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03.0 Dictionnaire historique — CARBONEL – CAXTON

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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CARBONEL, (Tricline) Voyet CABESTAN.
CARBONEL, (Bertrand) est connu sous le nom de Bertrand de Marseille, parce qu'il naquit dans cette ville, & descendoit des vicomtes qui en avoient été souverains. Lourd, sans idée, sans esprit dans sa jeunesse, il acquit ensuite les plus brillantes qualités pour plaire à la belle Porcelet, fille du seigneur d'Arles. Il devint poète pour elle; cela n'empêcha pas celle-ci d'en épouser un autre. Carbonel dans son désespoir se fit moine à l'abbaye de Mont-Majour. Ses chansons sont tendres & spi- rituelles. Il y dit : « Ma dame ne répondit rien, l'autre jour, à la déclaration que je lui fis de ma flamme. Ce silence mit dans mon cœur un désordre affreux, semblable à celui d'un vaisseau dont la tempête a brisé les mâts & le gouvernail. L'amour ne confidère ni l'or ni l'argent, mais la discrétion, la gaieté, l'honneur, & le sage mélange de la folie & de la raison. Si je manque des biens de la fortune, je suis riche de ces derniers trésors. Si je vaux quelque chose, si je fais heureusement des vers, c'est à vous, madame, c'est à l'amour que je dois en rendre grâce. Je tiens de vous tout ce que j'ai. » L'une des pièces les plus curieuses de Carbonel, est un dialogue entre son cœur & lui. Il vivait dans le 13e siècle.
CARCADO, Voyet MOLAC.
CARCASSÉS, (Arnaud de) troubadour Provençal, dans le 13e siècle, nous a laissé un conte assez libertin & d'une invention bizarre, dont Milot donne l'extrait dans son Histoire des Troubadours. Ce conte se termine ainsi : « Ceci a été fait par Arnaud de Carcasses, qui a aimé beaucoup de dames; & pour corriger les maris qui veulent garder leurs femmes : il vaudroit bien mieux les laisser aller où il leur plaît; c'est le parti le plus sûr. »
CARCAVI, (Pierre de) conseiller au parlement de Toulouse, puis conseiller au grand conseil à Paris, & garde de la bibliothèque du roi, naquit à Lyon, & mourut à Paris en 1684. Il fut ami de Fermat, de Pascal & de Roberval. On trouve plusieurs de ses Lettres dans le Recueil de celles de Descartes, avec lequel il s'étoit brouillé après une liaison fort étroite. *Carcavi* étoit bon mathématicien. Il publia divers écrits pour démontrer l'impossibilité de la quadrature du cercle. Il enrichit la bibliothèque du roi de l'exemplaire de la fameuse Bible Calviniste de *Gaffarel*, connue sous le nom de *Bible de l'Ours*. L'abbé *CARCAVI* son fils, attaché à la bibliothèque du roi, a donné au théâtre deux comédies; *la Comédie de Follenville*, & *le Parnasse bouffon*. Il est mort à Paris le 25 février 1723, à l'âge de 58 ans.
CARDA, (Mythol.) divinité Romaine, présidait aux parties vitales de l'homme, telles que le foie, le cœur, la rate, & étoit invoquée dans les maladies qui les affectoient. — I. CARDAN, (Jérôme) naquit à Pavie le 24 septembre 1501, d'une mère qui l'ayant eu hors du mariage, tenta vainement de perdre son fruit par des hreuages. Il vint au monde avec des cheveux noirs & frisés. La nature lui accorda un esprit pénétrant, accompagné d'un caractère beaucoup moins heureux. Bizarre, inconstant, opiniâtre, il se piquoit, comme *Socrate*, d'avoir un démon familier; mais son démon, s'il en eut un, fut moins sage que celui du philosophe Grec. *Cardan* avoit la démarche, ainsi que les propos & les fantaisies d'un infesté. Après avoir signalé sa folie, autant que son savoir dans la médecine & les mathématiques, à Padoue, à Milan, à Pavie, à Bologne, il se fit mettre en prison dans cette dernière ville. Des qu'il eut recouvré sa liberté, il courut à Rome, obtint une pension du pape, & s'y laissa mourir de faim le 21 septembre 1576, pour accomplir son horoscope. Il avoit promis de ne pas vivre jusqu'au-delà de 75 ans; il voulut tenir sa parole. Ses mœurs se ressentirent du dérèglement de son esprit. Les femmes & le jeu occupèrent tout le temps qu'il ne donnoit pas à l'étude. Ses *Œuvres*, recueillies en 1663 par *Charles Spon*, en 10 volumes in-folio, font une immense compilation de rêveries & d'abfordités. On ne sauroit nier qu'il ne fût orné d'un grand nombre de connoissances, & qu'il n'eût fait plus de progrès dans la philosophie, la médecine & l'affronomie, que la plupart de ceux qui, de son temps, n'avoient cultivé qu'une seule de ces sciences. Mais le besoin qui le faisoit travailler plutôt pour du pain que pour la gloire, le jetoit dans des digressions beaucoup trop longues; & la bizarrerie de son esprit le faisoit donner dans d'autres écarts. La lecture de ses ouvrages est fatigante: le principal est le *Traité de Subélicite*, attaqué par *Jules Scaliger* dans ses *Exercitations*, quelquefois avec juste, & plus souvent sans raison. L'édition la plus rare de ce traité est celle de Nuremberg en 1550, in-folio. *Richard le Blanc* le traduit en françois, 1556, in-4.º Dans ce livre, il rapporte quelques dogmes de diverses religions, avec les arguments dont on les appuie: il propose les raisons des Païens, des Juifs, des Mahométans, & des Chrétiens; mais celles des Chrétiens font toujours les moins fortes. Cependant dans l'histoire de sa vie, de *Vita propria*, histoire où il avoue également ses bonnes & ses mauvaises qualités avec une franchise peu commune, il paroît plus superstitieux qu'esprit fort. Il assure que, quoiqu'il fût naturellement vindicatif, il négligeoit la vengeance *ob D.1 venerationem*. — « Quand je suis seul, disoit-il, je suis plus qu'en tout autre temps avec ceux que j'aime, DIEU & mon bon Ange. » Son Traité de *Rerum Varietate*, Basse 1557, in-fol., mérite aussi quelque attention. *Cardan* étoit un assez bon géomètre pour son temps. Il perfectionna la théorie des problèmes du troisième degré, grâces aux lumières de *Tartalea*, célèbre mathématicien, dont il s'attribua les découvertes en vrai plagiaire. La manie de l'aérologie judiciaire éclate dans tous ses traités astronomiques. C'est lui qui réveilla dans ces derniers siècles toute cette philosophie secrète & chimérique de la Cabale & des Cabalistes, qui remplissoit le monde d'esprits, auxquels on pouvoit devenir semblable en se purifiant par la philosophie. Il attribuoit à son étoile ses impiétés, ses méchancetés, ses déréglemens, son amour pour les femmes, sa passion pour le jeu, &c. *Voyet* sa *Vie* plus au long & la liste de ses ouvrages, dans le *Dictionnaire de Bayle*, & sur - tout dans le quatorzième volume des *Mémoires* du Père *Nicéron*. Il avoit pris cette belle devise : *TEMPUS MEA POSSESSIO*, *TEMPUS AGER MEUS*. » Le temps est ma richesse, c'est le champ que je cultive. » *Voyet* LOMAZZO.
II. CARDAN, (Jean-Baptiste) fils aîné du précédent, docteur en médecine comme lui, eut la tête tranchée à 26 ans, en 1560, pour avoir empoisonné sa femme, jeune personne sans bien, dont il s'étoit dégoûté peu de temps après le mariage. C'est à cette occasion que son père fit son traité : *De utilitate ex adversis capienda*, De l'utilité que l'on doit retirer des adversités. — On a du fils un traité de *Fulgare*, & un autre de *Abstinencia Ciborum fetidorum*, im- primés avec les ouvrages de son père.
CARDEA, (Mythol.) nymphe Romaine, aimée de *Janus*, prefidoit à la conservation des serrures & des gonds des portes, & protégeoit les propriétés.
CARDENAL, (Pierre) prêtre & poète Provençal, natif d'Argense près de Beaucaire, avoit été élevé pour être chanoine dans la cathédrale du Puy. Dans la suite, il se chargea de l'éducation de la jeunesse de Tarascon. *Charles II*, roi de Naples & de Sicile, exempta cette ville de tout subfide pendant dix ans, à condition qu'elle entretiendroit l'homme de lettres qui faisoit fleurir le pays par ses soins & ses talens. *Cardenal* réussissoit dans tous les genres de littérature. On a de lui, *Las Lantouras de la Dama d'Argense*. Il composa peu de chansons, mais il excella dans les *Sirventes*, qu'il remplit de bonne morale. *Jacques I*, roi d'Aragon, l'honora de son amitié. Ce troubadour mourut âgé de plus de cent ans.
CARDI, *Voyet* CIVOLI.
CARDON, (Horace) originaire de Lucques, acquit une grande fortune dans la librairie à Lyon. Cette ville lui dut un grand nombre d'établissements utiles. Attaché à *Henri IV*, il empêcha, à la tête d'une troupe de bourgeois, les Ligneurs de s'emparer de Lyon. *Henri IV* l'anoblit en 1605.
CARDONNA, (Jean-Baptiste) Espagnol, évêque de Tortoise, a publié un petit traité sur les *Diptyques*, qui est curieux. On appelle *Diptyque*, un livret ancien, qui n'a que deux feuilles. On écrivoit, chez les Romains, sur ces sortes d'*Agenda*, les noms des confuls & des magistrats ; & chez les premiers Chrétiens, les noms des évêques & des morts remarquables. On voyoit à Sens, des *Diptyques* contenant l'office des foux. Ils font bordés de feuilles d'argent, & fermés par deux planches d'ivoire.
CARDONNE, (Dioni Dominique de) secrétaire - interprète et garde des manuscrits de la bibliothèque du roi, devint professeur de langue turque & perfanne au collège royal. Il est mort en décembre 1783, après avoir laissé : I. Une *Histoire* d'Afrique & d'Espagne, sous la domination des Arabes, 1765, trois volumes in - 12. Elle est estimée. II. *Mélanges de littérature orientale*, 1770, 2 vol. in - 12. III. *Contes & Fables indiennes*, 1777, in - 8. Cet ouvrage avoit été commencé par *Galland*. On a imprimé de *Cardonne*, après sa mort, de nouveaux *Mélanges de littérature orientale* en 2 vol. in - 12, 1796.
CARDONNE, (le Duc de) Voy. MOTHE-HOUDANCOURT.
CARDONNOI, Voyet VACQUETTE.
CARDUCHO, (Vincent) né à Florence en 1568, & mort à Madrid en 1638, fut peintre des rois *Philippe III* & *Philippe IV*. Il travailla presque toujours en Espagne, & y fit paroître une foule de tableaux estimés, dont un grand nombre embellissent le château du Pardo. Il reçut pour ces derniers ouvrages seuls, une somme de vingt mille ducats. *Carducho* public en 1633, un *Traité* sur l'excellence de la peinture & du dessin, en forme de dialogue, & s'opposait avec succès à ce que la peinture fut soumise à un impôt que l'Espagne vouloit mettre dans ce temps - là sur les beaux arts.
CAREL, (Jacques) plus connu sous le nom de *LERC*, qui est l'anagramme de son nom, naquit à Rouen. Son Poème intitulé : *Les Sarasins chassés de France*, dont le héros est *Childebrand*, fit naître ces quatre vers de *Boileau* : *O le plaisant projet d'un Poète ignorant,* *Qui, de tant de Héros va choisir Childebrand !* *D'un seul nom quelquefois le son dur & bizarre* *Rend un Poème entier ou burlesque, ou barbare.* L'abbé *Carel* fit des efforts de génie, pour justifier le choix de son héros contre le fatirique. Il voulut prouver que le nom de *Childebrand* avoit quelque conformité avec celui d'*Achille* ; ce qui n'ajouta pas peu au ridicule dont il s'étoit couvert.
CARETÈNE, fut mère de *Gondabaud*, roi des Bourguignons-Vandales. Elle fut connue par sa vertu & sa piété. C'est par ses soins que *Clotilde* & *Sedelenbe* échappèrent aux recherches de son fils, qui les auroient fait périr avec *Chilpéric* leur père. *Caretène* mourut à Lyon, & fut enterrée dans l'église de Saint-Michel qui est détruite, & où on lisoit son épitaphe.
CARGLI, gentilhomme de la province de Lincoln en Angleterre, & bouffon de la reine *Elizabeth*, étoit un homme facétieux, agréable, hardi, franc, qui avoit des réparties vives, & parloit plusieurs langues, sans en avoir appris aucune. Cette princesse, qui s'amusoit de ses bouffonneries, l'admettoit souvent à sa table, ou en particulier dans sa chambre, pour plaisanter avec lui. Comme leur conversation se faisoit ordinairement en latin, *Elizabeth* disoit quelquefois : *Après avoir oublié mon latin, je le parle encore avec Cargli, & il me répond dans la même langue sans l'avoir jamais apprise*. Un jour que la reine lui dit : *Quel chien de latin parlez-vous, Cargli ? — Madame, répliqua-t-il, il est de la même espèce que celui de Votre Majesté; car je parle un latin de fou, & vous un latin de femme*. Une autre fois, la reine étant à Hamptoncourt à se promener avec quelques femmes de sa fuite, elle se tourna vers *Cargli*, & lui demanda ce qu'on disoit d'elle à la cour, *On dit, répliqua-t-il, que Votre Majesté a bien peu d'esprit, puisque, de vingt-quatre maris qu'on lui a présentés, elle n'en n'a pas su choisir un*.
CARI, *Voyez* CARY.
CARIBERT ou CHERBERT, roi de Paris, succéda à son père *Clotaire I* en 561, & mourut à Paris en 567. Ami des belles-lettres, il parloit le latin comme sa langue naturelle. Son zèle pour l'observation des lois, procura le bonheur & la tranquillité de ses sujets. Roi pacifique, mais jaloux de son autorité, il savoit la soutenir avec autant de dignité que de fermeté. Ce prince prenoit ses femmes dans les conditions les plus humbles. *Mirostère* & *Marconéne* étoient filles d'un ouvrier en laine, & la troisième, nommée *Teudegilde*, avoit pour père un berger. *Pierre le Grand* a fait à peu près de même au commencement de ce siècle; mais *Catherine* eut quelques qualités qui justifièrent le choix de son époux; & l'histoire, en rappelant les noms de ces trois reines, ne parlent que de leur beauté. C'est sous le règne de *Caribert* que commença la puissance des maires du palais, qui dans la fuite absorba celle des rois mêmes. Il ne laifia que des filles. Il ne faut pas le confondre avec CARIBERT ou *Charibert*, roi d'Aquitaine, frère de *Dagobert I*, & mort au château de Blaye en 631.
CARIBDE, *Voyez* CARYDE.
CARIGNAN, *Voyez* SAVOIE.
CARIN, (Marc-Aurèle) fils aîné de *Carus* & de *Magnia-Urbica*, naquit l'an 249. Son père le déclara César en août 282, & Auguste un an après. Il le laifia dans les Gaules pour contenir l'Occident, tandis qu'il alloit en Orient, combattre les Pères & d'autres peuples. *Carin* étoit peu propre à se faire aimer & respecter. Sa figure annonçoit l'orgueil & la présomption; son caractère étoit féroce; son penchant à la débauche, extrême. Il excita les murmures des peuples confiés à ses soins. *Carus*, instruit de ses emportemens & de sa vie déréglée, s'écria : *Je ne le reconnais plus pour mon fils !* & il vou'oit même le priver du titre d'*Auguste*. Mais comme sa bravoure contenoit les habitans du Nord, il lui laifia le gouvernement. A la mort de ce prince, *Carin* fut reconnu empereur au commencement de 284, ainsi que *Numérien* son frère. Cet événement le détermina de passer à Rome, où il se concilia la bienveillance du peuple par des jeux magnifiques. Ensuite il alla combattre *Julien*, gouverneur de la Vénétie, *Voyez* V. JULIEN, qui avoit pris le titre d'empereur, & lui ôta la victoire & la vie dans une bataille livrée près de Véronne. Il porta de là ses armes contre *Diocléien*, que les soldats avoient aussi revêtu de la pourpre: Il le défit dans plusieurs combats; mais, quoique vainqueur dans sa dernière bataille, près de la ville de Murge en Mœsie, il fut affaffiné l'an 285, par un tribun dont il avoit féduit la femme. C'étoit un prince d'un esprit pervers & d'un cœur corrompu: il porta le déshonneur dans la plupart des familles des Gaules, & accabla les peuples d'impôts. Sans égard pour les hommes respectables que son père lui avoit donnés pour conseils, il les chaffa de sa cour, & mit à leur place les vils compagnons de ses plaisirs & les ministres de ses exactions. Il ôta la vie au préfet du prétoire, & donna sa dignité à un homme de la lie du peuple. Un simple notaire, qui le servoit dans ses débauches, fut élevé au confulat. Ce prince, se faisant un jeu des liens fâcres de l'hymne, avoit époufée neuf femmes, qu'il répudiroit à mesure qu'il s'en dégoütoit, & même pendant le temps de leur groffesse.
CARIUS, (Mythol.) fils de Jupiter & d'une nymphe nommée Torébie, apprit la musique de sa mère, & l'enseigna aux Lydiens. Ces peuples, par reconnoissance, donnèrent son nom à l'une de leurs montagnes, & y confacrèrent un temple magnifique en son honneur.
CARLE, (N.) bijouter de Paris, eut une tête ardente, qui lui fit prendre part aux divers mouvemens de la révolution. Il contribua à donner le premier exemple des insurrections populaires, en excitant le peuple des environs de la place Dauphine, où il demeuroit, à demander le renvoi du cardinal de Brienne, nommé mi- nistre, & en faisant brûler publiquement son effigie, revêtue d'habits pontificaux. Quelque temps après, en réjouissance de la prise de la Bastille, il donna un splendide repas à toute sa section, dans la grande salle du palais. Nommé commandant de bataillon, il parut vouloir défendre Louis XVI, le 10 août 1792; mandé aussitôt à la municipalité, il y fut accusé d'avoir donné l'ordre de tirer sur les rassemblements, en cas d'attaque des Tuileries. Livré au peuple après son interrogatoire, deux gendarmes, qu'il avoit sous ses ordres, l'affaffinèrent; & sa tête sanglante fut promenée au bout d'une pique.
CARLE MARATE, Voyet MARATTE.
CARLE VANLOO, Voyet VANLOO.
CARLENCAS, Voyet JUVENEL.
CARLETON, (Dudley) ambassadeur d'Angleterre à Venise, en Savoie, en Hollande, en France, remplit successivement & avec success son emploi de négociateur. Il étoit né en 1573, & mourut en 1632. Ses Négociations, publiées par Mylord Royfton, furent traduites en françois, en 3 volumes, in-12. Carleton fut le dernier ministre Anglois, qui eut place au conseil d'Etat des Provinces-Unies, conformément à un privilège accordé à la reine Elizabeth, quand elle les prit sous sa protection.
CARLIERUS, Voyet CHARLIER.
CARLIN, Voyet BERTINAZZI.
CARLO MADERNO, Voyet MADERNO. I. CARLOMAN, fils aîné de Charles Martel, & frère de Pepin le le *Bref*, répandit beaucoup de sing dans une expédition contre les Allemands révoltés. Il se crut obligé d'en faire pénitence; & après la mort de son épouse, il cessé de gouverner l'Allemagne & la Thuringe, pour se faire moine du Mont-Cassin. Il s'étoit fait un nom dans le monde par sa valeur & ses vertus; il s'en fit un dans le cloître, par sa vie humble & pénitente. L'abbé du Mont-Cassin l'ayant envoyé en France pour tâcher d'obtenir une entrevue entre *Aftolphe* & le pape *Étienne*, il s'arrêta à Vienne en Dauphiné, & y mourut le 17 août 755. *Pepin* son frère en- voya son corps du Mont-Cassin avec des préfets considérables.
II. CARLOMAN, fils de *Pepin* le *Bref*, & frère de *Charlemagne*, fut roi d'Australie, de Bourgogne, & d'une partie de l'Aquitaine, en 768. Par sa mort, arrivée en 771, *Charlemagne* devint maître de toute la monarchie Françoise. *Gerberge*, sa femme, qui avoit voulu pro- curer à ses deux fils la succession de leur père, fut obligée de cé- der toutes ses prétentions à *Charle- magne*, qui la traita avec bonté.
III. CARLOMAN, fils de *Louis* le *Bègue*, & frère de *Louis III*, eut l'Aquitaine & la Bourgogne en partage, l'an 879. Ces deux princes, unis de coeur & d'inte- rêts, battirent souvent les Nor- mands. *Louis III* étant mort en 882, *Carloman* devint seul roi de France, & mourut lui-même d'une blessure qu'un sanglier lui fit à la chasse, le 6 décembre 884.
IV. CARLOMAN, fils de *Louis* le *Germanique*, partagea le royaume de Bavière avec ses frères *Louis* & *Charles*. Il fut encore roi *Tome III*. d'Italie & empereur. Il mourut en 880, sans laisser d'enfants de son épouse légitime. Ses infirmi- tés l'avoient empêché d'agir par lui-même, & la foiblesse de sa santé nuit à sa gloire. — *Voya* auffi l'article d'ADRIEN II.
CARLONE, (Jean) peintre Génois, né en 1590, mort à Milan en 1630, à 40 ans, pei- gnoit parfaitement le raccourci. Tout ce qui sortoit de son pin- ceau avoit de la grandeur, de la force & de la correction. Le plafond de l'Annonciade de Gênes, sur lequel il a représenté l'histoire de la Vierge, est un très-beau morceau. *Jean-Baptiste*, son frère, finit ses ouvrages, qu'il avoit lais- sés imparfaits. Ce dernier réussissoit particulièrement dans les peintures à fresque. Cette famille a produit plusieurs autres peintres & sculp- teurs.
CARLOS, (Don) fils de *Philippe II*, roi d'Espagne, parut, dès son bas âge, violent dans toutes ses passions. Il déplut à son père, par son caractère hau- tain & indocile, par des plaisan- teries très-déplacées, & par des vices, dont les suites furent fu- neuses. Voyant *Philippe* irrité con- tre lui, il traita avec les rebelles de Hollande, & leur promit de partir dans quelque temps, pour se mettre à leur tête. Afin de n'être pas surpris avant son dé- part, il fit mettre dans la ruelle de son lit un coffre rempli d'armes à feu. Il se fit faire de petits pif- tolets d'une invention nouvelle, pour porter toujours sur lui, sans qu'on les pût voir; & il com- manda à un fameux ouvrier Fran- çois, de lui faire, pour sa cham- bre, une serrure à secret, qui ne se pût ouvrir que par-dedans. *Philippe*, instruit & alarmé des précautions qu'il prenoit, refo- lut de s'affurer de sa personne. L'ouvrier de cette ferrure ex- traordinaire, trouva le moyen de l'ouvrir. Le roi entra, pendant la nuit, dans la chambre de Don Carlos. Le malheureux prince dor- moit si profondément, que le comte de Leme put ôter, sans l'éveiller, les pistolets qu'il tenoit sous son chevet. Il alla s'affeoir ensuite sur le coffre où étoient les armes à feu. Le prince ayant été éveillé avec peine, s'écria qu'il étoit mort : le roi lui dit, que tout ce qu'on faisoit étoit pour son bien. Mais Don Carlos, voyant qu'il se faisoioit d'une caisette pleine de papiers qui étoit sous son lit, entra dans un defespoir si furieux, qu'il se jeta tout nu dans un brasier que ses gens avoient laissé allumé dans la che- minée, à cause du froid extrême qu'il faisoit alors. Il fallut l'en tirer de force, & il parut incon- folable de n'avoir pas eu le temps de s'y étouffer. On demeubla d'abord sa chambre, & pour tout meuble on n'y laissa qu'un mé- chant matelas à terre. Aucun de ses officiers ne parut depuis en sa présence. On lui fit prendre un habit de deuil ; il ne fut plus servi que par des hommes vêtus de même. Le roi ayant vu ses desseins & ses intelligences par les papiers dont il s'étoit fais, lui fit faire son procès ; & il fut, dit-on, condamné à mort. On prétend qu'il se fit ouvrir les veines dans un bain ; d'autres disent qu'il fut empoisonné ou étranglé. On place sa mort au 24 juillet 1568. Quelques auteurs ont cru que Philippe s'étoit porté à cette dure extrémité par un transport de jalousie. On dit qu'il découvrit que le prince aimoit & étoit aimé de la reine Elizabeth qui lui étoit destinée, & que son père avoit priée pour lui-même. Ce qu'il y a de certain, c'est que cette princesse mourut peu de temps après. L'Histoire de Don Carlos, par l'abbé de Saint-Réal, au lieu de débrouiller cette triste aventure, n'a servi qu'à l'obscurcir encore, parce qu'il s'est moins at- taché à chercher la vérité, qu'à our- dir un roman intéressant. — Voyez PHILIPPE II, roi d'Espagne.
CARLOSTAD ou CAROLSTAD, (André-Rodolphe) dont le véri- table nom étoit Bodenstein, cha- noine, archidiaze & professeur d' théologie à Wittemberg, donna le bonnet de docteur à Martin Lu- ther, & se lia d'amitié avec lui. Un jour qu'ils étoient à table, Luther, avec un air dédaignieux, le défa d'écrire contre lui : & la dispute s'étant échauffée assez vi- vement de part & d'autre, Luther tira de sa bourse un écu d'or, & promit de le donner à Carlostad, s'il entreprenoit d'écrire : « Te- nez, lui dit-il, prenez-le, & écrivez contre moi le plus forte- ment que vous pourrez. » Car- lostad accepta la condition. En- suite ils se touchèrent dans la main, en se promettant mutuelle- ment de se faire la guerre. Luther but à la santé de Carlostad, & au bel ouvrage qu'il alloit mettre au jour. Carlostad lui fit raison, & avala le verre plein ; ainsi la guerre fut déclarée à la manière Allemande, le 22 août 1524. L'adien des combattants fut mé- morable. « Puisse-je te voir sur la roue ! dit Carlostad à Luther ; qui lui répliqua : Puisse-tu te rompre la cou, avant de sortir de la ville ! » Voilà comment étoit prêché le nouvel Évangile : un cabaret produisit le chef des Sa- cramentaires ! En effet, Carlostad écrivit contre le système de Luther sur l'Eucharistie. Mais il donna dans les plus grandes absurdités, en disant que ces paroles de JÉSUS-CHRIST dans la Cène, Ceci est mon Corps, ne se rapportoient pas à ce qu'il donnoit; mais qu'il vouloit seulement se montrer assis à table. C'étoit un fanatique bouillant & singulier. Il se livroit à tout le monde, & personne ne le vouloit. Il erra long-temps de ville en ville, persuadant aux écoliers de mépriser les sciences, de ne s'attacher qu'à la Bible, de brûler tous leurs livres, & d'apprendre quelque métier. Il leur en donna l'exemple, en se faisant laboureur. Il fut le premier ecclésiastique en Allemagne qui se maria publiquement. Cette cérémonie se fit avec beaucoup de profanation. Ses disciples firent des oraisons propres pour ce mariage, & les chantèrent à la Messe. La première commençait ainsi: O Dieu, qui, après l'extrême aveuglement de vos Prêtres; avec daigné faire la grâce au bienheureux Carlostad, d'être le premier qui ait osé prendre femme, sans avoir égard aux lois du Papisme; nous vous prions, &c. Il se retira à Basle après avoir vu Zuingle, & y mourut dans la misère en 1541. On a de lui beaucoup d'Ouvrages de controverse, méprisés des Catholiques & peu estimés des Protestans.
CARLUS, (Diode de) troubadour Provençal, dont il nous reste peu de pièces. L'une d'elle reproche à un jongleur, d'avoir moins l'air d'un poète que d'un marchand; celui-ci lui répond qu'il est effectivement un marchand, puisqu'il est venu lui vendre de l'honneur & du mérite.
CARMAGNOLE, (François) capitaine célèbre, fut ainsi appelé du lieu de sa naissance. D'abord réduit à garder les pourceaux, il parvint, de cette profession ignoble, à la dignité de général de Philippe Visconti, duc de Milan. Il fournit à l'obéissance de ce prince; Parme, Crémone, Bresce, Bergame, &c. Son mérite lui avoit acquis le commandement; l'envie l'en dépouilla. Carmagnole retiré chez les Vénitiens, & devenu général de leur armée, marcha contre son prince, & l'obligea à demander la paix. Ses services ne l'empêcherent point d'être traité comme un perfide. Ayant été battu dans un combat naval, on l'accusa de quelque intelligence avec l'ennemi, & sur cette accusation tréspeu fondée, on lui coupa la tête en 1432. Son véritable crime étoit d'avoir traité les grands d'orgueilleux dans la paix & de lâches dans la guerre.
CARMAIN, Voyét CRAMAIL:
CARMANOR, (Mythol.) Crétois, purifia Apollon fouillé du sang du serpent Python. Ses fils Chrysothémis & Eubulus remportèrent, les premiers, le prix des jeux Pythiques, institués pour célébrer la victoire de ce Dieu.
CARMÉLITES, Voy. THÉRÈSE (Sainte) — FRANÇOISE d'Amboise. — & AVRILLOT.
CARMELUS, (Mythol.) divinité de Syrie, qui donna son nom au mont Carmel, sur lequel on lui avoit consacré un autre célèbre. Un prêtre de Carmelus; suivant Tacite, prédit à Vespafied qu'il feroit bientôt empereur.
CARMENTÉ, prophétesse d'Arcadie & mère du roi Evandre; fut ainsi appelée à cause des oracles qu'elle rendoit en vers. Son véritable nom, dit-on, étoit Nieufrate. Elle avoit un temple dans le huitième quartier de Rome, où l'on ne pouvoit pénétrer avec des vêtements de cuir. Elle est représentée sur une médaille de Fabius-Maximus-Eburnus, comme une jeune vierge ayant les cheveux frisés, bouclant sur ses épaules, & surmontés d'une couronne de fèves. Près d'elle est une harpe pour désigner ses chants prophétiques. On faisoit présider Carmente à la naissance des enfans dont elle fixoit les destinées. Les mères célébroient une fête solennelle en son honneur, le 11 & le 15 janvier de chaque année; & elle avoit quinze flamines ou prêtres attachés à son culte. Il y avoit à Rome une porte qui s'appelloit d'abord Carmentale, & dans la suite Seclérate, parce que ce fut par cette porte que sortirent les trois cent-six Fabiens, lorsque suivis de leurs chiens, ils allèrent contre les Etrusques, & tombèrent dans une embuscade près du fleuve Crémère, où ils périrent tous sans qu'il en revint un seul.
CARMES, Voyet l'article du pape HONORÉ III, qui approuva leur règle. — & PAPEBROCK.
CARMES - DÉCHAUSSÉS, Voyet JEAN de la Croix, & THÉRÈSE (Sainte).
CARNÉADE, de Cyrène, fondateur de la troisième académie, apôtre du pyrrhonifme comme Arcéfilas, mais d'un pyrrhonifme plus raisonnable. Il admettoit des vérités constantes, & inaltérables, fondées sur l'essence même de Dieu, mais obscurcies par tant de ténèbres, que l'homme ne pouvoit démêler la vérité parmi les fauffetés dont elle étoit entourée. Il confentoit que la vraisemblance nous déterminât à agir, pourvu qu'on ne prononçât sur tien d'une manière affirmative. Il différoit d'Arcéfilas, son maître, en ce que celui-ci ne reconnoissoit absolument ni vérités, ni vraisemblances, & enhardissoit ses disciples à nier tout ce qu'on leur propofoit. Les Stoïciens, & sur-tout Chrysippe, eurent en Carnéade un advertaire redoutable, mais il les réfuta avec beaucoup de retenue, disposant son esprit à les combattre par une prise d'ellébore, & avouant que sans Chrysippe, il n'auroit pas été ce qu'il étoit. La morale lui parut préférable à la physique : aussi s'y appliqua-t-il davantage. Ce philosophe païen avoit souvent sur les lèvres cette maxime, digne d'un philosophe Chrétien : Si l'on favoit, disoit-il, qu'un ennemi vînt s'assoie sur de l'herbe qui cacheroit un aspic, on agiroit en mal-honnête homme, si on ne l'en avertissoit pas, quand même notre silence ne pouvoit pas être repris publiquement. Mais la conduite des Sages du paganisme se démentoit presque toujours. Ce grave philosophe ne rougissoit pas d'avoir chez lui une concubine. Plutarque nous a conservé un assez bon mot de Carnéade, dans le Traité où il marque la différence qu'il y a entre un flatteur & un ami. « Le manège est la seule chose, disoit ce philosophe, où les jeunes princes n'ont rien à craindre de la flatterie. Leurs autres maîtres, assez souvent, leur attribuent de bonnes qualités qu'ils n'ont point. Ceux qui luttent avec eux se laissent tomber. Mais un cheval renverse par terre, sans distinction de pauvre ou de riche, de sujet ou de souverain, tous les mal-adroits qui le montent. Ayant fu qu'Antipater, son antagoniste, s'étoit détruit par le poison : Qu'on m'en donne aussi, s'écria-t-il ! — Et quoi, lui dit-on ? — Du vin mielé, répondit-il, ayant bientôt reprimé cette faillie de courage. — Carnéade étoit fur - tout fort éloquent. Il domptoit en flattant; il commandait lors-même qu'il prenoit un air de fuppliant. Les Athéniens ayant été condamnés à payer cinq cents talens pour avoir pillé la ville d'Orope, ce philosophe député à Rome parla avec tant de force, que Caton, se défiant des charmes de ses discours: Renvoyez, dit - il, ce Grec ! il semble que les Athéniens, en le chargeant de leurs affaires, aient voulu triompher de leurs vainqueurs. — Carnéade mourut âgé de 85 ans, la 129e année avant Jésus - Christ, regrettant fort la vie. Il y eut à sa mort une éclipse de lune : comme si le plus bel aîtra après le soleil, dit froidement le plat historien DIOGENE Laërcé, est pris part à cette perte ! Carnéade étoit extrêmement laborieux, & si avare du temps, qu'il ne songeoit ni à couper ses ongles, ni à manger. Il falloit que sa servante vint sans cesse le forcer à prendre des aliments.
CARNUS., ( Mythol. ) Acarnanien, devint prêtre d'Apollon, & prédit les plus grands malheurs aux Héraclides, qui marchoient dans l'Étoile contre les Athéniens. Les premiers le tuèrent à coups de flèches; aussitôt on attribua à ce meurtre, la peste qui ravagea leur territoire. On institua bientôt les fêtes Carnés, qui se célébroient lorsque la lune entroit dans son plein, au mois Athénien Métagénion. Elles offroient une image de la vie militaire, & des combats de musique, dont Terpandre remporta pour la première fois le prix. C A R O., ( Annibal ) né à Sitta-Nuova en Istrie, l'an 1507, d'une famille noble, fut successivement secrétaire de plusieurs pré- lats, puis du duc de Parme, & enfin de Pierre-Louis Farnés. Ce prince le députa vers Charles-Quint pour une commission importante. Caro, aussi bon négociateur que grand poète, s'en acquira avec succès. Peu de temps après son retour en Italie, son maître ayant été tué par les Plaisantins, ses nouveaux sujets, les cardinaux Alexandre & Ranue, & le duc Othave Farnés, se disputèrent Caro. Canonicats, prieurés, abbayes, commanderies même de l'ordre de Malte; tout lui fut prodigué. Il étoit trop heureux : l'envie l'attaqua. Il eut le triste plaisir de voir son ennemi poursuivi à sa prière par le saint - Office, arrêté & condamné comme hérétique, se dérober à peine aux yeux de ce terrible & sacré tribunal. Caro, accablé d'infirmités & dégoûté du métier de courtisan, quitta ses protecteurs, & finit sa vie dans l'étude & la retraite, en 1566, à 59 ans. Sa mémoire est encore chère aux gens-de-lettres d'Italie, par les excellentes productions dont il les a enrichis. Les principales font : I. Une Traduction de l'Encide de Virgile, en vers italiens, que la pureté & l'élégance du style, la fidélité & le choix des expressions, ont fait mettre à la tête des ouvrages qui font le plus d'honneur à leur langue. L'édition la plus rare est celle de Venise, 1581, in - 4°. Il y en a eu plusieurs autres : une des meilleures est celle de Paris, 1765, 2 vol. in-8°. II. Un recueil de ses Poètes, imprimé à Venise, en 1584, in - 4°. La langue tofcane s'y montre dans toute sa beauté. Les grands seigneurs, les gens-de-lettres, firent sur tout un accueil favorable à ses Sonnets. On le compara à Pétrarque & à Bembo, & il soutient que G. 2. 702 CAR quefois le parallèle. III. Des Traductions de quelques Auteurs facrés & profanes, des Oraisons de Saint Grégoire de Natianze & de Saint Cyprien, de la Rhétorique d'Aristote, &c. Sa Traduction en prose de Longus, a été supérieurement imprimée par Bodoni, à Parme, 1786, in-4.º IV. Un commentaire du Capitolo de MOLZA, Voyet ce mot. V. Deux volumes de Lettres, regardées par les Italiens comme des modèles en ce genre. Elles furent imprimées à Venise, en 1582, in-4º; & elles ont reparu à Padoue en 1749, en 3 vol. in-8º, avec la Vie de l'auteur.
CARON, Voyet CHARON.
CARON, (N.) récollet Irlandois, est auteur d'un ouvrage qui fit beaucoup de bruit dans le temps, & dans lequel il établit avec force l'indépendance temporelle des souverains, & combattit l'infaillibilité des papes. Il est dédié à Charles II, foi d'Angleterre; il est devenu extrêmement rare, parce que l'édition fut presque consumée en entier, dans l'incendie de Londres de 1666. On l'a compris dans le recueil des traités & des preuves des libertés de l'église Gallicane.
CAROUAGIUS, (Bernardin) horloger, né dans le 16e siècle, fit oublier la difformité d'une figure désagréable, par les qualités de l'esprit & une extrême habileté dans son art. Entre autres ouvrages recherchés, il fit pour le profond jurisconsulte Alciot, une horloge d'un mécanisme singulier. Non-seulement elle marquait les heures; mais le marteau en frappant la cloche, frappait aussi une bougie qui s'allumait à l'heure prescrite.
CAROUGE, Voyet GRIS (le). I. CARPENTIER, (Jean le) né à Absons en Ostrevan, étoit chanoine régulier de l'abbaye de Saint-Aubert de Cambrai, lorsqu'il se reura en Hollande avec une fille, dont il eut plusieurs enfans, suivant Foppens, dans sa Bibliothèque Belgique. Il y mourut vers 1670, assez avancé en âge. Il gagnait sa vie à faire des généalogies, qui se trouvent dans son Histoire de Cambrai & du Cambreau, Leyde 1664, 2 vol. in-4.º Il ne faut pas trop compter sur sa véracité, ni sur son exactitude. Il n'y a qu'une édition de ce livre; cependant on voit des titres qui portent 1668.
II. CARPENTIER, (Pierre) prieur de Donchéri, né à Charleville en 1697, entra de bonne heure dans la congrégation de Saint-Maur, & s'y fit estimer par son savoir; mais ayant été pourvu d'un gros bénéfice par l'abbé de Pomponne, & appuyé du crédit d'un ministre, il passa dans l'ordre de Cluni. Il vécut à Paris sans être attaché à aucune maison, cultivant les lettres, & fouillant dans les archives & dans les bibliothèques. Il mourut au mois de décembre 1767, à 70 ans. Il est auteur, en partie, de l'édition du Glossaire de du Cange, 6 vol. in-folio, & en entier du Supplément à ce Glossaire, 4 volumes in-folio, 1766, qui peuvent se relier en deux. Ce livre, plein d'érudition, est non-seulement un supplément du précédent: l'auteur y a fait entrer l'explication de plusieurs mots françois qui ont vieilli. Il l'a enrichi de diverses tables très-intéressantes, qui facilitent les recherches du lecteur. Il a donné un Errata pour le Glossaire en 6 vol., dont il avoit composé en entier huit lettres. On a encore de lui *Alphabetum Tyronianum*, in-fol. 1747.
III. CARPENTIER, (Antoine-Mathieu) célèbre architecte, né à Rouen en 1709, mort à Paris en 1772, a bâti l'Arsenal, dirigé les augmentations du palais Bourbon, élevé les châteaux de Courteille & de la Ferté dans le Perche, celui de Ratinvilliers sur la route d'Orléans. Son désintéressement égaloit sa probité & ses talens. « Je n'ai jamais pris mon crayon, disoit-il, dans la pensée d'en retirer de l'argent. » Aussi répandit-il en bienfaits la plus grande partie de sa fortune.
IV. CARPENTIER, (N.) né à Beauvais, mort en 1778, à 39 ans, remplit avec succès l'emploi d'expert-estimateur, & a publié quelques ouvrages sur sa profession : I. *Avantage des Inventaires*. II. *Observations sur les Noms anciens & modernes*, 1768, in-8.º III. *L'Art de l'Archiviste - Expert*, 1769, in-12. IV. *L'Inspecteur des Fonds de terre*. V. *Ébauches des Principes sûrs pour estimer le revenu net*, 1775, in-8.º, &c. V. CARPENTIER, *Voyet* MARIGNI & les CHARPENTIER. I. CARPI, (Jacques) tira son nom de Carpi dans le Modenois. Il s'appeloit *Béranger*, & florissoit vers l'an 1520. Il fut un des restaurateurs de l'anatomie. Les ignorants l'accusèrent d'avoir disséqué deux Espagnols en vie, pour approfondir davantage cette science. On avoit imputé le même crime, & avec aussi peu de vraisemblance à *Hérapière* & à *Hérophile*. Ce qu'il y a de certain, c'est que Carpi fit plusieurs découvertes anatomiques, & qu'il fut un des premiers qui guérirent du mal vénérien, par les frictions mercurjelles. Ce C A R 105 fécrit lui acquit des richesses considérables. Nous avons de lui des *Commentaires sur l'Anatomie de Mondinus*, imprimés en 1521, in-4.º
II. CARPI, (Hugues) peintre & graveur, naquit en Italie dans le 15e siècle, & fut l'un des premiers inventeurs des gravures en bois à trois planches; genre qui fut ensuite adopté par plusieurs graveurs, & particulièrement par *Antoine de Trento* & *Balthazar Perruzzi*. La première de ces planches servoit de profil ou de trait, la seconde de détrempe, la troisième d'ombre. *Carpi* a laissé plusieurs estampes sur papier gris.
CARPI, (le cardinal) *Voyet* BOISSARD.
CARPIONI, (Jules) peintre & graveur, né à Venise, en 1611, fut élève du peintre *Alexandre Varotari*, dit le *Padouan*. Il excella dans les sujets nommés de caprice, & pouissa ce genre de peinture à un degré de perfection, auquel aucun peintre avant lui n'étoit parvenu. Il est mort à Vérone en 1674, après avoir parcouru plusieurs villes d'Italie, où il laissa un grand nombre de ses productions, renommées pour l'invention, le dessin & le coloris.
CARPO, (Mythol.) fille de Zéphire, devint l'une des quatre faisons, chez les anciens Sabins. Elle aima passionnément *Camillus*, fils de *Meandre*. Elle présidait à la conservation des fruits.
CARPOCRATE, hérétique du second siècle, contemporain de *Bafilide*, étoit d'Alexandrie. Il enseignoit que *Jésus-CHRIST* n'étoit qu'un pur homme, fils de *Joseph*; que son ame n'avoit au-dessus de celles des autres hommes, qu'un peu plus de force & de vertu. 104 CAR & que cette furabondance de grace lui avoit été accordée de Dieu, pour vaincre les Démons qui avoient créé le monde. Il rejetoit l'ancien Testament, nioit la résurrection des morts, & foutenoit qu'il n'y a aucun mal dans la nature, & que tout dépend de l'opinion. Il laïffa un fils, nommé Epiphane, qui fut héritier de sa doctrine. Les Adamites joignirent ses rêveries aux leurs. Il eut plusieurs autres disciples, dont quelques-uns portoient des marques à l'oreille. Ils avoient des images de JÉSUS-CHRIST, qu'ils plaçoient à côté de celles de Pythagore, de Platon, d'Ariilote, &c. I. CARPZOVIUS ou CARPZOU, (Benoit) naquit dans le marquisat de Brandebourg, en 1565. Il se rendit très-habile dans la jurisprudence, fut professeur en droit à Wittemberg, puis conseiller de l'électeur de Saxe. Il mourut en 1624, laïffant quatre fils: Conrad, professeur en droit dans l'université de Wittemberg, & trois autres, dont il est parlé ci-dessous.
II. CARPZOVIUS, (Benoit) né en 1595, & mort en 1666, paffa pour celui qui eut encore le mieux écrit sur la pratique d'Allemagne. Il profeffa avec distinction dans l'université de Wittemberg. Retiré à Leipzig sur la fin de ses jours, il abandonna la jurisprudence, pour s'appliquer entièrement à l'étude de l'Écriture-Sainte. — Son frère, David-Benoit, ministre Luthérien, a laïffé une Dissertation sur les vêtements sacrés des Hébreux, 1655, in 4.º Elle offre beaucoup de recherches.
III. CARPZOVIUS, (Jean-Benoit) frère des deux savans de l'article précédent, fut ministre Luthérien. On a de lui quelques ouvrages de controverse, & une dissertation de Niniwitarum Pani-tentiā, imprimée à Leipzig, 1640, in 4.º Il mourut en 1657 à Leipzig, où il avoit été professeur en théologie. Il laïffa plusieurs enfans, entr'autres deux fils.
IV. CARPZOVIUS, (Jean-Benoit) fils du précédent, naquit à Leipzig en 1639, & y mourut en 1699. Il s'est fait un nom par la Verfion latine de plusieurs livres des Rabbins, & par beaucoup de Diffctations singulières sur l'Écriture-Sainte. On peut en voir la liste dans la Bibliothèque sacrée du Père le Long. — Son frère, Frédéric-Benoit, conseiller de la ville de Leipzig, sa patrie, fut utile à tous les savans d'Allemagne, & fut tout aux auteurs des Acta Eruditorum, commencés en 1682, par Othon Menche. Ses correspondances fervirent beaucoup à enrichir ce Journal. Il mourut en 1699, à 50 ans.
CARRA, (Jean-Louis) né à Pont-de-Velle, en Dombes, de parens pauvres, eut une jeunesse fougueuse, & qui, dit-on, ne fut pas exempte de crimes. Les papiers publics de 1792, révélèrent une procédure criminelle, instruite en 1758, contre Carra, dans laquelle il fut décrété de prise de corps, pour vol avec effraction, par le bailliage de Mâcon, & renvoyé deux ans après sous un plus amplement informé; & l'on se rappelle que cette forte de jugement ne justifioit point l'accusé. Si les preuves ne paroifioient pas suffisantes pour le condamner aux dernières peines, le plus amplement informé, laïffoit toujours dans l'opinion publique & la conscience des magistrats, des présomptions fortes, qui avoient empêché qu'ils ne prononçaient folennellement sa justification. Carra voyagea en Moldavie & pé nêtra près de l'Hofpodar qui ré- gnoit dans cette contrée, & à qui il fervit quelque temps de fécré- taire. Revenu en France, les trou- bles de la révolution flattèrent son ame ulcérée & ardente; & il se fit bientôt remarquer par l'exagération de ses opinions & un emportement forcené contre les autorités. Devenu bibliothé- caire national, il parvint bientôt à l'assemblée législative & à la convention. Il y déclara que, pour soulever toute l'Allemagne contre l'Empereur, il ne deman- doit que douze presses, des im- primeurs, & 10000 hommes; il fit armer le peuple de piques; il re- mit à l'assemblée une tabatière d'or, qui lui avoit été envoyée par le roi de Prusse à qui il avoit dédié l'un de ses écrits, & il de- mand que cet or qu'il mépri- soit, fût employé à faire la guerre au souverain de qui il l'avoit reçue. Un journal, qu'il avoit entrepris sous le titre d'*Annales Politiques*, lui donna la facilité de faire circu- ler ses motions révolutionnaires; & il s'y vanta d'avoir organisé le plan d'attaque du 10 août. Dans une féance des Jacobins, il s'écria, « Hâtons-nous de proscrite Louis XVI, toute la race des Bourbons, & de porter le duc d'Yorck sur le trône. » *Danton* lui-même fut forcé alors de le faire rappeler à l'ordre. Les relations de *Carra* avec le mi- nistre *Roland* & plusieurs chefs du parti de la Gironde, le ren- dirent suspect aux membres du comité de salut public. Dénoncé successivement par *Marat* & *Cou- thon*, il fut décrété d'accusation, & envoyé à l'échafaud, le pre- mier novembre 1793, à l'âge de 50 ans. *Carra* avoit une physio- nomie marquante, le front chauve, la taille haute. Il avoit des con- noissances & de la facilité pour écrire. Ses ouvrages font: I. *Sys- tème de la Raison* ou le *Prophète Philosophe*. Cette brochure, im- primée à Londres en 1773, con- tenoit déjà des déclamations con- tre la royauté. Le style en est incorrect, revêtu d'images Orien- tales, quelquefois inintelligible. L'auteur paroît souvent ne pas s'entendre lui-même. II. *Histoire de la Moldavie & de la Valachie*, 1778, in-12. Elle a plus d'intérêt dans les faits, & de correction dans le style. III. *Nouveaux prin- cipes de Physique*, 1782, 2 vol in-4. IV. *Essai sur la Nautique Aérienne*, 1784. L'auteur prétendoit y en- seigner l'art de diriger les ballons & d'accélérer leur course. V. *Exa- men Physique du Magnétisme animal*, 1785, in-8. Dans cet écrit sage & assez judicieux, il doute, observe & compare les diverses opinions sur un agent annoncé avec enthou- sisme, employé avec charlata- nisme, & combattu avec persé- vérance. VI. *Dissertation élémen- taire sur la nature de la Lumière, de la Chaleur, du Feu & de l'Élec- tricité*; 1787, in-8. VII. *Un Mot de Réponse à M. de Calonne, sur sa Requête au Roi*. VIII. *Histoire de l'ancienne Grèce, de ses Colonies & de ses Conquêtes*, traduite de l'An- glois, 1787, 6 vol. in-8. IX. *L'O- rateur des États-Généraux*, 1789, in-8. X. *Annales Politiques*. XI. *Mé- moires Historiques sur la Bastille*, 1790, 3 vol. in-4.
CARRACHE, *Voy*. CARACHE. I. CARRANZA, (Barthélemi) né en 1503, à Miranda dans la Navarre, d'une famille noble, entra chez les Dominicains, & y professa la théologie avec éclat. On l'envoya au Concile de Trente en 1545. Il y soutint, avec beau- coup de force & d'éloquence, 106 CAR que la résidence des évêques étoit de droit divin. En 1554, Philippe II roi d'Espagne, ayant épousé la reine Marie d'Angleterre, mena avec lui Carranza, qui travailla de toutes ses forces à rétablir la religion Catholique, & à extirper la Protestante. Ce prince le nomma bientôt à l'archevêché de Tolède. Charles-Quint, alors dans sa retraite de Saint-Just, le fit appeler pour l'avoir auprès de lui dans ses derniers moments. L'empereur fut soupçonné, je ne sais pourquoi, d'être mort dans les sentimens de Luther; & Carranza, accusé de penser comme ce patriarche de la Réforme, fut arrêté par ordre du saint-Office en 1559. Il dit aux deux évêques qui l'accompagnent, lorsqu'il fut conduit à l'inquisition : Je vais en prison, au milieu de mon meilleur ami & de mon plus cruel ennemi. Ce propos ayant donné aux deux prélats de l'émotion : Messieurs, ajouta-t-il, vous ne m'entendez pas, mon grand ami, c'est mon innocence; mon grand ennemi, c'est l'archevêché de Tolède. Après huit ans de prison il fut conduit à Rome, où sa captivité fut encore plus dure & plus longue. (Voyez l'article II. NAVARRE.) On le jugea enfin en 1576, & on lui lui lui sa sentence. Elle portait en substance, que « quoiqu'il n'y eût point de preuves certaines de son hérésie, il ne laisseroit pas de faire une abjuration folennelle des erreurs qu'il n'avoit pas avancées. » Carranza se fournit à ce décret, comme s'il avoit été juste. Il mourut la même année au couvent de la Minerve, à 73 ans, après avoir protesté les larmes aux yeux, & prêt à recevoir son Dieu, qu'il ne l'avoit jamais offensé mortellement en matière de foi. Le peuple méprisa les opppresseurs, & rendit justice à l'opprimé. Le jour de ses funérailles toutes les boutiques furent fermées comme dans une grande fête. Son corps fut honoré comme celui d'un Saint. Grégoire XIII fit mettre sur son tombeau une Epitaphe, dans laquelle on parloit de lui, comme d'un homme également illustre par son savoir & par ses mœurs, modeste dans la prospérité, & patient dans l'adversité. « Il falloit encore, dit un savant, qu'il marquât d'une note d'infamie les jugemens iniques qui avoient flétri ce digne prélat; mais c'eût été, ajoute-t-il; exiger trop de choses à la fois de la multitude. » — Les principaux ouvrages de Carranza, font : I. La Somme des Conciles, & des Papes, depuis Saint Pierre jusqu'à Jules III, en latin, 1681, in-4° : ouvrage qui pourroit servir d'introduction à l'Histoire ecclésiastique, si l'auteur ne s'étoit laissé entrainer par les préjugés de l'Ultramontanisme. II. Traité de la résidence des Evêques & des autres Pasteurs, imprimé à Venise, en 1547, in-4°. III. Un Catéchisme Espagnol, 1558, in-folio, approuvé d'abord par l'inquisition, censuré ensuite, & absous de toute censure par le concile de Trente, en 1563. IV. On lui attribue encore un Traité de la Patience. Un homme qui avoit été si long-temps dans les prisons de l'inquisition, ne pouvoit que connoître cette vertu.
II. CARRANZA, (Jérôme) natif de Séville, & chevalier de l'ordre de Christ en Espagne, étoit gouverneur de la province de Honduras en Amérique l'an 1689. Il a donné un livre de la pratique des armes, sous le titre de Philosophia de las Armas, Saint-Lucar, 1582, in-4°, qui est recherché, parce qu'il est rare.
CARRARE, (François) d'une famille illustre d'Italie, qui s'étoit amparée de la souveraineté de Padoue, & qui en avoit été dépouillé par Martin de l'Escale, seigneur de Vérone. Les Vénitiens la lui firent rendre en 1338. La reconnoissance devoit attacher pour toujours les Carrares à la république : cependant François Carrara, un des rejetons de cette famille, prit le parti du roi de Hongrie contre les Vénitiens, & ce prince le contraignit de s'accommoder avec les républicains, dès qu'il put se passer de son secours. En 1370, il lui fit faire une trève, & en 1374, une paix désavantageuse. Il avoit attenté inutilement à la vie du doge & des principaux sénateurs : ses émissaires avoient été découverts & punis. Comptant peu sur le roi de Hongrie, il chercha d'autres alliés pour satisfaire la malignité de son cœur. Secondé du duc d'Autriche, du patriarche d'Aquilée & des Génois, il déclara la guerre aux Vénitiens & s'empaza de Chiozza, après une vigoureuse résistance. Pour se venger de la perte qu'il avoit faite devant cette place, il fit passer par la main du bourreau deux des officiers qui s'étoient le plus distingués à la défense de la ville. Il reçut enfin la peine due à sa perfidie ; enfermé dans Vicence, il fut obligé de se rendre prisonnier, & finit ses jours dans le château de Côme. Son fils François eut le bonheur de s'évader, rentra dans Padoue en 1390, & se réconcilia avec les Vénitiens, auxquels il jura une amitié éternelle, qu'il ne tarda pas à rompre. Les Vénitiens eurent le dessus. Son fils Jacques fut fait prisonnier dans Vérone. Lui-même fut obligé de se rendre à Galéas, général des Vénitiens, à cause du soulèvement des Padoue contre lui. Ils furent amenés tous deux à Venise, avec un autre de ses fils nommé François, qui avoit aussi été fait prisonnier. Les Vénitiens, sans examiner trop le droit qu'ils en avoient, mais consultant au moins l'intérêt qui les portoit à se défaire de pareils ennemis, les firent condamner à mort, & décapiter dans la prison en 1405. Les deux François moururent dans le plus violent désespoir, & les bourreaux furent obligés de les assommer pour se défendre de leurs fureurs. Jacques mourut dans de grands sentimens de piété. François avoit encore deux autres fils en Toscane : Ubertin, qui termina ses jours à Florence sans postérité ; & Marsèle, qui se maria à Gênes, & fit des efforts inutiles pour rentrer dans le bien de ses ancêtres, lequel demeura aux Vénitiens.
CARRÉ, Voye MONTGERON & QUARRÉ.
CARRÉ, (Louis) né le 26 juillet 1663, à Clofontaine dans la Brie, d'un bon laboureur, fut disciple du Père Malebranche, qui se l'attacha, lui apprit les mathématiques & les principes de la métaphysique. Il les enseigna lui-même à plusieurs personnes. Il eut même nombre de femmes pour disciples : la première qu'il instruit, s'apercevant qu'il employoit beaucoup d'expressions vicieuses, lui dit qu'en revanche de la philosophie qu'elle apprenoit de lui, elle vouloit lui apprendre le François ; & il reconnoissoit qu'à cet égard, il avoit beaucoup profité avec elle. L'académie des sciences se l'associa en 1667. Ses travaux furent interrompus par une indisposition habituelle, « qui le fit enfin tomber dans un état, dit Fontenelle, où il fut le premier à prononcer son arrêt. Il dit à un prêtre, qui, selon la pratique ordinaire, cherchoit des 108 CAR ditours pour le préparer à la mort, qu'il y avoit long-temps que la Philosophie & la Religion lui avoient appris à mourir. Il eut toute la fermeté que toutes deux ensemble peuvent donner, & qu'il eût encore étonnant qu'elles donnent toutes deux ensemble. Il comptoit tranquillement combien de jours il avoit à vivre, & enfin au dernier, combien d'heures: car cette raison qu'il avoit tant cultivée, fut respectée par la maladie. Deux heures avant sa mort, il fit brûler en sa présence beaucoup de lettres de femmes, qu'il avoit. On comprend assez sur quoi ces lettres rouloient, & que sa discrétion étoit fort différente de celle qu'ont eue en ce cas quantité de gens d'une autre espèce que lui. Il mourut le 11 avril 1711, à 48 ans. Je n'ajouterai que quelques traits à ce qui a été dit sur son caractère. Il ne demandoit jamais deux fois ce qui lui étoit dû, pour les peines qu'il avoit prises. On étoit libre d'en user mal avec lui, & par-dessus cela on étoit sur du secret. Il aimoit l'académie des Sciences comme une seconde partie, & il auroit fait pour elle des actions de Romain. « On a de lui: I. Un ouvrage sur le calcul intégral, sous ce titre: Méthode pour la mesure des surfaces, la dimension des solides, &c. in-4.º II. Plusieurs Mémoires, dans le recueil de l'académie.
CARRELET, (N.) curé de Dijon, & docteur en théologie, mort en 1766, laïssée des Œuvres spirituelles & pastorales, 7 vol. in-12, où les Fidèles trouvent à la fois l'édification & l'instruction.
CARRERA, (Pierre) prêtre Sicilien, fort habile aux échecs, a donné un Traité italien sur ce jeu, 1617, in-4°, recherché des curieux. On a encore de lui une savante Histoire de Catane, en italien, 1639 & 1641, 2 vol. infolio. Il mourut à Messine en 1647, à 76 ans.
CARRERI, (Alexandre) né à Padoue en 1538, mourut dans la même ville en 1626. Il étoit curé de la paroisse de Saint - André, mais il quitta ce bénéfice pour se livrer entièrement à l'étude de la jurisprudence. Il publia plusieurs ouvrages dans cette partie, où il adopte les opinions les plus outrées sur la puissance & l'infaillibilité des papes.
CARREY, (Jacques) peintre de Troyes, né en 1645, mort en 1716, étoit élève de le Brun. Il suivit de Nointel à Constantinople, & à son retour, le Brun l'employa à la galerie de Versailles.
CARRIER, (Jean-Baptiste) — monstre de férocité, naquit à Yolai près Aurillac en 1756, & passa la plus grande partie de sa vie dans les obscures fonctions de procureur. Député du département du Cantal à la convention nationale, il y mérita bientôt par ses dénonciations & ses principes sanguinaires, l'honneur d'être envoyé en mission dans le Calvados, pour y dissiper les attroupemens formés en faveur des députés de la Gironde, qui venoient d'être profcrits. Délégué ensuite dans la Vendée, il arriva à Nantes le 8 octobre 1793, & annonça aussitôt qu'il alloit faire un cimetière de cette partie de la France, plutôt que de ne la pas régénérer. Quelques jours après, il écrivit au comité révolutionnaire de cette ville. « Comment le comité travaille-t-il donc vingt-cinq mille têtes doivent tomber, & je n'en vois pas encore une. » Pour hâter l'exécution de cet affreux projet, Carrier, non- content de la guillotine qui ex-terminoit trop lentement à son gré, imagina la construction de bateaux à soupape, qui, s'ouvrant au milieu de la Loire, noyoient cent personnes à la fois. Mêlant la plaisanterie à l'atrocité, il appela *Mariages républicains*, l'union d'un homme & d'une femme garrottés des mêmes liens, & jetés ensemble à la rivière. Des vieillards dans la décrépitude, des enfans de dix à douze ans ne furent pas égargnés; les prêtres, les riches, tout ce qui portoit le caractère de la probité & des vertus, furent immolés. « Peuple, s'écrioit-il, prends ta maffue pour en écraser les hommes opulens; faisis - toi d'un fabre pour l'enfoncer dans le cœur des prêtres, des nobles & des négocians! Tu es en guenilles, & l'abondance est près de toi. » Après la chute du parti de la *Montagne*, la convention rappela *Carrier*. Celui-ci, dénoncé par les agens mêmes de ses fureurs, fut envoyé devant le tribunal révolutionnaire de Paris, qui le condamna à mort le 15 décembre 1794. Il marcha au supplice avec courage, soutenant toujours qu'il étoit pur & innocent, qu'il n'avoit fait qu'obéir à la Convention, qui après avoir ordonné tout ce qu'il avoit exécuté, l'en punissoit ensuite, & lui faisoit expier ses propres crimes.
CARRIERA, (Roza-Alba) célèbre par son talent pour la peinture, dans l'école de Venise, morte en 1761, réussit supérieurement dans le portrait. Ses Pastels font connus de toute l'Europe : elle a traité la miniature dans un goût nouveau, qui lui donne une expression singulière.
CARRIÈRES, (Louis de) né à Angers, entra dans la con- congrégation des Pères de l'Oratoire, où il remplit divers emplois. Il mourut à Paris en 1717, dans un âge avancé, avec la réputation d'un homme savant & modeste. L'Écriture-Sainte fut sa principale étude; nous avons de lui : un *Commentaire littéral de la Bible*, inséré dans la Traduction françoise, avec le texte *Latin à la marge*, en 24 vol. in-12, imprimé à Paris, depuis 1701 jusqu'en 1716. On en donna une nouvelle édition in-4.º en 6 vol., avec des cartes & des figures en 1750; & on le trouve dans la *Bible*, publiée par l'abbé *Rondet* en 17 vol. in-4.º & in-8.º Ce *Commentaire*, qu'on trouve séparément en 5 vol. in-12 & 10 vol. in-18, ne consiste presque que dans plusieurs mots adaptés au texte, pour le rendre plus clair & plus intelligible. Il a eu beaucoup de succès, & il est d'une utilité journalière.
CARRY, *Voyez* LACARRY.
CARS, (Laurent) fils d'un graveur de Lyon, & graveur lui-même, naquit en 1701, & mourut à Paris en 1771. On a de lui différens Morceaux d'après le *Moine* & *Boucher*. Il étoit à l'académie de peinture.
CARSILLIER, (Jean-Baptiste) de Mante, avocat au parlement de Paris, mort en 1760, se distingua dans le barreau & sur le Parnasse. On a de lui : I. Quelques *Mémoires* sur des affaires particulières. II. Des *Pièces de Vers* en latin & en françois : la plus connue est sa *Requête au Roi pour le Curé d'Antoin*, contre le *Curé de Fontenoï*, 1745, in-12. III. *Extrennes des Auteurs*, en vers, 1744, in-12. Sa poésie est foible.
CARSUGHI, (Rainier) Jésuite, né en 1647, à Citerna, petite ville de la Toscane, laissa 110 CAR de bonnes *Epigrammes* ; & un poème latin sur l'*Art de bien écrire*, recommandable par les graces du style & par la juftesse des règles. Cet ouvrage, publié à Rome, in - 8°, 1709, peut tenir lieu d'une Rhétorique. *Carfughi* mourut en 1709, provincial de la province Romaine.
CARTALO, Carthaginois, fut envoye à Tyr pour y offrir des dépouilles au dieu *Hercule*, dont il étoit grand-prêtre. A son retour il trouva Carthage assiégée par son père *Mafée*, qui en avoit été banni injustement. Il passa au travers de son camp, mais sans le saluer. *Mafée*, piqué de cette marque de mépris, le fit attacher sur une croix, où il expira.
CARTE, (Thomas) *Voyet* THOU, n.º III.
CARTEIL, (Christophe) capitaine Anglois, naît du pays de Cornouaille, porta les armes dès l'âge de 22 ans, en 1572. Il s'acquit beaucoup de réputation dans ce métier, & fut fort estimé de l'illustre *Boifot*, grand-amiral des Provinces-Unies. En 1582, le prince d'Orange & les états des Provinces-Unies lui donnèrent la conduite de la flotte qu'ils envoyèrent en Moscovie. Lorsque *Carteil* fut repassé en Angleterre, la reine *Elizabeth* l'envoya avec *François Drack* dans les Indes Occidentales, où ils prirent les villes de Saint-Jacques de Carthagènes & de Saint-Augustin. Les ennemis mêmes y admirèrent la prudence & la conduite de *Carteil*, & ils avouèrent qu'ils n'avoient jamais vu la discipline militaire si bien observée, que dans les troupes qu'il commandoit. Après beaucoup d'heureux succès, il vint mourir à Londres en 1593.
CARTELETTI, (François-Sébastien) précéda le *Tasse* dans la carrière périlleuse de l'épopée, par un *Poème* en italien sur le martyre de *Ste Cécile*. Quelques louanges que lui ait données le *Tasse* lui-même dans un Sonnet ; les gens de goût placent cet ouvrage au rang des plus médiocres. Il a été imprimé plusieurs fois ; mais l'édition la plus estimée est celle de Rome, corrigée & augmentée, en 1598, in-12.
CARTER, (François) de la société des Antiquaires de Londres, mort en 1783, est connu par son *Voyage de Malaga à Gibraltar*, 2 vol in - 8°, 1778, en anglois, avec les planches séparées.
CARTERON, (N.) célèbre imprimeur de Lyon, prit pour devise quatre carterons, avec ces mots : *Les carterons font les livres*.
CARTES, (Des) *Voyet* DESCARTES.
CARTES A JOUER, (De l'invention des) *Voyet* GRINGONNEUR.
CARTHAGE, (Mythol.) sœur de l'*Hercule* de Tyr, & d'*Astérile* sœur de *Latone*, donna son nom à la ville d'Afrique, que *Didon* augmenta ensuite.
CARTICEYA, (Mythol.) divinité Indienne du second ordre ; & fils de *Shiva* & de *Parvati*, a six faces, une multitude d'yeux. Montée sur un paon, elle commande l'armée céleste. C'est le *Mars* Indien.
CARTIER, ou QUARTIER, (Jacques) de Saint-Malo, découvrit en 1554 une grande partie du Canada. Il fit son voyage sous les auspices de *François I*, qui disoit plaisamment : *Quoi ! le Roi* d'Espagne & celui de Portugal par- agent fort tranquillement entr'eux le Nouveau Monde, sans m'en faire part ! Je voudrois bien voir l'article du testament d'Adam, qui leur lègue l'Amérique. Le Baron de Lévi, des l'an 1518, avoit découvert une partie du Canada. Cartier fit plus que découvrir, il visita tout le pays avec beaucoup de foin, & laissa une *Description* exacte des issus, des côtes, des ports, des détroits, des gols, des rivières, des caps qu'il reconnut. Nos marins se servent encore aujourd'hui de la plupart des noms qu'il donna à ces différens endroits.
CARTISMANDA, reine de Brigantes en Angleterre, fous l'empire de *Claude*, embraffa av c ardeur le parti des Romains, vers l'an 43 de Jésus - Christ. Elle quitta *Vénusus*, fon premier mari, pour épouser fon grand - écuyer. Ce mariage mit la division dans le royaume; les uns étoient pour le mari chaffé, les autres pour la reine. *Vénusus* affembla une puissante armée, chaffa à fon tour cette princeffe, & l'eût prise sans l'aide des Romains, qui, fous prétexte de la fecourir, se ren- dirent maître de fon état.
CARTOUCHE, *Voyez* l'article de MANDRIN, où nous parlons en paffant de ce scélérat. I. CARTWRIGHT, ( Chrif- tophe ) ministre Anglican, né à Yorck en 1601, mort en 1658, à 56 ans, laissa des ouvrages effimés des Hébraïfans. Les prin- cipaux font : *Elcda Targunico- Rabbinica in Gensim*, Londres, 1648, in - 8°; — in *Exodum*, 1653, in - 8°.
II. CARTWRIGHT, ( Thomas ) paffeur à Anvers & a Milddel- bourg, ensuite curé de Warwick, mort en 1603, est auteur : I. D'une *Harmonie Evangélique*. II. D'un *Commentaire* sur les Proverbes de *Solomon*, Leyde 1617, in - 4°; — sur l'*Eccléfafe*, Londres, 1604, in - 4°. Il a fait quelques autres ouvrages en anglois, qui font effimés. I. CARVAJAL, ( Jean de ) évêque de Placentia, d'une famille illustre d'Espagne, s'acquit une très grande réputation par fon habilite & par ses succès dans vingt-deux legations. Il fut honoré du chapeau de cardinal, & mourut à Rome en 1469, à 70 ans.
II. CARVAJAL, ( Bernardin de ) fut fucceillivement évêque d'Aftorga, de Bajadox, de Car- thagène, de Siguenza & de Pla- centia. *Alexandre VI* le fit cardinal en 1493. Il fut envoyé en Espagne & en Allemagne, & mourut évêque d'Ostie & doyen du sacré collège, en 1522, à 67 ans.
III. CARVAJAL, ( Laurent de ) conseiller du roi *Ferdinand* & de la reine *Isabelle*, mort du temps de *Charles-Quint*. On a de lui des *Mémoires de la vie de Ferdinand* & d'*Isabelle*, en espagnol. Ils font plutôt d'un courtifan, que d'un historien fidèle.
CARVALHO D'ACOSTA, ( Antoine ) naquit à Lisbonne en 1650, avec les dispositions les plus heureuses. S'étant adonné à l'étude des mathématiques, à l'af- tronomie & à l'hydrographie, il entreprit la *Description topogra- phique* de sa patrie. Il visita tout le Portugal avec un très - grand foin, suivant le cours des rivières, gravifant les montagnes, & exa- minant tout de ses propres yeux. Cet ouvrage, le meilleur qu'on ait sur cet matière, est en trois vol. in - folio, qui parurent depuis 112 CAR 1706 jusqu'en 1712. On y trouve l'histoire des lieux principaux, les hommes illustres qui y ont pris naissance, les généalogies des principales familles, les curiosités naturelles, &c. On a encore de cet auteur, un *Abrégé de Géographie*, & une *Méthode d'Astronomie*. Le Portugal le perdit en 1715, à 65 ans. Il mourut si pauvre, qu'on fut obligé de payer les frais de son enterrement.
CARVER, (Jonathan) naquit dans le Connecticut, province de l'Amérique Septentrionale, en 1732, d'un père qui étoit juge de paix. Il le perdit dès l'âge de quinze ans. Destiné d'abord à la médecine, il l'abandonna pour entrer comme enseigne dans un régiment où il servit, & fit toutes les guerres qui déciderent du sort du Canada. Le traité, conclu en 1763, entre la France & l'Angleterre, mit fin aux hostilités. Carver jugeant dès-lors ses services militaires inutiles, résolut de reconnoître les pays les plus intérieurs de l'Amérique, & de pénétrer jusqu'à la mer Pacifique, à travers les terres. Son *Voyage* a été publié en 1786. On y trouve des détails curieux sur la géographie de cette immense contrée, & sur les mœurs des nombreuses nations qui l'habitent. Le long séjour qu'il fit parmi les *Nadoéffis*, & les services qu'il leur rendit, lui fit accorder par un acte formel de ce peuple, un terrain considérable, situé au nord du lac *Pepin*. De retour de son voyage, il s'embarqua pour l'Angleterre, où il arriva en 1769. Il n'y fut pas accueilli comme il le defiroit. Une âme énergique comme la sienne, ne pouvoit descendre à cette importunité & à cette adulation, qui trop souvent sont les seuls moyens de s'attirer la faveur des gens en place. Forcé par les besoins d'une famille souffrante, d'exercer l'emploi chétif de commis d'une loterie, les chagrins de l'âme produisirent bientôt chez lui l'affoiblissement du corps. Il mourut le 31 janvier 1780, d'une dysenterie, suite d'abstinences forcées, à l'âge de 48 ans. Ainsi périt, au milieu d'une des premières villes du monde, un homme qui avoit sacrifié sa fortune & risqué sa vie, dans la vue de rendre à sa patrie d'importans services. La modestie de Carver lui donnait l'air réservé. Il faisoit assez bien les vers. Outre son *Voyage*, qui a obtenu plusieurs éditions, il est auteur d'un petit *Traité sur la culture du tabac*.
CARVILIUS MAXIMUS, (*Sporius*) capitaine Romain, célèbre par ses vertus & sa bravoure, fut consul avec *Papirius Curfor*, l'an 293 avant Jésus - Christ. Il prit Amiterne, tua deux mille huit cents hommes, fit quatre mille prisonniers, & se rendit maître de Cominium, Palumbi, Herculanum & d'autres places. De retour à Rome, il eut les honneurs du triomphe. — CARVILIUS, son fils, aussi consul, passe pour le premier Romain qui répudia sa femme, vers l'an 231 avant Jésus-Christ. D'autres attribuent cette innovation à *Carvilius Ruga*.
CARUS, (*Marcus - Aurélius*) naquit à Narbonne, d'une famille originaire de Rome, vers l'an 230. Elevé dans cette dernière ville, il cultiva les belles lettres avec succès, s'éleva par son mérite au consulat, aux premières dignités militaires. Il exerçoit la charge de prêter du prétoire, lorsqu'il fut élu empereur à la mort de *Probus*, en août 282. Il défit les Sarmates & les Perses, & nomma Célars Céfars fes deux fils *Carin* & *Numérien*. Les grandes qualités qu'il montra, n'étant encore que particulier, & les belles actions qu'il fit étant empereur, lui ont acquis une place honorable dans l'histoire. Il avoit cultivé les belles-lettres & la politique. Son premier foin, en montant fur le trône, fut de venger la mort de fon prédécesseur. Il fit punir fes affaffins, & veilla à la sûreté publique. Comme la mort de *Probus* avoit mis en mouvement une partie des peuples de l'Occident, *Carus* envoya dans les Gaules *Carinus* fon fils pour les contenir dans l'obéissance; & il marcha contre les Sarmates, qu'il founit après leur avoir tué feize mille hommes & fait vingt mille prisonniers. Il porta bientôt après la guerre en Perfe. Il reprit en 283 la Méfopotamie dont les Perfes s'étoient emparés, & entra de là dans leur pays, agité alors par des guerres civiles. *Varanane II*, prince inquiet & belliqueux, vint au-devant de lui pour combattre. *Carus* le vainquit; & s'étant rendu maître de Céfophon, capitale de l'empire, il founit aisément toutes les autres places. Cette conquête, illustrée par plusieurs victoires, lui fit donner le nom de *Perfique*, dont il ne jouit pas long-temps. Ayant fait camper fon armée fur les bords du Tigre, à peu de distance de Céfophon, il fut tué au milieu d'un orage, par un coup de foudre, dont il fut frappé dans sa tente. Cet accident arriva vers le 20 décembre 283, après 16 ou 17 mois de règne. Il pouvoit être âgé d'environ 54 ans. Après sa mort, les Romains le mirent au rang de leurs Dieux. I. CARY, *Voyet* FALK-ZAND. *Tome III.*
II. CARY, (Félix) de l'académie de Marseille, fa patrie, naquit en 1699 d'un libraire distingué dans fa profession, & mourut le 15 décembre 1754, dans fa 55$^{e}$ année. Ses *Differtations* fur la fondation de la ville de Marseille, & fon *Histoire des Rois de Thrace* & du *Bophore* par les *Médailles*, in-4$^{o}$, font dignes d'un favant. *Voyet* LESBONAX. L'auteur étoit homme d'esprit & d'érudition. Il a fait beaucoup plus d'honneur à l'académie de Marseille, que certains verfiscauteurs froids, qui ont eu cependant plus de réputation que lui.
CARYBDE & SCYLLA, (Myth.) font deux noms célèbres dans la mythologie, la géographie & la morale. CARYBDE fut une femme adonnée à la rapine, qui, ayant volé des bœufs à *Hercule*, fut précipitée dans la mer de Sicile, & changée en gouffre horrible, qui semble retenir encore fa première rapacité. SCYLLA, fille de *Phorcus*, le disputoit à *Circé* dans l'art funeste de préparer des poisons: ayant abufé de fon dangereux talent, elle fut changée en rocher; & le mugissement des flors qui se brifent contre fes flancs, fit feindre aux poètes, qu'elle étoit entourée de chiens furieux & de loups hurlans fans cessé. Ces deux écueils font fort voisins & à l'oppofte l'un de l'autre dans le détroit de Sicile, de forte qu'il est très difficile de les éviter tous deux à la fois; ce qui a donné lieu à ce proverbe, pour signifier que de deux maux pressans, l'un est pour ainsi dire inevitable: *Inédit in Scyllam, cupiens vitare Charybd'm.*
CARYSTUS, fils de *Chiron* & de *Chariclé*, fonda dans l'île d'Euse la ville de Caryst. 114 CAS
CASA, (Jean della) *Voyer* CASE.
CASALANZIO, (Joseph de) né à Péralte dans le royaume d'Aragon en 1556, d'une famille noble, n'embraffa que fort tard l'état ecclésiafique, dont il avoit toutes les vertus. Il fit un voyage à Rome, & entra dans la confraternité de la Doctrine chrétienne. Il sentit combien il étoit important d'inftuire de bonne heure les enfans des devoirs de la religion. Quelques ecclésiafiques zélés se joignirent à lui, pour partager ce laborieux & important exercice. *Paul V*, persuadé de l'utilité de cet institut, l'érigea en congrégation, en 1617, sous le nom de *Congrégation Pauline*. Ces ecclésiafiques ne faisoient alors que des vœux simples; mais, en 1621, *Grégoire XV* leur permit de faire des vœux folennels, & leur donna le nom de *Cleres réguliers des Ecoles pies*. Leur habit ressemble beaucoup à celui que portoit les Jésuites, & ils ont été quelquefois leurs rivaux en littérature, en philosophie, en théologie. Ils ont un grand nombre de collèges en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Pologne & en Hongrie. Le pieux fondateur, en prenant l'habit de sa congrégation, renonça au nom qu'il portoit dans le monde, & prit celui de *Frère Joseph de la Mère de Dieu*. Il mourut faiblement à Rome, le 25 août 1648, à 92 ans. *Clément XIII* l'a canonisé en 1757. I. CASALI, (Ubertin) cordelier, auteur d'un livre rare & singulier, intitulé : *Arbor vita crucifixæ JESU*, Venise 1485, in-fol. Il infinie que *Jésus-CHRIST* est le premier instituteur de l'ordre de *S. François*. Il avoit publié, en 1321, un écrit pour les Spérituels contre les Frères de communauté. On le trouve dans les *Mifcellanea* de *Balute*.
II. CASALI, (Le comte) né dans l'état de l'Église au 18$^{e}$ siècle, s'est fait un nom dans les mathématiques. Les sciences abstraites n'avoient pas desséché son génie. Il se sert avec une égale facilité de la lyre & du compas. On a de lui des *Poésies*, qui ne sont pas sans mérite.
CASALS, (Guillaume-Pierre de) troubadour des environs de Narbonne, dans le 13$^{e}$ siècle, a laissé douze pièces de vers, d'une galanterie assez triviale & d'un style très-affecté. Dans l'un de ses *Sirventes*, il dit : « On voit des gens persuadés qu'il suffit, pour acquérir de l'honneur, d'élever de superbes édifices, de parler haut, & de faire les mauvais plaifans; tout cela n'est que fausse monnoie. Je ne puis souffrir un noble qui n'est point amoureux, une dame qui n'est point affable, un jeune gentilhomme qui n'aime point à rendre service, une demoiselle qui ne répond pas d'une façon polie, un riche avare, un jongleur désagréable, un fanfaron qui menace tout le monde, un homme qui va par tout étalant ses titres & ses qualités ! »
CASANATE, (Jérôme) né à Naples en 1620, d'un régent au conseil suprême, fréquenta d'abord le barreau par complaisance pour son père; mais ayant fait un voyage à Rome, il embraffa l'état ecclésiafique. Son esprit orné & son caractère honnête, plurent à l'abbé *Alliéri*, depuis pape sous le nom de *Clément X*. Ce pontife l'honora de la pourpre Romaine en 1673, & lui confia les affaires les plus importantes. *Innoient XII*, sachant qu'il joignoit l'amour des lettres à la connoissance des affaires, le nomma bibliothécaire du Vatican. Son projet étoit de faire part au public des richesses que renfermoit le trésor confié à ses soins. L'abbé *Zacagni* donna, sous sa direction, un recueil d'*Ouvrages anciens manuscrits*, in-4°, & ils auroient été suivi de plusieurs autres, si la mort du cardinal *Casanate*, arrivée en 1700, à 80 ans, n'avoit interrompu cette entreprise. Ce prélat laissa en mourant, sa bibliothèque aux Dominicains du couvent de la Minerve, à condition qu'elle feroit publique, avec un revenu de 4000 écus Romains, pour l'entretien de la bibliothèque, des bibliothécaires, & de deux professeurs. I. CASA-NOVA, (Marc-Antoine) poète Latin de Rome, mort en 1527, s'est distingué dans le genre épigrammatique, auquel le portoit son humeur satirique & plaifante. Il se forma sur *Martial*, & en prit le style vif & mordant: il possédoit l'art d'aiguifer la pointe de la fin, & il avoit à cet égard la plus grande facilité. *Catulle* fut son modèle dans les vers qu'il composa pour les hommes illustres de l'ancienne Rome: cependant il est loin de cette pureté, de cette douceur qui charment dans le poète latin. Il en imite quelquefois l'élégance; mais sa diction est plus forte que moelleuse. On trouve ses *Poésies* dans les *Delicia Poetarum Italorum*.
II. CASA-NOVA, (N.) sculpteur qui acquit de la réputation, & qui professa avec succès l'architecture & la sculpture à Dresde, où il mourut au commencement de 1796.
CASANOVE, (N.) auteur des *Theftaliennes*, comédie en trois actes, représentée aux Italiens en 1782, est mort quelque temps après.
CASAS, (Barthélemi de las) né à Séville en 1474, d'une famille noble, suivit, dès l'âge de 19 ans, *Antoine de las Casas*, son père, qui passoit dans les Indes avec *Christophe Colomb*, en 1493. De retour en Espagne, il fut ecclésiastique & curé. Il quitta sa cure & sa patrie, pour aller travailler au salut & à la liberté des Indiens. Quelques gouverneurs faisoient détester le nom Espagnol par leurs cruautés; *las Casas* résolut de retourner dans sa patrie, pour porter ses plaintes & les cris des Indiens aux pieds de *Charles-Quint*. L'affaire fut discutée dans le conseil. Les traits de barbarie que *las Casas* rapporta, touchèrent tellement l'empereur, qu'il fit des ordonnances très-sévères contre les persécuteurs, & favorables aux persécutés. Ces règlements si justes, ne furent point observés. Les gouverneurs Espagnols continueront leurs brigandages. Il y eut même un docteur, *Sépulvédà*, qui, s'éloignant des sentimens doux & modérés, qui conviennent si bien, dit le Père *Fabre*, à un vrai théologien, entreprit de justifier leurs violences par les lois divines & humaines, & par l'exemple des Israélites, vainqueurs des Chananeens. Ce livre, imprimé à Rome, fut proscrit en Espagne. *Las Casas*, devenu évêque de Chiapa, réfuta cette apologie de la tyrannie. Ce traité, intitulé *La destruction des Indes*, & traduit en tant de langues, est plein de détails qui font frémir l'humanité, mais dont quelques-uns paroissent exagérés. 116 CAS *Sépulvéda*, niant les uns, excusant les autres, ne se rendit point aux raifonnemens de l'évêque de Chiapa. L'empereur nomma *Dominique Soto*, son confesseur, pour être l'arbitre de ce différend. Le prélat mit toutes ses raifons par écrit, pour être envoyées à *Charles-Quint*; mais ce prince, accablé d'affaires, laïffa celle-ci indécise. Les Indiens continuèrent d'être tyrannités. L'évêque de Chiapa, défeférant de foulager les peuples opprimés, revint en Espagne en 1551, après s'être signalé pendant cinquante ans en Amérique, par un zèle infatigable & par toutes les vertus épiscopales. Ce qui affoiblit un peu la reconnoissance que lui doit l'humanité, c'est que tandis qu'il travaillait avec un zèle infatigable à la liberté des Indiens, il employoit tout son crédit à affervir les Nègres, pour les faire travailler en Amérique. Il mourut à Madrid en 1566, âgé de 92 ans. Il s'étoit démis de son évêché entre les mains du pape, peu de temps auparavant. L'ordre de *S. Dominique*, dans lequel il étoit entré en 1622, lui doit plusieurs établissements dans le Pérou. Outre son *Traité* de la destruction des Indes, on en a plusieurs autres contre *Sépulvéda*, dans lesquels on voit qu'avec beaucoup d'humanité & de savoir, il se laiffoit quelquefois entraîner par la vivacité de son imagination. L'édition Espagnole de Séville, 1551, cinq parties en un vol. in-4°, caractère gothique, est plus estimée que les éditions suivantes en caractère ordinaire. On ne doit point oublier un ouvrage latin, de lui, aussi curieux que rare, sur cette question : *Si les Rois ou les Princes peuvent en conscience, par quelque droit ou en vertu de quelque titre, aliéner de la Couronne leurs citoyens & leurs* *fujets, & les soumettre à la domination de quelques Seigneurs particuliers* ; Tubinge 1625, in-4°. L'auteur y discute plusieurs points très-délivats & très-intéressans, touchant les droits des souverains & des peuples. La *Relation* de la destruction des Indes a été traduite en françois en 1697, par l'abbé de *Bellegarde*. On en a aussi une traduction latine, Franckfort, 1598, in-4°.
CASATI, (Paul) né à Plaifanee en 1617, d'une famille distinguée, entra jeune chez les Jésuites. Après avoir enseigné à Rome les mathématiques & la théologie, il fut envoyé en Suède à la reine *Christine*, qu'il acheva de déterminer à embraffer la religion Catholique. Il mourut à Parme, en 1707, à l'âge de 91 ans, laïffant plusieurs ouvrages en latin & en italien. Les principaux font : I. *Vacuum proscriptum*. II. *Terra machinis mota*, Rome, 1668, in-4°. III. *Mechanicorum libri octo*, 1684, in-4°. IV. *De igne Dissertationes*, 1686 & 1695, 2 parties in-4° : estimées. V. *De Angelis Disputatio theologica*. VI. *Hydroflaticæ Dissertationes*. VII. *Opticæ Disputationes*, à Parme, 1705. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il fit ce traité d'Optique à 88 ans, étant déjà aveugle. Sa mort causa des regrets aux favans & aux gens de bien, qui aimoient son esprit, son excellent caractère & sa piété. On voit dans ses ouvrages de physique beaucoup de recherches & d'expériences, & plusieurs bonnes vues. I. CASAUBON, (Isaac) naquit en 1559 à Genève, où son père, ci-devant ministre en Dauphiné, s'étoit retiré pour cause de religion. Il professa d'abord les belles-lettres dans sa patrie, & ensuite la langue grecque à Paris. Henri IV lui confia la garde de la bibliothèque en 1603. Jacques I, roi d'Angleterre, l'appela après la mort de ce prince, & le reçut d'une manière distinguée. Il mourut le premier juillet 1614, à 55 ans, & fut enterré à l'abbaye de Westminster. Il affecta toujours de montrer un esprit de paix dans les querelles de la religion; mais pour avoir voulu plaire aux Catholiques & aux Huguenots, il ne fut agréable ni aux uns ni aux autres. Un de ses fils s'étant fait Capucin, alla lui demander sa bénédiction. Je te la donne de bon cœur, lui dit son père. Je ne te condamne point; ne me condamne pas non plus: Nous paroîtrons tous deux au tribunal de Jésus-Christ. — Étant allé en Sorbonne, on lui dit: Voilà une salle où l'on dispute depuis quatre cents ans. — Qu'y a-t-on décidé? demanda-t-il sur le champ. On voit par ces réponses, que Casaubon étoit plutôt porté à la criminelle indifférence pour toutes les religions, qu'il ne penchoit pour le Calvinisme. On a de lui: I. Des Commentaires sur plusieurs auteurs anciens: sur Polybe, 1609, in-folio; sur Théophraste, Athénée, Strabon, Polybe, &c. &c. On remarque dans tous une littérature immense, des vues nouvelles sur plusieurs passages mal entendus. II. De libertate ecclesiastica, 1607, in-8°, traité imprimé jusqu'à la page 264, parce que le différend avec la république de Venise ayant été accordé, Henri IV en fit discontinuer l'impression. Ce fragment se trouve avec ses Lettres, Rotterdam, 1709, in-fol. III. Des Exercitations sur les Annales de Baronius, qui sont très-mauvaises. Il ne pousse son examen que jusqu'aux trente-quatre premières années, & on a dit avec raison, qu'il n'avoit attaqué l'édifice du Cardinal que par les girouettes. Le Clerc le blâme d'avoir écrit sur des matières qu'il n'entendoit pas assez, & qu'il n'étoit plus temps d'étudier dans ses vieux jours. IV. Des Lettres, déjà citées. Elles sont intéressantes par bien des particularités, & surtout par la modestie & la candeur qui y règnent: ces deux vertus formoient le caractère de l'auteur. V. Casauboniana, 1710, in-4°
II. CASAUBON, (Meric) fils du précédent, & d'une fille de Henri Etienne, né à Genève en 1599, élevé à Oxford, & ensuite chanoine de Cantorberi, refusa une pension que lui offroit Olivier Cromwel pour écrire l'Histoire de son temps. Il mourut en 1671, à 72 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages, aussi recherchés pour l'érudition, que dégoûtant par la dureté du style. Les principaux sont des Commentaires sur Opta, sur Diogène-Laërce, sur Hiéroclès, sur Epistète, &c. Ses Lettres ont été imprimées avec celles de son père.
CASAUX, (Charles de) consul de Marseille dans le temps de l'avènement de Henri IV à la couronne, aima mieux traiter avec le roi d'Espagne qu'avec son souverain. Il avoit déjà envoyé ses confidens à Madrid, & devoit bientôt livrer la ville à l'ennemi, lorsqu'un bourgeois nommé Sibertat, Corse d'origine, introduisit le duc de Guise par une porte qu'on lui avoit confiée, & tua Casaux de sa propre main, en 1596. I. CASE, Voyez CASES.
II. CASE, (Jean de la) ou della CASA, archevêque de Bénavent, né d'une famille originaire de Mugello, dans l'état de Florence, en 1503, mourut à Rome en 1556, à 54 ans, dans le temps que Paul IV lui desti- 118 CAS noit la pourpre Romaine: il étoit fécrétaire de ce pontife, & avoit été nonce de Paul III à Venife. Il fut regretté des favans dont il étoit l'ami & le protecteur, & laiffa plusieurs ouvrages italiens en vers & en profe, écrits avec autant d'agrément que de délica- teffe. Sa Galathée ou la Manière de vivre dans le monde, traduite en françois, 1680, mérite fur-tout cet éloge. La Cafe avoit, dans fa jeuneffe, & long-temps avant que d'avoir embraffé l'état eccléfiafti- que, compofé quelques poefies licencieufes, appelées par les Ita- liens, Capitoli. Trois de ces Capi- toli, del Forno, degli Baci, & fu- pra il nome di Giovani, étoient fi obfcènes, qu'on les a fuppri- mées dans les éditions des Œuvres de la Cafe, données depuis 1700; mais on les trouve, avec quel- ques autres pièces femblables de Berni, de Mauro & d'autres, dans un recueil imprimé à Venife en 1538, in-8.º Le Capitolo del Forno eft fans doute un ouvrage très-in- décent; l'auteur s'y propofe de dé- crire, fous l'allégorie d'un four, les plaifirs de l'amour. Mais quoi- qu'il fe borne à la volupté con- forme aux lois de la nature, on s'avifa de dire qu'il vouloit pein- dre des infamies, qui y font en- tièrement oppofées. Un paffage equivoque, dans lequel il paroif- foit s'accufer lui-même de ce gour déteftable, lui attira une fa- tire violente, de la part de Ver- gerio, fon ennemi déclaré. Il y fit une réponfe en vers latins, dans laquelle il nia le fait, & fou- tint qu'il n'avoit prétendu louer que la jouiffance des femmes. Il faut convenir que le mot Mefticro divino, dont il fe fert, ne tombe point fur l'abomination connue à Sodôme, mais fur les plaifirs des deux fexes, Voyt les Obfer- vations choifies de Grundlinglus; Leipfig 1707, in-8º, dans lef- quelles il a inféré le Capitolo del Forno avec le Pome apologétique de la Cafe. Malgré cette apolo- gie, beaucoup d'écrivains Pro- teftans adoptèrent les calomnies de Vergerio. Ils transformèrent même le Capitolo del Forno, en un livre latin, De laudibus Sodo- mia, qui n'a jamais exifté que dans leur imagination. Les mœurs de la Cafe ne méritoient point cet outrage; elles furent dignes d'un prelat vertueux. Il étoit d'ailleurs ami d'un repos philofophique, & redoutoit les embarras des cours. Tous les Ouvrages de cet auteur, ont été recueillis à Flo- rence, 1707, en 3 vol. in-4º; à Venife, 1728 & 1729, en 5 vol. in-4º; & à Naples, 1703, en 6 vol. in-4º. Cette dernière édition eft jolie. Parmi les auteurs qui ont juftifié la Cafe, consultez les Fragmens d'Histoire & de Littérature, à la Haye, 1706, page 116 & fuivantes.
CASEARIUS, (Jean) miffion- naire de Cochin, a fait la Def- cription des Plantes de l'Hortus Ma- labaricus, 1678 & fuiv. 12 vol. in-folio; auxquels il faut joindre l'Index de Commelin, 1696.
CASEAUX, Voyt CASAUX.
CASEL, (Jean) né à Gottin- gen en 1533, profeffa la philo- fophie & l'éloquence à Roftoc & à Helmftad. Il faifoit grand cas des Pères Grecs, & il mourut dans cette dernière ville en 1613, à 80 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, & un recueil de Lettres latines, 1604, in-8º. Il s'oppofa fortement à l'opinion de Daniel Hofman, qui foutenoit que « la philofophie étoit contraire à la théologie, & qu'il y avoit plu- fleurs chofes vraies en théologie, qui font fauffes en philofophie." I. CASENEUVE, Voyet CASA-NOVA.
II. CASENEUVE, (Pierre de) Touloufain, prébendé de l'église de Saint-Etienne, mort en 1652, à 61 ans, est auteur des Origines ou Etymologies françoises, inférées depuis à la fuite du Dictionnaire étymologique de Ménage. On a en- core de lui : I. L'Origine des Jeux Floraux de Toulouse, où l'on trouve des recherches curieuses. II. Le Franc-Alleu de Languedoc, Tou- louse, 1645, in-fol. III. La Ca- talogne Françoise, 1644, in-4.º IV. La Caritée, roman, in-8.º V. Viede S. Edmond, in-8.º Caseneuve étoit un homme de bonnes mœurs & modeste. Il ne voulut jamais défiger quel fuccefleur il defiroit qu'on lui donnât dans fon béné- fice, & refufa qu'on tirât fon portrait. Les états de Languedoc lui ayant offert une penfion, pour l'engager à travailler à l'Histoire des Comtes de Toulouse, il continua cette Histoire, qu'il avoit déjà entreprise; mais il ne voulut pas de penfion. Le plaifir de travailler pour sa patrie lui paroissoit une récompense fuffiante.
CASES, (Pierre - Jacques) peintre, né à Paris en 1676, mourut dans la même ville le 25 juin 1754. Il eut pour maitres dans fon art, Houafle, enfuite Bon Boullongne. Il remporta le grand prix de pein- ture en 1699, & fut reçu membre de l'académie en 1704. Cases peut être confidéré comme un des pre- miers peintres de l'école Françoise. Son deffin est correct & de grande manière; ses compositions font d'un génie facile : il drapoit par- faitement bien, & poffédoit à un très-grand degré l'intelligence du clair-obfcur. Sa touche est moël- leuse, fon pinceau brillant. Il y a beaucoup de fraicheur dans ses teintes. Cet illufre arfille a beau- coup travaillé; mais ses ouvrages ne font pas tous de la même beauté. Sur la fin de sa vie, le froid de l'âge & la foibleffe des organes lui ont fait produire des tableaux où ce maître est inférieur a lui-même. On voyoit de ses ouvrages, à Paris dans l'église de Notre- Dame, au collège des Jésuites, à la Charité, au petit Saint-Antoine, à la chapelle de la Juffienne, à l'abbaye de Saint-Martin, & princi- palement à Saint-Germain-des- Près, où il a représenté la vie de S. Germain & de S. Vincent. On admiroit à Saint-Louis de Ver- failles une Sainte Famille, qui est une des belles productions de ce maître. Cases a reuffi fur- tout dans les tableaux de chevalet. Le roi de Pruffe a deux morceaux précieux de ce peintre, qui ont été comparés pour le beau faire aux ouvrages du Corrège. Le cé- lèbre le Moine a été un des élèves de Cases. I. CASIMIR Ier, roi de Pologne, fils de Miciflas, mort en 1034, monta fur le trône après lui. Ses fujets s'étant révoltés sous la régence de sa mère, il paffa incognitô en France sous le nom de Charles, entra dans l'ordre de Cluni, & prit le diaconat. Sept ans après, les Polonois, livrés aux troubles & aux divifions de- puis sa retraite, obtinrent de Benoit IX, en 1041, que leur roi remonteroit fur le trône & se marieroit. De retour en Pologne, Casimir épousa une fille du grand duc de Ruffie, & en eut plufieurs enfans. Il civilisa les Polonois, fit renaître le commerce, l'abon- dance, l'amour du bien public. l'autorité des lois. Il régla parfaitement bien le dedans, & ne négligea point le dehors. Il défit *Maïlas*, grand-duc de Mofcovie, enleva la Siléfie aux Bohémiens, & établit un fège épiscopal à Breflaw. Il mourut le 28 novembre 1058, après un règne de 18 ans.
II. CASIMIR III, *le GRAND*, né en 1309, fut roi de Pologne en 1333, après la mort de *Ladiflas* son père. Il enleva plusieurs places à *Jean* roi de Bohême, *l'oy*, *JEAN*, n° *LXI*, & conquit la Ruffie. Il joignit aux talens de la guerre, les vertus d'un grand roi, maintint la paix, fonda & dota des églises & des hôpitaux, & éleva un grand nombre de forteresses. On ne lui reproche que sa passion pour le vin & pour les femmes. L'évêque de Cracovie l'ayant excommunié, après l'avoir repris inutilement de ses fautes, *Casimir* fit jeter dans la rivière le prêtre qui lui signifia la censure. Il répara ses fautes par une fincère pénitence. Il mourut le 8 septembre 1350, d'une chute de cheval, après avoir régné 37 ans.
III. CASIMIR V, (*Jean*) fils de *Sigismond III*, roi de Pologne, d'abord *Jésuite* & cardinal, disputa le trône après la mort de *Ladiflas VII* son frère, arrivée le 29 mai 1648. Ayant été élu, il renvoya son chapeau & prit la couronne. Le pape lui donna la dispense pour époufler *Louise-Marie de Gonçague*, veuve de son frère. Il fut d'abord défait par *Charles-Guétard*, roi de Suede; mais animé d'un vrai courage, & se montrant à la tête de ses armées, il eut le bonheur de le repousser ensuite, & de conclure un traité de paix avec son fuscesseur en 1660. L'année d'après, son armée remporta une victoire sur les Mofcovites en Lithuanie. Une fédition élevée contre lui, qu'il appaissa, lui inspira du dégoût pour le gouvernement. Des 1661, il avoit annoncé aux Polonois, que la Mofcovie, la Pruffe & la maison d'Autriche profiteraient de leurs divisions, pour s'emparer d'une partie de la Pologne. Cette prédiction dédaignée alors, s'est vérifiée de nos jours. Ayant perdu la reine son épouse en 1667, *Casimir* descendit du trône, & vint se retirer à Paris dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, que *Louis XIV* lui donna, avec une pension convenable à un prince de son rang. Les plaisirs de la société & les charmes des belles-lettres, lui firent bientôt oublier les embarras brillans de la royauté. Il ne voulut jamais qu'on lui donnât à Paris le nom de *Mijesté*, titre qui lui rappelait sa gloire & ses chaînes. Une femme du peuple, à Evreux, où il avoit l'abbaye de Saint-Taurin, l'ayant appelé mon *Révérend Père*, chacun se mit à rire. — *Elle a raison*, dit *Casimir*, j'ai été *Jésuite* à Rome, & par conséquent *Révérend Père*; j'ai été *Roi*, ainsi *Père de mon peuple*; je suis *Abbe* : S. Paul ne dit-il pas *ABBA PATER* ? Il mourut à Nevers le 14 décembre 1672. Il avoit épouflé secrètement en France, *Françoise Mignot*, veuve du maréchal de l'*Hôpital du Hallier*, morte en 1711. *Sigismond II* avoit été le dernier prince par les mâles de la maison de *Jagellon*; *Casimir* fut le dernier par les femmes.
IV. CASIMIR SARBIEVIUS, *Voyet* SARBIEWSKI. V. CASIMIR, (*Saint*) grand-duc de Lithuanie, fils de *Casimir IV* roi de Pologne, disputa, à l'âge de 13 ans, la couronne de Hongrie à Matthias Corvin. Les armes du père n'ayant pu gagner au fils cette couronne, qui d'ailleurs eût été un fardeau bien pesant pour le jeune Casimir, il se retira, très-content de cet évènement, au château de Dobski, où il sanctifia sa retraite. Il mourut le 4 mars 1484, dans sa vingt-troisième année, martyr de la chasteté. Il avoit pratiqué auprès du trône toutes les austérités du cloître ; il fut canonisé en 1521.
CASSAGNES, (Jacques) garde de la bibliothèque du roi, membre de l'académie Françoise & de celle des Inscriptions, naquit à Nîmes en 1634, & y fut élevé dans le sein d'une famille opulente. Il vint de bonne heure à Paris, & s'y fit connoître par des ouvrages bien différents, des Sermons & des Poésies. Les uns & les autres étoient bons pour le temps. Il étoit sur le point de prêcher à la cour, lorsque Despréaux lança contre lui un trait de satire, qui effaça toute sa gloire. L'abbé Cassagnes, trop sensible, crut regagner l'estime du public en enfantant ouvrages sur ouvrages. Le travail & la mélancolie lui firent bientôt perdre la tête : on le mit à Saint-Lazare, où il mourut en 1679, à 46 ans. L'abbé de Brienne, qui vécut pendant quelque temps dans la même retraite que lui, assure qu'il mourut en homme sage & chrétien. La Préface des Œuvres de Balzac, composée par Cassagnes, sa Traduction de Sallusté, in-12, & quelques unes de ses Poésies, prouvent qu'il auroit pu faire quelque chose, sans l'affoiblissement de son cerveau. Boileau, qui causa son malheur, difoit au Père Bourdaloue, qui plaifantoit sur la folie attribuée ordinairement aux poètes, qu'aux petites maisons, il y avoit dix prédicateurs pour un poète. L'infortuné abbé Cassagnes put y être à ce double titre ; mais il ne falloit pas contribuer à son malheur, par des satires injustes. Ce cantique de lui n'est pas si médiocre : Que chantez-vous, petits oiseaux ? Je vous regarde & vous écoute : C'est Dieu qui vous a fait si beaux ; Vous le chantez sans doute. Son nom vous anime en ces bois ; Vous n'en célébrer jamais d'autre : Faut-il que mon ingrate voix N'imite pas la vôtre. Vos airs si tendres & si doux, Lui rendent tous les jours hommage ; Je le bénis bien moins que vous, Et lui dois davantage. Voyez l'Histoire de l'Académie Françoise, par l'abbé d'Olivet. I. CASSAN, empereur des Mogols dans la Perse, abjura le Christianisme pour monter sur le trône en 1294. Il subjugua la Syrie, vainquit le fultan d'Égypte, & mourut en 1304, après être retourné à sa première religion.
II. CASSAN, Voyez USUM-CASSAN. I. CASSANDRE, (Cassandra) fille de Priam roi de Troye, & d'Hécube, avoit le don de prophétie. Apollon, de qui elle l'avoit reçu, irrité des dédains que son amour essuyoit, décrédita ses prédictions, ne pouvant lui ôter le don d'en faire. Fermée comme insénérée dans une tour, elle annonça inutilement à sa patrie ses malheurs : on ne la crut qu'après l'évènement. Cassandre résuguée dans le temple de Pallas, durant le sac & l'incendie de Troye, fut violée brutalement par Ajax le Locrien, différent de celui qui disputa les armes d'Achille. Agamemnon, tou- ché de son mérite & de sa beauté, l'emmena en Grèce pour la garder dans son palais. *Clytemnestre* sa femme, fit affaîmer l'amant & la maitresse. On lui éleva un temple dans la ville de Leuctres. Sa statue y fervoit d'asile aux jeunes filles, qui refufoient de se marier à des prétendans laids & difgraciés par la nature. Dès-lorselles devenoient prêtreffes de *Cassandre*.
II. CASSANDRE, (*Cassander*) roi de Macédoine, après *Alexandre* le *Grand*, obligea les Athéniens de se mettre de nouveau sous sa protection, & confia le gouvernement de la république à l'orateur *Démétrius de Phalère*. Les Athéniens ayant refusé de le recevoir dans la ville, il fondit tout d'un coup sur Athènes, s'empara du Musée & s'en fit une forteresse. Ce coup imprévu intimida les Athéniens, & fit ouvrir leurs portes. *Olympias*, mère d'*Alexandre*, ayant fait mourir, par des supplices recherchés, la femme, les frères & les principaux partisans de *Cassandre*, il s'en vengea en affégeant Pydne. *Olympias*, obligée de se rendre, fut condamnée à la mort par le vainqueur. Il fit périr en même temps *Roxane*, femme d'*Alexandre* le *Grand*, & *Alexandre* fils de ce conquérant. Parvenu au trône par des meurtres, il s'y foutait, en se liguant avec *Séléucus* & *Lysimaque*, contre *Antigone* & *Démétrius*. Il les défit l'un & l'autre, & mourut hydropique trois ans après sa victoire, l'an 304 avant Jésus-Christ. Le philosophe *Théophraste* donna des leçons de politique à ce fouverain : il eût dû plutôt lui en donner de modération & de sagesse.
III. CASSANDRE ou CASSANDER, (*George*) naquit en 1513 dans l'isle de *Cassand*, près de Bruges, d'où il a tiré son nom. Après s'être distingué dans l'étude des langues, du droit, des belles-lettres & de la théologie, il se livra tout entier à la conversion des hérétiques. Il avoit toutes les qualités qu'il faut pour cet important ministère : un zèle actif, une douceur toujours égale, un désintéressement parfait, des moeurs pures, & un style modéré. Son ardeur pour la réunion des Protestans au sein de l'Eglise Catholique, lui a peut-être fait un peu trop accorder aux hérétiques ; mais on le lui a pardonné en faveur de ses motifs, & de son attachement constant à la vraie foi : cependant ses écrits conciliateurs ne fassifrent ni les Catholiques, ni les Protestans. *Ab urique parée*, dit-il, dans une lettre, *plagas accipimus & ab illis Lipidamur*. Ce traitement étoit d'autant plus injuste, que *Cassandre* n'eut d'autre passion que celle de connoître la vérité, & d'autre désir que celui de l'enseigner. Il mourut en 1566, âgé de 52 ans. Tous ses Ouvrages ont été publiés à Paris, in-fol, en 1616. Les principaux sont : *Le Traité du devoir de l'Homme pieux*, & qui aime véritablement la paix, dans les différends de religion, contre lequel *Calvin* écrivit vainement ; & son excellent livre des *Liturgies*. On convient qu'il est le premier qui ait écrit sur cette matière avec choix & avec quelques connoissances des vrais principes. L'empereur *Ferdinand I* l'ayant prié de travailler à pacifier les esprits, il entreprit d'expliquer les articles controversés de la confession d'Aubourg, & publia une *Consultation*, bien digne, par sa modération, d'un ministre de J. C. On a encore de ce favant, un *Recueil d'Hymnes* avec des *Notes* curieuses.
IV. CASSANDRE, (*François*) — mort en 1695, s'attacha avec C A S 123 succès à l'étude des langues grecque & latine, & il fit quelques vers françois qui n'étoient pas sans mérite. Son humeur atrabilaire & son caractère orgueilleusement philosophique, ternirent ses talens & empoisonnèrent sa vie. Il vécut & mourut dans l'obscurité & l'indigence. Sa mi'antropie le suivit jusqu'au tombeau, & il eut autant de peine à se mettre bien avec Dieu, qu'il en avoit eu à vivre avec les hommes. Son confesseur l'excitant a l'amour divin par la vue des bienfaits qu'il avoit reçus de Dieu : *Ah oui !* s'écria *Cassandre* d'un ton chagrin, *il m'a fait jouer un joli personnage ! Vous savez comme il m'a fait vivre ? Voyez, ajouta-t-il en montrant son grabat, comme il me fait mourir. Mais, en se plaignant de Dieu & des hommes, il ne voyoit pas qu'il avoit beaucoup plus à se plaindre de lui-même. *Boileau* l'a peint dans sa première satire sous le nom de *Damon* : *Passant l'été sans linge, & l'hiver sans manteau, Et de qui le corps sec, & la mine affamée N'en sont pas mieux refaits pour tant de renommée, &c.* On a de lui : I. La *Traduction de la Rhétorique d'Aristote*, Paris 1675, la Haie 1718, in-12; la meilleure que nous ayons de l'ouvrage du philosophe Grec. II. Les *Parallèles Historiques*, in-12, Paris 1680. Ce livre, dont l'idée étoit bonne, est très-mal exécuté. Le style est dur, lourd, incorrect; & certainement, si les *Versions de Cassandre* sont écrites de même, on les a beaucoup trop vantées. III. La *Traduction* des derniers volumes du président de Thou, que du *Ryer* n'avoit pas achevée. V. CASSANDRE-FIDÈLE, sa- vaque Vénitienne, qui s'appliqua avec succès aux langues grecque & latine, à l'histoire, à la philosophie, à la théologie. Elle joignoit à tant de sciences, la connoissance des arts agréables. Grande musicienne, elle s'accompagnait avec une voix charmante, du luth & de la lyre. — *Louis XII*, roi de France, *Jules II*, *Léon X*, *François I*, *Ferdinand d'Aragon*, lui donnèrent des preuves non-equivoques de leur estime. Les savans ne l'admirèrent pas moins que les princes, & plusieurs même vinrent la voir à Venise, comme l'honneur de son sexe. Elle foutait à Padoue, dit *Moréri*, des thèses de philosophie pour un chanoine de Concordia son parent; mais ce fait est dénaturé. Lorsque *Bertullus Lambertus*, le chanoine dont il est ici question, fut reçu maître-ès-arts à l'université de Padoue, *Cassandre* fit seulement à cette occasion un discours latin, qui fut imprimé à Modène en 1487. *Philippe Tomasi* a publié le recueil des *Lettres* & des *Discours* de cette fille célèbre, & l'a enrichi de sa *Vie*; Padoue 1636, in-8. Elle avoit épousé, dans ses voyages, un médecin de Vicence, nommé *Mario Marpello*, dont elle fut veuve à 56 ans. Elle se retira alors chez les hospitalières de Saint-Dominique, qui la nommèrent leur supérieure, & elle y finit ses jours à l'âge de 102 ans, en 1567.
CASSARD, (Jacques) fils d'un armateur de Nantes, vit le jour dans cette ville en 1672. Ayant appris le pilotage à Saint-Malo, il commença à faire de petites courses, & se signala en 1697, dans l'expédition de Carthagène, où il avoit suivi le célèbre *Pointis*. Son courage se montra sur-tout à la tête des Fliboutiers qu'il com- mandoit. En 1703, il nettoya la Manche de corfaires, & réprima les Anglois dans la Méditerranée. Chargé, en 1712, d'attaquer, à la tête d'une flotte, les Portugais dans leurs colonies, il prit la ville de Ripera, grande capitale des îles du Cap-verd, & fit un butin de plus de deux millions. Antigoa, Surinam, la Berbiche, Curaçao & autres poffeffions des Anglois & des Hollandois, éprouverent les effets de sa bravoure, & quelques-unes payerent de riches rançons. Ayant joint fon ef-cadre à celle d'un officier d'un grade supérieur, en flation à la Martinique, il la détacha, malgré les ordres du commandant, pour pourfuivre, lorsqu'ils revinrent en France, une flotte Angloife, à laquelle il enleva deux vaiffeaux. En arrivant à Toulon, il éprouva le mécontentement de la cour, & pour s'en venger, il voulut mettre l'épée à la main contre le commandant qui l'avoit dénoncé comme un homme également téméraire & opiniâtre. Voyons, lui dit-il, *fi vous favez vous battre, comme vous favez écrire*. Mais les autres officiers les raccommodèrent, & il eut le titre de capitaine de vaiffeau en 1713. La paix rendit ses talens inutiles. On oublia même qu'ils avoient fervi l'Etat : car, ayant fatigué le minifère de lettres & d'injures au sujet d'un armement fait pour la ville de Marfeille, & que cette ville refufoit de lui payer, il fut renfermé dans le château du Ham, où il termina sa carrière en 1740, à 68 ans. *Caffard* avoit la valeur & l'intrépidité de *du Guai-Trouin*; mais ses mœurs étoient bien moins douces, & son commerce bien moins agréable. Il avoit la grof-fiéreté d'un matelot & la dureté d'un foldat. Cette dureté lui fuf- cita bien des querelles, éloigna de lui ses amis, & l'empêcha d'être estimé ce qu'il valoit. *Du Guai-Trouin* lui rendit toujours juffice. Un jour qu'il étoit à Versailles, dans l'antichambre du Roi, où il s'entretenoit avec plufieurs courtifans; tout-à-coup il apperçoit dans un coin un homme seul, & dont l'extérieur annonçoit la misère : c'étoit *Caffard*. *Du Guai-Trouin* quitte les feigneurs dont il étoit entouré, & va causer avec lui près de trois-quarts d'heure. Les courtifans étonnés, lui demandent à son retour, *avec qui il étoit ? — Comment, s'écria du Guai-Trouin, avec qui j'étois ? avec le plus grand homme de mer, que la France ait aujourd'hui*.
CASSE, *Voyez* DUCASSE. I. CASSEM, frère d'*Ali-Ben-Hamid*, 3$^{e}$ calife des Arabes Musulmans en Espagne, fut placé sur le trône après la mort de son frère, *Hairam*, un des principaux feigneurs Arabes, se fouleva contre lui, & fit proclamer un autre calife, nommé *Mortadha*, qui étoit du sang royal. La ville de Grenade ne voulant point le reconnoître, il se vit obligé de l'affléger, & fut tué sur ses murailles. *Cassem* ne laifia pas cependant d'être reconnu dans Séville, lorsque la ville de Cordoua prêta hommage à *Jahia*, fils d'*Ali Ben-Hamid*, son neveu; mais le règne de *Jahia* ne fut pas long. Les Cordouans, s'étant dégoûtés de lui, rappellerent *Cassem*, qu'ils avoient chaffé. Ce prince ne fut pas plutôt rétabli sur le trône, qu'il fit venir des troupes d'Afrique pour s'y affermir, mais cette entreprise fouleva de nouveau cette ville mutine, en forte qu'il se vit encore une fois chaffé, sans espérance de retour. *Jahia*, son neveu, ayant repris sa place, se faifit de u personne, & l'enferma dans une maison forte, où il finit ses jours. — II. CASSEM Ier, quatrième fultan de la race des Selgiucides, s'appeloit Barkiarok, de son nom de famille. Il prit celui de Cassem, lors de sa circoncision. Mahmud, son jeune frère, lui disputa l'em- pire, marcha contre lui, s'em- para de la ville d'Ispahan, & de la personne de Cassem. Celui-ci, s'é- tant évadé, se réfugia auprès d'A- tabek, gouverneur de Schiras, qui lui fournit des secours, & le fit re- connoître Sultan. Cassem triompha d'Imaël, l'un de ses oncles qui s'étoit révolté, d'Aflan, fultan du Khorafan, & de Mohamut son frère, qui lui avoit enlevé une partie de ses provinces. Il mourut l'an 900 de l'hégire. Les Hiftoriens racontent que Cassem s'étant re- tiré dans un lieu folitaire pour dormir, il écouta les hommes de sa garde, dont l'un difoit: « Ces fultans Selgiucides font d'un na- turel bien différent de celui des autres; ils ne savent ni se faire craindre, ni se venger des ou- trages qu'on leur fait. Voyez, ajouta-t-il, ce Muiade qui a été long-temps rebelle, & a causé tant de malheurs; le fultan, pour récompense de ses trahisons, l'a élevé à la place de Vifir. » Cassem fit mander quelques jours après Muiade, lui ordonna de s'asseoir, & sans autres discours, d'un coup du cimeterre qu'il tenoit en main, lui coupa la tête avec tant de jufesse, qu'elle demeura sur les épaules jusqu'à ce que le corps fut tombé par terre. Après cette exécution, Cassem se tournant vers ceux qui l'entouroient, leur dit: « Voyez maintenant si les princes de ma maison ne savent pas se faire craindre, & tirer vengeance de leurs ennemis. »
CASSIANUS - BASSUS, Voyez CONSTANTIN PORPHIRO- GENÈTE. I. CASSIEN, (Jules) fameux hérédiarque du IIe siècle, vivoit vers l'an 174. Il étoit comme le chef des Docètes, hérétiques, qui s'imaginoient que JÉSUS-CHRIST n'avoit qu'un corps fantastique, ou qu'une apparence de corps. Cassen avoit composé des Com- mentaires & un Traité sur la consi- nence. Ces deux ouvrages ne sont point parvenus jusqu'à nous. St. Clément d'Alexandrie les cite dans ses Stromates.
II. CASSIEN, (Jean) Scythe, ou plutôt Gaulois de nation, selon l'Histoire littéraire de France, fortuit d'une famille illustre & chrétienne. Ayant été élevé parmi les Soli- taires de la Palestine & de l'É- gypte, il se proposa de bonne heure leur exemple à suivre. Il s'enfonça, avec Germain son ami, son parent & son compatriote, dans les folitudes les plus reculées de la Thébaïde. Après avoir ad- miré & étudié les hommes mer- veilleux de ces déserts, il vint à Constantinople, & fut fait diacre par S. Chrysostôme, qui lui avoit servi de maître; de là il passa à Marseille, où il fut vraisemblablement ordonné prêtre. Il fonda un monastère d'hommes & un autre de filles, leur donna une règle, & eut sous lui jusqu'à cinq mille moines. Il mourut vers l'an 433, plein de jours & de vertus. On a de lui: I. Douze livres d'Insti- tutions Monastiques, & vingt-quatre Conférences des Pères du Désert, traduites en 2 vol. in-8°, 1663, par Nicolas Fontaine. II. Un Traité de l'Incarnation contre Nestorius, fait à la prière du pape S. Célestin. Le style des livres de Cassen, écrits en latin, répond aux choses 126 CAS qu'il traite. Il est tantôt net & facile, tantôt pathétique; mais il n'a rien d'élevé ni de grand. S. Benoit recommandoit fort a ses religieux la lecture de ses conférences. Il y a dans la 13e des propositions qui n'ont pas paru conformes à la doctrine de l'Église sur la grâce. Cassin n'avoit jamais pu goûter celle de S. Augustin. Il penfoit qu'elle avoit des conséquences fâcheuses contre la bonté de Dieu & la liberté de l'homme. Cependant il établifsoit, conformément à la foi de l'Église, que Dieu est le commencement de toute bonne œuvre. S. Prosper, disciple & défenseur de S. Augustin, a écrit contre Cassin. La dernière édition des Œuvres de ce faînt folitaire est de Leipzig, 1722, in-fol. avec des commentaires & des notes. Il y en a aussi une édition de Paris, 1642, in-fol. On les trouve dans la Bibliothèque des Peres.
CASSIGNEL ou CASSINEL, (Gérarde) fille d'un chambellan de Charles VI, devint l'une des filles d'honneur de la reine Isabeau de Baviere, & fit les délices de sa cour par son esprit & sa beauté. Charles VII, n'étant encore que dauphin en devint très-amoureux. « Le roi, & son fils, dit Juvenal des Urfins, après qu'ils eurent été à Notre-Dame, en 1414, pour faire leurs offrandes & dévotions, partirent de Paris, & étoit le dauphin bien joli, & avoit un bel étendant tout battu d'or, où avoit un K, un cigne & un L. La cause étoit pour ce qu'il y avoit une demoiselle moult belle qu'on nommoit la Cassinelle, de laquelle on difoit le dauphin amoureux, & pour ce portoit-il le dit mot. » On voit par cette citation que les rébus datent de loin. I. CASSINI, (Jean-Dominique) né à Périnaldo, dans le comté de Nice, en 1625, d'une famille noble, s'appliqua d'abord à l'aftrologie judiciaire; mais en ayant bientôt apperçu la chimérique abfurdité, il passa à l'aftronomie, dont la solidité devoit avoir plus de charmes pour un esprit né pour le vrai. Ses découvertes & ses succès répandirent bientôt son nom dans toute l'Europe. Le fénat de Bologne le choisit pour remplacer le Père Cavalieri dans la chaire d'aftronomie. C'est dans cette ville qu'il traça une nouvelle Méridienne, plus utile & plus exacte que toutes celles que l'on avoit tracées jusqu'alors. Ce grand ouvrage étant fini, Cassini descendit du ciel sur la terre, pour régler les différends que les inondations fréquentes du Pô, son cours incertain & irrégulier, occasionnoient entre Ferrare & Bologne. Cette dernière ville lui donna, pour récompenser ses soins, la surintendance des eaux de l'état ecclésiastique. Colbert envia cet homme célèbre à l'Italie. Louis XIV le fit demander à Clément IX & au fénat de Bologne, seulement pour quelques années, afin de l'obtenir plus facilement. On le lui accorda. Le roi le reçut comme César avoit jadis reçu Sofigène; il eut une pension proportionnée aux sacrifices qu'il avoit faits. Le pape & Bologne le redemandèrent en vain quelques années après. L'académie des sciences, dont il étoit correspondant, lui ouvrit bientôt ses portes : Il se montra digne d'elle par plusieurs Mémoires. Il mourut le 14 septembre 1712, à 88 ans. Il perdit la vue, comme Galilée, dans les dernières années de sa vie: ce malheur ne lui ôta rien de sa gaieté. Sa vie fut aussi unie que son caractère, plein de modestie, de candeur & de simplicité. Il ne connut les cieux, que pour adorer plus profondément le Créateur, dont ils racontent la gloire. Il communiquoit avec plaisir ses découvertes & ses vues, sans craindre qu'on les lui enlevât, parce qu'il étoit plus touché du progrès des sciences que de sa propre gloire. On a de lui un *Traité touchant la Comète* qui parut en 1652-53-64; un *Traité de la Méridienne de Saint-Pétronne*, 1656, in-folio; plusieurs *Traités sur les Planètes*, & des *Mémoires* estimés. Ce fut lui qui découvrit, en 1671, le 3$^{e}$ & le 5$^{e}$ satellites de Jupiter; il découvrit les deux premiers en 1684. Il inventa la méthode de représenter les éclipses de soleil pour tous les habitans de la terre. La Méridienne de l'Observatoire de Paris, commencée par *Picard*, fut continuée par notre astronome & par *la Hive*. *Voyer* son éloge dans ceux de *Fontenelle*.
II. CASSINI, (Jacques) fils du précédent, & son successeur à l'académie des sciences, naquit à Paris le 18 février 1677. Il hérita des talens de son père. Il manquoit à la Méridienne de France une perpendiculaire: il la décrivit en 1733, depuis Paris jusqu'à Saint-Malo, & la prolongea en 1734, depuis Paris jusqu'au Rhin, près de Strasbourg. Il mourut le 16 avril 1756, à 84 ans, dans sa terre de Thury, près de Clermont en Beauvois. Il étoit maître des comptes. Les *Mémoires* de l'académie sont ornés de plusieurs de ses observations. Il est compté parmi les astronomes qui connoissoient le mieux le ciel. On a de lui deux ouvrages très-estimés: I. Les *Éléments d'Astronomie*, avec les *Tables* astronomiques, 1740, 2 vol. in-4.$^{o}$ II. *Grandeur & figure de la Terre*, 1720, in-4.$^{o}$
III. CASSINI DE THURY, (César-François) fils du précédent, noble Siennois, maître des comptes, directeur de l'Observatoire de la société royale de Londres, de l'institut de Bologne, des académies de Berlin & de Munich, pensionnaire & astronome de l'académie des Sciences, naquit à Paris le 17 juin 1714. Les foins de son père, aidés des heureuses dispositions du fils, eurent un tel succès, qu'il calcula à dix ans les phases de l'éclipse totale du Soleil, qu'on attendoit pour l'année 1727. Reçu à l'académie des Sciences, en 1735, comme adjoint surnuméraire, à l'âge de 21 ans, il s'occupa de la vérification de la méridienne qui passe par l'Observatoire, & y corrigea quelques petites erreurs. On forma bientôt après le projet de faire une description géométrique de la France; le jeune *Cassini* s'attacha à ce travail avec toute l'activité de son âge, & il y consacra, jusqu'à sa mort, une partie de son attention. On envoya des ingénieurs & des arpenteurs dans toute l'étendue du royaume, pour lever des plans & tracer des cartes, où les plus petits détails sont rendus avec fidélité. Les géographes ne se sont pas bornés à marquer tous les objets, même jusqu'à des chaumières isolées; ils y ont figuré le terrain autant qu'il a été possible. Le gouvernement accorda des encouragements à cette entreprise intéressante, & *Cassini*, qui avoit sollicité ces encouragements, a eu la confolation de voir terminer presque entièrement un travail si long & si difficile. Il mourut de la petite vérole, le 4 septembre 1784. Son caractère étoit franc & ouvert. Son âme paroissoit inaccessible à la haine, mais très-fensible à l'amitié. Il eut des liai- 128 CAS fons dans les différentes classes de la société, & ne fut déplacé dans aucune. Élimité des magistrats, ses confrères, par sa probité, il étoit cher à ses confrères de l'académie, par sa simplicité & sa douceur. Quoiqu'admis dans la familiarité des grands, il fut conférer leur estime. On l'a blâmé quelquefois d'avoir trop cherché à se rapprocher d'eux; mais du moins, si on lui reprocha des motifs de vanité dans ses liaisons, il dut être exempt des soupçons d'intérêt, puisqu'elles ne lui procurèrent ni fortune, ni places, ni titres. Le désir de perfectionner l'astronomie & la géographie, lui avoit fait entreprendre quelques voyages. Il étoit à Vienne, en juin 1761, lors du passage de Vénus, & il avoit été accueilli par l'empereur François, l'impératrice-reine, & divers autres princes de l'empire, avec la distinction qu'il mécrit. On a de lui: I. une Relation de deux voyages faits en Allemagne, 1763, in-4.º II. Opuscules astronomiques, 1771, in-4.º III. Des additions aux Tables Astronomiques de son père. IV. L'édition des Observations du même, sur la comète de 1531 & 1682, Paris, 1759, in-12. V. Plusieurs Mémoires, dans ceux de l'académie. Le comte de Cassini, son fils, directeur de l'Observatoire, & membre de l'académie des Sciences, a suivi les traces de son père & de ses deux aïeux. I. CASSIODORE, fils d'un guerrier qui avoit repoussé les Vandales, qui venoient de faire une irruption dans la Sicile, se montra digne héritier des vertus de son père, & fut également propre à la guerre & aux affaires. Valentinien III lui confia une portion de l'administration pu- blique, & il eut lieu de se féliciter de son choix. Le farouche Attila, arbitre du destin de l'Italie, menaçoit d'envahir les plus riches provinces de l'empire. Valentinien, trop foible pour l'arrêter dans le cours de ses conquêtes, se servit de la dextérité de Cassiodore, dans les négociations, pour détourner ce fléau des nations. Il le choisit pour ambassadeur auprès de ce roi Barbare, accoutumé à parler aux rois comme à des esclaves. Cassiodore eut à essuyer ses hauteurs insultantes; mais il opposa une indifférence dédaigneuse à ce colossé d'orgueil; & ses réponses fières, sans être outrageantes, donnèrent au Barbare une haute idée des forces de Valentinien. Attila, dépouillé de sa férocité, adopta un système pacifique, & conçut tant d'estime pour l'ambassadeur, qu'il lui demanda son amitié. L'empire recueillit avec reconnoissance le fruit de cette négociation. L'empereur voulut reconnoître ses services, par des terres & des dignités, qu'il eut la générosité de refuser; &, content de sa fortune, il se crut assez récompensé, par la gloire d'avoir défendu l'Etat. Il se retira dans une contrée délicieuse de l'Abruzze, pour y jouir de lui-même. Il mourut dans le château où il étoit né.
II. CASSIODORE, (Magnus-Aurel. CASSIODORUS) Calabrois, d'une illustre famille, premier ministre du roi Théodoric, consul en 513, préfet du prétoire sous Athalarie, Théodat, & Vitiges; quitta le monde après la chute de ce dernier prince, vers l'an 540. Il bâtit un monastère près de sa patrie, & s'y retira à l'âge de 70 ans, ne s'occupant que de son salut. Sa solitude offroit toutes sortes de commodités, des réservoirs réfervoirs pour le poiffon, des fontaines, des bains, des horloges au foleil & à l'eau, une bibliothèque aussi riche que bien choisie. C'est dans cette retraite qu'il mit au jour son Commentaire sur les Pseumes, & ses Institutions des divines Ecritures, recueil de règles pour ses moines sur la manière de les étudier. Il indique les principaux auteurs de la science ecclésiastique, théologiens, historiens, acétiques. Il leur propose pour travail manuel de transcrire des livres; approuvant l'agriculture & le jardinage, pour ceux de ces foliaires, peu propres aux lettres. Il leur cite des livres, qui traitent de cette matière. Outre ces ouvrages, on a encore de lui une Chronique & des Traités Philologiques; celui de l'Ame, est un des meilleurs. Le style de Cassiodore est assez pur pour son temps, & assez simple, quoique plein de sentences & de pensées morales. Il avoit coutume de dire: « Qu'on verroit plutôt la nature errer dans ses opérations, qu'un souverain, qui ne donne pas à sa nation un caractère semblable au sien. » Facilius errare naturam, quam principem formare rempublicam dissimilem sibi. Il mourut saintement en 562, âgé de plus de 93 ans. Le père de Ste-Marthe, mort supérieur-général de la congrégation de Saint-Maur, a écrit la Vie de cet auteur, & l'a accompagnée de savantes notes. Les PP. le Noury & Garci, ses confrères, avoient publié une bonne édition de ses Œuvres en 1679, à Rouen, deux vol.-in.-fol. Le marquis Maffei fit imprimer en 1721, à Vérone, un ouvrage qui n'avoit pas encore vu le jour. Il est intitulé: Cassiodori Complexiones in Epistolas, Acta Apostolorum & Apocalypism, in-8.º On le réimprima à Lon- dres, l'année suivante. Voyej JORNANDÈS.
CASSIOPÉE, femme de Céphée, roi d'Ethiopie, & mère d'Andromède, fut assez vaine, pour prétendre surpasser en beauté les Néréides. Neptune vengea ses nymphes, en suscitant un monstre marin qui désola le pays. Pour appaiser ce dieu, Andromède fut exposée sur un rocher. Le monstre s'élançoit pour la dévorer, lorsque Persée, monté sur Pégale, le terratta & le tua. Cassiopee fut placée, avec sa famille, au nombre des constellations. I. CASSIUS VISCELLINUS, (Spurius) se distingua contre les Sabins, fut trois fois consul, une fois général de la cavalerie, & obtint l'honneur du triomphe deux fois. Son humeur remuante lui fit des ennemis. On l'accusa d'aspirer à la royauté. Ayant été nommé consul, avec Proculus-Virginius, l'an de Rome 268, il proposa la loi Agraire. Par cette loi, il étoit ordonné, qu'après avoir fait un dénombrement des terres conquises, dont les nobles s'étoient emparées, ou qu'ils s'étoient fait adjuger à vil prix, on les partagerait également entre tous les citoyens. En portant un décret qui devoit causer tant de troubles, Cassius n'avoit d'autre objet que de se rendre le maître de Rome. D'autres ambitieux, dans des temps tres-poitérieurs, ont eu le même dessein. Le peuple penetra ses intentions perides. Non-seulement il ne le seconda point; mais il l'abandonna même au ressentiment de la noblesse, qui le fit périr, sans pourtant avoir l'adresse de détourner sur la loi de Cassius, la haine qu'on portoit à son auteur. Il fut précis- pité du mont Tarpéien. Sa maison fut rasée, & on bâtit à la place un temple à la déesse Tellus. — Il ne faut pas le confondre avec CASSIUS BRUTUS jeune Romain, qui se laissa corrompre pour de l'argent, & promit d'ouvrir une porte de Rome dans la guerre contre les Latins. Ayant été pris sur le fait, il s'enfuit dans le temple de Pallas, comme dans un asile inviolable; mais son père en fit fermer les portes, & l'y fit mourir de faim.
II. CASSIUS LONGINUS, (Lucius) préteur Romain, dont le tribunal redoutable étoit appelé l'Ecueil des accusés. On lui attribue la maxime Cui bono? dont le sens est, que tout coupable, de quelque crime que ce soit, le commet par intérêt. Il vivoit l'an 113 avant J. C.
III. CASSIUS LONGINUS, (Caius) d'abord questeur sous Cressus, se signala ensuite contre les Parthes, & les chassa de Syrie. Etant entré dans le parti de Pompeie, il fut défait comme lui à la bataille de Pharsale, l'an 48 avant J. C. César lui laissa la vie; mais cet ingrat ne s'en servit que pour conspirer contre celle de son libérateur. Ses menées furent longtemps cachees. César, les ayant découvertes, répondit à ses amis, qui lui consolledent de se défier d'Antoine & de Dolabella: Ce ne sont pas ces beaux garçons, ces hommes parfumés, que je dois appréhender; mais plutôt ces hommes pâles & maigres, qui se piquent d'austérité. Un jour il fit mettre au bas d'une statue, élevée à l'honneur de Brutus, l'auteur de la liberté de sa patrie: UTINAM VIVERES! « Plût à Dieu que tu vécues encore! » Une autre fois il répandit un billet, avec ces mots: Tu n'es pas sans doute le vrai Brutus, car tu dors. Ces trames sourdes étoient employées, pour que Brutus donnât le premier signal de la perte du tyran. César fut massacré. Un des conjurés ne sachant comment porter ses coups: Frappe, dit Cressus, quand ce devoit être à travers mon corps. Oñave & Antoine se réunirent bientôt contre les conspirateurs. Ils les atteignirent à Philippes; Cressus y fut défait par Antoine, tandis que Brutus remportoit une victoire complète sur Oñave. Cressus, s'imaginant que tout étoit désespéré, se retira dans sa tente, & s'y fit donner la mort par un de ses affranchis, l'an 42 avant J. C. Voyet à l'art. ANTOINE, n° III, une réponse de Cressus à ce Romain. C'est à lui que Brutus donna le nom de dernier des Romains. — Velleius-Paterculus a dit, en faisant le parallèle de Brutus & de Cressus: « Que celui-ci étoit meilleur capitaine, & que l'autre étoit plus honnête homme, de façon qu'on devoit préférer d'avoir Brutus pour ami, & craindre davantage d'avoir Cressus pour ennemi. » Cressus étoit savant; il aimoit & protégeoit les lettres. C'étoit un Epicurien, mais sans dérèglement extérieur. Fier, ambitieux, hardi, la doctrine qu'il avoit embrasée devoit le rendre peu scrupuleux sur les devoirs de la justice & de la vertu. Il avoit d'ailleurs le coup d'œil bon. Ce fut contre son avis qu'on livra la bataille de Philippes: il vouloit, avec raison, laisser détruire par la famine l'armée ennemie qui manquoit de tout.
IV. CASSIUS, (Avidius) célèbre capitaine Romain, se distingua par sa valeur & par sa conduite sous les empereurs Marc-Aurèle & L. Vénus. Plusieurs années après la mort de celui-ci, arrivée l'an 169 de Jésus-Christ, *Cassius* ayant été salué empereur en Syrie, fut tué par trahison, trois mois après, & sa tête envoyée à *Marc-Aurèle*, l'an 175. *Voyet* MARG, n° VIII. V. CASSIUS SCÆVA, soldat de *Jules-César*, se signala en plusieurs occasions sur terre & sur mer. Etant assiégé par un lieutenant de *Pompée* dans un château près de *Dyrrachium*, ville de Macédoine, où il commandoit, il foutit tous les efforts des ennemis avec un courage invincible. Un présent de deux mille écus fut la récompense de sa bravoure. Elle n'éclata pas moins sur mer, lorsque *César* rendit la Grande-Bretagne tributaire. *Cassius scæva* s'étant embarqué avec quatre de ses compagnons dans une chaloupe, & l'ayant attachée à un rocher proche de l'isle, bordée d'un grand nombre d'ennemis, ceux-ci vinrent fondre sur lui. *Cassius* ne perdit point courage, quoique ses compagnons l'eussent lâchement abandonné. Il se défendit seul contre tous, jusqu'à ce qu'étant blessé en plusieurs endroits, il se jeta dans la mer & se sauva à la nage. *César* vint le recevoir à bord, & louant sa valeur en présence de l'armée, il le fit centurion.
VI. CASSIUS, poète tragique latin de la ville de Parme, dont *Horace* fait l'éloge dans la Satire dixième du livre premier, étoit tribun des soldats dans l'armée de *Brutus* & *Cassius* à la journée de Philippes. Après la mort de ces grands-hommes, il demeura dans le parti de *Sexte - Pompée*; mais que dans la suite il se soit donné à *Antoine* & l'ait servi utilement, c'est ce qu'on ne croira pas. Il fut toujours ennemi déclaré d'*Auguste*, qu'il appelait par mépris PETIT FILS DE BOULANGER. Après la défaite d'*Antoine* à Actium, *Cassius* se retira à Athènes. *Auguste* qui le fut, y envoya *Quintilius Varus* avec ordre de s'en défaire. Celui-ci l'ayant trouvé dans son cabinet, occupé à composer, le tua & le brûla avec ses livres & ses écrits.
VII. CASSIUS, *Voyet* IL DION.
CASTAGNO, (André del) fut le premier peintre de Toscane qui connut la manière de peindre à l'huile. *Dominique de Venise*, qui l'avoit apprise d'*Antoine de Messine*, étant venu à Florence, *André del Castagno* rechercha son amitié, & tira de lui ce beau secret. Il conçut ensuite une si cruelle jalousie contre *Dominique*, son ami & son bienfaiteur, que, sans avoir égard aux obligations qu'il lui avoit, il l'assassina un soir. *Dominique* n'ayant point reconnu son meurtrier, se fit porter chez ce cruel ami dont il ignorait la perfidie, & mourut entre ses bras. *Castagno* étant au lit de la mort, déclara cet assassinat, dont on n'avoit pu découvrir l'auteur. Il fut enterré avec la haine & l'indignation publique. Dès qu'il eut appris le secret de *Dominique*, il fit plusieurs ouvrages dans Florence, qui furent admirés. Ce fut lui qui travailla, en 1478, au tableau que la république fit faire, où étoit représentée l'exécution des conjurés qui avoient conspiré contre les *Médicis*.
CASTAING, (N...) savant ingénieur, inventa vers 1680 la machine à marcher sur tranche, qui fut mise en œuvre dans toutes nos monnoies sous le règne de Louis XIV. Ce monarque récom- penfa magnifiquement l'inventeur, qui mourut à Paris au commencement du dernier siècle.
CASTALDI, (Corneille) naquit à Feltri, d'une famille ancienne, en 1480. Il s'adonna en même temps au barreau & à la poëzie, égayant la féchereffe de la jurisprudence par le charme des vers. Sa patrie l'ayant chargé de ses intérêts auprès des Vénitiens, il obtint tout ce qu'elle demandoit. Les grands & les gens-de-lettres le regrettèrent également. Padoue, où il se fixa par le mariage, lui doit l'établissement d'un collège. Il finit ses jours en 1537, à 57 ans. Ses Poëfies, long temps ignorées, ont été publiées pour la première fois par les foins de l'abbé Conti, Vénitien, 1757, in-4.º On y trouve des pièces italiennes & des pièces latines : les premières offrent beaucoup de facilité, & une grande abondance d'images : les secondes respirent le goût de l'antiquité. La Vie de l'auteur, écrite avec une élégante simplicité par un patricien de Venise, est à la tête de ce recueil estimable.
CASTALIE, (Mythol.) nymphe aimée d'Apollon, & métamorphosée par ce Dieu en fontaine, dont les eaux infpiroient le goût de la poëzie. La Pythie en buvoit avant que de s'asseoir sur le trépied & de prononcer ses oracles.
CASTALION, CASTILLON, CASTILLON, ou plutôt CHATILLON qui étoit son vrai nom, (Sébastien) naquit en 1515 dans les montagnes du Dauphiné. L'étude des langues savantes, & surtout de l'hébraïque & de la grecque, lui acquit l'estime & l'amitié de Calvin. Ce patriarche des Réformés lui procura une chaire au collège de Genève ; mais depuis s'étant brouillé avec lui, à cause de son peu de docilité pour le système des Calvinistes sur la prédestination, le magistrat de Genève, tout dévoué à Calvin, le força de sortir de cette ville. Basle fut son asile : il y enseigna le grec, & y mourut, en 1563, à 48 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, dont les principaux sont : I. Une Version latine & françoise de l'Écriture, Basle 1556, in-fol. La françoise, imprimée à Basle en 1555, in-folio, est très-rare. Dans ces deux traductions, il ne garde pas le caractère d'un interprète des livres saints, il leur donne un tour entièrement profane. Son style affecté, efféminé, surchargé d'ornemens, est indigne du sujet, & fait disparaître cette simplicité noble, ce ton de candeur & de force, que l'on remarque dans les originaux. Il manque, d'ailleurs, d'exactitude & de fidélité, & dans la version latine il ne parle pas toujours bien la langue, quoiqu'il coure après les termes polis & élégans. La version françoise qui est d'ailleurs d'un style insupportable aujourd'hui, essuya beaucoup de contradictions de la part des Catholiques & des Protestans. II. Quatre livres de Colloquia sacra, Basle 1565, in-8.º Ce sont des Dialogues sur les principales histoires de la Bible : petit ouvrage écrit purement, mais qui n'est pas toujours conforme à la doctrine Catholique. III. Une Version latine des Vers Sibyllins, avec des remarques. IV. Une édition des trois premiers livres de l'Imitation de Jésus-Christ, en meilleur latin que ne l'est celui de l'original : entreprise inutile, puisque dans cet ouvrage, ainsi que dans l'Écriture sainte, on cherche l'onction & la follilité, & non les agrémens du style. V. Un Traité polémique, pour prouver que les Magistrats ne peuvent punir ceux qui se rendent coupables d'hérèse. Quoique les principes de ce livre puissent souffrir des contradictions, ils ont une force supérieure contre la conduite fière, intolérante & despotique de Calvin. Ce fut après la catastrophe de Serves que Castalion l'écrivit. VI. Une Traduction latine des Dialogues de Bern, Ochin, dont il avoit embraffé, dit-on, les fentimens sur la polygamie. Castalion, qui avoit commencé par le Calvinisme, finit par une indifférence marquée pour toutes les religions. Il fut accusé de favoriser les erreurs des Anabaptistes, de penser sur la grace en Pelagien, & de ne pas croire beaucoup à la Providence.
CASTANEDA, Voy. FERDINAND, n° XIII.
CASTANIER D'AURIAC, auteur du roman des Amours de Carite & Polidore, étoit avocat-général au grand-conseil, & mourut en 1762. Son ouvrage est, selon Quirlon, bien fait, bien écrit, d'une simplicité touchante, & le costume grec bien observé. I. CASTEL, (Edmond) chanoine de Cantorbery, savant dans les langues orientales, étoit né en 1606, à Halley dans le comté de Cambridge, & professa l'arabe à Londres avec beaucoup de distinction. La Bible Polyglotte de cette ville est due principalement à ses soins. On lui est encore redevable du Lexicon Heptagloton, à Londres, 1659, 2 vol. in-fol.: Dictionnaire en sept langues, qui assoiblit ses yeux & ruina sa fortune, en lui acquérant un nom célèbre. Il mourut en 1685, accablé de dettes, & regretté des savans.
II. CASTEL, (Pierre) de Messine, professeur de médecine à Rome, & directeur du Jardin botanique de sa patrie; a publié Hortus Messanensis, 1640, in-4°, figures. De Smilace aspecta, 1652, in-4°.
III. CASTEL, (François Perard) de Vire en Normandie, avocat au grand-conseil, banquier expéditionnaire en cour de Rome, mourut en 1687. Il laissa plusieurs ouvrages, où la théorie & la pratique des matières de bénéfice sont exposées savamment. Les plus recherchés sont: I. Ses Questions notables sur les matières bénéficiaires. Paris 1689, 2 vol. in-fol. II. Définitions du Droit Canon, Paris 1700, in-fol., avec les remarques de Dunoyer. III. Règles de la Chancellerie Romaine, 1685, in-folio.
IV. CASTEL, (Louis-Bertrand) géomètre & philosophe, né à Montpellier en 1688, Jésuite en 1703, se fit connoître à Fontenelle & au Père de Tournemine par des ébauches qui annonçoient de plus grands succès. Le jeune homme étoit alors en province: ils l'appelleront dans la capitale. Castel passa de Toulouse à Paris, à la fin de 1720. Il foutit l'idée que ses essais avoient donnés de lui. Le premier ouvrage qu'il mit au jour fut son Traité de la Pessance universelle, en 2 vol. in-12, 1724. Tout dépendoit, selon lui, de deux principes, de la gravité des corps, & de l'action des esprits; l'une qui faisoit tendre sans cesse au repos, l'autre qui rétablisoit les mouvements. Cette doctrine, la clef du système de l'Univers à ce qu'il prétendoit, ne parut point telle à l'abbé de Saint-Pierre. Quoiqu'ami du mathématicien, il l'attaqua; le Jésuite répondit. Les écrits de part & d'autre suppoient beaucoup d'esprit dans les combattants, mais un esprit singulier. Le second ouvrage du Père Castel fut son Plan d'une *Mathématique abrégée*, Paris 1727, in-4°, qui fut bientôt suivi d'une *Mathématique universelle*, 1728, in-4°. L'Angleterre & la France applaudirent à cet ouvrage. La société royale de Londres ouvrit ses portes à l'auteur. Son *Clavecin oculaire* acheva de faire connoître son genre d'esprit naturellement facile, fécond & inventeur. Il fut entraîné par la vivacité de son imagination. Ses systèmes n'étoient d'abord que des hypothèses; mais peu à peu il croyoit venir à bout de les réaliser. En qualité de géomètre il pouvoit démontrer l'analogie des sons & des couleurs; mais il n'y avoit qu'un raduteur millionnaire, qui pût tenter de fabriquer une machine aussi coûteuse que celle de son *Clavecin*, & dont l'exécution étoit impossible. Il faut avouer pourtant que cette chimère a produit des découvertes utiles. Le *Vrai Système de Physique générale de Newton*, 1743, in-4°, lui fit plus d'honneur dans l'esprit de certains savans; mais il déplut à d'autres. Il respectoit le philosophe Anglois, sans que sa doctrine lui parût propre à dévoiler le vrai système du Monde. « *Newton & Descartes*, difoit-il, se valent bien pour l'invention; mais celui ci avoit plus de facilité & d'élévation; l'autre, avec moins de facilité, étoit plus profond. Tel est à peu près, le caractère des deux nations: le génie François bâtit en hauteur, & le génie Anglois en profondeur. Tous deux eurent l'ambition de faire un monde, comme *Alexandre* eut celle de le conquérir, & tous deux pensèrent en grand sur la Nature. » On a encore du Père *Castel* un traité intitulé : *Optique des Couleurs*, Paris 1740, in-12, & d'autres productions moins importantes: ce sont des brochures, ou des extraits répandus dans les *Mémoires de Trévoux*, auxquels il travailla long-temps: *Voyer ce Journal*, au deuxième volume d'avril, 1757. Le style de *Castel* se ressentoit du feu de son esprit & des écarts de son imagination. *Montesquieu* l'appelloit l'*Arlequin de la philosophie*. Un jour qu'on parloit, devant le célèbre *Fontenelle*, du caractère d'originalité que portent les ouvrages de ce savant, quelqu'un dit: *Mais il est fou*. — *Je le sais bien*, répondit *Fontenelle*, & *j'en suis fâché*, car c'est grand dommage! *Mais je l'aime encore mieux original* & un peu fou, que s'il étoit *Sage sans être original*. Le Père *Castel* mourut le 11 janvier 1757, à l'âge de 68 ans. Il s'étoit retiré du grand monde quelque temps avant sa mort. Il y avoit d'abord été très-répandu, & avoit plu par ses faillies & sa vivacité. Les gens-de-lettres qui le coullu- toient, trouvoient en lui de la complaisance & des lumières. Il avoit avec eux la simplicité que donne l'étude des sciences exactes. On le trouvoit au milieu de ses livres, de ses écrits, de son atelier pour le *Clavecin oculaire*, & d'un nombre infini de pièces ramassées confusément dans le même réduit. L'abbé de la *Porte* publia en 1763, in-12, à Paris sous le titre d'amf- terdam, l'*Esprit*, les *faillies* & *singularités* du Père *Castel*. L'auteur traite un grand nombre de sujets; il n'en approfondit aucun: cependant il pense beaucoup, & quelquefois très-bien. V. CASTEL, *Voyer* FRÉARD, — & SAINT-PIERRE, n.° II.
CASTEL-BOLOGNÈSE, *Voy*, JEAN, n.° LXXVII.
CASTELLANE, (Boniface de) troubadour, de la noble famille de ce nom, en Provence, eut la tête tranchée, pour s'être mis à la tête des Marseillois révoltés contre leur Comte. Boniface eut le goût de la poésie, & y réussit. Il aima, & célébra dans ses vers, une demoiselle de la maison de Foy, fille du seigneur d'Ières; mais son génie ardent réussissait mieux dans la satire. Après avoir bu, il entroit dans une sorte de fureur poétique, qui le faisoit déclamer contre les personnes du plus haut rang; aussi finit-il beaucoup de ses chansons par ce refrain : Bocca, qu'as dich ? qui signifie, Bouche qu'as-tu dit ? Comme se reprochant la hardiesse de ses expressions. Après le procès de Boniface, tous ses fiefs furent confisqués, & réunis au domaine de Charles d'Anjou.
CASTELLANUS, Voyet III. CHATEL, & I. CHATELAIN.
CASTELLESI, Voy. CORNETO. I. CASTELLI, (Bernard) peintre Génois, né en 1557, excellent coloriste, réussissait dans le portrait. Il peignit les grands poètes de son temps, & fut chanté par eux. Il grava les figures de la Jérusalem délivrée du Tafe, son ami intime. On remarque du génie dans ses ouvrages, mais trop peu de naturel. Il mourut à Gênes en 1629, à 72 ans, laissant plusieurs tableaux à sa patrie, à Rome, à Turin, &c.
II. CASTELLI, (Valerio) fils de Bernard, né à Gênes en 1625, perdit trop jeune son père pour pouvoir profiter de ses leçons; mais son application suppléa à ce qu'il auroit pu apprendre sous un tel maître. Il excella dans les batailles. Ses ouvrages sont recommandables par le génie & le goût, le coloris & le dessin. Il mourut en 1659.
III. CASTELLI, (Benoit) célèbre mathématicien Italien, devint abbé du Mont-Caffin, & l'ami du savant Cavalieri. On connoit principalement de lui une Apologie pour Galilée. Il est mort au milieu du 17e siècle.
CASTELLOZA, (Donna) paroît Espagnole d'après son nom. Elle s'établit en Auvergne, où elle aima Armand de Bréon, qui devint l'objet de ses poésies. « Je vous aime, lui dit-elle, & j'y trouve ma satisfaction; quoique tout le monde dise qu'il fied mal à une dame, de faire à un chevalier des prévenances d'amour, & de le tenir continuellement auprès d'elle. Ceux qui le disent ne savent pas bien aimer; est bien fou, qui me blâme de cet amour: il ne fait guère ce qui se passe en moi. » I. CASTELNAU, (Raimond de) troubadour du 13e siècle, attaqua principalement dans ses poésies, le luxe, l'avarice du clergé & des moines : « Si Dieu sauve pour bien manger, dit-il, & pour ne pas payer ses dettes, les moines noirs, les moines blancs, les templiers & les chanoines auront le ciel. S. Pierre & S. André font bien dupes d'avoir tant souffert de tourmens pour un paradis qui coûte si peu aux autres. » Il vivait sous Alphonse X, roi de Castille, dont le règne commença en 1252.
II. CASTELNAU, (Michel de) seigneur de Mauvillière, homme de guerre & de cabinet, aussi sincère que prudent, étoit d'une famille noble & ancienne. Il fut employé, par Charles IX & Henri III, dans plusieurs négociations aussi importantes que difficiles. Il mourut en 1592, après avoir été cinq fois ambassadeur en Angleterre. Les Mémoires de ses négociations, pu- bliés par le Laboureur, 1669, 2 vol. in-folio, réimprimés à Bruxelles en 1731, 3 vol. in folio, font au nombre des monumens curieux qui nous restent de l'histoire de son temps. Ils sont exacts & impartiaux. Les Mémoires de Castelnau avoient été déjà imprimés à Paris, en 1521, in-4. Le Laboureur en parle ainsi dans la préface de son édition : « Je dirai en faveur de ces Mémoires, qu'il n'y en a pas de plus véritables, & que personne ne s'est mieux acquitté d'un dessein tel que le sien, de donner une parfaite connoissance de la France, depuis l'an 1559 jusqu'en 1570. Son discours est pur & succinct, ses sentimens sont beaux & justes; on y voit la vérité sans aucun artifice, un savoir sans affectation, & une expérience sans faîte & sans vanité. Aussi Castelnau est - il le feul des historiens modernes qu'on estime avoir moins de passion; & les Religionnaires, contre lesquels il a combattu & négocié, n'ont point eu à lui faire de reproches contre ses Commentaires. Il a fait part au public de toutes ses connoissances, & il n'a rien ignoré de tous les secrets du gouvernement dont il a été dépositaire, avec Jean de Morvilliers, évêque d'Orléans. Leur beauté y a fait trouver un défaut, c'est qu'il les ait un peu trop abrégés, & qu'il ne les ait pas poursuivis plus avant. »
III. CASTELNAU, (Jacques, marquis de) maréchal de France, petit-fils du précédent, se signala dans plusieurs sièges & combats. Il eut le commandement de l'aile gauche à la bataille des Dunes, le 14 juin 1658, & fut blessé deux jours après un siège de Dunkerque. Il mourut de ses blessures à Calais, le 15 juillet suivant, à 38 ans, un mois après avoir reçu le bâton. Osmond lui attribue mal à propos les Mémoires de Michel de Castelnau. Il est vrai qu'il engagea le Laboureur à les publier.
IV. CASTELNAU, (Henriette-Julie de) comtesse de MURAT, une des Mufes Françoises, étoit petite-fille du maréchal, & héritière de sa maison. Elle épousa le comte de Muret, colonel d'un régiment d'infanterie, & mourut en 1716, à 45 ans. Elle a laissé des Chansons, & d'autres petites Pièces de Poésie, répandues dans différents recueils. On a encore d'elle : I. Les Lutins de Kernoff, roman plein d'esprit & de graces, en 2 parties, in-12. II. Des Contes de Fées, en 2 volumes; aussi ingénieux que peuvent l'être ces fortes de productions. III. Le Voyage de Campagne, 2 vol. in-12, écrit avec agrément.
CASTELVETRO, (Louis de) né à Modène en 1505, prévint favorablement le public par ses talens. Il auroit pu être heureux dans sa partie; mais la fureur de critiquer troubla son bonheur, & lui fit des ennemis de ses meilleurs amis. Leurs vexations l'obligèrent de quitter l'Italie pour l'Allemagne. De retour à Modène, après dix ans d'absence, il fut accusé d'avoir traduit en italien un livre de Mélanchton, & il fut poursuivi par le Saint-Office. Comme ses affaires prenoient un mauvais tour dans ce tribunal, il se fauva à Basle. On a de lui des Éclaircissemens sur la Poétique d'Aristose, pleins d'esprit, mais d'une subtilité qui dégénère souvent en chicane. Le feu ayant pris à la maison qu'il habitoit à Lyon, il se mit à crier : Sauvet ma Poétique ! C'étoit en effet le meilleur de ses ouvrages. Ce seroit même un bon livre, selon la Ménardière, si la passion de con- tredire *Aristote* ne lui avoit fait em- braffer d'étranges sentimens, & s'il n'y avoit pas fait entrer tant de questions & de raifonnemens inutiles. *Dacier* n'en juge pas fi favorablement: « *Castelvetro*, dit- il dans sa préface sur la Poétique d'*Aristote*, a beaucoup d'esprit & de savoir, si l'on peut appeler esprit ce qui n'est qu'imagination, & donner le nom de savoir à une grande lecture. Qu'on assemble toutes les qualités d'un bon inter- prète, on aura une juste idée de *Castelvetro*, en prenant le contre- pied. Il ne connoit ni le théâtre, ni les passions, ni les caractères, il n'entend ni les raisons, ni la méthode d'*Aristote*, & il cherche bien plus à le contredire qu'à l'expliquer. Il est d'ailleurs si entéré des auteurs de son pays, qu'il ne fauroit être bon critique. Comme le *Therfite* d'*Homère*, il parle sans mesure, & déclare la guerre à tout ce qui est beau. Il ne laisse pas quelquefois de dire de bonnes choses; mais elles ne valent pas le temps qu'on perd à les chercher. » Il est d'ailleurs fort obscur, & ne rapporte jamais que la moitié des passages qu'il cite, & même quel- quefois il n'en rapporte que les premiers mots, qui ne font rien à son sujet, comprenant le reste qui y a rapport, sous un & *catera*. La première édition de sa *Poétique*, imprimée à Vienne en Autriche, en 1570, in-4°, est recherchée. On fait cas aussi de celle de Basse 1576, in-4°. On a encore de lui: *Opere critiche*, 1727, in-4°. Il mourut à Chiavène en 1571, à 66 ans. C'étoit un homme sobre, réglé, de mœurs irréprochables. Il ne voulut point se marier, de peur que le soin du ménage ne le détournât de l'étude. Nullement attaché aux richesses, il abandonna à un de ses frères tout ce qu'il possédoit. Ses amis avoient en lui un homme ardent & officieux: mais il falloit lui permettre de censurer les défauts d'un ouvrage; c'étoit là sa passion. Il se fit donc beaucoup d'ennemis; car qui aime à être critiqué?
CASTIGLIO, *Voyer* I. GON- ZALE. I. CASTIGLIONE, *Voyer* BE- NEDETTE (Lc).
II. CASTIGLIONE, (Joseph) poète & critique, natif d'Ancone, se maria à Rome en 1582, devint gouverneur de Corneto en 1598, & mourut vers 1616. Il s'occupoit à faire des vers latins sur les di- vers événemens de son temps. Il a fait aussi quelques ouvrages de critique, contenus dans un livre imprimé sous le titre de *Variæ Lectiones & Opuscula*, Rome 1694, in-4°.
CASTIGLIONI, ou CASTE- LION, (Balthasar) poète Italien, né à Casatico dans le Mantouan, en 1478. Nommé ambassadeur du duc d'*Urbin* auprès de Henri VIII roi d'Angleterre, il reçut, de ce prince, l'ordre de la Jarretière. Il épousa ensuite *Hippolyte Torella*, femme d'une grande beauté, & d'un génie au dessus de sa beauté. Cette union, formée par l'amour & par la conformité des goûts, ne dura que quatre ans. *Léon X*, pour le confoler de la mort de sa femme, voulut lui donner le cha- peau de cardinal. *Clement VII*, neveu de ce pontife, eut pour *Cas- tiglioni* la même considération que son oncle: il l'envoya auprès de *Charles-Quint* traiter des affaires du faint-siège, de l'Eglise & du pape; *Castiglioni* gagna entièrement les bonnes graces de ce prince. Il étoit aussi brave guerrier qu'habile né- gociateur. L'empercur le nomma à l'évêché d'Avila. Ce prélat illustre mourut à Tolède en 1529, à 51 ans, pleuré par le pape & par l'empereur. Ses ouvrages, en vers & en prose, lui acquirent la réputation de grand poète & d'écrivain délicat. Son *Courcissus*, appelé par les Italiens un LIVRE d'OR, est une production toujours nouvelle, malgré les changements des mœurs. Qui pouvoit mieux donner des préceptes aux courtisans, que celui qui avoit également plu dans tant de cours différentes, à Paris, à Londres, à Madrid? Cet ouvrage a été traduit en françois; mais quelque bien qu'on le rende, la version fera toujours au-dessous de l'original. La première édition, donnée en 1528, in-folio, à Venise, est peu commune. Les *Poésies latines* de *Castiglioni* réunissent, si l'on en croit *Scaliger*, l'élévation des pensées de *Lucain*, & l'élégance du style de *Virgile*. La délicatesse, la netteté, l'agrément, caractérisent ses Élégies. Ses *Pièces Italiennes* sont aussi estimables que les latines, & on peut compter leur auteur parmi ceux qui ont fait le plus d'honneur à son siècle. On trouve quelques-unes de ces poésies dans les *Delicia Poetarum Italorum*. • (Antoine del) peintre, né à Cordoue en Espagne, mourut dans la même ville en 1667, âgé de 64 ans. Après la mort de son père *Augustin Castillo*, dont il fut disciple, il se rendit à Séville pour se perfectionner dans l'école de *François Zurbaran*. De retour dans sa patrie, il mérita l'estime de ses compatriotes par ses ouvrages. Sa réputation s'y est même tellement conservée, que l'on ne passe pas pour homme de goût, si l'on ne possède quelque morceau de cet artiste. Il a traité avec un égal succès l'histoire, le paysage & le portrait. Son dessin est excellent; mais son coloris manque de graces & de bon goût. On dit qu'étant retourné à Séville, il fut saisi d'une si grande jalouise, à la vue des tableaux du jeune *Murillo*, dont la fraîcheur & le coloris l'emportent de beaucoup sur les siens, qu'il en mourut de chagrin peu de temps après son retour à Cordoue. comte de *MOUCHAN*, naquit au château de Carbosse près de Mezin en Condomois, vers 1648, de *Michel de Castillon*, seigneur de Carbosse & baron de Mauvefin; & de *François de Cour*, nièce d'*Antoine de Cour*, alors évêque de Condom. Son père & sa mère étant morts lorsqu'il étoit en bas âge, il fut élevé sous la tutelle de *Pardailhan*, comte de Bonas, son proche parent. Son ardeur pour le service se développa de bonne heure; elle avoit pour aliment l'exemple de ses ancêtres, presque tous militaires. Il entra dans les Mousquetaires en 1672, & dès la seconde année de son service dans ce corps, il obtint sur la brèche de Maffricht le grade de sous-brigadier, que lui accorda *Louis XIV*. Ce prince, témoin de sa valeur, marqua l'estime qu'elle lui inspiroit, en criant : *Je fais Mouchan sous-brigadier!* Le comte de *Mouchan* sortit des Mousquetaires en 1688, pour prendre une compagnie dans le régiment de Bourbonnois. Il se distingua par sa bravoure aux sièges de Philibourg, de Manheim & de Frankendal, qui se firent la même année. Il servit l'année suivante en Allemagne sous le maréchal de *Duras*, & parvint en 1692, à la compagnie de grenadiers qu'il com- manda au siége de Namur, à la bataille de Steinkerque. Il se trouva les années suivantes dans toutes les actions d'éclat qui se passèrent en Flandre. Lorsque Philippe fut appelé au trône d'Espagne, le comte de Mouchan, connu de Louis XIV pour un homme dont l'esprit étoit aussi sage que le cœur courageux, le choisit pour être un des six gentilshommes qui devoient accompagner le prince. Il le suivit donc à Naples, & obtint peu de temps après une commission de colonel réformé à la suite du régiment de Bourbonnois qu'il avoit quitté. De retour d'Italie il fut fait aide-major général de l'armée d'Allemagne, & se signala aux batailles de Spire & de Hochstet. Le défaut d'argent, la dilette de vivres, la foibleffe du gouvernement & les embarras de l'administration, avoient produit parmi les troupes Espagnoles & Françoises, l'indiscipline & le mécontentement. Le comte de Mouchan fut nommé pour aller en Espagne faire les fonctions de major - général de l'infanterie, & il s'en acquitta avec autant d'intelligence que de fermeté. Il servit en qualité de major-général au siége de Gibraltar & à celui de Barcelone, & obtint le grade de brigadier en octobre 1705. La bataille d'Almanza en 1708, fut pour lui une nouvelle occasion de se montrer tel qu'il étoit, homme de tête & de main. Le maréchal de Berwick écrivit à Louis XIV après cette fameuse journée, que le Comte de Mouchan méritoit une récompense & une distinction particulière. Il fut nommé en effet au mois de mai de la même année colonel d'un régiment d'infanterie de son nom. Il auroit recueilli de plus grands fruits de ses travaux; mais il fut tué l'année suivante au siége de Tortose. Lorsqu'on lui eut annoncé que ses blessures étoient mortelles, il voulut mourir en chrétien, après avoir combattu en héros. Les rois de France & d'Espagne lui donnèrent les regrets les plus sincères; & lorsque l'abbé de Mouchan fut présenté à Louis XIV, peu de temps après la mort de son frère, ce prince lui dit : qu'il avoit perdu en lui un de ses meilleurs Officiers & qu'il travailleroit toujours avec plaisir à l'avancement de ceux de sa maison. Cette famille en effet est non-feulement recommandable par son ancienneté, par ses alliances avec les premières maisons de la province; mais par l'avantage, infiniment plus précieux, d'avoir fourni depuis quatre siècles un grand nombre d'officiers dont le zèle, le courage & l'activité ne se sont jamais démentis. I. CASTOR & POLLUX, (Mythol.) frères d'Hélène & fils de Léda, eurent pour pères, celui-ci Jupiter, & l'autre Tyndare; Voyce LÉDA. Ils s'aimoient tellement, qu'ils ne se quittoient jamais, ni dans leurs voyages, ni dans leurs autres expéditions. Ils suivirent Jason dans la Colchide, & eurent beaucoup de part à la conquête de la Toison d'or. Jupiter ayant donné l'immortalité à Pollux, celui-ci sollicita son père de lui permettre de la partager avec Castor. Le dieu y consentit, à condition qu'ils vivroient & mourroient l'un après l'autre. Cette vie alternative dura jusqu'au temps que les deux frères furent métamorphosés en astres, & placés dans le Zodiaque sous le nom de la constellation des Jumeaux. Ce qui a donné lieu aux poètes de feindre cette vicissitude au sujet de Castor & de Pollux, c'est que ces étoiles ne paroissent jamais toutes deux à la fois sur l'horizon. Les Romains les hono- roient dans la fête des Tyndarides. La ville de Céphalonie en Grèce leur rendit un culte particulier, ainsi que celle de Sparte, où ils avoient pris naissance, & d'Athènes qu'ils avoient préservée du pillage. On les croyoit favorables aux navigateurs, & auteurs de ces feux follets qui paroissent quelquefois dans l'air & au haut des mâts. *Castor* étoit le patron de ceux qui disputoient le prix de la courée à cheval ; & *Pollux*, celui des lutteurs. On les voit souvent sur les médailles anciennes, tenant une pique, & ayant une flamme qui s'élève au-dessus de leurs casques. Les Lacédémoniens les représentaient par deux pièces de bois parallèles, jointes aux deux bouts. Cette figure désigne encore en astronomie, la constellation des Gémeaux.
II. CASTOR, officier Juif, se fit un nom pendant le siège de Jérusalem, par son intrépidité. La garde de la seconde tour lui avoit été confiée. Ne pouvant plus tenir, il fit semblant de vouloir parler à *Tite* ou à *Enée*. Cet *Enée* étoit un Juif retiré dans le camp des Romains. Dès qu'il fut au pied de la muraille, *Castor* roula sur lui une grosse pierre. *Enée* l'évita; mais un soldat qui l'accompagnait, fut blessé. Alors *Tite* fit redoubler le jeu des machines contre la tour. *Castor* y mit le feu, & se jeta à travers les flammes, où il périt.
III. CASTOR, (Jérôme-Fra-) *Voyet* FRACASTOR.
CASTORIE, (l'évêque de) *Voyet* NÉERCASSEL.
CASTRICIUS, (*Marcus*) magistrat de Plaisance, l'an 85 avant J. C. Refoulant des orages au consul *Casius Carbo*, qui vouloit en- engager cette ville dans le parti de *Marius* contre *Sylla* ; *Carbo* lui dit, pour l'intimider, qu'il avoit beaucoup d'épées ; *Et moi, beaucoup d'années*, repartit *Castricius* ; voulant signifier par-là le peu qu'il risquoit, étant si avancé en âge. — Il ne faut pas le confondre avec *Titus* CASTRICIUS, célèbre rhéteur Romain, au second siècle.
CASTRIES, (N. maréchal de) parvint, par ses services militaires, au grade éminent de maréchal de France. Il commanda avec gloire, en cette qualité, une armée Françoise pendant la guerre de sept ans, & fut appelé ensuite au ministère de la marine, où il montra autant d'intelligence que de probité. Nommé membre de l'assemblée des notables, en 1787, il n'approuva point les changements politiques qui se projetaient, & sortit bientôt après de France. Il mourut à Wolffenbuttel, dans les états du duc de *Brunswick*, au mois de janvier 1800. Son fils, le duc de *Castries*, député aux états-généraux, servoit, en 1795, en Portugal.
CASTRIOT, *Voyet* SCANDERBERG. I. CASTRO, (Inès de) *Voyet* INÈS.
II. CASTRO, (François-Alfonse de) Franciscain, nommé à l'archevêché de Compostelle, mourut, avant que d'en avoir pris possession, en 1558, à 36 ans. Le P. *Feuardent* publia ses Ouvrages, à Paris en 1578, avec la *Vie* de l'auteur. Le principal, est son *Traité contre les hérésies*, Paris, 1534, in-folio, disposé selon l'ordre alphabétique des erreurs. L'auteur écrit passablement. Il avoit lu, mais sans beaucoup de choix. La réfutation des nouvelles hérésies occupées plus de place chez lui que l'histoire des anciennes, & la controversée que l'histoire.
III. CASTRO, (Léon de) chanoine de Valladolid, mort en 1580, professeur de théologie à Salamanque, foutant assez mal à propos, dans un livre latin très-peu connu, que le texte de la Vulgate & celui des Septante font préférables au texte Hébreu. Cet ouvrage est intitulé : Apologeticus pro Vulgata translatione & LXX, à Salamanque, 1585, in-folio.
IV. CASTRO, (Paul de) né à Castro, fut professeur de droit à Florence, à Bologne, à Sienne, à Padoue. Il avoit d'abord été copiste de Balde, & il acquit tant de savoir sous ce jurisconsulte, qu'on difoit de lui : Si Bartholus non esset, esset Paulus. On a de lui plusieurs ouvrages, souvent réimprimés, en 8 vol. in-folio. Il mourut l'an 1437. Cujas en faisoit le plus grand cas, & difoit de lui : Qui non habet Paulum de Castro, tunicam vendat, & emat. V. CASTRO, (Anne de) née en Espagne, a fait plusieurs ouvrages ingénieux. Celui qui a pour titre : Eternidad del rei Felippe III, fut imprimé à Madrid, en 1629. Lopez de Vega a beaucoup loué Anne de Castro.
VI. CASTRO, Voyet III. GOMEZ, & III. DIANE. — CASTRUCCIO-CASTRACANI, naquit, selon la plus commune opinion, à Castruccio en 1281, au milieu des factions qui déchiroient alors l'Italie. Ses parens, Gibelins, furent obligés de se retirer avec lui à Anaone. Castruccio les ayant perdus à l'âge de vingt ans, & ne sachant que devenir, passa en Angleterre, où il mérita les bonnes grâces d'Edouard I; mais ayant tué un seigneur de sa cour, dont il avoit reçu un sousfort, il se vit forcé de quitter cette isle. Retiré en Flandre, il signala son courage & ses qualités militaires auprès de Philippe-le-Bel, qui le combla de bienfaits. Couvert de gloire, il retourna, l'an 1313, en Italie. Il se retira, non pas à Lucques, où les Guelfes étoient les maîtres; mais à Pise, alors la retraite des Gibelins. Il rétablit leurs affaires, leur fit ouvrir les portes de Lucques, & força les Guelfes d'en sortir. Castruccio, cher au peuple par sa prudence & son courage, fut élu gouverneur. Son alliance avec l'empereur Louis de Bavière, lui valut les titres de comte de palais de Latran, de duc de Lucques & de sénateur de Rome. Castruccio conduisit ce prince avec les quatre premiers barons Romains, & le fit couronner dans Rome, sans lui faire prêter ferment de fidélité. Le légat du pape ne pouvant se défendre contre un tel homme, prit le parti de l'excommunier. Castruccio mourut peu de temps après, le 3 décembre 1328, à 47 ans. Après une victoire signalée contre les Florentins, qui furent précipités dans l'Arno (ceux-ci laissèrent sur le champ de bataille vingt mille deux-cent trente-un hommes morts, & il y eut dix mille hommes qu'on ne retrouva point; tandis que le vainqueur ne perdit que treize-cent soixante & dix hommes.) Castruccio, tout couvert de poussière & de sueur, passa en revue, le soir même, ses troupes revenant du combat, & prit une pleurésie dont il mourut. On dit, que se sentant près de sa fin, il fit appeler près de lui Paul Guinigi, qu'il avoit désigné pour son fuc- cesseur, & lui parla en ces termes : « Mon fils, si j'avois pu prévoir que je duffe mourir, sans être arrivé au terme où la fortune m'appeloit, je vous aurois laiffe plus de domaines, moins d'en- nemis & de jaloux ; je me fe- rois contenté de la principauté de Lucques & de celle de Pife; je n'aurois pas subjugué Piftoie, je n'aurois pas tant irrité les Flo- rentins ; j'aurois vécu ami de ces deux peuples ; je vous aurois re- mis, il est vrai, un pouvoir moins vaste ; il eût été plus sûr & plus affermi : mais la fortune, qui veut être l'arbitre des cho- ses humaines, ne m'a accordé ni assez de discernement pour la connoître, ni assez de temps pour la vaincre. Vous aurez entendu dire, que tout jeune encore, je vins dans la maison de votre père, qu'il m'éleva ; il me recom- manda, en mourant, tout ce qu'il avoit de plus cher, c'est-à-dire, vous : je vous laiffe de grands états, & j'en suis content ; mais je vous les laiffe foibles & ma- lades, & j'en ai de la douleur : fouvenez-vous que Lucques n'ai- mera jamais à vivre sous vos lois ; fouvenez-vous que les Pifans font inconflans de leur naturel, & que, tout accoutumés qu'il font à être dominés, ils ne souffriront jamais qu'un Lucquois les domine. Il vous reste Piftoie, qui ne fauroit vous être bien fidelle, soit parce que c'est une ville divisée en elle- même, soit parce qu'elle nous en veut, à cause des torts que nous venons de lui faire. Que vous dire des Florentins ? c'est que la nou- velle de ma mort leur fera plus de plaisir, qu'ils n'en auroient à con- quérir la Toscane entière. Ne comp- tez ni sur l'empereur, ni sur les Visconti ; leurs secours font d'or- dinaire lents à partir & plus lente à arriver. Vous ne devez donc rien attendre que de votre pru- dence, de mon exemple, & de la réputation que vous avez ac- quise. Il importe beaucoup, dans ce monde, de savoir se connoître foi-même, & mesurer les forces de son génie, ainsi que celles de sa puissance. Celui qui ne se sent pas capable de régner par les vertus guerrières, ne doit songer qu'à régner par les vertus paci- fiques ; je vous conseille de faire votre étude de ces dernières, & de tâcher de jouir, par ce moyen, des fatigues que j'ai essuyées, & des obstacles périlleux que j'ai furmontés, par un bonheur que vous pourriez ne pas partager. » Machiavel a publié la Vie de ce célèbre capitaine, qui étoit son héros ; mais il a mêlé le men- fonge à la vérité. Elle a été tra- duite en françois par Dreux du Rodier. On lui préfère celle d'Alde Manuce le jeune, écrite en italien, peut-être avec moins d'élégance, mais avec plus d'exactitude. Elle fut imprimée à Lucques, in 4°, 1590. Voyez BUONAMICI, à la fin.
CASYAPA, (Mythol.) divinité Indienne, créateur du ciel & de la terre. C'est l'Uranus des Grecs.
CAT, (Claude-Nicolas le) na- quit à Bleraucourt, bourg de Pi- cardie, en 1700. Son père, élève du célèbre Maréchal, premier chirurgien du roi, lui fit faire de tres-bonnes études à Soissons & à Paris. Après avoir porté l'habit ecclésiastique pendant dix ans, il le quitta pour étudier en médecine & en chirurgie. Il com- mença, en 1724, à se faire con- noître dans la république des lettres, par une Dissertation sur le balancement des arcs-boutans de l'église de Saint-Nicaise de Rheims, phénomène de physique fort curieux. Il composa, en 1725, une Lettre sur la fameuse Aurote boréale qui parut cette année, & qui, étant la première qu'on eût observée en France, effraya beaucoup le vulgaire. En 1731, il obtint au concours la survivance de la place de chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen. Il s'établit dans cette ville en 1733, & y forma, en 1736, une école publique d'anatomie & de chirurgie. Il rassembla ensuite les savans & les amateurs de la ville, & fit éclore une société littéraire, qui depuis, a été érigée en académie. Il en a été le secrétaire perpétuel pour les sciences. Il étoit correspondant de l'académie de Paris, doyen des associés regnicos, de celle de chirurgie de Paris, de l'académie impériale des curieux de la nature à Péterbourg, de l'institut de Bologne, &c. Le roi, instruit de son mérite, lui accorda, en 1759, une pension de 2000, & en 1766, des lettres de noblesse, que le parlement & la chambre des comtes de Normandie enregistrèrent gratis. Il mourut le 21 août 1768, âgé de 68 ans. On a de lui : I. Dissertations, couronnées à l'académie de Chirurgie, depuis 1732, première année de ces prix, jusqu'en 1738. C'étoit un athlète redoutable, & plusieurs académies furent obligées de le prier de ne plus se présenter au concours. II. Traité des Sens, en 2 vol. in-8°, Paris 1767 : ouvrage lumineux, plein d'idées profondes, dont quelques-unes ont paru trop hardies. III. Lettres concernant l'opération de la Taille. IV. Recueil de Pièces sur la Taille. V. Dissertation sur l'existence & la nature du fluide des nerfs, qui a remporté le prix à Berlin en 1753.
VI. Mémoire, qui a remporté le prix de l'académie de Chirurgie en 1755. VII. La Théorie de l'Ouise, 1758, in-8°. VIII. Mémoire, qui a remporté le prix à Toulouse en 1757. IX. Eloge de M. de Fontenelle, 1759, in-12, qu'on lit avec plaisir, parce qu'il y a quelques particularités qui ne se trouvent point ailleurs. X. Traité de l'existence du fluide des nerfs, 1765, in-8°. XI. Traité de la couleur de la peau humaine, 1765, in-8°. XII. Lettre sur les avantages de la réunion du titre de docteur en médecine, avec celui de maître en chirurgie. XIII. Nouveau Système sur la cause de l'évacuation périodique du sexe, 1765, in-8°. L'auteur ne se bornoit pas à compiler des observations ; il aimoit à combiner des idées, & aimoit peut-être un peu trop celles qui étoient systématiques. XIV. Cours abrégé d'Ostéologie, in-8°, 1767. Le Cat étoit un homme actif, ardent, laborieux, joignant beaucoup d'esprit & d'imagination à des connoissances variées. Il avoit approfondi la théorie de son art, & étoit heureux dans la pratique.
CATANEO, (Christophe) né à Gênes, écrivit en italien, dans le 16e siècle, un traité de Géomancie, dont Guillaume Dupriau a publié une traduction françoise en 1558.
CATANOISE, (La) Voyez CABANE, & V. ANDRÉ.
CATARIN, Voyez CATHARIN.
CATEL, (Guillaume) conseiller au parlement de Toulouse, né en 1569, mort en 1616, à 57 ans, étoit un savant profond & un bon magistrat. Il a laissé : I. Une Histoire des Comtes de Toulouse, 1623, in-folio. II. Des Mémoires du Languedoc, 1633, in-folio, inférieurs à l'Histoire de 144 CAT cette province, par D. *Volfette*, & où ce Bénédicte a beaucoup puisé. *Catel* est le premier qui a joint à l'histoire les preuves des faits avancés; mais il n'auroit pas dû mettre ces preuves dans le corps de l'ouvrage. Il paroît avoir assez de discernement, & il écarte les faits faux ou exagérés. I. CATELLAN, (Jean de) conseiller au parlement de Toulouse, mort en 1700, à 82 ans, fut un magistrat recommandable par son équité & ses lumières. On a de lui le *Recueil des Arrêts remarquables du Parlement de Toulouse*, 1723, 2 vol. in-4°, auxquels on joint les *Observations de Védel*, 1733, un vol. in-4°. *Catellan* est parfaitement instruit, dit *Britannies*, de l'esprit du fait, de ses circonstances & des motifs des arrêts. Il avoit, pour ainsi dire, un petit Sénat domestique; son père étant doyen du parlement, son frère président dans la première chambre, & ses deux neveux conseillers. Cependant son recueil n'est pas si bon que celui d'*Office*, qu'il contredit souvent mal à propos. Cette maison, une des plus anciennes de Toulouse, a produit un grand nombre d'évêques & de magistrats, également distingués.
II. CATELLAN, (Marie Claire-Priscille-Marguerite de) de la même famille que le précédent, naquit à Narbonne en 1662. Son goût pour les lettres l'obligea de fixer sa demeure à Toulouse en 1697. Les mêmes études & les mêmes talens, joints aux liens du fang, l'unirent d'une étroite amitié avec le chevalier de *Catellan*, secrétaire perpétuel de l'académie des Jeux-Floraux. Cette compagnie couronna, plus d'une fois, les essais poétiques de Mille de *Catellan*. Son ouvrage le plus applaudi, fut une *Ode* à la louange de *Clémence Isaure*; cette *Ode* mérita le prix, & son auteur obtint peu après des lettres de maitresse des Jeux-Floraux. Cette moderne *Corinne* mourut dans le château de la Masquerie, près de Toulouse, en 1745, dans la 84$^{e}$ année de son âge. L'affabilité, la politesse, la discrétion, la décence, la bonne opinion d'autrui, étoient ses qualités distinctives; & ces vertus étoient embellies par une taille avantageuse, par une figure agréable, par les grâces de l'imagination & la délicatesse d'esprit.
CATESBY, (Marc) de la société royale de Londres, a publié l'*Histoire naturelle de la Caroline & de la Floride*, 1731 & 1743, 2 vol. in-folio, figures enluminées. Les explications sont en anglais & en français.
CATHALAN, (Jacques) Jésuite de Rouen, professa, prêcha & dirigea avec succès. Ses talens dans ces trois genres firent honneur à sa Société. Il étoit né en 1671, & il mourut en 1757, à 86 ans. On a de lui: I. *L'Oraison funebre de la Duchesse d'Orléans*, 1723, in-4°. II. Celle de *Monseigneur*, fils de Louis XIV, in-4°. III. Celle de *L'Electeur de Trèves*, in 4°. Ces pièces offrent quelques passages heureux.
CATHARIN, (Ambroise) né en 1485, à Sienne, Dominicain en 1515, se distingua au concile de Trente. Il eut l'évêché de Minori en 1547, & l'archevêché de Conza en 1551; il mourut en 1553, à 68 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, mal écrits & sans méthode, mais pleins de choses savantes & singulières, fut fur beaucoup de points de théologie. On en a une édition de Lyon, 1542, in-8°, & on les trouve à la fuite de ses *Enarrationes in Genefim*, Rome, 1552, in-folio. Il foutint que *JASUS-CHRIST* feroit venu, quand même le premier homme n'auroit pas péché. Il prétend encore que la chute des mauvais Anges vint, de ce qu'ils ne vouloient pas reconnoître le décret de l'incarnation. Il avance dans un Traité de la *Répartition*, que les enfans morts fans baptême font non-feulement exempts de peines, mais qu'ils jouissent même d'une félicité convenable à leur état. *Catharin* pouffoit la liberté de penser jusqu'à la hardieffe, & ne se piquoit guères de fuivre *Saint Augustin*, *Saint Thomas*, & les autres théologiens. Une de ses opinions, qui parut d'abord l'une des plus libres, & qui depuis a toujours été fuivie en Sorbonne, est celle fur l'intention extérieure du ministre des facremens. Il foutint au concile de Trente, qu'il n'étoit pas nécessaire que le ministre eût une intention intérieure de faire une chose facrée; mais qu'il fufiffoit qu'il voulût administrer extérieurement le facrement de l'église, quoiqu'il s'en moquât intérieurement. *Catharin* a fait encore un *Commentaire* fur les Epitres de *S. Paul*, & les autres Epitres canoniques; Venife 1551, in-fol. On lui attribue aussi un livre italien, recherché des curieux, intitulé : *Rimedio alla pestilente dottrina d'Ochino*, Rome, 1544, in-8°. Le vrai nom de *Catharin* étoit *POLITUS LANCELLOTUS*, qu'il quitta à 30 ans, pour se faire Dominicain. Il avoit professe le droit avec distinction, sous son premier nom.
CATHARRES, Voyer NOVAT. I. CATHERINE, (Sainte) vierge, fille de *Cefle*, tyrant d'Alexandrie, fur martyrisée, dit-on, sous *Maximin*. On n'a commencé à parler d'elle qu'au neuvième siècle. On trouva le cadavre d'une fille fans corruption; au mont Sinai en Arabie. Les Chrétiens de ce pays-là, apparemment fur certains signes, le prirent pour le corps d'une martyre. Ils lui donnèrent le nom d'*Aicatarine*, c'est-à-dire *pure & fans tache*, lui rendirent un culte religieux, & lui firent faire une légende. Le cardinal *Baronius*, peu content de cette légende, dit « qu'il vaut mieux mettre des faits dans la vie des Saints, que de mêler des choses incertaines à leur histoire. » Il croit reconnoître *Ste Catherine*, dans le portrait que fait *Eusebe* d'une femme illustre d'Alexandrie, qui résista à la passion du César *Maximin*; elle croit noble, riche & savante. Mais *Rufin* ayant nommé cette femme *Alexandrine-Dorothée*, la conjecture de *Baronius* paroit porter à faux. Quoi qu'il en soit, les Latins reçurent *Ste Aicatarine* des Grecs, dans le onzième siècle, & abrégèrent son nom, en l'appelant CATHERINE. Les philosophes l'ont prise pour leur patronne, parce qu'on raconte dans son histoire, qu'elle disputa, à l'âge de 18 ans, contre cinquante fages, qui furent vaincus par elle. L'Eglise célèbre fa fête le 25 novembre. — *Voy. LAUNOY*, n° II.
II. CATHERINE DE SIENNE, (Sainte) naquit jumelle d'un teinturier de Sienne, en 1347. Elle embraffa, à l'âge de 20 ans, l'institut des Sœurs de *S. Dominique*. Ses révélations, son zèle & ses écrits lui firent un nom célèbre. Elle réconcilia les Florentins avec 146 CAT Grégoire XI, pour lors à Avignon. L'éloquence de la négociatrice fut si vive, qu'elle engagea le pontife à quitter les bords du Rhône pour ceux du Tibre. Elle joua un grand rôle dans toutes les querelles du schifme. Les Urbanistes ayant remporté quelques avantages sur les Clémentins, on ne manqua pas de l'attribuer à ses prières. Elle écrivit de tous côtés en faveur d'Urbain, traitant de démons incarnés les cardinaux qui favorifioient son compétiteur, & excitant tous les princes à lui faire la guerre. Elle mourut à Rome, le 29 avril 1380, à 33 ans. Sa Légende en italien, Florence, 1477, est très-rare : les éditions de 1524, in-4°, & 1626, in-8°, sont rares aussi. Sa Vie a été écrite en latin par Jean Pins, Bologne, 1515, in-4°. Il y en a une en françois, par le P. Jean de Rehaç, Paris, 1647, in-12. Catherine avoit paru par-tout avec éclat, & joui d'un grand crédit par son éminente piété, malgré sa jeunesse & ses visions. Tantôt elle avoit épousé JÉSUS-CHRIST, tantôt elle avoit vu la VIERGE. Une imagination vive & échauffée par les jeunes & les veilles, produifoit en elle tous ces effets surprenans, si l'on en croit Fleury. Cette Sainte fut canonisée par Pie II, en 1461. Ce pape lui affigna un office, dont les hymnes difoient, qu'elle avoit porté sur son corps la forme des plaies de J. C. Les Francifcains, jaloux qu'on accordât cet honneur à d'autres qu'à leur féraphique fondateur, dénoncèrent cet office à Sixte IV, qui avoit été de leur ordre. Ce pontife défendit, même sous des peines ecclésiastiques, de peindre les images de cette Sainte avec les figmates. Il adoucit toutefois son décret quelque temps après, & en ôta les censures. « Les Cordeliers, dit Sponde, auroient mieux fait d'imiter la pauvreté & humilité de leur saint fondateur, que de vouloir restreindre la grâce par ces superbes disputes : parce que disputer du mérite des Sts., c'est produire des contestations inutiles, d'où naissent ensuite les jalousies, l'un soutenant un Saint, & l'autre un autre, & chacun s'opiniâtrant avec orgueil, à vouloir que son Saint soit plus grand que celui d'un autre, comme l'a remarqué l'auteur du livre de l'Imitation de JÉSUS-CHRIST. » On attribue à cette Sainte des Poëttes italiennes, in-8°, Sienne, 1505; quelques Traités de dévotion, & des Lettres, qui sont purement écrites en italien : elles parurent à Bologne, en 1492, in-4°. Tous les ouvrages de Ste Catherine de Sienne, ont été publiés à Lucques & à Sienne, 1713, en 4 vol. in-4°.
III. CATHERINE, fille de Charles VI, roi de France, épousa Henri V, roi d'Angleterre. Après la mort de ce prince, en 1422, elle se remaria secrètement à Owen Tider ou Tudor, afin de légitimer les enfans qu'elle avoit eus de lui. Ce Tider étoit un seigneur du pays de Galles, d'une famille qui avoit regné autrefois en Angleterre. Les historiens qui aiment à médire, disent, à ce que prétend le P. d'Orléans, qu'il avoit été son tailleur. Sa bonne mine, son assiduité, ses complaisances, avoient touché la reine, qui oublia ce qu'elle devoit aux mânes de son époux. Ce second mariage fut tenu fort secret du vivant de cette princesse, & on ne le fut qu'après sa mort, qui arriva en 1438. Tider fut aussitôt mis en prison. Il se fauva quelque temps après; mais malheureusement, ayant été repris pendant les guerres civiles des maisons d'Yorck & de Lancastre, il eut sur-le-champ la tête tranchée. Catherine eut de Tider un fils appelé Edmond, père de Henri, comte de Richemont, qui monté sur le trône d'Angleterre, sous le nom de Henri VII. Cette princesse, en sacrifiant sa gloire à son amour, donna à la Grande Bretagne une postérité, qui foutait l'honneur du sang maternel.
IV. CATHERINE D'ARAGON, fille de Ferdinand V, roi d'Aragon, & d'Izabelle, reine de Castille, épousa, en 1501, Arthus, fils aîné de Henri VII, dit le Salomon d'Angleterre. Ce prince étant mort cinq mois après cette union, le nouveau prince de Galles, connu depuis sous le nom de Henri VIII, s'unit à la veuve de son frère, avec une dispense de Jules II, accordée sur la supposition que le mariage n'avoit point été consommé. Catherine n'étoit née ni avec le talent, ni avec le désir de plaire. Son époux ne tarda pas de s'en dégoûter, & de proposer un divorce. Cette affaire importante fut plaidée avec deux légats de la cour de Rome, qui travaillèrent inutilement à réconcilier les deux époux. Henri fit prononcer une sentence de répudiation; le pape refusa de l'autoriser. Catherine ne voulut jamais consentir à la dissolution d'un mariage qui faisoit son malheur. Cette fermeté la fit éloigner de la cour pour toujours, en 1531. Il lui fut défendu de prendre, & à la nation de lui donner d'autre titre, que celui de princesse douairière de Galles. Le pape cassa la sentence de divorce, & ordonna à Henri de reprendre Catherine : cette princesse n'en fut pas moins exilée à Kimbalton, où elle mourut, le 3 janvier 1536, âgée d'environ 55 ans. Quand elle se sentit près de la mort, elle écrivit à son mari, qui ne put refuser des larmes à sa lettre, & qui ordonna à sa maison de prendre le deuil. Des mœurs simples, le goût de la retraite, l'amour de l'ordre, formoient le fonds de son caractère. Les soins domestiques, la prière & le travail, firent ses occupations. Sa raison & sa vertu furent sans agrémens, sans grâces, sans dignité. Elle étoit plus faite pour un monastère que pour une cour. Elle composa, dans sa retraite, des Méditations sur les Pseaumes, & un Traité des plaintes du pécheur. V. CATHERINE DE MÉDICIS, fille unique & héritière de Laurent de Médicis, duc d'Urbin, nièce de Clément VII, née à Florence en 1519, annonça de bonne heure beaucoup d'esprit, de finesse & de courage. La blancheur de son teint, la vivacité de ses yeux, la noblesse de ses traits, la mirent au rang des belles femmes de son siècle. Elle fut mariée par les intrigues du pape son oncle, en 1533, au dauphin de France, depuis Henri II. A la cour de François I, dont elle fut un des ornemens, elle montra, malgré sa jeunesse, ces sentimens de politique & de dissimulation, qui l'ont fait regarder comme un modèle en ce genre; vivant également bien, & avec la duchesse d'Etampes, maîtresse de François I, & avec Diane de Poitiers, maîtresse du dauphin, son époux. Voy. FERNEL. Après la mort de Henri II; elle fut deux fois régente du royaume, elle l'avoit déjà été durant le voyage du roi son mari en Lorraine, en 1553. Elle le fut la deuxième, pendant la minorité 248 CAT de Charles IX; la troisième, depuis la mort de ce prince, jusqu'au retour de Henri III, alors roi de Pologne. Son objet principal, sous la minorité de Charles IX, fut de diviser, par l'intrigue, ceux qu'elle ne pouvoit gagner avec de l'argent. Placée entre les Catholiques & les Protestans, les Guifes & les Condés, elle souleva les partis opposés, pour rester seule maitresie. Elle accorda aux instances des Huguenots, le colloque de Poissis en 1561; & l'année d'après, l'exercice public de leur religion, dans la crainte que la jonction du roi de Navarre aux Guifes, ne rendit ce parti trop puissant. Lorsque Charles IX fut déclaré majeur, elle se fit continuer l'administration des affaires, & brouilla tout comme auparavant. Ayant fait lever des troupes, sous le prétexte de se précautionner contre le duc d'Albe, mais réellement pour abaisser les Protestans; ce parti en prit de l'ombrage, & le royaume fut encore embrasé. Catherine avoit allumé la premiere guerre civile, en favorisant les Huguenots; elle causa la seconde, en les irritant. Elle eut beaucoup de part à toutes les actions sanglantes qui suivirent la prise d'armes. Ce fut en partie par ses conseils, que le massacre de la St-Barthélemi fut ordonné; & elle vit, avec une espece d'indifférence, ce spectacle de défoliation & d'horreur. L'air retentissoit d'imprécations & de cris menaçans. Le fracas des portes & des fenêtres enfoncées, les coups multipliés de pistolets & d'arquebuses, les hurlemens des gens poignardés ou prêts à l'être, le bruit des charrettes, les unes chargées du butin des maisons saccagées, les autres, des corps demi-morts qu'on alloit jeter dans la rivière, tout servoit à répandre l'épouvant la terreur. « Les Huguenots, dit Deformeaux, rencontroient par - tout une destinée tragique. On les tuoit sur les toits, on les précipitoit par les fenêtres; on les égorgeoit dans leur lit, dans les greniers, dans les caves: les femmes dans les bras de leurs maris, les maris sur le sein de leurs femmes, les fils aux pieds de leurs pères. On n'épargoit pas même les enfans à la mamelle. On voyoit des jeunes filles, violées & trainées nues par les cheveux; des femmes groises & prêtes d'accoucher éventrées, & jusqu'à de petits garçons précipitant dans la rivière des enfans au berceau. Il y avoit dans les places publiques des monceaux de cadavres, les portes en étoient bouchées; les chambres & les cours des maisons en étoient pleines, & quelques rues regorgeoient du sang humain qui couloit dans la Seine à gros bouillons. » Catherine doit être peinte aux yeux de la postérité, comme coupable d'une partie de ces abominations, puisqu'elle gouvernoit alors son fils; mais elle se brouilla avec ce prince sur la fin de sa vie, & ensuite avec Henri III. Elle mourut en 1589, à 70 ans, regardée comme une princesse d'un caractere incompréhensible. L'auteur de la Henside la peint toujours prête à changer d'intérêts & d'amis, s'unissant tantôt avec les uns, tantôt avec les autres. Il reste une Lettre, par laquelle elle remercie le prince de Condé d'avoir pris les armes contre la cour. Lorsqu'on lui annonça, sur un faux bruit, la perte de la bataille de Dreux, que l'on donna d'abord comme gagnée par les Protestans: Hé bien, dit - elle, nous prierons Dieu en françois. Elle voyoit les événemens les plus fâcheux, avec l'indifférence nécessaire pour pouvoir y remédier ; elle favoit même diminuer l'avantage que ses ennemis en euffent pu prendre, par le sel d'un bon mot. Lorsque le roi de Navarre, qui venoit en 1578 de perdre la Réole, place importante, eut repris Fleurance, trésperite ville aux environs d'Auch, elle se contenta de dire, en fou- rient : C'est la revanche de la Réole, le Roi de Navarre a voulu faire chou pour chou, mais le mien est plus pommé. Elle avoit trouvé le moyen de détacher du parti des Proteftans, un des gentilshommes les plus accré- dités, Uffac, qui étant devenu amoureux d'une des filles de la reine-mère, se fit Catholique, & livra la Réole, dont il étoit gouverneur. Si on nous la peint quelquefois trifte & abbatue, c'étoit une trifteffe préparée, un abattement politique, pour se ménager des secours. C'est ainsi que, voyant son pouvoir anéanti par le crédit des Guifes, fous le règne de François II, elle plaint son état, sa captivité & celle du roi son fils, au prince de Condé, & aux chefs des Proteftans. Souvent-vous, mon Cousin, écrivoit-elle au prince, de conserver les enfans, la mère & le royaume, comme celui qui y a le plus grand intérêt, & qui peut compter qu'il ne fera jamais oublié. La trifteffe, les foupirs, les larmes même fur son fort & fur celui de la maifon royale, ne lui coûtoient rien dans ces fâcheufes extrémités. Mais s'agiffoit-il de faire tête aux revers ? elle affrontoit les périls, même ceux de la guerre, avec toute l'intrépidité d'un héros. Accoutumée aux hasards, pendant le siége de Rouen en 1562, elle alloit tous les jours au fort de Sainte-Catherine ; les canonnades & arquebufes, dit Brantôme, pleu- voient autour d'elle, qu'elle s'en fou- choit autant que de rien. Le connétable & le duc de Guifes lui remontrant qu'elle s'expofoit trop, elle n'en fit que rire, & leur demanda pourquoi elle s'épargneroit plus qu'eux... ? Est-ce que j'ai moins d'intérêt, ajouta-t-elle, ou moins de courage que vous ? Il est vrai que j'ai moins de force, mais je n'ai pas moins de cœur... Elle recherchoit avec empressement les officiers qui se diftinguoient par leur valeur, & elle aimoit à se faire instruire de leurs actions, & des occafions où ils s'étoient signalés. Elle les présentoit ensuite elle-même au roi, & les lui recommandoit, en lui rappelant ce qu'ils avoient fait, ou pour sa personne même, ou pour ses prédécesseurs. S'ils avoient des démêlés ensemble, elle cherchoit à les réconcilier, avec tout le ménagement que leur délicatesse sur le point d'honneur pouvoit exiger. Elle prit ce soin pour la Châteigneraie, pour Pardaillan, & pour les braves Crillon & d'Entragues, au rapport de Brantôme. Cette conduite lui gagna le cœur de plusieurs officiers, qui ne croyoient pas trop hasarder en lui sacrifiant leur vie. On lui donna même l'éloge de Mère des Gens-de-guerre, MATER CASTRORUM, à l'exemple des Romains. Pendant le feu des guerres civiles, elle alloit quelquefois au camp, & y encourageoit les soldats; elle diffinuloit même leurs murmures. Quelques soldats, en la voyant passer, en disoient mille horreurs. Le cardinal de Lorraine qui les avoit entendus, lui dit qu'il alloit les faire pendre. Non, non, Monsieur le Cardinal, lui répondit-elle, laiffez-les dire. Je veux apprendre à la postérité qu'une femme, une Reine & une Italienne, ont su commander à leur ressentiment. Ceux qui l'ont accusée d'avarice. 150 CAT ne l'ont point connue; elle n'aimait que la dépense, & quand on lui oppofoit l'etat d'épuisement où étoient les finances : Il faut luer Dieu de tout, disoit-elle, mais il faut vivre. Prodigue pour ses plaisirs, elle n'étoit point économe, lorsqu'il falloit récompenser les gens de mérite, qui avoient quelques droits à ses largesses : les savans & les artistes l'éprouèvèrent en différentes occasions; non-feulement elle les traitoit avec distinction, mais elle savait apprécier leurs ouvrages & leurs talens. Elle fit venir des manuscrits de Grèce & d'Italie; fit élever les Thuileries, l'Hôtel-de-Soissons, où depuis on a bâti la Halle aux blés; on construisit aussi par ses ordres, Saint-Maur-des-Fossés, Monceaux en Brie, Chenonceaux en Touraine, &c. &c. Quelque indifférente que fut Catherine de Médicis pour toutes les religions, elle ne laissait pas d'être superstitieuse. Elle croyait non-feulement à l'aérologie judiciaire, mais encore à la magie. Elle portait sur l'estomac une peau de vélin, ou, selon quelques-uns, d'un enfant égorgé; elle étoit convaincue que cette peau avoit la vertu de la garantir de toute entreprise contre sa personne. Rien ne dévoile mieux la noirceur de son caractère, que l'éducation de ses enfants. Des combats de coqs, de chiens & d'autres animaux, étoient une de leurs récréations ordinaires. S'il y avoit quelque exécution considérable à la Greve, elle les y menait. Pour les rendre aussi laissais que sanguinaires, elle donnait de temps en temps de petites fêtes, où ses filles d'honneur, les cheveux épars, couronnées de fleurs, servaient à table demi-nues. Son exemple ne leur prêchoit pas moins le libertinage : François de Vendôme, Trollus de Mefgoue & plusieurs autres, furent, dit-on, les consolateurs de son veuvage. Dans la foule de livres faits contre cette princesse, les curieux distinguent : Legenda Sanita Catharina Medicæ, 1575, in-8°; & la vie & les actions de Catherine de Médicis, par H. Etienne, in-12, & dans le Journal de l'Etoile, en 5 vol. Dans ce dernier libelle, l'auteur la fait descendre d'un charbonnier, qui ayant gagné quelque chose, fit son fils medicin. Celui-ci ayant fait une fortune immense, donna son nom à sa maison, & prit pour armes cinq pilules; c'est ainsi que Henri Etienne qualifie les cinq tourteaux qui forment les armes des Médicis. Toutes les calomnies dont ce libelle infame est rempli, sont à peu près dans ce goût; on ne peut pousser plus loin la méchanceté & le mensonge. Voy. I. MONTECUCULÉI, & V. MONTMORENCI.
VI. CATHERINE DE PORTUGAL, femme de Charles II, roi d'Angleterre, & fille de Jean IV, roi de Portugal, naquit en 1638, son père étant encore duc de Bragance. Elle fut mariée en 1661, à Charles II. Elle avoit, dit-on, l'ame plus belle que le corps, & elle eut l'estime, mais non le cœur du roi son époux. Pendant le règne de Jacques II, cette princesse jouit de beaucoup de considération; mais en 1688, elle résolut d'aller en Portugal, où elle ne se rendit cependant qu'au commencement de 1693. Elle y fut déclarée régente en 1704, par le roi Pierre, son frère, à qui ses infirmités rendoient le repos nécessaire. Catherine fit éclater alors les grandes qualités qu'elle avoit reçues de la nature. Elle continua de faire la guerre à l'Espagne avec beaucoup de vigueur. Sage & prudente dans les conseils, elle fut faire exécuter ce qu'elle avoit résolu; & pendant sa régence, l'armée Portugais reconquit sur les Espagnols plusieurs places importantes. Cette princelle mourut en 1705, à 67 ans.
VII CATHERINE ALEXIOWNA, payfanne, dont le nom étoit *Alfeyday*, devenue impératrice de Ruffie, devoit le jour à des parens fort pauvres, qui vivoient près de Départ, petite ville de la Livonie. Elle naquit le 5 avril 1689. Au sortir de l'enfance, elle perdit son père qui la laissa dans les bras d'une mère infirme; le travail de ses mains ne suffisoit pas à leur entretien. Ses traits étoient beaux, sa taille charmante, & elle annonçoit de l'esprit. Sa mère lui apprit à lire, mais elle fut assez peu de progrès; & un vieux ministre Luthérien lui donna les principes de la religion. A peine avoit-elle atteint sa quinzième année, qu'elle perdit sa mère. Le bon ministre la reçut chez lui, & la chargea du soin d'élever ses filles. *Catherine* profita des maîtres de musique & de danse qu'on faisoit venir pour elles. La mort de son bienfaiteur qui survint, la replongea dans une extrême indigence. Son pays étant devenu le théâtre de la guerre entre la Suède & la Ruffie, elle alla chercher un affle à Marienbourg. Après avoir traversé un pays dévasté par les deux armées, & avoir couru de grands dangers, elle tomba entre les mains de deux soldats Suédois, qui sans doute n'auraient pas respecté sa jeunesse & ses charmes, si un bas-officier ne fut survenu, qui la leur arracha. Après avoir rendu graces à son libérateur, elle reconnut en lui le fils du ministre qui avoit eu soin de son enfance. Ce jeune homme, touché de son état, lui donna les secours nécessaires pour achever son voyage, & une lettre pour un habitant de Marienbourg, qui s'appeloit *Gluck*, & qui avoit été l'ami de cet officier. Elle fut très-bien reçue; on lui confia l'éducation de deux filles. Elle se comporta si bien dans ce pénible emploi, que, le père étant veuf, lui offrit sa main. *Catherine* la refusa, pour accepter celle de son libérateur, quoiqu'il eût perdu un bras & qu'il fût couvert de blessures. Le jour même que ces deux époux vont se jurer leur foi aux pieds des autels, Marienbourg est assiégée par les Russes; l'époux, qui étoit de service, est obligé d'aller avec sa troupe repousser l'assaut, & il périt dans cette action, sans avoir recueilli le prix de sa tendresse. Marienbourg est enfin emporté d'assaut, & la garnison & les habitans passés au fil de l'épée, ou en proie à la brutalité du vainqueur. On trouva *Catherine* cachée dans un jour: on se contenta de la faire prisonnière de guerre. Sa figure & son esprit la firent bientôt remarquer du général Ruffie *Mencikoff*; il fut frappé de sa beauté, & la racheta du soldat auquel elle étoit tombée en partage, pour la placer auprès de sa sœur, où elle fut accueillie avec tous les égards dus à la beauté, & à l'infortune. Quelque temps après, Pierre le Grand se trouvant à manger chez ce général, on la fit servir à table. Le Czar la distingua bientôt, & fut frappé de ses graces. Il revint le lendemain chez *Mencikoff* pour revoir la belle prisonnière; elle répondit avec tant de vivacité à toutes les questions que lui fit ce monarque, qu'il en devint éperduement amoureux. Le mariage suivit de près cette inclination naissante; il se fit secrètement en 1707, & publiquement en 1712. Elle fut 152 CAT couronnée en 1724, & reçut la couronne & le sceptre des mains de son époux. Le comte de *Boffewitt* dit dans son histoire de l'empire de Russie : « La *Czarine* avoit été non-seulement nécessaire à la gloire de *Pierre*, mais elle l'étoit à la conservation de sa vie. Ce prince étoit malheureusement sujet à des convulsions douloureuses, qu'on croyoit être l'effet d'un poison qu'on lui avoit donné dans sa jeunesse. *Catherine* avoit trouvé le secret d'appaiser ses douleurs par des soins pénibles & des attentions recherchées, dont elle seule étoit capable, & se donnoit toute entière à la conservation d'une santé aussi précieuse à l'état qu'à elle-même. Aussi le Czar, ne pouvant vivre sans elle, la fit compagne de son lit & de son trône. » Après la mort de ce prince en 1725, elle fut déclarée souveraine impératrice de toutes les Russies. Elle se montra digne de régner, non par sa conduite secrete, qui étoit peu régulière, mais par son humanité. A son avènement à l'empire, les potences & les roues furent abattues. Elle institua un nouvel ordre de chevalerie, sous le titre de *Saint-Alexandre de Newshis*. Elle reçut elle-même peu de temps après le collier de celui de l'Aigle-blanc. Pendant un règne de quinze à seize mois, elle suivit les plans de gouvernement de son époux, & soutint avec zèle tous les établissements qu'il avoit formés ou commencés. De fréquents excès de vin de Tokai, lui causèrent une hydropisie, dont elle mourut le 17 mai 1727, à l'âge de 38 ans. C'étoit une princesse d'une sermété au-dessus de son sexe. Elle suivoit *Pierre* le *Grand* dans ses expéditions, & lui rendit de grands services dans la malheureuse affaire du Pruth. Ce fut elle qui conféilla au Czar de tenter le vif par des préfens, ce qui lui réussit. On ne peut cependant dissimuler qu'elle eut une inclination qui excita la jalousie du Czar. Celui qui en fut l'objet étoit un chambellan, originaire de France, nommé *Mans de la Croix*. Le czar *Pierre* le fit décapiter sous prétexte de quelque crime, & fit planter sa tête sur un pieu, au milieu de la place de Pétersbourg. Pour pouvoir montrer à loisir à son épouse le spectacle du cadavre de son amant, il lui fit traverser cette place dans tous les sens, & la conduisit même au pied de l'échafaud. *Catherine* eut assez d'adresses ou de sermété pour retenir ses larmes... On a soupçonné cette princesse de n'avoir pas été favorable au czarowitz *Alexis*, que son père fit mourir. Comme aîné & sorti d'un premier mariage, il excluait du trône les enfans de *Catherine*; c'est peut-être le seul motif qui lui ait attiré ce reproche peu fondé. Elle ne savait point écrire; sa fille *Elizabeth* signoit pour elle; & son ignorance fut cause de quelques abus de pouvoir, commis par les agents de l'état, auxquels elle remettoit les rênes.
VIII. CATHERINE II, — (Alexiewna) Impératrice de Russie, étoit fille du prince d'*Anhalt-Zerbst*, gouverneur de Siettin, dans la Pomeranie Pruffienne, & se nommoit dans sa jeunesse, *Sophie-Auguste d'Anhalt*. Elle ne prit celui d'*Alexiewna*, qu'en embraffant le rit grec, pour épouser son coufingermain; *Charles-Frédéric*, duc de Holstein-Gottorp, que l'impératrice *Elizabeth* avoit appelé auprès d'elle, après l'avoir fait elire grand-duc de Russie, & désigné pour son fucceffeur. *Catherine*, dirigée par une mère ambineuse, s'attacha à se faire des partisans, & à se créer dans l'état *un* parti indépendant de celui de son époux. Douée des grâces de son sexe, avec un esprit vaste & hardi, le goût des connoissances, l'amour extrême du travail & du plaisir, une ambition profonde, & ne redoutant rien pour arriver à son but, elle ne tarda pas à devenir puissante & redoutée. Vainement des intrigues galantes avec le chambellan *Solticoff*, le Polonois *Poniatowski*, Grégoire *Orloff*, avoient-elles détruit tout accord entre elle & le grand-duc; envain, l'impératrice *Elizabeth* lui avoit-elle même témoigné quelque mécontentement, *Catherine* attacha à sa fuite, à son parti, le peuple par des pratiques de dévotion, les grands par son accueil séduisant, l'armée par ses largesses. A la mort d'*Elizabeth*, le grand-duc monta sur le trône sous le nom de *Pierre III*. Elle avoit à le redouter. Bientôt une rébellion couronnée du succès, lui ôta l'empire pour le donner à son épouse. Quelque temps après, la mort subite de ce souverain, privé de sa liberté, fit accuser celle-ci de l'avoir ordonnée; & ce qui sembla justifier à cet égard tous les soupçons, fut l'imprudence promesse faite par l'Empereur, à la comédie de *Vorontzoff*, de l'épouser, de répudier *Catherine*, & d'exclure du trône, son fils *Paul Petrowitz*. «L'empereur de Russie, écrivoit alors le roi de Russie, a été détrôné par son épouse; on s'y attendoit. Cette princesse a beaucoup d'esprit, & les mêmes inclinations que la défunte *Elizabeth*. Elle n'a aucune religion; mais elle contrefait la dévote. C'est le second tome de *Zénon*, de son épouse *Adriana*, & de *Marie de Médicis*. » En effet, pour assurer son pouvoir, l'impératrice se montra très-populaire dans les premiers jours. On la vit donner ses mains à baisser à la multitude, mettre pied à terre en apercevant des *popes* ou prêtres Russes rassemblés à l'entrée du palais, & embraser les principaux d'entre eux. Elle se rendit plusieurs fois au Sénat pour y entendre juger des procès. D'un autre côté, elle donna de l'argent aux soldats, & avança en grade un grand nombre d'officiers supérieurs, en accordant une gratification d'une demi-année de paye à tous les officiers subalternes. Ces moyens appaisèrent les murmures, & firent oublier peu à peu ceux dont elle s'étoit servi pour régner. *Catherine II* alla se faire sacrer à Moscow; & cette cérémonie se fit en 1762, avec la plus grande solennité dans la chapelle des Czars, en présence de l'armée & d'un peuple immense. —Sachant, suivant un historien, quitter les plaisirs pour passer aux travaux les plus sérieux, & s'occuper des soins les plus pénibles du gouvernement, elle assistoit aux délibérations du conseil, lisoit toutes les dépêches des ambassadeurs, détoit ou minutoit de sa main, toutes les réponses qu'il falloit leur faire, ne chargeoit ses ministres que des détails, & en surveilloit encore l'exécution. Bientôt elle fonda des hopitaux, & fit mettre des vaisseaux sur le chantier. Voyant avec peine que la population de ses états n'étoit point proportionnée à leur vaste étendue, & que les terres les plus fertiles manquoient de bras, elle publia une déclaration, qui invita tous les étrangers à venir s'établir en Russie, en leur promettant le libre exercice de leur culte, la faculté de quitter leur nouvelle habitation quand ils le voudroient, & d'emporter dans leur partie les richelles qu'ils auroient acquifes. Des Allemands, des Moraves vinrent des - lors augmenter le nombre de ses fujits. — Cathrine II employa le premier acte de sa puissance à faire reconnoître Biren; duc de Courlande, au lieu de Charles de Saxe, fils du roi de Pologne Auguste III. Ce dernier fut forcé de donner l'investiture de cette souveraineté au spoliateur de son fils. La mort de ce roi en 1763, fournit à l'Impératrice l'occasion de déployer tout l'ascendant de sa politique; elle parvint à neutraliser les cours de Versailles & de Berlin, & à leur faire promettre qu'elles ne se méleraient point de l'élection du nouveau souverain. De - lors, la diette de Wola fut vaincue, soit par ses insinuations, soit par la terreur de ses armes; & Catherine fit proclamer roi de Pologne son ancien favori Poniatowski, qui prit le nom de Stanislas-Auguste. Cette élection favorifoit le plan qu'elle conçut alors, de réunir à son empire une partie de ce royaume. Pour l'exécuter, elle fit tracer une ligne de démarcation, qui comprenoit une grande partie de la Pologne dans ses états, & elle demanda qu'on fixât les limites de la Russie, telles qu'elle venoit de les présenter. — Ces vues ambitieuses ne tarderent pas à inquiéter l'empire Turc, pour la sûreté de ses possessions sur la mer Noire. Il leva l'étendant de la guerre avec 500 mille hommes en 1769. Ses efforts furent impuissants. Les Russes chassèrent douze mille Tartares de la nouvelle Servie, & se rendirent maitres d'Azoph & de Tangarok. D'un côté, Romanzoff gagna les fameuses batailles du Pruth & de Kagoul, où deux cent mille Ottomans périrent, & le prince Repnin s'empara d'If- maïl; de l'autre, les escadres Moscovites parurent pour la première fois dans l'Archipel Grec; firent soulever les Isles, & brûlerent complètement la flotte Turque dans la baie de Tschesmé, le 6 juillet 1770. L'Impératrice fit célébrer l'éclat de tant de triomphes par des fêtes & des monumens. Quelque temps après, Romanzoff ayant enfermé à Schumla l'armée du grand-Vifir, les Turcs furent forcés de demander la paix. Elle fut signée en 1774. Catherine obtint par le traité, les places d'Azoph & de Tangarok, la libre navigation de la mer Noire, & l'indépendance de la Crimée. L'opposition des Turcs n'avoir point empêché le démembrement de la Pologne. Il s'opéra par Catherine, le roi de Prusse & l'Empereur; & on ne laissa plus à Stanislas qu'une partie de son territoire. Une diète assemblée en 1773, fit cession des droits des Polonois aux trois puissances, & régla entre elles les conditions du partage. Le pays échu à la Russie est le plus vaste, & renferme deux millions d'hommes. — Au milieu de ses conquêtes, l'Impératrice songea à obtenir une autre forte de gloire, & à devenir législatrice. Il n'étoit aucun pays en Europe, où les lois fuissent plus incertaines, plus embrouillées qu'en Russie. Les tribunaux y jugeaient sans règle, & par conséquent sans équité. Le pouvoir des juges étoit arbitraire & sans bornes. Ils faisoient à leur seule volonté, donner la question, ou exiloient en Sibérie. Catherine s'occupa sérieusement de remédier à ces abus. Elle établit dans le ministère de la justice, diverses cours où conseils spéciaux, qui, n'ayant à prononcer chacun que sur un seul genre d'affaires, suivirent dès lors une jurisprudence plus uniforme & plus régulière. Elle augmenta le traitement des magistrats, pour les mettre à l'abri de la subornation, & leur en assura la moitié pour le temps de la vieillesse, où ils ne pourroient plus exercer leur emploi. « Toutes les provinces de la Russie, dit l'un de ses historiens, & même les nations barbares qui vivent dans les parties les plus reculées de ce vaste empire, eurent ordre d'envoyer des députés à Moscow, pour présenter leurs idées sur les lois qui leur étoient les plus propres. Catherine se rendit elle-même dans cette capitale. L'ouverture des Etats se fit avec une pompe extraordinaire. C'étoit un spectacle, intéressant & nouveau, de voir les députés de peuples nombreux, si différens par leurs mœurs, leur costume, leur langage, étonnés de se trouver ensemble pour discuter leurs lois, eux qui n'avoient jamais su qu'obéir aux volontés arbitraires d'un maître, que souvent ils ne connoissoient pas. L'Impératrice s'étoit fait ménager dans la salle, une tribune, d'où sans être apperçue, elle pouvoit tout voir & tout entendre. On commença par lire les instructions traduites en langue russe, dont l'original écrit en françois, & presque tout entier de la main de Catherine, a été déposé dans la bibliothèque de l'académie de Pétersbourg. Les applaudissemens en interrompirent souvent la lecture. Les seuls députés des Samoyèdes osèrent rester sans marque d'admiration. L'un d'eux prit même la parole, & dit : Nous sommes simples & justes. Nous faisons tranquillement paître nos rennes. Nous n'avons pas besoin d'un code nouveau : mais faites pour les Russes, nos voisins, & pour les Gouvernants que vous nous envoyez, des lois qui arrêtent leurs brigandages. » D'autres séances ne furent pas aussi tranquilles. On avoit parlé de donner la liberté aux paysans : ceux-ci commençoient à se rassembler ; on craignit des insurrections. Des députés laisseront entrevoir des idées funestes au pouvoir absolu, l'Impératrice en frémit, & se hâta de dissoudre les Etats. Avant leur séparation, ils décernèrent le titre de Grande & de Mère de la Patrie à cette princesse. Celle-ci fit distribuer à chacun des députés, une médaille d'or destinée à transmettre à la postérité, le motif qui les avoit fait rassembler ; elle s'empressa d'adresser son nouveau code à la plupart des souverains, & le roi de Prusse répondit au comte de Solms : « Séminamis commanda des armées ; Elisabeth d'Angleterre est comptée au nombre des grands politiques ; Marie-Thérèse d'Autriche a montré beaucoup d'intrépidité à son avènement au trône. Mais aucune femme n'avoit encore été législatrice. Cette gloire étoit réservée à l'Impératrice de Russie. » — Après ce travail important, Catherine en ordonna un autre non moins utile. Ce fut de faire voyager plusieurs savans dans l'intérieur de ses vastes états, à peine connus, pour en observer la position, les productions, les ressources. Pallas & Falk parcoururent les rives du Wolga, & parvinrent jusqu'à Casan ; Gmelin & Guldenslede visitèrent les bords du Tanais, jusqu'au Borishène, & toutes les contrées qui s'étendent depuis Aftracan jusqu'aux frontières de la Perse. Blaumayer fut chargé de vérifier les découvertes déjà faites dans l'archipel du Nord, & d'en tenter de nouvelles ; Valchen - Stedt pénétra dans les gorges du Caucase ; Billings assisté de Hall, de Beijing, & du fameux mécanicien Edwards, parcourut l'Océan oriental jusques aux côtes du 156 CAT Japon. *Pallas*, dans son voyage, avoit recueilli beaucoup d'objets d'histoire naturelle, qui formoient un cabinet précieux; l'impératrice en ordonna l'acquisition. — L'academie de Petersbourg obtint de nouveaux privilèges; & celle des arts reçut un plus grand nombre d'élèves. L'inoculation fut adoptée en Russie; l'impératrice fut la première à s'y soumettre, & à inviter le grand-duc à l'imiter. Une petite affleuse qui ravagea Moscow, qui y emporta cent mille habitans, & menaçoit de ravir le reste, fut arrêtée dans son invasion. A la même époque, l'un des plus beaux diamans de l'univers fut acquis par *Catherine*, d'un Grec, qui, après l'avoir apporté d'Ispahan, l'avoit déposé à la banque d'Amsterdam. Elle le paya cent mille livres sterling, & assura en outre au vendeur une pension de quatre mille roubles. La fameuse statue de Pierre I, fut inaugurée; elle est du célèbre *Etienne Falconnet*. Un immense rocher brut, transporté avec les plus grand frais des marais de la Karélie à Pétersbourg, lui servit de piédestal. En même temps, l'impératrice recevoir à sa cour, le roi de Suède, l'empereur Joseph II, le prince héréditaire de Pruffe, le prince Henri, & leur donnoit des fêtes superbes; elle accueillait *Diderot*, & le faisoit affleoir à côté d'elle. Des banques publiques étoient ouvertes à Pétersbourg, pour les nobles & les marchands; & à Tobolsk, pour donner plus d'activité au commerce de la Sibérie. Elle n'épargnoit rien pour la splendeur de la manufacture d'acier de Toula, dont les ouvrages rivalisent de perfection avec ceux d'Angleterre. Elle favorifoit les tanneries, les fabriques de fil d'or & d'argent, les fonderies de caractères d'imprimerie. Elle faisoit plan- ter le mûrier dans l'Ukraine & y naturalifoit le ver à foie. Pour bannir l'oifiveté, elle établifoit en 1782, des courtiers à qui peuvent s'adresser tous les jours, à une heure indiquée, tous ceux qui demandent de l'occupation ou des ouvriers, & une maison de travail à Pétersbourg, pour y renfermer les pareffieux & les mendians valides. *Catherine* fit plus; elle affranchit ceux qui se livreront au négoce de la capitation & de tirer au fort pour le recrutement de la marine & de l'armée. Elle calma les Tartares Baschkirs qui s'étoient révoltés, & menaçoit de quitter son empire, comme avoient fait les Tourgouts, qui, pour éviter les vexations des gouverneurs Russes, étoient allés se réfugier en Chine. *Voyer* OUBACHÉ. Elle accorda de grands secours pour rétablir la ville de Twer, presque entierement confumée dans un incendie; elle fonda en 1778, celle de Cherfon, sur les bords du Niéper, au-dessus de l'embouchure du Bogh; on y voyoit peu de temps après, plus de quarante mille habitans, & il fortoit de ses chantiers, des vaisseaux marchands & de guerre, qui devinrent l'effroi des Ottomans. — Le commerce dans la mer Caspienne, & avec la Perfe, fut favorifé. Malgré les obstacles du kan *Mahmed*, les navires Russes allèrent échanger leur fer, leur acier, leurs fourrures contre la foie & le coton du Guilan, les tapis de Perfe, le schamai & le lorfas, poiffons excellens, & les chiens de mer dont les Moscovites vendent la peau aux Anglois, & dont ils emploient la graisse à faire du favon. Le commerce avec la Chine, ne reçut pas de moindres encouragements. En 1653, des Sibériens & des Boukares avoient formé des caravanes, qui, traversant la Tartaria Chinoise, alloient trafiquer juf- qu'à Pékin. Elles y portoient des fourrures, pour recevoir en échange de l'or, des pierreries, du thé & des porcelaines; mais ce negoce avoir été interrompu. Catherine le ranima. Elle écrivit à l'empereur de la Chine, qui confient à faire de la petite ville de Kiachia, le rendez-vous des marchands Russes & Chinois. Pour faciliter cette communication, l'Impératrice fit partir pour Pékin plusieurs jeunes gens chargés d'étudier la langue & les usages de la Chine. Les établissemens de la Russie dans plusieurs isles de l'Archipel du Nord, la rapprochoient aussi du Japon; Catherine conçut le dessein d'ouvrir une branche de commerce avec cet empire; & elle accueillit un jeune Japonais, jeté par la tempête sur l'isle de Coivre, qui lui fut amené à Pétersbourg par le docteur Laxmana, & a qui elle donna des maîtres de langues russe & tartare, pour qu'il pût servir d'interprète aux deux nations. D'un autre côté, elle s'empressa de fe- conder l'Empereur, qui defiroit la libre navigation de l'Escaut, & de favoriser les voyages faits dans les mers du Nord, pour y tenter le passage aux Indes. Enfin, un im- mense canal fut commencé par ses ordres, pour ouvrir une communi- cation intérieure aux vastes con- trées situés entre la Baltique & la mer Caspienne. — L'instruction de ses sujets, ne fut pas moins l'objet des soins de Catherine. Une com- mission d'enseignement fut établie: non - seulement toutes les villes eurent des maisons d'éducation, mais les campagnes obtinrent des écoles normales, sur le plan de celles d'Allemagne; & celle des cinq cents demoiselles Russes, fon- dée dans le fauxbourg de Saint- Alexandre-Newski, reçut un re- venu fixe & annuel. La maison des cadets de terre lui dut son exen- sion. Sept cents jeunes Russes y re- çoivent tous les principes de l'art militaire, & ne peuvent quitter l'établissement que leur instruction ne soit terminée & complète. Elle dure quinze ans; & chaque élève coûte à l'état quatre mille quatre cent-dix roubles. Aucun d'eux ne peut recevoir le moindre présent de sa famille; en sorte que le fils de l'homme le plus riche, & celui de l'homme le plus pauvre, n'ont ni plus d'argent, ni plus de luxe. Catherine établit encore: 1.º une maison pour six cents cadets de la marine, qui sont chaque année une campagne sur la mer Baltique, & sont sous la direction spéciale d'un amiral; 2.º une autre pour quatre cent soixante jeunes Russes destinés au génie ou à l'artillerie; 3.º une autre, pour deux cents élèves Grecs, Albaniens, Italiens ou Moscovites, auxquels on ap- prend la plupart des langues érran- gères, & qui après leurs cours, entrent dans le militaire, ou ne- viennent interprètes au service de Russie; 4.º trois écoles de médecine & de chirurgie, une école-pratique d'accouchements, une autre de cli- nique; 5.º une école de mines, pour soixante élèves instruits aux frais du gouvernement; 6.º une autre pour l'étude des beaux-arts; 7.º une autre spécialement con- sacrée à l'art théâtral, dans la- quelle on apprend la danse, la musique & la déclamation; 8.º eu- fin, une école de navigation, où soixante - cinq élèves apprennent l'hydrographie, l'astronomie, l'ar- chitecture navale & la langue An- gloise. L'Impératrice, sachant que les peuples de la Russie-Blanche montroient beaucoup d'attache- ment pour les Jésuites, fonda un séminaire pour cet ordre éteint, 158 CAT & demanda que la cour de Rome le rétablit dans ses états. Elle espérait que tous les Jésuites Européens viendraient s'y réfugier, & y apporter leurs richesses & leurs lumières. Pour créer le courage & les actions utiles à la patrie, elle institua divers ordres de chevalerie; celui de Saint-George, en faveur des généraux qui, commandant une armée en chef, auroient gagné une bataille; celui de Saint-Wolodimir, pour ceux qui auroient bien servi l'état dans quelque emploi civil. — Au milieu de ces nombreux détails d'un gouvernement immense, Catherine pacifia l'Autriche & la Prusse, qui avoient déjà tiré l'épée pour l'électorat de Bavière. Dans la guerre entre les Etats-Unis, la France & l'Angleterre, elle conçut & exécuta le plan de mettre les autres états à l'abri des atteintes hostiles & de faire respecter leurs pavillons, par une confédération de la Russie, du Danemark, de la Suède, de la Prusse, de l'Autriche & du Portugal. On appella cette confédération la Neutralité armée. Les Holandois ayant hésité à s'y réunir, l'Angleterre leur déclara la guerre; mais la médiation de l'Impératrice la termina. — C'est alors qu'elle voulut exécuter le projet favori, qui depuis long-temps occupait son imagination; c'était de chasser le Turc de l'Europe, de le repousser en Asie, & de se faire couronner Impératrice d'Orient à Constantinople. Joseph II devoit entrer dans son plan; elle le pria de venir en conférer avec elle soit à Mohilow, ville de Lithuanie, où elle arriva le 30 mai 1780, soit à Moscow, où l'empereur fut reçu avec une extrême magnificence. Dans leurs entretiens, l'attaque des Ottomans fut concertée, ainsi que le partage de leurs dépouilles. Catherine commença en 1783 à déposséder Sahim-Ghéraï, kan de la Crimée, & à s'emparer de cette longue péninsule, de l'île de Taman & de tout le Kuban. Elle restitua alors à ces contrées leurs anciens noms; la Crimée reprit celui de Tauride; le Kuban, celui du département du Caucafe. Trente mille Tartares périrent dans cette conquête; soixante mille Zaporavieas furent enlevés à leur pays, conduits sur les côtes de la mer d'Azoph & de la mer Noire, où cette colonie fournit aujourd'hui des matelots aux escadres Russes dans ces mers. — Bientôt la Souveraine voulut visiter ces immenses contrées. Elle partit de Pétersbourg le 18 janvier 1787, avec une fuite brillante & nombreuse; ses traîneaux alloient la nuit comme le jour. De distance en distance on avoit eu ordre d'allumer de grands feux pour marquer son passage. Toutes les maisons où elle s'arrêta furent réparées ou bâties exprès pour la recevoir, & meublées à neuf. A la fin de chaque repas, on faisoit don de tout le linge aux propriétaires de ces maisons. Après un mois de route rapide, l'Impératrice arriva à Kiœff, où les princes & nobles Polonois vinrent l'accueillir. Des rochers génoient la navigation du Niéper, on les brisa, & le fleuve reçut cinquante galères magnifiquement préparées pour porter Catherine & sa fuite. A Kanieff, le roi de Pologne, voyageant sous son ancien nom de Poniatowski, vint à sa rencontre, & se retira satisfait de l'avoir vue, & d'avoir été décoré par elle de l'ordre de Saint-André. Quelques jours après, l'empereur Joseph II la rejoignit à Kaïdek, & l'accompagna dans une grande partie de son voyage. Arrivée à Cherson, Catherine reçut les hommages de ses sujets sur un trône qui coûtoit quatorze mille roubles. Là, elle vit lancer à l'eau un vaiffeau de soixante-six canons & une frégate de quarante. En parcourant l'enceinte de la ville, on lui fit lire sur l'une des portes, cette inscription : « C'est ici qu'il faut passer pour aller à Byfance. » A Butchiferai, elle logea dans le palais du kan des Tartares ; & y jouit du spectacle d'une montagne si prodigieusement illuminée qu'elle parut tout en feu. Conduite à Pultawa, on lui présenta l'image de la fameuse bataille dont ce lieu avoit été le théâtre, entre le czar Pierre I & Charles XII, roi de Suède. Lorsqu'on lui fit remarquer la faute que firent les Suédois : « voilà donc, s'écria-t-elle, à quoi tiennent les destinées des empires ; sans cette faute, nous ne ferions pas ici. » — Au retour de Catherine, la guerre ne tarda pas à être déclarée à la Porte. Potemkin fut mis en 1787 à la tête de l'armée Russe ; l'amiral Kruse eut le commandement de la flotte. Le premier combat se donna près d'Oczacow, & les Turcs y furent vaincus ; quelques jours après, le prince de Naffau-Siegen attaqua leur flotte dans le Liman, en brûla trois vaiffeaux & en prit plusieurs autres. Tandis que le général Tamara s'emparoit de la Georgie, que Cobourg prenoit la ville de Choczin, & Potemkin celle d'Oczacow, dont il fit massacrer les nombreux habitans ; Kamenskoï brûloit Galatza, la plus commerçante cité de la Moldavie, celle de Bender se rendoit à discrétion ; le prince Gallatin triomphoit à Matzin, & Souvaroff, après avoir gagné la bataille de Fokfan, donnoit l'assaut à la ville d'Ismail, & fouilloit ses lauriers en faisant passer trente mille Turcs au fil de l'épée. C'est en apprenant tant de succès, que Catherine, concevant l'orgueil de réaliser bientôt le projet de porter sous un climat plus heureux le siège de son empire, dit ironiquement à Witworth, ambassadeur d'Angleterre : « Puisque M. Pitt veut me chasser de Péterbourg, j'espère qu'il me permettra de me retirer à Constantinople. Cette espérance fut d'cœur : la politique des autres cours de l'Europe vint y mettre obstacle, & l'Impératrice fut forcée par elles à conclure la paix avec les Turcs, par le traité fait à Yaffy, en 1792. Les articles fixèrent les limites de la Russie au Niester, confirmèrent les droits des principales villes de la Moldavie & de la Valachie, & assurèrent la tranquillité du département du Caucase. — A peine cette paix fut-elle signée, que Catherine ne pouvant pardonner à la Pologne ni les actes de la diète de 1788 qui avoit abrogé la constitution qu'elle avoit dictée, ni celle établie à Vassovie le 3 mai 1791, lui déclara la guerre, & détermina le partage définitif de son territoire. La diète reçut cette déclaration avec courage, & ordonna les préparatifs de défense ; mais les Polonois ne furent jamais réunis leurs forces, & malgré les talens de Taddée Kofciusko, ils furent bientôt pressés & subjugués par les armées Russes. Les plaines de la Pologne, & la capitale elle-même, devinrent alors les tristes théâtres du pillage & de la plus sanglante défoliation. Aussitôt la Russie & la Prusse partagèrent sans obstacle les restes de l'ancien royaume des Cosmets & des Jagellons. L'Impératrice y réunit quelque temps après la Courlande, la Sémigalle & le cercle de Pilten qui, par acte du 18 mars 1795, se 160 CAT foumirent à elle. — *Catherine* tourna dès lors toutes ses pensées à faire renaître la monarchie en France, & à empêcher les principes de la révolution de cette contrée de pénétrer dans ses états. L'imbassadeur *Ségur* eut ordre de quitter Pétersbourg ; & elle lui dit lorsqu'il prit congé d'elle : « Je suis fâché de votre éloignement ; mais je suis aristocrate, car il faut faire mon métier. » *Catherine* défendit jusqu'à l'introduction des marchandises & des vins de France, & joignit à la flotte Angloise douze vaisseaux de ligne & huit frégates. Elle venait de promettre à la coalition une armée de quatre-vingt mille hommes, lorsque le 17 novembre 1796, a dix heures du soir, elle succomba à une violente attaque d'apoplexie. Elle fut inhumée avec la plus grande solennité. Pour cette cérémonie, *Paul I* son successeur, fit sortir le cercueil de *Pierre III*, de l'église, où depuis trente-cinq ans il étoit déposé. On plaça au-dessus la couronne imperiale, & il fut mis sur un lit de parade, à côté de celui de l'Impératrice auquel il fut attaché par une guirlande portant cette inscription : *Divisés pendant leur vie, unis à leur mort*. — Sans aimer le gouvernement monarchique ni moderne de la France, *Catherine* en préféroit les écrivains à ceux de toutes les autres nations. Elle entretint une correspondance suivie avec *Voltaire* & d'*Alembert*. Elle fit offrir à ce dernier, vingt-quatre mille livres de pension, pour venir achever l'*Encyclopédie* dans ses états, & y surveiller l'éducation du grand duc. D'*Alembert* ne voulut point quitter sa patrie, & eut la modération de refuser des offres aussi généreuses. L'Im- pératrice n'en acheta pas moins sa bibliothèque. Instruite que *Diderot* vouloit vendre la sienne, pour en faire la dot d'une fille unique, elle la fit acquérir, en laissa la jouissance au philosophe, & y réunit un traitement de bibliothécaire. Peu de temps après la mort de *Voltaire*, elle fit demander ses livres à Mad. *Denis*, sa nièce ; & lorsqu'elle les eut obtenu, elle écrivit à celle-ci : « Les ames sensibles ne verront jamais cette bibliothèque, sans se souvenir que votre oncle fut inspirer aux humains cette bienveillance universelle que tous ses écrits, même ceux de pur agrément respirent, parce que son ame en étoit profondément pénétrée. Personne avant lui n'écrivait comme lui : à la race future, il servira d'exemple & d'écoul... » L'enveloppe portoit ces mots : « A Madame *Denis*, nièce d'un grand homme qui m'aimoit beaucoup. » Pour remercier le célèbre chirurgien *Morand*, de l'envoi qu'il lui avoit fait de diverses pièces d'anatomie, *Catherine* lui adressa son portrait avec une riche collection de médailles d'or & d'argent frappées en Russie. Ses maximes favorites étoient celles-ci : « Il faut être confiant dans ses projets : il vaut mieux mal faire, que changer de révolution : il n'y a que les fûts qui soient indécis » *J. Castera* qui a publié, l'an 8, à Paris, une Histoire de cette Impératrice, en 4 vol. in-12, où l'élégance du style est réunie à l'intérêt des faits, en a tracé le portrait suivant : « *Catherine* avoit été belle dans sa jeunesse, & elle conférait dans les derniers temps de sa vie, de la grâce & de la majesté. Elle étoit d'une taille médiocre ; mais bien proportionnée, & comme elle portoit la tête fort élevée, élevée, elle paroissoit presque grande. Son front étoit ouvert, son nez un peu aquilin, sa bouche agréable & son menton un peu long, mais point difforme; ses cheveux étoient châtain-brun; ses fourcils noirs & bien garnis. Ses yeux bleux avoient une douceur souvent affectée, & plus souvent encore remplacée par de la fierté. Sa physionomie ne manquoit pas d'expression; mais cette expression montoit peu ce qui se passoit dans l'ame de Catherine, ou plutôt elle ne lui servoit qu'à le mieux déguiser. Catherine étoit ordinairement vêtue à la manière russe. Elle portoit une robe verte, assez courte, qui formoit par-devant une espèce de veste, & dont les manches étroites descendoient jusqu'au poignet. Ses cheveux légèrement poudrés, flotoient sur ses épaules, & étoient surmontés d'un petit bonnet couvert de diamans. Dans les dernières années de sa vie, elle mettoit beaucoup de rouge; car elle avoit encore des prétentions à ne pas laisser paraître sur son visage les empièrer du temps, & ce n'étoit peut-être qu'à cause de ces prétentions, qu'elle vivoit avec beaucoup de sobriété. Elle ne faisoit qu'un léger déjeuner, mangeoit modérément à dîner, & ne soupoit jamais. Les jours de cérémonie, cette princesse réunissoit sur sa personne & dans sa cour, tout ce que l'élégance Européenne peut ajouter d'éclat à la pompe Asiatique. Alors ses cheveux & sa robe étoient couverts de pierreries, & sa tête étoit parée d'une couronne de diamans d'un prix inestimable. « Cette femme extraordinaire eut l'ambition de réunir tous les genres de gloire; & elle ne négligera pas celle d'auteur. On lui doit plusieurs écrits: I. L'Antote contre l'abbé Chappe, dont les réflexions inferées dans son Voyage en Sibérie, lui firent beaucoup de peine. II. Sa Correspondance avec l'naire & d'autres savans. III. Blessique d'Histoire & de Morale. Elle est publiée pour servir à l'instruction des grands ducs Alexandre & Constantin ses petits fils, & renferme des Contes moraux & un bon A. Régé de l'Histoire de Russie. IV. Thérèse de l'Hermitage, 2 vol. in-8°, 1911, y trouve des proverbes traduits de la langue russe & de petites pièces Françoises représentées sur le théâtre de l'Hermitage. Ce sont de simples canevas dramatiques plutôt que des pièces. Quiconque veut connoître plus particulièrement Catherine, peut consulter sa Vie, par Cuffeau; les Œuvres posthumes de Rhullières; l'Histoire de l'empire de Russie, traduite de l'anglais de Touche, 6 vol. in-8°, Paris, Crapelet, 1801; la Vie de Pierre III, &c.—Voy. PIERRE III, OUBACHÉ, ROMANZOFF, POTEMKIN, SOUWAROFF, STANISLAS-AUGUSTE.
IX. CATHERINE DE BOURBON, princesse de Navarre, duchesse de Bar, étoit fille d'Antoine de Bourbon & de Jeanne d'Albret, & sœur de Henri IV. Elle naquit à Paris le 7 février 1558. Son frère, devenu roi de France, la maria en 1599 avec Henri de Lorraine, duc de Bar. Elle eut assez de peine à consentir à ce mariage, formé par la politique; car elle avoit depuis long-temps une forte inclination pour le comte de Soissons. Aussi quand on voulut lui persuader que le duc de Bar, prince souverain, étoit plus digne d'elle: Oui, répondit-elle par un quolibet, mais je n'y trouve pas mon compte. Voy. l'article CAIET. Elle persista dans le Pros 162 CAT teflantifme, quoique fon frère fe fuit fait Catholique. Lortque les Huguenots du Poitou & de la Saintonge envoyèrent à Henri IV, peu de temps après fa converflion, des députés pour lui faire quelques demandes qui intéreffoient leur fette : « Adreffet-vous à ma fœur, leur dit le roi, car votre état est tombé en quenouille. » Catherine mou- rut fans enfans, à Nanci, le 13 février 1604, à 46 ans. C'étoit une princeffe d'une vertu diftin- guée, d'un mérite supérieur, & qui, comme Henri IV, avoit la répartie vive, juste & prompte. Elle avoit eu dans fa cuifine Fouquet de la Varenne, qui de cuifinier de la fœur étoit devenu le meffager des plaifirs du frère. Il fit en peu de temps une telle fortune auprès de Henri IV, que Catherine lui dit : Je vois bien que tu as plus gagné à porter les poulets de mon frère, qu'à piquer les miens. Mlle de la Force a compofé fur cette princeffe un roman hiftorique dont le fond est vrai. Une de fes aïeules, CATHERINE de Foix, fut femme de Jean d'Albres roi de Navarre, auquel Ferdinand enleva ce royaume en 1512. Cette princeffe étoit très- courageufé. Elle difoit au roi fon mari : Dom JEAN, fi nous fuffions nés, vous Catherine & moi Dom Jean, nous n'aurions jamais perdu la Navarre. Elle mourut la même année que le roi fon époux, en 1516. X. CATHERINE DE LORRAINE, fille de Charles duc de Mayenne, & nièce du Balafré, avoit époufé en 1599 Charles de Gontague, duc de Nevers & depuis duc de Mantoue. Elle mourut le 8 mars 1618, âgée de 33 ans. Henri IV avoit tenté vainement de lui infpirer de l'amour. « C'étoit une princeffe de très - grande vertu, dit l'auteur du Grand ALCANDRE, qui honoroit fort la personne du Roi, mais qui faifoit peu de cas de fa puffion. » Henri prit occafion de la cérémonie du baptême des princes fes fils, pour l'arrêter à la cour. Il chercha inutilement les moyens de s'en faire écouter. La ducheffe, renfermée dans les bornes du refpect, évita conf- tamment tout ce qui eût pu donner prife fur elle ; & dès le lende- main de la cérémonie du bap- tême, elle partit avec le duc de Nevers fon mari, fans quafi dire adicu, & ne voulut plus revenir à la cour. Elle fuivit fon mari à fon ambaffade de Rome. Étant allée faluer la reine à fon retour, le roi qui s'y trouva, pour fe venger de fon indifférence, dit affez haut, qu'elle étoit extrêmement changée. Ce n'est pas le meilleur mot de Henri IV.
XI. CATHERINE, Voyet BORE. — PARR, &c.
CATHERINOT, ( Nicolas ) avocat, né au château de Luffon, près Bourges, en 1628, plaida dans cette ville, & y mourut en 1688 à 60 ans. Il a fait un grand nombre d'Opufcules, qui concernent le Berry. Quelques curieux les ont réunis, & ces recueils font rares, quand ils font complets; la plupart font in-4.º Cependant il y en a d'in-12 & d'in-8.º Voyet la Méthode de l'abbé Lenglet, T. XIII, pag. 99 & 100. Cet auteur ne fait pas grand cas de Catherinot. Valois difoit de lui, qu'il étoit honnête - homme & qu'il aimoit les favans; mais qu'il étoit un favant du plus bas étage. Dans toutes fes paperaffes il n'y a guères que du fatras, & il étoit très- digne, fuivant un homme d'esprit, des armoiries de Bourges.
CATHO, Voyet CATTHO.
CATILINA, (Lucius) d'une des premières familles patriciennes de Rome, dérobé par son argent & ses amis au dernier supplice, qu'il méritoit pour avoir été accusé publiquement d'un inceste avec une Vettale, & pour avoir affaffiné son propre frère, (Voyet SYLLA,) avoir été fucceffivement questeur, lieutenant-général & prêter, sans que son caractère eût changé. S'étant depuis présenté deux fois inutilement pour le consulat, & ayant eu Cicéron pour concurrent, il entreprit de le faire affaffiner. Il y avoit déjà long-temps qu'il tramoit fourdement de détruire Rome par le fer & par le feu. Plusieurs jeunes-gens de la première naissance, réduits comme lui à la misère par leurs débauches, s'étant rendus ses complices, il leur fit boire, dit-on, du sang humain pour gage de leur union. Le jour avoit été fixé au premier janvier. Un contre-temps obligea de remettre le projet au cinq de février. Dans cet intervalle Cicéron, averti par Fulvia, maitresse d'un des conjurés, découvrit le complot de Catilina, qui, accusé en plein fénat, dit en frémissant, qu'il étoufferoit sous les ruines de Rome l'embrasement où on le précipitoit. — Peu effrayé de ses menaces, Cicéron veilla à la sûreté de la république. On intercepta les lettres des principaux conjurés, & l'on en fit exécuter cinq. Catilina veut en vain se justifier, en rappelant son illustre origine, les services de ses ancêtres : voyant tous les esprits décides contre lui, il quitte Rome, passe en Etrurie, à la tête de quelques légions mal armées, prêt à tout entreprendre ou à périr. Antoine, collègue de Cicéron, fit marcher Petrilus, son lieutenant, contre le conspirateur, Catilina se battit en défefperé, toujours au premier rang. Il fut vaincu, & se fit tuer, pour ne point survivre à la ruine de ses affaires, l'an 62 avant J. C. Ainsi périt cet homme, à qui les plus noirs attentats ne coûtoient rien. Aussi hardi qu'habile, aussi ambitieux que politique; aussi capable de former de pe-nicieux desseins, que de les conduire; scélérat malgré ses remords, avide tout à la fois & prodigue. S'il eût employé au service de sa patrie son activité, sa vigilance, sa valeur, son éloquence, c'eût été un héros. Tel qu'il vécut, & tel qu'il mourut, de fut un brigand, un peu moins obscur, mais non moins méchant que ceux qui périssent à un gibet: Voy, l'excellente Histoire de cette conjuration par Salluste. On peut y ajouter ce portrait de Catilina par Cicéron, dans sa belle Oraison pour Célus. « Catilina favoit présenter l'apparence des plus grandes vertus, sans en avoir la réalité. Lié avec une foule de scélérats, il affectoit d'être voué aux plus gens de bien. Ardent pour les plaisirs, sans être incapable d'application & de travail, il fut allier les excès de la volupté avec les fatigues de la guerre. Quel homme fut plus avide dans ses rapines, & plus prodigue dans ses largesses ? Mais ce qui tenoit en lui du prodige, c'éroit son talent pour se faire des amis, pour se les conserver par ces soins attentifs, partageant avec eux tout ce qu'il avoit, les aidant de sa bourse, de son crédit, de ses peines, de ses crimes même s'il le falloit, & de son audace. C'éteit la flexibilité de son caractère qui prenoit toutes les formes; qui se plioit & se prêtoit à toutes les circonstances : sérieux avec les 164 CAT esprits austères & sombres, gai avec les personnes enjouées, grave avec les vieillards, caressant avec la jeunesse, audacieux avec les scélérats, dissolu avec les débauches. »
CATILLUS, (Mythol.) fils d'Amphiaraus, & frère de Tiburtus, bâtir en l'honneur de ce dernier, qu'il avoit eu le malheur de voir perir, la ville de Tibur. I. CATINAT, (Nicolas) né à Paris le premier septembre 1637, du doyen des conseillers au parlement, commença par plaider, perdit une cause juste, & quitta le barreau pour les armes. Il servit d'abord dans la cavalerie, & ne laissa échapper aucune occasion de se distinguer. En 1667, il fit, aux yeux de Louis XIV, à l'attaque de la contr'escarpe de Lille, une action de tête & de courage, qui lui valut une lieutenance dans le régiment des Gardes. Elevé successivement aux premières dignités de la guerre, il se signala à Maastricht, à Besançon, à Senef, à Cambrai, à Valenciennes, à Saint-Omer, à Gand & à Ypres. Le grand Condé avoit su apprécier son mérite, & lui avoit écrit après la bataille de Senef, où Catinat avoit été blessé : Personne ne prend plus de part que moi à votre blessure; il y a si peu de gens comme vous, que l'on perd trop quand on les perd. Lieutenant-général en 1688, il battit le duc de Savoie à Staffarde & à la Marseille, se rendit maître de toute la Savoie & d'une partie du Piémont. La difficulté du local rendoit ses succès plus difficiles. Il encouragea ses troupes, en donnant l'exemple, de soutenir toutes les fatigues. « On le voyoit, disent les Mémoires du temps, gravissant les montagnes à pied, & glissant sur le cul, comme le soldat dans les descendantes. » Catinat ne fut ni moins actif, ni moins valeureux en Flandres; il assiégea & priß Ath, en 1697. Il étoit maréchal de France depuis 1693, & le roi lisant la liste des maréchaux dans son cabinet, s'écria, à son nom : C'est bien la Vertu couronnée ! La guerre s'étant rallumée en 1701, il fut mis en Italie à la tête de l'armée Françoise contre le prince Eugène, qui commandoit celle de l'empereur. La cour, au commencement de cette guerre, étoit indécise sur le choix de ses généraux, & balançoit entre Catinat, Vendôme & Villeroi. On en parla dans le conseil de l'empereur. Si c'est Villeroi qui commande, dit EUGENE, je le battrai; si c'est Vendôme, nous nous battons; si c'est Catinat, je ferai battu. Le mauvais état de l'armée, le défaut d'argent pour la faire subsister, le peu d'intelligence entre lui & le duc de Savoie, dont il soupçonnoit la droiture, l'empêcherent d'accomplir cette prédiction du prince Eugène. Il fut blessé à l'affaire de Chiari, & obligé de reculer jusques derrière l'Oglio. Cette retraite, occasionnée par la défense que lui avoit faite la cour, de s'opposer au passage du prince Eugène, fut cause de ses fautes & de sa disgrace. Catinat, malgré ses victoires & ses négociations, fut obligé de servir sous Villeroi; & le dernier élève de Turenne & de Condé, n'agit plus qu'en second. Il soutint cette injustice en homme supérieur à sa fortune. Je tâche d'oublier ma disgrace, mandoit-il à ses amis, pour avoir l'esprit plus libre dans l'exécution des ordres du Maréchal de Villeroi. Je me mettrai jusqu'au cou pour l'aider. Les méchans jeroient outrés, s'ils s'avoient jusqu'où va mon intérieur à ce sujet. Le roi le nomma, en 1705, pour être chevalier de ses ordres; mais il refusa. Sa famille s'en plaignit amèrement à lui. Eh bien, dit-il à ses parens, effacez-moi de votre généalogie !... Il n'augmentoit que le moins qu'il pouvoit la foule des courtifans. Louis XIV lui ayant demandé pourquoi on ne le voyoit jamais à Marli, & si quelque affaire l'en empêchoit? Aucune, répondit le maréchal, mais la cour est très-nombreuse, & j'en ufe ainsi, pour laisser aux autres la liberté de vous faire leur cour. La simplicité de son extérieur répondoit à son indifférence pour les honneurs. Ses jaloux difoient, en lui supposant un orgueil raffiné, dont il n'étoit pas capable : « Cet habit de drap uni, dont le Maréchal est toujours vêtu, est la maniere la plus sûre de se faire remarquer. » Mais Catinat répondoit à cette infinuation maligne, en paroissant avec des habits magnifiques dans les cérémonies d'éclat. Il mourut en philosophe, ainsi qu'il avoit vécu, dans sa terre de Saint-Gratien, le 25 février 1712, âgé de 74 ans, n'ayant jamais voulu se marier. La postérité masculine de son frère aîné, a fini en 1745, par la mort de son fils, conseiller au parlement. Le maréchal de Catinat s'étoit élevé par degrés, sans cabale & sans intrigue. Philosophe au milieu de la grandeur & de la guerre, libre de tous préjugés, & n'affectant point de les mépriser, ignorant la galanterie & le métier de courtifan, ennemi de l'intérêt & du faîte, & se bornant à cultiver l'amitié. L'auteur du Siècle de Louis XIV, à qui l'on doit ce portrait, dit, qu'il eût été bon Ministre, bon Chancelier, comme bon Général; & c'est ce que le duc de la Feuillade avoit dit à Louis XIV, en lui parlant de Catinat. Il avoit dans l'esprit une application & une activité, qui le rendoient capable de tout, sans qu'il parût se mêler de rien. Son sang froid ne se démentoit jamais. Il lui échappa, dans la malheureuse affaire de Chiari, un mot digne des plus grands hommes de l'antiquité. Après une charge infructueuse, il ralloit encore les troupes. Un officier lui dit : Où voulez-vous que nous allions ? à la mort ? — Il est vrai, répond Catinat, la Mort est devant nous, mais la Honte est derrière. Les soldats l'appeloient LE PÈRE LA PENSÉE. Quelques anecdotes seront connoître la trempe de son ame. Catinat reçut le bâton de Maréchal de France en Piémont. Le gentilhomme qui le lui apportoit, étant tombé malade en chemin, en chargea un courrier, qui eut, pour sa récompense, un billet de mille écus. Celui qui étoit chargé de le payer à Paris, écrivit au nouveau maréchal, que le gentilhomme prétendoit que c'étoit à lui que devoit revenir cette gratification : Qu'on donne mille écus à chacun des deux, répondit Catinat, qui n'étoit pas riche. Catinat se rendit ensuite à la cour, pour rendre compte de ce qu'il avoit fait dans le Piémont, & pour concerter le plan de la campagne suivante. Après qu'il eut épuisé tout ce qu'il avoit à dire sur les opérations militaires, Louis XIV lui dit : C'est assez parler de mes affaires; comment sont les vôtres ? — Fort bien, SIRE, grâces aux bontés de Votre Majesté, répondit le maréchal, malgré la médiocrité de sa fortune. — Voilà, dit le Roi, en se tournant vers ses courtifans, le seul homme de mon royaume, qui m'ait tenu ce langage. Des que Catinat avoit eu le com- 166 CAT mandement des armées, son premier acte avoit été de refuser ce que les généraux appellent le traitement du pays. Il tallit un ordre du roi, pour qu'il l'acceptât dans la fuite. *Catinat*, né pauvre & faisant les sacrifices d'un homme riche, ne pouvoit trouver, dans son économie, un supplément à la modicité de son revenu. Aussi, à la fin d'une campagne, priant-il avec confiance le ministre, de lui continuer une gratification de deux mille écus, qui, les autres années étoient de commodité, mais celle-ci de nécessité. Aussi humain que désintéressé, il ne fit, dans ses opérations militaires, que le mal qu'il ne pouvoit s'empêcher de faire. Après la prise de Philisbourg, en 1688, il aila mettre à contribution le pays de Juliers & de Limbourg. *Faites de rutes exécutions*, lui écrivait le barbare *Louvois*; *pillez*, *maffacret*, *brûlez*, *brûlez bien le pays*. *Catinat* fut allier dans cette occasion, le service de l'état avec les lois sacrées de l'humanité. Voici les propres paroles de ses ordres: « Si par l'opiniâtreté des habitants, le feu devient le feu moyen de les soumettre, qu'on ait grand soin de l'enflammer qu'une maison fapace de chaque village, afin que le feu ne puisse se communiquer. » Mais les contributions, graces à ses soins, furent levées sans incendies & sans ravages. « La province de Juliers, écrivait alors le gazette de Hollande, a eu le bonheur que les troupes fussent commandées par ce général; si c'eût été tout autre, tout le pays auroit été brûlé. » Son sang froid, au milieu des agitations de la guerre, étoit aussi admirable que sa confiante équité. *Palaprat* rapporte, dans la préface de ses Comédies, que quelques jours après la bataille de la Marfaille, un soir qu'il fou-poit à la tente du maréchal de *Catinat*, on parla des différentes qualités des généraux. Le poète, faisant allusion au héros qui étoit présent, dit: *J'en connois un si simple, que, sortant de gagner une bataille, il joueroit tranquillement une partie aux quilles.* « A peine eu-je achevé, que M. de *Catinat* me repartit froidement: *Je ne l'estimerois pas moins, si c'étoit en sortant de la perdre.* » On raconte ce trait d'une autre manière. Le lendemain de la bataille de Staffarde, il joua aux quilles. Un officier parut surpris d'un tel délaissement: *Vous vous trompez, répondit Catinat; cet amuferment ne pourroit vous étonner, que dans le cas où le général auroit perdu la bataille.* La relation qu'il donna de cette fameuse journée, étoit si modeste, qu'on étoit tenté de demander, en la lisant: *Catinat en étoit-il?* tant il oublioit ses services, pour faire valoir ceux des autres! Il favoit que *Feuquières* étoit son espion auprès de *Louvois*, & il l'employoit, parce qu'il le croyoit habile. « *Pourquoi lui ferais-je du mal?* difoit il à ses amis; *son ambition le tourmente, plus que ses délations ne me n'aient.* » Le maréchal de *Catinat* favoit respecter les préjugés, autant qu'un homme, dont l'esprit n'auroit pas été au-dessus des préjugés. Deux dragons de la garnison Françoise, qui étoit dans Mantoue, passaient dans une rue. Un italien, qui étoit irrité contre l'un des deux, lui enfonça son poignard par derrière, le tua sur la place, & se réfugia dans une église. Le camarade du mort le poursuit jusques sur l'autel, & le maffacra. Le peuple, indigne qu'on eût ôté violer les immuités ecclésiastiques, s'attroupa & voulut fermer les portes. Mais le meurtrier, s'étant fait jour l'épée à la main, ferreira dans la maison de son colo- nel. Elle fut investie dans le mo- ment, & le dragon demandé avec menace d'un soulèvement général. Pour appaifer le tumulte, le géné- ral François fait conduire le dra- gon chargé de fers dans une pri- son. Il est envoyé, pendant la nuit, dans une place éloignée. Quelques jours après, on produit un cadavre, qu'on dit être celui du dragon. La multitude le croit, & regarde cette mort, comme un châtiment du ciel. Voyez la Vie du Maréchal de Catinat, 1775, in - 12.
IL CATINAT, l'un des chefs des Camifards; Voyez CA- VALIER.
CATINEAU, (N.) Sacrifain de la ville de Beaupreau, se mit à la tête des mécontents qui s'in- furgèrent dans le bas Anjou, en 1793, & devint le premier chef des Vendéens. Il combattit diverses fois avec bravoure, & s'empara de plusieurs villages. Après avoir remis modestement le comman- dement de ses troupes au jeune Bonchamp, qui fut tué à l'attaque de Chollet, il périt lui-même au siège de Nantes, à la fin de 1793.
CATOLET, (N.) auteur dramatique, mort en 1752, a donne plusieurs petites pièces aux spéciales de la foire, & aux Italiens, entra autres les Aventures de la rue Quincampoix, & une parodie de l'opéra de Médée & Jafon. I. CATON, le CENSEUR, (Marcus Portius Cato) d'une famille plébéienne, originaire de Tuf- culum, ou Tivoly, naquit l'an 233 avant Jésus-Christ. Il servit d'abord dans la seconde guerre punique sous Fabius Maximus. Étant forti de sa patrie, à la persuasion de Valérius Flaccus, il fut le premier de sa famille qui s'établit à Rome, ou son mérite le fit élever à toutes les charges sans avoir jamais effuyé de refus. Il commença par être tribun des soldats en Sicile, ensuite préteur en Sardaigne qu'il acheva de subjuguer. Ce fut là qu'Ennius lui enseigna le grec, quoiqu'il fut déjà avancé en âge; & il conserva toujours beaucoup de goût pour cette langue, même dans sa vieillesse. Enfin il fut fait conflue avec son ami Flaccus. Les affaires d'Espagne demandant un homme confulaire, il y passa, réduisit les rebelles, & s'empara en peu de temps de plus de quatre cents places. On lui entendit dire à lui-même, « qu'il avoit pris plus de villes, qu'il n'avoit passé de jours dans son département. » Le peuple lui décerna, d'une com- mune voix, le triomphe & la censure. Son premier soin fut de réformer le luxe & de donner des mœurs aux Romains. Sa vigilance le fit estimer des citoyens, & sa durété lui suscita quelques ennemis; mais cette haine passagère n'em- pecha point qu'on ne lui élevât une statue, avec cette inscription: A la gloire de CATON, qui a remé- dié à la corruption des mœurs. Ce magistrat, de tout temps déclaré contre les femmes, contribua beau- coup à faire passer la loi qui défendait aux citoyens d'en inf- tituer aucune héritière. L'âge n'a- doucit point sa sévérité: Voyez I. & II. SCIPION. Athènes ayant envoyé à Rome des philosophes & des orateurs pour une négo- ciation, Caton alarmé de l'empres- sement de la jeunesse Romaine à les entendre, proposa de les ren- voyer, & s'avança jusqu'à dire qu'on devoit chasser aussi les mé- decins: Voyez CARNÉADES. Il mourut en opinant pour la ruine de Carthage, l'an 151 avant Jésus- Christ, à 85 ans, regardé comme un homme juste, mais inflexible & implacable dans ses vengeances. Sa rigidité demandait des alimens. *Acilius* ayant brigué la censure en même temps que lui, il l'accusa publiquement d'avoir détourné à son profit les dépouilles des ennemis... Du temps de *Cicéron* il restoit encore de *CATON*, cent cinquante *Oraiſons*, un *Traité de l'Art militaire*, des *Lettres*; une *Histoire* en sept livres, intitulée *Des Origines*, parce que dans les second & troisième livres, il expliquait l'origine de toutes les villes d'Italie. *Cicéron*, qui loue cette Histoire, dit qu'il ne manquait à son pinceau que cette vivacité de coloris inconnu de son temps. Nous n'avons actuellement que les fragmens de ce dernier ouvrage, avec un traité *De re rustica*. On l'a inferé dans *Rei rustica Scriptores*, à Leipzig 1735, 2 vol. in - 4°. *Sabouraux de la Bonneterie* l'a traduit en françois dans le premier volume de son *Économie Rurale*, Paris 1771 6 vol. in-8°. On attribue à *Caton*, mais sans raison, des *Difiques moraux*, sur lesquels le célèbre *Pibrac* a formé ses *Quatrains*. Ces *Difiques* sont d'un auteur du 7° ou 8° flecte. On les trouve avec le *Publius Syrus*, Leyde 1635, in - 8°; & séparément, Amsterdam, 1754, in - 8°; — 1759, 2 vol. in-8°; — latin & françois in - 12. Il diſoit ordinairement qu'il se repentoit de trois choses: d'avoir passé un jour sans rien apprendre; d'avoir confié son secret à sa femme; & d'avoir été par eau, lorsqu'il pouvoit voyager par terre. Quoiqu'il fût l'homme le plus fobre de son temps, puisqu'il ne buvoit que de l'eau à la guerre, & chez lui que le même vin que ses esclaves, il ne laissa pas, sur la fin de ses jours, sur - tout à la campagne, de se réjouir avec ses amis qu'il prioit souvent à ſouper, & même de vanter le plaiſir de la table.—Il eut deux fils, dont l'un ſervit avec honneur dans la guerre contre *Persée* ſous *Paul-Émile*, & l'autre mourut du vivant de ſon père étant deſigné-fréteur. *Voy*, le livre *De Republica Romana* du Père *Cantel*.
II. CATON D'UTIQUE, ainſi appelé parce qu'il mourut dans cette ville, étoit arrière-petit-fils du précédent. Il pouſſa l'amour de ſa patrie jusqu'au ſanatiſme, & la vertu jusqu'à l'héroiſme. Le conſul *Gelſius*, ſous les ordres duquel il ſervoit, lui offroht des récompenses militaires, il les reſuſa, jugeant qu'elles ne lui étoient pas encore dues. Élevé à la dignité de queſteur, il reſuſa de payer les penſions que *Sylla* avoit conſituées à ſes ſatellites sur le tréſor public. Cette ſermeté prenoit ſa ſource dans l'auſtérité de ſes mœurs & dans ſon ſyſtème de philoſophie. Il étoit Stoïcien dans la théorie & dans la pratique. Il aimoit mieux être homme de bien, que de le paroître, & moins il étoit touché du deſir de la gloire, plus elle ſembloit venir le chercher. *Eſſe quàm videri bonus malebat*, dit Salluſſe, itaque quò minus gloriam pecebat, ob magis illum aſſequabatur. Il demanda le tribunat, pour empêcher un méchant homme de l'avoir. Il s'unit l'an 62 avant J. C. avec *Cicéron* contre *Catilina*, & avec les bons citoyens contre *Céſar*. Il s'oppoſa aux brigues de ce général & de *Pompée* pendant leur union, & tâcha de les accorder pendant les guerres civiles. Ses ſoins ayant été inutiles, il ſe tourna du côté de *Pompée*, qu'il regardoit comme le deſenſeur de la république, tandis que ſon compétiteur la menaçoit d'une prochaine servitude. Il porta toujours le deuil depuis le jour que commença la guerre civile, refolu de se donner la mort si César étoit vainqueur, & de s'exiler seulement si c'étoit Pompée. La bataille de Pharsale ayant tout décidé, ce zélé républicain s'enferma dans Utique, se préparant à exécuter son dessein. Il dit adieu à son fils & à ses amis, leur prouva que l'homme vertueux étoit toujours libre, & le méchant esclave. Il passa une partie de la nuit à lire le Dialogue de Platon sur l'immortalité de l'ame; puis essayant la pointe de son épce, & la plaçant à côté de lui, il dit: Je suis enfin maître de moi-même. Lorsque tout le monde fut retiré, il s'en donna un coup sous l'estomac. La blessure n'étant pas assez profonde pour le faire mourir sur l'heure, il tomba de son lit, & fit tomber en même-temps une table voisine. A ce bruit ses esclaves entrèrent: les cris qu'ils poussèrent, firent accourir son fils & ses amis, qui le virent baigné dans son sang & une partie de ses boyaux hors du ventre. Il avoit encore les yeux ouverts, mais sans parole, ce qui engagea son médecin à le remettre sur le lit & à panser sa plaie. Mais à peine eut il fini que Caton reprenant ses esprits, repouffa le médecin, & avec un emportement qui tenoit de la fureur, il ouvrit sa blessure, arracha ses entrailles & expira devant eux à l'âge de 55 ans, l'an 48 avant Jésus-Christ. Telle fut la mort de cet illustre personnage qu'*Horace* appelle *NOBILE LETHUM*, parce qu'il se tua pour ne pas se soumettre à son ennemi. Cicéron écrit dans le livre premier des *Offices*, que, « Caton fut le seul qui dut se tuer lui-même, & que tous les autres qui étoient dans le même parti auroient pu être blâmés de le faire, parce que leur vie avoit toujours été douce & leurs mœurs faciles, &c. » *Montef-quie* pense au contraire, que « si Caton se fût réservé pour la république, il auroit donné aux affaires un tout autre tour. » Mais cette réflexion-là peut être contredite. « Caton, dit l'abbé de Mably, se conduisant en citoyen de la république de Platon parmi des brigands, sa vertu ne lui fournissoit que des ressources impuissantes, & contrarioit même ses bonnes intentions. » Le parallèle de Cicéron & de Caton, fait par le même président, paroît plus juste. « L'accessoire chez Cicéron, c'étoit la vertu; chez Caton, c'étoit la gloire. Cicéron se voyoit toujours le premier, Caton s'oublioit toujours. Celui-ci vouloit sauver la république pour elle-même, celui-là pour s'en vanter. Quand Caton prévoyoit, Cicéron trembloit; là où Caton espéroit, Cicéron se confioit. Le premier voyoit toujours les choses de sang froid, l'autre au travers de cent petites passions. » Caton annonça, dès son bas âge, cette roideur inflexible de caractère qu'il fit paroître dans tout le cours de sa vie. *Draus* son oncle étoit tribun du peuple, & plusieurs nations d'Italie, alliées des Romains, defiroient d'être admises au nombre des citoyens de Rome. *Pompédius*, l'un des chefs des alliés, s'avisa de demander en badinant au jeune Caton sa recommandation auprès de son oncle. L'enfant garda le silence, témoignant par son regard & par un air de mécontentement, qu'il ne vouloit pas faire ce qu'on lui demandoit. *Pompédius* infista, & voulant pousser à bout cet enfant, il le prit par le milieu du corps, & le porta à la fenêtre en le menaçant de le laisser tomber s'il persévéroit dans son refus. Mais la crainte ne fit pas sur lui plus d'effet que les prières; & *Pompédias* en le remettant dans la chambre, s'écria : « *Quel bonheur pour les Alliés, que ce ne soit là qu'un enfant ! car, s'il étoit en âge d'homme, nous n'aurions pas un seul suffrage.* » HIST. ROM. Sa haine pour la tyrannie se manifesta, à l'âge de quatorze ans, par un trait remarquable, rapporté par *Plutarque* : *Sarpedon*, son gouverneur, l'avoit conduit dans le palais du dictateur *Sylla*. A l'aspect des têtes sanglantes des proscrits, il demanda le nom du monstre qui avoit affaffiné tant de Romains. *C'est Sylla*, lui répondit *Sarpedon*. — *Eh quoi !* lui répliqua son jeune élève, *Sylla les égorgea*, & *Sylla vit encore !* *Donne - moi ton épée*, & *Sarpedon !* *c'est que je l'enfonce dans le cœur du tyran*, & *que ma patrie soit libre*. Il prononça ces dernières paroles d'un ton de voix si élevé & avec un regard si animé, que *Sarpedon* fut fait de crainte; & depuis ce moment il obferva plus soigneusement son élève, de peur qu'il ne se portât à quelque coup hardi auquel personne n'osoit même penser... *Caton* cultiva l'éloquence, afin d'avoir une arme de plus, capable de défendre les droits de la justice. Il auroit regardé au-dessus de lui de découvrir, dans la seule vue d'obtenir la réputation d'excellent orateur. *On blâme votre silence*, lui dit un jour un de ses amis. — *A la bonne heure*, répondit *Caton*, pourvu qu'on n'ait rien à blâmer dans ma conduite... Ce Romain, insulté par un homme diffamé, lui répondit avec cet air de fierté qui sied si bien à la vertu : *Le combat est trop inégal entre toi & moi ; ta coutume est de dire & de faire des infamies, & moi je n'en fais ni n'en dis...* Les vertus les plus pures du paganisme offroient des ombres. Quoique *Velleius Patriculus* ait fait un éloge admirable de *Caton* d'Urique, il est cependant vrai qu'il passoit souvent les nuits à boire, & qu'on l'avoit vu plus d'une fois noyé dans le vin.
III. CATON, (*Valérius*) poète & grammairien Latin, né dans la Gaule Narbonnoise, ouvrit à Rome une école où l'on se rendoit de toutes parts. On disoit de lui, « qu'il étoit le seul qui fût lire & faire les poëres. » Il mourut fort âgé, l'an 30 avant Jésus-Christ, dans un état qui n'étoit guères au-dessus de l'indigence. La seule de ses Poëfies qui soit parvenue jusqu'à nous, est sa pièce intitulée, *Dira* : ce sont des imprécations, que lui inspirèrent l'absence de son pays & celle de sa *Lydie*. Christophe Arnold publia ce petit Poëme à Leyde en 1652, in - 12 : cette édition est rare. On le trouve aussi dans le *Corpus Poetarum* de *Maittaire*.
CATROU, (*François*) né à Paris en 1659 d'un secrétaire du roi, Jésuite en 1677, exerça le ministère de la chaire pendant sept ans avec distinction. Il auroit été mis au rang des meilleurs prédicateurs de son siècle, s'il avoit pu se captiver à réunir avec ordre dans sa mémoire les mêmes pensées qu'il avoit tracées sur le papier; cette contrainte, qui lui paroissoit avec quelque raison un travail perdu, l'arracha à la chaire. Le *Journal de Trévoux*, qui commença en 1701, l'occupa environ douze années. Il fut chargé d'y travailler, & s'en acquitta avec honneur. Il employa les intervalles que lui laissoit cet ouvrage périodique, a composer plusieurs livres estimables. Les principaux sont : I. *Histoire générale de l'empire du Mogol*, imprimée en 1702, réimprimée en 1705, & traduite en italien. On en a une édition de 1725, in-4°, & en 2 vol. in-12, augmentée du règne d'Aurong-teb. — Cette *Histoire* a été faite sur des mémoires curieux. II. *Histoire du Fanatisme des Religions Protestantes*, de l'*Anabaptisme*, du *Davidisme*, du *Quakérisme*, 1733, en 2 vol. in-12. La variété, la singularité des faits, jointes à l'agrément & à la vivacité du style, ne peuvent qu'attacher le lecteur. La narration est toujours élégante & intéressante, mais non pas toujours assez rapide & assez dégagée. III. *Traduction de Virgile*, avec des notes critiques & historiques, en 4 vol. in-12. *Catrou* a traité *Virgile*, comme *Berruyer* osa traiter depuis les écrivains sacrés. Il cherche dans son auteur des sens alambiqués. Il lui prête des phrases de roman, des mots précieux, des termes de ruelle. Sous prétexte de rendre les moindres circonstances d'une pensée noble, il emploie des expressions populaires, basses, comiques, burlesques même, qui la dégradent & l'avilissent. Il ajoute des notes & des phrases entières dans la traduction, & supplée quelquefois jusqu'à trois ou quatre lignes : comme s'il y avoit des lacunes à remplir dans son original, & si c'étoit à un traducteur à les remplir. Les *Commentaires*, dont il a orné ou chargé son *Virgile*, sont souvent remplis de raisonnements subtils pour étayer des sens faux par des explications raffinées & peu naturelles, ou par des recherches déplacées, &c. &c. C'est ainsi du moins qu'en ont jugé le public, & l'abbé des *Fontaines*, dernier traducteur de *Virgile*, mais critique peut-être trop sévère de ceux qui avoient couru cette carrière avant lui. IV. *L'Histoire Romaine*, en 21 vol. in-4°, & 20 vol. in-12. Ces deux éditions sont accompagnées de notes historiques, géographiques & critiques; de gravures, de cartes, de médailles, &c. Cette *Histoire*, traduite en différentes langues, est la plus étendue que nous ayons. Les faits y sont enchaînés avec art, & les recherches très-favantes. Mais on y trouve un style souvent trop pompeux, des expressions ignobles, des termes haffardés, des hyperboles de rhétoricien, des raisonnements alambiqués, des circonstances ajoutées & inutiles. On y rechercheroit vainement la noble simplicité de *Tite-Live*, & la nerveuse précision de *Tacite*. En un mot, l'auteur écrit souvent à la *Maimbourg* & à la *Berruyer*. Ses harangues sont d'un bel esprit de collège. Les notes sont plus estimables. Elles sont presque toutes du Père *Rouillé*, associé & continuateur de *Catrou*. Le Père *Routh*, autre *Jésuite*, devoit achever l'édifice que les confrères avoient commencé : mais la dispersion de la société a suspendu cet ouvrage. Le Père *Catrou* mourut le 18 octobre 1737, à 78 ans. Il conserva dans sa vieilleffe, le feu & la vivacité d'imagination qu'il avoit montrés dans son jeune âge.
CATTEMBURG, (Adrien) né à Rotterdam en 1664, y enseigna pendant plus de vingt-cinq ans la théologie arménienne. Il est auteur des ouvrages suivants : I. *Vie de Grothus* en Flamand, 1727, 2 vol. in-folio. II. *Bibliotheca Scriptorum remonstrantium*, 1728, in-12. III. *Syntagma sapientiae Mosaica*, 1737, in-4°
CATTHO, (Angelo) natif de Tarente, fut d'abord domestique du duc de Bourgogne, qu'il quitta après la bataille de Morat, pour s'attacher à Louis XI, qui le nomma son aumônier, & ensuite archevêque de Vienne en Dau- phiné. Il acquit beaucoup de crédit auprès de ce monarque, par le double emploi de médecin & d'af- trologue. Philippe de Commines, son ami, atteste qu'il lui prédit, vingt ans avant l'événement, que le prince Frédéric, second fils d'Al- fonse roi d'Aragon, montereit sur le trône; ce qui arriva. Il prédit auffi à Guillaume Briçonnet, qu'il joueroit un grand rôle dans l'é- glife, & qu'il toucheroit de bien près à la tiare. Briçonnet étoit alors marié; il fut dans la fuite cardinal. En supposant que ces faits soient vrais, il n'y a pas là de quoi guérir personne de l'esprit d'in- crédulité pour les prédictions: il n'est pas extraordinaire qu'un ca- det monte sur le trône après la mort de son aîné, & qu'un homme du monde entre dans l'église. Le pré- tendu prophète mourut à Bénévent en 1497. Sa devise étoit: « IN- GENIUM SUPERAT VIRES. » Ce fut à sa prière que Philippe de Com- mines entreprit ses Mémoires. En ra- contant la mort du duc de Bour- gogne, cet historien dit qu'Angelo Catho, disant la messe en présence de Louis XI, dans l'église de Saint-Martin de Tours, lorsqu'on se battoit à Nanci le 5 janvier 1477, présenta au roi la patène à baiser, en lui disant: Consum- matum est! lui annonçant par-là que l'armée du duc de Bourgogne venoit d'être défaite, & que lui- même avoit été tué. Le hasard vé- ritia encore cette prédiction.
CATTI, (François) chirurgien, né à Lucques en Italie, fit une étude particulière de l'anatomie. Il vivoit vers le milieu du xve siècle. Il est auteur d'un ouvrage intitulé: Ana- tomies Enchiridion, Naples 1551, in-4.º I. CATTIER, (Philippe) avocat au parlement de Paris, donnoit des leçons de grec. Il est auteur de divers ouvrages. I. Exercitationes IV de usu lingua graea, Paris 1647, in-4.º II. Gacophylacium graecorum. Cet écrit est d'un grand usage pour l'étude du grec, dans les écoles de Hollande. Il parut à Paris en 1651, & a eu d'autres éditions à Franckfort & ailleurs. III. Hortus Augusti in quo radices lingua latina re- virefunt, 1657, in-4.º Cattier eût mérité d'être professeur au collège royal; mais sa modestie le rendit inconnu à ses compatriotes & aux lexicographes François.
II. CATTIER, (Isaac) Pari- fien, médecin ordinaire du roi, reçut les honneurs du doctorat en 1637, dans l'université de Mont- pellier. Ses principaux ouvrages font: I. Diffélulaturis Morologia, 1646, in-4.º II. Description de la Macreuse, Paris 1651, in-8.º III. Observationes Medicinales ra- riores, Castris 1653, in-12; avec les Observations de Pierre Borel, Parisiis 1656.
CATULLE, (Caius Valerius CA- TULLUS) poète Latin, né à Vé- rone l'an 86 avant J. C., imita dans ses Epigrammes, la manière grecque, en l'anoblissant. Le plaisir & l'amour excitèrent son imagi- nation, & donnerent à ses vers cette simplicité élégante, ces graces naturelles, cette facilité, cet en- jouement qui taisoient son carac- tère. Les grands le rechercherent & l'aimerent. Cicéron, Plancus, Cinna, & les personnages les plus distingués de son siècle, furent ses amis. Jules-César, contre lequel il eut la hardiesse de faire des épigrammes, s'en vengea en l'invitant à fouper. « Il ne faut pas cependant admirer trop la magnanimité de César, dit la Harpe, car les épigrammes ne font pas bonnes, & je croirois volontiers que le bon goût de César fit grace aux épigrammes en faveur des madrigaux. Si Catulle lui récita ses vers sur le Moineau de Lœbie, & son épithalame de Thétis & Pélée, son hôte dut être content de lui. Il dut voir dans Catulle, un génie facile qui excelloit dans les sujets gracieux, & qui s'élevoit, quand il vouloit, au sublime de la passion. L'épifode d'Ariane, abandonnée dans l'isle de Naxos, qui fait partie de l'épithalame, est du petit nombre des morceaux, où les anciens ont su faire parler l'amour. On ne peut le louer mieux qu'en disant que Virgile, dans son quatrième livre de l'Énéide, en a emprunté toutes les idées, tous les mouvemens, quelquefois même les expressions, & jusqu'à des vers entiers. L'Ariane de Catulle a servi à embellir la Didon de Virgile. Peut-on douter qu'un homme qui a rendu ce service à l'auteur de l'Énéide, n'eût pu devenir un grand poète, s'il eût aimé le travail & la gloire ? Mais Catulle n'aima que le plaisir & les voyages : deux choses qui laissent peu de loisir pour les lettres. Il étoit né pauvre, & des amis l'enrichirent, entr'autres, Manlius, dont il fit l'épithalame ; sujet usé, mais dont il fut faire un ouvrage charmant, parce que le talent rajeunit tout. » Si le style de Catulle est pur, ses idées ne le font pas toujours. C'est lui qui a donné occasion à ce mot : « Qui écrit comme Catulle, vit rarement comme Caton. » Il mourut l'an 57 avant J. C., l'année que Cicéron son ami revint de son exil. Ce poète se trouve avec Tibulle & Properce, cum Noëis variorum, Utrecht 1680, in-8.° —ud usum Delphini, 1685, in-4.° On estime l'édition de Coudelier, à Paris 1743, in-12, & réimprimée en 1754. Le texte a été épuré par l'abbé Lenglet, sur la belle édition de Venise donnée par Corradini en 1738, in-fol. : on trouve dans le même volume les Poètes de Tibulle & de Properce, sur les corrections des meilleurs critiques, & particulièrement sur les leçons de Joseph Scaliger. Enfin, Baskerville l'a imprimé supérieurement comme tout ce qui est sorti de ses presses, en 1772, in-4.° La première édition de ces poètes réunis, est de 1472, in-folio, sans nom de ville ni d'imprimeur. Il en a paru une Traduction plus facile que correcte, par le marquis de Pequi, avec Tibulle & Gallus, 1771, en 2 vol. in-8.° L'édition qu'en donna Vossus à Londres 1684, & à Utrecht 1691, in-4°, est recherchée des curieux ; parce que l'éditeur fit entrer dans les notes le fameux Traité de Beverland, De Prostibulis veterum, qui n'a jamais vu le jour séparément ; & que les notes en sont savantes & choisies. On estime aussi celle de Padoue avec Tibulle & Properce, & les notes Variorum, 1737, in-4.° — Voyez I, MARTIAL.
CATULUS, Voyez LUTATIUS.
CATUS, Voyez ÆLIUS-SEXTUS-CATUS.
CATZ, (Jacques) pensionnaire de Hollande & de West-Frise, garde-des-sceaux des mêmes États, & stathouder des fiefs, politique habile, & poète ingénieux, se démit de tous ses emplois, pour cultiver en paix les lettres & la poésie. Il ne sortit de sa retraite qu'aux instances réitérées des États, qui l'envoyèrent ambaffadeur en Angleterre, dans les temps orageux de la république de Crommel. De retour dans sa patrie, il se retira à Sorgoliet, une de ses terres, où il mourut en 1660, à 83 ans. Il étoit né à Browershaven en Zélande l'an 1577. Ses Poëfies, presque toutes morales, ont été imprimées plusieurs fois en toutes sortes de formats. Les Hollandois en font un cas infini. La dernière édition de ses Œuvres est de 1726, 2 vol. in-folio.
CAVADES, Voyet CABADE.
CAVAGNES, Voyet BRI-QUEMAUT. I. CAVALCANTI, (Guido) poète & philosophe Florentin, élève de Brunetto Latini, survécut peu à son maître. Il mourut en 1300, laissant divers ouvrages en vers & en prose, entre autres des Règles pour bien écrire. Ses Sonnets & ses Cantons parurent à Florence en 1527, in-8°, dans un Recueil d'anciens Poètes Italiens, qui est fort rare.
II. CAVALCANTI, (Barthélemi) né à Florence en 1503, étoit versé dans les belles-lettres. Il fut employé par Paul III, & par Henri II, roi de France. Il fit paroitre beaucoup de prudence, d'intégrité & de capacité dans les affaires dont il fut chargé. Cavalcanti mourut à Padoue le 9 décembre 1562, à 61 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Sept livres de Rhétorique, Venise 1558, in-fol. II. Un Commentaire du meilleur état d'une République, que François Sanfovino fit imprimer après la mort de l'auteur. — I. CAVALIER, (Jean) fils d'un paysan des Cévennes, est fameux par le rôle qu'il joua dans les guerres des Camisards, sur la fin du règne de Louis XIV. Sa bravoure, aidée de l'enthousiasme de ces fanatiques, le fit regarder dans son pays comme un homme extraordinaire, suscité de DIEU pour le rétablissement du Calvinisme. De garçon boulanger, il devint prédicant, & de prédicant, chef d'une multitude d'enthousiasmes, avec lesquels il exerça, vers l'an 1704, de grandes cruautés contre les Catholiques. Le maréchal de Montrevel tenta vainement de les réduire. Enfin, le maréchal de Villars lui proposa une amnistie : il négocia avec Cavalier, qui promit de faire quitter les armes à son parti, à condition qu'on lui permettrait de lever un régiment dont il seroit colonel. Observé en France, il passa au service de l'Angleterre, & se distingua à la bataille d'Almma. Il mourut gouverneur de l'isle de Jersey, & entièrement guéri de ses anciennes fureurs. Il étoit même, dans la société, d'un caractère doux, & d'un commerce aimable. Le traité avec Cavalier, n'avoit point fait cesser les troubles des Cévennes. Il y avoit encore deux chefs de rebelles, RAVANEL & CATINAT, qui furent pris en avril 1705. Le duc de Berwick, qui commandoit alors, demanda à Catinat pourquoi il étoit rentré dans le royaume ? ce misérable répondit : qu'il y étoit envoyé par la Reine d'Angleterre; & que si on lui permettoit d'écrire à Londres, il pourroit être échangé avec le Maréchal de Tallard. — Et moi, répartit le duc indigné, je te réponds que dans quelques heures tu ne feras pas en vie; & il fut exécuté. Comme ce malheureux ne méritoit point un article particulier, nous avons cru pouvoir joindre cette anecdote à l'article de Cavalier.
II. CAVALIER, (Louise) née à Rouen, le 23 novembre 1703, d'un procureur au parlement, épousa un gendarme de la garde, nommé *Lévéque*, & fut distinguée par sa belle figure & les grâces de son esprit. Ses poésies ont de l'agrément. On distingue parmi elles, les pièces intitulées : *Augustin*, *Mines*, *le Siècle*; elles ont été publiées à Paris en 1737. L'auteur mourut dans cette ville le 18 mai 1745. I. CAVALIERI, (Bonaventure) Jésuate de Milan, & non *Jésuite*, comme le disent tous les Dictionnaires, naquit en 1598. Il fut professeur de mathématiques à Bologne, disciple de *Galilée*, & ami de *Toricelli*. Il passa en Italie pour être l'inventeur du calcul des infiniment - petits. On a de lui : I. *Directorium universale Uranomeaticum*, à Bologne, 1632. II. *Geometria indivisibilium continuorum*, Bologne, 1635; ouvrage original & très-ingénieux. L'auteur propose ses vues avec la modestie & le ménagement nécessaires à la vérité qui a le malheur d'être nouvelle. Son système subit le fort des nouveautés les plus dignes de l'approbation du public. De grands géomètres l'attaquèrent; de grands géomètres l'adoptèrent ou la défendirent. Il mourut en 1647, à 49 ans. Ce fut la goutte qui le jeta dans les mathématiques. Cette maladie cruelle le tourmentoit si fort, que *Benoit Castelli*, disciple de *Galilée*, lui conseilla de distraire ses douleurs en s'appliquant à la géométrie. Il le fit, & s'en trouva bien.
II. CAVALIERI, (Marcel) religieux Dominicain, mort en 1705, à Gravina, dont il devint évêque, avoit d'abord professé la philosophie à Naples & à Bénevent. A la suite d'un tremble- ment de terre qui anéantit presque entièrement cette dernière ville, il fut retiré sain & sauf du milieu des ruines du palais archiépiscopal. On lui doit des *Statuts Synodaux*, qui parurent en 1693, & divers *Écriés* sur les règles & cérémonies ecclésiastiques. — Son frère *Jean-Michel CAVALIERI*, comme lui religieux de l'ordre de *Sainte-Dominique*, a fait imprimer un *Traité du Rosaire*, qui a eu plusieurs éditions; & une *Histoire des Papes*, *Patriarches & Archevêques*, tirés de son ordre. Elle parut en 1696.
CAVALLI, musicien Italien, que le cardinal *Mazarin* fit venir à Paris en 1660, pour mettre en musique l'opéra de *Xercès*, en cinq actes, qui fut représenté en italien dans la grande galerie du Louvre. Cet opéra eut peu de succès, parce que très-peu de gens entendoient l'italien, que presque personne ne favoit la musique, & que tout le monde haïssoit le cardinal. A proprement parler, ce ne fut qu'en 1672, que les François eurent un spectacle de l'Opéra.
CAVALLINI, (Pierre) peintre & sculpteur du XIVe siècle, disciple du fameux *Giotto*, mourut à Rome sa patrie, à l'âge de 83 ans, regardé comme un Saint & un bon peintre. On fait grand cas du *Crucifix* de l'église de Saint-Paul de Rome, lequel, si l'on en croit le peuple, a parlé à *Sainte Brigitte*.
CAVANEL, (N.) célèbre charlatan & opérateur de Paris, acquit une grande fortune en vendant son *Baume à Simone*, ainsi appelé du nom d'une guenon qui le distribuoit, & faisoit des tours d'agilité surprenans. *Cavanel* est mort vers 1760.
CAUCASE, (Mythol.) berger Scythe, menoit paitre ses trou- 176 CAU peaux sur le mont Niphate, & fut tué par Saturne, qui étoit venu se réfugier sur cette montagne, qui prit alors le nom de ce berger. Prométhée y fut enchaîné & déchiré par un vautour, par l'ordre de Jupiter.
CAUCHON, (Pierre) évêque de Beauvais, puis de Lisieux, l'un des plus zélés partisans de la maison de Bourgogne & des Anglois, contre Charles VII, son légitime souverain, étoit fils d'un vigneron. Il avoit des fentimens dignes d'une telle origine. Il fut un des juges de la Pucelle d'Orléans, & la livra au bras féculier. Il mourut bientôt après, en 1443, de mort subite, en se faisant faire la barbe. Valeran dit à ce sujet dans un poème sur la Pucelle : Expirans cadit, & gelidâ præ morte cadaver, Decubat ; ulcries sic pendent crimina panas ! Calixte IV l'excommunia après sa mort. Ses offemens furent déterrés & jetés à la voirie. Voy. JEANNE D'ARC, n.º X.
CAUCON, (Mythol.) fils de Clinus, fut le premier qui introduisit les mystères d'Éléuüs, chez les Messéniens.
CAVE, (Guillaume) d'abord curé d'Istington près de Londres, ensuite chanoine de Windsor, étoit né le 30 décembre 1637. Il mourut le 4 août 1713. C'est un des théologiens d'Angleterre qui ont le mieux connu l'histoire & les antiquités ecclésiastiques. Quelques savans l'ont accusé très-mal à propos de Socinianisme. Il fut toujours bon Anglican; mais il pouffia plus loin que ceux de son église le respect pour les Pères. Il avoit des mœurs pures & une piété sincère. Les ouvrages qu'il a produits, font honneur à son érudition. Les principaux sont : I. L'Histoire littéraire des Auteurs Ecclésiastiques, en latin; réimprimée en 1743 & 1749 à Oxford, in-folio, en 2 vol., avec des corrections & des additions de l'auteur même, communiquées à l'éditeur, & une longue Apologie de Cave contre le Clerc. Cet ouvrage est estimé pour les recherches. Sa critique n'est pas toujours sûre, &, quoique Anglois, il est crédule. Il n'a pas l'art de caractériser les auteurs comme Dupin; mais il a un style clair, net & coulant, soit en anglois soit en latin. II. Le Christianisme primitif, en anglois, traduit en françois, & imprimé à Amsterdam 1771 : c'est un tableau intéressant de la vie & des mœurs des premiers Chrétiens. III. Les Antiquités Apostoliques, in-folio, 1676. IV. Histoire de la vie, de la mort & du martyre des Saints contemporains des Apôtres, in-folio, en anglois, comme le précédent & le suivant. V. La Vie des Pères de l'Église du quatrième siècle, 1683, in-folio. VI. Gouvernement de l'ancienne Église, 1683, in - 8.º
CAVEDONE, (Jacques) peintre, né à Saffuclo dans le Modenois en 1580, saisit si heureusement la manière d'Annibal Carache, son maître, que les connoisseurs confondoient souvent leurs tableaux. Peu de peintres ont mieux entendu l'art de dessiner le nu, & ont manié le pinceau avec plus de facilité. Les malheurs de sa famille dérangèrent son esprit & affoiblirent ses talens. Il fut réduit à peindre des Ex-voto, & à demander publiquement l'aumône. Un jour s'étant trouvé mal, on le traîna dans une écurie voisine, où il mourut mourut en 1660. Ses principaux tableaux font a Bologne.
CAVEIRAC, (Jean Novi de) né à Nîmes le 6 mars 1713, embraïa l'état ecclésiastique & a publié divers écrits, relatifs à la théologie & à la politique. Ce font : I. L'Accord parfait de la Nature, de la Raïson, de la Révélation & de la Politique, 1753, in-12. II. La Vérité vengée ou Réponse à la Diffétration sur la Tolérance des Protéfians, 1756, in-12. III. Apologie de Louis XIV & de son Conseil, sur la Révocation de l'Édit de Nantes, 1758, in-4.º IV. Appel à la Raïson des Écrits & Libelles publiés contre les Jésuites, 1762, 2 vol. in-12. V. Lettres d'un Vifigoth à M. Fréron, sur sa Dispute harmonique avec Rousseau. VI. Mémoire politico - critique sur le Mariage des Calvinistes, 1756, in-8.º A la fuite du troisième ouvrage de cet auteur, il ajouta une Diffétration sur la Journée de la Saint-Barthélemi. Quelques écrivains, qui ne l'ont pas lue, ont annoncé que Caveirac y avoit fait l'apologie de cette sanglante journée ; mais le but de l'auteur fut de prouver, en déplorant les horreurs du maffacre, que la religion y eut moins de part que la politique, & qu'il y périt beaucoup moins de monde qu'on n'avoit cru. « Éloignés, dit-il, de deux siecles de cet affreux événement, nous pouvons le contempler, non sans horreur, mais sans parrialité. On peut répandre des clartés sur ses motifs & ses effets tragiques, sans être l'approbateur tacite des uns, ou le contemplateur infensible des autres ; & quand on enlèveroit à la journée de la Saint-Barthélemi, les trois quarts des excès qui l'ont accompagnée, elle feroit encore assez affreuse, pour être détestée C A V 177 de ceux en qui tout sentiment d'humanité n'est pas entièrement éteint. « D'après ce passage, Linguet a euraïson de dire, dans ses Annales : « L'abbé de Caveirac n'a point fait l'apologie de la Saint-Barthélemi ; mais on le détestera peut-être jusqu'à la fin des siecles, comme s'il l'avoit faite, parce qu'il a plu à des écrivains menteurs de l'en accuser. Une calomnie, qui a une secte pour organe, s'établit toujours malgré la preuve contraire, parce que chez les hommes la hardieffe & l'obstination du calomniateur à répéter ses impospures, deviennent une raison pour y croire ; au lieu que l'attention de l'accuse à se justifier, commence par fatiguer & finit par le faire paroltre coupable. » I. CAVENDISH, Voyer CANDISH.
II. CAVENDISH, (Guillaume de) duc de Newcastle, né en 1592 d'une illustre famille d'Angleterre, s'attacha à Charles II, dont il avoit été le précepteur. Il suivit ce prince à Paris, où il vécut très-à-l'étroit, & revint en Angleterre, après son rétablissement sur le trône. Ce prince le combla de bienfaits. Cavendish mourut le 25 décembre 1675, à 84 ans. Nous avons de lui une Méthode nouvelle de dresser & travailler les Chevaux. Elle a été traduite en françois, & imprimée à Anvers, in-fol. 1658. Le grand nombre & la beauté des figures, dont cette traduction est ornée, la rendent très-précieuse, sur tout de la première édition. Sa seconde femme, Marguerite Lucas, publia sa Vie, in-fol. à Londres.
CAVICEO, (Jacques) prêtre Italien, eut de grands différens avec l'évêque de Parme sa pa- 178 CAU trie. Il en fut exilé, & commit un homicide, à son corps dé- fendant, dont il fut abfous. Il de- vint ensuite vicaire-général de l'évêque de Rimini, puis de celui de Ferrare; & mourut en 1511, à 68 ans. Il s'est fait connoître par son roman de Peregrin, Ve- nife 1526, in-8°, traduit en fran- çois en 1528, in-8°, par Fran- çois Daffy.
CAULASSI, Voyet CAGNACEI.
CAULET, (François-Etienne) de) né à Toulouse en 1610, d'une bonne famille de robe, abbé de Saint-Volufien de Foix à dix-sept ans, fut sacré évêque de Pamiers en 1645. Il donna une nouvelle face à son diocèse dé- folé par les guerres civiles, & par les dérèglements du clergé & du peuple. Son chapitre étoit com- pote de douze chanoines réguliers de Sainte Geneviève, que Sponde, son prédécesseur, appelait douze léopards : il les adoucit, il les réforma. Il fonda trois séminaires, visita tout son diocèse, prêcha & édina par-tout. Louis XIV ayant donné un édit, en 1673, qui étendait la régale sur tout son royaume, l'évêque de Pamiers refusa de s'y soumettre. On fit sacrer son temporel, sans pou- voir l'ébranier. L'arrêt fut exé- cuté avec beaucoup de rigueur, & le prélat fut réduit à vivre des aumônes de ses partisans. Un de ses amis, le Pelletier-des-Touches, lui ayant envoyé une somme d'argent, le P. de la Chaise vou- lut punir cet acte de générosité & de charité, par une lettre de-ca- chet. Non, lui répondit Louis XIV, il ne sera pas dit que sous mon règne quelqu'un ait été puni pour avoir fait l'aumône. — Cauler mourut en 1680, dans sa 71e année, honoré comme un Saint par ses diocésains & ses amis, & traité comme un homme de parti par les antijanténistes. Le pape Innocent IX le loua comme un évêque fidèle, que DIEU avoit suscité dans des temps sacheux, pour élever sa voix comme une trompette, tandis que d'autres gardoient le silence. Il exalte sa générosité & son courage, qui ne se démentoient point, malgré la maladie, les privations, la pau- vreté & les tribulations... On a de lui un Traité de la Régale, publié en 1681, in-4° — L'évê- que de Grenoble, Jean de CAULET, né à Toulouse en 1693, mort en 1763, connu par son Instruction pastorale sur la Pénitence, 1749, in-4°, étoit de la même fa- mille.
CAULIAC, (Gui de) médecin de Montpellier au 14e siècle, est autour d'un Corps de Chirurgie, estimé, & publié à Lyon en 1669, in-8°. Fallope en fit le plus grand éloge; & plusieurs autres médecins, tels que Jean Canape & Laurent Joubert, l'ont commenté. Cet ouvrage ayant été, pendant long-temps, le seul guide des chirurgiens, & le premier ouvrage écrit en français sur leur profession, on l'appela par hon- neur, le Guidon. Cauliac fut mé- decin des papes Clément VI & Urbain V. C'est à Cauliac que nous devons la description de la terrible peste qui, en 1348, fit périr le quart du genre humain. I. CAUMARTIN, (Louis le Fèvre de) d'une bonne famille de robe, fut président au grand- conseil, conseiller d'état, & en- fin garde des sceaux en 1622. Il obtint cette dignité par le cré- dit du maréchal de Bussompierre. Louis XIII la lui accorda avec répugnance. Caumartin est bégué, difoit-il, je le suis aussi; mon Garde les fœaux doit porter pour moi la parole ; & comment le pourra-t-il faire, s'il à besoin d'un interprète ? Les talens que ce ministre avoit montrés dans ses ambaffades & dans les autres commissions qui lui avoient été confiées, décidèrent enfin ce monarque. Le nouveau garde des fœaux mourut peu de temps après, en 1623, à 72 ans. Il laiffa plusieurs enfans, dont le plus connu fut François, évêque d'Amiens, homme vraiment apostolique, mort d'apoplexie en 1652.
II. CAUMARTIN, (Louis-Urbain le Fèvre de) marquis de Saint-Ange, d'abord conseiller au parlement, puis maître des requêtes, intendant des finances & conseiller d'état, mort sous-doyen du conseil, le 2 septembre 1720, à 67 ans, étoit de la même famille que le précédent. C'étoit un magistrat plein d'esprit, de jugement & de savoir. C'est dans son château de Saint-Ange que Voltaire commença la Henriade, excité par tout ce que de Caumartin lui racontoit de Henri IV. Le poète en a fait le portrait suivant, dans une pièce de vers peu connue : « Caumartin porte en son cerveau De son temps l'histoire vivante ; Caumartin est toujours nouveau A mon oreille qu'il enchante : Car dans sa tête sont écrits Et tous les faits & tous les dits Des grands hommes, des beaux esprits, Mille charmantes bagatelles, Des chansons vieilles & nouvelles, Et les annales immortelles Des ridicules de Paris. » Sa probité n'étoit pas moins connue que son esprit, & Boileau dit dans une de ses Satires : Chacun de l'équité ne fait pas son flambeau ; Tout n'est pas Caumartin, Bignon, ni d'Aguelfeau.
CAUMONT, Voye; FORCE & LAUZUN.
CAUN, général Perfan, surnommé le Chercheur d'aventures, étoit fils d'un forgeron, & s'éleva par son courage au commandement des armées de Caicobad, premier souverain de la dynastie des Caianides. Il remporta plusieurs victoires, & fut tué dans une bataille par Afrafab, roi du Turkestan.
CAUNE, Voye; BIBLIS.
CAVOYE, (Louis d'Oger, marquis de) grand maréchal-des-logis de la maison du roi, né en 1640, fut le dernier rejeton d'une famille ancienne de Picardie. Il eut le bonheur d'être élevé auprès de Louis XIV. Dès qu'il fut en état de porter les armes, il se rendit en Hollande, & y acquit un nom célèbre par une action hardie, qui fauva la flotte de cette république, en 1666. Un brûlot Anglois venant à force de voiles sur l'amiral, il proposa à Ruyter d'aller dans une chaloupe, avec les chevaliers de Lorraine & de Coffin, couper les câbles des chaloupes du brûlot. Ce dessein ayant été exécuté heureusement, les Anglois furent obligés de mettre le feu à leur brûlot. Les quatre seigneurs François, récompensés par les Etats-Genéraux, ne s'acquirent pas moins de gloire par leur libéralité que par leur bravoure, en distribuant tout l'argent à l'équipage. Cavoye, de retour en France, suivit Louis XIV dans toutes ses campagnes, où son intrépidité lui acquit le titre de Brave Cavoye. Ce prince, qui l'honora 180 CAV toujours d'une confiance particulière, lui donna la charge de maréchal-des-logis, pour l'engager à épouser une demoiselle laide, mais sage & très-amoureuse de lui. C'étoit *Louise de Cœtlogon*, fille-d'honneur de la reine *Marie-Thérèse* d'Autriche, fille & sœur de deux lieutenans-de-roi de Bretagne. Son rang lui procura moins d'amis que son mérite. Le vicomte de *Turence*, qui avoit recherché son amitié, sur l'idée que lui en avoit donnée l'action du brûlot, & le maréchal de *Luxembourg*, sont ceux avec lesquels il fut le plus étroitement uni. Ce fut lui qui conféilla au dernier, dans une action très délicate, d'aller se rendre prisonnier à la Bastille; & cette démarche déconcerta ses accufateurs. Ce qui lui fait le plus d'honneur, est la protection qu'il accorda toujours aux malheureux opprimés. Aussi un officier, qu'il n'avoit jamais eu occasion d'obliger, lui rendit ce témoignage, qu'il ne s'étoit servi de son crédit, que pour faire plaisir à tout le monde. — *Cavoye* passa les vingt dernières années de sa vie dans l'exercice des vertus chrétiennes. Il mourut comme il avoit vécu, en 1716, âgé de 76 ans. Il avoit été très-lie avec *Racine*, & il étoit souvent avec lui. Il produisit à la cour l'abbé *Genest* & quelques autres gens-de-lettres, dont les entretiens servoient à orner son esprit, naturellement poli & agréable. Le duc de *Saint-Simon* qui déprécie, à son ordinaire, la naissance & l'esprit de *Cavoye*, dit « qu'il s'étoit érigé chez lui une espèce de tribunal, auquel il ne falloit pas déplaire; compté & ménagé jusques des ministres; mais d'ailleurs bon & fort honnête homme, à qui l'on pouvoit se fier en tout... C'étoit un des hommes de France le mieux fait & de la meilleure mine, & qui se metoit le mieux; il en profita auprès des dames. C'étoit un temps où l'on se battoit fort malgré les édits; *Cavoye*, brave & adroit, s'y acquit tant de réputation, que le nom de *Brave Cavoye* lui demeura. » *Voyer* BOUTEVILLE.
CAURRES, (Jean de) principal du collège d'Amiens, né à Montreuil en Picardie, & mort en 1587, à 45 ans, donna ses mauvais vers, sous le titre d'*Œuvres morales & diversifiées*, 1575, in-8.º Ce recueil ne peut être recherché, qu'à cause des peintures que l'auteur y fait des vices de son fiècle. Il blâme beaucoup la coquetterie des dames de son temps, qui portoient de petits miroirs, pendus à leur ceinture. Ce mal fera toujours incurable. *Caures* publia encore un *Traité en vers*, sur la *conservation de la santé*; & un autre, sur la *pieté chrétienne*, 1573, in-8.º Dans l'une de ses pièces, il fit l'apologie de la *Saint-Barthélemi*, qu'il regardoit comme nécessaire au repos de la France; comme si toute persécution n'étoit pas une atrocité, & tout massacre un crime.
CAURROY, (Euflaché du) François, l'un des plus grands musiciens de son fiècle, & un des sous-maîtres de la chapelle des rois *Charles IX*, *Henri III* & *Henri IV*, a laissé une *Messe* des Trépassés, qui rend tout le pathétique & les horreurs de la mort. Il mourut en 1609, à 60 ans. *Pigantol de la Force* dit, dans sa *Dépréciation de la ville de Paris*, que « c'est une tradition reçue parmi ceux qui font au fait de l'histoire de notre musique, que les *Noels* que l'on chante, sont des gavottes & des menuets d'un ballet que du *Cauroy* avoit composé pour un divertissement de *Charles IX.*
CAURUS, (Mythol.) vent de nord - ouest, est représenté âgé, barbu, tenant un vafe rempli d'eau, qu'il est prêt à verser.
CAUSATHAN, (Mythol.) démon que *Porphyre* chaffa, suivant lui, d'un bain public.
CAUSSIN, (Nicolas) Jéfiu, né à Troyes en 1583, se fit un nom par ses sermons & ses ouvrages. Le cardinal de *Richelieu*, le croyant un homme simple, qu'il feroit aisément entrer dans toutes ses vues, le choisit pour confesseur de *Louis XIII*. Mais cette simplicité même, qui tenoit beaucoup à sa piété, le rendit très - opposé en plusieurs choses à l'administration du cardinal. Le P. *Cauffin* regardoit avec horreur, l'alliance que le ministre avoit contractée avec les Proseffans contre la maison d'Autriche. Il l'accusa auprès de son pénitent royal, de rendre le gouvernement odieux, en accablant le peuple d'impôts, & en traitant inhumainement la reine-mère, qui manquoit de tout à Bruxelles. Il forma le projet de la faire revenir. *Louis XIII* aimoit à l'entendre parler contre un ministre dont il se fervoit, mais qu'il n'aimoit pas. Il étoit le premier à blâmer en secret ses galanteries. Il descendoit jusqu'aux moindres détails, trouvant fort mauvais qu'il ne dit point de bréviaire, lui qui avoit tant de bénéfices. Le confesseur, se fervant de l'autorité que sa place lui donnoit, & du pouvoir que Mlle de la Fayette avoit sur l'esprit du roi, gagnoit peu à peu du terrain. Mais *Richelieu* ne s'endormoit pas. Dans un entretien qu'il eut avec le prince, il diffipa, à force de raisons & d'éloquence, les impressions que le Jéfiu avoit faites sur cet esprit foible, & *Cauffin* fut bientôt re-égué dans une ville de Bretagne. Il mourut à Paris en 1651, à 68 ans, regardé comme un homme d'une probité exacte & que rien ne pouvoit ébranler. On a de lui plusieurs ouvrages en françois & en latin. I. Le *Parallèle de l'Éloquence* sacrée & profane, in-4.º On peut voir ce qu'en dit *Givere* dans ses *Jugemens* sur les *Rhéteurs*. II. La *Cour* sainte, en 5 vol. in - 8°; pleins d'une morale rendue dans un style trivial, & accompagnée de contes, qui marquent plus sa piété que son jugement. Comme cet ouvrage eut un cours prodigieux, on difoit de l'auteur qu'il avoit mieux fait ses affaires à la cour Sainte qu'à celle de France. Ce livre fut traduit en toutes fortes de langues, imprimé, reimprimé : il est à présent au rang du *Pédagogu*. *Chrétien* & des *Sept* *Trompeties*. III. La *Vie* neutre des *Filies* dévotes, qui font état de n'être ni mariées ni religieuses; ou la *Vie* de Sainte *Isabelle* de France fœur du roi *S. Louis*.
CAUTIUS, (Mythol.) divinité Romaine, que l'on invoquoit pour rendre les jeunes gens prudens & rufés.
CAUVET, (Martin & Jean-Baptiste) furent deux frères, nés à Marseille, & qui acquirent une fortune si confédrable dans le commerce, suivant l'historien de Provence *Nostradamus*, que pour la partager, ils ne prirent pas d'autre division que celle des quatre parties du monde. Les biens du midi & de l'orient furent cédés à *Martin*; ceux du couchant & du septentrion appartinrent à son frère. Ils vécurent dans le quatorzième siècle. 182 CAX
CAUX DE MONTIÉBERT, (Gilles de) contrôleur des fermes du roi, né à Ligueris dans le duché d'Alençon vers 1683, & mort à Bayeux en 1733, étoit parent de Pierre Corneille. Il eut, comme lui, beaucoup de goût pour la poésie dramatique. On a de lui deux tragédies : Marius, représentée en 1715, & Lysimachus, en 1737. Quelques personnes affurent que la première pièce, la meilleure des deux, est du célèbre président Hefnault. Il laissa la seconde non finie; son fils l'acheva. Caux est encore connu par quelques Poésies. Sa principale pièce est, l'Hortuge de Sable, figure du Monde; poème moral, dont l'allegorie est ingenieuse & la verification assez facile. On le trouve dans le Choix des Porpes morales & chrétiennes, de la Morinière. Il a été mis en vers latins par d'Hirouville, professeur au collège de la Marche. I. CAXES, (Patrice) peintre & architecte de Florence, s'attacha à Philippe II & à Philippe III, rois d'Espagne, pour lesquels il peignit à fresque, dans une des galeries du palais de Pardo, l'Histoire de Joseph. On admire fur-tout le tableau où la femme de Putiphar oublie toutes les lois de la pudeur & de l'honnêteté. Il mourut à Madrid. On a de lui la Traduction en espagnol du Traité d'Architecture de Vignoles.
II. CAXES, (Eugène) peintre distingue, & fils du précédent, mourut en 1645, à 65 ans. On ne peut se lasser d'admirer le beau Tableau de Saint Joachim & de Sainte Anne, qu'il peignit pour l'église Saint-Bernard d. Madrid. Les grâces répandues dans cet ouvrage, la fraîcheur du coloris & la correction du dessin, peuvent le faire aller de pair avec ceux des plus grands maîtres d'Italie.
CAXTON, (Guillaume) célèbre littérateur, employé dans diverses négociations par le roi d'Angleterre Edouard IV, mourut en 1494, âgé de plus de 80 ans. Il s'adonna au commerce, fans négliger la politique & la littérature. C'est lui qui introduisit l'imprimerie en Angleterre. Il mit sous presse plusieurs livres, qu'il avoit ou composés ou traduits; entre autres, une Chronique en sept livres, qu'il intitula : Fructus temporum. Les plus anciennes éditions de cet ambassadeur-attitude, font de 1477.