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03.0 Dictionnaire historique — CAYER – IX

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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CAYER, (Jean-Ignace) né à Lyon en 1704, y fut chanoine de Fourvière, & devint membre de l'académie de cette ville. Sa douceur, sa bienfaisance le firent estimer de ses compatriotes, autant que ses lumières. Il y publia plusieurs opuscules de mathematiques & d'astronomie. Il travaillait à un traité sur la Lumière, lorsqu'il fut frappé d'apoplexie en 1754. On a encore de lui des Dialogues des Morts, qui ont été imprimés.
CAYET, Voyez CAIET. I. CAYLUS, (Charles-Daniel de Lévis de Tubière de) naquit à Paris en 1669, d'une famille illustre. Élevé dans la piété & le savoir, il fut disciple de Boffuet. Le cardinal de Noailles le choisit pour son grand-vicaire en 1700, & le roi le fit évêque d'Auxerre cinq ans après. Il mourut le 3 avril 1754, à 85 ans. Les larmes des pauvres, à sa mort, publièrent l'abondance de ses aumônes. Il unisait des mœurs pures à la douceur du caractère. Il parvint à une grande vieillesse sans en éprouver les infirmités. Ses Œuvres ont été publiées en 4 vol. in-12; on n'y a point compris ses Mandemens & quelques autres écrits. L'abbé Dettey, chanoine d'Auxerre, mort en 1773, a donné la Vie, 1765, 2 vol. in-12.
II. CAYLUS, (La marquise de). Fuy. MAINTERON, vers la fin.
III. CAYLUS, (Anne-Claude-Philippe de Tubière de Grimoard de Peltels de Lévis, comte de) de la même famille que le précédent, naquit à Paris en 1692, & mourut dans cette ville le 5 septembre 1765, à 73 ans. Il entra au service de bonne heure, & se distingua dans la Catalogne & au siège de Fribourg. Après la paix de Rattadt, sa vivacité ne s'accommodant pas de l'inaction, il fit le voyage d'Italie. Il faitit avec enthousiasme les beautés des chefs-d'œuvre répandus dans cette partie de l'Europe. Vers l'an 1715, il passa dans le Levant à la suite de l'ambassadeur de France à la Porte Ottomane. Arrivé à Smyrne, il voulut profiter d'un délai de quelques jours, pour visiter les ruines d'Ephèze, qui n'en sont éloignées que d'environ une journée. La campagne étoit alors infestée par une troupe de brigands, à la tête desquels étoit le redoutable Caracayali : il étoit dangereux de fréquenter les chemins. Mais le comte de Caylus, qui defiroit toujours puissamment ce qui pouvoit contribuer à ses études, s'avisa d'un singulier expéditeur qui lui réussit. Vêtu d'une simple toile de voile, ne portant sur lui rien qui pût tenter le voleur le plus avide, il se mit sous la conduite de deux brigands de la bande de Caracayali venus à Smyrne, & convint avec eux d'une certaine somme, à con- C A Y 183 dition néanmoins qu'ils ne toucheroient l'argent qu'au retour. Comme ils n'avoient d'intérêt qu'à le conserver, jamais il n'y eut de guides plus fidèles. Ils le conduisirent avec son interprète, vers leur chef, dont il reçut l'accueil le plus gracieux. Caracayali, instruit du motif de son voyage, voulut servir la curiosité : il l'avertit qu'il y avoit dans son voisinage des ruines dignes d'être connues ; & pour l'y transporter avec plus de célérité, il lui fit donner deux chevaux arabes, de ceux que l'on appelle chevaux de race, estimés les meilleurs coureurs. Le comte se trouva bientôt, comme par enchantement, sur les ruines indiquées ; c'étoient celles de Colophon. Il y admira le reste d'un théâtre, dont les sièges pris dans la masse d'une colline qui regarde la mer, faisoient autrefois jouir du plaisir du spectacle, & de l'aspect le plus riant & le plus varié. Il retourna passer la nuit dans le fort qui servoit de retraite à Caracayali, & le lendemain il se transporta sur le terrain qu'occupoit anciennement la ville d'Ephèze. — De retour en France en 1717, il fit encore quelques voyages hors du royaume. Il alla deux fois à Londres en différens-temps. Devenu sédentaire, il n'en fut pas moins actif. Il s'occupa de, musique, de dessin & de peinture ; il écrivit, il grava. C'est à son amour pour les arts que nous sommes redevables du magnifique ouvrage, qui met sous nos yeux les pierres gravees du cabinet du roi. Le célèbre Bouchardon en fit les dessins, & Mariette en composa les explications, 2 vol. in-folio. Reçu en 1731 dans l'académie royale de peinture & de sculpture, il compota la Vie des plus fameux peintres & sculpteurs de cette com- pagnie ; & , pour étendre les limites de l'art , il recueillit dans trois ouvrages de nouveaux sujets de tableaux qu'il avoit rencontrés dans la lecture des anciens. Il fonda dans cette academie un prix annuel pour celui des élèves qui réussit le mieux à caractériser une passion. Les dessins coloriés qu'avoit faits à Rome le célèbre Pietro Santo-Bastoli, d'après des peintures antiques, lui tombèrent entre les mains. Il les fit graver : c'est un des livres d'antiquités les plus singuliers ; toutes les pièces en sont peintes avec une précision & une pureté inimitables. L'académie des Inscriptions lui ayant donné, en 1742, une place d'honoraire, l'étude de la littérature devint sa passion dominante ; mais ce fut toujours relativement aux arts. Il travailla sur les embau-memens des momies Egyptiennes, sur le Papyrus, sur les masses énormes que les Egyptiens transportoient d'une extrémité de l'Egypte à l'autre. Il éclaircit plusieurs passages de Pène, qui ont rapport aux arts. Il fit revivre les tableaux de Polignote. Il reconstruisit, pour ainsi dire, le théâtre de Curion & le magnifique tombeau de Maufole. Il chercha dans les laves des volcans la pierre obsidienne, inconnue aux plus habiles naturalistes. Enfin il inventa le moyen d'incorporer les couleurs dans le marbre, & découvrit la peinture encauvique. Dans plus de quarante Dissertations qu'il a lues à l'académie, les arts & les lettres prêtent un secours mutuel à l'écrivain. Ce généreux protecteur fonda dans cette compagnie un prix de cinq cents livres, dont l'objet étoit d'expliquer par les auteurs & par les monumens, les usages des anciens peuples. Il rassembloit de toutes parts les antiquités de toute espèce. Il les faisoit ensuite dessiner & graver, en les accompagnant d'observations savantes & judicieuses. C'est ce travail qui a produit son Recueil d'Antiquités Egyptiennes, Etrusques, Grecques, Romaines & Gauloises, en 7 vol. in - 4° ; à Paris chez Tillard. Le dernier tome de cette précieuse collection a paru en 1767, avec l'Éloge historique de l'auteur, par le Beau. Ses autres ouvrages sont : I. Nouveaux sujets de Peinture & de Sculpture, 1755 ; in - 12. II. Mémoires sur la Peinture à l'encaufique, 1755, in - 8°. III. Tableaux tirés d'Homère & de Virgile, avec des observations générales sur le costume, in - 8°, 1757. IV. Description d'un Tableau représentant le sacrifice d'Iphigénie, 1757, in - 12. V. L'Histoire d'Hercule le Thébain, tirée de différens auteurs, in 8°, 1758. VI. Discours sur les Peintures antiques. VII. Vies de Mignard, de le Moine, & d'Edme Bouchardon. — On a encore de lui des Romans, dont on a imprimé en 1787 la collection en 10 vol. in - 8°. La Traduction de Tyran le Blanc, 1740, 2 vol. in - 12 ; du Caloandre fidèle, 1740, 3 volumes in - 12 ; les Écosseuses, ou les Œufs de Pâques, in - 12, plaisanterie assez insipide ; Fècres nouvelles, 1741, 2 vol. in - 12 ; Contes orientaux, 1743, 2 vol. in - 12 ; cinq Contes de Fées, 1745, in - 12 ; les Manteaux, 1746, in - 12, &c. Ces différens ouvrages, si l'on excepte ses romans qui n'étoient pour lui qu'un amusement, prouvent une grande étendue de connoissances en plusieurs genres. Mais on peut se plaindre qu'il a trop négligé son style, quelquefois lâche & souvent incorrect. Son mérite littéraire étoit soutenu par toutes les qualités qui honorent l'humanité. Il avoit un fond inépuisable de bonne naturelle, une tendresse courageuse pour ses amis, une politesse vraie & sans apprêt, une probité intacte, une haine profonde des fanfarons & des flatteurs. Son indifférence pour les honneurs étoit singulière. La simplicité noble de son caractère passoit peut-être un peu trop jusques dans son extérieur; mais sa libéralité faisoit tout son luxe. Il encourageoit les talens par des récompensés, & il prévenoit les besoins des artistes indigents par des bienfaits. Sa famille descendoit d'une sœur de Jacques de Lévis comte de Caylus, l'un des mignons de Henri III, qui fut tué en duel le 27 avril 1576, par le beau d'Entragues, favori du duc de Guise. Henri III lui fit élever dans l'église de Saint-Paul un magnifique tombeau, que le peuple démolit en 1588.
IV. CAYLUS, (Mad. de) célèbre par ses grâces & son petit ouvrage intitulé, Mes souvenirs, étoit de la même famille que le précédent. Le marquis de la Fare lui adressa ce madrigal : M'abandonnant un jour à la tristesse, Sans espérance, & même sans désirs, Je regrettais les sensibles plaisirs Dont la douceur enchantoit ma jeunesse; Sont-ils perdus, disols-je, sans retour ? Et n'es-tu pas cruel, Amour, Toi que j'ai fait, dès mon enfance, Le maître de mes plus beaux jours, D'en laisser terminer le cours A l'ennuyeuse indifférence ? Alors j'apporçus dans les airs, L'enfant maître de l'univers, Qui, plein d'une joie inhumaine, Me dit, en souriant : ami, ne te plains plus ; Je vais mettre fin à ta peine ; Je te promets un regard de Caylus.
CAYOT, (Augustin) membre de l'académie de sculpture de Paris, depuis 1711, se fit un nom par les ouvrages sortis de son ciseau. On remarquoit sur-tout les Deux Anges adorateurs du maître-Autel de Notre-Dame de Paris, exécutés en bronze; & une des Compagnes de Dione en marbre, dans le jardin des Tuileries. Il mourut à Verdun sa patrie en 1779, à 52 ans.
CAYSTRIUS, (Mythol) Ephétien, célèbre par ses victoires, mérita après sa mort un temple sur les bords d'un fleuve, qui de son nom fut appelé Caystre; les cygnes se plaisoient au milieu de ses ondes.
CAZE, (N.) poète dramatique, dont on ignore la vie, est auteur de deux pièces de théâtre; Comane & l'Incette supposé. Elles furent représentées en 1639.
CAZEL, CAZES, Voyet CASEL, Gc.
CAZOTTE, (Jacques) né à Dijon, d'abord commissaire de la marine, puis maire à Pierry près d'Epernay, occupoit cette place à l'époque de la révolution. Loin de favoriser les changemens qu'on vouloit faire dans la constitution de l'état, il s'en montra l'adversaire. Conduit à Paris au mois d'août 1792, il y fut jeté dans les prisons de l'Abbaye. Bientôt arriverent les affreux jours de septembre, pendant lesquels on massacra tous les prisonniers. Cazotte échappa à leur sort, par le dévouement de sa fille unique, belle, âgée de 17 ans, & qui s'étoit renfermée volontairement dans sa prison pour le servir. Lorsque le moment fatal arriva, elle se jeta dans les bras de son père, & ne 186 C A Z craignit pas de braver tous les coups qu'on vouloit lui porter, de le couvrir de son corps, & de demander au moins d'être frappée avec lui. Les affaffins étonnés de son courage, fénèrent un instant la pitié; la hache échappa de leurs mains; *Caçotte* & sa généreuse fille en profiterent, pour traverser des cours pleines de victimes, & d'une foule immense avide de carnage, mais qui respecta en ce moment la vieille & la piète filiale. Quelques jours après *Caçotte* fut arrêté de nouveau. Ses correspondances avec l'internant de la liste civile, *Laporte*, avoient été surprises, & entraînèrent sa perte. Le tribunal criminel le condamna à la mort, le 25 septembre 1792, après vingt-sept heures de débats. Il avoit alors 72 ans. C'étoit un homme probe, religieux; mais d'une imagination exaltée, que l'âge avoit affoblie, & qui lui fit croire & annoncer, que *Louis XVI* feroit entouré d'une légion d'anges qui combattraient pour sa défense. On a publié en 2 vol. in - 8°, & 6 vol. in-16, ses *Œuvres*, mêlées de vers & de prose; il cultivoit les deux genres, & même avec succès. La partie la plus importante de ce recueil est *Olivier*, que l'auteur intimle *Poème* en prose. Quelque nom qu'on lui donne, il prouve dans l'auteur de l'esprit, de l'imagination, de la gaieté, & une surnure originale. Il a couvert d'un voile agréable, la morale qui fait le fond de sa fiction. Trop de fêche, quelques longueurs, peu de liaison, surtout entre les chants, un dénouement trop précipité en font les défauts. On en est dédommagé par la diversité des peintures, la vérité des caractères, & la vivacité du coloris. On trouve encore dans ce recueil, le *Diable amoureux*, & le *Lord impromptu*, bagatelles ingénieuses, tissues avec affez d'art, & qui se font lire avec plaisir.
CEBA, (Anfaldo) politique, historien, orateur & poète Génois, au commencement du 17$^{e}$ siècle, donna quelques traités dans chacun de ces genres. Les Italiens font quelque cas de son *Traité du Poème Epique*; mais il s'est surtout fait un nom par ses Tragédies; les plus estimées font les *Jumelles de Capoue* & *Alcipe*. Le marquis *Maffei* les à jugées dignes d'entrer dans le *Recueil des meilleures Tragédies italiennes*, imprimé à Vérone en 1723, en 3 vol. in - 8°. Ce poète mourut en 1623, à 58 ans. Il avoit plus d'esprit que de discernement, du moins si l'on en juge par son Poème épique d'*Esther*, qu'il a rempli de fables indignes des vérités faintes de l'Écriture.
CÉBÉS, philosophe Thébain, disciple de *Socrate*, est auteur, à ce qu'on a cru, du *Tableau de la Vie humaine*, dialogue sur la naissance, la vie & la mort des hommes. Gilles Boileau le traduit en français en 1653; & *Gronovius* le public en grec en 1689. L'abbé *Sevin* a prouvé que cet excellent traité est d'un auteur plus récent que ce philosophe.
CÉBRION, (Mythol.) géant qui fit la guerre aux Dieux, & fut tué par *Vénus*.
CECCANO, (Annibal) né dans le pays de Labour, fut archevêque de Naples, & ensuite honoré de la pourpre en 1327, par *Jean XXII. Clément VI* l'envoya pour conclure la paix entre *Philippe de Valois*, roi de France, & *Edouard VI*, roi d'Angleterre. Le cardinal *Ceccano* étoit à Rome, lorsque le fameux *Rienzi* y exerçoit fon pouvoir tyrannique. Cette ville étoit dans un défordre extrême : le jubilé furvenu au milieu des troubles, ne fervit pas peu à les augmenter. Ceccano crut les appaifer en partie, en abrégeant le nombre des jours que les étrangers devoient employer à leurs flations. Les dispenses qu'il accorda à cette occasion, firent soulever le peuple de Rome, aussi mutin que, superstitieux. Le mécontentement éclata lorsqu'on s'y attendoit le moins. Le cardinal avoit dans ses écuries un chameau qui excitoit la curiosité de la populace ; cet animal ayant été harcelé, le palefrenier s'irrita. On en vint aux injures, puis aux soups : les gens du légat chassèrent le peuple, qui brisa les portes, & fit voler les pierres de toutes parts sur les fenêtres du palais, en criant à l'Hérétique ! Le légat, revenu de cette première frayeur, ayant voulu quelques jours après faire les flations, on tira sur lui, d'une fenêtre grillée, deux flèches dont il ne fut point blessé. Ce crime fut mis sur le compte de Rienzi, déjà soupçonné d'avoir excité le peuple à la révolte. Ceccano excommunia de nouveau ce rebelle & ses complices, le qualifia de Patasin, nom d'hérésie odieux & infamant, le chargea des plus horribles malédictions, le déclara déchu & incapable de toute charge, & lui interdit l'eau & le feu. Rienzi, coupable ou non de cet attentat, se fauva dans les caravanes des Pèlerins qui s'en retournoient. Ceccano, qui ignoroit sa fuite, n'en craignoit pas moins quelque nouvelle entreprise : il redoubla les précautions, & les pouffa jusqu'au ridicule : il ne paroissoit jamais en public, sans porter une calote de fer sous son chapeau, & une cuiraffe sous sa foutane. Le pape lui donna la légation de Naples, pour le tirer de cette triste situation ; mais il fut empoisonné en chemin, l'an 1350. Ceccano n'avoit ni l'art de gagner les cœurs, ni celui de menager les esprits, & il fut la victime de ses emportements. I. CECCO D'ASCOLI, ainsi appelé, d'Ascoli, ville de la Marche d'Ancone, où il naquit en 1257, joignit à beaucoup d'ouverture d'esprit un grand amour pour le travail. La poésie, la théologie, les mathématiques & la médecine l'occupèrent tour-à-tour. La réputation qu'il s'acquit dans cette dernière science, le fit connoître du pape Jean XXII, qui l'appela à Avignon pour être son médecin. Ses envieux l'obligèrent à quitter cette cour. Il vint à Florence, où son caractère caustique lui fit encore des ennemis. Il passa ensuite à Bologne, où il enseigna l'aftrologie & la philosophie, depuis 1322 jusqu'en 1325. On le dénonça à l'inquiñieur comme un hérétique, qui attribuoit tout aux influences des astres, & qui s'avisoit d'être prophète. Cecco abjura ses erreurs vraies ou prétendues, & se foumit à la pénitence. Charles-Jean Sans Terre, duc de Calabre, le rappela à Florence, & lui donna la qualité de son médecin & de son astrologue. Cecco, que ses malheurs auroient dû rendre sage, ne put résister à la démangeaifon prophétique. Le duc l'ayant sollicité de tirer l'horoscope de sa femme & de sa fille, Cecco prédit qu'elles s'abandonneroient au libertinage : ce qui lui attira la disgrace de ce prince. Ses ennemis n'en devinrent que plus acharnés : ils le firent enfermer dans les prisons du saint-Office. Il fut accusé d'avoir enseigné à Florence les erreurs rétractées à Bologne, & d'avoir soumis J. C. même à l'empire des astres. Cette accusation ridicule & très-peu fondée, le fit condamner à être brûlé. La sentence fut exécutée en 1327, en présence d'une foule de peuple, qui s'attendait à voir un des génies familiers qu'on lui supposé, l'arracher des flammes. Cette injustice couvrit d'opprobre les injustiteurs, & accabla de remords les dénonciateurs d'un vieillard septuagénaire, grand fou à la vérité, mais innocent de toutes les abfurdités qu'on lui prêtait. Son véritable nom étoit François de Stabili : Cecco, sous lequel il est connu, est un diminutif de Francesco. Il a donné un Poème, rude & grossier, sur la Physique. La première édition est de Venise, 1478, in-4°, Celles de Milan & de Venise, 1484 & 1492, in-4°, sont fort rares. Celles de Venise, 1487, in-4°, 1516, 1519 & 1550, in-8°, sont aussi assez recherchées : les deux dernières sont corrigées.
II. CECCO, Voyer SALVIATI. I. CECIL, (Guillaume) ministre d'État sous la reine Elizabeth, naquit en 1521, & mourut en 1598. Cette princesse le considérait comme l'homme le plus habile de son conseil. Elle vouloit qu'il s'assit toujours en sa présence. Je me fers de vous, lui disoit-elle, non pour vos mauvaises jambes, mais pour votre bonne tête. Sa devise étoit : Prudens qui patiens. Il disoit souvent : Je ne veux pas qu'un plus petit que moi me craigne, ni qu'un plus grand que moi me méprise. L'histoire loue sa prudence, son éloquence, sa dextérité; mais elle lui reproche d'avoir conseillé la mort de l'infortunée Marie Stuard.
II. CECIL, (Robert) second fils du précédent, fut ministre comme son père, sous Elizabeth, qui l'envoya à Henri IV en 1598, pour traiter la paix avec l'Espagne. Il est regardé comme l'auteur de la mort du comte d'Esses, à laquelle, en effet, il contribuait beaucoup. Jacques I le continua dans le ministère, & les Anglois ne s'en trouverent pas mieux. On prétend qu'il disoit à ce prince : Ne craigne point de trop charger vos peuples. Semblables aux ânes, ils se laissent mener sans mort & sans bride, lorsque le fardeau qu'on leur met sur les épaules est un peu lourd. Il mourut en 1612, avec la réputation d'un génie perçant, & d'un ministre peu populaire. On disoit qu'il avoit des yeux de lynx, & qu'il possédoit dans un corps petit & difforme, une tête vaste & capable des plus grands travaux. Sa Correspondance avec Jacques lorsqu'il n'étoit que Roi d'Écosse, a été traduite en françois 1767, in-12. Il laissa sept fils de son mariage avec Catherine Howard, fille du comte de Suffolk.
CECILE, (Sainte) est honorée comme martyre dans l'église Latine, depuis le vᵉ siècle; mais on ignore ce qui concerne sa vie, ses actions & sa mort. « Quelques auteurs prétendent, dit Baillet, qu'elle étoit Romaine, née de parens nobles; qu'elle fut mariée malgré la résolution secrète qu'elle avoit prise de garder une virginité perpétuelle; qu'elle convertit son époux Valérien, dès les premiers jours de ses noces; & enfin qu'elle souffrit le martyre du temps du pape S. Urbain, & de l'empereur Alexandre-Sévère. » Fortunat de Poitiers, l'auteur le plus ancien qui en parle, fait entendre qu'elle termina sa vie en Sicile. comme *Ste Thècle* à Séleucie. L'église célèbre fa tête le 22 novembre. *Ste Cecile*, dit-on, réunis- soit le son des instrumens aux chants qu'elle adreffoit au Se- gneur. C'est pourquoi les musiciens l'ont prise pour patrone.
CÉCILIE, *Voy*. TANAQUILLE.
CÉCILIEN, diacre de Carthage, fut élu évêque de cette ville en 311, après *Mensurius*. Les évêques de Numidie n'ayant point été appelés à son ordination, se réunirent au nombre de 66, & donnèrent le siège de Carthage à *Majorin*. Ils condamnèrent son compétiteur sans l'entendre, & sans l'accuser d'autre chose que d'avoir été ordonné par des *Traditeurs*, c'est-à-dire par ceux qui avoient abandonné les Livres sacrés aux persécuteurs du Christianisme. *Donat*, évêque de Cafenoire, leva l'étendard du schisme, & plusieurs prélats Africains le suivirent. L'empereur *Constantin* fit assembler à Rome un concile de dix-neuf évêques, pour terminer cette affaire. *Cécilien* fut conservé dans tous ses droits, & son accusateur *Donat* condamné. Un concile d'Arles, assemblé un an après, en 314, confirma la décision de celui de Rome. *Cécilien*, abfous par les évêques, & soutenu par l'empereur, demeura en possession de l'évêché de Carthage. Il mourut vers l'an 347, & sa mort n'éteignit point le schisme : l'église d'Afrique en fut encore déchirée pendant près de deux siècles. *Henri de Valois* & *Depin* ont écrit l'histoire des Donatistes, l'un à la fin de son *Eusebe*, l'autre dans sa nouvelle édition d'*Optat*. I. CÉCILIUS, (Saint) né en Afrique vers l'an 211, étoit livré à toutes les erreurs du monde & à tous les plaisirs de son siècle. Les exhortations d'*Ollavius* & de *Minutius - Félix*, ses amis & ses compagnons de table, qui venoient d'embrasser l'évangile, le déterminèrent à les imiter. Le résultat des conférences de ces trois Néophites, nous a été conservé par *Minutius* lui-même, dans un dialogue dont le cardinal *Orfi* a donné l'analyse dans le tome II de son *Histoire Ecclésiastique*. *Cécilius*, suivant *Baronius*, convertit depuis *S. Cyprien* qui l'honora toujours comme son père & son maître dans la sagesse.
II. CÉCILIUS, *Voyet* METELLUS.
CÉCINA, lieutenant de *Germanicus*, n'eut pas moins de courage que son général. Voyant qu'une terreur panique s'étoit répandue dans son camp, il fit inutilement les derniers efforts pour retenir le soldat qui fuyoit. Enfin il se coucha par terre tout au travers de la porte. Le soldat, qui ne pouvoit sortir sans marcher sur le corps de son commandant, s'arrêta, & le calme se rétablit peu à peu. I. CÉCROPS, originaire d'Égypte, fondateur d'Athènes, se fixa en Grèce avec une colonie dans l'Attique, où il épousa *Agraule*, fille d'*Aflée*; & donna le nom de Cécropie à la citadelle qu'il construisit, ainsi qu'à tout le pays d'alentour. Il fournit les peuples par les armes & la douceur, les tira des forêts, les poliça, les distribua en douze cantons, & leur donna le sénat si célèbre depuis sous le nom d'Aréopage, ainsi qu'on le voit dans les marbres d'*Arundel*. On croit que c'est vers l'an 1582 avant J. C., qu'il aborda dans l'Attique. C'est à cette époque que commence l'histoire d'Athènes. On regarde *Cécrops* comme le premier qui ait donné une forme certaine à la religion des Grecs. Il leur apprit à appeler *Jupiter* le *Dieu fuprême*, ou plutôt le *Très-Haut*. Après avoir réglé le culte des Dieux, il leur donna des lois. La première fut celle du mariage; avant lui ces peuples assouvissoient indistinctement leur brutalité. *Cécrops* fit le dénombrement de ses nouveaux sujets, & il s'en trouva vingt mille. Il ordonna qu'on n'offrit aux Dieux que du blé, des fleurs & des fruits. Il mourut après un règne de 50 ans, & eut l'Athénien *Cranous* pour fuscesseur. *Cécrops* étoit représenté moitié homme & moitié serpent.
II. CÉCROPS II, septième roi d'Athènes, fuscéda à son père *Erechthée*, régna 40 ans, & eut pour fils *Pandion*. Il avoit épuisé la sœur de *Dédale*.
CÉDITIUS, (*Quintius*) tribun des soldats en Sicile, se signala par une action hardie, l'an 254 avant J. C. L'armée Romaine enveloppe par les ennemis, étoit hors de toute espérance de salut. Il offrit au consul *Attilius-Collatinus* de se mettre à la tête de quatre cents jeunes gens déterminés, & d'aller affronter à leur tête ceux qui les tenoient ferrés de fi près. Il provoçoit bien que ni lui ni ses compagnons ne pourroient éviter de périr dans cette entreprise; mais il étoit persuadé que, tandis qu'il attireroit une partie des ennemis au combat, le consul pourroit attaquer l'autre, & mettre par ce moyen les troupes en liberté. Ce qu'il avoit prévu, arriva. Les Romains se dégagerent du péril dont ils étoient menacés. Tous ceux qui l'avoient accompagnés furent tués, & lui seul fut conservé par un bonheur extraordinaire.
CÉDRÉNUS, (*George*) moine Grec du XI$^{e}$ siècle, laissa une *Chronique depuis Adam jusqu'à Isaac Comnens*, en 1057: c'est une compilation sans choix & sans discernement, de plusieurs historiens, que le moine Grec a, copies & gâtés. Ce fatras a été imprimé au Louvre en 1647, à vol. in-fol., avec la traduction latine de *Xylander*, les notes de *Goar*, & le glossaire de *Fabrot*.
CÉLADA, (*Didacus*) savant l'Ésuite du XVII$^{e}$ siècle. Ses *Commentaires* sur plusieurs livres de la Bible, ont été recueillis à Lyon en 1658, in-folio, 6 volumes. Les savans en font cas.
CÉLÉNO, (*Mythol.*) étoit la principale des Harpies. Elle prédit aux Troyens qui abordèrent aux îles Strophades, qu'ils ne parviendroient à s'établir en Italie, que lorsque, dans une famine cruelle, ils auroient dévoré leurs tables.
CÉLER, *Voyet* MÉTELLUS.
CÉLER & SÉVÈRE, architectes, vivoient sous *Néron*, qui se servit d'eux pour construire sa *Maïfon dorée*. Pour avoir une idée de ce magnifique palais, il suffit de savoir que le colosse de ce prince inhumain, haut de cent vingt pieds, étoit au milieu d'une vaste cour, qui étoit environnée d'un portique formé de trois files de colonnes très-hautes, & qui avoit un tiers de lieue en long. Parmi les singularités qu'on y remarquoit, il y avoit une salle à manger circulaire, dont la voûte représentoit le firmament, & tournoit jour & nuit pour imiter le mouvement des astres. Les marbres les plus rares, & les pierres pré- creuses, étoient prodiguées de routes parts : l'or s'y trouvoit en fi grande quantité, soit à l'ex- térieur, soit à l'intérieur, que ce vaste palais fut appelé la *Maifon* dorée.
CÉLESTE, (Mythol.) divinité de Carthage, dont *Héliogabale* fit apporter la statue à Rome, pour l'épouser publiquement, en obli- geant les sénateurs de lui faire des préfens de noces, *Céleste* paroit la même que la lune; elle étoit quel- quefois représentée montée sur un lion. I. CÉLESTIN Ier, (Saint) Romain, monta sur la chaire de *S. Pierre*, après *Boniface I*, & ce fut, suivant le Père *Pagi*, le 10 septembre 422. Il commença par rétablir le prêtre *Apiarius*, & le renvoyer en Afrique. Les évêques de cette contrée, assemblés en concile, prièrent le pape de ne plus recevoir à sa communion ceux qu'ils avoient rejetés de la leur. *Voyez APIARIUS. Célestin* fut plus applaudi dans la condamna- tion de la doctrine de *Neforius*, qu'il fit prononcer par un concile tenu à Rome en 430. L'année d'a- près il envoya deux députés au concile général d'Éphefe, avec une lettre pour cette assemblée. Vers la fin de la même année, ayant appris que quelques prêtres Gaulois attaquaient la doctrine de *S. Augustin* après la mort de ce défenseur de la grâce, il écrivit aux évêques des Gaules, contre ceux qui avoient osé l'attaquer. Il mourut l'année d'après, en 432, regardé comme un pontife sage & prudent. Ses Lettres font dans les *Epistola Roman. Pontif.* de D. *Couf- tant*, in-fol., & dans les Collections des conciles. C É L 191
II. CÉLESTIN II, de Tiferne, élu pape après *Innocent II*, le 25 septembre 1143, ne gouverna l'Église que cinq mois.
III. CÉLESTIN III, Romain, successeur de *Clément III*, en 1191, sacra la même année l'empereur *Henri VI*, avec l'impératrice *Conf- tance*, & pouffa d'un coup de pied la couronne qu'on devoit mettre sur la tête de ce prince, pour montrer qu'il avoit le pouvoir de le déposer. Les cardinaux la rele- vèrent, & la mirent sur la tête de *Henri*. Le pontife l'investit en- suite de la Pouille & de la Ca- labre, & lui défendit, comme su- zerain de Naples & de Sicile, de penser à cette conquête. Il donna, quelque temps après, la Sicile à *Frédéric*, fils de *Henri*, à condition qu'il payeroit un tribut au saint- Siège, & ne tarda pas à l'excom- munier. Il mourut en 1198, après avoir fait prêcher des croisades. Il reste de lui *XVII Lettres*. C'étoit un pontife éclairé.
IV. CÉLESTIN IV, de Milan, fut mis sur la chaire pontificale à la fin d'octobre 1241, après la mort de *Grégoire IX*. Il mourut lui-même dix-huit jours après son élection, regretté des gens de bien. V. CÉLESTIN V, (Saint) appelé *PIERRE de Mouron*, naquit dans la Pouille en 1215, de pa- rens obscurs, mais vertueux. Il s'enfonça dans la solitude, dès l'âge de dix-sept ans, passa ensuite à Rome, y fut ordonné prêtre, & se fit Bénédictin. Il se retira peu de temps après au Mont-de- Majelle, près de Sulmone. C'est là qu'il fonda un nouvel ordre, connu depuis, sous le nom de *CÉLESTINS*, approuvé par *Gré- goire X*, au second concile-gé- néral de Lyon, & supprimé en France en 1778. Le nouveau fondateur se confina dans une cellule particulière, si bien fermée, que celui qui lui répondit à la messe, le servoit par la fenêtre. C'est dans ce réduit qu'on l'alla chercher pour être pape en 1294. Les députés virent l'hermite octogénaire élu pontife, à travers une grille, pâle, desséché, la barbe hérifiée, & les yeux enflés de larmes. On lui perfuada d'accepter la tiare, & il quitta sa caverne. Il voulut mener avec lui un de ses religieux nommé Robert, qui lui répondit avec sagesse : « J'étois le compagnon de votre retraite, mais je ne puis l'être de votre élévation, ni courir les risques de votre nouvel état; épargnez-moi une peine qui ne serviroit point au fouagement de la vôtre. Je veux seulement être l'héritier de votre cellule & de votre repos. Souffrez que je vous laisse seul dans les périls où l'on vient de vous jeter, puisque je n'aurois pas le moyen de vous en retirer. » Le nouveau pape vint, monté sur un âne, à Aquila, entouré de prélats en superbe équipage, s'y fit sacrer, & commença déjà à faire repentir les cardinaux de leur choix. Le nouveau pape, avec les intentions les plus pures & les plus droites, commit bien des fautes, par simplicité, par ignorance, par défaut d'expérience, par l'artifice de ses officiers. Les mêmes grâces étoient accordées à trois ou quatre personnes; les bulles scellées en blanc, les bénéfices donnés avant qu'ils fuffent vacans. « Il parut bientôt, dit un historien, que le ciel ne justifie pas toujours par les effets, les présomptions fondées sur le concours des circonstances qui semblent annoncer son choix. Ce nouveau pontife, parvenu dans la folitude à l'âge de 72 ans, sans usage, sans études, sujet à la timidité & aux irréfolutions ordinaires à un homme droit, mais qui se sent dépourvu de connoissances & d'expérience, abandonné nécessairement aux impressions de l'intrigue & de la flatterie, fut d'autant plus facilement trompé que la crainte de l'être le faisoit souvent agir au hasard. Asservi sans le savoir aux personnes & aux passions étrangères, il commit plusieurs fautes, & fit sur-tout les plus mauvais choix pour des prélatures importantes. » On murmuroit de tous côtés. Le bon Célestin, instruit de ce soulèvement, donna sa renonciation au pontificat, cinq mois après avoir été élu, à l'infligation du cardinal Cajetan, couronné après lui sous le nom de Boniface VIII. C'est un conte que son fuscesseur lui en inspira la pensée, en lui parlant la nuit avec une farbacane. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le nouveau pontife le fit enfermer dans le château de Fumone en Campanie. Des soldats le gardoient jour & nuit, & ne le faisoient voir à personne, de peur qu'on n'abusât de sa simplicité pour lui persuader de remonter sur le siège pontifical. Pierre, loin de se plaindre, dit un mot qui montroit assez la tranquillité de son âme : J'ai désiré une cellule, & l'on m'en a donné une. Il mourut dans sa prison le 19 mai 1296, à 76 ans, deux années après son élection; regardé comme un homme de bien, & un pontife incapable de gouverner. Clément V le canonisa en 1313. Il le méritoit par ses austérités & ses vertus, & par la résignation avec laquelle il avoit supporté les incommodités de sa prison & les mauvais traitements de ses gardes. On a de lui divers Opuscules Opuscules dans la Bibliothèque des Pères, Les principaux sont: Relatio vita sua; De virtutibus; De vitis; De hominis vanitate; De exemplis; De sententiis Patrum.
CELESTIUS, Voyet III. PÉLAGE.
CÉLÉUS, (Mythol.) fut roi d'Éléusis & père de Triptolème, à qui Cérès enseigna l'art de la culture.
CELLAMARE, (Antoine de GIUDICE, prince de) grand d'Espagne, & grand-écuyer de la reine, né à Naples, en 1657, d'une famille illustre, originaire de Gênes, fut élevé auprès de Charles II, roi d'Espagne. Il fit plusieurs campagnes, & entr'autres celle de 1702 en Italie, où il accompagna, à ses dépens, le nouveau roi Philippe V, peut-fils de Louis XIV, pour détendre Naples. Il se trouva, la même année, à la bataille de Luzzara, après laquelle il fut fait maréchal-de-camp des armées de sa majesté catholique. Il servit en cette qualité au siège de Gaïète, en 1707. Il y demeura prisonnier des Impériaux, & fut conduit au château de Milan, avec d'autres feigneurs Napolitains. Il ne fut échangé qu'en 1712, après cinq ans de détention. Il se rendit alors en Espagne, où il devint ministre du cabinet. Nommé, en 1715, ambassadeur extraordinaire à la cour de France, il y resta jusqu'à la fin de 1713, qu'étant devenu suspect, il eut ordre de sortir incellamment de France. Ce n'étoit point sans raison, qu'on avoit pris des ombrages contre lui. Il étoit, à l'irrigation du cardinal Alberoni, l'âme d'une conspiration contre le duc d'Orléans, régent du royaume. « Il ne s'a- gissoit de rien moins, disent les Mémoires de Noailles, que d'arrêter ce prince dans une de ses parties de plaisir, & de convoquer les états-généraux pour changer la forme du gouvernement, de soulever enfin la nation en faveur du roi d'Espagne. » Les papiers que l'abbé Porto-Carrero portoit à Madrid, & qui lui furent enlevés, firent connoître les détails de cette conspiration, tramée avec la duchesse du Maine & quelques autres chefs de parti, par le prince de Cellamare Voyet II. LENGLET, initié. A son retour en Espagne, il fut fait gouverneur & capitaine-general des frontières de la vieille Castille, & succéda aux biens & aux dignités de Dominique Giudice, duc de Giovenazzo, son père. Il mourut à Séville, le 16 mai 1733, âgé de 77 ans. I. CELLARIUS, (Christophe) né à Smalkald: en 1638, célèbre professeur d'éloquence & d'histoire à Hall en Saxe, mourut le 4 juin 1707, âgé de 68 ans. Il s'est fait un nom parmi les savans, par plusieurs ouvrages de sa composition, & par la réimpression de beaucoup d'auteurs anciens. On a de lui : I. Notitia Orbis antiqui, 2 vol. in-4°, à Leipzig; 1701—1706; le meilleur ouvrage que nous ayons sur la géographie ancienne, mais plus savant que méthodique. II. Atlas calestis, in-fol. III. Historia antiqua, Iéne, 1698, in-12. C'est un abregé de l'histoire universelle, fort exact, mais trop superficiel. Il donna, en 1702, une Historia nova, aussi abrégée que son histoire ancienne. IV. D. Latinitate media & infima ætatis. V. Une édition du Thesaurus de Faber, qu'il a augmenté. VI. Des éditions de plu- 194 CEL fleurs Auteurs anciens & modernes : de Cicéron, de Cornelius Nepos, de Pline le jeune, de Quinte-Curée, d'Europe, de Sextus-Rufus, de Velleius-Paterculus, de Laßance, de Minutius-Félix, de S. Cyprien, de Sedulius, de Prudence, de Silius-Italicus, de Pic de la Mirandole, de Cunæus, &c. VII. Differtations académiques, Leipzig, 1712, in-8.º On voit, par le grand nombre d'ouvrages dont il a enrichi la littérature, qu'il étoit fort laborieux. Mais quoiqu'il ait beaucoup composé, il ne faisoit rien avec précipitation. Sa santé lui étoit moins chère que l'étude : aussi le travail l'épuifa-t-il bientôt, & il fenoit de bonne heure les infirmités de la vieilleffe. Il eut long-temps à souffrir des douleurs de la pierre; mais, foit que son mal fût incurable, foit qu'il ajoutât peu de foi à la médecine, il ne voulut jamais y avoir recours.
II. CELLARIUS, (Salomon) fils du précédent, & licencié en médecine, fut enlevé, à l'âge de vingt-quatre ans, en 1700, au commencement d'une carrière qu'il parcouroit déjà avec distinction. On a de lui l'ouvrage intitulé : Origines & Antiquités Médica, qui a été publié par son père, Ienæ, 1701, in-8.º
III. CELLARIUS, Voyet KELLER.
CELLES, (Pierre de) Voyet PIERRE, n.º XV.
CELLIER, (Rémi) né à Bar-le-Duc, en 1688, fut connu de bonne heure par son goût pour l'étude & pour la piété. Il le cultiva dans la congrégation des Bénédictins de Saint-Vanne & de Saint-Hidulphe, dont il prit l'habit dans un âge peu avancé. Il occupa plusieurs emplois dans son ordre, & devint prieur titulaire de Flavigni. Il mourut en 1761, à 73 ans. Nous avons de ce savant : I. Une Histoire générale des Auteurs sacrés & eccléfiatiques, qui contient leurs vies, le catalogue, la critique, le jugement, la chronologie, l'analyse & le dénombrement des différentes éditions de leurs ouvrages, ce qu'ils renferment de plus intéressant sur le dogme, sur la morale, & sur la discipline de l'Eglise; l'histoire des Conciles, tant généraux que particuliers, depuis le 1er de Jérusalem jusqu'au 1er de Larnat, & les actes choisis des Martyrs; 23 vol. in-4°, publiés depuis 1729, jusqu'en 1763 : compilation pleine de recherches, mais diffusée. L'auteur, beaucoup plus exact que Dupin, n'avoit pas le talent d'écrire & d'analyser comme lui. Il avoit d'abord commencé son Histoire en Latin : de là les lémismes qu'on trouve dans les premiers volumes. Son livre ne va d'ailleurs que jusqu'à S. Bernard. Ceux qui ne veulent ou ne peuvent lire les SS. Pères dans les originaux, doivent compter sur l'exactitude de ses extraits & de ses traductions. II. Apologies de la morale des Pères, contre Barbeyrac, 1618, in-4° : livre plein d'érudition, mais pesamment écrit. Dom Cellier avoit les vertus de son état, l'amour de la retraite & du travail. Il se fit aimer de ses confrères, qu'il gouverna en père tendre.
CELLINI, (Benvenuto) peintre, sculpteur & graveur Florentin, né en 1500, mourut dans sa patrie en 1570, à 70 ans. Clément VII, qui comptoit sur sa bravoure, autant qu'il estimoit ses talens, lui confia la dépense En château Saint-Ange, assiégé par le connétable de Bourbon. Le peintre le défendit en homme qui aurait été élevé dans les armes. L'orféverie, la peinture, la gravure, la sculpture, l'occupèrent tour-à-tour. Un Anglois a donné huit cents louis d'une tafle d'argent ciselée par Cellini. Celui-ci étant venu en France, François I le comble de bienfaits, malgré la ducheffe d'Étampes, maitrefle de ce prince, qui favorifoit le Primatice. De retour dans sa patrie, il sculpta à Florence, Persée tranchant la tête de Médufe, & pour la chapelle du palais Pitti, un crucifix de marbre, qui fait l'admiration des curieux. On a de lui quelques ouvrages : I. Traité sur la sculpture & la manière de travailler l'Or. Cet écrit eftimé vit le jour à Florence, en 1568, in-4.º On en a une feconde édition, Florence, 1731, in-4.º, ornée d'une préface, où l'on trouve plusieurs traits curieux sur la vie & les ouvrages de Cellini. II. L'Histoire de sa vie, en un vol. in-4.º, à Naples, fous le titre de Cologne 1730. Ce livre, écrit avec chaleur & enjouement, contient des anecdotes intéressantes sur l'état de la sculpture & sur l'histoire de son temps. L'auteur, dit-on, s'y vante d'avoir tué le connétable de Bourbon d'un coup de fauconneau.
CELLOT, (Louis) né à Paris, recteur du collège de la Flèche, & ensuite provincial des Jésuites en France, mourut à Paris le 20 octobre 1678, à l'âge de 70 ans. Il écrivoit bien en latin & en grec. On lui doit, I. Une Histoire de Gotescale, 1655, in-fol. Elle eft pleine de recherches curieuses. II. Opera poetica, 1630, in-8.º III. Des Panégyriques & Sermont, en latin, 1640, in-8.º
IV. Histoire du premier Concile de Douy, tenu en 871, avec des notes; & quelques ouvrages de Hincmar, Paris 1656, in-4.º V. Recueil d'Opuscules, des auteurs du moyen âge. VI. Il combatrit auffi contre Hallier & l'abbé de Saint-Cyran, sur l'affaire de la hiérarchie d'Angleterre, & publia à Rouen, en 1641, son livre de Hierarchia, qui fut mis à l'Index. Hamon se fit l'apologifle de Cellot, fous le nom d'Alype de Saint-Croix.
CELMIS, (Mythol.) Thessalien, fut changé en diamant par Jupiter, pour avoir soutenu que ce Dieu n'étoit qu'un simple mortel. I. CELSE, (Julius) vivoit quelque temps avant la naissance de Jésus-Chrift. Il a fait une Via de César, 1473, in-folio; & dans l'édition de Cæsar cum notie variorum, Leyde 1713, in-4.º
II. CELSE, (Cornel, Cæssus) de la famille patricienne Cornélia, appelé l'Hippocrate des Latins, florifioit fous Auguste, Tibère & Caligula. On ne fait ce qu'il étoit. Il naquit à Rome selon les uns, & à Vérone selon les autres. Il a écrit sur la rhétorique, la médecine, l'art militaire & l'agriculture; & si l'on en juge par ses ouvrages, ce devoir être un homme également propre à tout, aux armes & aux lettres. On croit qu'il consacra les dernières années de sa vie, & le temps de la plus grande maturité de l'âge, à la médecine. Il nous refte de lui un ouvrage sur cette science, en huit livres. Les quatre premiers regardent les maladies internes; le 5ᵉ & le 6ᵉ, les externes; le 7ᵉ & le 8ᵉ, les maladies chirurgicales. Cet ouvrage eft eftimable par la pureté du langage, autant que par la juftesse des préceptes. Le grammairien, l'hiftorien & l'antiquaire y trouvent de quoi se fatisfaire, comme le phyficien & le medecin. La partie chirurgicale y est traitée avec beaucoup d'exactitude. La meilleure édition est de Padoue, 1722, in-8. La première est de Florence, 1478, in - folio. Celle d'Etgevir, 1657, in-12, plaît à cause du format; & est moins belle que celle de Paris, 1771, in-12. N'nin l'a traduit en françois, Paris 1753, 2 vol. in - 12. Son Abrégé de Rhétorique, imprimé en 1569, est moins fait pour instruire des préceptes les ignorans, que pour les rappeler aux favans.
III. CELSE, philosophe Epicurien du 2e siècle. Il publia, sous Adrien, un libelle plein de menfonges & d'injures contre le Judaïsme & le Christianisme, & il osa lui donner le titre de Discours de vérité. Il reprochoit aux Juifs convertis d'avoir abandonné leur loi; & aux autres Chrétiens, d'être divisés en plusieurs sectes qui n'avoient rien de commun que le nom. Il ne voyait pas qu'il confontait les sectes séparées de l'église, avec l'église même. Ce philosophe présompuueux, croyant plaider la cause des Dieux, traitait leurs adversaires avec le dernier mépris. Origene, à l'infligation d'Ambroise son ami, refuta l'Epicurien, & devoila toutes ses calomnies, dans une Apologie pleine de preuves fortes & convaincantes, rendues dans un style aussi élégant qu'animé. C'est, de toutes les Apologies de la Religion Chrétienne, la plus achevée & la mieux écrite que l'antiquité nous ait laissée. Nous en avons une bonne traduction françoise par Bouhereau, imprimée à Amsterdam en 1700, in - 4. C'est à ce même Celle que le Pseudomante de Lucien est dédié.
IV. CELSE, (Juventus) Jurisconfus, fut arrêté pour avoir conjuré contre l'empereur Domitien, qui s'étoit fait haïr de tout le monde par ses cruautés: il éyita par son adresse la punition qu'il devoit subir, en différant toujours de nommer ses complices, jusqu'à la mort de Domitien, qui fut affaffiné l'an 96 de J. C. V. CELSE, (Caius Titus Cornelius) tyran, qui s'éleva en Afrique du temps de l'empereur Gallien, vers l'an 265. Les Africains l'obligèrent d'accepter l'empire & le revêtirent du voile d'une statue, pour lui servir de manteau impérial; mais sept jours après il fut tué. Les habitans de Siccé laisserent manger son corps aux chiens, & par un nouveau genre de supplice, ils attachèrent son effigie à une potence. C'étoit un homme d'une figure distinguée, plein de modération & d'équite; qui s'étoit retiré du tumulte des armes pour vivre tranquillement dans une maison de campagne près de Carthage, lorsque les chefs des légions de la province le firent proclamer empereur par le peuple.
CELTES, (Conrard) poète Latin, naît de Sweinfurt près de Wurtzbourg en 1459, mourut à Vienne en 1508, à 47 ans, après avoir reçu le laurier poctique. Il a laissé des Odes, Strasbourg, 1513, in - 8°; des Epigrammes; un Poème sur les mœurs des Allemands, 1610, in - 8, & une Description historique de la ville de Nuremberg, Strasbourg 1513, in-4. L'imagination & les failles ne lui manquoient pas, mais il n'est pas exempt des défauts de fon fiècle. On peut lui reprocher des négligences dans le flyle, & des pensées plus brillantes que folides. On a encore de lui IV Livres en vers élégiaques, pour quatre maitresses différentes que le poète se vante d'avoir eues. Ils parurent à Nuremberg en 1502, in - 4.° Ce volume est rare. L'empereur Maximilien lui confia la direction de sa bibliothèque, & lui accorda le privilège de donner lui-même la couronne poétique à ceux qu'il en jugeroit dignes.
CELTUS, (Mythol.) chef des Celtes, à qui il donna son nom, étoit l'un des trois fils de Galathée & de Polyphème.
CENALIS, en françois CENEAU, (Robert) docteur de Sorbonne, évêque d'Avranches, ci-devant évêque de Vence & de Riez, mourut à Paris sa patrie en 1560. On a de lui des ouvrages d'histoire & de controverse. I. Une Histoire de France, dédiée au roi Henri II, en latin 1557, in-fol. C'est moins une histoire, qu'un énorme recueil de dissertations sur le nom, sur l'origine & sur les aventures des Gaulois, des François & des Bourguignons. Il se plaint, dès la première page, de ce qu'on a disputé aux François la gloire de descendre des Troyens. Plaisante gloire, que celle de venir en ligne directe d'une troupe de pauvres gens, qui se fauvent d'une petite ville incendiée ! On peut juger, par ce trait, de l'excellente crinque du dissertateur. II. Un Traité des poids & des mesures, en latin, 1447, in-8.° III. Pro tuendo sacro calibatu, Parisiis, 1545 in-8.° IV. Larva Sycophantica in Calvinum. Le goût de son fiècle étoit de mettre des titres extraordinaires, souvent à de très-mauvais ouvrages.
CENCHRIS, (Mythol.) femme de Cynire, & mère de Myrtha. Ayant osé se vanter d'avoir une fille beaucoup plus belle que Vénus, cette déesse s'en venges en inspirant à cette fille une passion infame pour son propre père. —Une jeune fille de ce nom fut tuée d'un dard que Diane lançoit à une bête fauve. Sa mère Pirène fut inconfolable de la perte de sa fille, & versant de larmes qu'elle fut changée en une fontaine de son nom.
CENDÉBÉE, général des armées d'Antiochus Siderès, qui fit des courses sur les terres des Juifs sous la sacrificature de Simon. Celui-ci ne pouvant, à cause de son âge avancé, aller au-devant de l'ennemi, y envoya ses deux fils, Jean & Judas, qui désirent Cendébée dans une grande bataille & reillement en pièces son armée, vers l'an 172 avant J. C.
CÈNE, (Charles le) théologien —Protestant, né à Caen en 1647, d'abord ministre en France, ensuite en Angleterre après la révocation de l'édit de Nantes, mourut à Londres en 1703, à 58 ans. Son occupation principale, surtout depuis sa retraite, avoit été de travailler à une version nouvelle de la BIBLE en françois. Il en fit imprimer le Projet en 1696. Ce Projet, plein d'excellentes remarques, annonçoit un bon ouvrage; mais lorsque la version parut en 1741, Amsterdam, in-fol. par les soins du fils de l'auteur, libraire en cette ville, on rétracta ce jugement précipité. Sous prétexte qu'il ne faut pas traduire mot pour mot, & qu'un traducteur doit rendre le sens plutôt que les termes, le Cène se permet des libertés & des singularités, qui défigurent les livres sacrés. On a encore de cet auteur quelques ouvrages théologiques, moins connus que son Projet & sa Bible. Les principaux sont : I. De l'état de l'Homme après le péché, & de la prédestination au salut, Amsterdam, 1684, in-12. II. Entretiens, où l'on examine particulièrement les questions de la grace immédiate, du franc-arbitre, du péché originel, de l'incertitude de la métaphysique, & de la prédestination. Il y a une seconde partie, mais qui est de le Clerc, Amsterdam, 1685, in-8. III. Conversations, où l'on fait voir la tolérance que les Chrétiens des différens fentimens doivent avoir les uns pour les autres, &c. avec un Traité de la liberté de conscience. Amsterdam 1687, in-12.
CÉNIS, Cants, & CÉNÉE, Canus, (Mythol.) jeune fille de Thellalie qui demanda à Neptune, pour récompense de ses complaisances, de changer de sexe, & de devenir homme & invulnérable; ce qui lui ayant été accordé, elle changea son nom en celui de Cénée, & se trouva peu après au combat des Lapithes contre les Centaures, où elle ne reçut à la vérité aucune blessure : mais elle fut écrafée sous une forêt d'arbres qui lui tombèrent sur le corps, & ensuite métamorphosée en oiseau, comme le dit Ovide, Virgile dit qu'elle reprit son premier sexe.
CENNINI, (Bernard) excellent orfèvre de Florence, au milieu du 15e siècle, est le premier qui introduisit l'imprimerie dans cette ville. Il eut deux fils, Dominique & Pierre, qui n'étoient pas moins habiles que leur père. Ils fabriquèrent eux-mêmes leurs poinçons, formèrent des matrices, & se procurèrent tout ce qui est nécessaire à une imprimerie. Le premier livre qui soit sorti de leurs presses, & le seul qui nous reste d'eux, est de l'année 1471. Il a pour titre : Virgilii Opera omnia, cum commentariis Servii, Florentiæ, in-folio. A la fin de l'édition, où il est éloge naïf que se donnent les imprimeurs. « Bernard Cennini, excellent orfèvre, de l'aveu de tous le monde, & Dominique son fils, jeune homme d'un talent singulier, ayant d'abord taillé leurs poinçons, ensuite fondu leurs caractères, ont imprimé ce livre, qui est leur premier ouvrage. Pierre CENNINI, autre fils de Bernard, a mis tous ses soins à le corriger, comme vous le voyez ; car rien n'est difficile aux esprits de Florence. Finis. » Ces artistes ont été inconnus à tous ceux qui ont écrit sur l'imprimerie avant le P. Orlandin. I. CENSORIN, (Appius Claud. CENSORINUS) tyran en Italie sous l'empereur Claude II, étoit d'une famille de sénateurs, & avoir été deux fois confus. Après avoir servi la république dans les ambassades & dans les armées, il s'étoit retiré dans ses terres aux environs de Boulogne, pour y achever ses jours en paix. Mais les soldats vinrent tumultueusement lui offrir l'empire, & le forcèrent de l'accepter l'an 270. Censorin, revenu des illusions de ce monde, déjà âgé, & boiteux d'une blessure qu'il avoit reçue dans la guerre contre les Perses, n'accepta qu'à regret le dangereux honneur de la pourpre. En effet, sa chute fut aussi rapide que son élévation. A peine y avoit-il sept jours qu'il régnoit, que les soldats, qu'il vouloit soumettre à la discipline, lui ôtèrent le sceptre & la vie. On mit sur son tombeau : Qu'il avoit été aussi malheureux Empereur, qu'heureux Particulier.
II. CENSORIN, savant grammairien du 3e siècle. Il laissa un Traité de Die natali, dans lequel il traite de la naissance de l'homme, des mois, des jours & des années. Cet ouvrage, publié à Cambridge 1695, in-8°, & à Leyde 1743, ou 1767, aussi in-8°, est important pour la chronologie. Cénjorin avoit aussi composé un ouvrage des Accens; & il est souvent cité par Sidoine Apollinaire, & par Caffiodore.
III. CENSORIN, (C. Marcus) fut consul avec Aphius Gallus, sous l'empire d'Auguste, l'an de Rome 744, & huit ans avant J. C. Horace lui adresse une de ses Odes. C'est la septième du quatrième livre, dans laquelle il se propose de montrer que les louanges des poètes sont d'un grand prix.
CENTENAIRES MODERNES, (Célèbres) Voyez CAMOUX, DRAKEMBERG, FONTENELLE; IV. MAILLÉ, & III. PARR.
CENTLIVRE, (Sufanne) morte le 1er décembre 1723, après avoir été mariée trois fois, fit ses études à Cambridge, déguisée en homme. Elle se retira ensuite à Londres, où elle cultiva la poésie dramatique. On a d'elle quinze pièces de théâtre, dont la moins mauvaise est l'Amant indécis. Elle brilloit par la figure encore plus que par l'esprit; & divers seigneurs la protégerent, entr'autres le prince Eugène & le duc d'Aumont, ambassadeur de France.
CENTORIO, (Afcagne) auteur Milanois, d'une maison illustre, dont il augmenta la gloire, porta les armes dans le 16e siècle, autant en philosophe qui réfléchit, qu'en brave qui s'expose à propos. Il profita du loisir que la paix lui procura, pour rédiger les Mémoires militaires & historiques qu'il avoit ramassés dans le tumulte de la guerre. Ils sont fort prisés en Italie, soit pour leur excellence, soit pour leur rareté. Ils parurent à Venise en 1565 & 1569, en 2 vol. in-4°, pour l'ordinaire reliés en un. Le premier traite, en six livres, des guerres de Transilvanie; & le second, de celles de son temps en huit livres.
CÉO ou CIEL, (Sœur Yolande de) née à Lisbonne en 1603, religieuse au couvent de la Rose, de l'ordre de Saint-Dominique, a fait honneur au Portugal par ses ouvrages. Des l'âge de seize ans, elle publia une comédie intitulée: La Transformation par Dios, qui fut jouée en présence de Philippe III, roi d'Espagne. Elle eut tant de succès, que Céu encouragée, se livra plus vivement au travail, & que cette religieuse a laissé deux volumes in-1610 de Pièces de théâtre. Elle mourut à l'âge de 90 ans, en 1693. I. CÉPHALE, (Mythol.) fut fils de Dijon, ou selon d'autres, de Mercure & de Herf, & mari de Procris, fille d'Ereclée roi d'Athènes. Aurore l'enleva, mais inutilement; cette deesse, outrée de son refus, le menaça de s'en venger. Elle le laissa retourner auprès de Procris, sa femme, qu'il aimoit passionnément. Dontant de la fidelité de cette épouse, il se deguisa, & chercha longtemps les moyens de s'introduire chez Procris. Enfin y ayant été admis, il lui offrit de si grands prêens, qu'elle étoit sur le point de se rendre à ses sollicitations, lorsque, reprenant sa première figure, il se fit connoître, & lui reprocha sa soublesse. Procris, couverte de honte & de confusion, quitta son mari & se retira dans les forêts. Enfin, s'étant réconciliée avec lui, elle lui fit présent d'un chien de chasse que *M nos* lui avoit donné, & d'un javelot qui ne manquoit jamais son coup. *Céphale* avoit beaucoup d'ardeur pour la chasse & s'en occupoit tous les jours. *Procris*, mécontente de ses absences, & craignant que quelque Nymphe ne l'attirat dans les bois, s'avifa de le suivre secrètement & de se cacher dans les broussailles. Son époux, excédé de fatigue & de chaleur, étant venu par hasard se reposer sous un arbre voisin, où il invoqua, selon sa coutume, l'haleine du *Zéphire* (*Aura*) pour le rafraîchir; sa femme, qui l'entendit prononcer ce mot fatal *Aura*, soupçonnant qu'il parloit à une rivale, fit du bruit en se levant pour s'approcher: *Céphale* aussitôt, croyant que c'étoit quelque bête, lança son javelot & la tua. Ovide dit que *Jupiter*, touché du malheur de *Céphale*, le changea en rocher. Suivant *Apollodore*, il fut banni de sa patrie par l'aréopage, en punition du meurtre de *Procris*. Il se retira à Thèbes, puis dans les Isles Fortunées.
II. CÉPHALE, célèbre orateur Athénien, se distingua par son exacte probité, encore plus que par son éloquence. *Aristophon*, son compatriote, se vantoit de ce qu'ayant été cité en justice quatre-vingt-quinze fois, il avoit toujours été absous... *Céphale* se glorihoit, avec plus de raison, de n'avoir jamais été cité, quoiqu'il eût pris plus de part aux affaires qu'aucun citoyen de son temps. C'est lui qui introduisit l'usage des exordes & des péroraisons. Il florit avant *Eschine* & *Démosthènes*, qui parlent de lui avantageusement.
III. CÉPHALE, Corinthien, vivoit du temps de *Timoléon*, Corinthien comme lui. C'étoit un homme célèbre dans la science des lois & du gouvernement public; aussi *Timoleon* le prit-il pour son conseil & pour son guide, lorsqu'il voulut donner de nouvelles lois à Syracuse, l'an 339 avant J. C.
CÉPHAS, l'un des 72 disciples dont parle *S. Paul* dans l'*Épître aux Galates*. Quelques auteurs ont pensé que *Céphas* étoit un surnom de *S. Pierre*; mais ils ont été distingués par *Clément* d'Alexandrie, *Dorothée* de Tyr, le Père *Hardouin* & *Marcelin Molkenburh*. Ces deux derniers ont publié de savantes *Differtations* sur ce sujet.
CÉPHÉE, (Mythol.) roi d'Arcadie, fut, selon la fable, rendu invincible, à cause d'un cheveu que *Minerve* lui avoit attaché sur la tête, après l'avoir tiré de celle de *Médufe*. On l'a dit fils de *Lycurgue*, & l'un des chasseurs qui tuèrent le sanglier de Calydon. —Un autre CÉPHÉE, roi d'Éthiopie & père d'*Andromède*, se distingua dans l'expédition des Argonautes, & fut placé, après sa mort, au rang des constellations.
CÉPHISE, (Mythol.) fleuve de l'Afrique, étoit honoré comme un dieu par les habitans d'Orope. On voyoit sur ses bords un figuier sauvage, près duquel *Pluton* étoit descendu dans les Enfers, après avoir enlevé *Proserpine*. C'est sur ces mêmes bords, que *Thésée* tua *Procusle*. —Un autre CÉPHISE, fleuve de la Phocide, où les Graces aimoient à se baigner, aima inutilement plusieurs nymphes & en fut toujours dédaigné.
CÉPHUS, (Mythol.) divinité de Memphis, y étoit adoré sous la figure d'un finge, ayant des pieds & des mains d'homme. *Pline* dit, que *Pompée* fit venir, d'Éthiopie à Rome, un finge ressemblant à *Céphus*.
CÉPHYRE, (Mythol.) fille de l'*Océan*, devint nourrice de *Neptune*.
CÉPION, (*Servilius Cépio*) étoit confluir l'orgu'il pacifia l'Épagne, révoltée par le général *Viriate*. Peu après, étant proconful, il prit Toulouse dans la Gaule Narbonnoife, & y pilla un temple où étoient en dépôt de grandes sommes d'or & d'argent; mais dans la fuite, il périt misérablement avec tous ceux qui avoient eu part à ce sacrilège. Dans son fécond confulat avec *Cn. Manlius*, on l'envoya contre les Cimbres qui venoient fondre sur l'Italie. Il se mit en campagne; & les ayant rencontrés près du Rhône, il leur livra bataille, & fut vaincu. A la nouvelle de cette défaite, le peuple Romain ordonna que ses biens feroient confisqués & vendus à l'encan; qu'il abdiqueroit le confulat & feroit renfermé dans une prison. Il en fut retiré quelque temps après, & mis en pièces par le peuple qui traina son cadavre aux Gémonies.
CÉRAMBE, (Mythol.) habitant du mont Othrys, se retira sur le Parnaffe, dans le déluge de *Deucalion*, & y fut changé en ecarbot.
CÉRANUS, fils d'*Abas*, habitant de l'île de Paros, voyant pêcher à Constantinople un grand nombre de poiffons, les acheta pour les rendre à la mer. Quelque temps après, ayant fait naufrage & s'en étant sauvé, on dit qu'un dauphin l'avoit porté ju- C E R 201 qu'à la caverne de l'île de Zacynthe, qui de son nom fut appelée *Céranion*.
CÉRATIN, (Jacques) savant grammairien Hollandois, né à Horne, mourut à Louvain, le 20 avril 1530. On lui doit des additions au Lexique Grec de *Manuce*, & un traité de *Sono Græcarum litterarum*, Cologne 1529, in-8.º Ce dernier ouvrage a été réimprimé à Paris, en 1536.
CERBIERI, (N. comte de) né dans la Morée, vint s'établir en Russie, & y fut accueilli par l'impératrice *Catherine II*. Ses connoissances dans la mécanique se développèrent dans l'art qu'à employa, pour faire voiturer à Pétersbourg, le rocher énorme qui y fert de base à la flâque de *Pierre I. Cerbiéri*, retourné dans sa patrie, s'y appliqua à la culture de la canne à sucre & de l'indigo. Pour l'aider dans ce travail, il fit venir des planteurs de la Martinique; mais ceux-ci l'affaî-finèrent avec sa femme, en 1782.
CERCAMONS, jongleur de Gascogne, composa des vers & des *Pafourelles*; & courut le monde, d'où il prit le nom de Cherche-monts, *Cercamons*. Il se plaint dans ses poëfis, de ce que les troubadours inquiètent les maris & les femmes, en inspirant de la jaloufie aux premiers, & en peignant l'amour comme trompeur aux autres. Ce jongleur vivoit sous le règne de *S. Louis*.
CERCEAU, *Voyet* ANDROUET & l'article suivant.
CERCEAU, (Jean-Antoine du) né à Paris en 1670, entra chez les Jésuites, & s'y fit un nom par son talent pour la poésie françoise & latine. Il mourut subitement en 1730, à 60 ans, à Veret, maison du duc d'Aiguillon, près de Tours, au retour d'un voyage, où il avoit accompagné Mad. la princesse de Conri. Ce Jésuite s'annonça d'abord par un volume de Poésies latines, Paris 1705, in-12, parmi lesquelles il y en a quelques-unes d'estimables. Ses vers françois, imités de Marot, quoique fort au-dessous de leur modèle, offrent des morceaux d'un tour assez original; mais ils sont, en général, d'un ton de plaisanterie, qui n'est guère au-dessus du burlesque. Il confonduoit quelquefois le familier avec le bas, & le naît avec le trivial. On lit cependant avec plaisir le conte intitulé la Nouvelle Ève, & quelques autres pièces, dont le style est agréable & piquant. Ses Reflexions sur la Poésie Françoise, sont aussi pesantes, que quelques-unes de ses poésies sont légères. La règle, qu'il donne pour distinguer les vers de la prose, est ingénieuse, mais sausse. Il a composé encore des pièces dramatiques, pour les pensionnaires du collège de Louis-le-Grand. Ses comédies sont : Efope au Collège; l'Ecole des Pères; le Point-d'Honneur; le Faux Duc de Bourgogne ou les Incommodités de la Grandeur, & l'Enfant Prodigue: ces deux dernières pièces sont les meilleures. Les autres offrent, par fois, de bonnes plaisanteries & des caractères soutenus; mais on sent que l'auteur les faisoit à la hâte, & qu'il se foit trop sur sa facilité. Elles ont cependant un mérite peu commun au théâtre; celui de la décence des sujets & des expressions. Du Cerceau a laissé plusieurs ouvrages commencés. C'étoit son humeur qui dirigeoit son imagination, & cette humeur étoit ca- pricieuse. Ses autres productions sont : I. L'Histoire de la dernière révolution de Perfe, 2 vol. in-12. II. L'Histoire de la conjuration de Rienzi, un vol. in-12. Le Père Brumoy y mit la dernière main. Elle est écrite d'une manière intéressante. III. Une critique de l'Histoire des Flagellans, de l'abbé Boileau. IV. Plusieurs extraits du Journal de Trevoux, sur-tout des Différations sur la musique des anciens. Ses Pièces de théâtre ont été imprimées en Hollande, en 2 volumes in-12.
CERCHI, (Umiliana de) née à Florence en 1219, fut renommée pour ses vertus & ses abondantes aumônes. Devenue veuve, après cinq ans d'une union mal assortie, elle prit l'habit du tiers-ordre de Saint-François, fonda la congrégation des Terzins, à Florence, & s'enferma dans une tour pour y passer le reste de ses jours, dans les pratiques de la dévotion. Elle mourut en 1246.
CERCYON, fameux volcrux, qui exerçoit ses brigandages dans l'Afrique, & qui, forçant les passans à lutter contre lui, massacroit ceux qu'il avoit vaincus. Il avoit une force de corps & de bras si extraordinaire, qu'il faisoit plier les plus gros arbres l'un contre l'autre, & ensuite il y attachoit ceux qu'il avoit terrassés. Ce volcrux fut vaincu par Thésée, qui, après l'avoir abbattu sous lui, le punit à son tour par le même supplice qu'il avoit fait souffrir à tant d'autres. Platon fait Cercyon un des inventeurs de la lutte. I. CERDA, (Jean-Louis de la) Jésuite de Toledo, florissoit dans le 16e siècle. Il est connu par son Commentaire sur Virgile, à Lyon 1617, 3 vol. in-folio. Ce format C É R 203 n'annonce pas qu'il eût beaucoup de précision & beaucoup de goût. Une pensée ordinaire, un mot qui ne dit rien, exercent très-fouvent l'esprit du laborieux & savant commentateur. Il explique ce qui n'a pas besoin d'être expliqué, & différez pesamment sur ce qu'on doit sentir avec délicatesse. Cet ouvrage le rendit si célèbre, qu'*Urbain VIII* voulut avoir son portrait. On a encore de lui un *Commentaire* sur *Tertullien*, dans le goût de celui de *Virgile*. L'érudition est prodiguée dans l'un & dans l'autre; mais il y a peu de gens qui puissent faire une pareille dépense. Il mourut en 1643.—Il ne faut pas le confondre avec *La CERDA*, poète Espagnol, dont les *Tragédies* sont très-estimées en Espagne.
II. CERDA, (Bernarde Ferreira de la) Portugais, savante dans la rhétorique, la philosophie & les mathématiques, écrivoit poliment en prose & en vers. On a d'elle un *Recueil* de Poésies, un volume de *Comédies*, & un poème intitulé : *Espagna liberata*, &c. Elle vivait au commencement du XVIII$^{e}$ siècle.
III. CERDA, *Voyer* CORONEL. — EBOLI. — & I. ESPAGNE.
CERDON, héréfiarque du 2$^{e}$ siècle, admettait deux Principes, l'un bon & créateur du ciel, l'autre mauvais & créateur de la terre. Il rejetait l'ancien Testament, & ne reconnoissait du nouveau, qu'une partie de l'Évangile de *Saint Luc*, & quelques Epîtres de *Saint Paul*. Il prétendait encore, dit-on, que *JESUS-CHRIST* n'avoit qu'un corps fantastique. La doctrine des deux principes fut la source de l'hérésie des *Manichéens*.
CERDUAL, (*Cerdowalla*) *Voyer* SERGIUS I, n.º 11.
CÉRÉIDAS, donna des lois aux habitants de Mégalopolis. Près de mourir, il se tourna vers ses amis, & leur dit qu'il quittait sans regret la vie, & qu'il se hâtoit d'aller rejoindre *Hombre*, le prince des poètes, *Hécathée*, le plus illustre des historiens; *Olympe*, le plus excellent des musiciens, & *Pythagore*, le plus sage des philosophes.
CÉRÉS, (Mythol.) fille de *Saturne* & de *Cybèle*, sœur de *Jupiter* & mère de *Proserpine*, courut la terre & la mer, deux flambraux à la main, pour chercher sa fille, que *Pluton* lui avoit enlevée dans les plaines de l'Enna. Excédée de fatigue, elle arriva chez *Élenfuss* roi de l'Attique, qui la reçut avec honte; & remarquant en elle beaucoup de sagesse & de vertu, il la pria d'être la gouvernante de son fils *Triptolème*, à qui elle apprit l'art de cultiver la terre. Lorsqu'il fut instruit, elle l'envoya par tout l'univers enseigner l'agriculture aux hommes. *Cérès*, après avoir parcouru le monde, sans avoir rien appris de sa fille, revint en Sicile, où la nymphe *Aréthuse* lui dit que *Proserpine* étoit femme de *Pluton*, & reine des enfers. A ce discours, *Cérès* monte sur son char, & va trouver *Jupiter* pour se plaindre de l'outrage qu'elle avoit reçu de son frère, & fondant en larmes, elle le conjure de lui rendre sa fille. *Jupiter* le lui promit, pourvu qu'elle n'eût rien mangé dans les enfers. Mais, comme sur le rapport indiscret d'*Ascalophe* qui étoit son gardien, il fut prouvé qu'en se promenant dans les jardins de *Pluton*, elle avoit cueilli une grenade, & en avoit mangé sept grains, son retour fut déclaré impossible. *Cérès*, outrée de dépit de se voir l'ustrée de ses espérances, fit mourir *Afcalaphe* & le changea en hibou, oifeau de mauvais augure. Cependant *Jupiter*, pour calmer sa douleur, permit à *Proserpine* de passer six mois sur la terre & six mois dans les enfers. Tous les poètes attribuent à *Cérès* l'invention du labourage, & la font préférer aux moissons & à tout ce qui concerne l'agriculture. On la prend aussi quelquefois pour la terre même. *Virgile* appelle *Cérès* & *Bacchus*, les astres les plus brillans de l'univers, *vos clarissima mundi lumina*, *Bacchus* & *alma Ceres*. On représente cette Déesse couverte de manelles pleines, ce qui la faisoit appeler *Mammusa*; & quelquefois avec une faucille dans une main, & dans l'autre une gerbe d'épis & de pavots. Sa tête est ordinairement couronnée d'une guirlande de cette dernière plante, qui est d'une grande fécondité. Son char est attelé de lions ou de serpens. On célébroit plusieurs fêtes en son honneur. Les unes s'appelloient *Éleusines*, d'*ÉLEUSINA*, nom donné à *Cérès*, ou de la ville d'Éleusis qui leur donna naissance. Les autres fêtes appelées *Thesmophories*, tiroient leur nom de celui de *THESMOPHON*, ou Législatrice, donné à cette déesse à cause des lois qu'elle établit chez les Athéniens. Enfin, les *Ambarvales*, ainsi nommées d'*AMBRE ARVA*, étoient destinées à faire des processions dans les champs pour obtenir une bonne récolte. Les fêtes *Éleusines*, les plus célèbres des trois, qu'on appeloit aussi *Mystères*, étoient de deux fortes, les grands & les petits mystères. Il falloit passer par ceux-ci, pour être initié aux premiers, & les seuls Athéniens étoient initiables. La fête où se faisoit cette grande cérémonie, revenoit tous les cinq ans, & duroit neuf jours. On la solennisoit à Éleusis. Comme *Cérès* avoit donné aux Athéniens des leçons de morale & d'humanité, un prêtre répétoit ces leçons à ceux ou à celles qu'il initioit, & ils devoient promettre de les observer. L'initiation se faisoit de nuit dans le temple de la Déesse, & l'on n'oublioit rien pour la rendre imposante. D'une profonde obscurité, le candidat passoit tout d'un coup à une éclatante lumière, & découvroit une statue de *Cérès*, aussi majestueuse que l'art humain avoit pu la faire. Bientôt les ténèbres chassouent la lumière. Des éclairs, des coups de tonnerre, des figures & des voix extraordinaires achevoient de persuader aux assistans qu'ils étoient dans le palais & sous les yeux d'une divinité. Un silence absolu sur ce qu'on avoit vu & entendu, étoit une des conditions imposées aux initiés. Les Athéniens se hâtoient d'y faire admettre leurs enfans, pour leur assurer la protection de la Déesse dans la vie présente, & un éternel bonheur dans la vie future. Par une partialité peu honorable, ils refusoient d'y admettre les étrangers, quoiqu'ils fussent persuadés que les non-initiés feroient après leur mort dans la fange & dans l'obscurité. Cette exclusion parut si injuste à *Diogène* le cynique, qu'il ne voulut jamais être initié. *Quoi?* disoit-il avec indignation, *Epaminondas feroit dans la boue, tandis que les plus vils Athéniens obtin- droient, par une cérémonie, les premières places dans les Isles des bien-heureux?* *Socrate*, apparemment vit ces mystères du même œil, car il ne s'y fit point admettre, & ce fut peut-être, aux yeux de ses juges, une des raisons qui rendirent sa religion suspecte. Le secret des mystères Éleusiniens ne méritoit pas fans doute d'être connu, puisque Socrate le dédaignoit. C'étoit un crime de le révéler. « On faisoit ferment de fe taire, dit Voltaire, & tout ferment fut toujours un lien facré. Aujourd'hui même encore, nos pauvres Francs-Maçons jurent de ne point parler de leurs mysteres. Ces mysteres font bien plats; mais on ne fe parjure presque jamais. » Les mysteres de Cérès étoient peut-être aussi peu importants; cependant ceux qui y participaient furent respectés, tant que le nombre en fut petit. Mais dès qu'il s'accrut, il n'eut pas plus de considération, dit encore Voltaire, que les barons Allemands, quand le monde s'est vu rempli de barons. Georges Whétier découvrit, dans le fêcle passé, une statue colossale de Cérès par Phidias, dont Périclès avoit orné le temple d'Eleufis. Deux voyageurs Anglois l'ont achetée & envoyée à l'université de Cambridge.
CÉRÈSTE, ( le Marquis de ) Voyet BRANCAS, n.º II.
CÉRÊTA, ( Laura ) dame de Brefce, recommandable par les qualités de fon cœur & de fon esprit, fut veuve après dix-huit mois de mariage, & profita de fa liberté pour fe livrer avec ardeur à la philosophie & à la théologie. Elle mourut à la fleur de fon âge, & ne vit pas la fin du xve fêcle. Elle étoit en relation avec les grands & les favans. On a d'elle, soixante & douze Lettres, publiées in-8°, en 1640, par Philippe Thomasini.
CÉRÉTUS, ( Daniel ) médecin de Brefce en Italie, qui vivoit en 1470, a fait quelques Poésies latines, que l'on trouve dans le Sannatar, d'Amsterdam 1728, in-8.º C É R 205
CERF DE LA VIEUVILLE, ( Jean - Laurent le ) garde des fœaux du parlement de Normandie, né à Rouen en 1664, mourut dans la même ville en 1707 à la fleur de fon âge, d'un excès de travail. On a de lui une Comparaison de la musique Italienne & de la musique Françoise, contre le Parallele des Italiens & des François, in-12. Le style de cet ouvrage, feme d'anecdotes fur l'opéra François, est fort vif. L'auteur y foutient l'honneur de fa patrie avec aurant de feu, qu'on en a montre depuis contre le celebre Jean - Jacques. C'étoit l'abbe Raguene, qui avoit attaqué la musique Françoise & exalté l'Italienne. Il détestait fon sentiment, & le Cerf le fien. Celui-ci publia deux nouveaux volumes. Le médecin André, alors associé au Journal des favans, tourna les deux dernières parties en ridicule, après avoir parlé avec éloge de la premiere. La Vieuville, piqué au vif, répondit par une brochure intitulée : L'Art de décrier ce qu'on n'entend point, ou le Médecin Musicien. L'ouvrage a toute l'amertume que le titre promet. Fontenelle di-soit, que fi quelqu'un, par une vivacité & une fenibilité extrêmes, avoit jamais mérité le nom de fon complet, de fou par la tête & par le cœur, c'étoit la Vieuville. Mais, comme la folie n'exclud que la raison, & non l'esprit, le Cerf en avoit beaucoup, & même tant, qu'il n'avoit pas le fens commun.
CERINTHE, hérédiarque, disciple de Simon le Magicien, commença à publier ses erreurs vers l'an 54. Il attaquoit la divinité de Jésus-Christ, & n'admettoit en lui que la nature humaine. Saint Jean écrivit fon Evangile à la priere des fidèles, pour réfuter fes erreurs facrilèges. On ajoute même, qu'ayant trouvé Cerinthe dans les bains publics, où il alloit pour se laver, il se retira avec indignation, en disant; Fuyons, de peur que nous ne soyons abîmés avec cet ennemi de J. C.
CERISANTES, (Marc Duncan, fleur de) fils de Marc Duncan, gentilhomme Ecoffois, établi à Saumur, avoit de l'esprit & une figure agréable; mais il étoit vain, ambitieux & fanfaron. Le marquis de Vigean lui confia l'éducation du marquis de Fors son fils aîné, qui étant devenu colonel du régiment de Navarre, donna une lieutenance à son précepteur. Le marquis ayant été tué au siège d'Arras en 1640, Cerifantes vendit sa lieutenance, & fut envoyé l'année d'après à Constantinople, par le cardinal de Richelieu. Il passa ensuite en Suède en qualité d'envoyé; mais ses rodomontades & son infolence le firent rappeler en 1646. Rome lui parut une ville propre à tenter fortune; il s'y rendit en 1647. C'est dans cette année qu'éclata la fameuse révolte de Naples. Le duc de Guise, homme ardent & téméraire, se chargea de porter du secours aux rebelles. Cerifantes le suivit dans cette expédition périlleuse, & mourut pendant le siège de Naples en 1648. Il fit un testament, par lequel il laissa des legs à ses parens & à ses amis: il avoit à peine de quoi se faire enterrer: mais il se croyoit déjà propriétaire de tous les biens que le duc de Guise lui avoit promis pour l'engager à partager ses périls. Il se mêloit de poésie, & s'il n'avoit fallu, pour réussir en ce genre, qu'une tête chaude, il y auroit excellé.
CERISIERS, (René de) Jésuite plein de piété & de simplicité, vivoit sous Louis XIII. Il est peu connu des Biographes; mais le peuple, & mêmes les ames sensibles qui ne sont pas peuple, connoissent & lisent avec plaisir son Innocence reconnue, ou Vie de Sainte Geneviève de Brabant. « Ce petit ouvrage, dit BERQUIN, qui fait partie de la Bibliothèque bleue, écrit en quelques endroits avec une affectation ridicule, est plein de morceaux de la simplicité la plus noble & la plus onctueuse. Il seroit à souhaiter que quelque écrivain rajeunit ce livre, dont la lecture plait beaucoup aux enfans. On a encore de Cerisiers: Les heureux Commencements de la France Chrétienne, ou Vie de Saint Rémy, Rheims, 1647, in-8.º L'auteur manque un peu de critique.
CERISY, Voyq II. HABERT.
CERMENAT, (Jean-Pierre) né à Milan, a publié un ouvrage politique sous le titre de Rapfodia, de restâ regnorum ac rerum publicarum Administratione, 1561, in-12. Cet écrit, dédié à l'ambassadeur de France chez les Grisons, est divisé en trente-huit chapitres. Il a été traduit en françois, la même année, par Guéroult, qui dédia sa Traduction aux échevins de Lyon. Il n'étoit pas digne de passer dans une autre langue & devoit mourir dans la sienne. Son titre de Rapfodia très-bien choisi, annonce tout son mérite.
CERNUNNAS, (Mythol) divinité Gauloise, étoit invoquée par les chasseurs. On la représentoit avec des cornes, de longues oreilles, & un anneau passé dans chacune des cornes.
CÉRON, (N.) est auteur de la jolie comédie de l'Amant auteur de valet.
CERONI, (Jean-Antoine) sculpteur Milanois, mort à Madrid en 1640, à l'âge de 61 ans, fut appelé en Espagne, à cause de sa grande réputation, par le roi Philippe IV. Les beaux anges de bronze, un des principaux ornemens du nouveau Panthéon de l'Escurial, & la célèbre façade de l'Eglise de Saint-Etienne à Salamanque, font ceux de ses ouvrages qui ont le plus contribué à immortaliser son nom.
CERQUOZZI, Voy. MICHELANGE des Batailles, n.º XII.
CERTAIN, (Mlle) vivoit au milieu du dix-septième siècle. On a imprimé en 1665 ses Poésies qui sont médiocres.
CERTALDO, (Jean de) c'est le premier nom de BOCACE; Voyez ce dernier mot, sous lequel il est plus connu.
CERVANTES SAAVEDRA, (Miguel) naquit en 1547 à Alcala de Henarès, ville de la nouvelle Castille. Ses parens, voyant ses dispositions aux lettres, voulurent en faire un ecclésiastique ou un médecin; mais il étoit né pour la poésie, & il fit des vers malgré eux. Ses premiers essais furent mal accueillis. Il quitta l'Espagne & se rendit à Rome, où la misère le força d'être valet-de-chambre du cardinal Aquaviva. Dégouté d'un emploi qui lui convenoit si peu, il s'enrôla sous les drapeaux de Marc-Antoine Colonne, & se trouva comme simple soldat à la bataille de Lépante, en 1571: il s'y signala, & y perdit la main gauche. Après avoir servi encore trois ans dans le royaume de Naples, il soupira pour sa patrie. Sa traversée fut malheureuse. Ayant été fait esclave par un corfaire Algérien, il forma le projet de se mettre en liberté avec treize compagnons de son infortune. Leur dessein fut découvert par un traître. Les malheureux Espagnols furent traînés devant le roi d'Alger. Ce prince leur promit la vie, s'ils vouloient déclarer l'auteur de l'entreprise. C'est moi, lui dit Cervantes! sauve mes frères, & fais-moi mourir. Le roi respecta son courage; mais il n'en resta pas moins dans les fers. Enfin, après un esclavage de cinq ans & demi, sa famille parvint à rassembler la somme nécessaire pour sa rançon. De retour en Espagne, où il avoit été regardé dès son jeune âge comme le meilleur poète de son temps, Cervantes fit jouer ses Comédies avec le plus grand succès. Son Dom QUICOTTE de la Manche acheva sa réputation. Le duc de Lerme, premier ministre de Philippe III, peu ami des talens & des gens-de-lettres, le traita un jour avec trop peu de considération. Cervantes s'en vengea en entreprenant une fatire fine de la nation & du ministre, entérés alors de chevalerie. Cet ouvrage, traduit dans toutes les langues des peuples qui ont des livres, est le premier de tous les romans comiques, par le génie, le goût, la naïveté, la bonne plaisanterie; par la pureté, le naturel du style; par la vérité des portraits; par l'art de narrer, par celui de bien entremêler les aventures, de ne rien prodiguer, & fur-tout par le talent d'influire en amusant. On voit à chaque page des tableaux comiques & des réflexions judicieuses. Un jour que Philippe III étoit sur un balcon du palais de Madrid, il apperçut un étudiant qui, en lisant, quittoit de temps en temps sa lecture, & se frappoit le front avec des marques extraordinaires de plaisir: Cet homme 208 C E R est fou, dit le roi aux courrisans, ou bien il lie Don Quichotte. Le prince avoit raison; c'étoit effec- tivement ce livre que l'étudiant lifoit. « C'est un ouvrage, disoit St.-Evremond, que je puis lire toute ma vie, sans en être dégoûté un feul moment; de tous les ouvrages que j'ai lus, ce seroit celui que j'aimerais le mieux avoir fait. J'ad- mire comment, dans la bouche du plus grand fou de la terre, Cer- vantes a trouvé le moyen de pa- roître l'homme le plus entendu & le plus grand connoisseur qu'on puisse imaginer. » Voyez RARE- LAIS. Le même écrivain donnoit pour tout conseil à un exilé, celui « d'oublier sa maitresse, & de lire Don Quichotte. » Ce chef- d'œuvre, qui devoit faire la for- tune de Cervantes, lui attira des persécutions. Le ministre le fit maitrainer, & il fut obligé de dis- continuer. Un Alonzo Fernandes de Avellaneda, écrivain pitoyable, s'étant avisé de le continuer, & de décrier l'auteur après l'avoir pille, Cervantes se vit obligé de reprendre son ouvrage. Ce tra- vail ne l'empêcha pas de mourir dans l'indigence. Il eut cependant des protecteurs généreux, puis- qu'ils exciterent en lui la plus vive reconnoissance. On ne peut rien lire de plus touchant, que la lettre qu'il écrivit au comte de Lémo quelques jours avant d'expirer. « Je me meurs. Je suis bien lâché de ne pouvoir pas vous dire com- bien votre arrivée en Espagne me caufe de plaisir. La joie que j'en ai, auroit dû me rendre la vie. Mais la volonté de Dieu soit faite! Vo re excellence saura du moins que ma reconnoissance a duré au- tant que mes jours... Il faudroit, pour me guérir, un miracle du Tout-puissant, & je ne lui de- mande que d'avoir soin de Votre Excellence... A Madrid, ce 19 avril 1616. « Il avoit reçu l'extrême- onction, lorsqu'il écrivit cette lettre, que nous avons abrégée. Ce fut le dernier soupir du cygne. Il mourut le 23 du même mois, à l'âge de 69 ans. Laplace lui a fait cette épitaphe: « Toujours plaisant, quoique moral, Ci gie dont l'aimable génie Ne connut point d'original, Et n'a pas encor de copie. » Outre Don Quichotte, traduit en françois par Filleau de Saint-Martin, en 4 vol. in-12, on a de Cervantes: I. Douze Nouvelles, la Haie 1739, 2 vol. in-8°, traduites en françois, 2 vol. in-12, la Haie 1744; Paris 1775. Le génie de l'auteur de Don Quichotte s'y montre de temps en temps; mais elles ne valent pas ce roman, à beaucoup près. Quatre seulement sont dignes de lui: Le Curieux impertinent; Rinconnet & Cor- tadille; la Force du jang, la plus inté- ressante de toutes; & le Dialogue des deux Chiens, critique charmante des mœurs espagnoles, où res- pirent la gaieté, le naturel & la philosophie. II. Huit Comédies, dont aucune n'est supportable au lecteur accoutumé aux excellentes pièces du théâtre François. Point d'intérêt, point de conduite, fou- vent de l'esprit, toujours de l'in- vraisemblance. Dans celle qu'il appelle l'Heureux Rufien, le héros, après avoir été au premier acte le plus grand coquin de Séville, se fait Jacobin au Mexique dans le second acte. Il est l'exemple du couvent. Il a de fréquents combats sur le théâtre avec le Diable, & demeure toujours vainqueur. Ap- pelé pour exhorter à la mort une dame dont la vie avoit été scan- daleuse, il se charge de ses péchés & lui donne ses mérites. Les din- bles aussitôt s'emparent du Jacobin & & couvrent son corps d'un ulcère épouvantable. Au troisième acte il meurt & fait des miracles. Voilà, dit Florian, que des comédies de l'auteur de Don Quichotte, & c'est peut-être la meilleure. Nous avons encore de Cervantes, dans le genre dramatique, huit petites pièces que les Espagnols appellent Entremeses. La plupart ont du comique & du naturel. III. La Galathée, en six livres. Il débuta par cet ouvrage. Quoiqu'il y ait de l'esprit, & quelquefois du sentiment & du naturel, on y apperçoit ce malheureux goût de scolastique qui régnoit alors. Les bergers de Cervantes dissentent comme s'ils étoient sur les bancs. Ils sont de longs traités pour ou contre l'amour, & citent tous les héros de la fable & de l'histoire. Le style est trop emphatique. Le soleil n'éclaire le monde qu'avec la lumière qu'il reçoit des yeux de Galathée. Florian, qui a traduit ce roman pastoral, Paris 1783, y a fait des changements qui le rendent plus agréable. IV. Les Travaux de Persilis & de Sigismonde, traduit plus anciennement en françois, avec la Galathée, 4 volumes in-12. On trouveroit peu de romans qui offriissent plus d'aventures surprenantes que les Travaux, &c. & une plus grande variété d'incidents épistodiques : mais la vraisemblance y est peu observée. Cependant l'élégance du style, la vérité de quelques tableaux & l'épistode de Rupert, le sont lire avec plaisir. V. Il est auteur d'une satire ingénieuse, intitulée : Voyage du Parnasse. C'est un ouvrage en vers, peu piquant pour nous, parce que les mauvais poètes qu'il y ridiculise nous sont très - peu connus. Quant aux Poésies de Cervantes, on en jugeroit bien mal, si on les jugeoit d'après celles de Don Quichotte que le traducteur François a presque toujours estropiées. Voy. sur ce traducteur le mot CHAISE, n.º 1. La plupart sont agréables dans l'original, si l'on en excepte quelques comparaisons trop fortes, & quelques images recherchées. Sa Vie a été écrite par Don Gregorio-Alayans Ediscar ; elle a été mise à la tête de l'édition espagnole de Don Quichotte, imprimée à Londres en 1738, 4 vol. in-4.º On en a aussi une par Daudé. Les dernières éditions de la version françoise de Don Quichotte sont en 4 vol. On en avoit ajouté, dans les éditions précédentes, deux autres volumes qui ne sont point de Cervantes, & qui étoient indignes de lui. Il y a une autre suite en 8 vol. qui est pitoyable. On a une jolie édition de l'original de Don Quichotte, faite à Amsterdam, 1755, en 4 volumes in-12, avec de belles figures. Les principales Aventures de ce roman ont été imprimées à la Haie 1746, in-fol. ou in-4.º avec des estampes estimées, par Coypel & Picart le Romain. L'édition espagnole, faite par Joachim Ibarra, est magnifique.
CERVATON, (Anne) dame Espagnole, fille de Germaine de Foix, qui épousa Ferdinand V, roi d'Arragon, fut la plus belle & la plus spirituelle personne de la cour de ce monarque. Elle savoit le latin, & écrivoit également bien en vers & en prose. Frédérle de Tolède, duc d'Albe, l'aima avec passion.
CERVEAU, (René) prêtre du diocèse de Paris, mort en 1780, est auteur du Nécrologe des plus célèbres Définieurs & Confeffeurs de la Vérité du dix-septième & du dix-huitième siècle, 1760, & années suivantes, en 6 vol. in-12. Dans ce catalogue d'hommes presque tous obscurs, opposés au Formulaire & à la Bulle *Unigenius*, on trouve quelques articles qui peuvent servir à l'histoire littéraire. On a encore de lui : I. *L'Esprit de Nicole*, 1765, in-12, publié dans un temps où une foule de compilateurs sans esprit rédigeaient par chapitres l'esprit de nos grands écrivains. Celui de *Nicole* ne réussit pas infiniment. II. Poèmes *Sur le Symbole des Apôtres & les Sacremans*, 1768 in-12. — Voy. *France littéraire*, tom. premier & troisième. *Cerveau* remporta, en 1779, le prix d'éloquence de l'académie Françoise, par l'éloge de *Molière*. Il y avoit déjà obtenu le prix de poésie. Il fut long temps dans l'intimité du duc de la *Vallière*.
CÉRULARIUS, *Voy. xv. MICHEL*.
CÉRUTTI, (Joseph-Antoine-Joachim) naquit à Turin le 13 juin 1738. Après avoir été élevé chez les Jésuites, il entra dans leur ordre, & fut professeur à leur collège de Lyon. Très jeune encore, il remporta, la même année, deux prix académiques à Toulouse, & à Dijon. Les questions en étoient intéressantes. Il s'agifloit de flétrir le duel & d'en borner les ravages. Il falloit déterminer pourquoi les républiques modernes avoient acquis moins de splendeur que les républiques anciennes. Avant de connoître *Cérutti* pour l'auteur de ce dernier écrit, on le crut de J. J. Rouffau. L'ordre des Jésuites, ébranlé, alloit à ccomber sous les attaques des cours : *Cérutti* prit sa défense, & composa à Nancy, sous les yeux du roi *Stanislas*, l'*Apologie de l'Institut*, 1762, deux parties in-8. Peu de temps après, il fut obligé de se présenter chez le procureur général du parlement de Paris, pour abjurer l'or- dre qu'il venoit de défendre. Ses ennemis répandirent alors qu'après avoir fait le ferment prescrit, il demanda s'il y avo encore quelque chose à signer, & que le magistrat lui répondit : *Oui, l'Alcoran; mais je ne l'ai pas chez moi...* Quelle apparence, qu'un homme d'esprit, tel que *Cérutti*, ne sût pas précisément ce qu'il devoit signer. Son *Apologie*, trop remplie de *conglobata* & d'autithèses, mais femée de traits brillants & de tirades éloquentes, le fit connoître au Dauphin, qui lui fit un accueil distingué. Il fut fêté à la cour. C'est là que la beauté & l'esprit d'une dame du premier rang, lui inspirèrent une passion violente & malheureuse, qui lui fit perdre beaucoup de temps, & le jeta dans une longue maladie; mais l'amitié le consola des peines de l'amour. La duchesse de *Brancas*, devint sa mère, sa providence; car c'est ainsi qu'il l'appeloit. Elle lui donna un honorable affle pendant quinze ans dans sa maison de Fléville, près de Nancy. La première fois qu'elle le reçut, elle lui mit un anneau au doigt, en lui disant agréablement que l'amitié venoit d'épouser le mérite. Venu à Paris, quelque temps avant la révolution, il en devint un chaud partisan, & lui consacra dès lors toutes ses pensées. Son intimité avec *Mirabeau* le fit souvent employer par celui-ci pour la rédaction de ses nombreux discours & de ses rapports; & il en prononça l'éloge à Saint-Eustache, lors des obsèques de ce député en 1791. *Cérutti* fut appelé à la législature, & obtint cet honneur par la publication d'un *Mémoire* aux François sur la nécessité des contributions patriotiques. Il mourut en février 1792, & la municipalité de Paris donna alors son nom à l'une de ses rues. — *Cérutti* étoit aimable en société, doux, complaisant, sachant plier son esprit & son caractère suivant les temps & les personnes qu'il approchoit. Sa figure avoit été agréable, & un fond de sensibilité & de mélancolie la rendoit intéressante. Sa conversation, vive, & animée comme ses écrits, le tendre accent de ses paroles, lui donnoient le moyen de plaire à tous les esprits & de s'attacher les cœurs. Il parloit avec grâce, avec éloquence. On lui a reproché, avec raison, d'avoir flatté toutes les idoles du moment. Outre les ouvrages que nous avons cités, on a encore de lui : I. *L'Aigle & les Hibou*, apologue en vers. Ceux-ci, coupés toujours de la même manière, sont monotones & profaïques. Le sujet est un aigle, qui, pour apprendre à régner, parcourt les diverses contrées & en étudie les gouvernements. Les notes qui accompagnent ce petit écrit valent beaucoup mieux que la poëzie. II. *Opuscules divers*. Ils furent publiés par *Marnéfia*, ami de Fauteur, & ils offrent trois morceaux, écrits avec autant de goût que de finesse : c'est peut-être ce que *Céruti* a fait de mieux. Le premier est une *Dissertation* sur les monumens antiques à l'occasion d'une inscription de six vers grecs, trouvée sur une tombe découverte à Naples en 1756. Le second est une *Épître* sur le *Charlatanisme* ; le troisième, un petit *Poème* sur les *Échecs*, où la difficulté de peindre les événements de ce jeu, est adroitement vaincue. III. *Les Jardins de Betz*, poème, 1792. Les descriptions de ce poème ne sont point imaginaires. Elles sont puissées dans un site plein de fraîcheur & de beauté. IV. *Lettre* sur les avantages & l'origine de la gaieté françoise, in-12. V. *Discours* sur cette ques- tion : Combien un esprit trop subtil ressemble à un esprit faux, 1759, in-8. VI. Autre sur ce sujet : *Les vrais plaisirs ne sont faites que pour la vertu*, 1761, in-4. Ces deux discours obtinrent le prix de l'académie de Montauban. VII. Autre sur la question : *Pourquoi les Arts utiles ne sont-ils pas cultivés pré-férablement aux Arts agréables*, 1761, in-4. VIII. Autre sur l'origine & les effets du désir de transmettre son nom à la présence, 1761, in-8. IX. *Trédation libre de trois-Odes d'Ivoraes*, 1789. X. De l'Intérêt d'un ouvrage dans le sujet, le plan & le style, 1763. Celui-ci en a beaucoup. La justesse qui le distingue, ne le guide point dans plusieurs brochures politiques, où il se livra trop aux illusions du moment. Nous ne citerons que sa *Correspondance* avec *Mirabeau*, & ses *Idées simples* sur les assignats. Si ces idées sont simples, elles ne sont guère judicieuses, & l'événement a bien démenti les belles espérances qu'il donnoit à ses lecteurs sur ces richesses imaginaires. XI. Il a été le principal rédacteur de la *Feuille villageoise*, journal consacré à faire pénétrer dans les campagnes les principes de la révolution. Il auroit été encore plus à la portée du peuple, si l'auteur eût été moins bel esprit, & plus avare de tours antithétiques & de phrases recherchées. On a réuni, en 1793, sous le titre d'*Œuvres diverses*, in-8, diverses pièces de *Céruti* déjà publiées. En général, a dit l'auteur des *Trois Siècles*, les ouvrages de cet écrivain sont pleins d'esprit & de légèreté; mais de cet esprit recherché, qui, loin de donner du prix aux bonnes choses, ne fait souvent que les dépriser. L'esprit ne plaît qu'autant qu'il affaifonne la raison, sans chercher trop à se montrer. Ce jugement, quoique sévère, n'est point mal appliqué ; cependant le recueil des écrits purement littéraires de *Céruti*, en les corrigeant avec un peu de soin, offriroit de l'intérêt, de la variété & de l'agrément.
CÉRYNES, fils de *Téménus* roi d'Argos, fut tué d'un coup de flèche par son beau-frère *Déiphonte*. I. CÉSAIRE, (Saint) frère de *S. Grégoire de Nazianze*, & médecin de l'empereur *Julien*, conserva une foi pure & des mœurs innocentes au milieu d'une cour païenne. Il se joua de la dialectique de *Julien*, & lui prouva un jour avec tant de force l'impiété de l'idolâtrie, que ce prince s'écria : *O bienheureux père ! O malheureux enfans !* paroles qui marquaient le bonheur du père d'avoir produit de tels enfans, & le malheur des enfans d'être si fermes dans une religion qu'il croyoit mauvaise. *Céfaire* s'exila lui-même de la cour, & se retira dans sa famille, à la prière de *S. Grégoire de Nazianze*. Il fut ensuite questeur de *Bithynie*, & mourut en 368. On lui attribue quatre *Dialogues*, qui font d'un auteur plus récent : on les trouve dans la *Bibliothèque des Pères*.
II. CÉSAIRE, (Saint) né en 470, près de Châlons-sur-Saône, se consacra à Dieu dans le monastère de Lérins, sous la conduite de l'abbé *Porcaire*. Ses austérités l'ayant rendu malade, on l'envoya à Arles pour rétablir sa santé. Trois ans après il fut élevé, malgré lui, sur le siège de cette ville. Il gouverna son diocèse en apôtre. Il fonda à Arles un monastère de filles, & leur donna une règle, adoptée depuis par plusieurs autres monastères. Un des articles or- ordonne la flagellation contre les religieuses indociles. Les évêques commençaient à user de cette espèce de correction, comme dans la loi de *Moïse* ; mais peu conforme, suivant quelques théologiens, à l'esprit du christianisme. La calomnie vint interrompre les biens qu'il faisait à son diocèse. On l'accusa auprès d'*Alaric* d'avoir voulu livrer aux Bourguignons la ville d'Arles ; on le calomnia de nouveau auprès de *Théodoric* : mais ces deux princes reconnurent l'innocence de cet homme apostolique, ainsi que la méchanceté de ses calomniateurs. Son nom n'en fut que plus célèbre. Dans un voyage à Rome, où il étoit désiré depuis long-temps, le pape l'honora du *Pallium*, & permit à ses diacres de porter des dalmatiques comme ceux de l'église de Rome. On croit que c'est le premier prélat d'Occident qui ait porté le *Pallium*. Le pape ajouta à ces honneurs le titre de son vicaire dans les Gaules, avec le pouvoir de convoquer des conciles. *Céfaire* présida à celui d'Agde en 506, au second concile d'Orange en 529, & à plusieurs autres. Il mourut le 27 août 544, à 74 ans, la veille de la fête de *S. Augustin*, dont il avoit été un des plus fidèles disciples. Nous avons de lui des *Homélies*, mises au jour par *Baluse*, Paris 1669, in-8°, & d'autres Ouvrages dont il feroit à souhaiter que quelqu'un donnât une bonne édition. On les trouve dans la *Bibliothèque des Pères*. Non-feulement il avoit composé ses sermons pour les prêcher à son peuple : mais il les envoyaient encore à ses confrères de France, d'Italie & d'Espagne, afin qu'ils y puisaient des instructions pour leur troupeau. Il copioit souvent lui-même les discours des autres, notamment ceux de S. Augustin sur les matières de la grâce.
III. CÉSAIRE, (Saint) diacre, arrivant d'Afrique à Terracine en Italie, y vit avec effroi immoler un jeune homme en l'honneur d'Apollon. Il condamna ce sacrifice inhumain; mais il fut arrêté & jeté dans la mer, l'an 300, sous l'empire de Dioclétien. Une antique église de Rome étoit sous l'invocation de ce martyr; enfévelle sous des ruines, elle fut rebâtie avec magnificence par le pape Clément VIII.
IV. CÉSAIRE, né à Cologne, entra dans l'ordre de Cîteaux, devint maître des novices, dans le monastère d'Heisterbach, près de Bonn, & mourut vers l'an 1240. On a de lui un Recueil de miracles & d'historiettes dont il entretient ses novices. Il fut d'abord imprimé à Nuremberg & réimprimé à Douai en 1604. Il a été mis à l'index en Espagne. On doit encore à Césaire un écrit intitulé: De virâ & passione Santi Engelberti, Cologne 1633.
CÉSALPIN, (André) né en 1519 à Arezzo, savant en philosophie & en médecine, professa à Pise avec éclat, & fut ensuite premier médecin du pape Clément VIII. Quoiqu'il vécut dans une cour sainte, sa foi n'en fut pas plus pure. Ses principes approchoient un peu de ceux de Spinoza. Il n'admettoit, comme Aristote, que deux substances: Dieu & la matière. Le monde étoit peuplé, selon lui, d'ames humaines, de démons, de génies, & d'autres intelligences plus ou moins parfaites, mais toutes matérielles. Il croyait, dit-on, que les premiers hommes furent formés de la matière avec laquelle quelques phi- losophes s'imaginent que s'engendrent les grenouilles. Mais, en avouant ce qui a pu faire tort à Césalpin, il ne faut point lui dérober la gloire d'avoir connu la circulation du sang, & la vraie méthode dans la distribution des plantes. Ses principaux ouvrages font: I. Speculum artis medica Hippocraticum. II. De Plantis libri XVI, à Florence en 1583, in-4°: ouvrage rare, & le premier dans lequel on trouve la méthode de distribuer les plantes conformément à leur nature. Il en distribua les classes selon le nombre, les différences ou les rapports des semences. Rien ne manque à cette excellente histoire, que d'être ornée de figures, dont la beauté, pour certains curieux, est souvent un mérite supérieur à l'érudition même. Césalpin étoit, pour son temps, très-habile dans la physique. Il comparoit les semences des plantes aux œufs des animaux; & la manière dont les parties de l'œuf se développent, approchoit beaucoup, selon lui, des premiers accroissemens que doane à la plante la fermentation dans chaque graine. Le fameux Jean Ray dit, dans la préface de sa Nouvelle Méthode de Botanique, qu'il a profité du système ingénieux de Césalpin; qu'avant cet auteur, on n'arrangeoit les plantes que suivant les lieux où elles croissoient & les vertus qu'elles avoient: distinction grossière, qui n'établissoit ni genre ni espèce; qui confondoit tout, & réunissoit, sous un même chapitre, les plantes les moins semblables entr'elles. Cependant, quelques secours que Ray eût tiré pour la méthode de celle de Césalpin, il ne jugea pas à propos de suivre cet auteur en tout. III. De Metallicis libri tres, à Rome, 1596, in-4°: peu commun. IV. Praxia 214 C É S universæ Medicinæ. V. Quæstionum Peripateticarum libri quinque, Rome 1603, in 4.º Ce dernier ouvrage fut attaqué par le médecin Taurel dans ses ALPES CÆSÆ, hoc est, Andrea Cæsa pini monstrosæ dogmata disæusæ & excussæ. Il veut lui; rouver qu'il est athée; mais ses preuves ne font point de démonstrations. VI. De Medicamentorum facultatibus, Venitæ 1593, in-4.º Cæsalpin mourut à Rome en 1604, à 84 ans. VII. Dæmonum investigatio, Florence 1580, in-4.º L'auteur recherche dans ce livre si quelques maladies sont causées par un pouvoir surnaturel. I. CÉSAR, (Caius Julius CÆSAR) naquit à Rome, l'an 98 avant J. C. de l'illustre famille des Jules, qui se vantoit de descendre d'Iule, fils d'Ènée. Né simple citoyen d'une république, il forma de bonne heure le projet d'affujettir sa patrie, & il en vint à bout par le double talent de l'éloquence & des armes. Le tyran Sylla, qui voyait en lui plusieurs Marius, voulut le faire mourir; mais, vaincu par les importunités de ses amis, il lui laissa la vie, en leur disant: Que celui dont les intérêts leur étoient si chers, renverserait un jour la république... Caton qui le connoissoit bien, disoit: Qu'il s'appliquoit de sang froid, & par une méditation sombre, à ruiner la république... César encore jeune alloit à Rhodes étudier la rhétorique sous le célèbre Apollonius; mais il fut pris dans le trajet par des pirates qui lui démandèrent vingt talens pour sa rançon. Il se mit à rire de cette demande, comme venant de gens qui ne connoissoient pas le prix de leur proie, &, au lieu de vingt talens, il leur en promit cinquante. Il fut trente jours parmi ces hommes féroces, & les traits avec tant de hauteur & de mépris, que toutes les fois qu'il vouloit reposer, il envoyaient leur commander de ne point faire de bruit. Il osa même les menacer de les faire mettre en croix. Ces corsaires regardoient cette menace comme une fanfaronade de jeune homme. Cependant aussitôt que César eut recouvré sa liberté, il arma quelques petits bâtimens, surprit les pirates qui étoient encore à l'ancre, & les fit périr par le supplice dont il les avoit menacés. — L'Asie fut le premier théâtre de sa valeur. Il se distingua sous Thermus, prêtreur, qui l'envoya vers Nicomède, roi de Bithynie, auquel, dit-on, il se prostitua. De retour à Rome, il signala son éloquence contre Dolabella, accusé de péculat. Son nom se répandant peu à peu, il fut élevé aux charges de tribun militaire, de quetteur, d'édile, de souverain pontife, de prêtreur & de gouverneur d'Espagne. Ce fut en arrivant à Cadix, que voyant la statue d'Alexandre, il dit, en répandant des larmes: A l'âge où je suis, il avoit conquis le monde, & je n'ai encore rien fait de mémorable! Ce désir de la gloire, joint à de grands talens fécondés par la fortune, le conduisit peu à peu à l'empire. On lui avoit entendu dire: Qu'il aimerait mieux être le premier dans un hameau, que le second dans Rome. Et il avoit cité plus d'une fois ce vers d'Euripide: Si la vérité & la justice doivent être violées, c'est pour régner. Revenu en Italie, il demanda le triomphe & le confulat: il fut créé conful l'an 59 avant J. C. avec Bibulus, qu'il obligea bientôt d'abandonner cette place. Ainsi l'ambitieux César eut seul l'administration de la première république de l'univers. Les gens d'esprit de Rome en firent des railleries au lieu de s'alarmer. Au lieu de mettre dans les dates de leurs lettres : CÉSAR & BI- BULUS étant confuls, ils écrivoient : JULES & CÉSAR étant confuls. On fit courir en même temps ce dif- tique : Non Bibulo quisquam nuper, sed Cæsare fœlum est ; Nam Bibulo fieri confule nil me- mini. Il s'unit à Pompée & à Crasus par ferment, & forma ce qu'on appelle le premier triumvirat. Caton, qui vit porter ce coup à l'état, & qui ne put le parer, s'écria : Nous avons des maîtres, c'en est fait de la république ! — César recueillit les premiers fruits de cette union. Tout plia sous ses violences & ses ar- tifices, hormis Caton. Il se pro- cura l'amitié des chevaliers, en leur accordant une part dans les impôts, & celle des étrangers, en les faisant déclarer alliés & amis du peuple Romain. Il éloigna de Rome Cicéron & Caton, les plus grands défenseurs de la liberté, & s'affura des confuls de l'année fui- vante. Son crédit lui fit obtenir le gouvernement des Gaules. Il partit, roulant dans son esprit les plus vastes projets. Son dessein étoit de subjuguer les Gaules, de ramener son armée victorieuse contre la république, & d'aller à la souveraine puissance les armes à la main. Ses premiers exploits furent contre les Helvetiens : il les batit, & tourna ses armes con- tre les Germains & les Belges. Après avoir taillé en pièces leur armée, il attaque les Nerviens, les defait, & subjugue presque tous les peuples des Gaules. Voy. COR- RÉE. Ses conquêtes & ses victoires occasionnerent un nouveau trium- virat entre César, Crasus & Pom- pée, qui, sans le penser, deve- noient les instruments de la for- tune de leur collègue, & de leur propre perte. Un des articles de la confédération, fut de faire pro- roger à César son gouvernement pour cinq nouvelles années, avec la qualité de proconsul. De nou- veaux succès dans les Gaules, en Germanie & dans la Grande-Bre- tagne, le couvrirent de gloire, & lui donnèrent de nouvelles afpe- rances sur Rome. Pompée com- mença alors à se détacher de lui, & à obtenir pour lui-même ce qu'il devoit partager avec son col- légue. César prit occasion des hon- neurs extraordinaires qu'on venait d'accorder à Pompée, pour deman- der le consulat avec prolongation de ses gouvernements. Mais ayant appris que la brigue de ses en- nemis avait fait rejeter sa demande, parce qu'il étoit absent, & qu'on vouloit d'ailleurs l'obliger à venir la faire en personne, il fut si piqué de ce refus, qu'il dit en mettant la main sur son épée : Celle-ci obtiendra ce qu'on me refuse injus- tement. Comme il étoit instruit de tout ce qui se tramoit à Rome con- tre lui, il passa les Alpes à la tête de trois legions ; & s'arrêta à Raveune. Dès que le sénat eut appris sa marche, il lui nomma un successeur, & rendit un arrêt qui lui ordonnait de licencier son armée dans un temps déterminé, s'il ne vouloit être poursuivi comme en- nemi de la république. A cette nou- velle, César s'approcha du Rubi- con, petite rivière qui superoit son gouvernement de la Gaule Ci- falpine, du reste de l'Italie, & qu'il ne pouvoit passer en armes sans se déclarer ouvertement re- belle aux lois & aux ordres du sénat. Antoine, alors tabun du peuple, avait pris la fuite après avoir formé opposition au sénat- ufconsulte. César commença la guerre, sous le spécieux prétexte de venger les droits du tribunal violés en la personne d'Antoine. Il marche secrètement vers Rimini & passe le Rubicon. Le héros s'arrête un moment sur les bords de cette rivière, qui servoit de bornes à sa province. La traverser avec une armée qui a subjugué les Gaulois, intimidé les Germains, réduit les Bretons, c'étoit lever l'étendard de la révolte. Il s'arrêta donc en disant à ses principaux officiers : Si je diffère à la passer, je suis perdu ; & si je la passe, que je vais faire de malheureux ! Enfin, après avoir encore réfléchi un instant, il se jeta dans l'eau en criant : Le sort en est jeté ! Il continua sa marche avec précipitation, & Rimini, Pesaro, Ancone, Arezzo, Osimo, Ascoli, &c. sont à lui. Une conduite sage & modérée, en dévoilant ses projets ambitieux, les soutenait. Il faisoit passer à Rome des sommes immenses, pour corrompre les magistrats, ou acheter les magistratures ; ce qui donna lieu à ce bon mot : César a conquis les Gaules avec le fer des Romains, & Rome avec l'or des Gaulois. Son armée ne lui étoit pas moins dévouée. Tandis que Pompée passe en Épire, abandonnant l'Italie à son ennemi, César s'y comporte en vainqueur & en maître. Rome, à son approche, perd le sentiment de ses forces. César y étant entré, veut se faire du trésor. Le tribun Métellus s'y opposa fortement, & chacun le louoit de sa fermeté. Mais César, parlant en vainqueur, le menaça de le tuer sur-le-champ s'il n'obéissoit : Tu n'ignores pas, jeune homme, lui dit-il, qu'il m'est plus aisé de le faire que de le dire. Ces dernières paroles troublèrent si fort Métellus, qu'il exécuta avec soumission tous les ordres de César. Pompée, nommé général des troupes de la République, s'étoit retiré dans le fond de l'Italie avec une armée peu aguerrie. Ses lieutenants commandoient dans différentes provinces. César marchant d'abord à eux, dit qu'il alloit combattre des troupes sans général, pour revenir ensuite combattre un général sans troupes. Dans toutes ses expéditions, ce grand homme s'attacha plutôt à se concilier les cœurs par la bienveillance qu'à les soumettre par la force des armes. Un certain Domitius désespérant de pouvoir défendre sa place, avoit demandé du poison à un de ses esclaves, qui étoit médecin. Cet esclave lui donna un breuvage qu'il avala, dans l'espérance de mourir très-promptent. A peine a-t-il le poison dans l'estomac, qu'il apprend la clémence dont le vainqueur ufoit envers ses prisonniers. Il se met à déplorer son infortune, & à se plaindre de la promptitude avec laquelle il avoit pris cette funeste résolution. Mais le médecin calma ses frayeurs, en l'affurant que le breuvage qu'il lui avoit donné, n'étoit point mortel, & n'étoit capable que de procurer un assoupissement. Domitius aussitôt se leva & alla trouver César, qui lui accorda la liberté. —Après s'être assuré des partisans à Rome par un mélange heureux de douceur & de fermeté, César partit pour l'Espagne. Il forma, en passant, le siège de Marseille, en laissa la conduite à Trébonius, & alla battre en Espagne Pétricus, Afranius & Varron, généraux de Pompée. De retour à Rome, où il avoit été nommé dictateur, il favorise les débiteurs, rappelle les exilés, rétablit les enfants des prof-crits, s'attache, par la clémence, les ennemis qu'il s'étoit faits par la force, & obtient le confulat pour l'année suivante. Il quitte l'Italie pour aller en Grèce combattre Pompée, s'empare de toutes les villes d'Épire, se fignale en Étoile, en Thessalie, en Macédoine, & atteint enfin son rival & son ennemi. Le voici, dit-il à ses soldats, ce jour si attendu. C'est à nous à voir si nous aimons véritablement la gloire. L'armée de Pompée fut entièrement mise en déroute à la journée de Pharfale, l'an 48 avant J. C. Un rien décida de cette fameuse bataille, qui, en soumettant la République Romaine à César, le rendit maître du Monde entier : ce fut l'attention qu'il eut de recommander à ses soldats de frapper directement au vifage les cavaliers de Pompée qui devoient entamer l'action. Ces jeunes gens, jaloux de conserver leur figure, tournèrent bride honteusement. Sept mille cavaliers prirent la fuite devant six cohortes. Pompée laissa sur la place quinze mille des fiens, tandis que César n'en perdit que douze cents. La clémence du vainqueur envers les vaincus attira un si grand nombre de soldats sous ses drapeaux, qu'il fut en état de poursuivre son ennemi. Ce grand homme n'étoit déjà plus : il venoit d'être massacré inhumainement en Égypte, où il avoit cru trouver un aïlie. César le pleura, & lui fit élever un tombeau magnifique. Son courage, conduit par un art supérieur, lui ménagea de nouvelles victoires. Il vainquit Ptolomée, roi d'Égypte, se rendit maître de son royaume, & le donna à la fameuse Cléopâtre, dont il eut un fils, nommé Césarion. Pharnace, roi de Pont, ne tarda pas de tomber sous ses coups. Cette victoire lui coûta peu. La guerre fut commencée & finie dans un jour. C'est ce qu'il exprima par ces trois mots : VENI, VIDI, VICI. Il repassa ensuite avec tant de rapidité en Italie, que l'on y fut aussi surpris de son retour que de sa prompte victoire. Son séjour à Rome ne fut pas long; il alla vaincre Juba & Scipion en Afrique, & les fils de Pompée en Espagne. On le vit bientôt à Rome triompher, cinq jours consécutifs, des Gaules, de l'Égypte, du Pont, de l'Afrique & de l'Espagne. La dictature perpétuelle lui fut décernée. La république expira, & Rome eut un maître sous le titre d'empereur. Le Sénat lui permit d'orner sa tête chauve d'une couronne de laurier. On délibéra même, dit-on, de lui donner sur toutes les Dames Romaines des droits qui font frémir la pudeur. César, au plus haut point de sa gloire, voulut l'augmenter encore, en décorant la ville de Rome de nouveaux édifices, pour l'utilité & pour l'agrément ; en faisant creuser, à l'embouchure du Tibre, un port capable de recevoir les plus gros vaisseaux ; en desséchant les marais Pontins, qui rendoient mal-faine une partie du Latium ; en coupant l'isthme de Corinthe, pour faire la jonction de la mer Égée & de la mer Ionienne ; en réformant le Droit, & le réduisant à ce qu'il a de plus important ; en rassemblant de nombreuses bibliothèques publiques. C'est à lui qu'on doit la réformation du Calendrier Romain, faite par Sologènes, savant astronome, qu'il appela d'Alexandrie, pour régler l'année sur le mouvement du soleil. Voyez SOSIGÈNES. Cicéron dit à ce sujet, que le ciel changeoit à la volonté de César : il auroit pu ajouter, & la terre aussi. Cependant au milieu des projets que César formoit pour l'embellissement de Rome, & pour la splendeur de l'empire, il se tramoit une conspiration contre lui. *Caius-Caffius* en étoit le principal chef: *Voyet* son article. Quoique *Céjar* n'ignorât point les menaces de ses ennemis, il mon- troit une grande sécurité & faisoit des préparatifs pour la guerre contre les Parthes. Plus de soixante sénateurs étoient entrés dans le complot. Le jour fut pris pour l'exécution. C'étoit aux ides de mars, parce que ce jour-là on devoit donner à *Céjar*, au moment qu'il sortiroit de Rome, le titre de Roi, en conséquence d'un prétendu oracle des Sybilles, qui annonçoit que les Parthes ne pour- roient être vaincus, si les Romains n'avoient un Roi pour leur général. On étoit convenu que *Céjar* ne prendroit ce titre que hors de Rome & même hors de l'Italie; mais qu'à Rome il n'auroit que celui de *Dictateur*. Les avertisse- mens qu'avoit eus *Céjar*, de se défier particulièrement du jour des ides de mars; les alarmes de *Calpurnie* sa femme, qui tâcha par ses prières & par ses larmes de l'empêcher de sortir ce jour-là, auroient dû lui faire prendre quel- ques précautions. Mais *Brutus*, l'un des conjurés, quoiqu'il fût le con- fident de *Céjar*, craignit que la conspiration ne fût découverte, s'il différoit de se rendre au sénat. Il lui représenta, que les sénateurs étant actuellement assemblés pour lui accorder le diadème, ce séroit les outrager que de rompre leur délibération par la crainte d'un vain songe de *Calpurnie*. En disant ces mots, ce perfide ami le prit par la main & l'entraîna en quelque sorte hors de sa maison. Le sénat s'assembloit, ce jour-là, dans un palais que *Pompée* avoit fait bâtir & qui portoit son nom. Des que *Céjar* eut pris place, les conjurés l'environnèrent comme pour le faluer. *Tullius-Cimber*, l'un d'eux, s'approcha de lui pour lui de- mander la grace de son frère qui étoit exilé. *Céjar*, importuné de ses instances, le repousse pour l'éloigner. Alors *Servilius-Cafea*, qui étoit derrière sa chaise, le frappa à l'épaule d'un coup de poignard: le coup gliffa, & *Céjar* s'étant retourné, lui cria: « *Traître! que fais-tu?* » Et comme il s'étoit lève, il reçut dans l'estomac un coup mortel. Dans l'instant tous les conjurés fondirent sur lui avec tant de fureur, que plusieurs d'en- tr'eux se blessèrent eux-mêmes. Tout mourant qu'il étoit, il se détendoit comme un lion, lors- qu'apercevant *Brutus* un poignard à la main, il lui fit un tendre reproche, se couvrit la tête de sa robe & alla tomber percé de ving- trois coups, aux pieds de la statue de *Pompée*, dans la 56$^{e}$ année de son âge, l'an 44 avant J. C. *Cicéron*, qu'on n'avoit point admis dans le secret du complot, parce que sa timidité étoit connue, se plaignit après coup que les con- jurés n'eussent pas fait main-baise sur les principaux amis de *Céjar*. Ils ont exécuté un projet d'enfant, avec un courage de héros, écrivit-il à *Atticus*; l'arbre est abattu, mais les racines j'obsistent. Couper les ra- cines de la tyrannie, étoit im- possible alors; elles ténoient aux mœurs qu'on ne pouvoit plus changer. Mais si Rome ne pou- voit plus demeurer libre; s'il falloit necessairement qu'elle subit la loi d'un seul, *Céjar* n'auroit-il pas mérité qu'on eût préféré sa domination à celle de tous les autres ambitieux de Rome? On a beaucoup parlé de sa fortune, a dit un homme d'esprit; mais cet homme extraordinaire avoit tant de grandes qualités, sans aucun défaut, quoiqu'il eût bien des Vicés, qu'il auroit été bien difficile que quelque armée qu'il eût commandée, il n'eût été vainqueur; & qu'en quelque République qu'il fût né, il ne l'eût gouvernée. » Ses avantages étoient, une figure noble & gracieuse, un esprit brillant & solide; une éloquence tour-à-tour agréable & mâle, également propre à gagner le cœur d'une femme & à ranimer celui d'un soldat; une hardiesse surprenante pour enfanter les projets les plus vœux, une activité merveilleuse pour les suivre dans tous leurs détails, & un talent supérieur pour les faire réussir; une valeur qui subjugue tout, & une clémence qui captive le cœur de ses ennemis mêmes. Voyez CATULLE. — César apprend la mort de Caton, & il s'écrie: O Caton! je t'envie la gloire de ta mort; car tu m'as envié celle de te sauver la vie. Cette douceur prenoit sa source autant dans sa politique que dans son caractère: Je veux, disoit-il, regagner tous les esprits par cette voie, s'il est possible, afin de jouir longtemps du fruit de mes victoires. Il eut, par-dessus tout, le grand art de former des hommes qui lui ressemblent, & de faire autant de héros, de tous les capitaines de son armée. Il leur donna la leçon & l'exemple. Son armée ayant plié à la bataille de Munda en Espagne, il se jeta au milieu des ennemis pour se faire tuer, & leur arracha la victoire par cet acte de valeur. Sa vie, dans les camps, étoit simple & frugale. On lui servit un jour des asperges, où l'on avoit mis de l'huile de fenteur, au lieu de l'huile ordinaire; il les mangea, sans faire semblant de s'apercevoir de la méprise. On le vit coucher de préférence sous le toit d'une maison de paysan au dehors, pour que ses officiers ma- lades puffent trouver une chambre au-dedans. Il fut, en un mot, tel que devoit être le maître de Rome, si Rome avoit dû en avoir un. Son nom est à côté & au-dessus peut-être de celui d'Alexandre. Plutarque écrit, « qu'il emporta de force, ou qu'il réduisit par la terreur de ses armes, huit cents villes; qu'il subjuguait trois-cents peuples ou nations; qu'il désit, en différens combats, trois millions d'hommes, dont un million fut tué dans les batailles & un autre million fait prisonnier. » S'il eut les qualités d'Alexandre, il eut aussi quelques-uns de ses vices: cette ambition sans bornes, déterminée à tout oser, à tout gagner ou à tout perdre. Le héros Romain pouffait encore plus loin que le conquérant Grec, le goût de la débauche. On disoit de lui: « qu'il étoit le mari de toutes les femmes, & la femme de tous les maris. » — César cultiva toujours les lettres au milieu du tumulte des armes. S'il se fût livré entièrement à l'éloquence, Cicéron auroit eu un rival qui l'auroit égalé. Pline rapporte de lui des choses extraordinaires, entr'autres, « qu'il écrivoit & lisoit en même temps; qu'il disoit à ses secrétaires, & donnoit audience à des ambassadeurs. » Des ouvrages en vers & en prose, que César avoit composés, il ne nous reste que ses Commentaires sur les guerres des Gaules, & sur les guerres civiles: ouvrage qui, quoique fait en forme de mémoires, peut passer pour une histoire complète, mais pas toujours impartiale. Voyez MÉTELLUS. Le héros narre ses victoires avec la même rapidité qu'il les a remportées. L'éloge qu'en faisoit Cicéron, n'est point outré. Le voici: Nudî sunt, resti & venusti, & omni orationis ornatu, tanquam vesle, detractio; *flutis scribendi materiam prabuit, fanos vero homines à scribendo deterruit*. Parmi les éditions de ces Commentaires, les curieux recherchent la première de Rome 1469, in-folio; celle *cum notis variorum*, Amsterdam 1697, in-8°, Leyde 1713, in-8°, & 1737, 2 vol. in-4°; celle de Londres, in-folio, 1712; celle *ad usum Delphini*, in-4°, 1678; celle d'Elgér, 1735, in-12; celle de Barbou, 2 vol. in-12, 1755, qui est ornée de quatre cartes & d'une nomenclature géographique; & celle de Glasgow, 1750, in-folio. D'Ablancourt a traduit les Commentaires de César, in-4°, & en 2 vol. in-12. En 1787, *Turpin de Crissé* en a donné une traduction en françois, avec des notes judicieuses & savantes, qui présentent une instruction tout à la fois politique & militaire, 3 vol. in-8°. Les Histori n'ont remarqué qu'aucun de ses meurtriers ne lui avoit survécu de trois ans, & que tous avoient péri de mort violente. *Voy, au mot CROMWEL*, un parallèle entre lui & César.
II. CÉSAR, (*Lucius Cæsar*) oncle de Marc-Antoine le triumvir, avoit suivi le parti de Pompée. Ayant été député des deux factions pour parler de paix, il fut mis au rang des profcrits par le jeune *Ollave*, & affaffiné peu après. Antoine, vivement pique de l'outrage fait à son oncle, ne se reconcilia avec *Ollave* qu'à condition qu'il abandonneroit *Cicéron* à sa vengeance pour lui faire subir le même traitement.—*Voycy II. JULIE*, épouse de Marc-Antoine.
CÉSAR DE BORGIA, *Voycy BORGIA*.
CÉSAR DE VENDÔME, *Voycy I. VENDÔME*.
CÉSARA, petite fille de *Noé*; se setira en Irlande, suivant la tradition de cette fille, après le déluge, & en fut la première habitante.
CÉSARI, (*Alexandre*) dit le *Grec*, habile graveur en creux au 16° flecte, mérit les éloges de Michel-Ange son contemporain. Le chef-d'œuvre de cet artiste est, au rapport de *Vasari*, un camée représentant la tête de *Phocion* l'Athénien. Michel-Ange voyant une médaille de *Césari*, représentant d'un côté le pape *Paul III*, & de l'autre *Alexandre le Grand*, prosterné aux pieds du grand-prêtre des Juifs, s'écria qu'elle étoit le chef-d'œuvre de l'art, & que la gravure, loin d'acquérir plus de perfection, ne pouvoit que rétrograder ! *Césari* a gravé aussi le portrait de Henri II roi de France, sur une cornaline.
CÉSARI, *Voycy SAINT-CÉSARI*.
CÉSARINI, (*Juliep*) cardinal, d'une famille noble de Rome, préfiée au concile de Basle, & parut avec éclat à celui de Florence. Le pape *Eugène IV* l'envoya en Hongrie, pour prêcher la croisade contre les Turcs, & pour porter le roi *Ladistas* à rompre avec eux. Il n'y avoit point de prétexte pour violer une paix jurée sur l'Évangile; mais *Césarini* fit vouloir la prière du pape, & la maxime de ne pas garder la foi aux hérétiques, & encore moins aux Musulmans. Il perfuada. Il y eut une bataille donnée près de Varne, en 1444, *Voycy AMURAT II*, gagnée par les Turcs contre les Chrétiens. Le cardinal, qui s'y étoit trouvé, périt dans cette journée. Les uns disent qu'en passant une rivière, il fut abîmé par le poids de l'or qu'il portoit; d'autres affurent que les Hongrois mêmes le tuèrent, & se vengèrent sur lui du mauvais succès de leur parjure. — De la même famille étoit Virginio CÉSARINI, jeune seigneur Romain, mort en 1624 à 30 ans, après avoir montré des connoissances rares en médecine, en jurisprudence, dans les langues, & avoir cultivé avec succès l'art oratoire & la poésie latine & italienne. On frappa, à son honneur, une médaille, où son portrait étoit à côté de celui de Pic de la Mirandole.
CÉSARION, naquit à Alexandrie, de Jules-César & de Cléopâtre; il avoit une ressemblance marquée avec son père, & possédoit plusieurs de ses qualités. Lorsqu'il eut atteint sa treizième année, Antoine & Cléopâtre le déclarèrent successeur du royaume d'Égypte, de l'île de Chypre & de la Cœléfyrie. Mais Auguste, loin de lui confirmer ce riche héritage, le fit mourir cinq ans après. Il fut porté, dit-on, à cette cruauté par le philosophe Arius, l'un de ses courtisans, qui lui dit, « que le monde seroit embarrassé de deux Césars, & qu'il n'en pouvoit souffrir qu'un. »
CÉSONIE, (Milonia) femme de l'empereur Caligula, n'étoit ni fort jeune ni fort belle, lorsque ce prince l'épousa l'an 30 de Jésus-Christ. Mais elle avoit l'art de se faire aimer, en entrant dans tous les goûts de son époux, l'accompagnant dans ses voyages habillée en Amazone, flattant son inclination pour le luxe & la volupté. On prétend qu'elle pouffoit la complaisance jusqu'à permettre qu'il l'exposât nue aux yeux de ses favoris, dans la fureur de ses débauches insensées, Caligula ayant été affaffiné, Chéras envoya le tribun Cælius-Lupus, pour se défaire de Césonis & de sa fille Julie-Drufille. Cet homme perça la mère de plusieurs coups d'épée, & écrasa le tête de la fille contre la muraille de la galerie où son père avoit été poignardé, afin qu'il ne demeurât rien d'un sang si abominable. Césonie préfenta son sein découvert au fer meurtrier, avec une confiance admirable.
CESPÈDES, (Paul) peintre de Cordoue, s'est rendu célèbre en Espagne & en Italie où il fit deux voyages. Sa manière de peindre approche beaucoup de celle du Corrège: même exactitude dans le dessin, même force dans l'expression, même coloris. Voyant une statue antique de Sénèque le philosophe, sans tête, il en substitua une qui excita l'admiration publique. On ne peut encore voir sans émotion son tableau de la Cène dans la cathédrale de Cordoue, où chaque Apôtre présente un caractère différent de respect, d'amour & de sainteté; le CHRIST, un air à la fois de grandeur & de bonté; & Judas, un air chagrin & faux. Les talens de Céspèdes ne se bornoient pas à la peinture, si l'on en croit l'enthousiasme des auteurs Espagnols pour cet artiste, il fut philosophe, antiquaire, sculpteur, architecte; savant dans les langues hébraïque, grecque, latine, arabe & italienne; grand poète & fécond écrivain. Il mourut en 1608, âgé de plus de 70 ans.
CESTIUS, fatirique impudent, osa exercer sa critique sur Cicéron. Sa témérité fut punie comme elle le méritait. Ce censeur paraît mangeoit un jour chez M. Tullius, fils de Cicéron, qui avoit alors le gouvernement de l'Asie. *Tullius*, qui ne tenoit rien du génie de son père, & qui avoit très-peu de mémoire, demanda plusieurs fois à un de ses domestiques, quel étoit celui qui mangeoit au bas bout de sa table ? Comme il oublioit toujours le nom de *Cætius*, le domestique lui dit enfin : *C'est ce misérable censeur, qui sou- tenoit que votre père étoit un igno- rant... Tullius indigné, ordonna qu'on apportât des verges, & fit rudement fouetter le *Louille* en sa présence.* I. CÉTHÉGUS, noble Romain, qu'on croit être le même que *Publ. Corn. Céthegus*, qui prit le parti de *Marius* contre *Sylla*, jouit d'un si grand crédit dans Rome, qu'il étoit presqu'impos- fiale de réussir en rien sans son entremise. Il avoit une maitresse à laquelle il ne pouvoit rien re- fufer, & qui, par cette raison, disposoit à son gré de toute la république. *Lucullus* fut obligé de faire sa cour à cette femme, pour obtenir la permission d'aller com- battre *Mithridate*, & les Romains de la première qualité ne rou- girent pas de commettre mille baffesses, pour monter aux char- ges par la recommandation de *Céthegus*.
II. CÉTHÉGUS, (Caius Corn.) convaincu d'avoir conf- pité avec *Catilina* à la ruine de sa patrie, & d'avoir été le plus emporté de ses complices, fut étranglé dans sa prison.—Un autre sénateur de cette famille, con- vaincu d'adultère, fut décapité sous *Valentinien*, en 368.
CÉTHURA, seconde femme d'*Abraham*, que ce patriarche épousa à l'âge de cent quarante ans, & dont il eut six enfans : *Zamram, Jefian, Madan, Madian, Jesboe & Sué. Abraham* donna des prêens à tous ses enfans, & les envoya demeurer vers l'Orient dans l'Arabie déferte, ne voulant pas qu'ils habitaient dans le pays que le Seigneur avoit promis à *Ifriac*. On croit que c'est d'eux que fortirent les Madianites, les Ephéens, les Dédanéens & les Sabéens, dont il est souvent parlé dans l'Écriture.
CÉTO, (Mythol.) fille de *Naptune*, épousa son frère *Phor- eus*, & en eut les Phorcyades & les Gorgones.
CÉUS, (Mythol.) fils de *Titan* & de la *Terre*, prit les armes contre *Jupiter*, qui avoit abusé de *Latone* ; mais il fut foudroyé comme ses frères.
CEYX, (Mythol.) fils de l'é- toile du Jour, roi de Trachinie, étoit mari d'*Aleyone*, fille d'*Eole*. Ce prince, voulant aller conful- ter l'oracle de Claros sur la mé- tamorphose de son frère en éper- vier, sa femme, qui l'aimoit ten- drement, craignant qu'il ne lui arrivât quelque malheur dans son voyage, le conjuroit, par ses prières & par ses larmes, de re- noncer à cette résolution ; *Cèyx* de son côté la prioit aussi avec instance de le laisser partir, lui promettant qu'il feroit de retour avant deux mois. Enfin il partit. A peine son vaisseau étoit en pleine mer, qu'il fut battu d'une vio- lente tempête & coulé à fond. Cependant *Aleyone* faisoit nuit & jour des vœux pour le retour de son cher époux, lorsqu'elle ap- prit en songe qu'il étoit mort. A son réveil, elle courut sur le rivage de la mer, où, après avoir porté ses regards de tous côtés, elle apperçut de loin un cadavre C H A 22 au milieu des flots. Ayant bientôt reconnu que c'étoit Céys, elle alloit se précipiter dans la mer, lorsque les Dieux, touchés de compassion, la changerent en oiseau de son nom. Aussitôt elle vola sur la tête de son mari; & après lui avoir donné mille baisers, qui lui rendirent le sentiment, elle le vit tout-à-coup changé comme elle en Alcyon. Le calme régnoit sur les mers dans le temps que ces oiseaux faisoient leurs nids, attachés aux algues marines & suspendus sur les flots.
CÉZELI, (Constance de) d'une ancienne & riche famille de Montpellier, femme de Barri de Saint-Aunet, gouverneur pour Henri IV à Leucate, s'est immutale par un courage au-dessus de son sexe. Les Espagnols prirent son mari, en 1570, comme il alloit communiquer un projet au duc de Montmorency, commandant en Languedoc. Ils marchèrent aussitôt avec les Ligueurs vers Leucate, persuadés qu'ayant le gouverneur entre leurs mains, cette place ouvrirait tout de suite ses portes. L'intrépide Constance assembla la garnison & les habitans, & se mit à la tête des assiégés, une pique à la main. Les assiégeans furent repoussés par-tout où ils se présentèrent. Honteux & désespérés de leur mauvais succès, ils envoyèrent dire à cette héroïne, que si elle continuait à se défendre, ils alloient faire pendre son mari. Constance fut attendrie, sans être ébranlée. J'ai des biens considérables, répondit-elle, les yeux baignés de larmes; je les ai offerts, & je les offre encore pour sa rençon; mais je ne racheterai point par une indigne lâcheté, une vie, dont il aurait honte de jouir. Les assiégeans ayant échoué dans une nouvelle attaque, ils eurent la basse cruauté de faire mourir. Barri, & leverent le siege. La garnison voulut user de reproduites sur le seigneur de Loupian, Ligueux, fait prisonnier. Cette femme, aussi généreuse que vaillante, s'y opposa. Henri IV, pénétré d'admiration, lui envoya le brevet de gouvernante de Leucate, avec la survivance pour son fils.
CÉZÈNE, (Michel de) Voyet OCEAM.
CHABANES, Voyet DAMMARTIN. I. CHABANES, (Jacques de) seigneur de la Police, maréchal de France, gouverneur du Bourbonnais, de l'Auvergne, du Forez, du Beaujolais, du Lyonnais, se signala dans toutes les guerres de son temps. Il suivit le roi Charles VIII à la conquête de Naples, & Louis XII au recouvrement du duché de Milan. Il contribua beaucoup au gain de la bataille de Ravenne, en 1512. Prisonnier l'année d'après à la journée des Éperons, après s'être comporté en grand capitaine & en soldat plein de bravoure, il échappa à ceux qui l'avoient arrêté. L'Italie fut encore témoin de plusieurs de ses exploits. Il se trouva à la prise de Villefranche, à la bataille de Marignan, & au combat de la Bicoque, en 1512. De l'Italie il passa en Espagne, secourut Fontarabie, fit lever le siege de Marseille, & alla mourir, les armes à la main, à la bataille de Pavie, en 1525. Si François premier l'avait cru, il se seroit retiré, au lieu de courir le risque de cette journée. Chabanes eut son cheval tué sous lui, & comme il se mutait en état de combattre à pied, il fut fait prisonnier par un Espagnol, & tué brutalement de fuss 224 CHA froid par un autre. D'Arnaud rapporte sa mort à un autre événement que la bataille de Pavie. « La Palice, dit cet écrivain, commandait dans une citadelle; il avait fait une forrie vigoureuse; il est couvert de blessures; il veut reprendre le chemin du fort : les Espagnols lui ferment le passage. Alors il s'appuie contre une muraille, se détend long-temps avec son épée & soutient le choc de plusieurs affaillons. Cédant enfin à l'imchaineur situation, il tombe tout couvert de sang. Un soldat a l'inhumanité de lui décharger un coup de pique sur la tête, qui lui tracait les os; l'épée échappe enfin des mains de la Palice; il est traîné expirant à la tente de Gonfalve, qui le menace de lui faire souffrir une mort ignominieuse, s'il n'oblige à l'instant les affages de lui livrer le fort. Ce grand homme écoute tranquillement l'Espagnol, & se contente de proférer ces mots, d'une voix mourante : Qu'on me porte aux pieds des remparts! & la, il fait appeler son lieutenant, qui paroît « Cornon, lui dit-il, Gonfalve, que vous voyez, menace de m'ôter un reste de vie, si vous ne vous rendez promptement. Mon ami, vous devez savoir en quel état est la citadelle: regardez-moi comme un homme déjà mort; &, si vous avez quelque espoir de tenir jusqu'à l'arrivée du duc de Nemours, faites votre devoir. « La Palice, continue le même auteur, n'étoit ni Grec, ni Romain; il étoit François. On ne farroit mettre trop souvent sous nos yeux ces portraits de famille. Mendoza, un des généraux Espagnols, ne put, dit l'Histoire, s'empêcher dans une occasion de s'écrier : O heureux LA PALICE! Que Ferdinand avec toute sa puissance, que Gonfalve avec toute son habileté, me paroissent petits auprès de toi! Eloge d'autant plus flatteur, qu'il étoit dans la bouche d'un ennemi.
II. CHABANES, (Joseph-Gaspard Gilbert de) évêque d'Agen, mort en 1767, avoit prêché avec quelque succès. On a de lui des Sermons & quelques Discours, imprimés séparément. C'étoit un prélat de beaucoup d'esprit, qui avoit déhumé, dans son diocèse, par la hauteur & l'esprit de réforme, & qui finit par la bonté & l'indulgence : aussi étoit-il presque généralement aimé. Il n'étoit point de la branche du maréchal de Chabanes, qui s'étoit éteinte dans son petit-fils; mais d'une autre branche perpétuée par un oncle du maréchal.
CHABANON, (N. de) de l'académie Françoise & de celle des Belles-lettres, né en 1773... mort à Paris le 12 juillet 1792, étoit un poète médiocre, mais un littérateur estimable, instruit & laborieux. Il donna, en 1762, au théâtre sa tragédie d'Eponine qui n'eut aucun succès; il fit imprimer, en 1764, celle d'Eudoxie, qui ne réussit guère plus à la lecture que l'autre à la représentation. Chabanon essaya aussi de l'opéra par celui de Sabinus, joue en 1773; mais il échoua encore, parce que le travail ne supplée point le génie. Sa verification est, en général, sèche, pénible & glacée. Les ouvrages en prose de Chabanon, ont plus de mérite. Les principaux sont : I. Traduction des Pythiques de Pindare, avec des notes, 1771, in-8. Voltaire en a fait l'éloge. II. Traduction des Idylles de Théorite. C'est la seule de ce poète ancien, qui nous en donne une faible idée. Elle est, en général, écrite avec pureté & quelquefois avec élégance; mais manquant de chaleur & & de coloris. Dans l'Effai sur le genre bucolique qui la précède, les poètes qui s'y font exerces, font fagement appréciés. III. Eloge de Rameau, 1764. IV. Différation sur Homère. V. Viedu Bants, 1773, in-8.º VI. De la Musique, confidérée en elle-même & dans ses rapports avec la parole, les langues, la poésie & le théâtre, 1785, 2 vol. in-8.º Cet ouvrage, écrit avec goût & juste, mérita beaucoup de lecteurs. VII. Eloge de Foncemagne, 1780. VIII. Eloge de le Feron, 1791. IX. Tableau de quelques circonstances de ma vie, 1795. Cet écrit est posthume; l'auteur s'y peint comme souvent trompé par les événemens & les objets de ses plus tendres affections. L'espérance des succès littéraires, qui fut souvent déçue, troubla aussi la vie de ce littérateur qui méritait d'être heureux. Il avait toutes les qualités sociales. Doux, officieux, complaisant, il ne s'indignoit point des succès des autres; il s'empressoit à les soutenir par ses éloges & à les servir; & il s'est peint avec vérité dans ce vers: J'aime à louer; j'y trouve une douceur secrète. Malgré son érudition, il cultivait les arts agréables & jouait avec supériorité du violon. — Son frère, CHABANON de Maugris, mort en 1780, avait comme lui du goût pour la poésie & la musique. Il donna à l'opéra, en 1775, Alexis & Daphné, pastorale tirée d'une idylle de Gessner; & Philémon & Baucis, ballet héroïque. On a encore de ce dernier, une traduction du troisième livre d'Horace, en vers durs & raboteux. Elle parut en 1773.
CHABAUD, (Joseph) Oratorien du diocèse de Senès, mort en 1762, remporta des prix dans diverses académies, & publia le Parnasse Chrétien, 1760, 2 vol. in-12; recueil de vers, où il a inféré ce qu'il avait fait de plus supportable en poésie. I. CHABOT, (Jeanne) abbeffe du Paraclet, laissa son abbaye, au grand scandale de ses contemporains, pour professer publiquement la religion protestante, sans néanmoins se marier, ni abandonner son habit de religieuse. Elle mourut le 25 juin 1593. Son nom a semblé un titre pour quitter le cloître. Voyez V. CHABOT.
II. CHABOT, (Philippe) seigneur de Brion, d'une famille illustre originaire du Poitou, amiral de France, chevalier de l'ordre de St-Michel & de la Jarretière, gouverneur de Bourgogne & de Normandie, fut pris à la bataille de Pavie, en 1525, avec le roi François I, dont il étoit le favori. On l'envoya l'an 1535 en Piémont, à la tête d'une armée: les villes du Bugey, de la Bresse, de la Savoie, lui ouvirent leurs portes. Il aurait poussé plus loin ses conquêtes, si ses ennemis n'y cuissent mis des bornes. On ne fait pourquoi Montmorencé & le cardinal de Lorraine, jaloux de sa faveur, l'accusèrent de malversation. Une commission, à la tête de laquelle étoit le chancelier Poyet, le condamna, en 1541, à perdre sa charge, & à payer une grosse amende. François I, aux reproches duquel il avait répondu infolément, aurait voulu un arrêt de mort, pour le rendre plus respectueux, & pour avoir le plaisir de lui donner sa grâce. Comme il ne put payer l'amende de 70,000 écus à laquelle il avait été condamné, il demeura plus de deux ans en prison. La sentence prononcée contre Chabot, avait aussi peu satisfait le chancelier que le roi. Sous prétexte que c'étoit à ce magistrat, en 226 CHA qualité de président du tribunal, à y donner la dernière forme, *Poyet* se la fit apporter, & ajouta de son chef aux concussions & malverfactions dont étoit convaincu l'amiral, les mots *infidélités*, *déloyautés*. Il ajouta encore à la privation des offices & au bannissement auxquels on le condamnoit, la clause : *j'ans pouvoir jamais être rappelé*. Cette rigueur ne se foutait pas long-temps contre les larmes de la ducheffe d'*Étampes*. L'amiral obtint la permission de mettre sous les yeux des mêmes commissaires qui l'avoient jugé, quelques pièces qui servaient à sa justification, & qui n'avoient point été produites pendant le cours de la procédure. Les commissaires, sans porter atteinte au premier jugement, déclarèrent l'accusé exempt du crime de l'ese-majesté, & d'infidélité au premier chef. Bienôt après, le roi lui permit de venir à la cour. *Eh bien*, lui dit-il, *vantent-vous encore votre innocence?* — *SIRÉ*, répondit humblement l'amiral, *j'ai trop appris que nul n'est innocent devant son Dieu & devant son Roi ; mais j'ai du moins cette consolation, que toute la malice de mes ennemis n'a pu me trouver coupable d'aucune infidélité envers Votre Majesté*. Abattu par ce revers, & ne conservant plus rien de sa première fierté, il sollicita & obtint des lettres de grâce qui le déchargeaient de l'amende & le rétabliffoient dans ses emplois, mais aux dépens de son honneur, puisqu'il paroissait s'interdire à jamais tous les moyens de revenir contre le premier jugement. Le chancelier qui les dressa, non-feulement y inséra mot à mot le premier arrêt; mais il eut l'attention d'ajouter, qu'il avait été porté au vu & au fu du Roi, & muni de son approbation, ce qui achevait de le mettre à l'abri de toute révision. *Chabot* mourut le 1$^{er}$ juin 1543, regardé comme un homme plus courtois que grand politique, & comme un seigneur vain & fastueux, qui avait plus de fierté dans les manières, que de générosité dans le cœur. Sa postérité masculine fut éteinte par la mort de son fils, qui ne laissa que des filles. — Il y avait d'autres branches, de l'une desquelles étoit le fameux *Jarnac* : un petit-fils de celui-ci a commencé la branche des *Rohan-Chabot*, qui prit ce titre de *Marguerite*, héritière de *Henri* duc de *Rohan*, & épouse de *Henri de Chabot*, mort en 1655.
III. CHABOT, *Voy*. JARNAC.
IV. CHABOT, (*Pierre Gautier*, dit) né en Poitou l'an 1516, précepteur des petits-fils du fameux chancelier de l'*Hôpital*, s'appliqua principalement à leur expliquer *Horace* d'une manière particulière. Son *Commentaire* fut ce poète est une analyse du texte, suivant les règles de la grammaire & celles de la rhétorique. Il fit imprimer un échantillon de cet ouvrage en 1582, & le mit en entier au jour cinq ans après. Il travaillait à une seconde édition, lorsqu'il mourut en 1597, à 80 ans. *Jacques Graffier*, héritier de ses remarques nouvelles, les inséra dans l'édition de 1615, in-folio. V. CHABOT, (*François*) né à Saint-Geniez dans le département de l'Aveyron, se fit capucin, & quitta le froc si-tôt que les décrets de l'assemblée constituante le lui permirent. Une honne et attribuable, une violence naturelle, l'habitude de l'imposture en firent le lieutenant de *Robespierre*, près duquel il fégé à la première législature & à la convention. Ses motions peignent sa férocité; elles curent pour objet de dénoncer les généraux *Dillon*, *Rochambeau*, le duc de *Briffus*, & un grand nombre de ses collègues; de faire mettre à prix la tête de *Lafayette*; de tranquilliser l'assemblée sur les maffacres qui s'opéroient au mois de septembre 1792 dans les prisons; de s'opposer à ce qu'on donnât des conseils à *Louis XVI* accusé; de demander une nouvelle loi contre les émigrés, si simple, qu'un enfant pût les envoyer à la guillotine; d'abroger la loi martiale, afin que le peuple pût librement se rassembler, se faire justice, & frapper quiconque lui paroissoit ennemi de la révolution. *Chabot*, ayant fait vœu de pauvreté, comme capucin, & ne pouvant avoir de fortune, n'annonça pas moins, en époustant une Autrichienne, qu'il jouissoit de sept cent mille livres. Il introduisit, l'un des premiers, le dégoûtant costume qui distinguoit alors les chauds patriotes, surnommés *Sans-culottes*. On le vit entrer à la Convention, la poitrine découverte, les jambes nues, en fabots, avec le bonnet rouge sur la tête. Renfermé au Luxembourg comme complice de *Danton*, il fut envoyé à l'échafaud le 5 avril 1794. Il avoit cherché à s'empoisonner quelques jours auparavant avec du sublimé corrosif; mais les douleurs qu'il ressentit en ayant fait soupçonner la cause, on lui donna des secours, & on prolongea ses jours jusqu'à son exécution, qu'il subit avec fermeté à l'âge de 35 ans.
CHABRÆUS, (Dominique) mort au milieu du XVIIe siècle, a donné *Stirpium Sciographia & Icones*. Genève, 1677, in-folio.
CHABRIAS, général Athénien, célèbre par ses grandes actions, défit, dans un combat naval, *Pollis* général Lacédémonien. Envoyé au secours des Thébains contre les Spartiates, & abandonné de ses alliés, il soutint seul, avec ses gens, le choc des ennemis. Il fit mettre ses soldats l'un contre l'autre, un genou en terre, couverts de leurs boucliers, & étendant en avant leurs piques; cette attitude empêcha qu'ils ne fussent enfoncés : *Agéfilas*, général des Lacédémoniens, quoique vainqueur, fut obligé de se retirer. Les Athéniens érigèrent une statue à *Chavias*, dans la posture où il avoit combattu. Ce grand-homme rétablit ensuite *Nellenabo* sur le trône d'Égypte : peu de temps après, il mit le siège devant Chio, & y périt l'an 355 avant J. C. Son vaisseau fut coulé à fond. Il auroit pu l'abandonner & se sauver à la nage; mais il préfera la mort à une fuite honteuse. *Chabrias* avoit une grande idée du poste de général, & il croyoit qu'il falloit être pourvu d'excellentes qualités pour le bien remplir : *Je préférerais*, disoit-il, une armée de *Cerfs* commandée par un *Lion*, à une armée de *Lions* commandée par un *Cerf*.
CHABRIT, (Pierre) conseiller au conseil souverain de Bouillon, & avocat au parlement de Paris, mourut dans cette ville en 1785. Né sans fortune, les besoins & les chagrins abrégèrent ses jours. En lisant ses ouvrages, on estimera son esprit; en le voyant, on estimoit encore davantage son caractère. Ses mœurs étoient simples; il n'avoit point cette politesse affectée qui cache souvent les vices de l'âme. Quoiqu'il fût très-doux, il paroissoit capable de résolutions fortes, & il soutenoit les travaux les plus pénibles. Son livre intitulé : *De la Monarchie Françoise, & de ses Lois*, 1784, 2 vol. in-8°, offre des vues nou- 228 CHA velles, & de grandes connoiffan- ces ; mais on lui a reproché de les répandre d'une main trop éco- nome, de ne pas donner affez de développement à ses idées, affez d'étendue à ses phrases, de chercher trop à imiter le style de Montefique, dont il a souvent la précision & l'énergie, mais plus fouvent encore la féchereffe. L'au- teur obtint, en 1782, de l'académie Françoise, le prix confacré à l'encouragement d'un homme de Lettres. Diderot avoit proposé à Catherine II, impératrice de Ruffie, de lui envoyer Chabrit pour l'aider dans l'établissement de sa nouvelle législation. « Cha- brit, difoit-il, defire d'être utile. Il a profondément étudié nos lois, nos ufages, nos coutumes, les progrès fucceffifs de notre civili- fation. Il a le sens juste, le ca- ractère doux & simple, des mœurs pures, des lumières sans préten- tion, & avec de la modeste, les connoiffances qu'une souveraine qui fongé nuit & jour au bonheur de ses sujets, ne fauroit manquer d'ambitionner. » Chabrit étoit mort avant la réponse de l'impératrice. I. CHABRY, (Marc) peintre & sculpteur, mort en 1727 à Lyon, où il s'étoit marié, étoit né à Barbantane en 1660. L'empe- reur Léopold l'avoit appelé au- pres de lui. Lyon renfermoit plu- sieurs de ses ouvrages, entr'autres le maître-hôtel de l'Eglise Saint- Antoine, la figure de Louis XIV qui se voyoit à l'Hôtel-de-Ville, & le piédestal de la statue équestre qui se voyoit en Bellecour. La révolution qui a couvert Lyon de ruines, y a détruit ces trois ou- vrages. Une Figure d'Hercule, & une Statue de la Vierge, présentées à Versailles, lui méritèrent le titre de Sculpteur du Roi. Un négociant de Lyon, nommé de Bargues; acheta deux mille livres un Christ de buis sculpté par cet artiste, & le maréchal de Villeroi lui en donna six mille d'une statue de l'hiver.
II. CHABRY, (Marc) fils du précédent, suivit la profession de son père, se diftingua comme lui dans la sculpture, & orna Lyon sa patrie, de ses ouvrages. Cette ville lui doit les Bassins qui se voyoient dans la place de Belle- cour, la Chaire & les Statues de l'Eglise des Carmes-Déchauffés, & plusieurs autres dans celle des Chartreux. La révolution a détruit plusieurs de ces morceaux.
CHACABOUT, foliaire Afiatique, devint chef d'une secte qui s'est étendue dans les îles du Ja- pon, au Tunquin, & dans le royaume de Siam. Ceux qui trans- greffent ses lois, doivent passer en divers corps pendant l'espace de trois mille ans, avant que d'être admis à la région du bonheur. Chacabout défend aux hommes l'abus des lumières, en cherchant à connoître les secrets que Dieu s'est réservés. Les plus grands crimes, suivant lui, font le men- fonge, l'homicide & la perfidie.
CHACON, Voyet CIACONIUS.
CHÆKSPIR : c'est ainsi qu'on prononce en anglois SHAKES- PEAR; Voyet ce dernier mot.
CHAILLON, (Jacques) docteur en médecine au XVIIe siècle, de la ville d'Angers, est auteur des deux ouvrages suivants : I. Re- cherches de l'origine & du mouvement du sang, Paris 1664, in-8°; 1677 & 1699, in-12. II. Questions de ce temps, Angers 1663, in-8° : c'est presque le même ouvrage que le précédent.
CHAIS, ( Charles ) né à Genève en janvier 1701, devint pasteur à la Haye en 1728, & mourut dans cette ville en octobre 1785, dans la 85e année de son âge & la 58e année de son ministère. Les malheureux soutenus par ses consolations, les jeunes gens éclairés par ses instructions, & les pauvres secourus par ses charités, tous le pleurèrent unanimement. On s'empressa pendant cinquante ans à entendre ses sermons, où l'on voyait les principes clairs & solides d'une sage morale, & les sentimens affectueux d'un homme qui connoissait le cœur humain, & qui savait le toucher. Né avec une figure intéressante, & s'étant formé à une politesse douce & attentive, il fut encore un homme aimable dans le monde, à qui il fut plaire sans trop s'y livrer. Comme homme-de-lettres, il écrivit avec savoir, avec ordre, avec netteté. Nous avons de lui : I. La Sainte Bible avec un Commentaire littéral & des Notes choisies, tirées de divers Auteurs Anglois ; ouvrage publié depuis 1742 jusqu'à 1777, six volumes in-4. Il a laissé en manuscrit un septième volume. Cette production est justement estimée ; il est dommage que l'auteur n'ait pas fini ce Commentaire, qui n'embrasse pas même tous les livres historiques de l'ancien Testament. II. Le Sens littéral de l'Écriture-Sainte, traduit de l'anglois de Stuckouse, in-8°, 3 vol. 1738. III. Lettres historiques & dogmatiques sur le Jubilé & les Indulgences, in-8°, 3 vol. 1751 ; peu favorable aux principes des Catholiques, contre lesquels l'auteur étoit injustement prévenu. IV. Les Mœurs Angloises, traduites de l'anglois de Brown. V. Catéchisme historique & dogmatique, in-8°, 1755. Mais un monument plus précieux que les livres de Chais, est la maison de charité que l'Église Protestante Françoise fonda à la Haye. Chais en conçut le plan, le fit goûter, en obtint l'exécution, & veilla à sa conservation avec le zèle de l'humanité & de la charité. I. CHAISE, ( Jean Filleau de la ) frère du traducteur de Don Quichotte, naquit à Poitiers, & vint à Paris de bonne heure. Il s'attacha à la ducheffe de Longueville, au duc de Rohan, & aux Solitaires de Port-Royal. Il mourut en 1693. Son Histoire de Saint Louis, en 2 vol. in-4°, faite sur les Mémoires du savant Tillemont, est recherchée aujourd'hui & devenue rare. Quoiqu'écrite d'un style lâche, elle fut reçue avec tant d'empressement, que le libraire fut obligé, le premier jour de la vente, de mettre des gardes chez lui. Le parti opposé à Port-Royal, engagea l'abbé de Choisy à donner une autre Histoire de Saint Louis. Elle fut composée en moins de trois semaines ; &, malgré son air superficiel, les agrémens & la légèreté du style du nouvel historien, firent oublier l'exactitude & l'érudition de l'Histoire de la Chaise, dont les matériaux seuls avoient coûté deux ans de recherches. — FILLEAU DE SAINT MARTIN, son frère, donna en 1697 la seule traduction passable que nous ayons de Don Quichotte. Mais il est loin de l'élégance & de la finesse de l'original. Il n'a songé qu'à être littéral. Presque toutes les expressions comiques sont manquées. D'ailleurs le roman de Cervantes, quoiqu'excellent, offre quelques longueurs & quelques traits de mauvais goût, qu'on pouvoit retrancher.
II. CHAISE, ( François de la ) né en Forez l'an 1624, se 230 CHA fit Jéuite au sortir de sa rhétorique. Il étoit petit-neveu du Père Cotton, célèbre dans cette compagnie. Après avoir professé avec beaucoup de succès les belles-lettres, la philosophie & la théologie, il fut élu provincial de la province de Lyon. Il remplissoit cet emploi, lorsque Louis XIV le choisit pour son confesseur, à la place du Père Ferrier, en 1675. Une figure noble & intéressante, un esprit orné, un caractère doux & poli, lui acquiert beaucoup de crédit auprès de son pénitent. Il présenta au roi presque tous les sujets pour les bénéfices, & ce ne fut pas toujours avec choix. Il aimoit le luxe & les plaisirs, plus qu'il ne convenoit à un religieux, & fur-tout au confesseur d'un roi. Les mécontents lui reprocherent souvent ses maisons de campagne, ses équipages, ses repas, les richesses qu'il répandoit sur sa famille. Madame de Maintenon, peu amie des Jésuites, quoiqu'ennemie des Jansénistes, lui attribua long-temps la tiédeur de Louis XIV. Cette dame le trouvoit faux & beaucoup trop familier. « Il a, dit-elle dans une lettre au cardinal de Noailles, plus de talent pour le mal que pour le bien. Cela peut-il être autrement, quand les intentions ne font pas droites ? Peut-être aussi est-ce faute de lumière. Il fait de grandes doléances au Roi... Il surprend sa bonté par de tels discours. » — Le Père de la Chaise est venu me voir, dit-elle dans une autre lettre : il étoit gai, libre à sa manière. Sa visite avoit plus l'air d'une infulte que d'une honnêteté. » Les Jansénistes lui furent encore moins favorables que Mad. de Maintenon. Ils l'accusèrent d'indulgence, dans un temps où, selon eux, il auroit dû être sévère. Ils le blâmèrent encore plus d'être entré dans toutes les persécutions que la société leur suscita. Il est sûr qu'il ne leur fut pas favorable, & qu'il tourna l'esprit de son pénitent contre eux : mais si on le compare à son successeur le Père Tellier, il étoit très-modéré. Duclos le peint comme un homme qui avoit plus de souplesse & d'adresse que ce Jéuite normand. « Sachant à propos alarmer ou calmer la conscience de son pénitent, il ne perdoit point de vue ses intérêts ni ceux de sa compagnie, qu'il servoit sourdement, laissant au roi l'éclat de la protection. Persécuteur voilé de tout parti opposé, il en parloit avec modération, en louoit même quelques particuliers. Il montroit sur sa table le livre du Père Quisnel, ses Réflexions morales, & disoit à ceux qui paroissient étonnés de son estime pour un auteur d'un parti opposé à la société : Je n'ai plus le temps d'étudier ; j'ouvre ce livre, & j'y trouve toujours de quoi m'édifier & m'instruire. A sa mort, en 1709, le roi en fit publiquement l'éloge, rappela les occasions où le Père de la Chaise avoit pris contre lui le parti de gens accusés ou suspects, & ajouta : je lui disois quelquefois, vous êtes trop doux. Ce n'est pas moi qui suis trop doux, me répondoit-il, c'est vous, sire, qui êtes trop dur. » Il est bon de rapprocher de ce jugement de Duclos, celui du duc de Saint-Simon : « Le Père de la Chaise, dit-il, étoit d'un esprit médiocre, mais d'un bon caractère ; juste, droit, sensé, sage, doux & modéré, fort ennemi de la délation, de la violence & des éclats. Il avoit de l'honneur, de la probité, de l'humanité, de la bonté ; affable, poli, modeste, même respectueux. Il étoit désintéressé en tout genre, quoique fort attaché à sa famille; il se piquoit de noblesse, & il la favorisa en tout ce qu'il put; il étoit soigneux de bons choix pour l'épiscopat, fursour pour les grandes places; & il fut heureux tant qu'il eut l'entier crédit. Facile à revenir, quand il avoit été trompé, & ardent à réparer le mal que son erreur lui avoit fait faire, d'ailleurs judicieux & précautionné... Par bien des faits en sa vie, il supprima bien des friponneries, & des avis anonymes contre beaucoup de gens, en servit quantité, & ne fit jamais de mal, qu'à son corps défendant; aussi fut-il généralement regretté. Les ennemis même des Jésuites furent forcés de lui rendre justice, & d'avouer que c'étoit un homme de bien & honnêtement né, & très-digne de remplir sa place. » On a imprimé à Cologne en 1696, l'histoire particulière du Père de la Chaise, 2 vol. in-16. Elle est remplie de traits fatiriques. Il mourut le 20 janvier 1709, à 85 ans, membre de l'académie des Inscriptions, dans laquelle il méritoit une place par son goût pour les médailles. Le Père de la Chaise reçut de toutes parts les plus beaux morceaux d'anti-quités, & les communiqua toujours à l'académie, qui ne lui doit pas peu à cet égard. Voyez CAULET.
CHAIX, (Dominique) curé de Baux près de Gap, Botaniste exact, & recommandable par ses lumières & sa bienfaisance. On a inféré sa Flore Gapençais dans l'Histoire des plantes du Dauphiné, par Villars. Ce dernier a lu au Lycée de Grenoble, l'éloge de Chaix, mort à 69 ans, dans le courant de l'an huit.
CHALAIS, (Henri de Taleyrand prince de) étoit un cadet de l'illustre maison de Taleyrand. Il parut à la cour de Louis XIII, & plut à ce prince par les agrémens de sa figure, & par son habileté dans divers exercices. Il fut nommé grand-maître de la garde-robe. Gaston, frère du roi, en fit son favori, & la fameuse duchesse de Chevreuse son amant. Le cardinal de Richelieu avoit indisposé une partie des courtifans par son orgueil & son despotisme. Gaston étoit à la tête des mécontens. Il se forma un complot pour affaîmer le ministre, qui ayant su que Chalais y étoit entré, le fit accuser par le comte de Louvigni d'avoir conspiré contre la vie du roi. La cour étoit alors à Nantes, où le grand-maître fut d'abord mis en prison. Une commission tirée du parlement de Bretagne, le garde des sceaux Marillac à leur tête, lui fit son procès. On peut voir la relation de ce procès dans le Journal d'Aubery. « Je dirai feulement que le bruit public dans le temps fut, dit de Bury; que le Comte s'étoit reconnu coupable d'avoir conseillé à Gaston de quitter la Cour & de se joindre aux Huguenots; d'avoir sollicité les Commandans de fêleurs places importantes, de les livrer à ce prince pour les mettre en état de résister au Roi; d'exciter les troubles dans le royaume; enfin d'avoir affilité à un Conseil où le grand-Prieur étoit avec ceux de sa faction, dans lequel on avoit proposé de poignarder le Cardinal de Richelieu, pour tirer de prison le Maréchal d'Ornano. » Tels furent les principaux chefs d'accusation. A l'égard des autres qu'on mêla dans cette grande affaire, je rapporterai feulement ce que dit le Père. Griffet, & je laisserai aux lecteurs la liberté d'en penser ce 232 CHA qu'ils jugeront à propos, ne trouvant pas ce qu'il avance appuyé de preuves suffisantes. Il paroît, dit ce Jésuite, qu'il y eut encore d'autres dépositions, qui furent tenues plus secrètes; car on ajoute que Chalais, foit par la force de la verite, foit par l'espérance d'arrêter les procédures, en nommant parmi les complices une Reine qu'on ne pouvoit s'empêcher de ménager, avoit déposé qu'il s'étoit agi parmi les conjures, de faire déclarer le roi impuissant & incapable de régner, de lui ôter la couronne, de faire casser son mariage avec Anne d'Autriche, qui auroit enfuite épousé MONSIEUR; & que cette princelle étroitement liée avec la ducheffe de Chevreuse, & par elle avec la plupart des conjures, ayant eu connoissance de ce projet, y avoit donné les mains: mais cette déposition ne fut point rendue publique; & il n'eût pas même certain qu'elle ait exilé... Quoi qu'il en foit, Gaston, follicita en vain la grace de Chalais; il fut condamné à avoir la tête tranchée. Les amis de cet infortuné courtisan firent absenter le bourreau, dans l'espérance que les délais donneroient le moyen de toucher le roi. Mais Richelieu, craignant de perdre cette occasion d'intimider ses ennemis, se fervit d'un cordonnier détenu pour crime dans les prisons de Nantes. Cet homme, armé d'une espèce de hache de tonnelier, donna plus de trente coups au malheureux Chalais, avant que la tête fut feparée de son corps. Au vingtième coup, le mourant s'écria pour la dernière fois: Jésuite! MARIE! Cette exécution se fit le 19 août 1626. Un ennemi de Chalais, ou un courtisan de Richelieu, ôta lui faire une épingre, où il avoit la fottise barbare de dire que c'étoit par un trait de la justice divine, qu'au lieu d'être décapité, il avoit été hâché. On a prétendu que, pendant l'instruction du procès, le cardinal de Richelieu s'étoit masqué plusieurs fois pour aller trouver le prisonnier, auquel il promit son pardon s'il avonoit qu'il avoit conspiré contre le roi. Chalais fit, dit-on, cet aveu; mais voyant qu'il n'avoit servi qu'à avancer sa mort, il nia constamment ce prétendu complot. Voyez l'Histoire de Louis XIII par le Vassor, les Mémoires de Baisompierre, & le sixième volume des Mémoires de l'abbé d'Artigni. On rapporte dans ce dernier ouvrage, que lorsque Chalais habilloit Louis XIII; il lui faisoit des grimaces par derriere; que même dans sa prison, il ne pouvoit s'empêcher de dire du mal du roi: ce qui fit dire à Louis XIII: Cet homme est d'un malicieux naturel. Mais il se peut faire aussi, que ceux qui vouloient le perdre dans l'esprit de ce prince ombrageux, aient supposé les propos & les grimaces faites par derriere.
CHALCAS, Voy. CHALCHAS.
CHALCIDIUS, philosophe Platonicien du 3e siècle, a laissé un bon Commentaire sur le Timée de son maître. Quelques savans l'ont cru Chrétien, parce qu'il parle de l'inspiration de Moïse. Il est vrai qu'il rapporte ce que les Juifs & les Chrétiens en ont pensé; mais il en parle avec l'indifférence d'un philosophe, sans se déclarer ni pour les uns, ni pour les autres: il ne paroît décidé, que lorsqu'il s'agit du Paganisme. Son Commentaire, traduit du grec en latin, parut à Leyde en 1617, in 4.
CHALCINUS, descendant de Céphale, vivait deux siècles après C H A 233 te héros, banni d'Athènes, pour avoir tué sa sœur *Procris*. Son petit-fils defroît revoir la patrie de ses ancêtres; mais avant que de s'y présenter, il alla consulter l'oracle de Delphes, qui lui imposa une expiation. *Chalcinus* parut alors à Athènes, où il reçut le droit de bourgeoisie. I. CHALCONDYLE, (Démétrius) Grec, né à Candie, suivant *Fontenai*, réfugié en Italie, après l'invasion des Turcs, mourut à Rome, en 1513, après avoir publié une *Grammaire* grecque, in-fol. dont la première édition, sans date & sans nom de ville, est très-rare. *Fontenai* dit qu'il fut imprimeur à Florence, puis à Milan, & qu'il imprima lui même dans la première ville, l'*Hombre* grec, en 2 vol. in-fol. qui porte son nom. Ce dernier ouvrage passe pour un chef-d'œuvre typographique, soit parce qu'il est en beaux caractères avec de grandes marges, soit parce qu'on le croir le premier livre grec imprimé. Sa date est de 1488. Le titre de cet *Hombre* ne prouve pas que *Chalcondyle* fut imprimeur. *Debure* le rapporte en entier. Il y est dit : *Labore & in-dufris Demetrii Chalcondyla*; & plus bas, *Florentia Typis Bernardi & Nerii Tanaidis Gilii*. Cette édition fut réimprimée à Paris en 1525, & à Basle, en 1546, in-4.
II. CHALCONDYLE, (Laonic) natif d'Athènes, écrivit, dans le 15e siècle, une *Histoire des Turcs*, en dix livres, depuis 1298, jusqu'en 1462. Cette Histoire, traduite en latin par *Glauser*, est intéressante pour ceux qui veulent suivre l'empire Grec dans sa décadence & dans sa chute, & la puissance Ottomane dans son origine & ses progres; mais il y a beaucoup de faits posés sans examen. L'Histoire de *Chalcondyle* parut en grec & en latin, au Louvre 1650, in-fol. Il y en a une traduction françoise, de *Vigenère*, continuée par *Mezerai*, 1662, 2 vol. in-fol.
CHALES, (Claude-François Millet de) Jésuite; né à Chambéri en 1621, fit honneur à sa société, par ses talens pour les mathématiques. Ses supérieurs l'ayant chargé d'enseigner la théologie, en auroient fait d'un excellent mathématicien un théologien mediocre, si le duc de *Savoie* n'avoit dit qu'on devoit laisser vieillir un tel homme dans la science pour laquelle il avoit un talent décidé. Il professa avec distinction à Marseille, à Lyon, à Paris, & mourut à Turin en 1678, à 57 ans. On a de lui un *Cours de Mathématiques* complet, 4 vol. in-fol. Lyon 1690. Son *Traité de la Navigation*, & ses *Recherches* sur le centre de *Gravité*, sont les deux morceaux de ce recueil dont les connoisseurs sont le plus de cas. Le Père de *Chales* n'a pas beaucoup inventé; mais il a ramassé avec choix & avec jugement les idées des autres, & c'est un mérite plus rare qu'on ne pense. *Voyez EUCLIDE*.
CHALES, *Voyez CHASLES*.
CHALIER, (Marie-Joseph) né en 1747, à Beaudard en Dauphiné, d'une famille Piémontoise, embraffa d'abord l'état ecclésiastique, & le quitta pour suivre une vie défordonnée. Chasse de son pays, il parcourut le Portugal, le royaume de Naples, & vint à Lyon suivre la carrière du négoce, où il acquit quelque fortune. Dès l'origine de la révolution françoise, il en adopta les idées les plus outrées & les plus sanguinaires. Disciple de *Marat* qu'il étoit allé admirer à Paris, il est reçut des leçons, pour immoler à Lyon tous les citoyens distingués par leurs lumières ou leur probité. Châlier, avide d'imiter les maffacres executés à Paris les deux & trois-septembre 1792, entra au club des Jacobins de Lyon, un poignard à la main, & propofa d'établir une guillotine sur le pont Morand, pour exécuter 900 personnes, & jeter leurs corps dans le Rhone. Cet horrible projet fut heureusement déjoué. Bientôt les Lyonnois, laffés de la tyrannie de la Convention, firent un généreux effort pour en secouer le joug; Châlier alors fut arrêté, traduit devant le tribunal criminel, & condamné à mort, le 17 juillet 1793. Après le fêge de Lyon, les révolutionnaires déterrèrent le corps de Châlier, honoré par eux comme un martyr, le brûlerent, renfermèrent ses cendres dans une urne d'argent, & les portèrent à la Convention, qui les fit placer au Panthéon. Elles en furent ôtées quelque temps après.
CHALINIÈRE, (Joseph-François Sans du Bois de la) chanoine pénitencier de l'église d'Angers, membre de l'académie de la même ville, & ancien professeur en théologie, est auteur des Conférences du diocèse d'Angers sur la Grâce, en 3 vol. in-12. Quoiqu'il eût moins de précision & de netteté dans l'esprit que Babin, le premier auteur de ces Conférences, son ouvrage ne laisse pas d'être estimé. Il partagea sa vie entre l'étude & les exercices de son ministère, & se distingua autant par son zèle que par son érudition. Il mourut en 1759.
CHALIPPE, (François-Louis) Récollet sous le nom de Père Candide, mort à Paris sa patrie en 1757, à 90 ans, après 73 ans de profession religieuse, se fit respecter par son savoir & ses vertus. Baillet ayant dit qu'il étoit étonnant que, dans un ordre aussi étendu que celui de S. François, il n'eût pas encore paru de Vie de ce saint fondateur, qui fut écrite d'une manière supportable, le Père Chalippe entreprit cette Histoire & la publia, in-4°, 1728. Cet ouvrage est estimé pour les recherches & la critique. On a encore de lui quelques Sermons détachés, qu'il avoit prêchés dans différentes occasions.
CHALLE, (Charles-Michel-Ange) professeur de l'académie de peinture à Paris, sa patrie, naquit en 1718, & mourut dans cette ville, le 8 janvier 1778, honoré de lettres de noble. Le & décoré du cordon de l'ordre de Saint-Michel. Ses tableaux ornent divers édifices de la capitale. Celui qu'on voit à Saint Hippolyte, représentant le clergé de Rome qui félicite ce Saint sur sa conversion, est un des plus estimés. Le roi de Prusse, pour lequel il avoit fait une Vénus & une Diane, tenta en vain de l'appeler à Berlin. Les Anglois, l'impératrice de Russie & d'autres princes, lui firent les mêmes invitations, & ne réussirent pas mieux que Frédéric. Challe a imité tout-à-tout la manière du Guide, de Salvator Rosa & de Boucher, & les a quelquefois imités avec succès. Il n'eut point d'enfants de son épouse, fille du célèbre Nattier. Il a laissé, en manuscrit, la traduction des Œuvres de Piranefe, & un Voyage d'Italie. I. CHALLONER, (Thomas) né à Londres en 1515, suivit Charles-Quint dans son expédition d'Alger, & s'échappa du naufrage à l'aide d'une corde. De retour dans sa patrie, Elifabath l'envoya comme ambassadeur en Allemagne & en Espagne. Il revint mourir à Londres, le 7 octobre 1565. On lui doit un Poème en latin à la louange d'Henri VIII, une traduction en anglois de l'Eloge de la Folie, par *Erasme*, & un ouvrage, in-4°, imprimé à Londres, en 1579, sous ce titre: *De Republica Anglorum instauranda*.
II. CHALLONER, (Robert) quira, à vingt ans, la religion protestant pour se faire catholique, & devint évêque de Dibra. Il mourut en 1778, après avoir publié des *Mémoires* pour servir à l'histoire de ceux qui ont souffert en Angleterre pour la religion, Londres 1741.
CHALON, prêtre de l'Oratoire, mort au milieu du siècle qui vient de finir, a publié, en 1720, un arès-bon *Abrégé de l'Histoire de France*, en 3 vol. in 12. Le président de *Harley* lui avoit demandé cet ouvrage pour servir à l'éducation de son fils. *Hénau* qui le loue, reconnoit y avoir puisé avec succès. Cet *Abrégé*, à peine connu, mériterait une autre édition.
CHALONS, (Philibert de) prince d'Orange. Voy. ORANGE.
CHALOTAIS, (Louis-René de Caradeuc de la) procureur-général au parlement de Rennes, mort le 14 juillet 1785, fut l'un des premiers magistrats qui se signalèrent dans l'affaire de l'expulsion des Jésuites. Son *Compte rendu* de leurs Constitutions, 1762, 2 vol. in 12, fera long-temps célèbre par la force & l'énergie du style. Mais, comme l'éloquence entraîne quelquefois trop loin, il n'a point gardé de justes méfures, lorsqu'il a parlé des hommes célèbres que la société éteinte a produits dans presque tous les genres. Une affaire plus intéressante encore l'occupa ensuite. Il crut, en qualité d'homme public, pouvoir contrarier les opérations du commandant de la province, qui n'agissait que par ordre de la cour. Cette démarche lui attira une disgrace longue, des emprisonnements, & son procès lui fut fait par des commissaires nommés par le gouvernement. Les accusations intentées contre lui ayant paru déstitues de preuves, il revint dans sa patrie, & y jouit de l'amitié & de l'éthème de tous ses concitoyens. Il avoit dans la conversation beaucoup de feu, d'agrément, & l'esprit de faillie. Le marquis de *Luches* le compare à cet égard à *Voltaire*. Comme ce fameux poète, il ne fut pas toujours réprimer ses bons mots, & il éprouva comme lui qu'une parole hasardée mal-à-propos est quelquefois la source de bien des peines. Parmi les Mémoires qu'il publia pendant le cours de sa fameuse affaire, on distinguait l'*Exposé justificatif de sa conduite*, 1767, in-4°. Il écrivit l'un de ses Mémoires avec un cure-dent & de la fuite; & c'est à cette occasion que *Voltaire* dit que son *cure-dent* graveait pour l'immortalité. On a encore de lui un *Essai d'éducation nationale*, 1763, in-8°, où l'on trouve des vues lumineuses & quelques idées qu'on ne pourroit adopter qu'avec des modifications. —Son fils, aussi procureur-général du parlement de Rennes, fut immolé par le tribunal révolutionnaire de Paris, le 28 mefidor an 2, à l'âge de 65 ans.
CHALUCET, (Armand-Louis Bonin de) étoit évêque de Toulon, lorsque le duc de *Savoie* assiégea cette ville en 1707. Il rendit de grands services en cette occasion. Il s'appliqua avec ardeur à entretenir l'union parmi les commandans de l'armée qui devoit la défendre. Il fournit de l'argent & de la farine pour le pain, & pendant le siège il demeura intrépide au milieu des bombes, qui tombé- 236 CHA vent au nombre de treize dans sa maïson, même au coin de son lit. En reconnoissance de son zèle, la ville lui fit dresser un monument dans l'hôtel-de-ville, avec une inscription honorable. Ce prélat avait autant de lumières que de vertus. Il mourut au mois d'août 1712.
CHALUET, (Matthieu de) conseiller au parlement de Tou- louse, juge de la poésie Françoise, & mainteneur des Jeux-Floraux, étoit d'une ancienne famille d'Au- vergne. Il fut nommé par Henri IV à une place de conseiller d'état, sans employer d'autre sollicitation que celle de son mérite & de son attachement au roi. Il est princi- palement connu dans la république des lettres, par sa traduction des Œuvres de Sénèque le philosophe, mise au jour à Paris en 1604, in- folio. Il a rendu en phrases lon- gues & boursouflées les pensées concisés & vives de son original. Chaluet mourut à Toulouse en 1607, à 79 ans.
CHAM, fils de Noé, frère de Sem & de Japhet, né vers l'an 1476 avant J. C., cultiva la terre avec son père & ses frères après le dé- luge. Un jour que Noé avait pris du vin avec excès, il s'endormit dans une posture indécente. Cham le vit & en avertit ses frères, pour exposer son père à leurs railleries. Noé, instruit de son impudence, maudit Chanson fils de Cham, pu- tiissant le père dans les enfants. Cham eut une nombreuse postérité. On croit que l'Égypte, où il s'é- rabit, l'adora dans la suite sous le nom de Jupiter Ammon.
CHAMBERLAYNE, (Édouard) gouverneur du duc de Grafton, mort à Chelsea en 1703, est au- teur de l'État présent de l'Angleterre; dont Jean son fils donna une non- velle édition, qui a été suivie de quelques autres. La première est de 1671, in-12. Jean, mort en 1725, a traduit beaucoup d'ouvrages fran- çois, italiens & hollandois.
CHAMBERS, (Éphraïm) na- quit à Milton, dans le West-Mor- land, d'un fermier qui le desti- noit à une profession mécanique. Éphraïm ayant fait de bonnes études à Oxford & plein de goût pour les sciences, se plaça chez un faiseur de globes. Mais la passion des études du cabinet l'emportant, il se renferma dans la retraite, où il conçue le projet de son Encyclo- pédie, dont les deux premiers volumes in fol. parurent en 1728, & qui fut augmentée ensuite de trois autres volumes. L'auteur avait été sollicité d'en donner une édition en France, où il s'étoit rendu pour changer d'air. Mais il aima- mieux retourner dans sa partie en 1739, & s'étant livré au travail plus que jamais, il n'y vécut pas long-temps. Il mourut l'année d'a- près à Islington, le 15 mai 1740. Il se fit lui-même son épitaphe, dans laquelle il dit qu'il a été multis- pervulgatus, paucis notus; nec cru- ditus, nec idiota, transiliens virum inter lucem & umbram, &c. &c. Le plan de son Encyclopédie est bon; mais l'exécution n'y répond pas toujours. On y désire une foule de choses dans les articles de sciences & d'arts libéraux. On ne trouve quelquefois que deux ou trois phrases, où il fal- loit des pages. Dans la partie des arts-mécaniques, presque tout est à suppler; Chambers aimant la solitude, compilait des livres, & ne voyait guères d'artistes. Dans les autres parties, il a copié sou- vent sans choix & sans mesure les livres françois. Il faut avouer ce- pendant qu'il y a un certain nombre d'articles traités avec clarté & méthode. Chambers a eu part à l'Histoire philosophique de l'académie des sciences de Paris, publiée par Martyn, en 3 vol. in-8.
CHAMBONNIÈRE, (N.) musicien François, mort en 1670, comptoir des pièces avec goût, & les exécutoit avec le même succès sur le clavecin. Ses ouvrages sont divisés en deux livres, dans lesquels on distingue deux pièces, la Courante & la Marche du marié & de la mariée. I. CHAMBRAI, (Robert de) élu abbé de Saint-Étienne de Caen l'an 1368, mort en 1393, étoit d'une illustre maison de Normandie au diocèse d'Évreux. Le pape Clément VII lui accorda, par une bulle, le droit de porter les ornemens pontificaux dans son monastère, & dans les autres églises qui en dépendent, même en présence de l'évêque diocésain & de tout autre prélat. Ce fut de son temps que les armes des meilleures familles de Normandie, avec leurs alliances, furent peintes dans les lieux les plus fréquentés de cette abbaye. C'est donc une erreur, de croire que ce sont les armes des seigneurs qui accompagnèrent le duc Guillaume l'an 1066 à la conquête d'Angleterre, puisque ces armes n'ont été peintes que vers 1370, sous le règne de Charles V dit le Sage.
II. CHAMBRAI, (Jacques-François de) chevalier, grand-croix de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, né à Évreux en 1687, étoit de la même famille que le précédent. Il s'acquit une grande réputation dans la guerre qu'il fit toute sa vie aux Infiables, sur lesquels il prit onze vaissieux, en- C H A 237 tr'autres la Patronne de Tripoli en 1723, & en 1732 la Sultane, portant pavillon de contre-amiral du grand-seigneur. Pour récompensé de ses services, le grand-maître le fit vice-amiral & commandant-général des troupes de terre & de mer, de la religion. Ce brave homme fit construire à ses frais dans l'isle de Gozo une forteresse appelée de son nom la Cité neuve de Chambrai; & par cet ouvrage important il a mis les Gozetins à l'abri des insultes des Barbaresques, rendu le siège de Malte presque impossible, & assuré le commerce des puissances Chrétiennes dans la Méditerranée. Il mourut en 1756, à 69 ans, à Malte, avec la réputation d'un des plus grands hommes de mer de son siècle. L'ordre a accordé à son petit-neveu Louis de Chambrai, marquis de Conflans, la permission de porter la croix de Malte.
III. CHAMBRAI, (Rolland FRÉARD, sieur de) appelé aussi Chantelou, parent & ami de Desnoyers secrétaire d'état, est plus connu pour avoir amené le Pousin de Rome en France, que par son Parallèle de l'Architecture antique avec la moderne, à Paris, in-fol. en 1650, quoique bien accueilli dans son temps, & assez estimé encore aujourd'hui. Il a été réimprimé en 1702. On a encore de lui une version françoise du Traité de la Peinture de Léonard de Vinci, Paris 1651, in-fol. I. CHAMBRE, (Marin Cureau de la) né au Mans vers l'an 1594, membre de l'académie Françoise & de celle des sciences, médecin ordinaire du roi, égaya l'étude de la médecine & de la philosophie par la culture des belles-lettres. Il laissit des ouvrages dans tous ces genres. I. Les Caraïens 238 CHA des Passions, 4 vol. in-4°, réimprimés à Amsterdam en 5 vol. in-12. II. L'Art de connoître les hommes : deux ouvrages de morale, qui ne valent pas, pour le fonds & pour la forme, Abbadie & la Bruyère. Il y a beaucoup de choses vagues, & quelques-unes chimériques. III. La Connoissance des Bêtes, in-4° IV. Conjectures sur la digestion. V. Le Système de l'Ame; & plusieurs autres morceaux sur des matières de physique. Il mourut le 29 novembre, en 1669, à 75 ans, pénètre des vérités de l'Évangile, dont il avoit pratiqué les devoirs.
II. CHAMBRE, (Pierre Cureau de la) fils puiné du précédent, & membre comme lui de l'académie Françoise, fut destiné d'abord à la médecine; mais une furdité qui lui survint, le fit tourner du côté de l'église. Il mourut en 1693, curé de Saint-Barthélemi. Ses connoissances ne se bornoient pas aux matières ecclésiastiques. Il écrivit peu; mais il engagea plusieurs personnes timides, quoiqu'habiles, à écrire. Il se comparoit à Socrate, qui ne produisant rien de lui-même, aidoit les autres à produire. On lui a attribué plusieurs bons mots. Le P. Hardocin ayant prétendu que l'Histoire des Juifs de Josèphe étoit de quelque moine du 13e siècle. « Nous le croirons, dit l'abbé de la Chambre, quand il nous aura prouvé que les Jésuites ont compuît les LETTRES Provinciales. » Il vouloit qu'en écrivant on effaçât beaucoup : il disoit que les ratures des Auteurs sont des mouches qui fient bien aux Muses. Quoiqu'il aimait la poche, il ne fit jamais qu'un seul vers en sa vie; Boileau, à qui il le récita, s'écria en l'admirant : Ah! M. le Curé, que la rime en est belle! On a de lui plusieurs Panégyriques, imprimés séparément in-4° Voy. BOUHOURS, à la fin.
III. CHAMBRE, (François Ilharart de la) docteur de la maison & société de Sorbonne, & chinoise de Saint-Benoît, mourut à Paris, sa patrie, en 1753, à 56 ans. On a de lui différens ouvrages, qui prouvent qu'il avoit approfondi les matières qu'il a traitées. Les principaux sont: I. Un Traité de la vérité de la Religion, 5 vol. in-12. II. Un Traité de l'Église, 6 vol. in-12. III. Un Traité de la Grace, 4 vol. in-12. IV. Un Traité du Foulaire, en 4 volumes in-12; & plusieurs autres écrits contre le Batanisme, le Jansénisme & le Quénisme, qu'on lui dans le temps. V. Une Introduction à la Théologie, in 12, &c.
CHAMBROY, (N.) chirurgien de Lyon, fut renommé dans son art, & public, en 1680, un Traité des Maladies vénériennes. Il mourut en 1715. Son fils devint abbé de Sainte-Geneviève à Paris.
CHAMIER, (David) Dauphinois, fut long-temps ministre à Montelimar. Nommé en 1612 professeur de théologie à Montauban pour les Protestans, il y fut tué d'un coup de canon en 1621, sur un bastion où il faisoit les fonctions de prédikant & de soldat. Ce ministre, souvent employé dans les affaires difficiles de son parti, dressa avec Forget le célèbre Édit de Nantes. La politique ne nuitit point en lui à la controverse. On a de lui 4 vol. in-fol. contre Bellarmé, sous le titre singulier de P. Paraclé Catholique, ou Guerre de l'Éternel. Quoique ce titre soit fanatique, & que l'ouvrage le soit aussi, on y trouve pourtant des choses curieuses. Son petit-fils, ministre en Dauphiné, accusé de prêcher violemment en faveur du Calvinisme, fut roué en 1683, & placé parmi les martyrs de la feste. Le grand-père & le petit- fils étoient, de l'aveu des Protef- tans, des hommes roides, inflexibles, & incapables de céder aux artifices que la Cour mettoit en usage pour les affoiblir. I. CHAMILLARD, (Étienne) Jésuite, né à Bourges 1656, en- seigna les humanités & la philo- fophie avec succès. On le vit pa- toitre ensuite dans les chaires, & il annonça la parole de Dieu pen- dant vingt ans avec autant de zèle que de fruit. Il mourut à Paris en 1730, à 70 ans. Il étoit très-verfô dans la connoissance de l'antiquité. On a de lui : I. Une savante edi- tion de Prudence à l'usage du Dan- phin, avec une interprétation & des notes; Paris 1637, in-4° Elle est rare. II. *Differtations sur plu- sieurs Médailles, Pierres gravées & autres Monumens d'antiquités*, in-4°, Paris, 1711. Le P. *Chamillard*, qu'une inclination naturelle avoit porté à l'étude des médailles, étoit devenu un antiquaire habile. Ce- pendant le désir de posséder quel- que chose d'extraordinaire, & qui ne se trouvât point dans les au- tres cabinets de l'Europe, l'aveu- gla sur deux médailles qu'il croit antiques. La première étoit un *Pacatien* d'argent médaille incon- nue jusqu'à son temps, & qui l'est encore aujourd'hui. Le P. *Cha- millard*, ayant trouvé cette pièce, en fit grand bruit. *Pacatien*, selon lui, étoit un tyran; mais par mal- heur personne avant lui n'en avoit parlé, pas même *Treb. Pollio*; & ce tyran fortoit de dessous terre, après quatorze ou quinze cents ans d'oubli. La fausseté de cette mé- daille a été généralement recon- nue, depuis la mort de son pos- C H A 239 fesseur. La seconde médaille sur laquelle il se trompa aussi, étoit une *Annia Faustina*, Grecque, de grand bronze. La princesse y portoit le nom d'*Aurelia*, d'où le P. *Chamillard* conclut qu'elle def- cendoit de la famille des *Antonins*. Elle avoit été frappée, selon lui, en Syrie, par les soins d'un *Qui- rinus* ou *Cirinus*, qui descendoit, à l'en croire, de ce *Quirinus* dont il est parlé dans l'Évangile de S. Luc. *Chamillard* étala son éru- dition dans une belle dissertation. Il triomphoit, lorsqu'un antiquaire Romain se déclara le père d'*Annia Faustina*, & en fit voir quelques autres de la même fabrique. *Voy.* COLONIA.
II. CHAMILLARD, (Michel— de) d'abord conseiller au parlement de Paris, maître des requêtes, con- seiller d'état, contrôleur-général des finances en 1699, & ministre de la guerre en 1707, parvint à toutes ces places par son adresse au billard, jeu qui plaisoit beau- coup à Louis XIV. Il ne voulut se charger ni des finances, ni de la guerre, qu'après que le roi lui eut dit : *Je ferai votre second*. Il connoissoit lui-même son inhabi- leté, & il écrivoit à *Catinat* : *Je ne suis qu'un robin qui fait son no- viciat dans la guerre; ainsi, entre vous & moi, tout ce que je vous dis ne veut rien dire*. Les cris du public l'obligèrent à se démettre de ces deux emplois, du premier en 1708, & du second en 1709. *Voy.* BON- NEVAL. Il augmenta les impôts, il multiplia les billets de monnoie, il vendit à vil prix les croix de Saint-Louis; il se servit de tous les expédiens auxquels on a re- cours dans les temps malheureux. Peu de ministres ont essuyé autant d'épigrammes que *Chamillard*, parce que les peuples souffroient, & que 240 CHA les fouffrans se plaignent volontiers. Lorsqu'il mourut en 1721, à 70 ans, un anonyme lui fit cette épitaphe : Ci gît le fameux Chamillard, De son roi le protonotaire, Qui fut un Héros au billard, Un Zéro dans le ministère. Il étoit en effet regardé comme un ministre foible & incapable, mais comme un particulier honnête homme. Il donna une grande preuve de sa probité, lorsqu'il étoit conseiller au parlement. Rapporteur d'un procès injustement perdu par sa négligence, il rendit à la partie condamnée vingt mille livres dont il s'agiffoit dans cette affaire. I. CHAMILLY, (Noël Bouton de) cadet d'une maison ancienne, originaire du Brabant, porta les armes de bonne heure & avec distinction. Il passa l'an 1663 en Portugal, & y fervit en qualité de capitaine de cavalerie sous le maréchal de Schomberg. Ce fut pendant les loifirs que lui laiffoient ses fonctions militaires, qu'il se lia de l'amitié la plus tendre avec une religieuse Portugaisaise. Les Lettres qu'on a données au public, 1682, in-12, & souvent réimprimées depuis, font le fruit de leurs amufémens. Voyet SUBLIGNI, & II. DORAT. Après avoir passé par tous les grades, & s'être signalé en 1675, par la belle défense de Grave, il fut honoré du bâton de maréchal de France en 1703. Il mourut à Paris, en 1715, à 79 ans. Le roi l'avoit nommé chevalier de ses ordres en 1705. Il n'eut point de postérité; & celle de son frère aîné fut éteinte en 1722. Celui-ci lui étoit supérieur pour l'esprit, à ce que dit l'abbé de Saint-Pierre, qui peint d'ailleurs le maréchal de Chamilly comme bienfaisant & généreux. Il l'étoit en effet. Après la défense de Grave, Louis XIV lui permit de lui demander une grace. SIRE, lui répondit Chamilly, je vous prie de m'accorder celle de mon colonel qui est à la Bastille. — Et qui peut être votre colonel? lui repartit le roi avec surprise. — C'est M. de Briquemault: j'ai eu autrefois une compagnie dans son régiment; il m'a formé dans l'art de la guerre, & je ne pourrois, sans ingratitude, oublier ce service. Le roi, touché de la générosité de Chamilly, lui accorda ce qu'il demandoit.
II. CHAMILLY, (Claude-Christophe LORMIER D'ÉTGGES de) né à Paris, devint premier valet de chambre de Louis XVI, & demanda à être fermé au Temple avec ce dernier; ce qui lui fut accordé. Il fut ensuite transféré à la Force & dans la prison du Luxembourg. Chamilly, a qui Louis adressa des remercimens dans son Testament, fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, le 23 juin 1794, à l'âge de 62 ans.
CHAMOS, (Mythol.) Dieu des Cananéens & des Moabites, étoit adoré sur les monts couverts de chênes. Salomon lui éleva un temple sur celui des Oliviers. Vossius croit que Chamos est le même que le Comus des Grecs.
CHAMOUSSET, (Charles-Humbert PIARRON de) maître des comptes à Paris, né dans cette ville en 1717, n'a vécu que pour se rendre utile à ses concitoyens. N'envisageant que le soulagement des malheureux, il s'est efforcé de procurer, par d'excellens projets, les utiles établissements que sa fortune ne lui permettait pas d'entreprendre. Il publia d'abord I. Plan d'une Fans Maison d'association pour les Malades; deux Mémoires, l'un sur la conservation des enfans, l'autre sur l'emploi des biens de l'hôpital Saint-Jacques; Observations sur la liberté du commerce des grains, in-12. Ces différens Mémoires & Projets ont été rassemblés par l'abbé Deshouffoyes, chanoine de Rouen, mort en Sorbonne dont il étoit docteur, en 1783. Il les a publiés sous le titre d'Œuvres complètes de M. de Chamouffet, 1783, 2 vol. in-8. Ce recueil intéressant renferme de plus, tout ce que ce bon citoyen a fait pour l'humanité malheureuse en général, pour l'humanité malheureuse en particulier, ses découvertes en médecine, & ses idées pour augmenter les agrémens de la société. C'est à lui qu'on doit l'invention de la petite Poste. Tous ses momens furent employés à confouler les infortunés. Il pourvoyoit à leurs besoins en santé; il les traitoit dans leurs maladies. Habile dans l'art de guérir & pratiquant lui-même la chirurgie, une foule de malheureux abordoit continuellement son hôtel, qu'on auroit pu appeler à juste titre l'Hôtel de la Bienfaissance. Il saignoit les uns, administroit les autres, donnoit des conseils à ceux-là, des alimens à ceux-ci, & de l'argent à tous. Ces pauvres gens le bénissoient. Chamouffet préféra la charge de maître des comptes à celle de conseiller au parlement, pour consacrer plus de temps aux œuvres de miséricorde. Il étoit d'une société douce & agréable. Il avoit cette gaieté polie, & ce bon ton qui se rencontrent toujours dans une ame sensible. Sa naissance, sa fortune & ses talens lui firent proposer de fort bons mariages. Il étoit sur le point d'en conclure un, lorsqu'il adresa ces paroles à la Dille qu'on lui destinoit: S'il est doux d'exister pour ce qu'on aime; il l'est presqu'autant de consacrer une partie de son existence à ceux qu'on plaint! Mon dessein est de me retirer dans ma terre & d'y fonder un Hôpital. Quelle sera ma joie, lorsque mes vassaux vous verront partager ma charité, & vous loneront comme un Ange descendu du Ciel! Cette effusion de cœur manqua son effet sur la jeune demoiselle, & le mariage ne se fit point. Chamouffet embraffa le célibat: non ce célibat philosophique si fort à la mode, mais celui qui conserve la pureté des mœurs. Sa principale récréation étoit la musique, qu'il aimoit passionnément. Ce citoyen vertueux est mort, trop tôt pour l'humanité, le 27 mars 1773, à 56 ans.
CHAMPAGNE, (le Comte de) Voy. THIBAUT IV. I. CHAMPAGNE, ou CHAM-PAIGNE, (Philippe) peintre, né à Bruxelles en 1602, mort en 1674, à 72 ans, vint à Paris en 1621, & s'y perfectionna sous la Pouffin, & sous Duchesne, premier peintre de la reine. Après la mort de cet artiste, il eut sa place, son appartement au Luxembourg, & une pension de douze cents livres. Il auroit été aussi premier peintre du roi, si le crédit, la réputation & les talens de le Brun ne lui eussent enlevé cette place. La décence guida toujours son pinceau, ainsi que ses mœurs. Il ne se chargeoit d'aucun tableau, dont les figures auroient été entièrement nues. Il ne travailloit jamais le dimanche, quoiqu'il fût très-laborieux. Se levant dès quatre heures du matin, & maniant le pinceau toute la journée, il disoit à ses élèves: Vous devez déjeuner sans quitter l'ouvrage, & la récréation de l'après dîner est le temps que vous mettez à descendre l'escalier pour aller à l'eau droit du travail. Le cardinal de Richelieu auroit voulu se l'attacher ; mais craignant d'être l'esclave de ce ministre, & aimant mieux l'être de son pinceau, il répondit : Je borne toute mon ambition à être le premier de mon art. Ainsi je n'ai rien à désirer de son éminence, puisqu'il lui est impossible de me rendre le plus habile peintre. Son caractère ne pouvoit guères s'affortir avec celui du ministre. Il étoit doux, complaisant, bon ami. Ses tableaux ont de l'invention, son destin est correct, ses couleurs sont d'un bon ton, & ses paysages agreables ; mais ses compositions sont froides, & ses figures n'ont pas assez de mouvement. Il copioit trop fervillement ses modèles. Le Crucifix de la voûte des Carmelites du fauxbourg Saint-Germain, regardé comme un chef-d'œuvre de perspective, est de lui. On voit encore beaucoup de ses ouvrages dans plusieurs maisons royales, & dans différentes églises de Paris.
II. CHAMPAGNE, (Jean-Baptiste) peintre, neveu du précédent, né à Bruxelles en 1643, fut élevé par son oncle. Il faisait entièrement sa manière de peindre, mais il mit dans ses tableaux moins de force & de vérité. Ses principaux ouvrages se voient à Vincennes, aux appartements bas des Tuileries, & dans plusieurs églises de Paris. Il mourut, professeur de l'académie de peinture, en 1688, à 45 ans.
CHAMPGENETZ, (L.) officier aux gardes-Françoises, connu par l'agrément de son esprit & de ses vers, périt à 35 ans, victime du tribunal révolutionnaire de Paris, qui le condamna à mort en juillet 1793. Il avoit travaillé aux Ailes des Apôtres, feuilles gaies & malignes qui parurent au commen- cement de la révolution, & où l'on trouve des détails piquants & des anecdotes assez curieuses. Les couplets satiriques de Champeenetz lui avoient quelquefois mérité l'animadversion de l'ancien gouvernement. En voici deux de lui qui sont gais sans être méchans : D'un ami suivant les leçons, Je fais des chansons & des dettes ; Les premières sont sans figons ; Mais les secondes sont bien faites. C'est pour échapper à l'ennui Qu'un homme prudent se dérange. Quel bien est solide aujourd'hui ? Le plus sûr est celui qu'on mange : Eh ! qui ne doit pas maintenant ? C'est la mode la plus constante, Et le plus petit intrigant De mille créanciers se vante. Vieux parents, en vain vous prêchez ; Vous êtes d'ennuyaux apôtres. Rappelez-vous donc vos péchés, Pour être indulgent sur les nôtres.
CHAMPDIVERS, (Odette de) fille d'un marchand de chevaux, plut à Charles VI, dont l'esprit étoit déjà affoibli. On cherchoit moins à le guérir qu'à l'amuser, parce que sa maladie paroissoit incurable. La reine sa femme fut la première à lui procurer cette jeune demoiselle, en qui les agrémens de l'esprit ornoient la beauté. Charles, subjugué par Odette, se laissoit conduire par elle, tandis qu'il reissoit aux prières de ses autres domestiques. Un des effets de la triste maladie de ce prince, étoit de refuser de changer de linge. La petite Reine, car c'est ainsi qu'on l'appeloit, le menaçoit de son indifférence ou de sa haine ; &, dans la crainte de n'en être plus aimé, il faisoit ce qu'on exigeoit de lui. Odette calmoit ses humeurs, & l'arrachoit à ses caprices. Les moyens qu'elle employoit, dit Saint-Poux, étoient plus na- lirés que ceux dont on se servit dans la suite. On faisoit entrer dans sa chambre dix ou douze hommes bizarrement vêtus & barbouillés de noir, qui le prenoient sans lui rien dire, le déshabilloient & le métoient au lit : il en avoit peur, & n'osant leur résister, il faisoit tout ce qu'ils vouloient. Nous ignorons l'année de la mort d'Odette.
CHAMPEAUX, (Guillaume de) archidiacre de Paris dans le 12e siècle, fonda une communauté de chanoines Réguliers à Saint-Victor-les-Paris, & y professa avec distinction. Abailard son disciple devint son rival, & disputa longuement & vivement avec lui. Champeaux mourut religieux de Cîteaux en 1121, après avoir été pendant quelque temps évêque de Châlons-sur-Marne. On a de lui un Traité de l'origine de l'Ame dans le Thesaurus anecdotorum de Marenne, & d'autres Ouvrages manuscrits.
CHAMPFORT, (N.) né à Paris, commença sa carrière par être clerc de procureur, ensuite précepteur chez un riche Liégeois nommé Vaneck, qui l'emmena dans sa patrie. Revenu à Paris, Champfort travailla d'abord au Journal encyclopédique. Bientôt après, il publia les Éloges de Molière & la Fontaine, qui méritèrent le prix de l'académie Françoise & de celle de Marseille. Ces deux excellens Discours commencèrent sa réputation, & parurent deux Traités complets de la comédie & de la fable. Champfort, forcé par son peu de fortune d'accepter les bienfaits du duc de Choiseul & de Mad. Helvétius, se mit à travailler au Vocabulaire François & au Dictionnaire des Théâtres. Ce dernier ouvrage lui donna l'idée de devenir auteur dramatique; & il y réussit. Sa tragédie de Mustapha & Zéangir, donnée en 1778, a des beautés, & a obtenu des succès. On dit que Voltaire, lisant le quatrième acte de cette pièce, s'écria : « Diantre, voilà du Racine ! » On a cependant reproché à l'auteur d'avoir calqué son rôle de Soliman sur celui de la chéridale. La jeune Indienne & l' Marchand de Smyrne font deux joies comédies remplies du philosophie & de fraîcheur, écrites avec un naturel élégant & facile. Champfort publia plusieurs Poésies fugitives, des Épîtres, des Coûtes, des Fables, des Épigrammes, des Traductions de l'Anthologie & de Martial. L'Épître d'un père à son fils sur la naissance d'un petit-fils, obtint le prix de l'académie Françoise, & le méritoit par ces beaux vers : Sainte Religion donc le regard descend Du Créateur à l'homme, & de l'être au néant, Montre-nous cette chaîne adorable & cachée, Par la main de Dieu même à son trône attachée, Qui pour notre bonheur, unit la terre au ciel, Et balance le monde aux pieds de l'Éternel. Champfort fut reçu à l'académie Françoise. Cependant dans les derniers temps de sa vie, il composa un rapport pour demander la suppression des académies; rapport que Mirabeau s'étoit chargé de prononcer à l'affemblée nationale. Ce dernier étoit lié d'amitié avec Champfort, & lui soumettait ses ouvrages, ses opinions, & se passait souvent à adopter les fiennes. La Brochure sur l'ordre de Cincinnatus fut faite par eux, & les morceaux les plus éloquens de cet écrit font de Champfort. Celui-ci, partifan de la révolution Françoïse, envisagea cependant avec horreur les crimes qu'elle produisit. Voyant écrits sur toutes les murailles ces mots tracés par les Jacobins, Fraternité ou la Mort, il dit : « La fraternité de ces gens-là avec les autres citoyens, ressemble fort à celle de Caïn & d'Abel. » Champfort, sous le ministère de Roland, obtint une place à la bibliothèque nationale, ce qui ne l'empêcha pas d'être emprisonné sous Robespierre. Il contracta dans les fers une fi profonde horreur pour la prison, que quelque temps après ayant été élargi, puis menacé d'être enfermé de nouveau, il se tira un coup de pistolet, & se fit plusieurs blessures avec un rafoir. Il ne survécut que peu de jours à cet événement, & mourut en avril 1794. Ses Œuvres ont été recueillies à Paris, en 1795, en 4 vol. in-8.º On y trouve plusieurs autres Opuscules en prose, des Pensées diverses, des Observations sur l'imitation de la nature dans l'art dramatique, & en général de l'esprit & du jugement, mais peu d'invention, & un peu trop d'affectation dans le style. « Champfort, dit un critique célèbre, est toujours ingénieux & correct, mais sa délicatesse recherchée devient subtilité : il s'attache trop à de petits rapports, & souvent son esprit s'échappe & s'évapore comme dans un alambic. » I. CHAMPIER, (Symphorien) premier médecin d'Antoine duc de Lorraine, suivit ce prince en Italie, & y combattit à côté de lui. Son savoir & sa valeur le mirent en commerce avec plusieurs savans, François & étrangers. Il mourut à Lyon sa parie, vers 1540, après avoir publié beaucoup de mauvais ouvrages : I. Les grandes Chroniques des Ducs & Princes de Savoie, Paris 1516, in-fol.; compilation mal écrite, mais pleine de recherches. II. De origine & commendatione civitatis Lugdunensis, Lyon, 1507 & 1537, in-fol. Ce livre est plein de fables. La seconde édition est plus ample que la première; & l'auteur y a pris le nom de PIERCHAM : c'est l'anagramme du sien. III. La Vie du chevalier Bayard; ouvrage romanesque, indigne de ce héros. IV. Recueil des Histoires d'Austrosie, &c. V. Le Triomphe de Louis XII. C'est une histoire en style ampoulé : elle est pourtant assez sincère. VI. La Nef des Dames, la Nef des Princes, in-4.º VII. Rosa Gallica, 1514, in-8.º VIII. Castigationes Pharmacopolarum, 1532, en quatre tom. in-8.º IX. Hortus Gallicus, 1533, in-12. X. Campus Elysus, 1553, in-12, &c. XI. Gallini campi historiales; Basilica, 1532. XII. De Dialectica, Rhetorica, Geomatria; Basle 1537. XIII. Cribatio medicamentorum, Lyon 1537. XIV. De Phlegmone, Lyon. XV. Miroir des Apothicaires, Paris 1539. XVI. Prophéties des Sybilles, Paris, in-4.º XVII. Doctrine du père de famille, in-8.º XVIII. Déclaration du ciel & du monde, Paris 1515. XIX. Policejubilitaire, Lyon 1531. XX. Du Royaume des Allobrages, Lyon, in-8º, Paris 1538. XXI. Fondemens & origine des titres de noblesse, Paris 1535. XXII. De monarchia Gallo-rum. XXIII. Chroniques de Lorraine. XXIV. De claris Lugdunensis, in-8.º Il avoit été consul de Lyon en 1520 & 1533.
II. CHAMPIER, (Claude) fils du précédent, écrivit à l'âge de 18 ans ses Singularistes des Gaules, livre curieux, imprimé en 1538, In-16.— Son cousin Jean Bruyron CHAMPIER, docteur en médecine, exerçoit cet art à Lyon dans le même siècle. On a de lui : De re cibariâ, Lyon 1560, in-8.º II. La traduction, De corde ejusque facultatibus d'Avicenne, in-8º, Lyon 1559.
CHAMPIONNET, (Jean-Étienne) général de la république Françoise, étoit avocat avant la révolution. Il fervit dans l'armée de Sambre & Meuse, & se distingua au combat d'Altenkirchen, au passage du Rhin à Neuwied, qu'il exécuta avec Bernadotte, & à la prise de Wurzbourg. Envoyé en 1798 en Italie pour y commander l'armée contre le roi de Naples, il expulsa ce souverain de ses états, & fit prisonnier le général Antrichien Mack, avec tout son état-major. Cette victoire & l'indépendance où il voulut se mettre du directoire, le firent destituer. Il remplaça ensuite pour quelque temps le général Moreau en Italie, mais sans y obtenir de nouveaux succès. Championnet est mort au commencement de 1800, avec la réputation d'un général brave, & ayant des talens militaires; mais offrant des principes de républicanisme dangereux, exagérés & contraires à la paix publique.
CHAMPLAIN, (Samuel de) né en Saintonge, fut envoyé par Henri IV dans le nouveau Monde, en qualité de capitaine de vaisseau. Il s'y signala par son courage & par sa prudence, & on peut le regarder comme le fondateur de la nouvelle France. C'est lui qui fit bâtir la ville de Québec; il fut le premier gouverneur de cette colonie, & travailla beaucoup à l'érection d'une nouvelle compagnie pour le commerce du Canada. Cette société établie en 1628, fut appelée la compagnie des Associés, qui avoient à leur tête le cardinal de Richelieu. On a de Champlain les Voyages de la nouvelle France, dite Canada, in-4º, 1632. Il remonte aux premières découvertes de Verazani, & descend jusqu'à l'an 1631. Cet ouvrage est excellent pour le fond des choses, & pour la manière simple & naturelle dont elles sont rendues. On ne peut lui reprocher qu'un peu trop de crédulité. L'auteur passait un homme de tête & de résolution, désintéressé, & plein de zèle pour la Religion & pour l'État. Champlain avoit demeuré en Amérique depuis 1603, & il mourut vers 1635.
CHAMPMÈLE, (Marie-Deb- mares femme de Charles Chevillet; sieur de) née à Rouen en 1644, fut comédienne de province, & débuta au théâtre du Marais en 1669 avec un succès peu commun. Elle passa à celui de Bourgogne avec son mari, à la rentrée de Pâques 1670. Elle le suivit en 1679 au théâtre de Guénegaud, & fut conservée à la réunion en 1680. Cette actrice mourut en 1698, âgée de 54 ans. Élève de Racine, dont elle fut pendant quelque temps la maîtresse, suivant les Mémoires du temps, elle remplissait les premiers rôles tragiques avec un applaudissement général. Racine la forma à la déclamation, en la faisant entrer dans le sens des vers qu'elle avoit à réciter, en lui montrant les gestes, en lui dictant les tons, & en les lui notant même quelquefois. Elle profita si bien des leçons de son maître, qu'elle effaça toutes ses rivales. Jamais Iphigénie en Aulide immolée N'a coûté tant de pleurs à la Grèce assemblée, 246 CHA Que, dans l'heureux spectacle à nos yeux étalé, En a fait sous son nom verser la Champmèlé.
BOILEAU, Ép. à Rac. Cependant on doute qu'elle eût obtenu de nos jours les suffrages qu'on lui prodigua. La declama- tion, comme l'a observe un au- teur judicieux, n'étoit qu'un ré- citatif meluré, un chant presque noté, qui mettoit un obstacle à ces grands mouvemens de la tra- gédie, qui se peignent par un mot, par une attitude, par un si- le ice, par un cri qui échappe à la douleur. Mlle de Champmèlé plai- foit & touchoit, & il falloit dé- chirer. — Son époux, moins bon acteur qu'elle dans le tragique, réussiffoit mieux dans le comique. Il jouoit assez bien les Rois dans la tragédie. Champmèlé joignoit à ses tales celui d'auteur drama- tique. Nous avons de lui des Co- médies, dont quelques-unes lui appartiennent entièrement, il com- posa les autres en société avec la Fontaine. Celles ci font : I. Le Florentin, comédie en un acte & en vers, 1685. II. La Coupe en- chantée, comédie en un acte & en prose, 1688. III. Le Veau perdu. IV. Je vous prends, sans verd. Les Œuvres de Champmèlé ont été im- primées en 2 vol. in-12, à Paris, 1742. Il étoit Parisien : il mourut en 1701, d'une manière assez extraordinaire. Il étoit allé chez les Cordeliers faire dire deux messes de mort, l'une pour sa mère, l'autre pour sa femme. L'ho- noraire de ces messes étoit alors de dix sous ; Champmèlé ayant donné au sacristain une pièce de trente sous, le Religieux ne peut lui rendre les dix sous restans. — Eu ce cas, lui dit l'acteur, faites dire sur le champ une troisième messe de mort ; elle sera pour moi. En effet, il mourut subite- ment en sortant de l'église. Son talent principal dans ses comédies consistoit à peindre d'après nature les ridicules des petites sociétés bourgeoises. Ses situations sont neuves & intéressantes, ses inci- dens heureux & plaisans ; son style incorrect, mais badin & enjoué. Il connoissoit le théâtre moins par une étude réfléchie, que par un exercice journalier ; mais il se li- vroit trop à la facilité que lui donnoit cette connoissance : pref- que tous ses dénouemens sont manqués ou amenés par de petits moyens ; preuve de la stérilité ou de la pareille de l'auteur.
CHAMPRENUS, (Jacques de) a fait la Tragédie d'Ulyssé, repré- sentée en 1600. I. CHAMPS, (Étienne Agard DES) né à Bourges en 1613, pro- vincial des Jésuites de Paris, se fit aimer au dedans & considérer au dehors par son mérite. Le grand Condé & le prince de Conus l'ho- norèrent de leur estime. Le pre- mier almoit en lui sa vertu, em- bellie par un extérieur avantageux, & par un caractère honnête ; il lui confia, dans les dernières années de sa vie ce qu'il avoit de plus précieux. Ce Jésuite mourut à la Flèche le 31 juillet 1701, à l'âge de 88 ans, accablé par cette ex- trême vieille, & survivant, pour ainsi dire, à lui-même. Il s'est fait principalement connoître des théologiens par son livre De Harris Jan, en 1684, dédie à Inno- cent X, en 1654. La matière de la grâce y est approfondie. On l'a réimprimé à Paris, en 1728, in-fol.
II. CHAMPS, (François-Mi- chel-Chrétien DES) Champerois,
CH A 247 né en 1688, d'abord destiné à l'état ecclésiastique, ensuite à l'état militaire, finit par le mariage & les finances. On a de lui quatre tragédies; *Caton d'Urique*, pièce foible, qui fut jouée sur les théâtres de Paris & de Londres, & imprimée en 1715; *Antiochus*, imprimé à Paris chez *Muferen*, 1717; *Artaxerés & Médus*, qui eurent un succès moins heureux. On lui doit encore un ouvrage qui prouve de l'érudition, quoiqu'il ne soit pas toujours exact. Il a pour titre : *Recherches historiques sur le théâtre François*. L'auteur mourut à Paris en 1747, à 64 ans. — *Voyet* DESCHAMPS.
CHAMPY, (Jacques) avocat au parlement de Paris dans le 17$^{e}$ siècle, est connu par deux livres peu communs : I. *La Coutume de Melun commentée*, Paris 1687, in-12. II. *Celle de Meaux*, ibid. même année.
CHAM-TI, (Mychol.) Dieu des Chinois, qui préside du haut du ciel au gouvernement de l'univers & des corps terrestres.
CHAMYNUS, citoyen de Pise, renommé par ses richesses & son amour pour la vérité, déplut à *Pantaléon*, fils d'*Omphalion*, tyran de sa patrie. Celui-ci l'ayant fait mourir, fut tourmenté de remords; & pour s'en affranchir, il confacra tous les biens du profcrit à élever un temple à *Cérès*, qui en fut surnommée *Chamyne*.
CHANAAN, l'un des fils de *Cham*, donna son nom à cette portion de terre, promise à la postérité d'*Abraham*, appelée dans la suite Judée, & aujourd'hui Palestine ou la Terre-Sainte. On montrait autrefois son tombeau, long de vingt-cinq pieds, dans la caverne de la montagne des Léopards, qui n'étoit pas loin de Jérusalem.
CHANCELLOR, (Richard) célèbre marin Anglois, qui naviguant dans la mer Blanche, pour y trouver un passage aux Indes par les mers du Nord & de l'Est, y découvrit le port d'Archangel, où, bientôt après, la Russie fit jeter les fondemens d'une ville. La découverte de *Chancellor* date de 1538. Elle favorisa le commerce des Anglois avec les Russes, qui s'accrut au point que le produit de la douane d'Archangel, monta bientôt à la somme annuelle de cent mille roubles. Les Anglois en tirent des cuirs, de la potasse, du goudron, des plumes, de la cire, du kaviar, du liège, de la rhubarbe, des cordages, des foies de Perfe & de la Chine. *Chancellor* mourut quelque temps après son expédition.
CHANDIEU, (Antoine de la ROCHE) ministre Protestant, d'une famille noble du Dauphiné où il étoit baron de Chandieu, se retira à Genève en 1583, & mourut en 1591, à 57 ans. On a de lui un grand nombre d'*Ouvrages de controverse*, 1615, in-fol.; dans lesquels il prend les noms de *Sadel* & de *Zamariel*, qui en hébreu signifient *Champ de Dieu* & *Chant de Dieu*. Ces livres sont ignorés pour la plupart. L'auteur étoit peu versé dans l'antiquité ecclésiastique; mais comme il parloit avec feu, il eut du crédit dans son parti. « Les erreurs, dit *Chorier*, semblaient des vérités dans la bouche de *Chandieu*. Le roi (*Henri IV*) l'écoutoit avec plaisir; mais il quitta la cour dès que ce prince eut abjuré. Il eut peur qu'on ne le regardât comme un captif attaché au char de triomphe de l'Eglise catholique, qui avoit porté ce prince à l'Eglise. » *Voy*. GEEVIN. 248 CHA I. CHANDLER, (Marie) née à Malmesbury en 1687, fut célèbre en Angleterre par ses Poésies. On estime sur-tout son Poeme sur les eaux de Bath, qui a été loué par Pope. Elle mourut à 57 ans, en 1745.
II. CHANDLER, (Samuel) ministre Anglois, né à Hungerford, a publié divers ouvrages, relatifs à l'histoire & à la défense du Protestantisme, & mourut le 8 mai 1766. On lui doit : I. *Discours* contre *Ant. Collins*, sur la nature des miracles, & les preuves de la religion Chrétienne, 1725, in-8.º II. *Reflexions* sur la conduite des Déïlles modernes, 1727, in-8.º III. *Preuves* de la Résurrection de J. C., 1744, in-8.º IV. *Marmora Oxonienfia*, Oxford, 1763, in-folio. V. *Traduction* en anglois de l'Histoire de l'Inquisition, par *Limbroch*, 1731, deux volumes in-4.º VI. *Histoire* des Persécutions, 1736, in-8.º
CHANDOS, (Jean) chevalier de la Jarretière, fut nommé, par *Edouard III* roi d'Angleterre, lieutenant-général de toutes les terres que ce prince possédoit hors de cette isle. Ce fut lui qui fit prisonnier *Bastrand du Guéfilin* dans la bataille donnée en Bretagne l'an 1364. Lorsqu'*Edouard III* érigea le duché d'Aquitaine en principauté, en faveur du prince de *Galles* son fils, *Chandos* devint le connétable du jeune prince. Il fut tué en 1369, au combat de Luffac en Poitou.
CHANDOUX, (N.) philosophe chimiste, fut pendu sur la place de Grève en 1651, après avoir été convaincu d'avoir fabriqué de la fausse monnoie. C'étoit un de ces génies libres, qui, dans la renaissance des lettres & de la phi- philosophie, entreprirent de fécouter le joug de la scolastique & des chicanes Péripatéticiennes. Mais, en voulant se frayer un chemin nouveau, il donna dans des rêveries qui causèrent sa perte.
CHANG-KO, (Mythol.) divinité Chinoise, est particulièrement honorée par les célibataires, qui lui offrent des vœux.
CHANGE, *Voyer* DUCHANGE.
CHANTAL, (Sainte-Jeanne-Françoise Fremiot de) naquit à Dijon le 13 janvier 1572. Son père président à mortier, avoit refusé la charge de premier président, que Henri IV lui avoit offerte. La jeune *Fremior* fut mariée à *Christophe de Rabuin*, baron de *Chantal*, l'aîné de cette maison. Sa vie dans le mariage fut un modèle achevé : la prière succédoit à la lecture, & le travail à la prière. Sa piété ne se démentit point, lorsqu'elle eut perdu son mari, tué par malheur à la chasse. Quoiqu'elle n'euvalors que 28 ans, elle fit vœu de ne point se remarier, & vécut depuis comme une femme qui n'étoit plus dans le monde que pour Dieu & ses enfans. Leur éducation, le soin des pauvres & des malades, devinrent ses uniques occupations & ses seuls divertissements. Ayant connu *S. François de Sales* en 1604, elle se mit entièrement sous sa conduite. Ce saint évêque ne tarda pas à lui communiquer son projet pour l'établissement de l'ordre de la *Vindication*. Elle entra dans ses vues, & en jeta les premiers fondemens à Anneci l'an 1610. *Voyer* XII FRANÇOIS. Le reste de sa vie fut employé à fonder de nouveaux monastères, & a les édifier par ses vertus & par son zele. Lorsqu'elle mourut le 13 décembre 1641, âgée de près de 70 ans, on en comptoit 87. Il y en eut à la fin du siècle 150, & environ 6600 religieuses. Elle termina ses jours à Moulins. Dans l'infant même qu'elle expira, elle fut canonisée par la voix de ses filles & par celle du peuple. Le pape Benoît XIV a confirmé ce jugement, en la béarifiant en 1751, & Clément XII en la canonisant en 1767. On publia ses Lettres, 1660, in-4.º L'abbé Marfollier & l'abbé Cordier ont publié sa Vie.
CHANTELOU, Voyet CHAMBRAI, n° III.
CHANTELOUVE, (François de) gentilhomme Bordelois, chevalier de Malte, est auteur de deux pièces dramatiques, assez rares : Pharaon, 1582, in-16; Coligni, 1575, in-8°, réimprimé vers 1740.
CHANTEREAU LE FÈVRE, (Louis) intençant des fortifications de Picardie, puis des Gabelles, ensuite de l'évaluation de la principauté de Sédan, enfin intendant des finances des duchés de Bar & de Lorraine, exerça tous ces emplois avec beaucoup d'applaudissement. L'esprit des affaires étoit soutenu en lui par l'étude de l'histoire, de la politique, des belles-lettres, par un grand fonds d'érudition. Chantereau étoit né à Paris en 1588, & il y mourut en 1658, à 74 ans, regretté des savans, auxquels sa maison servoit de retraite. On a de lui : I. Des Mémoires sur l'origine des Maisons de Lorraine & de Bar, in-folio, 1642; composés sur les pièces originales. II. Un Traité des Fiefs, 1662, in-folio; dans lequel il s'attache à accréditer cette erreur, indigne d'un savant tel que lui : « Que les fiefs héréditaires n'ont commencé qu'après Hugues Capet, » Chantereau étoit plus propre à rétablir des passages trouqués, qu'à débrouiller le chaos dans lequel l'origine des anciennes maisons & dignités est plongée. III. Un Traité touchant le mariage, d'Anabert & de Blieille, 1647, in-4.º IV. Un autre où il agite cette question : Si les Terres d'entre la Meuse & le Rhin sont de l'Empire ? 1644, in-4°, ou in-8.º
CHANTEREINE, (N. de) officier distingué, devint colonel de la garde à pied de Louis XVI. Détenu dans les prisons de l'Abbaye, il y fut instruit des massacres que l'on préparoit pour les premiers jours de septembre, & se donna volontairement la mort de trois coups de couteau, en s'écriant : Puisque nous sommes tous destinés à périr, mon Dieu, je vais à vous ! Il mourut aussitôt le 22 août 1792.
CHANTOCÉ, (Gilles de Bretagne de) étoit second fils de Jean IV duc de Bretagne & de Jeanne de France, sœur de Charles VII. François premier son frère, duc de Bretagne, l'avoit envoyé en Angleterre en qualité d'ambassadeur. On prétend qu'il y forma des liaisons suspectes, & que fort de l'appui du roi d'Angleterre, il demanda à son retour un apanage plus fort que celui que son père lui avoit fait assigner. François le fit arrêter & condamner à mort par son conseil secret. Il fut étranglé ou étouffé entre deux matelas, après trois ans & dix mois de prison, la nuit du 24 au 25 avril 1450. Son plus grand crime, a ce que disent quelques historiens, étoit la haine implacable que lui portoient le duc son frère, & Arthus de Montauban, que le prince Gilles supplanta en amour, en époufant secrètement Françoise de Dinant, riche héritière, & dont il étoit aimé. On ajoute, que le cordelier qui avoit confessé Chan-vocté, cita de sa part le duc son frère au jugement de Dieu, pour y comparoitre en un certain jour qu'il lui marqua par écrit; & que le duc mourut en effet peu de mois après. Si l'esprit se prête avec peine à ces ajournemens, le cœur ne peut s'empêcher d'être touché, & semble désirer ces vengeances temporelles de la Providence. — Voyez la Nouvelle histo-rique de d'Arnaud, intitulée: Le Prince de Bretagne. Pierre II, suc-cesseur de François, fit punir les complices de la mort de son frère Gilles.
CHANVALON, (N. de) Oratorien, auteur d'un ouvrage estimé, intitulé: Manuel des champs, in-12, mourut en 1765. I. CHANUT, (Pierre) conseiller-d'état ordinaire, & ambassadeur de France auprès de la reine Christine, étoit de Riom. Il avoit commencé sa carrière diplomatique à Lubeck, où il fut employé en qualité de médiateur entre la Pologne & la Suède. Après l'abdication de Christine, cette reine entretient toujours un commerce de lettres avec lui, & le traita comme son ami. Il mourut à Paris en 1662, laissant des Mémoires, qui ont été publiés après sa mort en 1665, 3 vol. in-12. Voyez DESCARTES.
II. CHANUT, (Martial) fils du précédent, fut abbé d'Issoire, aumônier de la reine Anne d'Auriche, & visiteur-général des Carmélites en France, qu'il gouverna pendant trente ans avec zele. On a de lui quelques Traductions d'ouvrages de piété: celle du Concile de Trente, in 4° & in-12: celle de la Vie & des Œuvres de Sainte Thérèse, in-4°. Son style est foible & languissant. Il mourut en 1695, dans un âge avancé.
CHAON, fils de Priam, que son frère Hélénus tua par mégarde à la chasse. Hélénus le pleura beaucoup, & pour honorer sa mémoire, il donna son nom à une contrée de l'Epire, qu'il appella Chaonie, célèbre par les glands qu'elle produisoit, & par des pigeons qui prédisioient, dit-on, l'avenir.
CHAOR-BOOS, (Mythol.) Dieu des Indiens, préside aux vents. Les malades accourent dans son temple pour immoler en son honneur des oiseaux, & obtenir la santé. C'est particulièrement dans le royaume d'Asem que son culte est établi.
CHAPEAUVILLE, (Jean) Liégeois, chanoine de Liège & grand-pénitencier, mourut en 1617, à 66 ans. Il a donné une Histoire Ecclésiastique de Liège, 1612 & 1618, en trois volumes in-4°, pleine de recherches, mais assez mal digérée. I. CHAPELAIN, (Jean) naquit à Paris, le 4 décembre 1595. Au sortir des classes, il se chargea de l'éducation des enfants du marquis de la Trousse, grand-prévôt de France, & ensuite de l'administration de ses affaires. Ce fut chez ce marquis, qu'il crut sentir des talens pour la poésie. Le succès qu'eut son Jugement de l'Adonis du cavalier Marini, lui fit croire qu'il étoit appelé à enfanter un Poème épique. Le plan de sa Jeanne d'Arc, d'abord en prose, sembla fort beau; mais lorsque l'ouvrage, mis en vers, après vingt ans de travail, vit le jour, il fut fallé par les moines des connoisseurs. Une Ode au cardinal de Richelieu, la critique du Cid, une vaste littérature, quelques pièces de poésie, lui a orienté fait une foule de partisans & d'admirateurs. La considération dont il jouissoit, étoit telle, que le cardinal de Richelieu voulant réfuter un ouvrage, pria Chapelain « de lui prêter son nom en cette occasion, offrant de lui prêter sa bourse en quelque autre. » La Pucelle, publiée en 1656, in-folio, avec figures, détruisit en un moment la gloire de quarante années. On reconnut que l'on pouvoit savoir parfaitement les règles de l'art poétique, & n'être pas poète. Montmor lui adressa ce distique : Illa Capellani: dudum expéfiata Puella, Poet tanta in lucem tempora pro- dit anus. Le poète Linière le traduisit ainsi en françois : Nous attendions de Chapelain Une Pucelle Jeune & belle ; Vingt ans, à la forme, il perdit son latin ; Et de sa main Il fort enfin Une vieille sympaternelle. Ce Poème eut d'abord six éditions en dix-huit mois, grâces à la ré- putation de l'auteur, & au mau- vais goût de quelques-uns de ses partisans; mais les vers en paru- rent durs aux arbitres de la poé- sie. Boileau, Racine, la Fontaine & quelques autres, s'imposerent la peine de lire un certain nombre de pages de ce poème, lorsqu'il leur échappoint quelque faute contre le langage. Boileau voulant faire connoître la dureté anti-poétique des vers de Chapelain, fit cette tirade à son imitation : Droits & roides rochers, dont peu tendre est la cime, De mon flamboyant cœur l'âpre était vous savez. Savez aussi, durs bois, par les hivers luves, Qu'holocauste est mon cœur pour un front magnanime. Chapelain, devenu la rifée du pu- blic, après en avoir été l'oracle, voulut bien avouer qu'il faisoit mal des vers; mais il soutint en même temps, qu'en digne disciple d'Aristote, il avoit observé toutes les règles de l'art. Il n'avoit, à la vérité, manqué qu'à une seule : celle d'intéresser & de plaire. Mad. de Longueville, à qui un des admirateurs de Chapelain vantoit la beauté de la Pucelle, répondit : Oui, cela est parfaitement beau, & parfaitement ennoyeux. Cette réponse revient au propos du Campagnard de Boileau : « La Pucelle est encore une œuvre bien galante, Et je ne sais pourquoi je bâille en la lissant. » Le poème de Chapelain, en exci- tant le mépris du public, n'em- pê ha pas que le grand ministre Colbert ne lui demandât une liste des savans que Louis XIV vouloit honorer de gratifications, ou de pensions. Il en obtint lui-même une de trois mille livres, & n'en fut pas moins avare. Il portoit un manteau au cœur de l'été, sous prétexte qu'il étoit indisposé; & Connaît lui dit à ce sujet que son habit étoit plus indisposé que lui. Cet habit étoit si recoufu, que les fils surmoient dessus la représen- tation d'une toile d'araignée, ce qui le fit appeler par un mauvais plaisant : le Chevalier de l'ordre de l'Araignée. On connoit les plai- fanteries de Desgiraux & de Racine 252 CHA fur sa perruque. On la métamorphofa en comète. *Furtière*, qui avoit part à tous ces badinages mêles de baffeffe, remarqua que la métamorphoie manquoit de juffeffe, en un point : *C'est*, dit-il, que les comètes ont des cheveux, & la perruque de Chapelain est si uée qu'elle n'en a plus. Un plaisant répondit, au nom de *Chapelain*, qu'il aimoit mieux conserver sa pension que ses cheveux. « Nous étions mal avec *Chapelain*, *Péliffon* & moi, dit *Ménage*, nous cherchâmes à nous réconcilier. Nous allâmes chez lui, & je vis encore à sa cheminée, les mêmes tifons que j'y avois vus il y avoit douze ans. » Son avarice fut, dit-on, la cause de sa mort. S'étant mis en chemin pour se rendre à l'académie, un jour de pluie, il ne voulut pas payer pour passer le ruiffeau sur une planche. Il passa au travers de l'eau, & s'étant mouillé jusqu'à mi-jambe, il ne laissa pas d'aller à l'assemblée académique, qui lui faisoit espérer deux ou trois jetons. Le froid le faisoit, & il en eut une oppression de poitrine dont il mourut. Le jour qu'il expira, les sacs de son argent étoient encore rangés autour de lui, & il les contemploit avec plaisir. C'est à cette occasion, qu'un homme de lettres dit à M. de *Valois* : *Je vous annonce, Monsieur, que notre ami Chapelain vient de mourir comme un meunier, au milieu de ses sacs.* Il faut avouer que *Chapelain*, comme poète, étoit tel qu'on l'a dépeint; mais il étoit d'ailleurs doux, complaisant, offic eux, sincère. Il avoit de la philosophie dans le caractère, & il refusa la place de précepteur du grand-Dauphin, que le duc de *Montaufier* lui avoit fait donner. On doit le regarder comme un des principaux ornemens de l'académie Françoise dans son aurore, par les qualités de son cœur & la juffeffe de son goût. Il mourut le 22 février 1674, à 79 ans. Les ouvrages qui restent de lui, outre son *Poème de la Pucelle*, dont il n'y a eu jamais que douze chants imprimés, (les douze autres étant restés manuscrits dans la bibliothèque du Roi) sont une *Paraphrase* en vers du *Misercre*; des *Odes* parmi lesquelles celle qu'il adressa au cardinal de *Richelieu*, mérite d'être distinguée. On lui attribue encore une *Traduction* du roman de *Gusman d'Alfarache... Van-Effen* a fait un parallèle ingénieux de l'Iliade d'*Hombre*, avec la Pucelle de *Chapelain*. Il y eut une grande différence non-feulement entre les ouvrages, mais encore entre les personnes du poète Grec & du versificateur François. L'homme de génie mourut dans la pauvreté, & le rimailleur dans l'opulence : on lui trouva cinquante mille écus à sa mort. Les plaisans prétendirent que c'étoit pour *marier sa Pucelle à un enfant de bonne maison*, ou pour *la faire canoniser*; mais ces railleries étoient assez froides. *Chapelain* rebuté par les femmes, s'en vengeoit en soutenant que la plus spirituelle ne pouvoit jamais avoir qu'une moitié de raison. Dans la liste des savans auxquels *Calbert* voulut donner des gratifications au nom du roi, *Chapelain*, y est pour trois mille livres, comme le plus grand poète qui ait jamais été, & du plus solide jugement. Voyez I. BOILEAU; BARDIN; BOURZÉIS; III. CAMUSAT.
II. CHAPELAIN, (Charles-Jean-Bapiffle le) Jésuite né à Rouen le 15 août 1710, d'un procureur-général au parlement, se consacra à la chaire, & occupa bientôt celle de la Cour. Il fut applaudi à Versailles, autant qu'il l'avoit été à Paris. Après la dissolution de la Société, il fut appelé à Vienne par l'Impératrice-reine, & y prêcha avec succès. Une maladie l'ayant forcé de quitter la cour impériale, il se retira à Malines auprès du cardinal archevêque de cette ville. Il s'y livroit aux occupations du ministère, lorsque, le 26 décembre 1780, il tomba mort au moment où il entroit dans la métropole pour célébrer la Messe. On a de lui des Sermons, Paris, 6 vol. 10-12, remarquables par la clarté du style, la force du raisonnement & le pathétique des péroraisons. Des mœurs pures & une piété solide vinrent à l'appui des vérités qu'il annonça pendant plus de trente années. — I. CHAPELLE, (Claude - Emmanuel LUILLIER) fut surnommé Chapelle, parce qu'il étoit né en 1624 dans le village de la Chapelle entre Paris & Saint-Danys. Il étoit fils naturel de François Lullier, maître des comptes. Il eut Gaffendi pour maître dans la philosophie, & la nature dans l'art des vers. La délicatesse & la légèreté de son esprit, l'enjouement de son caractère, le firent rechercher des personnes du premier rang, & des gens-de-lettres les plus célèbres, Racine, Despréaux, Molière, la Fontaine, Bernier, l'eurent pour ami & pour conseil. Boileau l'ayant un jour rencontré, le prêcha sur son penchant pour le vin. Chapelle feignit d'entrer dans ses raisons, le pouffa dans un cabaret pour moraliser plus à son aise, & le fit enivrer avec lui. Il difoit quelquefois des vérités assez dures à ce poète. Un jour Boileau lui lut à la fin d'un repas un de ses ouvrages, que Chapelle critique sévèrement. Tais-toi, lui dit le fatyrique, tu es livre. — Je ne suis pas si livre de vin, lui répliqua Chapelle, que tu l'es de ses vers. Les productions de Chapelle portent l'empreinte de son caractère, mêlé de mollesse, de plaisanterie, & quelquefois de malignité. Son Voyage, composé avec Bachaumont, est le premier modèle de cette poésie aimable & facile, dictée par le plaisir & l'indolence. Un bel esprit a dit, que Chapelle étoit plus naturel que poli, plus libre dans ses idées que correct dans son style; mais le talent de dire des riens avec esprit, est bien au-dessus de la correction. Le seul défaut que je lui reprocherois avec Despréaux, c'est qu'il tombe souvent dans le bas. Chapelle avoit dans la conversation les charmes que nous admirons dans ses ouvrages, une chaleur douce, mais si séduisante, qu'on ne pouvoit s'empêcher de prendre beaucoup de part à ce qu'il difoit. Un jour qu'il étoit avec Mlle Chouars, fille d'esprit & de mérite, la femme de chambre les trouva tous deux en larmes. Elle en demanda la raison; & Chapelle lui répondit d'un ton naïf & animé, qu'ils pleuroient la mort du poète Pindare tué par les médecins. Il recommença alors l'énumération des talens & des belles qualités de Pindare d'un air si pénétré, que la femme de chambre partagea la douleur commune, & fondit en larmes. Cette anecdote fait le sujet d'une très-jolie pièce de vers inférée dans un Almanach des Muses. La liberté fut la divinité de Chapelle. Il ne sacrifia à personne, pas même aux princes. Le grand Condé l'ayant invité à souper, il aima mieux suivre des joueurs de boules avec lesquels il se trouva & s'enivra. Le prince lui en faisant des re- proches : En vérité, Monseigneur, lui dit-il, c'étoient de bonnes gens & bien aisés à vivre, que ceux qui m'ont donné ce souper... Le duc de Briffac engagea Chapelle à l'accompagner dans ses terres. Celui-ci y con- sentit. Arrivé à Angers, Chapelle alla dîner chez un chanoine de ses amis. Après le repas, il vint trouver le duc pour lui apprendre qu'ayant lu chez le chanoine un paisage de Plutarque portant : Qui fait les grands, serf devient, il ne pouvoir continuer la route, & s'en retournoit à Paris. Ce qu'il fit assistôt malgré toutes les instances du duc. Toutes les fois qu'il étoit en pointe de vin, il expliquoit le système de Giffendi aux convives, & lorsqu'ils étoient sortis de table, il continuoit la leçon aux maîtres d'hôtel... Plusieurs traits de la co- médie des Plaideurs, dont Cha- pelle fournit sa part, furent le fruit des petits repas que Boileau, la Fontaine, Racine se donnoient. Ce dernier, ami intime de Chapelle, lui demanda ce qu'il pensoit de sa Bérénice ? — « Ce que j'en pense, répondit Chapelle ? Marion pleure, Marion crie, Marion veut qu'on la marie. » Cette saillie naïve, qui a été attri- buée mal à propos à d'autres, est un jugement très-sense de cette dragédie, ou plutôt de cette pas- torale héroïque. Les hommes un peu instruits des anecdotes litté- raires, ont sans doute entendu parler du fameux soupé fait à Au- teuil, qui se termina par un évé- nement plus vrai que vraisemblable. Le vin jeta tous les con- vives, de la joie la plus immo- dérée, dans la morale la plus sé- rieuse. Les réflexions sur les mi- sères de la vie & sur cette maxime peu consolante de quelques fo- phistes anciens : Que le premier bon- heur est de ne point naître, & le se- cond de mourir promptement, leur fit prendre une résolution extrava- gante : ils se déterminèrent à se jeter dans la rivière qui n'étoit pas loin. La folie alloit se con- sommer, lorsque Molière leur re- présenta qu'une si belle action ne devoit pas être ensevelie dans les ténèbres, & qu'elle méritoit d'être faite en plein jour à la face de tout Paris. Cette plaisanterie les arrêta dans leur beau dessein, & Chapelle dit en riant : Oui, Melf- sieurs, ne nous noyons que demain matin ; & en attendant, allons boire le vin qui nous reste. On sent bien que le jour suivant changea leurs idées. — Chapelle ne se refusoit ja- mais un bon mot. Mecontent d'un mauvais dîné qu'on lui avoit donné, il s'approcha de Chevreau, qui étoit l'un des convives, & lui dit tout haut : Où irons-nous dîner en sortant d'ici. On louoit devant lui le portrait d'un seigneur de la cour, grand parleur, & l'on disoit qu'il n'y manquoit que la parole. Il n'en est que meilleur, reprit Cha- pelle. Cet aimable Epicurien vécut sans engagement, content de huit mille livres de rente viagère, & mourut à Paris en septembre 1686, âgé d'environ 70 ans. D'Affouci le représente comme étant tout esprit, & n'ayant presque point de corps : ce qui fait penser qu'il étoit petit, maigre & flé et. On a de lui, outre son Voyage, quelques petites Pièces fugitives en vers & prose, qu'on lit avec plaisir. L'Fèvre de Saint Marc a donné en 1755, en 2 volumes in-12, une nouvelle édition du Voyage de Chapelle & Bachaumont, & des ouvrages du premier, avec des notes & des memoires curieux sur la vie de l'un & de l'autre. Voyez BACHAUMONT, & I. CHARTIER.
II. CHAPELLE, (Henri, sieur de la) Voyez BESSET. — & HUTTER. 1 IL CHAPELLE, (Jean de la) né à Bourges en 1655, d'une famille noble, fut pendant plusieurs années receveur-général des finances de la Rochelle. Homme d'esprit & cherchant à plaire, il ne refiembla point aux Turcarets de son temps. Le prince de Conti, qui aimoit son caractère & sa conversation, lui donna le titre de son secrétaire, & l'envoya en Suisse en 1687. Louis XIV, instruit de son talent pour les affaires, l'employa aussi quelque temps dans le même pays. La Chapelle fit connoître bientôt ses dispositions pour la politique & pour les intérêts des princes. Les Lettres d'un Suisse à un François, sur la guerre de 1701, composées sur les Mémoires des ministres de la cour de France, sont pleines de réflexions judicieuses, & quelquefois triviales. C'est un tableau de l'état où se trouvaient alors les puissances belligérantes. Comme tous les prophètes en politique, il annonça, aux ennemis de la France, des malheurs qui ne leur arrivèrent point. L'auteur cacha en vain son nom & sa patrie; son style le décela. L'académie Françoise lui avoit ouvert ses portes en 1688, après la mort de l'abbé Furétière. Dans son discours de réception, il regretta « d'être réduit à déplorer les égaremens de son prédécesseur, au lieu de donner des louanges à son mérite, & des pleurs à sa mémoire. » Il mourut à Paris, le 29 mai 1723, âgé de 63 ans. Outre ses Lettres d'un Suisse, recueillies en huit volumes in-12; on a de lui plusieurs tragédies, Ajax, Zaïde, Téléphone, Cléopâtre; & le Carrosse d'Orléans, comédie ou plutôt petite farce qu'on joue encore quelquefois. Ces pièces sont recueillies dans le tome dix du Théâtre François, 1737. La Cha- pelle fut un de ceux qui tâcherent d'imiter Racine : car Racine, dit un homme d'esprit, forma sans le vouloir, une école, comme les grands peintres; mais ce fut un Raphaël, qui ne fit point de Jules Romain. Les pièces de l'imitateur sont fort au-dessous de leur modèle. Elles eurent pourtant quelque succès, & l'on joue encore sa Cléopâtre. On lui doit de plus : Les Amours de Catulle & de Tibulle. L'histoire de celles de Catulle est en deux volumes, & celles de Tibulle sont en trois; ce sont des romans plutôt que des histoires. L'auteur y a fait entrer les pièces des poètes latins, traduites ou imitées en vers françois, & le souvenir de l'original nuit souvent à la copie. Catulle & Leslie y parlent fort maussadement, si l'on en croit l'abbé de Chaulieu. L'auteur dit à la fin de son Tibulle, qu'il désireroit employer le reste de sa vie à écrire l'Histoire du règne de Louis XIV : c'étoit bien mal s'y préparer, que d'exercer sa plume sur des aventures romanesques.
IV. CHAPELLE, (Armand de la) passeur de l'église Wallone à la Haye, mort dans cette ville en 1746, étoit aussi zélé pour sa religion, qu'aident à cultiver les lettres. Sa Bibliothèque Anglaise, 1716 à 1727, quinze vol. in-12, & sa Bibliothèque raisonnée des Ouvrages des Savans, juillet 1728, à juin 1735, quatorze vol. in-8°, sont deux journaux, qu'il entreprit avec quelques autres littérateurs; & ils eurent une espèce de succès, moins pour le style qui manque souvent de pureté & de précision, qu'à cause de l'érudition & de la critique qu'il fut y répandre. On a encore de lui, la traduction du traité de H. Dixon, 256 CHA intitulé : La Religion Chrétienne démontrée par la résurrection de LIEUS-CHRIST, Paris, 1729, in-4°, & un Traité de la Nécessité du Culte public, 1746, in-8°, où il tâche de justifier les assemblées des Religionnaires du Languedoc.
CHAPELLES, (le Comte de) Voye; dans l'article BOUTEVILLE.
CHAPELLIER, (Isaac-Réné GUI le) né à Rennes d'un avocat distingué dans sa profession, & qui avoit obtenu des lettres de noblesse sur la demande des états de sa province, acquit lui-même de la réputation au barreau de Rennes. Dans les troubles qui agiterent le parlement & la noblesse de Bretagne, il prit parti contre eux, & mérita ainsi d'être appelé par le Tiers - état à l'assemblée Constituante. Là, il développa une grande facilité à s'énoncer, un organe sonore, & de la lucidité dans les idées; là, il s'éleva contre les rassemblements de troupes conduites près de Paris, le vol de M. Necker, les principales provinces, la propriété et du clergé. Il fit décréter et député ne pouvoit être commet comme un mandataire d'un peuple province, mais comme l'un des représentants de la Nation entière. Membre du comité de Constitution, il fit supprimer les droits d'aînesse, & rédigea le décret portant abolition de la noblesse. Les Protestans d'Alface lui durent le libre exercice de leur culte & leur appel à tous les droits de citoyen. D'après les plans qu'il proposa, les privilèges exclusifs accordés aux théâtres furent abolis, & la haute cour nationale organisée. Sur la fin de la session, il parut se repentir d'avoir trop sapé la monarchie & les prérogatives de la royauté; il chercha à les relever dans la révision de la Constitution, qu'il proposa, & en mettant des bornes à l'excessive influence des clubs ou sociétés populaires. Mais le mal étoit fait, & le torrent trop impétueux pour pouvoir être contenu. Le décret que Chapellier obtint sur cet objet, ne servit ensuite qu'à le faire proscrire, ainsi que tous ceux qui adoptèrent cette révision, & les dispositions contre les clubs. Obligé de fuir en Angleterre, il revint bientôt à Paris, pour éviter le séquestre de ses biens, prononcé contre tous les abîens. Arrêté aussitôt, traduit devant le tribunal révolutionnaire, il y fut condamné à mort le 22 avril 1794, & conduit à l'échaud, à l'âge de 39 ans, au milieu de ses deux collègues Thouret & d'Espréménil. Chapellier étoit meilleur logicien qu'orateur; il avoit le talent précieux pour une grande assemblée, de résumer avec clarté les divers avis, & de proposer ensuite avec force, celui qu'il croyoit le plus convenable. Il avoit le visage ovale, le teint bilieux, la taille moyenne, les yeux foibles & toujours garnis de lunettes. Il aimoit la parure, le jeu & tous les plaisirs.
CHAPOTON, (N.) est auteur de deux tragédies, Coriolan, jouée en 1638; & Orphée & Eurydice, représentée en 1640.
CHAPOULARD, (N.) sergent au régiment de Cambrésis, fut arrêté à Perpignan, avec les officiers de ce régiment, au commencement de la Révolution, & conduit à Orléans. Touché de la situation de son lieutenant-colonel, d'Adhémar, vieillard respectable, il demanda à porter ses fers, & à réunir leur poids à celui des fiens. Cette demande qui fut souvent réitérée, retirée, fit ôter les chaînes à d'Adhémar. Le sergent fut maffacré quelques jours après à Versailles, avec les autres prisonniers d'Orléans, le 9 septembre 1792.
CHAPPE D'AUTEROCHE, (Jean) célèbre astronome de l'académie des sciences de Paris, naquit à Mauriac en Auvergne l'an 1722, d'une famille noble. Il prit l'état ecclésiastique de bonne heure, & se consacra dès-lors à sa science favorite, à l'astronomie. L'académie des sciences le nomma en 1760, pour aller observer en Sibérie le passage de Vénus, fixé au 6 juin 1761. L'abbé Chappe partit avec l'enthousiasme qu'inspire ce qu'on aime. Arrivé à Tobolsk, capitale de la Sibérie, à travers mille périls, il fit son observation, & termina son opération & ses calculs. De retour en France, il rédigea la Relation de son voyage en Sibérie; & la fit superbement imprimer à Paris en 1768, en 2 vol. in-4°. La minéralogie, l'histoire naturelle, politique & civile, le tableau des mœurs & des usages, rien n'est négligé dans cet ouvrage, enrichi d'ailleurs d'excellentes cartes géographiques, que l'auteur lui-même avoit tracées ou rectifiées. L'auteur prétend que le vaste empire de Russie offre plus de marais & de décrets, que de villes peuplées & de campagnes florissantes. Il peut y avoir de la févérité dans quelques-unes de ces observations; mais elles sont en général vraies & justes. Voyez l'article KRACHENINNIKOW. Un nouveau passage de Vénus étant annoncé pour le 3 Juin 1769, notre astronome partit en 1768, pour l'aller observer en Californie; il l'observa en effet le 3 juin 1769. Une maladie épidémique désoloit cette contrée : l'Abbé Chappe en fut attaqué, & il mourut le premier août suivant, victime de son zèle pour l'astronomie. Il avoit dit en quittant Paris, que s'il étoit sûr de mourir le lendemain de son observation, ce ne seroit point un motif pour le détourner de ce voyage. En effet, quatre jours avant sa mort, il dit à ceux qui l'environnoient : Il fut finir; je sens que je n'ai plus que huit jours à vivre; j'ai rempli mon objet & je meurs content. Cependant ses Observations, publiées par Cassini, Paris 1772, in-4°, sous le titre de Voyage de Californie; n'ont pas répandu sur l'astronomie des lumières dignes du sacrifice de la vie. La vraie distance du soleil, qu'elles devoient, à ce qu'on espéroit, faire connoître, reste toujours une espèce de problème. L'abbé Chappe étoit plus attaché aux sciences, qu'aux agrémens d'une vie douce & paisible. Son caractère étoit noble, désintéressé, droit & plein de candeur. Il a dit un esprit ouvert, aimable, grand & dépendant capable de fer-
APPOTIN DE SAINT-LANGENT (Michel) littérateur, attaché à la bibliothèque du roi, mort à Paris sa patrie, en 1775, publia en 1754, une traduction du Traité des Diamans & des Pierres de Jeffries, in-8°.
CHAPPUZEAU, (Samuel) Génevois, précepteur de Guillaume III roi d'Angleterre, ensuite gouverneur des pages du duc de Brunswick-Lunebourg, mourut dans cet emploi, à Zell le 31 août 1701, vieux, aveugle & pauvre. On lui doit I. Les Voyages de Tavernier; qu'il mit en ordre, & qu'il publia en 1675, in-4° II. Un Projet d'un nouveau Dictionnaire Historique, Géographique, Philosophique; ouvrage 358 CHA qu'il ne put achever. Moréri avoit profité, dit-il, de son manuscrit. III. Le Théâtre François, en quatre livres : ouvrage mal digéré, sans ordre & sans exactitude. L'auteur y traite de l'usage de la comédie, des auteurs qui soutiennent le théâ- tre, & de la conduite des comé- diens. Il se mêloit aussi de poésie, On a de lui plusieurs pièces : l'Académie des Femmes, le Riche mé- content, la Dame d'intrigue, Colin- Maillard, les Eaux de Pyrmont, Armeçar ou les Amis ennemis. Elles font rassemblées sous le titre de la Muse enjouée ou le Théâtre comique. On n'y reconnoit ni le génie de Molière, ni celui de ses imita- teurs. Il n'est pas cependant sans mérite, du côté de l'intrigue & de l'invention ; mais sa verification est pitoyable. On lui doit un ou- vrage en prose, intitulé : Lyon dans son lustre, in-8.° I. CHAPUIS, (Claude) né en Touraine, étoit chanoine de Rouen, valet de chambre & garde de la bibliothèque du roi. Il mourut vers 1572, assez avancé en âge. On a de lui : I. Différentes Poé- ses, dans un livre intitulé : Bla- sons anatomiques du corps féminin, faits par divers auteurs, Lyon 1537, in-16. II. Discours de la Cour, Paris 1543, in-16, &c.
II. CHAPUIS, (Gabriel) ne- veu du précédent, natif de No- zeroy, vécut à Lyon jusqu'en 1583, qu'il vint s'établir à Paris, où il mourut vers 1611. On a de lui : I. Discours politiques & mili- taires, traduits de différens auteurs, à Paris 1593, in-8.° II. Primaléon de Grèce, 1618, 4 vol. in-16. III. Plusieurs volumes d'Amadis des Gaules, qui a vingt-quatre livres & autant de volumes. Voyet
HERBERAI & LOBEIRA. IV. Un livre curieux, intitulé : Les facé- tieuses Journées contenant cent Nou- velles, par G. C. D. T. Gabriel CHAPUIS de Tours, Paris 1584, in-3°, peu commun. Voy GILLES, n° VI. — GARZONI — & IV. MA- RIUS.
III. CHAPUIS, (François) mé- decin de Lyon dans le dernier sie- cle, y a publié un Traité sur la Peste.
CHAPUIS MAUBOST, (Jean- Pierre) né en Forez, devint un officier d'artillerie distingué, & dirigea toutes les batteries des Lyonnois, en 1793, contre l'ar- mée de la Convention. Fait pri- sonnier par les vainqueurs, il fut condamné à être fusillé. Vaine- ment lui offrit-on la vie au mo- ment de l'exécution, à condition qu'il serviroit dans l'artillerie de la République, il préféra la mort, qu'il subit à l'instant même.
CHARAS, (Moïse) habile phar- macopole, né à Ufez, en exerça d'abord la profession à Orange, d'où il vint s'établir à Paris. S'étant fait connoître avantageusement par son Traité de la Thériaque, il fut choisi pour faire le cours de chi- mie au Jardin royal des plantes de Paris, & s'en acquitta avec un applaudissement général durant neufannées. Sa Pharmacopée, 1753, 2 vol. in-4°, fut le fruit de ses le- çons & de ses études ; & quoi- qu'on ait fait mieux depuis, elle n'est pas hors d'usage. On la tra- duisit dans toutes les langues de l'Europe, & en chinois même, pour la commodité de l'empereur. Il explique dans cet ouvrage, pourquoi l'eau-forte fond tous les métaux, excrepé l'or; & pour- quoi l'eau régale, qui met l'or en fusion, ne peut pas fondre les autres métaux, par exemple l'ac- gent. « L'argent, dit-il, a des pores, dont l'ouverture est proportionnée à la grosseur des pointes des particules de l'eau-forte, assez aiguës par un bout pour entrer, & assez larges par l'autre pour séparer les parties du métal. Mais l'or, dont les pores sont beaucoup plus étroits que ceux de l'argent, ne peut pas admettre ces particules; donc l'eau forte doit fondre l'argent & non pas l'or. Quant à l'eau régale, elle doit au contraire fondre l'or & non pas l'argent. Les parties de ce dissolvant, subtilisées par le sel ammoniac, passent trop librement par les pores de l'argent, & ne trouvent que dans l'or, des pores disposés à les seconder dans leurs fonctions. » Les ordonnances contre les Calvinistes, l'obligèrent de quitter sa partie en 1680. Il passa en Angleterre, de là en Hollande, & ensuite en Espagne avec l'ambassadeur, qui le menoit au secours de son maître Charles II, languissant depuis sa naissance. On étoit alors convaincu en Espagne, que les vipères, à douze lieues à la ronde de Tolède, n'avoient aucun venin, parce qu'un archevêque le leur avoit ôté : le docteur François s'éleva contre cette erreur. Les médecins de la cour, jaloux du mérite de Charas, ne manquèrent pas d'être scandalisés de sa témérité; ils le déférèrent à l'inquisition, & il n'en sortit qu'après avoir abjuré la religion Protestantne. Charas avoit alors 72 ans. Il revint à Paris, fut agrégé à l'académie des sciences, & mourut bon Catholique en 1698, âgé de 80 ans. On a de lui, outre sa Pharmacopée, un excellent Traité de la Thériaque, à Paris 1668, in-12, dont nous avons parlé; & un autre non moins estimable, de la Vipère, 1694, in-8. Il joignit à celui-ci un Poème latin sur ce reptile, qui n'est que médiocre pour le style. Voyez la Relation de son voyage en Espagne, dans le Journal de Verdun, année 1776, mois de mars & suivans.
CHARBUY, (N.) professeur d'éloquence au collège d'Orléans, mourut dans cette ville en 1788. Il est auteur de plusieurs livres élémentaires estimés, & de plusieurs autres ouvrages, qui prouvent des connoissances historiques, & des talens pour la poésie. Les principaux sont : I. Une Traduction des Paritions Oratoires de Cicéron, qui le traducteur a ajouté de très-bonnes notes. II. Abrégé chronologique de l'Histoire des Juifs. III. Aurelia liberata ou Orléans délivré, poème latin en trois chants, qui a été traduit par de Méré. IV. Une Epître latine sur un Voyage à Paris, traduite dans le recueil amusant des Voyages, imprimé chez Nyon, en 1784. I. CHARDIN, (Jean) fils d'un jouillier protestant de Paris, né en 1643, voyagea en Perfe & dans les Indes Orientales. Le roi de Perfe le nomma en 1666 son Marchand, & il vint à Paris l'an 1670 avec cette commission. Il retourna en Perfe en 1677, & parcourut ce pays avec une attention particulière : le commerce de pierreries, qu'il connoissoit très-bien, lui donnoit le moyen de s'introduire par-tout. De retour en Europe, Charles II, roi d'Angleterre, lui conféra de sa main la dignité de chevalier. Il mourut à Londres en 1713, à 70 ans, estimé & regretté à cause de son caractère franc & honnête, & de son esprit net & judicieux. Le Recueil de ses Voyages, traduits en italien, en anglais, en flamand & en allemand, est en 10 vol. in-12. 1711; & 4 vol. in-4°, 1735; Amsterdam, avec figures. Ils font à la fois très-curieux & très-vrais; & on doit bien les distinguer de ceux de Paul Lucas, & de tant d'autres voyageurs, qui n'ont couru le monde que pour en rap- porter des ridicules & des men- fonges. Chardin donne une idée complete de la Perfe, de ses usages, de ses mœurs, de ses coutumes, &c. La description qu'il fait des autres pays Orientaux qu'il a parcourus, n'est pas moins exacte. Ses Voy ges peuvent être très-utiles, surtout à ceux qui feroient le même com- merce que lui. — II. CHARDIN, (Jean-Baptiste) cèlebre peintre Parisien, de l'académie, né en 1698, mort en 1779, avoit été marié deux fois. C'étoit un excellent artiste & un homme modeste. Il a peint beaucoup de petits fujers domestiques avec le coloris le plus vrai. L'im- peratrice de Russie, le roi de Suede & d'autres princes étrangers étoient empressés à se procurer ses ouvrages. Le tableau du roi qu'on appelle le Bénédicte & celui du Jacques, qu'acheta Mad. Histoire, font cités avec éloge. Chardin étoit bon coloriste; mais son talent ne se bornoit pas là. Un particulier lui ayant demandé un tableau, dont les couleurs fussent très-vives & très-brillantes. Eh l'qui vous a dit, s'écria l'artiste, qu'on fait des tableaux seulement avec des couleurs?
CHARDON, (l'Ordre DU) Voyer JACQUES IV, roi d'Écosse.
CHARENTON, (Joseph-Ni- colas) Jésuite, né à Blois en 1649, mourut à Paris en 1735, à 86 ans. On a de lui l'Histoire générale d'Ef- pagne, du Père Mariana Jésuite, traduire en François, augmentée du Sommaire du même auteur & des fuites jusqu'à nos jours; avec des notes M- toriques, géographiques & critiques, des médailles & des cartes géographi- ques, à Paris 1725, en 5 vol. in-4°, qui se relient en 6. C'est par l'ordre de Philippe V, roi d'Espagne, qu'il entreprit cette traduction; il la dédia à ce prince. Sa préface est curieuse, & l'ou- vrage est estimable. I. CHARÈS, orateur Athénien. Il lui arriva un jour de parler for- tement contre les fourcils terri- bles de Phocion; Les Athéniens s'en étant mis à rire, Phocion leur dit: Cependant ces fourcils ne vous ont fait aucun mal; mais les riffées de ces beaux plaifans ont fait fou- vent verser bien des larmes à votre ville. On croit que ce Charès est le même qui vivoit l'an 367 avant Jésus-Christ.
II. CHARÈS, sculpteur Lydien, disciple de Lysippe, s'immortalisa par le fameux Colosse du Soleil; l'une des sept merveilles du monde; cette statue étoit d'airain, & avoit cent cinquante pieds de hauteur. Charès y employa douze ans, & le plaça à l'entrée du port de Rhodes. Elle avoit un pied sur la pointe d'un des rochers de ce port & l'autre pied sur le rocher opposé, de façon que les navires passaient à pleines voiles entre ses jambes. Ce colosse fut abbatu par un trem- blement de terre, après avoir été 56 ans debout. Moavias, calife des Sarafins, s'étant emparé de Rhodes l'an 667 de J. C., le vendit à un marchand Juif qui en chargea neuf cents chameaux. On pouvoit à peine embraser son pouce.
CHARETTE DE LA COINTRIE, (François-Athanafe de) général des insurgés de la Vendée, naquit à Couffe en Bretagne en 1763, & entra au service de la marine, où il obtint le grade de lieutenant de vaisseau. Fatigué des excès pro- duits par la révolution, il se mit à la tête d'un rassemblement du Bas-Poitou, & le 10 mars 1793, il s'empara de Pornic, petit port près de Nantes, & quelques jours après de Machecoul, après avoir battu le général Beyffer. Il mit alors le fêge devant Nantes, dont il ne put se rendre maître par la dé- fection d'une colonne d'Angevins non accoutumes au feu, & qui se retirèrent à la première attaque. Après diverses rencontres où il fut tantôt vainqueur & tantôt re- pouffé avec avantage par Turreau & Canclaux; après avoir signé un traité de pacification, aussitôt rompu que signé, & cherché à favoriser la descente de Quiberon, il fut fait prisonnier dans le combat de la Chabotière. Blessé à la tête & à la main, fuyant à travers un bois, il fut forcé de rendre les armes. Conduit à Angers, on lui fit son procès, & on le transféra à Nantes pour y être fusillé. Lui- même donna aux soldats le signal de sa mort; & trois jours après, la municipalité de Nantes fut forcée de le faire exhumer, pour calmer la terreur extrême des habitans qui croyoient qu'il s'étoit évadé, & se trouvoit encore à la tête d'une armée de six mille hommes. Sa veille fut vendue après lui six cent quarante-huit livres en or. Charette avoit la taille moyenne & mince, & le regard fier. Son caractère dur & trop hautain ne lui attache pas ses soldats; mais il eut un courage réfléchi & déterminé, une concep- tion vive, & le dévouement le plus entier à son parti. Les royalistes Vendéens lui ont reproché cepen- dant d'avoir nui à leur cause, en divisant leurs forces, & en n'ayant jamais voulu se soumettre au com- mandement des autres chefs.
CHARIBERT, Voyet CA- RIBERT.
CHARIBDE, Voy. CARIBDE.
CHARICLO, (Mythol) fille d'Apollon, épousa le centaure Chi- ron, & en eut une fille nommée Oyrad.
CHARIDÈME, illustre Athé- nien, fut exile de sa patrie par ordre d'Auxandre, contre lequel il s'étoit déclaré S'étant réfugié à la cour de Darus roi des Perses, ce prince le fit mourir pour lui avoir dit avec trop de tranchise & de liberté ce qu'il pensoit de son armée & de celle du roi de Macédoine. I. CHARILAÜS, neveu de Ly- curgue, & roi de Lacédémone l'an 88; avant J. C., commença de se signaler par une victoire sur les Argiens. Il fit ensuite la guerre aux Tégéates, & quoiqu'il eût suivi le commandement de l'O- racle, il ne laissa pas d'être mis en déroute, & même d'être pris dans une sortie que firent les Té- géates, secondes par leurs femmes. Il rachita sa liberté en leur ac- cordant la paix. Ce roi étoit d'un naturel si doux, qu'Archélaus, son collègue, disoit quelquefois, en parlant de sa grande bonté: Qu'il ne s'étonnoit pas que Charilaüs fait si bon envers les gens de bien, puisqu'il l'étoit même à l'égard des méchans.
II. CHARILAÜS, Lacédémo- nien, étoit fort attentif à con- server la beauté de sa chevelure. On lui demanda un jour pour- quoi il en prenoit tant de soin ? il répondit: « Que c'étoit le plus bel ornement d'un homme, le plus agréable, & celui qui coûtoit le moins de dépense. » Qu'a ex- ornatu hoc foret pulchrior venustiorque. 262 CHA ac fumptés minimi. Une autre fois on lui demanda pourquoi Lycurgue avoit fait si peu de lois ? Il faut peu de lois, dit-il, à ceux qui parlent peu... Pauca dicentibus, paucitas legum pufficit. Il faut remarquer que les Lacedémoniens parloient peu, & qu'ils disfoient beaucoup en peu de mots : d'où vient cette expression qui dure encore, un style laconique, pour dire un style vif & concis.
CHARILE, jeune fille de Delphes, se présenta au souverain de cette ville, dans une famine, pour en obtenir quelques secours. Celui-ci, importuné de ses prières, la chassa avec outrage : Charile alors se pendit de désespoir. Pour appaifer ses mânes, on institua les fêtes Charilées, qui se célébroient à Delphes tous les neuf ans, & pendant lesquelles le roi distribuoit des denrées à tous les assistans.
CHARISIUS, grammairien Latin dont parle Priscus. Son ouvrage se trouve dans le Recueil des Anciens Grammairiens de Puifchius, Hanovre 1605, in-4°.
CHARITÉ, Voyez FOI.
CHARITÉ, (les Frères de la) Voyez JEAN DE DIEU, n° 17.
CHARITÉ, (les Filles de la) ou Sœurs Grises, Voyez GRAS, & VINCENT DE PAUL.
CHARITON D'APPRODISE, secretaire d'un rhéteur nommé Athénagore, vivoit à la fin du IVe siècle, si ces noms ne sont pas supposés, comme il y a grande apparence. On a trouvé de notre temps un roman grec sous son nom, intitulé : Les Amours de Chereas & Callyrhoe, dont d'Orsille, professeur d'histoire à Amsterdam, a publié une édition en 1750, 2 vol. in-4°, avec la traduction latine et des notes. Il y en a une traduction françoise, par Larcher, à Paris en 1763, 2 vol. in-8°. Fallet en a donné une version nouvelle en 1775, in-8°. La table de ce roman est assez bien conduite, sans épisodes & sans écarts. Il y a de l'intérêt, & il est bien ménagé. Le dénouement en est simple ; la vraisemblance est gardée presque partout : nulle situation licencieuse, point d'images obscènes. La 2e traduction est plus élégante que la 1re; mais celle-ci est d'une fidélité plus scrupuleuse.
CHARLAS, (Antoine) prêtre de Couferans, supérieur du séminaire de Pamiers sous Coulet, mourut dans un âge avancé en 1698, à Rome où il s'étoit fixé après la mort de cet évêque. On a de lui : I. Trachatus de Libertatibus Ecclesiae Gallicana, in-4°. Le but de l'auteur n'étoit d'abord que d'attaquer différents abus, introduits, selon lui, par les jurisconsultes & les magistrats François, sous prétexte de conserver les libertés de leur église. Mais un de ses protecteurs à la cour de Rome, l'engagea à étendre la matière, & à traiter des droits du pape, violés, aux yeux des Ultramontains, dans les articles du clergé de France, en 1682. La dernière édition de cet ouvrage en 1720, à Rome, in-4°, 3 vol., est bien plus ample que la première. II. De primatu summi Pontificis, in-4°. III. De la puissance de l'Église contre le Jésuite Maimbourg. I. CHARLEMAGNE, ou CHARLES Ier, roi de France & premier empereur d'Occident, étoit fils de Pepin le Bref & de Bertrade. Il naquit vers 742, au château de Salzbourg, dans la haute Bavière. Après la mort de son père, il eut l'Australie & la Neuftrie, avec quelques provinces de l'ancienne Germanie; & après celle de Carloman son frère en 771, il fut reconnu roi de toute la monarchie Françoise. Ses premiers exploits furent contre les Saxons. Il trouve à leur tête un homme digne de se mesurer avec lui, le fameux *Wickind*; il le défait près de Paderborn, rafe le temple de ces barbares, maffacre leurs prêtres, fur les débris de leur idole, & pouffe ses conquêtes jusqu'au Wefer. Tandis qu'il se battait fur les bords de ce fleuve, l'Italie imploroit son secours. *Didier*, roi des Lombards venoit de reprendre l'exarchat de Ravenne fur le pape *Adrien*, *Voyet* DIDIER, n° III. *Charles* vole à lui, le fait prifonnier en 774, & eft couronné fouverain de Lombardie à Monza. Le conquérant renouvelle au pontife la donation de l'exarchat. *Adrien* lui confirme, par reconnoiffance, le patriciat de Rome, avec le droit d'ordonner de l'élection des papes & de la confirmer. Les Romains de leur côté lui abandonnent tous leurs droits & toute leur puiffance. *Charlemagne* étoit venu en Italie pour défendre *Adrien*; il paffe en Espagne pour rétablir *Ibin-Aigrabi* dans Sarragoffe. Il affilége Pampelune, se rend maître du comté de Barcelone, eft défait à Roncevaux l'an 778 par les Arabes & les Gafcons, & perd dans cette journée *Roland*, fon neveu fuppofe, fi célèbre dans nos anciens romans. Les Saxons avoient profité de fon abfence pour se révolter. *Charles* accourt, s'en venge par le maffacre de Verden, fait trancher la tête à quatre mille cinq cents des principaux partifans de *Wickind*, remporte de nouvelles victoires fur ce général, & le foumet à l'Etat & à la religion, qui n'eurent pas depuis de plus zélé détenfeur. Pour prévenir de nouvelles révoltes, & forcer les vaincus à refter fideles, le vainqueur les répandit dans plufieurs villes de ses royaumes. *Charles*, maître de l'Allemagne, de la France & de l'Italie, marche à Rome en triomphe, se fait couronner empereur d'Occident par *Léon III* l'an 800, & renouvela l'empire des Céfars, éteint en 476 dans *Auguste*. On le déclara Céfar & Auguste, on lui décerna les ornemens des anciens empereurs Romains, fur tout l'aigle impériale. *Niefphore*, empereur d'Orient, qui recherchoit fon amitié, lui envoya des ambaffadeurs pour affurer la paix entre les deux empires, & ils furent reçus avec un appareil frappant, & qui fembloit accumuler merveilles fur merveilles. Les ambaffadeurs trouvèrent *Charlemagne* en Alface, dans fon palais de Selz: ce prince crut devoir leur donner une idée de la magnificence de l'empire, d'autant plus qu'il avoit eu à se plaindre de l'arrogance des Orientaux qui regardoient tous les Occidentaux comme des barbares. Il voulut qu'on les introduisit à fon audience, d'une manière qui leur causât autant de furprife que d'embarras. On les fit paffer par quatre grandes falles magnifiquement ornées, où l'on avoit diftribué les officiers de la maifon de l'empereur, tous richement vêtus, tous dans une contenance refpectueuse, & debout devant celui des feigneurs qui les commandoit. Des la première où étoit le connétable affis fur un trône, les ambaffadeurs alloient se profiterer; on les en empêcha, en leur repréfiant que ce n'étoit 264 CHA qu'un officier de la couronne. Même erreur dans la seconde, où ils trouvèrent le comte du palais avec une cour encore plus brillante. La troisième où étoit le maître de la table du roi; & la quatrième où présétoit le grand-chambellan, en redoublant leur incertitude, donnèrent lieu à de nouvelles méprites, le degré de magnificence augmentant à proportion du nombre de tailles. Enfin, deux seigneurs vinrent les prendre, & les in rodaifirent dans l'appartement de l'empereur. Le monarque, tout éclatant d'or & de pierreries, étoit debout au milieu des rois ses enfants, des princesses ses filles, & d'un grand nombre de dues & de prêles avec lesquels il s'entreténoit familièrement. Il avoit la main appuyée sur l'épaule de l'évêque *Hetton*, pour lequel il affecta d'autant plus de considération, qu'il avoit effuyé plus de mépris dans son ambaffade à la cour de Constantinople. Les ambaffadeurs, failli de crainte, se jettèrent à ses pieds. Il s'aperçut de leur embarras, les releva avec bonté, & les raffura en leur disant qu'*Hetton* leur pardonnoit, & que lui-même, à la prière du prélat, vouloit bien oublier ce qui s'étoit paffé. Un traité avantageux fut le fruit de ce magnifique étalage dont nous n'offrons ici le détail que pour faire connoître les mœurs du temps. Il portoit que *Charlemagne* & *Nicéphore* auroient également le nom d'*AUGUSTE*, & que le premier prendroit le titre d'*Empereur d'Occident*, & le second celui d'*Empereur d'Orient*. Depuis Bénévent jusqu'à Bayonne, & de Bayonne jusqu'en Bavière, tout étoit sous la puissance de *Charlemagne*. Qu'on tuive les limites de son empire, on verra qu'il possédoit toute la Gaule, une province d'Espagne, le continent de l'Italie jusqu'à Bénévent, toute l'Allemagne, les Pays-Bas, & une partie de la Hongrie. Les bornes de ses états étoient à l'orient le Naab & les montagnes de la Bohème, au couchant l'Océan, au midi la Méditerranée, au nord l'Océan & l'Oder. Dès qu'il fut empereur, *Irène*, impératrice d'Orient, voulut, dit-on, l'épouser, pour réunir les deux empires; mais une révolution subite ayant précipité du trône cette princesse, fit évanouir ses espérances. Vainqueur par tout, il s'appliqua à pousser ses états, rétablit la marine, visita ses ports, fit construire des vaiffeaux, forma le projet de joindre le Rhin au Danube par un canal, pour la jonction de l'Océan & du Pont-Euxin. Il avoit donné des lois les armes à la main, il les foutait dans la paix & en ajouta de nouvelles. Aussi grand par ses conquêtes que par l'amour des lettres, il en fut le protecteur & le restaurateur. *Voyez* II ADRIEN & ALCUIN. On tint devant lui des conférences, qu'on peut regarder comme l'origine de nos académies. Son palais fut l'aise des sciences. *Pierre de P. se* vint d'Italie, *Alcuin* d'Angleterre, &c. *Voyez* EADULEE: tous furent comblés de biens & de caresses. L'Église, dans son empire, lui dut le chant Grégorien, la convocation de plusieurs conciles, la fondation de beaucoup de monastères. Outre l'école de Paris qu'il établit, il en érigea dans toutes les églises cathédrales, & à Rome un séminaire. C'est relativement à son nom que l'on donna le nom de livres *Caroline*, à un *Traité sur le culte des Images*, dont la dernière édition est de Hanovre 1731. in - 8°, sous ce titre : *Augusta Concilii Niveni II Censura*. Outre les *Capitulaires*, dont la meilleure édition, est de *Baluzé*, Paris 1677, 2 vol. in-folio, on a de *Charlemagne* une *Grammaire*, dont on trouve des fragments dans la *Polygraphie* de *Luthème*. Ses lois sur les matières tant civiles qu'ecclésiastiques, sont admirables, surtout pour un temps moins éclairé que le nôtre. Il ordonna, (ce qu'il est heureux qu'on commence à exécuter en France) que les poids & mesures seroient mis par tout son empire sur un pied égal. Il réprima autant qu'il put la mendicité, en ordonnant que chaque paroisse eût à recevoir ses pauvres, à les nourrir, à les faire travailler. Il fixa irrévocablement le prix du froment, du seigle, de l'avoine. Il régla le prix des étoffes, & l'habillement de ses sujets, sur leur état & sur leur rang. Il ordonna par son testament que les querelles des trois princes ses fils pour les limites de leur état, seroient décidées par le jugement de la croix; ce jugement confétoit à donner gain de cause à celui des deux partis qui tenoit le plus longtemps les bras élevés en croix : s'il les assujettit à ce jugement, c'est que le génie ne prévaut jamais entièrement sur les coutumes d'un siècle superstitieux. Se sentant près de sa fin, il associa à l'empire *Louis*, le seul fils qu'il lui reftoit, lui donna la couronne impériale & tous ses autres états, à l'exception de l'Italie, qu'il garda pour *Bernard*, bâtard de son fils *Pepin*. Il mourut l'année d'après, en 814, dans la 71e année de son âge, la 47e de son règne, & la 14e de son empire. On l'entrera à Aix-la-Chapelle, avec les ornemens d'un chrétien pénitent, & ceux d'un empereur & d'un roi de France. Lorsqu'*Othon III* fit ouvrir son tombeau, on retira ceux que le temps & l'humidité n'avoient pas gâtés, & ils font encore aujourd'hui partie ou trésor de l'empire, particulièrement sa couronne & son cimetière. Le nom de ce conquérant législateur remplit la terre. « Le prince étoit grand, dit un homme de génie, l'homme l'étoit davantage. Les rois ses enfans furent ses premiers sujets, les infirmentés de son pouvoir & les modèles de l'obéissance. Il mit un tel tempérament dans les ordres de l'état, qu'ils furent contrebalancés & qu'il refta le maître. Tout fut uni par la force de son génie. Il empêcha l'oppression du clergé & des hommes libres : en menant continuellement la noblesse d'expédition en expédition, il ne lui laissa pas le temps de former des défeins, & l'occupa toute entière à suivre les fiens. L'empire se maintint par la grandeur du chef. S'il eût fait de Rome sa capitale, si ses successeurs y eussent fixé leur principal séjour, & sur tout s'il n'eût pas suivi l'usage de son temps, de partager ses états à ses enfans, & s'il n'eût pas déchiré ainsi son héritage, & armé nécessairement ses successeurs les uns contre les autres, il est vraisemblable qu'on eût vu renaître l'empire Romain. On ne voit point dans cette scission, cet esprit de prévoyance qui comprend tout, & qui brille dans ses autres lois. Vafle dans ses défeins, simple dans l'exécution, nul souverain n'eût, à un plus haut degré, l'art de faire les plus grandes choses avec facilité, & les plus difficiles avec promptitude. Il parcouroit sans cesse son vaste empire, portant la main où il menaçoit de tomber, passant rapidement des Pyrénées en Allemagne, & d'Allemagne en Italie. " Quelques historiens modernes lui ont disputé le titre de Grand; ils ont sans doute raison, si par Grand ils entendent parfois, exempt de défauts; mais s'ils attachent à ce mot le sens qu'on y attache ordinairement, personne ne mérita mieux de porter le nom de Grand, que Charlemagne. Son caractère ne parut cruel qu'à l'égard des Saxons: il étoit doux d'ailleurs, & ses manières étoient simples, ainsi que celles des grands hommes. Il aimoit à vivre avec les gens de sa cour. On lui a reproché d'avoir eu neuf femmes à la fois; mais, en supposant que ce fait fût vrai, ses maîtresses ne le dominèrent point. Il gouverna sa maison avec la même sagesse que son empire. Il fit valoir ses domaines & en tira de quoi répandre d'abondantes aumônes & soulager son peuple... Il réveroit dans les ecclésiastiques la dignité de leur caractère, mais il vouloit qu'ils s'y conformassent. Un jeune homme auquel il venoit de donner un évêché, s'en retournoit très-faissant: s'étant fait amener son cheval, il y monta si légèrement, que peu s'en fallut qu'il ne fautât par-dessus. L'empereur qui le vit d'une fenêtre de son palais, l'envoya chercher: Vous savez, lui dit-il, l'embarras où je suis pour avoir de bonnes troupes de cavalerie. Étant aussi bon écuyer que vous l'êtes, vous seriez fort en état de me servir; j'ai envie de vous retenir à ma suite; vous m'avez tout l'air de réussir, & d'être encore meilleur cavalier que bon évêque. Généreux, mais sage dans ses libéralités, il ne donnoit jamais qu'un seul évêché, ou qu'une seule abbaye, à une seule personne. Il concilioit, par ce moyen, la faine politique à la sévérité des canons ecclésiastiques. En ne réunissant pas plusieurs bénéfices sur la même tête, je trouve, disoit-il, le moyen de multiplier mes obligés. Un sujet pourvu de plusieurs abbayes, ne m'est pas plus attaché que celui qui n'en a qu'une. — Lorsque ce monarque scelloit ses ordres, il le faisoit avec le pommeau de son épée, où étoit gravé son sceau, & disoit: Voilà mes ordres... & voilà, ajoutoit-il, en montrant son épée, ce qui les fera respecter de mes ennemis. Tout étoit grand dans ce prince; il étoit de la plus haute taille, avoit les yeux grands & vifs, un visage gai & ouvert, le nez aquilin. Il ne portoit en hiver, dit l'ignhard, qu'un simple pourpoint fait de peau de loutre, sur une tunique de laine bordée de foie. Il mettoit sur ses épaules une espèce de manteau de couleur bleue; & pour chaussure, il se servoit de bandes de diverses couleurs, croisées les unes sur les autres. Ennemi du luxe, il tâchoit de le proscrire de sa cour. Quand il voyoit quelques-uns de ses courtisans magnifiquement vêtus en habits de foie avec des fourrures de grand prix, il les menoit précipitamment à la chasse, & les faisoit courir dans les bois à travers les halliers. Les beaux habits revenoient en lambeaux ou humides de pluie. Il ne vouloit point alors qu'aucun seigneur changeât d'habit; puis il leur disoit en présence de tout le monde: "Voyez comme vous voilà faits, tandis que mon manteau de peau de mouton, que je tourne à mon gré selon le temps qu'il fait est aussi beau qu'il étoit hier. Rougissez & apprenez à vous habiller en hommes. Laissez la foie & les parures aux femmes. L'habit est pour l'usage, & non pour la montre." Charlemagne avec sa peau de mouton paroîtra, aux yeux du philosophe, bien plus intéressant que s'il étoit environné de toutes les vaines décorations du luxe. Paschal III mit ce prince au nombre des Saints, en 1165 ou 66, & Louis XI ordonna que sa fête feroit célébrée le 28 janvier. On fait cette fête dans plusieurs églises d'Allemagne, quoique dans d'autres, comme à Metz, on fasse tous les ans un service pour le repos de son ame. Quoi qu'il en soit, le Paganisme lui auroit, sans doute, accordé l'apothéose, & il la méritoit. « Les pays qui composent aujourd'hui la France & l'Allemagne jusqu'au Rhin, dit un historien célèbre, furent tranquilles pendant près de cinquante ans, & l'Italie pendant treize. » Depuis son avènement à l'empire, point de révolution en France, point de calamités pendant ce demi-siècle, qui par-là est unique. Quelques pirates seulement infestoient les frontières de l'empire; & Charles, qui favoit les contenir, prévoyoit les maux qu'ils feroient un jour: Eh! si malgré ma vigilance, disoit-il, ils insultent les côtes de mes états, que sera-ce donc après ma mort? — Voyez son Histoire par de la Brère, 2 volumes in-12; & par Gaillard, 4 vol. in-12.
II. CHARLES II, dit le Chauve, fils de Judith, seconde femme de Louis le Débonnaire, né à Franckfort sur le Mein, le 13 juin 823, devint roi de France en 840. Elu empereur par le pape & le peuple Romain en 875, il fut couronné l'année d'après. Le commencement de son règne est célèbre par la bataille de Fontenai en Bourgogne, donnée en 841, où ses armes, jointes à celles de Louis de Bavière, vainquirent Lothaire son frère. Charles ne profita point de sa victoire. La paix fut conclue. Il conserva l'Aquitaine avec la Neustrie, tandis que Louis avoit la Germanie, Lothaire l'aîné l'1- talie & le titre d'empereur. Voyez ADRIEN II. Une nouvelle guerre vint l'occuper. Les Normands avoient commencé leurs irruptions & leurs ravages. Charles leur opposa l'or au lieu du fer. Ces ménagemens indignes d'un roi, qui auroit plutôt dû se battre que marchander, occasionnèrent de nouvelles courses & des dépredations. Ayant su profiter de la mort de Louis le Germanique, & reprendre sur ses enfans ce qu'il avoit cédé dans le dernier partage de la Lorraine, il fut battu par Louis, second fils du prince défunt. Pressé à la fois par son neveu, par les Mahométans, par les intrigues du pape, l'empereur vaincu repassa en Italie poursuivi par ses vainqueurs. Il mourut à Briord en Breise, le 6 octobre 877, à 54 ans; après avoir régné trente-sept ans comme roi de France, & presque deux comme empereur. Les historiens disent qu'un Juif, nommé Sédécas, son médecin & son favori, l'empoisonna. C'est à son empire que commence le gouvernement féodal, & la décadence de toutes choses. Il n'avoit pas su défendre, contre les papes, les droits de sa couronne; il ne les défendit pas mieux contre ses propres sujets. La France, dévastée par les guerres civiles que les enfans de Louis le Débonnaire s'étoient faites entreux, étoit devenue la proie des Normands. Les seigneurs François, obligés de se défendre chacun sur son territoire, s'y fortifièrent, & se rendirent redoutables aux successeurs de Charles. Ils ne les laissèrent sur le trône, que tant que ceux-ci eurent en main de quoi les enrichir; mais quand enfin ils furent dépouillés de tout, les grands, qui n'avoient plus rien à en espérer, se firent déclarer rois: tels que Eudes & Raoul, dont la puissance ne passa pas cependant à leur postérité. Les grands offices militaires, les dignités & les titres, les duchés, les marquissats, les comtés devinrent héréditaires; & ce ne fut pas un petit coup porté à l'aurorite royale. Le règne de Charles II doit être regardé comme l'époque de la ruine de la maison Carlovingienne. Artificieux, fourbe, méchant, haï à la fois des grands & du peuple, il ne fut point défendre ses états contre les Normands, & sans cesse il vouloit dépouiller sa famille. Les savans qu'il combloit de ses bienfaits à l'exemple de son aïeul, lui donnèrent le nom de Grand : la postérité, plus équitable, ne lui a laissé que celui de Chauve. En effet, dit un historien, ce monarque étoit un prince plus puissant que digne de l'être, plus sensible à l'ambition qu'à la gloire, moins prudent que rusé, & plus avide de conquêtes, que propre à régir & à défendre ses états. Tout ce qu'il eut de grand ou de singulier, c'est que dans l'alternative de prospérités & d'adversités, où il passa presque toute sa vie, il foutait beaucoup mieux les revers que la bonne fortune. »
III. CHARLES III, le *Simple*, fils posthume de Louis le *Begu*, naquit le 17 septembre 879. Le trône fut usurpé pendant sa minorité. *Fouques*, archevêque de Rheims, arma pour le lui taire rendre, & le couronna le 29 janvier 893. Sa foiblessie se manifesta dès qu'il eut en main les rênes de l'État. Il ne profita pas de ses avantages au-dehors, & ne remédia pas aux guerres intestines de son royaume. Les Normands continuaient leurs ravages. *Charles* le *Simple*, touché des représentations de son peuple accablé par ces pirates, offre à leur chef Rollon, la paix, sa fille *Gijelle*, & la Neuftrie qu'ils appeloient déjà Normandie, sous la condition qu'il en ferait hommage, & qu'il embrasferait le Christianisme. Le barbare demanda encore la Bretagne : on disputa, & on la lui ceda. L'empereur Louis IV étant mort, *Charles* le *Simple* auroit pu être élu; mais réduit à un petit domaine par les usurpations des grands de son royaume, dépouillé de la Lorraine par l'empereur Henri l'Oiseleur, & privé de la Bretagne, comme nous venons de le dire, il se vit hors d'état de faire valoir ses droits à l'empire. Il s'étoit aliéné le cœur de la noblesse, par la dureté superbe d'un ministre, ou plutôt d'un maître qu'il se donna en la personne de Hagnon, homme d'une origine obscure, mais habile, plein de la terne & du courage qui manquoient au roi. De ce moment la noblesse ne put plus approcher le toible monarque. Le duc de Saxe, arrive pour le voir, sollicite en vain cette grâce. Choqué de ce refus : « De deux choses une, dit-il : On HAGANON sera bientôt roi avec Charles, ou CHARLES sera bientôt simple gentilhomme avec Hagnon... » La prédiction ne tarda pas à se vérifier. Les teigneurs, irrités de la tyrannie du ministre, se revoient contre Charles et Robert, frère du roi Luces, fait éclater le soulèvement, & se fait fâcher roi en 922 par Hervé, archévêque de Rheims. *Charles* lui livra bataille & le toa. Cette mort ne lui donna pas la victoire. Il fut battu par Hugues le Grand son fils, & contraint de se sauver chez Herbert, comte de Vermandois, qui, sous prétexte de défendre sa couronne, l'enferma au château de Peronne; il y mourut le 7 octobre 929, à 50 ans, après une captivité de sept années. Il eut l'Ogive, sa quatrième femme, un fils qui fut Louis d'Outrem.r.
IV. CHARLES IV, le Bel, troisième fils de Philippe le Bel, parvint à la couronne de France en 1322, par la mort de son frère Philippe le Long; & à celle de Navarre, par les droits de Jeanne sa mère. Il se signala d'abord par les recherches des financiers, presque tous venus de Lombardie & d'Italie pour piller la France. On confisqua le fruit de leurs rapines, & on les renvoya dans leurs pays tels qu'ils étoient venus : Punition la plus grande qu'on pût leur infliger, dit Méterai. Les femences de division entre l'Angleterre & la France subisoient toujours. La guerre commença entre Charles le Bel & Edouard II. Charles de Valois, son oncle, alla en Guienne, & s'empara de plusieurs villes en 1324. La reine Isabelle d'Angleterre fut priée de passer la mer, pour aller rétablir la concorde entre ces deux princes, dont l'un étoit son frère, & l'autre son mari. L'affaire fut terminée par un traité en 1326. Charles rendit au roi d'Angleterre tout ce qu'il lui avoit pris, à condition que ce prince viendroit en personne à sa cour rendre hommage de la Guienne, ou qu'il en chargeroit Edouard son fils, en lui cédant le domaine de cette belle province. L'arrivée du jeune prince en France, fut le sceau de la paix entre les deux nations. Charles le Bel mourut le 31 janvier 1328, à l'âge de 34 ans. Il fut le premier roi qui accorda des décimes au pape, Jean XXII, qui lui promit de les partager avec lui. Ce pontife fit de vains efforts pour mettre sur sa tête la couronne impériale, qu'il vouloit ôter à Louis de Bavière. Charles le Bel n'avoit ni assez de courage, ni assez d'in- trigue, pour pouvoir la prendre & la garder. Il montra cependant du zèle pour la justice, & ses courtif n' d'isoient de lui qu'il tenoit plus du philosophe que du roi. Mais ses peuples n'en furent guères mieux tractés, & il laissa l'état accablé de dettes. Il eut successivement trois femmes. La dernière Jeanne d'Évreux, lui donna Blanche, mariée à Philippe duc d'Orleans, fils de Philippe VI, dit de Valois. Ses autres entans moururent en bas âge. V. CHARLES V, le Sage, fils aîné du roi Jean & de Bonne de Luxembourg, naquit à Vincennes, le 21 janvier 1337. Il fut le premier enfant de France qui prit le titre de Dauphin. Couronné à Rheims en 1364, il trouva la France dans la défoliation & l'épuisement. Il remédia à tout par ses négociateurs & ses généraux. Bertrand du Gueslin tomba, dans le Maine & dans l'Anjou, sur les quartiers des troupes Angloises, & les défit toutes les unes après les autres. Il rangea peu à peu le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, le Périgord & une partie du Limousin, le Ponthieu, sous l'obéissance de la France. Il ne resta aux Anglois que Bordeaux, Calais, Cherbourg, Bayonne, & quelques forteresses. « La valeur de du Gueslin avoit tellement épouvanté nos ennemis, dit Méterai, qu'ils n'osoient plus le regarder que par les creneaux de leurs murailles. » Le vainqueur des Anglois s'étoit déjà signalé par ordre de Charles V en Espagne, il avoit chassé du royaume de Castille Pierre le Cruel, meurtrier de sa femme, & avoit sa couronner à sa place un bâtard frère de ce roi. Ses avantages sur l'Angleterre étoient toujours constans, une bataille navale sur les côtes de la Ro- dege 'le 270 CHA chelle en 1362, où le comte de Pembrok & huit mille des fiens furent faits prisonniers, accéléra une trêve entre la France & l'Angleterre. Les François avaient perdu, sous le roi Jean, tout ce que Philippe-Auguste avoit conquis sur les Anglois. Charles s'en remit en possession par sa dextérité & par ses armes. La mort d'Edouard III le mit en état d'achever la conquête de la Guienne, qu'il reprit toute entière, à la réserve de Bordeaux. L'empereur Charles IV, s'étant voué à Saint-Maur de France dans les douleurs de la goutte, & voulant jouir, avant de descendre au tombeau, de la confolation de voir Charles le Sage, vint de Prague à Paris, comme la reine de Saba étoit venue voir Salomon. Le roi de France le reçut avec magnificence. Cet événement fut bientôt suivi de sa mort, qui arriva le 16 septembre 1380, à 43 ans. Les historiens le sont mouris d'un poison que le roi de Navarre lui avoit fait donner lorsqu'il n'étoit encore que dauphin. Le médecin de l'empereur arrêta, dit-on, la violence du poison, en lui ouvrant le bras par une fistule qui donnoit issue au venin. Charles V fut enterré à Saint-Denis, avec son épouse, Jeanne de Bourbon, morte en 1377. Le jour même de sa mort, il supprima, par une ordonnance expresse, la plupart des impôts. On trouva, dans ses coffres, dix-sept millions de livres de son temps, dus à l'ordre & à l'économie qu'il mit dans les finances, & aux soins de faire resserrer l'agriculture & le commerce. Jamais prince ne se plut tant à demander conseil, & ne se laissa moins gouverner que lui par ses courtisans. Ayant appris qu'un seigneur avoit tenu un discours trop libre devant le jeune prince Charles son fils aîné, il chaffia le coupable de sa cour, dit à ceux qui étoient présents : Il faut inspirer aux enfans des Princes l'amour de la vertu, afin qu'ils surpassent en bonnes œuvres ceux qu'ils doivent surpasser en dignité. Insensible à la flatterie, il connoissoit le véritable prix des éloges. Le titre de la Rivière, son chambellan & son favori, s'entretient avec ce prince sur le bonheur de son règne : Oui, lui dit le roi, je suis heureux, parce que j'ai le pouvoir de faire le bien... Edouard disoit qu'il n'y avoit point de roi qui parut si peu à la tête de ses armées, & qui lui suscitait tant d'affaires. Dans moins de cinq années, sans sortir de son cabinet, Charles V, aidé du connétable du Guéle, se vit en état de punir, avec le glaive de la justice & du souverain, ce vaffial ambitieux. La guerre avec l'Angleterre fit renaître la marine. La France eut une flotte formidable pendant quelque temps. C'est à Charles V qu'on doit encore l'arrêt qui fixe la majorité de nos rois à quatorze ans : arrêt qui remédia aux abus des régences, qui abhorboient l'autorité royale. Il déracina, autant qu'il put, l'ancien abus des guerres particulières des seigneurs. Pour réprimer la licence militaire, il détendit à tout homme d'armes de se retirer sans la permission d'un officier supérieur; de jamais rien exiger des bourgeois & des paysans; de lever des compagnies sans une permission expresse. Les jeux de hasard furent défendus; & il n'honoroit de ses bonnes grâces Jean de Saint, que parce qu'il ne jouoit ni aux cartes ni aux dez. Les talens eurent en lui un protecteur. Il aimoit les livres & encourageoit les auteurs. Ce fut sous son règne que parut le Songe du Vergier, qui traite de la puissance ecclésiastique & tenu porelle. On l'attribue à divers favaux, à Philippe de Mazières, à Raoul de Prêles; mais ce dernier ne fit que l'abréger. Son véritable auteur est Charles de Louviers. Il a été imprimé à Paris en 1491, infolio & dans les Libertés de l'Eglise Gallicane. On raconte, au commencement de ce livre, que Charles V se faisoit lire chaque jour quelque ouvrage sur le gouvernement. Sa bibliothèque étoit placée dans le château du Louvre. Il vint à bout de raffembler environ neuf cents volumes : collection, à la vérité, mal choisie; mais qui marquoit du moins ce qu'étoit un prince, à qui son père n'avoit laissé qu'environ vingt volumes. C'est de son temps que l'on joua les premières pièces dramatiques, appelées Mystères. Dans l'examen que l'abbé de Mably a fait du règne de Charles V, il a très-bien montré tout ce qu'étoit ce prince, & tout ce que la France lui devoit. « Charles, dit-il, comprit que le bonheur du peuple est le ressort le plus puissant que la politique puisse mouvoir pour le rendre redoutable au-dehors. Tel fut son premier principe, & tel à toujours été celui de tous les princes qui ont médité de grandes entreprises. Ses vertus lui gagnèrent promptement le cœur de ses sujets, & le bon ordre qu'il établit entre les parties défunies de son Etat, ne donna à tous les François qu'un même intérêt. L'abondance succéda à cette misère dont parlent tous nos historiens, & la France trouva en elle-même autant de ressources que la république Romaine. Charles le Sage ne parut point à la tête de ses armées, & força cependant ses ennemis à le regarder comme un grand capitaine. Il en avoit en effet les principales parties; jamais gé- néral n'établit avec plus de précision l'état de la guerre: de son palais, il en régloit toutes les opérations; il étoit l'âme du fameux du Gueselin, qui n'agissoit que par ses ordres. Ses projets étoient formés sur une connoissance exacte de ses forces & de celles de ses ennemis; & malgré l'ignorance où l'on étoit encore de la science militaire, cette guerre présente un spectacle aussi instructif qu'intéressant. Charles avoit un génie vaste & intrépide, conduit, mais jamais borné par la prudence. Inébranlable dans ses résolutions, après avoir été sage dans les conseils, modéré dans ses espérances, plein du passé, attentif à toutes les démarches de ses ennemis, & pour ainsi dire présent dans l'avenir, il se défia toujours de la fortune. Pour l'attacher plus sûrement à ses armes, il avoit tempéré l'impétuosité de la valeur Françoise. Comme un autre Fabius, il voyoit sans émotion les incursions de ses ennemis; & les armées nombreuses des Anglois qui se répandoient dans la France par la Picardie, y étoient, pour ainsi dire, assiégées. Elles n'osoient insulter une seule forteresse, ou se répandre dans un autre pays que celui que Charles leur avoit abandonné, & elles fuyoient à Bordeaux, plus ruinées par leur marche & par la disette qui les avoit suivies, que nos soldats ne le furent après les batailles de Creci & de Maupertuis. Du Gueselin étoit le Marcellus & l'épée de la France; Charles en fut le bouclier, comme Fabius l'avoit été de sa patrie; ou plutôt, je le répète encore, ce prince n'est comparable qu'à tout le corps même de la république Romaine. »
VI. CHARLES VI, dit le Bien-Aimé, fils du précédent, né page bis 272 CHA Bourgogne le 3 décembre 1368 à Paris, parvint au trône en 1380, âgé seulement de douze ans neuf mois. Sa jeunesse livra la France à l'avarice & à l'ambition de ses trois oncles, les ducs d'Anjou, de Berri & de Bretagne. Ils étoient, par leur naissance, les tuteurs de l'état; ils en devinrent les tyrans. Louis d'Anjou, après s'être emparé du trésor de son pupille, accabla le peuple d'impôts. Voy. LOUIS, n.º XXVIII. La France se souleva. Les rebelles de Paris, qu'on nommoit les Maillotins, parce qu'ils s'étoient servi de maillots de fer pour se défaire des Financiers, furent punis, sans qu'on pût faire cesser les murmures. La sédition étoit arrivée pendant l'absence du roi. Charles, âgé seulement de quatorze ans, mais guerrier dès l'enfance, venoit de gagner sur les Flamands révoltes contre le comte de Flandres, la bataille de Rosbecq, dans laquelle il leur tua vingt cinq mille hommes en 1382. Cette victoire jeta l'épouvante dans les villes rebelles: toutes se soumirent, à l'exception de Gand. Voy. BENOIST, n.º XVIII. Il se préparoit à fondre sur l'Angleterre, lorsque, marchant contre Jean de Montfort, duc de Bretagne, chez qui Pierre de Craon, Voy. CRAON, affaffin du connétable Clifton, s'étoit réfugié; il fut frappé d'un coup de soleil, qui lui tourna la tête & le rendit furieux. Sa démence s'étoit annoncée quelques jours auparavant, par des égaremens dans les yeux & dans l'esprit. Les uns prétendent qu'elle provenoit d'une potion amoureuse; les autres, de la frayeur que lui causa un grand homme noir, espèce de fantôme, qui, quelques momens auparavant, étoit sorti d'un buisson, & qui ayant arrêté son cheval par la bride, avoit crié: Arrête, Prince! Tu es trahi... Où vas-tu? Dans ses premiers accès, le roi tira son épée & tua quatre hommes. Les projets de guerre, comme on le pense bien, s'évanouirent. On figna une trève de vingt - huit ans avec Richard II. Charles étoit toujours dans sa frénésie; pour comble de malheur, il reprenoit quelquefois sa raison: V. CHAMP-DIVERS, GILEMME & GRIN-GONNEUR. Ces lueurs de bon sens furent fatales. On n'osa point affembler les États, ni rien décider, & Charles resta roi. Jean Sans-peur, duc de Nevers & de Bourgogne, vins à la cour pour y exciter des troubles & s'emparer du gouvernement. Ce prince, né scélérat, fit tuer le duc d'Orléans; frère du roi. Ce meurtre mit le feu aux quatre coins du royaume. Les Anglois ne manquèrent pas de profiter de la division. Ils remportèrent une victoire à Aaincourt en 1415, qui couvrit la France de deuil. Sept princes François restèrent sur le champ de bataille: Voy. ALBERT, n.º II. Les ennemis prirent Rouen avec toute la Normandie & le Maine. Les François, divisés sous les noms d'Orléanois & de Bourguignone, s'immoloient à l'envi aux fureurs de l'une & de l'autre faction. Le duc de Bourgogne fit regorger de sang la capitale & les provinces; & lorsqu'il fut tué en 1419 par Tannegui de Chatel, sa mort, loin d'arrêter le carnage, ne fit que l'augmenter. Philippe le Long, son fils, voulant venger ce meurtre, s'unit avec Henri V, roi d'Angleterre, & avec Isabelle de Bavière, femme de Charles VI, princesse dénaturée, qui, par ce complot, faisoit perdre la couronne au dauphin son fils. Henri V fut déclaré régent en 1420 & héritier du royaume, par son mariage avec Catherine, dernière fille de France. Le roi d'Angleterre vint à Paris, & y gouverna sans contradiction. Le dauphin, retiré dans l'Anjou, travailla vainement à défendre le trône de son père. On croyait que la couronne de France seroit pour toujours à la maison de Lencastre. Il n'étoit nullement probable qu'un jeune prince facile, voluptueux, sans expérience tel qu'étoit le dauphin, triomphât du vainqueur d'Azincourt, soutenu de l'Angleterre, de la moitié de la France & de la Bourgogne. Mais on oublie toujours dans les calculs politiques, la mort qui nous poursuit sans cesse, & qui n'épargne pas plus les conquérants que les bergers. Deux ans après son mariage, Henri V mourut à Vincennes, en 1422. Charles VI ne lui survécut que fort peu de temps, étant mort le 20 octobre de la même année, âgé de 54 ans. Son Testament sera connoître son caractère. Je laisse, dit Charles, à la chapelle de Saint-George, pour les réparations, mille & cinq cents francs; item à m'Amie qui m'a loyaument servi, deux mille & cinq cents francs. Et le surplus, ajouta-t-il, en s'adressant à ses officiers, vous êtes compagnons & devez être frères, partagez entre vous tous bellement; & si vous ne pouvez être d'accord, & que le Diable se mette entre vous, vous voyez là une hache, bonne, forte & bien tranchante, rompez l'arche, (le coffre fort), & puis en ait, qui en avoir pourra... Sa maladie avoit dégénéré en une sombre imbécillité, & plusieurs l'attribuèrent à la magie. Sa démence ayant augmenté par un accident arrivé dans un ballet, on envoya chercher un magicien à Montpellier, pour le désenforceler, au lieu d'appeler des médecins pour le guérir. « La mort de Charles VI fauva la France, dit le président Hefnault, comme celle de Jean Sans-Terre avoit sauvé l'Angleterre. Quand on confidère ces temps malheureux, ajoute ce sage historien, on ne fauroit comprendre l'aveuglement des peuples. Ils abandonnent, sans le moindre murmure, les lois fondamentales de l'État, à la fureur d'une reine déshonorée, & à l'imbécillité d'un roi sans volonté; tandis que dans d'autres temps ils s'opposent avec véhémence à des dispositions sages, faites pour les rendre heureux. Anne d'Autriche est l'objet de la haine des Parisiens, & Isabelle de Bavière l'est de leur confiance. On consent à devenir sujet d'un roi d'Angleterre, & on refuse de reconnoître Henri IV. » Le tableau que fait l'abbé Millot du malheureux règne de Charles VI, est effrayant. « Déprédation dans les finances, mépris des lois, trahisons, violences & injustices; c'est par-là que les princes & les seigneurs signaloient leur autorité. Dans le temps que le peuple mouroit de faim, & qu'on lui retranchoit le nécessaire, ils étaloient un faîte qui rembloit inviter à la révolte. Les gens de guerre sans frein & sans discipline, étoient des voleurs de grand chemin, encore plus à craindre que les ennemis. Préfique tous ressemblent à ce fameux brigand, nommé AIMERIGOT Téc-Noire, qui possédoit plusieurs châteaux dans le Limousin & l'Auvergne. Le peuple étoit livre à la rapacité de ces barbares, qui renonçoient souvent à leur pays pour exercer impunément leurs brigandages. Écrasé d'ailleurs par des impôts, dont les grands & les financiers profitoient seuls, tandis que le roi manquoit du nécessaire, il étoit tourmenté à la fois par la famine & par les maladies con- même l'Examen Dainerigot que par une charge année attribue à Charles VI. 274 CHA tagieuses. Dans cet état désespérant, il avoit perdu tout sentiment de patriotisme & de vertu : tantôt stupide sous le poids de la douleur, tantôt furieux dans l'ardeur des factions. S'il y avoit eu quelque remède aux maux publics, au bouleversement total des choses, on auroit pu l'espérer du parlement. Cette compagnie rendue sédentaire par Philippe le Bel, mais ne s'assemblant que deux fois par an, devint perpétuelle sous Charles VI. La soiblesse du cerveau du roi, & les partialités des princes furent cause, dit Pasquier, qu'ayant leurs esprits bandés ailleurs, on ne se souvint plus d'envoyer nouveaux rôles de conseillers, & par ce moyen le parlement fut continué. Les magistrats demeurant les mêmes, les sciences n'étant plus interrompues, il eut des principes, des règles fixes, un plan que les États-Généraux n'eurent jamais. De six enfants mâles que Charles VI avoit eus, Charles VII fut le seul qui lui survécut. Sa fille Catherine épousa Henri V, roi d'Angleterre. — Voy. l'Histoire de Charles VI; publiée sous le nom de Mlle de Lussan par Baudot de Jailli, en 9 vol. in-12; & celle de le Labourer, 1663, 2 vol. in-fol.
VII. CHARLES VII, dit le Villonieux, parce qu'il reconquit presque tout son royaume sur les Anglois, moins par lui-même que par ses généraux, étoit fils de Charles VI. Il naquit à Paris le 22 février 1403. Il prit la qualité de régent en 1418, Voy. JEAN Sans-Peur, n.º LXVII, & fut couronné à Poitiers en 1422. Isabelle de Bavière, sa mère, & mère dénaturée, fit proclamer roi Henri VI, fils de Henri V roi d'Angleterre. Charles VII eut donc à combattre, en prenant le sceptre, des factions intéfières & des troupes étrangères. Tous les avantages furent d'abord du côté des Anglois, qui furent vainqueurs à Crévan près d'Auxerre en 1423; à Verneuil en 1424; & à Janville en 1427. Ils ne nommoient Charles VII, alors dans le Berri, que le roi de Bourges. Il se moqua de leur insolence, & s'en vengea à la bataille de Gravelle en 1423, & à celle de Montargis en 1427. Ces deux succès ne découragèrent pas les Anglois. Ils possédoient plusieurs belles provinces de France. Le Languedoc, le Dauphiné, l'Auvergne, le Bourbonnois, le Berri, le Poitou, la Xaintonge, la Touraine, l'Orléanois, & une partie de l'Anjou & du Maine, compofoient tout le royaume de Charles VII. Le reste étoit entre les mains de l'Angleterre, dont l'alliance avec le duc de Bourgogne, semblait présager encore de nouvelles conquêtes. Le duc de Bretagne même embraffa, pendant quelque temps, le parti de ces étrangers, entraîné par le torrent contre sa propre inclination. Une brouillerie furvenue entre le duc de Bourgogne & le duc de Bedford, régent d'Angleterre, avoit laissé respirer Charles, qui en avoit profité pour négocier un accommodement avec le duc de Bretagne. Le comte de Richemont, son frère, si connu depuis sous le nom d'Arthus le Justiceur, avoit accepté l'épée de connétable, mais en exigeant que Charles VII disgraciât tous ses favoris. La crainte que la valeur de Richemont inspiroit aux Anglois, ne les empêcha pas de mettre le siège devant Orléans, qui fut prêt à se rendre, quoique le brave Danois le défendit. Charles VII pensoit déjà à se retirer en Provence, lorsqu'on lui présenta une jeune paysanne de Vingt ans, pleine de courage & de vertu, qui lui promit de faire lever le siége d'Orléans, & de le faire sacrer roi à Rheims. On résiste d'abord. On arme ensuite cette amazone. Elle marche à la tête d'une armée, se jette dans Orléans, & en chasse les Anglois le 8 mai 1429. De nouveaux succès viennent à la suite. Le comte de Richemont défait les Anglois à la bataille de Patay, où le fameux Talbot fut fait prisonnier. Louis III, roi de Sicile, joint ses armes à celles de son beau-frère. Auxerre, Troyes, Châlons, Soissons, Compiègne se rendent au roi. Rheims, occupé par les Anglois, lui ouvre ses portes. Il y est sacré, le 17 juillet 1429, en présence de la Pucelle, prise bientôt après au siége de Compiègne, & brûlée à Rouen comme forcière, le 14 juin 1431. Henri VI, pour animer son parti, quitte Londres & vient se faire sacrer à Paris, le 27 novembre de la même année. Cette ville étoit alors aux Anglois. Les François ne tardèrent pas de s'en rendre les maîtres. Charles y fit son entrée en 1437. Il soumit ensuite la ville de Metz, gagna la bataille de Fourmigni en 1450, se rendit maître de la Normandie & de la Guienne. Enfin Talbot ayant été tué à la bataille de Carlile, en 1451, les comtes de Dunois, de Pensilèvre, de Foix & d'Armagnac, généraux de Charles VII, reprirent toutes les conquêtes des Anglois, & il ne leur resta plus que Calais. Charles ne fut en quelque sorte, selon le président Hefnault, que le témoin des merveilles de son règne. S'il parut à la tête de ses armées, ce fut comme guerrier, & non comme chef. Voltaire ne pense pas de même. « Charles VII, dit-il, regagna son royaume à peu près comme Henri IV le conquit cent cinquante ans après. Il n'avoit pas, à la vérité, ce courage brillant, cet esprit prompt & actif, & ce caractère héroïque de Henri IV. Mais obligé, comme lui, de ménager souvent ses amis & ses ennemis, de donner de petits combats, de surprendre des villes & d'en acheter, il entra comme lui dans Paris, par intrigue & par force. » Il nous paroît que Voltaire n'a pas assez senti combien Henri étoit au-dessus de Charles. Henri IV fut redevable de sa couronne à lui-même; Charles ne la dut qu'aux généraux qui le faisoient agir : à Dunois, à Saintrailles, à Arthus le Juficier, à Culant, &c. Sans eux il auroit souvent négligé ses armes & ses affaires, pour se livrer à ses amours. Voy. SOREL & X. MARIE. Un jour qu'il étoit tout occupé d'une fête, il demanda à la Hive, qui lui paroît de choses plus importantes, ce qu'il pensoit de ces divertissemens ? Je pense, lui répondit la Hive, qu'on ne sauroit perdre son royaume plus gaiement. Le dauphin, fâché de cette indolence, & aigri contre son père par les ducs d'Alençon & de Bourbon, se révolte contre lui. Son père le pourfuit, le désarme, & lui pardonne. Sa clémence ne le corrigea pas : il persifta dans sa rébellion, & sa maria avec la fille du duc de Savoie, pour se ménager un appui contre le ressentiment du roi. On a bien eu raison de dire de Charles VII, qu'il avoit été malheureux par son père & par son fils. La fin de son règne, quoique infortunée pour lui, fut assez heureuse pour la France, sur-tout si l'on en confidère le commencement. Quant à lui-même, il éprouva que le trône ne donne pas le bonheur. Il se laifia mourir de faim à Meun-sur-Yèvre en Berri, le 22 juillet 276 CHA 461, âgé de 58 ans, dans la crainte d'être empoisonné par le dauphin fon fils. Voy. II. CHATEL. Ce roi avoit des qualités aimables & même brillantes; mais il se laissa gouverner par ses courtifans & ses maitresses. Il aimoit cependant la vérité. Mais qu'est-elle de cette, difoit-il quelquefois ? il faut qu'elle soit morte & morte sans trouver de confesseur. « Charles VII, dit un historien, dans la fuite de sa vie ainsi qu'à la mort, n'offrit qu'un long tissu de contradictions : il fut en butte aux plus grands revers, en commençant & avant de commencer à régner, & durant trente ans ensuite accompagnés sans interruption de la victoire; plein de foi, religieux jusqu'à la piété, & très-peu réglé dans ses mœurs; plus soldat que capitaine, plus heureux qu'habile, choisissant bien ses généraux, & assez mal ses favoris; bon, libéral, populaire, affable jusqu'à la familiarité, & parfaitement obéi, si ce n'est de son fils, dont il ne fut ni aimé ni ménagé, tandis qu'il étoit adoré de son peuple. « C'est sous Charles VII que cesserent de se tenir les cours plénières; la guerre contre les Anglois en fut le prétexte. Elles étoient fort à charge au roi & à la noblesse. La noblesse s'y ruinoit au jeu; le roi en dépenses énormes de table, d'habits & d'équipages : il lui falloit chaque fois habiller ses officiers, ceux de la reine & ceux des princes. Ce fut lui qui assembla à Bourges l'Église Gallicane, & qui éleva, en établissant le 7 juillet 1438 la Pragmatique-fonction, cette barrière qui arrêta les abus de la cour de Rome jusqu'au règne de François I. Ce fut aussi sous Charles VII, que la Taille devint perpétuelle. Jufques-la les États-généraux, suivant les besoins de l'État, s'étoient imposé une taille. Il y avoit des droits légers sur la vente des boissons en détail, appelés Aydes & Gabelle. Ils avoient nommé des gens pour les percevoir : ces impôts n'étoient que pour un temps. Charles VII les rendit perpétuels, & paya des préposés pour les recueillir. Il jugeoit ou faisoit juger par ses officiers les malversations de ces préposés, qui l'auroient été par le peuple, s'il eussent continué à être les préposés du peuple. Ce fut encore sous ce prince que la gendarmerie fut réduite à quinze compagnies, chacune de cent hommes-d'armes : chaque gendarme avoit son chevau-léger. Il établit aussi cinq mille quatre cents archers, dont une partie combattoit à pied, & l'autre servoit de cavalerie légère. La France prit une nouvelle face. Lorsqu'il en devint roi, ce n'étoit qu'un théâtre de carnage; chaque ville, chaque bourg avoit garnison. On voyoit de tous côtés des forts & des châteaux bâtis sur les éminences, sur les rivières, sur les passages, & en pleine campagne. Les rois n'avoient eu jufques là que les troupes que devoient fournir les feudataires, qui ne les prétoient que pour le nombre de jours stipulé, & avec lesquels on pouvoit livrer une bataille, & rien de plus. Mais quand Charles VII eut des troupes à lui, il détruisit beaucoup de ces forteresses, & Louis XI encore plus. Outre ce prince, il eut de Marie d'Anjou son épouf, Charles duc de Guenne, mort sans alliance en 1472, huit filles; & trois autres filles d'Agnès Sorel. Voyez CŒUR. — JEAN n° LXXI. — & MARTIAL d'Auvergne, n° II. de ses ouvrages. Son Histoire a été publiée par Baudot de Juilli, 2 volumes in-12.
VIII. CHARLES VIII, dit l'Affable & le Courtois, fils de Louis XI, roi de France, naquit à Amboise le 30 juin 1470. Il monta sur le trône en 1483, âgé de 13 ans & deux mois. Son esprit n'avoit reçu aucune culture. Louis XI craignant que son fils ne se liguât contre lui, comme il s'étoit ligué lui-même contre son père, le tain dans l'obscurité & dans l'ignorance. Il se borna à lui faire apprendre ces mots latins : QUINESCIT DISSIMULARE, NESCIT REGNARE. La soeur de Charles VIII, Anne de France, dame de Beaujeu, eut le gouvernement de la personne de son frère, par le testament de son père, confirmé par les États-généraux. Louis duc d'Orléans, connu depuis sous le nom de Louis XII, premier prince du sang, jaloux de ce que l'autorité avoit été confiée à une femme, excita une guerre civile pour avoir la tutelle. On se battit dans les provinces, & surtout en Bretagne; mais le duc ayant été fait prisonnier à la journée de Saint-Aubin le 26 juillet 1488, & enfermé tout de suite dans la tour de Bourges, les divisions cessèrent. Le mariage de Charles VIII, en 1491, avec Anne de Bretagne, une des plus belles princesses de son temps, cimenta la paix, & procura de nouveaux États à la France. Charles & Anne se cèdèrent mutuellement leurs droits sur la Bretagne, & Charles s'engagea à payer les dettes qu'Anne avoit contractées pour se défendre lorsqu'elle n'étoit que ducheffe. La conquête du royaume de Naples tentoit l'ambition du roi de France, qui avoit pour prétexte les droits de la maison d'Anjou, cedés à Louis XI. Il fait la paix avec le roi d'Aragon, lui rend la Cerdagne & le Rousillon, &, persuadé par deux Cordeliers devoués à la cour d'Espagne, lui fait une remise de 300,000 écus qu'il devoit; sans faire attention que douze villages qui joignent un État, valent mieux, dit un historien, qu'un royaume à 300 lieues de chez soi. Charles, enivré de sa chimère, & poussé par Brissonnet & de Vose ses favoris, qui avoient des intelligences avec Ludovic Sforce & Alexandre VI, descend en Italie. Voyez CAFFONI. Il est reçu avec acclamation dans Florence le 17 novembre 1494; & le 31 décembre suivant, il entre dans Rome en vainqueur à la lueur des flambeaux, & fait des actes de souverain dans cette metropole du monde Chrétien. Alexandre VI, résugié dans le château Saint-Ange, capitule avec lui, l'investit du royaume de Naples, & le couronne empereur de Constantinople. Le pape ditoit en parlant de cette expédition, que les François étoient venus, en semble, en Italie, la craie à la main, pour y marquer leurs logements. La terreur que Charles VIII avoit inspirée, lui ouvrit les portes de Capoue & de Naples. Il entra dans cette dernière ville le 21 février 1495 avec les ornemens imperiaux. Le pape, les Vénitiens, Sforce duc de Milan, Ferdinand d'Aragon, Isabelle de Castille, étonnés d'une conquête si prompte, travaillèrent à la lui faire perdre. Il fallut qu'il repartit pour la France, six mois après l'avoir quittée. Il n'y rentra qu'avec beaucoup de peine, & par une victoire. Il fallut livrer bataille à Fornoue, village près de Plaisance, le 6 juillet 1495. L'armée des confédérés étoit forte d'environ 40000 hommes; la sienne n'étoit que de 8000. Les François, leur roi à leur tête, furent vain- 278 CHA queurs dans cette journée, d'autant plus glorieuse, qu'il n'y perdit que 80 hommes, & qu'il délivra le duc d'Orléans son coufin, assiégé dans Novare. Naples fut perdu en aussi peu de temps qu'il avait été conquis. Le succès prompt & décisif de la confédération des puissances contre Charles, devint un trait de lumière pour tous les princes & tous les politiques. Le système de l'équilibre du pouvoir naquit alors. Cet art d'empêcher un souverain de s'élever à un degré de force, incompatible avec la liberté générale, fut bientôt perfectionné. Pendant toutes les guerres dont l'Italie fut peu de temps après le théâtre, on sentit l'importance de cette politique nécessaire, qui, pendant la paix, prévient les dangers éloignés, & qui, pendant la guerre, empêche les conquêtes trop rapides. Ce ne fut pas le seul effet de l'invasion de Charles VIII en Italie. Elle servit encore à rendre général le changement fait dans les troupes Françoises. Tous les princes qui se montrèrent sur cette nouvelle scène, établirent la force militaire de leurs royaumes sur le même pied que celle de France. Le service des vassaux féodaux ne pouvant être que d'un foible & dangereux usage dans des pays éloignés, il fallut nécessairement employer des troupes régulières, & constamment entretenues. Charles VIII avait marché en Italie avec une cavalerie entièrement composée de ces compagnies de gens d'armes formées par Charles VIII, & conservées par Louis XI. Son infanterie était composée en partie de Gafcons, armés & disciplinés à la manière des Suisses. Dès-lors, les peuples d'Europe apprirent à connoître la supériorité de l'infanterie dans la guerre. L'esprit impétueux de la nation Françoise se plie d'abord difficilement à la subordination & à la discipline. Mais peu à peu ils furent en état de le disputer aux Suisses mêmes pour l'ordre & la valeur; & les gentilshommes du plus haut rang qui avaient craint d'entrer dans des corps militaires foudoyés, abandonnèrent leurs anciens préjugés, & servirent avec distinction. Charles, auteur d'une partie de ces changements, ne put point en profiter pour tenter de conquêtes nouvelles; celle de Naples lui avait trop coûté. Revenu en France, il ne songeoit qu'à y faire fleurir les arts & la paix lorsqu'il mourut d'apoplexie le 7 avril 1498, au château d'Amboise, à 27 ans, dont il en avait régné 15. Sa santé avait toujours été chancelante, mais sa valeur ne tenoit pas de sa santé; aussi les étrangers lui donnèrent-ils ce vers pour devise: Major in exiguo regnabat corpore virtus. « Dans son débile corps logeoit une grande ame. » Sa bonté & sa douceur étoient sans égales. Il étoit si tendrement aimé de ses domestiques, que deux tombèrent morts en apprenant qu'il venoit d'expirer. Les historiens rapportent une action qui fait d'autant plus d'honneur à sa vertu, qu'il aimoit beaucoup les femmes. Dans le temps qu'il étoit à Ait, il trouva, le soir, en se retirant dans son appartement, une jeune fille fort belle, que les courtifans lui avoient achetée. Cette fille le supplia, les larmes aux yeux, de sauver son honneur. Le roi fit venir ses parens, & ayant fu que leur pauvreté les avoit empêchés de marier leur fille, & les avoit obligés à la vendre; il paya sa dot ; & la renvoya pénétrée de respect & de reconnoissance. Charles VIII avoit projeté peu de temps avant sa mort, de diminuer la taille, de supprimer les épices des juges ; d'obliger les évêques à résider dans leurs diocèses, sous peine d'être privés de leur temporel ; & de donner chaque jour une audience, où le moindre de ses sujets fut admis librement. C'est sous lui que le grand-conseil fut érigé en cour souveraine, & les coutumes rédigées. Les quatre enfants, trois princes & une princesse, qu'il avoit eus d'Anne de Bretagne étant morts en bas âge, le duc d'Orléans, son cousin, lui succéda sous le nom de Louis XII. — Voy. BEDFORT.
IX. CHARLES IX, né à Saint-Germain-en-Laye le 27 juin 1550, monta sur le trône le 15 décembre 1560, après la mort de son frère François II, fils de Henri II. Il n'avoit pas encore onze ans, quand il fut sacré à Rheims, le 15 mai 1561, par le cardinal de Lorraine. Catherine de Médicis sa mère, lui ayant demandé si la foiblesse de son âge pourroit lui permettre de supporter la fatigue des longues cérémonies qui accompagnent le sacre de nos rois ? Oui, oui, Madame, lui répondit-il, ne craignez rien ; qu'on me donne des sceptres à ce prix, la peine me paroisse bien douce : la France vaut bien quelques heures de fatigue. Le plus grand embarras de la reine sa mère, étoit d'arrêter l'ardeur qu'il montroit pour la guerre. En ! pourquoi, disoit-il en se plaignant, me confesser si soigneusement ? Vaut-on me tenir toujours enfermé dans une boîte, comme les meubles de la couronne ? — Mais, Sire, lui remontroit-on, ne peut-il pas arriver quelqu'accident fâcheux à votre personne ? — Qu'importe ? répondit-il. Quand la France me perdroit, n'ai-je pas des frères pour prendre ma place ?... Catherine de Médicis eut l'administration du royaume, avec le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, qu'on déclara lieutenant-général. Catherine, partagée entre deux factions, celle des Bourbons & celle des Guifes, résolut de les détruire l'une par l'autre, & alluma ainsi la guerre civile. Elle commença par assembler les États dans Orléans, le 13 décembre 1560 ; & cette assemblée ne produisit aucun bien réel. Le chancelier de l'Hôpital qui en fit l'ouverture, exhortait vainement les députés à oublier toutes les disputes, & à se réunir pour l'avantage commun. Le défaut d'harmonie, la rivalité des trois ordres, les intérêts de parti étoient un obstacle invincible aux vues bienfaisantes de ce magistrat. La noblesse & le tiers-état, déclamèrent contre l'ignorance, les désordres & sur-tout contre les richesses du clergé, dont une partie devoit être employée, selon eux, à payer les dettes de l'état. L'orateur du clergé investiava contre les Calvinistes, ennemis de sa doctrine & jaloux de ses biens. Il demanda même que quiconque auroit présenté ou présenteroit des requêtes, pour leur obtenir l'exercice de leur religion, fut puni comme hérétique. En vain l'Hôpital insista pour que l'on retranchât ces noms odieux de Luthériens, Huguenots, Papistes, qui fentoient les anciennes factions Guelfe & Gibeline, & qu'on ne retint que le beau nom de Chrétien ; les esprits étoient trop aigris, pour être modérés. Après la paix, les finances étoient ce qui intéressoit le plus la patrie. Les dettes montoient à quarante-deux millions. 5 4 280 CHA quoique Henri II eût trouvé dix-sept cent mille écus dans l'épargne. On proposa de faire rendre compte aux administrateurs des revenus du roi. C'étoit en particulier le cardinal de Lorraine qu'on avoit en vue; il étoit alors tout puissant, & la demande si juste des Etats fut inutile. Tout le fruit de cette célèbre assemblée se réduisit à une ordonnance, par laquelle l'administration de la justice fut entièrement réservée aux gens-de-robe, & la pragmatique renouvelée par rapport aux élections; mais la cour de Rome fit rétablir le concordat l'année d'après. Les états d'Orléans furent suivis du colloque de Poiffi, tenu au mois d'août 1561, entre les Catholiques & les Protestans. Cette conférence ne pouvoit guères être utile, parce que les deux religions ainsi que les cœurs, étoient diamétralement opposés. D'un côté, on voyoit le cardinal de Lorraine, le cardinal de Tournon, des évêques & des théologiens défenseurs de l'autorité & de la puissance du pape; de l'autre, étoient de simples ministres Protestans, dépouillés de biens, & voulant que les prêtres Catholiques fussent aussi pauvres qu'eux. Les ministres des deux religions ne s'accordant ni pour le dogme, ni pour la discipline, se séparèrent très-mécontens les uns des autres. On prétend que le cardinal de Tournon, ayant reproché à Catherine de Médicis, qu'elle avoit mise au hasard la religion Catholique, en permettant cette dispute solennelle, la reine lui répondit: Je n'ai rien fait que de l'avis du conseil & du parlement de Paris. Le résultat du colloque fut un édit favorable aux Protestans, long-temps connu sous le nom d'Edit de janvier, parce qu'il fut donné en janvier 1562, au milieu des députés de tous les parlements du royaume, assemblés à Saint-Germain-en-Laye. Dans les malheurs de l'état, leur dit le chancelier de l'Hôpital, n'émitons pas Caton, à qui Cicéron reprochoit d'opiner au sein de la corruption, comme il eût fait dans les temps vertueux de la république. Par cet édit, il fut permis aux Calvinistes d'avoir des temples dans les fauxbourgs de toutes les villes. Nul magistrat n'étoit autorisé à les inquiéter; au contraire, on devoit leur prêter main forte contre toute infulte; mais aussi ils devoient restituer les églises, les maisons, les terres, les dixmes dont ils s'étoient emparés; & on leur enjoignoit de donner en tout l'exemple de la soumission aux lois, en leur permettant de servir Dieu selon leur conscience. On avoit cru par des moyens modérés pacifier les troubles, & le royaume fut en feu. Un autre évènement hâta la guerre civile. Le duc de Guise, en passant près de Vass en Champagne, trouva des Calvinistes qui chantoient leurs pfeaumes dans une grange. Une partie de ses gens les insultèrent. On commence à se battre. Guise accourut pour appaier le tumulte: il est frappé d'une pierre; ses gens furieux tuent soixante personnes. Ce massacre, fort exagéré par le bruit public, fut le signal de la révolte. Condé, déclaré peu de temps après chef & protecteur des Protestans, surprit Orléans, devenu le boulevard de l'hérésie. Les Huguenots, à son exemple, se rendirent maîtres de Rouen & de plusieurs villes. Le duc de Guise les vainquit à Dreux le 15 décembre 1562. Les généraux des deux armées furent faits prisonniers: c'étoit le prince de Condé & le connétable de Montmorency, qui commandoient, Guise C H A 281 gagna la bataille, quoiqu'il ne commandât qu'en second. Du champ de victoire de Dreux, il alla affléger Orléans. Il étoit prêt à y entrer, lorsque *Polirot*, huguenot fanatique, l'affaffina en 1563. La même année *Charles IX* fut déclaré majeur à 13 ans & un jour, au parlement de Rouen, après la prise du Havre sur les Anglois, ennemis de la France & amis des Huguenots. La paix fut conclue l'année suivante avec l'Angleterre. *Charles*, après l'avoir jurée, partit pour faire la visite de son royaume. A Bayonne il eut une entrevue avec *Isabelle* d'Espagne, sa sœur, femme de *Philippe II*. La présence du roi ne pacifia pas les troubles dans les différentes provinces. Les Huguenots, animés par *Condé* & par *Coligni*, voulurent se saisir de sa personne à la fin de septembre 1567. Le roi qui étoit dans le centre d'un corps de Suisses, & marchoit en bataille au milieu d'eux, loin de se rebuter du mauvais temps, & de la fatigue qu'il eut à effuyer, les anima lui-même : *Courage*, leur dit-il, *mes amis ! j'aime mieux mourir libre & roi avec vous, que vivre captif*. Le roi qui partit précipitamment la nuit du 28 au 29 septembre, n'arriva qu'à cinq heures du soir à Paris, & fut quinze ou seize heures à cheval & sans manger. Rien ne l'aigrit tant contre les Calvinistes, que cette entreprise. Il ne l'oublia jamais. Il est à présumer qu'elle fut cause de la haine mortelle qu'il conçut contre l'amiral de *Coligni*. Le connétable de *Montmorenc*, non moins irrité que le roi, gagna la bataille de Saint-Denys, le 10 novembre 1567, & mourut de ses blessures. Le duc d'*Anjou*, depuis *Henri III*, se mit bientôt après à la tête de l'armée royale. Ce prince, général heu- heureux, quoique roi foible dans la fuite, fut vainqueur, le 13 mars 1569, de *Condé* dans la bataille de Jarnac, & de *Coligni*, le 3 octobre suivant, dans celle de Montcontour. L'éclat de ces deux journées inspira à *Charles IX* une vive jalousie contre le duc d'*Anjou* son frère. Après la mort d'*Anne de Montmorenc*, la reine-mère demanda, pour le duc d'*Anjou*, la dignité de connétable. Le roi pénétrant ses vues, qui étoient de donner à ce prince de nouvelles occasions de se signaler, lui répondit : *Tout jeune que je suis, je me sens assez fort pour porter mon épée ; & quand cela ne servit pas, mon frère, plus jeune que moi, servit-il propre à s'en charger ?...* Une paix avantageuse aux Protestans, vint finir cette guerre sanglante, & servit de préparatif à de nouveaux carnages. Les avantages accordés aux Huguenots, donnèrent des soupçons aux chefs de ce parti. *Charles*, élevé dans la perfidie par le maréchal de *Retz* & par *Catherine* sa mère, dissipa tout ombrage, en donnant sa sœur en mariage au jeune *Henri*, roi de Navarre. Ces apparences séduisantes cachoient le complot le plus affreux. Le dimanche 24 août 1572, jour de *Saint-Barthélemi*, toutes les maisons des Protestans furent forcées en même temps. Hommes, femmes, enfans, les *Guisses* massacrèrent tout sans distinction. *Coligni*, *Voyer* ce mot, n° 111. fut affaffiné par *Bésme*. Son corps, séparé de sa tête, fut pendu par les pieds au gibet de Montfaucon. *Charles IX*, qui pendant le massacre avoit animé les meurtriers, voulut encore aller jouir de ce spectacle horrible. Un de ses courtisans l'avertissant de se retirer, parce que le cadavre sentoit mauvais, il lui répondit par ces mots de 282 CHA Vitellius : « Le corps d'un ennemi mort jent toujours bon. » Voyet LIGNEROLES & HENNUYER. « Le massacre dura sept jours, dit l'abbe Pluquet. Durant ce temps, il fut tué plus de cinq mille per- sonnes dans Paris, entr'autres cinq à six cents gentilhommes. On n'e- pargna ni les vieillards, ni les entans, ni les femmes enceintes; les uns furent poignardés, les au- tres tués à coups d'épées & d'ar- quebuses, précipités par les feré- tres, assommés à coups de crocs, de maillots ou de léviers : le dé- tail de la cruauté des Catholiques, fait tremir tout lecteur en qui l'humanité n'est pas absolument éteinte. » — Comme les ordres ex- pédiés pour les massacrer, avoient couru par toute la France, dit Bossuet, ils firent d'étranges effets, principalement à Rouen, à Lyon, à Toulouse. Cinq conseillers du Parlement de cette dernière ville, furent pendus en robes rouges : vingt à trente mille hommes fu- rent égorgés en divers endroits, & on voyoit les rivières traîner avec les corps morts, l'horreur & l'infection dans tous les pays qu'elles arrosoient. (BOSSUET, abrogé de l'Histoire de France.) Voyet aussi V. CATHERINE de Médicis. Il y eut plus de deux mille Pro- tefans d'égorgés à Lyon. Le bour- reau de cette ville, à qui le gou- verneur ordonna d'en aller expé- dier quelques-uns qui étoient dans les prisons, répondit : Qu'il ne travailloit que judiciairement. « Voilà l'homme le plus vil par son état, dit un écrivain d'esprit, qui a plus d'honneur qu'une reine & son con- seil. » Cette boucherie, pour la- quelle Grégoire XII fit une proces- sion à Rome, parce qu'il la re- gardoit faussement comme la fin des guerres civiles, porta la rage de la vengeance au cœur des Protefans, déjà assez animés par la fureur du fanatisme. Ils ne vou- lurent point laisser reprendre les places de sûreté, qu'on leur avoit accordées. Montauban leva l'éten- dard d'une nouvelle révolte. La Rochelle l'imita. Le duc d'Anjou, qui en fit le siège, y perdit presque toute son armée; & les Hugue- nots, malgré la Saint-Barthélemi, & les victoires de Jarnac & de Montcontour, furent toujours for- midables. Charles, depuis la bar- barie qu'il avoit approuvée & excitée, paroissoit tout changé. Son fang couloit à travers les pores de sa peau : maladie regar- dée par quelques-uns comme un effet de la vengeance divine, & qui l'emporta à 24 ans, le 30 mai 1574. Je me console, dit-il avant de mourir, de n'avoir point de fils; ce ne seroit qu'un enfant. Il se repentit d'avoir regné, & en- core plus d'avoir laisse regner des hommes violens sous son nom. Pendant sa dernière maladie, l'as- freuse journée de la Saint-Bar- thélemi fut sans cesse présente à sa mémoire. Il marquoit, par ses transports & par ses larmes, le regret qu'il en ressenti. Ambroise, avoit-il dit quelques jours aupa- travant à son chirurgien, je ne sais ce qui m'est survenu depuis deux ou trois jours; mais je me trouve l'es- prit & le corps tout aussi émus que se j'avoit la fièvre. Il me semble, à tout moment, soit que je veille, soit que je dorme, que ces corps massacrés se présentent à moi la face hideuse & couverte de fang. Je voudrois bien qu'on n'y eût pas compris les foibles & les innocens. Pierre Matthieu le repré- fente ayant la taille haute, maigre & effilée, les épaules courbées, les jambes grêles, le visage pâle, les yeux hagards & la physiono- mie farouche. Ce roi fanguinaire aimoit pourtant les lettres & les béaux-arts, qui auroient dû adoucir la férocité de son âme. Il reste encore des vers de lui, qui ne sont pas sans mérite pour son temps. Dans un moment d'humeur, il fit cet impromptu : François Ier prédit ce point, Que ceux de la maison de Guise Metroient ses enfans en pourpoint, Et son pauvre peuple en chemise. Il aimoit les poètes, quoiqu'il ne ne les estimât pas. On assure qu'il disoit d'eux, "qu'il falloit les traiter comme les bons chevaux, les bien nourrir & ne les pas rassurer." Il appréciait leurs éloges suivant leur juste valeur. Un poète lui ayant présenté des vers sur les victoires de Jarnac & de Moncontour, où il louoit sa valeur : Ne faites rien pour moi, lui dit-il ; toutes ces louanges ne sont que mensonge & flaterie, puisque je ne les ai pas méritées. Adressé-les au duc d'Anjou qui vous taille tous les jours de la besogne. Son plus grand plaisir étoit la chasse, à laquelle il se livroit avec une sorte d'emportement, parce qu'on lui ôta l'occasion de signaler ailleurs son courage. En rêve, il appeloit ses chiens par leur nom l'un après l'autre. Il se plaisoit aussi à forger & à battre le fer. Son activité étoit extrême ; il appeloit les maisons les tombeaux des vivans. Il ne tourna pas cette grande vivacité du côté des affaires ; car c'est depuis lui que les secrétaires d'état ont signé pour le roi. Villeroi lui ayant présenté plusieurs fois des dépêches à signer dans le temps qu'il alloit jouer à la paume : Signet, mon père, lui dit-il, signet pour moi. — Eh bien, mon maître, reprit Villeroi, puisque vous me le commandez, je signerai. C'est encore sous ce règne de sang que furent faites nos lois les plus sages, & les ordonnances les plus salutaires à l'ordre public, par les soins de l'immortel chancelier de l'Hôpital. Ce grand homme donna pour devise au roi deux colonnes, avec ces mots : PIETATE & JUSTITIA. Quelle devise pour l'auteur de la Saint-Barthélemi ! Charles s'étoit exercé sur les bêtes à verser le sang de ses sujets. Un de ses plaisirs étoit d'abattre d'un seul coup la tête des ânes & des cochons qu'il rencontrait en allant à la chasse. Lansac, un de ses favoris, l'ayant trouvé l'épée à la main contre son mulet, lui demanda gravement : "Quelle querelle est donc survenue entre Sa Majesté très-Chrétienne & mon mulet ?" En 1790, on a mis au théâtre une tragédie de Charles IX, où les horreurs de la Saint-Barthélemi sont retracées. On a de ce monarque un ouvrage que Villeroi publia en 1625, sous ce titre : Chasse Royale composée par Charles IX, in-8.º C'est la première & seule édition. Ce prince ne laifia pas d'entans d'Elisabeth d'Autriche son épouse ; mais il eut de Marie Touchet, Charles duc d'Angoulême. Voyez AYMAR, n.º II. — & VI. ÉLISABETH. X. CHARLES le Gros, fils de Louis le Germanique, roi de Suabe en 876, fut élu roi d'Italie & empereur en 881 ; mais on le destitua dans une diète tenue auprès de Mayence en 887, par les François & les Allemands. Il avoit réuni sur sa tête toutes les couronnes de Charlemagne. Il parut d'abord assez fort pour les porter ; mais sa foibleise se fit bientôt connoître. Il fut méprisé par ses sujets & par l'impératrice Richarde, qu'on accusoit d'un commerce secret avec Luidward, évêque de Verceil, son premier ministre. Ce prélat, chasse 284 CHA de la cour par Charles, se retira auprès d'Arnoul son neveu, duc de Carinthie, & l'anima tellement contre l'empereur, qu'il fut le premier mobile de la déstitution de ce prince, dont il devint le fuccefseur. L'empereur déposé, réduit à demander sa lubfillance à Arnoul son rival, mourut de chagrin auprès de Confiance, le 13 janvier 888.