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03.0 Dictionnaire historique — XI – IV

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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XI. CHARLES IV, fils de Jean de Luxembourg, & petit-fils de l'empereur Henri VII, monta sur le trône impérial, en 1347. Son règne est célèbre par la fameuse Bulle d'Or, donnée dans la diète de Nuremberg en 1356; Barthole la compofa. Le style de cette charte se reffent de la barbarie du siècle. On commence par apostropher les sept péchés mortels. On y prouve la nécessité de sept électeurs, par les sept dons du Saint-Esprit, & par le chandelier à sept branches. Par cette loi fondamentale, on fixe 1.º Le nombre des électeurs à sept. 2.º On assigne à chacun d'eux une grande charge de la couronne. 3.º On règle le cérémonial de l'élection & du couronnement. 4.º On établit deux vicariats. 5.º Les électorats sont déclarés indivisibles. 6.º On confirme aux électeurs tous les droits de la souveraineté, appelée supériorité territoriale. 7.º Le roi de Bohème est placé à la tête des électeurs séculiers. Cette loi de l'Empire, confervée à Frankfort, & écrite sur du vélin très-mal propre, en très-mauvais latin, avec un grand sceau ou bulle d'or au bas, fut presque achevée à Nuremberg. On y mit la dernière main à Metz aux fêtes de Noël. Charles IV, s'imaginant que ce parchemin l'établit le roi des rois, se fit servir dans une cour plénière en prince qui l'auroit été. Le duc de Luxembourg & de Bra- bant lui donna à boire; le duc de Saxe, grand-maréchal, parut avec une mesure d'argent pleine d'avoine, qu'il prit dans un gros tas devant la salle à manger. L'électeur de Brandebourg donna à laver à l'Empereur & à l'Impératrice, & le comte Palatin posa les plats sur la table. Charles IV gouvernant l'Empire depuis plus de trente ans, fit élire son fils Wenceslas roi des Romains, quoiqu'il n'eût que quinze ans & qu'il fût foible de corps & d'esprit, moyennant cent mille ducats d'or qu'il donna à chacun des électeurs. Il voulut, sur la fin de ses jours, revoir la cour de France. Il avoit été élevé sous le règne de Charles le Bel; il s'étoit trouvé à la bataille de Cressy: & il étoit attaché au roi Jean son beau-frère, & à Charles V son neveu. Il écrivit en 1377 à ce prince, que « se senta il déjà vieux & cassé par les douleurs de la goutte, il souhaitoit de le voir encore une fois avant que de mourir. » Le roi fit tout préparer pour sa réception. On lui fit des entrées magnifiques dans toutes les villes; mais on prit garde de ne lui rendre aucun des honneurs que les sujets rendent à leur souverain. On se souvenoit des prétentions chimériques de souveraineté que quelques empereurs, & entraîtres Henri IV, avoient eues sur tous les royaumes chrétiens. On ne lui présenta pas le poêle, on ne sonna pas les cloches, & ceux qui le haranguèrent, ne manquerent pas de lui dire que c'étoit par ordre du roi. Charles, très-fatisfait de l'accueil que lui fit Charles V, retourna dans ses États, & mourut le 29 novembre 1378, à Prague, dont il avoit fondé l'université en 1361. Il introduisit, autant qu'il put, en Allemagne, les lois & les coutumes de France, où il avoie été élevé. Il dans encore plus sa famille, que l'Allemagne. On di- soit même, que « comme il l'avoit ruinée pour acquérir l'Empire, il ruina ensuite l'Empire pour re- mettre sa maison. » Il en fit gar- der les trésors & les ornemens dans un de ses châteaux de Bo- hême. Son siècle, superstitieux & barbare, se prévenoit toujours pour celui qui avoit ces ornemens à sa disposition. Charles étoit même si persuadé qu'il perpétueroit de cette manière la couronne impériale dans sa famille, qu'il fit graver les armes de Bohême sur le pommeau de l'épée de Charlemagne. Charles IV aimoit & cultivoit les lettres. Il parloit cinq langues. Mais il joi- gnoit à une ame foible un esprit vain, & un cœur intéressé & avide. L'empereur Maximilien ne l'appeloit que la peste de l'Empire, & ce mot peint ses talens politiques & son administration. Charles IV avoit été marié quatre fois. 1.º A Blanche, sœur de Philippe VI, roi de France, morte en 1347, après vingt ans de mariage. 2.º A Anne, fille du comte Palatin du Rhin, morte en 1352. 3.º Sa troisième femme fut Anne, fille du duc de Jaure dans la basse Silésie, qui mit au monde Venceslas son suc- cesseur. 4.º Il donna sa main à Élisabeth, fille du duc de Pomé- ranie, de laquelle il eut les princes Sigismond & Jean. Il laissa auffi de ses trois derniers ma- riages dix filles, toutes très-bien mariées. Par son testament, il donna la Bohême à Venceslas, le Brandebourg à Sigismond, & deux duchés dans la Silésie à Jean son troisième fils. On a de lui de bons Mémoires sur sa vie. C'est au commencement de son règne qu'on doit placer l'invention des armes à feu, par Berthold Schwartz, Franciscain de Fribourg en Brif- ouv. C H A 285
XII. CHARLES V, dit commu- nément CHARLES-QUINT, étoit le fils aîné de Philippe archiduc d'Autriche, fils de l'empereur Maximilien, & de Jeanne de Caf- tille, fille unique de Ferdinand & d'Isabelle. Il naquit à Gand, le 25 février 1500, jour de S. Matthias; ce qui fit dire à son aïeule que le sort étoit tombé sur Matthias, es- pèce de prédiction qui se vérifia dans la fuite. Archiduc après la mort de son père en 1506, dé- claré roi d'Espagne en 1516, il fut empereur deux ans après, à la mort de Maximilien, son grand- père. François I, roi de France, lui disputa l'empire par ses intri- gues & son argent. Charles, qui se servit des mêmes armes, & dont la jeunesse donnoit moins d'om- brage aux électeurs que la valeur de son rival, l'emporta sur lui. Cette rivalité alluma la guerre entre la France & l'Empire, en 1521. L'Italie en fut principale- ment le théâtre. Elle avoit com- mencé en Espagne, elle fut bientôt dans le Milanois. Charles - Quint s'en empara, & en chaffa Lautrec. Il ne resta à François I que Cré- mone & Lodi; Gênes, qui tenoit encore pour les François, leur fut bientôt enlevée par les Impériaux. Charles ligué avec Henri VIII, roi d'Angleterre, pour porter des coups plus sûrs à la France, tenta d'en corrompre les généraux. Il promet Eléonore sa sœur, au connétable de Bourbon, & Bourbon le sert contre sa patrie. Adrien VI, Florence & Venise se joignent à lui. Son armée, con- duite par Bourbon, entre en France, fait le siège de Marseille, le lève, & revient en Italie en 1524. La même année, les François, com- mandés par Bonnivet, sont battus à Biagras, & perdent le chevalier Bayard, qui seul valois une ar- 286 CHA mée. L'année d'après se donna la fameuse bataille de Pavie, le 24 février 1525, où François I fut pris. Charles-Quint, alors à Madrid, reçut son prisonnier, & dissimula sa joie. Il poussa la feinte jusqu'à défendre les marques de l'allégresse publique. Les Chrétiens, dit-il, ne doivent se réjouir que des victoires qu'ils remportent sur les Infidèles... François I étant tombé malade, Charles le tranquillisa par la promesse d'une liberté prompte, & n'en différa pas moins l'exécution de sa promesse. « La prise d'un roi, d'un héros, qui devoit faire naître de si grandes révolutions, ne produisit guères, dit un historien célèbre, qu'une rançon, des reproches, des démentis, des deits solennels & inutiles. Au lieu d'attaquer la France immédiatement après la bataille de Pavie, il chicana en Espagne avec François I, sur les conditions de sa liberté. » Voyez l'article BURGENIS. Le roi de France, à qui ses malheurs & l'humeur conquérante de son adversaire avoient donné des amis, eut pour lui Clément VII, le roi d'Angleterre, les Florentins, les Vénitiens & les Suisses. Bourbon marche contre Rome en 1527, & y est tué; mais le prince d'Orange prend sa place: Rome est pillée & saccagée. Le pape, rétrigué au château Saint-Ange, est fait prisonnier; & l'empereur, qui auroit pu le mettre en liberté par une simple lettre, ordonne des processions & des prières pour demander a Dieu sa délivrance. Cette comédie du a jusqu'à ce que Clément VII eut acheté sa liberté. Un traité conclu le 5 août 1529, à Cambrai, appelé le Traité des Dames, entre Marguerite de Savoie, toute de Charles-Quint, & Louis de Savoie, mère de François I, con- cilia ces deux monarques. Charles s'accommoda aussi avec les Vénitiens, & donna la paix à Sforce & a ses autres ennemis. Tranquille en Europe en 1535, il passa en Afrique avec une armée de plus de cinquante mille hommes, & commença ses opérations par le siège de la Goulette. L'expérience lui ayant appris que les succès fuivoient la vigilance, il visitoit souvent son camp. Une nuit, faisant semblant de venir du côté des ennemis, il s'approche d'une sentinelle, qui cria suivant l'usage: Qui va là? Charles lui répondit en contrefaisant sa voix: Tais-toi, je ferai ta fortune. La sentinelle, le prenant pour un ennemi, lui tira un coup de fusil, qui heureusement fut mal ajusté. Charles fit aussitôt un cri, qui le fit reconnoître. Voyez aussi TAMAIO. Après la prise de la Goulette, il devait le fameux amiral Barbarouffe, entre victorieux dans Tunis, rend la liberté à vingt-deux mille esclaves Chrétiens, & retablit Mulei-Hafeen sur son trône. Voy. AVSA. Comme il pouvoit être a toute heure dans le cas de donner ou de recevoir bataille, il marchoit toujours en avant au milieu des enfants perdus. Le marquis du Guast est obligé de lui dire: Comme général, je vous ordonne de vous placer au centre de l'armée & avec les enseignes... Charles, pour ne pas affoiblir la discipline militaire qu'il avoit établie, obéit sans murmure. La paix de Cambrai, en pacifiant la France & l'Espagne, n'avoit pas rapproché le cœur des deux rois. Charles-Quint entre en Provence en 1536, avec cinquante mille hommes, s'avance jusqu'à Marseille, met le siège devant Arles, & fait ravager en même temps la Champagne & la Picardie. Contraint de se retirer après avoir perdu presque toute son armée, il pense à la paix. On conclut une trève de dix ans à Nice, en 1538. Il s'étoit cru si assuré du succès, qu'il avoit dit à Pierre de la Baume, qui le prioit de le rétablir sur son siège de Genève, dont il avoit été chiffré par les Calvinistes : M. l'Évêque, quand j'aurai conquis la France pour moi, je prendrai Genève pour vous... Charles se trompa, & apprit à mieux connoître les François. Avant cette expédition, ce prince demandant un jour à un gentilhomme François, qui étoit parmi ses prisonniers, combien il y avoit de journées d'une place de Provence où il étoit, jusqu'à Paris ? ce gentilhomme lui répondit : Si par journées vous entendez des batailles, il peut y en avoir seize, à moins que vous ne soyez battu dès la première... En 1539, les Gantois s'étant révoltés, l'empereur, qui vouloit calmer cet orage naissant, obtint de François l'a permission de passer par la France. Toutes les histoires font mention de la pompe & de la magnificence avec laquelle il fut reçu. La politique pouvoit profiter des circonstances, pour faire révoquer le traité de Madrid si onéreux à la France; mais la franchise généreuse de François I, étoit un sûr garant pour Charles. Voy. TRIBOULET. Le roi de France pourtant ne dissimula pas le parti que de lâches courtifans lui suggéroient : « Voilà une dame, lui dit-il un jour en lui montrant la duchesse d'Etampes, qui me conseille de ne point vous laisser sortir de Paris, que vous n'ayez révoqué le traité de Madrid. » Si le conseil est bon, répondit Charles un peu déconcerté, il faut le suivre. Mais ce prince, craignant que la générosité de François ne cédant pas aux instances de sa maîtresse, érut devoir la mettre dans ses intérêts. Le soir même, comme il alloit se mettre à table & qu'il se lavoit les mains, il feignit de laisser tomber aux pieds de la duchesse un anneau de très- grand prix qu'il portoit au doigt; cette dame l'ayant ramassé, le présenta à l'empereur, mais celui-ci lui dit : « Je vois bien que cet anneau veut changer de maître, & je vous prie de le garder. » Dès ce moment, la duchesse changea de langage, & affermit François premier dans sa noble résolution de ne point violer les droits de l'hospitalité. Un cavalier Espagnol lui avoit déjà dit, que si les François ne le retenoient prisonnier, ils seroient bien foibles ou bien aveugles. Ils sont l'un & l'autre, lui répondit l'empereur; & c'est sur cela que je me fie. Il auroit pu répondre avec plus de vérité : Ils sont généreux, & c'est ce qui me tranquillise. Charles-Quint resta six jours à Paris. Charles ayant remédié à la révolte des Pays-Bas, où il s'étoit rendu, disoit-il, comme roi & juge, le sceptre & l'épée à la main, médita en 1541 la conquête d'Alger. Le vieux André Doria n'approuvoit point ce projet hasardeux. Mon père, lui dit l'empereur, soixante-douze ans de vie à vous, & vingt-deux ans d'empire à moi, doivent nous suffire. S'il faut pétrir, périssons. Il fallut partir; l'expédition fut malheureuse, comme tous les gens sensés l'avoient prévu... Charles avoit promis l'investiture du Milanois à François, pour un de ses fils; sorti de France, il oublia sa promesse, ce qui ralluma la guerre en 1542. Il se ligua avec l'Angleterre contre les François; mais ses entreprises eurent peu de succès. Son armée fut défaite à Cerifoles, & la paix conclue à Crépi en 1545. Quelques années auparavant il avoit 288 CHA paſſé en Afrique contre Barberouſſe, & en étoit revenu ſans gloire. Charles-Quint n'eut pas un caractère moins diſſimulé dans les querelles du Lutheſanisme, que dans ſes guerres contre François I & Clément VII. Il oppoſa, à la conſeſſion d'Aubourg & à la ligue offenſive & deſenſive de Smalkade, des troupes & des édits; mais il n'accorda pas moins la liberté de conſcience juſqu'à la tenue du concile général. Il eſt vrai qu'il avoit de puiſſans adverſaires; ni la victoire qu'il remporta à Mulberg, ſur l'armée des confédérés, en 1547, ni la détention de l'électeur de Saxe & du landgrave de Heſſe, ne firent point quitter les armes aux Proteſtans. Il publia, l'année d'après, le grand Interim dans la diere d'Aubourg: formulaire de foi, catholique pour le dogme, favorable aux hérétiques pour la diſcipline. On permettoit la coupe aux laïcs & le mariage aux prêtres. Ce tempérament ne ſatisfit perſonne. Maurice électeur de Saxe, & Joachim électeur de Brandebourg, toujours ſes ennemis ligués avec Henri II, le forcerent, en 1552, de ſigner la paix de Paſſaw. Ce traité portoit que l'Interim feroit caſſé & annullé; que l'empereur termineroit à l'amiable dans une dière les diſputes ſur la religion; & que les Proteſtans joui-roient, en attendant, d'une pleine liberté de conſcience. Charles-Quint ne fut pas plus heureux devant Metz, défendu par le duc de Guifé: un ſtratagème ſauva la ville, & ruina ſon armée, compoſée de toutes les forces de l'Empire. Ce fut l'une des plus grandes peines de ſa vie. Forcé de lever le ſiège, & confidérant l'aſcendant que le jeune roi Henri II prenoit ſur lui, il s'écria: Je vois bien que la fortune eſt une femme qui prêſère les jeunes gens aux vieillards. On frappa une médaille ſur cet événement. Elle offre un aigle attaché aux colonnes d'Hercule, qui ſont les armoiries d'Eſpagne, avec ces mots: Non ultrà Metas, qui ſigni-fioient également qu'on ne paſſoit point au-delà de ces bornes, ou au-delà de Metz. Il ſe vengea de ce malheur ſur Térouané, qu'il prit & raſa l'année ſuivante. La guerre duroit toujours ſur les frontières de la France & de l'Italie, avec beaucoup de ſuccès balancés. Paul IV alloit ſe joindre à la France. Charles-Quint, vieilli par ſes maladies, aigri par les prospérités de ſes ennemis & par ſes revers, ſe propoſe de finir ſa vie, juſques-là tumultueuſe, dans un monaſtere. Il fait élire roi des Romains ſon frère Ferdinand, & lui cède l'empire le 7 ſeptembre 1556, après s'être démis l'année d'auparavant, le 25 octobre 1555, de la couronne d'Eſpagne, en faveur de Philippe ſon fils. Je fais, lui dit-il dans la cérémonie de cette ceſſion, une choſe dont l'antiquité fournit peu d'exemples, & qui n'aura pas beaucoup d'imitateurs dans la poſtérité... Si vous fuſſiez, ajouta-t-il, entré par ma mort en poſſiſſion de tant de provinces, j'aurois ſans doute mérité quelque choſe pour vous avoir laïſſé un ſi vaſſe héritige. Mais puiſque je vous en fais jouir d'avance, je vous demande que vous donniez au ſoin des affaires & à l'amour de vos peuples, ce que vous devez à un père qui vous chérit. Il avoit avoué peu de temps avant, que ſes plus grandes prospérités avoient été mêlées de tant de chagrins, qu'il n'avoit jamais goûté de veritable contentement. Determiné à diſparoître de deſſus la ſcene du monde, il s'embarqua en Zelande, ayant à ſa fuite plus de quarante vaſſeaux. Un vent favorable le conduit en Eſpagne, & il aborda à Laredo, port de Biscaie, où il fut reçu par le grand connétable de Biscaie, qui vint au-devant de lui avec beaucoup de seigneurs. A peine ce prince fut-il descendu de son vaisseau, qu'une tempête qui s'éleva subitement au port, en éloigna la flotte, & coula à fond le navire impérial. Aussitôt que Charles eut touché le rivage, il se mit à genoux, & collant sa bouche sur la terre, il dit : « qu'il baisoit avec respect cette mère commune de tous les hommes; & que comme autrefois il étoit sorti tout nu du sein de sa mère, il retournoit nu, volontairement & sans aucune contrainte, dans le sein de cette autre mère. » Il se retira à Saint-Justet, monastère situé dans un vallon agréable, sur les frontières de Castille & de Portugal. La promenade, la culture des fleurs, les expériences de mécanique, les offices, les autres exercices clausturaux, remplirent tout son temps sur ce nouveau théâtre. Tous les vendredis de carême il se donnoit la discipline avec la communauté. Un matin qu'il éveilloit à son tour les religieux, il secoua fortement un novice, enseveli dans un profond sommeil; le jeune homme, se levant à regret, lui dit d'un ton chagrin : C'étoit bien assez que vous eussiez troublé le monde, sans venir encore troubler ceux qui en sont sortis ! Un bouffon nommé Pedro, lui ayant paru étonné de ce qu'il le saluoit, & lui ayant dit : Voulez-vous me prouver que vous n'êtes plus Empereur ? — Non, lui répondit Charles ; mais je n'ai plus rien à te donner, que cette marque de courtoisie... On a prétendu que, dans sa retraite, il regrette le trône, parce que le vulgaire ne peut se persuader qu'on puisse abandonner sans regret, ce que les am- bitieux désirent avec fureur. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le cardinal de Granville disant à Philippe II : Il y a aujourd'hui un an que l'Empereur s'est démis de tous ses états; ce prince lui répondit : Il y a aussi aujourd'hui un an qu'il s'en repent. Mais cette réponse prouve seulement que l'ambitieux Philippe II n'imaginait pas que son père pût avoir oublié le théâtre où il avoit joué un si grand rôle. Quelques historiens, tels que Brantôme, n'ont pas mieux jugé de Charles-Quint en disant qu'il n'avoit qu'une couronne que pour avoir la tiare. Ce dessein chimérique n'entra jamais dans sa tête. (Voyez CARRANZA, & I. BOURDEILLES vers la fin.) Charles-Quint finit son personnage par une scende singulière. Il fit célébrer ses obsèques pendant sa vie, se mit en posture de mort dans un cercueil, entendit faire pour lui-même toutes les prières qu'on adresse à Dieu pour ceux qui ne sont plus, & ne sortit de sa bière que pour se mettre dans un lit : (Voyez ESCALQUENS.) Une fièvre violente qui le saisit la nuit d'après cette comédie funèbre, l'emporta le 21 septembre 1558, âgé de près de 59 ans. Charles-Quint ne vouloit être ni loué, ni blâmé. Il appeloit ses historiens Paul-Jove & Sleidan, ses menteurs, parce que le premier avoit dit trop de bien de lui, & l'autre trop de mal. En l'envisageant du côté de l'esprit, du courage, de la politique, il méritoit des éloges. Personne ne fut jamais mieux s'accommoder aux génies divers des peuples & des états. Grave en Espagne, prévenant dans les Pays-Bas, fier en Allemagne, simple avec la peuple, familier avec les militaires, poli avec les grands, ingénieux avec les gens-de-lettres. 56 CHA aimable avec les femmes, compa- tissant avec les pauvres; il prenoit toutes les formes. En le confide- rant du côté de la modération dans les defirs, de la droiture, de la franchife, de la probité, de la fin- cérité, on ne fait quelles épi- thetes lui donner. Reconnu géné- ralement pour dissimulé, il juroit toujours, *A fé de hombre de bien*, *Foi d'homme d'honneur*; & faitoit ordinairement le contraire de ce qu'il juroit. *Machiavel* étoit un de ses auteurs favoris. Ses traités étoient tous conçus avec cette ambiguïté, qui affoiblit la répu- tation, sans augmenter les états. Engageant les autres à s'ouvrir par l'air de confiance qu'il portoit, il ne s'ouvroit presque jamais lui- même. Les Espagnols comparent ce prince à *Salomon* pour la fa- gesse, à *César* pour le courage, à *Auguste* pour le bonheur; & le reste de l'Europe l'a comparé à *Annibal* pour la fidélité à tenir ses promesses. (*) Il avoit cepen- dant des qualités, qui dans la foi- ciété le rendoient aimable. Il ai- moit à railler, & il souffroit la raillerie. Il se tenoit en garde contre la flatterie; & quand il recevoit à sa cour quelque nou- veau seigneur, il avoit l'habitude de le conduire dans son cabinet, & de lui dire: « Je vous donne avis que vous me plairez en me disant la vérité, & que je suis ennemi né des flatteurs. » — Un de ses courtisans l'ayant un jour loué excessivement, en présence de quelques seigneurs qui renchéris- soient encore: *Je vois bien*, dit-il, *que vous pensez à moi, même dans vos songes* — Dans un village d'Ara- gon, où, selon l'usage du pays, il y avoit un roi de Pâques, celui qui jouoit ce personnage; se présenta à l'empereur & lui dit qu'il étoit roi: *Tant pis*, lui dit *Charles! vous avez pris là un dan- gereux emploi*. — On cite de lui plu- sicurs traits de bonté. Dans un voyage à Bruxelles, ses chevaux (*) Un auteur nous a blâmés d'avoir peint *Charles-Quint* comme un prince qui connoissoit peu la droiture & la franchife. Sans lui citer les nombreux historiens qui ont parlé comme nous, il suffira de lui répondre par ce passage de l'abbé de *Condillac*. « Tout l'art de négocier, dans le 17e siècle, confistoit à se tendre des pièges, à traiter avec mauvaise foi, & à former le projet de se servir d'un allié pour l'abandonner ensuite, ou pour l'écraser. La dissimulation & la fausseté étoient le sublime de la politique, au point qu'on tiroit vanité d'être dissimulé & faux. Tels étoient, sur-tout, *Ferdinand* le Catholique, *Charles-Quint* & *Philippe II*. Il y a des historiens qui les en louent. Vous voyez que, si les princes sont quelquefois assez aveugles pour croire qu'un vice est une vertu en eux, les écrivains sont souvent assez sots & assez bas, pour donner à ce vice le nom de vertu. » (*Cours d'Histoire*, tom. XIII, p. 221 & 222.) *Mably* dit que *Charles-Quint* n'étoit pas plus honnête homme que *Ferdinand*; mais qu'il mit plus d'honnêteté dans sa politique, parce qu'il étoit plus habile, c'est-à-dire qu'il trompa, mais avec plus d'art. Nous ajouterons que le Père *Berthier*, qui doit être une autorité pour notre censeur, dit que dans la guerre survenue, en 1543, entre *Charles-Quint* & *François I*, ce dernier prince auroit été aisé à calmer, s'il avoit eu en tête un adversaire moins ambitieux & plus jaloux de garder sa parole. Nous n'avons donc été, dans l'article de *CHARLES-QUINT*, que les échos des historiens les plus sages & les plus exacts. derasèrent une brebis. Le berger le fit affigner pour avoir un dédommagement, & le juge condamna l'empereur. Les courtisans voulurent l'indisposer contre ce magistrat; mais le prince ne leur répondit qu'en employant par la fuite ce juge intègre dans des affaires importantes.—Un seigneur qui le suivoit seul à la chaise du sanglier, s'étant blessé avec son couteau qui, suivant l'usage de ce temps-là, étoit empoisonné avec du suc de jusquiame. Le seul moyen d'arrêter le poison étoit de le sucer. Charles n'héfia pas un instant, & malgré la résistance du seigneur, il lui donna un prompt soulagement.—Il faisoit, des petites querelles occasionnées par le cérémonial, le cas qu'elles méritent. Deux dames s'étant vivement disputé le pas à la porte d'une église, il décida que la plus folle passeroit la première.—Les conseils lâches des courtisans le trouvèrent souvent inébranlable. Quelques seigneurs lui conseilloient de se livrer à son penchant pour la femme d'un brave officier de son armée: A Dieu ne plaise, dit-il, que j'offense l'honneur d'un homme, qui défend le mien l'épée à la main !... Neuf voyages en Allemagne, dix aux pays-Bas, sept en Italie, six en Espagne, quatre en France, deux en Angleterre, deux en Afrique, prouvent son inconcevable activité. Il connut les hommes, & le choix de ceux qu'il employoit fut une des principales causes de ses succès. Il appréciait aussi très bien les différens états de la vie civile. Les gens de qualité, disoit-il un jour, me dépouillent, les gens de lettres m'instruisent, les marchands m'enrichissent. Charles V avoit épousé ELISABETH, fille d'Emmanuel roi de Portugal, dont il eut: A. PHILIPPE II; 2. JEANNE, marée à Jean infant de Portugal; 3. MARIE, épouse de l'empereur Maximilien II. Ses enfans légitimés furent Don JUAN d'Autriche, & MARGUERITE d'Autriche. Les rois d'Espagne n'ont porté le titre de MAJESTÉ que depuis son avènement à l'empire. Antoine de Véra a donné sa Vie en espagnol, qui a été traduite par le Hayer. Lest l'a écrite en italien, & on l'a traduite en françois, en 4 volumes in-12; mais on préfère l'Histoire du même prince, écrite en anglais par Robertson, & traduite en notre langue avec autant d'élégance que de fidélité, par Suard, Paris 1771, 2 vol. in-4. & 6 vol. in-12. On ne peut lire l'histoire de Charles-Quint avec indifférence, si l'on fait attention que pendant son règne les puissances de l'Europe formèrent un vaste système politique, où chacune prit un rang conservé depuis avec autant de stabilité, que peuvent le permettre des révolutions intérieures & des guerres étrangères. Les principes qui s'établirent alors entre les monarques, ont encore aujourd'hui des effets sensibles; puisque les idées sur l'équilibre du pouvoir, formées à cette époque, influent encore sur presque toutes les grandes opérations des Cours. Charles-Quint avoit pris pour devise les cinq voyelles A, E; I, O, U, dont le sens caché étoit, Austriacorum Est Imperare Orbi Universo.
XIII. CHARLES VI, cinquième fils de l'empereur Léopold, né le 1er octobre 1685, déclaré archiduc en 1687, fut couronné empereur d'Allemagne en 1711. Il prit beaucoup de part à la guerre de la succession d'Espagne, allumée dans les dernières années du règne de son père. Léopold le fit proclamer à Vienne, en 1703, roi d'Espagne sous le nom de Charles III. Il alla faire en cette qualité son entrée publique à Madrid, où il fut reconnu par une partie de la nation. Mais Phi- lippe V, légitime héritier du trône, ayant reçu des troupes de France & le duc de Vendôme pour général, l'obligea de quitter sa capitale & de se retirer en Cata- logne, où il perdit tout à l'ex- ception de Barcelone & de Tarra- gone. Ayant été élu empereur en 1711, il continua de faire la guerre par ses généraux, dont le principal étoit le comte de Sta- remberg. La paix fut enfin signée à Rastadt entre l'empereur & la France, le 6 mai 1714, & ratifiée par l'empire le 9 octobre suivant. Par ce traité & par celui de Bade qui le suivit le 7 septembre 1714, les frontières de l'Allemagne fu- rent remises sur le pied du traité de Ryswick. On ceda à l'em- pereur les royaumes de Naples & de Sardaigne, les Pays-Bas, les duchés de Milan & de Man- toue. L'Allemagne, tranquille de- puis cette paix, ne fut troublée que par la guerre de 1716 contre les Turcs. L'empereur seigua avec les Vénitens pour les re- pouffes. Le prince Espène, qui les avait vaincu autrefois à Zentas fut encore vainqueur à Peterswa- radin. Temeswar, la dernière place qu'ils poitédaient en Hongrie, se rendit l'an 1716. Cette guerre finit par la paix de Passarowitz en 1718, qui donna à la maison imperiale Temeswar, Belgrade & tout le royaume de Servie. Les victoires remportées sur les Otto- mans n'empêchèrent pas le roi d'Espagne de recommencer la guerre contre l'empereur. Le car- dinal Alberoni, alors premier mi- nistre de cette monarchie, vouloit recouvrer les provinces démem- brées par la paix d'Utrecht. Une flotte Espagnole débarque en Sar- daigne, & en moins de huit jours chasse les Impériaux de tout le royaume. La quadruple alliance conclue à Londres le 2 août 1718, entre la grande-Bretagne, la France, l'Empereur & les États- généraux, fut occasionnée par cette conquête. Elle avait pour objet de maintenir les traités d'Utrecht & de Bade, & d'accommoder les affaires d'Italie. L'empereur satis- faitoit Philippe V, en le recon- noissant roi d'Espagne, & en nom- mant Don Carlos, son fils aîné, successeur éventuel des duchés de Parme, de Plaisance & de Tos- cane. L'empereur avait la Sicile, au lieu de la Sardaigne. Le roi d'Espagne ayant rejeté ces condi- tions, la guerre continua avec des succès inégaux, jusqu'à la dis- grace d'Alberoni. Philippe V acceda le 26 janvier 1720 à la quadruple alliance, & fit évacuer les îles de Sicile & de Sardaigne. Le traité de Vienne, signé le 30 avril 1725, finit tout. Charles renonça à ses prétentions sur la monarchie Es- pagnole, & Philippe aux provinces qui en avaient été démembrées. La Pragmatique Sanction, qui avait essuyé d'abord quelques contra- dictions, avait été reçue l'année d'auparavant, comme une loi fon- damentale. L'empereur, par ce ré- glement, appelloit à la succession des états de la maison d'Autriche, au défaut d'enfants mâles, sa fille aînée & ses descendants; ensuite ses autres filles & leurs descendants, selon le droit d'aînesse. Charles VI, heureux par ses armes & par ses traites, aurait pu l'être plus long- temps, s'il n'entravaille à exclure le roi Stanislas du trône de Po- logne. Auguste II étant mort en 1733, Charles VI fut élire Filip deric-Auguste, fils du feu roi, & appuya son élection par ses armées & par celles de Russie. Cette démarche alluma la guerre. L'Espagne, la France, la Sardaigne la lui déclarèrent. Les François prirent Kell, Trèves, Tarbach, Philisbourg. Le roi de Sardaigne, à la tête des armées Françoise & Espagnole, s'empara en peu de temps de tout le duché de Milan. Il ne refla plus à l'empereur que la ville de Mantoue. L'armée Impériale est battue à Parme & à Guattalla. Don Carlos, à la tête d'une armée Espagnole, se jette sur le royaume de Naples, &, après avoir défait les ennemis à la famille de Bitonto, prend Gaëte, Capoue, & se fait déclarer roi de Naples en 1734. L'année d'après il est couronné à Palerme roi des Deux-Siciles. Le vaincu fut trop heureux de recevoir les conditions de paix que lui offrirent les vainqueurs. Les préliminaires du traité furent arrêtés à Vienne le 3 octobre 1735. Par ce traité, le roi Stanislas ubiquoit la couronne de Pologne & en conservoit le titre. On le mettoit en possession des duchés de Lorraine & de Bar. On assignoit au duc de Lorraine le grand duché de Toscane. Don Carlos gardoit le royaume des Deux-Siciles. Le roi de Sardaigne avoit Tortone, Novare, la souveraineté de Langhes. L'empereur rentroit dans le duché de Milan & dans les états de Parme & de Plaisance. La France y gagnait la Lorraine & le Bar après la mort de Stanislas, & garantissoit la Pragmatique Sanction. La mort du prince Eugène fut un surcroît de malheur pour Charles VI. Les Ottomans se jettent sur les terres de la maison d'Autriche. L'armée Impériale, ruinée par les marches, la peste & la famine, tenta en vain de s'opposer à leurs progrès. Tous les avantages furent du côté des Turcs, & dans le cours de la guerre, & dans la paix signée le 1er septembre 1739. On leur céda la Valachie impériale, la Servie, Belgrade & Sabach, après les avoir démolies. On régla que les rives du Danube & du Sahu seroient déformais les frontières de la Hongrie & de l'empire Ottoman. Charles VI mourut l'année d'après, le 20 octobre 1740, à 55 ans, avec le regret d'avoir perdu tout le fruit des conquêtes du prince Eugène. Il fut le seizième & le dernier empereur de la maison d'Autriche, dont la tige masculine fut éteinte avec lui. — Voyez MARIE-THÈRE, & MÉTASTASE.
XIV. CHARLES VII, fils de Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière, & de Thérèse-Cunegonde, fille de Jean III roi de Pologne, naquit à Bruxelles le 6 août 1697, épousa en 1722 la fille de l'empereur Joseph, & succéda en 1726 à son père dans l'électorat de Bavière. Après la mort de Charles VI, en 1740, il demanda le royaume de Bohème, en vertu du testament de Ferdinand I; la haute Autriche, comme province démembrée de la Bavière; & le Tirol, comme un héritage enlevé à sa maison. Il refusa de reconnoître l'archiduchesse Marie-Thérèse, pour héritière universelle de la maison d'Autriche, & protesta contre la Pragmatique Sanction, dont une armée de cent mille hommes auroit dû faire la garantie, suivant la pensée du prince Eugène. Ses prétentions furent le signal de la guerre de 1741. Les armes de Louis XV firent couronner l'électeur, duc d'Autriche à Lintz, roi de Bohème à Prague, & enfin empereur à Franckfort le 24 janvier 294 CHA 1742. Des commencements fi heureux ne fe foutinrent pas, & Charles VII fembloit l'avoir prévu: car lorfque le maréchal de Saxe le félicita fur fon couronnement à Prague, il lui répondit: Oui, certes ! me voilà Roi de Bohème, comme vous êtes Duc de Courlande. Les troupes Françoises & Bava-roises furent détruites peu à peu par celles de la reine de Hongrie, qui reprit Paffaw, Lintz, la haute Autriche, & s'empara d'une partie de l'électorat de Bavière. La guerre étoit un fardeau trop pefant pour un prince accablé d'infirmités & dénué de grandes reffources, tel qu'étoit Charles VII. On lui reprit tout ce qu'il avoit conquis. En 1744 le roi de Pruffe ayant fait une diversion dans la Bohème, Charles en profita pour recouvrer ses états. Il rentra enfin dans Munich, fa capitale, & mourut deux mois après, le 20 janvier 1745, dans la quarante-huitième année de fon âge. On trouva, dit-on, ses poumons, fon foie & fon ef-tomac gangrenés, des pierres dans ses reins, & un polype dans fon cœur. Il eut les honneurs funéraires qu'on décerne aux empereurs. R o i s d'Efpagne.
CHARLES Ier, roi d'Efpagne, Voye; CHARLES-QUINT, empe-reur; c'est le même.
XV. CHARLES II, roi d'Efpagne, fils & fucceffeur de Philippe Ier en 1665, à l'âge de quatre ans; épousa en premières noces Marie-Louife d'Orléans, & en fe-condes Marie-Anne de Bavière, princeffe de Neubourg. Il n'eut point d'enfants, ni de l'une, ni de l'autre. La feule chofe qui l'oc-cupa dans fa vie, fut le choix d'un fucceffeur. Son premier teftament, fait en 1698, appeloit au trône d'Efpagne le prince de Bavière; neveu de fa femme. Deux ans après, en 1700, il déclara Philippe de France duc d'Anjou, hé-ritier de toute la monarchie Ef-pagnole, par un nouveau tefta-ment figné le 2 octobre. Il mourut le 1er novembre fuivant, âgé de 39 ans. Quelques mois avant fa mort, il fit ouvrir les tombeaux de fon père, de fa mère & de fa première femme, & baifa les reftes de ces cadavres. Sa fanté avoit toujours été fort chancelante, ainfi que fon efprit. Il avoit été élevé dans l'ignorance. Il ne connoiffoit pas les Etats fur leſquels il ré-gnoit; & lorfque les François affiégèrent Mons, il crut que cette place étoit au roi d'Angleterre. Son teftament occafionna un em-brafement général; mais ces évé-nemens n'appartiennent point à fon article. En lui finit la branche ainée de la maifon d'Autriche, régnante en Efpagne. Voy. PHI-LIPPE V.
XVI. CHARLES III, roi d'Ef-pagne, naquit le 20 janvier 1716, de Philippe V & d'Élisabeth Far-nèfe, fa feconde femme. Roi des Deux-Siciles en 1734, il gouverna ce royaume avec fageffe & avec douceur. Appelé au trône d'Ef-pagne, par la mort de fon frère Ferdinand VI, en août 1759, il tâcha de tirer la nation de l'inertie dans laquelle elle languiffoit. Il rétablit fa marine, encouragea les arts, protégea le commerce, & créa pour les Efpagnols celui du Levant, qu'ils connoiffoient à peine. Le paffe de famille qu'il conclut avec la France, lui fut nuisible dans la première guerre, où il l'entraîna contre l'Angle-terre. Les Anglois s'emparèrent des tréfors de la Havane en 1763, & la paix fut peu avantageuse à l'Espagne. Mais les résultats de la guerre de 1778 furent plus heureux. Charles III enleva Mahon aux Anglois, & se fit donner la Louisiane. Il mourut en 1789. R o i s d'Angleterre.
XVII. CHARLES Ier, roi d'Angleterre, d'Écosse & d'Irlande, naquit à Dumferming, le 19 novembre 1600. Succèseur de Jacques I, son père, en 1625, il épousa la même année Henriette de France, fille de Henri le Grand. Son règne commença par des murmures contre le monarque, & finit par le renversement de la monarchie. La faveur de Buckingham, son expédition malheureuse à la Rochelle, les conseils violens de Guillaume Laud, archevêque de Cantorbery, produisirent un mécontentement général. En Angleterre, tout tendoit à l'indépendance; en Écosse, les grands & le peuple étoient encore moins disposés à la soumission. Ils avoient le même amour de la liberté, & plus ardent encore, parce que les principes de la secte dominante, celle des Presbyteriens, avoit jeté dans tous les esprits des germes d'insurrection. Cette femence ne tarda pas à éclore. Charles, attaché aux cérémonies du culte, envoya la liturgie Anglicane aux Écossois. Il ordonna en même temps à toute la nation de la recevoir, & au clergé de ne pas en suivre d'autre. Cette liturgie qui, aux yeux des peuples prévenus, se rapprochoit trop du culte catholique, fut proclamée au milieu des plus violens murmures, en juillet 1637. Mais lorsqu'on vit le doyen de la cathédrale d'Édimbourg paroître en surplis, pour commencer l'office, le peuple entra en fureur; la guerre civile éclata, & les Écossois armèrent contre leur souverain. On C H A 295 conclut un traité équivoque pour faire finir les troubles. Charles congédia son armée. Les Écossois, secrètement soutenus par Richelieu, feignirent de renvoyer la leur, & l'augmentèrent. Charles, forcé d'armer de nouveau, assemble tous les pairs du royaume, convoque le parlement, & ne trouve pas tout que des factieux & des perfides. Le comte de Strafford étoit son unique appui. On l'accuse d'avoir voulu détruire la réformation & la liberté; sous ce faux prétexte on le condamne à mort en mai 1641, & Charles est forcé de signer sa condamnation. Pressé de tous côtés, il convoque un nouveau parlement, qu'il ne fut plus maître de casser ensuite. On y décida qu'il faudroit le concours des deux chambres pour la cassation. On obligea le roi d'y consentir, & deux ans après on le contraignit de sortir de Londres. La monarchie Angloise fut renversée avec le monarque. En vain il livra plusieurs batailles aux parlementaires: la perte de celle de Nazerbi, en 1645, décida tout. Charles désespéré alla se jeter dans les bras de l'armée d'Écosse, qui le livra au parlement Anglois. Le prince, instruit de cette lâcheté, dit: Qu'il aimoit mieux être avec ceux qui l'avoient acheté chèrement, qu'avec ceux qui l'avoient bafflement vendu. La chambre des communes établit un comité de dix-huit personnes, pour dresser contre lui des accusations juridiques. On érigea une cour de justice nouvelle, composée de Fairfax, de Cromwell; d'Ircon gendre de Cromwell, de Waider & de cent quarante-sept juges. Quelques pairs qui s'assembloient encore dans la chambre haute, furent sommés de joindre leur assistance juridique à cette nouvelle chambre; aucun d'eux 296 CHA n'y voulut consentir. La nouvelle cour de justice n'en continua pas moins ses procédures ; & pour les légitimer en partie, la chambre basse déclara, d'après divers publicités, que le pouvoir souverain séjait originellement dans le peuple, & que ses représentans avoient l'autorité légitime. « C'étoit, dit Voltaire, une question que l'armée jugeoit par l'organe de quelques citoyens ; c'étoit renverfer toute la constitution de l'Angleterre. La nation est, à la vérité, représentée légalement par la chambre des communes ; mais elle l'est aussi par le roi & par les pairs. On s'est toujours plaint dans les autres états, quand on a vu les particuliers juges par des commissaires, & c'étoient ici des commissaires, nommés par la moindre partie du parlement, qui jugeoient leur souverain. Il n'est pas douteux que la chambre des communes ne citait en avoir le droit ; elle étoit composée d'Indépendans qui penfoient tous que la nature n'avoit mis aucune différence entre le roi & eux, & que la seule qui subdisait étoit celle de la victoire. » Cette secte, ou ce parti des Indépendans s'étoit d'abord caché, parce qu'étant à peine comptés pour Chrétiens, ils auroient trop blessé les autres sectes. Mais lorsque les Presbytériens les plus outrés se furent jetés dans leur parti, ils levèrent la tête. Leur esprit d'indépendance s'empara même de plusieurs soldats de l'armée, qui se firent appeler les Aplunifieurs : nom qui signisait qu'ils vouloient tout mettre au niveau, & ne reconnoître aucun maître au-dessus d'eux, ni dans l'armée, ni dans l'état, ni dans l'église. Les Indé- pendans, semblables aux Quakers ; en ce qu'ils ne vouloient d'autres prêtres qu'eux-mêmes, & d'autre explication de l'Évangile que leurs propres lumières, différoient d'eux en ce qu'ils étoient aussi turbulents que les Quakers étoient pacifiques. Leur projet chimérique, dit encore Voltaire, étoit l'égalité entre tous les hommes ; (*) mais ils alloient à cette égalité par la violence. Ils furent les plus ardens ennemis du monarque, & les plus souples instruments de l'usurpateur Cromwel. C'est par leurs intrigues que l'infortune Charles fut enfin condamné à mourir sur un échafaud. Quelques-uns des juges furent d'avis de ne condamner Charles qu'à une prision perpétuelle, comme on l'avoit fait à l'égard d'Edouard II & de Richard II ; mais Cromwel opina fortement à la mort, & son avis prévalut. Charles entendit sa sentence avec résignation : on lui accorda un délai de trois jours avant l'exécution, & dans cet intervalle il parut toujours doux & tranquille. Le calme ne l'abandonna point sur l'échafaud. Il salua sans affectation ceux qui se trouverent près de lui, pardonna à ses ennemis, retroussa ses cheveux sous un bonnet qu'on lui présenta, & posa lui-même sa tête sur le billot. Quelque temps avant sa mort, ce monarque avoit écrit au prince de Galles, son fils : « Les Anglois font un peuple sage, quelque infatués qu'ils soient à présent. Si Dieu vous donne du succès, usez-en avec modestie, & ayez toujours de l'éloignement pour la vengeance. S'il vous rétabli à des conditions dures, tenez tout ce que vous aurez promis... Que mon expérience vous ap- (*) Voltaire rejetoit l'égalité des fortunes ; mais sa réflexion ne peut tomber sur l'égalité politique qui étoit dans ses principes. prenne à ne point affecter plus de pouvoir qu'il n'en faut réellement pour le bien des sujets, non pour la satisfaction des favoris. Par-là vous ne manquerez pas de moyens d'être un bon père à l'égard de tous, & un prince libéral envers ceux que vous voudrez favoriser. Charles eut la tête tranchée le 9 février 1649, dans la quarante-neuvième année de son âge, & la vingt-cinquième de son règne, les uns disent par la main du bourreau, les autres par celle d'un grand-seigneur, masqué. Charles, d'une taille au-dessus de la médiocre & bien proportionnée, avoit dans son air de tête de la noblesse & de la douceur. Son tempérament étoit sain, robuste, & capable de supporter les plus grandes fatigues. Il eut des vertus; mais les défauts qui les accompagnoient, joints aux disgraces de la fortune, lui empêcherent d'en tirer tout le fruit qu'il pouvoit en espérer. Son inclination bien-faisante étoit obscurcie par des manières impérieuses; sa piété dégénéroit quelquefois en superstition. Il s'occupoit trop des petites choses, & un mémoire à dresser fixoit plus son attention qu'une bataille à livrer. Son jugement naturel perdoit beaucoup, par sa désistance aux conseils des personnes d'une capacité inférieure à la sienne, & sa modération ne le garantissoit pas toujours des résolutions brusques & précipitées. Ses qualités, enfin, le rendoient plus propre à faire le bonheur d'un Etat monarchique & soumis, qu'à réprimer ou à modérer les emportemens d'une nation décidée à s'ériger en république. Lorsque ce projet se tramoit, & qu'il étoit déjà question de se défaire du roi, Bellièvre, ambassadeur de France, qui en avoit été instruit des pre- miers, alla pour communiquer à Charles ce secret important. On fit attendre long-temps l'ambassadeur. Enfin le roi vint, & lui dit: J'étois à la représentation d'une comédie, qui est la plus plaisante chose du monde. — SIRE, répondit l'ambassadeur, c'est une tragédie dont il est question! & lui ayant rendu compte de tout ce qu'il savoit, le roi répliqua froisement à la proposition de se sauver sur un bateau que l'on feroit trouver dans l'endroit le plus favorable, par ce vers d'Alain de Lille: "Qui jaceit in terra, non habet unde cadat." — SIRE, dit Bellièvre, on peut lui faire tomber la tête. Le prince ne s'offensa pas de cette répartie; & comment l'auroit-il prise en mauvaise part, lui qui temoigna plusieurs fois son mépris pour la basse adulation des courtisans? Un jour entr'autres, quelques personnes de sa cour s'entretenoient devant lui sur l'espèce des chiens qui méritoit le plus notre attachement. Toute la compagnie convint que c'étoit l'Epagneul, ou le Limier: mais le roi prononça en faveur de ce dernier; à cause, disoit-il, qu'il possédoit le bon naturel de l'autre, sans en avoir la cajolerie... Après la mort fumeuse de ce prince infortuné, la chambre des pairs fut supprimée; le serment de fidelité & de suprématie aboli, & tout le pouvoir remis entre les mains du peuple, qui venoit de tremper ses mains dans le sang de son roi. Cromwel, principal auteur de cette catastrophe, déclaré général perpétuel des troupes de l'Etat, régna despotiquement sous le titre modeste de Protecteur. La constance de Charles dans ses revers & dans le supplice, étonna ses ennemis mêmes: les plus envenimés ne purent s'empêcher de dire, "qu'il étoit mort avec bien plus de gran- 298 CHA deur qu'il n'avoit vécu ; & qu'il prouvoit ce qu'on avoit souvent dit des *Stuarts*, qu'ils *foutenoient leurs malheurs mieux que leurs prospérités*. On l'honore aujourd'hui comme un martyr de la religion Anglican : le jour de sa mort est célébré par un jeune général. Ce prince aimoit la peinture & les beaux-arts. Son économie & son peu de revenus ne l'empêcherent pas de vivre avec magnificence. Il possédoit vingt-quatre maisons royales, toutes assez bien meublées pour qu'il passât de l'une à l'autre sans avoir besoin d'y transporter la moindre chose. Il aimoit les gens d'esprit, & étoit bon juge de leurs productions. *Jacques I*, son père, l'avoit fait recevoir docteur dans l'université d'Yorck, avec toutes les fourrures & cérémonies accoutumées, dit le père de Saint-Romuald. On lui attribue un petit ouvrage, intitulé : *Icon Bafitiki*, qui est traduit en françois, sous le titre de *Portrait du Roi*, in-12. Ce livre, qui étoit, selon *Burnet*, du docteur *Gauden*, mais que *Charles I* avoit lu & approuvé, est plein de sentimens de religion & de bonté. Il produisit autant d'effet sur les Anglois, que le testament de *César* sur les Romains, & fit détester à ces insulaires, ceux qui les avoient privés de leur roi. Son *Procès* est aussi traduit en françois, petit volume in-12, réimprimé dans la dernière édition de *Rapin Thoiras*. Voyez l'*Abrégé de l'Histoire universelle* de *Rouffan*, où il expose les imprudences & les fautes qui mènent *Charles* à l'éclafaud ; tom. VIII, chap. XXII. « Les préjugés, l'erreur, la flatterie, dit-il, asségent les princes dès le berceau ; & ils font souvent corrompus, avant de savoir ce que c'est que corruption. Il est donc juste de les plaindre, lors même qu'on ne peut les justifier. » — *Voyez ÉVANS*. — & IL CROMWEL.
XVIII. CHARLES II, fils du précédent, né le 29 mai 1630, étoit à la Haye lorsqu'il apprit la mort funeste de son père. Il passa secrètement en Écosse, & se fit des parisiens. Reconnu d'abord en Irlande roi d'Angleterre par le zèle du marquis d'*Ormond*, il fut battu & défait par *Cromwel* à Dunbar & à Worcester, en 1651. Il se sauva à grand-peine à travers mille périls, déguisé tantôt en bucheron, tantôt en valet de chambre, & se retira en France auprès de la reine sa mère. *Monck*, gouverneur d'Écosse, devenu maître absolu du parlement après la mort de *Cromwel*, en septembre 1653, s'imagina de faire revenir le roi, & y réussit. *Charles* fut rappelé en Angleterre en 1660, & l'année suivante couronné à Londres. L'un de ses premiers soins fut de venger la mort du roi son père, sur ceux qui en étoient les auteurs ou les complices : dix des plus coupables furent punis du dernier supplice ; mais ce peu de sang étant répandu, il se montra clément : le peuple, qui avoit paru si fort républicain, aima son roi, & lui accorde tout ce qu'il voulut. La guerre contre les Hollandois & contre les François, quoique très-onéreuse, n'excita presque point de murmures : elle finit en 1667, par la paix de Breda. Cinq ans après, il fit un traité avec *Louis XIV*, contre la Hollande. La guerre qui en fut la suite, ne dura que deux ans, & laissa à *Charles* tout le temps qu'il falloit pour faire fleurir la paix, les arts & les belles-lettres dans son royaume, & pour rétablir Londres, défolé par la peste C H A 299 & par un horrible incendie : ce dernier fléau fut attribué par des fanatiques aux Catholiques, aussi peu coupables de ce crime, que les premiers Chrétiens le furent de l'incendie de Rome sous Néron. On croit communément que le feu prit chez un boulanger par l'irruption de son four allumé, qui enflamma la maison, & ensuite une partie de la ville, parce qu'un vent de nord qui souffla trois jours avec violence, donna plus d'activité au feu. Les flammes détruisirent 89 églises, la maison-de-ville, plusieurs hôpitaux, un grand nombre d'édifices publics, 400 rues & plus de 13,200 maisons. Des 26 quartiers de la ville, 15 furent ruinés & huit confidérablement endommagés. Mais l'industrie activité des Anglois répara tout, & Londres sortit de ses cendres plus régulier & plus beau qu'avant l'incendie. Charles, voulant s'attacher tous ses sujets, fit publier la liberté de conscience, & suspendit les lois pénales contre les non-Conformistes. Pour conserver la paix dans son royaume & la tranquillité sur le trône, il se rappela souvent ce que lui avoit dit Gouville : Un roi d'Angleterre qui veut être l'homme de son peuple, est le plus grand roi du monde; mais, s'il veut être quelque chose de plus, il n'est rien du tout. Pour s'attacher davantage ses sujets, il se plaisoit à dîner souvent avec ce qu'il appeloit ses bons citoyens de Londres, & sur-tout à l'inflation d'un nouveau maire. Il permettait aux convives la plus grande familiarité, montrait de la joie & en inspiroit. Lorsque la liberté alloit un peu trop loin, il se bornoit à répéter ce refrain d'une ancienne chanson : Tout homme soût est aussi grand qu'un roi. En 1660, il fonda la société royale de Londres & l'encouragea. Le parlement d'Angleterre lui assigna un revenu de douze mille livres sterlings. Charles, malgré cette somme, & une forte pension de la France, fut presque toujours pauvre. Il vendit Dunkerque à Louis XIV deux cent cinquante mille livres sterlings. Sa prodigalité, son irrégion, ses mœurs déréglées, déshonorèrent son règne, & les qualités brillantes & aimables qui l'auroient rendu un des premiers princes de l'Europe. On a prétendu qu'il n'avoit jamais dit une chose folle, ni fait une sage. Son caractère fut toujours porté à la douceur & à l'indolence. Un jour que le duc d'York, son frère, lui proposait quelques mesures précipitées & violentes. Mon frère, lui dit-il, je suis trop vieux pour recommencer mes courses; vous le pouvez, si c'est votre goût. Un seigneur Anglois, qui connoissoit son infouciance, disoit, en comparant les deux frères : CHARLES a le talent de régner, & ne peut en soutenir les travaux; le duc d'YORK soutiendrait les fatigues du trône, mais il n'en a pas les talons. Le dévouement de Charles à la France, le fit soupçonner cependant de vouloir se rendre absolu par le secours de cette couronne. Clifford, un des ministres favoris, disoit que la qualité de vice-roi sous un grand monarque tel que Louis XIV, étoit préférable pour son maître à celle d'éclave de cinq cents de ses infolens sujets. Sa soiblesse lui fit sacrifier ses plus fidèles serviteurs, lorsqu'ils déplurent à la nation. Voy. HYDE. Il mourut d'apoplexie le 16 février 1685, à 55 ans, sans postérité. Ce monarque étoit indulgent, même envers ceux qui l'attaquaient dans leurs écrits. Il vit, un jour, en passant, un homme 300 CHA au pilori. Il demanda pourquoi il étoit là ? — SIRE, lui repon-dit-on, c'est parce qu'il a composé des libelles contre vos ministres. — Le grand fut, dit le roi ! Que ne les écrivait-il contre moi ? on ne lui auroit rien fait... Il n'eut point d'enfants de la reine Catherine de Portugal, princesse vertueuse, qui ne put jamais se faire aimer de son épou. La duchesse de Portsmouth, qui étoit une Françoise, eût un empire absolu sur son cœur, & fut le canal de toutes les grâces. Il eut cependant d'autres maîtres, mais c'étoit moins l'amour que le dégoût des affaires, qui le rappeloit auprès d'elles : le plaisir de vivre & de parler sans contrainte, etoit, suivant le duc de Buckingham, sa vraie sultane favorite. Étant en France, il avoit demandé en mariage une nièce du cardinal Maçarin, dont il essuya un refus à cause de sa mauvaise fortune. Ses maîtres lui coûtoient beaucoup, & il étoit accablé de dettes lorsqu'il mourut. On lui trouva pourtant quatre-vingt-dix mille guinces en or, qu'il avoit si bien cachées, qu'aucun des courri-sans qui l'entouroient, n'en savoir rien. Charles II fut favorable aux Catholiques : on croit même avec fondement, qu'il eut l'avantage de mourir muni des sacremens de l'église. On prétend qu'un prêtre Catholique nommé Huddleston, d'autres disent un Bénédictin, qui avoit eu beaucoup de part à la conversion de Charles, lui donna le viatique ; & que ce prince le remercia de l'avoir sauvé deux fois, son corps à la première, & son âme à la seconde. La chambre des communes avoit voulu dès son vivant exclure son frère, le duc d'York, de la couronne d'Angleterre. Charles cassa ce parlement, & finit sa vie sans en af- sembler davantage. Il est vrai qu'on argent l'avoit rendu maître de la plupart des suffrages. — Voy. les articles MONTMOUTH. — III. BARCLAI. — BARROW, — & I. BUTLER. Rois de Suède.
XIX. CHARLES GUSTAVE X, fils de Jean Cuffin, comte Palatin du Rhin, né à Upsal en 1622, monta sur le trône de Suède en 1654, après l'abdication de la reine Christine, sa cousine. Brave & entreprenant, il ne connoitait que la guerre, & la fit heureusement. Il tourna d'abord ses armes contre les Polonois, remporta la célèbre victoire de Varsovie, & leur enleva plusieurs places. Cette conquête fut rapide : depuis Dantzick jusqu'à Cracovie, rien ne lui résista. Cuffin roi de Pologne, secondé par l'empereur Léopold, fut vainqueur à son tour, & délivra ses États, après avoir été obligé de les quitter. Les Danois avoient pris part à cette guerre. Charles marcha contre eux. Il passa sur la Mer glacée, d'isle en isle, jusqu'à Copenhague, & réunit la Scanie à la Suède. Il mourut à Gottembourg, le 13 février 1660, à l'âge de 37 ans, avec le dessein d'établir dans son royaume la puissance arbitraire : dessein qui ternit toutes ses autres qualités, sa valeur, son application aux affaires, &c. Puffendorf a écrit son Histoire en latin, 2 vol. in folio, Nuremberg 1696, traduite en françois l'année d'après, Ibid. 2 vol. in folio.
XX. CHARLES XI, né le 25 décembre 1655, étoit fils du précédent. Il succéda à son père en 1660. Chrissien V, roi de Danemark, lui ayant déclaré la guerre en 1674, Charles la battit dans différentes occasions, à Helmstadt, à Lunden, à Landskroon, & n'en perdit pas moins toutes les places qu'il poflédoit en Poméramie. Il recouvra ces places par le traité de Nimegue en 1676, & mourut le 15 avril 1697, dans la 42e année de son âge, lorsque l'Empire, l'Espagne & la Hollande, d'un côté, la France de l'autre, l'avoient choisi pour médiateur de la paix conclue à Ryswick. Cetoit un prince guerrier, sage, prudent, mais despotique. Son précepteur ne lui inculqua que ces deux maximes, d'une mauvaise politique : Il faut toujours dissimuler, & être roide dans toutes ses résolutions. Il abolit l'autorité du sénat, il tyrannifia ses sujets. Sa femme le priant un jour d'en avoir compassion, Charles lui répondit : Madame, je vous ai prise pour me donner des enfons, & non des avis... On a imprimé un livre curieux des Anecdotes de son règne, 1716, in - 12. Voyez II. MEVIUS.
XXI. CHARLES XII, fils de Charles XI, naquit le 27 juin 1682. Il commença comme Alexandre. A l'âge de sept ans, il favoit déjà manier un cheval. Les exercices violens auxquels il se plaifoit, & qui découvroient ses inclinations martiales, lui formèrent de bonne heure une constitution vigoureuse. Quoiqu'il parût doux dans son enfance, il avoit, dans certaines occasions, une opiniâtreté infurmontable. Le seul moyen de plier son caractère étoit de le piquer d'honneur. Il avoit naturellement de l'aversion pour le latin; mais dès qu'on lui eut dit que le roi de Pologne & le roi de Danemark l'entendoient, il l'apprit bien vite, & en retint assez pour le parler le reste de sa vie. On lui fit traduire Qu'nté-Curée, dont le sujet lui plaifoit encore plus que le style. Son précepteur lui ayant demandé ce qu'il penfoit d'Alexandre ? — Je pense, lui dit ce jeune prince, que je voudro s'lui ressembler. — Mais, lui dit-on, il n'a vécu que trente-deux ans. — Ah ! reprit il, n'est-ce pas assez, quand on a conquis des royaumes ? On rapporta ces paroles au roi son père, qui s'écria : Voilà un enfant qui vaudra mieux que moi, & qui ira plus loin que le grand Gustave. Un jour il s'amufoit à regarder deux cartes géographiques, l'une d'une ville de Hongrie prise par les Turcs sur l'empereur; l'autre de Riga, capitale de la Livonie, province conquise par les Suédois. Au bas de la carte de la ville Hongroise, il y avoit ces mots de Job : DEUS dedit, DEUS abflusit, Sit nomen Domini benedictum ! Le jeune prince ayant lu ces paroles, prit sur le champ un crayon, & écrivit sur la carte de Riga : « DIEU me l'a donnée, le Diable ne me l'ôtera pas. » Charles XI son père étant mort en 1697, laissa à son fils âgé de 15 ans, un grand nombre de sujets pauvres, mais belliqueux, avec des finances en bon ordre. Mais de peur que la jeunesse de Charles XII ne le livrat à des dissipations, il retarda par son testament sa majorité jusqu'à dix-huit ans. Le nouveau roi, impatient de jouir de tout son pouvoir, se fit déclarer majeur à quinze; & lorsqu'il fallut le couronner, il arracha la couronne des mains de l'archevêque d'Upsal, & se la mit lui-même sur la tête avec un air de grandeur qui en imposa à la multitude. Frédéric IV, roi de Danemark, Auguste roi de Pologne, Pierre czar de Moscovie, comptait 302 CHA tirer avantage de sa jeunesse, se liguèrent tous trois contre ce jeune prince. Charles, âgé à peine de 18 ans, les attaqua tous, l'un après l'autre, courut dans le Danemarck, assiégea Copenhague, força les Danois dans leurs retranchemens. Il fit dire à Frédéric leur roi, que, s'il ne rendoit justice au duc de Holstein, son beau-frère, contre lequel il avoit commis des hostilités, il se préparât à voir Copenhague détruite, & son royaume mis à feu & à fang. Ces menaces du jeune héros amenèrent le traité de Travendall, dans lequel ne voulant rien pour lui-même, & content d'humilier son ennemi, il demanda & obtint ce qu'il voulut pour son allié. Cette guerre finie en moins de six semaines dans le cours de 1700, il marcha droit à Nerva assiégée par cent mille Russes. Il les attaque avec neuf mille hommes, & les force dans leurs retranchemens. Trente mille furent tués ou noyés, vingt mille demandèrent quartier, & le reste fut pris ou dispersé. Charles permit à la moitié des soldats Russes de s'en retourner désarmés, & à l'autre moitié, de repaffer la rivière avec leurs armes. Il ne garda que les généraux, auxquels il fit donner leurs épées & de l'argent. Il y avoit parmi les prisonniers un prince Asiatique né au pied du Mont-Caucafe, qui alloit vivre en captivité dans les glaces de la Suède. C'est, dit Charles, comme si j'étois prisonnier chez les Tartares de Crimée : paroles qu'on rapporte pour donner un exemple des bizarreries de la fortune, & dont on se rappela le souvenir, lorsque le héros Suédois fut forcé de chercher un aise en Turquie. Il n'y eut guères, du côté de Charles XII, dans la bataille de Nerva, que douze cents fodats tués & environ huit cents blessés. Le vainqueur se mit en devoir dans le printemps de 1701, de se venger d'Auguste, après s'être vengé du Czar. Il passa la rivière de Duna, battit le maréchal Stenau qui lui en disputoit le passage, força les Saxons dans leurs postes, & remporta sur eux une victoire signalée. Il passe dans la Courlande qui se rend à lui, vole en Lithuanie, soumettout, & va joindre ses armes aux intrigues du cardinal-primat de Pologne, pour enlever le trône à Auguste. Maître de Varsovie, il le pourfuit, & gagne la bataille de Clissau, malgré les prodiges de valeur de son ennemi. Il met de nouveau en fuite l'armée Saxonne commandée par Stenau, assiége Thorn, fait élire en 1705 roi de Pologne Stanislas Leczinski. La terreur de ses armes faisoit tout fuir devant lui. Les Moscovites étoient dissipés avec la même facilité. Auguste, réduit aux dernières extrémités, demanda la paix : Charles lui en dicte les conditions, l'oblige de renoncer à son royaume, & de reconnoître Stanislas. Cette paix ayant été conclue le 24 novembre 1706, Auguste détrôné, Stanislas affermi sur le trône, Charles XII auroit pu & même dû se réconcilier avec le Czar : il aima mieux tourner ses armes contre lui, comptant apparemment le détrôner comme il avoit détrôné Auguste. Il part de la Saxe dans l'automne de 1707, avec une armée de quarante-trois mille hommes. Les Moscovites abandonnent Grodno à son approche : il les met en fuite, passe le Borishène, traite avec les Cosques, & vient camper sur le Dezena. Charles XII, après plusieurs avantages, s'avançoit vers Moscow par les déserts de l'Ukraine. La fortune l'abandonna à Pultawa, le 8 juillet 1709. Il fut défait par le *Ctar*, blessé à la jambe; route son armée détruite ou faite prisonnière, & contraint de se sauver sur des brancards. Réduit à chercher un affle chez les Turcs, il repassa le Borishène, gagna Oczakow, & se retira à Bender. Cette défaite remit *Auguste* sur le trône, & immortalisa le *Ctar*. Le grand-Seigneur reçut *Charles XII*, comme le méritait un guerrier dont le nom avoit rempli l'Europe. Il lui donna une escorte de quatre cents Tartares. Le dessein du roi de Suède, en arrivant en Turquie, fut d'exciter la Porte contre le *Ctar*. N'ayant pas pu y réussir, ni par ses menaces, ni par ses intrigues, il s'opiniâtra contre son malheur, & brava le grand sultan, quoiqu'il fût presque son prisonnier. La Porte Ottomane souhaitoit beaucoup de se défaire d'un tel hôte. On voulut le forcer à partir. Il se retrancha dans sa maison de Bender, s'y défendit le 11 février 1713, avec quarante domestiques contre une armée, & ne se rendit que quand la maison fut en feu. De Bender on le transféra à Andrinople, puis à Demir-tocca. Cette retraite lui déplaisoit : il résolut de passer au lit tout le temps qu'il y feroit. Il resta dix mois couché, seignant d'être malade. Ses malheurs augmentoient tous les jours. Ses ennemis profitant de son absence, détruisoient son armée, & lui enlevoient non-feulement ses conquêtes, mais celles de ses prédécesseurs. Il partit enfin de Demir-tocca, traversa en poste, avec deux compagnons feulement, les états héréditaires de l'empereur, la Franconie & le Mecklenburg, & arriva à Stralsund le 22 novembre 1714. Assiégé dans cette ville, il se fauva en Suède, réduit à l'état le plus deplorable. Ses revers ne l'avoient point corrigé de la fureur de combattre. Il attaqua la Norwège avec une armée de vingt mille hommes, accompagné du prince héréditaire de Hesse, qui venoit d'épouser sa soeur, la princesse *Ulrique*. Il forma le siège de Fréderichshall au mois de décembre 1718. Une balle perdue l'atteignit à la tête, comme il visitoit les ouvrages des ingénieurs à la lueur des étoiles, & le renversa mort le 12 décembre sur les neuf heures du soir. Il n'avoit que 37 ans. Quelques-uns ont prétendu que *Charles XII* avoit été assassiné par l'ingénieur *Maigret*, d'après la sollicitation d'un officier nommé *Cronstedt*. Celui-ci, dit-on, qui avoit remis à l'ingénieur le pistolet qui servit à tuer le roi, reprit ensuite cette arme, & la garda jusqu'à la fin de ses jours suspendue dans son cabinet. L'opinion la plus commune, est qu'il périt d'un coup de fauconne au tiré de la place assiégée. Tous ses projets de vengeance périrent avec lui. Il méditoit des desseins qui devoient changer la face de l'Europe. Le *Ctar* s'unissoit avec lui pour rétablir *Stanislas*, & pour détrôner son compétiteur. Il lui fournissoit des vaisseaux pour chasser la maison d'Hanovre du trône d'Angleterre, & y remettra le Prétendant; & des troupes de terre, pour attaquer *George* dans ses états de Hanovre, & sur-tout dans Brême & Werden, qu'il avoit enlevés au héros Suédois. *Charles XII*, dit le président de *Montesquieu*, n'étoit point *Alexandre*; mais il avoit été le meilleur soldat d'*Alexandre*. La nature ni la fortune ne furent jamais si fortes contre lui, que lui-même. Le possible n'avoit rien de piquant pour lui, dit le président *Hofnault*, il lui falloit des succès hors du vraisemblable. Le titre de 304 CHA Don Quichotte du Nord, qu'on lui a donné, n'est pas décent; mais il le caractérise bien. Il porta, dit son historien, toutes les vertus des héros à un excès, où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés. Inflexible jusqu'à l'opiniâtreté, libéral jusqu'à la profusion, courageux jusqu'à la témérité, sévère jusqu'à la cruauté, il fut dans ses dernières années moins roi que tyran, &, dans le cours de sa vie, plus soldat que héros. « Ce prince, dit Du, avoit des qualités estimables qui l'auroient fait chérir, s'il n'eût été qu'un particulier; une frénésie guerrière en fit un fléau pour le genre humain. Des milliers d'hommes détruits par le fer & par le feu furent les fruits de son règne. La dévastation, la dépopulation de la Suède, étoient, à la mort de Charles XII, au point qu'il ne restoit plus d'hommes que des enfants & des vieillards. On ne voyoit plus que des filles labourer les terres, servir les postes, & jusques dans les bains publics, on étoit réduit à les employer à toutes les fonctions que la foibleffe & la décence semblent leur interdire. » Le bel esprit qui a dit que Charles XII auroit été Alexandre, s'il eût eu moins de vices & plus de fortune, devoit ajouter, & plus de politique. Les projets d'Alexandre étoient non-feulement sages, mais sagement exécutés: au lieu que Charles XII, ne connoissant que les armes, ne se régloit jamais sur la disposition actuelle des choses, & se laissoit emporter avec une ardeur qui l'entrainoit souvent trop loin, & qui causa sa mort. Ce fut un homme singulier, mais ce ne fut pas un grand homme. Ce héros avoit une taille avantageuse & noble, un beau front, de grands yeux bleus; les cheveux blonds, le teint blanc; un nez bien formé, mais presque point de barbe ni de cheveux, & un sourire désagréable. Cet homme, d'un courage effréné, pouffoit la douceur & la simplicité dans le commerce, jusqu'à la timidité. Ses mœurs étoient austères & dures même, & jamais il ne sacrifica à l'amour; ce qui le distingue de presque tous les héros anciens & modernes. Quant à sa religion, il fut indifférent pour toutes, quoiqu'il professât extérieurement le Luthéranisme... On croit faire plaisir au lecteur de rapporter quelques particularités, qui fassent connoître par les faits le caractère de Charles XII. Lorsqu'il batrit les troupes de Saxe à Pultansk en Pologne, l'an 1702, le hasard fit que le même jour on joua à Marienbourg une comédie, qui représente un combat entre les Saxons & les Suédois au désavantage de ces derniers. Charles, instruit peu après de cette particularité, dit froidement: Je ne leur envie point ce plaisir-là. Que les Saxons soient vainqueurs sur les théâtres, pourvu que je les batte en campagne... La princesse Lubomirski; qui étoit dans les bonnes grâces du roi Auguste, prit la route d'Allemagne, pour fuir les horreurs de la guerre cruelle qui défolloit la Pologne, en 1705. Hagen, lieutenant-colonel Suédois, averti de ce voyage, se met en embuscade, & se rend maître de la princesse, de ses équinages, de ses pierreries, de sa vaisselle & de son argent comptant, objets extrêmement considérables. Charles, informé de cette aventure, écrit de sa propre main à Hagen: Comme je ne fais point la guerre aux dimes, le lieutenant-colonel remettra, aussi qu'une présence reçue, sa prisonnière en liberté, liberté, & lui rendra tout ce qui lui appartient : Et si, pour le reste du chemin, elle ne se croit pas assez en fureté, le lieutenant-colonel l'escortera jusques sur la frontière de Saxe... Charles, qui faisoit indifféremment la grande & la petite guerre, suivant l'occasion, attaqua & batit en Lithuanie un corps Russe. Il vit, parmi les vaincus restés sur le champ de bataille, un officier qui excita sa curiosité. C'étoit un François, nommé Bufanville, qui répondit avec une grande présence d'esprit à toutes les questions qu'on lui fit. Il ajouta qu'il mouroit avec l'unique regret de n'avoir pas vu le roi de Suède. Charles s'étant fait connoître, Bufanville lève la main droite, & dit avec un air plein de satisfaction : J'ai souhaité depuis plusieurs années de suivre vos drapeaux ; mais le sort a voulu que je servisse contre un si grand prince : DIEU bénisse Votre Majesté, & donne à ses entreprises tout le succès qu'Elle défère ! Il expira quelques heures après, dans un village où il avoit été porté. On l'enterra avec de grands honneurs, & aux dépens du roi... Charles ayant forcé les Polonois à exclure le roi Auguste du trône où ils l'avoient placé, entra en Saxe pour obliger ce prince lui-même à reconnoître les droits du successeur qu'on lui avoit donné. Il choisit son camp près de Lutzen, champ de bataille fameux par la victoire & par la mort de Gustave-Adolphe. Il alla voir la place où ce grand homme avoit été tué. Quand on l'eut conduit sur le lieu : J'ai tâché, dit-il, de vivre comme lui ; DIEU m'accordera peut-être un jour une mort aussi glorieuse. — Charles se promenant près de Leipzig, un paysan vint se jeter à ses pieds pour lui demander justice d'un grenadier qui venoit de lui enlever ce qui étoit destiné pour le dîner de sa famille. Le roi fit venir le soldat. Est-il bien vrai, lui dit-il d'un visage sévère, que vous ayez volé cet homme ? — SIRE, lui dit le soldat, je ne lui ai pas fait tant de mal, que Votre Majesté en a fait à son maître ; vous lui avez ôté un royaume, & je n'ai pris à ce marœuf qu'un dindon. Le roi donna dix ducats de sa propre main au paysan, & pardonna au soldat en faveur de l'hardieffe du bon mot, en lui étant : Souviens-toi, mon ami, que si j'ai ôté un royaume au roi Auguste, je n'en ai rien pris pour moi... Les plus grands dangers ne firent jamais la moindre impression sur ce prince. Ayant eu un cheval tué sous lui à la bataille de Nerva, sur la fin de 1700, il fauta légèrement sur un autre, en disant gaiement : Ces gens-ci me sont faire mes exercices. — Un jour qu'il dictoit des lettres pour la Suède à un secrétaire, une bombe tomba sur la maison, perça le toit, & vint éclater près de la chambre même du roi. La moitié du plancher tomba en pièces. Le cabinet où le roi dictoit, étant pratiqué en partie dans une grosse muraille, ne souffrit point de l'ébranlement, &, par un bonheur étonnant, nul des éclats qui sautèrent en l'air, n'entra dans le cabinet, dont la porte étoit ouverte. Au bruit de la bombe, & au fracas de la maison qui semblait tomber, la plume échappa des mains du secrétaire. Qu'y a-t-il, lui dit le roi d'un air tranquille ? Pourquoi n'écriviez-vous pas ? Celui-ci ne put répondre que ces mots : Eh, Sire!... la bombe!... — Eh bien, reprit le roi, qu'a de commun la bombe avec la lettre que je vous diète ? continué. — Les ennemis de Charles étoient sûrs de son approbation, lorsqu'ils se conduisoient milita- 306 CHA rement. Un célèbre général Saxon lui ayant échappé par de savantes manœuvres, dans une occasion où cela ne devoit pas arriver, ce prince dit hautement : Schulembourg nous a vaincus. — Il avoit conservé plus d'humanité que n'en ont d'ordinaire les conquérants. Un jour d'action, ayant trouvé dans la mêlée un jeune officier Suédois blessé & hors d'état de marcher, il le força à prendre son cheval, & continua de combattre à pied à la tête de son infanterie. — Quoique Charles vécut d'une manière fort austère, un soldat mécontent ne craignit pas de lui présenter, en 1709, du pain noir & moisi, fait d'orge & d'avoine, seule nourriture que les troupes eussent alors, & dont elles manquoient même souvent. Ce prince reçut le morceau de pain sans s'émouvoir, le mangea tout entier, & dit ensuite froidement au soldat : Il n'est pas bon, mais il peut se manger. — Lorsque dans un siège ou dans un combat on annonçoit à Charles XII la mort de ceux qu'il estimoit & qu'il aimoit le plus, il répondoit sans émotion : Eh bien ! ils sont morts en braves gens pour leur prince. Il désoit à ses soldats : Mes amis, joignez l'ennemi, ne tirez point ; c'est aux polerons à le faire. Ceux qui vouloient lui plaire dans sa retraite de Bender, l'accompagnoient dans ses courses à cheval, & étoient tout le jour en bottes. Un matin qu'il s'étoit rendu chez son chancelier Mullern, encore endormi, il prit tous ses fouiers, & les jeta dans le feu. Quand le chancelier sentit, à son réveil, l'odeur du cuir brûlé & en apprit la raison ; voilà un étrange roi, dit-il, dont il faut que le chancelier soit toujours botté. Il ne fut pas plus économe à Bender, qu'il ne l'avoit été à Stockholm. Grothufen, son favori & son trésorier, étoit le dispensateur de ses libéralités, ou plutôt de ses prodigalités. Il lui apporta un jour un compte de soixante mille écus en deux lignes : Dix mille écus donnés aux Suédois & aux Janissaires par ordre de S. M., & le reste mangé par moi... Voilà, dit le roi, comme j'aime que mes amis me rendent leurs comptes. Mullern me fait lire des pages entières pour des sommes de dix mille francs. J'aime mieux le style laconique de Grothufen. — Un de ses vieux officiers, soupçonné d'avarice, se plaignit à lui de ce qu'il donnoit tout à ce dernier favori. Je ne donne de l'argent, répondit Charles XII, qu'à ceux qui savent en faire usage... Cette générosité déplacée dans des circonstances qui exigeoient la plus sévère économie, réduisit le roi à n'avoir pas de quoi donner, & plusieurs de ses sujets à n'avoir pas de quoi vivre. Son Histoire a été pesamment écrite par Nordberg, son chapelain, en 3 vol. in-4°, Amsterdam 1742; & élégamment par Voltaire, en un vol. in-12 ou in-8° — Voy. ADLERFELDT, GOETZ & PATKUL. Autres SOUVERAINS & PRINCES:
XXII. CHARLES II, roi de Navarre, comte d'Evreux, dit le Mauvais, naquit l'an 1332. Il avoit de l'esprit, de l'éloquence & de la hardiesse; mais sa méchanceté ternit l'éclat de ses talens. Il fit affaissiner Charles d'Espagne de la Cerda, connétable de France, en haine de ce qu'on avoit donné à ce prince le comté d'Angoulême, qu'il demandoit pour sa femme, fille du roi Jean. Charles V, fils de ce monarque, & lieutenant-général du royaume, le fit arrêter. Mais le Navarrois s'étant sauvé de sa prison, conçut le projet de se faire roi de France. Il vint fouiller le feu de la discorde à Paris, d'où il fut chassé, après avoir commis toutes fortes d'excès. Dès que Charles V fut parvenu à la couronne, le roi de Navarre chercha un prétexte pour reprendre les armes. Il fut vaincu. Il y eut un traité de paix entre Charles & lui, en 1365. On lui laissa le comté d'Evreux, son patrimoine, & on lui donna Montpellier & ses dépendances pour ses prétentions sur la Bourgogne, la Champagne & la Brie. Le poison étoit son arme ordinaire : on prétend qu'il s'en servit pour Charles V. Sa mort, arrivée en 1387, à 55 ans, fut digne de sa vie. Il s'étoit fait envelopper dans des draps trempés dans de l'eau de vie & du soufre, soit pour ranimer sa chaleur affoiblie par les débauches, soit pour guérir sa lèpre : le feu prit aux draps tandis qu'on les coussait, & le confuma jusqu'aux os. C'est ainsi que presque tous les historiens François racontent la mort de Charles II : cependant, dans la lettre que l'évêque de Dax, son principal ministre, écrivit à la reine Blanche, sœur de ce prince, & veuve de Philippe de Valois, il n'est fait nulle mention de ces affreuses circonstances; mais seulement des vives douleurs que le roi avoit souffertes dans sa dernière maladie, avec de grandes marques de pénitence & de résignation à la volonté de Dieu... Voltaire a prétendu que Charles le Mauvais n'étoit pas plus mauvais que tant d'autres princes. Ferreras avoit dit avant lui : « Les François l'ont surnommé le Mauvais, à cause des occupations qu'il leur a données, & des troubles qu'il a fomentés dans leur pays. Si l'on envisage cependant ses actions, on conviendra qu'il n'a point été assez méchant pour mériter ce surnom. » C'est précisément ses actions qui l'en ont rendu digne. Il étoit, dit le P. Daniel, fourbe, perfide, vindicatif, cruel, & il fut la cause de la ruine entière de la France; & le P. Daniel parle directement comme Mariana, qui a tracé avec énergie ses cruautés, ses violences, son avarice, ses trahisons & ses infames débauches. Les meilleurs historiens l'ont peint comme Mariana. Mais une des manies de notre siècle est de vouloir rétablir les réputations les plus décriées, & de détruire les mieux établies. — Voyez le GASTON.
XXIII. CHARLES MARTEL, fils de Pepin Héristal, & d'une concubine nommée Alpaide, fut reconnu duc par les Australiens en 715. Héritier de la valeur de son père, il défit Chilperic II, roi de France, en différens combats, & substitua à sa place en 718. un fantôme de roi nommé Clotier IV. Après la mort de ce Clotier, il rappela Chilperic de l'Aquitaine, où il s'étoit réfugié, & se contenta d'être son maire du palais. Il tourna ensuite ses armes contre les Saxons & les Sarrafins. Ceux-ci furent taillés en pièces près de Poitiers, l'an 732. On combattit un jour entier. On a écrit que les ennemis perdirent trois cent soixante-quinze mille hommes, ce qui paroît peu vraisemblable. Abderame leur chef fut tué, & leur camp pillé. Cette victoire acquit à Charles le susnom de Martel, comme s'il se fut servi d'un marteau pour écraser les Barbares. Leurs incursions continuant toujours dans le Languedoc & la Provence, le vainqueur les chassa entièrement, & s'empara des places dont ils s'étoient rendus maîtres 308 CHA dans l'Aquitaine. Charles ne pofa point les armes ; il les tourna contre les Frisons révoltés, les gagna à l'Etat & à la religion, & réunit leur pays à la couronne. Thierri, roi de France, étant mort en 757, le conquérant continua de réguer fous le titre de Duc des François, fans nommer un nouveau roi. Il jouit paisiblement dans ses dernières années de sa puissance & de sa gloire, & mourut le 22 octobre 741, à Cressi - fur - Oise, après avoir gouverné vingt-quatre ans. Il fut regretté & comme guerrier & comme prince. On le voyait passer rapidement des Gaules dans le fond de la Saxe, & des glaces de la Saxe dans les provinces méridionales de l'Europe. Le clergé perdit beaucoup fous ce conquérant ; il entreprit de le dépouiller, & se trouva dans les circonstances les plus heureuses. « Il étoit craint & aimé des gens de guerre, dit un savant, & il travailloit pour eux : il avoit le prétexte de ses guerres contre les Sarrafins. Il fut haï du clergé, mais il n'en avoit aucun befoin. Le pape, à qui il étoit nécessaire contre les Lombards & contre les Grecs, lui tendoit les bras. » Carloman & Pepin, enfans de Charles Martel, partageant après lui le gouvernement du royaume.
XXIV. CHARLES DE FRANCE, fecond fils du roi Philippe le Hardi, naquit en 1270. Il eut en apanage les comtés de Valois, d'Alençon & du Perche en Paris. Il fut investi, en 1283, du royaume d'Aragon, & prit en vain le titre de roi. Boniface VIII y ajouta celui de vicaire du saint-Siège. Il passa en Italie, y fit quelques exploits, & y fut surnommé Désenfleur de l'Eglise. Il fervit avec plus de succès en Flandres & en Guienne, où Charles le Bel l'avoit envoyé contre le roi d'Angleterre. Il founit tout le pays qui est entre la Dordogne & la Garonne. Cette conquête accéléra la paix. Charles mourut de paralysie à Nogent, le 16 novembre 1325, à 55 ans. On a dit de lui « qu'il avoit été fils de roi, frère de roi, oncle de trois rois, & père de roi, fans être roi. » Il fut frère de Philippe le Bel, oncle de Louis Hutin, de Philippe le Long & de Charles le Bel, & père de Philippe VI, dit de Valois. Il avoit eu successivement trois femmes. C'est de sa première épouse, Marguerite de Sicile, morte en 1299, qu'il eut Philippe VI.
CHARLES DE VALOIS, Voy. DIANE, n.º III.
CHARLES DE BOURBON, (Le Connétable) Voy. II. BOURBON.
CHARLES DE BOURBON, (Les Cardinaux) Voy. III. BOURBON. Rois de Naples.
XXV. CHARLES DE FRANCE, comte d'Anjou, frère de S. Louis, né en 1220, épousa Béatrix héritière de Provence, qui l'accompagna en Egypte, où il avoit suivi S. Louis. Il y fut fait prisonnier l'an 1250. Ce prince à son retour founit Arles, Avignon, Marseille, qui prétendoient être indépendantes, & qui même, après les succès de Charles, conservèrent de grands privilèges. Le pape Urbain IV voulant se venger de Mainfroi, l'appela en Italie. Il fut investi du royaume de Naples & de Sicile en 1265. Mainfroi, usurpateur de ce royaume, fut vaincu par lui & tué l'année d'après dans les plaines de Bénévent. Sa femme, ses enfans, ses trésors furent livrés au vainqueur, qui Et périr en prison cette veuve & le fils qui lui refloit. Conradin, duc de Souabe, & petit-fils de l'empereur Frédéric II, étant venu avec Frédéric d'Autriche pour re- couvrer l'héritage de ses aïeux, sut fait prisonnier deux ans après, & exécuté dans le marché de Na- ples par la main du bourreau. Ces exécutions ternirent le règne de Charles. Un Gibelin, passionné- ment attaché à la maison de Souabe, & brillant de venger le sang ré- pardu, trama un complot contre lui. Les Siciliens se révoltèrent, excités par Pierre III roi d'Aragon. Le second jour de Pâques 1282, au son de la cloche de vêpres, tous les François furent massacrés dans l'isle, les uns dans les églises, les autres aux portes, ou dans les places publiques, les autres dans leurs maisons. Il y eut huit mille personnes dégorgées. Voy. PORCELETS & PROCHITAS. Charles mourut le 7 janvier 1285, à 66 ans, avec la douleur d'avoir forcé ses sujets, par des oppres- sions, à commettre ce forfait à jamais exécrable, connu sous le nom de Vêpres Siciliennes. Ce prince ayant fixé son séjour à Naples, l'embellit par des édifices somptueux, & pourvut à sa dé- sente par des murailles, des châ- reaux & des tours. Il rétablit ou plutôt il donna de nouveaux pri- vilèges à l'université : elle reprit bientôt sa première splendeur, & sa réputation s'étendit, dans toute l'Europe. Naples, gouver- née en forme de république, avoit confervé ses privilèges sous les rois Normands & sous les températeurs d'Allemagne. Deux or- dres compofoient cette républi- que : les nobles, représentés par le sénat : & les simples citoyens, qui s'assemblent de temps en temps pour les affaires impor- tantes. Charles, voulant dominer au dedans comme au dehors, dé- funit insensiblement ces deux or- dres, & bientôt il n'y eut plus d'assemblée. Sa puissance en Eu- rope étoit formidable. Maître de la Sicile, de la Pouille, de la Calabre, des comtés de Provence, du Maine & d'Anjou, de l'isle de Corfou, de celle de Malte; il obtint le titre de roi de Jérusalem, que Marie, fille du prince d'An- tioche, lui céda avec tous ses droits. Il joignoit à ces avan- tages celui d'être l'oncle du roi de France, d'avoir à sa disposi- tion tous les Guisses d'Italie, de tenir sur pied des troupes nom- breuses commandées par d'excel- lens capitalisés; & il s'assura l'em- pire de la mer Méditerranée par ses ports & ses vaisseaux. Mais avec tant de puissance, il eut très- peu de bonheur, du moins de ce bonheur qui consiste dans la paix de l'âme & dans le calme des passions. Charles eut de Béatrix de Provence, sa première femme, Charles le Boiteux son successeur, Philippe, & Robert; avec trois filles, Béatrix, impératrice de Constantinople, Blanche, com- testée de Flandres, & Isabelle.
XXVI. CHARLES II, le Boi- teux, s'étoit signalé du vivant de son père. Mais, dans un combat naval qu'il livra en 1283 au roi d'Aragon, Pierre III, qui avoit des prétentions au royaume de Sicile, il avoit été fait prisonnier avec plusieurs seigneurs François. Conduit à Messine, il fut con- damné par les partisans du roi d'Aragon à perdre la tête, comme son père l'avoit fait couper à Conradin. Ce fut un vendredi que l'arrêt lui fut prononcé. Ce prince ne gions se félicita de mourir le même jour que J. C. son Sauveur. 310 CHA Sa résignation & sa piété touchèrent *Constance*, reine d'Aragon & fille de *Mainfroi*, qui lui fauva la vie & l'envoya à Barcelone, où il fut détenu pendant quatre ans. Après la mort de *Charles* son père, *Robert* comte d'Artois, son parent, eut la régence. *Charles* le *Boiteux* fut ensuite couronné à Rome roi des deux Siciles; mais il eut deux compétiteurs, dans *Alphonse*, & *Jacques* roi d'Aragon. On proyofia un accommodement, & *Charles* fut confirmé sur le trône. Cependant *Frédéric*, frère de *Jacques* roi d'Aragon, profita de l'absence de *Charles* pour s'emparer de la Sicile. *Jacques* indigné qu'on violât ainsi les traités, donna lui-même des troupes pour déposséder son frère. Mais l'usurpateur fut se maintenir en Sicile, & il eut enfin la permission de porter le titre de roi pendant sa vie. *Charles* employa le reste de ses jours à faire fleurir la religion & les arts dans le royaume de Naples. Il mourut en 1309, à 61 ans, laissant plusieurs enfants de *Marie de Hongrie*, son épouse. Les principaux sont : *Charobart*, roi de Hongrie; *Robert*, son successeur à Naples, & *S. Louis*, évêque de Toulouse. *Charles* avoit toutes les vertus d'un bon prince, bienfaisance, affabilité, amour de la justice. Aux yeux des Napolitains, son règne fut l'âge d'or de la monarchie. Il ordonna, par son testament, à son successeur de payer ses dettes, de diminuer les impôts, de restituer les confiscations injustes faites au profit du trésor royal. Personne ne fut mieux pardonner les fautes & se souvenir des services. Il recherchait les talens, & les récompensait, même dans ses ennemis. Peut-être fut-il trop libéral, même envers les églises. La religion veut qu'on l'honore, non par des dons multipliés, mais par des bienfaits répandus sur ses enfants, sur-tout quand le peuple a besoin d'être soulagé; & celui de Naples devoit l'être.
DUCS de Bourgogne, & COMTES de Flandres.
XXVII. CHARLES, duc de Bourgogne, dit le *Hardi*, le *Guerrier*, le *Téméraire*, fils de *Philippe* le *Bon*, naquit à Dijon en 1433. Il succéda à son père en 1467. Deux ans auparavant il avoit gagné la bataille de Montlhéri. Il fut encore vainqueur à Saint-Tron contre les Liégeois : il les soumit, humilia les Gantois, & se déclara l'ennemi irréconciliable de *Louis XI*, (*Voyer* l'article de ce monarque) avec lequel il fut toujours en guerre. Ce fut lui qui livra à ce prince le connétable de Saint-Paul, qui étoit allé se remettre entre ses mains, après en avoir reçu un sauf-conduit : cette perfidie lui valut Saint-Quentin, Ham, Bohain, & les trésors de la malheureuse victime de sa lâcheté. Ses entreprises, depuis furent toutes funeffes. Altéré de fang & incapable de repos, il fit la guerre aux Suisses sous quelque léger prétexte. En vain ces peuples libres lui représentent que tout ce qu'il pourroit gagner chez eux, ne valoit pas les éperons des chevaliers de son armée; il assiégea la ville de Granfon, la prit, & fit passer au fil de l'épée huit cents hommes qui la gardoient. Mais ce fut son dernier succès. Les Suisses remportèrent sur lui les victoires de Granfon & de Morat, en 1476. C'est à cette dernière journée qu'il perdit ce beau diamant, vendu alors pour un écu, que le duc de Florence acheta depuis si chèrement. Les piques & les espadons des Suisses, triomphèrent de la groffe artillerie & de la gendarmerie de Bourgogne. Charles le Téméraire périt le 5 janvier 1477, à 44 ans, défait par le duc de Lorraine, & tué en se fauvant après la bataille qui se donna près de Nanci, qu'il avoit assiégé. Voy. CATTHO. Cette défaite fut en partie occasionnée par un certain Campo-Baffo, Napolitain, l'un de ses principaux officiers, & qui étoit vendu aux intérêts du duc de Lorraine. Ainsi la trahison fut vengée par la trahison. « Le duc de Bourgogne, dit un historien, étoit le plus puissant de tous les princes qui n'étoient pas rois, & peu de rois étoient aussi puissans que lui. A la fois vassal de l'empereur & du roi de France, il étoit très-redoutable à l'un & à l'autre. Il inquieta tous ses voisins, & presque tous en même temps. Il fit des malheureux, & le fut lui-même. Cependant, malgré son ambition, il eut quelques vertus. Il fut chaste, défendit vigoureusement le duel, & rendit la justice avec exactitude. » Voy. RHINSAULD. Il eut de sa première femme une fille unique, Marie, qui épousa Maximilien archiduc d'Autriche. Il avoit pris en secondes noces Marguerite d'Yorck, dont il n'eut point d'enfants.
XXVIII. CHARLES, comte de Flandres, étoit fils de Canut roi de Danemarck, & succéda à Baudoin, qui l'institua son héritier en 1119. Il s'appliqua constamment à rendre les Flamands heureux. Ennemi de la flatterie, charitable à l'excès, il épousa plusieurs fois ses trésors en faveur des pauvres. Il leur distribua un jour dans la ville d'Ypres jusqu'à huit mille pains, & eut soin de tenir toujours le blé à bas prix; afin qu'on ne ressentit jamais les effets de la difette. Ses vertus lui firent accorder le titre de Vénérable; mais elles ne le garantirent pas de la mort que des assassins lui donnèrent en 1124, dans l'église de Saint-Donatien de Bruges, où le comte alloit chaque matin faire sa prière. Rien ne put l'en détourner, quoiqu'on l'eût prévenu qu'on y méditoit un complot contre ses jours. « Nous sommes toujours entourés, dit-il, de dangers; il suffit que nous ayons le bonheur d'appartenir à Dieu, quand la mort nous frappe. » Ducs de Lorraine.
XXIX. CHARLES Ier, duc de Lorraine, fils puiné de Louis d'Outremer, naquit à Laon en 953, & fit hommage-lige de ses états à l'empereur Othon II, son cousin; ce qui indigna les seigneurs François. Louis le Fainéant, son neveu, étant mort, Charles fut privé de la couronne de France par les Etats assemblés en 987, & Hugues Capet fut mis sur le trône. Ce prince tenta vainement de faire valoir son droit par les armes. Il fut pris à Laon, le 2 avril 991, & renfermé dans une tour à Orléans, où il mourut trois ans après, à 41 ans.
XXX. CHARLES II, duc de Lorraine, étoit fils du duc Jean, empoisonné à Paris le 27 septembre 1382, & de Sophie de Wistemberg. Il se signala dans plusieurs combats, fut connétable en 1418, & mourut en 1430.
XXXI. CHARLES IV DE LORRAINE, petit-fils de Charles III, prince guerrier, plein d'esprit, mais turbulent & capricieux. Il se brouilla souvent avec la France, qui le dépouilla deux fois de ses 312 CHA Etats, & le réduisit à subifter de son armée qu'il louoit aux princes étrangers. En 1641, il signa la paix, & aussitôt après se déclara pour les Espagnols, qui moins traitables que les François, & comptant peu sur sa fidélité, l'en- fermèrent dans la citadelle d'An- vers, & le transférèrent de là à Toïlède jusqu'en 1659. L'histoire de sa prison se trouve à la fin des Mémoires de Beauveau, Cologne, 1690, in-12. Trois ans après, en 1662, il signa le traité de Montmartre, par lequel il faisoit Louis XIV héritier de ses états, à condition que tous les princes de sa famille feroient déclarés princes du sang de France, & qu'on lui permettrait de lever un million sur l'Etat qu'il abandonnait. « Qui auroit dit à Charles IV, que le don qu'il faisoit alors de la Lor- raine sous des conditions illu- foires, dit le président Hénault, se réaliseroit sous Louis XV, qui en deviendroit un jour le souve- rain par le consentement de toute l'Europe ? » Ce traité produisit de nouvelles bizarreries dans le duc de Lorraine. Le roi envoya le maréchal de la Ferté contre lui. Il céda M. rfal, & le reste de ses Etats lui fut rendu. Le maréchal de Créqui l'en dépouilla de nou- veau en 1670. Charles, qui étoit accoutumé à les perdre, réunit sa petite armée avec celle de l'em- pereur. Turenne le défit à Laden- bourg, en 1674. Charles s'en ven- gea sur l'arrière-ban d'Anjon, qu'il battit à son tour. Il assiégea l'année d'après le maréchal de Créqui dans Trèves, s'en rendit maître, & le fit prisonnier. Il mourut près de Birkenfeld la même année 1675, âge de 72 ans. Pa- villon lui fit une Epitaphe ba- dine, où il est assez bien carac- sérisé : Ci glit un pauvre Duc sans terre ; Qui fut, jusqu'à ces derniers jours, Peu fidelle dans ses amours, Et moins fidelle dans ses guerres. Il donna librement sa foi Tour-à-tour à chaque Couronne ; Et se fit une étroite loi De ne la garder à personne. Il entreprit tout au hasard ; Se fit tout blanc de son épée ; Il fut brave comme César, Et malheureux comme Pompée. Il se vit toujours maltraité Par sa faute & par son caprice ; On le détrôna par justice, On l'entrera par charité. « Ce prince, né avec beaucoup de valeur & de talens pour la guerre, dit le président Hénault, n'étoit cependant qu'un avemurier, qui eût pu faire fortune s'il fut né sans biens, & qui ne fut jamais confirmer ses états. » Il étoit fin- gulier en galanterie comme en guerre. Mari de la ducheffe. Ni- cole, il épousa la princeffe de Cantecroix. Amoureux ensuite d'une Parisienne Marie-Anne Pajot, fille d'un apothicaire, il passa un con- trat de mariage avec elle, du vi- vant de la princeffe. Louis XIV fit mettre sa maitresse dans un cou- vent, ainsi qu'une autre demoi- felle à laquelle le bizarre Lorrain vouloit s'unir. Il finit par pro- poser un mariage à une chanoi- neffe de Poussey, & il l'auroit épousse, sans les oppositions de la princeffe de Cantecroix. — Voy. II. ESSARS.
XXXII. CHARLES V, second fils du duc François & de la prin- ceffe Claude de Lorrain, sœur de la ducheffe Nicole de Lorraine & neveu de Charles IV, naquit à Vienne en Autriche, le 3 avril 1623. « Il se céda l'an 1675 à son onele dans ses Etats, ou plutôt, dit le président Hinault, dans l'espérance de les recouvrer. L'empereur Léopold n'eut point de plus grand général, ni d'allié plus fidelle : il commanda ses armées avec gloire. Il avoit toutes les qualités de son malheureux oncle, sans en avoir les défauts, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV. Mais en vain mit-il sur ses étendards : AUT NUNC, AUT NUNQUAM : Ou maintenant, ou jamais ; le maréchal de Créqui lui ferma toujours l'entrée de la Lorraine. Charles V fut plus heureux dans les guerres de Hongrie, où il se signala par plusieurs victoires remportées sur les mécontents, & par des conquêtes sur le grand-Seigneur. En 1674, on le mit sur les rangs pour la couronne de Pologne ; mais ni son nom, ni ses intrigues, ne purent la lui procurer. Il prit en 1676 Philisbourg sur le maréchal de Luxembourg, & gagna, en 1687, la célèbre bataille de Mohatz sur les Turcs. De retour de ses expéditions de Turquie, il vint servir contre la France, prit Mayence en 1690, & mourut la même année à 48 ans. Louis XIV dit en apprenant sa mort, que la moindre qualité du Duc de Lorraine étoit celle de prince. Je viens de perdre, ajouta-t-il, le plus sage & le plus généreux de mes ennemis. Il avoit eu la gloire de seconder Jean S. biski dans la délivrance de Vienne, & celle de le délivrer lui-même à la journée de Barkam. Ce prince, digne, par ses vertus politiques, militaires & chrétiennes, d'occuper le premier trône de l'Univers, ne jouit jamais de ses états. L'empereur lui fit épouser sa sœur Éléonore-Marie, fille de l'empereur Ferdinand III, & reine douairière de Pologne. De ce mariage naquit le duc Léopold I, père de l'empereur François I, & de Charles- Alexandre de Lorraine, dont nous allons parler. Etant venu à Paris après la paix des Pyrenées, Louis XIV lui avoit proposé Mlle de Montpensier, puis Mlle de Nemours ; mais ces deux mariages manquèrent par le caprice de Charles IV son oncle. La Brune a donné la Vie du duc Charles V, in-12. Il a paru aussi sous son nom un Testament politique, Leipzig, 1696, in-8° : l'ouvrage est médiocre, & il n'est pas de lui.
XXXIII. CHARLES-ALEXANDRE DE LORRAINE, gouverneur des Pays-Bas, grand-maître de l'ordre Teutonique, naquit à Lunéville le 12 décembre 1712, de Léopold I, duc de Lorraine, & d'Elizabeth-Charlotte d'Orléans. Le prince Charles, quelque temps après le mariage de son frère avec l'héritière de la maison d'Autriche, fut fait général d'artillerie, puis feld-maréchal. Il commanda l'armée en Bohême l'an 1742 : s'étant emparé de Czaïlau, il y livra bataille au roi de Pruffe, qui remporta la victoire en perdant presque toute sa cavalerie. La paix ayant été faite la même année entre le roi de Pruffe & la reine de Hongrie, le prince Charles tourna ses armes contre les François, qui faisoient de grands progrès en Bohême ; enleva Piseck, Pilsen, mit le fêge devant Prague le 28 juillet, & prit Leutmeritz avant la fin de cette campagne. En 1744 il passa le Rhin, à la tête d'une armée, s'empara des lignes de Spire, de Germentheim, de Lauterbourg & de Haguenau, & s'établit au milieu de l'Alface. Mais le roi de Pruffe ayant fait une diversion puissante, le prince Charles fut obligé de repaffer le Rhin à Bentheim le 25 d'août, en présence de l'armée Françoise. De retour en 314 CHA Bohème, il contraignit le roi de Pruffe d'abandonner ses conquêtes. L'année suivante ce monarque le battit à Freidberg & à Prandnitz. Il commanda encore les armées Autrichiennes en 1757, défit le général Keith, & chaffa les Pruf-fions de toute la Bohème. La même année, le 22 novembre, il les défit encore près de Breslau. Il n'eut pas le même bonheur le 5 décembre suivant, à la bataille de Liffia où il fut vaincu. Ce prince, souvent malheureux dans les combats, n'en fut pas moins un grand général. Brave, intrépide dans les dangers, sage dans le conseil, il se fit souvent redouter, même après sa défaite. Personne ne fut mieux que lui choisir un camp, le fortifier, faire une retraite sûre & honorable. Il se faisoit aimer & respecter, autant par sa générosité & son affabilité, que par son esprit, l'étendue de ses connoissances, & la protection qu'il accordoit aux lettres. Il mourut le 4 juillet 1780, en héros Chrétien, qui avoit toujours aimé la religion. Il avoit épousé le 7 janvier 1744 Marie-Éléonore d'Autriche, seconde fille de Charles VI, qui mourut la même année.
CHARLES, cardinal de Lorraine, Voyez I. LORRAINE.
CHARLES, duc de Mayenne, Voyez MAYENNE. Ducs de Savoie.
XXXIV. CHARLES le Guerrier, duc de Savoie, étoit fils d'Amédée IX, & frère de Philibert I, auquel il succéda en 1482. Ce prince étoit bien fait, sage, vertueux, affable, libéral & instruit. Il eut beaucoup de traverses à essuyer au commencement de son règne. C'étoit pour y faire allusion, qu'il prit un Soleil naïf- fant sur une tempête, avec ces mots : Non tamen inde minus. L'an 1485, Charlotte reine de Chypre, & veuve de Louis de Savoie, confirma, en faveur de Charlotte, la donation qu'elle avoit faite de son royaume au duc son époux. C'est sur ce fondement que les ducs de Savoie ont pris le titre de Rois de Chypre. Charles épousa Blanche de Montferrat, fille de Guillaume Paléologue VI, marquis de Montferrat, dont il eut un fils qui lui succéda. Charles le Guerrier prometoit un règne glorieux, lorsqu'il mourut le 13 mars 1489, à 21 ans. Le marquis de Saluces, qu'il avoit vaincu en personne, & dont il avoit subjugué le pays, fut soupçonné de l'avoir fait empoisonner.
XXXV. CHARLES-EMMANUEL Ier, duc de Savoie, dit le Grand, naquit au château de Rivoli en 1562. Il signala son courage au camp de Montbrun; aux combats de Vigo, d'Aft, de Châtillon, d'Oftage, au siége de Verue, aux barricades de Suze. Il entreprit de se faire comte de Provence en 1590. Philippe II, son beau-père, l'aida à se faire reconnoître protecteur de cette province par le parlement d'Aix, afin que cet exemple engageât la France à reconnoître le roi d'Espagne pour protecteur de tout le royaume. Le duc de Savoie, non moins entreprenant, aspiroit aussi à cette couronne. Son ambition sans bornes lui inspira des desseins sur le trône impérial, après la mort de l'empereur Matthias; sur le royaume de Chypre, qu'il vouloit conquérir; & sur la principauté de Macédoine, que les peuples de ce pays, tyrannisés par les Turcs, lui offrirent. Les Genevois furent obligés de défendre leur ville, en 1602, contre les armes de ce prince, qui fit tenter une escalade en pleine paix. Les chefs de cette entreprise ayant été faits prisonniers, furent pendus comme des voleurs de nuit. Henri IV, qui avoit aussi à s'en plaindre, & qui le battit plusieurs fois par le duc de Lesdiguières, Voyez ce mot, fit avec lui un traité par lequel il lui laissoit le marquissat de Saluces, pour la Bresse & le Bugey. Lorsqu'on lui parla à la cour de rendre le marquissat, il répondit: « Que le mot de restitution ne devoit jamais entrer dans la bouche des princes, & sur-tout des guerriers. » Toujours remuant, il s'exposa encore aux armes des François, à celles des Espagnols & des Allemands, après la guerre pour la Valteline. Il mourut de chagrin à Savillon le 26 juillet 1630, à 73 ans. Lingences, évêque de Mâcon, prononça son oraison funèbre. Son ambition le jeta dans des voies détournées & indignes d'un grand prince. Il n'y eut jamais d'homme moins ouvert que lui. On disoit que son cœur étoit comme son pays, inaccessible. Il bâtit des palais & des églises; il aima & cultiva les lettres; mais il ne songea pas assez à faire des heureux & à l'être.
XXXVI. CHARLES-EMMANUEL II, fils de Victor-Amédée I, commença à régner en 1638, après la mort du duc François. Il n'avoit alors que quatre ans. Les Espagnols profiterent de la foiblesse de la régence, pour s'emparer de diverses places; mais la paix des Pyrenées rétablit la tranquillité en Savoie: elle ne fut troublée que par un léger différend avec la république de Gênes. Charles-Emmanuel mourut en 1675, de la révolution que lui causa un accident arrivé à Victor-Amédée, son fils, renversé de cheval en faisant ses exercices. Turin lui doit plusieurs de ses embellissements. Il n'oublia pas les autres parties de ses états. Il perça un rocher qui séparoit la Savoie du Dauphiné, & y pratiqua un chemin large & commode, pour faciliter le commerce entre ces deux provinces; ce travail, digne d'Annibal, lui fit plus d'honneur qu'une conquête. Le nom de ce prince mérite d'ailleurs de passer à la postérité, par son esprit, & par la protection qu'il accorda aux gens-delettres.
XXXVII. CHARLES-EMMANUEL III, fils de Victor-Amédée II, naquit en 1701. D'excellens maîtres développerent les talens qu'il avoit reçus de la nature pour la guerre & pour la politique. Son père ayant renoncé volontairement à la couronne en 1730, Charles-Emmanuel monta sur le trône & l'occupa en grand prince. Il entra dans les projets que firent l'Espagne & la France, d'affoiblir en 1733 la maison d'Autriche; & après s'être signalé dans cette courte guerre par la victoire de Guastalla, il fit la paix, & obrint le Novarois, le Tortonois, & quelques autres fiefs dans le Milanois. Cette paix de 1738 fut suivie d'une guerre qui arma presque toute l'Europe. Le roi de Sardaigne, quelque temps incertain, s'unit au commencement de 1742 avec la reine de Hongrie contre la France & l'Espagne. Il eut des succès & des revers; mais il fut plus souvent vainqueur que vaincu; & lors même qu'il eut le malheur d'être battu, on admira en lui les dispositions & les ressources d'un général habile. Il eut encore le 316 CHA bonheur de faire une paix avantageuse. Il resta en possession de toutes les acquisitions dont il jouit- soit alors, & principalement de celles qu'il avoit faites en 1743, du Vigevanesque, d'une partie du Pavesan, &c. Charles-Emmanuel, tout entier à ses sujets, embellit ses villes, fortifia ses places, disciplina ses troupes, & régla tout par lui-même. Un de ses soins les plus assidus fut de travailler à payer ses dettes, pour pouvoir soulager ses peuples des impôts que la guerre avoit rendu nécessaires. On n'oubliera jamais ce qu'il dit, en 1763, à l'un de ses favoris : C'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie ; je viens de supprimer le dernier impôt extraordinaire. Il mourut le 20 février 1773 à 72 ans, après avoir été marié trois fois. Il n'avoit pas voulu prendre part à la guerre de 1756 ; mais il eut la gloire d'être le médiateur de la paix de Fontainebleau en 1763. Sa sage économie dans l'administration des finances, son éloignement du saite & des plaisirs, son attention à ne pas abandonner les rênes du gouvernement à des mains subalternes ; lui donnèrent le moyen de réformer bien des abus, de faire des établissements utiles, & de redonner l'abondance à un pays sterile. Tous les ordres de l'Etat furent sagement policés ; la débauche fut proscrite, le jeu restreint & modéré. Il régnoit une confusion extrême dans les diverses branches de la législation ; Charles-Emmanuel y mit de l'ordre par des ordonnances judicieuses, qui en simplifiant l'administration de la justice, abrégèrent ses longueurs. Son Code, traduit en françois, a été imprimé à Paris (Caen) 1771, 2 volumes in-12. La religion fut protégée & les talens de ses ministres encouragés ; toutes les places ecclésiastiques ; même les évêchés furent donnés au concours.
XXXVIII. CHARLES de SAINT-PAUL, dont le nom de famille étoit Vialart, supérieur-général de la congrégation des Feuillans, fut évêque d'Avranches en 1640, & mourut en 1644. Il est très-connu par sa Géographie sacrée, imprimée avec celle de Sanfon, Amsterdam 1707, 3 vol. in-fol. Son Tableau de la Rhétorique Françoise est au-dessous du médiocre : aussi reste-t-il dans l'oubli.
CHARLES BORROMÉE, (Saint) Voyer, I. BORROMÉE.
CHARLETON, (Gautier) médecin Anglois, naquit dans le comté de Sommerfer le 2 février 1619. Après avoir été reçu au doctorat à Oxford en 1642, il fut mis au nombre des médecins ordinaires du roi Charles I, & devint membre de la société royale de Londres. Sa réputation & ses succès le firent appeler à Padoue en 1678, pour y occuper la première chaire de médecine-pratique ; mais n'ayant pu s'accoutumer à ce pays, il revint à Londres au bout de deux ans, & se retira ensuite dans l'isle de Jersey, où il mourut en 1707, à 87 ans. Charleton a beaucoup écrit : sur l'athérisme, sur la puissance de l'amour & la force de l'esprit, sur l'immortalité de l'âme, sur la loi naturelle & la loi divine positive ; mais particulièrement sur la médecine. Ses principaux ouvrages en ce genre font : I. Exercitationes physico-medicae, sive Economia animalis, Londres 1659, in-12. L'édition de la Haye, 1681, in-12, est plus ample. II. Exercitationes Pathologicae, Londres 1661, in-4. III. De diffe- tentils & nominibus animalium, Ox- fort, 1673, in-fol. IV. De Stor- bato, Londres, 1671, in-8.º
CHARLEVAL, (Charles FAUCON de RY, seigneur de) na- quit avec un corps très-délicat & un esprit qui lui ressembloit. Il aima passionnément les lettres, & se fit chérir de tous ceux qui les cultivoient. Sa conversation étoit mêlée de douceur & de fineffe : c'est le caractère de ses vers & de sa prose. Scarron, qui mettoit du burlesque par-tout, jusques dans ses louanges, disoit, en parlant de la délicatesse de son esprit & de son goût : que les Muses ne le nour- rissoient que de blanc-manger & d'eau de poulet. Charleval avoit adressé à la femme de Scarron, qui fut en- suite Mad. de Maintenon, ce joli couplet : Bien souvent l'amitié s'enflâme Et je sens qu'il est mal-aisé Que l'ami d'une belle dame Ne soit un amant déguisé. Les qualités du cœur de Charleval égalouent celles de son esprit. Ayant appris que M. & Mad. Dacier alloient quitter Paris, pour vivre moins à l'étroit en province, il alla leur offrir aussitôt dix mille francs en or, & les presss vive- ment de les accepter. Il régla sa conduite sur les maximes suivantes qu'il mit en vers : Modérons nos propres vaux, Tâchons de nous mieux connoître. Desfires-tu d'être heureux ? Desire un peu moins de l'être. Le fameux souverain bien, En un séjour de misère, N'est qu'un pompeux entretien Et qu'une noble chimère... Voici comment j'ai compté Dès ma plus tendre jeunesse : La vertu, puis la santé ; La gloire, puis la richesse. Fidèle au régime qu'il s'étoit pres- crit, il poussa sa carrière jusqu'à l'âge de 80 ans, malgré la délica- tesse de son tempérament. Le fré- quent usage de rhubarbe lui causa un échauffement, qui produisit la fièvre. Les médecins comptoient de l'avoir chassée à force de fai- gnées; ils disoient entreux, en présence de Thévenot, sous-biblio- thécaire du roi : Enfin voilà la fièvre qui s'en va. — Et moi, ré- pliqua Thévenot, je vous dis que c'est le malade; & Charleval mourut une ou deux heures après : c'étoit en 1693. Son esprit conserva dans l'âge le plus avancé les graces de la jeunesse, & son cœur tous les sentimens défrables dans les vrais amis. Ses Poésies tomberent entre les mains du premier président de Ry, son neveu; mais ce magis- trat ne voulut point faire ce pré- sent au public, qui l'auroit bien accueilli. On en a fait un petit recueil en 1759, in-12. Elles sont pleines de légèreté & de graces, mais foibles d'imagination & de style. Elles consistent en Stances, Epigrammes, Sonnets, Chansons. On cite tous les jours dans la société quelques-unes de ses Epi- grammes, telles que celle-ci : En vain Life fait la mignarde, Chaque jour elle s'enlaidit; Ce n'est pas que je la regarde; Mais tout le monde me le dit. La Conversation du Maréchal d'Hu- quincourt & du Père Caney, im- primée dans les Œuvres de Saint- Evremont, pièce plaifante & ori- ginale, est de Charleval jusqu'à la petite dissertation sur le Janse- nisme & le Molinisme, que Saint- Evremont y a ajoutée, mais qui est beaucoup moins piquante que le reste de l'ouvrage.
CHARLEVOIX, (Pierre- François-Xavier de) Jésuite, né 318 CHA à Saint-Quentin en 1684, professa les humanités & la philosophie avec beaucoup de distinction. Nommé pour travailler au *Journal de Trévoux*, il remplit cet ouvrage, pendant vingt-quatre ans, d'excellens extraits. Il mourut en 1761, à 78 ans. Des mœurs pures & une science profonde le rendoient le modèle de ses confrères & l'objet de leur estime. On a de lui plusieurs ouvrages qui ont eu beaucoup de cours. I. *Histoire & Description du Japon*, en 6 vol. in-12, & 2 in-4. Ce livre bien écrit & très-détaillé, renferme ce que l'ouvrage de *Kempfer* offre de vrai & d'intéressant, & l'on y trouve également ce qui peut satisfaire une curiosité religieuse & profane. II. *Histoire de l'Isle de Saint-Domingue*; 2 vol. in-4, Paris, 1730; ou Amsterdam 1733, 4 vol. in-8. Cet ouvrage, qui est écrit avec simplicité & avec ordre, est aussi curieux que fessé. L'auteur s'est borné à l'histoire civile & politique, sans entrer dans le détail des missions. III. *Histoire du Paraguai*, in-12, 6 vol. C'est le même ton, la même sagacité & la même exactitude, que dans les ouvrages précédens. IV. *Histoire générale de la Nouvelle France*, en 4 vol. in-12. C'est le meilleur de tous les livres écrits sur cette matière. V. *Vie de la Mère Marie de l'Incarnation*, 1724, in-12; livre écrit avec onction, & propre à nourrir la piété. Ces différens ouvrages ont été bien reçus de ceux qui jugent sans préjugé; l'on souhaiterait seulement un peu plus de précision dans le style. L'auteur étoit diffus, & lorsqu'il parloit, & lorsqu'il écrivoit. — I. CHARLIER, (Jean) surnommé *Gerfon*, prit ce nom d'un village du diocèse de Rheims, où il vit le jour en 1363. Il étudia la théologie sous *Pierre d'Aïll*, & lui succéda dans la dignité de chancelier & de chanoine de l'église de Paris. *Jean Petit* ayant eu la lâcheté de justifier le meurtre de *Louis* duc d'*Orléans*, tué en 1408 par ordre du duc de *Bourgogne*. *Gerfon* fit censurer la doctrine de ce partisan du tyrannicide, par les docteurs & par l'évêque de Paris. Son zèle n'éclata pas moins au concile de Constance, où il assista comme ambassadeur de France. Il s'y signala par plusieurs discours, & sur-tout par celui de la supériorité du concile au-dessus du pape. Il fit anathematiser, par le concile, l'erreur de *Jean Petit*. N'osant pas revenir à Paris, où le duc de *Bourgogne* l'auroit persécuté, il fut contraint de se retirer en Allemagne, déguisé en pèlerin; & ensuite à Lyon dans le couvent des Célefins, où son frère étoit prieur. Cet homme illustre poussa l'humilité jusqu'à devenir maître d'école. Il mourut à Lyon le 12 juillet 1429, à 66 ans. Nous avons un *Recueil de ses Ouvrages* en 5 vol. in-folio, publié en Hollande 1706, par les soins de *Dupin*. Ils font distribués en cinq classes. On trouve dans la première, les *Dogmatiques*; dans la seconde, ceux qui roulent sur la *Discipline*; dans la troisième, les *Œuvres de morale & de piété*; dans la quatrième, les *Œuvres mêlées*. Cette édition est ornée d'un *Gerfoniana*; ouvrage curieux, & digne d'être lu par les amateurs de l'histoire littéraire & ecclésiastique. *Gerfon* a été, sans contredit, le docteur le plus recommandable de son temps: c'est l'éloge que lui donna le cardinal de *Zabarcila* dans le concile de Constance, dont il fut l'âme. Il rendit des services signalés à l'Église & à l'État. Il se montra plein de zèle pour la réforme, & foutint ce zèle par les mœurs les plus pures. Son style est dur & négligé, mais énergique. Il approfondit les matières & les traite avec méthode. Tout est appuyé ou sur l'Écriture ou sur la raison, & l'on ne peut que profiter de la lecture de ses ouvrages, si l'on s'arrête moins à la forme qu'au fonds. Quelques auteurs lui ont attribué l'excellent livre de l'Imitation de JÉSUS-CHRIST. « Jean Gerson, dit l'abbé Goujet, fut surnommé le Docteur très-Chrétien, ou Évangélique, & il méritait un tel titre. La pureté de sa doctrine, & la piété solide qui brillait dans ses mœurs, le lui avoient justement acquis. Ajoutons qu'il en étoit digne encore, pour avoir fait une guerre sainte au Pharisaïsme de son temps, & pour avoir heureusement triomphé de ceux qui vouloient introduire dans le Christianisme des nouveautés contraires à la liberté évangélique & à la simplicité de la religion, & qui s'efforçoient d'accabler les Fidelles sous le joug de plusieurs préceptes onéreux, & de divers établissements dans la discipline, dont la plupart étoient inouis jusqu'alors dans l'Église... Pour le cardinal de Cuza, j'ignore les raisons qui ont porté à l'honorer du même titre. Les uns l'ont loué de son bel esprit, de son habileté dans les affaires ecclésiastiques & politiques : les autres l'ont fait passer pour un excellent canoniste : d'autres ont admiré sa connoissance des mathématiques ; mais il ne paroît pas que l'on ait rien remarqué de singulier dans tout ce qu'il a écrit concernant la religion & la théologie, qui ait dû le faire distinguer des autres par la qualité de Très-Chrétien. »
II. CHARLIER, (Gilles) savant docteur de Sorbonne, natif de Cambrai dont il fut élu doyen en 1431, se distinguait au concile de Basle en 1433, & mourut doyen de la faculté de théologie de Paris en 1472. On a de lui divers Ouvrages sur les cas de conscience, qu'on ne consulte plus. Ils furent imprimés à Bruxelles en 1478 & 1479, 2 vol. in-folio, sous le titre de Carlieris Sporta & Sportula. I. CHARLOTTE DE SAVOIE, — fille de Louis duc de Savoie, & d'Anne de Chypre, devint reine de France par son mariage avec Louis XI, qui l'épousa en secondes noces. Elle fut sage & vertueuse ; « Aussi, la lui falloit-il telle, dit Brancôme ; car étant ombrageux & soupçonneux prince, s'il en fût un, il lui eût bientôt fait passer le pas des autres. Quand il mourut, il commanda à son fils d'aimer & d'honorer fort sa mère, mais non de se gouverner par elle, parce qu'elle étoit plus Bourguignone que Françoise. » Cette princesse se tenoit ordinairement au château d'Amboise, où elle mena une vie retirée, pieuse & bienfaisante.
II. CHARLOTTE DE BOURBON, reine de Chypre, fille de Jean de Bourbon I, comte de la Marche, & mariée, en 1489, à Jean II, roi de Chypre, fut l'une des plus belles & des plus sages princesses de son temps.
III. CHARLOTTE, reine de Chypre, fille de Jean III, épousa d'abord Jean de Portugal, duc de Coimbre, & en secondes noces Louis, duc de Savoie. Après la mort de son père, elle fut couronnée à Nicosie, souveraine des royaumes de Chypre, de Jéru- 320 CHA Salem & d'Arménie. Au retour de cette cérémonie, la haquenée qui la poissait s'étant câbrée, sa couronne tomba ; ce qui fut regardé comme un funeste préfaage. En effet, Jacques, bâtard de son père, qui avoit embraffé l'état ecclésiastique, mit dans ses intérêts le soudan d'Égypte ; & avec son secours il priva Charlotte de ses états. Celle-ci mourut à Rome de paralysie, en 1487, après avoir fait donation du royaume de Chypre au duc de Savoie son neveu, en présence du pape & de plusieurs cardinaux. — IV. CHARLOTTE DE BRUNSWICK WOLFFENBUTEL, née en 1684, épousa en 1711, Alexis Pétrowitz, fils de Pierre le Grand, czar de Russie, qui ne la rendit pas heureuse. On a même prétendu que ce prince lui donnant des sujets de jalousie & de mécontentement, elle se fit passer pour morte, qu'on enterra une bûche qu'on mit dans sa bière ; que la comtesse de Konfmarck, qui conduisoit cette aventure incroyable, lui fournit le moyen de se sauver avec un de ses domestiques ; que ce domestique de la comtesse passa pour son père ; qu'après avoir fait un voyage à Paris, elle s'embarqua pour l'Amérique, où elle épousa d'Auban officier François, qu'elle avoit connu à Pétersbourg ; qu'étant revenue d'Amérique en France, elle fut reconnue par le maréchal de Saxe, qui découvrit cet étrange secret au roi ; que Louis XV, quoiqu'alors en guerre avec la reine d'Hongrie, lui écrivit de sa main pour l'instruire de la bizarre destinée de sa tante ; que la reine de Hongrie écrivit à la princesse, en la priant de se séparer d'un mari trop au-dessous d'elle, & de venir à Vienne ; mais que la princesse étoit déjà en Amérique ; qu'elle y reita jusqu'en 1757, temps auquel son mari mourut ; qu'alors elle se retira à Bruxelles, où elle subdissoit d'une pension de vingt mille florins que lui faisoit la reine de Hongrie. Voltaire, à qui l'histoire de l'aventurière de Bruxelles étoit connue, nie avec raison que ce fût la princesse Charlotte, qui, quoique sœur de l'impératrice d'Allemagne, épouse de Charles VI, eut un sort très-malheureux. Il prétend que son mariage avec le Czarovitz, fût très-infortuné. « Alexis son époux, se livra, dit-il, à toutes les débauches de la jeunesse & à toute la grossièreté des anciennes mœurs. Ces déréglemens l'abrutirent. Sa femme méprisée, maltraitée, manquant du nécessaire, privée de toute consolation, languit dans le chagrin, & mourut enfin de douleur le 1er novembre 1715, après avoir accouché d'un fils qui monta sur le trône, sous le nom de Pierre II. » L'aventurière qui prenoit son nom, mourut en janvier 1770, à Vitri près de Paris. Son extrait mortuaire fut imprimé dans le Journal de Paris, du 15 février 1781 ; & cet extrait mortuaire dément entièrement l'histoire ou plutôt la fable de son mariage avec le Czarovitz. Elle fut enterrée sous le nom de Doris-Elizabeth Danielson ; ce dernier nom fait soupçonner qu'elle étoit Angloise.
CHARLOTTE DES ESSARTS, Voy. II. ESSARTS.
CHARLOTTE DES MONTMORENCY, Voyet X. MONTMORENCY.
CHARLOTTE - ÉLIZABETH DE BAVIÈRE, Voy. PHILIPPE, n.º XXI.
CHARLY, (Louise) Voyet I. LABBÉ.
CHARMETTON, (Jean-Baptiste) chirurgien renommé de Lyon sa patrie, naquit en 1710. Appelé à la place importante de chirurgien-major de l'un des deux hospices de cette ville, il y institua les premiers cours de chirurgie & d'accouchemens qui s'y soient faits. Né sensible, il trouva sans cesse l'occasion d'être utile, & ne la laissa jamais échapper. Il employa la plus grande partie de ses loisirs à découvrir le traitement le moins incertain de plusieurs espèces de maladies : pour lui l'opération fut toujours la dernière ressource ; & lorsqu'il fut obligé de l'employer, elle fut presque toujours heureuse entre ses mains. En 1748, l'académie de chirurgie de Paris ayant proposé pour sujet de son prix de déterminer la nature & les usages des remèdes desicatifs & caustiques, d'expliquer leur manière d'agir, & de distinguer leurs différentes espèces, Charmetton le remporta. Il obtint encore une nouvelle couronne de la même académie en 1752, par un savant Mémoire sur les écrouelles, 1 vol. in-12. La vraie curation de cette maladie étoit ignorée ; Rotrou avoit vanté quelques remèdes ; Faure avoit indiqué un bol de savon, d'éponge brûlée, & de racines de scrophulaire mêlées avec de la limaille de fer ; Bordeu avoit recommandé l'usage des eaux minérales de Lesbonnes & de Barège : Charmetton est venu après eux présenter la méthode la plus simple, en proposant de commencer le traitement par les dissolvans les plus légers avant d'avoit recours aux plus actifs. Les deux Mémoires de Charmetton offrent une savante théorie ; mais C H A 321 on y desireroit quelquefois plus de clarté & moins de concision. Avec des lumières, il eut des vertus : libéral envers les indigens, il ne mit jamais les riches à contribution. Il légua, en mourant, deux mille livres aux pauvres de sa paroisse, & vingt mille aux deux hôpitaux de sa patrie. Saisi à l'âge de 71 ans d'une subite affection comateuse, il cessa de vivre le 27 janvier 1781.
CHARMIS, médecin empyrique de Marseille, trop resserré sur ce théâtre, vint briller sur celui de Rome sous l'empire de Néron. Il se fit un nom en ordonnant tout le contraire de ce que ses confrères prescrivoient. Il faisoit prendre des bains d'eau froide dans la plus grande rigueur de l'hiver. Séneque, malgré toute sa sagesse, se faisoit gloire de suivre ses ordonnances. Charmis se les faisoit payer chèrement. On dit qu'il exigea d'un homme qu'il avoit soigné pendant une maladie, environ vingt mille livres de notre monnoie ; ce qui a fait dire à un écrivain de nos jours, que, lorsque dans une grande ville le luxe ne connoit plus de bornes, les talens en réputation n'ont plus de prix.
CHARMOIS, (N. de) secrétaire du maréchal de Schomberg, devint, dans le 17e siècle, l'un des amateurs les plus éclairés des beaux-arts. C'est particulièrement au célèbre peintre le Brun & à lui, que l'académie de peinture & de sculpture à Paris, dut son établissement en 1648. Le goût des chefs-d'œuvre de l'antiquité se répandoit en France, & on commençoit à croire que ceux qui cultivent les arts méritoient des distinctions. Charmois présenta au conseil une requête signée de plusieurs artistes demandant à s'affirm- bler pour conférer sur les objets de leurs travaux. Le chancelier *Seguier* la fit admettre; dès-lors, l'académie naissante s'assembla chez *Charmois*, qui en dressa les premiers règlements. Il y établit un cours gratuit de géométrie par *Chauveau*, un autre d'anatomie par *Quatroulx*, un autre de perspective par le graveur *Abraham Boffe*. Il mourut quelque temps après, justement regretté pour son aménité & ses connoissances.
CHARMUS, jeune homme d'Athènes, fut le premier, dit-on, qui confiera un autel à l'Amour. Il fut contemporain de *Piffure*.
CHARNACÉ, (Hercule, baron de) fils d'un conseiller au parlement de Bretagne, fut un des plus habiles négociateurs de son temps. Ambassadeur de *Louis XIII* auprès de *Gustave* roi de Suède, il remplit ses négociations avec beaucoup de succès. Il négocia ensuite en Danemark, en Pologne & en Allemagne. Joignant le courage à l'esprit, & les fonctions de colonel avec l'état d'ambassadeur, il voulut se trouver au siège de Breda en 1637, où commandoit le prince *Henri-Frédéric* d'Orange. *Charnacé* ayant dit à ce prince qu'il s'exposoit beaucoup : *V. A. feroit bien de se retirer*. — *Si vous avez peur*, répondit *Henri*, vous pouvez le faire. L'ambassadeur, piqué de cette réponse, monte sur-le-champ à la tranchée, & y est tué. Il fut fort regretté à la cour.
CHARNES, (Jean-Antoine des) doyen du chapitre de Villeneuve-les-Avignon dans le 17$^{e}$ siècle, étoit homme de goût, d'une société aimable, & d'une plaisanterie fine. Les ouvrages qu'il a donnés au public, sont : I. *Conversations* sur *La Princesse de Clèves*, petit in-12, imprimé à Paris en 1679, dans le temps que ce joli roman faisoit du bruit; elles ne manquent ni de pureté, ni de finesse. II. *Vie du Taffe*, in-12, Paris 1690; vraie & intéressante. III. Il a eu beaucoup de part aux agréables *Gazettes de l'ordre de la Boisson*, dont il étoit membre. Le caractère facile de ses productions lui fit une réputation à la cour : il y fut même question de le placer sous-précepteur auprès d'un grand prince; mais diverses raisons empêchèrent la réussite de ce projet. Cet auteur mourut au commencement du siècle passé.
CHARNOIS, (N$^{os}$, 1 Vacher de) né à Paris, commença à se faire connoître dans la littérature par la continuation du *Journal des Théâtres* entrepris par *Fuel de Méricourt*. Il travailla ensuite au *Mercure*, & fut chargé de la partie des spectacles, qu'il traita avec autant d'honnêteté que de goût. On lui doit des romans : *Clairville & Adélaïde*, & *l'Histoire de Sophie & d'Urfule*, 1788, deux vol. in-12; des *Recherches* sur les *Théâtres & les Costumes* anciens: ouvrage estimé. *Charmois* vivait tranquille & heureux, aimé des gens-de-lettres qu'il guidait par ses conseils, & près d'une épouse aimable, fille du célèbre comédien *Préville*, lorsqu'en 1791, il se chargea de la rédaction du *Modérateur*, journal commencé par MM. *Fontanes & Delandine*. Le titre de cette feuille devint funeste à son auteur. Lorsque les factieux, nés de la révolution, métamorphosèrent toutes les vertus en crimes, & que la *modération* fut tout en devint un irrémissible, la maison de *Charmois* fut pillée. Arrêté lui-même, & conduit après la journée du 10 août 1792, à la prison de l'Abbaye, il y fut ma- facré le 2 septembre suivant. I. CHARON, ou CARON, (Mythol.) fils d'Erèbe & de la Nuit, l'une des divinités infer- nales, étoit nautonnier des en- fers. Les poètes ont feint que les ames des morts alloient se rendre sur les bords du Styx; que Charon passoit dans sa barque celles qui avoient eu les honneurs de la sé- pulture & qui lui préfentoient une obole, laissant impitoyablement errer toutes les autres pendant cent ans sur les bords de ce fleuve. Les pauvres & les riches étoient ac- cueillis de la même façon par ce batelier farouche & intraitable. Virgile le représente sous la figure d'un vieillard mal-propre, rude & grossier. Le nom de Charon, qui signifie gracieux, lui a été donné par antiphrase. L'idée de cette fable est prise, selon Dio- dore, d'un usage des Egyptiens de Memphis, qui enterroient leurs morts au-delà du lac Achéron. Plu- sieurs ont regardé Charon comme un prince puissant, qui a donné des lois à l'Egypte, & levé le premier un droit sur les sépul- tures. Au moyen des trésors ré- flutants de ce tribut, il fit conf- truire ce labyrinthe célèbre, où l'opinion vulgaire plaçoit le ves- tibule des enfers. Cet ouvrage, qui subsiste en partie, conserve le nom de son fondateur, & les Arabes le nomment Quellai Cha- ron, l'édifice de Charon. Sur un farcophage antique du couvent de Saint-François de Palerme, Cha- ron est représenté arrivant avec sa nacelle, pour emmener l'ombre d'une femme qui vient d'expirer. Ce monument a été gravé par Houel, dans son Voyage de Sicile. Il a été peint sur cuivre par l'Al- bane. Le nautonnier internal est aussi représenté par Michel - Ange dans son tableau du Jugement dernier, où l'on voit sa nacelle sur l'A- chéron, coulant au pied de la croix.
II. CHARON, Voyer CHAR- RON, & CHARONDAS n.º II. I. CHARONDAS, de Catane en Sicile, donna des lois aux habitants de Thurium, bâti par une colonie de Theffaliens, & les divisa en dix tribus. Il leur dé- fendit, sous peine de mort, de se trouver armés dans les assem- blées. Un jour ayant appris, au retour d'une expédition, qu'il y avait beaucoup de tumulte dans l'assemblée du peuple, il y vola pour l'appaiser, sans avoir eu l'at- tention de quitter son épée. On lui fit remarquer qu'il violoit sa propre loi; il répondit: Je pré- tends la confirmer, & la sceller même de mon sang; & sur-le-champ il s'enfonça son arme dans le sein. Parmi ses lois on remarque celles- ci: 1.º « Quiconque passoit à de secondes noces après avoir eu des enfans du premier lit, étoit exclu des dignités publiques; dans l'idée qu'ayant paru mauvais père, il feroit aussi mauvais magistrat. 2.º « Les calomniateurs étoient condamnés à être conduits par la ville, couronnés de bruyères, comme les derniers des hommes. 3.º « Les déserteurs & les lâches devoient paroître trois jours dans la ville, revêtus d'un habit de femme. 4.º « Charondas, regardant l'ignorance comme la mère de tous les vices, vouloit que les enfans des citoyens fussent instruits des belles - lettres & des sciences. 5.º « Il ordonna que l'éducation des orphelins fût confiée aux pa- rens maternels, parce que n'ayant aucune prétention à leur héritage, ils feroient plus attentifs à la conservation de leurs jours. Il voulut au contraire que l'administration de leurs biens fût confiée aux parens paternels qui, pouvant devenir héritiers, étoient interressés à ne pas les détériorer. » Ce législateur étoit disciple de Pythagore, selon Diogéac Laërc. Il floriffoit 444 ans avant J. C.
II. CHARONDAS, (Louis) ou LE CHARON, avocat de Paris & lieutenant-général de Clermont, mort en 1617, à 80 ans, a laissé divers Ouvrages de jurisprudence & de belles-lettres, que l'on confute assez rarement, mais qui ont été utiles dans leur temps. I. CHARPENTIER, (François) doyen de l'académie Françoise & de celle des belles-lettres, né à Paris en 1620, mourut dans cette ville le 22 avril 1702, à 82 ans. On le destina d'abord au barreau; mais il préséra les charmes des belles-lettres aux épines de la chicane. Les langues savantes & l'antiquité lui étoient très-connues. Il contribua plus que personne à cette belle suite de Médailles, qu'on a frappées sur les principaux événements du règne de Louis XIV. On a de lui: I. Quelques Poésies, pleines de grands mots & vides de choses. « Toute sa vie, écrivait Boileau à Brossette, il a eu le style le plus écolier. » II. La Vie de Socrate, in-12, qu'il accompagna des Choses mémorables de ce philosophe, traduire du grec de Xenophon. III. Une traduction de la Cyropédie, in-12. IV. La Défense & l'excellence de la Langue Françoise, 2 vol. in-12. Il s'étoit élevé une querelle pour savoir si les inscriptions des monumens publics de France, devoient être en latin, ou en françois. Il n'est pas douteux que la langue latine ne soit plus propre aux inscrip- tions que la françoise; & Charpentier ne l'a pas assez senti. » Mais, d'un autre côté, c'est dégrader, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV, une langue qu'on parle dans toute l'Europe, que de ne pas s'en servir; c'est aller contre son but, que de parler à tout le public dans une langue, que les trois quarts au moins de ce public n'entendent pas. » Les inscriptions que Charpentier fit pour les tableaux des conquêtes de Louis XIV, peintes à Versailles par le Brun, montrèrent qu'il étoit plus facile de soutenir la beauté de notre langue, que de s'en servir heureusement. Charpentier cherchoit le délicat, & ne trouvoit que l'emphatique. Racine & Boileau firent des inscriptions plus simples, qu'on mit à la place de ses hyperboles. On a encore de Charpentier plusieurs Ouvrages manuscrits. Sa prose est assez noble, mais elle manque de précision. Cet écrivain étoit naturellement éloquent, & parloit d'un ton fort animé. Il avoit le corps robuste & sain, la voix mâle & forte, avec un certain air de confiance qui tenoit de l'intrépidité, selon les uns, & de l'impudence, selon les autres. Lorsque son feu s'allumoit par la contradiction, il lui échappoint quelquefois des choses plus belles que tout ce qu'il a écrit. Il aimoit à porter la parole au nom des académiciens ses confrères, & remplaçoit avec plaisir ceux que des raisons de timidité ou de pareille empêchoient de se montrer aux regards du public. Chargé par sa compagnie du panégyrique du roi, il entra tout-à-coup dans une espèce d'enthousiasme, & adressa une partie de son discours au portrait de Louis XIV, exposé dans la salle. Cette espèce d'invocation lui attira quelques épigrammes, quoiqu'elle eût été faite dans le temps de la plus vile adulation. On a publié, en 1724, in-12, un *Carpentaliana* : recueil qui n'a pas été mis, par le public, au rang des bons ouvrages de ce genre ; on y trouve pourtant quelques anecdotes curieuses. — V. CANTENAC. — II. CHARPENTIER, (Marc-Antoine) né à Paris en 1634, alla à Rome dès l'âge de 15 ans, pour y étudier la peinture ; mais étant entré dans une église, où l'on exécutoit un motet de *Carif-simi*, il fut tellement ravi d'admiration qu'il quitta aussitôt l'étude de la peinture pour celle de la musique. Après avoir été longtemps élève de ce même *Carif-simi*, il revint en France pour y devenir le rival de *Lully*. Nommé intendant de la musique du duc d'*Orléans*, régent de France, son élève dans la composition, il fut depuis maître de musique de la Sainte-Chapelle. Il mourut à Paris sa patrie, en 1702, à 68 ans. On a de lui des *Opéra* : celui de *Médée* fut très-applaudé de son temps. Il en avoit composé un autre, intitulé *Philomèle*, représenté trois fois au Palais royal. Le duc d'*Orléans*, qui avoit travaillé à cet ouvrage, ne voulut point qu'on le rendit public. On a encore de lui plusieurs autres Pièces de musique. La table du *Journal* de Verdun l'appelle *François* mal-à-propos.
III. CHARPENTIER, (Hubert) prêtre, né en 1565 à Colomniers, dans le diocèse de Meaux, est auteur de l'établissement des *Prêtres du Calvaire* sur le Mont-Valérien près de Paris. Il fit deux établissements pareils sur la montagne de Betharam en Béarn, & à Notre-Dame de Garaïfon dans le diocèse d'Auch. Il mourut à C H A 325 Paris en 1650, à 85 ans, avec une grande réputation de piété. — Voy. les CARPENTIER.
IV. CHARPENTIER, (N.) s'attacha à la fortune du lieutenant de police *Hérault*, & mourut à Paris en 1730, après avoir donné au théâtre de l'*Opéra*-comique quelques pièces foiblement écrites & intriguées, mais où il se trouve quelques étincelles de gaieté. En voici les titres : *Les aventures de Cythère* ; *Qui dort dine* ; *Jupiter amoureux d'Île*. V. CHARPENTIER, (Paul) né en 1699, mort en 1773, embraffa la profession religieuse dans l'ordre des Petits-Augustins, où il devint provincial. Il avoit fait un Poème sur l'horlogerie. On lui doit les deux écrits suivans : I. *Traduction* de l'Histoire du siège de Rhodes, par *Guichard*, 1765. II. *Lettre* encyclique sur les affaires d'Espagne, 1767, in-12.
CHARRETTE, (François-Athanafe) Voy. CHARETTE.
CHARRI, (Jacques. *Prevoît*, seigneur de) gentilhomme Languedocien, se distingua dans les armées Françoises sous *Henri II* & *Charles IX*. Le maréchal de *Montluc* en parle souvent dans ses *Commentaires*, comme d'un des plus braves officiers de son temps. Il falloit qu'il fût aussi l'un des plus vigoureux, si l'on en croit ce qu'en dit *Boivin du Villars* dans son *Histoire des guerres du Piémont*. Il raconte que *Charri*, dans un combat où il défit trois cents Allemands de la garnison de Crescentin, abattit le bras d'un revers de son épée au capitaine de cette troupe, quoique armé de corfelet & manches de maille ; & que ce bras fut porté à *Bonnive*, qui admira la force du coup. 326 CHA Charri en 1563 commandoit dix enfeignes d'infanterie, qui furent chois par le roi pour en faire sa Garde-Françoise à pied; & il fut le premier mettre-de-camp du ré- giment des Gardes - Françoises, dont l'institution se rapporte à cette époque. Cet honneur lui coûta cher, & fut peu de temps après la cause de sa mort. En lui donnant ses provisions, on lui fit entendre secrètement, que l'in- tention du roi n'étoit point qu'il dépendit de d'Andelot, alors co- lonel-général de l'infanterie Fran- çoise. D'Andelot, piqué de voir son autorité méconnue, conçut le projet de se défaire de Charri. On croit qu'il engagea dans ses intérêts Chatelier Portant, genü- homme du Poitou, dont Charri avoit tué le frère quelques années auparavant. Cet officier suborna treize affaffins, au nombre des- quels on est fâché de trouver le brave Mouvans. Le 31 décembre 1563, Charri allant au Louvre, fut attaqué sur le pont Saint-Michel par Chatelier & ses complices, qui l'environnèrent, le tuèrent avec deux amis qui l'accompagnaient, & sortirent à l'instant de Paris. Telle fut la fin de Charri, qui, suivant Brantôme, « étoit un second Montluc en valeur & en orgueil, & qui l'auroit pu être en dignités, s'il ne s'étoit fait de trop grands ennemis pour l'atteindre. »
CHARRIER, (Marc-Antoine) avocat, fut député de Mende aux érats-généraux de 1789, & s'y montra un ardent ami de la mo- narchie. Retiré dans le département de la Lozère, il le focaleva contre la Convention, se mit à la tête du rassemblement, marcha sur Mende qu'il prit, eut divers succès sur les troupes de la république, fut fait prisonnier par elles & con- duit devant le tribunal de l'Avey- ron, qui le condamna à mort le 16 juillet 1794.
CHARRON, (Pierre) né à Paris en 1541, d'abord avocat au parlement, fréquenta le barreau pendant cinq ou six années. Il le quitta pour s'appliquer à l'étude de la théologie & à l'éloquence de la chaire. Plusieurs évêques s'em- pressèrent de l'attirer dans leurs diocefes, & lui procurèrent des bénéfices dans leurs églises. Il fut successivement théologal de Bazas, d'Acqs, de Leictoure, d'Agen, de Cahors, de Condom & de Bor- deaux. Michel Montagne, alors un des ornemens de cette dernière ville, lui accorda son amitié & son estime. Il lui permit par son testament de porter les armes de sa maison : grace puérile, mais dont un Gafcon, quoique philo- fophe, devoit faire beaucoup de cas. Charron lui témoigna sa re- connoissance, en laissant tous ses biens au beau-frère de ce phi- lofophe. En 1595, Charron fut député à Paris pour l'assemblée générale du clergé, & choisi pour secrétaire de cette illustre compa- gnie. Il auroit voulu finir ses jours chez les Chartreux ou chez les Céleffins; mais on le refusa dans ces deux ordres à cause de son âge avancé. Il mourut subitement d'une apoplexie sanguine à Paris, dans une rue, en 1603, à 62 ans. Il avoit fait l'année précédente son testament, qui étoit presque tout en faveur des pauvres écoliers & des pauvres filles. C'étoit un homme plein de sagesse & de piété, tel que devoit être un prêtre qui, aux lumières de la philosophie, joignoit les vérités & la morale de la religion. Son visage étoit toujours gai & riant, son humeur agréable. Il parloit avec autant de force que d'aïfance. On a de lui : 1. Les trois Vérités, in-8.° 1595. Par la première, il combat les Athées; par la seconde, les Payens, les Juifs, les Mahométans; par la troisième, les Hérétiques & les Schifmatiques. Les Catholiques applaudirent à cet ouvrage, & les Protesans l'attaquèrent vainement : aucun de leurs écrivains d'alors n'avoit ni la force de style, ni l'esprit méthodique de Charron. II. Traité de la Sagesse, Bordeaux 1601, in-8.° Elzèvir, in-12, 1646. Il y avoit dans la première édition quelques expressions inexactes, qui ont été rectifiées ou adoucies dans les éditions postérieures. 2.° L'auteur disoit en général, que les religions venoient des hommes, & non de Dieu. Il excepta dans la deuxième édition la religion Chrétienne, comme il le devoit. 3.° Il prétendoit que l'immortalité de l'âme étoit la plus universellement crue, & la plus foiblement prouvée; & ce passage reprehensible fut encore adouci. 4.° Les maux que les querelles, excitées dans le sein de l'Église, ont produits, étoient représentés avec autant d'élégance que de force; mais il étoit très-facile de rejeter ces maux sur les passions des hommes qui ont abusé de tout, & qui ont changé les remèdes les plus salutaires en poisons détestables. 5.° Charron expoîoit les difficultés des libertins avec beaucoup d'énergie, & ce fut ce qui fournit à ses ennemis une nouvelle occasion de fumer des doutes sur son Christianisme. On lui reprocha, par exemple, d'avoir mis dans la bouche d'un Athée ces paroles : La Religion est une sage invention des hommes, pour contenir la populace dans son devoir. Le Jésuite Garasse l'accusa d'avoir commis à cet égard une honteuse pré- varication, en faisant valoir indirectement la cause des impies, & en ne les réfutant pas avec assez de force. Il est très-faux que Charron soit coupable de cette criminelle partialité : car, après avoir rapporté fidèlement les objections des Athées, il les réfute avec autant de franchise que de solidité. Cependant ce livre, écrit avec force & avec hardiesse, devoit faire une vive sensation dans le public, & sur-tout parmi les théologiens. Deux docteurs de Sorbonne le censurerent, ne faisant point attention que, dans plusieurs endroits de cet ouvrage, Charron parle plutôt en philosophe qu'en théologien. On souleva l'Université, la Sorbonne, le Châtelet, le Parlement, contre lui; mais le président Jeannin, à qui l'on confia cette affaire, dissipa l'orage, & dit qu'il falloit permettre la vente du livre, comme d'un livre d'État. Cette décision n'empêcha point le Jésuite Garasse de mettre Charron au rang des Théophile & des Vanini. Il le croit même plus dangereux, d'autant qu'il dit plus de vilainies qu'eux, & qu'il les dit avec quelque peu d'honnêteté. Il le peint livré à un Athéisme brutal, accoquiné à des mélancolies langou-reuses & truandes. Plusieurs gens-de-lettres l'ont défendu contre les déclamations calomnieuses & emportées du Jésuite, entr'autres l'abbé de Saint-Ciran. Garasse auroit pu lui reprocher, avec plus de raison, que dans son livre de la Sagesse il copie souvent Montagne ton maître, & même du Vair. Il transcrit même leurs propres paroles. III. Seize Discours Chrétiens, imprimés à Bordeaux, en 1600, in-8.° I. CHARTIER, (Alain) archi-diacre de Paris, conseiller au Par- 328 CHA lement, fut secrétaire de Charles VI & de Charles VII, rois de France. Il fit les délices & l'admiration de la cour sous ces deux princes, qui l'envoyèrent en ambaffade vers plusieurs souverains. Marguerite d'Écoffe, première femme du dauphin de France, depuis Louis XI, l'ayant vu endormi sur une chaise, s'approcha de lui pour le baifer. Les seigneurs de sa fuite s'étonnant qu'elle eût appliqué sa bouche sur celle d'un homme aussi laid, la princesse leur répondit : Qu'elle n'avoit pas baissé l'homme, mais la bouche qui avoit prononcé tant de belles choses. On lui donna le nom de père de l'éloquence Françoise : il étoit digne de ce titre par sa prose, plutôt que par ses vers. Le peu que nous avons de ces derniers, font une preuve que Chapelle n'eût pas l'inventeur des rimes redoublées, comme on le croit communément. Chartier étoit l'homme de son temps qui parloit le mieux. Il mourut à Avignon en 1449. Ses Œuvres ont été publiées en 1617, in - 4°, par du Chêne. La première partie renferme des ouvrages en prose, le Corial, le Traité de l'Espérance, le Quadrilogue invétif contre Édouard III, & plusieurs autres pièces qu'on lui a faussement attribuées. On trouve ses Poésies dans la seconde partie ; mais tous les morceaux ne sont pas de lui, & plusieurs même sont indignes de son nom. Il étoit natif de Bayeux, ainsi que ses deux frères qui suivent.
II. CHARTIER, (Jean) Bénédictin, eut la place de chantre de Saint - Denys. Il est auteur des grandes Chroniques de France, vulgairement appelées Chroniques de Saint - Denys, rédigées en françois, depuis Pharamond jusqu'au décès de Charles VII, en 3 vol. in-fol. Paris 1493 : livre rare & très-cher. L'Histoire de Charles VII, par Jean Chartier, parut au Louvre en 1661, in-folio, par les soins du savant Godefroi, qui l'enrichit de remarques, & de plusieurs autres pièces qui n'avoient pas encore vu le jour. Chartier est aussi crédule que peu exact. Il écrit sechement & en vrai compilateur.
III. CHARTIER, (Guillaume) conseiller au parlement de Paris, puis évêque de cette ville en 1447, fut un des commissaires nommés pour la révision du procès de la Pucelle d'Orléans, & pour la réhabilitation de sa mémoire. Dans ses dernières années, il encourut la disgrace de Louis XI, par rapport à la députation qu'il accepta vers les princes pendant la guerre du Bien public. Le roi étendit le ressentiment jusqu'au après sa mort, en ordonnant de mettre sur son corps une Épitaphe contenant les motifs de cette haine. Mais après le règne de Louis XI, le monument de son humeur vindicative fut supprimé; & la postérité, dont il avoit voulu dicter le suffrage, rendit justice à la mémoire d'un prélat, dont les conseils, s'ils eussent été suivis par son prince, auroient prévenu bien des défordres. Il mourut le premier mai 1472.
IV. CHARTIER, (Réné) né à Vendôme, se fit médecin à Paris où il mourut en octobre 1654 à 82 ans. Il a donné une très - belle édition des Œuvres d'Hippocrate & de Galien en grec & latin. Paris, 1639, neuf vol. in - folio. Cette entreprise ruina l'éditeur. V. CHARTIER, (Pierre) peintre en émail clair, excella dans le 17e siècle à peindre des C G A 329 fleurs. On a beaucoup vanté son chef-d'œuvre, qui est un *Dessus-de-Bolte* rond, où serpente une guirlande de fleurs. La fineffe, la légèreté caractérise ce morceau précieux; la fraîcheur & le velouté font illusion à l'œil, & semblent appeler l'odorat. — CHARTRES, (Renaud de) évêque de Beauvais, puis archevêque de Reims en 1414, fut nommé chancelier de France en 1424, & reçut l'an 1439 le chapeau de cardinal, au concile de Florence, des mains du pape *Eugène IV*. La même année ce prélat fucra dans son église métropolitaine, en présence de la *Pucelle d'Orléans*, le roi *Charles VII*, auquel il rendit de grands services. Il mourut subitement le 4 avril 1443, à Tours où il étoit allé trouver le roi pour traiter de la paix avec l'Angleterre. — I. CHASLES, (Grégoire de) né à Paris le 17 août 1659, étudia au collège de la Marche, où il fit connoissance avec *Colbert de Seignelay*, qui lui procura une place d'écrivain dans la marine. Il passa la plus grande partie de sa vie à voyager en Canada, au Levant, aux Indes Orientales. Il fut fait prisonnier en Canada par les Anglois, & subit le même fort en Turquie. *Chasles* étoit un homme enjoué, qui aimoit la bonne chère, un ami de *Bacchus*, qui ne parloit que d'*arroser le gosse*; mais trop enclin à la fâtière, fur-tout contre les moines. Quelques-unes de ses failles le firent chasser de Paris, & reléguer à Chartres, où il vivoit assez méfquinement en 1719 ou 1720, âgé d'environ 60 ans. Il est auteur, I. Des *Illustres Françoises*, 3 vol. in-12, contenant sept histoires augmentées de deux nou- velles dans l'édition d'Utrecht, 1739, 4 vol. in-12, & de Paris 4 vol.; mais ces deux histoires font bien inférieures aux premières, & les unes & les autres sont écrites d'une manière un peu languissante, quoique le fond de celles de *Chasles* soit ordinairement intéressant. Il est, dit-on le héros de quelques-unes, & il paroit qu'il ne se piquoit ni de délicatesse ni d'une exacte probité avec les femmes. II. Du *Journal d'un Voyage* fait aux Indes Orientales sur l'escadre de *du Quesse*, en 1690; & 1691, Rouen 1721, 3 vol. in-12. III. Du *Tome VI* de *Dom Quichotte*.
II. CHASLES, (François-Jacques) avocat au parlement de Paris, a fleuri dans le dernier siècle. Il est auteur du *Dictionnaire universel chronologique & historique de Justice, Police & Finances*, contenant les édits & les arrêts du conseil, depuis l'année 1600 jusques & compris 1720, en 3 vol. in-fol. 1725. Cette compilation utile & assez bien faite, pourroit servir, pour ainsi dire, de bouffole pour se conduire dans la décision des affaires embrouillées, si les arrêts n'étoient pas quelquefois contradictoires. Les matières que l'auteur y traite, sont éclaircies par des pièces sûres & authentiques.
CHASOT, *Voyer* NANTIGNY.
CHASSAIGNE, (Antoine de la) docteur de Sorbonne en 1710, ensuite directeur du séminaire des Missions étrangères, nequit à Châteaudun dans le diocèse de Chartres, & mourut en 1760 à 78 ans. Il joignit à des mœurs très-pures un savoir étendu; son attachement pour le parti opposé à la bulle *Enigantes*, lui attira 330 CHA bien des peines. On a de lui la Vie de Nicolas Pavillon, évêque d'Aleth, 3 vol. in-12. Cet ouvrage diffus est écrit avec un peu trop de négligence.
CHASSÉ, (Claude-Louis-Dominique de) seigneur de Ponceau, l'un des plus célèbres acteurs de l'Opéra, débuta sur ce théâtre au mois d'août 1721. Il y remplit les premiers rôles avec un grand succès jusqu'en 1757, qu'il demanda sa retraite. Son jeu étoit noble, & il fit servir ses connoissances à le perfectionner. Des prétendus gens de goût lui trouvaient plus de dignité que de feu. On connoit l'épigramme qui finit par ces vers : C'est un gentilhomme qui chante ; Il ne se fatigue pas. Mais, malgré cette critique, il s'avoit mettre de la chaleur dans les rôles qui en exigeoient ; il avoit foin seulement de la placer à propos : éloge qu'on a pu donner à quelques-uns de ses fucceffeurs. Cet habile acteur mourut à Paris le 27 octobre 1786, à 88 ans. Il jouissoit depuis 50 ans de la pension de muficien de la chambre du roi, qu'il tenoit de Louis XV. Ce prince la lui avoit accordée de son propre mouvement. Au milieu des écueils de son état, il avoit conservé une probité sévère, qui augmentoit le prix de ses talons. « Acteur unique & homme estimable, dit J. J. Rouffeau, il laifera l'admiration & le regret de son talent aux amateurs de son théâtre, & un souvenir honorable de sa personne à tous les honnêtes gens. »
CHASSENEUX, (Barthélemi de) à Chasseneux, né à l'Ill-l'Évêque près d'Autun en 1480, passa du parlement de Paris où il étoit conseiller, à celui de Provence, où il fut premier ou plutôt seul président ; car alors il n'y en avoit point d'autres. Il occupoit ce poste, lorsque cette compagnie rendit, en 1540, le fameux arrêt contre les Vaudois, habitans de Merindol. Ce qui suspendit l'exécution de cet arrêt, fut, dit-on, une chose puérile en apparence, mais qui peint les mœurs du fêcle. Chasseneux avoit publié en 1529 un gros fatras infolio, intitulé Catalogus gloria mundi. « Il y raconte, dit-Garnier, que dans les temps qu'il exerçoit à Autun la profession d'avocat (*) il pullula tout-à-coup une figuante multitude de rats, que les campagnes furent dévastées & qu'on craignit une disette générale. Comme les remèdes humains paroisfoient insuffisans contre ce fléau, on eut recours aux furnaturels. Le grand-vicaire fut chargé de les excommunier. Pour rendre cette excommunication valide, on crut devoir suivre toutes les formalités de l'ordre judiciaire. Sur la plainte rendue par le promoteur, les rats furent assignés à comparoitre. Après les délais expirés, le promoteur obtint un arrêt par défaut, & (*) Quoique le conte des Rats, rapporté par Garnier, se trouve dans de Thou, Bouche, Goffridi ; Nicéron le révoque en doute, comme tiré du Martyraloge des Proteffans. Il prétend que ce n'est pas dans son Catalogue de la gloire du monde, mais dans ses Conseils, que Chasseneux raconte l'Histoire non des Rats, mais de certaines Mouches qui détruisoient les raisins aux environs de Beauvoir, Vay, BERNARD de Nicéron. Tome III. demanda qu'on procédât à la sentence définitive. Le grand- vicaire continua d'office un dé- fenseur contre les accusés, & ce défenseur fut Chaffeneux. Il s'atta- cha d'abord à prouver que les rats, dispersés dans un grand nombre de villages, n'avoient point été suffisamment appelés par une simple assignation, & qu'elle devoit leur être signifiée au prône de chaque paroisse, ce qui lui fit obtenir un délai assez confidérable. Lorsqu'il fut expiré sans que les parties eussent com- paru, il entreprit de les excuser, sur la longueur & les incommo- dités du voyage, sur le danger évident de mort auquel ils étoient exposés de la part des chats, leurs ennemis jurés, qui les guétoient à tous les passages. Enfin il re- montra tous les inconvénients & l'injustice de ces proscriptions gé- nérales, qui enveloppent les en- fans avec les pères, les innocens avec les coupables; & fit si bien valoir toutes les raisons, soit d'équité naturelle, soit de droit positif, qui étoient favorables à sa cause, qu'il acquit dès-lors de la célébrité, & jeta les fonde- mens de son élévation. Dans le temps qu'il poursuivoit avec cha- leur l'exécution des arrêts du par- lement d'Aix contre les Vaudois, d'Allens (*) gentilhomme Pro- vençal, alla le trouver, & lui remettant sous les yeux cet en- droit de son ouvrage : Pensea- vons, lui dit-il, qu'un premier Président doive, moins qu'un Avocat, respecter l'ordre judiciaire & en ob- server les formes ? ou croyant-vous qu'une société d'hommes mérite moins d'égards qu'un vil amas d'insectes ? Le président rougit, &, s'il ne désavoua pas publiquement ses premiers arrêts, il en suspendit tant qu'il vécut l'exécution. « Les commissaires de la cour s'écon- dèrent les vues de Chaffeneux, de- venu beaucoup plus indulgent. Guillaume de Bellay, seigneur de Langel, gouverneur du Piémont, sut chargé par le roi de s'informer des mœurs & des principes des Vaudois. Il manda à la cour, après une perquisition exacte, « que ceux qu'on nommoit Vau- dois dans les montagnes de Pro- vence, étoient des gens qui de- puis trente ans avoient pris des terres en friche, à la charge d'en payer la rente à leurs maîtres, & que, par un travail assidu, ils les avoient rendues fertiles & propres au pâturage & au grain; qu'ils étoient gens de beaucoup de fatigue & de peu de dépense; qu'ils payoient exactement la taille au roi, & les droits à leurs fei- gneurs; qu'à la vérité on les voyoit peu à l'église; qu'y étant, ils ne (*) Ce gentilhomme ne s'appeloit pas d'Allens, mais ALLEIN. (Jacques de Renaud d') C'étoit un homme modéré dans un temps de fanatisme, très-versé dans les belles-lettres, & qui s'étoit acquis, par sa probité autant que par son savoir, beaucoup de crédit sur l'esprit du président de Chaffeneux. Sa famille originaire d'Arles, jouit d'une confédération méritée par les services qu'elle a rendus dans l'état militaire & dans les ambaffades. Nicolas de Renaud, père de Jacques dont il est question ici, étoit ambassadeur de Charles VIII auprès du Saint-Siège; & les négociations auprès de cette cour demandaient alors autant de talent que d'adresse. C'est en faveur des services de la famille de Renaud, que Louis XIV éligea la terre d'Allicin en marquisat, en 1695. 332 CHA fe mettoient point à genoux devant le images; qu'ils ne faisoient point dire de meffes, ni pour eux, ni pour les morts; qu'ils ne faisoient pas le figne de la croix; qu'ils ne prenoient pas d'eau bénite; qu'ils n'otoient point le chapeau devant les croix; que leurs ceré- monies etoient différentes des nô- tres; que leurs prières publiques fe faisoient en langue vulgaire; qu'enfin ils ne reconnoissoient ni le pape, ni les evêques, & avoient feulement quelques-uns d'eur'eux qui leur fervoient de ministres & de paffeurs dans les exercices de leur religion." (Fabre, HISTOIRE Ecclésiastique, Livre CXLI, n° 63.) Ce rapport ayant été fait au roi, il envoya au parlement d'Aix une déclara- tion, datée du 18 de février 1541, par lequel il pardonnoit aux Vau- dois, pourvu que dans trois mois ils abjuraffent leurs erreurs. Anffi- tôt les habitans de Mérindol en- voyèrent à Aix deux députés, pour demander qu'il plût au par- lement de faire informer de leurs erreurs & de les leur faire con- noître. Chaffeneux les ayant man- dés, leur remontra qu'il étoit inutile d'informer de ces erreurs, qui étoient notoires. Il les exhorta à y renoncer, & à ne pas obliger le parlement à procéder contre eux avec la dernière rigueur; que cependant ils pouvoient donner leur confession de foi. Ils le firent en effet, dans une requête, du 7 avril 1541, qui contenoit un grand nombre d'articles. Mais pen- dant qu'on les examinoit à Aix, ainfi qu'à Paris, la mort em- porta Chaffeneux. Ce fut en 1542, à 60 ans, qu'il termina sa car- rière. Tous les hiffloriens con- viennent, & Piton afflure dans son Histoire de la ville d'Aix, qu'il mourut empoifonné avec un bou- quet de fleurs. Il ne nous apprend pas d'où ce coup lui vint; mais il y a lieu de foupçonner, dit Nicéron, que ce fut l'effet de la haine que conçurent contre lui ceux qui étoient fi fort acharnés à la ruine des habitans de Mé- rindol, & qui, peu de temps après, firent jouer contre eux une fanglante tragédie. On a de Chaf- feneux : I. Un Commentaire latin fur les Coutumes de Bourgogne & de prefque toute la France, in-folio, imprimé cinq fois pen- dant la vie de l'auteur, & plus de quinze depuis. La dernière édi- tion, enrichie de l'Éloge de Chaffe- neux par le président Bouhier, a été donnée in-4°, Paris 1717; & encore depuis refondue par le même éditeur dans une autre de deux vol. in-fol. Chaffeneux fut un des premiers qui éclaircit le Droit coutumier en France, & qui le concilia avec le Droit Romain. Il refemble d'ailleurs à la plu- part des juifconflutes de ion temps, qui, contens d'entafter au- torités fur autorités, ne fon- geoient, ni à foutenir leurs dé- cisions par le raifonnement, ni à les éclairer par la méthode, ni à les rendre plus agréables à lire par un flyle pur, simple & cor- rect. II. Concilia, Lyon 1531, in-fol. Ce font des confultations fur differentes matières de droit. III. Les Epitaphes des Rois de France jusqu'à François I, en vers, avec leurs effigies; Bordeaux, fans date, très-rare. — Chaffeneux avoit époufé Pétronille Languet; mais le bien que lui apporta fa femme ne le dédommagea pas de fa mauvaise humeur.
CHASSIGNET, (Jean-Baptiste) né à Befançon dans le milieu du quinzieme fiècle, fut l'un de ceux qui commença à tirer notre poul de la barbarie. Sa Traduction des *Pfeutimes* a de la force & de l'harmonie. Les auteurs des *Annals Poétiques*, en ont fait connoître le mérite; jusqu'à eux, nul bibliographe n'avoit parlé de *Chiffignes*. — CHASTELAIN, (Claude) chinoise de l'église de Paris, sa patrie, fut mis par de *Harley*, archevêque, à la tête d'une compagnie pour la composition des Livres d'église. Il possédoit la science des liturgies, des rits & des cérémonies ecclésiastiques. Il avoit parcouru l'Italie, la France, l'Allemagne, & partout il avoit étudié les usages de chaque église particulière. Il connoissoit tout ce qu'il y avoit de curieux dans les lieux où il passoit, & souvent il en instruisoit même les gens du pays. Il mourut en 1712, à 73 ans. On a de lui : I. Les deux premiers mois de l'année du *Martyrology: Romain*, traduits en françois; avec des additions à chaque jour, des Saints qui ne sont point dans ce Martyrologe, placés selon l'ordre des siècles : la première, de ceux de France : la seconde, de ceux des autres pays; avec des notes sur chaque jour. II. *Martyrology: universel*, Paris 1709, in-4°, composé dans le goût du précédent, plein de l'érudition la plus recherchée. Les *Bollandistes* lui ont dédié un vol. de leur savante collection.
CHASTELAIN, *Voyer* CHASTELAIN.
CHASTELET, *Voyer* GUESCLIN à la fin, — & CHATELET.
CHASTELET, (Gabrielle-Émilie de Breteuil, marquise du) naquit en 1706 du baron de *Breteuil*, introducteur des ambassadeurs. Son esprit & ses grâces la firent rechercher en mariage par plusieurs seigneurs distingués. Elle épousa le marquis du *Chastelet-Lomont*, lieutenant-général des armées du roi, d'une famille illustre. Les bons auteurs anciens & modernes lui furent familiers dès sa plus tendre jeunesse. Elle s'appliqua sur-tout à la lecture des philosophes & des mathématiciens. Son coup d'essai fut une explication de la *Philosophie de Leibniz*, sous le titre d'*Institutions de Physique*, in-8°, adresse à son fils, son élève dans la géométrie, & élève digne d'elle. Les idées du philosophe Allemand ne lui ayant paru ensuite que des rêves, elle l'abandonna pour *Newton*. Elle traduisit ses *Principes*, & les commenta. Cet ouvrage, imprimé après sa mort, en 2 volumes in-4°, revu & corrigé par *Clairaut*, a paru digne de son auteur & de son censeur. La marquise du *Chastelet* mourut à 43 ans, d'une suite de couches le 10 septembre 1749, au palais de Lunéville. L'étude ne l'éloigna point du monde. On vit, non sans étonnement la commentatrice de *Newton* se livrer à tous les plaisirs, les rechercher même comme une femme ordinaire, & au sortir d'une table de jeu aller converger avec des philosophes & les instruire. Elle en avoit toujours auprès d'elle, à Paris, à Cyrei, & à Lunéville. *Voltaire* fut lié de bonne heure avec elle, d'abord par l'amitié, & bientôt par l'amour. « Ils furent inséparables pendant près de vingt années. Cette liaison eut pour *Voltaire* de grandes douceurs; mais on ignore ce qu'elle coûta à sa tranquillité. Ils se querellèrent souvent; mais ils se supportaient, parce que l'habitude de vivre ensemble les rendoit nécessaires l'un à l'autre. *Émilie* lui pardonnait ses bruyantes humeurs; 324 CHA de ton côté, il se montroit indulgent pour ses caprices & même pour ses infidélités. Les colères de *Voltaire* étoient des coups de foudre; mais l'orage n'avoit rien de durable. Le calme & la fêtrité renaissoit au moment où cessoit la tempête. *Émilie* aimoit l'étude & la célébrité; mais ce goût n'étoit qu'une passion secondaire. Ses deux passions dominantes étoit le jeu & l'amour. » La première lui coûta beaucoup d'argent; & la seconde troubla le repos de *Voltaire*, en excitant plusieurs fois sa jalouise. *Voyez* de plus amples détails dans la Vie de *Voltaire*, par du *Vernet*, que nous venons de citer. Cependant on ne pouvoit être aimé plus tendrement. La moindre absence mettoit Mad. du *Chaffelet* au défens-poir. *C'est une tête bien complètement tournée*, écrivoit Mad. de *Tencin* au maréchal de *Richelieu*; elle me fait grande pitié. Quoique Mad. du *Chaffelet* fût liée avec des savans, & fût elle-même très-instruite, elle ne parloit ordinairement de science qu'à ceux avec qui elle croyait pouvoir s'instruire. Elle vécut long-temps dans des sociétés où l'on ignoroit ce qu'elle étoit, & elle ne prenoit pas garde à cette ignorance. Les dames qui jouoient avec elle chez la reine, étoient bien éloignées de se douter qu'elles fussent à côté du commentateur de *Newton*; on la prenoit pour une personne ordinaire. On s'étonnoit seulement de la rapidité & de la justesse avec laquelle on la voyait faire les comptes & terminer les différens du jeu. Dès qu'il y avoit quelque combinaison à faire, la philosophe ne pouvoit plus se cacher. On l'a vue diviser jusqu'à neuf chiffres par neuf autres, de tête & sans aucun secours, en présence d'un géomètre étonné, qui ne pouvoit la suivre. Née avec une eloquence singulière, cette éloquence ne se déployoit que quand elle avoit des objets dignes d'elle. Le mot propre, la précision, la justesse & la force, étoient le caractère de son style; mais cette termeté sévère & cette trempe vigoureuse de son esprit, ne la rendoient pas inaccessible aux beautés de sentiment. Les charmes de la poésie & de l'éloquence la pénétroient; & son oreille étoit extrêmement sensible à l'harmonie. Elle savoit par cœur les meilleurs vers, & ne pouvoit souffrir les médiocres. Elle en faisoit elle-même d'agréables. On peut en juger par cette inscription pour les jardins de Cyrei : *Du repos, une douce étude, Peu de livres, point d'ennuyeux; Un ami dans ma solitude, Voilà mon fort : il est heureux.* L'étude de sa langue fut une de ses principales occupations. Elle parloit bien & avec feu; mais elle ne rendoit pas, comme tant d'autres femmes, sa conversation piquante, en relevant les ridicules de ses rivales en esprit & en beauté. Elle n'avoit ni le temps, ni la volonté de s'en appercevoir, & quand on lui disoit que quelques personnes ne lui avoient pas rendu justice, elle répondoit qu'elle vouloit l'ignorer. Un auteur ayant été enfermé pour avoir écrit contre elle, la marquise du *Chaffelet* prit la plume en sa faveur, & lui procura son élargissement. Elle a laissé en manuscrit un *Traité* sur le bonheur, « le seul peut-être des ouvrages sur cette question, dit *Condorces*, qui ait été écrit sans prétention & avec une entière franchise. » Il n'a point encore été publié. L'*Eloge* de Mad. du *Chaffelet* par *Voltaire*, est à la tête de la *Traduction des Principes de Newton*. Voy. LINANT.
**CHASTELLUX**, (François-Jean, marquis de) maréchal des camps & armées du roi, de l'académie Françoise, & de diverses autres sociétés littéraires, mort à Paris, le 24 octobre 1788, étoit d'une famille illustre, qu'il illustra encore par ses talens militaires & littéraires, par l'aménité de son caractère & par ses ouvrages. Les principaux sont : I. *De la Félicité publique*, in-8.$^{6}$ Lorsque ce livre parut pour la première fois, il ne fit point cette sensation qui annonce un grand succès. Le titre parut vague, le style quelquefois négligé; le but de l'auteur ne semblait pas assez déterminé. On ne vit pas d'abord qu'il s'étoit proposé de tracer un tableau du genre humain, & d'examiner dans quel siècle, dans quel pays, sous quel gouvernement il aurait été plus avantageux aux hommes d'exister. Quelques chapitres de cet examen sont superficiels; mais d'autres se distinguent par la sagesse des principes & la profondeur des recherches. Il ne faut pas pourtant mettre la *Félicité publique* au-dessus de l'*Esprit des Lois*, comme a fait *Voltaire*, trop sévère envers *Montefique* qui n'existoit plus, & trop indulgent envers le marquis de *Chastellux* qui passoit pour avoir du crédit à la cour. II. *Voyage dans l'Amérique Septentrionale*, en 1780, 1781 & 1782, in-8.$^{6}$ Ce voyage est instructif & agréable; mais les Anglo-Américains se sont plaints que l'auteur amusoit quelquefois ses lecteurs à leurs dépens. Le marquis de *Chastellux* avoit servi en Amérique, & avec distinction. Il avoit été accueilli partout comme il le méritoit; & C H A 335 ce devoit être une raison pour lui de ménager un peu les ridicules de ses hôtes. Il est vrai qu'il ne destinoit point ce livre à l'impression, & que divers morceaux lui ayant été dérobés & livrés à un Journaliste étranger, cette infidélité l'obligea de communiquer au public son manuscrit original.
**CHASTENET**, Voy. PUYSE-GUR & CHEVREAU.
**CHASTEUIL**, Voy. GALAUP. I.
**CHASTRE**, (Claude de la) maréchal de France, chevalier des ordres du roi, & gouverneur de Berri & d'Orléans, s'éleva par son mérite & par la faveur du connétable de *Montmorency*, dont il avoit été page. Il se fit un nom distingué par ses exploits en divers sièges & combats. S'étant jeté dans le parti de la Ligue, il se fait du Berri, qu'il remit dans la suite au roi *Henri IV*. Il mourut le 18 décembre 1614, à 78 ans, avec la réputation d'un très-brave officier, mais d'un médiocre général. — Il eut un fils, *Louis de la CHASTRE*, qui, sans beaucoup de mérite, obtint cependant le bâton de maréchal de France en 1616, & mourut en 1630. La maison de la *Chastre* tire son nom d'un grand bourg de Berri sur l'Indre. Elle a produit plusieurs autres personnages illustres : entr'autres, *Pierre de la CHASTRE*, archevêque de Bourges & cardinal, mort en 1171.
II.
**CHASTRE**, (Edme, marquis de la) comte de *Nançai*, de la même famille que les précédents, maître de la garderobe du roi, puis colonel-général des Suisses & Grisons en 1643, se signala à la bataille de Nortlingue, où il fut fait prisonnier. Il fut à la guerre d'Allemagne en 1645, 336 CHA L mourut de ses blessures la même année. On a de lui des Mémoires, curieux & intéressans, qui se trouvent imprimés avec ceux de la Rochefoucauld, à la Haye, in-12, 1691. Ils ont le mérite de la vérité avec l'air de roman.
III. CHASTRE, (Jean de) chanoine de l'église Saint-Nazier de Lyon & aumônier du roi, publia en 1647, une Méthode pour accommoder le Bréviaire de Lyon avec le Romain. On lui doit encore Compendium Theologica veritatis Alberti Magni, in-12, 1649.
CHAT, Voy. DUCHAT. I. CHAT ou CHAPT, (Aymeri) étoit issu d'une illustre & ancienne maison du Périgord, qui fait remonter son origine aux anciens Sires de Chabanois, connus dans nos histoires dès la fin du 11e siècle. Il fut d'abord trésorier de l'église Romaine, évêque de Volterre & gouverneur de Bologne, ensuite transféré à l'archevêché de la même ville en 1361. Il obtint, en 1365, de l'empereur Charles IV, la confirmation des privilèges de son église, & le titre de prince de l'empire. Il y fit fleurir l'université dont il étoit chancelier. Il fut transféré de nouveau en 1371, à l'évêché de Limoges, & nommé gouverneur de toute la vicomté de cette ville. Il mourut la veille de Saint-Martin, l'an 1390. Ce prélat, également recommandable par les qualités qui font le citoyen, par les vertus d'un évêque, & par le caractère libéral d'un prince, fut pleuré comme un père. Protecteur des savans & savant lui-même, il répandit ses bienfaits sur les gens-de-lettres. — II. CHAT DE RASTIGNAC, (Raimond de) de la même mai- son que le précédent, seigneur de Messilhac, fut chevalier des ordres du roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, lieutenant-général & bailli de la haute-Auvergne. Il donna les preuves les plus éclatantes de zèle & d'attachement à nos rois, pendant les troubles qui de son temps agitoient la France. Il s'opposa, avec autant de succès que de courage, aux entreprises des Ligueurs en Auvergne, déconcerta leurs projets, & leur enleva plusieurs places dont ils s'étoient emparés. Il battit, en 1590, le comte de Randan, au combat d'Isloire, & le duc de Joyeuse, en 1592, à celui de Villemur. Il prit des mesures si efficaces pour les intérêts du roi, qu'il maintint une partie de l'Auvergne dans son obéissance, y fit rentrer l'autre, & vint à bout de rétablir entièrement la paix dans cette province. Ce héros citoyen, marcha en 1594, contre les révoltes, connus sous le nom de Tard-venus, qui s'étoient assemblés dans le Limousin, les attaques, en tua deux mille près de Limoges, & les mit entièrement en déroute. Le roi le récompensa de ses services, en le nommant chevalier du Saint-Esprit en 1594. Ce brave guerrier fut tué le vendredi 26 janvier 1596, à la Fère, où il étoit allé pour traiter de quelques affaires avec le roi. De Thou l'appelle un homme d'un courage infatigable, virum indefissa virtutis; & cet éloge ne paroîtra pas outré à ceux qui feront attention aux différens événemens de sa vie.
III. CHAT DE RASTIGNAC, (Louis - Jacques de) de la même famille que les deux précédents, naquit dans le Périgord, l'an 1685. Après avoir brillé en Sorbonne Borbonne ou il prit le bonnet de docteur, il alla à Luçon en qualité de grand-vicaire, & fut nommé à une des premières places du chapitre de la Cathédrale. Son mérite lui procura l'évêché de Tulles en 1721. Il fut député, en 1723, à l'assemblée du clergé, & y parut avec tant d'éclat, que deux mois après il fut transféré à l'archevêché de Tours. En 1730 & 1733, il présida, en qualité de commissaire du roi, au chapitre général de la congrégation de Saint-Maur, tenu à Marmoutiers. Les talens par lesquels il se signala dans les assemblées du clergé de 1726, 1734 & 1743, le firent choisir pour chef de celles qui furent tenues en 1747 & 1748. Les procès-verbaux de ces différentes assemblées sont des monuments de son savoir & de son éloquence. Cet illustre prélat mourut en 1750, à 63 ans, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Il avoit le don de connoître les hommes & de les employer, & savoir faire aimer & respecter l'autorité. Né généreux & bienfaisant, il n'ufoit de son crédit que pour faire du bien. On l'a vu dans les temps des inondations de la Loire, fournir la nourriture & des logemens à tous les pauvres habitans des campagnes voisines de Tours, avec leurs troupeaux, & à tout le menu peuple de la ville. Il se plaifoit à cultiver à ses frais les talens des jeunes ecclésiastiques, à inspirer à son clergé le goût des sciences. Esprit juste & conciliant; il se servoit de ses lumières pour terminer les différens & prévenir les dissensions. Des mœurs douces, un commerce sûr, un cœur né pour l'amitié, lui avoient attaché les plus illustres amis. On a de lui: I. Des Harangues, des Discours & autres pièces, qui se trouvent dans les Procès-verbaux du clergé. II. Des Lettres, des Mandemens & des Instructions Pastorales, où il défend avec zèle la doctrine de l'Église. III. Des Instructions Pastorales sur la Pénitence, la Communion & la justice Chrétienne, contre le fameux livre du Père Pichon, Jésuite. Ces Instructions Pastorales, son principal ouvrage, ont été reçues avec le plus grand applaudissement par les uns, & attaquées avec beaucoup de vivacité par les autres.
CHATAM, (Mylord) Voyer PITT.
CHATEAU, (Guillaume) graveur d'Orléans, fut encouragé par Colbert. Il mérita les bienfaits de ce sage ministre, par plusieurs estampes gravées d'après les ouvrages du Pousin. Il avoit perfectionné son talent en Italie. Il mourut à Paris en 1683, à cinquante ans.
CHATEAUBRIAND, (Françoise de Foix, épouse de Jean de Laval, comte de) étoit fille de Phœbus de Foix, & sœur du fameux comte de Lautree, & du maréchal de Foix, qui lui durent en partie leur fortune. Elle fut maîtresse de François I, qui la quitta pour la duchesse d'Etampes. Cependant sa figure égaloit celle de sa rivale, & elle avoit la fierté d'une femme née dans une famille qui ne voyoit que les princes du sang au-dessus d'elle. « J'ai oui conter, dit Brantôme, & le tiens de bon lieu, que lorsque le roi François I eut laissé Mad. de Châteaubriand, sa maîtresse favorite, pour prendre Mad. d'Etampes... que Mad. la Régente avoit prinse avec elle pour une de ses filles... Mad. d'Etampes, pria le Roi 338 CHA de retirer de madite dame de Châteaubriand, tous les plus beaux joyaux qu'il lui avoit donnés, non pour le prix & la valeur; car pour lors les pierreries n'avoient pas la vogue qu'elles ont eues depuis, mais pour l'amour des belles devises qui y étoient mises, engravées & empreintes, lesquelles la reine de Navarre, sa fœur, avoit faites & composées; car elle y étoit très-bonne maitresse. Le roi François lui accorda sa prière, & lui promit qu'il le feroit; ce qu'il fit. Et pour ce, ayant envoyé un gentilhomme vers elle pour les lui demander, elle fit la malade pour le coup, & remit le gentilhomme dans trois jours à venir, & qu'il auroit ce qu'il demandoit. Cependant dans le dépit elle envoya querir un orfèvre, & fit fondre tous les joyaux, sans avoir respecté ni acception des belles devises qui y étoient engravées; & après le gentilhomme retourné, elle lui donna tous ses joyaux convertis en lingots. Allez, dit-elle, portez cela au Roi; & dites-lui, que puisqu'il lui a plu me révoquer ce qu'il m'avoit donné si libéralement, je le lui rends & lui renvoie en lingots d'or. Quant aux devises, je les ai si bien empreintes & colloquées en ma pensée, & les y tiens si chères, que je n'ai pu permettre que personne en disposait & jouit, & en eût du plaisir que moi-même. Quand le Roi eut reçu le tout en lingots, & les propos de cette dame, il ne dit autre chose, sinon: Retournez & rendez-lui le tout. Ce que j'en faisais n'étoit pas pour la valeur, car je lui euse rendu deux fois plus, mais pour l'amour des devises; & puisqu'elle les a ainsi fait perdre, je ne veux pas de l'or, & le lui renvoie. Elle a montré en cela plus de courage & de générosité, que je n'eusse pensé provenir d'une femme." DAMES Galantes, tom. 2. Le romancier Varillas rapporte que Laval, dans un accès de jalousie, fit ouvrir les veines à sa femme; mais ce conte doit être mis au rang de tant d'autres, qu'il débite avec autant de fausseté que d'effronterie. La comtesse de Châteaubriand mourut en 1537. Elle étoit née vers l'an 1475.
CHATEAUBRUN, (Jean-Baptiste Vivien de) maître d'hôtel ordinaire du duc d'Orléans, né à Angoulême en 1686, fut reçu membre de l'académie Françoise en 1753, à l'âge de 67 ans. Il avoit donné, au mois de novembre 1714, une tragédie de Mahomet II. Il composa quelques années après, les Troyennes. Cette seconde pièce, supérieure à la précédente, & qui est restée au théâtre, ne fut jouée qu'en 1754. Le plan manque de régularité; & comme le dit Boileau: Chaque acte dans la Pièce est une Pièce entière; mais les situations en sont attachantes & intéressent le spectateur. Celle du troisième acte, imitée de Sénèque, où Andromaque vient cacher son fils dans le tombeau d'Héctor, a toujours produit l'attendrissement. Il étoit extrême, lorsque la célèbre & touchante Gauffin remplissant le rôle d'Andromaque, défoit toute épouvantée à Ulysses ce seul vers: Ces farouches soldats, les laisses-vous ici? Châteaubrun est aussi auteur des tragédies de Philostète & d'Affianax, dont le principal défaut est d'être foibles de poésie, mais qui sont assez bien conduites. L'auteur mourut à Paris en 1775, à 89 ans. C'étoit un vrai philosophe; il ne tint qu'à lui de faire la plus grande fortune, & il la dédaigna. Il rem- plit avec honneur, près d'un demi-siècle, des poètes qui en auroient enrichi d'autres, moins indifférens que lui sur les biens de ce monde. Il joignoit à ce rare désintéressement, des mœurs douces & irréprochables. « M. de Châteaubrun, dit le célèbre Buffon dans un Discours à l'académie, homme juste & doux, pieux, mais tolérant, fentoit, favoit que l'empire des lettres ne peut s'accroître & même se soutenir que par la liberté. Il approuvoit donc tout assez volontiers, & ne blâmoit rien qu'avec discrétion. Jamais il n'a rien fait que dans la vue du bien; jamais rien dit qu'à bonne intention. » De Châteaubrun, livré pendant sa jeunesse aux affaires & à ses devoirs, ne s'en délaffoit que par l'étude des poètes Grecs & Latins, dont il s'étoit nourri, & dont il a porté le goût dans ses dernières tragédies. Il eut assez d'empire sur lui-même pour garder pendant quarante ans ses pièces dans son porte-feuille sans les faire jouer. L'emploi qu'il occupoit, & la crainte de déplaire à un prince pieux auquel il étoit attaché, furent les motifs qui l'arrêtèrent.
CHATEAU-GIRON, (Géofroy de) gentilhomme Breton, défendit avec courage le duc de Bretagne, son souverain, contre les Anglois, Il leur fit lever le siège de Saint-Malo en 1382, & celui du Mont-Saint-Michel, après les avoir défaits dans un combat naval.
CHATEAUGONTIER, Voyez BAILLEUL. — I. CHATEAUNEUF, (Pierre de) troubadour connu par ses chansons, fut arrêté en route par des voleurs. Dépouillé & prêt à périr, il demanda permission de leur chanter une de ses chansons : les voleurs, enchantés de sa voix, lui laissèrent la vie, & lui rendirent ce qu'ils lui avoient pris.
II. CHATEUNEUF, Voyez AUBESPINE. — BURETTE. — & II. JARS.
CHATEAURENAUD, (François-Louis Rouffelet, comte de) d'une maison ancienne de Touraine, fut également utile à la France & sur terre & sur mer. S'étant consacré en 1661 au service de la marine, il se distinguait à l'expédition de Gigeri, où il fut blessé. La mer Méditerranée étoit infestée par les pirates. Il donna la chasse à ceux de Salé avec un seul vaisseau. Nommé chef d'escadre en 1673, il défit le jeune Ruyter en 1675. Il conduisit un convoi en Irlande en 1689, & l'année d'après il en ramena les troupes Françoises, & dix-huit mille Irlandois. Dans la guerre de la succession d'Espagne, il conduisit les flottes Espagnoles en Europe, & mit en sûreté les îles de l'Amérique. Ses services lui méritèrent la place de vice-amiral en 1701, le bâton de maréchal de France en 1704, & le collier des ordres du roi en 1705. Il mourut en 1716, à 80 ans, laissant plusieurs enfants. L'abbé de Saint-Pierre dit qu'il étoit un esprit médiocre, mais courageux, entreprenant & heureux.
CHATEAUROUX, Voyez MAILLY, n° II.
CHATEIGNERAYE, (François de Vivonne, seigneur de la) fils puiné d'André de Vivonne, grand-fénéchal du Poitou, parut avec distinction à la cour sous François I & Henri II. Il étoit lié de la plus tendre amitié avec Gui de Chaborg 340 CHA seigneur de Jarnac; l'indiscrétion de ses propos le brouilla avec ce courtisan. Il dit un jour à François I dont il étoit fort aimé, que Jarnac s'étoit vanté à lui d'avoir eu les faveurs de sa belle-mère, Magdeleine de Puiguyon, seconde femme de Charles Chabot, seigneur de Jarnac, son père. Le roi en plaifanta le jeune Jarnac; celui-ci piqué au vif, non content de nier le fait, répondit, que sauf le respect dû à sa Mojesté, la Chateigneraye avoit menti. Sur ce démenti qui devint public, la Chateigneraye demanda à François I la permission d'un combat à outrance; mais ce prince ne la voulut point accorder. Ils l'obtient enfin de Henri II, fucceffeur de François I. Le 10 juillet, 1547, le combat se fit en champ-clos dans le parc de Saint-Germain-en-Laye, en présence du roi, du connétable Montmorency, & de quelques autres seigneurs. La Chateigneraye, après avoir reçu une blessure très-dangereuse au jarret, somba par terre. Sa vie étoit à la discrétion de Jarnac; le vainqueur supplia plusieurs fois le roi d'accepter le don qu'il lui faisoit de la Chateigneraye, qui ne vouloit point demander la vie. Le roi se laifia enfin gagner par les prières de Jarnac & par celles du connétable, & permit qu'on portât la Chateigneraye dans sa tente, pour le panser; mais la honte de se voir vaincu le jeta dans un tel désespoir, qu'il en mourut trois jours après, avec la réputation d'un des plus robustes & des plus braves hommes de la France. Il fut l'affaillant dans le combat, & Jarnac le soutenant. Il avoit à peine 28 ans. Il se foit tellement sur son adresse, & faisoit si peu de cas de son ennemi, qu'il avoit, suivant Brantôme, préparé un souper splendide, pour régaler ses amis le jour même du combat; mais la fortune des armes en décida autrement. Le coup de Jarnac a passé depuis en proverbe, pour signifier une rufe, un retour imprévu de la part d'un ennemi. L'intervalle des formalités qui précédoient ces sortes de combats, avoit été employé par les deux champions à s'exercer dans les armes. Jarnac avoit, dit-on, si bien profité des leçons d'un maître d'escrime, qu'en s'exerçant avec lui, il ne manquoit jamais le coup qu'il porta à la Chateigneraye. Ce combat en champ-clos est le dernier qui se soit vu en France. Le regret qu'eut Henri II de la mort de la Chateigneraye, son favori, le fit jurer qu'il n'en accorderoit plus. A cette ancienne institution des lois Lombardes, succéda la licence des duels particuliers, qui depuis deux siècles a fait verser plus de sang en Europe, & sur-tout en France, qu'il n'en avoit été répandu dans les combats en champ-clos depuis leur origine. I. CHATEL, (Tanneguy du) grand-maître de la maison du roi, d'une famille ancienne de Bretagne, passa l'an 1404 en Angleterre pour venger la mort de son frère aîné, tué par les Anglois devant l'isle de Jersey. Il revint de cette expédition, chargé d'un riche butin. Il se signala ensuite en Italie contre l'armée de Ladislas, usurpateur de la couronne de Sicile. De retour en France, il combattit avec valeur à la journée d'Azincourt en 1415, & deux ans après se rendit maître de Monthléry, & de plusieurs autres places aux environs de Paris, occupées par les Bourguignons. Lorsque cette ville fut prise par la faction de Bourgogne en 1418, il fauva le dauphin Charles, auquel il étoit attaché. Comme il étoit un de ses plus intimes confidens, on lui imputa le conseil du meurtre de Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne, ennemi déclaré de ce prince. Après la mort de Charles VI, Charles VII récompensa ses services par la charge de grand-maître de son hôtel. Il l'envoya ensuite en Provence avec le titre de gouverneur; & c'est dans cette province qu'il mourut l'an 1449, avec la réputation d'un grand capitaine & d'un habile politique. Il n'eut point d'enfants; mais sa famille subite dans des branches collatérales.
II. CHATEL, (Tanneguy du) vicomte de la Bellière, neveu du précédent, a obtenu une place dans l'histoire par l'attention qu'il eut de faire rendre les derniers devoirs à Charles VII, abandonné par les courtisans, occupés alors à flatter le nouveau roi. Il employa 30,000 écus pour ces funérailles, & n'en fut remboursé que dix ans après. Dans le siècle suivant, François II après sa mort ayant été négligé par les Guifes, comme l'avoit été Charles VII, on mit sur son drap mortuaire ces mots: Où est maintenant Tanneguy du Châtel! Ce sujet fidelle fut tué d'un coup de fauconneau au siège de Bouchain en 1477.
III. CHATEL, (Pierre du) Castellanus, l'un des plus savans prélats du 16e siècle, natif d'Arc en Barrois. Après avoir étudié & régenté à Dijon, il voyagea en Allemagne, en Italie, & dans la Grèce; & dans ses courses utiles il recueillit grand nombre de connoissances & l'estime des savans. De retour en France, il fut lecteur & bibliothécaire du roi François I. Il étoit le seul homme de lettres que ce prince prétendoit n'avoir pas épuisé en deux ans. Il vivoit à la cour & y étoit goûté. Les envieux de son érudition & de sa faveur, se réunirent pour élever sur ses ruines un nommé Bigot, dont ils vantoient avec affectation l'esprit & le vaste savoir. Le roi, avant de le faire venir de Normandie, sa patrie, voulut le connoître. Du Châtel lui dit que c'étoit un philosophe qui suivoit les opinions d'Aristote. — Et quelles sont ces opinions, continua le prince? — SIRE, repartit l'adroit courtisan, Aristote préfère les républiques à l'état monarchique. Ce mot fit une impression si forte sur l'esprit de François I, qu'il ne voulut plus entendre parler de Bigot... Ce prince voulant élever du Châtel aux premières dignités de l'Eglise, fut curieux d'apprendre de lui s'il étoit gentilhomme? SIRE, répondit le savant bel-esprit, ils étoient trois frères dans l'Arche de Noé; je ne fais pas bien duquel des trois je suis sorti. Peu de temps après, il parvint à l'épiscopat. Il fut évêque de Tulle en 1539, de Mâcon en 1544, grand-aumônier de France en 1548, enfin évêque d'Orléans en 1551. Il y mourut d'apoplexie en prêchant, le 3 février 1552. Du Châtel étoit très-verfés dans les langues orientales, & fort éloquent en chaire. Il prononça en 1547 l'oraison funèbre de François I. La faculté de théologie de Paris fut scandalisée d'un endroit de son discours, où il disoit que l'ame du Roi étoit allée tout droit en Paradis. La faculté nomma des députés pour en aller faire des reproches à l'évêque de Mâcon, qui étoit alors à St-Ger- 342 CHA main-en-Laye auprès de Henri II. En attendant que le prélat fût averti, on les adreſſa à un maître-d'hôtel, Eſpagnol, connu pour ſes bons mots. Mendote (c'étoit le nom du maître-d'hôtel) régala d'abord les députés; & venant au ſujet de leur voyage, il leur dit: « Vous craignez, Meſſieurs, que l'évêque de Mâcon n'ait porté atteinte à la croyance du purgatoire, en aſſurant que l'âme du roi avoit été en droiture au ciel? Raſſurez-vous. Tel étoit le caractère du ſeu roi mon maître; il ne s'arrêtoit guères en un lieu, lors même qu'il y étoit à ſon aife. Suppoſé donc qu'il ſoit allé en purgatoire, il n'y aura fait que paſſer, & tout au plus goûter le vin en paſſant. » Cette plaifante-rie un peu trop libre eut route-tois le bon effet, dit le Père Berthier, de faire connoître aux doûteurs qu'ils alloient former une querelle où ils auroient tous les rieurs contre eux. (Hist. de l'Eglise Gallicane, liv. 13.) On a de du Châtel quelques Ouvrages. Pierre Galland a écrit la Vie de ce prélat, & Balute l'a fait imprimer à Paris en 1684, in-8.º
IV. CHÂTEL, (Jean) fils d'un marchand drapier de Paris, ne proñita point de l'éducation que ſon père lui avoit donnée. Il s'annonça dans le monde par un crime execrable. Ce jeune homme, plein de ſon noir projet, trouva le moyen de pénétrer dans l'appartement de Henri IV, de retour à Paris, après ſon expédition des Pays-Bas en 1594. Ce prince s'avançoit vers deux officiers qui étoient venus lui rendre leurs devoirs & qui tomberent à ſes genoux: comme il ſe baiſſoit pour les relever, Châtel lui donna un coup de couteau dans la lèvre ſupérieure, du côté droit. Le coup lui caſſa une dent. L'aſſaſſin ſe fourra dans la preſſe, mais on le reconnut à ſon viſage effaré. Se voyant pris, il avoua auſſitôt ſon crime. Henri IV voulut qu'on le laiſſât aller; mais il fut conduit au Fort-l'évêque ſous bonne garde. Il ſoutint, dans ſon premier interrogatoire, qu'il avoit commis ce parricide comme une action qu'il croyoit méritoire. Le roi n'étant pas encore réconcilié avec l'Église, & ne pouvant paſſer, ſelon lui, que pour un tyran, il s'imagina pouvoir expier ſes péchés par ce forfait. On lui demanda chez qui il avoit étudié? Il répondit que c'étoit chez les Jéſuites du collège de Clermont. On l'avoit ſouvent enfermé dans la chambre des Méditations, où l'enfer étoit représenté avec pluſieurs figures épouvantables, éclairées d'une lueur ſombre, qui ſeule étoit capable de déranger l'imagination la moins ſoible. L'eſprit mélancolique, bouillant & inquiet de Châtel ne put tenir contre les impreſſions de cette chambre ſuneſte, & contre les propos très-imprudens que l'on tenoit alors. Le Journal d'Henri IV dit, tom. II, pag. 145, « qu'enquis par qui il avoit été perſuadé de tuer le roi? il répondit qu'en pluſieurs lieux il avoit entendu dire qu'il étoit permis de le tuer. Interrogé s'il n'avoit pas entendu dire la même choſe chez les Jéſuites? il répondit qu'oui, mais ſans pouvoir nommer perſonne en particulier. » On peut encore citer le préſident de Thou, qui dit dans le Livre CIX de ſon Hiſtoire: Tùm ſapè in illâ in quâ fuerat educatus ſcholâ audi-viſſe, licere Regem occidere, quippè tyrannum, neque à Pontifice pro Rege approbatum; eam ratam certamque inter eos Patres ſententiam eſſe. THUAN. Hif. Tom. 5, pag. 93. Fran- cofurti 1621, in-8.º On croit pouvoir s'en rapporter à un his- torien dont le père & tous les parens étoient alors dans le par- lement, & qui en étoit lui-même un des membres les plus distin- gués. Ce n'est pas qu'on doive conclure qu'aucun Jésuite exhorta nommément Châtel à affaissiner Henri IV. Cet infenfè avoit reçu chez ces Pères quelques-unes de ces impreffions qu'on recevoir alors dans prefque toutes les écoles ; &, ces impreffions ref- tant gravées dans un cerveau foible & furieux, il crut expier ses péchés en tuant son Roi. Mais il paroit, par le témoignage de divers his- toriens, que ni le P. Guéret, ni aucun de ses confrères, ne furent ses complices ; fi par complice on entend celui qui conféille di- rectement l'auteur d'un crime, ou qui y participe. Ils eurent feu- lement le malheur d'enfèigner, comme plufieurs autres, une doc- trine dont quelques enthoufiastes tirèrent de fâcheuses conféquences. Les dépofitions de Jean Châtel, jointes aux libelles injurieux con- tre Henri III & Henri IV qu'on trouva dans le cabinet du P. Gui- gnard ; au fouvenir du zèle ar- dent que divers Jésuites avoient fait éclater, dans les troubles de la Ligue, pour les intérêts de l'Espagne ; aux maximes de plufieurs prédicateurs, qui atta- quaient la fureté des rois, & les lois fondamentales de la France ; au pouvoir que les collèges & les confeffions pouvoient leur donner sur la jeuneffe, obligè- rent le parlement de Paris d'en- velopper toute la fociété dans la punition du crime de leur écolier. Le même arrêt condamna ce monf- tre aux peines accoutumées contre de semblables parricides, & or- donna : Que les Prêtres & autres foi-difans de la SOCIÉTÉ DE JÉSUS, comme étant corrupteurs de la jeuneffe, perturbateurs du repos public, ennemis du Roi & de l'Etat ; videront dans trois jours de leurs maifons & collèges, & dans quinze de tout le Royaume. — Guignard fut pendu & brûlé, & Guéret, l'un des maîtres de Châtel, n'ayant rien avoué à la queffion, fut feulement banni du royaume, comme ses autres confrères. L'arrêt du par- lement de Paris n'eut point d'exé- cution dans l'étendue de ceux de Bordeaux & de Touloufe. Châtel, le malheureux instrument du fa- natifme de son fiècle, fut tiré à quatre chevaux, après avoir été tenaillé. Il s'obftina à dire, qu'il ne se repentoit point de son at- tentat, & ne fit pas la moindre plainte au milieu de ses tourmens horribles, perfuadé que son fup- plice effaceroit ses crimes & le conduiroit au ciel. Quelques Li- gueurs en firent un martyr, & obtinrent que l'arrêt du parlement fût mis à l'Index à Rome. Les parens de l'affaffin furent condam- nés au banniffement & à une amende. On rafa la maifon ; on éleva à la place une pyramide, sur laquelle on grava le crime & l'arrêt en lettres d'or. Cette co- lonne fut abatue dix ans après, lorsque la fociété fut rappelée en France. On verra avec plaifir l'ex- trait d'une lettre que Henri IV écrivit à diverses villes de son royaume, auffitôt après l'attentat de Jean Châtel. « Un jeune garçon, nommé Jean Châtel, fort petit, & âgé de dix-huit à dix-neuf ans, s'étant gliffé avec la troupe dans la chambre, s'avanca sans être quasi apperçu ; & pensant nous donner dans le corps, du couteau qu'il avoit, le coup ne nous a porté que dans la lèvre fupérieure du 344 CHA côté droit, & nous a entamé & coupé une dent... Il y a, Dieu merci, fi peu de mal, que pour cela nous ne nous mettrons pas au lit de meilleure heure. « L'éditeur de notre *Dictionnaire historique*, ou le contrefacteur de Liège, ayant cité l'*Histoire Ecclésiastique* de Fabre comme contraire à ce que nous avons rapporté, il est bon d'avertir que le P. Fabre, qui copie ordinairement de Thou mot pour mot, l'a tronqué en racontant l'attentat de Jean Châtel. La raison en est, que les derniers volumes de son *Histoire Ecclésiastique* éprouvèrent beaucoup de traverses, sufeitées par ceux qui voudroient enchaîner toute vérité historique, lorsqu'elle leur est défavorable. Mais il est encore des ames fermes, que ni les menaces, ni les injures ne peuvent intimider, & qui pensent que le premier devoir d'un historien est de mettre sous les yeux du lecteur les faits essentiels, & non de les déguiser ou de les supprimer. I. CHATELAIN, (George) *Castellanus*, gentilhomme Flamand, élevé à la cour des ducs de Bourgogne, passait pour un des hommes de son temps, qui entendoit le mieux la langue Françoise. Il mourut en 1475. On a de lui : I. Un *Recueil* en vers françois des choses merveilleuses avenues de son temps, 1531, in-4.⁰ II. L'*Histoire de Jacques Lallain*, Anvers 1634, in-4⁰; & d'autres Ouvrages, qui ne sont lus aujourd'hui que par les savans qui veulent tout voir. On lui attribue le *Chevalier d'Illèbre*, ou la *Mort du Duc de Bourgogne devant Nanci*, 1489, in-4.⁰
II. CHATELAIN, (Martin) né aveugle à Warwick dans le dernier siècle, faisoit au tour des ouvrages finis en leur genre : tels que des violes, des violons, &c. On lui demandoit un jour ce qu'il desferroit le plus de voir ? Les couleurs, répondit-il, parce que je connais presque tous le reste au toucher. — Mais, répliqua-t-on, n'aimeriez-vous pas mieux voir le Ciel ? — Non, dit-il, j'aimerais mieux le toucher.
III. CHATELAIN, (Henri) né à Paris en 1684, passa en Hollande après la révocation de l'édit de Nantes, & fut passeur de l'église Vallone d'Amsterdam, où il mourut en 1743, à 59 ans. Ses *Sermons* ont été imprimés en cette ville, 1759, 6 volumes in-8.⁰ Ils sont plus solides qu'éloquens.
IV. CHATELAIN, (Claude) *Voy. CHASTELAIN.*
CHATELARD, *Voy. CHATELARD.*
CHATELARD, (N. du) gentilhomme Dauphinois, petit-neveu du côté de sa mère, du célèbre chevalier *Bayard*, étoit attaché à la maison de *Montmorenc*. Sa figure & sa taille étoient parfaites, & son esprit répondoit à sa figure. Il devint éperdument amoureux de la reine *Marie Stuart*, femme de *François II*, & on prétend que cette princesse ne fut pas insensible à ses soupirs. Lorsqu'elle partit pour l'Ecosse après la mort de son époux, *Châtelard* la suivit, & eut l'imprudence de se cacher la nuit dans sa chambre pour satisfaire sa passion. Il fut condamné à perdre la tête. Vraissemblahement, il n'eût point été puni aussi sévèrement qu'il le fut, s'il n'eût eu que *Marie* pour juge; mais elle ne put refuser son supplice à la dignité du trône offensée, & à son conseil : il fut décapité. *Le jour venu*, dit *Brantôme*, Châtelard ayant été mené sur l' chefaud, avant de mourir, print en ses mains les Hymnes de Monsieur de Ronfard; & pour son éternelle con- foliation, se mit à lire tout entière- ment l'hymne de la Mort, qui est très- bien fait, & propre pour ne point abhorrer la mort; ne s'aidant autre- ment d'aucun autre livre spirituel, ni de Ministre, ni de Confesseur. Après avoir fait entière lecture, il se tourna vers le lieu où il penfoit que la Reine fût, & s'écria tout haut: « Adieu, la plus belle & la plus cruelle Princeffé du monde! » Et puis, conflamment tendant le col à l'exé- cuteur, se laissa défaire fort aisé- ment.
CHATELET, Voy. CHASTE- LET. — BEAUCHATEAU, — & BEAUSOLEIL.
CHATELET, (Paul Hay, fei- gneur du) gentilhomme Breton, avocat-général au parlement de Rennes, ensuite maître-des-re- quêtes & conseiller-d'état, fut nommé commissaire au procès du maréchal de Marillac. Celui-ci le récusa, comme son ennemi capi- tal, & comme auteur d'une Satire latine, en prose rimée, contre lui. On croit qu'il fit suggérer lui-même cette requête de récu- fation au maréchal; mais le car- dinal de Richelieu, ayant décou- vert son artifice, le fit mettre en prison. En sortit quelque temps après. C'étoit un homme d'une belle figure & d'un esprit ardent, beau parleur & plein de faillies. Etant un jour avec Saint-Preuil, qui follicitoit avec chaleur la grace du duc de Montmorency, le Roi lui dit: Vous voudriez, je pense, avoir perdu un bras pour le sauver. — Je voudrois, SIRE, répondit du Châtelet, les avoir perdus tous deux, car ils sont inutiles à votre service; & en avoir sauvé un qui vous a gagné des batailles, & qui vous en gagneroit encore. Il fit un Faïlum également hardi & éloquent pour ce général. Le cardinal de Richelieu lui ayant fait des repro- ches, sous prétexte que cette pièce condamnoit la justice du roi: Pardonnez-moi, répliqua du Châ- telet, c'est pour justifier sa miséricorde, s'il a la bonté d'en user envers un des plus vaillans hommes de son royaume. Peu de temps après qu'il fut sorti de prison, on le mena à la messe du roi, qui tournoit la tête d'un autre côté, pour éviter la vue d'un homme puni injustement. Du Châtelet s'en ap- perçut, & s'approchant de M. de Saint-Simon, il lui dit: Je vous prie, monsieur, de dire au Roi que je lui pardonne de bon cœur, & qu'il me fasse l'honneur de me regarder... Saint-Simon le dit à Louis XIII, qui en rit, & qui careffa du Châ- telet. Il mourut bientôt après, le 6 avril 1636, à 43 ans. Il étoit de l'académie Françoise; & il fut le premier qui y prononça un dis- cours de réception. On a de lui divers Ouvrages en vers & en prose: I. L'Histoire de Ber- trand du Guéfelin, connétable de France, in folio, 1666, & in 4°, 1693; curieuse par les pieces jus- tificatives dont on l'a enrichie. II. Les Observations sur la vie & la condamnation du Maréchal de Marillac, Paris 1633, in 4°. III. Recueil de Pièces pour servir à l'Histoire, 1635, in-fol. IV. Prose rimée, en latin, contre les deux frères Marillac, dans le Journal du cardinal de Richelieu. V. Une Satire assez longue contre la vie de la cour. VI. Plusieurs Pièces de vers, qui ne font pas ce qu'il a fait de mieux.
CHATELLARD, (Jean-Jacques cru) né à Lyon en 1693, entra de bonne heure dans la Compa- 346 CHA gnie de *Jéjus*. Il professa d'abord les belles-lettres; mais son goût l'entraîné vers les mathématiques, & ses supérieurs ne voulurent pas le gêner. Après les avoir enseignées dans les collèges, il fut nommé professeur d'hydrographie à Toulon. Il remplit cette place avec honneur, & mourut en 1756, à 63 ans. On a de lui des *Éléments de Mathématiques* à l'usage des ingénieurs, en 3 vol. in-12: ils font émines.
CHATELUS, (Claude de Beauvoir, seigneur de) vicomte d'Avalon & maréchal de France, d'une famille noble & ancienne, suivit le parti des ducs de *Bourgogne*, dont il étoit né sujet, & qui lui firent de grands biens. Il fut employé dans plusieurs affaires importantes. Il mourut à Auxerre en 1453, avec une haute réputation d'intelligence & de bravoure. La cathédrale de cette ville fut, dit-on, si embellie par ses libéralités, que l'évêque & le chapitre lui accordèrent, & à sa postérité, une prébende en 1423, avec droit de la desservir l'épée au côté. I. CHATILLON, (Gaucher, seigneur de) d'une maison alliée à celle de France, qui tire son nom de Châtillon-sur-Marne, entre Épernai & Château-Thierri, étoit fenéchal de Bourgogne & bouteiller de Champagne. Il suivit le roi *Philippe-Auguste*, au voyage de la Terre-Sainte, & se distingua au siège d'Acre, en 1191. Il ne se signala pas moins à la conquête de la Normandie, en 1202, en Flandres où il se rendit maître de Tournai, & à la bataille de Bovines, au gain de laquelle il contribua. Il prit ensuite le nom de comte de Saint-Paul, sa femme ayant hérité de ce comté. Il mourut comblé d'honneurs & de gloire en 1219, la même année qu'il s'étoit croisé contre les Albigeois. La maison de *Châtillon* a produit plusieurs autres grands hommes. L'auteur des *Mémoires* pour l'instruction du duc de *Bourgogne* a raison de dire que cette maison a été décorée, dans ses premières branches, de tant de grandeurs, qu'il ne restoit que la royauté au-dessus d'elle.
II. CHATILLON, (Odet de) *Voy*. II. COLIGNY.
III. CHATILLON, (le Maréchal de) *Voy*. V. COLIGNY.
IV. CHATILLON, *Voy*. les articles CASTIGLIONI. — GUALTHER. — SALADIN. V. CHATILLON, (Louis de) peintre en émail, graveur & dessinateur de l'académie des sciences, étoit de Saint-Menehould, & mourut à Paris en 1734. Il fit, pour *Louis XIV*, différens portraits en émail, & grava une partie des conquêtes de ce prince, d'après *le Clerc*, & les *Parques* filant la destinée de *Marie de Médicis*, d'après *Rubens*.
CHATRI, femme d'un tailleur — d'habits de la ville de Sens, sous *Henri III*, eut, vingt ans après son mariage, toutes les marques d'une véritable grossesse: elle demeura trois ans au lit, sans pouvoir accoucher. Enfin, ses douleurs s'étant appaissées, & l'enflure durant toujours, elle resta dans cet état près de vingt-quatre ans. Après sa mort, qui arriva à la soixante-huitième année de son âge, son mari la fit ouvrir, & on trouva dans son sein le corps d'une petite fille, tout formé, mais petrifié. D'Albourn, alors médecin de la ville de Sens, & depuis d'Henri IV, témoin oculaire de cette singularité, en a donné la Relation.
CHATTERTON, (Thomas) littérateur Anglois, né à Bristol en 1752, fut placé à quatorze ans chez un procureur. Malgré son extrême jeunesse, il avoit déjà le goût le plus vif pour le génie & les antiquités. Il enrichit les journaux de différentes observations & d'extraits de manuscrits anciens. Mais bientôt dégoûté de la chicane, & ne pouvant subfilter par la littérature, il s'empoisonna à Londres, au mois d'août 1770. On a de lui: I. Mélange de vers & de prose, 1778, in-8°. II. Poésies de Roussey, 1777, in-8°, qu'on a publiées comme tirées de différens manuscrits, & qu'on croit être de ce jeune homme si précoce & si malheureux.
CHAVAGNAC, (Gaspard, comte de) né en Auvergne, d'une famille noble, servit avec distinction en France, & se retira ensuite en Autriche, où l'empereur le nomma son ambassadeur en Pologne. Il mourut dans sa patrie, après la paix de Nimègue. Il a publié des Mémoires, Paris, 1700, 2 vol. in-12. Ils renferment ce qui s'est passé de plus remarquable depuis 1624 jusqu'en 1679, & sont écrits d'une manière naïve & attachante.
CHAUCER, (N.) le Marot des Anglois, né à Londres en 1328, mort le 25 octobre 1400, à 72 ans, fut inhumé dans l'abbaye de Westminster. Il contribua beaucoup, par ses poésies à la louange du duc de Lancaster son beau-frère, à lui procurer la couronne. Il partagea la bonne & la mauvaise fortune de ce monarque. Ses Poésies furent publiées à Lon- dres en 1721, in-folio. Cazin les a réimprimées à Paris, en 14 vol. in-12. On y trouve des contes pleins d'enjouement, de naïveté & de licence, faits d'après les Troubadours & Bocace. L'imagination qui les a dictés, étoit vive, riante, féconde, mais très-peu réglée, & trop souvent obscène. Son style est avili par grand nombre de mots obscurs & inintelligibles. La langue Angloise étoit encore, de son temps, rude & grossière. Si l'esprit de Chaucer étoit agréable, son langage ne l'étoit pas, & les Anglois d'aprèsient ont peine à l'entendre. Chaucer a laissé, outre ses Poésies, des ouvrages en prose: le Testament d'Amour; un Traité de l'Astrolabe. Il s'étoit appliqué à l'astronomie & aux langues étrangères, autant qu'à la verification. Il avoit même voulu dogmatiser. Les opinions de Wiclef faisoient alors beaucoup de bruit; Chaucer les embraffa, & se fit chasser pour quelque temps de sa patrie.
CHAUFEPIED, (Jacques-George de) ministre Protestant d'Amsterdam, mort dans cette ville le 3 juillet 1786, étoit né à Leuwarde en Frise, le 9 novembre 1702. C'étoit un homme attaché à ses devoirs autant qu'à l'étude, & qui travailla jusqu'à la fin de sa longue carrière. Son Dictionnaire historique & critique, pour servir de supplément à celui de Bayle, à Amsterdam, 1750 à 1756, 4 vol. in-folio, est une compilation qui n'est pas toujours bien digérée. L'auteur en continuant Bayle, ne l'a imité ni dans le bien, ni dans le mal. Il n'a pas l'art d'intéresser ses lecteurs, comme le philosophe de Rotterdam; son style est lourd, incorrect. Mais il respecte la religion, 348 CHA quoiqu'il déclame quelquefois contre les Catholiques, & qu'il se complaise à célébrer des ministres Frotestans & des non-Conformistes Anglois la plupart très-obscurs. La prolixité des notes dont il accompagne leurs articles, sert encore à rendre leur histoire plus ennoyeuse. D'autres articles se font dire avec plus de plaisir; & l'on y voit des recherches abondantes sur des littérateurs de France, & sur tout d'Angleterre & de Hollande, avec des remarques curieuses.
CHAVIGNI, *Voyt* BOUTHILIER.
CHAVIGNI, (Jean AYMES de) abandonna Beaune, sa patrie, pour aller prendre des leçons d'astrologie ou de folie sous *Nostradamus*, médecin à Salon en Provence. Après la mort de son maître, il alla s'établir à Lyon. Il y médita, vingt-huit ans, sur les prophéties imprimées de l'astrologue Provençal, & sur les commentaires qu'il en avoit donnés de vive voix, & publia ses veilles sous le titre suivant: *La première face du Janus François, contenant sommairement les troubles, guerres civiles & autres choses mémorables advenues dans la France & ailleurs, de l'an de salut 1534, jusqu'à l'an 1589, fin de la maison Valesienne; extraits & colligée des Centuries & autres Commentaires de M. Michel de Notre-Dame; in-4°, Lyon, 1584.* Il étoit naturel que *Chavigni* ayant passé une partie de sa vie avec un prophète, voulut l'être à son tour, & ne se bornât pas au rôle de commentateur. Il publia, en 1603, ses productions sous ce titre: *Les Pléiades du Sieur de Chavigni, Beaunois, divisées en sept livres, prinses des anciennes Prophéties, & conférées avec les* oracles du célèbre & renommé Michel de Notre-Dame, où est traité du renouvellement des siècles, changement des Empires, & avancement du Nom Chrétien; à Lyon, in 8°, de plus de neuf cents pages. Ses *Pléiades* font autant de prédictions, enrichies d'un commentaire prophétique, & dédiées à *Très-chrétien & victorieux* Henri IV, roi de France & de Navarre. — *Chavigni* est la Sybille de Cumes, qui présenta à *Tarquin* son recueil d'oracles sur la destinée de l'empire Romain; il suit pas à pas Henri IV dans toutes ses conquêtes à venir, & après lui avoir fait renverser l'empire Ottoman, il le laisse enfin maître de tout l'univers.
CHAULIAC, *Voy*. CAULIAC.
CHAULIEU, (Guillaume Anfrye de) naquit à Fontenai dans le Vexin-Normand en 1639, avec un génie heureux & facile, qu'une excellente éducation perfectionne. Les agréments de son esprit & la gaieté de son caractère lui mériterent l'amitié des ducs de Vendôme. Ces princes le mirent à la tête de leurs affaires, & lui donnerent pour trente mille livres de rente en bénéfices. Le grand prieur alloit souper chez lui comme chez un ami. L'abbé de Chaulieu avoit, dans son appartement du Temple, une société choisie de gens de lettres & d'amis, qu'il charmoit par son enjouement & par les qualités de son cœur. Elève de Chapelle, il se livra comme lui à la volupté, & rendit fidèlement dans ses poésies son génie & celui de son maître. On l'appeloit l'*Anacréon du Temple*, parce que, comme le poète Grec, il goûta les plaisirs de l'esprit & de l'amour jusqu'au dernier âge. A 80 ans, étant aveu- gle, il aimoit M$^{lle}$ de *Launai*, depuis Mad$^{e}$ de *Staal*, & l'aimoit avec la chaleur de la première jeunesse. L'abbé de *Chaulieu* mourut le 27 juin 1720, à 81 ans. Les meilleures éditions de ses *Poésies* font : celles de 1733, en 2 vol. in-8°, sous le titre d'Amsterdam; & celle de Paris en 1774, en deux vol. in-8°, d'après les manuscrits de l'auteur, & augmentée d'un grand nombre de pièces nouvelles. *Defeffarts*, libraire à Paris, a rendu service au poète, en réduisant ses ouvrages des deux tiers, & en retranchant une foule de poésies médiocres & de vers de société, dans l'*Élite* des poésies de *Chaulieu*, un vol. in-12. L'auteur du *Temple du goût* l'a très-bien caractérisé dans les vers suivans : *Je vis arriver en ce lieu Le brillant abbé de Chaulieu, Qui chantait en fortant de table, Il ofoit caresser le Dieu, D'un air familier, mais aimable, Sa vive imagination Prodiguait, dans sa douce irresse, Des beautés sans correction, Qui choquaient un peu la juftesse, Et refproient la passion.* Le Dieu-du goût l'avertit « de ne se croire que le premier des poètes négligés, & non pas le premier des bons poètes. » En effet, il se permet des négligences qu'on ne pardonneroit aujourd'hui à aucun écrivain ; & ses éditeurs ont grossi son recueil d'un grand nombre de pièces fort infipides. Dans le petit nombre de celles qui mériteraient d'être conservées, ses vers expriment avec feu les sentimens du cœur. Son imagination est tour-à-tour simple, naïve, enjouée, originale. Gai au milieu des douleurs de la goutte, il inspire cette gaieté à son lecteur, lors même qu'il l'entretient de ses maux. *Horace & Anacréon* font les deux auteurs de l'antiquité auxquels l'abbé de *Chaulieu* ressemble le plus ; il a quelque chose de la délicatesse de l'un, & de la raison aimable de l'autre. L'air de vérité fait sur-tout le charme de ses poésies ; on voit qu'il pense comme il écrit & qu'il est tel qu'il se peint lui-même. Il invite ainsi la *Fare* à venir souper chez lui avec une dame de ses amies : *Ce soir, lorsque la nuit, aux amans favorable, Sur les yeux des mortels répand l'aveuglement, Dans un petit appartement Les Grâces & l'Amour conduiront ma maitresse. A cet objet de ma tendresse, De mon cœur partagé rejoins l'autre moitié ; Et donne-moi, ce soir, le plaisir d'être à table Entre l'Amour & l'Amitié.* Les pièces sur-tout qui ont une certaine étendue, sont pleines d'esprit & de sentimens ; mais il y a quelquefois des longueurs, & autant de licences en morale qu'en poésie. Le mérite de *Chaulieu* étoit reconnu dans les pays étrangers, comme en France. Lorsque son neveu, mettre-de-camp de cavalerie, fut blessé & fait prisonnier du duc de *Savoie* à la bataille de la Marfaille en 1693, ce prince eut toutes fortes dégards pour lui, en considération de son oncle. Non-feulement il le fit traiter par ses propres chirurgiens, mais il l'honora lui-même de plusieurs visites. Lorsqu'il fut rétabli, il le renvoya en France, en exigeant pour unique rançon une parole expresse, « que le neveu de l'abbé de Chaulieu reviendroit passer l'hiver à sa cour, puisqu'elle n'avoit jamais eu assez de 350 CHA charmes pour attirer l'abbé de Chaulieu lui-même. » Il auroit été reçu de l'académie Françoise, si Toure'l n'eût pas cabalé pour l'en faire exclure : cet académicien exerça la même févérité à l'égard de Chaulieu, que Boileau envers le marquis de St-Aulaire.
CHAULMAR, (Charles) est auteur d'une tragédie de Pompée, jouée en 1638, mais qui n'est pas restée au théâtre.
CHAULNES, (le Duc de) Voy. II. ALBERT (Honoré d')
CHAUMETTE, (Pierre-Gaïpard) né à Nevers le 24 mai 1763, eut pour père un cordonnier. Il se fit moulée, & devint ensuite clerc de procureur à Paris, puis employé au journal de Prudhomme. Ignorant, il ne douta de rien; tactieux, il entreprit tout; hardi, il domina la multitude. Lorsque le peuple insurgé marcha contre la Bastille, Chaumette fut le premier qui arbora la cocarde nationale. Devenu membre de la municipalité du dix août 1792, qui s'inflalla elle-même, il fut nommé procureur de la commune de Paris, au mois de décembre de la même année. Le président lui ayant demandé dans cette circonstance son prénom, « Dans l'ancien régime, répondit Chaumette, je m'appelois Pierre-Gaïpard, parce que mon parrain fut un imbécille qui croyoit aux Saints; je m'appelle maintenant Anaxagoras, ne voulant pour patron qu'un Saint qui a été pendu pour son républicanisme. » Le pouvoir de cet agent révolutionnaire devint alors extrême; son intimité avec Hébert augmenta son influence. Il fit la loi à son parti, à la convention même qui le redouta. Pour démoraliser, diroit-il la nation, il ins- titua ces processions ridicules & indécentes qu'on appela les Fêtes de la Raïson. Il fit brûler les livres pieux & détruire les sculptures & les tableaux représentant les objets du culte catholique. Il proposa des guillotines ambulantes, montées sur quatre roues, pour verber à la suite des cohortes révolutionnaires le sang avec plus de profusion, & de mitrailler tous les soldats requis qui refuferaient de marcher. Il abreuva d'injures & de privations Louis XVI, prisonnier au Temple, & eut la férocité de faire passer au jeune Charles, fils de ce dernier, une petite guillotine pour lui servir d'amusement. Robespierre lui-même, crut devoir mettre un terme aux excès de Chaumette. Ce scélérat audacieux, par qui rien ne fut respecté, renfermé dans la prison du Luxembourg, y parut lâche & plein d'effroi. Transféré à la Conciergerie, on a observé qu'il y occupa le même cachot que son ami Hébert, qui l'avoit précédé, & qui reçut après lui Danton & Robespierre, par qui il fut envoyé à la mort. Chaumette fut exécuté le 13 avril 1794. Monté sur l'échafaud, il reprit assez de courage pour prédire à ceux qui l'avoient condamné, qu'ils ne tarderaient pas à le suivre; & les évênemens justifièrent bientôt cette prédiction. On a attribué à Chaumette un Précis historique sur sa Vie, publié en 1793. Voy. HÉBERT.
CHAUMOND, (St.) porta d'abord le nom d'Enn. mond, & vint à Paris sous le règne de Clovis II, qui le choisit pour être le parrain de son fils aîné qui régna après lui sous le nom de Clotaire III. Nommé à l'archevêché de Lyon, il y fonda l'abbaye de Saint-Pierre. le 28 septembre 657. S. Chaumond fut affaffiné près de Châlons-sur-Saône par des emissaires d'Ebroïm, maire du palais, qui étoit devenu son ennemi personnel, parce que le saint évêque avoit eu le courage de lui reprocher ses vexations. I. CHAUMONT, (Charles d'Amboise de) parvint, par la protection de son oncle le cardinal d'Amboise, aux grades de maréchal & d'amiral de France. Il ne manquoit ni de valeur, ni de connoissances dans l'art militaire; mais son opiniâtreté lui nuisit souvent. Il se trouva à la bataille d'Aignadel en 1509, & manqua de faire prisonnier le pape Jules II en 1511; mais il laissa prendre la Mirandole. Le vif chagrin qu'il conçut de cette perte, le mit au tombeau, dans le mois de février suivant, âgé de 38 ans. En mourant il sentit des remords pour avoir fait la guerre au Pape, & il en demanda l'absolution. Il fut le dernier de la branche aînée de la famille d'Amboise; son fils unique ayant été tué à la bataille de Pavie en 1524.
II. CHAUMONT, (Jean de) Seigneur du Bois-Garnier, conseiller d'état ordinaire, & garde des livres du cabinet du roi, mourut le 2 août 1667, à 84 ans. Ce magistrat s'occupa de la théologie; mais il ne fut point engagé dans les liens du mariage, comme l'a légèrement avancé le Dictionnaire historique de Ladvocat, qui lui donne aussi le nom de Jacques. Nous avons de lui, La Chaîne de diamans sur ces paroles : CECI EST MON CORPS; Paris 1644, in-8°; & d'autres ouvrages de controverse.
III. CHAUMONT, (Paul-Philippe de) frère puiné, & non fils du précédent, lui succéda dans la place de garde des livres du cabinet, & fut reçu de l'académie Françoise en 1654. Louis XIV, dont il étoit lecteur, lui donna l'évêché d'Acqs en 1671. L'amour de l'étude le lui fit remédier en 1684, pour se livrer entièrement à son penchant. Il mourut à Paris en 1697, dans un âge assez avancé. Chapelain a parlé fort mal de lui dans sa Liste de quelques Gens-de-lettres François, vivant en 1662. Chaumont, dit-il, ne manque pas d'esprit, & a assez le goût de la langue. On n'a pourtant rien vu de lui qui puisse lui faire honneur. S'il ne prêche bien, il prêche hardiment & facilement. Le désir de la fortune l'a engagé à des baissesses au-dessous de sa naissance, & à un certain air d'agir qui lui a fait tort; mais c'est plus par manque de jugement, que par malignité naturelle. On a de lui un livre contre l'incrédulité, qui a pour titre : Réflexions sur le Christianisme, Paris 1693, 2 volumes in-12. Cet ouvrage est, selon Nicéron, solide & bien écrit.
CHAUSSE, (Michel-Ange de la) habile antiquaire Parisien, célèbre dans le dernier siècle, quitta sa patrie de bonne heure pour aller à Rome étudier les antiquités. Le même goût qui l'y avoit amené, l'y fixa. Son Museum Romanum, Rome 1690, in-folio, & 1746, 2 vol. in-fol. prouva ses succès. Ce recueil estimable comprend une suite nombreuse de gravures antiques, dont on n'avoit pas encore joui par l'impression. Il s'en est fait plusieurs éditions. Gravius l'inséra en entier dans son Recueil des Antiquités Romaines. Le même auteur publia à Rome, en 1707, un Recueil de Plières gravées antiques, in-4°. Les 352 CHA explications font en italien, & les planches exécutées par Bartoli. On a encore de lui : *Pittura antiqua Cryptarum Romanarum & Sepulchri Nasonum*, 1738, in-folio. Ces différens ouvrages offrent beaucoup d'érudition & de fagacité; les curieux les confluent souvent.
CHAUSSEE, (La) *Voy. NIVELLE*, n. 8. II. I. CHAUVEAU, (François) peintre, graveur & dessinateur François, naquit à Paris en 1613, & y mourut en 1676, âgé de 63 ans. Il débuta par quelques estampes d'après les tableaux de *Laurent de la Hive*; mais la vivacité de son imagination ne s'accommodant pas de la lenteur du burin, il se mit à graver à l'eau-forte ses propres pensées. Si ses ouvrages n'ont pas la douceur, la délicatesse & le moelleux qui distinguent ceux de plusieurs autres graveurs; il y mit du feu, de la force & de l'esprit. Sa facilité étoit surprenante. Ses enfans lui lisoient après fouper les histoires qu'il avoit à traiter. Il en faisifioit tout d'un coup le sujet le plus frappant, en traçoit le dessin sur la planche avec la pointe, & avant de se coucher la mettoit en état de pouvoir la faire mordre par l'eau-forte le lendemain, tandis qu'il graveroit ou dessineroit autre chose. Il fournifioit non-feulement des dessins à des peintres & à des sculpteurs; mais aussi à des cifeleurs, à des orfèvres, à des brodeurs, & même à des menuisiers & à des ferruriers. Outre plus de trois mille pièces gravées de sa main, pour différens livres, tels que la *Pucelle*, *Alarie*, les *Délices de l'Esprit*, les *Métamorphoses de Benferade*, il y en a près de quatorze cents gravées d'après ses dessins. On a encore de lui quelques petits tableaux assez gracieux. L'illustre *le Brun*, son ami, en acheta plusieurs après sa mort.
II. CHAUVEAU, (René) fils du précédent, marcha sur les traces de son père. Il avoit, comme lui, une facilité admirable pour inventer ses sujets & pour les embellir; une variété & un tout ingénieux pour disposer toutes ses figures. Il se distingua dans la sculpture. Il fut employé par *Louis XIV* & par plusieurs princes étrangers. Le marquis de *Torci* fut le dernier pour qui il travailla, dans son château de Sable. Ce seigneur lui ayant demandé par deux différentes fois, combien il vouloit gagner par jour ? *Chauveau*, piqué d'une question qui répondoit si peu à son mérite, quitta brusquement l'ouvrage & le château. Il vint tout de suite à Paris, & y mourut en 1722, âgé de 59 ans, de la fatigue du voyage, jointe à la douleur d'avoir converti son argent en billets de banque. I. CHAUVELIN, (Germain-Louis) d'une famille distinguée dans la robe, occupa pendant quelque temps une charge de président à mortier au parlement de Paris. D'*Armenonville* garde des sceaux, & son fils le comte de *Morville*, ministre des affaires étrangères, ayant été disgracés en 1727, il les remplaça l'un & l'autre. Il n'étoit point au-dessous de ces deux places. Sa connoissance des lois, son intégrité, sa fermeté, le rendoient très-propre à être chef de la justice; & son génie souple & insinuant, sa profonde étude des hommes & des cours, ses vues étendues, ses correspondances multipliées lui donnoient une facilité extrême pour traiter avec les ministres des puissances puissances étrangères. Il étoit d'ailleurs laborieux, expéditif, d'un abord facile & d'une conversation séduisante. Le cardinal de Fleuri lui donna toute sa confiance. Chauvelin sentant la supériorité de ses lumières sur celles du premier ministre, s'indigna de n'être qu'en second dans l'administration du royaume. Secondé par le parti de M. le duc, de Mad, la duchesse sa mère, & de quelques autres mécontents de la cour, il forma, dit-on, le projet de supplanter le cardinal. Sa disgrace suivit bientôt ce dessein ambitieux. Pour le perdre dans l'esprit de Louis XV, on l'accusa d'avoir sacrifié, par le traité de Vienne, les intérêts des alliés de la France, à ceux de l'empereur, & d'avoir reçu de l'argent pour cette prévarication si peu vraisemblable. Il fut enfermé, en 1737, dans un château fort, comme un criminel d'état, & ensuite exilé à Bourgès, où il se fit aimer par sa popularité. Il mourut le 1er avril 1762, à 78 ans, emportant l'estime publique. Pendant son ministère, il avoit protégé les beaux arts, & avoit accueilli les savans & les artistes avec cette politesse affectueuse, presque équivalente aux grâces. — II. CHAUVELIN, (Philippe de) abbé de l'abbaye de Montier-Ramey, & conseiller d'honneur depuis 1768, au parlement de Paris, étoit petit-fils du précédent. Il avoit été conseiller de la grand-chambre, où il s'étoit distingué par ses lumières, sa sagacité & son éloquence. Il fit briller sur-tout ses talens dans l'affaire de la proscription des Jésuites. Après une vie traversée par des infirmités continuelles & par un travail infatigable, ce ma-
CH A 359 gistrat mourut le 14 janvier 1770, à 56 ans. Il étoit d'un esprit agréable, mais d'une figure & d'une taille qui ne répondoient point à son esprit. C'est à quoi fait allusion l'épitaphe que lui a faite La Place : Des puissances du monde admirent le néant ! Cègle un Nain qui vainquit un Géant. S'étant trouvé dans une maison, où un enfant effrayé de sa laideur, se mit à pleurer ; il me prend sans doute pour un diable, dit-il en s'adressant à la mère. — Non, lui répondit cette dame, car les diables n'ont jamais eu de plus grand ennemi que vous. Nous avons de lui deux Discours sur les Constitutions des Jésuites, prononcés en 1761, les chambres assemblées. — Son frère le marquis de CHAUVELIN, lieutenant-général des armées, & maître de la garde-robe de Louis XV, mourut subitement à Versailles dans l'appartement & sous les yeux de ce monarque. Il réunissoit en lui le mérite du guerrier, de l'homme d'état & du citoyen. Ses succès à Gênes dans la double qualité de ministre de France & de général, & sa conduite habile dans son ambassade de Suède, lui avoient acquis la confiance & l'estime du roi, qui trouvoit de plus en lui l'aménité des mœurs & les agréments de l'esprit. I. CHAUVIN, (Étienne) ministre Protestant, natif de Nîmes, quitta sa patrie après la révocation de l'édit de Nantes, & passa à Rotterdam, puis à Berlin, où il occupa avec distinction une chaire de philosophie. Il mourut en 1725, à 85 ans. On a de lui : I. Un Lexicon philosophicum, infolio, 1692, publié à Rotterdam & à Leward, 1713, avec figures: II. Un nouveau Journal des Sa- vans, commencé en 1694, à Rot- terdam, & continué à Berlin; mais moins accueilli que l'Histoire des ouvrages des Savans par Baf- nage, meilleur écrivain & plus homme de goût.
II. CHAUVIN, (Pierre) médecin du dernier siècle, a pu- blié une édition plus complète des Œuvres d'Limoges, & un traité sur la Blaguette d'Vincitoire de Jacques Aymar.
CHAZAN, Voy. BREGY.
CHAZELLES, (Jean-Mat- thieu de) professeur d'hydrogra- phie à Marseille, de l'académie des sciences de Paris, naquit à Lyon en 1657, & mourut à Mar- seille le 6 janvier 1710, à 52 ans & demi. Il joignit à ses talens un grand fonds de religion: ce qui, comme dit Fontenelle, assure & fortifie toutes les vertus. Il avoit voyagé dans la Grèce & dans l'É- gypte, & en avoit rapporté des observations & des lumières. Il y mesura les pyramides, & trouva que les quatre côtés de la plus grande font exploits précisément aux quatre régions du monde, à l'Orient, à l'Occident, au Midi & au Septentrion. Ce fut lui qui imagina qu'on pourroit se servir de galères sur l'Océan, pour re- morquer les vaisseaux, quand le vent leur seroit contraire ou leur manqueroit. En 1690, quinze ga- leres, parties de Rochefort, don- nerent un nouveau spectacle sur l'Océan. Elles allèrent jusqu'à Torbay en Angleterre, & servi- rent à la descente de Tingmouth. Chazelles y fit les fonctions d'in- génieur, & se montra sous deux points de vue bien différens, sous ceux de Savant & d'homme de guerre. On lui doit la plupart des Cartes qui composent les deux volumes du Neptune François, 1693, in-folio, sans compter un grand nombre d'observations très-utiles pour l'affronomie, la géographie & la navigation. Son école de Marseille lui fut toujours chère, & les occupations plus brillantes qu'il eut si souvent, ne l'en dégoutèrent point. Les plus grandes âmes sont celles qui s'ar- rangent le mieux pour la situa- tion présente, & qui dépensent le moins en projets pour l'avenir. Tel etoit Chazelles.
CHAZOT DE NANTIGNI, Voy. NANTIGNI.
CHECOCKE, (Mythol.) Dieu Africain, honoré dans le royaume de Leango, prédit l'ave- nir dans des fonges, & veille à la conservation des tombeaux; aussi, ses temples sont-ils comme ces derniers, placés près des chemins; & l'on y voit sa statue noire & lugubre. Son culte confite par- ticalisamment à lui adresser des vœux en se frappant les mains.
CHEDEL, (Pierre CANTIN) graveur de petits fujers grotesques, de paysages, étoit élève de Lu- rens Cars, & fit honneur à son maître. Après avoir travaillé long- temps à Paris, il alla mourir à Châlons-sur-Marne, sa patrie, en 1762, âgé d'environ 62 ans.
CHELONÉ, (Mythol.) Nym- phe parsleuse que Jupiter changea en tortue, pour la punir de ce qu'elle étoit arrivée la dernière à la célébration de ses noces. Il la condamna à porter sa maison & à un éternel silence. Ainsi, la tortue devint chez les anciens l'em- blème de la retenue silencieuse.
CHEFFONTAINES, (Christo- phe) en latin à Capite Foncium, & appelé autrement *Perfention* ; étoit bas-Breton. Il floriffoit vers le milieu du 16$^{e}$ siècle, & mourut à Rome en 1595, âgé de 63 ans. Sa science & sa piété l'éleverent successivement, à l'emploi de professeur en théologie chez les Cordeliers, où il étoit entré de bonne heure ; à celui de général de leur ordre, dont il fut le 55$^{e}$ ; & à la dignité d'archevêque de Césarée. Il fit les fonctions épiscopales du diocèse de Sens, en l'absence du cardinal de *Pellevé*, qui en étoit titulaire. L'envie l'avoit attaqué, lorsqu'il n'étoit que professeur. La nécessité qui le contraignait de s'aller défendre à Rome, fut l'occasion pour lui de son élévation ; mais ton mérite réel en fut la vraie cause. A la malice de ses ennemis, il opposa plus de patience que d'apologies en forme. Il vit cinq papes pendant son séjour dans cette capitale du christianisme : *Sinte-Quint*, *Urbain VII*, *Grégoire XIV*, *Innocent IX*, *Clément VII*. Les marques de bonté qu'il reçut de chacun de ces pontifes, témoignent assez combien on méprifoit les délations de ses ennemis. Engagé par devoir à enseigner la scolastique, il eut assez de pénétration pour en voir le foible, & assez de hardiesse pour oser écrire ce qu'il en pensoit. Son recueil intitulé : *Varii Traffatus & Disputationes de necessarid Theologia scholastica correzione*, Paris 1586, in-8$^{o}$, est recherché & mérite de l'être par les théologiens dégagés des minuties de l'école. Ses autres traités, les uns moraux, les autres dogmatiques, sont moins estimés, quoique dignes de quelque attention. Ils marquent un homme qui avoit secoué quelques préjugés, & qui cherchoit à en faire revenir son siècle. Il s'éleva contre le préjugé meurtrier de la noblesse de son temps, & que la nôtre plus philosophe abandonne. Son *Traité* fut cette matière est en françois, sous ce titre : *Chrétienne Confutation du Point d'honneur*, fut lequel la *Noblesse* fonde ses monomachies & querelles, Paris 1579, in-8$^{o}$. Il le traduit aussi en latin. On lui doit encore plusieurs ouvrages, dont les principaux sont : I. *Défense de la foi que nos ancêtres ont eue en la Présence réelle*. II. *Réponse familière à une Épître contre le Libre-Arbitre*, in-8$^{o}$, Paris 1571. C'est cet ouvrage qui fournit à l'envie le prétexte de l'attaquer. III. *Defensio Fidei adversis Impios*, *Atheos*, &c. in-8$^{o}$. *Cheffontaines* joignoit à la science théologique, quelque teinture des langues Grecque, Hébraïque, Espagnole, Italienne & Françoise. Si la connoissance du bas-Breton peut être mise au rang des talens, ce savant possédoit parfaitement aussi ce patols, qui est peut-être plus mal aisé à apprendre qu'aucune langue morte ou vivante.
CHEKE, (Jean) né en 1514, fut professeur de Grec dans l'université de Cambridge sa partie. Il essaya de changer la prononciation ordinaire de cette langue, surtout à l'égard des voyelles & des diphthongues. Cette nouveauté déplut au chancelier, qui ordonna par un décret, en 1542, de ne pas philosopher sur les sons, mais de s'en tenir à l'usage. *Henri VIII* lui confia l'éducation du jeune *Edouard* son fils, & le récompença de ses soins par les titres de chevalier & de secrétaire d'état. Après la mort de ce prince, les Catholiques le firent mettre à la tour de Londres. Il montra d'abord beaucoup de confiance ; mais la crainte du bûcher dont on le menaçoit, lui fit abjurer la religion 356 CHE Anglicane. Cette cérémonie se fit en présence de la reine d'Angleterre. Le doyen de Saint-Paul fit un discours, dans lequel il le peignit comme un vrai pénitent. « Comme S. Pierre, il a versé des larmes pour avoir renié; comme S. Paul, il dit : Quid me vis facere ? » On lui prêtoit ces fentimens; car la crainte seule lui avoit inspiré son abjuration, & il mourut à Londres, le 13 septembre 1557, à 43 ans, du chagrin de l'avoir faite. On a de Cheke : I. Un Traité de la suppression, à Londres, 1705, in-8°, imprimé à la fuite de la Vie de l'auteur par Strype; cet ouvrage n'a rien de fort intéressant. II. Un Livre de la prononciation véritable de la langue Grecque, à laquelle l'auteur s'étoit attaché avec beaucoup de succès; Basle 1555, in-8°, en latin.
CHELEBY, (Moyse) Voyet MOYSE, n.º VI.
CHELLES, (Jean de) architecte du 13e siècle, s'occupa de la construction de l'église de Notre-Dame de Paris, & bâtit le portique du côté de l'archevêché. I. CHEMIN, (Catherine du) femme du célèbre sculpteur Girardon, & digne de l'être par son talent supérieur de peindre les fleurs. L'académie de peinture & de sculpture lui ouvrit ses portes. Elle mourut à Paris en 1698. Son illustre époux consacra à sa mémoire le beau mausolée que l'on voit dans l'église de Saint-Landry. Ce monument de génie & de reconnaissance, fut exécuté par Nourillon & le Lorrain, deux de ses élèves, d'après le modèle de leur maître.
II. CHEMIN, (Jean-Baptiste) né le 26 novembre 1726, devint curé de Tourneville, dans le dio- cèle d'Évreux, & s'appliqua particulièrement à l'Histoire de Normandie, sur laquelle il laissa plusieurs manuscrits. Il est mort le 15 mars 1781, après avoir publié les Vies de S. Vénérand & de S. Maure, martyrs.
CHEMIN, Voy. DUCHEMIN.
CHEMINAIS, (Timoléon) — Jésuite, né à Paris en 1652, d'un commis de M. de la Villière secrétaire d'état, fit admirer son talent pour la chaire à la cour & à la ville. Lorsque ses infirmités lui eurent interdit le ministère de la prédication dans les églises de Paris, il alloit tous les dimanches instruire les pauvres de la campagne. On appeloit Bourdaloue le Corneille des prédicateurs, & Cheminais le Racine; mais on ne lui donne plus ce nom, depuis que Maffillon a paru. Ce n'est pas qu'il n'y ait dans ses Sermons des morceaux pathétiques & très - touchans; mais il n'a pas, à un degré aussi supérieur que l'évêque de Clermont, le talent d'enlever l'esprit & d'attendrir le cœur. Il ne se soutient pas si bien; il écrit avec moins de pureté. On dit qu'il vouloit s'affranchir du joug des divisions & des subdivisions, entraves du génie & quelquefois du sentiment. Le P. Bretonneau a publié ses Discours en 3 vol. in-12. Le P. Cheminais mourut en 1689, âgé de 38 ans, en digne ministre de cette religion qui l'avoit animé pendant sa vie. Sa carrière fut courte, mais elle fut bien remplie. On a encore de lui Les Sentimens de piété, imprimés en 1691, in-12; ouvrage qui se ressent un peu trop du style brillant de la chaire, & pas assez du langage affectueux de la dévotion. Le P. Cheminais avoit, dit-on, du talent pour les poésies légères & pour les vers de société; mais il ne nous reste de lui en ce genre que quelques vers, cités dans la République des Lettres de Bayle, (septembre 1686) qui les appelle fort jolis & fort galans. I. CHEMNITZ, (Martin) Chemnitius, disciple de Mélanchthon, est célèbre par son Examen Concilii Tridentini, cours de théologie Protestante, en quatre parties, qui forment 1 vol. in-fol., Francfort 1585, ou 4 vol. in-8°. Il fut attaqué par Andrada... Chemnitz mourut en 1586, à 64 ans. Il étoit né en 1522 à Britzen dans le Brandebourg, d'un ouvrier en laine. Son mérite le rendit cher aux princes de sa communion, qui l'employèrent dans les affaires de l'Église & de l'État.
II. CHEMNITZ, (Chrétien) petit-neveu de Martin, naquit à Koningsfeldt en 1615. Après avoir été ministre à Weimar, il fut fait professeur de théologie à Jene, où il mourut en 1666 à 51 ans. On a de lui : I. Brevis instruitio futuri Ministri Ecclesia. II. Differtationes de Prædestinatione, &c. &c.
III. CHEMNITZ, (Bogeflas-Philippe) petit-fils de Martin, est auteur d'une Histoire très-détaillée & fort estimée en 2 vol. in-fol. de la guerre des Suédois en Allemagne sous le grand Gustave-Adolphe. La reine Christine, en récompense de cet ouvrage, anoblit l'auteur, & lui donna la terre de Holstedt en Suède, où il mourut l'an 1678.
CHENAYE DES BOIS, Voyet DES BOIS.
CHENIER, (André) fils d'un consul François à Constantinople, naquit dans cette capitale de l'empire Ottoman & se fit connoître par un talent aimable pour la poésie. Quelques articles de lui, insérés en 1792 dans le journal de Paris, irritèrent les Jacobins, qui le firent condamner à mort deux ans après par le tribunal révolutionnaire de Paris. Il n'étoit âgé que de 31 ans.
CHENU, (Jean) avocat à Bourges, puis à Paris, se maria en 1574, & mourut en 1627, à 68 ans. On a de lui : Anti-quités de Bourges, Paris 1621, in-4°; Chronologie des Archevêques de Bourges, en latin, 1621, in-4°; & quelques livres de jurisprudence, oubliés. Ses autres ouvrages sont savans, mais mal écrits. C'étoit un homme très-laborieux.
CHEOPS, Voyet KOPHTUF.
CHERBURY, (Mylord) Voyet I. HERBERT.
CHEREAU, (François) graveur ordinaire du roi, né à Blois en 1681, mort à Paris en 1729, à 48 ans, a gravé S. Jean dans le désert d'après Raphaël; le portrait du cardinal de Polignac d'après Rigaud. Ces estampes sont très-estimées, ainsi que presque tout ce qui est sorti de son burin.
CHEREBERT, Voyet CARIBERT.
CHÉRÉMOCRATE, célèbre architecte, bâtit le fameux temple de Diane à Éphèse, qui passa pour l'une des merveilles du monde.
CHÉRÉPHON, poète tragique d'Athènes, vivoit du temps de Philippe roi de Macédoine. Il étoit ami de Socrate & de Démosthènes. Aristophane se moquoit de sa maigreur, qui étoit si extraordinaire qu'elle étoit passée en proverbe. 358 CHE
CHÉRILE, poète Grec, ami d'Hérodote, chanta la victoire que les Athéniens remportèrent sur Xerces. Son poème charma tellement les vainqueurs, qu'ils firent donner à l'auteur une pièce d'or pour chaque vers, & qu'ils ordonnèrent qu'on réciteroit ses Poésies avec celles d'Homère. Si nous en jugeons par les fragmens qui nous en restent, dans Aristote, dans Strabon, & dans Josèphe contre Apion, cet ouvrage méritait une telle récompense. Le général Lyfordre voulut toujours avoir Chérile auprès de lui, pour que ce poète transnaît à la postérité sa gloire & ses actions. — Il y eut un autre CHÉRILE, postérieur à celui-ci, qui, quoique mauvais versificateur, a acquis une forte de célébrité, parce qu'Alexandre lui avoit permis de le suivre en Asie pour chanter ses victoires, & qu'il le récompense comme il auroit fait un poète excellent. Quelques auteurs racontent la chose autrement, & disent que ce prince qui le connoissoit, lui avoit promis un philippe d'or pour chaque bon vers, & un soufflet pour chaque mauvais; & que s'en étant à peine trouvé sept de bons dans un poème fort long, Alexandre indigne de son ignorance, le fit mettre en prison, où il le laissa mourir de faim.
CHÉRIN, (Bernard) généalogiste des ordres du Saint-Esprit & de Saint-Lazare, mort à Paris en 1785, mettoit de l'équité dans l'examen des titres, où d'autres n'ont mis qu'une simple complaisance. L'on disoit même qu'il étoit injuste à force de justice. On a de lui la Généalogie de Montesquieu, in - 4.º I. CHÉRON, (Mythol.) fils d'Apollon, donna son nom à la ville de Chéronée en Grèce, qui avant lui se nommoit Arné.
II. CHÉRON, (Elizabeth-Sophie) fille d'un peintre en émail de la ville de Meaux, naquit à Paris en 1648, & eut son père pour maître. A l'âge de 14 ans, le nom de cette enfant étoit déjà célèbre, & éclipsait celui de son père. L'illustre le Brun la présenta en 1672 à l'académie de peinture & de sculpture, qui couronna ses talens en lui donnant le titre d'académicienne. Cette fille illustre se partageoit entre la peinture, les langues savantes, la poésie & la musique. Elle a dessiné en grand beaucoup de pierres gravées, travail pour lequel elle avoit un talent décidé. Ses tableaux n'étoient pas moins recommandables, par un bon goût de dessin, une facilité de pinceau singulière, un beau ton de couleur, & une grande intelligence du clair-obscur. Toutes les manières de peindre lui étoient familières. Elle a excellé dans l'histoire, dans la peinture à l'huile, dans la miniature en émail, dans le portrait, & sur-tout dans ceux des femmes: le seul qui nous reste de Mad. Deshouvières est de sa main. On dit qu'elle peignoit souvent de mémoire des personnes absentes, avec autant de ressemblance que si elle les avoit eues sous les yeux. Elle aimoit sur-tout à conserver les portraits de ses amis, pour avoir le plaisir, disoit-elle, de s'entretenir avec eux, même en leur absence. L'académie des Ricovraies de Padoue l'honora du surnom d'Erato, & lui donna une place dans sa compagnie. Une si grande réunion de talens lui fit accorder par Louis XIV une pension de cinq cents livres. Elle mourut à Paris le 3 septembre 1711, âgée de 63 ans, aussi estimable par les qualités du cœur que par celles de l'esprit. Elle avoit été élevée dans la religion Protestante; mais l'ayant quittée pour la Catholique, elle prouva par ses vertus la sincérité de sa conversion. Une dame coquette lui ayant demandé cinq copies de son portrait, un ami de Mlle Chéron lui dit : « Eh ! pourquoi le tant multiplier ?... » Quoniam, répondit-elle, multiplicata sunt iniquitates ejus. On a de cette fille célèbre : I. Effai des Pseaumes & Cantiques mis en vers, enrichi de figures, à Paris 1693, in-8. Les figures sont de Louis CHÉRON, son frère, bon graveur & habile peintre, né à Paris en 1660, & mort à Londres en 1723 à 63 ans. II. Le Cantique d'Habacuc & le Pseaume cIII, traduits en vers François, & publiés en 1717, in-4°, par le Hay, ingénieur du Roi, qui avoit épousé cette femme d'esprit. III. Les Cerises renversées, pièce ingénieuse & plaifante, que le célèbre poète Rouffeau estimoit & qu'on publia en 1717 avec la Batrachomyomachie d'Homère, traduite en vers par Boivin le cadet. La poésie de Mlle Chéron est foible, & ne vaut pas ses tableaux; il y a pourtant quelques jolis détails, & l'Ode sur le Jugement dernier, n'est pas un ouvrage méprisable. Quelques-uns ont attribué cette dernière pièce au Père Campif-ron Jésuite. L'abbé Bofquillon fit les vers suivants pour son portrait : « De deux talens exquis l'assemblage nouveau, Rendra toujours Chéron l'ornement de la France. Rien ne peut de sa plume égaler l'excellence, Que les graces de son pinceau. »
CHÉ 359
CHERSIPHON, Voyez CTÉSIPHON, n.º 1.
CHÉRUBIN D'ORLÉANS, (le Père) Capucin, cultiva la physique & l'optique. On a de lui : I. La Dioptrique oculaire, à Paris 1671, in-fol. II. La Vision parfaite, 1677 & 1681, en 2 vol. in-fol. figures. Ces livres renferment des choses curieuses qui les sont rechercher.
CHESEAUX, (Jean-Philippe de Loys de) né à Lausanne en 1717, mort à Paris en 1751 à 33 ans, étoit petit-fils du célèbre Croufas. Les académies des sciences de Paris, de Gottingen & de Londres, se l'associèrent. C'étoit un savant universel. L'astronomie, la géométrie commune & sublime, la théologie, le droit, la médecine, l'histoire, la géographie, les antiquités sacrées & profanes, l'occupèrent tour-à-tour. Dès l'âge de 17 ans, il avoit fait trois Traités de physique sur la Dynamique, sur la force de la poudre à canon, & sur le mouvement de l'Air dans la propagation du son. On a encore de Cheseaux, un vol. in-8° de Dissertations critiques sur la partie prophétique de l'Écriture-Sainte, Paris 1751; un Traité de la Comète de 1743; une Table des Équinoxes du Soleil & de la Lune; & des Éléments de Cosmographie & d'Astronomie, qu'il composa en faveur d'un jeune seigneur. Ce dernier ouvrage, plein de clarté & de précision, est justement estimé.
CHESELDEN, (Guillaume) chirurgien célèbre de Londres, mort en 1752 à 64 ans, étoit de la société royale de cette ville, & correspondant de l'académie des sciences de Paris. Les heureux succès de Douglas dans l'extraction de la pierre par le haut appareil, l'animèrent à suivre & à pratiquer la même méthode, & dans l'expérience qu'il en fit, il ne trouva d'autre sujet de se repentir, que celui de n'avoir pas tenté ce secours plutôt. Mais de toutes ses opérations celle qui lui fit le plus d'honneur, fut d'avoir donné la vue à un jeune homme de 14 ans, aveugle de naissance, en lui ouvrant la prunelle des deux yeux. On trouve les détails circonfinis de cette opération, dans les *Transactions philosophiques*, & dans les *Mémoires de l'Académie de Chirurgie*. Cet habile lithotomise donna, en 1713, une *Anatomie du Corps humain*; il y en a eu huit éditions: la dernière a été imprimée à Londres en 1752. Cet ouvrage est fermé d'observations chirurgicales très-curieuses, & orné de quarante planches fort exactes. Le même auteur a donné une *Osiéographie*, Londres 1733, in-folio, avec de très-belles figures. On y trouve une exposition des maladies des Os, recommandable par son exactitude. *Voy. BAULOT.*
CHESNAYE, (Nicole de la) auteur abfolument inconnu, auquel on attribue une Moralité par personnages, assez rare, qui est intitulée: *La Nef de santé, avec le gouvernail du Corps humain, la condamnation des Banquets, & le Traité des Paffions de l'Ame*; Paris, Verard, in-4°, sans date. I. CHESNE, (André du) appelé le *Fère de l'Histoire de France*, naquit en 1584 à l'Isle-Bouchard en Touraine. Il fut écrasé en 1640, à 56 ans, par une charrette, en allant de Paris à sa maison de campagne à Verrière. On a de lui: *Une Histoire des Papes*, Paris 1633, 2 vol. in-folio. II. Une *Histoire d'Angleterre* en 2 vol. in-folio comme la précédente, Paris 1634, & regardées l'une & l'autre comme des compilations un peu indigestes. III. *L'Histoire des Cardinaux François*, qu'il commença, & que son fils acheva en partie, Paris 1660. Il n'y en a eu que 2 vol. de publiés, & il devoit y en avoir quatre. C'est un ouvrage mal fait, mal digéré, & encore plus mal écrit. IV. *Recueil des Historiens de France*. Il devoit contenir 24 vol. in-folio. *Du Chesne* donna les deux premiers vol. depuis l'origine de la nation jusqu'à *Hugues Capet*: le troisième & le quatrième, depuis *Charles Martel* jusqu'à *Philippe-Auguste*, étoient sous presse lorsqu'il mourut, (*Voyet DELRIO & HUGUES*, n° VII.) Son fils *François DU CHESNE*, héritier de l'érudition de son père, publia le cinquième, depuis *Philippe-Auguste* jusqu'à *Philippe le Bel*. V. *Historia Francorum & Normannorum Scriptores*, in-folio. VI. *Les Généalogies de Montmorency, Châtillon, Guines, Vergy, Droux, Béthune, Chateigniers*, 7 volumes in-folio. VII. *Histoire des Ducs de Bourgogne*, 1619 & 1628, 2 vol. in-4°. VIII. *Bibliotheca Cunicaensis*, Paris, 1614, in-folio. &c.; recueil utile, publié avec *Dom Marrier*. — *Du Chesne* étoit un des plus savans hommes que la France ait produits pour l'histoire, surtout pour celle du Bas-Empire. Il communiqueit liberalement ses recherches, non-seulement à ses amis, mais encore aux étrangers. *Les Recherches sur les Antiquités des Villes de France*, que plusieurs écrivains lui ont attribuée, ne paroît être ni de cet écrivain, ni digne de sa plume.
II. CHESNE, (Jean-Baptiste) *Philipotot du Jésuite*, né en 1632 au village du Chesne en Champagne, dont il prit le nom, mourut en 1755, dans sa 63e année. On a de lui : I. Abrégé de l'Histoire d'Espagne, in - 12. II. Abrégé de l'Histoire ancienne, in-12. Ces deux ouvrages, quoique superficiels, ont servi à l'éducation de la jeunesse, pour laquelle l'auteur avoit du talent. III. Le Prédestinations, 1724, in - 4.° IV. Histoire du Balanisme, 1731, in - 4.° V. La Science de la jeune Noblesse, 1730, 3 volumes in - 12.
III. CHESNE, (Joseph du) QUERCETANUS, seigneur de la Violette, médecin ordinaire du Roi, étoit natif de l'Armagnac. Après avoir fait un assez long séjour en Allemagne, il vint exercer son art à Paris. Il avoit acquis de grandes connoissances dans la chimie, à laquelle il s'étoit particulièrement appliqué. Les succès qui suivirent sa pratique dans cette partie, déchaînèrent contre lui les autres médecins, sur-tout Guy-Patin, qui s'efforça de le couvrir de farcasmes & de railleries. Il porta son acharnement jusqu'à s'en prendre à tout le pays d'Armagnac, qu'il appeloit maudit pays. Cependant l'expérience a fait voir que du Chesne a mieux rencontré sur l'antimoine que Patin & ses confrères. Ce savant chimiste, qui est appelé du Quesne par Moréri, mourut à Paris en 1609, dans un âge très-avancé. Il a fait en vers françois, La Folie du Monde, 1583, in-4°, Le grand Miroir du Monde, 1593, in-8.° Il avoit aussi composé plusieurs livres de Chimie, qui ont eu de la réputation ; tel qu'un Traité sur la Cure des Arquebuses, un Antidotaire spargique ; une Apologie des Chimistes.
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IV. CHESNE, Voyer CHEYNE, & ENZINAS.
CHESTERFIELD, (Philippe Dorner Stanhope, comte de) né à Londres le 22 septembre 1695, mort le 24 mars 1773, à 78 ans, a été l'un des meilleurs philosophes moralistes d'Angleterre. Après avoir fait d'excellentes études, il voyagea pour connoître les hommes, dont la lecture ne donne jamais que des idées imparfaites. De retour dans sa patrie, il se produisit à la cour, & obtint en 1722, la place de capitaine aux Gardes-Suisses ; mais trois ans après il fut disgracié, & privé de tous ses emplois. La mort de son père en 1726, le fit entrer dans la chambre-haute, & la mort de George I, en 1727, lui procura une situation brillante. Il eut le bonheur d'avoir pour contemporains, les hommes les plus illustres ou les plus célèbres de sa nation, Addison, Vambrung, Garth, Gay, Pope, &c., &c. Tous ces écrivains furent ses amis, & il ne s'enorgueillit pas avec eux, comme tant d'autres grands, d'être leur protecteur. Mais une sunette passion ternit sa gloire & altéra la douceur de sa vie : c'est l'amour excessif du jeu, qui le lia quelquefois avec les hommes les plus méprisables. Le poste d'envoyé à la Haye, en 1728, acheva de déranger son commerce avec les Muses. Les grâces d'une élocution facile & les prodigalités d'un caractère magnifique lui firent tant de partisans, que le roi le crut nécessaire en Hollande. En 1732, il eut l'honneur d'associer à l'ordre des Francs-Maçons le duc de Lorraine, depuis empereur sous le nom de François I. Ce prince le traita toujours en ami tendre. Le comte de Chesterfield étant tombé 362 CHE malade à la Hye, demanda son rappel, & brilla sur un autre thelme. Son éloquence & ses talons lui donnèrent une grande influence dans la chambre-haute. Enfin, décidé à cultiver dans une retraite honorable la philosophie & les lettres, il rompit les liens qui l'attachoient à la cour. Il se maria en 1733, & son hymen fut heureux. Il avoit obtenu le gouvernement de l'Irlande, où son humanité & son humeur libérale ont rendu sa mémoire très-chère. Il conferva si gaieté jusques dans sa vieilleffe. Quelques jours avant sa mort, il alia se promener en carrolle. Quelqu'un lui demanda, s'il avoit été prendre l'air? — Non, répondit-il, j'ai été faire une répétition de mon enterrement. On a de lui divers Ouvrages de morale, de philosophie & de politique, qui ne sont pas exempts de défauts, mais qui offrent des réflexions originaires. Un des plus piquants est son Bramme inspiré, qui a été traduit en françois en un petit volume in-12. On distingue aussi ses Lettres à son fils, Amsterdam 1777, 4 vol. in-12, où il parle en homme qui connoit le monde, mais qui croit trop qu'on est toujours assez honnête, lorsqu'on est aimable. Au lieu de l'instruire des devoirs d'un citoyen, d'un philosophe, il lui apprend le moyen de tromper les femmes. Ce fils, pour lequel il écrivait, étoit un bâtard; car il n'a pas laissé d'enfants légitimes. On a accusé mylord Cheslerfield de porter le scepticisme jusques dans les principes de la morale, de croire peu à la vertu, parce que lui-même n'en avoit pas beaucoup, ou moins de celle qui véritablement mérite ce nom. Aussi le vit en dans le parlement changer chaque jour d'opinion, parce qu'il changeoit d'intérêt. Il abandonna la cause des rois, lorsqu'ils étoient dans l'infortune; & trahit celle de la nation, lorsqu'il espéra la faveur des rois. C'est lui qui contribua le plus à rendre le parlement septennal; & ce n'est pas la seule atteinte qu'il porta à la constitution de sa parrie. I. CHETARDIE, (Joachim Troiti de la) bachelier de Sorbonne & curé de Saint-Sulpice de Paris, naquit en 1636, au château de la Chétardie dans l'Angoumois, & mourut en 1714. Il avoit été nommé à l'évêché de Poitiers en 1702; mais il le refusa. Ses devoirs de passeur ne l'empêchèrent point d'enrichir le public de plusieurs ouvrages utiles. Il publia: I. Homéises pour tous les Dimanches & Fêtes de l'année, 3 vol. in-4° pleines d'onction & de solidité. II. L'ouvrage connu sous le nom de Catéchisme de Bourges, en 2 vol. in-12, & 1 vol. in-4°. III. Explication de l'Apocalypse, in-8° & in-4°. IV. Entretiens Ecclésiastiques, 4 vol. in-12.
II. CHETARDIE, (le Chevalier de la) neveu du curé de Saint-Sulpice, mort vers 1700, étoit un homme d'esprit, plein de politesse. Il est auteur de deux ouvrages dont les leçons sont excellentes, mais dont le style & les réflexions n'ont rien de bien remarquable. Le premier a pour titre: Infraction pour un jeune Seigneur; & le second: Infraction pour une Princesse, in-12.
CHEVALET, (Antoine) gentilhomme Dauphinois, est auteur de la Vie de S. Christophe par personnages, Grenoble, 1530, in-foli fort rare.
CHEVALIER, (Nicolas) François rétugié à Utrecht, à saufe de la religion Proteflante qu'il profeffoit, a fait paroître un favant ouvrage, intitulé : Recherches curieufes d'Antiquités confervées à Utrecht, 1709, in-folio.
CHEVALIER SANS REPROCHE, Voy. les articles BARBAGAN, BAYARD, TREMOILLE, trois guerriers auxquels on donna ce nom.
CHEVALON, (Claude) imprimeur diftingué dans le 16e fîcle, a publié des éditions précieufes & exécutées avec foin, telles que les Œuvres de S. Jérôme, de S. Augustin, le Droit civil avec des Commentaires.
CHEVANES, (Jacques de) né à Autun, fe fit capucin, & obtint un nom parmi les prédicateurs & les théologiens. On lui doit flufieurs Ouvrages où il règne plus de piété que de bon goût. Il eft mort à la fin du 17e fîcle.
CHEVASSU, (Joseph) curé des Rouffes dans le diocèfe de Saint-Claude, mort à Saint-Claude fa patrie, le 25 octobre 1752, à 78 ans, étoit l'exemple du troupeau qu'il inftruifoit. On a de lui : I. Des Méditations Eccléfiatiques, 6 volumes in-12, 1764, où il y a des chofes folides & peu de touchantes. II. La Missionnaire Paroiffial, 4 vol. in-12, renfermant fes Prônes & des Conférences fur les principales vérités de la religion. L'onction n'étoit pas la qualité dominante de cet orateur ; mais il étoit inftruit, & poffédoit bien l'Ecriture & les Peres. — CHEVERT, (François de) né à Verdun-fur-Meuse, le 21 février 1695, d'abord enfant de chœur, s'éleva, du pofte de fimple foldat, au grade de lieutenant- général. Il dut tout à fon mérite, & rien à la faveur ni à l'intrigue. Il eut à lutter contre l'envie & contre l'obfcurité de fa naiffance. Une étude profonde de la tactique, un amour extrême de fes devoirs, un defir ardent de fe diftinguer ; tels furent les protecteurs qui veillèrent à fon avancement. Nous ne fuivrons pas toutes les actions éclatantes qui le diftinguèrent. Tout le monde connoit la retraite de Prague par le maréchal de Belle-Île. Chevert, qu'il y laiffa avec dix-huit cents hommes, preffe de fe rendre par la famine, par les habitans & par une armée nombreufe, prend les ôtages de la ville, les renferme dans fa propre maifon, & met dans les caves des tonneaux de poudre, réfolu de fe faire fauter avec eux, fi les bourgeois veulent lui faire violence. Il obtint ce qu'il demandoit, c'eſt-à-dire de fortir avec tous les honneurs de la guerre : le prince Lobkowitz lui accorda deux pièces de canon. — Les guerres de 1741 & de 1757, offrirent à notre guerrier les occasions les plus dangereuses & les plus brillantes. A la journée d'Haft-tembeck, il fut chargé de chaffer l'ennemi des fommités d'une montagne couverte de bois. C'eſt en y pénétrant qu'il fixa fur le marquis de Bréhan des regards enflammés, & que le faiffant par la main : Juret-moi, lui dit-il, foi de chevalier, que vous & votre régiment vous vous ferez tuer jusqu'au dernier, plutôt que de reculer. — La confiance qu'il infpiroit aux foldats étoit extrême. Dans une occasion où il s'agiffoit de s'emparer d'un fort, il appelle un grenadier dont il connoiffoit la bravoure : Vas droit à ce fort, lui dit-il, fans t'arrêter. On te dira : Qui va là ? Tu ne répondras rien ; on te le dira 364 CHE encore, tu avanceras toujours fans rien répondre : à la troisième fois on tirera sur toi ; on te manquera : tu fondras sur la garde ; & je suis là pour te soutenir. Le grenadier partit à l'instant, & tout arriva comme Chevert l'avoit prévu. — Ce brave officier mourut le 24 janvier 1769, dans la 74e année de son age. Il étoit commandeur-grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, chevalier de l'aigle blanc de Pologne, gouverneur de Givet & de Charlemont, lieutenant-général des armées du roi. Il fut inhumé en la paroisse de Saint-Euflaché de Paris. L'éloge le plus vrai qu'on puisse faire de Chevert, est apposé en forme d'épitaphe à la porte principale de cette église. Cet éloge est conçu en ces termes : « Sans aïeux, sans fortune, sans appui, orphelin dès l'enfance, il entra au service à l'âge de onze ans. Il s'éleva malgré l'envie à force de mérite, & chaque grade fut le prix d'une action d'éclat. Le seul titre de Maréchal de France a manqué, non pas à sa gloire, mais à l'exemple de ceux qui le prendront pour modèle. » Chevert étoit, dit-on, aussi fier de l'obscurité de sa naissance, que d'autres le font de leur noblesse. Lorsqu'il fut parvenu aux premiers grades militaires, un gentilhomme réclama son crédit à la cour, en qualité de cousin. Chevert lui répondit : Vous êtes gentilhomme ; vous ne pouvez être mon parent : car vous voyez en moi le premier & le seul gentilhomme de ma race. Le maréchal de Saxe, eut la plus grande estime pour lui. Il en faisoit l'éloge devant un officier titré qui crut l'atténuer, en disant : Oui, Chevert, est un bon militaire, mais c'est un officier de fortune. — Maurice répliqua aussitôt : Vous me l'apprenez : jusqu'à présent je n'avois eu pour Chevert que de l'estime ; mais désormais, je lui dois du respect.
CHEVILLARD, (Jacques) généalogiste, mort le 24 octobre 1751, âgé de 71 ans. On a de lui : I. Un Dictionnaire Héraldique, 1723, in-12 ; il contient les armes des pannes, des grands officiers de la couronne, avec celles de plusieurs maïfons & familles du royaume. II. Carte contenant les armes, les noms & qualités des gouverneurs, capitaines & lieutenans-généraux de la ville de Paris. III. D'autres Cartes concernant l'art héraldique : pauvre science & pauvre auteur ! Dans son Dictionnaire Héraldique, il n'y a guère que des estampes. L'historique des armoiries pouvoit être utile ; mais ces recherches demandaient un savant, & Chevillard ne l'étoit guère.
CHEVILLIER, (André) né à Pontoise en 1636, parut en Sorbonne avec tant de distinction, que l'abbé de Brienne, depuis évêque de Coutances, lui céda le premier lieu de licence, & en fit même les frais. Il mourut en 1700, à 64 ans, bibliotéchaire de Sorbonne. Sa piété égala son savoir, & son savoir étoit profond. On l'a vu se dépouiller lui-même pour revêtir les pauvres, & vendre ses livres pour les assister. On a de lui : I. Origine de l'imprimerie de Paris, dissertation historique & critique, pleine d'érudition, & souvent citée dans les Annales Typographiques de Malteaire, 1694, in-4. II. Le grand Canon de l'Église Grecque, traduit en françois, in-12, 1699. C'est plutôt une paraphrase, qu'une traduction. III. Dissertation latine sur la Concile de Calcedoine, touchant les formules de foi, 1664, in-4.
CHEVILLON, Voy. VIII. AMBOISE. — CHEVREAU, (Urbain) naquit à Loudun en 1613. Il fit paroître de l'esprit dans ses premières études. La reine Christine de Suède le choisit pour son secrétaire, & l'électeur Palatin pour son conseiller. Chevreau, fixé dans cette cour, contribua beaucoup à la conversion de la princesse électorale, depuis duchesse d'Orléans. Après la mort de l'électeur il revint en France, & fut choisi par Louis XIV pour précepteur du duc du Maine. Le désir de vaquer en repos aux exercices de la vie chrétienne, l'obligea de quitter la cour pour se retirer dans sa patrie. Il mourut le 15 février 1701, âgé de 88 ans, laissant une belle bibliothèque. Il ne rougit jamais de la religion au milieu des grands. Sa piété fut tendre, autant que son érudition fut profonde. On doit à ce savant bel esprit les ouvrages suivants : Les Tableaux de la Fortune, 1651, in-8°, depuis réimprimés avec des changements, sous ce titre : Effets de la Fortune, en 1656, in-8°, ouvrage qui fut bien accueilli dans le temps, quoiqu'il soit d'un style foible & incorrect. C'est un tableau raccourci des grandes révolutions arrivées dans le monde. II. L'Histoire du Monde, en 1686, réimprimée plusieurs fois. La meilleure édition est celle de Paris, 1717, en 8 vol. in-12, avec des additions considérables par Bourgeois de Chastent. On sent, en lisant cette Histoire, que l'auteur a puisé dans les sources primitives; mais il ne les cite pas toujours avec fidélité. L'histoire Grecque & la Romaine, la Mahométane, celle de la Chine, y sont traitées avec assez d'exactitude. L'auteur auroit pu se dispenser de mêler aux vérités utiles de son ouvrage, les généalogies Rabbiniques qui le défigurent, & quelques discussions, qui ne devoient entrer que dans une histoire en grand. Il semble qu'il ait voulu inférer dans son ouvrage, non les faits nécessaires, mais tout ce qu'il avoit mis dans sa tête ou dans ses recueils. Sa diction est d'ailleurs rude & raboteuse. III. Œuvres mêlées, deux parties in-12, la Haye 1697. Ce sont des lettres semées de vers latins & françois quelquefois ingénieux, quelquefois foibles; d'explications de passages d'auteurs anciens grecs & latins; d'anecdotes littéraires, &c. IV. Chevreau, 2 vol., Paris 1697-1700: recueil dans lequel l'auteur a versé de petites notes, des réflexions, des faits littéraires qu'il n'avoit pu faire entrer dans ses autres ouvrages; parmi ces faits il y en a quelques-uns de hafardés. L'auteur n'ayant pas l'esprit méditatif, aimoit assez les compilations. Il avoit joint cependant à l'étude des anciens le commerce de quelques-uns des modernes & il s'étoit formé chez les uns & chez les autres: mais la lecture, & la société des gens d'esprit, ne purent l'élever au-dessus du médiocre. V. Plusieurs pièces de théâtre, le Mariage du Cid, l'Avocat dupé, Lucrèce, Coriolan, les deux Amis, l'Innocent enlié, les Frères rivaux.
CHEVREMONT, (l'abbé Jean-Baptiste de) Lorrain de nation, secrétaire de Charles V duc de Lorraine, se retira à Paris après la mort de son maître, & y mourut en 1702. On a de lui: I. La connoissance du Monde. II. L'Histoire de Kemiski. III. La France ruinée, par qui & comment. IV. Le Testament politique du Duc de Lorraine, Leipzig 1696, in-8° V. L'É- 366 CHE tat actuel de la Pologne. VI. Le Chrissianisme éclairé sur les différents du temps en matière de Quatrième, &c. Les ouvrages de l'abbé de Chevremont n'ont rien pour gagner le lecteur : ils sont remplis de projets ridicules, d'idées fauffes, & le style en est languissant.
CHEVREUSE, (Marie de ROHAN Montbafon, ducheffe de) née en 1600, d'Hercule de Rohan, duc de Montbafon, épousa en 1617, Charles d'Albert, duc de Luynes, connétable de France. Après la mort du connétable, elle se remaria en 1622 à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, ci-devant prince de Joinville, rival d'Henri IV auprès de la marquise de Verneuil, mort en 1657, à 79 ans. Cette dame fut célèbre par sa beauté & par son esprit. Voy. SIRILOT & III. AUBESPINE. « Je n'ai jamais vu qu'elle, dit le cardinal de Ret, en qui la vivacité suppléait au jugement. Elle avoit des failles si brillantes, qu'elles paroissaient comme des éclairs; & si sages, qu'elles n'auroient pas été désavouées par les esprits les plus judicieux de son siècle. » Son grand malheur étoit de laisser dominer sa raison par tous ceux qu'elle aimoit. Charles IV, duc de Lorraine, qui fut l'un de ses premiers adorateurs, la jeta dans les intrigues & les affaires. Le duc de Buckingham l'entretient dans ce goût, qu'elle ne perdit point à la cour orageuse de Louis XIII. Son attachement pour la reine Anne d'Autriche lui fit haïr le cardinal de Richelieu, parce qu'elle voyoit avec peine la manière dont ce ministre traitoit cette princesse. Le cardinal l'en punit par l'exil, elle fut même obligée de sortir de France, & de se retirer à Bruxelles, d'où elle entretient un commerce ré- glé avec la reine. Quand Anne d'Autriche fut devenue régente, la ducheffe de Chevreuse revint triomphante à la cour; mais sa faveur fut de courte durée. Étant entre dans les intrigues contre le cardinal Maurin, & se laissant gouverner par le coadjuteur, depuis cardinal de Ret, l'un de ses derniers amis, elle montra une conduite fort inconstante & fort incertaine, & fit beaucoup de fauffes démarches. Cependant elle conferva toujours de l'ascendant sur l'esprit de la reine. Ce fut elle qui la porta à consentir à la disgrace du fameux surintendant Fouquet. Elle mourut en 1679, à 79 ans. Ce fut par elle que le duché de Chevreuse vint à ses enfants du premier lit. Elle n'eut du second que trois filles, donc deux se firent religieuses, & la troisième mourut sans alliance. — Il ne faut pas la confondre avec sa belle-fille, Charlotte-Marie de LORRAINE, morte en 1652, à 25 ans, laquelle joue un rôle dans les Mémoires du cardinal de Ret.
CHEVRI, (N.** de) fille d'un président à la chambre des comptes de Paris, vivoit à la fin du 17e siècle. Devenue religieuse de Saint-Pierre à Lyon, elle se fit quelque réputation par son talent pour la poésie. On connoit d'elle un Poème à Louis XIV, sur ce qu'on ne pouvoit lui donner de nom qui répondit à sa grandeur. On le trouve, dans le recueil qui a pour titre, La nouvelle Pandore.
CHEVRIER, (François-Antoine) né à Nancy d'un secrétaire du roi, montra des sa jeunesse beaucoup d'esprit et de méchanceté. Il servit d'abord, en qualité de volontaire, dans le régiment de Tournais. Il se dégoûta bientôt du métier de la guerre, & alla à Paris, où il travailla pendant quelque temps pour le théâtre comique. Se voyant obscurci par des rivaux, & s'étant fait des ennemis par son génie satirique, il quitta la capitale & se mit à courir le monde. Après avoir parcouru divers pays, s'être consacré tour-à-tour à l'intrigue & aux lettres, il alla mourir en Hollande en 1762. Une forte indigestion l'enleva à Rotterdam, le 2 juillet, à 41 ans. C'étoit un homme d'une assez haute taille; le visage maigre & alongé; les yeux vifs & pleins de feu. Une humeur àcre le rongeoit sans cesse, & il l'entretenoit par la liqueur bachique. Dans ses accès satiriques, il n'épargnoit personne, quoiqu'il fût d'une excessive poltronnerie, & qu'il eût recueilli quelquefois de tristes fruits de sa fureur de médire. Cet écrivain avoit d'ailleurs quelques talens, de l'esprit & de l'imagination, & surtout beaucoup de facilité; mais il en abusoit, & il n'a rien laissé de véritablement estimable. Il est auteur de quelques comédies: *La Revue des Théâtres*, en un acte en vers, 1753: *Le Retour du Goût*; *La Campagne*, 1754: *L'Époufie suivante*; *Les Fêtes Parifiennes*, 1755. On a encore de lui plusieurs ouvrages en prose: I. Plusieurs romans: *Cela est singulier*; *Maga-Kou*; *Mémoires d'une honnête Femme*, in-12: *Le Colporteur*, in-12. Ce dernier ouvrage, plein d'atrocités révoltantes & de faillies heureuses, est une satire affreuse des mœurs du siècle. II. *Mémoires pour servir à l'Histoire de Lorraine*, 2 vol. in-12. III. *Les Ridicules du siècle*, in-12: ouvrage qui fut proscrit dans sa nouveauté. L'auteur avoit trempé son pinceau dans le fiel, & presque tous ses caractères sont outres; ce livre est d'ailleurs très-médiocre. IV. *La Journal militaire*. V. *Le Testament Politique du Maréchal de Belle-Île*, son *Codicile* & sa *Vie*, en 3 vol. in-12, dont le premier renferme quelques vues judicieuses & quelques idées assez bonnes. Il eut beaucoup de cours; mais les deux autres furent moins goûtés. VI. *L'Histoire de Corfe*, in-12, Nanci, 1749. VII. *Projet de Paix générale*. VIII. *Almanach des Gens d'esprit, par un Homme qui n'est pas fort*. L'indécence, la satire impudente, l'obscénité & l'impiété dominent dans cette misérable brochure, ainsi que dans la plupart des livres de cet écrivain, dont les mœurs ne valoient pas mieux que les ouvrages. « Préfé tous ses ouvrages, dit un écrivain, sont infectés de l'esprit de satire & du poifon de la haine, & peuvent être comparés à ces nuées d'infectes éphémères qui piquent un moment, & ne vivent qu'un jour. » Il préparoit de nouvelles horreurs contre le marquis de *Caraccioli*, contre *Fréron*, &c. lorsqu'il mourut. *La Vie du P. Norbert*, Capucin, connu aussi sous le nom d'abbé *Platel*, fut une des dernières productions de *Chevrier*, & ce n'est pas la moins méchante.
CHEYNE, (George) Anglois, docteur en médecine de la société royale de Londres, naquit en Écosse en 1671. Il s'appliqua à la philosophie & aux mathématiques, ensuite à la médecine, & réussit très-bien dans la pratique de cette science. Il mourut en 1743, dans sa 72$^{e}$ année. Il est fort connu par un ouvrage intitulé: *De infirmorum sanitate tuenda*, à Londres, 1726, in-8$^{o}$; traduit en français par l'abbé de la *Chapelle*, sous le titre de: *Règles sur la santé & les moyens de prolonger* 368 CHI la vie, ou Méthode naturelle de guérir les maladies du corps & celles de l'esprit qui en dépendent, 2 vol. in-12, Paris 1749. Quoiqu'il y ait de bonnes choses dans ce livre, & que l'abbé Jacquin en ait profité dans son Traité de la Santé; celui-ci vaut mieux, parce qu'il est écrit avec plus de clarté & de précision, & qu'on y trouve des détails utiles que l'auteur Anglois a omis. On a encore de lui un Traité de la Goutte, 1724, in 8°, en anglois, & quelques ouvrages de philosophie & de marhematiques, qui ne valent pas ses livres de médecine.
CHIABRERA, (Gabriel) poète Italien, né à Savonne en 1552, fortifia à Rome son inclination & ses talens pour les belles-lettres. Alde Manucci & Antoine Muret lui donnerent leur amitié, & l'aiderent de leurs conseils. Il mourut à Savonne le 14 octobre 1638, à 86 ans. Le pape Urbain VIII, protecteur des poètes, & poète lui-même, l'invita en 1624, à aller à Rome pour l'année faînée; mais Chiabrera s'en excusa sur son âge & sur ses infirmités. Ce poète étoit un des plus plus beaux esprits & des plus laïds personnages de l'Italie. Il a laissé des Poètes héroïques, dramatiques, pastorales, lyriques. On estime surtout ces dernières, imprimées séparément en 1718, in-8°. L'abbé Paolucci publia un recueil de ses Ouvrages en 1728, à Rome, en 3 vol. in-8°. La Vie de l'auteur, qu'on regarde comme le Pindare de l'Italie, est à la tête de ce recueil. On en a une édition plus récente, Venise en 1751, 4 vol. in-8°. Nous croyons devoir ajouter à la fin de l'article de ce poète, le jugement qu'en porte Landi, mais en corrigant son style moitié françois, moitié italien. Il n'y a aucun genre de poésie sur lequel Chiabrera ne se soit exercé. Personne n'a fait plus de poèmes épiques que lui; il est auteur de l'Italie délivrée; de la Florence, de la Gothade, de l'Amadéide, du Roger. Ce sont des poèmes de longue haleine; le nombre des petits est bien plus grand. Dans tous on trouve de la majesté, de l'harmonie, de la fécondité, soit d'images, soit d'expressions, & un grand fonds d'érudition grecque, latine & mythologique. Cependant les Poèmes de Chiabrera n'ont pas fait autant de fortune qu'on devoit l'espérer. Il est difficile qu'un génie rempli de feu, tel que celui des véritables poètes lyriques, puisse se plier à la marche lente & régulière d'un poème; & si Pindare avoit fait une Iliade, il auroit être vraisemblablement au-dessous d'Homère. La même raison a rendu les pièces de théâtre de Chiabrera inférieures à celles de quelques autres poètes de sa nation. C'est dans les odes & dans les petites pièces lyriques qu'il a vaincu tous ses rivaux. Pindare dans les sujets sublimes, Anacréon dans le genre érotique, il eut encore le mérite d'introduire de nouveaux mètres dans la poésie italienne, & il la rapprocha ainsi de la grâce & de la mélodie de la poésie grecque. On lui reproche seulement d'avoir mis trop de hardiesse dans ses métaphores; mais il se fit pardonner ce défaut par la noblesse des pensées, la vivacité des images & l'enthousiasme vraiment poétique, dont il anime ses lecteurs. Peu d'écrivains ont joui de leur vivant d'une si grande réputation. Préfé tous les princes d'Italie lui prouvent leur estime par des poètes ou des récompenses. Nous avons cité Urbain VIII; Urban VIII; nous aurions pu nommer encore les grands ducs Ferdinand I & Cosme II, Charles-Emmanuel duc de Savoie, Vincent de Gonzague duc de Mantoue, la république de Gênes, &c. &c.
CHIAPPEN, (Mythol.) dieu des sauvages qui habitent les environs de Penama en Amérique, en est honoré par des sacrifices sanglans, & par la privation de Sel. C'est leur dieu de la guerre. Ils ne partent jamais pour aucune expédition, qu'ils n'aient consulté les prêtres de Chiappen, & immolé des esclaves à ce dieu.
CHIARI, (Joseph) peintre Romain, élève de Curle Maratte, mort d'apoplexie dans sa patrie en 1727, à 73 ans, se fit un nom parmi ceux de sa profession, par plusieurs beaux morceaux de peinture pour les églises & pour les palais de Rome. — L'abbé CHIARI, célèbre poète Italien, mort à Brescia, au mois de septembre, 1786, étoit de la même famille.
CHICOT, fou de Henri IV, fut très-attaché à ce prince. Il étoit né en Gascogne, & avoit de la fortune & de la valeur. Il se trouva en 1591 au siège de Rouen, & y fit prisonnier le comte de Glagny, de la maison de Lorraine. En le présentant au roi, il lui dit : T'ens, je te donne ce prisonnier qui est à moi. Le comte, désespéré de se voir pris par un homme tel que Chicot, lui donna un coup d'épée au travers du corps, dont il mourut quinze jours après. Il y avoit, dans la chambre où il étoit malade un soldat mourant. Le curé du lieu, mauvais François & entêté des visions de la Ligue, vint pour le confesser; mais il ne voulut pas lui donner l'absolution, parce qu'il étoit au service d'un roi huguenot. Chicot, témoin du refus, se leva en fureur de son lit, pensa tuer le curé, & l'auroit fait; s'il en eût eu la force; mais il expira quelques momens après. Ce bouffon mourut riche. Il disoit très-librement aux grands de la cour leurs vérités; & il joignoit à ses avis des plaisanteries; dont quelques unes étoient agréables. I. CHICOYNEAU, (François) confesser-d'état & premier médecin du roi, naquit à Montpellier en 1672, de Michel Chicoyneau, professeur & chancelier de la faculté de médecine de cette ville. Après avoir été reçu au doctorat, n'étant âgé que de vingt-un ans, il fut pourvu en survivance des places de son père; & à sa mort, il y ajouta celle de confesser en la cour des aides de Montpellier. Envoyé pour guérir la peste de Marseille par le duc d'Orléans, régent du royaume, ce médecin parut plein d'audace & de confiance dans cette ville, où tout un peuple égaré n'attendoit que la mort; il raffura les habitans, il calma par sa présence leurs vives alarmes: on crut voir renaître l'espérance dès qu'il se montra. Ces services furent récompensés par un brevet honorable, & par une pension que le roi lui accorda. En 1731, il fut appelé à la cour pour y être médecin des enfans de France, par le crédit de Chirac dont il avoit épousé la fille; & à la mort de celui-ci, il fut fait premier médecin du roi, confesser-d'état, & surintendant des eaux minérales du royaume. Il étoit aussi associé libre de l'académie des Sciences de Paris, à laquelle il fournit quelques Mémoires. Il mourut à A a Verfailles en 1752, âgé de près de 80 ans. Chicoyneau n'a laissé que de très-petits ouvrages, & a peine connus. Le plus curieux est celui où il soutient que la Peste n'est pas contagieuse; Lyon & Paris, 1721, in-12. On croit qu'il n'embrassa cette opinion que pour plaire à Chirac son beau-père, qui en étoit fortement enriché. — II. CHICOYNEAU, (François) né à Montpellier en 1702, eut pour premier maître son père, dont on vient de parler. Le célèbre Chirac lui enseigna ensuite à Paris les principes de la médecine, du Vernay & Winslow l'anatomie, & Vaillant la botanique. Chicoyneau, né avec un genre facile, délicat, penetrant, ne pouvoit que faire des progrès fous de tels maîtres. La démonstration des plantes fut sa première fonction dans l'université de Montpellier: il la remplit avec le plus grand succès. Le jardin royal de cette ville, le plus ancien du royaume, & l'ouvrage de H. ni IV, fut renouvelé entièrement & en peu de temps. Ce ne fut pas avec moins de distinction qu'il présida au cours public d'anatomie. Son père ayant voulu le faire revêtir de la charge de conseiller à la cour des aides, il parla le langage des lois avec la même enfance, mais avec beaucoup moins de goût que celui de la médecine. Il mouru, en 1740, à 28 ans, professeur & chancelier de l'université de médecine de Montpellier, il étoit le 5e de sa famille qui occupa cette dignité. Son fils, quoiqu'a peine sorti du berceau, fut désigné par le roi pour être fuscesseur de ses pères. Chicoyneau avoit lu plusieurs Mémoires de sa composition dans les assemblées de l'académie des Sciences de Montpellier, dont il étoit membre. On retrouvoit dans tous l'observateur exact, ainsi que l'écrivain élégant. I. CHIFFLET, (Jean-Jacques) naquit à Besançon en 1588, d'une famille nobile. Après avoir visité en curieux & en savant les principales villes de l'Europe, il fut choisi pour médecin ordinaire de l'archiduchesse des Pays-Bas, & du roi d'Espagne Philippe IV. Ce prince le chargea d'écrire l'Histoire de l'ordre de la Toison d'or. Il s'étoit déjà fait connoître au public par ces ouvrages savans. Les principaux sont: I. Vejuntio, civitas Imperialis... monumentis illustrata, &c. in-4°, à Lyon, 1650. Cette Histoire de Besançon est en assez beau latin; mais l'auteur fait, de cette ville Celtique, une ville toute Romaine. D'ailleurs, si l'on retranchoit de la partie civile l'érudition étrangère, & de la partie ecclésiastique les fables & les légendes, son in 4° feroit un fort petit in-12. II. Vindicia Hispanica, in-tolio, à Anvers, 1650; ouvrage fait pour prouver que la race de Hugues Capet ne descend pas en ligne masculine de Charlemagne; & que du côté des femmes, la maison d'Aurichre précède celle des Capétens. Ce livre a essuyé des contradictions, ainsi que tous ceux que Chiflet a publiés contre la France. L'auteur y raisonne plus en savant prévenu, qu'en historien désintéresse. III. Le faux Childebrand, 1649, in-4°; en réponse au Vrai Childebrand d'Auteuil de Gombault, 1659, in-4°. C'est encore pour contester l'opinion de ceux qui faisoient descendre Hugues Capet de Childebrand, frère de Charles Martel, IV. De Ampulle Reines, à Anvers, 1651, in-fol.; dans lequel l'auteur traite de fable l'histoire de ce qu'on appelle la Sainte-Ampoule. Il entreprend de prouver qu'Hinemar, archevêque de Reims, en a été l'inventeur, pour faire valoir les droits de son église. Ce destructeur de l'Ampoule de Reims, admettoit le Suaire de Besançon; il a même écrit un in-4°, pour soutenir son sentiment. V. Pulvis febrifugus ventilatus, 1653, in-8°. C'est une déclamation contre le Quinquina, à peu près aussi solide que la Dissertation sur le saint-Suaire. Ce savant mourut en 1660, âgé de 72 ans. Comme médecin, il n'est guère connu; mais comme érudit, il a joui de quelque estime. Ses livres sont pleins de recherches, & si en les écrivant il eût secoué certains préjugés, & se fut attaché à un arrangement plus méthodique, ils auraient encore plus de réputation qu'ils n'en ont. Voy.: BLONDEL. Ses Ouvrages Politico-Historiques ont été recueillis à Anvers en deux vol. in-fol.
II. CHIFFLET, (Jules) fils du précédent, docteur en théologie, prieur de Dampierre, & grand-vicaire de l'archevêque de Besançon, fut fait, l'an 1648, chancelier de l'ordre de la Toison d'or par Philippe IV, roi d'Espagne. Il n'étoit pas moins savant que son père, & il s'est fait connoître par plusieurs ouvrages, dont voici quelques-uns: I. L'Histoire du bon Chevalier Jacques de Lalain, Bruxelles 1634, in-4°. II. Traité de la maison de Rye, 1644, in-folio. III. Les Marques d'honneur de la Maison de Taffis, Anvers, 1645, in-folio. IV. Breviarium historicum Velleris aurei, 1652, in-4°.
III. CHIFFLET, (Jean) frère du précédent, naquit à Besançon, & devint chanoine de Tournai & prédicateur de Philippe IV, roi d'Espagne. Il étoit versé dans la connoissance du droit, des langues anciennes & des médailles. Il mourut en 1663. Ses principaux ouvrages sont: I. Plusieurs Dissertations sur des inscriptions. Elles ont été inférées dans le Trésor des antiquités Romaines de Gravius, & dans celui des antiquités Grecques de Gronovius. II. Dissertation sur Jostinien, Tribonien & Gratien, Anvers 1651. On la trouve aussi dans le Trésor de la jurisprudence Romaine d'Evrard Othon. III. Judicum de f. bulâ Joanna Papiffæ, 1665, in-4°. IV. Dissertation sur Socrate & ses diverses représentations, 1657, in-4°. Elle est en latin & très-curieuse.
IV. CHIFFLET, (Pierre-François) savant Jésuite, né à Besançon, étoit parent des précédents. Après avoir professé plusieurs années la philosophie, la langue hébraïque & l'Écriture-faînée, il fut appelé à Paris l'an 1673, par le grand Colbert, pour mettre en ordre les médailles du roi. Il mourut le 5 octobre, & non le 11 mai, comme le dit le Dictionnaire de Ladvocat, en 1682, à 92 ans. On a de lui quantité d'ouvrages, entraîneur: Lettre sur Béatrix, comtesse de Champagne, Dijon 1656, in-4°. Histoire de l'abbaye & de la ville de Tournus, ibid, 1664, in-4°. Il a donné aussi des éditions de plusieurs anciens écrivains. — Il y a eu quelques autres gens de lettres de ce nom.
CHIGI, Voy. ALEXANDRE VII, n°. XIII.
CHILDEBERT, 1er fils de Clovis & de Ste-Cloide, commença de régner à Paris en 511. A a 2 Il se joignit à ses frères, *Clodomir* & *Clotaire*, contre *Sigismond* roi de Bourgogne, le vainquit, le fit massacrer, lui, son épouse & ses enfans, & précipiter dans un puits. *Gondemar*, devenu fuscesseur de *Sigismond*, fut défait comme lui. Sa mort mit fin à son royaume, que les vainqueurs partagerent entre eux. Il y avoit près de 120 ans que la Bourgogne jouissoit du titre de royaume, quand elle fut réunie à la France en 524. Après avoir triomphé de leurs ennemis, *Voy. AMALARIC*, *Childbert* & *Clotaire* se firent la guerre entre eux; mais un orage, qui vint fondre sur le camp du premier, l'obligea de faire la paix. *Childbert*, accompagné de *Clotaire*, tourna ensuite ses armes contre l'Éclage, alla mettre le siège devant Saragoffe, fut battu & contrédit de le lever en 542. De retour en France, il fit une cession à *Clotaire* de ce qui lui revenoit de la succession de *Théodebelle*, bâtard de *Théodebert* leur neveu. Il étoit malade lorsqu'il lui céda cet héritage. Dès qu'il fut en santé, il voulut le r'avoir, & féconda la révolte de *Cramne*, fils naturel de *Clotaire*; la mort mit fin à tous ses projets. Il fut enterré en 558, à Paris, dans l'église de Saint-Germain-des-Prés, qu'il avoit fait bâtir sous le titre de Sainte-Croix & de Saint-Vincent. Il ne laissa que des filles de sa femme *Ultrogne*, inhumée dans la même église. Son frère *Clotaire* régna seul après lui. C'est le premier exemple de la loi fondamentale, qui n'admet que les mâles à la couronne de France. La charité de ce prince, & son zèle pour la religion, ont fait en partie oublier son ambition & sa cruauté. Il donna sa vaisselle d'or & d'argent pour soulager les pauvres de sa capitale, & signala sa piété par un grand nombre de fondations. *Voyet III. GERMAIN (St.)*
II. CHILDEBERT II, fils de *Sigébert* & de *Brunehaud*, fuccéda à son père dans le royaume d'Austrafie en 575, à l'âge de cinq ans. Il se ligua d'abord avec *Gontran* son oncle, roi d'Orléans, contre *Chilpéric* roi de Soissons; puis il s'unit à celui-ci pour faire la guerre à *Gontran*. Il porta ensuite ses armes en Italie, mais sans beaucoup de succès. Après la mort de son oncle, il réunit à l'Austrafie les royaumes d'Orléans & de Bourgogne, & une partie de celui de Paris. Il mourut de poison trois ans après, en 596, à 26 ans. Son règne fut remarquable par divers règlements pour le maintien du bon ordre dans ses états. Il y en a un qui ordonne que l'homicide sera puni de mort: auparavant il n'étoit condamné qu'à une peine pécuniaire.
III. CHILDEBERT III, dit le *Juste*, fils de *Thierri II* ou *III*, frère de *Clovis III*, fuccéda en 605 à ce dernier, dans le royaume de France, à l'âge de 12 ans. Il en régna seize sous la tyrannie de *Pepin*, maire du palais, qui ne lui donna aucune part au gouvernement. Il mourut l'an 711, & fut enterré dans l'Église de Saint-Etienne-de-Choisy près Compiègne.—*Voyet II. DAGOBERT*; & I. MADELENE, à la fin.
CHILDEBRAND, fils de *Pepin* le *Gros* & frère de *Charles Martel*, est, selon quelques auteurs, la tige des rois de France de la troisième race, à ce qu'ils conjecturent d'après *Frédezaire* & son continuateur. Il eut souvent le commandement des troupes sous Charles Martel, & il les conduisit avec courage. I. CHILDERIC Ier, fils & fucceffeur de Mérovée, monta fur le trône des François l'an 456. Il fut dépoifé l'année fuivante pour fa mauvaise conduite, & contraint de fe retirer en Thuringe, d'où il ne fut rappelé qu'en 463. On connoit peu les autres événemens de fon règne, ainsi que ceux des règnes précédens. On fait feulement qu'il fit la guerre à Egidius, général Romain, qu'il prit Cologne & Trèves, conquit la Lorraine, & fe rendit maître de Beauvais & de Paris. On dit qu'ayant vaincu les Saxons, il les employa dans la guerre qu'il fit aux Allemands; mais en revenant de cette expédition, il mourut âgé de 45 ans, en 481, & non 451, comme le dit Ladvocat. Il avoit épousé Basine, de laquelle il eut Clovis & trois princeffes. On découvrit à Tournai, l'an 1655, le tombeau de ce prince: l'empereur Léopold fit présent à Louis XIV, des armes, des médailles & autres antiquités qui s'y trouvèrent. Voyet BASINE.
II. CHILDERIC II, fils puiné de Clovis & de Ste. Bathilde, roi d'Auffrafie en 660, le fut de toute la France l'an 670, par la mort de Cloaire III, fon frère, & par la retraite forcée de Thierri. Ebroin, maire du palais, ayant voulu mettre ce dernier fur le trône, fut rafé & confiné dans un monastère, & le prince enfermé dans l'abbaye de Saint-Denys. Childeric, maître abfolu du royaume, fe conduisit d'abord par les fages conféils de Leger évêque d'Autun. Tant que le faint prélat vécut, les François furent heureux; mais après fa mort, il fe rendit odieux & méprisable à fes fujets, par fes déhauches & fes cruautés. Bodilon, feigneur de la cour, lui ayant représenté avec liberté le danger d'une imposition exceffive qu'il vouloit établir, il le fit attacher a un pieu contre terre, & fouetter cruellement. Cet outrage fit naître une conspiration. Le même Bodilon, chef des conjurés, l'affaffina dans la forêt de Livri en 673, a peine âgé de 24 ans. Il fit le même traitement à la reine Bilichide, alors enceinte, & à Dagobert leur fils aîné, encore enfant. Leur autre fils, nommé Daniel, échappa feul à ce maffacre. Thierri fortit de Saint-Denys, & reprit la couronne: Voyet THIERRI II, roi de France, & CHILDERIC II.
III. CHILDERIC III, dit l'Idiot, le Fainéant, dernier roi de la première race, fut proclamé fouverain en 742, dans la partie de la France que gouvernoit Pepin, alors feul roi véritable, c'eſt-à-dire dans la Neuftrie, la Bourgogne & la Provence. Pepin le fit descendre quelque temps après du trône fur lequel il l'avoit placé, le fit rafer & enfermer dans le monastère de Sithiu, aujourd'hui Saint-Bertin, en 752. Childeric y mourut trois ans après fa dépofition. C'étoit un prince foible, incapable, qui pouvoit à peine commander aux domestiques de fa maifon. Pepin eut foin de faire confulter le pape pour favoir s'il étoit à propos de laiffer fur le trône de France, des Princes qui n'en avoient que le nom? Le pape répondit, « qu'il valoit mieux donner le nom de Roi à celui qui en avoit le pouvoir. » Ainsi finit la première race des rois de France, qui eut vingt-un rois, à ne prendra A a 3 que ceux de Paris ; & près de quarante, si l'on comptoit ceux qui regnèrent en Authaïse, en Neuitrie, dans l'Orléanois, dans le Solifonnois. - Les quatre premiers de ces rois, dit *alégraï*, furent idolatres, & tous les autres Chrétiens. Mais, a dire le vrai, le bapême n'adoucit guères leur barbarie. Ils furent téroces & sanguinaires, jusqu'à *Clotaire II*. Ce prince & tous les fuivans se montrèrent plus debonnaires & plus religieux, hormis *Childerie II*; mais tous étant ou foibles de cerveau, ou mineurs, furent nécessairement sous la puissance d'autrui... " C'est sous *Childerie*, l'an 743, que fut convoqué le concile de *Liptine*, aujourd'hui *Leptin*, en Cambrésis. C'est dans ce concile que l'on commença à compter les années depuis l'Incarnation de J. C. Cette époque a pour auteur *Deny, le Petit* dans son *Cycle* de l'an 526, & *Ibid.* l'employa depuis dans son *H. p. d'Angleterre*.
CHILLIAT (Michel) vivait à la fin du 17$^{e}$ siècle, & a publié, *Méthod. f. elle pour apprendre l'histoire de Savoie*, avec la description de ce duché, 1697, in 12. — On attribue à un autre auteur de ce nom qui vivait sous *Louis XI*, le Journal intitulé : *Le chronique feandueuse*, renfermant les événements publics depuis 1461 jusqu'en 1483. L'écrit, souvent calomnieux, n'en est pas moins recherché pour sa rareté.
CHILLINGWORTH, (Guillaume) né à Oxford en 1602, confacra ses talens à la controverse. Les missionnaires Jésuites qui allèrent en Angleterre, sous les règnes de *Jacques I* & de *Charles I*, luttèrent contre lui, & eurent l'honneur de la victoire. *Chillingworth* fut terrassé par Jean *Ficker*, le plus célèbre de ces athlètes sacrés, qui lui fit reconnaître la nécessité d'un juge intaillable en matière de foi, & le convertit à la religion catholique. *Laud*, évêque de Londres, fâché que les ennemis de l'église Anglicane eussent fait cette conquête, tâcha de ramener le nouveau converti, qui, après avoir fait un voyage à Douai, rentra dans son ancienne communion, pour être revêtu de la chancellerie de Salisbury, & de la prébende de Brixworth dans le Northampton. Alors les Catholiques lancèrent contre lui quantité d'écrits. *Chillingworth* leur répondit, en 1637, par son ouvrage traduit d'anglois en françois, sous ce titre : *La Religion Protestante, voie sûre pour le salut*, à Amsterdam 1730, 3 vol. in-12. Cet ouvrage, modèle de logique, selon *Locke*, a paru plus folide aux Protestans qu'aux Catholiques ; mais les uns & les autres ont été forcés d'avouer qu'il y a de la netteté dans le style, de la force dans le raisonnement, & de l'érudition dans les autorités que l'auteur rassemble *Chillingworth* avait formé son esprit par l'étude de la géométrie. Il excéllait autant dans les mathématiques que dans la théologie. Il fit même la fonction d'ingénieur au fêge de Gloucester en 1643. Il se trouva à la prise du château d'Arundel, où il fut fait prisonnier. On le conduisit à Chichester ; il y mourut le 30 janvier 1644, à 42 ans. Le ministre *Chinell*, qui l'assista dans ses derniers moments, dit dans son livre, intitulé *Chillingworth novissima*, " que la véritable hérésie de cet auteur étoit d'opposer la raison à la foi. " Il le représente comme un homme que la raison avait rendu fou. Ce ministre pria le mourant de ré- pondre à cette question : Un homme qui est & qui meurt Turc, Papiste ou Socinion, est-il fauvé, ou peut-il l'être ? — Chillingworth, qui étoit très-tolérant, répondit qu'il ne vouloit ni abfoudre, ni condamner un tel homme ; & il dit à Cheinell : Traitez-moi charitablement, puisque j'ai usé, pendant ma vie, de charité envers tout le monde... Cheinell fut peu sensible à cette prière, car il vouloit lui refuser la sépulture. Chillingworth laissa la réputation d'un écrivain laborieux, & d'un citoyen xélé. On a de lui des Sermons en sa langue, & d'autres écrits, outre celui que nous avons cité; mais c'est le seul qu'on ait traduit en françois.
CHILMÉAD, (Edmond) savant Anglois, né dans le comté de Glocefster, chapelain de l'église de Christ à Oxford, fut chassé de ce poste en 1648, à cause de sa fidélité pour le roi Charles I. Retiré à Londres, il subfiesta de la musique, & y mourut en 1654. On a de lui plusieurs ouvrages, parmi lesquels il y a beaucoup de Traductions en anglois, de livres latins, françois & italiens. On lui doit encore des Notes sur divers auteurs, entre autres sur la Chronique de Jean d'Antioche, dit Malala, Oxford 1681, in-8° ; & les Catalogues des manuscrits grecs de la bibliothèque Bodélienne; mais ce Catalogue, que l'on dit exact & bien fait, n'a pas été imprimé.
CHILON, l'un des sept Sages de la Grèce, éphore de Sparte vers l'an 556 avant J. C., mena une vie toujours conforme à ses préceptes, & penfoit avec une grande juste. Il répondit à quelqu'un qui lui demandoit ce qu'il y avoit de plus difficile ? Garder le sacres, savoir employer le temps, & souffrir les injures sans murmurer. Il avoit coutume de dire : « Que comme les pierres de touche fervent à éprouver l'or, de même l'or répandu parmi les hommes, étoit la pierre de touche des gens de bien & des méchans. » Voici encore quelques-unes de ses maximes : Honore les vieillards. — Ne médis jamais des morts. — Forcé de choisir entre la perte & le gain déshonnête, prends toujours la première. — Sois plutôt jaloux d'être estimé que craint, &c. Périandre lui ayant écrit qu'il alloit se mettre à la tête d'une armée, & qu'il étoit prêt de sortir de son pays pour entrer dans le pays ennemi; il lui répondit : « Qu'il se mit en sûreté chez lui, au lieu d'aller troubler les autres ; & Qu'un tyran devoit se croire heureux, lorsqu'il ne finifioit ses jours, ni par le fer, ni par le poison. » C'est lui qui fit graver en lettres d'or ces maximes au temple de Delphes : Connois-toi toi-même, & Ne désire rien de trop avantageux. On dit que Chilon mourut de joie, en embrassant son fils, qui avoit remporté le prix du ceste aux jeux olympiques. Il ne se reprocha qu'une chose en mourant; ce fut d'avoir arraché, pendant sa magistrature, l'un de ses amis à la mort qu'il avoit méritée par un crime. L. CHILPERIC Ier, fils puiné de Clotairs I, voulut avoir Paris pour son partage, après la mort de son père, en 561. On tira au fort les quatre royaumes, & il régna sur Soissons. Il épousa en 567 Galafuinte, & lui assura pour dor, suivant l'usage de son temps, une partie des domaines dont il avoit hérité de Charibert. Chilperic avoit alors pour une concubine, la barbare Frédégonde. La reine fut trouvée morte dans son lit. Le A a 4 foupçon de cet attentat tomba avec raifon fur la maitresse, fur-tout lorique luroi l'eut époufée. Brunchant, fœur de Galafuinte, prima Sigelbert fon mari, & vengea fa mort, en obtenant les domaines donnés à la fœur pour dot. Le règne de Chilperic fut une fuite de querelles & d'injuftices. Ses fujets furent accablés d'impôts; chaque arpent payoit une barique de vin; on donnoit une fomme pour chaque tête d'ef-lave. Chilperic, pouffé par Frédegonde, commit toutes fortes de forfaits, jufqu'à facrifter fes propres enfans à ce monstre d'impudicité & de barbarie. Il fut affaffiné à Chelles, en revenant de la chafle, l'an 584. Frédegonde, pour laquelle il avoit tout fait, & Landri fon amant, furent foupçonnés d'avoir eu part à ce meurtre. Voy. FRÉDEGONDE. Grégoire de Tours n'appelle Chilperic que le Néron & l'Hérode de fon temps. Ce prince poffédoit tres - bien, dit - on, la langue latine: chofe étonnante pour un fœcle où les grands fe faisoient un mérite de leur ignorance. Il ordonna qu'on fe fervit, dans l'écriture, des lettres doubles des Grecs: cette loi bizarre fut fans effet après fa mort. Il avoit écrit au fujet des difputes de l'Arianifme pour défendre de fe fervir, en parlant de DIEU, des noms de Trinité & de Perfonne; mais la réfiance de quelques évêques lui fit abandonner cette entreprise. Les donations des rois précédens ayant trop enrichi le clergé féculier & régulier, Chilperic caffoit la plupart des teffamens faits en faveur de l'église, & tournoit les prélats en ridicule.
II. CHILPERIC II, appelé auparavant Daniel, fils de Childeric II, fuccéda à Dagobert III en 715, & fut nommé Chilperic. Rain- frol, maire du palais, le mit à la tête des troupes contre Charles Martel; mais il fut défait, & contraint de reconnoître fon vainqueur pour maire. Chilperic II mourut à Attigny en 720, & fut transporté à Noyon, où il est enterré.
CHIMÈNE, Voye; CID (le)
CHIMÈRE, (Mythol.) monstre né d'Echicha felon la fable, vomiffoit feu & flamme, & ravageoit la Lycie: elle avoit une tête de lion, un corps de chèvre, une queue de ferpent, (Prima leo, poffroma draco, media ipfa Chimara. LUCAN.) Bellérophon, fils de Glaucus, roi de Corinthe, en délivra le pays par le fœcours de Nypune, qui lui donna Pégate, cheval ailé. On explique ce trait de mythologie, en difant que la Chimère étoit quelque montagne, dont le fommet recéloit un volcan & nourriffoit des lions; le milieu étoit couvert de pâturages, où les chèvres paiffoient, & le pied étoit hériffé de ferpens. Bellérophon, fans doute, la rendit habitable.
CHINA, (Mythol.) divinité des peuples Septentrionaux de la côte de Guinée en Afrique, protège la récolte du riz, & est honorée par une proceffion folennelle, qui s'exécute à minuit à la fin de novembre. Sa représentation est une tête de bélier pétrie avec de la farine de millet, des plumes, du fang & des cheveux. On brûle du miel devant cette idole.
CHINE-NOUNG, empereur de la Chine, l'an 1837 avant Jéfus-Chrift, enseigna aux hommes à cultiver la terre, a tirer le pain du froment & le vin du riz. Les Chinois lui doivent encore, fuivant leurs hiftoriens, l'art de faire les toiles & les étoffes de foie, la connoiffance de traiter les maladies, les chanfons fur la fertilité de la campagne, la lyre & la guitare. Les hiftoriens Chinois ajoutent qu'il mefura le premier la figure de la Terre, & détermina les quatre Mers. I. CHING, empereur de la Chine, vivoit l'an 111; avant J. C. Il donna, dit-on, à l'ambassadeur de la Cochinchine, une machine qui fe tournoit toujours vers le midi de fon propre mouvement, & qui conduifoit furement ceux qui voyageoient par mer ou par terre. Quelques écrivains ont cru que c'étoit la bouffole.
II. CHING, ou XI ou CHINOANG TI, empereur de la Chine vers l'an 240 avant J. C. rendit fon nom illufte par un grand nombre de victoires, mais il le déshonora, en ordonnant de brûler tous les livres. Après avoir conquis toute la Chine, dont il ne poffédoit auparavant qu'une partie, il porta fes armes victorieufes contre les Tartares; & pour empêcher leurs irruptions, il fit bâtir, dans l'espace de cinq ans, cette fameufe Muraille qui fêpare la Chine de la Tartarie. Elle fubfifte encore dans un contour de cinq cents lieues de France, s'élève fur des montagnes & defcend dans des précipices, ayant prefque par-tout vingt pieds de largeur, fur plus de trente de hauteur. Ce rempart, fupérieur aux Pyramides d'Egypte, par fon utilité comme par fon immenfité, n'a pas empêché les Tartares de fubjuguer la Chine.
III. CHING, (Judas) favant rubbin Juif, naquit en Arabie dans le 10e fiècle, & fe diftingua par fes profondes connoiffances des livres hébreux. Il a laiffé fur cette langue l'une des plus anciennes grammaires que l'on connoiffe.
CHIN-HOAN, (Mythol.) génie Chinois qui prend foin des cités. Chaque ville a le fien, & dans le temple qui lui eft confacré, une infcription en lettres d'or porte : « C'eft ici la demeure du gardien fpirituel de la ville. » Le mandarin qui prend poffeffion du gouvernement de celle-ci, ne manque jamais d'aller rendre folennellement hommage au Chin-Hoan, & de le prier de lui inf-pirer de bonnes vues pour la profpérité publique.
CHINILADDAN, roi d'Affyrie, fuceffeur de Saofduchin, vers l'an 667 avant J. C., défit & tua Phraortes, roi des Mèdes; mais Cyaxares, fils & fuceffeur de ce prince, affiégea Ninive; comme il étoit fur le point de la prendre, Chiniladdan fe brûla dans fon palais, vers l'an 626 avant J. C. Quelques auteurs le confondent avec Sardanapale; d'autres prétendent qu'il eft le même que le Nabuchodonofor dont fait mention le livre de Judith. Il eft affex difficile de favoir la vérité, lorſque les évènemens font arrivés fous nos yeux : que doit-ce être, lorſqu'il y a deux-mille ans entre eux & nous ?
CHINTILA, Voyeq SUINTILA.
CHIO, (Mythol.) nymphe, fille [de l'Océan, célèbre par fa beauté, donna fon nom à une ifle fertile de l'Archipel Grec.
CHIONÉ, (Mythol.) fille de Deucalion, fut nimée d'Apollon & de Mercure. Elle les époufa l'un & l'autre en même temps, & eut du premier, Philamon, grand joueur de luth; & du fecond, Autolique, célèbre filou comme 378 CHI son père. La beauté fatale de *Chione* lui inspira une présomption si forte, qu'elle osa se préférer à *Diane*; cet e déesse, pour la punir, lui perça la langue avec une flèche, & elle en mourut peu de temps après. — CHIRAC, (Pierre) premier médecin du roi, de l'académie des sciences de Paris, naquit en 1650, à Conques en Rouergue. Le célèbre *Chicoyneau*, chancelier de l'université de Montpellier, ayant connu les talons de ce jeune homme, alors ecclésiastique, lui confia l'éducation de ses deux fils, dont l'un fut depuis premier médecin du roi. Le gout de l'abbé *Chirae* pour la médecine, paroissant plus déterminé que sa vocation pour l'état ecclésiastique, il devint membre de la faculté de Montpellier en 1682, & y enseigna cinq ans après avec le plus grand succès. De la théorie il passa à la pratique, & ne fut pas moins applaudi. Le maréchal de *Noailles*, à la prière de *Barbeyrac*, alors le plus célèbre docteur de Montpellier, lui donna la place de médecin de l'armée de Rouffillon en 1692. L'armée ayant été attaquée de la dysenterie l'année d'après, *Chirae* lui rendit les plus impôles services. Le duc d'Orléans voulut l'avoir avec lui en Italie en 1706, & en Espagne en 1707. *Homburg* étant mort en 1715, ce prince, déjà régent du royaume, le fit son premier médecin; & à la mort de *Dodart* en 1720, il eut la même place auprès de *Louis X V*. Il avoit été reçu en 1716 membre de l'académie des sciences, & deux ans après il succéda à *Fagon* dans la sur-intendance des jardins royaux. Cet habile homme obéit du roi en 1728 des lettres de noblesse, & mourut le 11 mars 1732, à 82 ans. Rochefort & Marseille lui eurent de grandes obligations; la première de ces villes dans la maladie épidémique connue sous le nom de *maladie de Siam*; & la seconde dans le ravage de la peste de 1720. Du sein de la cour, il procura à cette ville les médecins les plus instruits, les confieits les plus salutaires, les secours les plus abondans. On convoit de lui : I. Une grande *Dissertation*, en forme de thèse, sur les Pistes, traduite depuis peu en françois. II. Une partie des *Confultations* qui sont dans le deuxième volume du recueil intitulé : *Dissertations & Confultations Médecinales de MM. Chirae & Silva*, 3 vol. in-12. III. Deux *Lettres* contre *Vieuxens*, célèbre médecin de Montpellier, sur la découverte de l'acide du sang, dans lesquelles on trouve beaucoup de vivacité & des personnalités. *Chirae* écrivait avec trop peu de correction; il étoit taciturne, sec, sans agrément dans son parier, & n'avoit pas l'art de confoler les malades. Mais il possédait un coup - d'œil excellent, & s'il ne favoit pas plaire, il favoit guérir; bien différent de ces petits-martes médecins qui amusant à un treille le malade, ne connoissent rien à la maladie.
CHIRON, (Mythol.) surnommé le Centaure, étoit fils de *Saturne* & de *Phyllira*. Son père ayant été surpris dans ses amours par sa femme *Ops*, il se changea tout-à-coup en cheval pour n'être point reconnu; c'est pour cela que son fils fut un monstre, moité homme & moitié cheval, qu'on appela *Centaure*. Dès que *Chiron* fut grand, il se retira sur les montagnes & dans les forêts, où il s'appliqua à la connoissance des plantes & à celle des étoiles. C'étoit vraisemblablement un des plus anciens personnages célèbres de la Grèce, puisqu'il a précédé la conquête de la Toïson d'or & la guerre de Troie. La fable en fit un homme monstrueux. Quoi qu'il en soit, *Chiron* se rendit re- commandable par ses connoissances & ses talens dans la médecine & la chirurgie. Il enseigna ces sciences à *Esculape*. Il eut aussi pour élèves *Achille*, *Castor* & *Pollux*, *Hercule*, *Jason*, *Mélégre*, *Diomède*, *Théfa* & plusieurs autres. *Hercule* lui ayant fait, sans le vouloir, avec l'une de ses flèches une plaie incurable qui lui causait des douleurs violentes, *Chiron* pria les Dieux de le priver de l'immortalité & de terminer ses jours. *Jupier* exauça sa prière, & le plaça dans le Zodiaque. C'est la constellation du Sagittaire. On attribue à *Chiron* le premier calendrier Grec, employé par les Argonautes dans leur ex- pédition, & un *Traité* sur les maladies des chevaux. Un tableau antique trouvé à Herculanum re- présente *Chiron*, donnant des le- çons de musique à *Achille*.
CHIRON, *Voy*. BOISMORAND. — CHISHULL, (Edmond) célèbre antiquaire Anglois, résida long- temps à Smyrne & mourut dans sa patrie, le 18 mai 1733. Outre des *Poésies* latines & quelques ou- vrages de controverse, on lui doit : I. Une *Differtation* sur les médailles frappées en honneur des médecins. Elle est réunie à l'*Oratio Harveia* de *Mead*, 1724. II. *Antiquités Asiatica*, 1728, in-fol. C'est un recueil précieux pour l'histoire Grecque des in- scriptions & monumens découverts sur les côtes d'Asie & dans l'Ai- chipel. *Chishull* les explique avec autant de clarté que de savoir.
CHIVERNI, *Voy*. HURAULT.
CHLORIS, (Mythol.) fille de *Flore*, avoit épousé *Zéphyré*, qui lui donna l'empire des fleurs. *La* *Tourette*, célèbre botaniste de Lyon, a donné à la description des plantes & des fleurs des environs de sa patrie, l'ingénieux nom de *Chloris* *Lugdunensis*. — Il y eut une autre *CHLORIS*, fille d'*Amphion* & de *Niobé*, qui épousa *Néle*, dont elle eut *Nestor* & plusieurs autres en- fans. Elle fut percée à coups de flèches avec ses frères & ses sœurs par *Apollon* & *Diane*, pour punir l'infolence de sa mère qui avoit osé se préférer à *Latone*.
CHOCQUET, (Louis) poète François du 16e siècle, est auteur du *Mylière* à personnages de l'*Apo- calypse* de *S. Jean*, qui fut repré- senté en 1541 à Paris. Ce poème d'environ neuf-mille vers, & très- rare, fut imprimé la même année à Paris, in-fol., à la suite des *Ades des Apôtres* des deux *Grebans*.
CHODORLAHOMOR, fut roi de l'Elymaïde, vers l'an 1925 avant J. C. Les rois de Babylone & de la Mésopotamie relevoient de lui. Il étendit ses conquêtes jus- qu'à la mer Morte. Les rois de la Pentapole s'étant révoltés, il marcha contr'eux, les défit, & emmena un grand nombre de pri- sonniers, parmi lesquels étoit *Loth*, neveu d'*Abraham*; le patriarche sur- prit pendant la nuit & défit l'ar- mée de *Chodorlahomor*, & ramena *Loth* avec tout ce que ce prince lui avoit enlevé. I. CHOIN, (Marie-Emilie Joly de) d'une famille noble originaire de Savoie & établie en Bresse, fut placée vers la fin du dernier siècle auprès de la princesse de *Conti*. Le dauphin, qui eut occasion de la voir, en 380 CHO devint, dit-on, amoureux. Sa figure n'étoit pas régulière; mais elle avoit de beaux yeux, des agrémens dans l'esprit, de la dignité dans les manières, & de la douceur dans le caractère. On prétend qu'elle ne souffrit les assiduités du dauphin, qu'après l'avoir époufée secrètement, comme Louis XIV, son père, avoit époufée Mad$^{e}$ de Maintenon. Depuis cette union, le prince réforma ses mœurs, & réprima son penchant à la prodigalité. Le roi, très-fatisfait de ce changement, voulut que les ordonnances de son fils fuffent acquittées au tréforroyal, comme les fiennes. Mlle de Choin, contente de sa propre estime, dédaigna d'avoir un rang & n'aspira point à la fortune. Le dauphin, à la veille d'un départ pour l'armée, lui ayant fait lire un testament par lequel il lui assuroit de grands revenus, elle le déchira, en disant : *Tant que je vous conserverai, je ne puis manquer de rien; & si j'avois le malheur de vous perdre, mille écus de rente me suffiroient.* Après la mort du dauphin, en 1711, elle se retira à Paris, dans une maison qu'avoit habitée Mad. de la Fayette. Elle y vécut dans une espèce d'obscurité, avec un petit nombre d'amis qui lui restèrent, & délivrée d'une foule de courtisans qui s'éloignèrent sans pudeur & sans préparatifs. Elle ne sortoit de sa retraite que pour faire de bonnes œuvres, & mourut en 1744. *Duclos* dit en 1730. Nous rapportons en partie son histoire d'après *La Beaumelle*; mais nous ne cacherons point que l'auteur du *Siècle de Louis XIV* dit, qu'il n'y a pas la moindre preuve que *Monseigneur* ait époufée Mlle de Choin. « Il faudroit, ajoute-t-il avec plus d'humeur que de rai- son, être non-feulement contemporain, mais muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes. Renouveler ainsi, au bout de 60 ans, des bruits de ville se vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n'est point écrire l'histoire : c'est compiler au hasard des scandales. » Résoudra, qui voudra, ou qui pourra, ce problème historique. *Duclos* semble l'avoir résolu dans ses *Mémoires*, en donnant de fortes présomptions de la réalité du mariage de Mlle Choin. « Son commerce avec le dauphin, dit-il, fut long-temps caché, sans être moins connu. Ce prince partageoit ses séjours entre la cour du roi son père, & le château de Meudon. Lorsqu'il y devoit venir, Mlle Choin s'y rendoit de Paris dans un carrossie de louage, & en revenoit de même, lorsque son amant retournoit à Versailles. Malgré cette conduite simple d'une maîtresse obscure, tout semblait prouver un mariage secret. Le roi, devot comme il étoit, & qui d'abord avoit témoigné du mécontentement, finit par offrir à son fils de voir ouvertement Mlle Choin, & même de lui donner un appartement à Versailles; mais elle refusa constamment & persista dans le genre de vie qu'elle s'étoit prescrit. Au surplus, elle paroissoit à Meudon tout ce que Mad. de Maintenon étoit à Versailles, gardant son fauteuil devant le duc & la duchesse de Bourgogne, & le duc de Berri, qui venoient souvent la voir; les nommant familièrement le *Duc*, la *Duchesse*, sans addition de *Monsieur*, ni de *Madame*, en parlant d'eux & devant eux. Le duc de Bourgogne étoit le seul pour qui elle employait le mot de *Monsieur*, parce que son maintien ferieux n'iso- prooit pas la familiarité, au lieu que la duchesse de *Bourgogne* faisoit à Mlle *Choin* les mêmes petites caresses qu'à Mad. de *Maintenon*. La favorite de Meudon avoit donc tout l'air & le ton d'une belle-mère; & comme elle n'avoit le caractère infolent avec personne, il étoit naturel d'en conclure la réalité d'un mariage... Si je me suis permis ces petits détails domestiques, ajoute *Duclos*, qui les a puissés dans les *Mémoires de Saint-Simon*, c'est qu'ils donnent les notions les plus justes des personnages. La même raison doit servir d'excuse à cet article & à beaucoup d'autres de ce *Dictionnaire*. — II. CHOIN, (Louis-Albert-Joly de) né à Bourg-en-Bresse le 22 janvier 1702, de la même famille que Mlle de *Choin*, embraffa l'état ecclésiastique, & fut élevé dans le séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Au sortir de cette école, il devint grand-vicaire de Nantes, & fut nommé évêque de Toulon en 1738. Son diocese se ressentira long-temps des biens qu'il y produisit, par son zèle, par sa charité, par ses lumières. On a de lui un ouvrage important, réimprimé à Lyon en 1778, 3 vol. in-4°, sous ce titre : *Instruction sur le Rituel*, contenant la théorie & la pratique des sacremens & de la morale, & tous les principes & décisions nécessaires aux curés, confesseurs, &c. Ce livre, fruit d'une lecture assidue de l'Écriture, des Pères, des théologiens & des caisistes, renferme des principes sûrs & des applications lumineuses des décisions a chaque cas. Il peut presque tenir lieu de bibliothèque à un Ecclésiastique. Le 3e volume est divisé en deux parties, dont la seconde est le Rituel Romain pour l'usage du diocese de Toulon. De *Choin* mourut dans son diocese, le 17 avril 1759, en sa 58e année. I. CHOISEUL, (Charles de) marquis de *Prostin*, d'une des plus illustres familles de France, sortie de celle des anciens comtes de *Langres*, brilla au siège de la Fère en 1580, à celui de Paris en 1589, & au combat d'Aumale en 1592. *Henri IV*, qui aimoit en lui le grand général & le sujet fidelle, le fit capitaine de ses gardes. Il obtint le bâton de maréchal de France sous *Louis XIII*, en 1619, & fut employé dans la guerre contre les Huguenots, en 1621 & 1622. Quoiqu'il ne commandât pas en chef, il eut plus de part que les connétables de *Luynes* & de *Lejdiquières*, sous lesquels il servoit, à la prise de Clérac, de Saint-Jean d'Angeli, de Royan, de Carmain & de Montpellier. On prétend qu'il entendoit mieux la guerre de siège que celle de campagne. Il eut cependant, en différentes fois, le commandement de neuf armées. Il se trouva à 47 batailles ou combats, remit sous l'obéissance du roi 53 villes des rebelles, servoit pendant 45 ans, & reçut dans toutes ses expéditions 36 blessures. Il mourut en 1626, âgé de 63 ans. Il réunissoit toutes les vertus civiles & militaires. Sa conduite en tout temps fut le résultat d'un fonds inaltérable de noblesse, de candeur, de respect pour lui-même, de bienfaisance pour les autres, & d'attachement le plus désintéressé & le plus inviolable pour ses rois.
II CHOISEUL DU PLESSIS-PRASLIN, (César de) duc & pair de France, neveu du précédent, se signala des sa jeunesse en plu- 282 CHO leurs fièges & combatt. Il fut fait maréchal de France le 20 juin 1645, gagna la bataille de Trancheron en 1648. L'exploit le plus éclairant de cet homme illustre fut la victoire de Rhétel, où il défitent l'érément, l'an 1650, le maréchal de Turcane qui commandoit l'armée Espagnole. Cette journée fut un jour de triomphe pour la cour, dont la tranquillité dépendoit du fort des armes. Choiseul avoit été choisi l'année d'auparavant pour être gouverneur de Monfleur. Il fut fait cordon-bleu en 1662, duc & pair l'année d'après. Voyet à l'article de Louis XIV, une réponse honorable que fit le monarque à ce héros qui gémissoit de ne pouvoir plus servir. Il mourut à Paris en 1675, à 78 ans, également recommandable par sa valeur, ses services & sa fidélité. Les héritiers de son nom ont succédé à ses talens. Le maréchal de Choiseul passoit pour être plus capable d'exécuter un projet, que de le former. Il avoit, dit-on, plus d'expérience que de talent, & plus de bon sens que de génie. Turpin a publié sa Vie, & celle du précédent, à la suite de l'Histoire des Hommes illustres de France, qu'il a continuée avec l'applaudissement du public. Elle compose le vingt-sixième volume.
III. CHOISEUL, (Claude de) dit le comte de Choiseul, de la branche de Francière, commença à servir en 1649, & donna des marques de sa valeur au combat de Vitri-sur-Seine. Il passa l'an 1664 en Hongrie, & s'y distingua à la bataille de Saint-Gothard. Il se signala ensuite au fège de Candie, où il eut son cheval tué sous lui à une sortie le 25 juin 1669. Il servit dans toutes les guerres de Louis XIV, qui lui donna le bâton de maréchal de France en 1693. Il commanda depuis en Normandie & sur le Rhin, devint en 1707, doyen des maréchaux de France, & mourut le 15 mars 1711, à plus de 78 ans, sans laisser de postérité. Ce brave militaire, le troisième maréchal de France de sa famille, fut estimé de son roi, aimé des grands, honoré de la nation, qui respectoit en lui son âge, sa naissance & ses exploits.
IV. CHOISEUL DU PLESSIS PRASLIN, (Gilbert de) frère du précédent, embraffa l'état ecclésiastique, tandis que ses frères prenoient le parti des armes. Ils se distinguèrent tous également. L'abbé de Choiseul fut reçu docteur de Sorbonne en 1640, & nommé à l'évêche de Cominges l'an 1644. La barbarie & l'ignorance craffe régnouent dans ce diocese; on y connoissoit à peine la religion: Choiseul lui donna une nouvelle face, par ses visites, par ses soins; par ses lumières, par sa charité. Il nourrit ses pauvres dans les années de misère, assista les pestifères dans un temps de contagion, établit des séminaires, retorna son clergé par ses leçons & ses exemples. Devenu évêque de Tournai en 1671, il s'y montra, comme à Cominges, un homme apostolique. Il donna à l'étude tout le temps que lui laissoient les travaux de l'épiscopat. Ce prélat, digne des premiers siecles, mourut à Paris en 1689, à 76 ans. Il avoit été employé, en 1664, dans des négociations pour l'accommodement des disputes entre les théologiens, au sujet du gros livre de Janjénius. Il avoit eu aussi beaucoup de part aux conférences qui se tinrent aux Etats du Languedoc, sur l'affaire des quatre évêques. On a de lui plusieurs ouvrages : I. Mémoires touchant la religion, en 3 vol. in-12, contre les Athées, les Déïstes, le Libertins & les Protestans, & vainement attaqués par ceux-ci. II. Une Traduction françoise des Pseumes, des Cantiques & des Hymnes de l'église; réimprimée plusieurs fois. III. Mémoires de divers exploits du maréchal du Plessis - Praslin, 1675, in-4. " Le maréchal du Plessis, dit l'abbé Lenglet, avoit composé ces Mémoires à la prière de Ségrais, qui les metoit au net. " Mais Gilbert de CHOISEUL, évêque de Tournai, les revit & les laïssés dans l'état où ils font. C'est un ouvrage digne de ces deux frères. Cette famille, aussi illustre qu'ancienne, a produit plusieurs autres personnes de mérite. V. CHOISEUL, (Étienne-François de Choiseul de Stainville, duc de) né en 1719, & mort à Paris le 8 mai 1785. Après avoir été ambassadeur à Vienne, ministre des affaires étrangères & de la guerre, & avoir eu l'entière confiance de Louis XV, il fut disgracié, & jouit dans sa retraite de plus de considération que n'en obtient ordinairement un ministre renvoyé. C'est à lui qu'on dut en partie la paix de 1763. Il a eu le fort de tous ceux dont les talens font une vive sensation; on en a dit beaucoup de bien & beaucoup de mal. Mais ses plus grands ennemis n'ont pu lui refuser une certaine élévation de caractère, beaucoup d'esprit, un travail facile, & le talent de pénétrer les hommes & de profiter des événements. Les poètes & les gens-de-lettres, pensionnés par lui, l'ont peint comme le plus magnanime des hommes; ceux qui n'eurent point de part à ses libéralités, ont cherché à affoiblir cet éloge, en lui reprochant de la hauteur & une administration peu économique. S'il prodigua le bien de l'État, il ne fut certainement pas avare du sien. La générosité étoit donc chez lui une vertu naturelle. Mais cette vertu se change en vice dans un ministre qui gouverne un état obéiré. On a publié ses Mémoires, Paris 1789, deux brochures in-12, qui n'apprennent pas grand-chose. C'est plutôt un recueil de quelques écrits du duc de Choiseul, que de véritables Mémoires historiques. Il avoit épousé Mil Croyas, dont il n'a pas laissé d'enfants. Quoiqu'il fût d'une figure petite & désagréable, il prit en entrant dans le monde, le rôle d'homme à bonnes fortunes, qui lui réussit; & dans le cours de son ministère, il ne refusa guère les grâces qui lui furent demandées par de jolies femmes. Mad. de Pompadour fut l'origine de sa première faveur à la cour: faveur qui fut bientôt suivie de la disgrace du cardinal de Bernis, à laquelle il eut beaucoup de part.
CHOISI, (François-Timoléon de) prieur de Saint Lo, & grand-doyen de la cathédrale de Bayeux, l'un des quarante de l'académie Françoise, naquit à Paris en 1624. Son aïeul paternel avoit la réputation de jouer supérieurement aux échecs. Le marquis d'O, surintendant des finances, qui se croyait fort habile à ce jeu, voulut essayer ses forces contre lui; Choisi eut non-seulement l'adresse de se laisser gagner, mais l'adresse plus grande encore de paroître se bien défendre. Le ministre s'attacha dès-lors son adversaire au jeu, lui trouva de la capacité dans les affaires, l'employa dans plusieurs intrigues secretes & con- 384 CHO tribua beaucoup à sa fortune. — L'abbé de *Choisi*, son petit-fils, reçut une bonne éducation; mais sa mère, dont il étoit l'idole, le gâta de bonne heure. Par un effet de la politique du cardinal *Mazarin*, on élevoit *Monseur*, frère de *Louis XIV*, de la manière la plus effeminée; on l'habilloit quelquefois en femme. Mad. de *Choisi* se prétoit à cette extravagance par une fuite de son goût pour l'intrigue, & elle faisoit prendre le même habit à son fils, soit pour faire sa cour à *Monseur*, soit qu'elle trouva son petit abbé plus joli avec des cornettes & des mouches. On ne peut dissimuler les folies qu'il fit sous cet étrange ajustement. Sa première jeunesse ne fut pas fort réglée. Il est très-vrai qu'il vécut en femme pendant quelques années, & que sous le nom de la comtesse des *Barres*, il se livra, dans une terre auprès de Bourges, au libertinage que couvroit ce déguisement; mais il n'est pas vrai que pendant qu'il menoit cette vie, il écrivoit son *Histoire Ecclésiastique*, comme le dit *Voltaire*, qui sacrifioit souvent la vérité à un bon mot. Le premier volume de cet ouvrage parut en 1703. L'abbé de *Choisi* avoit alors près de soixante ans: il aurait été difficile qu'à cet âge, il eût conférvé les agrémens & la figure qu'il lui falloit pour jouer ce rôle. En 1685 il fut envoyé, en qualité d'ambassadeur, auprès du roi de Siam, qui vouloit, dit-on, se faire chrétien. L'abbé de *Choisi* se fit ordonner prêtre dans les Indes par le vicaire apostolique: non pas pour avoir de quoi s'amuser dans le vaisseau, comme le dit le satirique abbé *Lenglet*; mais par des motifs plus nobles. Il mourut le 2 octobre 1724, à Paris, à 81 ans. L'enjouement de son caractère, les grâces de son esprit, sa douceur & la politesse le firent rechercher, peut-être plus qu'estimer. « Avec des qualités aimables pour la société, dit d'*Alembert*, il lui manqua la plus essentielle pour lui-même, la seule qui donne du prix à toutes les autres, la dignité de son état, sans laquelle les agrémens n'ont qu'un éclat frivole, & ne sont guères qu'un défaut de plus. Toujours plongé dans les extrêmes, où la décence comme la vérité ne se trouvent jamais, il joignoit à l'amour de l'étude trop de goût pour les bagatelles, à l'espèce de courage qui mène au bout du monde, les petit-fils de la coquetterie. Il fut dans tous les moments entraîné par les plaisirs, & tourmenté par les remords. Il avoit d'ailleurs le cœur bon, & les mœurs douces; mais de cette douceur qui tient plus à la foiblesse & à l'amour du repos, qu'à un fonds de bienveillance pour ses semblables. *Grâces à Dieu*, dit-il dans ses Mémoires, je n'ai point d'ennemis; & si je savais quelqu'un qui me voulut du mal, j'étois tout à l'heure lui faire tant d'honnêtetés qu'il deviendrait mon ami. Avec ce naturel facile, il ne devoit pas en effet avoir des ennemis, & n'en eut pas. Il se flattoit même d'avoir des amis; mais on n'en a pas, si on ne fait l'être, & pour être digne & capable d'aimer, il faut avoir dans le caractère une confistance & une énergie dont l'abbé de *Choisi* ne se piquoit pas. » Cet écrivain n'étoit pas savant, & il étoit très-éloigné de vouloir le paroître. On envoit la preuve dans le compte naît qu'il rend à un de ses amis, de ses conversations, ou plutôt de son silence, avec les savants Missionnaires qu'il avoit trouvés dans son ambassade de Siam. « J'ai, » J'ai, dit-il, une place d'écou- tant dans leurs affimblées, & je me fers souvent de votre méthode; une grande modeste, point de dé- mangeaison de parler. Quand la balle me vient bien naturellement, & que je me sens instruit à fond de la chose dont il s'agit, alors je me laisse forcer, & je parle à demi-bas; modeste dans le ton de la voix aussi bien que dans les paroles. Cela fait un effet admi- rable; & souvent quand je ne dis mot, on croit que je ne veux pas parler: au lieu que la bonne rai- son de mon silence, est une igno- rance profonde, qu'il est bon de cacher aux yeux des autres. » On distingue parmi ses ouvrages, les suivans: I. Journal du Voyage de Slum, in-4.º & in-12. Cet ou- vrage, écrit d'un style aise, plein de gaieté & de saillies, manque quelquefois de vérité; il est d'ail- leurs très-supersiciel, ainsi que la plupart de ses autres écrits. Voy. GERBILLON. II. La VIE de David, in-4.º & celle de Salomon, in-12: la Vie de David est ac- compagnée d'une interprétation des Pseaumes, avec les différences de l'Hébreu & de la Vulgate. III. HISTOIRE de France sous les règnes de St. Louis, de Philippe de Valois, du roi Jean, de Charles V & de Charles VI, 5 volumes in-4.º Ces Vies avoient été publiées cha- cune séparément; on les a réunies en 1750, en 4 volumes in-12. L'auteur les a écrites de cet air libre & naturel qui fixe l'atten- tion sur la forme, & empêche de trop examiner l'exactitude du fonds. IV. L'Imitation de J. C., traduite en françois, réimprimée in-12 en 1735. La première edi- tion étoit dédiée à Mad. de Main- tenon avec cette épigraphe: « Audi, filia & vide, & inclini surem tuum, & concupisere flex decorem tuum. » Ce passage fut retranché dans la fe- conde edition, à cause des commen- taires qu'il occasionna. V. L'HIS- TOIRE de l'Église, en 11 volumes in-4.º & in-12. En la comparant à celle de Fleury, on fit le jeu de mot que l'abbé Fleury étoit Choisi dan, son ouvrage, & que l'abbé Choisi étoit Fleury dans le sien. Celui-ci auroit pu l'intituler: Histoire Ecclésiastique & Profane. Il y parle des galanteries des rois, après avoir raconté les vertus des fondateurs d'Ordres. C'est Bussuet qui l'engagea, a ce qu'il dit, à travailler à l'Histoire de l'Église. « J'eus beau lui représenter, ajoute- t-il, la grandeur du dessein, & mon peu de capacité. Je ne vous conseillerois pas, me dit-il, d'en- reprendre une Histoire pour les savans: l'abbé de Fleury y travaille, & a déjà donné quatre volumes qui ont un grand succès. Je voudrois que vous fussiez un ouvrage pour les gens du monde, les demi-savans, les femmes; les religieux & religieuses, qui ne demandent ni controverse, ni dif- cussions trop exactes de chronologie; mettez-y seulement les principaux faits, les plus grandes hérésies, & cela dans le plus grand détail; passez sous si- lence une infinité de petits Hérétiques, qui sont morts presque avant que de naître; joignas-y, à l'exemple de M. de Tillemont, les principales actions des empereurs depuis Constantin, & celles des rois de France qui ont tou- jours été protecteurs de l'Église... Encourage par ce grand homme, je travaillai, & lui portai le ma- nuscrit de mon premier volume, qu'il eut la bonté de corriger; ce qui le doit rendre meilleur que les suivans. » En ne voulant point accabler son ouvrage d'érudition, il a supprimé une infinité de faits & de détails aussi instructifs qu'in- téréssans. Le ton de l'auteur n'est pas assez noble, & il cherche trop B b 386 CHO à égayer une histoire qui ne devroit être qu'éditante. Il en a fait d'ailleurs une espèce d'histoire universelle, en y faisant entrer tout ce qui peut intéresser dans l'histoire des empires d'Orient & d'Occident, & dans celle de France. Quoiqu'on vante la façon d'écrire de l'abbé de Choisi, il faut avouer que les derniers volumes font bien mal faits, & assez mal écrits, VI. Mémoires pour servir à l'Histoire de Louis XIV, 2 vol. in-12. On y trouve des choses vraies, quelques-unes de fausses, beaucoup de hasardées; & le style en est trop familier. VII. Les Mémoires de la Comteffe des Barres, en 1736, petit in-12. C'est l'histoire des débauches de la jeunesse de l'auteur. Le compilateur de la Vie de l'abbé de Choisi, in-8.9, publiée en 1748 a Genève, (qu'on croit être l'abbé d'Olivet,) s'est beaucoup servi de cet ouvrage scandaleux, dans le détail des aventures galantes de son héros. VIII. Quatre Dialogues, sur l'immortalité de l'âme, sur l'existence de Dieu, sur la providence & sur la religion; 1684, in-12. Le premier de ces Dialogues est de l'abbé Dangeau, le deuxième du même & de l'abbé de Choisi, le troisième & le quatrième de ce dernier. Ils font dignes de l'un & de l'autre, quoique peu approfondis. On a réimprimé cet ouvrage à Paris, en 1768, in-12. Voyez DUCHE.
CHOKIER-SURLET, (Jean-Ernest) né à Liège en 1551, devint chanoine de la cathédrale, & mourut en 1650, après avoir fondé dans sa patrie plusieurs établissements utiles, tels que la maison des Repenties, l'hôpital des Incurables, &c... Juste-Lipse, dont il fut l'ami, lui avoit inspiré le goût des antiquités. On lui doit I. Des notes sur le traité de Sénèque, De Tranquillitate Animi, 1607. II. De re nummariâ prifci avi, 1649, in-8.9 III. Facis historiarum Centuriae duæ, 1650, in-fol. IV. Un Commentaire sur la Politique de Juste-Lipse, 1642, in-fol. V. Un Traité de la Permutation des Bénéfices, un autre des Cas réservés, & plusieurs Écrits de controverse.—Son frère Érasme de CHOKIER fut un très-célebre jurisconsulte; il mourut en 1625, après avoir publié quelques ouvrages relatifs à sa profession.
CHOLET, (Jean) cardinal, natif du Beauvoisis, d'une famille noble, fonda à Paris le collège qui porte son nom. Il mourut le 2 août 1293. La fondation du collège des Cholets n'eut son exécution qu'en 1295. On y honore la mémoire de ce cardinal, qui dut sa fortune à ses talens.
CHOLIÈRES, (N...) est un auteur inconnu de quelques ouvrages presque aussi inconnus que leur auteur; il vivait dans le 16e siècle. On a de lui: I. Des Contes sous le titre des Neuf Matinées & Neuf Après-dînées du sieur de Cholières, Paris, 1610, 2 vol. in-12. Les Matinées avoient déjà été imprimées en 1585, in-8.9, & les Après-dînées, 1587, in-12. II. La Guerre des Mâles contre les Femelles, & autres Œuvres Poétiques, 1588, in-12. La rareté de ces ouvrages est leur seul mérite.
CHOLIN, (Pierre) de Zug en Suisse, fut précepteur de Théodore de Beze. Il devint ensuite professeur de belles-lettres à Zurich, & mourut l'an 1542. Cholin étoit habile dans la langue grecque: Budé en faisoit beaucoup de cas. Il a traduit de grec en latin les èvres que les Protestans regardent comme apocryphes. Il a eu part, avec Léon de Juda, Bibliander, Pellican & R. Gautier, à la Bible de Zurich, qui est chargée de notes littérales & de scôles sur les marges. Cette Bible a un nom parmi les Protestans. I. CHOMEL, (Noël) curé de Saint-Vincent à Lyon, mort en 1712, s'appliqua de bonne heure aux connoissances qui intéressent le cultivateur, l'habitant des campagnes & les pères de famille. Les recueils qu'il avoit faits en ce genre, produisirent son Dictionnaire économique contenant l'art de faire valoir les terres, & généralement tout ce qui concerne l'agriculture & l'économie. Ce livre imparfait dans sa naissance, a été amélioré par de la Mare, qui en a donné une nouvelle édition à Paris en 1767, 3 vol. in-folio, entièrement corrigée & considérablement augmentée.
II. CHOMEL, (Pierre-Jean-Baptiste) docteur-régent & ancien doyen de la faculté de médecine de Paris sa patrie, médecin ordinaire du roi, associé vétéran de l'académie des sciences, mort en 1740, étoit neveu du précédent. Il s'appliqua avec succès à la botanique, dont il donnoit des leçons au jardin du roi. Nous avons de lui une Histoire très-utile des Plantes usuelles, en 3 vol. in-12, Paris 1761. Les connoissances que prouve ce livre, la douceur de son caractère, son humanité envers les pauvres, son assiduité auprès des malades, lui avoient donné la réputation d'un médecin aussi sage que savant. Modeste dans ses discours, simple dans son extérieur, il étoit plus occupé à soulager les personnes souffrantes qu'à éblouir ceux qui les assistoient par une éloquence étudiée. — Son fils, Jean-Baptiste-Louis, docteur en médecine comme lui, mourut en 1765 à Paris sa patrie, après avoir donné divers ouvrages. I. Efraî sur l'Histoire de la Médecine en France, in-12, ouvrage curieux & intéressant. II. La Vie de Molin, in-12. III. Eloge de Duret, 1765, in-12. IV. Lettre sur une maladie de Beffiaux, 1745, in-8. V. Dissertation sur un mal de gorge gangreneux, 1749, in-12. C'est lui qui dirigea l'impression de l'Abrégé de l'Histoire des Plantes usuelles, de son père, faite en 1761, & dont il avoit paru plusieurs éditions.
CHOMENTOWSKI, noble Polonois, fut renommé pour ses talens militaires. Lorsque Kociusko souleva une partie de la Pologne contre les Russes en 1794, Chomentowski partagea ses opinions & son zèle pour l'indépendance de sa patrie. Il fit soulever les paysans des districts de Chełm & de Lublin, se réunit à Zajonczyk, & eut la tête emportée par un boulet de canon à la bataille de Chełm. La nouvelle de sa mort, vivement respectue par ses soldats, fut la première cause de leur fuite & de leur défaite.
CHOMPRÉ, (Pierre) licencié en droit, né à Nanci, diocèse de Châlons-sur-Marne, vint de bonne heure à Paris, & y ouvrit une pension. Son zèle pour l'éducation de la jeunesse, lui procura beaucoup d'élèves; il leur inspiroit le goût de l'étude & l'amour de la religion. Il mourut à Paris le 18 juillet 1760, à 62 ans. On a de lui plusieurs ouvrages; les principaux sont : I. Dictionnaire abrégé de la Fable, pour l'intelligence des poètes, des tableaux & des statues dont les sujets sont B b 2 388 CHO tirés de l'histoire poétique : petit in-12, souvent réimprimé. Une nouvelle édition, très-augmente par *Millin*, a paru en l'an 9. II. *Dictionnaire abrégé de la Bible*, pour la connoissance des tableaux historiques, tirés de la Bible même & de *Flavius Joseph*, in 12. III. *Introduction à la Langue Latine*, 1753, in-12. IV. *Méthode d'enfégir à Bré*, in 12. V. *Vocabulaire universel Latin - François*, 1754, in-8. VI. *Vie de L'ouïe, premier Conjul à Rome*, 1730, in-8. VII. *Vie de C. H. Philojophe*, 1730, in-8. Ces deux Vies font peu estimées, & le style en est trop négligé. VIII. *La Table de l'Histoire des Voyages par l'abbé Prévois*, IX. *Traduction des Modèles de latinité*, 1774, 6 vol. in-12. C'est la version d'un recueil de l'auteur, publié sous le titre de *Seleita latini fermuous Exemplaria*, 1771, 6 vol. in 12. L'auteur a compilé ce qu'il a jugé de plus propre à son objet dans les anciens Auteurs latins, soit en prose, soit en vers : le texte y est conservé dans la parfaite intégrité. Tous les extraits sont accompagnés d'un petit vocabulaire utile. Quant à la traduction, il y a plusieurs morceaux rendus avec fidélité & avec élégance, mais on en trouve aussi un grand nombre qui font fêmes d'expressions peu françaises, de phrases louches & mal construites.
CHOPIN, (René) natif de Bartlett en Anjou en 1537, plaida long-temps avec distinction au parlement de Paris : retiré ensuite dans son cabinet, il est consulté comme un des oracles du droit. Il mourut à Paris en 1606, à 60 ans, entre les mains d'un opérateur qui le taillit de la pierre. On lui fit cette Epitrophe :
*CHOPINUS hic cubat*, *Memoria thefaurus & penus Legum*, *Tora Gallia nunc gemis Chopinum*, *Andi municipes gemunt alumnum*, *Cives Parisi gemunt patronum*, *Quem nunc Elisi tenent colonum*. Ses ouvrages ont été publiés en 1663, 6 vol. in-fol. en latin & en français. Il y a aussi une autre édition, latine seulement, en 4 vol. Son latin est fort concis, & souvent obscur & ampoulé. On le comparoit au juifconfulte *Tuberon*, qui avoit affecté de se servir des mots le plus furannés, *Auffi Chopin* ayant reproché à *Bacquet* d'avoir copié son Traité du Domaine, celui-ci lui répondit que *cela n'étoit pas possible, attendu qu'il n'entendoit pas la moitié de son latin*. Ses ouvrages les plus estimables font : I. Le second vol. de la *Coutume d'Anjou*. La ville d'Angers lui accorda en 1581 le titre & les honneurs d'Echevin, pour le remercier de ce livre. II. Le traité *De Domanio*, pour lequel *Henri III* l'anoblit. III. Les livres, *De facra Politica Monastica*, *De privilegiis Roficorum* : fêmes de belles recherches & de décisions judicieuses. Son livre *for la Coutume de Paris* est trop abrégé, & rempli de trop de digression & de citations de lois étrangères, *Chopin* avoit beaucoup d'esprit & d'érudition; mais son zèle pour la Ligue lui valut une Satyre macaronique, sous le titre d'*ANTI-CHOPINUS*, 1592, in 4°, attribuée à *rean de Villers-Hotman*. Comme le style burlesque de cette pièce ne convenoit pas à la matière, elle lui brûlée par arrêt du conseil. Ce qui y avoit donné lieu, est : *Oratio de pontificio Gregorii XIV ad Gallos Dipl. mate*, à *criticis notis vindicatio*, Paris, 1591, in-4°, qui n'est pas dans ses Œuvres. non-plus que *Bellum sacrum Gallicum*, *Poema*, 1562, in-4.º Le jour que *Henri IV* entra dans Paris, sa femme perdit l'esprit, & il reçut ordre d'en sortir; il y resta cependant par le crédit de ses amis. Ce jurisconsulte étudient ordinairement couché par terre sur un tapis, & entouré des livres qui lui étoient nécessaires.
CHORIAS, (Mythol.) prêtresse de *Bacchus*, devint chef des Ménades, femmes guerrières, qui suivirent ce héros venant affliger Argos. *Persée* le repoussa : la plupart des Ménades périrent dans cette action, & obtinrent une sépulture commune; mais *Chorias* eut un tombeau à part près des fortifications d'Argos. — CHORIER, (Nicolas) avocat au parlement de Grenoble, né à Vienne en Dauphiné l'an 1609, cultiva de bonne heure la littérature, & négligea le barreau pour se livrer tout entier à l'histoire. Il publia celle du *Dauphiné*, en 2 vol. in-folio, 1661 & 1672. « *Chorier*, dit l'abbé *Lenglet*, étoit un auteur peu exact. Il ne lui falloit que la plus légère connoissance d'un fait pour bâtir dessus une nouvelle histoire. » On doit porter le même jugement : I. De son *Nobiliaire du Dauphiné*, en 4 vol. in - 12, 1697. II. De son *Histoire Généalogique* de la maison de *Sassenage*, en 4 vol. in - 12. III. De son *Histoire du Duc de Lesdiguières*, en 2 vol. in - 12. Ces ouvrages firent passer *Chorier* pour un écrivain ennuyeux; mais son livre intitulé, *Alcyfie SIGEE Tolitanæ Satyra Sutadica de arcanis Amoris & Veneris*, le fit regarder comme un auteur infame. Cette abominable production, attribuée sans fondement à l'illustre *Louise Sigée du Tolèbe*, est certainement de *Chorier*, dont toute la vie a répondu aux maximes qui y sont débitées. Il en donna les six premiers dialogues à son libraire, pour le dédommager de la perte qu'il avoit faite sur le premier vol. de l'Histoire du Dauphiné. Un magistrat de Grenoble se chargea, dit-on, d'en payer les frais, & le fils du libraire d'en faire la traduction. Ce livre, digne du feu, loin de rétablir les affaires de l'imprimeur, l'obligea d'abandonner son commerce, & d'éviter par la fuite un châtiment exemplaire. Le réprième entretient fut imprimé à Geneve sur un manuscrit très-peu lisible, ce qui occasionna les fautes dont cette édition fourmille. *Chorier* eut l'impudence de s'en plaindre, voulant absolument en être reconnu pour l'auteur; & ses amis, trop convaincus de sa dépravation, n'eurent pas de peine à le croire. Son livre, imprimé ensuite sous le titre de *Joannis Meursi Elegantiæ latini fermonis*, in-12, & traduit en françois sous le titre d'*Académie des Dames*, 2 petits vol. in-12, méritoit bien peu d'ailleurs qu'on le revendiquât. Son latin est trespeu de chose, quoiqu *Allard*, Bibliothécaire du Dauphiné, dise qu'il est fleuri, agreable & coulant; & que ses vers, faits en la même langue, font si beaux, qu'on les prendroit pour des productions du siècle d'*Auguste*. On croiroit volontiers qu'*Allard* a voulu faire une ironie, s'il avoit eu assez d'esprit pour cela. *Chorier* mourut à Grenoble, âgé de 83 ans, le 14 août 1672. C'est cette même année que parut à Lyon, in-4°, la plus estimable production qu'il ait laissée, c'est la *Jurisprudence de Gui - Page*, abrégé du grand ouvrage de ce jurisconsulte. B b 3 I. CHOSROËS Ier, dit la Grand, fils & fucceffeur de Cabade roi de Perfe, en 531, donna la paix aux Romains, à condition qu'ils lui rendroient les villes qu'ils avoient conquifes, & qu'ils ne fortiferoient point de places frontières. Quelques années après il revint fur les terres Romaines; Bélifaire le repouffa, & le força de rentrer dans fes états, l'an 542. Voyez TRIBUNUS. Après la mort de Juflinien, Chofroës envoya un ambaftadeur à Juflin II, pour l'engager à continuer la penfion que lui faifoit l'Empire. Ce prince lui répondit fièrement, Qu'il étoit honteux pour les Romains de payer tribut à de petits peuples d'fpérjés de côté & d'autre. Une feconde ambaftade n'ayant pas été mieux reçue, Chofroës leva une puifante armée, fondit fur l'Empire, prit plufieurs villes, & n'accorda une trêve de trois ans qu'après beaucoup de ravages. Il la rompit en 579, défola la Méfopotamie & la Cappadoce; mais ion armée ayant été entièrement défaite par les troupes de l'empereur Tibère II, & lui-même contraint de s'enfuir, il mourut de chagrin en cette année, après un règne de 48 ans. C'étoit un prince fier, dur, cruel, imprudent; mais courageux, qui n'eut le titre de Grand que par fes talens militaires & fes conquêtes. C'eſt du moins ainfi que l'ont peint les auteurs Chrétiens; mais les écrivains Orientaux en parlent autrement. Ils lui donnent autant de vertus que de talens. Sa cour étoit l'aſile du mérite malheureux. Il affiftoit régulièrement à fes confeils; il protégeoit les fciences; il connoiffoit la mécanique auffi bien que les meilleurs artilles. Quoique fa conversation fût toujours férieuse, il ne trouvoit pas mauvais que fes cour- tifans l'égayaffent. Au milieu de fes profpérités, il montroit une grande égalité d'ame. Un jour un courrier s'écria en l'abordant: Dieu eſt juſte! L'implacable ennemi de notre Roi vient de mourir.—A Dieu ne plaife, répondit Chofroës, que je me réjouiffe de la mort de mon ennemi! Il n'y a rien de plus ridicule pour des mortels, que de fe réjouir à la vue d'un exemple de mortalité.—Un jour, comme il étoit à la chaffe, voyant qu'il avoit envie de manger un plat de gibier, quelques-uns de fes gens allerent à un village voifin, & y prirent la quantité de fel dont ils avoient befoin. Le roi, qui foupçonnoit qu'on n'avoit pas donné le prix de ce fel, ordonna qu'il fût payé fur-le-champ. Se tournant enfuite vers fon premier miniftre: La chofe, dis-il, eſt peu importante en elle-même, mais elle l'eſt beaucoup par rapport à moi. Un Roi doit toujours être juſte, parce qu'il fert d'exemple à fes fojets. S'il m'eſt impofſible de faire obſerver les lois de la juſtice à mon peuple dans les plus petites chofes, je puis du moins lui faire voir qu'il eſt poſſible de les obſerver.—On prétend qu'il fit mettre fur fon diadème l'infcription fui-vante: La vie la plus longue & le règne le plus glorieux paſſent comme un ſonge, & nos fucceffeurs nous preſſent de partir. C'eſt de mon père que je tiens ce diadème, qui fervira bientôt d'ornement à quelqu'autre.—Il confia l'éducation de fon fils Hormifdas à Buzurge-Mihir, le premier des fages de la Perfe. Un jour ce philoſophe fe trouvant à une conférence qui fe tenoit entre des beaux-eſprits Grecs & Indiens en pré-fence de Chofroës, ce monarque demanda quelle eſt la ſituation la plus fâcheuse? Un philoſophe Grec répondit: La vicilleſſe, accompagné de la pauvreté. Un fage Indien ſus d'avis que c'étoit un extrême abattement d'esprit, suivi de violentes douleurs de corps... Buçurge - Mihir décida, que « le plus malheureux des hommes étoit celui qui se trouvoit près du terme de sa vie sans avoir pratiqué la vertu. » Chosroès fut un jour étonné de ce que ce philosophe gardoit le silence dans un de ses conseils, où chacun de ses ministres avoit donné son avis. Les Confeillers d'état, répondit-il au Roi, doivent ressembler aux Médecins, qui ne donnent leurs remèdes qu'à ceux qui en ont besoin. — II. CHOSROÈS II, monta sur le trône de Perfe l'an 590, à la place de son père Hormisdas III, que ses sujets avoient mis en prison, après lui avoir crevé les yeux. Le nouveau roi fit assommer son père, & fut chassé quelque temps après comme lui. Dans son malheur il s'adressa à l'Être-Suprême, lâcha la bride à son cheval, & lui laissa la décision de son sort. Après bien des fatigues, il arriva dans une ville des Romains. L'empereur Maurice le reçut avec bonté, lui donna des secours, & le fit proclamer roi une seconde fois. Chosroès, rétabli paisible sur le trône, punir les rebelles, récompensé ses bienfaiteurs, & les renvoya dans leurs états. Après la mort de Maurice, assassiné par Phocas, Chosroès voulant venger sa mort, pénétra dans l'empire avec une puissante armée en 604, s'empara de plusieurs villes, entra en Arménie, en Cappadoce, en Paphlagonie, défit les Romains en plusieurs occasions, & pouffia ses dégâts jusqu'à Chalcédoine. Héraclius couronné empereur, après avoir fait mourir Phocas, demanda la paix au roi de Perfe, en lui représentant qu'il n'y avoit plus aucun juste sujet de faire la guerre. Chosroès, pour toute réponse, envoya une armée formidable en Palestine. Ses troupes prennent Jérusalem, brûlent les églises, enlèvent les vases sacrés, massacrent les clercs, & vendent aux Juifs tous les Chrétiens qu'ils sont prisonniers. Zonare rapporte que, dans sa fureur, Chosroès jura qu'il poursuivroit les Romains jusqu'à ce qu'il les eût forcés de renier J. C. & d'adorer le Soleil. Héraclius ayant repris courage, défit les Perses, & proposa la paix à leur roi; qui écoutant à peine cette offre, dit avec dédain, que ses généraux & ses soldats feroient la réponse. L'armée Romaine, animée par plusieurs succès réitérés, remporta de nouvelles victoires, & obligea Chosroès à prendre la fuite. Ce prince, se laissant aller à l'abattement, désigna alors pour son successeur Merdesane son cadet, au préjudice de Syroès son fils aîné. Celui-ci prend les armes, fait arrêter son père, l'enferme sous une voûte qu'il avoit fait bâtir pour cacher ses trésors; & au lieu de nourriture, lui fait servir de l'or & de l'argent. Il mourut de faim au bout de quatre jours, en 628. Quelques historiens ont dit « que Chosroès savoit mieux Aristote, que Dimosthène ne savoit Thucydide. » Son ambition & sa cruauté ne prouvent pas qu'il eût beaucoup profité des leçons du morale du philosophe Grec.
CHOUET, (Jean-Robert) man giftrat de Genève, sa patrie, fut le premier qui enseigna la philosophie de Descartes à Saumur. Rappelé à Genève en 1669, il y donna des leçons avec applaudissement. Chouet devint ensuite conseiller & secrétaire d'état, & composa l'Histoire de sa République. Il mourut le 17 septembre 1731. B b 4 392 CHO à 89 ans. Ses écrits n'ont point encore été imprimés, & il n'y a pas apparence qu'ils voient le jour. L'auteur avoit tout ce qui prévient & qui attache : une physionomie heureuse, des manières honnêtes, une humeur égale, une conversation enjouée, & une extrême circonspection dans ses paroles & dans ses démarches.
CHOUL, (Guillaume du) gentilhomme Lyonnois, bailli des montagnes du Dauphiné, fit le voyage d'Italie pour se perfectionner dans la connoissance de l'antiquité. La Croix du Maine l'appelle « le plus diligent & le plus grand rechercheur d'antiquités de son temps. » Il est connu par un traité excellent & rare, De la Religion & Caſtramitation des anciens Romains. Cet ouvrage singulier d'antiquités est remarquable, sur tout par rapport à la seconde partie, qui traite de la manière de dresser & de fortifier les camps chez les Romains, de leur discipline & de leurs exercices militaires. Il a été traduit en latin, en italien & en espagnol. La première de ces versions fut imprimée à Amsterdam en 1685, à 4°, & la seconde l'avoit été à Lyon, par R. L. de la 1559, in folio. Ces deux éditions sont assez rares; mais moins que l'original françois, Lyon 1556, in folio, avec des figures en bois, gravées par le petit S. mar. On a encore de lui, le Pr. m. d'ouïe des Médailles; un T. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1559, de G. de la 1
CHOUN, (Mythol.) dieu de Pérou, parut dans cette contrée sous la figure d'un homme, qui avoit un corps sans os & sans muscées. Il aplaniffoit les montagnes, combloit des vallées, & civilisa les premiers Péruviens, en leur donnant les elemens de la culture. Ceux-ci l'ayant offensé, il rendit leur pays aride, & y dessécha les plantes; mais dans la fuite, touché de leur repentir, il ouvrit les fontaines & rétablit la fertilité.
CHOUQUET, Voyet l'article LEMIS.
CHRAMNE, fils naturel de Clotaire I, se révolta contre lui, & se ligua avec le comte de Bretagne; mais le père irrité livra bataille à son fils, le vainquit, & le brûla avec toute sa famille, dans une cabane où il s'étoit sauvé, en 560. I. CHRÉTIEN DE TROYES, dit Men. flier, poète François, qui vivoit vers l'an 1200, étoit orateur & chroniqueur de Mad. Jeanne contesse de Flandres. Il a fait en vers plusieurs Romans de Chevalerie de la Table ronde, qui font en manuscrit, pour la plupart. Celui de Parceval le Gallois, a été traduit en prose, & imprimé en 1530, in folio.
II. CHRÉTIEN, (Gervais) plus connu sous le nom de Maître GERVAIS, né à Vendes près de Caen, fondé à Paris, l'an 1200, le collège qui porte son nom, & mourut à Bayeux le 3 de mai 1383. Il étoit premier physicien, c'est-à-dire médecin du roi Charles V, chanoine de Paris, & chantre de Bayeux.
III. CHRÉTIEN, (Florent) naquit à Orléans en 1541, d'une famille noble. Son geste & ses talons le firent choisir pour veiller à l'éducation d'Henri de Navarre, depuis roi de France. On a de lui divers ouvrages en vers & en prose; des Tragédies, traduites de Buchanan; une Traduction d'Oppien, en vers françois, imprimée à Paris, chez Mamert Patillon en 1575, in-4°; des Epigrammes grecques, les Quatrains de son ami Pibrac, mis en grec & en latin; des Satires très-mordantes contre Ronfard, sous le nom de la Baronnie, 1564, in-8°. Il avoit du talent pour ce dernier genre, & il eut part à la Satyre Menippée. Il possédoit supérieurement les fines de la langue grecque. Le président de Thou, dont il fut l'ami, dit que ses vers grecs avoient tant de grâces, qu'on les prenoit pour des vers anciens. Ce bel-esprit mourut en 1596, à 56 ans, après être rentré dans le sein de l'église Catholique. Quoiqu'il eût fait des Satires, il conserva des amis: son cœur n'avoit point de part à ses censures, qui ne prenoient leur source que dans la chaleur de son imagination. Florent Chrétien s'appeloit en latin QUINTUS SEPTIMUS CHRISTIANUS; Quintus, parce qu'il étoit le cinquième de ses frères, & Septimius, parce qu'il naquit au septième mois de la grossesse de sa mère. Voyez CUJAS. — Son père, Guillaume CHRÉTIEN, médecin de François I & de Henri II, a traduit en françois quelques ouvrages de médecine, entr'autres le livre d'Hippocrate, intitulé; De Geniturâ, Paris 1559, in-8°.
CHRISES & autres semblables. Voy. CHRYZÈS, &c.
CHRIST, Voy. JÉSUS-CHRIST. I. CHRISTIAN, autrement CHRISTIERN Ier, roi de Danemarck, étoit fils de Thierri, comte d'Oldembourg. Il succéda à Chris- tophe de Bavière en 1448, & se fit estimer & chérir par sa prudence, sa douceur, & par ses libéralités envers les pauvres, qui furent si abondantes, qu'il manquoit quelquefois du nécessaire. Il institua en 1478 l'ordre de l'Éléphant, & mourut en 1481.
II. CHRISTIERN II, roi de Danemarck, surnommé le Cruel, monta sur le trône après la mort de Jean son père, en 1513. Il aspira à la couronne de Suède dès qu'il posséda celle de Danemarck. Ayant eu le bonheur d'être élu en 1520, après quelques traverses, il devint le tyran de ses nouveaux sujets, qu'il avoit promis de traiter comme ses entans. Il donna une fête aux principaux seigneurs ecclésiastiques & secutiers, & les fit égorger les uns après les autres au milieu du festin. Voici les circonstances de cette horrible boucherie: Chrissiern choisit la fête de Toussaint, 1er novembre 1520, pour son couronnement. La cérémonie fut magnifique & dura huit jours. Le 8e fut destiné au superbe festin, où se devoient trouver les sénateurs & les officiers de la couronne de Suède. Les conviés, au nombre de 94, ne furent pas plutôt assemblés, que Chrissiern marcha en pompe à leur tête pour se rendre dans la principale église, où l'on devoit rendre grâces du couronnement. A la messe qui fut solennellement célébrée, le roi jura sur l'Eucharistie, de garder tous les privilèges de la nation. On retourna ensuite au palais royal. Les convives étoient déjà à table, ne pensant qu'à se livrer à la joie & au plaisir, lorsque Chrissiern se lève sous prétexte de quelque nécessité, & passe dans un cabinet voisin. On entend tout-à-coup un bruit ter- rible. C'étoient des officiers Sué- dois qui arrivoient armés. Une partie se fait des avenues du palais, & l'autre se jette en foule, l'épée à la main, dans la falle du teftin. Tous les convives font arrêtés. On dresse des échafauds devant la porte du palais; & les évêques, les grands du royaume & les fenazurs périssent par la main des bourreaux. Le grand- prieur de Saint-Jean de Jerufa- lem, qui avoit montre le plus de zèle pour la patrie, est atta- ché à une croix de Saint-André, où on lui tend le ventre & on lui arrache le cœur. Enfuite on se jette sur le peuple. Les soldats font main baffé sur tous ceux qui étoient accourus pour voir cette fanglante exécution. Tant d'inhu- manité fouleva tous les états du royaume. Gustave, à la tête de quelques Suédois, résolut de dé- livrer sa patrie de ce monstre. Christiens, qui avoit en son pou- voir à Copenhague la mère & la sœur de son ennemi, fit jeter ces deux princesses dans la mer, enfermées l'une & l'autre dans un fac. Le corps de l'administrateur de Suède fut déterré, & le bar- hare pouffia sa férocité jusqu'à se jeter dessus & le mordre. Il fai- soit couper les cadavres par mor- ceaux, & les envoyait dans les provinces pour inspirer une ter- reur générale. Les payfans furent menacés de se voir couper un pied & une main, s'ils faisoient la moindre plainte. Un payfan, qui est né pour la guerre, disoit le tyran, devoit se contenter d'une main & d'un pied naturel avec une jambe de bois. Ce scélérat, teint du sang de ses sujets, fut bientôt aussi exécrable aux Danois qu'aux Sué- dois. Ses peuples, animés par Frédéric duc de Holstein, lui fi- rent signifier l'acte de sa déposition l'an 1523, par le premier magis- trat de Jutland. Ce chef de jus- tice porta à Christie la sentence dans Copenhague même. Le ty- ran se dégrada lui-même en fuyant, & se retira en Flandres dans les états de Charles-Quint son beau- frère, dont il implora long-temps le secours. Après avoir erré dix ans, il fit de vains efforts pour remonter sur le trône. Les troupes Hollandoises lui furent inutiles. Il fut pris & mis dans une pri- fon, où il finit ses jours le 25 janvier 1559, dans une vieille abhorrée & méprisée. Il avoit 78 ans. On l'appela le Néron du Nord, Voyez FEBOURG. Frédéric de Holstein, son oncle, fut élu dans Copenhague roi de Danemarck, de Norwege & de Suède; mais il n'eut de la couronne de Suède que le titre: Gustave-Waja, le libérateur de son pays, en fut proclamé roi.
III. CHRISTIERN III, neveu & succefleur de Frédéric I en 1534, fut couronné l'an 1536 à la ma- nière des Luhériens, dont il embraffa la fette, déjà introduite par son père dans ses états. Il chaffa les évêques, & ne garda que les chanoines. Il mourut le 1er janvier 1559, à 56 ans, re- gretté comme un bon roi par ses sujets, & comme un protecteur par les gens-de-lettres. Il infitua le collège de Copenhague, & raffembla une belle bibliothèque. Il eut, dit-on, une longue con- férence avec Christie II son prisonnier, qui ne lui survécut que vingt-quatre jours, & une parfaite réconciliation en fut le fruit. Il laifia plusieurs enfans de Dorothée, fille de Magnus duc de Saxe, entr'autres Frédéric II, qui lui succéda.
IV. CHRISTIERN IV, roi de Danemarck, succéda en 1583 à Frédéric II son père. Il fit la guerre aux Suédois, & fut élu chef de la ligue des Protestans contre l'empereur, pour le rétablissement du prince Palatin, en 1625. Il mourut le 28 février 1648, à 71 ans, après s'être distingué par un grand nombre de belles actions. Il fut le fondateur des villes de Christianople & de Christianstadt, qui furent depuis cédées à la Suède par le traité de Roschild en 1653. Christian son fils avoit été élu, de son vivant même, roi de Danemarck; mais il précéda son père au tombeau le 2 juin 1647. La plupart des historiens ne le comptent pas au nombre des rois de Danemarck. V. CHRISTIERN V, monta sur le trône de Danemarck en 1670, après Frédéric III son père, qui l'avoit déclaré son successeur dès 1655. Il se ligua avec les princes d'Allemagne, & déclara la guerre aux Suédois; mais ceux-ci battirent ses troupes en diverses occasions. Il mourut le 4 septembre 1699, dans sa 54e année. C'étoit un prince courageux & entreprenant. I. CHRISTIN, (Jean-Pierre) né à Lyon en 1683, fut un ami éclairé des arts. Il rétablit, dans sa patrie, un concert qui s'y soutint long-temps, & une Société des beaux-arts, qui fut réunie ensuite à l'académie de Lyon. Il fonda un prix de physique au jugement de cette société, & lui légua ses livres, ses estampes & ses machines. Il mourut en 1755.
II. CHRISTIN, (N.**) avocat, périt dans l'incendie de la ville de Saint-Claude sa patrie, en 1799. Il y fut regretté pour ses qualités personnelles & l'aménité de son caractère. Il avoit employé une grande partie de sa vie à réclamer l'affranchissement des fers du mont-Jura; ce qui lui avoit acquis les éloges & l'amitié de Voltaire. Ses Mémoires sur ce sujet ont été recueillis en 1772, in-8.° Il publia dans la même année, une savante Dissertation sur l'établissement de l'abbaye de Saint-Claude, & sur les droits des habitants, in-8.° L'auteur fut député du baillage d'Aval aux États-Généraux de 1789, & y montra de la modération & des principes amis de l'ordre. I. CHRISTINE, (Sainte) Vierge, souffrit le martyre sous le règne de Dioclétien. L'Église en célèbre la fête le 24 juillet.
II. CHRISTINE, reine de Suède, née le 8 février 1626, succéda à Gustave-Adolphe son père, mort en 1532 au milieu de ses victoires. La pénétration de son esprit & son courage éclatèrent dès son enfance. Gustave espérant beaucoup de la jeune princesse, s'étoit plu à la mener avec lui dans ses voyages. Il la conduisit à Colmar; elle n'avoit pas encore deux ans. Le gouverneur demanda si on tireroit le canon, & si on ne craignoit pas que le bruit n'épouvantât l'enfant? Gustave hésita d'abord sur la réponse; mais, après un moment de silence: Tirez, dit-il; elle est fille d'un soldat, il faut qu'elle s'y accoutume. L'enfant, loin de s'effrayer, rioit, battoit des mains, & s'embloit demander qu'on redoublait. Cette intrépidité plut à Gustave, qui depuis faisant la revue de ses troupes devant elle, & voyant le plaisir qu'elle prenoit à ce spectacle militaire: Allez, dit-il, laissez-moi faire; je vous mènerai un jour en des lieux où vous aurez contentement. Il mourut trop tôt pour lui tenir parole, & Christine, qui regrette toute sa vie de ne s'être pas trouvée dans une bataille & à la 396 CHR tête d'une armée, regretta encore plus de n'avoir pas fait l'apprentissage de la guerre sous un tel maître. Rien n'échappa à l'activité de son esprit. Elle apprit huit langues, & lur en original *Thucydide & Polybe*, dans un âge où les autres enfans lirent à peine des traductions. *Grotus*, *Bochart*, *Defcartes* & plusieurs autres favans furent appelés à sa cour, & l'admirèrent. *Christine*, devenue majeure, gouverna avec s'agrée, affermit la paix dans son royaume. Comme elle ne se marieit point, les États lui firent à ce sujet de vives représentations; elle s'en débarrassa un jour en leur disant: *J'aime mieux vous désigner un bon Prince & un successeur capable de tenir avec gloire les rênes du gouvernement. Ne me forcez donc point de me marier; il pourroit aussi facilement naître de moi un Néron qu'un Auguste.* Une des grandes affaires qui occupèrent *Christine* sur le trône, fut la paix de Westphalie, terminée au mois d'octobre 1648. *Salvius*, son second plénipotentiaire au congrès & son chancelier particulier, contribua beaucoup à la conclusion de cette importante affaire. La reine le récompensa, en l'élevant au rang de sénateur: rang toujours déféré en Suède à la naissance, & qu'elle crut pouvoir conférer au mérite. *Quand il est question*, dit-elle au sénat, de bons avis & de s'ages conseils, on ne demande pas les seize quartiers, mais ce qu'il faut faire. Il ne manque à Salvius que d'être d'une grande maison, & il peut compter pour un avantage, qu'on n'ait point d'autre reproche à lui faire: il m'importe d'avoir des gens capables... L'amour des lettres & la liberté lui inspirèrent le dessein, dès l'âge de vingt ans, d'abandonner un peuple qui ne favoit que combattre, & d'abdi- quer la couronne. Elle laissa mûrir ce dessein pendant sept années. Enfin, après avoir présidé par ses ambassadeurs aux traités de Westphalie qui packaient l'Allemagne, elle descendit du trône pour y faire monter *Charles-Gustave*, son cousin-germain, le 16 juin 1654. Le dégoût pour les affaires, les embarras de la royauté, quelques sujets de mécontentement, contribuèrent autant à ce sacrifice, que sa philosophie & son goût pour les arts. *Christine* quitta la Suède peu de jours après son abdication, & fit frapper une médaille, dont la légende étoit: *Que le Parnasse vaut mieux que le Trône.* Travestie en homme, elle traversa le Danemark & l'Allemagne, se rendit à Bruxelles, y embrassa la religion Catholique, & de la passa à Imprack, où elle abjura solennellement le Luthéranisme. Le soir même on lui donna la comédie; ce qui fit dire aux Protestans, qui n'approuvoient point ce changement de religion, ou qui ne le croyoient pas sincère: *Il est bien juste que les Catholiques lui donnent le soir la comédie, puisqu'elle la leur a donnée le matin.* Elle écrivit sur un manuscrit, où l'on mettoit en doute la sincérité de sa conversion; *Chi lo sa non scrive, chi lo scrive non lo sa.* On peut se rappeler ici que c'est cette même princesse qui avoit pris pour devise: *FATA viam invenient*; « Les destins dirigeront ma route. » Indifférente pour toutes les religions, elle n'en changea, dit-on, que pour jouir avec plus de liberté, en Italie, des chefs-d'œuvre que ce pays renferme. Les Jésuites de Louvain lui promettant une place auprès de *Sainte-Brigitte* de Suède, elle leur répondit: *J'aime bien mieux qu'on me place parmi les Sages.* Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en passant à Vienne en Dauphiné, Boiffac fut très-mal reçu d'elle, pour lui avoir fait, au lieu de harangue, un discours sur les jugemens de Dieu & le mépris du monde. La cour de France lui rendit de grands honneurs. La plupart des femmes & les courtifans n'observèrent pas dans cette princesse le génie qui brilloit en elle; & n'y virent qu'une femme habillée en homme, qui dansoit mal, brusqueoit les flatteurs, dédaignoit les coiffures & les modes. Des hommes moins frivoles, en rendant justice à ses talens & à sa philosophie, détestèrent l'affaffinat de Monadefchi son grand écuyer, & son amant selon quelques-uns. On fait qu'elle le fit poignarder presque en sa présence, à Fontainebleau dans la galerie des cerfs, le 10 novembre 1657. Les jurisconsultes qui ont compilé des passages pour justifier cet attentat d'une Suédoise jadis reine, méritoient d'être ou ses bourreaux ou ses victimes. L'horreur générale qu'inspira ce meurtre, la dégoïta de la France. Elle voulut passer en Angleterre; mais Cromwel n'ayant pas approuvé ce voyage, elle repartit bientôt pour Rome. Christine s'y livra à son goût pour les arts & pour les sciences, principalement pour la chimie, les médailles & les statues. Alexandre VII étoit alors sur la chaire de St. Pierre. Christine ayant eu quelques sujets de mécontentement sous son pontificat, pensa à retourner en Suède en 1660, après la mort du roi Charles-Gustave. Les états n'étoient point disposés à lui redonner une couronne qu'elle avoit abdiquée. Elle revint à Rome pour la troisième fois, continua son commerce avec les savans de cette partie des arts, & avec les étrangers. Voyez FILI-
CAÏA. En 1685, année de la révocation de l'Édit de Nantes, elle écrivit au chevalier de Terjon, ambassadeur de France en Suède, une lettre sur l'Édit révocatif. Elle y disoit que les gens de guerre étoient d'étranges Apôtres; & comparoit la France à un Malade à qui l'on coupe un bras, pour extirper un mal que la patience & la douceur auroient guéri. Elle déplorait le sort des Calvinistes avec un air de franchise, qui fit dire à Bayle, qui l'inséra dans son Journal, que cette lettre étoit un reste de Protestantisme; c'étoit plutôt un premier mouvement de compassion pour les proscrits, ou un reste d'animosité contre la France. Le prince de Condé finit sa carrière l'année d'après. Christine, qui l'avoit toujours admiré, écrivit à Mlle de Scuderi, pour l'engager à célébrer ce héros. La mort, disoit-elle dans sa lettre, qui s'approche & ne manque jamais son moment, ne m'inquiète pas; je l'attends, sans la défiler ni la craindre. Elle mourut trois ans après, le 19 d'avril 1689, dans sa 63e année. Elle ordonna qu'on ne mettoit sur son tombeau que ces mots: D. O. M. Vixit CHRISTINA, ann. LXII. Les inégalités de sa conduite, de son humeur & de ses goûts, dit d'Alembert; le peu de décence qu'elle mit dans ses actions; le peu d'avantage qu'elle tira de ses connoissances & de son esprit, pour rendre les hommes heureux; sa fierté souvent déplacée; ses discours équivoques sur la religion qu'elle avoit quittée, & sur celle qu'elle avoit embraffée; enfin la vie, pour ainsi dire, errante qu'elle a mence parmi des étrangers qui ne l'aimoient pas: tout cela justifie, plus qu'elle ne l'a cru, la brièveté de son épistophe. Son mécontentement s'an- 398 CHR nonce presque toujours dans ses lettres par la menace de la mort. Dans l'affaire des franchises, dont elle foutent les injustes droits avec beaucoup de hauteur, elle écrivait aux officiers du pape : *le vous donne ma parole que ceux que vous avez condamnés à mort, vivront, s'il plait à Dieu, encore quelque temps ; & si par hasard ils venoient à mourir d'une autre mort que de la naturelle, ils ne mourroient pas seuls.* Un musicien l'ayant quittée pour passer à la musique du duc de Savoie, elle daigna en être furieuse, au point d'écrire ces indignes paroles : *Il n'est plus au monde pour moi, & s'il n'y chante pas pour moi, il ne chantera pas long-temps pour qui que ce soit... Il doit vivre & mourir à mon service.* — *Christine* avouoit elle-même, qu'elle étoit méfiante, soupçonneuse, ambitieuse jusqu'à l'excès, emportée, impatiente, méprisante, railleuse, incrédule, indévoye ; d'un tempérament ardent & impétueux, qui se portoit à l'amour, mais auquel elle ne succomba point par fierté. Si on l'en croit, elle eut en général un mélange trop singulier de défauts & de grandes qualités, pour qu'on soit étonné de la diversité des jugemens qu'on porte encore sur elle. — Quant à sa constitution physique, *Christine* étoit infatigable ; elle couchoit souvent sur la dure au ferein. Elle mangeoit peu, & dormoit encore moins. Elle passoit deux ou trois jours sans boire, parce qu'on ne lui permettoit pas de boire de l'eau, & qu'elle avoit une répugnance invincible pour le vin & pour la bière. Elle souffroit la faim, la foi, le froid & le chaud, & elle faisoit de grandes traites à pied & à cheval. *Misson*, qui l'avoit vue à Rome l'année avant sa mort, en fait le portrait suivant : « Elle est fort petite, fort grosse & fort grosse. Elle a le teint, la voix & le visage mâles : le nez grand, les yeux grands & bleus, les fourcils blonds, un double mentoir parsemé de quelques longs poils de barbe, la lèvre de dessous un peu avancée, les cheveux châtains, clairs, poudrés & hérissés sans coiffure en tête naissante, un air riant, des manières obligeantes. Figurez-vous pour l'habillement, un justaucorps d'homme de sa fin noir, tombant sur les genoux & boutonné jusqu'au bas, une jupe noire fort courte qui découvre un fouiller d'homme, un fort gros nœud de ruban noir au lieu de cravate, une ceinture par-dessus le justaucorps, laquelle fait parroitre la rondeur du ventre. » *Arkenholt*, bibliothécaire du landgrave de Hesse-Cassel, a donné quatre gros vol. in-4.º sur cette princesse, sous le titre de *Mémoires*. On y trouve deux cents vingt *Lettres*, & deux *Ouvrages de Christine*. Le premier est intitulé : *Ouvrage de loisir*, ou *Maximes & Sentences*, les unes triviales, les autres ingénieuses, fines & fortement pensées. La reine de Suède y parle, presque même temps, pour la tolérance, & l'infaillibilité du pape. Le second écrit a pour titre : *Réflexions sur la vie & les actions du Grand Alexandre*, auquel cette princesse aimoit à être comparée. On a imprimé une petite Satire contre elle, sous le titre de *Vie de la Reine Christine*, 1677, in - 12 ; le *Recueil de ses Médailles*, 1742, in - folio. Enfin *Lacombe* a donné en 1762, in - 12, une *Histoire de Christine*, bien écrite. — Un autre *Lacombe* d'Avignon a publié des *Lettres choisies* de la reine de Suède, qui sont réellement d'elle, & des *Lettres secrètes* qui sont superposées.
III. CHRISTINE DE FRANCE, fille de Henri IV & de Marie de Médicis, née en 1606, épousa Victor-Amé duc de Savoie, en 1619. Elle confacra tous ses jours à la pratique des vertus & à l'éducation de ses enfans. Elle en eut six de son époux, qui la laissa veuve en 1637. Cette sage princesse gouverna, pendant la minorité de son fils, avec beaucoup de prudence. Ne donnant rien au luxe de la cour, elle fonda des monastères, & répara des églises. Elle mourut faiblement en 1663, après avoir mis, par un vœu solennel, les provinces & la personne de son fils sous la protection de la Sainte Vierge : elle suivit en cela l'exemple de Louis XIII, son frère, dont elle eut la piété, sans en avoir les défauts.
CHRISTINEN, (Paul) né à Malines en 1553, mort en 1631, devint syndic du conseil de sa patrie, & a laissé un grand nombre d'ouvrages de jurisprudence, dont les plus remarquables sont : I. Decisiones Curia Belgica, 1671, 3 vol. in-fol. II. Jurisprudentia heroica, 1668, in-fol. On trouve dans ce dernier écrit de grandes recherches sur l'histoire de la noblesse des Pays-Bas. I. CHRISTOPHE, (Saint) eut la tête tranchée l'an 250, pendant la sanglante persécution de l'empereur Dèce contre les Chrétiens. On le représente ordinairement d'une hauteur prodigieuse, Voy. ALESIO, & ESSARTS, n° 1. parce que dans les siècles d'ignorance, selon Molanus, on s'imaginait ne pouvoir mourir subitement, ni par accident, le jour qu'on avoit vu une image de ce Saint : Christophorum videns, postæa tutus eas. On le plaçoit ordinairement au portail des cathédrales, ou à l'entrée des églises, afin que chacun le vit en entrant. Son nom, qui en grec signifie Porte Christ, a engagé apparemment les peintres à mettre l'enfant Jésus sur ses épaules. Les fables ajoutées par quelques légendaires à l'histoire de S. Christophe, ne doivent pas faire révoquer en doute son existence, qui a été reconnue par les Bollandistes & par d'autres critiques. « Quand il feroit vrai, dit Baillet, que le nom de ce saint eût été appellatif, & que les actes de son histoire feroient tous fabuleux, le consentement universel des Orientaux & des Occidentaux à solenniser son culte, détruit l'opinion de ceux qui tâchent de le faire passer pour un saint imaginaire. Le grand nombre de reliques qu'on honore de lui dans une infinité d'églises, fait juger qu'il étoit d'une grande taille. » Vies des Saints, au 25 juillet.
II. CHRISTOPHE, Romain de naissance, chassa le pape Léon V, & s'empara du siège de Rome en novembre 903 ; il fut chassé à son tour l'année suivante, relégué dans un monastère & chargé de chaînes. Il est regardé comme antipape par plusieurs auteurs.
III. CHRISTOPHE, fils aîné de Romain Lecapène & de Théodore, fut associé à l'empire par son père en 920. Deux des frères de ce prince, Étienne & Constantin, furent également déclarés Augustes. Ainsi l'on vit avec étonnement cinq empereurs régner en même temps à Constantinople. Romain, qui avoit usurpé le premier rang, occupoit le trône avec Christophe. Étienne, Constantin IX & Constantin X ; mais Romain fut celui qui eut l'autorité prépondérante. Christophe régna, avec ses collègues, onze ans & trois mois, & termina sa vie à la fleur de son âge, en août 931. — Il ne faut pas le confondre avec CHRISTOPHE, fils de l'empereur Constantin Copronyme, déclaré César par son père en 769, & qu'Irène fit mettre à mort en 797, dans la ville d'Athènes où il étoit relégué.
IV. CHRISTOPHE III du nom, comme roi de Danemarck, & 1er comme roi de Suède, étoit fils de Jean de Bavière & neveu d'Éric IX, par sa mère Sophie. Les États de Danemarck l'appelèrent à la couronne en 1439. Il passa en Suède, & se rendit à Stockholm, où il fut proclamé roi en 1441. Il étoit bon, courageux, & son règne fut assez doux. Sa mort arrivée en 1448, fut l'époque de la défunion des deux royaumes, dont chacun eut un roi particulier.