COQUELET, (Louis) né à Pérone, mort le 29 mars 1754, à 78 ans, a amufé le public frivole de son temps, par quantité de pièces badines qui prouvent moins de goût & de fonds, qu'un esprit superficiel & ami des bagatelles. Voici le nom de ces brochures: *Eloge de la Goutte*, de Rien, de Quelque chose, de la méchante Femme, de l'Ane; le Triomphe de la Charlatanerie; le Calendrier des Fous; l'Almanach burlesque; l'Almanach des Dames. Il a eu part aux Mémoires Historiques d'Ameloit de la Houffaye.
COQUEREAU, (Charles-Jacques-Louis) médecin, né à Paris en 1744, étoit parent du célèbre *Lorry*, dont il suivit les traces. Il fut l'un des premiers membres de la Société de médecine, & il déposa dans ses *Mémoires plusieurs observations utiles* sur son art. Il mourut en 1796, à 52 ans.
COQUES, (Gonzales) peintre d'Anvers, naquit l'an 1618. Il se forma sur les ouvrages de Rubens & de Vandyck. Le portrait fut le genre où cet artiste eut le plus de réputation, après l'histoire. Il devint amoureux, quoique marié, d'une jeune Flamande, qu'il fit déguiser en Polonois, & avec laquelle il se fauva. On ne fait dans quel pays *Coques* alla cach-r ses talens & ses foiblesses. Ce peintre avoit reçu de la nature une belle taille & une figure aussi agréable qu'interessante.
COQUILLART, (Guillaume) officiel de Rheims vers l'an 1478, dont les *Poises* parurent à Paris, en 1532, in-16, eut beaucoup de réputation de son temps. Sa mufe est grotfière, mais elle a les graces piquantes de la naïveté. Les *Œuvres de Coquillart* ont été réimprimées par *Confellier*, à Paris 1723, in-8°.
COQUILLE, (Gui) *Conchidius Romanus*, né à Decise dans le Nivernois, le 11 novembre 1523, seigneur de Romenai & avocat au parlement de Paris, mort en 1603, à 80 ans, conserva jusqu'au dernier moment la mémoire la plus fidèle & l'esprit le plus sain. *Hari IV* lui offrit une place de conféiller-d'état, s'il vouloit quitter sa province; mais il la refusa par modeste, ou par amour pour sa patrie. A des lumières très-étendues sur le droit coutumier, *Coquille* joignoit un cœur très-modeste & plein de probité. Il mérita le surnom de *Judiciaux*, qu'on lui accorda dans les tribunaux. Son amour pour les pauvres étoit extrême: il les aidoit de sa bourse & de son credit, & metoit à part, pour faire ses largettes, largeffes, une portion de ce qu'il gagnoit. La plus grande partie de ses ouvrages, qui intéressèrent dans un temps l'église & l'état, ont été recueillis à Paris en 1665, & à Bordeaux 1703, en 2 vol. in-fol. Les principaux font : I. Plusieurs Mémoires concernant la coutume du Nivernois. II. D'autres Mémoires sur divers événements du temps de la Ligue. III. Mémoire touchant la réformation de l'état Ecclésiastique. IV. Plusieurs Traités des Libertés de l'Église Gallicane. V. Institution au Droit François. VI. On a encore de lui des Poésies latines, 1590, in-8.º VII. Pseaumes mis en vers latins, Nevers, 1692, in-8.º VIII. L'Histoire du Nivernois, Paris 1612, in-4.º C'est la meilleure qu'on ait de cette province.
CORAL, (Étienne) né à Lyon, fut le premier qui porta l'art de l'imprimerie à Parme, vers l'an 1474. I. CORAX, (Mythol.) fils de Coronus, succéda à son père au royaume de Sieyone. Après un règne de trente ans, pendant lesquels il rendit ses peuples heureux, il mourut sans enfans, & eut pour successeur Épopée.
II. CORAX & THYSIAS, tous les deux presque contemporains, & Siciliens de nation, se distinguèrent par leur éloquence. Ils furent les premiers, selon Cicéron, qui donnèrent des préceptes sur l'art oratoire, & qui firent les premiers traités de rhétorique. Aristote & Quintilien disent au contraire, que ce fut Empédocles qui inventa les règles de cette science.
CORARIO, (Ange) Voyer GRÉGOIRE XII. I. CORAS, (Jean de) né en 1513 à Réalmont au diocèse d'Albi, fit de fi grands progrès dans l'étude du droit, qu'il en donna des leçons publiques à Toulouse, avant l'âge de 18 ans. Il professe ensuite à Angers, à Orléans, à Paris, à Padoue, à Ferrare, & enfin encore à Toulouse, où il cueillit de nouveaux lauriers. Devenu conseiller au parlement de cette ville, puis chancelier de Navarre, & s'étant déclaré avec beaucoup de chaleur pour la nouvelle réforme, il fut chaffé en 1562. Le chancelier de l'Hôpital, son ami, le fit rétablir, mais ce retour lui coûta la vie. Après les nouvelles de la fameuse journée de la Saint-Barthélemy en 1572, les écoliers le massacréèrent, avec deux autres conseillers. On les revêrit ensuite de leurs robes de cérémonie, & on les pendit à l'ormeau du palais. Ses différens Ouvrages sur le Droit civil & canonique, en latin & en françois, ont été recueillis en partie à Lyon, en 1556 & 1558, 2 vol. in-fol. Les plus estimés font ses Mélanges latins de Droit civil, en trois livres.
II. CORAS, (Jacques de) de la famille du précédent, dont il a écrit la Vie en françois & en latin, in-4°, en 1672, étoit originaire de Toulouse. Il abjura le Calvinisme, après avoir lu les Controverses du cardinal de Richelieu. Il avoit beaucoup d'amour pour la poésie françoise, mais très-peu de talent : son poème de Jonas ou Ninive pénitente, séché dans la poussière, suivant l'expression de Boileau, & ne mérite pas d'en être tiré. Il mourut en 1677, entièrement oublié, quoiqu'il eût beaucoup travaillé pour se faire un nom. Ses Œuvres ont été imprimées en 1665, in-12.
CORBEIL, (Pierre de) docteur de Paris, fut successif Q q 610 COR ment chanoine de cette capitale, évêque de Cambrai & archevêque de Sens. Il eut pour disciple le pape *Innocent III*, qui employa ses talens dans plusieurs affaires importantes. Sa science, sa vertu & ses ouvrages, qui ne font point parvenus jusqu'à nous, lui firent un nom distingué. Il mourut à Sens, le 3 juin 1222. On a quelques fragments de ses *Ordonnances Synodales*, & elles peuvent servir à la connoissance de la discipline de son siècle.
CORBIAN, (Pierre de) troubadour du 13$^{e}$ siècle, a décrit ce qu'il étoit dans une de ses pièces. « Je suis riche d'esprit, dit-il, & quoique je n'aie pas de grands héritages, châteaux, bourgs, ni autres domaines; quoique je n'aie ni or, ni argent, ni foie, mais pour tout bien ma seule personne, je ne suis cependant pas pauvre; je suis même plus riche que tel qui auroit mille marcs d'or. *Pierre* est mon nom; le lieu de ma naissance est Corbian, où j'ai mes parens & mes amis; mes rentes sont modiques; mais ma courtoisie & mon esprit me font vivre en honneur parmi les honnêtes gens. Je vais la tête haute, comme un riche; & en effet je le suis, par le trésor que j'ai amassé, plus précieux que l'argent, l'or & les pierreries; il ne peut périr, ni m'être enlevé par les voleurs; & loin de diminuer, il s'accroît de jour en jour. C'est ma science. » On voit par cette citation, que si l'auteur se trouvoit heureux dans la culture des lettres, du moins il n'étoit pas modeste. Il annonce dans la même pièce, qu'il fait le latin, la grammaire, l'arithmétique, la géographie, l'histoire, la médecine, le plain-chant, chanter au lutrin, danser, faire des chansonnettes & des pafourelles, se faire aimer des clercs, des chevaliers & des dames, & se donner pour fage ou pour fou, selon les cas & les gens.
CORBIÈRE, (Pierre de) religieux de l'ordre de Saint-François, fut élu antipape l'an 1328, sous le nom de *Nicolas V*, par l'autorité de *Louis de Bavière*, roi des Romains; mais, l'année suivante, ce pontife intrus fut mené à Avignon, où il demanda pardon au pape *Jean XXII*, la corde au cou: il avoit déjà fait son abjuration à Pise. Il mourut deux ou trois ans après. La plupart des annalistes dévoués à *Jean XXII*, prirent de *Pierre de Corbière*, comme d'un hypocrite & d'un débauché; mais l'ignorance & la passion les ont guidés. Les écrivains plus fensés nous le représentent comme un homme de bien, doué de toutes les vertus. Les premiers prétendent que la femme qu'il avoit épousée avant d'être cordelier, & qui étoit encore en vie, intenta un procès au nouveau pape son mari, qui fut condamné, dit-on, par l'évêque de Riéti, à retourner avec elle. Mais c'est une comédie qu'on fit jouer pour le rendre ridicule *Jean XXII* s'en divertit beaucoup, & voulut en réjouir tous les princes de la Chrétienté, puisqu'il leur envoya la sentence de l'évêque de Riéti. *Maimbourg* est fort choqué de la démarche du pontife, qu'il regarde comme indigne de lui. « En effet, dit-il, qui ne voit qu'une vieille sexagéniaire, laquelle n'a rien dit, ni rien fait pour avoir son prétendu mari, durant l'espace de quarante ans qu'il étoit cordelier, prêtre & pénitencier apostolique, & qui s'avise de le demander en justice, suffitôt qu'il est proclamé pape, à l'âge de 70 ans, doit avoir été subornée pour jouer cette farce? » Malgré toutes les vertus de Pierre de Corbière, Maimbourg le blâme avec raison d'avoir accepté le pontificat : « Que l'on se fie, dit-il, à tous ces éclatans dehors de réforme, de mortification & de piété ! » Il est cependant des vertus qui résistent aux prestiges de l'ambition ; celle de Pierre de Corbière ne fut pas de ce genre.
CORBIN, (Jacques) avocat, nauf du Berri, mourut en 1653, laissant un fils de même profession, qui plaida sa première cause à 14 ans, & ne la plaida pas mal. On a du père un Recueil de Plaidoyers, 1630, in-4°, & plusieurs Livres de Jurisprudence, imprimés en différentes années. Il entendoit très bien la partie qui concernoit son état ; mais, voulant briller en d'autres genres, il n'a pas réussi de même : témoin sa mauvaise Traduction de la Bible, en 8 vol. in-16, 1641 & 1661 ; son Histoire des Chartreux, in-4°, 1653, & des Poésies infipides, qui ont excité contre leur auteur la bile de Boileau dans son Art Poétique. I. CORBINELLI, (Jacques) Florentin, étoit allié de la reine Catherine de Médicis. Il vint en France sous le règne de cette princesse, qui le plaça auprès du duc d'Anjou, en qualité de savant & d'homme de mérite, digne d'être consulté. Il fut lié avec le chancelier de l'Hôpital, protégea tous les gens-de-lettres, & fut leur consolateur dans le besoin. Il faisoit souvent imprimer leurs écrits à ses dépens, & y joignoit des notes. C'est ainsi qu'il publia le poème de Fra-Paolo del Rotto, intitulé : La Fisica ; Paris, 1578, in-8°... & le Dante, De vulpari
COR 61Y eloquentid, 1577, in-8°. Il expliqua les anciens historiens Grecs & Romains, au duc son élève, à qui il parloit plutôt en ami qu'en courtisan. Lorsque Henri IV étoit aux portes de Paris, Corbinelli l'informa de ce qui se passoit de plus secret, & de tout ce qui pouvoit servir à faire réussir son entreprise. Il écrivoit tout ce qu'il apprenoit, & le portoit hardiment à la main comme un papier d'affaires ; trompant ainsi les gardes, qui le laissoient passer sans défiance.
II. CORBINELLI, (Raphaël) petit-fils du préceient, mort à Paris le 19 juin 1716, âgé de plus de 100 ans, se fit rechercher par l'enjouement de son caractère & de son esprit. Il se piquoit d'une volupté délicate. On a de lui quelques ouvrages peu connus. I. Un Extrait de tous les beaux endroits des Ouvrages de plus célèbres Auteurs de ce temps, en 1681. II. Les anciens Historiens Latins réduits en maximes, en 1694, avec une Préface attribuée au P. Bouhours. III. L'Histoire généalogique de la Maison de Gondi ; Paris, 1705, in-4°. Tous ces ouvrages sont au-dessous du médiocre. Sa conversation valoit mieux que ses écrits, & il étoit recherché dans les meilleures sociétés. On fut que, dans un de ces soupers libres qui se donnoient entre les princes & les princesses ennemis de Mad. de Maintenon, tous ceux de la cour qui n'étoient pas de ce parti, avoient été chansonnés. On crut pouvoir apprendre ce qui s'y étoit passé, par Corbinelli. D'Argenson, lieutenant de police, se transporta chez le goutteux Épicurien, & lui demanda : Où avez-vous soupé un tel jour ? — Il me semble que je ne m'en souviens pas, répond Q q 2 612 COR en bâillant Corbinelli. — Ne connoissez-vous pas tels & tels Princes? — Je l'ai oublié. — N'avez-vous pas soupé avec eux? — Je ne m'en souviens pas du tout. — Il me semble qu'un homme comme vous devroit se souvenir de ces choses-là. — Oui, Monsieur, mais devant un homme comme vous, je ne suis pas un homme comme moi... Voyez SÉVIGNÉ, à la fin.
CORBINIEN, (St.) né à Châtres près d'Orléans, passa 14 ans dans une cellule folitaire. Le bruit de ses vertus attira près de lui d'autres religieux; Corbinien les quitta pour se rendre à Rome, où le pape lui ordonna de se rendre dans la Bavière, pour y prêcher la foi aux idolâtres. Corbinien fixa son principal séjour à Freisingue. Il reprocha courageusement au duc Grimoald, son mariage incestueux avec Biltrude, veuve de son frère; & ayant échappé au fer des affaissins que le duc avoit apostés pour lui ôter la vie, il mourut en 739. Aribon, troisième évêque de Freisingue, a publié la vie de son prédécesseur.
CORBUEIL, (François) dont le nom étoit VILLON, encore plus connu par ses friponneries que par ses Poëfies, naquit à Paris en 1471. Ayant été condamné à être pendu pour ses vols, sa gaieté ne l'abandonna point; & il fit deux Epitaphes, l'une pour lui, l'autre pour ses compagnons. Il appela de la sentence du châtelet au parlement, qui commua la peine de mort en celle du bannissement. Il n'en fut pas plus honnête. Ses récidives lui méritèrent une seconde fois la corde; mais Louis XI lui fauva la vie. Depuis cette aventure, Villon ne parut plus; il feroit difficile de fixer le lieu & le temps de sa mort. Il se retira, si l'on en croit Rabelais; en Angleterre, & y fut accueilli par Edouard IV, qui en fit son favori. La nature l'avoit fait naître avec du talent pour la poésie, du moins pour la poésie simple, naïve & badine. La Fontaine, qui avoit beaucoup lu ce poète, en a quelquefois profité. Pour la langue, dit Patru, il eut le goût aussi fin qu'on pouvoit l'avoir en ce siècle. C'est le premier, suivant Despréaux, qui débrouilla, dans les siècles barbares, l'art confus de nos vieux Romanciens; mais il tomba comme eux dans la hassaise & dans l'indécence, & ses ouvrages se réfèrent beaucoup de la corruption de ses mœurs. François I, qui aimoit ce poète, chargea Marot de donner une édition correcte de ses Poëfies. Celui-ci y mit pour épingraphe, ces deux vers gothiques. Prou de Villons en décevoir, Peu de Villons en bon savoir. Ils devinrent proverbe, pour dire qu'on trouve plus de fripons que de bons poètes. C'est sur cette édition que fut faite celle du célèbre Couffelier, in-8°, en 1723. On en a donné une autre à la Haye, même format, en 1742, enrichie de notes.
CORBULON, (Domitius) général Romain, célèbre par sa valeur, rétablit l'honneur de l'empire sous Claude & sous Néron. Il prit plusieurs forteresses sur les Arméniens, assiégea Artaxate leur capitale, rafa ses murs, en brûla toutes les maisons, & en épargna toutefois les habitans qui lui avoient ouvert leurs portes. Il chassa Tiridate d'Arménie, remit Tigrane sur le trône, & contraignit les Parthes à demander la paix. Néron, plus jaloux que reconnoissant de ses services, ordonna de le mettre à mort au port de Cenchrée. L'illustre général ayant appris ce cruel ordre, tira son épée & s'en perça l'an 66 de J. C., en disant : Je l'ai bien mérité !
CORCUD, fut proclamé fultan des Turcs, après la mort de son aïeul Mahomet II, & pen- dant que son père Bajazet, étoit allé en pèlerinage à la Mecque. Il confénait à prendre le souverain pouvoir, pour empêcher son frère Gem de s'en emparer, & le ref- tituer ensuite à son père; ce qu'il fit. Après la mort de ce dernier, Corcud fut privé de l'empire par Salim, son autre frère, & fut étranglé à Magnésie, par ses ordres, en 1512.
CORCYRE, ( Mythol. ) nymphe aimée par Neptune, donna son nom à une ifle de la mer Ionienne, maintenant Corfou. Ulyffe y aborda après son nau- frage, & y fut reçu amicalement par Alcinois, dont les jardins étoient célèbres par leur beauté.
CORDARA, ( Jules - César ) jésuite, né à Alexandrie de la Paille, le 16 septembre 1704, mort dans sa partie le 6 mars 1784, s'est distingué par son savoir & la variété de ses talens. Outre plusieurs poésies latines, on lui doit : I. L'Oraison funèbre de l'em- perieur Charles VI, prononcée à Rome en 1741. II. Vie de la B. Enflochie, religieuse de Padoue, 1769. III. Histoire de la société des Jésuites, Rome, 1750, in-folio. Elle a été conviée par Orlandin, Sacchin & Jouvency.
CORDAX, ( Mythol. ) fatyre, fut l'inventeur d'une danse laïcive, appelée Cordace de son nom, qui étoit en usage chez les habitans du monit Sipyle.
CORDAY D'ARMAN, ( Marie - Anne - Charlotte ) fille de Jean-François Corday, & de Charlotte Godier, naquit à Saint- Saturnin près de Séez en Nor- mandre, en 1768, & passa sa jeunesse à Caen, chez une parente qui prit soin de son éducation. Elle unit bientôt la beauté de son sexe au courage du nôtre. Le jeune Belfunce, major en second d'un régiment caferné à Caen, l'avoit distinguée, & s'en étoit fait aimer. La mort de cet officier, massacré par des scélérats soudoyés, & animant le peuple avec une feuille de Marat, où Belfunce étoit traité de conspirateur, excita Charlotte Corday à la vengeance. Menant une vie très-retirée, livrée presque entièrement à la lecture, elle avoit déjà puisé dans celle de l'histoire ancienne, la haine des tyrans & des oppresseurs. L'action vraie ou supposée de Mutius Scévola, se sacrifiant pour venger Rome, lui fit sur - tout la plus grande impression. Elle résolut de don- ner à son pays le même exemple de dévouement, en poignardant Marat, premier auteur du meurtre de son amant, & regardé comme le chef des désorganisateurs dési- gnés sous l'horrible nom de Buveurs de sang. Un autre motif vint encore l'enhardir dans son dessein. Des députés, dont elle estimoit les talens & les opinions, proscrits par Marat & la convention, fugitifs dans le Calvados, y appeloient vainement au secours de la liberté, les François anéantis sous la terreur. Charlotte ne balance plus, & pour les seconder, elle quitte Caen, arrive à Paris le 12 juillet 1793, achète au Palais royal un couteau à gaine, & se présente chez Marat, où, malgré ses instances, elle ne peut être admise. Elle lui écrit alors la lettre suivante : « Citoyen, j'arrive Q 4 3 614 COR de Cien; votre amour pour la patrie me fait présumer que vous connoissez avec plaisir les mal- heureux evenemens de cette con- trée de la république : je me rendrai chez vous, ayez la bonté de me recevoir, & de m'accorder un moment d'entretten. J'ai à vous révéler des secrets importans, & je vous mettrai à même de rendre un très-grand service à la France. » Vers les sept heures & demise du foir, Charlotte Corday vien chez Marat, qui, fortant du bain, & entendant sa voix, ordonne de la faire entrer. L'en- trétien eut d'abord pour objet les rahenblemens du Calvados; Marat s'intorait avec plaisir des noms des députés, des administrateurs qui les formoient; il les écrivait sur des tablettes, sous la dictée de Charlotte, & il ne tarda pas à lui annoncer que tous ceux qu'elle lui désignoit, troient bientôt expier leur rébellion sur l'écha- faud. Ces mots devinrent son arrêt de mort. Charlotte tire aussitôt le couteau de son sein, & le plonge en entier dans le cœur du député, qui ne poufia que ce seul cri : A moi ? Il expira à l'infant même. Celle qui venait de l'immoler, refla calme au milieu du tumulte des domestiques & des voisins : l'officier de police étant furvenu, & ayant dressé procès-verbal de l'évé- nement, elle le signa, & fut tra- duite dans les prisons de l'Abbaye. Son premier soin fut décrire à son père, pour lui demander pardon du chagrin qu'elle allait lui causer, en disposant de la vie sans lui en avoir fait part. Conduite devant le tribunal révolutionnaire, elle y parut avec dignité; ses réponses furent concises & nobles. Ni la présence des juges, furieux d'avoir perdu leur ami, ni le frémissement d'un peuple féroce, rien ne parut troubler un seul moment sa trans- quillité. Loin de détendre ses jours, elle parla de son action, comme d'un devoir qu'elle avait rempli envers sa patrie. » J'avais le droit de tuer Marat, dit-elle, puisque lui-même commandoit le meurtre. L'opinion du public l'avait depuis long-temps condamné, & je n'ai fait qu'executer son jugement. » Son défenseur, étonné de tant de courage, s'écria alors : » Vous venez d'entendre les réponses de l'accusée; elle avoue son crime; elle en avoue avec sang froid la longue préméditation; elle en avoue toutes les circonstances; elle ne cherche pas même à se justifier. Ce calme imperturbable, & cette entière abnégation de soi- même, qui n'annoncent aucun re- mords, en présence de la mort même; ce calme & cette abnéga- tion sublimes, ne sont pas dans la nature. Ils ne peuvent s'expliquer que par l'exaltation politique, qui lui a mis le poignard à la main; & c'est à vous, citoyens jurés, de décider de quel poids doit être cette considération morale, dans la balance de la justice. » On pou- vois s'attendre qu'elle ne produirait aucun effet favorable sur des juges ne respirant que le sang, & ayant du moins, en cette occasion, à punir un attentat contre l'ordre public, qui ne permet à personne de frapper les scélérats mêmes. Après sa condamnation à la mort, Charlotte dit à son défenseur, M. Chauveau-la-Garde : » Vous m'avez défendue d'une manière aussi déli- cate que généreuse. C'était la seule qui put me convenir. Je vous en remercie; elle m'a fait avoir pour vous une estime dont je veux vous donner la preuve. Ces méfiteurs viennent de m'apprendre que mes biens sont confiniqués; il me reflo quelques petites dettes à acquitter dans ma prison, & c'est vous que je charge de ce devoir. « Vêtue d'une chemise rouge, elle fut conduite à l'échafaud, en souriant au peuple. Un témoin a écrit, que, « montée sur le théâtre de son supplice, son visage avoit conservé toute la fraîcheur & le coloris d'une femme satisfaite; & qu'à l'instant de l'exécution, le voile qui couvroit sa gorge ayant été enlevé, on distingua sur ses joues, dans ce dernier moment, le rouge adorable de la pudeur. » Charlotte Corday n'étoit âgée que de vingt-quatre ans & neuf mois; elle descendoit, dit-on, du côté des femmes, de Pierre Corneille. On ne peut oublier, que dans la foule des spectateurs qui la virent aller à l'échafaud, un député de la ville de Mayence, nommé Adam Lux, pénétré d'admiration pour son courage, & voulant la suivre au tombeau, s'écria: qu'elle étoit plus grande que Brux; il l'écrivit au tribunal en demandant la mort; & la mort lui fut accordée. Voyer MARAT.
CORDELET, (Claude) maître de musique de Saint-Germain-l'Auxerrois, né à Dijon, mourut à Paris en 1760. On a de lui quelques Morceaux qui obtinrent les suffrages des connoisseurs. — I. CORDEMOI, (Géraud de) naquit à Paris d'une famille noble, originaire d'Auvergne. Il s'attacha d'abord au barreau, qu'il quitta pour la philosophie de Descartes. Bostuet, qui avoit le même goût que lui pour ce philosophe, le donna au Dauphin en qualité de lecteur. Il remplit cet emploi avec succès & avec zèle, & mourut le 8 octobre 1684, membre de l'académie Françoise, dans un âge assez avancé. On doit à sa plume: L'Histoire générale de France, durant les deux premières races de nos Rois, en 2 vol. in-fol., 1685, déprimée par le P. Daniel, mais qui n'en vaut pas moins. Il ne trouva guères, dit un auteur, dans les anciens écrivains que des absurdités & des contradictions. La difficulté l'encouragea, & il débrouilla le chaos des deux premières races. Il éclaircit beaucoup de faits équivoques ou douteux. Il en fit connoître d'autres qui n'étoient pas connus, ou qui l'étoient peu. Il écrit d'un style ferme, mais diffus, & il adopte trop facilement quelques récits fabuleux. Cordemoi devoit d'abord se borner à l'Histoire de Charlemagne, à l'usage du Dauphin, pour qui Fléchier avoit entrepris son Histoire de Théodose. Celui-ci, plus orateur que critique, eut bientôt fini son ouvrage; mais l'autre, ne voulant rien dire que sur de bonnes preuves, remonta jusqu'aux temps les plus obscurs de la monarchie, & s'engagea dans des digressions étrangères à ce sujet, dans des discussions longues & épineuses, qui, en nous procurant l'Histoire des deux premières races, nous privèrent de celle de Charlemagne. D'ailleurs, son érudition, dit l'abbé d'Olivet, se montre trop à nu & dépourvue des agrémens dont il pouvoit l'orner sans la surcharger. II. Divers. Traités de Métaphysique, d'Histoire, de Politique & de Philosophie morale, réimprimés in-4.º en 1704, sous le titre d'Œuvres de feu M. de Cordemoi. On y trouve des recherches utiles, des pensées judicieuses & des réflexions menées sur la manière d'écrire l'histoire. Il avoit adopté en philosophie, comme nous, l'avons dit, les sentimens de Descartes, mais sans en être l'esclave; il s'en éloigne même quelquefois. Q 9 4 616 COR
II. CORDEMOI, (Louis-Géraud de) fils du précédent, licencié de Sorbonne, & abbé de Fenières, aida son père dans la composition de son *Histoire de France*, & la continua par ordre du roi. Cette fuite, depuis *Hugues Capet* jusqu'à la mort de *Henri I*, en 1060, est restée manuscrite. Aussi habile controversif, que son père avoit été profond philofophe, il rapporta presque toutes ses études à la conversion des hérétiques. Il mourut en 1722, à 71 ans. On a de lui : I. *Traité de l'invocation des Saints*, in-12. II. *Traité des Saintes Reliques*. III. *Traité des Saintes Images*. IV. *La Conférence du Diable avec Luther*, en latin, françois & allemand, in-8.º V. *Traité contre les Sociniens*, in-12, dédié au grand *Bouquet*. L'auteur y développe la conduite qu'a tenue l'Église dans les trois premiers siècles, en parlant de la Trinité & de l'incarnation du Verbe. Il appuie ses preuves sur l'écriture & sur la tradition : méthode qu'il a suivie dans tous ses autres ouvrages, qui sont solides, écrits avec ordre, & faciles à entendre.
CORDER, (Balthasar) Jésuite d'Anvers, plus connu sous le nom de *Balthasar Cordérius*, pro- fessé long-temps la théologie à Vienne en Autriche, avec beau- coup de réputation. Il mourut à Rome le 24 juin 1650, à 58 ans. Le succès avec lequel il cultiva la langue grecque, le mit en état de donner : I. Une édition des *Œuvres de St. Denys* l'Aréopagite, en 2 vol. in-fol. 1634, grec & latin. II. *La Chaine des Pères Grecs sur les Pécumes*, Anvers 1643, 3 vol. in-fol. *Voyer IV*, ORLÉANS. III. *Job elucidatus*, 1646, in-fol. IV. *Catena in Lucam*, 1628, in-fol. V. — in *Joannem*, 1630; in-folio. I. CORDES, (Jean de) né en 1570, chanoine de Limoges sa patrie, homme d'une grande littérature, amateur des bons livres, en forma une collection choisie, vendue, après sa mort, en 1742, au cardinal *Mazaria*. On a de lui : I. *Une Édition des Ouvrages de Georges Caffander*, in-fol. II. *La Traduction de l'Histoire des différents entre le Pape Paul V & la République de Venise*, par *Fra-Paolo*, in 8.º III. Une autre *Traduction de l'Histoire des troubles du royaume de Naples sous Ferdinand I*, par *Camillo Portio*. On lui attribue aussi la *l'erson françoise du Discours de Mariana sur les grands défauts du gouvernement des Jésuites*, in-8.º Le traducteur avoit été quelque temps dans cette société, mais il est dû y prendre quelques leçons pour le style : le sien est fort mauvais. *Naudé* a publié le catalogue de la bibliothèque de *Cordes*, en 1643, in-4.º Il y a suivi un ordre de bibliographie, différent de celui généralement adopté de notre temps. Il comprend les bibles, les livres de théologie, les bibliographes, la chronologie, la géographie, l'histoire, l'art militaire, le droit, les conciles, la philosophie, la politique & les belles-lettres.
II. CORDES, (Denys de) de la même famille que le précédent, étoit avocat au parlement de Paris, & conseiller au Châtelet. Il cultiva la littérature avec beau- coup de succès, & devint le modèle d'un magistrat Chrétien, par une douceur mêlée de terme. Son intégrité étoit reconnue au point, qu'un homme condamné à mort par le Châtelet, voulant en appeler au parlement, se fournir, dès qu'il apprit que *Cordes* avoit été un de ses juges, *Il faut*, dit-il, que je mérite la mort, puisqu'un fi grand homme de bien m'a condamné. Ce sage magistrat mourut à Paris en 1643, plein de jours & de vertus. La maison de Saint Lazare est en partie l'ouvrage de sa charité & de son zèle. Godeau a écrit sa Vie. I. CORDIER, (Noël) peintre Lyonnois, se distingua, sous le règne de François I, par ses tableaux de perspective.
II. CORDIER, (Mathurin) Normand, mort Calviniste, le 8 septembre 1565, à 85 ans, laissa des Colloques Latins en IV livres, dont on a fait bien des éditions; & le petit traité de la Civilité, qui en a obtenu un plus grand nombre encore, & qui a servi jusqu'à nos jours, de base aux préceptes d'honnêteté, puisés dans les petites écoles. On a encore de lui les Diffiques attribués à Caton, avec une interprétation latine & françoise; & d'autres ouvrages, qui réussirent mieux dans leur temps que dans le nôtre.
III. CORDIER DE SAINT-FIRMIN, (Claude-Simon) né à Orléans en 1704, mort chanoine de cette ville, le 17 novembre 1772, a publié la Vie de Mad. de Chantal, 1772, in-12. Elle est écrite avec intérêt.
CORDILLON, philosophe stoïcien de la ville de Pergame, se faisoit une gloire de mépriser souverainement l'amitié des princes & des rois. Caton d'Utique envoyé en Macédoine avec une armée, obtint de lui, à force de prières, qu'il le suivroit dans son camp, & il regarda comme une grande victoire, d'avoir pu engager un homme aussi sévère à faire cette démarche.
CORDONNIERS, (Frères) Voye; BUCHE.
CORDOUE, Voye; GONSALVE (Fernandes de). I. CORDUS, (Euricius) médecin & poète Allemand, mourut à Brême, le 24 décembre 1535, après avoir publié divers ouvrages de médecine. Il étoit en liaison avec plusieurs savans de son temps, entr'autres avec Érasme; mais sa trop grande sincérité & son caractère trop ouvert, lui firent quelquefois des ennemis. Ses Poésies latines parurent à Leyde en 1623, in-8.
II. CORDUS, (Valérius) fils du précédent, & digne de son père, naquit à Simefuse dans la Hesse, en 1515. Il s'appliqua, avec un succès égal, à la connoissance des langues & à celle des plantes. Il parcourut toutes les montagnes d'Allemagne, pour y recueillir des simples. Il passa ensuite en Italie, s'arrêta à Padoue, à Pite, à Lucques, à Florence; mais, ayant été blessé à la jambe, d'un coup de pied de cheval, il finit ses jours à Rome, en 1544, à 29 ans. On lui fit cette épitaphe: Ingenio supereſt Cordus, mens ipsa recepta est Cælo; quod terra est, maxima Roma tenet. Les ouvrages dont il a enrichi la botanique sont: I. Des Remarques sur Dioscoride, à Zurich, 1561, in-fol. II. Historia stirpium, libri v; Strasbourg, 1561 & 1563, 2 vol. in-fol.; ouvrage posthume. III. Dispensatorium Pharmacorum omnium; à Leyde 1627, in-12. La pureté de ses mœurs, la politesse de ses manières, & l'étendue de son esprit, lui concilièrent les éloges des juftes estimateurs du vrai mérite. 618 COR
CORÉ, fils d'*Isaac*, un des principaux chefs de la révolte des Lévites contre *Moïse* & *Aaron*, auxquels ils vouloient disputer le pouvoir dont Dieu les avoit revêtus, fut englouti tout vivant dans la terre. (*Voyet* ADIRON.) Selon une tradition des Mahométans, *Coré* voyant ses trésors s'abynier sous terre, & s'y voyant lui-même plongé jusqu'aux genoux, demanda quatre fois pardon à *Moïse*, qui fut inflexible. DIEU apparut quelque temps après à ce prophète, & lui dit: *Vous n'avez pas voulu accorder à Coré le pardon qu'il vous a demandé quatre fois; s'il m'en est prié une seule fois, je ne le lui aurois pas refusé*. Mais cette tradition n'a aucun tondement dans les livres saints, & paroît opposée au caractère de *Moïse*. Les fils de *Coré* ne furent pas compris dans le châtiment de leur père, & *David* accorda de plus grands honneurs à leurs défendans. Ce roi leur donna l'office de portiers du temple, & les charges de chanter devant l'Arche.
CORELLA, (Jacques de) capucin Espagnol, fut prédicateur de *Charles II* roi d'Espagne, & a l'idé dans son pays un grand nombre d'ouvrages. Les plus éminents sont: I. Les *Devoirs des Confeiteurs*, réimprimés pour la vingt-quatrième fois à Madrid, en 1742. II. Des *Conférences morales*, en 3 vol. in-folio, qui ont eu dix éditions. *Corella* est mort à l'âge de 42 ans, en 1699.
CORELLI, (Arcangelo) musicien Italien, mort à Rome en 1713, âgé d'environ 60 ans, étoit né à Fugigliano dans le Boulconnois, et s'est fait un grand nom par ses symphonies, en Italie & en France. Il a eu l'art de piquer le goût de ces deux nations, & de réunir leurs suffrages, presque toujours opposés en matière de musique. C'est lui qui fit goûter les sonates aux François. On a dit que cet habile homme ne méprifoit pas la musique Françoise, quoiqu'Italien; & que le cardinal d'*Estrées* le louant de la belle composition de ses *Sonates*, il eut la modestie de lui répondre: *C'est, Monseigneur, que j'ai étudié Lulli*. Ses compositions sont grandes & majestueuses. *Corelli* étoit dans la société un homme aimable, plein de douceur & de modestie: il semblait avoir entièrement oublié sa supériorité. Il exerça son talent à Paris, depuis 1672 jusqu'en 1680, qu'il passa en Allemagne, d'où il retourna en Italie.
CORET, (Pierre) chanoine de Tournai, né à Ath dans le Hainaut, mort en 1574, a publié l'*Antipolitique* contre *Jean Bodia*, 1599; & la *Défense de la Vérité* contre les afféritions de la *Nouè*, 1591. — Un Jefuite du même nom, mort à Liege en 1721, a laissé diverses productions afféritiques, & dont les titres découvrent l'esprit. Ce sont, le *Journal des Anges*, la *Maison de l'Eternité*, &c.
CORIE, (Mythol.) fille de Jupiter & de Coriphe, nymphe de l'Ocean, inventa, dit-on, les chars connus sous le nom de *quadriges*.
CORILLA OLYMPICA, *Voyet* MORELLI.
CORINI, (Antoine) chevalier de l'ordre de Saint-Étienne de Florence, jurisconsulte du dix-septième siècle, natif de Pontremoli, enseigna le droit avec réputation à Pise, à Sienne & à Florence. Le grand-duc de Toscane lui donna divers emplois considérables. On a de lui plusieurs ouvrages.
CORINNE, surnommée la *Muse Lyrique*, entra en lice avec *Pindare*, & le vainquit jusqu'à cinq fois, quoique fort inférieure à ce poète. Cette mufe dut fes fucces plutôt à fa beauté qu'à fes talens, felon *Paufanias*, *Pindare*, outré de l'injustice des juges, n'épargna pas à fa rivale les injures & les plaifanteries. *Corinne* avoit composé un grand nombre de *Poëffes*; mais il ne nous en refte aujourd'hui que quelques *Fragmens*, dont on peut voir les détails dans la *Bibliothèque Grecque* du favant *Fabricius*. — *Ovide* a célébré, fous le nom de *Corinne*, une de fes maitreffes : c'est *Julie*, fille d'*Auguste*, suivant quelques favans.
CORINUS, poète Grec, plus ancien qu'*Homère*, felon *Suidas*, étoit, dit-on, disciple de *Palamède*. Il écrivit en vers l'histoire du fêge de Troyes, & de la guerre de *Dardanus*. On ajoute qu'il employa dans fes Poëmes les lettres Doriques, inventées par *Palamède*, & qu'*Homère* profita beaucoup de fes vers; mais tous ces récits ont bien l'air d'être fabuleux.
CORIO, (Bernardin) né en 1460, d'une famille illustre de Milan, fut choisi par le duc *Louis Sforce*, surnommé *le Maure*, pour écrire l'Histoire de fa patrie. Le chagrin vint troubler son travail. Les François s'étant emparés du Milanès, & le duc son protecteur ayant été fait prisonnier, il mourut de douleur en 1500, à 40 ans. La meilleure édition de son *Histoire*, est celle de Milan, en 1503, in-fol. Elle est belle, rare, & beaucoup plus recherchée que les suivantes, defigurées par un éditeur qui les a mutilées. On fait cependant quelque cas de celle de Venise, 1554, 1565, in-4°; & de Padoue, 1646, in-4°. Quoique cet historien écrive d'un style dur & incorrect, il est estimé, à cause de son exactitude à mettre des dates certaines, & à rapporter ter les circonstances des faits qui intéressent la curiosité. — Son neveu, *Charles CORIO*, s'occupa du même objet que son oncle, & nous a laiffé, en italien, un *Portrait de la ville de Milan*, où se trouvent rassemblés les monumens antiques & modernes de cette ville infor-tunée.
CORIOLAN, (*Caius MARCIUS*, dit) d'une famille patricienne de Rome, servoit en qualité de simple soldat au fêge de Corioles, l'an 493 avant J. C. Les Romains ayant été repoussés, il rassemble quelques-uns de fes camarades, tombe sur les ennemis, entre avec eux pêle-mêle dans la ville & s'en rend maître. Le général lui décern la portion la plus riche du butin; mais il ne voulut accepter que le feu nom de *Coriolan*, un cheval, & un prisonnier, son ancien hôte, auquel il donna aussitôt la liberté. Deux ans après, n'ayant pu obtenir le consulat, malgré fes services, & ayant été accusé d'affecter la tyrannie & de vouloir emporter d'autorité les suffrages, il fut condamné par le tribun *Dicius*, à un bannissement perpétuel. Rome le vit bientôt à fes portes, à la tête d'une armée de Volfques, ennemis les plus implacables du nom Romain. Il reprit toutes les places qu'ils avoient perdues, entra dans le *Lacum*, & vint affléger fa patrie. Le fénat lui envoya deux dépu-tations pour fléchir fa colère; la première composée de consulaires; la seconde de pontifes, revêtus de leurs habits facrés. *Coriolan* les reçut en roi & en vainqueur, assis sur son tribunal, & environné de la plus brillante noblesse des Volfques. Il fut inexorable. *Véturie*, mère de *Coriolan*, & *Volumnie* son épouse, accompagnées de plusieurs dames Romaines, eurent plus de pouvoir 610 COR fur lui : leurs larmes le touchèrent. Il reprit le chemin d'Antiom, sans commettre fur son passage aucune hostilité. Les Romains cleverent un temple à la Fortune féminine, dans le lieu où les dames avoient triomphé de Coriolan, à quatre milles de Rome. Au moment où ce vainqueur ramenoit l'armée chez les Volfques, il fut massacré comme coupable de trahison. A- tius Tullius, son collègue, j'loux de sa gloire, fut son accufateur auprès des Volfques, & le peuple son bourreau, l'an 489 avant J. C. Les dames Romaines, à la prière desquelles il avoit sauvé Rome, prirent, à cette nouvelle, le deuil pour six mois. —Avec une cer- taine grandeur d'ame, Coriolan avoit cette ambitieuse férocité qui anima les Marius & les Sylla, dans un temps où Rome fut plus puissante & la république plus foible. C'est ce que dit un histo- rien. Si les Volfques le firent pé- rir, ajoute-t-il, ce fut une assez juste punition de l'espèce de trahison qu'il avoit commise envers eux. Fabius Pictor, histo- rien fort ancien, le fait mourir de vieillesse dans son exil; & ce sentiment paroît avoir été suivi par Tite-Live.
CORIPPUS, (Flavius Crescenius) grammairien Africain, vivoit au temps de l'empereur Juflin le jeune. Il étoit aussi mauvais poète, que flâteur outré. On a de lui un Poème latin, en quatre livres, à la louange de ce prince; Paris 1610, in - 8.º
CORISANDE d'Andouins, com- teffe de Guiche, Voyez GUICHE.
CORMEIL, (N.) n'est connu que par la tragi-comédie du Ra- viffement de Florife, représentée en 1632.
CORMIER, (Thomas) histo- rien & jurisconfuite, mort vers 1600, étoit né à Alençon, de Guy Cormier, médecin de Henri II d'Albret, roi de Navarre. Il fut pourvu d'une charge de conseiller à l'échiquier d'Alençon, & député de la ballinge de cette ville aux états de Blois, en 1676. Sa femme, après quatorze ans de mariage, lui suf- cita, en 1573, un procès devant l'official, pour cause d'impuissance. Les médecins & chirurgiens furent consultés, & fur leur rapport, l'official prononça la nullité du mariage, & il fut permis à la femme de se marier. Cormier, qui paroît s'être fait Protestant vers ce temps-là, prit une seconde femme, sans y rencontrer aucune opposition : il en eut deux fils & trois filles. Son neveu entreprit, après fi mort, de faire déclarer ses enfans bâtards : ce qui occa- fionna un procès célèbre au par- lement de Normandie. La veuve foutint que la sentence de l'offi- cial n'avoit pas défendu à Cormier de se remarier, ce qui prouvoit que ce juge n'avoit attribué son impuissance qu'à quelque charme. Les enfans furent déclarés légi- times, par arrêt rendu en la cham- bre de l'édit, le 24 août 1621. Cormier est auteur de plusieurs ou- vrages d'histoire & de jurispru- dence. Les premiers font : I. Une Histoire de Henri II, en cinq livres, imprimés à Paris en 1583, in-4.º II. Celles de François II, de Charles IX & de Henri III, qui font refées en manuscrit. Tous ces ouvrages font en latin. Ceux de jurisprudence font : I. Henri II. Codex Juris civilis Romani... in certum & perspicuum ordinem artef- ciose redacti, und cum Jure civili Goi- fico : Lyon 1602, in-fol. II. Le Code de Henri IV, Paris 1608, in-4.º, & réimprimé en 1615.
CORMIS, (François de) avocat au parlement d'Aix sa patrie, laborieux, savant & très-consuité, mourut dans cette ville en 1734, à 70 ans. On a publié ses *Conjulations*, qui sont estimées: Paris 1725, 2 vol. in-fol.
CORMOULS, (N.) avocat au parlement de Toulouse, & ancien capitol de cette ville, se fit connoître, au commencement du siècle dernier, par ses *Poésies*, & sur-tout par une fable ingénieuse de la *Pudeur*, *Boyer de la Rivière* se l'attribua quelque temps après; mais le plagiat fut reconnu. Elle est interée dans le Mercure Galant de Mars, 1701.
CORNARA-PISCOPIA, (*Lucretia-Helena*) de l'illustre famille des *Cornaro* de Venise, naquit dans cette ville en 1646. Sa rare érudition, jointe à la connoissance des langues latine, grecque, hébraïque, espagnole & françoise, lui auroit procuré une place parmi les docteurs en théologie de l'université de Padoue, si le cardinal *Barbarigo*, évêque de cette ville, n'eût cru devoir s'y opposer. On se contenta de lui donner le bonnet de docteur en philosophie. Elle le prit, avec les autres ornemens du doctorat, dans l'église cathédrale, les salles du collège n'ayant pu suffire à l'affluence du monde. Plusieurs académies d'Italie se l'associent. Cette fille savante avoit fait vœu de virginité dès l'âge de douze ans; mais dans la suite elle y ajouta les vœux simples de religion, en qualité d'oblate de l'ordre de Saint-Benoit. La république des lettres la perdit en 1684, à 38 ans. On recueillit, quatre ans après, tous ses ouvrages, en un vol. in-8°, enrichi de sa Vie. On y trouve un *Panégyrique* italien de la République de Venise; une *Tra-* duction de l'espagnol en italien, des *Entretiens de Jésus-Christ avec l'Ame dévote*, par le chartreux *Lanspergius*; des *Lettres*, &c. Ces ouvrages ne justifient pas les éloges excessifs, dont plusieurs savans la combièrent.
CORNARIUS, *Voyez* HAGUENBOT.
CORNARO, (Louis) de Venise, étoit d'une famille illustre qui a donné plusieurs doges à sa patrie, & qui a produit une reine de Chypre, *Catherine Cornaro*, dans le 15e siècle, laquelle, en mourant, laissa son royaume aux Vénitiens. (*Voyez la Chronologie*, article CHYPRE; & CORNARA.) Louis *Cornaro* mourut à Padoue le 26 avril 1566, âge de plus de cent ans, sain de corps & d'esprit. Dès l'âge de 25 ans, il fut attaqué de maux d'estomac, d'un commencement de goutte & d'une fièvre lente. Sa santé continuait à 40 ans d'être mauvaise, malgré une multitude de remèdes, & peut-être à cause de ces remèdes mêmes. Alors il les abandonna entièrement, & se réduisit à la plus grande frugalité. Il a peint les bons effets de ce régime dans son livre *Des avantages de la vie sobre*, publié en italien, à Venise en 1558, in-8°, traduit en latin par *Leffius*, & en françois sous le titre de *Conseils pour vivre longtemps*, 1701, in-12. L'année d'après, on publia l'ANTI-CORNARO, ou *Remarques critiques* sur le *Traité de la vie sobre*, de Louis *Cornaro*. Il est certain que les principes de *Cornaro* ne sont pas bons pour tous les tempéraments: mais l'effet en fut si heureux pour lui, que les infirmités disparaissent peu à peu, firent place à une santé ferme & robuste, accompagnée d'un sentiment de bien-être & de contentement qui lui avoient 622 COR été inconnus jusqu'alors, Cornaro avait écrit trois autres petits traités sur la même matière, dont la traduction Françoise fut imprimée à Paris en 1652, in-12, sous ce titre : Trois discours nouveaux & curieux, &c. A l'âge de 95 ans, il écrivit un ouvrage sur la naissance & la mort de l'Homme, dans lequel il fait le portrait le plus intéressant de lui-même. « Je me trouve sain & dispos, comme on l'est à vingt-cinq ans. J'écris sept ou huit heures par jour. Le reste du temps, je me promène, je cause, ou je tiens ma partie dans un concert. Je suis gai. J'ai du goût pour tout ce que je mange. J'ai l'imagination vive, la mémoire heureuse, le jugement bon; &, ce qui est surprenant à mon âge, la voix forte & sur- monieuse. »
CORNAZANI, (Antoine) Italien de Ferrare ou de Parme, floriffoit vers 1480. On a de lui : La Vie de Jésus-Christ & la Création du Monde, en vers latins & ita- liens, 1472, in-4°; la Vie de la Vierge, en vers italiens, 1472, in-4°; Poema sopra l'Arte militare : Venise, 1493, in-fol. : Pezzo, 1507 in-8°. I. CORNEILLE, (St.) capitaine Romain d'une Compagnie de cent hommes, reçut le baptême par les mains de St. Pierre, l'an 40 de Jésus-Christ. Cet apôtre étant à Joppé, eut une vision, dans laquelle une voix venue du ciel lui ordonna de manger de toutes fortes de viandes indiffé- remment, sans distinction des ani- maux mondes & immondes, & de suivre sans hésiter trois hommes qui le cherchoient. C'étoit Corneille qui les envoyoit. L'ère se rendit à Césarée, où demeurait le Cen- tenier, qui se fit instruire avec toute sa famille. Le Saint-Esprit descendit sur eux, & cet apôtre les baptifs sur-le-champ.
II. CORNEILLE, (St.) successeur de St. Fabien dans le siège de Rome, le 2 juin 251, après une vacance de plus de seize mois, fut troublé dans son élection par le schisme de Novatien, choisi par quelques seditieux, à la fol- licitation de Novat, prêtre de Carthage. (Voyez l'article NOVA- TIEN.) Une pelle violente, qui ravageoit l'empire Romain, ayant été l'occasion d'une nouvelle per- section contre les Chrétiens, le saint pontife fut envoyé en exil à Centumcelles que l'on croit être Civita-Vecchia, & y mourut le 14 septembre 252. Il y a deux Lettres de ce pape parmi celles de St. Cyprien & dans les Epistola Romanorum Pontificum de Don Cousant, in-folio.
III. CORNEILLE DE LA PIERRE, Voy. PIERRE, n.º XXVI.
IV. CORNEILLE, (Antoine) Voyez CORNELIUS. V. CORNEILLE, (Claude) peindre Lyonnois, se rendit cé- lèbre par la ressemblance de ses portraits sous François I. Catherine de Méliès, passant à Lyon, alla plusieurs fois le voir peindre dans son atelier.
VI. CORNEILLE, (Pierre) né à Rouen le 6 juin 1606, de Pierre Corneille, maître des eaux & forêts, parut au barreau, n'y réussit point, & se décida pour la poëzie. Une petite aventure développa son talent, qui avoit été caché jusqu'alors. Un de ses amis le conduisit chez sa maîtresse; le nouveau venu prit bientôt, dans le cœur de la demoiselle, la place de l'introducteur. Ce changement le rendit poète, & ce fut le sujet de *Mélise*, sa première pièce de théâtre. Cette comédie, toute imparfaite qu'elle étoit, fut jouée avec un succès extraordinaire. On conçut, à travers les défauts dont elle fourmille, que la poésie dramatique alloit se perfectionner; & sur la confiance que l'on eut au nouvel auteur, il se forma une nouvelle troupe de comédiens. *Mélise* fut suivie de la *Veuve*, de la *Galerie du Palais*, de la *Suivante*, de la *Place Royale*, de *Clitandre*; & de quelques autres pièces, qui ne sont bonnes à présent que pour servir d'époque à l'histoire du théâtre François. *Clitandre* est entièrement dans le goût Espagnol. Les personnages combattent sur le théâtre; on y tue, on y affaffine, on voit des héroïnes tirer l'épée; des archers courent après les meurtriers; des femmes se déguisent en hommes. Il y a de quoi faire un Roman de dix tomes, & cependant rien n'est si froid, ni si ennuyeux. *Corneille* prit un vol plus élevé dans sa *Médée*, imitée de *Sénique*. Cette tragédie n'eut qu'un succès médiocre, quoiqu'elle fût au-dessus de tout ce qu'on avoit donné jusqu'alors. Une magicienne intéressée peu dans une tragédie régulière, sur-tout quand l'ouvrage n'est pas animé par une passion vive & par un grand intérêt. On n'y trouve que de longues déclarations; & *Corneille* ne feroit pas sorti de l'obscurité, s'il n'avoit pas fait d'autre pièce: mais il jeta les fondemens de sa brillante réputation dans le *Cid*, tragicomédie jouée en 1636, par laquelle commença le siècle qu'on appelle celui de *Louis XIV*. Quand cette pièce parut, le cardinal de *Richelieu*, jaloux de toutes les espèces de gloire, en fut aussi alac- mé, dit *Fontenelle* dans la Vie de son illustre oncle, que s'il avoit vu les Espagnols devant Paris. Il fouleva les auteurs contre cet ouvrage, ce qui ne dut pas être fort difficile, & se mit à leur tête. L'académie Françoise donna, par l'ordre de ce ministre, son fondateur & son protecteur, ses *Sentimens* sur cette tragédie. Mais elle eut beau critiquer: le public, pour me servir de l'expression de *Despréaux*, s'obstina à l'admirer. En plusieurs provinces de France, il étoit passé en proverbe de dire: *Cela est beau comme le CID*. *Corneille* avoit dans son cabinet cette pièce traduite dans toutes les langues de l'Europe, hormis l'Esclavone & la Turque. Les Espagnols, dont il avoit emprunté ce sujet, voulurent bien copier eux-mêmes une copie dont l'original leur appartenoit; mais qui, à la vérité, par les embellissemens dont l'avoit accompagnée l'auteur François, étoit au dessus de tout ce qu'a produit le théâtre Espagnol. *Corneille* ne répondit à *Richelieu* qu'en tâchant de faire quelque autre pièce supérieure au *Cid*. Comme il voyoit dans ce ministre deux hommes différents, son bienfaiteur & son ennemi, il fit les vers suivans après sa mort: *Qu'on parle mal, ou bien, du fameux Cardinal.* *Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien.* *Il m'a trop fait de bien, pour en dire du mal;* *Il m'a trop fait de mal, pour en dire du bien.* Les *Horaces*, tragédie représentée en 1639, ne fut point critiquée comme le *Cid*. On répandit cependant le bruit qu'elle alloit l'être. *Corneille* n'en fut pas fort ému. « *Horace*, dit-il, fut condamné 624 COR par les duumvirs, mais il fut abfous par le peuple. « Le sujet des Horaces qu'entreprit Corneille après le Cid, étoit bien moins heureux & bien plus difficile à manier. Il ne s'agit que d'un combat, d'un événement très-simple, qu'à la vérité le nom de Rome a rendu fameux, mais dont il semble impossible de tirer une table dramatique. » C'est aussi, dit M. de la Harpe, de tous les ouvrages de Corneille, celui où il a dû le plus à son génie. Ni les anciens ni les modernes ne lui ont rien fourni. Tout est de création. Les trois premiers actes, pris séparément, sont peut-être, malgré les défauts qui s'y mêlent, ce qu'il a fait de plus sublime... C'est le rôle étonnant & original du vieil Horace; c'est le beau contrafte de ceux d'Horace le fils, & de Curiece, qui produit tout l'effet de ses trois premiers actes. Ce sont ces belles créations du génie de Corneille, qui couvrent de leur éclat des défauts mêlés de tant de beautés, & qui, malgré le hors d'œuvre abfolu des deux derniers actes, & la froideur inévitable qui en résulte, malgré le meurtre de Camille, si peu tolérable & si peu fait pour la scene, y conserveront toujours cette pièce, moins comme une belle tragédie, que comme un ouvrage, qui, dans plusieurs parties, fait honneur à l'esprit humain, en montrant jusqu'où il peut s'élever, sans aucun modèle, & par l'élan de sa propre force. Un sentiment intérieur & irréfittible, plus fort que toutes les critiques, ajoute le même auteur, nous dit qu'il feroit trop injuste de ne pas pardonner, même les plus grandes fautes, à un homme qui montoit si haut, en créant à la fois la langue & le théâtre. On peut bien l'excuser, lorsque emporté par un vol si hardi, il ne fongé pas même comment il pourra s'y soutenir. Il tombe, il est vrai, mais ce n'est pas comme ceux qui n'ont fait que des efforts inutiles pour s'élever; il tombe après qu'on l'a perdu de vue, après qu'il est resté long-temps à une hauteur où personne n'avait atteint. Des juges sévères, en trouvant tout simple que l'admiration ait entraîné les esprits dans la nouveauté des ouvrages de Corneille, s'étonnent que, long-temps après, le nombre & la nature de ses fautes n'aient pas nui à l'impression de ses beautés. Ils attribuent cette indulgence, à la seule vénération qui est due à son nom: je crois qu'il y a une raison plus puissante. Dans un siècle où le goût est formé, on voit toujours, avec une curiosité mêlée d'intérêt, ces monuments anciens, sublimes dans quelques parties, & imparfaits dans l'ensemble, qui appartiennent à la naissance des arts. La représentation des pièces de Corneille nous met à la fois sous les yeux, son génie & son siècle. Ses beautés marquent le premier; ses défauts rappellent le second. Celles - là nous disent: voilà ce qu'étoit Corneille; celles - ci: voilà ce qu'étoient tous les autres. » Après les Horaces vint Cinns, au-dessus duquel on ne trouveroit pas facilement quelque chose, ni dans l'antiquité, ni dans les tragiques modernes. C'est après avoir lu cette pièce, que Marmontel s'écria: Combien de fuir, ô grand homme, ô Corneille! Puissant génie, étonnant créateur, De ton vol d'aigle observant la hauteur, J'ai vu l'aurore interrompus ma veille!... De quels rayons le ciel s'illumina, Quand Quand du faux goût rompant les lourdes chaînes, Et s'élevant de Clitandre à Cinna, Paris devint la rivale d'Athènes. « Le Cid, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV, n'étoit, après tout, qu'une imitation de Guillem de Castro; & Cinna, qui le suivit, étoit unique. » Le grand Condé, à l'âge de vingt ans, étant à la première représentation de cette pièce, versa des larmes à ces paroles d'Auguste : Je suis maître de moi, comme de l'Univers ; Je le suis, je veux l'être. O siècles ! 6 mémoire ! Conservez à jamais ma nouvelle victoire. Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux, De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous. Soyons amis, Cinna; c'est moi qui s'en convie... C'étoient là des larmes de héros. Le Grand Corneille faisant pleurer le Grand Condé, est une époque bien célèbre dans l'histoire de l'esprit humain. On voit dans Cinna le même pinceau que dans les Horaces; mais l'ordonnance du tableau est très-supérieure. Il n'y a point de double action. Ce ne font point des intérêts indépendans les uns des autres, des actes ajoutés à des actes; c'est toujours la même intrigue. Les trois unités font parfaitement observées. Il y a toujours de l'art, & l'art s'y montre rarement à découvert. La première scène du second acte, est un chef - d'œuvre d'éloquence, & plusieurs morceaux de cette tragédie, font dignes de cette scène. On trouve presque par-tout de la noblesse, des sentimens vrais, de la force, de la véhémence, de grands traits, sans cette emphase & cette enflure qui ne font qu'une fausse grandeur. Le théâtre François étoit au plus haut point de sa gloire; Corneille le foutait dans ce degré par son Polyeuette. En vain la critique voulut fermer les yeux sur la beauté de cette pièce; en vain l'hôtel de Rambouillet, afilé du bel esprit comme du mauvais goût, lui refusa son suffrage; en vain Voiture avoit alarmé Corneille sur son succès, & l'avoit décidé à la retirer du théâtre : elle a été toujours regardée comme un de ses plus beaux ouvrages. Le style n'en est pas si fort, ni si majestueux que celui de Cinna; mais elle a quelque chose de plus touchant. L'amour profane y contraste si bien avec l'amour divin, qu'il faisait à la fois les dévots & les gens du monde. Il est vrai, dit Voiture, que Polyeuette n'excita guère ni la pitié, ni la crainte; mais il a de très-beaux traits dans son rôle, & il falloit un très-grand génie pour manier un sujet si difficile. Nous ne parlons pas de l'extrême beauté du rôle de Sévère, de la situation piquante de Pauline, de sa scène admirable avec Sévère, au quatrième acte. Toutes ces beautés effacent les défauts de cette pièce. Le principal est peut-être dans le sujet même. Le zèle inconsidéré de Polyeuette, qui renverse les vases facrés & brise les statues des dieux; la cession qu'il fait de sa femme à un payen, ont paru à quelques censeurs, choquer la prudence, la justice, les bienfaisances & les lois même du christianisme. La première Dauphine, en parlant de Pauline, désoit : « Eh bien ! ne voilà-t-il pas la plus honnête femme du monde, & qui cependant n'aime point du tout son mari ! » R r 626 COR Après *Polyestie* vint *Pompée*, dans laquelle l'auteur profita de *Lucain*, comme dans sa *Médée* il avoit imité *Sénèque*; mais dans les endroits où il les copie, il paroît original. Plein de la *Pharçale*, il répandit la pompe de ce poème & la hardieffe de tes penfées dans sa pièce; & cette pompe, dans le poëte françois comme dans le latin, va quelquefois jusqu'à l'enflure. Cependant *Pompée* est un ouvrage d'un genre unique, que le seul génie de *Corneille* pouvoit faire réussir. La meilleure critique de cette pièce a été faite par une femme, qui difoit, qu'elle n'y voyoit qu'une chose à reprendre, c'est qu'elle y voyoit trop de héros; & en effet, l'émotion que l'un pouvoit faire éprouver, est détruite par le sentiment qu'inspire l'autre. On s'est plaint qu'il a dégradé la grandeur Romaine dans l'amour de *César* pour *Cléopâtre*; amour ridicule & traité ridiculement. Si l'on excepte les scènes de *Chimène* dans le *C.d.*, & quelques morceaux de *Polyestie*, cette passion ne fut jamais peinte par *Corneille*, comme elle doit l'être. Ce poëte avoit donné le modèle des bonnes tragédies; il donna celui de la comédie dans la pièces du *Menteur*, jouée en 1642. Ce n'est qu'une imitation de l'*Espagnol*; mais c'est probablement à cette imitation que nous devons *Molière*. La comédie de *Corneille*, quoique defectueuse, eut longtemps une supériorité marquée sur toutes les pièces de ses contemporains. La scène troisième de l'acte cinquième est pleine de force & de noblesse; on y voit la même main qui peignit le vieil *Horace* & *Don Diégue*. La *Suite du Menteur*, représentée en 1643, & imitée aussi de l'*Espagnol*, ne réussit point d'abord, mais elle eut ensuite un succès heureux. L'intrigue de cette seconde pièce est beaucoup plus intéressante que celle de la première; & l'auteur, en donnant de l'âme au caractère de *Phéliste*, en tâchant d'amener un peu mieux les beaux sentimens & la plaisanterie, enfin, en retranchant quelques mauvaises pointes, eût fait de cette pièce une des plus agréables qu'on eût vues au théâtre. *Théodore vierg. & maityre*, jouée en 1645, ne fervit qu'à montrer que le génie le plus élevé tombe quelquefois le plus. La verification est celle des meilleures pièces de *Corneille*, tantôt forte, tantôt foible; toujours la même inégalité de style, le même tour de phrase, la même manière d'intriguer. Mais l'action principale étant la prostitution de l'héroïne, cette pièce doit révolter un parterre délicat. On y trouve des vers qui présentent les images les plus basses. On menace *Théodore* de la livrer à l'infamie; & elle répond, que si on la réduisoit à cette extrémité, On la verroit offrir, d'une âme résolue, A l'époux sans macule une épouse impolue. *Fontenelle*, à qui l'on récitoit un jour ces vers, sans lui dire de qui ils étoient, s'écria: *Quel est le Ronfard qui a pu écrire ainsi?* — *C'est*, lui répondit — on, *votre cher oncle le Grand CORNEILLE*. On prétend que *Molière* difoit de *Corneille*: *Il a un latin qui vient de temps en temps lui s'offrir d'excellens vers, & qui enjuite le laïse là en disant: voyons comment il s'en tirera quand il fera seul, & il ne fait rien qui vaille. Corneille choisit le sujet de Théodore, parce qu'il connoissoit plus son cabinet que le monde. A cette pièce indecente, succéda une tragédie dont le sujet* est aussi grand & aussi terrible que celui de Théodore étoit bizarre & ridicule. C'est Rodogune, que Corneille aimoit d'un amour de préférence. Il disoit que, « pour trouver la plus belle de ses pièces, il falloit choisir entre Rodogune & Cinna, » quoique le public penchât plus du côté de la dernière. Rodogune, avec très-peu de taches, a des beautés sans nombre. L'intérêt y devient plus vif d'acte en acte: le second est supérieur au premier, le troisième est au-dessus du second, & le dernier l'emporte sur tous les autres. Hérachius parut ensuite, & le public ne le trouva point indigne des chefs-d'œuvre qui l'avoient précédé. Le fonds en est noble, théâtral, attachant. Cette tragédie est si chargée d'incidens, qu'une première représentation est plutôt un travail qu'un amusement; mais en excitant la curiosité, l'intrigue occupe l'esprit du spectateur, dont l'amour propre est très-flaté lorsqu'il l'a débrouillée. Boileau l'appeloit un logographe: il faut avouer qu'il y a de très-beaux morceaux dans cette énigme; & quoique la diction n'en soit ni assez pure, ni assez élégante, on la lit toujours avec plaisir. D. Sanche d'Aragon, Andromède, Nicomède, Pertharite, n'eurent que des succès équivoques, & la dernière ne fut jouée qu'une fois. Corneille ne put cependant se dégoûter du théâtre. Cédant à l'impulsion de son génie poétique & aux sollicitations de Fouquet, il donna son Œdipe en 1659. Cette pièce réussit, & lui procura de nouveaux bienfaits du roi. Il la dédia par une épître en vers à Fouquet, comme il avoit dédié Cinna à Montauron, trésorier de l'épargne, qui lui donna mille pistolets. On appela depuis les dédicaces lucraïves, des Épitres à la Montauron. Le nom de Fouquet ne fera point passer à la postérité la tragédie d'Œdipe, où l'auteur est plus occupé à dissenter, qu'à inspirer le pathétique d'un tel sujet & d'un poète tel que Sophocle. Son génie se montra avec plus d'éclat dans Sertorius, joué en 1662. Malgré une certaine dureté de style, il y a de beaux éclairs. L'entrevue de Sertorius & de Pompée intéressa tous les spectateurs qui aimoient l'ancienne Rome. Les deux généraux y déploient toute la noblesse & la fierté des héros, & paroissent en même temps épuiser les grandes ressources de leur politique. Turenne étant un jour à une représentation de Sertorius, s'écria, dit-on, à cette scène: « Où donc Corneille a-t-il appris l'art de la guerre? » Voltaire dit que cette anecdote est fausse, & n'en donne pas les raisons. Au reste, le dénouement de Sertorius est assez froid, & il n'a jamais remué l'âme des spectateurs. Othon, joué en 1664, n'a rien de bien attachant. Ce n'est qu'un arrangement de famille; on ne s'y intéresse pour personne; on y cherche en vain un style pur, noble, coulant & égal. Cette pièce réussit cependant, en faveur des beautés des premières scènes & de quelques heureuses imitations de Tacite. Corneille tâcha de peindre la corruption de la cour des empereurs, du même pinceau dont il avoit peint les vertus de la république; mais il s'en faut beaucoup que ses couleurs soient aussi fortes & aussi brillantes que dans ses premières pièces. Le maréchal de Grammont dit, à l'occasion de cette tragédie qui eut des suffrages illustres, que Corneille devoit être le bréviaire des Rois; & Louvols ajouta qu'il faudroit un parterre composé de ministres d'état pour la bien juger. — Corneille, encouragé par ces éloges, donna de nouvelles pièces, R r z 628 COR mais toutes indignes de lui. Ce fut par *Agesilas*, *Attila*, *Bérénice*, *Pulchérie* & *Suréna*, que ce père du théâtre finit sa carrière *Boileau* s'appercevant, dès les deux premières pièces, que le génie de *Corneille* baissait, fit cet impromptu : *Après l'Agesilas, *Mais après l'Attila, Ces deux tragédies, & les trois suivantes font, à quelques endroits près, ce que nous avons de moins digne de ce grand homme, par la féchereffe, la roideur & la platitude d'un style plein de termes populaires, de phrases barbares, de constructions louches; par la froideur de l'intrigue, mal imaginée & mal conduite; par des amours déplacées & infipides; par un tas de raisonnemens de politique & d'amplifications alambiquées. Mais on ne juge, dit tres-bien *Voltaire*, d'un grand homme que par ses chefs-d'œuvre, & non par ses fautes. Ce sont les ouvrages d'un vieillard; mais ce vieillard est *Corneille*. Si nous n'en jugeons que par les pièces du temps de sa gloire, Quel homme! Quel sublime dans ses idées! Quelle élévation de sentimens! Quelle nobleffe dans ses portraits! Quelle profondeur de politique! Quelle vérité, quelle force dans ses raisonnemens! Chez lui les Romains parlent en Romains, les Rois en Rois; par-tout de la grandeur & de la majesté. On sent, en le lisant, qu'il ne puitait l'élévation de son génie que dans son âme. C'était un ancien Romain parmi les François, un *Cinna*, un *Pompée*, &c. — *Corneille*, débarrassé du théâtre, ne s'occupa plus qu'à se préparer à la mort. Il avoit eu dans tous les temps beaucoup de religion. Il traduit l'*Imitation* de J. C., en vers : version qui eut un succès prodigieux, mais qui manque du plus beau charme de l'original, de cette simplicité touchante, de cette onction naïve, qui opèrent plus de conversions que tous les sermons. Il fit cette traduction, dit-on, par ordre de son confesseur, le P. *Paulin*. Ce grand homme s'affoiblit peu à peu, & mourut doyen de l'académie Françoise, dans la nuit du dernier septembre au 1$^{er}$ octobre 1684, à 78 ans. Comme c'est une loi dans ce corps, que le directeur fasse les frais d'un service pour ceux qui meurent sous son directorat, il y eut un combat de générosité entre l'abbé de *Lavau*, qui finissait son directorat, & *Racine* qui commençait le sien. Le premier l'emporta. Ce fut à cette occasion que *Benferade* dit à *Racine*: *Si quelqu'un pouvoit prétendre à enterrer Corneille, c'était vous, vous ne l'avez pourtant pas fait*. Ce discours a été pleinement vérifié, dit l'illustre neveu de ce grand poète. *Corneille* a la première place, & *Racine* la seconde, quoique supérieur à son rival dans une des plus belles parties de l'art du théâtre, dans la verification. On fera à son gré l'intervalle entre ces deux places, un peu plus, ou un peu moins grand : c'est là ce qu'on trouve, en ne comparant que les ouvrages de part & d'autre. Mais si l'on compare les deux hommes, l'inégalité est plus grande. Il peut être incertain que *Racine* eût été, si *Corneille* ne fut pas venu avant lui; il est certain que *Corneille* a été par lui-même. On ne peut s'empêcher de placer ici le portrait de ce grand homme, tracé par la même main. — *CORNEILLE* etoit assez grand & assez plein, l'air fort simple & fort commun. C O R 629 toujours négligé, & peu curieux de son extérieur. Il avoit le visage assez agréable, un grand nez, la bouche belle, les yeux pleins de feu, la physionomie vive, des traits fort marqués, & propres à être transmis à la postérité dans une médaille ou dans un buste. Sa prononciation n'étoit pas tout-à-fait nette. Il favoit les belles-lettres, l'histoire, la politique; mais il les prenoit principalement du côté qu'elles ont rapport au théâtre. Il n'avoit pour toutes les autres connoissances ni loisir, ni curiosité, ni beaucoup d'estime. Il parloit peu, même sur la matière qu'il entendoit si parfaitement. Il n'ornoit pas ce qu'il disoit, & pour trouver le Grand Corneille, il falloit le lire. Il étoit mélancolique. Il lui falloit des sujets plus solides pour espérer ou pour se réjouir, que pour se chagriner ou pour craindre. Il avoit l'humeur brusque, & quelquefois rude en apparence; au fond, il étoit très-aimé à vivre; bon-père, bon-mari, bon parent, tendre & plein d'amitié. Son tempérament le portoit assez à l'amour, mais jamais au libertinage, & rarement aux grands autachemens. Il avoit l'âme fière & indépendante; nulle souplesse, nul manège: ce qui l'a rendu très-propre à peindre la vertu Romaine, & très-peu à faire sa fortune. Il n'aimoit point la cour; il y apportoit un visage presque inconnu, un grand nom qui ne s'attiroit que des louanges, & un mérite qui n'étoit point le mérite de ce pays-là. Rien n'étoit égal à son incapacité pour les affaires, que son aversion; les plus légères lui caufoient de l'effroi & de la terreur. Il avoit plus d'amour pour l'argent, que d'habileté pour en amasser. Il ne s'étoit point trop endurci aux louanges, à force d'en recevoir; mais, quoique sensible à la gloire, il étoit fort éloigné de la vanité. Quelquefois il s'affiroit trop peu sur son rare mérite, & croyoit trop facilement qu'il pouvoit avoir des rivaux. » Sa devise étoit: Et mihi res, non rebus me submittere conor. J'ai su tout me plier, sans me plier à rien. On peut ajouter à ce portrait de Corneille, par Fontenelle, le jugement que porte sur ses écrits l'auteur des Trois Siècles. » Corneille, dit-il, ne cessera jamais d'être le grand Corneille, malgré les efforts de ceux qui, n'ayant pu l'imiter, cherchent à miner le colosse de sa réputation. Ses ouvrages conserveront, sans altération, en dépit des critiques & des commentateurs, la vive expression de son génie & du caractère de son âme; c'est-à-dire qu'ils retraceront le tableau de ces édifices antiques, majestueux, solides, qui, malgré quelques irrégularités, n'en font pas moins sentir la petitesse de cette architecture moderne, où l'ornement & la symétrie s'efforcent en vain de suppléer à la noblesse & à la magnificence. » Fontenelle a assuré que son oncle avoit l'air fort simple & fort commun. Dom d'Argonne dit que la première fois qu'il le vit, il le prit pour un marchand de Rouen, & qu'il ne reconnut point en lui cet homme qui faisoit si bien parler les Grecs & les Romains. Il dit lui-même dans des vers à Pelisson: En matière d'amour, je suis fort inégal; J'en écris assez bien, je le fais assez mal. J'ai la plume féconde, & la bouche gérile. R r 3 630 COR Bon galant au théâtre, & fort mauvais en ville; Et l'on peut rarement m'écouter sans ennui, Que quand je me produis par la bouche d'autrui. Corneille lisoit très-mal ses vers. Il reprochoit à Boisrobert d'en avoir critique plusieurs au théâtre. Comment aurois-je pu le faire, lui répliqua ce dernier, puisque je les ai trouvé bons, lors même que vous les lisez. « Corneille reçut au spectacle, l'hommage le plus flatteur. Il n'y avoit pas paru depuis deux ans. Si-tôt que les acteurs l'apporçurent, ils s'interrompirent. Le grand Condé, le prince de Condé, & tous ceux qui se trouvoient sur le théâtre, se levèrent; les loges suivirent leur exemple; le patterre applaudit avec enthousiasme, & réitera cet accueil à tous les entrâches. Corneille épousa la fille d'un lieutenant-general d'Andely, qu'il obtint par la protection du cardinal de Richelieu, qui la demanda au père. Il en eut trois fils : le premier capitaine de cavalerie; le second, lieutenant; le troisième, ecclésiastique & abbé d'Aiguevive, près de Tours. Le lieutenant de cavalerie fut tué au siège de Grave, & son aîné ne laissa pas de postérité. — Joly publia en 1738, une nouvelle édition du THÉÂTRE de Pierre Corneille, en 10 vol. in-12. C'est la plus correcte que nous ayons. Voltaire, qui devoit tant au grand Corneille, &, pour nous servir de ses expressions, foldat de ce général, prit chez lui, à la fin de 1760, sa petite nièce. Après lui avoir donné une éducation digne de sa naissance & de ses talens, il la maria d'une manière avantageuse. Il ajouta à ce bienfait, celui de lui céder le fruit de la nouvelle édition des œuvres de son grand-oncle, qu'il publia en 1764, en 12 vol. in-8°, avec de jolies figures. On l'a réimprimée depuis avec des augmentations en 8 vol. in-4°, & en 10 vol. in-12. Le célèbre éditeur joignit au texte des tragédies & des comédies : I. Un Commentaire sur la plupart de ces pièces, & des réflexions sur celles qui ne sont plus représentées. II. Une Traduction de l'Héracluse Espagnol, avec des notes au bas des pages. III. Une Traduction littérale en vers blancs du Jules-César de Shakespear. IV. Un Commentaire sur la Bérénice de Racine, comparée à celle de Corneille. V. Un autre Commentaire sur les tragédies d'Ariane & du Comte d'Egnes de Thomas Corneille, qui sont restées au théâtre. Cette belle édition du Sophocle François, par l'Eur pide de notre fiècle, est remplie d'observations critiques, & peut-être trop critiques. Didote l'aîné a donné une belle édition de ses chefs-d'œuvre, 1783, 2 vol. in-4°. On trouve les principales remarques faites sur Corneille dans un livre imprimé à Paris en 1765, in-12, sous ce titre : Parallele des trois principaux Poètes tragiques François, avec les Observations des meilleurs Maîtres sur le caractère particulier de chacun d'eux. — Voy. CANTENAC.
VI. CORNEILLE, (Thomas) frère du Grand Corneille, de l'académie Françoise, & de celle des Inscriptions, naquit à Rouen en 1625, & mourut à Andeli le 8 décembre 1709, à 84 ans. Il courut la même carrière que son frère, mais avec moins de succès. Quoiqu'il observât mieux les règles du théâtre, & qu'il fût au-dessus de lui, & peut-être au-dessus de nos meilleurs-poètes pour la conduite d'une pièce, il avoit moins de feu & de génie. *Despréaux* avoit raison de l'appeler un cadet de Normandie, en le comparant à son aîné; mais il avoit tort d'ajouter qu'il n'avoit pu faire jamais rien de vaissonnable. Le satirique avoit oublié apparemment un grand nombre de pièces, dont la plupart ont été conservées au théâtre, & qui, outre le mérite de l'intrigue, offrent quelques bons morceaux de versification. Ces pièces sont : *Ariane*, le *Comte d'Essex*, *Stilicon*, *Darius*, *Laodice*, *Antiochus*, *Annibal*, *Achille*, *Théodat*, *Maximien*, *Pyrrhus*, *Bérénice*, *Camme* & *Timocrate*, tragédies; le *Geollier de foi-même*, le *Baron d'Albikrac*, la *Comtesse d'Orgueil*, le *Roflin de Pierre*, l'*Inconnu*, comédies en cinq actes. *Thomas Corneille* avoit une facilité prodigieuse. *Ariane* ne lui coûta que dix-sept jours, & le *Comte d'Essex* fut fini dans quarante. Il est vrai que quand on fait attention aux vers profsiques, aux sentences froides & aux autres défauts de ces deux pièces, on est moins surpris de cette facilité. Cependant *Ariane* est au nombre des pièces qu'on joue souvent. Une femme qui a tout fait pour *Thésée*, qui l'a tiré du plus grand péril, qui s'est sacrifiée pour lui, qui se croit aimée, & qui mérite de l'être, qui se voit trahie par sa sœur & abandonnée par son amant, est un des plus heureux sujets de l'antiquité; mais dans cette pièce il n'y a qu'*Ariane*; le reste de la tragédie est foible. On y trouve cependant des morceaux très-naturels & très-souchiens, & quelques-uns même très-bien écrits. « On peut remarquer, dit *Voltaire*, qu'il y a moins de solécismes & moins d'obscurité que dans les dernières pièces de *Pierre Corneille*. Le cadet n'avoit pas la force & la profondeur deur du génie de l'aîné; mais il parloit sa langue avec plus de pureté, quoique avec plus de foibleffe. » Le sujet du *Comte d'Essex*, tragédie représentée en 1678, est bien moins heureux que celui d'*Ariane*. La pièce est médiocre, & par l'intrigue, & par le style: mais il y a quelque intérêt, quelques vers heureux, & on l'a jouée longtemps sur le même théâtre où l'on répréfétoit *Cinna* & *Andromaque*. Les acteurs, & sur-tout ceux de province, aimoient à faire le rôle du comte d'*Essex*, à paroître avec une jarretière brodée au-dessous du genou, & un grand ruban bleu en bandoulière. Le comte d'*Essex* donné pour un héros du premier ordre, persécuté par l'envie, ne laisse pas d'en imposer. On est touché; on pleure quelquefois; & dans cet attendrissement, on n'examine pas si l'auteur a changé les faits & les caractères, comme l'a fait *Corneille*; si le style est toujours pur & élégant; si les passions y parlent le langage qui leur est propre. C'est ce qui est arrivé au *Comte d'Essex*: on a été entraîné par la situation; & on n'a fait attention, ni aux discours qui ne sont pas toujours nobles, ni aux bienfaisances qui y sont souvent blessées. La tragédie de *Timocrate*, aujourd'hui dédaignée, eut quatre vignes représentations dans sa naissance. Enfin, comme le parterre la redemandoit encore, un acteur vint annoncer de la part de ses confrères, « que quoiqu'on ne se lassait point d'entendre cette tragédie, on étoit las de la jouer. D'ailleurs, ajouta-t-il, nous courriions risque d'oublier nos autres pièces. » *Voy. CAMMA*, « Sa tragédie de *Maximien* a quelques scènes intéressantes. *Fauta* se trouve dans cette pièce entre son mari & son père: ce qui produit, R r 4 632 COR dit *Voltaire*, des situations fort touchantes. Le complot est fort intrigué ; & c'est une de ces pièces dans le goût de *Cammé* & de *Timoerate*. Elle eut beaucoup de succès dans son temps ; mais elle est tombée dans l'oubli, parce que l'intrigue trop compliquée ne laisse pas aux passions le temps de paroître ; parce que les vers en sont faibles ; en un mot parce qu'elle manque de cette éloquence, qui seule fait passer à la postérité les ouvrages de prose & les vers. « *Corneille* avoit une mémoire si prodigieuse, que lorsqu'il étoit prié de lire une de ses pièces, il la récitoit tout de suite sans hésiter, & mieux qu'un comédien n'auroit pu faire. Il joignoit à ses talens, toutes les qualités de l'honnête homme & du citoyen. Il étoit sage, modeste, attentif au mérite des autres, charmé de leurs succès ; ingénieux à excuser les défauts de ses concurrents, comme à relever leurs beautés ; (*Voy. BOURSAULT*) cherchant de bonne foi des conseils sur ses propres ouvrages, & sur les ouvrages des autres donnant lui-même des avis sincères, sans craindre d'en donner de trop utiles. Il conserva une politesse surprenante jusque dans ses derniers temps, où l'âge semblait devoir l'affranchir de beaucoup d'attention. L'union entre son frère & lui, fut toujours intime. Ils avoient épousé les deux fœurs ; ils eurent le même nombre d'enfants. Ce n'étoit qu'une même maison, qu'un même domestique, qu'un même cœur. Après vingt-cinq ans de mariage, ni l'un ni l'autre n'avoient songé au partage du bien de leurs femmes, & il ne fut fait qu'à la mort du grand *Corneille*. Le *Théâtre* de *Thomas* a été recueilli en 5 volumes in-12 ; mais ce ne sont pas ses seuls ou- vrages. On a encore de lui : L *La Traduction en vers françois des Métamorphoses d'Ovide*, d'une partie des *Élegies* & des *Épitres* du même poète, en 3 vol. in-12. II. Un *Dictionnaire des Arts & des Sciences*, en 2 volumes in-folio qui parut pour la première fois l'an 1694, en même temps que celui de l'académie Françoise, dont il étoit comme le supplement. L'illustre *Fontenelle*, neveu, & ce qui vaut mieux, ami intime de *Thomas Corneille*, donna une seconde édition de l'ouvrage de son oncle en 1731. Il le revit, le corrigera, l'augmenta considérablement, & sur-tout pour les articles de mathématique & de physique. III. Un *Dictionnaire universel, Géographique & Histoire*, en 3 volumes in-folio, 1707 ; très-exact pour la partie géographique qui concerne la Normandie, & fau-ff dans beaucoup d'articles qui ne regardent pas cette province. Quoique *Thomas Corneille* fut devenu aveugle sur la fin de ses jours, il préparoit une nouvelle édition de ces deux Dictionnaires ; mais la mort l'empêcha de donner au dernier toute l'exactitude dont il seroit susceptible. Il n'avoit rien oublié cependant pour perfectionner son ouvrage, & avoit tiré des provinces d'excellens Mémoires qui ne se trouvent que dans son livre. Aussi, malgré ses défauts, il ne mérite pas le mépris que tant de personnes en ont fait, souvent sans connoissance de cause. C'est le jugement qu'en porte *La Martinière*. IV. Des *Observations sur les Remarques de Vauclés*, réimprimées dans l'édition de 1728, en 3 vol. in-12. *Thomas Corneille* connoissoit bien notre langue, la parloit avec grace, & l'écrivoit assez purement.
VII. CORNEILLE, (Michel) peintre & graveur, naquit à Paris en 1642. Un prix de peinture, qui lui fut adjugé, lui mérita la pension du roi pour le voyage de Rome. De retour à Paris, après s'être formé sur les tableaux des Carrachus, il fut reçu à l'académie, & ensuite nommé professeur. Le roi employa son pinceau à Versailles, à Trianon, à Meudon & à Fontainebleau. Louis XIV aimoit & estimoit ses ouvrages. A une grande intelligence du clair-obscur il joignoit un dessin correct. Ses airs de tête sont pleins de noblesse & d'agrément. Il excelloit dans le paysage; mais il avoit contracté une manière de coloris qui tiroit trop sur le violet. Il mourut à Paris en 1708, à 66 ans, sans avoir été marié.
VIII. CORNEILLE, (Jean-Baptiste) frère du précédent, professeur de l'académie de peinture ainsi que lui, mourut à Paris, sa patrie, en 1695, à 49 ans. On voyoit de lui quelques tableaux à Notre-Dame de Paris, aux Chartreux, &c. Il fut élève de Gillot.
CORNEILLE - BLESSEBOIS, (Pierre) poète dramatique du 17e siècle, dont on a Eugénie; Marchet-le-Hayer, ou mademoiselle de Sacy; les Soupirs de Sifrey; Sainte-Reine; un roman intitulé, Le Lion d'Argelie, 1676, deux parties en un volume in-12.
CORNÉJO, (Pierre) Espagnol, mort en 1615, étoit en France du temps de la Ligue, & s'en montra un chaud partisan. Il en a laissé l'Histoire depuis 1585 jusqu'en 1590. Elle est écrite en espagnol, & fut publiée à Paris en 1590, & à Madrid, deux ans après, in-8. On lui doit encore une Histoire des guerres de Flandre, traduite en français par Chappys, Lyon 1578, in-8. De Thou, dans son Hif- toire, ne loue pas l'exactitude de Cornéjo. I. CORNÉLIE, fille de Scipion, l'Africain, & mère des deux Gracchus, posséda toutes les vertus propres à son sexe, & tâcha de les inspirer à ses fils. Une dame de la Campanie, aussi forte que glorieuse, ayant fait étalage devant Cornélie de ses bijoux, la pria de lui montrer les fiens à son tour. Cornélie appelant ses enfans: Voilà, dit-elle, mes bijoux & mes ornemens! On peut cependant lui reprocher d'avoir trop excité leur ambition: passion qui, augmentant avec l'âge, devint fatale à la république & à eux-mêmes. Voyez GRACCHUS. Cette femme illustre eut la gloire de se voir ériger, de son vivant, une statue de bronze, sur laquelle on mit cette inscription: Cornelia mater Gracchorum. Que de grandeur dans ces trois mots! Physcon, roi de Lybie, ayant eu occasion de la voir à Rome, lui fit proposer de l'épouser; mais elle rejeta ses offres, & crut qu'il étoit plus honorable pour elle d'être une des premières citoyennes de Rome, que reine de Lybie.
II. CORNÉLIE, fille de Cinna, devint femme de Jules-César, dont elle eut Julie qui épousa Pompée. César eut tant d'amour pour elle, qu'il fit son oraison funèbre, et rappela de l'exil Cinna son frère, à sa considération, vers l'an 46 avant l'ère chrétienne.
III. CORNÉLIE, (Maximille) Vettale, fut enterrée toute vive par arrêt du barbare Domitien, qui conçut l'extravagante pensée d'illustrer son règne par un tel exemple. Il la fit accuser de galanterie avec Celer, chevalier Romain; &, sans vouloir qu'elle se justifiait, il condamna cette vierge innocente 634 COR au supplice des Vessales criminelles. Elle s'écria en allant au supplice: Quoi ! César me déclare in- ceftueuse ! moi, dont les facs fices l'ont fait triompher. Comme il fallut l'en- fermer dans le caveau, & qu'en la descendant sa robe fut accrochée; elle se retourna & se débarrassa avec autant de tranquillité que de modestie, conservant, jusqu'au dernier moment, une ame pure & inebriable. Suéione prétend qu'elle fut convaincue; mais la plus commune opinion est qu'elle étoit innocente. I. CORNÉLIUS, (Antonius) li- cencie en droit, de Billy en Au- vergne, vivoit au commencement du 16e siècle. Il est auteur d'un livre rare, intitulé : Infantum in limbo clauforum Quercia adversis divinum Judicium; Apologia divini Judicii; Responsio Infantum & equi Judicis Sententia : Parisiis, Wechel 1531, in- 4.º Cet ouvrage si gulier ren- ferme plusieurs propositions ha- fardées, qui le firent supprimer; il fut, sinon la cause, du moins l'époque de la ruine de l'impri- meur.
II. CORNÉLIUS COSSUS, étant tribun militaire, tua de sa main dans une bataille Laece Volum- nius, roi des Véiens, & remporra les secondes dépouilles Optmes, qu'il consacra dans le temple de Jupiter Féretien.
III. CORNÉLIUS NÉPOS, Voy. NÉPOS.
IV. CORNÉLIUS SÉVÉRUS, a été compté au nombre des poètes épiques. Il avoit beaucoup de gé- nie, & faitoit aisément des vers. Cependant Quintilien dit de lui, qu'il étoit meilleur versificateur que grand poète. Il avoit com- mence un Poème sur la guerre de Sicile, qu'il ne put achever, parce que la mort le prévint. Nous n'a- vons de lui, qu'une belle Éligie sur la mort de Cicéron. V. CORNÉLIUS TACITUS, Voy. TACITE.
CORNET, (Nicolas) docteur en théologie de la faculté de Pa- ris, né à Amiens en 1592, défera, l'an 1639, en qualité de syndic, sept propositions de Jaufréus, dont les cinq premières étoient celles qui ont été condamnées depuis. Il laissa quantité de legs pieux, & mourut en 1662, à 71 ans, après avoir refusé l'archevêché de Bourges, que lui offrit le cardinal Maquis. Ce ministre l'avoit fait président de son conseil de consi- cience. Le cardinal de Richelieu l'avoit aussi admis à son conseil, & s'étoit servi de lui, dit-on, pour la préface de son Livre de Con- troverés. Ce ministre avoit voulu l'avoir pour consister; mais Cornet refusa un emploi si délicat.
CORNÉTO, (Adrien CASTEL- LESI, dit le Cardinal) né de pa- rens pauvres, prit le nom de Cor- néto du lieu de sa naissance, dans le patrimoine de Saint-Pierre. S'étant fait connoître par son esprit à Innocent VIII, ce pape l'envoya en ambassade auprès de Henri VII roi d'Angleterre, qui lui donna les évêchés de Hereford, de Bath & de Wels. Il passa en France pour les mêmes fonctions, re- tourna à Rome & devint secré- taire d'Alexandre VI, qui lui donna le chapeau de cardinal en 1503. Peu de mois après, César Borgia, fils de ce pontife, ayant voulu, selon quelques-uns, l'empoison- ner pour avoir sa dépouille, il s'empoisonna lui-même. Mais, ni Borgia ni Cornéto n'en moururent. Ce dernier racontoit à Paul Jove, « que le vin qu'il but dans le repas où il reçut le poison, lui avoit causé une soif inexprimable, & l'avoit fait changer de peau. » Jules II, succefleur d'Alexandre VI, exila le cardinal Cornéto. Léon X le rappela; mais ce ne fut que pour le voir entrer dans une con- juration contre lui. Le cardinal Cornéto fut obligé de s'enfuir. Il parcit, dit-on, de Rome pendant la nuit, déguisé en moiffonneur, au commencement de 1518, sans qu'on ait jamais pu savoir ce qu'il étoit devenu. Piérus Valerianus, qui écrivoit en 1534, dit qu'on l'avoût cru affaffiné par son valet, qui vouloit profiter des pistolets que son maître avoit cousues dans sa chemisette. Ce prélat, mépri- sable par son caractère, étoit illus- tre par ses talens. Il fut un des premiers écrivains d'Italie, qui dé- gagèrent le style latin des mots barbares du moyen âge, & qui l'ornèrent des expressions du siècle d'Auguste. Son traité De Sermoné la- tin, dédié à Charles V, pour lors prince d'Espagne, contient d'ex- cellentes remarques sur la pureté de cette langue. Cornéto fut aussi pôtre. Il reste de lui quelques pro- ductions dans ce genre; recueillies à Lyon en 1581, in-8.º Il est autour d'un Poème sur la Chaffe, en vers phaleuques, qu'il dédia au cardinal Aseagne. Il fut imprimé à Strasbourg en 1512, à Baffo en 1518, à Cologne en 1522, à Paris chez Colines, en 1532, & à Venise chez Alde Manuce, la même année. On a encore de ce prélat, on traité De la vraie Phi- lophie, Cologne 1548. Il avoit commencé une version de l'Ancien Testament.
CORNHERT ou COORNHERT, (Théodore) enthousiaste du fei- zième siècle, gagna d'abord sa vie, en exerçant son talent pour la gra- vure. S'étant dégoûté du burin, il apprit le latin. Ses progrès furent rapides, & il devint fecretaire de la ville de Harlem. Le prince d'Orange, gouverneur de Hollande, se servit de sa plume pour composer son premier manifeste, en 1566. La duchesse de Parme, ayant su qu'il en étoit l'auteur, le fit enlever de Harlem, & conduire à la Haye. Sa femme, craignant qu'il ne fortit jamais de sa prison, voulut ga- gner la peste, pour la lui commu- niquer & mourir avec lui. Cornhert n'eut pas besoin de cette ressource extravagante. Il s'évaia furtive- ment, & reprit son métier de gra- veur. Ce fut alors qu'il commença à dogmatiser. Quoique ennemi de la religion Catholique, il ne laissa pas de s'élever contre Luther, Cal- vin, & contre les ministres du Protestantisme. Il prétendoit que, sans une mission extraordinaire, appuyée par des miracles éclatans, personne n'avoit droit de se mêler des fonctions du ministère évan- gélique. Les différentes commu- nions avoient, suivant lui, be- soin de réforme; mais en atten- dant que Dieu fuicitât des apôtres & des réformateurs, toutes les sectes Chrétiennes devoient se réu- nir sous une forme d'Interim. Son plan étoit, qu'on lût au peuple le texte de la parole de Dieu, sans proposer aucune explication, sans rien prescrire aux auditeurs. Il croyoit que, pour être véritable- ment Chrétien, il n'étoit pas né- cessaire d'être membre d'aucune église visible. Il se conduisit fui- vant ces principes, ne commu- niquant ni avec les Catholiques, ni avec les Protestans, ni avec aucune autre secte. On vouloit le faire renfermer pour le reste de ses jours; mais on crut qu'il valoit mieux le laisser rêver & mourir en paix. Il mourut en 1590. Ses 636 COR Œuvres furent imprimées en 1630, 5 vol. in-fol.
CORNIFICIA, fœur du poète Cornificius, brilla par son esprit sous l'empire d'Auguste. Elle égala en tout genre de poésie son frère Cornificius. La science, difoit-elle, eſt la ſeule choſe indépendante de la fortune.
CORNIFICIUS, faſſoit admirer ſon génie pour la poéſie, en même temps que Salfute, Lucéine & Cor- nélius Népos s'immortalifioient par l'hiſtoire. Il fut ami de Cicéron, comme le prouvent pluſieurs lettres qui ſont parmi celles du premier livre à ſes amis.
CORNILLEAU, (Jean) impri- meur de Paris au 16e ſiècle, ſe qualifioit, en tête de ſes éditions, de très-grand artiſte : Diligent ſimus optimusque opiſex, & méritoit ce titre, par la beauté de celles qu'il a publiées. Ce ſont principalement, l'ouvrage de Robert Gaguin fur l'hiſtoire de France, le Dictionnaire de Calcipin; le recueil des conciles généraux, en 2 vol. in-fol. dont on voyoit un exemplaire ſuperbe ſur vélin, dans la bibliotheque du collège de Navarre. I. CORNUTUS, philoſophe ſtoicien de la ville de Leptis en Afrique, fut exilé vers l'an 54 de J. C. par Néron, à cauſe de la liberté avec laquelle il avoit jugé de ſes vers. Ce n'étoit pas comme philoſophe qu'il en avoit jugé, mais comme ayant lui-même beau- coup de goût pour toute forte de littérature. Il avoit été précepteur de Perſe.
II. CORNUTUS, (Jacques) médecin de Paris au 17e ſiècle, a donné en latin une Deſcription des Plantes de l'Amérique, à Paris 1635, in-4e CORŒBUS, fils de Migdon, à qui Priam avoit promis ſa fille Caſſandre. Étant venu au ſecours des Troyens contre les Grecs, Caſſandre voulut en vain lui per- ſuader de ſe retirer, pour éviter la mort infallible qui l'y atten- doit. Il s'oblina à reſter, & ſut tué par Pénelée, la nuit que les Grecs ſe rendirent maîtres de Troie. CORŒSUS. Voy. CALLI- RHOE. I. CORONEL, (Alfonſe) grand ſeign-ur Eipagnol, ſe dé- fiant de Pierre le Cruel, roi de Caſtille, forma un parti dans l'An- daloueſie, pour ſe maintenir contre ce monarque. Il leva des troupes, fortiſia des places, & envoya en Mauritanie Jean de la Cerda, ſon gendre, pour demander du ſecours. Il comptoit principalement fur la ville d'Aguilar, où il commandoit. Le roi de Caſtille mit le ſiège devant cette place. Coronel s'y dé- ſendit avec beaucoup de vigueur pendant quatre mois. Enfin la ville fut emportée d'afaut en février 1353. Ce rebelle y fut pris & puni du dernier ſupplice, comme cri- minel de lève-majeſté. Marie, l'une de ſes filles, mariée à Jean de la Cerda, conſerva ſi précieu- ſement la mémoire de ſon mari, qu'elle aima mieux ſe donner la mort, que de s'expoſer à lui être inſidelle.
CORONEL, (Grégoire) Voye MINES.
II. CORONEL, (Paul) ſavant eccléſiaſtique de Ségovie, profeſſeur de théologie à Sala- manque, fut employé par le cardinal Ximenès, pour l'édition des Bibles d'Alcala. Il mourut en 1534, regardé comme un des meilleurs interprètes des langues orientales.
CORONELLI, (Vincent) cordelier, natif de Ravenne, Cosmographe de sa république, ensuite professeur public de géographie, fut enfin général de son ordre. Le cardinal d'Estrées l'employa à faire, pour Louis XIV, deux globes qui ont douze pieds de diamètre, & qui se voient à la bibliothèque nationale. Ce religieux mourut à Venise en 1718, après avoir fondé une académie cosmographique, & publié plus de quatre cents Cartes géographiques. On a de lui d'autres ouvrages, la plupart très - mal dirigés, & une Description du Pélo-ponèse, traduite en françois in-8°, qui manque d'exactitude.
CORONIS, (Mythol.) fille de Phlegyas, roi des Lapithes. Apollon l'aima; mais un jour elle le quitta pour un jeune homme, appelé Ifchys. Cette infidélité piqua tellement ce Dieu, qu'il les tua l'un & l'autre. Cependant il tira des flancs de Coronis un enfant qu'il fit élever par Chiron le centaure, & qu'il nomma Efculape. Apollon se repentit bientôt de la vengeance qu'il avoit prise sur Coronis; & pour punir le corbeau qui l'avoit informé de son infidélité, il le changea de blanc en noir. — On connoit une autre CORONIS, fille d'un roi de la Phocide, qui, pour fuir les importunités de Neptune, invoqua Minerve, qui la changea en Corneille.
CORRADINI de Sezza, (Pierre-Marcellin) né en 1658 à Sezza, devint, dès sa première jeunesse, un des plus célèbres avocats de Rome. Son mérite lui procura la pourpre sous Clément XI en 1721. Il mourut, le 8 février 1743, à 84 ans, laissant plusieurs ouvrages. I. Vetus Latium profanum & facum, in-folio 2 volumes; réimprimé à Rome, de 1704 à 1736, 7 vol. in-4°: production curieuse & pleine de savantes recherches. II. De civitate & ecclesia Setina, Rome 1702, in-4°. C'est l'histoire ecclésiastique & profane de la patrie de l'auteur: elle est faite avec soin. I. CORRADO, (Sébastien) professeur de belles-lettres à Bologne, né au château d'Arcéto, près de Modène, & mort à Reggio en 1556, eut un nom parmi les grammairiens du 16e siecle. On a de lui: Quastura in qua Ciceronis vita refertu, Bologne, 1555, in-8°: livre utile à ceux qui veulent lire les ouvrages de ce père de l'éloquence Romaine. Corrado forma une académie de littérature à Reggio, qu'il anima par ses leçons & ses exemples.
II. CORRADO, (Quinto-Maria) né en 1508 à Oria dans le royaume de Naples, y enseigna la rhétorique, la poésie, la philosophie & le droit. Il y procura l'établissement d'un collège, & mourut en 1575, à 68 ans. Les principaux de ses ouvrages sont De lingua Latina, 1575, in-4°. De copia Latini sermonis, 1582, in-8°. I. CORRÉA, (Thomas) de Coimbre en Portugal, d'abord Jésuite, quitta de bonne heure cette société, & mourut, le 24 février 1595, à 59 ans, à Bologne, où il enseignoit la grammaire. On a de lui des Ouvrages Latins en vers & en prose, estimés dans sa patrie. 638 COR 11. CORRÊA DE SA, (Salvador) naquit en 1594 à Cadix, où son atout maternel étoit gouverneur. Son père étant mort dans le gouvernement de Rio de Janeiro, le fils lui succéda en cet emploi, augmenta & embellit la ville de Saint-Sébastien, bâtie & peuplée par son grand-père paternel. Il fonda celle de Pernagua dans le Brésil. Après avoir remporté plusieurs victoires sur les ennemis de l'Espagne, il devint vice-amiral des Cotes du Sud. Dans cette partie du monde, il se signala contre les Hollandois, & contre le roi de Congo, leur allié; il conquit Angola, & défit entièrement les troupes de ce roi nègre. Le roi de Portugal lui permit d'ajouter à ses armes deux Rois nègres pour fupports, en mémoire de ses belles actions. Corrêa mourut à Lisbonne, en 1680, à 86 ans.
CORRÉE, *Corraus*, général des Be iovaciens, anciens peuples des Gaules, qui occupoient le pays qu'on nomme a présent le Beauvois, rendit son nom illustre par son courage, & par la vigoureuse résistance qu'il fit à *Céjar*. Il se dégagea une fois d'un poste défavorageux, par un stratagème assez ingénieux. Il fit ranger à la tête du camp les bottes de paille sur lesquelles les soldats avoient coutume de s'asseoir lorsque l'armée demeuroit en bataille; & les ayant fait allumer sur le soir, il favorisa, par cet artifice, la retraite de ses troupes. Il s'empara ensuite d'un terrain mieux situé, d'où il croyait pouvoir attirer les Romains dans quelques embafrades: mais *Céjar* prévint ses desseins. Ce héros disposa si bien les choses, que le combat particulier qui se donna dans la plaine que *Corrée* avoit choisie, devint une bataille générale, où l'armée des Gaulois fut contrainte de plier. Il n'y eut que le brave *Corrée* qui résolut de se désendre jusqu'au dernier soupir. On voulut lui donner quartier: mais il le refusa, & mourut les armes à la main.
CORRÈGE, (Antoine ALLEGRI, dit le) naquit à Corrégio, dans le Modénois en 1494. La nature l'avoit fait naître peintre; & ce fut plutôt à son génie qu'à l'étude des grands maîtres, qu'il dut ses progrès. Il ne vit ni Rome ni Venise, & peignit presque toujours à Parme & dans la Lombardie: il est le fondateur de cette dernière *École*. Son pinceau étoit admirable; c'étoit celui des Graces. Un grand goût de dessin, un coloris enchanteur & vigoureux, qui donne de la rondeur & du relief à tout ce qu'il traite; une ordonnance riche & féconde dans ses compositions; une intelligence & une harmonie exquises; une expression si naturelle, une action si juste & si vraie, qu'elles semblent respirer; ajoutez à cela une manière svelte; légère, & des agrémens infinis répandus dans tous ses ouvrages, qui ferment la bouche des critiques. On ne s'aperçoit presque pas qu'il y a un peu d'incorrection dans ses contours, & quelquefois un peu de bizarrerie dans ses airs de tête, qu'il se répète dans ses attitudes & ses contrastes. C'est le premier qui ait représenté des figures en l'air; & celui de tous qui a le mieux entendu l'art des raccourcis & la magie des plafonds. Il étoit grandhomme, & il l'ignoroit. Le prix de ses ouvrages étoit très modique: ce qui, joint au plaisir de secourir les indigènes, le fit vivre lui-même dans l'indigence. Un jour étant allé à Parme pour recevoir des chanoines, le prix des peintures du dôme de la cathédrale, le Chapitre peu reconnoissant, lui donna deux cents livres en monnaie de cuivre. L'empressement qu'il eut de porter cette somme à sa famille pendant les plus grandes chaleurs, lui procura une fièvre dont il mourut à Corregio en 1534, à 40 ans. Ce qu'il a peint à fresque au dôme dont nous venons de parler, est un de ses meilleurs ouvrages. Les *Farnées* ducs de Parme, témoignerent le désir le plus vif de joindre son *Tableau de la sainte Famille* à leur immense collection. Mais les chanoines de la cathédrale, sentant enfin le mérite du peintre, déplacerent ce tableau, & le faisant passer de main en main, ils le dérobèrent à la recherche de leurs princes, pendant quarante ou cinquante ans. Ses tableaux de chevalet sont très rares, & d'une cherté surprenante. Ses *Paysages* sont traités fort légèrement, & d'une fraîcheur admirable. On estime sur-tout ses *Vierges*, ses *Saints*, ses *Enfans* & ses *Femmes*. Il donnait à ces dernières une expression si douce & un sourire si agréable, qu'elles sont naître la volupté; leurs ajuftemens, leurs cheveux, peints de mollesse, tout paroît inspirer le même sentiment. Ses draperies, dont les plis sont larges & coulants, sont peintes d'une manière moelleuse, & font leur effet de près comme de loin. Il joignit au talent de la peinture celui de l'architecture & des mathématiques. On connoit son exclamation, après avoir confidéré long-temps dans un profond silence un tableau de *Raphaël : ANCH'IO, SON PITTORE !* c'est - à - dire : *Je suis Peintre, aussi, moi !*.. Il avoit comme de dire, que *sa pensée étoit au bout de son pinceau*. L'un des plus beaux tableaux du *Corrégy*; est un *Christ* détaché de la croix, qui a été apporté d'Italie en France, où il est exposé dans la superbe collection du Musée central à Paris, sous le n.º 757. *Rosapina*, graveur de Bologne, qui avoit commencé à le graver dans sa patrie, l'a suivi à Paris, pour finir son ouvrage. *Voy*. DUCHANGE.
CORROZET, (Gilles) libraire, né à Paris en 1510, dont on a divers ouvrages en vers & en prose, mourut à Paris le 15 juin 1568, à 58 ans. Il avoit pris une devise qui faisoit allusion à son nom. C'étoit une main étendue qui tenoit un cœur au milieu duquel étoit une rose épanouie, avec ces mots : *la corde prudente revirefice sapientia*. Il fut connu comme auteur & comme imprimeur. Nous avons de lui : I. Les *Antiquités de Paris*, 1568, in-8.º II. Le *Trésor des Histoires de France*, 1583, in-8.º Ce n'est qu'un recueil court & imparfait des noms des rois & des princes, de leur âge, du temps de leur règne, &c. Le reste de ce Trésor est une rapsodie pleine de contes ridicules. III. Les *Divers propos des illustres hommes de la Chrétienté*, Lyon 1558, in-16, rare. IV. Le *Parnasse des Poètes François*, 1572, in-8º; recueil où il a fait entrer les poètes du plus bas étage. V. *Héatongraphie*, ou cent figures, contenant des sentences & des proverbes, tant des anciens que des modernes, 1542. VI. Le *Tableau de Cèbes*, 1543. VII. Le conte du *Ressignol*, 1547. VIII. *Conseil des sept Sages*, 1540. — Jean CORROZET son petit-fils, se rendit digne de son aïeul, tant dans l'imprimerie que dans la littérature. Il augmenta considérablement le *Trésor*, &c. composé par Gilles, & l'imprima en 1628, avec 640 COR des additions. Il publia un Traité des Anges, par Maldonas, & celui de l'Apparition des Écrits, par Taillepied.
CORSIGNANI, (Pierre-Antoine) favant Italien, né à Celano dans l'Abruzze en 1686, mort à Suimone, dont il étoit évêque en 1751, a laissé plusieurs ouvrages sur l'histoire de son pays, pleins de recherches & d'érudition. On distingue parmi eux : I. Mémoires topographiques & historiques sur la province de Marfi. II. De viris illustribus Marforum; Rome 1712, in-4.º III. De Anione ac Vix Valstiae Fontibus, cum inscriptionibus locorum adjacentium.
CORSIN, (S. André) évêque de Fiezoli, né à Florence en 1302, de l'illustre famille de Corsini, mourut en 1373. Il avoit été Carme. Les exercices de la plus austère pénitence, & sa vie vraiment pastorale, le firent mettre au nombre des Saints. I. CORSINI. Voyez CLÉMENT XII.
II. CORSINI, (Edouard) religieux des Écoles-Pies, né à Fanano l'an 1702, mourut, âgé de 63 ans, en 1765, à Pife, où le grand-duc lui avoit donné une chaire de philosophie. Cette science remplit ses premières études, & ses succès parurent d'abord par des Institutions Philosophiques & Mathématiques, en 6 vol. in-8°, 1723 & 1724. Il substitua aux rêves d'Aristote, qui subjugouoit alors une partie de l'Italie, un genre de philosophie plus vraie & plus utile. Encouragé par l'accueil favorable qu'on fit à cet ouvrage, il publia, en 1735, un nouveau Cours d'Étémens Géométriques, écrit avec précision & clarté. Dès qu'il eut été nommé professeur à Pife, il revit & re toucha ces deux ouvrages. Le premier parut avec des corrections confiscrables à Bologne en 1742; & le second augmente des Étémens de Géométrie pratique, fut publié à Venise l'an 1748, en 2 vol in-8.º L'hydrofatigue & l'Histoire lui étoient connues. Après s'être nourri, pendant quelques années, des auteurs classiques, & particulièrement des Grecs, il se proposa d'écrire les Fâtes des Arbénites d'Athènes. Le premier volume de cet important ouvrage parut en 1734, in-4°; le quatrième & dernier, dix ans après. Nommé en 1746 à la chaire de morale & de métaphysique, & entraîné par son goût, il composa un Cours de Métaphysique, qui parut depuis à Venise en 1758. Bientôt les favans Muratori, Gorio, Maffi, Quirini, Puffioni, ses amis l'enleverent à la philosophie : leurs sollicitations le rendirent aux objets de critique & d'érudition. En 1747, il mit au jour quatre Différations in-4° sur les jeux sacrés de la Grèce, où il donna un catalogue très-exact des athlètes vainqueurs. Deux ans après, il publia un excellent ouvrage sur les abréviations des inscriptions Grecques, sous ce titre : De notis Graecorum, in-foli. Ce livre exact & plein de fagacité, fut suivi de beaucoup de Différations relatives aux objets d'érudition. La haute estime que ses vertus & ses travaux avoient inspirée à ses confrères, interrompit ses travaux mêmes. Il fut nommé général de son ordre en 1754. Le loisir que les fonctions pénibles de sa place lui laifèrent, il l'employa à ses anciennes études. Le terme de son généralat étant expiré, il s'empressa de retourner à Pife & d'y reprendre ses fonctions de professeur. Elles valurent valurent au public plusieurs nouvelles *Dissertations*, & sur-tout un ouvrage d'un grand mérite, l'un des meilleurs de l'auteur, intitulé, *De præfœllis urbis*. Enfin, il s'occupa uniquement de l'*Histoire de l'Université de Pise*, dont il avoit été nommé historiographe. Il étoit prêt d'en publier le premier volume, lorsqu'il fut frappé d'une apoplexie qui l'enleva malgré toutes les ressources de l'art.
CORT, (Corneille) maître de gravure d'*Augustin Carrache*, étoit de Hornès en Hollande, où il naquit l'an 1536; mais les chefs-d'œuvre de Rome l'attirerent & le fixèrent dans cette ville superbe. Il mourut en 1578, à 42 ans. Il est au rang des graveurs les plus corrects.
CORTE, (Gothlied) né à Bescow dans la Basse-Lusace en 1698, professeur de droit à Leipzig, mort en 1731, âgé seulement de trente-trois ans, travailla aux journaux de cette ville, & publia, en 1724, in-4°, une excellente édition de *Salluste*, avec de savantes notes, & les *Fragmens des anciens Historiens*. On a encore de lui *Tres Satira Menippea*; à Leipzig, 1720, in-8°, & d'autres ouvrages. — I. CORTEZ, (Fernand ou Ferdinand) gentilhomme Espagnol, né à Medellín, se dégoûta de bonne heure des belles-lettres, & se sentit un violent penchant pour les armes. Il passa dans les Indes en 1504. *Velasquet*, gouverneur de Cuba, le mit à la tête de la flotte qu'il destinoit à la découverte de nouvelles terres. *Cortez* partit de San-Jago le 18 novembre 1518, avec dix vaisseaux, 600 Espagnols, 18 chevaux, & quelques pieces de campagne, pour tenter cette grande entreprise. Il avança C O R 641 le long du golfe du Mexique, tantôt caressant les naturels du pays, tantôt répandant l'effroi par ses armes. Les Indiens de Tabasco furent vaincus & perdirent leur ville. La vue de ces animaux guerriers fur lesquels combattoient les Espagnols, le bruit de l'artillerie qu'on prenoit pour le tonnerre, les forteresses mouvantes qui les avoient apportés fur l'Ocean, le fer dont ils étoient couverts, tous ces objets, nouveaux pour ces peuples, d'ailleurs lâches & amollis, leur causèrent un étonnement mêlé de terreur. *Cortez* entra dans la ville de Mexico le 8 novembre 1519. *Montezuma*, roi du pays, le reçut comme son maître, & ses sujets le prirent, dit-on, pour un Dieu & pour le fils du Soleil. Un des premiers soins du général Espagnol fut de faire purifier le grand temple du Mexique, dont les horribles ornemens étoient les crânes des infortunés qu'on y immoloit, en y substituant des images de la *Vierge* & des *Saints*. Cependant il s'avançoit toujours dans le pays, fâffant alliance avec plusieurs Caciques ennemis de *Montezuma*, & s'attachant les autres du par les armes ou par des traités. Un général de ce souverain, qui avoit des ordres secrets, ayant attaqué les Espagnols, *Cortez* se rend au palais impérial, fait brûler vifs le général & les officiers, & met aux fers l'empereur. Ensuite il lui ordonne de se rendre publiquement vassal de *Charles-Quint*. Le prince obéit; il ajoute à cet hommage un présent de six cents mille marcs d'or pur, avec une quantite prodigieuse de pierreries. *V. y. MONTEZUMA*. Cependant le gouverneur de Cuba, *Velasquet*, envoyoit une armée contre son lieutenant, dont la gloire excitoit sa jalousie. L'heureux *Cortez*, aidé d'un ren 642 COR fort venu d'Espagne, défait & range sous ses drapeaux ces troupes qui venoient pour le détruire, & en profite pour subjuguer les Mexicains revoltes contre Montezuma & les Espagnols, auxquels cet empereur paroissoit s'être attaché de bonne foi. Montezuma ayant été tué dans un combat, Guatimozin ou Guimofin, son neveu & son gendre, que les Mexicains avoient reconnu pour empereur, eut d'abord quelques succès. Il défendit sa couronne pendant trois mois; mais il ne put tenir contre l'artillerie Espagnole. Cortez, après plusieurs combats livres sur le lac & sur la terre-terme, reprit Mexico, dont il avoit été contraint de sortir, après avoir couru de grands dangers. Plus de 200 mille Indiens s'étoient soumis à lui dès la fin du fège. L'empereur, son épouse, ses ministres & ses couritisans tomberent entre les mains du vainqueur en 1521. Nous cherchons, avoit-il dit à ses soldats, de grands périls & de grandes richesses : celles-ci établissent la fortune, & les autres la reputation. Cette double passion, sur-tout celle de s'enrichir, fit commettre des cruautés horribles. Les soldats n'ayant pas trouvé tout l'or qu'ils espérouent, mirent sur des charbons ardens Guimofin & un de ses favoris, pour les forcer par ce supplice à découvrir les trésors de Montezuma. Ce fut dans cet état violent, que le prince entendant un cri que la douleur faisoit pousser à son favori, lui dit en le regardant fièrement : « Et moi, suis-je donc sur un la de roses ? » Cortez qui n'avoit pu, dit on, arrêter la fureur des soldats, fit enfin tirer le prince Indien, a moitié mort, de cette affreuse question. Maître absolu de la ville de Mexico, il la rebâtit en 1529, dans le goût des villes de l'Eu- rope. Bientôt le vainqueur fut forcé d'y revenir pour défendre ses biens contre le procureur-fiscal du conseil des Indes. Il suivoit cette grande affaire à la cour d'Espagne, lorsque l'empereur partit pour la seconde expédition d'Afrique. Ce prince lui avoit fait présent de Guaxaca vallée de la nouvelle Espagne, érigée en marquise, de la valeur de cent cinquante mille livres de rente : mais, malgré ce titre & ses trésors, il fut traité avec peu de considération. A peine put-il obtenir audience. Un jour il tendit la presse qui entouroit la voiture de l'empereur, & monta sur l'étrier de la portière : Charles lui demanda : Qui êtes-vous ? — Je suis un homme, lui répondit fièrement le vainqueur des Indes, qui vous a donné plus de provinces, que vos pères ne vous ont laissé de villes. Il mourut dans sa patrie le 2 décembre 1554, à 63 ans. Les découvertes de Cortez furent-elles avantageuses à ses compatriotes ? c'est encore un problème, aux yeux des politiques. Les mines du Mexique ne valoient pas sans doute les richesses solides que l'Espagne auroit tirées de son propre fonds en le cultivant, & ne servirent qu'à faire négliger cette culture. Avec tant de trésors Philippe II fit banquicroute. « L'Espagne, dit Montezuma, a fait comme ce roi insenté qui demanda que tout ce qu'il toucheroit se convertit en or, & qui fut obligé de revenir aux Dieux, pour les prier de finir sa misère. » La meilleure Histoire des conquêtes de Cortez, & la mieux écrite sans contredit, est celle de Don Antonio de Solis, traduite de l'espagnol en français, par Citri de la Guette, & imprimée à Paris en 1701, 2 vols. 11-12, réimprimée en 1775. Le traducteur raconte sommairement dans sa préface les actions de Cortez, depuis qu'il s'étoit rendu maître du Mexique, jusqu'à sa mort. Voyez encore la Préface qui est à la tête de Fernand-Cortez, tragédie de Piron. Nous avons aussi sur les exploits de Cortez, trois Lettres écrites par lui-même, traduites, en 1778, par M. de Flavigni. « La naïveté, dit ce dernier, la modestie, la simplicité qui caractérisent ces lettres, attestent la vérité des traits qui peignent ce conquérant ; il est clair qu'il n'a pas songé à lui dans le récit des événements qu'il décrit. On y retrouve partout la même ingenuité ; pas un mot de déclamation sur quelques usages révoltants de Mexico, sur le culte meurtrier de ses habitants, sur leurs infidelités & leurs trahisons ; c'est toujours en courant & sans la moindre apparence d'intérêt, qu'il touche ces détails presque imperceptibles dans sa narration. »
II. CORTEZ ou CORTÉZIO, (Grégoire) né à Modène, d'une ancienne famille, entra dans l'ordre de Saint-Benoît, & passa par toutes les charges. Il étoit dans le célèbre monastère de Lerins, dans lequel il avoit fait remettre la piété & le goût des lettres sa rées & profanes, lorsque Paul III l'honora de la pourpre en 1542. Cortez étoit digne de ce choix. Il mourut à Rome en 1584, laissant plusieurs écrits en vers & en prose. Les plus connus sont des Lettres latines, imprimées à Venise en 1573, in - 8° ; recueil curieux, qui est un monument de ses haïfons avec les savans de son temps, & de son zèle pour les progrès des sciences. On y trouve des éloges de quelques gens - de lettres, & des faits utiles à ceux qui écriroient l'histoire de son siècle.
CORTÉZI, (Paul) naquit en 1465 à San-Geminiano en Toscane. Dès sa première jeunesse, il s'appliqua à former son style sur la lecture des meilleurs auteurs de l'antiquité, & en particulier de Cicéron. Il n'avoit qu'environ 23 ans, quand il mit au jour un Dialogue sur les Savans de l'Italie. Cette production élégante & utile pour l'histoire de la littérature de son temps, a demeuré dans l'obscurité jusqu'en 1734, qu'Alexandre Politi l'a fait imprimer à Florence, in 4°, avec des notes & la vie de l'auteur. Ange Politien, à qui il l'avoit communiquée, lui écrivit : « Que cet ouvrage, quoique supérieur à son âge, n'étoit point un trait précoce. » On a encore de ce savant quelques Commentaires sur les quatre livres des Sentences, 1540, in - 50°, écrits en bon latin, mais souvent avec des termes profanes, qui dégradent la majesté de nos mystères : c'étoit la manie de son siècle, en particulier celle de Bembo, &c. On lui doit aussi un Traité de la dignité des Cardinaux ; plein d'éruption, de variété & d'élégance, suivant quelques auteurs italiens, & dénuée de toutes ces qualités, suivant du Pin. Cortézi mourut évêque d'Urbîn en 1510, dans la 45e année de son âge. Sa maison étoit l'asile des Muses & de ceux qui les cultivoient.
CORTONE, Voyez BÉRETIN.
CORVAISIER, (Pierre-Jean le) naquit à Vitré en Bretagne, l'an 1719. L'académie d'Angers le choisit pour son secrétaire. Cette compagnie se voyoit menacée d'une chute prochaine ; le Corvaiser la releva par son activité & par ses lumières. Il ramma dans l'Anjou l'amour des lettres, & dans son académie celui du travail. La 644 CHR littérature le perdit en 1758, à 39 ans. Écrivain sage & citoyen paisible, il méritait l'estime des connoisseurs & celle des honnêtes-gens. On a de lui : I. L'Éloge du Roi, imprimé à Paris en 1754, in-12. II. Un Difcours lu à l'académie de Nanci qui lui avait ouvert son sein, ainsi que les académies de la Rémunie, d'Orléans, & la société littéraire & militaire. III. Quelques petits Ouvrages de Critique. IV. Le recueil des Pièces présentées à l'Académie d'Angers.
CORVIN, *Voyet* HUNIADE.
CORUNCANUS. *Tits-Live* remarque qu'il fut le premier Méthien qui parvint au grand Pontificat : & *Cicéron* dans son discours *Pro domo fuâ ad Pontifices*, le représente comme un homme recommandable par sa sagesse & par sa prudence. Ayant été envoyé en ambassade vers Tamer, roi des Illyriens, il fut affaîmé par les Barbares, contre le droit des gens.
CORYATE, (Thomas) Anglos, ne dans le comté de Sommetrie en 1577, passa sa vie entière à voyager & mourut à Surate en 1600. Les *Chéron* dans sur les pays qu'il a parcourus, font partie du recueil de *Pachas*. Celles sur l'Asie ont été publiées à part en 1600, en 1600, et ce le sur l'Europe en 1600. Elles forment 3 vol. in-8.
CORYBANTES, *Voyet* DAC-TYLES.
CORYNETE, (Mythol.) fameux brigand, fils de *Vulcain*, fut ainsi nommé de la maffue avec laquelle il aflorisait ses hôtes, car auparavant il s'appeloit *Périphate*. Il infectoit les environs d'Épidaure, où il fut tué par *Théjée*.
CORYNNE, *Voyet* CORINNE.
CORYTHUS, (Mythol.) fils d'*Genone* & de *Paris*, devint amoureux d'*Hélène* que celui-ci venait d'enlever. Son père le tua dans un aëcus de jalouise. *Fin du Tome troisième.*
HISTOIRE ABRÉGÉE de tous les Hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, etc., depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours; dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs et les ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres; Avec des Tables chronologiques, pour réduire en corps d'histoire les articles répandus dans ce Dictionnaire.
PAR H. M. CRAUDON et F. A. DELANDINE. Musée Édition, revue, corrigée et considérablement augmentée. Mih. Galba, Otho, Phellius, nec beneficio, nec injuriâ cogasti.
TACT. Hist. lib. I. § 1.
ALYON, Chez BRUYSET AINÉ et Comp.ᵉ An XII — 1804. Source: https://www.industrydocuments.ucsf.edu/docs/ksfd0111
**COSIMO**, (André et Pierre) peintres Italiens, excellèrent, le premier dans le clair-obscur, et l'autre dans les compositions singulières. L'esprit de celui-ci, fécond en idées extravagantes, le faisoit suivre de tous les jeunes gens de son temps, pour avoir des sujets de ballet et de mascarade. Au reste, il apportoit une si grande application au travail, qu'il oublioit très-souvent de prendre ses repas. On compte parmi ses élèves *André del Sarto* et *François de Sangallo*. Il mourut en 1521, à 80 ans, des suites d'une paralysie. C'étoit un homme un peu singulier et facile à s'enflammer. Les cris des petits enfans, le bruit des cloches, la toux des enrhumés, tout servoit à l'inquiéter. La pluie au contraire lui faisoit plaisir; mais le tonnerre l'épouvantoit si fort, que, longtemps après l'orage, on le trouvoit dans un coin enveloppé de son manteau.
**COSIN**, (Jean) né à Norwich, principal du collège de Saint-Pierre à Cambridge, ensuite évêque de Durham, mort en 1672, à 77 ans, avoit autant de piété *Tome IV.* que d'érudition. Il jouit d'une grande faveur auprès de *Charles I* et de *Charles II*, et il la mérita. On a de lui plusieurs écrits, dont les principaux sont : I. Un *Traité sur la Transubstantiation*. II. Une *Histoire du Canon des livres de l'Écriture-sainte*, en anglois, Londres 1683, in-40 III. Un petit *Traité latin des sentimens et de la discipline de l'Église Anglicane*, publié en 1707, avec la Vie de l'auteur, par *Smith*. IV. *Charles I* ayant remarqué que les filles de la reine son épouse, qui étoit Catholique, récitoient dans un livre d'Heures l'Office de la Vierge, fit faire des *Heures* à peu près semblables, à l'usage de l'Église Anglicane; et ce fut *Cosin* qui publia, en 1627, ce recueil de Prières.
**COSINGAS**, prince des Cerhéniens, peuple de Thrace, et en même temps prêtre de *Junon*, voulut réprimer la rébellion de ses sujets. Il ordonna d'attacher de longues échelles les unes aux autres, et annonça qu'il alloit monter au ciel pour prier la déesse de punir les révoltes. Aussitôt les *Thraces*, pleins d'effroi, demandèrent pardon à leur roi et lui firent serment de lui rester toujours fidelles.
COSME L'ANGIEN, *Voyez MÉDICIS*, n° I. I. COSME Ier, grand-duc de Toscane, de la maison de Médicis, se rangea du côté de l'empereur Charles-Quint contre les François, après avoir tâché en vain de rester neutre. Ce prince l'en récompensa, en joignant au duché de Toscane, Piombino, l'isle d'Elbe, et d'autres domaines. Il obtint, peu de temps après, du pape Pie IV, le titre de Grand-Duc, et il ne tint pas à ce pontife, tout dévoué à Cosme, parce qu'il avoit bien voulu l'avouer pour être de sa maison, qu'il ne portât le titre de *Rot*; mais tous les princes d'Italie s'y opposèrent. Les lettres n'eurent point de protecteur plus ardent. Jaloux d'imiter le second des Césars, comme lui il aima les savans, les attira auprès de sa personne, et fonda l'université de Pise. Il mourut en 1574, âgé de 55 ans, après avoir gouverné avec autant de sagesse que de gloire. Ce prince avoit institué, en 1562, l'ordre militaire de Saint-Étienne. Il eut pour fils, François-Marie, mort en 1587, qui fut père de Marie de Médicis, femme d'Henri le Grand; et de Ferdinand I, qui mourut en 1608.
II. COSME II, grand-duc de Toscane, fils de Ferdinand I, et son successeur en 1609, fut un prince doux, libéral et pacifique. Il mourut en 1620. Le commerce avoit rendu la Toscane florissante, et ses souverains opulens. Ce prince fut en état d'envoyer vingt mille hommes au secours du duc de Mantoux, contre le duc de Savoie, en 1613, sans mettre aucun impôt sur ses sujets: exemple rare chez les nations puissantes. Il secourut aussi l'empereur Ferdinand II de son argent et de ses troupes. Florence, alors rivale de Rome, attiroit chez elle la même foule d'étrangers, qui venoient admirer les chefs-d'œuvre antiques et modernes dont elle étoit remplie.
III. COSME III, fils et successeur de Ferdinand II dans le duché de Toscane, suivit de près la conduite sage et mesurée de son père. Il sut se faire respecter de ses voisins et aimer de son peuple. Il mourut en 1723, après un règne heureux et tranquille de 54 ans. Jean-Gaston, son fils et son successeur, mourut en 1737, sans postérité. La reine d'Espagne, Elisabeth Farnèse, avoit des droits sur ce grand-duché, comme descendante de Cosme II; elle le céda cette même année à la France, pour le royaume des Deux-Siciles, qui fut donné à son fils Don Carlos. La France échangea la Toscane pour la Lorraine. Depuis peu cette belle contrée a été érigée en royaume, et cédée à un prince de la maison d'Espagne, portant le titre de roi d'Étrurie.
IV. COSME, l'Égyptien ou Indicopleutes, moine du sixième siècle, voyagea en Éthiopie, et composa une Topographie Chrétienne. Le Père de Montfaucon l'a donnée en grec et en latin dans sa nouvelle Collection des Ecrivains Grecs, 1706, 2 vol. in-fol. Cet ouvrage peut être de quelque utilité aux géographes. V. COSME, (Jean) frère Fenillant, dont le nom de famille étoit Bascillac, né en 1703, dans la diocèse de Tarbes, aux chirurgien, qui lui apprit les premiers élémens de son art, alla se perfectionner chez un chirurgien à Lyon, et y suivit avec constance les opérations faites à l'hôpital général de cette ville. Arrivé à Paris, il se lia avec *Duvernay*, *Morand*, *Guérin*, *Levret*, *La Peyronie*, qui lui restèrent sincèrement attachés. Malgré les persécutions que le collège de médecine lui suscita, il devint un des plus habiles lithotomistes du siècle. Il trouva un moyen d'extraire la pierre de la vessie par-dessus le pubis, et il publia quelques écrits sur cette nouvelle méthode qui lui réussit. Après avoir dirigé quelque temps l'hôpital de Bayeux, il forma un hospice chez les feuillans, où il entretint gratuitement un nombre considérable de malades. On dit qu'il a fait plus de mille fois l'opération de la taille. A sa mort, les pauvres forcèrent trois fois la porte du cloître, pour venir pleurer sur son cercueil. Ils le perdirent à l'âge de 79 ans, le 18 juillet 1781. Avec un extérieur dur et brusque, le frère *Cosme* avoit de l'enjouement, des réparties fines et agréables, une belle ame, et un cœur compatissant. Si quelque père de famille lui offroit de l'argent, *Gardez-le*, lui disoit-il, je ferois tort à vos enfans. Pour prix de ses services auprès des grands, il n'exigeoit quelquefois que le soulagement des malheureux qu'il leur indiquoit. Ses ouvrages sont : I. *Nouvelle Méthode d'extraire la pierre*, Paris 1779, in-12. II. *Recueil de Pièces importantes concernant la Taille, par le lithoume caché*, 2 vol. in-12, figures. Le frère *Cosme* refusa toujours de se laisser peindre; mais à sa mort *Note* fit son portrait, qui a dû être gravé par *Godefroi*.
COSNAC, (Daniel de) d'une ancienne famille de Limousin, fit paroître dès son enfance beaucoup de vivacité, de pénétration et de talens pour les affaires. Sa figure, qui étoit assez désagréable, auroit pu être un obstacle à sa fortune; mais son esprit la faisoit oublier. Il s'attacha à *Armand* prince de *Conti*, et eut part à la négociation de son mariage avec la nièce du cardinal *Mazarin*. Peu de temps après, il fut nommé évêque de Valence et de Die, diocèses qui étoient alors unis. Ses talens lui méritèrent la confiance la plus intime de *Henriette d'Angleterre*, (*Voy. son art.*) et celle de son époux *Philippe* duc d'Orléans, frère unique du roi. *Louis XIV* le nomma à l'archevêché d'Aix en 1687; lui donna l'abbaye de Saint-Riquier, diocèse d'Amiens, en 1695, et le fit commandeur de l'ordre du Saint-Esprit en 1701. Il eut des démêlés avec les moines et les religieuses de son diocèse, pour la visite qu'il prétendoit faire dans leurs églises; et Rome ne lui fut pas favorable, non plus que le conseil du roi. Il mourut à Aix en 1708, dans sa 81$^{e}$ année, étant alors le plus ancien prélat du royaume. On lui fit cette épistaphe ironique : Il laissa des sommes considérables, qu'il auroit pu répandre sur les pauvres de son diocèse. Le maréchal de *Tessé* a composé l'*Histoire* de cet archevêque.
COSNARD, (Mlle) née à Paris, donna au théâtre, en 1650, la tragédie des *Chaste Martyrs*.
COSPEAN ou COSPEAU, (Philippe) natif du Hainaut, docteur de Sorbonne, successivement évêque d'Aire, de Nantes et de Lisieux, avoit été disciple du célèbre *Juste-Lipse*. Ce fut un des meilleurs prédicateurs de son temps, et un des premiers qui substitua dans les sermons, aux citations d'*Homère*, de *Cicéron* et d'*Ovide*, celles de la *Bible*, de *St. Augustin* et de *St. Paul*. Il mourut en 1646, à 78 ans. On a quelques ouvrages de ce prélat. Il publia, en 1622, une *Lettre apologétique pour le Cardinal* de Berulle contre les *Carmes*, jaloux de ce que l'instituteur de l'Oratoire s'étoit chargé de la direction des Carmélites.
COSROÈS, *Voyez* CHOSROÈS.
COSSART, (Gabriel) naquit à Pontoise en 1615. Il entra chez les Jésuites, et professa la rhétorique à Paris avec beaucoup de succès. Après l'avoir enseignée sept ans, il se joignit au Père *Labbe*, qui avoit commencé une *Collection des Conciles*, beaucoup plus ample que les précédentes. Son collègue étant mort lorsqu'on imprimoit le onzième volume, il continua seul ce grand ouvrage, qui parut en 1672, en 18 vol. in-fol. Outre cette savante compilation, on a de lui des *Harengues* et des *Poésies*, publiées chez *Cramoisy* en 1675, et réimprimées à Paris en 1723, in-12. Le Père *Cossart* peut passer pour un des meilleurs poètes et orateurs que les collèges des Jésuites aient produits. Il mourut à Paris, le 18 septembre 1674, à 59 ans. — Il ne faut pas le confondre avec un rimailleur, dont nous avons le *Brasier spirituel*, en vers, 1606, in-12 : ouvrage que les curieux recherchent à cause de sa singularité. I. COSSÉ, (Charles de) plus connu sous le nom de *Maréchal de BRISSA*, d'une maison illustre, originaire du royaume de Naples, selon les uns, et de la province du Maine, selon les autres, étoit fils de *René de Cossé*, seigneur de Brissac en Anjou et grand fauconnier de France, et de *Charlotte de Gouffier*. Il s'attacha uniquement aux armes, pour lesquelles la nature l'avoit fait naître. Il servit d'abord avec beaucoup de succès dans les guerres de Naples et de Piémont. Il se signala ensuite au siège de Perpignan, en 1541, en qualité de colonel de l'infanterie Françoise. Il y fut blessé d'un coup de pique, après avoir repris sur les ennemis, lui septième, l'artillerie dont ils s'étoient emparés. Le dauphin, *Henri* de France, témoin de son courage, dit hautement que s'il n'étoit le *Dauphin de France*, il voudroit être le *Colonel Brissac*. Devenu colonel-général de la cavalerie-légère de France, il remplit ce poste avec tant de distinction, que les premiers gentilshommes du royaume, et les princes mêmes, vouloient apprendre le métier de la guerre à son école. En 1543, l'empereur *Charles-Quint*, ayant attaqué Landrecies, *Brissac* y jeta du secours par trois fois, et vint joindre, malgré les efforts des ennemis, *François I* qui étoit alors avec son armée près de Vitri. Ce monarque, après l'avoir embrassé avec beaucoup de tendresse, le fit boire dans sa propre coupe, et le créa chevalier de son ordre. Après plusieurs autres belles actions, récompensées en 1547, par la charge de grand-maître de l'artillerie de France, *Henri II* l'envoya en qualité d'ambassadeur, à l'empereur, pour né; goûler la paix. Il s'y montre bon politique, comme il avoit paru excellent capitaine dans la guerre. Ses services lui méritèrent le gouvernement du Piémont, et le bâton de maréchal de France, en 1550. Arrivé à Turin, il rétablit la discipline militaire, réforma les abus, et apprit aux soldats à obéir. Le maréchal de Brissac secourut ensuite les princes de Parme et de la Mirandole, contre Ferdinand de Gonzague et le duc d'Albe, généraux des ennemis. Il les défit en plusieurs occasions, sans avoir jamais eu de désavantage. De retour en France, il fut fait gouverneur de Picardie, rendit les services les plus importants dans cette province, contribua, en 1562, à la prise du Havre-de-Grace sur les Anglois, et au gain du combat de Chalons contre les Calvinistes. Il étoit alors tres-incommodé de la goutte, dont il mourut à Paris le 31 décembre 1563, à 57 ans. Brissac étoit petit, mais d'une figure extrêmement délicate. Les dames de la cour ne l'appeloient que le beau Brissac. On prétend que la duchesse de Valentinois étoit amoureuse de lui, et que ce fut la jalousie de Henri II qui lui fit donner l'emploi de lieutenant-général en Italie. Les traits suivans feront mieux connoître son caractère que tous les éloges. François duc de Guise, qui étoit le maître de la France, laissa manquer de tout Brissac dans le Piémont. Le maréchal s'en plaignit sans détour et avec fermeté, dans une lettre qu'il écrivit au roi. Ce prince eut l'imprudence de la montrer à son favori, qui envoya un homme de confiance au camp, pour engager le général à dire qu'il avoit signé, sans lire, une lettre écrite par son secrétaire. L'envoyé n'oublia rien de ce qui pouvoit séduire le maréchal. Mon ami, lui dit ce grand capitaine, je ne connois de protecteur à la cour, que le Roi. Il ne falloit pas venir de si loin, pour me faire une proposition semblable. J'ai lu ma lettre avant que de l'envoyer; je me souviens encore de ce qu'elle contient, et je l'approuve. —Le maréchal de Brissac refusa au lieutenant d'une compagnie de 50 hommes d'armes, la permission d'aller passer l'hiver dans la province. L'officier étant parti sans congé, Brissac le fit déclarer incapable de servir et dégradé de noblesse. Ce jugement, rendu en Piémont, parut trop sévère à quelques dames de la cour, qui pressèrent Henri II de le casser. Le prince se contenta de solliciter le général, qui lui répondit: C'est à vous, SIRE, que l'offense a été faite, et par conséquent, à vous de la pardonner. Si Votre Majesté veut bien faire ce tort à son service, je ne puis m'y opposer. La sagesse du discours de Brissac n'empêcha pas, dans un gouvernement foible et corrompu, que l'officier ne fût réhabilité dans son emploi et dans tous ses honneurs. —Ce grand homme accorda, dans une occasion éclatante, la punition que mérite la desobeissance, et la récompense qui est due à la valeur. Ayant mis l'armée en bataille au siège de Vignal dans le Montferrat, pour donner l'assaut; un bâtard de la maison de Roissy part du gros de la troupe, sans attendre le signal, met l'épée à la main, monte à la brèche, tue tout ce qui se trouve devant lui, étonne les Espagnols par son audace, et décide la prise de la place. Cet héroïsme n'empêche pas qu'il no 6 COS soit mené au conseil de guerre, et condamné à mort tout d'une voix. *Mon ami*, lui dit alors *Brissac*, la loi a jugé l'action; je veux être clément en faveur du motif. Je te pardonne; et pour honorer l'intrépidité que tu as montrée, je te donne cette chaîne d'or, que je te prie de porter pour l'amour de moi. Mon écuyer te donnera un cheval et des armes; et tu combattras désormais auprès de moi... Les troupes victorieuses dans le Piémont sous *Brissac*, furent réformées. Dans le premier mouvement de leur colère, elles demandèrent, du ton de la sédition, où elles trouveroient du pain: — *Chez moi, tant qu'il y en aura*, répondit le général... Les marchands du pays, qui, sur la parole de *Brissac*, avoient fait des avances à l'armée, conjurèrent cet homme illustre d'avoir pitié d'eux. Il se dépouille à l'instant de tout ce qu'il a, pour les soulager, et se rend avec eux à la cour de France. Les *Guises*, qui étoient les maîtres absolus du royaume, ne montrant pour ces malheureux qu'une compassion stérile, le maréchal de *Brissac* dit à sa femme: *Voilà des gens, Madame, qui ont hasardé leur fortune sur mes promesses; le ministre ne les fait pas payer, et ce sont des gens perdus. Remettons à un autre temps le mariage de Mademoiselle de Brissac, que nous nous disposions à faire, et donnons à ces infortunés l'argent destiné pour sa dot.* L'âme de la maréchale se trouva aussi sensible, aussi élevée que celle de son époux. Avec la dot et quelques autres sommes qu'on emprunta, *Brissac* parvint à faire la moitié de ce qui étoit dû aux marchands, auxquels il donna des sûretés pour le reste. C'est comme dix ans de victoire bien héroïquement.
IL COSSÉ, (*Artus de*) frère du précédent, maréchal de France, comme lui, défendit, contre l'empereur, en 1552, la ville de Metz, dont il avoit le gouvernement. Il fut élevé ensuite à la charge de grand-panetier de France et de surintendant des finances. « Sa femme, dit *Brantôme*, qui étoit de la maison de *Pui-Grissier* en Poitou, mal-habile pourtant, et n'étant jamais venue à la cour, sinon lorsqu'il eut cette charge des finances, fit la révérence à la reine: *Ma foi*, lui dit-elle, nous étions ruinés sans cela, *Madame*; car nous devions cent mille écus. Dieu merci, depuis un an nous nous sommes acquittés, et nous avons gagné plus de cent mille écus pour acheter quelque belle terre. » Cette sotte naïveté fit rire la reine et les courtisans; mais elle déplut beaucoup à Cossé, qui la renvoya le lendemain. *Artus de Cossé* eut le bâton de maréchal de France en 1567. « Il avoit la tête aussi bonne que le bras, dit le même historien, encore qu'aucuns lui donnèrent le nom de *Maréchal des Bouteilles*, parce qu'il aimoit quelquefois à faire bonne chère, rire et gaudir avec ses compagnons; mais pour cela sa cervelle demeuroit fort bonne et saine. » Il se trouva à la bataille de Saint-Denys, et à celle de Montcontour, en 1569. Défait par les Calvinistes l'année d'après au combat d'Arnaï-le-Duc, il vengea cet affront au siège de la Rochelle, en 1573, et empêcha le secours d'y entrer. Il mourut dans son château de Gonnor en Anjou, le 15 janvier 1582, honoré par Henri III, du collier de ses ordres.
III. COSSÉ, (Philippe de) frère des deux précédents, évêque de Coutance, grand-aumônier de France, mort en 1548, étoit très-habile dans les belles-lettres et la théologie. Il aimoit et protégeoit les savans. Ce fut à sa persuasion que Louis Leroy écrivit la Vie de Budé.
IV. COSSÉ, (Timoléon de) appelé le Comte de Brissac, grand-fauconnier de France, colonel des Bandes de Piémont, étoit fils du maréchal de Brissac. Il se montra digne de son père par sa valeur, sa sagesse et par son amour pour les lettres et les sciences. Son mérite lui auroit procuré les plus hautes dignités, s'il n'eût été malheureusement tué d'un coup d'arquebuse au siège de Mucidan, dans le Périgord, en 1569, à 26 ans. V. COSSÉ, (Charles de) fils pullué de Charles de Cossé, hérita de son courage. Il fut duc de Brissac, pair et maréchal de France. Il remit Paris, dont il étoit gouverneur, au roi Henri IV, le 22 mars 1594, et mourut à Brissac en Anjou, l'an 1621. Louis XIII avoit érigé cette terre en duché-pairie l'année précédente, en considération de ses services. Voyez L. LANGLOIS. I. COSTA, (Christophe à) né en Afrique d'un Portugais, passa en Asie pour satisfaire son penchant à la botanique. Il fut pris par les Barbares, et vécut longtemps en esclavage. Il profisa des premiers momens de sa liberté, pour recueillir des herbes médicinales, et vint ensuite à Burgos en Espagne, où il exerça la médecine. C'est dans cette ville qu'il publia, en 1578, in-4°, un Traité des drogues et des simples des Indes, traduit en latin par Clusius, 1593, in-8°. On a encore de lui une Relation de ses voyages des Indes, et un Livre à la louange des Femmes; Venise, 1592, in-4°. On dit que sur la fin de sa vie, il se retira dans une solitude, où il mourut.
II. COSTA, (Emmanuel à) jurisconsulte Portugais, disciple de Navarre, enseigna le droit à Salamanque en 1550. Ses Œuvres ont été imprimées en 2 vol. in-fol. Covarrueias et les autres savans jurisconsultes Espagnols, le citent avec éloge. On ne peut lui reprocher que le défaut de précision et de méthode.
III. COSTA, (Jean à) ou Jean LA CESTE, professeur de droit à Cahors, sa patrie, et à Toulouse, laisse des Notes sur les Institutes de Justinien, réimprimées à Leyde en 1719, in-4°. Il mourut à Cahors, le 13 août 1637, dans un âge assez avancé.
IV. COSTA, (Marguerite) Romaine, auteur de diverses Poésies italiennes, vint à Paris, et présenta le projet d'une fête à Louis XIV, intitulée Défi d'Apollon et de Mars. Cette fête devoit avoir lieu en 1647; mais on lui préféra un ballet héroïque d'Orphée, dont l'exécution parut moins difficile. Marguerite Costa fit imprimer ses Œuvres poétiques, qu'elle dedia au cardinal Nazarin.
COSTA, Voyez les ACOSTA.
COSTANZO, (Angelo di) seigneur de Cantalupo, né, en 1507, à Naples, mit au jour l'Histoire de cette ville, en italien, in-fol. 1682, à Aquila. après cinquante-trois ans de recherches. Cette première édition, rare même en Italie, s'étend depuis l'an 1250 jusqu'en 1489, c'est-à-dire depuis la mort de *Frédéric II*, jusqu'à la guerre de Milan, sous *Ferdinand premier*. *Costanzo* égayoit, par la culture de la poésie latine, la sécheresse de l'histoire. Il réussit dans l'une et dans l'autre. Il imagina pour le Sonnet, une tournure particulière, qui lui donna plus de grace. On a recueilli ses *Vers* italiens à Venise, en 1752, in-12. Il mourut vers l'an 1590, dans un âge fort avancé.
COSTAR, (Pierre) fils d'un chapelier de Paris, naquit en 1603. Son vrai nom étoit *Costaud*; mais le trouvant peu propre à l'harmonie de la poésie, il le changea en celui de *Costar*. Avec une mémoire très-heureuse, une vaste lecture, et un grand amour pour les lettres, il trouva le secret de se faire beaucoup d'ennemis. La présomption, l'opiniâtreté, le rendirent emporté dans toutes ses querelles. On connoit celle qui s'éleva entre lui et *Girac*, au sujet des ouvrages de *Voiture*, que *Costar* défendit avec la chaleur que les chevaliers-errans avoient montrée pour leurs maitresses. Aux éloges les plus outrés du poète son ami, il joignit les injures les plus piquantes contre son adversaire, et ces injures lui parurent des raisons. Malgré la vivacité satirique de ses écrits, il voulut paroître doux dans la société; mais il se plia avec tant de maladresse aux usages du grand monde, que *Mad. des Loges* disoit de lui : *Que c'étoit le pédant le plus galant, et le galant le plus pédant qu'on eût encore* rencontré. Il avoit fait, à tête reposée, un répertoire de lieux communs, où il trouvoit, en sortant de chez lui, toutes les saillies qu'il devoit étaler chez les autres. Ce pédant petit-maître, quoique bachelier de Sorbonne et prêtre, étoit un des oracles de l'hôtel de Rambouillet. Il mourut à Paris, le 13 mars 1660, à 57 ans. On a de lui un *Recueil de Lettres*, en 2 gros vol. in-4°, la plupart chargées de grec et de latin, presque toutes inutiles, et toutes, sans exception, pleines de phébus et de galimathias. Sa *Défense de Voiture* lui avoit procuré, dit-on, un présent de cinq cents écus du cardinal *Mazarin*; mais ses *Lettres* ne furent pas si bien payées. I. COSTE, (Nicolas de la) et *Jean* son frère, furent deux savans imprimeurs du 17$^{e}$ siècle. Ils imprimèrent ensemble plusieurs ouvrages, entr'autres l'*Histoire des Papes* par *Duchesne*; aussi avoient-ils pris pour devise, tantôt deux cœurs avec ces mots : *Nos connectit amor*; tantôt *Janis* avec ses deux têtes, et pour légende : *Ditat concordia fratrum*. *Nicolas* a traduit de l'espagnol en françois, les *Voyages de Herrera*, 3 vol. in-4°. Il mourut à Paris; *Jean* alla finir ses jours à Lisbonne, en 1671.
II. COSTE, (Hilaire de) Minime de Paris, disciple du Père *Mersenne*, et allié, par sa mère, de *St. François-de-Paule*, naquit en 1595, et mourut en 1661. C'étoit un homme d'une grande piété et d'une lecture immense; mais compilateur crédule, et écrivain diffus et ennuyeux. On a de lui : *Les Eloges et les Vies des Reines, des Princesses et des Dames illus-* tres en piké, en courage et en doctrine, qui ont fleuri de notre temps et du temps de nos pères, en deux vol. in-4°; la meilleure édition est de 1647. II. Histoire Catholique, où sont décrites les vies des hommes et des dames illustres du 16e et du 17e siècle, in-fol. Paris 1625. III. Les Eloges des Bois et des Enfans de France qui ont été Dauphius, in-4°. IV. La Vie du Père Mersenne, in-8°. Ce n'est proprement qu'un éloge de ce savant religieux, fait pour servir de mémoires à ceux qui voudroient écrire plus amplement sa vie. V. Le Portrait en petit de St. François-de-Paule, in-4°, Paris 1655; ouvrage assez mal écrit, mais dont on peut faire usage à cause des preuves et des titres que l'auteur a mis à la fin. VI. La Vie de François le Picard, ou le parfait Ecclésiastique, avec les éloges de quarante autres docteurs, in-8°: ouvrage curieux et recherché. On trouve à la fin les preuves de cette Histoire, tirées de différens auteurs. Il suivit cette méthode dans presque tous ses ouvrages; et c'est ce qui les fait rechercher par quelques savans. VII. La Vie de Jeanne de France, fondatrice des Annociades.
III. COSTE, (Pierre) natif d'Ugèz, réfugié en Angleterre, mort à Paris en 1747, dans un âge avancé, a laissé plusieurs ouvrages. Les principaux sont: I. Les Traductions de l'Essai sur l'entendement humain de Locke, (Voy. LOCKE Amsterdam 1736, in-4°, et Trévoux, 4 vol. in-12; de l'Optique de Newton, in-4°; du Christianisme raisonnable de Locke, 2 vol. in-8°. II. Une Edition des Essais de Montaigne, en 3 vol. in-4°, et 10 vol. in-12, avec des remarques. III. Une Edi- tion des Fables de la Fontaine, in-12, avec de courtes notes au bas des pages. Il osa y joindre une Fable de sa façon, qui prouva qu'il étoit plus facile de commenter la Fontaine que de l'imiter. IV. La Défense de la Bruyère contre le Chartreux d'Argone, caché sous le nom de Vigneul-Marville: ouvrage verbeux, dont on a chargé très-mal à propos la plupart des éditions des Caractères de Théophraste. V. La Vie du Grand Condé, in-4° et in-12, assez exacte, mais froide. Coste étoit un éditeur souvent minutieux, et un écrivain médiocre; mais il mettoit de l'attention dans tout ce qu'il faisoit. C'étoit un excellent correcteur d'imprimerie; et par ce mot, j'entends un homme qui connoit sa langue, qui possède les langues étrangères, et qui n'ignore point les hautes sciences.
IV. COSTE, (N.) écrivain de Toulouse, mort en novembre 1759, est auteur de deux ouvrages: I. Dissertation sur l'Antiquité de Chaillot, 1736, in-12. II. Projet d'une Histoire de la ville de Paris, sur un plan nouveau, 1739, in-12. Son but, dans ces deux ouvrages, est de ridiculiser le goût outré de l'érudition. Dans le second, il répand ses plaisanteries sur tout le genre historique en général; mais il est à croire qu'il ne se proposoit que de se moquer de ces laborieux et intrépides compilateurs, qui portent leur vaine curiosité sur les faits les plus minces et les plus inutiles. V. COSTE, (Jean de la) né à Versailles, et mort au mois de novembre 1761, embrassa l'état ecclésiastique, et a laissé quelques écrits foibles et peu importans, I. Lettre au sujet de la noblesse commerçante, 1756, in-8.º II. Lettre d'un baron Saxon à un gentilhomme Silésien, in-8.º
VI. COSTE, Voy. III. COSTA. I. COSTER, (Laurent) habitant de Harlem, mort vers 1440, descendoit des anciens comtes de Hollande, par un enfant naturel. Son nom est célèbre dans les fastes de l'imprimerie, parce que les Hollandois le prétendent inventeur de cet art, vers 1450. Il s'en faut bien que cette prétention soit appuyée sur des fondemens solides. Ce n'est que cent trente ans après le premier exercice de cet art à Mayence, que la ville de Harlem s'est avisée d'en revendiquer l'invention. Mais aux faits connus et certains, aux monumens parlans et non équivoques, qui assurent cette gloire à Mayence, elle n'oppose que des traditions obscures, des contes de vieillards, des historiettes, des conjectures, et pas une production typographique qu'on puisse prouver appartenir à Coster. Tout ce qu'on peut accorder à Harlem, c'est d'avoir été une des premières villes où l'on ait exercé l'art de la gravure en bois, qui a conduit, par degrés, à l'idée d'imprimer un livre d'abord en planches de bois, gravées, ensuite en caractères mobiles de bois, et enfin en caractères de fonte. Mais il reste encore à prouver, que cette idée ait été conçue et exécutée à Harlem; au lieu qu'il est démontré que Guttemberg a imprimé d'abord à Strasbourg, et ensuite à Mayence, en caractères de bois mobiles, et que les caractères de fonte ont été inventés à Mayence par Schoiffer. Le savant Meerman, conseiller et pensionnaire de Rotterdam, zélé pour l'honneur de son pays, a soutenu la cause de Harlem avec toute la sagacité et l'érudition qu'on pouvoit y mettre, dans un ouvrage intitulé: Origines typographicae, imprimé à la Haye en 1765, en 2 vol. in-4º; et l'on peut dire que jamais mauvaise cause ne fut mieux défendue. On a placé la statue de Coster à l'hôtel-de-ville de Harlem, où l'on conserve sous une enveloppe de soie et dans un coffret d'argent, le Speculum Salutis, dont les Hollandois attribuent l'impression à Coster. Ils ont gravé sur la porte de la maison où ce dernier demeuroit, quatre vers latins de Schrévérius, dont les deux derniers disent que l'invention de l'imprimerie par Coster, est aussi sûre que l'existence de Dieu même: Extulit hic, monstrante Deo, Laurentius artem; Dissimulare virum hunc, dissimulare Deum est.
II. COSTER, (François) Jésuite de Malines, appelé le marteau des Hérétiques, publia divers ouvrages contre eux, entr'autres l'Enchiridium controversiarum, Cologne 1590, in-8º, traduit en plusieurs langues, et très-peu lu aujourd'hui. On a encore de lui: Apologia tertiae partis Enchiridii de Ecclesia, 1604, in-8º, Augmentum Enchiridii, 1605, in-8º Remarques sur le Nouveau-Testament, en flamand, 1614, in-fol., et autres ouvrages. Il mourut à Bruxelles, le 6 décembre 1619, à 88 ans, avec la réputation d'un savant pieux.
COSTES, Voy. CALPRESÈDE.
COTA, (Rodriguez) de Tolède, poète tragique, auteur de la tragi-comédie de *Calisto* y *Melibea*. Cette pièce est une espèce d'ambigu comique, rempli de sentences, d'avis moraux, et d'exemples propres à instruire le lecteur. *Gaspard Barthius*, Allemand, grand amateur des livres Espagnols, a traduit cet ouvrage en latin, et ne fait pas difficulté de l'appeler divin. *Jacques de Lavardin* l'a mis en françois; mais sa version ne contribue pas beaucoup à conserver la haute idée que le traducteur Allemand en avoit donnée. La production de *Cota* est pourtant une des mieux écrites qu'il y ait dans sa langue. Il florissoit au seizième siècle.
**COTELIER**, (Jean-Baptiste) bachelier de Sorbonne, professeur en grec au collège-royal, né à Nîmes en 1629, répondit par son génie aux soins que son père, ministre Protestant converti, se donna pour son éducation. A l'âge de douze ans, il expliquait la Bible en hébreu à l'ouverture du livre, et faisoit avec la même facilité l'explication des définitions d'*Euclide*. On le regarda dès-lors comme un petit prodige, et il soutint cette réputation en Sorbonne, où il prit le degré de bachelier. Il ne voulut point faire sa licence, pour ne pas s'engager dans les ordres sacrés. En 1667, le Grand *Colbert* le choisit avec le célèbre du *Cange*, pour travailler avec lui à la révision, au catalogue et aux sommaires des manuscrits grecs de la bibliothèque du roi. Ce travail lui procura, en 1676, une chaire de professeur en langue grecque au collège-royal, qu'il remplit avec autant d'assiduité que de succès. Il étoit d'une probité, d'une simplicité, d'une candeur, d'une modestie dignes des premiers temps; entièrement consacré à la retraite; se communiquant peu, et à très-peu de gens; paroissant mélancolique et réservé à ceux qui ne le connoissoient pas, mais du caractère le plus doux et le plus aisé avec ses amis. L'Eglise doit à ses veilles : I. Un recueil des *Monumens des Pères qui ont vécu dans les temps apostoliques*, deux vol. in-fol., imprimés à Paris, 1672 : ouvrage recommandable par des notes recherchées, aussi courtes que savantes, tant sur les termes grecs, que sur diverses matières d'histoire, de dogmes et de discipline. L'auteur ne s'attache qu'à ce qu'il y a de plus curieux et de plus singulier sur chaque sujet, ne mettant rien que ce qu'il croyoit n'avoir pas été observé par les autres. Ce recueil a été réimprimé en Hollande, en 2 vol. in-fol. 1698 et 1724, par les soins de *le Clerc*, qui l'a enrichi de notes et des dissertations de plusieurs savans. II. Un recueil de plusieurs *Monumens de l'Eglise Grecque*, avec une version latine et des notes, in-4°, 3 vol. 1677, 1681 et 1686; aussi estimable que le précédent. III. Une *Traduction latine des quatre Homélies de St. Jean-Chrysostôme sur les Pseaumes*, et des *Commentaires de ce Père sur Daniel*; à Paris 1661, in-4°. Ce savant ne citoit rien dans ses ouvrages, qu'il ne le vérifiait sur les originaux. Il mourut à Paris, le 12 août 1686, à 58 ans, consumé par les infirmités et par le travail. Il a laissé plusieurs manuscrits, en 9 vol. in-fol., qu'on conservoit dans la bibliothèque du roi : ce sont des extraits des Pères et des auteurs ecclésiastiques, avec des observations. 12 COT
COTES, (Roger) professeur d'astronomie et de physique expérimentale dans l'université de Cambridge, mourut en 1716, à la fleur de son âge. On lui doit : I. Une excellente Edition des Principes de Newton, à Cambridge, en 1713, in-4.º II. Harmonia mensurarum, sive Analysis et synthesis per rationum et angulorum mensuras promotæ. Le grand Newton avoit enseigné la manière de rapporter les intégrales aux sections coniques; Cotes, son disciple, rappela les aires des sections coniques aux mesures des rapports et des angles. Il réduisit aux mêmes sections plusieurs différentielles jugées irréductibles; et vint à bout d'exécuter, par l'union de ces deux méthodes, ce qu'il n'avoit pu faire par la mesure des rapports ou des angles pris séparément. Cotes étant mort sans avoir mis la dernière main à ses découvertes et à quelques autres, Robert Smith, son ami et son successeur, suppléa à ce qui manquoit, et le publia en 1722. III. Description du grand météore qui parut au mois de mars 1716. — Voyez COTTE.
COTHBEDDIN, premier sultan de Khovarezm, unit l'esprit à la valeur, et profita de sa faveur auprès de Sangiar, pour se rendre indépendant dans son gouvernement, et en devenir souverain. La Dynastie, qui lui dut son origine, fut appelée celle des Khoarezmien. Cothbeddin mourut l'an de l'hégire 521, avec la réputation d'un prince équitable; son fils Atziz lui succéda.
COTIN, (Charles) aumônier du roi et chanoine de Bayeux, si maltraité dans les Satires de Boileau, et dans la comédie des Femmes savantes, sous le nom de Trissotin, étoit Parisien, poète et prédicatour. Il fut reçu de l'académie Françoise en 1655, et mourut à Paris en 1682. Le sonnet de la princesse Uranie, que Molière rapporte dans sa comédie, étoit véritablement de l'abbé Cotin : il l'avoit composé pour Mad. de Nemours. Comme il achevoit la lecture de ses vers chez Mademoiselle, Ménage entra, et déprima beaucoup son sonnet; là-dessus les deux poètes se dirent à peu près les douceurs que Molière mit dans la bouche de Trissotin et de Vadius qui désignoit Ménage. On prétend que l'auteur s'étoit attiré la colère de Boileau et de Molière, parce qu'il avoit conseillé durement et avec aigreur au premier, de consacrer ses talens à une autre espèce de poésie qu'à la satire; et qu'il avoit cherché à desservir le second auprès du duc de Montausier, en insinuant à ce seigneur que c'étoit lui que Molière avoit voulu jouer dans son Misanthrope. Quelques auteurs disent que c'étoit la fatale nécessité de la rime, qui attira à l'abbé Cotin tant de plaisanteries et de brocards. Boileau récitoit à Furetière la satire du Repas, et se trouvoit arrêté par un hémistiche qui lui manquoit : Si l'on n'est plus à l'aise assis dans un festin, Qu'aux Sermons de Cassaigne ... « Vous voilà bien embarrassé, lui dit Furetière, placez-y l'abbé Cotin, » et le satirique n'y manqua pas. Perrault dans son Parallèle des Anciens et Modernes, ne convient pas que l'auditoire de l'abbé Cotin fût si peu nombreux. « Je l'ai ouï prêcher, dit-il, aux Nouvelles-Catholiques, où il satisfait extrêmement, et je puis assurer que je fus fort pressé à son sermon. » Cependant Boileau conseillait à un jeune ecclésiastique, qui lui demandait des conseils pour la chaire, d'aller entendre Bourdaloue et Cotin, l'un pour apprendre ce qu'il falloit faire, et l'autre ce qu'il falloit éviter. Tout le monde ne pensait pas comme le satirique. L'abbé Cotin ayant eu un procès avec ses fermiers, et étant dégoûté des chicanes du barreau et des sollicitudes de l'administration de son bien, résolut de le donner à un de ses parens, à condition d'être nourri chez lui. Ses autres parens voulurent alors lui faire nommer un curateur, comme à un homme dont la tête n'étoit pas saine. Cotin invita ses juges à entendre quelques-uns de ses sermons; et ils revinrent si satisfaits de l'orateur, et si indignés contre des parens avides et injustes, qu'ils les condamnèrent aux dépens et à l'amende. On voit par-là que Cotin avoit un certain mérite. Il savoit le grec, un peu d'hébreu et de syriaque; prêchoit assez noblement; écrivoit passablement en prose; et faisoit des vers, dont quelques-uns sont spirituels et bien tournés. Voici l'un de ses quatrains : Iris s'est rendue à ma foi; Qu'eût-elle fait pour sa défense? Nous n'étions que nous trois, elle, l'Amour et moi; Et l'Amour fut d'intelligence. Le président de Lamoignon refusa de lire un libelle que l'abbé Cotin avoit publié contre Boileau, parce qu'il accusoit, en riant, ce dernier de l'avoir composé lui-même, pour rendre son adversaire ridicule. On a de l'abbé Cotin, des Enigmes, des Odes, des Paraphrases, des Rondeaux, des Œuvres galantes, 1665, deux vol. in-12; des Poésies Chrétiennes, 1668, in-12; et plusieurs ouvrages en prose. Dans sa Pastorale Sacrée, imitée du Cantique des Cantiques, il n'a pas toujours évité les écueils que lui présentoit son sujet.
COTOLENDI, (Charles)— avocat au parlement de Paris, natif d'Aix ou d'Avignon, mort au commencement de ce siècle, s'est fait connoître dans le monde littéraire par plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Les Voyages de Pierre Texeira, ou l'Histoire des Rois de Perse, jusqu'en 1609, traduits de l'espagnol en françois, 2 vol. in-12, 1681. II. La Vie de St. François de Sales, in-4°, écrite par le conseil d'Abelli. III. La Vie de Christophe Colomb, traduite en françois, deux vol. in-12, 1681. IV. La Vie de la duchesse de Montmorency, supérieure de la Visitation de Moulins, 2 vol. in-8° V. ARLEQUINIANA, ou les bons-mots, les histoires plaisantes et agréables, recueillies des conversations d'Arlequin: lecture de laquais. VI. Le Livre sans nom; digne d'avoir les mêmes lecteurs. VII. Dissertation sur les Œuvres de St. Evremont, in-12, sous le nom de Dumont.— « Je trouve beaucoup de choses, dans cet écrit, bien censurées, écrivoit l'auteur critiqué: » Je ne puis nier que l'Auteur n'écrive bien; mais son zèle pour la Religion et pour les bonnes mœurs, passe tout. Je gagnerois moins à changer mon style contre le sien, que ma conscience contre la sienne... La faveur passe la sévérité du jugement, et j'ai plus de reconnois sance de la grace, que de ressentiment de la rigueur. » Ces jeux de mots cachent une modestie, qui, si elle étoit sincère, devoit faire passer bien des fautes à Saint-Evremont.
COTON, Voyez COTTON.
COTOUZ, troisième sultan, Mameuc de la première dynastie, fut élevé au trône d'Égypte, l'an de l'hégire 637, après la déposition de Malek-Mansour. Le Tartare Holagu venoit de soumettre Damas et Alep en Syrie; pour subjuguer le reste de l'Égypte, il laissa un de ses généraux nommé Kerboga, à la tête d'une puissante armée; mais à peine fut-il retourné dans l'Orient, que Cotouz instruit de sa retraite, arriva d'Égypte en Syrie, attaqua les Tartares, qui n'avoient point encore été vaincus, défit complètement Kerboga, et fit ses enfans prisonniers. Après cette victoire, Cotouz revenoit en goûter le fruit au sein de ses états, lorsqu'il fut assassiné en route par Bibars, qui lui succéda. Il n'avoit pas régné une année entière. I. COTTA, (C. Aurélius) fameux orateur et d'une illustre famille de Rome, étoit frère de Marcus-Aurélius Cotta, qui obtint le consulat, avec Lucullus, l'an 74 avant J. C. Ce Marcus Cotta fit la guerre contre Mithriate avec peu de succès, fut défait auprès de Calcédoine, et perdit un combat sur mer. Trois ans après, il prit Héraclée par trahison; ce qui lui fit donner le nom de PONTIQUE. Caius Cotta fut banni de Rome, pendant les guerres de Marius et de Sylla. Le parti du dernier avant triomphé, Cotta fut rappelé et devint consul, 75 ans avant J. C. L'orateur Cotta étant devenu consul, fit une loi qui permettoit aux Tribuns du peuple d'aspirer aux grandes charges de la république; privilège qui leur avoit été ôté par Sylla. Il fleurissoit dans le barreau avec Cicéron, qui dit de lui, qu'il avoit de la pénétration et une grande justesse d'esprit. Il loue aussi son élocution pure et coulante.—Lucius-Aurunculeius COTTA, capitaine Romain de la même famille, servit dans les Gaules sous César, et fut tué par les Eburons, l'an 54, dans la vallée où fut bâtie ensuite la ville de Liège.
II. COTTA, (Jean) poète latin, né dans un village auprès de Vérone, s'acquit de la réputation par ses talens. Il suivit à l'armée Barthelemi d'Alviane, général Vénitien, qui l'aimoit; mais il fut pris par les François, à la bataille de la Ghiara d'Adda, l'an 1509, et ne fut délivré qu'au bout de quelque temps. Son protecteur l'envoya auprès du pape Jules II, à Viterbe, où il mourut en 1511, à l'âge de 28 ans, d'une fièvre pestilentielle. On a de Cotta des Epigrammes et des Oraisons, imprimées dans le recueil intitulé: Carmina quinque Poetarum, Venise 1548, in-8.
COTTE, (Robert de) architecte, né à Paris en 1657, fut choisi, en 1699, pour directeur de l'académie royale d'architecture; ensuite vice-protecteur de celle de peinture et de sculpture; enfin, premier architecte du roi, et intendant des bâtiments, jardins, arts et manufactures royales. Louis XIV ajouta un nouveau lustre à ces titres, en l'honorant du cordon de Saint-Michel. Ce célèbre ar- liste a décoré Paris et Versailles d'une infinité d'excellens morceaux d'architecture. Il conduisit le dôme des Invalides, finit la chapelle de Versailles, éleva les nouveaux bâtiments de Saint-Denys. Il fit le péristile de Trianon, ouvrage magnifique, dans lequel la beauté du marbre le cède à la légèreté et à la délicatesse du travail. *Cotte* avoit de l'imagination et du génie; mais l'un et l'autre étoient réglés par le jugement et dirigés par le goût. C'est lui qui a imaginé, le premier, de mettre des glaces au-dessus des chambranles de cheminées. Cet habile maître mourut à Paris en 1735, aussi regretté pour ses talens, que pour ses mœurs et son caractère.
COTTEREL, (Alexis-François) curé de Saint-Laurent, mort le 5 février 1775, a publié quelques *Opuscules* peu importants sur la naissance du duc de Bourgogne, l'assassinat de *Louis XV*, la mort de la reine. — I. COTTON ou COTON, (Pierre) Jésuite, né en 1564, à Néronde en Forez, petite ville près de la Loire dont son père étoit gouverneur, se distingua de bonne heure par son zèle pour la conversion des Hérétiques, et par ses succès dans la chaire. Il fut appelé à la cour de *Henri IV*, à la prière du fameux *Lesdiguières* qu'il avoit converti. Le roi, satisfait de son esprit, ainsi que de ses mœurs et de sa conversation, lui confia sa conscience. M. Mercier lui reproche « d'avoir eu une déférence trop singulière pour ce Jésuite, homme médiocre, uniquement attaché aux petites vues de son ordre; et l'on disoit publiquement: *Notre prince ait bon, mais il a du cotton dans* ses oreilles. » *Henri* voulut le nommer à l'archevêché d'Arles, et lui procurer un chapeau de cardinal; mais le Jésuite s'y opposa toujours. Ses confrères, depuis leur rappel, ne pouvoient pas s'établir facilement dans certaines villes: « celle de Poitiers, sur-tout, avoit fait de grandes difficultés. Le Père *Cotton* voulut faire entendre au roi que toutes ces oppositions étoient l'ouvrage de *Sulli*, gouverneur de Poitou. *Henri* ayant rejeté cette calomnie, qu'il reprochoit à ce Jésuite de croire trop facilement: *Dieu me garde*, dit *Cotton*, de parler mal de ceux à qui *Votre Majesté donne sa confiance!* Mais enfin, je suis en état de justifier ce que j'avance. Je le prouverai par les lettres de *Sulli*. Je les ai vues, et je les ferai voir à *Votre Majesté*. Il fut pris au mot, et *Cotton* vint le lendemain dire au roi que les lettres avoient été brûlées par mégarde. » (*Cours d'Histoire de Condillac*, tom. 13, pag. 505). Après la mort à jamais déplorable de ce grand prince, *Cotton* fut confesseur de *Louis XIII* son fils. La cour étant pour lui une solitude, il demanda d'en sortir, et l'obtint en 1617, d'autant plus facilement, que le duc de *Luynes* ne lui étoit pas favorable. Il avoit eu plus de crédit, lorsque le maréchal d'*Ancre* étoit maître de tout sous *Marie de Médicis*. Aussi les plaisans disoient que pour que les François fussent mieux administrés, il falloit supprimer *ENCRE* et *COTTON*. *Mézerai* et d'autres historiens racontent qu'après que *Raveillac* eut commis son parricide, le Père *Cotton* l'aborda et lui dit: *Donnez-vous bien de garde d'accuser les gens de bien!* Il y a apparence que le zèle pour l'honneur de sa société, plutôt que tout autre motif 16 COT lui inspira ces paroles indiscrètes. On rapporte dans le *Moréri* de Hollande, (édit. de 1740) que *Henri IV* lui ayant demandé un jour : *Révéleriez-vous la confession d'un homme résolu de m'assassiner ?* — *Non, Sire*, répondit-il ; *mais je mettrais mon corps entre vous et lui*. Le Jésuite *Santarelli* ayant publié un ouvrage où il établissait la puissance des papes sur les rois, le *P. Cotton*, alors provincial de Paris, fut appelé au parlement, le 13 mars 1626, pour rendre compte des opinions de ses confrères. On lui demanda s'il croyoit que le pape pût excommunier et déposséder un roi de France ! *Ah !* répondit-il, *le Roi est fils aîné de l'Eglise ; et il ne fera jamais rien qui oblige le Pape à en venir à cette extrémité.* — *Mais*, lui dit le premier président, *ne pensez-vous pas comme votre père général, qui attribue au Pape cette puissance ?* — *Notre père général suit les opinions de Rome où il est ; et nous, celles de France où nous sommes*. Les désagréments que le Père *Cotton* essuya dans cette occasion, lui firent tant de peine, qu'il en tomba malade, et mourut quelques jours après, le 19 mars 1626, à 63 ans. Il précoit alors le Carême à Paris dans l'église de Saint-Paul. On a de ce Jésuite quelques écrits : I. Un *Traité du Sacrifice de la Messe*. II. D'autres *Ouvrages de Controverse*. III. Des *Sermons*, in-8°, 1617, etc. En 1610, il fit paroître, in-8°, une *Lettre déclaratoire de la doctrine des Pères Jésuites, conforme à la doctrine du Concile de Trente* : ce qui produisit l'*Anti-Cotton*, 1610, in-8°, et qu'on trouve à la fin de l'Histoire de D. *Inigo*, 2 vol. in-12. On attribue cette satire, plus maligne que spirituelle, à *Pierre du Coignet*. Le *P. Cotton* n'est plus connu aujourd'hui comme auteur. Le *P. d'Orléans* et le *P. Rouvier* ont écrit sa *Vic*, in-12 ; et ils ont peint le Père *Cotton* comme un religieux fervent, comme un théologien éclairé, comme un bon François. Ce jugement s'accorde avec celui du président *Gramont*, dans son Histoire de France. « *Cotton*, dit-il, étoit l'orateur le plus éloquent et le religieux le plus modeste de son siècle. Il conserva toute sa vertu au milieu de la contagion de la cour. C'étoit un lys entre des épines. » Ainsi, il ne faut pas juger de lui par l'*Anti-Cotton* ; mais on peut réduire un peu les éloges que les Jésuites en ont faits. Ils les lui devoient ; car il étoit attaché à son ordre, comme un fils tendre l'est à sa mère.
II. COTTON, (Robert) chevalier Anglois, né à Dentan dans le comté de Hutington, en 1570, mort en 1631, à 61 ans, se fit un nom célèbre, par son érudition et par son amour pour les livres. Il composa une belle *Bibliothèque*, enrichie d'excellens manuscrits, restes précieux échappés à la fureur brutale de ceux qui pillèrent les monastères sous *Henri VIII*. Un héritier de la famille de ce savant illustre, fit présent à la couronne d'Angleterre de cette riche collection, et de la maison où elle étoit placée. *Smith* publia, en 1696, le Catalogue de ce recueil, en un vol. in-fol., sous le titre de *Catalogus librorum MSS. Bibliotheca Cottonianae*. On la joignit ensuite à celle du roi ; mais le feu ayant pris, en 1731, à la cheminée d'une chambre placée sous la salle qui renfermoit ce trésor trésor d'érudition, fit tant de ravages en peu de temps, que là plupart des manuscrits de la Bibliothèque Cottonienne, très-riche en ce genre, furent la proie des flammes. L'eau des pompes dont on se servit pour éteindre l'incendie, gâta de telle sorte ceux que le feu avoit épargnés, qu'il n'est plus possible de les lire. Le plus célébré manuscrit de la Bibliothèque Cottonienne et qu'on avoit cru jusqu'à ce jour unique, est une copie des Évangiles, sur lequel le roi Athelstan ordonna que ses successeurs prèteroient serment à leur sacre : les deux premiers feuillets de St. Matthieu sont teints en pourpre, et les deux ou trois premières pages de chaque Évangile, sont en lettres d'or capitales. Le titre de cet ouvrage, est Harmonia Evangelica. Hikes en a donné quelques extraits dans sa Grammaire des Langues du Nord. On présumait, suivant Peignot, savant bibliothécaire de la Haute-Saône, qu'un autre manuscrit de cet ouvrage devoit se trouver en Allemagne ; mais personne ne pouvoit l'indiquer. On vient enfin de le découvrir dans une bibliothèque à Bamberg. Le manuscrit paroît être du 8e ou 9e siècle, et contient, en 75 pages in-4e, une Histoire de Jésus-Christ, en style poétique, tirée des quatre Évangélistes. Le texte continue sans aucune division de chapitres ou de vers, sans ponctuation ; on trouve seulement de distance en distance, une interruption indiquée par un point. On publia, en 1652, le Recueil des Traités que Cotton avoit composés dans les occasions importantes. Ce savant Anglois connoissoit à fond les droits de la couronne, et les constitutions du gouvernement Britannique ; et l'on avoit recours à lui pour les faire valoir. Ce fut lui qui procura le rétablissement du titre de Chevaliers Baronnets, qu'il déterra dans d'anciennes écritures : ce titre, comme on sait, donné le premier rang, après les barons, qui sont pairs du royaume,
III. COTTON DES HOUSSALES ; (N.) savant bibliothécaire de la maison de Sorbonne à Paris, possédoit non-seulement la théologie, mais de grandes connoissances en physique et en botanique. Il a été l'éditeur de plusieurs ouvrages. Il est mort au mois d'août 1783, laissant en manuscrit deux ouvrages : l'un sous le titre d'Elémens d'Histoire littéraire universelle ; l'autre, Traité des Universités de France.
COTTUS, (Mythol.) géant ; fils de la Terre, frère de Briarée, avoit, comme celui-ci, cent bras et cinquante têtes ; il partagea son sort et fut précipité dans le Tartare.
COTYS, nom de quatre rois de Thrace. Le premier, contemporain de Philippé, père d'Alexandre, fut tué vers l'an 356 avant J. C., par un certain Python, en vengeance de ses cruautés. Le second envoya son fils, à la tête de cinq cents chevaux, pour secourir Pompé. Plutarque dit que ce prince étoit violent et emporté, et que, dans ses accès de colère, il châtioit si cruellement ses esclaves, lorsqu'ils avoient le malheur de briser quelque chose, que, pour éviter ces sortes de punitions, il avoit cassé un grand nombre de vases précieux, mais fragiles, dont il faisoit usage sur sa table. Le troisième vivoit du temps d'Au- 18 COV guste ; il fut tué par *Rescuporis*, son oncle, prince cruel : c'est à celui-ci que le poète *Ovide* adresse quelques-unes de ses *Elegies*. Enfin, le quatrième, fils du précédent, céda la Thrace à son cousin *Rhametales*, par ordre de *Caligula*, et eut en échange la petite Arménie et une partie de l'Arabie, l'an 38 de J. C.
COTYS, ou COTYTO, (Mythol.) déesse de l'impudicité et de la débauche, dont le culte, né en Thrace, passa en Phrygie et de là en Grèce. Elle avoit un temple à Athènes, et des prêtres. Les Athéniens célébroient, en son honneur, des fêtes dans lesquelles se commettoient toutes sortes d'abominations. On y portoit des rameaux auxquels étoient suspendus des gâteaux et des fruits, que tout le monde pouvoit prendre. *Alcibiade* se fit initier aux mystères de *Cotyto*.
COVARRUVIAS, (Diego) né à Tolède, en 1512, fut surnommé le *Barthole Espagnol*. Il professa le droit canon à Salamanque, avec beaucoup de réputation. Il éclaira la science du droit par celles des langues, des belles-lettres, et de la théologie ; et montra autant d'adresse que d'intégrité dans le maniement des affaires. Nommé à l'archevêché de Saint-Domingue, qu'il refusa, et ensuite à l'évêché de Ciudad-Rodrigo, il se rendit au concile de Trente en cette qualité. Sa vertu et ses talens le firent choisir, avec *Buoncompagno*, depuis *Grégoire XIII*, pour dresser les décrets de la réformation ; et à son retour en Espagne, il fut nommé évêque de Ségovie. Ce digne évêque mourut le 27 septembre 1577, à 66 ans, président du conseil de Castille. Ses *Ouvrages* ont été publiés en deux vol. in-fol. On les regarde en Espagne comme très-bons dans leur genre : car ils sont inconnus ailleurs, du moins à présent. *Covarruvias* jouit, de son temps, d'une grande réputation. Le président *FABERT* l'appelle *vir præstantissimi judicii* ; et *MENOCHIUS* le qualifie de *primarius inter jurisconsultos nostrae ætatis*.
COUBEREN, (Mythol.) dieu Indien, chargé de conserver la partie septentrionale de l'univers. On l'a représenté, monté sur un cheval blanc, orné de panaches, symbole de la neige et des frimats. Il préside aussi aux richesses.
COUCHA, (Sébastien) peintre Napolitain, mort depuis quelques années, avoit le génie froid ; mais ses tableaux sont bien arrangés, et son coloris est frais et beau. Il y a de lui une belle *Peinture à fresque*, dans le fond de la salle principale du grand-hôpital de Sienne.
COUCHOT, (N.) avocat au parlement de Paris, a donné au public : I. Un *Dictionnaire civil et canonique de Droit et de Pratique*, un vol. in-4. II. *Le Praticien universel*, 2 vol. in-4. Ce dernier ouvrage, dont il y a eu diverses éditions, est en 6 vol. in-12 : la dernière a été revue et augmentée par *Lacombe*, avocat. III. *Un Traité des Minorités, Tutelles et Curatelles*, imprimé en 1713, un vol. in-12. I. COUCY, (Raoul de) célèbre guerrier, d'une famille illustre par elle-même et par ses alliances, qui tire son nom de la terre de Coucy dans l'Isle-de-France, porta les armes sous *Philippe-Auguste*, en 1181. dans la guerre contre *Philippe d'Alace*, comte de Flandre. Il suivit ce prince en Palestine, où il signala sa valeur, et fut tué au siège d'Acre en 1191. C'est de lui qu'on cite un trait historique, rapporté par *Fauchet* dans ses *Anciens Poètes François*, et par la *Croix-du-Maine*, dans sa *Bibliothèque*, et qu'on trouvera au mot *FAYEL*. *Duchesne* ne fait aucune mention de cette aventure dans son *Histoire de la maison de Coucy*; mais son silence n'est point une preuve de la fausseté de cette aventure. Ces scènes étoient plus communes autrefois qu'aujourd'hui. *Voyez* à l'art. *CABESTAN*, le récit d'une pareille horreur. — Son bisaleul, *Thomas de Coucy*, se fit connoître par son caractère guerrier et féroce. Ayant voulu s'emparer des terres de l'église d'Amiens, il tua, dans un combat contre le vidame de cette ville, trente hommes de sa main. Ses violences ayant excité la colère du roi *Louis* le *Gros*, ce dernier alla l'assiéger dans son château de Coucy. *Thomas* fut mortellement blessé dans une sortie par *Raoul*, comte de Vermandois, en 1119. — IL COUCY, (ENGUERRAND de) 3$^{e}$ du nom, fils du précédent, étoit un homme superbe, qui disoit dans son orgueil : *Je monterai sur le trône!* Il se ligua avec *Henri III*, roi d'Angleterre, sous la régence de la reine *Blanche*, qui lui pardonna après l'avoir fait rentrer dans son devoir. *Enguerrand*, 4$^{e}$ du nom, petit-fils de *Raoul*, étoit si passionné pour la chasse, qu'il fit perdre, en 1256, trois jeunes gentilshommes Flamands qui chassoient sur ses terres. *St. Louis*, indigné, vouloit lui faire subir la peine du talion ; mais il accorda sa grace à la sollicitation de ses parens, après l'avoir soumis à des peines pécuniaires. Il mourut en 1350, sans enfans. Ses biens passèrent à *Enguerrand* et à *Jean de Gaines*, ses neveux, fils d'*Alex de Coucy*, comtesse de Guines. — De cette seconde maison des seigneurs de *Coucy*, étoit *Enguerrand VII*, fils d'*Enguerrand VI* et de *Catherine d'Autriche*, qui servit avec distinction *Charles V* et *Charles VI*. *Charles V* lui offrit l'épée de connétable après la mort de *du Guesclin*; mais il la refusa, en disant que *Clisson étoit plus digne que lui de la porter*. A la prière de *Philippe* le *Hardi*, duc de Bourgogne, il accompagna le comte de *Nevers*, fils de ce prince, dans une expédition contre les infidelles. Cette croisade fut malheureuse comme toutes les autres qu'on avoit faites dans ces pays lointains. L'armée Chrétienne fut battue à Nicopoli en 1396, et le malheureux et illustre *Enguerrand* mourut à Burse de ses blessures, le 16 février de l'année suivante. Ce héros n'ayant laissé que des filles de ses deux mariages, avec la fille d'*Edouard III*, roi d'Angleterre, et avec *Isabelle de Lorraine*, la seconde maison de *Coucy* fut éteinte. *Voyez* l'Histoire de cette famille, 1728, in-4$^{o}$
COUCY, (Jacques de) *Voyez* BIEZ.
COUDRAY, (du) *Voyez* TRONSON.
COUDRETTE, (Christophe) — prêtre de Paris, mort dans cette ville, le 4 août 1774, dans un âge avancé, fut lié de très-bonne heure avec les partisans des solitaires de Port-royal, et sur-tout avec le savant abbé *Boursier*, Sa sentimens au sujet de la bulle *Onigenitus*, lui attirèrent une prison de cinq semaines à Vincennes, en 1735, et un séjour de plus d'un an à la Bastille, en 1738. Il écrivit pour prouver la vérité de ses opinions. On a de lui des *Mémoires sur le Formulaire*, en 2 vol. in-12; *l'Histoire* et *l'Analyse* du livre de *l'Action de Dieu*, et diverses autres brochures polémiques. Mais son principal ouvrage est *l'Histoire générale des Jésuites*, qu'il publia l'an 1761, en 4 vol. in-12, auxquels il ajouta un *Supplément* de 2 vol. en 1764. Les grands travaux que lui occasionnèrent les recherches nécessaires pour composer ce livre, qu'on a presque oublié, affoiblirent sa vue, et il étoit presque aveugle lorsqu'il mourut. Les *Nouvelles Ecclésiastiques* l'ont peint comme un homme édifiant, laborieux, actif, désintéressé, etc. Quoique élevé par les Jésuites, et ami de plusieurs membres de cette compagnie, il n'en fut pas moins, par une singularité difficile à comprendre, un ennemi acharné de leur société; et son érudition ne fut pas inutile aux magistrats qui analysèrent leur institut en 1762.
COUEL, (Jean) chapelain de l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, depuis 1670 jusqu'en 1679, est mort à Cambridge, en 1722, après avoir publié, des *Remarques sur l'état de l'Eglise Grecque*, Cambridge, in-folio.
COUGHEN, (Jean) ministre Anglois, avoit une grande érudition, dont il ne se servit que pour s'aveugler davantage sur la religion. Comme il étoit du nombre de ces *chercheurs*, qui, sans avoir pris de parti en matière de religion, sont toujours en haleine pour trouver la véritable, il s'attacha successivement à plusieurs sectes. Celle des Quakers attira puissamment *Coughen*. Sa conversion au Quakérisme a quelque chose de singulier. Il apprit qu'une fille prophétisoit dans les assemblées des Trembleurs avec une éloquence capable d'imposer; *Coughen*, charmé de cette découverte, se mêla dans la foule, pour entendre la prétendue prophétesse. Il en fut saisi jusqu'à l'admiration. Il quitta sur-le-champ un riche bénéfice, et se fit le disciple et l'amant de la jeune Trembleuse. Son attachement au Quakérisme ne survécut pas à sa passion, qui s'éteignit bientôt. Il quitta cette secte pour reprendre son incertitude. Elle aboutit enfin à le faire auteur de la religion nouvelle des *Pacificateurs*, qui subsiste encore en Angleterre. Leur but est de concilier entre elles toutes les religions, et de montrer que les sectes ne diffèrent que par les mots, ou sur des articles peu importans. La peste qui ravagea Londres en 1655, enleva *Coughen* au monde et à ses perplexités.
COULANGES, (Philippe-Emmanuel de) Parisien, conseiller au parlement, puis maître des requêtes, mourut dans sa patrie en 1716, à 85 ans. Quoiqu'il eût beaucoup d'esprit, et un esprit aisé et plein de graces, il n'avoit nullement celui que demandent les études sérieuses et les fonctions graves de la magistrature. Étant aux enquêtes du palais, on le chargea de rapporter une affaire où il s'agissoit d'une mare d'eau entre deux paysans dont l'un s'appeloit *Grapin*. *Coulanges*, embarrassé dans le récit des faits rompit le fil de son discours avec vivacité, en disant : Pardon, Messieurs, je me noie dans la mare à Grapin, et je suis votre serviteur; et depuis, il ne voulut plus se charger d'aucune affaire. S'il étoit mauvais rapporteur, il étoit très-bon chansonnier. On a de lui, en ce genre, plusieurs morceaux agréables, et d'un four naturel et aisé. Il les enfantoit sur-le-champ; et à l'âge de plus de quatre-vingts ans, il adressa cet impromptu à un prédicateur qui le pressoit de mener une vie plus retirée : Je voudrois, à mon âge, Il en seroit temps, Etre moins volage Que les jeunes gens, Et mettre en usage D'un vieillard bien sage Tous les sentimens. Je voudrois du vieil homme Etre séparé; Le morceau de pomme N'est pas digéré. Cet enjouement l'accompagna jusqu'au tombeau. « Coulanges, dit du Tillet, avoit une facilité merveilleuse à composer des chansons, presque dans l'instant, sur tout ce qui se présentoit d'agréable ou d'intéressant, et personne n'a mieux réussi que lui dans ce genre d'écrire. Le naturel et le tour aisé qu'il donnoit aux paroles de ses chansons, qu'il mettoit sur les airs les plus communs et les plus faciles, a fait que plusieurs personnes les ont retenues, et qu'on a été en état d'en donner un recueil au public. L'auteur ne parut pas satisfait de cette édition; son dessein n'ayant pas été qu'on imprimât des vers qu'il avoit faits seulement pour s'amuser, ou les personnes avec les- quelles il étoit en société. » On a deux éditions de ces Chansons: La première, en un seul volume in-12, Paris 1696; la seconde, en 2 vol. in-12, 1698. On trouve quelques-unes de ses Lettres, avec celles de son illustre cousine, Mad. de Sévigné: elles sont gaies et faciles.
COULOMBIERES, Voyez les articles BRIQUEVILLE et MONGO-MERI. I. COULON, (Louis) prêtre, sortit de la société des Jésuites en 1640. Sa principale occupation fut d'écrire, tantôt bien, tantôt mal, sur l'histoire de la géographie. On a de lui : I. Un Traité historique des Rivières de France, ou Description géographique et historique des cours et débordemens des Fleuves et Rivières de France, avec le dénombrement des villes, ponts et passages, in-8°, 1644, 2 vol., livre assez bon pour son temps, et même assez curieux pour le nôtre, mais qui manque d'exactitude. II. Les Voyages du fameux Vincent le Blanc aux Indes orientales et occidentales, en Perse, en Asie, en Afrique, en Egypte, depuis l'an 1567: rédigés par Bergeron, et augmentés par Coulon, 1648, deux vol. in-4°, curieux et utiles. III. Laxicon Homericum, à Paris 1643, in-8° IV. Plusieurs Ouvrages historiques, moins estimés que ses productions géographiques. Coulon mourut l'an 1664.
II. COULON, Voy. CONNAN. I. COUPERIN, (Louis) natif de Chaume, petite ville de Brie, organiste de la chapelle du roi, mérita, par son talent supérieur, qu'on créât pour lui la charge de dessus-de-viole. Il fut en- porté d'une mort précoce vers 1665, à 35 ans; et laissa *Trois Suites de Pièces de clavecin* manuscrites, très-estimables pour le travail et le goût. Les connoisseurs les conservent dans leurs cabinets.
II. COUPERIN, (François) frère du précédent, mort dans la 70$^{e}$ année de son âge, renversé dans une rue par une charrette, montroit les *Pièces de Clavecin* de son aîné, avec beaucoup de méthode. — *Louise COUPERIN*, qui touchoit le clavecin avec grace, et qui eut une place dans la musique du roi, étoit sa fille. Elle mourut en 1728, à 42 ans.
III. COUPERIN, (Charles) frère des précédents, et le plus jeune de tous, mort en 1669, touchoit l'orgue d'une manière savante.
IV. COUPERIN, (François) fils de *Charles*, mort à Paris en 1733, à 65 ans, perdit son père de bonne heure, et ajouta un nouvel éclat à son nom, par l'excellence de ses talens. *Louis XIV* le fit organiste de sa chapelle, et claveciniste de sa chambre. Il réussissait également dans ces deux instruments, touchant l'orgue avec autant d'art que de goût, et jouant du clavecin avec une légèreté admirable. Sa composition, en ce dernier genre, est d'un goût nouveau. Ses diverses *Pièces de Clavecin*, recueillies en 4 vol. in-folio, offrent une excellente harmonie, jointe à un chant aussi noble que gracieux, et aussi naturel qu'original. Ses divertissements intitulés: *Les Goûts réunis*, ou *l'Apothéose de Lulli et de Corelli*, ont été applaudis comme ses autres ouvrages, non-seulement par les François, mais aussi par tous les étrangers qui aiment la bonne musique. Ses talens se perpétuèrent dans ses deux filles, dont l'une devint claveciniste de la chambre du roi, charge qui n'avoit été, jusqu'à elle, occupée que par des hommes.
COUPLET, (Philippe) Jésuite, né à Malines, alla à la Chine en qualité de missionnaire l'an 1659, et revint en 1680. S'étant rembarqué pour y faire un second voyage, il mourut dans la route, en 1693. Il a composé quelques ouvrages en langue chinoise, et plusieurs en latin: I. *Confucius Sinarum Philosophus*, sive *Scientia Sinica latinæ exposita*, Paris 1687, in-folio. Cet ouvrage, curieux et rare, est le même qui est indiqué à la fin de l'article de CONFUCUS. C'est un précis de la théologie et de l'ancienne histoire Chinoise. Il exagère la bonté de la morale de ce peuple, et fait remonter trop haut ses Annales. On y trouve une table des *koua*, anciens caractères chinois, avec lesquels est écrit le livre sacré, appelé *Y-King*. Ils sont formés de deux traits horizontaux, présentant ou une ligne entière, — ou une ligne brisée en deux. — Ces traits, doublés ou triplés, produisent huit caractères différents, qui, liés entre eux, en donnent soixante-quatre. II. *Historia Candida* Hiu, *Christianæ Sinensis*, traduite en françois, à Paris 1688. III. *Le Catalogue* en latin, Paris 1688, des *Jésuites* qui ont été missionnaires à la Chine. — Il y a de ce même nom deux académiciens de l'académie des Sciences, *Claude-Antoine*, bon mathématicien, mort à Paris, sa patrie, en 1722; et *Pierre* son fils, mécanicien, mort en 1744. Le premier, par des procédés hydrostatiques, trouva, au milieu de la petite ville de Coulanges en Bourgogne, une source abondante d'eau. Auparavant, les habitans étoient obligés d'aller la chercher à plus d'une lieue. On plaça alors, près de cette fontaine, une représentation de *Moyse*, tirant l'eau d'un rocher entouré de ceps de vigne, avec ces mots: *Utile dulci*. Le même fournit à la ville d'Auxerre, les moyens d'avoir de l'eau plus salubre.
COUR, (Didier de la) né à Monzeville, à trois lieues de Verdun, en 1550, se consacra à Dieu dans l'ordre de Saint-Benoît. Devenu prieur de l'abbaye de Saint-Vanne à Verdun, il entreprit d'y introduire la réforme, et y réussit par sa conduite autant que par son zèle. Dieu bénit son travail, et bientôt les religieux de l'abbaye de Moyen-Moustier dans les Vosges, dédiée à *Saint-Hidulphe*, suivirent son exemple. Ce fut l'origine de la nouvelle congrégation, connue sous le nom de *Saint-Vanne* et de *Saint-Hidulphe*, approuvée par *Clément VIII*, en 1604. La réforme de ces monastères fut suivie de celle de plusieurs autres dans les Pays-Bas, dans la Lorraine, dans la Champagne, dans la Normandie, dans le Poitou, etc. Le grand nombre de maisons qui s'offroient tous les jours, obligea D. *Didier de la Cour*, de proposer l'érection d'une nouvelle congrégation en France, sous le nom de *Saint-Maur*. On jugea qu'il y auroit trop de difficultés et d'inconvénients, sur-tout en temps de guerre, à entretenir le commerce et la correspondance nécessaires entre les monastères de Lorraine et de France, réunis nis dans une seule et même congrégation. Ces deux congrégations de Saint-Vanne et de Saint-Maur, ont cependant toujours conservé le même esprit et les mêmes lois, et ont travaillé de concert à édifier l'église par leurs vertus, et à l'éclairer par leurs ouvrages. Leur instituteur leur donna l'exemple de ces deux devoirs. Il mourut en odeur de sainteté, en 1623, dans sa 72$^{e}$ année, simple religieux de l'abbaye de St-Vanne. On a publié, en 1772, in-12, la *Vie* de ce pieux réformateur.
COURAYER, (Pierre-François le) naquit à Rouen, le 7 novembre 1681. Etant entré dans l'ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin, il y brilla par son esprit et par son savoir, et fut nommé bibliothécaire de St-Geneviève à Paris. Son opposition à la bulle *Unigenitus* l'obligea d'examiner le pouvoir du pontife Romain, et les droits qu'ont les premiers pasteurs de juger de la doctrine. Il s'engagea dans des opinions contraires à celles de l'Église, et les laissa percer dans ses conversations. Enfin, il leur donna un grand éclat dans sa *Dissertation sur la validité des ordinations Anglicanes*, Bruxelles 1723, 2 vol. in-12. Dès que cet ouvrage parut, plusieurs savans alarmés prirent la plume pour le combattre. Les journalistes de Trévoux, Dom *Gervaise*, le *Jésuite Hardouin*, le *Jacobin le Quien*, entrèrent en lice, et attaquèrent avec force le nouveau système. Le bibliothécaire de St-Geneviève, bien éloigné de reconnoître ses torts, les augmenta considérablement par une *Défense* de sa Dissertation, qu'il publiera en 1725, en 4 vol. in-12, auxquels il ajouta un 5e vol. en 1732. Cette Réponse, écrite avec autant de hauteur que de vivacité, fut flétrie, ainsi que la Dissertation, par l'archevêque de Paris, par un grand nombre d'évêques, et supprimée par un arrêt du conseil, du 7 septembre 1727. Le Père le Courayer, dont l'esprit s'étoit roidi contre les censures, fut plus sensible à l'excommunication lancée contre lui par le général de son ordre. Il avoit des amis secrets en Angleterre; il quitta Ste-Geneviève au commencement de 1728, et passa dans cette isle, où il fut reçu à bras ouverts. L'université d'Oxford lui avoit envoyé, l'année précédente, des lettres de docteur. La reine d'Angleterre lui donna une pension; deux seigneurs lui accordèrent leur table et leur maison, l'un pendant l'été, et l'autre pendant l'hiver. Rien ne lui manquant pour mener une vie douce et agréable, le Père le Courayer parvint à une longue vieillesse. Il mourut à Londres, le 16 octobre 1776, à 95 ans. Quoiqu'il eût un ton très-vif dans ses ouvrages, il avoit dans la société de la douceur et de la politesse; ses mœurs étoient pures, sa conversation instructive, et mêlée d'un grand nombre d'anecdotes littéraires et historiques. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on a de lui: I. Une Relation historique et apologétique des sentimens du P. le Courayer, avec les preuves justificatives des faits avancés dans l'ouvrage; Amsterdam 1729, deux tom. in-12. Ce livre ne fit qu'irriter encore ses ennemis; il y prétend que la décision des conciles généraux ne dispense pas d'examiner. II. L'Histoire du Concile de Trente, de Fra-Paolo, traduite de nouveau de l'italien en françois, avec des Notes critiques, historiques et théologiques; Londres 1736, 2 vol. in-folio; Amsterdam 1736, 2 vol. in-4e; Trevoux, sous le titre d'Amsterdam, 3 vol. in-4e: avec la Défense de cette version par l'auteur. Cette traduction vaut beaucoup mieux que celle du même ouvrage par Amelot de la Houssain. Le style est clair et net, à quelques expressions près, qui paroissent mal choisies. Les remarques sont raisonnées et savantes, mais souvent trop hardies. L'auteur semble vouloir établir un système qui tend à justifier toutes les religions. Il paroît que son principal but est de prouver que le concile de Trente a ajouté aux anciens dogmes, et de découvrir quelle est l'époque de ceux qu'il croit témérairement être nouveaux. Il y a apparence que lorsqu'il se retira en Angleterre, il étoit déjà Calviniste dans le cœur, ou du moins qu'il avoit adopté une partie des erreurs des Calvinistes. La peine qu'il a prise de charger son ouvrage de notes sur quelques discussions historiques, est perdue pour bien des lecteurs, qui n'aiment pas des citations sèches et ennuyeuses sur une date. III. L'Histoire de la réformation par Sleidan, traduite du latin en françois, 1767, en trois vol. in-4e. Cet ouvrage est accompagné de notes abondantes, ou l'auteur discute des faits intéressans. Il peut beaucoup servir à ceux qui veulent connoître l'histoire des hérésies du XVIe siècle; mais l'auteur ne tient pas toujours la balance égale, et il penche plus pour les Protestans que pour les Catholiques. Il y est cependant plus modéré que dans ses autres écrits. La lecture du traité De Republica Ecclesiastica, du célebre Antoine de Dominis, avoit égaré le chanoine de Sainte-Geneviève. Il y eut entre eux ce trait de conformité, qu'après avoir fui tous deux en Angleterre, l'un fut l'éditeur de l'Histoire de Fra-Paolo à Londres, et l'autre son traducteur. Dans sa jeunesse, le Courayer avoit donné une édition du Traité du Poème épique du Père le Bossu, son confrère, dont il mit la Vie à la tête de l'ouvrage. Il avoit aussi fourni plusieurs articles pour le Journal de l'Europe savante.
COURBEVILLE, (Le Père) Jésuite, dont on a un grand nombre de Traductions; Voyez GRACIAN, —COLLIER. —et PI-NAMONTI.
COURBON, (Le Marquis de) naquit au bourg de Châteauneuf-du-Rhône en Dauphiné, d'une famille peu riche. Né avec beaucoup de penchant pour les armes, il s'échappa du collège, et alla servir, comme volontaire, dans l'armée des Pays-Bas. La France et l'Espagne ayant signé la paix bientôt après, il résolut d'aller chercher de l'emploi chez l'étranger. Des voleurs l'ayant entièrement dépouillé en traversant les Pyrénées, un hermite François, nommé du Verdier, lui prêta cinquante piastres pour retourner dans sa patrie, où l'on recommençoit à faire des levées. Après diverses aventures, il fit un voyage à Rome, et passa ensuite dans les troupes de l'évêque de Munster: il y fut fait capitaine de cavalerie. La paix ayant été conclue entre la France et l'empire, il obtint son congé pour aller voir ses parens. Comme il étoit à la fenêtre d'une hotellerie à Pierre-Late en Dauphiné, il apperçut l'hermite qui l'avoit si obligeamment traité en Espagne: il lui rendit ses cinquante piastres, et le quitta, sans qu'ils se soient jamais revus. De retour en Allemagne, il servit dans les troupes de l'empereur contre les Turcs; et après la mort du comte de Rimbourg, ministre d'état, et grand-maître de toutes les monnoies de l'Empire, il épousa sa veuve, qui lui apporta des biens considérables. Les Vénitiens ayant obtenu la permission de lever des troupes sur les terres de l'Empire, le marquis de Courbon fut mis à la tête d'un régiment de dragons. Son mérite l'éleva au grade de maréchal des camps et armées de la république, et à celui de commandant en chef sous le généralissime. Il contribua beaucoup, par sa valeur et par sa prudence, à la prise de Coron, et à celle de Navarin. Il fut emporté d'un coup de canon au siège de Négre-pont, en 1688, à 38 ans. Une passion démesurée pour la gloire, le portoit toujours aux entreprises les plus éclatantes. Il fut regardé comme un aventurier, mais heureux et habile. Il brilloit dans la conversation, mais sans offenser personne. Il étoit magnifique dans sa maison. Ainar, juge de Pierre-Late, son intime ami, publia sa Vie à Lyon, en 1692, in-12. I. COURCELLES, (Thomas de) né à Avencourt près de Montdidier en Picardie, au commencement du XVe siècle, brilla beaucoup par son savoir et son éloquence dans l'université de Paris, dont il fut recteur en 1450. Il assista, en 1438, au concile de Basle, en qualité de docteur en théologie; et à celui de Mayence, en 1441, comme orateur de l'un- versité. Charles VII l'employa aussi en plusieurs négociations importantes, concernant les affaires ecclésiastiques. Elu doyen de l'église de Paris, il prononça l'Oraison funèbre de ce prince, à Saint-Denys en 1461. Il étoit en même temps chanoine d'Amiens, et curé de la paroisse de Saint-André-des-Arcs. Il mourut en 1469, avec la réputation de théologien profond, d'orateur éloquent, d'habile négociateur, et de zélé défenseur des libertés de l'église Gallicane; talens auxquels une grande modestie ajoutoit encore un nouveau lustre.
II. COURCELLES, (Pierre de) né à Candé en Touraine, publia, en 1557, une *Bhétorique françoise*, la meilleure du temps, et qu'il est curieux de parcourir, pour connoître les idées des rhéteurs du 16e siècle, sur l'éloquence.
III. COURCELLES, (Étienne de) né à Genève en 1586, exerça le ministère évangélique en France, pendant plusieurs années. Ayant été déposé, il passa en Hollande, et se fit un grand nom parmi les Protestans Arminiens. Il professa la théologie dans leurs écoles, après le célèbre *Simon Episcopius*, qu'il n'a fait souvent qu'abréger dans ses ouvrages, mais d'une manière fort nette, et dont il fit imprimer les *Œuvres*, avec une *Vie* à la tête. Il mourut en 1658. Outre ses productions théologiques, qui furent imprimées in-folio, chez *Daniel Elzevir*, en 1675, on a de lui une nouvelle édition du *Nouveau-Testament Grec*, avec diverses leçons tirées de plusieurs manuscrits: cette édition est précédée d'une *Préface*, estimable, ainsi que le reste de l'ouvrage.
IV. COURCELLES, *Voyez* LAMBERT (Mad.)
COURCHETET, (Luc) intendant de la maison de la reine, né à Besançon, en 1695, mort en 1776, a donné quelques ouvrages historiques, écrits d'un style négligé, mais où l'on trouve des recherches. I. *Histoire des Négociations du Traité des Pyrénées*, 1750, deux vol. in-12. II. Celle du *Traité de Nimègue*, 1754, 2 vol. in-12. III. *Histoire du Cardinal de Granvelle*, ministre de *Charles-Quint*, 1761, 2 vol. in-12. Ils ont été réimprimés à Bruxelles, en 1784.
COURCILLON, *Voyez* DAN-GEAU.
COURMONT, *Voyez* MARCHE-COURMONT. I. COURT, (Benoît le) né à Saint-Symphorien-le-Châtel dans le Lyonnois, chanoine de Lyon, fut homme d'esprit et habile jurisconsulte, au 16e siècle. On a de lui: I. Un *Commentaire* sur les *Arrêts d'amour de Martial d'Auvergne*, imprimé pour la première fois à Lyon 1535, in-4°, et la dernière en 1731, in-12. II. *Enchiridion Jurisutrisque terminorum*, ibid. 1543. III. *Hortorum Libri xxx*, ibid. 1560, in-folio.
II. COURT DE GÉBELIN, (Antoine) né à Nîmes en 1725, d'une famille Protestante, originaire des Cévennes, et établie en Suisse, exerça d'abord le ministère évangélique à Lausanne; mais il le quitta bientôt, et vint à Paris, pour tirer parti des vastes connoissances qu'il avoit acquises. Les deux premiers volumes de son *Monde primitif*, remplis de tant de recherches utiles, et de quel- ques idées chimériques, étonnèrent les savans par l'érudition qu'ils renferment. Ce monument n'enrichit point son architecte. L'académie Françoise, instruite de sa probité et de son mérite, lui décerna la gratification connue sous le nom de prix annuel. Nommé président de l'un des Musées de Paris, *Gébelin* fut exposé, par cette place, à une suite d'embarras et de chagrins, qui n'ont fini qu'avec sa vie. Apôtre enthousiaste du *Magnétisme animal*, il voulut en prouver l'efficacité par sa guérison imaginaire; mais il fut bientôt la victime du système qu'il avoit préconisé. Il mourut à Paris, le 13 mai 1784, à 59 ans. Le neuvième volume, in-4°, de son *Monde primitif, analysé et comparé avec le Monde moderne*, avoit paru quelque temps avant sa mort. L'auteur laissa des regrets à ses amis. La candeur et la bonhomie formoient le fonds de son caractère. *Gébelin* avoit les vertus domestiques et les vertus sociales. En quittant la Suisse, il céda à sa sœur la partie la plus avantageuse de son patrimoine, et ne se réserva que ses talens. Il avoit exercé les siens dès l'enfance. Il écrivait avec une rapidité incroyable, et presque aussi vite que la parole. Il lisait avec la même célérité : d'un coup-d'œil il parcouroit une page entière; et il ne lui falloit, pour connoître un livre, que le temps qu'il faudroit à un autre pour le feuilleter. Sa seule passion étoit l'étude; mais elle ne rendoit son commerce ni dur, ni difficile. Il n'affectoit aucune supériorité, louant tout ce qui étoit louable, et n'ayant de lui-même que des idées modestes. Son caractère officieux l'arracha souvent aux plaisirs de la lecture et de la composition, pour lui faire faire de longues et fatigantes courses dans Paris et à Versailles. Les portes des grands s'ouvroient facilement devant lui, et ce n'étoit jamais de ses intérêts qu'il ve- noit leur parler. Sa mère ayant été obligée de quitter précipitamment Uzès, sa patrie, à cause de la religion, y laissa des pos- sessions, dont des étrangers s'em- parèrent. On indiqua à son fils les moyens de se les faire res- tituer. *Je ne saurois*, répondit-il, *me résoudre à déposséder ceux qui sont accoutumés à en jouir*. On a encore de ce savant : I. *L'His- toire Naturelle de la Parole*, ou *Précis de la Grammaire Univer- selle*, 1776, in-8°. Ce livre est extrait du *Monde primitif*, et n'en est pas la plus mauvaise partie. II. *Une Lettre sur le Ma- gnétisme Animal*, in-4°, char- latanisme nouveau, ou renou- velé, auquel il avoit la bonté de croire. III. *Histoire de la guerre des Cévennes*, 1760, trois vol. in-12. IV. *Le Patriote François*, 1753, deux vol. in-12. On peut observer qu'il fut nommé cen- seur royal, quoique Protestant.
COURTANVAUX, (Fran- cois-César le Tellier, Marquis de) né à Paris en 1718, et mort en 1781, servit avec distinction sous le maréchal de *Noailles*, son oncle, dans les guerres de Bohème et de Bavière, et fut nommé colonel des cent Suisses de la garde du roi, et membre de l'académie des Sciences. Il avoit mérité cette dernière place par deux savans *Mémoires* sur l'éther marin, et la concentration et inflamma- tion du vinaigre radical. L'acadé- mie proposa, en 1767, la cons- truction d'une montre marine, pour sujet de son prix. Il falloit éprouver l'invariabilité de celles présentées au concours; le marquis de *Courtanvaux* se chargea de cette épreuve; il s'embarqua, et courut pendant quatre mois les côtes de France, de Flandres et de Hollande. Le journal de son voyage fut publié l'année suivante. Plein de zèle pour le progrès des sciences, il fit construire, dans sa maison de Colombe, un observatoire garni des meilleurs télescopes, et il en laissa la libre disposition aux savans qui vouloient y venir observer. *Courtanvaux* aimoit la mécanique et étoit très-adroit de ses mains. Il présenta un jour à l'académie un instrument inventé par *Jeaurat*, et qu'il avoit exécuté sur les dessins de ce dernier. Il y grava cette inscription modeste: *Jeaurat invenit, Courtanvaux fecit*. Il eut le malheur de perdre un fils qui se distingnoit aussi dans les sciences; et, une singularité de la vie du père, fut qu'il succéda à l'académie, à son fils.
COURTE-CUISSE, (Jean de) *Joannes Brevis-Coxe*, docteur de Sorbonne, député en 1395, par l'université de Paris, à *Benoit XIII*, et à *Boniface IX*, qui se disputoient la tiare, pour les engager l'im et l'autre à y renoncer, signala son savoir et son éloquence. Il en fut récompensé par une charge d'aumônier du roi, et ensuite par l'évêché de Paris, en 1420. Le roi d'Angleterre étoit pour lors maître de cette ville. Ce prélat citoyen aima mieux se retirer à Genève, dont il fut évêque en 1422, que de lui obéir. Il mourut quelques années après, dans un âge assez avancé. Son ouvrage le plus con- siderable est un *Traité de la Foi*, de l'Eglise, du Souverain Pontife, et du Concile; publié par *Dupia*, à la suite des *Œuvres* de *Gerson*.
COURTENAY, (Josselin de) comte d'Edesse, issu d'une maison ancienne et illustre, dont l'héritière épousa *Pierre*, fils de *Louis* le *Gros*, roi de France, lequel prit le nom de sa femme, se distingua, pendant les croisades, par sa vertu et par son courage. Ce prince, tiré demi-mort de dessous les ruines d'une forteresse qu'il avoit attaqué auprès d'Alep en Syrie, l'an 1131, languisssoit dans son lit en attendant le dernier moment. Dans cet état il apprend que le soudan d'Iconium, profitant de sa maladie, assiégeoit une de ses places: il fait promptement assembler ses troupes; et après avoir vainement exhorté son fils à se mettre à leur tête, il marche dans une litière contre son ennemi. Le soudan alarmé leva le siège et se retira: ce brave vieillard expira bientôt après. Son armée reporta son corps dans la ville d'Edesse. *Voyez* I. NOYERS. La famille de *Courtenay*, descendue du fils de *Louis* le *Gros*, et qui a produit des empereurs de Constantinople, et plusieurs autres personnes illustres, n'a pu fournir un prince du sang, reconnu. Quoique la voix publique fût favorable à ses prétentions, elle ne put jamais faire reconnoître authentiquement sa descendance par maïes du roi *Louis* le *Gros*. *Hélène*, dernier rejeton de cette maison, ayant pris le titre de princesse du sang royal de France, dans son contrat de mariage avec *Louis* de *Beaufremont*, il fut supprimé par arrêt du parlement, du 7 fé- vrier 1737. Son frère, *Charles Roger*, est mort le dernier de cette maison qui pût avoir postérité, le 7 mai 1730, à 59 ans. On le trouva mort, dans son lit, de deux coups de pistolet, quoiqu'il n'eût aucun sujet de chagrin. On étouffa ce malheur, qui éteignit la branche de *Courtenay*. Il ne resta plus que le frère de son père. C'étoit un ecclésiastique, abbé de Saint-Pierre d'Auxerre : il mourut dans une grande vieillesse, le seul mâle de sa famille. Il laissa une nièce, *Hélène*, fille de son frère, de laquelle nous venons de faire mention. La *Généalogie de Courtenay* a été donnée par du *Bouchet*, Paris 1661, in-fol. L'épître dédicatoire de cette *Histoire*, adressée au roi, est si hardie, dit l'abbé *Lenglet*, qu'elle en devient téméraire. Les seigneurs de *Courtenay* présentèrent en vain leurs titres à *Henri IV* et à *Louis XIV*. Ce dernier prince leur répondit : *Si mon grand-père vous a fait tort en vous refusant le titre de prince du sang, je suis prêt à le réparer. Mais nous ne sommes que les cadets ; prouvez-moi que nos aînés vous ont reconnus, et je vous reconnois à l'instant*. Le cardinal *Mazarin* avoit voulu, pour mortifier la maison de *Condé*, faire donner à un *Courtenay*, né en 1640, le rang et les honneurs que ses ancêtres demandaient depuis longtemps : il lui destinoit même une de ses nièces. Mais il ne trouva en lui ni assez d'esprit, ni assez de sens pour seconder ses vues. Quoique sa figure annonçait son origine, ses sentimens la démentoient. L'ayant mené avec lui de Paris à Saint-Jean-de-Luz, il passa presque tout le temps avec les pages du cardinal, qui l'aban- donna comme un sujet dont on ne pouvoit rien faire. Il fut le père de *Charles Roger*, dont nous venons de parler plus haut, et mourut en 1723, dans une espèce d'obscurité. *Voy*. ROBERT, n° I.
COURTÉPÉE, (Claude) préfet du collège de Dijon, né à Saulieu en Bourgogne, en 1721, mort en mai 1781, fournit au moins mille articles géographiques à l'Encyclopédie ; donna une *Description générale et particulière de la Bourgogne*, six vol. in-8°, faite avec soin ; et une *Histoire abrégée du Duché de Bourgogne*, 1777, in-12. L'abbé *Courtépée* ne se borna pas à compiler tout ce qu'on avoit écrit sur la géographie et l'histoire de sa province. Il étoit capable de faire des recherches particulières, et il les fit.
COURTILZ, (Gatien de) sieur de *Sandras*, naquit à Paris en 1644. Après avoir été capitaine au régiment de Champagne, il passa en Hollande, l'an 1683, pour y dresser un bureau de mensonges. Sa plume, féconde autant que frivole, enfanta une foule de *Romane*, publiés sous le titre d'*Histoires*, et par-là même plus dangereux ; parce que les fables qu'il débita, passèrent à la faveur du peu de vérités qu'il y mêla. De retour en France en 1702, il fut enfermé à la Bastille, où on le retint très-étroitement pendant neuf ans entiers, et il n'en sortit qu'en 1711. Ayant obtenu sa liberté, il épousa la veuve d'un libraire, et mourut, le 6 mai 1712, âgé de 68 ans. On a de ce mauvais gazette : I. La *Conduite de la France, depuis la paix de Nimègue*, in-12, 1683 : ouvrage dans lequel *Courtils* vo- mit des impostures contre sa patrie. II. *Réponse au Livre précédent*, in-12, 1684, dans lequel il se bat contre lui-même. III. *Les nouveaux intérêts des Princes*, exposés dans un style assez léger, mais très souvent avec peu de vérité. IV. *La Vie de Coligni*, en 1686, in-12. Il s'y travestit en religionnaire, quoiqu'il ait toujours professé la religion Catholique. Ce livre est aussi inexact que mal écrit. V. *Les Mémoires de Rochefort*, in-12, écrits avec légèreté et enjouement, et même, contre sa coutume, avec assez de vérité. VI. *Histoire de la Guerre de Hollande*, depuis l'an 1672, jusqu'en 1677; ouvrage qui l'obligea de sortir, pour quelque temps des états de la république. VII. *Testament politique de Colbert*, in-12, qu'on doit placer avec tant d'autres ouvrages de ce genre, dans lesquels, au lieu de voir l'esprit des testateurs, on ne voit que les rêves des imposteurs qui ont pris leurs noms. Il a l'effronterie de faire dire à *Colbert*, « que les évêques de France sont tellement dévoués aux volontés du roi, que, s'il eût voulu substituer l'Alcoran à l'Évangile, ils y auroient donné les mains » : calomnie atroce, qui fait assez voir la supposition de cet écrit. VIII. *Le grand Alcandre frustré*, ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu. IX. *Les Mémoires de Jean-Baptiste de la Fontaine*; ceux d'Artagnan, 3 vol. in-12; ceux de Montbrun, in-12; ceux de la Marquise Dufresne, in-12, que les gens oisifs ont lus, mais que les gens de goût ont rejetés; ceux de Bordeaux, 4 vol. in-12; ceux de Saint-Hilaire, achevés par l'éditeur, 4 vol. in-12, écrits avec plus d'exactitude que les pré- cédens. X. *Les Annales de Paris et de la Cour*, pour les années 1697 et 1698. « On trouve tout au long, dit un homme d'esprit, dans ces *Mémoires*, tout ce qu'ont pensé les rois et les ministres quand ils étoient seuls, et cent mille actions publiques, dont on n'avoit jamais entendu parler. Les jeunes barons Allemands, les Palatinis, les Polonois, les dames de Stockholm et de Copenhague, lisent ces livres, et croient y apprendre ce qui s'est passé de plus secret à la cour de France. » XI. On lui attribue la *Vie du vicomte de Turenne*, in-12, publiée sous le nom de *Dubuison*, qu'il qualifia de capitaine au régiment de *Verdelin*. On lui prouve que dans ce régiment il n'y avoit jamais eu de capitaine de ce nom : il ne laissa pas de publier la seconde édition avec le même titre. Cette histoire est inexacte et mêlée de contes romanesques. Tel est peut-être le duel que l'électeur Palatin envoya au vicomte de *Turenne*. On trouve rarement dans les livres de *Courtils* la date des évènemens qu'il raconte. Il débite ses fictions sans aucun égard à la chronologie. Il passe d'une année à l'autre, sans en avertir son lecteur, faisant quelquefois précéder les faits qui devroient suivre. XII. *Les Mémoires de Tyrconnel*, composés sur les récits de ce duc, renfermé, comme lui, à la Bastille. XIII. *Mercure historique et politique*, etc. *Sandras*, familiarisé avec la calomnie, et ayant malheureusement de la facilité, publioit volume sur volume, sans épuiser ses fictions. Il a laissé des manuscrits pour faire quarante volumes, in-12; collection de romans historiques, qu'il auroit fallu enterrer avec leur auteur : ce n'auroit pas été peut-être un grand mal d'y joindre ses ouvrages imprimés. « Son esprit, dit un écrivain, ne pouvoit s'assujettir à aucune règle dans ses compositions. Il est aisé de s'apercevoir qu'il transcrivoit de mémoire ; et sa mémoire a été souvent infidelle, plus souvent encore séduite par la manie de l'extraordinaire. Ses écrits ne sont jamais de nature à être consultés par des écrivains peu versés dans la connoissance de l'Histoire. Trop de confiance dans ces sortes d'ouvrages, est le vrai moyen de perpétuer les erreurs, et nous n'en avons déjà que trop en matières historiques. » On lui attribue les *Mémoires de Vordac*, deux vol. in-12, qui ne sont pas de lui, quoiqu'ils soient dignes d'en être, par les aventures peu vraisemblables qu'on y raconte. *Voltaire* l'appelle le *Gascon Sandras*. Cet auteur étoit Parisien, et non Gascon ; mais tous les Gascons ne sont pas en Gascogne. Au reste, *Sandras* étoit le nom d'une terre en Normandie. I. COURTIN, (Antoine de) né à Riom en 1622, fut envoyé extraordinaire de France auprès de la reine *Christine*. Il remplit les devoirs de ce ministère avec autant de fidélité que de prudence. *Louis XIV*, satisfait de ses services, le nomma, à la prière de *Colbert*, résident-général pour la France, vers les princes et états du Nord. Cet habile négociateur mourut à Paris en 1685, à 63 ans. Il n'avoit pas moins d'attrait pour la piété et pour les lettres, que de talent pour les affaires. On a de lui : I. *Traité de la Civilité*, in-12. II. *Du Point-d'honneur*, in-12. III. *De la Paresse*, ou l'*ant de bien employer le temps en toutes* sortes de conditions, in-12. IV. *De la Jalousie*, in-12. Il y de bonnes moralités dans ces différens livres, mais encore plus de trivialités et de choses communes. V. Une *Traduction du Traité de la Paix et de la Guerre*, de *Grotius*, en 3 livres, 2 vol. in-4°, entièrement effacée par celle de *Barbeyrac*. VI. Une bonne édition de *Cornelius Népos*, *ad usum Delphini*, Paris 1674, in-4°
II. COURTIN, (N.) professeur en l'université de Paris, mort à la fin du 17$^{e}$ siècle, a publié, en 1687, un recueil de ses *Poésies*. Elles sont foibles et sans couleurs. On y trouve des poèmes sur la châte d'*Adam*, sur le rétablissement de l'empire Romain dans la personne de *Charlemagne*, etc. Il dédia celui-ci à *David Pénitent* ; et ses lecteurs partagent sa pénitence.
COURTIVRON, (Gaspar de Compasseur de Créqui, marquis de) mestre de camp, chevalier de Saint-Louis, pensionnaire vétéran de l'académie des Sciences, né à Dijon en 1715, mort le 4 octobre 1785, à 70 ans, se distingua comme militaire et comme homme de lettres. Il servit en Bohème, où il contint, avec six cents hommes, quatre mille Croates postés à Ellenbogen, que le comte de *Saxe* fit capituler le lendemain qu'il eut écrit ce célèbre billet : *A hommes de cœur, courtes paroles. Qu'on se batte, j'arrive. MAURIGE DE SAXE*. Le marquis de *Courtviron* répondit à l'idée que ce billet donnoit de lui. Blessé dans la campagne de Bavière, en tirant le comte de *Saxe* du péril le plus imminent, il se livra dès lors à la culture des sciences. Nous avons de lui : I. Un *Traité d'Optique*, 1752, in-4° L'auteur y donne la théorie de la lumière dans le système Newtonien, avec de nouvelles solutions des principaux problèmes de dioptrique et de catoptrique. Ce livre peut servir de commentaire à l'optique de Newton. II. Des Mémoires sur une épistootie qui ravageoit la Bourgogne. III. L'Art des Forges Fourneaux à feu, en société avec et M. Bouchu. Le marquis de Cour-tieron étoit un véritable philosophe. « Comme il avoit apprécié la vie, dit M. de Condorcet, il l'a quittée sans trouble, et peut-être sans regret. Le seul sentiment qu'il ait été possible d'apercevoir à travers le calme et le silence de ses derniers momens, a été la reconnaissance des soins qu'on lui rendoit, et l'attention soutenue de ménager la sensibilité de ses amis et de sa famille. » I. COURTOIS, (Hilaire) avocat an Châtelet de Paris, naquit à Evreux sur la fin du 15e siècle. Il a laissé un recueil de poésies latines, intitulé : Hilarii Con-zesii, Neustrii, civis Ebroici, Volantilla.
II. COURTOIS, (Jacques) surnommé le Bourguignon, naquit en 1621, dans un village auprès de Besançon. Son père étoit peintre; le fils le fut aussi, mais d'une manière bien supérieure. Il suivit pendant trois ans une armée. Il dessina les campemens, les sièges, les marches, les combats dont il fut témoin : genre de peinture pour lequel il avoit beaucoup de talens. Ses ouvrages offrent une action et une intelligence peu communes, de la force et de la hardiesse, un coloris frais et éclatant. Ses ennemis et ses envieux l'ayant accusé d'avoir empoisonné sa femme, il chercha un asile chez les Jésuites, et en prit l'habit. La maison dans laquelle il fut reçu, fut bientôt ornée de plusieurs beaux morceaux de peinture. Il mourut à Rome, en 1676, à 55 ans. Ses principaux ouvrages sont dans cette ville superbe. Parroci le père fut son élève. Voy. GELÉE.
III. COURTOIS, (Guillaume) frère du précédent, mort en 1679. Disciple de Pierre de Cortone, il se fit aussi admirer par ses talens pour la peinture. Il fut employé par le pape Alexandre VII, qui, charmé de son travail, lui donna une chaîne d'or avec son portrait. Peu de peintres ont aussi bien traité l'histoire que lui.
COURTONNE, (Jean) architecte Parisien, mort dans sa patrie en 1735, bâtit l'hôtel de Matignon et d'autres édifices, et publia en 1725 une Perspective pratique, in-fol. I. COUSIN, (Gilbert) chanoine de Nozerai, mourut dans les prisons de Besançon, en 1567, à 61 ans, accusé de donner dans les nouvelles opinions des Calvinistes. Les fruits de sa plume, qui roulent sur les belles-lettres et la piété, ont été réunis en 3 vol. in-fol., Basle, 1562, sous le titre de Cognati Opera.
II. COUSIN, (Jean) peintre et sculpteur, né à Soucy, près de Sens, mort en 1589, est le plus ancien artiste François qui se soit fait quelque réputation. Il peignoit sur le verre, suivant l'usage de son siècle. Ses tableaux sont en très-petit nombre. Le plus considérable est le Jugement universel, chez les Minimes de Vincennes. Un voleur avoit coupé la toile de ce tableau, et étoit prêt de l'emporter, si un religieux ne fût survenu; ce qui obligea de de le tirer de l'église, pour le placer dans la sacristie. Ses morceaux de sculpture n'étoient pas moins recherchés. On a de lui le *Tombeau* de l'amiral *Chabot*, aux Célestins de Paris. Ce peintre avoit encore le talent de plaire à la cour. Il passa des jours heureux et tranquilles, sous les règnes orageux de *François II*, *Charles IX* et *Henri III*. Quelques écrivains ont voulu persuader qu'il étoit Protestant, parce qu'ayant représenté dans une vitre de Saint-Roman de Sens, le jugement universel, il y mit un pape en enfer au milieu des démons; mais c'étoit une leçon de morale, pour montrer que les puissances de ce monde n'étoient pas plus exemptes que les derniers des hommes, des peines de l'autre vie. *Cousin* laissa quelques *Écrits sur la Géométrie* et *la Perspective*, et un petit *Livre des proportions du corps humain*. Il excelloit dans le dessin. Ses idées sont nobles, et ses figures ont une belle expression.
III. COUSIN, (Jean) habile historien du dernier siècle, étoit né à Tournai. Il est connu principalement par une *Histoire*, aussi savante que rare, de sa patrie. Elle fut imprimée à Douai, 1620, 4 vol. in-4°
IV. COUSIN, (Louis) d'abord bachelier de Sorbonne, ensuite avocat et président à la cour des monnoies, l'un des *Quarante* de l'académie Françoise, naquit à Paris le 12 août 1627, et y mourut le 26 février 1707, à 80 ans. La république des lettres lui dut la continuation du *Journal des Savans*, depuis 1687 jusqu'en 1702. Loin de s'imaginer qu'en faisant l'extrait des livres, il eût acquis le privilège de faire une satire, *Tome IV.* Il ne crut pas que cet extrait lui donnât seulement le droit de s'éloigner en juge; il ne se regarda jamais que comme historien. Exempt de partialité et de malice, il crut qu'il falloit se borner à mettre du choix, de l'ordre, de la clarté, de la fidélité dans des *Journaux littéraires*, au lieu de les remplir, comme on a fait depuis, de plaisanteries indécentes, d'éloges mercenaires et d'extraits infidèles. Le *Journal des Savans* ne servit qu'à le délasser de ses autres travaux. Il s'étoit déjà fait connoître par des *Traductions*, écrites en homme qui possède son original, et non en esclave qui suit servilement son auteur. Les principales sont : I. Celle de l'*Histoire Ecclésiastique* d'*Eusèbe*, de *Socrate*, de *Sozomènes*, de *Théodoret*, en 4 vol. in-4°, ou 6 vol. in-12. Cette traduction demandoit la connoissance des matières ecclésiastiques, et l'on assure qu'il étoit bon théologien. Il ne s'est pas contenté de la qualité de traducteur; il a examiné, avec sagacité, les sentimens et les caractères des historiens et quelquefois relevé leurs fautes; mais on se plaint qu'il a fait des retranchemens, et qu'il n'a pas assez respecté les originaux. II. La *Version des Auteurs de l'Histoire Byzantine*, en huit vol. in-4°, réimprimée en Hollande, en 10 vol. in-12. Les principaux auteurs de cette histoire sont *Procope*, *Agathias*, *Théophylacte*, *Anne Comnène*, *Nicétas*, *Pachymère*, *Cantacuzène*, *Ducas*, *Chalcondyle*. Ils s'étendent depuis la mort de *Théodose* jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs. La plupart sont dénués non seulement de philosophie et de critique, mais de génie et de style. Il étoit cependant utile de faire connoître les insipides compilations de ces annalistes. L'Histoire Byzantine n'est pas sans intérêt, quand on l'envisage sous un point de vue philosophique. C'est une ample matière de réflexions pour un lecteur éclairé, que le spectacle de plusieurs de ses empereurs, égorgeant leurs femmes, crevant les yeux à leurs frères, tyrannisant leurs sujets, et négligeant la défense de leur trône, pour s'occuper des disputes dont les têtes ardentes des hérétiques Grecs inondèrent l'Orient. III. La Traduction de l'Histoire Romaine de Xyphilin, de Zonare et de Zosine, un vol. in-4°, ou 2 vol. in-12. IV. Histoire de l'Empire d'Occident, Paris 1684, 2 vol. in-12, devenue rare. L'auteur vouloit traduire les historiens Latins de l'empire d'Occident, comme il avoit traduit les historiens Byzantins. Il s'est borné à Eginart, à la vie de Louis le Débonnaire, et aux Annales de St. Bertin. Ce ne sont point là les seuls services qu'il ait rendus aux gens de lettres. Il laissa, en mourant, sa bibliothèque à Saint-Victor, avec un fonds de vingt mille livres, dont le revenu doit être employé, tous les ans, à l'augmentation de la bibliothèque. Il fonda aussi six boursiers au collège de Beauvais; mais cette fondation n'ayant pas été acceptée par ce collège, elle a été transportée à celui de Laon. Le président Cousin étoit un homme d'un commerce doux et aisé; fidèle aux devoirs de sa charge, sans négliger les travaux de la littérature. Il étoit marié; mais n'ayant pas eu d'enfants, le satirique Ménage fit sur la stérilité de son épouse d'assez mauvaises plaisanteries, qui le brouillèrent tréconciliablement avec le président Cousin.
COUSTANT, (Pierre) né à Compiegne en 1654, bénédictin de Saint-Maur en 1672, mort à Paris en 1721, à 67 ans, s'appliqua, comme ses autres confrères, à travailler sur les Pères de l'Église. St. Hilaire lui tomba en partage, et il en donna une nouvelle édition, in-folio, à Paris en 1693, avec des notes également courtes, savantes et judicieuses. Il a eu beaucoup de part à l'édition de St. Augustin. On a encore de lui le premier volume des Lettres des Papes, avec une préface et des notes, in-folio, 1721; et la Défense des règles de diplomatique du savant Mabillon, contre le Jésuite Germond. Cette Défense forme deux volumes, sous le titre de Vindicæ manuscriptorum Codicum; le premier publié en 1705, et le deuxième en 1715. Dom Constant, en saisissant l'esprit des Pères pour l'intelligence de leurs écrits, en prit aussi les maximes pour la règle de sa conduite. Sa charité pour ses confrères, et sur-tout pour les pauvres, étoit infinie. Il aimoit non-seulement les pauvres, mais la pauvreté: les choses les plus viles étoient celles qu'il ambitionnoit le plus. Comme éditeur, il se distingua par l'étendue de son érudition, par la justesse de son discernement, et par son extrême exactitude.
COUSTELIER, (Antoine-Urbain) libraire de Paris, mort dans cette ville, le 24 août 1763, est auteur de plusieurs brochures frivoles: L'Heureuse foiblesse; Lettres d'une Demoiselle, etc.; La Rapsodie galante; Les petites Nouvelles Parisiennes; Lettres de la Fillon; Lettres d'un François à en Anglois ; Histoire d'un homme monstrueux ; le petit Parisien. On a encore de lui quelques autres petits livres, qui lui ont fait beaucoup moins de réputation que ses élégantes Editions de quelques Poètes et Historiens Latins. Les principales sont : I. Celles de Virgile, 3 vol. in-12. — d'Horace, in-12. — de Catulle, Tibulle et Properce, in-12 et in-4.º — de Lucrèce, de Phèdre, chacun un vol. in-12, avec de belles figures. — de Perse et Juvenal, in-12, sans figures. — de Martial, 2 vol. in-12. II. Celles de Jules-César, 2 vol. in-12, avec cartes et figures. — de Cornelius Nepos, de Salluste, de Velleius Paterculus, d'Eutrope, tous in-12, avec fig. Les Barbon ont continué cette collection avec succès. I. COUSTOU, (Nicolas) sculpteur ordinaire du roi, naquit à Lyon le 9 janvier 1658, et mourut à Paris le 1er mai 1733, à 75 ans, membre de l'académie royale de peinture et de sculpture. Il avoit fait un voyage en Italie, en qualité de pensionnaire du roi. C'est là qu'il produisit sa belle statue de l'empereur Commode, représenté en Hercule, un des ornemens des jardins de Versailles. De retour en France, il décora Paris, Versailles et Marly de plusieurs morceaux excellens. Le magnifique Groupe qui est derrière le maître-autel de Notre-Dame de Paris, est de lui, ainsi que les deux Groupes qui sont à Marly, représentant deux chevaux domptés par des Ecuyers. Un bavard qui affichoit la prétention, s'avisa de dire à l'artiste, que ce dernier chef-d'œuvre occupoit : Mais cette bride devroit, ce me semble, être tendue. — Que n'êtes-vous, Monsieur, répondit Coustou, venu un moment plutôt ! vous auriez vu la bride telle que vous la désirez ; mais ces chevaux ont la bouche si tendre, que cela ne dure qu'un clin-d'œil. On voit dans toutes ses productions un génie élevé, joint à un goût sage et délicat, un beau choix, un dessin pur, des attitudes vraies, pathétiques et nobles, des draperies riches, élégantes et moëlleuses.
II. COUSTOU, (Guillaume) frère du précédent, directeur de l'académie royale de peinture et de sculpture, mort à Paris, le 22 février 1746, à 69 ans, se rendit aussi très-célèbre par le nombre et la perfection des ouvrages sortis de son ciseau. Il ne fut pas toujours estimé comme il méritoit de l'être. Un financier, qui se disoit connoisseur, le fit un jour appeler chez lui. Je voudrais, Monsieur, lui dit le Plutus, que vous me fissiez, en marbre, des magots de la Chine, propres à être mis sur une cheminée. Le statuaire, étonné d'une telle demande, répondit froidement au stupide financier, Je le veux bien, pourvu que vous vouliez me servir de modèle. — Il ne faut pas le confondre avec Guillaume Coustou son frère, mort à Paris en 1746, à 68 ans, connu par son Mausolée du cardinal Dubois, dans l'église collégiale de Saint-Honoré : et par les deux groupes de chevaux domptés, à Marly, etc. etc.
III. COUSTOU, (Guillaume) né à Paris en 1716, étoit fils du précédent, et il hérita de ses talens, qu'il perfectionna à Rome. De retour en France où il avoit remporté, avant son voyage d'Ita; lie, le prix de sculpture à 19 ans; il vit son ciseau employé par les seigneurs et les princes. Il fut chargé de faire le mausolée du Dauphin, père de Louis XVI, et de sa vertueuse épouse : monument qui embellit la cathédrale de Sens. Coustou reçut la visite de l'empereur Joseph II. Ce souverain ayant, quelques jours après, demandé à Louis XVI un cordon de Saint-Michel, récompense attribuée aux inventeurs et aux grands artistes, celui-ci le lui accorda. Aussitôt, l'empereur retourne chez Coustou, lui passe le cordon et l'embrasse. L'artiste, malade et languissant, faillit à en mourir de joie. Il fut enlevé aux beaux-arts, en juillet 1777, à 61 ans, et son cercueil fut décoré du cordon de Saint-Michel, qu'il venait d'obtenir. Ses autres ouvrages sont : l'Apothéose de St. François-Xavier, qu'il fit en marbre, pour les Jésuites de Bordeaux; un Apollon qu'on voit à Bellevue : Venus et Mars, que le roi de Prusse fit acheter pour orner sa galerie de Berlin, etc. Sa Venus est recommandable par la grace, la précision et la noblesse des formes.
COUSTUREAU, (Nicolas) intendant de la maison de Montpensier et président de la chambre des comptes de Rennes, mourut en 1546, après avoir écrit une Vie de Louis de Bourbon, premier duc de Montpensier, souverain de Dombes. On y trouve des détails curieux sur les querelles de religion en 1562. Jean du Bouchet publia cet ouvrage à Rouen, en 1642, in-4.
COUSTURIER, (Pierre) Manseau, nommé ordinairement Petrus de Tois, docteur de la maison et société de Sorbonne, en- seigna long-temps avec distinction. Les dangers du monde et les attraits de la solitude le portèrent, dans un âge mûr, à se faire Chartreux. Il mourut le 18 juin 1537, après avoir rempli les premiers emplois de son ordre. On a de lui : I. Un traité De votis Monasticis, in-8°, contre Luther; c'est un de ses meilleurs ouvrages. II. Un autre De potestate Ecclesiae in occultis : Paris 1546, in-8°. III. Un Traité contre le Fèvre d'Etaples, Paris 1523, pour prouver que Ste Anne avoit été mariée trois fois; dispute pour le moins inutile, mais dans laquelle Cousturier mit beaucoup de chaleur. IV. De vitâ Carthusiand libri duo : Paris 1526, in-8°; et Cologne, 1609. Le Chartreux n'oublie pas le coute du Chanoine ressuscité, pour annoncer qu'il étoit en enfer. V. De translatione Bibliorum, 1525, in-folio.
COUTEL, (Antoine) né à Paris en 1622, mort à Blois, dans un âge assez avancé, a publié un volume de ses poésies, sous le titre de Promenades. On peut y remarquer une idylle des Moutons, dont Mad. des Hou-lières s'est approprié, sans le dire, les pensées, les rimes et presque toutes les expressions. La seule différence qui se trouve entre les deux pièces, c'est que l'idylle de Coutel est en grands vers, tandis que l'autre est en vers libres.
COUTHON, (Georges) né à Orsay en Auvergne, en 1756, suivit la profession du barreau, et y montra de la douceur et l'envie d'obliger. La révolution vint changer ses idées et son caractère. Appelé à l'assemblée législative et à la convention, il y développa les principes les plus béditeux et les plus cruels. Il pré- jugea l'abolition de la monarchie, en proposant, le premier, le serment de haine contre la royauté. Il s'opposa vivement au sursis réclamé pour l'exécution de Louis XVI, et ne se réunit un instant aux Girondins, que pour les dénoncer et les préci- piter sur l'échafaud. Ami de fio- bespierre, il devint son rappor- teur favori pour toutes les me- sures violentes et barbares. Ses opinions, à force d'exagération, furent le plus souvent ridicules et extravagantes. Ce fut lui qui mit à la mode la maxime : Mort aux tyrans, Paix aux chaumiè- res. Il se chargea de rédiger un manifeste contre tous les rois, pour les dénoncer au tribunal des peuples, afin, dit-il, qu'ils ne puissent trouver ni une terre pour les porter, ni un ciel pour les éclairer. Envoyé à Lyon après le siège de cette ville, Couthon s'occupa à en faire démolir les édifices les plus remarquables ; on le porta, dans un fauteuil, sur la place Bellecour ; là, un marteau à la main, il en frappa les belles façades, en disant : « Tombez, monumens d'orgueil, je vous condamne à être démolis, au nom de la loi. » Sous la monarchie, dit Prudhomme, les rois posèrent, pendant quatorze cents ans, les premières pierres pour la construction des édifices publics ; la première année du règne des républicains, des lé- gislateurs donnèrent le premier coup de marteau pour les dé- molir. » Des ruines immenses, des monceaux de pierres, déshono- rèrent alors, sur l'ordre de Cou- thon, l'une des plus belles places de l'Europe. La cruauté de ce député étoit si connue, qu'un de ses collègues l'entendant, au milieu d'une discussion, se plain- dre d'avoir soif, s'écria : Donnez un verre de sang à Couthon. Le supplice de Robespierre amena le sien. Réfugié avec ce dernier à l'hôtel-de-ville de Paris, il s'y laissa prendre, sans oser finir ses jours avec un poignard dont on l'avoit armé, et fut guillotiné le 28 juillet 1794. Sa férocité n'étoit point annoncée par sa physiono- mie, qui étoit douce et agréable ; mais la nature, qui lui avoit donné une ame si difforme, l'a- voit rendu boiteux, contrefait et perclus de ses membres : aussi l'assemblée lui accorda-t-elle le privilège de parler toujours assis. Sa construction accrut les dou- leurs de son exécution ; les pré- paratifs en durèrent long-temps ; et le bourreau, après l'avoir tourné en tout sens, fut forcé de le concher sur le côté, pour lui porter le dernier coup.
COUTO, (Diégo de) né à Lis- bonne en 1542, fit divers voyages dans les Indes ; et se maria à Goa, où il mourut en 1616, à 74 ans. Il continua l'Histoire des Indes de Barros ; mais il n'y a eu que la 12e décade de cette Histoire, imprimée à Rouen en 1645. Il est encore auteur d'un Traité contre la Relation d'Ethio- pie, par Louis de Urreta.
COUTURE, (Jean-Baptiste) né au village de Langrune, dio- cèse de Bayeux, en 1651, pro- fesseur d'éloquence au collège royal, membre de l'académie des Inscriptions et Belles-lettres, mourut à Paris en 1728, à 77 ans. On voyoit quelquefois, à ses le- çons d'éloquence, des professeurs mêmes. Ce savant joignit le goût à l'érudition. Les Mémoires de l'académie offrent plusieurs Dis- certations de lui, sur le faste. sur la vie privée des Romains, sur leurs Vétérans, sur quelques cérémonies de leur Religion, etc.
COUTURES, (Jacques Par- rain, baron des) natif d'Avran- ches, écrivain aussi fécond qu'en- nuyeux, mort en 1702, quitta, malheureusement pour le public, les armes pour le cabinet. Il est connu par une mauvaise Tra- duction de Lucrèce, avec des re- marques : Amsterdam, sous le titre de Paris, 1692, 2 vol. in-12. On dit que le baron des Coutures pensoit, à peu près comme le Poëte Latin, sur les premiers principes des choses. Avant Lu- crèce, il avoit traduit la Genèse : Paris 1687 et 88, 4 vol. in-12 ; mêlant, sans choix dans ses occu- pations, le sacré et le profane. On a encore de sa plume plusieurs autres ouvrages de morale et de galanterie, dignes de l'oubli où ils sont. Malgré son titre de ba- ron, il n'étoit pas riche. Ses créanciers ayant obtenu une sen- tence pour faire exécuter ses meubles, il les fit enlever dans la nuit, et ne laissa pour les huissiers et pour eux, que ces quatre vers, écrits sur la mu- raille de sa chambre : Créanciers, maudite canaille, Commissaire, huissiers et recors, Vous aurez bien le diable au corps, Si vous emportez la muraille.
COUVREUR, (Adrienne le) comédienne Françoise, née à Fismes en Champagne, l'an 1690, débuta à Paris, le vendredi 14 mai 1717, par le rôle d'Electre dans la tragédie de ce nom. Elle fut reçue, dès le même mois, pour les premiers rôles tragiques et comiques, qu'elle a remplis su- périeurement. Cette comédienne, l'une des plus célèbres que la France ait produites, abolit les cris, les lamentations mélodieuses et apprêtées, ressource des ac- trices médiocres. Son jeu fut plein d'expression et de vérité. Mal partagée, à quelques égards, de la nature, l'âme lui tint lieu de tout, de voix, de taille, de beauté. C'étoit, disoit-on, une véritable reine qui jouoitavec des comé- diens. « C'est l'actrice qui a le mieux joué le rôle de Phèare, dit M. de la Bretonne : ce rôle difficile, où les plus grands talens échouent ; où Clairon mettoit tant d'art ; que Dumesnil ne remplissoit pas tou- jours : Mlle le Couvreur y ex- cella, parce qu'elle sembloit faite pour lui, et le rôle pour elle. » Elle mourut le 20 mars 1730, à 40 ans. Son esprit et son carac- tère inspirèrent une forte passion au comte, depuis maréchal de Saxe. Ce héros, nommé duc de Courlande, ayant eu besoin d'ar- gent, Mlle le Couvreur mit ses pierreries en gage pour une somme de quarante mille livres, qu'elle lui envoya. Malgré ces traits de générosité, Mlle le Couvreur eut des ennemis, parce qu'elle avoit un grand talent. Les mauvais plaisans l'appeloient la Couleuvre ; surnom odieux qu'elle ne méri- toit point. Ses amis la vengèrent ; et elle en eut parmi les premiers Poètes de la nation. On mit au bas du portrait de cette célèbre actrice, peint par Coypel, ces quatre vers : Ton art, par un effort heureux, Transmet mon air, mes traits, ma gloire à nos neveux. Ne t'enorgueillis pas du talent qui t'honore, Coypel ! quand je jouois, je peignois mieux encore. Voyez MARSAIS. — ALLAINVAL, — et SAXE, n° I.
COWEL, (Jean) jurisconsulte Anglois, enseigna avec éclat le droit à Cambridge, et y mourut en 1612. On a de lui un Dictionnaire de droit, in-fol., et un autre ouvrage, intitulé : Institutiones Juris Anglicani, 1605, in-8.
COWLEY, (Abraham) né à Londres en 1618, mort dans cette ville, le 18 juillet 1667, à 49 ans, montra beaucoup de goût pour tous les genres de poésie, excepté pour le dramatique. Ses maîtresses étoient le sujet ordinaire de ses vers. Il donna néanmoins un Poème sacré, en 4 chants, sur les infortunes de David. Ses talens lui acquirent l'estime des courtisans de Charles I, auquel il fut toujours fidelle. Il suivit la veuve de ce prince infortuné, la reine Henriette-Marie obligée de se retirer en France. Charles II, qui lui avoit des obligations, l'honora de son estime et de ses bienfaits. En apprenant sa mort, ce prince dit : Je viens de perdre l'homme du royaume, qui m'étoit le plus attaché. Il avoit quitté la cour pour vivre dans une retraite agréable, sans autre société que celle de ses amis et des Muses. Les libéralités du duc de Buckingham et du comte de Saint-Alban, qui lui étoient sincèrement attachés, l'avoient mis dans une honnête abondance. Buckingham, l'aimant même après sa mort, le fit enterrer, à ses frais, à Westminster; et son buste fut placé entre Chaucer et Spencer. Il orna son tombeau d'une épitaphe, où il ne craignoit pas de l'appeler, « le Pindare, l'Horace et le Virgile de l'Angleterre. » Ses Œuvres, consistant en poésies latines et angloises, ont été recueillies à Londres, 1707, 2 vol. in-8°; ou 1710, 3 vol. in-4° « Cowley, dit M. Hume, n'étoit qu'un poète médiocre. Il n'avoit pas d'oreillé pour l'harmonie, et ses vers ne se font connoître qu'à la rime. Ses nombres rudes et discordans ne présentent que des sentimens forcés, de languissantes allégories, des allusions éloignées et des pointes affectées. Cependant la force et l'ingénuité percent quelquefois parmi des imaginations si peu naturelles. Quelques traits Anacréontiques surprennent, par leur facilité et leur enjouement. Ses ouvrages de prose plaisent, par l'honnêteté et la bonté qu'ils respirent, et même par leur ton sombre et mélancolique. » (HISTOIRE de la Maison de Stuart, tom. 4). L'éditeur Liégeois de notre Dictionnaire, a trouvé le jugement que porte Hume des Poésies de Cowley trop sévère. Niercon en pensoit cependant de même. Il rapporte quelques-unes des pointes ridicules du poète Anglois. Ainsi, par exemple, les yeux de sa froide maîtresse sont des miroirs ardens faits de glace. Il dit, sur la mort d'un arbre, où il avoit gravé les sentimens de sa passion, que ses caractères enflammés l'avoient brûlé jusqu'à la racine. Son cœur est un Etna, qui, au lieu de la forge de Vulcain, renferme celle de Cupidon. Il conclut qu'on peut vivre sous la Zone torride, puisqu'on vit au milieu des ardeurs dont il est dévoré. Malgré ces défauts, on trouve dans ses Poésies latines quelques petites pièces d'un style agréable et naturel; mais elles ne forment pas le plus grand nombre. Voltaire, dans une Lettre à M. de Chabanon, lui dit : « Vous appelez Cowley le Pindare Anglois; vous lui faites bien de l'honneur. C'étoit un poète sans harmonie, qui cherchoit à mettre de l'esprit par-tout. Le vrai *Pindare* est *Dryden*. »
COWPER, (Guillaume) chirurgien Anglois, s'est acquis beaucoup de réputation. Nous avons de lui un excellent *Traite des Muscles*, qu'il publia l'an 1694. Il a donné aussi un Supplément à l'*Anatomie* de *Bidloo* : on le trouve dans l'édition de 1739 et 1750. Tous les écrits de *Cowper* sont parsemés d'observations chirurgicales très-curieuses. — *Voyez GEORGES Ier*, roi d'Angleterre.
COXIS ou COXIE, (Michel) peintre Flamand, né à Malines en 1497, disciple de *Raphaël*, mourut par accident à Anvers en 1592, à 95 ans, étant tombé d'un échafaud sur lequel il travaillait. Ses tableaux sont recherchés et difficiles à trouver.
COYER, (Gabriel François) né à Beaume-les-Nones en Franche-Comté, le 18 novembre 1707, mort à Paris le 18 juillet 1782, à 75 ans, fut quelque temps Jésuite. Ayant quitté cette société, en 1736, il se rendit à la capitale en 1738, et fut chargé de l'éducation du prince de *Turenne*, depuis duc de *Bouillon*. Rendu à lui-même, il exerça sa plume sur divers sujets. Il débuta par quelques feuilles volantes, dont quelques-unes, telles que la *Découverte de la Pierre Philosophale*, imitée de *Swift*, et l'*Année merveilleuse*, eurent le plus grand succès. Ces petites brochures furent réunies sous le titre très-convenable de *Bagatelles morales*. Il y a de la légèreté, de la finesse et de l'agrément dans quelques pièces de ce recueil ; mais l'ironie étant la figure favorite de l'auteur, le ton en est monotone, et les plaisanteries sont amenées quelquefois de trop loin. On voyait dans les écrits de l'abbé *Coyer*, comme dans sa conversation, un effort continuel pour être agréable ; et c'est le plus sûr moyen de ne pas l'être, ou de ne l'être pas long-temps. Sa *Noblesse commerçante*, et le petit roman de *Chinki*, attribué d'abord à *Voltaire*, firent encore plus de sensation que les *Bagatelles morales*. Ces deux brochures précédèrent deux lois, dont l'une donnait la noblesse aux commerçants distingués, et l'autre abolit, pour quelque temps, les jurandes. Nous avons encore de l'abbé *Coyer* : I. *L'Histoire de Jean Sobieski*, 3 vol. in-12, 1761 : ouvrage intéressant, malgré une multitude de faits qui se ressemblent, et dont le style est animé, concis, mais peu digne quelquefois de la majesté de l'histoire, parce qu'on y sent trop la diction maniérée de l'auteur des *Bagatelles*. II. *Voyage d'Italie et de Hollande*, 1775, 2 vol. in-12. L'abbé *Coyer* avoit parcouru ces deux pays, moins en observateur profond, qu'en François léger, qui donne à tout un coup-d'œil superficiel, et fait rapidement quelques remarques analogues à la mobilité de son esprit, de ses goûts et de son caractère. Ce livre dut cependant être lu avec plaisir par les femmes et par les jeunes gens, qui ne connoissoient ni les *Observations* de *Grosley*, ni le *Voyage* de M. de la Lande. III. *Nouvelles Observations sur l'Angleterre*, 1779, in-12 : c'est le *Londres* de *Grosley*, abrégé et retourné, à quelques remarques près qu'on doit à l'auteur. Le néologisme et l'affectation d'esprit s'y font encore plus sentir que dans le *Voyage* d'Italie.
IV. *Traité* de l'éducation publique, 1770, in-12. Il est peu connu, et offre cependant, plus qu'aucun autre ouvrage de l'auteur, des réflexions utiles et profondes. On a réuni, en 2 vol. in-12, les *Bagatelles morales*, la *Noblesse commerçante*, *Chinki*, et un autre ouvrage intitulé : *De la Prédication*, qui ne porte pas son nom, et où il veut prouver qu'il est inutile de prêcher; comme si, pour corriger les hommes, des *Bagatelles* futiles, dont quelques-unes sont très-improprement appelées *morales*, valoient mieux que les *Sermons* de *Massillon* ! *Coyer* a traduit encore le commentaire de *Blackstone*, sur le code criminel d'Angleterre. Cette traduction, plus correcte qu'une autre faite deux ans auparavant, a eu du succès. *Voyez BLACKSTONE*. L'abbé *Coyer*, malgré son habit, avoit adopté beaucoup de sentimens de la philosophie moderne, et il les faisoit valoir à sa manière. Il postula toute sa vie une place à l'académie Françoise, et n'en fut pas. Il avoit dit à *Voltaire* qu'il vouloit, chaque année, s'établir pendant trois mois chez lui. Le poète, effrayé de l'exécution de ce projet, lui fit cette réponse si connue : « M. l'abbé, savez-vous la différence que je trouve entre dom *Quichotte* et vous ? c'est qu'il prenoit les auberges pour des châteaux, au lieu que vous prenez les châteaux pour des auberges. » I. COYPEL, (Noël) peintre, né à Paris en 1629, d'un bourgeois de Cherbourg, fit, sous le célèbre *Vouet*, des progrès rapides dans la peinture, pour laquelle il avoit un talent décidé. Nommé directeur de l'école Fran- coise à Rome, il prit possession de cette place, avec une pompe qui fit honneur à sa nation. Son fils, *Antoine Coypel*, âgé seulement de douze ans, suivit son père dans ce voyage. Les Italiens admirèrent le mérite consommé de l'un, et les grandes espérances que donnoit l'autre. Ce célèbre artiste, qui peignoit encore, quoique presque octogénaire, les grands morceaux à fresque qui sont au-dessus du maître-autel des Invalides, mourut en 1707, à 78 ans. Ses principaux ouvrages sont dans l'église de Notre-Dame de Paris, au Palais-royal, aux Tuileries, au vieux Louvre, à Versailles, à Trianon. Les artistes qui aiment les compositions heureuses, une belle expression, un bon goût de dessin, soutenu d'un coloris admirable, vont les étudier. *Voyez* II. HÉRAULT.
II. COYPEL, (Antoine) fils du précédent, né à Paris en 1661, avec des dispositions très-heureuses pour la peinture, se forma à Rome sur les chefs-d'œuvre qui y brillent. Son mérite le fit choisir par *Monsieur*, frère unique de *Louis XIV*, pour être son premier peintre. Le roi lui donna, en 1714, la place de directeur des tableaux et dessins de sa couronne, avec celle de directeur de l'académie. Le duc d'Orléans, régent du royaume, ami de tous les arts, et réussissant dans plusieurs, fit nommer *Coypel* premier peintre de *Louis XV*, en 1717, et l'anoblit l'année suivante. En 1719, il lui fit présent d'un carrosse et d'une pension de 1500 livres, pour l'entretien de l'équipage. *Coypel* ayant eu ensuite quelques mécontentemens, étoit tenté de passer en Angleterre, lorsque le duc d'Orléans se rendit incognito chez lui, pour l'engager à ne point quitter la France. Ce même prince n'étant encore que duc de Chartres, voulut être son disciple, et fit beaucoup de progrès dans le dessin, graces à ses leçons. Le maître dédia à son élève vingt Discours, remplis de préceptes confirmés par des exemples, et sur-tout par ceux des meilleurs peintres. Ces Discours parurent à Paris, in-4°, en 1721. On trouve dans les Passe-temps poétiques de la Martinière, une pièce de vers d'Antoine, intitulée: Epître d'un père à son fils sur la Peinture, où il y a des beautés. Coypel entendoit supérieurement le poétique de son art. Il inventoit facilement, et exprimoit avec beaucoup de succès les passions de l'âme. Ses compositions sont nobles, ses airs de tête agréables. Il mourut à Paris, le 7 janvier 1722, à 61 ans. Coypel a peint le plafond de la chapelle de Versailles. Louis XIV voyant de sa tribune cet ouvrage, dit que les figures étoient trop grandes, et tous les courtisans le répétèrent. Le lendemain, il dit à Coypel: J'ai examiné vos figures du bas de ma chapelle; ma critique étoit injuste; vous auriez mal fait de les peindre plus petites; et les courtisans ne manquèrent pas de chanter la palinodie.
III. COYPEL, (Noël-Nicolas) frère du précédent, se distingua par la correction, l'élégance, l'agrément du dessin, et par une imitation heureuse de ce que la nature a de plus gracieux. Il auroit peut-être surpassé ses frères, par la légèreté de sa touche, la fraîcheur de son pinceau, la ri- chesse de ses compositions, si un coup qu'il s'étoit donné à la tête, n'eût hâté sa mort, le 24 décembre 1734, à 45 ans.
IV. COYPEL, (Charles-Antoine) mort à Paris en 1752, âgé de 58 ans, fils d'Antoine, se montra digne de la famille dont il sortoit. Les places de premier peintre du roi et du duc d'Orléans, et de directeur de l'académie royale de peinture et de sculpture, qu'il a remplis avec honneur jusqu'à sa mort, en sont des preuves authentiques. Il avoit beaucoup d'esprit, et il écrivoit d'ailleurs très-bien. Outre divers Discours Académiques fort applaudis, qu'on trouve dans le Mercure de France, 1752, il avoit composé plusieurs Pièces de Théâtre, dont quelques-unes ont été jouées à la cour. Celles qui sont parvenues à notre connoissance, sont les Amours à la Chasse, les Folies de Cardénio, le Triomphe de la Raison, Arlequin dans l'isle de Ceylan, le Défiant, les Effets de l'Absence, l'Education perdue, l'Impatient. Ses ouvrages pittoresques ont été applaudis, pour la justesse, la variété et la noblesse de l'expression, pour le brillant du coloris et la facilité de la touche.
COYSEVOX, (Antoine) sculpteur Lyonnois, né en 1640, passa en Alsace, à l'âge de 27 ans, pour décorer le superbe palais de Saverne du cardinal de Furstemberg. De retour en France, il fut chancelier de l'académie de peinture et de sculpture, et travailla à différens bustes de Louis XIV, et à d'autres ouvrages pour les maisons royales. Egalement gracieux et élevé, naïf et noble, son ciseau prenoit le caractère des différentes figures qu'il avoit à représenter. On le surnomma, à cause de la beauté de ses portraits, le *Vandick* de la sculpture. Ses principales compositions sont la statue équestre de *Louis XIV* pour les états de Bretagne, les tombeaux de *Mazaria*, de *Colbert*, du comte d'Harcourt; les statues de la *Dordogne*, de la *Garonne* et de la *Marne*; les groupes de l'*Abondance* et de *Castor* et *Pollux*, *Vénus accroupie*, la *Nymphe* à coquille, l'*Amadryade*, le *Faune jouant de la flûte*, etc. Des dehors simples, une probité scrupuleuse, une modestie rare avec des talens supérieurs, le faisoient autant aimer que ses ouvrages le faisoient admirer. Quelqu'un le félicitant à la fin de ses jours, de son habileté : *Si j'en ai eu*, répondit-il, *c'est par quelques lumières*, qu'il a plu à l'Auteur de la nature de m'accorder, pour m'en servir comme de moyen pour ma subsistance. Ce vain fantôme est prêt à disparaître avec ma vie, et va se dissiper comme une fumée. Il mourut à Paris en 1720, à 80 ans. —
**COYTIER** ou
**COCTIER**, (Jacques) médecin de *Louis XI*, obtint graces sur graces en le menaçant de la mort, que ce monarque craignoit beaucoup. Le roi revint pourtant du foible qu'il avoit pour ce médecin, et donna ordre à son prévôt de l'en défaire sourdement. *Coytier*, averti par ce prévôt, son ami intime, lui dit : « Que ce qui l'affligeoit le plus en mourant, c'étoit que le roi ne vivroit que quatre jours après lui; que c'étoit un secret qu'il savoit par une science particulière, et qu'il vouloit bien le lui confier comme à un ami fidelle. » Le prévôt rapporta cette confidance au roi qui, plus épouvanté que jamais, ordonna qu'il ne se présentât plus devant lui. Le médecin se retira avec des biens considérables, oublia, dans l'aisance et dans les plaisirs, les orages de la cour, et mourut vers la fin du 15$^{e}$ siècle. Après la mort de *Louis XI*, il fut recherché pour les sommes immenses qu'il avoit reçues de ce prince; mais il se tire d'affaire, en payant une taxe de cinquante mille écus. La crainte du trépas étoit si puissante sur *Louis XI*, qu'il ne lui refusoit jamais rien, pourvu qu'il chassât le fantôme épouvantable de la *Mort*. Les ordonnances de *Coytier*, si l'on en croit une ancienne chronique, étoient de terribles et merveilleuses médecines. *Gaguin* dit en termes exprès : *Humano sanguine*, quem ex aliquot infantibus sumptum hausit, salutem comparare vehementer optabat; mais ce remède exécrable ne put renouveler le sang brûlé de *Louis XI*. Outre les places dont il honora son médecin, il l'accabloit chaque jour de présens, malgré les brutalités accompagnées de juremens avec lesquelles il lui parloit : il le gourmandoit, dit *Mézerni*, comme un valet. Les comptes des trésoriers de l'épargne portent que, dans moins de huit mois, *Coytier* reçut quatre-vingt-dix-huit mille écus.
**COZZANDUS**, (Léonard) moine du 17$^{e}$ siècle, natif de Bresse, est auteur de plusieurs ouvrages qui font honneur à son savoir. I. *De Magisterio antiquorum Philosophorum*. II. D'un traité *De Plagio*. III. D'un autre, intitulé : *Epicurus expensus*.
**CRABBE**, (Pierre) religieux Franciscain, natif de Malines, mourut dans cette ville en 1553, à 83 ans, après avoir été élevé aux premières charges de son ordre. On a de lui une édition des Conciles, continuée par Surias : elle est incomplète et mal dirigée.
CRAESBECK, (Laurent) imprimeur Portugais, a publié quelques ouvrages de littérature dans sa langue, et s'est distingué dans l'exercice de son art, à Lisbonne en 1540. Son père fut de même le plus célèbre imprimeur de sa patrie.
CRAFFTHEIM, Voyez CRA- YON.
CRAGALEUS, (Mythol.) vieillard d'Ambracie, fut choisi pour arbitre dans un différend qui s'éleva entre Apollon et Hercule, et fut changé en rocher par le premier, pour avoir osé prononcer contre lui. I. CRAIG, (Nicolas) Cragius, né vers l'an 1541, à Ripen, fut recteur de l'école de Copenhague en 1576. Il se maria deux ans après, et se mit ensuite à voyager dans toute l'Europe. A son retour, il trouva chez lui deux enfans qui ne lui appartenoient point. Il s'en débarrassa, aussi bien que de leur mère, en faisant casser son mariage : et malgré cette aventure, il eut la foiblesse de se remarier. Son génie pour les affaires lui procura plusieurs négociations importantes, dans lesquelles il satisfit beaucoup le roi de Danemarck, qui l'employoit. Il mourut en 1602, à 61 ans, laissant un ouvrage latin très-estimé sur la République des Lacédémoniens, imprimé pour la première fois en 1592, réimprimé à Leyde en 1670, in-8°; et les Annales de Danemarck en six livres, depuis la mort de Frédéric I, jusqu'à l'année 1550. Elles sont meilleures à consulter qu'à lire. On les a réimprimées à Copenhague en 1737, in-fol.
II. CRAIG, (Thomas) juris- consulte Écossois, fait chevalier par le roi d'Angleterre, mourut en 1608. Il est auteur d'un savant Traité des Icifs d'Angleterre et d'Écosse, imprimé à Londres, 1655, in-folio, sous ce titre : Jus feudale, seu Consuetudines feudales Scotiæ, Angliæ plerorumque Galliæ locorum, etc., et réimprimé à Leipsig en 1716, in-4°; et d'un autre, I.u Droit de succéder au royaume d'Angleterre, in-folio.
III. CRAIG, (Jean) mathé- maticien Écossois, s'est fait un nom célèbre par un petit écrit de trente-six pages, fort rare, imprimé à Londres en 1699, sous le titre de : Theologiae Christianæ Principia mathematica. Jean Daniel Titius en a donné une nouvelle édition à Leipsig en 1755, in-4°. Elle est ornée d'une pré- face savante, sur la vie et les ouvrages de Craig. Cet auteur y calcule la force et la diminution des choses probables. Il établit d'abord que tout ce que nous croyons sur le témoignage des hommes, inspirés ou non, n'est que probable. Il suppose ensuite que cette probabilité va toujours en diminuant, à mesure qu'on s'éloigne du temps auquel les témoins ont vécu; et par le moyen des calculs algébriques, il trouve que la probabilité de la religion Chrétienne, peut durer encore 1454 ans. Elle seroit nulle après ce terme, si Jésus-Christ ne prévenoit cette éclipse par son second avènement, comme il prévint celle de la religion Judaïque par son premier. L'abbé d'Hou- teville a réfuté ces savantes rêve bles, dans sa Religion Chrétienne prouvée par les faits.
CRAMAIL ou CARMAIN, (Adrien de MONTUC, comte de) petit-fils du maréchal de Montluc, naquit en 1568, et devint maréchal-de-camp, gouverneur du pays de Foix. Il étoit nommé pour être chevalier des ordres du roi, lorsqu'étant entré dans les intrigues de Mad. du Fargis, contre le cardinal de Richelieu, il fut mis à la Bastille, après la journée des Dupes en 1530. Il mourut en 1640, à 78 ans, ne laissant qu'une fille, qui porta ses biens dans la maison d'Escoudeau. Il est auteur de la comédie des Proverbes, 1644, in-8°, réimprimée plusieurs fois depuis. On lui attribue aussi les Jeux de l'inconnu, recueil de quolibets assez plats; et les Pensées du Solitaire. I. CRAMER, (Jean-Fréderic) professeur à Duisbourg, conseiller du roi de Prusse, et résident de ce prince à Amsterdam, possédoit le droit, les langues et la science des medailles. Il mourut à la Haye, en 1715. On a de lui : I. *Vindiciæ nominis Germanici contra quosdam obtrictatores Galos*, Berlin 1694, in-fol. Cet écrit est principalement contre cette question impertinente du Jésuite Bouhours : Si un Allemand pouvoit être bel esprit ? II. Une Traduction latine de l'Introduction à l'Histoire par Puffendorf.
II. CRAMER, (Gabriel) né à Genève en 1704, professeur de mathématiques d'ès l'âge de dix-neuf ans, se fit un nom dans l'Europe par ses progrès dans les sciences exactes. Les académies de Londres, de Berlin, de Montpellier, de Lyon, de Bologne, s'empressèrent à le mettre au nombre de leurs membres. Il mourut en 1752, à 48 ans, à Bagnols en Languedoc, où il étoit allé, dans l'espérance de rétablir sa santé ruinée par le travail. Les mathématiciens lui doivent : I. Une excellente Introduction à la Théorie des lignes courbes, imprimée en 1750, in-4°. Il fait usage de l'analyse de Descartes, mais en la perfectionnant et en l'appliquant à toutes les courbes géométriques. II. L'Edition des Œuvres de Jacques et Jean Bernoulli, en 6 vol. in-4°, 1743. Ce recueil précieux est fait avec un soin et une intelligence qui méritent la reconnaissance de tous les géomètres. Cramer étoit disciple de Jean Bernoulli. Il étoit digne d'un tel maître, par ses vastes connaissances dans la géométrie, dans la physique et dans les belles-lettres. C'étoit une encyclopédie vivante. Ses mœurs, sa conduite et son caractère faisaient honneur à la philosophie. Sa famille subsiste encore à Genève, et soutient son nom avec honneur.
III. CRAMER, (Jean-Jacques) né à Elgg dans le canton de Zurich, en 1673, se rendit très-habile dans les langues orientales, et les professa à Zurich et à Herborn. Il mourut dans la première ville, en 1702. Ses principaux ouvrages sont : I. *Exercitationes de ará exteriori Templi secundi*, Leyde 1697, in-4°. II. *Theologia Israëlis*, Basle 1699, in-4°.
IV. CRAMER, (Jean-Rodolphe) frère du précédent, naquit à Elcan en 1678. Il fut professeur d'hébreu à Zurich, après la mort de son frère, et ensuite professeur de théologie. Il eut plusieurs autres places honorables, et mourut en 1737. On a de lui : I. Un grand nombre de *Thèses théologiques* en latin. II. Plusieurs *Dissertations*, aussi latines. III. Neuf *Harangues*, et d'autres ouvrages, où l'on trouve de l'érudition.
CRAMMER ou CRAMMER, (Thomas) né à Astason en Angleterre, l'an 1489, d'une famille noble, professa pendant quelque temps, avec succès, dans l'université de Cambridge. Un mariage, qui le fit chasser de cette école, commença à le faire connoître, et le divorce de Henri VIII fixa tous les yeux sur lui. Il fut le premier qui écrivit, en 1530, pour l'appuyer. Son livre, assez mauvais, mais nécessaire à un prince dégoûté de sa femme, lui assura la faveur du roi. Henri l'envoya à Rome, pour y disposer les esprits à approuver la dissolution de son mariage. Il se masqua si habilement dans cette cour, que le pape Clément VII, quoique prévenu contre lui par sa conduite et par ses ouvrages, le fit son pénitencier. Il passa ensuite en Allemagne, où il se maria secrètement avec la sœur d'*Osiander*, ministre aussi fameux par ses variations que par ses fureurs. Devenu archevêque de Cantorbéry, et depuis long-temps le ministre des passions de Henri, il fit déclarer nul, par le clergé d'Angleterre, le mariage de ce prince avec Catherine d'Aragon, travailla à l'unir avec Anne de Boulen, et ne rongit point d'accompagner cette nouvelle reine à son entrée dans Londres. On sait que cette princesse ne jouit pas long-temps de son triomphe, et que le roi s'oublia jusqu'à l'accuser d'adultère dans la chambre des pairs. La manière dont *Crammer* s'y prit pour défendre Anne, sa bienfaitrice, fut d'un courtisan adroit. « Je n'ai jamais eu, SIRE, meilleure opinion d'aucune femme que de la vôtre; je ne puis la croire coupable. Mais quand je vois la rigueur dont Votre Majesté use envers elle, après l'avoir si tendrement aimée, je ne saurois m'imaginer qu'elle soit entièrement innocente. J'ai été comblé de ses bienfaits: souffrez donc, SIRE, que je me borne à demander à Dieu qu'elle se justifie pleinement. » L'exemple de cet évêque schismatique enleva plus de fidelles à l'église Catholique, que tous ses raisonnemens. Plusieurs citoyens furent condamnés à mort, pour n'avoir pas voulu reconnoître la suprématie de Henri. (Voyez EDOUARD VI.) *Crammer*, l'instigateur de ces meurtres, ne prévoyait pas qu'il péritait aussi un jour sur un échafaud. Au commencement du règne de la reine Marie, il fut arrêté comme un traître et un hérétique. Il abjura, dans l'espérance de sauver sa vie. Marie ne songea pas moins à le faire brûler. Alors il rétracta son abjuration, et déclara, sur le bûcher, qu'il mouroit Luthérien. L'abbé *Millot* dit qu'il étendit dans les flammes la main qui avoit signé l'abjuration, et la tint immobile jusqu'à ce qu'elle fût entièrement brûlée. Son supplice est du 21 mars 1556 : il avoit 65 ans. Les Protestans ont dit autant de bien de ce prélat courtisan, que les Catholiques en ont dit de mal. « Mais quel homme, suivant Bossuet, qu'un évêque qui étoit en même temps Luthérien, marié en secret, sacré archevêque suivant le Pontifical Romaine, soumis au pape dont il détestoit la puissance, disant la Messe qu'il ne croyoit pas, et donnant pouvoir de la dire. ! » C'est pourtant cet homme, que *Burnet* donne pour un *Athanase* et pour un *Cyrille*; tant l'esprit de parti fascine les yeux, et tant il est dangereux qu'un controversiste se mêle d'être historien ? On a de *Crammer*: I. *La Tradition nécessaire du Chrétien*. II. *Defensio Catholicoe Doctrinae*, à Embden, 1557, in-8°; et plusieurs ouvrages en anglois et en latin.
**CRAMOISY**, (Sébastien) imprimeur de Paris, se distingua par une grande capacité dans son art. On lui donna la direction de l'imprimerie du Louvre, nouvellement établie par les soins du cardinal de *Richelieu*. C'est sous son administration que parurent les grands livres imprimés au Louvre. Ses éditions n'étoient ni aussi belles, ni aussi exactes que celles des *Etienne*, des *Manuce*, des *Plantin* et des *Frobens*; mais, après les chefs-d'œuvre de ces célèbres imprimeurs, elles peuvent tenir une place honorable. *Cramioisy* unit la probité aux lumières, ce qui le fit appeler à diverses places. Il fut échevin, président de la jurisdiction consulaire, administrateur des hôpitaux. Les ouvrages les plus remarquables qu'il ait imprimés, sont l'*Histoire ecclésiatique* de *Nicéphore*, deux vol. in-folio; *St. Chrysostome*, 9 vol. in-folio; la collection d'*André Duchesne*, 5 vol. in-folio; les œuvres de *Sirmond* et de *Pétan*; *Geographia sacra*, 1641, in-folio, rare. Il mourut à Paris en 1661, à 84 ans. Le *Catalogue de ses Éditions* a été imprimé plus d'une fois par lui et par son petit-fils, qui lui succéda dans la direction de l'imprimerie royale, mais qui n'eut ni ses talens, ni son exactitude. *Louis XIV* fit venir de Lyon, en 1691, *Jean Anisson*, qui le remplaça, et qui soutint la réputation de l'imprimerie royale.
**CRANAUS**, successeur de *Cécrops* au trône d'Athènes, fut détrôné par *Amphyction*, son gendre. Sous son règne, arriva le fameux déluge de *Deucalion* en Thessalie.
**CRANTOR**, philosophe et poète Grec, natif de Solos en Cilicie, fut un zélé défenseur de la doctrine de *Platon*, et le premier qui la commenta. Il mourut d'hydropisie, dans un âge peu avancé, laissant plusieurs ouvrages, que nous n'avons plus. *Cicéron* parle très-avantageusement d'un ouvrage qu'il avoit fait sur le deuil, de *luctu*. Il l'appelle un petit livre, mais un livre d'or que l'on doit apprendre mot à mot. *L. 2. Quest. Academ.* Ce livre du deuil est le même qu'il appelle de la *Consolation*, dans le premier livre de ses Tusculanes. Crantor florissoit vers l'an 315 avant J. C.
**CRANTZ**, (Martin) imprimeur du 15$^{e}$ siècle, fut appelé à Paris, avec *Ulric Gering* et *Michel Friburger*, par la maison de Sorbonne, en 1470. Ce sont eux qui apportèrent les premiers l'art typographique de Mayence en France; et le premier livre imprimé par eux, fut les *Épitres* de *Gaspard Rinus Pergamensis*. Le caractère dont ils se servirent pour l'impression de cet ouvrage et de quelques autres, est rond, de gros romain. Il s'y rencontre souvent des lettres à demi-formées, des mots achevés à la main, des inscriptions manuscrites, les 48. CRA lettres initiales en blanc, pour donner le moyen de les peindre en azur ou en or. Le papier est fort et collé, sans être bien blanc. Le *Florus* commence par le *folio-verso*. Les lettres alphabétiques au bas des feuillets, commencèrent à être mises par eux au *Platea de usuris*, vers l'an 1476.
CRANTZ, *Voyez* KRANTZ.
CRANUS, régna cinquante-quatre ans sur les Aborigènes, peuple d'Italie. Il fit honorer sa mère *Crané* comme une divinité, et lui consacra un temple sur les bords du Tibre. I. CRAON, (Pierre de) qui vivoit dans le 12$^{e}$ siècle, fit des vers et des chansons qui sont conservées dans un manuscrit de la Bibliothèque du roi. « Il ai-moit, disoit-il, par droit d'héritage, parce que de tout temps dans sa maison on avoit été amoureux et galant de père en fils. »
II. CRAON, (Pierre de) d'une famille ancienne, qui tire son nom du petit village de Craon en Anjou, s'attacha à *Louis d'Anjou*, qui étoit alors en Italie. Ce prince l'envoya en France, pour chercher de l'argent et du secours; mais au lieu de remplir sa commission, il se livra à la débauche avec les courtisanes de Venise. Le duc d'*Anjou*, ayant attendu long-temps sans en avoir de nouvelles, mourut de chagrin. Le duc de *Berri* menaça le commissionnaire infidelle de le livrer au dernier supplice; mais sa naissance et ses richesses le sauvèrent. *Craon* se fit connoître par un nouveau crime, qui réveilla la mémoire du premier. Le duc d'*Orléans* l'avoit disgracié: il s'imagina que le connétable de *Clisson* lui avoit rendu de mauvais offices, et il l'assassina à la tête d'une vingtaine de scélérats, le jour de la Fête-Dieu, 14 juin 1391. Le connétable n'étant pas mort de ses blessures, poursuivit son assassin, réfugié chez le duc de *Bretagne*, qui lui dit en le recevant: *Vous avez fait deux fautes dans la même journée; la première d'avoir attaqué le Connétable, et la seconde de l'avoir manqué*. Les biens de l'assassin furent confisqués, et donnés au duc d'*Orléans*; son hôtel changé en un cimetière, et ses châteaux démolis. Avant ce meurtre, lui et *Maisières* avoient obtenu du roi *Charles VI*, qu'on donneroit des confesseurs aux criminels qui alloient au supplice. *Richard II*, roi d'Angleterre, demanda sa grace quelque temps après, et l'obtint. *Craon* revint à la cour, s'y montra hardiment; tandis que *Clisson*, qui avoit si bien mérité de l'état, en étoit banni. Sa postérité masculine s'éteignit vers 1440; celle de la branche ainée avoit fini vers 1371. Cette famille étoit une branche des anciens comtes de Nevers, et s'en étoit séparée vers le 11$^{e}$ siècle.
CRAPONE, (Adam de) gentilhomme Provençal, natif de Salon, fit en 1558, le canal qui porte son nom, tiré de la Durance jusqu'à Arles. Il avoit aussi entrepris de joindre les deux mers en France: projet qui ne fut exécuté que sous *Louis XIV*, quoique *Henri II* lui eût donné des commissaires pour commencer ce travail important. *De Crapone* entendoit parfaitement les fortifications. Le roi *Henri II* le préféroit aux étrangers que la reine *Catherine de Médicis* protégeoit au préjudice des François. Ce prince prince l'ayant envoyé à Nantes en Bretagne, pour démolir une citadelle commencée sur un mauvais terrain, il fut empoisonné par les premiers entrepreneurs, âgé seulement de 40 ans.
CRASOCKI, (Jean) gentilhomme Polonois, contribua beaucoup à procurer au duc d'Anjou la couronne de Pologne, au milieu du 16e siècle. Dans le cours de ses voyages, il s'étoit arrêté quelques années en France, où il avoit fait les plaisirs de la cour de Charles IX, par la vivacité de son esprit, comme il en avoit causé la surprise par la petitesse de sa taille et par la délicatesse de ses traits. Ce gentilhomme s'attira les bonnes graces et les bienfaits du roi, et de Catherine de Médicis. Enfin, comblé de richesses, et pénétré de gratitude et d'admiration, il retourna dans sa patrie. Le roi Sigismond-Auguste vivoit encore : le nain Polonois ne cessoit de l'entretenir et de l'intéresser, ainsi que les grands du royaume, par le récit de ce qui l'avoit frappé durant son séjour en France. Il aimoit sur-tout à s'étendre sur les vertus et les exploits de Henri, duc d'Anjou, frère du roi. Son langage, animé par la reconnoissance, fit une vive impression sur les Polonois, qui désirèrent ce prince pour souverain. Crasocki repassa en France, pour y faire connoître les dispositions de la noblesse en faveur de Henri ; et lorsque celui-ci fut monté sur le trône, il fut, pendant sa courte administration, un de ses sujets les plus fidèles et les plus zélés.
CRASSET, (Jean) natif de Dieppe, Jésuite, mort en 1692, dans un âge assez avancé, publia, en 1670, des Méditations pour Tome IV. tous les jours de l'année ; l'Histoire du Japon, etc. en 2 vol. in-4°, dont le premier renferme des détails curieux, et dont le second n'est presque qu'un martyrologe ; une Dissertation sur les oracles des Sibylles, 1684, in-8°, elle fut attaquée par Jean de Marck. Ses Livres de piété ont été beaucoup lus. Il dirigea avec succès sa société, et y jouit de beaucoup de considération. I. CRASSO, (Jules-Paul) médecin de Padoue, ne cultiva pas moins les langues et les belles-lettres, que son art. Il mourut en 1574. On a de lui : Une Traduction Latine des Ouvrages d'Aretæus et de plusieurs autres anciens Médecins Grecs, qu'il a rendus avec fidélité, et même avec élégance.
II. CRASSO, (Laurent) Italien, est auteur des Eloges des Hommes-de-lettres de Venise, en 2 vol. in-4° : ouvrage publié en 1666, devenu rare et recherché, quoique peu estimé ; il fourmille de fautes.
CRASSOT, (Jean) né à Langres, professeur de philosophie au collège de Sainte-Barbe, mort en 1616, se fit connoître des savans par une Logique et une Physique bonnes pour son temps, et des badauds Parisiens, par le talent de redresser ses longues oreilles, et de les abaisser à son gré. C'est l'abbé de Marolles qui nous apprend cette anecdote dans ses Mémoires. I. CRASSUS, (Publius-Licentius) jurisconsulte Romain, de l'illustre famille des Crassus, qui a donné plusieurs consuls, fut élevé à la souveraine prêtrise l'an 131 avant J. C. Il passa en Asie, à la tête de l'armée Romaine, destinée contre Aristonicus ; mais il fut vaincu dans une grande bataille; et pris par les Thraces, qui étoient à la solde d'Aristonicus. Crassus, ayant frappé le soldat qui le conduisoit, fut tué d'un coup de poignard, et enterré à Smyrne. Il avoit quitté sa dignité de grand pontife pour commander les armées; ce qui étoit alors sans exemple.—Voyez GRASSIS, n° I.
II. CRASSUS, (Marcus-Licinius) de la même famille que le précédent, commerça d'abord en esclaves. Il ne possédoit alors que trois cents talens environ: mais depuis il acquit de si grandes richesses, qu'il donna un festin public au peuple Romain, dans lequel il distribua à chaque citoyen autant de blé qu'il pouvoit en consommer pendant trois mois. L'inventaire de ses biens, lorsqu'il marcha contre les Parthes, montoit à sept mille et cent talens. Un homme, selon lui, ne devoit pas passer pour riche, s'il n'avoit de quoi entretenir une armée. La crainte des fureurs de Cinna et de Marius, l'obligea de se retirer en Espagne, où il resta caché pendant huit mois dans une caverne. Dès qu'il put reparoitre, il signala son courage dans la guerre contre les esclaves, mérita l'honneur du petit triomphe, fut fait prêteur l'an 71 avant J. C., et défit Spartacus, chef des esclaves rebelles. Il fut consult'année suivante avec Pompée, puis censeur: enfin il exerça une espèce de triumvirat avec Pompée et César. Cette union ne fut durable qu'avec le premier. Crassus devenu consul une seconde fois, eut en partage la Syrie. En passant par la Judée, il pilla le trésor du temple de Jérusalem. Son avidité lui inspira la pensée d'entreprendre la guerre contre les Parthes. Il dévoroit déjà en espérance toutes leurs richesses, lorsque son armée fut défaite par Suréna, leur général. Vingt mille Romains restèrent sur le champ de bataille, et dix mille furent faits prisonniers. Les restes de l'armée s'échappèrent à la faveur des ténèbres, et furent poursuivis par les Parthes. Crassus, invité à une conférence par le général ennemi, fut forcé de s'y rendre par la mutinerie des soldats, et ne tarda pas de s'apercevoir que le dessein de Suréna étoit de le prendre vivant. Il se mit en défense, et fut tué les armes à la main, l'an 53 avant J. C. Les Parthes lui ayant coupé la tête, la portèrent à Orodes leur roi, qui fit couler de l'or fondu dans sa bouche, en disant ces mots: Rassasie-toi de ce métal, dont ton cœur a été insatiable. Malgré les justes reproches que méritoit ce Romain, on est forcé de lui donner quelques éloges. La fermeté qu'il montra en apprenant la mort de son fils, qui avoit péri dans cette malheureuse expédition, étoit d'un héros. Les paroles qu'il adressa à ceux qui l'environnoient, lorsqu'il fut obligé d'aller se mettre entre les mains de Suréna, n'honorent pas moins sa mémoire. Dans quelque lieu, leur dit-il, que vous conduise la fortune, dites par-tout que Crassus a péri trompé par ses ennemis, et non pas livré par ses soldats. Crassus étoit, selon Plutarque, savant en histoire, et n'étoit point ignorant en philosophie. Il s'étoit attaché aux livres d'Aristote, qu'il étudia sous un maître nommé Alexandre, le seul de ses amis qu'il mena toujours à la campagne. Dans le chemin, il lui donnoit un chapeau, pour le garantir de l'ardeur du soleil, et ne manquoit pas de le lui redemander au retour. Le disciple, tout riche qu'il étoit, ne fit jamais rien pour son maître; et il est difficile de dire si celui-ci étoit plus pauvre, dit *Plutarque*, quand il entra chez *Crassus*, que lorsqu'il en sortit.
III. CRASSUS, (*L. Licinius*) orateur Romain, dont *Cicéron* fait souvent l'éloge, se distingua autant par son éloquence que par son caractère ferme. Il repoussa un lecteur du consul *Philippe*, qui venoit pour l'arrêter, en disant : *Je ne reconnois point Philippe pour consul, puisqu'il ne me reconnoit pas pour sénateur*. Il plaidoit contre *Brutus*, citoyen débauché et peu digne du nom qu'il portoit. Le convoi de *Junie* passe par hasard devant l'endroit où se tenoit le jugement; alors *Crassus* apostrophant vivement *Brutus* : *Que veux-tu*, lui dit-il, que *Junie annonce de ta part à ton père ? ... Domitius* reprochoit à *Crassus* qu'il avoit pleuré la mort d'un poisson rare qu'il nourrissoit dans son vivier. — *Pour vous*, répondit *Crassus*, vous n'êtes pas si tendre, et vous n'avez pas même pleuré la mort de vos trois femmes.
CRATÉIS, (Mythol) divinité mère de *Scylla*, fut regardée comme la protectrice des sorciers, et présidant à leurs enchantemens. I. CRATÈRE, favori d'*Alexandre* le *Grand*, et rival d'*Antipater*, plut au conquérant Macédonien, par un air noble et majestueux, un esprit élevé, et un grand courage. C'étoit un courtisan vertueux, qui conserva les mœurs dures des Macédoniens, et qui parloit à son maître avec beaucoup de franchise. Aussi ce prince disoit : « *Éphestion* *aime en moi Alexandre, et Cratère aime le Roi* ». Il l'employoit pour traiter avec les Macédoniens, tandis qu'*Éphestion* traitoit avec les Perses. Après la mort d'*Alexandre*, il fut tué dans un combat contre *Eumenès*, qui le voyant expirer, descendit de cheval pour lui rendre les derniers devoirs.
II. CRATÈRE, Athénien, qui avoit recueilli les *Décrets* de ses concitoyens, ne doit pas être confondu avec le favori d'*Alexandre*. *Bayle* dit avec raison qu'il n'est pas vraisemblable que l'ami de ce héros se fût assujetti à écrire tous les arrêts du sénat de sa patrie; que ce travail demande un greffier, et non un homme de guerre. Les savans regrettent cet ouvrage, qui n'est pas venu jusqu'à nous. I. CRATÈS, fils d'*Asconde* disciple de *Diogène* le *Cynique*, naquit à Thèbes en Béotie. Il se livra de bonne heure à la philosophie, et pour n'être pas distrait pas les soins temporels, il vendit ses biens, et en donna le produit à ses concitoyens. C'est du moins ce que rapporte *Anthistènes*, et d'après lui *Diogène-Laërce*. *Philostrate*, qui raconte le même fait, dit qu'il jeta son argent dans la mer, en disant : *Périssez, funestes richesses; je vous engloutis de peur que vous ne m'engloutissiez*. D'autres disent qu'il déposa cet argent chez un banquier, à condition qu'il le donneroit à ses enfans, s'ils étoient insensés, c'est-à-dire, s'ils négligeoient la philosophie; et au public, s'ils la cultivoient, car ils n'auroient besoin de rien. On lui attribue ce tarif de dépense, assez plaisant : *Il faut donner à un Cuisinier dix mines, à un Médecin une dragme, à un flatteur cinq talens, de la* fumée à un homme à conseils, un talent à une Courtisane, et trois oboies à un Philosophe. Lorsqu'on lui demandoit à quoi lui servoit la philosophie : — A apprendre, répondoit-il, à se contenter de légumes, et à vivre sans soins et sans inquiétudes. Habillé fort chaudement en été, et fort légèrement en hiver, il se distinguoit en tout des autres hommes. Il étoit d'une mal-propreté insupportable, et cousoit à son manteau des peaux de brebis sans préparation ; singularité qui, jointe à sa laideur naturelle, en faisoit une espèce de monstre. Alexandre, curieux de voir ce Cynique, lui offrit de rebâtir Thèbes sa patrie. — Pourquoi cela, lui répondit Cratès ? Un autre Alexandre la détruiroit de nouveau. Le mépris de la gloire, l'amour de la pauvreté tiennent lieu de patrie : ce sont des biens que la fortune ne me ravira jamais. Sa vertu lui mérita la plus haute considération dans Athènes. Il connut toute la force de cette espèce d'autorité publique, et il s'en servit pour rendre ses compatriotes meilleurs. Patient jusqu'à supporter les coups, il ne se vengea d'un soufflet qu'il avoit reçu d'un certain Nicodrome, qu'en faisant écrire au bas de sa joue enflée : NICODROMUS FECIT ; C'est de la main de Nicodrome. Quoiqu'il fût laid et bossu, il inspira la passion la plus violente à Hipparchie, sœur du philosophe Métrocle. Il fit tout ce qu'il put pour la détacher d'un goût qui pouvoit paroître peu délicat. Il se présenta un jour tout au devant son amante : Voilà, dit-il en lui montrant un corps hideux, l'époux que vous demandez ; et jetait à terre son bâton et sa besace : Voici, ajouta-t-il, tout son bien... Hipparchie persistant dans son amour, le Cynique l'épousa ; mais il est absurde de croire ce que rapportent Diogène-Laërce, Sextus-Empiricus et Apulée, qu'il proposa à sa femme de consommer le mariage sous le Portique, et qu'elle y consentit. Cratès eut d'Hipparchie deux filles. Il les maria à deux de ses disciples, et les leur confia trente jours à l'avance, pour essayer s'ils pourroient vivre avec elles. Il vivoit vers l'an 328 avant J. C. On trouve des Lettres de lui dans les Epistolae Cynicae, imprimées en Sorbonne, sans date : livre rare.
II. CRATÈS, philosophe académicien d'Athènes, et disciple de Polémon, auquel il succéda dans son école, vers l'an 272 avant J. C. Ces deux philosophes s'aimèrent toujours avec une extrême tendresse. Cratès eut pour disciples Arcésilaüs, Bion de Boristhène, et Théodore, chef d'une secte. Il fut employé par ses compatriotes dans plusieurs ambassades.
CRATÈSIPOLIS, reine de Sicyone, se signala par sa valeur : c'est à cette qualité si rare dans une femme, qu'elle dut la conservation de ses états. Après la mort d'ilexandre son époux, s'étant mise à la tête des soldats qui lui étoient demeurés fidelles, cette héroïne marcha fièrement contre ceux de ses sujets qui avoient pris occasion de la mort du roi pour se révolter. Elle en fit pendre trente ou quarante des plus mutins, et rétablit par-tout le calme. Après avoir conquis son royaume, elle eut le gouverner, et fut enlevée à son peuple l'an 314 avant J. C., laissant une mémoire immortelle.
**CRATINUS**, un des meilleurs poètes et des plus grands buveurs de son temps, se fit connoître à Athènes par ses *Comédies*, et mourut à 97 ans, vers l'an 432 avant l'ère chrétienne. Sa plume n'épargnoit personne, pas même les premiers magistrats de la république. Quoiqu'une basse bouffonnerie et une grossière obscénité fissent ordinairement le fond des Comédies de *Cratinus*, le petit peuple d'Athènes le chassa une fois avec sa troupe, parce que la scène n'étoit pas assez bassement comique à son gré. *Quintilien* porte un jugement avantageux de ses pièces de théâtre; mais les fragmens qui nous restent sont trop peu de chose pour décider s'il méritoit cet éloge.
**CRATIPPUS**, philosophe Péripatéticien de Mitylène, où il enseigna la philosophie, alla ensuite à Athènes, et eut pour disciples le fils de *Cicéron* et *Brutus*. *Pompée* alla le voir après la bataille de Pharsale, et lui proposa des difficultés contre la providence. Le philosophe consola le guerrier, et justifia la Divinité.
**CRATON** ou de
**CRAFFTHEIM**, (Jean) né à Breslaw, en 1519, fut médecin des empereurs *Ferdinand I*, *Maximilien II* et *Rodolphe II*. C'est à cette occasion qu'il parodia un vers d'*Horace* : *Principibus placuisse viris non ultima laus est.* Il change ainsi : *Cæcaribus placuisse tribus non ultima laus est.* Ce docteur mourut en 1585, à 66 ans, dans sa patrie. On a de lui : *Iragoge Medicinæ*, à Ve- nise, en 1560, in-8°, et plusieurs ouvrages estimés des gens de l'art. L'auteur avoit pratiqué la médecine avec beaucoup de succès. C'étoit un homme de bonne mine, et il ressembloit parfaitement à l'empereur *Maximilien II*. On l'accusoit d'avoir l'humeur chagrine, et d'être trop attaché à l'argent.
**CRAYER**, (Gaspard) peintre d'Anvers, mort à Gand en 1669, réussit également dans l'histoire et dans le portrait. Le célèbre *Rubens* le regardoit comme son émule; et ce n'est pas un petit éloge pour ce peintre. La nature est rendue, dans ses ouvrages, avec une expression frappante et un coloris enchanteur. **L CRÉBILLON**, (Prosper Jolyot de) né à Dijon le 15 février 1674, d'un greffier en chef de la chambre des comptes, étudia au collège *Mazarin*, fit son droit et fut reçu Avocat. Il se mit à Paris chez un procureur, pour s'y former à l'étude du barreau; mais l'impétuosité de sa jeunesse fut un obstacle à ses succès. *Prieur*, c'étoit le nom de son procureur, lui voyant une répugnance naturelle pour la chicane, lui proposa de travailler pour le théâtre. Après avoir refusé plusieurs fois, le jeune *Crébillon* donna *Idoménée*, et ensuite *Atrée*. *Prieur*, attaqué d'une maladie mortelle, s'étoit fait porter à la première représentation de cette dernière Pièce; il dit à l'auteur en l'embrassant : *Je meurs content, je vous ai fait poète, et je laisse un homme à la Nation*.—Le jeune auteur marchoit avec gloire dans cette nouvelle carrière, lorsqu'il devint passionnément amoureux, et son amour finit par le mariage. Ses père, indigné contre lui de le voir livré au démon de la poésie, le déshérita ; mais étant tombé malade quelque temps après en 1707, il le rétablit dans tous ses droits. Ce rétablissement étoit assez inutile : tout le bien qu'il laissoit, avoit été ou vendu ou saisi. *Crébillon* se trouva, à la fleur de son âge, avec des lauriers et point de fortune. La mort de sa femme, arrivée en 1711, vint augmenter ses inquiétudes. Le sort ne répara ses injustices que long-temps après, en lui procurant l'emploi de censeur de la police, et en 1731 une place à l'académie Françoise. Son Discours de réception fut en vers ; lorsqu'il récita celui-ci, *Aucun fiel n'a jamais empoisonné ma plume.* Tous les spectateurs applaudirent avec transport, en reconnoissant sa vérité. Il obtint de plus grandes récompenses sur la fin de sa carrière, qui a été longue. Son tempérament étoit extrêmement robuste ; et s'il l'eût ménagé, ses jours se seroient étendu plus loin. Sa manière de vivre étoit assez singulière. Il dormoit peu, et couchoit presque sur la durée, non par mortification, mais par goût. Toujours entouré d'une trentaine de chiens et de chats, il avoit fait de son appartement une espèce de ménagerie. Pour dissiper les mauvaises exhalaisons de ces animaux, il fumoit beaucoup de tabac ; mais cette odeur ne remédioit pas entièrement à la corruption de l'air. Quand on lui demandoit le motif qui l'avoit déterminé à la solitude et à la société des animaux, il répondoit : *C'est que je connois les hommes.* S'il étoit malade, il se gouvernoit à sa fantaisie, ne voulant observer aucun régime, et se moquant des médecins et des remèdes. Il eut pendant long-temps une éryse-pelle aux jambes, et il mourut de ses suites le 17 juin 1762, à l'âge de 88 ans. Il aimoit la solitude, et là, à l'abri de toute distraction, il imaginoit des plans de romans, et les composoit ensuite de tête sans rien écrire. Un jour qu'il étoit fortement occupé, quelqu'un entra brusquement chez lui : « Ne me troublez point, lui cria-t-il ; je suis dans un moment heureux : je vais faire pendre un ministre fripon, et chasser un ministre imbécille. » *Crébillon* étoit modeste, vrai, sensible, d'un abord facile, officieux, enchanté des succès des jeunes auteurs, et les échauffant de sa flamme. La candeur et la facilité de ses mœurs alloient jusqu'à la bonhomie. Il ne se permettoit les bons mots qu'avec son fils, homme plein de sel et d'esprit. Se trouvant un jour dans une grande compagnie, on lui demanda *quel étoit celui de ses ouvrages qu'il estimoit le plus ?* question qui avoit été faite autrefois au grand *Corneille*. — *Je ne sais pas*, répondit-il, *quelle est ma meilleure production ; mais, ajouta-t-il en montrant son fils, voilà sans doute la plus mauvaise.* — *C'est*, répliqua vivement celui-ci, *qu'elle n'est pas du Chartreux.* Il faut se rappeler que les ennemis de ce grand homme avoient fait courir le bruit ridicule, qu'il devoit ses belles pièces à un solitaire de ses amis. *Crébillon* est le créateur d'une partie qui lui appartient en propre, de cette terreur qui est l'un des objets de la véritable tragédie. Après une représentation d'*Atrée*, on lui demandoit pourquoi il avoit adopté le genre terrible ? « Je n'avois point à choisir, répondit-il, *Corneille* avoit pris le Ciel, *Racine* la Térre; il ne me restoit plus que l'Enfer: je m'y suis jeté à corps perdu »: Hardi dans ses peintures, mâle dans ses caractères, et terrible dans ses plans, il marche avec gloire à la suite des tragiques de l'ancienne Grèce; mais il eût été à souhaiter qu'à leur exemple, il eût moins employé ces déguisemens, ces reconnoissances, qui appartiennent plutôt au roman qu'à la tragédie. C'est par *Idoménée* qu'il débuta en 1705. Quoiqu'on s'aperçoive que c'est l'ouvrage d'un jeune homme, que l'intrigue est foible et la diction lâche, on y admire cependant de beaux endroits et d'heureuses situations. Les scènes entre le père et le fils produisent le plus vif intérêt. Le sujet ne touche pas moins: son seul défaut est d'approcher de celui d'*Iphigénie* en Aulide. Bientôt après *Crébillon* développa tout ce qu'il étoit, dans sa tragédie d'*Atrée*, qui a un caractère plus fier et plus original. Le terrible, le pathétique qui y règnent, frappent tous les connoisseurs. Le rôle d'*Atrée* est l'un des plus beaux de notre théâtre; il se soutient dans toutes ses parties. La scène de la reconnoissance est admirable; celle de la coupe est du plus grand tragique. Le rôle de *Plisthène* forme un beau contraste avec celui d'*Atrée*. En un mot, cette tragédie, au défaut près de la seconde réconciliation, est de la plus grande manière. Le poète, à la vérité, a fait entrer de l'amour et un amour peu intéressant dans ce sujet terrible; mais le public, accoutumé alors aux fadeurs ridicules de la tendresse, n'auroit pu supporter un spectacle si effrayant, sans un peu de galanterie. Cette pièce, jouée en 1707, eut dix-huit représentations. Un Anglois qui avoit assisté à la première, dit à l'auteur que sa tragédie étoit plus faite pour le théâtre de Londres que pour celui de Paris; que cependant, tout Anglois qu'il étoit, la coupe pleine de sang l'avoit fait frémir. *Ah, Monsieur*, dit-il à *Crébillon*, *Transeat à me calix iste. Electre*, jouée à la fin de la même année, eut un brillant succès. Le fond du sujet intéresse et il est peint avec beaucoup de force; le rôle d'*Electre* est supérieur, ainsi que ceux d'*Oreste* et de *Palamède*. Ce dernier rôle, dit *Voltaire*, étoit celui qui en imposoit le plus. « On s'est aperçu depuis, ajoute-t-il, que ce rôle de *Palamède* est étranger à la pièce, et qu'un inconnu obscur qui fait le personnage principal dans la famille d'*Agamemnon*, gâte absolument ce grand sujet, en avilissant *Oreste* et *Electre*. Ce roman, qui fait d'*Oreste* un homme fabuleux sous le nom de *Tydée*, et qui le donne pour fils de *Palamède*, a paru trop peu vraisemblable. On ne peut concevoir comment *Oreste*, sous le nom de *Tydée*, ayant fait tant de belles actions à la cour de *Thyeste*, ayant vaincu les deux rois de Corinthe et d'Athènes; comment un héros, connu par ses victoires, est ignoré de *Palamède*. On a sur-tout condamné la partie carrée d'*Electre* avec *Itis*, fils de *Thyeste*, et d'*Iphianasse* avec *Tydée*, qui est enfin reconnu pour *Oreste*. Ces amours sont d'autant plus condamnables, qu'ils ne servent en rien à la catastrophe. On ne parle d'amour dans cette pièce que pour en parler. C'est une grande faute, il faut l'avouer, d'avoir rendu amoureuse cette *Electre*, âgée de 40 ans, dont le nom même signifie *sans foiblesse*, et qui est représentée dans toute l'antiquité, comme n'ayant jamais eu d'autre sentiment que celui de la vengeance de son père Il y a de belles tirades dans l'*Electre*. On souhaiterait en général, que la diction fût moins vicieuse, le dialogue mieux fait, les pensées plus vraies. « Ces observations de *Voltaire*, quoique sévères, ont paru justes aux connoisseurs. En effet, il faut convenir qu'*Electre* amoureuse n'est pas de la dignité du cothurne Grec; mais cet amour produit une scène touchante, celle dans laquelle *Electre* veut empêcher *lits* d'aller aux autels. Les autres défauts de cette pièce sont trop de complication, de longueurs, de descriptions : une partie du second acte est écrite du style de l'épopée. *Voltaire* a donné le même sujet sous le nom d'*Orest*. Lorsqu'il présenta sa pièce à *Crébillon*, censeur des ouvrages dramatiques, il commença par s'excuser de ce qu'il avait osé être son rival; on dit que *Crébillon* lui répondit : *J'ai été content du succès de mon Électre. Je souhaite que le Frère vous fasse autant d'honneur que la Sœur m'en a fait.* — La tragédie de *Rhadamiste*, qu'on représenta trente fois en 1711, est une des plus belles pièces qui soient restées sur notre théâtre, quoique méprisée par *Despréaux*. Un de ses amis ayant voulu lui en faire la lecture lorsqu'il étoit dans son lit, n'attendant plus que l'heure de la mort; le satirique l'interrompit, après en avoir écouté deux ou trois scènes : *Eh ! mon ami*, lui dit-il, *ne mourrai-je pas assez promptement ?* Les Pradons, dont nous nous sommes moqués dans notre jeunesse, étoient des Soleils auprès de ceux-ci. Boileau disoit encore de *Crébillon* : « Que c'étoit *Racine* ivre. » Ce qui indisposait sur-tout ce poète, c'étoit le style. Celui de *Crébillon* ressemble assez à sa manière : il est vigoureux et énergique; ce qui entraîne souvent des incorrections, des tours durs et barbares; mais ces fautes de grammaire disparaissent devant les beautés mâles, les caractères soutenus et les vers de génie dont ses tragédies étincellent. Il y a d'ailleurs dans *Rhadamiste* du tragique, de l'intérêt, des situations, des vers frappans. La reconnoissance de *Rhadamiste* et de *Zénobie* plaît beaucoup. Le rôle de *Zénobie* est noble; elle est vertueuse et attendrissante. On fit deux éditions de cette pièce en huit jours. *Rhadamiste* reçut les plus grand applaudissements à Versailles, qui, pour cette fois, fut d'accord avec Paris. *Crébillon* conçut alors assez d'orgueil de son succès pour croire et avouer avec naïveté que les pièces de *Voltaire*, qui comme coïent à éclipser sa gloire, n'étoient toutes que *Rhadamiste* refait. Il profita de ce succès pour aller solliciter quelque grâce à la cour; il n'y trouva que de la froideur. Quittant, sans regret, un séjour si peu fait pour lui, il prit pour devise : *Ne t'attends qu'à toi seul*; et il continua de travailler pour le théâtre. *Semiramis*, donnée au théâtre en 1717, fut beaucoup critiquée, et avec raison. Le défaut le plus grand de cette pièce, est que *Semiramis*, après avoir reconnu *Ninias* pour son fils, en est encore amoureuse; et ce qu'il y a d'étrange, c'est que cet amour est sans terreur et sans intérêt. Les vers sont mal faits, la conduite très-mauvaise, et nulle beauté n'en rachète les défauts. La tragédie du même nom par *Voltaire*, pleine de beautés supérieures, a fait oublier celle de *Crébillon*. Le public vit avec plaisir *Pyrrhus*. Il y a du génie dans le plan, quoique trop compliqué; mais peu d'intérêt dans la pièce, trop de langueur dans le dialogue et d'apprêt dans le style. Le cinquième acte offre une très-belle situation, il est fâcheux qu'elle soit prévue dès le troisième. Cette pièce fut reprise en 1778, mais sans succès, malgré tous les soins de l'acteur *Molé* pour la faire réussir. *Xercès* avoit précédé *Sémiramis*, et n'avoit eu que deux représentations : on le joua en 1714, mais il n'a été imprimé qu'en 1749. Cette pièce n'est guère mieux conduite, que celle de *Cirano de Bergerac*. Le public fut sur-tout révolté de ces vers d'un scélérat nommé *Artaban*, qui va assassiner son maître : *Amour d'un vain renom, foiblesse scrupuleuse,* *Cessez de tourmenter une ame généreuse,* *Digne de s'affranchir de vos soins odieux ;* *Chacun a ses vertus, ainsi qu'il a ses Dieux.* *Dès que le sort nous garde un succès favorable,* *Le sceptre absout toujours la main la plus coupable ;* *Il fait du parricide un homme généreux ;* *Le crime n'est forfait que pour les malheureux.* C'étoit tout à la fois de l'atrocité et du galimathias; et il faut avouer que *Crébillon* met trop souvent dans la bouche de ses héros, des maximes détestables, dignes de *Cartouche*. Ce poète travailla pour le théâtre jusqu'à la fin de ses jours. Il fit représenter *Catilina* en 1749, à 72 ans. Il y avoit si long-temps qu'il avoit promis cette tragédie, que le public s'écrioit quelquefois avec *Cicéron* : *Jusqu'à quand abuserez-vous, Catilina, de notre patience ?* Cet ouvrage annoncé, comme le fruit d'un travail de vingt années, comme un chef-d'œuvre supérieur à toutes les tragédies de *Voltaire*, par les ennemis de ce dernier, fut applaudi avec transport dans les premières représentations : on le jugea plus sévèrement à la lecture. Le héros de la pièce parut un colosse. *Catilina* est trop grand, et les autres personnages trop petits; tout est impitoyablement sacrifié à ce caractère dominant. *Cicéron* est entièrement éclipsé; il perd tout, jusqu'au don de la parole. On fut sur-tout étonné de la manière dont ce grand homme est avili. *Cicéron* conseillant à sa fille de faire l'amour à *Catilina*, étoit couvert de ridicule d'un bout à l'autre de la pièce. Lorsque l'auteur récita cet endroit à l'académie dans une séance ordinaire, il s'appergut que ses auditeurs, qui connoissoient *Cicéron* et l'histoire Romaine, secouoient la tête. L'auteur s'adressa à l'abbé d'*Olivet*, l'enthousiaste de *Cicéron* : *Je vois bien, lui dit-il, que cela vous déplaît.*—Point du tout, répondit cet académicien, cet endroit est digne du reste. J'ai beaucoup de plaisir à voir *Cicéron* le complaisant de sa fille. Une courtisane, nommée *Fulvie*, déguisée en homme, étoit encore une étrange indécence. Il y a des défauts de conduite essentiels dans le quatrième acte : le dénouement est étranglé. L'auteur avoit craint de ne pouvoir renfermer son sujet en moins de sept actes ; il n'en a pas même rempli quatre. La versification est pleine de termes populaires, de phrases barbares, de constructions louches, de tours prosaïques. On trouve au milieu de ces imperfections quelques vers sublimes, jamais six beaux vers de suite ; quatre ou cinq portraits d'hommes illustres, dessinés avec force, mais sans coloris.—*Crébillon* fit le *Triumvirat*, à l'âge de 80 ans. Un de ses amis le pressant de finir cette tragédie, il lui dit : *J'ai encore l'enthousiasme et le feu de mes premières années*. Le public ne jugea pas de même, lorsque la pièce parut, précédée d'une Épître chagrine, dans laquelle il se plaignoit de la plus horrible cabale. Il y a quelquefois des cabales ; mais quelle intrigue du parterre ou des loges, peut empêcher le public de revenir entendre un ouvrage, s'il en est content ? *Crébillon* ne vouloit ni qu'on s'opposât à ses succès, ni qu'on les lui assurât par des moyens avilissans. Un de ses amis lui demandait des billets pour la première représentation de *Catilina* : *Vous savez bien*, lui dit-il, que je ne veux pas qu'il y ait personne dans le *Parterre*, qui se croie obligé de m'applaudir.—*Aussi*, lui répondit son ami, *ce n'est pas pour vous faire applaudir que je vous demande ces billets*. Soyez sûr que ceux à qui je les donnerai, seront les premiers à siffler la pièce, si elle le mérite.—*En ce cas*, dit *Crébillon*, vous en aurez.—Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on a de lui quelques *Pièces de vers*. Le ton boursouflé y domine ; mais on y rencontre quelques vers heureux. Le génie de *Crébillon*, semblait avoir été confiné par la nature dans le genre terrible. Vouloit-il faire d'autres vers, même de ceux qu'on se permet dans la société ? Il étoit empoulé ou plat. *Louis XV*, bien-faiteur de *Crébillon*, et pendant sa vie et après sa mort, lui fit élever un tombeau. Ce monument a été exécuté en marbre par le savant ciseau de *le Moine*, dans l'église paroissiale de Saint-Gervais, où le moderne *Eschyle* a été inhumé. Ses *Œuvres* ont été imprimées au Louvre, en 2 vol. in-4.º On en a plusieurs autres éditions inférieures : la première, en 2 vol., grand in-12, 1759 ; l'autre, de 1772, en 3 vol., petit in-12, très-élégante ; une troisième, de 1785, en trois vol. in-8.º, avec figures. *Desray*, libraire à Paris, en a publié une autre dans ces derniers temps, très-recherchée, sur papier vélin, ornée de belles figures, 2 vol. in-8.º
II. CRÉBILLON, (Claude-Prosper Jolyot de) fils du précédent, naquit à Paris le 12 février 1707, et y est mort le 12 avril 1777, à 70 ans. Son père s'étoit fait remarquer par un pinceau mâle et vigoureux ; le fils brilla par les graces, la légèreté, la causticité maligne de sa conversation et de ses écrits, et pourroit être surnommé le *Pétrone* de notre nation, comme son père en est l'*Eschyle*. Aussi l'abbé *Boudot*, qui vivoit familièrement avec lui, lui dit un jour, pour repousser quelques-unes de ses plaisanteries : *Tais-toi... Ton père étoit un grand homme ; tu n'es, toi, qu'un grand garçon*. « *Crébillon* le père, dit d'*Alembert*, peint du coloris le plus noir les crimes et la méchanceté des hommes. Le fils a tracé, du pinceau le plus délicat et le plus vrai, les raffinemens, les nuances et jusqu'aux graces de nos vices; cette légèreté séduisante qui rend les François ce qu'on appelle aimables, et ce qui ne signifie pas dignes d'être aimés; cette activité inquiète, qui leur fait éprouver l'ennui jusqu'au sein du plaisir même; cette perversité de principes, déguisée, et comme adoucie par le masque des bien-séances; enfin, nos mœurs, tout à la fois corrompues et frivoles, où l'excès de la dépravation se joint à l'excès du ridicule. » Ce parallèle, qui est bien fait, prouve combien est absurde le jugement de l'éditeur de *Ladvocat*, qui dit que les Romans de *Crébillon* sont très-intéressans, parce que tous les sentimens y sont puisés dans un cœur sensible. Ce n'est pas assurément par-là qu'ils intéressent; et l'auteur peint plus qu'il ne sent. Nous ajouterons que ses derniers romans ne sont souvent que de foibles copies des premiers; que dans tous, le style prête beaucoup à la censure, et que le dessin est préférable au coloris. *Crébillon* n'eut d'autre place que celle de censeur royal. Il vécut avec son père, comme avec un ami et un frère. Son mariage avec une Angloise, que *Crébillon* le père n'approuvoit point, ne causa entre eux qu'une mésintelligence passagère. Les principaux ouvrages du fils sont: - I. *Lettres de la Marquise au Comte de \*\*\**, 1732, 2 volumes - in-12. II. *Tanzaï et Nédarné*, 1734, 2 vol. in-12. Ce roman, plein d'allusions satiriques et souvent inintelligibles, fit mettre l'auteur à la Bastille, et fut plus couru qu'il ne méritait de l'être. On ne sait à quoi tend cet ou- vrage, ni quel en est le but. Il y a d'ailleurs des tableaux trop libres, et le style offre beaucoup de phrases longues et confuses. III. *Les Égaremens du cœur et de l'esprit*, 1736, trois parties in-12. C'est le roman le plus piquant de *Crébillon*. Les mœurs d'un certain monde y sont peintes avec des couleurs vives et vraies. La modestie ne tient pas toujours le pinceau, et les femmes se plaignirent dans le temps, de ce que l'auteur, profondément instruit des déréglemens du cœur humain et s'en exagérant peut-être la perversité, ne croyoit pas assez à la vertu. IV. *Le Sopha, conte moral*, 1745, 1749, 2 vol. in-12. Ce prétendu conte moral, qu'on auroit mieux intitulé: *Antimoral*, est une galerie de portraits, souvent licencieux, des femmes de tous les états. On ne sait comment M. de la Bretonne a pu dire: « qu'il ne connoissoit pas de traité de morale, qui vaille la scène entre *Zulica*, *Mazulim* et *Nassès*. » Les gens de bien auroient désiré que le romancier eût plus respecté la pudeur; et les gens de goût, qu'il eût mis dans ce roman plus d'action et de variété. V. *Lettres Athéniennes*, 4 vol. in-12, 1771, dont on peut faire les mêmes éloges et les mêmes critiques que de ses autres ouvrages. VI. On a encore de lui: *Ah ! quel conte !* 1764, 8 parties, in-12. VII. *Les Heureux Orphelins*, 1754, 2 vol. in-12. VIII. *La Nuit et le moment*, 1755, in-12. IX. *Le Hasard du coin du feu*, 1763, in-12. X. *Lettres de la Duchesse de \*\*\**, etc., 1768, 2 vol. in-12. On lui attribué les *Lettres de la Marquise de Pompadour*, trois petites brochures in-12; mais on doute qu'elles soient de lui. C'est le 60 CRE une espèce de roman épistolaire, écrit avec légèreté et quelquefois avec hardiesse ; mais qui n'apprend que peu de particularités sur celle dont il porte le nom. On a recueilli les *Œuvres de Crébillon fils*, en 11 vol. in-12, 1779.
CREDI, (Lanrenzo di) célèbre peintre de Florence, mort en 1530, à 78 ans, fut grand imitateur de *Léonard de Vinci*, et fit de si belles copies de ses tableaux, qu'on les distinguoit difficilement des originaux.
CRÉECH, (Thomas) né à Blanford en Angleterre l'an 1659, cultiva la poésie et les lettres, et n'en vécut pas moins dans l'indigence. Une humeur sombre qui le jetoit dans des passions violentes, fit le malheur de sa vie, et occasionna sa mort. Amoureux d'une demoiselle qui ne répondoit point à ses feux, quoique bien d'autres eussent un facile accès auprès d'elle, il se pendit de désespoir, sur la fin de juin 1700, à 41 ans. On a de lui plusieurs *Traductions*: I. Celle de *Lucrèce*, en vers anglois, imprimée à Oxford en 1683, in-8.º II. Une autre en prose, du même poète, avec des notes, préférable à la première : la meilleure édition est de Londres, 1717, in-8.º III. La *Version* de plusieurs morceaux de *Théocrite*, d'*Horace*, d'*Ovide*, de *Juvenal*.
CRELLIUS, (Jean) le second apôtre des Unitaires après *Socin*, d'un village près de Nuremberg, exerça le ministère à Cracovie, professa la théologie dans l'école de cette ville, et y mourut à 42 ans, en 1632. Ses ouvrages tiennent le second rang dans la *Bibliothèque des Frères Polonais*, par la modération du style, et par la profondeur captieuse du raisonnement. Les principaux sont : I. *Traité contre la Trinité* : Goude, 1678, in-16 : il a été réfuté par le P. *Pétan*. II. Des *Commentaires sur une partie du Nouveau Testament*. III. Des *Écrits de Morale*, dans lesquels il permet aux maris de battre leurs femmes. Cette décision révolteroit, à coup sûr nos François. IV. Une *Réponse* à *Grotius*, qui avoit écrit contre *Fauste Socin*. — Il y a eu un autre *CRELLIUS*, (*Paul*) Luthérien d'Isleb, mort en 1679, qui a écrit contre les Catholiques et les Calvinistes. — Un *CRELLIUS*, chancelier de Saxe, fut condamné en 1592, à être décapité, pour avoir tenté d'introduire le Calvinisme dans cette contrée.