CAFFA, (Melchior) habile sculpteur & excellent dessinateur, naquit à Malte en 1631, d'où il prit le nom de Maltois, qu'il rendit bientôt célèbre. Ses talens le firent comparer au cavalier Bernin, dont il fut l'élève, & embellirent de plusieurs morceaux quelques églises de Rome. Le groupe de Saint Thomas de Villeneuve, qu'on y voit dans l'église des Augustins, & que sa mort, arrivée dans cette ville en 1687, l'empêcha de terminer, a mis le sceau à sa réputation.
CAFFARELLI DU FALGA, (N.) officier général dans le corps du génie au service de France, fut d'abord employé dans l'armée du Rhin, commandée par le général Biron. En 1792, lorsque les commissaires de l'assemblée vinrent y apporter le décret qui prononçoit la déchéance du roi, il fut le seul qui refuse de s'y soumettre. Destinuer alors, puis réintégrer dans ses fonctions en 1795, il suivit Bonaparte dans ses expéditions, & contribua à ses victoires. Il fut glorieusement blessé en Egypte, & sa maison y fut pillée dans la révolte du Caire. Devenu membre du conseil d'état, il est mort dans le cours de l'an neuf, justement regretté pour ses lumières & son courage. On a publié une notice sur sa vie, l'année suivante.
CAFFIAUX, (D. Joseph) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Valenciennes en 1712, mourut subitement à Saint-Germain-des-Prés, en décembre 1777. Il étoit chargé de l'Histoire générale de Picardie avec dom Grenier, & avoit le titre d'historiographe de la province. On a de lui, un Essai d'une Histoire de la musique, in-4.º Mais son principal ouvrage est le Trésor Généalogique, dont il n'avoit publié que le premier volume in-4.º, lorsque la mort le surprit. On a trouvé dans cette compilation les titres anciens concernant les familles de France & des provinces voisines, connues en 1400 & auparavant. Ce recueil de titres, rangés dans l'ordre alphabétique, chronologique & généalogique, ne doit pas être regardé seulement comme les archives de la vanité : il suppose beaucoup de recherches curieuses, & des connoissances étendues dans l'histoire moderne. On lui a attribué les Recherches historiques sur l'honneur du sexe féminin, 4 vol. in-12 : livre dont l'objet étoit intéressant, & qu'il a eu le secret de rendre ennuyeux, parce qu'il est plus facile de compiler que d'écrire. I. CAFFIÉRI, (Philippe) sculpteur, naquit à Rome en 1634, de parens qui se signalèrent dans la carrière militaire. Appelé en France par le cardinal Mazarin, il arriva à Paris en 1660, & fut employé utilement par Colbert & Seignelai, qui lui fit accorder l'inspection de la marine de Dunkerque. Il mourut en 1716.
II. CAFFIÉRI, (Jacques) sculpteur & fondeur, fils du précédent, naquit à Paris aux Gobelins en 1678, & se rendit aussi recommandable par la délicatesse de son ciseau, que par les qualités de son caractère. Il est mort à Paris en 1755, & y a laissé plusieurs bustes en bronze très - estimés. — Son fils Jean - Jacques, a marché sur les traces de ses pères, & a fait le buste de Piron pour la comédie françoise, ceux de Quinault, Lulli & Rameau pour l'opéra, celui d'Helvetius, la statue de Sainte-Sylvie aux invalides, & le groupe très-estimé de Melpomène & Thalie soutenant la lyre d'Apollon, qui a disparu dans l'incendie du théâtre de l'Odéon. — CAGLIOSTRO, fameux imposteur, dont le vrai nom étoit Joseph Balfamo, naquit à Palerme le 4 juin 1743. Ayant eu pour marraine Vincente Cagliostro, sa tante, native & habitante de Messine, il en prit ensuite le nom. Il quitta de bonne heure sa patrie, & épousa à Rome une jeune personne nommée Laurence, fille d'un fondeur en cuivre. Joseph Balfamo, étant encore dans sa plus tendre enfance, perdit son père; il reçut quelque éducation par les soins de sa mère & de son aïeul. Il débuta par extorquer une somme importante à un orfèvre de Palerme nommé Marrano, à qui il avoit promis de découvrir un trésor. Il s'expatria à cette occasion; il voyagea beaucoup dans le Levant, où l'ignorance turque accueille très - bien les charlatans en médecine. En 1773, il fut découvert à Naples par l'orfèvre Marrano. Il se faisoit alors appeler marquis de Pellegrini; mais ce nom emprunté ne le dispensa pas d'être mis en prison à la requête de Marrano. Il obtint au bout de dix - sept jours son élargissement, & il voyagea sous différens noms dans le nord de l'Europe. Dans un mémoire juridique, ou plutôt dans un roman, il disoit que sa naissance étoit inconnue à lui-même. On fait ce qu'on doit croire de l'éducation donnée par le savant Altotas, Musulman à Médine & à la Mecque, ecclésiastique & chevalier de Malte à Malte. On apprécie cet accueil gracieux que le mufti de Médine faisoit au jeune Acharat, la tendresse du chef de la Mecque, qui pleuroit sur le fils infortuné de la nature, & la faveur du grand-maître de Malte, qui l'avoit accueilli dans son palais. Le nom de Cagliostro qu'il prit en France avec le titre de marquis, avoit été précédé par ceux d'Acharat, de marquis de Pellegrini, de comte Harat, de comte Phénix, de marquis d'Annas, qui tour-à-tour ont décoré, ou plutôt déguisé Joseph Balfamo. Après avoir joué son rôle de charlatan à Strasbourg, à Lyon, à Bordeaux & sur-tout à Paris, où tous les imposteurs se donnent rendez-vous, il fut mis à la Bastille : il porta, en sortant, une plainte juridique contre Launai, gouverneur de cette prison, pour réclamer de l'argent, des diamans & des bijoux, dont il l'avoit, disoit-il, dépouillé. Il perdit son procès tout d'une voix. Alors il se retira à Londres, & de là à Rome, où il fut condamné, comme chef d'Illuminés, à une prison perpétuelle. Il mourut en 1795, dans la forteresse Saint-Léon, après avoir fait des dupes dans toute l'Europe. Sa femme, digne d'avoir un tel époux, & complice de ses fourberies, fut enfermée dans le couvent de Saint-Apolline. Le savoir de Cagliostro en médecine étoit très-borné; tout son art confisait à ordonner des pillules dont il avoit le secret, & dont l'aloès étoit la base. Ces sortes de remèdes donnés à forte dose, réussissent sur des tempéraments vigoureux, & débarrassent même quelques tempéraments délicats d'humeurs tenaces, en leur procurant un bien-être passager, lorsqu'ils ne les tuent pas. En 1791, *Onfroy*, libraire à Paris, a publié une *Vie de Cagliostro*. On trouva dans les papiers de cet imposteur, une prophétie, portant que *Pie VI* feroit le dernier pape, & que l'Eglise feroit dépouillée de tous ses états.
CAGNACCI, (Guide *Cauloffi*, dit à cause de sa difformité) peintre Italien du dernier siècle, disciple du *Guide*, mourut à Vienne à 80 ans. Les tableaux dans lesquels il a imité son maître, sont les plus recherchés. — Il ne faut pas le confondre avec CAGNACCI, auteur des Antiquités de Ferrare, (*Antiquitates Ferraria*) qu'on trouve dans le Trésor des Antiquités de *Gravius*.
CAHAGNES, (Jacques) professeur royal de médecine dans l'université de Caen, sa patrie, naquit en 1548, & mourut en 1612, à 64 ans. Il se distingua par sa science & par son zèle. Il rédigea un nouveau corps de flatus pour la faculté de médecine de Caen, qui ont été suivis jusqu'à présent. Sa bourse fut ouverte aux jeunes gens pauvres qui montroient du talent, & sur-tout de l'émulation, sans laquelle les talens ne sont rien. Il les aidoit de ses conseils autant que de son argent. On a de lui : I. La *Centurie des éloges des Hommes célèbres de Caen*, 1609, en latin, in-8. II. Une *Traduction* des livres de *Julien le Panimier*, sur le cidre & sur le mal vénérien. III. Deux *Traités* en latin *sur les Fièvres*, 1616; & *sur les maladies de la tête*, 1618. On y reconnoit le bon praticien. Il laissa une bi- bibliothèque estimable par le choix des livres & la propreté des reliures.
CAHUSAC, (Louis de) écuyer, né à Montauban, où son père suivit le barreau, commença ses études dans cette ville, & alla les achever à Toulouse, où il fut reçu avocat. De retour à Montauban, il obtint la commission de secrétaire de l'intendance. Ce fut pendant qu'il exerçoit cet emploi en 1736, qu'il donna la tragédie de *Pharamond*, dans laquelle il a blessé la vérité historique, sans rendre son sujet théâtral. Nul art, nul contraste. L'intérêt, trop partagé, ne peut se fixer sur aucun des personnages; *Pharamond* est, de temps en temps, moins un héros qu'un fat. On y trouve plusieurs vers tournés avec esprit, mais trop d'antithèses, trop peu de nombre & d'harmonie. Cette pièce eut pourtant quelque succès. L'envie d'aller jouir à Paris des applaudissements du parterre, lui fit abandonner la province. Le comte de *Clermont* l'honora du titre de secrétaire de ses commandements. Ce fut en cette qualité qu'il fit la campagne de 1743 avec ce prince, qu'il quitta ensuite, pour se livrer absolument à la littérature. L'opéra l'occupa principalement; il eut le bonheur de ne point éprouver de chôte dans cette carrière, dans laquelle il s'ouvrit une route nouvelle. L'art de lier les divertissements à l'action, de les en faire naître, de les varier, de les rendre animés, l'emploi lui être réservé. Il a rappelé sur le théâtre lyrique la grande machine si négligée depuis *Quinault*, & si nécessaire à ce théâtre; mais il ne faut point chercher dans ses productions la douceur & l'harmonie qu'exige la poésie chantante. Sa verification, un peu froide, & quelquefois sèche, est naturelle ; aussi *Rameau* avoit-il préféré *Cahufac* à d'autres poètes, qui, avec plus d'esprit, ne favoient ni se borner aux ornemens simples, ni se plier à ses idées. « Le succès de sa tragédie de *Pharamond*, dit *Sabathier*, & de sa comédie de *Zénédie*, ne prouve autre chose qu'un de ces momens de séduction, où le public approuve ce qu'il est forcé de condamner ensuite, quand la réflexion vient l'éclairer. Il n'en est pas de même de ses talens lyriques. Le théâtre de l'Opéra, où il se fraya une route nouvelle, lui procura des applaudissemens mérités. Les pièces qu'il a composées en ce genre, annoncent une adresse heureuse pour ajuster le merveilleux au fond du sujet, & le faire naître des circonstances. On peut le placer entre *Quinault* & *la Mothe*, en distinguant les différentes nuances qui les caractérisent tous trois. Ce n'est pas une petite gloire pour *Cahufac*, d'avoir réussi dans un genre de poésie, où tant de poètes célèbres, & *Voltaire* lui-même, ont échoué. » Cet auteur mourut à Paris au mois de juin 1759. Il étoit d'un caractère inquiet, vif, & trop exigeant ; fort délicat sur la réputation, & d'une sensibilité qui altéra son cerveau, & qui abrégea peut-être ses jours. L'éloge & la satire excitoient également sa vivacité. Un Journaliste ayant beaucoup loué l'opéra de *Zoroastre*, *Cahufac* lui dit en l'embrassant : *Ah ! que je vous ai d'obligation ! Vous êtes le seul homme en France qui ait eu le courage de dire du bien de moi...* On a de lui : *I. Grigri*, in-12 : c'est un petit roman joliment écrit. II. *L'Histoire de la Danse ancienne & moderne*, 3 petits volumes in-12, que les savans ont bien accueillie. III. Il a donné au théâtre *Pharamond* & le *Comte de Varwick*, tragédies ; *Zénédie* & *l'Algérien*, comédies, dont la première appartient à *Watelet* : *Cahufac* ne fit que la mettre en vers. les *Fêtes de Polymnie*, les *Fêtes de l'Hymen*, *Zais*, *Naïs*, *Zoroastre*, la *Naissance d'Osiris*, & *Anacréon*, tous opéra ; outre celui des *Amours de Tempé*, qu'on lui attribue aussi. Il a laissé en manuscrit une tragédie de *Manlius* ; avec deux comédies, le *Mal-adroit par fineffe*, & la *Dupe de soi-même*.
CAJADO, (*Hermicus*) poète Latin, né en Portugal, a laissé des *Eglogues*, des *Sylves* & des *Epigrammes*, Bologne 1501, in-4. Elles ont été réimprimées, en 1745, dans le *Corpus Poetarum Lusitanorum*. Les uns le font mourir à Rome, en 1508, d'un excès de vin : suivant *Monteiro*, qui a écrit la Vie de *Cajado*, ce poète mourut de chagrin dans sa maison de campagne. On remarque dans toutes ses productions un tour heureux, du génie, de la facilité, de l'élégance : ses *Epigrammes* ne manquent pas de sel.
CAÏET, (*Pierre-Victor-Palma*) né en 1525 à Montrichard en Touraine d'une famille pauvre, d'abord ministre Protestant, attaché à *Catherine de Bourbon*, sœur de *Henri IV*, fut déposé dans un synode, sur l'impertinente accusation de magie. Cette condamnation hâta son abjuration : il la fit à Paris en 1595, & mourut en 1610, à 85 ans, docteur de Sorbonne & professeur en hébreu au collège royal. *C'est* étoit un homme officieux, & il eut le malheur d'avoir pour ennemis tous ceux auxquels il avoit rendu service. Ses habits négligés, sa façon de vivre, & sa fureur à chercher la pierre philosophale, le faisoient mépri- C-A I fer, autant que son savoir le ren- doit respectable. Malgré son exté- rieur mal-propre, & plus que modeste, Henri IV continua de l'admettre à sa cour, & voulut en même temps qu'il pût s'en passer, en lui faisant don d'une petite terre: retraite philosophique, pro- pre à contenter l'ambition d'un savant. Les Calvinistes qu'il avoit quittés ne le traitèrent pas comme Henri IV; ils l'accablerent d'injures & de calomnies. Depuis son ab- juration, il avoit eu une conté- rence avec du Moulin, & ce fut une nouvelle raison de mettre de mauvaise humeur ses anciens con- frères. Caiet ne resta pas muet, & il publia, en 1603, contre du Moulin, le livre intitulé emphati- quement: La Fournaise ardente & le Four de réverbère pour évaporer les prétendues Eaux de Siloé, (c'étoit le titre d'un ouvrage de du Moulin) & pour corroborer le feu du Purga- toire — Il y a un trait qui, s'il est vrai, lui fait beaucoup d'honneur. L'union du comte de Soissons & de la sœur de Henri IV vint à un tel point, qu'ils ordonnèrent à Caiet de bénir leur mariage sur- le-champ. Ce ministre ayant re- fufé, le prince le menaça de le tuer. — Tuer-moi, lui répondit Caiet: j'aime mieux mourir de la main d'un Prince que de celle d'un Boureau. Voyez les différens témoignages que lui ont rendus ses contempo- rains dans le 35e volume des Mé- moires de Nicéron. On a de lui plusieurs Ouvrages de controverse, moins consultés que sa Chronologie septennaire, 1606, in-8°, depuis la paix de Vervins en 1598, jus- qu'en 1604. L'accueil que l'on fit a cet ouvrage, l'obligea d'ajouter à son Histoire de la paix, celle de la guerre qui l'avoit précédée. On a cette nouvelle Histoire dans les 3 tomes de sa Chronologie noven- naire, 1608, in-8°, depuis 1589 jusqu'en 1598. On y voit toutes les peines que Henri IV eut à es- fuyer pour se rendre maître de son royaume. L'abbé d'Artigny en a recueilli les principales particu- larités dans ses Nouveaux Mémoires de L'istrature. Le docteur Caiet en- tre dans des détails, qui fournif- fent des amufemens à la curiosité, & des sujets de réflexion à la philosophie. Il y a dans la Chro- nologie septennaire des relations, des poésies, des manifestes, des instructions, des lettres, des plai- doyers & d'autres pièces, dont plusieurs auroient été perdues pour la postérité. Outre ces pièces pu- bliques, il y a beaucoup d'anec- dotes secrètes, inconnues aux au- tres écrivains, & dont l'auteur avoit été à portée de s'instruire à la cour de Catherine de Bourbon, & à celle de Henri IV, dont il étoit très-connu. I. CAJETAN, (Constantin) abbé Bénédictin de Saint-Baronte au diocèse de Pistoye, bibliothé- caire du Vatican, mort à Rome le 17 septembre 1650, à 85 ans, étoit de Syracuse. Il pouffoit le zèle pour la gloire de son ordre, jusqu'au fanatisme. Il crut qu'il l'illustrerait beaucoup, s'il lui don- noit tous les grands hommes qu'il pourroit, ou du moins ceux qu'il croyoit tels. Après avoir mis dans sa liste une partie des Saints an- ciens, il travailla à la groffir des Saints modernes. Il commença par S. Ignace de Loyola, le fit Béné- dictin, dans un livre publié à Rome en 1641. Le grand nombre des bénéfices que les enfans d'I- gnace avoient enlevés à l'ordre de S. Benoit, l'autorifoit apparem- ment à penser que leur père étoit Bénédictin. La congrégation du Mont-Caffin ne voulut pas du saint Espagnol, & désavoua *Cajetan* en 1644. *Cajetan* ne pouvant faire admettre des Jésuites dans son ordre, se tourna du côté des Franciscains & des Frères Prêcheurs. Il leur enlève *S. François* d'Affife & *Saint Thomas* d'Aquin. Le cardinal *Cobellucci* difoit, au sujet de ce voleur de Saints, « qu'il craignoit que *Cajetan* ne transformât bientôt *S. Pierre* en Bénédictin. » *Voy. I. BENOIT, & III. IGNACE. Cajetan* publia aussi divers écrits pour prouver que l'*Imitation de J. C.* étoit d'un abbé Bénédictin, nommé *GESSEN*. On lui doit encore l'édition des *Œuvres de Pierre Damien*, 1606—1640, 4 vol. in-fol. On trouve un article de *Cajetan* dans le 25$^{e}$ volume des *Mémoires* du *P. Nicéron*, & un catalogue détaillé de ses ouvrages. — Il ne faut pas le confondre avec le cardinal *Huri CAJETAN*, que *Sixte V* envoya, en 1585, légat en France, où il voulut dominer, & où il trouva des oppositions de la part du parlement de Paris. Ce prélat fut depuis envoyé en Pologne, & mourut en 1599, à 49 ans.
CAIÈTE, nourrice d'*Enée*, suivit ce prince dans sa navigation, & mourut; en abordant en Italie, au lieu où fut bâtie dans la suite la ville de Gaëte, près de son tombeau. — CAILLARD, (N.) célèbre avocat au parlement de Paris, mort depuis quelques années, ne savoit que plaider. Froid, taciturne, indifférent, inhabile sur presque toutes les matières: voilà ce qu'il paroissoit dans le monde, dans les confultations avec ses confrères, & dans son cabinet. Il lui falloit absolument le barreau & le bonnet quarré; alors ce n'étoit plus le même homme: on voyoit un esprit très-net, nourri des principes de la jurisprudence. Un rapide examen des pièces d'un procès, & de ses livres, lui suffisoit pour se trouver en état de plaider. Il étonnoit sur - tout par son abondance. Il fournisoit deux ou trois heures de plaidoirie, sans jamais se troubler, ni dans son plan, ni dans ses idées, & sans paroître embarrassé dans ses expressions. Elevé au-dessus du bavardage, mais n'atteignant que rarement l'éloquence, il ne manquoit de graces ni dans l'élocution, ni dans le débit, & offroit quelquefois dans la discussion un ton élevé & noble. I. CAILLE, (Nicolas-Louis de la) diacre du diocèse de Rheims, né le 15 mars 1713 à Rumigny, d'un capitaine des chasses de la duchesse de Vendôme, fit ses études avec succès au collège de Lisieux à Paris. Son goût pour l'astronomie le lia avec le célèbre *Cuffini*, qui lui procura un logement à l'Observatoire. Aidé des conseils d'un tel maître, il eut bientôt un nom parmi les astronomes. Il partagea avec de *Thuri*, digne fils de cet homme estimable, le travail immense de la ligne méridienne ou de la projection du méridien, qui passant par l'observatoire, traverse tout le royaume. Dès l'âge de vingt-cinq ans, il fut nommé, à son insu, professeur de mathématiques au collège Mazarin. Les travaux de sa chaire ne le détournèrent point de l'astronomie. Cette science, à laquelle il étoit entraîné par un charme invincible, devint pour lui un devoir, lorsque l'académie des sciences l'admit dans son sein en 1741. La plus grande partie des autres compagnies savantes qui fleurissent en Europe, lui firent le même honneur, ou plutôt lui rendirent la même juffrice. Animé de plus en plus du désir d'acquérir une connoissance détaillée du ciel, il entreprit, en 1750, avec l'agrément de la cour, le voyage du cap de Bonne-Espérance, dans le dessein d'examiner les étoiles australes, qui ne font pas visibles sur notre horizon. Ce voyage, si intéressant par son objet, le fut encore plus par la manière dont il le remplit. Dans l'espace de deux ans, de 1750 à 1752, il détermina la position de 9800 étoiles jusqu'alors inconnues. Le savant & modeste astronome pouvoit immortaliser ses découvertes, en donnant son nom aux nouvelles constellations qu'il avoit observées; mais il aima mieux leur donner celui des différens instruments d'astronomie. De retour en France, il ne cessa d'éclairer le public, sur les apparitions des comètes, & sur d'autres objets importants de l'Histoire du Ciel. Il faisoit imprimer le Catalogue des étoiles & les observations sur lesquelles il est fondé, lorsqu'une fièvre maligne l'emporta le 21 mars 1762, à 48 ans. Les qualités de son ame honorent sa mémoire, autant que les connoissances de son esprit. Froid, réservé avec ceux qu'il ne connoissoit pas, il étoit doux, simple, gai, égal avec ses amis. L'intérêt ni l'ambition ne le dominèrent jamais; il fut se contenter de peu. Sa probité faisoit son bonheur, les sciences ses plaisirs, & l'amitié ses délaissemens. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, justement estimés: I. Plusieurs Mémoires, dont il a enrichi les recueils de l'académie des Sciences. II. Éléments d'Algèbre & de Géométrie, Paris, in-8.º III. Leçons Élémentaires d'Astronomie, d'Optique & de Perspective, 1748 & 1755, à Paris, in-8.º IV. Leçons Élémentaires de Mécanique, 1743, Paris, in-8.º V. Ephémérides de Desplaces, continuées par l'abbé de la Caille, en 2 vol. in-4.º VI. Fundamenta Astronomia, in-4º, Paris 1757. VII. Table des Logarithmes pour les sinus & tangentes de toutes les minutes du Quart-de-Cercle, Paris 1760, in-8.º VIII. Nouveau Traité de Navigation, par Bouguer, revu & corrigé par l'abbé de la Caille, Paris 1761, in-8.º IX. Journal du voyage fait au Cap de Bonne-Espérance, in-12. On remarque dans tous ses ouvrages, cette précision, cette netteté si nécessaires aux sciences abstraites; c'étoit là le caractère de son esprit. Aussi sûr dans ses jugemens que exact dans ses observations astronomiques, il n'affirma que ce qui lui paroissoit vrai. Jamais l'amour propre ne lui fit passer le point où il croyoit voir les bornes de son esprit. Il disoit avec simplicité: Je ne sais pas cela.
II. CAILLE, (André) pharmacien, a publié dans le dernier siècle le Guidon des Apothicaires, & le Jardin Médicinal.
III. CAILLE, (Jean de la) libraire de Paris, mort vers l'an 1720, a publié: I. Une Histoire de l'Imprimerie, 1689, in-4º; elle est savante & curieuse. II. Une Description de Paris, 1714, in-8.º
CAILLEAU, (André-Charles) libraire, né à Paris le 17 juin 1731, mort dans la même ville en 1798, avoit un caractère ouvert & une gaieté franche & vive, qu'il porta dans ses écrits. On lui doit une foule d'Almanachs chantans, d'Etrennes badines & plaisantes, dont plusieurs, par leur singularité, ou leur son jovial, auroit mérité de surnager au-dessus des autres ouvrages de ce genre. *Cailleau* est auteur de quelques écrits plus sérieux, tels que : I. *La Vie de Le Sage*. II. *Le Spectacle Historique*, 1764, 2 vol. in-12. Ce sont des éléments d'histoire grecque & romaine, simples, clairs & très-utiles à l'instruction de la jeuneffe. III. *Lettres d'Héloïse* & d'*Abailard*, 1774, 2 vol. in-8. IV. *Vie de Defrees*, 1777, in-12. V. *Principes philosophiques de consolation*, traduits de l'allemand, 2 vol. in-12. VI. *Les Soirées de la Campagne*, in-12. VII. *Le Waux-hall*, poème, in-12. VIII. *Etrennes Historiques*, 2 vol. in-12. IX. *Dictionnaire Bibliographique*, 3 vol. in-8.
CAILLY, (le Chevalier Jacques de) né à Orléans, se disoit de la famille de la *Pucelle* qui délivra cette ville. Il cultiva l'amitié & les lettres, & mourut vers 1674, chevalier de l'ordre de St. Michel & gentilhomme ordinaire du roi. On a de lui un petit recueil d'*Epigrammes*, dont quelques-unes sont fines, & beaucoup d'autres triviales, mais verifiées naturellement. Cette ingénuité, relevée par quelques antithèses agréables & par plusieurs traits d'esprit, corrige beaucoup son style, souvent lâche & incorrect. Parmi ces épigrammes, on rencontre quelques madrigaux où il donne des louanges délicates. Tel est celui-ci, sur le portrait de Louis XIV, peint sans couronne : *Que cette majesté me plait ! Avec l'éclat qui l'environne, Il ne lui faut point de couronne Pour nous apprendre ce qu'il est.* Son épigramme sur les étymologistes est encore plus connue : Alfana vient d'equus, sans doute ; Mais il faut avouer aussi, Qu'en venant de la jusqu'ici, Il a bien changé sur la route. On trouve les différentes petites pièces de *Cailly* dans un *Recueil de Poésies* en 2 vol. in-12, publié par la *Monnoie* en 1714, sous le titre de la Haye.
CAIN, premier fils d'*Adam* & d'*Eve*, naquit sur la fin de la première année du monde, & s'adonna à l'agriculture. Jaloux de ce que les offrandes d'*Abel* son frère étoient acceptées du Seigneur, tandis que les fiennes en étoient rejetées, il lui ôta la vie, l'an du monde 130. Dieu le maudit, le condamna à être vagabond sur la terre, & lui mit un signe pour le soustraire à la vengeance des hommes. Il se retira à l'origine d'Eden, & y eut son fils *Enoch*, dont il donna le nom à une ville qu'il y fit bâtir. Ce fratricide fut tué par *Lamech*, selon une tradition des Hébreux, approuvée par *St. Jérôme*. Voyez le *Poème* intéressant de *Gejner*. Suivant *Saint Augustin*, *Abel* est la figure de JÉSUS-CHRIST & des Chrétiens persécutés, & *Cain* l'est des persécuteurs. Les commentateurs n'en restent pas là : ils font & résolvent plusieurs questions sur le motif du meurtre d'*Abel* ; l'instrument qui servit à le tuer ; le signe imprimé sur *Cain*, que quelques-uns croient être un tremblement universel par tout le corps, qui rendoit visible l'agitation de sa conscience déchirée par les remords de son crime ; le genre de sa mort, & l'âge auquel il mourut : questions aussi frivoles que difficiles à résoudre. — On vit paroître dans le second siècle de l'Eglise, des CAINITES. C'étoit une secte de Gnostiques, qui étoit un rejeton de celles de *Valentin*, de *Nicolas* & de *Carpocrate*. On les appela *CAINITES*, parce qu'ils honoroient *Cain* comme un homme formé par une vertu puissante, au lieu qu'ils regardoient *Abel* comme la production d'une vertu plus foible.
CAINAN, fils d'*Enos*, père de *Malalel*, mourut l'an 2800 avant J. C., âgé de 910 ans. — Il y a eu un autre CAINAN, fils d'*Arphaxad* & père de *Sala*, sur lequel les savans disputent sans pouvoir s'accorder.
CAIO, *Voy*. CAYOT.
CAJOT, (Joseph) Bénédictin de Saint-Vannes, mort en 1765, est auteur des *Plagiats* de J. J. Rouffeau sur l'éducation, & des *Antiquités de Metz*, ou *Recherches sur les Médiomatrices*, 1760, in 8.
CAIPHE, grand-prêtre des Juifs après *Simon*, condamna J. C. à la mort, fut déposé par *Vitellius* gouverneur de Syrie, & se tua, dit-on, de désespoir. C'est ce grand-prêtre qui, dans un conseil que tinrent les Juifs au sujet de JÉSUS-CHRIST, prophétisa « qu'il étoit expédient qu'un homme mourût pour tout le peuple. »
CAIRELS, (Elias) Troubadour, né à Sarlat dans le Périgord, embrassa d'abord la profession de désinateur en armoiries; mais emporté bientôt par son goût pour la poésie, il composa, chanta & violonna. Ses productions offrent des difficultés qu'il se plaisoit à vaincre. Tantôt les vers sont très-courts, tantôt les rimes sont redoublées, tantôt il commence son couplet par les derniers mots du précédent. Il s'attacha, vers l'an 1220, à l'empereur *Frédéric II*, dont il ne vanra pas la générosité. « Il me fait tant maigrir, dit-il, qu'une lime ne mordroit pas sur moi. Je suis forcé de le quitter, ne pouvant le suivre davantage. Je n'ai pas plus gagné avec lui qu'avec l'amour. » La Dame de ses pensées se nommoit *Isabelle*. Ce poète aimoit l'argent, & l'avoué dans toutes ses pièces. Il voudroit toujours, dit-il, trouver des marchandises en vente & avoir de quoi les acheter. On a deux de ses chansons sur la Croisade. Dans l'une il reproche au marquis de *Montferrat*, son indolence; & il l'engage, s'il ne veut être guerrier, à se faire abbé de Citeaux.
CAIRON, (Thérèse le Boucher de) morte en Normandie en 1790, à l'âge de 51 ans, eut des vertus & destalens. Plusieurs petits poèmes manuscrits attestent ceux-ci. On connoit d'elle une *Ode sur l'insensibilité*, publiée dans divers journaux.
CAIT-BEI, sultan d'Égypte & de Syrie, originaire de Circassie, étoit né esclave. Les Mamelucs, d'une commune voix, l'élurent pour leur souverain. Il défit près de Tarfe l'armée de *Bajayet II* empereur des Turcs, commandé par *Queréel* son gendre. Cette victoire eut des suites heureuses. Il repoussa *Assimbée*, qui régnoit en Méopotamie, & qui s'étant rendu maître de la ville de Biry sur l'Euphrate, faisoit des couresses bien avant dans la Syrie. Il mimi aussi les Arabes sous le joug, & dissipe cette multitude d'esclavements Ethiopiens, qui s'étant assemblées en très-grand nombre pour déstruire les Mamelucs, menaçaient l'Égypte d'un terrible orage. Il mourut l'an 1449, & le 33e des son règne.
CAIUMARATH, premier roi à Persan, auteur de la scelle des Mages. Mages, enseigna, dit-on, à ses peuples l'usage de la fronde, & l'art plus utile de bâtir des maisons & de fabriquer des étoffes de laine, de poil & de coton. Pour vaquer plus librement à la prière, il abdiqua la couronne, & se retira dans une grotte solitaire qui avoit été sa première demeure. Les Orientaux lui ont accordé mille ans de vie.
CAÏUS-AGRIPPA, Voyet AGRIPPA, n° VI. I. CAÏUS-POSTHUMIUS, affranchi d'Anguste, se fit un grand nom dans l'architecture, & eut pour disciple Cocceius qui le surpassa. Voyet COCCÉIUS.
II. CAÏUS, Macédonien, disciple de S. Paul, converti à Corinthe où il étoit établi, & où il avoit reçu cet Apôtre. Il l'accompagna depuis dans ses voyages, eut part à ses persécutions, & fut pris, avec Aristarque, par les séditieux d'Ephèse, que l'orfèvre Démétrius avoit excités contre S. Paul. On croit que c'est ce même Caïus à qui S. Jean adressa sa troisième Épître, dans laquelle il le loue de la pureté de sa foi, & de la charité qu'il exerce envers ses frères & les étrangers.
III. CAÏUS, célèbre entre les autres ecclésiastiques, florissoit à Rome au 3e siècle, sous le pontificat de Zéphyrin & sous l'empire de Caracalla. Il avoit été disciple de S. Irénée, ce qui ne l'empêcha pas de rejeter absolument l'opinion des Millenaires. Un anonyme, cité par Photius, dit positivement que Caïus étoit prêtre, & qu'il demeuroit à Rome. Photius ajoute, qu'on tenoit encore qu'il avoit été même ordonné évêque des nations, pour aller porter la foi dans des pays infidèles, sans avoir aucun peuple, ni aucun diocèse limité. Caïus eut une fameuse dispute à Rome contre Procle ou Procule, l'un des principaux chefs des Montanistes, & la mit par écrit dans un Dialogue, qui n'est pas venu jusqu'à nous, non plus que ses autres ouvrages.
IV. CAÏUS, (Saint) originaire de Dalmatie, & parent de l'empereur Dioclétien, fut élu pape le 17 décembre 283, & mourut le 22 avril 296. Il ordonna que les clercs pafferoient par tous les sept ordres inférieurs de l'Eglise, avant que de pouvoir être ordonnés évêques. V. CAÏUS ou KAYE, (Jean) né à Norwich en 1510, étudia à Padoue avec succès sous le célèbre Montanus. A son retour en Angleterre, il fut successivement médecin du roi Edouard VI, de la reine Marie, & enfin de la reine Elizabeth. Il fit rebâtir presque à ses frais l'ancien collège de Gonneville, à Cambridge, nommé depuis ce temps-là le Collège de Gonneville & de Caïus, & y fonda vingt-trois places d'étudiants. Il mourut en 1573 à 63 ans, & fut enterré dans la chapelle de son collège, sous une tombe unie, avec cette seule inscription : Fui Caïus. Ses sentimens sur la religion ne tenoient qu'à son intérêt; & dans les différentes révolutions qui agiterent de son temps l'Angleterre, il fut toujours attaché à la fêche du prince régnant. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, où il fuit les principes de Galien & de Montanus son maître. Les meilleurs sont : I. Un Traité de la sueur Angloise, maladie qui ne duroit qu'un jour, & qui fit périr beaucoup de monde en Angleterre en 1551; il est intitulé : De Ephemerâ Britannica. La meilleure édition est celle de Londres 18 CAL en 1721, in-8.º II. Un livre latin *De l'antiquité de l'Université de Cambridge*. III. *De Canibus Britannicus*, Londres 1570, in 8º : rare. IV. *Scripium historia*, Londres 1570, in-12.
CALABER, (*Quintus*) ancien poète de Smyrne, est auteur des *Paralipomènes d'Homère*, espèce de supplément à l'*Iliade*. Ce poème grec, écrit élégamment, dont la meilleure édition est celle de *Paw*, Leyde 1734, in-8º, fut trouvé par le cardinal *Beffarian*, dans un monastère de la Terre d'Otrante en Calabre. Le chanoine *Brodeau* publia une édition de ce poète, avec des notes, à Basle en 1582.
CALABRE, (*Edme*) prêtre de l'Oratoire, savant & pieux, natif de Troyes, directeur du séminaire de Soissons, mourut en 1710. On a de lui une *Paraphras* sur le *Miserere*, souvent réimprimée.
CALABROIS, (*Le*) *Voyer* GIOACHINO, & II. GONSALVE.
CALABROIS, (*Matthias PRETI*, surnommé le) naquit en 1643, dans la Calabre. *Lanfranc* fut son maître dans la peinture. Appelé à Malte, pour décorer l'église de Saint-Jean, il représenta dans le plafond la vie de cet Apôtre : morceau admirable, qui lui mérita le titre de chevalier de grace, une commanderie & une forte pension. Il se servoit aussi bien de l'épée que du pinceau. A Malte, il blessa mortellement un chevalier qui, par ses mauvais propos sur sa nobleffe, le força de se battre avec lui. A Rome, il punit de même un peintre qui critiquoit ses tableaux. Obligé de s'enfuir à Naples, il tua un des gardes de la ville qui lui disputoit le passage, a cause de la peste qui avoit ravagé les provinces voisines. Ses talens le sauvèrent du supplice. Le vice roi lui accorda sa grace, en disant, *Excellens in arte non debet mori* ; un excellent artiste doit être immortel. La conversation de ce peintre, loin d'annoncer une humeur querelleuse, étoit fort agréable & assaisonnée de traits historiques & mythologiques. Dans ses dernières années, il devint très-dévot & très - charitable. Quand on lui représentoit que ses infirmités devoient suspendre son activité laborieuse: *Que deviendroient mes pauvres*, répondoit-il, *si je ne travaillois pas ?* Il mourut à Malte en 1699, à 56 ans. Ses principaux tableaux se voient à Modène, à Naples & à Malte. On les estime pour la vigueur du coloris, le relief des figures, la variété des inventions, l'art des ajustemens. Une touche moins dure, un destin plus correct, l'auroient mis au rang des premiers peintres.
CALAIS, (*Mythol*) fils de *Borde* & d'*Orithye*, étoit frère de *Zéthes*. Ces deux héros avoient des ailes comme leur père. Étant partis avec les Argonautes pour la conquête de la toison d'or, ils furent reçus avec bonté par *Phinde*, roi d'Arcadie ou de Thrace, qui les pria à leur retour de donner la chasse aux *Harpyes* qui le tourmentoient & gâtoient toutes les viandes qu'on servoit sur sa table. Comme ils avoient des ailes, & qu'ils étoient bons tireurs d'ares, ils les poursuivirent jusqu'aux îles Plotes, où *Isis* vint les avertir de ne pas chasser plus loin les chiens de *Jupiter*. Ils obéirent, & ces îles s'appelèrent *Strophades*, du nom de leur retour. *Hercule* tua ensuite les deux frères, & les changea en vents.
CALAMIS, graveur & statuaire célèbre d'Athènes. Ses ouvrages furent fort estimés; mais Cicéron le metoit bien au-dessous de Prax169es & de Myron. Les ouvrages les plus estimés de cet artiste, furent: I. La Statue d'Apollon-Libérateur, à Athènes. II. Le Coloffe du même dieu, transporté de l'Attique dans les jardins de Servilius à Rome, par Lacullus. III. Une Statue d'Esculape. IV. Un Char à quatre chevaux, avec son conducteur, exécuté en bronze. V. Des Figures d'ambassadeurs ciselées en or.
CALANDRA, (Jean-Baptiste) peintre en Mosique, étoit de Verceil, & exerça ses talens à Rome, où l'on voit de lui, dans l'église de Saint-Pierre, les quatre docteurs de l'Église & un S. Michel, parfaitement exécutés. Il floriffoit dans le XVIIe siècle.
CALANSON, (Giraud de) jongleur de Gascogne, fut savant & spirituel. Il fit des chansons d'amour & des pièces morales contre les vices. On a conservé quinze de ses pièces. L'une célèbre Pierre, roi d'Aragon, qu'il nomme le protecteur de la jonglerie. La plus curieuse est une longue instruction donnée à un jongleur: « Sache, lui dit-il, bien trouver & bien rimer, bien parler, bien proposer un jeu parti. Sache jouer du tambour & des cimbales, & faire retentir la symphonie. Sache jeter & retenir de petites pommes avec des couteaux, imiter le chant des oiseaux, faire des tours avec des corbeilles, faire attaquer des châteaux, faire sauter au travers de quatre cerceaux; jouer de la citale & de la mandore, manier la manicarde & la guitare, qu'on entend volontiers; garnir la roue avec dix-sept cordes, (peut-être une espèce de vielle); jouer de la harpe, & bien accorder la gigue pour égayer l'air du psalterion. Jongleur, tu feras préparer neuf instruments de dix cordes: si tu apprends à en bien jouer, ils fourniront à tous tes besoins. Fais aussi retentir les lyres & résonner les grélots... Sache comment l'amour court & vole, comme il va nu & sans habits; comme il repousse la justice avec ses dards qu'il a fait aiguiller, & ses deux flèches, dont l'une est d'or fin qui éblouit, & l'autre d'acier qui blesse si rudement qu'on ne peut guérir de ses coups. Apprends les ordonnances d'amour, ses privilèges & ses remedes, & tu sauras expliquer ses divers degrés; comme il va rapidement; de quoi il vit; ce qu'il fait quand il part; les tromperies qu'il exerce alors, & comment il détruit ses serviteurs. Si tu fais bien ton métier, tu n'auras point à te plaindre des rigueurs de la fortune, ni de celles de l'amour. » Calanson mourut à la fin du 13e siècle.
CALANUS, philosophe Indien, suivit Alexandre le Grand dans son expédition aux Indes. Tourmente d'une colique après 83 ans d'une vie saine, il pria le conquérant de lui faire élever un bûcher pour y terminer ses jours, suivant la coutume de son pays. Ce prince qui l'aimoit & l'estimoit, cédant avec peine à ses prières, ordonna à regret l'appareil de son sacrifice. Son armée eut ordre de se ranger en bataille autour du bûcher. Calanus, couronné de fleurs & magnifiquement vêtu, y monta d'un air tranquille, en disant, « que depuis qu'il avoit perdu la santé & & vu Alexandre; la vie n'avoit plus rien qui le touchât. » Il supporta l'action du feu sans faire aucun mouvement, & sans donner aucun signe de douleur. Quelqu'un lui ayant demandé s'il n'avoit rien à dire à Alexandre ? — Non ; répondit le philosophe, je compte le recevoir bientôt à Babylone. Le héros étant mort trois mois après dans cette ville, on crut que le brachmanne avoit été prophète, & cela n'ajouta pas peu au merveilleux de son histoire. — CALAS, (Jean) négociant de Touloufe, de la religion prétendue réformée, fut accusé d'avoir étranglé, le 13 octobre 1761, Marc-Antoine son fils, en haine de la religion Catholique, qu'il vouloit, dit-on, embraffer, ou qu'il professoit secrètement. Ce jeune homme, d'un esprit sombre, inquiet & violent, s'étoit vraisemblablement détruit lui-même; cependant la populace n'accusa pas moins le père d'être coupable de la mort de ce suicide. Il fut arrêté, condamné sur des présomptions de la plus grande force, mais sans la déposition d'aucuns témoins oculaires du crime, appliqué à la question ordinaire & extraordinaire, enfin rompu vif le 9 mars 1762. Il parut au public qu'il y avoit de l'inconséquence à juger un vieillard, âgé de 63 ans, comme seul coupable du meurtre de son fils, âgé de 29 ans, sans la participation d'aucun de ceux qui étoient alors dans la maison. Cependant Jean-Pierre Calas, frère puné d'Antoine, ne fut condamné qu'au bannissement; & la femme de Jean Calas, sa servante, & le fils d'un avocat de Touloufe, nommé Lavois, qui assuraient n'avoir pas quitté l'accusé, furent mis hors de cour. Calas foutent les douleurs de son supplice avec une résignation héroïque. Il ne s'emporta point contre ses juges, & ne leur imputa point sa mort. « Il faut, dit-il, qu'ils aient été trompés par de faux témoins. Je mure innocent ; Jésus - Christ, qui étoit l'innocence même, a bien voulu mourir par un supplice plus cruel encore. » La veuve & les enfans de cet infortuné vieillard se rendirent aux pieds du trône, pour faire revoir son procès au conseil du roi. Cinquante maîtres-des-requêtes, assemblés pour cette grande affaire, déclarèrent Calas & sa famille innocens. Ce fut le 9 mars 1765, que fut rendu cet arrêt mémorable. Comme le conseil, au lieu de décider s'il y avoit lieu à revoir le procès, & dans ce cas, le renvoyer à un parlement, le jugea quant au fond, l'arrêt ne put avoir d'exécution dans le ressort du parlement de Touloufe. On soupçonna même, ce qui n'étoit gueres probable, que cet arrêt n'avoit été rendu que pour calmer les murmures de quelques Protestans, faussement persuadés que Calas avoit été immolé à la haine qu'on portoit à leur religion. Quoi qu'il en soit, le roi répara par ses libéralités, les malheurs arrivés aux Calas, si cependant de tels malheurs sont réparables. On recherche encore aujourd'hui les Mémoires qu'Elie de Beaumont, Loiseau & Marlette publièrent pour faire triompher l'innocence. — Voyez aussi le tome IV. de la continuation des Causes célèbres, par de la Ville. On a fait dans ces derniers temps, deux pièces de théâtre sur Calas, qui ont eu du succès.
CALASIO, (Marius de) Franciscain, professeur d'Hébreu à Rome au commencement du XVIIe siècle, composa une excellente Concordance des mots hébreux de la Bible, en quatre grands volumes in-folio, imprimés à Rome en 1621, & ensuite à Londres 1747, sous le même format, & avec le même nombre de volumes. Cette édition, plus estimée que celle de Rome, a été donnée par Guillaume Romain. Le fond de cet ouvrage, utile aux Hébraïans, est pris dans la Concordance du rabbin Nathan.
CALCAGNI, (Tiberio) sculpteur, né à Florence dans le 16e siècle, mérita par ses talens l'estime de Michel-Ange, qui l'afocia à sa gloire, en le choifissant pour terminer divers morceaux de sculpteur que son grand âge ne lui permettait pas d'achever. — Un autre CALCAGNI, sculpteur comme le précédent, élève de Jérôme Lombardi, & surnommé le Ferrarois, mourut en 1593, après avoir orné l'église de Lorette des statues en argent des douze apôtres.
CALCAGNINI, (Célio) fils naturel d'un ecclésiastique de Ferrare, après avoir servi dans les troupes de l'empereur Maximilien & du pape Jules II, embraffa l'état ecclésiastique. Il devint protonotaire, & mourut à Ferrare en 1640. Ses Ouvrages latins ont été imprimés à Basle, 1614, en un vol. in-fol. Ils roulent sur des matières de grammaire & de morale. Il écrivait avec facilité, mais sans grace & sans chaleur. D'ailleurs, en surchargeant ses écrits de citations pour faire étalage de science, il tomba dans le ridicule & dans l'ennui. On a de lui quelques vers, meilleurs que sa prose. La hardiesse qu'il eut d'attaquer Cicéron, & de critiquer son livre des Offices, parut téméraire à tous les savans de son temps. Il fut enterré dans la bibliothèque des Jacobins, à laquelle il avait laissé tous ses livres, afin d'être après sa mort dans un lieu qui avait fait ses délices pendant sa vie. On mit une inscription sur son tombeau, dans laquelle on lit ces belles paroles : Ex diuturno studio hoc didicit, mortalia contemnere, & ignorantiam suam non ignorare.
CALCAR, (Jean de) ainsi nommé, parce qu'il étoit d'une ville de ce nom dans le duché de Clèves, mourut à Naples, dans un âge peu avancé, en 1546. Le Titien & Raphaël furent ses modèles dans l'art de la peinture. Il prit tellement leur manière, que les talens de ces grands maîtres fembloient être devenus les fiens. Plusieurs connoisseurs n'ont jamais su distinguer les tableaux du disciple, d'avec ceux du Titien son maître. L'immortel Rubens voulut garder jusqu'à sa mort une Nativité de Calcar. Sandart l'acheta ensuite, & la revendit à l'empereur Ferdinand. C'est à Calcar qu'on doit les figures anatomiques du livre de Vésole, & les portraits des Peintres à la tête de leurs Vies par Vasari.
CALCEOLARI, (François) célèbre naturaliste de Vérone, dans le XVIe siècle. Son Muscum rerum naturalium, à Vérone, 1622, in-fol. est rare & estimé; ainsi que le Voyage du mont Balde, en italien, in-4°, Venise 1566, & en latin 1571.
CALCHAS, fils de Thellor, reçut d'Apollon la science du présent, du passé & de l'avenir. L'armée des Grecs qui alloit affiéger Troie, le prit pour son grand-prêtre, & son devin. Il prédit que le siège dure-roit dix ans, & que la flotte, retenue par les vents contraires au port d'Aulide, ne feroit voile qu'après qu'Agamemnon auroit sacrifié sa fille Iphigénie à Diane. Apollon ayant envoyé une peste qui ravageoit l'armée Grecque devant Troie, il indiqua le moyen de faire cesser ce fléau, en conseillant à Agamemnon de rendre Briféis à son père qui étoit prêtre de ce Dieu. Après la prise de Troie, il retourna dans sa patrie avec Amphilochus, fils d'Amphiaraus, & vint à Colophone en Ionie, d'où étant allé dans le bois sacré d'Apollon de Claros, il y trouva Mopsus qui le surpassoit dans l'art de tirer des augures. Le dépit qu'il en conçut, le fit mourir de douleur.
CALCIDIUS, Voyet CHALCIDIUS.
CALCONDILLE, (Démétrius) savant imprimeur du 15e siècle, naquit à Candie, & s'établit successivement à Milan & à Florence, où il fit paroître une superbe édition, in-folio, d'Homère. Ce livre, le premier qu'on eût encore imprimé en grec, est très-cher, & a pour titre : Homeri opera omnia cum textu graco, labore & industrial Demetrius, Mediolanensis Cretenis; Sumpibus Bernardi Nerifi & Nerli Tenaidis, Florentinorum; fol. idem, Jan. Florentin, 1488.
CALCULUS, Voyet GUILLAUME, n° XII.
CALDERINA, (Bitina) née à Bologne, & fille d'un fameux jurisconsulte, s'appliqua de bonne heure à l'étude du Droit, & y fit tant de progrès, qu'elle en donna des leçons publiques dans l'université de Padoue, en l'absence de son mari Jean de St. George qui en étoit professeur. La réputation de Calderina y attira un grand nombre d'auditeurs. Elle mourut à la fin du 16e siècle.
CALDERINI, (Domitio) naquit vers l'an 1447, à Caldera, dans le territoire de Vérone, d'où il prit le nom de Calderinus. Il devint professeur de belles-lettres à Rome, sous Paul II & Sixte IV, & mourut en 1477, à la fleur de son âge, d'une fièvre pourprée, causée par un excès de travail. Il fut un des premiers qui joignirent le secours de l'érudition à celui de la grammaire. On a de lui plusieurs auteurs anciens, enrichis de notes : Martial, Juvenal, Virgile, Qvide, Perfe, Catulle, Cicéron, Suézone, Properce, Silius-Italicus, &c.
CALDERON DE LA BARCA, (Don-Pedro) chevalier de l'ordre de S. Jacques, porta les armes avec distinction. Il les quitta pour l'état ecclésiastique, & il fut fait prêtre & chanoine de Tolède. Nous avons de lui plusieurs Pièces de Théâtre en neuf volumes in-4°, 1689, à Madrid, sans compter plusieurs autres qui n'ont point été imprimées. Calderon étoit trop fécond pour être exact & correct. Les règles de l'art dramatique sont violées dans presque tous ses ouvrages. On voit dans ses Tragédies l'irrégularité de Shakespeare, son élévation & sa basseffe, des traits de génie aussi forts, un comique aussi déplacé, une enflure aussi bizarre, même fracas d'action & d'incidens. Il ne connoit presque jamais ni la vérité, ni la vraisemblance, ni le naturel. Ses Comédies valent un peu mieux. On a imprimé en 1777, un drame traduit en françois, ou plutôt imité de l'espagnol, dont la lecture est fort agréable; il est intitulé : L'Alcade de Zalaméa, ou le Payfan Magistrat. CALDERON composa six vol. in-4°, d'Actes sacramentaux, qui ressemblent pour le fonds aux anciennes Pièces italiennes & françoises, tirées de l'Écriture-Sainte, ou aux Mystères. Ce poète floriffoit vers l'an 1640; il ne connoiffoit que l'art des vers, & il regne dans fes Tragédies, l'ignorance la plus craffe de l'hiftoire. Il eft curieux de comparer fon Hérselius avec celui de Corneille. Voltaire a traduit le premier. — Voyet l'art. LERME.
CALDERONA, (Marie) Voyet II. JUAN.
CALEB, de la tribu de Juda, fut envoyé dans la Terre promife, avec d'autres députés pour reconnoître le pays. Il raffura le peuple d'Israël, épouvanté par le récit de fes compagnons de voyage. Jofué & lui furent les feuls de ceux qui étoient fortis d'Égypte, qui entrèrent dans la Terre de promiifion. Caleb eut pour fon partage les montagnes & la ville d'Hébron, dont il chafla trois géans. Othoniel fon neveu s'étant rendu maître de la ville du Débir, que l'oncle n'avoit pu prendre, Caleb lui fit époufer fa fille. Ce digne Ifraélite mourut à l'âge 114 ans.
CALENDARIO, (Philippe) fculpteur & architecte du XIVe fiècle, éleva à Venife fes magnifiques portiques, foutenus de colonnes de marbre, qui environnent la place de Saint-Marc. Ces morceaux firent fa réputation & fa fortune. La république le combla de biens, & le doge l'honora de fon alliance.
CALENDUS, Romain qui, fuivant Tjerçes, nourrit Rome pendant dix-huit jours à fes frais, & obtint en récompense, qu'on donneroit fon nom à autant de jours du mois. De là vint le nom de Calendes.
CALENTIUS, (Elifius) précepteur de Frédéric, fils de Ferdinand II, roi de Naples, laifia des C A L 23 ouvrages eftimables en vers & en profe. Il joignit les leçons de la philofophie aux agrémens de la poëfie. Il infpira des vertus à fon élève. Il n'approuvoit pas que l'on condamnât les criminels au dernier fupplice. « On devoit, felon lui, obliger les voleurs à refituer ce qu'ils avoient pris, après les avoir fuftigés; rendre les homicides efclaves de ceux fur la vie defquels ils avoient attenté; envoyer enfin les malfaiteurs aux mines ou aux galères. » Il mourut vers 1503. Il étoit né dans le royaume de Naples. On a donné une édition de fes Ouvrages à Rome, in-folio, 1503: édition plus eftimée que celles qu'on a données après, parce qu'on y trouve beaucoup de pièces hardies. Son poëme du Combat des Rats contre les Grenouilles, imité d'Homère, a été réimprimé en 1738 à Rouen, dans un recueil in-12 des Fables choifies de la Fontaine, mifes en vers latins, publié par l'abbé Saas. Calentius compofa ce poëme à 18 ans, & le fit en fept jours. I. CALÉNUS, (Olénus) fameux devin Etrurien du temps de Tarquin le Superbe, fe rendit célèbre à l'occasion de la tête d'un homme, trouvée en creufant les fondemens d'un temple qu'on vouloit bâtir à Jupiter. Il s'appeloit Tolus, dit-on: Caput Toli, d'où eft venu le nom de CAPITOLE. Comme ce que Pline raconte fur ce devin a paru fabuleux, on n'a pas cru devoir s'y arrêter.
II. CALÉNUS, noble Romain, fe fignala par fa générofité dans le temps des profcriptions qui fuivirent la mort de Jules-Céfar. Malgré la défense de recevoir chez foi les profcrits, il cacha quelque temps dans fa maifon le philo- fophe Varron, fon ami, qui étoit du nombre. Antoine alloit fouvent fe promener dans cette maifon; mais fa préfence n'effraya jamais le courage d'un fi généreux ami: & quoiqu'il fût témoin des fupplices qu'on faifoit fouffrir aux infracteurs de la loi des Triumvirs, & des récompenses qu'on accordoit à ceux qui y obéiffoient, fa fidélité ne fe démentit jamais.
CALEPIN, (Ambroife) religieux Augustin, né à Calepio, bourg dans l'état de Venife, tira fon nom de fa parrie. Il s'eſt rendu célèbre par fon Dictionnaire des Langues, imprimé pour la première fois en 1503, & augmenté depuis par Pafferat, la Cerda, Chifflet & d'autres. La meilleure édition étoit celle de ce dernier; à Lyon, en 1681, en 2 vol. in-fol., avant que celle de Facciolati, profeſſeur a Padoue, eût paru. On peut dire de cet ouvrage, ce qu'on a dit du Moréri: que c'eſt une ville nouvelle bâtie fur l'ancien plan; mais il y a dans l'une & l'autre beaucoup de breches à réparer. Un Dictionnaire Polyglotte feroit un ouvrage très-utile; mais il faudroit remarquer à chaque article, ce que les langues ont emprunté les unes des autres. Les étymologies communes à différens mots, les métaphores employées par les peuples divers pour exprimer le même objet, feroient encore des obſervations intéreſtantes; & ce font ces obſervations, fi précieufes aux grammairiens philofophes, qu'on chercheroit en vain dans Calpin. Il mourut en 1510, privé de la vue par fon extrême vieilleſſe. I. CALIARI, (Paul) ſurnommé Véronèſe, parce qu'il étoit né à Vérone en 1532. Son père étoit ſculpteur, & un de ſes oncles peintre. Celui-ci le prit pour fon élève. Ses eſſais furent des coups de maître. Rival du Tintoret, s'il n'égala point la force de fon pinceau, il le ſurpaſſa par la nobleſſe avec laquelle il rendoit la nature. Une imagination féconde, vive, élevée, beaucoup de majeſté & de vivacité dans ſes airs de tête, de richeſſe dans fon ordonnance, d'élégance dans ſes figures de femmes, de fraîcheur dans fon coloris, de vérité & de magnificence dans ſes draperies; voilà ce qui caractériſe ſes tableaux. On n'y deſireroit que plus de choix dans les attitudes, de fineſſe dans les expreſſions, de goût dans le deſſin & le coſtume. Comme il péignoit quelquefois de pratique, ſes ouvrages ne font pas tous de la même beauté. Le palais de Saint-Marc à Venife offre pluſieurs de ſes chefs-d'œuvre. Ses Noces de Cana font admirables. Son Repas chez Simon le Lépreux, que Louis XIV fit demander aux Servites de Venife, & que, ſur leur reſus, la république fit enlever pour lui en faire préſent, étoit un des plus beaux morceaux de la collection du roi. La plupart de ſes deſſins arrêtés à la plume & lavés au biſtre ou à l'encre de la Chine, font terminés; ils font les délices des amateurs. Véronèſe mourut à Venife en 1588, à 51 ans, avec la réputation d'un grand peintre, d'un honnête homme, d'un bon chrétien, & d'un ami généreux. Ayant été reçu obligeamment dans une campagne autour de Venife, il fit ſecrètement dans la maifon un tableau repréſentant la famille de Darius, & le laiſſa en s'en allant: Voyez II. BRUN, à la fin. Le Guide diſoit de lui: "Que s'il avoit à choiſir parmi tous les peintres, il deſireroit être Paul Véronèſe; que dans les autres on reconnoiſſoit l'art, au lieu que, dans les ouvrages de Paul, la nature se montroit dans toute sa vérité.
II. CALIARI, (Benoit) frère du précédent, avoit des talens semblables. On confondoit souvent leurs tableaux. Il laiffoit jouir, par une modestie peu commune, son frère, de la gloire que ses ouvrages auroient pu lui acquérir, s'il s'en fût déclaré l'auteur. Il se chargeoit ordinairement des fonds & des parties d'architecture, qu'il peignoit avec supériorité. Il cultiva la sculpture en même temps que la peinture, & réussit dans ces deux arts. Il mourut en 1598, à 60 ans.
III. CALIARI, (Charles & Gabriel) tous deux fils de Paul Véronée, héritèrent de ses talens. Charles, mort en 1596, à 26 ans, auroit, dit-on, surpassé son père, si sa trop grande application ne lui avoit coûté la vie. Gabriel, mort en 1631, auroit pu aller presque aussi loin; mais le commerce étoit sa principale occupation, & la peinture ne fut que son délaissement.
CALIGNON, (Soffrey de) naquit à Saint-Jean près de Voiron en Dauphiné. Il fut d'abord secrétaire de Lesdiguières, puis chancelier de Navarre sous Henri IV, & employé par ce prince dans les négociations les plus difficiles. Il travailla avec de Thou à rédiger l'Edit de Nantes. C'étoit un homme consommé dans les affaires d'état & dans l'usage du monde. Henri IV l'auroit fait chancelier de France, s'il eût été Catholique. Il mourut en 1606, à 56 ans, emportant les regrets des savans & des citoyens. Sa Vie a été écrite par Gui Allard, avec celles du baron des Adrets & de Dupuy-Montbrun, à Grenoble, C A L 25 1675, in 12. On lui attribue l'Histoire des choses les plus remarquables advenues en France les années 1587; 1588 & 1589, par S. C. Suffrey CALIGNON, in-8°, 1590. Ces Mémoires, mal écrits & favorables aux Protestans, renferment d'ailleurs des particularités intéressantes.
CALIGULA, (Caius-Cafar) empereur Romain, fuscesseur de Tibère, naquit à Antium l'an 13 de J. C. Il etoit fils de Germanicus & d'Agrippine, fille de Julie & du grand Agrippa. Cet infesté s'imaginant qu'il étoit honteux pour lui d'avoir un grand homme, tel qu'Agrippa, au nombre de ses aïeux, faisoit sortir Agrippine, sa mère, d'Auguste & de Julie sa fille. Tibère l'adopta de bonne heure. Il n'avoit que 25 ans, lorsqu'il fut proclamé empereur, l'an 37 de J. C. Les commencements de son règne annoncèrent au peuple Romain des jours fortunés. Il promit au Sénat de partager avec lui le gouvernement, & de se regarder comme son fils & son élève. Il rendit la liberté aux prisonniers, rappela les exilés, brûla tous les papiers que Tibère avoit ramassés contre eux. Il réforma l'ordre des chevaliers, abolit les impôts, bannit de Rome des femmes qui avoient trouvé de nouveaux raffinemens de débauche. Rome l'appeloit, d'une commune voix, le modèle des princes. Mais on rétracta bientôt ces éloges précipités. Une maladie le changea totalement. Ce prince, qui pendant huit mois entiers avoit promis tant de gloire & de félicité, devint un tyran, un monstre, un lâche, un infesté. Son orgueil monta à son comble. Il se vantoit d'être le maître de tous les rois de la terre, & regardoit les autres princes comme de vils esclaves. Il voulut être adoré comme un dieu. Il paroissoit tantôt avec des ailes aux pieds & un caducée à la main, comme *Mercure*; tantôt sans barbe, avec une couronne de rayons sur la tête, un arc & des flèches, comme *Apollon*; tantôt comme *Mars*, avec l'épée, le bouclier, le casque & une grande barbe. Il fit ôter les têtes des statues de *Jupiter* & des autres divinités, pour y mettre la fienne. Il se bâtit un temple, se nomma des prêtres, & se fit offrir des sacrifices. Il s'mina lui-même dans ce collège sacerdotal, y associa sa femme & son cheval. Le nouveau *Jupiter*, pour mieux mériter ce titre, voulut imiter les éclairs & les foudres. Dans les orages, il faisoit un bruit semblable à celui du tonnerre, avec une machine, & lançant une pierre contre le ciel, il s'écrioit: *Tues-moi, ou je te tue!* — *Dion* rapporte qu'un Gaulois le voyant un jour assis sur un trône où il faisoit le *Jupiter*, ne put s'empêcher d'en rire. *Caligula* le fit venir, & lui demanda ce qu'il croyoit qu'il fût? Le Gaulois lui répondit librement, un grand fou, *Caius*, qui auroit fait mourir une personne de qualité pour moins que cela, le souffrit sans lui rien faire, parce que c'étoit un cordonnier. Ses extravagances ne se bornèrent pas à la manie de passer pour Dieu. Il renversa les statues & les images des grands hommes; il fit ôter de toutes les bibliothèques de Rome les bustes d'*Homère*, de *Virgile*, de *Tite-Live*; il enleva aux familles tous les monuments de la vertu de leurs ancêtres. Les débauches les plus infames & la cruauté la plus barbare, vinrent ajouter l'horreur à tous ces ridicules. Incessueux avec ses trois sœurs, il parut avec elles en public dans des poîtres infames. Il déshonora les femmes de Rome, les enlevant a leurs maris, & jouissant d'elles en leur présence: *Voy*. MA-CRON & II. DRUSILLE. Il établit des lieux publics de prostitution dans son palais. Il y plaça une académie de jeu, & tint lui-même école de fraponerie. Un jour manquant d'argent, il quitta les joueurs, descendit dans sa cour, y fit tuer sur-le-champ plusieurs personnes distinguées, & rapporta six cents mille séserces. L'effusion du sang humain étoit pour lui le spectacle le plus agréable, les meurtres étoient ses récréations. Deux confuls, au milieu desquels il étoit assis, le voyant éclater de rire, lui en demanderait la raison: *Je ris*, leur répondit le scélérat, parce que je songe qu'à l'instant même, je puis vous faire égorger tous deux. Un jour qu'il s'étoit mépris dans une exécution, un autre que le condamné ayant souffert la mort, il dit: *Qu'importe? l'autre ne l'avoit pas plus mérité que lui*. Un chevalier exposé sans sujet aux bêtes, criant qu'il étoit innocent; *Caligula* le fait rappeler, commande qu'on lui coupe la langue, & le renvoie pour être devoré. Les parens étoient forcés d'assister au supplice de leurs proches, & de plaisanter avec lui. C'étoit, dit *Montefquieu*, un vrai sophiste dans sa cruauté. Comme il descendait également d'*Antoine* & d'*Auguste*, il disoit: « qu'il puniroit les confuls, s'ils célébroient les jours de réjouissance établis en mémoire de la victoire d'Achum, & qu'il les puniroit, s'ils ne les célébroient pas. » *Drusille* sa sœur, à qui il accorda les honneurs divins, étant morte, c'étoit un crime de la pleurer, parce qu'elle étoit *Déesse*, & de ne la pas pleurer, parce qu'elle étoit *sa sœur*. — Le triste plaisir de voir souffrir, le flatoit tellement, qu'il s'amusoit à faire donner la question ou mettre sur la roue des malheureux. On le vit fermer les greniers publics, & se plaire à voir à Rome un commencement de famine. Cette ame féroce portoit la démence & la rage jusqu'à souhaiter « que le peuple Romain n'eût qu'une tête, pour pouvoir la couper d'un seul coup. » Une famine, une peste, un incendie, un tremblement de terre, la perte d'une de ses armées, étoient l'objet de ses vœux les plus ardens. Il ordonna qu'on nourrit d'hommes vivans les bêtes sauvages réservées aux spectacles. Il n'y eut que les brutes qui n'eurent pas à se plaindre de lui. Son cheval, nommé *Incitatus*, fut traité comme les grands - hommes l'étoient du temps de la république : il le nomma pontife, & vouloit le faire consul. Il juroit par sa vie & par sa fortune ; il lui fit faire une écurie de marbre, une auge d'ivoire, des couvertures de pourpre, & un collier de perles. Ce cheval, digne convive de *Caligula*, mangeoit à sa table. L'empereur lui-même, lui servoit de l'orge doré, & lui présentoit du vin dans une coupe d'or, où il avoit bu le premier. — La mort de cet ennemi des hommes mit fin à ses extravagances & aux malheurs du peuple Romain. Il fut affaffiné par un tribun des gardes prétoriennes, en sortant du spectacle, après un règne de près de quatre années, l'an 41 de J. C. qui étoit le 29e de son âge. On fit porter son corps dans un jardin, où ses sœurs ne le brûlèrent qu'à demi, & l'enterrèrent précipitamment, de peur que la populace n'outrageât son cadavre. Ainsi périt ce monstre gangrené de vices, sans aucune vertu ; ce serpent, qui devoit dé- dévorer les Romains, selon l'expression de *Tibère*. Il souhaita que son règne fût signalé par quelque calamité publique ; mais n'en étoit-ce pas une assez grande, dit un homme d'esprit, que le monde fût gouverné par cette bête féroce ? L'abbé de *Condillac* a très-bien développé le caractère de *Caligula*. « Témoin, sous *Tibère*, des meurtres, qui, sur la fin du règne de cet empereur, devenoient tous les jours plus fréquens, le jeune prince, naturellement cruel, s'étoit, dit-il, enhardi à verser le sang des citoyens. Mais toujours tremblant pour lui-même, tant qu'il n'eut point le souverain pouvoir, il s'étoit formé dans l'art de dissimuler, que les malheurs de ses parens semblaient lui rendre nécessaire. Jamais il ne lui échappa alors un mot sur le sort de sa mère & de ses frères : il semblait ignorer qu'ils eussent vécu. Il ne parut pas moins insensible aux injures qu'il recevoit lui-même. Mais dès qu'il se vit affermi sur le trône, son règne ne fut plus que le délire d'un esprit égaré & furieux. » Aussi a-t-on dit de lui qu'il n'y avoit jamais eu un meilleur esclave, ni un plus méchant maître. Il tint le glaive suspendu sur le peuple Romain. Implacable dans ses vengeances, & bizarre dans ses cruautés, son nom présente l'idée du plus abominable des hommes. Sa figure répondoit assez aux vices de son ame. Il avoit le menton relevé, le regard terrible (ce qu'il affectoit pour inspirer de la crainte), le cou délié, le front grand, le sommet de la tête chauve, les jambes minces & le corps mal proportionné. Finissons cet article par une excellente réflexion de *Montefique*. Après avoir décrit le règne de Caligula, il s'écrie : « C'est ici qu'il faut se donner le spectacle des choses humaines. Que l'on considère dans l'Histoire de Rome, tant de guerres entreprises, tant de sang répandu, tant de grandes actions, tant de triomphes, de sagesse, de confiance, de courage. Ce projet d'envahir tout, si bien formé, si bien soutenu, si bien accompli; à quoi mène-t-il l'empire Romain? A être la proie de cinq à six monstres. » Voyet VII. DEMÉTRIUS, V JULIE, & JULIUS-CANUS.
CALISTE, Voy. CALLISTE.
CALISTÈNES, Voyet CALLIS-THÈNES.
CALISTO ou HELICÉ, (Mythol) fille de Lycaon, & nymphe de Diane. Jupiter ayant pris la figure de cette déesse, Calisto devint enceinte & accoucha d'Arcas. Junon, toujours attentive aux démarches de Jupiter, & ennemie implacable de toutes celles qui pouvoient partager le cœur de son mari, métamorphosa la mère & le fils en ours. Jupiter les plaça dans le ciel : Calisto est la grande ourse, & Arcas la petite, ou Bootès.
CALIXTE, Voyet CALLIXTE.
CALIXTE, (George) théologien Luthérien, né à Madelbuï dans le Holstein en 1586, d'un ministre Luthérien, fut professeur de théologie à Helmstadt en 1614, & mourut en 1656, dans sa 70e année. On a de lui : I. Anti-Moguntinus, 1644, in - 4°. II. Un Traité latin contre le Célibat des Clercs, 1631, in-4°, & d'autres ouvrages très-médiocres. Ce qu'il a fait sur quelques livres du Nouveau Testament, tels que sa Concorde des Evangélistes, n'a, selon Richard Simon, rien de critique ni de recherche. Il s'applique cependant à chercher le sens littéral, en ajoutant quelques réflexions théologiques. Il donna son nom à une secte de Luthériens, appelés CALIXTINS ou Sincrétiques, qui s'imaginoient pouvoir réunir les différentes sectes Luthériennes, qui se haisent autant entre elles, qu'elles haisent les Catholiques. Calixte étoit naturellement modéré & tolérant. Il ne pouvoit souffrir qu'on donnât tant d'autorité à Luther, & qu'on craignit tant de s'éloigner de la moindre de ses opinions. Ses dernières paroles furent : « Je ne condamnerai aucun de ceux qui errent dans des questions non nécessaires au salut; & j'espère que DIEU me pardonnera, si j'ai erré dans des choses de cette nature. »
CALLARD, (Jean-Baptiste) membre de l'académie de Caen, & professeur de médecine dans l'université de cette ville, y mourut en 1718. C'étoit un médecin éclairé & un citoyen zélé. On lui doit le premier établissement d'un jardin de Botanique à Caen. Il est connu par un ouvrage estimé, dont la dernière édition parut en 1693, in - 12, sous ce titre : Lexicon Medicum etymologicum. Il en préparoit une édition in-fol., augmentée des trois quarts, lorsque la mort l'enleva. Le manuscrit est resté entre les mains de sa famille.
CALLIACH, (Nicolas) Grec de Candie, y naquit en 1645. Il professa les belles - lettres & la philosophie à Padoue, où il mourut en 1707. On a de lui : De Iudis Scenicis, 1713, Patavii, in - 4°, & dans le recueil de Sallengre.
CALLICLES, célèbre statuaire, étoit de Mégare, & fils de Thiofcome qui avoit fait cette belle statue de Jupiter, que l'on admiroit à Mégare. *Calliclès* fit celle de *Diagoras* qui avoit remporté la palme au combat du ceste, & cet ouvrage excitoit l'admiration de tous ceux qui le voyoient. Elle est citée par *Paufanias*.
**CALLICRATE**, ancien sculpteur Grec, se rendit célèbre par la fineffe & la délicatesse de ses figures. On dit qu'il fit un chariot avec son conducteur, ses chevaux & leurs attelages, qu'une seule aile de mouche pouvoit couvrir. On raconte la même chose de *Myrmeide* & de *Théodore*, *Voyez* ces noms.
**CALLITRATIDAS**, général Lacédémonien, remporta plusieurs victoires contre les Athéniens, & fut tué dans un combat naval l'an 405 avant Jésus-Christ. Sa grandeur d'une égalité son courage. Son armée étant réduite à la dernière extrémité par la famine, il refusa une grosse somme pour le prix d'une grace injuste. *L'accepterois est argent*, lui dit *Cléandre*, un de ses officiers, *si j'étois Callitratidas*. — *Et moi aussi*, repartit celui-ci, *si j'étois Cléandre* : réponse semblable à celle que fit *Alexandre* à *Parménion*.
**CALLICRÈTE** de Cyane, fille célébrée par *Anacréon*, étoit savante dans la politique & se mêloit de l'enseigner. —
**CALLIÈRES**, (François de) né en 1646, à Thorigni au diocèse de Bayeux, fut membre de l'académie Françoise, & employé par *Louis XIV* dans des affaires importantes. Il soutint avec honneur les intérêts de la France dans le congrès de Ryswich, où il étoit plénipotentiaire. *Louis XIV* lui donna une gratification de dix mille livres, avec une place de secrétaire du cabinet. Il mourut le 5 mars 1717, à 72 ans. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages, dont les principaux sont : I. *Traité de la manière de négocier avec les Souverains*, 2 vol. in-12, qui ne prouvent pas, suivant la *Baumelle*, qu'il fût négocier ni écrire; mais ce jugement est trop tranchant. La forme du livre a fait tort au fond; le style est sans élégance & sans précision. L'ouvrage n'a pas moins été traduit en anglais, en italien, & réimprimé à Paris en 1750, sous le titre de Londres. II. *De la science du Monde*, in-12, où l'on trouve des réflexions utiles à l'honnête homme & au chrétien, mais présentées avec trop peu d'agrément. Ce livre fut traduit en allemand & en hollandois. III. *Panégyrique de Louis XIV*, duquel *Charpentier* a dit avec plus d'emphase que de vérité, que l'on pouvoit dire du héros & du panégyrique, ce que l'on avoit dit autrefois d'*Alexandre* & du portrait qu'en avoit fait *Apelles* : « Que l'*Alexandre* de Philippe étoit invincible, comme l'*Alexandre* d'*Apelles* étoit inimitable. » IV. *De la manière de parler à la Cour*. V. *Du bel-esprit*. VI. *Des bons mots & des bons contes*. VII. *Des Poésies fort foibles*, &c. *Voyez* IV. JOYEUSE. — Il ne faut pas le confondre avec *Jean* de *CALLIÈRES*, maréchal-de-bataille des armées du roi, qui écrivit l'*Histoire de Jacques de Matignon*, maréchal de France, & de ce qui s'est passé depuis la mort de François I, en 1547, jusqu'à celle du Maréchal en 1597. Cet ouvrage curieux, mais quelquefois inexact, fut publié à Paris en 1661, in-folio.
**CALLIGNOTE**, fut le premier qui fit connoître aux Mégalopolitains, les mystères d'*Elénis*. On lui éleva en récompense, une 30 C A L Statue dans la principale place de Mégalopolis. I. CALLIMAQUE, capitaine Athénien, fut choisi général dans un conseil de guerre, avant la bataille de Marathon, l'an 490 avant Jésus-Christ. Après ce furieux combat contre les Perses, on le trouva debout tout percé de flèches.
II. CALLIMAQUE, poète Grec, natif de Cyrène, garde de la bibliothèque de *Prolomés Philadelphie*, floriffoit vers l'an 280 avant Jésus-Christ. L'antiquité le regardoit comme le prince des poètes élégiaques, pour la délicatesse, l'élégance & la noblesse de son style. De tous ses poèmes il ne nous reste que quelques *Epigrammes* & quelques *Hymnes*, publiées par Mlle le *Fèvre*, depuis Mad. *Dacier*, avec des remarques, à Paris 1675, in-4°, & par *Théodore Gravius*, à Utrecht 1697, en 2 vol. in-8°, & 1761, 2 vol. aussi in-8°. *De la Porte du Theil* a donné une nouvelle édition du texte grec, avec une traduction françoise, Paris, imprimerie royale, 1775, in-8°. *Catuille* mit en vers latins son petit Poème de *La chevelure de Bérénice*. On attribue à *Callimaque* un mot bien vrai & bien juste, qu'un grand livre est un grand mal. Il aimoit mieux les petits ouvrages que les grandes productions. « L'Euphrate, dit-il à la fin de ses *Hymnes*, est à la vérité un grand fleuve; mais quant à moi, j'aime mieux ces petites fontaines claires & paisibles, dont toutes les gouttes sont plus précieuses que la fange & le limon des grands fleuves. »
III. CALLIMAQUE, architecte de Corinthie, inventeur, à ce qu'on croit, du chapiteau Corinthien, vivoit l'an 540 avant Jésus-Christ. Il prit cette idée d'une plante d'acanthe qui environnoit un panier placé sur le tombeau d'une jeune Corinthienne. Ce panier étoit couvert par une tuile, qui, recourbant les feuilles, leur faisoit prendre le contour des volutes. *Callimaque* réuffissoit encore dans la peinture & la sculpture. Il plaça dans le temple de *Minerve* à Athènes, une lampe d'or, dont la mèche composée de fil d'amiante, brûloit toujours sans se confumer. On dit qu'il fut le premier qui trépana le marbre pour y creuser des plis & des fonds.
CALLIMAQUE ESPÉRIENTE, *Voyet* ce dernier mot. I. CALLINIQUE, *Voyet* dans l'article AGILULPHE.
II. CALLINIQUE, d'Héliopolis en Syrie, auteur de la découverte du *Feu grégés*. L'empereur *Constantin - Pogonaz* s'en servit pour brûler la flotte des Sarrafins. L'eau qui éteint le feu ordinaire, n'avoit aucun empire sur ce nouveau fléau du genre humain. Cet ingrédient qu'on appelait aussi l'huile incendiaire, le feu marin, le feu liquide, dévoroit, dit-on, le fer & les pierres, suivoit toutes les directions qu'on vouloit lui donner, & ne pouvoit être éteint qu'avec du vinaigre, du sable ou de l'urine. Dans les batailles navales, on en remplissoit des brûlots, qu'on lâchoit à la faveur du vent, contre les vaisseaux ennemis. Dans les combats sur terre & dans les sièges des villes, on le fouffloit par des tubes de cuivre, garnis à leur extrémité d'étoupes enflammees. On l'enfermoit quelquefois en poudre, ou en huile, dans des fioles de verre ou des vases de terre, que les soldats jetoient à la main, comme nos grenades, après en avoir allumé l'amorce. La plus terrible manière de l'employer, étoit de le lancer avec l'arbalète. Les empereurs Grecs, fentan le prix d'une arme aussi redoutable, firent de sa composition un secret d'état. Quand des princes, amis ou alliés la leur demandaient, ils leur envoient du feu préparé, en leur cachant soigneusement l'art d'en faire de semblable. C'étoit, disoient-ils, un présent céleste, apporté par un Ange, à Constantin le Grand, avec détense expresse, de le communiquer à personne; & ceux qui auroient cette indiscrétion, feroient frappés de la foudre. Vulturius prétend donner la manière de le composer. Sous le règne de Louis XV, un chimiste de Grenoble, nommé Dupré de Mayen, renouvela les effets de l'invention de Callinique, dans une préparation qui fut éprouvée à Brest avec succès, & qu'on défendit ensuite à son auteur de publier. Callinique vivait vers l'an 670 de Jésus-Christ.
CALLINUS, très-ancien poète Grec, florissoit à Ephèse vers l'an 776 avant Jésus-Christ. On lui attribue l'invention du vers élégiaque. Il ne nous reste de lui que quelques vers de ce genre, recueillis par Stobée.
CALLIOPE, (Mythol) l'une des neuf Mufes, présidait à l'éloquence & à la poésie héroïque. Les poètes la représentent comme une jeune fille couronnée de laurier, ornée de guirlandes, avec un air majestueux, tenant en sa main droite une trompette, dans sa gauche un livre, & trois autres auprès d'elle, l'Iliade, l'Odyssée, & l'Enéide. Le peintre Lebrun l'a représentée à Versailles avec une couronne d'or sur la tête, pour désigner sa prééminence.
CALLIPATIRA, femme célèbre d'Athènes, vivait environ 428 ans avant Jésus-Christ. S'étant déguisée en maître d'escrime, pour accompagner son fils Pifidore aux Jeux Olympiques, où il n'étoit pas permis aux femmes de se trouver, elle s'y fit reconnoître par les transports de joie qu'elle eut de le voir vainqueur. Les juges lui firent grace; mais ils ordonnèrent que les maîtres d'escrime feroient eux-mêmes obligés d'être nus, comme l'étoient les athlètes qu'ils avoient instruits & qu'ils conduisoient à ces Jeux. D'autres ont conté ce fait de Bérénice, sœur de Callipatira & fille de Diagoras. I. CALLIRHOÉ, jeune fille de Calydon, que Coréjus grand-prêtre de Bacchus, aima éperdument. Ce pontife n'ayant pu toucher son cœur, s'adressa à Bacchus, pour se venger de cette insensibilité. Le Dieu frappa les Calydoniens d'une ivresse qui les rendit furieux. Ce peuple alla consulter l'oracle, qui répondit: « que ce mal ne finirait qu'en immolant Callirhoé, ou quelqu'autre qui s'offrirait à la mort pour elle. » Personne ne s'étant présenté, on la conduisit à l'autel: alors Coréjus, privé de tout espoir, la voyant ornée de fleurs, & suivie de tout l'appareil d'un sacrifice, au lieu de tourner son couteau contre elle, se perça lui-même. Callirhoé, touchée d'une tardive compassion, s'immola pour appaier les mânes de Coréjus. — Voyez ACARNAS.
II. CALLIRHOÉ, fille de Phocus roi de Béotie, dont la rare beauté égaloit la sagesse, avait été recherchée par trente jeunes gens des plus qualifiés & des plus riches de la Béotie. Mais son père qui l'aimait tendrement, ne pouvant se résoudre à la quitter, les amufoit tous, tantôt fur un prétexte & tantôt fur un autre. Enfin ces jeunes aspirans, offensés de ces délais, formèrent entre eux une conspiration contre *Phocus* & le tuerent. A cette trite nouvelle, *Callithoe* s'enfuit fecretement, & demeura cachee jusqu'au temps d'une fête folennelle que les Béotiens célébroient en l'honneur de *Pallas*. Lorsqu'elle fut qu'ils étoient assemblés, elle fortit de sa retraite, & vint s'afseoir au pied de l'autel de la Déesse, où fondant en larmes, elle se plaignit si amèrement de la cruauté de ses amans, que les Béotiens lui promirent de l'en venger. En effet, on commença aussitôt à instruire le procès des meurtriers de *Phocus*, qui, craignant la peine due à leur forfait, s'enfuirent à Hyppore, où ils furent assiégés, fur le refus qu'on fit de les rendre. La ville ayant été prise, on éleva un grand bûcher au milieu de la place, & on y jeta tous les coupables.
CALLISTE, affranchi & favori de l'empereur *Claude*, oublia dans la prospérité son ancienne origine. On peut juger de son insolence par un trait que *Sénèque* rapporte, comme témoin oculaire. « *J'ai vu*, dit-il, l'ancien maître de Caliste demeurer debout à sa porte.* » Ce maître l'avoit vendu comme un esclave de rebut, qu'il ne vouloit point fouffrir dans sa maison, & *Calliste* lui rendoit le change, en l'excluant de la sienne pendant que d'autres y étoient admis. I. CALLISTHÈNES, fameux feclérat, mit le feu aux portes du Temple de Jérusalem, le jour qu'on célébroit avec pompe la victoire que *Judas Machabée* avoit remportée fur *Nicanor*, *Timothée* & *Bacchides*. Cet incendiaire voulut se sauver dans une maison voisine; mais il fut pris & brûlé vif.
II. CALLISTHÈNES, naïf d'Olinthe, disciple & parent d'*Aristote*, accompagna *Alexandre* dans ses expéditions. *Aristote* l'avoit donné à son élève, pour modérer la fougue de ses passions; mais *Callisthènes*, plus mifanthrope que courtiſan, n'eut pas l'adresse de lui faire goûter la vérité. Il le révoltoit, en le corrigeant plutôt en pédant orgueilleux qu'en philosophe aimable. Il metoit ses écrits fort au-dessus des conquêtes du roi de Macédoine, « qui devoit, difoit - il, attendre l'immortalité de ses écrits, plutôt que de la manie d'être le fils de *Jupiter*. » Plein de vanité, & la déreſtant dans les autres, il devint inſupportable au jeune conquérant. *Callisthènes* ayant été accusé l'an 318 avant Jésus-Christ d'avoir conspiré contre la vie d'*Alexandre*, ce prince fait cette occasion pour se défaire de son censeur. « Ce conquérant, dit l'historien *Justin*, irrité contre le philosophe *Callisthènes*, de ce qu'il déſapprouvoit hautement qu'il voulut se faire adorer à la façon des rois de Perse, feignit de croire qu'il avoit trempé dans une conspiration formée contre lui. Il prit ce prétexte pour lui faire couper inhumainement les lèvres, le nez & les oreilles. Ainsi défiguré & mutilé, il le faitoit traîner à sa fuite, enfermé avec un chien dans une cage de fer, pour être à son armée un objet d'épouvante & d'horreur. *Lysimaque*, disciple de ce vertueux personnage, touché de le voir languir dans une misère qu'il ne s'étoit attirée que par une louable franchife, lui fit tenir du poïson, qui le délivra de tant de tourmens & d'indignités. *Alexandre* l'ayant iii, fu, en fut fi transporté de colère, qu'il fit exposer *Lysimaque* à la rage d'un lion affamé. Quand ce brave homme vit venir à lui le monstre prêt à le dévorer, il s'enveloppa le bras de son manteau, lui plongea la main dans la gueule, & lui arrachant la langue l'étendit mort sur la place. Un acte fi courageux frappa le roi d'une admiration qui le défarma, & qui lui rendit, depuis, *Lysimaque* plus cher que jamais. » Histoire, livre XV$^{e}$, chapitre 3. On dit qu'*Alexandre* fit graver ces mots sur le tombeau de *Callisthènes* : *ODI SOPHISTAM QUI SIBI NON SAPIT*. On trouve dans le tome septième des *Mémoires* de l'académie des belles-lettres de Paris, des recherches curieuses sur la vie & les ouvrages de ce philosophe, par l'abbé *Sevin*. Les philosophes qui sont venus depuis *Callisthènes*, ont cru, dit *Hardion*, devoir venger leur confrère, en déclamant avec fureur contre la mémoire d'*Alexandre*, dont le crime, aux yeux de *Sénèque*, ne peut jamais s'effacer. Qu'on raconte en détail les vertus & les belles affions du conquérant Macédo-
**CALLISTRATE**, orateur Athénien, pour lequel *Démosthènes* abandonna *Platon*, s'acquit beaucoup d'autorité dans le gouvernement de la république. Le pouvoir que lui donnait son éloquence, faisant ombrage, il fut banni à perpétuité.
**CALLIXÈNE**, célèbre courtifane de Thessalie, étoit fi belle, suivant *Athénée*, qu'*Olympias* pardonnoit à ses charmes l'infidélité de *Philippe* son époux. Cette princesse, ayant quelque soupçon sur les dispositions physiques de son *Tome III.* fils *Alexandre*, s'avifa, du consentement du roi, d'introduire *Callixène* auprès du jeune prince. Malgré les attraits & les caresses de cette beauté, l'entrevue se passa de manière que les doutes d'*Olympias* ne purent être éclaircis. Le bruit de cette aventure se répandit chez les Grecs, nation maligne & médisante. Les Athéniens n'eurent garde d'en faire honneur à la vertu d'*Alexandre* : ils aimèrent mieux attribuer sa vertu à sa simplicité ou à son impuissance ; ils lui donnèrent le sobriquet de *Margitès*, qui signifioit un imbécille, & se vengèrent par une plaisanterie des alarmes que leur donnait déjà le jeune conquérant. **I. CALLIXTE I$^{er}$**, (Saint) pape, que quelques auteurs croient Romain, peut-être sans trop de fondement, succéda à *Zéphyrin* l'an 219, & souffrit le martyre le 14 octobre 222. Les actes de son martyre portent qu'il fut précipité dans un puits. C'est lui qui fit construire le célèbre cimetière de la voie Appienne.
**II. CALLIXTE II**, (Gui) fils du comte de *Bourgogne*, archevêque de Vienne en 1083, & pape en 1119, fit enfermer l'antipape *Grégoire*, & tint le premier concile général de Latran en 1123. Il mourut le 1$^{er}$ décembre 1124. Ce pontife réunifioit en lui les vertus épiscopales, le savoir & le zèle.
**III. CALLIXTE III**, (Alphonse DE BORGIA) de Xativa, au diocèse de Valence en Espagne, élu pape le 8 avril 1455, mourut le 6 août 1458. Ce pape joignit la vertu à la science. Étant évêque & cardinal, il ne posséda jamais qu'un bénéfice en commende. Il désoit, en parlant de son évêché de Valence, « qu'il se contentoit d'une épouse vierge. » Il canonisa S. Vincent-Ferrier, qui lui avoit prédit qu'il feroit pape. Callixte avoit promis des lors d'armer les Chrétiens contre les Turcs. Il se donna en effet beaucoup de mouvements pour cette guerre sainte; mais il trouva les princes peu disposés à entrer dans ses vues. Il réhabilisa la mémoire de la célèbre Pucille d'Orléans, condamnée si indiguement par des prélats & des docteurs, & brûlée comme forcière par les Anglois en 1431. On a de lui quelques Epîtres, & on lui attribue l'Office de la Transfiguration.
CALLIXTE, Voyet CALLIXTE.
CALLOT, (Jacques) destinateur & graveur, naquit à Nancy en 1593, d'un hérault d'armes de Lorraine. Des l'âge de douze ans, il quitta la maison paternelle, pour se livrer entièrement à son goût naissant. Ayant entrepris le voyage de Rome, il fut obligé de se mettre, faute d'argent, à la suite d'une troupe de Bohemiens. Revenu dans sa patrie, il s'échappa une seconde fois. De retour encore, il partit une troisième, du consentement de son père, qui céda enfin à l'impulsion de la nature. Callot passa de Rome à Florence, où il resta jusqu'à la mort du grand-duc Côme II, son Mécène & celui de tous les talens. A son retour à Nancy, il se fit un fort heureux auprès du duc de Lorraine, son admirateur & son bienfaiteur. Son nom s'étant répandu dans l'Europe, l'Intante gouvernante des Pays-Bas, lui fit graver le siège de Breda. Louis XIII l'appela à Paris, pour desffiner le siège de la Rochelle & celui de l'Île de Rho. Ce prince le pria ensuite de graver la prise de Nancy, dont il venoit de se rendre maître. Je me couperais, dit-il, plutôt la pouce, que de rien faire contre l'honneur de mon Prince & de mon Pays. Le roi, charmé de ses sentimens, dit que le Duc de Lorraine étoit heureux d'avoir de tels sujets. Une forte pension, qu'il lui offrit, ne put l'arracher à sa patrie; il y mourut le 28 mars 1635, à 42 ans. On mit sur son tombeau une épitaphe latine, avec ces quatre vers françois : « En vain on feroit des volumes Sur les louanges de Callot. Pour moi, je n'en dirai qu'un mot; Son burin vaut mieux que nos plumes. » Quoique Callot fût d'une famille noble, qui dès l'an 1417 avoit possédé les premieres charges de sa patrie, il ne crut point déroger en se consacrant à la culture des arts. Il s'y livra avec une ardeur qui fervit beaucoup à multiplier ses productions. Son œuvre contient environ seize cents pièces. La plus grande partie & la plus estimée de ses ouvrages est à l'ordre forte. Personne n'a possédé à la plus haut degré, le talent de ramasser dans un petit espace une infinité de figures, & de représenter dans deux ou trois coups de burin, l'action, la démarche, le caractère particulier de chaque personnage. La variété, la naïveté, la vérité, l'esprit, la fineffe, caractérisent son burin. Ses Foires, ses Sapplices, ses Misères de la Guerre, ses Sièges, ses Vies, sa grande & sa petite Passion, son Lventail, son Parterre, ses Tentations de S. Antoine, son Martyre des Innocens, ses Gieux contrefaits, le Carrousel de Nancy, les Vues du Pont-neuf, seront admirées & recherchées tant qu'il y aura des artistes & des curieux : Voyet II. THOMASSIN. La célèbre Mad. de Graffigny étoit arrière-petite-nièce de cet artiste.
CALLY, (Pierre) du diocèse de Séez, fut professeur d'éloquence & de philosophie à Caen. Il mourut en 1709, principal du collège des Arts de cette ville. On a de lui une édition de l'ouvrage de Boèce : De Consolatione Philosophiae, ad usum Delphini, avec un long commentaire. Il s'est fait encore plus connoître par un ouvrage moins utile, mais plus singulier, intitulé : Durand commenté, ou L'Accord de la Philosophie avec la Théologie, touchant la Transubstantiation, 1700, in-12. Il y renouveloit le sentiment du célèbre Durand. Cet auteur avoit prétendu, que si jamais l'Église décidoit qu'il y avoit une transubstantiation dans le mystère de l'Eucharistie, il falloit qu'il restât quelque chose de ce qui étoit auparavant le pain, pour mettre de la différence entre la création ou la production d'une chose qui n'étoit point, & l'annihilation ou la destruction d'une chose réduite au néant. Nefmond, alors évêque de Bayeux, s'éleva contre ce sentiment, & Cally se rétracta.
CALMET, (D. Augustin) né à Mefail - la - Horgne en 1672, Bénédictin de Saint - Vannes en 1688, fit paroître de bonne heure de grandes dispositions pour les langues Orientales. Après avoir enseigné la philosophie & la théologie à ses jeunes confrères, il fut envoyé, en 1704, à l'abbaye de Munster, en qualité de sous-prieur. Il y forma une académie de huit ou dix religieux, uniquement occupés de l'étude des Livres saints. C'est là qu'il composa en partie ses Commentaires. D. Mabillon & le célèbre abbé Duguet l'ayant dé- terminé à les publier en françois plutôt qu'en latin, il suivit leur conseil. Sa congrégation récompensa ses travaux en le nommant abbé de Saint Léopold de Nancy en 1713, & ensuite de Senones en 1728. Il mourut dans cette dernière abbaye, le 25 octobre 1757, à 85 ans. Benoit XIII lui avoit offert en vain un évêché en partibus. Ses vertus ne le cedoient point à ses lumières. Il avoit du savoir sans morgue, & de la pieté sans rigorisme. Son caractère étoit plein de douceur & de bonté. L'étude ne lui fit pas négliger l'administration du temporel de son abbaye; il y fit des réparations & des embellissements, & augmenta beaucoup la bibliothèque. Voyet sa Vie, in-8°, par D. Fangé, son neveu, & son successeur dans l'abbaye de Senones. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, dans lesquels on remarque une érudition vaste, sans être toujours choisie. I. Commentaire littéral sur tous les livres de l'ancien & du nouveau Testament, en 23 volumes in-4°, imprimés depuis 1707 jusqu'en 1716; réimprimés en 26 volumes in-4°, & 9 in-folio; & abrégés en 14 vol. in-4°. Rondet a donné une nouvelle édition de cet Abrégé, 1767-1773, en 17 vol. in-4°, à Avignon. Voyet RONDET. On s'est plaint que, dans le Commentaire & dans l'Abrégé, on ne s'attachoit pas assez à faire disparaître les difficultés formées par les philosophes contre beaucoup de passages des Livres saints : ce qui étoit d'autant plus aisé, qu'il a paru dans ces derniers temps des réponses très-satisfaisantes à toutes ces difficultés. II. Les Differtations & les Préfaces de ses Commentaires, réimprimées séparément à Paris en 1720, avec dix-neuf Differtations nouvelles, en 2 volumes 36 CAL in-4.º C'est la partie la plus agréable & la plus recherchée du Commentaire de D. Calmet. Il compile tout ce qu'on a avancé avant lui sur la matière qu'il traite; mais il est rare qu'il fasse penser. Il y a plus de faits que de réflexions; mais comme la plupart de ces faits intéressent la curiosité des érudits, ce recueil a été très-bien accueilli. Il ne faut pas toujours compter sur l'exactitude de ses citations, parce qu'il cite ordinairement d'après d'autres. Aussi les incrédules qui ont puisé certaines objections dans ses Commentaires, en écartant les réponses, ont été souvent convaincus d'allégations fausses. III. L'Histoire de l'ancien & du nouveau Testament, pour servir d'introduction à l'Histoire Ecclésiastique de Fleury, en 2 & 4 vol. in-4°, & en 5 & 7 vol. in-12. Ce n'est point une Histoire écrite d'un style de roman, telle que celle du P. Berroyer. L'auguste simplicité des écrivains sacrés y est conservée, & leur récit est quelquefois appuyé de l'autorité des historiens profanes. IV. Dictionnaire historique, critique & chronologique de la Bible; à Paris 1730, en 4 vol. in-folio, avec des figures & une Bibliothèque sacrée à la tête. « Nous nous sommes proposés, dit-il dans la Préface, de donner ici un Dictionnaire de la Bible, dans le goût & dans le dessein de notre Commentaire sur l'Écriture, c'est-à-dire que nous nous attachons principalement à la lettre, à l'Histoire, à la critique: nous expliquons les termes difficiles; nous comparons le texte de la Vulgate à l'Hébreu; nous marquons exactement la position des provinces, des villes, des bourgades, des montagnes, des rivières, dont il est parlé dans l'Écriture; nous fixons par une bonne chronologie les événements fameux, & nous tâchons d'éclaircir les difficultés qu'il y a sur les noms des plantes, des pierres précieuses, des animaux, des fruits; nous rapportons ce qu'on fait des coutumes, des fêtes, des cérémonies des Hébreux, de leurs monnoies, de leurs mesures tant longues que creuses: en sorte que ce Dictionnaire peut être considéré, non-seulement comme l'abrégé, mais même comme le supplément de notre Commentaire, & tenir lieu de prolégomènes & d'introduction à l'Écriture, à la Chronologie, à l'Histoire, à la Géographie Sainte; & des Livres qui traitent de la Police, de la République, des Lois, des mœurs & des cérémonies des Juifs; de leurs plantes, de leurs pierreries, de leurs animaux, de leurs maladies. Sur ce pied cet ouvrage est comme une bibliothèque qui tient lieu d'une infinité de Livres, & un répertoire très-utile pour ceux qui veulent lire l'Écriture avec fruit. « Dom Calmet y réduit par ordre alphabétique tout ce qu'il avoit répandu dans ses Commentaires & dans son Histoire de l'ancien & du nouveau Testament; mais, au lieu d'abrégé ses livres & de donner des analyses bien faites, il les copie ordinairement mot à mot. Les figures ont renchéci ce Dictionnaire, sans donner toujours une idée vraie de l'objet qu'elles représentent. Peut-on beaucoup compter, par exemple, sur celle de la Tour de BAREL? V. Histoire ecclésiastique & civile de la Lorraine, 3 volumes in-folio, réimprimée en 5, 1745: la meilleure qu'on ait publiée de cette province. VI. Bibliothèque des Écrivains de Lorraine, in-folio, 1751. C'est un recueil de mémoires, plutôt qu'une véritable bibliothèque critique. VII. Histoire univers felle, sacrée & profane, en 15 vol. in - 4°. Cet ouvrage, écrit d'un style un peu pesant, n'est pas encore achevé. L'auteur s'est trop étendu sur l'histoire ecclésiastique & monastique. A cela près, l'ouvrage est savant & assez détaillé. Il copie un peu trop les historiens modernes, au lieu d'aller à la source. Il a pris mot pour mot dans Fleury tout ce qui regarde l'histoire de l'Eglise; & lorsqu'il l'abrége, il ne le fait ni avec autant d'agrément, ni avec autant de soin que l'abbé Racine. VIII. *Dissertations sur les apparitions des Anges, des Démons & des Esprits, & sur les Revenans & Vampires de Hongrie*; Paris 1746, in-12; & Einsidien, 1749, 1 volume in-12: compilation faite par un vieillard dont le jugement est affoibli. IX. *Commentaire littéral, historique & moral sur la Règle de S. Benoit*; 1734, 2 vol. in - 4°. Il y a des choses curieuses sur des usages antiques, & les Bénédictins ne sont pas les seuls qui puissent lire ce livre avec fruit. X. Dom Calmet a laissé en manuscrit d'autres ouvrages, ou plutôt d'autres recueils; car il copioit, ou faisoit copier tout ce qu'il trouvoit de curieux dans la multitude des livres qu'il lisoit, ou qu'il avoit lus.
CALMO, (André) né à Venise vers 1510, fut en même temps comédien célèbre & auteur. Il a composé plusieurs Comédies en prose, dont la meilleure est la *Rodiana*, qui lui appartient véritablement, quoiqu'imprimée sous le nom de *Ruggante*. On a aussi de lui un volume de Lettres, sous le titre de *Lettere piacevoli*, Venise 1684, in-8°, qui ont eu de la vogue en leur temps. Ces Lettres, ainsi que presque tous ses autres ouvrages, sont écrites en patois Vénicien. *Calmot* mourut à Venise, en 1571.
CALOCER, homme de basse naissance, après avoir gagné longtemps sa vie à conduire des chameaux, devint chef de voleurs, & se fit appeler roi dans l'isle de Chypre. Son audace ne resta pas impunie. *Delmatiur*, neveu de *Constantin le Grand*, le prit vers l'an 324, & le punit en esclave. *Théophanes* dit qu'il fut brûlé vif à Tharse; mais on ne punissoit du feu ni les rebelles, ni les voleurs. I. CALO-JEAN, *Voyer* JEAN n° L.
II. CALO-JEAN, ou BEAU-JEAN, ou JOANNITZ, roi des Bulgares dans le 13$^{e}$ siècle, se soumit à l'Eglise Romaine sous *Innocent III*, en 1202. Il fit la guerre à l'empereur *Baudouin*, & l'ayant pris dans une embuscade, il le tint prisonnier plus d'un an à Trinobis ou Ernoë, capitale de la Bulgarie: ensuite il le fit mourir cruellement en 1206. *Voy. I. BAUDOUIN*. Il mourut lui-même peu de temps après.
CALPRENÈDE, (Gautier de Coftes, seigneur de la) genuil-homme ordinaire de la chambre du roi, natif du diocese de Cahors, plut à la cour par la gaieté de son caractère & l'enjouement de son esprit. Il convoit plaisamment. La reine se plaignant un jour à ses femmes-de-chambre de leur peu d'affiduité auprès de sa personne, elles lui répondirent « qu'il y avoit dans la première salle de son appartement un jeune homme, qui donnoit un tour si agréable à ses historiettes, qu'on ne pouvoit se laisser de l'écouter. » Cette princesse l'ayant entendu, le gratifia d'une pension. *La Calprenède* mourut au grand Andelyfur-Seine, en 1663. Il s'annonça d'abord par des romans, *Sylvandre*, *Caffandre*, *Cléopâtre*, *Phar-mond*. Ces trois derniers romans, qui font chacun en dix à douze gros vol. in-8°, font titus d'aventures contées longuement & écrites avec négligence. « Cependant, dit un littérateur, malgré tout le mépris qu'on affecte pour *la Calprenède*, on ne peut se dissimuler qu'il n'ait été, parmi nous, comme le restaurateur du genre romanesque. Avant lui, nos romans n'étoient qu'un amas d'évênemens bizarres, de prodiges incroyables, en un mot, des archives de fécries. Il les a rendus raisonnables, intéressans; il les a soumis aux règles de l'intrigue, de l'unité: s'il ne les eût pas fait fi longs, le commun des lecteurs pourroit s'en accommoder encore, à l'exemple de quelques poètes qui y ont puissé tant de fois les situations, les sujets même de leurs opéra & de leurs tragédies. » On dit que le grand *Condé* se plaisoit à lui fournir des épisodes. On a encore de *la Calprenède* plusieurs tragédies, qui ont eu le fort de ses romans, & qui en ont presque toujours le ton. Il met dans la bouche de ses héros plus de pointes emphatiques, que de sentimens. Cependant son *Comte d'Effex*, la moins mauvaise de ses pièces, offre quelques bonnes scenes, que *Boyer* a copiées en partie dans sa tragédie du même nom. Les autres pièces de *la Calprenède* sont: *Bradamante*, *Jeanne d'Angleterre*, *Clarionte*, *Phalante*, *Bélifaire*, *Erménégilde*, qui est en prose, & a donné à *La Mothe* l'idée d'écrire ainsi la tragédie; la *Mort des Enfans d'Hérode*, *Edouard*, & la *Mort de Mithridate*. Celle-ci fut jouée, pour la première fois, le jour des Rois; *Mithridate* y prend une coupe pour s'empoisonner; comme il l'approchoit de ses lèvres, le parterre cria: *le Roi boit! le Roi boit!* ce qui hâta la chute de la pièce. Le cardinal de *Richelieu* ayant eu la patience d'entendre lire une tragédie de *la Calprenède*, dit que « la pièce n'étoit pas mauvaise, mais que les vers étoient lâches. » *Comment lâches!* s'écria le rimeur Gascon: *Cadédis*, il n'y a rien de lâche dans la maison de Calprenède... *Despréaux* dit de lui: *Tout a l'humeur Gasconne en un auteur Gascon;* *Calprenède & Juba parlent du même ton.* *La Calprenède* avoit été employé dans quelques négociations.
CALPURNIE, quatrième femme de *Jules-César* & fille de *Pison*, rêva, dit-on, que l'on affaffinoit son mari entre ses bras, la veille de la mort de ce grand homme. On ajoute même qu'en s'éveillant, la porte de la chambre où ils couchoient s'ouvrit d'elle-même avec un grand bruit. Elle ne put obtenir de *César*, ni par ses larmes, ni par ses prières, qu'il ne fortiroit point. Ce héros ayant cédé aux instances de *Brutus*, qui lui dit qu'il étoit honteux de se régler sur les rêves d'une femme, se rendit au fénat, & il y fut poignardé par *Brutus* lui-même. « La beauté de *Calpurnie*, dit un historien, étoit accompagnée d'une grande fagesse, d'un esprit fort vaste, d'une éloquence qui ne cédoit en rien à celle des plus habiles orateurs, & d'une générosité vraiment romaine, & telle qu'il la falloit à l'épouse d'un homme qui, ayant formé le projet le plus grand & le plus audacieux que l'esprit humain puisse enfanter, aspirait à la conquête de l'univers. Elle conserva, dans l'une & dans l'autre fortune, une égalité d'ame que rien ne put jamais altérer. Quelque haut que fût le point de gloire où César monta par ses victoires & par ses triomphes, elle n'en devint ni plus fière, ni plus orgueilleuse. Tous les jours de sa vie, on la trouva toujours la même. » Après la mort de son époux, Calpurnie passa le reste de ses jours dans la maison de Marc-Antoine.
CALPURNIUS, Sicilien, poète bucolique du 3e siècle, contemporain de Némésien, poète bucolique comme lui, a laissé sept Églogues, traduites élégamment par Maitrault, in-12. Voyet MAIRAULT. On les trouve dans les Poeta rei venaticæ, Leyde 1728, in-4°; & dans les Poetae latini minores, Leyde 1731, 2 vol. in-4°. Le langage des bergers de Calpurnius est moins pur & moins naturel que celui des bergers de Virgile, ce poète de la nature & de la raison. Calpurnius offre quelques morceaux, où la vie champêtre est peinte avec grace, & le sentiment rendu avec vérité; mais dans tout le reste, on reconnoit le poète du 3e siècle.
CALPURNIUS-PISO, Voyet PISO, nos I, II, III, &c.
CALVAIRE, (Les Filles du) ordre de religieuses, fondé par Antoinette d'Orléans, sous la direction du fameux P. Joseph du Tremblai, Capucin. Voyet ANTOINETTE & XII, JOSEPH.
CALVART, (Denys) peintre, né à Anvers en 1552, ouvrit une école à Bologne en Italie, d'où fortrent le Guide, l'Albane, le Dominiquin, & plusieurs autres grands-maîtres dignes d'être ses disciples. Calvart possédoit toutes les sciences nécessaires ou même utiles à la peinture : l'architecture, la perspective, l'anatomie. Ses ouvrages les plus remarquables sont à Bologne, à Rome, à Reggio. On les estime pour la disposition, l'ordonnance, la noblesse, le coloris. Ils ont été gravés pour la plupart par Gilles Sadeler & par Augustin Carrache. Les dessins de ce peintre sont d'ordinaire à la sanguine, à l'encre de la Chine ou à la pierre noire. Calvart mourut à Bologne en 1619, à 67 ans.
CALVERT, (George) né dans la province d'Yorck en 1582, secrétaire d'état en 1618, se démit de cette charge, & obtint de Charles I une permission pour lui & ses descendants, d'établir des colonies dans le Mariland. La douceur & l'humanité furent les seules armes qu'il employa contre les Indiens. Il mourut à Londres en 1632, estimé des Protestans & regretté des Catholiques.
CALVI, (Lazaro) fameux peintre de Gênes au 16e siècle, a laissé ses principaux ouvrages dans sa patrie.
CALVIN, (Jean) naquit à Noyon le 10 juillet 1509, d'un tonnelier, qui devint notaire & procureur fiscal de l'évêché. Sa mère étoit fille d'un cabaretier de Cambrai. Jean leur fils fut pourvu à l'âge de 12 ans d'une chapelle dans la cathédrale de Noyon, & quelques années après d'une cure, quoiqu'il n'ait jamais été élevé au sacerdoce. Son père aimoit mieux faire de lui un avocat qu'un théologien : il semble qu'il prévoyait les nouveautés qu'il voudroit introduire dans l'Eglise. Après avoir étudié le droit à Orleans, il alla en prendre des leçons à Bourges sous le fumeux *Alciat*. C'est là qu'il connut le Luthérien *Wolmar*, qui lui inspira en même temps du goût pour la langue Grecque, & pour la liberté de penser. De Bourges, *Calvin* passa à Paris, où il se fit connoître en 1532, par son *Commentaire* sur les deux livres de *Sénèque*, *De la Clémence*. Ayant mis à la tête de cet ouvrage le nom de *Calvinus*, on l'a depuis appelé *CALVIN*, quoique son véritable nom fut *Cauvia*. Ses liaisons avec les partisans de la nouvelle doctrine, & son ardeur à la soutenir, l'obligèrent à quitter Paris. Retiré à Angoulême, il y enseigna le Grec, & y prêcha ses erreurs. Il courut ensuite à Poitiers, à Nérac, de Nérac à Paris; mais, craignant toujours qu'on ne l'arrêtât, il se rendit à Basle. C'est dans cette ville qu'il publia, en 1535, son livre de l'*Institution Chrétienne*, traduit par lui-même en latin, dont la meilleure édition est celle de *Robert Etienne*, 1553, in - folio. Il composa cet ouvrage fameux pour servir d'apologie aux Réformés, condamnés aux flammes par *François I*. C'est l'abregé de toute sa doctrine. Ce fut le Catéchisme de tous ses disciples. Le plan de l'*Institution* fut dressé sur celui du *Symbole des Apôtres*. Il y a quatre parties dans ce sacré formulaire de doctrine : la première sur Dieu le Père, & sur la création; la seconde sur son divin Fils & sur la rédemption; la troisième sur le Saint-Esprit; la quatrième sur l'Eglise Catholique & les biens spirituels qu'elle possède. *Calvin* divisa de même son *Institution* en quatre livres, dont chacun répond à une des parties du Symbole. Il le dédia à *François I*, avec une préface pleine d'éloquence, d'adressé & d'artifice. Dans le corps de l'ouvrage il ne s'écarta guère des sentimens de *Luther*; il enchérut même beaucoup par-dessus : la présence réelle est le seul point sur lequel il ne s'accorde pas avec lui. À travers les expressions fortes dont il se sert en parlant de la présence du Corps & du Sang de Jésus - Christ dans l'Eucharistie, on voit qu'il pense que le Corps du Sauveur n'est réellement & substantiellement que dans le ciel. En blâmant les erreurs répandues dans cet ouvrage, on doit louer la pureté & l'élégance du style, soit en latin, soit en françois; car le nouvel apôtre le composa dans ces deux langues. On y découvre un esprit subtil & pénétrant, un savant consommé dans l'étude de l'Écriture & des Pères; mais toutes ces qualités sont ternies par le peu de discernement dans le choix des opinions, par des décisions téméraires & des déclamations emportées. Les principales erreurs répandues dans cet ouvrage & dans celui de *la Cène*, sont : que le libre arbitre a été éteint entièrement par le péché, & que Dieu a créé les hommes pour être le partage des démons; non qu'ils l'aient mérité par leurs crimes, mais parce qu'il lui plaît ainsi. Les vœux, si l'on excepte ceux du baptême, sont une tyrannie. Il ne veut ni culte extérieur, ni invocation des Saints, ni chef visible de l'Eglise, ni évêques, ni prêtres, ni têtes, ni croix, ni bénédictions, ni aucune de ces cérémonies sacrées, que la religion reconnaît être si utiles au culte de Dieu, & la phi- lesophie être si nécessaires à des hommes matériels & grossiers, qui ne s'élèvent que par les sens à l'adoration de l'Être suprême. Il n'admet que deux sacremens, le Baptême & la Cène. Il anéantit les indulgences, le purgatoire, la meffe, &c. Le patriarche de la nouvelle Réforme, après différentes courses en Suisse & en Italie, vint avec Farel s'établir à Genève, où il fut fait prédicateur & professeur en théologie. Une dispute sur la manière de célébrer la Cène, l'en fit chasser au bout de deux ans, en 1538. Rappelé après trois ans de séjour à Strasbourg, il y fut reçu comme le pape de la nouvelle église. Genève devint dès-lors le théâtre du Calvinisme. Il y établit une discipline sévère, fonda des confistoires, des colloques, des synodes, des anciens, des diacres, des surveillans. Il régla la forme des prières & des prêches, la manière de célébrer la Cène, de baptiser, d'enterrer les morts. Aussi bon jurisconsulte que théologien dangereux, il dressa, de concert avec les magistrats, un code de lois civiles & ecclésiastiques, approuvé alors par le peuple, & regardé encore aujourd'hui comme le code fondamental de la république. Il fit plus; il rétablit une espèce d'inquisition, une chambre confitoriale, avec droit de censure & d'excommunication. La rigueur de son confistoire déplut à divers citoyens de Genève, & sur-tout aux jeunes gens qu'il menaçoit de peines temporelles. « Il semble aux jeunes gens, écrivoit-il à un de ses amis, que je les presse trop; mais si la bride ne leur étoit tenue roide, ce seroit pitié... Il y en a un qui est en danger de payer un écor bien cher; je ne sais si sa vie n'y demeurera point. » Ainsi le Calvinisme, qu'on a cru être plus favorable à la liberté qui est l'essence des républiques, eut pour auteur un homme dur jusqu'à la tyrannie. Le médecin Michel Servet lui ayant écrit quelques lettres sur le mystère de la Trinité, Calvin s'en servit pour le faire brûler vif, ne pensant plus à ce qu'il avoit écrit lui-même contre les persécuteurs des hérétiques. D'autres temps, d'autres sentimens. Poursuivi en France, il écrivit contre les intolérans; maître à Genève, il soutint qu'il falloit condamner aux flammes ceux qui ne pensaient pas comme lui. Valentin Gentilis, autre Arien, commençant à faire du bruit, le patriarche de Genève le fait arrêter, le condamne à faire amende honorable, & l'oblige de se sauver à Lyon. Calvin, la plume à la main, traita ses adversaires avec un emportement indigne d'un théologien. Il leur prodigue les épithètes de pouceau, d'âne, de chien, de cheval, de taureau, d'ivrogne, d'enragé. Lorsque Charles-Quint eut réduit, par ses armes victorieuses, la ligue de Smalkalde, le réformateur de Genève l'appela Tyran, Antiochus, lui souhaita un redoublement de goutte, & traita son frère Ferdinand de Sardanapale. Son humeur violente n'empêcha pas qu'il n'eût beaucoup de sectateurs. Ce culte nu & dépouillé de tout, qu'il avoit introduit, fut un appât pour ceux qui croyoient par ce moyen s'élever au-dessus des sens & se distinguer du vulgaire. Calvin, enivré du progrès de sa secte, mais accablé d'infirmités, mourut à Genève le 27 mai 1564, à 55 ans, laissant un grand nom, beaucoup d'admirateurs, & encore plus d'ennemis. Il s'étoit marié dans sa 30e année, à Strasbourg en 1539: « afin de donner en sa personne, dit le Père *Fabre*, un exemple de la liberté qu'il accordoit à ceux de sa fêche, d'user d'une femme, même après avoir fait vœu de continence perpétuelle en prenant les ordres fâcres. « Sa femme se nommoit *Idélette de BURE*, veuve d'un anabaptiste, à laquelle il fit changer de fentimens pour l'épouser. Il n'en eut qu'un fils, qui mourut avant lui. La mère étoit morte en 1549. — On a toujours regardé *Calvin* comme le second chef du Protestantisme. On l'a comparé à *Luther*, plus impétueux & moins souple que lui, mais aussi hardi à enfanter des opinions & aussi ardent à les soutenir. L'Allemand avoit quelque chose de plus original & de plus vif. Le François, inférieur pour le génie, l'emportoit par l'art. Tous deux d'une véhémence extraordinaire; mais le premier plus éloquent de vive voix, & l'autre plus pur, plus correct dans ses écrits. L'amour propre de *Luther* tenoit de son humeur violente; celui de *Calvin* étoit plus délicat, & ne se montroit qu'à demi. Il eut plus de peine à corriger son caractère. *Je suis*, difoit-il, *colère de ma nature : je combats sans cesse contre ce défaut ; mais jusqu'ici s'a été presque sans succès*. Aussi les Genevois, en comparant son humeur bilieuse avec le caractère de *Théodore de Bête*, qui étoit doux & aimable, difoient, « qu'ils aimeroient mieux être en enfer avec celui-ci, qu'en paradis avec celui-là. » *Calvin* étoit d'ailleurs defintéressé, fobre, laborieux. Il ne laissa en mourant que la valeur de six-vingts écus d'or. Il étoit capable d'un très-grand travail, malgré la foibleffe de son tempérament. Il professoit la théologie trois fois la semaine, & prêchoit au moins tous les huit jours. Il viftoit les malades avec beaucoup de foin, écoutoit ceux qui s'adressoient à lui pour lui demander des lumières ou des avis, & quoiqu'il reçut beaucoup de visites, il répondoit à toutes les lettres qu'on lui écrivoit. Enfin, s'il se fit des partisans par son esprit, il les conserva par son zèle, son activité & son adresse. *Voyez* la VIE de *Calvin* par *Gilloe* : elle est assez estimée. Ses Ouvrages ont été imprimés à Amsterdam en 1667, quoique le titre porte 1671, en 9 vol. in-folio. Les curieux recherchent un *Traité* singulier de cet hérésiarque, pour prouver que les *Ames ne dorment pas jusqu'au jour du jugement*, Paris 1558, in-8. Ses *Commentaires* sur l'Écriture, font la partie la plus considérable de ses œuvres. L'auteur, très-médiocre hébraïstant, les a remplis, suivant l'abbé de *Longuerue*, de fermons, d'invectives & de sens étrangers. On voit briller dans la plupart de ses autres écrits du savoir, de la pénétration, de la politesse : rien ne le flatoit davantage que la gloire de bien écrire. *Vespahale*, *Luthérien*, l'ayant traité de déclamateur : « Il a beau faire, répondit *Calvin*, jamais il ne le persuadera à personne; l'univers fait avec quelle force je presse un argument, avec quelle précision je fais écrire... » Et pour prouver qu'il n'est pas déclamateur, il dit à son critique : *Ton école n'est qu'une puante étable à pourceaux... m'entends-tu, chien ? m'entends-tu bien, frénétique ? m'entends-tu bien, grosse bête ?* Quels mots dans la bouche d'un réformateur ! On a eu bien raison de dire, que si *Luther* & *Calvin* revenoient au monde dans un siècle plus poli & plus éclaire que le leur, ils ne feroient guères plus de bruit que les scolastiques des siècles de barbarie. Cependant le *Calvinisme* s'est toujours maintenu C A L 43 à Genève qui fut son berceau, & d'où il se répandit en France, en Hollande & en Angleterre. Il fut la religion dominante des Provinces-Unies, jusqu'en 1572, & quoique, depuis, cette république ait toléré toutes les sectes, le Calvinisme y est toujours la religion de l'État. En Angleterre, il a toujours été en décadence depuis le règne d'*Elizabeth*, malgré les efforts des Puritains & des Presbyteriens pour le faire prédominer. Maintenant il n'y est plus guères professé que par des non-Conformistes, quoiqu'il subisse encore; mais bien mitigé, dans la doctrine de l'église Anglicane. Il est encore dans toute sa vigueur en Ecole, aussi bien que dans une partie de la Pruffe. Des treize cantons Suisses, six sont Calvinistes. La religion est aussi mélangée dans quelques parties de l'Allemagne, comme dans le Palatinat. Mais la religion Catholique commence à y être la dominante, & la fille légitime prendra tôt ou tard la place des bœardes qui l'avoient chassée... Plusieurs de nos frères séparés ont été frappés de terargument victorieux de *Boffus*: « Nous datons du temps des Apôtres, sans interruption & jusqu'à nos jours. Vous êtes de nouveaux venus arrivés d'hier & sans mission; ou réunissez vous tout-à-fait à nous, ou séparez-vous-en tout-à-fait; & cessez d'être Chrétiens, si vous ne voulez vous résoudre d'être tout franchement & tout uniment Catholiques. » En France, où le Calvinisme s'étoit introduit sous *François I*, il fit les plus grands ravages. Neuf guerres civiles remplirent ce royaume de carnage & de sang. Sous la minorité de *Charles IX*, la reine *Catherine de Médicis* attisa le feu pour conserver son auto- autorité; armant les Protestans contre les Catholiques, & les *Guises* contre les *Bourbons*, pour les accabler les uns par les autres. Cette funeste politique aigrit les plaies de l'État, sans fermer celles de l'Église. Les batailles de Dreux, de Saint-Denys, de Jarnac, de Moncontour, signalèrent le règne de *Charles IX*. Les plus grandes villes étoient alors prises, reprises, s'accusées tour à tour par les partis opposés. On faisoit mourir les prisonniers de guerre par des supplices recherches; on massacroit les citoyens; on inventoit des tourmens nouveaux pour exterminer les prêtres & les moines. Les églises étoient mises en cendre par les prétendus Réformes, & les temples par les Catholiques. Les empoisonnemens & les assassinats n'étoient regardés que comme des vengeances d'ennemis habiles. Enfin, une paix plus funeste que la guerre produisit la *Saint-Barthélemi*, qui mit le comble à tant d'horreurs. Le règne de *Henri III* fut presque aussi malheureux que celui de *Charles IX*; & *Henri IV*, son successeur, ne put remédier à tant de maux, qu'en se faisant Catholique, & en accordant l'Édit de Nantes aux Protestans. La révocation de cet édit, faite en 1685 par *Louis XIV*, n'éteignit point le Calvinisme en France. Presque tous les grands feigneurs l'abandonnerent; mais le Tiersétat & le peuple conservèrent cette croyance, & l'on compte aujourd'hui environ huit cent mille Calvinistes répandus dans le Languedoc, la Guyenne, le Poitou, le Dauphiné, la Normandie, & dans quelques autres provinces. « Pour bien apprécier les malheurs que la Réforme a causés à la France, dit l'abbé *Pluques*, il faudrait à la perte qu'elle a faite par la révocation de l'Édit de Nantes, ajouter tout ce qui a péri dans les fupplices & dans les guerres, depuis le premier bûcher qu'on alluma contre les Réformés en France, jusqu'à la révocation de l'Édit de Nantes; tous les citoyens qui fortirent du royaume, depuis le bannissement de Jean le Clerc, jusqu'au règne de Louis XIV; il faudroit évaluer tout le préjudice que reçurent la population, les mœurs, le progrès de la lumière dans un royaume, où, pendant plus d'un fêcle & demi, les citoyens, armés & divisés, se faisoient la guerre comme les Alains, les Huns & les Goths l'avoient faite à l'Europe; en un mot, il faudroit savoir tous les avantages que les étrangers retirèrent de nos malheurs. Voilà les effets que produisit dans la France une Réforme, qui ne rendoit ni la foi plus pure, ni la morale plus parfaite, qui renouveloit une foule d'erreurs condamnées dans les premiers fêcles de l'Église; dont les dogmes renverfoient les principes de la morale, qui nioit la liberté de l'homme; qui jetoit les hommes dans le defespoir, ou leur infpiroit une sécurité funeste; qui ôtoit tout motif pour la pratique de la vertu; qui se féparoit d'une Église, à laquelle les Protestans éclairés font forcés de reconnoître qu'on ne peut reprocher aucune erreur fondamentale. »
CALVISIUS, (Sethon) chronologiste de Grosleb dans la Thuringe, né en 1556, mort à Leipzig 1617, étoit fils d'un pauvre paysan. Il avoit du goût pour la musique, & ce fut en donnant des leçons de cet art, qu'il se procura les moyens de cultiver les lettres. On a de lui plusieurs ouvrages, dont on a fait cas autrefois. Le prin- cipal est son Opus Chronologicum, réimprimé à Franckfort en 1685, in-folio. Les calculs astronomiques font l'appui de sa chronologie. Scaliger & plusieurs autres favans ont fait l'éloge de cet ouvrage. Mais on n'en doit aucun à la critique qu'il publia en 1612, in-4°, contre le Calendrier Grégorien, sous le titre d'Elenchus Kalendaris à Gregorio XIII comprobati.
CALVO, (Boniface) noble Génois, cultiva la poésie dans le 13e fêcle. Pour se fouftrare à la fureur des fachons, il quitta sa patrie, & se réfugia auprès d'Alphonse X, roi de Castille. Le goût de la poésie Provençale qui régnoit à la cour de ce monarque, fut partagé par Calvo. On peut juger du mélange bizarre de galanterie & de religion qui régnoit alors, par ce vers du poète Génois: « Si Dieu vouloit aimer une dame de ce bas-monde, il auroit de quoi se fatisfaire dans celle que j'aime. » Il ajouta dans une autre pièce où il déplore la mort de cette amie: « malheureux que je fuis! Si je favois un genre de mort pire que la vie qui me reste, je me la donnerois sur le champ; mais ne pouvant le trouver, je continue une vie pleine d'amertume... Avec elle, ont disparu toutes mes espérances... Elle difoit & faisoit si bien en tout point, que je ne prie pas Dieu de la recevoir dans son paradis. Le paradis me fembleroit, sans elle, mal meublé de courtoisie. Dieu ne fauroit manquer de la loger où il est. » Calvo fut envoyé par Alphonse, au comte de Provence, qui lui fit épouser une demoiselle de la maison de Vintimille.
CALVO-GUALBES, (François de) né à Barcelone en 1627, d'une famille féconde en grands-hommes, paffa au fervice de la France, après s'être diftingué contre les Maures. Il accompagna Louis XIV lorfque ce prince alloit conquérir la Hollande, paffa des premiers le Rhin, défendit avec intrépidité Mafricht, dont il étoit gouverneur, contre le prince d'Orange, & le contraignit de lever le fiège. Ses fervices lui méritèrent le grade de lieutenant-général. Il fervit en cette qualité en Catalogne, paffa à la nage la rivière de Ponte-Major, & chargea fi rudement les ennemis, que, fans la nuit, le duc de Bournonville leur général eût été fait prifonnier. Il fignala fa valeur en 1688 & 1689, & mourut l'année d'après à Deinfe, à 63 ans. C'étoit un homme intrépide. Les ingénieurs le pressant de rendre Mafricht: Meffieurs, dit-il, je n'entends rien à la diffinfe d'une place; mais tout ce que je fais, c'eſt que je ne veux pas me rendre.
CALVUS, Voy. LICINIUS.
CALYBE, (Mythol.) vieille prêtreffe du temple de Junon. La furie Aleão prit fa figure, pour exciter la haine de Turnus contre Enée.
CALYCÉ, jeune Grecque, aima un amant perfide. Dans fon défefpoir, elle fe précipita dans la mer du haut d'un rocher. Le poète Stifchore l'avoit célébrée dans fes vers.
CALYCOPIS, fille d'Otréus roi de Phrygie, épousa Thoas roi de Lemnos. C'eſt la Vénus, mère d'inée. Apres fa mort, fon mari la fit honorer comme une Déeffe, inſtitua des fêtes en fon honneur, & lui fit élever des temples à Paphos, Amathonte & à Byblos.
CALYPSO, (Mythol.) Nymphe, fille du Jour, felon quel- ques-uns; ou de l'Océan & de Thétis, felon d'autres. Elle habitoit l'ife d'Ogygie, que l'on préfume être l'ife Gozo, où elle requi favorablement Ulyffe, qu'une tempête y avoit jeté. Elle l'aima, & vécut fept ans avec lui; mais le héros préféra fa patrie & Pénélope à cette Déeffe, qui lui avoit cependant promis l'immortalité, s'il eût voulu la partager avec elle.
CAMA, (Mythol.) Dieu de l'hymen chez les Indiens, qui lui confacrent la marjolaine. Il porte, comme l'Amour, un arc & des flèches.
CAMALDULES, Voyer ROMUALD, (Saint) & AMBROISE le Camald.
CAMARGO, (Marie-Anne Cupi de) l'une des plus célèbres danfeufes du ficle dernier, naquit à Bruxelles le 15 avril 1710. Son grand-père étoit un gentilhomme Italien, qui, s'étant établi en Flandres, y épousa une Efpagnole, de la noble famille de Camargo. Ce fut ce nom que Marie-Anne Cupi prit, lorfqu'elle commença de fe montrer en public. Elle débuta à Bruxelles, vint à Rouen, puis à Paris, où elle parut avec de plus grands fuccès dans le ballet, intitulé: Les Caraïères de la Danfe. On remarqua dès-lors en elle beaucoup de nobleffe, jointe aux graces, a la vivacité, à la légèreté, à la gaieté. Elle quitta l'Opéra en 1734, mais elle y rentra fix ans après dans le ballet des Fêtes Grecques & Romaines, & le public l'applaudit avec tranfport. Elle fe retra du théâtre en 1751, avec une penfon de la cour; & depuis fa retraite, jufqu'au 28 avril 1770, que les beaux-arts l'ont perdue, elle fe fit eſti- 46 CAM mer par une conduite modeste, raisonnable & chrétienne.
CAMBDEN, (Guillaume) surnomme le *Strabon*, le *Varron* & le *Paufanas* d'Angleterre, naquit à Londres en 1551 d'un peintre. La recherche des antiquités de la Grande-Bretagne l'occupa une partie de sa vie. Il la parcourut en entier, & c'est d'après ses propres observations, qu'il publia sa *Britannia*, la meilleure description qu'on eût encore des îles Britanniques. La reine *Elizabeth* le récompensa par l'office de roi-d'armes du royaume. Il mourut le 9 novembre 1623, à 73 ans, après avoir fondé une chaire d'histoire dans l'université d'Oxford. On a de lui plusieurs ouvrages : I. Son excellente *Description* de l'Angleterre, réimprimée plusieurs fois sous le titre de *Britannia*, vainement attaquée par un nommé *Brook*, & bien accueillie dans tous les temps. La meilleure édition en latin est celle de 1607, & en anglais de 1722; & celle de Londres, 1772, 2 volumes in folio, figures. Cette Description comprend l'Écôse & l'Irlande; mais comme il est moins exact que lorsqu'il décrit l'Angleterre, qu'il connoissoit mieux, on lui fit ce dithique : *Perlufras Anglos oculis*, Cambdene, duobus, *Uno oculos Scotus*, cæus Hibernigenas.
II. Un Recueil des *Historiens d'Angleterre*, en 1602, in-folio, qui fut reçu avec le même applaudissement que sa Description. III. Des *Annales d'Angleterre sous le règne d'Elizabeth*, 1615 & 1627, en 2 vol. in-folio, & Oxford 1717, 3 vol. in-8° : ouvrage exact, & aussi vrai qu'on pouvoit l'attendre d'un homme qui écrivait la vie de sa bienfaitrice. IV. Un *Recueil de Lettres*, Londres 1691, in-4°, pleines d'aucdotes sur l'histoire civile & littéraire. *Voyez sa Vie*, par *Smith*, à la tête.
CAMBERT, (N.) musicien François, fut d'abord surintendant de la musique de la reine-mère *Anne d'Autriche*. Il donna, le premier, des opéra en France, conjointement avec l'abbé *Perin*, qui l'affectiona au privilège que le roi lui avoit donné pour ce spectacle. *Lulli* l'ayant éclipsé, & ayant obtenu en 1672 le privilège, *Cambert* passa en Angleterre. *Charles II* le fit surintendant de sa musique, charge qu'il exerça jusqu'en 1677, année de sa mort. Il n'avoit pas le génie de *Lulli*; mais ses mœurs étoient mieux réglées, & son caractère moins satirique. On a de lui les opéra d'*Ar'ane*, de *Pomone*; quelques *Divérissemens*, & de petits morceaux de musique. Le talent de toucher l'orgue l'avoit d'abord fait connoître.
CAMBIAZI, *Voy. CANGIAGE*.
CAMBIS, (Marguerite de) baronne d'Aigremont en Languedoc, a traduit une *Lettre de Bocace* sur la confolation, & un ouvrage de *Jean-Georges Triffin*, intitulé : les *Devoirs du vantage*. Elle est morte à la fin du seizième siècle.
CAMBIS-VELLERON, (Joseph-Louis-Dominique, marquis de) d'une famille ancienne du comtat Venaissin, ancien capitaine de dragons, & colonel-général de l'infanterie du Comtat & d'Avignon, naquit dans cette ville en 1706, & y mourut en 1772. Son goût pour les livres, qu'il connoissoit en littérature habile, lui avoit fait amuser des richesses nombreuses en ce genre; sa bi- blothèque étoit une des plus belles de la province. Il se propofoit de la rendre publique, lorsque la mort l'enleva. Nous avons de lui: I. Un Catalogue raisonné des manuscrits de son cabinet, 2 vol. in-4°, où l'on trouve des choses curieuses & recherchées. II. Additions ou Mémoires historiques de la vie de Ruger de Saint-Lary de Bellegarde, in-12, 1767. Il avoit amaffé beaucoup de matériaux pour l'histoire de sa patrie. Le marquis de Cambis étoit un vrai philosophe Chrétien, d'un caractère sérieux, d'une ame ferme, aimant la vertu & l'inspirant par son exemple.
CAMBOLAS, (Jean de) président au parlement de Toulouse, ramassa les Décisions notables de sa compagnie, que son fils publia long-temps après la mort de son père, en 1659, in-folio; & qu'on a réimprimées en 1735, in-4°.
CAMBRA, fille de Belin, un des anciens rois Bretons, fut belle, savante & grande mathématicienne. Jean Pies, dit qu'elle inventa la manière de construire & de fortifier les citadelles.
CAMBRY, (Jeanne de) née à Tournai, fille de Michel de Cambry, docteur en droit, joignit à la beauté, les dons de l'esprit & toutes les qualités qui peuvent assurer des succès dans le monde. Elle préféra de se consacrer à Dieu, dans l'ordre de Saint-Augustin, & se fit recluse à Lille, où elle mourut le 19 juillet 1639. On lui doit divers ouvrages de piété. Celui qui a pour titre: Traité de la ruine de l'amour propre, eut trois éditions en peu d'années.
CAMBYSE, fils & successeur de Cyrus, l'an 529 avant J. C., porta la guerre en Egypte pour la punir de sa révolte. Ne pouvant s'en ouvrir l'entrée qu'en se rendant maître de Peluse, il plaça dans un assaut au premier rang, des chats, des chiens, des brebis & d'autres animaux, que les Egyptiens révertoient comme sacrés. Les assiégés n'osant tirer sur leurs dieux, ce stratagème ouvrit la place aux assiégeans. Cambyse, vainqueur de l'Egypte par une bataille qui décida du fort de ce royaume, tourna ses armes contre les Ammoniens. Il détacha cinquante mille hommes pour ravager le pays, & pour détruire le fameux temple de Jupiter - Ammon. La faim, la foi, le vent du midi, le sable, détruisirent cette troupe de brigands. Cambyse ne fut pas plus heureux dans son expédition contre les Ethiopiens: une cruelle famine qui les réduisit à se manger les uns les autres, le contraignit de retourner sur ses pas. Il vint à Thèbes, où il pilla & brûla tous les temples. De là, il se rendit à Memphis, fit massacrer les prêtres du dieu Apis, & le tua lui-même d'un coup de poignard, indigné qu'un veau fut l'objet du culte de ce peuple. Il quitta l'Egypte pour retourner en Perse, où le faux Smerdis s'étoit fait proclamer roi. Il mourut peu de temps après, d'une blessure à la cuisse, que lui fit son épée en montant à cheval, l'an 525 avant J. C. Tous les historiens le représentent comme un tyran emporté. Les meurtres étoient des jeux pour lui: Voyet PREXASPE. Ce prince sanguinaire tua son frère dans un accès de frénésie, & d'un coup de pied dans le ventre, Mercé sa sœur, devenue sa femme, & pour lors enceinte.
CAMDEN, Voy. CAMDEN. 48 CAM I. CAMÉRARIUS, (Joachim) né à Bamberg en 1500, se fit un nom célèbre par l'étendue de ses connoissances. Il possédoit les langues, l'histoire, les mathématiques, la médecine, la politique & l'éloquence. Charles-Quint, Maximilien II & quelques autres princes, l'honorèrent de leur estime. On a de lui des essais de traduction de Démosthènes, de Xénophon, d'Homère, de Lucien, de Galien, &c. Il mourut âgé de 74 ans, en 1574 à Leipzig, où il avoit été recteur de l'université en 1544. Il vit avec fermeté l'approche de la mort, & il fit les vers suivans dans les derniers jours de sa maladie : Morte nihil tempestivā esse opta- cius, aiunt; Sed tempestivam quis putat esse suam? Qui putat, ille sapit; namque ut fatalia vitæ, Sic & quisque suæ tempora mortis habet. Le président de Thou dit qu'il avoit été excellent homme de cheval. Son traité intitulé, Hippocomicon ou l'Art d'élever les Chevaux, fut recherché dans son temps.
II. CAMÉRARIUS, (Joachim) fils du précédent, & plus profond que son père dans la connoissance de la médecine, naquit à Nuremberg en 1534. Il ferezufa à plusieurs princes, qui voulurent l'avoir auprès d'eux, pour se livrer entièrement à la chimie & à la botanique. On a de lui plusieurs ouvrages dans ce dernier genre. I. Hortus medicus, Nuremberg 1654, in-4.º II. De Plantis, 1586, in-4.º III. Epistola. IV. Elctia Georgica sive Opuscula de re rustica, ibid. 1596 in-8.º Ce dernier livre est recherché. V. La Vie de Ph. Melanchon aussi en latin; 1655, in-8.º L'auteur mourut en 1598 à 68 ans, avec la réputation d'habile médecin. — Voyet EOBANUS.
CAMERON, (Jean) professeur de Grec à Glasgow en Écosie, sa patrie, passa en France, enseigna à Bergerac, à Sédan, à Saumur & à Montauban. C'étoit un Protestant modéré. S'étant opposé en 1625 à la fureur des Huguenots révoltés contre Louis XIII, il les irrita tellement, qu'un d'entre eux faillit à le faire expirer sous le bâton. Il mourut peu de mois après à Montauban, à 46 ans. Il étoit persuadé qu'on pouvoit se sauver dans l'Eglise Romaine; & il en suivit, à quelque chose près, la doctrine sur la grace, dans son écrit intitulé : Defensio de Gratia, à Saumur, 1624, in-8.º Sa modération le fit détester par les fanatiques de son parti; mais elle lui mérita l'estime des gens impartiaux. Il se l'étoit déjà acquise par ses talens, son érudition, & son caractère aimable. Parmi ses ouvrages, on distingue son Myrothecium Evangelicum, à Saumur 1677, 3 vol. in-4º, qu'on a inféré dans les Critiques d'Angleterre: il est plein de remarques, où son savoir brille autant que son jugement. On loue encore ses Legons de Théologie, Saumur 1626 & 1628, 3 vol. in-4º; & Genève 1659, in-folio : écrites d'un style un peu diffus, mais net.
CAMERTUS, chef des Rutules, épousa Iuturne, sœur de Turnus. Virgile en parle dans le 12e livre de l'Encide.
CAM-HI, empereur de la Chine, s'est rendu célèbre dans sa nation par son équité & ses lumières, & chez les étrangers, par l'accueil dont il honora les artifices bristes & les favans Européens. Cam-Hi étoit bon poète, & avoit beaucoup d'imagination & de sensibilité. Étant allé visiter les provinces intérieures de son empire, il fut défolé d'y retrouver encore en plusieurs endroits, malgré ses soins, le spectacle de la misère & du malheur du peuple. Il en contraçta une mélancolie, qui le conduisit au tombeau, en 1724. Son quatrième fils, Young-Tcheng lui a succédé; &, après avoir régné onze ans, il a laissé l'empire, en 1735, à son fils Kien-Long.
CAMILLA, (La Signora) sœur du pape Sixte-Quint, vint à Rome après l'élection de son frère en 1585. Les cardinaux de Médicis d'Est & Alexandrin, firent habiller cette payfanne en princesse, pour faire leur cour au pape, qui ne voulut pas la reconnoître sous ces habits magnifiques. Le lendemain Camilla étant retournée au Vatican, vêtue avec plus de simplicité; Sixte-Quint lui dit en l'embrassant: Vous êtes à présent ma sœur, & je ne prétends pas qu'un autre que moi vous donne la qualité de Princesse. — Camilla lui demanda pour toute grace, d'accorder des indulgences à une confrérie de Naples, dont on l'avoit faite la protectrice. Sixte-Quint la logea au palais de Sainte-Marie-Majeure, & lui donna une pension. I. CAMILLE, (Camilla) fille de Métabe roi des Volfques, fut consacrée à Diane par son père, qui se trouvoit dans un péril presque certain de la perdre. Cette héroïne foutint long-temps en personne l'armée de Tarnus, contre Enée. Personne ne la surpassoit à la course, ni à faire des armes. Elle fut tuée en trahison par Aruns, qui la perça d'un coup de javelot.
II. CAMILLE, (Marcus-Furius Camillus) général Romain, illustre par ses vertus militaires & civiles, fut créé dictateur, & termina glorieusement le siège de Vêles, qui depuis dix ans occupoit les principales forces de la république. Après avoir triomphé des Volfques, il porta ses armes contre les Falifques, l'an 396 avant Jésus-Christ. Leur ville capitale se rendit à sa générosité, comme Vêles s'étoit rendue à son courage. Un maître d'école lui ayant amené la jeunesse dont il étoit chargé, Camille frémit d'horreur en voyant cette perfidie. « Apprends, traitre, lui dit-il, que si nous avons les armes à la main, ce n'est pas pour nous en servir contre un âge qu'on épargne même dans le saccagement des villes. » Aussi-tôt il fit dépouiller ce perfide, en ordonnant à ses élèves de le remener à la ville à coups de verges. Les Falifques, touchés de sa grandeur d'ame, se donnèrent de bon cœur à la république. De si grands services méritoient une reconnoissance signalée; mais Rome fut ingrate. Un Romain ayant osé l'accuser d'avoir détourné une partie du butin fait à Vêles, il s'exila volontairement, & il fut condamné à l'amende par contumace. Ce grand homme, quittant sa patrie, demanda, dit-on, aux Dieux, que s'il étoit innocent, ils réduisaient bientôt les Romains à la nécessité de le regretter. Ses vœux ne tardèrent pas d'être accomplis. Les Gaulois s'étant présentés devant Rome, le sénat sentant le besoin qu'il avoit d'un homme qui seul valoit une armée, cassa l'acte de sa condamnation, & le créa dictateur pour la seconde fois. Le tribun Sulpitius étoit convenu avec Brennus, général Gaulois, d'une somme, moyennant laquelle il devoit se retirer. Camille survenu avec son armée dans le moment qu'on alloit consommer cet infame marché, se présenta dans le milieu de l'assemblée, & dit au barbare : Rome ne traite point avec ses ennemis, lorsqu'ils sont sur ses terres ; ce sera le fer, & non l'or, qui nous rachètera. En qualité de dictateur, je romps un traité qu'on n'a pu faire sans mon ordre. Sur le champ on court aux armes, & de part & d'autre on se bat avec fureur. Les Gaulois, après avoir long-temps soutenu l'effort des Romains, furent obligés de prendre la fuite. Les vainqueurs les poursuivirent fort loin, & quelques jours après Camille les battit une seconde fois près de Gabies, prit leur camp, & passa au fil de l'épée tout ce qui s'y trouva. Le dictateur rentra à Rome en triomphe ; on célébra sa valeur & ses vertus ; on lui donna les noms de Romulus, de Père de la Patrie, de Second Fondateur de Rome. Après avoir sauvé la république par ses armes, il la sauva encore une fois par sa prudence. La dictature de ce grand homme ayant été prolongée, il calma les factions exci- tées par les tribuns parmi le peuple, qui vouloit s'établir à Vées ; il l'engagea à demeurer à Rome & à rebâtir la ville, qui se releva bientôt de ses ruines. A peine la dictature de Camille étoit expirée, que tous les peuples de l'Etrurie se liguèrent contre la république, tandis que les Larins & les Her- niques abandonnaient son alliance. Dans des circonstances si critiques, il fallut élire un dictateur, & Camille le fut pour la troisième fois l'an 387 avant Jésus-Christ. Ayant enrôlé les jeunes gens & les vieillards en état de porter les armes, il mit les Etruriens en fuite, & força les Volsques à recevoir la loi des Romains. Il défit ensuite les Herniques & les Larins, & obtint à son retour un trois me triomphe. Nommé tribun militaire trois ans après, il rem- porta sur les Volsques, habitans d'Antium, une victoire complète, reprit sur eux plusieurs villes, & revint avec son armée à Rome, où il fut reçu comme le héros de la république. On consacra dans le temple de Junon trois coupes d'or inscrites de son nom. Les Volsques, toujours prompts à saisir l'occasion de la guerre, la renou- veèrent quelque temps après. Camille, tribun militaire pour la sixième fois, fut forcé de reprendre le commandement de l'armée. Marcus Furius, son collègue, mé- prisant sa vieilleffe, voulut livrer bataille malgré lui. Camille, se méfiante de sa jeunesse & de son impetuosité, monta sur une émi- nence, pour voir le sort du combat, & pour y remédier au besoin. Le présomptueux Furius se laissa tromper par une feinte retraite des Volsques. Revenus tout-à-coup, ils tombèrent sur les Romains que trop de vivacité dans la poursuite avoit mis en défordre. Camille accourt à l'instant avec le corps de réserve, rallie les troupes & les ramène au combat ; & après une action fort vive, il force les ennemis à prendre la fuite, s'em- pare de leur camp, & l'abandonne en proie aux soldats. Cette guerre étant finie, une nouvelle invasion des Gaulois alarma Rome. Camille, quoiqu'accablé d'années, fut appelé à la dictature pour la septième fois. Ayant appris que l'ennemi étoit sur le bord de l'Anio, il s'y rendit avec son armée & la plaça sur une hauteur qui avoit plusieurs enfoncements, de façon qu'il déroba aux Gaulois la vue d'une partie de ses troupes. Pour mieux les tromper, il se tint ren- fermé dans son camp, & lorsqu'ils s'étoient dispersés pour ravager les campagnes des environs, il descendit dans la plaine & tomba sur eux si à propos, qu'il prit & pilla leur camp, après en avoir tué un grand nombre sur le champ de bataille & avoir dispersé tous les autres. Cet homme illustre mourut de la peste l'an 365 avant Jésus-Christ, après avoir appaidé une nouvelle sédition, & avoir retenu sa patrie sur le bord du précipice, où le choc des divers intérêts, l'orgueil des chevaliers & l'emportement du peuple alloient l'entraîner. Aussi lui élevait-on une statue équestre dans le marché de Rome. — Consultez l'article de BRENNUS, dans lequel vous verrez que *Tite-Live* & *Plutarque* ne font pas d'accord avec *Polybe* sur la sortie des Gaulois de Rome. *Tite- Live* en attribue tout l'honneur à *Camille*, & nous l'avons suivi, sans répondre de ce fait.
III. CAMILLE, (Jacoma- Antonia VÉRONÈSE) née à Venise en 1735, fut réunir dès l'âge le plus tendre, aux agrémens d'une danse vive & gracieuse, les talens d'une excellente actrice. Elle dé- buta en 1744, à l'âge de neuf ans, dans un ballet, & trois ans après dans le comique, avec un égal avantage; elle fit présager des lors la renommée qu'elle mérita dans la suite. On lui dut les succès des ballets de la Comédie Ita- lienne, & sur-tout ceux de l'*Es- prit Follet* & des *Enfans vendangeurs*. La comédie des *Tableaux*, par *Pannard*, lui fit recueillir tous les suffrages, soit comme danseuse, soit comme actrice. Une simpli- ciité sentimentale, un naturel ex- quis, le mérite de son jeu qu'aidoit une physionomie noble & agréable, une extrême modestie, la distin- guèrent. Elle est morte à Paris, en 1768.
IV. CAMILLE, (Saint) Voyez LELLIS.
CAMILLIANI, (François) élève du célèbre sculpteur *Ban- dinelli*, naquit à Florence dans le 16e siècle, & excella dans les morceaux de sculpture destinés à l'embellissement des jardins. Les figures des steuves *Arno* & *Mignon*, dont il orna à Florence ceux de dom *Louis de Tolède*, sont juste- ment renommés. Il employa quinze ans de sa vie à décorer ces jardins.
CAMILLO, (François) peintre, natif de Madrid & originaire de Florence, fut renommé pour la fraîcheur de son coloris. Il s'a- donna avec succès aux sujets de dévotion, & parmi une foule d'excellens tableaux dont il orna plusieurs églises d'Espagne, on a distingué comme ses chefs- d'œuvre, celui de *Sainte-Marie* Égyptienne, dans l'église des Ca- pucins d'Alcala-de-Henares, & un autre, où l'abbé *Zozime* est peint donnant la communion à la même Sainte. La grande habi- tude qu'il avoit acquise dans ce genre, lui fit ensuite commettre des inconvenances dans les fi- gures, lorsqu'il voulut traiter les sujets profanes, où il donnoit toujours à ses héros, la physio- nomie de ses saints. Il est mort à Madrid en 1671, & a laissé un élève nommé *André Devargas*, qui a mérité de voir confondre ses ouvrages avec ceux de son maître.
CAMILLO-PORCIO, Voyez CORDES, n° 1.
CAMILLY, Voyez CHAMILLY. On a donné sous ces deux noms les *Lettres Portugaises*; mais le che- valier de *Camilly* mort en 1753. auquel le continuateur de l'*Advocat* en attribue la publication, n'a pas pu faire ce présent au public, puisque la 1$^{re}$ édition est de 1682.
CAMIRO & CLYTIE, (Mythol.) filles de *Pandare*, restèrent jeunes orphelines. *Vénus* les fit élever, & pria *Jupiter* de les marier; mais ce dieu irrité contre leur père, chargea au contraire les Harpies de les livrer aux Furies.
CAMMA, dame de Galatie, n'est connue que par le trait suivant. *Sinorix*, amoureux de *Camma*, affaffina, pour la posséder, *Sinatus* son époux. La vengeance que la veuve tira du meurtrier, a immortalisé son amour & son audace. Après avoir résisté aux prêens & aux sollicitations de *Sinorix*, elle craignit qu'il n'y ajoutât bientôt la violence, & feignit de consentir à l'épouser. Elle le fit venir dans le temple de *Diane*, dont elle étoit prêtre, comme pour rendre leur union plus folemnelle. C'étoit la coutume que l'époux & l'épouse buffent ensemble dans la même coupe: *Camma*, après avoir prononcé les paroles sacrées, & fait le ferment ordinaire, prit la première le vase qu'elle avoit rempli de poison, & après avoir bu, la prêenta à *Sinorix*, qui ne soupçonnant aucun artifice, avala sans défiance la coupe fatale. Alors *Camma* transportée de joie, s'écria qu'elle mouroit contente, puisque son époux étoit vengé. Ils expirèrent bientôt l'un & l'autre. Ce trait historique a fourni à *Thomas Corncille* le sujet d'une de ses tragédies.
CAMENA, (Mythol.) divinité Romaine, aimoit la jeunesse & lui inspiroit le goût du chant.
CAMOËNS, (Louis de) d'une ancienne famille de Portugal, originaire d'Espagne, naquit à Lisbonne vers 1517. Une imagination vive, beaucoup d'ardeur pour la gloire & la poésie, annoncèrent de bonne heure ce qu'il pouvoit devenir. Il parut à la cour, & y essuya des disgraces. Exilé à Santaren dans l'Estramature, il chanta son exil comme *Ovide*, & se garda bien de l'attribuer à ses satires trop emportées & à ses galanteries peu discrètes. Ayant obtenu la permission de servir dans l'armée navale qui alloit secourir Ceuta en Afrique, il perdit un œil dans un combat. De retour dans sa patrie, & obligé de la quitter de nouveau, il s'embarqua pour Goa en 1553. Son esprit & ses agrémens lui firent bientôt des amis, que son humeur satirique lui fit perdre. Le vice-roi l'exila sur les frontières de la Chine. Il fit naufrage en y allant, & se sauva à la nage, tenant son Poème de la *Lufiade* de la main droite, & nageant de la gauche. Cinq ans après, il revint à Goa, d'où il repassa en Europe, avec son Poème, le seul trésor qui lui restoit. La publication de cet ouvrage, recherché avec ardeur & applaudi avec transport, lui attira de grands éloges, & rien de plus. Le roi *Sebastien* lui accorda une pension d'environ vingt écus, qui ne le tira pas de la misère. Obligé de se montrer à la cour, il y paroissoit le jour comme un poète indigent, & le soir il envoyoit son esclave pour mendier de porte en porte. Cet esclave, plus sensible que les courtisans & les compatriotes du poète, l'avoit suivi des Indes, & ne le quitta qu'à la mort. Le chagrin & l'indigence hâtèrent celle de *Camoëns*: elle arriva en 1579. Il étoit âgé d'environ 62 ans, & n'avoit point été marié. Il mourut dans un hôpital, en reprochant à ses concitoyens leur ingratitude. On mit sur son tombeau cette épitaphe : *Ci-gie* LOUIS CAMOËNS, *prince des Poètes de son temps*. Nous trouvons dans le recueil des épitaphes, celle-ci qui est plus philosophique : *Plus célèbre après son trépas, Que fortuné pendant sa vie, Ci-gie qui ne recueillis pas. Les lauriers dus à son génie.* Sa taille étoit au-dessous de l'ordinaire, mais bien proportionnée. Il avoit le vifage plein, le teint blanc, de belles couleurs, des yeux grands & animés, les cheveux blonds, le nez aquilin, le front élevé. Son air riant & ouvert prévenoit avantageusement en sa faveur. On dit qu'il étoit d'une société douce & aimable; que son courage d'esprit égaloit celui qu'il montra dans les combats, & qu'il supportoit les malheurs comme il avoit bravé les dangers. Il étoit enclin aux plaisirs & à l'amour, plus libéral qu'il ne convient de l'être quand on n'a qu'une fortune précaire; porté à la raillerie & à la saire, que l'on ne pardonne jamais à ceux qui ont une supériorité réelle. L'Espagne & le Portugal le comblèrent d'éloges, & il faut avouer qu'il les méritoit à certains égards. Sans marcher sur les traces d'*Hommère* ni de *Virgile*, l'auteur de la *Lufiade* a plu & plaît encore. Son poème ne sera, si l'on veut, que la relation d'un voyageur poète, & l'Histoire de la découverte des Indes Orientales par les Portugais; mais cette relation est ornée de quelques fictions hardies & neuves. Son épisode d'*Inès de Castro* est d'une beauté touchante. La description du géant *Adamastor*, ga- dien du cap des Tourmentes, est un morceau égal à tout ce que l'imagination des plus grands poètes a pu produire. « Dans presque tout le reste, ce n'est que l'Histoire du Portugal, dit *la Harpe*, amenée en épisodes qui se succèdent en nuyeusement, & qui souvent font mal fondés. Il n'y a ni d'assez grands dangers, ni des situations assez attachantes, ni des personnages assez héroïques pour former la fable d'un poème. L'auteur manque de l'imagination qui invente; mais il a l'imagination qui peint. » En général, il y a de la vérité & de la chaleur dans ses descriptions. Les lieux, les mœurs, les caractères y sont bien représentés, les images variées, les passions bien rendues, les récits charmans. Le poète passe avec une facilité surprenante du sublime au gracieux, & du gracieux au sublime. C'est en faveur de ces beautés, qu'on a pardonné à *Camoëns* le peu de liaison qui règne dans son ouvrage, le ridicule mêlé souvent avec le beau, le mélange monstrueux des Dieux du Paganisme avec les Saints de la religion Chrétienne. *Mars* s'y trouve à côté de JÉSUS - CHRIST, & *Bacchus* avec la Sainte VIERGE, *Vénus*, aidée des conseils du Père-Eternel, & fécondée des stèches de *Cupidon*, rend les *Néréides* amoureuses des Portugais dans cette île enchantée, dont *Camoëns* fait une description si voluptueuse. La *Lufiade* fut imprimée à Lisbonne, en 1572, in-folio; & réimprimée à Paris 1759, en 3 vol. in-12. Malgré ses défauts, elle a été traduite en plusieurs langues. La meilleure version que nous en enfiions en France, étoit celle de *du Perron de Castéra*, 1735, en 3 vol. in-12, avec des notes trop longues de la moitié, & une vie de l'auteur assez inexacte; mais celle que la Harpe a publiée en 1776, en 2 vol. in-8°, vaut infiniment mieux. On a encore de Camoëns un Recueil de Poësies, moins connues que sa Lufiade.
CAMOR ou CAMO, (Pierre de) marchand de Toulouse en 1320, fut l'un des sept présidents de l'académie du Gai-Saber, devenue celle des Jeux Floraux. Il est resté de lui quelques Chansons.
CAMOUX, (Annibal) un des plus célèbres centenaires de ce siècle, naquit à Nice le 19 mai 1638, c'est-à-dire, la même année précisément que Louis XIV. Il commença sa longue carrière par être manœuvre. S'étant rendu ensuite à Marseille en 1650, il servit sur les galères en qualité de soldat. Après un très-long service, & ayant atteint sa centième année, il fut gratifié par le roi d'une pension de trois cents livres. Cet homme vivace n'étoit nullement cassé, & marchait fort droit. On ne remarquait son grand âge qu'à ses rides, à ses cheveux blancs, & à un peu de surdité. Il bécout la terre, vivait d'alimens grossiers, & buvoit beaucoup de vin. Il marchait continuellement de la racine d'angélique; il attributait à cet usage, qu'il tenoit d'un vieil hermite, la longue durée de sa vie. Il mourut à Marseille le 18 août 1759, âgé de 121 ans & trois mois, après une légère maladie de dix jours, l'unique peut-être qu'il eût eue. On a publié sa Vie in-12.
CAMPANELLA, (Thomas) Dominicain Calabrois, né dans un petit bourg nommé Stillo, en 1568, se distinguait dans sa jeunesse, contre un vieux professeur de son ordre dans une dispute publique. Le vieillard, irrité d'avoir été em- barraffé par un jeune homme, alla l'accuser d'avoir voulu livrer la ville de Naples aux ennemis de l'Etat; &, ce qui n'étoit pas moins grave, d'avoir des sentimens erronés. Campanella paya ses arguments par 27 ans de prison. Il y essuya jusqu'à sept fois la question pendant 24 heures de suite, & n'en sortit qu'à la sollicitation du pape Urbain VIII. Il vint à Paris en 1624, fut protégé par le cardinal de Richelieu, & y mourut en 1639, à 71 ans, pour avoir pris de l'antimoine. On a de lui des écrits de philosophie & de théologie, dans lesquels il se montre plus singulier que judicieux. Il avait de l'esprit, mais peu de jugement; & il fut encore un de ces écrivains qui se plaignent toujours des autres, & n'ont à se plaindre que d'eux-mêmes. Celui de tous ses ouvrages qui a fait le plus de bruit, est son Atheismus triumphatus, à Rome in-folio, 1631; Paris 1636, in-4°. Quoique les bibliographes rangent ordinairement cet ouvrage parmi les apologistes de la religion, on prétend qu'il seroit mieux placé parmi ses adversaires. En faisant semblant d'y combattre les Athées, Campanella semble les favoriser, en répondant très-foiblement aux arguments qu'il leur prête. Voilà pourquoi l'on a dit qu'il aurait dû l'intituler, Atheismus triumphans. C'est la seule raison qui peut le faire rechercher, quoiqu'il ne mérite pas d'être lu. Sa Monarchia Messia, 1633, in-4°, est encore au nombre de ces livres qu'on recherche & qu'on méprise. On lui doit aussi : I. La cité du Soleil, roman politique dans le genre de l'Eutopie, imprimé plusieurs fois, & la dernière à Utrecht en 1643, in-12, à la suite du Mundus alter de Hall. L'auteur y demande la communauté des femmes, & y ap- pellefouvent l'astrologie judiciaire au fécours des événements. II. De Monarchia Hispanica difeursus, Amsterdam 1653, in-12. Ce livre a été traduit en allemand, & augmenté par Refaldus. Il y en a aussi une Traduction angloise imprimée à Londres en 1654, in-4. L'auteur y indique au roi d'Espagne, les moyens de parvenir à la monarchie universelle.
CAMPANI, (Mathieu) né dans le diocèse de Spolette, euré à Rome, enseigna dans un écrit estimé des favans, la manière de bien tailler les verres des lunettes. On lui doit aussi les pendules nommées muettes, parce que leur mouvement ne fait aucun bruit, & cette lanterne employée depuis dans la lanterne-magique, par le moyen de laquelle les heures paroissent pendant la nuit peintes diffinctement sur un drap. Les autres inventions dont on lui est redevable, répandirent son nom dans l'Europe. C'est avec un télescope de Campani, que Cassini découvrit les deux satellites les plus proches de Saturne. — Joseph CAMPANI, son cadet & son élève, exécutoit avec beaucoup de juftesse ce que son frère imaginoit. Ces deux artistes ingénieux vivoient encore en 1678. I. CAMPANUS, favant mathématicien de Lombardie, dans le x1e siècle, dont on a Euclidis data, Venet. 1482, in-folio. Elementa, Bailleæ, 1546, in-folio.
II. CAMPANUS, (Jean-Antoine) naquit en 1427, suivant Nicéron, à Cavello dans la Campagne de Rome, & suivant d'autres, près de Capoue, d'une payfanne qui accoucha de lui sous un laurier. De berger, devenu valet d'un curé, il apprit assez de latin sous son nouveau maître, pour être précepteur à Naples. Ses talens lui ayant acquis de la réputation, Pie II le nomma évêque de Crotonne & ensuite de Teramo. Paul II & Siste IV l'employèrent dans des affaires très-difficiles. Ce dernier pontife le soupçonnant d'être entré dans une conspiration tramée contre lui, le bannit de toutes les terres de l'Eglise. On attribua sur-tout sa disgrace à la lettre qu'il écrivit à Siste IV, en faveur des habitans de Cita-di-Castello, assiégés par les troupes papales. Qu'est-ce que tout ceci, lui disoit-il, sinon une barbarie digne des Turcs, & non une conduite chrétienne ou sacerdotale ? CAMPANUS, consumé par la maladie & le chagrin, mourut à Sienne en 1477, à 50 ans. Il avoit signalé plusieurs fois son éloquence dans des actions publiques, entr'autres à la diète de Ratisbonne. L'Allemagne bien moins florissante alors qu'aujourd'hui, lui déplut si fort, qu'à son retour en Italie, ce vénérable prélat se trouvant au haut des Alpes, abaissa ses culotes, & dit en tournant le derrière à l'Allemagne : Aspice nudatas, barbara terra, nates. Parmi ses illustres amis, on distinguoit le cardinal Beffarion, Campanus fit un jour vingt vers à la louange de ce cardinal, qu'il fit chanter en carnaval, par des musiciens masqués. Ils plurent si fort à Beffarion, qu'il donna aux musiciens autant de ducats qu'il y avoit de vers; & comme Campanus feignoit d'en ignorer l'auteur, Beffarion lui dit en lui prenant la main : Où sont ces doigts, Campani, qui ont écrit de moi tant de mensonges & lui mit au doigt une bague de 60 ducats. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages écrits quelquefois avec licence, mais presque tou- jours avec politesse & avec esprit. On peut dire de son style, SAPIT ANTIQUITATEM, du moins dans les endroits qu'il s'est donné la peine de limer. Politien dit dans l'é- pitaphe qu'il lui fit : Mi joca dictáruns Charites, nigro sale Mumus, Mercurius niveo, tinxie utroque Venus. Ses principales productions sont : I. Epistola & Poëmata, à Leipzig, 1707, in -8.º II. Andrea Brachii Vita, qui a été traduite par Ni- colas Piccini. III. Titi Livii De- cades, ex edit. Camp. 3 vol. in-fol. IV. Opera varia, in-fol., à Rome 1495 : rare.
CAMPASPE ou PANCASTE, l'une des plus belles femmes de l'Asie, devint favorite d'Alexandre, qui la fit peindre par Apelles. Le peintre ne put voir tant de charmes sans devenir éperdument amou- reux; & Alexandre eut la généro- fité de lui céder Campaspe. Ce trait a fait le sujet d'un opéra moderne.
CAMPÉ, (Mythol.) geolière des Enfers, ne voulut pas en laisser sortir les Titans qui defi- roient marcher au secours de Ju- piter. Ce dieu la plongea dans le Tartare, pour la punir.
CAMPEGGE, (Laurent) Bo- lonois, cardinal de la création de Léon X, avoit été marié avant que d'entrer dans l'état ecclésiastique. Clément VII l'envoya en 1524 en Allemagne avec la qualité de légat, pour assister à une nouvelle diète convoquée à Nuremberg; mais il ne put rien obtenir de cette assemblée. Quatre ans après, en 1528, on l'envoya à Londres pour être adjoint de Wolsey, dans le ju- gement sur le divorce de Henri VIII avec Catherine d'Aragon. Il dit à l'un & à l'autre ce qu'ils devoient at- tendre d'un légat sage & pacifique. Il allégua au roi le tort qu'il fai- soit à sa réputation, le mécon- tentement des Anglois, le dése- poir d'une princesse pleine de vertu & de raison. N'ayant pu rien ob- tenir de l'opiniâtreté de Henri, il voulut persuader à la teine de se laisser séparer d'un époux, dont elle n'avoit ni le cœur, ni la con- fiance; de sacrifier sa volonté au repos de l'Europe, menacée de la guerre & d'un schiffrie. Campagne n'ayant rien pu conclure, revint à Rome, & y mourut en 1539. On trouve plusieurs de ses Lettres, importantes pour l'histoire de son temps, dans le recueil intitulé : Epistolarum mécellancarum libri X, à Basle, 1550, in-folio.
CAMPEN, (Jacques) architecte, né à Harlem d'une famille illustre, s'est rendu célèbre par la recon- struction de l'Hôtel-de-Ville d'Amf- terdam, qui avoit été réduit en cendres. Cet édifice noble & ma- jestueux à coûtré à la Hollande foixante huit millions. Campen mourut en 1638, après avoir re- levé un grand nombre d'autres bâtimens dans la même ville.
CAMPER, (Pierre) savant mé- decin Hollandois, mort à Amf- terdam au commencement de la révolution Françoise, se fit con- noître par un grand nombre de Mémoires qui furent couronnés par les sociétés savantes de France. Deux de ses écrits les plus re- marquables ont pour objet de juger des passions de l'homme par les traits de son visage. Le premier offre les différences que pré- sentent les traits des hommes des différents pays & des différents âges; l'autre indique aux peintres la manière d'exprimer les diverses passions. Il a été traduit en françois en 1792, un vol. in-4°, avec onze planches. Moins diffus que *Lavater*, moins conjectural que *Porta*, *Camper* se fait lire avec intérêt, non-seulement par les dessinateurs & les artistes, mais par les moralistes. C'est après sa mort que son fils a publié ces deux ouvrages. I. CAMPI, (Pierre-Marie) prêtre de Plaisance dans le XVIIe siècle, est compté par les Italiens pour un des bons historiens de cet état. Son *Histoire ecclésiastique de Plaisance*, écrite en italien, fut imprimée à Plaisance même en 1661 & 1662, en 3 vol. in-fol. Elle passe pour exacte.
II. CAMPI, (Bernardin) peintre de Crémone, connu par des tableaux estimés, & par un ouvrage en italien sur la peinture, imprimé à Crémone en 1580, in-4°, sous ce titre: *Parere sopra la Pittura*. Les peintres & les amateurs trouvent à s'y instruire.
III. CAMPI, (Antoine) peintre Crémonois, a fait une *Histoire* de cette ville. La première édition de Crémone, 1585, in-fol., avec figures d'*Augustin Carrache*, est rare; la réimpression de Milan 1645, in-4°, lui est fort inférieure, & est assez commune.
CAMPIAN, (Edmond) né à Londres en 1540, d'abord diacre Anglican, se fit l'éluite à Rome en 1573. Il repassa en Angleterre, où il perdit la vie le 28 novembre 1581, sous le règne de l'ombrageuse *Elizabeth*. Il fut accusé de haute trahison, parce qu'il croit en correspondance avec le pape, ennemi de cette princesse. Après sa mort, on lui coupa la tête, & son corps fut mis en quatre quar- tiers; traitement qu'on fit aussi à deux de ses confrères. Le Jésuite *Paul Bombino* a donné l'Histoire de la vie & du martyre de son confrère, à la fin de laquelle il met ces paroles: *Deo laus*, *B. Q. V. M. M.* & *baccissimo nostrorum Martyrum Anglorum principi* Edmundo Campiano... « *Gloire à DIEU, & à la bienheureuse Vierge MARIE sa mère, & au trois fois heureux* Edmond Campian, prince de nos Martyrs Anglois. » On a du Père CAMPIAN, une *Chronique universelle*, une *Histoire d'Irlande*, un *Traité* adressé aux universités d'Angleterre, pour prouver la vérité orthodoxe, & d'autres ouvrages qui l'ont moins fait connoître que son martyre. *Voyez DURÆUS*. I. CAMPISTRON, (Jean-Galbert) né à Toulouse en 1615, d'une famille souvent honorée du Capitoulat, eut des dispositions heureuses, qu'une bonne éducation fut fructifier. Son goût pour la poésie & pour les belles-lettres l'amena à Paris. *Racine* fut son guide dans la carrière dramatique. *Campistron* imita ce grand homme; mais s'il approcha de lui dans la conduite de ses pièces, il ne put jamais l'égaler dans les beautés du détail, dans cette vérification enchanteresse qui l'a mis à côté de *Virgile*. Trop faible pour éviter les défauts de *Racine*, & ne pouvant comme lui les racheter par des beautés sublimes, il le copia dans cette manière doucereuse de crayonner l'amour de ses héros, dont il fit quelquefois, il faut l'avouer, des *soupirans* plus dignes de la haute comédie, que de la scène tragique, où la passion doit toujours employer un style grand, noble & ferme. Enfin, pour nous servir d'un tour plaisant de l'abbé *Delille*, on voit chez *Campistron*, *Toujours des feux, toujours des beaux yeux; c'est toujours* *Ou de charmans appas, ou de tendres amours.* *Racine*, en formant *Campistron* du côté du théâtre, n'oublia pas la fortune du jeune poète. L'ayant proposé au duc de *Vendôme*, pour la composition de la pastorale héroïque d'*Acis & Galatée*, qu'il devoit faire représenter dans son château d'Aner; ce prince, aussi satisfait de ses talens que de son caractère, le fit secrétaire de ses commandemens, ensuite secrétaire-général des galères. Il le fit depuis nommer chevalier de l'ordre de Saint-Jacques en Espagne, commandeur de Chimène, & marquis de Pénange en Italie. Le poète, devenu nécessaire au prince par l'enjouement de son esprit & la vivacité de son imagination, l'avoit suivi dans ces différens pays. *Campistron*, préférant le repos aux plaisirs de la cour du duc de *Vendôme*, se retira dans sa partie quelque temps après. Il épousa Mlle de *Maniban*, sœur du premier président de Toulouse, & de l'évêque de Mirepoix, depuis archevêque de Bordeaux. Il mourut à Toulouse, le 11 mai 1723, à 67 ans, d'une apoplexie. Cette maladie fut causée, selon les uns, par la colère où il se mit contre des porteurs de chaises, qui refusèrent de le porter à cause de sa pesanteur; selon d'autres, par un excès de gourmandise. Mais il est plus probable que l'apoplexie qui le suffoqua, fut la suite très-naturelle & très-innocente de son embonpoint excessif. Il étoit mainteneur de l'académie des Jeux Floraux depuis 1694, & membre de l'académie Françoise de- puis 1701. *Campistron* jouit à Toulouse de tous les agrémens qu'il méritoit. Les sociétés distinguées qu'il avoit fréquentées à Paris, lui donnoient le moyen d'assaillonner sa conversation de beaucoup d'anecdotes intéressantes, dont les provinciaux sont encore plus curieux que les Parisiens. Il aimoit la bonne chère, & il avoit l'indolence d'un homme de plaisir. Quoique secrétaire du duc de *Vendôme*, il trouvoit plus court de brûler les lettres qu'on écrivoit à ce prince, que d'y répondre. Aussi le duc le voyant devant un grand feu, dans lequel il jetoit un tas de papiers : *Voilà*, dit-il, *Campistron* tout occupé à faire ses réponses. Il suivoit ce prince jusques sur le champ de bataille. A la journée de Steinberque, le duc de *Vendôme* le voyant toujours à ses côtés, lui demanda : *Que faites-vous ici, Campistron ? — Monseigneur, lui répondit-il, j'attends que vous vouliez vous en aller.* Ce sang froid d'un poète dans un moment très-périlleux, plus infiniment au héros. — Son *THÉÂTRE*, 1750, 3 vol. in-12, est un de ceux qui ont été le plus souvent réimprimés après les ouvrages dramatiques de *Corneille*, de *Racine*, de *Crébillon* & de *Voltaire*. On y trouve beaucoup d'intelligence de l'art. La disposition de ses pièces est presque toujours heureuse, les caractères bien soutenus, le dialogue régulier, les situations quelquefois touchantes; mais le style est faible & sans coloris. Les épithètes, les conjonctions, les expressions communes reviennent trop souvent. Le sentiment est assez bien rendu; mais point de grands tableaux, point de ces tirades admirables de nos grands poètes, si l'on excepte ces vers imités ou plutôt copiés de *Cornille*, & que la crainte de l'application qu'on pourroit en faire à *Louis XIV*, obligea de supprimer : *Je fais qu'en triomphant les États s'affoiblissent ;* *Le Monarque est vainqueur, & les peuples gémissent :* *Dans le rapide cours de ses vastes projets,* *La gloire dont il brille accable ses sujets.* Ce n'est pas que *Campistron* n'ait voulu peindre. On trouve chez lui des détails de caractères, des traits historiques, des monologues, des harangues ; mais ces tirades ne font effet sur les spectateurs, que lorsqu'elles font animées par le génie du poète. Si le pinceau de l'auteur tragique est foible, alors ces tirades ne produisent que des longueurs, des inégalités, des écarts, qui refroidissent la chaleur des sentimens & ralentissent la marche de l'action. I. *Virginie*, son coup d'essai, fut foiblement applaudie, parce que la morale est un peu traînante. II. Son *Arminius* eut un succès plus heureux. Cette pièce est pleine de grands sentimens. III. *Andronic*, une de ses meilleures pièces, & qui est restée au théâtre, fut encore mieux accueillie. Elle est animée par un vif intérêt & des scènes touchantes. C'est à peu près l'histoire de l'infortuné dom *Carlos*, sous d'autres noms. IV. *Alcibiade* la suivit de près, & partagea l'applaudissement de ses années. Le caractère du héros & l'esprit de sa nation, y font peints avec assez de vérité & de noblesse ; mais l'amour y est foible & langoureux. V. L'art qui règne dans *Tiridate*, la fit passer pour une de ses bonnes pièces. C'est un frère amoureux de sa sœur ; mais cet amour est traité avec délicatesse, & l'horreur qu'inspire une passion si criminelle, n'est pas médiocre. En admirant la simplicité du sujet, on ne fut pas moins frappé de l'adresse avec laquelle le poète tient le spectateur suspendu sur la cause de la tristesse de *Tiridate*, & sur son opposition au mariage d'*Erinice* avec *Abradate*. La pièce offre des situations attendrissantes, & des sentimens nobles & pathétiques. Le style même a plus de force & de chaleur que dans ses autres tragédies. Toutes ces pièces, à l'exception de *Virginie*, ont été conservées au théâtre, où elles ne reparoissent néanmoins que rarement. VI. *Phocion*, *Adrien*, *Phraate*, *Aélieus*, *Pompéia*, tragédies ; le *Jaloux désabusé*, l'*Amante Amant*, comédies, dont la première se joue encore ; *Achille*, *Aleide* ou le triomphe d'*Hercule*, *Acis & Galathée*, tragédies-opéra, ne font plus guères lues ni représentées. On fit sur la dernière l'épigramme suivante : *A force de forger, on devient forgeron ;* *Il n'en n'est pas ainsi du pauvre Campistron ;* *Au lieu d'avancer, il recule :* *Voyez Hercule !* Il n'y a que le *Jaloux désabusé*, la pastorale d'*Acis & Galathée*, mise en musique par *Lulli*, qui reparoissent de temps en temps. La comédie du *Jaloux*, quoiqu'un peu froide par le fonds, mériteroit, par la vérité des caractères, par l'art de la conduite & par la facilité du style, de se soutenir sur la scène ; mais il faudrait que le jeu des acteurs répondit aux fines de détail, répandues dans l'ouvrage. *Voyez ALBERONI*.
II. CAMPISTRON, (Louis de) — frère du précédent, cultiva comme 60 CAM lui la poésie françoise. Jésuite dès l'âge de 15 ans, il se forma dans cette société l'esprit & le goût. Le duc de Vendôme le retint auprès de lui dans ses campagnes d'Italie. Les deux frères étoient les oracles des officiers dans toutes les matières de bel esprit & de littérature. On a de lui des Poésies, répandues dans le recueil des Jeux Floraux; quatre Seances sur la Sympathie, pleines de naturel & d'aménité; une assez belle Ode sur le jugement dernier, faussement attribuée par quelques-uns à Mlle Chéron, & les Oraisons funèbres de Louis XIV & du Dauphin. Il mourut en 1733, à 77 ans. Le Père de Campistron versifioit facilement comme son frère, mais il manque de nerf & de coloris; on trouve le même défaut dans sa prose.
CAMPO, (Antonio) auteur Italien, né à Crémone au quinzième siècle, est regardé par ses compatriotes comme un des bons historiens de cette importante ville du duché de Milan. Son Histoire est en italien. La meilleure édition est celle de 1585, à Crémone, in-folio. On l'estime moins pour les recherches qu'elle renferme, que pour les planches au burin d'Augustin Carracie. Elle est rare & recherchée; mais l'édition de Milan, in-4°, est d'un prix très-inférieur.
CAMPRA, (André) musicien célèbre, né à Aix le 4 décembre 1660, mort à Versailles le 29 juillet 1744, à 84 ans, se fit d'abord connoître par des motets exécutés dans des églises & par des concerts particuliers. Son premier ouvrage fut le motet Deus noster refugium, qu'il composa à 17 ans. Ces petites productions lui procurèrent la place de maître de musique de la maison professe des Jésuites à Paris, & ensuite la maîtrise de la métropole. Son génie, trop resserré dans les motets, s'exerça sur les opéra. Il remplit heureusement cette nouvelle carrière. Il marcha sur les pas de Lulli, & l'auteignit de fort près. Son Europe Galante, son Carnaval de Venise, ses Fêtes Véniciennes, ses Agis, ses Fragments de Lulli, ballots, Hésione, Alcine, Telèphe, Camille & Tancrède, tragédies-opéra, parurent avec beaucoup d'éclat, & se maintiennent encore aujourd'hui. On admira la variété, les grâces, la vivacité de sa musique, & sur-tout cet art si rare d'exprimer avec justesse le sens des paroles. L'Europe Galante commença sa réputation. On dit que cet artiste étant maître de musique de la cathédrale de Paris, lorsqu'il faisoit cet opéra, s'endormit pendant les vêpres. Il rêva pendant son sommeil à l'Europe Galante. Le sous-chantre l'ayant éveillé, il chanta, à moitié endormi, l'air du quatrième acte : Vivir, vivir gran Sultana. On imagine bien que, si ce fait est vrai, on ne lui laissa pas achever son air. Campra a aussi retouché l'Iphigénie de Desmarées.
CAMPS, (François de) naquit à Amiens en 1643, d'un clinquailler. Ferroni, évêque de Mende, le tira du couvent des Dominicains du faubourg Saint-Germain, où il servoit les messes, se chargea de ses études, & le fit son secrétaire. Ce prélat lui donna le prieuré de Flore, obtint pour lui l'abbaye de Saint-Marcel, la coadjutorerie de Glandèves, & enfin l'évêché de Pamiers. Mais n'ayant pas pu obtenir ses bulles à cause de sa mauvaise conduite, il eut en dédommagement l'abbaye de Signy. On a de lui plusieurs Différations. C A M 61 fur les médailles, fur l'hiftoire de France, fur le titre de *Très-Chrétien* donné aux Rois de France, fur la garde des mêmes princes, fur les filles de la maison de France données en mariage à des princes hérétiques ou païens, fur la noblesse de la race royale, fur l'hérédité des grands fiefs, fur l'origine des armoiries, fur les dignités héréditaires attachées aux terres titrées, &c. Son cabinet étoit riche en médailles; le célèbre *Vaillant* a publié les plus curieuses, avec des explications. L'abbé de *Camps* mourut à Paris en 1723, à 81 ans. Il étoit savant, laborieux; & ses recherches ont servi aux hiftoiriens qui font venus après lui. Ses mœurs, qui avoient été peu réglées dans le feu de l'âge & des passions, devinrent plus décentes dans sa vieilleffe. — CAMPSON - GAURI, fultan d'Égypte, fut élevé à cette dignité par les Mamelucs vers l'an 1504 de Jésus-Christ. Il la refusa d'abord; mais la fortune, qui l'avoit tiré de l'esclavage pour le mettre au nombre des Mamelucs, & lui faire obtenir les premiers emplois auprès des fultans, le plaça malgré lui fur le trône. Il gouverna avec une prudence admirable, fut l'arbitre de l'Orient, & balança la puissance de deux grands monarques, *Ismaël* roi de Perfe, & *Selim* empereur des Turcs. Il fut enfin opprimé par ce dernier, & trahi par un de ses sujets nommé *Cayerbei*, gouverneur d'Alep & de Comagène. *Selim* feignant de marcher contre *Ismaël*, tourna contre *Campion*. Les armées se rencontrèrent dans la Comagène, au même lieu où deux ans auparavant les Turcs avoient défait les Perfes. *Cayerbei*, accomplissant le promesse qu'il avoit faite à *Selim*, se rangea de son parti. *Campion*, âgé de plus de 70 ans, chargé d'embonpoint & incommodé d'une hernie, tomba de son cheval, & fut écrasé l'an. 1516. C A M U L U S, ( Mythol. ) Dieu de la guerre chez les anciens Sabins, paroît fur leurs monumens, portant une pique & un bouclier.
CAMUS - BEAULIEU, ( Le ) *Voyer* dans l'article ARTHUS III, n° IV. I. CAMUS, ( Jean-Pierre ) né à Paris en 1582, d'une famille noble, nommé à l'évêché de Belley dès l'âge de 26 ans, fut sacré dans sa cathédrale par *Saint François de Sales*. Il se rendit digne de l'amitié de ce saint, par l'usage de ses talens & par l'ardeur de son zele. Il instruisit son peuple, le foulagea, combattit les hérétiques, en convertit plusieurs, s'éleva contre tous les abus, & quelquefois avec plus de vivacité que de prudence. L'oïsveté & la mollesse, dans lesquelles certains moines paroissaient croupir, le mettoient de mauvaise humeur. En faisant allusion à leur gourmandise & à leurs révérences, il les comparoit à des cruches qui se baissent pour se remplir; & il leur déclara dans la chaire & dans le cabinet, une guerre un peu trop acharnée. On vit paroître successivement plusieurs ouvrages contre eux : *Le Directeur désintéressé*, la *Désappropriation claustrale*, le *Rabat-joie du triomphe monacal*; les *Deux Hermites*, le *Réclus & l'Inflable*; l'*Antimoine bien préparé*, 1632, in-8°, tres-rare, &c. &c. L'*Apocalypse de Melison*, que *Voltaire* lui a attribué, 1668, in-12, est l'abregé de son *Traité de l'ouvrage des Moines*, 1633, in-8°. Elle est d'un *Minime apostat*, 62 CAM nommé PITHOIS : Voyez ce mot. Il fallut que les religieux employaient le cardinal de Richelieu pour calmer l'animofité de Camus. Il lui fit des représentations amicales sur cette multitude d'ouvrages, dont les titres bleifioient le bon goût autant que la charité. Je ne vous connois, lui dit Richelieu, d'autre défaut, que cet acharnement contre les Moines ; & sans cela je vous canoniferois. — Plut à Dieu ! lui répondit avec vivacité Camus. Nous aurions l'un & l'autre ce que nous souhaitons : vous seriez Pape, & moi Saint. Le pieux & ardent évêque, après avoir travaillé pendant vingt ans au salut de son peuple, se démit de sa dignité pour ne plus penser qu'au sien propre. Il mourut à l'hôpital des Incurables le 26 avril 1652, à 70 ans. Il avoit refusé deux évêchés considérables, Arras & Amiens. La petite femme que j'ai épousée, disoit-il par un jeu de mots ridicule, est assez belle pour un Camus. Ce prélat avoit beaucoup d'esprit & d'imagination dans un corps très-mortifié. Cette imagination perce dans tous ses ouvrages, écrits avec une facilité merveilleuse ; mais d'un style moitié moral, moitié burlesque, semé de métaphores singulières & d'images gigantesques, d'ailleurs lâche, diffus & incorrect. Il prêchoit comme il écrivoit, & peut-être plus singulièrement encore. Nierron rapporte quelques traits de ses discours, que nous allons rapporter. Dans un sermon qu'il faisoit aux Cordeliers le jour de S. François : Mes Pères, leur disoit-il, admirez la grandeur de votre Saint ; ses miracles passent ceux du Fils de Dieu. Jésus-Christ avec cinq pains & trois poissons ne nourrit que cinq mille hommes, une fois en sa vie : & S. François avec une aune de toile nourrit tous les jours, par un miracle perpétuel, quarante mille fainéans. Prêchant dans l'assemblée des trois États du royaume, le premier dimanche de l'Avent 1614, un sermon qu'il a fait imprimer, il parla ainsi : Qu'eussent dit nos pères, de voir passer les offices de judicature à des femmes & à des enfans au berceau ? Que reste-t-il plus, si non comme cet Empereur ancien, d'admettre des chevaux au Sénat ? Et pourquoi non, puisque tant d'ânes y ont entrée ? Il n'aimoit pas les Saints nouveaux, & disoit un jour en chaire sur ce sujet : Je donnerois cent de nos Saints nouveaux pour un ancien. Il n'est chassé que de vieux chiens. Il n'est chassé que de vieux Saints. — Il se plaisoit fort à faire des allusions, quelque mauvaises qu'elles fussent. Parlant un jour des couvens, il disoit : Dans les anciens monastères, on voyoit de grands moines, de vénérables religieux ; à présent, illic passées nidificabunt : l'on n'y voit plus que des moineaux. — Il disoit dans le même goût, qu'après leur mort, les Papes devenoient des papillons, les Sires des cirons, & les Rois des roitelets. — Ce qu'il dit un jour à Notre-Dame, avant de commencer son sermon, est plus spirituel : Messieurs, on recommande à vos charités une demoiselle qui n'a pas assez de bien pour faire vœu de pauvreté. Il comparoit les Évêchés à des bâillons, parce que ceux qui les obtenoient, devenoient ordinairement pareffieux, & cessent de prêcher. On lui vantoit un homme qui étoit tout à la fois musicien, poète, peintre & astrologue ; il répondit, que c'étoit un fou à quatre parties. On voit par ces citations, que Camus fut le Bièvre de son siècle. Outre les ouvrages cités plus haut, on a de lui : I. Plusieurs volumes d'Homélies. II. Dix volumes de Diversités.
III. Des Romans pieux, *Dorothle*, *Aleime*, *Daphnide*, *Hyacinthe*, *Carpie*, *Spiridion*, *Alexis*. Son siècle avoir encore, plus que le nôtre, le goût frivole & dangereux des lectures romanesques. Il crut que, pour guérir les malades, il falloit deguiser les remèdes. Il se mit à écrire cette foule d'historiettes, où les leçons de la vertu étoient ornées des charmes de la fable, & où le lecteur trouvoit à se distraire, sans se pervertir. Ce fut *S. François de Sales* qui lui donna le conseil de faire des Romans pieux; mais il en abusa. Ses productions romanesques & sans goût sont tout ce qu'on peut lire de plus ennuyeux, du moins aujourd'hui que ce genre a été traité par de bonnes plumes. On a plus de deux cents volumes de cet infatigable écrivain. Les seuls qu'on trouve à présent dans les bibliothèques choisies, sont: *L'Esprit de Saint François de Sales*, en six volumes in-8°, réduits en un seul par un docteur de Sorbonne; & *L'Avoisement des Protestans vers l'Eglise Romaine*, publiée par *Richard Simon* en 1703, avec des remarques, sous ce titre: *Moyens de réunir les Protestans avec l'Eglise Romaine*. « L'auteur y détruit, dit *Nicéron*, la fausse idée que les deux partis se forment l'un de l'autre, & les rapproche en faisant voir qu'il n'y a pas entre leurs sentimens bien expliqués, tant de différence qu'on s'imagine ordinairement. » Il étoit surpris que les Catholiques parlant de l'Écriture Sainte comme d'un livre qui a besoin d'interprètes, du moins pour les simples, ne l'expliquaient que rarement dans leurs livres, & que les Protestans qui la trouvent claire comme le jour, se tuaient à l'expliquer. — *CAMUS* désinfléoit la politique: « *Ars non tam regendi quam fallendi* *hominet.* » Voyez II. COLLET & ABELLI.
II. CAMUS, (Étienne le) né à Paris en 1632, d'une ancienne famille de robe, *Voy*. II. LAUNOI, docteur de Sorbonne en 1650, évêque de Grenoble en 1671, revêtu de la pourpre Romaine par *Innocent XI*, ne dut cette dignité qu'à sa vertu. Il avoit été aumônier du roi avant d'être évêque. Entraîné par le torrent de la cour, il aima le monde & en fut aimé. Quoiqu'il eût été fort dissipé dans ce poste, il disoit depuis: *Qu'on avoit dit de lui plus de mal qu'il n'en avoit fait; mais que depuis son changement on disoit plus de bien qu'il n'en faisoit, & que c'étoit une espèce de compensation*. Il joignit les austérités d'un pénitent aux travaux d'un évêque. Il fonda deux seminaires. Il visita tous les ans son diocèse, l'instruisit par ses sermons & ses exemples, & y répandit d'abondantes aumônes. Les pauvres furent légués ses héritiers à sa mort, arrivée en 1707, à 75 ans. C'est à lui qu'on est redevable de la *Théologie morale de Grenoble*, composée à sa prière par *Genet*, depuis évêque de Vaifon. On a encore de lui: I. Plusieurs Lettres à ses curés. II. Des *Ordonnances synodales*, pleines de sagesse. III. Une *Dissertation* contre un auteur qui avoit nié la virginité de la Sainte Vierge, &c. &c.
III. CAMUS, (Jean le) lieutenant-civil au châtelet de Paris, mort le 28 juillet 1710, à 74 ans, fut renommé pour son austère probité dans les fonctions de la magistrature, qu'il exerça pendant plus de quarante ans. Il a fait des *Observations* sur la coutume de Paris, que *Ferrière* a inférées dans son *Commentaire*. Il publia les *Artes de notoriété du Châtelet*, dont 64 CAM Dénifart a donné une seconde édition.
IV. CAMUS, (Charles-Étienne-Louis) de l'académie royale des sciences de Paris, de la société royale de Londres, examinateur des ingénieurs & du corps royal de l'Artillerie de France, professeur & secrétaire perpétuel de l'académie royale d'Architecture, honoraire de l'académie de Marine, mort le 4 mai 1768, âgé de 58 ans, est principalement connu par son Cours de Mathématiques, en 4 vol. in-8°, à l'usage des ingénieurs. On a encore de lui des Éléments de Mécanique, des Éléments d'Arithmétique, & d'autres ouvrages qui ont eu du cours, sans être du premier mérite. Il avoit été l'un des savans envoyés dans le Nord en 1736, pour y déterminer la mesure de la terre. V. CAMUS, (Antoine le) né à Paris en 1722, mort dans la même ville en 1772, à 50 ans, y exerça la médecine avec succès, & écrivit sur la science qu'il cultivoit. Nous avons de lui: I. La Médecine de l'esprit, Paris 1753, 2 vol. in-12. La physique & la morale ont également dicté cet ouvrage qui est écrit avec facilité & avec chaleur. Les raisonnemens de l'auteur ne sont pas toujours justes; mais en général ses conjectures sont ingénieuses, & peuvent être très-utiles. II. Abdeker, ou l'Art de conserver la beauté, 1756, 4 vol. petit in-12, roman dans lequel l'auteur a fait entrer beaucoup de recettes & de préceptes dont les dames ont profité, quoique plusieurs de ces recettes ne soient que de la charlatanerie. Les véritables cosmétiques sont la santé & la tempérance. III. Mémoire sur divers sujets de Médecine, 1760, in-8°. IV. Mémoire sur l'état actuel de la Pharmacie, 1765, in-12. V. Projet d'anéantir le petite-Vérols, 1767, in-12. VI. Médecine pratique, 3 vol. in-12, ou 1 vol. in-4°. VII. Il a travaillé au Journal Économique, depuis le mois de janvier 1753, jusqu'en 1765. Le Camus avoit du feu, de l'imagination, de la gaieté, des connoissances variées, & sa société étoit agréable. — Il avoit un frère Nicolas le CAMUS de Mézières, architecte expert, né à Paris le 6 mai 1721, mort le 25 juillet 1779, dont nous avons un Essai sur les Bois de charpente, 1763; le Génie de l'Architecture, 1780, in-8°; un Traité de la force des Bois, 1782, in-8°; le Guide de ceux qui veulent bâtir, 2 vol. in-8°.
VI. CAMUS, (Charlotte le) de Melfons, épouse d'André Girard le Camus, conseiller d'état, étoit de l'académie des Ricovrati de Padoue; différentes pièces de vers lui mériterent les éloges des beaux esprits du règne de Louis XIV. Le portrait de ce prince fait par Mignard, lui fit tant de plaisir, qu'elle en fit un en vers, qui parut des le lendemain dans les recueils du temps. Elle mourut le 22 juin 1702. I. CAMUSAT, (Jean) habile imprimeur du 17e siècle, avoit pris pour devise, la toison d'or, avec ces mots: Tégit, & quos tangit inaurat. Il eut constamment le soin de ne publier que des ouvrages d'un mérite reconnu, & fit ainsi la réputation de tous ceux qui sortirent de ses presses. L'académie françoise qui l'avoit choisi pour son imprimeur, le chargea souvent de parler pour elle, & de répondre aux lettres qui lui étoient adressées. Camusat s'acquitta toujours de cet honorable emploi, avec autant d'esprit que de facilité.
II. CAMUSAT,
II. CAMUSAT, (Nicolas) né à Troyes en 1575, chanoine de cette ville, y mourut en 1655 à 70 ans. C'étoit un homme d'étude & de piété. Il tourna ses lectures & ses recherches du côté de l'histoire. Ayant fouillé toutes les bibliothèques, il a laissé des ouvrages savans. I. *Promptuarium sacrarum Antiquitatem Tricassinae diatresis*, 1610, in-8° : recueil utile à ceux qui veulent suivre les différentes variations de l'ancienne discipline en France. II. *Historia Albigenium*, 1615, in-8°, recueillie sur les meilleurs manuscrits. III. *Mélanges historiques*, ou *Recueil de plusieurs Actes, Traités & Lettres missives depuis 1500 jusqu'en 1580*; in-8°, 1619 : curieux & recherché; &c. *Camusat* étoit un homme respectable, qui partageoit son temps entre les fonctions de son église & l'étude. Négligé dans son extérieur & vivant d'une manière fort simple, il avoit plus de moyens de soulager les pauvres dont il étoit le père.
III. CAMUSAT, (Denys-François) peut - neveu du précédent, né à Besançon en 1697, mourut à Amsterdam en 1732, à 35 ans, dans un état qui n'étoit guère au - dessus de l'indigence. Deux fautes, qu'il fit successivement, faillirent à l'y jeter. Il étoit bibliothécaire du maréchal d'*Estrées*, & il quitta ce poste; il n'avoit point de fortune, & il se maria. On a de lui : I. *L'Histoire des Journaux imprimés en France*, 2 vol. in-12, où l'érudition est répandue avec peu d'agrément. Le style a une certaine vivacité; mais il s'écarte trop souvent des règles de la bien-séance : il tombe dans le trivial & le bas. II. Les deux premiers volumes de la *Bibliothèque des livres nouveaux* : Journal mort en naissant.
III. Les quatre premiers volumes de la *Bibliothèque Française* ou *Histoire littéraire de la France*; autre Journal mieux accueilli que le précédent, & qu'on pouffait jusqu'au trente-quatrième volume. IV. Des *Mélanges de Littérature*, tirés des Lettres manuscrites du père de la *Pucelle*, de Jean Chapelain, &c. in-12.
CANACÉE, (Mythol.) fille d'*Éole*, épousa secrètement son frère. Elle mit au monde un fils qui fut exposé par sa nourrice, & qui par ses cris découvrit sa naissance à son aïeul. *Éole*, indigné de cet inceste, en fit manger le fruit par les chiens, & envoya un poignard à sa fille pour s'en punir elle - même; *Macarès*, son frère & son mari, se sauva à Delphes, où il se fit prêtre d'*Apollon*.
CANAPE, (Jean) médecin, professa la chirurgie à Lyon en 1542, & y devint médecin de François I. Savant dans la langue grecque, il traduisit plusieurs ouvrages d'*Hippocrate*, & d'autres médecins Grecs.
CANAYE, (Philippe) sieur du *FRESNE*, naquit à Paris en 1551, d'un avocat célèbre. Après s'être distingué dans le barreau, il devint conseiller - d'état sous Henri III, ambassadeur en Angleterre, en Allemagne, à Venise sous Henri IV, & contribua beaucoup à pacifier les querelles de cette république avec Paul V, qui lui en marqua sa reconnoissance. Ses *Ambassades* ont été imprimées en 1635, 3 vol. in-fol. avec sa Vie à la tête. Le troisième est le plus intéressant; c'est une histoire du différend de Paul V & des Vénitiens, très-capable de satisfaire la curiosité du lecteur. Canaye 66 CAN mourut le 27 février 1610, à 60 ans, avec la réputation d'un homme sage, intègre & désintéressé. Il avoit été Calviniste & président de la chambre de Castres; mais il se convertit en 1600, après la conférence de Fontainebleau entre le cardinal du Perron & du Plessis Mornai. Nommé l'un des juges de cette célèbre conférence, il prouva par son exemple que la victoire & la vérité étoient du côté de l'Église Romaine. On lui doit une traduction françoise de la Logique d'Aristote. — L'abbé de CANAYE, membre de l'académie des belles-lettres de Paris sa patrie, mort en 1782, dans la 88e année de son âge, étoit de la même famille, & lui faisoit honneur par ses lumières & son caractère. C'est à ce caractère qu'il dut en partie une f.ité ferme & vigoureuse pendant sa longue carrière. L'abbé de Canaye n'ayant dans son cœur que des passions douces & honnêtes, fut heureux dans la retraite & dans le monde. Il étoit entré dans l'Oratoire en 1716, y avoit passé environ 12 ans, & s'y étoit fait aimer. Son esprit, dit Dacier, réunissoit la naïveté & la fineffe, la légèreté & la profondeur, l'enjouement & la solidité. Il avoit le talent de bien raconter, & il ne racontoit jamais autant qu'on auroit voulu. Habile a faisoir le ridicule, il ne se servoit de cette arme dangereuse que contre ceux qui assichoient des prétentions sans avoir des titres. Avec ses amis, il se bornoit à cette plaisanterie douce, qui flatte sans offenser. Il fut dans tous les temps lié de la plus tendre amitié avec Foncemagne & d'Alembert. Celui-ci lui a dédié son Effeu sur les Gens-de-lettres. L'abbé de Canaye a donné au public plusieurs Mémoires dans le recueil de ceux de l'académie des belles-lettres. Les plus considérables sont ceux qui concernent la naissance & les progrès de la Philosophie ancienne. Ces Dissertations sont le résultat de plusieurs livres anciens & modernes: résultat qui prouve un esprit net & une mémoire étendue. Les livres de sa nombreuse bibliothèque étoient chargés de notes. Sans morgue sur sa naissance, il ignoroit à 40 ans quelles étoient les armoiries de sa famille. Philosophie pratique, très-paresseux, il répondoit à ceux qui l'excitoient à travailler. — En littérature comme au théâtre, le plaisir est rarement pour les acteurs. — Le Père CANAYE, Jésuite, si connu par sa prétendue Conversation avec le maréchal d'Hocquincourt, étoit aussi parent de Canaye l'ambassadeur. Il avoit été professeur de rhétorique au collège de Clermont à Paris. Il fut ensuite directeur de l'hôpital de l'armée de Flandres. Saint-Évremont avoit étudié sous lui; & il faut avouer qu'il n'a pas contribué à illustrer son maître, en lui faisant faire au maréchal d'Hocquincourt, gouverneur de Péronne en 1654, des réponses qui serviroient plus à ridiculiser les matières de controverse qu'à les prouver.
CANDACE, reine d'Éthiopie qui vivoit du temps d'Auguste, étoit une princesse d'un grand courage & d'une rare vertu. Elle avoit été si chérie de ses sujets, que toutes les Reines qui lui succédèrent, voulurent porter son nom. C'est un des premiers eunuques de cette reine, qui fut converti & baptisé par l'apôtre S. Philippe.
CANDALE, Voyez VI. FOIX.
CANDAULE, roi de Lydie, eut l'imprudence de faire voir sa femme dans les bains à Gygès son favori, pour qu'il admirât ses charmes. La reine ayant apperçu cet officier, l'engagea, soit par amour, soit par vengeance, d'ôter la vie à son époux. Gygès, devenu roi de Lydie par ce meurtre, eut la femme & la couronne de son prince, vers l'an 716 avant J. C. L'aventure de Gygès a été révoquée en doute par quelques critiques.
CANDIAC, (Jean-Louis-Elisabeth de MONTCALM de) génie précoce, étoit frère puiné du célèbre marquis de Montcalm. Il vit le jour à Candiac, dans le diocèse de Nîmes en 1719. Dès le berceau, il apprit à connoître les lettres par le moyen du bureau typographique. A trente mois, il les connoissoit toutes, & à trois ans il lisoit parfaitement le latin & le françois, imprimé ou manuscrit. A quatre ans, on lui apprit la langue latine; à cinq, il faisoit des versions en cette langue; à six, il lisoit le grec & l'hébreu. Il possédoit dès-lors les principes de l'arithmétique, de l'histoire, de la géographie, du blafon, de la science des médailles. Dans quatre semaines, il parvint à écrire correctement & facilement. Montpellier, Nîmes, Grenoble, Lyon, Paris même, admirèrent ses progrès surprenants & l'étendue de ses connoissances. Il avoit lu une foule de poètes, d'orateurs, d'historiens, de philosophes, d'épistolaires, de grammairiens, dans un âge où les autres enfans bégaient à peine leur propre langue. Ce petit prodige ne fit que paroitre. Une complication de maux l'enleva à la France, dont il avoit été l'admiration. Il mourut à Paris le 8 octobre 1726.
CANDIDIEN, Voyet VALERIA.
CANDISH, ou CAVENDISH, (Thomas) gentilhomme Anglois de Trimbs, dans la province de Suffolk, après s'être signalé dans divers combats en Europe, & avoir parcouru une partie de l'Amérique en navigateur habile & intelligent, entreprit en 1586 un voyage autour du monde. De cette course qu'il fit avec trois galions, & accompagné de cent-vingt soldats, il rapporta des lumières nouvelles, & des richesses considérables. Il rentra en septembre 1588 dans le port de Plimouth, d'où il étoit fort en juillet 1586. L'année 1591 fut l'époque d'un nouveau voyage autour du monde. Il partit le 26 août de Plimouth, avec cinq vaisseaux, aborda au Brésil, & en repartit en janvier 1592, pour continuer sa course. Mais la disette des vivres l'ayant obligé d'y retourner, il perdit quatre de ses vaisseaux, & n'arriva qu'avec un seul à la baie de Saint-Vincent. Trente de ses gens qu'il avoit envoyés pour butiner, furent massacrés par les Portugais, & lui-même, réduit à la dernière misère, fut obligé de prendre la route d'Angleterre; il mourut avant que d'y arriver, victime de sa curiosité, & peut être d'une ambition avide & intéressée. Lait raconte ses voyages dans son *Histoire du Nouveau Monde*.
CANDITO, (Pierre) peintre né à Munich, à la fin du 15e siècle, orna de ses ouvrages le palais de Maximilien, duc de Bavière; ils méritèrent d'être gravés par Raphael & les deux Sandeler. On remarque, parmi eux, les *Hermites de Bavière*, & quatre *Docteurs de l'Eglise*.
CANENTE, (Mythol.) Cette Nymphe, femme de Pious, 1624 des Laurentins, conçut une fi vive douleur de ce que *Circé* avoit changé fon mari en oifeau de fon nom, que fon corps difparut peu à peu, & s'évapora dans les airs. Cette aventure rendit célèbre le lieu près du Tibre où cette métamorphose arriva, & les poètes l'ont appelé *Canente*, du nom de cette Nymphe. — CANGE, (Charles du Frefne DU) tréforier de France à Amiens fa patrie, naquit l'an 1610. Après avoir fréquenté quelque temps le barreau de Paris, il retourna à Amiens, & fe livra entièrement à l'étude de l'histoire furrée & profane, Grecque & Romaine, ancienne & moderne. En 1668, il vint habiter la capitale, & s'y fit autant eftimer par fes talens, que par fa douceur, fa politesse & fa modestie : *Voyet* MABILLON. Quoiqu'il eût embraffé la partie la plus dégoûtante de la littérature, & que, fuivant fes expressions, il ne fe fût arrêté qu'à la recherche de vieux mots, il fortoit de la pouffière de fes livres avec l'air le plus affable. *C'eſt pour mon plaifir*, difoit-il à ceux qui craignoient de le détourner, que j'étudie, & non pour être à charge à moi-même ou aux autres. Sa carrière littéraire s'ouvrit par l'*HISTOIRE de l'Empire de Constantinople, sous les Empereurs François*, en 1657 : ouvrage plein d'érudition & de critique. Les autres livres qui le fuivirent, font : 1. Son *Gloffaire de la baffe Latinité*, en 3 vol. in-folio; réimprimé en fix, en 1733, par les foins des Bénédictins de Saint-Maur, & augmenté de quatre nouveaux volumes par l'abbé *Carpentier*, de l'ordre de Cluni : *Voyet* II. CARPENTIER. On n'ignore pas combien ce Dictionnaire demandoit de recherches. Il n'y avoit que *du Cange* qui pût affaifonner une matière fi feche, de tant de chofes favantes & curieuses. On rapporte au fujet de ce livre, une anecdote fort fingulière. L'auteur fit venir un jour quelques libraires dans fon cabinet, & leur montrant un vieux coffre qui étoit placé dans un coin, il leur dit : « qu'ils y pourroient trouver de quoi faire un livre, & que s'ils vouloient l'imprimer, il étoit prêt à traiter avec eux. » Ils accepièrent l'offre avec joie; mais s'étant mis à chercher le manuscrit, ils ne trouvèrent qu'un tas de petits morceaux de papier qui n'étoient pas plus grands que le doigt, & qui paroifloient avoir été déchirés, comme n'étant plus d'aucun usage. *Du Cange* rit de leur embarras, & leur affura de nouveau, que fon manuscrit étoit dans le coffre. Enfin, l'un d'eux ayant confidéré plus attentivement quelques-uns de ces petits lambeaux, y trouva des remarques, qu'il reconnut être le travail de *du Cange*. Il s'aperçut même qu'il ne lui feroit pas impossible de les mettre en ordre, parce que, commençant tous par le mot que l'auteur entreprenoit d'expliquer, il n'étoit quefton que de les ranger fuivant l'ordre alphabétique. Avec cette clef, & fur la connoiffance qu'il avoit de l'érudition de *du Cange*, il ne balança point à faire marché pour le coffre & pour les richeffes qui étoient dedans. Ce traité fut conclu fans autre explication; & telle eft, dit-on, l'origine du *Gloffaire* latin. On trouve dans cet ouvrage beaucoup de mots fans interprétation. Quand on demandoit à *du Cange* pourquoi il n'en avoit pas donné le fens : *C'eſt*, répondoit-il modestement, afin d'exciter quelqu'un à le chercher; *fi je ne l'ai pas mis, c'eſt que je ne* le fais pas. Le Jésuite Pavaffeur parlant de ce Glossaire, disoit : « Il y a plus de soixante ans que je m'applique à ne me servir d'aucun des mots que du Cange a fi laborieusement recherchés. » II. GLOSSAIRE de la Langue Grecque du moyen âge. Lyon 1688, 2 vol. in-folio, en grec & en latin. Ce n'est pas celui de ses ouvrages où il y ait le moins d'érudition. III. Des éditions de l'Histoire de S. Louis, par Joinville, in-folio, 1688, avec de savantes remarques. — des Annales de Zonare, en 2 vol. in-folio. — de la Chronique pascale d'Alexandrie, in-folio, 1689, enrichie de notes & de dissertations. C'est pendant l'impression de cette Chronique, que du Cange mourut le 23 octobre 1688, à 78 ans, laissant beaucoup d'autres ouvrages manuscrits, dont on peut voir la liste dans un Mémoire sur sa vie & ses écrits, imprimé en 1752. Louis XIV donna une pension de deux mille livres à ses quatre enfants, en reconnoissance des travaux du père. Le grand Colbert lui fit proposer de rassembler en un corps tous les écrivains de l'Histoire de France. Il en donna un essai ; mais ce projet n'ayant pas été goûté, il l'abandonna. On a encore de lui : VI. Historia Byzantina illustrata, 1680, in-folio. Il fait connoître dans cette Histoire, qui fait partie de la Byzantine, diverses familles de Constantinople ; il donne la description de cette ville : il éclaircit beaucoup de points d'histoire dans des dissertations & dans des notes savantes. V. Illyricum vetus & novum, Pofonii, 1746, in-folio. VI. Un livre très-curieux, intitulé : Traité historique du chef de S. Jean-Baptiste, Paris, 1665, in - 4.º — Voyer III. FRESNE.
CANGIAGE, ou CAMBIAZI, (Lucas) ne a Monéglia, dans les états de Gênes en 1527, reçut les premières leçons de l'art de la peinture dans la maison paternelle. Son père ne l'habilloit qu'à moitié, afin que, gardant la maison, il fût plus assidu au travail. Dès l'âge de 15 ans, il fit des tableaux qui reçurent beaucoup d'éloges, & à 17 on l'employait dans les grands ouvrages publics. Peu de peintres ont eu plus de facilité. Il peignoit des deux mains. Tout ce qui reste de lui a de la vivacité, des grâces, de la légèreté ; on n'y desferroit que plus de choix. Ses dessins sont estimables, & on en conserve encore un grand nombre, quoique sa femme & sa servante s'en servissent pour allumer le feu. Devenu veuf, il présenta en vain au pape Grégoire XIII, un placet accompagné de deux tableaux, espérant obtenir une dispense pour pouvoir épouser sa belle-fœur, dont il étoit passionnément épris. Philippe II, roi d'Espagne, l'ayant appelé à sa cour, il s'y rendit dans le dessein d'avoir sa recommandation auprès du pape. Mais comme on lui dit que sa demande déplaisait à ce prince, il tomba dans une espèce de délire, & mourut peu de temps après à l'Écurial en 1585, à 58 ans. Le Guide a gravé quelques-uns de ses tableaux.
CANG-Y, (Mythol.) Dieu des Chinois, régissant les cieux inférieurs, & ayant sur l'homme pouvoir de vie & de mort. Il est toujours suivi de trois génies subalternes, dont l'un dispense la pluie, le second fait prospérer les navigations, le troisième préside aux naissances & à l'agriculture.
CANINI, (Jean-Ange & Marc-Antoine) frères, Romains, connus par leur goût pour l'antiquité. Jean-Ange Canini, disciple du Dominiquin, joignit à ce goût plusieurs autres talens. Il excelloit à desffiner les pierres gravées, qu'il touchoit avec efprit & avec légèreté. Il avoit fur-tout l'art de conferver la fineffe des airs de tête. Il vint en France à la fuite du cardinal Chigi, légat du faint-fiége, à qui fon frère étoit auffi attaché, & il eut l'honneur de connoître le grand Colbert, le plus ardent pro- tecteur des lettres & des beaux arts. Canini lui communiqua le deffein d'un ouvrage qu'il avoit déjà ébauché : c'étoit une fuite des Images des Héros & des Grands Hommes de l'antiquité, deffinées fur les médailles, les pierres antiques & les autres anciens monumens. Le mi-nistre applaudit au projet, & pour animer Canini, il l'engagea à offrir fon ouvrage à Louis XIV. Canini, revenu à Rome, penfa férieuse-ment à remplir fon engagement; mais la mort l'enleva peu de temps après.—Marc-Antoine CANINI, fon frère, habile fculpteur, fe chargea de ce qui reftoit à faire, & publia ce recueil en italien, l'an 1669, in-fol. On l'a réimprimé en 1731, en françois, à Amsterdam, in-4.º Les figures de l'edition de 1669, furent gravées par Etienne Picart le Romain, & Guillaume Valet, deux des plus habiles maîtres du fiècle paffe, qui fe trouverent à Rome lorfque Canini entreprit de publier fon livre. Ces figures font accompagnées d'une explication curieuse, & qui fait connoître la capacité des deux frères Canini dans l'hiftoire & la mythologie. I. CANISIUS, (Pierre) natif de Nimègue, pieux & favant provincial des Jésuites, parut avec éclat au concile de Trente. Ses principaux ouvrages font : I. Summa doctrina Chiffliana, in-8.º II. Inftitutions Chiffliana. Il mourut en 1597, à 77 ans, à Fribourg en Suiffe, en odeur de fainteté.
II. CANISIUS, (Henri) neveu du précédent, natif de Nimègue comme lui, profeffeur de droit canon à Ingolftad, mort en 1609, laiffa plusieurs ouvrages eftimables. I. Summa Juris Canonici. II. Commentarium in Regulas Juris. III. Antiqua Lectiones, en 7 vol. in-4º; réimprimées par les foins de Jacques Bafnage, fous ce titre : THESAURUS Monumentorum ecclesiasticorum & hif-toricorum, feu Lectiones antiqua, cum notis variorum, à Jacobo Bafnage, in-folio, 7 tomes en 4 volumes, Amsterdam 1725. Le favant éditeur les a ornées de préfaces particulières à la tête de chaque ouvrage, pour en faire connoître le fujet & l'auteur, & des remarques utiles & curieuses, avec quelques notes & variantes de Capperonier. Ce recueil renferme diverfes pièces importantes fur l'hiftoire du moyen âge & fur la chronologie. Canisius avoit beaucoup d'érudition, mais elle étoit fage & modefte.
CANITZ, (le Baron de) célèbre poëte Allemand, d'une famille ancienne & illufte de Brandebourg, naquit à Berlin en 1654, cinq mois après la mort de fon père. Après fes premières études, il fe mit a voyager en Italie, en France, en Angleterre, en Hollande. De retour dans fa patrie, il fut chargé de négociations importantes par Fréderic II, électeur de Brandebourg. Fréderic III, fon fucceffeur, s'en fervit auffi utile-ment. Il mourut à Berlin en 1699, à 45 ans, confeiller-privé d'état. Il réunit les qualites d'homme d'état & de poëte, au talent de la poëfie beaucoup d'autres con-noiffances, & l'étude des langues. mortes & vivantes. Ses *Poëffes* Allemandes ont été publiées pour la dixième fois en 1750, in-8.º Il prit *Horace* pour modèle, & l'égala quelquefois. Son style est aussi pur que délicat. C'est le *Pope* de l'Allemagne. Le baron de *Canitz* ne se contentoit pas de cultiver les beaux arts; il les protégeoit, non en amateur fastueux, superficiel, inutile; mais en amateur éclairé, solide, vrai & généreux. Sa mère étoit une femme singulière. Ayant épuisé la France en modes nouvelles, elle voulut faire venir un mari de Paris. Son correspondant lui envoya un aventurier d'environ cinquante ans, nommé de *Binbroc*, d'un tempérament foible & valérudinaire. Il arrive : Mad. de *Canitz* le voit & l'épouse. Les dégoûts que lui procura ce mariage, empêchèrent les veuves de Berlin d'adopter cette mode. —*Voyet* les *Mémoires de Brandebourg*, tome 2. — CANNAMARÈS, (Jean) paysan de Catalogne, se tira malheureusement de l'obscurité qui étoit son partage. Le 7 décembre 1492, le roi *Ferdinand*, après la conquête de Grenade sur les Maures, sortoit de son palais, accompagné d'une foule de courtisans & de magistrats; ce malheureux, qui s'étoit caché derrière une porte par où le roi devoit passer, s'élance tout-à-coup, tire l'épée, & frappe le prince entre le cou & les épaules. Le coup fut si violent, que s'il n'eût été affoibli par un collier d'or que le roi portoit ordinairement, il ne pouvoit éviter d'être tué sur la place. *Ferdinand*, qui se sentit frappé, ne perdit rien de sa présence d'esprit; & s'étant apperçu que ceux de sa fuite alloient se jeter sur l'assassin pour le poignar- der, il les en empêcha, & se contenta d'ordonner qu'on le mit en prison, pour savoir s'il avoit des complices. On interrogea l'assassin, & l'on connut que c'étoit un fou, qui s'étoit imaginé que la couronne d'Aragon lui appartenoit, que *Ferdinand* l'avoit usurpée sur lui, & la retenoit injustement. Le roi, dont la blessure étoit fort légère, vouloit qu'on le renvoyât sans le punir; mais, à son insu, il fut condamné à être tiré à quatre chevaux: le seul égard que l'on eut à sa folie, fut qu'on l'étrangla auparavant.
CANO, *Voyet* III. CANUS.
CANO, (Alonzo) né à Grenade en 1600, fut tout à la fois peintre, sculpteur & architecte. *Michel Cano* son père, *François Pachéco* & *Herrera le vieux*, lui enseignèrent les élémens de ces différens arts, qu'il cultiva tous avec succès. Le duc d'*Olivarès* l'ayant fait venir à Madrid en 1638, il lui fit accorder la place de directeur-général des ouvrages royaux, & l'honneur d'enseigner le dessin au prince des Asturies. *Cano* est mort à Grenade en 1676. Parmi les nombreux ouvrages en tout genre dont il est auteur, il faut distinguer trois *Statues*, possédées par la cathédrale de Hébrya, qui commencèrent sa réputation, à 24 ans; & une *Statue* de la Conception de la Vierge, dans la cathédrale de Grenade, ouvrage dont un Génois offrit vainement huit mille pistolets.
CANON, *Voyet* QUANWON.
CANONISATION, *Voyet* JEAN XVI, Pape.
CANOPE, (Mythol.) divinité Égyptienne, dont les prêtres passaient pour des magiciens. On l'a- 72 CAN doroit sous la figure d'un grand vafe, surmonté d'une tête humaine, & couvert de caractères hierogly- phiques. Les Chaldéens adorateurs du feu, défiotent les Dieux de toutes les autres nations, comme n'étant que d'or, d'argent, de pierre ou de bois, de pouvoir réfiter au leur. Un prêtre du dieu Canope, accepta le défi, & l'on mit les deux Dieux aux prises ensemble. On alluma un grand feu, au milieu duquel on plaça la fla- tue de Canope, de laquelle il sortit une grande quantité d'eau, qui éteignit entièrement le feu. Le dieu Canope demeura ainsi vain- queur, & fut regardé comme le plus puissant des Dieux; mais il ne dut cet avantage qu'à la rufe. Un des prêtres de ce Dieu, ayant percé le vafe de plusieurs petits trous, & les ayant ensuite exactement fermés avec de la cire, l'avoit rempli d'eau, que la chaleur du feu fit bientôt for- tir, après avoir fondu la cire. Straben dit que Canope fut le pi- lote de Menelas, qui, étant mort fur les côtes de la morfure d'un ferpent, obtint un superbe tom- beau près de l'une des embou- chures du Nil, où l'on bâtit en- suite la ville qui porta son nom.
CANTACUZÈNE, Voyet JEAN V, n° LIII. — & II. MAT- THIEU.
CANTA-GALLINA, (Rémi) graveur, peintre & ingénieur, eut la gloire d'enseigner à Callot les premiers elémens de l'art, qui le rendit si célèbre. Canta-Gallina s'adonna principalement aux pay- fages qu'il desfinoit à la plume & qu'il gravoit ensuite. Il est mort à Florence en 1624.
CANTALUPO, Voyet Cos- TANZA.
CANTARINI, (Simon) fut nomme le Pétarèfe, parce qu'il étoit né à Pézaro en 1612, dif- ciple & ami du Guide, se per- fectionna en l'imitant. On con- fondit quelquefois les ouvrages du maître avec ceux de l'élève. Ce peintre célèbre mourut à la fleur de son âge, à Vérone en 1648. Il a gravé plusieurs de ses ouvrages.
CANTEL, (Pierre-Joseph) né au pays de Caux en 1645, entra dans la compagnie de Jésus & s'y distingua. Il mourut à Paris en 1579, à 34 ans: son ardeur pour l'étude abrégée ses jours. Nous avons de lui : I. Un Traité de Romană Republică, in-12, à Utrecht, 1707, figure. C'est un excellent Abrégé des antiquités Romaines. II. Metropolitanorum ur- bium Historia civilis & ecclesiasticae, tomus primus. C'est le seul qui ait paru. Il donna le Justin ad usum Delphini, Paris, 1677, in-4°; & le Valère-Maxime, aussi ad usum, &c. Paris, 1679. Ces édi- tions sont estimées. I. CANTEMIR, (Démétrius) na- quit en 1673, d'une famille illustre de la Tartarie. Son père, de gou- verneur des trois cantons de Mol- davie, devint prince de cette pro- vince en 1654. Démétrius, envoyé de bonne heure à Constantinople, se flattoit de lui succéder; mais il fut supplanté à la Porte par un concurrent. Le ministère Ottoman l'envoya en 1710, gouverner la Moldavie, à la place de Nicolas Mauro Cordato. A peine fut-il arrivé à Jaffy, qu'il reçut ordre de faire construire un pont sur le Danube, pour le passage de l'ar- mée Turque, & que le grand- visir réclama de lui le payement d'une forte somme, s'il vouloit être maintenu dans son gouver- nement. *Cantemir* offensé se détermina à profiter de l'occasion pour affranchir les Moldaves du joug des Turcs; & le czar *Pierre I*, lui ayant fait des propositions avantageuses, il les accepta. *Démétrus* suivit son nouveau souverain dans ses conquêtes. Il eut, en dédommagement de ce qu'il avait perdu le titre de prince de l'Empire, avec des terres, des domaines, & une autorité entière sur les Moldaves, qui quittèrent leur patrie pour s'attacher à son fort. Il mourut en 1723, à l'âge de 50 ans, dans ses terres de l'Ukraine, aimé & estimé. On a de lui plusieurs ouvrages: I. *L'Histoire & l'origine de la décadence de l'Empire Ottoman*, traduite du latin en françois, par la *Jonquières*, 1743, en 4 vol. in-12 ou in-4. II. *Système de la Religion Mahométane*; ouvrage écrit & imprimé en langue Russe, par ordre de *Pierre le Grand*, à qui il est dédié. III. *État présent de la Moldavie*, en latin avec une grande Carte du pays. IV. *Dialogues moraux*, sous ce titre: le *Monde & l'Ame*, imprimés en Moldavie. V. *Histoire de la Création*, avec des observations physiques. Elle est écrite en latin. VI. *Histoire ancienne & moderne de la Moldavie*, écrite en langue moldave. VII. *Introduction à la musique Turque*, aussi en moldave. *Cantemir* parloit ou entendait onze langues; il fut membre de l'académie de Berlin. L'Anglois *Tyndall* a écrit la vie de ce prince érudit, & l'a placée en tête de sa traduction en langue angloise de l'*Histoire de l'origine & de la décadence de l'empire Ottoman*.
II. CANTEMIR, (*Antiochus*) dernier fils du précédent, & l'objet des complaisances de son père par ses qualités & ses talens, s'adonna comme lui à l'étude, aux sciences & aux arts. L'académie de Péterbourg lui ouvrit ses portes, & le ministère Russe l'initia dans les affaires de l'état. Il se conduisit, dans les différentes révolutions qui agiterent ce gouvernement, avec une sagesse & une prudence consommées. Succélissement ambassadeur à Londres & à Paris, on admira également en lui le ministre & l'homme de lettres. Il mourut dans cette dernière ville, le 11 avril 1744, à 35 ans, & il fut remplacé dans son ambassade par le comte de *Beffucheff*. Les Russes connoissoient, à la vérité, avant lui, quelques mauvaises chansons rimées; mais il est le premier qui ait introduit chez eux des poésies d'une certaine étendue. Outre une traduction d'*Anacréon* & des *Epitres d'Horace*, il donna aux Russes huit *Satires*, des *Fables*, des *Odes*, &c. Les vers de ses *Satires* sont pleins de raison & de poésie; la plupart ont passé en proverbe, comme ceux de *Despréaux*. Ce *Boileau* Russe a fait connoître plusieurs ouvrages étrangers, à ses compatriotes « *La Pluralité des Mondes* ; les *Lettres Persanes* ; les *Dialogues d'Algarosti sur la lumière*. L'abbé de *Guasco*, traducteur de ses *Satires*, in-12, a écrit la Vie de ce prince, également propre aux sciences abstraites & aux arts agréables.
CANTENAC, (N. de) rimailleur peu connu, dont les *Poésies nouvelles* parurent en 1662 & 1665, à Paris chez *Girard*. Elles auroient croupi dans l'obscurité, sans une pièce de mauvais goût, trop répandue, intitulée: *L'Occasion perdue & recouvrée*, que des littérateurs peu instruits ont attribuée long-temps au grand *Corneille*. Il est vrai que les pointes dont four- millent ces flances licencieuses, font assez dans la manière alambiquée des derniers ouvrages de ce père du théâtre. Ajoutez à cela, qu'on lit dans le *Carpenteriana*, que « *Corneille* avoit traduit l'*Imitation* en vers françois, pour expier le mal que pouvoit faire l'*Occasion perdue*, &c. » Ce qui put induire *Carpenteria* à croire que *Corneille* en étoit l'auteur, c'est qu'à la fin de cette pièce qui étoit destinée à être insérée dans les Œuvres de *Cantenac*, on lit : *FIN des Poésies nouvelles & galantes du sieur de C...* Au reste, l'*Occasion perdue*, &c. manque dans la plupart des exemplaires des Poésies de *Cantenac*, sans que ce retranchement paroisse sensible, parce que c'est un cahier poîtré de quatorze pages, dont les chiffres n'interrompent pas ceux du recueil. Ce fut le premier président de *Lamoignon* qui ordonna ce retranchement. Le seul motif de purger la mémoire du grand *Corneille* d'une imputation non-méritée, nous a engagés à tirer *Cantenac* de l'oubli où son nom étoit plongé. — *Voyez les Mémoires de Trévoux*, décembre 1724; & les *Mémoires de Nicéron*, tome 15, page 381.
CANTERUS, (Guillaume) né à Utrecht en 1542, mort en 1575, à 33 ans, se livra avec passion à l'étude : son application avança sa mort. Il vivait cependant avec beaucoup de sobriété, ne mangeant jamais chez ses amis, & ne les traitant jamais chez lui; mais les veilles ruinèrent sa santé. C'étoit un critique aussi docte qu'intelligent, qui, dans un petit nombre d'années, donna beaucoup d'ouvrages. I. Huit livres de *Corrections*, d'explications & de fragments de divers auteurs en latin, réimprimés dans le *Trésor de Gruter*.
II. Diverses Éditions. III. Des Traductions de quelques écrivains Grecs & Latins. IV. Des Poésies latines, &c. — *Théodore CANTERUS*, son frère, exerça la magistrature & cultiva les sciences. Il mourut vers 1615, après avoir aussi publié beaucoup de remarques sur plusieurs Auteurs de l'antiquité. — *André CANTERUS*, frère des deux précédents, fut mis au nombre des enfans précoces. A dix ans, il répondoit à toutes les questions qu'on lui faisoit sur l'Écriture sainte, la jurisprudence & l'histoire.
CANTEVEN, (Mythol.) dieu honoré sur la côte du Malabar & sur celle de Coromandel. Il est beau jeune, bien fait; & les femmes jeûnent un jour de l'année en son honneur. *Canteven*, amant de la belle *Paramafecri*, femme d'*Ixora*, périt sous les coups de ce dieu. Sa femme mourut de douleur : *Ixora* voulut la ressusciter; mais elle refusa de revoir la lumière, si son cher *Canteven* ne ressuscitait avec elle. *Ixora* y confénait, & le jeune solennel des Indiens fut établi, pour rappeler le souvenir du désespoir qu'avoit éprouvé *Paramafecri*.
CANTWEL, (André) médecin, du comté de Tipperary en Irlande, membre de la société royale de Londres, mort le 11 juillet 1764, se distingua par divers ouvrages estimés. Les plus connus sont : I. *Dissertations* latines sur la médecine, sur les fièvres, sur les sécrétions. II. Nouvelles Expériences sur le remède de Mille. *Schephens*. III. *Histoire* d'un remède pour la foibleesse des yeux. IV. *Tableau* de la petite-Vérole, 1758, in-12. V. *Dissertation* sur l'inoculation.
CANULÉIUS, Tribun du peuple Romain, se fit aimer des républicains par son opposition aux Nobles. Il fouleva le peuple vers l'an 445 avant Jésus-Christ, & obtint que les plébéiens pourroient s'allier avec les patriciens. I. CANUS, Voyez JULIUS-CANUS.
II. CANUS, (Melchior) Dominicain Espagnol, né à Tarançon dans le diocèse de Tolède en 1523, professeur de théologie à Salamanque, fut envoyé au concile de Trente sous Paul III, & peu de temps après nommé évêque des îles Canaries. Il ne garda pas long - temps son évêché, il rentra dans son cloître, & mourut à Tolède en 1560, à 37 ans, provincial de Castille. Ce religieux courtisan étoit d'un caractère fier, vif & ambitieux; il avoit pendant long - temps refusé l'épiscopat, peut-être pour ne pas s'éloigner de Philippe II, dont il avoit gagné l'esprit en flattant sans réserve ses passions. Il soutint à ce monarque qu'il pouvoit faire la guerre à quelque prince que ce fût, lorsqu'il s'agiroit de faire valoir ses droits. Cette décision, qui regardoit principalement le pape, ne plut pas à la cour de Rome. Canus est principalement connu par son Traité intitulé : Locorum theologorum libri XII, à Padoue, 1727, in-4.º Ce livre est estimé, tant pour les excellentes choses qu'il renferme, que pour la manière élégante de les exprimer. On lui reproche seulement d'avoir trop affecté d'imiter les ouvrages de rhétorique d'Aristose, de Cicéron, de Quintilien, & des autres auteurs profanes; & de fatiguer son lecteur par de longues digressions, & par une foule de questions étrangères à son sujet. Les lieux théologiques d'où il tire ses arguments, sont l'Écriture - sainte, les traditions apostoliques, les Pères, les conciles, &c. Comme l'auteur étoit zèle pour l'ultramontanisme, il fait dépendre l'autorité des conciles de l'autorité des papes, auxquels il attribue l'infaillibilité. Ce théologien, d'ailleurs judicieux, condamnoit fortement toutes ces questions vaines & absurdes, dans lesquelles des scolastiques barbares noyoient la raison du temps de Scot, d'Ockom, & de tous les autres champions de l'ineptie. Il n'étoit pas plus ami des Jésuites, & les regardoit comme les précurseurs de l'Antechrift. On lui attribue Prælectiones de pœnitentiâ.
III. CANUS ou CANO, (Sébastien) Biscaïen, compagnon de l'illustre Magellan dans ses courses maritimes, passa avec lui vers l'an 1520 le détroit auquel ce célèbre voyageur donna son nom. Après la mort de Magellan, il gagna les îles de la Sonde, d'où il alla doubler le cap de Bonne-Espérance. Il rentra dans Séville en 1522, ayant le premier fait le tour du monde par l'Orient, en trois ans & quatre semaines. Charles - Quine lui donna pour devise un Globe terrestre avec ces paroles : PRIMUS ME CIRCUMDEDISTI; c'est - à - dire, "Tu m'as le premier parcourue tout autour." — Il ne faut pas le confondre avec Jacques CANUS, Portugais qui découvrit en 1484 le royaume de Congo. I. CANUT II, roi de Danemarck, obtint le surnom de Grand, en régnant par la terreur sur un peuple timide, en s'emparant par le carnage de la souveraineté de l'Angleterre, sur laquelle il n'eut d'autre droit que celui de la force. 76 CAN Il fit bientôt la conquête du royaume de Mercie, & gagna la bataille d'Affeldun, où l'armée du jeune Edmond, fils du roi Ethelred, fut taillée en pièces, l'an 1016. L'amour de ses sujets donna à ce dernier encore une armée; il ne voulut point la sacrifier à ses intérêts, & envoya un cartel au prince Danois. Celui-ci le refusa, parce qu'il étoit d'une constitution foible, & que son ennemi avoit reçu de la nature & de l'éducation, des forces si extraordinaires, qu'on l'avoit surnommé Côte de fer. On en vint à une conférence; les deux rois prirent leurs officiers pour arbitres. Le royaume fut partage. Edmond conferva toutes les provinces situées au midi de la Tamife, & une partie du Vessex; le reste fut le partage de l'usurpateur. Après la mort d'Edmond, affaffiné par Stréon, Canut priva les deux fils de ce prince de l'héritage de leur père, & épousa la reine Emme, veuve d'Ethelred. Il avoit laiffé son beau-frère Uffon pour régir le Danemarck; celui-ci ayant cherché à se faire reconnoître pour souverain de ce royaume, Canut le fit affaffiner. Ce dernier tourna aussitôt ses armes contre la Norwège, & après avoir délaît Olaïss roi de cette contrée, le 29 juillet 1030, il s'empara de ses états. Canut raffaffié de triomphes & de gloire, fit le voyage de Rome pour aller visiter le pape, & revint mourir en Angleterre en 1095, après avoir comblé l'église de bienfaits. Ce roi étoit petit, foible & mal proportioné dans sa stature; mais il eut un génie vaste, fécond en ressources, & maître des évênemens. Il ne pardonna jamais à ses ennemis; mais il fut contenir son ressentiment, & ne se venger d'eux qu'en invoquant les lois. Il passa sa vie plutôt à conquérir qu'à gouverner. Il rétablit cependant les anciennes lois Saxonnes & forma un code où le meurtre n'étoit puni que par une amende, & où l'on trouve cet article, déjà en usage chez plusieurs autres peuples: « Si un homme est accusé, & qu'aucuns témoins ne veuillent déposer contre lui, il fera condamné ou abfous par le jugement de Dieu en portant le fer chaud. » Si tous les princes ont des flatteurs, un conquérant tel que Canut ne pouvoit en manquer; mais il favoit apprécier leurs éloges. Un courtisan lui disoit un jour, que rien n'étoit au-dessus de sa puissance. Canut, sans lui répondre, se fit conduire au bord de la mer, au moment où les eaux montoient, & leur ordonna d'un ton de maître de se retirer. Les eaux indociles mouillerent bientôt les pieds du monarque. Alors Canut se tournant vers ses courtisans leur dit: Apprenez que tous les mortels font dépendans & foibles. L'Être créateur est le seul puissant. Lui seul peut dire à l'Ocean: tu viendras jusqu'ici & pas au-delà; & anéantir d'un signe de tête tous les monumens de l'orgueil des hommes.
II. CANUT IV, (Saint) roi de Danemarck, frère & succeffeur de Hérold, monta sur le trône en 1080. Il entreprit l'expédition d'Angleterre, qui ne fut point heureuse. Il fut tué dans l'église de Saint-Alban, & mis au nombre des martyrs en 1087. Un de ses fils, qui souffrit aussi le martyre, fut canonisé par le pape Alexandre III en 1164. Il y a eu quelques autres princes de ce nom; mais leur histoire est peu intéressante.
CAOURSIN, (Guillaume) né à Rhodes, fut toujours attaché à l'ordre de ce nom en qualité de fecrétaire & de vice-chancelier, fans y être reçu. Il étoit marié, & mourut en 1501. Ses Ouvrages, qui concernent l'ordre de Rhodes, furent imprimés à Ulm en 1496, in-folio, avec plusieurs figures en bois; ils font affez rares.
CAPACCIO, (Jules-Céfar) né à Capagna dans le royaume de Naples, fut gentilhomme du duc d'Urbin & fecrétaire de la ville de Naples. Il mourut en 1631, après avoir contribué à établir l'académie de gli Otiofi. On a de lui une Histoire de Naples, imprimée dans cette ville en 1607, in-4°, qui est au nombre des livres rares; & des Apologues en vers italiens, 1619, in-4°, avec figures.
CAPANÉE, l'un des commandans de l'armée des Argiens, se distingua pendant la guerre de Thèbes, par sa force & son courage. Ce fut le premier qui escalada les murailles de cette ville; & il mourut sur le haut du rempart, accablé de flèches & de pierres. C'étoit un impie qui avoit coutume de dire, qu'il ne faisoit pas plus de cas des foudres de Jupiter, que de la chaleur du midi, & qu'il prendroit Thèbes malgré son tonnerre. Il périt de la foudre; & lorsque Thèfée fit faire de somptueuses funérailles aux autres guerriers morts devant Thèbes, on ne brûla point pour cette raison le corps de Canapée avec les autres, & on lui éleva un bûcher particulier. Voy. EVADNE.
CAPÈCE, (Scipion) Napolitain, poète Latin du XVIe siècle, tâcha d'imiter Lucrèce dans son poème Des principes des choses, à Franckfort 1631, in-8°, & y réussit affez bien. Le cardinal Bembo & Minuce mettoient cet ouvrage à côté de son modèle. On en a donné une édition avec la traduction italienne, in-8°, Venise 1754. On a encore de Capèce, des Élégies, des Épigrammes, & un poème De Vate maximo, que Gofner, fans doute ami de ce poète, égaloit aux productions de l'antiquité.
CAPEL, (Arthur) baron d'HAMDAM, étoit gouverneur de Gloucester, lorsque Fairfax, chef des parlementaires, vint affiéger cette place en 1645. Ce général se servit d'une rufe singulière pour tâcher d'emporter la place. Il fit venir Arthur, fils de Capel, étudiant alors à Londres, pour engager son père à lui conserver la vie, en s'accommodant avec le parlement. Quoique le jeune homme n'eût que dix-sept ans, il répondit toujours, que son père étoit trop sage pour avoir besoin des avis d'un enfant. Fairfax furieux, fit mettre le jeune Arthur, nu jusqu'à la ceinture, au milieu d'une troupe de soldats qui avoient les épées tirées contre lui. Pendant qu'il regardoit ce triste spectacle, il entendit un des officiers de Fairfax, qui lui dit : Préparez-vous à vous rendre, ou à voir répandre le sang de votre fils... Capel, pour toute réponse, cria à son fils avec fermeté : Mon fils, souvenez-vous de ce que vous devez à Dieu & au Roi; paroles qu'il répéta trois fois. Il rentra ensuite dans la place, & exhorta les officiers à demeurer fermes, non pour venger son fils, mais pour venger leur roi. Ce bon citoyen ayant été forcé de capituler, fut condamné en 1649 par les mêmes juges que Charles I, & périt par le même supplice. — Voy. CAPPEL.
CAPELLA, (Marcianus Minus Felix) poète Latin, vivoit vers l'an 490 de J. C. On croit qu'il étoit Africain & proconsul. Ona de lui un poème intitulé : *De nuptis Philologiae & Mercurii, & de septem Artibus liberalibus*, — GROTIUS âgé seulement de 14 ans, donna une bonne édition de cette production médiocre en 1599, in-8°, avec des notes & des corrections. Il rétablit une infinité d'endroits corrompus, avec une fagacité admirable dans un enfant de son âge.
CAPELLI, Voy. CAPPELLI.
CAPELLO, (Blanche) d'une des plus illustres familles patriciennes de Venise, seconde femme de François II de Médicis, grand-Duc de Toscane, se vit élevée au rang suprême par un évènement singulier. Un jeune Florentin, nommé Pierre Bonaventuri, d'une famille honnête, mais pauvre, commis de la maison de banque que tenoient à Venise les Salviati de Florence, habitait en face du palais Capello. Il vit Blanche, que la nature avoit douée d'une beauté rare ; il en devint éperdument amoureux, & lui fit l'aveu de sa passion. Une figure intéressante parloit en faveur de Bonaventuri : il fut écouté. Blanche ne put se défendre de l'aimer dès cette première entrevue, & elle hésita d'autant moins à se livrer à son penchant, qu'elle prit en ce moment Bonaventuri pour Salviati lui-même, homme d'une maison très-confidérable à Florence, & à laquelle la sienne pouvoit s'allier sans disproportion. Défabusée sur ce point dans un second entretien qu'elle eut avec lui, elle perdit l'espérance de l'épouser sans cesser de l'aimer, & lui défendit de la voir désormais. Bonaventuri, plus passionné que jamais, trouva moyen de lui faire parvenir un billet, par lequel il la conjuroit, avant que de prendre une dernière résolution, de profiter de l'obscurité de la nuit, & du temps où tout le monde dans sa maison seroit livré au sommeil, pour venir le trouver & lui accorder un entretien ; ce qui lui étoit d'autant plus aisé, qu'elle n'avoit que la rue à traverser. Il la rassuroit en même temps sur les suites de cette démarche, en lui jurant que sa vertu ne seroit point compromise dans ce rendez-vous nocturne. Blanche, trop éprise & trop foible pour se refuser à cette proposition, sortit de sa maison la nuit suivante, dès qu'elle crut pouvoir le faire avec sûreté, laissant la porte entrouverte pour son retour, & se glissa dans la chambre de son amant. Elle en sortit vers la pointe du jour, & voulant rentrer chez elle, la porte se trouva fermée. Que faire dans cette cruelle circonstance ? Il s'agissoit de prendre un parti prompt & décisif, Blanche le prit sans hésiter : elle engagea sa foi à Bonaventuri, & lui proposa de fuir avec elle, ce qui fut exécuté sur le champ. Ils se jettent dans la première barque, sans même avoir eu le temps de se déguiser, & étant sortis heureusement des Lagunes, ils prirent le chemin de Florence. Arrivés à Pistoie, un prêtre leur donna la bénédiction nuptiale. Bonaventuri conduisit sa jeune épouse chez son père, qui vivait obscurément à Florence dans un état très-voisin de la pauvreté. Blanche, consolée par l'amour des disgraces de la fortune, partagea sans murmurer, avec sa belle-mère, les soins les plus bas & les plus humilians du ménage. Elle vivait ainsi depuis quelque temps, né se laissant presque jamais voir hors de sa maison ; lorsque le hasard ayant fait passer le grand-Duc sous ses fenêtres, elle en fut remarquée. L'impression que sa beauté fit sur ce prince, fut bientôt suivie d'un vif empressement de la con- notre; il s'en ouvrit à un de ses favoris. Ce favori avoit une femme adroite & intrigante, qui ayant eu un entretien avec la belle-mère de *Blanche*, lui fit des offres de service pour sa bru, & entr'autres celle de lui faire obtenir du grand-Duc telle grace qu'elle auroit à lui demander. *Blanche* écouta d'autant plus volontiers cette dernière proposition, qu'elle vivoit dans une inquiétude continuelle du côté de sa famille, dont elle appréhendait les pourfuites, & qu'elle avoit songé plus d'une fois à trouver des recommandations auprès du grand-Duc, pour en obtenir une sauvegarde qui la mit à couvert. Invités ensuite par cette dame, elle se rendit chez elle. Le grand-Duc s'y trouva comme fortuitement, & se présenta à elle en un moment où la dame étoit passée dans un autre appartement sous quelque prétexte, & l'avoit laissée seule. Son premier mouvement, à l'aspect imprévu du prince, fut de se jeter à ses genoux, en le suppliant de ne point attenter à son honneur. Il la releva avec bonté, lui fit une déclaration d'amour pleine de ménagement & de respect, & se retira aussitôt : la laissant si interdite, qu'elle ne songea point à profiter de l'occasion pour lui demander la sauvegarde. Sa situation, après cette entrevue, ne tarda pas à changer de face. Le grand-Duc manda son mari, & lui donna un poste considérable à la cour; il accumula rapidement sur sa tête les honneurs & les pensions, & *Blanche* se vit bientôt élevée à une fortune brillante. Le jeune *Bonaventuri* ne jouit pas long-temps de sa prospérité : l'orgueil & la présomption s'emparèrent de son ame; il se fit des ennemis puissans, & il fut poignardé la nuit dans les rues de Florence en 1574, par une troupe d'assassins soudoyés. Quelques années après, le grand-Duc devenu veuf par la mort de *Jeanne d'Autriche*, sa première femme, plus épris que jamais des charmes de *Blanche*, l'épousa solennellement le 20 septembre 1579. Deux ambassadeurs & le patriarche d'Aquilée furent députés à Florence par la république de Venise, pour assister à la cérémonie de ce mariage. Un diplôme du sénat, par lequel elle étoit déclarée reine de Chypre, y fut le publiquement, & la couronne royale lui fut mise sur la tête par un des ambassadeurs. Le grand-Duc vécut toujours avec sa nouvelle épouse dans la plus parfaite union, & rien n'eût manqué à leur bonheur, si les propos indecens & les déclamations du cardinal *Ferdinand de Médicis*, son frère, qui résidait à Rome, n'y eussent mêlé quelque amertume. Ce cardinal, infatué des alliances de sa maison avec les Têtes couronnées, ne parloit de celle-ci qu'avec mépris. Dans un voyage que ce cardinal fit à Florence dans l'automne de 1585, il fut invité un jour par le grand-Duc à une partie de chasse dans la belle maison de *Poggio à Cajano*, à quelques milles de Florence. Ce fut là que, le cardinal disant avec son frère & sa belle-sœur, sur la fin du repas, la grande-Duchesse, & presqu'au même moment le grand-Duc, furent saisis subitement de cruelles douleurs dans les intestins, & succombèrent en peu d'heures à la violence du poison. *Blanche* mourut cinq heures après avoir vu expirer son époux. Le cardinal fut d'autant plus accusé de cette double mort, qu'il leur refusa, dit-on, les secours qu'ils réclamoient, & défendit qu'on allait chercher des médecins.
CAPERONIER, *Voyez* CAPERONIER. 80 CAP
CAPET, Voyet HUGUES-CAPET.
CAPHYRA, (Mythol.) fille de l'Océan, fut la nourrice de Neptune. I. CAPILUPI, (Camille) natif de Mantoue, s'est rendu fameux par son libelle intitulé, les Stratagèmes de Charles IX contre les Huguenots, en italien, à Rome 1572, in-4°, traduit en françois, 1574, in-8°. Il y décrit le massacre de la Saint-Barthélemi. Il rapporte des choses fort singulières sur les motifs & les suites de cette violence; mais ce libelle est rempli d'idées fauffes & de faits calomnieux.
II. CAPILUPI, (Lelio) frère du précédent, poète Latin, naquit à Mantoue comme Virgile. Il se jouoit si heureusement des vers de son compatriote, & réussissait si bien à leur donner un autre sens, qu'il surpassa en ce genre Autone, Proba-Falconia, & les autres qui se sont exercés sur le même sujet. Il a chanté dans cette sorte de vers l'origine des moines, leurs règles, leur vie; les cérémonies de l'Eglise; l'Histoire du mal de Naples, &c. Deux de ses frères, Hippolyte & Jules, avoient le même talent de décomposer & de recoudre Virgile. Outre leurs Centons, on a des vers de ces poètes, dont les pensées & les expressions ne sont qu'à eux. On a réuni leurs Poésies, in-4°, Rome 1590. Une petite partie des Poésies de Lelio se trouve aussi dans les Delicia Poetorum Italorum. Cet auteur célèbre mourut en 1560, à 62 ans. On a imprimé séparément son Centon ex Virgilio de vita Monachorum, à Venise 1550, in-8°; & son Centon contre les Femmes, Venise, même année, in-8°. Dans l'un & dans l'autre il n'a pas épargné le sel, & même le gros sel. Virgile, le plus doux des hommes, ne se seroit pas attendu qu'on mettoit ses écrits en lambeaux pour en faire des satires.
CAPISTRAN, (Saint JEAN de) disciple de S. Bernardin de Sienne, & frère Mineur comme lui, marcha sur les traces de son maître. Il tiroit son nom de Capistran dans l'Abruzze, où il étoit né en 1385, d'un gentilhomme Angevin. Il exerça d'abord une charge de judicature, & épousa une fille d'une bonne famille. Mais ayant voulu réconcilier les habitans de Péroufe avec Ladislas roi de Naples, il fut mis en prison par les Pérufiens, qu'il accusèrent d'avoir voulu favoriser ce prince. Dieu l'éclaira alors sur la fragilité des choses humaines, & il prit l'habit de S. François. Il signala son zèle & son éloquence dans le concile de Florence, pour la réunion de l'église Grecque avec l'église Romaine; dans la Bohème contre les hérétiques; dans la Hongrie contre les Turcs. Il se mit à la tête d'une croifade contre les Hussites, & en convertit plusieurs. Lorsque Humiade entra en vainqueur dans Belgrade, Capistran prédicateur de l'armée, regardé comme un prophète, s'y distingua tellement, qu'il parut incertain à qui on devoit l'avantage, ou à la valeur du héros, ou aux sermons du missionnaire. Capistran ne balança point de s'attribuer la gloire de cette journée, dans ses lettres au pape & à l'empereur. Purifie sans doute par la pénitence de ce mouvement de vanité, il mourut saintement dans le couvent de Villech en Hongrie, le 23 octobre 1456, à 71 ans. On lui a reproché encore d'avoir joint le bûcher aux sermons dans ses missions contre les les hérétiques & les Juifs; mais c'étoit un des préjugés de son siècle, de croire qu'il falloit réduire les errans par le fer & le feu. D'ailleurs, les supplices contre les Huffites avoient été ordonnés par la puissance séculière, & non par les missionnaires. Alexandre VIII le canonisa en 1690. On a de lui un grand nombre d'écrits: un Traité de l'autorité du Pape & du Concile, un peu trop ultramontant; un Traité de l'excommunication; un autre sur le Mariage; quelques-uns sur le Droit Civil, l'Œuvre & les Contrats; l'Apologie du Tiers-Ordre de S. François; le Miroir des Clercs, &c. I. CAPISUCCHI, (Blaise) marquis de MONTERIO, d'une famille Italienne, fut capitaine célèbre par son intelligence dans l'art militaire. Les Proteffans ayant mis le siège devant Poitiers en 1569, jeterent un pont sur la rivière pour donner l'affaut. Capisucchi, Romain, & héritier du courage de ses anciens compatriotes, se jeta dans l'eau avec deux autres, & coupa les câbles du pont, qui fut bientôt entraîné par les eaux. Il ne fignala pas moins sa valeur sous le duc de Parme. Le pape lui donna ensuite le commandement de ses troupes à Avignon & dans le comtat Venaissin.
II. CAPISUCCHI, (Paul) chanoine du Vatican, auditeur de rote, évêque de Néocastro & vice-légat de Hongrie, s'acquitta avec honneur de plusieurs négociations, dont Clément VII & Paul III le chargèrent. Ce dernier pontife l'ayant envoyé à Avignon, alors déchiré par mille factions, il calma tout par sa prudence. Il mourut à Rome en 1539, à 60 ans. — Il y a eu plusieurs autres personnes de mérite, du même nom; Camille CAPISUCCHI, frête de Blaise, & aussi bon guerrier que lui, commandant des troupes du pape en Hongrie; Raimond de la même famille, de Dominicain devenu cardinal, mort en 1691, auteur de plusieurs ouvrages de théologie.
CAPITO, Voy. XV. ROBERT.
CAPITOLINUS, Voyez II. MANLIUS.
CAPITOLINUS, (Julius) historien Latin du 3e siècle, auteur de plusieurs Vies d'empereur, où il ne fait presque que copier Hérodien. Il n'écrivait, ni avec pureté, ni avec exactitude. On trouve son ouvrage dans le recueil intitulé: Scriptores Historiae Romanae Latinis veteres, à Heidelberg, 1742, en 3 vol. in-folio.
CAPITON, (Wolfgang) théologien Luthérien, ami d'Œcolampade & de Bucer, naquit à Haguenau, en 1478, d'un des premiers magistrats de cette ville, & mourut de la peste en 1542. Sa première femme étoit veuve d'Œcolampade. La seconde se piquait de bel-esprit, & s'aviôit même de prêcher, lorsque son mari étoit malade. On a de Capiton plusieurs ouvrages; entr'autres, une Grammaire Hébraïque, & la Vie de Jean Œcolampade.
CAPNION, Voy. REUCHLIN.
CAPORALI, (César) natif de Péroufe, fut gouverneur d'Atri au royaume de Naples, & mourut à Castiglione, près de Péroufe, en 1601. Sa vivacité, son enjouement & le talent de tourner tout en plaisanterie, firent rechercher sa société. Il s'est fait connoître par des Poésies burlesques, imprimées en 1656, in-12. Il a donné aussi la comédie du Fou, & celle de la Berçuse. 82 CAP
CAPPEL, (Louis) né à Sédan en 1585, ministre Protestant & professeur d'hébreu à Saumur, effaça la gloire des autres Hébréfians, par une critique sûre & une érudition consommée. Ces deux qualités brillent dans tous ses ouvrages, justement éminent des savans. Les principaux sont : I. Arcanum punctuationis revelatum, à Leyde 1624, in-4°, dans lequel il montre invinciblement la nouveauté des points voyelles du texte hébreu, contre les deux Buxtorf. Cet ouvrage, la terreur des théologiens de Geneve attachés aux Buxtorf, fouleva contre lui leur parti, composé de presque tous les Protestants : mais il n'en a pas été moins recherché par les amateurs de l'antiquité sacrée. II. Critica sacra, imprimée à Paris en 1650, in-folio, qui fit encore plus de bruit que le traité précédent. C'est le plus savant ouvrage que nous ayons sur les diverses leçons de l'ancien Testament. Il ferait encore meilleur, si Cappel eût consulté avec plus de foin les manuscrits de la Bible. Il n'aurait pas tant multiplié les diverses leçons qu'il rapporte. Cette Critique déplut tellement à ceux de son parti, qu'ils en empêcherent pendant dix ans l'impression. L'auteur ne put parvenir à le faire imprimer dans aucune ville Protestant. Mais Jacques Cappel, son fils, s'étant fait Catholique, obtint, par le moyen du Père Petau Jefuite, du Père Morin de l'Oratoire & du Père Marfonne Minime, un privilège pour l'imprimer à Paris. Le Père Morin, qui conduisait cette impression, ne manqua pas d'y retrancher certains endroits où Cappel combatirait ses sentiments. C'est ce que ne favoient pas, dit le Père Niceron, ceux qui accusèrent Cappel d'avoir eu des intelligences avec ce Père, pour établir l'autorité de la Vulgate sur la ruine des textes originaux. L'ouvrage de Cappel ne manqua pas d'être aussitôt attaqué par différents auteurs. Jean Buxtorf, avec lequel il semblait devoir être continuellement en guerre, y opposa son Anti-critica, 1653, in-4°, à laquelle Cappel répondit d'une manière satisfaisante. Le célèbre Grotius lui répondit : « Contentus esto magnis poitus quam multis laudatoribus. » III. Des Commentaires sur l'ancien Testament, publié à Amsterdam, avec l'Arcanum, 1689, in-folio. Cappel mourut à Saumur le 16 juin 1658, à 73 ans. Voyez le catalogue de ses ouvrages dans le tome 22e des Mémoires du Père Niceron, qui a accordé un article à un autre Louis CAPPEL, mort en 1676, & oncle de celui que nous avons fait connoître. — Voy. CAPPEL.
CAPPELLI, (Marc-Antoine) Cordelier, né à Est, écrivit d'abord en faveur de Venise, dans son différend avec Paul V : Parere delle Controversie, &c. 1606, in-4° ; puis s'étant rétracté, il employa sa plume contre les ennemis de l'autorité du pape : De summo Pontificatu B. Petri, 1621, in-4°. De Cæna Christi supremâ, 1625, in-4°. Il passa par les charges de son ordre, & mourut à Rome en 1625. I. CAPPERONNIER, (Claude) né à Mont-Didier en Picardie l'an 1671, fut destiné d'abord à la tannerie par ses parens. Il apprit de lui-même les élémens de la langue Latine, dans les momens qu'il pouvoit dérober à son travail. Un de ses oncles, Bénédictin de l'abbaye de Corbie, l'ayant fait étudier, ses progrès furent tels que ses heureuses dispositions l'avoient promis. Il vint à Paris en 1688, & se livra avec tant d'ardeur à l'étude du Grec, qu'on le mit à côté de ceux de son siècle, qui connoissoient le mieux cette langue. Il ne sépara jamais l'étude de la langue Grecque, de celle de la Latine, pensant avec raison, que la première le conduirait à une parfaite intelligence de la seconde. L'université de Basle, instruite de son mérite, lui offrit une chaire de professeur extraordinaire en Grec, avec des honoraires considérables pour toute sa vie, & une entière liberté de conscience, sans laquelle ses honoraires n'auraient été que peu de chose. Son mérite ne fut pas moins connu dans sa patrie que dans l'étranger. Il fut nommé, en 1722, à la place de professeur en Grec au collège royal à Paris, & quelque temps après à celle de garde de la bibliothèque du roi; il soutint dans ces deux emplois la réputation qu'il s'étoit acquise. Il mourut d'une paralysie à la gorge, le 24 juillet 1744, à 73 ans, chez Crozat, dont il avoit élevé les fils. On a de lui plusieurs ouvrages. I. Une édition de Quintilien, in - folio, 1725, avec des corrections & des notes. Le roi, à qui il la dédia, récompensa son travail par une pension de huit cents livres. II. Une édition des Anciens Rhéteurs Latins, publiée à Strasbourg en 1756, in - 4.º Voyer II. CANISIUS. III. Observations Philologiques, en manuscrit, qui réunies, seroient plusieurs volumes in - 4.º L'auteur redresse une infinité de passages des anciens auteurs Grecs & Latins, & relève beaucoup de fautes commises par les traducteurs modernes. IV. Traité de l'ancienne prononciation de la langue Grecque : ouvrage, achevé dont on faisoit espérer l'impression. V. Apologie de Sophocle, 1719, in - 8° : il le défend contre Voltaire. VI. Remarques sur la Traduction de Longin, par Despréaux. Elles sont inférées dans l'édition de ce poète donnée en 1747, par Saint - Marc. Des mœurs douces & simples, une piété éclairée & sincère, un caractère communicatif & officieux, le firent regretter de tous ceux qui font cas de la probité réunie au savoir. Sa mémoire étoit prodigieuse, & elle lui tenoit lieu de recueil.
II. CAPPERONIER, (Jean) neveu du précédent, né à Mont-Didier en 1716 & mort à Paris en 1775, à 59 ans, étoit membre de l'académie des Inscriptions, professeur de Grec au collège royal, & garde de la bibliothèque du roi. Savant, officieux & bon, il se plaisoit à communiquer ses lumières, & à encourager les jeunes gens dans leurs travaux. Ses ouvrages sont : I. Une édition de Joinville. II. Anacreontis carmina, 1748, in - 12 : rare. III. C. J. Casaris Opera, Paris, Barbou, 1754, 2 vol. in - 12 : édition recherchée. IV. une édition de Plaute, avec un bon glossaire, 1759, 3 vol. in - 12. V. Une édition de Sophocle, que Vauvilliers a publiée après la mort de son ami, en 2 vol. in - 4.º VI. Plusieurs Mémoires dans le Recueil de l'académie des Inscriptions. — Il avoit un fils, jeune homme laborieux, savant, déjà attaché à la bibliothèque du roi, qui eut le malheur de se noyer près de Saint-Cloud. I. CAPPONI, (Pierre) magistrat de Florence, s'est fait un nom par son intrépidité. Lorsque Charles VIII, roi de France, partit pour sa brillante expédition de Naples, il exigea dans sa marche que les Florentins lui fournissent de l'argent, & qu'ils lui accordaient une sorte de juridiction 84 CAP dans leur république. *Capponi*, un de leurs députés, & qui avoit été ci devant ambaffadeur à la cour de France, se trouva un jour avec ses collègues, en présence de *Charles*, à une conférence où un secrétaire de ce prince lisoit les conditions qu'on vouloit prescrire. Il arracha brusquement le papier des mains du secrétaire, le déchira avec emportement; & élevant la voix: *Eh bien*, dit-il, *faites battre le tambour*, & nous, nous sonnerons nos cloches. Voilà ma réponse à vos propositions. Il sortit en même temps de la chambre. Ce discours hardi fit imaginer qu'il n'auroit jamais eu cette audace, s'il ne se fut senti en état de la soutenir. Il fut rappelé, & on lui accorda des conditions modérées. — *Voya* COGLES.
II. CAPPONI, (Laurent) de la même famille que le précédent, quitta l'Italie & vint s'établir à Lyon, où il employa en bienfaits une fortune immense, acquise dans le commerce. Pendant la famine qui défolloit cette ville en 1573, *Capponi* nourrit, à ses frais, quatre mille pauvres. A sa mort, presque tous les citoyens affilèrent à son convoi, & le pleurèrent.
CAPRA, (Benoit) jurisconflut de Péroufe sur la fin du 14$^{e}$ siècle, est auteur de plusieurs ouvrages peu connus; quoique *Socin* l'appelle *illustre*, célèbre, homme d'un excellent jugement & d'une conscience timorée.
CAPRARA, (Énée, comte de) Seigneur de Siklos, chevalier de la Toison d'or, & général des armées Impériales, étoit de Bologne en Italie, & neveu du fameux général *Piccolomini*. Il porta les armes de bonne heure, & ne les quitta que fort tard. Il fit quarante-quatre campagnes. Il se fignala sur-tout dans celle de 1685, lorsque, sous le commandement du duc de *Lorraine*, il prit d'affaut, sur les Turcs, la ville de Neuhaufel. Ce succès & quelques autres, firent oublier qu'il avoit été battu auparavant par *Turenne*. Depuis il commanda souvent en chef l'armée de l'empereur. Il mourut à Vienne en 1601, à 70 ans, aussi bon politique qu'excellent capitaine. Il avoit été envoyé en 1682 & 1683, ambaffadeur à la Porte, où il ménagea les intérêts de l'empereur en homme habile. I. CAPRÉOLE, (Jean) Dominicain, professeur de théologie à Paris, laissa des *Commentaires* sur le *Maître des Sentences*, 1588, in-fol., & une *Défense de S. Thomas*. Il floriffoit vers le milieu du 15$^{e}$ siècle.
II. CAPRÉOLE, (Élie) mort en 1516, est auteur d'une *Histoire de Brise*, sa patrie, en 14 livres, qu'on trouve dans le tome 9$^{e}$ de la Collection des Historiens d'Italie, de *Gravius*.
CAPRIATA, (Pierre-Jean) avocat Génois, s'appliqua également à expliquer les questions épineuses de la jurisprudence, à plaider des causes, à répondre à des consultants, & à finir les procès par la voie de l'arbitrage. Mais il se fit connoître principalement comme historien. On a de lui l'*Histoire des guerres d'Italie*, depuis 1613 jusqu'en 1634, Geneve, 1638, 3 vol. in-4.$^{o}$ L'auteur se flatte, avec raison, d'avoir tenu la balance entre les puissances, sans aucune partialité ni pour les uns ni pour les autres. Il expose les faits avec netteté. & en développe les motifs, les taufes & les fuites avec candeur. André Balbo, noble Vénitien, se plaignit à Capriata, qu'il n'avoit pas assez ménagé sa république. Il répondit : « Qu'il avoit rendu justice à son gouvernement; mais qu'il avoit dû raconter les ifues des combats telles qu'elles avoient été. Des événemens qui nous ont fait de la peine quand ils sont arrivés, ne peuvent pas se lire avec plaisir; mais un historien ne doit pas les taire. » Capriata ne vou- lut dédier son ouvrage à aucun prince, pour que la flatterie ou la complaisance ne corrompiissent point sa plume. Il vivoit dans le 18e siècle.
CAPRUS, (Mythol.) dieu ré- véré à Phafélis en Pamphylie, recevoit en hommage de petits poissons salés.
CAPTAL DE BUCH, (Le) Voyet GRAILLY.
CAPUCINS, Voyet BASCHI & OCHIN.
CARA, Voyet KARA.
CARACALLA, (Marc-Aurèle- Antonin) naquit à Lyon, le 4 avril 188, de Septime-Sévère, Voyet ce mot, & de Julie Domne. Il porta dans sa jeunesse le nom de Baffien, & se montra dans l'enfance doux & humain. Mais ces bonnes dispo- itions s'effacèrent bientôt, & l'on ne vit plus en lui qu'un penchant décidé à tous les vices. L'éduca- tion qu'on lui donna ne put le réfor- mer. Il avoit le tempérament mal fain, la taille médiocre, la phy- sonomie farouche, le caractère som- bre, emporté, présomptueux, fourbe, jaloux & bizarre; & quoi- qu'adonné de bonne heure au vin & aux femmes, il n'en étoit pas moins cruel. Son père le déclara Cé- sar à l'âge de neuf ans, & lui donna ensuite le titre d'empereur. Après la mort de ce prince, les soldats lui donnèrent le trône imperial con- jointement avec son frère Géta. Ce fut le 4 février 211. Il étoit alors en Angleterre, & avoit près de 23 ans. Quelques historiens ont pré- tendu que, pour régner plutôt, il avoit avancé les jours de son père. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avoit voulu l'affaissiner quelque temps auparavant, & qu'il se montra e trémement ja- loux du pouvoir souverain. Ne pouvant supporter que son frère gouvernât avec lui, il le fit poi- gnarder entre les bras de Julie leur mère, qui fut teinte de son fang. Le fratricide, reste seul em- pereur, gagna les soldats en aug- mentant leur paie de moitié. Cette libéralité aveugla ces misérables: ils approuverent son crime, & déclarèrent Géta ennemi du bien public. Il rentra ensuite dans Rome avec tous ses soldats en armes, criant « que Géta avoit eu envie de le tuer lui-même, & qu'en le tuant, il n'avoit fait que suivre l'exemple de Romulus. » Pour diminuer l'horreur de son crime, il fit mettre Géta au rang des Dieux, se mettant fort peu en peine qu'il fût dans le ciel, pourvu qu'il ne régnât pas sur la terre: Sis divus, dum non sit vivus. Il cher- cha par-tout des apologistes de ce meurtre. Papinien fut mis à mort, pour n'avoir pas voulu, à l'exem- ple de Sénèque, colorer un tel for- fait. Il n'est pas si aisé, répondit- il, d'excuser un parricide, que de la commettre. Le scélérat, déchiré par des remords continuels, fit un voyage dans les Gaules. Il trou- bla les peuples, viola les droits des villes, & ne s'en retira qu'après avoir inspiré une haine univer- selle. Ses impôts & ses exactions, épuisèrent toutes les provinces. Sa mere lui reprochant ses profusions, le tyran lui répondit ces mots : *Sachez que tant que je porterai cela*, en lui montrant une épée nue, *j'aurai tout ce que je voudrai*. Cette épée ne défendit pas son empire contre les Barbares. Les Cates, les Allemands & d'autres peuples de la Germanie lui ayant déclaré la guerre, il acheta la paix à prix d'argent. Sa lâcheté ne l'empêcha pas de prendre le nom de *Germanique*, de *Parthique* & d'*Arabique*. Il contredit *Alexandre* & *Achille*, & ordonna à tout le monde de l'appeler *Alexandre* ou *Antonin* le *Grand*. Ne pouvant imiter la valeur de ce héros, il en copia les manières, marchant comme lui la tête penchée sur une épaule, & rachant de réduire ses traits à la figure de ce conquérant. Cette manie alloit si loin, que *Caracalla* fit défense à tous ceux qui suivent la doctrine d'*Aristote*, de paroître en public, & même de prononcer son nom. *Le chef du Lycée*, disoit-il, trempa dans la conjuration d'Antipater; il fut un des principaux auteurs de la mort de son disciple. Ne souffrons point que le nom d'un meurtrier se conserve parmi les hommes : & d'après cette idée, il faisoit brûler les ouvrages d'*Aristote*. Le nouvel *Alexandre* ne se montra pas digne de l'ancien, même par ses vertus morales. Etant allé à Alexandrie en sortant d'Antioche, il donna ordre à ses soldats de faire main-basse sur le peuple, pour le punir de quelques railleries lâchées au sujet de la mort de *Gêta*. Le carnage fut, dit-on, si horrible, que toute la plaine étoit couverte de sang; la mer, le Nil, les rivages voisins en furent teints pendant plusieurs jours. Ce barbare finit par interdire les assemblées des savans, & par faire murer tous les quartiers de la ville. La terre fut bientôt délivrée de ce monstre. Un centenier des Prétoriens le tua peu de temps après, le 8 avril 217. Le jour de sa mort, fut un jour de réjouissance pour tous les peuples. Méchant envers tous, sans être bienfaiteur d'aucun, il laissa une mémoire aussi odieuse que celle des *Caligula* & des *Néron*.
CARACCIO, (Antoine) baron Romain du 17$^{e}$ siècle, se fit un nom célèbre par ses *Poésies* Italiennes. Parmi ses tragédies on distingue il *Corradino*, imprimée à Rome en 1694. Un ouvrage plus important l'occupa : c'est son *Imperio vendicato*, Poème épique en quarante chants, imprimé à Rome en 1690, in-4.$^{o}$ Les Italiens le placent immédiatement après l'*Ariotte* & le *Tasse*; mais les gens de goût, en admirant la facilité & l'abondance de l'auteur, mettent son poème beaucoup au-dessous du *Roland furieux* & de la *Jérusalem délivrée*. I. CARACCIOLI, (Robert) surnommé de *Lice*, parce qu'il étoit né à Lice dans le royaume de Naples, mort vers la fin du 15$^{e}$ siècle, entra, dès sa jeunesse, dans l'ordre des FF. Mineurs, & s'y distingua par son zèle & son talent pour la prédication. La dignité d'évêque d'Aquilée dont il fut revêtu, loin de ralentir son ardeur, lui donna de nouvelles forces. Animé de la charité de l'*Apôtre des Nations*, auquel on le comparoit, il déclamait vivement contre les mœurs corrompues de son siècle, contre le faîte & le luxe des cardinaux & de la cour Romaine. On a de lui différens recueils de ses *Sermons*, un *Traité de la formation de l'Homme*, & un *Miroir de la Foi Chrétienne*. La plupart de ses œuvres furent impris- C A R . 87 mées en 3 vol. Venife, 1490 & Lyon 1503. On mit fur fon tombeau, à Lice, deux vers latins, dont le fens étoit, que depuis S. Paul, on n'avoit jamais vu dans la monde un fi célèbre Prédécateur. « Mais ceux qui firent ces vers, dit le Père Fabre, n'en connoif- foient apparemment point d'autres, ou peut-être ne furent-ils pas fâchés de relever par-là la gloire de leur ordre. »
II. CARACCIOLI, (Jean-Antoine de) natif de Melphes, d'une famille illustre de Naples, fut le dernier abbé régulier de Saint-Victor de Paris. Il tyrannifia fes confrères, & fe vit obligé de permuter fon abbaye en 1551 avec l'évêché de Troyes. Il fe fit connoître d'abord avantageusement par fon Miroir de la vraie Religion, Paris 1544, in-16; mais il ternit enfuite fa réputation par fon attachement aux nouvelles opinions. Séduit & perverti par le fameux Pierre Martyr, il prêcha le Calvinifme à fes diocéfains, & les scandalifia en fe mariant. Il mourut en 1569, à Château - neuf - fur-Loire, peu estimé des deux partis. Il termina la poftérité masculine de la branche dont étoit Jean-Antoine CARACCIOLI, maréchal de France. Ils defcendoient de Jean CARACCIOLI, nommé grand fénéchal de Naples, par la reine Jeanne II de Naples, d'abord amoureufé de lui, & qui, s'en étant dégoûtée, le fit affaffiner en 1432. —Voyez CARAZZOLE & ERCHEMBERT.
III. CARACCIOLI, (Céfar-Eugenio) de la même famille que le précédent, florifioit dans le 17e fiècle, & fe fit connoître par quelques ouvrages. Le plus confidérable eft une Hiftoire Eccléfiafique de Naples, en italien, 1654, un vol. in-4. Charles Lellis y fit un vol. in-4. d'augmentations. Cette Hiftoire eft peu commune, même en Italie. I. CARACHE, (Louis) peintre — célèbre, né à Bologne en 1545, ne montra pas d'abord tout ce qu'il fut dans la fuite. Cet homme, qui furpaffa tous les peintres de fon temps, auroit abandonné la peinture, s'il eût fuivi les confeils de fon maître. Les chefs-d'œuvre d'Italie réveillèrent peu à peu fon génie. Il s'attacha fur - tout à la manière du Corrège, joignant les beautés de l'antique à la traicheur des ouvrages modernes, & opposant les graces de la nature aux afféteries du goût dominant. Ce fut par fes confeils qu'on établit à Bologne une académie de Peinture, dont il fut le chef & le modèle. Il pouvoit l'être, par fon goût grand & noble, par fa touche délicate, par fa fimplicité gracieuse. L'hiftoire de S. Benoit & celle de Ste Cécile, qu'il peignit dans le cloître de S. Michel in Bosco à Bologne, forment une des plus belles fuites, qui foient forties de la main des hommes. Ce grand peintre mourut à Bologne en 1619, à 64 ans.
II. CARACHE, (Augustin) coufin du précédent, Bolonois comme lui, & fils d'un tailleur, naquit en 1557, & excella dans la peinture & la gravure. Il partuga fon efprit entre les arts & les lettres, éclairant les uns par les autres. Son habileté dans le defin lui faifoit réformer fouvent les défauts des tableaux qu'il copioit. Ce qui refte de lui eft d'une touche libre & fpirituelle, fans manquer de correction. Ses figures font belles & nobles; mais fes têtes font moins fières que celles d'Annibal fon frere. Il mourut à Parme 1602, à 45 ans. Ce peintre aimoit 88 · C A R le luxe, la magnificence, la fo- ciété des grands; & s'habilloit plutôt en seigneur qu'en artille. Il laïffa un fils naturel, mort à 35 ans. Carache a gravé très-agréa- blement & très-correctement plu- sieurs morceaux au burin, d'après le Corrège, le Tintoret, & d'autres grands peintres.
III. CARACHE, (Annibal) frère du précédent, naquit en 1560, & eut pour maître Louis Carache son cousin. Il se perfectionna à Parme, à Milan & à Venise. Annibal & Augustin ne pouvoient vivre en- femble, ni séparément. La jaloufie les éloignoit l'un de l'autre; le fang & l'habitude les réuniffoit. Annibal, le plus illustre, laïffoit dans l'inflant la figure d'une per- sonne. Ayant été volé dans un grand chemin avec son père, il alla porter sa plainte chez le juge, qui fit arrêter les voleurs, sur les portraits qu'il en deffina. Il n'avoit pas moins de talent pour les Car- ricatures : c'est-à-dire pour ces portraits qu'on charge de mille ridicules, en confervant pourtant la ressemblance de la personne dont on veut se venger. Le Corrège, le Titien, Michel-Andre, Raphaël, le Parmesan, furent ses modèles. C'est dans leur école qu'il apprit à donner à ses ouvrages cette noblesse, cette force, cette vigueur de coloris, ces grands coups de deffin, qui le rendirent si célèbre. Sa galerie du cardinal Farnese, chef-d'œuvre de l'art, & chef- d'œuvre trop peu récompensé, c'est un des plus beaux morceaux de Rome. Le cardinal Farnese crut bien payer cet ouvrage, achevé à peine en huit ans, en lui don- nant cinq cents écus d'or. Annibal en tomba malade de chagrin; & cette tristesse, jointe aux maladies que lui avoient laïffées ses dé- bauches, l'emporra en 1618. Cet aruste étoit un vrai philosophe, dédaignant le luxe & les trop grandes sociétés. Le faîte qui en- vironne les grands ne l'éblouiffoit point. Le cardinal Burghese étant venu le voir, il s'esquiva par une fauffe porte. Pour corriger son frère Augustin de sa vanité, il deffina son père enfilant une aiguille & sa mère tenant une paire de cifeaux. (Ils étoient tailleurs.) Il étoit enthousiaste des grands peintres, & jugeoit sévèrement ses rivaux. Il voulut être enterré à côté de Raphaël. Jofepin qu'il avoit critiqué, voulut lui faire mettre l'épée à la main. Annibal prenant un pinceau, lui répondit, c'est avec cette arme que je vous défie & que je veux vous vaincre. Il avoit souvent des disputes avec son frère Augustin, qu'il chériffoit cependant beaucoup & dont il étoit chéri; il ne pouvoit vivre ni avec lui, ni sans lui. Ses tableaux prin- cipaux font à Bologne, à Parme, à Rome, à Paris; il y en avoit chez le roi & chez le duc d'Orléans. Ce grand maître laïffa plusieurs élèves dignes de lui : entre autres, le Guer- chin, l'Albane, le Guide, le Domi- niquin, le Bolognese, &c. Lorsqu'on lui parloit de quelque grand monu- ment de peinture ou de sculpture, il gardoit quelquefois le silence & le deffinoit sur-le-champ sur la muraille, en disant : Les Poètes peignent avec la parole, & les Peintres avec le pinceau.—Voyet BERNINI.
CARAFE, (Antoine) de l'illustre maison de ce nom, cardinal dans le 16e flicle, aussi distingué par ses lumières que par son rang, fut mis par Sixte-Quint à la tête des éditeurs de la Bible des Septante. Elle fut publiée par ses foins, avec la préface & les folies de Pierre Morin, à Rome 1587, in-folio. Cette Bible fut traduite en latin, & parut à Rome 1588, in-folio. L'une & l'autre font rares. Le Père Marin en a donné une nouvelle édition à Paris en 1628, 2 vol. in-folio. Il y a joint le Nouveau Testament en grec & en latin. — De la même famille étoit le marquis CARAFE, mort dans le 17e siècle, après avoir cultivé avec succès la poésie italienne. On a de lui, en manuscrit, dans la bibliothèque du Vatican, des Odes, où l'incorrection du style est rachetée par la vivacité des images. Mais ce qui le rendit plus estimable, c'est le courage avec lequel il supporta l'adversité. La fortune l'avoit comblé de ses dons; des malheurs imprévus les lui enlevèrent. Passant de l'abondance à la pauvreté, il ennoblit son indigence par la philosophie & la privation de toutes les choses agréables. Il méritoit d'autant moins de perdre ses richesses, qu'il en avoit fait l'usage le plus noble. — Le prince Charles-Marie CARAFE, ambassadeur d'Espagne à la cour de Rome, a publié un ouvrage ayant pour titre: L'Ambofaiatore politico Christiano, 1692, in-4°. Ce qu'il y a de plus curieux dans cet ouvrage, c'est la description des cérémonies observées à Rome, à Vienne, à Madrid, à Londres, à la Haye, à Constantinople & en Perfe, dans la réception des ambassadeurs.
CARAGLIO, (Jean-Jacques) graveur en pierres fines, originaire de Vérone, se fit également connoître par ses estampes, ses gravures en camée & ses médailles. Sigismond I, roi de Pologne, l'appela à sa cour, employa ses talens, & les récompensa.
CARAMUEL DE LOBKOWITS, (Jean) Cistercien, né à Madrid en 1606, d'un père Flamand & d'une mère Allemande, fut d'abord abbé de Melrose aux Pays-Bas, puis évêque titulaire de Miffi; ensuite, par un changement singulier, ingénieur & intendant des fortifications en Bohème, après avoir été soldat. Son humeur bizarre & inconstante, l'ayant fait d'évêque militaire, le fit d'ingénieur encore évêque. Il eut successivement les évêchés de Koniggratz, de Campano & de Vigevano. Il mourut dans cette dernière ville en 1682, à 76 ans. C'étoit un homme d'un esprit infini, & dont on disoit qu'il avoit reçu le génie au huitième degré, l'éloquence au cinquième, & le jugement au second. Il se mêla beaucoup de théologie morale, & n'en fit pas mieux. Il fut un des plus ardens défenseurs de la probabilité, pour laquelle il fit une Apologie. On a encore de lui un grand nombre d'ouvrages, dont on voit le catalogue dans le tome 29e des Mémoires du Père Nicéron. Comme la plupart n'ont point passé en France, nous ne citerons que sa Trichemii Steganographia vindicata, Norimbergæ, 1521, in-4°; & sa Théologie latine, 7 vol. in-folio.
CARANUS, premier roi de Macédoine, & le septième des Héraclides depuis Hercule, selon la fable, chassa Midas, & fonda sa monarchie vers l'an 804 avant J. C. Il fit marcher des chevres devant ses drapeaux, en mémoire de ce qu'un troupeau de ces animaux l'avoit conduit à Edefse, dont il s'empara.
CARAVAGE, (Michel-Ange) dont le nom étoit Amerigi, naquit d'un maçon au château de Caravage dans le Milanèz, en 1569. Il commença d'abord par porter le mortier aux maçons, & finit par être un des plus grands ar- tîtes d'Italie. Il dut tout à la nature, ses talens & ses progrès; mais il reçut d'elle en même temps une humeur querelleuse & satirique, qui remplit sa vie d'amertume. Ayant appelé en duel le *Joseph*, & celui ci refusant de se battre, il alia à Malte pour se faire recevoir chevalier servant. Les saveurs de cet ordre ne purent contenir son caractère. Il insulta un chevalier de distinction, & fut mis en prison. S'étant sauvé à Rome, où il avoit déjà tué un jeune homme, il eut encore quelques affaires fâcheuses, & mourut sans secours sur un grand chemin en 1609, à l'âge de 40 ans. Ce peintre n'avoit point d'autre guide que son imagination, souvent déréglée. De la le goût bizarre & irrégulier qui règne dans ses ouvrages. Il vouloit être singulier, & n'avoit pas de peine à y réussir. Il eut d'abord le pinceau suave & gracieux du *Giorgion*, qu'il changea pour un coloris dur & vigoureux. S'il avoit un héros ou un saint à représenter, il le copioit sur quelque paysan. Il imita la nature, à la vérité; mais non dans ce qu'elle a de gracieux & d'aimable.
CARAVANA, (Pierre de) troubadour, a laissé des *Sirevates*, dont le meilleur exhorte les Lombards à se bien détendre contre l'empereur *Frédéric II*. Chaque couplet finit par ce refrain: *Gardry-vous bien de lui, Lombard...* Je ne puis, dit-il, me résoudre à aimer les Allemands; le cœur me soulève, lorsque j'entends leur jargon; il me semble ouir l'aboiement des chiens enragés. »
CARAUSIUS, tyran en Angleterre dans le 3$^{e}$ siècle, étoit né en Flandre d'une famille obscure. De grands talens pour la guerre de terre & de mer, le firent distinguer dans celle que *Maximien Hercule* fit aux Bagaudes. Cet empereur lui confia le commandement d'une flotte, chargée de défendre les côtes de la Gaule Belgique & de l'Armorique. Mais ayant appris qu'il se menageoit un parti chez les peuples voisins, il ordonna de le faire mourir. *Caraufus*, en secret averti de cet ordre, passe avec sa flotte en Angleterre l'an 287, & s'y fait reconnoître empereur. Il gagna le cœur de ces insulaires, & les forma aux armes & à la discipline. En vain *Maximien*, deux ans après, vint l'attaquer avec une flotte formidable; il fut battu, & obligé de lui laisser, par un traité, la Grande-Bretagne, pour la défendre contre les Barbares. Il associa ensuite l'usurpateur à la puissance souveraine en lui confirmant le titre d'Auguste. *Caraufus* n'en jouit pas long-temps. Un de ses officiers, nommé *Allectus*, l'assassina l'an 294, & se revêtit de la pourpre impériale, quoiqu'il n'eût pas ses talens. *Caraufus* joignoit, à une imagination vive, à un caractère ferme, le génie d'un grand politique & le courage d'un héros. Il fit rétablir, pendant la paix qu'il s'étoit procurée, la muraille de *Septimi-Sévère*. Il avoit environ 50 ans lorsqu'il fut assassiné.
CARAZZOLE, (Joannin) natif d'Ombrie en Italie, d'une famille fort médocre, fut un triste exemple des caprices de la fortune. Devenu secrétaire de *Jeanne II*, reine de Naples, vers l'an 1415, il plut, ainsi que beaucoup d'autres, à cette princesse, qui l'aima passionnément. Elle lui donna le duché de Melhi, & la charge de grand-connexable du royaume; mais une si haute élévation eut une fin tragique. Cette reine le dépouilla de tous ses biens & de tous ses honneurs, & le fit mourir avec autant de cruauté, qu'elle avoit eu d'amour pour lui. Le Pogge affure que ce fut Caractole qui se chargea d'affaffiner Jean CARACCIOLI, grand-général du royaume de Naples, qui avoit profité de la paffion de la reine à son égard, pour augmenter ses biens & dominer dans l'État.
CARBON, orateur célèbre, dont Cicéron fait l'éloge dans son Brutus, eut deux fils. Le premier suivit le barreau comme son père, mais il n'approchoit pas de ses talens. Cependant Cicéron lui donne de la noblesse dans le style & de la dignité dans le débit : il fut tué par ses soldats dans le temps des guerres civiles, parce qu'il avoit voulu les ramener à l'ancienne discipline. En CARBON, frère de celui-ci, s'attacha au parti de Marius, & eut une grande autorité dans Rome. Étant en Sicile durant son troisième confulat, il y fut affaffiné par ordre de Pompée, pendant qu'il fatisfaifoit aux besoins de la nature.