2 temps de *Théodose le Grand*, fut père de la savante *Hypacie*. On a de lui: I. Des Commentaires sur *Eucide*, en grec, Bale 1533, infol.; en latin, 1546. II. Sur *Aratus*, Oxford, 1672, in-4°. — Il ne faut pas le confondre avec *Théon* de Smyrne, auteur de l'*Expositio eorum que in Mathematicis ad Platonis lectionem utilia sunt*, par *Ionaëlem Burialdam*, Paris, 1644, in-4°, en grec et en latin. I. THÉOPHANE, (Mith.) fille que *Neptune* épousa, et qu'il métamorphosa en brebis. Elle fut mère du fameux bélier de la *Toison d'or*.
II. THÉOPHANE, poète et historien, né à *Mitylène*, s'attacha à *Pompée*, dont il écrivit les exploits, et qui lui donna le droit de bourgeoisie romaine, et rétablit les Lesbiens dans leurs privilèges. Après la mort de ce général, il devint le flatteur de *César*, en faveur duquel il avoit, dit-on, trahi secrètement *Pompée* son bienfaiteur.
III. THÉOPHANE, (George) d'une des plus nobles et des plus riches maisons de Constantinople, fut marié très-jeune, et vécut en continence avec sa femme. Il embrassa ensuite l'état monastique, et se fit un nom respectable par ses vertus. S'étant trouvé en 787 au VII$^{e}$ concile général, il reçut des Pères de cette assemblée, les honneurs les plus distingués. L'empereur *Léon l'Arménien* l'exila dans l'île de Samothrace, où il mourut en 818. On a de lui une *Chronique* qui commence où finit celle de *Synovèle*, et qui va jusqu'au règne de *Michel Caropalate*. Elle fut imprimée au Louvre en 1655, infol., en grec et en latin, avec celle de *Léon le Grammairien*, *cum Notis*. On y trouve des choses utiles, mais on y rencontre souvent les traces d'un esprit crédule et d'un critique sans jugement. — Il ne faut pas le confondre avec THÉOPHANE *Cerameus*, c'est-à-dire le *Polier*, évêque de Tauromine en Sicile, dans le XI$^{e}$ siècle. On a de lui des *Homélies*, imprimées en grec et en latin, à Paris, en 1644.
IV. THÉOPHANE PROCOPOWICH, archevêque de Novogorod né à Kiow en 1681, mort en 1736, a écrit la *Vie de Pierre la Grand*, qui l'avoit placé à la tête du Synode établi après la suppression de la dignité patriarchale.
THÉOPHANIE ou THÉOPHANON, fille d'un cabaretier, parvint par ses intrigues et son adresse à se faire donner la couronne impériale. *Romain le Jeune*, empereur d'Orient, l'épousa en 959. Après la mort de ce prince, en 963, elle fut déclarée régente de l'empire; et malgré ce titre, elle donna la main à *Nicéphore Phocas*, qu'elle plaga sur le trône, après en avoir fait descendre *Etienne* son fils aîné. Lasse bientôt de son nouvel époux, elle le fit assassiner par *Jean Ziniscès*, en décembre 969. (*Voy. JEAN I*, n° XLIX.) Le meurtrier ayant été reconnu empereur, exila *Théophanie* dans l'île de Proté, où il la laissa languir pendant le cours de son règne. Ce prince étant mort en 975, l'impératrice fut rappelée à Constantinople par ses fils *Basile* et *Constantin*, qui lui donnèrent beaucoup de part au gouvernement. On ignore l'année de sa mort; mais on sait qu'elle étoit d'un esprit ferme, et que son cœur étoit capable de tous les crimes.
THÉOPHILACTE, Voyez THÉOPHYLACTE, et II. MICHEL à la fin. I. THÉOPHILE, VIe évêque d'Antioche, fut élevé sur ce siège l'an 176 de J. C. Il écrivit contre Marcion et contre Hermogène, et gouverna sagement son Église jusque vers l'an 186. Il nous reste de lui III Livres en grec, adressés à Autolycus, contre les calomniateurs de la religion chrétienne. C'est dans cet ouvrage qu'on trouve pour la première fois le mot de Trinité. Il a été imprimé en grec et en latin, avec les Œuvres de S. Justin, 1642, in-fol. L'auteur s'attache à y montrer la vérité du Christianisme et l'absurdité de l'idolâtrie.
II. THÉOPHILE, fameux patriarche d'Alexandrie après Timothée, l'an 285, acheva de ruiner les restes de l'idolâtrie en Égypte, en faisant abattre le temple et les idoles des faux Dieux. Il pacifia les différens survenus entre Évagre et Flavien, tous deux ordonnés évêques d'Antioche. Mais l'ambition ternit toutes ses vertus. Meilleur politique que bon évêque, il se déclara ouvertement contre saint Jean-Chrysostome, le fit déposer dans le concile du Chêne, et refusa de mettre son nom dans les diptyques. Ce prélat intrigant mourut en 412. On prétend qu'étant près d'expirer, et faisant attention à la longue pénitence de saint Arsène, il s'écria : Que vous êtes heureux, Arsène, d'avoir toujours eu cette heure devant les yeux ! Il nous reste de lui quelques Écrits, dont on ne fait pas beaucoup de cas. On les trouve dans la Bibliothèque des Pères.
III. THÉOPHILE, empereur d'Orient, monta sur le trône en octobre 829, après son père Michel le Bègue, qui l'avoit déjà associé à l'empire, et lui avoit inspiré son horreur pour les saintes Images. Cette longue et funeste dispute divisoit toujours l'empire; Théophile eut la foiblesse de s'en mêler, et la cruauté de persécuter ceux qui ne pensoient pas comme lui. Il commença son règne par le châtiment des assassins de Léon l'Arménien; il songea ensuite sérieusement à repousser les Sarrasins. Il leur livra cinq fois bataille, et fut presque toujours malheureux. Le chagrin que lui causa la perte de la dernière, le toucha si vivement, qu'il en mourut de douleur en janvier 842. On a dit beaucoup de bien et beaucoup de mal de ce prince. Suivant les uns, il étoit bon politique et aimoit la justice; suivant d'autres, il n'avoit que des vertus feintes et des vices réels; ils le peignent colère, emporté, vindicatif, soupçonneux. Les Catholiques l'ont accusé d'impiété. Si l'on en croit quelques historiens, il rejetoit non-seulement le culte des Images, mais encore la Divinité de Jesus - Christ, l'existence des Démons, et la Résurrection des corps. Il est probable que s'il avoit pensé ainsi, il auroit pris avec moins de chaleur la dispute des Iconoclastes, pour laquelle il ne craignit point de répandre le sang des Catholiques. Michel son fils lui succéda, sous la tutelle de l'impératrice Théodora Despuna, qui rétablit l'honneur des Images. Voyez THÉOPHOBE... III. THÉODORA... et DANDERI.
IV. THÉOPHILE, surnommé VIAUD, poète François, naquit vers l'an 1590, à Clérac dans Q q 5 614 THE l'Agénois, d'un avocat, et non pas d'un cabaretier, comme dit le déclamateur *Garasse*. Il avoit l'imagination de son pays, et étoit d'une société agréable. Ayant quitté de bonne heure la province pour la capitale, il y plut par ses saillies et ses impromptu, parmi lesquels on cite celui-ci adressé à un homme qui lui disoit que tous les poètes étoient fous : *Cui, je l'avoue avec vous Que tous les Poètes sont fous ; Mais sachant ce que vous êtes, Tous les fous ne sont pas poètes.* On a encore cité cet *Impromptu* à une dame qui vouloit être comparée au soleil : *Que me veut donc cette importune ? Que je la compare au soleil. Il est commun, elle est commune : Vil à ce qu'ils ont de pareil.* *Théophile* auroit pu être heureux, s'il s'étoit borné à ces saillies de société. Mais sa conduite et ses écrits trop libres lui attirèrent bien des chagrins. Il fut obligé de passer en Angleterre en 1619. Ses amis lui ayant obtenu son rappel, il abjura le calvinisme. Sa conversion ne changea ni ses mœurs peu réglées, ni son esprit porté au libertinage. Le *Parnasse Satirique*, recueil sali par une lubricité dégoûtante et par une impiété effrénée, ayant paru en 1622, on l'attribua généralement à *Théophile*. L'ouvrage fut flétri, l'auteur déclaré criminel de lèse-majesté divine, et condamné à être brûlé ; ce qui fut exécuté en effigie. On le poursuivit vivement ; il fut arrêté au Catelet en Picardie, ramené à Paris, et renfermé dans le même cachot où *Ravaillia* avoit été mis. Son affaire fut examinée de nouveau, et sur les protestations réitérées de son innocence, le parlement se contenta de le condamner à un bannissement. Ce poète mourut à Paris, en 1626, à 36 ans, dans l'hôtel du duc de *Montmorency* qui lui avoit donné un asile. La veille de sa mort, *Boissat* son ami étant allé le voir, *Théophile* lui témoigna une grande envie de manger des anchois, et le pria instamment de lui en envoyer. Mais *Boissat*, persuadé que ce mets étoit fort contraire à un malade, refusa de le satisfaire. Il se repentit depuis de ne s'être pas prêté aux derniers désirs d'un ami, parce que la nature demande quelquefois des choses qui, toutes mal - saines qu'elles - paroissent, peuvent être salutaires par la disposition particulière où l'on se trouve. « On ne peut pas nier (dit *Nicéron*) que *Théophile* n'ait été déréglé dans ses mœurs, libre dans ses discours, et cynique dans ses vers ; mais il est difficile de se persuader qu'il ait été aussi coupable que bien des gens se l'imaginent, et que le Père *Garasse* le représente dans sa *Doctrine curieuse*, sur tout lorsqu'on a lu ses Apologies. Car, quoiqu'il soit à présumer qu'il y a altéré la vérité en bien des choses, il n'est pas cependant croyable qu'il n'y ait rien de vrai, et que tous les faits qu'il y rapporte, soient absolument faux. » [ *Voyez RACAN.* ] Les vers de *Théophile* sont pleins d'irrégularités et de négligences ; mais on y remarque quelque génie et de l'imagination. Il est un des premiers auteurs qui aient donné des ouvrages mêlés de prose et de vers. On a de lui un Recueil de *Poésies*, qui consistent en *Élégies*, *Odes*, *Sonnets*, etc. ; un *Traité de l'Im-* mortalité de l'Ame, en vers et en prose; Pyrame et Thisbé, tragédie; Socrate mourant, tragédie; Pasiphaé, tragédie, 1618, très-médiocres; trois Apologies; des Lettres, Paris, 1662, in-12; ses Nouvelles Œuvres, Paris, 1642, in-8°, etc.
THÉOPHILE RAYNAUD, Voy. I. RAYNAUD.
THÉOPHOBE, général des armées de Théophile, empereur d'Orient, étoit né à Constantinople, d'un ambassadeur Persan, du sang royal. Pour se l'attacher plus étroitement, Théophile lui fit épouser sa sœur. Théophobe rendit à son beau-frère des services importants. Son courage et sa bonté lui gagnèrent les troupes, qui furent quelquefois victorieuses sous lui. Les Perses qui étoient à la solde de l'empire, le proclamèrent deux fois empereur; mais Théophobe refusa le diadème. Théophile craignant qu'il ne l'acceptât enfin, et qu'il n'enlevât le trône à son fils, le fit arrêter; et se voyant près d'expirer, il lui fit trancher la tête, quoiqu'il fût innocent du crime des soldats. On dit que l'empereur mourant, s'étant fait apporter sur le lit cette tête, fit un dernier effort pour la prendre par les cheveux. Puis la regardant avec fureur: Hé bien, dit-il, je ne serai plus Théophile; mais toi-même tu ne seras plus Théophobe!... C'est ainsi que périt, en 842, un général digne d'un meilleur sort.
THÉOPHRASTE, philosophe Grec, natif d'Erèse, ville de Lesbos, étoit fils d'un foulon. Platon fut son premier maître. De cette école il passa dans celle d'Aristote, où il se dis- tingua singulièrement. Son nouveau maître, charmé de la facilité de son esprit et de la douceur de son élocution, lui changea son nom, qui étoit Tyrtame, en celui d'Euphraste, qui signifie, Celui qui parle bien; et ce nom ne répondant point assez à la haute estime qu'il avoit de la beauté de son génie et de ses expressions, il l'appela Théophraste, c'est-à-dire, un Homme dont le langage est divin. Aristote disoit de lui et de Callisthène (un autre de ses disciples), ce que Platon avoit dit la première fois d'Aristote même et de Xénocrate: que « Callisthène étoit lent à concevoir et avoit l'esprit tardif; et que Théophraste au contraire l'avoit vif, perçant, pénétrant, et qu'il comprenoit d'abord d'une chose, tout ce qui en pouvoit être connu. » Aristote, obligé de sortir d'Athènes, où il craignoit le sort de Socrate, abandonna son école, l'an 322 avant Jesus-Christ, à Théophraste, et lui confia ses Écrits, à condition de les tenir secrets; et c'est par le disciple que sont venus jusqu'à nous les Ouvrages du maître. Son nom devint si célèbre dans toute la Grèce, qu'il compta dans le Lycée jusqu'à 2000 élèves. Ses rares qualités ne lui acquirent pas seulement la bienveillance du peuple, mais encore l'estime et la familiarité des rois. Il fut ami de Cassandre qui avoit succédé à Aridée, frère d'Alexandre le Grand, au royaume de Macédoine; et Ptolomée fils de Lagus et premier roi d'Égypte, entretint toujours un commerce étroit avec ce philosophe. Théophraste mourut accablé d'années et de fatigues, et Q 9 4 ne cessa de travailler qu'en cessant de vivre. Cicéron dit qu'il se plaignit, en mourant, de la Nature, « de ce qu'elle avoit accordé aux cerfs et aux corneilles une vie si longue, tandis qu'elle n'avoit donné aux hommes qu'une vie très-courte ; » mais cette plainte n'étoit fondée que sur une erreur : il seroit très-difficile de citer des cerfs nonagénaires. Parmi les maximes de ce philosophe, on distingue celle-ci : I. Il ne faut pas aimer ses amis pour les éprouver, mais les éprouver pour les aimer. II. Les amis doivent être communs entre les frères, comme tout est commun entre les amis. III. L'on doit plutôt se fier à un cheval sans frein, qu'à l'homme qui parle sans jugement. IV. La plus forte dépense que l'on puisse faire, est celle du temps. Il dit un jour à un particulier qui se taisoit à sa table dans un festin : Si tu es un habile homme, tu as tort de ne pas parler ; mais si tu ne l'es pas, tu fais beaucoup en sachant te taire. La plupart des Ecrits de Théophraste sont perdus pour la postérité ; ceux qui nous restent de lui, sont : I. Une Histoire des Pierres, dont Hill a donné une belle édition à Londres en 1746, in-fol., en grec et en anglois, avec de savantes Notes. II. Un Traité des Plantes, curieux et utile. Amsterdam, 1644, in-fol., et traduit en latin par Gara. III. Ses Caractères ; ouvrage qu'il composa à l'âge de 99 ans, et que la Bruyère a traduit en françois. Isaac Casambon a fait de savans Commentaires sur ce petit Traité, Cambridge, 1712, in-8°, qui se joint aux Auteurs cum No- tis Variorum. Il renferme des leçons de morale, fort utiles, et des détails bas et minutieux, mais qui peignent l'homme. La plus belle édition est celle de l'abbé Amaduzzi, à Parme, 1786, chez Bodoni, augmentée de deux chapitres nouveaux. I. THÉOPHYLACTE, Voy. MICHEL, n.° II, à la fin.
II. THÉOPHYLACTE, archevêque d'Acride, métropole de toute la Bulgarie, naquit et fut élevé à Constantinople. Il travailla avec zèle à établir la Foi de Jesus-Christ dans son diocèse, où il y avoit encore un grand nombre de Païens. Il se fit connoître des savans par quelques ouvrages. Les principaux sont : I. Des Commentaires sur les Evangiles et sur les Actes des Apôtres, Paris, 1631, in-fol. : — sur les Épîtres de saint Paul, et sur Habacuc, Jonas, Nahum et Osée, Paris, 1636, in-fol. Ces Commentaires ne sont presque que des extraits des Ecrits de saint Jean-Chrysostome. II. Des Épîtres peu intéressantes, dans la Bibliothèque des Peres. III. Institutio Regia, au Louvre, 1651, in-4°; réimprimé dans l'Imperium Orientale de Banduri, etc. Ce prélat mourut après l'an 1701.
III. THÉOPHYLACTE SIMOCATTA, historien Grec, florissoit vers l'an 612, sous Heraclius. Nous avons de lui une Histoire de l'empercur Maurice, imprimée au Louvre, 1647, in-fol. Elle fait partie de la Byzantine. Le Père Schott en avoit donné une édition grecque et latine, 1599, in-8°.
THÉOPOMPE, célèbre ora, teur et historien de l'île de Chie- ent *Isocrate* pour maître. Il remporta le prix qu'*Artemise* avoit décerné à celui qui feroit le plus bel Eloge funèbre de *Mausole* son époux. Tous ses Ouvrages se sont perdus. On regrette ses Histoires; elles étoient, suivant les anciens auteurs, écrites avec exactitude, quoique l'auteur eût du penchant à la satire. *Josephe* rapporte que *Théopompe* ayant voulu insérer dans un de ses ouvrages historiques, quelques endroits des Livres saints, eut l'esprit troublé pendant trente jours; et que dans un intervalle lucide, ayant résolu de quitter son dessein, il fut guéri de sa maladie. Mais il y a apparence que ce conte n'est qu'une fiction du faux *Aristée*.
THÉOTIME, (S.) évêque de Tomes en Scythie, sous les empereurs *Théodose* et *Arcade*, s'étoit fait distinguer auparavant par la sagacité d'un philosophe et la modestie d'un Chrétien. Il prit le parti de *S. Jean-Chrysostome* contre *Théophile* d'Alexandrie qui sollicitoit la condamnation d'*Origène*. Il vouloit qu'on distinguât dans les Écrits de ce Père, le bon du mauvais, ainsi qu'avoient pensé *S. Athanase* et après lui *S. Augustin*.
THÉOXÈNE, se signala par un courage et une fermeté héroïques. *Tite-Live* de qui nous empruntons cet article, avoue qu'en écrivant son Histoire, il étoit pénétré d'amour et d'admiration pour cette femme illustre. Après que *Philippe*, roi de Macédoine, eut fait mourir les principaux seigneurs de Thessalie, plusieurs pour éviter sa cruauté, fuyoient dans les pays étrangers. *Poris* et *Théoxène* prirent le chemin d'Athènes, pour trouver une sûreté qu'ils ne pouvoient avoir dans leur province; mais ils voguèrent si malheureusement, qu'au lieu d'avancer, les vents les repoussèrent dans le port même d'où ils avoient fait voile. Les gardes les ayant découverts au lever du soleil, en avertirent le prince, et s'efforcèrent de leur ôter cette liberté qu'ils estimoient plus que leur vie. Dans cette cruelle extrémité, *Poris* employa ses prières pour appaiser les soldats, et pour appeler les Dieux à son secours; mais *Théoxène* voyant la mort inévitable, et ne voulant pas tomber entre les mains de ce tyran, sauva ses enfans de la captivité par une résolution extraordinaire. Elle présenta un poignard aux plus âgés, et aux plus jeunes un vase de poison, afin qu'ils se donnassent la mort. Ses enfans lui ayant obéi, elle les jeta dans l'eau à demi morts. Puis ayant embrassé son cher *Poris*, elle se précipita dans la mer avec lui, à la vue des soldats attendris et admirateurs de son courage.
THERAIZE, (Michel) docteur de Sorbonne, de Chauni en Picardie, mourut en 1726, à 58 ans, après avoir été chanoine de Saint-Etienne de Hombourg, diocèse de Metz, puis grand-chantre, chanoine et officiel de Saint-Fursi de Péronne, et curé de la paroisse de Saint-Sauveur de la même ville. On a de lui un ouvrage plein de recherches, imprimé en 1690, sous le titre de *Questions sur la Messe publique solennelle*. On y trouve une explication littérale et historique des cérémonies de la Messe et de ses rubriques. 618 THE
THERAMÈNE, illustre Athénien, se signala par la grandeur d'ame avec laquelle il méprisa la mort. Il étoit l'un des 30 Tyrans qui firent mourir en 8 mois, dit *Xénophon*, et en pleine paix, plus de citoyens que les ennemis n'en avoient tué dans 30 ans de guerre; mais il avoit de l'honneur et aimoit sa patrie. Quand il vit les violences et les excès où se portoient ses collègues, incarcérant les pauvres, condamnant les riches à l'exil, à la confiscation de leurs biens et à la mort, il se déclara contre eux ouvertement, et parlà il s'attira leur haine. Les Tyrans ne pouvant supporter sa liberté, prirent la résolution de le faire mourir. *Critias* qui d'abord avoit été fort uni avec lui, fut son délateur devant le sénat. Il l'accusa de troubler l'Etat et de vouloir renverser le gouvernement présent. Quelques citoyens vertueux prirent la défense de *Théramène* et furent écoutés avec plaisir. *Critias* craignit alors que, si on laissoit la chose à la décision du sénat, il ne le renvoyât absous. Ayant donc fait approcher des barreaux, la jeunesse qu'il avoit armée de poignards, il dit qu'il croyoit que c'étoit le devoir d'un souverain magistrat d'empêcher que la justice ne fût surprise. « Car, continua-t-il, puisque la loi ne veut pas qu'on fasse mourir ceux qui sont du nombre de 3000, autrement que par l'avis du sénat, j'efface *Théramène* de ce nombre, et je le condamne à mort, en vertu de mon autorité et de celle de nos collègues. » A ces mots *Théramène* sautant sur l'autel: « Je demande, *dit-il*, Athéniens, que mon procès me soit fait conformément à la loi, et l'on ne peut me le refuser sans injustice. Ce n'est pas que je ne voie assez que mon bon droit ne me servira de rien, non plus que l'asile des autels; mais je veux montrer au moins que mes ennemis ne respectent ni les Dieux ni les hommes; et des gens sages comme vous, doivent voir qu'il n'est pas plus difficile d'effacer leur nom du nombre des citoyens, que celui de *Théramène*. » Alors *Critias* ordonna aux officiers de la justice de l'arracher de l'autel. Tout étoit dans le silence et dans la crainte, à la vue des soldats armés qui environnoient le sénat. De tous les sénateurs, le seul *Socrate*, dont *Théramène* avoit reçu des leçons, prit sa défense, et se mit en devoir de s'opposer aux officiers de la justice. Mais ses foibles efforts ne purent délivrer *Théramène*; et, malgré lui, il fut condamné, vers l'an 403 avant J. C., à boire la ciguë. Après l'avoir avalée comme s'il eût voulu éteindre une grande soif, il en jeta le reste sur la table, de façon qu'il rendit un certain son, et dit en riant: *Ceci est à la santé du beau CRITIAS*. Il se conforma ainsi à la coutume observée chez les Grecs dans les repas de réjouissance, de nommer celui à qui l'on devoit tendre le verre. Ensuite il donna la coupe de poison au valet qui le lui avoit préparé, pour la présenter à *Critias*. Ce héros se joua, jusqu'au dernier moment, de la mort qu'il portoit déjà dans son sein, et prédit celle de *Critias*, qui suivit de près la sienne. I. THÉRÈSE, (Sainte) née à Avila dans la vieille Castille, le 28 mars 1515, étoit la cadette de trois filles d'Alphonse-Sanchez de Cépède, et de Béatrix d'Ahumade, tous deux aussi illustres par leur piété que par leur noblesse. La lecture de la Vie des Saints qu'Alphonse faisoit tous les jours dans sa famille, inspira à Thérèse une grande envie de répandre son sang pour J. C. Elle s'échappa un jour avec un de ses frères pour aller chercher le martyre parmi les Maures. On les rameina, et ces jeunes gens ne pouvant être martyrs, résolurent de vivre en hermites. Ils dressèrent de petites cellules dans le jardin de leur père, où ils se retiroient souvent pour prier. Thérèse continua de se porter ainsi à la vertu jusqu'à la mort de sa mère, qu'elle perdit à l'âge de 12 ans. Cette époque fut celle de son changement. La lecture des Romans la jeta dans la dissipation, et l'amour d'elle-même et du plaisir auroit bientôt éteint toute sa ferveur, si son père ne l'eût mise en pension dans un convent d'Augustines. Elle apperçut le précipice auquel la grace de Dieu venoit de l'arracher: et pour l'éviter à l'avenir, elle se retira dans le monastère de l'Incarnation de l'Ordre du Mont-Carmel, à Avila, et y prit l'habit le 2 novembre 1536, à 21 ans. Ce couvent étoit un de ces monastères où le luxe et les plaisirs du monde sont poussés aussi loin que dans le monde même. Thérèse entreprit de le réformer. Après avoir essuyé une infinité de traverses, elle eut la consolation de voir le premier monastère de sa Réforme fondé dans Avila en 1562. Le succès de la réformation des Religieuses l'engagea à entreprendre celle des Religieux. On en vit les premiers fruits en 1568, par la fondation d'un monastère à Dorvello, diocèse d'Avila, où le bienheureux Jean de la Croix fit profession à la tête des Religieux qui embrassoient la Réforme. Ce fut l'origine des Carmes déchaussés. Dieu répandit des bénédictions si abondantes sur la famille de Thérèse, que cette sainte vierge laissa 30 monastères réformés, 14 d'hommes et 16 de filles. Après avoir vécu dans le cloître 47 ans, les 27 premiers dans la maison de l'Incarnation, et les 20 autres dans la Réforme, elle mourut à Alve, en retournant de Burgos où elle venoit de fonder un nouveau monastère, le 4 octobre 1582, à 68 ans. Son Institut fut porté de son vivant jusqu'au Mexique dans les Indes Orientales, et s'étendit en Italie. Il passa ensuite en France, aux Pays-Bas, et dans tous les pays de la Chrétienté. Grégoire XV la canonisa en 1621. L'ouverture de son tombeau fut faite le 2 octobre 1750, 128 ans et 6 mois depuis sa canonisation. L'Espagne l'a adoptée pour patrone. Quelques auteurs ont décrit la beauté de son corps, dit Baillet; mais le tableau de la beauté de son ame est bien plus intéressant. Tendre et affectueuse jusqu'à répandre les larmes les plus abondantes; vive et toute de flamme, sans délire et sans emportement, cette Sainte porta l'amour divin au plus haut degré de sensibilité dont soit susceptible le cœur humain. On connoit sa sentence favorite, dans ses élans de tendresse: Ou souffrir, Seigneur, ou mourir! et sa belle pensée au sujet du Démon: Ce malheureux, disoit-elle, qui ne sauroit aimer. Son humilité étoit extrême. Un jour un Religieux de sa Réforme lui disoit bonnement, qu'elle avoit la réputation d'être Sainte : *On dit de moi*, répondit-elle, *trois choses* ; que j'étois assez bien faite, que j'avois de l'esprit, et que j'étois Sainte. *J'ai cru les deux premières pendant quelque temps*, et je me suis confessée d'une vanité aussi pitoyable ; mais pour la troisième, je n'ai jamais été assez folle pour me le persuader un moment. On lui a reproché qu'elle appelait son confesseur, *Mon fils* ; mais on voit bien, dit l'abbé de *Choisi*, que c'est par obéissance. *Mon fils*, lui dit-elle, *puisque votre humilité m'oblige*, pour vous obéir, à vous nommer ainsi, etc. Et quelques lignes après, elle ajoute : *Je vous conjure*, mon Père (car étant mon Confesseur, je dois bien vous nommer ainsi, quoique, pour vous obéir, je vous aie nommé mon Fils), je vous conjure de me détromper si je suis dans l'erreur, etc. Et d'ailleurs l'humilité qui paroissait dans ses Écrits et dans toutes ses actions, la justifie assez. Nous ne devons pas oublier sa patience héroïque dans les maladies du corps, dans les peines d'esprit, dans les persécutions des méchans, dans les contradictions des gens de bien. Au milieu de tant de maux, elle eut une confiance en Dieu sans réserve, et une union avec lui dont rien ne put la détacher. On a de *Ste. Thérèse* plusieurs ouvrages, où l'on admire également la piété, l'énergie des sentimens, la beauté et l'agrément du style. Les principaux sont : I. Un volume de *Lettres*, publiées avec les *Notes* de Don Juan de Palafox, évêque d'Osma. II. Sa *Vie*, composée par elle-même. III. La *Manière de visiter les Monastères des Religieux*. IV. Les *Relations* de son esprit et de son intérieur pour ses Confesseurs. V. Le *Chemin de la Perfection*. VI. Le *Château de l'Ame*, traduit par *Félibien*. C'est une fiction où il y a plus de piété que de bon goût, dans laquelle elle représente l'âme comme un château dont l'oraison est la porte. «J'espère, mes sœurs, (dit-elle en s'adressant à ses religieuses) que vous trouverez de la consolation dans ce château intérieur, où vous pourrez à quelque heure que ce soit, entrer et vous promener sans en demander la permission à vos supérieures.» Ce ton d'une aimable gaieté, partage de la véritable vertu, se fait sentir dans ses autres Écrits, où l'enjouement se mêle quelquefois au langage de la sublime dévotion ; mais on ne doit pas les mettre indifféremment entre les mains de tout le monde. *Baillet* les compare au soleil, qui fait un bien infini à ceux qui ont la vue bonne, mais qui éblouit les yeux foibles ou malades. En effet, les Quétistes en ont abusé pour appuyer et répandre leurs erreurs. *Arnaud d'Andilly* a traduit presque tous ces ouvrages en notre langue, 1670, in -4° *La Monnoie* a mis en vers françois, *l'Action de graces* que faisait cette Sainte après la Communion... *Voyez la Vie de Sainte Thérèse par Villefore*, qui a aussi donné quelques-unes de ses *Lettres*.
II. THÉRÈSE, fille naturelle d'*Alphonse VI*; *Voy.* son Histoire à l'article d'URRACA.
III. THÉRÈSE D'ALTRICHE, Impératrice-Reine de Hongrie; *Voy.* MARIE-THÉRÈSE, n° VII.
THÉRÈSE, *Voy.* THÉRAIZE.
THERMES, (Paul de la Barthe, seigneur de) né à Conserans, d'une famille ancienne, mais pauvre, éprouva des revers aux premiers pas de sa carrière. Une affaire d'honneur l'obligea de sortir de France en 1528. Une nouvelle disgrace l'en éloigna encore pour quelque temps. Au moment où il alloit revenir en France, il fut pris par des Corsaires, et souffrit beaucoup dans sa captivité. S'étant consacré aux armes dès sa jeunesse, il les porta avec distinction sous François I, Henri II et François II. La victoire de Cerisoles en 1544, où il combattit en qualité de colonel-général de la cavalerie légère, fut due en partie à sa valeur; mais son cheval ayant été tué sous lui, il fut fait prisonnier, et on ne put le racheter qu'en donnant en échange trois des plus illustres prisonniers ennemis. La prise du marquisat de Saluces et du château de Ravel, l'une des plus fortes places du Piémont, lui acquit en 1547 une nouvelle gloire. Envoyé en Ecosse deux ans après, il répandit la terreur en Angleterre; et la paix fut le fruit de cette terreur. On l'envoya à Rome en 1551, en qualité d'ambassadeur; mais n'ayant pas pu porter Jules III à se concilier Farnèse, duc de Parme, que le roi protégeoit, il commanda les troupes françoises en Italie, et s'y signala jusqu'en 1558. Ce fut dans cette année qu'il obtint le bâton de maréchal de France, et qu'il prit d'assaut Dunkerque et Saint-Venoux. Il fut moins heureux à la journée de Gravelines: il perdit la bataille, fut blessé et fait prisonnier. Le maréchal de Ther- mes ayant recouvré sa liberté à la paix de Cateau-Cambresis, l'an 1559, continua de se distinguer contre les ennemis de l'Etat. Il mourut à Paris le 6 mai 1562, âgé de 80 ans, sans laisser de postérité, et après avoir institué son héritier, Roger de Saint-Lary seigneur de Bellegarde. Le maréchal de Thermes essuya des revers; mais sa valeur, son intrépidité, son zèle pour l'Etat, couvrirent ses fautes ou plutôt ses malheurs. Il dut à l'adversité qu'il éprouva dans ses premières années, la sagesse qui le distingua toute sa vie. C'étoit un proverbe, reçu même chez les ennemis, de dire: L'Île nous garde de la sagesse de THERMES!
THERPANDRE, poète et musicien Grec de l'île de Lesbos, florissoit vers l'an 650 avant J. C. Il fut le premier qui remporta le prix de musique aux Jeux Carniens, institués à Lacédémone. Il sut aussi calmer une sédition dans cette ville, par ses chants mélodieux, accompagnés des sons de la cithare. Therpandre, pour étendre le jeu de la lyre, l'avoit augmentée d'une corde; mais les Ephores le condamnèrent à l'amende, à cause de cette innovation, et confisquèrent son instrument. On proposoit des prix de poésie et de musique dans les quatre grands Jeux de la Grèce, sur-tout dans les Pythiques. Ce fut dans ces Jeux que Therpandre remporta quatre fois le prix de musique, qui se distribuoit avec une grande solennité. Ses Poésies ne sont pas parvenues jusqu'à nous.
THERSITE, le plus difforme de tous les Grecs qui allèrent au siège de Troye, osa dire des injures à Achille, et fut tué par ce héros d'un coup de poing.
THÉSÉE, (Myth.) fils d'Egée, roi d'Athènes, et d'Atthra, fille de Pithée. Etant monté sur le trône, il fit la guerre aux Amazones, prit leur reine prisonnière, l'épousa ensuite, et en eut un fils nommé Hippolyte. Il battit Oréon, roi de Thèbes, tua les brigands qui ravageoient l'Attique, assomma le Minotaure, trouva l'issue du Labyrinthe, par le secours d'Ariadne, fille de Minos roi de Crète. Ce héros, après avoir marché sur les traces d'Hercule dans ses travaux guerriers, l'imita dans ses amours volages. Il enleva plusieurs femmes, comme Hélène, Phedre, Ariadne sa bienfaitrice, qu'il abandonna ensuite; mais il les rendoit, lorsqu'elles ne consentoient pas à leur enlèvement. Il se signala ensuite par divers établissemens. Il institua les Jeux Isthmiques en l'honneur de Neptune. Il réunit les douze villes de l'Attique, et y jeta les fondemens d'une République, vers l'an 1236 avant J. C. Quelque temps après, étant allé faire un voyage en Épire, il fut arrêté par Aidoneus, roi des Molosses; et pendant ce temps-là, Menestée se rendit maître d'Athènes. Thésée ayant recouvré sa liberté, se retira à Scyros, où l'on dit que le roi Lycomèdes le fit périr en le précipitant du haut d'un rocher. On connoit son amitié pour Pirithoüs, avec lequel il descendit aux enfers pour enlever Proserpine.
THESPIS, poète tragique Grec, introduisit dans la Tragédie un acteur, qui récitait quelques discours entre deux chants du chœur. Cette nouveauté le fit regarder comme l'inventeur de la Tragédie, genre de poésie très-grossier et très-imparfait dans son origine. Thespis barbouilloit de lie le visage de ses acteurs, et les promenait de village en village sur un tombeau, d'où ils représentaient leurs pièces. Ce poète florisoit l'an 536 avant J. C. Ses Poésies ne sont pas venues jusqu'à nous.
THESSALUS, médecin de Néron, naquit à Tralles, en Lydie, d'un Cardeur de laine. Il sut s'introduire chez les grands par son impudence, sa bassesse, et ses lâches complaisances. Un malade vouloit-il se baigner? il le baignoit: avoit-il envie de boire frais? il lui faisoit donner de la glace. Autant étoit-il rampant avec les grands, autant il étoit fier avec ses confrères. Sa présomption étoit extrême: il sa vantoit d'avoir seul trouvé le véritable secret de la Médecine. Cet entêtement le porta à traiter d'ignorans tous les médecins qui l'avoient devancé, sans épargner même Hippocrate. Il écrivit contre les Aphorismes de cet auteur, un ouvrage qui est cité par Gallien et par les anciens. Il est cependant sûr que Thessalus n'avoit rien inventé de nouveau dans la Médecine: tout ce qu'il fit, fut de renchérir sur les principes de Thémison chef des Méthodiques, qui vivoit environ 50 ans avant lui. Il mourut à Rome, où l'on voit son tombeau dans la voie Appienne, et sur lequel il avoit fait graver ces mots: Vainqueur des Médecins.
THETIS, (Mythol.) fille de Nérée et de Doris, étoit petite- fille de *Tethys*, femme de l'*Océan*: on la maria avec *Pélée*. Jamais noces ne furent plus brillantes ni plus belles: tout l'Olympe, les Divinités infernales, aquatiques et terrestres s'y trouvèrent, excepté la *Discorde* qui ne fut pas invitée. Cette *Déesse* s'en vengea en jetant sur la table une pomme d'or, avec cette inscription: *A LA PLUS BELLE*. *Janon*, *Pallas* et *Vénus* la disputèrent, et s'en rapportèrent à *Paris*. [*Voyez* I. PARIS.] *Thétis* eut plusieurs enfans de *Pélée*, qu'elle mettoit après leur naissance, sous un brasier, pendant la nuit, pour consumer ce qu'ils avoient de mortel. Mais ils périrent tous dans cette épreuve, excepté *Achille*, parce qu'il avoit été frotté d'ambroisie. Lorsqu'*Achille* fut contraint d'aller au siège de Troye, *Thétis* alla trouver *Vulcain*, et lui fit faire des armes et un bouclier, dont elle fit présent elle-même à son fils. Elle le garantit souvent de la mort pendant le siège.
**THEUDIS**, gouverneur général de l'Espagne, avoit de grands biens et de la valeur. Les Visigoths l'élurent unanimement pour leur roi, après la mort d'*Amalaric* en 531. Il établit sa résidence au-delà des Pyrénées: et son éloignement donna à *Childebert*, roi de Paris, et à *Clotaire*, roi de Soissons, la facilité de s'emparer d'une partie de ce que les Visigoths possédoient dans les Gaules. Mais ces princes s'étant engagés dans l'intérieur de l'Espagne, *Theudisele*, général de *Theudis*, occupa les gorges des Pyrénées pour leur couper la retraite. Ce ne fut qu'à force d'argent qu'ils purent ob- obtenir la liberté du passage dans quelques défilés. *Theudis* gouvernoit en paix, lorsqu'un sujet mécontent contrefit le fou pour s'introduire dans le palais et lui plonger le poignard dans le sein, en 548. Avant que d'expirer, *Theudis* défendit de punir son meurtrier, parce qu'il regardoit sa mort comme un juste châtiment d'un pareil crime dont il s'étoit rendu coupable.
**THEUDISELE**, fils d'une sœur de *Totila* roi d'Italie, obtint la couronne après la mort de *Theudis*, roi des Visigoths. Il avoit jusqu'alors montré de la valeur et du mérite; mais à peine fut-il sur le trône, qu'il chercha à enlever toutes les femmes dont la beauté avoit fixé ses regards, et n'épargna pas même celles des principaux seigneurs de sa cour. Pour en abuser plus librement, il faisoit mourir secrètement leurs maris. Quelques courtisans qui craignoient le même sort, éteignirent les lumières dans un grand repas que *Theudisele* donnoit à Séville, et profitèrent de l'obscurité pour l'égorger, en 549. Il n'avoit régné qu'environ 18 mois.
**THEVENART**, (Gabriel-Vincent) acteur de l'Opéra, brilla par une basse-taille sonore, moelleuse, étendue, autant que par son jeu. Il étoit né à Paris en 1669, et y mourut en 1741. Il épousa à 60 ans, une jeune demoiselle dont il devint amoureux par l'inspection de sa pantoufle dans la boutique d'un cordonnier. Le caractère de *Thevenart* étoit agréable et enjoué. La liqueur bachique ne contribuait pas peu à soutenir cet enjouement.
THEVENEAU, *Voy.* INSERT. I. THEVENOT, (Jean) voyageur, mort en 1667, le même qui apporta, dit-on, le café en France, en 1666, est auteur d'un *Voyage en Asie*, Amsterdam, 1727, 5 vol. in-12. Il y en a une ancienne édition, en 3 vol. in-4°. Ce Recueil est estimé; et quelques auteurs l'ont attribué à *Melchisedech Thevenot*, qui est l'objet de l'article suivant. La pureté de la diction n'est pas ce qu'il faut rechercher dans ces deux voyageurs.
II. THEVENOT, (Melchisedech) naquit avec une passion extrême pour les voyages, et dès sa jeunesse il quitta Paris, sa patrie, pour parcourir l'univers. Il ne vit néanmoins qu'une partie de l'Europe; mais l'étude des langues et le soin qu'il prit de s'informer avec exactitude des mœurs et des coutumes des différens peuples, le rendirent peut-être plus habile dans la connoissance des pays étrangers, que s'il eût voyagé lui-même. Une autre inclination de *Thevenot* étoit de ramasser de toute part les livres et les manuscrits les plus rares. La garde de la bibliothèque du roi lui ayant été confiée, il l'augmenta d'un nombre considérable de volumes qui manquoient à ce riche trésor. *Thevenot* assista au conclave tenu après la mort d'*Innocent X*; il fut chargé de négocier avec la république de Gênes, en qualité d'envoyé du roi. Il remplit cet emploi avec succès. Une fièvre double-tierce, qu'il continue par une diète opiniâtre, l'emporta le 29 octobre 1692, à 71 ans. On a de lui: I. *Des Voyages*, 1696, 2 vol. in-fol., dans lesquels il a inséré la *Description d'un Niveau* de son invention, qui est plus sûr et plus juste que les autres Niveaux dont on s'étoit servi auparavant. II. *L'Art de nager*, 1696, in-12. Il faut joindre au Recueil intéressant et curieux de ses *Voyages*, un petit vol. in-8°, imprimé à Paris en 1681. *Voyez CHARLEVAL*, et GREAVES.
THEVET, (André) d'Angoulême, se fit Cordelier, et voyagea en Italie, dans la Terre-Sainte, en Egypte, dans la Grèce et au Brésil. De retour en France en 1556, il quitta le cloître pour prendre l'habit ecclésiastique. La reine *Catherine de Médicis* le fit son aumônier, et lui procura les titres d'Historiographe de France et de Cosmographe du roi. On a de lui: I. *Une Cosmographie*. II. *Une Histoire des Hommes illustres*, Paris, 1684, 2 vol. in-fol., et 1671, in-12, 8 vol.: compilation maussade, pleine d'inepties et de mensonges. III. *Singularités de la France Antarctique*, Paris, 1558, in-4°, livre peu commun. IV. Plusieurs autres ouvrages peu estimés. L'auteur s'y montre le plus crédule des hommes: il y entasse sans choix et sans goût tout ce qui se présente à sa plume. Ce pitoyable écrivain mourut le 23 novembre 1590, à 88 ans.
THEUTOBOCUS, *Voyez* HARLOT.
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres; *Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire.* Par L. M. CHAUDON et F. A. DELANDINE. Huitième Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mihé Galba, Otho, Vitellius, nec beneficio, nec injuriâ cogniti.
TAGIT. Hist. lib. I. § 1. A LYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp.* An XII — 1804. | 序号 | 名称 | 内容 | 备注 | | --- | --- | --- | --- | | 1 | | | | | 2 | | | | | 3 | | | | | 4 | | | | | 5 | | | | | 6 | | | | | 7 | | | | | 8 | | | | | 9 | | | | | 10 | | | | | 11 | | | | | 12 | | | | | 13 | | | | | 14 | | | | | 15 | | | | | 16 | | | | | 17 | | | | | 18 | | | | | 19 | | | | | 20 | | | | | 21 | | | | | 22 | | | | | 23 | | | | | 24 | | | | | 25 | | | | | 26 | | | | | 27 | | | | | 28 | | | | | 29 | | | | | 30 | | | | | 31 | | | | | 32 | | | | | 33 | | | | | 34 | | | | | 35 | | | | | 36 | | | | | 37 | | | | | 38 | | | | | 39 | | | | | 40 | | | | | 41 | | | | | 42 | | | | | 43 | | | | | 44 | | | | | 45 | | | | | 46 | | | | | 47 | | | | | 48 | | | | | 49 | | | | | 50 | | | | | 51 | | | | | 52 | | | | | 53 | | | | | 54 | | | | | 55 | | | | | 56 | | | | | 57 | | | | | 58 | | | | | 59 | | | | | 60 | | | | | 61 | | | | | 62 | | | | | 63 | | | | | 64 | | | | | 65 | | | | | 66 | | | | | 67 | | | | | 68 | | | | | 69 | | | | | 70 | | | | | 71 | | | | | 72 | | | | | 73 | | | | | 74 | | | | | 75 | | | | | 76 | | | | | 77 | | | | | 78 | | | | | 79 | | | | | 80 | | | | | 81 | | | | | 82 | | | | | 83 | | | | | 84 | | | | | 85 | | | | | 86 | | | | | 87 | | | | | 88 | | | | | 89 | | | | | 90 | | | | | 91 | | | | | 92 | | | | | 93 | | | | | 94 | | | | | 95 | | | | | 96 | | | | | 97 | | | | | 98 | | | | | 99 | | | | | 100 | | | |
CAAB, d'abord Rabbin, ensuite Mahométan, commença par faire des vers satiriques contre l'impofteur Mahomet. Mais ce prophète ayant conquis l'Arabie, il finit par chanter une de ses maitreffes. Il fut dès-lors son favori & son conseil. Caab l'aida dans la composition de l'Alcoran. Mahomet, en reconnoissance, lui donna son manteau. Il mourut l'an de J. C. 622.
CAANTHE, (Mythol.) fils de l'Océan. Son père lui ayant ordonné de poursuivre Apollon, qui avoit enlevé sa sœur Mélia; & ne pouvant le contraindre à la rendre, il mit le feu à un bois consacré à ce Dieu, qui, pour le punir, le tua à coups de flèches.
CAATH, fils de Lévi, père d'Amram, & aïeul de Moïse. Sa famille fut chargée de porter l'Arche & les vases sacrés du tabernacle, dans les marches du désert.
CABADES, ou CAVADES, ou KOBAD, roi de Perfe, fils de Perofe, ayant porté une loi qui autorifoit la communauté des femmes, & faisant usage de toutes celles qui lui plaisoient, perdit son trône & fut enfermé dans une tour. Sa femme le délivra de sa prison, en se livrant à la passion du gouverneur, éperdument amoureux d'elle. Cabades s'évadait sous les habits de sa femme, fit crever les yeux à son frère, & reprit la couronne. Les Huns Nephialites lui fournirent des secours. Il déclara la guerre à l'empereur Anastafe I, ravagea l'Arménie & la Méfopotamie, prit Amide & l'abandonna au pillage. Un vieillard lui représentant combien le carnage qu'on exerçoit dans le sac de cette ville, étoit indigne d'un roi: C'est pour vous punir, répondit Cabades, de votre résistance. — Plus notre résistance, reprit le vieillard, a été grande, plus votre victoire est glorieuse. Cette réponse désarma Cabades, & le pillage cessa. La paix fut conclue quelque temps après; mais la guerre recommença sous Justin & sous Justinien. Cabades fut moins heureux sous ce dernier empereur, & mourut en 531. C'étoit un prince guerrier, plus propre à conquérir des états qu'à régler les fiens. Il fut cruel envers ses sujets, & implacable dans ses vengeances.
CABALLO, (Emmanuel) s'illustra dans le temps du fêge de Gênes, sa patrie. Les François, qui l'afflégeaient depuis seize mois, avoient affamé cette ville. Un vaiffeau chargé de vivres & de munitions alloit se rendre aux afflégeans, si Caballo ne fût monté tout de fuite sur un autre vaiffeau, & ne l'eût amené dans la ville, au milieu des François qui faisoient de continuelles décharges sur lui. Cette action héroïque lui mérita le nom de libérateur de sa patrie, & fit lever le fêge en 1513.
CABANE, (Robert de) fils de la fameuse Catanoise, fut arrêté avec sa mère en 1345, après l'affaffinat d'André de Hongrie, Voyer ANDRÉ n° v. On leur donna la question dans une place sur le bord de la mer. La mère mourut des douleurs de la torture, & le fils fut tenaillé.
CABARNE, (Mythol.) berger de l'isle de Paros, apprit à Cérès l'enlèvement de sa fille. Pour le récompenser, cette déesse l'inflitua son grand-prêtre.
CABASILAS, (Nicolas) archevêque de Thessalonique en 1350, foutait le schifme des Grecs contre les Latins. Il publia des Traités sur cette matière, & laissa d'autres ouvrages savans, clairs & méthodiques. Le meilleur est son Exposition de la Liturgie Grecque, imprimée en différens endroits en grec & en latin.
CABASSUT, (Jean) prêtre de l'Oratoire, professeur de droit canonique à Avignon, né en 1604, mourut à Aix, sa patrie, le 25 septembre 1685, à 81 ans. On a de lui: I. Iuris Canonici theoria & praxis, réimprimée in-folio, en 1758, par les foins du célèbre canoniste Gibert, avec de savantes notes & des fommaires. II. Notitia ecclesiastica Conciliorum, Canonum, veterumque Ecclesia rituum, in-folio, en 1680: ouvrage d'un moindre usage que le précédent, quoiqu'il y ait des dissertations utiles. On y trouve une notice des conciles, l'explication des canons, une introduction à la connoissance des rits anciens & nouveaux de l'Église & des principales parties de l'histoire ecclésiastique. Cabassut étoit un homme d'un esprit droit, d'un caractère doux, d'un jugement solide, d'une prudence consommée, d'une vertu sans tache.
CABESTAN ou CABESTAING, (Guillaume de) gentilhomme du comté de Rouffillon, & non Provençal, quoique Nostradamus le fasse descendre de l'ancienne maison de Servière; fut un poète du 13e siècle, qui chanta différentes dames, suivant l'usage du temps. Tricline Carbonnel, femme du seigneur de Seillan, fut sa dernière maitresse. Le mari de cette dame, jaloux du troubadour, le rua, lui arracha le cœur, & le fit manger à sa femme. Tricline dit à son époux que, puisqu'elle avoit mangé si noble viande, elle n'en mangeroit jamais d'autre; & elle se laissa mourir de faim en 1213. On attribue la même réponse à Gabrielle de Vergi. Voici une chanson de l'infortuné Cabestan: « Entre mille fleurs, dans un superbe jardin, je choisis la plus belle. Dieu même, sans doute, la fit semblable à sa propre beauté. La modestie relève l'éclat de ses charmes. La douceur de ses regards m'a rendu le plus tendre & le plus heureux des amans. Je ne chante pas de vaines louanges, comme les autres poètes. De ses yeux, partent des traits dont personne ne peut se défendre; mais ils n'ont blessé personne autant que moi. Jamais on ne vit tant de vertus & tant de grâces. Elle excelle dans l'art de plaire; sa sagesse imprime le respect aux amans présomptueux, & sa réputation est à l'abri de toute atteinte. « Un manuscrit italien dit, que le mari furieux contre *Cabeftan*, se nommoit *Raimond*, & son épouse *Marguerite*. Il ajoute que les parens de celle-ci & du troubadour, ainsi qu'un grand nombre de chevaliers à la tête desquels se mit *Alphonse*, roi d'Aragon, démolirent le château de *Raimond*, firent de pompeuses funérailles aux deux amans, & les inhumèrent dans le même tombeau, où l'on grava leur histoire, & qui fut placé dans une église de Perpignan. Les chevaliers du Rouffillon & du Narbonnois, venoient chaque année, célébrer l'anniversaire de *Marguerite* & de *Cabeftan*, en assûtant à un service solennel, institué par le roi d'Aragon en leur honneur. — I. CABOT, (Sébastien) célèbre navigateur, né à Bristol en 1467, étoit fils de Jean CABOT, qui avoit formé le projet de tenter le passage aux Indes par la mer du Nord. Sébastien étant entré au service du roi d'Angleterre, fit un voyage pour exécuter ce projet. Ses tentatives n'ayant pas réussi, & Henri VIII étant mort, il passa en Espagne, où il fut nommé chef & examinateur des pilotes : place qu'*Améric Vespue* avoit occupée avant lui. En 1526, *Charles-Quint* lui donna le titre de capitaine-général, & l'envoya avec cinq vaisseaux en Amérique pour visiter les terres arrosées par le Paraguai. Cabot alla effectivement au Paraguai; il y établit un fort, & demanda à *Charles-Quint* des forces suffisantes pour soumettre ces vastes contrées. Comme il ne put rien obtenir par laures, il repassa en Europe; & ayant vainement sollicité des secours nécessaires, il se dégoûta de la cour d'Espagne, & retourna en Angleterre. Par la protection du duc de *Sommerfet*, il obtint une pension & la charge de gouverneur des compagnies des marchands & des domaines à découvrir. Il n'avoit point abandonné son premier projet de passer aux Indes par le Nord. Les tentatives avoient été faites jusqu'alors par le Nord-Ouest; Cabot voulut essayer s'il feroit plus heureux par le Nord-Est. Il fit voile du port d'Harwich le 4 mai 1552, & au mois d'août il se trouva au 70e degré. Il n'osa pas aller plus loin; mais l'année d'après il côtoya la Laponie. On ne fait ce que devint depuis cet habile navigateur. On trouve quelques détails sur son voyage, dans les additions faites au recueil de *Ramufio*.
II. CABOT, (Vincent) jurisconsulte Touloufain dans le 16e siècle, professa le droit dans sa patrie. On a de lui un gros volume, in 8°, intitulé : *Les Politiques de Vincent CABOT, Tolofain*; mélange informe, composé de maximes recueillies dans les auteurs sacrés & profanes, sans goût, sans méthode. L'auteur devoit publier quatre autres volumes à la suite du premier. Celui-ci a été publié en 1630, par le poète *Campistron*, ami de l'auteur, & dépositaire de ses manuscrits. L'avis préliminaire & l'épître au cardinal de *Richelieu*, sont de ce dernier.
CABREIRA, (Giraud de) troubadour Catalan, contemporain de Pierre III, roi d'Aragon, fit beaucoup de vers, mais il ne nous reste de lui, que des *Instructions* adressées à son jongleur *Cabre*. Il lui reproche de mal jouer du violon, de mal chanter, d'avoir la tête plus dure qu'un Breton; de ne savoir ni danser, ni sauter à la manière des jongleurs de Gascogne; de ne debiter que de mauvaises pièces, & pas une de Rudel, de Marcabres & autres; d'ignorer les contes dont les jongleurs avoient coutume d'amuser les cours. A cette occasion, Cabrera entre dans un ennuyeux détail des historiettes & des romans, qui étoient en vogue de son temps. I. CABRERA, (Bernard de) favori de Martin, roi de Sicile, voulut s'emparer de cette couronne en 1410, après la mort de son maître. Blanche, veuve de Martin, ayant refusé de l'épouser, Cabrera lui déclara la guerre. Il fut pris, & enfermé d'abord dans une citerne desséchée. On le transféra de là dans une tour environnée d'un filet, dans lequel Cabrera tomba en voulant s'évader. On l'y laissa pendant un jour, exposé à la riffée du peuple. Ferdinand, fuscesseur de Martin, lui accorda ensuite sa grace, à condition qu'il quitteroit la Sicile. Il mourut quelque temps après.
II. CABRERA, (Pierre-Alvarès) que Mariana appelle CABRAL, commandant de la seconde flotte que le roi dom Emmanuel de Portugal envoya aux Indes en 1500, fut jeté par la tempête sur les côtes du Brésil, inconnu alors, & en prit possession au nom de son prince. Après plusieurs autres expéditions qui illustrèrent son courage, il revint en Portugal, & y mourut, regardé comme un grand homme de mer. — Il y eut aussi un Louis CABRERA, écrivain Espagnol, auteur d'une histoire curieuse de Philippe II, roi d'Espagne.
CACA, sœur de Cacus, découvrit à Hercule le vol de son frère. Son aversion extrême pour la rapine, lui mérita les honneurs divins qu'on lui rendoit à Rome.
CACHET DE GARNERANS, (N.) de l'académie de Lyon, exerça long-temps avec honneur les places de premier président au parlement de Trévoux, & d'intendant de Dombes. Une mémoire prodigieuse lui rendoit présent tout ce qu'il avoit lu, & sur-tout les auteurs Latins, dont il faisoit ses délices. On connoit de lui quelques écrits littéraires non imprimés, & entr'autres un drame de Charles-Quint, dont le sujet est aussi singulier que la manière dont il est traité. Il est mort en 1787, dans une maison de campagne, près de Trévoux.
CACUS, fameux berger du mont Aventin, qui infectoit tout le Latium par ses vols. Virgile & Ovide le font fils de Vulcain, parce qu'il mettoit le feu par-tout. Hercule, après avoir tué Géryon en Espagne, avoit emmené en Italie un troupeau de bœufs, qu'il faisoit paître dans le voisinage du mont Aventin. Cacus, pendant une nuit obscure, en vola plusieurs, qu'il tira par la queue dans son antre, afin de mieux cacher son larcin. Le héros à son réveil, s'appercevant qu'il lui manquoit des bœufs, courut à la caverne voisine pour les chercher. Il la trouva fermée d'une grosse pierre, & remarqua d'ailleurs que les pas des bœufs regardoient la campagne. Il passoit outre, lorsque par hasard quelques-uns de son troupeau ayant meuglé, ceux qui étoient dans la caverne leur répondirent. Aussitôt Hercule revint à l'antre. Cacus le voyant approcher, vomit des tourbillons de fumée & de flammes pour se dérober à sa fureur. Mais le héros l'ayant fais, l'étrangla, & emmena les bœufs qu'il lui avoit volés. Les habitans des lieux circonvois, délivrés des violences de Cæus, élevèrent un temple à leur libérateur. C A D A L O Ü S, évêque de Parme, concubinaire & fimoniaque, fut élu pape en 1061 par la faction de l'empereur Henri IV contre Alexandre II, & prit le nom d'Honoré II. Ayant voulu soutenir son élection par les armes, & n'ayant pu réussir, il fut condamné par tous les évêques d'Allemagne & d'Italie en 1062, & déposé par le concile de Mantoue en 1064. Quelques jours après son élection, Pierre Damien lui prédit, dans de mauvais vers latins, « qu'il mourroit dans l'année. » Comme Cadaloüs ne jugea pas à propos d'accomplir la prophétie, Pierre se tira d'affaire, en disant « qu'il étoit mort à sa dignité & à son honneur. » — C A D A M O S T O ou C A D A M U S T I, (Louis) célèbre navigateur Vénitien, né vers l'an 1422, se fit connoître à l'enfant dom Henri de Portugal. Ce prince, animé, comme le roi Jean son père, de l'esprit de découverte, voulut s'attacher Cadamoffo. Il lui envoya le consul de la république de Venise en Portugal, nommé Patrice Conti, pour l'instruire du commerce avantageux de l'île de Madère, conquise en 1430. Cadamoffo, encouragé par l'espoir du gain, traita avec dom Henri, qui lui fit armer une caravelle, dont Vincent Diaz, natif de Lagos, fut le patron. Elle mit à la voile le 22 mars 1455; & après avoir mouillé à Madère, ils reconnurent les îles Canaries, le Cap - Blanc, le Sénégal, le Cap - Verd & l'embouchure de le rivière de Gambra. Dans un second voyage qu'il fit l'année suivante, avec un Génois nommé Antoine, ils poufèrent leurs découvertes jusqu'à la rivière de Saint-Dominique, à laquelle ils donnèrent ce nom, & d'où ils retournèrent en Portugal. Il habita long - temps à Lagos, attirant par ses politesses les négociants & les navigateurs. De retour dans sa patrie en 1464, il y publiera la Relation de ses voyages, qui fut traduite en françois par Pierre Redoner, au commencement du seizième siècle. I. C A D E N E T, troubadour Provençal, étoit né au château de Cadenet sur la Durance, dans le comté de Forcalquier. Les guerres civiles ayant détruit le manoir de ses peres, Cadenet, pauvre, inconnu, erra long - temps à pied, jusqu'à ce que Raimond, frère de l'évêque de Nice, le mit en équipage & en crédit. Le troubadour devint amoureux d'une religieuse d'Aix, encore novice, & n'ayant pu s'en faire écouter, il se fit Templier à Saint-Gilles. Il fut tué dans la Palestine, en combattant contre les Sarrafins, vers l'an 1280. On lui doit un Traité contre les Galladours ou mauvais plaifans, & vingt - quatre chansons, où il célèbre le vin & l'amour, & où il reproche aux barons leurs brigandages devenus trop communs. « Ils n'ont, dit-il, que des cavaliers armés à la légère, pour aller plus vite butiner, comme aussi pour se sauver plus vite quand on leur fait tête. Autrefois, la magnificence des habits, les prêens, les réceptions honnêtes, & d'autres semblables qualités distinguoient les galans. On ne se distingue plus aujourd'hui qu'en pillant les bœufs & les bouviers. Encore il paroît qu'on n'en est pas mieux vêtu. » Les siècles passés ne valoient pas mieux que le nôtre. 6 CAD
II. CADENET, (Antoinette de) dame de Lambefe, se rendit célèbre dans le 13e siècle par ses chansons, & ses relations avec les principaux troubadours de son temps. I. CADET, (Claude) né en 1695, dans les environs de Troyes en Champagne, devint membre du collège de médecine à Paris en 1724, & y mourut le 10 février 1745. On lui doit: I. Observations sur les maladies scorbutiques, Paris 1742, in-12. II. Dissertation sur le scorbut, 1744, in-12. Cadet étoit arrière-neveu de Vallos, premier médecin de Louis XIV.
II. CADET DE GASSICOURT, (Louis-Claude) fils du précédent, né à Paris le 24 juillet 1731, devint à 22 ans, apothicaire-major des invalides, & bientôt après, pharmacien en chef des armées Françoises en Allemagne & en Portugal. Ses profondes connoissances en chimie le firent admettre au nombre des membres de l'académie des sciences en 1766. Sa bienfaissance le rendit accessible aux indigens. Ayant gagné un procès contre un empyrique, dont il avoit montré que les compositions étoient dangereuses, il voulut en payer les frais, pour ne pas le réduire à la misère. Ses principaux écrits sont: I. Une Analyse des eaux de Passy, 1757, in-12: elle peut servir de modèle en ce genre. II. Une Réponse aux observations de Beaumé, sur l'éther vitriolique, & la réduction de chaux & d'étain, à travers les charbons, 1775. Un grand nombre de Mémoires importants, insérés dans ceux de l'académie des Sciences, sur la bile, le borax, la décomposition du diamant, la terre foliée de tartre; des Analyses d'une lave du Vésuve, de l'eau retirée de la grotte du chien près de Naples, de la soude de varec, des eaux minérales de Fontenelles en Poitou, & de Vaugirard &c. Pendant la révolution, on l'employa avec Lavoisier à la monnoie, pour la fixation du titre des espèces & la fonte du métal des cloches. Il mourut des suites de l'opération de la pierre, en octobre 1799. Il a laissé un frère, qui suit avec un égal succès la même carrière, & un fils connu par divers écrits de littérature.
CADIÈRE, (La) Voyez GIRARD, n.º III. I. CADMUS, fils d'Agenor, roi de Tyr & de Sydon, sur envoyé par son père pour chercher Europe sa sœur, enlevée par Jupiter, avec défense de reparoire devant lui qu'il ne l'eût trouvée. Il vint par mer des côtes de la Phœnie, s'empara du pays connu depuis sous le nom de Béotie, & y bâtit la ville de Thèbes. On dit qu'il apporta aux Grecs l'usage d'un nouvel alphabet. C'est de lui que nous vient cet art ingénieux, De prendre la parole & de parler aux yeux, Et, par les traits divers de figures tracées, Donner de la couleur & du corps aux pensées. Les poètes ont ajouté du fabuleux à l'histoire de Cadmus. Il alla combattre, suivant eux, avec le secours de Minerve, un dragon qui avoit dévoré ses compagnons. Le héros tua le montre, & en fema les dents, d'où sortirent tout-à-coup des hommes armés, qui n'eurent rien de plus pressé que de se massacrer. Il n'en resta que cinq, qui aidèrent Cadmus à bâtir la ville de Thèbes. Dans la suite, ses sujets le chassèrent de ses états, & l'obligèrent de s'enfuir en Illyrie.
II. CADMUS, de Milet, le premier des Grecs qui ait écrit l'Histoire en prose. Il florissoit du temps d'*Ha'yates*, roi de Lydie.
CADRY, (Jean-Baptiste) ancien chanoine, théologal de l'église de Laon, fut l'homme de confiance, l'ami & le théologien de *Caylus*, évêque d'Auxerre. Il étoit né en 1680, à Tréz en Provence, & il mourut à Savigni près de Paris en 1756, à 76 ans. On a de lui plusieurs écrits sur les querelles occasionnées par la bulle *Unigenitus*, à laquelle il étoit fort opposé. Les principaux font: I. Les trois derniers volumes de l'Histoire du livre des Réflexions morales, & de la Constitution Unigenitus, in - 4.º La précision n'est pas le principal mérite de ce livre, qui vraisemblablement n'intéressera guère la postérité. II. L'Histoire de la condamnation de Soanen, évêque de Senez, 1728, in-4.º III. Des Observations théologiques & morales, sur les deux Histoires du P. Berruyer, en 3 vol. in-12, 1755 & 1756.
CÆCIAS, (Mythol.) vent impétueux du Nord-Est, est représenté sur les monumens, tenant des deux mains un bouclier rond, d'où il fait tomber la grêle.
CÆCILIUS-STATIUS, poète comique, affranchi, fut contemporain d'*Ennius*, & mourut un an après lui. Ils étoient liés d'amitié. On trouve quelques-uns de ses fragmens dans le *Corpus Poétarum*, Londres 1714, 2 vol. in-fol.
CÆCULUS, (Mythol.) fils de *Vulcain*. Sa mère étant assise auprès de la forge de ce Dieu, une étincelle de feu la frappa, & lui fit mettre au monde, au bout de neuf mois, un enfant, à qui elle donna le nom de *Cæculus*, parce qu'il avoit de fort petits yeux. Lorsqu'il fut avancé en âge, il ne vécut que de vols & de brigandages. Il bâtit la ville de Préneste. Ayant donné des jeux publics, il exhorta les citoyens à aller fonder une autre ville. Mais comme il ne pouvoit les y engager, parce qu'ils ne le croyoient pas fils de *Vulcain*, il invoqua son père, & l'assemblée fut aussitôt environnée de flammes. Ce prodige la saisi d'une telle frayeur, qu'on lui promit de faire tout ce qu'il voudroit. I. CÆLIUS, Orateur Romain qui prit des leçons de *Cicéron*, avoit l'esprit vit & turbulent; il mourut fort jeune. *Quintilian* dit: « qu'il avoit mérité de vivre plus long-temps & d'avoir un meilleur esprit. » Ayant été accusé par *Atratinus* d'être entré dans la conjuration de *Cacilia*, & d'avoir donné du poison à *Clodia* soeur de *Clodius*, il fut défendu par *Cicéron* & renvoyé absous. Il y eut encore un CÆLIUS, homme de qualité de la ville de Terracine, qui fut trouvé assassiné; personne ne pouvant être soupçonné de ce forfait que ses deux fils, ils furent cités en justice. Mais on les jugea innocens, parce qu'ils avoient été trouvés endormis, & les portes de la maison ouvertes.
II. CÆLIUS, (*Vibæus*) roi des Toscans, qui amena du secours à *Romulus* dans la guerre contre les Céciens & les Autemnates, donna son nom au mont *Calius* que le roi *Tullus-Hostilius* ajouta à la ville de Rome, & y fit bâtir son palais pour engager les autres à y habiter aussi.
III. CÆLIUS-AURELIANUS, (Lucius) médecin méthodiste, 8 C Æ qu'on croit avoir vécu avant Gallien, & dont il nous reste un Traité de celeribus & tardis Paffionibus, Amsterdam 1722, in-4.º
CÆNEUS, Voyet CENIS:
CÆSIUS-BASSUS, Voyet BASSUS.
CÆUS, (Mythol.) fils de Titan, donna son nom à l'isle de Cæa dans la mer Egée, où il établit son empire. Cette isle est fertile en troupeaux de bœufs & en vers à foie. Simonide y naquit.