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03.0 Dictionnaire historique — CRÉMONINI – DANCOURT

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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CRÉMONINI, (César) professeur de philosophie à Ferrare et à Padoue, s'acquit tant de réputation, que les princes et les rois voulurent avoir son portrait. Ses talens étoient obscurcis par de grands défauts, la méchanceté, l'envie, la fourberie, la médisance et l'irréligion. Il étoit né à Cento dans le Modénois, en 1550 ; il mourut à Padoue, de la peste, en 1630, à 80 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. *Aminta e Clori favola silvestre*, Ferrare, 1591, in-4.º II. *Il Nascimento di Venetia*, Bergame, 1617, in-12. III. *De Physico auditu*, 1596, in-fol. IV. *De Calido innato*, 1626, in-4.º V. *De Sensibus et facultate appetita*, 1644, in-4.º, et d'autres ouvrages qui prouvent que son symbole se réduisoit à peu d'articles. Il croyoit l'ame matérielle, capable de corruption, et mortelle, ainsi que l'ame des brutes, au cas, disoit-il pour se sauver par cette res- triction captieuse, qu'il fallût suivre les principes d'Aristote.
CRÉNIUS, (Thomas) de la Marche de Brandebourg, recteur en Hongrie, correcteur d'imprimerie à Roterdam et à Leyde, mourut dans cette dernière ville, en 1728, à 89 ans, après avoir inondé l'Europe de ses compilations. Les plus utiles sont: I. Consilia et methodi aureæ studiorum optimè instituendorum, Roterdam, 1692, in-4.º Ce volume fut suivi de deux autres, imprimés en 1696, à Leyde. Le premier est intitulé: De Philologia, et studiis liberalis doctrinae. Le second: De eruditione comparanda. C'est une collection de préceptes sur la manière d'étudier les différentes sciences renfermées dans ces trois livres. Ses autres ouvrages sont: II. Musæum Philologicum, 2 volumes in-12. III. Thesaurus Librorum Philologicorum, 2 vol. in-8.º IV. De furibus Librariis, à Leyde, 1705, in-12. V. Fasciculi Dissertationum Philologo-Historicarum, 5 vol. in-12. VI. Dissertationes Philologicae, 2 volumes in-12. VII. Commentationes in varios Auctores, 3 vol. in-12.
CRENNE, (Élisène de) savante de Picardie, dans le 16e siècle, dédia à François I, les quatre premiers livres de l'Enéide qu'elle avoit traduits. On a encore d'elle un petit ouvrage intitulé: Des Angoisses douloureuses qui procèdent d'Amour. L'auteur parut les avoir vivement éprouvées.
CRÉON, roi de Thèbes en Béotie, frère de Jocaste, s'empara du gouvernement, après la mort de Laïus, mari de sa sœur.
CRÉ 61 Œdipe, auquel il céda le sceptre, s'étant retiré à Athènes, il le reprit encore, et se signala par des cruautés. Il fit mourir Argie et Antigone, celle-ci pour avoir enséveli ses frères, et l'autre son époux. Les dames Thébaines portèrent Thésée à lui déclarer la guerre; et ce héros lui ravit la couronne et la vie, l'an 1250 avant J. C.—Il ne faut pas le confondre avec Cæon, roi de Corinthe, qui reçut à sa cour Jason, et l'accepta pour gendre, quand il se fut dégoûté de Médée. Celle-ci, pour se venger, mit le feu au palais de Créon, qui y périt avec toute sa famille.
CRÉOPHILE, ancien poète de l'isle de Samos, fut, dit-on, le maître d'Homère, qui célébra ses vertus et sur-tout son hospitalité dans un poème qui s'est perdu.
CRÉPIN et CRÉPINIEN, (Saints) étoient deux frères très-attachés au Christianisme, qui quittèrent Rome pour venir l'annoncer dans les Gaules. Ils s'arrêtèrent à Soissons, où, quoique d'une famille distinguée, ils exercèrent le métier de Cordonniers, pour pouvoir répandre plus facilement, à la faveur de leur profession, la lumière de l'Evangile. On les dénonça à l'emperour Maximien-Hercule, qui les remit entre les mains du préfet des Gaules, nommé Rictiovare ou Ilicius-Varus. Ce préfet n'ayant pu ébranler la foi des deux frères, il leur fit trancher la tête vers l'an 287. L'intérêt de la vérité nous force à dire, d'après le Père Longueval, que quoique leur martyre soit constant, les actes qui en rapportent les circonstances, et qui leur donnent 62 CRÉ la profession de Cordonnier, sont assez incertains.
CRÉPITUS, (Mythol.) Divinité ridicule des anciens Égyptiens. On la représentoit sous la figure d'un petit enfant accroupi, qui sembloit se presser pour donner plus de liberté aux vents intérieurs qui l'incommodoient. I. CRÉQUI, (Charles de) prince de Foix, gouverneur du Dauphiné, pair et maréchal de France, étoit devenu duc de Lesdiguières, par son mariage avec Magdeleine et Françoise de Bonne, filles du fameux duc de Lesdiguières, qu'il épousa successivement. Il se distingua dans toutes les occasions, depuis le siège de Laon, en 1594, jusqu'à sa mort. Son duel contre Don Philippin, bâtard de Savoie, servit beaucoup à répandre son nom. La querelle vint d'une écharpe. Créqui ayant emporté un fort sur les troupes du duc de Savoie, Don Philippin, pressé de se retirer, changea son habit pour celui d'un simple soldat, sans faire attention qu'il laissoit une belle écharpe, devenue le partage d'un homme du régiment de Créqui. Le lendemain, un trompette des troupes de Savoie, vint demander les morts : Créqui le chargea de dire à Don Philippin, qu'il fût plus soigneux à l'avenir de conserver les faveurs des dames. Ce reproche irrita Don Philippin, qui lui envoya un cartel. Le François porta par terre le Savoyard d'un coup d'épée, lui donna la vie, et un chirurgien pour le panser. On fit courir le bruit, que Créqui s'étoit vanté d'avoir eu du sang de Savoie. Don Philippin, indigné contre le duc, l'envoya appeler une seconde fois. Le bâtard de Savoie ne fut pas plus heureux que la première : il laissa la vie près du Rhone en 1599. Depuis ce combat, Créqui ne cessa de se signaler. Il reçut le bâton de maréchal de France en 1622, secourut Ast et Verrue contre les Espagnols, prit Pignerol et la Maurienne en 1630, défit les troupes d'Espagne au combat du Tésin en 1636, et fut tué d'un coup de canon au siège de Brême en 1638, agé d'environ 60 ans, comme il se rangeoit près d'un gros arbre pour pointer ses lunettes. On fit ce disque sur sa mort : Qui fuit eloquii flumen, qui flumen in armis, Ad flumen, Martis flumine, clarus obis. On y fait allusion à son éloquence, qui étoit très-persuasive, et qu'il rendoit plus efficace encore par sa politesse et sa magnificence. Il fit éclater ces qualités à Rome, où le roi l'envoya ambassadeur extraordinaire auprès du pape Urbain VIII en 1633. Son vrainom étoit Blanchefort. La branche aînée de Créqui fut éteinte dans Antoine de Créqui, cardinal, évêque d'Amiens, mort en 1574, à 43 ans. Ce prélat héritier de ses frères, laissa tous ses biens à Antoine de Blanchefort, fils de sa sœur Marie de Créqui. Charles de Créqui eut deux fils, François-Emmanuel, qui épousa la fameuse duchesse de Lesdiguières ; et Charles duc de Créqui, mort en 1687, et dont le fils mourut en 1711, sans laisser des enfans. Mais il existe des branches collatérales des véritables Créqui en Artois.
II. CRÉQUI, (François de) arrière-petit-fils du précédent, maréchal de France en 1668, fut défait malgré des prodiges de va-
CRÉ - 63 leur en 1675, près de Consarbrick sur la Sère. C'étoit un homme, dit Voltaire, d'un courage entre- prenant, capable des actions les plus belles et les plus témé- raires, dangereux à sa patrie au- tant qu'aux ennemis. Échappé à peine, lui quatrième, au combat dé Consarbrick, il courut à travers de nouveaux périls se jeter dans Trèves. Il aime mieux être pris à discrétion, que de capituler. Il fut fait prisonnier de Charles IV, duc de Lorraine, par la trahison insigne d'un nommé Bois-Jour- dan, qui fit la capitulation à l'insçu du maréchal. Les deux cam- pagnes de 1677 et 1678, montré- rent en lui des talens supérieurs. Il ferma l'entrée de la Lorraine au duc Charles V, le battit à Kochersberg en Alsace; prit Fri- bourg à sa vue, passa la rivière de Kins en sa présence, le pour- servit vers Offembourg, le char- gea dans sa retraite; et ayant, amnédiatement après, emporté le fort de Kell l'épée à la main, il alla brûler le pont de Stras- bourg. En 1684 il prit Luxem- bourg, et mourut trois ans après, la quatre février 1687, à 63 ans, avec la réputation d'un homme qui eut pu remplacer le maréchal de Turenne, lorsque l'âge auroit modéré le feu de son courage. Le maréchal de Créqui étoit gé- néral des galères depuis 1661. Le grand Condé n'aimoit pas ce capitaine; cependant, après l'af- faire de Consarbrick, il ne put s'empêcher de dire à Louis XIV: SIRÉ, Votre Majesté vient d'ac- quérir le plus grand homme de guerre qu'elle ait eu. Créqui ne laissa d'Armande de Saint-Gelais, son épouse, qu'une fille mariée a Charles Holland de la Tre- moille, duc de Thouars. Voyez ALEXANDRE VII et BONA.
CRÉS, (Mythol.) fils de Ju- piter, régna après son père sur la Crète, et donna son nom à cette isle, où la plupart des dieux et des déesses avoient pris nais- sance, et qui étoit célèbre par sa fertilité et ses cent villes, les lois de Minos, son labyrinte, et les cérémonies des Curètes et des Corybantes.
CRESCENS, philosophe Cy- nique vers l'an 154 de J. C., se rendit infame par ses débauches, et par ses calomnies contre les Chrétiens. Il excita Marc-Aurèle à les persécuter. C'est contre lui que St. Justin écrivit sa seconde Apologie, et Crescens pour toute réponse le dénonça et le fit mourir.
CRESCENTIIS, (Pierre de) natif de Boulogne, voyagea peu- dant 30 ans, exerçant la pro- fession d'avocat pour se dérober aux troubles de sa patrie. A l'âge de 70 ans il revint pour s'occuper d'un ouvrage sur l'agriculture, qu'il dédia à Charles II, roi de Sicile, qui mourut en 1308. Il est intitulé: Opus ruralium commo- dorum. Il y en a deux éditions rares: à Louvain 1474; et Flo- rence 1481, in-fol. Il se trouve aussi dans Rei rustica Scriptores de Gesner, Leipzig, 1435, 2 vols in-4.º On en a une Traduction françoise; Paris, 1486, in-fol. Il y en a une italienne, Florence, 1605, in-4.º
CRESCENTIUS NUMAN- TIANUS, patrice Romain, s'em- para du chateau St-Ange vers 985, et exerça dans Rome des cruau- tés inouïes. Ses crimes ne demeu- rèrent pas impunis; l'empereur Othon III lui fit trancher la tête.
CRESCIMBENI, (Jean- Marie) naquit à Macerata, ca. pitale de la Marche d'Ancone, en 1663. Ses talens pour la poésie et l'éloquence se développèrent de bonne heure. Ses vers eurent d'abord un goût d'enflure et de pointe; mais le séjour de Rome, et la lecture des meilleurs poètes Italiens, le ramenèrent à la nature. Non-seulement il changea lui-même de style, mais il entreprit de combattre le mauvais goût, et de donner des règles du bon. Ce fut en partie par ce motif, qu'il travailla à l'établissement d'une nouvelle académie, sous le nom d'*Arcadie*. Les membres de cette compagnie ne furent d'abord qu'au nombre de quatorze; mais il augmenta depuis. Ils s'appellèrent les *Bergers d'Arcadie*, et prirent chacun le nom d'un berger, et celui de quelque lieu de l'ancien royaume d'Arcadie. Le fondateur de cette société en fut nommé directeur en 1690. Pendant 38 ans qu'il conserva ce poste, il déclara la guerre sans ménagement à ces pompeuses extravagances, à ces faux brillans, à ces clinquans que les Italiens avoient pris si long-temps pour de l'or. *Crescimbeni* mourut en 1728 à 64 ans, chanoine de Ste-Marie *in Cosmedia*, membre de la plupart des académies d'Italie, et de celle des *Curieux de la Nature* en Allemagne. Durant sa dernière maladie, il fit les vœux simples des Jésuites. *Crescimbeni* étoit un petit homme maigre, d'une voix cassée et rauque, et dont la figure n'annonçoit pas le génie. Mais des manières enragantes, et une douceur extrême, malgré son tempérament bilieux, lui gagnoient tous les cœurs. Parmi le grand nombre d'ouvrages en vers et en prose dont il a enrichi sa patrie, on ne citera que les principaux: I. *Histoire de la Poésie Italienne* fort estimée, et réimprimée en 1731 à Venise, en 7 vol. in-4.º Cette Histoire est accompagnée d'un commentaire semé d'anecdotes, non-seulement sur la vie des anciens poètes Italiens, mais encore sur celle des anciens poètes Provençaux, pères des Italiens. Il y a quelques inexactitudes, comme dans tous les ouvrages de ce genre. II. *La Vie du cardinal de Tournon*, in-4.º III. *L'Histoire de l'Académie des Arcades*, et *la Vie des plus illustres Arcadiens*, 1708, 7 vol. in-4.º IV. *Un Recueil de leurs Poésies Latines*, en 9 vol. in-8.º V. *Recueil de Poésies à l'honneur de Clément XI*, in-4.º VI. Une version en vers italiens des *Fables de Bernard Baldi*, Rome, 1702, in-12. VII. *Abrégé de la Vie de la Ste Vierge*, en italien. VIII. *Plusieurs Vies particulières*, etc. etc.
CRESCONIUS, évêque d'Afrique, sur la fin du 7$^{e}$ siècle, est auteur d'une *Collection de Canons*. On la trouve dans la *Bibliothèque du Droit-Canon*, donnée au public par *Voël* et *Justel* en 1661, 2 vol. in-folio. Ce recueil est une preuve de l'érudition de l'auteur.
CRESPET, (Pierre) religieux Célestin, né à Sens en 1543, mourut à 51 ans en 1594, après avoir refusé un évêché que *Grégoire XIV* vouloit lui donner. On a de lui: *Summa Catholica Fidei*, Lyon, 1598, in-fol.; *Le Jardin de plaisir et récréation spirituelle*, 1602, in-8º; et d'autres ouvrages dans lesquels il y a plus d'érudition que de critique. On lui attribue encore un ouvrage singulier, publié en 1590, sous ce titre: *De la Haine réciproque de l'homme et du diable*.
CRESPHONTE,
CRESPHONTE, rentra avec ses deux frères, Aristodène et Témène, dans le Péloponnèse, huit ans après la prise de Troie, se fit roi de la Messénie, et y devint la tige des Héraclides.
CRESPI, (Joseph-Marie) élève de Cignani, né à Bologne en 1665, mort dans la même ville en 1747, se forma sur les ouvrages du Baroche, du Titien, de Paul Véronèse. Une imagination vive et riante répandoit des charmes sur ses tableaux et sur ses discours. Les grands recherchoient sa conversation, les artistes ses ouvrages. Ses figures sont lumineuses et saillantes, ses caractères frappans et variés, son dessin correct.
CRESPIN, Voy. CRÉPIN (St) et CRISPIN.
CRESSI, Voyez GARLANDE et MONTCHÉRI.
CRESSY, (Sérénus) Bénédictin Anglois, a publié une Vie de St. Julien, premier évêque du Mans, et une Histoire ecclésiastique d'Angleterre, qui n'est pas sans mérite. Cressy est mort à la fin du 17e siècle.
CREST, (la Bergère de) C'est sous ce nom qu'est connue, dans l'histoire des délires des hommes, une visionnaire nommée Isabeau Vincent, fille d'un cardeur de laine du diocèse de Die. Elle apprit le rôle de prophétesse, en gardant les moutons d'un laboureur son parrain. Un homme inconnu la dressa à ce manège. Elle fit ses premiers essais dans des maisons obscures, où elle prêchoit et prophétisoit à son aise. Rome étoit, selon elle, une Babylone, et la messe une idolâtrie. Les Calvinistes crioient par-tout au mi- racle. Le ministre Jurieu, qui avoit adopté tant d'autres extravagances, ne manqua pas de se déclarer pour celle-ci. La bergère, animée par sa réputation, prophétisa plus que jamais, mêlant à son galimathias des passages de l'Écriture, des lambeaux de sermons, de mauvaises plaisanteries contre le pape. Son enthousiasme fit quelques prosélytes, et en auroit fait davantage, si l'intendant du Dauphiné ne l'eût fait arrêter. Conduite à l'hôpital-général de Grenoble, elle revint de ses égaremens, et finit par une mort édifiante, vers la fin du dernier siècle.
CRESTE, (Jeanne) célèbre Lyonnoise, mérita avec sa compatriote Paula, les hommages des grands et des poètes du 16e siècle. Ceux-ci disoient qu'on accouroit de toutes parts pour voir les plus belles des belles, et qu'on ne savoit qu'admirer le plus, de leur esprit ou de leur beauté.
CRÉSUS, Voyez CRÉSUS.
CRÉTÉ, (Mythol.) fils de Minos et de Pasiphaé. Ayant consulté l'oracle sur sa destinée, il apprit qu'il seroit tué par son fils Althémène. Ce jeune prince, instruit du malheur qui menaçoit son père, tue une de ses sœurs que Mercure avoit outragée, marie les autres à des princes étrangers, et se bannit de sa patrie. Crété sembloit être en sureté : mais ne pouvant vivre sans son fils, il équipa une flotte, et l'alla chercher. Il aborda à Rhodes, où Althémène étoit. Les habitans prirent les armes pour s'opposer à Crété, croyant que c'étoit un ennemi qui venoit les surprendre. Althémène, dans le combat, décocha une flèche à son père : ce malheureux prince en mourut, avec le chagrin de voir l'accomplissement de l'oracle; car, son fils s'approchant pour le dépouiller, ils se reconnurent. Al-themène obtint des Dieux que la terre s'entr'ouvrit pour l'engloutir sûr-le-champ.
CRÉTENET, (Jacques) chirurgien, natif de Champlite en Bourgogne, entra dans l'état ecclésiastique, après avoir perdu sa femme. Secondé par le prince de Conti et le marquis de Coligni, il avoit déjà institué les Prêtres-missionnaires de Saint-Joseph de Lyon. L'archevêque de cette ville, fâché qu'un chirurgien se mêlât de gouverner des prêtres, l'avoit excommunié. Mais étant ensuite informé du mérite de l'institu-teur, il le favorisa, ainsi que ses Disciples. L'abbé Crétenet mourut le 3 septembre 1666, à 63 ans, avec une grande réputation de vertu. On a sa Vie écrite par M. Orama. Sa congrégation, consacrée aux missions et à l'éducation des ecclésiastiques dans les séminaires, fut peu répandue.
CRÉTHÈUS, (Mythol.) femme d'Acaste roi de Thessalie, concut une violente passion pour Pélée. Ce jeune prince étant insensible à ses feux, elle persuada au roi son époux, qu'il avoit tenté de la corrompre. Acaste irrité exposa Pélée aux Centaures; mais il retourna vainqueur, après avoir tué de sa main, et son accusatrice et son juge.
CRÉTHÈUS, (Mythol.) père d'Eson et aïeul de Jason, fonda la ville d'Iolchos en Thessalie, et en fit la capitale de ses états. L'ermadice son épouse, accusa faussement le jeune Phryxus d'a- voir voulu la séduire : Créthèus voulut aussitôt le faire périr, mais ce prince se sauva avec sa sœur Hellé.
CRÉTIN, (Guillaume sur Bois, dit) chantre de la Sainte-Chapelle de Paris, trésorier de celle de Vincennes, Chroniqueur, c'est-à-dire, historien du roi sous Charles VIII, Louis XII et François I, mourut l'an 1525. Il étoit originaire de Lyon, ou des environs de cette ville, et non de Paris, comme le dit l'abbé Goujet. Clément Marot l'appelle le Souverain Poète François; mais le poète souverain ne seroit à présent sur notre Parnasse, que parmi les esclaves des Muses. Ses productions, réimprimées à Paris en 1724, 10-12, offrent trop de jeux de mots, de pointes et d'équivoques, comme l'a remarqué Rabelais dans son Pantagruel, où Crétin paroît sous le nom de vieux Rominagrobis. Ce goût insipide de plats jeux de mots, a reparu depuis peu sous le nom de calembours. Le siècle dernier ne vit-il pas renaître en France, sous le nom de Turlupins, les bizarreries du vieux Crétin ? Dans les plus beaux jours des lettres et de la poin-tesse, sous le règne de Louis XIV, la cour en fut infectée, et d'Armagnac, grand écuyer de France, ayant demandé à Henri-Jules, prince de Condé, pourquoi l'on disoit Guet-à-Pan, et non pas Guet-à-d'Inde ? — Par la même raison, lui répondit le prince, qu'on dit que M. d'ARMAGNAC est un Turlupin, et non pas un Tur-luchène. L'abbé Goujet, dans le dixième tome de sa Bibliothèque, a donné un long article sur Crétin et sur ses ouvrages.
CREVANT, Voy. HUMÈRES. CRÈVECŒUR, (Philippe de) sieur d'Esquerdes, maréchal de France, d'une famille ancienne, étoit fils de Jacques de Crèvecœur, ambassadeur du duc de Bourgogne auprès du roi d'Angleterre, mort en 1441. Philippe s'attacha d'abord au duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, et se signala à la bataille de Montbéri en 1465. Après la mort de ce prince, son bienfaiteur, au lieu de demeurer fidelle à sa fille, il se vendit à Louis XI, et lui fut fort utile. Il surprit Saint-Omer avec six cents hommes seulement, se rendit maître de Térouanne, et fit prisonniers les comtes d'Egmont et de Nassau. Charles VIII le menoit à la conquête du royaume de Naples, lorsque la mort l'enleva à l'Arbresle près de Lyon, en 1494, sans postérité. Grand capitaine et habile négociateur, il mérita que Louis XI le recommandut en mourant au Dauphin son fils, comme un homme également sage et vaillant. Ce dernier prince ordonna que, lorsqu'on transporteroit son corps à Boulogne, où il est enterré, on lui rendroit les mêmes honneurs qu'à celui d'un roi de France. Le maréchal de Crèvecœur avoit une si grande antipathie pour les Anglois, qu'il disoit quelquefois : Je consentirois de passer un an ou deux en enfer, pourvu que je pusse les chasser de Calais.
CREVEL, (Jacques) avocat, membre de l'académie royale des belles-lettres de Caen, naquit l'an 1692 à Ifs près de cette ville. Une élocution aisée, un esprit vif et pénétrant, et d'excellentes études, le firent bientôt distinguer dans le barreau. Aux exercices de son état, il joignit la place de professeur royal de droit François dans l'université de Caen, qui le nomma recteur en 1721. Son rectorat est remarquable par la réparation éclatante des Jésuites envers cette université, qu'ils avoient outragée dans une de leurs Pièces de théâtre. C'est à lui qu'elle doit aussi le rétablissement des processions solennelles qu'on a coutume de faire dans les occasions d'éclat. L'ardeur de son zèle pour le bien public lui attira quelques affaires; mais ses talens et sa probité lui gagnèrent une confiance générale. Il mérita aussi la bienveillance de l'illustre d'Aguesseau, et mourut le 23 décembre 1764, à 72 ans, avec la réputation de citoyen très-jaloux de l'ordre, et d'ami fidelle. On a de lui quelques Odes et Poésies latines et françoises, et plusieurs Mémoires intéressans.
CRÉVIER, (Jean-Baptiste-Louis) né à Paris en 1693, d'un Ouvrier imprimeur, fit ses études avec distinction sous le célèbre Rollin, et devint professeur de rhétorique au collège de Beauvais. Après la mort de son illustre maître, il se chargea de la continuation de l'Histoire Romaine, dont il donna huit volumes. Il publia ensuite divers autres ouvrages, jusqu'à sa mort. Il termina sa carrière à Paris le 1er décembre 1765, à 73 ans. Cet écrivain étoit recommandable par ses vertus : il formoit ses disciples à 11 religion, comme à la littérature. Mais il n'avoit pas ce liant, ce caractère attachant de Rollin : sa vertu paroissoit sèche et roide. Son goût pour l'étude et pour le travail ont produit les livres suivants : L'Îti-Livii Patavini Historiarum Libri xxxv, cum notis, 1748, 6 vol. in-4.º L'édition que nous indiquons, n'est pas la seule de cet ouvrage. L'auteur l'a enrichie de notes savantes et laconiques, et d'une préface écrite avec esprit et élégance, mais d'un style trop oratoire. II. La *Continuation de l'Histoire Romaine* de M. Rollin, depuis le neuvième volume jusqu'au seizième. On y trouve moins de digressions sur des points de morale et de religion, que dans les premiers volumes; mais si le disciple est supérieur en ce genre à son maître, il est au-dessous de lui dans le coloris et la noblesse de la diction, et dans l'élévation des pensées. III. *L'Histoire des Emperours Romains*, jusqu'à Constantin, 6 vol. in-4°, et 12 vol. in-12, 1749 et années suivantes. On y trouve de l'exactitude dans les faits; mais il n'est pas toujours heureux dans le choix des détails, ni intéressant dans la façon de les présenter. On désirerait plus de pureté dans son style, et sur-tout moins de latinismes. IV. *Histoire de l'Université de Paris*, en 7 vol. in-12, estimable pour les recherches; mais l'auteur néglige son style: il manque quelquefois de justesse dans l'expression, et emploie des termes trop familiers. Il était cependant plus propre à écrire l'Histoire de l'Université que l'Histoire Romaine. V. *Observations sur l'Esprit des Lois*, in-12, où il y a peu de profondeur. VI. *Rhétorique Française*, 1765, en 2 vol. in-12. Les leçons que donne l'auteur sont exactes et judicieuses, et le choix des exemples est assez bien fait. Mais le second volume du Traité des études de Rollin, son maître, offre une éloquence plus douce, qui n'est pas incompatible avec le genre didactique, et la lecture en est bien plus agréable. La *Rhétorique de Crévier* a été réimprimée en 1787 à Liège, 2 vol. in-12. I. CRÉUSE, fille de Priam, roi de Troie, femme d'Enée et mère d'Ascagne, périt en se sauvant avec son mari, pendant l'incendie de Troie.
II. CRÉUSE ou GLAUCÉ, fille de Créon, roi de Corinthe, épousa Jason, après qu'il eut répudié Médée; celle-ci, irritée contre sa rivale, la fit mourir par une robe empoisonnée qu'elle lui envoya, et étendit sa vengeance sur presque toute la famille royale de Créon. La nouvelle épouse se sentit brûler en elle-même: elle se précipita aussitôt dans une fontaine pour éteindre le feu qui la dévoreait; mais elle en empoisonna l'eau, et périt ainsi misérablement.—On connoit une autre CRÉUSE, fille d'Erecthée, roi d'Athènes, mère d'Ion, qui donna son nom à l'Ionie, partie de l'ancienne Grèce.
CREUZÉ-LA-TOUCHE, (N°) d'abord lieutenant-général de la sénéchaussée de Chatellevaut, fut député aux états de 1789, puis au Conseil des anciens, et devint enfin membre du Sénat conservateur. Ses opinions furent modérées et pour l'ordinaire judicieuses: il est auteur de quelques Opuscules relatifs à la législation et à l'économie politique.
CRICHTON, (Jean) fut de tous les enfans précoces, le plus célèbre et le plus remarquable. Né en 1551 dans le comté de Perth en Écosse, il avoit à peine vingt ans, qu'il écrivoit et parloit dix langues différentes, et était supérieur dans tous les exercices du corps. A cet âge, il vint à Paris. « Il arriva, dit un auteur contemporain, au I. CROMWEL, (Thomas) fils d'un forgeron de Pulney, d'abord soldat, ensuite domestique du cardinal *Wolsey*, apprit, sous ce politique, l'art de se conduire à la cour. *Henri VIII* étoit alors passionnément amoureux d'*Anne de Boule*. Il s'attacha à elle, et devint, par son crédit, premier ministre. *Cromwel* étoit secrètement Luthérien : il ne fut pas favorable, comme on pense, à la religion Catholique. Le roi, qui s'étoit déclaré chef de l'église Anglicane, le choisit pour son vicaire-général dans les affaires ecclésiastiques. Il voulut même qu'il présidât au synode et à l'assemblée des évêques qui devoit se tenir pour reconnaître sa primauté, quoiqu'il fût laïque, et qu'il ne fût pas assez savant pour présider à ces conférences. Il ne cessa d'aigrir son prince contre les Catholiques. Il se servit de sa faveur et de son autorité pour les persécuter, et en fit mourir plusieurs. Quelques-uns s'étant sauvés, il conseilla au roi de faire une ordonnance, par laquelle les sentences rendues contre les criminels de lèse-majesté, quoique absens et non entendus, auroient la même force que celles des *Douze Juges*, qui composent le tribunal le plus intègre de l'Angleterre. Il fut la première victime de son conseil. *Henri VIII*, dégoûté d'*Anne de Clèves* que *Cromwel* lui avoit fait épouser, résolut de perdre l'auteur de cette union. *Catherine Howard*, nièce du duc de Norfolk, avoit gagné le cœur de ce prince : le duc se servit d'elle, pour précipiter un ministre qu'il détestoit. Il obtint une commission de l'arrêter. Plus le parlement avoit flatté *Cromwel* dans la faveur, plus il s'empressa de l'opprimer dans la disgrace. On l'accusa d'hérésie et de haute trahison. On le condamna, dit l'abbé *Millot*, sans examen et sans preuves. Il implora en vain la clémence du bizarre et cruel *Henri VIII*, par une lettre aussi humble que touchante : il eut la tête tranchée, le 28 juillet 1540, trois mois après que *Henri* l'eut élevé au comble de la fortune et de la gloire. Tous ses biens furent confisqués. Ce ministre méritoit, à quelques égards, un sort moins funeste. Élevé du rang le plus bas, il ne fut ni arrogant avec ses inférieurs, ni ingrat envers ses amis ; mais il ne sut pas réprimer sa haine contre ceux qui n'avoient pas la même religion que lui, et cette intolérance fut une des sources de ses malheurs.
II. CROMWEL, (Olivier) naquit dans la ville de Huntington, le 25 avril 1599. Ainsi il est faux qu'il soit né le même jour que mourut la reine *Elisabeth*, comme l'ont assuré quelques historiens. Il ne savoit d'abord s'il seroit ecclésiastique, ou militaire : il fut l'un et l'autre. Il fit en 1622, une campagne dans l'armée du prince d'*Orange*. Il servit ensuite contre la France, au siège de la Rochelle. Lorsque la paix fut conclue, il vint à Paris, où il fut présenté au cardinal de *Richelieu*, qui dit en le voyant : *Son air me plaît beaucoup, et, si sa physionomie ne me trompe, ce sera un jour un grand homme*. Étant allé visiter le château de Vincennes, il répondit à un de ses compatriotes qui lui disoit : *Voilà le château qui a servi quelquefois de prison aux Princes*. — *Je le sais ; mais il ne faut toucher les Princes qu'à la tête*. *Cromwel* eut une jeunesse assez orageuse. Il se livroit tous les jours à la cra- pule, dans les cabarets de Lon- dres, avec un charretier nommé Pride, et un boucher appelé Harisson, qu'il éleva ensuite au grade de colonel. Cependant il as- piroit à être évêque; il s'intro- duisit auprès de Williams son parent, évêque de Lincoln, de- puis archevêque d'Yorck. Chassé de la maison de ce prélat, parce qu'il étoit Puritain, il s'attacha au parlement qu'il servit contre Charles I. Il commença par se jeter dans la ville de Hull, as- siégée par le roi, et la défendit avec tant de valeur, qu'il eut une gratification de six mille francs. On le fit bientôt colonel, et ensuite lieutenant-général, sans le faire passer par les autres grades. Jamais on ne montra plus d'activité et de prudence. Dans un combat près d'Yorck, il fut blessé au bras d'un coup de pisto- let; et, sans attendre qu'on eût mis le premier appareil à sa plaie, il retourne au champ de bataille, que le général Manchester alloit abandonner aux ennemis, rallie, pendant la nuit, plus de douze mille hommes, leur parle au nom de Dieu, recommence la bataille au point du jour contre l'armée royale victorieuse, et la défait en- tièrement. Aussi intrigant qu'in- trépide, il avoit publié un livre in- titulé: La Samarie Angloise; ou- vrage dans lequel il appliquoit au roi et à toute sa cour, ce que l'Ancien-Testament dit du règne d'Achab. Afin de mieux allumer le feu de la rebellion, il fit un second livre, comme pour servir de réponse au premier, qu'il in- titua: Le Prothée Puritain. Il y traitoit d'une manière très-im- périeuse les deux chambres du parlement, et les sectes opposées à la royauté et à l'épiscopat. Il re- pandit dans le public, que cet ouvrage avoit été composé par les partisans du roi: animant tous les partis les uns contre les au- tres, pour venir à bout de gou- verner seul. Ces libelles, aujourd' hui ignorés, excitèrent alors une violente fermentation. On ne par- loit, à l'armée, comme dans le parlement, que de perdre Baby- lone, de briser le Colosse, d'a- néantir le Papisme et le Pape, et de rétablir le vrai culte dans Jérusalem. Lorsque Cromwel fut envoyé pour punir les universités de Cambridge et Oxford, roya- listes zélées, ses soldats se signa- lèrent par des exécutions aussi odieuses que barbares. Ils firent des cravates avec des surplis, et des housses à leurs chevaux avec des ornemens d'église. Les salles et les chapelles servirent d'écuries. Les statues du roi et des Saints eurent le nez et les oreilles coupés. Les professeurs furent brutale- ment châtiés, et quelques-uns assommés à coups de bâton. La bibliothèque d'Oxford, (Voyez II. COTTON) composée de plus de quarante mille volumes, ras- semblés, pendant plusieurs siè- cles, de divers endroits du monde, fut brûlée en un seul matin. Dans une nouvelle expédition contre cette ville, Cromwel tua, de sa propre main, le fameux colonel Legda. Dès qu'Oxford fut pris, il fit prononcer au parlement la dé- position de son roi, en 1646. Il restoit encore une statue de ce malheureux prince dans la Bourse, endroit où s'assembloient les né- gociens de Londres; on la fit abat- tre, et on mit à la place cette ins- cription: CATHLES, le dernier des Bois et le premier tyran, sortit de l'Angleterre l'an du salut 1646, et le premier de la liberté de toute la Nation... Cromwel, proclamé généralissime, après la démission de *Fairfax*, défit le duc de *Buckingham*, tua plus de douze officiers de sa main, comme un grenadier furieux et acharné, battit et fit prisonnier le comte de *Holland*, et entra dans Londres en triomphateur. Les ministres des différentes églises de cette ville l'annoncèrent en chaire comme l'*Ange tutélaire des Anglois*, et l'*Ange exterminateur de leurs ennemis*... Le temps étoit venu, ajoutoient-ils, auquel l'œuvre du Seigneur allait s'accomplir. Il ne tarda pas à l'être. *Charles I* eut la tête tranchée, le 9 février 1649. Lorsqu'il fallut signer la sentence qui le condamnoit, *Cromwel* prit la plume, et noircit d'encre le visage de son voisin, qui lui rendit sa plaisanterie. Quel temps pour plaisanter ! Un mois après l'exécution, *Cromwel* abolit la monarchie, et la changea en république. Cet usurpateur, à la tête du nouveau gouvernement, établit un conseil d'état, et donna à ses amis, qui le composoient, le titre de *Protecteurs du Peuple* et de *Défenseurs des Lois*. Le titre de *Protecteur* lui plaisoit à lui-même. Ayant envoyé, dans ce temps-là, son portrait à la reine *Christine*, il l'accompagna de deux vers latins, dont le sens étoit : *Les armes à la main, j'ai défendu les Lois ;* *D'un Peuple audacieux j'ai vengé la querelle.* *Regardez, sans frémir, cette image fidèle :* *Mon front n'est pas toujours l'épouvante des Rois.* Pour maintenir son usurpation dans les trois royaumes, il passa en Irlande et en Écosse, et eut par-tout les plus grands succès. Lorsqu'il étoit dans ce dernier pays, il apprit que quelques mem- membres du parlement vouloient lui ôter le titre de généralissime ; il vole à Londres, se rend au parlement, oblige les députés de se retirer, et, après qu'ils sont tous sortis, il ferme la salle, et fait poser cet écriteau sur la porte : *Maison à louer*. Un nouveau parlement qu'il assembla, lui conféra le titre de *Protecteur*. « Il ai-moit mieux, disoit-il, gouverner sous ce nom, que sous celui de Rot, parce que les Anglois se voient jusqu'où s'étendoient les prérogatives d'un roi d'Angleterre, et ne savoient pas jusqu'où celles d'un Protecteur pouvoient aller. » Ayant appris que le parlement vouloit encore lui ôter ce titre, il entra dans la salle des communes, et dit fièrement : *J'ai appris, Messieurs, que vous avez résolu de m'ôter les lettres de Protecteur*. Les voilà, dit-il, en les jetant sur la table : *Je serois bien aise de voir, s'il se trouvera parmi vous quelqu'un assez hardi pour les prendre*. Quelques membres lui ayant reproché son ingratitude, ce fourbe fanatique leur dit d'un ton d'enthousiaste : *Le Seigneur n'a plus besoin de vous ; il a choisi d'autres instrumens pour accomplir son ouvrage*. Ensuite, se tournant vers ses officiers et ses soldats : *Qu'on emporte, leur dit-il, la masse du Parlement ; qu'on nous défasse de cette marotte*. Après ces paroles, il fit sortir tous les membres, ferma la porte lui-même, et emporta la clef. C'est par cette fermeté, secondée de l'hypocrisie, qu'il parvint à se faire roi, sous un nom modeste : mais il n'en fut pas plus heureux. Tourmenté sans cesse par la crainte d'être assassiné pendant la nuit, *Cromwel* fit faire un grand nombre de chambres dans l'appartement du palais de Whitehall, qui re- garde la Tamise. Chaque chambre avait une trappe, par laquelle on pouvoit descendre à une petite porte qui donnoit sur la rivière. C'étoit là que Cromwel se retiroit tous les soirs. Il ne menoit per- sonne avec lui pour le désha- biller, et ne couchoit jamais deux fois de suite dans la même cham- bre. Craint au-dedans, il ne l'étoit pas moins au-dehors. Les Hol- landois lui demandèrent la paix, et il en dicta les conditions, qui furent qu'on lui payeroit trois cent mille livres sterlings, et que les vaisseaux des Provinces- Unies baisseroient pavillon de- vant les vaisseaux Anglois. L'Es- pagne perdit la Jamaïque, restée à l'Angleterre. La France recher- cha son alliance; la prise de Dun- kerque en fut le fruit. Le Portu- gal reçut les conditions d'un traité onéreux. Cromwel ayant ap- pris avec quelle hauteur ses ami- raux s'étoient conduits à Lis- bonne : Je veux, dit-il, qu'on respecte la République Angloise, autant qu'on a respecté autrefois la République Romaine. Dans le traité qu'il fit avec la France, il fit mettre son nom avant celui de Louis XIV, à qui il ne voulut pas donner le titre de Roi de France, mais celui de Roi des François, et il se qualifia Pro- tecteur d'Angleterre et de France : aussi on dit alors que le cardinal Mazarin, qui se prêta à tout ce qu'exigea l'orgueilleux usurpa- teur, avoit moins peur du diable que de Cromwel. Ses troupes étoient toujours payées un mois d'avance, les magasins fournis de tout, le trésor public garni de trois cent mille livres ster- lings. Il projetoit de s'unir avec l'Espagne contre la France; de se donner Calais avec le secours des Espagnols, comme il avoit eu Dunkerque par les mains des François. Mazarin, qui lui avoit remis cette dernière place avec peine, l'appeloit, dans ses conver- sations familières, un fou heu- reux; mais, assez politique pour le traiter en grand roi, il lui envoya Mancini son neveu, en lui faisant témoigner son regret de ne pouvoir lui faire sa cour en personne. Cependant les plus noirs chagrins dévoroient ce cœur al- tier. Ses gendres, ses propres filles détestoient son usurpation. Les terreurs de la tyrannie l'agitoient plus que jamais. Couvert d'une cuirasse, chargé d'armes offen- sives, environné d'une garde nom- breuse, il voyoit le fer des assas- sins toujours prêt à venger la mort de Charles I. Ce cruel état d'une ame ambitieuse et bourrelée, lui causa une fièvre lente, qui parut bientôt dangereuse. L'idée de la vie future frappa son esprit, et lui inspira des remords. Il demanda à un ministre, s'il étoit bien vrai qu'un élu ne pouvoit jamais tom- ber, ni courir les risques de la réprobation ? Rien n'est plus cer- tain, répondit l'ecclésiastique. — Je n'ai donc rien à craindre, dit Cromwel, car je suis sûr d'a- voir été autrefois en état de grace. Avec une pareille doctrine, qui n'est pas celle de tous les Ré- formés, le plus grand scélérat pourroit jouir de la douce sécu- rité des justes. Ses aumôniers le rassurèrent davantage par le récit des révélations flatteuses, qui ne laissoient aucun doute sur sa gué- rison. Accoutumé à se répattre de ces chimères, il les saisit avi- dement, comme un gage infailli- ble de ce qu'il souhaitoit. Croyez- moi, disoit-il à son médecin, le Seigneur accorde mon rétablis- sement aux prières de tant de sainte ames. Vous pouvez être fort fort habile dans votre profession; mais la nature est au-dessus de tous les médecins du monde, et Dieu infiniment au-dessus de la nature. Le médecin surpris que, n'ayant pas vingt-quatre heures à vivre, il osât dire avec tant d'assurance qu'il seroit bientôt rétabli, lui en témoigna son étonnement. Vous êtes un bon homme, répartit le politique; ne voyez-vous pas que je ne risque rien par ma prédiction? Si je meurs, au moins le bruit de ma guérison, qui va se répandre, retiendra les ennemis que je puis avoir, et donnera le temps à ma famille de se mettre en sureté; et si je réchappe, car vous n'êtes point infaillible, me voilà reconnu de tous les Anglois comme un homme envoyé de Dieu, et je ferai d'eux tout ce que je voudrai. Cette réponse, rapportée par plusieurs historiens, ne paroît guères être conforme à l'esprit de dissimulation de Cromwel: mais il est des momens où le masque tombe du visage des hommes les plus fourbes. Quoi qu'il en soit, le Protecteur mourut le 3 septembre 1658, âgé de 59 ans. Son caractère a été si bien peint par Bossuet, que ce portrait ne peut qu'être bien placé ici. « Un homme, dit cet écrivain éloquent, s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout cacher, également actif et infatigable et dans la paix et dans la guerre; qui ne laissoit rien à la fortune, de ce qu'il pouvoit lui ôter par conseil ou par prévoyance; d'ailleurs, si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué aucune des occasions qu'elle lui a présentées. » Cromwel se maintint autant par l'artifice que par la force; mé- nageant toutes les sectes, ne persécutant ni les Catholiques, ni les Anglicans; enthousiaste avec des fanatiques, austère avec des Presbytériens, se moquant d'eux tous avec les Déistes, et ne donnant sa confiance qu'aux Indépendans. Sobre, tempérant, économe, sans être avide du bien d'autrui, laborieux et exact dans toutes les affaires, il couvrit, dit un historien, des qualités d'un grand roi, tous les crimes d'un usurpateur. Son cadavre, embauché et enterré dans le tombeau des rois avec beaucoup de magnificence, fut exhumé en 1660, au commencement du règne de Charles II, traîné sur la claie, pendu et enséveli au pied du gibet. On trouve, dans le Dictionnaire des Sciences Morales et Politiques par Robinet, un très-long parallèle entre Cromwel et César; en voici l'extrait: « César et Cromwel commencèrent leur établissement dans le monde d'une manière presque semblable. Lorsqu'il ne subsistoit plus dans Rome que l'ombre de la liberté, par l'ambition de plusieurs citoyens, qui, se disputant à l'envi la souveraineté, faisoient de l'Italie un théâtre de sang et d'horreur, César ne s'y distinguoit que par ses débauches. Ce génie, qui dans la suite étonna l'univers, ne faisoit encore aucune sensation; Sylla fut le seul aux yeux duquel il n'échappa pas. Sa pénétration lui fit découvrir dans ce jeune homme, à travers ses étourderies et son libertinage, les talens les plus extraordinaires, et l'ambition la plus turbulente. Dès lors il prédit l'élévation future de César, par ces mots remarquables: Malè præcinctum juvenem cavete, méfiez-vous de ce jeune homme qui porte sa ceinture si lâche. Dans le temps que Cromwel faisoit ses études en l'université d'Oxford, il se faisoit plutôt remarquer par le relâchement de ses mœurs, que par aucune qualité brillante... A Rome, Marius, Sylla et les triumvirs avoient successivement tyrannisé leurs compatriotes, et fait gémir sous leurs vexations la république, avant que César eût enfanté le plan de sa révolution. En Angleterre, les procédés arbitraires de la chambre étoilée, l'imposition illégale d'une taxe sur la construction des navires, avoient rendu le nom du roi odieux. Le peuple, excité par Pym et Hamdem, se trouvoit tout disposé à secouer le joug du pouvoir arbitraire, avant que Cromwel devint le principal chef de l'opposition dans la chambre des communes. César et Cromwel se distinguèrent d'abord l'un et l'autre dans l'art oratoire. César fut regardé comme l'un des plus grands orateurs de son siècle; et son éloquence lui procura ce crédit et ce grand nombre d'amis, qu'il fit servir à l'exécution de ses desseins. Cromwel, qui avoit puisé dans les prédicateurs fanatiques de son siècle tout le feu de l'enthousiasme, possédoit à un degré extraordinaire le talent de la parole. Rarement il manquoit de persuader, parce qu'il s'exprimoit toujours en homme pleinement convaincu de ce qu'il disoit. On doit croire pourtant qu'à cet égard, le dictateur de Rome surpassa de beaucoup le héros Anglois; et cela, par rapport aux différens pays où ils vécurent. En Italie, l'éloquence, la poésie et généralement toutes les branches de la littérature, tendoient à leur perfection du temps de César; au lieu qu'en Angleterre, le goût s'étoit cor- rompu par le pédantisme du roi Jacques; les procédés tyranniques de son successeur occasionnèrent des dissensions, qui s'opposant aux progrès des arts et des sciences, étoient près de replonger l'état dans cette ignorance crasse, d'où l'on avoit eu bien de la peine à le retirer sous le règne d'Elisabeth. Si l'on suit César et Cromwel du sénat aux camps, la ressemblance ne sera pas moins frappante. Ce fut dans son expédition des Gaules, que César gagna l'affection de ses soldats, et qu'il s'acquit cet empire et cette supériorité, qui le mirent en état de déclarer la guerre au sénat et à tous les plus grands généraux de la république. Ce fut par des succès inouis en Irlande et en Écosse, que Cromwel vint à bout de soumettre ce même parlement qui l'avoit revêtu de la puissance souveraine, et de supplanter tous les généraux qui lui portoient envie, ou qui s'opposoient à ses prétentions. Si l'on envisage César et Cromwel, comme donnant la loi à leur pays, le parallèle subsiste en son entier. Tandis qu'ils tenoient les rênes du gouvernement, ils montrèrent l'un et l'autre, dans leur conduite, une foiblesse dont ils parurent exempts dans le temps qu'ils s'efforçoient le plus d'atteindre au pouvoir suprême. Voici une particularité sur-tout, qui a quelque chose de frappant: César refusa le diadème, quoiqu'il eût toujours montré le plus ardent désir de l'obtenir. Cromwel refusa d'accepter la couronne quand elle lui fut offerte; et l'on dit qu'il mourut de chagrin, d'avoir si mal profité de cette bonne fortune. L'Histoire ancienne ne fournit aucun exemple d'un conquérant qui ait répandu moins de sang que César; ni l'histoire moderne, d'un héros qui ait commis moins de cruautés que Cromwel... Marius, Sylla et Cinna exercèrent des barbaries qui eussent révolté l'âme généreuse de César; on ne peut lire sans horreur l'histoire de leurs proscriptions sanglantes. Cromwel témoigna la même aversion à répandre le sang humain, quoiqu'on fait rendu responsable injustement, des cruautés qu'exercèrent ses soldats dans le saccage de certaines villes d'Irlande. Ces deux hommes se ressembloient dans leurs vertus et même dans leurs défauts. On ne sauroit disculper César d'avoir manqué de politique et de discernement en quelques occasions. On lui reproche entr'autres d'avoir vécu sans cesse au milieu de ses ennemis, et d'avoir répandu les plus grandes faveurs et les plus grandes distinctions sur Brutus, qui parut ensuite au nombre de ses assassins. Cromwel commit de même la plus grande indiscrétion, en faisant condamner le colonel Lilburn, pour avoir tenu des discours injurieux contre sa personne et contre son gouvernement. Cette rigueur, mal entendue et tout-à-fait hors de saison, ne servit qu'à démontrer la foiblesse de son pouvoir. Ce fut une grande erreur de sa part d'avoir recours aux lois, tandis qu'il sentoit que sa puissance n'étoit fondée que sur le renversement de toutes les lois. Quant à leur manière d'envisager la mort, César a l'avantage sur Cromwel. Celui-là mourut comme il avoit vécu, en héros. Cromwel, au lit de la mort, ne soutint pas le caractère de héros, ni même de guerrier. L'enthousiasme fanatique auquel il s'étoit livré pendant sa jeunesse, vint reprendre son pouvoir sur son âme; et il fit paroitre toute la timidité d'un religionnaire qui craint la mort, dans le temps même où il dit qu'il met tout son bonheur dans l'autre vie. » Voyez sa Vie par Létis et par Ragurnet, en 2 vol. in-12. Celle-ci est la plus exacte : elle est aussi in-4. Voyez HARRISON et IRETON.
III. CROMWEL, (Richard) fils du précédent, succéda au protectorat de son père; mais n'ayant ni son courage, ni son hypocrisie, il ne sut ni se faire craindre de l'armée, ni en imposer aux partis et aux sectes qui divisaient l'Angleterre. C'étoit un jeune homme modéré, simple dans ses mœurs, aussi indolent que doux, élevé en province, loin de l'intrigue et des affaires, et qui n'avoit ni des goûts, ni des habitudes, ni des talens propres à remplacer l'usurpateur. Peut-être eût-il conservé l'autorité de son père, s'il avoit voulu faire mourir trois ou quatre officiers qui s'opposaient à son élévation. Il aima mieux faire ce qu'on exigeoit de lui, se démettre, en 1659, du gouvernement, que de régner par des assassinats. Le parlement lui donna deux cent mille livres sterlings, en l'obligeant de sortir du palais des rois. Il obéit sans murmure, et vécut en particulier paisible, cultivant les vertus propres à la société, moins puissant, mais plus heureux que son père. Il poussa sa carrière jusqu'à 80 ans, et mourut le 24 juillet 1702, ignoré dans le pays dont il avoit été quelques jours le souverain. Après sa démission du protectorat, il avoit voyagé en France. Le prince de Conti, frère du grand Condé, qui le 84 CRO vit à Montpellier sans le connoître, lui dit un jour : Olivier Cromwel étoit un grand homme ; mais son fils Richard est un misérable, de n'avoir pas su jouir du fruit des crimes de son père... Une partie des parens du tyrannique protecteur disparut : les autres reprirent le nom de Williams, qu'ils avoient quitté, et échappèrent ainsi à l'exécution publique. — Henri CROMWEL, frère cadet de Richard, fut envoyé, en 1654, par Olivier Cromwel son père, en Irlande avec le titre de colonel, et il obtint ensuite le commandement de cette isle. Henri la gouverna avec tant de douceur et d'intelligence, qu'on n'avoit jamais joui d'une si douce tranquillité, ni vu le commerce si florissant. Son frère Richard ayant été déposé en 1659, le parlement dépouilla Henri de la vice-royauté ; et l'histoire ne fait plus mention de lui. Ainsi voilà les deux fils d'un homme qui avoit régné en souverain, condamnés à l'obscurité. Leur sort fut peut-être plus digne d'être envié par les sages, que celui de leur père. Pourquoi celui-ci réussit-il, tandis que les autres échouèrent ? « c'est qu'indépendamment des talens, dit un philosophe, Olivier parut précisément dans le seul temps où son fanatisme et son courage pouvoient avoir du succès. Sous une princesse, telle qu'Élisabeth, il risquoit d'être pendu : sous Charles II, il n'eût peut-être été que ridicule. Il vint heureusement dans le temps où l'on étoit dégoûté des rois ; et son fils Richard, dans le temps où l'on étoit las d'un protecteur. »
CRONEGK, (Jean-Fréderic baron de) né à Anspach en 1731, mort de la petite vérole en 1758, à 27 ans, étoit d'une famille ancienne. Doué d'une imagination vive, il eut beaucoup de goût pour la poésie, et se distingua en Allemagne comme un poète aimable, ingénieux et sensible, mais trop souvent négligé. Il parcourut une partie de l'Europe, et s'arrêta sur-tout à Paris, où il se concilia l'amitié et l'estime des savans, sur-tout celle de Mad. de Graffigni. On imprima ses Œuvres en allemand, à Leipzig, en 1760. On y trouve divers Poèmes : des Pièces de théâtre, dont quelques-unes ne sont pas sans mérite ; des espèces d'Élégies, sous le nom de Solitudes, etc. Voyez son éloge dans le Journal étranger, janvier 1761.
CRONSTEDT, (Alexandre-Fréderic, baron de) né en Sudémanie en 1722, mort en 1765, découvrit un nouveau demi-métal nommé Nikel et la Zéolite, sur lequel il composa un Mémoire, qu'on trouve dans ceux de l'académie de Stockholm, de 1756, et où il démontre que ce fossile forme un nouvel ordre dans les pierres simples. On a encore de lui, un Essai sur un système de minéralogie. L'abbé Talier en a donné une traduction Italienne, Venise 1777, in-8. Les minéraux y sont classés suivant leurs éléments constitutifs.
CROPANO, (Jean de) capucin Italien, né dans la province de Reggio, a publié quelques ouvrages historiques sur la Calabre, tels que Calabria illustrata. — Calabria dichiarata, con inscrizioni e medaglie, 1691, in-f. fig. On lui doit encore des Sermons, des Commentaires sur l'Écriture, et d'autres ouvrages pieux.
CROS, (Pierre du) docteur et proviseur de Sorbonne, fut doyen de l'église de Paris, puis évêque d'Auxerre en 1349, et cardinal en 1350. Il mourut de la peste, à Avignon en 1361. — Il ne faut pas le confondre avec le cardinal Pierre du Cros, archevêque d'Arles, mort en 1388. — Jean du Cros, frère de celui-ci, excellent jurisconsulte, fut évêque de Limoges et grand pénitencier à Rome, et mourut à Avignon en 1383. — N. du Cros donna, en 1643, in-4°, la Vie de l'illustre Montmorenci, décapité par ordre du cardinal de Richelieu.
CROSE, Voyez CROZE.
CROSILLES, (Jean-Baptiste) mauvais poète François, est moins connu par ses vers, que par l'accusation intentée contre lui, de s'être marié malgré sa qualité de prêtre. Il resta dix ans en prison, et n'en sortit que par arrêt du parlement, qui le lava de cette calomnie. Il mourut misérable six mois après, en 1651. On a de lui des Héroïdes, 1619, in-8°; et la Chasteté invincible, bergerie en cinq actes, 1634, in-8°.
CROSNE, Voyez THIROUX.
CROTUS, (Mythol.) fils de Pan et d'Euphème, fut un chasseur habile qui, après sa mort, fut métamorphosé dans la constellation du Sagittaire.
CROUVÉ, (Guillaume) prêtre Anglican, qui se pendit de désespoir vers 1677, étoit régent de Croydone. Il est auteur d'un Catalogue des Ecrivains qui ont travaillé sur la Bible, Londres 1672, in-8°, fort inférieur à celui du P. le Long de l'Oratoire, auquel cependant il a été utile.
CROUZAS, (Jean-Pierre de) naquit à Lausanne en 1663. Son père, colonel d'un régiment de fusiliers, le destinait à la profession des armes; mais le fils ne soupiroit qu'après les lettres. Maître de suivre son inclination, il se livra à la philosophie et aux mathématiques, et puisa dans les écrits du célèbre Descartes, des connoissances qui ne firent qu'augmenter son goût. Il se mit à voyager dans les différens pays de l'Europe, et vint à Paris où Mallebranche tenta vainement de le gagner à la religion Catholique. De retour dans sa patrie, il fut fait recteur de l'académie, en 1706. Il remplissait, depuis 1700, une chaire de philosophie avec beaucoup de succès. En 1724, on l'appela à Groningue pour être professeur de mathématiques et de philosophie, avec 1500 florins de Hollande de pension. L'académie des Sciences de Paris se l'associa quelque temps après; et le prince de Hesse-Cassel le choisit pour être le gouverneur de son fils: emploi qui lui procura une forte pension, et le titre de conseiller des ambassadeurs du roi de Suède, oncle de son élève. Ce savant mourut à Lausanne, en 1748, à 83 ans. On lui doit un grand nombre d'ouvrages sur la morale, la métaphysique, la physique et les mathématiques. L'Système de Réflexions qui peuvent contribuer à la netteté et à l'étendue de nos connoissances, ou Nouvel Essai de Logique, publié d'abord en 2 vol. in-8°, ensuite en 6 vol. in-12, et abrégé en un seul volume. Il faut s'en tenir à l'Abrégé: le grand ouvrage, quoique estimable, et pour les préceptes de logique, et pour ceux de morale, n'est pas écrit avec assez de précision. On 86 CRO a dit qu'il avoit noyé l'ancienne dialectique dans un fatras de paroles. II. Un *Traité de l'Education des Enfans*, 2 vol. in-12. III. Un *Traité du Beau*, aussi en 2 vol. et beaucoup trop long. IV. *Examen du Pyrrhonisme ancien et moderne*, in-folio, contre *Bayle*: ouvrage savant et estimé, qui le seroit davantage s'il eût été plus court. V. *Examen du Traité de la liberté de penser*, contre *Collins*, in-8°. VI. *Examen de l'Essai sur l'Homme de Pope*, dans lequel l'auteur montre beaucoup de religion; mais son zèle, quoique très-louable, lui fait former quelquefois des fantômes, et le jette dans des répétitions sans nombre. VII. *Commentaire sur la traduction du même Poème*, par l'abbé du *Resuel*. VIII. *Traité de l'Esprit humain*, à Basle, 1741. L'auteur combat vivement les hypothèses de *Leibnitz* et de *Wolf*, touchant l'harmonie préétablie. IX. *Des Traités de Physique et de Mathématique*, sous différens titres. X. *Des Sermons*. XI. *Des Œuvres diverses*, en 2 vol. in-8°, etc. etc. Le célèbre *Chezeaux* étoit son petit-fils: I. CROY, (Guillaume de) seigneur de *Chièvres*, duc de Soria, chevalier de la Toison d'or, d'une maison ancienne, qui a tiré son nom du village de Croy en Picardie, et qui subsiste, se signala d'abord par sa valeur sous les rois de France *Charles VIII* et *Louis XII*, et fut nommé par ce dernier prince, gouverneur de *Charles d'Autriche*, depuis empereur sous le nom de *Charles-Quint*. S'étant attaché à la maison d'Autriche, il fut envoyé viceroi en Espagne, où il ternit l'éclat de ses vertus par ses déprédations. Il mourut à Worms en 1521, à 63 ans, après s'être acquis une grande réputation dans toute l'Europe. *Varillas* a écrit sa *Vie*, 1684, in-12, avec plus d'intérêt que de vérité.
II. CROY, (Guillaume de) dé la même famille que le précédent, fut fait évêque de Cambrai, l'an 1516, après la mort de *Jacques de Croy*, son oncle, et devint ensuite cardinal, archevêque de Tolède et chancelier de Castille. Il mourut d'une chute de cheval, en 1521, à 23 ans.
III. CROY, (Jean de) d'une autre famille que les deux premiers, savant ministre d'Uzez, mourut en 1659. Il a laissé plusieurs ouvrages, entr'autres: *Observationes sacra et historicae in Novum Testamentum*, Genève, 1644, in-4°.
CROYSSARD, (Michel) Jésuite de Lyon, composa des *Hymnes* et des *Cantiques*, imprimés en 1600, que *Jean Ursucci* de Lucques mit en musique. Il mourut recteur du collège de Lyon. Son meilleur ouvrage est *Thesaurus Virgilii in locos communes digestus*, 1590. Il a prétendu faire pour *Virgile*, ce que *Nizolius* a fait pour *Cicéron*.
CROZAT, (Joseph-Antoine) conseiller au parlement, puis maître-des-requêtes, fut lecteur du cabinet du roi, en 1719. Son goût pour les arts et ses connoissances dans la peinture, la sculpture et la gravure, l'ont plus distingué que ses richesses. Il fit graver par d'habiles maîtres, les plus beaux tableaux du cabinet du roi et du duc d'Orléans, etc. Le premier volume a paru en 1729: le second en 1742, in-fol. en formé d'atlas, auquel doit être joint un *Supplément* de qua- rante—deux estampes, avec l'explication. *Crozat* étoit mort deux ans auparavant, en 1740. Il ordonna en mourant, que le prix de la vente de son beau cabinet seroit distribué aux pauvres. Sa sœur *Marie-Anne*, qui avoit épousé le comte d'*Évreux*, et qui mourut en 1729, à 34 ans, étoit connue sous le nom de M$^{lle}$ *Crozat*. M. le *François*, qui lui avoit dédié sa *Géographie*, in—12, en parle comme d'une personne qui, dans l'âge le plus tendre, faisoit honneur à son sexe par ses lumières.
CROZE, (Mathurin Veysière de la) naquit à Nantes en 1661, d'un négociant, et se fit Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, en 1678, après avoir voyagé en Amérique. Il étoit déjà savant dans toutes les langues mortes et vulgaires : son érudition devint plus étendue et plus solide. Mais l'amour de l'indépendance, la liberté de penser, et quelques mécontentemens lui firent quitter son ordre et sa religion, en 1696. Il prononça son abjuration à Basle, passa de là à Berlin, obtint la place de bibliothécaire du roi de Prusse, et y mourut le 21 mai 1739, à 78 ans. C'étoit une bibliothèque vivante, et sa mémoire tenoit du prodige. Outre les choses utiles et agréables qu'il savoit, il en avoit étudié d'autres qu'on ne peut savoir, comme l'ancienne langue Égyptienne. Ses ouvrages sont une preuve de son érudition. Les principaux sont : I. *Dissertations historiques sur différens sujets*, in—8°, Rotterdam 1707, recueil savant et curieux. II. *Entretiens sur divers sujets d'histoire, de littérature, de religion et de critique*, Cologne 1711, in—12. On y trouve une *Dissertation sur l'Athéisme et sur* les *Athées modernes*, qui offre des recherches intéressantes sur *Jordanus Brunus*, *Vanini*, etc. etc. III. *Dictionnaire Arménien*, in—4°, 2 vol. Cet ouvrage lui coûta douze ans de travail. La préface renferme beaucoup de remarques, qui peuvent servir à illustrer l'histoire des Arméniens et des Indes. IV. *Histoire du Christianisme des Indes*, 1724, la Haye, in—12, 2 vol.; curieuse et estimée. V. *Histoire du Christianisme d'Éthiopie et d'Arménie*, in—8°, 1739 : compilation négligée et informe, si l'on en croit l'abbé *Desfontaines*; ouvrage de mémoire, et non de jugement, et encore moins d'esprit, mais qui offre une foule d'observations savantes, dont on peut profiter. VI. *Dictionnaire Égyptien*, avec les additions de M. *Scotz*, mis au jour par *Ch.-God. Wolde*, à Oxford, 1775, in—4°. *Jordan*, ami et disciple de la *Croze*, a écrit la *Vie* de son maître, en un volume, aussi gros que la *Vie d'Alexandre*; dictée, selon *Voltaire*, par la fureur d'écrire, et, selon les lecteurs impartiaux, par l'amitié et la reconnaissance. Il paroît que, dans ses dernières années, la *Croze* fut Protestant sincère. Son humeur tenoit un peu de l'impolitesse et de la misanthropie; mais, à cela près, c'étoit un très-bon homme. Il possédoit une foule d'anecdotes curieuses, de contes et de bons mots, dont il parsemoit sa conversation. Si l'on avoit pris la peine de les recueillir, le *la Croziana* surpasseroit le *Menagiana*. Sa manière de conter étoit d'autant plus singulière, qu'il entrecoupoit ses récits plaisants de profonds soupirs et de sanglots douloureux, excités par la vivacité de ses maux, et quelquefois aussi par son hypocondrie. Il faisoit une pose pour gémir ou crier, et reprenait ensuite son conte, qui étoit toujours original. Malgré un grand fonds de misanthropie, il étoit bon, tendre, sensible, recevant quelquefois trop légèrement certaines impressions, mais les perdant aussi aisément... Le jugement n'égala jamais en lui les autres qualités de son esprit, sur-tout à la fin de ses jours : c'étoit alors un véritable enfant, quoique sa tête renfermât toujours ce vaste répertoire de noms, de dates et de passages qui étou- noit les savans. L'illustre *Leibaitz* ayant entendu conter des choses merveilleuses sur la mémoire de la *Croze*, eut la curiosité de l'éprou- ver. Ce savant se prêta facilement au dessein de son ami; on récita une fois douze vers, en douze différentes langues. *La Croze* les retint après une seule récitation, et les transposa suivant la vo- lonté de ceux qui faisoient cet essai. *Pelloutier*, savant célèbre, voulut aussi mettre au creuset sa mémoire locale. Il choisit quatre différens passages, tirés de *Ca- tulle*, des Scholiastes de *Pindare*, d'*Aristophane* et de *St. Jérôme*. On fit tomber adroitement la conversation sur ce sujet. *La Croze* indiqua les passages, et cita ensuite les paroles.
CRUCIGER, (Gaspard) théo- logien Protestant de Leipzig, mort en 1548, à Wirtemberg, âgé de 45 ans, fit, en allemand, plusieurs *Commentaires* sur les Livres Saints.
CRUMMUS ou CRUMNUS, roi des Bulgares, fut continuelle- ment en guerre avec *Nicéphore I*, empereur de Constantinople, et prit Sardique sur lui. La perte qu'il fit d'une bataille, en 811, le força de demander la paix. Désespéré du refus qu'on lui en fit, il donna, pendant la nuit, sur le camp des Grecs, qu'il força. Il attaqua la tente de *Nicéphore*, et le tua, avant qu'il eût le loisir de se reconnoître. Ensuite, il tailla en pièces son armée, et fit passer au fil de l'épée, ou emprisonner, tous les grands de l'empire qui avoient suivi l'empereur. Il rem- porta cette grande victoire, ou *Staurace*, fils de l'empereur, ou empereur lui-même, fut blessé très-dangereusement. Après avoir exposé quelque temps sur un gibet la tête du malheureux *Nicéphore*, *Crummus* fit faire une tasse de son crâne, enchâssé dans de l'ar- gent, afin que ses successeurs s'en servissent, à son exemple, dans leurs festins, pour boire à la santé de ceux de leurs sujets qui se seroient signalés à la guerre. Il voulut contraindre les prison- niers à racheter leur vie et leur liberté par l'apostasie; mais ces généreux capitaines aimèrent mieux souffrir les plus cruels sup- plices, et mourir martyrs. *Michel Rhangabe*, gendre et successeur de *Nicéphore*, tenta inutilement de venger son beau-père; il fut toujours défait. Son vainqueur mourut l'an 875.
CRUSER, (Herman) con- seiller de *Charles*, duc de Guel- dres, puis de *Guillaume*, duc de Clèves, mourut à Konigsberg en 1504. Il a traduit, en latin, *seize Livres de Galien*, et a composé divers autres ouvrages. C'étoit un homme profondément versé dans les langues, la philosophie, la médecine et la jurisprudence.
CRUSIUS ou KRANS, (Martin) né dans le diocèse de Bamberg en 1526, professeur de belles- lettres à Tubingé, mort à Estin- gen en 1607, à 81 ans, fut le premier qui enseigna le grec en Allemagne. On a de lui: I. Turco-Graciæ Libri VIII, à Basle, in-fol. 1584; recueil excellent et d'une grande utilité pour ceux qui veulent s'appliquer à l'histoire et à la langue des Grecs modernes. II. Annales Suevici, ab initio rerum ad annum 1594, en 2 vol. in-folio, à Francfort, 1593 et 1596; ouvrage estimé et peu commun. III. Germano-Graciæ Libri VI, in-fol. 1585. Crusius étoit un homme savant, mais emporté, et qui dans ses livres n'épargoit pas les injures à ceux qui l'attaquaient.
CRUX, Voyez SANTA CRUX.
CSÈLES, (Martin) Jésuite Allemand, né à Tirnaw en 1641, après avoir professé la philosophie dans sa patrie, fut appelé à Rome pour y remplir la charge de grand-pénitencier, et y publia les deux ouvrages suivans: I. Elucidatio historica de Episcopatu Transylvaniæ, in-fol. II. Descriptio Episcopatus Sirmiensis, in-16. Ce savant mourut à Padoue, le 14 janvier 1709.
CTÉSIAS, de Gnide, historien et médecin Grec, fut fait prisonnier par Artaxerces Mnemon. Ce prince le choisit pour son premier médecin. On a de lui quelques Fragmens de son Histoire des Assyriens et des Perses, suivis par Diodore de Sicile et par Trogue-Pompée, préférablement à celle d'Hérodote. Malgré le suffrage de ces deux historiens, on ne donne aucune croyance aux récits de Ctesias. Photius, qui nous a conservé ce qui nous reste, fait assez peu de cas de cet historien. Il vivait vers l'an 400 avant J. C. Les Fragmens de Ctesias sont dans l'Hérodote de Londres, 1679, in-folio.
CTÉSIBIUS d'Alexandrie, fils d'un simple barbier, devint un célèbre mathématicien sous Ptolomée Physcon, vers l'an 120 avant J. C., et fut, dit-on, le premier inventeur de la pompe. Le hasard développa en lui le goût qu'il avoit pour la mécanique. En abaissant un miroir dans la boutique de son père, il remarqua que le poids qui servoit à le faire monter et descendre, et qui étoit à cet effet enfermé dans un cylindre, formoit un son, produit par le froissement de l'air poussé avec violence par le poids. Il examina de près la cause de ce son, et crut qu'il étoit possible d'en tirer parti pour faire un orgue hydraulique, où l'air et l'eau formeroient le son; c'est ce qu'il exécuta avec succès. Un objet plus important succéda à celui-ci. Ctesibius, encouragé par cette production, voulut se servir de la mécanique pour mesurer le temps. Il construisit une Clipside formée avec de l'eau, et réglée avec des roues dentées; l'eau, par sa chute, faisoit mouvoir ces roues, qui communiquaient leur mouvement à une colonne sur laquelle étoient tracés des caractères qui servoient à distinguer les mois et les heures. En même temps que l'on mettoit les roues dentées en mouvement, elles soulevoient une petite statue, qui indiquoit avec une baguette les mois et les heures marquées sur la colonne. —Il ne faut pas le confondre avec CTESIBIUS de Chalcis. Celui-ci étoit un philosophe cynique, d'un caractère badin et d'un esprit gai, qui sut plaire aux grands sans leur prostituer un vil encens, et leur fit entendre la vérité et goûter la vertu sans leur déplaire.
CTÉSILAS, célèbre sculpteur Grec, représenta un *Soldat blessé*, qui fut acheté un prix considérable.
CTÉSILOCHUS, ancien peintre Grec, se rendit célèbre par son art à bien peindre les nudités. I. CTÉSIPHON ou CHERSIPHON, architecte Grec, donna le dessin du célèbre *Temple de Diane* d'Éphèse, exécuté en partie sous sa conduite, et sous celle de son fils *Métagène*. *Ctesiphon* inventa une machine pour transporter les colonnes qui devoient soutenir et orner ce superbe édifice.
II. CTÉSIPHON, Athénien, persuada ses concitoyens de faire une ordonnance, par laquelle il fut arrêté que *Démosthène* seroit couronné en pleine assemblée, d'une couronne d'or. Mais *Eschine*, rival et ennemi de cet orateur, ne pouvant souffrir qu'on lui fit cet honneur, accusa *Ctesiphon* d'être l'auteur d'une sédition. *Démosthène* le défendit de cette calomnie dans cette belle harangue, qu'il a intitulée de la *Couronne*.
CTÉSIPPE, fils de *Chabrias*, après la mort de son père, fut reçu dans la maison de *Phocion*, son ami, avec toutes les marques d'une tendre affection. Ce vertueux Athénien vouloit retirer ce jeune homme de la débauche où il le voyoit plongé; et quoique le naturel fâcheux de *Ctesippe* fit avorter tous ses soins, il ne laissa pas de supporter long-temps tous les défauts de son élève; mais enfin la modération de *Phocion*, le plus patient des hommes, ne put tenir contre l'indiscrétion de ce jeune éventé. Un jour qu'il fut importuné par de sottes demandes, tandis qu'il vautoit à une affaire d'état, il ne put s'empêcher de s'écrier : *O Chabrias I Chabrias ! je te paye au double l'amitié que tu m'as témoignée, lorsque je souffre les folies de ton fils !*
CUBA, (Mythol.) divinité invoquée par les Romains, comme prenant soin des enfants dans leurs berceaux et les faisant bien dormir.
CUDSÉMIUS, (Pierre) né dans le duché de Clèves, abjura le Calvinisme à Avignon, se rendit à Rome, et s'attacha au cardinal *Bellarmin*. Sur la fin de ses jours, il se retira à Cologne, et mourut au commencement du 17$^{e}$ siècle, après avoir publié plusieurs ouvrages de controverse, entr'autres, de *Desperata Calvinica* 1612, in-8$^{e}$; le *Synode d'Utrecht*, 1614. Les notes en sont savantes et curieuses.
CUDWORTH, (Rodolphe) né dans le comté de Sommerset, en 1617, mort en 1688 à Cambridge, où il étoit professeur en hébreu, occupa d'autres emplois importants et lucratifs. Son savoir les lui mérita; il s'étendoit à tout. Philosophie, mathématicien, il joignoit à ces sciences l'étude des bulles-lettres, des langues savantes et de l'antiquité. On a de lui : *L Système intellectuel de l'Univers contre les Athées* ; ouvrage traduit en latin par *Jean-Laurent Mosheim*, avec des notes très-savantes; Iéne 1733, 2 vol. in-fol.; Leyde, 2 vol. in-4$^{e}$; et abrégé en Anglois, en 2 vol. in-4$^{e}$, par *Thomas Wise*. L'ouvrage, la traduction et l'abrégé sont également estimés. Il fut long-temps renfermé dans l'enceinte de l'Angleterre. Mais le savant *Jean la* Clerc le fit connoître avantageusement, par les extraits curieux et détaillés qu'il en donna dans différents volumes de sa Bibliothèque choisie. Ces analyses peuvent suffire à ceux qui n'ont pas l'original. II. Traité de l'éternité et de l'immortalité du juste et de l'injuste, traduit aussi en latin par Mosheim. III. Commentaire sur la prophétie de Daniel sur les septante semaines, 2 vol. in-fol. IV. Traité de l'amour de Dieu, 1722, in-12 : il a été traduit en françois par Coste. V. De l'Immortalité de l'Ame, in-8. Il laissa plusieurs manuscrits importants, et une fille pleine d'esprit, qui fut étroitement liée avec Locke ; elle s'appeloit Damaris. Cudworth étoit, dit-on, assez incertain dans ses opinions sur la religion ; et en parlant de plusieurs dogmes du Christianisme, il s'est expliqué d'une manière si ambiguë, qu'on ne peut guères savoir ce qu'il en pensoit. On dit que, sur plusieurs points de théologie, il étoit de ceux que les Anglois appellent Latitudinaires. Il avoit beaucoup d'éloignement pour le sentiment commun des Calvinistes rigides sur les décrets absolus de Dieu : éloignement que lui avoit inspiré, en partie, l'abus qu'en fit Hobbes, pour établir ses dangereux principes. Télé partisan de Platon, il suivit ce philosophe et ses sectateurs. Non-seulement il défendit ses opinions, même les plus fausses, mais il tâcha d'en imiter encore le style. Le sien est chargé de termes difficiles à entendre, d'expressions dures et de métaphores outrées. I. CUÉVA, (Bernard de la) Voyez HENRI IV, roi de Castille.
II. CUÉVA, (Alfonse de la) connu sous le nom de Bedmar, d'une maison ancienne d'Espagne, ambassadeur de Philippe III auprès de la république de Venise ; s'unit, dit-on, en 1618, avec le duc d'Ossone, vice-roi de Naples, et avec D. Pedro de Tolède, gouverneur de Milan, pour anéantir l'état au sein duquel il étoit envoyé. La Cuéva rassemble des étrangers dans la ville, et s'assure de leurs services à force d'argent. Les conjurés devoient mettre le feu à l'arsenal de la république, et se saisir des postes les plus importants. Des troupes du Milanès devoient arriver par la terre ferme, et des matelots gagnés, montrer le chemin à des barques chargées de soldats. Cette horrible conspiration fut découverte. On noya tout ce qu'on put trouver des conjurés. On respecta, dans l'auteur de ce complot, le caractère d'ambassadeur. Le sénat le fit partir secrètement, de peur qu'il ne fût mis en pièces par la populace. Dans une Discussion très-étendue sur cette Conjuration, imprimée à la suite de la seconde édition des Observations sur l'Italie, le savant et ingénieux Grosley a entrepris d'établir que cette conjuration n'étoit autre chose qu'un artifice des Vénitiens, dirigé par Fra-Paolo, pour se débarrasser du marquis de Bedmar, dont la présence les incommodoit. Naudé et Capriara avoient déjà soutenu la même opinion. Mais Mallet-Dupan prétend, avec plusieurs autres critiques, qu'à l'exception de quelques circonstances inventées par des historiens romanciers, cette conspiration étoit très-réelle. Si la république de Venise tint secrète la découverte du complot, c'est qu'il ne fut point consommé, que l'Espagne étoit infiniment redoutable, et qu'il falloit ou se taire, ou lui déclarer la guerre. Forcé de quitter Venise, *Bedmar* passa en Flandre, y fit les fonctions de président du conseil, et y reçut le chapeau de cardinal. Sa sévérité lui ayant fait perdre son gouvernement, il se retira à Rome et y mourut en 1665, regardé comme un des plus puissans génies, ainsi qu'un des plus dangereux esprits qu'ait produits l'Espagne. Sa sagacité étoit telle, que ses conjectures passaient presque pour des prophéties. A cette pénétration singulière, il joignoit un talent rare pour manier les affaires les plus délicates; un instinct merveilleux pour se connoître en hommes; une humeur libre et complaisante, et d'autant plus impénétrable, que tout le monde croyoit la pénétrer; toutes les apparences d'une parfaite tranquillité d'esprit au milieu des agitations les plus cruelles. On lui attribue un Traité en italien, contre la liberté de la république de Venise, intitulé : *Squitinio della libertà Veneta*; à Mirandole 1612, in-4°, et traduit en françois par *Amelot de la Hous-saie*; mais d'autres le donneut, avec plus de raison, à *Marc Velser*.
III. CUÉVA, (Jean de la) fameux poète tragique Espagnol, est très-estimé dans son pays.
CUGNIÈRES, (Pierre de) avocat-général au parlement de Paris, étoit un jurisconsulte habile et un magistrat intègre. Il défendit, avec beaucoup de vivacité, l'an 1329, en présence de *Philippe de Valois*, les droits du roi contre le clergé. *Pierre Bertrand*, évêque d'Autun, plaida pour l'église avec non moins de chaleur. (*Voyez* I. BERTRAND.) « La cause de l'église fut mal attaquée et mal défendue, dit *Fleuri*; parce que, de part et d'autre, on n'en savoit pas assez, et qu'on raisonnoit sur de faux principes, faute de connoître les véritables. Les avocats du clergé s'arrêtèrent long-temps à prouver ce qui n'étoit pas de la question; que la juridiction temporelle n'est point incompatible avec la spirituelle, et que les ecclésiastiques sont capables de l'une et de l'autre: mais ce n'étoit pas de quoi il s'agissoit; il falloit savoir s'ils l'avoient effectivement, et à quel titre. » Cette querelle augmenta plutôt l'animosité entre les deux partis, qu'elle ne la diminua. L'avocat du roi devint si odieux au clergé, qu'on l'appela par dérision *Maître Pierre du Cognet*, nom d'une petite figure ridicule, placée dans un coin de l'église de Notre-Dame de Paris, faisant partie d'une représentation de l'enfer, qui étoit à la clôture du chœur, sous le jubé. *Cugnières* eut encore le désagrément d'être condamné par le roi, pour lequel il plaidoit. Ce démêlé a été le fondement de tous ceux qui se sont élevés depuis sur l'autorité des deux puissances, et dont l'effet fut de restreindre la juridiction ecclésiastique dans des bornes plus étroites. Le président *Hérault* indique encore une autre cause de la diminution de son pouvoir. Les évêques commencèrent alors à négliger de convoquer les conciles de leurs provinces, où le corps des ecclésiastiques, rassemblés tous les ans, s'entretenoit dans sa première vigueur: tandis que les parlements, devenus sédentaires, affermirent leur autorité en ne se séparant jamais. C'est à cette querelle qu'on rapporte l'introduction de la forme d'Appel comme d'abus.
CUJAS, (Jacques) naquit à Toulouse, en 1520, d'un foulon. La nature le doua d'un esprit supérieur, dit Scévole de Sainte-Marthe, pour le consoler de la bassesse de son extraction. Il apprit avec une égale facilité les belles-lettres, l'histoire, le droit ancien et moderne, civil et canonique. A Toulouse, à Cahors, à Bourges, à Valence en Dauphiné, à Turin, où il professa en différens temps, il eut une foule d'écoliers, parmi lesquels on compta les plus célèbres magistrats que la France eût alors. On lui appliqua ce qu'Ausone avoit dit de Minervius : Mille Foro juvenes dedit hic, bis mille Senotus Adjecit numero, purpureisque togis. Le P. Maldonat Jésuite, étant allé voir Cujas, celui-ci lui rendit sa visite à la tête de huit cents de ses écoliers. Plusieurs curieux allèrent à Bourges, seulement pour voir Cujas, comme autrefois on alloit à Rome pour voir Tite-Live. Le roi de France lui permit de prendre séance avec les conseillers du parlement de Grenoble. Le duc de Savoie Emmanuel-Philibert, et le pape Grégoire XIII, n'eurent pas moins de considération pour son mérite. Lorsque les professeurs Allemands le citoient en chaire, ils mettoient la main au bonnet, pour marquer leur estime pour cet illustre interprète des lois. C'étoit le père des écoliers, suivant Scaliger. Il leur prétoit de l'argent et des livres. Il ne dictoit jamais ses leçons, mais il les prononçoit avec tant de clarté, que ses élèves les retenoient, et en écrivoient ensuite l'extrait. Si-tôt qu'il étoit interrompu par le bruit, il se levoit et s'en alloit. Cujas est celui de tous les jurisconsultes modernes, qui a pénétré le plus avant dans les mystères des lois et du droit Romain. On l'a accusé d'irréligion, parce qu'il répondoit à ceux qui lui parloient des ravages du Calvinisme : Nihil hoc ad edictum prætoris : « Cela ne regarde point l'édit du prêteur. » Mais cette réponse semble plutôt peindre le caractère d'un savant fortement occupé de ses livres, sourd et muet sur tout le reste, que celui d'un incrédule qui se moque de tout. La meilleure édition des Œuvres de Cujas, est celle de Fabrot, à Paris, 1658, en 10 vol. in-fol. Celle de Paris, chez Nivelle, donnée par Cujas même, est très-rare. On en a donné une autre à Naples, en 1762, 2 vol. in-folio : elle est moins belle que les précédentes, mais plus commode, à cause de la Table générale qui l'accompagne. On a appliqué à Cujas ce qu'un homme d'esprit a dit des anciens jurisconsultes : « On trouve dans leurs écrits une vaste connoissance et une méditation profonde de la partie des lois à laquelle chacun d'eux s'étoit particulièrement dévoué ; le projet d'y tout éclairer et même d'y tout simplifier ; presque toujours un grand sens ; l'énergie d'un esprit ferme et libre ; souvent même les traits hardis d'un esprit original, et un grand nombre de vues de réformes sages et courageuses. Mais ces qualités précieuses sont dégradées par des défauts qu'on ne peut imputer qu'à leur siècle ; un continuel abus de l'érudition : des préjugés qui rétrécissent leur génie ; des détails sans utilité et sans mérite : une prolixité qui égare et fatigue : un style qui a souvent l'empreinte du talent, mais qui conserve toute la pesanteur et la bigarrure des temps, où l'on n'a encore ni le sentiment, ni les principes du goût. » Cependant Cujas est plus clair et plus méthodique que beaucoup de jurisconsultes de son temps. Voyez MOULIN (Du) n° 1. — Papyre-Masson a écrit la Vie de ce célèbre jurisconsulte. Il rapporte qu'il avoit pris la singulière habitude d'étudier tout de son long sur un tapis, le ventre contre terre, ayant ses livres autour de lui. Ménage avoit écrit la Vie de ce jurisconsulte, mais l'ouvrage resté manuscrit après sa mort, s'est perdu. — Philibert de la Mare, conseiller au parlement de Dijon, avoit aussi composé une Vie de Cujas, dont le manuscrit est resté sans publication. Cujas mourut à Bourges où il s'étoit fixé, le 4 octobre 1590, à 70 ans. On prétend que les Toulousains ses compatriotes avoient voulu l'enlever à Bourges, et qu'ils lui offrirent une chaire de droit civil, qu'ils lui avoient refusée dans sa jeunesse. Cujas leur répondit : Frustra absentem requiritis quem præsentem neglexistis. Les Toulousains ne conviennent pas de cette anecdote. Florent Chrétien, précepteur de Henri IV, lui fit cette Epitaphe : Erexis Leges et Jura jacentio Cujas, Ipso nunc etiam Jura jocents jacent. Quid tumulum erigitis ? potius date Legibus ipsis ; Magno sufficient hæc monumenta vire. Il ordonna par son testament, que sa bibliothèque, remplie de livres notés de sa main, fût vendue en detail; de peur que, si elle étoit au pouvoir d'un seul, on ne se servit de ses notes, mal entendues, pour en composer de méchans livres. Son vrai nom étoit Cujas, il en retrancha l'ü pour l'adoucir. Cujas avoit été marié deux fois. De son second mariage il eut une fille, qui fut une véritable prostituée. Elle se faisoit gloire de ses dérèglements, et elle disoit qu'elle vouloit se rendre aussi célèbre par son impudicité que son père par son érudition. Cujas n'eut pas la douleur d'être témoin de ses débauches, il ne vécut guères que trois ans après la naissance de sa fille. Il est donc faux, comme on le dit dans l'Encyclopediana et dans d'autres livres, que les écoliers quittassent les leçons du père, pour se rendre auprès de la fille et commenter, suivant ce qu'ils disoient, les Œuvres de Cujas.
CULANT, (Philippe de) sorti d'une ancienne famille de Berry, qui subsiste encore, reçut le bâton de maréchal, sous Charles VII, au siège de Pontoise en 1441. Il contribua beaucoup à la réduction de toute la Normandie et à la conquête de la Guyenne. Il avoit plus de talent à prendre des villes qu'à gagner des batailles. Il mourut en 1454. Il étoit oncle de Charles de Culant, grand-maître de la maison du roi; et de Louis de Culant, amiral en 1422.
CULLUM, (Jean) Anglois, membre de la société royale de Londres, auteur de quelques ouvrages historiques écrits dans sa langue, est mort en 1787.
CUMANUS, gouverneur de Judée. Il s'éleva de son temps une sédition à Jérusalem. Un soldat de garde de la porte du temple, s'avisa de se découvrir avec indécence. Le peuple s'en prenant à *Cumanus*, l'accabla d'injures, et il fut obligé de faire mettre une garnison dans la forteresse *Antonia* pour le contenir. Les soldats épouvantèrent si fort la populace, que dans un mouvement de terreur panique il y eut plus de deux mille personnes d'étouffées. Les tyrannies de *Cumanus* devinrent insupportables. Le peuple s'en plaignit à *Quadratus*, gouverneur de Syrie. Celui-ci envoya *Cumanus* à l'empereur *Claude*, qui le condamna à l'exil vers l'an 53. I. CUMBERLAND, (Richard) né à Londres en 1632, d'une famille honnête, entra dans l'état ecclésiastique et obtint deux cures. Zélé Anglican, il déclama beaucoup sous *Charles II* contre la religion Catholique, à laquelle il imputoit ce qu'elle n'enseigne point, et ce qu'elle réprouve même. Son zèle, soutenu par beaucoup de mérite et par des mœurs pures, lui valut l'évêché de Peterborough, qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1718, à 86 ans. Ni sa dignité d'évêque, ni son grand âge, ne purent l'engager à prendre quelque repos. Quand on lui représentoit que ses travaux miroient à sa santé, il répondoit : *Il vaut mieux qu'un homme s'use que de se rouiller*. La nature l'avoit fait naître avec beaucoup de douceur dans le caractère, et un grand amour pour la paix; mais le fanatisme l'aigrit, et le poussa quelquefois jusqu'à l'emportement. On lui doit : *I. De legibus naturæ disquisitio philosophica*, à Londres 1672, in-4°; réfutation solide des abominables principes de *Hobbes*, traduite en anglois, 1686 in-8°, et en fran- fois par *Barbeyrac*, qui l'a enrichie de notes. On en trouve une bonne analyse dans la *Bibliothèque d'un homme public*, tome IX. II. *Traité des poids et des mesures des Juifs*, in-8°. Il y démontre, on il croit y démontrer géométriquement, que le *derach* du Caire étoit l'ancienne coudée des Egyptiens et des Hébreux. III. *L'Histoire Phénicienne de Sauconiaton*, in-8°. Londres 1720, traduite en anglois avec des notes : ouvrage posthume qui est peu de chose, quoiqu'on y trouve de l'érudition. IV. *Traduction* de l'histoire de la réformation des Pays-Bas, par Gérard Brandt, 1723, 3 vol. in-folio.
II. CUMBERLAND, (le duc de) second fils de *Georges II*, roi d'Angleterre, né en 1721, se trouva à la bataille de Dettingen en 1743, et prit ensuite le commandement de l'armée combinée des Anglois et Hollandois en Flandres. Il fut battu à Fontenoy et à Lawfeld par le maréchal de *Saxe* en 1745, et à Hastenbeck par le maréchal d'*Estrées*. Le duc de *Cumberland* eut plus de succès contre *Edouard Stuart*, fils de *Jacques III*, qui aborda en Écosse, où il s'étoit créé un parti pour remonter sur le trône de ses ancêtres. Il remporta sur lui le 27 avril 1746, la célèbre victoire de Culloden, qui forca le prétendant à abandonner l'Écosse. Le duc de *Cumberland* est mort le 30 octobre 1765.
CUNÆUS, (Pierre) professeur de belles-lettres, de politique et de droit à Leyde, naquit à Flessingue dans la Zélande en 1586, d'un marchand, et mourut à Leyde en 1638 à 62 ans. Parmi ses divers ouvrages on préfère ceux-ci : I. Un savant *Traité de* la république des Hélreux, en latin, dont la meilleure édition est de 1703, in-4°; traduit en françois à Amsterdam 1705, 3 vol. in-8°. II. Sardi venales, Leyde, 1612, in-24; et dans le recueil de Tres Satyra Menippe de G. Corte, à Leipzig, 1720, in-8°. L'auteur y a joint une traduction de la satire des Césars par l'empereur Julien. III. Un Recueil de ses Lettres, publiées en 1725, in-8°, par l'infatigable compilateur Burman. On y trouve quelques anecdotes sur l'histoire littéraire de son temps. Cunæus étoit d'un tempérament sec et colère; mais il rechetoit ces défauts par sa franchise et sa probité. Il aimoit passionnément l'étude, et ne se soucioit guères de se produire dans le monde. I. CUNÉGONDE, (Sainte) fille de Sigefroi, premier comte de Luxembourg, femme de l'empereur Henri II, fut soupçonnée d'adultère par son époux. Elle prouva son innocence, si l'on croit quelques historiens, en tenant dans ses mains une barre de fer ardente sans se brûler. Les mêmes historiens rapportent que son mari dit dans ses derniers momens aux parens de sa femme: Vierge vous me l'avez donnée, je vous la rends vierge; discours plus édifiant dans un particulier, que dans un prince, qui ne doit se marier que pour assurer le repos de l'état par ses enfans. Ce discours d'ailleurs s'accorde peu, dit M. de Montigni, avec une diète que Henri fit tenir à Francfort, pour se plaindre aux états de la stérilité de Cunégonde, comme s'il eût voulu les sonder sur un projet de divorce, ni avec les préventions injustes qu'il eut d'abord contre sa vertu. Henri étant mort l'an 1024, Cunégonde prit le voile dans un monastère qu'elle avoit fondé. Elle y mourut dans les exercices de la pénitence. La cathédrale de Bamberg renferme le corps de cette impératrice, canonisée par le pape Innocent III.
II. CUNÉGONDE, (Sainte) fille de Béla, roi de Hongrie, épousa, l'an 1239, Boleslas roi de Pologne, surnommé le Chaste, et fit vœu de continence avec son époux. Ses peuples manquant de sel, on attribua à ses prières la découverte des fameuses salines de Vilisca. Après la mort de Boleslas, elle prit le voile et mourut dans le monastère de Sandecz le 24 juillet 1292. Le pape Alexandre VII la canonisa en 1690. La mémoire de cette reine pieuse est particulièrement honorée dans toute la Pologne, et sur-tout dans le diocèse de Cracovie. I. CUNIBERT, (Saint) né en Austrasie, d'une maison noble, fut évêque de Cologne en 623. Lo roi Dagobert le mit à la tête de son conseil, et le fit gouverneur de Sigebert, roi d'Austrasie. St. Cunibert fut encore chargé du gouvernement de ce royaume sous Childeric, fils de Clovis III. Il se conduisit dans le ministère, comme il avoit fait dans son diocèse; il tâcha de sanctifier, dit Baillet, la politique de la cour; mais ces deux mots Sainteté et Politique, sont assez difficiles à concilier. Aussi St. Cunibert essuya-t-il des contradictions. Il mourut le 12 novembre 663.
II. CUNIBERT, fils de Pertharites, roi des Lombards, fut associé à la souveraineté par son père vers l'an 680, et régna seul après après en 688. *Alachis*, duc de Trente, à qui il avoit sauvé la vie et qu'il avoit comblé de bienfaits, ayant résolu, par un excès d'ingratitude, de le dépouiller de son royaume, entra dans Pavie un jour que *Cunibert* en étoit sorti, se saisit des postes principaux, s'établit dans la forteresse et prit le titre de roi en 691. *Cunibert* n'eut pour le moment d'autre ressource que de se réfugier dans une isle du lac de Côme. L'usurpateur étant monté sur le trône par la violence, voulut s'y maintenir par la rigueur. Il fit éprouver au peuple et sur-tout au clergé ce que l'yrannie a de plus cruel, et l'arrogance de plus insolent. Il fut bientôt abandonné de tout le monde. *Cunibert* fut encouragé par tous ses sujets à poursuivre le traître. Un diacre nommé *Zénon* s'offrit de se mettre à la tête de l'armée. *Votre perte*, dit-il à *Cunibert*, entraineroit celle de l'église et de l'état; et si je péris, ma mort ne sera d'aucune importance pour le salut commun. Il se mit en effet à la tête des troupes, et *Alachis*, qui le prit pour *Cunibert*, auquel il ressemblait par la taille, fondit sur lui et le renversa mort à ses pieds. Cependant le véritable *Cunibert* lui livra un nouveau combat en 694, et après un grand carnage de part et d'autre, le tyran tomba mort de plusieurs coups, tandis que ses troupes prenoient la fuite ou se noyoient dans l'Adda. *Cunibert* rentra en triomphe à Pavie, et consacra un superbe mausolée à la mémoire du diacre *Zénon*. Il régna ensuite en paix jusqu'à sa mort en 700, aimé et respecté de ses sujets.
CUNIGA, *Voyez* ERGELI.
CUNITZ, (Marie) fille aînée d'un docteur en médecine de Silesie, s'appliqua avec un succès égal aux langues, à la médecine, à l'histoire, à la peinture, à la poésie, à la musique, aux mathématiques et à l'astronomie, le principal objet de ses occupations et de ses plaisirs. Les plus habiles astronomes de son temps lui communiquèrent leurs lumières, et profitèrent des siennes. Elle mourut en 1664, après avoir publié des *Tables Astronomiques*.
CUNY, (Louis-Antoine) Jésuite de Langres, mort en 1755, parcourut avec quelque distinction la carrière de l'éloquence, à Versailles, à Paris et à Luneville. On a de lui trois *Oraisons funèbres*: celle de l'*Infante d'Espagne*, *Dauphine de France*, 1746, in-4°; de la *Reine de Pologne*, 1747, in-4°; du *Cardinal de Rohan*, 1750, in-4°. Il y a dans ces discours des expressions triviales, des phrases obscures, des constructions irrégulières, des tours communs, des idées répétées, et une abondance de style qui fatigue; mais ces défauts sont rachetés par la chaleur avec laquelle ces Oraisons sont écrites. L'auteur saisit bien la totalité d'un caractère, et sait le mettre dans un beau jour, et il rapproche avec art ce qui parroit étranger à son sujet.
CUPAI, (Mythol.) dieu des habitans anciens de la Floride, qui le faisoient présider au lieu où les crimes des méchans étoient, punis après leur mort.
CUPANO, (François) religieux et naturaliste Sicilien, né en 1657, a publié en italien un *Catalogue des plantes de la Sicile*. et une *Histoire naturelle* de cette isle qui est estimée. Il est mort au commencement du 18$^{e}$ siècle.
CUPÉ, (Pierre) chanoine régulier de Saint-Augustin, et curé de la paroisse de Bois, au diocèse de Saintes, dans le 18$^{e}$ siècle. Il a couru sous ce nom, en manuscrit, un livre très-dangereux et impie, intitulé : *Le Ciel ouvert à tous les hommes*; mais depuis qu'il a été imprimé en 1768, 1 vol. in-8$^{o}$, il est tombé dans le mépris qu'il mérite. I. CUPER, (Gisbert) né en 1644 à Hemmen dans le duché de Gueldres, mort à Deventer en 1716, à 72 ans, remplit long-temps avec distinction la chaire d'histoire de cette ville, et fut un des membres les plus savans de l'académie des inscriptions de Paris. C'étoit un littérateur affable, poli, prévenant, sur-tont à l'égard des gens-de-lettres. Il étoit l'oracle du monde savant, et presque tous les érudits de l'Europe le consultoient. La littérature étoit son seul délassement, et il lui donnoit tous les momens que lui laissoient ses autres occupations. Ses ouvrages sont : I. *Des Observations Critiques et Chronologiques*, 2 vol. in-8$^{o}$, dans lesquelles l'auteur discute tout ce qu'il y a de plus ténébreux dans l'érudition. II. *L'Apothéose d'Homère*, en 1683, in-4$^{o}$. III. *Une Histoire des trois Gordiens*. IV. *Un Recueil de Lettres*, Rotterdam, 1743, in-4$^{o}$, et sous la date de 1755; mais on n'a fait que changer le frontispice; c'est une fraude de libraire pour rajeunir l'édition précédente et lui donner plus de débit par une nouvelle date. Ces lettres renferment de petites dissertations sur différens points d'antiquité. V. *Harpocrates*. La seconde édition de cet écrit, fort augmentée, fut publiée à Utrecht en 1687, in-4$^{o}$. VI. On doit encore à *Cuper* des notes sur l'édition de Lactance, faite à Utrecht en 1692, et une dissertation sur les éléphans gravés sur des médailles, imprimée dans le tome 3$^{e}$ du *Trésor des Antiquités de Sallengre*.
II. CUPER, (Guillaume) Jésuite, né à Anvers en 1686, mort le 2 février 1741, a beaucoup travaillé au recueil intitulé : *Acta Sanctorum*, et a publié dans sa patrie, en 1733, une *Chronologie* très-savante des patriarches de Constantinople, in-fol. L'érudition y est unie à une critique judicieuse.
CUPIDON ou L'AMOUR, (Mythol.) présidait à la volupté. *Hésiode* le fait fils du Chaos et de la Terre; *Simonide*, de Mars et de Vénus; *Sapho*, du Ciel et de Vénus; *Sénèque*, de Vénus et de Vulcain. Les Grecs mettoient de la différence entre *Cupidon* et l'*Amour*. Ils appeloient le premier *Imeros*, *Cupido*, et le second *Eros*, *Amor*. Celui-ci est doux et modéré, celui-là emporté et violent; l'un inspire les sages, et l'autre possède les fous. *Cicéron* écrit que l'*Amour* étoit fils de Jupiter et de Vénus, et *Cupidon* de la Nuit et de l'Erbe : ils étoient l'un et l'autre de la cour de Vénus; ils la suivirent aussitôt qu'elle fut née et qu'elle alla dans l'assemblée des Dieux. *Jupiter* ayant jugé à la figure de l'*Amour* tous les maux qu'il feroit aux hommes, voulut engager Vénus à s'en défaire, mais elle le cacha dans un bois où il suça le lait des bêtes féroces. Bientot il se fit un arc de frêne et des flèches de cyprès pour attaquer les cœurs. Sempir ardentes acuens vagittas cote cruentâ. Souvent au lieu de son carquois, il porte ou une lance avec laquelle il fait de profondes blessures, ou une torche ardente dont il se sert pour embraser l'ame, ou une rose, symbole des plaisirs qu'il procure, Il touche la lyre, conduit un char, ou monte sur des lions et des panthères qu'il sait dompter. On le représente d'ordinaire sous la figure d'un enfant nu, quelquefois avec un bandeau sur les yeux, car il ne voit jamais les défauts de l'objet qu'il aime, et toujours avec des ailes, puisque rien n'est si fugitif que les transports qu'il inspire. Il fut aimé de Psyché, et eut pour compagnon, dans son enfance, Anteros. Les Ris, les Jeux, les Plaisirs et les Attraits sont représentés autour de lui, sous la figure de petits enfans ailés. Dans la villa Albani près de Rome, on voyait Cupidon endormi; au Capitole, il joue avec un cygne; dans le petit palais Farnèse, Raphaël l'a peint montrant Psyché aux Grâces. Voyez ANTEROS — PÉRISTÈRE, — et PSYCHÉ.
CURA, (Mythol.) déesse Romaine, fit le premier homme avec de l'argile, et Jupiter anima cet ouvrage. Lorsqu'il fallait lui donner un nom, la Terre, la déesse Cura et Jupiter y prétendirent. Saturne décida que la Terre auroit ce droit, puisque l'homme formé de ses parties devoit rentrer dans son sein; mais que pendant sa vie Cura, dont le nom signifie l'Inquiétude, le posséderoit sans cesse.
CURÆUS, (Joachim) médecin Allemand, fils d'un ouvrier en laine de Freystad en Silésie, parcourut une partie de l'Europe, pour acquérir des connoissances. Au retour de ses voyages, il exerça la médecine avec réputation dans son pays. Il mourut en 1573, à 41 ans. On a de lui une compilation latine, sous le titre d'Annales de Silésie et de Breslau, in-fol.
CURCE, (Quinte-) Voyez QUINTE-CURCE.
CUREAU, Voyez CHAMBRE.
CURÈTES, Voy. DACTYLES.
CURCHEMOIS, (Jean de) Lyonnois, fut auteur de l'un de nos plus anciens romans de chevalerie, intitulé: Faits et Gestes du chevalier Guérin, surnommé Meschin, etc. Cet ouvrage divisé en huit livres, fut imprimé à Lyon en 1530. Curchemois avoit été élu échevin de sa patrie, et il remplit cette place avec honneur.
CURCHUS, (Mythol.) dieu des anciens habitans de la Poméranie et de la Prusse; présidait à l'agriculture; aussi lui consacrait-on les prémices de tous les fruits. On lui rendoit le même culte qu'à Vesta à Rome, en entretenant un feu continuel en son honneur. Chaque année, on brisoit sa statue pour la remplacer par une nouvelle.
CURIACES, trois frères de la ville d'Albe, qui soutinrent les intérêts de leur patrie contre les Horaces, vers l'an 669 avant J. C. Voyez HORACES (les).
CURIEL, (Jean-Alphonse) chanoine de Burgos, puis de Salamanque, où il professa la thé logie avec réputation durant plus de 30 ans, étoit de Palentiola, au diocèse de Burgos. Il s'associa aux Bénédictins, leur légua sa belle bibliothèque, et mourut, dans un âge assez avancé, le 28 septembre 1609. Il a laissé Controversiae in diversa loca Sanctæ Scripturæ, 1611, in-folio; et d'autres ouvrages, estimés autrefois en Espagne, et peu connus ailleurs.
CURIIS, (Jean de) dont le véritable nom étoit de Haefen, naquit en 1483, et mourut vers 1550 à Warmie dont il étoit évêque. Ce fut par ses talens que Curis s'éleva, car il étoit fils d'un brasseur. Il parvint à la plus intime confiance des rois de Pologne, et principalement de Sigismond III. Ce prince l'honora de plusieurs ambassades, dont il s'acquitta avec dignité. La politique de son temps lui étoit parfaitement connue. Ses Poésies respirent cette connoissance, et elle en fait le principal mérite. On les a recueillies en 1764, en 1 vol. in-8°, à Breslau. On y trouve : I. Des Odes, où il y a plus de latinité que d'élévation; II. Des Hymnes, qui se sentent de la froideur de l'âge où il les composa; III. Des Epltres, où la raison domine plus que le goût. I. CURION, célèbre orateur Romain, qui, dans une harangue, osa appeler César l'homme de toutes les femmes, et la femme de tous les hommes. Il avoit le talent de la parole; mais il le vendoit chèrement.
II. CURION, (Cœlins Secundus) Piémontois, né à San-Chirico, en 1503, d'une famille noble, cultiva la philosophie, et fit divers voyages en Allemagne et en Italie. Ayant abjuré la religion Catholique pour embrasser les erreurs de Luther, il essuya diverses persécutions. Il se maria en 1530, à Milan, et y dogmatisa. Ayant entendu un jour près de Casal, où il avoit fixé son séjour, « un Dominicain déclamer vivement contre Luther, et le charger de nouveaux crimes et de nouveaux sentimens hérétiques, dont il n'étoit pas coupable, il demanda permission de répondre à ce prédicateur outré. Lorqu'il l'eut obtenue : Vous avez, mon Père, dit-il au moine, attribué à Luther de terribles choses; mais en quel endroit les dit-il ? Pouvez-vous me marquer un livre où il ait enseigne une telle doctrine ? Le religieux répondit qu'il ne pouvoit le lui montrer actuellement; mais qu'il le feroit à Turin, s'il vouloit l'y accompagner. Et moi, dit Curion, je vais sur l'heure vous montrer le contraire de ce que vous avancez. Puis tirant de sa poche le Commentaire de Luther sur l'Epître aux Galates, il réfuta le Dominicain avec tant de force, que la populace se jeta sur lui, et qu'il eut beaucoup de peine de se tirer de ses mains. » (FABRE, Histoire Ecclésiastique. Livre 171.) L'inquisition et l'évêque de Turin ayant été informés de cette querelle, Curion fut arrêté. Mais l'évêque le voyant soutenu par un parti considérable, alla à Rome pour demander au pape ce qu'il avoit à faire. Pendant ce temps-la, on transféra Curion dans un lieu plus secret, avec les fers aux pieds, et il y fut gardé à vue. Cependant il trouva moyen de se sauver pendant la nuit. Il se retira à Salo, dans le duché de Milan, et ensuite à Pavie, d'où, trois ans après, il fut obligé de se réfugier à Venise, parce que le pape avoit menacé d'excommunier le sénat de Pavie, s'il ne le faisoit arrêter. De Venise, *Curion* alla successivement à Ferrare, à Lucques, à Lausanne en Suisse, où il fut fait principal du collège, et enfin à Basle, en 1547. Il y professa l'éloquence et les belles-lettres pendant 22 ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort, arrivée en 1569, à 67 ans. On a de lui un ouvrage singulier, intitulé : *De amplitudine beati regni Dei*; à Basle, 1550, in-8.º Il étend tellement ce royaume, qu'il prétend, contre la parole expresse de l'Écriture, que le nombre des élus sürpasse infiniment celui des réprouvés. On a encore de lui : I. *Opuscula*, à Basle, 1544, in-8.º; rares, et qui contiennent une *Dissertation sur la Providence*, une autre sur l'immortalité de l'Ame, etc. L'auteur y paroît favorable aux Sociniens. II. Des *Lettres*; Basle, 1553, in-8.º III. *Calvinus Judaisans*, 1595, in-8.º IV. On lui attribue *Pasquillorum tomi duo*, 1544, 2 tom. en 1 vol. in-8.º Ce qui l'a fait juger éditeur de ce recueil, c'est qu'il est lui-même auteur des deux *Pasquillus Extaticus*, in-8.º, l'un sans date, l'autre de Genève, 1544. Le second a été réimprimé avec *Pasquillus Theologaster*; Genève, 1667, in-12. Satires sanglantes, que la méchanceté d'une part, l'envie de les supprimer de l'autre, ont fait rechercher. Les bibliomanes ajoutent à ces deux tomes, les Œuvres d'un certain Allemand, nommé *Pasquillus merus*. Cela forme un troisième volume, qui n'a guères de rapport aux premiers, et les uns et les autres sont peu dignes de recherche. V. *Traduction* latine de l'Histoire d'Italie, par *Guichardia*, 1566, 2 vol. in-fol. VI. *De Bello Melitensi*, anno 1565, in-8.º Ce dernier écrit a été inséré dans le recueil de *Muratori*.
III. CURION, (Cœlius-Augustin) fils du précédent, mort quelque temps avant son père, en 1567, à 29 ans, laissa une *Histoire* latine des *Sarrasins*, et une autre du royaume de Maroc, toutes deux in-fol. Il les compila sur d'assez mauvaises relations.—Il y a eu quelques autres savans de la même famille; leurs talens n'étoient pas assez distingués pour que nous en parlions.
IV. CURION, (Jean) médecin Suisse, mort en 1572, a publié à Basle, en 1557, un ouvrage historique ayant pour titre : *De Francorum rebus et origine*, in-fol. I. CURIUS-DENTATUS, (*Marcus-Annius*) illustre Romain, fut trois fois consul, et jouit deux fois des honneurs du triomphe. Il vainquit les Samnites, les Sabins, les Lucaniens, et battit Pyrrhus près de Tarente, l'an 272 avant J. C. Il distribua les terres conquises aux pauvres citoyens; il en donna quatre arpens à chacun, et n'en garda pas davantage pour lui, disant que personne n'étoit digne de commander une armée, s'il ne se contentoit pas de ce qui suffit à un simple soldat. Ses vertus civiles étoient encore au-dessus de ses talens militaires. Les ambassadeurs des Samnites l'ayant trouvé, qui faisoit cuire des raves dans un pot de terre, à la campagne où il s'étoit retiré après ses victoires, lui offrirent des vases d'or, pour l'engager à prendre leurs intérêts. Le généreux Romain les refuse, en disant, d'un ton gracieux, mais ferme : *Qu'un homme qui se contentoit d'un mets tel que celui qu'ils voyoient sur sa table, (c'étoit des carottes) n'avoit besoin ni d'or, ni d'argent, et qu'il trouvoit plus beau de commander à ceux qui en possédoient que d'en avoir.*
II. CURIUS-FORTUNATIANUS, rhéteur du 3$^{e}$ siècle, dont il nous reste quelques ouvrages dans les *Rhetores antiqui* ; Alde, 1523, in-fol., Paris, 1599, in-4.$^{o}$
CURNE, *Voy. STE-PALAYE.*
CURSAY, (J. M. Thomasseau) né à Paris en 1705, mort en 1781, a publié quelques écrits qui n'ont pas obtenu une grande célébrité. Ce sont : I. De l'*Homonymie* dans les pièces de théâtre, 1756, in-8.$^{o}$ II. *Mémoire* sur les savans de la famille de Terrasson, 1761, in-12. III. *Anecdote* sur Louis XIV, 1761, in-12. IV. *Les deux Frères Angevins*, in-12. V. *Le Guerrier sans reproche*, 1775, in-8.$^{o}$
CURSINET, fourbisseur de Paris, célèbre vers l'an 1660 pour les ouvrages de damasquinerie. Cet artiste excelloit également dans le dessin, et dans la manière d'appliquer l'or et de ciseler le relief.
CURTENBOSCH, (Jean de) né à Gand, mort à Rome en 1550, assista au concile de Trente, et publia une relation exacte de ce qui se passa dans les premières séances. Elle est insérée dans le tome VIII de la Collection de *Martenne et Durand* ; on en trouve aussi un abrégé dans la *Bibliothèque* des auteurs ecclésiastiques, par *Dupin*, tome XV.
CURTIL, (Benoit du) de Lyon, a écrit un livre sur les *Jardins* au commencement du siècle passé. L'un de ses ancêtres, nommé *Bon du Curtil* a publié un *Traité sur la Noblesse*.
CURTIUS, (Q.) *Voyez QUINTE-CURCE.* I. CURTIUS, (*Marcus*) chevalier Romain, se dévoua pour le salut de sa patrie vers l'an 362 avant J. C. La terre s'étoit entr'ouverte dans une place de Rome ; l'oracle, consulté sur ce prétendu prodige, répondit que le gouffre ne pouvoit être comblé, qu'en y jetant ce que le peuple Romain avoit de plus précieux. *Marcus Curtius*, jeune homme plein de courage et de religion, crut que les Dieux demandoient une victime humaine. Il se précipita solennellement tout armé ; avec son cheval, dans l'abyme ; et passa auprès des superstitieux pour avoir sauvé sa patrie par ce sacrifice, la terre s'étant, dit-on, refermée presque aussitôt qu'elle l'eut reçu. — Il ne faut pas le confondre avec un autre *CURTIUS*, chevalier Romain, qui vivoit dans les plaisirs, et aimoit la bonne chère. Soupant un jour chez *Auguste*, avec lequel il vivoit familièrement, il prit sur un plat une grive fort maigre, et, la tenant à la main, il demanda à ce prince s'il lui permettoit de lui donner la liberté. *Pourquoi non*, répondit l'empereur ? Et aussitôt *Curtius* la jeta par la fenêtre. *Auguste*, trompé par l'équivoque du mot *mittere*, dont *Curtius* s'étoit servi, ne lui sut pas mauvais gré de cette plaisanterie.
II. CURTIUS, (Matthieu) médecin de Pavie, mort à Pise, en 1544, à 70 ans, laissa plusieurs ouvrages sur son art, entr'autres un traité *De curandis febribus*. Il l'avait pratiqué avec succès, et s'en étoit servi pour conserver jusqu'à sa vieillesse une santé vigoureuse.
III. CURTIUS, (Cornélius) religieux Augustin, natif de Bruxelles, professa la théologie dans différens couvens des Pays-Bas et de l'Autriche, et devint provincial et définiteur général. Il mourut à West-Munster, près Dendermonde, en 1633, à 47 ans. On a de lui : I. Les *Eloges des Hommes illustres de son Ordre*, en latin assez pur, mais ampoulé. II. Une *Dissertation*, Anvers, 1654, dans laquelle il discute, si JÉSUS-CHRIST a été attaché à la croix : il se détermine pour la dernière opinion.
CUSA, (Nicolas de) *Voyez* NICOLAS DE CUSA, n° XIII.
CUSPINIEN, (Jean) premier médecin de l'empereur *Maximilien I*, employé par ce prince dans plusieurs négociations délicates, étoit né à Schweinfurt en Franconie, et mourut à Vienne en 1529. On a de lui : I. Un *Commentaire*, in-folio, en latin, 1552, sur la *Chronique des Consuls de Cassiodore*. II. Un autre *Commentaire des Césars et des Empereurs Romains*, 1540, infolio. III. Une *Histoire d'Autriche*, 1553, in-folio, intéressante et curieuse. IV. Une autre *Histoire de l'origine des Turcs, et de leurs cruautés envers les Chrétiens*. Cet auteur avoit des connoissances étendues sur la politique, l'histoire et la médecine. Sa *Vie* a été écrite par N. Gerbel.
CUSPIUS-FADUS, gouverneur de Judée, sous l'empereur *Claude*, purgea cette province des voleurs et des fanatiques qui la troubloient vers l'an 45 de J. C. Ayant appris qu'un nommé *Theu-* das débitoit en public de prétendues prophéties et emmenoit le peuple avec lui, il le fit arrêter par des cavaliers, qui dissipèrent la multitude, et qui se saisirent du faux prophète. *Cuspias* mourut avec la réputation d'un homme équitable et intelligent.
CUSSAY, (N°) commandant du château d'Angers, eut le courage de refuser d'obéir à l'ordre de faire massacrer tous les protestans de l'Anjou, le jour de la *Saint-Barthélemi*. Il répondit au duc de Guise : « Je porte d'honorables marques de mon zèle et de ma fidélité pour la France; je chéris plus mes blessures que toutes les décorations que vous pourriez me donner, parce que je les ai acquises par des actions nobles; vous ne voudriez pas que je souillasse cinquante ans d'une vie honorable et pure par le plus lâche de tous les assassinats. Dites au roi que mes compatriotes sont tous bons citoyens, valeureux, guerriers, et non pas des assassins. » Cette réponse sauva la vie à une foule d'hommes. *Cussay* mourut à Angers en 1579. I. CUSSON, (Jean) d'abord avocat à Paris, puis imprimeur dans cette ville, en 1659, a traduit l'*Imitation de J. C.*, et a rangé dans l'ordre où on les voit aujourd'hui les *Mémoires de Nevers*. *Cusson* possédoit le grec et le latin.
II. CUSSON, (Pierre) né à Montpellier le 2 aout 1727, mort le 13 novembre 1783, professa d'abord les belles lettres dans un collège des Jésuites, qu'il quitta en 1753 pour se faire médecin. Ses connoissances en botanique, le firent envoyer par le gouvernement en Espagne et dans les Isles de Majorque et de Minorque, d'où il rapporta une nombreuse collection de plantes. Son embonpoint considérable l'empêchant d'herboriser, il se livra entièrement à la médecine pratique, et devint l'un des plus habiles professeurs de l'université de sa patrie. Ses disciples le chérissoient pour sa franchise et sa gaieté. On a de lui plusieurs Thèses médicales et un article sur les maladies de la première classe, inséré dans la Nosologie de Sauvages. — CUSTINES, (Adam-Philippe comte de) né à Metz le 4 février 1740, fit la guerre de sept ans, et obtint ensuite du duc de Choiseul, le commandement d'un régiment de dragons qui porta son nom. Lorsque celui de Saintonges fut destiné à passer en Amérique pour y soutenir la cause des insurgens, Custines, déjà enthousiaste de toute indépendance, traita avec le chef de ce corps et passa à sa place à Philadelphie: il fut fait maréchal de camp à son retour. Nommé député de la noblesse de Metz à l'assemblée Constituante, il y embrassa le parti populaire, et y demanda la création des assignats, le renvoi des ministres, la suppression de la maison militaire des princes. Parvenu en 1792, au commandement en chef du camp de Soissons et ensuite de l'armée du Rhin, il s'empara de Spire, de Mayence et de Francfort sur le Mein. Une proclamation furieuse et impolitique contre les princes d'Allemagne, où il annonçoit que le jour du jugement étoit arrivé pour eux, leur fit réunir leurs efforts pour s'opposer à ses desseins. Chassé de Francfort par les Prussiens, de Worms par les Autrichiens, il fut contraint de se replier sur l'Alsace. Les jacobins s'élevèrent bientôt contre lui. Un ordre du comité de Salut public le manda à la barre de la Convention pour y venir rendre compte de sa conduite. Custines eut beau y vanter ses services et son patriotisme, Bazire le fit décréter d'accusation, et il périt sur l'échafaud le 27 août 1793. Custines, avec peu d'esprit naturel et de talens militaires, montra beaucoup d'orgueil et une sévérité froide et cruelle contre les soldats qui le désestèrent. Il marcha à la mort en pleurant et la subit avec lâcheté. Son fils, nommé ministre à Berlin, où le roi de Prusse ne voulut pas le recevoir, eut bien plus de fermeté lorsqu'il fut condamné à mort le 3 janvier 1794, à l'âge de 25 ans, pour avoir été mauvais Jacobin, suivant son acte d'accusation.
CUSTIS, (Charles) né à Bruges, en 1704, remplit les fonctions de juge dans sa patrie, où il mourut le 26 février 1752. On lui doit en flamand, les Annales de Bruges, 3 vol. in-8. Elles sont exactes et pleines d'érudition.
CUSTOS ou COSTER, (Dominique) habile graveur, né à Anvers, et mort à Augsbourg en 1610, a publié sous ce titre: Atrium Heroicum, 1605, 4 vol. in-folio, les vies des comtes du Tyrol, des rois de Naples, des électeurs de Saxe et de Bavière, avec leurs portraits. On lui doit d'autres recueils gravés, tels que I. Illustrium eruditorum imagines, in-fol. II. Principum Christiano-rum stemmata, 1610, in-fol.
CUTTERI, (Mythol.) fut suivant les Indiens, le second Bis du premier homme. Doué d'une grande valeur et d'une force de corps prodigieuse, il embrassa le parti des armes, et devint le fondateur de la seconde caste de l'Indostan. Cette caste porte le nom de *Cutteri*, et renferme les rajahs, les gouverneurs et tous les nobles.
CUVERA, (Mythol.) est le dieu des richesses chez les Indiens. Porté dans un char d'or, orné de diamans, il réside d'ordinaire dans le magnifique palais d'*Alaca*, d'où il répand des trésors sur ceux qu'il daigne en favoriser. I. CUYCK, (Jean van-) conseiller et consul d'Utrecht sa patrie, mort en 1566, a fait peu d'écrits, dit *Gravius*, mais excellens, et qui semblent être l'ouvrage des Muses et des Graces. Il faut remarquer que *Gravius* lui donne ces éloges dans une harangue académique, et qu'il faut toujours rabattre des louanges prodiguées dans ces sortes de discours. *Cuyck* est éditeur des *Offices* de *Cicéron*, avec des remarques estimées, et des *Vies* de *Cornelius-Népos*. Cette dernière édition est peu commune et très-estimée; elle fut imprimée en 1542, à Utrecht, in-8°.
II. CUYCK, (Henri) théologien Protestant, plein de bile, publia à Cologne en 1559, in-8°, une satire sous le titre de *Speculum Concubinarorum Sacerdotum, Monacorum ac Clericorum*. C'est une invective grossière, qui ne laisse pas d'être recherchée par quelques curieux.
CYANÉ, Voyez CYANIPPE.
CYANÉE, (Mythol.) fille du fleuve *Méandre*, et mère de *Laune* et de *Biblis*. Elle fut C Y A 105 métamorphosée en rocher, pour n'avoir pas voulu écouter un jeune homme qui l'aimoit passionnément, et qui se tua en sa présence, sans lui avoir causé la moindre émotion. — Une autre CYANEE, nymphe de Syracuse, fut aimée du fleuve *Anapis*. *Pluton*, pour la punir d'avoir voulu s'opposer à l'enlèvement de *Proserpine*, la changea en fontaine, près de laquelle les Syracuseins venoient chaque année offrir des sacrifices.
CYANIPPE, prince de Syracuse. Ayant méprisé les fêtes de *Bacchus*, il fut frappé d'une telle ivresse, qu'il fit violence à *Cyané* sa fille. L'isle de Syracuse fut désolée aussitôt par une peste horrible. L'oracle répondit que la contagion ne finirait que par le sacrifice de l'incestueux. *Cyané* traina elle-même son père à l'autel, et se tua après l'avoir égorgé.
CYAXARES Ier, roi des Mèdes, succéda, l'an 635 avant l'ère chrétienne, à son père *Phraortes*, tué devant Ninive. Il tourna ses armes vers cette ville pour venger la mort de son père; et comme il étoit près de s'en rendre le maître, une armée formidable de Scythes vint lui enlever sa proie. Obligé de lever le siège, il marcha contr'eux, et fut vaincu. Les Mèdes n'ayant pu se délivrer de ces barbares par la force, s'en délivrèrent par la ruse. Ils convinrent de les inviter à un festin qui se faisoit alors dans chaque famille. Chacun enivra ses hôtes, et les massacra. Ceux des Scythes qui échappèrent à cette boucherie, se retirèrent auprès d'*Halyates*, roi de Lydie, père de *Crosus*; et ce fut le sujet d'une guerre de cinq ans entre le roi des Lydiens et celui des Mèdes. Mais une éclipse de so- leil, survenue au milieu d'un combat, effraya tellement les deux armées, qu'on se retira de part et d'autre, et l'on conclut la paix. Cyaxares reprit bientôt le siège de Ninive, qui fut dé- truite entièrement après une lon- gue résistance. On passa au fil de l'épée tous les habitans. Les en- fans mêmes furent écrasés contre les murailles, les temples et les palais renversés, et les débris de cette superbe ville consumés par le feu. Le vainqueur poursuivit ses conquêtes, se rendit maître des autres villes du royaume d'Assyrie, et mourut l'an 595 avant J. C., après un règne de 40 ans.
CYAXARES II, Voyez L DARIUS.
CYBÈLE, (Mythol.) femme de Saturne, et fille du Ciel et de la Terre, fut exposée dans son enfance dans une forêt, où les bêtes féroces prirent soin d'elle et la nourrirent. Elle aima pas- sionnément Atys, jeune berger Phrygien, qui la dédaigna, et dont elle se vengea en le méta- morphosant en pin. On la peint avec une tour sur la tête, une clef et un disque dans la main, couverte d'un habit vert et semé de fleurs; tantôt entourée d'ani- maux sauvages, tantôt assise sur un char trainé par quatre lions. On lui offroit en sacrifice un taureau, une chèvre ou une truie. Quelques-uns de ses prêtres se faisoient eunuques, pour imiter Atys que Cybèle trouva infidelle, et transporta d'une telle fureur, que dans ce moment il se priva de l'espérance d'avoir des descen- dans. Ils portoient la statue de la déesse par les rues au son des tymbales, faisoient des contor- sions, se déchiquetoient le corps en sa présence, pour s'attirer les aumônes du peuple, et frappoient la déesse avec les parties qu'ils s'étoient retranchées. (Histoire de l'Eglise Gallicane, tom. 1, p. 35.) Ils habitèrent d'abord le mont Ida en Phrygie, puis ils vinrent de- meurer dans l'isle de Crète sur une haute montagne à laquelle ils donnèrent le même nom. Ce fut là qu'ils nourrirent Jupiter en- fant, et qu'à la faveur du bruit qu'ils faisoient avec leurs instru- mens lorsqu'il pleuroit, ils le sau- vèrent de la fureur de Saturne, qui l'auroit dévoré comme ses autres enfans. On les appeloit GALLI, du nom d'un fleuve de Phrygie. Les nations adorèrent Cybèle sous le nom de Déesse de la Terre. Les Romains igno- roient son culte jusqu'au temps d'Annibal, mais sur une réponse de l'oracle de Delphes, ils en- voyèrent des députés à Attale, roi de Pergame, pour lui de- mander la mère Idéenne ou Cy- bèle. Ce prince leur fit donner une grosse pierre que l'on con- servoit à Pessinonte en Phrygie, et que les habitans disoient être la mère des Dieux. On l'apporta à Rome avec beaucoup de céré- monie, et on la plaga dans le temple de la Victoire sur le mont Palatin. Elle y etoit regardée comme un gage de la stabilité de l'empire. On lui consacroit le cube et toutes les figures cubiques et à six faces. Les poètes l'ont dé- signée sous différens noms, tirés la plupart des montagnes de Phrygie; les principaux sont: Ops, Ithée, Veste, Lindymene, Bérécynthe, la Bonne Déesse, la Mère des Dieux.
CYCHRÉE, (Mythol.) fils de la nymphe Salmais et de Neptune, fut surnommé le Serpent, à cause de sa prudence, et honoré comme un Dieu dans l'Attique et à Salamine.
CYCINNIS, (Mythol.) satyre de la suite de Bacchus, inventa une danse qui prit son nom. Elle étoit moitié grave, moitié gaie.
CYCLOPES, (Mythol.) hommes monstrueux. Homère et Théocrite disent qu'ils furent les premiers habitans de la Sicile. Ils les représentent comme des géants d'une grandeur énorme, et ne leur donnent qu'un œil tout rond au milieu du front; d'où leur est venu le nom de Cyclopes du grec Kounlos, cercle, et de Ops, œil. Il y en avoit trois principaux; savoir, Brontés, qui forgeoit la foudre; Stéropés, qui la tenoit avec la pince sur l'onclume; et Pyracmon, qui la battoit à grands coups. La Fable, qui les fait enfans de Neptune et d'Amphitrite, les emploie à forger les foudres de Jupiter dans un antre du mont Etna, sous les ordres de Vulcain. Apollon, voulant se venger de la mort de son fils Esculape frappé de la foudre, les tua tous à coups de flèches.
CYDON, Fils de Thégéate, alla fonder une colonie dans l'isle de Crète, et y fonda la ville de Cydonie.
CYDROLAUS, fils de Macarée, vint s'établir dans l'isle de Samos et en devint roi.
CYGNE, (Martin du) professeur d'éloquence, de la société des Jésuites, né à Saint-Omer, en 1619, mourut en 1669. C'étoit un bon humaniste. Nous avons de lui: I. Explanatio Illutoricae; rhétorique estimée, parce qu'il y a de l'ordre et de la clarté. II. Ars metrica et Ars poetica: Louvain, 1755. III. Ars historica: Saint-Omer, 1669. IV. Fons Eloquentiæ, sive M. T. Ciceronis Orationes: Liège, 1675, 4 vol. in-12, dont le dernier renferme une excellente analyse des Discours de l'orateur Romain. V. Comœdiæ XII, phrasi, cum Plautiad, tum Terentiand, concinnatae: Liège, 1679, 2 vol. in-12: pièces propres aux représentations théâtrales de collège.
CYGNUS, (Mythol.) roi des Liguriens que Jupiter changea en cygne, pour avoir pleuré l'aventure de Phaëton son frère et de ses sœurs. Les poètes parloient encore de deux autres jeunes hommes changés en cygnes; l'un fils de Neptune, qu'Achille trouva invulnérable, et qu'il étrangla; l'autre, fils de la nymphe Hyrie, qui se précipita dans la mer, de désespoir de n'avoir pas obtenu un taureau qu'il avoit demandé à un de ses amis. Voyez TÉNÈS.
CYLLABARE, fils de Sthénélus, régna dans la ville d'Argos, et réunit par sa valeur un très-grand territoire à son empire, qui passa après lui à la famille de Pélops.
CYNÉAS, originaire de Thessalie, disciple de Démosthène et ministre de Pyrrhus, fut également célèbre sous le titre de philosophe et sous celui d'orateur. Pyrrhus disoit de lui, « qu'il avoit pris plus de villes par son éloquence, que lui par ses armes. » Ce prince l'envoya à Rome pour demander la paix. On étoit sur le point de la lui accorder, lorsqu'Appius Claudius et Fabricius, que les fleurs de rhétorique ne touchoient point, rappelèrent le sénat à d'autres sentimens. Voyez les art. EPICURE, vers le milieu, et FABRICIUS. Cynéas, de retour au camp de Pyrrhus, lui peignit Rome comme un temple, le sénat comme une assemblée de rois, et le peuple Romain comme une hydre qui renaissoit à mesure qu'on l'abattoit. Pline cite la mémoire de Cynéas comme un prodige. Le lendemain de son arrivée à Rome, il salua tous les sénateurs et les chevaliers, en les nommant chacun par son nom. Voyez un bon mot de ce philosophe dans l'article de PYR-RHUS, n° II. C'est Cynéas qui abrégea le livre d'Enée le Tac-ticien, sur la défense des places. Casaubon a donné au public cet Abrégé avec une version latine, dans le Polybe de Paris, 1609, in-fol. De Beausobre en a donné une traduction françoise, avec des commentaires, 1757, in-4.°
CYNEGIRE, soldat Athé-nien, s'immortalisa à la bataille de Marathon, l'an 498 avant l'ère chrétienne. Ayant saisi de la main droite un des vaisseaux des Perses, il ne quitta prise que lorsque cette main lui fut coupée; alors il le reprit de la gauche. Cette autre main ayant été coupée, il le saisit, dit-on, avec les dents, et y mourut attaché, triomphant dans sa mort même, du soldat Persan, qui sépara sa tête de son corps. Ce Grec intrépide étoit frère du poète Eschyle.
CYNIQUES, Voyez ANTIS-THÈNE et DIOGÈNE.
CYNISCA, fille d'Archidame, roi de Sparte, remporta la première le prix de la course des épars aux jeux Olympiques.
CYNOSURE, (Mythol.) nymphe du mont Ela, fut l'une des nourrices de Jupiter, qui, en reconnoissance de ses soins, la changea en étoile et la plaça près du pôle.
CYNTHIO, Voy. GYRALDI.
CYNURE, prince d'Argos, conduisit une colonie de ses compatriotes dans le Péloponnèse, et y fonda la ville de Cynare.
CYPARISSE, (Mythol.) jeune garçon très-beau, fils de Teléphe, de l'isle de Cée, fut aimé d'Apollon. Il nourrissoit un cerf, qu'il tua par mégarde, et en eut tant de regret, qu'il voulut se donner la mort. Apollon, touché de pitié, le métamorphosa en cyprès, arbre dès-lors consacré au deuil et à entourer les tombeaux.
CYPRIANI, (N.) célèbre peintre Italien, établi en Angleterre, et mort à Londres en 1785, jouit d'une grande réputation dans cette isle. Quoique ses compositions fussent, en général, peu étendues, la grande variété de ses dessins, l'expression de ses figures, la finesse de ses têtes, et la délicatesse de ses contours, l'ont fait regarder comme un grand maître. Ses nombreuses productions, répandues en Europe, par le burin de Bartolozzi, respirent la grace et la beauté. Cypriani contribua beaucoup à propager le goût des beaux arts en Angleterre. Ses vertus privées honorèrent ses talens: il eut presque autant d'amis que de disciples. Il a laissé un fils héritier d'une partie de son génie, et d'un grand nombre d'esquisses et de dessins, dont il ne privera pas vraisemblablement le public. I. CYPRIEN, (Saint) naquit à Carthage, d'une famille riche et illustre. Son génie facile, abondant, agréable, le fit choisir pour donner des leçons d'éloquence à Carthage. Il étoit alors Païen. Il se fit Chrétien l'an 246 par les soins du prêtre Cécile, qui lui découvrit l'excellence de la religion Chrétienne et les absurdités du Paganisme. Il hésita pourtant pendant quelque temps. « Il me sembloit, disoit-il, très-difficile de renaître pour mener une vie nouvelle, et devenir un autre homme en gardant le même corps... Comment apprendre la frugalité, quand on est accoutumé à une table abondante et délicate ? Mais lorsque l'eau vivifiante eut lavé les taches de ma vie passée, je trouvai facile ce qui m'avoit paru impossible. » Les Païens fâchés d'avoir perdu un tel homme, lui reprochèrent qu'il avoit avili sa raison et son génie, en les soumettant à des contes et à des fables puériles (c'est ainsi qu'ils parloient des grandes vérités du Christianisme). Mais Cyprien, insensible à leurs railleries, fit tous les jours de nouveaux progrès dans la vertu. Il vendit ses biens, en distribua le prix aux pauvres, embrassa la continence, prit un habit de philosophe, et substitua à la lecture des auteurs profanes celle des livres divins. Son mérite le fit élever à la prêtrise, et le plaça bientôt après sur la chaire de Carthage, malgré ses oppositions, l'an 248. Ses travaux pour son église furent immenses. Il fut le père des pauvres, la lumière du clergé, le consolateur du peuple. L'empereur Dèce ayant suscité une grande persécution contre l'église, Cyprien fut obligé de quitter son troupeau; mais il fut toujours auprès de lui, soit par ses lettres, soit par ses ministres. Lorsque l'orage fut dissipé, il se signala par la fermeté avec laquelle il résista à ceux d'entre les Chrétiens apostats, qui surprennent des recommandations des martyrs et des confesseurs, pour être réconciliés à l'église qu'ils avoient quittée pendant la persécution. Ce fut pour régler les pénitences qu'on devoit leur prescrire, qu'il assembla un concile à Carthage en 251. Il condamna, dans la même assemblée, le prêtre Félicissime et l'hérétique Privat. Ce dernier députa vers le pape Corneille, pour lui demander sa communion, et accuser St. Cyprien, qui ne crut pas devoir envoyer de son côté pour se défendre. Le pape lui en ayant témoigné sa surprise, il lui répondit, avec autant de modestie que de fermeté : C'est une chose établie entre les Evêques, que le crime soit examiné là où il a été commis. C'est ainsi, dit le sage Fleury, que St. Cyprien écrivant au pape même, se plaignoit d'une appellation à Rome, comme d'un procédé notoirement irrégulier. Il ne montra pas moins de fermeté dans la dispute qui s'éleva entre le pape Étienne et lui, sur le baptême administré par les hérétiques. Plusieurs conciles convoqués à Carthage conclurent, conformément à son opinion, qu'il falloit rebaptiser ceux qui l'avoient été par les hérétiques. Dans le dernier, St. Cyprien déclara qu'il ne prétendoit point séparer de sa communion ceux qui étoient d'un avis contraire au sien. Ce saint évêque croyoit défendre une bonne cause, tandis qu'il en soutenoit une mauvaise. Mais, quoiqu'il ne déférât point aux décrets du pape St. Étienne, ces décrets n'étant point alors une décision universellement reçue, il conserva toujours l'unité avec l'église Romaine. C'est au saint-Siège qu'il adressa son apologie contre ceux qui blâmoient sa fuite ; c'est son autorité qu'il implore contre ceux qui étant tombés dans la persécution de *Dèce*, vouloient être réconciliés à l'église, sans accomplir la pénitence prescrite par les canons. En 257, la persécution s'étant rallumée, il fut relégué à Curube, à douze lieues de Carthage. Après un exil d'onze mois, on lui permit de demeurer dans les jardins voisins de Carthage ; mais on l'arrêta peu de temps après, pour le conduire au supplice. Il eut la tête tranchée le 14 septembre 258. Son corps conservé à Carthage, fut transporté en 802 en France par les ambassadeurs que *Charlemagne* avoit envoyés en Perse. Il fut déposé d'abord à Arles, ensuite à Lyon, derrière le maître-autel de l'église Saint-Jean, enfin transporté à Compiegne dans le monastère que *Charles-le-Chauve* y fit bâtir. Quelque précieux que soit ce trésor, nous devons encore plus nous glorifier des vraies reliques que *St. Cyprien* a laissées de son esprit à l'Église. Il avoit beaucoup écrit pour la vérité qu'il scella de son sang. *Lactance* le regarde comme le premier des auteurs Chrétiens véritablement éloquents. *St. Jérôme* compare son style à une source d'eau pure, dont le cours est doux et paisible. D'autres l'ont comparé, peut-être avec plus de raison, à un torrent qui entraîne tout ce qu'il rencontre. Son éloquence, à la fois mâle, naturelle, et fort éloignée du style déclamateur, étoit capable d'exciter de grands mouvemens. Il raisonne presque toujours avec autant de justesse que de force. Il faut avouer pourtant que son style, quoique généralement assez pur, a quelque chose du génie Africain, et de la dureté de *Tertullien*, qu'il appeloit lui même son maître. Il est vrai qu'il a poli et embellit souvent ses pensées, et presque toujours évité ses défauts. Outre 81 *Lettres*, il nous reste de lui plusieurs *Traités*, dont les principaux sont : I. Celui des *Témoignages*, recueil de passages contre les Juifs. II. Le livre *De l'Unité de l'Église*, qu'il prouve par des raisons fortes et solides. III. Le traité *De Lapsis*, le plus bel ouvrage de l'antiquité sur la pénitence. IV. *L'Explication de l'Oraison Dominicale*. C'est un excellent commentaire de cette prière, et de tous les écrits de *St. Cyprien*, celui que *St. Augustin*, digne disciple de ce grand maître, estimoit davantage et citoit le plus souvent. V. *L'Exhortation au Martyre*. VI. Les *Traités de la mortalité*, des œuvres de *miséricorde*, de *la patience*, de *l'envie*, etc. Le 2$^{e}$ de ces traités est un des plus forts qui aient été composés pour exhorter les riches à venir au secours des pauvres. —Parmi les différentes éditions de ce Père, on fait cas de celle de Hollande en 1700, qui est enrichie de quelques Dissertations de *Péarson* et de *Dodwel* ; mais on préfère celle de 1726, in-fol., de l'imprimerie royale, commencée par *Baluze*, et achevée par Dom *Prudent Marand*, Bénédictin de Saint-Maur, qui l'a ornée d'une préface et d'une *Vie* du Saint. Toutes ses *Œuvres* ont été traduites élégamment en français par *Lombert*, 1672, in-4$^{o}$, avec de savantes notes, et dans un ordre nouveau sur les Mémoires du célèbre *le Maître, Ponce*, diacre, Dom *Gervaise*, abbé de la Trappe, et le même *Lombert*, ont écrit sa *Vie*. — Il ne faut pas confondre avec le saint évêque de Carthage, St. CYPRIEN le Ma- gicien, décapité sous *Dioclétien* l'an 304. Celui-ci étoit d'Antioche de Syrie, et appartenoit à des parens riches. La recherche qu'il fit des secrets magiques avant sa conversion, lui fit donner le sur- nom de *Magicien*.
II. CYPRIEN, (Saint) assista au concile d'Agde avec *St. Césaire* en 506, et fut sacré par celui-ci évêque de Toulon, l'an 516. La Provence sous son épiscopat passa sous le pouvoir des François, et il fit tous ses efforts pour en faire adopter le gouvernement, et en ex- pulser à jamais les Ostrogoths qui étoient Ariens. *St. Cyprien* a écrit la vie de son ami *St. Césaire*, et mourut quelque temps après la pu- blication de cet ouvrage. La ville de Toulon l'invoque comme son second patron.
CYPRIS, (Mythol.) surnom de *Vénus*, à qui l'isle de Cypre étoit consacrée, *Voyez VÉNUS*.
CYPSÈLE, fils d'*Aétion*, étoit Corinthien. Sa naissance fut, dit- on, prédite par l'oracle de Del- phes. Consulté par son père, cet oracle répondit : « *Que l'Aigle produiroit une pierre qui acca- bleroit les Corinthiens.* » *Cypsèle* s'empara en effet de la souveraineté vers l'an 650 avant J. C., et y rigna environ 30 ans. *Péryandre*, son fils, qui lui succéda, eut deux enfans : *Cypsèle*, qui devint in- tensé, et *Lycophron*.
CYR, ou CYRIQUE, (Saint) fils de *Sté Julitte*, native d'Icone, fut arraché d'entre les bras de sa mère par ordre du juge *Alexandre*. Il n'avoit alors que 3 ans. Comme ce tendre enfant appeloit sa mère, C Y R 111 et crioit : *JE SUIS CHRÉTIEN* ! le juge le jeta du haut de son siège contre terre, et lui brisa la tête. Tous les spectateurs eurent hor- reur de cette inhumanité, et le juge lui-même en rougit. Cette action barbare se passa sous le règne de *Dioclétien* et de *Maxi- mien*. — Il y a eu un autre St. CYR, médecin, qui fut martyrisé en Égypte le 31 janvier 311.
CYRAN, (St.) *Voy. VERGER* DE HAVRANE, n° III.
CYRANO, (Savinien) d'une famille noble de Bergerac en Pé- rigord, né l'an 1620, avec un cara tère bouillant et singulier, entra, en qualité de cadet, au régiment des Gardes. Il fut bien- tôt connu, comme la terreur des braves de son temps. Il n'y avoit presque point de jour qu'il ne se battit en duel, non-seulement pour lui, mais pour ses amis. Cent hommes s'étant attroupés un jour sur le fossé de la porte de Nesle, pour insulter un homme de sa connoissance; il dispersa lui seul toute cette troupe, après en avoir tué deux et blessé sept. On lui donna, d'une commune voix, le nom d'*Intrépide*. *Cyrano* avoit le nez de travers et défiguré. Quiconque en rioit en le regardant, étoit sûr d'être appelé en duel. Deux blessures qu'il reçut, l'une au siège de Mouzon, l'autre au siège d'Ar- ras, et son amour pour les lettres, lui firent abandonner le métier de la guerre. Il étudia sous le cé- lèbre philosophe *Gassendi*, avec *Chapelle*, *Molière* et *Bernier*. Son imagination pleine de feu, et inépuisable pour la plaisan- terie, lui procura quelques amis puissans, entr'autres le maréchal de *Gassion*; qui aimoit les gens d'esprit et de cœur; mais son hu- meur libre et indépendante l'em- 112 C Y R pécha de profiter de leur protection. Il mourut en 1655, à 39 ans, d'un coup à la tête, qu'il avoit reçu quinze mois auparavant. Ce poète menoit, depuis quelque temps, une vie chrétienne et retirée. Sa jeunesse avoit été fort débauchée, et ses débauches venoient en partie de son irréligion. Il avoit passé long-temps pour incrédule. Un jour que l'on jouoit son *Agrippine*, lorsqu'on fut à l'endroit où *Sejan*, résolu de faire mourir *Tibère*, dit :
FRAPPONS, VOILA L'HOSTIE... des spectateurs ignorans et prévenus, s'écrièrent aussitôt : *Ah le méchant ! Ah l'impie ! comme il parle du St. Sacrement !* Cette tragédie fut très-bien reçue du public, de même que la comédie en prose du *Pédant joué*. Celle-ci est la première comédie en prose qui ait été jouée, et où l'on ait fait parler un villageois dans le jargon de son village. On a encore de lui : I. *L'Histoire comique des Etats et Empires de la Lune*. II. *L'Histoire comique des Etats et Empires du Soleil*. Il paroît, par le style burlesque, sautillant et singulier de ces deux ouvrages, que l'esprit de l'auteur faisoit de fréquens voyages dans les pays qu'il décrit. On voit pourtant, à travers ces polissonneries, qu'il savoit fort bien les principes de *Descartes*, et que si l'âge avoit pu le mûrir, il auroit été capable de quelque chose de mieux. III. *Des Lettres*. IV. Un petit recueil d'*Entretiens pointus*, semés, comme toutes ses autres productions, de pointes et d'équivoques. V. *Un Fragment de Physique*. Ses ouvrages forment 3 vol. in-12.
CYRENAIQUE, (la SECTE) Voyez ARISTIPE de Cyrène, et HÉRACLÉOTE.
CYRÈNE, (Mythol.) fille d'*Hypsée*, roi des Lapithes, fut enlevée par *Apollon* qui la transporta en Lybie, où elle devint mère d'*Aristée*, célébré par *Virgile*.
CYRENIUS, gouverneur de Syrie. C'est lui qui fut chargé de faire le dénombrement, pendant lequel le Sauveur vint au monde. Son vrai nom étoit *Sulpit. Quirinius*.
CYRESTÈNES, de Sycione, fut le premier qui attela deux chevaux de front, à un char qui en prit le nom de *Biga*. Cette sorte de char parut la première fois dans les jeux olympiques, et dans ceux du cirque à Rome. La *Lune* étoit toujours montée sur un char semblable, attelé d'un cheval blanc et d'un autre noir; parce qu'elle est souvent visible le jour et la nuit.
CYRIADE, l'un des vingt-neuf *Tyrans* qui envahirent la plus grande partie des provinces de l'empire Romain, sous les règnes de *Valérien* et de *Galien*, étoit fils d'un homme de qualité d'Orient, qui possédoit de grandes richesses. Il se livra, dans sa jeunesse, à la débauche, et, après avoir volé à son père une somme considérable, il passa dans la Perse. *Sapor premier* y régnoit alors. Ce prince, excité contre les Romains par *Cyriade*, leur déclara la guerre, et le mit à la tête d'une armée, avec laquelle il conquit plusieurs provinces. Ayant pénétré dans la Syrie, il saccagea Antioche, qui en étoit la capitale. Peu de temps après, il prit le titre d'Auguste : et quoique presque tous les soldats Perses fussent retournés dans leur pays, il se forma une nouvelle armée, en enrôlant des brigands et des gens sans aveu. Cet Cet usurpateur mit à contribution une partie de l'Orient, et répandit la terreur dans les provinces voisines. Ses soldats ayant appris que *Valérien* marchoit contre eux, et indignés, d'ailleurs, de ses dérèglements et de sa hauteur, l'assassinèrent en 258. *Cyriade* ne porta qu'environ une année le titre d'Auguste.
CYRIAQUE, patriarche de Constantinople l'an 595, successeur de *Jean le Jeuneur*, prit, à l'exemple de son prédécesseur, le nom d'*Évêque œcuménique* ou *universel*, et se le fit confirmer dans un concile. Ce patriarche s'étant opposé à l'empereur *Phocas*, qui attaquoit les immunités et les privilèges de l'Église; ce prince, pour se venger de sa résistance, défendit par un édit, de donner le titre qu'il avoit usurpé, à d'autres évêques qu'à celui de Rome. *Cyriaque* en mourut, dit-on, de chagrin, l'an 606. I. CYRILLE, (Saint) de Jérusalem, né vers l'an 315, fut ordonné diacre par *St. Macaire* de Jérusalem, vers l'an 334, et prêtre l'année d'après. Le siège patriarcal de cette ville ayant vaqué par la mort de *St. Maxime*, en 350, *Cyrille* lui succéda, et travailla comme lui à défendre la vérité contre les efforts de l'erreur. Son différend avec *Acace*, évêque de Césarée, sur les prérogatives de leurs sièges, interrompit le bien qu'il faisoit à son troupeau et à l'Église. Cette querelle personnelle s'aigrit par la diversité des sentimens. *Cyrille* étoit zélé Catholique, et *Acace* Arien opiniâtre. Cet homme inquiet et intrigant, ne pouvant attaquer la foi de son adversaire, attaqua ses mœurs. Il l'accusa d'avoir vendu quelques étoffes précieuses de l'é- glise, et lui fit un crime d'une action héroïque; car *Cyrille* n'avoit dépouillé les temples, que pour secourir les pauvres dans un temps de famine. Un concile assemblée à Césarée par *Acace*, le déposa en 357. Le saint évêque appela de ce jugement inique à un tribunal supérieur: il fut rétabli sur son siège par le concile de Séleucie en 359, et son persécuteur chassé du sien. Les intrigues d'*Acace* le firent déposer de nouveau, en 360. *Julien*, successeur de l'empereur *Constance*, ayant commencé son règne par le rappel des exilés, *Cyrille* rentra dans son siège. L'empereur *Valens* l'en tira une troisième fois, et ce ne fut que plus d'onze ans après, à la mort de ce prince, qu'il retourna à Jérusalem. Le concile de Constantinople, de 381, approuva son ordination et son élection. Il mourut le 18 mars 386, après 35 ans d'épiscopat. Il nous reste de lui 23 *Catéchèses*, regardées comme l'abrégé le plus ancien et le mieux digéré de la doctrine Chrétienne. Les dix-huit premières sont adressées aux catéchumènes, et les cinq autres aux nouveaux baptisés. Le style de ces instructions est simple, net, tel qu'il convient à ces sortes d'ouvrages. Il expose avec exactitude ce que l'Église croit, et réfute avec solidité ce qu'elle rejette. *Grancolas*, docteur de Sorbonne, en a donné une *Traduction* françoise, avec des notes, à Paris en 1715, in-4. Dom *Toutée*, bénédictin de St-Maur, a publié une édition de toutes les *Œuvres de St. Cyrille*, grecque et latine, in-fol., à Paris en 1720. Le texte, corrigé sur plusieurs manuscrits, est accompagné de notes savantes qui l'éclaircissent, et d'une version regardée comme très-exacte.
II. CYRILLE, (Saint) patriarche d'Alexandrie, successeur de Théophile son oncle maternel, en 412, étoit né avec un esprit subtil et pénétrant, qu'il cultiva par la lecture des écrivains sacrés et profanes. Il avoit assisté, en 403, au conciliabule du Chesne, où St. Chrysostôme fut condamné; mais, après la mort de son oncle, il rétablit la mémoire de cet illustre prélat. « Saint Cyrille, dit Baillet, fit connoître, dès le commencement, ce que l'Église avoit à espérer de lui. Il chassa d'abord les Novatiens de sa ville. Il voulut en user de même à l'égard des juifs; mais la rigueur avec laquelle il voulut venger quelques insultes qu'ils firent aux chrétiens, eut des suites fâcheuses, parce qu'à la faveur du gouverneur de la ville, nommé Oreste, ils formèrent un parti assez puissant pour commettre un grand nombre de meurtres sur les chrétiens. Le bruit de la mésintelligence du gouverneur et du patriarche se répandit dans les monastères de Nitrie, d'où les moines accoururent, pleins d'ardeur, au secours du patriarche, blessèrent le gouverneur à coups de pierres, tuèrent, avec une cruauté inouïe, l'illustre et savante fille Hypatia, Voyez HYPACIE, et commirent d'autres violences, propres à des Arabes et à des Sarrasins. » Ces excès que St. Cyrille désapprouvoit sans doute, le rendirent odieux, parce qu'ils avoient été commis par ses partisans. Mais il rétablit peu à peu la paix dans son église, tandis que la guerre commençoit à s'allumer dans celle de Constantinople. Le Nestorianisme faisoit alors des progrès. St. Cyrille écrivit aux solitaires d'Égypte, combien il auroit désiré qu'on n'agitât point les ques- tions que Nestorius avoit élevées. Mais ces questions continuant d'occuper les esprits, il tâcha de les prémunir contre cette doctrine, la fit condamner au concile de Rome, en 430, et au concile œcuménique d'Éphèse, assemblé par ordre de l'empereur Théodose, auquel il présida au nom du pape, en 431. Jean d'Antioche et les autres évêques d'Orient se séparèrent de ce concile, soutinrent vivement Nestorius, et tinrent de leur côté un synode, où Cyrille fut déposé. La cour de l'empereur fut d'abord favorable à l'hérésiarque; Cyrille fut arrêté; mais ce prince ayant entendu les deux partis, relégua Nestorius dans un monastère, et rendit Cyrille à son église. Les partisans du novateur ne l'abandonnèrent point, et le soutinrent avec d'autant plus de zèle, que le patriarche d'Alexandrie leur paroissant un homme haut et impérieux, ils étoient indisposés contre la vérité. Cette hauteur auroit terni sa mémoire, si sa piété et l'innocence de ses mœurs n'en avoient effacé le souvenir. Il mourut le 28 janv. de l'année 444, regardé comme un zélé défenseur de la foi. La meilleure édition de ses Œuvres est celle de Jean Aubert, chanoine de Laon, en grec et en latin, 1638, 6 vol. in-folio, qui se relient en sept. Elle a éclipsé celle de Canisius, de 1546, en 2 vol. in-fol. On y trouve un grand nombre d'écrits, entr'autres des Homélies et des Commentaires sur plusieurs livres de l'ancien et du nouveau Testament. Il écrivoit avec beaucoup de facilité: il est vrai que le plus souvent il ne lui étoit pas possible, suivant du Pin, de fournir de la matière; car, ou il copie les passages de l'Écriture, ou il fait de grands raisonnemens, ou il débite des allégories. *Photius* remarque qu'il s'étoit fait un style singulier. Il est sans élégance, sans clarté, sans choix et sans précision. Mais, malgré ces défauts, *St. Cyrille* a expliqué la doctrine de l'Église avec tant d'étendue, que les conciles ont regardé plusieurs de ses *Lettres* comme faisant règle de foi. *Barbeyrac*, qui a relevé les erreurs de morale découvertes dans les écrits des Pères de l'Église, n'a pu en trouver dans *St. Cyrille*. Le dernier volume de ses ouvrages est contre *Nestorius*, *Julien*, et les moines *Anthropomorphites*, c'est-à-dire, qui prétendoient que Dieu avoit une forme corporelle. *Du Pin*, qui avoit insinué dans sa *Bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques*, que les démêlés de *Nestorius* et de *St. Cyrille* n'étoient que des disputes de mots, fut obligé de se rétracter. On verra en effet dans l'article de cet hérésiarque, qu'il n'oit réellement l'union hypostatique du Verbe avec la nature humaine, et qu'il supposoit deux personnes en J. C. Nous ajouterons encore, d'après l'abbé *Pluquet*, que si la guerre que son hérésie suscita, fut soutenue avec trop de vivacité, il faut l'imputer, en partie, à *Nestorius* même. C'est lui qui traita le premier ses adversaires avec aigreur. C'est lui qui employa le premier les injures et les outrages, comme on le voit par la lettre qu'il fit écrire par *Photius*. C'est lui qui usa le premier de moyens violens. Il fit intervenir l'autorité impériale dans une affaire purement ecclésiastique; et lorsque son ambition et son humeur violente furent connues, il devint aussi odieux par son caractère que par ses erreurs. Ce n'est pas que *St. Cyrille*, qui avoit d'abord montré de la douceur, ne se soit livré dans la suite de cette dispute à un zèle trop vif; mais il avoit la vérité pour lui, et il soutenoit la cause de la foi.
III. CYRILLE DE THESSALONIQUE, (St.) surnommé, à cause de sa science, le *Philosophe*, porta la lumière de l'Évangile chez les Sarmates, les Bulgares et les Moraves. Il fut créé évêque avec son frère *St. Méthodius*, qui étoit son coopérateur dans ce saint ministère, par *Adrien II*, vers 867. *Cyrille* embrassa quelques temps après la vie monastique, et mourut à Rome. Il a traduit en langue esclavone toute la Bible, et le pape *Jean VIII*, par une lettre datée du 18 juin 880, permit de se servir de cette traduction dans l'office divin et dans la célébration des saints mystères, à condition cependant qu'on auroit soin de lire auparavant l'évangile, en latin, au peuple. C'est encore de cette traduction que l'on se sert dans quelques lieux de la Dalmatie.
IV. CYRILLE, philosophe Grec du 9$^{e}$ siècle, passe pour l'inventeur des caractères esclavons, formés des lettres majuscules de l'alphabet grec, réunies à des traits particuliers. Cette manière d'écrire s'appela long-temps écriture *Cyroulle*, du nom de son auteur, et s'est conservée dans les livres de l'église Russe. V. CYRILLE—LUCAR, né dans l'isle de Candie en 1572, passa en Allemagne, après avoir étudié à Venise et à Padoue. Il suça la doctrine des Protestans, et la porta en Grèce. Comme on le soupçonna de favoriser les Luthériens, il donna une confession de foi, dans laquelle il 116 C Y R rejetoit leurs erreurs. Placé sur le siège d'Alexandrie, ensuite sur celui de Constantinople en 1621, il continua ses liaisons avec les Protestans, et enseigna leurs dogmes dans l'Église Grecque. Les évêques et le clergé s'y opposèrent. Il fut dépouillé du patriarcat, et envoyé en exil à Rhodes. On le rétablit quelque temps après, et, dès qu'il fut paisible possesseur du siège de Constantinople, il publia des catéchismes et des confessions de foi, où l'erreur perçoit à chaque page. On le relégua à Ténédos, en 1628; enfin, après avoir été chassé sept à huit fois de son église et rétabli autant de fois, il finit sa carrière par être étranglé en 1638, par ordre du grand-seigneur, sur la route d'un nouvel exil où on le conduisoit. Il avoit alors 66 ans. C'étoit, comme presque tous les hérétiques, un brouillon présomptueux, le plus intrigant des hommes, et par conséquent le plus inquiet. —*CYRILLE* de Berée, son successeur, anathématisa sa confession de foi dans un concile de Constantinople, et n'épargna point son auteur. Ce *Cyrille* ayant été exilé à Tunis, et *Parthénius*, évêque d'Andrinople, mis à sa place; celui-ci assembla, en 1642, un nouveau concile, où la confession de *Lucar* fut encore condamnée; mais on ménagea sa mémoire. Le décret de ce synode fut confirmé dans celui de Jassi, et les mêmes erreurs furent anathématisées dans le célèbre concile de Jérusalem, en 1672. *J. Aymon* en a donné une édition, avec quelques *Lettres* de *Cyrille-Lucar*, à Amsterdam, 1718, in-4°, pour l'opposer à ce qu'en ont rapporté les Solitaires de *Port-Royal* dans le grand ouvrage de la *Perpétuité de la Foi*. L'abbé *Benaudot* a répondu à cet ouvrage dans les deux volumes qu'il a ajoutés à la *Perpétuité*, etc.
**CYRNUS**, navigateur Grec, donna le nom de *Cyrno* à l'isle *Thérapné*, où il aborda. C'est maintenant l'isle de Corse.
**CYRSILE**, citoyen d'Athènes, fut lapidé pour avoir ouvert l'avis dans l'assemblée du peuple, où l'on délibérait sur la guerre des Perses, d'envoyer les femmes avec les enfans à Trézène, et d'abandonner la ville à la discrétion de *Xercès*, tandis que les Athéniens irroient avec leur flotte combattre l'ennemi, et défendre la liberté de la patrie. **I. CYRUS**, roi des Perses, dont le nom signifie *Soleil*, selon *Ctésias*, naquit l'an 599 avant J. C., de *Cambyse*, roi de cette partie d'Asie, et de *Mandane*, fille d'*Astyages*, roi des Mèdes. *Hérodote* et *Justin* après lui, ont jeté du merveilleux sur l'histoire de sa naissance. Ils rapportent qu'*Astyages* donna sa fille en mariage à un Perse d'origine fort obscure, afin de détourner les tristes présages d'un songe, qui lui avoit annoncé qu'il seroit détrôné par son petit-fils. Dès qu'il fut né, il chargea *Harpages*, un de ses officiers, de le faire mourir. *Harpages* donna l'enfant à un berger, pour l'exposer dans les forêts; mais la femme du pâtre le nourrit par pitié, et l'éleva en secret. *Voyez ASTYAGES* et *AMYTIS*. *Xénophon* ne s'accorde pas avec *Hérodote* sur les commencements de *Cyrus*: mais tout ce qu'on peut dire à ce sujet, c'est que l'histoire ancienne dans ce point, comme dans plusieurs autres, n'est guère au-dessus de l'histoire fabuleuse. Il faut se borner à prendre, dans C Y R 117 ce chaos, les faits principaux. Après la mort d'Astyages, Cyrus marcha avec Cyaxares son oncle, roi des Mèdes, contre les Assyriens, les mit en déroute, tua Nériglissor leur roi, et fit un butin immense. Il se trouva parmi les prisonniers une princesse d'une rare beauté. Sur la peinture qu'on en fit à Cyrus, il refusa de la voir, et ordonna qu'on eût pour elle autant d'attention que de respect. Penthe (c'étoit le nom de cette femme) fit part de cette action généreuse à Abradate son mari, qui passa tout de suite dans le camp de Cyrus, avec deux mille chevaux, et lui fut attaché jusqu'à la mort. Le jeune conquérant, toujours animé du désir et de l'espérance de se rendre maître de Babylone, s'avança jusqu'aux portes de cette ville, et fit proposer au successeur de Nériglissor, de terminer leur querelle par un combat singulier; mais son défi n'ayant point été accepté, il reprit le chemin de la Médie. On faisoit des préparatifs immenses de part et d'autre. Crœsus, roi de Lydie, fut nommé généralissime de l'armée ennemie, l'an 538 avant J. C. Cyrus lo vainquit à la journée de Tymbrée, une des plus considérables de l'antiquité, et la première bataille rangée dont on ait le détail avec quelque étendue. Après cette victoire, Cyrus réduisit différents peuples de l'Asie mineure, depuis la mer Égée jusqu'à l'Euphrate, subjugué la Syrie, l'Arabie, une partie de l'Assyrie, et forma le siège de Babylone. Il prit cette superbe ville pendant la célébration d'une grande fête, que le peuple et la cour passaient ordinairement dans les festins et dans la débauche. Ses troupes y entrèrent, après avoir détourné l'Euphrate par des saiguées, se rendirent maîtres du palais, tuèrent le roi et ceux de sa suite. C'est par cette catastrophe que l'empire Babylonien finit, la 21e année depuis le commencement du règne de Bélésis, l'an 538 avant J. C. Cyrus, maître de toute l'Asie, divisa, de concert avec Cyaxares, sa monarchie en six-vingts provinces. Chaque province eut son gouverneur. Outre ces gouverneurs, Cyrus nomma trois surintendans, qui devoient toujours résider à la cour. On établit d'espace en espace des postes, pour que les ordres du prince fussent portés avec plus de diligence. Cyaxares son oncle, et Cambyses son père étant morts, Cyrus se vit seul possesseur, l'an 536 avant J. C., du vaste empire des Perses, qui embrassoit les royaumes d'Égypte, d'Assyrie, des Mèdes et des Babyloniens. Ce fut cette même année qu'il permit aux Juifs de retourner en Judée, et de rétablir leur temple de Jérusalem, ainsi que l'avoit prédit Isaïe. La Palestine fut bientôt repeuplée, les villes rebâties, les terres cultivées; et les Juifs ne firent plus qu'un seul État, gouverné par un même chef. Hérodote, qui fait naître ce célèbre conquérant d'une façon singulière, le fait mourir d'une façon non moins extraordinaire. Il dit que ce prince ayant tourné ses armes contre les Scythes, tua le fils de la reine Tomyris, qui commandoit l'armée ennemie. Cette princesse, animée par la fureur de la vengeance, lui présenta le combat, et par des fuites simulées, elle l'attira dans des embuscades, où il périt avec une partie de son armée. Maîtresse de son ennemi, elle lui fit trancher la tête, la jeta dans une outre pleine de sang, en lui adressant ces mots : *Barbare ! rassasie-toi, après ta mort, du sang dont tu as été altéré pendant ta vie...* *Xénophon*, presque toujours opposé au récit d'*Hérodote*, le fait mourir dans son lit. Mais, dès le temps de *Cicéron*, on doutoit que sa *Cyropédie* dût être regardée comme une histoire véritable, pour le détail des faits. 1.º On voit que tous les discours de ce roman moral sont des allusions aux discours de *Socrate*, et souvent de simples répétitions de ceux que *Xénophon* avoit déjà fait tenir à ce philosophe, dans ses *Dits* mémorables. 2.º La chronologie y est entièrement violée. 3.º *Xénophon* a supprimé des faits qui ne convenoient point à l'idée de faire de *Cyrus* un prince accompli. 4.º Pour arranger les événements à sa fantaisie, il a imaginé un *Cyaxares*, fils d'*Astyages*, qui est inconnu à toute l'antiquité. (*Voyez XÉNOPHON*.) Quoi qu'il en soit de la véracité des historiens de *Cyrus*, il paroît qu'il eut de grandes qualités, mêlées des vices des conquérans. Voilà ce qui intéresse les hommes. Il sut, au milieu de la guerre, veiller sur ses états, et se faire aimer de ses peuples. Heureux dans toutes ses entreprises, la fortune le couronna toujours, parce qu'il sut la fixer par sa valeur et sa prudence. On a vanté sa chasteté. En refusant de voir *Panthée* reine de la *Susiane*, sa prisonnière, quoiqu'on la lui peignit comme une beauté digne d'un roi, il dit : *C'est précisément parce qu'elle est belle, que je dois la fuir. Si je vais la voir aujourd'hui que mes affaires me le permettent, j'y irai ensuite lorsque mes devoirs m'appelleront ailleurs ; et je risquerai ainsi ma vertu et les soins de mon em-* *pire. Cyrus* mourut, suivant les meilleurs historiens, l'an 529 avant J. C. Son corps fut mis dans un tombeau à Pasargade, qu'il avoit fait bâtir en mémoire de la victoire remportée sur *Astyages*, roi des Mèdes. On y éleva une tour qui avoit dix étages, et on le plaça au plus élevé, avec cette épitaphe :
CI CIT CYRUS, LE BOI DES ROIS.
II. CYRUS le jeune, fils puiné de *Darius Nothus*, roi de Perse, et de *Parysalis*. Son père lui donna, dès l'âge de 16 ans, l'an 407 avant J. C., le gouvernement de toutes les provinces de l'Asie mineure, avec un pouvoir absolu, et lui recommanda, en partant, d'accorder du secours aux Lacédémoniens contre les Athénicus, pour balancer la puissance des uns par celle des autres. *Cyrus* ayant abusé de son autorité, pour commettre des injustices, son père le rappela à la cour, et peu après se voyant sur le point de mourir, il donna la couronne à *Arsace*, son fils aîné, qui prit le nom d'*Artaxercès*, et ne laissa à *Cyrus* que le gouvernement des provinces qu'il avoit déjà. Ce jeune prince, jaloux du sceptre, attenta à la vie de son frère. Son complot fut découvert, et sa mort résolue ; mais *Parysalis* sa mère l'arracha au supplice. Cette clémence ne guérit point son ambition. Il leva secrètement des troupes sous différens prétextes. *Artaxercès* lui opposa une armée nombreuse. *Cyrus* avoit pris des Lacédémoniens à sa solde. *Cléarque*, général Spartiate, lui conseilla de ne point exposer sa personne. *Quoi*, répond ce prince, lorsque je cherche à me faire Roi, tu veux que je me montre indigne de l'être ! Les deux frères s'achar-* nèrent l'un contre l'autre dans la bataille qui se donna près de Cunaxa, à vingt lieues de Babylone; et le jeune ambitieux périt des blessures qu'il reçut dans l'action, l'an 401 avant J. C. La fameuse *Aspasie* ayant suivi ce prince, fut faite prisonnière par *Artaxerces*, qui eut autant de passion que *Cyrus* pour cette femme. Dix mille Grecs qui, sous la conduite de plusieurs chefs, entr'autres de *Xénophon* l'historien, avoient combattu pour *Cyrus*, échappèrent aux poursuites du vainqueur, et firent cette belle retraite qui leur a donné l'immortalité. L'écrivain guerrier parle de *Cyrus*, qui l'avoit charmé par son esprit et son mérite, comme d'un prince accompli. Mais il étoit sans doute trop prévenu en sa faveur. Pouvoir-il excuser sa rebellion contre son roi et son frère, et sa fureur d'usurper le trône par une guerre civile? Dans la *Lettre* qu'il écrivit aux Spartiates, pour leur demander des troupes, *Cyrus* vantoit sa religion, sa philosophie, son cœur royal, et le pouvoir de *boire plus de vin que son frère sans en être incommodé*.
III. CYRUS de Panapolis en Égypte, mérita l'estime et l'amitié de l'impératrice *Eudoxie*, par son savoir et par son talent pour la poésie. Après avoir commandé avec valeur les troupes Romaines à la prise de Carthage, il fut consul et préfet de Constantinople. Cette ville ayant été presque entièrement ruinée par un effroyable tremblement de terre, en 446, il la rétablit et l'embellit. Un jour qu'il étoit dans le cirque avec l'empereur *Théodose* le *Jeune*, le peuple cria: « *Constantin a bâti la ville, et* *Cyrus* l'a réparée le *Théodose*, jaloux de ces acclamations, la dépouilla de la préfecture, et confisqua ses biens, sous prétexte qu'il étoit idolâtre. Le vrai Dieu l'éclaira dans sa disgrace. Il se fit Chrétien, et fut élevé au siège épiscopal de Cotyée dans la Phrygie: il mourut saintement.
IV. CYRUS, évêque de Phaside, puis patriarche d'Alexandrie, approuva l'*Ecthèse*, et partagea l'hérésie des Monothélites. Ses écrits furent condamnés par le sixième concile général, assemblé en 680. *Cyrus* étoit mort quelques années auparavant.
CYTHERON, (Mythol.) roi de Platée en Béotie, conseilla à Jupiter de feindre un nouveau mariage, pour ramener *Junon*, avec laquelle il étoit en divorce. L'expédient réussit, et *Jupiter*, pour récompenser ce berger, le métamorphosa en une montagne, qui fut depuis consacrée à *Bacchus*. Elle est auprès de la ville de Thèbes. Cette aventure fit prendre à *Junon* le surnom de *Cytheronia*, et à *Jupiter* celui de *Cytheronius*.
CYTHORUS, fils de *Phryxus*, arriva dans une contrée couverte de bouis qui est la Galatie, et y donna son nom à une montagne et à une ville.
CYZ, (Marie de) née à Leyde en 1656, de parens nobles, fut élevée dans le Calvinisme. On la maria, à l'âge de 19 ans, à un gentilhomme fort riche, nommé de *Combe*. Elle se trouva veuve deux ans après. Elle abjura ses erreurs dans un voyage qu'elle fit en France, et fonda la communauté du *Bon-Pasteur*, destinée aux filles qui, après avoir vécu dans le désordre, voulcent 120 C Y Z mourir dans les exercices de la pénitence. Le Seigneur répandit sa bénédiction sur son ouvrage, et elle eut la consolation de voir sous sa conduite une centaine de filles pénitentes, qu'elle gouverna jusqu'à sa mort, arrivée le 16 juin 1692, à 36 ans. Son institut, aussi nécessaire dans les provinces que dans la capitale, s'étoit répandu dans plusieurs villes de France. C Y Z É N I S, ( Mythol. ) fille du féroce *Diomède*, roi de Thrace, étoit aussi cruelle que son père. Elle se plaisoit à faire disséquer des hommes vivans, et à faire manger aux pères leurs enfans.
CYZIQUE, roi de la presqu'isle de la Propontide, reçut avec beaucoup de magnificence les Argonautes qui alloient à la conquête de la Toison d'or. Ces héros étant partis, furent repoussés pendant la nuit par un coup de vent sur la côte de la presqu'isle. *Cyzique* les prenant pour des pirates, et voulant les empêcher de prendre terre, fut tué dans le combat. *Jason* le reconnut le lendemain parmi les morts, et lui fit de superbes funérailles. Il donna son nom à la ville de Cyzique.
DABAIBA, (Mythol.) fut particulièrement révérée par les peuples idolâtres de Panama. Quoiqu'elle fût originellement mortelle, cette femme parvint par une constante sagesse à être placée au rang des Dieux, dont elle fut ensuite appelée la mère. Le tonnerre et les éclairs sont pour ses adorateurs des preuves de la colère de *Dabaiba*; pour la prévenir ils lui font différens sacrifices, et passent plusieurs jours dans les gémissemens et la consternation.
DABENTONE, (Jeanne) femme enthousiaste, embrassa la secte des *Turlupius*, hérétiques qui parcoururent la France dans le 14$^{e}$ siècle, en imitant l'impudence des anciens Cyniques, allant presque nus et se livrant à toutes sortes d'excès. *Gaguin*, dans sa *Vie de Charles V*, dit que *Dabentone* fut publiquement brûlée à Paris.
DABILLON, (André) fut pendant quelque temps le compagnon du fanatique *Jean Labadie*, avant que cet enthousiaste eût quitté la religion Catholique; mais il ne partagea ni ses erreurs, ni ses désordres. Il avoit été auparavant Jésuite. Il mourut vers l'an 1664, curé dans l'isle de Magné en Saintonge. On a de lui quelques *Ouvrages de Théologie*, Paris, 1645, in-4$^{e}$.
DABIS, (Mythol.) idole des Japonnois, dont on voit la représentation monstrueuse sur la route de Sorungo à Osacia. On lui présente chaque année une jeune vierge pour épouse.
DABONDANCE, (Jean) notaire au Pont-Saint-Esprit, est auteur d'un mystère à personnages de la Passion, que l'on distingue de celui de *Jean Michel*, par *Quod secundum legem debet mori*; il paroît avoir été imprimé à Lyon, in-4° et in-8°; mais il n'en est pas moins rare dans ces deux formats.
**DABSCHELIM**, ou
**DISALEM**, ancien roi des Indes, eut pour principal ministre, le brachmanne *Pilpai*, auteur de la *Basiliade*, et fabuliste renommé. — Un de ses successeurs, portant aussi le nom de *Dabschelim*, alloit à la rencontre d'un prisonnier de guerre qu'on lui amenoit et qui lui avoit disputé l'empire. La chaleur l'obligea de chercher l'ombre pour se délasser. Peu de temps après, le sommeil le gagna, et il mit un mouchoir de soie rouge sur son visage, pour se garantir des insectes. Un oiseau de proie, prenant ce mouchoir pour de la chair, fondit avec une telle impétuosité sur le visage du roi, qu'avec son bec et ses serres il lui creva les yeux. Cet accident fit juger à sa suite que le ciel le déclaroit incapable de régner; aussitôt elle l'enchaîna et le conduisit au prisonnier de guerre, qui prit sa place et monta sur le trône. Un poète Persan dit à ce sujet: « Celui qui creuse dans le chemin d'un autre un puits pour l'y faire tomber, s'ouvre très-souvent à soi-même un chemin sous terre pour s'en-sévelir. »
**DAC**, (Jean) peintre Allemand, né à Cologne en 1556, se forma en Allemagne sous *Spranger*, et en Italie sous les plus habiles maîtres. L'empereur *Rodolphe*, ami des arts et protecteur des artistes, employa son pinceau. Les *Tableaux* qu'il fit pour ce prince, sont d'un très-bon goût. *Dac* mourut à la cour impériale, comblé d'honneurs et de biens, et très-regretté pour l'usage qu'il avoit fait de son crédit. D A C 121
**DACH**, poète Prussien, mort à la fin du siècle dernier, s'est rendu célèbre en Allemagne, par ses poésies et sur-tout par ses odes.
**DACHERY**, *Voyez ACHERY*. **L DACIER**, (André) né à Castres en 1651, d'un avocat, fit ses études d'abord dans sa patrie, ensuite à Saumur, sous *Tanneguy le Fèvre*, alors entièrement occupé de l'éducation de sa fille. Le jeune littérateur ne la vit pas long-temps sans l'aimer; leurs goûts, leurs études étoient les mêmes. Unis déjà par l'esprit, ils le furent encore par le cœur. Leur mariage se célébra en 1683: *Gaston d'Orléans* ayant vu marier deux personnes pauvres, disoit que la Faim avoit épousé la Soif; et l'union de *M. Dacier et de Mlle. le Fèvre*, dit *Basnage de Beauval*, est le mariage du *Grec* et du *Latin* qu'ils possèdent tous deux parfaitement. Boileau metoit cependant la femme au-dessus de l'époux: *Homme*, disoit-il, qui fuit les graces et que les graces fuient. Dans leurs productions d'esprit faites en commun, *Mad. Dacier*, ajoutoit-il, est le père. Les deux époux abjurèrent la religion Protestante, en 1685. Le duc de *Montaussier*, instruit du mérite de l'un et de l'autre, les mit dans la liste des savans destinés à commenter les anciens auteurs pour l'usage du *Dauphin*. Les sociétés littéraires ouvrirent leurs portes à *Dacier*: l'académie des Inscriptions, en 1695, et l'académie Françoise à la fin de la même année. Cette dernière compagnie le choisit, dans la suite, pour son secrétaire perpétuel. La garde du cabinet du Louvre lui avoit été déjà confiée, comme au savant le plus digne d'occuper cette place. Il mourut le 18 septembre 1722, à 71 ans, en philosophe Chrétien, d'un ulcère à la gorge. *Dacier* avoit le visage long et sec. Son abord étoit froid, et sa conversation pesante. Il ne l'animoit guères que lorsqu'il s'agissoit de quelque point de littérature. Il étoit d'ailleurs bon homme, ami zélé, tendre époux, écrivain laborieux, et remplaçant, à force de travail, ce qui lui manquoit du côté de la facilité. On a de lui beaucoup de *Traductions* d'Auteurs Grecs et Latins; et quoiqu'elles fussent peu propres à réconciler les partisans des écrivains modernes avec l'antiquité, il eut toujours un zèle ardent pour elle. Ce zèle l'indisposa beaucoup contre *Perrault*, qui s'en plaignit un jour à *Fontenelle*. *Comment voulez-vous*, répondit le philosophe, que *Dacier vous pardonne? vous décriez une monnoie, dont il a son coffre plein, et qui fait toute sa richesse*. Cette admiration des anciens alloit chez lui jusqu'à l'enthousiasme. Il ne traduisoit jamais un ancien, qu'il n'en devint amoureux. Il étoit incapable d'y apercevoir des défauts; et, pour cacher ceux qu'on lui attribuoit, il soutenoit les plus étranges paradoxes. Il veut prouver, par exemple, que *Marc-Aurèle* n'a jamais persécuté les Chrétiens. *Boileau* ayant dit de *Socrate*, dans une de ses *Satires* : *Très-équivoque ami du jeune Alcibiade ;* ce vers parut scandaleux à *Dacier* et à sa femme. *Vous avez*, leur répondit le Poète, un beau zèle pour les morts. *Que diriez-vous donc, si j'avois fait la chanson scandaleuse contre le Père Massillon ?* C'étoit une chanson qui couroit alors. *Ah !* répliqua *Dacier*, le bel homme que *Massillon*, pour le comparer à *Socrate* ! Une femme d'esprit parloit assez mal des anciens en présence de *Dacier*, et sur-tout du divin *Platon*. *Sans doute*, répondit le savant, *Madame ne daigne lire d'auteur ancien que Pétrone. Pardonnez-moi, Monsieur*, répliqua-t-elle, j'attends, pour le lire, que vous en ayez fait un *Saint*. *Mad. Dacier* voyant une autre femme filer au rouet, lui dit d'un air mécontent : *Les Anciens n'ont jamais filé qu'à la quenouille*. On a de *Dacier* : I. Une édition de *Pompeius Festus* et de *Verrius Flaccus*, *ad usum Delphini*, Paris 1681, in-4°, avec des notes savantes et des corrections judicieuses. On réimprima cette édition à Amsterdam, 1699, in-4°, avec de nouvelles remarques. II. *Nouvelle Traduction d'Horace*, accompagnée d'observations critiques, 1709, 10 vol. in-12. Les fleurs du poète latin se flétrirent en passant par les mains du traducteur François. Qui ne connoitroit *Horace* que par cette version, s'imagineroit que ce poète, un des plus délicats de l'antiquité, n'a été qu'un versificateur lourd et pesant. Le commentaire sert quelquefois plus à charger le livre, qu'à faire pénétrer les beautés du texte. Il y a même des interprétations si singulières, que *Boileau* les appelait les révélations de *M. Dacier*. III. *Réflexions morales* de l'empereur *Antonin*, Paris 1691, deux vol. in-12. IV. *La Poétique d'Aristote*, in-4°, avec des remarques, dans lesquelles le traducteur a répandu beaucoup d'érudition. V. *Les Vies de Plutarque*, 3 vol. in-4°, Paris, 1721 à 1734, réimprimées en 10 volumes in-12, à Amsterdam 1724 : traduction plus fidelle, mais moins lue que celle d'*Amyot*. Celui-ci des graces dans son vieux langage : *Dacier*. D A C 123 n'a guères que le mérite de l'exactitude; encore le savant abbé de Longuerue le lui disputoit-il. Son style est celui d'un savant, sans chaleur et sans vie. « Il connoissoit tout des anciens, dit un homme d'esprit, hors la grace et la finesse. » Pavillon disoit que Dacier étoit un gros mulet, chargé de tout le bagage de l'antiquité. Cette fureur de l'antique étoit si forte en lui et en Mad. Dacier, qu'ils faillirent à s'empoisonner un jour par un ragoût, dont ils avoient puisé la recette dans Athénée. Ils se seroient consolés sans doute, dit d'Alembert, de cette fin savante, en croyant mourir au lit d'honneur. VI. L'Edipe et l'Electre de Sophocle, in-12, version assez fidelle, mais plate. VII. Les Œuvres d'Hipocrate en françois, avec des remarques, Paris 1697, in-12: le texte est traduit fidèlement, et Dacier en a égalé, autant qu'il a pu, la précision, et évité l'obscurité. VIII. Les Œuvres de Platon, Paris 1699, 2 vol. in-12. Il n'a traduit que quelques-uns de ses Dialogues. IX. Manuel d'Épicète, Paris 1715, in-12. La prévention que Dacier avoit pour les anciens, lui a fait trouver une trop grande conformité entre la sagesse du Paganisme et la morale de l'Évangile, entre la doctrine de Platon et celle des premiers Pères de l'Église. Cependant on pourroit un peu l'excuser; 1.º parce qu'il s'est attaché de préférence à traduire les écrits des anciens qui pouvoient servir à régler le cœur de l'homme; 2.º parce qu'il réforme leurs maximes par des remarques édifiantes, lorsqu'il a trouvé chez eux quelques principes peu conformes à la morale du Christianisme. Dacier eut part à l'Histoire Métallique de Louis XIV. Ce prince, à qui il la présenta, lui donna une pension de deux mille livres.
IL DACIER, (Anne le Fèvre)—femme du précédent, naquit à Saumur en 1651, de Tanneguy le Fèvre, savant ingénieux, et eut les talens et l'érudition de son père. Elle commença à se faire connoître dans la littérature, par son Édition de Callimaque, enrichie de doctes remarques, qui parut, en 1675, chez le libraire Cramoisy, en un vol. in-4.º Son épître dédicatoire, sa préface et les notes sur ce poète, furent réimprimées à Utrecht, en 1697, dans la belle édition du Callimaque de Grévius. Mad. Dacier mit ensuite au jour de savans Commentaires sur plusieurs Auteurs, pour l'usage du Dauphin.— Florus parut en 1674; Aurélius Victor, en 1681; Eutrope, en 1683; Dictys de Crète, en 1684. Elle précéda tous les savans qui avoient été chargés d'interpréter les auteurs Latins, pour l'éducation du jeune prince. « Ainsi, dit Bayle, voilà notre sexe hautement vaincu par cette illustre savante; puisque, dans le temps que plusieurs hommes n'ont pas encore produit un seul auteur, Mad. Dacier en a déjà publié quatre. » Sa préface et ses notes sur Dictys ont été réimprimées, en 1702, dans l'édition de Smids, à Amsterdam. De son côté, le célèbre Pitiscus a inséré tout le travail de Mad. Dacier sur Aurélius Victor, dans l'édition qu'il publia de cet auteur, à Utrecht, en 1696. Florus et Eutrope ont été de nouveau imprimés en Angleterre, le premier en 1692, le second en 1705. Son mari partagea ses travaux. Ils passèrent toute leur vie dans une parfaite 124 D A C union. Un fils et deux filles furent le fruit de ces liens, formés par l'esprit et par l'amour. Le fils, qui donnoit de belles espérances, et qui dès l'âge de dix ans, disoit qu'*Hérodote étoit un grand enchanteur*, et *Polybe un homme de grand sens*, mourut en 1694; une de ses sœurs mourut aussi dans un âge peu avancé, et l'autre prit le voile. Leur mère fut enlevée à la république des lettres, le 17 août 1720, dans sa 69$^{e}$ année. Également recommandable par son caractère et par ses talens, elle se fit autant admirer par sa vertu, sa fermeté, son égalité d'âme, sa générosité, sa modestie, que par ses ouvrages. Un seigneur Allemand l'ayant priée de s'inscrire sur son *Album*, elle y mit son nom avec ce vers de *Sophocle*: Elle avoit une charité ardente pour les pauvres, et se mit quelquefois à l'étroit pour les secourir. Son mari lui représentant un jour qu'elle devoit modérer ses amonnes: *Ce ne sont pas les biens que nous avons*, dit-elle, *qui nous feront vivre; ce sont les charités que nous ferons. Elles seules peuvent nous rendre amis de Dieu*. Sa piété étoit vraie et sincère. En vain dans le tome premier d'un journal intitulé *Bibliothèque Françoise*, on a voulu jeter des soupçons sur la sincérité de sa réunion à l'Église catholique. Il étoit naturel qu'ayant abandonné le Calvinisme, elle se vit exposée aux calomnies de ceux qu'elle avoit quittés; mais ceux qui la connurent de près, rendirent toujours justice à sa droiture. On a d'elle: I. Une *Traduction* de trois Comédies de *PLAUTE*, l'Am- *phitryon*, le *Rudens* et *Lépidicus*, 3 vol. in-12. Quand *Molière* eut publié son *Amphitryon*, l'illustre savante avoit entrepris une dissertation pour prouver que celui de *Plaute*, imité par le comique moderne, étoit fort supérieur. On auroit pu lui répondre, ce qu'un plaisant dit à son mari, au sujet d'*Homère*: « que *Plaute* devoit être bien plus beau, puisqu'il étoit plus ancien de deux mille ans. » Mad. *Dacier* ayant appris que *Molière* devoit donner une comédie sur les *Femmes savantes*, supprima sa dissertation. On trouve, à la tête de sa *Traduction*, une préface intéressante sur l'origine, l'accroissement et les divers changements de la poésie dramatique; sur la vieille comédie, la moyenne, la nouvelle; sur le mérite de *Plaute* et de *Térac*. Elle préfère le premier pour la force du comique et la fécondité de l'invention. Elle traduisit pourtant les pièces du second, en 1688, 3 vol. in-12; et ces deux versions sont, en général, faites avec goût et avec exactitude. II. Une *Traduction* de l'*Iliade* et de l'*Odyssée* d'*Homère*, avec une préface, et des notes d'une profonde érudition; réimprimée en 1756, en 8 vol. in-12. C'est une des plus fidèles que nous ayons du poète Grec, quoique ses beautés y soient souvent affoiblies. Cette traduction fit naître une dispute entre Mad. *Dacier* et la *Motte*, dispute aussi inutile que presque toutes les autres. Elle n'a rien appris au genre humain, dit un philosophe, sinon que Mad. *Dacier* avoit encore moins de logique, que la *Motte* ne savoit de grec. Mad. *Dacier*, dans ses *Considérations sur les causes de la corruption du goût*, D A C 125 ouvrage publié en 1714, soutint la cause d'Homère avec la vivacité d'un commentateur; la Motte n'y opposa que de l'esprit et de la douceur. L'ouvrage de la Motte, dit un écrivain ingénieux, sembloit être d'une femme d'esprit, et celui de Mad. Dacier, d'un homme savant. Cette femme illustre ne ménagea pas plus le rêveur Hardouin, dans son Homère défendu, contre l'Apologie que ce Jésuite s'étoit avisé d'en faire. On a dit, « qu'elle avoit répandu plus d'injures contre le détracteur d'Homère, que ce poète n'en avoit fait prononcer à ses héros. » Mais cette phrase ne doit pas être prise à la lettre, et les injures de Mad. Dacier ne sont ni fréquentes, ni grossières. III. Une Traduction du Plutus et des Nuées d'Aristophane, Paris, in-12, 1684. C'est la première traduction qu'on ait osé faire, en françois, de ce comique Grec; et il étoit difficile de faire passer dans notre langue, l'à-propos et le sel qui caractérisent ces pièces. IV. Une autre d'Anacréon et de Sapho : Paris 1681, in-8. Elle soutient que cette femme, célèbre par ses talens, ainsi que par ses vices, n'étoit pas coupable de la passion infame qu'on lui a reprochée. Cette version est dédiée au duc de Montausier. On y trouve quelquefois le tour naïf et les graces du poète Grec. Elle a été réimprimée en Hollande. C'est au sujet de cette traduction, que la Motte lui adressa la jolie ode, qui commence ainsi : Savante Dacier, cet ouvrage Où le galant Anacréon Parle si bien notre langage, Paroit en vain sous votre nom. L'amour lui seul a su le faire Et ce Dieu m'en a fait serment : Voici comme il conte l'affaire; Vous l'en désavouerez, s'il ment, etc. Mad. Dacier avoit encore fait des Remarques sur l'Écriture-Sainte. On la sollicita souvent de les donner au public; elle répondit toujours : Qu'une femme doit lire et méditer l'Écriture, pour régler sa conduite sur ce qu'elle enseigne; mais que le silence doit être son partage, suivant le précepte de St. Paul. La réputation de Mad. Dacier s'étant répandue dans toute l'Europe, la reine Christine de Suède lui fit faire des complimens par le comte de Konigsmark; cette princesse lui écrivit même pour l'attirer à sa cour. L'abbé Fraguier a consacré une belle élégie à la mémoire de Mad. Dacier; et la Monnoye a fait son épitaphe en vers.
DACTYLES, IDÉENS, ou CORYBANTES, ou CURÈTES. (Mythol.) Les uns étoient enfans du Soleil et de Minerve, les autres de Saturne et d'Alclope. On mit Jupiter entre leurs mains pour être élevé; et ils empêchèrent, par leurs danses, que les cris de cet enfant ne parvinssent aux oreilles de Saturne, qui l'auroit dévoré. Ils étoient au nombre de cinq et unis entre eux comme les doigts de la main, d'où leur vint le nom de Dactyles, qui signifie doigts. Pausanias les appelle particulièrement Hercule, Péonée, Épimède, Jasius et Ida. Suivant Diodore de Sicile, les premiers habitans de l'isle de Crète furent ces Dactyles, qui avoient fixé leur séjour sur le mont Ida. Livrés aux cérémonies Théurgiques, ils eurent pour disciple Orphée, qui porta leurs mystères en Grèce, ainsi que l'usage du fer et du feu qu'il avoit appris d'eux. La reconnoissance des peuples leur rendit les honneurs divins. 126 DAE
DADINE, Voy. HAUTESERRE.
DAELMAN, (Charles Guislin) né à Mons en 1660, mort le 21 décembre 1731, fut long-temps professeur de théologie, et a publié son Cours, qui a été imprimé plusieurs fois, en 9 vol. in-12.
DAENS, (Jean) riche négociant d'Anvers, est célèbre par un trait de générosité, dont on trouve peu d'exemples. L'empereur Charles-Quint s'étant prêté au désir que Daens avoit de lui donner à dîner, le généreux marchand jeta au feu, à la fin du repas, un billet de deux millions qu'il avoit prêtés au prince. Je suis, lui dit-il, trop payé par l'honneur que Votre Majesté me fait.
DAGEBOD, DACHOUBA ou DAGEBA, (Mythol.) déesse adorée à Kiev. Elle répond, d'après son nom, au dieu des richesses ou à la fortune. L. DAGOBERT Ier, roi de France, fils de Clotaire II et de Bertrude, fut roi d'Austrasie en 622, de Neustrie, de Bourgogne et d'Aquitaine, en 628. Il se signala contre les Esclavons, les Saxons, les Gascons et les Bretons. Il ternit l'éclat de ses victoires par sa cruauté, et par sa passion démesurée pour les femmes. Après avoir répudié celle qu'il avoit d'abord épousée, il en eut jusqu'à trois dans le même temps, qui portoit le nom de reines, sans compter les concubines. Ce fut Dagobert qui publia les lois des Francs, avec des corrections et des augmentations. Il mourut à Épinay en 638, âgé d'environ 36 ans, et fut enterré à Saint-Denys, qu'il avoit fondé six ans auparavant. Quelques chroniques lui ont donné le titre de Saint, ainsi qu'à la plupart de nos rois de la première race. Mais l'Église ne leur a pas confirmé ce titre. Il faut avouer que c'étoient d'étranges Saints ! » Ils ne valoient rien, tous tant qu'ils étoient, dit l'abbé de Longuerue. Quelle cruauté, quelle barbarie dans Clotaire I, assassinant lui-même ses neveux de sa propre main ! Dans Clotaire II, faisant éprouver le traitement le plus barbare à ses cousins et à Brunehaud ! Quelle impudicité dans Dagobert I ! » Que penser, en effet, d'un prince tel que Dagobert, qui, ayant subjugué les Saxons, eut la cruauté de faire couper la tête à tous ceux qui excédoient la longueur de sonépée ? Je sais que les épées des Francs étoient plus longues de beaucoup qu'elles ne sont aujourd'hui ; mais quand elles auroient été de cinq pieds et demi, les Saxons, communément hauts, donnèrent lieu à une grande boucherie. Dagobert entendoit quelquefois plaisanterie, malgré sa cruauté. Ayant rencontré un poète improvisateur au moment qu'il alloit monter sur son chariot, Je te donne, lui dit-il, les deux bœufs de ma voiture, si tu me fais un vers avant que j'y sois monté. Tandis que le roi montoit, le poète lui dit : Ascendat Dagobert, veniat bos unus et alter. Il aimoit beaucoup Paris ; et comme il étoit avide de plaisirs, il trouvoit plus facilement à satisfaire son goût dans la capitale. Ce fut sur la fin du règne de Dagobert, que l'autorité des maires du palais absorba la puissance royale. Il laissa de Nantilde, Clovis II ; et de Ragnetrude, Sigebert qui fut roi d'Austrasie.
II. DAGOBERT II, le jeune, roi d'Austrasie, fils de Sigebert II, devoit monter sur le trône de son père, mort en 656; mais Grimoald, maire du palais, le fit renfermer dans un monastère, et donna le sceptre à son propre fils Childebert. Clovis II, roi de France, ayant fait mourir Grimoald, détrôna Childebert, et sur un faux bruit de la mort de Dagobert, donna l'Austrasie à Clotaire III, puis à Childeric II. Dagobert épousa Mathilde en Écosse, où il avoit été conduit. Après la mort de Childeric, il reprit la couronne d'Austrasie, en 674, et fut assassiné en 679, par ordre d'Ebroin, maire du palais, comme il marchoit contre Thierry, roi de France, auquel il avoit déclaré la guerre. Dagobert fonda divers monastères, et gouverna son peuple en paix. Il ne laissa que des filles. Sa sépulture est à Sténay, où il est honoré comme martyr.
III. DAGOBERT III, fils et successeur de Childebert II ou III, roi de Neustrie l'an 711, mourut le 17 janvier 715. Il laissa un fils, nommé Thierry, auquel les Francs préférèrent Chilperic II, fils de Childeric II, roi d'Austrasie. Henschenius a publié, en 1653, une savante Dissertation sur les trois Dagobert, rois de France, in-4.
IV. DAGOBERT, (N.) général de la république Françoise, fut d'abord employé à l'armée d'Italie, et commanda ensuite celle des Pyrénées contre les Espagnols. Il défendit avec courage Mont-Louis; et après avoir battu les assiégeans, il les força a lever le siège de cette place. Les Espagnols furent encore défaits par lui près d'Olette et de Campre- D A G 127 don, et le 10 avril 1794, à Monteilla. Cette dernière victoire, où il fit beaucoup de prisonniers, lui ouvrit les portes d'Urgel. Dagobert mourut au milieu de ses succès, le 21 du même mois.
DAGON, (Mythol.) divinité des Philistins que l'on représentait sous la figure d'un homme, dont les pieds étoient joints aux aines, et qui n'avoit point de jambes. Quelques-uns veulent que ce fût Saturne, d'autres Jupiter, et d'autres Vénus. Dagon avoit des temples magnifiques à Gaza et à Azoth. Bochart veut que ce dieu soit Japhet, qui inventa la charrue et apprit aux hommes l'usage du pain. Jurieu pense que c'est Noë, fabricateur de l'arche, et qui flotta long-temps sur les eaux; parce que les Philistins attribuoient à Dagon l'empire de la mer.
DAGONEAU, Voyez VII. GUISE.
DAGOTY, peintre, premier auteur du Journal de Physique, se rendit célèbre par l'invention d'appliquer des couleurs à la gravure en tailles douces. Il a publié des Observations sur cet art; et d'autres sur l'Histoire Naturelle, la Physique et les Arts. Il est mort à Paris, à la fin de 1785.
DAGOUMER, (Guillaume) — né à Pontaudemer, mort à Courbevoye en 1745, avoit été professeur de philosophie au collège d'Harcourt à Paris, principal de ce collège, et recteur de l'université. On a de lui : L Un Cours de Philosophie en latin, où il y a beaucoup de subtilités. II. Un petit Ouvrage en françois, contre les Avertissements de Languet, archevêque de Sens: leur façon de penser 128 DAH sur la bulle *Unigenitus* étoit totalement opposée. *Dagoumer* avoit de la vertu ; mais il étoit entier dans ses sentimens, ainsi que la plupart des raisonneurs scholastiques. C'est lui que *le Sage* a voulu désigner sous le nom de *Guillomer*, dans son roman de *Gilblas*. D'AGUESSEAU, *Voyez AGUESSEAU*.
DAGUIRRE, *Voy. AGUIRRE*.
DAHHAN-AL-BAGDADI, très-habile grammairien et bon poète Arabe, naquit à Bagdad et y mourut, l'an 569 de l'hégire. On lui doit plusieurs ouvrages de grammaire en sa langue. Sur la fin de sa vie, il devint aveugle ; et il se consolera de ce malheur par la poésie. L'une de ses maximes étoit celle-ci : « Quatre choses doivent peu nous flatter, la familiarité des princes, les caresses des femmes, le rire de nos ennemis et la chaleur de l'hiver ; car ces choses ne sont pas de longue durée. »
DAIKOKU, (Mythol.) est un dieu que les habitans du Japon, mais particulièrement les artisans, invoquent avec confiance, parce qu'il peut leur procurer toutes les choses dont ils ont besoin. Il est représenté assis sur une balle de riz, avec un marteau à la main et un sac près de lui. Chaque fois qu'il frappe de son marteau, on croit que le sac se remplit d'argent.
DAILLE, (Jean) né à Chatelleraut en 1594, d'un receveur des consignations, fut chargé, en 1612, de l'éducation de deux petits-fils de *Duplessis-Mornay*. Il fit, avec eux, plusieurs voyages dans différentes parties de l'Europe. A Venise, il lia connoissance avec *Fra-Paolo*, qui voulut inutilement l'engager à s'établir dans cette ville. Revenu en France, il exerça le ministère à Saumur en 1625, et à Charenton l'année d'après. Ce ministre illustre par son érudition autant que par sa probité, mourut à Paris, le 15 avril 1670, à 77 ans. Les Protestans font beaucoup de cas de ses ouvrages, et les Catholiques avouent qu'ils sont dignes de l'attention des Controversistes. Les principaux sont : I. *De usu Patrum*, 1646, in-4°, très-estimé dans sa communion. Il ne veut point qu'on termine les différens théologiques par l'autorité des Pères ; mais c'est précisément cette autorité qui forme la chaîne de la tradition. II. *De paenis et satisfactionibus humanis*, in-4°, Amsterdam 1649. III. *De jejuniis et Quadragesimá*, in-8°. IV. *De Confirmatione et Extremá-Unctione*, in-4°, Genève 1669. V. *De cultibus religiosis Latinorum*, Genève 1671, in-4°. VI. *De Fidei ex Scripturis demonstratione*, etc. VII. *De Sacramentali sive auriculari Confessione*, 1661, in-4° ; l'un des traités les plus captieux qu'on ait publiés sur cette matière. VIII. Des *Sermons* en plusieurs vol. in-8°, qui sont écrits avec netteté, et remplis de passages de l'Écriture et des Pères. *Daillé* étoit d'un caractère franc et ouvert. Son entretien étoit aisé et instructif. Les plus fortes méditations ne lui étoient rien de sa gaieté naturelle. En sortant de son cabinet, il laissoit toute son austérité parmi ses papiers et ses livres. Il se mettoit à la portée de tout le monde, et les personnes du commun se plaisoient avec lui comme les savans. Il étoit si peu prévenu pour les voyages, qu'il regrettoit les deux années qu'il avoit passées à parcourir la Suisse, l'Allemagne, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Hollande; il croyoit qu'il les auroit mieux employées dans son cabinet. Son fils Adrien, mort en 1690 à Zurich, où il s'étoit retiré après la révocation de l'Édit de Nantes, a écrit sa Vie. — Voy. IL MORUS.
DAILLON, Voy. LUDÉ.
DAILLY, Voy. AILLY.
DAIN, (Olivier le) fils d'un paysan de Thiele en Flandres, devint barbier de Louis XI, et ensuite son ministre d'état. Sa faveur continua tant que ce prince fut sur le trône; mais, au commencement du règne de Charles VIII, on lui fit son procès, et il fut attaché à un gibet en 1484. Ce fut pour avoir abusé d'une femme, sous promesse de sauver la vie du mari, qu'il eut ensuite l'inhumanité de faire étrangler. Son insolence et sa tyrannie l'avoient rendu l'objet de l'exécution publique. Son premier nom étoit Olivier le Diable, ou le Mauvais. Louis XI lui donna celui de le Dain en l'anoblissant, et le fit comte de Meulan.
DAIRA, (Mythol.) mère de la nymphe Eleusis, fut elle-même une nymphe de l'Océan.
DAIRE, (Louis-François) né à Amiens en 1713, mort à Chartres le 18 mars 1792, embrassa la profession religieuse chez les Célestins, et fut fait bibliothèque de la maison de Paris. Il a consacré la plupart de ses Écrits à l'histoire de sa province. On lui doit : I. Supplément à l'almanach de Picardie, 1753. II. Histoire de la ville d'Amiens depuis son origine, 1757, 2 volumes in-4. III. Histoire de la ville de Montéidier, 1765, in-12. IV. Tableau historique des sciences de la province de Picardie, 1768, in-12. V. Histoire de la ville de Doulens, et du bourg de Grainvilliers, 1785, 3 volumes in-12. Il a publié encore les Epithètes Françoises, rangées sous leurs substantifs, 1759, in-8°, et un Almanach, proverbial et gaulois. Il avoit commencé la traduction françoise de l'Alexandréidos, poème de Philippe Gauthier, de Châtillon, en dix chants; mais il est mort avant de la publier.
DAITÉS, (Mythol.) fut mis par les Troyens au nombre des Dieux qui aiment à faire le bien, parce qu'il établit le premier l'usage des repas splendides chez ces peuples, qui regardoient cette institution comme une faveur divine.
DALE, Voy. VAN-DALE.
DALÉCHAMPS, (Jacques) né à Caen l'an 1513, mourut en 1588, à 75 ans, à Lyon où il exerçoit la médecine. Il possédoit les langues et les belles-lettres. On a de lui : I. L'Histoire des Plantes, en latin, Lyon 1587, 2 vol. in-fol., traduite en françois par Jean Desmoulins, 2 vol. in-fol., 1653. II. Une Traduction en latin des quinze Livres d'Athénée, en 2 volumes in-folio, 1552, avec des notes et des estampes. III. Une Traduction en françois du sixième Livre de Paul Éginète, enrichie de saveurs commentaires, et d'une préface sur la chirurgie ancienne et moderne. IV. Les onze Livres d'Administration anatomiques de Claude Galien; translates et corrigés, à Lyon 1566, in-8. V. Des Notes sur l'Histoire naturelle de Pliens, 1587, in-folio. D'ALIBRAI, (Charles-Vion) poète Parisien, fils d'un auditeur des comptes, prit d'abord le parti des armes. Mais il fut, selon lui, aussi malheureux sous le dieu Mars que sous Vénus. Cet état ne tarda donc pas à lui déplaire; il le quitta, et passa tout le reste de sa vie à cultiver les Muses, à faire sa cour aux dames, et à se divertir avec ses amis: le cabaret fut son parnasse. Il ne parle, dans ses Poésies, que de l'art de bien boire. Voici comme il se peint dans son cinquième Sonnet : Je ne vais point aux coups exposer ma bedaine, Moi qui ne suis connu ni d'Armand, ni du Roi; Je veux savoir combien un poltron, comme moi, Peut vivre, n'étant pas Soldat ni Capitaine. Je veux mourir entier, et sans gloire, es sans nom, Et crois-moi, chez Clindor, si je meurs par la bouche, Que ce ne sera pas par celle du canon. Sa muse, enjouée et badine, n'en- censa jamais l'autel des grands: il ne rechercha ni leurs faveurs, ni leurs bienfaits. Content d'un bien honnête, il jouissoit de ce qu'il avoit, et ne souhaitoit rien au-delà. Les plaisirs purs et doux de la campagne firent les charmes de ses dernières années. Il mon- rut vers la fin de 1654, ou au commencement de 1655, dans un âge avancé. Ses ouvrages avoient paru, deux ans avant, sous ce titre: Les Œuvres Poétiques de M. d'ALIBRAI, à Paris 1653, in-8.º Ce recueil, divisé en six parties, offre des vers bachiques, satiriques, héroïques, moraux et chrétien; mais ni les uns ni les autres n'ont fait beaucoup de fortune, quoiqu'il y ait du natu- rel dans quelques-unes de ses plèces, et même des saillies. Il a traduit l'Amiate, le Florismond, et le Soliman de Bonarelli. On a encore de lui une traduction des Lettres d'Antonio de Perez, Espagnol, ministre disgracié de Philippe II; et soixante-treize Epigrammes contre le fameux parasite Montmaur. On peut citer celle-ci comme une des meilleures: Révérend Père Confesseur, J'ai fait des vers de médisance. —Contre qui? —Contre un Professeur, —La personne est de conséquence; Contre qui donc? —Contre Gomor. —Hé bien, bien! achevet votre Con- fiteur.
DALILA, courtisane qui de- meuroit dans la vallée de Sorce, étoit de la tribu de Dan, près du pays des Philistins. Samson en étant devenu amoureux, s'attacha à elle: c'est-à-dire sans doute, qu'il l'épousa. Voy. SAMSON.
DALIN. (Olafis de) savant- Suédois, né à Winsberg en 1708, mérita le nom de Père de la Poé- sie Suédoise, par deux Poèmes écrits en cette langue. L'un a pour titre, La liberté de la Suède; l'autre est sa tragédie de Brun- kilde, sujet tiré de l'ancienne Histoire du Nord. Les lettres ne lui acquirent pas seulement de la gloire, elles firent sa fortune. De l'état de fils d'un simple curé, il s'éleva successivement jusqu'aux places de précepteur du prince Gustave, de conseiller ordinaire de la chancellerie, de chevalier de l'étoile du Nord, et enfin à la dignité de chancelier de la cour. C'est ainsi que le gouvernement, par l'ordre duquel il avoit écrit l'Histoire générale du Royaume, récompensa ses talens. Cette histoire, publiée à Stockholm, en 1747, forme 4 vol. in-4°, et s'étend jusqu'à la mort de Charles XI. Celle de l'auteur arriva le 12 août de l'an 1763. On lui a élevé un mausolée par ordre du roi. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, la Suède lui doit un grand nombre d'Epitres, de Satires, de Fables, de Pensées, et 5 Eloges des membres de l'Académie royale des sciences, dont il étoit un des principaux ornemens. On a encore de lui une Traduction de l'ouvrage du président Montesquieu, sur les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains. Le Suédois Olaiis Celsius a publié, dans sa langue, en 1764, l'Eloge de son illustre compatriote.
DALMACE, (S.) archimandrite des monastères de Constantinople, moutra beaucoup de zèle contre Nestorius. Les Pères du concile d'Éphèse en 430, le nommèrent pour agir en leur nom à Constantinople. Il mourut quelque temps après, à plus de 80 ans, également illustre par ses vertus et son esprit. Dom Banduri a fait imprimer sa Vie, écrite en grec par un homme qui paroît très-instruit. On la trouve dans le second volume de son Imperium Orientale.
DALMATINUS, (George) savant Esclavon, très-versé dans la connoissance des langues orientales, a traduit la Bible en langue esclavone, en 1584.
DAMALMÈNE, pêcheur d'Étrurie, ayant un jour jeté son filet dans cette mer, en retira un os. Surpris de la grosseur prodigieuse dont il étoit, il le cacha sous le sable, et remarqua bien l'endroit. Il alla ensuite à Delphes, pour savoir de l'Oracle ce que c'étoit que cet os, et quel usage il devoit en faire. Il arriva que dans le même temps, des envoyés Éléens vinrent le consulter sur le moyen de faire cesser la peste qui dépeuploit leur pays. La Pythie répondit à ceux-ci, qu'ils tâchassent de recouvrer les os de Pélops; et à Damalmène, qu'il restituât aux Éléens ce qu'il avoit trouvé, et qui leur appartenoit. Le pêcheur leur rendit l'os, qui étoit celui de l'omoplate de Pélops, resté dans la mer depuis le naufrage de Philoctète, devant l'isle d'Éubée. Ce dernier avoit été chargé de l'aller chercher à Pise, pour l'apporter aux Grecs, au siège de Troie.
DAMARIS, Athénienne, d'un rang distingué, entendit St. Paul prononçant devant l'aréopage un discours sur l'unité de Dieu, dont il est fait mention dans le chapitre 17 des Actes des Apôtres. Touchée de son éloquence, elle abjura aussitôt le paganisme, et embrassa la foi chrétienne.
DAMASCÈNE, Voyez JEAN-DAMASCÈNE, n.º XII.
DAMASCIUS, philosophe Stoïcien, natif de Damas en Syrie, disciple de Simplicius et d'Élamite, vivoit du temps de l'empereur Justinien. Il avoit écrit: I. Un ouvrage en quatre livres. Des choses extraordinaires et surprenantes. II. La Vie d'Isidore. III. Une Histoire Philosophique. Ces ouvrages ne sont pas parvenus jusqu'à nous, et les savans ne doivent pas les regretter, s'ils en jugent du moins par ce qu'en dit Photius, qui les traite fort mal. I. DAMASE Ier, (Saint) originaire d'Espagne, étoit fils 1 2 132 D A M d'un écrivain, qui, s'étant établi à Rome, y avoir été lecteur, diacre et prêtre de l'église de Saint-Laurent. Damase servit dans la même église, jusqu'à ce qu'il fut élu évêque. Il étoit diacre, lorsque l'empereur Constance bannit de Rome le pape Libère. Damase s'engagea, par un serment solennel, avec tout le clergé, de ne jamais reconnoître d'autre évêque que lui. Il voulut le suivre dans son exil, et monta sur le trône pontifical après lui en 366. Le diacre Ursin ou Ursicin, homme ambitieux et intrigant, s'étant fait ordonner pape par des factieux comme lui, s'opposa à l'élection de Damase. Le vrai pape fut confirmé par les évêques d'Italie et par le concile d'Aquilée, et l'antipape condamné à l'exil, à leur sollicitation. Damase, paisible possesseur du siège de Rome, travailla à la conservation de la discipline ecclésiastique. La plupart des clercs et des religieux se relâchoient depuis que l'Eglise étoit paisible. Ils recherchoient les commodités de la vie, les compagnies des séculiers et des femmes mondaines. Ils s'attachoient de préférence aux riches veuves et aux filles dévotes, pour en obtenir des donations ou des legs. L'empereur Valentinien fit une loi pour interdire aux uns et aux autres ce commerce intéressé. Le pape Damase, à qui elle étoit adressée, la fit observer avec soin. Il tint un concile en 369, dans lequel Ursace et Valens, Ariens, furent anathématisés. Auxence, évêque intrus de Milan, fut condamné dans un autre concile, tenu un an après, en 370, contre les Ariens. Le sage pontife ne se déclara pas avec moins de zèle contre Mélèce, Apollinaire, Vital, Timothée et les Lucifériens. Les hérétiques et les schismatiques voyant qu'ils ne pouvoient attaquer la pureté de la foi du pontife, répandirent des bruits scandaleux contre sa réputation. Mais leurs calomnies furent dévoilées. Damase fut toujours regardé comme « amateur de la chasteté, docteur vierge de l'Eglise, selon l'expression de St. Jérôme; comme un homme de très-sainte vie, toujours prêt à dire et à faire toutes sortes de choses pour conserver la foi des Apôtres, dit Théodorot. » Ce pape mourut plein de jours et de vertus, en 384, à 80 ans, après avoir gouverné l'Eglise pendant dix-huit. Il fit rebâtir à Rome l'église Saint-Laurent, près du théâtre de Pompée, qui porte encore aujourd'hui le nom de Saint-Laurent in Damaso, et l'embellit de peintures; il fit dessécher les sources du Vatican, et orna d'inscriptions les tombeaux de plusieurs martyrs. St. Jérôme, digne secrétaire de cet illustre pontife, le met au nombre des écrivains ecclésiastiques. Il reste de lui plusieurs Lettres, Rome 1754, infolio, avec sa Vie dans la Bibliothèque des Pères, et dans Epist. Rom. Pontif. de D. Constant, in-folio. On trouve encore de lui quelques Vers latins dans le Corpus Poetarum de Maittaire. On prétend qu'il fit chanter les pseaumes, suivant la correction des Septante, faite par St. Jérôme, et qu'il introduisit la coutume de chanter l'Alleluia pendant le temps de Pâques, et le Gloria patri, à la fin de chaque pseaume; mais ces opinions ne sont fondées que sur des témoignages incertains.
II. DAMASE II, appelé auparavant Poppon, évêque de Brixen, élu pape le même jour que *Beault IX*, abdiqua et mourut à Palestrine, vingt-trois jours après son élection, en 1048.
DAMASIAS, fils de *Penthilus*, petit-fils d'*Oreste*, partagooit avec ses cousins-germans le pouvoir absolu sur les Achéens, lorsque ce peuple s'empara du pays que le départ des Ionieus avoit laissé vacant. I. DAMASICHTHON, (Mythol.) fils de *Niobe* et d'*Amphion*, fut tué par *Apollon* et *Diane*, suscités par *Latone*. Blessé d'abord à la jambe, pendant qu'il s'occupoit à sortir de la plaie, la flèche qui lui avoit été décochée, il reçut le coup mortel sur la puque.
II. DAMASICHTHON, fils de *Codrus*, chef d'une colonie Ionienne, ayant rompu les liens d'amitié, qui l'unissoient avec son frère, *Promethus*, ce dernier lui donna la mort.
DAMASIPPE, partisan fougueux de *Marius*, étoit un homme de basse extraction, qui massacroit cruellement les personnes de la plus haute noblesse attachées au parti de *Sylla*. Il eut l'audace de faire porter dans les rues de Rome au haut d'une pique, la tête d'*Arvina*, tribun du peuple. Heureusement que *Sylla* rentra victorieux dans Rome, et fit mourir ce tyran. Il y avoit aussi un sénateur du même nom, connu pour un curieux en statues et en vases précieux, mais un curieux peu connoisseur. Il achetoit fort cher ce qui le flattoit; et s'en dégoûtant peu après, il le revendoit à bon marché; aussi tous ceux qui vouloient se défaire de quelques curiosités, ou qui vouloient en avoir, s'adressoient à lui.
DAMASTOR, Troyen intrépide, s'étant trop avancé sur les murs de sa patrie, mourut atteint d'une flèche de *Patrocle*.
DAMASTORIDES, étoit un de ceux qui recherchoient avec ardeur les faveurs de *Pénelopé*. Il fut tué par *Ulysse*, lorsque celui-ci de retour de la guerre de Troie, parvint à tendre l'arc d'ouïl lui seul connoissoit l'usage, et dont il se servit pour tuer les amans de sa femme.
DAMATRION, femme de Sparto, tua son fils de sa propre main, parce qu'il avoit fui dans une bataille, livrée par ses compatriotes aux Messéniens.
DAMBAC, (Mythol.) roi d'Orient, vivoit dans le temps fabuleux de ce pays. La mythologie de cette contrée fait remonter son règne beaucoup plus haut qu'*Adam*. Il régnoit dit-on sur des peuples à têtes plates; que les Persans ont appelés *Dentites*. Ils faisoient leur demeure dans une des isles Maldives. Lorsqu'*Adam* vint habiter celle de Ceylan, ils eurent pour lui la déférence la plus respectueuse, et gardèrent soigneusement son tombeau après sa mort.
DAMBOURNEY, (N.) né à Rouen le 10 mai 1762, et mort dans la même ville le 2 juin 1795, se destina à la profession du commerce, et y réunit la culture des arts agréables, tels que la musique et la peinture. L'académie de Rouen le choisit pour son secrétaire; et en 1761, il fut nommé intendant du jardin botanique; il se livra dès-lors particulièrement à l'étude de la chimie relative aux teintures, et en obtint des résultats heureux. Il prouva que le noyau du rasc 734 DAM torréfié et bouilli, peut avoir les propriétés du café; il imagina de tirer par la fermentation le bleu du pastel; et les colons des Antilles ont profité à cet égard de ses idées. Les principaux ouvrages de *Dambourney*, sont: I. Un *Mémoire* sur la culture de la garance. Par ses procédés, celle qui a été acclimatée en France par lui, a été regardée comme supérieure à celle de Hollande, et égale en bonté à celle de Smyrne. II. *Recueil* de procédés et d'expériences sur les teintures solides que nos végétaux indigènes communiquent aux laïnes, 1789, m-4. Le gouvernement fit imprimer cet important ouvrage à ses frais. Il en a paru une nouvelle édition en 1793, avec un supplément considérable. La probité de *Dambourney* égaloit ses connaissances, et lui mérita l'entière confiance des négocians de sa patrie pour la partie des assurances. Sa perte a vivement été sentie par eux.
DAMBROWKA, fille de *Boleslas* souverain de Bohème, épousa l'an 965, *Micislas I*, duc de Pologne, et lui fit embrasser le Christianisme, ainsi qu'aux principaux seigneurs Polonois.
DAMÉON, fils de *Phlius*, ayant suivi *Hercule* dans son expédition contre *Augée*, roi des Épénés, fut tué ainsi que son cheval par *Cléatus*, fils d'*Actor*, et capitaine Troien. Les Éléens lui consacrèrent un monument.
DAMERVAL, Voyez AMERVAL.
DAMÉRY, (Simon) peintre Liégeois, mort de la peste à Milan en 1640, eut de la réputation, et a laissé en Italie et en Allemagne des Tableaux estimés. — Son parent, *Walter DAMERY*, élève de *Pierre Bérétin* de Cortone, saisit la manière de ce peintre habile, et fut pris par des corsaires Algériens, comme il revenoit à Liège sa patrie. Sorti d'esclavage, il vint à Paris, où il peignit pour les Carmes-Déchaussés, l'*Éclèvement d'Élie*, tableau attribué mal-à-propos à *Bertholet*, par *Descamps*. *Walter Daméry* est mort à la fin du 17$^{e}$ siècle.
DAMHOUDÈRE, (Josse de) né à Bruges en 1507, s'éleva par son mérite aux premières charges de judicature dans les Pays-Bas, sous les règnes de *Charles V* et de *Philippe II*. Il composa divers ouvrages relatifs à sa profession, et mourut en 1581, à 74 ans.
DAMIA, (Mythol.) déité honorée chez les Romains, et à Épidaure dans des mystères célébrés à huis clos. Les hommes n'y étoient point admis, et les femmes étoient obligées, pour y assister, de s'engager à ne point déclarer ce qui s'y passoit. Plusieurs jours s'écouloient dans les réjouissances et les plaisirs.
DAMIANISTES, Voyez CLAIRE. I. DAMIEN, (Pierre) Voyez PIERRE DAMIEN, n.º 2.
II. DAMIEN, (le Père) Dominicain de Bergame, a effacé tous les artistes dans l'art de faire des ouvrages de bois, de pièces de rapport, qui, par leur différent assemblage, représentoient des figures avec autant de vérité, que si elles avoient été faites au pinceau. On cite, parmi ses ouvrages, les bancs du chœur des Dominicains de sa patrie.
DAMIENS, (Robert-François) naquit le 9 janvier 1715, dans le hameau nommé la Tieuloy, dépendant de la paroisse de Monchy-le-Breton en Artois. Il étoit fils d'un petit fermier qui avoit fait banqueroute. Son enfance annonça ce qu'il seroit un jour. Ses méchancetés et ses espiègleries le firent surnommer Robert le Diable, dans son pays. Il s'engagea deux fois, et se trouva au siège de Philisbourg. De retour en France, il entra en qualité de domestique au collège des Jésuites de Paris. Il en sortit en 1738, pour se marier. Après avoir servi dans différentes maisons de la capitale, et avoir empoisonné un de ses maîtres dans un lavement, il finit par un vol de deux cents quarante louis d'or, qui l'obligea de prendre la fuite. Ce scélérat rôda pendant environ cinq mois à Saint-Omer, à Dunkerque, à Bruxelles, tenant partout des propos extravagans sur les disputes qui divisoient la France. A Poperingue, petite ville proche d'Ypres, on entendit qu'il disoit : Si je reviens en France... Oui, j'y reviendrai; j'y mourrai, et le plus Grand de la terre mourra aussi, et vous entendrez parler de moi. C'étoit dans le mois d'août 1756, qu'il débitoit ces extravagances. Le 21 décembre de la même année, se trouvant à Falesque près d'Aeras chez un de ses parens, il y tint des propos d'un homme désespéré : Que le Royaume, sa fille et sa femme étoient perdus. Son sang, sa tête, son cœur étoient dans la plus grande effervescence. Son esprit étoit presque alténé lorsqu'il retourna à Paris, où il arriva le 31 du même mois. Ayant paru à Versailles dans les premiers jours de l'année 1757, il prit de l'opium pendant deux ou trois jours. Il méditoit alors l'attentat qu'il exécuta le 5 janvier, vers les cinq heures trois quarts du soir. Comme Louis XV étoit prêt de monter en carrosse, pour aller de Versailles à Trianon, il frappa d'un coup de couteau au côté droit, ce monarque, environné des seigneurs de sa cour. L'assassin fut arrêté sur-le-champ, et après avoir subi quelques interrogatoires à Versailles, il fut transféré à Paris, dans la tour de Montgommeri, où on lui tenoit préparé un logement, au-dessus de la chambre que Ravaillac avoit autrefois occupée. Le roi chargea la grande chambre du parlement d'instruire son procès. Malgré les tortures les plus cruelles, qu'il supporta avec une intrépidité effrontée, il ne fut pas possible de lui arracher la moindre aveu qui pût faire penser qu'il avoit des complices. Ce misérable protesta que, s'il avoit été saigné aussi copieusement qu'il le demandoit, il n'auroit pas commis son crime. Après lui avoir fait subir inutilement les questions les plus terribles, il fut condamné à mourir du même supplice que les assassins de Henri IV. Le 28 mars de la même année, jour de l'exécution, il arriva à la place de Grève, à trois heures et un quart, regardant d'un œil sec et ferme le lien et les instrumens de son supplice. On lui brûla d'abord la main droite; ensuite on le tenailla, et on versa sur ses plaies de l'huile, du plomb fondu et de la poix résine. On procéda ensuite à l'écartellement. Les quatre chevaux firent, pendant cinquante minutes, des efforts inutiles pour démembrer ce monstre. Au bout de ce temps-là, Damichs étant encore plein de 1 4 vie, les bourreaux lui coupèrent avec des bistouris les chairs et les jointures nerveuses des cuisses et des bras; ce qu'on avoit été obligé de faire, en 1610, pour *Ravaillac*. Il respiroit encore après que les cuisses furent coupées, et il ne rendit l'ame que pendant qu'on lui coupoit les bras. Son supplice, depuis l'instant qu'il fut mis sur l'échafaud, jusqu'au moment de sa mort, dura près d'une heure et demie. Il conserva toute sa connoissance, et releva la tête sept à huit fois pour regarder les chevaux, et ses membres tenaillés et brûlés. Au milieu des tourmens les plus affreux de la question, il avoit laissé échapper des plaisanteries. *Damiens* étoit d'une taille assez grande, le visage un peu alongé, le regard hardi et perçant, le nez crochu, la bouche enfoncée. Il avoit contracté une espèce de tic, par l'habitude où il étoit de parler seul. Il étoit rempli de vanité, desireux de se signaler, curieux de nouvelles, frondeur, quoique tacithrie; parlant seul et intérieurement; obstiné à suivre tout ce qu'il projetoit, hardi pour le mettre en exécution, effronté, menteur; tour-à-tour dévot et scélérat, passant du crime aux remords, continuellement agité par les longues du sang le plus bouillant. Son forfait fit éclore dans le temps beaucoup de propos hasardés, et des conjectures sans vraisemblance. Un homme de la lie du peuple, accoutumé au crime, échauffé par les propos de quelques esprits turbulens, dans le temps des contestations qui agitoient l'état et l'église, se détermine à un meurtre. Son cerveau s'enflamme; il se fait en lui une fermentation de désespoir, produite par la misère, par la crainte des châtimens que ses vols méritoient, et par des discours séditieux. Agité de plus en plus par les mouvemens contradictoires que son ame éprouve, en méditant un projet de cette nature, son esprit aohève de s'égarer; et dans un des accès de son délire frénétique, il consomme son crime, tel qu'un enragé qui se précipite sur le premier venu pour le déchirer. C'est la réflexion d'un philosophe: c'est celle de tous ceux qui ont réfléchi sur le caractère de *Damiens*; et cette idée met à l'écart tous les soupçons qu'on sema dans le temps contre des hommes qui n'avoient point participé à son projet. Ceux qui voudront être plus instruits sur cet étrange événement, peuvent consulter les *Pièces originales*, et les *Procédures* faites à son occasion tant en la prévôté de l'hôtel, qu'en la cour du parlement. *Le Breton*, greffier criminel de cette compagnie, les a recueillies, et publiées en 1757, in-4°, et in-12, 4 volumes, à Paris chez *Simon*, avec une *Table des matières* très-détaillée. Cette collection curieuse et enrichie d'un *Précis de la Vie* de l'assassin. L'éditeur a rassemblé, avec exactitude, tout ce qui a été constaté par les voies juridiques. Il offrit aux personnes qui douteront de l'authenticité de ces *Pièces*, de leur en faire faire la vérification. L'auteur de la *Vie privée* de *Louis XV*, tom. 3, entre aussi dans de longs détails sur *Damiens*.
DAMINO, (Pierre) peintre de Venise, né en 1592, et mort de la peste en 1631, apprit à dessiner en copiant les ouvrages d'*Albert Durer* et de *Lommazzo*. On trouve la plus grande partie D A M 137 de ses tableaux à Vicence et à Padoue. — Sa sœur peignoit aussi avec talent, ainsi que son frère Georges DAMINO, mort en 1648, qui excelloit dans le portrait en miniature.
DAMITHALÈS, (Mythol.) habitant de la Grèce, qui donna l'hospitalité à Cécès, lorsque cette déesse parcourut la terre pour chercher Proserpine. I. DAMMARTIN, Voyez VERG!, n.º II.
II. DAMMARTIN, (Antoine de Chabannes, comte de) brave capitaine sous Charles VII, naquit en 1411 de Robert de Chabannes, seigneur de Charlus, tué à la bataille d'Azincourt en 1415. Chargé par le roi, en 1452, de la garde de Jacques Cour, il en partagea les dépouilles. Il servit ensuite Charles VII, contre le comte d'Armagnac et le Dauphin. Celui-ci étant monté sur le trône sous le nom de Louis XI, le fit renfermer à la Bastille; mais s'étant sauvé de cette prison le 22 mars 1464, il se retira en Bretagne. Dans la guerre du bien public, il prit le parti des princes contre le roi, qui finit par s'accommoder avec lui. La place de grand-maître de France et le collier de l'ordre furent le prix de cet accommodement. Dammartin, fidelle dès ce moment à Louis XI, lui rendit de grands services auprès de son frère, le duc de Normandie, et auprès du duc de Bourgogne. Il étoit gouverneur de Paris, lorsqu'il mourut le 25 décembre 1488, à 77 ans. So, fils n'eut que des filles. — Voy. BALUE.
DAMNORIX, illustre Gaulois, homme hardi et entreprenant, acquit de grands biens dans les fermes des Gaules pour la république Romaine. Les Helvétiens n'ayant pu obtenir de Jules-César le passage qu'ils lui demandaient par la province Romaine; eurent recours à Damnorix, qui le leur procura par les terres des Francs-Comtois: action dont les Romains lui eussent fait un crime d'état, si Divitiac son frère, qui avoit grand pouvoir sur l'esprit de César, n'eût intercédé pour lui. Damnorix vouloit joindre la puissance aux richesses. Il aspira à la souveraineté de son pays; mais il n'eut pas le temps d'exécuter son dessein. César en ayant été informé, l'appela dans la Grande-Bretagne. Damnorix tenta d'avoir un congé: mais voyant qu'il ne pouvoit l'obtenir, il prit son temps, et lorsque la plupart des troupes furent embarquées, il se retira avec la cavalerie Gauloise. César regarda cette désertion comme une affaire très-importante. Il le fit suivre par la plus grande partie de sa cavalerie, avec ordre de le ramener, ou de le tuer, s'il faisoit la moindre résistance. Il voulut se défendre, criant toujours qu'il étoit né libre, et que sa patrie n'étoit pas sujette aux Romains; mais il fut accablé par le nombre, et percé de plusieurs coups, vers l'an 59 avant J. C.
DAMO, fille du philosophe Pythagore, vivoit l'an 500 avant J. C. Elle avoit autant de sagesse que d'esprit. Ce fut à elle que son père confia tous les secrets de la philosophie, et même ses écrits en mourant, avec défense de jamais les publier. Elle observa si inviolablement cet ordre, que se trouvant dépourvue des biens de la fortune, et pouvant tirer une grande somme d'argent de 138 D A M ces livres, elle préféra son indigence et la dernière volonté de son père à tous les biens du monde. Elle garde sa virginité toute sa vie par ordre de Pythagore, et prit sous sa conduite un grand nombre de filles, qui firent comme elle profession du célibat.
DAMOCLÈS, célèbre flatteur de Denys le Tyran, affectoit de vanter dans toutes les occasions, ses richesses, sa magnificence, et sur-tout son bonheur. Il changea bientôt de sentiment. Le tyran l'ayant invité à un festin magnifique, après l'avoir fait habiller et servir en prince, fit suspendre au-dessus de sa tête, pendant le repas, une épée nue, qui ne tenoit au plancher qu'avec un crin de cheval. Il sentit ce que c'étoit que la félicité d'un tyran, et demanda qu'on le laissât aller jouir de la médiocrité de son premier état. Horace dit dans l'une de ses odes : Districtus ensis cui super impid Cervice pendet, non Sicula dapes Duicem elabucabunt saporem.
DAMOCRATE, ( Mythol. ) étoit un demi-Dieu que les Grecs révéroient, et auquel ils faisoient différens sacrifices.
DAMOCRITE, historien Grec, est auteur de deux ouvrages : le premier, De l'Art de ranger une armée en bataille : le second, Des Juifs ; où il rapporte qu'ils adoroient la tête d'un âne, et qu'ils prenoient tous les ans un pèlerin qu'ils sacrifioient. On ne sait pas en quel temps il a vécu. I. DAMON, philosophe Pythagoricien, donna un rare exemple d'amitié à Pythias, qui s'étoit rendu caution pour lui au- près de Denys. Ce tyran, qu'il avoit résolu sa mort, lui permit de faire un voyage dans sa patrie, pour y régler ses affaires, avec promesse de revenir dans un certain temps. Pythias se mit à sa place sous la puissance du tyran. Damon revint précisément à l'heure même que Denys lui avoit marquée. Le tyran touché de la fidélité de ces deux amis, pardonna à Damon, et les pria l'un et l'autre de lui donner leur amitié. Ce philosophe vivoit vers l'an 400 avant J. C.
II. DAMON, poète musicien, né à Oa, bourg de l'Attique, précepteur de Périclès, étoit un sophiste habile, c'est-à-dire qu'il avoit joint l'étude de l'éloquence, à celle de la philosophie, et sur-tout de la politique. Il possédoit parfaitement la musique. Il joignoit à son habileté dans cet art, toutes les qualités qu'on pouvoit souhaiter dans un homme à qui l'on confioit l'éducation des jeunes gens d'un rang distingué. Damon avoit cultivé sur-tout cette partie de la musique qui traite de l'usage que l'on doit faire du rythme ou de la cadence. Il fit voir, ou il crut faire voir, que les sons, en vertu d'un certain rapport ou d'une certaine ressemblance, qu'ils acquéroient avec les qualités morales, pouvoient former dans la jeunesse, et même dans des sujets plus âgés, des mœurs qui n'y existoient point auparavant, ou qui n'étoient point développées. Galien dit, en effet, que voyant des jeunes gens que les vapeurs du vin, et un air de flûte joué sur le ton Phrygien, avoient rendus extravagans, il les ramena tout d'un coup à un état calme et tranquille, en faisant jouer un tir sur le ton Dorien. Ce musicien étoit aussi politique; et sous les dehors agréables de la musique, il vouloit cacher à la multitude sa profonde capacité. Il soutenoit, au rapport de Platon, que les innovations et les changemens dans la musique avoient la plus grande influence sur les mœurs publiques, les lois et la constitution des empires. On lui attribue l'invention du mode hypo-lydien. Il se lia avec Périclès, et le forma au gouvernement; mais il fut découvert, et banni par l'ostracisme, comme se mêlant de trop d'intrigues, et favorisant la tyrannie, vers l'an 430 avant J. C.
DAMOURS, (Louis) avocat au conseil, mort le 16 novembre 1788, a publié quelques ouvrages de jurisprudence et de littérature assez médiocres. Les premiers sont: I. Conférences sur l'ordonnance concernant les donations, avec le droit Romain, 1753, in-8.º II. Exposition abrégée des lois, avec des observations sur les usages des pays de Bresse et de Bugey, 1761, in-8.º III. Mémoire sur l'abolition de la servitude en France, 1765, in-4.º Les seconds sont: Lettres et Vie de Ninon l'Enclos, 1751, 2 volumes in-12; Lettres de Miladi 1,2, sur l'influence que les femmes peuvent avoir sur l'éducation des hommes, 1784, in-8.º
DAMPIER, (Guillaume) célèbre voyageur Anglois, né en 1652, d'une bonne famille du comte de Sommerset, fit trois voyages autour du monde; le premier fut terminé en 1691, et le second commencé le 14 janvier 1699. Il revint en Angleterre en 1701, et entreprit de nouvelles courses en 1704, qui ne furent achevées qu'en 1711. Dans ses différentes expéditions, il désola les possessions Espagnoles, et acquit de grandes richesses. Dampier publia, en 1699, à Londres, en 3 vol. in-8°, le Recueil de ses voyages autour du Monde, depuis 1673 jusqu'en 1691. On trouve à la suite le voyage de Lionel Wafer, et la description de l'Isthme d'Amérique. Ce recueil a été traduit en françois, et imprimé à Amsterdam, 1701 à 1712, et à Rouen, en 1723, en 5 volumes in-12. Il méritoit cet honneur par une foule d'observations utiles à la navigation, et de remarques nécessaires à la géographie. Dampier dans ses courses parcourut la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande, depuis le vingt-huitième degré, jusqu'au quinzième parallèle; il a décrit la terre des Papous, la Nouvelle-Guinée; il découvrit le passage qui porte son nom; il appela Nouvelle-Bretagne la grande isle qui forme ce détroit à l'est. I. DAMPIERRE, (Jean) né à Blois, après s'être rendu célèbre parmi les avocats du grand conseil, se fit Cordelier, et devint directeur d'un couvent de religieuses à Orléans, où il mourut avant l'an 1550. Il s'acquit beaucoup de réputation par ses Poésies latines, écrites dans le goût de celles de Catulle. Elles ont été recueillies dans le tome premier des Deliciae Poetarum Gallorum.
II. DAMPIERRE, (N.) officier aux gardes Françoises, servit ensuite sous Dumourier, et se distingua par son courage à la bataille de Jemmapè. Devenu général de la république, il com- 140 DAM manda à Aix-la-Chapelle, et en fut chassé par les Autrichiens le 3 février 1793. Le 1er mai suivant, il attaqua les Alliés à Quaivrain, et fut battu. Le huit, il défendit avec intrépidité le camp de Famars, et y eut la cuisse emportée par un boulet. Il mourut deux jours après. Dampierre, malgré son air sombre et sa taille pesante, avoit une vivacité extraordinaire. On prétend qu'il laissoit voir par intervalle des absences d'esprit. La Convention ordonna que son corps seroit déposé au Panthéon. — Un DAMVIERRE de Champagne, parent du général, accourut près de Louis XVI, lorsque celui-ci fut arrêté à Varennes, et y fut victime de son zèle. A l'instant où il s'approchoit de la voiture pour parler au monarque, il tomba percé de trois balles, et fut écrasé sous les roues.
DAMVILLE, Voyez MONT-MORENCI, n.º VIII et IX.
DAMYSE, (Mythol.) fut un des géans, qui escaladèrent le ciel. On prétend que le centaure Chiron ayant découvert son corps, appliqua l'os de son talon à celui d'Achille. Héphestion, qui rapporte cette aventure, s'exprime ainsi : « Thétis avoit fait disparaître, par le moyen du feu, les six premiers enfans qu'elle avoit eus de Pélée. Elle vouloit en faire autant du septième, qui étoit Achille; mais son père survint, le retira du feu qui ne lui avoit encore consumé que le talon droit, et le porta dans la grotte de Chiron, qui entreprit de le guérir. Il déterra dans cette vue, le cadavre de Danyse, le plus léger de tous les géans à la course, lui ôta l'os du talon, et l'adapta au pied d'Achille avec tant de justesse, qu'à l'aide de quelques médicaments, cet os prit corps, et répara la perte du premier. »
DAN, le cinquième fils de Jacob, et le premier de Bala, servante de Rachel, fut chef de la tribu qui portoit son nom, et qui produisit Samson; il mourut âgé de 127 ans. I. DANAÉ, (Mythol.) fille d'Acrise, roi d'Argos, fut enfermée par ordre de son père dans une tour d'airain, parce que l'oracle lui avoit prédit qu'il seroit tué par l'enfant qui naitroit de sa fille. Jupiter devenu amoureux de Danaé, descendit dans sa prison sous la forme d'une pluie d'or. La belle captive se rendit à ses désirs, et de ce commerce naquit le célèbre Persée. Aussitôt qu'Acrise eut appris que sa fille étoit accouchée, il la fit enfermer dans un coffre avec son fils, et jeter dans la mer. Les flots ayant porté le coffre sur les bords de l'isle de Séryphe, un pécheur qui l'apperçut, l'amena à bord, l'ouvrit; et y trouva Danaé et son fils encore en vie. Il les conduisit sur le champ au roi Pallydecte, qui épousa la princesse, et prit soin de l'éducation du jeune Persée. Cette fable est fondée sur une histoire véritable, chargée d'incidens merveilleux par les poètes. Præstis, frère d'Acrise, touché des charmes de sa nièce, se fit ouvrir les portes de la tour à force d'argent. Les gardes de Danaé introduisirent chez elle son amant, qui eut Persée. Girodot a peint avec beaucoup d'art dans ces derniers temps la séduction de Danaé.
II. DANAÉ, Voy. LÉONTIUM
DANAIDES, (Mythol.) filles de Danaüs roi d'Argos, étoïen mi nombre de cinquante. Elles furent mariées à autant de cousins-gérmains, fils d'*Egyptus*, qui avoit usurpé la couronne sur *Danaüs* son frère. A la persuasion de leur père, elles tuèrent inhumainement tous leurs maris, la première nuit de leurs nôtres, à l'exception d'*Hypermnestre* qui sauvà le sien. Ses sœurs furent condamnées dans les enfers à verser continuellement de l'eau dans des tonneaux percés. L'origine de cette fable est, dit-on, l'invention des pompes attribuée aux *Danaïdes*, et portée par elles d'Égypte à Argos.
DANAUS, fils de *Bélus* et frère d'*Egyptus*, dressa des embâches à son frère, lorsqu'après ses conquêtes il revint en Égypte; la conjuration fut découverte, et il fut obligé de prendre la fuite. Il se retira dans le Péloponnèse, chassa *Sthénélus* d'Argos, vers l'an 1475 avant J. C., et s'empara de son royaume, où il régna cinquante ans. C'est de lui que les Grecs furent appelés *Danai*. L'oracle lui ayant annoncé qu'il seroit détrôné par un de ses gendres, il donna l'ordre barbare dont il est parlé dans l'article précédent. *Lyncée*, mari d'*Hypermnestre*, le chassa de son trône, et y monta à sa place.
DANCHET, (Antoine) né à Riom en 1671, fit, n'étant encore qu'en rhétorique au collège de *Louis le Grand*, une *Pièce de vers latins* sur la prise de Nice et de Mons, qu'on jugea digne de voir le jour. Après avoir occupé pendant quelque temps, avec beaucoup de réputation, la chaire de rhétorique à Chartres, il produisit ses talens sur un plus grand théâtre. Il eut une place à la bibliothèque du roi, à l'académie démie des inscriptions et à l'académie Françoise, et il justifia ces différens choix par plusieurs *Pièces de poésie*, et sur-tout par des *Drames lyriques*. Il mourut à Paris le 21 février 1748, à 77 ans. Il se fit aimer autant par son caractère, qu'estimer par son esprit. Ami généreux, sincère, désintéressé, exact à ses devoirs et assidu au travail, il eut toutes les qualités d'un homme de lettres, sans en avoir les défauts. Il ne se permit jamais un seul vers satirique, quoique poète, et poète outragé. Un de ses rivaux l'ayant insulté dans une satire sanglante, il fit en réponse une *Epigramme* très-piquante, l'envoya à son ennemi en lui déclarant que personne ne la verroit, et qu'il vouloit seulement lui montrer combien il étoit facile et honteux d'employer les armes de la satire. Un homme en place lui ayant fait un jour une demande qui répugnoit à son caractère, et sans doute à l'exacte probité, il se contenta de lui répondre par ces deux vers d'une des dernières Tragédies de *P. Corneille*. *Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse,* *Ne m'apprit point, Seigneur, à faire une bassesse.* Comme *Danchet* avoit l'air simple et même un peu niais, il ne fut pas estimé autant qu'il méritoit de l'être. On répéta pendant longtemps, en le voyant, ce trait de l'auteur des fameux Couplets de 1710 : *Je te vois, innocent Danchet, Grands yeux ouverts, bouche béante, Comme un sot pris au trébuchet, Écouter les vers que je chante.* Mais cet innocent étoit un homme de beaucoup de mérite; se pres- 142 DAN crivant à lui-même tout ce qu'exigent l'ordre, la décence, le devoir; respectant les lois, le trône et l'autel; et imprimant à ses écrits l'image de son cœur. C'est l'éloge qu'en fait *Gresset*, son successeur à l'académie. Les *Œuvres de Danchet* ont été recueillies à Paris en 1751, 4 vol. in-12. Cette édition, faite avec soin, offre plusieurs pièces estimables; et l'on ne comprend pas pourquoi *Voltaire* s'étoit contenté de dire en deux mots, dans les premières éditions du *Siècle de Louis XIV*, que *Danchet* avoit réussi à l'aide du musicien, dans quelques *Opéra*, qui sont moins mauvais que ses *Tragédies*. Il y en a plusieurs qui méritoient une note moins sèche et moins émigène. Il falloit dire seulement que ses *Tragédies* en général n'ont pas un grand mérite, et que sans ses *Opéra* ce poète seroit moins connu. Ses tragédies sont : Les *Tynaderides*, les *Héraclides*, *Nitétis* et *Cyrus*, imprimées en 1706, à Paris, chez *Ribou*. Les *Opéra* de *Danchet*, dont *Campra* fit presque toujours la musique, sont : *Hésione*, *Aréthuse*, *Tancrède*, *Alcine*, les *Fêtes Vénitiennes*, les *Muses*, *Idoménée*, les *Amours de Mars*, *Camille*, *Téléphe*, *Télémaque*, le *Triomphe de l'Amour*, *Achille* et *Déidamie*. Ces divers ouvrages dramatiques furent représentés depuis 1700, jusqu'en 1735, ils ont été insérés dans le recueil général des opéra. *Voltaire* a profité de l'observation que nous avions faite dans la première édition de ce Dictionnaire, sur le peu de justice qu'il avoit rendu à *Danchet*, et il en parle plus avantageusement dans l'édition du *Siècle de Louis XIV*, de 1768, en 4 vol. in-8°; édition où il nous cen- sure quelquefois, et où il a profité cependant de plusieurs anecdotes et remarques de notre livre. On a encore de *Danchet* quelques *Pièces fugitives*, des *Odes*, des *Cantates*, des *Epitres*, dont la versification est assez douce, mais un peu foible.
DANCOURT, *Voyez* ANCOURT (d').