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03.0 Dictionnaire historique — III – II

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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III. CLOVIS III, fils de *Thierri III*, roi des François, lui succéda en 691. Il régna cinq ans. sous la tutelle de *Pepin Heriflet*, maire du palais, qui s'étoit emparé de l'autorité royale. Il mourut en 695, à 14 ans.
IV. CLOVIS, (Le faux) *Voyet* ÉBROIN.
CLUENTIUS, Romain, fut accusé par sa mère *Sofie* d'avoir fait mourir *Oppianicus* son beau-père l'an 54 avant J. C.; mais *Cicéron* prit sa défense, & prononça en sa faveur la belle oraison *pro Cluntio*.
CLUGNY, (François de) né l'an 1637 à Aigues-Mortes en Languedoc, entra fort jeune dans la congrégation de l'Oratoire à Paris. Après avoir enseigné avec réputation dans divers collèges, il fut envoyé à Dijon en 1665. Il y passa le reste de ses jours, occupé à la direction des ames, prêchant, confessant, catéchissant. Il mourut à Dijon en 1694, à 57 ans. Ses *Œuvres Spirituelles* font en 10 volumes in-12. On les lit peu, quoiqu'elles ne manquent pas d'onction. Elles parurent en Traités séparés, sans nom d'auteur, mais avec ce simple titre : *Par un Pêcheur*. C'est un titre que beaucoup de gens pouvoient prendre ; mais le P. de *Clugny* le méritoit moins qu'un autre : car il mourut consumé de mortifications & de travaux spirituels.
CLUNY, (Pierre de) *Voyet* PIERRE, n.º XIII.
CLUSÉUS, *Voyet* ÉCLUSE. I. CLUVIER, ou plutôt CLUWER, (Philippe) naquit à Dantzick en 1580. Il quitta l'étude du droit, pour s'adonner entièrement à la géographie. Il voyagea en Angleterre, en France, en Allemagne, en Italie, & se fit par-tout des amis illustres. On le sollicita puissamment de rester à Rome, où son génie pour les lettres, & principalement pour les langues, trouva beaucoup d'ad- mirateurs. Il en parloit dix avec facilité : le grec, le latin, l'allemand, le françois, l'anglois, le hollandois, l'italien, le hongrois, le polonois & le bohémien. On doit à ses veilles plusieurs ouvrages géographiques : I. *De tribus Rheni alveis*, in-4°, ouvrage plein d'érudition ; il se trouve aussi dans le suivant. II. *Germania antiqua*, à Leyde 1616, 2 vol. in-folio. III. *Italia antiqua*, *Sicilia*, *Sardinia* & *Corfica*, à Leyde 1624, 3 vol. in-fol. ; écrit dans le même goût que le précédent, c'est-à-dire, avec beaucoup d'exactitude. IV. *Introductio in universam Geographiam*, *tam vetrem quam novam* ; traduite en françois par le Père *Labbe*, 1697, in-4°, Amsterdam, avec les notes de *Reiskius* ; & réimprimée en latin en 1727, in-4°, par les foins de *Brucea de la Martinière*, qui l'a enrichie de ses remarques & de celles de divers savans. *Cluvier* mourut à Leyde en 1623, à 43 ans : regarde, avec raison, comme le premier géographe qui ait su mettre en ordre ses recherches, & les réduire à des principes certains.
II. CLUVIER, (Jean) fils du précédent, devint professeur d'histoire à Leyde. On a de lui un assez bon *Abrégé* d'histoire universelle, réimprimée plusieurs fois en Hollande, & dont l'une des dernières éditions est de 1668.
CLYMÈNE, (Mythol.) Nymphe, étoit fille de l'*Océan* & de *Thétis*. *Apollon* l'aima & l'époufa. Elle eut de lui *Phaëton*, & ses sœurs *Lampétie*, *Phaëtufe* & *Lampétufe*. Voyez PHAËTON.
CLYMÉNUS, Voyez HARPA-LICE.
CLYTEMNESTRE, fille de *Tyndare* & de *Léda*, fut mariée à *Agamemnon*, roi d'Argos. Cette princesse pendant l'absence de son mari qui étoit au siège de Troie, s'abandonna à de criminelles amours avec *Égyshe*. *Agamemnon*, de retour de son expédition, fut massacré en fortant du bain par les deux amans. Après ce meurtre, *Clytemnestre* épousa publiquement *Égyshe*, & lui mit sa couronne sur la tête. *Océan*, fils d'*Agamemnon*, vengea la mort de son père, & tua ses meurtriers.
CLYTIE, (Mythol.) fille de l'*Océan* & de *Thétis*, fut aimée du *Soleil*, & conçut une telle jalousie de s'en voir abandonnée pour *Leucothoé*, qu'elle se l'uffa mourir de faim ; mais *Apollon* la métamorphosa en une fleur appelée *héliotrope* ou *tournefol*, parce qu'elle regarde toujours l'autre de la lumière.
CLYTIUS, (Mythol.) fut l'un des géants qui déclarèrent la guerre aux Dieux. *Vulcain*, armé d'une massue de fer rouge, l'affomma.
CNAGÉUS, ami de *Castor* & *Pollux*, fut conduit par eux à Phidna. Il y séduisit la prêtresse de *Diane*, & l'enleva avec la statue de la Déesse.
CNEF ou CNEPH, (Mythol.) nom de l'Être suprême, chez les Égyptiens. Ils le représentaient sous la forme d'un homme au teint bleu couronné de plumes éclatantes, & ayant à la bouche l'œuf primitif dont toutes les productions de la nature sont forties. Les peuples de la Thébaïde, suivant *Plutarque*, ne connoissoient anciennement que ce Dieu. Il avoit son temple à Sienne.
CNOT, CNOX, Voyez KNOT, &c.
COCALE, roi de Sicile, donna l'hospitalité à *Dégale*, persécuté par Minos roi de Crète. Ce dernier redemanda en vain le fugitif; Cocale ne voulut point trahir l'aile qu'il avoit donné, & malgré la guerre que lui fit Minos, il défendit & fauva son hôte.
COCCALE, (Merlin) Voyet FOLENGO. I. COCCÉIUS, habile architecte de Rome, que quelques-uns disent être un des ancêtres de l'empereur Nerva, qui s'appeloit du même nom, s'est rendu célèbre par plusieurs beaux édifices. Le temps en a respecté quelques-uns; tel que le temple que Calfurnius dédia à Auguste, dans la ville de Pouzzoles au royaume de Naples, & qui est aujourd'hui la cathédrale de cette ville. Une entreprise encore plus considérable l'a immortalisé : c'est la grotte qui alloit de Cumes au lac d'Averne. Une tradition ancienne, dont la construction du temple de Pouzzoles & l'entreprise de la grotte de Cumes font peut-être la source, lui attribue également celle de Naples ou de Pouzzoles. C'est une montagne creusée de la longueur d'environ un mille, où deux voitures peuvent passer commodément. Addiffon, voyageur très-fenf, pense avec assez de vraisemblance, qu'on n'eut d'abord en vue que de tirer des pierres de la montagne, pour construire la ville & les mules de Naples; & qu'enfuite on imagina de percer la montagne jusqu'au bout pour y pratiquer un chemin. Sa conjecture est fondée sur ce qu'on ne voit aucun amas autour de ce mont. — II. COCCÉIUS, ou COCK, (Jean) né à Brême en 1603, professeur de théologie à Leyde, a encore aujourd'hui un grand nombre de fectateurs appelés Coç- céiens. Voët & Desmarets combattirent avec beaucoup de zèle ses sentimens, & firent passer leur auteur pour hérétique. Cocéius croyoit qu'il devoit y avoir dans le monde un règne visible de JÉSUS - CHRIST, qui aboliroit le règne de l'Ante-Christ, & que ce règne étant établi avant la fin des siècles, après la conversion des Juifs & de toutes les nations, l'Église catholique feroit dans sa gloire. Il s'étoit fait un système particulier de théologie, disposant l'économie du vieux & du nouveau Testament, d'une manière nouvelle, & trouvant presque partout la venue de J. C. & celle de l'Ante-Christ. Ses Commentaires sur la Bible, outre qu'ils sont trop diffus, sont remplis des singularités dont il étoit entiché. Ce savant bizarre mourut à Leyde en 1669, à 66 ans. On a recueilli ses Ouvrages en dix tomes in-fol., dont les huit premiers parurent à Francfort-sur-le-Mein en 1689, & les deux derniers à Amsterdam en 1686. On a donné de lui, en 1708, Opera, Anecdota, Theologica & Philologica, 2 vol. in-folio. Cette énorme collection ne peut être lue en entier que par un Cocéien. Jurieu peint son auteur comme un homme de bien, doux & modeste, capable d'un grand travail; mais ne plutôt pour compiler les rêveries des autres, que pour penser de lui-même solidement. — Les principales opinions des Cocéiens sont : « Que le décalogue est un formulaire de l'alliance de grace, dont il explique les conditions, & ils sont fort éloignés de croire qu'il fasse partie de la loi de Moïse. Ils soutiennent que le précepte du Sabat n'est que typique & cérémonial, qu'il ne renferme rien de moral & d'immuable; & que ce n'est point une loi na- turelle ou divine, que de déterminer un jour de la semaine pour ne l'employer qu'à des œuvres de religion. Mais la principale différence de cette fêcte, confite dans la méthode particulière d'expliquer l'Écriture. Leurs principes sont, qu'il faut donner aux paroles du texte facré toute l'énergie possible, que tout est mystérieux & allégorique, & que l'histoire de l'Église chrétienne y est entièrement renfermée. C'est pour cela qu'un Cocceien, à qui M. de Joncourt demandait un jour quel choix il falloit faire dans l'histoire des Patriarches, pour y prendre des types, & quelle partie de leur vie étoit allégorique, lui répondit sans balancer : *Qu'il ne falloit rien choffir, ni démembrer ; que toute leur histoire étoit allégorique, & qu'il n'y avoit pas un chameau ni un bât qui n'entrât dans le sens mystique ; & que sans cela, ce seroit une aussi misérable histoire qu'il y en eût au monde...* Cette méthode d'expliquer l'Écriture, que l'on trouve dans tous leurs écrits, s'étend aussi à leurs fermons, qui ne font remplis que de raifonnements peu solides, de mystères, de types & de visions prophétiques ; & où il n'y a rien de tout ce qui peut porter les hommes à la véritable piété. » (*Mémoires de Nicéron*, tom. 8.) Ses adversaires l'appellèrent *Scripturarius*.
III. COCCÉIUS, (Henri) né à Brême en 1644, fut professeur en droit à Heidelberg, à Utrecht & à Francfort. Après s'être perfectionné dans l'étude du droit public par des voyages en Angleterre, en France, en Allemagne ; l'Empereur, qui l'avoit employé dans des affaires secrètes & importantes, l'honora en 1713 de la qualité de baron de l'Empire. Il mourut à Francfort-sur-l'Oder le 18 août 1719, à 76 ans, laifant plusieurs enfans. On a de ce favant jurisconfuite plusieurs ouvrages sur la science qu'il avoit professée, très-estimés en Allemagne : I. *Juris publici prudentia compendiorè exhibita*, 1695, in-8.º II. *Hypomnemata Juris*, 1698, in-8.º III. *Prodromus justitia gentium*, in-8.º IV. *Deductiones, Consilia*, in-folio. V. Un recueil de ses *Thèses*, en 4 volumes in-8.º *Cocceius* n'étoit redevable de son habileté qu'à la méditation & au travail. Il n'avoit jamais entendu de leçons que sur les *Institutions du Droit*. Son caractère étoit doux & obligeant ; sa probité & son désintéressement étoient extrêmes. Il ne se vengeoit de ses ennemis que par de bons offices. Il avoit tant d'ardeur pour l'étude, qu'il donnoit peu de temps au sommeil, & qu'il s'abstint de diner pendant plusieurs années.
IV. COCCÉIUS, (Samuel) baron Allemand, fils du précédent, né à Francfort-sur-l'Oder vers la fin du dernier siècle, mort en 1755, s'éleva, par sa profonde connoissance du droit public, aux places de ministre d'état, & de grand-chancelier du feu roi de Prusse. Ce roi philosophe confia au baron *Cocceius* la réformation de la justice dans ses états. Le *Code Frédéric*, que ce ministre forma en 1747, prouva qu'il étoit digne du choix de son prince & aussi philosophe que lui. Outre cet ouvrage, qui est en 3 vol. in-8°, on doit au baron *Cocceius* une édition latine du *Traité de la Guerre & de la Paix de Grotius*, plus ample qu'aucune qu'eût paru encore. Elle a été imprimée en 1755, à Lausanne, 5 volumes in-4.º Le tome premier, qui fert d'intro- 496 C O C duction à l'ouvrage, est de Cocchius le père.
COCCHI, (Antoine) Florentin, professeur de médecine à Pise, puis de chirurgie & d'anatomie à Florence, naquit à Mugello en 1695, & mourut en 1738, à 63 ans. Ce favant étoit lié d'amitié avec Newton & Boehaave. L'empereur le fit son antiquaire. Il fut estimé comme théoricien & comme praticien. On a de lui Epistola Physico-Medica, 1732, in-4°, dont Fabroni a oublié de faire mention dans son Recueil sur les vies & les ouvrages des favans d'Italie. — Cocchi a publié un manuscrit grec avec la traduction latine, sur les Fractures & Luxations, tiré d'Orbasse & de Soranus, Florence 1754, in-fol., & d'autres ouvrages. Quoique le but principal de ses études eût été la médecine, il excella aussi dans la littérature. Ce fut lui qui traduit en latin le roman d'Ambrocoë & Anthia par Xenophon, qui fut imprimé à Londres 1726, grec & latin, in-4°. Il prononça aussi plusieurs Discours italiens sur des sujets de médecine, & sur la vie de quelques favans; ils ont été imprimés à Florence en 1761, deux parties. Son discours sur le Régime Pythagoricien a été traduit en français, in-8°. Cocchi fut marié deux fois; & cependant il écrivit contre le mariage un Ragionamento, imprimé en 1762.
COCCIUS, (Josée) favant controversiste naît de Biffeld, d'abord Luthérien, embraffa la religion Catholique à Cologne, & fut chanoine de Juliers. On a de lui un long traité de controversie en latin, intitulé : Le Trésor Catholique, qu'il publia en 1599 & 1600, & qui fut réimprimé à Cologne, 1674, en 2 volumes in-folio; moins lu que Bellarmin, & moins digne de l'être. C'est un ouvrage d'un grand travail, selon Dupin, mais qui n'est pas composé avec le choix & le discernement qu'on y désirerait.
COCCOPANI, (Jean) professeur de mathématiques à Florence sa patrie, mort en 1649 à 67 ans, étoit un architecte distingué. Il bâtit, pour le grand-duc, le palais de Villa-Imperiale & le couvent des Carmélites. I. COCHET DE SAINT-VALLIER, (Melchior) d'abord secrétaire du duc d'Orléans, régent, ensuite conseiller & président au parlement de Paris, mourut dans cette ville, le 19 décembre 1738, à 74 ans. Il est principalement connu par un Traité de l'Iadale, en 3 volumes in-4°. Tous les journaux en ont parlé avec éloge. L'auteur approfondit une matière, qui jusqu'alors n'avoit été traitée que fort légèrement par Raynaudin & par Pinson. Ce favant jurisconsulte forma, en 1735, un fonds de dix mille livres de rente, pour marier, chaque année, à perpétuité, une demoiselle de Provence. Tous les bons citoyens ont loué la fondation & le fondateur, à qui les malins avoient tort de reprocher son extrême économie, puisqu'elle tourna au profit du public.
II. COCHET, (Jean) professeur de philosophie au collège Mazarin, né à Favergues, dans le diocèse de Genève, publia un Cours de philosophie abrégé, écrit avec clarté, mais avec trop peu de profondeur. La logique, la métaphysique, la morale & la physique forment chacune un volume petit in-8°. Cette dernière partie, qui devroit être la plus étendue, est en la plus superficielle. L'auteur avait été recteur de l'université, où il jouiffait d'une considération méritée. Il étoit prêtre, & atta- ché aux dogmes de la religion. On a de lui un traité des *Preuves* de la *possibilité de la présence réelle* de *I. C.* dans l'*Eucharistie*, 1764, in-12. On lui doit encore des *Éléments de Mathématiques*, tirés des cahiers de *Varignon*. *Cochet* mourut à Paris le 8 juillet 1771. I. COCHIN, (Henri) né à Paris, le 10 juin 1687, avec les dispositions les plus heureuses, se confacra de bonne heure au bar- reau, pour lequel il semblait que la nature l'avoit fait naître. Il joig- nit à l'étude de la jurisprudence, celle des orateurs & des philoso- phes anciens & modernes, Grecs, Latins, Italiens, & François. Reçu avocat en 1706, il s'attacha d'a- bord au grand conseil, & y plaida sa première cause à vingt-deux ans, avec le même succès qu'au- roit eu un vieux orateur dans sa dernière. Ses progrès furent si ra- pides, qu'à trente ans son nom étoit compté parmi ceux des plus habiles avocats plaidans. Dès qu'il parut au parlement, il balança la réputation du fameux *le Normant*, appelé l'*Aigle du Barreau*. Sa bou- che & sa plume devinrent bien- tôt l'oracle du public. Il fut con- flut de toute la France, & mourut à Paris, le 24 février 1747, à 60 ans, après plusieurs attaques d'apo- plexie. — Une modestie singulière rehaussoit l'éclat de ses vertus & de ses talens. Un de ses confrères, le même M. *le Normant*, lui dit après sa première cause, qu'il n'a- voit jamais rien entendu de si éloquent. *On voit bien*, lui répon- dit *Cochin*, que vous n'êtes pas du nombre de ceux qui s'écontent. — Une dame de qualité lui dit un jour dans la grand-chambre : *Si nous* *étions au temps du Paganisme*, je vous adorerais comme le *Dieu de l'é- loquence*. — *Non*, *Madame*, ré- pondit *Cochin*, nous sommes dans la vérité du *Christianisme*, & dans cette sainte religion, l'homme n'a rien dont il puisse s'approprier la gloire. — Ayant un jour commencé un plaidoyer d'une voix presque étienne, le premier président Por- tail l'interrompit pour lui deman- der ce qu'il avoit ? *Rien*, *Mon- seigneur*, répondit *Cochin* ; ce n'est qu'un rhume qui ne m'empêchera pas de plaider. Alors le magistrat, du consentement de la compagnie, ajouta : « La cour, M. *Cochin*, a trop d'intérêt à vous ménager, pour souffrir que vous plaidiez dans l'état où vous êtes. » Et l'or- ateur fut obligé de s'asseoir. — Cet homme si vif, si éloquent de- vant un public qui l'animoit, étoit froid & taciturne dans les sociétés particulières. *Si ceux qui me voient*, difoit-il, ont du jugement & de la re- ligion, peu de paroles leur suffisent ; s'ils n'ont ni l'un ni l'autre, pour- quoi me livrai-je avec eux ? — Ce que l'on a pu recueillir des ouvrages de *Cochin*, forme six vol. in-4°, Paris 1751 & suivantes. On y trouve des *Mémoires*, des *Conful- tations*, des *Discours*, des *Plaid- doyers*, &c. On a dit de lui, qu'il étoit dans le barreau, ce que *Bour- daloue* étoit dans la chaire. Son éloquence est noble, simple, pleine de nerf & de précision. Il réduit toutes ses preuves à une seule, qu'il fait paraître sous des faces différentes, & toujours avec le même avantage. Il plaidoit la plu- part de ses causes sur de simples extraits : les endroits les plus pa- thétiques & les plus brillants naïf- soient dans le feu de l'action. L'on n'a conservé de ses plaidoyers, que ceux qu'il avoit fait imprimer lui-même en forme de mémoires. Les lecteurs qui voudront connoître plus particulièrement ce grand homme, peuvent consulter la Préface dont Bernard a orné le premier volume de ses ouvrages : Cochin y est peint comme orateur, comme écrivain, comme chrétien, comme citoyen. — On lit dans le Mercure d'avril 1782, une notice de M. de la Cretelle, où il parle très-févèrement des talens de Cochin. Comme le jugement qu'il porte sur ce fameux avocat, paroît réfléchi, nous le rapporterons, sans l'adopter, ni sans le rejeter en entier. « En l'isant, dit M. de la Cretelle, les six volumes in. 4.º de Cochin, on cherche les causes d'une si belle gloire, & on est forcé, pour l'expliquer, de croire que le Cochin de l'audience, étoit un autre homme que celui que nous retrouvons dans ses écrits. Tant de bons juges qui l'ont entendu, déposent assez de toute l'admiration qu'il excitait. Je foudres volontiers à des témoignages si universels, si imposans. Je n'examine ici que le talent de l'écrivain, & dans cette partie même, personne ne sent plus que moi son vrai mérite ; mais j'avoue qu'il falloit avoir une grande envie d'établir un modèle dans l'éloquence du barreau, pour lui déférer cet honneur. Cochin doit certainement rester un des premiers avocats : mais il n'est ni un grand jurisconsulte, ni un grand orateur. Lisez ses plus beaux Mémoires : vous y verrez une discussion nette & précise ; jamais, ni de vastes développements, ni de grands principes créés, ni d'erreurs & de préjugés détruits. Communément dans son style, il ne tombe ni ne s'élève, parce que son style n'est guère que celui d'une discussion d'affaires. Il a ce- pendant un certain nombre de Mémoires vraiment distingués ; dans ceux-ci, ses plans sont conçus avec peu d'étendue, mais avec une grande justeesse d'esprit ; son style a de la force, de la simplicité, mais de la sécheresse ; il n'élève jamais ni l'âme ni l'esprit. Il a si peu le talent du style, que toutes les fois qu'il veut ou animer sa pensée, ou colorer son expression, il approche du mauvais goût. Cependant, dans une douzaine de ses ouvrages, il retient & il attache son lecteur. C'est qu'il possède à un haut degré une des qualités les plus précieuses de l'art d'écrire, la rapidité ; il presse ses idées, il serre sa phrase, il avance toujours, & comme il y a une très-bonne logique dans sa composition, on le suit sans embarras & sans fatigue. Je suis d'autant plus étonné qu'on ait voulu l'ériger en modèle, qu'on a mieux fait avant & après lui, qu'il n'a rien corrigé, rien ajouté dans son art, & qu'il paroît plutôt s'être proposé d'en rétrécir l'enceinte, que d'en reculer les bornes. Je le répète, c'est un avocat d'un grand mérite ; mais, j'ose le dire, c'est un talent du second ordre. » Ajoutons, que si Cochin s'est borné le plus souvent à être clair, judicieux & précis, c'est que la plupart des affaires qu'il traitait, n'exigeaient pas d'autre mérite.
II. COCHIN, (Jean-Denys) docteur de Sorbonne, curé de Saint-Jacques du Haut-Pas, né à Paris le 1er janvier 1726, mourut dans la même ville le 3 juin 1783, emportant les regrets de ses ouailles. Il fonda un hospice pour les pauvres malades de sa paroisse. La charité, l'amour actif des pauvres, le zèle éclairé, la connoisi- fance du coeur humain; voilà ce qui fit respecter ce digne paſteur. On trouve le même caractère dans ſes écrits. On a de lui : I. Des Prônes, 4 vol. in-12. II. Exercices de retraite, in-12. III. Œuvres ſpirimelles, ou Homélies ſur différens caractères de la charité, in-12. — III. COCHIN, (Charles-Nicolas) graveur célèbre, Pariſien, étoit d'une famille originaire de Troyes, qui avoit produit dans le 17e fiècle, deux bons graveurs, Nicolas & Noël. Il s'occupa dans ſa jeuneſſe à la peinture, ce qui lui donna beaucoup de facilité pour la gravure. On trouve dans ſes ouvrages cet eſprit, cette pâte, cette harmonie & cette exactitude qui conſtituent l'excellence de cet art. Ses principales eſtampes ſont Rebecca, S. Baſile, l'Origine du feu, d'après Fr. le Moine; Jacob & Laban, d'après Reſtout; la noce de village, d'après Vatteau; & le recueil des Peintures des Invalides, que des ſoins pénibles & un travail continuel pendant près de dix ans, l'ont mis à portée de publier avec ſuccès. Il mourut en 1754, à 66 ans. — IV. COCHIN, (Charles-Nicolas) fils du précédent, né à Paris le 22 février 1715, mort dans la même ville le 29 avril 1790, illuſtra la profeſſion de graveur par la ſupériorité de ſes talens & de ſes lumières. La gravure à l'eau-forte reçut de lui la plus grande perfection. Une touche légère, une compoſition ingénieuse, un faire moëlleux diſtinguent toutes ſes productions. Cochin, à ſon retour d'un long voyage en Italie, fut nommé garde des deſſins du Louvre, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, & ſecrétaire de l'académie de Peinture. Il méritoit cette dernière place par ſes écrits ſur ſon art. On lui doit I. Lettres ſur les peintures d'Herculanum, 1751, in-12. II. Diſſertation ſur l'effet de la lumière & des ombres, relativement à la peinture, 1757, in-12. III. Voyage d'Italie, ou Recueil d'obſervations ſur les ouvrages d'architeſture, de peinture & de ſculpture que l'on voit dans les principales villes d'Italie; Lauſanne, 1773, 3 vol. in-8. IV. Les Myſtechniques aux enſirs, 1763, in-12. V. Lettres ſur les Vies de Siodt & de Deshoys, 1765, in-12. VI. Projet d'une ſalle de ſpectacle, 1765, in-12.
COCHLEE, en latin Cochlaus, (Jean) natif de Nuremberg, chanoine de Breſlau, diſpura vivement contre Luther, Oſtander, Bucer, Mélanchthon, Calvin, & les autres auteurs des nouvelles opinions. Ses invectives contre les héréſſarques ſont un peu fortes; mais ſes intentions étoient droites. Il ne fut pourtant pas auſſi eſtimé qu'Eckius par les Catholiques, ni tant craint par les Proteſtans. Il s'en tenoit ordinairement aux principes généraux, ſans approfondir les queſtions particulières; & s'attachoit plutôt à réfuter les erreurs, qu'à établir ſolidement les vérités conteſtées. Son ſiyle eſt aſſex facile, mais négligé. En 1539, il reçut d'Angleterre une réfutation par Richard Moryſin, docteur Anglois, du Traité qu'il avoit publié contre le mariage de Henri VIII. Il y fit une réponse ſous ce titre : Balai de Jean COCHLEE, pour ſecouer les Araignées de Moryſin. Cet Anglois lui avoit reproché d'avoir été fait chanoine de Merzbourg, à condition qu'il n'écriroit plus contre Luther, & d'avoir manqué à ſa parole, parce qu'il n'étoit laiſſé ſéduire par les promeſſes du pape. Cochlee déclare qu'il n'eſt point 700 C O C chanoine de Merzbourg; que le prince Georges de Saxe l'a fait venir à Mayence, où il étoit chanoine de Saint-Victor, pour lui donner un canonicat de l'église cathédrale de Mifnie, afin d'aider Jérôme Emfer dans la défense de la foi catholique. Il ajoute, qu'il est si peu vrai qu'il ait promis de ne plus écrire contre Luther, que l'année précédente il avoit publié six ouvrages contre lui. Il défend ce qu'il avoit écrit contre le divorce de Henri VIII, & se vante qu'Erasme a approuvé son ouvrage. Ses principales productions sont: I. Historia Hussitarum, in-folio; livre rare & curieux, & l'un des meilleurs de cet auteur. II. De aliis & scriptis Lutheri, in-folio, 1549. Cochle avoit beaucoup lu les écrits de ce patriarche de la Réforme, & ceux des autres Protestans. Il s'en servoit utilement pour les convaincre de variations & de contradictions. III. Speculum circa Mifsam, in-8.º IV. De vitæ Theodoriei Regis Ostrogothorum, Stockholm 1699, in-4.º V. Consilium Cardinalium anno 1538, in-8.º VI. De emendanda Ecclesiæ, 1539, in-8º, rare. Pour faire voir que les Luthériens pouvoient abuser de l'Écriture-sainte, il fit paroître, l'an 1527, un Livre tissu de passages sacrés, pour prouver que Jésus-Christ n'est pas Dieu; & un autre, en 1528, pour prouver qu'on doit obéir au Diable, & que la Ste-Vierge avoit perdu sa virginité. Il mourut à Breslau, le dix janvier 1552, à 72 ans; & comme il n'avoit point reçu de récompense considérable dans cette vie de ses travaux infatigables, il est à croire qu'ils ont été récompensés dans l'autre, d'autant plus qu'il étoit plein de piété. C O C K B U R N, (Catherine FROTTER, épouse de M.) née à Londres en 1679, morte en 1749, à 71 ans, cultiva la poésie Angloise avec assez de succès. On a recueilli ses Ouvrages, en 2 vol. in-8.º Cette Dame se fit aimer par son caractère, autant que par son esprit. Son principal écrit en prose, est une Apologie de l'ouvrage de Locke, sur l'Entendement humain. C O C L È S, Voyet I. HORACE. C O C L E S, (Barthélemi) vivoit dans le 15e siècle. Il se mêla de prédire, & plusieurs de ses prédictions se trouvèrent véritables. Il en composa un Recueil, Strasbourg, 1536, in-8º, où son art étoit expliqué. Achillini l'orna d'une préface, également admirée des amis & des ennemis de l'art de deviner. Cocles, dit-on, prédit à Luc Gauric, fameux jurisconsulte, qu'il endureroit bientôt un supplice sans l'avoir mérité; mais qu'il n'en mourroit pas. En effet, Bentivoglio seigneur de Boulogne, ayant appris que Gauric s'étoit avisé de prophétiser qu'avant la fin de l'année il seroit chassé de son état, lui fit donner l'estrapade. Cocles mourut, ainsi qu'il l'avoit prédit lui-même, d'un coup sur la tête. Hermès de Bentivoglio, fils du seigneur de Boulogne, le fit assassiner par Capponi, qui lui donna un coup de hache sur la tête, comme il ouvroit sa porte. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que Capponi étant allé consulter Cocles, dont il n'étoit point connu, celui-ci lui dit: Hélas! mon ami, vous commentez un meurtre avant qu'il soit nuit. Après sa mort, on trouva dans son cabinet des prédictions sur ceux de sa connoissance, dont il avoit vu la main & le visage, qui se trouvèrent presque toutes aussi véritables que celle-ci, du moins si l'on a la bonhomme de s'en rapporter à *Parillas*, auteur qui d'ailleurs ne mérite aucune croyance.
COCONAS, gentilhomme Piémontois, décapité en 1574, pour avoir voulu, avec la *Mole*, enlever le duc d'Alençon, qu'ils vouloient mettre à la tête des rebelles. Sa mémoire fut rétablie en 1576: ce qui prouve que son crime n'étoit pas bien avéré. Mais ce qu'il y a de bien certain, c'est que dans l'affreuse journée de la *Saint-Barthélemi*, il exerça les plus grandes cruautés contre les Calvinistes.
COCTIER, *Voyez* COYTIER. I. COCUS, (Robert) théologien Anglois, vicaire de Léeds, mort en 1604, s'est fait estimer des savans par son ouvrage intitulé: *Censura quorumdam Scriptorum, qui sub nominibus Patrum antiquorum à Pontificis citari solent*, Londres 1523, in-4.º Il y discerne avec beaucoup de sagacité les vrais ouvrages des Pères de l'Église, d'avec ceux qu'on leur attribue faussement. *Cocus* étoit un homme d'une érudition peu commune, & d'une assiduité infargable au travail.
II. COCUS, peintre, natif d'Anvers, s'attacha principalement à représenter des batteries de cuisine.
COCYTE, (Mythol.) fleuve des enfers, représenté sous la forme d'un vieillard tenant une urne, d'où s'échappent des flots qui, après avoir circonscrit un cercle, vont se perdre dans l'Archéron. Ces flots n'étoient formés que des larmes des méchans. Les mânes de ceux qui n'avoient point été inhumés, erroient pendant cent ans sur ses bords, avant que de pénétrer dans l'Élysée. La furie *Alection* y faisoit son principal séjour. —On connoit sous ce nom un médecin des siecles héroïques, disciple de *Chiron*, & qui guérit le bel *Adonis* de la blessure que lui fit sur le mont *Liban* un sanglier furieux.
CODDE, (Guillaume-Vander) né à Leyde en 1575, fut professeur de langue hébraïque dans sa patrie; mais les Calvinistes lui ôtèrent sa place, pour avoir pris le parti des Arméniens. Ses trois frères, *Jean*, *Adrien* & *Gilbert*, donnèrent naissance à la fette des *Prophètes*, ainsi nommés, parce qu'ils prétendoient avoir reçu le Saint-Esprit comme les apôtres, & que quand il descendit sur eux, la maison trembla. Ils soutinrent qu'il n'étoit pas permis aux Chrétiens de porter les armes & d'être magistrats; ils employèrent le baptême par immersion, & adoptèrent l'opinion d'*Arménius*. *Guillaume* mourut en 1619, après avoir publié: I. Des *Notes* sur le prophète *Oise*, 1621, in-4.º II. *Sylloge vocum verumque proverbialium*, 1623.
CODINUS, (George) Curopalate de Constantinople, vers la fin du xvᵉ siècle, laissa: I. Un *Entrait sur les Antiquités de Constantinople*, 1655, in-folio, avec *Constantin Manasse*, qui fait partie de la *Byzantine*. II. Un *Traité curieux des Offices du Palais & des Églises de Constantinople*, & d'autres ouvrages imprimés en grec & en latin, 1648, in-folio. I. CODRUS, dernier roi d'Athènes, consulté, dit-on, l'oracle sur les *Héraclides* qui ravageaient son pays. Il fut répondu, que le peuple dont le chef seroit tué, demeurerait vainqueur. Cette réponse lui inspira la pensée généreuse de se déguiser en paysan; 1 i 3 302 COE pour se dévouer, il fut tué par un soldat qu'il avoit blessé à dessein d'accomplir l'oracle, l'an 1095 avant J. C. Les Athéniens rédui- sirent après sa mort leur état en république, & furent gouvernés par des magistrats, auxquels on donna le nom d'Archontes. Médon, fils de Codrus, fut le premier.
II. CODRUS, poète Latin, dont parle Juvenal, étoit si pauvre, que son indigence a passé en pro- verbe : Codro pauperior. Ce poète vivoit sous l'empire de Domitien, & avoit composé un poème in- titulé, la Théside, qui ne nous est point parvenu.
III. CODRUS, (Urcéus) Voy. URCÉUS CODRUS.
CODURE, (Philippe) natif d'Annonay, mort en 1660, em- braffa la religion Catholique, après avoir été ministre a Nîmes. On a de lui un bon Commentaire sur Job, Paris 1651, in-4°, & quelques autres ouvrages, tels que le Traité de Mandragores, contre lequel Bo- chart a écrit. Il étoit savant dans la langue hébraïque.
COECH ou KOECK, ou KOUCK, (Pierre) architecte, peintre & graveur, natif d'Aloft dans les Pays-Bas, voyage en Italie & en Turquie, pour perfectionner ses talens, & revint se fixer à Auvers. Il fit dans l'empire Otto- man une Suite de Desseins, gravés depuis en bois, qui représentoient les cérémonies propres à la na- tion chez laquelle il étoit. Il mourut en 1551, peintre & architecte de Charles-Quint. On a de lui des Traités de Géométrie, d'architec- ture & de perspective, avec quel- ques gravures en bois & en cuivre.
COEFFETEAU, (Nicolas) né à Saint-Calais dans le Maine en 1574, Dominicain en 1588, s'é- leva, par son mérite, aux pre- mières charges de son ordre. Il mourut en 1623, nommé à l'évê- ché de Marseille par Louis XIII. Quoiqu'il n'eût alors que 49 ans, la goutte, à laquelle il étoit fort sujet, l'avoit rendu très-informe. Il avoit été fait, quelque temps auparavant, évêque de Dardanie in partibus, avec la qualité d'ad- ministrateur & suffragant du dio- cèfe de Metz. Son éloquence pa- rut avec éclat dans ses sermons & ses livres, écrits très-pure- ment, pour le temps auquel il vi- voit. Les principaux sont : I. Des Réponses au Roi de la grande Bre- tagne, à Duplessis Mornai, & à Marc-Antoine de Dominis. Henri IV l'avoit choisi pour écrire contre le premier, & Grégoire IV pour répondre au second. La contro- verse y est traitée avec dignité, nobleffe, & non avec cet empor- tement de quelques théologiens de son temps. II. Histoire Romaine de- puis Auguste jusqu'à Constantin, in-fol, Paris 1647 : ouvrage qui, quoi- que inexact, étoit lu encore avec quelque plaisir, avant les derniers livres publiés sur cette matière. Marolles & Cl. Malingre l'ont conti- nuée d'une manière fort inférieure. III. Une Traduction de Florus, dont on ne fait plus aucun usage. IV. Plu- sieurs livres de piété, dont les titres annoncent peu de goût & qui ne font guères connus : la Marguerite Chrétienne, dédiée à la reine Mar- guerite; la Montagne Sainte de la tribulation, &c.
COELLO, gentilhomme Por- tugais, fut l'un des trois assaissins d'Inès de Castro. Voy. INÈS.
COETIVY, (Pregent, seigneur de) gentilhomme Breton, se dif- tingua par sa valeur & sa prudence en plusieurs sièges & combats. M fut fait amiral de France en 1439, & tué d'un coup de canon au fiège de Cherbourg en 1450, après s'être signalé à la bataille de Formigny. « Ce fut un grand dommage & perte pour le roi, dit l'histo-rien de Charles VII, il étoit tenu des vaillans chevaliers & renommés du royaume, fort prudent & encore de bon âge. » Il ne laissa point d'enfants. L'un de ses frères n'eut qu'un fils, mort vers 1500. Celui-ci eut une fille, qui porta les biens de sa maison dans celle de la Trimouille. — Alain DE COETIVY, son frère, fut successivement évêque de Dol, de Cornouailles, d'Avignon, & ensuite cardinal. Il fut employé dans diverses affaires importantes, & mourut à Rome le 22 juillet 1474, à 69 ans. C'étoit un homme habile, mais téméraise & trop hardi. On dit qu'il reprocha en plein confisoire au pape Paul II, qu'il étoit orgueilleux, avare, dissimulé, & qu'il avoit masqué tous ses vices, pour surprendre les suffrages du sacré collège. — COETLOGON, (Alain-Emmanuel) né en 1646, d'une famille noble de Bretagne, passa du service de terre à celui de mer en 1670. Il se trouva à onze batailles navales, entraîtres aux combats de Bantry en Irlande, en 1688, de la Hogue en 1692, & de Velez-Malaga en 1704. Le maréchal de Châteaurenaud étant mort en 1716, la vice-amirauté dont il étoit pourvu, fut donnée à Coetlogon, avec l'applaudissement du public. Trois jours avant la mort du vice-amiral, dont le fils unique avoit épousé une sœur du duc de Noailles, celui-ci surprit au régent un brevet de retenue de 120000 livres. « Coetlogon, dit Duclos, à qui on vint demander le payement de ce brevet, répon- dit qu'il n'en payeroit pas un fou, qu'il avoit toujours mérité les honneurs où il étoit parvenu, & n'en avoit jamais acheté. Il s'expliqua enfin si publiquement & si énergiquement, que le duc de Noailles se vit réduit à rapporter ce honteux brevet au régent, qui fit payer les 120000 livres aux dépens du roi. Le duc devenu premier ministre, fit, le 1er janvier 1724, une promotion de maréchaux de France, où Coetlogon fut oublié, quoique nommé par le public & par les étrangers. Le duc crut apparemment le dédommager en le faisant chevalier de l'ordre. Coetlogon n'en jugea pas ainsi; mais il ne fit pas plus de plaintes qu'il n'avoit fait de sollicitations. Peu d'années après, il se retira au noviciat des Jésuites, pour ne plus s'occuper que de son salut. Sous le ministère du cardinal de Fleury, le duc d'Antin, appuyé du comte de Toulouse, vint offrir à Coetlogon, de la part du cardinal, le bâton de maréchal & telle somme d'argent qu'il voudroit pour sa démission de la vice-amirauté, qu'ils vouloient faire avoir à un petit-fils du duc d'Antin. « Coetlogon, toujours le même, répondit que, quant au bâton de maréchal, il lui suffisoit de l'avoir mérité; qu'à l'égard de l'argent, il n'en vouloit point, & qu'il ne vendroit pas ce qu'il avoit refusé d'acheter. Enfin quatre jours avant la mort de ce généreux marin, on lui envoya le bâton de maréchal. Il répondit à son confesseur, qui lui annonça cette nouvelle, qu'une telle grace l'auroit flatté autrefois, mais que prêt de sortir du monde, il le prioit de ne lui parler que de son néant. Il finit sa carrière le 7 juin 1730, âgé de 83 ans 6 mois, ayant toujours vécu dans le célibat. 304 C Œ U — Ses frères ont laissé une postérité.
COETLOSQUET, (Jean-Gilles) né en 1696, mort le 21 mars 1784, fut nommé évêque de Limoges en 1740. Il se démit de cet évêché en 1758, pour remplir la place de précepteur des Enfans de France, à laquelle le Dauphin, père de *Louis XVI*, l'avoit appelé. Il inspira à ses élèves les vertus qui étoient dans son cœur. Bienfaisant sans ostentation, pieux sans aigreur, la bonté, la modestie & la modération furent la base de son caractère. Il fut inaccessible à l'ambition, comme à l'esprit de parti; & dans les disputes qui agiterent l'Église de France, il se contenta de prier pour la paix. Ayant été élu membre de l'Académie françoise, il dit à un seigneur de ses amis: *C'est à ma place, ce n'est pas à moi que cet honneur appartient*. Il avoit cependant lu avec fruit tous les bons Auteurs anciens & modernes, & si son savoir ne fut pas plus remarqué, c'est qu'il fut sans faîte comme sa vertu. D'ailleurs, il aimoit les lettres & les gens-de-lettres. On attaquoit devant lui les principes & le caractère de *d'Alembert*. — *Je ne connois point sa personne*, dit l'évêque de Limoges, qui n'étoit point encore son confrère dans l'académie, mais *j'ai toujours ouï-dire que ses mœurs étoient simples & sa conduite sans reproche*. Quant à ses Ouvrages, je les relis souvent, & je n'y trouve que beaucoup d'esprit, de grandes lumières & une bonne morale. S'il ne pensoit pas aussi bien qu'il écrit, il faudroit le plaindre; mais personne n'est en droit d'interroger sa conscience. CŒUR, (Jacques) natif de Bourges, quoique fils d'un mar-land, se pouffa à la cour de *Charles VII*, & devint son argentier, c'est-à-dire trésorier de l'épargne. Il servit aussi bien le roi dans les finances, dit un homme d'esprit, que les *Dunois*, les *la Hire* & les *Saintrailles* par les armes. Il lui prêta deux cent mille écus d'or, pour entreprendre la conquête de la Normandie, qu'il n'auroit jamais reprise sans lui. Son commerce s'étendoit dans toutes les parties du monde; en Orient avec les Turcs & les Perses, en Afrique avec les Sarrafins. Des vaisseaux, des galères, trois cents facteurs répandus en divers lieux, le rendirent le plus riche particulier de l'Europe. *Charles* le mit, en 1448, au nombre des ambassadeurs envoyés à Lausanne pour finir le schifme de *Félix V*. Ses ennemis & ses envieux profitèrent de cette absence pour le perdre. Le roi, oubliant ses services, l'abandonna à l'avidité des courtisans, qui partagèrent ses dépouilles. On le mit en prison; le parlement lui fit son procès, & le condamna à l'amende-honorable & à payer cent mille écus. On l'accusa de concussion: on osa même lui attribuer la mort d'*Agnès Sorel*, qu'on croyoit morte de poison; mais on ne put rien prouver contre lui, sinon qu'il avoit fait rendre à un Turc, un esclave Chrétien, qui avoit quitté & trahi son maître; & qu'il avoit fait vendre des armes au soudan d'Égypte, deux actions qui n'étoient certainement pas des crimes. *Jacques Cœur* trouva dans ses commis une droiture & une générosité qui le dédommagèrent des persécutions intéressées des courtisans & de l'injuste oubli de son roi. Ils se cotissèrent presque tous, pour l'aider dans sa disgrace. Un d'entre eux, nommé *Jean de Village*, qui avoit épousé sa nièce, l'enleva C O F 505 du couvent des Cordeliers de Beaucaire où il avoit été transporté de Poitiers, & lui facilita le moyen de se sauver à Rome. Le pape Calixte III lui ayant donné le commandement d'une partie de la flotte qu'il avoit armée contre les Turcs, il mourut en arrivant à l'isle de Chio, sur la fin de l'année 1456. Ce que l'on a dit de sa nouvelle fortune, de son voyage dans l'isle de Cypre, de son second mariage, des filles qu'il en eut, est une fable sans aucun fondement; Bonamy, de l'académie des inscriptions & des belles-lettres, l'a démontré dans un Mémoire lu dans les assemblées de cette compagnie. L'auteur de l'Essai sur l'Histoire Générale, n'a pas eu apparemment connoissance de cette Dissertation, ou n'en a pas voulu profiter, puisqu'il dit que Jacques Cœur alla continuer son commerce en Cypre. Une partie des biens de cet illustre négociant fut rendue à ses enfans, en considération des services de leur père. — Un d'eux, Jean Cœur, fut archevêque de Bourges, se fit estimer par son mérite, & mourut en 1483. Il fut enterré dans sa métropole, avec cette épitaphe : Memorare quæ mea substancia. C'étoit lui-même qui l'avoit choisie. CŒUVRES, Voy. V. ESTRÉES. — COFFIN, (Charles) naquit à Buzanci dans le diocèse de Rheims, le 4 octobre 1676. C'est à Paris qu'il vint achever ses études, commencées à Beauvais. Des productions en vers & en prose, où l'on remarquoit la latinité du siècle d'Auguste, des Poèmes sur les évènement publics, des Discours sur des circonstances qui lui étoient personnelles, un talent singulier pour former la jeunesse, le firent nommer principal du collège de Beauvais en 1713. Il sortit de cette école une foule de sujets dignes du directeur de leurs études par leur piété & leurs connoissances. En 1718 l'université de Paris l'élucide recteur, & son rectorat fut illustré par l'établissement de l'instruction gratuite : évènement auquel il eut beaucoup de part, & qu'il célébra par un très-beau Mandement. Cet homme, également cher à la religion & à la littérature, fut enlevé à l'une & à l'autre en 1749. Il mourut à Paris le 20 juin, à 73 ans. « A l'inhumanité près, dit l'auteur de son Eloge, il réalisoit le sage des Stoïciens : toujours le même au milieu des occupations les plus dissipantes & des circonstances les plus épineuses, sérieux par réflexion, gai par caractère, doux sous un air de sécheresse, poète sans caprice, savant sans ostentation. » Il est principalement connu par les Hymnes qu'il composa pour le Bréviaire de Paris, adoptées depuis dans tous les Bréviaires nouveaux. De grandes images, une heureuse application des endroits les plus sublimes de l'Écriture, une simplicité & une onction admirables, une latinité pure & délicate, leur donneront toujours un des premiers rangs parmi les ouvrages de ce genre. Si Santeuil s'est distingué par la verve & la poésie, Coffin a eu cette simplicité majestueuse qui doit être le caractère de ces sortes de productions. On a publié en 1775 un Recueil complet de ses Œuvres, en 2 vol. in - 12. Il y a plusieurs petites Pièces de poésie, entre autres l'Ode sur le vin de Champagne, dignes d'Ovide & de Catulle, par la délicatesse & la facilité. Mais on ne doit pas oublier ses harangues, bien faites, bien écrites, & convenables aux circonstances. Son Discours sur les Belles-Lettres, 506 COG dont il montre les dangers & les avantages, sa *Harangue* sur l'utilité de l'Histoire, son *Oraison* funèbre du duc de Bourgogne, méritent surtout d'être distingués.
COGER, (François - Marie) licencié en théologie, professeur d'éloquence au collège de *Mazarin*, & ancien recteur de l'université, naquit à Paris en 1723, & mourut dans cette ville à la fin de mai 1780, à 57 ans. Outre le mérite propre à son état, il avoit des mœurs pures, douces, humaines, & un caractère bien-faitant. Les familles malheureuses trouvèrent en lui un homme charitable & généreux; il encouragera par des libéralités plusieurs jeunes gens pleins de mérite, mais dénués de fortune. On a de lui : l'*Examen* de l'*Éloge du Dauphin*, par *Thomas*, 1766, in-8°, & celui du *Bélissaire* de *Marmontel*, 1767, in-8°. Ces deux écrits, qui respirent le bon goût, & qui mènent aux vrais principes, irritèrent beaucoup *Voltaire*, qui n'est pas ménagé dans le dernier. Il n'appela plus le censeur que *Coge Pecus*. Ce dernier, pour se venger de cette injure, fit proposer pour sujet du prix de l'université, cette question : *La Philosophie de nos jours n'est-elle pas aussi ennemie des Rois que de la Religion ? Coger* a encore publié une oraison funèbre de *Louis XV*, 1774, in-4°, & diverses pièces de vers latins, d'un style pur & correct, mais foibles de poésie.
COGESHALE, (Radulphe) savant religieux Anglois, vivoit dans les 12° & 13° siècles. Il étoit de l'ordre de Citeaux, & passa pour un des hommes les plus instruits de son temps. Le surnom sous lequel nous mettons ici son article, lui fut donné de l'abbaye à la tête de laquelle il fut placé. Le principal ouvrage qui nous reste de lui, est une *Chronique de la Terre-Sainte*; & elle est d'autant plus précieuse, que l'auteur a été témoin oculaire des faits qu'il rapporte. Il étoit à Jérusalem, & y lui même blessé, lorsque *Saladin* fit le siège de cette ville. On croit qu'il mourut en 1228. Cette *Chronique* a été publiée en 1729, par les Pères *Marienne* & *Durand*, dans le cinquième volume de l'*Amplissima Collectio veterum Scriptorum & Monumentorum*, &c. On trouve encore dans ce volume deux autres ouvrages du même auteur; le premier intitulé : *Chronicon Anglicanum*, ab anno MLXVI ad annum MCC, & le second : *Libellus de moribus Anglicanis sub Joanne Rege*.
COGLIONI ou COLÉONI, (Barthélemi) natif de Bergame, d'une famille qui avoit la souveraineté de cette ville, & qui en fut dépouillée en 1410 par une faction, eut le commandement des troupes de Venise contre celles de Philippe Visconti, duc de Milan. Après s'être signalé contre ce prince, il se jeta dans son parti. Les Vénitiens le rappellerent, & le firent général d'une armée destinée contre les Turcs. Il mourut presque dans le même temps, en 1475. Le sénat de Venise lui fit élever une statue équestre de bronze. C'est lui qui a introduit l'usage de traîner l'artillerie en campagne.
COGNATUS, Voy. COUSIN.
COGOLIN, (Joseph de Cuers de) gentilhomme Provençal, servit d'abord dans la marine, quoique la mer l'incommodât au point qu'il ne put jamais s'y accoutumer. Après avoir lutté pendant 17 ou 18 ans contre la nature, une fluxion opiniâtre sur les yeux le détermina enfin à quitter une profession si contraire à son tempérament. Il avoit été successivement garde de la marine, brigadier, enseigne, lieutenant de vaisseau, & capitaine d'une compagnie de la marine. Il se retira en 1744, avec douze cents livres de pension & la croix de saint Louis. La poésie l'occupe alors entièrement. Après différens séjours dans les cours de Berlin, de Dresde, de Manheim, de Cologne, de Munich & de Vienne, il se rendit à Rome en 1757, & y obtint une place dans l'académie des Arcades. De retour d'Italie, il tomba malade à Lyon, & y mourut le 1er janvier 1760, à 56 ou 57 ans, après 8 à 9 mois de langueur. Le chevalier de Cogolin, né homme de condition, avoit de l'esprit, du savoir, un caractère doux, une gaieté charmante, & des talens agréables; mais les égards qu'il croyoit dus à sa naissance, le ren-doient délicat, difficile, & quelquefois épineux. Une imagination vive & forte, mais qui avoit besoin d'être réglée, lui donnoit pour la poésie une facilité dont il abusoit quelquefois. On a de lui la Traduction en vers françois de l'épifode d'Aristée, au IVe livre des Georgiques, & de la Dispute d'Ajax & d'Ulisse pour les armes d'Achille, tirée d'Ovide. On admire dans ces deux morceaux un grand nombre de vers heureux. I. COHORN, (Memnon) le Vauban des Hollandois, naquit en 1632. Son génie pour la guerre & pour les fortifications se développa de bonne heure. Ingénieur & lieutenant-général au service des Etats-Généraux, il fortifia & défendit la plupart de leurs places. « Ce fut un beau spectacle, dit C O H 507 le président Hefnault, de voir en 1692, au siège de Namur, Vauban affiéger le fort Cohorn, défendu par Cohorn lui-même. Il ne se rendit qu'après avoir reçu une blessure jugée mortelle, & qui ne le fut pourtant pas. En 1703, l'électeur de Cologne, Joseph Clément, ayant embraffé le parti de la France, & reçu garnison Françoise dans Bonn, Cohorn fit un feu si vif & si terrible sur cette place, que le commandant se rendit trois jours après. Ce grand homme mourut à la Haye en 1704, laissant aux Hollandois plusieurs places fortifiées par ses soins. Berg-op-zoom, qu'il disoit son chef-d'œuvre, fut pris en 1747, par le maréchal de Loewendahl, malgré les belles fortifications qui la faisoient regarder comme imprenable. On a de Cohorn un Traité en flamand sur une nouvelle manière de fortifier les places.
II. COHORN, (Joseph) de la même famille que le précédent, naquit à Carpentras au mois d'avril 1634. Il servit dans la seconde compagnie des Mousquetaires de la garde du roi, d'où il passa au service de la marine royale. Il fut fait successivement enseigne de vaisseau, capitaine de brûlot, lieutenant & capitaine de vaisseau. Il se distingua dans toutes les occasions par son courage, sur-tout à l'attaque de Gigery en Barbarie, sous les ordres du duc de Beaufort en 1664. Il se couvrit de gloire en 1675, en traversant la flotte Espagnole qui formoit un blocus devant Messine: il pénétra dans cette ville avec tout son convoi chargé de vivres. Les habitans le reçurent comme leur libérateur, répandant de l'eau de fleur d'orange & des parfums sur son passage, & le comblèrent 508 COI de riches préfens. Cette place étoit réduite à la famine. *Cohorn* se chargea du dernier morceau de biscuit qui y refoit, qu'il rapporta au roi. Le combat qu'il livra aux ennemis fut opiniâtre & meurtrier. Il y reçut une blefiure dans le flanc gauche, qui ne l'empêcha pas de continuer de commander. Enfin, son convoi étant entré entièrement dans le port de Messine, l'armée d'Espagne leva le siège, & *Cohorn* retourna à Toulon, d'où il se rendit à Versailles. *Louis XIV* le comble de biens & de faveurs. Ce brave homme mourut à Carpentras, le 6 juin 1715.
COIGNARD, (Jean) imprimeur de l'académie Françoise, a publié de belles éditions, revues par lui-même avec soin. On lui doit sur-tout le beau *S. Ambroise* des Bénédictins, qui parut en 1690, en un vol. in-folio.
COIGNET, (Michel) mort à Anvers en 1623, à l'âge de 74 ans, publia en 1581, un *Traité de la Navigation*, estimé de son temps.
COIGNY, (François de Franquetot, duc de) maréchal de France, chevalier des ordres du roi, & de la Toifon d'or, naquit au château de Franquetot en basse-Normandie l'an 1670, & mourut le 18 décembre 1759. Il servit le roi & l'état avec distinction, & offrit les vertus d'un citoyen & les talens d'un général. Il gagna la bataille de Parme sur les Impériaux le 29 juin 1734, & celle de Guafalla, à laquelle le roi de Sardaigne se trouva, le 19 septembre suivant. La victoire remportée à Parme fut la première du règne de *Louis XV*. Celle de Guafalla fut encore plus complète. — *Voyer XVII*, BERNARD dans ce Dictionnaire, & la *Chronologie historique des Baillis & Gouverneurs de Cam*, pag. 146.
COINTE, (Charles le) né à Troyes le 4 novembre 1611, entra fort jeune dans la congrégation de l'Oratoire, où il fut reçu par le cardinal de *Bérulle*. Le P. Bourgoin, l'un des successeurs du cardinal dans le généralat, le regarda longtemps comme un homme inutile, parce qu'il s'appliquoit à l'histoire. La prévention de ce bon homme étoit si forte à cet égard, que lorsqu'il vouloit, selon *Richard Simon*, désigner un ignorant, il disoit : *C'est un historien*. Cependant *Servien*, plénipotentiaire à Munster, lui ayant demandé un Père de l'Oratoire pour aumônier, il lui proposa le Père *le Cointe*, qui le suivit, travailla avec lui aux préliminaires de la paix, & fournit les mémoires nécessaires pour le traité. *Colbert* lui fit accorder une pension de mille livres en 1659, & trois ans après une autre de cinq cents. Ce fut alors qu'il commença à publier à Paris son grand ouvrage intitulé : *Annales Ecclesiastici Francorum*, en 8 vol. in-folio, depuis l'an 235 jusqu'en 835. C'est une compilation sans ornemens, mais d'un travail immense, & pleine de recherches singulières, faites avec beaucoup de discernement & de sagacité. Sa chronologie est souvent différente de celle des autres historiens; mais quand il s'éloigne d'eux, il dit ordinairement ses raisons. Le premier volume parut en 1665, & le dernier en 1679. Quelqu'un lui remontera que cet ouvrage paroissoit trop long; l'auteur lui répondit avec ingénuité qu'il pensoit de même, mais qu'il craignoit que la pension qu'il recevoit de la cour, ne finit avec ses *Annales*. Le Père le Cointe mourut à Paris le 18 janvier 1681, à 70 ans, aussi estimé par ses lumières que par son caractère. Ce double avantage le fit rechercher des personnes du premier rang, dans tous les lieux où il demeura. Alexandre VII, qui l'avoit connu à Munster, l'honoroit souvent de ses lettres. Louis XIV même avoit pour lui une estime particulière, & loua plusieurs fois son zèle & sa fidélité. « On n'a guères vu, dit Nierron, de savant plus poli & plus affable. On étoit toujours sûr d'obtenir ce qu'on lui demandoit. Il prêtoit ses livres & communiouoit ses lumières avec une égale facilité. Son unique plaisir étoit de s'entretenir familièrement avec ses amis, qui goûtoient infiniment sa conversation, pleine d'une gaieté douce, & ornée d'anecdotes instructives. Il partageoit son temps entre la prière & l'étude; mais il ne s'occupoit jamais la nuit, parce qu'il regardoit les travaux nocturnes comme funestes à la santé. » I. COISLIN, (Pierre du Cambout de) cardinal, évêque d'Orléans, grand-aumônier de France, commandeur de l'ordre du Saint-Espirit, mort le 5 février 1706, à 69 ans, étoit fils du marquis de Coislin, colonel-général des Suisses & Grisons. Quoiqu'élevé à la cour; & recherché du plus grand monde, il conserva la pureté de ses mœurs & l'intégrité de ses vertus. Son exactitude à la résidence, sa sollicitude pastorale, & sur-tout sa généreuse charité le firent aimer & respecter. Après la révocation de l'édit de Nantes, on envoya un régiment à Orléans pour ramener les Protestans. L'évêque ne voulant pas se servir de cet étrange moyen de conversion, logea tous les officiers chez lui, les défraya, contint les soldats & ne souffrit point que les Huguenots fussent inquiétés. Cette conduite humaine & chrétienne fit plus de Catholiques que la contrainte & la perfécution. Lorsque Louis XIV lui préfenta le chapeau rouge, il lui demanda si on le verroit avec les habits de sa nouvelle dignité. Moi, SIRE, répondit le nouveau cardinal, je me souviendrai toujours que j'étois prêtre, avant que d'avoir été cardinal. Il tint parole, & ne changea rien à la simplicité de ses habillements & de sa table; il n'eut de rouge sur lui que sa calotte & le ruban de son chapeau.
II. COISLIN, (Henri-Charles du Cambout, duc de) neveu du précédent, évêque de Metz, mort en 1732, avoit des vertus & des lumières. Sa ville épiscopale lui doit des cafernes & un séminaire. Il légua à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés la fameuse bibliothèque du chancelier Séguier, dont il avoit hérité. Le P. de Montfaucon a publié le Catalogue des manuscrits grecs de cette collection en 1715, in-folio. Le Rituel que ce prêlat fit imprimer en 1713, in-4°, rempli d'instructions utiles, fut fort applaudi. Son Mandement pour l'acceptation de la bulle Unigenitus, fit du bruit dans le temps. La cour de Rome le censura, & se plaignit des distinctions de sens qu'il donna aux cent & une propositions condamnées. Il fut supprimé par un arrêt du conseil du 5 juillet 1714.
COITER, (Volcard) né à Groningue en 1534, exerça la médecine en Italie, en Allemagne, & à la fuite des armées de France. Il mourut en 1600, avec la réputation d'un excellent anatomiste. 510 COL à la méritoit par les deux ouvrages suivants : I. *De Cartilaginibus tabulae*, 1566, in-folio. II. *Externarum & internarum principilium humani corporis partium tabulae*, atque *automicæ exercitationes*, *observationesque variae*, 1573, in-folio. On a réimprimé ce dernier ouvrage à Louvain en 1663.
COKE, (Edouard) chef de justice du banc royal en Angleterre, naquit à Mileham en 1549, & mourut à Stokepoges en 1635, après avoir exercé divers emplois. Son principal ouvrage est : *Les Institutes des Lois d'Angleterre*, 2 vol. in-folio. C'est un Commentaire sur *Littleton*. I. COLARDEAU, (Julien) procureur du roi à Fontenay-le-Comte, sa patrie, mourut le 20 mars 1669, âgé de 69 ans. Il fut allier les amufémens de la poésie à l'étude sèche des lois. On a de lui : I. *Larvina, Satyricon in chorearum lafcivias & personata tripulia*, Paris 1629, in-12. Les vers de cette pièce se ressentent du style obscur d'*Apulée*, que l'auteur a affecté d'imiter. II. *Les Tableaux des victoires de Louis XIII*, Paris 1630, in-12. III. *Description du Château de Richelieu*, in-4. Ces deux poèmes, en vers françois, annoncent du talent dans l'auteur. Il y a de l'aïance dans ses vers, & de la force dans ses descriptions; mais ces ouvrages sont peu connus.
II. COLARDEAU, (Charles-Pierre) né à Janville dans l'Orléanois en 1735, cultiva, dès l'enfance, les Muses françoises. Il débuta, en 1758, par la traduction en vers de l'*Épître d'Héloïse à Abailard* par *Pope*. L'original est plein de feu, & la copie réunit la chaleur du sentiment à celle de l'expression. Les amateurs de la bonne poésie, la savent par cœur. S'il est au-dessous du poète Anglois pour les images, il lui est supérieur par la sensibilité. L'héroïde d'*Armide à Renaud*, imitée du *Taffe*, n'eut pas un aussi grand succès, quoiqu'on y trouve de l'élégance & de l'harmonie dans les vers. Ses tragédies d'*Astarbé* & de *Califle*, l'une jouée en 1758, & l'autre en 1760, ne réaffirent pas : on y admira plutôt le mécanisme d'une verification heureuse & brillante que le talent du théâtre. On y trouva des détails heureux; mais point d'action, point d'entente de la scène. Sa couleur est, à la vérité, triste & même sombre, mais jamais tragique. La dernière sur-tout, imitée de la pièce angloise de *Rove*, intitulée *la belle Pénitente*, ne rend point les beautés du modèle. L'*Ode* sur le Patriotisme, le *Temple de Gnide*, deux *Nuits d'Young*, mis en vers françois, l'*Épître à Minette*, celle à M. *Duhamel*, le poème des *Hommes de Prométhée*, qui parurent depuis, offrent des détails agréables, & sont en général versifiés d'une manière douce & harmonieuse. Ce dernier est une imitation du chant de *Milton* sur *Adam & Ève*. L'*Épître à M. Duhamel*, qui est remplie de peintures champêtres & de sentiments de bienfaillance & d'humanité, offre des tirades pleines de verve, & a été comparée, par quelques admirateurs, aux meilleures Épîtres de *Boileau*. Ces divers ouvrages indiquaient l'auteur à l'académie Françoise : cette compagnie le nomma à la place vacante, par la mort du duc de *Saint-Aignan*, au commencement de 1776; mais il ne put prononcer son discours de réception. La mort l'enleva à la fleur de son âge par une hydro- pifie de poitrine, le 7 avril de la même année, avant qu'il eût été reçu, &, comme le *Taffe*, à la veille de son triomphe. « Il est sans exemple dans les faîtes académiques, dit M. de la *Harpe*, qu'un homme élu ait été ainsi prévenu par la mort, avant de venir prendre sa place. C'est descendre dans le tombeau une couronne à la main. *Colardeau* avoit reçu la fienne avec bien de la joie, & cette joie, même pendant quelques jours, avoit paru ranimier ses forces. Il écrivit à l'académie une lettre pleine de sensibilité. Le dernier effort de sa vie fut de sentir son bonheur, mais il ne lui fut pas donné d'en jouir. » Des mœurs douces, un caractère indulgent & ennemi de la faître, rendoient son commerce facile & sa société agréable. Il avoit des amis, & il faisoit tout ce qu'il faut pour en avoir. Ayant appris que *Watelet* traduisoit la *Jérusalem délivrée* du *Taffe*, il discontinua une traduction qu'il avoit commencée du même poème. Il fit plus encore : il eut le courage de se lever de son lit de mort, pour jeter au feu, de ses mains défaillantes, plusieurs chants déjà traduits. Ce poète, qui a si bien peint la nature dans ses vers, & qui savoit même dessiner, ne voyoit dans les couleurs que le noir & le blanc, & que les nuances diverses des clairs & des ombres. Cette conformation particulière n'affoiblit point les charmes de son imagination. Ses *Œuvres* ont été recueillies en 2 vol. in-8°, à Paris, figures, 1779. Outre les ouvrages que nous avons cités, on y lit une comédie intitulée *les Perfidies à la mode*, où l'on remarque quelques jolis vers, deux ou trois portraits assez bien faits, mais à peine une foible étincelle de comique. On y verra en- core, avec plaisir, quelques pièces fugitives pleines de naturel & de graces.
COLASSE, (Pafchal) maître de musique de la chapelle du roi, naquit à Rheims en 1636, & mourut à Versailles en 1709. D'abord enfant de chœur de l'église Saint-Paul à Paris, il devint l'élève & le gendre de *Lulli*, qui ne lui donna pas son talent, en lui donnant sa fille. *Colasse* le prit pour modèle dans toutes ses compositions ; mais il l'imita trop servilement : Collasse de Lulli craignit de s'écarter ; Il le pilla, dit-on, cherchant à l'imiter. Cependant, son opéra de *Thétis* & *Pélée* sera toujours regardé comme un bon ouvrage. Mais on ne peut pas donner le même éloge à son *Achille*, tragédie-opéra, dont *Campistron* avoit fait les paroles, & sur lequel on fit l'épigramme suivante : Entre Campistron & Colasse Grand débat s'émut au Parnasse ; Sur ce que l'Opéra n'eut pas un fort heureux ; De son mauvais succès nul ne se crut coupable. L'un dit que la musique est plate & misérable ; L'autre, que la conduite & les vers sont affreux ; Et le grand Apollon, toujours juge équitable, Trouve qu'ils ont raison tous deux. On fit encore celle-ci sur le poète & le musicien : Lulli près du trépas, Quinault sur le retour, Adjurent l'Opéra, renoncent à l'amour ; 912 COL Pressée de la frayeur que le remords leur donne, D'avoir gâté de jeunes cœurs Avec des vers touchans & des sons enchanteurs, Colasse & Campistron ne gâteront personne. On a encore de Colasse, des Morets, des Cantiques, des Stances. Ce mu- ficien avoit la manie de la pierre philofophale, passion qui ruina sa fante & sa bourse. I. COLBERT, (Jean-Baptiste) marquis de Seignelai, naquit à Rheims, le 31 août 1619, d'une famille originaire d'Ecosse, fui- vant Moréri, & établie en Cham- pagne dans le 13e siècle. Cette famille étoit, dit-on, tombée dans l'obscurité; aussi l'abbé le Labou- reur appliquoit-il à Colbert ces vers de Fortunat : Mens generosa tibi pretioso lumine fulget, Quæ meritis propriis amplificavit avos. Malgré les flatteries de le Labou- reur, & quoique Colbert se piquât d'une grande naissance, on fait que son grand-père étoit un marchand de laine à Rheims; & Nicolas COLBERT, son père, ne fut nommé conseiller d'état, qu'après l'éléva- tion du fils. Jean-Baptiste Colbert avoit un oncle, secrétaire du roi & riche négociant à Troyes, qui le plaça chez Maferanni & Cenami, banquiers du cardinal Mazarin. Ce ministre connut ses talens, & lui confia ses affaires. Prêt à mourir, il le choisit pour être un de ses exécuteurs testamentaires. On doit compter parmi les services que ce cardinal rendit à la France, celui d'avoir tellement préparé la con- fiance de roi pour Colbert, dit le président Hénault, qu'elle se trouva toute établie quand il mourut. Il le recommanda comme un homme d'une application infatigable, d'une fidélité à toute épreuve, & d'une ca- pacité supérieure dans les affaires. Je vous dois tout, SIRE, dit-il au roi; mais je crois m'acquitter en quelque forte envers Votre Majesté, en vous donnant Colbert. Après la disgrace de Fouquet, à laquelle il eut beau- coup de part, & qu'il poursuivit avec trop d'acharnement, Col- bert gouverna les finances, sous le titre de contrôleur-général. Tout le monde connoit le sonnet injurieux que le poète Hénault lança contre lui; & sa réponse à ceux auxquels il demanda si le roi y étoit offensé: Non, dirent- ils. — Je ne le suis donc pas. Le nouveau ministre rétablit bientôt l'ordre que son prédécesseur avoit troublé, & ne cessà de travailler à la gloire du roi & à la gran- deur de l'état. Le beau siècle de Louis XIV commença à éclore. On accorda des gratifications aux savans de la France & aux savans étrangers. Les lettres dont le mi- nistre accompagnoit ces graces, étoient encore plus flatteuses que les présens mêmes. Quoique le roi ne soit pas votre souverain, écrivoit- il à Isaac Vossius, il veut néanmoins être votre bienfaiteur. Recevez cette lettre-de-change, comme une marque de son estime & un gage de sa pro- tection. Le roi, connoissant par lui-même le mérite de Colbert, le fit surintendant des bâtiments en 1664. Persuadé, comme il le di- soit lui-même, que, dans cette charge, il ne s'agissait pas seulement de mettre pierre sur pierre, il fit re- vivre tous les arts qui ont quelque rapport aux bâtiments. La France vit des chefs-d'œuvre de peinture, de sculpture, d'architecture; la façade du Louvre, la galerie de la colonnade, les écuries de Ver- failles, l'observatoire de Paris, &c. De De nouvelles sociétés de gens de lettres & d'artistes, furent formées par ses soins. L'académie des Inscriptions prit naissance dans sa maison même, en 1663. Celle des Sciences fut érigée trois ans après, & celle d'Architecture en 1671. Les compagnies qui avoient été fondées long-temps auparavant, comme l'académie Françoise & celle de Peinture & de Sculpture, se ressentirent de la protection que le nouveau Mélané accordait à tous les arts. Non content d'avoir rétabli les finances, & d'avoir encouragé tous les gens de mérite, il porta ses vues sur la justice, sur la police, sur le commerce, sur la marine. Un conseil formé pour discuter toutes ces matières, donna ces règlements & ces belles ordonnances, que l'on a pris encore aujourd'hui pour fondement de notre droit civil. Le comme ce, que la France n'avoit exercé jusqu'alors qu'imparfaitement, fut généralement cultivé. Il se forma trois compagnies, l'une pour les Indes Orientales, l'autre pour les Indes Occidentales, & la troisième pour les côtes d'Afrique : toutes ces compagnies furent encouragées & récompensées. Le conseil de commerce fut rétabli. Le canal de Languedoc, entrepris pour la communication des deux Mers, transporta jusques dans le cœur de la France les denrées & les marchandises de toutes les parties du monde. Un grand nombre de vaisseaux & de galères, fut construit en peu de temps. Des arseaux bâtis à Marseille, à Toulon, à Brest, à Rochefort, renfermerent tout ce qui étoit nécessaire à l'armement & à l'équipement de plusieurs flottes. Les draps fins, les étoffes de foie, les glaces de miroirs, le fer- blanc, l'acier, la belle faïence, le cuir marroquiné, que les étrangers nous vendaient très-chèrement, furent enfin fabriqués en France. Chaque année de son ministère fut marquée par l'établissement de quelque manufacture : on compta, dans l'année 1669, quarante-quatre mille deux cents métiers en laine dans le royaume. Le but du grand Colbert étoit d'enrichir la France & de la peupler. En entrant dans les finances, il fit remettre trois millions de tailles, & tout ce qui étoit dû d'impôts depuis 1647 jusqu'en 1656. Telles étoient les occupations continuelles de ce digne ministre, lorsqu'il mourut le 6 septembre 1683, à 64 ans & six jours, confirmé, dit un historien, par les chagrins que lui donnait Louvois, en le forçant à ruiner, par des vexations, le peuple qu'il avoit enrichi par le commerce ; seul martyr que le lien public ait eu, seul ministre des finances qui foit mort dans son emploi. Il ne fut que huit jours malade. Le roi lui écrivit une lettre, telle que le méritoir un homme qui, en créant le commerce & en animant tous les arts, avoit donné cent millions de reste à sa partie : le mourant la mit tous son chevet, sans l'ouvrir, dit qu'on étoit peu sensible à ces attentions, quand on étoit prêt à rendre compte au Roi des Rois. Il répondit à Mad. Colbert, qui ne cessoit de lui parler d'affaires : Vous ne me laifferez donc pas même le temps de mourir !... Au milieu des occupations du ministère, il trouvoit le temps de lire chaque jour quelques chapitres de l'Écriture-faînte, & de reciter le Bréviaire : il en fit imprimer un pour son usage & celui de sa maison, Paris 1679, in-8°, qui est peu K k 514 COL commun. *Colbert* est regardé, avec raison, comme le plus grand ministre des finances qu'ait eu la France. Avec l'exactitude & l'ardeur pour le travail qu'avoit *SULLI*, il eut des vues beaucoup plus étendues pour la grandeur du souverain & le bonheur des peuples. Un jour qu'il regardoit, de sa maison de Seaux, les campagnes fleuries qui embellissent les environs de Paris, il dit, les yeux baignés de larmes : *Je voudrois pouvoir rendre tout ce pays heureux ; & loin de la cour, sans appui, sans crédit, voir croître l'herbe juques dans mes cours*. La populace de Paris voulut pourtant le déterrer à Saint-Eustache ; mais les bons citoyens rougirent de cette frénésie, & pensèrent sur ce grand homme comme la postérité. Il avoit dédaigné, pendant sa vie, les murmures, souvent injustes, de cette populace. Ayant supprimé quelques rentes sur l'hôtel-de-ville, acquises à vil prix depuis 1656, les rentiers, plus sensibles à leurs intérêts particuliers qu'à l'utilité de tous les établissements que *Colbert* procuroit à la France, cherchoient à décrier son ministère. Ils osèrent même le menacer ; & soit qu'il entrât ou qu'il sortit, ce ministre étoit assiégé, à toute heure, par ces gens qu'il dépouilloit. Un jour que *Colbert* se trouvoit chez le chancelier *Séguier*, plusieurs d'entre eux se présentèrent à lui, & après les plaintes, osèrent en venir aux menaces. Le ministre les, écouta avec un grand sang froid & beaucoup de tranquillité, il parut même entrer dans leur peine. Ensuite il leur demanda leurs noms, qu'ils eurent l'indiscrétion de lui dire, se flattant de l'avoir touché. *Colbert* ne les oublia pas ; il en rendit compte au roi, qui fit arrêter les plus coupables. Cet exemple, loin d'effrayer les mécontents, achevés de les irriter. Les rentiers crièrent si haut, que les commis de *Colbert*, moins courageux que leur maître, craignirent que l'orage ne crevât enfin sur leur tête. *Picon*, son premier commis, homme habile dans les affaires, mais livré au vin, s'étant couché demi-ivre, & les menaces des rentiers dans la tête, s'éveilla en fursaut, s'imaginant que ces gens le tenoient à la gorge. Il fit un bruit épouvantable, & réveilla toute la maison. *Colbert* se leva comme les autres, sans témoigner aucune crainte. Informé de la cause de ce grand bruit, il se retura, & le lendemain *Picon* fut renvoyé. Ce ministre avoit dans la figure quelque chose de repouffant. Ses yeux étoient creux, ses fourcils noirs & épais. Il parloit peu, & affectoit même une sorte de silence négatif. *Mad. de Cornuel*, femme d'un trésorier, & connue par ses réparties, l'entretenoit un jour d'affaires ; le ministre ne lui répondoit rien : *Monseigneur*, lui dit-elle, faites quelque signe que vous m'entendez. Cependant, malgré son air froid & austère, il étoit dans la société bon, officieux, & sa probité étoit à toute épreuve. Il ne put jamais prendre ni le ton, ni les vices des courrisans, & *Louis XIV* difoit qu'il avoit conservé à la cour l'air d'un bourgeois de Paris. Le président de *Lamoignon*, qui l'avoit beaucoup connu, lui reprochoit encore de vouloir fortement tout ce qu'il vouloit, de conduire toutes choses despotiquement, de craindre trop le partage de son autorité, & d'être susceptible des différentes impressions que ses commis vouloient lui donner. « Ce ministre, dit un écrivain, doit être l'objet éternel de la reconnoissance de la France. Plus loué, plus admiré qu'imité, des embouffages lui ont rendu un culte hypocrite, pour se faire égaler à lui par la multitude prévenue et toujours trompée. D'autres embouffages, conduits par la folie, de détraiteurs de ce grand homme, ont détruit ses heureux travaux. On fondateur de la richeffe du royaume, par ses utiles & nombreux établissements, par les tributs qu'il a tirés de toutes les parues du monde, en joignant les deux tiers, en protégeant le commerce, en rendant la marine redoutable, Colbert animoit tous les arts & tous les artistes. Protecteur de tous les favans, François & étrangers indifféremment, il répandoit sur eux les dons de la magnificence royale, & la grace dont il les accompagnoit, en rehaussoit encore le prix. Sa Vie se trouve dans la tome V° des Hommes illustres de France, par d'Auvigni : Voyez l'article COURTILZ. Il avoit épousé Marie Charron, fille de Jacques Charron, seigneur de Menars, & de Marie Begon; il en eut six fils & trois filles.
II. COLBERT, (Édouard-François) comte de Maulevrier, frère du précédent, ministre d'état & chevalier des ordres du roi, fut lieutenant-général de ses armées. Sa valeur éclata dans plusieurs occasions. Les qualités de son cœur & de son esprit lui méritèrent l'estime du roi. Il mourut le 31 mai 1693. Voyez VI. COLBERT.
III. COLBERT, (Jean-Baptiste) marquis de Seignelai, & fils aîné du grand Colbert, naquit à Paris en 1651. Il marcha sur les traces de son père, fut ministre & secrétaire d'état, acheva d'élever la marine & le commerce au plus haut degré de splendeur, protégea les arts & les sciences, & mourut d'une maladie de langueur le 3 novembre 1690, à 39 ans. Son patriotisme, son goût pour les arts, ses manières nobles & généreuses, le firent vivement regretter. Il eut cinq enfans de son second mariage avec Catherine-Thérèse de Matignon. — Seignelai vouloit, comme ton père, être d'une illustre famille. Il étoit de bonne-foi sur cette chimère, & se croyoit descendre des rois d'Écoffe. Il avoit nommé un de ses fils Édouard, nom qu'il disoit être celui des aînés de sa maison en Écoffe. Un ministre m'a pourtant dit, ajoute l'abbé de Choisi, de qui nous tirons ces particularités, que Colbert en frappant son fils, ce qui lui est arrivé plus d'une fois, lui disoit en colère : Coquin, tu n'es qu'un bourgeois; & si nous trompons le public, je veux au moins que tu faches qui tu es. Au reste, Colbert s'étant illustré par des services, qu'avoit-il besoin de généalogie?
IV. COLBERT, (Jean-Baptiste) marquis de Torcy, frère du précédent, naquit le 19 septembre 1665. Envoyé de bonne heure dans différentes cours, il mérita d'être nommé secrétaire d'état au département des affaires étrangères en 1686, surintendant-général des postes en 1699, & conseiller au conseil de la régence pendant la minorité de Louis XV. Il remplit, avec beaucoup de distinction, ces postes différens. Ses ambassades en Portugal, en Danemar & en Angleterre, le mirent au rang des plus habiles négociateurs. Il mourut à Paris le 2 septembre 1746, à 81 ans, honoraire de l'académie des Sciences. Il avoit épousé une fille du ministre d'état Arnauld de Pomponne, dont il eut plusieurs enfans. On a publié, 516 COL dix ans après sa mort, en 1756, ses Mémoires pour servir à l'Histoire des Négociations, depuis le Traité de Ryswick jusqu'à la Paix d'Utrecht, 3 volumes in-12, divisés en quatre parties. La première est consacrée aux négociations pour la succession d'Espagne; la seconde, aux négociations avec la Hollande; la troisième, à celles faites avec l'Angleterre; & la quatrième, aux négociations pour la paix d'Utrecht. « Ces mémoires, dit l'auteur du siècle de Louis XIV, renferment des détails qui ne conviennent qu'à ceux qui veulent s'instruire à fond. Ils sont écrits plus purement que tous les mémoires de ses prédécesseurs : on y reconnoit le goût de la cour de Louis XIV. Mais leur plus grand prix est dans la sincérité de l'auteur : c'est la vérité, c'est la modération elle-même qui conduisent sa plume. » — On a peint avec raison Torcy, comme intelligent dans les grandes affaires, plein de ressources dans les temps difficiles, sachant porter avec la même sagesse le poids de la bonne & de la mauvaise fortune. Quoique son caractère fut sérieux, il étoit dans la société plein d'agrémens, sur-tout quand il se livroit à un ton de plaisanterie fin & délicat qui lui étoit propre. Son humeur toujours égale ne fut ni dérangée, ni obscurcie par les circonstances les plus épineuses. A cette qualité il joignoit celles de bon mari, de père tendre, d'ami fidèle, de maître doux & humain. V. COLBERT, (Jacques-Nicolas) autre fils du grand Colbert, docteur de la maison & société de Sorbonne, abbé du Bec, & archevêque de Rouen, mourut à Paris le 10 décembre 1707, à 53 ans. Son zèle, sa charité, sa science le mirent au rang des plus illustres évêques du règne de Louis XIV.
VI. COLBERT, (Charles) marquis de Croissy, second frère du grand Colbert, fut chargé par Louis XIV de plusieurs négociations & ambaffades importantes, & s'en acquitait avec succès. Il mourut le 18 juillet 1696, à 67 ans, emportant les regrets des bons citoyens. — Son fils Charles-Joachim COLBERT, qui embraffait l'état ecclésiastique, ne regarda point l'habit clérical comme une simple décoration; il eut toutes les vertus que cet habit annonce. Il n'étoit que bachelier, & il se préparoit à sa licence, lorsque le pape Innocent XI mourut. Cet évènement lui fit naître le désir d'aller à Rome; le cardinal de Furstemberg le prit pour un de ses conclavistes. En partant de Rome, après l'élection d'Alexandre VIII; il fut enlevé par un parti Espagnol, blessé, conduit à Milan, & enfermé dans le château de cette ville. Il eut beaucoup à souffrir dans cette captivité, dont il profita pour apprendre la langue Espagnole. Dès qu'il eut recouvré la liberté, il revint à Paris, entra en licence, & prit le bonnet de docteur. Nommé à l'évêché de Montpellier en 1697, il édifia le diocèse confié à ses soins, instruisit les Catholiques, les affermit dans la foi par un excellent Catéchisme, Voy. l'article POUGET, travailla à la conversion des hérétiques, & en ramena plusieurs à l'église. Il prit trop de part aux disputes relatives à la bulle Unigénitus, à laquelle il s'opposa par une foule de Lettres, de Mandemens, dans lesquels il oublia souvent la modération envers les évêques ses collègues, & la soumission son qu'il devoit aux jugemens de l'église. Plusieurs de ses ouvrages furent condamnés à Rome. Ils ont été recueillis en 3 vol. in-4°, 1740. Voy. BERRUYER. Ce prélat mourut le 8 avril 1738, à 71 ans. — La famille de Colbert a produit plusieurs autres personnes de mérite dans la ministère, l'église & l'épée.
COLDORÉ, graveur en pierres fines, tant en creux qu'en relief, se fit un nom célèbre sur la fin du XVIe siècle, par la finesse & l'élégance de son travail. Ses portraits étoient aussi ressemblants que délicats. On présume que Coldoré est un sobriquet, & que le vrai nom de cet artiste est Julien de FONTENAI; le même que Henri IV qualifia, dans ses lettres-patentes du 22 décembre 1608, du titre de son valet de chambre, & de son graveur en pierres fines.
COLÉONI, Voy. COGLIONI.
COLET, (Jean) né à Londres en 1466, docteur & doyen de l'église de Saint-Paul, fonda une école dans cette cathédrale, & mourut en 1519. On a de lui des Sermons, un Traité de l'Éducation des Enfants, & d'autres ouvrages. Voyez COLLET.
COLÉTE BOILET, réformatrice de l'ordre de Sainte-Claire, naquit à Corbie en Picardie, d'un charpentier, l'an 1380. Ayant pris l'habit du Tiers-Ordre de Saint-François, elle travailla à réformer les Clarisses. Mais n'ayant pas pu réussir en France, elle se retira en Savoie, où elle établit sa réforme, qui se répandit ensuite dans plusieurs provinces. Elle mourut en odeur de sainteté, à Gand, le 6 mars 1447, à 66 ans. Quelques religieux de Saint-François, touchés des exemples & des vertus de Colète, ayant embraffé l'austérité de sa règle, furent appelés COLETANS. Léon X les réunit, en 1517, aux Observantins. Pie VI a canonisé, en 1780, Ste Colète, dont le corps fut transporté de Gand à Poligny en Franche-Comté, en 1783. L'abbé de Monts a donné la Vie de cette réformatrice, 1771, in-12. I. COLIGNI, (Gaspard de) Ier du nom, seigneur de Châtillon-sur-Loing, d'une ancienne maison de Bresse, est le premier de sa famille qui se soit établi en France, depuis que cette province fut réunie à la couronne. Il suivit Charles VIII à Naples, en 1494. Il commanda un petit corps à la bataille d'Aignadel en 1509, & un autre plus considérable à celle de Marignan en 1515. Son mariage, pour le moins autant que son mérite, contribua à l'avancer. Il avoit épousé, vers la fin de 1514, Louise de Montmorency, veuve de Ferri de Maillil, baron de Conté, & sœur ainée d'Anne duc de Montmorency, qui depuis devint connerable. Le crédit de son beau-frère, qui étoit alors tout-puissant, hâta la récompense qui lui étoit due: il fut fait maréchal en 1516, puis chevalier de l'ordre, & lieutenant de roi en Champagne & en Picardie. Henri VIII, roi d'Angleterre, s'étant engagé de rendre Tournai à la France en 1518, Coligni fut envoyé pour en prendre possession. Il se présenta pour y entrer, enseignes déployées: mais l'Anglois qui y commandoit, lui dit qu'il ne permettrait pas qu'il entrât comme un conquérant dans une place que le roi de France ne tenoit que de la pure grace du roi d'Angleterre; & il fallut qu'il pliât les drapeaux avant que d'entrer dans cette ville. Il fut un des juges 518 COL du tournois qui se fit au camp du Drap-d'or, en 1520. L'année fui- vante, il différa d'un demi-jour d'attaquer Charles-Quint, comme il pouvoit le faire avec avantage, & il manqua une occasion pref- que certaine de le vaincre. Il mou- rut à Acqs, l'an 1522, en allant secourir Fontarabie.
II. COLIGNI, (Odet de) cardinal de Châtillon à dix-huit ans, archevêque de Toulouse à dix-neuf, & évêque de Beauvais à vingt, né en 1515, fut le second fils du précédent, & se distingua de bonne heure par son esprit & par son amour pour les belles- lettres. Son frère d'Andelot, qui avoir déjà entraîné l'amiral dans le Calvinisme, y précipita le car- dinal. Le pape Pie IV le priva de la pourpre & de la dignité épif- copale, après l'avoir excommunié. Coligni, qui avoit quitté l'habit de cardinal, & qui se faisoit ap- peler simplement le Comte de Beau- vais; le reprit, & se maria en foutane rouge. Il étoit alors ti- tulaire, outre son archevêché & son évêché, de treize abbayes & de deux prieurés. Sa femme Ija- belle de Hauteville, dame de Loré, s'afleyoit chez le roi & chez la reine, en qualité de femme d'un pair du royaume, & on la nom- moit indifféremment, Mad. la Comtesse, Mad la Cardinale. Après la mort de son époux, elle osa demander son douaire; mais elle en fut déboutée par arrêt du parle- ment de Paris, en 1604. Son mari, condamné au concile de Trente, ne fut pas plus fidelle à son fou- verain qu'il ne l'avoit été à sa religion: il prit les armes contre lui, se trouva à la bataille de Saint- Denys, en 1568, & fut décrété de prise de corps. S'étant retiré en Angleterre, il y fut empoisonné par un de ses domestiques, le 14 février 1571. Ce dernier s'étant fauvé en France, fut pris à la Rochelle & puni de mort.
III. COLIGNI, (Gaspard de) second du nom, frère du précé- dent, amiral de France, naquit le 16 février 1516, à Châtillon- sur-Loing. Il porta les armes dès sa plus tendre jeunesse. Il se fi- gnala sous François I, à la ba- taille de Cérifoles, & sous Henri II, qui le fit colonel-général de l'in- fanterie Françoise, & ensuite ami- ral de France, en 1552. Il mé- rita ces faveurs par les belles ac- tions qu'il fit à la bataille de Renti, par son zèle pour la discipline militaire, par ses conquêtes sur les Espagnols, sur-tout par la défense de Saint-Quentin. L'amiral se jeta dans cette place, & fit des prodiges de valeur; mais la ville ayant été forcée, il resta prison- nier de guerre. Après la mort de Henri II, il se mit à la tête des Calvinistes contre les Guifes, & forma un parti si puissant, qu'il faillit à ruiner la religion Catho- lique en France. Voy. LÉRI. « La cour, dit un historien, n'avoit point d'ennemi plus redoutable, après Condé, qui se l'étoit associé. Celui-ci étoit plus ambitieux, plus entreprenant, plus actif. Co- ligni étoit d'une humeur plus po- fée, plus mesurée, plus capable d'être chef d'un parti; à la vérité auffi malheureux à la guerre que Condé, mais réparant souvent par son habileté ce qui rembloit irré- parable; plus dangereux après une défaite, que ses ennemis après une victoire; orné d'ailleurs d'autant de vertus, que des temps si-ora- geux & l'esprit de parti pouvoient le permettre. Il ne comptoit son faug pour rien. Ayant été blessé, & ses amis pleurant autour de lui, il leur dit avec un flegme incroyable: *Le métier que nous faisons ne doit-il pas nous accoutumer à la mort comme à la vie?* » La première bataille rangée, qui se donna entre les Huguenots & les Catholiques, fut celle de Dreux, en 1562. L'amiral combattit vaillamment, la perdit, & fauva l'armée. Le duc de *Guise* ayant été massacré par trahison, peu de temps après, au siége d'Orléans, on l'accusa d'avoir conseillé ce lâché affaffinat; mais il se juftifia par ferment. Les guerres civiles ceſtèrent pendant quelque temps pour recommencer avec plus de fureur en 1567. *Coligni* & *Condé* donnèrent la bataille de Saint-Denys contre le connétable de *Montmorency*. Cette journée indécife fut suivie de celle de Jarnac, en 1569, fatale aux Calvinistes. *Condé* ayant été tué d'une manière funette, *Coligni* eut fur les bras tout le fardeau du parti. Il foutint ſeul cette cauſe malheureuſe, & fut vaincu encore à la journée de Moncontour, dans le Poitou, ſans que ſon courage pût être ébranlé. Une paix avantageuſe vint bientôt terminer en apparence ces ſanglantes querelles, en 1571. *Coligni* partit à la cour, & fut accablé de careſſes, comme tous ceux de ſon parti. *Charles IX* lui fit donner cent mille francs de l'épargne, pour réparer ſes pertes, & lui rendit ſa place au conſeil. De tous côtés on l'exhortoit à ſe déſier de ces careſſes perfides. Un capitaine Calviniste, qui ſe retiroit en province, vint prendre congé de lui. *Coligni* lui demanda la raiſon d'une retraite ſi bruſque: *C'eſt*, dit le militaire, parce qu'on nous fait ici trop de careſſes. J'aime mieux me ſauver avec les ſous, que de pétr avec ceux qui ſeroient trop ſages. Un projet horrible éclata bientôt. Un vendredi, l'amiral venant du Louvre, on lui tira un coup d'arquebuſe, d'une fenêtre, dont il fut bleſſé dangereuſement à la main droite & au bras gauche. *Maurevert* s'étoit chargé de l'affaffiner, à la prière du duc de *Guise*; qui avoit propoſé cet attentat à *Charles IX*: ce fut ce malheureux qui tira le coup, d'une maiſon du cloître de Saint-Germain-l'Auxerrois, où il étoit caché. *Vollà*, s'écria *Coligni*, le fruit de ma réconciliation avec le duc de *Guise*. Le roi de Navarre, le prince de *Condé* ſe plaignirent au roi de cet attentat. *Charles IX*, exercé à la diſimulation par ſa mère, en témoigna une douleur extrême, fit rechercher les auteurs, & donna à *Coligni* le nom de père. *Mon père*, lui dit-il, *la bleſſure eſt pour vous*, & la douleur pour moi. C'étoit dans le temps même qu'il étoit occupé du maſſacre prochain des Proteſtans. Le carnage commença, comme on fait, le 24 août, jour de Saint-Barthélemi, 1572. Le duc de *Guise*, bien eſcorté, marcha à la maiſon de l'amiral. Une troupe d'affaffins, à la tête deſquels étoit un certain *Beſme*, domeſtique de la maiſon de *Guise*, entra l'épée à la main, & le trouva aſſis dans un ſauteuil. *Jeune homme*, dit-il à leur chef, d'un air calme & tranquille, *tu devrois reſpeſter mes chevaux blancs*: mais fais ce que tu voudras, tu ne peux m'abréger la vie que de quelques jours. Ce malheureux, après l'avoir percé de pluſieurs coups, le jeta par la fenêtre dans la cour de ſa maiſon, où le duc de *Guise* attendoit. *Coligni* tomba aux pieds de ſon lâche ennemi, & dit, ſuivant quelques-uns, en expirant: « Au moins ſi je mourois de la main d'un honnête homme, & non pas de celle d'un goujat! » *Beſme* lui ayant 520 COL marché sur le corps, dit à sa troupe : C'est bien commencé ! allons continuer notre besogne. Son cadavre fut exposé pendant trois jours à la fureur du peuple, & enfin pendu par les pieds au gibet de Montfaucon. Montemorencé, son cousin, l'en fit tirer, pour l'enterrer secrètement dans la chapelle du château de Chantilly. Un italien ayant coupé la tête de l'amiral, pour la porter à Catherine de Médicis, cette prince le la firembauffer & l'envoya à Rome. Coligni tenoit un Journal manuscrit, qui fut remis, après sa mort, entre les mains de Charles IX. On y remarqua un avis qu'il donnoit à ce prince, de prendre garde, en assignant l'apanage à ses frères, de leur laisser une trop grande autorité. Catherine fit lire cet article devant le duc d'Alençon, qu'elle savoit affligé de la mort de l'amiral : Voilà votre bon ami, lui dit-elle; voyez le conseil qu'il donne au Roi. — Je ne sais pas, répondit le duc, s'il m'aimoit beaucoup; mais je sais qu'un semblable conseil n'a pu être donné que par un homme très-fidèle à la Majesté, & très-télé pour l'État... Charles IX trouvoit ce Journal digne d'être imprimé; mais le maréchal de Reç le lui frijeter au feu. Nous terminerons cet article par le parallèle que fait l'abbé de M. bl., de l'amiral de COLIGNI, & de François de Lorraine, duc de GUISE. Coligni étoit le plus grand capitaine de son temps, aussi courageux que le duc de Guise; mais moins hardi, parce qu'il avoit toujours été moins heureux. Il étoit plus propre à former de grands projets, & plus sage dans le détail de l'exécution. Guise, par un courage plus brillant, & qui étonnoit ses ennemis, ramenoit les conjonctures à son genie, & s'en rendoit pour ainsi dire le maître. Coligni leur obéissoit, mais en capitaine qui leur étoit supérieur. Dans les mêmes circonstances, les hommes ordinaires n'auroient remarqué dans la conduite de l'un que du courage, & dans celle de l'autre que de la prudence; quoiqu'ils eussent l'un & l'autre ces deux qualités, mais diversement subordonnées. Guise plus heureux, eut moins d'occasions de développer les ressources de son génie: son ambition adroite, & fondée en apparence, comme celle de Pampée, sur les intérêts mêmes du prince qu'elle ruinoit, en seignant de le servir, se vit appuyée de son nom, jusqu'à ce qu'elle eût acquis assez de force pour se soutenir par elle-même. Coligni, moins coupable, quoiqu'il le parût davantage, fit comme César, ouvertement la guerre à son prince & à toute la France. Guise fut vaincre & profiter de la victoire. Coligni perdit quatre batailles, & fut toujours l'effroi de ses vainqueurs, qu'il semblait avoir vaincus. On ignore ce qu'auroit été le premier dans les malheurs qui accablèrent Coligni; mais il est aisé de conjecturer que celui-ci auroit paru encore plus grand, si la fortune lui avoit été aussi favorable. On le vit porté dans une litière, & pour ainsi dire entre les bras de la mort, ordonner & conduire les marches les plus longues & les plus difficiles, traverser la France au milieu de ses ennemis, rendre, par ses conseils, le jeune courage du prince de Navarre plus redoutable, & le former à ces grandes qualités, qui en devoient faire un roi bon, généreux, populaire & capable de gouverner l'Europe entière, après en avoir fait un héros, savant, terrible & clement dans les combats. L'union qu'il maintine entre les François & les Allemands de son armée, que l'intérêt de la religion seule ne lioit pas assez; la prudence avec laquelle il fut tirer des secours d'Angleterre, où tout n'étoit pas tranquille; son art à ébranler la lenteur des princes d'Allemagne, qui n'ayant pas tant de genie que lui, désespérèrent plus aisément du salut des Protestans de France, & diffétoient d'envoyer des secours, dont l'espoir du butin ne hâtoit plus la marche dans un pays ravagé, sont des chefs-d'œuvre de sa politique. Coligni étoit honnête homme. Guise avoit le masque d'un plus grand nombre de vertus; mais toutes étoient empoisonnées par son ambition. Il avoit toutes les qualités qui gagnent le cœur de la multitude. Coligni, plus renfermé en foi-même, étoit plus estimé de ses ennemis, & respecté par les fiens. Il aimoit l'ordre & sa patrie. L'ambition put bien le soutenir, mais elle ne le fit point commencer à agir. Aussi bon Calviniste que bon François, jamais il ne put, par trop d'austérité, accorder sa doctrine avec les devoirs de sujet. Aux qualités d'un héros il joignoit une ame timorée. S'il eût été moins grand homme, il auroit été fanatique; il fut apôtre & zélateur. Le premier, il envoya une colonie dans le Brésil, qui disparut bientôt devant celle des Portugais. Nous ne citerons point sa Vie par Gatien de Courtilt, 1686, in-12; on en trouve une beaucoup plus exacte & mieux écrite dans les Hommes illustres de France.
IV. COLIGNI, (François de) seigneur d'ANDELOT, 4e fils de Gaspard de Coligni, 1er du nom, naquit à Châtillon-sur-Loing en 1521. Il signala sa valeur dans les guerres civiles. Les Protestans eurent en lui un défenseur plein d'es- prit, & un héros fécond en ressources. Il fut colonel général de l'infanterie, en 1551, par la démission de l'amiral son frère. Il se jeta, en 1557, dans Saint-Quentin, avec ce frère dont il partageoit la valeur. Ils furent faits prisonniers. D'Andelos trouva le moyen de se sauver, & servit l'année suivante au siége de Calais. Peu de temps après, ses intrigues en faveur du Calvinisme, le firent conduire à Melun. Son épouse l'engagea a entendre la messe pour recouvrer sa liberté; mais cette démarche, inspirée par la politique, ne l'empêcha pas de prendre le parti des Protestans, pendant les guerres civiles. Il se distingua à la bataille de Dreux, en 1562, & l'année d'après il défendit Orleans. La prise de cette ville fut suivie de la paix, qui ne dura que jusqu'en 1567. L'année suivante, il fit la guerre en Bretagne, dans le Poitou, & il se montra par-tout aussi entreprenant qu'infatigable. La dernière journée où il se trouva, fut la bataille de Jarnac, donnée le 13 mars 1569. Il mourut environ deux mois après, à Saintes, d'une fièvre contagieuse selon les uns, & de poison suivant d'autres. Voyez CHARRY. V. COLIGNI, (Gaspard de) 3e du nom, colonel-général de l'infanterie & maréchal de France, né en 1584, de François de Coligni, amiral de Guienne, se signala en divers siéges & combats. Il gagna, en 1635, la bataille d'Avein, avec le maréchal de Breté; s'empara, deux ans après, d'Ivoy & de Damvilliers; prit Arras en 1640, avec les maréchaux de Chaulnes & de la Meilleraie; perdit la bataille de la Marfée, contre le comte de Soissons, en 1641, & mourut en son château de Châtillon, le 4 janvier 1646, à 62 ans. L'intrépidité fut sa qualité caractéristique. Au siège d'Arras, il signala son zèle patriotique par un trait digne de mémoire. Son fils ayant été renversé d'un coup de moufquet, le bruit courut qu'il étoit mort. Il est bien heureux, dit le maréchal en apprenant cette nouvelle, d'être mort dans une si belle occasion pour le service du Roi. Ce père courageux eut bientôt le plaisir de revoir son fils, couvert de gloire.
VI. COLIGNI, (Gaspard de) 4e du nom, duc de Châtillon, fils du précédent, abjura l'hérésie en 1643, fut lieutenant-général, & mourut à Vincennes, d'une blessure qu'il avoit reçue à l'attaque de Charenton, le 9 février 1649, à 39 ans. Sa veuve Elizabeth - Angélique de Montmorency, sœur du duc de Luxembourg, fut une des personnes les plus agréables & les plus ingénieuses de la cour de Louis XIV. Elle épousa, en 1664, le duc de Meckelbourg, & mourut à Paris, en 1695, à 69 ans; c'est elle dont il est question dans le roman satirique de Bussi-Rabutin. Elle avoit eu du duc de Châtillon un fils posthume, mort en 1657, & en qui finit la branche de l'amiral. — Gaspard IV avoit un frère, Jean, comte de COLIGNI, qui commanda les troupes françaises à la bataille de Saint-Godard, en 1664, & mourut en 1686. Son fils, Gaspard-Antoine, mort en 1694, n'eut point d'enfants, & fut le dernier rejeton de cette famille illustre.
COLIGNON, (François) graveur de Nanci, élève & émule de Callot, laissa la Bataille de Rocroi, gravée en quatre feuilles.
COLIN, (André) apothicaire à Lyon, a publié, à la fin du dernier siècle, une Histoire des drogues, épiceries & médicaments simples.
COLIN, Voyez COLLIN & BLAMONT.
COLIN MACLAURIN, Voy. ce dernier mot.
COLINES, (Simon de) célèbre imprimeur François, succéda à Henri Étienne, dont il épousa la veuve. La netteté de ses éditions françaises, latines & grecques, les fait rechercher. « Il passe, dit le savant Peignot, dans le Dictionnaire bibliographique qu'il vient de publier, pour avoir introduit en France l'usage du caractère italique dont Alde-Manuce est l'inventeur. On se servoit auparavant de caractères assez approchans de la forme gothique, tels que ceux de plusieurs livres imprimés par Vérard, & de quelques présaces de Colines lui-même. Ce dernier a imprimé un grand nombre d'ouvrages, sur lesquels on peut consulter les Annales typographiques de Maïtraire. Il corrigeoit avec grand soin ses épreuves. C'est à Meaux qu'il exerça d'abord son art; &, en 1521, il y donna les commentaires latins de Jacques Lefèvre, sur les quatre Évangiles. Il paroît que cette même année il s'établit à Paris; car on connoit l'ouvrage latin des Femmes illustres & mémorables, imprimé par lui, sous la date de 1521, & sous l'indication de Paris. Il composa, en 1533, un livre intitulé: Grammatographia; ouvrage rare aujourd'hui, dans lequel il y a des tables ou des cartes sur lesquelles sont des lettres en très-gros caractère, pour faciliter aux enfants les éléments de la lecture. Il a donné à Paris, en 1541, la Bible latine, in-fol. pour *Galéot-Dupré*. Il mourut en 1547. Les derniers ouvrages sortis de ses presses, portent la date de 1546. « On lui a reproché d'avoir retranché de sa belle édition du *Nouveau-Teflament*, le passage de la Vulgate: *Tres juni qui testimonium dans la Cælo*, &c. Joan. Ep. 1. *Voyet* GRYPHE.
COLLANGE, (Gabriel de) né à Tours en Auvergne, l'an 1524, fut valet-de-chambre de *Charles IX*. Quoique bon Catholique, il fut pris pour un Huguenot, &, comme tel, affaffiné à la Saint-Barthélemi, en 1572. Il a traduit & augmenté la *Polygraphie* & l'*Ecriture cabalistique* de *Trithème*, à Paris 1561, in-4°, qu'un Frison, nommé *Dominique* de *Hontinga*, a donnée sous son nom, sans faire mention ni de *Trithème*, ni de *Collange*, à Embden 1620, in-4°. *Collange* avoit aussi quelques connoissances dans les mathématiques & dans la cosmographie.
COLLATINUS, (Lucius-Tarquinius) fut époux de *Lucrèce*, violée par *Scæcus*, fils de *Tarquin*. Il fut en partie cause de cet outrage, par les éloges indiscrets qu'il lui fit de sa femme. *Collatinus* s'unit à *Brutus*, chaffa les *Tarquins* de Rome, & fut fait consul avec lui, l'an 509 avant J. C.; mais comme il étoit de la famille royale, on le déposa quelque temps après. Ce qui hâta son exil, fut d'avoir été favorable à la demande faite par *Tarquin* au fénat, de lui rendre ses biens, & ceux des amis qui l'avoient accompagné dans sa fuite. Le peuple Romain, grand & généreux, partagea l'opinion de *Collatinus*; & malgré l'opposition de *Brutus*, il décida que les proscrits auroient la faculté de vendre leurs biens. *Voyet* LUCRÈCE.
COLLATIUS, *Voy.* VII. APOLLONIUS.
COLLÉ, (Charles) secrétaire ordinaire & lecteur du duc d'*Orléans*, né à Paris en 1709, mort dans la même ville, le 2 novembre 1783, à 75 ans, étoit un homme aussi aimable qu'estimable. Il reumfoit dans son caractère une disposition singulière à la gaieté & une sensibilité rare; la mort d'une épouse chérie avança la fienne. Sans afficher la bien-faissance & l'humanité, il fut humain & bien-faisant. Le genre dramatique lui ayant plu dès l'enfance, il le cultiva avec succès. Sa *Partie-de-Chaffe* de *Henri IV*, pleine d'esprit, excite quelquefois l'attendrissement le plus touchant, par la vérité des caractères, & sur-tout par la fidélité du portrait de ce bon roi. On comparoit devant lui, cette pièce avec la *Bastille d'Ivry* de *du Rofoi*, jouée à la même époque au théâtre italien, & on lui disoit que plusieurs personnes préféroient cette dernière. *Collé* s'écria avec naïveté: *Ce n'est pas moi, toujours*. Sa comédie de *Dupuis & Defronais*, pièce dans le goût de *Térence*, est dénuée peut-être de ce que l'on appelle le *vis comica*; mais elle attache tous les spectateurs par des sentimens vrais, par des caractères bien soutenus, par un dialogue naturel, enfin par des scènes qui arrachent des larmes. Une autre comédie, intitulée: *la Vérité dans le Vin ou les Désagréments de la Galanterie*, est remplie de traits pénillans d'esprit & de gaieté. Il y a d'autres pièces de lui, où il peint, d'une manière aussi faillante que vraie, les mœurs de son temps; mais son pinceau est souvent aussi libre que ces mœurs. On lui reprochoit un jour qu'il ne drapoit 524 COL pas assez ses portraits. — Comment voudriez-vous qu'on reconnaît une Vieille édentée, si on lui connoît la figure d'une Nymphe de quinze ans ? Son talent pour les chansons, qui l'a fait nommer l'Anacréon du siècle, égaloit son mérite dramatique. Il avoit tout ce qu'il falloit pour réussir dans ce genre : beaucoup d'esprit naturel, une tournure facile dans les vers, & une chute heureuse dans les couplets. On lui a désiré seulement plus de graces & de décence. Sa *Chanson* sur la prise de Port-Mahon, lui valut de la cour une pension de six cents livres. C'est, je crois, le premier chansonnier qui ait obtenu une pareille faveur; mais il la méritoit. Il étoit un des derniers survivans de ces beaux-esprits francs & enjoués, qui avoient formé entre eux une société appelée le *Caveau*. Cette assemblée, dit un journaliste, valoit bien une académie. *Collé* regrettoit beaucoup, ce bon vieux temps, où l'esprit vivoit avec l'esprit; où les gens-de-lettres, libres & indépendans, n'étoient ni les tristes parasites d'un épais financier, ni les bas esclaves d'un grand seigneur, qui souvent les méprise. *Collé* avoit fait un *amphigouri*, c'est-à-dire le couplet suivant qui n'avoit aucun sens : *Qu'il est heureux de se défendre, Quand le cœur ne s'est pas rendu ! Mais qu'il est fâcheux de se rendre, Quand le bonheur est suspendu ! Souvent, par un mal-entendu, L'amant adroit se fait entendre.* Ce badinage avoit tellement l'apparence de signifier quelque chose, que *Fontenelle* en l'entendant chanter chez Mad. de *Tencin*, crut le comprendre, & pria de le recommencer pour le saisir mieux. Mad. de *Tencin* interrompit le chanteur, & dit à *Fontenelle* : « Ma grotte bête; ne vois-tu pas que ce couplet n'est que du galimathias. » — Il ressemble si fort, répondit le bel-esprit, à tous les vers que j'entends lire ou chanter ici, qu'il n'est pas étonnant que je me sois mépris. — Les ouvrages de *Collé* ont été réunis en trois volumes in-12, sous le titre de *Théâtre de Société*; mais il en a laissé plusieurs autres en manuscrit, qui ne sont ni moins piquans, ni moins ingénieux. Il est à souhaiter qu'on ne publie que ceux qui peuvent inspirer l'enjouement, sans corrompre les mœurs. Cet écrivain a encore rendu un service au théâtre, en rajeunissant plusieurs anciennes comédies qui avoient vieilli, pour les adapter à nos mœurs actuelles : ces pièces sont le *Moteur de Corneille*, la *Mère coquette de Quinault*, l'*Andrienne de Baron*, l'*Esprit Follet de Hauteroche*. *Collé* sentant son esprit s'affoiblir, ne voulut plus écrire, en disant : *Il faut déceler avant la nuit*. Il étoit cousin du poète *Regnard*, dont il se rapprocha par son originalité piquante, comme la nature l'en avoit rapproché par les liens du sang. La modestie de *Collé* égaloit son mérite. On peut en juger par ce passage de l'un de ses opuscules, intitulé : *Épanchement secret de l'amour propre*. « On m'accable, dit-il, de louanges indiscrètes sur mon petit talent pour la comédie. Quel est, en effet, le connoisseur & l'homme de sang froid, qui ne se soulèvent pas contre moi, en lisant cette ridicule hyperbole de *Fréron* : *Depuis Molière*, je ne connois que M. *Collé* qui ait reçu de la nature un talent, supérieur & décidé pour le genre de la Comédie. Et moi je déclare, avec la bonne foi la plus gauloise, que la *Mère coquette de Quinault*, que les bonnes comédies de *Dufresny*, de *Regnard*, de *Deffouches* & de *Marivaux*, deffinées à grands traits, font infiniment au-deffus des bagatelles dramatiques que j'ai crayonnées en petit, & dont je n'ai heureusement fait que mon amuflement & non mon métier. Quant à *Molière*, après lequel on me place, je m'en crois plus éloigné dans le comique, que *Câmpifron* ne l'est, dans le tragique, du grand *Corneille*. Tout ce que je peux permettre à mon amour propre, c'est de dire que ces écrivains, mille fois plus proches de *Molière* que moi, ont eu fur moi l'avantage inappréciable d'avoir pu confacer leurs premières années à l'étude refléchie d'un art, qui est beaucoup plus difficile & plus étendu qu'on ne l'imagine communément. "Pour moi, ce n'est qu'à 37 ans, que ne devant plus mon temps à personne, j'ai suivi avec passion mon goût pour la comédie, en homme entièrement indépendant. Éloigné de la fœne par les affaires, & par cette façon de penser, je suis donc reflé écolier dans cet art, pour n'en avoir pas fait assez tôt mon occupation unique & mon seul objet... Que l'on ne me fasse donc pas l'injustice de penser que je suis assez simple ou assez vain pour m'être laissé tourner la tête par mes petits succès dramatiques, soit en société, soit publics, & que j'ai refléché trop fort l'encens capiteux des journalistes."
COLLENUCCIO, (Pandolfe) né à Péfaro, fut envoyé en qualité d'ambassadeur par le duc de *Ferrare*, à l'empereur *Maximilien I*, & se diftingua dans cette négociation. De retour dans sa patrie, il voulut en défendre les droits contre *Jean Sforce*, qui y avoit usurpé le souverain pouvoir. Celui-ci fit emprisonner & étrangler *Collenuccio* en 1507. On a de ce dernier plusieurs ouvrages effimés, entr'autres une *Histoire* du royaume de Naples, en italien: elle va jusqu'à l'an 1459; & elle a été traduite en latin par *Stupano*, Basle, 1572, in - 4.
COLLÉONI, *Voyet* COGLIONI. I. COLLET, (Jean) *Voyet* COLET.
II. COLLET, (Philibert) né en 1643, avocat au parlement de Dombes, passa quelque temps chez les Jésuites. Il mourut à Châtillon-les-Dombes, sa patrie, en 1718, à 76 ans. Il étoit très-laborieux; mais il avoit des opinions fort singulieres, même sur la religion. Il passa long-temps pour n'en point avoir, quoique son impétité fut plutôt sur sa langue que dans son cœur. On a de lui: I. Un *Traité des Excommunications*, en 1689, in - 12. C'est une histoire de l'excommunication de siècle en siècle. L'auteur étoit dans les censures lorsqu'il publia cet ouvrage, pour avoir empêché, avec violence, qu'on n'enterrât une personne dans une chapelle dont il étoit patron. II. Un *Traité de l'Ufure*, in-8°, 1690, dans lequel il défend l'usage de la Breffe, de stipuler les intérêts avec le capital d'une femme exigible. III. *Entretiens sur les Dimes & autres libéralités faites à l'Église*, in-12. Il veut y prouver que les dimes ne font ni de droit divin, ni de droit ecclésiastique, mais de droit domanial. IV. *Entretiens sur la Clôture des Religieuses*, in-12, dans lesquels il combat pour la liberté de la clôture, contre le cardinal *le Camus*, évêque de Grenoble, qui venoit de gagner son procès avec les religieuses de Montfleuri. V. Des *Notes* sur la 526 COL coutume de Bresse, 1698, in-fol.; & plusieurs ouvrages manuscrits. La figure de Collet était originale, ainsi que son esprit : il avoit l'air d'un philosophe de l'ancienne académie. Tout ce qui s'éloignoit des opinions communes lui plaisoit, & il soutenoit ses idées avec feu. Ceux qui vivoient avec lui, étoient charmés de l'étendue de sa mémoire & de la vivacité de sa pénétration; &, ce qui vaut encore mieux, ils trouvoient en lui un homme officieux, & un ami ardent & sincère.
III. COLLET, (Pierre) prêtre de la congrégation de la Mission, docteur & ancien professeur de théologie, né à Ternay dans le Vendomois, le 6 septembre 1693, & mort le 6 octobre 1770, à 77 ans, s'est fait un nom distingué parmi les théologiens, & a mérité l'estime des personnes pieuses par ses écrits & par ses mœurs. Ses ouvrages sont en grand nombre. Les principaux sont les suivans : Vie de St. Vincent-de-Paul, 2 vol. in-4°, 1748; Histoire abrégée du même, un volume in-12, 1764. L'Abrégé vaut mieux que la grande Histoire, qui est fastidieuse par une multitude de détails minutieux qui n'intéressent presque personne : ce défaut est celui de presque tous les ouvrages historiques de cet écrivain. Vie de Boudon, 2 vol. in-12, 1754. La même, abrégée, un vol. in-12, 1762; Vie de saint Jean de la Croix, 1769, 1 vol. in-12; Traité des Dispensés en général & en particulier, 3 volumes in-12, 1753. Cet ouvrage est rempli de recherches. Traité des Indulgences & du Jubilé, 2 volumes in-12, 1770; Traité de l'Office Divin, 1 volume in-12, 1763; Traité des saints Mysteres, 2 vol. in-12, 1768; Traité des Exorcismes de l'Église, 1 vol. in-12, 1700. Ces différens Traités sont bons, & on les confulte avec fruit. Abrégé du Dictionnaire des Cas de Conscience, de Pontas, 2 vol. in-8°, 1764 & 1770. Morénas avoit donné un Abrégé de Pontas, en deux petits volumes in-8° : Collet s'en empara, le corrigea, l'augmenta de plus d'un tiers, & le public en deux volumes in-4°. Il accuse Pontas de se contredire : on lui a fait le même reproche; mais, en général, l'Abrégé de Collet est bien fait & utile. Lettres critiques, sous le nom du Prieur de St-Edme, 1 vol. in-8°, 1744. L'abbé de Saint-Cyran y est très-peu ménagé. Bibliothèque d'un jeune Ecclésiastique, 1 vol. in-8°. Cette brochure est peu de chose, & l'auteur n'y indique pas toujours les meilleurs livres. Théologia moralis universa, 17 vol. in-8°. Institutions Théologica, ad usum Seminariorum, sept vol. in-12, 1744 & suivantes; Eadem, breviori forma, 4 volumes in-12, 1763; De Deo, cjusque divinis attribuis, 3 volumes in-8°, 1768; Les Devoirs des Pasteurs; 1 vol. in-12, 1769; Devoirs de la Vie Religieuse, 2 vol. in-12, 1765; Traité des Devoirs des Gens du Monde, 1 vol. in-12, 1763; Devoirs des Ecoliers, 1 vol. petit in-12; Instructions pour les Domestiques, 1 volume in-12, 1763; Instructions à l'usage des Gens de la Campagne, petit in-12, 1770. Ces différens traités sont solides, mais ils manquent un peu d'onction. Sermons & Discours Ecclésiastiques, 2 vol. in-12, 1764, écrits avec plus de netteté que d'éloquence. Méditations pour servir aux Retraites, 1 vol. in-12, 1769; La Dévotion au sacré Cœur de Jésus, établie & séduite en pratique, 1 vol. in-16, 1770. Il préparoit, lorsqu'il mourut, d'autres ouvrages. On voit par ce catalogue que la plume de cet écrivain étoit très-féconde; mais son style est dur en latin, & incorrect en françois. — Collet avoit, dans la conversation, de l'esprit & du feu : on remarque ces deux qualités dans quelques-uns de ses livres. Il mêle quelquefois la plaisanterie aux sujets les plus sérieux; mais malheureusement ses railleries sentent le collège, & ne sont guères à leur place. Il s'étoit corrigé, dans sa vieilleffe, de ce défaut; & à tout prendre, ses livres sont estimables, par l'abondance des recherches, & par l'ordre qu'il a su y mettre.
IV. COLLET, (N.) secrétaire de l'ordre de Saint-Michel, mourut en 1787. Ses vertus égaloient ses talens. L'un de ses meilleurs ouvrages est une Épître à l'Hymen. Ce Dieu, rarement célébré par les poètes, a obtenu de celui-ci, l'hommage de très-bons vers. I. COLLETET, (Guillaume) avocat au conseil, l'un des quarante de l'académie Françoise, naquit à Paris en 1598, & mourut dans cette ville, le 10 février 1659, à 6 ans, ne laissant pas de quoi s'écrire enterrer. Le cardinal de Richelieu le mit au nombre des cinq auteurs qu'il avoit choisis pour la composition des pièces de théâtre. Colletet fit seul Cyminde, & travailla aux comédies intitulées l'Aveugle de Smyrne & les Tuileries. Il lut le monologue de cette dernière pièce au cardinal, & lorsqu'il fut à l'endroit qui commence par ce vers : La Canne s'humectant dans la bourbe de l'eau... Richelieu lui fit présent de six cent livres pour six mauvais vers qui suivoient celui-là. Sur quoi Colletet fit ce distique : Armand, qui pour six vers m'as donné six cents livres, Que ne puis-je à ce prix te vendre tous mes Livres ! En lui faisant ce présent, le cardinal lui dit que les six cent francs n'étoient que pour les six vers, qu'il trouvoit si beaux, que le roi n'étoit pas assez riche pour payer le reste. Mais il ne renonça pas à son droit de protecteur & de connoisseur; il ne voulut pas payer ces vers sans les critiquer : au lieu de s'humecter de la bourbe de l'eau, il prétendit que Colletet devoit mettre barboté dans la bourbe de l'eau... Colletet résista à cette critique; & non content d'avoir défendu son vers en présence du cardinal, il lui écrivit encore à ce sujet en rentrant chez lui. Comme le cardinal achevoit de lire sa lettre, des courrisans vinrent le complimenter sur le succès des armes du roi, en disant que rien ne pouvoit résister à son éminence ! — Vous vous trompez, leur répondit-il en riant; car, même à Paris, je trouve des personnes qui me résistent. On lui demanda quels étoient ces audacieux ? C'est Colletet, dit-il; car, après avoir combattu hier avec moi sur un mot, il ne se rend pas encore, & voilà une grande lettre qu'il vient de m'en écrire. Cette opiniâtreté n'irrita pas le ministre, qui continua de le protéger. Colletet eut d'autres bienfaiteurs. Harlay, archevêque de Paris, récompensa généreusement son Hymne sur l'Immaculée-Conception; il lui envoya un Apollon d'argent. Colletet avoit épousé trois fois ses servantes. Les gages qu'il leur devoit, leur tenoit lieu de dot. Claudine fut la troisième. Pour tâcher de justifier son choix aux 528 COL yeux du public, il fit paroître, fous son nom, plusieurs pièces de poésie : mais les honnêtes gens sentirent sa petite rufe, & se mo- quèrent de la Sapho supposée, & du dieu mesquin qui l'inspiroit. La Fontaine s'égaya sur ce sujet, par la pièce de vers suivante : Les oracles ont cessé ; Colletet est trépassé. Dès qu'il eut la bouche close, Sa femme ne dit plus rien ; Elle enterra vers & prose Avec le pauvre Chrétien. Sans glouer sur la mystère Des madrigaux qu'elle a faits, Ne lui parlons désormais Qu'en la langue de sa mère. Les oracles ont cessé ; Colletet est trépassé. Ce mariage, joint aux pertes qu'il fit pendant les guerres civiles, & à son caractère dissipateur, le ré- du firent à une extrême pauvreté. Les Œuvres de Colletet parurent en 1653, in-12 : ce sont des Odes, des Stances, des Sonnets, & quel- ques ouvrages en prose, tels qu'une traduction du roman d'Ismène & Isménias, qui sont depuis long- temps au nombre des livres qu'on ne lit plus. Quelques-unes de ses Poésies, sans être du premier me- rite, prouvent de l'esprit, de la fécondite, & sont quelquefois d'une tournure agréable.
II. COLLETET, (François) fils du précédent, n'est guères connu que par la place que Boileau lui a donnée dans ses Satires. Il fit, comme son père, des vers & de la prose, des Cantiques spi- rituels, & des Pièces bachiques, amoureuses & burlesques. Sa Muse coquette est en quatre parties in-12. Il vivait encore en 1672.
COLLIBUS, (Hippolyte) jurisconsulte Italien, naquit à Alexandrie-de-la-Paille en 1561, enseigna le droit à Basle, devint chancelier du prince d'Anhalt, & sut employé avec succès dans di- verses négociations en France, en Angleterre & en Allemagne. Il mourut le 21 février 1612. On lui doit divers ouvrages sur le droit : Consiliarius principis. —Com- mentarius de diversis regulis juris. —Adiomata de nobilitate. Il avoit du savoir, mais trop d'orgueil, ce qui nuitit à la tranquillité de sa vie.
COLLIER, (Jérémie) né à Stowqui, dans la province de Cambridge, en 1656, devint lec- teur de Gray-Inn ; mais ayant refusé de prêter le serment du Test, il perdit cette place. Les écrits qu'il puisa pour défendre son procédé, lui attirerent la dis- graie & les reproches des grands. On lui promit inutilement, sous la reine Anne, des récompenses confidérables ; il vécut & mourut zèle non-Conformité. Il réunis- soit parfaitement l'esprit de retraite du Chrétien, avec la politesse du gentilhomme. Également profond dans la philosophie, la théologie, l'éloquence, les antiquités sacrées & profanes, il a enrichi sa nation de plusieurs ouvrages estimables : I. D'un Dictionnaire historique, géo- graphique, généalogique, traduit en partie du Moréri, & augmenté d'un grand nombre d'articles, en qua- tre vol. in-folio, 1701—1721. II. Des Essais de Morale sur dis- solvages sujets, 1696—1709, trois volumes in-8.º III. D'un Traité où il démontre que Dieu n'est pas l'auteur du mal. IV. D'une Hij- toire Ecclésiastique de la Grande-Br- tagne, 1708—1714, 2 volumes in-folio. V. De la Critique du Théa- tre Anglois, comparé aux théâtres d'Athènes, de Rome & de France ; avec l'Opinion des auteurs, tant profanes prolanes que facrés, touchant le Spectacle : traduit en françois par le Père de Courbeville, Jésuite. Collier mourut le 26 avril 1726, à sep- tature-fix ans. I. COLLIN, (l'abbé N.) mort en 1754, trésorier & vicaire-gé- néral du chapitre de l'église de Paris, étudia de bonne heure les fineffes de la langue Latine & celles de la Françoise. Cette con- noissance lui servit à traduire, avec autant d'exactitude que d'élé- gance, l'Oran:ur de Cicéron, in-12. Cette version, le fruit du travail long, pénible & affidu d'un homme d'esprit, parut avec une excellente préface, qui est en même temps un commentaire raisonné sur l'ou- vrage, & un solide abrégé de rhé- torique. On y trouve des juge- mens sur nos orateurs modernes, & des réflexions sur les rhéteurs de l'antiquité. Il avoit remporté trois prix à l'académie Françoise. On a encore de lui, la Vie de Marie de Lumagne, institutrice des filles de la Providence, 1744, in-12.
II. COLLIN DE VERMOND, (Hyacinthe) membre de l'acadé- mie royale de Peinture pour la partie de l'histoire, naquit à Ver- failles. Il étoit filleul & élève du fameux Rigaud, qui démêla son talent. Il fit d'excellentes études en Italie, & en rapporta le bon goût du destin, dont l'art con- fiète autant à présenter la nature sous des aspects favorables, qu'à la rendre avec élégance & avec pureté. Dans ses exercices de pro- fesseur, il réussit à poser supérieu- rement le modèle, à le dessiner correctement, & à remplir avec habileté toutes les fonctions de l'école. Ses ouvrages respirent la douceur, l'honnêteté, la décence de son caractère. Les principaux font : I. La Présentation au Temple, placée à Saint-Louis de Versailles. II. La Maladie d'Antiouchus. III. Plu- sieurs Tableaux, dans la nef des Capucins du Marais. IV. L'Annon- ciation, à Saint-Médéri. V. La Manne qui tombe dans le Défort, à Saint-Jean-en-Grève. Collin mou- rut à Paris en 1761, à 68 ans.
III. COLLIN, Voy. BLAMONT & MACLAURIN. I. COLLINS, (Jean) né à Wood-Eaton près d'Oxford, en mars 1624, membre de la société royale de Londres en 1667, pro- cura l'édition des meilleurs livres de mathématique. On le nommoit le Merienne Anglois, & il méritoit ce titre. Il étoit en commerce avec tous les favans de l'Europe. Les Anglois prétendent qu'on peut prouver clairement, par son Com- mescium Epistolicum de Analys pro- moté, imprimé in-4.º en 1712, par ordre de la société royale, que c'est à lui qu'on doit l'in- vention de la méthode analytique. On a encore de lui une Arithmé- tique, 1665, in-foli, en Anglois, & divers mémoires dans les Tran- factions philosophiques. Cet habile mathématicien mourut le 10 no- vembre 1683, à 59 ans.
II. COLLINS, (Antoine) né à Heston, à dix milles de Londres, le 21 juin 1676, d'une famille noble & riche, occupe une place dans la liste des incrédules. On devient ordinairement impie, par un excès de perversité ou de libertinage; Collins le devint par bonté de caractère. Le tableau des maux qu'avoient occasionnés les abus que des hommes ambitieux avoient faire de la religion, l'ayant indisposé contre elle, il l'attaqua avec beaucoup de hardieffe. Son impiété lui attira plusieurs adver- saires; mais, loin de s'emporter contre eux, il leur indiquoit la 530 COL manière de le combattre avec plus de force : il fourniffait des livres à ceux qui travailloient à le réfuter. Sa bibliothèque étoit autant pour le public que pour lui-même. On doit aussi lui savoir gré d'avoir évité dans ses écrits l'obscénité, ressource vile des impies, qui se font pour la plupart des armes de tout. Il exerça, avec beaucoup d'applaudissement, la magistrature dans la province d'Effex. On étoit si persuadé de sa bonne foi & de son désintéressement, que, malgré sa réputation d'impiété, on lui confia l'administration des deniers de cette province. Il mourut le 13 décembre 1729, à Hartley-Square, après avoir protesté « qu'il avoit toujours pensé que chacun devoit faire tous ses efforts pour servir de son mieux Dieu, son prince & sa patrie, & que le fondement de la religion confiftoit dans l'amour de Dieu & du prochain. » Les principaux ouvrages par lesquels il a signalé son incrédulité, font : I. *Essai sur l'usage de la Raison, dans les propositions dont l'évidence dépend du témoignage humain.* Un esprit foible apprendroit dans cet ouvrage à abuser de la fienne, & un esprit fort à séduire celle des autres. II. *Recherches Philosophiques sur la Liberté de l'Homme* : « ouvrage si bon, dit un auteur fort suspect, que le docteur Clarke y répondit par des injures. » Ne prenoit-il pas dans ce moment, comme tant d'autres, les raisons pour des injures ? Celles de Clarke étoient bien capables d'embarrasser son adversaire. III. *Discours sur les fondemens & les preuves de la Religion Chrétienne*, avec une *Apologie de la liberté d'écrire* : elle fut attaquée par le célèbre *Crouças*. IV. *Modèle des Prophéties littérales*. C'est une fuite du livre précédent, réfuté par divers écrivains, surtout par le docteur *Jean Rogers* dans sa *Nécessité de la révélation Divine*. V. *Discours sur la liberté de penser* : ouvrage qui fit beaucoup de bruit dans sa naissance, & qui est encore lu en Angleterre par les partisans de *Collins*. Il fut traduit en françois in-8.º en 1714.
III. COLLINS, (Guillaume) — poète Anglois, né le 25 décembre 1720, à Chichefter, s'étoit d'abord destiné à l'état ecclésiastique ; mais la fureur des vers le fit renoncer à la clériculture, pour mener la vie indolente d'un poète : il donna des *Églogues*, des *Odes*, sans pouvoir se tirer de la misère. Un oncle qui servoit en Flandre dans l'armée Angloise, lui laissa une riche succession. Il avoit été le joindre, & il repassa en Angleterre pour jouir des avantages de sa nouvelle fortune. Mais son esprit, déjà altéré par ses besoins précédents, finit de s'aliéner ; & il mourut dans l'enfance, en 1756. *Cazin* a publié à Paris, in-12, quelques-unes de ses poésies avec celles d'Hammond.
COLLINSON, (Pierre) membre de la société royale de Londres, né dans le West-Moreland, en 1693, mourut en 1768. Il fut utile aux nations par la transplantation de beaucoup de végétaux d'Europe en Amérique, & de végétaux américains en Europe. C'est par ses conseils que la vigne fut cultivée en Virginie, & qu'on forma une bibliothèque publique à Philadelphie. Il étoit ami du docteur *Franklin*, Quaker comme lui. Il l'instruisit des premières expériences sur l'électricité, en 1745, & lui envoya la première machine électrique qu'on eût vite dans le nouveau monde. Leur correspondance à ce sujet a été imprimée. On a encore de lui un Memoire sur les émigrations des troupeaux de la plaine sur les montagnes, & des montagnes dans la plaine.
COLLIUS, (François) l'un des docteurs du collège Ambroïsen de Milan, & grand penitenciér de ce diocèse, mort en 1640, dans un âge assez avancé, se rendit très-célèbre par son traité De animibus Paganorum, publié en 2 vol in-4°, à Milan, en 1622 & 1623. Il y examine quel est le fort, dans l'autre vie, de plusieurs Payens illustres. Il forme des conjectures ingénieuses & hardies sur des choses, dont la connoissance n'appartient qu'à Dieu. Il sauve les sages-femmes Egyptiennes, la reine de Saba, Nabuchodomofor, &c. Il ne désespère pas du salut des Sept-Sages de la Grèce, ni de celui de Socrate; mais il damne sans miséricorde Pythagore, Aristote, & plusieurs autres, quoiqu'il reconnoisse qu'ils ont connu le vrai Dieu. Cet ouvrage n'est, à proprement parler, qu'un jeu d'esprit, choisi par l'auteur, pour faire parade de son érudition. Il y en a effectivement beaucoup dans ce livre. Il est d'ailleurs bien écrit, curieux & rare. On a encore de lui Conclusiones Theologica, 1609, in-4°; & un traité De sanguine Christi, plein de recherches & de citations: il parut à Milan en 1617, in-4°.
COLLOREDO, (Rodolphe) comte de Wals, chevalier de Malte, grand-prieur de Bohème, & maréchal-général des armées des empereurs Ferdinand II & Ferdinand III, se signala par sa valeur & par son attachement à la maison d'Autriche. Il mourut le 24 janvier 1657. I. COLLOT, (Germain) chirurgien François, sous Louis XI, est le premier François, qui tenta l'opération de la pierre par le grand appareil. Avant lui, on appelait des chirurgiens Italiens pour cette maladie. Collot, les ayant vus opérer, s'essaya sur des cadavres, & enfin sur un criminel condamné à mort: ce miserable foutin courageusement l'opération, & par ce moyen, il rach. 11 sa vie; Louis XI la lui ayant accordée en cas qu'il ré-chappât, & ne fut plus tourmenté de la pierre. Collot fut récompensé comme il le méritait. Sa famille, héritière de son adresse, n'a cessé, depuis lui jusqu'à nos jours, de travailler avec les mêmes succès. — Philippe COLLOT, mort à Luçon en 1656, à 63 ans, mit en pratique les préceptes de l'art de ses pères avec une dextérité supérieure à celle qu'ils avoient montrée. Il dégagea leur manière d'opérer, de tout ce qu'elle avoit de rude & de difficile. Il étoit tellement occupé à Paris, que le cardinal Chigi, depuis Alexandre VII, ne put l'engager à se rendre à Cologne.
II. COLLOT - D'HERBOIS, (J. M.) débuta dans la carrière théâtrale, où il eut peu de succès. Il joua à Genève, à la Haye & à Lyon, où ayant été souvent mal accueilli par le parterre, il voua à cette ville la haine la plus cruelle. Le rôle que Collot remplissait le mieux étoit celui de Tyran dans la tragédie; il ne parut pas l'avoir quitté, lorsque parvenu à la Convention, & choisi pour l'un des membres du comité de salut public, il inonda la France de sang. Lyon sur-tout devint le théâtre de sa fureur. Pendant le siège de cette ville, il se flattoit hautement que bientôt elle expieroit par sa destruction, les coups L 1 2 532 COL de sifflet qu'il y avoit éprouvés ; & en effet, fi-tôt qu'elle eut ouvert ses portes aux afflégeans, au mois d'octobre 1793, *Collot* y organisa les démolitions, y multiplia les décombres, y ordonna les fufillades ; &, ne trouvant pas que les executions fuffent affez nombreuses, affez meurtrières, il imagina de faire expirer les prisonniers fous des coups de canons chargés à mitraille. Deux cents neuf périrent dans une seule foirée ; & c'est après cet horrible maffacre, qu'il s'honora du titre de *m'arailleur* des Lyonnois. Une jeune femme, une fille intêrefante & belle, étoient venues se jeter à ses pieds pour réclamer la grace d'un époux & d'un père ; *Collot* les en punie, en les faifant attacher pendant trois heures fur l'échafaud, où ces derniers venoient d'e-pirer. Il avoit demandé, dès la première féance de la convention, l'abolition de la royauté, pour se venger de *Louis XVI*, qui n'avoit pas voulu l'appeler au minifère de la justice ; quelques jours après, il propofa la peine de mort contre les émigrés, & pourfuit enfuite avec acharnement, foit les défenfeurs de la monarchie expirante, foit les républicains connus alors fous le nom de *Girondins*, & qui defiroient un gouvernement fondé fur des lois fiables. Son intimité avec *Robespierre*, lui fit partager tous ses fentimens ; mais fi-tôt qu'il vit celui-ci prêt à fuccomber le 9 thermidor, il se réunit à ses acufateurs pour le renverfer : enfin, il fut dénoncé lui-même & condamné, le premier avril 1795, à être déporté à Cayenne. *Collot* fubit fon jugement ; mais à peine étoit-il arrivé, qu'il s'efforça de foulever les noirs contre les blancs de la colonie. Renfermé alors dans le fort de Sinamary, il y mourut en novembre 1796. Cet homme féroce avoit failli à être affaffiné, deux ans auparavant, par *Lamiral*, qui lui tira deux coups de piftolet fans l'atteindre. Il apporta à la convention un efprit orné par la littérature, une phylfonomie fombre, mais offrant de beaux traits, une constitution forte, un organe imposant, une déclamation théâtrale, & fur - tout un grand defir de jouer un rôle. Il avoit de la facilité pour improviser. Des pensées ingenieufes, fouvent energiques, le talent d'échauffer les ames, lui donnerent bientôt de l'influence fur l'affembice & dans le club des Jacobins. D'ailleurs, il étoit plus brufique & plus impétueux dans les affaires publiques, qu'adroit & infinuant. Les moyens extrêmes lui fembloient toujours les meilleurs. Ce qui paroîtra extraordinaire, c'est qu'on a dit que *Collot d'Herbois* n'étoit pas né mechant ; il le devint par orgueil. On lui connut des momens de fenfibilité ; mais à quoi ne porte pas le defir extrême de se signaler ! De tous les amours propres, le plus odieu, est celui qui ne peut plus se fatisfaire que par des cruautés. *Collot* avoit écrit des opufcules politiques, & un grand nombre de pièces de théâtre. Parmi les premiers, l'*Amanach du père Gérard* fit quelque bruit. Il est curieux d'y voir l'auteur y développer les avantages du gouvernement monarchique ; mais alors il avoit conçu l'espoir d'être appelé au minifère. Ses pièces de théâtre font : *Lucie* ou *les Parens imprudens*, 1772. *Clemence & Monjair*, drame. *Le bon Angevin*. *L'Aman coup-garou*, 1777. *Le Nouveau Nostradamus*. *L'Inconnu* ou *le Préjugé vaincu*, 1789. *Adrienne* ou *le Secret de famille*. *Le Procès de Socrate*. *Les Porte-feuilles*, 1791. *L'Aîné & le Cadet*, 1792. Il n'est Aucune de ses pièces qui ait mérité quelque succès. La meilleure, imitée de l'Espagnol Caldéron, est intitulée le Payfan magistrat; elle fut jouée en 1781 à Bordeaux, & à Paris en 1789.
COLLUTHUS, prêtre & curé d'Alexandrie, devint schismatique dans le temps qu'Arius mit au jour ses erreurs, vers l'an 315. Il s'avisa d'ordonner des prêtres, & eut la ridicule ambition d'ufurper le gouvernement de son église, & de former un épiscopat imaginaire. La concile d'Alexandrie le condamna en 321, & déposa les prêtres qu'il avoit ordonnés.
COLMAN, (Saint) Colomannus, fut martyrisé en Autriche le 13 octobre 1012. Son corps fut transféré de Stolckesaw à Melck.
COLMENAR, (Jean Alvares de) écrivain Espagnol, a publié deux ouvrages estimés. Le premier est intitulé, Délices de l'Espagne & du Portugal; la plus belle édition est celle de Leyde 1715, 6 vol. in-8°, mais elle a été tronquée par un ennemi de l'église. Le second a pour titre; Annales d'Espagne & de Portugal, 1742, 4 vol. in-4°, ou 8 vol. in-12.
COLMENARES, (Diego) Espagnol, né à Ségovie, où il fut curé, y mourut en 1651. Il a publié l'Histoire de la ville de Ségovie, avec l'abrégé de celle de Caltille, en Espagnol. I. COLOMB, (Christophe) naquit, en 1442, d'un père cardeur de laine, à Cogureto, village fur la côte de Gênes. Quelques voyages fur mer, & le bruit que faisoient alors les entreprises des Portugais, lui donnèrent du goût pour la navigation. Il conçut qu'on pouvoit faire quelque chose de plus grand que ce qu'on avoit tenté jusqu'alors, & par la seule inspection d'une carte de notre hémisphère, ou par des raisonnemens tirés de la disposition du monde, il jugea qu'il devoit y en avoir un autre. Il résolut d'aller le découvrir. Gênes, sa patrie, l'ayant traité de visionnaire, & Jean II roi de Portugal, ayant reuisé son service, Colomb se rendit à la cour d'Espagne, où la reine Isabelle lui confia trois vaisseaux, non sans avoir éprouvé, de la part de la populace, des marques réitérées de mépris. Il s'est même conservé en Espagne une tradition, qui apprend que lorsque Colomb passoit dans les rues avec cet air rêveur que devoit lui donner le grand projet qu'il rouloit dans son esprit, les hommes les plus sensés, portant le doigt au milieu de leur front & se coulant la tête, se disfoient les uns aux autres par ce signe, que Colomb avoit perdu la cervelle. Des ifles Canaries où il mouilla, il ne mit que trente-trois jours pour découvrir la première ifle de l'Amérique, en 1492. C'étoit celle de Guanahani. Pendant ce petit trajet, son équipage ne cessa de murmurer. Il y en eut même qui dirent assez haut que le plus court étoit de jeter dans la mer cet aventurier, qui n'avoit rien à perdre, & qu'ils en seroient quittes en disant qu'il y étoit tombé en contemplant les astres. Sa petite flotte ayant essuyé un coup de vent qui la mit dans le plus grand danger, ses officiers voulurent faire tourner les voiles, pour chercher une rade où ils puissent abriter les vaisseaux. Colomb seul s'opposa à cette résolution. Messieurs, leur dit-il avec colère, il faut suivre notre destinée; ce n'est que dans l'autre monde que vous pouvez L 1 3 espérer de trouver un abri. Enfin, dès que ses compagnons de voyage eurent pris terre à l'isle de Guanahani, l'une des Lucaies, ils saluerent, en qualité d'amiral & de viceroi, ce téméraire qu'ils vouloient noyer. Les insulaires, effrayés à la vue de trois bâtimens Espagnols, gagnèrent les montagnes. Colomb ne put prendre qu'une femme, à laquelle il fit donner du pain, du vin, des confitures & quelques bijoux : ce bon traitement fit revenir les Sauvages. Les Caftillans leur donnoient en guise d'or, ce qu'en Europe on ne s'aviferoit pas de ramasser, des pots de terre cassés, des morceaux de verre & de faïence. Le Cacique, ou le chef de ces insulaires, leur permit de construire un fort de bois dans l'isle qu'ils avoient appelée l'Espagnole. Colomb y laissa trente-huit des fiens, & partit pour l'Europe. Ferdinand & Isabelle le reçurent comme il le méritoit : ils le firent asseoir & couvrir en leur présence comme un grand d'Espagne, l'anoblirent lui & toute sa postérité, le nommèrent grand-amiral & viceroi du Nouveau-Monde; & le renvoyèrent avec une flotte de dix-fept vaisseaux en 1493. Il découvrit de nouvelles isles, comme les Caraïbes & la Jamaïque. Il feroit mort de faim dans cette dernière isle, sans un stratagème singulier. Il devoit y avoir bientôt une éclipse de Lune : il envoya chercher les Sauvages des environs, leur reprocha leur dureté à son égard, les menaça qu'ils feroient bientôt un exemple terrible de la vengeance du Dieu des Espagnols; & leur prédit que dès le soir la Lune rougiroit, s'obscurciroit, & leur refuseroit sa lumière. L'éclipse commença effectivement quelques heures après. Les Sau- vages épouvantés, poussant des cris effroyables, allèrent se jeter aux pieds de Colomb, en lui jurant de ne plus le laisser manquer de rien. Colomb, après s'être fait prier quelque temps, se radoucit, & leur promit de demander à son Dieu de faire reparoire la Lune. Elle reparut quelques moments après; & les insidelles, qui le regardoient déjà comme un homme d'une nature supérieure, furent convaincus qu'il disposoit à son gré du ciel & de la terre. Comme il revenoit de ce second voyage, assailli par une tempête furieuse, il se vit, lui & les fiens, près de périr. Environné de toutes les horreurs de la mort, il ne songe qu'à une seule chose, il n'a qu'un seul regret : c'est que le fruit de ses courses va être perdu pour l'humanité. Il entre dans sa chambre : il écrit rapidement, au bruit de la tempête & des cris de l'équipage, sur du parchemin, un Journal de sa navigation; l'enveloppe d'une toile cirée; le met ensuite dans un gâteau de cire, & le jette à la mer dans un tonneau bien bouché : espérant que le ciel conservera un dépôt si précieux, & le fera parvenir de quelque façon aux hommes. Ce fut au retour de cette expédition, en 1505, qu'il confondit ses envieux par une plaisanterie devenue célèbre. Ils disoient que rien n'étoit plus facile que ses découvertes, dues à un peu de hardiesse & à beaucoup de bonheur. Il leur proposa de faire tenir un œuf droit sur sa pointe; & aucun n'ayant pu le faire, il cassa le bout de l'œuf en appuyant un peu dessus, & le fit ainsi tenir. Rien n'étoit plus aisé, dirent les assistans. — Je n'en doute point, reprit Colomb; mais personne ne s'en est avisé, & c'est ainsi que j'ai découvert les Incas. C'étoient ces mêmes envieux qui l'avoient mis mal auprès de Ferdinand & d'Ibelle. Des juges envoyés sur ses vaisseaux mêmes dans son second voyage, pour veiller sur sa conduite, le ramenèrent en Espagne, les fers aux pieds & aux mains. Voy. BOVADILLA. On le retint prisonnier quatre années, soit qu'on craignit qu'il ne prit pour lui ce qu'il avoit découvert, comme ses ennemis l'avoient infinié; soit qu'on voulût lui donner le temps de se justifier. Enfin, on l'avoit renvoyé dans le Nouveau-Monde; & c'étoit dans cette troisième course qu'il avoit aperçu le continent à dix degrés de l'Equateur, & la côte où l'on a bâti Carthagenes. Colomb, de retour de ce dernier voyage, termina peu après à Valladolid, le 8 mai 1506, à 64 ans, une carrière plus brillante qu'heureuse. On lui a élevé une statue dans Gênes. Les armes que lui avoit données Ferdinand, étoient une mer d'argent & d'azur, flanquée de trois îles d'or, & surmontée d'un globe pour cimier. — Ferdinand COLOMB, son fils, écrivit la Vie de son père, traduite en françois par Cotolendi, Paris 1681, 2 volumes in-12. Voy. COLOMB, n.º III. Améric Vejpuce, négociant Florentin, a joui de la gloire d'avoir donné son nom à la nouvelle moitié du globe. Il prétendit avoir découvert le premier le continent. « Quand il feroit vrai qu'il eût fait cette découverte, dit l'auteur de l'Histoire générale, la gloire n'en feroit pas à lui : elle appartient incontestablement à celui qui eut le génie & le courage d'entreprendre le premier voyage. Colomb en avoit déjà fait trois en qualité d'amiral & de vice-roi, cinq ans avant qu'Améric Vejpuce en eût fait un en qualité de géographe. C'est donc à Colomb qu'est dû l'honneur d'avoir découvert un nouveau monde. Mais la gloire humaine est bien rarement pure. « Quelques historiens reprochent au navigateur Génois, d'avoir souffert que ses compagnons fiffent dévorer les malheureux Indiens par des dogues affamés, qui favoient discerner à l'odorat ces infulaires, & étoient récompensés de leur sagacité par une double ration de vivres. Mais ces atrocités, qu'on a peut-être exagérées, doivent moins être mises sur le compte de Colomb, que sur celui des aventuriers Castillans qui le suivirent. Colomb ufa, en général, d'humanité envers les peuples conquis par lui. C'est cependant encore un problème si ses découvertes ont fait plus de mal que de bien aux hommes. La honteuse & cruelle maladie que les Espagnols rapporteront de l'Amérique, après leur premier voyage, qu'ils communiquent à Naples aux François, & que ceux-ci donnèrent aux peuples du Nord; cette maladie connue d'abord sous le nom de Mal de Naples, ensuite sous celui de Mal François, fut bientôt le fléau de toute l'Europe. « Peut-être que les trésors du Nouveau-Monde, dit l'abbé Millot, ont été encore plus funestes. Combien de sang ont-ils coûté! combien de ravages ont-ils produits! Le sucre, le café, le cacao, la cochenille, le quinquina peuvent-ils compenser tout ce que l'Europe a perdu pour dévaiter l'Amérique? Cette conquête est cause de l'affreux esclavage des Negres, qu'on y fait travailler comme de vils animaux, après les avoir enlevés à leur patrie par la violence ou par la fraude. L 1 4 536 COL Elle est cause d'une partie de nos guerres, devenues plus fréquentes & plus longues, par l'avarice jointe à l'ambition. »
II. COLOMB, (Don Barthélemi) frère de *Christophe*, se fit un nom par les *Cartes marines* & les *Sphères*, qu'il faisoit fort bien pour son temps. Il avoit paffé d'Italie en Portugal, avant son frère, dont il avoit été le maître en cosmographie. —Don *Ferdinand Colomb*, son neveu, dit que son oncle s'étant embarqué pour Londres, fut pris par des corsaires, qui le menèrent dans un pays inconnu, où il fut réduit à la dernière misère; qu'il s'en tira en faisant des cartes de navigation; & qu'ayant amaffé une somme d'argent, il paffa en Angleterre, préfenta au roi une mappemonde de sa façon, lui expliqua le projet que son frère avoit de pénétrer dans l'Océan beaucoup plus avant qu'on n'avoit encore fait: que le prince le pria de faire venir *Christophe*, promettant de fournir à tous les frais de l'entreprise; mais que celui-ci ne put se rendre à cette invitation, parce qu'il étoit déjà engagé avec la couronne de Castille. Une partie de ce récit, & fur-tout cette proposition faite au roi d'Angleterre, paroissent imaginaires. Quoi qu'il en soit, *Barthélemi* eut part aux libéralités que le roi de Castille fit à *Christophe*; & en 1493, ces deux frères, & *Diegue Colomb* qui étoit le troisième, furent anoblis. Don *Barthélemi* partagea avec *Christophe* les peines & les fatigues inséparables des longs voyages où ils s'engagèrent l'un & l'autre, & bâtit la ville de Saint-Domingue. Il mourut en 1514, comblé d'honneurs & de biens.
III. COLOMB, (Don Ferdinand) fils de *Christophe*, entra dans l'état ecclésiastique, & forma une riche bibliothèque, qu'il laiffa en mourant à l'église de Séville. C'est cette bibliothèque qu'on a surnommée la *Colombine*. Il écrivit la *Vie* de son père, vers l'an 1530. *Voy. COLOMB*, n.º 1. I. COLOMBAN, (Saint) né en Irlande l'an 560, apprit dès sa jeunesse les arts libéraux, la grammaire, la rhétorique, la géométrie. La nature l'avoit doué de toutes les qualités de l'esprit & de tous les agrémens de la figure. Il craignit les attraits de la volupté, & les vains plaisirs que le monde lui promettoit; & se mit sous la conduite d'un saint vieillard nommé *Silen*, dans le monastère de Bancor. Pour se détacher de plus en plus du monde, il paffa dans la Grande-Bretagne, & de là dans les Gaules, avec douze religieux. Un vieux château ruiné, dans les déferts des Vosges, fut sa première retraite. Une foule de disciples s'étant présentée à lui, il bâtit, vers l'an 600, un monastère dans un endroit plus commode, à Luxeuil, & bientôt un autre à Fontaine. Le roi *Thierri II* l'exila à Befancan, à la sollicitation de *Brunehaut*, à laquelle le saint abbé donnoit vainement des avis salutaires. Il paffa ensuite en Italie, fonda l'abbaye de Bobio, & y mourut le 21 novembre 615. *Colomban* avoit une opinion sur la Pâque, qui le rapprochoit des *Quarto-Décimans*; & il faut avouer qu'il auroit pu être plus circonspect & plus modéré en la soutenant. On a de lui une *Règle*, qui a été long-temps pratiquée dans les Gaules, quelques *Pièces de poésie*, quelques *Lettres*, & d'autres *Traités* affections, qui se trouvent dans la *Bibliothèque des Pères*. Ses Ouvrages ont été publiés séparément à Louvain, 1667, in-fol. Ce saint est fort maltraité par l'abbé Velli dans son Histoire de France; mais il est justifié, d'une manière victorieuse, des fauffes imputations de cet écrivain, dans l'Avertissement du douzième volume de l'Histoire Littéraire de France, pag. 9, par les savans Bénédictins de Saint-Maur.
II. COLOMBAN, (Antoine) Lyonnois, écrivit en 1533, un ouvrage de jurisprudence, intitulé: Sommaire formel de procéder extraordinairement aux causes criminelles. I. COLOMBE, (Sainte) vierge & martyre de Cordoue, fut mise à mort par les Sarrafins en 852. — Il y a une autre St. COLOMBE, vierge native de Sens, où l'on croit qu'elle reçut la couronne du martyre en 273.
II. COLOMBE, (Jean-Baptiste-Sébastien) Barnabite, né à Pau en 1712, & mort à Paris en 1778, a publié divers ouvrages de piété: Vie Chrétienne, 1774, 2 vol. in-12; Manuel des Religieux, 1779, in-12; Éternité malheureuse, 1788, in-12. Ce dernier est une traduction de l'ouvrage latin de Drexelius. On doit encore au P. Colombe: I. Un Plan raisonné d'Éducation publique, Paris, 1762, in-12. II. Un Dictionnaire portatif de l'Écriture-Sainte, 1775, in-8.
COLOMBEL, (Nicolas) peintre, élève d'Eufache le Sueur, né à Sotteville, près de Rouen, l'an 1646, demeura long-temps en Italie pour se former d'après Raphaël & le Pousin, qu'il n'a cependant guères suivis. Son dessin est correct, ses compositions riches, & accompagnées de beaux fonds d'architecture qu'il entendait bien, de même que la perspective. Mais son ton de couleur est trop dur; & ses têtes, très-communes, se ressemblent toutes. Son chef-d'œuvre est un Orphée jouant de la lyre, qui se voyait à la ménagérie de Versailles. Colombel mourut à Paris en 1717, à 71 ans. Il étoit membre de l'académie de peinture.
COLOMBI, Voy. COLUMBI.
COLOMBIER, (Jean) médecin de Paris, fut nommé inspecteur des hôpitaux militaires, & mérita cette place par les ouvrages suivans: I. Code de Médecine militaire, 1772, 5 volumes in-12. II. Préceptes sur la santé des Gens de guerre, 1775, in-8. Cet ouvrage fut réimprimé en 1779. III. Médecine militaire, ou Traité des Maladies tant internes qu'externes, 1778, 7 volumes in-8. IV. Du Lait considéré dans tous ses rapports, 1783, in-8. Cet écrit, moins diffus que les autres, est estimé. Colombier, membre de la société de médecine de Paris & de l'académie de Lyon, est mort en 1788. I. COLOMBIÈRE, (Claude de la) jésuite célèbre, né à Saint-Symphorien-d'Oson, à deux lieues de Lyon en 1641, se fit un nom dans sa compagnie par ses talens pour la chaire. La cour du roi Jacques II l'écouta pendant deux ans avec plaisir & avec fruit; mais soupçonné, & non convaincu, d'être entré dans une conspiration, il fut banni de l'Angleterre. Il mourut à l'âge de 41 ans, le 15 février 1682, à Parai dans le Charolois. C'est lui qui, avec Marie Alacoque, a donné une forme à la célébration de la solennité du Cœur de Jésus, & qui en a composé l'office. « Ce Jésuite avoit l'esprit fin & délicat, & on le sent 538 COL malgré l'extrême simplicité de son flyle, dit l'abbé *Trobice* en parlant de ses *Sermons*, publiés à Lyon, 1757, en 6 vol. in-12. Il avoit sur-tout le cœur vif & sensible : c'est l'onction du P. *Cheminais*, mais avec plus de feu. L'amour de Dieu l'embrafoit. Tout dans ses Sermons respire la preté la plus tendre, la plus vive : je n'en con- nois point même, qui ait ce mé- rite dans un degré égal, & qui foit plus dévot sans petitesse. Le célèbre *Patru*, son ami, en parloit comme d'un des hommes de son temps, qui pénétroit le mieux les fineilles de notre langue. On a en- core de la *Colombière*: I. *Réflexions morales*. II. *Lettres spirituelles*. III. *Harangues latines*. IV. *Retraite spirituelle*, formant 3 vol. in-12.
II. COLOMBIÈRE, *Voyet* VULSON.
COLOMBINI, (Jean) né à Sienne, se retira dans la retraite, & y institua l'ordre des *Jésuates*, ainsi nommés parce que leur fon- dateur invoquoit sans cesse *Jésus*. Il mourut le 31 juillet, 1667, trente - cinq jours après que le pape *Urbain V* eut approuvé son institut. Celui-ci fuit la règle de St. *Augustin*. Les religieux s'occu- poient particulièrement de la phar- macie & du soulagement des ma- ladies des pauvres. *Clément IX* supprima les *Jésuates* en 1668; & il ne reste plus en Italie que quelques maisons de religieuses de cet ordre. *Mariggia* général des *Jésuates* a publié la vie de *Colom- bini* son prédécesseur.
COLOMIÈS, (Paul) né à la Rochelle en 1638, d'un médecin Protestant, parcourut la France & la Hollande, & mourut à Londres le 13 janvier 1692, à 54 ans. La république des lettres lui doit plu- fleurs ouvrages sur les citoyens qui l'ont illustrée. I. *Gallia Orien- talis*, réimprimée en 1709, in-4°, avec ses autres opuscules, par les soins du savant *Fabricius*. Cet ou- vrage plein d'érudition, roule sur la vie & les écrits des François savans dans les langues Orientales. II. *Italia & Hispania Orientalis*, in-4°, 1730, dans le goût du précédent. III. *Bibliothèque choisie*, en François, réimprimée en 1731 à Paris, avec les remarques de la *Monnoie* & de *Bourdelot* : on y voit une grande érudition bi- bliographique. IV. *La Vie du Père Sirmond*, 1671, in-12. V. *Theo- logorum Presbyterianorum Icones*. Il fait éclater dans cet ouvrage, son attachement pour le parti des Épi- copaux. Le ministre *Jurieu*, beau- coup moins impartial & moins honnête homme que *Colomiès*, qui rendoit justice à tous les partis, le déchira d'une manière indigne dans son libelle intitulé, l'*Esprit d'Ar- nauld*. VI. Des *Opuscules critiques & historiques*, recueillis & mis au jour, en 1709, par *Albert Fabricius*. VII. *Mélanges historiques*, &c. in-12. C'est un recueil de plusieurs petits traits curieux & agréables, sur quelques gens-de-lettres. *Colomiès* n'étoit pas un savant à découvertes. Son talent étoit de profiter de ses lectures : il mettoit à part les choses singulières, & en ornoit ses livres. Il y a du bon dans les fiens; mais l'ordre y manque. Il connoissoit bien la bibliographie, & il a été utile à ceux qui se font appliqués à cette science.
COLOMNA, *Voyet* XVI. CO- LOMNE & COLUMNA.
COLONIA, (Dominique de) — né à Aix en 1660, Jésuite en 1675, mourut à Lyon le 12 septembre 1741, à 82 ans. Cette ville, qui le posséda pendant cinquante - neuf C O L 539 années, lui faisoit par estime & par reconnoissance une pension annuelle. Les fruits de ses travaux littéraires sont : I. Une Rhétorique en latin, in-12; réimprimée jusqu'à vingt fois, parce qu'elle est assez méthodique, & ornée d'exemples en général bien choisis. Cet ouvrage, adopté dans presque tous les collèges des Jésuites, a eu moins de vogues depuis leur destruction. II. La Religion Chrétienne, autorisée par les témoignages des Auteurs Payens, in-12, 2 vol. Colonia avoit lu cet ouvrage, par parties dans l'académie de Lyon, dont il était membre; cette compagnie applaudit à l'entreprise & à l'exécution. L'auteur n'avoit jamais séparé l'étude de la religion, de celle des auteurs profanes : on le voit assez par les recherches qui enrichissent cet ouvrage. III. Histoire Littéraire de la ville de Lyon, avec une Bibliothèque des Auteurs Lyonnois, sacrés & profanes, in-4°, 2 vol. Le premier est consacré aux antiquités de Lyon; le second, à l'histoire littéraire de cette ville. L'historien a omis beaucoup d'écrivains Lyonnois, & a parlé ou superficiellement ou inexactement de plusieurs autres. IV. Bibliothèque des Livres Jansénistes, in-12, 2 vol. censurée à Rome en 1749, & reproduite à Lyon, sous le titre de Dictionnaire des Livres Jansénistes, in-12, 4 vol., 1752. On trouve à la fin une Bibliothèque Anti-Janséniste. Les hommes sages verront que dans l'une, l'auteur auroit pu se livrer à un zèle moins amer, & dans la seconde, indiquer quelquefois des auteurs plus modérés. V. Laudatio funèbris Camilli de Neuville, 1693. VI. Dissertation sur le Taurobole, 1705. VII. Oration funèbre du prince de Condé. VIII. Panégyriques du B. Régis & de François Xavier, avec des Mé- dications, 1717, in-12. IX. Orationes, Préfationes latinas, &c., 1700, in-12. Ce recueil a eu trois éditions. Colonia se piquoit beaucoup de connoître l'antiquité : les ennemis que sa présomption lui avoit faits à Lyon, se proposèrent d'essayer ses forces en ce genre. On fait faire un pot de plomb, avec une inscription antique; on l'enterré pendant quelques jours; & on le lui envoie, comme un monument déterré dans un champ. L'habile antiquaire donne dans le piège, & fait imprimer une Dissertation dans le Journal de Trévoux, décembre 1724, dans laquelle il prodigua une érudition qui l'auroit couvert de ridicule, si ces fortes de méprises ne lui avoient été communes avec d'autres savans. Atterbury, évêque de Rochester, arrivé à Lyon, ne demanda à y voir que Colonia. Dans un voyage que ce dernier fit en Italie, le pape Clément IX voulut lui confier l'éducation de ses neveux; mais le Jésuite préféra sa liberté, & le plaisir de revoir sa patrie à toutes vues d'ambition. — Voyez l'article d'Étienne CHAMILLARD.
COLONIA, (Victoria) Voyez I. AVALOS. — & METELLI.
COLONNA, (Victoria) fille de Fabrice Colonne, seigneur Romain, mariée à Ferdinand-François d'Avalos, (Voyez ce mot,) se distingua dans plus d'un genre de sciences, & excella dans la poésie. Après la victoire de Pavie, à laquelle son mari eut beaucoup de part, le pape Clément VII & les princes d'Italie firent offrir à ce héros le royaume de Naples, qu'ils vouloient soustraire à la domination de Charles-Quint; mais la généreuse femme fit voir à son époux l'injustice & le danger de cette offre, & le retint dans les 540 COL bornes de la modération & de la prudence. Cette sage héroïne ne voulut jamais, après la mort d'Avalos, qu'elle perdit à la fleur de son âge, accepter aucun des partis avantageux qui lui furent présentés; & se retira, sur la fin de sa vie, dans le monastère de Sainte-Marie à Milan, où elle mourut vers l'an 1541. Augustin Niphus, Paul Jove, le président de Thou, Matthieu Tojean, Joseph Bétoufi, Louis Jacob, & quantité d'autres auteurs, lui ont prodigué des éloges. On a d'elle un beau Poème latin, où elle célèbre les exploits de son époux. I. COLONNE, (Jean) est un de ceux qui ont le plus contribué à la grandeur & à l'élévation de sa famille, l'une des plus illustres d'Italie, & très-féconde en grands hommes. Fait cardinal par Honoré III, en 1216, & déclaré légat de l'armée chrétienne, il contribua beaucoup à la prise de Damiette, par l'ardeur avec laquelle il anima les chefs & les soldats. Les Sarrafins l'ayant fait prisonnier, le condamnerent à être scié par le milieu du corps; mais, sur le point de subir ce supplice barbare, sa confiance surprit si fort ces infidelles, qu'il lui donnèrent la vie & la liberté. Il mourut en 1245. L'hôpital de Latran est un monument de sa piété.
II. COLONNE, (Jean) Dominicain, de la même famille que le précédent, archevêque de Messine, fut chargé de plusieurs affaires importantes. Il mourut en 1280. On a de lui : I. Traité de la gloire du Paradis. II. Un autre Du malheur des Guns de Cour. III. La Mer des Histoires jusqu'au règne de S. Louis, roi de France. Il ne faut pas confondre ce livre avec une compilation intitulée : La Mer des Histoires, Paris, 1488, 2 volumes in-folio, & imprimée depuis avec des augmentations. Celle-ci est d'un théologien Dominicain nommé BROCHART, qui la fit paraître, en latin, l'an 1475, sous le titre de Rudimentum Novitiorum, in-folio.
III. COLONNE, (Gilles) autrement GILLES DE ROME, Ægidius Roma, général des Augustins, puis archevêque de Bourges, fut le premier de son ordre qui enseigna dans l'université de Paris. Son siècle, prodigue de titres, le surnomma le Doctor très-fondé, (DOCTOR fundatissimus.) Philippe le Hardi, à qui son mérite l'avoir rendu cher, lui confia l'éducation de Philippe le Bel. Le maître inspira à son élève le goût des belles-leures. Ce fut pour ce prince qu'il composa le traité De Regimine Principum : Rome, 1492, in-folio, & Venise, 1498. L'art du gouvernement y est comparé au jeu des échecs. Jean de Vignay en fit, sous Philippe de Valois, une traduction qui est en manufactur dans quelques bibliothèques. Dans un chapitre de son ordre, on statua qu'on recevroit ses opinions dans les écoles. Colonne mourut à Avignon en 1516. Son corps fut porté à Paris, où l'on voit son tombeau, chargé de cette Épitaphe emphatique : Hic jacet aula morum, vitæ munditas, Archi-Philofophiæ Aristotelis perspicacissimus commentator, clavis & Doctor Theologiae, lux in lucem reducens, &c. On a encore de lui divers Ouvrages de philosophie & de théologie : Rome, 1555, in-folio. Voy. AVERROES.
IV. COLONNE, (Jacques) fut élevé au cardinalat par Nicolas III. Il eut beaucoup de part aux démêlés qui agiterent Rome, sous Boniface VIII. La famille de ce pontife, qui étoit celle de *Cajetan*, du parti des *Guelfes*, n'avoit jamais été en bonne intelligence avec celle des *Colonnes*, de la faction des *Gibelins*. (*Voyet* BUONDELMONTE.) Les cardinaux de cette famille s'étoient opposés à l'élection de *Boniface*, dont ils connoissoient l'humeur altière & emportée. Pour s'y dérober, *Jacques Colonne* & *Pierre* son neveu, cardinal comme lui, se jetèrent dans Palestine, où *Sciarra Colonne*, un de leurs confins, commandoit alors. *Boniface* s'étant rendu maître de la ville, lança les foudres ecclésiastiques contre les rebelles, priva *Jacques* & *Pierre* de la pourpre, e:communia *Sciarra*, & mit leurs têtes à prix: *Sciarra* fuyant cette persécution, fut pris sur mer par des pirates, & mis à la chaîne. Cette condition, toute déplorable qu'elle étoit, lui paroissoit préférable à celle où la vengeance du pape l'auroit réduit. *Philippe I: Bel* le fit délivrer à Marfeille, où les pirates l'avoient conduit, & l'envoya en Italie, l'an 1303, avec *Guillaume de Nugaret*; pour enlever *Boniface*. Ils surprirent le pontife à Anagni, où l'on dit que *Sciarra Colonne* lui donna sur la joue un coup de son gantelet: *Voyet* BONIFACE VIII. *Jacques Colonne*, l'objet de cet article, mourut en 1318. V. COLONNE, (François) né à Venise, & mort en cette ville en 1527, à l'âge de plus de 80 ans, étoit Dominicain. Il s'est fait connoître par un livre singulier & rare, intitulé *Hipnerotomachia Poliphili*, (c'est le nom sous lequel il s'est déguisé) imprimé à Venise, en 1499 & en 1545, in-folio. Le style obscur & énigmatique de cet ouvrage a donné lieu à bien des interprétations ar- bitraires de la part de ceux qui ont cherché à l'approfondir. Des gens, d'ailleurs pleins de savoir & de bon sens, ont prétendu y trouver les principes de toutes les sciences. Des adeptes y ont cherché le grand-œuvre, & n'ont pas manqué de l'y trouver. Ce livre a été traduit en françois, par *Jean Martin*: Paris 1561, in-folio.
VI. COLONNE, (Jean) cardinal, fut maltraité par *Siste IV* & par *Alexandre VI*; & très-estimé par *Jules II*, qui lui confia les charges les plus importantes de la cour de Rome. Il mourut le 26 septembre 1508, à 51 ans.
VII. COLONNE, (Fabrice) célèbre capitaine, fils d'*Edward Colonne* duc d'Amalfi, s'attacha au roi de Naples, & devint l'ennemi irréconciliable de la maison des *Ursus*, à laquelle il fit la guerre. Le roi de Naples le nomma connétable, & *Charles V* lui continua cette charge importante. *Fabrice-Colonne* commandoit l'avant-garde à la bataille de Ravenne, en 1512, où il fut fait prisonnier. *Alfonse*, duc de Ferrare, le mit en liberté. *Fabrice* rendit à son tour de grands services à son libérateur contre *Jules II*. Ce héros mourut en 1520, avec la réputation d'un homme également habile dans la politique & dans les armes.
VIII. COLONNE, (Marc-Antoine) se signala dans les guerres d'Italie, principalement contre les François. La paix ayant été conclue en 1516, *François I* l'attira dans son parti, & en reçut de grands services. Il fut tué au siège de Milan, en 1522, d'un coup de coulevrine, que *Proper Colonne*, son oncle, avoit fait pointer contre lui, sans le connoître. Il étoit dans la 50e année de son âge.
IX. COLONNE, (Prosper) de la même famille, fils d'Antoine, prince de Salerne, embrassa le parti des François, lorsque Charles VIII entreprit la conquête du royaume de Naples; mais sa politique le jeta ensuite dans le parti de leurs ennemis. En 1515, il entreprit de défendre le passage des Alpes contre les François, qui le surprirent en disant à Ville-Franche du Pô. Il fut fait prisonnier & mené en France. Dès qu'il eut sa liberté, il reprit les armes avec plus de vigueur. Également animé par la vengeance & par son courage, il dofit les François à la bataille de la Bicoque, en 1522. Bonnivet ayant bloqué Milan quelque temps après, Colonne le força de s'éloigner. Ce général mourut l'année suivante, le 30 décembre 1523, à 61 ans. Il avoit une si grande réputation, qu'on n'entendoit que ces mots dans le camp des François : Courage ! Milan est à nous, puisque Colonne est mort. Il fit la guerre avec plus de sagesse que d'éclat, manquant de l'activité nécessaire pour fatiguer ou surprendre l'ennemi; mais ayant une vigilance extrême pour n'être pas surpris. X. COLONNE, (Pompée) eut pour tuteur Prosper Colonne, son oncle, dont nous avons parlé dans l'article précédent. Ce fut par son ordre qu'il s'attacha à l'état ecclésiastique. Son penchant étoit pour les armes, & il ne les quitta point. Pourvu de l'évêché de Riéti, de quelques abbayes & de plusieurs prieurés, il se battit en duel avec un Espagnol, & fut si fâché qu'on vint les séparer, qu'il mit sa soutane en pièces. Léon X l'honora de la pourpre. Pompée Colonne, toujours emporté par son humeur guerrière, se signala dans les que- relles qu'occasionna l'élection de Clément VII, appelé auparavant Jules de Médicis. C'est ce qui donna lieu à cette épigramme : Exceiterum è summo dejeam colmine Romam, Pompei & Juli mens furiosa pre- mit. Brute ! pium Photine ! pium nunc stringite ferrum : Quid servassejuvat, si peritura fuit ? Clément VII l'ayant privé du cardinalat & de ses bénéfices, Colonne prit Rome avec Hugues de Moncade. L'année d'après, 1527, le connétable de Bourbon vint affiéger cette ville, livrée au dedans à la discorde, & exposée au dehors aux armes des impériaux. Clément, arrêté au château Saint-Ange, eut recours à celui qu'il avoit dépouillé du cardinalat. Colonne, assez généreux pour tout oublier, travailla à procurer la liberté du pontife, qui le rétablit, & lui donna la légation de la Marche-d'Ancone. Il mourut le 28 juin 1532, à 53 ans, vice-roi de Naples. Ce cardinal aimoit les lettres, & les cultivoit avec succès. On a de lui, un poème De laudibus Multicum, qu'on trouva en manuscrit dans la bibliothèque Vaticane. Il y célèbre les vertus de Victoire Colonne, sa parente, veuve du marquis de Pejcaire, inviolablement attachée à la mémoire de son époux, auquel elle consacra son talent pour la poésie. Voyez XVI. COLONNE.
XI. COLONNE, (Etienne) capitaine du 16e siècle, fut élevé dans le métier des armes sous Prosper Colonne, son parent, & se signala par sa valeur & par sa prudence. Il mourut à Pife, en 1548.
XII. COLONNE, (Marc-Antoine) duc de Palliano, grand- connétable de Naples, vice-roi de Sicile, s'acquit beaucoup de gloire en commandant pour les Éspagnols. Il combattit en qualité de lieutenant-général & de général des galères du pape, à la célèbre bataille de Lé-pante contre les Turcs, en 1571. A son retour, *Pic V*, qui eut une joie extrême de cette victoire des Chrétiens, voulut que *Colonne* entrât à Rome en triomphe, à l'imitation des anciens généraux Romains. On dressa des arcs triomphaux, sous lesquels il passa, accompagné des captifs, entr'autres, des enfans du bacha *Ali*. Il monta au Capitole, & vint de là au Vatican, où le pape, entouré des cardinaux, le reçut comme le chef du Christianisme pouvoit recevoir le vainqueur des Infidelles; & le célèbre *Muret* fit son panégyrique. Il mourut en Espagne, le 1$^{er}$ août 1585. —*Marc-Antoine COLONNE*, est aussi le nom d'un savant cardinal de la même famille, qui fut archevêque de Salerne, & bibliothécaire du Vatican. *Grégoire XIII*, *Sixte V* & *Grégoire XIV*, l'employèrent dans diverses légations. Il mourut à Zagarolla, le 13 mars 1597.
XIII. COLONNE, (Afcagne) savant cardinal, vice-roi d'Aragon, évêque de Palestine, étoit fils de *Marc-Antoine Colonne*, duc de Palliano. Il mourut en 1608. On a de lui des *Lettres* & d'autres ouvrages, entr'autres, un *Traité* contre le cardinal *Baronius*, au sujet de la Sicile.
XIV. COLONNE, (Frédéric) duc de Tagliacozzi, prince de Bureto, connétable du royaume de Naples, & vice-roi de celui de Valence, fut élevé à Madrid. Il rendit des services importants à *Philippe IV*. Son courage, sa probité & sa modération, lui concilierait tous les cœurs. Il mourut en 1641, à 40 ans.
XV. COLONNE de *Gloëni*, (Laurent-Onuphère) connétable de Naples, neveu du précédent, fut grand d'Espagne, chevalier de la Toison d'or, prince de Palliano & de Castiglione, & mourut le 15 avril 1689. Il eut pour femme *Marie MANCINI*, nièce du cardinal *Matarin*, laquelle s'étoit flattée d'épouser *Louis XIV*. On prétend qu'en partant pour suivre son époux en Italie, elle dit à ce monarque : *Vous êtes Roi, vous m'aimez ; vous pleurez ! & il faut que je parte !...* Elle s'est rendue célèbre par son apologie, qu'elle publia sous le titre de *Mémoires*, petit in-12, Cologne 1676, & en italien 1678, par rapport aux tracasseries qu'elle eut à essuyer avec son mari, dont les manières étoient bien différentes de cette agréable vivacité qu'elle avoit vue chez les François. Elle mourut en 1715, laissant trois fils, dont le cadet, *Charles COLONNE*, est mort cardinal en 1739.
COLONNE, (autres Personnages de ce nom.) *Voy. ARAGON I. AVALOS & V. GONZAGUE*.
XVI. COLONNE, (Fabio) ou COLONNE, naquit à Naples, en 1567, de Jérôme, fils naturel du cardinal *Pompé Colonne*. Il se livra, dès sa plus tendre jeunesse, à l'histoire naturelle, & sur-tout à celle des plantes. Il chercha à les connoître dans les écrits des anciens; & par une application opiniâtre, il dévoila, à travers les fautes dont les manuscrits fourmilloient, ce qui auroit été caché pour tout autre, moins pénétrant, moins constant au travail. Les langues, la musique, les mathématiques, le dessin, la peinture, l'optique, le droit civil & canonique, remplirent les moments qu'il ne donnoit point à la bota- nique. Les ouvrages qu'il a donnés dans ce dernier genre, étoient regardés comme des chefs-d'œuvre, avant qu'on jouit du fruit des travaux des derniers botanistes. On lui doit : I. *Plantarum aliquot ac Pifcium Historia*, en 1592 in-4°, accompagné de planches graves, felon quelques-uns, par l'auteur même, avec beaucoup de vérité. La méthode qu'il fuit fut très-applaudie. Il y en a une édition de Milan, 1744, in-4°, qui vaut moins que la première. II. *Minus cognitarum rariorumque Stirpium Descriptio; itemque de aquatilibus, aliisque nonnullis animalibus Libellus*: Rome, 1616, 2 parties in-4°. Cet ouvrage, qu'on peut regarder comme une fuite du précédent, reçut les mêmes éloges. L'auteur, en décrivant plusieurs plantes singulières, les compare avec les mêmes plantes, telles qu'on les trouve dans les livres des anciens & des modernes. Cette comparaison lui donne lieu d'exercer souvent une critique judicieuse, contre *Mastiole, Dioscoride, Theophraste, Pline, &c.* L'auteur donna une seconde partie, à la sollicitation du duc d'Aqua-Sparta, qui avoit été très-faissait de la première. L'impression de l'une & de l'autre fut confiée à l'imprimeur de l'académie des *Lynæi*, compagnie de Savans, que ce duc avoit formée, & dont l'objet étoit de travailler sur l'histoire naturelle. Cette société utile, qui ne subfiesta que jusqu'en 1630, c'est-à-dire jusqu'à la mort de son illustre protecteur, a été le modèle de toutes celles de l'Europe. *Galilée, Porta, Achillini, Colonne*, en étoient les ornemens. III. *Une Dissertation sur les Glossopères*, en latin, qui se trouve avec un ouvrage d'Augustin Scilla, sur les corps marins; Rome, 1747, in-4°. IV. Il a travaillé aux *Plantes de* l'Amérique de *Hernandez*; Rome, 1651, in-fol. fig. V. *Une Dissertation sur la Pourpre*; en latin, pièce fort estimée, mais devenue rare, & réimprimée à Kiel, 1675, in-4°, avec des notes de *Danish Major*, médecin Allemand. La première édition est de 1616, in-4°.
XVII. COLONNE, (François-Marie Pompée) habile philosophe, laissa quelques ouvrages curieux, dont le principal est l'*Histoire naturelle de l'Univers*, 1734, 4 vol. in-12. Il périt dans l'incendie de la maison qu'il habitait à Paris, en 1726.
COLVIUS, (Pierre) né à Bruges, & mort à Paris en 1594, à 26 ans, a publié des éditions d'Aquille & de Sidoine Apollinaire, avec d'excellentes notes, dont André Schott a fait sentir le mérite.
COLUMBI, (Jean) Jésuite, né en 1592, à Manole en Provence, enseigna successivement différentes sciences dans les collèges de son ordre. Il mourut en 1679, à 86 ans, à Lyon, après avoir publié plusieurs ouvrages, dans lesquels il y a plus d'érudition que de saine critique. Les principaux sont : I. *Hierarchia angelica & humana*, in-fol. Lyon, 1747. II. *Opuscula varia*, in-fol. ibid. 1668. III. *In S. Scripturam, tom. I.* in-fol. ibid. 1656.
COLUMELLE, (Lucius Junius Medranus) natif de Cadix, philosophe Romain, sous Claude, vers l'an 42 de J. C., laissa XII Livres sur l'Agriculture, & un Traité sur les arbres. Ces ouvrages sont précieux par les préceptes & par le style : celui de *Columelle* se ressent encore de la latinité du siècle d'Auguste. On trouve le traité *De re rustica* & Le celui de *Arboribus*, dans les *Rei ruficae Scriptores*, Leipzig, 1735, 2 vol. in-4°, M. *Saboureux de la Bonnétie* a donné une traduction françoise du premier, avec des notes curieuses, Paris, 1773, 2 vol. in-8°, qui font partie de l'*Économie Rurale*, 6 volumes in-8°.
COLUMNA, (Guy) natif de Messine en Sicile, suivit *Edouard I* en Angleterre, à son retour de la Terre-Sainte. Il composa, vers l'an 1287, une *Chronique* en trente-six livres, & quelques *Traités historiques* sur l'Angleterre. L'ouvrage le plus curieux de *Columna* est l'*Histoire du Siège de Troie*, en latin, imprimée à Cologne, en 1477, in-4°, & à Strasbourg, 1486, in-folio. Ces éditions sont très-rares, de même que les *Traductions* italiennes de cette *Histoire*; Venise, 1481, in-fol., Florence 1610, in-4°, mais l'édition de Naples, 1655, in-4°, l'est bien moins.
COLUTHUS, poète Grec, natif de Lycopolis, vivait sous l'empereur *Anaslafe I*, au commencement du 6e siècle. Il nous reste de lui un poème de l'*Enlèvement d'Hélène*, Basle, 1551, in-8°; Francfort, 1600, in-8°; traduit en françois par *du Molard*, en 1742, in-12, avec des remarques. Dès l'an 1552, *Brodeau* l'avoit fait imprimer avec le poème d'*Oppia* sur la *Chaffe*, avec des notes. Le jugement de *Paris* est ce qu'il y a de meilleur dans cette production, qui n'est guère supérieure à son siècle. Son dessin est petit, & son style froid & languissant. *Coluthus* vint dans un temps où la bonne poésie étoit perdue, & son génie n'étoit pas assez fort pour s'élever au-dessus de ses contemporains.
COMBABUS, jeune seigneur de la cour d'*Antiochus Soter*, roi de Syrie, fut nommé par ce prince pour accompagner la reine *Stratonice* dans un voyage. Cette commission lui parut délicate. La reine étoit femme, & *Combabus* étoit bel-homme. Ces circonstances lui firent craindre les suites de l'honneur qu'il recevait. Pour les prévenir, il se priva lui-même de ce qui pouvoit lui inspirer ces craintes, & l'ayant enfermé dans une boîte cachetée, il supplia le roi avant que de partir, de la lui vouloit garder jusqu'à son retour. Ce que *Combabus* avoit prévu, ne manqua pas d'arriver. *Stratonice*, qui le voyoit tous les jours, en devint éperdument amoureuse : elle parla, elle voulut même le pousser à bout; & ce ne fut qu'en justifiant son impuissance, qu'il arrêta ses tentatives. Ce défaut, en frustrant la reine de toute espérance, ne put éteindre son amour, elle chercha à se confoler dans de fréquents tête-à-têtes. Les courtisans, jaloux de la faveur de *Combabus*, l'accusèrent d'avoir fouillé la couche royale. On lui fit son procès, déjà même on le traînait au supplice... lorsqu'il demanda pour dernière grace qu'on eût à produire la boîte fatale. Elle fut ouverte, & l'innocence de *Combabus* ne fut pas problématique. Le roi de Syrie plaignit son infortune, fit punir les délateurs, & le renvoya auprès de la reine, pour la construction du temple qu'elle avoit entrepris. On y éleva en bronze la statue de *Combabus*. Quelques-uns de ses amis furent assez fous, dit-on, pour se traiter eux-mêmes comme il s'étoit traité... Cette histerie est tirée de *Lucien*, & on ne la rapporte ici que pour montrer ce que peuvent trois passions égales. M m 546 COM ment funestes, l'ambition, l'amour & l'envie.
COMBADAXUS, Bonze Japonois, annonça que las de la vie, il alloit se retirer dans une caverne, pour y dormir dix millions d'années. Après y être entré, on scella fur-le-champ l'entrée avec d'énormes rochers. Les peuples du Japon pensent que Combadaxus y dort encore, & ils l'honorent comme un Dieu.
COMBALUSIER, (François-de-Paule) médecin, né au bourg Saint-Andéol dans le Vivarais, mort le 24 août 1762, avoit des connoissances très-étendues dans son art. Elles lui méritèrent la place de professeur de pharmacie dans l'université de Paris, & celle de membre de la société royale de Montpellier. Il est connu par des Écrits Polémiques sur les querelles des chirurgiens & des médecins; & par un Traité latin sur les v.nts qui affligent le corps humain, 1747, in-12, traduit en françois par Jault; 1754, 2 vol. in-12.
COMBAULT, (N.) mort à Paris en 1785, embrassa la profession d'avocat, & se delassa de l'aridité de ses occupations, en cultivant la poésie latine. Ami de Coffin, il l'aida dans la composition des hymnes que l'église de Paris a adoptées. Celle pour la fête de S. Pierre, Tandem laborum, &c., dont le pape témoigna sa satisfaction à Coffin, est de son ami. I. COMBE, fille d'Atope, passoit chez les Grecs pour avoir inventé les premières armures d'acier.
II. COMBE, (Jean de) Voyet COMBES.
III. COMBE, (Marie de) Voyet CIZ.
IV. COMBE, (le P. la) Barnabite. Voy. II. GUYON. V. COMBE, (Guy du Rouffeau de la) reçu au serment d'avocat au parlement de Paris en 1705, mort en 1749 à 44 ans, a donné au public: I. Un Recueil de Jurisprudence Civile du Pays de Droit - écrit & Contumier, 1 vol. in-4°, dont il publia une seconde édition beaucoup plus ample en 1746, & encore réimprimée en 1769. II. Il donna en 1738 une édition nouvelle du Praticien Universel de Conchois, augmentée d'un petit Traité sur l'exécution provisoire des Sentences & Ordonnances des premiers Juges en différentes matières, & sur les Arrêts de défense & autres Arrêts sur requête. III. Un nouvelle édition des Arrêts de Louet, augmentée de plusieurs Arrêts. IV. Un Nouveau Traité des matières Criminelles, 1736, in-4°, nouvelle édition, 1769, in-4°. V. Recueil de Jurisprudence Canonique & Bénéficiale, pris sur les Mémoires de Fuet, 1 vol. in-fol. 1748. VI. On a publié après sa mort un Commentaire sur les nouvelles Ordonnances concernant les donations, les testaments, le faux, les cas Prévôtaux.
VI. COMBE, (François la) né à Avignon, mort à Paris en 1793, a publié les ouvrages suivants: I. Lettres du comte d'Orrey, sur la vie de Swift, traduites de l'Anglois, 1753, in-12. II. Lettres choisies de Christine, reine de Suède, 1759, in-12. III. Lettres sur l'Enthousafisme, traduites de l'Anglois de Shafiesbury avec sa vie, 1762, in-12. IV. Dictionnaire du vieux langage françois, 1767, 2 vol. in-8°. V. Dialogues sur le blé, la farine, & le pain, avec un traité de la Boulangerie, 1777, in-8°. VI. Observations sur Londres & ses environs 1780, in-8°.
COMBÉFIS, (François) né à Marmande dans la Guienne, en 1605, de parens honnêtes, Dominicain en 1625, fut gratifié d'une pension de mille livres par le clergé de France, qui l'avoit choisi pour travailler aux nouvelles éditions & versions des Pères Grecs. Avant lui, aucun régulier n'avoit eu de pareilles récompensées. La république des lettres lui est redevable : I. De l'édition des Œuvres de Saint Amphiloque, de Saint Méthodius, de Saint André de Crète, & de plusieurs Opuscules des Pères Grecs. II. D'une Addition à la Bibliothèque des Pères, en grec & en latin, 3 vol. in-fol. III. D'une Bibliothèque des Pères pour les Prédicateurs, en 8 vol. in-fol. IV. de l'édition des cinq Historiens Grecs, qui ont écrit depuis Théophane, pour servir de suite à l'Histoire Byzantine, 1 vol in-fol. Paris, 1685. Ce fut par ordre du grand Colbert, qu'il travailla à cet ouvrage. Ce savant religieux mourut à Paris en 1679, consumé par les austérités du cloître, les travaux du cabinet, & les douleurs de la pierre. Il auroit été à souhaiter que le P. Combéfis eût su aussi parfaitement la langue latine que la grecque : ses versions feroient plus claires & plus intelligibles. Son latin est quelquefois barbare. I. COMBES, (Jean de) avocat du roi au présidial de Riom, publia en 1584 un Traité des Tailles & autres subides, & de l'institution & origine des Offices concernant les Finances. Cet ouvrage, écrit assez purement pour son temps, est surtout estimable par des recherches utiles, & par une critique judicieuse. — Il ne faut pas le confondre avec Pierre DE COMBES, qui donna en 1705, in-folio les Procédures civiles des Officialités. Il y a aussi de lui les Procédures criminelles, in-4.
COMBES-DES-MORELLES, (Perrette-Marie de) née à Riom, le 19 mai 1728, morte dans ces derniers temps, fut élevée à Saint-Cyr, & a publié : I. Des Méditations sur les évênemens de la vie. II. Des Œuvres spirituelles, 1778, 2 vol. in-12. Elles renferment des poésies & des cantiques.
COMBET, (Claude) né à Lyon en 1614, entra dans l'ordre de Saint-Dominique, & se fit connoître par son talent pour la chaire. Il a fait imprimer, en 1643 & en 1666, les oraïsons funèbres du cardinal Alphonse de Richelieu & d'Anne d'Autriche. Il mourut à Lyon en 1689.
COME, Voyez Cosme.
COMÉNIUS, (Jean-Amos) — grammairien & théologien Protestant, naquit en Moravie l'an 1592. Chassé de son pays par l'édit de 1624, qui proscrivoit les ministres de sa communion, il alla enseigner le latin à Lefna, dans la Pologne. Il s'entera d'une nouvelle manière d'apprendre les langues. Son livre Janua linguarum referata ; traduit non seulement en douze langues Européennes, mais en Arabe, en Turc, en Persan, en Mogol, répandit son nom par-tout, sans pouvoir faire adopter ses idées. Après avoir couru dans la Silésie, en Angleterre, en Suède, dans le Brandebourg, à Hambourg, &c., il se fixa à Amsterdam. C'est dans cette ville qu'il fit imprimer in-fol. La Nouvelle Méthode d'enseigner ; production qui n'offre rien de praticable, ni dans les idées, ni dans les règles. La formation des écoles ne fut pas sa seule folie ; il donna encore dans celle des prétendus nouveaux prophètes, qui s'imagi- M m 2 548 COM noient avoir la clef des prédictions de l'Apocalypse. Cet écervelé promit aux fous qui l'écoutoient, un règne de mille ans, qui commenceroit infailliblement en 1672 ou 73. Il n'eut pas le temps de voir l'accomplissement de ses rêveries, étant mort en 1671, à 80 ans, regardé comme un prophète par ses disciples, & comme un raduteur octogénaire dans le public. Voyet KOTTER. On a de Comenius : I. Des Commentaires sur l'Apocalypse. II. Un livre intitulé : Panfophie prodromus, Oxford, 1637, in-8°. III. Historia fratrum Bohemorum, Halæ, 1702, in-4°. IV. Enfin le livre dont nous avons déjà parlé, Janua linguarum referata, qu'il publia à Lefna en 1631, in-8°, & dont l'édition de 1661, in-8°, est en cinq langues.
COMÈS, (Natalis) ou Noël LE COMTE, Vénitien, appelé par Sealiger, homo futilissimus, quoiq. l'eût beaucoup d'érudition, a laissé I. Une Traduction d'Athénée, en latin, oubliée pour celle de Daléchamp. II. Une Histoire de son temps, en trente livres, depuis 1545 jusqu'en 1581. III. Une Mythologie latine in-8°, traduite en françois, in-4°. C'est par ce dernier ouvrage qu'il est principalement connu. Plusieurs écrivains l'ont pillé en le décriant. On lui doit un poème sur la Chaffe, en quatre livres, qui est imprimé ordinairement à la fuite de sa Mythologie, publiée à Venise chez Alde en 1551 & 1581, à Francfort en 1584, à Paris en 1605, & à Genève en 1612. Il mourut vers 1582. — Jérôme COMÈS, poète de Syracuse, a publié plusieurs poèmes, vers l'an 1655.
COMESTOR, Voyet PIERRE, n° XVI.
COMÉTHO, (Mythol.) sur fille de Pérélas, dont la vie dépendoit de la conservation d'un cheveu. Amphyrion étant venu mettre le fêge devant Taphos, capitale des états de Pérélas, sa fille en devint amoureuse. Celle-ci prive son père du cheveu-fatal, lui fit perdre aussitôt la vie, livra Taphos, & fut tuée par le vainqueur, indigné de sa perfidie.
COMIERS, (Claude) chanoine d'Embrun, sa patrie; mort aux Quinze-Vingt en 1693, professe les mathématiques à Paris, & travailla quelque temps au Journal des Savans. On a de lui plusieurs ouvrages de mathématique, de physique, de médecine, de controverse; car il se mêloit de toutes ces sciences. Les principaux sont : I. La nouvelle Science de la nature des Comètes. II. Discours sur les Comètes, inséré dans le Mercure de janvier 1681. L'objet de cet ouvrage est de prouver que les Comètes ne présagent aucun malheur : ce que Boyle démontra, vers le même temps, avec autant de force & plus d'agrément. III. Trois Discours sur l'art de prolonger la vie. L'auteur les composa à l'occasion d'un article de la Gazette de Hollande, sur un Louis Galdo, italien qu'elle faisoit vivre quatre cents ans. Ils sont curieux, par un mélange heureux de l'histoire & de la physique. IV. Traité des Lunettes, dans l'extraordinaire du Mercure de juillet 1682. V. Traité des Prophéties, Vaticinations, Prédictions & Pronoffications, contre le ministre Jurius, in-12. VI. Traité de la Parole, des Langues & Écritures, & l'Art de parler & d'écrire occultement, à Liège, 1691, in-12, rare.
COMINES, Voyet COMMIXES.
COMITOLO, (Paul) Jésuite de Péronfe en Italie, mourut dans sa partie en 1626, à 80 ans. Il passa, avec raison, pour un des meilleurs caisistes de sa société. Il lui a fait honneur par plusieurs ouvrages. On a de lui *Consilia moralia*, in-4°, un *Truité des Constrats*, &c.
COMMANDIN, (Frédéric) né à Urbîn en 1509, mort en 1575, possédoté les mathématiques & le grec. Il se servit de ses connoissances pour traduire en latin *Archimède*, *Apollonius* de Perge, *Euclide*, &c. *Bernardin Balde*, son disciple, a écrit sa *Vie. Commandin* avoit une humeur douce & un commerce aisé. Sa conversation étoit pesante, & il paroissoit fait pour écrire plutôt que pour parler. Sa mémoire & sa conception étoient lentes; mais dès qu'il avoit appris une chose, il ne l'oublioit jamais.
COMMANVILLE, (l'Abbé N. Échard de) prêtre du diocèse de Rouen, vivoit à la fin du 17e siècle. Il a publié : I. Une *Vie des Saines*, 4 vol. in-8°. II. *Tables géographiques & chronologiques des Archevêchés & Évêchés de l'Univers*, Rouen, 1700, 1 volume in-8°, auxquelles on a reproché des inexactitudes, & que plusieurs auteurs n'ont pas laissé de copier. I. COMMELIN, (Jérôme) célèbre imprimeur, natif de Douai, exerça d'abord sa profession en France; mais l'Allemagne lui paroissant un plus beau théâtre, il s'établit & mourut à Heidelberg en 1598. Il porta l'exactitude de la presse, jusqu'à corriger sur les anciens manuscrits les auteurs qu'il imprimoit. On a de lui de savantes *Notes* sur *Héliodore* & sur *Apollodore*. Les reviseurs qu'il employoit, répondoient à ses soins & à son zèle. *Cofaubon* faisoit beaucoup de cas de ses éditions. Il y a eu d'autres imprimeurs célèbres du même nom.
II. COMMELIN, (Gaspard) mort en 1731, a donné, avec son oncle Jean Commelin, *Hortus Amstelodamensis*, 1697 & 1701, 2 volumes in-folio. Il a donné, seul, *Planta rariores exotica Horti Amstelodamensis*, 1713, in-4°, & d'autres livres de botanique. C'est lui qui a fait le catalogue de l'*Hortus Malabaricus*, 1696, in-folio, qu'on a joint à cet ouvrage, 1678, & années suivantes, 12 volumes in-folio, figures. On lui doit encore une *Description* en latin de la ville d'Amsterdam, 1694, in-4°. — Jean COMMELIN, son oncle, est auteur d'une *Vie de Frédéric-Henri*, prince d'Orange, qui a été traduite en françois, 1656, in-fol. avec figures.
COMMENDON, (Jean-François) naquit à Venise en 1524, d'un père philosophe & médecin. Des l'âge de dix ans il composoit des vers latins, même sur le champ. Son mérite naissant lui procura une place de camérier auprès du pape *Jules III*. Ce pontife dit « qu'il valoit trop, pour ne l'employer qu'à faire des vers; » il lui confia plusieurs affaires aussi difficiles qu'importantes. *Marcel II, Paul IV & Pie IV*, qui l'honora de la pourpre, à la prière de *S. Charles Borromée*, le chargé-tent de plusieurs commissions non moins intéressantes. *Pie V*, son fuscesseur, l'ayant nommé légat en Allemagne & en Pologne, *Commendon* contribua beaucoup, par ses soins, à la publication des décrets du concile de Trente, dans cette partie de l'Europe. *Grégoire XIII* ne rendit pas la même justice à *Commendon*; il l'ahan- M m 3 450 COM donna à la haine de plusieurs membres de la faction de l'Empereur, qui lui reprochoit d'avoir préféré les intérêts de la France aux fiens, pour l'élection d'un roi de Pologne. Les cardinaux d'*Eft*, de *Médicis*, & quelques autres, justes appréciateurs de son mérite, parce qu'ils en avoient eux-mêmes beaucoup, prirent hautement la défense du grand homme opprimé. *Grégoire XIII* étant tombé malade, ils formèrent le dessein de l'élever sur la chaire pontificale, & ils l'auroient exécute, si elle fût alors devenue vacante. *Commendon* mourut peu de temps après, à Padoue, en 1584, à 60 ans. « La cour de Rome, dit *Fléchier*, n'eut jamais de ministre plus éclairé, plus agissant, plus désintéressé, ni plus fidèle. Il soutint le poids des négociations les plus importantes, en des temps très-difficiles. Il passa dans les royaumes les plus éloignés, avec une diligence incroyable. Il s'acquit l'amitié des princes, sans jamais condescendre à leurs erreurs, ni à leurs passions. Il travailla, sans relâche, à rétablir la foi & la discipline de l'église; & il s'opposa au torrent des hérésies naissantes, avec une fermeté & une sagesse extraordinaires. » Il laissa quelques *Pièces de Vera* dans le recueil de l'académie des *Oeculti*, dont il avoit été le protecteur. On a une *Vie* de ce cardinal en latin, par *Gratianti*, évêque d'Amélie, traduite élégamment en français par *Fléchier*, évêque de Nîmes, in-4°, & 2 vol. in-12.
COMMERSON, (N.**) naturaliste renommé, né à Châtillon-lès-Dombes, quitta jeune son pays, pour se livrer à son goût extrême pour les voyages & les découvertes. Après avoir séjourné longtemps dans les îles de France & de Bourbon, il s'embarqua pour parcourir les régions les plus lointaines, & arriva à l'île d'Otahit, sur laquelle il a laissé des *Observations curieuses*, & dont il a décrit un grand nombre de plantes. *Commerson* eut un caractère vif, ardent, une grande passion pour les femmes, un courage extraordinaire pour tous les travaux qui pouvoient avancer les progrès de l'histoire naturelle. Son cœur fut sensible & ouvert à l'amitié. Il est mort en 1793.
COMMINES, (Philippe de la Clite de) né en Flandre d'une famille noble, qui avoit possédé la seigneurie de *Commines*, passa les premières années de sa jeunesse à la cour de *Charles le Hardi*, duc de Bourgogne. Il quitta ce prince pour s'attacher à *Louis XI*. On n'a jamais bien su le motif qui détermina *Commines* à abandonner la maison de Bourgogne, puisqu'il ne s'en est pas expliqué lui-même. Il faut que ce motif ne dût pas lui faire honneur, & on pourroit sans témérité l'attribuer aux grandes promesses & aux offres flatteuses du roi. *Jacques Marchand*, dans sa *Description de la Flandre*, livre premier, pag. 167, rapporte qu'il avoit entendu dire à un vieillard, homme de qualité, « que *Commines*, pendant la jeunesse du comte de *Charolois*, avoit vécu très-familièrement avec lui; que ce comte qui l'aimoit, l'admettoit à tous ses amufemens; qu'à un retour de chasse, *Commines* fatigué, s'étant assis, avoit poussé la familiarité ou plutôt le manque de respect, jusqu'à dire à son jeune maître : *Charles, tiret-moi mes bottes...*; que le prince en effet les avoit tirées en riant; mais qu'en riant aussi, il avoit pris une des bottes, & en avoit frappé rudement la tête de *Commines*, qui étoit devenu la fable de la cour de Bourgogne ; que le reffentiment de cet affront, quoique mérité, l'avoit indisposé contre le comte, dont il avoit quitté le parti, dès qu'il en eut trouvé l'occasion favorable. Quoi qu'il en foit, le nouveau maître, auquel il s'étoit attaché ou vendu, le fit chambellan, fénéchal de Poitiers, & vécut si familièrement avec lui, qu'ils couchoient souvent ensemble. *Commines* gagna sa confiance par les services qu'il lui rendit à la guerre & dans diverses négociations. Il mérita également bien de son fucceffeur *Charles VIII*, qu'il accompagna dans la conquête de Naples. Sa faveur ne se foutait pas toujours. On l'accusa, sous ce roi, d'avoir favorisé le parti du duc d'*Orléans*, depuis *Louis XII*, & de lui avoir vendu le secret de la cour, comme il avoit vendu, disoit-on, ceux du duc de *Bourgogne* au roi de France. Il fut arrêté & conduit à Loches, où on l'enferma huit mois dans une cage de fer. Il disoit alors, qu'il avoit voulu voguer dans la grande mer, & qu'il avoit effuyé une tempête. Après une prison de plus de deux ans, tant à Loches qu'à Paris, il fut abfous de tous les crimes qu'on lui imputoit. Ce qu'il y a de surprenant aux yeux de quelques historiens, mais ce qui ne l'est point aux yeux des philosophes : c'est que le duc d'*Orléans*, pour lequel il avoit effuyé cet ouvrage, ne fit non-feulement rien pour le soulager dans sa longue détention, mais encore ne pensa pas à lui, étant parvenu à la couronne. *Commines* avoit épousé *Hélène de Chambes*, de la maison des comtes de *Montfouzeau* en Anjou ; & il mourut dans son château d'Argenton en Poitou, le 17 octobre 1509, à 64 ans. Il joignoit aux agrémens de la figure, les talens de l'esprit. La nature lui avoit donné une mémoire & une présence d'esprit si heureuses, qu'il disoit souvent à quatre secrétaires en même temps des lettres sur les affaires d'état les plus délicates. Il parloit diverses langues, le français, l'espagnol, l'allemand. Il ainoit les gens d'esprit, & les protégeoit. Ses *Mémoires* pour l'histoire de *Louis XI* & de *Charles VIII*, depuis 1464 jusqu'en 1498, font un des morceaux les plus intéressants de l'Histoire de France, & lui ont mérité le surnom de *Taoite François*. — *Commines*, a-t-on dit, n'a ni les graces, ni la belle ordonnance des historiens anciens, auxquels on l'a souvent comparé, mais plus naturel, plus ouvert, moins mystérieux que *Taoite*, plus sincère que *Polybe* trop attaché aux Romains, *Commines* moins admiré, sera plus aimé qu'eux, & sa probité l'emportera sur leurs charmes. On trouve en lui, selon *Montaigne*, avec ce beau naturel qui lui est propre, le langage doux & agréable d'une naïve simplicité. L'historien, vieilli dans les affaires, amuse les lecteurs frivoles & instruit les politiques. Il est sincère en parlant des autres, & modeste en parlant de lui-même. Sa fincérité n'est pourtant pas cet emportement de quelques écrivains, plus amis de la satire que du vrai. On l'a même accusé d'écrire avec la retenue d'un courtisan qui craignoit encore de dire la vérité, même après la mort de *Louis XI*. « Cependant, les vues faines, le sens droit & profond, le jugement solide qui regnent dans son ouvrage, dit *Duclos*, lui ont acquis à juste titre la réputation dont il jouit, & qu'il conservera toujours. Ceux qui l'ont de l'histoire leur étude particulière, M m 4 552 COM conviennent qu'il n'a écrit que des Mémoires, & non pas une histoire. Indépendamment des fautes qui font relevées dans les notes marginales de la dernière édition, il lui en est échappé plusieurs autres. Je les marquerai hardiment, parce que c'est un de mes devoirs. Toutes les fois que je ne me suis pas trouvé d'accord avec lui, mon sentiment m'est devenu suspect; & je n'y ai persisté qu'après les recherches les plus exactes. Ces fautes ne font pas ordinairement importantes, mais on peut toujours relever celles des grands hommes. La meilleure édition des Mémoires de Commines, qui ont occupé successivement un grand nombre de savans, est celle de l'abbé *L'onglet du Fresnoi*, 4 vol. in-4°, en 1747, à Paris, sous le titre de Londres. Elle est revue sur le manuscrit, enrichie de notes, de figures, d'un ample recueil de pièces justificatives, & d'une longue préface très-curieuse. L'édition d'*El-tévir*, 1648, in-12, est d'un format plus commode, & n'est pas commune. *Stidan* & *Gaspard Barthius*, ont traduit *Commines* en latin. Sa fille épousa *René de Brossé* comte de Penthièvre, en Bretagne.
COMMIRE, (Jean) Jésuite, né à Amboise le 25 mars 1625, mourut à Paris le 25 décembre 1702. La nature lui donna un génie heureux pour la poésie; il le perfectionna par l'étude des auteurs anciens. On a de lui 2 volumes de *Poésies latines* & d'*Œuvres posthumes*, 1754. L'aménité, l'abondance, la facilité, font en général le caractère de sa verification; mais, plus propre à embellir qu'à s'élever, il n'a que rarement cette hardiesse, ce feu, cette énergie, cette précision, qui font de la poésie le premier de tous les beaux arts. Dans ses *Paraphrases* sacrées, il n'a pas toujours connu la simplicité sublime des livres saints; il se contente d'être élégant, & il a des tirades qui offrent de très-beaux vers. Ses *Idylles* sacrées & ses *Idylles* profanes, offrent un style plus propre à leur genre que ses *Paraphrases*; des images riantes, une élocution pure, des pensées vives, une harmonie heureuse. Il réussissait encore mieux dans les *Fables* & dans les *Odes*, dans celles sur-tout du genre gracieux: il semblait avoir emprunté de *Phèdre* sa simplicité élégante, & d'*Horace* ce goût d'antiquité, qu'on ne trouve presque plus dans les poètes latins modernes. Il y a même quelques-unes de ses *Odes* héroïques où il prend un ton noble & élevé. Quoique le Père *Commire* eût un goût décidé pour les belles-lettres, il ne laissa pas de professer, pendant plusieurs années, la théologie, & de se consacrer à la direction. Il joignit une piété douce à beaucoup de franchise & de probité, & ne se mêle guère des affaires du monde. Il aimoit la paix. Lorsque *Barbier d'Aucour* publia la critique des entretiens d'*Arise* & d'*Eugène*, par le Père *Bouhoure*, le Père *Commire* conseilla à son confrère de modérer une sensibilité que son amour propre ne pouvoit dissimuler: *Ne fit. Buhurfi, magnanimo pudor, Vanum Cleanthem ferre silentio i Tuque ne digueris tra Pugna a idam juvenem superba.*
COMMODE, (*Lucius - Ælius - Aurélius*) naquit à Rome l'an 161 de J. C., d'*Antonia* le philosophe, & de *Faustine*. Quelques jours après la mort du père, le fils fut proclamé empereur, l'an 180. Des philosophes, également sages & favans, cultivèrent son cœur & son esprit; mais la nature l'em- porta sur l'éducation. On vit en lui un second Néron. Comme lui, il fit périr les plus célèbres per- sonnages de Rome, & persécuta cruellement les Chrétiens. Ses pa- rens ne furent pas à l'abri de sa fureur. Un certain Cléandre, Phry- gien d'origine, esclave de naïf- fance, devenu son ministre en fa- vorisant ses débauches, seconda la cruauté du tyran. Il avoit déjà ou pour ministre un Perennis, mis en pièces par les soldats. Commode avoit abandonné le soin des af- faires à ce dernier favori, devenu, à force de crimes, préfet du pré- toire. La foiblesse de l'empereur augmenta l'infolence du ministre, sans que personne osât se plaindre de sa tyrannie. Un jour que le prince assistoit avec tout le peuple aux jeux Capitolins, un inconnu, qui portoit le manteau de philo- sphe, s'avança au milieu du théâ- tre, & lui dit : Prince mou & ef- féminé, tandis que tu te prêtes à ces vains divertissements, Perennis se pré- pare à te ravir l'empire. Cet averti- fement inespéré fut le commence- ment de la disgrace de Perennis, qui fut massacré peu de temps après. Cléandre eut le même fort; mais Commode n'en fut pas plus humain. Un jeune homme de dif- tinction lui présenta un jour un poignard, lorsqu'il entroit par un endroit obscur, & lui dit : Voilà ce que le Sénat s'envole. Voy. l'ar- ticle LUCILLE. Depuis, l'empé- reur conçut une haine implacable contre les sénateurs. Rome fut un théâtre de carnage & d'abomina- tions. Lorsqu'il manquoit de pré- texte pour avoir des victimes, il feignoit des conjurations imagi- naires. Aussi lascif que cruel, il corrompit ses sœurs, destina trois cents femmes & autant de jeunes garçons à ses débauches. Son ima- gination, aussi déréglée que son cœur, lui perfuada de rejeter le nom de son père, & de donner celui de sa mère à une de ses con- cubines; au lieu de porter le nom de Commode, fils d'Antonin, il prit celui d'Hercule, fils de Jupiter; & malheur à quiconque nioit sa di- vinité. Le nouvel Alcide se pro- menoit dans les rues de Rome, vêtu d'une peau de lion, une grosse massue à la main, voulant détruire les monstres, à l'exemple de l'ancien. Il faisoit assembler tous ceux de la lie du peuple qu'on trouvoit malades ou estropiés; & après leur avoir fait lier les jambes, & leur avoit donné des éponges au lieu de pierres, pour les lui jeter à la tête, il tomboit sur ces misérables, & les assommoit à coups de massue. Il ne rougissoit point de se montrer sur le théâ- tre, & de se donner en spectacle. Il voulut paroître tout nu en pu- blic comme un gladiateur. Martia, sa concubine, Latus, préfet du prétoire, & Elsie, son chambel- lan, tâchèrent de le détourner de cette extravagance. Commode, dont le plaisir étoit, non pas de gou- verner ses états, ou de conduire ses armées, mais de se battre con- tre les lions, les signes, les léo- pards, & ses sujets, alla dans sa chambre écrire un arrêt de mort contre ceux qui avoient osé lui donner des avis. Martia, ayant découvert son projet, lui pré- senta un breuvage empoisonné au sortir du bain. Commode s'assoup- lit, se réveilla, vomit beaucoup: on craignit qu'il ne rejetât le poi- son, & on le fit étrangler dans sa 21e année, 192e de J. C. Son nom est placé parmi ceux des Ti- bères, des Domitines, & de ces autres monstres couronnés qui ont déshonoré le trône & l'humanité. 1554 COM Comptéde, tout barbare qu'il étoit, avoit la lâcheté des tyrans : n'o- sant se fier à personne pour se rafer, il se brûloit lui-même la barbe, comme *Denys* de Syracuse.
COMMODIANUS GAZEUS, espèce de versificateur Chrétien du quatrième siècle, est auteur d'un ouvrage intitulé : *Instruition*. Il est composé en forme de vers sans mesure & sans cadence. Il a feu- lement observé que chaque ligne comprit un sens achevé, & qu'elle commençait par acroftiche. L'auteur prend la qualité de *Mendiat de* *J. C.* Il prêche la pauvreté dans un style fort dur. Son ouvrage a été long temps dans l'obscurité. *Rigaud* le public pour la première fois en 1650, 11-4°, & *Davis* l'a donné en 1711, à la fin de son *Minutius - Félix*.
COMMUNES, (de l'origine des) : *Voyet* LOUIS le Gros, vers la fin.
COMNÈNE, *Voyet* les articles des principes de cette famille illustre, sous leurs noms de baptême : ALEXIS, ANNE, JEAN, AN- DRONIC...
COMO, (Ignace-Marie) Napolitain, mort en 1650, a fait des vers & quelques ouvrages en proté. Le plus remarquable est un recueil d'*Inscriptions* sur la vie des fouveains pontines & des cardi- naux Napolitains. I. COMTE, (Louis le) Sculpteur, natif de Boulogne, près Paris, reçu memoire de l'académie de peinture & de sculpture en 1676, mourut en 1694. Parmi les morceaux de sculpture dont il a embellis Versailles, on distingue un *Louis* le *Grand* vêtu à la Ro- maine, un *Hercule*, la *Fourberie*, le *Cocher du Cirque*; deux groupes représentant *Venus & Adonis*, *Zla- phyre & Flore*. Cet artiste se signala egalement par son talent pour la figure & par son goût pour l'or- nement.
II. COMTE, (Louis le) Jésuite, mort à Bordeaux sa patrie, en 1729, dans un âge avancé, sut envoyé à la Chine en qualité de missionnaire & de mathéma- ticien en 1685. A son retour, il publica 2 vol. de *Mémoires* in-12, en forme de Lettres, sur l'état de cet empire. On y lui que ce peuple avoit conservé pendant deux mille ans la connoissance du vrai Dieu; qu'il avoit sacrifié au Créateur dans le plus ancien temple de l'univers; que les Chi- nois avoient pratiqué les plus pures leçons de la morale, tandis que le reste de l'univers avoit été dans l'erreur & dans la corruption. L'abbé *Boiteau*, frère du satirique, dénonça cet éloge des Chinois, comme un blasphème, qui mettoit ce peuple presque au niveau du Juil. La faculté proscrivit ces pro- positions, & le livre d'où on les avoit tirées. C'est le même motif qui porta le parlement à condamner au feu ce livre, par son arrêt du 6 mars 1762. Les *Mémoires* du P. le *Comte* se faisoient lire avec plaisir, avant que nous eussions l'*Histoire de la Chine* du P. du *Halde*. On peut encore les consulter, en se debant un peu de l'impartialité de l'auteur, & en se tenant en garde contre les idées trop favorables qu'il veut donner des Chinois. Son style est plus élégant que précis.
III. COMTE, *Voyet* COMÈS, (*Natalis*) — & CONTE.
IV. COMTE, (Florent le) Sculpteur & peintre Parisien, est plus connu par le Catalogue des ouvrages d'architecture, de sculp- ture, de peinture & de gravure des différens maîtres, que par les fiens propres. Les curieux, surtout en gravure, le recherchent, par les notions qu'il donne du caractère, des marques & du nombre des ouvrages des différens graveurs. Son livre est intitulé : *Cabinets de singularités d'Architecture, Peinture, Sculpture & Gravure*; Paris, 3 vol. in-12. Les deux premiers furent donnés en 1699 ; mais l'auteur sentant les défauts de ces deux volumes, fit de nouvelles recherches, qui, jointes aux éclaircissemens pour les précédens, en formèrent un troisième qu'il publia en 1700. Il écrit assez mal, & l'histoire des différens auteurs est exposée d'une manière un peu confuse. *Le Comte* mourut à Paris vers 1712.
COMUS, (Mythol.) Dieu qui présidait aux festins, aux réjouissances nocturnes, aux toilettes des femmes & des hommes qui aimoient à se parer. Ceux qui s'enrôloient dans la milice de *Comus*, couroient la nuit en masque à la clarté des flambeaux, la tête couronnée de fleurs, accompagnés de jeunes garçons & de jeunes filles qui chantoient & dansoient en jouant des instruments. Ils alloient ainsi par troupes dans les maisons, comme les masques qui courent les bals. Ces débauches commençoient après souper, & se continuoient jusque bien avant dans la nuit. On représentoit *Comus* en jeune homme chargé d'embonpoint, couronné de roses & de myrthe, un vase d'une main, & un plat de fruits ou de viandes de l'autre.
CONCHYLIUS, *Voyet* COQUILLE.
CONCEPTION, (Ordre de LA) *Voyet* SYLVA.
CONCHES, (Guillaume) grammairien & théologien Normand, mort vers l'an 1150, publia une *Glofe* sur les évangiles, où il embraffa l'erreur d'*Abailard* sur la Trinité. Il s'en rétracta ensuite dans un écrit intitulé *Dragmaticon*, qui s'est conservé en manuscrit dans la bibliothèque du mont Saint-Michel. L'ouvrage le plus considérable de *Concher*, est un traité *De Naturis Creaturarum*, *five de opere sex dierum*. Il a paru dès l'origine de l'imprimerie, en 2 vol in-8°, sans date, ni lieu d'impression.
CONCINNA, (Daniel) théologien Dominicain, né dans un village du Frioul vers 1686, passa tout le temps de sa vie à prêcher & à écrire. *Benoit XIV*, qui connoissoit tout son mérite, forma tres-souvent ses décisions sur les avis de ce savant religieux. Il mourut à Venise le 21 février 1756, à 69 ans, regardé comme le plus grand antagoniste des casuistes relâchés. L'amour de la saine morale étoit son caractère distinctif. Il plaida toute sa vie pour elle, comme prédicateur, comme jurisconsulte, comme théologien, & comme philosophe. L'église lui doit un très-grand nombre d'ouvrages, les uns en italien, les autres en latin. Les principaux sont : I. *La discipline ancienne & moderne de l'Église Romaine sur le jeûne du Carême*, exprimée dans deux Brets du pape *Benoit XIV*; avec des observations historiques, critiques & théologiques, 1742, in-4°. II. *Mémoire historique sur l'usage du Chocolat les jours de jeûne*, Venise, 1748. III. *Dissertations théologiques morales & critiques sur l'histoire du Probabilisme & du Rigorisme*, dans lesquelles on développe les subtilités des probabilistes modernes, & on leur 556 CON oppose les principes fondamentaux de la théologie chrétienne ; 1743, à Venise, 2 volumes in - 4°. IV. *Explication des quatre Paradoxes qui font en vogue dans notre siècle* ; in-4°, 1746 : cet ouvrage a été traduit en françois. V. *Dogme de l'Église Romaine sur l'usure* ; in-4°, Naples, 1746. VI. *De la Religion révélée*, &c. in-4°, Venise, 1754: Tous ces ouvrages font en italien. Les plus connus en latin font : I. *Theologia Christiana, dogmatico-moralis*, en 12 vol. in-4°, 1746. Cette Théologie que l'on a trouvée un peu diffuse, est cependant estimée de toutes les écoles d'Italie, quoique proscrite dans celles des Jésuites. Cette société l'attaqua vainement auprès de Benoit XIV, aussi ami du P. *Concinna*, qu'ennemi des querelles & de la délation. II. *De Sacramentali abfolutione impertiendà aut differendà recidivis confucudinariis*, en 1755, in - 4°. On a traduit cette Différation en françois, & on l'a enrichie de l'éloge historique de l'auteur & du catalogue de ses ouvrages. III. *De Spectaculis theatralibus*, Rome, 1752, in - 4°. L'auteur est peu favorable au théâtre, &c. &c.
CONCINI ou CONCINO, connu sous le nom de maréchal d'ANCRE, naquit à Florence de Barthélemi Concino, dont le père de simple notaire devint secrétaire-d'état. Concini vint en France en 1600, avec Marie de Médicis, femme de Henri le Grand. D'abord gentilhomme ordinaire de cette princesse, il s'éleva de cette charge à la plus haute faveur par le crédit de sa femme, Léonore Galigai, fille de la nourrice de Marie de Médicis. Après la mort de Henri IV, Concini acheta le marquisat d'Ancre, fut fait premier gentilhomme de la chambre, & obtint le gouvernement nement de Normandie. Il devint maréchal de France, sans jamais avoir tiré l'épée, dit un bel-esprit ; & ministre, sans connoître les lois du royaume. La fortune de cet étranger excita la jalouise des principaux seigneurs de France, & ses hauteurs leur ressentiment. Concini leva sept mille hommes à ses dépens, pour maintenir contre les mécontents l'autorité royale, ou plutôt celle qu'il exerçoit sous le nom d'un roi enfant & d'une reine soible. La Galigai n'abusoit pas moins de sa faveur ; insolente dans sa fortune, & bizarre dans son humeur, elle refusoit sa porte aux princes, aux princesses, & aux plus grands du royaume. Cette conduite avança la perte de l'un & de l'autre. Louis XIII, qui se conduisoit par les conseils de Loynes son favori, ordonna qu'on arrêtait le maréchal. L'Hôpital-Viey, chargé de cet ordre, lui demanda son épée de la part du roi ; & sur son refus, il le fit tuer à coups de pistolet, sur le pont-levis du Louvre, le 24 avril 1617. Son cadavre, enterré sans cérémonie, fut exhumé par la populace furieuse, & traîné par les rues jusqu'au bout du Pont-neuf. On le pendit par les pieds à l'une des potences qu'il avoit fait dresser pour ceux qui parleroient mal de lui. Après l'avoir traîné à la Grève & en d'autres lieux, on le démembra & on le coupa en mille pièces. Chacun vouloit avoir quelque chose du Juif excommuniel : c'étoit le nom que lui donnoit cette populace mutinée. Ses oreilles sur-tout furent achetées chèrement, ses entrailles jetées dans la rivière, & ses restes sanglans brûlés sur le Pont-neuf, devant la statue de Henri IV. Le lendemain on vendit ses cendres, sur le pied d'un quart d'écu l'once. La fureur de la ven geance étoit teile, qu'un homme lui arracha le cœur, le fit cuire sur des charbons, & le mangea publiquement. Le parlement de Paris procéda contre sa mémoire, condamna sa femme à perdre la tête, & déclara leur fils ignoble & incapable de tenir aucun état dans le royaume. La même année 1617, il parut in-8°, la tragédie du marquis d'Ancre, en quatre actes, en vers, ou la Victoire du Phébus François contre le Python de ce temps. On trouva dans les poches de Concini, la valeur de dix - neuf cents quatre - vingt - cinq mille livres en papier, & dans son petit logis pour deux millions deux cent mille livres d'autres refcriptions. C'étoit là un assez grand crime aux yeux d'un peuple dépouillé. La Galigaï avoua qu'elle avoit pour plus de cent vingt mille écus de pierreries. On auroit pu la condamner comme concussionnaire; on aima mieux la brûler comme forcière. On prétendit qu'un juif Italien, nommé Montalto, étoit magicien, & qu'il avoit sacrifié un coq blanc chez la maréchale. Cependant ce magicien ne put la guérir de ses vapeurs: elles avoient été si fortes, qu'au lieu de se croire forcière, elle s'étoit crue enforcelée. Elle avoit fait venir deux moines de Milan pour l'exorcifer. On ne la poursuivit pas moins comme forcière. Les juges prirent des Agnus Dei qu'elle portoit, pour des talismans. Un conseiller lui demanda de quels charmes elle s'étoit fervie pour enforceler la reine. Galigaï, indignée contre le conseiller, & mécontente de Marie de Médicis, lui répondit avec fierté: Mon fortilège a été le pouvoir que les âmes fortes doivent avoir sur les esprits faibles. De deux rapporteurs qui instruifirent le procès de la maréchale d'Ancre, l'un étoit Courtin, vendu au duc de Luynes & qui sollicitoit des graces; l'autre étoit Deslandes-Payen, homme, integre, qui ne voulut jamais concluté à la mort. Cinq juges s'abstentèrent; quelques - uns opinèrent pour le seul bannissement. Mais Luynes sollicita avec tant d'ardeur, que la pluralité fut pour le bûcher. La maréchale fut donc trainée dans un tombereau à la Grève, comme une femme de la lie du peuple. Toute la grace qu'on lui fit, fut de lui couper la tête, avant que de jeter son corps dans les flammes. L'arrêt fut exécuté le 8 juillet 1617. Cette malheureuse Italienne, & son époux, ne furent ni soutenus, ni regrettés par aucun courtisan. L'évêque de Luçon, depuis carcinal de Richelieu, créature de Concini, étant entré dans la chambre du roi, un peu après l'exécution de son bienfaiteur: Monsieur, lui dit ce prince, nous sommes aujourd'hui, Dieu merci! délivrés de votre tyrannie. Sa liberté fut de peu de durée. Voyez GALIGAÏ. Au reste, Anquetil, dans son Intrigue du Cabinet, sous Henri IV & Louis XIII, dit qu'il feroit injuste de croire le maréchal d'Ancre, tel que l'ont représenté quelques hiftoriens contemporains. Baffom-pierre & le maréchal d'Estrées, le jugeant long-temps après sa mort, & par conséquent avec assez d'impartialité, disent que « Concini étoit un galant homme, d'un hon jugement, d'un cœur généreux, libéral jusqu'à la profusion, de bonne compagnie & d'un accès facile. Avant les troubles, il étoit aimé du peuple, auquel il donnoit des spectacles, des fêtes, des tournois, des carroufels, des courses de bague, dans lesquelles il brilloit, parce qu'il étoit beau cavalier & adroit à tous les exercices. Il jouoit beaucoup, mais noblement & sans 558 CON passion. Il avoit l'esprit solide, enjoué, d'une tournure agréable. » Le marquis de *Bonnives*, seigneur Flamand, étant prisonnier de guerre dans la citadelle d'Amiens, dont *Concini* étoit gouverneur, imagina de paroître malade pour faire ensuite le mort, être emporté hors de la citadelle & se sauver. *Concini* lui dit : *Il seroit bien fâcheux que vous mourussiez sous ma garde : car, comme on fait passer les Italiens en France pour de grands empoisonneurs, je serois obligé de vous faire ouvrir*. Cette plaisanterie, dit *Siri*, fut un excellent élixir pour le malade, qui ne tarda pas à guérir... La conversation du maréchal d'*Ancre* étoit pleine de failles & de gaieté. Il est vraisemblable que, s'il n'avoit pas uni son fort à l'infolente & infatiable *Galigai*, dont il fut forcé de partager les rapines, il seroit mort dans son lit. Il laissa un fils âgé de 14 ans, qui se retira à Florence.
CONCORDE, (Mythol.) divinité que les Romains adoroient, & en l'honneur de laquelle ils avoient élevé un temple superbe, sur le Capitole où s'assembloit le sénat. Elle étoit fille de *Jupiter* & de *Thémis* : on la représente couronnée d'une guirlande de fleurs, tenant d'une main deux cornes d'abondance entrelacées; & de l'autre, un faisceau ou une grenade. Deux mains qui se joignent & tiennent quelquefois un caducée, sont l'un de ces emblèmes.
CONDAMINE, (Charles-Marie de la) chevalier de Saint-Lazare, des académies François & des Sciences de Paris; des académies royales de Londres, Berlin, Pétersbourg, Nanci; de l'institut de Bologne, naquit à Paris en 1701, & y mourut le 4 février 1774, des fuites d'une opération pour la cure d'une hernie dont il étoit attaqué. Avec une ame ardente & une constitution forte, il dut être entraîné vers le plaisir : il s'y livra beaucoup dans sa jeunesse; mais il y renonça bientôt, ainsi qu'à l'état militaire qu'il avoit embraffé, pour se livrer aux sciences. Il entreprit divers voyages, où il recueillit plusieurs observations qui en hâtèrent les progrès. Après avoir parcouru, sur la Méditerranée, les côtes de l'Afrique & de l'Asie, il fut choisi en 1736, avec MM. *Godin* & *Bouguer*, pour aller au Pérou déterminer la figure de la Terre. Les fruits de ce voyage, où il fit paroître tant d'activité & de courage, ne répondirent pas à l'attente du public. Il manqua même d'y périr par l'imprudence d'un de ses compagnons, nommé *Seniergues*. Le libertinage & le ton hautain de ce jeune homme ayant irrité les citoyens de la nouvelle Cuenca, ils s'éleverent en tumulte contre les voyageurs; mais heureusement le seul coupable en fut la victime. *La Condamine* descendit la rivière des Amazones, & fit sur cette rivière, un trajet de plus de cinq cents lieues, après avoir failli vingt fois à échouer & à périr. De retour dans sa patrie, il partit quelque temps après pour Rome; le pape *Benoit XIV* lui fit présent de son portrait, & lui accorda la dispense d'épouser une de ses nièces. Notre philosophe pensoit que la société d'une femme raisonnable & sensible, serviroit à adoucir les infirmités dont il étoit accablé. Il épousa à l'âge de 55 ans cette nièce, qui fit son bonheur, qui lui prodigua les soins les plus tendres, &, de concert avec la philosophie, le consola de l'espèce d'injustice qu'il avoit éprouvée à son dernier voyage d'Angleterre, & dont on lui avoit refusé la réparation. Il s'en plaignit dans un *Écris*. public à la Nation Angloise, qui répondit au philosophe Parisien, « qu'elle aimoit mieux avoir moins de police & plus de liberté. » Toujours semblable à lui-même jusqu'au dernier moment, il fit les délices de la société, par son caractère vif, actif & enjoué. Deux jours avant sa mort, il fit un Couplet assez plaisant sur l'opération chirurgicale, qui le mit au tombeau; & après avoir dit ce couplet à un ami qui venoit le visiter : « Il faut que vous me laissiez, continua-t-il; j'ai deux lettres à écrire en Espagne; peut-être, l'ordinaire prochain, il ne sera plus temps. » Ce fut l'un des premiers que l'académie Françoise choisit dans l'académie des Sciences pour en faire l'un de ses membres, parce qu'il fut, comme Fontenelle, embellir les sciences par l'agrément. Il étoit sourd quand il y fut reçu, & lui-même fit alors cette épigramme sur sa réception : La Condamine est aujourd'hui Reçu dans la Troupe immortelle; Il est bien sourd; tant mieux pour lui: Mais non muet; tant pis pour elle. La Condamine avoit l'art de plaire aux savans par l'intérêt qu'il leur montroit pour leurs succès, & aux ignorans par le talent de leur persuader qu'ils l'avoient entendu. Les gens du monde le recherchoient, parce qu'il étoit plein d'anecdotes & d'observations singulières, propres à amuser leur frivole curiosité. Aux qualités que nous avons louées dans ce philosophe, il joignoit quelques défauts. Son activité alloit jusqu'à l'inquiétude, & le rendoit quelquefois importun. Il mettoit souvent aux petites choses, une importance fatigante pour les autres. Sa curiosité devoit le rendre indiscret : c'étoit en lui une véritable passion, à laquelle il s'accrofoit les bienfæances ordinaires. Avide de réputation, il aimoit ces détails de correspondances & de visites qu'elle entraîne. Il est peu d'hommes célèbres avec qui il n'ait eu des liaisons ou des disputes, & presque point de journal dans lequel il n'ait inféré quelques pièces. Répondant à toutes les critiques, & flatté de toutes les louanges, il ne méprisoit aucun suffrage, pas même ceux des hommes méprisables. Dans un voyage que fit la Condamine, dans sa jeunesse, à Constantinople, il se lia avec un astrologue, savoir du sultan. Celui-ci écrivit alors à l'académie des Sciences de Paris, pour lui demander les meilleurs livres d'astrologie; l'académie répondit au grand-seigneur : Qu'elle n'en connoissoit ni de bons, ni de mauvais, aucun digne de lui être offert. Dans le même voyage, la Condamine dut la vie à son courage. Il se défendit contre soixante hommes, & brava tous les dangers, plutôt que de livrer au cadi de Baffa, un dépôt d'argent qui lui avoit été confié. Il força même ce dernier, par sa fermeté, a être plus juste & à s'excufer. Nous avons de la Condamine divers ouvrages : I. Relation abrégée d'un Voyage fait dans l'intérieur de l'Amérique méridionale, 1745, in-8.º II. La Figure de la Terre, déterminée par les observations de MM. de la Condamine & Bouguer, 1749, in-4.º III. Mesure des trois premiers degrés du Méridien dans l'hémisphère austral, 1751, in-4.º IV. Journal du Voyage fait par ordre du Roi à l'Équateur, avec un Supplément, en deux parties, 1751-1752, in-4º; suivi de l'Histoire des Pyramides de Quito, qui avoit été imprimée séparément en 1751, in-4.º V. Divers Mémoires sur l'Inoculation, recueillies en deux vol. in-12. Il ne contribua pas peu à répandre 560 CON l'usage de cette opération en France, & il mit dans cet objet beaucoup de chaleur. Le style des différens ouvrages de la Condamine est simple & négligé; mais il est fermé de traits agréables & plaifans, qui lui affurent des lecteurs. La poésie étoit un des talens de notre ingénieux académicien: on a de lui des Vers de société, d'une tournure piquante. On peut en juger par ceux-ci, adressés à sa femme, le lendemain de ses noces : D'Aurore & de Titon vous connoissez l'histoire; Notre hymen en rappelle aujourd'hui la mémoire; Mais de mon sort Titon seroit jaloux; Que ses liens sont différens des nôtres! L'Aurore entre ses bras vis vieillir son époux; Et je rajeunis dans les vôtres. On lui doit des pièces d'un plus haut style, telles que la Dispute des armes d'Achille, & d'autres morceaux traduits des poètes Latins; l'Épître d'un Vieillard, &c. I. CONDÉ, (Turstin de) archevêque d'Yorck, naquit au village de Condé-sur-Seule, près de Bayeux. Il reçut, l'an 1119, la confécration des mains de Calixte II, dans le concile de Rheims, où il se trouva, malgré la défense du roi d'Angleterre, qui le bannit de son royaume. Rappelé au bout de deux ans, il se livra tout entier aux fonctions de son ministère, & se fit chérir de ses diocésains. Les moines de Citeaux lui furent redevables de leur introduction en Angleterre. Turstin fut allier le courage du militaire, à la douceur du ministre de l'Évangile. Les Écossois ayant fait une irruption dans la partie septentrionale de l'Angleterre, il affembla son peuple, l'encouragea par de vives exhortations, le mena lui-même au combat, & remporta une victoire complète sur les ennemis. Cet évêque guerrier finit par se faire moine, l'an 1150, & mourut peu de temps après. Il eut pour frère Audouen DE CONDÉ, évêque d'Evreux, un des plus recommandables prélats de Normandie, par sa science, sa douceur & sa libéralité.
II. CONDÉ, (Louis Ier DE BOURBON, prince de) naquit en 1530, de Charles de Bourbon, duc de Vendôme. Il fit sa première campagne sous Henri II, se signala à la bataille de Saint-Quentin, & recueillit à la Fère les débris de l'armée. Il ne se distingua pas moins aux sièges de Calais & de Thionville, en 1558; mais, après la mort funeste de Henri II, les mécontentemens qu'il essuya, le jetèrent dans le parti des Réformés. Il fut dit-on, le chef muet de la conspiration d'Amboise, & il auroit péri par le dernier supplice, si la mort de François II n'eût fait changer les affaires. Charles IX le mit en liberté, & le prince de Condé n'en profita que pour se mettre de nouveau à la tête des Protestans. Il se rendit maître de diverses villes, & il se propofoit de pousser plus loin ses conquêtes, lorsqu'il fut pris & blessé à la bataille de Dreux, en 1562. Il perdit ensuite celle de Saint-Denys, en 1567, & périt à celle de Jarnac, le 13 mars 1569, à l'âge de 29 ans. Il avoit un bras en écharpe le jour de la bataille. Comme il marchoit aux ennemis, le cheval du comte de la Rochefoucauld, son beau-frère, lui donna un coup de pied qui lui fit une blessure confidérable à la jambe. Ce prince, fans lans daigner se plaindre, s'adreffa aux gentilshommes qui l'accompagnoient : *Apprenez*, leur dit-il, que les chevaux fougueux nuisent plus qu'ils ne servent dans une armée. Un moment après, il leur dit : *Le Prince de Condé ne craint point de donner la bataille, puisque vous le suivez* ; & chargea dans le moment, avec son bras en écharpe & sa jambe toute meurtrie. Dans ce cruel état, il ne laissa pas de poursuivre les ennemis. Pressé de tous côtés, il fut obligé de se rendre à deux gentilshommes, qui le traitèrent avec assez d'humanité ; mais *Montefquiou*, capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui avoit à se venger de quelque injure particulière, eut la basse cruauté de le tuer de sang froid d'un coup de pistolet. Quelques historiens, entr'autres *Deformeaux*, attribuent ce crime aux ordres secrets du duc d'Anjou. Ce qu'il y a de vrai, c'est que ce prince eut la lâcheté d'aller examiner *Condé*, baigné dans son sang, & de le faire charger mort sur une vieille âneffe. Le prince de *Condé* étoit petit, bossu ; & cependant plein d'agrémens, spirituel, galant, adoré des femmes. Jamais général ne fut plus aimé de ses soldats ; on en vit à Pont-à-Mouffon un exemple étonnant. Il manquoit d'argent pour ses troupes, & sur-tout pour les Reiftres, qui étoient venus à son secours, & qui menaçaient de l'abandonner. Il osa proposer à son armée, qu'il ne payoit point, de payer elle-même l'auxiliaire ; &, ce qui ne pouvoit jamais arriver que dans une guerre de religion, & sous un général tel que lui, toute son armée se cotisa, jusqu'au moindre goujat. Il ne manqua à ce prince, né pour le malheur & pour la gloire de sa patrie, que de soutenir une meilleure cause. On a beaucoup parlé des jetons d'argent sur lesquels les Protestans avoient fait mettre la figure du prince de *Condé*, avec l'inscription : *Louis XIII*, roi de France. *Deformeaux* prouve, dans son *Histoire de la maison de Bourbon*, que ce prince n'ont aucune part à la fabrication de cette monnoie. *Condé* avoit été marié deux fois, la première à *Éléonore de Roye*, morte de jaloufie en 1564 ; la seconde, à *Françoise d'Orléans Longueville*, morte en 1601, dont il eut *Charles* comte de Soissons. On imprima en 1565 un *Recueil de pièces* qui concernent les affaires où *Condé* eut part, en 3 vol. petit in-12 ; auxquels on ajoute un in-16 imprimé en 1568, & un autre en 1571. Mais l'édition de ces différens *Mémoires*, donnée par *Secouffe* & l'abbé *Lenglet*, en 1743, 6 vol. in-4°, est beaucoup plus ample : elle a fait diminuer le prix de l'édition originale, qui est toujours fort rare.
III. CONDÉ, (Henri II DE BOURBON, prince de) premier prince du sang, né posthume à Saint-Jean-d'Angeli, en 1588, de *Henri I*, fut très-aimé d'abord par *Henri IV*, qui le fit élever dans la religion Catholique. Il épousa, en 1609, *Charlotte de Montmorenc*, & nous détaillons dans son article, *Voyez MONTMORENCI*, n.º X, les suites de cette union, qui brouilla le prince de *Condé* avec le roi, devenu éperdument amoureux de la jeune princesse. Pendant la régence de *Marie de Médicis*, il fut tantôt bien, tantôt mal avec la cour, qui étoit le centre des cabales & des intrigues. Il fut mis à la Bastille en septembre 1616, & n'en sortit qu'en 1619. De nouveaux désagréments l'obligèrent, en 1625, de quitter la N n 562 CON cour. En 1636, il commanda une armée en Franche-Comté, & ne fut pas heureux devant Dôle, dont il avoit formé le siége. Il réussit mieux dans le Rousillon, où il prit le château de Salles en 1639, & la ville d'Elne, en 1642. Après la mort de Louis XIII, il fut établi chef du conseil, & ministre d'état sous la régente. Il servit utilement dans ces places importantes, & mourut à Paris le 26 décembre 1646. Sa plus grande gloire est d'avoir été le père du grand Condé, qui suit.
IV. CONDÉ, (Louis II DE BOURBON, prince de) premier prince du sang & duc d'Enguien, naquit à Paris en 1621, de Henri II, prince de Condé. Il montra un génie précoce. Le cardinal de Richelieu, qui se connoissoit en hommes, dit un jour à Chavigni : Je viens d'avoir avec M le Duc une conversation de deux heures sur la guerre, la religion & les intérêts des Princes ; ce sera le plus grand capitaine de l'Europe, & le premier homme de son siècle, & peut-être des siècles à venir. « La plupart des grands capitaines, dit un historien, le sont devenus par degrés : Condé naquit général ; l'art de la guerre sembla en lui un instinct naturel. » A vingt-deux ans, en 1643, il gagna la bataille de Rocroi sur les Espagnols, commandés par le comte de Fuentes. On a remarqué que le prince, ayant tout réglé le soir veille de la bataille, s'endormit si profondément, qu'il talur le reveiller pour la donner Giffon, craignoit d'engager une action générale entre l'armée Espagnole & l'armée Françoise intérieure en nombre. Mais si nous perdons la bataille, dit-il, que deviendrons-nous ? — Je ne m'en mets point en peine, répondit le prince, parce que je ferai more auparavant. Il ne mourut pas, & il fut vainqueur. Il remporta la victoire par lui-même, par un génie qui se passoit d'expérience, par un coup d'œil qui voyoit à la fois le danger & la ressource, par son activité exempte de trouble. Les Espagnols perdirent dix mille hommes dans cette journée ; on fit cinq mille prisonniers. Les drapeaux, les étendards, le canon & le bagage restèrent au vainqueur. Le duc d'Enguien honora sa victoire par son humanité : il eut autant de soin d'épargner les vaincus, & de les arracher à la fureur du soldat, qu'il en avoit pris pour les vaincre. Un général François, jaloux & flatteur, lui dit : Que pourront dire maintenant les envieux de votre gloire ? — Je n'en fais rien, lui répondit le prince ; je voudrois bien vous le demander. Le pommeau de sa selle fut emporté d'un coup de canon, & le fourreau de son épée brisé d'un coup de moustique. Cette victoire fut suivie de la prise de Thionville & de plusieurs autres places. L'année suivante 1644, il passa en Allemagne, attaqua le général Merci, retranché sur deux éminences vers Fribourg, donna trois combats de suite en quatre jours, & fut vainqueur toutes les trois fois. Il se rendit maître de tout le pays, de Mayence jusqu'à Landau. On dit que, dans un de ces combats, le jeune héros jeta son bâton de commandant dans les retranchemens des ennemis, & marcha pour le reprendre, l'épée à la main, à la tête du régiment de Conti. Le maréchal de Turenne, auquel il l'essa son armée, ayant été battu à Mariendal, Condé vole reprendre le commandement, & joint à l'honneur de commander Turenne, celui de réparer encore la défaite. Il attaque de nouveau *Merci* dans les plaines de Nortlingue, & y gagne une bataille complète, le 3 août 1645; le général ennemi refa sur le champ de bataille, & *Gleffes*, qui commandoit sous lui, fut fait prisonnier. La gloire du duc d'*Enguien* fut à son comble. Il afflégea Dunkerque l'année suivante, à la vue de l'armée Espagnole, & il fut le premier qui donna cette place à la France. La cour le tira du théâtre de ses conquêtes, pour l'envoyer en Catalogne; mais ayant afflégié, en 1647, Lérida avec de mauvaises troupes, mal payées, il fut obligé de lever le fêge. Bientôt les affaires chancelantes obligèrent le roi de le rappeler en Flandre. L'archiduc *Léopold*, frère de l'empereur *Ferdinand III*, affligé, en 1648, Lens en Artois; *Condé* rendu à ses troupes, qui avoient toujours vaincu sous lui, les mênes droit à l'armée ennemie, & la taille en pièces. C'étoit pour la troisième fois qu'il donnoit bataille avec le défavorage du nombre. Sa harangue à ses soldats fut courte, mais sublime. Il ne leur dit que ces mots: *Amis, fouvenez-vous de Rocroi, de Fribourg & de Nortlingue*. Tandis que le prince de *Condé* comptoit les années de sa jeunesse par des victoires, une guerre civile, occasionnée par le ministère de *Mazarin*, déchiroit Paris & la France. Ce cardinal s'adressa à lui pour l'appaiser; la reine l'en pria les larmes aux yeux. Le vainqueur de *Rocroi* & de Lens restina à l'amiable ces querelles fônes & ridicules, dans une conférence tenue à Saint-Germain-en-Laye. Cette paix ayant été rompue par les faettieux, il mit le fêge devant Paris, défendu par un peuple innombrable, avec une armée de fept à huit mille hommes, & y fit entrer le roi, la reine & le cardinal *Mazarin*, qui oublia bientôt ce bienfait. Ce ministre, jaloux de sa gloire & redoutant son ambition, fit enfermer, le 18 janvier 1658, son libérateur à Vincennes; & après l'avoir fait transférer, pendant un an, de prison en prison, il lui donna la liberté. La cour crut lui faire oublier cette févérité, en le nommant au gouvernement de Guienne. *Condé* s'y retira tout de suite; mais ce fut pour se préparer à la guerre & pour traiter avec l'Espagne. Il courut de Bordeaux à Montauban, prenant des villes & groffissant par-tout son parti. Il passa d'Agen, à travers mille aventures, & déguisé en courrier, à cent lieues de là, pour se mettre à la tête d'une armée commandée par les ducs de *N.mours* & de *Beaufort*. Il profite de l'audace que son arrivée imprévue donne aux soldats, attaque le maréchal d'*Hocquincourt*, général de l'armée royale campée près de Gien, lui enlève plusieurs quartiers, & l'eût entièrement défait, si *Turenne* ne fut venu à son secours. Après ce combat, il vole à Paris, pour jouir de sa gloire & des dispositions favorables d'un peuple aveugle. Déjà, il se fait des villages circonvoisins, pendant que *Turenne* s'approchoit de la capitale pour le combattre. « Les deux généraux s'étant rencontrés près du faubourg Saint-Antoine, le 2 juillet 1652, se battirent avec tant de valeur, que la réputation de l'un & de l'autre, qui fembloit ne pouvoir plus croître, dit un historien célèbre, en fut augmentée. » Cette journée auroit été décisive contre lui, si les Parisiens n'avoient ouvert leurs portes pour recevoir N n 2 son armée. La paix se fit peu de temps après; mais il ne voulut pas y entrer. Il se retira dans les Pays-Bas, où il foutint, avec assez de gloire, les affaires des Espagnols. Il en acquit beaucoup par le secours qu'il jeta dans Cambrai, & par la fameuse retraite qu'il fit à la levée du siège d'Arras en 1654. Deux ans après, il fit lever le siège de Valenciennes; mais il fut battu à la journée de Dunes, où Turenne fut vainqueur. La paix des Pyrénées rendit ce prince à la France en 1659. Le cardinal *Mazarin*, qui traita de cette paix avec Don Louis de Haro, ne consentit au rétablissement du Grand Condé, que par l'infinuation que lui fit le ministre Espagnol, que l'Espagne, au cas de refus, procureroit à ce prince des établissements dans les Pays-Bas : établissements qui auroient causé peut-être bien des inquiétudes. Le prince de Condé, rendu à sa patrie, la servit utilement dans la conquête de la Franche-Comté en 1668, & dans celle de Hollande en 1672. Il prit Wesel, fut blessé près du fort de Tolhuis, & continua, les années suivantes, à rendre des services importants. En 1674, il mit en sûreté les conquêtes des François, s'opposa au dessein des armées, des Alliés, & défit leur arrière-garde à la célèbre journée de Senes. Cette bataille fut très-neutrifiée. Condé averti qu'on murmuroit contre la boucherie horrible qui s'y étoit faite; Bon, dit-il, pour la réparer, c'est tout au plus une nuit de Paris; sentiment dur, que l'humanité doit lui reprocher. Oudenarde assiégée lui dut sa délivrance. Après la mort du vicomte de Turenne en 1675, il continua la guerre d'Allemagne avec avantage. La goutte, dont il étoit tourmenté, l'obligea de se retirer; & dans la douce tranquillité de sa belle maison de Chantilly, il cultiva les lettres, & fortifia son âme par la pratique des vertus chrétiennes. Il mourut à Fontainebleau en 1686, à 65 ans; il s'y étoit rendu pour voir Mad. la duchesse sa petite-fille, qui avoit la petite vérole. Peut-être que le désir de faire par-là sa cour au roi, ajoutoit encore à l'intérêt qu'il prenoit à cette princesse : on ne l'en auroit pas soupçonné en 1652, dans le temps des troubles de la Fronde. « Il voulut, sans doute, après avoir fait les mêmes fautes que son père, dit le président *Hesnault*, donner le même exemple d'un retour sincère & d'un dévouement sans réserve. » Il dit pourtant à ses courtifans, à l'occasion d'un écrit du cardinal de *Retz*, où il étoit peu ménagé : *Vous êtes surpris du plaisir que j'éprouve à lire ces ouvrages; c'est qu'il me fait connoître mes fautes que personne n'ose me dire*. Le génie du Grand Condé pour les sciences, pour les beaux-arts, pour tout ce qui peut être l'objet des connoissances de l'homme, ne le cédoit point dans lui à ce génie presque unique pour conduire & commander les armées. Il donnoit toujours par écrit ses ordres à ses lieutenants, & leur imposoit la loi de les suivre. Turenne disoit aux fiens ce qu'il croyoit convenable, & s'en rapportoit à leur prudence. Il arriva de là que celui-ci eut beaucoup d'illustres élèves, & que l'autre n'en forma point, ou peu. Ces deux grands hommes s'estimoient : *Si j'avais à me changer, disoit Condé, je voudrais me changer en Turenne, & c'est le seul homme qui puisse me faire souhaiter ce changement-là*. Sa physionomie annonçoit ce qu'il étoit : un difoit qu'il avoit le regard d'un aigle, & le coeur d'un lion. Ce feu, cette vivacité qui formoient son caractère, lui firent aimer la société des beaux esprits : *Corneille, Boffuet, Racine, Despréaux, Bourdaloue* étoient souvent à Chantilly, & ne s'y ennuyoient jamais. Dans ces entretiens littéraires, il parloit avec beaucoup de grace, de nobleffe & de douceur, quand il foutenoit une bonne caufe. Mais son fang & fes yeux s'enflammoient, lorsqu'il en foutenoit une mauvaise, & qu'il étoit contredit. *Boileau* fut tellement effrayé un jour du feu de fes regards, qu'il dit tout bas à son voisin : *Dorénavant, je ferai toujours de l'avis de monsieur le Prince quand il aura tort. Deformieux*, son historien, le représente d'une taille au-dessus de la médiocre, aisée, fine, pleine d'élégance & d'agilité. Il avoit le front large, le nez aquilin, les yeux grands, bleus, extraordinairement perçans, la tête belle, avec une forêt de cheveux. Le bas du vifage ne fecondoit point, à la vérité, la beauté des autres traits. Sa bouche étoit trop grande; les dents fortoient trop; mais, malgré ces imperfections, il y avoit dans son air quelque chose de grand, de noble & de fier, tempéré par une politesse pleine de dignité. Vrai, magnanime, il détestoit la rufe & les subterfuges. *Il n'y a qu'un seul moyen*, difoit-il, *d'agir avec fureté & gloire dans les grandes affaires & dans les petites, la candeur, la droiture & la vérité*. Il auroit pu ajouter le secret; car il l'étoit jusqu'au scrupule. Ces grandes qualités étoient balancées par plusieurs défauts, le penchant à la raillerie, la hauteur, l'inégalité, l'extrême vivacité, l'impatience. S'il louoit de bon coeur les grandes actions, il blâmoit durement les fautes. Auffi sa franchise, la plus noble des vertus, lui attira presque autant d'ennemis que sa gloire; & la fierté de son ame, qui repoussoit les avis, le priva plus d'une fois de conseils salutaires. Cette ardeur de génie qui l'animoit, le porta à examiner les différentes religions du monde. Il lui avec avidité les livres les plus fameux des Sectaires, des Athées, des Déïstes. Il conféra souvent avec les plus habiles docteurs & les plus grands philosophes de son siècle. Enfin, après des lectures immenses & des discussions infinies, il conclut que la religion Catholique étoit la seule véritable, & que toutes les autres étoient l'ouvrage de l'imposture ou de la fripomnerie. Des flatteurs de sa cour s'efforçoient de lui infirmer l'incrédulité; mais ce prince tint toujours ferme contre leur séduction. Il leur difoit souvent : *Vous avez beau faire, la dispersion des Juifs sera continuellement une preuve invincible de notre Religion*. Ce seroit donc témérairement que l'on voudroit accréditer des soupçons injustes sur sa foi; car, au lit de la mort, où il faut bien enfin que les flatteurs laissent aborder la vérité, le prince déclara, pour détruire ces soupçons, qu'il n'avoit jamais douté des mystères de la Religion, quoi qu'on eût dit. — Nous ne pouvons mieux terminer cet article que par le parallèle de Condé & de Turenne, fait par l'éloquent Boffuet. — Ça été dans notre siècle un spectacle de voir dans le même temps & dans les mêmes campagnes ces deux hommes, que la voix commune de toute l'Europe égaloit aux plus grands capitaines des siècles paffés; tantôt à la tête des corps séparés, tantôt unis plus encore par le concours des mêmes pensées, que N n 3 366 CON par les ordres que l'inférieur recevoir de l'autre; tantôt opposés front à front, & redoublant l'un dans l'autre l'activité & la vigilance; comme si Dieu, dont souvent, selon l'Écriture, la sagesse se joue dans l'univers, est voulu la montrer sous toutes les formes, & nous faire voir, ensemble, tout ce qu'il peut faire des hommes. Que de campemens! que de belles marches! que de hardiesse! que de précautions! que de périls! que de ressources! Vit-on jamais en deux hommes les mêmes vertus avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires? L'un paroît agir par des réflexions profondes, & l'autre par de soudaines illuminations. Celui-ci par conséquent plus vif, mais sans que son feu ait rien de précipité; celui-là, d'un air plus froid, mais sans jamais avoir rien de lent; plus hardi à faire qu'à parler, résolu & déterminé au dedans, lors même qu'il paroissoit embarrassé au dehors. L'un, dès qu'il paroît dans les armées, donne une haute idée de sa valeur, & fait attendre quelque chose d'extraordinaire, mais toutefois s'avance par ordre, & vient comme par degrés aux prodiges qui ont fini le cours de sa vie. L'autre, comme un homme inspiré dès la première bataille, s'égale aux maîtres les plus consommés. L'un, par de vifs & continuels efforts, emporte l'admiration du genre humain, & fait taire l'envie. L'autre jette d'abord une si vive lumière, qu'elle n'osoit l'attaquer. L'un enfin, par la profondeur de son génie & les incroyables ressources de son courage, s'élève au dessus des plus grands périls, & fait même profiter de toutes les infidelités de la fortune. L'autre, & par l'avan- tage d'une haute naissance, & par ces grandes pensées que le ciel envoie, & par une espèce d'intinct admirable dont les hommes ne connoissent pas le secret, semble né pour entraîner la fortune dans ses desseins, & forcer les destinées. Et, afin que l'on vit toujours dans ces deux hommes de grands caractères, mais divers, l'un emporté d'un coup soudain, meurt pour son pays, comme un Judas Macchabée; l'autre, élevé par les armes au comble de la gloire, comme un David, meurt comme lui dans son lit, en publiant les louanges du Seigneur, en instruisant sa famille, & laisse tous les cœurs remplis tant de l'éclat de sa vie, que de la douceur de sa mort. « Deformaux a donné la Vie de ce prince, à Paris 1766, 4 volumes in-12; elle a effacé celle de Coste, in-4° & in-12. On en trouve une autre dans les Hommes Illustres de France, par Ch. Perrault. V. CONDÉ, (Henri - Jules DE BOURBON, prince de) fils du Grand Condé, né en 1643, & mort en 1709, étoit un prince très - éclairé, aimant les gens d'esprit, & en ayant beaucoup lui-même: Voyer CRETIN. Il se signala dans diverses occasions sous son illustre père, & sur tout en 1672, au passage du Rhin, & en 1674, à la bataille de Senec. Il voulut faire peindre l'histoire de son père, mais il s'y trouvoit un obstacle. Celui-ci dans sa jeunesse avoit pris les armes contre son souverain & sa patrie, & obtenu divers succès. Pour ne les point oublier, son fils imagina une allégorie très - ingénieuse. Il fit peindre la Muse de l'histoire, tenant un livre, sur le dos duquel étoit écrit: Vie du prince de Condé. Cette mufe en arrachoit des feuilles, qui, répandues ça & là, laiffoient lire ces mots: Secours de Cambrai, retraite devant Arras, secours de Va- lanciennes, &c. Voyer IV. BOUR- SON - CONDÉ.
CONDÉ, ( la Princeffe de ) Voyer X. MONTMORENCY.
CONDILLAC. ( Étienne Bonnot de ) de l'académie Fran- çoïse, & de celle de Berlin, abbé de Mureaux, ancien précepteur de S. A. R. Linfant Don Ferdinand, duc de Parme, paquit à Grenoble vers 1715, & mourut d'une fièvre putrède, dans sa terre de Flux, près Baugenci, le 2 août 1780. Un grand sens, un jugement sûr, une métaphysique nette & pro- fonde, une littérature aussi choisie qu'étendue, un caractère solide, des mœurs graves sans austérité, un ton un peu sentencieux, plus de facilité d'écrire que de parler, plus de philosophie que de sen- sibilité & d'imagination : tels sont les traits principaux du portrait de l'abbé de Condillac. On a re- cueilli en trois volumes in-12, sous le titre de ses Œuvres, son Effai sur l'origine des Connoissances humaines; son Traité des Sensations; son Traité des Systèmes : ouvrages excellens, pleins d'idées justes, lumineuses & neuves, écrits avec clarté, pensés avec profondeur, & dans lesquels le ton philoso- phique paroit la langue naturelle de l'auteur. Son Cours d'Etudes, en 16. vol. in-12, 1776, com- posé pour l'instruction de son illustre élève, mérite les mêmes éloges. Toutes les fois qu'il rai- sonne, qu'il discute, qu'il étudie la morale & la politique à travers les révolutions des empires, on est très-content de lui : mais dans la partie historique, d'ailleurs assez bien faite & pleine de vues nou- velles, on defiroit souvent plus de chaleur & plus de vivacité, & un style plus pittoresque. Ce livre, qui respire l'humanité la plus fin- cère, & le plus vif désir de rendre les souverains bienfaisans & les hommes heureux, n'est pas écrit avec ce ton pénétrant & touchant, que prenoit Fénédon pour parvenir au même but. Sa narration est soiable, sèche & commune. On a encore de lui: Traité des animaux, 1755 in-12; Recherches sur les idées que nous avons de la beauté, 1749, 2 vol. in-12; une Logique, in-8°; Le Commerce & le Gouvernement con- sistérés relativement l'un à l'autre, in-12 : livre qui a été décrié par les anti-économistes, quoiqu'il y ait une grande clarté, de la méthode & des choses bien vues. M. d. La Harpe le nomme le livre élé- mentaire de la Science économique; mais on auroit voulu qu'il n'eût pas étayé certains systèmes sur le commerce des grains, qu'il eût donné à ses principes un air moins profond & moins abstrait, & que dans des matières qui intéressent tous les hommes, il eût écrit pour tout le monde. On a remarqué dans quelques ouvrages de l'abbé de Condillac, qu'il avoit une haute opinion de son mérite; il ne se saisoit point un devoir de la cacher. Un homme qui savoit si bien faire l'analyse & le calcul des idées, devoit savoir exactement combien il en avoit eu de nouvelles; & cette connoissance pouvoit ex- cufer son amour propre. On lui a encore reproché que, dans son Traité des Sensations, il a établi des principes dont les matérialistes ont tiré de funeffes conséquences; que dans son Cours d'Etudes, il a jugé en connoisseur inhabile. N n 4 368 CON plusieurs tirades de *Boileau*; en foumettant la poésie, libre, irrégulière & audacieuse de sa nature, au compas de la géométrie, &c. Mais, s'il a adopté quelques-unes des opinions de la philosophie moderne, on peut dire qu'il les a souvent tempérées par un caractère modéré & un esprit sans enthousiasme. L'abbé de *Lignac* & *Roffignol*, ont combattu quelques opinions de *Condillac*; le premier, dans ses *Lettres d'un Américain*; le second, dans sa *Théorie des Sensations*, imprimée à Embrun, en 1780. « En général, a dit un écrivain célèbre, *Condillac* fut l'un des esprits les plus fages & les plus judicieux que nous ayons eus dans ce fiècle. Il a eu le mérite, fort rare parmi nous, de mettre de la clarté dans la métaphysique, en la débarrassant de toute hypothèse, & en la réduisant, d'après *Locke*, à des notions simples & très-exactement analysées. Son style d'ailleurs est correct & pur, quoique moins élégant & moins animé que celui de *Malebranche*. » Toutes les œuvres de *Condillac* ont été réunies en 1798, à Paris, & forment 23 vol. in - 8.º On y trouve plusieurs écrits posthumes de l'auteur, qui n'avoient point encore été publiés, entr'autres, *la Langue des Calculs*.
CONDITOR, (Mythol.) dieu Romain, qui veilloit, après la moisson, à la conservation des grains.
CONDORCET, (Marie-Jean-Antoine-Nicolas *Caritas*, marquis de) originaire du Comtat - Venaissin, naquit à Ribemont en Picardie, le 17 septembre 1743. Sa naissance lui faisoit espérer de l'avancement dans la profession des armes, mais il lui préféra la culture paisible des sciences. Il n'avoit encore que 21 ans, lorsqu'il présenta à l'académie de Paris, un mémoire sur le *Calcul différentiel*, qu'elle jugea digne d'entrer dans la collection des travaux des *Savans étrangers*. Ses liaisons intimes avec *d'Alembert* & avec *Voltaire*, sa correspondance avec le roi de Prusse, lui acquirent bientôt de la célébrité. Reçu à l'académie des Sciences, il en devint le secrétaire, & justifia ce choix par plusieurs écrits & par divers éloges de ses confrères. Chargé en 1777, de celui du duc de la *Vrière*, M. de *Maurepas* lui fit des reproches de ce qu'il tardoit trop à le prononcer; *Condorcet* lui déclara que jamais il ne loueroit un pareil ministre: aussi, pendant toute la vie de M. de *Maurepas*, ce dernier l'empêcha-t-il d'être reçu à l'académie Françoise. Il y parvint en 1782, & son discours de réception eut pour objet, de développer les progrès que les connoissances physiques & morales ont faits de nos jours, & l'influence que les sciences doivent avoir sur le caractère d'une nation, & sur son gouvernement. L'auteur y annonçoit déjà cet esprit d'indépendance, ces idées républicaines, qui déterminèrent ensuite sa conduite politique, lui firent quitter le cabinet du savant pour la tribune législative, & au milieu des orages, des chagrins & des erreurs, le conduisirent à une fin funeste. Des l'aurore de la révolution, il favorisa son effort. Sous l'assemblée constituante, il fut désigné pour gouverneur du Dauphin; & lorsque *Louis XVI* fut détenu aux Tuileries, après sa fuite à Varennes en 1791, *Condorcet* fut l'un des premiers à réclamer dans une feuille la déchéance du monarque, & l'établissement de la république. Il contribuait bientôt à faire décréter l'une & l'autre. Le 14 juillet de la même année, il fit mettre, le premier, au-dessus de sa porte un transparent, avec ces mots si prodigués ensuite : *La constitution ou la mort* ; quelqu'un écrivit au-dessous : *Les bains froids ou bicêtre*. *Condorcet* fut appelé successivement à l'assemblée législative & à la convention. Là, ses opinions eurent pour objet, de distinguer les émigrés en deux classes, pour ne punir de mort que ceux qui feroient pris les armes à la main ; de faire déclarer la guerre à l'empereur ; d'autoriser des commissaires dans les archives & les dépôts publics, à faire la recherche de tous les titres & preuves de noblesse, pour les anéantir ; d'établir l'utilité de la souveraineté immédiate du peuple ; de faire juger *Louis XVI* par des députés particuliers des départements, en réservant seulement à la convention le droit d'adoucir le jugement ; de combattre enfin la constitution de 1793. Ses deux derniers discours le rendirent suspect aux dominateurs de la France, & *Robespierre* le regarda des - lors comme un ambitieux hypocrite, qui, sous le manteau de la philosophie, cachoit l'envie de s'élever à son détriment. Sa perte fut jurée. Dénoncé comme partisan des Girondins, il fut mis hors de la loi, le 28 juillet 1793. *Condorcet* se cacha quelque temps chez une femme généreuse, qui exposa sa vie pour garantir la sienne. C'est là qu'il composa son écrit sur les *Progrès de l'esprit humain*. Ayant appris par les journaux, qu'une loi barbare, faisant un crime de la pitié & de l'hospitalité, punissoit de mort ceux qui donnoient asile aux proscrits, il dit à celle qui l'avoit reçu : *Il faut que je vous quitte, je suis hors de la loi*. « Si vous êtes hors de la loi, répondit-elle, vous n'êtes pas hors de l'humanité. » Malgré ses instances pour le retenir, il sortit de chez elle, & passa les barrières de Paris sans passe-port, vêtu d'une simple veste, & ayant un bonnet sur la tête. Son intention étoit de se cacher pendant quelques jours chez un ancien ami, résidant aux environs de Seaux ; mais lorsqu'il parvint chez lui, cet ami étoit à Paris, & le fugitif fut forcé de passer plusieurs nuits dans les carrières, dans la crainte d'être reconnu. Pressé par la saim, il osa entrer dans un petit cabaret de Clamars ; son avidité à manger, sa longue barbe, son air inquiet, furent remarqués par un révolutionnaire qui le fit arrêter. Conduit au comité du lieu, il déclara être domestique, & s'appeler *Simon* ; mais ayant été fouillé, un *Horace* qu'il portoit, avec des notes marginales en latin, devint la cause de sa perte. Le paysan qui l'interrogeoit, le trouvant trop savant pour n'être pas suspect, le fit conduire au Bourg-la-Reine. Là, il fut enfermé le soir dans un cachot. Celui qui vint le lendemain matin lui apporter un peu de pain & d'eau, le trouva sans aucun mouvement & glacé. Il paroît que perdant toute espérance, *Condorcet* périt, ou par un poison actif, qu'il avoit, dit-on, toujours sur lui, ou d'inanition & de défaillance, étant épuisé de peines, de fatigues, de sa marche, & par de trop longs jeunes. Ainsi finit misérablement un géomètre célèbre, un savant distingué, qui eût pu être heureux, s'il n'eût pas voulu jouer un rôle dans la révolution. Né avec trop de penchant pour les nouveautés, il adopta des systèmes qu'il auroit peut-être rejetés, dans des temps plus calmes : & celui qui avoit été assez vain 370 CON de la naissance, ne dédaigna pas même de prendre part à une gazette, & de descendre dans l'arène pour y combattre des politiques subalternes. On lui a fait le reproche plus grave, d'avoir abandonné dans les derniers temps le duc de la Rochfoucault, qui lui avoit fait obtenir des pensions, & s'étoit toujours montré son ami. « Il y a eu des géomètres plus grands que lui, a dit un écrivain, mais peu ont annoncé de meilleure heure des talens plus distingués; il y a eu des philosophes, qui ont mieux éclairé la métaphysique, l'économie politique & la législation; mais aucun n'a étendu, ses travaux sur plus d'objets importants; son étudition étoit vaste, profonde, mais son style étoit plus propre à la discussion & au farcisme, qu'il n'étoit noble & élevé. Il avoit tout lu, & n'avoit rien oublié, depuis les fabliaux jusqu'aux publicistes du 11e siècle, depuis le roman du jour jusqu'au recueil de l'académie des inscriptions. » Condorcet, que d'Alembert appelait un Volcan couvert de neige, eut pour amis les écrivains les plus distingués. Les principaux ouvrages de Condorcet, font : I. Du Calcul intégral, 1765. II. Problème des trois corps, 1767. Cet écrit valut à l'auteur son entrée à l'académie des Sciences. Il y détermina l'attraction de la lune par la terre, & de ces deux planètes par le soleil. Il y examina les perturbations que les planètes & les comètes peuvent éprouver de leur action mutuelle. III. Essai d'Analyfe, 1768, in-4. Il y développe les principaux problèmes sur le système du monde, & de la gravitation établie par Newton. IV. Lettres écrites par un théologien, 1772, in-8. Ce théologien n'est nullement orthodoxe, & se livre à des systèmes peu religieux V. Mémoires sur les suites infinies & les équations différentielles. VI. Éloges de Michel de l'Hôpital, David Bernouilli, Courtonvaux, d'Alembert, Euler, Joffieu, Trudaine, Francklin, Buffon, & de quelques autres membres de l'académie des Sciences, morts depuis 1666 jusqu'en 1699. Condorcet étoit devenu secrétaire de cette compagnie, & ces éloges le firent recevoir en 1782 à l'académie Françoise. Bailly fut son concurrent; sur trente-un suffrages, Condorcet en obtint seize, & Bailly quinze. Après cette élection, a laquelle d'Alembert prenait l'intérêt le plus vif, celui-ci s'écria : « Je suis plus content d'avoir gagné cette victoire, que je ne le serois d'avoir trouvé la quadrature du cercle. » VII. Éloge & P. Néses de Pascal. Voltaire ne dédaigna pas d'ajouter à cet écrit des notes & des commentaires, qui parurent dans une seconde édition faite en 1778. VIII. Du commerce des Grains, in-8. IX. Réflexions sur l'esclavage des Nègres. L'auteur y foutait le système de leur indépendance. X. Lettres sur l'unité du pouvoir législatif. XI. Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix, 1785. XII. Vie de Turgot, 1786, deux vol. in-8. L'auteur commença à y développer ses principes républicains. XIII. Essai sur les lois criminelles & les prétentions des parlements. XIV. Des Fonctions des États-Généreux, 1789, 2 vol. in-8. On y trouve de la profondeur & des idées saines. XV. De la Forme des Élections. XVI. De la Banque nationale, 1789, in-8. XVII. De la Fixation de l'Impôt, 1790. XVIII. Vie de Voltaire. Elle parut d'abord à Genève en 1787, puis à Londres en 1790. XIX. Discours sur les conventions nationales, 1791, in-8.º XX. Reflexions sur la Révolution de 1688 & 1792, in-8.º Elles ont été traduites en hollandois. XXI. Pièces extraites du recueil périodique, intitulé le Républicain, 1792, in-8.º XXII. La République Françoise, aux hommes de lettres, 1792, in-8.º XXIII. Plan d'une Constitution Françoise. XXIV. Rapport sur l'instruction publique, présenté à la Convention. XXV. Tableau historique des progrès de l'esprit humain, in-8.º C'est l'ouvrage auquel il travailla dans la retraite où il s'étoit caché pendant que les satellites de Robespierre le proscrivoient & le cherchoient pour l'immoler. Il n'a été publié qu'après la mort de l'auteur, & a été traduit en Angleterre & en Allemagne. XXVI. Condorcet travailla encore à la Bibliothèque de l'homme public, au Journal encyclopédique, au Journal de Paris & à la Chronique du mois; Il ajouta des notes aux Lettres d'Euler sur diverses questions de physique & de philosophie, & à l'ouvrage économique de Smith, traduit par Raucher. M. de la Harpe a publié, dans le tome Ier de la Correspondance littéraire, un dialogue entre Diogène & Arfippe sur la flatterie, par le même auteur. Si la conduite politique de Condorcet ne fut pas à l'abri de reproches, ses mœurs le furent. Son caractère non exempt d'orgueil, se montra presque toujours paisible & obligeant; ses lumières furent étendues, ses talens variés, ses idées profondes, mais pas toujours justes. M. Diannyere, membre de l'institut, a publié une notice sur la Vie & les Ouvrages de Condorcet, dont le portrait a été gravé dans ces dernières années par Saint-Aubin.
CONDREN, (Charles de) IIe général de la congrégation de l'Oratoire, docteur de la maison de Sorbonne, fils d'un gouverneur de Monceaux, fort chéri de Henri IV, naquit à Vaubuin près de Soissons, en 1588. Son père, qui avoit dessein de le pousser à la cour ou dans les armées, voulut l'empêcher d'embrasser l'état ecclésiastique; mais sa vocation étoit trop forte. Le cardinal de Bœuille, auquel il succéda, le reçut dans sa congrégation, & l'employa très-utilement. Le Père de Conaren fut confesseur du duc d'Orléans, frère unique du roi. Il refusa constamment le chapeau de cardinal, l'archevêché de Reims & celui de Lyon. Ses vertus ne parurent pas avec moins d'éclat dans sa place de général. Après avoir travaillé long-temps pour la gloire de Dieu & pour le salut du prochain, il mourut à Paris le 7 janvier 1641, à 53 ans. Son Idée du sacerdoce de J. C., in-12, ne fut mise au jour qu'après sa mort: il ne voulut jamais rien donner au public pendant sa vie. On a de lui des Lettres & des Discours en 2 vol. in-12. C'est lui qui comparoit les vieux docteurs ignorans aux vieux jetons, qui, à force de vieillir, n'avoient plus de lettres. Le Père Ameloitte a écrit sa Vie in-8.º
CONFUCTUS ou CONFUTZÉE, le père des philosophes Chinois, naquit à Champing, d'une famille illustre, qui riroit son origine de Ti-Y, 27e empereur de la seconde race; vers l'an 550 de J. C. Il parut philosophe des son enfance, & sa philosophie s'accrut par la lecture & par sa réflexion. Devenu mandarin & ministre d'état du royaume de Lu, aujourd'hui Chapo-Ton, il montra combien il étoit important que les rois fussent philosophes, ou eussent des philosophes pour ministres. Il n'avoit accepté le ministère, que dans l'ex- pérance de pouvoir répandre plus aisément, ses lumières, d'un lieu élevé. Le défordre s'étant gliffé à la cour, par la féduction de plusieurs filles que le roi de Tci avoit envoyées au roi de Lu, il re- nonça à son emploi, & se retira dans le royaume de Sin, pour y enseigner la philosophie. Son école fut si célèbre, que, dans peu de temps, il eut jusqu'à trois mille disciples, parmi lesquels il y en eut cinq cents qui occupèrent les postes les plus éminens dans diffé- rens royaumes. Il divisa sa doc- trine en quatre parties, & son école en un pareil nombre de classes. Ceux du premier ordre s'appliquoient à cultiver la vertu, & à se former l'esprit & le cœur : ceux du deuxième s'attacloient, non-seulement aux qualités qui font l'honnête homme, mais encore à ce qui rend l'homme éloquent : les troisièmes se consacroient à la politique : l'occupation des qua- trièmes, étoit de mettre dans un style élégant, les réflexions les plus justes sur la conduite des mœurs. Confucius, dans toute sa doctrine, n'avoit pour but que de dissiper les ténèbres de l'esprit, bannir les vices du cœur, & rétablir cette intégrité, présent du ciel, si rare dans tous les siècles. Obéir à Dieu, le craindre, le servir ; ai- mer son prochain comme soi- même ; se vaincre, soumettre ses passions à la raison, ne penser à rien qui lui fût contraire : telles étoient les leçons que ce grand homme donnoit & prati- quoit. Aussi modeste que sublime, il déclaroit qu'il n'étoit pas l'in- venteur de sa doctrine ; mais qu'il l'avoit tirée d'écrivains plus an- ciens, sur-tout des rois Yao & Xun, qui l'avoient précédé de plus de 1500 ans. Ses disciples avoient une vénération si extraordinaire pour lui, qu'ils lui rendoient des honneurs qu'on n'avoit accoutumé d'accorder qu'à ceux qui étoient élevés sur le trône. Il revint avec eux au royaume de Lu, & y mourut à 73 ans. Quelque temps avant sa mort, il déplorait les défordres de son siècle : Hélas ! difoit-il, il n'y a plus de Sages, il n'y a plus de Saines. Les Rois méprisent mes maximes ; je suis inu- tile au monde : il ne me reste plus qu'à en sortir. Son tombeau est dans l'académie même où il donnoit ses leçons, proche la ville de Rio-fu. On voit, dans toutes les villes, des collèges magnifiques élevés en son honneur, avec ces inscriptions en lettres d'or : Au grand Maître... Au premier Docteur... Au Précepteur des empereurs & des rois... Au Saint... Au Roi des lettres. Quand un officier de robe passe devant ces édifices, il descend de son palanquin, & fait quelques pas à pied pour honorer sa mémoire. Ses descendans sont mandarins- nés, & ne payent aucun tribut à l'empereur. On attribue à ce philo- ophe quatre Livres de Morale, que l'on regarde comme son véritable portrait & son plus bel éloge. Sa vertu & son mérite ont été ex- traordinaires, si l'on en croit les historiens Chinois. Il étoit équi- table, poli, doux, affable, gai, plus sévère pour soi que pour les autres, censur rigoureux de sa propre conduite, parlant peu, mé- ditant beaucoup, modeste malgré ses talens, & s'exerçant sans cesse dans la pratique du bien. Parmi la foule de ses maximes qu'on a recueillies, on ne citera que celles- ci : La raison est un miroir que l'on a reçu du Ciel ; s'il se ternit, il faut l'essuyer. Il faut commencer par se cor- riger, pour corriger les hommes. — Je ne voudrois pas que l'on fût ma pen- sée ; ne la disons donc pas. Je ne voudrois pas que l'on fût ce que je suis tenté de faire; ne le faisons donc pas. — Le Sage craint, quand le Ciel est serein. Dans les tempêtes, il marcherait sur les flots & sur les vents. — Voulez-vous minuter un grand projet? écrivez sur la poussière, afin qu'au moindre scrupule, il n'en reste rien. — Un riche montroit ses bijoux à un sage: Je vous remercie des bijoux que vous me donnez, dit le Sage. Vraiment je ne vous les donne pas, répartit le riche... Je vous demande pardon, répliqua le sage, vous me les donnez; car vous les voyez, & je les vois: j'en jouis comme vous. — Ne parlez jamais de vous aux autres, ni en bien, parce qu'ils ne vous croiront pas; ni en mal, parce qu'ils en croient déjà plus que vous ne voulez. — Avouer ses défauts quand on est repris, c'est modeste; les découvrir à ses amis, c'est ingénuité, c'est confiance: se les reprocher à soi-même, c'est humilité; mais les aller prêcher à tout le monde, si l'on n'y prend pas garde, c'est orgueil. On a rédigé cet article d'après le Comte, du Halde & quelques autres Jésuites. Mais on fait aujourd'hui qu'il faut beaucoup réduire les éloges donnés par ces missionnaires aux Chinois & au fondateur de la philosophie Chinoise. Quant à ses livres, supposé qu'ils soient de lui, ils n'ont pas plus corrigé les peuples de la Chine, peuples vains, frivoles & avides, que Sénèque n'a réformé les mœurs des Européens. Il est pourtant bon de citer leurs leçons de morale aux uns & aux autres, en les avertissant qu'il n'y a qu'une religion vraie & sainte, qui puisse changer le cœur de l'homme. Le Pere Couples a donné au public les trois premiers livres de la Morale de Confucius ou attribuée à Confucius, en latin, avec des notes: Paris 1687, in-fol.; & on en a publié en 1788 l'extrait, traduit en fran- çois, sous le titre de Morale de Confucius, in-12. M. l'Évêque a donné aussi l'Abrégé de la Morale de ce philosophe, Paris, Didot; 1782, in-16; & M. Pastoret l'a comparée avec celle de Moyse. « Confucius, dit Sonnerat dans son Voyage aux Indes, ce grand législateur qu'on a élevé au-dessus de la sagesse humaine, a fait quelques livres de morale, adaptés au génie de sa nation, mais qui ne contiennent, en plus grande partie, qu'un amas de choses obscures, de visions, de sentences & de vieux contes, mêlés d'un peu de philosophie. Ses ouvrages n'en sont pas moins adorés. Il a écrit des milliers de sentences, qu'on a accommodées aux événements; comme nous avons interprété celles de Nostradamus & du Juif-errans. Aujourd'hui, en France, il n'y a que les bonnes femmes & les petits enfants, qui y croient. Mais à la Chine, c'est d'après celles de Confucius, qu'on dirige toutes les opérations. » On lui attribue le Tchun-Tseou, nom qui signifie le printemps & l'automne. C'est une chronique des rois de Lu, qui commence vers l'an 720 avant notre ère, & où les éclipses sont notées avec une assez grande exactitude. Voy. HERDYRLCH.
CONGRÈVE, (Guillaume) né en Irlande dans le comté de Cork, en 1672, mourut en 1729, à 57 ans. Son père le destin d'abord à l'étude des lois; mais il s'y livra sans goût, & par conséquent sans succès. La nature l'avait fait naître pour la poésie, & sur-tout pour la poésie dramatique. C'est peut-être, de tous les Anglois, celui qui a porté le plus loin la gloire du théâtre comique. Ses pièces, qui l'ont fait appeler le Térence Anglois, sont pleines de caractères nuancés avec fineffe. On n'y effuie guères de mauvaises plaifanteries. On y voit par-tout le langage de ceux qui se nomment les honnêtes gens, avec des actions de fripon : ce qui prouve qu'il connoissoit ce qu'on appelle, souvent très-improprement dans un certain monde, la bonne Compagnie. Son mérite & sa réputation l'élevèrent également à des emplois lucratifs & honorables. Il quitta de bonne heure les Mufes, se contentant de compofer, dans l'occasion, quelques Pièces fugitives, que l'amitié ou l'amour lui arrachoient. Il fembloit même qu'il rougissoit d'être homme-de-lettres, quoiqu'il dût sa fortune aux lettres. Il ne vouloit être regardé que comme un Gentilhomme, qui menoit une vie simple & aisée. C'eil ce qu'il dit à Voltaire dans la première visite que celui-ci lui fit. Ce propos parut fi étrange au poète François, qu'il ne put s'empêcher de répondre : Si je n'avois considéré en vous que le Gentilhomme, je me serois dispensé de venir vous voir. Voici le titre de ses Comédies : Le vieux Garçon ; le Fourbe ; Amour pour amour ; l'Épouf du matin ; le Chemin du Monde. On a encore de lui plusieurs autres pièces, des Opéra, des Odes, des Pastorales, & des Traductions de quelques morceaux des poètes Grecs & Latins. Ses Œuvres parurent à Londres, 1730, 3 vol. in-12; & à Birmingham, 1761, 3 vol. in-8.
CONINCK, (Gilles) Jésuite, né à Bailleul, en 1571, & mort à Louvain, en 1636, à 65 ans, a publié des Commentaires sur la Somme de S. THOMAS, sous ce titre : Commentariorum ac diputationum, in universum D. Arinam D. Thomæ, de Sacramentis & censuris ; auctore Ægid. de Coninck, Societatis Iesu : postrema editio, Rethomagi, 1630, in-fol. Ces Commentaires ont été condamnés par les différens parlements dans le temps de la proscription des Jésuites.
CONNAN, (François 8e) seigneur de Coulon, maître des requêtes, se distingua sous le règne de François I par sa science. Il mourut à Paris en 1551, à 43 ans. Il a laissé quatre livres de Commentaires sur le Droit civil : à Paris, 1558, in-folio, que Louis le Roy, son intime ami, dédia au chancelier de l'Hôpital. Connan avoit aussi le dessein de donner au public un ouvrage semblable à celui que Dumas a exécuté depuis. Ce jurisconsulte joignoit à une mémoire heureuse, un esprit juste & capable de réflexion.
CONNIDES, gouverneur donné au jeune Thée par son père Pithée, fit de son élève un héros. Les Athéniens, en reconnoissance, établirent des sacrifices en son honneur, où l'on immoloit des béliers.
CONNOR, (Bernard) médecin & philosophe Irlandois, vint en France à l'âge de vingt ans. Il fut chargé de l'éducation des fils du grand-chancelier du roi de Pologne, qui étoient à Paris. Après avoir voyagé avec eux en Italie, en Sicile, en Allemagne & ailleurs, il devint médecin de S. M. Polonoise, qui le donna à l'électrice de Bavière, sa sœur. Il repassa en Angleterre, devint membre de la société royale, & embrassa extérieurement la communion de l'église Anglicane. Un prêtre Catholique, déguisé, ayant obtenu de l'entretenir en secret dans sa dernière maladie, on vit au travers d'une porte, qu'il lui donna l'ab- Solution & l'extrême-onction. Le malade mourut le lendemain 30 octobre 1698, à 33 ans. On a de lui un livre intitulé : *Evangelium Medici* ; feu *De sufpenfis natura legibus*, *five de miraculis*, *religiosque qua Medici indagini subjici possunt* ; in-8°, Londres 1697. Le philosophe médecin, trop jaloux de son art, s'efforce d'expliquer, selon les principes de la médecine, les guérisons miraculeuses de l'Évangile. Le docteur Anglican qui l'affilta à la mort, lui en ayant parlé comme d'un livre très-sufpect, il répondit qu'il ne l'avoit pas composé dans le dessein de nuire à la religion Chrétienne, & qu'il regardoit les miracles de Jésus-Christ comme un témoignage de la vérité de sa doctrine & de sa mission. On peut croire que l'auteur avoit des intentions droites ; mais son ouvrage n'en est pas moins dangereux. On doit encore à ce médecin un *Voyage en Pologne*, imprimé en anglais, à Londres, en 1698, 2 vol. in-8° I. CONON, général des Athéniens, prit de bonne heure le dessein de rétablir sa patrie dans sa première splendeur. Ses concitoyens lui ayant donné le gouvernement de toutes les îles dépendantes de la république ; & ayant été renfermé dans le port de Mitylène par *Callieratidas*, général des Lacédémoniens, il fit si bonne contenance que l'ennemi fut obligé de se retirer. Mais, peu après, *Lysandre*, autre général de Sparte, l'ayant vaincu dans un combat naval, près d'Ægros-Potamos, l'an 405 avant J. C., il se retira en Crète, auprès du roi *Evagore*, où il refta jusqu'à ce que *Artaxerces*, roi des Perses, déclarât la guerre aux Lacédémoniens. *Conon* se rendit sur sa flotte pour la commander avec *Pharnabate* ; & voyant que les secours du roi de Persé venoient trop lentement, il alla lui même à la cour les solliciter. Le roi le reçut parfaitement bien, & lui accorda non-seulement ce qu'il lui demandoit, mais il le fit amiral de sa flotte. Alors, il chercha à engager un nouveau combat avec les Lacédémoniens ; il remporta sur eux la victoire navale de Cnide, l'an 394 avant J. C., coula à fond cinquante galères, tua un grand nombre de soldats, & enveloppa dans le combat l'amiral *Lysandre* qui y perdit la vie. Cet avantage dédommagea Athènes de toutes les pertes qu'elle avoit faites à la journée de la Chèvre, seize ans auparavant. *Conon*, qui venoit de donner à ses concitoyens l'empire de la mer, pourfuit ses conquêtes l'année suivante. Il ravagea les côtes de Lacédémone, rentra dans sa patrie couvert de gloire, & lui fit présent de sommes immenses qu'il avoit recueillies dans la Perfe. Avec cet argent & un grand nombre d'ouvriers que les Alliés lui envoyèrent, il rétablit, en peu de temps, le Pyrée & les murailles de la ville. Les Lacédémoniens ne trouverent d'autre moyen de se venger de ce grand homme, leur plus implacable ennemi, qu'en l'accusant auprès d'*Artaxerces*, de vouloir enlever l'Île & l'Éolide aux Perses, pour les faire rentrer sous la domination des Athéniens. *Tiribase*, satrape de Sardes, le fit arrêter sous ce vain prétexte. On n'a pas su précisément ce qu'il devint. Les uns disent que l'illustre accusé fut mené à *Artaxerces*, qui le fit mourir, d'autres affirment qu'il se fauva de prison. Il laissa un fils, appelé *Timothée*, qui, comme son père, se signala dans les combats. 576 CON
II. CONON, astronome de l'isle de Samos, étoit en commerce de littérature & d'amitié avec Archimède, qui lui envoyoit de temps en temps des problèmes. C'est lui qui métamorphosa en astre la chevelure de Bérénice, sœur & femme de Ptolomée-Evergète, vers l'an 300 avant J. C. Cette reine, inquiète du sort de son époux, qui étoit alors dans le cours de ses conquêtes, fit vœu de consacrer sa chevelure aux Dieux, s'il revenoit sans accident. Ses désirs ayant été accomplis, elle s'acquitta de sa promesse. Les cheveux consacrés furent égarés quelque temps après. Conon, bon mathématicien, mais encore meilleur courtifan, consola Évergète désolé de cette perte, en assurant que la chevelure de Bérénice avoit été enlevée au ciel. Il y a sept étoiles près de la queue du lion, qui jusqu'alors n'avoient fait partie d'aucune constellation; l'astronome, les indiquant au roi, lui dit que c'étoit la chevelure de sa femme, & Ptolomée voulut bien le croire. Catulle a laissé, en vers latins, la traduction d'un petit Poème grec, de Callimaque, à ce sujet.
III. CONON, originaire de Thrace, né en Sicile, pape après la mort de Jean V, le 21 octobre 686, mourut le 21 septembre de l'année suivante. C'étoit un vieillard vénérable par sa bonne mine, ses cheveux blancs, sa simplicité & sa candeur. I. CONRAD, (Saint) issu d'une famille illustre d'Allemagne, fut élevé dans les bonnes lettres par Notino, évêque de Constance, & lui succéda. Après avoir rempli, pendant quarante-deux ans, tous les devoirs de l'épiscopat, Conrad mourut en 976. Un pape l'a canonisé en 1120; & un phi- losophe a écrit sa Vie. Sa canonisation est due à Calixte III, sa Vie à Leibnitz.
II. CONRAD Ier, comte de Franconie, fut élu roi de Germanie en 912, après la mort de Louis IV. Othon, duc de Saxe, avoit été choisi par la diète; mais se voyant trop vieux, il proposa Conrad, quoique son ennemi, parce qu'il le croyoit digne du trône. « Cette action n'est guère dans l'esprit de ce temps presque sauvage, dit un historien qui contredit souvent tous ceux qui l'ont précédé. On y voit de l'ambition, de la fourberie, du courage, comme dans tous les autres siècles; mais, à commencer par Clovis, ajoute-t-il non moins témérairement, on ne voit pas une action de magnanimité. » C'est calomnier la nature humaine. Il est très-sûr qu'il y avoit moins de raffinement dans ce siècle que dans le nôtre; mais il faut être bien hardi, pour avancer que l'on n'y vit aucune action de vertu. — Tous les peuples reconnurent Conrad, à l'exception d'Arnoult, duc de Bavière, qui se sauva chez les Huns, & les engagea à venir ravager l'Allemagne. Ils porteront le fer & le feu jusqu'aux dans l'Alface & sur les frontières de la Lorraine. Conrad les chassa par la promesse d'un tribut annuel, & mourut le 23 décembre 918, sans laisser d'enfants mâles. Il imita, avant de mourir, la générosité d'Othon à son égard, en désignant, pour son successeur, le fils du même Othon, Henri, qui s'étoit révolté contre lui.
III. CONRAD II, dit le Sallique, fils d'Herman, duc de Franconie, élu roi d'Allemagne, en 1024, après la mort de Henri II, eut à combattre la plupart des ducs révoltés révoltés contre lui. *Ernest*, duc de Souabe, qui avoit aussi armé, fut mis au ban de l'empire. C'est un des premiers exemples de cette proscription, dont la formule étoit: *Nous déclarons ta femme veuve, tes enfans orphelins, & nous t'envoyons, au nom du Diable, aux quatre coins du monde*. L'année d'après, 1021, *Conrad* passa en Italie, & fut couronné empereur à Rome avec la reine son épouse. Ce voyage des empereurs Allemands étoit toujours annoncé une année & six semaines avant que d'être entrepris. Tous les vassaux de la couronne étoient obligés de se rendre dans la plaine de Rouca, pour y être passés en revue. Les nobles & les seigneurs conduisoient avec eux leurs arriere-vassaux. Les vassaux de la couronne, qui ne comparisoient pas, perdoient leurs fiefs, aussi bien que les arriere-vassaux qui ne suivoient pas leurs seigneurs. C'est depuis *Conrad* principalement, que les fiefs sont devenus héréditaires. *Conrad II* acquit le royaume de Bourgogne, en vertu de la donation de *Raoul III*, dernier roi, mort en 1033, & à titre de mari de *Gisèle*, sœur puinée de ce prince. *Eudes*, comte de Champagne, lui disputa cet héritage; mais il fut tué dans une bataille, le 17 décembre 1037. *Conrad* mourut à Utrecht, un an & demi après, le 4 juin 1039. Ce fut un prince d'un grand courage, d'un esprit prévoyant, avide de gloire, plein de bonté & de douceur, & d'une libéralité peu commune. Un gentilhomme ayant perdu une jambe à son service, reçut de lui autant de pièces d'or qu'il pouvoit en entrer dans sa botte. Un seigneur nommé *Babon* lui ayant amené un jour trente-deux de ses fils, tous sortis du même lit & en âge de porter les *Tome III.* armes; il combla le père de présens, & donna à chacun des enfans un emploi conforme à son âge.
IV. CONRAD III, duc de Franconie, fils de *Frédéric*, duc de Souabe, & d'*Agnès*, sœur de l'empereur *Henri V*, naquit en 1094. Après la mort de *Lothaire II*, à qui il avoit disputé l'empire, tous les seigneurs se réunirent en sa saveur le 22 février 1138. *Henri* de Bavière, appelé le *Superbe*, s'opposa à son élection; mais ayant été mis au ban de l'empire & dépouillé de ses duchés, il ne put survivre à sa disgrace. Le margrave d'Autriche eut beaucoup de peine à se mettre en possession de la Bavière. *Welfs*, oncle du défunt, repoussa le nouveau duc; mais il fut battu par les troupes Impériales, près du château de Winsberg. Cette bataille est très-célèbre dans l'histoire du moyen âge, parce qu'on prétend qu'elle a donné lieu aux noms des *Guelfes* & des *Gibelins*. Le cri de guerre des Bavarois avoit été *Welfs*, nom de leur général; & celui des Impériaux *Weiblingen*, nom d'un petit village de Souabe, dans lequel *Frédéric*, duc de Souabe, leur général, avoit été élevé. Peu à peu ces noms servirent à désigner les deux partis. Enfin, ils devinrent tellement à la mode, que les Impériaux furent, dit-on, toujours appelés *Weiblingiens*, & que l'on nomma *Welfs* tous ceux qui étoient contraires aux empereurs. Les Italiens, dont la langue plus douce que l'Allemande, ne pouvoit recevoir ces mots barbares, les ajustèrent comme ils purent, & en composèrent leurs *Guelfes* & leurs *Gibelins*. C'est l'étymologie que quelques historiens donnent à ces deux noms; mais elle n'est pas O o 578 CON avouée généralement, & nous en rapportons quelques autres ailleurs: *Voyt* BUONDELMONTE. Quoi qu'il en soit, l'expédition de *Conrad III* dans la Terre-Sainte fut beaucoup moins heureuse que sa guerre contre la Bavière. L'intempérance fit périr une partie de son armée, & non pas le poison que les Grecs étoient soupçonnés de jeter dans les fontaines; à moins que l'on ne veuille croire que l'une & l'autre de ces causes contribuèrent à ces pertes. *Conrad*, de retour en Allemagne, mourut à Bamberg, le 15 février 1152, sans avoir pu être couronné en Italie, ni laisser le royaume d'Allemagne à son fils. Quelques auteurs ont raconté un trait de générosité de ce prince. Après la prise de Winsberg, il ordonna de faire prisonniers tous les hommes, & de donner la liberté aux femmes. *Conrad* accorda à celles-ci d'emporter ce qu'elles pourroient. Elles prirent leurs maris sur leurs dos, & leurs enfans sous leurs bras. L'empereur, touché de leur amour, pardonna à tous les habitants... *Conrad* fut un prince humain, libéral & pieux; mais d'un génie très-médiocre, donnant avec facilité dans les grandes entreprises; peu sûr, peu heureux, peu confiant dans l'exécution, quoique brave dans le péril. Simplement dans ses manières & dans sa conduite, il eut une douceur de caractère qui dégénéra souvent en soiblesse. « Guerrier intrépice, bon prince, soible empereur; ces rois mots, dit *Muntigai*, renferment ses qualités & ses défauts. » V. CONRAD IV, duc de Souabe, & fils de *Frédéric II*, se fit élire empereur après la mort de ce prince en 1250. Le pape *Innocent IV*, au lieu de le cou- conner empereur, fit prêcher une croisiade contre lui & contre *Mainfroi*, bâtard de *Frédéric II*, fidèle alors à son frère & aux dernières volontés de son père. *Mainfroi*, prince de Tarente, gouvernait Naples & la Sicile au nom de *Conrad*. Le pape voulait disposer de ces deux royaumes, que les factions des *Gibelins* & des *Guelfs* partageaient & désoleraient. Elles avaient commencé par les querelles des papes & des empereurs. Ces mots avaient été partout un mot de ralliement, du temps de *Frédéric II*. Ceux qui prétendaient acquérir des fiefs & des titres que les empereurs donnaient, se déclaraient *Gibelins*; les *Guelfs* paroissaient plus partisans de la liberté Italique, quoique la plupart de ceux des états de l'Église fussent pour les papes. Ces factions se subdivisaient encore en plusieurs partis différents, & nourrissaient les discordes civiles & domestiques. Ce fut au milieu de ces troubles que *Conrad* passa en Italie pour se faire reconnoître roi des Deux Siciles. Il prit Naples, Capoue, Aquino, & mourut bientôt après à la fleur de son âge, le 19 mai 1254. On accusa, sans doute à tort, *Mainfroi* de l'avoir fait empoisonner. Son médecin, *Jean Mauus* de Salerne, suivant les historiens, hâta sa mort en lui faisant prendre de la poudre de diamant, mêlée à celle de scammonée; mais ces deux poudres ne sont point un poison; & la dernière est un purgatif souvent employé en médecine. *Conrad* eut d'*Elizabeth*, fille du duc de Bavière, l'infortuné *Conradin*. *Voyt*, ce mot.
VI. CONRAD, de précepteur de l'empereur *Henri IV*, devint, l'an 1075, évêque d'Utrecht. Il h'est guères connu que par son zèle excessif pour cet empereur contre le pape Grégoire VII. Il fut affaffiné, l'an 1099, dans son palais, où il étoit en prière, après avoir dit la messe. Les uns en accusent les partisans du marquis d'Egbert, dont ce prélat retenoit les terres, que l'empereur lui avoit données jusqu'à trois fois; les autres, un maçon, dont il avoit surpris le secret pour bâtir solidement une église en terre marécageuse. On lui attribue divers Écrits en faveur de Henri IV, dans le Recueil des Pièces apologétiques de cet empereur; Mayence, 1520, & Hanovre, 1611, in-4.
VII. CONRAD DE MAYENCE, (CONRAOUS Episcopus) auteur de la Chronique de Mayence, depuis 1140 jusqu'en 1250, imprimée en 1535: compilation indigeste, mais utile pour l'histoire de ce temps-là.
VIII. CONRAD, cardinal, archevêque de Mayence, mort en 1202, fut élevé à la pourpre par Alexandre III; & l'on dit que c'est le premier qui ait été cardinal, n'étant pas de Rome, ni d'Italie.
IX. CONRAD, connu sous le nom d'Abbas Uspergensis, abbé d'Usperg au diocèse d'Ausbourg, mort vers 1240, laissa une Chronique qui finit à l'an 1229, & qui fut continuée par un anonyme, depuis Frédéric II jusqu'à Charles-Quint. On en a une édition de Basle en 1569, in-fol., enrichie de cette continuation. L'auteur flatte trop les empereurs, & ne ménage pas assez les pontifes Romains qui ont eu des querelles avec eux.
CONRADIN, ou CONRAD le Jeune, né le 25 mars 1252, de Conrad IV, & d'Elizabeth, fille d'Othon, duc de Bavière, n'avoit que trois ans lorsque son père mourut, laissant la régence du royaume de Naples à Mainfroi, qui fatigua les papes par ses courtes sur les terres de l'Eglise. Urbain IV, cherchant un vengeur, donna l'investiture de ce royaume à Charles d'Anjou, frère de S. Louis. Mainfroi ayant été tué dans la bataille de Bénévent, que Charles lui livra, Conradin, âgé de 15 ans, prit le titre de roi de Sicile, & passa en Italie, où l'appeloit une faction puissante. Les Gibelins le reçurent dans Rome au Capitole, comme un empereur. Tous les coeurs étoient à lui, &, par une destinée singulière, dit un historien, les Romains & les Musulmans se déclarèrent en même temps en sa faveur. D'un côté, l'instant Henri, frère d'Alfonse X, roi de Castille, vrai chevalier errant, passe en Italie, & se fait déclarer sénateur dans Rome, pour y soutenir les droits de Conradin. De l'autre, un roi de Tunis lui prête de l'argent & des galères; & tous les Sarrafins, restés dans le royaume de Naples, prennent les armes pour le défendre. Ces secours furent inutiles. Conradin, fait prisonnier par son compétiteur, au Champ-de-Lys, près du lac Fucin, le 23 août 1268, après avoir perdu une bataille, eut la tête tranchée par la main du bourreau, au milieu de la place de Naples, le 26 octobre de la même année. Son cousin, le duc d'Autriche, eut le même fort. « Mais auparavant, dit Fleuri, on les mena dans une chapelle, où on leur fit entendre une messe des morts, pour le repos de leurs ames. » On les executa ensuite. « Charles, dit Hardion, voulut être témoin de ce triste spectacle; & sacrifiant l'intérêt de sa gloire à une cruelle politique, il ne se fit point de scrupule O O 2 d'acquérir une couronne par un crime. » Le malheureux *Conradin* jeta son gant de l'échafaud dans la place, pour marque de l'invefiture qu'il donnoit à celui de ses parens qui voudroit le venger. Un cavalier, ayant eu la hardiesse de le prendre, le porta à Jacques, roi d'Aragon, qui avoit épousé une fille de *Mainfroi*. C'est ainsi que fut éteinte, par la mort la plus ignominieuse, cette race des princes de Souabe, qui avoit produit tant de rois & d'empereurs. L'infortuné *Conradin* n'avoit que seize ans, lorsqu'il fut décapité. Le bourreau qui lui trancha la tête, périt lui-même, dit-on, par la main d'un autre exécuteur, afin, dit *Brantôme*, qu'il ne pût se vanter d'avoir répandu un fi noble fang. Quelques hiftoriens prétendent que ce fut le pape *Clément IV* qui conseilla à *Charles* de se défaire de *Conradin*, par ces mots : *CONRADI* *vita*, *Caroli mors*; *CAROLI* *vita*, *Conradi mors* : « La vie de *Conradin* est la mort de *Charles* ; & la vie de *Charles* est la mort de *Conradin*. » Mais ce fait est très-faux, & quelque forts qu'on suppose les mécontentemens que la maison de Souabe avoit donnés aux prédécesseurs de *Clément*, il n'est pas probable que ce pontife, qui étoit de mœurs austères, eût porté si loin le ressentiment. D'ailleurs, suivant les meilleurs chronologistes, *Clément IV* étoit mort avant l'exécution de *Conradin*. Cependant il falloit que ce bruit populaire eût été accrédité ; car on lit encore aujourd'hui sur le tombeau de *Conradin*, une Epitaphe en vers latins, dont le sens est : « Hélas ! la prédiction du peuple ne s'est que trop accomplie, la vie de *CHARLES* ayant enfin été ta mort. Que les lois se taient, & que tout soit renversé, puisqu'un roi exerce un tel empire sur un autre roi. » Quelque temps après la mort de *Conradin*, les Allemands prétendirent qu'un jeune homme, nommé *Stock*, fils d'un maréchal, étoit *Conradin*, à la place duquel on avoit substitué un criminel sur l'échafaud de Naples. Mais *Stock* ne jugea pas à propos de soutenir long-temps un personnage si dangereux ; & de lui-même, il retourna, dit *Calmet*, à son enclume.
**CONRART**, (*Valentin*) — conseiller-fecrétaire du roi, né à Paris en 1603. L'Académie Françoise, dont il fut secrétaire perpétuel, le regarde comme son père. Ce fut dans sa maison que cette illustre compagnie se forma en 1629, & s'assembla jusqu'en 1634. *Conrart* contribuoit beaucoup à rendre ces assemblées agréables, par son goût, sa douceur & sa politesse. Aussi il a encore de la célébrité ; quoiqu'il n'eût jamais fait imprimer que son nom, suivant une mauvaise épigramme de *Linière*, & quoiqu'il ignorât le grec, & qu'il fut très-peu de latin. Ses *Lettres à Félibien*, Paris, 1681, in-12 ; son *Traité de l'action de l'Orateur*, Paris, 1657, in-12, qui a reparu en 1686, sous le nom de *Michel le Fauchier* ; ses *Extraits de Martial*, 2 vol. in-12, & quelques autres petits morceaux qui nous restent de lui, n'ont pas un grand mérite. Il mourut le 23 septembre 1675, à 72 ans. *Conrart* gouvernoit son bien sans avarice & sans prodigalité. Il étoit d'un caractère généreux, très-sensible à l'amitié ; & lorsqu'une fois on avoit la sienne, c'étoit pour toujours : si l'on pouvoit lui reprocher quelque chose à cet égard, c'étoit de trop excuser ses amis. Peu de personnes ont eu, comme lui, familié, la confiance & le secret de ce qu'il y avoit de plus grand dans tous les états du royaume, en hommes & en femmes. On le confultoit sur les plus grandes affaires; & comme il connoissoit le monde très-parfaitement, on avoit, dans ses lumières, une ressource assurée. Il gardoit inviolablement le secret des autres, & le sien; on ne pouvoit pourtant pas dire qu'il fût caché, & sa prudence n'avoit rien qui tint de la finesse. On l'accuoit d'être un peu opiniâtre. Il étoit Protestant, & il resta attaché à sa religion. On dit qu'il revoyoit les écrits du célèbre Claude, avant que ce ministre les publiait. Concaré étoit parent de Godeau, depuis évêque de Vence. Lorsque celui-ci venoit de la province, il logeoit chez lui; les gens-de-lettres s'y assembloient, pour entendre l'abbé faire la lecture de ses poésies: & voilà la premiere origine de l'académie. —
**CONRINGIUS**, (*Hermannus*) professeur de droit & de médecine à Helmstadt, né à Norden en Frise l'an 1606, mort le 12 décembre 1681, à 75 ans, fut consultée par plusieurs princes sur les affaires d'Allemagne & sur l'histoire moderne, qu'il possédoit parfaitement. On a de lui beaucoup d'ouvrages de jurisprudence & d'histoire. Les plus remarquables sont: I. *De finibus imperii Germani*, Francfort, 1693, in-4°. L'auteur y traite des droits de l'empire Germanique, sur les pays qui sont hors de l'enceinte de l'Allemagne. Il n'est pas toujours exact sur les faits. II. *De antiquitatibus Academicis Differtationes septem*. Ces differtations, réimprimées en 1739, in-4°, sont savantes & curieuses. III. *Opera Juridica*, *Politica & Philosophica*. IV. *De origine Juris* *Germanici*, &c. Sa passion pour l'Allemagne & sa crédulité lui ont fait avancer bien des choses au hasard, sur tout lorsqu'elles ont paru favorables à sa patrie. On a attribué à *Conringius* un discours, *De imperatore Romano-Germanico*, qui parut en 1642. On y prétend, que non-seulement les souverains d'Allemagne & de Lombardie n'ont jamais été soumis à l'empire Romain, mais que jusqu'à *Grégoire VII*, inclusivement, les empereurs confirmoient les papes sur leur siège. Le corps des ouvrages de *Conringius* a paru en 7 vol. in-fol., à Brunswick, 1730. Il étoit marié & avoit eu onze enfans.
**CONSCIENCIEUX**, *Vey.* KNUSEN.
**CONSENTES**, (Mythol) nom qu'on donnoit aux Dieux & aux Décesses du premier ordre. Ils étoient douze, savoir: *Jupiter*, *Neptune*, *Mars*, *Apollon*, *Mercure*, *Vulcain*, *Junon*, *Vesta*, *Minerve*, *Venus*, *Diane*, *Cérès*. Ces douze divinités présidoient aux douze mois de l'année. Chacune avoit un mois qui lui étoit assigné; & leurs douze statues, enrichies d'or, étoient élevées dans la grande place de Rome. On appelait leurs fêtes *Consentia*. **I. CONSTANCE**, (St.) magistrat de la ville de Trèves, souffrit le martyre dans le troisième siècle, sous *Ridicovarus*, préfet des Gaules. Ses restes, recueillis par *Félix*, évêque de Trèves, sont déposés dans une ancienne église de cette ville.
**II. CONSTANCE Ier**, surnommé *Chlore*, à cause de sa pâleur, fils d'*Europe* & père de *Constantin*, dut le jour à un seigneur distingué de la haute Mœsie, vers O 0 3 582 CON l'an 250. Connu de bonne heure pour un homme plein de vertu, de sagesse & de courage, il fut nommé César en 292, & mérita ce titre par ses victoires dans la Grande-Bretagne & dans la Germanie. Il répudia alors sa première femme, pour épouser Théodora, fille de Maximien-Hercule, collègue de Dioclétien. Devenu empereur par l'abdication de Dioclétien, il partagea l'empire avec Galère-Maximien en 305. Il s'attacha à faire des heureux, & y réussit. Les Chrétiens ne furent point tourmentés dans les pays de son obéissance. Il feignit de vouloir chasser de son palais, ceux de ses officiers qui ne renonceroient pas au Christianisme. Il y en eut quelques-uns qui sacrifièrent leur religion à leurs intérêts; & d'autres qui aimèrent mieux perdre leurs charges, que de trahir leur conscience. Il ne voulut plus voir les premiers, disant: « que des lâches qui avoient trahi leur Dieu, trahiroient bien plus aisément leur prince; » & il confia aux seconds sa personne & ses secrets, après les avoir comblés de bienfaits. Ce grand prince mourut à Yorck le 25 juillet 306, après avoir déclaré César son fils Constantin. Il eut de sa seconde femme, Jules-Constance, qui fut père de Julien dit l'Apostat, & de Gallus... « La valeur de Constance-Chlore, dit M. Thomas, n'ôta rien à son humanité. Empereur, il fut modeste & doux. Maître absolu, il donna, par ses vertus, des bornes à un pouvoir qui n'en avoit pas. Il n'eut point de trésor, parce qu'il vouloit que chacun de ses sujets en eût un. Les jours de fête, il empruntoit la vaisselle d'or & d'argent de ses amis, parce qu'il n'en avoit pas lui-même. Il fut humain en religion comme en politique; & tandis que les autres empereurs; ses collègues, persécutoient par une superstition inquiète & féroce, il ne fit ni dresser un échafaud, ni allumer un bûcher. »
III. CONSTANCE II. (Flavius-Julius-Constantius) second fils de Constantin le Grand, & de Fausta sa seconde femme, naquit à Sirmich l'an 317 de l'ère chrétienne. Il fut fait César en 323, & élu empereur en 337. Les soldats, pour assurer l'empire aux trois fils de Constantin, massacrèrent leurs oncles & leurs cousins, Voy. HANNIBALIEN, & tous les ministres de ce prince, à l'exception de Julien l'Apostat & de Gallus son frère. Quelques historiens ont soupçonné Constance d'avoir été l'auteur de cet horrible massacre, & St. Athanase le lui reproche ouvertement: d'autres prétendent qu'il ne fit que céder à la nécessité & à la violence. Après cette exécution barbare, les fils de Constantin se partagèrent l'empire. Constance eut l'Orient, la Thrace & la Grèce. Il marcha, l'an 338, contre les Perses, qui assiégeaient Nisihe, & qui, à son arrivée, levèrent le siège & se retirèrent sur leurs terres, après avoir été vaincus près de cette ville. Ces avantages furent de peu de durée. Les généraux Perses, vainqueurs à leur tour, millèrent en pièces ses armées, & remportèrent neuf victoires signalées. L'Occident n'étoit pas plus tranquille que l'Orient. Magnac, Germain d'origine, proclamé empereur à Au un par les soldats, & Vétranion, élu aussi vers le même temps à Sirmich dans la Pannonie, s'étoient partagés les états de Constantin le jeune & de Constantin. Constance leur frère marcha contre l'un & l'autre. Vétranion, abandonné de ses soldats, vint implorer la clémence de l'empereur, & en obtint des biens suffisans pour passer le reste de sa vie dans l'abondance. *Magnence*, vaincu à la bataille de Murfie, après une vigoureuse résistance, fut obligé de prendre la fuite. *Constance*, qui, pendant le fort de l'action, s'étoit retiré dans une église, voyant la campagne couverte de cadavres, pleura amèrement, & donna ordre d'avoir foin des blessés & d'enterrer les morts. *Magnence*, défait de nouveau dans les Gaules par les lieutenans de *Constance*, se donna la mort, pour ne pas tomber dans les mains du vainqueur. Ainsi, tout l'empire Romain, partagé entre les trois enfans de *Constance*, se vit alors réuni l'an 353 sous l'autorité d'un seul. *Constance*, n'ayant plus de rival à craindre, s'abandonna à toute la rage de son ressentiment. Il suffisait d'être soupçonné d'avoir pris le parti de *Magnence*, d'être dénonce par le plus vil délateur, pour être privé de ses biens, emprisonné, ou puni de mort. Quiconque passait pour riche, étoit nécessairement coupable. Trois ans après, en 356, *Constance* vint à Rome pour la première fois, y triompha, & s'y fit mépriser. On transporta, par ses ordres, l'obéissance que *Constantin* avoit tiré d'Héliopole en Egypte, & il fut dressé dans le Grand-Cirque. Les prosperités de *Julien*, alors vainqueur dans les Gaules, réveillèrent sa jalousie, sur-tout lorsqu'il apprit que l'armée lui avoit donné le titre d'Auguste. Il marchoit à grandes journées contre lui, lorsqu'il mourut à Mopfuette au pied du Mont-Taunus, le 7 novembre 361, à 45 ans, après en avoir règne 25. *Enquins*, Arlen lui donna le baptême quelques moments avant sa mort. Cette fêche avoit triomphé sous son règne, & la vérité & l'innocence furent opprimées. Ce prince ambitieux, jaloux, méfiant, gouverné par ses ennuques & ses courtisans, fut enfin dupe de ses soublesses; & s'il n'eût perdu la vie, dit un historien, il eût au moins perdu l'empire. Il n'héritait point du goût de son père pour les gens de-lettres. « Il se désioit, dit *Ammien - Marcellin*, de tous ceux qui montroient quelque talent extraordinaire, & qui sur-passaient les autres dans sa cour. » Non moins bizarre que despotique, il voulut entrer dans les disputes de l'Arianisme, chassa de leurs sièges les plus grands évêques, assembla synodes sur synodes : de sorte que le même *Ammien-Marcellin* dit plaisamment qu'il avoit ruiné les voitures publiques à force de faire voyager les chefs de l'Église. Le tableau fidèle que cet historien a tracé de son caractère, nous engage à l'insérer ici en l'abrégeant : Il commence par ses bonnes qualités. « *Constance*, dit-il, étoit avare dans la distribution des grandes charges. Il ne se permit que peu de changements dans l'administration des finances. Il ménageoit extrêmement le soldat. Appréciateur quelquefois scrupuleux du mérite, il n'accordoit, pour ainsi dire, que la balance à la main, les places du palais. Les premiers postes de la cour ne se donnoient ni brusquement, ni à des inconnus. On s'avoit d'avance qui feroit celui qui après dix ans de service remplit les places. Rarement un militaire passait-il à un emploi civil, & les soldats n'avoient pour chefs que des gens endurcis aux fatigues de la guerre. Il cultiva les sciences avec soin; mais son genie n'étoit pas fait pour la chétorique, & il reussit n'al dans les vers qu'il effaya de composer. 584 CON Sa vie tempérante & fobre, fa modération dans le boire & dans le manger conferva fa fanté. Il dormoit peu, lorsque les circonstances & la raifon l'exigeoient. Il fut chafte pendant toute fa vie, et ne laissa pas même soupçonner de dépravation dans fes mœurs; dépravation que la malignité fe plait, pour l'ordinaire, à attribuer aux grands. Semblable dans le refte aux princes médiocres, pour peu qu'il trouvât un prétexte d'accuser quelqu'un d'avoir afpiré au trône, il employoit indifféremment des moyens juftes ou injuftes pour s'en défaire. Il ordonnoit alors des enquêtes plus rigoureufes que les lois ne les permettent, établiffoit pour juges de ces affaires des hommes cruels, donnoit par la force des tortures, à des faits même douteux, un air de vérité, & prolongeoit dans les fupplices la mort des malheureux qu'on exécutoit. N'ayant point réuffi dans les guerres étrangères, il s'enorgueilliffoit de fes fucées dans les troubles civils, & érigea à grands frais des arcs de triomphe, chargés de l'hiftoire de fes exploits, ou plutôt des maux qu'il avoit faits. Les provinces furent écrafées fous le poids des impôts, & la rapacité des exauteurs des tributs augmenta encore la dureté de fon règne. Confondant la religion Chrétienne, qui eft simple & dégagée de fupertitions, avec des préjugés de vieille, il excita plufieurs difputes fur les myftères de cette doctrine, & les nourrit par un vain babil. "
IV. CONSTANCE DE NYSSE, général des armées Romaines, fous Honorius, qui lui fit époufer, en 417. Placidie fa fœur, & l'affocia à l'empire. Il vainquit Conflantin le jeune, Conflans, Géronce, Josin, chaffa les Goths des Gaules, & fit prifonnier le rebelle Attalus. Il ne pofféda la dignité impériale qu'environ fept mois. Il mourut en 421, regretté comme un guerrier & un politique, & comme le bouclier de l'empire. Valentinien III, fon fils, régna après lui dans l'Occident. V. CONSTANCE, (Conflantinus) né à Lyon, ami de Sidoine Apollinaire, fe fit prêtre, & a écrit la Vie de S. Germain d'Auxerre, inférée dans la collection de Surius. Son éloquence ramena le calme à Clermont, que les Goths avoient ravagé, & qu'ils vouloient entièrement détruire. Tillemont lui attribue la Vie de St. Juft, traduite par le Maître, & placée dans le Recueil des Vies des Pères du Defert.
VI. CONSTANCE-FALCON, étoit fils d'un cabaretier de Céphalonie, fuivant le chevalier de Forbin, ou d'un noble Venitien qui étoit fils du gouverneur de cette ifle, felon d'autres. Il devint, par fon efprit & fa politeffe, bacolon, c'eft-a-dire premier miniftre ou grand-vifir du royaume de Siam. Cet homme, né avec beaucoup d'ambition, & voulant introduire le Chriftianifme à Siam, détermina le roi, dout il étoit miniftre, à envoyer une ambaffade à Louis XIV. Il fit partir, par le confeil des Jéfuites, trois Siamois, avec de grands préfens pour le roi de France, a qui le roi de Siam rendoit cet hommage. Les envoyés devoient faire entendre que le prince Indien, charmé de la gloire du monarque François, ne vouloit faire de traité de commerce qu'avec fa nation, & qu'il n'étoit pas même éloigné de fe faire Chrétien. Les premiers envoyés périrent fur mer, en 1680; les feconds arrivèrent à Verfailles en 1684. La grandeur du roi flattée, & l'espérance de convertir les infidelles, l'engager à envoyer au roi de Siam deux ambaffadeurs, le chevalier de Chaumont & l'abbé de Choisi, avec six Jésuites. Ils furent magnifiquement reçus. Le roi de Siam promit de s'instruire de notre religion; mais ce ne fut qu'une vaine promesse. Quelques mandarins, à la tête desquels étoit Pitracha, fils de la nourrice du roi, ayant apperçu de la méfintelligence entre Constance, & des Fargues, général des troupes Françoises, voulurent en profiter pour chasser les François du pays, & se rendre maîtres des affaires. Constance périt dans les tourmens. Pitracha, chef d'une conspiration contre le monarque Siamois & son ministre, tint ce prince captif dans son palais, & monta sur le trône après sa mort, non sans soupçon d'avoir abrégé les jours de son maître. La femme de Constance fut d'abord sollicitée, par le fils de Pitracha, à entrer dans son sérail; mais l'ayant refusé, elle fut condamnée à servir dans la cuisine de l'usurpateur, qui lui confia depuis l'éducation de ses enfans. On a deux Vies de Constance: l'une par le Père d'Orléans, 1690, in-12, qui le peint comme un chrétien zélé & vertueux; l'autre par Deslandes, 1755, in-12, qui le représente comme un aventurier qui fut la victime de son ambition. De ces deux portraits si différens, on pourroit en faire un troisième, qui seroit peut-être plus ressemblant.
CONSTANCE, (l'impératrice) Voyet HENRI VI.
CONSTANCE DE PROVENCE, Voyet HENRI I. n° IX., & ROBERT, n° III. I. CONSTANT Ier, (Flavius-Julius-Constans) troisième fils de Conf- tantin le Grand & de Fausta, naquit en 320, & fut proclamé César en 333. Il eut l'Italie, l'Afrique, l'Illergie, au partage des états de son père; & les Gaules, l'Espagne & la Grande-Bretagne, après la mort de Constantin son frère, qui venoit de lui déclarer la guerre. Constans, maître de tout l'Occident, protégea la vérité contre les erreurs des Ariens. Les Hérétiques profitoient de la facilité de Constance pour persécuter les Catholiques; Constans lui écrivit que s'il ne rendoit pas justice à St. Athanase, il iroit lui-même à Alexandrie le rétablir, en chasser ses ennemis, & les punir comme ils méritoient. Il fit convoquer le concile de Sardique en 347, & s'efforça d'éteindre le schisme des Donanistes. Ce protecteur de l'Église périt d'une manière bien funeste. Magnence s'étant fait proclamer empereur en Afrique, le fit tuer à Elne dans les Pyrénées, l'an 350. Les Chrétiens ont beaucoup loué ce prince. Les Payens l'ont accusé des plus grands vices; mais, comme il se déclara contre ces derniers, leur témoignage doit paroitre suspect. Constans n'avoit que trente ans, lorsqu'il fut égorgé; il en avoit régné treize. Voyet CONSTANTIN III, à la fin.
II. CONSTANT II, empereur d'Orient, fils d'Héraclus Constantin & petit-fils d'Héraclus, fut mis à la place de son oncle Héracléonas, en 641. Les Monothélites l'avoient élevé; il les protégea & s'en laissa gouverner. Le Patriarche Paul, maître de son esprit, l'engagea à supprimer l'Ethèse, & à mettre en sa place le Type. C'étoit un édit, dans lequel, après avoir exposé les raisons pour & contre, on défendoit aux orthodoxes & aux hérétiques de disputer sur les 586 CON deux volontés de Jésus-Christ. Le pape Martin I, nouvellement élevé sur la chaire de Rome, condamna le Type, en 649, dans un concile. Constant, irrité contre Théodose son frère, à qui le peuple marquait beaucoup d'amitié, le força à se faire ou donner diacre, de peur qu'on ne l'élevât à l'empire; mais cette cérémonie ne le raffurant point, il le fit massacrer inhumainement. Les remords, fruits amers du crime, l'affaillirent aussitôt, & présentèrent sans relâche à son esprit égaré, l'image de Théodose, qui le poursuivit un calice à la main, en lui disant : Buvet, buvet, mon frère ! L'an 662, il passa en Italie, pour réduire les Lombards. Il entra, le 5 juillet 663, dans Rome, où il enleva tout ce qui servoit à décorer cette ville. Après l'avoir dépouillée de tout ce que la fureur & l'avarice des Barbares n'avoient pu enlever, il alla en Sicile y établir la cour. Aussi mauvais prince à Syracuse qu'à Rome, il ruina les peuples par ses exactions, & enleva des églises les trésors, les vases sacrés, & jusqu'aux ornemens des tombeaux, & fit partir les plus grands seigneurs dans les tourments. André, fils du parrice Troïse, le suivit un jour aux bains, sous prétexte de lui aider; il prit le vase avec lequel on versoit de l'eau, & lui en porta un coup si violent sur la tête, qu'il le renverfa mort, le 15 juillet 668, après 27 ans de règne. Odiens aux peuples, encore plus odieux à sa famille, persécuteur des Catholiques, personne ne pleura la mort de ce vran. Il eut tous les défauts, sans aucune vertu. Il vit, avec tranquillité, les Sarrafins conquérir ses états, s'emparés de l'Afrique & d'une partie de l'Asie, sans oser paroire à la tête de ses troupes.
III. CONSTANT, (Germain) juge-garde de la monnoie de Toulouse, publia, en 1657, à Paris, un savant Traité de la Cour des Monnoies & de l'étendue de sa Jurisdiction, un vol. infol. L'auteur avoit fouillé dans les archives publiques, dans les dépôts, dans les bibliothèques, dans plusieurs cabinets de savans.
IV. CONSTANT, (David) professeur de théologie dans l'académie de Lausanne, né en 1638, mort le 27 février 1733, à 95 ans, s'est fait connaître des savans par plusieurs ouvrages pleins d'érudition. Il étoit en commerce littéraire avec Daillé, Amyroult, Turretin, Bayle, Mestret. On a de lui : I. Des éditions de Florus, des Offices de Cicéron & des Colloques d'Érasme, enrichies de remarques choisies & judicieuses. II. Des Dissertations sur la femme de Loth, sur le buisson de Moïse, sur le Serpent d'airain, & sur le Passage de la Mer-Rouge. Ces dissertations, estimées pour le style & pour le fonds, sont en latin. III. Un Abrégé de Politique, dont on a une édition de 1687, fort augmentée. IV. Son Système de Morale Théologique, en vingt-cinq dissertations. — Il ne faut pas le confondre avec Jacques CONSTANT, mort en 1730, à Lausanne, où il exerçoit la médecine. On a de lui un livre assez médiocre, intitulé le Médecin, Chirurgien & Apothicaire charitable, Lyon, 1683, 3 vol. in-8°, & la Pharmacopée des Suisses, 1709, in-12. I. CONSTANTIA, (Flavia-Julia) fille aînée de l'empereur Constance-Chère & de Théodora, joignoit à une beauté régulière & à un esprit penetrant, un courage au-dessus de son sexe, & une vertu qui ne se déménit jamais. On croit qu'elle embrassa le Christianisme en 311, avec son frère *Constantin*, qui deux ans après lui fit épouser *Licinius*. Les deux beaux-frères s'étant brouilles irrécoccitablement, la guerre fut allumée pour savoir qui resteroit maître de l'empire. Le sort des armes fut funeste à *Licinius*. Après avoir été vaincu dans trois batailles rangées, il fut étranglé par ordre de *Constantin*. A peine *Constantia* avoit-elle achevé le temps du deuil de son époux, qu'elle perdit *Licinius* son fils unique, prince d'une grande espérance, & qui faisoit toute sa consolation. *Constantin* le sacrifia à la fureté de ses fils, & le fit mettre à mort à l'âge de douze ans. *Constantia* étouffa ses soupirs, & après la mort de sa mère *Hélène*, elle eut le plus grand ascendant sur l'esprit de son frère. Elle soutint à la cour les Ariens, dont elle avoit embrassé les erreurs à la persuasion d'*Eusebe*, évêque de Nicomédie, & mourut dans leur communion, vers 330.
II. CONSTANTIA, (*Flavia-Julia*) première femme de l'empereur *Gratien*, étoit fille posthume de *Constance II* & de *Fauvis*. Elle naquit en 362. Le tyran *Procope*, qui se disoit son parent, s'étant fait reconnoître empereur en 366, porta cet enfant illustre dans ses bras, pour s'attacher les soldats, à qui la mémoire de *Constance* étoit chère. *Constantia* étoit dans sa 13$^{e}$ année, lorsqu'elle quitta *Constantinople*, pour aller épouser *Gratien*, qui l'aima passionnément, & qui la perdit l'an 383. Elle n'avoit que vingt-un ans. I. CONSTANTIN, *Syrien*, fut élevé sur la chaire de Rome après la mort de *S'zinnius*, le 25 mai 708. Il gouverna faiblement l'Église, fit un voyage en Orient, où il fut reçu avec magnificence par l'empereur *Justinien*, & mourut le 9 avril 715. Ce pape illustra la tiare par son zèle & par ses vertus. *Grégoire II* fut son successeur.
II. CONSTANTIN-TIBÈRE, antipape, s'empara du saint-siège avant l'élection d'*Étienne III*, & le tint plus d'un an. Enfin, le 6 août 768, il fut chassé de l'église de Rome, condamné à perdre la vue, & enfermé dans un monastère.
III. CONSTANTIN, (*Flavius-Valerius-Constantinus*) dit le GRAND, fils de *Constance-Chlore* & d'*Hélène*, naquit à Naïse, ville de Dardanie, en 274. Lorsque *Dioclétien* associa son père à l'empire, il garda le fils auprès de lui, à cause des agrémens de sa figure, de la douceur de son caractère, & sur-tout de ses qualités militaires. Après que *Dioclétien* & *Maximien-Hercule* eurent abdiqué l'empire, *Galère*, jaloux de ce jeune prince, l'exposa à toutes sortes de dangers, pour se délivrer de lui. *Constantin* s'étant apperçu de son dessein, se fauva auprès de son père. L'ayant perdu peu après son arrivée, il fut déclaré empereur à sa place, le 25 juillet 306; mais *Galère* lui refusa le titre d'Auguste, & ne lui laissa que celui de César. Il hérita pourtant des pays qui avoient appartenu à son père, des Gaules, de l'Espagne, de l'Angleterre. Ses premiers exploits furent contre les Francs, qui alors ravageaient les Gaules. Il fait deux de leurs trois prisonniers; il passe le Rhin, les surprend & les taille en pièces. Ses armes se tournèrent bientôt contre *Maxence*, ligué contre lui avec *Maximin*. Comme il marchoit à la tête de son armée, pour aller en 588 CON Italie, on affure qu'il apperçut un peu après midi, une croix lumineuse, au-dessous du soleil, avec cette inscription: *In hoc signo vinces*: « C'est par ce signe que tu vaincras. » JÉSUS-CHRIST lui apparut, dit-on, la nuit suivante: il crut l'entendre, qui lui ditoit de se servir pour étendard, de cette colonne de lumière qui lui avoit apparu en forme de croix. A son réveil il donna des ordres pour faire cette enseigne, qui fut nommée le *Labarum*: elle figuroit une espèce de P, traverse par une ligne droite. Quelques jours après, le 28 octobre 312, ayant livré bataille proche les murailles de Rome, il défit les troupes de *maxence*, qui, obligé de prendre la fuite, se noya dans le Tibre. Le lendemain de sa victoire, *Constantin* entra en triomphateur dans Rome. Il fit sortir de prison tous ceux qui y étoient détenus par l'injustice de *Maxence*, & fit grâce à tous ceux qui avoient pris parti contre lui. Le sénat le déclara premier Auguste, & grand prêtre de *Jupiter*, quoiqu'il fût alors catéchumène: singularité que l'on remarque dans tous ses successeurs jusqu'à *Grotica*. L'année suivante 313 est remarquable par l'édit de *Constantin* & de *Licinius*, en faveur des Chrétiens. Ces princes donnoient la liberté de s'attacher à la religion qu'on croiroit la plus convenable, & ordonnoient de faire rentrer les Chrétiens dans la possession des biens qu'on leur avoit enlevés durant les persécutions. Il fut détendu non-seulement de les inquiéter, mais encore de les exclure des charges & des emplois publics. C'est depuis ce rescrit que l'on doit marquer les plus des persécutions, le triomphé du Christianisme, & la ruine de l'idolâtrie. *Licinius*, jaloux de la gloire de *Constantin*, conçut une haine implacable contre lui, & commença à persécuter les Chrétiens. Les deux empereurs prennent les armes; ils se rencontrent le 8 octobre 314, auprès de Cibales en Pannonie. Avant que de combattre, *Constantin*, environné des évêques & des prêtres, implora avec ferveur le secours du Dieu des Chrétiens. *Licinius*, s'adressant à ses devins & à ses magiciens, demanda la protection de ses Dieux. On en vint aux mains: le dernier fut vaincu, & contraint de prendre la fuite. Il envoya demander la paix au vainqueur, qui la lui accorda; mais la guerre se ralluma bientôt. *Licinius*, irrité de ce que *Constantin* avoit passé sur ses terres pour combattre les Goths, viola le traité de paix. *Constantin* remporta sur lui une victoire signalée près de Calcédoine, & poursuivit le vaincu, qui s'étoit sauvé à Nicomédie. Il l'atteignit, & le fit étrangler en 323. Par cette mort le vainqueur devint maître de l'Occident & de l'Orient. Il ne s'occupa plus qu'à assurer la tranquillité publique, & à faire fleurir la religion. Il abolit entièrement les lieux de débauche. Il voulut que tous les enfans des pauvres fussent nourris à ses dépens. Il permit d'affranchir les esclaves dans les églises, en présence des évêques & des pasteurs: cérémonie qui ne se faisoit autrefois qu'en présence des prêtres. Il permit, par un édit, de se plaindre de ses officiers, promettant d'entendre lui-même les dépositions, & de récompenser les accusateurs lorsque leurs plaintes seroient fondées. Telle avoit été jusqu'à lui la tyrannie des formules, que l'erreur dans une syllabe annulait un acte; il affranchit les testateurs de ce joug, & ordonna l'exécution de leurs dernières volontés, en quel- ques termes qu'elles fuffent conçues. Sous prétexte de zèle pour l'état, des particuliers vindicatifs, ou avides, en accufoient d'autres de pofféder des biens qui appartenoient au public, & une partie de l'amende leur étoit adjugée. *Constantin* proscrivit ces délations, & ne permit qu'aux avocats du fifc de veiller à fes intérêts. Les juges étoient dans l'ufage de condamner au fouet ou à la prifon, les contribuables, trop lents à payer les taxes; *Constantin* le leur défendit, fe bornant à mettre le délinquant fous la garde d'un foldat. Il baiffa d'un quart l'impôt fur les terres; & pour obtenir une répartition plus jufte, il fit faire un nouveau cadaftre. Le fifc confifquoit à fon profit le bien des criminels; *Constantin* exempta de la confifcation les biens de leurs femmes, & adoucit le fort de leurs enfans. La mort dans une prifon étant cruelle pour un innocent, difoit-il, & trop douce pour un coupable, il ordonna la prompte émiffion du jugement des prifonniers. Il défendit même les cachots mal fains, & les chaines qui bleffoient. Son principe étoit qu'il faut s'affurer de l'accufé, & non le faire fouffrir. Il permit aux infirmes, aux orphelins, aux veuves d'appeler à lui des fentences rendues par le juge du lieu, & défendit cet appel à ceux qui plaideroient contr'eux. Lorfqu'un homme mouroit, fes héritiers partageoient entr'eux fes efclaves: *Constantin* défendit que dans ce partage on féparât les maris des femmes, & les pères de leurs enfans. Depuis long-temps les divorces étoient fi faciles & fi communs parmi les Romains, que *Sénèque* difoit que les femmes de fon temps comptoient leurs années, non par les confuls, mais par le nombre de leurs maris. *Constantin*, fans prohiber abfolument le divorce, le rendit beaucoup plus difficile. Il permit non-feulement aux Chrétiens de bâtir des églifes, mais encore d'en prendre la dépenfe fur fes domaines. Au milieu des embarras du gouvernement & des travaux de la guerre, il penfa aux différends qui agitoient l'Églife. Il convoqua le concile d'Arles, pour faire finir le fchifme des Donatiftes. Un autre concile œcuménique, affemblé à Nicée en Bithynie, l'an 325, à fes frais, fut honoré de fa préfence. Il entra dans l'affemblée revêtu de la pourpre, demeura debout jufqu'à ce que les évêques l'euffent prié de s'affeoir, & baifa les plaies de ceux qui avoient confeffé la foi de J. C. pendant la perfécution de *Licinius*. Les Ariens, ourrés de ce qu'il s'étoit déclaré contre eux, jetèrent des pierres à fes flatures. Ses courtfans l'exhortèrent à s'en venger, lui difant qu'il avoit la face toute meurtrie; mais, ayant paffé fa main fur fon vifage, il dit en riant: *Je n'y fens aucun mal*; & ne voulut tirer aucune vengeance de ces infultes. *Constantin* avoit formé depuis quelque temps le projet de fonder une nouvelle ville, pour y établir le fêge de l'empire. « C'étoit bien mal connoître, dit l'abbé de *Mably*, les intérêts de l'empire, que de conftruire une nouvelle capitale, tandis qu'il étoit fi difficile de conferver l'ancienne! » Les fondemens en furent jetés, le 26 novembre 329, à Byzance dans la Thrace, fur le détroit de l'Hellefpont entre l'Europe & l'Asie. Cette ville avoit été prefque entièrement ruinée par l'empereur *Sévère*; *Constantin* la rétablit, en érendit l'enceinte, la décora de quantité de bâtimens, de places publiques, de fon- 590 CON taines, d'un cirque, d'un palais, & lui donna son nom, qu'elle conserve encore aujourd'hui. Voulant rendre sa nouvelle ville semblable en quelque chose à la première, il choisit un terrain coupé par sept éminences ou petites montagnes qu'il couvrit de maisons; ce qui rend cet emplacement un peu fatigant, parce qu'il faut souvent monter & descendre. On distingue deux parties dans cette ville : celle qui est en deçà du port, est l'ancienne Byzance, dont l'enceinte s'est conservée jusqu'à ce jour; celle qui est au-delà, est la ville de *Constantin*, dont le plan approche assez d'un triangle. La situation de cette ville, la plus grande de l'Europe, est en même temps la plus agréable & la plus avantageuse; car il semble que le canal des Dardanelles & celui de la Mer noire, aient été faits pour lui apporter les richesses des quatre parties du monde. Byzance devint la rivale de Rome, ou plutôt lui fit perdre tout son éclat; & l'Italie tomba dans le dernier abaissement. La misère la plus affreuse y régna, au milieu des maisons de plaisance & des palais à demi-ruinés, que les maîtres du monde y avoient autrefois élevés. Toutes les richesses passèrent en Orient; les peuples y porterent leurs tributs & leur commerce, & l'Occident fut en proie aux Barbares. Une suite encore plus fâcheuse de la transmigration de *Constantin*, ce fut de diviser l'empire. Les empereurs d'Orient, dans la crainte d'irriter les Barbares, & de les attirer sur leurs domaines, n'osèrent donner aucun secours à l'Occident. Ils lui fustitèrent même quelquefois des ennemis, & donnèrent une partie de leurs richesses aux Vandales & aux Goths, pour acquérir le droit de consumer l'au- tre dans les plaisirs. *Constantin* ne se borna donc pas à cette translation : il changea la constitution du gouvernement, divisa l'empire en quatre parties, sur lesquelles présidèrent quatre principaux gouverneurs, nommés préfets du prétoire. Ces quatre parties, confidérées ensemble, comprenent quatorze diocèses, dont chacun avoit un vicaire ou lieutenant, subordonné au préfet, qui résidait dans la capitale du diocèse. Les diocèses contenaient cent vingt provinces, régies chacune en particulier par un président, dont le séjour ordinaire étoit la plus considérable ville de la province. *Constantin*, après avoir affoibli Rome, frappa un autre coup sur les frontières. Il ôta les légions qui étoient sur les bords des grands fleuves, & les dispersa dans les provinces; ce qui produisit deux maux, dit un homme d'esprit; l'un, que les barrières furent ôtées; & l'autre, que les soldats vécurent & s'amollirent dans le cirque & sur les théâtres... La gloire que *Constantin* acquit par son zèle pour la religion chrétienne, fut tenue sur la fin de ses jours par la foiblesse qu'il eut de servir la fureur des Ariens contre leurs plus illustres adversaires. Séduit par *Eusebe* de Nicomédie, l'un des plus ardens fauteurs de l'Arianisme, il exila plusieurs évêques Catholiques. Il tomba malade peu après en 337, près de Nicomédie. Il demanda le baptême, & on le lui donna, avec les autres sacremens de l'église. Il mourut le 22 mai de la même année, jour de la Pentecôte, à 65 ans, après en avoir régné trente-un. *Constantin* avoit ordonné par son testament, que ses trois fils, *Constantin*, *Constance* & *Constant*, partageroient l'empire : autre faute que la postérité lui a reprochée. On peut y joindre le meurtre de *Crispe*, son fils du premier lit, que *Faués*, sa seconde femme, avoit faussement accusé d'avoir voulu la séduire ; sa lenteur a se faire initier dans les mystères de la religion ; le zèle mal-entendu qui le porta à se mêler trop souvent des affaires de l'église, & quelquefois contre ses vrais intérêts. « La religion, dit *Crevier*, ne réforme pas la nature, dans ceux qui se contentent d'en embraser les dogmes & les pratiques, sans en prendre l'esprit. L'attachement de *Constantin* au Christianisme, paroît dans les discours & dans les lettres qu'*Eusebe* rapporte de lui, très-dépendant des prospérités temporelles, que Dieu lui avoit accordées. Il y insiste souvent & fortement sur la punition visible des princes persécuteurs ; & l'on y remarque peu de traces des vertus intérieures, qui font l'ame de notre sainte religion. » On l'a accusé encore d'une ambition qui ne put souffrir de rival ; d'une prodigalité & d'une magnificence poussées trop loin. Il dépenseait l'argent du public à des bâtiments inutiles, & à enrichir des ministres, qui, loin de mériter le moindre bienfait, abusent de sa confiance, & en faisoient l'instrument de leurs passions. Des qualités plus grandes que ses défauts en ont caché une partie. Il étoit brave à la tête des armées, doux & affable envers ses sujets, l'amour de son peuple, la terreur des ennemis. L'empereur *Julien*, quoique neveu de *Constantin*, s'est trop acharné à peindre son oncle livré à la mollesse & noyé dans les délices. Un prince qui fut presque toujours en guerre, n'eut pas le loisir de s'endormir dans l'inaction & l'incurie. L'activité même ne manqua pas à ses dernières années. En 332, il fit la guerre avec succès contre les Goths, qui avoient déjà éprouvé sa vigueur & sa puissance. Ce peuple feroce ayant recommencé ses hostilités, il envoya contre eux son fils aîné, qui les vainquit en divers combats, & en fit périr près de cent mille par l'épée, par la faim, par la misère. *Constantin* profita de ses avantages en prince habile & modéré. Ayant abattu la fierté des Goths par la force & la terreur, il ne refusa pas d'entrer avec eux en négociation ; & comme cette nation étoit composée de plusieurs peuples, qui n'avoient pas tous pris part à la guerre, en traitant avec eux il suivit des plans différens. Il soumit à des conditions plus dures ceux qu'il avoit fallu vaincre : il exigea d'eux des ôtages, & entre autres, le fils de leur roi *Ariarie*. Les autres furent invités & engagés à reconnoître la majesté de l'empire sous le nom d'amis & d'alliés. Les fruits de cette victoire & de la paix qui la suivit, furent grands en même temps pour le vainqueur & pour les vaincus. *Constantin* s'affranchit du tribut honteux que ses prédécesseurs avoient payé à ces Barbares, & il assura sa frontière du côté du Danube. Les Goths, par un commerce plus étroit avec les Romains, commencèrent à adoucir leurs mœurs sauvages & à devenir des hommes. Les Sarmates donnèrent aussi dans ce même temps de l'exercice aux armes de *Constantin*. C'étoit pour eux qu'il avoit entrepris la guerre contre les Goths. Peu reconnoissant de ce bienfait, les Sarmates osèrent faire des courses sur les terres Romaines ; mais *Constantin* les força de rentrer dans le devoir. Deux ans après, ils furent réduits, par une aventure singulière, à venir, 592 CON non plus ravager les terres de l'empire, mais à y chercher un asile. La guerre s'étant rallumée entr'eux & les Goths, ils s'avièrent d'une ressource qui fut prise que le mal. Ils armèrent leurs esclaves; & ceux-ci, qui étoient en plus grand nombre que les maîtres, se voyant la force en main, les chassèrent du pays. Les Sarmates, au nombre de 300 mille, hommes, femmes & enfans, se réfugièrent dans les états de Constantin, & implorèrent sa bienfaisance. L'empereur les reçut avec bonté : il enrôla dans ses troupes ceux d'entr'eux qui étoient en état de servir, & il assura aux autres la subsistance, en leur donnant des terres à cultiver dans la Thrace, dans la petite Scythie, dans la Macédoine, & jusqu'en Italie. Constantin étoit si peu amoïli, il conserva si bien jusqu'à la fin l'humeur guerrière, qu'âge de plus de soixante ans, il se préparoit à marcher à la tête de ses armées contre les Perses, lorsqu'il fut attaqué de la maladie dont il mourut. Au goût des armes, il joignit celui des lettres; il les favorisait par des bienfaits & des distinctions. Un jour qu'il devoit assister à une harangue de parade, ses courtifans lui proposèrent à la place une partie de plaisir. Vos prières sont inutiles, lui répondit Constantin, rien n'excite autant les hommes de génie à bien faire, que quand ils savent que le prince lira ou entendra leurs ouvrages. Il lisait beaucoup; il écrivait lui-même presque toutes ses lettres. On voit dans E. s. les plusieurs preuves de son savoir. Il composa & prêcha plusieurs sermons. On en a encore un, intitulé : Discours à l'assemblée des Saints, prêché à Constantinople pour la fête de Pâques. Plusieurs Martyrologes de différentes églises d'Occident, qui l'ont honoré depuis long-temps comme un saint, marquent sa fête le 22 mai. Les Grecs & les Moscovites la célèbrent encore le vingt-un du même mois. Les philosophes modernes s'étonnent que l'Église ait fait un saint d'un prince, dont la conversion ne leur a pas paru sincère. Gibbon, qui n'est pas suspect pour eux, ne pense pas de même dans son Histoire de la décadence de l'Empire Romain. « Les philosophes de ce siècle, dit-il, n'hésiteront point à prononcer que les desseins ambitieux de Constantin, le guideront seuls dans le choix d'une religion; & que, selon l'expression d'un poète profane, il fit servir les autels de marche-pied au trône de l'empire. Ce jugement hardi & abfolu, n'est pas justifié par la connoissance que nous avons du cœur humain, du caractère de Constantin, & de la foi Chrétienne. Dans les temps de ferveur religieuse, on observe communément que les plus habiles politiques éprouvent une partie de l'enthousiasme qu'ils tâchent d'inspirer. Constantin aimoit à se croire envoyé du ciel, pour régner sur la terre. Cette idée flattit sa vanité. Le succès de ses armes avoit justifié son titre divin; & ce titre étoit fondé sur la vérité de la révélation chrétienne. Comme on voit souvent germer la vertu au milieu des applaudissemens précoces qui l'ont fait naître; de même la piété apparente de Constantin, en supposant qu'elle ne fût d'abord qu'apparente, peut avoir pris de profondes racines dans son cœur, & s'être changée en une dévotion fervente & sincère. Les évêques & les prédicateurs de la secte nouvelle, dans les mœurs & le costume semblaient peu propres à l'ornement d'une cour, étoient admis admis à la table de l'empereur. Sans cesse avec leur souverain, dont ils avoient évalué la pénétration, ces habiles maîtres de controverse pouvoient guetter l'instant favorable, & employer à la persuasion des arguments convenables à son caractère, & proportionnés à son intelligence... Il n'est point du tout incroyable qu'un soldat ignorant ait adopté une opinion fondée sur les preuves qui, dans un siècle plus éclairé, ont satisfait & subjugué la raison d'un *Grotius*, d'un *Locke*, d'un *Pascal*. « On croit ne devoir point parler de la prétendue donation que ce prince fit au pape St. Sylvestre, de la ville de Rome & de plusieurs provinces d'Italie. On connoit la réponse ingénieuse de Jérôme Donato, ambassadeur de Venise, au pape Jules II, qui lui demandait le titre des droits de sa république sur le Golfe Adriatique : *Votre Sainteté trouvera la concession de la Mer Adriatique*, dit-il à ce pontife, au dos de l'original de la donation que Constantin a faite au pape Sylvestre, de la ville de Rome & des autres terres de l'État Ecclésiastique. Il étoit dangereux, dans les siècles d'ignorance, de rejeter cette donation, séprouvée depuis long-temps par tous les savans, par ceux-même d'Italie. Ceux qui la nioient furent sévèrement châtés à Rome & dans d'autres villes. On assure même qu'en 1478, il y eut des hommes condamnés au feu à Strasbourg, pour l'avoir combattue trop ouvertement. Cette erreur historique vient, selon quelques savans, de ce que dans les temps d'ignorance, on confondit les donations de *Pepin*, avec la permission accordée aux églises par *Constantin*, d'acquérir des places & des fonds de terre. *Constantin* avoit eu de *Minervina*, sa première femme, le prince *Crisse*. Il eut de l'impératrice *Fautis*, *Constantin* le jeune, *Constance* & *Constant*; & ceux princefies, *Constantine*, femme de *Hanniksen* & ensuite de *Constantius-Gallus*, & *Hélène*, femme de *Julien*. *Voyez* la *Vie du Grand Constantin*, par D. de *Varennes*, Paris, 1728, in -4.º
IV. CONSTANTIN II, dit le JEUNE, (*Flavius-Julius-Constantinus*) fils ainé du précédent, naquit à Arles en 316. Après la mort de son père, il eut en partage les Gaules, l'Espagne & la Grande-Bretagne. S'étant imaginé que la partie de l'empire que possédoit son frère *Constant*, étoit plus considérable que la sienne, il marcha contre lui. Les troupes ennemies lui dressèrent des embûches : il y tomba, fut défait & tué près d'Aquilée, en 340, à 25 ans. Son corps fut jeté dans la rivière d'Alfe, aujourd'hui Anfa, d'où on le retira pour lui ériger un tombeau à Constantinople auprès de celui de son père. Son ambition, sa mauvaise foi & son imprudence indignèrent ceux que ses victoires remportées sur les Sarmates, les Goths & les Francs, son zèle pour la foi catholique & sa douceur envers ses sujets, avoient prévenus en sa faveur.
CONSTANTIN, *Voyez* HÉRACLIEN.
CONSTANTIN-TIBÈRE, *Voyez* ce dernier mot, n° II.
CONSTANTIN, fils de Léon IV, *Voyez* TRÉODORE STUDITE. V. CONSTANTIN III, fut surnommé *Pogonat*, c'est-à-dire *Barbu* : parce que, lorsqu'il partit de Constantinople pour aller combattre le rebelle *Migii*, il n'avait point de barbe, & qu'elle lui étoit venue lorsqu'il reparut. Il étoit fils de *Constant II*. Après avoir puni ce *Mijji*, il fut couronné empereur au milieu des acclamations du peuple, en 668. Quelque temps après, en 672, les Sarrafins vinrent avec de nombreux vaisseaux pour affiéger Constantinople : *Constantin* instruit de leur dessein, rassembla sa flotte, leur livra bataille & les vainquit. Ces barbares ne purent résister aux vents qui leur étoient contraires, aux efforts des Romains, qui étoient animés par la présence de leur empereur, & à l'adresse du fameux *Callinique*, qui inventa un artifice dont l'eau n'éteignoit point le feu. Lorsque le combat étoit prêt à commencer, l'ingénieur envoyoit des plongeurs mettre le feu sous les vaisseaux des Sarrafins; & quelque chose qu'on fit pour l'éteindre, il n'étoit pas possible d'y réussir : c'est ce qu'on a appelé *le feu Grégois*. Les Sarrafins revinrent sept ans consécutifs, & toujours inutilement. Enfin, ils demandèrent la paix; mais *Constantin* ne la leur accorda que sous la promesse d'un tribut. Après avoir pacifié l'état, il voulut pacifier l'église : il fit assembler le sixième concile général de Constantinople, en 681. Il y présida, & fit condamner les Monothélites. Ce zèle lui donne une place dans les Annales ecclésiastiques; mais le meurtre de ses deux frères, *Tibère* & *Héraelius*, le rendit odieux à son flocle & à la postérité. Quelques séduisants dirent publiquement qu'il falloit trois empereurs, & que *Constantin* devoit partager la puissance souveraine avec *Tibère* & *Héraelius*. Par les ordres de *Constantin*, les auteurs de ce discours furent pendus, & ses frères furent secrètement mis à mort, après qu'on leur eut coupé le nez. Il mourut l'année d'après, 685, ayant 17 ans de règne. Prince trop ambitieux, mais vaillant, il se fit respecter au dehors par ses armes, craindre & aimer au dedans par une sévérité ménagée. *Voyet* MOAVIAS. — Il ne faut pas le confondre avec le tyran *Constantin III*, simple soldat, qui se fit déclarer empereur dans la Grande-Bretagne, sous le règne d'*Honorius*, en 409, & qui s'étant retiré dans les Gaules, fut affilée dans la ville d'Arles, pris & décapité. Son nom qui lui paroissait d'un heureux augure, fut cause en partie de son usurpation. Ce rebelle avoit un fils nommé *CONSTANT*, qu'il tira du cloître pour l'envoyer en Espagne avec la qualité de César. *Constant*, dit le Père *Longueval*, quitta le froc pour prendre la pourpre & une femme : deux tentations puissantes qui ont fait beaucoup d'apostats. Il fournit l'Espagne, & fut déclaré Auguste. Mais la fortune ne lui fut pas plus long-temps fidèle qu'il ne l'avoit été à son Dieu : il fut tué peu de temps après.
VI. CONSTANTIN, IV. *Corponyme*, (ainsi appelé parce qu'il fait les fœufs baptismaux lorsqu'on le baptisoit,) naquit à Constantinople en 719, de *Léon l'Isaurin* & de *Marie*. Il succéda à son père le 18 juin 741, & enchérît sur sa fureur contre les images des Saints : il les foula aux pieds, jeta leurs reliques au feu ; fit périr des évêques, des ecclésiastiques, des religieux, désespeurs des choses que cet impie profanoit : il fit couper le nez aux uns, crever les yeux aux autres, & teignit toutes les villes de son empire, du sang de ces illustres martyrs. Les Bulgares, inquiètes par cet Empereur, l'inquiétèrent à leur tour. Il marchoit contreux, lorsqu'il fut attaqué du charbon qui l'emporta en 775, après un règne de 34 ans. Il fut enterré dans l'église des Apôtres. L'empereur Michel III, qui le mettoit au rang des Néron & des Caligula, le fit exhumer cent ans après, ordonna de brûler le cadavre & de détruire le tombeau de ce monstre, qui avoit été de son vivant également haï de ses sujets & méprisé de ses ennemis. Ce fut sous son règne, en 763, qu'il y eut un fi grand froid en automne, que le Bosphore & le Pont - Euxin furent glacés dans l'espace de 60 lieues, depuis la Propontide ou la mer de Marmara, jusqu'aux environs des embouchures du Danube. La glace avoit en plusieurs endroits trente coudées de profondeur; elle fut couverte de neige à une pareille hauteur. Au dégel, les masses de glace, entassées les unes sur les autres comme des montagnes, poussées par un vent furieux, ébranlèrent les murailles des villes, & manquèrent de renverser la citadelle de Constantinople.
VII. CONSTANTIN VII, Porphyrogénèse, fils de Léon le Sage; né à Constantinople, en 905, monta sur le trône à l'âge de sept ans, sous la tutelle de sa mère Zoé; le 11 juin 911. Lorsqu'il eut en main les rênes du gouvernement, il châtia quelques tyrans en Italie, prit Bénévent sur les Lombards, éloigna à force d'argent les Turcs qui pilloient les frontières de l'Épire; mais il se laissa gouverner ensuite par Hélène sa femme, fille de Romain Lécapène, grand amiral de l'empire. Elle vendit les dignités de l'église & de l'état, accabla le peuple d'impôts, le fit gémir sous l'oppression; tandis que son époux employoit tout son temps à lire, & devenoit aussi habile architecte & aussi grand peintre que mauvais empereur. Romain, fils de ce prince indolent & d'Hélène, impatient de régner, fit mettre du poison dans une médecine destinée pour lui; mais Constantin en ayant rejeté la plus grande partie, ne mourut qu'un an après, le 9 novembre 959, à 54 ans, après un règne de 48. Ce prince, ami des sciences & des savans, laissa plusieurs ouvrages qui auroient fait honneur à un particulier, mais pour lesquels un prince n'auroit pas dû négliger les affaires de son empire. Les principaux sont : I. La Vie de l'empereur Basile le Macédenien; son aïeul, insérée dans le recueil d'Allactius. Elle manque quelquefois de vérité, & sent trop le panégyrique. II. Deux livres de Thèmes; c'est-à-dire des positions des provinces & des villes de l'empire; publiés par le Père Banduri dans l'Imperium Orientale, à Leipzig 1754, in-fol. On a peu d'ouvrages aussi importants pour la géographie du moyen âge; mais il n'en faut croire l'auteur, que sur ce qu'il dit de l'état des lieux tel qu'il étoit de son temps; il est plein de fautes grossières dans tout le reste. III. Un Traité des affaires de l'Empire; dans l'ouvrage cité du Père Banduri. Il y fait connoître l'origine de divers peuples, leur puissance, leurs progrès, leurs alliances, leurs révolutions, & la fuite des princes qui les ont gouvernés. Il renferme d'autres avis intéressants. IV. De re rustica, Cambridge, 1704, in-8.º On prétend que ce traité appartient plutôt à Cassianus Bassius, avocat de Constantinople. V. Excerpta ex Polybio; Diodoro Siculo, Gc. Gc. Paris P p 2 596 CON 1634, in - 4.º VI. *Excerpta de Legatis, grec. & lat.*, 1648, in-fol., qui fait partie de la Byzantine. VII. *De Caremoniis aula Byzantina*, à Leipzig, 1751, in-fol. VIII. *Une Tactique*, in 8.º
CONSTANTIN MONOMAQUE, *Voyer* II. *Zoé*.
VIII. CONSTANTIN - DRA-GASÈS, quinzième du nom, fils de *Manuel - Paléologue*, naquit en 1403. Il fut mis sur le trône de Constantinople par le fultan *Amurat* en 1448. *Mahomet II*, fuscesseur d'*Amurat*, ayant eu des mécontentemens de l'empereur, vint affléger Constantinople par mer & par terre. Son armée étoit de trois cent mille hommes, & sa flotte de quatre cents galères à trois rangs. Les Grecs n'avoient que sept mille hommes en état de porter les armes, & treize galères. Constantinople, après un siége de 58 jours, fut emporté le 29 mai 1453. *Constantin*, voyant les Turcs entrer par les brèches, se jette, l'épée à la main, à travers les ennemis. Il voit tomber à ses côtés les capitaines qui le fuivoient; tout couvert de fang, & resté seul, il s'écrie: *Ne se trouvera-t-il pas un Chrétien qui m'ose le peu de vie qui me reste!* A l'inflant un Turc lui décharge un coup de fabre sur la tête; un autre lui en porte un second, fous lequel il expira, à l'âge de 50 ans. Une mort aussi glorieuse est le plus bel éloge. Ce prince, véritablement grand, magnanime, religieux, étoit digne d'un meilleur fort. Les enfants & les femmes qui restioient de la maison impériale, furent massacrés par les soldats, ou réservés pour assouvir la lubricité du vainqueur. Telle fut la fin de l'empire de Constantinople l'an 1123, depuis la fondation par le grand *Constantin*. — *Dragasès* avoit un frère, nommé Thomas *Paléologue*, dont la fille Sophie fut mariée à Jean *Basilide*, prince de Mofcovie.
IX. CONSTANTIN II, roi d'Écosse, se mit à la tête d'une armée pour repousser les Danois qui venoient ravager ses états. Il furtit leur chef *Hubba*, & le mit en fuite. La victoire l'abandonna quelque temps après; & il fut tué dans une bataille près du bourg de Cararia, en 874. Son corps fut transporté dans l'isle de Jena, où on lui donna la sépulture. L'église l'a honoré depuis comme un saint. X. CONSTANTIN, surnommé l'*Afileain*, parce qu'il étoit originaire de Carthage, étoit membre du collège de Salerne. Il florissoit vers l'an 1070. La jalouise de ses concitoyens l'obligea de se réjugier en Sicile, où il prit l'habit de bénédictin. *Constantin* fut un des plus grands compilateurs en médecine, & il semble avoir été le premier qui ait introduit en Italie la médecine Grecque & Arabe. Ses *Outrages* furent publiés à Basle en 1536, in-fol.
XI. CONSTANTIN, (Manafsès) historien Grec, florissoit vers l'an 1150, fous l'empereur *Manuel Comnène*. Il écrivit, en vers grecs, un *Abrégé de l'Histoire*, traduit en latin par *Lusclavius*, & imprimé au Louvre, en 1655, in-fol.: il fait partie de la *Byzantine*. C'est proprement une *Chronique*, depuis *Adam* jusqu'à *Alexis Comnène*. Elle a tout les défauts du siècle de l'auteur, la grossièreté du style & une forte crédulité. On a encore de lui les *Amours d'Arißandre* & de *Callithée*, dont on lit des fragmens dans les *Antedota Graea* de M. *Villofon*, *Venus*, 1781, 2 vol. in-4.º
XII. CONSTANTIN, (Robert) docteur en médecine, & professeur de belles-lettres en l'université de Caen sa patrie, vécut, suivant le président de Thou, jusqu'à 103 ans. Une vieille fié avancée ne diminua ni les facultés de son corps, ni celles de son âme. Il mourus d'une pleuréfie le 27 septembre 1605. On lui doit : I. Lexicon Graco-Latinum, 2 vol. in-fol., Genève, 1592. Henri Étienne avoit rangé, dans le sien, les mots grecs sous leurs racines; Constantin les a mis dans l'ordre alphabétique. Cette méthode plus commode lui fit donner par quelques-uns la préférence sur celui d'Étienne, qui lui est d'ailleurs très-supérieur. II. Trois livres d'Antiquités Grecques & Latines. III. Thesaurus rerum & verborum utriusque linguae. IV. Supplementum lingua Latinae, seu Dictionarium abstrusorum vocabulorum, &c. Genève, 1573, in-4.º Il avoit été domestique ou plutôt pensionnaire & disciple de Jules Scaliger; & il publia après la mort de ce savant, une partie de ses Commentaires sur Théophrasle : à Lyon, 1584, in-4.º Joseph Scaliger, fils de Jules, jaloux de la confiance que son père avoit pour Constantin, conçut une haine violente contre lui. Il le déchira avec acharnement. Il le traita de faux, d'impudent, & d'âne dans l'intelligence des anciens auteurs : mais ces injures ne firent tort qu'à celui qui les vomissoit. Au reste, le P. Nicéron doute que Constantin soit parvenu à l'âge de 103 ans; & l'on peut voir ses raisons dans le tome 27e de ses Mémoires, page 247.
CONSTANTINE, (Flavia-Julia-Constantina) fille aînée de l'empereur Constantin & de Fausta, fut mariée l'an 335, par son père à Hannibalien, tué quelque temps après; puis donnée, l'an 351, par son frère Constance, à Gallus son cousin, qui reçut, à l'occasion de ce mariage, le titre de César. Cette princesse, fière, avare & inhumaine, abusant du caractère dur & borné de son époux, lui fit commettre des injustices criantes & des cruautés sans nombre; elle le précipita de crime en crime, jusqu'à vouloir usurper l'empire. Mais Constance, instruit de l'attentat de Gallus, lui fit perdre l'espérance de la couronne avec la vie, l'an 354; & Constantine ne se déroba au même châtiment, que parce qu'elle croit morte, peu de temps auparavant, après une maladie de quelques jours, occasionnée par un excès de fatigue.
CONSTANTINI, (Angelo), né à Vérone, se distingua par ses succès à la Comédie italienne. Il y débuta, en 1682, & joua les rôles d'arlequin, lorsque le célèbre Dominique ne les remplissait pas. Bientôt, Constantini s'apercevant qu'il lui falloit un rôle propre, en imagina un singulier & grotesque, sous le nom de Meccelin, qui est toujours le personnage d'un aventurier. Le théâtre italien ayant été supprimé, en 1697, Constantini passa au service d'Angelo, électeur de Saxe & roi de Pologne, qui, charmé de ses talens, lui fit expédier un brevet de noble, & de son Camérier intime. Constantini eut l'imprudence d'offrir ses vœux à la maîtresse du roi, qui l'ayant entendu, faillit à lui abattre la tête d'un coup de fâbre. L'acteur se mit à fuir; mais le roi le fit arrêter & conduire au château de Konigstein, où il resta plus de vingt ans. Au bout d'une aussi longue détention, il P p 3 598 CON obtient sa liberté, revint à Paris, & reparut sur le théâtre en 1728. Cet artiste a été peint en 1689, par de Troy, & gravé par Ver- metrien. La Fontaine composa ces six vers, que l'on lit au bas de l'estampe : Ici, de Mezzetin, rare & nouveau Prothée, La figure est représentée ; La nature l'ayant pourvu Des dons de sa métamorphose, Qui ne le voit pas, n'a rien vu ; Qui le voit, a vu toute chose. Gac en le satirique, dit, en lisant ces vers, qu'un discours si flatteur, n'étoit qu'un Conte de la Fontaine. Constanini retourna à Vérone sa patrie, sur la fin de ses jours, & y mourut en 1729.
CONSUS, ( Mythol. ) dieu des conseils. Les Romains lui avoient élevé un autel, sous un petit toit, dans le Grand-Cirque, à l'extrémité de la lice. Ce petit temple étoit enfoncé de la moitié en terre, pour montrer que les conseils doivent être secrets. On y célébrait des fêtes magnifiques en son honneur, le 22 août de chaque année, pendant lesquelles les chevaux & les mulets ne tra- vailloient pas, & étoient cou- ronnés de fleurs. On prétendoit que ce dieu avoit conseillé à Romulus d'enlever les Sabines.
CONTANT, ( Pierre ) né à Ivri-sur-Seine en 1698, mort à Paris en 1777, fut le disciple de Watteau pour le dessin, & de Dulin pour l'architecture. Il fit de si grands progrès dans ce dernier art, qu'il fut reçu de l'académie à 28 ans. Les écuries de Bissy, où il pratiqua le premier ces voûtes en brique, si hardies; l'église de Penthemont, celle de Condé en Flandre, celle de Saint-Waast d'Arras, celle de la Magdeleine à Paris; l'amphithéâtre de Saint- Cloud & le Belvédère, l'hôtel du gouvernement à Lille, le Palais royal, ont été élevés par lui ou sur ses dessins. Il a laissé un vol. in-fol., gravé, de ses procédés d'architecture. Dulin, qui avoit épousé sa fille unique, a soutenu la réputation de son beau-père.
II. CONTANT DE LA MOLLETTE, ( Philippe du ) né dans le Dauphiné, mort en 1793, embrassa l'état ecclésiastique, & s'est distingué par son érudition. On lui doit les ouvrages suivans : I. Thèses sur l'Écriture sainte, sou- tenues en Sorbonne, en six langues, 1765, in-4.º II. Essai sur l'Écriture sainte, 1775, in-12. III. Nouvelle Méthode pour entrer dans le vrai sens de l'Écriture sainte, 1777, deux vol. in-12. IV. La Genèse, ex- pliquée d'après les textes primitifs, 1777, 3 vol. in-12. V. L'Exode expliquée, &c. 1780, 3 vol. in-12. VI. Les Pseaumes expliqués, &c. 1781, 3 vol. in-12. VII. Traité sur la Poésie & la Musique des Hébreux, 1781, in-12. VIII. Le Lévitique expliqué, 1785, in-12. I. CONTARINI, ( Gaspard ) na- quit en 1483. Il étoit de l'ancienne famille des Contarini de Venise, féconde en hommes illustres dans les armes & dans les lettres, & fut ambassadeur de la république anprés de l'empereur Charles-Quint. Il s'acquitta si bien de sa commis- sion, qu'à son retour, il eut un gouvernement considérable. Il ne le servit pas moins utilement en plusieurs autres occasions impor- tantes. Paul III l'honora de la pourpre Romaine, en 1535, & l'envoya légat en Allemagne, en 1541, & l'année d'après à Bou- logne, où il mourut, âgé de 59 ans. Sa dernière maladie fut une fièvre qu'il gagna, pour avoir soupé, un jour d'été, dans un Salon où l'air frais se faisoit trop sentir. On lui doit plusieurs Traités de philosophie, de théologie & de politique, imprimés à Paris en 1571, in-fol. Il écrivait en latin avec beaucoup de politesse & de netteté; mais il étoit plus profond dans la philosophie que dans la théologie. Ses principaux ouvrages font : I. Un Traité de l'immortalité de l'Ame, contre Pomponace son maître. II. Un Traité des Sacremens, qui est plutôt une belle instruction qu'un ouvrage de controverse. III. Des Scholies sur les Épîtres de Saint Paul, excellentes pour l'explication du sens littéral. IV. Une Somme des Conciles, qui n'est qu'une histoire abrégée; mais elle est bonne dans son genre. V. Différens Traités de Controverse contre Luther, dans lesquels il désapprouve les sentimens de St. Augustin sur la prédestination. Il conseille sagement aux prédicateurs, obligés de parler sur cette matière, de le faire rarement, avec beaucoup de réserve, & de recourir toujours à la hauteur des jugemens de Dieu, plutôt que de discuter les vaines idées des hommes. VI. Deux livres Du devoir des Évêques, très-utiles pour la conduite des premiers pasteurs. VII. Un Traité, en latin, du gouvernement de Venise. Jean Charrier en fit imprimer la traduction à Paris, en 1544, in-8. Ce n'est qu'une description des anciennes magistratures & des tribunaux de Venise; mais l'auteur, comme Vénitien, n'avoit garde d'en expliquer le gouvernement.
II. CONTARINI, (Vincent) professeur d'éloquence à Padoue, mort à Venise, sa patrie, en 1617, à 40 ans, cultiva, comme Muret son ami, les belles-lettres, avec beaucoup d'application & de succès. Parmi les divers ouvrages qu'il a laissés, on estime sur-tout son traité De re frumentaria, celui De militari Romanorum stipendio : Venise 1609, in-4°, tous deux contre Juste-Lipse; & ses Varia Lectiones, Venise 1606, in-4°, qui renferment de savantes remarcques.
CONTE, (Antoine le) Concius, natif de Noyon, mort à Bourges en 1586, professa le droit, avec réputation, à Bourges & à Orléans. Il écrivit contre Duaren & Hotman. Ses Œuvres ont été imprimées en un vol. in-4. Le public leur fit, dans le temps, un accueil assez favorable.
CONTENSON, (Vincent) né à Auvillars dans le diocèse de Condom, en 1640, dominicain en 1657, mort à Creil, au diocèse de Beauvais, en 1674, à 34 ans, se distingua dans son ordre par ses talens pour la théologie & pour la prédication. On a de lui une théologie intitulée : Theologia mentis & cordis, en 9 vol. in-12, & 2 vol. in-fol. L'auteur a corrigé la sécheresse des scolastiques, en faisant un choix de tout ce que les Pères ont écrit de plus beau & de plus solide, & en joignant le dogme à la morale. I. CONTI, (Armand de BOURGON, prince de) fils de Henri II du nom, prince de Condé, fut chef de la branche de CONTI. Il naquit à Paris l'an 1629. Son père l'ayant destiné à l'état ecclésialique, il eut les abbayes de Saint-Denys, de Cluni, de Lérina & de Molème. Après la mort de son père, il quitta l'église pour P P 4 600 CON les armes. Il se jeta dans les intrigues de la Fronde, par inclination pour la ducheffe de Longueville, & en fut fait généralissime. On l'opposa à son frère, le grand Condé, qui défendoit alors la reine & le cardinal Maçarin. Ils se réunirent ensuite, l'un & l'autre, contre cette princeffe & contre son ministre. Conti fut arrêté & conduit à Vincennes avec son frère, & n'en sortit que pour époufer une des nieces du cardinal, auquel il avoit fait la guerre. Ce mariage le mit dans la plus haute faveur. Il fut fait gouverneur de Guienne, en 1654, puis général des armées en Catalogne, où il prit quelques villes; enfin grand-maître de la maison du roi, & gouverneur du Languedoc, en 1662. Il mourut quatre ans après à Vézenas, dans de grands sentimens de religion, que lui avoit inspirés sa vertueuse épouse, Marie Martinotte. On a de lui, un Traité de la Comédie & des Spectacles, selon la tradition de l'Eglise. (Voyez I. VOISIN). Il n'avoit pas toujours pensé de même sur les spectacles. (Voyez MOLIÈRE)... Devoirs des Grands, avec un Testament... Devoirs des Gouverneurs de Province, Paris 1677, 3 vol. in-12. Il eut de son mariage deux fils, Louis Armand de Bourbon, prince de CONTI, mort de la petite vérole en 1685, qui avoit donné de grandes espérances; & François-Louis de Bourbon, qui fuit cet article. Louis Armand avoit épousé, en 1680, Millé de Blois, fille de Louis XIV & de la ducheffe de la Vallière, également célèbre par son esprit & sa beauté. On publia dans le temps que Mulei Ijmâel, roi de Maroc, étoit devenu amoureux d'elle, en voyant son portrait. Rousseau fit à cette occasion les vers suivans : Votre beauté, grande Princeffe; Porte les traits dont elle blesse Jusques aux plus sauvages lieues L'Afrique avec vous capitale; Et les conquêtes de vos yeux Vont plus loin que celles d'Herculez Ce même portrait, trouvé dans les Indes au bras d'un armateur François, par dom Joseph Valetopapillan, fils du vice-roi de Lima, lui inspira une passion violente. On peut voir la Déesse Monas, ou Histoire du Portrait de Mad, la Princeffe de Conti; 1698, in-12. Elle mourut en 1739.
II. CONTI, (François-Louis de BOURBON, prince de la Roche-sur-Yon, puis de) fils du précédent, né en 1664, marcha sur les traces de ses ancêtres. Il se distingua au siège de Luxembourg, en 1684; dans la campagne de Hongrie, en 1685; au combat de Steinkerke, aux batailles de Fleurus & de Nérwinde, & dans d'autres occasions. L'art de plaire & de se faire valoir, avoit répandu son nom autant que sa valeur. Il fut élu roi de Pologne en 1697; mais son rival, l'électeur de Saxe, nommé par un autre parti, lui enleva cette couronne. Le prince de Conti fut obligé de retourner en France, avec le désagrément d'avoir paru inutilement en Pologne. Il mourut à Paris en 1709, âgé de 45 ans. Il eut de son mariage avec Thérèse de Bourbon, sa cousine, Louis Armand de Bourbon, père du prince qui fuit.
III. CONTI, (Louis-François de BOURBON, prince de) 4e du nom, petit-fils du précédent & fils de Louis Armand de Bourbon, vit le jour à Paris, le 13 août 1717. Né avec beaucoup d'esprit & de courage, il signala ses talens militaires pendant la guerre de 1741. Le théâtre de cette guerre fut en Italie comme en Flandre. Pour pénétrer au-delà des Alpes, il falloit des sièges & des combats. Le prince de Conti se rendit maître, le 23 avril 1744, de Montauban, & ensuite de la citadelle de Ville-Franche. Après avoir pris Steure, Château-Dauphin & Demon, il forma le siège de Conti, dont la tranchée fut ouverte la nuit du 12 au 13 septembre de la même année. Le roi de Sardaigne étant accouru pour secourir cette importante place, on en vint aux mains le 30, &, quoique supérieur en nombre, il perdit près de cinq mille hommes & le champ de bataille. Conti, à la fois général & foldat, eut sa cuirasse percée de deux coups, & deux chevaux tués sous lui. Mais la rigueur de la saïfon, sa fonte des neiges, le débordement des torrents, rendirent cette victoire inutile : le vainqueur fut obligé de lever le siège & de repasser les Monts. Le prince de Conti, de retour à Paris, y cultiva la littérature & les arts. Il mourut dans cette ville le 7 août 1776, à 19 ans. Ses talens militaires, acquièrent plus d'éclat par ses fencimens, de citoyen qu'il prouva en plusieurs occasions importantes. Il étoit d'un caractère ferme & généreux. Dans la lettre qu'il écrivit à Louis XI, après la bataille de Conti, il ne parla pas de ses blessures; il ne fit mention que des services des officiers qui s'étoient signalés. Il auroit été employé, sans doute, dans la malheureuse guerre de 1757; mais son aversion pour la gêne que la cour impose, & son peu d'égards pour les personnes qui y dominoient alors, fermeront les yeux sur ses talens. Son courage ne se démentit point dans sa dernière maladie. Quoique sûr de ne pouvoir pas guérir, il ne perdit rien de sa gaieté, ni de sa présence d'esprit. Dans son dernier voyage à l'Île-Adam, Il se fit apporter son cercueil de plomb, & s'y coucha pour l'essayer. Un de nos poètes l'a peint avec assez de fidélité dans les vers suivans : Des héros de son sang il augmenta l'éclat. Mécène des savans, idole du foldat; Favori d'Apollon, de Thémis, de Bellone, Il protégea les arts, & défendit le trône.
IV. CONTI, (la princesse de) Voy. III. LOUISE. V. CONTI, (Glufo de) poète Italien, d'une ancienne famille, mourut à Rimini, vers le milieu du 16e siècle. On a de lui un recueil estimé de vers galans, sous ce titre : La bella Mano, Paris, 1595, in-12; avec quelques pièces de vers de divers anciens poètes Toscans. Ce recueil avoit été publié, pour la première fois, à Venise en 1492, in-4. L'abbé Salvini, (& non Silvini) en a donné, en 1715, une nouvelle édition à Florence, avec des préfaces & des notes; mais elle est moins complète que celle de Paris, & que celle de Vérone, 1753, in-4.
VI. CONTI, (l'abbé Antoine) noble Vénétien, mort en 1749, à 71 ans, voyagea dans une partie de l'Europe, & se fit estimer des gens-de-lettres par ses lumières & son caractère. Il a laissé des Tragédies, imprimées à Lucques en 1765, qui sont plus agréables pour le lecteur, qu'intéressantes pour le spectateur. Un essai d'un poème intitulé : Il globo di Venere; & le plan d'un autre, où il se proposoit de traiter à peu près le même sujet que *Leibnitz* a traité dans la *Théodice*: mais ces poèmes font plus métaphysiques que poétiques. L'abbé *Conti*, dans un voyage qu'il fit à Londres, se lia étroitement avec *Newton*, qui, quoique le plus mythérieux des hommes, lui communiquait ses idées, & lui revoulait tous les secrets de sa science. Il rapporta en Italie un esprit & un cœur tout Anglois. Ses *Ouvrages* de prose & de poésie ont été recueillis à Venise 1739, 2 vol. in-4°, & ses *Œuvres posthumes* en 1756, in-4°. Quoique les opulentes de l'abbé *Conti* ne soient que des embryons, comme l'a dit un journaliste Italien, ils donnent une idée avantageuse de leur père. Ce sont des pensées, des réflexions, des dialogues sur des sujets intéressants. — *Voy. CASTADI & LEIBNITZ*, à la fin.
CONTILE, (Luc) de l'académie de Venise, né dans l'état de Sienne, s'est fait connoître au 16$^{e}$ siècle par des ouvrages de différents genres : I. *Traduzione della Boffa d'Oro*, 1558. II. *Origine degli Eletteri*, 1559, in-4°. III. *La Pejcara, la Cejarea Gonzaga, e la Trinozia*, comédies, 1550, in-4°. IV. *La Nice*, 1551, in-4°. V. *Rime con le VI Canzoni dette le sei Sorelle di Marte*, 1560, in-8°. VI. *Lettere*, 1564, 2 volumes in-8°. VII. *Fatti de Cejare Maggi*, 1564, in-8°. VIII. *La proprietà delle imprese degli affidati*, 1547, in-fol.
CONTINENS, *Voy. TATIEN*.
CONTO-PERTANA, (Don Joseph) mort à Lisbonne en 1735, a donné dans son poème épique de *Quitterie la Sainte*, un des meilleurs ouvrages que le Portugal ait produits. Il a, avec l'imagination du *Camoens*, plus de goût & de naturel; cependant son ouvrage n'a pas la réputation de la *Lufiade*.
CONTUCCI, (André) architecte & sculpteur Italien, mort en 1529, exerça son art à Gênes, à Florence, à Lisbonne, à Rome, & sur tout à Lorette. Les bas-reliefs qui ornent la *Santa-Casa*, sont de loi.
CONTZEN, (Adam) Jésuite, natif de Montjoie dans le duché de Juilers, favoit les langues, & disputa, avec succès, contre les Protestans. Il enseigna avec distinction à Munich, où il mourut en 1635. Il a laissé des *Commentaires* sur les Évangiles, 1626, 2 vol. in-folio. *Difceptatio de secretis Societatis Jesu*; Mayence, 1617, in-8°; & d'autres ouvrages dont le mérite est médiocre.
COOK, (Jacques) né le 25 octobre 1728, à Marton, village du duché d'Yorck, d'un journalier, commença par servir aux mines de charbon. Mis en apprentissage, a dix-huit ans, chez un marchand de ce minéral, il apprit les premiers élemens de la navigation sur les vaisseaux qui transportaient cette marchandise. Lorsqu'en 1755 la guerre se déclara entre la France & l'Angleterre, *Cook* fut enlevé par la *presse*, & servit en qualité de simple matelot sur le vaisseau de *Hugh Pallier*. Bientôt, son application & ses talens lui mériterent l'emploi de *Maitre-d'équipage*. Le général *Volfé*, faisant le fêge de Quebec, demanda un marin instruit & courageux, qui pût fonder la profondeur du canal du fleuve Saint-Laurent, en face du camp François, fortifié à Montmorency & à Beauport. *Pallifer* proposa *Cook* qui se chargea de cette périlleuse outre- prise, & l'exécuta dans l'intervalle de sept nuits. Quelque temps après, il examina encore la partie du fleuve au-dessous de Quebec, & publia une Carte de son cours, avec les fondes assez exactes, pour qu'on aie jugé inutile d'en faire d'autres. La Carte même du fleuve Saint-Laurent, publiée en France, n'est qu'une copie de celle de Cook, sur une échelle réduite. Parvenu de grade en grade à celui de capitaine en pied, il partit pour son premier voyage autour du monde, avec MM. Bancke & Solander, le 30 juillet 1768. De retour en juillet 1771, après une course qui lui avoit fourni les observations les plus précieuses, il repartit en juin 1772, avec Forster, qui partagea ses travaux, & recueillit ses remarques sur la géographie, l'histoire naturelle & la philosophie morale. Il pénétra jusqu'au 71e degré de latitude méridionale, où il fut arrêté par les glaces, qui l'empêcherent de passer plus avant dans une mer qui ne lui offroit plus que des périls nouveaux & des obstacles infurmontables. Il confirma dans ce voyage la non-existence du continent austral, déjà assurée par M. de Surville, en 1769. Cook revenu en Europe le 20 juillet 1775, repartit encore un an après pour sa dernière expédition. Après avoir doublé la terre de Diémen, & la nouvelle Zélande, il arriva au mois d'août 1777, dans l'île d'Oraïti, où il s'étoit arrêté dans son second voyage, & où il rendit à sa famille le sauvage Omiah, qui l'avoit quittée pour le suivre en Europe. Il repartit au mois de décembre, &, dans le mois de mars suivant, il gagna les côtes Américaines, plus au sud du Kamtschatka. Il poufa fort loin sa route du côté du détroit qui sépare l'Asie de l'Amérique; mais des montagnes de glace l'obligèrent de la diriger d'un autre côté. Il trouva le muscadier dans une petite isle près de la Nouvelle-Guinée; & après plusieurs autres découvertes, il débarqua dans la baie de Cara-ca-Coffa, dans l'île d'Owhye, & y fut massacré le 24 février 1780, à 55 ans, par les insulaires qui l'avoient d'abord accueilli très-favorablement. Sa mort fut une perte irréparable. Le capitaine Keing, l'un de ses compagnons de voyage, s'exprime ainsi, en parlant de ses découvertes: « Jamais peut-être aucune science n'a été portée, par les travaux d'un seul homme, à un aussi haut degré de perfection, que l'a été la géographie par ceux du capitaine Cook. Dans son premier voyage à la mer du Sud, il découvrit les isles de la Société, s'affura que la Nouvelle-Zélande étoit une réunion de deux isles, & découvrit le détroit qui les sépare, qui est aujourd'hui nommé de son nom. Il visita ensuite les côtes orientales de la Nouvelle-Hollande, inconnues jusqu'à nos jours, sur une étendue de vingt-sept degrés de latitude. Dans cette seconde expédition, il refolut le grand problème du continent méridional, ayant traversé cette partie de l'hémisphère entre les 40 & 70e degrés de latitude, de manière à s'affurer de l'impossibilité de son existence, à moins de placer ce continent près du Pôle & hors de la portée de la navigation. Pendant ce voyage, il découvrit la Nouvelle-Calédonie, qui forme la côte de la mer Pacifique la plus étendue au midi; après la Nouvelle-Zélande, il découvrit l'isle de Géorgie, & une terre inconnue qu'il nomma Terre de Sandwich. Ayant deux fois tra- 604 C O O versé les mers du Tropique, il détermina dans son dernier voyage la position de ses anciennes découvertes, & en fit de nouvelles. Outre plusieurs petites ifles dans la partie méridionale de la mer Pacifique, il découvrit au nord de la mer Équinoxiale, le groupe d'ifles qu'il nomma les *Ifles de Sandwich*, qui, par leur situation & la variété de leurs productions, peuvent devenir d'une plus grande importance dans le système de la navigation Européenne, qu'aucune autre découverte dans les mers du Sud. Il découvrit ensuite tout ce qui nous étoit resté inconnu sur la côte occidentale de l'Amérique, depuis le 43$^{e}$ jusqu'au 70$^{e}$ degré de latitude Nord, sur une étendue de près de douze cents lieues; s'affura de la proximité des deux grands continents de l'Asie & de l'Amérique; entra dans le canal qui les sépare, & visita les côtes opposées, à une assez grande hauteur de latitude septentrionale, pour démontrer l'impossibilité de trouver un passage qui conduise de la mer Atlantique dans l'Océan Pacifique, soit qu'on dirige sa course vers l'est ou vers le couchant. Enfin, si nous exceptons la mer d'Amur & l'Archipel Japonais, qui ne font pas encore bien connus des Européens, on peut dire que le capitaine *Cook* a complété l'hydrographie du globe habitable. « Il unisfoit aux talens de sa profession, les qualités qui font aimer. Dans sa jeunesse, un de ses amis le pria d'être parrain de sa fille; il l'accepta, en lui promettant d'épouser un jour sa filleule. Le genre de vie qu'il avoit embraffé, ne l'empêcha pas de tenir sa parole: il donna la main à cette enfant, dès qu'elle eut quinze ans. Lorsqu'il partoit pour un voyage, il disfoit à ses amis: Le Printemps de ma vie a été orageux mon Été est pénible; mais je laisse dans ma partie un fonds de joie & de bonheur qui embellera mon Automne. Pendant les hostilités entre la France & l'Angleterre, relatives à l'indépendance de l'Amérique, Louis XVI défendit aux officiers de ses vaisseaux de porter aucun dommage à ceux de *Cook*, & leur ordonna de respecter son pavillon. Jamais marin n'entendit mieux que celui-ci l'art de conserver, dans les voyages de long cours, son vaisseau en bon état & son équipage en santé: on fait que dans sa seconde course, qui avoit été de plus de trois ans, pendant lesquels il avoit parcouru tous les climats du 52$^{e}$ degré de latitude septentrionale, au 71$^{e}$ degré de latitude méridionale, il n'avoit perdu qu'un seul homme, sur cent dix-huit, dont son équipage étoit composé. Sa sévérité, nécessaire dans les voyages de long cours, s'étendit trop souvent sur son équipage & sur les étrangers: & cette sévérité contribua peut-être à sa fin malheureuse. Le capitaine *Clarke*, qui commanda après *Cook*, sa petite escadre, mourut en revenant au Kamtschatka, le 22 août 1779. M. Gore, son successeur dans le commandement, ramena les vaisseaux en Europe par la Chine; & ils arriveront à Deptfort le 6 octobre 1780. *Keing*, l'un des compagnons de *Cook*, s'étant rendu à Nice, pour rétablir sa santé, y mourut en 1784. Les découvertes du célèbre navigateur Anglois ont été gravées en Angleterre, dans le *Pilote de l'Amérique Septentrionale*; & en France, dans le *Pilote de Terre-Neuve*, avec une explication, 1786, in-4$^{o}$. On a traduit en français la *Relation* de son premier voyage, avec celle de *Byron Carteret & Wallis*, 4 vol. in-4$^{o}$ & in-8°, Paris, 1774; celle du second a paru en 1778, 4 volumes in-4°, avec un cinquième volume, contenant les *Observations* de M. Forster; enfin, celle du troisième en 4 vol. in-4°, avec un Atlas, ou 8 vol. in-8°. On en a donné un Abrégé pour servir de fuite à l'*Histoire des Voyages*, par M. de *La Harpe*, en 2 volumes in-8°. Ces différentes relations sont précieuses aux navigateurs. *Cook* réunisfoit aux connoissances pratiques, le talent rare dans un marin de bien décrire ce qu'il avoit vu; & à l'art d'observer, celui de peindre. En France, son *Éloge* a été proposé par l'académie de Marseille, & MM. *Lemonry* & Paris ont publié leurs discours sur ce sujet. En Angleterre, la société royale de Londres a fait frapper une médaille en honneur de ce célèbre & hardi navigateur. *Voyer* COKE.
COOPER, (Thomas) né à Oxford en 1517, fut l'un des favoris de la reine *Elizabeth*, qui le nomma à l'évêché de Lincoln & ensuite à celui de Winchester. Il mourut dans cette dernière ville, en 1594, après avoir publié, I. Un *Dictionnaire* de la langue romaine & britannique, 1665, in-fol. II. Une *Chronique* d'Angleterre, in-4°.
COOTWICH, (Jean) d'Utrecht, docteur en droit canon & en droit civil. Après avoir parcouru divers pays de l'Europe, il passa en Asie, alla dans la Terre-sainte, & viendra exactement tous les lieux qui pouvoient intéresser sa curiosité. La relation de son voyage du Levant parut en 1619, sous le titre de *Voyage de Jérusalem & de Syrie*, en latin, in-4°. Cet ouvrage, devenu rare, est curieux par diverses particularités sur les mœurs des Levantins.
COP, (Guillaume) médecin de Basle, vint en France sous le règne de Louis XII, et fut honoré du titre de premier médecin de François I, vers 1530. C'est un des favaux que ce prince chargea d'écrire au fameux *Erasme*, pour l'engager à venir en France. Il est connu par des *Traductions* de quelques ouvrages grecs d'*Hippocrate*, de *Galien* & de *Paul Éginée*. — *Nicolas Cop*, son fils, fut professeur au collège de Sainte-Barbe, & recteur de l'université; mais ayant embraillé les erreurs de *Calvin*, il fut obligé de se sauver à Basle, où il mourut, après avoir publié quelques écrits.
COPERNIC, (Nicolas) naquit à Torn, ville de la Prusse royale, le 19 février 1473. Après avoir étudié en philosophie & en médecine, il se fixa aux mathématiques & à l'astronomie, pour lesquelles la nature l'avoit fait naître. Son goût pour ces sciences lui perfusait d'aller consulter ceux qui les cultivoient avec plus de succès dans les différentes parties de l'Europe. Il s'arrêta long temps à Bologne auprès de *Dominique Maria*, habile astronome; ensuite long-temps à Rome, où il professa les mathématiques. De retour dans son pays, il eut un canonicoat dans l'église de Warmie, dont son oncle maternel étoit évêque. Ce fut alors que, jouissant du repos nécessaire pour faire un système, & muni d'observations recueillies de toutes parts, il renouvela les anciennes idées de *Philolaïse*, philosophe Pythagoricien, agitées & défendues quelque temps avant lui par le cardinal de *Casa*. Le *Soleil*, suivant ce système, est au centre de l'univers. *Mercure*, *Vénus*, la *Terre*, *Mars*, *Jupiter* & *Saturne* tournent sur leur axe. 606 COP autour de cet astre, d'Occident en Orient. Les différentes revolutions de ces six planètes, sont proportionnées à leur différente distance du Soleil. Les cercles qu'elles décrivent, coupent l'éclippique en des points differens. La Terre fait aussi son mouvement dans un cercle qui environne celui de Vénus, & ce mouvement s'accomplit en un an : elle en a encore un autre, qui se fait en vingt-quatre heures autour de son axe; & c'est par ce mouvement qu'on explique le jour & la nuit. La Lune n'est pas dans la règle générale : elle se meut & décrit son cercle autour de la Terre. Les cieux sont immobiles dans ce système, & les étoiles y sont placées à une distance immense du Soleil. Copernic ne croit pas devoir rendre ses idées publiques, sans s'assurer par lui-même que ce nouvel arrangement répondit à tous les phénomènes célestes. Cependant son système ayant été soutenu par Galilée comme le seul véritable, fut condamné, en 1616, par l'inquisition de Rome, qui le croyait contraire à l'Écriture-sainte. Ce tribunal permit néanmoins, quatre ans après, de l'enseigner comme hypothèse. On prétend que Copernic ne l'avoit jamais envisagé autrement. Cet homme illustre mourut le 24 mai 1543, à 70 ans. M. de Laplace a fait ces quatre vers pour son portrait : C'est lui donc la science éclairée & profonde, En écartant le faux des systèmes divers, A placé le flambeau du monde Dans le centre de l'univers. Nous avons de lui deux traités excellens : l'un De motu ostava Spicca, dans lequel il développe son système, & l'autre De Orbium caelestium revolutionibus, imprimés ensemble, in-fol. 1566. Gaffendi a écrit sa Vie, qui est un vrai modèle pour les philosophes. Voyer DUMÉE. Copernic, uniquement passionné pour les sciences, exempt d'ambition, ami de la retraite, sage & circonspect, ne se mêla jamais des vaines qu'elles des hommes, & goûta fort peu leurs tristes plaisirs. Il étoit aussi bel homme que grand mathématicien.
COPPIER, (Guillaume) né à Lyon, voyagea long-temps & publia, en 1645, une Histoire des Indes Occidentales, Lyon, Huguenot, in-12; & en 1670, une Cosmographie spirituelle des vices & des vertus. On lui doit encore un Efrai sur les définitions des mots, avec les noms des premiers inventeurs des arts.
COPPINGER, Voy. HACQUET.
COPPOLA, (François) comte de Sarno, étoit d'une noble & ancienne famille de Naples. Ses parens ne lui laissèrent que fort peu de bien; mais ayant fait le commerce maritime, il acquit de fi grandes richeffes, qu'il acheta le comté de Sarno. Sa réputation le fit connoître de Ferdinand I, roi de Naples. Ce prince, après s'être associé avec lui dans son commerce, le fit venir à la cour, & l'éleva aux premières dignités. Mais Coppola, abufant de l'autorité qu'il avoit, & emporté par une ambition déréglée, forma une conspiration contre la personne du roi, & excita une guerre civile qui fut cause de sa perte : il fut convaincu d'avoir conjuré contre son souverain, & condamné, par les barons, à avoir la tête tranchée; ce qui fut exécute, le 15 mai 1487. Voyer DU PUY, Histoire des Favoris. C O Q 607 I. COPROGLI-PACHA, (Mahomet) grand-vifir durant la minorité de Mahomet IV, étoit Albanois, fils d'un père Grec, & neveu d'un renégat, à la perfusion duquel il embraffa le Mahométisme & s'établit dans l'île de Chypre. Le pacha de cette ifle le mena avec lui à la guerre de Perfe. Le jeune Coprogli y fignala fa valeur. Son mérite parvint à la cour : on lui donna le gouvernement de Baruth, & enfuite celui d'Alep. Le grand-vifir Achmet, jaloux de fa faveur, le fit emprisonner, dans le dessein de le mettre à mort. Mais ce méchant ministre ayant été tué, & l'empereur Ibrahim, qu'il gouvernoit, étranglé, Mahomet IV, son fucceffeur, tira Coprogli des fers, pour l'élever à la dignité de grand-vifir, par les conseils de la fultane fa mère, régente de l'empire. Il juftifia ce choix par fa douceur, par son zèle pour le bien de l'état & la gloire de son prince, par fes égards pour les grands & fa clémence envers les petits. Il conquit une partie de la Transilvanie, & mourut à Andrinople, en 1663, regretté du fultan & du peuple : chose extraordinaire dans l'empire Ottoman, où les ministres ne meurent guères dans leur lit, ni dans leur emploi.
II. COPROGLI-PACHA, (Achmet) fils du précédent, grand-vifir après son père, à l'âge de 22 ans, fe rendit maître de Candie, en 1669. Les prodiges de valeur que firent les troupes auxiliaires de France au fège de cette ifle, obligèrent ce ministre de conseiller au fultan de rechercher l'alliance des François. Après avoir travaillé utilement à l'agrandissement de l'empire Ottoman & a la gloire de son prince, il donna fes foins au bien public, & ôta une partie des impôts. Ses ennemis voulurent le perdre auprès de Mahomet. Il découvrit leurs menées, punit les plus coupables, & pardonna aux autres, quoiqu'il eût pu les écarter fous le poids de son autorité. La paix de Pologne fut le dernier ouvrage de ce grand ministre, mort en 1676, à 35 ans, pour avoir bu trop immodérément d'une eau de canelle, dont il fe fervoit au lieu de vin.
III. COPROGLI-PACHA, (Mahomet) frère du précédent, grand-vifir en 1689, rétablit les affaires des Turcs en Hongrie, où ils avoient effuyé bien des échecs. Ses fucces le conduifirent jusqu'à Belgrade qu'il prit d'affaut, & où il fit paffer fix mille Chrétiens au fil de l'epée. De là, il fit jeter du fecours dans plusieurs places bloquées depuis long-temps, en prit plusieurs autres, & finit par l'incendie de Valcowart. Il attaqua les Impériaux, le 19 août 1691, près de Salankemen, & commençoit à espérer une victoire complète, lorsqu'un coup de canon termina fes jours & fes fucces. I. COQ, (Le) Voyei NANQUIER & MACHAULT.
II. COQ, (Pierre le) né dans la paroisse d'Ifs près Caen, le 29 mars 1728, entra, en 1753, dans la congrégation des Eudistes. Après avoir été fucceffivement supérieur du grand séminaire de Rennes & de celui de Rouen, les Eudistes l'élurent, le 6 octobre 1775, supérieur-général de leur congrégation. Il ne jouit pas long-temps de cette place, étant mort à Caen des fuites d'une paralyfie, le premier septembre 1777, âgé de près de 50 ans. C'étoit un ecclésiastis 608 COQ que vertueux, humble, aimant la retraite, & faisant ses délices de l'étude. On a de lui quelques ouvrages de morale: I. *Dissertation Théologique sur l'usure du Prêt du Commerce*, & sur les trois Contrats, Rouen 1767, in-12. II. *Lettres sur quelques points de la Discipline Ecclésiastique*, Caen 1769, in-12. III. *Traité de l'état des Personnes*, selon les principes du Droit François & du Droit Coutumier de la province de Normandie, pour le for de la conscience, Rouen 1777, 2 vol. in-12. IV. *Traité des différentes espèces de biens*, 1778. V. *Traité des Aïstions*, 1778. — Il ne faut pas le confondre avec François LE COQ DE VILLERAI, né à Rouen & mort à Caen en 1777, dont nous avons un *Traité du Droit Public d'Allemagne*, 1748, in-4°; un *Abrégé de l'Histoire de Suède*, 1748, 2 vol. in-12; & le roman d'Ariane ou la *Patience récompensée*, 1757, in-12.