CHRISTOPHORSON, (Jean) natif de Lancastre, fut placé en 1557, sur le siège de l'église de Chichefter. Ce prélat a traduit du grec en latin, assez défectueusement, Philon, Eusèbe, Socrate, Théodoret, Soçomène & Évagre. Son style n'est ni pur, ni précis; les barbarismes le défigurent. Le traducteur brouille, renverse les périodes; il coupe & tranche le sens à sa mode, joint ce que les originaux ont séparé, & définit ce qu'ils ont joint. Sa critique étoit peu sûre, & ses connoissances sur l'antiquité très-superficielle. Jean Christophorson connoissoit bien les langues, & principalement la grecque; mais cela suffit-il pour faire un bon interprète? Il mourut en 1558.
CHRISTOPHORUS, (Angylus) auteur Grec du 17e siècle, publia l'an 1619, en Angleterre où il étoit alors, un État de l'Église Grecque. Ce livre, traduit en latin, & réimprimé à Leipzig, 1676, in-4°, roule principalement sur la discipline & les cérémonies. Il offre plusieurs choses curieuses sur les jeunes des Grecs, sur leurs fêtes, sur la manière dont ils se confèrent, sur la discipline monastique, &c. &c.
CHRODEGANG, ou CHRODOGANG, (Saint) évêque de Metz, mort le 6 mars 766, fut employé par Pepin en diverses négociations. La plus honorable est celle de l'année 753, où il fut chargé d'amener en France le pape Étienne II, qui lui accorda le pallium avec le titre d'archevêque. Il institua une communauté de clercs réguliers dans sa cathédrale, & leur laissa une Règle. Elle a été publiée par le Père Labbe dans sa Collection des Conciles, & par le Père le Cointe dans ses Annales. Ce saint prélat est regardé comme le restaurateur de la vie commune des clercs: voilà l'origine la mieux marquée des chanoines réguliers.
CHROMACE, (Saint) Chromatius, pieux & savant évêque d'Aquilée au 4e siècle, défendit avec zèle Rufin & S. Jean Chrysostome, fut ami de S. Ambroise & de S. Jérôme. Il mourut avant 412. Il nous reste de lui des Homélies sur les huit Béatitudes & quelques Traités imprimés dans la Bibliothèque des Pères.
CHRYSAME, Theffalienne, nourrit un taureau d'alimens empoisonnés, & le lâcha ensuite dans le camp des ennemis de sa parrie. Ceux-ci le mangèrent, tombèrent dans l'affoupissement, & furent vaincus.
CHRYSAOR,
CHRYSAOR, (Mythol.) na-quit du fang répandu par Médufe à qui Perfée avoit coupé la tête, & parut dès sa naissance armé d'une épée d'or. Il épousa la nymphe Callirhoé, dont il eut Géryon, Echidna & la Chimère, trois monstres de l'antiquité. Chrysaor fut, dit-on, le premier qui fut travailler l'ivoire & l'unir à l'or.
CHRYSEIS, (Mythol.) fut fille de Chrysès, grand-prêtre d'Apollon. Achille l'ayant prise dans le sac de Lyrneffe, Agamemnon la garda pour lui. Chrysès, revêtu de ses ornemens pontificaux, vint redemander sa fille, offrant une riche rançon. Agamemnon, amoureux de la fille, chassa le père indignement. Le prêtre d'Apollon s'adressa alors à ce Dieu, qui affligea l'armée Grecque d'une maladie contagieuse. Les Grecs renvoyèrent Chrysès, sur l'avis du devin Calchas, & la peste cessa. Le vrai nom de cette fille étoit Astynomé.
CHRYSERUS ou CHRYSORUS, affranchi de l'empereur Marc-Aurèle, vers l'an 162 de J. C. Il est auteur d'un ouvrage qui contient la liste de tous ceux qui avoient commandé à Rome depuis la fondation de cette ville. Cet Index se trouve parmi les additions que Scaliger a insérées dans la Chronique d'Eusebe. I. CHRYSÈS, (Mythol.) fils de Chrysès & d'Apollon, selon les uns, & d'Agamemnon, selon les autres. On lui cacha sa naissance jusqu'au temps qu'Oreille & Iphigénie se sauvèrent de la Chersonese Taurique, avec la statue de Diane, dans l'isle de Sminthe. Chrysès avoit succédé en cette isle à son aïeul maternel, dans la charge de grand-prêtre d'Apollon, & c'est la qu'ils se reconnurent tous trois, en causant dans un festin. Ils s'en retournèrent dans la Taurique, puis à Mycène, pour prendre possession de l'héritage de leur père.
II. CHRYSÈS, architecte d'Alexandrie dans le 6e siècle, est regardé comme l'inventeur des digues propres à réprimer l'irruption des fleuves. Il en éleva à Dara, ville de la Perse, pour contenir le fleuve Euripé, dont le flux & reflux fatiguent les habitans de ses bords. I. CHRYSIPPE, étoit fils naturel de Pélops, roi d'Élide qui l'aimoit extrêmement, Hippodamie sa femme, craignant qu'un jour cet enfant ne régnât au préjudice des siens propres, le traita fort mal, & sollicita fortement ses fils Adele & Thyeste de le tuer. Ceux-ci ayant refusé de se prêter à ce forfait, Hippodamie prit la résolution de l'égorger elle-même. S'étant saisi de l'épée de Laïus, prince étranger, détenu prisonnier dans cette cour, elle en perça Chrysippe, tandis qu'il dormoit, & la lui laissa dans le corps. Il vécut encore assez de temps pour empêcher qu'on soupçonnât une main innocente de ce crime. L'horreur de cet affaîssant, la honte & le dépit de se voir découverte, poussèrent Hippodamie à se donner elle-même la mort. D'autres disent qu'elle se résugia à Midée, ville de l'Argolide, où elle mourut.
II. CHRYSIPPE, philosophe Stoïcien, naît de Solos dans la Cilicie, se distingua parmi les disciples de Cléanthe, successeur de Zénon, par un esprit délié. Il étoit si subtil, qu'on disoit « que, si les Dieux faisoient usage de la logique, ils ne pourroient se servir que de celle de Chrysippe. » Avec beaucoup de génie, il avoit encore plus d'amour propre. Quelqu'un lui ayant demandé à qui il confieroit son fils ? il répondit : *A MOI ; car si je favois que quelqu'un me surpassât en science, j'irois, dès ce moment, étudier à son école...* *Diogène Laerce* a donné le Catalogue de ses ouvrages, qui, selon lui, se montoient à trois cents onze *Traités de Dialectique*. Il se répétoit & se contredifioit dans plusieurs, & pilloit à tort & à travers ce qu'on avoit écrit avant lui. Ce qui fit dire à quelques critiques, « que si l'on étoit de ses productions ce qui appartenoit à autrui, il ne resteroit que du papier. » Il fut, comme tous les Stoïciens, l'apôtre du destin & le défenseur de la liberté : contradiction qu'il est difficile d'accorder. Sa doctrine sur plusieurs autres points étoit abominable. Il approuvoit ouvertement les mariages entre un père & sa fille, une mère & son fils. Il vouloit qu'on mangeât les cadavres, au lieu de les enterrer. Telles étoient les nobles leçons d'un philosophe qui passoit pour le plus ferme appui de l'école la plus sévère du Paganisme. *Chrysippe* déshonora sa scie par plusieurs ouvrages, plus dignes d'un lieu de débauche, que du Portique. *Aulugelle* rapporte cependant un fragment de son *Traité de la Providence*, qui lui fait beaucoup plus d'honneur. « Le dessein de la nature, dit-il, n'a pas été de soumettre les hommes aux maladies ; un tel dessein seroit indigne de la source de tous les biens. Mais si du plan général du monde, tout bien ordonné qu'il est, il résulte quelques inconvénients, c'est qu'ils se sont rencontrés à la fuite de l'ouvrage, sans qu'ils aient été dans le dessein primitif & dans le but de la Pro- Providence. » Ce philosophe mourut l'an 207 avant Jésus-Christ, d'un excès de vin avec ses disciples ; ou, selon d'autres, d'un excès de rire en voyant un âne manger des figues dans un bassin d'argent. — *Voy. ÉPICURE.*
CHRYSIS, prêtreffe de *Junon* à Argos, s'étant endormie, laïssant prendre le feu aux ornemens sacrés, puis au temple, & fut enfin brûlée elle-même. Cet incendie arriva la neuvième année de la guerre du Péloponnès.
CHRYSOLANUS, (Pierre) archevêque de Milan au 12$^{e}$ siècle, se fit un nom par son savoir & ses vertus. On a de lui, dans *Alliatus*, un *Discours* adressé à *Alexis Comnène* touchant la procession du Saint-Esprit, contre l'erreur des Grecs.
CHRYSOLOGUE, *Voyer* PIERRE, n.º VII.
CHRYSOLORAS, (Emmanuel) savant Grec du quinzième siècle, passa en Europe à la demande de l'empereur de Constantinople, pour implorer l'affilance des princes Chrétiens contre les Turcs. Il professa ensuite à l'avi & à Rome, la langue Grecque, presqu'entierement ignorée, alors en Italie. Il la fit renaître, ainsi que la latine, devenue barbare. L'Italie & les lettres lui durent beaucoup. Ce savant mourut à Constance, durant la tenue du concile, le 15 avril 1415, à 47 ans. On a de lui : I. Une *Grammaire Grecque*, Ferrare 1509, in-8.º II. Un *Parallèle de l'ancienne & de la nouvelle Rome*. III. Des Lettres. IV. Des *Discours*, &c. — *Jean CHRYSOLORAS*, son neveu & son disciple, soutint la gloire de son oncle ; celui-ci mourut avant 1427. — Il y a eu aussi un *Dé-* thétrius CHRYSOLORAS, autre écrivain Grec, qui vivoit à peu près dans le même temps, sous le règne de Manuel Paléologue.
CHRYSOR, (Mythol.) Dieu des Phéniciens, qu'ils regardent comme l'inventeur de l'hameçon & de la pêche à la ligne; ce qui lui valut les honneurs divins, & le culte particulier des pêcheurs.
CHRYSOTHÉMIS, fille de Clytemnestre, & sœur d'Oreste & d'Électre, ne se livrait point comme cette dernière, suivant Sophocle, aux reproches violens & mérités par l'affaîinat de son père Agamemnon.
CHRYSOSTOME, Voyeq VII. JEAN; & III. DION.
CHUBB, (Thomas) né près de Salisbury en 1679, mort dans cette ville en 1747, fut d'abord apprenti gantier, ensuite chandelier. Son goût pour la métaphysique & la théologie, lui fit abandonner cette profession. Il publia un écrit intitulé : La Supériorité du Père prouvée, qui lui fit de la réputation & des ennemis. Quoiqu'il enveloppe ses opinions, il paroît qu'il ne regardoit JÉSUS-CHRIST, que comme un pur homme. A sa mort, on lui refusa la sépulture ordinaire; & de son vivant, il fut vivement réfuté par les théologiens Anglicans. Il n'est guère connu en France que par ses Nouveaux Effais sur la bonté de Dieu, la liberté de l'Homme & l'origine du mal, traduits en français, Amsterdam 1732, in-12. On voit dans ce livre un génie subtil, mais un peu obscur. On a encore de lui des Œuvres posthumes, 2 volumes, in-12.
CHUDMAI, (Mythol.) génie bienfaisant, dont les Hérétiques fectateurs de Bafilide, gravoient le nom sur leurs abraxas ou talismans, pour être préservés de malheurs.
CHUN YEOU-YU, c'est-à-dire Maître du pays de Yu, un des premiers empereurs de la Chine, fuscesseur d'Yao, dont il épousa les deux filles, se montra digne de son prédécesseur en continuant les travaux immenses qu'il avoit commencés. Son nom est béni à la Chine. Il mourut l'an 2208 avant l'ère Chrétienne, la 48e année de son règne, & la 110e de son âge.
CHURCHILL, Voyeq MARLE-BOROUGH.
CHURCHILL, (Charles) poète satirique Anglois, né en 1731, d'un sous-ministre de Westminster, mort à Boulogne sur mer en 1764, prit l'état de son père & se maria. Il ne fut ni bon époux, ni bon ecclésiastique. Il se retira à Londres, où il fut d'abord maître d'école, ensuite écrivailleur. Ses Poésies ont été recueillies en 2 vol. in-8.
CHUSAI, l'un des plus fidèles serviteurs de David, ayant appris la révolte d'Abfalon, vint trouver le roi, la tête couverte de poussière & les habits déchirés. David l'ayant engagé à seindre d'entrer dans le parti d'Abfalon, pour pénétrer ses desseins & s'opposer aux conseils d'Achitophel, Chusai alla à Jérusalem, gagna la confiance de ce prince rebelle, & détourna par sa prudence le conseil que lui donnait Achitophel de poursuivre David. Ce service fut le salut de ce malheureux roi, qui passa aussi le Jourdain pour se mettre en sureté, vers l'an 1023 avant J. C.
CHUSAN-RASATHAÏM, Éthiopien, roi de Mésopotamie. C C 2 404 CHY fit la guerre aux Israélites & les réduisit en servitude. Dieu le permettait ainsi, pour les punir de leur idolâtrie. Ils demeurèrent dans cet esclavage huit ans, à la fin desquels. Dieu, touché de leur repentir, se servit d'Othoniel pour les remettre en liberté, vers l'an 1414 avant J. C.
CHYCUS, surnommé Æsculanus, parce qu'il étoit d'Ascoli en Italie, se rendit célèbre par la hardiesse de ses opinions & ses visions astrologiques. Un médecin de Florence nommé Garbo devint son ennemi, & le dénonça à l'inquisition. Ce tribunal le condamna comme magicien, & le fit brûler vif en 1320. On doit à Chycus un Commentaire sur la sphère de Sarcobates, & un Traité de physique en vers italiens.
CHYNDONAX, fut grand-prêtre des Druides dans les Gaules. En 1598, on découvrit son tombeau près de Dijon. Il renfermoit une pierre ronde & creuse, entourant un vase de verre orné de peintures, & on lisoit en grec cette inscription : « Dans le bocage de Mythra, ce tombeau couvre les restes du grand pontife Chyndonax. Impie, éloigne-toi, les dieux veillent auprès de ma cendre. »
CHYTRÆUS, (David) ministre Luthérien, né à Ingelfing en 1530, & mort en 1600, à 70 ans, étoit un homme doux, modeste, sobre, & toujours disposé à obliger. Quoiqu'il eût plusieurs incommodités, il ne leur opposa jamais d'autres remèdes que la patience, l'abstinence & le repos. Mais le jugement ne le dirigea pas toujours, lorsqu'il prit la plume. On a de lui plusieurs ouvrages, qui furent recherchés, dans le temps, par ceux de son parti. Le plus connu est un Commentaire sur l'Apocalypse, 1575, in-8°, rempli de rêveries. Il croit que l'Antechrist avoit commencé à paroître vers l'an 600, & que S. Grégoire le grand avoit été son premier pontife. On a encore de lui une Histoire de la Confession d'Aubourg, & une Chronologie latine de l'Histoire d'Hérodote & de Thycydide. Helmstad 1585, in-4°, très-rare. Chytraus n'étoit guères au-dessus de ce qu'on appelle un compilateur Allemand. Il ne pensoit point; il recueilloit dans mille auteurs de quoi composer ses ouvrages. On en imprima le recueil à Hanovre, 1604, en 2 vol. in-fol. — Nathan CHYTRÆUS, son frère, & ministre Luthérien comme lui, étoit pour le moins aussi versé dans les belles-lettres. Il mourut en 1598, à 55 ans.
CIA, femme d'Ordelaffi, tyran de Forli dans le 14e siècle, étoit aussi brave que son mari. Au milieu des troubles qui agitoient alors l'Italie, Ordelaffi commandoit dans Forli, & Cia gouvernoit Cérène. C'étoient les deux places d'armes d'où ils bravoient leurs adversaires. Elles furent attaquées en même temps. Ordelaffi écrivit à sa femme pour l'exhorter à se bien défendre; elle lui répondit : Ayet soin de Forli, je réponds de Cérène... Elle auroit tenu parole, malgré les forces du légar qui l'asségeoit, si Ordelaffi n'eût encore écrit à Cia de faire décapiter Jean Zagonella, Jacques Bastardi, Palettino & Bertonuccia, quatre Césenois qu'il soupçonnoit d'être Guelfes, c'est-à-dire favorables au pape. Cia n'obéit point à cet ordre : elle trouva les accusés innocens, & d'ailleurs elle craignoit que leur mort ne causât quelque révolte. Les quatre prof-crits, ayant su le danger qu'ils Avoient couru, se formèrent un parti, avec lequel ils forcèrent *Cia* à se renfermer dans la citadelle. Cette femme irritée fit couper la tête à *Scaraglino* & à *Tumper-nul*, deux confidens de son mari, qui lui avoient conseillé à elle-même de ne point agir contre les quatre Céfenois. Le légat, voyant que cette héroïne faisoit une forte résistance dans la citadelle, la fit miner. *Cia*, pour retarder la prise de la place, s'avisa d'y enfermer un grand nombre de Céfenois dont elle se défoit le plus. Le légat, allant un jour visiter les travaux, fut surpris de voir plus de cinq cents femmes échevelées se jeter à ses pieds avec de grands cris, & demander grâce pour leurs maris & leurs parens, qui alloient périr sous les ruines de la citadelle. *Albornos*, c'étoit le nom du légat, fentie l'artifice, & en profita pour prêter la reddition de la place, qui en effet ne résista plus. Il fauva la vie à ceux qu'on avoit mis dans la tour, & *Cia* alla dévorer dans les fers son orgueil & son dépit. I. CIACONIUS, ou CHACON, (Pierre) né à Tolède en 1525, mort à Rome le 24 octobre 1581, à 56 ans, fut employé par le pape *Grégoire XIII* à corriger le Calendrier, avec d'autres savans. Il étoit chanoine à Séville. C'étoit un homme en qui la modestie & le savoir brilloient également; ami de la retraite, & uniquement occupé de ses livres qu'il appeloit *ses fidelles compagnons*, ne se fouciant pas de faire la cour aux grands, & les fuyant même. Il pensoit là-dessus comme *Horace* : *Dulcis inexpertis cultura potentis amici* ; *Expertus mutui...* L'imprudente candeur veut des amis puissans ; C I A 405 Moi, j'appris à les craindre à mes propres dépens. On doit à ses veilles des *Notes* savantes sur *Tertullien*, sur *Caffien*, sur *Pompéius-Feissus*, sur *César*, &c. C'étoit son génie de corriger les anciens auteurs, de rétabler les passages tronqués, d'expliquer les difficultés, & de leur donner un nouveau jour. On a encore de lui : I. *Opufeula in Columna rostrata Inferiptiones, de pondribus & menfuris & nummis* ; Rome 1608, in-8.º II. *De Trielinio Romano*, Rome 1590, in-8.º On a joint les traités de *Fulvius Ursinus* & de *Mercurialis* sur la même matière, dans une édition postérieure, faite à Amsterdam, in-12.
II. CIACONIUS, ou CHACON, (Alfonfe) de Baéça dans l'Andaloise, professa avec distinction dans l'ordre de Saint-Dominique. Il mourut à Rome en 1599, à 59 ans, avec le titre de patriarche d'Alexandrie. On a de lui : I. *Vita & gesta Romanorum Pontificum & Cardinalium*, réimprimés à Rome 1676, en 4 vol. in-fo.io, avec une continuation : collection savante & pleine de recherches; mais plus propre a être lue par un érudit compilateur, que par un homme qui aime des faits choisis avec discernement & arranges avec ordre. II. *Historia utrius belli Dacici*. C'est dans cet ouvrage que *Ciaconius* veut prouver que l'âme de *Trajan* a été délivrée de l'enfer par les prières de *Saint Grégoire*. III. *Bibliotheca Scriptorum ad annum* 1583, publiée par *Camujet* à Paris, 1731, in-fol., & Amsterdam 1743 : répertoire utile aux bibliographes, mais qui n'est pas exempt de fautes. Les inquiétures, bleites des louanges que l'auteur donnent aux hérétiques, ne voulurent pas permettre que cette Bibliothèque vit C C 3 406 CIA le jour. Elle est par ordre alphabétique, & ne va que jusqu'à la lettre E. Il n'a presque fait que copier, selon *Nicéron*, les *Épitomes* de *Gésner*, auxquels il a ajouté fort peu de chose. L'ouvrage n'est passable que pour les auteurs qu'il avoit été à portée de connoître. IV. *Explication de la Colonne Trajan*, en latin, 1576, in-fol. fig.; en italien 1680, in-fol. figures. *Cicconius* manquoit de critique. Outre le conte de *Trajan* qu'il débitoit d'un air grave, il donnoit la pourpre Romaine à *Saint Jérôme*.
CIAMPINI, (Jean-Justin) maître des brefs de grâce, préfet des brefs de justice, & ensuite abréviateur & secrétaire du grand parc; naquit à Rome en 1633, d'une honnête famille. Il abandonna l'étude du droit pour la pratique de la chancellerie apostolique. Ces emplois ne lui firent pourtant pas négliger les belles-lettres & les sciences. Ce fut par ses soins que se forma à Rome, en 1671, une académie destinée à l'étude de l'histoire ecclésiastique, pour laquelle il avoit une forte inclination. En 1677, il établit, sous la célèbre *Christine*, une académie de physique & de mathématiques, que le nom de sa protectrice & le mérite de ses membres firent bientôt connoître dans l'Europe. Ce savant mourut en 1698, à 65 ans. Né avec un tempérament vif, il se laiffoit facilement emporter à la colère; mais il s'appaitoit de même. Quoiqu'il eût le cœur bon, il n'avoit point, avec ses amis, cette confédication qui contribue à les conserver. Quand il avoit embraffé un sentiment, il ne falloit pas espérer qu'il l'abandonnât : cette opiniâtreté venoit en partie de son amour pro- pre. Il se croyoit capable des plus grandes entreprises, & s'y livroit avec ardeur. On a de lui beaucoup d'ouvrages en italien & en latin, très-savans, mais peu methodiques, & dont la diction n'est pas toujours pure. I. *Conjectura desperpeu Atymorum usu in Ecclesiæ Latinæ*, in-4°, 1688. II. *Vetera Monumenta, in quibus præcipue Musiva opera, sacrarum profanatumque Ædium structura, dissertationibus iconibusque illustrantur*, 1690, 1699, 2 vol. in-fol. C'est un traité sur l'origine de ce qui reste de plus curieux dans les bâtiments de l'ancienne Rome, avec l'explication & les dessins de ces monuments. III. *De sacri Ædificis à Constantino Magno constructis*, in-fol. 1693. IV. *L'Examen des Vies des Papes*, publiées sous le nom d'*Anastase* le bibliothécaire; en latin, Rome 1688, in-4°. *Ciampini* prétend que ces Vies sont de plusieurs auteurs, & qu'il n'y a que celles de Grégoire IV, de Sergius II, de Léon IV, de Benoit III, & de Nicolas I, qui soient d'*Anastase*. V. Plusieurs autres *Dissertations*, imprimées & manuscrites. Ses œuvres ont été recueillies à Rome en 1747, & forment 3 vol. in-fol. Tout ce qu'a fait *Ciampini* est estimé en Italie, & n'est pas commun dans les autres pays. Ce prélat étoit extrêmement curieux en livres, & il saveit discerner les bons.
CIASLAS, ou SEISLAS, le seizième des rois de Dalmatie, étoit fils du roi *Rodoslas*. Les Croates s'étant révoités, *Ciaslas* qui commandoit quelques troupes, leur permit de vendre les prisonniers de guerre. Son père commandoit une autre armée; il la fit soulever, & lui enleva la couronne. Une action si dénaturée lui fit donner le nom d'apostat. Dieu la laïffa impunie quelque temps, pour en rendre la vengeance plus éclatante. *Ciaflas*, en guerre avec les Hongrois, remporta sur eux une grande victoire, où leur général périt. La veuve de ce général se mit à la tête des armées, entra dans la Dalmatie, enleva le camp de *Ciaflas*, qui fut lui-même du nombre des prisonniers. Cette héroïne lui fit couper le nez & les oreilles, & ensuite jeter chargé de chaînes dans la Save. Ses enfants pris avec lui furent traités de même; il ne resta de sa famille qu'une seule fille, mariée à *Tycomil*, kan de Rascie. On peut rapporter ces événements à l'an 860 de J. C. ou environ.
CIBBER, (Gabriel) sculpteur Allemand, retiré à Londres, où il épousa la fille de *Guillaume COLLEY*, écuyer. Il est moins connu par ses ouvrages, que pour avoir donné le jour à un célèbre comédien de son nom. Celui-ci, *COLLEY CIBBER*, né à Londres en 1671, monta sur le théâtre à l'âge de 30 ans. Dégouté de son état, il le quitta en 1731, & mourut en 1757, à 86 ans. Son caractère étoit fier & présomptueux; il avoit une grande idée de son mérite, & ne s'en cachoit pas. Il est le héros de la *Dunclade de Pope*, contre lequel il avoit lancé plusieurs traits de satire. Comme acteur, il s'étoit fait un nom distingué par l'excellence de son jeu. Il voulut joindre à la palme de la déclamation, la gloire plus durable d'auteur. On a un *Recueil de Pièces* de sa composition, 1760, 4 vol. in - 12. Il saisit, comme *Boissi*, les événements du jour, pour assurer le succès de ses comédies; mais la plupart sont irrégulieres, & pleines de mauvaises plaisanteries. C'est quelquefois le mélange monstrueux du mauvais goût de *Shakespear*, & des farces de la foire. *Cibber* eut un fils acteur comme lui, dont la vie & la mort furent également malheureuses. Il périt en 1757, sur un vaisseau dans le canal Saint-George; & sa conduite défordonnée lui avoit fait éprouver toutes fortes de malheurs. Sa femme, *Suzanne-Marie Arne*, étoit une excellente actrice. Elle traduisit en anglais l'*Oracle* de *Saint-Foix*, & mourut en 1766.
CIBÉNIUS, Allemand d'origine, publia à Lyon, en 1544, un *Lexique* poétique & historique, qui fut estimé. I. CIBO, (Catherine) duchesse de Camérino, dans la Marche d'Ancône, fille de *François Cibo* comte d'Anguillara, & de *Magdelaine de Médicis*, avoit une facilité étonnante pour s'instruire. Elle savoit l'hébreu, le grec, le latin, la philosophie & la théologie. Le pape *Léon X* son oncle, la maria à *Varéno* duc de Camérino, dont elle n'eut qu'une fille nommée *Julie*, qu'elle maria à *Gui Ulbado* duc d'Urbin. Le pape *Paul III* ayant ôté le duché de Camérino à son gendre, *Catherine* en eut tant de chagrin, qu'elle ne trouva de consolation que dans l'exercice des bonnes œuvres. Elle fonda le premier couvent qu'aient eu les Capucins en Italie, & mourut le 10 février 1557.
II. CIBO, célèbre sculpteur Italien, rendoit avec la plus grande vérité les veines & les muscles de l'homme, comme on peut le voir dans sa statue de *S. Barthélemi* écorché, qui tient sa peau sous le bras, que l'on admire dans la cathédrale de Milan.
CICERI, (Paul-Céfar de) abbé commendataire de Notre- C c 4 Dime en Baffe-Touraine, prédicateur ordinaire du roi & de la reine, & membre de l'académie Françoise, naquit à Cavaillon dans le Comtat-Venaissin en 1718, d'une famille noble, originaire de Milan. Il remplit, pendant le cours d'une vie assez longue, l'honorable ministère de la chaire, avec autant de succès que de zèle. Privé de la vue sur la fin de ses jours, & par conséquent assez désoupé, il se détermina à revoir ses Sermons; & sa mémoire fut presque son unique guide dans ce travail. On les imprimoit, lorsqu'il mourut le 27 avril 1759, à l'âge de 81 ans. L'abbé de Ciceri allioit aux vertus chrétiennes & morales, un caractère aimable & une humeur égale. Ses actions n'étoient pas la réfutation de ses discours. Ce recueil a paru à Avignon en 1761, chez Jean Jove & Jean Chailliol, en 6 volumes in-12. Une diction pure, saine & naturelle des desseins communément bien pris, des citations appliquées à propos, des mouvements bien ménagés, des raisonnemens & des preuves; voilà ce qui lui assureroit une place parmi le petit nombre des orateurs sacrés de la seconde classe, s'il avoit plus de cette onction qui pénètre le cœur. I. CICÉRON, (Marcus-Tullius CICERO.) Plutarque, qui fait descendre la famille Tullia de Tullus Actius, roi des Volsques, prétend que le surnom de Cicero fut donné à l'orateur Romain, parce qu'il avoit une verrue sur le nez, de la forme d'un pois appelé cicer; ce qui est contredit par Cicéron lui-même, qui nous apprend que son père & son aïeul portoit ce surnom. Varron qui le tire à ciceribus ferendis, parce que quel- qu'un de cette famille semoit des pois par prédilection, paroît avoir trouvé la vraie origine de ce sobriquet. Quoi qu'il en soit, Cicéron étoit né à Arpinum, petite ville du pays des Volsques, aujourd'hui Terre de Labour en Italie, le 3 des nones de janvier, l'an 105 avant J. C., sous le consulat de Publius Rurilius & de Servillius Cæpius. Son père, qui étoit chevalier Romain, s'appeloit M. Tullius, & sa mère Helvia. Le jeune Cicéron montra un goût extraordinaire pour l'étude; son père prit un soin particulier de son éducation en le mettant sous la direction de Cæpius, qui présidoit à ses études & en régloit le plan. Il reçut les leçons des plus habiles maîtres de Rome, & il égala bientôt la gloire de tous les orateurs de son temps. La nature lui avoit accordé tous les dons nécessaires à l'éloquence: une figure agréable; un esprit vif, pénétrant; un cœur sensible; une imagination riche & féconde. La première fois qu'il plaida en public, il enleva les suffrages des juges, l'admiration des auditeurs, & fit renvoyer Rofcius, son client, absous de l'accusation d'avoir été le meurtrier de son père. Cicéron, malgré ces applaudissemens, n'étoit pas encore content de lui-même; il sentoit qu'il n'étoit pas tout ce qu'il pouvoit être. Il quitta Rome, passa à Athènes, & s'y montra, pendant deux ans, moins le disciple que le rival des plus illustres orateurs de cette capitale de la Grèce. Apollonius Molan, l'un d'entre eux, l'ayant un jour entendu déclamer, demeura dans un profond silence, tandis que tout le monde s'empressoit d'applaudir. Le jeune orateur lui en ayant demandé la cause: Ah! lui répondit-il, je vous loue sans doute & vous admire; mais je plains le fort de la Grèce ! Il ne lui refloie plus que la gloire de l'éloquence : vous allez la lui ravir & la transporter aux Romains... Cicéron, de retour à Rome, y fut ce que Démosthènes avoit été à Athènes. Ses talens le firent monter aux premières dignités. A l'âge de trente-un ans, il fut questeur & gouverneur en Sicile. A son retour il obtint la charge d'édile, & fit condamner Verrès, le déprédateur de cette province, à réparer ses concussions. On le nomma ensuite prêteur, & enfin on l'honora du consulat, soixante-trois ans avant Jésus-Christ. Pendant son édilité, il se distingua moins par les jeux & les spectacles que sa place l'obligeoit de donner, que par les grandes sommes qu'il répandit dans Rome affligée de la disette. Son consulat est à jamais célèbre par la découverte de la conspiration de Catilina, qui, à l'exemple de Sylla, vouloit tremper ses mains dans le sang de ses concitoyens. Cicéron, averti par Fulvia maître de l'un des conjurés, éventa le complot, & fit punir les factieux. Cette entreprise étoit d'autant plus difficile à déconcerter, que César la favorisoit secrètement. Bien des gens avoient traité auparavant Cicéron d'homme de deux jours, qu'on ne devoit pas élever à la première dignité de l'État ; on ne vit plus alors en lui que le citoyen le plus zélé, & on lui donna par acclamation le nom de Père de la Patrie. Le jour de l'expiration de son consulat, étant obligé de faire les sermens ordinaires, & se préparant à haranguer le peuple selon la coutume, il en fut empêché par le tribun Métellus qui vouloit l'outrager. Cicéron avoit commencé par ces mots. JE JURE... le tribun l'interrompit, & déclara qu'il ne lui permettoit pas de haranguer. Il s'éleva un grand murmure. Cicéron s'arrêta un moment, & renforçant sa voix noble & sonore, il dit pour toute harangue : JE JURE QUE J'AI SAUVÉ LA PATRIE ! L'assemblée enchantée s'écria : Nous jurons qu'il a dit la vérité ! Ce moment fut le plus beau de sa vie... Clodius ayant cabalé contre lui quelque temps après, Cicéron se vit obligé de sortir de Rome, après l'avoir sauvée, & se retira à Thellalonique en Macédoine. Les vœux de toute l'Italie le rappellèrent l'année suivante, 58e avant J. C. Le jour de son retour fut un jour de triomphe; ses biens lui furent rendus, ses maisons de la ville & de la campagne rebâties aux dépens du public. Cicéron fut si charmé des témoignages de la considération & de l'alégreffe publique, qu'il dit : « Qu'à ne considérer que les intérêts de sa gloire, il eût dû, non pas résister aux violences de Clodius, mais les rechercher & les acheter. » Sa disgrace avoit cependant fait beaucoup d'impression sur lui, plus même qu'on n'auroit dû l'attendre d'un homme formé dans l'école de la philosophie : il fatigua de ses plaintes ses amis & ses parens ; & cet homme qui avoit si bien défendu les autres, n'osa pas ouvrir la bouche pour se défendre lui-même. Le gouvernement de Cilicie lui étant échu, il s'y distingua par son équité, par son désintéressement, & il réunit l'affabilité & l'activité, deux vertus si rarement compatibles. Les Parthes étant venus attaquer Antioche en pleine paix, il se mit à la tête des légions, pour garantir sa province de l'incursion de ces peuples. Il surprit les ennemis, les désit, se rendit maître de Pindeniëe l'une de leurs plus fortes places, la livra au pillage, 410 CIC & en fit vendre les habitans à l'enchere. Ses exploits guerriers lui firent décerner par ses soldats le titre d'Imperator, & on lui auroit accorde à Rome l'honneur du triomphe, sans les obstacles qu'y mirent les troubles de la république. Ces applaudissemens étoient d'autant plus flatteurs que la valeur & l'intrépidité ne passaient pas pour ses plus grandes vertus. Dans le commencement de la guerre civile de César & de Pompée, où Rome étoit plongée, lorsque Cicéron y revint, il parut d'un caractère foible, timide, flottant, irréfolu, se repentant de ne pas s'attacher à Pompée, & n'ofant se déclarer pour César. Enfin, après avoir flotte long-temps entre ces deux rivaux, il se décida à suivre Pompée dans sa fuite. Les railleries de ses envieux & de ses ennemis déterminèrent son incertitude. Ses faisceaux ornés de lauriers, ses licteurs, & tout cet appareil d'un empereur qui s'étoit cru destiné au triomphe, l'exposaient tous les jours à des plaisanteries ameres. Il mit donc à la voile le 11 juin 50 ans avant J. C., se précipitant, dit-il, les yeux ouverts & volontairement dans sa ruine. Il arriva heureusement au camp de Pompée avec son fils, son frère, son neveu, & sur-tout avec une somme considérable : chose toujours précieuse à un chef de parti. Le général reçut son argent avec grand plaisir, & ne profita guères de ses conseils. Pendant tout le cours de cette guerre fatale, ce ne fut qu'une fuite continuelle d'imprudences & de fausses démarches, où des amis perfides plongèrent Pompée; & la bataille de Pharfale en fut le funeste dénouement. Cicéron, malade de corps & d'esprit, ne se trouva point à ce malheureux combat; & sentant qu'il falloit abandonner le vaincu à sa destinée, il vins se livrer sans hésiter à la discrétion du vainqueur. Après bien des inquiétudes & des délais, il eut une entrevue avec César auprès de Tarente. A peine ce héros généreux & clément l'eut-il apperçu qu'il courut au-devant de lui pour l'embrasser. Ils marchèrent quelque temps ensemble. Le vainqueur de Pompée lui parla toujours avec beaucoup de modération & de familiarité, & Cicéron dès-lors tâcha d'obtenir son amitié par les plus basses adulations. Dans son discours pour le roi Déjotarus, il commence par avouer qu'il est interdit en sa présence; il l'appelle le vainqueur du monde, victorem orbis terrarum. Son discours pour Marcellus n'est en grande partie que l'éloge de César; & de César maître de Rome. Il est triste que celui qui dans Rome libre avoit été surnommé le Père de la Patrie, ait été forcé, dix-sept ans après, à louer l'oppresseur de la patrie. Dans les troubles qui suivirent l'assassinat de César, il favorisa Oñave pour s'en faire un protecteur; & cet homme qui s'étoit vanté « que sa robe avoit détruit les armées d'Antoine, » donna à la république un ennemi cent fois plus dangereux. On lui reprochoit de craindre moins la ruine de la liberté, que l'élévation d'Antoine son ennemi personnel. Dès que le triumvirat fut formé, Antoine, contre qui il avoit prononcé ses Philippiques, demanda sa tête à Oñave, qui eut la lâcheté de la lui accorder. Cicéron voulut d'abord se sauver par mer; mais ne pouvant soutenir les incommodités de la navigation, il se fit mettre à terre, disant : « Qu'il préféroit de mourir dans sa patrie, qu'il avoit autrefois sauvée des fureurs de *Catilina*, à la douleur d'en vivre éloigné. » Les affaffins l'atteignirent auprès d'une de ses maifons de campagne : il fit aussitôt arrêter sa litière, & préférant tranquillement son cou au fer des meurtriers. Le tribun *Popilius Léna*, qui devoit la vie à son éloquence, exécuta sa commission barbare, coupa la tête & la main droite de *Cicéron*, & porta ce digne tribut au féroce triumvir. *Fulvie*, femme d'*Antoine*, aussi vindicative que son époux, perça en plusieurs endroits, avec un poinçon d'or, la langue de *Cicéron*. Ces tristes restes du plus grand des orateurs, du libérateur de sa patrie, furent exposés sur la tribune aux harangues, qu'il avoit tant de fois fait retentir de sa voix éloquente. Il avoit soixante-trois ans lorsqu'il fut égorgé, l'an 43 avant J. C. Les historiens peignent *Cicéron* avec une taille haute, mais mince, le cou d'une longueur extraordinaire, le visage mâle & les traits réguliers ; l'air si ouvert & si ferein, qu'il inspiroit tout-à-la fois l'attachement & le respect. Son tempérament étoit foible, mais il l'avoit fortifié par la frugalité. Dans les habits & la parure, que les sages ont regardés comme les enseignes de l'âme, il observoit ce qu'il a prescrit dans ses *Offices*. Il s'habilloit avec la modestie & la décence qui convenoient à son rang & à son caractère. Il aimoit la propreté sans affectation. Il évitoit avec soin les singularités, également éloigné de la négligence grossière & de la délicatesse excessive. Rien n'étoit plus aimable que sa conduite & ses manières dans sa vie domestique & dans la société de ses amis : père indulgent, ami zélé & sincère, maître sensible & généreux. Son humeur étoit natu- nellement enjouée, & son esprit tourné à la raillerie. Voy. *entr'autres* l'article DOLABELLA. L'usage qu'il en fit dans les affaires publiques, fut toujours assez mesuré pour ne lui attirer aucun reproche ; mais dans les conversations particulières, il mêla trop souvent des plaisanteries, bonnes ou mauvaises, aux choses les plus sérieuses : il ne craignit pas assez de se faire des ennemis par ses bons mots. On a remarqué encore, qu'il s'enfioit trop dans la prospérité, qu'il s'abattoit trop dans la disgrace ; dans l'une ou dans l'autre situation, il se persuadait aisément qu'elles ne devoient jamais finir. La plus vive & la plus éclatante passion de son cœur fut celle de la gloire, & cette soif de louange que rien n'étoit capable de satisfaire. Il le confessoit lui-même : il sa nourrissait avec indulgence, & la portait quelquefois jusqu'au ridicule. On se moqua souvent de l'affectation avec laquelle il célébrait perpétuellement son mérite & ses services. Dans son Traité des lois, les deux principaux interlocuteurs sont comme deux écoliers devant leur maître ; toujours en extase & l'encensoir à la main, uniquement occupés, ce semble, à adresser des louanges à *Cicéron* & sur sa prose & sur ses vers. Chose singulière, que la vanité dans les génies les plus élevés ! On diroit, aux précautions que prenoit l'orateur Romain, qu'il se défioit du suffrage de la postérité. Cette postérité, en oubliant ses soiblesses, a rendu justice à ses sublimes talens. Les ouvrages qui nous restent de lui, contribuent autant à l'immortaliser, que son amour & son zèle pour la patrie. — La première édition de *Cicéron*, complète, est de Milan, 1498 & 1499, 4 vol. in-folio. 412 CIC Celle de Venife 1534—36—37, 4 vol. in-fol. est aussi fort rare. Celle d'Elgevir est de 1642, 10 vol. in-12, ou 1661, 2 vol. in-4.º Il n'y a de Cicéron, cum notis variorum, in-8°, que Epistolae ad familiares, 1677, 2 vol. ad Atticum, 1684, 2 vol.; De Officiis, 1688, 1 vol.; Orationes, 1699, 3 tom. en 6 vol. Pour les compléter, il faut y joindre les 6 volumes qu'a donnés Davissus à Cambridge depuis 1737 jusqu'en 1745, qui font : De Divinatione; Academica; Tusculanae Quæstiones; De finibus bonorum & malorum; De naturae Deorum; De Legibus, & Rhetorica; Leyde 1761, in-8.º Le Cicéron de Gronovius, Leyde 1692, 4 vol. in-4°, & celui de Verburge, Amsterdam 1724, 2 vol. in-folio, ou 4 vol. in-4°, ou 12 vol. in-8°, sont estimés. Il y en a une jolie édition de Glasgow 1749, 20 vol. in-12; & une de Paris, 1767, 14 vol. in-12. Les livres de Cicéron, ad usum Delphini, sont : De arte Oratoria, 1687, 2 vol. in-4.º Orationes, 1684, 3 vol. in-4.º Epistolae ad familiares, 1685, in-4.º Opera Philosophica, 1689, in-4.º Enfin l'abbé d'Olivet donna en 1740, en 9 vol. in-4°, une belle & savante édition des ouvrages de l'orateur Romain. On les divise ordinairement en quatre parties. I. Ses Traités sur la Rhétorique, qui sont mis à la tête des théteurs Latins, comme ses harangues à la tête des orateurs. Ses trois Livres de l'art Oratoire, traduits par l'abbé Colin, in-12, sont infiniment précieux à tous ceux qui cultivent l'éloquence. Dans cet excellent ouvrage, la sécheresse des préceptes est égarée par tout ce que l'urbanité Romaine a de plus ingénieux, de plus délicat & de plus riant. Son livre intitulé l'Orateur ne le cède, ni pour les préceptes, ni pour les tours au précédent. Cicéron y donne l'idée d'un orateur parfait, non tel qu'il y en ait jamais eu, mais tel qu'il peut être. Son Dialogue adressé à Brutus, est un dénombrement des personnages illustres qui ont brillé au barreau chez les Grecs & les Romains. Il n'appartenoit qu'à un génie fécond & flexible, tel que Cicéron, de crayonner avec tant de ressemblance tant de portraits différents. Ses Partitions oratoires sont une très-bonne rhétorique donnée par divisions & sous-divisions de matières, d'un style fort simple, mais clair & à la portée de ceux qui commencent. II. Ses Harangues. Elles sont mises à côté, & peut-être au-dessus de celles de Démosthènes. Ces deux grands hommes, si souvent comparés, parviennent par des routes différentes à la même gloire. L'éloquence de l'orateur Grec est rapide, forte, pressante : ses expressions sont hardies, ses figures vehementes ; mais son style est souvent sec & dur. L'éloquence de l'orateur Latin est plus douce, plus coulante, plus abondante, & peut-être même trop abondante. Il relève les choses les plus communes, & embellit celles qui sont les moins susceptibles d'agrément. Toutes ses périodes sont cadencées, & c'est sur-tout dans cet arrangement des mots, qui contribue infiniment aux grâces du discours & au plaisir de l'oreille, qu'il excelle au plus haut degré. On a remarqué que Demosthenes auroit été encore plus goûté à Rome que Cicéron, parce que les Romains étoient naturellement sérieux ; & Cicéron à Athènes plus que Demosthenes, parce que les plaisanteries & les fleurs dont il ornoit son eloquence, auroienramusé les Athénions, peuple léger & badin. Parmi les bons mots qu'on attribue à cet orateur, nous Verons choix des plus agréables: Verrès avoit été préteur en Sicile, où il avoit exercé une rapacité énorme. Il fut cité en jugement; & pour engager l'orateur Hortensius à prendre sa défense, il lui avoit fait présent d'un Sphynx d'ivoire, qui étoit une statue de grand prix. Cicéron plaidoit contre ce préteur. Hortensius, son défenseur, feignoit de ne rien comprendre aux discours de Cicéron. Je m'en étonne, lui répliqua malignement cet orateur, car vous avez chez vous, le Sphinx. —Publius Cotta qui se donnoit pour habile jurisconsulte, quoiqu'il fût fort ignorant, étant cité en témoignage par Cicéron, répondit qu'il n'avoit aucune connoissance du fait: Non, non; c'est du Droit, lui répondit Cicéron. —Métellus Népos, l'un de ses adversaires, pour lui reprocher qu'il étoit un homme nouveau, c'est-à-dire, un homme d'un sang peu connu, lui faisoit souvent cette question: QUIS EST PATER TUUS? Quel est votre père? Votre mère, répliqua Cicéron, fatigué de ses redites, a rendu pour vous cette question difficile à résoudre. La conduite de sa mère n'étoit pas en effet fort régulière. —Le même Métellus lui reprochoit un jour qu'il avoit fait mourir plus de gens en les accusant, qu'il n'en avoit sauvé en les défendant. Je l'avoue, répondit Cicéron: car il y a en moi encore plus de bonne foi que d'éloquence. —Un jeune homme qui étoit accusé d'avoir empoisonné un de ses parens dans un gâteau, s'emportoit & faisoit des menaces à Cicéron. Courage, mon ami, lui dit cet orateur! j'aime encore mieux tes menaces que ton gâteau. —Un certain Octavius avoit été esclave en Afrique; or c'étoit l'usage dans ce pays de percer les oreilles aux esclaves. Un jour que Cicéron plaidoit, cet homme s'avisa de dire qu'il ne l'entendoit point. Tu as pourtant l'oreille bien percée, lui dit Cicéron. —M. Appius, plaidant une grande cause, dit dans son exorde, que son ami pour lequel il plaidoit, l'avoit supplié d'apporter dans cette affaire beaucoup de soin, d'exactitude, d'érudition & de bonne foi. Comment as-tu le cœur assez dur, lui dit Cicéron en l'interrompant, pour ne rien faire de ce que tu as promis à ton ami?... C'est par des réparties semblables, que cet orateur, souvent au défaut d'un raisonnement solide, repoussoit son adversaire, qu'il l'éblouissoit, qu'il l'accabloit. Si la personne contre laquelle il parloit méritoit des égards, il préparoit; pour ainsi dire, le trait avant que de l'enfoncer; il amollissoit la partie qu'il vouloit blesser: mais ses armes n'en étoient pas moins victorieuses. La plupart des autres bons mots qu'en cite de lui, ne méritoient guères d'être dits, & ne sont pas dignes d'être écrits. III. Livres Philosophiques. Ce qui doit étonner, dit un homme d'esprit, c'est que dans le tumulte & les orages de sa vie, cet homme, toujours chargé des affaires de l'État & de celles des particuliers, trouvât encore du temps pour être instruit à fond de toutes les sectes des Grecs, & qu'il fût le plus grand philosophe des Romains, ainsi que l'orateur le plus éloquent. Ses livres des Offices sont infiniment recommandables par le ton de bonnes mœurs, de réflexion, d'humanité, de patriotisme, qui y règnent tour-à-tour. On y voit Cicéron, non peut-être tel qu'il a été précisément, mais tel qu'il a désiré d'être. Si ce traité ne peut faire un Chrétien, il est du moins très-propre à former un bon citoyen, un homme droit & rau 414 CIC fonnable. Ses livres des Lois, dont il ne nous reste que trois, attachent autant par leur goût exquis de politique, que par les beaux sentimens de patriotisme & de vertu, les grandes vues & les détails admirables dont ils font remplis; mais les matières pourroient être quelquefois amenées avec plus d'art, & arrangées dans un ordre plus méthodique. Les interlocuteurs, comme nous l'avons déjà remarqué, semblent n'être placés dans ce traité, qui est en forme de dialogue, que pour écouter Cicéron & lui applaudir. Cet orateur avoit composé aussi, à l'imitation de Platon, un livre De la République, qui n'est pas parvenu jusqu'à nous. On trouve dans ses Tusculanes, dans ses Questions académiques, & ses deux livres de la nature des Dieux, le philosophe profond & l'écrivain élégant. On a accusé trop légèrement Cicéron de ne pas croire à l'immortalité de l'âme. « Un vrai académicien & un honnête homme, tel qu'étoit Cicéron, n'étoit pas, dit l'abbé d'Olivet, un homme qui ne crût rien. C'étoit un philosophe, qui, ne déférant à la simple autorité d'aucune secte en particulier, se réservoit le droit d'examiner le pour & le contre de toutes les opinions, & n'usoit de cette liberté, que pour s'attacher à ce qu'il jugeoit le moins douteux & le plus fain. » IV. Ses Epîtres. Bayle leur donnoit la préférence sur tous les ouvrages de ce grand écrivain. L'homme - de - lettres, l'homme - d'état, ne devroient jamais se laffer de les relire. On peut les regarder comme une histoire secrète de son temps. Les caractères de ses plus illustres contemporains y sont peints au naturel, les jeux de leurs passions développés avec finesse. On y apprend à connoître le cœur de l'homme & les ressorts qui le font agir. Cicéron s'étoit aussi mêlé de poésie; & quoiqu'il nous reste de lui quelques beaux fragmens, Juvenal, ayant configné dans ses Satires ce vers barbare: O fortunatam, natam me Confule, Romam! l'a couvert d'un ridicule éternel. Parmi les traductions de ses ouvrages, on distingue: I. Les Oraisons par Villefore, 8 vol. in-12. II. Les Epîtres familières, 4 vol.; les Offices, un vol.; la Vieilleffe & l'Amitié, un vol. par Dubois. III. Les Lettres à Brutus, par l'abbé Prévôt, un vol.; celles à ses amis par le même, 5 vol. in-12. IV. Les Lettres à Atticus, 6 vol. par l'abbé de Mongault. V. Les Tusculanes, deux vol.; & les Cailinaires, un vol. par l'abbé d'Olivet. VI. Des Vrais Biens & des vrais Maux, par l'abbé Régnier Desmarais, in-12; la Divination, par le même, in-12. VII. Le Traité des Lois, par Morabin, in-12. L'infatigable du Ryer avoit traduit la plus grande partie des Ouvrages de Cicéron, 1670, en 12 vol. in-12; mais cette version, lâche, incorrecte & infidelle, ne peut être d'aucun usage. L'abbé Prévôt nous a donné une Histoire de Cicéron, tirée de ses écrits & des monumens de son fiècle, avec des preuves & des éclaircissemens, en cinq vol. in-12. Cet ouvrage, traduit de l'anglois de Midleton, est écrit avec cette élégance qui caractérise le style des autres productions de cet écrivain. Morabin a publié une autre Histoire de l'Orateur latin, en 2 vol. in-4. Chacune a son mérite, & les littérateurs, qui veulent connoître Cicéron, doivent lire l'une & l'autre. Thomas, dans son Essai sur les Eloges, a consacré un chapitre à l'orateur Romain. Quoique nous ne pensons pas en tout comme lui, nous ne pouvons nous empêcher de transcrire le beau portrait qu'il en trace. « Cicéron, dit-il, né dans un rang obscur, devint, par son génie, l'égal de Pompée, de César, de Caton. Il gouverna & sauva Rome. Il fut vertueux dans un siècle de crimes, défenseur des lois dans l'anarchie, républicain parmi les grands qui se disputaient le droit d'être ses oppresseurs. Il eut cette gloire, que tous les ennemis de l'état furent les fiens. Il vécut dans les orages, les travaux, les succès & les malheurs. Enfin après avoir 60 ans défendu l'état & les particuliers, lutté contre les tyrans, cultivé, au milieu des affaires, la philosophie, l'éloquence & les lettres, il périt. Un homme à qui il avoit servi de protecteur & de père, vendit son sang; un homme à qui il avoit sauvé la vie, fut son affaçon. Trois siècles après, un empereur plaça son image dans un temple domestique, & l'honora à côté des dieux. Il est triste que celui, qui dans Rome avoit été surnommé le Père de sa Patrie, ait été forcé dix-sept ans après, à louer l'oppresseur de la patrie. S'il sacrifia sa gloire ou ses intérêts à l'intérêt de Rome, il faut l'admirer; s'il redouta César, il faut l'excuser & le plaindre. Mais ce qui prouva que son âme n'étoit pas flétrie par la servitude, c'est l'éloge de Caton, qu'il composa vers le même temps. On s'étonne quelquefois que le même homme, qui avoit loué le destructeur de la liberté Romaine, ait eu le courage de louer Caton, vainqueur & martyr de la liberté. Il y a des caractères ardens qui font un mélange de grandeur & de foiblese, & quelques personnes mettent Cicéron de ce nombre. Vertueux, dit-on, mais circonspect, tour-à-tour brave & timide, aimant sa patrie, mais craignant les dangers, ayant plus d'élévation que de force; sa fermeté, quand il en eut, tenoit plus à son imagination qu'à son âme. On ajoute, que foinle par caractère, il n'étoit grena que par réflexion; il comparoit sa gloire avec sa vie, & le devoir au danger. Alors il se faitoit un tytème de courage; sa probité devenoit de la vigueur, & son esprit donnoit du ressort à son âme. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons douter que Cicéron, tous César même, n'ait toujours paru attaché à sa patrie & à l'ancien gouvernement. Ses amis chercheront à le détourner de faire l'éloge de Caton, ou du moins voulutent l'engager à l'adoucir; il n'en fit rien. On voit cependant, par une de ses lettres, qu'il sentoit toute la difficulté de l'entreprise. L'éloge de Caton à faire, disoit-il, est un problème d'Archimède à résoudre. Nous ne pouvons juger comment le problème fut résolu; nous savons seulement que l'ouvrage eut le plus grand succès. Tacite nous apprend que Cicéron, dans cet éloge, élévoit Caton jusqu'au ciel. Cicéron aimoit la gloire, mais il ne l'attendoit pas toujours; il se précipitoit sur elle; comme s'il eût été moins sûr de l'obtenir. Pardonnons-lui pourtant, & surtout après son exil. Songeons qu'il eut sans cesse à combattre la jalousie & la haine. Un grand homme persécuté a des droits que n'a pas le reste des hommes. Il étoit beau à Cicéron, au retour de son bannissement, d'invoquer ces dieux du Capitole, qu'il avoit préservés des flammes étant consul; ce s'était qu'il avoit sauvé du carnage; ce peuple Romain qu'il avoit de- 416 CIC robé au joug & à la servitude; & de montrer d'un autre côté son nom effacé, ses monumens détruits, ses maisons démolies & réduites en cendres pour prix de ses bienfaits. Il étoit beau d'attester sur les ruines mêmes de ses palais, l'heure & le jour, où le Sénat & le peuple l'avoient proclamé le Père de la Patrie. Et qui pourroit lui faire un crime de parler de ses grandes actions, dans ces momens, où l'ame réclamant contre l'injustice des hommes, semble élevée au-dessus d'elle-même, par le sentiment & le caractère auguste du malheur. « Tous les historiens n'ont pas jugé de Cicéron aussi favorablement que Thomas, & nous avons recueilli les témoignages des plus impartiaux, en composant cet article. Quelques critiques n'ont pas plus ménagé l'auteur lui-même, que d'autres l'administrateur de la chose publique. Le principal défaut que Fontenelle trouvoit à Cicéron, comme écrivain, c'est d'être un peu diffus & trop verbeux. » Cet auteur, dit aussi Montaigne, étouffe, par ses longueries, ce qu'il a dit de vif & de moëlle; « & d'autres critiques, des anciens mêmes, l'en ont pareillement blâmé. Ce reproche seroit injuste, si Cicéron n'étoit diffus que dans ses livres philosophiques, par exemple, dans celui de la Nature des Dieux : car il y traitait des matières nouvelles au plus grand nombre de ses lecteurs : mais il l'est dans tous ses ouvrages, dans ceux sur la morale, sur la rhétorique, &c. Riche en belles paroles, il les prodigue. On sent que son tour d'esprit le portoit à cette abondance, autant que l'habitude à l'éloquence du barreau & de la place publique. Aussi dans ses Traités de morale, & en particulier dans celui de l'Amitié, il se borne quelquefois à paraphraser en périodes harmonieuses, des vérités utiles sans doute, mais un peu froides & souvent communes. Ce défaut se fait sentir sur-tout en lisant les traductions françaises; car les charmes de l'original le font disparaître en partie. Voyez H. CATON. — ALCIONIUS. — LABERIUS. — PREYSIUS. — PHILEPHE. — III. TULLIE. — NIZOLIUS. Cicéron laissa un fils, appelé comme lui MARCUS-TULLIUS; mais il se montra bien indigne d'un tel père : sans génie, brutal, débauché, il étoit tellement adonné au vin, qu'on le surnomma Bicongius, c'est-à-dire qui contient deux conges ou six pintes. Quoiqu'il eût été mis au nombre des proscrits, on ne le fit pourtant pas mourir. Au contraire, lorsqu'Octave se vit le maître, il le rétablit dans ses biens & le fit prêteur; il devint même consul, ayant été substitué à Caius Antistius, l'an 30 avant J. C. Il acheva l'année, dont il ne restoit plus que deux mois. Ainsi il ne fut consul que comme ceux qu'on appelait Consules suffi. Pendant sa courte administration, il ordonna que les statues d'Antoine feroient détruites. Voyez l'article CESTIUS.
II. CICÉRON, (Quintus-Tullius) frère de l'Orateur Romain, après avoir été prêteur, l'an de Rome 691, eut, au sortir de sa charge, le département de l'Asie, où il demeura trois ans. César le prit ensuite pour son lieutenant dans la guerre des Gaules. Il n'eut pas lieu de se repentir de son choix. Cicéron se comporta avec tout le courage & la prudence possibles dans plusieurs occasions périlleuses; mais durant la guerre civile, tivile, il abandonna le parti de ce général, pour suivre celui de *Pompée* : ce qui fut la cause de sa perte. Compris dans la proscription des Triumvirs, il fut tué avec son fils, l'an 43 avant J. C. On trouve de lui, ainsi que de l'Orateur son frère, quelques *Poëfies* dans le *Corpus Poetarum* de *Maistaire*. On a une Histoire des quatre *Cicéron*, par l'abbé *Mack*, *Voyer* ce mot, n° II.
CID, (Le) dont le vrai nom étoit *Rodrigue Dias de Bivar*, fut élevé à la cour des rois de *Cafille*, & s'acquit, par sa bravoure, la réputation d'un des plus grands capitaines de son siècle. Dès qu'il fut en état de porter les armes, on le fit chevalier. Les historiens ou plutôt les romanciers Espagnols, ont mêlé à l'histoire du *Cid* une foule de faits merveilleux : voici à quoi les réduit *Ferreras*, qui a discuté avec autant d'exactitude que de jugement les points les plus intéressans des *Annales* d'Espagne. Le *Cid* s'attacha à Don *Sanche* roi de *Cafille*, qu'il accompagna en 1063 en Aragon. Il se signala à la bataille de *Grao*, dans laquelle fut tué Don *Ramire I*, roi d'Aragon. Il servit encore avec valeur Don *Sanche* dans la guerre contre *Alfonse* son frère, roi de Léon, & le suivit au siège de Zamora, où Don *Sanche* fut tué par trahison. *Alfonse VI* ayant réuni la *Cafille* au royaume de Léon, le *Cid* paroît s'être attaché à ce prince. Il épousa en 1074 Dona *Ximène Diaz*, fille du comte Don *Diègue Alvarez* des *Asturies*. *Alfonse* lui ayant donné des sujets de mécontentement, il quitta la *Cafille*, emmenant avec lui plusieurs de ses parens & de ses amis. Secondé par ces braves gens, il entra dans l'Aragon qu'il ravagea, & s'empara du château d'Alcocer. Les mécontents de *Cafille* & de Léon s'étant rangés sous ses drapeaux, il fit des courses sur les terres des Maures qu'il ne cessoit de harceler. L'avantage qu'il tiroit des lieux escarpés, lui fit donner la préférence aux quartiers de Teruel, & il se maintint là dans une forteresse appelée depuis la *Roche du Cid*. Enfin, après la mort de *Hiaya*, roi de Tolède, il se rendit maître de Valence, & y demeura jusqu'en 1099 qu'il mourut. Voilà l'exposé sommaire des belles actions de ce héros *Cafillan*. Tout ce qu'on trouve de plus dans *Mariana* & dans d'autres historiens, est fabuleux ; sans en excepter son combat avec Don *Gomez*, que le *Cid* tua, dit-on, dans un combat part culier. On ajoute qu'il aimoit passionnément *Chimène* ou *Ximène*, fille de ce comte, & qu'il n'en étoit pas moins aimé. L'honneur exigeoit d'elle la vengeance, l'amour vouloit le pardon ; celui-ci l'emporta. *Chimène* demanda le *Cid* au roi *Ferdinand*, pour essuyer ses larmes, & en fit son époux. C'est cette situation déchirante qu'a si bien exprimée le grand *Corneille* dans la tragédie intitulée *Le Cid*, imitée de l'Espagnol.
CIECHANOWIECZ, *Voyer* KISKA.
CIEL, (Mythol.) *Cælus*, le plus ancien des Dieux, étoit fils de la *Terre*. Il eut quantité d'enfants. *Saturne*, un d'entre eux, surprit son père pendant la nuit & le mutila avec une faulx. Du sang qui coula de la plaie sur la *Terre*, naquirent les *Géans*, les *Furies* & les *Nymphes Mélies* : le reste fut jeté avec la faulx dans la mer, & de l'écume qui s'y éleva, fut formée *Vénus*, que les flots portèrent dans l'isle de Cypre. D d 418 C I E
CIENFUÉGOS, (Alvarez) né l'an 1657 à Aguerra, ville d'Épagne dans les Afturies, Jésuite en 1676, professa la philosophie à Compostelle, & la théologie à Salamanque avec beaucoup d'applaudissement. Sa pénétration & son habileté engagèrent les empereurs *Joseph I & Charles VI* à l'employer auprès des rois de Portugal dans diverses négociations importantes, qu'il termina au gré des deux couronnes. Ce dernier empereur lui procura le chapeau en 1720, non sans difficulté, par rapport à son ouvrage *sur la Trinité*, dans lequel plusieurs docteurs croyoient avoir trouvé des propositions infoutenables. L'empereur le fit ensuite son ministre plénipotentiaire à Rome, évêque de Catane, puis archevêque de Montréal en Sicile. Ce cardinal, après s'être démis de son archevêché, mourut à Rome le 19 août 1739, à 82 ans. On a de lui différens ouvrages : I. *Ænigma theologicum in mysterio SS. Trinitatis*, Vienne 1717, 2 vol. in-folio. II. *Vita abscondita sub speciebus eucharisticis*, Rome 1728, in-folio. III. *La Vida del venerabile P. Jean Nieto*, 1693, in-8.º IV. *La Vida del santo Francisco de Borgia*, 1702, in-fol.
CIEZAR, (Joseph) peintre Espagnol, mort à Madrid en 1699, dans sa 40e année, excelloit à peindre les paysages & les fleurs. Ces dernières sont rendues avec tant de délicatesse & de légèreté, qu'on dirait que l'air va les faire mouvoir.
CIGALA, (Lanfranc) noble Génois, fut juge & poète, vers 1248. Une Provençale nommée *Berlanda*, de l'ancienne maison Génoise de Cibo, dont une branche étoit venue s'établir de Gênes à Marseille, devint l'objet de ses chants. Enchanté de son sourire, il lui donna le nom poétique de *Belris*. « On se garantirait, dit-il, plutôt d'un archer à double haubert, que du double regard perçant de cette belle. D'un de ses yeux elle trappe; puis redoublant de l'autre, elle y joint un charmant petit sourire. Elle est entrée ainsi, & s'est enfoncée profondément dans mon cœur. » Une complainte touchante exprima la douleur du poète à la mort de *Berlanda*. « Il y a plus de mille ans, dit-il, que la mort n'a commis un si grand crime. Personne ne vit la beauté que je pleure sans l'aimer. Elle rendoit bons les méchans & meilleurs les bons. » La dévotion remplaça l'amour dans le cœur de *Cigala*. Il chanta les Croisades & les guerres d'outre-mer. « Je ne regarde point comme chevalier, s'écria *Cigala*, quiconque ne va pas de bon cœur & de tout son pouvoir au secours de Dieu qui en a si grand besoin. » Ce dernier mot peint assez la simplicité du temps. Dans une de ses Pièces, il examine cette question : « Si l'homme loyal peut user de tromperie envers les trompeurs. » Dans une autre, il se récria contre le fyle obscur & entortillé qui étoit à la mode de son temps. « Je faurois bien faire, dit *Cigala*, si je le voulois, des chansons fines & subtiles. Mais je n'aime point les poésies obscures, & je veux que les miennes soient aussi claires que le jour. Le savoir est peu estimable, si la clarté ne l'illumine. Un auteur obscur est comme mort; & un homme d'esprit doit en avoir assez pour tirer de l'eau claire d'un clair ruiffeau. » *Cigala*, au rapport de *Nostradamus*, fut assidéré en 1278, dans un voyage qu'il faisoit de Provence à Gênes.
CIGALE, (Jean-Michel) im- poſteur, qui parut à Paris en 1670, s'y diſoit Prince du ſang Ottoman, Baffa & Plénipotentiaire Souverain de Jérusalem, du royaume de Cypre, de Trébizonde, &c. Il s'appeloit au- trement Mahomet Bel. Ce prince, vrai ou prétendu, naquit, ſelon Rocoles, de parens Chretiens, dans la ville de Trogoviſti en Vala- chie. Son père étoit fort eſtimé de Matthias, vaivode de Molda- vie. Il mit ſon fils auprès de ce prince, qui l'eavoya avec ſon résident à Conſtaninople. Après la mort de Matthias, Cigale revint en Moldavie, où il eſpéroit de s'élever, avec l'appui des ſeigneurs du pays; mais n'ayant pu réuſſir dans ſon deſſein, il retourna à Conſtaninople & ſe fit Turc. Cet aventurier courut de pays en pays, racontant par-tout ſon hiſtoire avec une hardieſſe qui la ſaiſoit prendre pour vraie, quoique ce ne fût qu'une ſuite d'impoſtures. Il y par- loit de l'antiquité de la famille des Cigales en Sicile, & s'y ſaiſoit deſ- cendre de Scipion, fils du fameux vicomte Cigale, qui fut fait pri- ſonnier par les Turcs en 1561. Il diſoit que Scipion étant captif avec ſon père, prit le turban pour plaire à Soliman II; qu'il ſut élevé aux premieres charges de l'empire, & qu'il épousa la ſultane Conon Sa- lier, fille du ſultan Achmet, & ſœur d'Ofman, d'Amurat IV, & d'Ibrahim, aïeul de l'empereur Ma- homet IV. Il ſe diſoit fils de cette ſultane, & racontoit de quelle ma- niere il avoit été établi vice-roi de la Terre-Sainte, puis ſouve- rain de Babylone, de Caramanie, de Magnéſie & de pluſieurs autres grands gouvernemens, & enſin vice-roi de Trébizonde, généra- liſſime de la mer Noire. Il ajou- toit qu'il s'étoit enſui ſecretement en Moldavie, d'où il avoit paſſé dans l'armée des Coſaques, alors en guerre avec les Moſcovites. Enſin il alla en Pologne, où la reine Marie de Gonzague le reçut fort honorablement, & lui per- ſuada de recevoir le baptême. Ci- gale parcourut enſuite les diffe- rentes cours de l'Europe, & fut traité par-tout avec diſtinction. Après différentes courſes à Rome, à Naples, à Venife, à Paris, il paſſa à Londres: le roi d'Angle- terre lui fit un accueil gracieux. Il jouiſſoit du fruit de ſon im- poſture, lorſqu'un homme de con- dition, qui ſavoit ſon hiſtoire, l'ayant vu à Vienne, démaſqua ce ſourbe, qui n'oſa plus repa- roître.
CIGNANI, (Charles) peintre Bolonois, né en 1638, fut diſci- ple de l'Albone. Il mourut en 1719, à 82 ans. Clément XI, qui avoit ſouvent employé ſon pinceau, le nomma prince de l'académie de Bologne, appelée encore aujourd'hui l'Académie Clémentine. La cou- pole de la Madona del Fuoco de Forli, où ce peintre a repréſenté le paſalis, eſt un des plus beaux monumens de la force de ſon gé- nie. Ses principaux ouvrages ſe voient à Rome, à Bologne, à Forli. Ils ſont tous recommanda- bles par un deſſin correct, un co- loris gracieux, une compoſition élégante. Cignani peignoit avec beaucoup de facilité, drapoit avec goût, exprimoit très-bien les paſ- ſions de l'âme, & les auroit en- core mieux rendues, s'il ne ſe fût pas attaché à finir trop ſes ta- bleaux. On n'y trouve jamais cette forte de négligence qui plaît ſou- vent parce qu'elle annonce la viva- cité & le feu de la compoſition. Une longue vie qui donna à Ci- ghani le temps de travailler beau- coup, le mit à même de gagner D d. 2 beaucoup d'argent; cependant il ne fut jamais riche, parce que ses amis dans le besoin, & tous les pauvres en général, partagèrent le fruit de ses travaux. Cet artiste joignoit à ses talens une douceur de mœurs & une bonté de caractère aussi estimables que rares. Il parloit avec éloge de ses plus cruels ennemis. On voyoit de lui au Palais-Royal à Paris, un *Noli me tangere*; & dans le cabinet du roi, une *Defeente de Croix*, & *Notre-Seigneur apparaissant* en jardinier à la *Magdeleine*, qui font des morceaux admirables.
CIGOLI, *Voy. CIVOLI.*
CILIX, fils d'*Agénor* & frère d'*Europe*, alla fonder une colonie dans cette contrée de l'*Affe-Mineure*, qui de son nom fut appelée *Cilicie*.
CIMABUE, (Jean) peintre & architecte de Florence, mort en 1300, a 70 ans, est regarde comme le restaurateur de la peinture. Instruit par les peintres Grecs que le sénat de Florence avoit appelés, il fit renaître cet art dans sa patrie. *Charles I*, roi de Naples, passant par Florence, l'honora d'une visite. On possède encore quelques restes de ses tableaux à fresque & à détrempe, où l'on remarque du génie & beaucoup de talent naturel, mais peu de ce bon goût, que l'on doit aux réflexions & à l'étude des beaux ouvrages. *Voy. GIOTTO.* I. CIMON, général des Athéniens, étoit fils de *Miliade* & d'*Égésphile*. Les premières années de sa vie ne lui avoient point fait d'honneur, ni donné de lui une idée fort avantageuse. Son père étant mort chargé d'une amende, *Cimon* fut emprisonné pour l'acquitter, & il ne recouvra sa liberté qu'en cédant *Elphine* se fœur & en même temps sa femme, à *Callias*, qui faisait pour lui au flic public. Sa mauvaise réputation avoit tellement indisposé le peuple contre lui, qu'il en fut très-mal reçu, lorsqu'il se présenta parmi ceux qui aspiroient aux charges. Rebuté par ce fâcheux accueil, il songeoit à renoncer absolument aux affaires publiques, lorsqu'*Aristide*, découvrant en lui de grandes qualités à travers de grands défauts, lui rendit l'espérance, & s'appliqua particulièrement à le former. Bientôt après *Cimon* trouva des occasions fréquentes de se signaler dans les combats. Les Athéniens ayant armé contre les Perses, il enleva à ces derniers leurs plus fortes places & leurs meilleurs alliés en Afie. Il défit le même jour les armées Persanes par terre & par mer; & sans perdre de temps, il vola au devant de quatre vingts vaisseaux Phéniciens qui venoient joindre la flotte des Perses de la Cherfonèfe, les prit tous, & tailla en pièces la plus grande partie des troupes qui les montoient. Il mit en mer une flotte de deux cents vaisseaux, passa en Cypre, attaqua *Aristide*, se rendit maître d'un grand nombre de ses vaisseaux, & pourfaivit le reste de sa flotte jusqu'en Phénicie. En revenant, il atteignit *Magabize*, autre général d'*Artaxe*, lui livra combat & le défit. Ces fœces contreignirent le roi de Perse à figner ce traité si célèbre, qui procura une paix glorieuse pour les Athéniens & leurs alliés. Quand il fallut partager les prisonniers faits dans ses victoires, on s'en rapporta au général vainqueur: il mit d'un côté les prisonniers tout nus, & de l'autre leurs colliers d'or, leurs braffelets, leurs armes, leurs ha- bits, &c. Les alliés prirent les dépouilles, croyant avoir fait le meilleur choix ; & les Athéniens gardèrent les hommes, qu'ils vendirent chèrement aux vaincus. *Cimon* parut aussi grand dans la paix que dans la guerre. Il rendit beaucoup de ses concitoyens heureux par ses libéralités. Sa maison devint l'asile de l'indigent. Il fit abattre toutes les haies qui entouroient ses terres & ses jardins, afin de permettre à chacun d'y prendre ce qu'il jugeroit à propos. Il avoit tous les jours une table servie simplement, mais abondamment, où tous les pauvres citoyens étoient admis sans distinction. Il fut le premier qui établit des écoles publiques à Athènes, comme *Pythagore* en avoit établi en Italie. L'orateur *Gorgias* difoit de lui : *Qu'il amaffoit des richesses pour s'en servir, & qu'il s'en servoit pour se faire aimer & estimer*. Malgré ses vertus morales, il n'égaloit point *Thémistocles* dans la science du gouvernement. Son crédit fut ébranlé par ses absences fréquentes, par les vérités dures qu'il difoit au peuple ; & après avoir servi sa patrie, il eut la douleur d'en être hanni par l'astracisme. On le rappela ensuite ; on le nomma général de la flotte des Grecs alliés. Il porta la guerre en Egypte : il reprit son ancien projet de s'emparer de l'isle de Cypre ; mais il ne put l'exécuter, étant mort, à son arrivée dans cette isle à la tête de son armée, l'an 449 avant J. C.
II. CIMON, vieillard Romain, ayant été condamné par le sénat, pour quelque crime, à mourir de faim dans les fers ; sa fille, qui avoit la liberté de le venir voir, le fit subifter quelque temps, en lui donnant à fucer son propre sein. Les juges, informés de cette piété industrieuse, firent grace au père en faveur de la fille. *Tite-Live* & d'autres écrivains disent, que c'étoit la mère de cette fille, & non le père, qu'on avoit condamnée à mourir de faim. Quoi qu'il en soit, un graveur Flamand ayant copié une *Charité Romaine de Rubens*, mit au bas ce quatrain : *Difcite quid sit amor ! Lachat pia gnata parentem , Quem miseranda fames & fera vincia premunt. Tantus amor fertur vitam meruisse Cimoni, Sicque fuit patri filia facta parens.* Du Belloi a employé dans sa *Zelmire* ce trait d'histoire intéressant.
III. CIMON, (Cléoneus) peintre ancien, fut le premier qui représenta avec succès les plis & draperies des vêtements, & qui sur le nu distinguait les veines & les nerfs. Il fut aussi l'inventeur des portraits en profil. On dit qu'ayant eu à peindre un borgne, il imagina de le représenter ainsi, pour cacher sa difformité.
CINARE, (Mythol.) femme de Theffalie. Elle eut deux filles d'une vanité effrénée, qui s'étant préférées à *Junon*, furent changées par cette déesse en marches, qu'on fouloit en entrant dans l'un de ses temples.
CINCINNATUS, (Lucius Quintus), ainsi surnommé à cause qu'il portoit des cheveux bouclés & frisés, fut tiré de la charrue pour être consul Romain, l'an 459 avant J. C. Il maintint, par une sage fermeté, la tranquillité pendant le cours de sa magistrature, & retourna labourer son champ. On l'en tira une seconde fois, pour l'opposer aux Eques & aux Volfques. Le seul regret qu'il D d 3 témoigna aux députés de la république, c'est « que son champ alloit rester inculte cette année ; » mais le sénat, touché de sa naïveté généreuse, ordonna que le petit domaine du nouveau consul seroit cultivé aux dépens de l'État. *Cincinnatus*, environné d'un nombreux cortège, fut conduit dans son logis. En entrant à Rome, il commença par haranguer le peuple pour le rassurer. Le lendemain, il donna ordre à tous les citoyens capables de porter les armes, de se trouver, avant le coucher du soleil, au champ de Mars, avec du pain cuit pour cinq jours, & douze pieux chacun. Le dictateur marcha à la tête de son armée en ordre de bataille, & arriva au milieu de la nuit près du camp des ennemis, qu'il fit investir. On en vint aux mains. Les Eques battus de tous côtés demandèrent la paix au dictateur, qui la leur accorda à condition qu'ils passeroient sous le joug ; ce qui fut exécuté. L'armée du consul *Minucius* ayant été délivrée par cette victoire, *Cincinnatus* lui fit abdiquer le consulat : *Vous apprendrez*, lui dit-il, *la guerre comme lieutenant*, *avant de commander les légions comme consul*. En effet, *Minucius* s'étoit laissé surprendre par l'ennemi. *Cincinnatus* revint ensuite à Rome, où on lui décerna le triomphe, & il ne tint qu'à lui de se voir aussi riche qu'il étoit illustre. On lui offrit des terres, des esclaves, des bestiaux ; il les refusa constamment, & se démit de la dictature, au bout de seize jours, pour aller reprendre sa charrue l'an 456 avant J. C. Élu une seconde fois dictateur, à l'âge de 80 ans, il triompha des Prénésiens, & abdiqua vingt-un jours après. Ainsi vécut ce Romain, simple & sublime tour-à- tour, ou plutôt toujours sublime, jusques dans sa simplicité : aussi grand, dit l'histoire, quand ses mains victorieuses ne dédaignaient pas de tracer un fillon, que lorsqu'il dirigeait les rênes du gouvernement, & qu'il triomphoit des ennemis de la république. Ce fut lui qui fit augmenter le nombre des tribuns du peuple pour les diviser. On les augmenta de cinq. *Cincinnatus* jugea bien qu'ils se roient moins unis, à mesure qu'ils deviendraient plus nombreux.
CINELLI, (Jean) médecin de Florence, né en 1625, avoit des connoissances dans son art & possédoit une vaste littérature ; mais il se fit des ennemis par son caractère dur & caustique. Ayant déchiré cruellement dans sa *Bibliothèque volante* le docteur *Moniglia*, premier médecin de *Côme III*, il fut mis en prison, & n'obtint la liberté qu'à condition qu'il se rétracteroit publiquement. Il sortit bientôt des états du grand duc de Florence ; &, après avoir parcouru l'Italie, il se fixa à Lorette où il exerça la médecine. C'est dans cette ville qu'il mourut le 16 août 1706, à 81 ans. Sa *Bibliothèque volante* en italien, réimprimée à Venise en 1734 en vingt parties, est une compilation de beaucoup de brochures fugitives, de petits traités sur des matières intéressantes, avec des jugemens critiques, pas toujours équitables, & des notices sur leurs auteurs. *Magliabecchi*, ce savant bibliothécaire, intime ami de l'auteur, l'aide de ses lumières & de ses recherches. I. CINNA, (*Lucius-Cornelius*) consul Romain, l'an 87 avant J. C. Ayant voulu rappeler *Marius*, malgré les oppositions d'*Olavius* son collègue, partisan de *Sylla*, il se vit obligé de sortir de Rome, & fut dépouillé par le fénat de la dignité confulaire. Retiré chez les alliés, il lève promptement une armée de trente légions, vient affiéger Rome, accompagné de Marius, de Carbon & de Sertorius, qui commandoient chacun un corps d'armée. La famine & les désertions ayant obligé le fénat de capituler avec lui, il entre dans Rome en triomphateur, affemble le peuple à la hâte, fait prononcer l'arrêt du rappel de Marius. Des ruiffeaux de fang coulèrent bientôt dans Rome. Les fatellites du vainqueur égorgèrent sans pitié tous ceux qui venoient le faluer, & auxquels il ne rendoit pas le salut : c'étoit le signal du carnage. Les plus illustres sénateurs furent les victimes de sa rage. Ottavius son collègue eut la tête tranchée. Ce barbare fut tué trois ans après, l'an 84 avant J. C., par un centurion de son armée. « Il avoit, dit un homme d'esprit, roucus les passions qui font aspirer à la tyrannie, & aucun des talens qui peuvent y conduire. » Quoique d'une maison patricienne, il s'étoit attaché au parti du peuple, où il espéroit trouver plus de considération que dans celui de la noblesse qui le mépriroit. C'étoit un homme d'une humeur hautaine & violente, sans mœurs, sans réflexion, précipité dans ses desseins & dans ses engagements, qu'il soutenoit néanmoins avec un courage digne d'un meilleur citoyen. Étant consul, il se proposa d'abolir toutes les lois de Sylla, & d'en établir de nouvelles, & pour y parvenir, il traita les plus gens-de-bien & les personnes les plus considérables avec tant d'injustice & de fureur, que la plupart, pour se soustraire à sa tyrannie, prirent le parti de se réfugier en Grèce.
II. CINNA, (Cælius-Cornelius) devoit le jour à une petite-fille du grand Pompée. Il fut convaincu d'une conspiration contre Auguste, qui lui pardonna, à la prière de l'impératrice Livie. L'empereur le fit venir dans sa chambre, lui rappela les obligations qu'il lui avoit; & après quelques reproches fut son ingratitude, le prix d'être de ses amis; & lui donna même le consulat qu'il exerça l'année suivante, environ la 36e du règne d'Auguste. Cette générosité toucha si fort Cinna, qu'il fut depuis un des sujets les plus zélés de ce prince. Il lui laissa, selon Dion, ses biens en mourant. Voltaire doute beaucoup de la clémence d'Auguste envers Cinna. Tacite ni Suétoine ne disent rien de cette aventure. Le dernier parle de toutes les conspirations faites contre Auguste : auroit-il passé sous silence la plus célèbre ? La singularité d'un consulat donné à Cinna pour prix de la plus noire perfidie, n'auroit pas échappé à tous les historiens contemporains. Dion Cælius n'en parle qu'après Sénèque, & ce morceau de Sénèque ressemble plus à une déclamation qu'à une vérité historique. De plus, Sénèque met la scène en Gaule, & Dion à Rome. Cette conspiration, réelle ou supposée, a fourni au grand Cornécile le sujet de l'un, & peut-être du premier de ses chefs-d'œuvres tragiques.
III. CINNA, (Caius-Helvius) poète Latin, vivoit dans le temps des Triumvirs. Il avoit composé un poème en vers hexam très, intitulé Smyrna, dans lequel il décrivait l'amour incestueux de Myrrha. Servius & Priscus nous en ont conservé quelques vers, insérés dans le Corpus Poecorum de Maitraire.
CINNAMÈS, historien Grec du 12e siècle, accompagna l'empereur Manuel Comnène dans la plupart de ses voyages. Il écrivit l'Histoire de ce prince en six livres. Le premier contient la vie de Jean Comnène, & les cinq autres celle de Manuel. C'est un des meilleurs historiens Grecs modernes, & on peut le compter après Thucydide, Xénophon, & les autres historiens anciens. Son style est noble & pur; les faits font bien détaillés & choisis avec goût. Il ne s'accorde pas toujours avec Nicétas, son contemporain. Celui-ci dit que les Grecs firent toutes sortes de trahisons aux Latins; & Cinnamès assure que les Latins commirent des cruautés horribles contre les Grecs. Ils pourroient bien avoir raison tous les deux. Du Cange a donné une édition de Cinnamès, in-fol. 1670, imprimée au Louvre, en grec & en latin, avec de savantes observations.
CINQ-ARBRES, (Jean) Quinquarboreus, naît d'Aurillac, nommé professeur royal en langues hébraïque & syriaque en 1554, avoit beaucoup de piété; &, ce qui est assez rare dans un savant, il étoit homme d'oraïson. Il mourut l'an 1587, après avoir laissé: L'Une Grammaire Hébraïque, imprimée plusieurs fois, & dont la meilleure édition est de 1609, in 4.º II. La Traduction de plusieurs ouvrages d'Avicenne, médecin Arabe.
CINQ-MARS, (Henri Coiffier, dit Ruzé, marquis de) second fils d'Antoine Coiffier marquis d'Effiat, maréchal de France, fut redevable de sa fortune au cardinal de Richelieu, intime ami de son père. Il fut fait capitaine aux gardes, puis grand-maître de la garde-robe du roi en 1637, & deux ans après, grand-écoyer de France. Son esprit étoit agréable, & sa figure séduisante. Le cardinal de Richelieu, qui vouloit se servir de lui pour connoître les pensées les plus secrètes de Louis XIII, lui apprit le moyen de captiver le cœur de ce prince. Il parvint à la plus haute faveur; mais l'ambition étouffa bientôt en lui la reconnoissance qu'il devoit au ministre & au roi. Il haïsoit intérieurement le cardinal, parce que Richelieu prétendoit le maîtriser: il n'aimoit guères plus le monarque, parce que son humeur sombre génoit le goût qu'il avoit pour les plaisirs. Je suis bien malheureux, disoit-il à ses amis, de vivre avec un homme qui m'ennuie depuis le matin jusqu'au soir! Cependant Cinq-Mars, par l'espérance de supplanter le ministre & de gouverner l'état, dissimula ses dégoûts. Tandis qu'il tachoit de cultiver le penchant extrême que Louis XIII avoit pour lui, Richelieu lui donna quelques mortifications auxquelles il fut très-sensible. Il se trouvoit ordinairement en tiers dans les conseils que le roi tenoit avec le cardinal. Je veux, disoit Louis, que mon cher ami s'instruise de bonne heure des affaires de mon conseil, afin qu'il se rende capable de ma rendre service. Le cardinal, à qui la présence de Cinq-Mars étoit importune, & ne trouvant pas bon qu'il lui marchât toujours sur les talons quand il alloit chez le Roi, lui reprocha un jour son ingratiuide dans les termes les plus énergiques. Il lui dit qu'il n'appartenoit pas à une tête aussi légère que la sienne, de se mêler des affaires d'état, & qu'il ne faudroit qu'un homme tel que lui, pour décréditer la France auprès des puissances étrangères. Il lui défendit de se trouver désormais à aucun conseil, & il le traita avec tant de dureté, que Cinq-Mars en pleura de dépit & de colère. Dès-lors celui-ci médita une veu- geance éclatante. Il excita *Gaston* duc d'Orléans à la révolte, & attira le duc de *Bouillon* dans son parti. On envoya un émifaire en *Espagne*, & l'on fit un traité avec *Gaston* pour ouvrir la France aux ennemis. Le roi étant allé en personne, l'an 1642, conquérir le *Bouillon*, *Cinq-Mars* le suivit, & fut plus que jamais dans ses bonnes graces. *Louis XIII* lui parloit sans cesse de la peine qu'il reféritoit d'être dominé par un ministre impérieux. *Cinq-Mars* profitoit de ses confidences pour l'aigrir encore davantage contre le cardinal : il lui proposoit tantôt de le faire affaîmer, tantôt de le renvoyer de la cour. *Richelieu*, dangereusement malade à Tarafcon, ne doutoit plus de sa dif-grace ; mais son bonheur voulut qu'il découvrit le traité conclu par les factieux avec l'*Espagne*. Il en donna avis au roi. L'imprudent *Cinq-Mars* fut arrêté à Narbonne & conduit à Lyon. On instruisit son procès ; il falloit des preuves nouvelles pour le condamner : *Gaston* les fournit pour acheter sa propre grace. *Cinq-Mars* eut la tête tranchée, le 12 septembre 1642, n'étant que dans la 22$^{e}$ année de son âge. On raconte que *Louis XIII* ; sachant à peu près l'heure de l'exécution, regardoit quelquefois sa montre, & qu'il difoit : *Dans une heure d'ici, Monsieur le Grand-Ecuyer paffera mal son temps.* — Voyez les articles FABERT, DE THOU n° IV, & FON-TRAILLES.
CINTHIO, *Voy. GIRALDI.*
CINUS ou CINO, jurisconflut de Pistoie, étoit d'une famille noble du nom de *Sinibaldi*. On a de lui : I. Des *Commentaires* sur le Code & sur une partie du Digeste. II. Quelques *Pièces de Poésie* italienne. *Cris-* *cimbeni* dit qu'il est le plus doux & le plus agréable poète qui ait fleuri avant *Pétrarque*. Il est regardé par les Italiens comme le premier qui a su donner de la grace à la poésie lyrique. Ils lisent encore ses vers, dont le *Recueil* a été imprimé à Rome en 1559, & à Venise en 1589. Il mourut à Bologne en 1336, avec la réputation d'un homme savant.
CINXIA, (Mythol.) divinité Grecque qui présédoit aux noces, & dont l'emploi particulier étoit de faciliter les nouvelles mariées à délier leur ceinture.
CINYRAS, roi de Cypre, & père d'*Adonis* par sa fille *Mirtha*, est compté parmi les anciens devins. Il étoit si opulent, que les richesses qu'il possédoit ont donné lieu au proverbe *Cinyra opes*. Son royaume fut ruiné par les Grecs, auxquels il ne voulut pas fournir les vivres qu'il leur avoit promis pour le siège de Troie. On lui attribue la fondation de Paphos & de Smyrne, ainsi que l'invention des tuiles, du martel, des tenailles, du levier & de l'enclume. Ses descendans furent successivement grands-prêtres du temple de *Vénus* à Paphos.
CIOFANI, (Hercule) de Sulmone en Italie, commenta savamment & avec élégance, dans le 16$^{e}$ siècle, les *Métamorphoses d'Ovide*, qu'il aimoit comme son compatriote, Francfort, 1661, in-fol.
CIPIÈRE, (Philibert de Marcilly, seigneur de) étoit un gentilhomme Mâconnois, capitaine de cinquante hommes d'armes, & gouverneur de la ville d'Orléans. Après avoir signalé sa valeur & sa prudence sous *Henri II*, il fut choisi pour veiller à l'éducation 426 CIP du du: d'Orléans, depuis Charles IX, qui le fit ensuite premier gentil-homme de sa chambre. « Ce fut, dit *Bantôme*, le maréchal de *Retz*, Florentin, qui pervertit ce prince, & lui fit oublier la bonne nourriture que lui avoit donnée le brave *Cipère*... Il mourut à Liège l'an 1565, en allant prendre les eaux d'Aix-la-Chapelle. *Cipère* étoit, suivant de *Thou*, un grand capitaine & un homme de bien, qui avoit également à cœur la gloire de son maître & la tranquillité de l'état.
CIPPUS, (*Marcus Génulus*) revenoit vainqueur des ennemis de Rome, lorsque se regardant dans le Tibre, il crut voir des cornes sur son front. Ayant consulté les prêtres, ceux-ci lui annoncèrent qu'il seroit roi de Rome, s'il y restoit. *Cippus*, ne voulant point détruire la constitution de sa patrie, s'exila volontairement. Le sénat par reconnoissance, fit sculpter une tête cornue au-dessus de la porte par laquelle *Cippus* étoit sorti de Rome, & accorda à ce citoyen autant de terrain en Italie, qu'il pût en renfermer dans un sillon tracé depuis l'aube du jour jusqu'au soir.
CIRAN, (St.) né dans le Berri, fut élevé à Tours, & y devint échantillon du roi *Clotaire II. Sigelaise* son père, qui étoit évêque de Tours, voulut le marier, mais *Ciran* préséra abandonner les grandeurs du monde, pour embraser l'état ecclésiastique. Il réforma le clergé de Tours, & bâtit le monastère de Meaubec & celui de Lonrey, où il mourut en 657. *Mabilla* a écrit la Vie de ce solitaire.
CIRANI, (Élizabeth) fille célèbre par son talent pour la peinture, illustra l'école de Bologne, sa patrie. Formée sur les tableaux des grands maîtres, elle avoit de belles idées, qu'elle rendoit heureusement. Son coloris est frais & gracieux; mais sa manière n'est ni ferme, ni décidée. Quoiqu'elle eût plus de talent pour les sujets simples ou tendres, elle choisissait de préférence les sujets terribles; mais elle manquoit de force pour les exécuter.
CIRCÉ, (Mythol.) fille du *Soleil* & de la nymphe *Persa*, étoit savante dans l'art de composer des poisons. Elle se servit de ce dangereux secret contre le roi des Sarmates, son mari, qu'elle empoisonna pour régner seule. Ce crime l'ayant rendue odieuse à ses sujets, ils lui ôtèrent la couronne & l'obligèrent de prendre la suite. Elle se retira sur les côtes d'Italie à l'extrémité du Latium, & donna son nom au cap Circéen, sur lequel elle bâtit un palais enchanté. Ce fut là qu'elle changea en monstre marin la jeune *Scylla*, parce qu'elle étoit aimée de *Glaucus*, dieu marin, pour lequel elle avoit conçu une violente passion. Elle en usa de même à l'égard de *Picus*, roi d'Italie, qu'elle changea en pivert, parce qu'il refusa de quitter sa femme *Cannée* pour s'attacher à elle. *Ulyssé*, poussé par la tempête, étant abordé sur cette côte, éprouva dans ses compagnons changés en pourceaux la puissance des enchanteurs de *Circé*. Pour lui, elle le reçut avec bonté, & fut si charmée de le voir, que non-seulement elle rendit à ses compagnons leur première forme, mais elle l'engagea à l'aimer & à rester avec elle pendant un an. *Circé* fut honorée comme une divinité dans l'île d'*Ea*, où elle faisoit sa principale résidence. *Voy*, ULYSSE & TÉLÉGONE.
CIRILLO, (Bernardin) se fit connoître sur la fin du 16e siècle par une *Histoire* curieuse & peu commune, en italien, de la belle, mais malheureuse ville d'Aquila, sa patrie, dans l'Abruzze. Elle fut imprimée à Rome en 1570, in-4.º Pour avoir un corps d'Histoire complet de cette ville, des savans qu'elle a produits, & des calamités qu'elle a essuyées, on y joint ordinairement celle de *Salv. Maffonio*, auteur du même pays; cette dernière fut imprimée à Aquila en 1594, in-4.º
CIRINI, (André) clerc régulier de Messine, mort à Palerme en 1664, à 46 ans, est auteur de plusieurs ouvrages concernant la venaison: I. *Variæ Lessiones*, sive *De Venatione Hærum*, Messine 1650, in-4.º II. *De Venatione & naturæ Animalium*, Palerme 1653, in-4.º III. *De naturæ & solsticiæ Canum*, *De naturæ Psilium*, ibid. IV. *Istoria della Peste*, Gênes 1656, in-4.º
CIRNUS, abandonna l'isle de Théramène où il régnoit, & qui étoit dévastée par la peste, pour aller s'établir en Afrique, où il fonda la ville de Cyra.
CIRO-FERRI, peintre & architecte Romain, né en 1634, fut comblé d'honneurs par *Alexandre VII*, par les trois papes ses successeurs, & par d'autres princes. Le grand-duc de Florence se chargea d'achever les ouvrages que *Pierre de Cortone*, son maître, avoit laissés imparfaits : le disciple s'en acquitta dignement. Une grande manière, une composition sage, un beau génie, seront toujours admirer ses ouvrages. Cette admiration seroit encore mieux meritée, s'il eût animé & varié davantage ses caractères. *Ciro-Ferri* mou- mur à Rome en 1689, à 55 ans, de la jalousie que lui cauf la mérite de *Bacici*, célèbre peintre Génois.
CIRON, (Innocent) chancelier de l'université de Toulouse, professa le droit en cette ville avec réputation au 17e siècle. On a de lui des *Observations* latisés sur le Droit canonique, qui sont estimées, & qui l'étoient davantage autrefois; imprimées à Toulouse, 1645, in-folio.
CISNER, (Nicolas) Luthérien, né à Mosbach dans le Palatinat en 1529, fut professeur en droit à Heidelberg, & ensuite recteur de l'université de cette ville, où il mourut de paralysie, le 6 mars en 1583, à 54 ans. On a de lui plusieurs ouvrages, qui ne sont pas assez bons pour que nous en donnions la liste. Nous citerons cependant ses *Opuscula Politica-Philologica*, parce qu'ils renferment quelques pièces utiles pour l'histoire & le droit public de l'Allemagne. Ils furent imprimés à Francfort en 1611, in-8.º
CISNEROS, (D. Garcias de) cousin du cardinal *Ximenes*, & abbé du Mont-Serrat. *Voyer* IGNACE DE LOYOLA.
CISSUS, (Mythol.) jeune homme aimé de *Bacchus*, fut tué par accident en jouant avec les Satyres. Le dieu inconfolable de sa perte le changea en lierre, plante qui lui fut depuis consacrée, & que l'on découvrit, pour la première fois, dans le territoire d'Acharne en Afrique, patrie de *Cissus*. — Un Égyptien du même nom, empoisonné par sa femme, qui lui avoit fait manger des œufs de serpent, invoqua avec ferveur *Séropis* pour être garanti de la mort. Ce dieu lui inspira de mettre la main dans un vase où étoit une mu- 428 C I T rène. Celle-ci le mordit, & *Cissus* fut guéri.
CISTERNAY, *Voyet* FAX.
CITEAUX, (Ordre de) *Voy* ÉTIENNE, n° XII; ROBERT, n° XIII; & BERNARD, n° III.
CITRA-POUTRIN, (Mythol.) fécrétaire du dieu *Yama*, adoré par les Indiens, il tient le registre, où font inscrits les bonnes actions & les crimes de chaque mortel. On célèbre sa fête en jeûnant en son honneur, & en se contentant de manger un peu de riz cuit au lait, le jour de la pleine lune du mois *Chitéré*.
CITRY DE LA GUETTE, (N.) a publié diverses traductions, dont quelques-unes sont estimées, & qui ont naturalisé dans notre langue plusieurs ouvrages espagnols, tels que ceux de *Ferdinand Soto*, sur la conquête de la Floride, d'*Antonio de Solis*, sur la conquête du Mexique, d'*Augustin de Zarate*, sur celle du Pérou. *Citry* est encore auteur d'une *Histoire des deux Triumvirats*, depuis la mort de *Catalina* jusqu'à celle d'*Antoine*, Paris 1719, 4 vol. in-12. Elle offre du naturel dans le style, & de l'intérêt dans les faits. On y a réuni dans cette édition l'histoire d'*Auguste* par *Larrey*. *Citry* est mort au commencement du siècle passé.
CIVILIS, (*Claudius*) Batave, illustre par sa noblesse & par sa valeur, vivait dans le premier siècle. Il avait été accusé d'avoir voulu troubler le repos de l'empire sous *Néron*, qui le fit mettre aux fers. *Galba* l'en tira, & s'en repentit. *Civilis*, voulant venger son injure, souleva contre Rome les Bataves & leurs alliés. Il conduisit cette révolte avec adresse; ennemi déclaré sans le paroître, il fut abuser les Romains qui ne lui soupçonnoient point de tels sentimens. Mais quelque temps après il leva le masque, & s'étant joint aux Gaulois, il défit *Aquilius* sur les bords du Rhin. Les Germains, attirés par le bruit de cette victoire, unirent leurs armes aux siennes. *Civilis*, fortifié par ce secours, vainquit en deux combats *Lupercus* & *Herennius-Gallus*, qui tenoient pour *Vitellius*, & feignit de n'avoir pris les armes qu'en faveur de *Vespasien*. Il se servit heureusement de ce prétexte, battit *Vocula* & fit entrer quelques légions dans son parti; mais lorsque la révolte des Gaules, qu'il avait suscité l'an 70 de J. C., eut détrompé les Romains, ils se rendirent près de *Céréalis*. Ce général fut attaqué dans son camp même, vers Trèves, où *Tutor* & *Classicus* s'étoient unis avec lui. On le battit; mais ayant ranimé son courage & celui de ses troupes, il défit les ennemis & prit leur camp. Une seconde victoire repoussa *Civilis* dans la Batavie. Ce rebelle fut donner des couleurs si favorables à sa révolte, qu'on la lui pardonna. En d'autres temps un grand homme innocent, qui dédaignoit de se justifier des inculpations de l'envie, étoit condamné pour prix de ses services: ici, un imposteur trouve le moyen, grâce à ses belles paroles, d'éluder les justes accusations dont on le charge.
CIVILLE, (François de) gentilhomme Normand, mérite une place dans l'Histoire, par la singularité de son aventure au siège de Rouen, en 1562. Il étoit capitaine de cent hommes de pied, faisant partie de la garnison protestante de cette ville, lorsque l'armée royale vint l'affiéger. Blessé à un aslant, le 15 octobre, d'un coup d'arquebufe à la joue & mâchoire droite, la balle fassant par derrière proche la fessette du cou, il tomba du haut du rempart dans le foffé, c'étoit vers onze heures du matin, & fut enterré fur la place, avec le corps d'un autre guerrier, qu'on trouva étendu pres de lui. Vers la nuit, fon valet informé du malheur de fon maître, & voulant lui procurer une fépulture plus honorable, obtint du gouverneur, le comte de Montgomery, la permiffion d'aller l'exhumer. Mais ayant découvert les deux corps, il ne put reconnoître celui de fon maître, tant le vifage étoit défiguré par le fang, l'enflure, & la boue. Il fe re-tiroit avec un homme qui l'avoit accompagné, lorfque celui-ci apperçut, au clair de la lune, reluire quelque chofe à l'endroit où étoient les corps. Il s'en rapprocha, & vit que cet éclat partoit d'un diamant qu'avoit au doigt l'un d'eux, dont la main étoit reflée découverte. A ce figne, le valet reconnut fon maître. Il retourne enlever ce corps, & lui trouve encore un refle de chaleur. Il fe hâte de le porter aux chirurgiens de la garnifon, qui d'abord refufent de le fecourir, le regardant comme mort. Ce zélé domeftique n'en penfant pas de même, le porte dans la maifon où il avoit coutume de loger. Civille refla là cinq jours & cinq nuits fans aucune marque de fentiment, & fans mouvement, mais brûlant de fièvre. Cependant des parens du bleffé, de Verbois, de Vally, & Duval, l'étant venus voir, appelèrent deux médecins, Gueronte & le Gras, & un chirurgien, Jacques Davaux. Ceux-ci jugèrent à - propos de le penfer. On lui fit avaler quelque peu de bouillon en lui deferrant les dents. Le lendemain, l'appareil levé, le malade commença à revenir à lui, & même articula quelques plaintes, mais fans reconnoître perfonne. Peu à peu la connoiffance lui revint, & on commençoit à ne pas défefpérer de lui, quoiqu'il eût toujours une violente fièvre, lorfque le 26 octobre, onze jours après fa bleffure, la ville fut emportée d'affaut. La frayeur lui caufa un redoublement de fièvre des plus violens. Cependant quatre foldats qui pillèrent la maifon où il étoit, fe trouvant par hafard de la compagnie d'un de fes amis, le capiteine Ligo, le traitèrent avec beaucoup d'humanité. Mais au bout de quelques jours ces foldats ayant été contraints de quitter ce logement, qui avoit été marqué pour un officier de l'armée royale, Defmoulins lieutenant des Gardes-Ecoffoifes, les valets de cet officier le jetèrent fur une méchante paillaffe dans une petite chambre de derrière. Pour comble de difgrace, quelques ennemis du jeune frère de Civille, étant venus le chercher dans cette maifon, dans le deffein de le tuer, & ne l'ayant pas trouvé, s'en vengèrent fur le bleffé, & le jetèrent par la fenêtre fur un tas de fumier. Il demeura là trois jours & trois nuits, en chemife, avec un fimple bonnet de nuit fur la tête, expofé aux injures de l'air. Au bout de ces trois jours, un de fes parens, de Croiffes fon coufin-germain, étant venu s'informer de lui dans la maifon, une vieille femme lui répondit qu'il avoit été jeté par la fenêtre dans une cour de derrière. Ce parent voulut le voir, & fut étrangement furpris de le trouver vivant. Cependant l'abflinence & le froid ayant apparemment produit de bons effets, il étoit prefque fans fièvre, & quelques heures après, il fut tranfporté par eau, au château de Croiffer-fur-la-Seine, à une lieue de Rouen. Il y fut traité par les mêmes médecins & chirurgiens qui l'avoient d'abord fecouru; & au bout de quelques mois ayant repris une partie de ses forces, il fut transporté chez deux gentilshommes, frères, du pays de Caux, de Rufoffe & de Sainte-Marie le Bailleul, qui avoient d'excellens remèdes pour les plaies. Leurs foins réunirent parfaitement. Civille se vit bientôt en état de reprendre le métier de la guerre, où il effuya depuis de nouveaux coups & beaucoup de fatigues qui rouvrèrent ses anciennes plaies. Ce ne fut qu'en 1586 que deux fameux médecins, Lavinius de Prague & Maillard d'Orléans, le guérirent radicalement en Angleterre où il s'étoit réfugié comme Protestant. Il y écrivit lui-même son Histoire en 1606, 44 ans après sa blessure, étant alors âgé de 70 ans. C'est de cette Histoire que cet article est tiré. Miffon l'avoit vue en Angleterre entre les mains d'un gentilhomme du nom de Sicquaville, lequel avoit épousé une arrière-petite-fille de Civille, & l'a inférée à la fuite de son Voyage d'Italie. Nous ajouterons que Civille étant plus qu'octogénaire, devint amoureux & jaloux d'une jeune demoiselle; & qu'ayant paffé la nuit sous ses fenêtres par un temps de gelée, il gagna une fluxion de poitrine qui termina sa carrière: ce qui a inspiré à un poète cette épitaphe: Ci gît qui fut deux fois braver la mort, Et deux fois revint à la vie; Et dont l'amouruse folie, Dans l'hiver de ses ans, a terminé le fort.
CIVOLI ou CIGOLI, (Louis) né au château de Cigoli en Toscane, l'an 1559, fut appelé ainsi du nom de sa partie: car son vrai nom étoit Gardi. Alexandre Allori, peintre renommé du 16e siècle, lui apprit l'art de peindre; l'étude de l'anatomie lui dérangea l'esprit; mais le repos & l'air natal le lui ayant rétabli, il fut reçu comme peintre à l'académie de peinture de Florence, & comme poète à celle della Crufca. Il touchoit très-bien le luth: on lui reprocha que cet instrument l'empêchoit de finir ses tableaux, & il le brisa. C'est à lui qu'on doit le dessin du palais Médicis, dans la place Madama; & celui du piedestal du cheval en bronze, qui portoit la statue du grand, du bon Henri IV, sur le Pont-neuf à Paris. Son pinceau étoit ferme, vigoureux, & déceloit le génie. Le pape lui donna un bref pour le faire recevoir chevalier-servant de Malte; il reçut cet honneur au lit de la mort. Il mourut à Rome en 1613, à 54 ans. Ses principaux ouvrages font dans cette dernière ville & à Florence. Un Ecce Homo, qu'il fit en concurrence avec le Baroche & Michel-Ange de Caravage, éclipsa les tableaux de ces deux peintres.
CLAESEN, Danois, savant dans l'Histoire, recueillit un grand nombre de livres sur les Mathématiques & les Arts, dont il a légué la jouissance au public dans la ville de Copenhague. Il est mort dans le 18e siècle.
CLAGNI, (l'Abbé de) Voyer LESCOT. I. CLAIR, (Saint) fut envoyé de Rome dans les Gaules, vers l'an 280, & devint le premier évêque de Nantes. On croit qu'il mourut dans le diocèse de Vannes; mais en 878 son corps fut porté dans l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers.
II. CLAIR, (Saint) né à Vienne en Dauphiné, devint abbé du monastère de Saint-Marcel & le modèle de la piété. Il mourut le premier janvier 660. Ses reliques furent déposées dans l'église de Saint-Pierre de Vienne, & dispersées enfuite par les Huguenots dans le 16$^{e}$ siècle. On dit que sur la fin de ses jours il prédit les ravages que les Vandales & les Sarrafins carferoient, 72 ans après, en France.
III. CLAIR, (Saint) naquit à Rochester en Angleterre. Il quitta sa patrie pour prêcher la foi dans les Gaules au diocèse de Rouen. Une femme qui l'aimait, furieuse de sa résistance, le fit affaffiner en 894.
CLAIR, *Voyez* LECLAIR.
CLAIRAC, (Louis - André de la Mamie) ingénieur en chef à Bergues, mourut en 1751. Nous avons de lui : I. *L'ingénieur de Campagne*, ou *Traité de la Fortification passagère*, in-4.$^{o}$ II. *Histoire de la dernière Révolution de Persé*, avant *Thamas-Koulikan*, 3 vol. in-12.
CLAIRAUT, (Alexis-Claude) naquit à Paris le 7 mai 1713 d'un habile maître de mathématiques, qui lui apprit à lire dans les *Éléments d'Euclide*. Depuis *Pascal*, personne n'avait montré plus de génie pour les sciences, que le jeune *Clairaut*. A quatre ans, il favoit lire & écrire; à neuf, l'application de l'Algèbre à la Géométrie lui étoit déjà familière, & la solution des problèmes les plus difficiles n'étoit qu'un jeu pour lui. A onze ans, il lifoit, il entendoit les fictions coniques & l'analyse des *Infiniment - petits* du marquis de l'*Hôpital*. Au même âge, il avoit fait sur quatre Courbes du troisième genre qu'il avoit découvertes, un Mémoire, imprimé dans les *Miscellanea Berolinensis* de 1724, avec un certificat honorable de l'académie des sciences. Il foutit l'idée qu'avoient donnée de lui de fi heureux commencemens; & il publia en 1730 des *Recherches sur les Courbes à double courbure*, in-4.$^{o}$ dignes des plus grands géomètres. L'académie des sciences lui ouvrit son sein à dix - huit ans, avant l'âge prescrit par ses règlements, & l'affection, *Voyez* MAUFERTUIS, aux académiciens qui allèrent au Nord pour déterminer la figure de la Terre. Au retour de la Laponie, il osa calculer la figure du Globe, c'est-à-dire quelle forme lui doit imprimer son mouvement de rotation, joint à l'attraction de toutes ses parties. Il fournit encore au calcul l'équilibre qui retient la lune entre le Soleil & la Terre, suivant le système Newtonien de ces trois corps. L'aberration des étoiles & des planètes, que *Bradley* avoit trouvé être des phénomènes de la lumière, doit encore à *Clairaut* la théorie claire qu'on en a. Nous ne parlons pas d'une infinité de *Mémoires* sur les mathématiques & l'afronomie, dont il a enrichi l'académie. C'est d'après ses vues, que l'opinion de regarder les comètes comme des planètes aussi anciennes que le monde, & soumises à des lois universelles, n'est pas seulement une hypothèse, mais une vérité prouvée. Nous avons de lui : I. *Éléments de Géométrie*, 1741, in-8.$^{o}$ très-estimables par leur clarté & leur précision. Il y fuit une route contraire à la méthode ordinaire. Il remonte de la Géométrie pratique à la connoissance des principes & des axiomes : méthode qui laisse à l'élève le plaisir d'être en quelque forte inventeur avec son maître. On prétend qu'il composa ces Éléments pour l'illustre marquise du CHATELET : *Voyez son article*. II. *Éléments d'Algèbre*, 1746, in-8$^{o}$, qui ont le mérite des précédents. III. *Théorie de la figure de la Terre*, 1743, in-8.º IV. *Tables de la Lune*, 1754, in-8.º Ces ouvrages le firent regarder comme un des premiers géomètres de l'Europe, & il obtint les récompensés qu'il méritoit. Il étoit de la Société du *Journal des Savans*, qu'il remplit d'excellens extraits. Il obtint après sa mort, un *Éloge* historique dans ce Journal, dont l'auteur s'exprime ainsi : « M. *Clairaut* se devoit au monde, & ne pouvoit se livrer à nous tout entier. Il ne nous a rien donné que d'excellent. Il traitoit en maître, & presqu'en se jouant, les objets de son ressort, lorsqu'il les jugeoit dignes de lui; mais il avoit peu le loisir de s'occuper de rendre compte des idées des autres, tandis qu'il avoit lui-même tant d'idées importantes à exposer pour le progrès des sciences, tant de découvertes utiles à publier. Souvent, en lisant les ouvrages qu'il se propofoit d'analyser, il s'abandonnoit à l'ardeur de découvrir, & quittoit l'auteur pour résoudre les problèmes. Dans nos assemblées, où il étoit fort assidu, nous avions eu lieu d'admirer constamment cette modestie, cette douceur qui doubloient le prix de ses talens, qui embellissoient l'éclat de sa gloire en le tempérant. L'homme supérieur ne brilloit que dans ses ouvrages : l'homme simple, juste, égal, se montroit seul dans la société; & c'est une autre sorte de gloire qu'on ne peut trop publier, une gloire qui nous le rend plus cher, qui mêle plus d'amertume à nos regrets. Ajoutons que, sur les matières les plus étrangères aux travaux qui remplirent toute sa vie, il avoit le goût le plus fin & le tact le plus sûr; que s'il critiquoit peu, & toujours avec douceur, il applaudissoit toujours à-propos; & que son approbation, dont il n'étoit ni prodigue ni avare, étoit en tout genre un prix très-flatteur. *Clairaut* est mort le 17 mai 1765, au bout de quelques jours de maladie, entre les bras de son père, qui avoit déjà vu périr dix-neuf enfans. » Il avoit eu un frère cadet, qui auroit peut-être égalé la sagacité de son aîné, s'il n'étoit mort à l'âge de 16 ans. Un an auparavant, il avoit publié un *Traité des Quadratures circulaires*, que l'académie des sciences honora de ses éloges. On a mis les vers suivans au bas du portrait de *Clairaut* : *Par ses travaux la Terre a changé de figure; (a)* *La Lune vit par lui ses écarts dévoilés; (b)* *Ces Globes chevelus, errans à l'aventure,* *Fixèrent leur retour, à sa voix rappelés; (c)* *Et son calcul profond, rival de la nature,* *Démontra les secrets à Newton révélés.*
CLAIRE, (Sainte) née à Assise en 1193, d'une famille noble, renonça au siècle entre les mains de *S. François* l'an 1212. Ce saint instituteur lui donna l'habit de pénitence à Notre-Dame de la Portioncule. Elle s'enferma ensuite dans l'Eglise de Saint-Damien près Assise, où elle demeura quarante-deux ans, avec plusieurs compagnes de ses austérités & de ses vertus. Cette église fut le berceau de l'ordre des Pauvres-Femmes, appelé en Italie *delle Povere-Donne*, & en France de Sainte-Claire, ou *Clarisses*. Cette fondatrice le gouverna suivant les instructions qu'elle avoit reçues de *S. François*. (a) Voyage au Nord. (b) Tables de la Lune. (c) La Comète de 1759. à l'imitation de son père spirituel, elle fit un Testament, pour recommander à ses sœurs l'amour de la pauvreté. « Elle vit dans cette vertu, dit un écrivain, le retranchement de tous les objets propres à enflammer les passions. Elle la regardoit comme l'école de la patience, par les occasions qu'elle fournit de souffrir toutes sortes de privations, & comme le moyen de parvenir à ce parfait détachement du monde, qui fait l'essence de la véritable piété. » Elle mourut le 11 août 1253 à 60 ans. Son corps fut porté à Assise. Ce convoi, honoré de la présence du pape & des cardinaux, se fit comme un triomphe, au son des trompettes & avec toute la solennité possible. Alexandre IV la mit, peu de temps après, dans le catalogue des Saints. Les religieuses de son ordre sont divisées en Damianistes, scrupuleuses observatrices de la règle donnée à leur fondatrice par S. François; & en Urbanistes, qui suivent les règlements mitigés, donnés par Urbain VI.
CLAIRFAIT, (N. Comte de) Wallon d'origine, chevalier de la toison d'or, devint feld-maréchal au service de l'empereur. Il avoit commencé à se faire avantageusement connoître contre les Turcs, lorsqu'il fut appelé en 1792, à commander les troupes Autrichiennes contre la France. Il déploya dans cette guerre les plus grands talens. Pour pénétrer en Champagne, il eut à forcer le poste important de la Croix-des-Bouquets. Une chaussée pratiquée au milieu d'un bois de haute futaie, où l'on avoit fait des abattis de bois considérables, conduisoit à une hauteur défendue par une batterie de canons chargés à mitraille. Surmonter ces obstacles furent pour Clairfait l'affaire de quelques heures. Après avoir pris Longwi & Stenai, il se retira dans les Pays-Bas, & y perdit la fameuse bataille de Jemappes; mais cette défaite fut pour lui un triomphe, car il disputa long-temps la victoire, quoique son armée fût de la moitié moins nombreuse que celle des François. Sa retraite sur le Rhin, où on le vit combattant sans cesse, n'oubliant aucune de ses ressources, réparant par la prudence & les connoissances de l'art les dangers de sa situation, assura sa gloire. Clairfait placé sous le commandement du prince de Cobourg, obtint de brillans avantages à Aldenhoven, à Quievrain, à Hanfon, à Famars. Il commandoit l'aile gauche à la bataille de Nerwinde & décida de son succès. Opposé ensuite dans la West-Flandres au général Pichagru, il lui disputa pas à pas le terrain, malgré l'inégalité de ses forces; & ce ne fut qu'après sept combats qu'il le laissa maître du pays. Sa retraite sur Thielt, fut alors aussi savante que courageuse. Clairfait prit en 1795 le commandement de l'armée de Mayence, & y attaqua le camp retranché que les François avoient établi devant cette ville. Ceux-ci avoient mis près de six mois à fortifier ce camp; Clairfait le fait tourner par six escadrons de cavalerie, l'attaque avec le reste de son armée, le prend en une nuit, & fait un très-grand nombre de prisonniers. Clairfait, poursuivant les François avec toute la chaleur de la victoire, reçut à Manheim l'ordre de s'arrêter. Piqué de voir mettre un terme à ses succès, il donna sa démission, & se rendit à Vienne, où l'empereur lui accorda l'accueil qu'il méritoit; ce souverain alla lui-même lui rendre visite. Bientôt après, il devint membre du conseil de la guerre, & mourut à E e Vienne en 1798. *Clairfait*, sévère partisan de la discipline militaire, fut estimé, mais redouté de ses soldats. Brave, instruit, doué du plus grand sang froid, calme au milieu de l'action, quelquefois trop circonspect, il prouva par ses opérations que la guerre pouvoit être considérée comme un simple jeu calculé. Il a emporté la réputation du général le plus savant & le plus habile qui ait été opposé aux François pendant leur révolution.
CLAMORGAN, (Jean de) capitaine de la marine, servit pendant quarante-cinq ans sous trois rois. Il publia un *Traité de la Chasse au loup*, qu'il offrit à *Charles IX*, prince passionné pour la chasse. Cet ouvrage parut à Paris, chez *Jacques Dupuis*, en 1576, & il a été inféré dans la *Maison rustique*. *Clamorgan* présenta à François premier une *Mappe-monde* d'une forme nouvelle avec l'indication des longitudes, que le monarque fit placer à la bibliothèque de Fontainebleau. On lui attribue quelques écrits non imprimés sur l'*Astronomie* & la *Police de la Navigation*.
CLAPASSON, (N.) de Lyon & de l'académie de cette ville, a publié une *Définition* des Curiosités & Monumens de sa patrie, in-8°, Lyon, 1741. Elle est bien écrite & estimée.
CLARA, (DIDIA-) fille de l'empereur *Julien I*, fut mariée au sénateur *Cornelius Repentinus*. Son père étant parvenu à l'empire l'an 193 de l'ère Chrétienne, elle obtint le titre d'Auguste pour elle, & la charge de prêter de Rome pour son époux. Mais celui-ci ne la conferva que durant le règne de son beau-père. *Septime-Sévère*, qui l'en dépouille, priva aussi, la même année, *Didia-Clara* de sa qualité d'Auguste, & du patrimoine qu'elle tenoit de son père. Ainsi elle éprouva dans l'espace de quelques mois toutes les saveurs & toutes les rigueurs de la fortune. Elle avoit alors environ 40 ans.
CLARA D'ANDUSE, dont on ignore la patrie, se distingua par ses poésies dans le 13$^{e}$ siècle. L'amour ne la rendit point heureuse, à ce qu'il paroît par une pièce adressée à son amant, où elle lui dit : « Les médisans, les esprits soupçonneux, destructeurs de la joie & de la vertu, ont mis mon cœur dans une vive agitation & dans une tristesse profonde. Leurs mauvais discours vous obligent de vous éloigner de moi, vous que j'aime par-dessus toutes choses ! j'ai perdu le plaisir de vous contempler ; j'en meurs de douleur, de fureur & de rage. C'est en vain qu'on me reproche mon amour. Non, rien ne peut diminuer la tendresse de mon cœur pour vous, ni l'ardent désir que j'ai de vous voir. Je n'ai point d'ennemis, tant odieux me soient-ils, qui ne me deviennent chers, si je leur entends dire du bien de vous ; & je me brouille avec mes meilleurs amis, s'ils m'en disent du mal. Ami, j'ai tant de douleur & de désespoir de ne vous voir pas, que lorsque je veux chanter, je pleure & je soupire. Que ne puis-je obtenir par ces couplets l'objet de mes vœux ! »
CLARAMONTIUS, (Scipion) né à Césène en 1565, fut à la fois bon historien & grand mathématicien. Ses ouvrages font une *Dissertation* sur la hauteur du *Caucase*; une autre, sur la comète de 1618 ; une autre, sur trois nouvelles étoiles apparues en 1572, 1600 & 1624 ; une autre, Sur les phases de la Lune. On lui doit encore : I. Une Résolution du Système de Tycho-Brahé. II. Une Histoire de la ville de Césène, en seize livres, 1641, in - 4.º III. De conjectandis cujusque moribus, lib. x. - CLARENCE, (le duc de) Voyet V. GEORGE.
CLARENDON, (Edouard, comte de) Voyet I. HYDE.
CLARET, Voyet TOURRETTE (de la)
CLARISSES, ou RELIGIEUSES DE STE CLAIRE, Voyet CLAIRE. I. CLARIUS, moine de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, est auteur d'une Chronique utile à l'histoire de France. C'est celle de son abbaye qui s'étend jusqu'à l'année 1124. Elle a été continuée par un anonyme jusqu'en 1184. D'Achery l'a publiée en grande partie dans son Spicilège.
II. CLARIUS ou CLARIO, (Iudore) né au château de Chiara près de Brefce, en 1495; de Bénédictin du Mont-Caffin devenu évêque de Foligno, il parut avec distinction au concile de Trente, & se fit aimer & respecter de son peuple pour son zèle & sur-tout pour sa charité. Il laissa plusieurs ouvrages, estimables par l'érudition qu'ils renferment & par leur utilité. Les principaux sont : I. Scholia in Bibliâ, à Venise 1564, in - folio. II. Scholia in Novum Testamentum, 1545, in - 8.º Ces deux ouvrages, souvent consultés, sont au rang des meilleurs qui aient été faits en ce genre. Son double Commentaire sur mis à l'Index, pour quelques passages de la préface, dans lesquels l'auteur ne respectoit pas assez la Vulgate; mais la défense de la lire fut levée par les députés du concile de Trente pour l'examen des livres. III. Des Sermons latins, 1 vol. in - fol., & en 2 in - 4.º IV. Des Lettres avec deux Opuscules, Modène, 1705, in - 4.º Ce savant & saint prélat mourut le 28 mai 1555, à 60 ans. Il écrivait nettement & avec facilité. I. CLARKE, (Samuel) né à Brackley dans la province de Northampton en Angleterre, fut très-versé dans les langues Orientales, & devint directeur de la bibliothèque Bodélienne. Il a aidé Walthon dans l'édition de sa Polyglotte, & est mort le 27 décembre 1669, après avoir publié un traité de Profodiâ arabicâ, 1661.
II. CLARKE, (Samuel) ministre Anglois, fut persécuté par Crommel, & député pour féliciter Charles II sur son rétablissement au trône d'Angleterre. Il mourut en 1682, après avoir publié dans sa langue un Martyrologe, les Vies des généraux Anglois, l'Histoire de Guillaume le Conquérant, un Traité contre la Tolérance, les Vies de quelques hommes célèbres de son siècle, 1684, in - folio. — Son fils, mort en 1701, est connu en Angleterre par plusieurs ouvrages sur l'Écriture sainte.
III. CLARKE, (Samuel) né à Norwick le 11 octobre 1675, d'un magistrat de cette ville, obtint par son mérite la cure de la paroisse de Saint-Jacques de Londres. Il fut quelque temps dans le parti des nouveaux Ariens, parmi lesquels se trouvaient Newton & Whiston. Il foutait son sentiment dans un livre intitulé : La Doctrin de l'Écriture sur la Trinité, imprimé en 1712, réimprimé avec des additions en 1719, & donné au public pour la troisième fois après sa mort, avec des augmentations trouvées E e 2 436 CLA dans ses papiers, écrites de sa propre main. Son attachement trop connu à la fêche qu'il avoit embraffée, l'empêcha d'être archevêque de Cantorbéri. La reine *Anne* voulant lui donner cette dignité, *Gipson*, évêque de Londres, dit à cette princesse : *Madame*, *Clarke est le plus favant* & *le plus honnête homme de l'Angleterre* : il ne lui manque qu'une chose, c'est d'être Chrétien. — *Clarke* se distingua autant par son caractère que par ses talens. Doux, communicatif, il a été également recherché par les étrangers & par ses compatriotes. Il mourut le 11 mai 1729, à 54 ans, après avoir abandonné l'Arianisme. Malgré quelques opinions particulières, il avoit un grand fonds de religion. « Je me souviens, dit l'auteur des *Éléments de la philosophie de Newton*, que dans plusieurs conférences que j'eus, en 1726, avec le docteur *Clarke*, jamais ce philosophe ne prononçoit le nom de DIEU qu'avec un air de recueillement & de respect très-remarquable. Je lui avouai l'impression que cela faisoit sur moi ; & il me dit, que c'étoit de *Newton* qu'il avoit pris insensiblement cette coutume, laquelle doit être en effet celle de tous les hommes. » Son désintéressement étoit extrême. Après la mort de *Newton*, en 1727, on lui offrit la place d'intendant de la monnoie, qui rapporte annuellement douze cents louis ; mais un revenu si confidérable ne put tenter un philosophe qui connoissoit mieux le prix du temps que celui des richesses : il le refusa. Ses Ouvrages, publiés à Londres en 1738, en 4 vol. in-folio, font pour la plupart en anglois ; quelques-uns ont été traduits en françois. On remarque dans tous un favant éclairé, un écrivain méthodique, qui met les matières les plus abstraites à la portée de tout le monde, par une netteté & une précision admirable. Le bel-esprit qui l'a appelé une vraie *Machine à raisonnement*, devoit ajouter que c'étoit une machine si bien dirigée, qu'elle n'en produisoit ordinairement que de convaincuant & de démonstratifs. On a de lui : I. *Discours concernant l'être & les attributs de Dieu, les obligations de la Religion naturelle, la vérité & la certitude de la Révélation Chrétienne*, contenus en 16 sermons, prêchés dans l'église cathédrale de Saint-Paul, en 1704 & 1705, à la lecture fondée par *Robert Boyle*. Cet ouvrage, traduit en françois par *Ricotier*, Amsterdam 1727, 3 vol. in-8°, & dans lequel l'auteur a suivi le plan d'*Abbadie*, a été réimprimé plusieurs fois. L'édition d'Avignon, 1756, sans nom de ville, en 3 vol. in-12, renferme quelques *Notes*, & une *Dissertation* du même docteur sur la spiritualité & l'immortalité de l'âme, traduite de l'anglais. II. *Des Paraphrases sur les quatre Evangelistes*. III. *Dix-sept Sermons sur différents sujets intéressants*. IV. *Lettres à Dodwel* sur l'immortalité de l'âme, avec des réflexions sur le livre intitulé *Amyntor*, ou *Défense de la Vie de Milton*. V. *Lettres à M. Hoadley* sur la proportion de la vitesse & de la force. VI. *La Physique de Rohault* traduite en latin, 1718, in-8°. VII. Une autre *Traduction*, dans la même langue, de l'*Optique de Newton*, 1719, in-8°. *Clarke* fut un des premiers qui soutinrent dans les écoles les principes de ce célèbre physicien. VIII. De savantes *Notes sur les Commentaires de César*, Londres 1712, in-fol. IX. *L'Iliade d'Homère* en grec & en latin, Londres 1754, 4 vol. in-4°, avec des observations pleines d'érudition qui développent bien le sens du poète Grec. L'auteur mourut en achevant cet ouvrage, dont il n'avoit encore publié que la moitié. *Voyer* I. COLLINS. — Il ne faut pas le confondre avec un autre théologien Anglois, Guillaume CLARKE, né dans le comté de Shrop en 1696, mort en 1771, auteur de l'Accord des Monnoies Romaines, Saxones & Angloises, en Anglois 1767, in-4.
CLARKSON, (David) né en 1621 dans la province d'Yorck, mort à Londres en 1687, étudia les Antiquités ecclésiastiques, & fut le maître de Tilleafon. Il a publié un Traité sur l'état primitif de l'Épiscopat, & un autre sur la Liturgie, 1716.
CLARUS, (Julius) jurisconsulte habile, natif d'Alexandrie de la Paille, remplit les premières places de la ville de Milan, & mourut en 1575. Ses Œuvres ont été imprimées à Francfort, 1636, in-folio, & ne font plus d'aucun usage.
CLATHRA, (Mythol.) divinité de l'Étrurie, présidéo aux grilles & aux ferrures. Les Romains adoptèrent son culte, & lui consacreront un temple en commun avec Apollon, sur le Mont Quirinal.
CLAVASIO, Voyet I. ANGE.
CLAUBERGE, (Jean) savant Calviniste, né à Solingen en Westphalie l'an 1622, mort le 31 janvier 1665, à 33 ans, est un des premiers qui aient enseigné la philosophie de Descartes en Allemagne. L'électeur de Brandebourg lui donna des témoignages non équivoques de son estime. Ses Ouvrages ont été recueillis en 2 vol. in - 4°, à Amsterdam, 1691. Le plus estimable est sa Logica vetus & nova, dont il faisoit cas avec raison.
CLAUDE-LYSIAS, Voyet LYSIAS, n° 11. I. CLAUDE Ier, (CLAUDIUS Nero) fils de Drusus & oncle de Caligula, né à Lyon dix ans avant l'ère Chrétienne, fut le seul de sa famille que son neveu laissa vivre. Après la mort de Caligula, affaissiné, Claude fut proclamé empereur par les soldats qui le rencontrèrent par hasard, comme il se cachoit pour échapper aux meurtriers. Quoique le sénat eût envie de rétablir la république, on n'osa s'opposer à son élection, & on le reconnut l'an 41 de J. C. Il étoit alors dans sa 50e année. Les maladies de sa jeunesse l'avoient rendu foible & timide. Au commencement de son règne, il s'annonça assez bien; mais il se démentit bientôt, & ce ne fut plus qu'un enfant sur le trône. Il avoit refusé tous les titres fastueux que l'adulation des courtisans avoit inventés; il avoit orné Rome d'édifices publics, & l'avoit charmée par son affabilité & sa politesse, son application aux affaires, & son équité. Mais il ne parut ensuite qu'un imbecille, qui ne connoissoit ni sa force, ni sa foiblesse, ni ses droits, ni ses devoirs. Le sénat, toujours flatteur parce qu'il n'étoit plus maître, décerna les honneurs du triomphe à l'empereur, pour le succès de ses armes dans la Bretagne. Claude voulut le mériter lui-même, passa dans cette isle l'an 43 de J. C., & y fut vainqueur par ses généraux. A son retour, il retomba dans sa stupidité. L'impudique Messalina, sa femme, le subjugua au point, qu'il en apprit les débauches, & en fut même témoin, sans en être troublé. Ce monstre de barbarie & de lubricité, vouloit-elle se venger du mépris d'un amant? elle trouvoit son foible époux toujours prêt à lui obéir. Trente E c 3 438 CLA fénæeurs & plus de trois cents chevaliers furent mis à mort sous son règne. L'imbecille tyran voyoit avec une joie calme & stupide ces exécutions fanguinaires. Il étoit tellement familiarisé avec l'idée des tortures, qu'un de ses officiers lui rendant compte du supplice d'un homme confulaire, il répondit froidement : Je ne vous avois pas dit de le faire mourir ; mais qu'importe puisqu'elle eût fait ?... Voyez III NARCISSE. Camille, gouverneur de la Dalmatie, s'étant fait proclamer empereur, écrivit au fantôme qui régnoit à Rome, une lettre pleine de menaces, s'il ne se démettoit de l'empire ; Claude alloit se soumettre, si on ne l'en avoit empêché. Après la mort de Messalina, sa troisième femme, dont il se défit pour ses débauches, il épousa Agrippine sa nièce, quoiqu'il eût promis de ne plus se marier. Celle-ci le subjuguait encore : c'est à sa sollicitation qu'il adopta Néron, au préjudice de Britannicus. Elle l'empoisouna dans un ragoût de champignons ; mais comme le poison le rendit simplement malade, elle envoya chercher Xenophon, son médecin, qui feignant de lui donner un de ces vomités dont il se servoit ordinairement après ses débauches, lui fit passer une plume empoisonnée dans la gorge ; il en mourut l'an 54 de J. C., âgé d'environ 65 ans. Claude n'étoit qu'un homme ébauché, défoit sa mère. De lui-même il n'étoit qu'idou ; sa foiblesse en fit un tyran. Il inventa cependant trois lettres, & composa quelques ouvrages qui se sont perdus.
II. CLAUDE II, (Auréline) né dans l'Illopie en 214, d'abord tribun militaire sous Déce, eut ensuite le gouvernement de sa province sous Valérien. L'armée le déclara empereur l'an 268, après la mort funeste de Galien. L'empire reprit une nouvelle vie sous ce nouveau Trajan. Il défit le rebelle Auréole, abolit les impôts, rendit aux particuliers les biens que son injuste prédécesseur leur avoit enlevés. Une femme, instruite de son équité, vint le trouver & lui dit : Prince, un Officier nommé Claude, a reçu ma terre de Galien ; c'étoit mon unique bien ; faites-la-moi rendre. — Claude, reconnoissant que c'étoit de lui-même qu'elle parloit, lui répondit avec douceur : Il est juste que Claude empereur restitue ce qu'a pris Claude particulier. — Tandis qu'il fait fleurir l'empire au dedans, il le défendoit au dehors. Les Goths, au nombre de trois cent vingt mille, pillent la Thrace & la Grèce, Claude marche contre eux, les pourfeit jusqu'au Mont-Hoenus, & remporte la victoire la plus signale. La peste qui étoit dans leur armée, contribua à leur défaite. Elle se glissa malheureusement dans celle des Romains, y fit les mêmes ravages, & emporta Claude en 270, à l'âge de 56 ans. Cet empereur fut à la fois grand capitaine, juge équitable, & bon prince. Un plus long règne eût rendu à Rome tout son éclat & à l'empire son ancienne gloire. Voyez AURÉOLE.
III. CLAUDE, (Saint) natif de Salins en Bourgogne, fut chanoine & archevêque de Besançon. Il quitta cette dignité pour se renfermer dans le monastère de Saint-Oyan, dont il fut abbé, & où il mourut saintement l'an 696, ou selon le P. Chifflet en 703, âgé de 99 ans. Cette abbaye bâtie sur le Mont-Jura, porta le nom de S. Oyan jusqu'au 13e siècle, qu'elle prit celui de S. Claude. Le corps de ce Saint y subfiſtoit encore ſur la fin du fiècle paſſé & étoit devenu un objet de devotion pour une foule de pèlerins qui y accouroient de toutes parts. Il s'eſt formé peu à peu une ville fort agréable auprès de ce monaſtère. En 1743 le pape Benoit XIV y érigea un évêché ſuffragant de Lyon, & changea l'abbaye en égliſe cathédrale.
IV. CLAUDE, Eſpagnol d'origine, devint évêque de Turin dans le 8e fiècle & ſouiint l'erreur des Iconoclaſtes ou Brifeurs d'images. Il voulut les détruire dans ſon diocèſe; mais ſes attentats & ſes écrits ſur ce ſujet, furent condamnés par les évêques & le pape. V. CLAUDE, frère Céleſtin, vivoit ſous le règne de Charles VI, au commencement du 15e fiècle, & il étoit digne d'éclairer le nôtre. Nous avons de lui un ouvrage phiſoſophique, Des erreurs de nos ſenſations & des inſquences céleſtes ſur la terre, contre l'aſtronomie judiciaire, où il s'exprime avec tant de juſteſſe & de prèciſion, qu'on le croiroit l'ouvrage d'un moderne, ſi on le traduſſoit du latin ſans indiquer l'auteur. C'eſt à Oronce Finé qu'on a l'obligation de ce livre; il le fit imprimer en 1542 chez Simon Colines. L'auteur mérite d'être placé à côté des Bacon & des Loche.
VI. CLAUDE, (Jean) né à la Sauvetat près de Villefranche d'Agen en 1619, d'un père miniſtre, fut élevé par lui dans le ſein de la théologie & de la controverſe. Miniſtre à l'âge de 26 ans, il profeſſa enſuite pendant huit ans la théologie à Nîmes avec le plus grand ſuccès. Claude s'étant oppoſé aux ſages intentions de quelques-uns de ſon parti, qui vouloient réunir les Proteſtans à l'Égliſe, le miniſtère lui fut interdit par la cour dans le Languedoc & dans le Querci. Il vint à Paris, & fut miniſtre de Charenton depuis 1666 juſqu'en 1685, année de la révocation de l'édit de Nantes. Il paſſa alors en Hollande, où ſes talens & ſon nom l'avoient annoncé depuis longtemps. Le prince d'Orange le gratiſia d'une penſion. Il mourut peu de temps après le 13 janvier 1687, à 68 ans, regardé par ſon parti comme un oracle, & comme l'homme le plus capable de combattre Arnauld & Boffuet. Son éloquence étoit forte, animée, ferrée, preſſante. Il manquoit d'une certaine élégance; mais ſon ſiyle n'en étoit pas moins fort, pour être ſimple. Peu de controverſiſtes ſe ſont ſervis plus heureuſement des fineſſes de la logique & des autorités de l'érudition. On remarque ce caractère dans tous ſes ouvrages, dont les principaux ſont : I. Réponſe au Traité de la Perpétuité de la foi ſur l'Eucharïſte, 1671, 2 vol. in-8. II. Défonſe de la Réformation, ou Réponſe aux Préjugés légitimes de Nicole, 2 vol. in-4. & in-12. III. Réponſe à la Conférence de Boffuet, in-12. IV. Les Plaintes des Proteſtans cruellement opprimés dans le Royaume de France; à Cologne 1713, in-12. V. Pluſieurs Sermons in-8°, écrits avec une éloquence mâle & vigoureux. VI. Cinq volumes in-12 d'Œuvre Poſthumes, contenant divers Traités de théologie & de controverſe. Claude méritoit d'être l'ame de ſon parti, autant par ſes talens, que par ſon intégrité & ſes mœurs. Sa conduite & ſon éloquence n'étoient malheureusement que trop propres à perſuader ceux qui admettoient les mêmes principes que lui. Sa Vie a été E e 4 440 CLA écrite par la Devèze, Amsterdam 168-, in-16. Voyet GASTINAU & CONRARD.
VII. CLAUDE. (Jean-Jacques) petit fils du précédent, naquit à la Haye en 1684. Dès l'âge de 15 ans, il publia une *Dissertation* latine sur la salutation des Anciens, Utrecht 1702, in 12; & à l'âge de 18 ans, une autre *Dissertation* dans la même langue, sur les nourrices & les pédagogues. S'étant consacré ensuite, par la suggestion du ministre *Martin*, à l'étude de la théologie, il devint pasteur de l'église Françoise de Londres en 1710, & mourut en 1712 à 28 ans, fort regretté. Après sa mort, son frère fit imprimer un vol. de ses *Sermons*, où il y a plus de solidité, que d'ornement & de pathétique.
VIII. CLAUDE DE FRANCE, fille de Louis XII & d'Anne de Bretagne, naquit à Romorantin en 1499. La reine sa mère, qui n'aimait pas François comte d'Angoulême, depuis roi de France, voulut la marier à Charles d'Autriche; mais Louis XII, qui avoit d'abord cédé à ses désirs, s'y opposa par le conseil des seigneurs les plus sages de sa cour. La princesse Claude fut donc fiancée au prince François, en 1506, & ce mariage fut célébré à Saint Germain-en-Laye, le 14 mai 1514. Une piété sincère, un caractère égal, une extrême bonté; telles furent les qualités, qui la firent appeler de son temps la bonne Rome. Elle n'étoit pas si bien partagée du côté des qualités extérieures. Elle boitait un peu: défaut qu'elle tenoit de sa mère. Sa taille étoit médiocre. Les traits de son visage, qui ressemblent à ceux de son père, n'avoient rien qui fixât l'attention, qu'un grand air de douceur. Aussi Louis XII dit à Anne de Bretagne, tagne, qui lui faisoit craindre les dégoûts du comte d'Angoulême: *Oui, elle n'est pas belle; mais sa vertu touchera le Comte, & il ne pourra s'empêcher de lui rendre justice.* Son unique soin fut de plaire à son époux, & de servir Dieu & les malheureux. Elle avoit pris pour devise une Lune au plein avec ces mots: *CANDIDA CANDIDIS*. Elle avoit été couronnée à Saint-Denys en 1517, & elle mourut à Blois le 20 juillet 1524, à 25 ans, après avoir donné le jour à trois princes & à quatre princesses.
IX. CLAUDE DE FRANCE, duchesse de Lorraine, septième enfant de Henri II & de Catherine de Médicis, naquit à Fontainebleau en 1547. On la maria en 1558 à Charles II du nom, duc de Lorraine, dont elle eut une illustre postérité. Ses vertus la firent aimer de son époux & de ses sujets. Elle mourut le 20 février 1575. X. CLAUDE, peintre ancien, natif de Marseille, excella dans l'art de peindre sur le verre. Étant venu à Rome, il y fit connoître le premier cette invention.
CLAUDE DE TOURNON, Voy. TOURNON, n.º III. I. CLAUDIA, Vessale, fut accusée d'un inceste; mais Vesta, suivant la Fable, fit un prodige en sa faveur pour manifester sa sagesse. Claudia tira seule avec sa ceinture le vaisseau sur lequel étoit la statue de Cybèle, qu'on venoit de chercher en Phrygie, & qui étant entré dans le Tibre, s'y trouvoit tellement engravé, que plusieurs milliers d'hommes avoient inutilement essayé de le faire avancer. Cette vessale étoit de la famille patricienne des *Claudes*.
II. CLAUDIA, dame Romaine, fut convertie par S. Paul. Cet apôtre en parle sur la fin de sa seconde Épître à Timothée. On ignore de qui elle étoit femme.
III. CLAUDIA, (ANTONIA-) fille de l'empereur Claude, fut d'abord mariée à Cnélus Pompélius, condamné à perdre la tête à l'irrigation de Messaline; & ensuite à Sylla Faufus, dont elle eut un fils. Ce second époux de Claudia fut affaffiné par ordre de Néron, l'an 62 de J. C. Elle fut victime elle-même de la barbarie de ce prince. Devenu veuf de Poppée, morte enceinte sous ses coups, il offroit de donner la main à Claudia & de la faire reconnoître impératrice. Elle rejeta ses offres; & Néron lui fit ôter la vie, lorsqu'elle étoit encore à la fleur de son âge.
CLAUDIEN, poète Latin, natif d'Alexandrie en Égypte, floriffoit sous Arcadius & Honorius, qui lui firent ériger une statue dans la place Trajane. Il fut l'ami de Sillicon, qui périt en voulant usurper le trône impérial. Alors l'amitié d'un grand homme devenu coupable, fut un crime; & Claudien quitta la cour. On croit qu'il passa sa vie dans la retraite & la disgrace. Ce poète étoit né avec un esprit vif & élevé: c'est le caractère de ses écrits. Une imagination qui a quelquefois l'éclat de celle d'Homère, & des expressions de génie, de la force quand il peint, de la précision toutes les fois qu'il est sans images, assez d'étendue dans ses tableaux, & sur-tout la plus grande richesse dans ses couleurs; voir les beautés de Claudien. Mais il est rare que la fin de ses pièces réponde à leur commencement. Il est souvent enfié. Il se laisse emporter à ses faillies. Il n'a nul goût pour varier le tour de ses vers, qui retombent sans cesse dans la même cadence. Les écrivains qui ont dit que c'est le poète héroïque qui a le plus approché de Virgile, devoient aussi remarquer que ce n'est que de fort loin. Il passe pourtant pour un des derniers poètes Latins, qui aient eu quelque pureté dans un siècle grossier... Parmi les éditions de Claudien, on estime la première, de Vicence 1482, in-folio; celle de Heinfus le fils, Elzevir 1650, in-12; celle de Barthius, quoique chargée d'un long commentaire, Francfort 1650, in-4°; celle des Variorum, 1665, in-8°; l'édition donnée in-4° 1677, ad ufum Delphini, laquelle est peu commune; & celle de Burman, Amsterdam 1760, in-4°. Les pièces que les connoisseurs lisent avec le plus de plaisir dans Claudien, sont les Invections contre Rufin, en deux livres; celles contre Eutrope, aussi en deux. Après ces pièces, vient le poème de l'Enlèvement de Proserpine; & celui du Conflus d'Honorius suit de près. L'Enlèvement de Proserpine est plein de verve & d'enthousiasme. Les caractères sont naturels & bien dessinés, les images vives & heureuses, les pensées justes & sages, les descriptions piquantes. Le troisième livre, presque tout dramatique, est plein de mouvemens tendres & passionnés. Le nombre de morceaux où le faux goût de son siècle se mêle quelquefois, est petit en comparaison des morceaux touchans & bien écrits.
CLAUDIEN MAMERT, prêtre & frère de Mamert archevêque de Vienne, publia dans le cinquième siècle un Traité sur la nature de l'âme, contre Fauste de Riez, 442 CLA qui prétendoit, dit-on, qu'elle n'eſt pas ſpirituelle; Hanau 1612; & Zwickau 1655, un vol. in-8.º L'Histoire Eceléſſi qui de l'abbé Racine lui attribue une piece de vers contre la poéſie poéane; mais ce poème eſt une ſorte de la Lettre de S. Paulin de Nole à Jove. C'eſt avec plus de raiſon qu'on lui donne l'Hymne de la Croix, que pluſieurs diocéſes chantent au Vendredi-Saint : Pange, lingon, glorioſi Prælium eſteiminis, &c. Elle ſe trouve dans la Bibliotheque des Peres, & dans les livres d'église. Mamert avoit été moine dans ſa jeuneſſe, & avoit lu une partie des auteurs Grecs & Latins. Il étoit un des plus ſavans de ſon temps : il mourut en 473 ou 474.
CLAUDINE DE TOURNON, Voy. TOURNON, n.º III. I. CLAUDIUS PULCHER, fils d'Appius Claudius Cæus, conſ'il Romain l'an 249 avant J. C., avec L. Julius Pullus, perdit une bataille navale en Sicile contre les Carthaginois. Il fit une autre entrepriſe ſur Drepani; mais Aydubah, gouverneur de la place, en était averti, l'attendi; en bataille à l'embouchure de ſon pour Claudius, quoique ſurpris de trouver les ennemis en bonne poſture, les attaqua inconfidérément. Aydubah, ſe ſervant de ſon avantage coula à iond pluſieurs vaſſieux des Romains, en prit 93, & pourſuivit les autres juſqu'auprès de Lilyhée. Les devots du Paganiſme crurent que le mepris, bien lonable en lui-même, s'il eût pris ſa ſource dans une philoſophie éclairée, que Claudius avoit fait paroître des augures, lui avoit attiré ce châtiment; car comme on lui prêſenta la cage où étoient les oſſeaux ſacrés, voyant qu'ils ne vouloient pas de grain : Qu'ils boivent, dit-il, puſqu'ils ne veulent point manger; & auſſitôt il les fit jeter à l'eau. Claudius de retour à Rome, fut dépoſé & condamné à l'amende. On l'obligea même de nommer un dictateur. Il deſigna un certain C. Glaucia, l'objet de la riſée du peuple. Le ſénat contraignit ce dernier à ſe démettre en ſaveur d'Attilius Collatinus. Claudius ne reſpectoit pas plus ſa patrie que ſa religion. Il étoit un de ces téméraires, trop communs aujourd'hui, qui ſe moquent également, & des honneurs qu'on rend à Dieu, & de l'obéiſſance qu'on doit aux hommes placés à la tête du gouvernement.
II. CLAUDIUS, (Appius) décemvir Romain, très-connu par la mort de Virginie. — Voycq VIRGINIE & CLAUSUS.
III. CLAUDIUS MARIUS VICTOR ou V. Florinus, rhéteur de Marſcille dans le 5e ſiècle, mort ſous l'empire de Théodoſe le jeune & de Valentinien III, laiſſa un Poème ſur la Genéſe en vers hexamètres, & une Epière à l'abbé Salomon, contre la corruption des mœurs de ſon fiècle. Ces deux ouvrages ont été imprimés, in-8°, 1536, 1545, 1560, avec les Poéſies de St. Avite de Vienne, V. Flor mourut vers l'an 445.
IV. CLAUDIUS CENTINIANUS, grammarién, introduiſit dans la langue latine l'usage de ſubſiſtuer l'a l'r dans pluſieurs mots, & on prononç: ſuſius & Valeſius pour furius & Valeſius.
CLAVER, (Pierre) miſſionnaire Eſpagnol, fut envoyé, en 1610, à Carthagène en Amérique pour y prêcher la foi & la charite chrétienne. Sa vie entière fut confacrée à la bienſaifance. Il ſe fit le conſolateur des Nègres, l'ami des pauvres & des prifonniers, & mourut le 8 ſeptembre 1774. Le P. Fleuriau à écrit la Vie de Claver.
CLAVERET, (Jean) né à Orléans, y suivit la profession d'avocat pendant quelque temps. Venu à Paris, il donna au théâtre diverses pièces : L'Esprit Follet, le Pèlerin amoureux, les Eaux de Forges, l'Écuyer, la Vifise différée, le Roman du Marais, comédies; Proserpine, tragédie représentée en 1639. On ignore la date de la mort de cet auteur. — CLAVIÈRE, (Étienne) fils d'un François qui s'établit à Genève, entra avec vivacité dans toutes les querelles qui troublèrent cette petite république; il ne put cependant y faire adopter le système populaire. Genève étoit un théâtre trop refferré pour son génie intrigant. Il se rendit à Paris; & lorsque la révolution fut faite, il s'en montra le partisan outré & le prôneur exagéré. Pour se faire connoître, il publia diverses petites brochures qui décèlent du talent, de la finesse; mais trop d'idées systématiques, désolors peu justes, & rendues dans un style incorrect & déclamatoire. Après la retraite de Tarbé du ministère des contributions publiques, il obtint cette place, en mars 1792. Il ne réussit pas mieux que ses prédécesseurs à rétablir les finances. On l'accusa même de concussion. Soit que cette accusation fût fondée, ou qu'elle ne le fût pas, il fut traduit au tribunal révolutionnaire, & s'écria, lorsqu'il reçut son acte d'accusation : La Victime échappera à ses bourreaux! En effet, retiré dans sa chambre, il se plongea un poignard dans le cœur, pour arracher sa fortune à la confiscation & la conserver à sa famille. Ses amis & ses ennemis lui accordaient de la sagacité & des connoissances; mais les derniers lui trouvaient un amour propre extrême, & une tête exaltée. Mallet du Pan, qui l'appelle le plus artificieux & le plus immoral des pétrons, et l'accuse d'avoir proposé au général Montesquieu, d'employer l'armée du Var à extorquer aux Génois un emprunt forcé de trente millions, en espèces, à quatre pour cent, & de faire servir l'armée des Alpes à une opération semblable sur les Bernois & les Genevois. Cette imputation, faite de la part d'un ennemi, devroit être rejetée, si Clavière s'étoit montré d'ailleurs sage, modéré & juste. Il étoit naturellement craintif, & se croyait toujours entouré d'ennemis prêts à l'exposer à des événements sinistres. Il sembla ainsi avoir depuis long-temps prévu son sort.
CLAVIGNY, (Jacques de la Mariouze de) du diocèse de Bayeux, dont il fut chanoine, abbé de Gondam, est auteur de plusieurs petits ouvrages, in-16 : I. Traduction libre des Pjeannes, des Vêpres du Dimanche. II. Du Luxe. III. La Vie de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre. IV. Les Prières que David a faites à Dieu comme Roi. Il mourut en 1722.
CLAVILLE, Voy. IV. MAISTRE.
CLAVIUS, (Christophe) Jésuite de Bamberg, fut envoyé à Rome, où Grégoire XIII l'employa à la correction du Calendrier. Il fut chargé d'expliquer & de faire valoir la réforme qui y fut faite en 1581. C'est ce qu'il executa dans son traité De Calendario Gregoriano. Cet ouvrage fut attaqué par plusieurs Protestants passionnés, entr'autres par Joseph Seeliger; mais Clavius le défendit avec autant de savoir que de vivacité. Ce Jésuite, aussi profond géomètre qu'habile astronome, fut regardé comme un nouvel Euclide. On a de lui plusieurs ouvrages, recueillis en 5 vol. in-fol. On y trouve : I. Des Commentaires sur Euclide, sur Théodore, sur So- crobofco. II. Des Traités de mathématiques. III. Ses Apologies du Calentrier Romain, contre Scaliger & Lydiat. Clavius mourut à Rome le 6 février 1612, à 75 ans.
CLAUSUS, roi des Sabins, réunit ses forces à celles de Turnus contre Énée. C'est de ce prince que descendait Appius CLAUDIUS, qui peu après l'expulsion des Tarquins, vint à Rome avec cinq mille chiens. On lui donna un des quartiers de la ville pour s'y établir avec sa fuite. Telle étoit l'origine de la famille des Claudiens, selon Virgile.
CLAYTON, (Robert) évêque de Clogher en Irlande, mort en 1758, publia divers ouvrages pour réfuter les incrédules. Mais il est surtout connu : I. Par son Journal du Voyage du Grand Caire au Mont-Sinai, 1753, in-4° & in-8°, en anglois. On trouve dans cet ouvrage des recherches curieuses sur les hiéroglyphes & la mythologie des anciens Égyptiens. II. par son Introduction à l'Histoire des Juifs, qui a été traduite en françois. III. Par sa Défense de l'Histoire du vieux & du nouveau Testament contre Bolyngbrocke, 1759, trois vol. in-8°.
CLÉANDRE, Phrygien d'origine, esclave de condition, fut gagner les bonnes graces de l'empereur Commode, qui en fit son favori & son chambellan, l'an 182 de J. C., après la mort de Parninius, puni deux ans auparavant du dernier supplice pour ses concussions & ses crimes. Cléandre, dans ce poste glissant, ne fut pas plus modéré que celui auquel il succédoit. Créé ministre d'état, il vendait toutes les charges de l'empire, plaçait à prix d'argent des affranchis dans le Sénat, & l'on compta en une seule année vingt-cinq confuls désignés. Il caffoît les jugemens des magistrats, & ceux qui lui étoient suspects, il les rendoit criminels auprès de son maître. Enfin son insolence & sa cruauté montèrent à un tel excès, que le peuple Romain ne pouvant plus souffrir, fut sur le point de se soulever. L'empereur, contraint d'abandonner Cléandre à l'indignation publique, lui fit couper la tête l'an de J. C. 190.
CLÉANTHE, philosophe Stoïcien, né à Asson dans l'Éolide en Asie, fut d'abord athlète, & se mit ensuite parmi les disciples de Zénon. Il gagnait sa vie à tirer de l'eau pendant la nuit, afin de pouvoir étudier le jour. L'Aréopage l'ayant appelé pour répondre quel métier le faisoit vivre, il amena un jardinier & une bonne femme : il puisoit de l'eau pour l'un, & pétriisoit pour l'autre. Les juges voulurent lui faire un présent; mais Cléandre, qui avoit un trésor dans son travail, refusa de l'accepter. Après la mort de Zénon, il remplit sa place au Portique, & eut pour disciples, le roi Antigone, & Chrysippe qui fut son successeur. Ce philosophe, qui florisoit environ l'an 240 avant J. C., se laissa mourir de faim, à l'âge de 99 ans. Comme presque tous les Stoïciens, il pensoit qu'on ne doit s'applaudir, ni se plaindre de sa destinée, se savoir gré de ses vertus, ni se dédaigner pour ses vices. Le mal moral ou physique ne lui paroissoit pas moins nécessaire à la beauté de l'univers, que le bien physique ou moral. La perfection pour lui, étoit de subir volontairement une destinée inévitable. Il enduroit patiemment les plaisanteries des philosophes, ses confrères. Quelqu'un l'ayant appelé âne : Je suis celui de Zénon, répondit-il, il n'y a que moi seul qui puisse porter son paquet. — On lui reprochoit un jour sa timidité : C'est un heureux défaut, dit-il, j'en commets moins de fautes. — On le blâmoit un jour de ce qu'il avoit tant de singularité dans ses opinions, il répondit : *Siroit-ce la peine d'être philosophe, si je pensois comme les autres & si je fuivois la foule ?* — Les Athéniens lui offrirent le droit de bourgeoisie dans leur ville. *Quoi donc !* répondit-il, *est-on déshonoré pour être né dans une ville plutôt que dans une autre ? Quel nouveau mérite acquerrois-je en me faisant Grec par adoption ?* Il comparoit les Péripatéticiens aux instrumens de musique, qui sont du bruit & ne s'entendent pas eux-mêmes. Cette comparaison a dû être appliquée long-temps aux philosophes. De tous les ouvrages qu'il avoit composés, il ne reste que des fragments dans les *Stromates* de Clément Alexandrin, & dans *Carmina Novem Poetarum de Plantin*, 1568, in - 8.º I. CLÉARQUE, Spartiate, envoyé à Byzance par sa république, profita des troubles de cette ville pour s'ériger en tyran. Lacédémone l'ayant rappelé, il aima mieux se réfugier dans l'Ionie, près du jeune *Cyrus*, que d'obéir. Après la victoire d'*Artaxerce*, sur ce prince son frère, Cléarque alla chez *Tissapherne*, satrape d'*Artaxerce*, avec plusieurs officiers Grecs. *Tissapherne* les arrêta, & les envoya au roi qui les fit mourir, contre la foi du traité, l'an 403 avant J. C. La grande maxime de Cléarque étoit qu'on ne fauroit rien faire d'une armée, sans une sévère discipline : aussi répétoit-il souvent, qu'un *soldat doit plus craindre son général que les ennemis*.
II. CLÉARQUE, philosophe Péripatéticien, & disciple d'*Aristote*, étoit natif de Sorli. Tous les anciens auteurs parlent de lui avec éloge, & affurent qu'il ne cédoit en mérite à aucun de sa scie. Il composa divers ouvrages, dont il ne reste qu'un fragment du *Traité touchant le Sommeil*, conservé par *Josèphe*.
CLÉCIDES, ancien peintre Grec, excelloit à bien représenter le nu.
CLÉLIE, fille Romaine, fut donnée en otage à *Porsenna*, lorsqu'il mit le siège devant Rome, vers l'an 507 avant Jésus-Christ, pour rétablir les *Tarquins* sur le trône. Ennuye du tumulte du camp, elle se fauva & passa le Tibre à la nage, malgré les traits qu'on lui tiroit du rivage. *Porsenna*, à qui on la renvoya, lui fit présent d'un cheval superhement équipé, & lui permit d'emmener avec elle, en s'en retournant, celles de ses compagnes qu'elle voudroit : elle choisit les plus jeunes, parce que leur âge les exposoit davantage. Le sénat fit ériger à cette héroïne une statue équestre dans la place publique.
CLÉMANGIS ou DE CLAMINGES, (Nicolas) né à Claminges, village du diocèse de Châlons, docteur de Sorbonne, ensuite recteur de l'université de Paris, fut secrétaire de l'anti-pape *Benoit XIII*. On l'accusa d'avoir dressé la bulle d'excommunication contre le roi de France, *Charles VI*. N'ayant pu se laver entièrement de cette imputation, il alla s'enfermer dans la Chartreuse de Valle-Profonde, & y composa plusieurs ouvrages. Le roi lui ayant accordé son pardon, il sortit de sa retraite, & mourut proviseur du collège de Navarre vers 1430. Il avoit été chanoine de Langres; il étoit alors chantre & archidiacre de Baieux. Ses écrits ont été publiés à Leyde en 1613, in-4.º Les plus considérables sont : un traité *De corrupto Ecclesiae flatu*, a Wittember, 1608, in-4°, inséré dans le *Sphrasis du Père d'Acheri*; & plusieurs *Lentes*. Son latin est assez pur, pour un temps où la barbarie régnoit. Il ne cède presque en rien à la plu- 446 CLÉ part des anciens pour l'éloquence, la noblesse des pensées, l'élégance du style, les applications des auteurs profanes & sacrés; mais il est déclamateur, satirique, & ami de l'exagération.
CLÉMENCE DE HONGRIE, fille du roi de Hongrie, épousa en 1315 Louis X, dit le Hutin, roi de France. Cette princesse étoit une des plus belles personnes de son temps. Sa vertu égaloit sa beauté, & se faisoit remarquer dans ses actions comme dans ses discours. Ayant été obligée de se rendre en France par mer, son vaisseau fut battu d'une si horrible tempête, qu'il fut près de faire naufrage. Clémence moins effrayée pour elle que pour sa fuite, adressa à Dieu cette prière : « Beau fire, Dieu, garde que ta gente soit en-sévelle sous les eaux; ou s'il te faut une victime, épargne ceux que ma fortune expose à la fureur des ondes, & contente-toi de ma mort. » Un si noble sentiment fut récompensé. Le ciel calma la tempête, & Clémence en fut quitte pour la perte de ses bijoux. Son affa-bilité la fit adorer des François. Louis X, à sa mort arrivée le 8 juin 1316, la laissa enceinte. Elle accoucha sept mois après d'un prince nommé Jean, qui ne vécut que cinq jours.
CLÉMENCE ISAURE, Voyct ISAURE.
CLÉMENCET, (D. Charles) né à Painblanc au diocèse d'Aurun, entra dans la congrégation de Saint-Maur en 1722, âgé de dix-huit ans. Après avoir enseigné avec distinction la rhétorique à Pont-le-Voy, il fut appelé à Paris dans le monastère des Blancs-Manteaux, où il mourut en 1773. C'étoit un homme pieux, vrai, sincère, bon ami, mais ardent, attaché à ses opinions & souffrant avec peine qu'on les combattit. Doué d'une mémoire heureuse, & né avec l'amour du travail, il travailla jusqu'au tombeau. Les fruits de son application sont : I. L'Art de vérifier les Dates, 1750, in-4°, qu'il composa avec D. Durand, & qu'il fit réimprimer avec D. Clément, 1770, in-folio : c'est plutôt un nouvel ouvrage, qu'une nouvelle édition. La partie historique contient le fonds & la substance de l'histoire universelle depuis J. C. jusqu'à nos jours; & l'on ne peut, pourfer plus loin le savoir & l'exactitude chronologique. On en a donné une nouvelle édition en 1786. II. Lettre à Morénas sur son Abregé de l'Histoire Ecclésiastique de Fleury, 1757, in-12 : bien écrite & pleine de choses bien discutées, mais où l'on retrouve trop la chaleur de son esprit & du parti de Port-Royal qu'il avoit embraffé. III. Histoire générale de Port-Royal depuis la réforme de l'abbaye jusqu'à son entière destruction, 1755-1757, 10 volumes in-12. Ce livre, qui renferme plusieurs pièces importantes, est fait avec beaucoup de soin; plus d'impartialité & de précision l'auroient rendu agréable, & peut-être plus utile. IV. Chargé par ses supérieurs de continuer l'Histoire littéraire de France, il en donna le 10e vol. en 1756, & le 11e en 1759. Il en parut depuis un douzième qui est de D. Clément. V. La Justification de l'Histoire Ecclésiastique de Racine, 1760, in-12. VI. La Vérité & l'Innocence victorieuses de l'Eureur & de la Calomnie, au sujet du Projet de Bourg-Fontaine, 1758, 2 vol. in-12, &c. Ce livre qui est écrit chaudement, n'est pas le Seul dans lequel l'auteur ait combattu les Jésuites. Il donna diverses brochures contre eux avant & après l'arrêt du Parlement de 1762. Il auroit été sans doute plus généreux de ne pas jeter des pierres à ceux qui étoient à terre. Mais puisqu'un religieux vouloit écrire contre des religieux, il auroit dû prendre un ton plus modéré; le fien ne l'étoit affurément pas. Qu'on en juge par ce titre d'une brochure: Authenticité des Pièces du procès-criminel de religion & d'état, qui s'instruit contre les JÉSUITES depuis deux cents ans, démontrée; 1760, in-12. I. CLÉMENT, (Caffius CLEMENS) sénateur, prit le parti de Peccennius Niger, contre l'empereur Sévère. Comme ce prince lui faisoit son procès en personne, il lui représenta avec beaucoup de hardiesse: « Que la cause de Niger, quoique vaincu, n'étoit pas moins juste que celle de Sévère qui étoit vainqueur; qu'ils avoient tous deux eu le même but, de détrôner un usurpateur; & que si Sévère punissoit les partisans de Niger, il devoit punir les fiens propres; que c'étoit commettre une injustice dont il ne se laveroit jamais aux yeux de la postérité. » Ces réflexions firent rentrer en lui-même l'empereur, qui accorda la vie à Clément, avec une partie de ses biens, l'an de J. C. 194.
II. CLÉMENT D'ALEXANDRIE, (Saint) philosophe Platonicien, devenu Chrétien, s'attacha à S. Panteau qui gouvernoit l'école d'Alexandrie, & qu'il compar: a une abeille industrieuse, qui formoit son miel des fleurs des apôtres & des prophètes. Clément, élevé au sacerdoce, fut mis après lui à la tête de cette école l'an 190. Il eut un grand nombre de disciples, que l'on compra en- suite parmi les meilleurs maîtres: entr'autres Origène & Alexandre évêque de Jérusalem. Mais la violence de la persécution le força d'abandonner son école. Il se cacha, non par crainte de la mort: « Mais quand JÉSUS-CHRIST nous ordonne de fuir, dit-il, ce n'est pas qu'il veuille que nous regardions la persécution comme un mal, ni que nous redoutions la mort; mais pour nous apprendre que nous ne devons ni être cause de notre mort, ni contribuer aux crimes de ceux qui nous persécutent, & qu'il ne faut leur donner aucun sujet de dispute, de plainte, de procès, de haine. » Il répondit à ceux qui demandaient pourquoi Dieu n'empêchoit pas le mal qu'on faisoit aux Chrétiens? « qu'il ne falloit pas regarder comme un mal, une mort qui nous ouvroit un chemin plus court pour aller à lui. » Il mourut vers l'an 220. Parmi ses ouvrages, les plus célèbres sont: I. Son Exhortation aux Païens, dans laquelle il tourne en ridicule les fables qui faisoient la matière ordinaire de leurs poètes, & les exhorte à ouvrir les yeux à la vérité. II. Son Pédagogue. C'est, selon lui, un maître destiné à former un enfant dans la voie du ciel, & à le faire passer de l'état d'enfance à celui d'homme parfait. Dupin auroit voulu retrancher de ce livre tout ce qui a rapport aux péchés contre la chasteté. On déferroit aussi plus de liaison dans les idées, & plus de justesse dans les raisonnements. III. Ses Stromates ou Tapisseries, tissues des maximes de la philosophie chrétienne, auxquelles il a mêlé quelquefois celles de la philosophie stoïcienne; car il jeroit sur le papier, sans beaucoup de choix, tout ce qui se présentoit à son esprit ou à sa mémoire. IV. Ses 448 CLÉ *Hypotyphos* ou *Instructions*, dans lesquelles il fait un peu trop d'usage du Platonisme, sur-tout pour un docteur si voisin des Apôtres. L'école d'Alexandrie ne s'appliqua pas assez à éviter ce reproche : ses chefs, en inventant des systèmes fondés sur la métaphysique, ne s'écartèrent que trop souvent de la simplicité de la foi. L'érudition de *Clément* s'étendoit au sacré & au profane. Il étoit beaucoup plus fort sur la morale, que sur le dogme. Il écrit presque toujours sans ordre & sans fuite. Son style est en général fort négligé, excepté dans son *Pédagogue* où il est plus fleuri. La meilleure édition des *Ouvrages* de ce Père, est celle d'Oxford, donnée par le docteur *Potter* en 1715, 2 vol. in-folio. On fait encore cas de celle de Paris, 1629 : celle-ci est peu commune. Une partie de ses Ouvrages ont été traduits en françois, Paris 1696, in-8.
III. CLÉMENT I$^{er}$, (Saint) disciple de *S. Pierre*, dont il reçut l'ordination, suivant le témoignage de *Tertullien*, succéda l'an 91 à *S. Clet* ou *Anaclet*. L'apôtre *S. Paul* parle de lui dans son *Épître aux Philippiens*. Ce fut sous son pontificat que *Domitien* excita la seconde persécution contre les Chrétiens. Quoi qu'en disent plusieurs savans modernes, il y a bien de l'apparence que c'est à *S. Clément*, & non à *S. Fabien*, qu'on doit rapporter la mission des premiers évêques dans les Gaules. Il mourut faiblement, ou, selon d'autres, il souffrit le martyre l'an 100. On a attribué à ce saint pape plusieurs Ouvrages anciens. Le seul qui fait de lui, est une *Épître aux Corinthiens*, publiée à Oxford en 1633 par *Patricus Junius*, sur un manuscrit venu d'Alexandrie, où elle est à la fin du Nouveau-Teatlement. C'est un des plus beaux monuments de l'antiquité ; la plupart des auteurs l'ont citée après l'Écriture-Sainte. « Il y a, dit *Tillemont*, beaucoup de force & d'onction. Le style en est clair. Elle a un grand rapport avec l'*Épître aux Hébreux*. On y trouve le même sens & les mêmes paroles ; ce qui a fait croire à quelques-uns que *S. Clément* étoit le traducteur de cette *Épître* de *S. Paul*. » On a publié à Rome, en 1706, une *Vie* de ce saint pape par *Philippe Rondini*.
IV. CLÉMENT II, Saxon, appelé auparavant *Südger*, évêque de Bamberg, élu pape au concile de Sutri en 1646, mourut le 9 octobre 1647. C'étoit un pontife vertueux, qui montra beaucoup de zèle contre la fémonie. V. CLÉMENT III, Romain, évêque de Prénesse, obtint la chaire apostolique après *Grégoire VIII*, le 19 décembre 1187, & mourut le 27 mars 1191, après avoir publié une croisiade contre les Sarrafins. C'est le premier des papes qui ait ajouté l'année de son pontificat aux dates du lieu & du jour. Voy. GUIBERT, n.º 1.
VI. CLÉMENT IV, (Guy *Foulquois* ou de *Foulques*) né de parens nobles à Saint-Gilles sur le Rhône, d'abord militaire, ensuite jurisconsulte, devint secrétaire de *S. Louis*. Après la mort de sa femme, il embraffa l'état ecclésiastique. Il devint archevêque de Narbonne, cardinal-évêque de Sabine, & légat en Angleterre. Enfin, il fut élu pape à Péroufe le 5 février 1265. On eut beaucoup de peine à lui faire accepter la papauté, qu'il ne garda que quatre ans, étant mort à Viterbe le 29 novembre 1263. Le trône pontifical pontifical ne changea point ses mœurs. Il ne voulut jamais consentir au mariage de sa nièce, qu'à condition qu'elle épouseroit le fils d'un simple chevalier. La lettre qu'il écrivit à Pierre le Gros, son neveu, dans cette occasion, est un monument trop remarquable pour ne pas l'insérer ici. « Plusieurs se réjouissent de notre promotion, lui dit-il; mais nous n'y trouvons matière que de crainte & de larmes. Nous sentons seuls le poids immense de notre charge. Afin donc que vous sachiez comment vous devez vous conduire en cette occasion, apprenez que vous devez être plus humble. Nous ne voulons pas que vous & votre frère, ni aucun autre des nôtres, viennent vers nous sans notre ordre particulier; autrement, ils s'en retourneroient confus & frustrés de leurs espérances. Ne cherchez pas à marier votre sœur plus avantageusement à cause de nous. Nous ne le trouverions pas bon, & nous ne vous y aiderions pas: toutefois, si vous la mariez au fils d'un simple chevalier, nous nous proposons de donner trois cents tournois d'argent. (C'étoit environ cent écus.) Si vous aspirez plus haut, n'esperez pas un denier de nous; encore voulons-nous que ceci soit très-secret, & qu'il n'y ait que vous & votre mère qui le sachiez. Nous ne voulons pas qu'aucun de nos parens s'enfle, sous prétexte de notre élévation; mais que Mabille & Cécile prennent des maris, comme si nous étions dans la simple clériculture. Voyez Gélie, & dites-lui de ne pas changer de place; mais qu'elle demeure à Suze, qu'elle garde la gravité & la modestie convenables dans ses habits; qu'elle ne se charge de recommandations pour personne; elles seroient inutiles à celui pour qui on les seroit, & nuisibles à elle-même. Si on lui offre des prêens à ce sujet, qu'elle les refuse, si elle veut avoir nos bonnes graces. Saluez votre mère & vos frères. Nous ne vous écrivons pas avec la Bulle, ni à ceux de notre famille; mais avec le sceau du pêcheur, dont les Papes se servent pour les affaires secrètes. Donné à Péroufe le jour de faintes Perpétue & Félicité, c'est-à-dire le septième de mars 1265. « Ses nièces aimèrent mieux se faire religieuses que d'accepter la petite dot que leur offroit leur oncle. — Clément IV tâcha de diffuader S. Louis d'une nouvelle croisade, & ne la publia qu'avec répugnance: preuve d'un jugement sain & supérieur à son siècle. C'est sous le pontificat de Clément IV, que les confrères du Gonfahon s'associerent à Rome en l'honneur de la Sainte Vierge. Cette confrérie a été, dit-on, la première & le modèle de toutes les autres. On a de ce pape quelques Ouvrages & des Lettres dans le Thesaurus Anecdotorum de Martenne.
VII. CLÉMENT V, appelé auparavant Bertrand de Gouth ou de Guth, né à Villaudran dans le diocèse de Bordeaux, fut archevêque de cette église en 1300. Après la mort de Benoit XI, le sacré collège, assemblé à Péroufe, fut long-temps divisé; enfin il se réunit en sa faveur, & lui donna le siège pontifical le 5 juin 1305. Son couronnement se fit le 14 septembre de la même année, à Lyon où il appela les cardinaux. Matthieu Roffo des Ursins, leur doyen, dit à cette occasion: L'Église ne reviendra de long-temps en Italie; je connais les Gafons. Le vieux cardinal ne se trompoit pas. Le nouveau pape établit la cour Romaine sur les bords du Rhône. F f Il déclara vouloir faire son séjour à Avignon, & s'y fixa en 1309. Les Romains se plaignirent beaucoup, & malheureusement la conduite de Clément V semblait fournir des sujets à la médisance. Ils dirent qu'il avoit établi le saint Siège en France, pour ne pas se séparer de la comédie de Périgord, fille du comte de Foix, dont il étoit éperdument amoureux, & qu'il menoit toujours avec lui. On l'accusioit de faire un honteux trafic des choses sacrées, & de souffrir que quelques-uns de ses officiers fussent payer les bénéfices. Il s'appropria tous les revenus de la première année de ceux qui devoient vaquer en Angleterre. « Dans le voyage qu'il fit de Lyon à Bordeaux, on se plaignit partout, dit le P. Brumoi, des frais immenses que causoit sa présence & celle de toute sa cour : juques-là que l'archevêque de Bourges, Gilles de Rome, épuité par les dépenses de cette réception, fut réduit à suivre tous les offices de son église comme un simple chanoine. » Clément V se joignit à Philippe le Bel pour exterminer l'ordre des Templiers, & l'abolit en partie dans un confisioire secret pendant le concile général de Vienne en 1312 : Voy. MOLAY. Ce pontife mourut le 20 avril 1314, à Roquemaure près d'Avignon, comme il se fusoit transporter à Bordeaux pour respirer l'air natal. Villani & les historiens favorables aux Templiers ont tâché de flétrir la mémoire de ce pontife. Mais les Italiens ne font pas tout-à-fait croyables sur les papes d'Avignon ; & les défenseurs des Templiers, contre Clément V en particulier, avoient trop d'intérêt de charger son portrait de couleurs odieuses. Cette réflexion ne doit pas empêcher, dit le P. Brumoi, de dire les faits universellement avoués ; & c'est ce que nous avons fait dans cet article, où Clément V est peint à peu près tel qu'il étoit, ou du moins tel que nous l'avons vu d'après les meilleurs historiens. Son couronnement avoit été suivi de présages que les Italiens regardèrent comme funettes. Ce spectacle avoit attiré tant de monde à Lyon, qu'une vieille muraille, trop chargée de spectateurs, s'écroula, bleffa Philippe le Bel, écrasa le duc de Bretagne, renversa le pape, & lui fit tomber la tiare de deffas la tête. Les Romains appellent encore aujourd'hui la translation du saint Siège, la Captivité de Babylone. » On doit à Clément V une compilation nouvelle, tant des Décrets du concile général de Vienne auquel il avoit présidé, que de ses Épitres ou Conflitutions : c'est ce qu'on appelle les Clémentines, dont les éditions de Mayence 1460, 1467 & 1471, in-fol. font rares.
VIII. CLÉMENT VI, (Pierre ROGER) Limousin, docteur de Paris, fut élu pape le 13 mai 1342, après la mort de Benoit XII. Il avoit été Bénédiction de la Chaise-Dieu en Auvergne, puis archevêque de Rouen, enfin cardinal. Le commencement de son pontificat fut marqué par la publication d'une Bulle, par laquelle il promettoit des graces à tous les pauvres clercs qui se présenteroient dans deux mois. Cette promesse en attira en peu de temps plus de cent mille, qui inondèrent Avignon & fatiguèrent le pape. Clément VI ne trouva rien de mieux, que de faire quantité de réserves de prélatures & d'abbayes, comptant pour nulles les élections des chapitres & des communautés. Quand on lui représentoit que les prédécesseurs n'avoient pas agi ainsi, il répondoit laconiquement : *Nos prédécesseurs ne favoient pas être Pâpes*. En 1343 il accorda, pour la 50$^{e}$ année, l'indulgence que *Boniface VIII* n'avoit établie que pour la centième. Sa Bulle est la première qui compare cette indulgence au Jubilé de l'ancienne Loi. On compta à Rome, en 1350, depuis un million, jusqu'à douze cent mille pèlerins. *Clément*, alors à Avignon, *Voyer v. JEANNE*, voulant faire élire un empereur en Allemagne, sans attendre, dit *Fleury*, la mort de Louis de Bavière, reprit les procédures de *Jean XXII* contre ce prince. Après une monition où il lui enjoignit de venir se soumettre en personne à ses ordres, il prononça en 1346 une dernière sentence contre lui. Par cette bulle, promulguée solennellement le Jeudi-Saint, « il défend à qui que ce soit de lui obéir, d'observer les traités faits avec lui, de le recevoir chez eux, ni de demeurer en sa communion ; enfin il le charge de malédictions. » (*Fleury, Hist. Eccl.*) Malgré cette bulle, Louis de Bavière conferva des partisans en Italie, qui cherchèrent à décrier le pape, même après la mort de ce prince. En 1351 on vit paraître une lettre écrite au nom du prince des ténèbres, en style empoulé, au pape *Clément* son vicaire, & ses conseillers les cardinaux. *Satan* rapportoit les péchés favoris de chacun d'eux, & les exhortoit à mériter de plus en plus les premières places de son royaume. Il finiffoit par les complimens des sept péchés mortels. *Votre mère la Superbe vous saue, avec ses sœurs l'Avarice & l'Imparcté ; & les autres, qui se vantent que par votre secours elles font bien dans leurs affaires. Donné au centre des Enfers, en pré-* présence d'une troupe de *Démons*... Cette Lettre, dit *Fleury* qui la rapporte, parut avant la dernière maladie du pape, qui en fit peu de compte. *Clément VI* mourut à Avignon le 6 décembre 1352, dans de grands sentimens de religion. L'année d'auparavant, étant tombé malade, il donna une constitution où il disoit : *Si autrefois étant à un moindre rang, ou depuis que nous sommes élevés sur la chaire Apostolique, il nous est échappé ; en disputant on en prêchant, quelque chose contre la Foi catholique ou la morale chrétienne, nous le révoquons & le soumettons à la correction du saint Siège.* — *Fleury* a peint *Clément VI*, d'après *Villani*, comme un pontife livré au luxe, à la magnificence : entretenant sa maison à la royale, y recevant les plus belles dames, & leur accordant des graces : enrichissant ses parens, & en faisant plusieurs cardinaux, quoiqu'ils fuissent de mœurs peu ecclésiastiques. Mais en disant le mal d'après l'historien Italien sans doute un peu passionné, il auroit dû rapporter le bien d'après *Pétrarque*, qui avoit beaucoup connu *Clément VI*. Ce poète le représente comme un prélat savant, un prince généreux & un homme aimable : *C'étoit*, dit-il, la *Clémence même*. Au milieu du faste de sa cour, il n'oublia pas les intérêts de l'Église. Il travailla avec zèle à la réunion des Grecs & des Arméniens. Nous avons de lui des *Sermons*, & un *Discours* pour la canonisation de *St. Yves*. Sa nièce, qui étoit de la branche ainée de sa famille, épousa le maréchal de *Boucicaut*. La branche cadette dont il étoit, finit vers l'an 1430.
IX. CLÉMENT VII, (Jules de MÉDICIS) étoit fils posthume de *Julien de Médicis*, tué à Florence F 1 2 par les *Patti* en 1478, & d'une simple demoiselle, qui prétendit être reconnue pour sa femme après sa mort. Il fut d'abord chevalier de Rhodes; *Léon X* son cousin l'ayant fait cardinal en 1513, l'envoya légat à Bologne, & lui donna les archevêchés de Florence, d'Embrun, de Narbonne, & l'é- vêché de Marseille. Ce pape l'a- voit déclaré fils légitime, sur la déposition de quelques personnes, qui affurèrent qu'il y avoit eu entre son père & sa mère une promesse de mariage. La faveur dont il jouit sous *Léon X*, lui fraya le chemin à la chaire pontificale. Il y monta après la mort d'A- drien VI, le 19 novembre 1523. Une fauffe politique, toujours di- rigée par l'intérêt, fut le mobile de ses démarches & la source de ses malheurs. Il se ligua avec *François I*, les princes d'Italie & le roi d'Angleterre, contre l'em- pereur *Charles-Quint*. Cette Ligue appelée *faînte*, parce que le pape en étoit le chef, ne lui procura que des infortunes. Le connoîtable de *Bourbon*, qui avoit quitté *Fran- çois I* pour *Charles-Quint*, fit som- mer *Clément VII* de lui donner passage par Rome, sous prétexte d'aller à Naples en 1527. Le pape refusa, & sa capitale fut faccagée pendant deux mois entiers. Les barbares qui suivirent *Aleric*, com- mirent moins d'excès. Il y avoit beaucoup de Luthériens parmi les Impériaux. Les soldats de cette feste, s'étant faisis des habits du pape & de ceux des cardinaux, s'affemblèrent dans le conclave, revêtus de ces habits; & après avoir dégradé *Clément*, ils élurent à sa place *Martin Luther*. Ils exer- cèrent sur tout leur fureur sur la bafique de *St-Pierre*; ils fouillé- rent dans les tombeaux des fou- verains poutiés, foulèrent aux pieds les reliques, & changèrent la chapelle pontificale en écurie. Les vases sacrés furent employés à des usages profanes; on pilla les églises; & les dames Romaines, qui y avoient cherché un aïle contre la brutalité du soldat, n'y furent pas plus respectées qu'ailleurs. Les Espagnols & les Italiens, plus cruels & plus avares encore que les Al- lemands Luthériens, s'acharnèrent sur les grands & sur les riches. Prélats, évêques, abbés, magif- trats, banquiers, tous furent tour- mentés, pendus par les pieds, brûlés, déchirés à coups de fouet, pour obtenir d'eux de plus fortes rançons. Après les avoir dépouillés de leurs biens, les barbares vou- loient encore qu'ils trouvaillent de l'or pour se racheter de leurs mains sanglantes. Plusieurs de ces malheureuses victimes se donne- rent la mort; d'autres s'échappant des mains des furieux, se préci- pitèrent par les fenêtres dans les rues, où leurs corps demeurèrent sans sépulture. Le pape, affligé dans le château Saint-Ange, n'en sortit qu'au bout de six mois dé- guisé en marchand. Il fut obligé d'accepter toutes les conditions qu'il plut au vainqueur de lui im- poser. *Clément VII* eut bientôt après un nouveau sujet de chagrin. Ayant refusé des lettres de divorce à *Henri VIII*, & se voyant forcé de condamner son mariage avec *Anne de Boulen*, il lança une bulle contre ce prince, qui en prit occasion de se séparer de l'Église Romaine. Il mourut le 26 septembre 1534, avec la réputation d'un politique qui se trompa quelquefois dans ses calculs. Il avoit eu, quelque temps avant sa mort, une entrevue à Marseille avec *François I*, qui maria son fils le duc d'Orléans, depuis *Henri II*, avec *Catherine de Médicis*. Cette alliance illustre ne sorrigea pas son caractère, naturellement très-économe. Entendant parler un jour d'un Romain qui refoit vingt jours sans boire & sans manger, il dit avec une vivacité qui déceloit son avarice : Il faudroit de tels hommes pour une armée. Au reste, cette réponse citée par quelques historiens comme un trait d'avarice, pourroit bien n'être que la répartie d'un homme d'esprit. Il en est de même de l'avis qu'il donna à sa nièce Catherine de Médicis, de ménager le cœur de son époux pour avoir des enfans; & que des historiens fatiriques ont rendu par ces mots indécent, qu'un pontife n'a pas dû prononcer : « Fate figlioli in ogni maniera. — Voyez BASCHI & GENÈVE. — Voyez aussi les articles I. DUPRAT. — JULES III, vers le milieu; & MACHIAVEL, initio. X. CLÉMENT VIII, (Hippolyte Aldobrandin) originaire de Florence & né à Fano dans l'État ecclésiastique, étoit frère de Jean Aldobrandin cardinal. Il fut d'abord auditeur de rote & référendaire de Sinte V, qui l'honora de la pourpre en 1585. Il devint ensuite grand pénitencier & légat en Pologne, où il se distingua par son zèle pour la religion Catholique. Enfin il fut élu souverain pontife après la mort d'Innocent IX, le 30 janvier 1592. Prévenu contre Henri IV par les Espagnols & les Ligueurs, il envoya une bulle & un légat en France, pour ordonner aux Catholiques d'élire un roi, & lui refusa longtemps l'absolution. Olivieri, auditeur de rote, craignant les effets de ce refus opiniâtre, lui dit : Clément VII perdit l'Angleterre par complaisance pour Charles-Quint; Clément VIII perdra la France par complaisance pour Philippe II. Ces paroles frappèrent le pontife. Henri ayant su que le pape étoit plus favorablement disposé à son égard, envoya à Rome du Perron & d'Ossat, depuis cardinaux, qui parvinrent à le réconcilier avec le saint Siège. La cérémonie de l'absolution se fit en la personne de ces deux envoyes le 7 septembre 1595. Le pape les toucha du bout d'une petite baguette, à l'imitation des anciens Romains, qui affranchifioient ainsi leurs esclaves, & pour marquer qu'on rendoit la liberté chrétienne à ceux qui étoient liés par les censures. Clément, extrêmement satisfait de cet événement, voulut le faire passer à la postérité par des médailles, qui portoient son portrait d'un côté, & de l'autre escul de Henri IV. Les François eurent beaucoup de peine à empêcher qu'il ne se servit de cette formule : Nous réhabilisons Henri dans sa royauté. L'absolution de Henri IV avoit failli à être retardée par l'expulsion des Jésuites de France en 1594, après l'attentat de Jean Châtel. « Est-il juste, dit-il au cardinal d'Ossat, de punir tout un corps pour la faute d'un particulier? Les grands services que les Jésuites ont rendus à l'Église dans toutes les parties du monde, sont bien mal récompensés? Je vois par-là, quoi que vous puissiez dire, M. le cardinal, que les Calvinistes sont encore bien puissans en France. » Être hérétique, ou ennemi de la société, étoit alors à peu près la même chose, du moins à Rome. En 1595, deux évêques Russes vinrent prêter obéissance au saint Siège, au nom du clergé de leur province : de retour chez eux, ils trouvèrent leur église plus obstinée que jamais dans le schisme. Une autre légation du patriarche d'Alexandrie, eut des suites plus heureuses : les députés abjurèrent entre ses mains F 1 3 454 CLÉ les erreurs des Grecs, & reconnurent la primauté de l'Église Romaine. Le livre du Jéfulte *Molina*, ayant fait naître une querelle entre les Dominicains & les Jéfultes sur les matières de la grace, le roi d'Espagne renvoya les combattans à *Clément VIII*. Ce pontife établit à Rome les fameuses congrégations de *Auxilis*, ou des *Secours de la Grace*, composées de prélats & de docteurs distingués. Ces congrégations commencèrent à s'assembler le 2 janvier 1598. Les jugemens des confulteurs ne furent pas favorables à *Molina*. Le pape avoit cette affaire fort à cœur. Il assista en personne à toutes les conférences, toujours accompagné de quinze cardinaux. Les soins qu'il se donna pour faire finir ces disputes, contribuerent beaucoup à sa mort, arrivée le 5 mars 1605, à 69 ans. Il n'eut pas le bonheur de les terminer. Elles recommencèrent sous *Paul V*, son fuccefseur. — *Clément* fut recommandable comme pontife & comme prince. Il condamna les duels, établit une congrégation pour l'examen des nouveaux évêques en Italie; réprima les brigandages usuraires des Juifs, en ne leur permettant de s'établir qu'à Rome, Ancone & Avignon; ramena un grand nombre d'hérétiques au sein de l'Église, & ne contribua pas peu à la paix de Vervins en 1598. Après la mort d'*Alfonfe II*, duc de Ferrare & de Modène, il accrut le domaine ecclésiastique du duché de Ferrare. La fuccefion du dernier duc appartenoit naturellement à son coufin-germain *César d'Est*; mais *César*, déclaré fils naturel, prit en vain les armes. Trop foible pour résister aux foudres spirituels & temporels du saint Père, il s'accommoda enfin avec lui, & renonça au Ferrarois. — *Clé-* ment *VIII* a corrigé le *Pontifœal Romain*, imprimé à Paris en 1664, in-folio, & 1683 in-12; & le *Cérémonial des Évêques*, ibid. 1633, in-folio. — *Voyer* CLÉMENT, n.º XVII. — MUGNOS. — & JAMÉS.
XI. CLÉMENT IX, (Jules *Rospigliosi*) d'une famille noble de Pistoie en Toscane, acquit en 1599. *Urbain VIII*, qui l'avoit donné au cardinal *Barberin* son neveu pour auditeur de légation, ou plutôt pour conseil, l'envoya depuis nonce en Espagne. Pendant onze ans qu'il remplit cette place, il se fit aimer des grands, & tellement considérer du roi, qu'il le pria d'être parrain d'une de ses filles. Après la mort d'*Alexandre VII*, il fut placé sur le trône de Saint-Pierre le 20 juin 1667, & se montra un pontife libéral, magnifique, ami des lettres, & encore plus illustre par son caractère pacifique. Il commença par décharger les peuples de l'État ecclésiastique, des tailles & des autres subfides, & il employa ce qui lui restoit de son revenu, à procurer du secours à Candie contre les Turcs. Il ne fouhaita pas moins ardemment de donner la paix à l'église de France. La distinction du *fait* & du *droit* dans l'affaire de *Jansénius*, la troubloit depuis long-temps. *Clément IX* étouffa ces contestations, & content des soumissions des quatre évêques opposans, il leur rendit ses bonnes graces & les honora d'un Bref en 1668. Le roi, satisfait du succès de la négociation pour la paix, l'annonça lui-même à la France, & fit frapper une médaille pour en conserver le souvenir. Ce bon pontife, dont le règne fut trop court, mourut le 9 décembre 1669, dans sa 71$^{e}$ année, du chagrin que lui causa la perte de l'île de Candie.
XII. CLÉMENT X, (Jean-Baptiste-Émile Alviéri) Romain, d'une ancienne famille de cette ville, fut fait cardinal par Clément IX, son prédécesseur. Ce pape, au lit de la mort, se hâta de le revêtir de la pourpre sacrée, & lorsqu'Alviéri vint le remercier de sa promotion, il lui dit : Dieu vous destine à être mon successeur ; j'en ai quelque pressentiment. La prédiction de Clément IX s'accomplit ; & son successeur, élu le 29 avril 1670, fut aussi doux & aussi pacifique que lui. Il mourut le 22 juillet 1676, à 86 ans. Le cardinal - patron, son neveu, gouverna sous son pontificat : ce qui fit dire au peuple, « qu'il y avoit deux papes, l'un de fait & l'autre de nom. »
XIII. CLÉMENT XI, (Jean-François Albani) né à Pefaro en 1649, d'un sénateur Romain, fut d'abord secrétaire des brefs, & enfin créé cardinal en 1690. Il fut élu pape le 24 novembre 1700, après Innocent XII. Il n'accepta la tiare qu'au bout de trois jours, & qu'après avoir consulté des hommes pieux & éclairés pour savoir s'il devoit se charger de ce fardeau. Le cardinal de Bouillon, devenu depuis peu doyen du sacré collège, eut beaucoup de part à la nomination de Clément XI, dont l'esprit, la piété & la prudence s'étoient fait connoître sous les pontificats précédens. Les vertus du nouveau pontife lui méritèrent une médaille frappée en Allemagne. D'un côté l'on voyait son buste, avec cette légende : Albanum coluère patres, nunc maxima rerum Roma colit... Et de l'autre, ses armes entourées d'une couronne de fleurs, avec ces quatre mots : JUSTITIA, PIETAS,
PRUDENTIA, ERUDITIO. Clément XI n'avoit que cinquante-un ans lorsqu'il fut placé sur la chaire de St.-Pierre. L'Église avoit besoin d'un pape qui fut dans la force de l'âge. L'Italie alloit devenir le théâtre de la guerre : en effet celle de la succession ne tarda pas à s'allumer. L'empereur Léopold le força à reconnoître l'archiduc pour roi d'Espagne. Clément, quoique naturellement porté pour la France, renonça à son alliance, & réforma les troupes qu'il avoit armées. Son pontificat fut encore troublé par les querelles du Jansénisme. Il donna, en 1705, la bulle Vinceau Domini Sabaoth, contre ceux qui soutenaient les cinq fameuses propositions, & qui prétendoient qu'on satisfaîsoit par le silence respectueux à la soumission due aux bulles apostoliques. Voy. DUTIN. En 1713, il publia la fameuse constitution Unigenitus contre cent & une propositions du Nouveau-Teflament de Quasnel, prêtre de l'Oratoire. « L'abbé Renaudot, l'un des plus savans hommes de France, rapportoit, suivant l'收件, qu'étant à Rome la première année du pontificat de Clément XI, un jour qu'il alla voir ce pape ami des savans, & qui l'étoit lui-même, il le trouva lisant le livre qu'il proscrivit ensuite. » Voilà, lui dit le pape, un ouvrage excellent ; nous n'avons personne à Rome, qui soit capable d'écrire ainsi. Je voudrois attirer l'auteur auprès de moi. Il ne faut pourtant pas regarder ces éloges de Clément XI, & les censures dont ils furent suivis, comme une contradiction. On peut être fort touché, dans une lecture, des beautés frappantes d'un ouvrage, & en condamner ensuite les défauts cachés. Le bien, il est vrai, s'y montroit de tous côtés ; le mal, il falloit le cher- F f 4 456 CLÉ cher, mais il y étoit. Clément XI mourut le 19 mars 1721 dans sa 72e année, après un règne de plus de vingt ans. Ce pape étoit auffi pieux que savant. Il forma une congrégation composée des plus habiles astronomes d'Italie, pour soumettre à leur examen le Calendrier Grégorien. On y recon- nut quelques défauts; mais comme on ne pouvoit les corriger que par des moyens très-difficiles, on aima mieux le laisser tel qu'il étoit. Clément XI donna retraite au fils de Jacques II, qui jouit à Rome des honteurs de la royauté sous le nom de Jacques III. Ce fut encore à ce pontife que la Provence dut quelques bâtiments chargés de grains, avec des sommes considérables, qu'il envoya pour être distribuées pendant la peste de 1720. Clément XI écrivoit assez bien en latin. Le Bullaire de ce pape avoit été publié en 1718, in-folio. Le cardinal Albani, son neveu, recueillit tous ses Ou- vrages, & les fit imprimer à Rome en 2 volumes in-folio, 1729. Sa Vie est à la tête de ce recueil. La- fiteau & Reboullet l'ont aussi écrite. Le premier a publié la fienne en 2 volumes in-12, & le second en 2 vol. in-4. Celle-ci est la meilleure, quoiqu'elle ait souffert des contradictions. Voyet GUIDI & II. MARSIGLI.
XIV. CLÉMENT XII, (Laurent Corsini) pape après Be- noit XIII en 1730, mort le 6 février 1740, presque âgé de 88 ans, étoit né à Rome d'une an- cienne famille de Florence. Après avoir exercé plusieurs prélatures à Rome, & rempli la place de tréforier de la chambre apoéto- lique, il obriot la pourpre en 1706. Dès qu'il eut été couronné souverain pontife, il abolit une partie des impôts, & fit châtier ceux qui avoient malversé sous le pontificat précédent. Le lende- main de son couronnement, le peuple assemblé de toutes parts avoir crié à sa fuite: Vive le Pape CLÉMENT XII! Juffice des injustices du dernier ministère! Et le nouveau pape eut égard à leurs plaintes: mais lorsque les cardinaux vou- lurent lui indiquer certains fujets pour l'administration générale des affaires, il leur répondit: C'est aux Cardinaux à élire le Pape: mais c'est au Pape à choisir ses Ministres. Ses revenus furent pour les pau- vres. Son tréforier lui ayant rendu ses comptes, il vit qu'il n'avoit pas quinze cents écus en caisse: Comment! dit le Pontife: J'étois plus riche étant Cardinal, que depuis que je suis Pape! & cela étoit vrai. Après sa mort, le peuple Romain lui érigea par reconnois- ance une statue de bronze, qui fut placée dans une des salles du Capitole.
XV. CLÉMENT XIII, (Charles Rezzonico) d'une famille originaire de Côme dans le Mi- lanois, naquit à Venise en 1693. Il fut d'abord protonotaire apoé- tolique participant, puis gouver- neur des villes de Riéti & de Fano, enfuite auditeur de rote pour la nation Vénitienne. Clément XII, plein d'estime pour ses connois- ances & ses vertus, le décora de la pourpre en 1737. Il fut élevé sur le siège de Padoue en 1743, & signala son épiscopat par une piété si tendre & une charité si généroufe, qu'après la mort de Benoit XIV, il fut élu pape le 6 juillet 1758. Son pontificat fera long-temps célèbre, par l'expul- sion des Jésuites du Portugal, de la France, de l'Espagne & du royaume de Naples. Les efforts qu'il fit pour les soutenir furent inutiles. Ayant voulu, par le conseil de quelques personnes qu'il écouvoit trop facilement, exercer en 1768, dans les états de Parme, une juridiction qui n'appartient qu'au souverain, il perdit le comtat d'Avignon & la principauté de Bénévent, qui ne furent rendus au saint Siège que sous son fuscesseur. Le roi de France avoit fait faîcir le premier état en juin 1768, & le roi de Naples le second quelque temps après. Clément XIII mourut subitement le 2 février 1769, à 76 ans, avec la douleur de n'avoir pu pacifier les troubles élevés dans l'Église. Un grand fond de religion & de bonté, un caractère bienfaissant, une douceur inaltérable, lui ont mérité les regrets de ses sujets, & la vénération des ennemis même du saint Siège. Trop de facilité à céder à ce que lui infiroient ses ministres, & trop peu de discernement dans le choix qu'il en faisoit, furent les seules taches de son pontificat, dont les Romains se souviennent avec reconnoissance. Le port de Civita-Vechia étoit négligé depuis long-temps, & commençoit à se combler : Clément XIII le fit nettoyer & reconstruire ; & ce beau monument de son règne date de l'an 1761. La difette qui affligea Rome en 1764, lui donna une nouvelle occasion de signaler sa bienfaissance ; il prodigua les secours aux infortunés. C'est ce pontife qui a ordonné qu'à la Meffe on diroit tous les Dimanches la Préface de la Trinité pour expier les outrages faits de nos jours à ce mystère. N. B. Les ennemis des Jésuites nous ont reproché d'avoir traité Clément XIII avec trop d'indulgence. Le Voyage d'Italie, par Duclos, qui a paru en 1791, justifie ce que nous avons dit long-temps avant lui. Clément XIII, dit cet historien, est de la plus haute piété. Il a toujours eu des mœurs pures, beaucoup de candeur & de douceur dans le caractère ; le cœur & l'esprit droits. Peut-être ne lui a-t-il manqué pour avoir plus d'étendue dans l'esprit, que de l'avoir appliqué aux affaires, & d'avoir osé prévoir qu'il monteroit un jour sur le trône... Le cardinal Paffionei dit hautement, qu'il avoit reusé sa voix à Rezonico, parce qu'il le croyoit incapable de gouverner l'Église. Il a souvent répété ce propos dans l'affaire de Portugal. Quand on lui objectoit la pureté d'ame de Clément XIII ; JÉSUS - CHRIST, disoit Paffionei, rendoit le même témoignage à Nathanaël : Donus Israelita, &c. ; mais il n'en fit pas un apôtre. Les cardinaux auroient dû suivre le conseil qu'un anonyme afficha à la porte du conclave : Si doctus, doceat nos ; si sanctus, oret pro nobis ; si prudens, gubernet nos. — Clément XIII n'ayant pas les qualités propres au gouvernement, ne s'est pas, comme tant d'autres, imaginé les avoir ; & ce n'est pas un mérite commun que de savoir se juger. Uniquement occupé de son salut, il abandonna toutes les affaires à son ministre ; mais il n'a pas été heureux dans le choix qu'il a fait du cardinal Torrigiani. Ce ministre est honnête homme, grand travailleur, entendant bien l'affaire quant au positif des lois, mais incapable d'en connoître l'esprit, d'y faire fléchir la lettre, ou de réformer ce qu'elles peuvent avoir de vicieux. Plus opiniâtre que fermé, la contradiction l'affermit dans un sentiment qu'on lui feroit abandonner en le flattant. On doit conclure de cette citation 458 CLÉ que le vertueux Clément XIII, avec un ministre plus prudent, n'auroit pas fait de fausses démarches, & n'auroit laissé qu'un souvenir honoré par sa piété & ses bonnes œuvres.
XVI. CLÉMENT XIV, (Jean-Vincent-Antoine Ganganelli) naquit d'un médecin, à Saint-Arcangelo, bourg près de Rimini, le 31 octobre 1705. Dès l'âge de dix-huit ans, il entra dans l'ordre des Mineurs convenues. Il s'accoutuma de bonne heure à répondre avec justesse & précision. Ses réparties sont vives, disaient ses supérieurs; mais il y met tant de raison, qu'on ne peut s'en offenser. Il se prévoit alors volontiers à toucher des orgues. Les facultés de son âme, dit l'un de ses confrères, sont dans une telle harmonie, qu'il n'y a rien d'étonnant qu'il soit naturellement musicien. On le fit passer successivement à Péfaro, à Recanati, à Fano, & à Rome même, pour y étudier la philosophie & la théologie. Il devint bientôt professeur à son tour. Ses disciples l'aimont autant qu'ils le respectaient: il leur inspiroit des pensées élevées, des sentimens nobles, les dégageant de toutes les petites & de tout ce qui s'appelle moinerie. Benoit XIV mettant un jour la main sur la tête du Père Ganganelli, dit au général de son ordre: Tenet grand compte de ce petit Frère; je vous le recommande fortement. Ce fut sous le règne de ce pape immortel, que Ganganelli devint confuteur du Saint-Office: place importante à Rome. Ce pontife éclairé voyant qu'il unisait le flegme germanique à la vivacité italienne, l'appelait souvent pour avoir son avis: Il joint, disoit-il, un jugement solide à une vaste érudition; & ce qui fait plaisir, c'est qu'il est mille fois plus modeste qu'un homme qui ne fait rien, & qu'on croirait qu'il n'a jamais gardé la retraite, tant il est gai. C'était le moyen de plaire à Lambertini, dont on connaît l'enjouement & les heureuses failles. — Le Père Ganganelli allant un jour à Assise, rencontra un paysan qui lui prédit sa grandeur future. Ils marchaient de compagnie; le paysan, après l'avoir entendu parler, lui dit: C'est dommage que vous ne soyez qu'un Frère convers! (Il en jugeait ainsi sur son extérieur simple & négligé.) Car il me paroît, mon Frère, que si vous aviez étudié, vous pourriez bien être comme Sixte V. Nous avons son portrait chez nous, & je trouve que vous avez son air rusé... Ganganelli fut élevé au cardinalat par Clément XIII; & il n'en fut ni moins modeste, ni moins compatissant. Un de ses domestiques étant tombé malade, il se rendit auprès de lui avec la plus grande précipitation, & après lui avoir donné tout ce qu'il avoit dans sa bourse, il s'écria: Il n'y a pas d'autre grandeur que celle de faire du bien. Ce fut sa maxime lorsqu'il fut pape. Mais quelques vertus & quelques talens qu'il fit paroître étant cardinal, on ne s'attendoit pas à voir un religieux sur la chaire de Saint-Pierre. La liberté avec laquelle il s'expliquoit sur la nécessité de déférer aux volontés des souverains, ne paroissait pas lui concilier les cardinaux. Dans la plupart des congrégations qui se tenoient sous les yeux du pape même, au sujet des duchés de Parme & de l'affaire des Jésuites, il avoit donné des avis tellement contraires aux sentimens du pontife & du secrétaire d'état, qu'on prit le parti de ne le plus consulter. On ne me communique rien, difoit-il, & je suis tout. Mais on a beau faire : si l'on ne veut pas voir la Cour de Rome déchoir de sa grandeur, il faudra, nécessairement, se réconcilier avec les Souverains ; ils ont les bras plus longs que les frontières, & leur pouvoir s'élève au-dessus des Alpes & des Pyrénées. Ces sentimens connus des cours étrangères, en éloignant de lui le ministère papal, lui concilioient les princes, & lui assuroient, en cas de vacance du saint Siège, de puissans protecteurs. Clément XIII étant mort en 1769, le conclave fut très-orageux. Enfin le sacré collège, décidé par l'éloquence persuasive du cardinal de Bernis, proclama le cardinal Ganganelli souverain pontife le 19 mai 1769, quoiqu'il ne fût pas encore évêque. Lorsqu'après son exaltation, on lui demanda s'il n'étoit pas fatigué ? Je n'ai jamais vu, répondit-il, cette cérémonie plus à mon aise. Aucun pape n'avoit été élu dans des temps plus difficiles. Le Portugal, brouillé avec le saint Siège, vouloit se donner un patriarche : la manière dont le prédécesseur de Clément XIV avoit traité le duc de Parme, avoit indisposé les rois de France, d'Espagne & de Naples : Venise prétendoit réformer les communautés religieuses, sans le concours du pape : la Pologne cherchoit à diminuer son autorité : les Romains eux-mêmes murmuroient. Un esprit d'innovation répandu de toutes parts, attaquoit tous les principes reçus sur le gouvernement pontifical. Pour prévenir sa destruction ou son affoiblissement, Clément XIV chercha d'abord à se concilier les souverains ; il envoya un nonce à Lisbonne, il supprima la lecture de la bulle In cæna Domini, qui révoltoit & indignoit les princes ; il négocia avec l'Espagne & la France, sans rien faire qui pût marquer la pusillanimité ou la basesse. —Presse de se décider sur le sort des Jésuites, il demanda du temps pour examiner cette grande affaire. Je suis, écrivait-il, le Père des fidelles, & sur-tout des Religieux. Je ne puis détruire un Ordre célèbre, sans avoir des raisons qui me justifient aux yeux de Dieu & de la possérité... Les affaires, difoit-il dans une autre occasion, ont leur maturité comme les fruits ; & ce n'est qu'au moment qu'elles pressent, que nous devons penser à les terminer. Notre imagination est notre plus grande ennemie, & je tâche de la réprimer avant que de prendre un parti dont je pourrois me repentir. Après plusieurs années de discussion, il donna, le 21 juillet 1773, le fameux Bref qui éteint à jamais la Compagnie de Jésus. Depuis cette suppression, Clément XIV, accablé de travaux, de soucis & de craintes, regrettant sous la tiare sa cellule de Cordelier, ne fit presque plus que languir. Dès la fin de juillet 1774, le pape n'étoit plus qu'une ombre de lui-même : ses os semblaient diminuer & s'amollir. Des dartres rentrées, que l'art des médecins ne purent attirer au dehors, lui faisoient souffrir des douleurs cruelles. Sa voix s'étoit éteinte. Je vais à l'éternité, difoit-il, & je suis pourquoi. Il rendit le dernier soupir le 22 septembre suivant. Cet événement funeste donna lieu à des conjectures malignes, détruites en partie par le médecin du pape, qui attesta qu'il avoit été victime non du poison, mais d'un travail excessif & d'un mauvais régime. L'Eglise perdit par cette mort un pontife sage, courageux, juste, éclairé, ami des lettres. Elevé comme Sixte V de l'ombre du cloître à l'éclat du 460 CLÉ trône, placé comme lui dans des circonstances difficiles, cousidéré comme *Sixte* des étrangers & des souverains, il ne fut ni dur, ni inflexible, ni superbe comme ce pape. Il traitoit avec beaucoup d'indulgence les religieux qui vouloient quitter leur cloître. Un général d'Ordre se plaignant d'un bref de sécularisation qu'il avoit accordé à l'un de ses religieux : *Vous devez plutôt m'en remercier*, lui répondit ce pape ; *ce religieux se seroit perdu chez vous*, auroit entraîné les autres dans sa perte, & vous auroit peut-être égorgé. Se regardant comme le père commun de tous les Chrétiens, il accueillait également bien les étrangers, hérétiques, ou catholiques. Aussi Mylord *** difoit-il un jour à quelques-uns de ses compatriotes : *Vous connoissez mes richesses & ma fille unique. Je l'adore. Eh bien, je la donnerois au Pape, s'il pouvoit se marier, tant je suis enchanté de sa personne & de son esprit.* Les Anglois placèrent, de son vivant, son butte parmi ceux des grands hommes. Quand Clément XIV apprit cette nouvelle : *Plût à Dieu*, dit-il, qu'ils fisent pour la Religion, ce qu'ils font pour moi !... Il étoit très secret, &, suivant l'expression d'un cardinal homme d'esprit, son pontificat n'étoit pas celui des curieux. *Un Souverain*, difoit ce pape, qui a beaucoup de confidants, ne fauroit manquer d'être trahi. Ce qui n'a pas été dit, ne s'écrit point. — Une princesse s'étant montrée curieuse de savoir s'il n'avoit rien à craindre de ses secrétaires ? *Non*, répondit-il ; *j'en ai cependant trois*, en montrant ses doigts. Les petits artifices des politiques subalternes lui étoient inconnus. Si jamais il trompa ceux qui vouloient le deviner, ce n'étoit que par son silence. La vérité, lorsqu'il parloit, s'exprimoit toujours par sa bouche. Infatigable au travail, il veillait une partie des nuits pour s'occuper des affaires de l'Église dont il étoit le chef, ou des États dont il étoit le père. *La règle*, difoit-il quelquefois, *est la bouffole des Religieux* ; mais le besoin des Peuples est l'horloge des Souverains : à quelque heure qu'ils aient besoin de nous, il faut être à eux. Il étoit d'un caractère enjoué, disant souvent de bons mots, mais ne blessant jamais personne. *Je ne suis point surpris*, difoit-il un jour, que M. le Cardinal de Bernis ait beaucoup désiré de me voir Pape. Ceux qui cultivent la Poésie, aiment les métamorphoses. — Comme il vouloit mettre quelques nouveaux droits sur les marchandises qui venoient de l'étranger, on lui représenta qu'il indisposeroit les Anglois & les Hollandois. *Bon, bon*, répondit-il en souriant, ils n'oseront montrer leur mécontentement ; car, s'ils me fâchent, je supprimerai le Carême. — Il parut très-peu ému des libelles que ses ennemis lancèrent contre lui. *On me seroit presque croire*, difoit-il, que ceux qui veulent me noircir, pensent que je suis un Grandhomme ; car les fastres n'attaquent le plus souvent que le mérite. Son amour pour les lettres, l'engagea à former à Rome un *Musæum*, où il rassembla beaucoup de restes précieux de l'antiquité. Mais il ne décidait jamais sur ces monumens en homme qui veut passer pour un amateur, pour un homme de goût. — Né dans un village, élevé dans un cloître, difoit-il au chevalier de Chatelux, je n'ai pu acquérir les lumières nécessaires pour les juger en connoisseur. Mais, comme Souverain, je me suis cru obligé d'exposer aux yeux des artistes les modèles les plus par- faits de l'antiquité, pour qu'ils puffent les étudier & les imiter. » —Il s'étoit fait donner une liste des plus célèbres écrivains de ses états, &, si la mort n'eût pas empêché l'exécution de ses desseins, il de- voit récompenser ceux dont les ouvrages avoient pour objet la religion ou la patrie. » Il est juste, difoit-il au cardinal Cavalcini, que les auteurs qui nous instrui- sent ou nous édifient, trouvent des rémunérateurs dans les princes. L'argent ne peut être mieux em- ployé qu'à soutenir le mérite & à encourager les talens. Il est honteux qu'il n'y ait des recher- ches établies que pour les mal- faiteurs, & qu'on ne s'informe ni de la fortune, ni de la de- meure des hommes qui éclairent le monde. » Quoique très - zélé pour la religion, il avoit pour les errans la même indulgence que le divin législateur envers les Sa- ducéens & les Samaritains. Il di- foit : Pour maintenir la foi, n'ou- blions pas la charité. S'il ne nous est point permis d'avoir une tolérance criminelle pour l'erreur, il nous est défendu de haïr & de persécuter ceux qui malheureusement l'ont embraffée. Ajoutons à ces traits, qu'il fut sobre, désintéressé, & qu'il ne connut pas le népôtisme. Sa suc- cession fut celle d'un religieux plutôt que d'un pape. On le pres- toit de faire un testament : il ré- pondit, que les choses irroient à qui elles appartiendroient. Assis au rang des rois, il fut servi comme un simple religieux. Lorsqu'on lui représenta que la dignité papale exigeoit plus d'apprêts, il se con- tenta de répondre : Ni S. Pierre, ni S. François ne m'ont appris à diner plus splendidement ; & lorsque le chef de cuisine vint le supplier de le conserver dans son poste, il lui dit : Vous ne perdrez pas vos appointemens ; mais, pour vous mettre en exercice, je ne perdrai pas ma santé. Quelquefois il donnoit à diner à des grands d'Espagne dans son palais de Castalgandole. Alors le repas étoit plus splendide ; & oubliant sa souveraine autorité, il faïsoit gaiement les honneurs de la fête, sans permettre que per- sonne se levât pour le saluer... Le marquis de Caraccioli a donné sa Vie, Paris 1775 & 1776, un vol. in-12; & la Traduction des prétendues Lettres & autres Écrits dont la plus grande partie a été fauellement attribuée à ce souve- rain pontife, 1776 & 1777, en 3 vol. in-12. Le mérite principal des Lettres mises sous le nom de Clément XIV, est d'être un assez bon roman moral, de renfermer des principes de sagesse, de dou- ceur, d'indulgence, & de repré- senter fidèlement le caractère du pontife. Si l'éditeur avoit voulu se mettre au-dessus de tout soup- çon, il auroit déposé dans une bibliothèque publique les origi- naux, avec les attestations de ceux qui avoient reconnu l'écri- ture. Quand on met à la tête d'un livre le nom d'un pape qui ne fait que de mourir, on ne sauroit prendre assez de précautions pour prouver au public que ce livre est de lui. Quant aux autres écrits qui composent le troisième vo- lume, la plupart sont très - mé- dicores ; & quand même ils se- roient, ce qu'on ne croit pas, de Clément XIV, ils ne peuvent guères ajouter à sa réputation. Ce pon- tife, persuadé qu'il y a trop d'é- crivains médiocres, craignoit tou- jours d'être tenté d'en accroître le nombre. Il disoit un jour en plai- santant : Qui fait s'il ne passera pas un jour par la tête de Frère François, de vouloir faire un livre ? Je répon- drois cependant bien que ce ne sera 462 CLÉ pas l'histoire de ses rapports, ou le livre fera bien court. On a publié en 1787, en 2 volumes in-12, de nouvelles Lettres de Clément XIV; mais elles ne font pas plus de lui que les premières.
XVII. CLÉMENT VII, regardé comme pape : Voy. GLENÈVE (Robert de). • XVIII. CLÉMENT VIII, antipape : Voyct MUGNOS (Gilles). — XIX. CLÉMENT, (Jacques) Dominicain, natif du village de Sorbon au diocèse de Rheims, étoit âgé d'environ vingt-cinq ans, & venoit d'être fait prêtre lorsqu'il prit la résolution d'affaffiner Henri III. C'étoit un homme d'un esprit foible & d'une imagination déréglée. Il confulta son prieur Bourgoing sur son dessein; & cet homme, au lieu de l'en détourner, lui confella de prier & de jeûner, pour connoître la volonté de Dieu. On affure même qu'on lui parla pendant la nuit, & qu'on lui fit entendre une voix comme venue du ciel qui lui ordonnoit de tuer le tyran. On dit encore, que la duchesse de Montpensier, sœur des Guifes, acheva de le déterminer. Elle l'affura, dit-on, que s'il échappoint, le pape ne manqueroit pas de le faire cardinal; & que s'il périffoit, il feroit canonisé comme libérateur de sa patrie, gouvernée par un perfécuteur de la foi. Voyct l'HIST. ECCL. du Père Fabre, année 1589. Le fanatique partit de Paris le dernier de Juillet 1589, avec plusieurs lettres de recommandation, & fut amené à Saint-Cloud par la Gueffe, procureur-général. Celui-ci soupçonnant un mauvais coup, & l'ayant fait épier pendant la nuit, on le trouva pro- fondément endormi, son bréviaire auprès de lui, ouvert à la page du meurtre d'Holoferne par Judith. Le parricide, conduit le lendemain premier août chez le roi, dit qu'il venoit lui apprendre les choses les plus importantes de la part de ses fidelles serviteurs de Paris; mais qu'il ne pouvoit les communiquer qu'à lui seul. Comme on se rentroit, on entendis Henri III s'écrier : Ah malheureux ! que s'avois-je fait pour m'affaffiner ainsi ? On rentre, & l'on voit son sang couler du bas-ventre, où ce scélérat avoit enfoncé son couteau & l'avoit laissé dans la plaie. Le roi le retira lui-même, & en frappa le monstre à la tête. Les seigneurs, dans le premier mouvement, le percerent de mille coups. Son corps fut ensuite traîné sur la claie, tiré à quatre chevaux, & brûlé. Cet exécrable attentat fut reçu bien autrement par les Ligueurs. Lorsque la mère de Jacques Clément parut à Paris, après le parricide commis par son fils, les prédicateurs engagèrent le peuple à aller vénérer cette bienheureuse mère d'un saint Martyr : c'est ainsi qu'on appeloit en chaire le monstre, tandis qu'on ne donnoit à Henri que le nom d'Hérode. Son portrait fut placé sur les autels de Paris. La Sorbonne, à ce que difoit l'abbé de Longuerue, délibéra de demander sa canonisation. On proposa de lui ériger une statue dans l'église de Notre-Dame : on alla en foule à Saint-Cloud râcler la terre teinte de son sang. On imprima le Martyre de S. Jacques Clément, Paris 1589, in-8°, avec sa figure. Sixte-Quint prononça son éloge dans un confistoire, & osa le comparer à Judith & à Eléquer. « Cette mort, dit-il, qui donne tant d'étonnement & d'admiration, fera crue à peine de la postérité. Un très-puissant roi, entouré d'une forte armée, qui a réduit Paris à lui demander miséricorde, est tué d'un seul coup de couteau par un pauvre religieux. Certes! ce grand exemple a été donné, afin que chacun connoisse la force des jugemens de Dieu. " Telle étoit, dit le P. Fabre qui nous a fourni presque tout cet article, la force des préjugés qui régnoient alors, fondés sur des principes qu'un zèle outré avoit établi dans des temps de trouble & de confusion. On doit rappeler les maux que ces préjugés ont fait commettre, parce que l'histoire des siècles paissés doit être la leçon des siècles à venir. On ne sauroit trop répéter d'ailleurs, que l'esprit du Christianisme n'inspire que douceur & soumission, & que les Ligueurs citoient en vain, pour autoriser leurs attentats, une religion sainte qui les désavoue.
XX. CLÉMENT, (Julien) chirurgien - accoucheur, natif d'Arles en Provence, excella dans l'art de soulager les femmes dans l'enfantement. Il fut appelé trois fois à Madrid, pour la reine d'Espagne, en 1713, 1716 & 1720. Louis XIV l'avoit anobli dès 1711, avec la clause expresse qu'il ne pourroit quitter la pratique des accouchemens. Cet habile homme mourut à Paris en 1729, à quatre-vingts ans.
XXI. CLÉMENT, (Pierre) né à Genève en 1707, exerça d'abord le ministère évangélique dans sa patrie; mais les pasteurs Génévois le forcèrent d'y renoncer en 1740. Il passa en Angleterre, où il devint gouverneur de mylord Waldegrave, & l'accompagna dans ses voyages en Italie. Enfin il se fixa à Paris, & composa depuis 1749 jusqu'en 1754, un Bul-
CLÉ 463 letin de littérature. Il en fit un recueil, sous le titre de Nouvelles Littéraires de France, en 1755, 4 volumes in-8°, & on le réimprima à Lyon en 2 vol. in-12. Cet ouvrage, écrit d'un style léger & faillant, assaisonné par le sel de la critique, & rempli de jugemens impartiaux, plus beaucoup, quoique la décence y soit souvent offensée, & que l'auteur affecte trop d'esprit & de gaieté. Il vouloit paroître homme du monde, & homme de plaisir, & il affiche trop souvent le ton de ces deux personnages. On a encore de lui un recueil de Poésies légères, in-12; & trois pièces de théâtre: I. Les Francs-Maçons trahis, 1740. II. Une Mérope, 1749. III. Le Marchand de Londres, tragédie angloise, traduite de Lillo, 1751, in-8°: cette dernière pièce est la seule dont on se souvienne. Cet auteur étoit fait, pour le plaisir & la société. Il avoit beaucoup de goût pour la satire, & il ne manquoit pas de talent dans ce genre dangereux. L'extrême vivacité de son esprit le jeta dans la folie; il fut enfermé à Charenton, & y mourut en 1767, à 60 ans.
XXII. CLÉMENT, (Denys-Xavier) de l'académie de Nanci, doyen de l'église collégiale de Li-gni, prédicateur du roi, confesseur de Meislames, né à Dijon en 1706, mourut en 1771, à 65 ans, avec une grande réputation de piété. Ayant surmonté par sa patience une difficulté qu'il avoit dans la parole, il se consacra de bonne heure à la chaire & à la direction, & il servit utilement l'église dans ce double emploi. Il ramena avec une charité douce & patiente, plusieurs incrédules & quelques libertins à la vérité & à la vertu. Stanislas, roi de Po- logne, lui avoit donné le titre de son prédicateur ordinaire. Ses Ser- mons ont été imprimés en 1772, 4 vol. in-12. Il y règne l'élo- quence simple & forte d'un homme, de bien, qui n'a pas puité ses ornemens dans les auteurs pro- fanes, mais qui s'est nourri des son enfance, du lait substantiel de l'Évangile; toutefois son coloris est foible. Nous avons quelques ouvrages de piété, où l'abbé Clé- ment montre le même esprit que dans ses Sermons, avec un style plus froid & plus compassé. Les principaux sont : Avis à une Per- sonne engagée dans le monde, in-18. Médications sur la Passion, in-12. Instructions sur le Sacrifice de la Messe, in-12. Maximes pour se con- duire chrétiennement dans le monde, in-12; Exercices de l'Ame pour la Pénitence & l'Eucharistie, in-12, &c.
XXIII. CLÉMENT D'ASCAIN, (le Père) Capucin, né dans le Béarn, occupa dans son ordre les places de délinateur & de provin- cial, & montra le plus grand zèle pour le maintien de la discipline & pour le progrès des lumières. Il occupa pendant plus de 50 ans les meilleures chaires de la Guienne & des provinces voisines. Ses mis- fions produisirent de grands biens, parce que se bornant à l'instruc- tion, il dédaigna la vaine pompe d'une éloquence mondaine, & n'en convertit que mieux les pécheurs. Il mourut à Baionne le 26 juin 1781, dans la 86e année de son âge, & la 71e de son entrée dans le cloître. On a gravé le portrait de ce digne religieux, au bas du- quel nous avons osé mettre ces quatre vers, qui n'expriment que foiblement ce que nous pensons de sa piété, de ses travaux, de ses succès, & de son caractère : Il fut doux sans foibleffe, aufore avec prudence; Il subjuguait l'esprit, il fut toucher les cœurs; Et joignant les vertus au don de l'élo- quence, Il prouva constamment ses discours par ses mœurs.
XXIV. CLÉMENT DU MEZ, (Alberic) premier maréchal de France qui ait joui d'une certaine réputation, étoit-fils d'un ministre de Philippe-Auguste. Il commanda les armées de ce prince, le suivit en Palestine, & fut tué au fêge d'Acre, en 1191. Son frère & son fils furent aussi maréchaux de France, ainsi que son petit-fils, en quistut éteinte sa postérité masculine.
XXV. CLÉMENT, (Claude) Jésuite de Franche-Comté, pre- seilla les belles-lettres à Madrid. Il s'est fait connoître par son Syf- tème bibliographique, & a publié ses idées à ce sujet, dans un ou- vrage, in-4°, publié à Lyon en 1635, sous ce titre : Muséï five Bi- bliotheque tam priva:æ quam publicæ ex- tructio, cura, uus. Libri IV. A la fin de l'ouvrage, l'auteur a placé une description de la bibliothèque de l'Escurial.
XXVI. CLÉMENT, (David) savant bibliographe Allemand, a publié une Bibliothèque curieuse, ou Catalogue raisonné des livres rares & difficiles à trouver, Got- tingue, 1750, 9 vol. in-4°. La mort de l'auteur l'empêcha de finir cet important ouvrage, qui suit l'ordre alphabétique & se termine aux lettres I-III.
XXVII. CLÉMENT, (François dom) né à Baize en Bourgogne le 7 avril 1714, entra dans la con- grégation des Bénédictins de Saint- Maur, & se dévoua, comme plu- sieurs de ses confrères, à l'étude approfondie approfondie de l'histoire. Ces derniers avoient publié les dix premiers volumes de l'Histoire littéraire de France, finissant au douzième siècle; dom Clément fut chargé de la continuer, & s'en occupa avec une activité infatigable, dans le monastère des Blancs-manteaux de Paris. Les tomes onze & douze de cet important ouvrage ne tardèrent pas à paroître. Une autre grande collection vint alors attirer son attention: c'étoit celle des anciens historiens de France, commencée par André Duchesne & suivie par dom Bouquet. Dom Clément lui fuccéda dans ce travail, & fit paroître les volumes douze & treize, qui renferment deux cents articles, curieux & profonds, sur des historiens peu connus. On doit encore au même savant: I. Nouveaux éclaircissemens sur l'origine du Pentateuque des Samaritains. Cet ouvrage avoit été commencé par un ami de dom Clément; celui-ci le termina & le publia. II. Catalogue des manuscrits de la maison professée des Jésuites, déposés à la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés. III. L'Art de vérifier les dates, 1780—1787, 3 vol. in-folio. Cet ouvrage, regardé comme le chef-d'œuvre de l'érudition, avoit été foiblement commencé par les Bénédictins Dantine, Clément & Durand, & n'avoit paru qu'en un vol. in-4.º Dom Clément le compléta, & en fit l'inventaire savant & utile de l'historien, du publiciste & du jurisconsulte. Il passa treize ans de sa vie à le composer, se levant toujours, en été, au milieu de la nuit pour travailler, & ne se permettant presque aucune distraction. On a reproché à la Table chronologique de ce recueil immense, qui parut en 1792, de manquer de précision & d'être chargée de trop de détails; mais l'ouvrage en lui- même est le monument le plus précieux que le savoir ait élevé dans le 18e siècle. Dom Clément fut nommé associé libre de l'académie des Inscriptions. Les suppressions opérées par la révolution française lui dirent successivement quitter sa retraite des Blancs-manteaux, l'abbaye de Saint-Germain & celle de Saint-Denis, où il s'étoit retiré. L'un de ses neveux lui donna enfin un asile. Là, au milieu des livres, des chartes, des manuscrits, préparant une quatrième édition de l'Art de vérifier les dates, il fut frappé d'apoplexie, & mourut quelques heures après, le 29 mars 1793, à l'âge de 79 ans. Voyet CLÉMENCET.
CLÉNARD, (Nicolas) né à Dieft dans le Brabant, mort à Grenade en 1542, voyagea en France, en Espagne & en Afrique, pour se familiariser avec les langues vivantes: il savoit déjà la plupart des langues mortes, le latin, le grec, l'hébreu. On a de lui: I. Des Lettres Latines sur ses Voyages, curieuses & rares, & dont la meilleure édition est celle de 1606, in-8°, avec quelques additions. Le latin en est assez pur; il l'auroit été encore davantage, si l'auteur n'avoit pas entassé tant de langues différentes dans sa tête. II. Une Grammaire Grecque, qui eut long-temps beaucoup de cours. Voïtius en publia une édition à Amsterdam en 1650, in-8.º III. Meditationes Graecae in artem grammaticum, Paris 1534, in-8.º Cet écrit a pour objet de faciliter l'étude du grec sans maître. IV. Des Tables sur la grammaire hébraïque, Louvain 1529, in-4.º
CLÉOBIS & BITON, Voyet l'article SOLON.
CLÉOBULE, fils d'Evagoras; l'un des Sept Sages de la Grèce, G g 466 CLÉ fit un voyage en Égypte, pour apprendre la philosophie de ce peuple. Il étoit contemporain & ami de Solon. On ne le connoit guères que par ses maximes. Il recommandoit « de ne point s'enorgueillir dans la prospérité, de ne point s'abattre dans l'affliction; d'obliger ses amis pour se les attacher davantage, & ses ennemis pour en faire des amis; de se marier à sa semblable, parce qu'en prenant une femme de meilleure maison, on se rend esclave de ses parens; de ne flatter ni gronder sa femme en présence des étrangers, l'un étant une petite, & l'autre une indiscrétion; d'examiner avant de sortir de sa maison, ce qu'on va faire, & à son retour ce qu'on a fait; d'être d'autant plus avare de sa liberté, qu'on en a plus à sa disposition; de ne souhaiter ni de commander, ni d'obéir, l'obéissance se changeant ordinairement en aversion, & le commandement en tyrannie, &c. &c. » Il désoit aussi : Heureux le Prince qui ne croit rien de ce que lui d'ens ses courtifans. Il mourut vers l'an 560 avant J. C., dans sa 70e année. — Il y a eu un autre CLÉOBULE, hérétique du premier siècle & contemporain de Simon le magicien; mais ses erreurs n'ont pas fait assez de bruit, pour mériter un article séparé. — Un autre CLÉOBULE, Lydiens, fut auteur d'une chanson grecque, très-célèbre, appelée la Chélidonie, parce qu'elle célébreit le retour de l'hirondelle & des beaux jours. Les Rhodiens la faisoient chanter au commencement du printemps, par de jeunes enfans, allant de porte en porte, couronnés de fleurs.
CLÉOBULINE, fille du Sage de ce nom, se rendit également célèbre par sa beauté & par son esprit. Les Égyptiens admirèrent ses Éligmes. Il faut croire que les hiftoriens ont fait parvenir à la postrérité les plus mauvaises; car nous n'en n'avons aucune qui mérite d'être dans le dernier de nos Journaux. En voici une pour échantillon : « Un père eut douze enfans; & chaque enfant eut trente fils blancs, & trente filles noires, lesquels sont immortels, quoiqu'on les voie mourir tous les jours. » Il ne faut être ni un Œdipe, ni un Joseph, pour apprécévoir dans cette énigme l'Année qui a douze mois, & chaque mois trente jours & trente nuits.
CLÉODÉE, (Mythol.) fils d'Hyllus, fit, après la mort de son père, d'impuiffans efforts pour reprendre la possession du Péloponnès. Son courage lui mérita, de la part des Grecs, des statues & des autels.
CLÉOMBROTE, nom de deux rois de Lacédémone : l'un tué à la bataille de Leuchres en Béotie, gagnée par Epaminondas, général Thébain, l'an 371 avant J. C. : le second, gendre de Léonidas, & qui monta sur le trône de Sparte au préjudice de son beau-père. Voyez II. AGIS. Celui-ci ayant été rappelé par les Lacédémoniens, poursuivit le traître qui l'avoit dépouillé de son royaume, & le condamna à mort. Chélonide, épouse de Cléombrote, avoit quitté son mari, pour suivre son père dans la retraite. Cette femme, fille & épouse également malheureuse, apprend l'arrêt porté contre son éoux. Elle va se jeter aux pieds de Léonidas, qui change la peine de mort en un exil, & presse sa fille de rester à sa cour. Chélonide aima mieux suivre son mari. — On connoit un 3e CLÉOMBROTE, philosophe, natif d'Ambrané, qui se précipita dans la mer, après avoir lu le *Phédon* de *Piaton* sur l'immortalité de l'ame.
CLÉOMÈDE, fameux athlète, étoit si fort, que, pour avoir été privé du prix de la victoire qu'il avoit gagnée à la lutte sur un habitant d'Épidaure, il rompit, dit-on, la colonne d'une école, sous laquelle il y eut soixante enfants d'écrasés. Il se sauva dans un sé-pulchre, où l'on fut bien surpris de ne le plus trouver. L'oracle, consulté sur cet évènement, répondit qu'il étoit le dernier des Héros. Quel héros ! La réponse eût certes été plus juste, de le déclarer le dernier des forcenés. I. CLÉOMÈNE Ier, roi de Lacédémone, fuscesseur d'*Anaxandride* son père, l'an 557 avant J. C., vainquit les Argiens, & délivra les Athéniens de la tyrannie des *Piffstratides*. Les premiers s'étoient opposés à l'invasion de ses armées dans l'Argolide. *Cléomène*, à la tête des Lacédémoniens & de leurs alliés, remporta sur eux une victoire aussi sanglante que signalée. Cinq mille Argiens se réfugièrent dans une forêt voisine; *Cléomène* y fit mettre le feu malgré la prière des vaincus, qui furent bientôt consumés par les flammes. *Cléomène* tourna ensuite ses armes contre les Éginètes, & ne les punit pas moins cruellement. Son humeur vindicative se changea en fureur sur la fin de ses jours; &, dans un accès de phrénésie, il se perça de son épée l'an 480 avant J. C. C'étoit un guerrier peu délicat & de mauvaise foi. Dans le cours de son expédition contre ceux d'Argos, ayant fait une trêve de quelques jours avec eux, il ne les attaqua pas moins dans une nuit, en tua une partie, & fit les autres pri- fonniers, prétendant « que les nuits n'étoient pas comprises dans la trêve. » *Voyer aussi* TÉLÉSILLE.
II. CLÉOMÈNE III, fils de *Léonidas* roi de Lacédémone, lui succéda l'an 230 avant J. C. à l'âge de dix-sept ans. Sa première pensée, en montant sur le trône, fut d'arracher l'autorité aux éphores, magistrats puissans dans Lacédémone, qui faisoient la loi aux rois mêmes. Ses victoires sur les Achéens lui facilitèrent l'exécution de ce projet. De retour à Sparte, il fit assaissiner les éphores, & afficher le nom de plus de quatre-vingts citoyens, condamnés au bannissement : le peuple, effrayé par ce coup d'éclat, reçut toutes les lois qu'il voulut lui donner. Il fit revivre la plupart de celles de *Lycurgue*, procéda à un nouveau partage des terres, abolit les dettes, bannit le luxe, la molesse, l'intempérance, autant par son exemple que par ses leçons. Son autorité affermie & la république réformée, *Cléomène* parcourut, les armes à la main, l'Arcadie & l'Élide, reprit quelques villes sur les Achéens, & les défit en bataille rangée. *Aratus*, chef des vaincus, implora le secours d'*Antigone* roi de Macédoine, contre le vainqueur. L'armée des Spartiates fut taillée en pièces à la bataille de Sélaise. *Cléomène*, après cette défaite, retiré en Égypte, y mourut d'une manière tragique. Ayant été bien accueilli de *Prolomée Évergite* qui en étoit roi, il encourut ensuite la disgrace de son fuscesseur, qui le fit mettre en prison. *Cléomène* indigné brisa ses fers, excita une sedition, & finit par se donner la mort, l'an 220 avant l'ère chrétienne.
III. CLÉOMÈNE, sculpteur Athénien, étoit fils d'*Apollodore*; G g 2 468 CLÉ on lui a attribué, sans preuve, la *Vénus de Médicis*; mais il avoit fait certainement les statues des neuf Muses, représentées dans le costume des femmes de *Thépis*.
CLÉON, Athénien, étoit fils d'un corroyeur & corroyeur lui-même. Cependant, par ses intrigues, il acquit une si grande autorité à Athènes, qu'il parvint à se faire donner le commandement des armées. Quoiqu'il fût plus grand discoureur que grand guerrier, il prit des villes & battit les Lacédémoniens retirés dans l'île de Sphactérie. Mais, peu après, ayant été envoyé contre *Brasidas*, général Lacédémonien qui s'étoit jeté dans Amphipolis, il fut vaincu & mis en déroute dans une sortie que firent les assiégés, *Cléon* fut reconnu dans la suite & massacré avec tous ceux qui l'accompagnaient, l'an 424 avant Jésus-Christ.
CLÉONICE, jeune fille de qualité, que *Paufanias* fit enlever à Byzance pour en faire sa maitresse. Arrivée dans la maison de ce général, *Cléonice*, timide encore, & pleine de la pudeur de son âge, pria ses gens, avant que d'entrer dans la chambre de son ravisseur, qu'on éteignait toutes les lampes; mais comme elle s'approchoit du lit, elle en renversa une. *Paufanias* déjà endormi, s'éveillant au bruit, prend son poignard, & croyant courir sur un ennemi, frappe cette fille qui mourut du coup qu'elle reçut. Cet accident acheva de révolter tous les alliés contre lui.
CLÉONYME, fils de *Cléomène II*, roi de Sparte, mécontent de sa patrie qui l'avoit privé de la couronne, pour la donner à *Aréus* son neveu, sollicita le se- cours du célèbre *Pyrrhus*, roi d'Épire, contre Lacédémone. *Pyrrhus* l'assiégea, & fut contraint de se retirer. Le courage des femmes de Sparte qui travailleurent elles-mêmes aux retranchemens, contribua beaucoup à la levée du siège, l'an 273 avant J. C.
CLÉOPATRE, *Voyer* OLYMPIAS. I. CLÉOPATRE, fille de *Pto-lomée-Philométor*, roi d'Égypte, femme de trois rois de Syrie, & mère de quatre princes qui portèrent la couronne, épousa d'abord *Alexandre Bala*, ensuite *Démétrus*. Ce dernier prince lui ayant fait infidélité pour *Rodogune*, elle offrit sa main & sa couronne à *Antiochus* son frère. *Séléucus*, fils aîné de *Démétrus*, voulut mouter sur le trône de son père. Il se fit un parti, & trouva dans *Cléopâtre* une mère cruelle & une ennemie irrécociliable. Cette femme ambitieuse, qui avoit causé la mort du père, en lui refusant un asile à Prolémais, enfonça son poignard dans le fin du fils. Ce meurtre fouleva le peuple contre-cle; *Cléopâtre* l'appuisa, en couronnant *Antiochus* son second fils. Ce jeune prince, borné au titre de roi sans en avoir le pouvoir, souffroit impatiemment de partager avec sa mère la supréme autorité. *Cléopâtre*, encore plus jalouise de régner que lui, fit préparer une coupe empoisonnée qu'elle lui présenta au retour de quelque exercice. Son fils soupçonnant sa scélératesse, l'obligea de prendre le poison qu'elle lui avoit apprêté. Ainsi mourut ce monstre d'ambition & de cruauté, l'an 120 avant J. C. Cette *Cléopâtre* est principalement connue par le rôle qu'elle joue dans la *Rodogune* du grand *Cornéille*.
II. CLÉOPATRE, fille de *Ptolomée-Épiphanes*, veuve & sœur de *Ptolomée-Philométor*, voulut assurer la couronne à son fils, après la mort du père; mais *Ptolomée-Physcon*, roi de la Cyrénatque, traversa ses projets. Un ambassadeur Romain les accommoda, en les faisant convenir qu'il épouserait *Cléopâtre*; que le fils de la reine seroit déclaré héritier du trône, mais que *Physcon* en jouiroit durant sa vie. Voyez *Ptolomée*, n.º VI.
III. CLÉOPATRE, fille de la précédente & de *Ptolomée-Philométor*, donna la main à son oncle *Ptolomée-Physcon*. Ce prince qui avoit répudié la mère pour épouser la fille, mourut bientôt après, & laissa à cette dernière la royauté d'Égypte & deux enfans, avec la liberté de s'associer celui qu'elle voudroit. *Cléopâtre* plaça sur le trône *Alexandre* son second fils, au préjudice de *Lathyrus* son aîné. Le jeune roi, effrayé de l'ambition de sa mère, à qui les plus grands crimes ne coûtoient rien, se vit forcé d'abdiquer l'empire; mais le peuple d'Alexandrie ne voulant pas souffrir qu'une femme tint seule le timon du gouvernement, obligea la reine de rappeler son fils. *Cléopâtre*, ne pouvant plus supporter de partage dans l'autorité royale, attenta à la vie du jeune roi. *Alexandre*, informé de son complot, prévint sa mère en la faisant mourir l'an 89 avant J. C. Cette princesse ambitieuse & dénaturée avoit tout sacrifié au désir effréné de régner : elle fut punie de ses crimes par un autre crime qui égaloit les fiens.
IV. CLÉOPATRE, reine d'Égypte, fille de *Ptolomée-Anlète*. Son père en mourant laissa la couronne aux aînés des deux sexes, l'an 71 avant J. C. avec ordre de se marier ensemble, suivant l'usage de sa famille. *Ptolomée-Denys*, frère de *Cléopâtre*, voulant régner seul, répudia & exila sa sœur, & fit casser le testament de son père par *Pompée*, qui lui adjugea le trône d'Égypte. Ce général Romain ayant été vaincu vers le même temps à la bataille de Phar-fale, & fuyant en Égypte devant *César*, y fut massacré par ordre de *Ptolomée*. Ce fut en cette conjoncture que *Cléopâtre* demanda justice à son vainqueur contre son frère. Elle avoit tout ce qu'il falloit pour faire une profonde impression sur le cœur de ce héros : c'étoit la plus belle femme de son temps, la plus aimable, la plus ingénieuse : elle parloit toutes les langues, & n'eut jamais besoin d'interprète. Cette princesse, voulant solliciter elle-même *César*, arriva de nuit au pied du château d'Alexandrie. Il falloit tromper la garde Égyptienne : son guide la fit étendre au milieu d'un paquet de hardes, & la porta ainsi sur ses épaules au palais de *César*. Le conquérant Romain la vit, & sa cause fut gagnée. Il ordonna qu'elle gouverneroit l'Égypte conjointement avec son frère. Son juge étoit déjà son amant. Il en eut un fils, nommé *Césarion*, & promit de la mener avec lui à Rome & de l'épouser. Il comptoit faire passer dans l'assemblée du peuple une loi, par laquelle il seroit permis aux citoyens Romains d'épouser autant de femmes, même étrangères, qu'il leur plairoit. Arrivé à Rome, il fit placer la statue de sa maitresse dans le temple de *Vénus*, à côté de celle de la déesse. *Ptolomée* s'étant noyé dans le Nil, *César* assura la couronne à *Cléopâtre* & à son autre frère, âgé alors de onze ans : mais cette princesse am- G g 3 bitieuse ne partagea pas longtemps le trône avec lui ; elle le fit empoisonner, des qu'il eut atteint sa quinzième année. Après la mort de César, elle se déclara pour les Triumvirs. Antoine vainqueur à Philippes, la cira devant lui, pour répondre à quelques accusations formées contre elle. Cléopâtre refout des lors d'enchaîner Antoine, comme elle avoit enchaîné César. Elle fit son voyage sur une galère brillante d'or, enrichie des plus belles peintures, avec des voiles de foie couleur de pourpre, mêlée d'or, & des rames d'argent, qui ne se mouvoient qu'au son d'une infinité d'instruments de musique. Cléopâtre, habillée en Vénus sortant de la mer, paroissoit sous un magnifique pavillon de drap d'or. Ses femmes représentoient les Nymphes & les Graces. La poupe & la proue étoient couvertes des plus beaux enfans, déguisés en Amours. Il n'en falloit pas tant pour séduire Antoine. Son armée, faisie comme lui d'admiration, se mit à crier que Vénus étoit venue trouver Bacchus : comparaison qui ne déplut point à Antoine. La reine d'Égypte éclipsa entièrement à ses yeux la belle Lycoris sa maitresse, & s'empara tellement de son esprit, qu'il fit mourir à sa prière la princesse Arsinée sa sœur, réfugiée dans le temple de Diane à Milet, comme dans un asile impénétrable. Tout le temps qu'elle fut à Tarfe, se passa en fêtes & en festins. Ces fêtes se renouvelèrent à Alexandrie avec une magnificence dont il n'y a jamais eu d'exemple. Ce fut à la fin d'un de ces repas, que Cléopâtre, détachant de son oreille une perle d'un prix inestimable, la jeta dans une coupe pleine de vinaigre, & l'avalé aussitôt, pour dévorer en un moment autant de richesses, qu'Antoine en avoit employées pour satisfaire à leur luxe & à leurs débauches. « Cléopâtre fit voir, dit Plutarque, que Platon n'étoit qu'un ignorant dans la connoissance de l'art de la flatterie ; car elle imagina des moyens que ce philosophe n'avoit pas prévus. Ne perdant jamais de vue son amant, elle ne le quittoit ni le jour ni la nuit ; jouant aux dés avec lui, buvant avec lui, chassant avec lui, & assissant à tous les exercices des armes. » Un des plaisirs d'Antoine étoit de se mêler le soir à une troupe de libertins obscurs, de se déguiser en valet pour aller la nuit courir la ville, de s'arrêter aux portes des boutiques pour chercher querelle aux artisans. Cléopâtre, souvent déguisée en servante, fut de toutes les parties avilissantes de ce distributeur de couronnes. Quoiqu'elle eût bien plus d'esprit & de délicatesse, elle fut se mettre de niveau avec lui pour le subjuguer. La vie licenciéuse & turbulente d'Antoine le rendoit suspect à la plupart des habitans d'Alexandrie ; mais il calmoit les esprits par des plaisanteries. Je prends pour vous, leur disoit-il, un masque comique ; je reserve le masque tragique pour les Romains. « Mais de rapporter, dit Plutarque, beaucoup de ses tours & de ses bons mots, cela seroit trop long & trop puérile. » Cet historien se borne à un seul trait, qu'il trouve plus plaisant que les autres. « Un jour qu'Antoine péchoit à la ligne & qu'il ne prenoit rien, il étoit très-fâché, parce que Cléopâtre étoit présente. Il ordonna donc à des pêcheurs d'aller sous l'eau attacher secrete-ment à son hameçon quelqu'un des gros poissons qu'il avoit pris les jours précédens. Cléopâtre s'aperçut de la supercherie, & le lendemain, elle fit accrocher à l'hameçon un poiffon falé. A la vue d'une telle pêche, voilà de grands éclats de rire. » Alors Cléopâtre dit à Antoine : Mon général, laiffez-nous la ligne à nous autres, rois du Phare & de Canope ; votre chaffe, c'est de prendre des villes, des royumes & des rois. Un voyage d'Antoine à Rome interrompit ces fêtes, les unes éclatantes, les autres honteuses. Cléopâtre se confola de l'absence de son amant, par les charmes de l'étude : elle rétablit la bibliothèque d'Alexandrie, brûlée quelques années auparavant, & l'augmenta de celle de Pergame, composée de plus de deux cent mille volumes. Antoine, de retour à Alexandrie, y entra en triomphe, & fit proclamer Cléopâtre reine d'Égypte, de Cypre & de la Coeléfyrie; & les enfans qu'il en avoit eus, rois des rois : Veyr, JUBA, n.º 11. Sa paffion pour elle l'avoit aveuglé au point de ne pouvoir lui rien refufer. C'est par ses instances qu'il fit mourir, comme nous l'avons dit, A'finé, fœur de cette prince. C'est pour lui plaire uniquement qu'il répudia encore sa femme Octavie, fœur d'Octave, qui fut forcé après cet affront de lui déclarer la guerre. On arma donc de part & d'autre. Cléopâtre fit équiper une flotte de cinq cents vaiffeaux, & voulut la commander en personne. On embarqua sur cette flotte deux cent mille hommes d'infanterie & douze mille de cavalerie. Octave de son côté se mit en mer avec des forces bien inférieures pour le nombre, mais supérieures par leur valeur & leur expérience. Les deux flottes se rencontrèrent à l'entrée du golfe d'Ambrafie sur les côtes d'Épire, près de la ville d'Actium, & en vinrent aux mains le 2 septembre, l'an 31 avant J. C. Le combat fut douteux jusqu'à la retraite de Cléopâtre. Cette reine, effrayée du tumulte & des cris des combattans, prit la fuite & entraîna avec elle toute son escadre Égyptienne. Antoine qui la vit fuir, la fuivit, & céda à Octave une victoire qu'il auroit pu lui disputer. Cléopâtre, prit la route d'Alexandrie, où Antoine se rendit peu après. Cette reine ambitieuse, pour ne point tomber entre les mains du vainqueur qui afflégeoit sa capitale, ne fongea plus qu'à le gagner & à lui taire un sacrifice de son amant. Mais s'étant apperçue qu'Octave souhaitoit avec paffion de s'affurer de sa personne & de ses trésors, elle ramassa toutes fortes de poiffons pour éprouver ceux qui faisoient mourir avec le moins de douleur. Après beaucoup de recherches, elle trouva que la morfure de l'afpic avoit l'avantage de ne causer ni convulsions ni tranchées. Ce fut celui auquel elle se fixa. Ainsi dès qu'elle eut appris qu'Antoine s'étoit percé de son épée, elle demanda une corbeille de figues qu'un payfan venoit d'apporter; & l'ayant approchée d'elle, on la vit un moment après se coucher sur un lit comme pour s'endormir : mais c'est que l'afpic qui étoit caché parmi les fruits, l'ayant piquée au bras qu'elle lui avoit tendu, le venin l'avoit tuée sans douleur, & même sans qu'on s'en apperçût, l'an 30 avant J. C. Plutarque & Dion écrivent que l'on n'a jamais rien fu de certain de la mort de Cléopâtre; qu'on lui trouva feulement au bras deux petites marques livides, comme deux piqûres, qui donnèrent lieu de croire qu'elle s'étoit fait mordre par un afpic. On peut douter d'ailleurs que la morfure de ce serpent ait produit précisément l'effet qu'en attendoit Cléopâtre. Quoi qu'il en soit, sa. G g 4 472 CLÉ mort fut très - prompte ; car les gens d'Ollave étant accourus, la trouvèrent sans vie, parée de ses habits royaux & couchée sur un lit d'or. Des deux femmes qui la fervoient, *Iras*, c'étoit le nom de la première, étoit morte à ses pieds, & l'autre appelée *Charmion*, étoit mourante. *Voilà qui est beau*, *Charmion*, lui dit un des officiers d'Ollave... Oui, répondit *Charmion*, très-beau & très-digne d'une reine qui descendait de tant de rois ; & sur-le-champ elle tomba morte au pied du lit. *Cléopâtre* termina sa vie à 39 ans, dont elle avoit régné 22. Les statues d'Antoine furent abattues ; mais celles de la reine d'Égypte furent conservées, à la prière d'*Archidius* l'un de ses amis & peut-être de ses amans, qui donna mille talens à *Ollave*, pour épargner cet ouvrage à la mémoire de cette princesse adorée. Après sa mort, l'Égypte fut réduite en province Romaine. — On a donné sous son nom deux ouvrages, qui ne font ni d'elle, ni dignes d'elle : I. *De medicamine faciei Epistola erotica*, dans le *Petrone Variorum*. II. *De morbis Mulierum*, dans *Gynæcorum libri ab 1st. Specchio coltelli*, Strasbourg 1597, in - fol.
CLÉOPHYLÉ, Grec renommé pour nous avoir conservé les Poèmes d'Homère, qu'il fit connoître le premier.
CLÉOSTRATE, astronome Grec, natif de Ténédos vers l'an 536 avant J. C., découvrit le premier les signes du Zodiaque, observa ceux du *Bélier* & du *Sagittaire*, & réforma le Calendrier des Grecs. — Ce nom fut celui d'un jeune Theffalien, choisi par le sort, pour devenir la proie d'un animal furieux. Son ami *Mérostrate* lui fauva la vie, en tuant ce dernier.
CLÉOTHÈRE, (Mythol.) fille de *Pandarée*, fut enlevée par les Harpies & livrée aux Furies comme elle allois se marier. I. CLÉRAMBAULT, *Voy. CLÉRAMBAULT*.
II. CLÉRAMBAULT, (Louis-Nicolas) né à Paris en 1676, mort dans la même ville en 1749 à 73 ans, plut à *Louis XIV* par ses Cantates. Ce prince le nomma surintendant des concerts particuliers de Mad. de *Maintenon*. Il étoit déjà organiste de Saint-Cyr. On a de lui cinq livres de *Cantates*, parmi lesquelles celle d'*Orphée* est regardée comme son chef-d'œuvre, *Voy*. LOUVE NCOURT. On lui doit plusieurs *Motets*, & des morceaux de musique composés pour des fêtes particulières. *Clérambault* unit à la qualité d'habile musicien, celle de bon père, de bon mari, de bon ami ; & les caprices ordinaires à quelques artistes, ne ternirent jamais ses talens. *Clérambault* laissa une fille & deux fils. Sa famille étoit attachée à la cour depuis *Louis XI*.
III. CLÉRAMBAULT, (Céfar-François-Nicolas de) fils du précédent, devint organiste de St-Sulpice, & eut de la réputation dans son genre. Il mourut en 1760. I. CLERC, (Jean le) dit *Buffy*, procureur au parlement de Paris, fut fait gouverneur de la Bastille par le duc de *Guise* pendant les troubles de la Ligue. Il avoit été d'abord maître d'armes. Cet homme obscur, un des chefs de la faction des *Scie*, entra dans la grand-chambre du parlement, suivi de cinquante satellites aussi mutins que lui. Il ofa présenter à cette compagnie une requête, ou plutôt un ordre de s'unir avec le prévôt des marchands, les échec- vins & les bourgeois de Paris pour la défendre de la religion Catholique, c'est-à-dire contre la maison royale. Sur le refus du parlement, il mena à la Bastille en 1569, l'épée à la main, tous ceux qui étoient opposés à son parti. Le premier président, Achille de Harlay, & environ soixante autres membres de cet illustre corps, suivirent ce misérable, qui les conduisit comme en triomphe. Il les fit jeûner au pain & à l'eau, pour obliger ces magistrats à se racheter de ses mains; c'est ce qui lui mérita le titre de Grand Pénitencier du Parlement. « Le samedi 18 août 1590, dit l'Étoile, Bussy qui, comme ses compagnons, ne vouloit pas entendre parler de paix, non par zèle pour la religion, mais par la peur du médecin qu'on nommoit la corde, vint aborder le président Brisson, auquel il dit avoir entendu parler de paix ou d'un accord. Ledit président filant doux, répondit : Que de sa part il auroit toujours plus d'égard à la religion qu'à la nécessité. — Quoique très-grande nécessité, répartit Bussy, je fais que c'est la couverture de tout, que cette belle nécessité ; mais je vous dirai, je n'ai qu'un enfant, & cependant je le mangrai plutôt à belles dents que de me rendre jamais ; & il ajouta, mettant la main sur son épée : J'ai une épée tranchante, avec laquelle je mettrai en quartier le premier que je saurai qui parlera de paix... » Lorsque le duc de Mayenne délivra Paris de la faction des Seize, en 1591, le Clerc rendit la Bastille à la première sommation, à condition d'avoir la vie sauve. On lui tint parole ; il se sauva à Bruxelles, où il vécut misérablement, faisant le métier de prévôt de salle, qui avoit été sa première profession. Il vivoit encore en 1634, ayant toujours un gros chapelet à son cou, parlant peu, mais avec enthousiasme, des grands projets qu'il avoit manqués.
II. CLERC, (Antoine le) sieur de la Forest, maître-des-requêtes de la reine Marguerite de Valois, combattit d'abord pour les Calvinistes, & embrassa ensuite la religion Catholique, à laquelle il consacra ses talens. S. François de Sales, S. Vincent de Paul, le cardinal du Perron, les personnes les plus vertueuses & les plus éclairées de son siècle, furent liées avec lui. Il mourut à Paris en odeur de sainteté, le 23 janvier 1628, à 65 ans. On a écrit sa Vie sous le titre du Séculier parfait. Le cardinal d'Estampes vouloit le faire béatifier ; mais la mort de cette éminence dérangea son projet. On a de le Clerc quelques Ouvrages de piété, de droit & d'érudition.
III. CLERC, (Michel le) natif d'Albi, avocat au parlement de Paris, l'un des Quarante de l'académie Françoise, mourut à Paris le 8 décembre 1692, dans un âge assez avancé. Il est principalement connu par une Traduction des cinq premiers chants de la Jérusalem délivrée du Tusse, qu'il a rendue presque vers pour vers, & dans un style fort au-dessous du médiocre. Il avoit entrepris un ouvrage en prose, qui auroit fait plus de plaisir. Il devoit l'intituler : Conformités des Poètes Grecs, Latins, Italiens & François. Son dessein étoit de montrer que la plupart des poètes ne sont que se copier mutuellement, & qu'ils doivent presque tous leurs ouvrages à ceux qui les ont précédés. On lui donne encore les tragédies de Virginie & d'Iplégénie, d'Oreste, & l'opéra d'Oronée, joué en 1688. C'est cet auteur que Racine honora de 474 C L E l'épigramme : Entre le Clerc & son ami Coras, &c.
IV. CLERC, (Sébastien le) dessinateur & graveur, naquit à Metz l'an 1637, d'une famille si commune, qu'il entra fort jeune dans l'abbaye de Saint-Arnoult de la même ville, en qualité d'aide-de-cuisine. Le goût qui décide les tiens, le portoit à employer ses immens de loisir à former avec une plume divers petits portraits sur des chiffons de papier. Le prieur de la maison le trouva un jour occupé de cet amusement, & regarda ce qu'il faisoit : ce petit ouvrage lui parut tellement approcher de la belle nature, qu'il ne douta pas que le jeune le Clerc ne doit exceller, pour peu qu'il fût aidé par l'art. Il prit aussitôt la résolution de cultiver ses talens enfouis, lui mit le crayon à la main, & le confia à un de ses religieux pour veiller sur lui & l'instruire. Dès l'âge de dix ans, il manioit le burin. Il s'appliqua en même temps à l'étude de la géométrie, de la perspective, de la fortification, de l'architecture, & y fit des progrès aussi rapides que dans le dessin & la gravure. Le maréchal de la Ferté le choisit pour son ingénieur - géographe ; Louis XIV, pour son graveur ordinaire, à la sollicitation de Colbert ; & le pape Clément XI l'honora du titre de chevalier Romain. Le Clerc joignoit à un mérite supérieur, & au goût de tous les arts, un cœur sensible, & un caractère doux & insinuant. Il mourut à Paris le 25 octobre 1714, à 77 ans. Ce maître traitoit également bien tous les sujets : le paysage, l'architecture, les ornemens. On y apperçoit une imagination vive, brillante, mais bien réglée, un dessin très-correct, une fécondité admirable, une expression noble & élégante, une belle exécution. Les productions de son burin, qui se montent à plus de trois mille, auroient suffi pour lui faire un grand nom, indépendamment des productions de sa plume. Les principales en ce dernier genre sont : I. Un Traité de Géométrie théorique & pratique, réimprimé en 1745 in-8°, avec la Vie de l'auteur. Colbert, instruit du succès de cet ouvrage, fit donner à le Clerc une pension de six cents écus & un appartement aux Gobelins. Mais il abandonna ensuite cette pension qui l'attachoit au service du roi, pour travailler plus librement & sur des sujets de son choix. II. Un Traité d'Architecture, 2 vol. in-4°. III. Un Discours sur le Point de vue, matière que l'auteur avoit approfondie. Après Callos, c'est le graveur qui a fait voir le plus distinctement cinq ou six lieues de pays dans un petit espace. Voyez le Catalogue raisonné de l'Œuvre de Sébastien le Clerc, avec sa Vie, par Jombert, Paris 1775, 3 vol. in-8°; ouvrage curieux & intéressant. — Il ne faut pas le confondre avec Sébastien LE CLERC, peintre, mort à Paris en 1763. V. CLERC, (Laurent-Joffe le) prêtre de Saint-Sulpice, étoit fils du célèbre graveur. Il s'est fait connoître dans la république des lettres, par quelques brochures pour éclaircir divers points d'histoire & de littérature ; & sur-tout par un Traité du Plagiat littéraire, que l'on confervoit manuscrit à la bibliothèque du séminaire de Saint-Irenée de Lyon. On ignore ce qu'est devenu ce dépôt, & s'il fera jamais rendu au public, toujours curieux de ce qu'il te ceux qui, ne faisant que copier ce qu'ils ont lu, le donnent pour des fruits de leurs mains ou de leur mémoire. On a encore de lui des Remarques sur le *Dictionnaire de Bayle*, imprimées dans l'édition de Trévoux, 1734. Il y a quelques minuties dans sa critique; mais on y trouve des observations judicieuses & solides. L'auteur avoit les mœurs simples & pures d'un vrai savant. Il se concilia l'estime & l'amitié de tous ses confrères. Il mourut en 1736.
VI. CLERC, (David le) ministre & professeur en hébreu à Genève, mourut dans cette ville en 1635, à 64 ans. Ses *Questions sacre* ont été publiées avec les Ouvrages d'*Étienne le Clerc*, son frère, en 1685 & 1687, 2 vol. in-8°, par *Jean le Clerc* son neveu, professeur à Amsterdam dont nous parlons au n.° VIII.
VII. CLERC, (Daniel le) médecin de Genève, & conseiller d'état dans sa patrie, né en 1652, neveu du précédent, fut aimé & estimé de ses concitoyens par sa bonté, sa candeur, & la facilité de son caractère. Il étoit naturellement gai, mais d'une gaieté froide, qui par cela même étoit plus piquante. Il s'acquit une réputation assez étendue parmi ceux de son art: I. Par l'*Histoire de la Médecine*, poussée jusqu'au temps de *Galien*, inclusivement; à Amsterdam 1729, in-4°. Ce livre, plein de recherches savantes, est écrit avec netteté, & l'auteur y fait bien connoître le caractère des anciens médecins, leurs opinions, leurs pratiques, leurs remèdes. II. *Historia naturalis Latorum Lumbricorum*, Genève 1715, in-4°. Ce traité des Vers-plats est très-estimé. III. *Le Clerc* aussi publié, avec *Manget*, la *Belle Chèque Anatomique*. Il mourut le 6 juin 1728, à 76 ans.
VIII. CLERC, (Jean le) autre neveu de *David le Clerc*, & frère du précédent, naquit en 1657, avec la mémoire la plus heureuse, & des dispositions pour tous les genres de littérature. Après avoir parcouru la France, l'Angleterre & la Hollande, il se fixa à Amsterdam, où il professa les belles-lettres, les langues & la philosophie. En 1728, il perdit tout d'un coup la parole en donnant ses leçons. Depuis cet accident, sa mémoire & son esprit s'affoiblirent, & il ne resta du savant *le Clerc* qu'un automate languissant. Il parloit; il semblait même, à son air composé, qu'il pensoit encore: mais toutes ses idées étoient sans ordre & sans suite. Il s'amusoit sans cesse dans son cabinet à lire, à écrire, à corriger. Il donnoit ensuite ses brouillons à son copiste pour les porter à l'imprimeur, qui les mettoit au feu tout de suite. Il perdit sa femme, fille de *Grégoire Leti*, au milieu de ces accidents, en 1734. Il la suivit deux ans après, & mourut le 8 janvier 1736, sur la fin de sa 79e année. On ne peut lui refuser beaucoup d'ardeur pour le travail, une érudition vaste, un jugement solide, une fécondité surprenante, une grande facilité pour écrire sur toutes sortes de matières, mais quelques-uns de ses livres se ressentent de la rapidité avec laquelle il les composoit, & de la trop grande variété de ses travaux littéraires. Il avoit, presque toujours, cinq ou six ouvrages sur le métier, & il travaillait ordinairement à mesure que l'imprimeur manquoit de copie. Soixante ans d'étude n'avoient pu le ramener à la vérité. Sectateur secret de *Socin*, il n'oublia rien pour expliquer plusieurs des miracles rapportés dans l'ancien & le nou- 476 C L E veau Teftament, par des voies naturelles, pour détourner les prophéties qui regardent le Meiffe, & corrompre les paffages qui prouvent la Trinité, & la divinité de J. C. On l'accusa d'avoir composé le livre intitulé : Sentimens de quelques Théologiens de Hollande, touchant l'Histoire critique du Vieux Teftament, par Simon, & la Définfe de ce même livre, dans l'intention de détruire l'inspiration des livres facrés; 2 vol. in-8.º Il tâche fort inutilement d'y montrer que Moife n'eſt pas l'auteur du Pentateuque, que l'histoire de Job eſt une méchante tragi-comédie, & le Cantique des cantiques une idylle profane & amoureuse. Voici ceux de ses ouvrages qui ont le plus de réputation : I. Bibliothèque Universelle & Historique; journal commencé en 1686, & fini en 1693, faisant 26 vol. in-12. On y trouve des extraits fort étendus & affex exacts des livres de quelque conféquence, accompagnés ſouvent de ſavantes remarques du journalife. II. Bibliothèque choiſe, pour ſervir de ſuite à la Bibliothèque univerſelle, en 28 vol. Le premier eſt de 1703, & le dernier de 1713. III. Bibliothèque ancienne & moderne, pour ſervir de ſuite aux Bibliotheques univerſelle & choiſe, en 29 vol. in-12, depuis 1714 juſqu'en 1727. IV. Ars Critica, 3 vol. in-8.º, 1712 & 1730; un des bons ouvrages de l'auteur, & dans lequel on a repris la liberté avec laquelle il s'explique ſur pluſieurs écrivains, & principalement ſur les Pères. V. Traité de l'Incrédulité, où l'on examine les motifs & les raifons qui portent les incrédules à rejeter la religion Chrétienne, 1714 & 1733, in-8.º; livre ſolide & bien fait. VI. Parthoſiana, ou Penſées diverſes ſur des matières de critique, d'histoire, de morale & de politique: les unes juſtes, & les autres haſardées ou fauſſes; 2 vol. in-8.º Il n'a guères eu d'autre peine que de compiler, & d'ajouter à ſes recherches quelques réflexions qui donnent à ſon livre un air de critique & de philoſophie. VII. Des Commentaires latins ſur la plupart des livres de l'Écriture-Sainte; à Amſterdam, 1710 & 1731, 5 volumes in-folio. VIII. Harmonia Evangelica, en grec & en latin, Amſterdam 1700, in-folio: ouvrage recherché. IX. Une Traduction du Nouveau-Teſtament en françois, avec des notes, 1703, in-4.º Ses ouvrages ſur l'écriture déplurent aux Catholiques & aux Proteſtans, par une foule d'interprétations Sociniennes que le Clerc y gliſa, tantôt avec art, tantôt à decouvert. Voyez HAMMOND. X. De nouvelles Editions de pluſieurs auteurs anciens & modernes, facrés & profanes: de Pello Albinovanus, de Cornélius Sévéus, de Sulpice-Sévère, d'Ejehine, de Tite-Live, de Méhandre, de Philemon, d'Auſone, d'Éraſme, du Traité de la Religion de Grotius, &c. &c. XI. Histoire des Provinces-Unies des Pays-Bas, depuis 1560 juſqu'en 1723: compilation inexacte & mal écrite, réimprimée à Amſterdam 1738, trois tomes en 2 volumes in-fol. XII. Histoire du Cardinal de Richelieu, 2 vol. in-12, réimprimée avec des Pieces en cinq volumes. XIII. Beaucoup d'Écrits polémiques, dans leſquels règnent tres-ſouvent la préſomption & l'aigreur. Voyez la Vie de J. le Clerc en latin, publiée par lui-même, Amſterdam 1711, in-8.º & dans ce Dictionnaire, les articles II. EUSÈBE. — MARSIGLI, n.º I. & MURATORI, n.º III. de leurs ouvrages.
IX. CLERC, (Paul le) Jésuite, né à Orléans en 1647, enseigna les belles-lettres avec succès. Appelé à Paris, il eut divers emplois, & mourut en 1740, à 93 ans. Il est auteur des ouvrages suivants : I. *La Vie d'Antoine-Marie Ubaldin*, à la Flèche en 1686, in-16, & plusieurs fois réimprimée depuis. Le Père Jacques Biderman, de la même société, avoit écrit cette *Vie* en latin. II. *Réflexions sur les quatre Fins dernières*, Paris & ailleurs. III. Plusieurs livres de Piété. X. CLERC, (Charles-Guillaume le) libraire, né à Paris le 28 octobre 1723, a publié quelques écrits utiles : I. *Instructions pour les Négocians*, 1789, in-12. Elles sont claires, précités, & le code commercial y est bien développé. II. *Supplément* au Dictionnaire historique de *Ladvocat*, 1788. Il forme le quatrième volume de l'édition de 1777. *Le Clerc* fut député à l'assemblée constituante, & y détermina l'organisation des juges de commerce ; il est mort le 26 septembre 1795.
XI. CLERC DE SEPTCHÈNES, (N. le) né à Paris, perfectionna ses études par des voyages, faits en Italie, en Hollande, en Suisse & en Angleterre, & publia, après son retour en France : I. *Mythologie des Grecs*, 2 vol. in-8° : ouvrage foible, peu approfondi, sans rapprochemens ingénieux. II. *Traduction* des premiers volumes de l'Histoire de la décadence de l'empire Romain, par *Gibbon* : elle est correcte & excite l'intérêt. *Septchènes* a publié encore une édition complète des *Œuvres de Fréret*, en 20 vol. in-12.
XII. CLERC, (le) *Voyer* BRUÈRE.
CLERCS MINISTRES DES INFIRMES, *Voyer* LELLIS.
CLERCS RÉGULIERS DE LA MÈRE DE DIEU, *Voy*. LEONARDI.
CLERCS RÉGULIERS MINEURS, *Voyer* ADORNE.
CLERCS DES ÉCOLES PIES, *Voyer* CASALANSIO.
CLEREL, (Nicolas) chanoine de Rouen, a fait une *Relation* de ce qui se passa aux états provinciaux de Rouen, tenus en 1578, & a donné les *Discours* qu'il y prononça. I. CLEREMBAULT, *Voy*. CLEREMBAULT.
II. CLEREMBAULT, (Philippe de) comte de *Palluau*, maréchal de France, en 1653, mourut à Paris en 1665, à 59 ans. Il servit en qualité de maître-de-camp de la cavalerie-légère, aux sièges de Philisbourg, de Dunkerque, de la Baffée & de Courtrai. Les Espagnols ayant tenté, en 1648, de reprendre cette dernière place, il les repoussa vigoureusement. *Clérembault* étoit aussi distingué par le mérite de l'esprit, que par celui de la bravoure. Quoiqu'il eut quelque peine à parler, sa conversation étoit agréable ; son esprit fin & délicat, donnoit un tour piquant à tout ce qu'il disoit. Il avoit été long-temps l'ami de Mad. *Cornuel*, célèbre par ses bons mots. S'étant brouillé avec cette dame, elle dit en plaisantant : *Je suis fâchée de l'avoir perdu ; je commençais à l'entendre*. Le *Ménagiana* rapporte que dans ses derniers momens, le maréchal de *Clérembault* dit : *Je vais donner tête baissée dans l'avenir*. Mais on peut douter qu'il se soit servi d'une expression si peu convenable, & qui se trouve dans les *Essais* de Montaigne, d'où quelque malin la tira fans doute, pour la mettre dans la bouche du maréchal de Clérembault. Il étoit père de Jules Clérembault, abbé de Saint-Taurin d'Evreux, l'un des 40 de l'académie Françoise, mort en 1714. Celui-ci avoit succédé à la Fontaine; & comme il étoit contrefait, un plaisant dit, que l'Académie avoit choisi Éfope pour remplacer la Fontaine. L'abbé de Clérembault avoit d'autres titres que la difformité de sa taille, beaucoup d'esprit, une mémoire excellente; il connoissoit l'Histoire, & sa conversation abondait en expressions fortes & singulières. La famille de Clérembault étoit connue dès le 13e siècle; les fils du maréchal n'ont point laissé de postérité. Voy. I. LABOUREUR.
CLERGERIE, Voy. II. BRY.
CLÉRI, (Pétermann) né à Fribourg en Suisse, l'an 1510, capitaine au service de Henri II, puis colonel d'un régiment Suisse au service de Charles IX, rendit de grands services à ces princes dans plusieurs expéditions. Il se distingua à la bataille de Dreux, & perdit la vie à celle de Montcontour, le 3 novembre 1569, après avoir signalé sa valeur à la tête de son régiment, qui contribua beaucoup à décider la victoire. Henri II l'avoit créé chevalier en 1554.
CLERIC, (Pierre) Jésuite, natif de Béziers, mort à Toulouse en 1740, à 79 ans, après y avoir professé vingt-deux ans la rhétorique, fut couronné huit fois par l'académie des Jeux-Floraux. La plupart de ses Poèmes se trouvent dans le Permissée Chrétien, Paris 1750, in-12. Ce Jésuite avoit beaucoup de ce feu qui caractérise le poète; mais son imagination n'étoit pas assez réglée, & ses ouvrages manquent de correction. On a de lui une traduction de l'Électre de Sophocle, en vers françois; & plusieurs autres Pièces de Poésie en latin & en françois.
CLERMONT-D'AMBOISE, (Rénée de) Voy. III. MONTLUC. I. CLERMONT-TONNERRE (François de) d'une famille ancienne & distinguée du Dauphiné, qui remonte jusqu'au XIe siècle, naquit en 1629. Il embraffa l'état ecclésiastique, & fut nommé évêque de Noyon, après avoir occupé successivement trois sièges épiscopaux. Plein de la splendeur de sa race, il étala une vanité peu épiscopale. Il voulut qu'un chanoine de sa cathédrale lui portât la queue dans les processions & dans les autres cérémonies. La chapitre s'opposa à cette singulière pretention. L'affaire fut portée au parlement. L'avocat Fourcroi, qui plaidoit pour les chanoines, dit que « la queue de M. de NOYON, étoit une comète dont la maligne influence s'étendroit sur toute l'église Gallicane. » — Un cordelier ayant dédié une Thèse à ce prélat, lui demanda si ses titres étoient tels qu'il le vouloit? « Mon père, lui dit l'évêque, vous avez oublié: Viro in Scripturis potentissimo. » Il croyait en effet être un grand interprète de l'Écriture. Il ne se piquoit pas moins de bel-esprit, & il fut reçu de l'académie Françoise, après la mort de Barbier d'Aucour, en 1694. On s'étonna que, tout rempli de sa noblesse & de celle de ses ancêtres, il eût voulu occuper la place d'un académicien roturier. Aussi l'abbé de Caumartin lui dit, dans la réponse a son discours: « Si les places de l'académie Françoise n'étoient confidérées que par les dignités de ceux qui les ont remplies, nous n'aurions osé vous offrir celle dont vous venez de prendre possession; & peut-être n'auriez-vous pas eu vous même tout l'empressement que vous avez témoigné pour l'avoir. » L'évêque de Noyon remplit du moins les fonctions d'académicien, en fondant un prix pour la poésie. On lui a attribué beaucoup de bons mots, qui ne méritent guères ce nom. On lui fait dire au duc de *Maçarin*, qui lui demandait sa bénédiction à genoux : *Je vous donne ma compassion*. On ajoute que, lorsqu'il prêchoit, il appelait son auditoire *Canaille Chrétienne*. Tout cela est bien peu vraisemblable de la part d'un homme qui, quoique singulier, avoit de l'esprit & connoissoit les bienfiances. Il mourut en 1701, à 72 ans. Ceux qui ont parlé de son faîte bruyant & de son orgueil, auroient dû dire aussi qu'il fit des choses nobles & généreuses, & qu'il rachera ses défauts par quelques vertus. Il gouverna bien son diocèse, établit des synodes, fonda un séminaire & répandit d'abondantes aumônes. — La famille de *Clermont-Tonnerre* est divisée en plusieurs branches. Le maréchal de *Clermont-Tonnerre* (Gaspard) qui étoit de celle de *Crozy*, obtint le bâton en 1747, & mourut en mars 1781. Sa famille est différente de celle des comtes de *Clermont* en Beauvois, qui produisit un connétable sous *Philippe-Auguste*, (*Raouï* de *Clermont*, mort en 1191) & qui s'éteignit vers l'an 1400. *Voyer* III. LUXEMBOURG.
II. CLERMONT-TONNERRE, (*Stanislas*, comte de) député de la noblesse de Paris aux états-généraux de 1789, y montra de l'énergie contre les déforganisteurs, teurs, de la philosophie dans ses idées, de l'éloquence dans sa diction. On lui reprocha d'avoir abandonné son ordre, des le commencement de l'assemblée, pour se réunir au tiers-état; mais il ne se laisse point emporter par l'exagération de ceux qui, sous le prétexte de tout reformer, vouloient tout détruire. Pour opposer un contre-poids à la puissance effrayante du *Club dit des Jacobins*, il en fonda un autre, sous le nom de *Club des Amis de la Monarchie*. Il s'opposa au renvoi des ministres, & proposa plusieurs fois le système des deux chambres. Ses principes de modération devenus odieux, le firent comprendre au nombre des victimes massacrées dans les premiers jours de septembre 1793. Ses opinions ont été recueillies & imprimées, 1791, 4 vol. in-8. On lui doit encore l'*Examen* de la Constitution de 1791, in-8. Il la discute avec profondeur, & développe les abus qu'on auroit dû y reformer. — Son père le duc de *CLERMONT*, périt avec courage sous la hache révolutionnaire le 26 juillet 1793, à l'âge de 74 ans.
CLERSELIER, (*Claude*) philosophe Carrélien, mort à Paris en 1684, à 70 ans, étoit beau-père de *Rohault*, & fit la préface de la physique de son gendre. On a encore de lui la traduction de divers ouvrages de *Descartes*, qui n'avoit point de plus zélé partisan. La philosophie ne fit point en lui tort à la religion. Il fut Chrétien d'esprit & de cœur.
CLÉSIDE, peintre Grec, vécut sous le règne d'*Antiochus I*, vers l'an 276 avant J. C. Ayant eu quelque sujet de mécontentement de la reine *Stratonice*, il s'en vengea en la représentant dans les bras d'un 480 C L E pêcheur. Cette princesse se trouva peinte avec tant de charmes dans ce tableau satirique, que, malgré son indécence, elle laissa subitier l'ouvrage & récompensa l'auteur. Le peintre ne connoissoit pas ce sexe, dont l'amour propre est la première & la plus forte passion: il auroit sans doute mieux fer-i sa vengeance, s'il eût prêté à Stra- tonies une leideur injurieuse.
CLET, (St.) Voy. I. ANACLET.
CLÉTA, (Mythol.) nom de l'une des Graces chez les Lacé- démoniens, qui n'en comptoient que deux.
CLEVELAND, (Jean) mauvais poète Anglois, très-attaché à la cause de Charles I, pour lequel il fut persécuté. On le priva des places qu'il avoit dans l'université de Cambridge; & on le réduisit à venir vivre à Londres de ses vers & des générosités des roya- listes. Il mourut dans cette ville en 1658. Ses poésies ont paru pour la dernière fois en 1687, in 8.º Il avoit été un des rivaux de Milton, quoiqu'il lui fût très- inférieur.
CLÈVES, (Marie de) Voyer IV. JEANNE.
CLÈVES, (Anne de) Voy. I. CROMWEL, & HENRI VIII, n.º XX.
CLICQUOT-BLERVACHE, (Simon) né à Rheims le 7 mai 1723, fut d'abord inspecteur des manufactures, & devint procureur- syndic de sa patrie. Ses relations fréquentes avec les ministres, le firent avantageusement connoître, & M. de Tradaine le nomma, en 1765, inspecteur - général du commerce. Il exerça cette place avec honneur jusqu'en 1790, où elle fut supprimée. Ses qualités fo- ciales le firent aimer; il fut ami sûr, bon parent, bon époux. Sa vie fut marquée par des ouvrages utiles; sa mort par des regrets fin- cères. On lui doit: I. Dissertation sur l'effet que produit le taux de l'argent sur l'agriculture & le com- merce. Elle fut couronnée, en 1755, par l'académie d'Amiens. II. Autre, sur l'état du commerce en France, depuis Hugues Capet jusqu'à François premier. Elle obtint le prix de la même académie, en 1756. III. Confé- derations sur les arts & métiers. Cet ouvrage, plein de vues judicieuses, mais qui pouvaient paraître har- dies dans le temps, parut d'abord en 1758, in-12, sous le nom de Delisse. Il a été réimprimé depuis. L'abbé Coyer y puisa toutes les idées du roman de Chinki. IV. L'Ami du Cultivateur, par un Savoyard, 1789, 2 vol. in-8.º L'élégance & la clarté du style se réunit dans cet écrit à des idées fortes sur les droits féodaux, les dimes, &c. V. Mémoire sur la possibilité & l'u- tilité d'améliorer les laines dans la province de Champagne. Cet ou- vrage fit nommer son auteur mem- bre de la société d'Agriculture de Paris. VI. Confédérations sur le traité de commerce entre la France & l'Angleterre. Il combat avec au- tant de justesse que de précision, les motifs de ce traité. VII. Mé- moire sur l'état du commerce inté- rieur & extérieur de la France, de- puis la première Croisade jusqu'au règne de Louis XII. Il fut couronné par l'académie des Inscriptions, & publié à Paris en 1790. L'érudition y est accompagnée de vérités utiles. VIII. On regrette deux Ouvrages que l'auteur a laissés manuscrits, l'un sur la Navigation de la rivière de Vesse, l'autre très-confédérable sur le Commerce du Levant. — En général, tous les écrits de Clicquot- Blervache ont pour but l'intérêt public, public, & prouvent tout à la fois un écrivain judicieux & un excellent citoyen.
CLICTHOUE, (Joffe) *Jodocus Clithoueus*, natif de Nieuport en Flandres, docteur de Sorbonne, mort théologal de Chartres le 22 septembre 1543, fut un des premiers qui combattirent Luther. Son *ANTI-LUTHERUS*, Paris 1524, in-fol., est estimé. Ses ouvrages, selon *Érasme*, font *uberrimus rerum optimarum fons*. Si la critique & la science des langues ne lui avoient manqué, il auroit été placé au rang des meilleurs controversistes. Il possédoit l'Écriture, & avoit beaucoup lu les Pères. Il réfute l'erreur avec solidité, sans s'emporter contre les errans. Son latin est plus pur que celui des scolastiques, & moins élégant que celui de plusieurs orateurs de son temps. On peut lire encore ses ouvrages avec fruit.
CLIMAQUE, *Voy. JEAN-CLIMAQUE*, (Saint).
CLINAS, célèbre médecin de Marseille, alla exercer son art à Rome, & y amaffa tant de richesses, qu'il légua par son testament fix millions de ses forces pour les fortifications de sa patrie.
CLING, (Conrad) *Clingius*, Allemand, religieux de l'ordre de Saint François, vivoit en 1550. Il a composé divers Traités de controverses : I. Un *Catéchisme*, Cologne 1570, in-8.º II. *De fecuritate Conscientia*, contre l'*Interim* de Charles-Quint, ibid. 1563, in-folio. On doit lire avec précaution ce qu'il a écrit sur la justification.
CLINGSTET, *Voy. KLINGSTET*. I. CLINIAS, père d'*Alcibiade*, fit revivre l'hospitalité entre les *Tome III*. Athéniens & les Lacédémoniens. Il se signala dans la guerre de *Xercès*, sur une galère armée à ses dépens, & fut tué à la bataille de Coronée, l'an 447 avant Jésus-Christ.
II. CLINIAS, Pythagoricien, qui vivoit vers l'an 520 avant l'ère chrétienne, égaya les leçons de la philosophie par les charmes de la musique. Il étoit d'un naturel prompt & bouillant; mais il trouvoit dans les sons de sa lyre, un lénitif qui calmoit les mouvemens de sa colère. Il avoit coutume de s'écrier dans ces occasions : *Ah! je m'adoucis*.
CLIO, (Mythol.) l'une des neuf Muses, fille de Jupiter & de *Mnemojyne*, préside à l'Histoire. On la représente couronnée de laurier, une trompette dans la main droite, & un livre dans la gauche. On lui attribuoit l'invention de la guitare. I. CLISSON, (Olivier de) connétable de France en 1380, sous *Charles VI*, élève de *Bertrand du Guéjclin*, étoit Breton comme lui. Il porta d'abord les armes contre la France; mais *Charles V* l'attira à son service par de fortes pensions, & par l'espérance des grandes charges de la couronne. Il commandoit l'avant-garde à la fameuse bataille de Rosbecq, en 1382, contre les Flamands, qui y perdirent vingt-cinq mille hommes. Cinq ans après, s'étant rendu auprès du duc de Bretagne, celui-ci le fit arrêter, après l'avoir accablé de caresses. Il ordonna à *Bavalan*, capitaine de son château de l'Hermine, de le coudre dans un sac, & de le jeter dans la mer. *Bavalan* comptant sur les remords du duc, ne crut pas devoir exécuter cet ordre. Son H b 482 CLI maître, revenu à lui-même, rendit son prisonnier; mais ce ne fut qu'après avoir reçu une grosse ran- çon. Ils se réconcilièrent depuis si sincèrement, que Jean V, en mou- rant, laissa ses enfans sous la garde de Clisson. Il méritait cette con- fiance par son exacte probité; car Marguerite, duchesse de Penthièvre, sa fille, ayant voulu lui infirmer de se défaire de ses pupilles, pour mettre la couronne ducale de Bre- tagne sur la tête de Jean de Blois son époux; Clisson fut si indigné de cette horrible proposition, que la duchesse aurait éprouvé les ef- fets de sa colère, si elle ne se fut retirée aussitôt de sa présence. Le connétable de retour en France, s'occupoit du projet de chasser les Anglois du royaume, lorsque Pierre de Craon, à la tête d'une vingtaine de scélérats, fondit sur lui la nuit du 13 au 14 juin 1393. Clisson, après s'être défendu assez long-temps, tomba de cheval, percé de trois coups & laissa pour mort par les assassins. Ses blessures n'étoient pas dangereuses, il en guérit. Le roi Charles VI, peu de temps après, fut attaqué de ses accès de frénéfie. Les ducs de Bourgogne & de Berri, régens du royaume, dépouillèrent le conné- table de toutes ses charges, après l'avoir condamné au bannissement perpétuel, & à une amende de cent mille marcs d'argent. Il se retira en Bretagne, & mourut dans son château de Josselin en 1407, aimé des gens de guerre auxquels il per- mettoit tout, & haï des grands qu'il traitoit avec hauteur. On le com- paroit à du Gueselin pour le cou- rage; mais il lui étoit supérieur par l'art de se ménager des ref- fources, & de former des projets favorables à son ambition. Ses premiers exploits avoient annoncé ce qu'il fut. A la journée d'Auray, il reçut un coup de lance qui lui creva un œil, & il ne voulut pas quitter le champ de bataille. On se récria beaucoup, de son temps, sur la somme de dix-sept cent mille livres à laquelle on faisoit monter son bien: on ne faisoit pas attention qu'il avoit joui pendant douze ans des appointeurs de connétable, qu'il étoit très-riche de son patrimoine, & qu'il avoit conquis ses autres richesses plutôt sur les ennemis que sur l'état.
II. CLISSON, (Jeanne de Belle- ville, femme d'Olivier III, fire de) vivoit sous le règne de Philippe de Valois. Elle se rendit célèbre par son courage: son mari ayant eu la tête tranchée à Paris le 2 août 1343, Jeanne ne s'occupa que de sa vengeance. Elle n'avoit qu'un fils qu'elle envoya à Londres; & dès qu'elle le fut en sûreté, elle vendit ses diamans, arma trois vaissaux, fit des défentes en Normandie, & y força des châ- teaux. « On voyoit, suivant Saint- Fois, une des plus belles femmes de l'Europe, armée d'une épée d'une main & d'un flambeau dans l'autre, venger & sa famille & son pays. »
CLISTHÈNES, magistrat d'A- thènes, de la famille des Aleméo- nides, fit un nouveau partage du peuple. Il le divisa en dix tribus, au lieu de quatre, & fut l'auteur de la loi connue sous le nom d'Ostracisme, par laquelle on con- damnoit un citoyen au bannisse- ment, de peur qu'il ne devint le tyran de sa patrie. Le nom d'Ost- tracisme vient du mot Ostracon, qui signifie écaille, parce que c'é- toit sur une écaille qu'on écrivait le nom du proscrit. Clisthènes fit chasser par cette loi le tyran Hip- piax, & rétablit la liberté de la république, l'an 510 avant J. C. Il étoit atout de Périclès.
CLITE, fille de Mérops, roi de Rhyndaque, épousa Cycicus, fondateur de la ville de Cycique. Cette princesse s'étrangla, pour ne pas survivre à son mari qu'elle s'imiti tendrement, & qui avoit été sué dans un combat.
CLITEMNESTRE, Voy. CLY-TEMNESTRE.
CLITOMAQUE, philosophe de Carthage, quitta sa patrie à l'âge de quarante ans. Il se rendit à Athènes, où il fut disciple & successeur de Carnéade, vers l'an 140 avant J. C. Il avoit composé un grand nombre d'ouvrages qui se sont perdus, & dont on faisoit cas.
CLITOPHON, ancien historien de Rhodes, ou Rhoda, colonie des Rhodiens près du Rhône, mérite quelque considération. On cite de lui plusieurs ouvrages assez importants, dont il n'existe plus que des passages dans le livre des Fleuves & des Petites Parallèles, attribué à Plutarqué. — Voyez le Tom. XX des Mémoires des Inscriptions, in 4°, pag. 15.
CLITOR, fils d'Azan, fonda une ville d'Arcadie, où Cérès & Esculape avoient des temples. On voyoit dans ses environs une fontaine dont l'eau avoit le goût du vin.
CLITORIS, (Mythol.) fille d'un Myrmidon, étoit si petite, que Jupiter, amoureux d'elle, fut obligé de se transformer en fourmi pour la visiter.
CLITUMNE, fleuve de l'Ombrie, fut honoré comme un dieu. Son temple, suivant Pline, étoit placé sur ses bords; & l'on y voyoit la statue du fleuve vêtue en habit romain. Un pont séparoit la partie des eaux, qui étoit sacrée, de celle qui ne l'étoit pas. Dans la première, on pouvoit se baigner & se purifier, mais on ne pouvoit passer en bateau que dans la seconde. I. CLITUS, frère d'Hellanice, nourrice d'Alexandre le Grand, se signala sous ce prince, & lui sauva la vie au passage du Granique. Un Satrape alloit abattre d'un coup de hache la tête du héros, lorsque Clitus coupa d'un coup de sabre le bras prêt à frapper. Ce service lui gagna l'amitié d'Alexandre. Il jouissoit de sa confiance & de sa familiarité. Un jour ce roi s'étant mis à exalter ses exploits & a rabaisser ceux de Philippe son père, dans un accès d'ivresse; Clitus, qui apparemment n'étoit pas moins échauffé, osa relever les actions de Philippe, aux dépens de celles de son fils: Tu as vaincu, lui dit-il, mais, c'est avec les soldats de ton père. Il alla jusqu'à lui reprocher la mort de Philotas & de Parménion, Alexandre, dans le feu de la colère & du vin, le perça d'un javelot, en lui disant: Va donc aussi rejoindre Philippe, Parménion & Philotas! Quand la raison lui fut revenue, & qu'il vit Clitus noyé dans son sang, il vouloit s'immoler pour appaisser ses manes: mais les philosophes Calisthènes & Anaxarque l'en empêchèrent.
II. CLITUS, Juif, fut condamné, sous l'empereur Vespocien, à avoir les deux mains coupées, en punition d'une sédition qu'il avoit excitée à Tibériade. L'historien Josèphe, qui avoit chargé Lévias, un de ses gardes, d'infliger ce châtiment au coupable, touché par les prières de Lévias, modéra la peine de Clitus, & lui laissa une main, sous la condition qu'il se couperait lui-même l'autre. Ce malheureux se fit sur-le-champ sauter la gauche. H h 2
CLIVE, (N.) fils d'un procureur de Shrewsbury, parvint par son génie & ses talens militaires, à être nommé lord & gouverneur-général du Bengale. Né sans fortune, il avoit commencé à se jeter dans le commerce des Indes, où il avoit acquis des bénéfices lorsque la guerre élevée dans l'Inde entre les Anglois & les François, lui fit prendre le parti des armes. Il s'éleva, par sa valeur, au commandement général, & établit la puissance Angloise au point de splendeur où elle est parvenue en Asie. On lui a reproché des concussions, d'avoir été sans foi dans ses traités, & d'avoir regardé comme indifférens les crimes qui pouvoient le conduire à son but; mais l'envie a un peu chargé ce tableau. En effet, elle l'a accusé d'avoir fait périr de faim, en 1769, une immense population dans le Bengale; & à cette époque, il n'étoit pas dans l'Inde. Le lord Clive étoit naturellement mélancolique; & après avoir joui de tous les avantages de la puissance, de la fortune & des grandeurs, il s'est donné volontairement la mort. Lord Clive a eu l'honneur de voir sa statue placée dans l'hôtel de la compagnie des Indes, en Angleterre.
CLOACINE, (Mythol.) divinité de Rome, présidait aux égouts de cette ville. Titus Tatius ayant trouvé une statue dans un cloaque, en fit la déesse Cloacine.
CLOCHES, (Bénédiction des) Voy. JEAN XIII.
CLODION le Chevelu, fut surnommé ainsi, parce qu'il ordonna, dit-on, par une loi que les princes du sang royal portéroient des cheveux longs, au lieu que le reste des François les portoit tres- courts. Succeffeur de Pharamond son père vers l'an 427, il passe pour le second roi des François. Il prit Tournai, Cambrai, fut défait par Aetius, reprit courage, se rendit maître de l'Artois & d'Amiens. Après la prise de cette ville, il envoya son fils affléger Soissons. Ce jeune prince y ayant été tué, Clodion en mourut, dit-on, de douleur en 447 ou 48. On ne fait ni le nom de sa femme, ni le nombre de ses enfans. Plusieurs auteurs disent, qu'il n'en eut que deux, Clodebaut & Clodomir. Ce qu'il y a de certain, c'est que Clodion laissa à Mérouée la tutelle de l'un de ses fils.
CLODIUS, (Publius) sénateur Romain, de la famille Clodienne, étoit à la fois libertin sans pudeur, mauvais citoyen & ennemi de la république. Il fut surpris en rendez-vous avec Pompéia, femme de Céjar, dans la maison même de son mari, où l'on célébroit ce jour-là les mystères de la Bonne-Déesse. On fait qu'il étoit défendu aux hommes d'y paroître. Clodius s'y introduisit, déguisé en musicienne. On lui fit son procès: il cortompit ses juges à force d'argent, & fut absous. Clodius devenu tribun, fit exiler Cicéron, & fut tué ensuite par Milon, l'an 53 avant J. C. Cicéron se chargea de la déesse du meurtrier. — Voy. FULVIE, GABINIUS, & II. MILON. On ne peut rien ajouter à l'idée que les historiens nous donnent de la corruption de ses mœurs. Il fut incelueux avec ses trois sœurs; du moins le public l'en accusait: mais on fait qu'il ne faut pas toujours croire le public.
CLODOALDE, Voy. CLOUD (Saint).
CLODOMIR, fils de Clovis & de Clotilde, héritier du royaume d'Orléans, fit la guerre à Sigismond roi de Bourgogne, le prit prisonnier, le fit mourir, & fut tué lui-même en 524 : Voyet CLOTILDE. Il laissa trois enfans de sa femme Gondique : les deux premiers, Gontaire & Théodebalde, furent massacrés par Childebert & Clotilde, leurs oncles. Le troisième, Clodoalde, se fauva dans une retraite, fut rasé, & s'y sanctifia. — CLOOTZ, (Jean-Baptiste de) Baron Prussien, naquit à Clèves le 24 juin 1755. Possesseur d'une grande fortune, il la prodigua dans ses voyages, ses projets, ses goûts dispendieux. En Angleterre, il se lia avec Burke, alors l'un des chefs du parti de l'opposition. Appelé en France par les principes d'une révolution qui flattoit son imagination ardente & son amour extrême de la liberté, il en devint l'apôtre le plus extravagant; dès-lors, il changea son nom patronimique, pour prendre celui d'un philosophe ancien, & se fit nommer Anacharfe. Il changea de même son titre de Baron pour se qualifier d'Orateur du genre humain, & il chercha à justifier cette dernière dénomination en paroissant, le 17 juin 1790, devant l'Assemblée nationale, à la tête d'une nombreuse députation, déguisée par divers costumes étrangers, massacrés appelée l'Ambaffade du genre humain. Cloot donna douze mille livres pour faire la guerre aux rois; il offrit de lever une légion Prussienne, sous le nom de légion Vandale; il demanda qu'on mit à prix la tête du roi de Prusse, & loua beaucoup Ankafroom, l'assassin du roi de Suède. « Mon cœur est françois, s'écrioit-il, & mon ame a toujours été sans-culotte. » Ce fou, digne des petites maisons, n'en fut pas moins député à la Convention. Là, il fit la guerre à Jésus, dont il se déclara l'ennemi personnel, & publia une brochure, intitulée : La République Universelle, utile à conserver pour quiconque aime à juger combien l'esprit humain, avec de fauves idées philosophiques, tend à s'égarer. Il y soutient que le peuple est souverain du monde, qu'il est Dieu, que l'univers n'est qu'une famille qui se réunira aux François qui est le Peuple-Dieu. Cloot, dont les extravagances déplurent à Robespierre, fut arrêté & condamné à mort le 24 mars 1794. Il la subit avec fermeté & sans déroger à ses idées. En allant à l'échafaud avec Hébert, il l'exhorta à bannir tout sentiment religieux dans ses derniers moments; & il demanda à être exécuté le dernier, pour se convaincre, disoit-il, des véritables principes du matérialisme, en voyant tomber les têtes des compagnons de son trépas. Il étoit neveu de Corneille Paw, écrivain érudit & distingué. Envieux de la gloire de son oncle, il voulut aussi écrire & faire du bruit. L'orgueil le conduisit bientôt à la déraison, & celle-ci à la mort.
CLOPINEL, ou JEAN de Meun, naquit à Meun en 1280, & fut appelé Clopinel parce qu'il étoit boiteux. Il s'appliqua à la théologie, à la philosophie, à l'astronomie, à la chimie, à l'arithmétique, & sur-tout à la poésie. Il fit les délices de la cour de Philippe le Bel, par son esprit & par son enjouement. Quoique médifiant & satirique à l'égard des femmes, il en fut aimé. Quelques dames voulurent, pour se venger de ses médisances, 486 CLO le fuftiger : il fe tira d'embarras, en leur demandant que les premiers coups lui fuffent portés par celle qui donnoit le plus de prise à la fatire. On croit qu'il mourut vers l'an 1364. Il legua par fon teftament aux Dominicains de la rue Saint-Jacques, un coffre rempli de choses précieues, à ce qu'on pouvoit juger au moins par fa pefanteur, & qui ne devoit être ouvert qu'après fa mort. On l'ouvrit, & l'on n'y trouva que des pièces d'ardoise. Les Jacobins, indignés de se voir joués, s'avisèrent de déterrer Clopinel; mais le parlement de Paris les obligea de lui donner une fépulture honorable dans le cloître même de leur couvent. Quelques biographes traitent cependant cette hiforiette de conte fait à plaifir. Le poëte s'étoit d'abord fait connoître par quelques petites Pièces. Le roman de la Rose lui étant tombé entre les mains, il refolut de le continuer : Guillaume de Lorris, premier auteur de cet ouvrage, n'avoit pas pu l'achever. L'amour profane, la fatire, la morale & l'erudition, mais fur-tout les deux premiers, y règnent tour à tour. Il est fort bien écrit, pour un temps où notre langue ne faifoit que de fortir de la barbarie Celtique & Tudefque; mais quelques louanges que les éditeurs de ce vieux roman lui aient données, on lira toujours les nouveaux avec plus de fatisfaction. C'est un tas informe de fatires, de contes, de faillies, de groffieretés, de traits moraux & d'ordures. Pour un moment de plaifir qu'on aura en le lisant, on rencontrera cent inftans d'ennui. Il y a une ingénuité, une naiveté, qui plaît d'autant plus, qu'elle n'est plus de notre ficele; voilà tout fon mérite, quoi qu'en dife l'abbé L'nglet, qui nous a donné une édition de ce roman en 1735, 3 volumes in-12. Cet ouvrage fut mis en profe par Jean MOULINET, chanoine de Valenciennes, qui floriffoit vers l'an 1480. Cette efpece de verfon fut publiée à Paris en 1521, avec ces quatre vers à la tête : « C'est le Roman de la Rose, Moralifé clair & uet, Tranflaté de vers en profe Par votre humble Moulinet. » Clément Marot changea, en 1527, plufieurs termes du roman de la Rose pour le rendre plus intelligible; & les amateurs des vieilles guenilles de la langue françoise regardèrent cette liberté comme une profanation. Clopinel a fait encore une Traduction du livre De la Confoliation de la Philofophe, par le célèbre Boece, 1494, in-folio. Soret croit que c'est la première traduction françoise d'un ouvrage latin. Mais Ducange a prouvé que Mikius de Harnes avoit traduit auparavant la Chronique latine de l'archevêque Turpin. Clopinel a publié une traduction des Lettres d'Abailard, & un petit ouvrage sur les réponses des Sybilles, &c. Clopinel rapporte lui-même le titre de plufieurs de ses ouvrages dans une Épître à Philippe IV. « A ta royale majeste qui jadis au roman de la Rose ai enseigné; j'ai tranflaté de latin en françois le livre de Végice de la Chevalerie, le livre des Merveilles de Hirlande, le livre des Épîtres de Pierre Abailard, le livre de Aelred de spirituelle Amitié. J'envoie ores (maintenant) Boece de la Confoliation, que j'ai tranflaté en françois. »
CLOPPENBURG, (Jean) ministre Hollandois, professeur de théologie dans l'université de Francker, mourut en 1652, à 60 ans. On a de lui quelques Ouvrages de Théologie, Amsterdam 1684, deux volumes in-4.° On y trouve des dissertations érudites contre les Anabaptistes & les Sociniens, sur l'uffure, sur les sacrifices des patriarches, sur le jour où Jæus mangent l'agneau pascal.
CLORIS, Voyet CHLORIS & I. FLORE.
CLOS, Voyet DUCLOS.
CLOSTER, fils d'Arachné, inventa, suivant Pline l'ancien, les fuseaux propres à filer la laine, la navette & quelques autres infirmens utiles à la tiffenderie & aux arts. I. CLOTAIRE I, quatrième fils de Clovis & de Clotilde, roi de Soissons en 511, joignit les armes à celles de Clodomie & de Childebert contre Sigismond roi de Bourgogne. Il suivit Thierri à la guerre contre le roi de Thuringe, s'unit ensuite avec son frère Childebert, & fit, de concert avec lui, une courée en Espagne l'an 542. Après la mort de Thierri, Clotaire eut le royaume d'Aufrafie; & après celle de Childebert en 558, il réunit tout l'empire François. Il se signala contre les Saxons & les Thuringiens, & mourut à Compiegne en 561, dans la 64e année de son âge & la 51e de son règne. L'année d'auparavant, Chramne son fils naturel s'étoit révolté, son père l'ayant surpris les armes à la main, le brûla avec toute sa famille, dans une cabane où il s'étoit retiré. Depuis cette vengeance atroce, ce prince vécut dans une trifle profonde, qui le précipita enfin au tombeau, le même jour, dit-on, & à la même heure qu'il avoit ordonné la mort de son fils & des fiens. Il dit avant que d'expirer : Hélas ! que doit être le Roi du Ciel, puisqu'il fait mourir ainsi les plus grands Rois sur la terre !... Clotaire eut six femmes, & laissa quatre enfans qui lui succédèrent. Ce prince étoit courageux, libéral & grand politique, mais cruel & ambitieux. Son règne n'offre que des adultères, des incestes, des meurtres, des horreurs.—Voyet I. DAGOBERT & CLOTILDE.
II. CLOTAIRE II, fils & fucceffeur de Chilperic I dans le royaume de Soissons, à l'âge de quatre mois, en 584, fut soutenu par Frédegonde sa mère contre les efforts de Childebert. Elle remporta sur ce prince une victoire signalée près de Soissons en 593. Après la mort de sa mère, il fut défait par Théodebert roi d'Aufrafie, & par Thierri roi de Bourgogne. Ces deux princes étant morts, il réunit toute la monarchie Françoise. Il dompta les Saxons, tua de sa main leur duc Berthold, & ne songea plus, après la victoire, qu'à assurer la paix de l'État, en y faisant régner la justice & l'abondance. Il mourut en 628, âgé seulement de 45 ans; laissant deux fils, Dagobert & Charibert. L'amour des lois, l'art de gouverner, le zèle pour l'observation des canons, ont fait oublier en partie sa cruauté. Il fit égorger les quatre enfans de Théodoric, son cousin; il condamna Brunehaut à une mort cruelle; il livra les Saxons à la fureur du soldat, &c. Ce fut Clotaire II, dit un écrivain, qui prépara de loin cette révolution si fatale à sa postérité, par laquelle les maires du palais furent placés sur le trône de leurs souverains : il confientit de donner à vie cette charge si importante, qui, dans son origine, n'étoit remplie que pour un temps. Les maires avoient favorisé son usur- pation sur la malheureuse famille de *Thierri*. Elle fut vengée. Les enfans de *Clotaire* furent, à leur tour, précipités du trône par les enfans de ces mêmes hommes qu'ils avoient fait afféoir à leurs côtés. *Pasquier* dit à ce sujet, avec cette énergie qui lui est propre : *Dieu en fit une punition à la Royale*.
III. CLOTAIRE III, fut roi de Bourgogne & de Neustrie, après la mort de *Clovis II* son père en 655. *Batière* sa mère, aidée de *S. Eloi* & de *S. Léger*, gouverna durant sa minorité avec beaucoup de sagesse. Cette princesse s'étant retirée au moquêtre de Chelles, *Ebroin*, maire du palais, s'empara de toute l'autorité, & se fit détester par ses cruautés & ses injustices. *Clotaire III* mourut en 670, sans postérité.
CLOTHO ou CLOTHON, (Mythol.) la plus jeune des trois Parques, tient la quenouille, & file la destinée des hommes. Elle est représentée avec une longue robe de diverses couleurs, & une couronne ornée de sept étoiles sur la tête. *Refout* l'a peinte dans son tableau d'*Orphée* venant aux enfers pour en retirer *Eurydice*, & il a donné à cette parque toutes les graces de la jeunesse. Les Grecs croyoient qu'elle résidait souvent dans la lune pour en régler les mouvements.
CLOTILDE, (Sainte) fille de *Chilperie* roi des Bourguignons, épousa en 493 *Clovis*, premier roi Chrétien de France, malgré son oncle *Gondebaud*, meurtrier de *Chilperie* & usurpateur de son trône. Elle contribua beaucoup à la conversion de son époux, par son esprit & par sa vertu. Après la mort de *Clovis* en 511, *Clo-* domir roi d'Orléans, *Childebert* de Paris, & *Clotaire* de Soissons, portèrent la guerre dans le royaume des Bourguignons. *Clotilde* excita cette guerre qui lui paroissait juste. Cette princesse avoit des droits à réclamer, & vouloit venger la mort de son père sur *Sigismond* roi de Bourgogne, fils & successeur de *Gondebaud*. *Clodomir*, aussi barbare que ce dernier, se souilla du sang de *Sigismond*, & de celui de sa femme & de ses enfans, qu'il avoit faits prisonniers. Il poussa la guerre avec furie, & fut tué dans une bataille. Ses enfans éprouvèrent bientôt tout ce que l'ambition & l'avarice inspirent de fureur à des parens cruels & dénaturés. *Childebert* & *Clotaire* formerent ensemble le dessein de ravir leur héritage. Le premier avoit engagé *Clotilde* à les mener à Paris, où il vouloit, disoit-il, leur donner solennellement le titre de rois. A peine sont-ils arrivés dans cette ville, qu'on les arrête. Les deux oncles envoient à *Clotilde* des ciseaux & une épée, lui annonçant ainsi qu'il n'y a d'autre parti à prendre pour ces jeunes princes que le cloître ou la mort. *Clotilde* transportée de douleur, & ne prévoyant pas un parricide, dit qu'elle aimerait mieux les voir morts, que dépouillés de leurs couronnes. Cette réponse devint le signal du crime : *Clotaire* égorgea de sa propre main les deux aines. Le cadet dérobé à sa fureur, fut caché dans un couvent, & on l'honore sous le nom de *S. Cloud*. *Clotilde*, témoin de tant de malheurs, se retira à Tours, auprès du tombeau de *S. Martin*. Elle y mourut dans de grands sentimens de piété l'an 543. Son corps fut rapporté à Paris en l'église de Saint-Pierre & Saint-Paul, où *Clovis* étoit enterré. Cette princesse avoit l'esprit noble, l'ame grande, un génie délicat, un caractère infinuant. Elle conferva toujours sur *Clovis* cet ascendant que donnent le mérite & les vertus. « Mais, quoique dévore, dit l'abbé le *Gendre*, elle n'en étoit pas moins vindicative. Sans doute elle croyoit ses reffentimens juftes : c'est l'erreur où tombent souvent les perfonnes de piété, qui se perfuadent aisément que les injures qu'elles reçoivent, font des injures faites à Dieu. » Il est certain que si elle avoit pu oublier le meurtre de son père, elle auroit épargné bien du fang ; sa maifon n'auroit pas vraisemblablement été éteinte, ni ses petits-fils mis à mort. « *Clotilde*, dit l'abbé *Goujet* dans sa *Vie des Saines*, se laiffa aller à deux paffions d'autant plus dangereuses, qu'elles paffent souvent pour grandeur d'ame : la vengeance & l'ambition. » Mais pleine de regret des fautes qu'elle avoit faites, elle les expia par la pénitence. — Il ne faut pas la confondre avec *CLOTILDE* sa fille, mariée à *Amalarie* roi des *Vifigoths*. *Voy*. *AMALARIC*. Elle fut délivrée de la tyrannie de ce prince par *Childebert*, son frère ; mais elle mourut en revenant en France l'an 531. *Clotilde* étoit un modèle de patience. Son époux, qui étoit Arien, employa pour corrompre sa foi la violence & les outrages. Il la faisoit couvrir d'ordures lorsqu'elle fortoit pour aller à l'église, & il la frappoit lui-même jusqu'à lui faire vomir le fang.
CLOUD, (Saint) appelé auparavant *CLODOALDE*, le plus jeune des enfans de *Clodomir*, échappé au maffacre & a la fureur de *Clotaire*, se retira auprès de *Séverin*, pieux folitaire, enfermé dans une cellule près de Paris. Il fut ordonné prêtre en 551, par l'évêque *Eusébe*. Son hermitage a produit le joli village de Saint-Cloud, à deux lieues de Paris. Il mourut faiblement en 560. — Un autre *S. CLOUD*, parut avec éclat à la cour des rois d'Auf-trafie, & devint premier ministre de *Clotaire II*. Dégouté des grandeurs humaines, il se retira dans la solitude, où les habitans de Metz l'allèrent chercher pour en faire leur évêque. Il mourut en 696, à l'âge de 91 ans. Sa vie a été publiée par *Henschénius*.
CLOVIO, (Julio) peintre Efclavon, mort à Rome en 1578, âgé de 80 ans, excelloit dans la miniature. On a de lui des *Figures* admirables en ce genre, que l'on conferve au palais de *Farnese*, dans un *Office de la Vierge* écrit à la main. I. CLOVIS Ier, (appelé aussi *CLODOVIX*, *LUDUVIC* ou *LOUIS*, car c'est le même nom) est regardé ordinairement comme le véritable fondateur de la monarchie Françoise. Il naquit vers l'an 467, & succéda à *Childerie* son père l'an 481 : *Voyet* BASINE. Occupé de bonne heure du foin d'étendre les conquêtes des François, il affermit leur puissance, & détruisit celle des Romains dans la partie des Gaules située entre la Somme, la Seine & l'Aisne. *Siagrius*, général Romain, fut vaincu par lui & décapité près Soiffons, où le vainqueur établit le fêgo de sa monarchie. Ces victoires furent suivies d'autres fucées remportés sur les Germains. *Clovis* les défit à Tolbiac près de Cologne en 496. Ses troupes commençant à plier, il fit vœu d'adorer le Dieu de *Clotilde* sa femme, s'il le rendoit vainqueur. La victoire lui étant restée, il fut baptisé le jour de Noël de la même année, par S. Remi, archevêque de Rheims, avec trois mille personnes de son armée. Il étoit alors le seul roi Catholique qu'il y eût dans le monde. L'empereur Anasfafe favorisoit les Eutychiens; Voyez ANASTASE II; le roi des Vandales en Afrique, Théodoric roi des Offrogoths en Italie, Alaric roi des Vifigoths en Espagne, Gondibaud roi des Bourguignons, étoient Ariens. L'année après son baptême, en 494, les peuples renfermés entre les embouchures de la Seine & de la Loire, ainsi que les Romains qui gardoient les bords de la Loire, se donnèrent à lui. Ayant tourné ses armes contre Alaric roi des Goths, il gagna contre lui la célèbre bataille de Vouglé près Poitiers, & le tua de sa propre main l'an 507. Il fournit ensuite toutes les provinces qui s'étendent depuis la Loire jusqu'aux Pyrenées, le Poitou, la Saintonge, le Bordelois, l'Auvergne, le Querci, le Rouergue, l'Albigeois; prit Angoulême & Toulouse: mais il fut vaincu près d'Arles par Théodoric en 509. Anasfafe empereur d'Orient, redoutant sa valeur & admirant ses succès, lui envoya le titre & les ornemens de consul, de patrice & d'auguste, avec une couronne d'or & un manteau de pourpre. Ce fut alors que Paris devint la capitale de son royaume. Il y mourut en 511, à 45 ans, après en avoir régné 30. Ce héros ne triompha pas seulement par les armes; il triompha encore davantage par la force de son génie & de ses lois. Mais il ne faut pas s'imaginer qu'il eût organisé le gouvernement, tel qu'il a été sous Louis XIV ou Louis XV. Quelques flatteurs de la cour l'ont dit; mais ils font démentis par les codes de lois des différens peuples établis dans les Gaules; par Grégoire de Tours & par les anciens annalistes. Il est évident que la forme du gouvernement parmi tous ces peuples, étoit extrêmement simple & grossière. Le roi ou le chef avoit l'autorité sur les soldats ou compagnons, qui par choix & non par crainte avoient suivi ses étendards; mais il dépendoit souvent de leurs caprices ou de leurs volontés. Si les premiers rois de France, dit Robertson, possédoient une autorité si bornée, même à la tête de leur armée, on conçoit que leur pouvoir, en temps de paix, étoit encore plus limité. « Ils montoient sur le trône, non par droit de succession, mais en conséquence d'une élection libre & volontaire faite par leurs sujets, Voyez la Gaule Françoise d'Hottoman, Chap. VI, page 47. Le but de l'élection des rois n'étoit pas sans doute de leur conférer un pouvoir absolu; tout ce qui avoit rapport au bien général de la nation étoit mis en délibération publique, & se concluoit par les suffrages du peuple dans les assemblées annuelles, appelées Champs de Mars. Les rois ne substituent presque entièrement que des revenus de leurs domaines, des profits provenans de l'administration de la justice & de quelques petites amendes, &c. » Si quelques rois de la première race furent despotiques, ce fut une suite des circonstances ou de leur caractère, & non l'effet des lois générales du gouvernement. Malgré l'avantage inestimable du Christianisme, Clovis fut d'une cruauté qui ne répondoit guères à la douceur que la religion auroit dû lui inspirer. Il exerça des barbaries inouies contre tous les princes ses parens. Il s'empara de leurs états. Sigbert roi de Cologne, Cararle roi des Morins, Renomert roi du Mans, Ranacaire roi de Cambrai, furent les malheureuses victimes de son ambition sanguinaire. Ce dernier prince, son parent, vaincu & trahi par ses sujets, ayant été conduit en sa présence, les mains liées, avec Ricaire son frère : Lâche, lui dit Clovis, pourquoi te laisser charger de chaines ? Ne valoît-il pas mieux périr, que de souffrir qu'on te traitât en esclave, & déshonorer ta race ? Et aussitôt il lui fendit la tête de sa hache-d'armes. Puis se tournant du côté de Ricaire : Et toi, lui dit-il, si tu avois secouru ton frère, il n'est pas été en cet état ; en même temps, d'un autre coup, il lui ôta la vie. Les traitres dont il se servit pour faire périr ces deux princes, lui ayant fait dire qu'ils avoient été trompés, puisque les présens qu'il leur avoit faits, au lieu d'être d'or, comme il le leur avoit fait croire, n'étoient que de cuivre doré : C'est à eux de se taire, dit-il ; qu'ils me sachent gré de la vie que je veux leur laisser. J'ai dû payer en fausse monnaie le service de ces faux amis, qui ont trahi leur maître & leur honneur. Ayant surpris un prince des petits états qui environnoient les fiens, & qui portoit le titre de roi, dont il étoit exclusivement jaloux, dit Mercier, il le fit rafer, sans avoir même un prétexte plausible. Le fils voyant son père dans le désespoir, & lui ayant dit pour le consoler, que les branches repousse-roient un jour, puisque le tronc n'étoit pas coupé ; Clovis leur fit trancher la tête à l'un & à l'autre. Cependant il réparoit quelquefois les injustices ; mais son caractère cruel perçoit, même lorsqu'il se montroit équitable. Ses troupes avoient pillé les églises. Celles du Soissonneis ayant été du nombre, l'évêque le supplia de lui faire rendre un calice d'or d'une grandeur extraordinaire, & par conséquent d'un très-grand prix. Lorsque le partage se fit, Clovis demanda comme une grace, qu'on mit ce calice à part. Personne n'osa le refuser ; mais un soldat étourdi & insolent, dit en donnant un coup de sa hache sur le vase : Que Clovis l'auroit, s'il tomboit dans son lot. Le calice fut donné au roi, qui dissimula l'inflûte ; mais un an après, ayant remarqué ce soldat dans une revue générale, il alla à lui, lui reprocha sa négligence à tenir ses armes propres, & lui arracha sa hache qu'il jeta à terre. Le soldat s'étant baissé pour la ramasser, il lui déchargea la fienne sur la tête, & le fit tomber mort à ses pieds, en disant : C'est ainsi que tu as frappé le calice que je demandeis à Soissons. Le président Hefnault prétend que les évêques, en haine de l'Arianisme, avoient favorisé Clovis dans ses conquêtes, & que la reconnoissance de ce prince à leur égard, fut la source de l'autorité qu'ils ont conservée si long-temps en France. Il fonda & dota des églises ; il bâtit des monastères. Il avoit la plus profonde vénération pour S. Martin. Souvent il répétoit avec exclamation : Comment obtiendrions-nous la victoire, si nous avions le malheur d'offenser le grand S. Martin ? Un soldat ayant coupé de l'herbe autour de l'église de ce Saint, il le fit mettre à mort comme coupable d'une profanation sacrilège. Clovis fut enterré dans l'église de Saint-Pierre & Saint-Paul, qu'il avoit commencée, (aujourd'hui Sainte-Geneviève.) Ses quatre fils, Thierri, Clodomir, Childebert & Clotaire, partagèrent entre eux les états de leur père. C'est sous ce prince que les premiers vers à foie furent apportés des Indes. En 1758, Viallon, cha- 492 CLO noine de Sainte-Geneviève, a publié une *Vie de Clovis*, terminée par un abrégé de celle de *S. Romy*.
II. CLOVIS II, fils de *Dagobert*, régna après lui en 638 dans les royeumes de Neuftrie & de Bourgogne, étant à peine âgé de neuf ans, sous la tutelle de *Nantilde* sa mère, qui gouverna avec les maires du palais. Ce prince épousa *Bailde*, & mourut en 655, à 23 ans. Il fut le père des pauvres. Dans un temps de difette, après avoir épuisé ses coiffres pour secourir ses fujets, il fit enlever les lames d'argent dont son père *Dagobert* avoit fait couvrir le chevet de l'église de Saint-Denys, & en fit distribuer le produit aux pauvres. Il laissa trois fils, *Thierri*, *Clotaire III* & *Childerie II*. Les hiftoriens ne font point d'accord sur le caractère de ce prince. « Selon les uns, il étoit abandonné à toutes fortes de débauches, brutal & sans cœur. Selon d'autres, il avoit de la fageffe, de belles inclinations, du courage, de l'équité & de la piété. » (*Hist. de France* du P. Daniel.) *Archamband*, maire du palais, régna sous son nom, & on peut le mettre à la tête des rois fainéans. Ce fut lui qui le premier donna le spectacle sans dignité, où l'on vit. *Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille & lent,* *Promener dans Paris le Monarque indolent.* Cette voiture n'avoit jusques-là servi qu'à nos reines.