🔍 Nova Nova interroge toute la bibliothèque par « mot-clé ». Mode clair / sombre. 🔮 Oracle Oracle répond à une question posée en langage courant, en s'appuyant sur les passages les plus pertinents de la bibliothèque
🧵  Le Fil d'Ariane ?Le Fil d'Ariane s'adresse à qui aime feuilleter, sans but précis, simplement curieux d'un thème, on y parcourt notamment l'équivalent des tables des matières de ces grands bulletins de sociétés savantes — pour découvrir, au fil des pages, ce qu'ils renferment. Si vous trouvez une information éveillant votre curiosité, les deux outils ci-dessus : Nova et Oracle prennent le relais, interrogez-les !... ✦   ✦   ✦
03.0 Dictionnaire historique — DANDELOT – IV

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

❧   ❧   ❧
↩   Retour au sommaire

250 entrées

Rechercher un mot dans toutes les sections de ce document.
DANDELOT, *Voyez* COLIGNY n° IV.
DANDERI, fou de la cour de l'empereur *Théophile*, vers l'an 830, divertissoit ce prince par ses naïvetés. Comme il avoit la liberté d'aller par-tout, il entra un jour brusquement dans un cabinet de l'impératrice *Théodora*, tandis qu'elle faisoit ses prières. Son oratoire étoit orné de très-belles images, qu'elle gardoit fort secrètement, pour les cacher à la vue de l'empereur qui étoit Iconoclaste. *Danderi* s'étant rendu au dîner de l'empereur, lui dit qu'il avoit trouvé l'impératrice qui faisoit les plus jolies poupées du monde. *Théophile* se doute que c'étoient des images; mais l'impératrice lui dit en riant, que ce fou avoit pris pour des poupées les images de ses filles, avec lesquelles elle étoit devant le miroir. *Théophile* crut une chose qu'il trouvoit plaisante. *Théodora*, piquée contre *Danderi*, le fit si bien châtier pour lui apprendre à ne plus parler de poupées, qu'aussitôt qu'il en étoit question, il mettoit le doigt sur sa bouche. Ce trait d'histoire est bien petit, et nous n'en aurions pas fait mention, ainsi que de quelques autres, s'il ne peignoit les mœurs du temps. I. DANDINI, (Jérôme) Jésuite d'une bonne famille de Césène dans la Romagne, fut envoyé par le pape *Clement VIII* en 1586 au Mont-Liban, en qualité de nonce, chez les Maronites, pour découvrir leur véritable croyance. *Richard Simon* a traduit de l'Italien en françois la *Relation de son Voyage*, la Haye, 1684, in-12, avec des remarques qui en font tout le prix. Il relève très souvent les erreurs du texte. Ce Jésuite mourut le 26 novembre 1634, à 89 ans. On a encore de lui un *Commentaire sur les trois livres d'Aristote*, *De Animé*, sous le titre d'*Ethica sacra*, Cesène 1651, très-peu connu, quoique le même *Richard Simon* l'ait loué.
II. DANDINI, (Hercule-François) comte et professeur en droit à Padoue, né en 1691, est auteur de plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. *De Forensi scribendi ratione*. II. *De servitutibus praediorum interpretationes per Epistolas*, etc. Il mourut en 1747, à 56 ans, avec la réputation d'un homme savant.
DANDOLO, (Henri) doge de Venise, d'une famille illustre, gouvernait depuis neuf ans cette république, avec autant de gloire que de prudence, lorsque les princes croisés lui envoyèrent des députés en 1202. Il accorda non-seulement les vaisseaux qu'ils demandaient pour passer en Syrie, mais il ajouta encore cinquante galères bien armées, pour combattre par mer, en même temps que les François agiraient sur terre. Ce doge, aussi grand capitaine qu'habile politique, fit plus encore. Malgré son extrême vieillesse, il se mit à la tête de la flotte Vénitienne, signala son courage à la prise de Constantinople en 1203, rafusa le trône impérial de cette ville, et de concert avec les François, fit nommer à sa place le comte *Baudouin*. Il mourut à Constantinople, où il tenoit le premier rang après l'empereur.
DANDRÉ-BARDON, *Voy*. BARDON.
DANDRIEU, (Jean-François) célèbre musicien, mort à Paris en 1740, à 56 ans, touchoit parfaitement l'orgue et le clavecin. Il n'exceltoit pas moins dans la composition. On le compare, pour le goût et les talens, au célèbre *Couperin*. On a de lui trois livres de *Pièces de Clavecin*, et une de *Pièces d'Orgue*, avec une *Suite de Noëls*, recherchés par les gens de goût ; sa musique offre autant de variété que d'harmonie.
DANEAU, (Lambert) *Danæus*, ministre Calviniste, né à Orléans vers 1530, disciple du fameux *Anne du Bourg*, enseigna la théologie à Leyde. Il mourut à Castres en 1596, à 66 ans. On a de lui : I. *Des Commentaires sur St. Mathieu et sur St. Marc*. II. *Une Géographie Poétique*. III. *Aphorismi politici et militares*, Leyde 1638, in-12. I. DANÉS, (Pierre) né en 1497 à Paris, d'une famille noble, étudia au collège de Navarre, sans y prendre le bonnet de docteur. Il se contenta de le mériter. Nommé par *François I* pour ouvrir l'école grecque au collège royal, il y professa pendant cinq ans, et eut les plus illustres disciples. Il devint ensuite précepteur et confesseur du dauphin, depuis *François II*. Il fut envoyé au concile de Trente, où il prononça un fort beau discours en 1546. Ce fut dans le cours du 144 DAN concile qu'il fut fait évêque de Lavaur en 1557. *Sponde et de Thou* nous ont transmis une réponse ingénieuse de ce prélat. Un jour que *Nicolas Pseume*, évêque de Verdun, parloit avec beaucoup de force contre les abus de la cour de Rome, l'évêque d'Orviette, regardant les François, dit avec un sourire plein d'amertume: *Gallus cantat... Uti-nam*, reprit l'évêque de Lavaur, *ad illud Galliciniam Petras resipisceret!* Ce prélat se démit de son évêché en 1576, et mourut à Paris le 23 avril 1577, à 80 ans. Il joignoit aux connoissances d'un vrai savant, le talent de la parole, la douceur du caractère, et la simplicité des mœurs. Sa coutume étoit d'écrire beaucoup, et de cacher presque toujours son nom. Quelques critiques ont soupçonné que le x$^{e}$ livre de l'*Histoire de France* de Paul Emile est de lui. Du moins ce fut *Danès* qui l'envoya de Venise à l'imprimatur *Vascosan*. Ses *Opuscules* ont été recueillis et imprimés en 1731, in-4$^{o}$, par les soins de *Pierre-Hilaire DANES*, de la même famille que l'évêque de Lavaur. L'éditeur a orné ce recueil, de la Vie de son parent qui avoit été disciple de *Budé* et de *Jean Lascaris*. L'abbé *Lenglet du Fresnoi* attribue à *P. Danès*, deux *Apologies* pour le roi *Henri II*, imprimées en latin en 1542, in-4$^{o}$. — IL DANÈS, (Jacques) l'un des plus pieux prélats du 17$^{e}$ siècle, fut d'abord président à la chambre des comptes de Paris, et intendant de Languedoc. Après la mort de *Magdelaine de Thou* son épouse, et du fils qu'elle lui avoit donné, *Danès* embrassa l'état ecclésiastique, et fut fait maître de l'oratoire du roi, con- conseiller d'état ordinaire, et enfin évêque de Toulon l'an 1640. Sa science et sa vertu brillèrent alors avec éclat. Ferme et jaloux des intérêts de l'Église, il donna des preuves de son zèle à la célèbre assemblée de Mante en 1641, sans cependant compromettre l'autorité épiscopale avec le respect dû aux volontés du prince. Se sentant infirme, il se démit, l'an 1650, de son évêché et de ses autres places, pour ne plus s'occuper que de bonnes œuvres. Il fit plusieurs fondations pieuses, répandit dans le sein des pauvres les grands biens dont il avoit hérité de ses pères, et acheva le reste de ses jours dans les exercices de l'austérité et de la prière. Il mourut le 5 juin 1662, à Paris sa patrie, en odeur de sainteté, dans sa 72$^{e}$ année. — DANET. (Pierre) long-temps — curé à Paris sa patrie, ensuite abbé de Saint-Nicolas de Verdun, mourut en 1709, en revenant de Lyon. La voiture versa dans un bourbier et il fut étouffé. Il est célèbre par son *Dictionnaire Latin et François*, par un autre *Dictionnaire François et Latin*, à l'usage du *Dauphin* et des princes ses fils. Le Latin est beaucoup plus exact et plus utile que le François, trop chargé de circonlocutions, et de mauvaises phrases de *Plaute*; mais ni l'un ni l'autre ne devroient guères être consultés, depuis que nous avons de meilleurs ouvrages dans le même genre. On a encore de lui un *Dictionnaire François des Antiquités Grecques et Romaines*, publié en 1698, in-4$^{o}$. *Danet* fut du nombre des interprètes *Dauphinus*, choisis par le duc de *Montausier*. Il eut en partage le *Phèdre*, qu'il donna avec une interprétation interprétation et des notes latines. Ce *Commentaire* a moins de réputation que ses *Dictionnaires*. Si les ouvrages de *Danet* ne firent pas de ce prince un savant homme, ils contribuèrent à éclairer la France, sur-tout dans un temps où l'on n'avoit rien de meilleur.
**DANFRIE**, (Philippe) tailleur-général des monnoies de France en 1558, a taillé les poinçons d'un caractère d'imprimerie très-agréable, imitant l'écriture bâtarde, et il s'en est servi pour l'édition de quelques écrits qu'il a publiés sur les mathématiques. **I. DANGEAU**, (Louis Courcillon de) membre de l'académie Françoise, abbé de Fontaine-Daniel et de Clermont, naquit à Paris en janvier 1643, et y mourut le 1er janvier 1723, à 80 ans. Peu de gens de condition ont aimé les belles-lettres autant que lui, et se sont donné autant de mouvement pour en rendre l'étude facile et agréable. Il imagina plusieurs *nouvelles Méthodes* pour apprendre l'histoire, le blason, la géographie, les généalogies, les intérêts des princes, et la grammaire françoise. On lui doit quelques *Traités* sur ces différentes parties. I. *Nouvelle Méthode de Géographie historique*, 1706, 2 vol. in-fol. II. *Les Principes du Blason*, en quatorze planches, 1715, in-4.º III. *Jeu historique des Rois de France*, qui se joue comme le jeu de l'Oie, avec un petit livre qui en explique la manière. IV. *Réflexions sur toutes les parties de la Grammaire*, 1684, in-12. V. *De l'Élection de l'Empereur*, 1738, in-8.º Mais son principal ouvrage est le premier, *Tome IV.* et une partie du deuxième des *Dialogues sur l'immortalité de l'Ame*, attribués ordinairement à l'abbé de *Choisi*. Ce livre est assez commun; mais ses autres productions sont plus rares, parce qu'il n'en faisoit tirer qu'un petit nombre d'exemplaires qu'il distribuoit à ses amis. L'abbé de *Dangeau* possédoit presque toutes les langues: le grec, le latin, l'italien, l'espagnol, le portugais, l'allemand, et les langues qui en dépendent. Ses vertus étoient bien au-dessus de son savoir. « Plein d'humanité pour les malheureux, dit d'Alembert, il prodiguoit, avec une fortune médiocre, ses secours à l'indigence, et joignoit à ses bienfaits, le bienfait plus rare de les cacher. Il avoit cette sage économie, sans laquelle il n'y a pas de générosité, et qui, ne dissipant jamais pour pouvoir donner sans cesse, sait toujours donner à propos. Son cœur étoit fait pour l'amitié, et par cette raison n'accordoit pas aisément la sienne; mais quand on l'avoit obtenue, c'étoit pour toujours. S'il avoit quelques défauts, c'étoit peut-être trop d'indulgence pour les fautes et pour la foiblesse des hommes; défaut qui par sa rareté est presque une vertu, et que bien peu de personnes ont à se reprocher, même à l'égard de leurs amis. Il possédoit au suprême degré cette connoissance du monde et des hommes, que ni les livres, ni l'esprit même ne donnent au philosophe, lorsqu'il a négligé de vivre avec ses semblables. Jouissant de l'estime et de la confiance de ce qu'il y avoit de grand dans le royaume, personne n'étoit de meilleur conseil que lui dans les affaires les plus importantes. Il gardoit inviolablement le secret des autres et 146 DAN le sien. Cependant son ame noble, délicate et honnête ignoroit la dissimulation, et sa prudence étoit trop éclairée pour ressembler à la finesse. Doux et facile dans la société, mais préférant la vérité en tout, il ne disputoit jamais que lorsqu'il falloit la défendre; aussi le vif intérêt qu'il montroit alors pour elle, avoit, aux yeux du grand nombre, un air d'opiniâtreté, qu'elle est bien moins sujette à trouver parmi les hommes, qu'une froide et coupable indifférence. » 11. DANGEAU, (Philippe de Courcillon, marquis de) frère du précédent, naquit en 1658. Les agrémens de son esprit et de sa figure l'avancèrent à la cour de Louis XIV; et son goût déclaré pour les lettres lui valut une place dans l'académie Françoise et dans celle des sciences. Il mourut à Paris en 1720, à 82 ans, conseiller d'état d'épée, chevalier des ordres du roi, grand maître des ordres royaux et militaires de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Quand il fut revêtu de cette dernière dignité, il apporta plus d'attention au choix des chevaliers; il renouvela l'ancienne pompe de leur réception; ce que le public, toujours malin, ridiculisa. Mais ce qui étoit à l'abri de tout ridicule, c'est qu'il procura par ses soins la fondation de plus de vingt-cinq commanderies, et qu'il employa les revenus de la grande maîtrise à faire élever en commun douze jeunes gentilshommes de la meilleure noblesse du royaume. L'envie alors lui pardonna son élévation. A la cour, dit Fontenelle, où l'on ne croit guères à la probité et à la vertu, il eut toujours une réputation nette et entière. Ses discours, ses matières, tout se sentoit en lui d'une politesse, qui étoit encore moins celle d'un homme du grand monde, que d'un homme officieux et bienfaisant. Nous avons peint Dangeau, en partie d'après Fontenelle; le duc de Saint-Simon qui n'avoit pas les yeux d'un panégyriste d'académie, en trace un portrait un peu différent. « Dangeau étoit un gentilhomme de Beauce tout uni, et Huguenot dans sa première jeunesse; toute sa famille l'étoit; il ne tenoit à personne. Il ne manquoit pas d'un certain esprit, sur-tout de celui du monde, et de conduite. Il avoit beaucoup d'honneur et de probité. Le jeu par lequel il se fourra à la cour, qui étoit alors toute d'amours et de fêtes, le mit dans les meilleures compagnies; il y gagna tout son bien. Il eut le bonheur de n'être jamais soupçonné; il prêta obligeamment et se fit des amis; et la sur-té de son commerce lui en acquit d'utiles et de véritables. Il fit sa cour avec adresse. Le jeu le mit de toutes les parties; on le traita avec familiarité; on lui procura celle du roi. Il faisoit des vers, étoit bien fait, de bonne mine et galant. Le voilà debout à la cour, mais toujours subalterne. Son bonheur voulut que M. de Richelieu fit de si grosses pertes au jeu, qu'il fut obligé de vendre sa charge de chevalier d'honneur de Mad. la Dauphine. M. Dangeau ne manqua pas une si bonne affaire. Il en donna 500000 livres, et fut revêtu d'une charge qui faisoit de lui une espèce de seigneur, et qui lui assuroit l'ordre qu'il eut bientôt après, en 1688. C'étoit le meilleur homme du monde, mais à qui la tête avoit tourné d'être seigneur; cela l'avoit chamarré de ridicules. Ce fut bien pis après sa charge et son mariage. Sa fadeur naturelle, entée sur la souplesse du courtisan, et recrépée de l'orgueil de seigneur postiche, fit un composé que combla la grande maîtrise de l'ordre de Saint-Lazare que le roi lui donna, comme l'avoit *Nérestan*; mais dont il tira tout le parti qu'il put, et se fit le singe du roi, dans les promotions qu'il fit de cet ordre, où toute la cour accouroit pour rire avec scandale, tandis qu'il s'en croyoit admiré. Le duc de St. Simon auroit dû peut-être lui passer, en faveur de l'honnêteté de ses manières, la manie de vouloir être un très-grand Seigneur. Mad. de Montespan, qui ne le croyoit pas fait pour jouer ce rôle, disoit malignement de lui, qu'on ne pouvoit s'empêcher de l'aimer et de s'en moquer. Il avoit épousé en premières noces *Françoise Morin*, sœur de la maréchale d'Estrées, et en secondes la comtesse de *Lœwestein*, de la maison Palatine, mais d'une branche peu opulente. Ce fut le cardinal de *Furstemberg*, oncle de la demoiselle, qui fit ce dernier mariage. On a du marquis de *Dangeau* des *Mémoires* en manuscrit, dans lesquels *Voltaire*, *Hénault*, *la Beaumelle* ont puisé plusieurs anecdotes curieuses. Il y en a beaucoup de hasardées. Ce n'étoit pas toujours *Dangeau* qui faisoit ces *Mémoires*; *C'étoit*, selon l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, un vieux valet-de-chambre imbécille, qui se méloit de faire à tort et à travers des *Gazettes manuscrites de toutes les sottises qu'il entendoit dans les antichambres*. En réduisant cette phrase un peu tranchante, il en résulte qu'on doit se tenir en garde en lisant les *Mémoires* qui portent le nom du marquis de *Dangeau*. On a encore de lui un petit *Ouvrage*, aussi en manuscrit, dans lequel il peint d'une manière intéressante *Louis XIV*, tel qu'il étoit au milieu de sa cour. —*Voyez HENRIETTE*, n° II.
DANGEVILLE, (N.) s'appliqua à la profession du théâtre où elle devint une excellente actrice. La vérité, le naturel de son jeu la rendirent célèbre. En appliquant à son art une distinction réservée à la peinture, on a dit avec raison d'elle qu'elle fut une artiste d'*Histoire* plutôt que de *Genre*. En effet, elle s'étoit particulièrement attachée à représenter parfaitement les mœurs et les caractères. Elle est morte à Paris au commencement de mars 1796. L'acteur *Molé* a prononcé l'éloge de cette célèbre actrice dans une séance du Lycée de Paris.
DANHAVER ou DANHAWER, (Jean-Conrad) théologien Luthérien, né dans le Brisgaw en 1603, obtint une chaire d'éloquence à Strasbourg en 1629. Il eut plusieurs autres emplois honorables dans la même ville, où il mourut étant âgé de 57 ans, prédicateur de l'église cathédrale, et doyen du chapitre. *Danhaver* étoit dévoré par le zèle le plus amer. Il passa presque toute sa vie à écrire avec une espèce de fureur contre tous ceux qui n'étoient pas de la confession d'Ausbourg. Il s'opposa fortement à la réunion des Luthériens et des Calvinistes. On a de lui un grand nombre d'ouvrages; ceux qui ont fait le plus de bruit, sont : I. *De Spiritus Sancti processione*, in-4. II. *De Christi personá*, off. 10. 148 DAN et beneficiis, in-8.º III. De voto Jephtwo, in-8.º IV. Præadamitæ, in-8.º V. Collegium Psycologicum circa Aristotelem de Animá, Strasbourg 1650, in-8.º VI. Idea boni interpretis et malitiosi calumniatoris, 1670, in-8.º VII. Idea boni disputatoris et malitiosi sophistæ, in-8.º I. DANIEL, le 4e des grands Prophètes, jeune prince du sang royal de Juda, fut conduit en captivité à Babylone, après la prise de Jérusalem, l'an 606 avant J. C. Nabuchodonosor, l'ayant choisi pour être du nombre des jeunes gens qu'il destinoit à son service, le fit élever à sa cour, et changea son nom en celui de Balthasar. Ses progrès dans les sciences et dans la langue des Chaldéens, furent rapides. Son esprit, joint à la sagesse de ses mœurs, lui acquit beaucoup de crédit auprès de Nabuchodonosor. Ce prince lui confia le gouvernement de toutes les provinces de Babylone, et le déclara chef de tous les mages : ce fut en reconnaissance de l'explication du songe de la statue mystique, qui signifioit la durée des quatre grandes monarchies, des Babyloniens, des Perses, d'Alexandre le Grand, et de ses successeurs. Quelque temps après, Nabuchodonosor, vainqueur d'un grand nombre de nations, voulut s'attribuer les honneurs divins. Il se fit faire une statue d'or, et commanda à tous ses sujets de l'adorer. Daniel refusa à la créature, des hommages qu'il ne devoit qu'au créateur. Ses compagnons ayant refusé comme lui, furent jetés dans une fournaise ardente, d'où ils furent retirés sans avoir rien souffert. Daniel ne signala pas moins son talent pour la con- noissance de l'avenir, sous le règne de Balthasar. Il expliqua à ce prince les paroles tracées sur la muraille de la salle de son festin, par une main inconnue; paroles qui renfermoient l'arrêt de condamnation du roi sacrilège. Après la mort de Balthasar, Darius le Mède le fit son principal ministre. Sa faveur et son mérite excitèrent la jalousie des grands de la cour. On lui tendit des pièges : il refusa les honneurs divins à Darius, et fut condamné à la fosse-aux-lions. Dieu le préserva miraculeusement, et ses accusateurs furent punis comme ils le méritoient. Il fut jeté une seconde fois dans cette fosse, pour avoir confondu les adorateurs de l'idole de Dagon, et il en fut délivré par un second miracle. Le saint prophète mourut à l'âge d'environ 88 ans, vers la fin du règne de Cyrus, après avoir obtenu de lui l'édit pour le retour des Juifs, et pour le rétablissement du Temple et de la ville de Jérusalem. Les Juifs ne mettent pas Daniel au nombre des Prophètes; mais JÉSUS-CHRIST lui ayant donné cette qualité, on ne peut la lui ôter sans témérité. Ses prophéties sont si claires, que les ennemis de la foi n'ont eu d'autre ressource, pour les décréditer, que de dire qu'il n'avoit fait qu'écrire ce qui étoit arrivé avant lui. L'ange Gabriel les lui avoit révélées. La plus célèbre de toutes est celle de la Mort et du Sacrifice du Messie, qui devoit arriver au bout de soixante-dix semaines, composées de sept années chacune, et qui toutes ensemble font le nombre de quatre cent quatre-vingt-dix ans, à compter depuis l'ordre donné par Artaxer-cès-Longuemain, la vingtième année de son règne, pour rebâtir Jérusalem, jusque vers la fin de l'empire de Tibère, auquel tombe le temps de la dernière semaine. Jésus - Christ naquit vers la soixante - cinquième, parut en public au commencement de la soixante - neuvième, et fut sacrifié au milieu de la dernière; ce qui vérifie littéralement la prophétie, qui porte, qu'au milieu de la dernière semaine l'hostie et le sacrifice devoient cesser, c'est-à-dire par l'oblation de celui dont ils étoient la figure. Ses prédictions sur J. C. sont peut-être une des raisons qui l'ont fait exclure, par les Juifs, du rang des Prophètes; et qui l'ont fait mettre par Porphyre, cet ennemi implacable de la religion chrétienne, au nombre des historiens qui ont écrit ce qu'ils voyoient. On croit communément que c'est Daniel qui confondit les vieillards calomniateurs de Susanne. La réputation de ce Prophète étoit si grande, même pendant sa vie, qu'elle étoit comme passée en proverbe : Vous êtes plus sage que Daniel, ( 2. 8. 3. ) disoit Ezéchiel avec ironie au roi de Tyr; et dans un autre endroit du même Prophète, Dieu dit : S'il se trouve au milieu d'une ville trois hommes du mérite de Noé, de Daniel et de Job, ils garantiront leurs ames du péril : ( 14. 14. ) Les Orientaux regardent Daniel comme l'inventeur de la géomance, c'est-à-dire de l'art de deviner l'avenir sur des points tracés au hasard.
II. DANIEL, ( Saint ) né à Marathe près de la ville de Samosate, embrassa la vie pénitente, et se fit monter sur le sommet d'une colonne où il fixa son séjour : Genade évêque de Constantinople, s'y fit hisser pour l'ordonner prêtre, et depuis Daniel y dit la messe. Gubas roi de la Colchide étant venu renouveler alliance avec les Romains, l'empereur le mena voir le saint reclus, et ce dernier, du haut de sa colonne, devint l'arbitre du traité qui unit les deux souverains. Il en descendit pour solliciter Basilique, qui étoit parvenu à l'empire, de ne point soutenir les Eutychiens et de donner la paix à l'église; mais n'ayant pu le persuader, il lui prédit la fin de sa puissance, et remonta sur sa colonne où il mourut à l'âge de 80 ans, vers l'an 490, assisté dans ses derniers momens par le patriarche Euphémius.
DANIEL, Voyez CHILPÉRIC, n°. II.
III. DANIEL, ( Arnaud ) né au château de Ribeyrac dans le Périgord, composa sous le règne d'Alfonse I, comte de Provence, plusieurs écrits en vers, qui ne servirent pas peu à Pétrarque, qui l'appelle le grand maître d'amour. Ce poète Italien faisoit gloire de l'imiter, et le regardoit comme le troubadour qui avoit le plus de mérite. Entre ses ouvrages, on distingue les Sextinas, genre de poésie qu'il inventa, et dont le mérite consistoit à répéter les vers dans un certain ordre, les Sirventes, les Aubades, les Martegales, et sur-tout son poème contre les erreurs du Paganisme, intitulé : Fantaumaries dau Paganisme. On le regarde comme le premier qui ait écrit parmi nous des tragédies. Celles-ci se sont perdues et ne sont point venues jusqu'à nous. On peut les regretter, si on doit les juger d'après les autres pièces de ce troubadour. *Daniel* fut amoureux de la belle *Bouville*, dame de Gascogne qu'il a célébrée dans ses vers sous le nom de *Cyberne*. « Pour me la rendre favorable, dit-il, j'entends mille messes par jour. » Ce mot peut faire juger du mélange de dévotion et de galanterie qui fut le caractère de ce siècle. — *Dante* donne de grands éloges à *Arnaud Daniel*, dans son traité de l'*Eloquence vulgaire*. Ce poète, après avoir distingué la poésie en *honnête*, *utile* et *agréable*, ajoute que l'agréable fut le partage d'*Arnaud*; que ses vers tendres et sa prose en roman surpassent tout ce qui avait paru avant lui dans le même genre. Dix-sept pièces de ce troubadour nous sont parvenues. On peut juger de son style par ce passage : « Le retour du printemps m'invite à chanter, et l'émail des prairies, à colorer mes chansons de toutes les nuances que m'offrent les fleurs. Mais les fleurs que je cueillerai auront pour fruit l'amour, comme elles ont la joie pour graine; et leur parfum surpassera celui que le mois de mai répand dans les campagnes... J'aime la plus belle dame du monde. *Je fais dire des messes, je fais brûler des cierges et des lampes*, pour me la rendre favorable; car elle est après Dieu l'objet de mon culte. Je préférerais le bonheur de lui plaire, à la possession des pays qu'arrosent l'Êbre, le Méandre et le Tigre, à toute la gloire d'*Alexandre*, à l'honneur d'être empereur ou pape... Tout mon amour est renfermé dans mon cœur : celle qui me l'a inspiré l'ignorere toujours. Comment pourrois-je l'en instruire? Éloigné d'elle, j'ai à lui dire cent choses, et quand je l'approche je ne sais par où commencer. » *Arnaud* composoit les airs de ses chansons. Dans un voyage qu'il fit en Angleterre, il trouva à la cour du roi un célèbre jongleur avec lequel il concourut. Les deux rivaux s'enfermèrent chacun dans une chambre. Le roi leur avait donné dix jours pour composer et deux pour apprendre leurs pièces. *Arnaud* entend le jongleur qui répète à haute voix son air et sa chanson; il apprend l'un et l'autre. Au jour désigné, il demande à chanter le premier et répète la ballade composée par son rival, dont l'embarras fut extrême, et qui passa quelque temps pour n'avoir pu rien produire. Le manuscrit provençal qui rapporte cette anecdote, fait entendre que les rimes avoient été fournies aux poètes. Ce qui ferait remonter beaucoup plus haut qu'on ne l'a pensé l'origine des *bouts rimes*. *Daniel* mourut vers l'an 1189.
IV. DANIEL (Gabriel) né en 1649 à Rouen, prit l'habit de Jésuite en 1667. Après avoir professé plusieurs années dans sa patrie, il fut envoyé à la maison professée de Paris, pour y être bibliothécaire. Il y finit, le 23 juin 1728, à 79 ans, une vie très-laborieuse, et remplie par la composition de différens ouvrages, presque tous bien écrits. Les principaux sont : I. *Le Voyage au monde de Descartes*, in-12, à Paris 1690; c'est une réfutation du système de ce célèbre philosophe, enveloppée sous une fiction ingénieuse. Elle a été traduite en latin, en italien et en anglais. II. *Histoire de la Milice Françoise*, Paris 1721, a vol. in-4.º C'est le tableau des changemens qui s'y sont faits, depuis l'établissement de la monarchie dans les Gaules, jusqu'à la fin du règne de Louis XIV. Il est intéressant; mais il y manque bien des traits. III. Une Histoire de France, dont il y a plusieurs éditions. La meilleure est celle de 1756, en 17 vol. in-4.º Le P. Griffet, chargé de cette édition, l'a enrichie d'un grand nombre de dissertations, de l'histoire du règne de Louis XIII, et du journal historique de Louis XIV. On a fait la comparaison des deux Histoires de Mézerai et de Daniel; et de ce parallèle il résulte, que l'Histoire du Jésuite, quoique pleine de défauts, est encore la moins mauvaise qu'on ait, du moins jusqu'au règne de Louis XI. Il a rectifié, graces à Cordemoi, à Valois, et à le Cointe, les défauts de Mézerai sur la première et la deuxième races. On avoue qu'il narre avec netteté et avec justesse, et qu'il arrange assez bien les faits; mais il est sans force et sans élégance. On lui a reproché, dit Voltaire, que sa diction n'est pas toujours assez pure; que son style est trop foible; qu'il n'intéresse pas; qu'il n'est pas peintre; qu'il n'a pas assez fait connoître les usages, les mœurs, les lois; que son Histoire est un long détail des opérations de guerre, dans lesquelles un historien de son état se trompe presque toujours. En lisant son Histoire de Henri IV, dit le même auteur, on est tout étonné de ne pas le trouver un grand homme; des manœuvres de guerre sèchement racontées, de longs discours au parlement en faveur des Jésuites, et enfin la vie du P. Cotton, forment dans Daniel le règne de ce grand prince. Ce qu'on a dit de son Histoire de Henri IV, on peut le dire de celles des autres princes, du moins de ceux qui approchent le plus de ces derniers temps; car pour les rois anciens, il est assez exact dans les jugemens qu'il en porte; il n'est pourtant pas exempt de flatterie, lorsqu'il parle de leurs défaites. « Si vous lisez le P. Daniel, dit Mably, vous verrez qu'il ne s'est pas même douté du plan qu'il auroit dû se proposer. Au lieu d'étudier l'ancien temps, il a trouvé plus commode d'en juger par le notre. Voyant la monarchie par - tout où il trouve le nom de roi, il ne parle jamais des coutumes tantôt plus, tantôt moins grossières, qui formoient le seul droit public de la nation. Il vous mène de Clovis jusqu'à nos jours, sans que vous soupçonniez ces révolutions, tantôt sourdes, tantôt bruyantes que nous avons éprouvées. » Le célèbre comte de Boulainvilliers, le même qui disoit qu'il étoit presque impossible qu'un Jésuite écrivit bien l'Histoire de France, trouvoit dans celle de Daniel près de dix mille erreurs. Le savant abbé de Longuerue pensoit à peu près de même. « Il assure, disoit-il, qu'il y a travaillé 20 ans: il en faudroit 40; et puis tant d'autres ouvrages qu'il a faits pendant ces 20 années. » L'abbé Millot lui fait un autre reproche non moins fondé que ceux de l'abbé de Longuerue; il blame son intolérance. Daniel prétendoit qu'on devoit exercer les plus grandes rigueurs contre les hérétiques, pour étonf-fer en naissant ces pestes publiques. Mais, dit l'abbé Millot, il auroit pu observer que les supplices avoient allumé le feu, au lieu de l'éteindre ; que plus il faut réprimer les perturbateurs de l'état, plus on doit avoir de compassion pour des malheureux qui n'ont d'autre crime que l'erreur. L'historien Jésuite devoit savoir que le zèle de la religion n'est pas contraire à l'humanité, et que ce n'est pas par les flammes que notre divin législateur a éclairé les esprits. Daniel avoit fait précéder la publication de son Histoire par un écrit de 370 pages in-12, intitulé : Observations critiques sur l'Histoire de France, écrite par Mézerai. L'objet de cette brochure étoit de rendre Mézerai suspect, odieux et méprisable, aux princes, aux ministres, aux courtisans, aux gens de robe, au haut clergé, aux religieux, aux financiers, aux femmes ; et en le décréditant auprès de tous les gens qui lisent, de le réfiguer dans les antichambres. Ce projet ne réussit point ; mais il prouva aux juges impartiaux que Mézerai étoit souvent inexact, et se livroit quelquefois à ses préventions et à son humeur. IV. Abrégé de l'Histoire précédente, en 9 vol. in-12 ; réimprimée en 1751, en 12 vol., avec la Continuation par le Père d'Orival ; et traduite en anglois, en 5 vol. in-8°. V. Entretiens de Cléanthe et d'Eudoxe sur les Lettres au Provincial, de Pascal, 1694, in-12 ; traduits en latin, en italien, en espagnol, en anglois ; ils ont été réfutés par D. Matthieu Petit-Didier, mort évêque de Macra. Cette réponse de Daniel, malgré quelques bonnes raisons, et malgré les soins qu'eurent ses confrères de la répandre, ne servit qu'à prou- ver combien il étoit difficile d'atteindre à l'éloquence et à la bonne plaisanterie de Pascal. VI. Une version du savant Traité de Louis de Léon, sur l'immolation de l'Agneau Pascal. VII. Une foule de Brochures sur les disputes du temps, dans lesquelles l'auteur, ami du Père Tellier, et membre de ce que les Jansénistes appeloient la cabale des Normands, étoit entré avec beaucoup de chaleur. La plupart se trouvent dans le recueil de ses Ouvrages Philosophiques, Théologiques, Apologétiques et Critiques, 1724, en 3 vol. in-4°. Cette collection renferme quelques opuscules mentionnés plus haut, et beaucoup d'autres dont le détail seroit trop long. Voyez BROUE. V. DANIEL, (Pierre) avocat d'Orléans, bailli de la justice temporelle de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, mourut à Paris en 1603. C'étoit un bon littérateur ; il rassembla une riche bibliothèque de manuscrits. On a de lui : I. Une édition de l'Aulularia de Plaute. II. Des Commentaires de Servius sur Virgile, etc. Paul Petau et Jacques Bongars achetèrent sa bibliothèque, dont une partie fut transportée dans la suite à Stockholm, et l'autre au Vatican.
VI. DANIEL, (Samuel) fils d'un musicien anglois, naquit à Tanuton dans le comté de Sommerset en 1562, et fut tout à la fois poète et historien. Ses Epîtres ont la facilité de celles d'Ovide ; ses Pièces de théâtre ont été recueillies en 1718, et forment 2 vol. in-12 ; son Histoire des guerres civiles des maisons d'Yorck et de Lancastre, publiée en 1604, se fait lire avec intérêt. Mais elle a eu moins de réputation que l'Histoire d'Angleterre depuis l'origine de la nation jusqu'à *Edouard III*. Celle-ci augmentée par *Trussel* a obtenu un très-grand nombre d'éditions. *Daniel* est mort en 1619.
**DANIEL DE PRIEZAC**, *Voyez*
**PRIEZAC**.
**DANIEL DE VOLTERRE**, *Voyez*
**VOLTERRE**.
**DANKERS**, (Corneille de) architecte né à Amsterdam en 1561, mort en 1634, bâtit en 5 ans la bourse de cette ville, et fit un pont de pierre sur l'Amstel, qui a 200 pieds de large. C'est le premier qui a trouvé le moyen de bâtir des ponts de pierre sur les grandes rivières sans gêner le cours de leurs eaux.
**DANNEVILLE**, (Jacques-Eustache sieur de) avocat au parlement de Normandie, né à Danneville, diocèse de Coutances, est compris dans les rôles de l'arrière-ban de 1639. On a de lui, un livre intitulé: *Inventaire de l'Histoire de Normandie*; Rouen, 1646, in-4°. Cette édition est recherchée.
**DANOUVANDRI**, (Myth.) Ce Dieu est très-révére des Indiens, comme médecin. Ces peuples ne lui ont consacré aucun temple, mais son image est placée près de celle de *Wishnou*, sous la figure d'un savant qui lit. **I. DANTE ALIGNIÉRI**, poète Italien, naquit à Florence en 1265. Son véritable nom étoit *Durante*, dont on fit *Dante* par une abréviation usitée alors parmi les Italiens; et ce nom, tout estropié qu'il étoit, lui est resté. Sa famille étoit une des plus nobles de Florence. *Dante* entra fort jeune chez les Cordeliers; mais, ne pouvant s'accommoder de la vie clustrale, il la quitta avant d'avoir prononcé ses vœux. Un esprit vif et ardent le jeta dans l'amour, dans la poésie et dans les factions. Il embrassa le parti *Gibelia*, l'ennemi des papes. C'étoit vouloir être persécuté; et il le fut par *Boniface VIII*, et par *Charles de Valois*, frère de *Philippe le Bel*, que ce Pontife avoit envoyé à Florence agitée par plusieurs factions, pour y remettre le calme. *Dante* se trouva à la bataille de Campaldino, et contribua par sa valeur à la victoire de Caprona remportée par les Florentins sur les habitans de Pire. Il se maria en 1291 et eut plusieurs enfans: mais son union ne fut point heureuse, et il chercha à s'en consoler par l'ambition. Nommé en 1300 l'un des huit prieurs de Florence, il déplut à l'un des partis qui déchiroient cette malheureuse cité. *Dante* fut chassé de sa patrie, sa maison fut rasée et ses terres pillées. La fureur de ses ennemis ne se borna pas à ces excès. Le podestat de Florence eut ordre d'examiner la conduite tenue par les bannis, tandis qu'ils étoient en charge. Le procès fut fait comme on le fait contre un accusé absent qu'on veut perdre. *Dante* fut condamné, ainsi que ses compagnons d'exil, à être brûlé vif, comme coupable de fraudes et d'extorsions. Tel étoit l'acharnement et la rage qui animoient les citoyens les uns contre les autres dans ces temps de faction et de trouble. *Dante* crut ramener les magistrats et ses compatriotes par des représentations touchantes. Il adressa au peuple Florentin une lettre où il paraphrasoit ce texte de l'Écriture : Popule meus quid feci tibi ? Ses complaintes n'ayant eu aucun effet, il engagea les exilés à s'armer contre leur ingrate patrie. Ils formèrent en 1304 une petite armée, qui fut battue dans le territoire de Florence, où elle avoit fait une incursion. Alors Dante se rendit à Vérone, avec toute sa famille, et s'en fit bientôt exiler. Can de la Scale, prince de Vérone, l'aimoit et l'estimoit. L'envie lui fit perdre le crédit dont il jouissoit. Un jour qu'ils se trouvoient dans le palais des Scales, un courtisan lui dit : N'êtes-vous pas surpris de ce qu'un bouffon reçoit beaucoup de caresses de la part du prince, tandis qu'un homme savant et sage tel que vous, est négligé. Dante répondit : Chacun chérit son semblable. Ce bon mot, répété au prince, causa sa disgrace. Après avoir mené une vie inquiète et errante, tantôt en Allemagne, tantôt à Paris, il s'écria dans l'un de ses ouvrages : « Par-tout où se parle cette langue toscane, on m'a vu errer et mendier. J'ai mangé le pain d'autrui et savouré son amertume. Navire sans gouvernail et sans voile, poussé de rivage en rivage par le souffle glacé de la misère, les peuples m'attendoient à mon passage, sur un peu de bruit qui m'avoit précédé, et me voyoient tout autre qu'ils n'auroient osé le croire ; je leur montrois les blessures que me fit la fortune, blessures qui déshonorent quiconque les reçoit. » Dante, fier et sensible, revint mourir pauvre à Ravenne le 14 septembre 1321, à 56 ans. Le prince de Ravenne lui fit des obsèques magnifiques, et prononça son oraison funèbre. En 1483, Bernard Bembo, prêteur de Ravenne pour les Vénitiens, fit ériger, par ordre de la république, un mausolée où les cendres de Dante furent placées. En 1692, ce tombeau fut réparé par le cardinal Dominique Cossi, légat de Ravenne. On l'a honoré de plusieurs Épitaphes ; nous nous bornerons à la suivante : Qui Calum cecinit, mediumque imumque tribunal, Lustravitque animo cuncta pocta suo, Doctus adest Dantes, sua quem Florentia sapè Sensit consiliis ac pietate patrem. Nil potuit tanto mors seva noctre pocta, Quam vivum virtus, carmen, imago facit. Dante laissa plusieurs fils qu'il avoit eus de Gemma, de la famille des Donati de Florence. Picore, qui étoit l'ané, et Jacques, son cadet, illustrèrent, par leurs commentaires, la fameuse comédie de leur père. Le premier passa une partie de sa vie à Vérone, où il devint fort riche, par la culture des lettres, et sur-tout par les leçons de droit qu'il donna ; le second vécut toujours à Florence, où il acquit la réputation de bon poète. Dante étoit assez bel homme, quoique maigre et un peu courbé. Son air étoit noble. Il parloit peu, et paroissoit méditer beaucoup. Naturellement mélancolique et distrait, il passoit pour orgueilleux ; et ce soupçon n'étoit pas sans fondement. Pour se guérir de ses vapeurs, il cultivoit la musique et le dessin. Il n'oublioit ni les bienfaits, ni les offenses ; et il dit et écrivit autant de mal de ses ennemis, que de bien de ses amis et de ses bienfaiteurs. Parmi les différens ouvrages de poésie qu'il nous a laissés, le plus célèbre est sa *Comédie de l'Enfer*, du *Purgatoire et du Paradis*, partagée en trois actes ou récits. La 1ère édition de ce poème est de 1472, in-fol.; mais la meilleure est de Venise 1577, 5 vol. in-4°, fig.; et l'une des plus jolies est celle de Paris, 1768, 2 vol. in-12. *Granger* l'a traduit en françois, à Paris, 1596 et 1597, 3 vol. in-12. L'auteur s'éleva, dans les détails de cet ouvrage, que les Italiens appellent *divin*, au-dessus du mauvais goût de son siècle. Il est plein de pensées aussi justes que profondes, d'images fortes, de peintures charmantes, d'expressions de génie, de tours délicats, de saillies ingénieuses, de morceaux brillants et pathétiques: le spectre d'*Ugolin* qu'on y trouve, est une des fictions les plus fortes qu'ait jamais enfantées l'esprit humain, et elle suffirait seule pour immortaliser son auteur. Mais l'invention de l'ouvrage est en général bizarre, et le choix des personnages qui entrent dans ce tableau, fait avec trop peu de goût, est sans variété d'attitudes. Cette *divine Comédie*, que quelques Italiens ont regardée comme un beau poème épique, n'est, suivant divers critiques François, qu'un beau *Salmigondis*. *Dante* trouve d'abord à l'entrée de l'enfer un lion et une louve. *Virgile* s'offra à lui, pour lui faire les honneurs du lieu. Le poète Latin lui montre dans l'enfer des demeures très-agréables; dans l'une sont *Homère*, *Horace*, *Ovide* et *Lucain*; dans une autre, *Electre*, *Hector*, *Lucrèce*, *Brutus*, *Saladin*; dans une 3e, *Socrate*, *Platon*, *Hipocrate* et *Averroès*. Enfin paroît le véritable enfer, où *Platon* juge les damnés. Le voyageur y reconnoit quelques cardinaux et quelques papes; il étoit surtout fort animé contre eux. *Boniface VIII* et *Charles de Valois* y sont traités avec outrage. Il veut déshonorer la race du dernier, en avançant que *Hugues Capet* étoit fils d'un boucher... *Rivarol* qui a traduit en françois le poème du *Dante*, en a donné dans son discours préliminaire une brillante analyse; et nous cédons au désir de la rapporter: «Par-tout ce poète, dit-il, a heurté les préjugés de son temps; et ce temps est un des plus malheureux que le ciel nous présente. Les violences scandaleuses des papes, les disgraces et la fin de la maison de Souabe, les crimes de *Mainfroi*, les cruautés de *Charles* d'Anjou, les funestes croisades de *St. Louis* et sa fin déplorable, la terreur des armes musulmanes, plus encore les calamités de l'Italie désolée par les guerres civiles et les barbaries des tyrans; enfin, les alarmes religieuses, l'ignorance et le foible de tous les esprits qui aimoient à se consterner pour des prédictions d'astrologie: voilà les traits qui donnent à ces temps une physionomie qui les distingue. Quoique le génie n'attende pas des époques pour éclore; supposons cependant que dans un siècle effrayé par tant de catastrophes, et dans le pays même, théâtre de tant de discordes, il se rencontre un homme de génie qui, s'élevant au milieu des orages, parvienne au gouvernement de sa patrie; qu'ensuite exilé par des citoyens 156 DAN ingrats, il soit réduit à traîner une vie errante et à mendier les secours de quelques petits souverains, il est évident que les malheurs de son siècle et ses propres infortunes, feront sur lui des impressions profondes, et le disposeront à des conceptions mélancoliques ou terribles. Tel fut *Dante*, qui conçut dans son exil son poème de l'*Enfer*, du *Purgatoire* et du *Paradis*, embrassant dans son plan les trois règnes de la vie future, et s'attirant toute l'attention d'un siècle où l'on ne parloit que du jugement dernier, de la fin de ce monde, et de l'avènement d'un autre. Il y a deux grands acteurs dans ce poème; *Beatrix*, fille d'un gentilhomme Florentin, nommé *l'ortinari*, qu'il aima passionnément, qui lui fut ravie par la mort et qui doit lui montrer le paradis; et *Virgile*, son poète par excellence, qui doit le guider aux enfers et au purgatoire. Il descend donc aux enfers sur les pas de *Virgile*, pour s'y entretenir avec les ombres des papes, des empereurs et des autres personnages du temps, sur les malheurs de l'Italie, et particulièrement de Florence: ce n'est qu'en passant qu'il touche aux questions sur la vie future dont le monde s'occupoit alors. Comme il savoit tout ce qu'on pouvoit savoir de son temps, il met à profit les erreurs de la géographie, de l'astronomie et de la physique; et le triple théâtre de son poème se trouve construit avec une intelligence et une économie admirables. D'abord la terre creusée jusque dans son centre, offre dix grandes enceintes qui sont toutes concentriques. Il n'est point de crime qui soit oublié dans la distribution des supplices que le poète rencontre d'un cercle à l'autre: souvent une enceinte est partagée en différens donjons; mais toujours avec une telle suite dans la gradation des crimes et des peines, que *Montesquieu* n'a pas trouvé d'autres divisions pour son *Esprit des Lois*. Il faut observer que dans cette immense spirale, les cercles vont en diminuant de grandeur, et les peines en augmentant de rigueur, jusqu'à ce qu'on rencontre *Lucifer* garotté au centre du globe et servant de pierre angulaire à tout l'enfer: observons encore qu'une spirale et des cercles sont une de ces idées simples, avec lesquelles on obtient aisément une éternité; l'imagination n'y perd jamais de vue les coupables, et s'y effraie davantage de l'uniformité de chaque supplice: un local varié, des théâtres différens auroient été une invention moins heureuse. *Dante* et son guide sortent ensemble des ténèbres et des flammes de l'abîme par des routes fort-étroites; mais ils ont à peine passé le point central de la terre, qu'ils tournent transversalement sur eux-mêmes; et la tête se trouvant où étoient les pieds, ils montent au lieu de descendre. Arrivés à l'hémisphère qui répond au nôtre, ils découvrent un nouveau ciel et d'autres étoiles. Le poète profite de l'idée où l'on étoit alors qu'il n'y avoit pas d'antipodes, pour y placer le purgatoire? C'est une colline dont le sommet se perd dans le ciel, et qui peut avoir en hauteur, ce qu'a l'enfer en profondeur. Les deux poètes s'élèvent de division en division et de clartés en clartés, trouvant sans cesse des punitions qui deviennent toujours plus légères. Le lecteur s'élève et respire avec eux : il entend par-tout le langage consolant de l'espérance, et ce langage se sent de plus en plus du voisinage des cieux. La colline est enfin couronnée par le paradis terrestre : c'est là que *Béatrix* paroît, et que *Virgile* abandonne *Dante*. Alors il monte avec elle de sphère en sphère, de vertus en vertus, par toutes les nuances du bonheur et de la gloire, jusque dans les splendeurs du ciel empirée; et *Béatrix* l'introduit au pied du trône de l'Éternel. Étrange et admirable entreprise! Remonter du dernier gouffre des enfers jusqu'au sublime sanctuaire des cieux, embrasser la double hiérarchie des vices et des vertus, l'extrême misère et la suprême félicité, le temps et l'éternité; peindre à la fois l'ange et l'homme, l'auteur de tout mal et le Saint des Saints! Aussi on ne peut se figurer la sensation prodigieuse que fit sur toute l'Italie ce poème national, rempli de hardiesses contre les papes, d'allusions aux événements récents et aux questions qui agitoient les esprits; écrit d'ailleurs dans une langue au berceau, qui prenoit entre les mains de *Dante* une fierté qu'elle n'eut plus après lui, et qu'on ne lui connoissoit pas avant. L'effet qu'il produisit fut tel, que, lorsque son usage rude et original ne fut plus entendu, et qu'on eût perdu la clef des allusions, sa grande réputation ne laissa pas de s'étendre dans un espace de cinq cents ans, comme ces fortes commotions, dont l'ébranlement se propage à d'immenses distances. L'Italie donna le nom de *divin* à ce poème et à son auteur; et quoiqu'on l'eût laissé mourir en exil, cependant ses amis et ses nombreux admirateurs, eurent assez de crédit, 7 à 8 ans après sa mort, pour faire condamner le poète *Ceeco* d'Accoli à être brûlé publiquement à Florence, sous prétexte de magie et d'hérésie, mais réellement parce qu'il avoit osé critiquer *Dante*. Sa patrie lui éleva des monumens et envoya, par décret du sénat, une députation à un de ses petits-fils, qui refusa d'entrer dans la maison et les biens de son aïeul. Trois papes ont depuis accepté la dédicace de la *divina Comedia*, et on a fondé des chaires pour expliquer les oracles de cette obscure divinité... Au temps où *Dante* écrivoit, la littérature se réduisoit en France, comme en Espagne, aux petites poésies des troubadours. En Italie, on ne faisoit rien d'important dans la langue du peuple; tout s'écrivoit en latin. Mais *Dante* ayant à construire son monde idéal, et voulant peindre pour son siècle et sa nation, prit ses matériaux où il les trouva : il fit parler une langue qui avoit bégayé jusqu'alors, et les mots extraordinaires qu'il créoit au besoin, n'ont servi qu'à lui seul. Voilà une des causes de son obscurité : il entasse les comparaisons, les allusions, les termes de l'école; il dessine quelquefois l'attitude de ses personnages par la coupe de ses phrases; il a des brusqueries de style qui produisent de grands effets; et souvent dans la peinture de ses supplices il emploie une fatigue de mots qui rend merveilleusement celle des tourmentés. L'imagination passe toujours de la surprise que lui cause la description d'une chose, à l'effroi que lui donne nécessairement la vérité du tableau; il arrive de 158 DAN là que ce monde visible ayant fourni au poète assez d'images pour peindre son monde idéal, il conduit et ramène sans cesse le lecteur de l'un à l'autre ; et ce mélange d'événements si invraisemblables et de couleurs si vraies, fait toute la magie de son poème. *Dante* a versifié par tercets ou rimes triplées ; et c'est, de tous les poètes, celui qui, pour mieux porter le joug, s'est permis le plus d'expressions impropres et bizarres : mais aussi, quand il est beau, rien ne lui est comparable. Son vers se tient debout par la seule force du substantif et du verbe, sans le concours d'une seule épithète. Si les comparaisons et les tortures que *Dante* imagine, sont quelquefois horribles, elles ont toujours un côté ingénieux, et chaque supplice est pris dans la nature qu'il punit. Quant à ses idées les plus bizarres, elles offrent aussi je ne sais quoi de grand et de rare, qui étonne et qui attache le lecteur. Son dialogue est souvent plein de vigueur et de naturel, et tous ses personnages sont fièrement dessinés. La plupart de ses peintures ont encore aujourd'hui la force de l'antique et la fraîcheur du moderne, et peuvent être comparées à ces tableaux d'un coloris sombre et effrayant, qui sortoient des ateliers de *Michel-Ange* et des *Carraches*, et donnoient à des sujets empruntés de la religion, une sublimité qui parloit à tous les yeux. Il est vrai que dans cette immense galerie de supplices, on ne rencontre pas assez d'épisodes; et malgré la brièveté des chants, qui sont comme des repos placés de très-près, le lecteur le plus intrépide ne peut échapper à la fatigue. C'est le vice fondamental du poème. Enfin, du mélange de ces beautés et de ces défauts, il résulte un poème qui ne ressemble à rien de ce qu'on a vu, et qui laisse dans l'âme une impression durable. On se demande, après l'avoir lu, comment un homme a pu trouver dans son imagination tant de supplices différents, qu'il semble avoir épuisé les ressources de la vengeance divine ; comment il a pu, dans une langue naissante, les peindre avec des couleurs si chaudes et si vraies, et dans une carrière de 34 chants, se tenir sans cesse la tête courbée dans les enfers. » On a du poète Florentin divers autres ouvrages en vers et en prose, que les Italiens regardent encore aujourd'hui, comme une des premières sources des beautés de leur langue. On a encore de lui : *Il Convivio*, Florence 1480, in-8°, *Prose*, 1723, in-4°. Il avoit écrit dans sa jeunesse la *Vie nouvelle* (*vita nuova*). C'est l'histoire de ses amours avec *Béatrix Fortinari*. Quelques commentateurs ont voulu que, par *Béatrix*, *Dante* ait voulu marquer la sagesse divine ; mais les critiques, mieux instruits ou moins enthousiastes, conviennent que c'est la noble *Fortinari*, sa maîtresse, qu'il a voulu immortaliser. On a publié en 1744, à Venise, in-8°, un traité *De monarchià mundi*, ouvrage qui n'avoit pas encore vu le jour : *Dante* y soutient que l'autorité des rois ne dépend point de celle des papes. *Bocace* fit paroître la vie de *Dante*, Florence, 1576, in-8°. *Chabanon* en a donné aussi une en notre langue. *Voyes* I. CORBINELLI.
IL DANTE, (Jean Baptiste) natif de Pérouse, excellent mathématicien, florissoit vers la fin du xvᵉ siècle. Il inventa une manière de faire des ailes artificielles, si exactement proportionnées au poids de son corps, qu'il s'en servoit pour voler. Les expériences réitérées qu'il en fit sur le lac de Trasimène, finirent par un accident bien triste. Il voulut donner ce spectacle à la ville de Pérouse, dans le temps de la solennité du mariage de Barthélemi d'Alviane. Il s'éleva très-haut, et vola par-dessus la place; mais le fer avec lequel il dirigeoit une de ses ailes s'étant rompu, l'artiste ingénieux autant que téméraire, ne pouvant plus balancer la pesanteur de son corps, tomba sur l'église de Notre-Dame, et se cassa une cuisse. Des chirurgiens habiles ayant guéri ce nouvel Icare, il professa ensuite les mathématiques à Venise, où il mourut âgé de 40 ans.
III. DANTE, (Pierre-Vincent) natif de Pérouse, de la famille des Rainaldi, imitoit si bien les vers du poète Dante, qu'on lui en donna le nom. Il ne se distingua pas moins par la délicatesse de ses Poésies, que par son habileté dans les mathématiques et dans l'architecture. Il mourut en 1512, dans un âge avancé, après avoir inventé plusieurs machines, et composé un Commentaire sur la Sphère de Sacrobosco.
IV. DANTE, (Jules) fils du précédent, mort en 1575, fut bon architecte et mathématicien renommé. On lui doit un ouvrage De alluvione Tyberis. Sa sœur, Théodora Dante, morte en 1573, étoit de même très- savante dans les mathématiques, et excelloit dans la peinture. Elle imita le genre de Pierre Pérugin. V. DANTE, (Vincent) petit-fils de Pierre-Vincent, habile mathématicien comme lui, fut en même temps peintre et sculpteur. Sa Statue de Jules III, sur la place de Pérou-e, a été regardée comme un chef-d'œuvre de l'art. Philippe II, roi d'Espagne, lui fit offrir des pensions considérables, pour l'engager à venir achever les peintures de l'Escurial; mais Dante avoit une santé trop délicate pour quitter l'air natal. Il mourut à Pérouse en 1576, à 46 ans. On a de lui la Vie de ceux qui ont excellé dans les dessins des Statues. Son frère Ignace DANTE, dominicain, né à Pérouse, fut appelé à Florence par Cosme de Médicis, dont il devint l'architecte. Il a donné la traduction de la Sphère de Procole Lycée; il a peint la galerie papale par ordre de Grégoire XIII; il a écrit la Vie de Vignole, et traduit ses Règles d'architecture. Ignace Dante mourut évêque d'Alatri, en 1586, à l'âge de 49 ans.
DANTECOURT, (Jean-Baptiste) habile chanoine-régulier de Sainte-Geneviève, né en 1643, fut curé de Saint-Etienne-du-Mont à Paris sa patrie, en 1694. Il quitta cette cure en 1710, et se retira dans l'abbaye de Sainte-Geneviève, où il mourut l'an 1718, à 75 ans. On a de lui: I. Deux Factums pour la préséance de son ordre sur les Bénédictins aux Etats de Bourgogne. II. Un livre de controverse, intitulé: Défense de l'Eglise, contre le livre du ministre Claude, qui a pour 160 DAN titre : Défense de la Réformation. D'ANTINE, Voyez ANTINE.
DANTON, (George Jacques) né à Arcis sur Aube, le 26 octobre 1759, se fit avocat au conseil, et y acquit quelque réputation. Elle s'accrut dans la révolution françoise où il embrassa le républicanisme le plus exalté. Ambitieux, violent, hardi et n'abandonnant jamais ses projets, il voulut cacher sous le voile des opinions populaires, son désir d'arriver à la dictature. Successivement ami de Mirabeau, de Robespierre, et de Marat, on le vit en 1791 présider le rassemblement du champ de Mars où l'on demanda la déchéance de Louis XVI, et faire armer le district des Cordeliers pour défendre Marat et lui, décrétés de prise de corps. Il prépara la journée du 10 août, en venant deux jours auparavant déclarer à l'assemblée législative que la section des Cordeliers, si le roi n'étoit déchu, alloit se mettre en insurrection et marcher contre elle. Aussitôt que cette déchéance eut été prononcée, Danton devint membre du conseil exécutif, et fut spécialement chargé du ministère de la justice et de la nomination des principaux emplois dans l'administration et dans l'armée. Ce fut alors qu'il organisa en grande partie avec le sang-froid le plus féroce, les massacres du mois de septembre. Les Prussiens s'avançoient pour venger tant de victimes et punir les anarchistes; les ministres, les députés les plus connus, étoient dans la consternation; Danton seul conserva de la fermeté et une énergie immuable. Il assembla chez lui les chefs du parti populaire; il leur dicta des mesures de défense, et s'opposa au projet de translation de l'assemblée au-delà de la Loire; il inventa les visites domiciliaires, dans lesquelles tout factieux eut le droit de pénétrer chez le citoyen tranquille, et sur le prétexte le plus frivole de faire arrêter son ennemi ou celui simplement qui ne partageoit pas ses excès. Tout trembla dès-lors devant Danton. Robespierre lui-même, inquiet de tant d'audace et jaloux de son ascendant, lui voya une haine secrète qui ne tarda pas à le faire proscrire. Cependant, l'or arrivant de toutes parts dans les mains du ministre, en refluoit avec prodigalité pour solder des crimes et lui faire des partisans. Il refusa de prendre des mesures propres à sauver les prisonniers d'Orléans, en répondant froidement à celui qui les sollicitoit: « Que vous importe! le peuple demande vengeance. » Nommé membre de la convention, Danton y poursuivit vivement le plan de dictature qu'il avoit conçu. Il pressa la condamnation de Louis XVI; et Prudhomme rapporte à ce sujet que lui ayant représenté que d'après le code criminel, les membres de la convention ne pouvoient être à la fois accusateurs, jurés et juges; il lui répondit: « Vous avez raison; nous ne jugerons pas non plus Louis XVI, nous le tuerons. » De retour d'une mission dans la Belgique, Danton entra au comité de salut public; il fit décréter l'établissement du tribunal révolutionnaire; et ce fut ce tribunal qui l'envoya bientôt après à l'échafaud. Perlit arte sud. Réuni un instant avec Robespierre, *Robespierre*, pour perdre la faction des *Hébertistes*, il s'en sépara bientôt, et celui-ci outré de l'espèce de rébellion qu'il trouvait souvent dans ce rival redoutable, le fit accuser par *Saint-Just* au comité de salut public, et arrêter dans la nuit du 31 mars 1794. Enfermé d'abord dans la prison du Luxembourg, transféré ensuite dans celle de la Conciergerie, il parut embarrassé à la vue de ceux qu'il y avait fait mettre, et en témoigna quelque repentir. Il se présenta avec calme devant le tribunal qu'il avait formé, et répondit, lorsqu'on lui demanda son nom : « Je suis *Danton*, assez connu dans la révolution; ma demeure sera bientôt le néant; mais mon nom vivra dans le panthéon de l'histoire. » Sa condamnation fut précipitée; *Robespierre* craignoit que les Cordeliers ne fissent quelques mouvemens pour sauver leur chef; et ses partisans dirent alors, en considérant combien le jugement suivit de près l'arrestation, que *Robespierre* avait escamoté *Danton*. Celui-ci fut conduit à l'échafaud le 16 germinal, an II. Il étoit pauvre et chargé de dettes avant la révolution; à sa mort, on lui trouva une fortune considérable. Pervers par le cœur, ardent, sans éducation, presque sans connoissances, il en imposa à la multitude par une figure rude et marquante, par une voix de *Stentor*, et même quelquefois aux gens d'esprit par des boutades d'une éloquence forte et sauvage, et par des plaisanteries originales. De tous les hommes de la révolution, il fut celui qui montra le plus de caractère. Gruel par habitude, paresseux *Tome IV.* par goût, livré à la crapule et au plaisir, il l'aimoit bruyant et grossier. Comme tous les partisans du vin et de la bonne chère, il eut des saillies d'humanité. Après avoir proscrit le culte catholique, la convention alloit renvoyer ses ministres sans secours. *Danton* éleva la voix pour eux et fut écouté. Il eut enfin de grands moyens pour arriver à la tyrannie où *Robespierre* parvint après lui avec moins de talens, mais avec plus d'hypocrisie, de fausseté et de perfidie.
DANVILLE, *Voy. AMVILLE et DAMVILLE.*
DANZ ou DANTZ, (Jean-André) théologien Luthérien, né à Sannhusen près de Gotha, l'an 1654, voyagea en Hollande et en Angleterre. Il se fixa à Iène, où il fut d'abord professeur en langues orientales, puis en théologie. Il s'acquit de la réputation par ses leçons, et mourut d'une attaque d'apoplexie en 1727, à 73 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages sur les langues et sur les antiquités Hébraïques. Ce savant excelloit dans la critique sacrée. Il avoit les qualités qui méritent l'amitié et l'estime. Ses principales productions sont : I. Des *Grammaires Hébraïque et Chaldaïque*. II. *Sinceritas sacra Scriptura veteris Testamenti triumphans*, Iène 1713, in-4°. III. Des *Traductions* de plusieurs ouvrages des Rabbins. IV. Plusieurs *Dissertations*, imprimées dans le *Thesaurus Philologicus*. Tous ces ouvrages décèlent un savant consommé.
DAOUD, surnommé ESFAHANI, fut chef de l'une des six sectes reconnues pour orthodoxes 162 D A P dans la religion de Mahomet. Plusieurs princes et savans ont porté le nom de Daoud chez les orientaux. Quelques rois de Georgie furent appelés de même.
DAPHIDAS, grammairien, ayant voulu se jouer de la Pythie, en lui demandant s'il reverroit bientôt en son pouvoir un cheval qu'il n'avoit point perdu, devint la victime de cette moquerie, et fut tué par Attalus dans un lieu qu'on nommoit Le Cheval. I. DAPHNÉ, (Mythol.) fille du fleuve Pénée, fut le premier objet de l'amour d'Apollon, exilé au ciel par Jupiter. Ce dieu berger poursuivant sa maîtresse pour la rendre sensible à sa passion, l'atteignit sur les bords du Pénée. La nymphe, vaincue de fatigue, implora la puissance de son père, le conjurant de la mettre à couvert des attentats d'un audacieux. Il exauça sa prière, et métamorphosa sa fille en laurier. Apollon n'embrassant plus qu'un tronc inanimé, en détacha un triste rameau, dont il se fit une couronne; et depuis cette malheureuse aventure, le laurier lui fut consacré. Daphné fut adorée comme une divinité par les habitans de Sparte.
II. DAPHNÉ, fut, suivant quelques auteurs, une ancienne poète Grecque, qui vivoit immédiatement après la guerre de Troie. Larrey prétend qu'Homère lui devoit toutes les beautés de ses deux poèmes, et qu'il avoit anéanti ensuite l'ouvrage de Daphné, pour cacher son lacrim.
DAPHNIS, (Mythol.) jeune berger de Sicile, auquel on attribue l'invention des Vers bucoliques, etoit fils de Mercure. Il aima une nymphe et l'épousa. Les deux époux obtinrent du ciel, que celui des deux qui violeroit le premier la foi conjugale, deviendroit aveugle. Daphnis ayant oublié son serment, et s'étant attaché à une autre nymphe, fut privé de la vue sur-le-champ.
DAPHNOMÈLE, (Eustache) fut gouverneur d'Acre de la part de l'empereur Basile. Ibatzès, Bulgare, allié à la famille royale, se révolta en 1017. Comme cette rebellion donnoit beaucoup d'inquiétude à l'empereur, Daphnomèle rassura ce prince, et promit de lui livrer le chef des séditieux. Voici de quelle manière il s'y prit. Il savoit qu'Ibatzès célébroit, avec une solennité particulière, la fête de l'Assomption de la Ste. Vierge; et que ce jour-là il recevoit sur la montagne tous ceux qui vouloient prendre part à sa dévotion. Daphnomèle s'y rendit, et obtint une audience particulière dans un lieu écarté. Daphnomèle, profitant de l'occasion, renversa Ibatzès au moment qu'il s'y attendoit le moins; et deux hommes qu'il avoit apostés étant venus le seconder, ils lui enfoncèrent leur habit dans la bouche avec tant de violence, que les yeux du malheureux Ibatzès lui sortirent de la tête par ses efforts et les douleurs terribles qu'il souffrit. Les Bulgares, accourus aux cris de leur chef, vouloient faire subir les tourmens les plus cruels à ses assassins. Daphnomèle se montra sans crainte, et parla avec tant d'éloquence et de fermeté, qu'il appaissa en un instant leur fureur. Les plus timides se retirèrent d'eux-mêmes; les autres approuvèrent Daphnomèle: tous jurèrent une obéissance entière à l'empereur. *Basile*, pénétré de reconnoissance, récompensa *Daphnomèle*, en lui donnant le gouvernement de Dyrrachium, avec tous les biens d'*Ibatzès*.
DAPPERS, (Olivier) médecin d'Amsterdam, travailla plus pour les libraires que pour les malades de cette ville. Il mourut en 1690, sans avoir professé, dit-on, aucune religion. Il s'est fait connoître très-avantageusement par ses *Descriptions* du *Malabar*, du *Coromandel*, de l'*Afrique*, de l'*Asie*, de l'*Archipel*, de la *Syrie*, de l'*Arabie*, de la *Mésopotamie*, de la *Babylonie*, de l'*Assyrie*, de la *Nattolle*, de la *Palestine*, et de l'*Amérique*. Tous ces ouvrages sont en flamand, et on a souvent désiré que quelqu'un les donnât en notre langue. Ce n'est, à la vérité, qu'une compilation des autres voyageurs; mais elle est faite avec exactitude. La *Description de l'Afrique* et celle de l'*Archipel* ont été traduites en françois, et imprimées, la première en 1686, la seconde en 1703, l'une et l'autre in-folio. L'auteur n'avoit jamais vu les pays qu'il a décrits : il parcouroit le monde du fond de son cabinet; mais il avoit du discernement. — DARAÏ, l'un des plus anciens sophis de Perse, fut renommé pour la sainteté de sa vie et ses révélations. L'un de ses disciples lui ayant dit qu'il ne pouvoit prier Dieu s'il n'étoit seul et séparé des hommes, le sophi lui répondit : « Vous êtes bien foible, si, conversant avec Dieu, vous vous souvenez encore des hommes. » *Daraï* mourut l'an 215 de l'hégire, et fut enséveli dans les environs de Damas. D A R 163
DARAN, (Jacques) naquit à Saint-Frajon en Gascogne, le 6 mars 1701. Livré dès sa jeunesse à l'étude de la chirurgie, il devint chirurgien-major dans les troupes de l'empereur, et pratiqua ensuite son art à Milan, à Turin, où le roi *Victor-Amedée* voulut en vain le retenir par des propositions très-avantageuses. *Daran* aimoit à voyager; il passa à Rome, à Vienne, revint à Naples, et se fixa quelque temps à Messine; qu'une peste affreuse ravageoit, et qui lui donna l'occasion de montrer ses talens et son humanité. Le fléau continuait à faire de grands ravages, il fit embarquer sur un navire le consul avec toute sa famille, ainsi que tous les négocians François qui se trouvoient à Messine, et les ramena sains et saufs au port de Marseille. *Daran* s'étoit particulièrement attaché à la guérison des maladies de la vessie; et pour opérer celles de l'*urètre*, il fut le premier qui employa pour algèlie des bougies creuses et flexibles, enduites d'un onguent propre au traitement. Sa célébrité attira à Paris une foule d'étrangers; ce qui lui fit gagner plus de deux millions; mais sa bienfaisance envers les indigènes, et son extrême facilité à entrer dans toutes les entreprises, firent évanouir cette fortune, et le laissèrent même dans une sorte de détresse lorsqu'il mourut, en 1784. Ses écrits sont : I. *Réponse* à la brochure de *Bayet* sur la défense et la conservation des parties les plus essentielles de l'homme, 1750, in-12. II. *Traité complet de la Gonorrhée virulente*, 1756, in-12. III. *Lettre* sur un article des tumeurs. IV. *Observations chirurgicales* sur les maladies de l'*urètre*, 1768, in-12. Cet an 164 D A R vrage a obtenu diverses éditions antérieures, dont la première fut faite à Avignon en 1745. V. Composition du remède de Daran, pour la guérison des difficultés d'uriner, 1779, in-12.
DARCCI, (Jean) étoit de Vénose dans le royaume de Naples, et vécut au 14e siècle. On lui doit un poème, intitulé Cannes, qui plaît par l'élégance et la variété des tableaux. Il en a été fait une assez belle édition à Paris chez Collines, en caractères ronds, 1543. Ce poème se trouve aussi dans l'Amphitheatrum Dornavi, et dans le recueil intitulé Deliciae Poetarum Italorum, tome premier.
DARCET, (N.) savant médecin et chimiste célèbre, fut lié dès sa jeunesse avec les Rouelle, les Macquer, et tous ceux qui commencèrent à donner à la chimie l'éclat qu'elle a obtenu. Darcet y contribua par ses utiles travaux. Il a publié d'intéressans Mémoires sur les poteries, sur la nature des terres propres à être employées dans les arts, sur la combustion du diamant, sur l'action d'un feu long et prolongé également. Il a donné des Analyses exactes de plusieurs mines, de diverses eaux minérales, d'une foule de matières animales. On lui doit la première fabrication des porcelaines en France, où depuis elles ont acquis tant de perfection. Darcet fut nommé professeur de chimie au collège de France, à l'Institut national, au Sénat conservateur. Il est mort d'une métastase goutteuse dans l'estomac, à l'âge de 75 ans, le 24 pluviôse an 9. Son éloge a été prononcé par le conseiller d'état Fourcroy, son collègue et son ami. « Darcet, a dit ce dernier, vécut long-temps au sein d'une famille qui lui payoit toute sa tendresse. Il a joui de son vivant d'une éclatante renommée. La gloire a suivi ses travaux sous l'escorte de l'envie qui l'accompagne trop souvent. Ses vertus, ses talens, son civisme pur ont mis le comble aux honneurs qu'il sut mériter. Sa vie fut sans cesse occupée de choses utiles, jamais troublée par les orages qui remplissent la vie de tant d'autres hommes... Ses vertus sociales rendirent Darcet aimable et précieux à tout ce qui l'approcha, et les qualités de son ame relevèrent en lui ses connoissances profondes. » On lui doit : I. Mémoires sur l'action d'un feu égal et continué sur un grand nombre de terres, de pierres et chaux métalliques, 1766—1771, in-8. II. De l'Etat actuel des Pyrénées et des causes de leur dégradation, 1776, in-8. III. Rapport sur la fabrication des Savons, 1795, in-8. Il fit avec Rouelle et Sage des expériences curieuses pour reconnoître la quantité d'or qu'on pouvoit retirer de la terre végétale, et des cendres des végétaux, et il en publia le résultat. D'ARCY, Voy. ARCT. I. DARDANUS, (Mythol.) fils de Jupiter et d'Electre femme de Corite roi d'Etrurie, ayant tué son frère Jasius, fut obligé de sortir d'Italie et de s'enfuir en Samothrace, d'où il passa en Phrygie pour y fixer sa demeure. Il y épousa la fille du roi Teucer, et bâtit, vers l'an 1480 avant J. C., une ville près du détroit de l'Hellespont, qu'il appela Dardane de son nom, et le donna à la Dardanie qui faisoit partie de la Troade, d'où est venu le nom de Dardanelles. Voy. BORÉE,
II. DARDANUS, fils de Priam et d'Hécube, fut tué par Achille, sous les murailles de Troie, quelque temps avant la prise de cette ville. D'ARDENNE, Voy. ROME.
DAREAU, (François) avocat à Paris, né en 1736, et mort en 1789, a publié un Traité des Injures, qui est estimé. Il faisoit aussi agréablement les vers. Plusieurs de ses pièces sont insérées dans l'Almanach des Muses. I. DARÈS, prêtre Troyen, célébré par Homère, écrivit l'Histoire de la guerre de Troie en grec, qu'on voyoit encore du temps d'Elien. Cette histoire est perdue. Celle que nous avons, sous son nom, est un ouvrage supposé. Il parut pour la première fois à Milan, 1477, in-4.º Mad. Dacier en a donné une édition à l'usage du Dauphin, 1684, in-4.º Il y en a une autre d'Amsterdam 1702, 2 volumes in-8º; et une Traduction françoise par Postel, 1553, in-16.
II. DARÈS, athlète Troyen, courageux et présomptueux, ayant excité par ses défis l'indignation d'Entelle, celui-ci le terrassa; il fut quelque temps après tué par Turnus roi des Rutiles.
DARET, (Pierre) graveur Parisien, mort dans sa patrie vers 165... forma son burin en Italie, et fut le maître de François de Poilly. On a de lui diverses Estampes d'après le Guide, le Dominicain, Blanchard, etc. D'ARGONE, Voyez AR-GONNE.
DARIGRAND, (N.) avocat au parlement de Paris, mort en 1774, est auteur de l'Anti-Fi- nancier, où il s'élève avec force contre les abus et les extorsions; commises dans l'administration des finances; mais il exagère quelquefois ces abus, et ne donne guères le moyen d'y remédier. I. DARIUS, surhommé le Mède, est le même, selon quelques-uns, que Cyaxares II, fils d'Astyages, et oncle maternel de Cyrus. Ce fut sous ce prince que Daniel eut la vision des septante semaines, après lesquelles le Sauveur devoit être mis à mort. Darius mourut à Babylone vers l'an 348 avant J. C.
II. DARIUS Ier, roi de Perse, fils d'Hystaspes, entra dans la conspiration contre le faux Smerdis usurpateur du trône de Perse. Il fut mis à sa place, l'an 522 avant J. C., par la ruse de son écuyer. Les sept conjurés étoient convenus, dit-on, de donner la couronne à celui dont le cheval henniroit le premier. L'écuyer de Darius ayant attaché la nuit d'auparavant une cavale dans l'endroit où il devoit se rendre, et y ayant mené le cheval de son maître le lendemain, il hennit le premier, et Darius fut roi. Voyez INTA-PHERNES. Le commencement de son règne fut marqué par le rétablissement du temple de Jérusalem. Les Juifs lui ayant communiqué l'édit que Cyrus avoit publié en leur faveur, Darius non-seulement le confirma; mais il leur donna encore de grandes sommes d'argent, et les choses nécessaires pour les sacrifices. Quelques années après, Darius mit le siège devant Babylone révoltée contre lui. Les Babyloniens, pour faire durer plus longtemps leurs provisions, exterminèrent toutes les bouches inutiles. Cette barbarie ne sauva point leur 166 D A R ville. Elle fut prise après vingt mois de siège, par l'adresse de Zopyre, un de ceux qui avoient conspiré avec Darius contre le mage Smerdis. Ce courtisan s'étant mutilé tout le corps, se jeta dans Babylone, sous prétexte de tirer vengeance de son prince, par qui il feignoit d'avoir été ainsi maltraité; mais en effet pour lui livrer la ville. La prise de Babylone fut suivie de la guerre contre les Scythes, l'an 514 avant J. C. Le prétexte apparent de cette guerre étoit l'irruption que ce peuple avoit faite anciennement dans l'Asie; la cause véritable étoit l'ambition du prince: il brûloit d'aller se signaler. Ebase, homme respectable par son rang et par son âge, qui avoit trois fils dans les armées de Darius, lui demanda d'en laisser un auprès de lui. — Un seul ne vous suffit point, lui répondit ce prince cruel; gardez-les tous trois: et sur-le-champ il les fit mettre à mort... Darius marcha enfin contre les Scythes, après avoir subjugué la Thrace; mais cette expédition fut malheureuse. Son armée essuya des fatigues incroyables, dans les vastes déserts où les Scythes l'attirèrent par des fuites simulées. Ayant fait des efforts inutiles contre ce peuple, il tourna ses armes contre les Indiens; il les surprit, et se rendit maître de leur pays. La guerre éclata bientôt après entre les Perses et les Grecs: l'incendie de Sardes, et la part qu'y eurent les Athéniens, en furent l'occasion. Darius, animé par la fureur de la vengeance, ordonna à un de ses officiers de lui dire tous les jours avant le repas: Seigneur, souvenez-vous des Athéniens! Il chargea Mardonius, son gendre, du commandement de ses armées: Mardonius, plus courtisan que général, fut battu, et ses troupes taillées en pièces, en combattant contre les Thraces. Darius fait partir une armée encore plus considérable que la première; elle est entièrement défaite à Marathon par dix mille Athéniens, l'an 490 avant J. C. Le général Athénien n'eut pas plutôt arrangé sa petite armée, que ses soldats, tels que des lions furieux, se mirent à courir sur les Perses. Deux cent mille furent tués, ou faits prisonniers, six mille passés au fil de l'épée. Darius, vivement touché de cette perte, résolut de commander en personne, et donna ordre dans tout son empire de s'armer pour cette expédition; mais il mourut avant d'avoir exécuté son projet, l'an 485 avant J. C. Ce prince, tout conquérant qu'il étoit, fut occupé du bonheur de ses peuples; mais son ambition, son goût pour le faste, et les dépenses que ces deux passions entrainèrent, furent funestes à la Perse. La première ruina cet empire, la seconde l'amolit; et la plus intrépide des nations se vit en peu de temps la plus efféminée et la plus foible. Voy. DEMOCÈDE et NITOCRIS.
III. DARIUS II, neuvième roi de Perse, surnommé Ochus ou Nothus, c'est-à-dire bâtard, né d'une maîtresse d'Artaxerces-Longuemain, étoit satrape d'Hyrcanie, du vivant de son frère. Il s'empara du trône de Perse après la mort de Xerces, assassiné par Sogdien, l'an 423 avant J. C. Il épousa Parisatis sa sœur, princesse cruelle, dont il eut Arsaces, autrement Artaxerces-Mnemon, qui lui succéda, Amestris, Cyrus le Jeune, etc. Il fit plusieurs guerres avec succès par D A R 167 ses généraux et par son fils *Cyrus*, et mourut l'an 405 avant J. C. On dit qu'*Arsaces* lui ayant demandé, un moment avant qu'il expirât : « Quelle avoit été la règle de sa conduite pendant son règne, afin de pouvoir l'imiter ? » *Ça été*, lui répondit le prince mourant, *de faire toujours ce que la justice et la religion demandaient de moi.* — *Voyez I. DÉMOCRIT.*
IV. DARIUS GODOMAN, douzième et dernier roi de Perse, descendoit de *Darius Nothus*, et étoit fils d'*Arsame* et de *Sysigambis*. L'eunuque *Bagoas* croyoit régner sous le nom du nouveau roi, à qui il avoit procuré la couronne ; mais ses espérances furent vaines. Ce scélérat mécontent se préparoit déjà à le faire périr, lorsque *Darius* lui fit avaler à lui-même le poison qu'il lui destinoit, l'an 336 avant J. C. C'étoit à peu près vers ce temps qu'*Alexandre* commençoit ses conquêtes, et que l'Asie mineure s'étoit rendue au vainqueur Macédonien. *Darius* crut devoir marcher en personne contre *Alexandre*. Il s'avança avec une armée de six cent mille hommes à l'entrée de la Syrie, renouvelant le luxe de *Xercès*, et allant au combat avec l'appareil pompeux d'une cérémonie de religion. *Athénée* dit qu'il avoit 277 cuisiniers, 29 esclaves destinés à servir sa table et à la desservir ; 17 échansons pour l'eau, et 70 pour le vin ; 40 officiers chargés de parfumer le prince, et 66 dont les fonctions étoient de préparer les guirlandes de fleurs dont les plats étoient entrelacés. Une armée où l'on traînoit tant d'hommes inutiles, ne devoit pas tenir devant *Alexandre*. Celle de *Darius* fut entièrement défaite en trois journées différentes : au Granique, dans la Phrygie, vers le détroit du Mont-Taurus. (*Voyez* MEMNON n.º II.), et près de la ville d'Arbelles. Dans la seconde action, non moins terrible que la première, *Darius* fut obligé de se sauver à la faveur des ténèbres, sous l'habit et sur le cheval de son écuyer. Il perdit, avec son armée, sa mère, sa femme, ses enfans, qui furent traités avec générosité par le vainqueur. Dans la dernière journée, la victoire fut long-temps incertaine entre les deux armées ; mais *Alexandre* sut la fixer autant par sa prudence que par sa valeur. *Darius*, livré à son désespoir, se retira dans la Médie. *Alexandre* le poursuivit. *Bessus*, gouverneur de la Bactriane, voulut forcer ce prince infortuné de monter à cheval pour faire plus de diligence ; mais comme il le refusa, ce lâche lui donna la mort, l'an 330 avant J. C. Le prince expirant demanda un peu d'eau, qu'un Macédonien lui apporta dans son casque : *Le comble de mes malheurs*, lui dit-il, en lui serrant la main, *est de ne pouvoir récompenser le service que vous me rendez. Témoignez à Alexandre ma reconnaissance pour ses bontés envers ma triste famille, tandis que moi, plus malheureux qu'eux, je péris de la main de ceux que j'ai comblés de bienfaits*. C'est ainsi que mourut ce prince, digne d'un meilleur sort. En lui finit l'empire des Perses, 230 ans après que *Cyrus* en eut jeté les premiers fondemens. Il avoit duré 206 ans, depuis la mort de *Cyaxares*, et 239 ans depuis la prise de Babylone.
DARMA, (Mythol.) fils d'un roi des Indes, fut un des zélés 168 D A R partisans de la secte de *Budsdo*, qui domine dans presque tout le Japon. Il vivoit vers l'an 519 de l'ère chrétienne. D'abord prédicateur de sa doctrine, sa manière de vivre gênante et bizarre et ses nombreuses privations, n'apportent que plus de force à ses discours. Comme les premiers hommes, ses seuls alimens étoient des herbes et des racines. On prétend que pour mettre le comble à ses tourmens volontaires, il forma un vœu par lequel il s'engageoit à veiller jour et nuit. Le sommeil l'ayant un jour fait succomber sous le poids des profondes rêveries auxquelles il étoit toujours livré, *Darma* fut si humilié d'avoir manqué à son serment, qu'il se coupa les paupières. On soutient que d'elles naquit l'arbrisseau qui porte le thé, dont on ne connoissoit point encore l'usage. Une pareille découverte ne resta pas infructueuse; *Darma* la fit connoître d'abord à ses disciples, et peu à peu aux Japonnois et aux Chinois.
DARQUIER, (Augustin) né à Toulouse le 23 novembre 1718, mort dans la même ville le 18 janvier 1802, se livra avec passion à l'étude de l'astronomie, et cultiva cette science avec activité pendant une vie de quatre-vingt-cinq ans. Il acheta des instrumens, établit un observatoire dans sa maison, forma des élèves, paya des calculateurs, et se passa des secours du gouvernement. On lui doit : I. Deux volumes d'*Observations* astronomiques, 1782. II. Une *Traduction* des Lettres cosmologiques de *Lambert*. III. *Éléments de Géométrie*, traduits de l'anglois de *Simpson*, 1766, in-8.º IV. *Observation* de l'éclipse du soleil, du 24 juin 1778, traduite de l'espagnol de Dom *Autoine de Ullou*, 1780, in-12. V. *Lettres* sur l'astronomie-pratique, 1786, in-8.º *Darquier* étoit associé de l'institut de Paris.
DARTHÉ, (Augustin-Alexandre) d'abord homme de loi à Saint-Pol, devint l'on des ministres des cruautés de *le Bon*, et remplit sous lui la place d'accusateur public à Arras. Envoyé en mission à Boulogne, il y fit immoler une foule de citoyens comme *conspirateurs*, parce qu'on avoit arrêté dans cette ville une caisse de couteaux, qu'il prétendit être des poignards contre les Patriotes. *Darthé* entra dans la conspiration de *Babœuf* pour amener le régime de la terreur, et partagea son sort. Condamné à mort le 24 mai 1797, il se poignarda, après avoir entendu sa sentence; mais sa blessure ne se trouvant pas mortelle, il subit son jugement le même jour.
DARTIS, (Jean) naquit à Cahors en 1572, d'un bourgeois de cette ville. Il obtint, en 1618, la place d'antécesseur aux écoles du droit de Paris, vacante par la mort de *Nicolas Oudin*. Il succéda, l'an 1622, à *Hugue Guyon*, dans la chaire royale de droit-canon. Ce jurisconsulte mourut à Paris le 2 avril 1651, à 79 ans, après avoir publié plusieurs *Ouvrages*. *Doujat*, son successeur dans cette chaire, les a recueillis en un volume in-folio, 1656. Ce recueil est utile, par le grand nombre de matières et de passages qu'il renferme. L'auteur étoit meilleur compilateur qu'habile jurisconsulte. Ses remarques sont quelquefois curieuses; mais ses conjectures ne sont pas toujours heureuses ni justes, et les auto- rités qu'il cite ne prouvent pas quelquefois ce qu'il veut prouver. Il écrivait d'une manière pure et intelligible, mais sans ornement. D'ARVIEUX, *Voyez ARVIEUX*.
DARWIN, poète Anglois, mort en 1802, a obtenu une place distinguée dans la littérature de son pays. On lui doit plusieurs poèmes, entr'autres, celui intitulé, *Les Amours des Plantes*. Le système sexuel de Linné sert de fondement à ses fictions. Ovide avait changé les hommes en plantes; Darwin, au contraire, métamorphose les plantes en belles et en hérés. Il leur donne nos sentimens, nos passions, nos travers; il leur prête même des formes humaines. Des détails trop métaphysiques, un peu d'obscurité dans les métamorphoses, atténèssent l'intérêt dans ce poème, qui a eu trois éditions en Angleterre, et qui a été traduit en français dans ces derniers temps, Paris, le *Normant*, un volume in-12.
DASCYLUS, fils de *Lychus*, roi des Mariandynes, conduisit les princes Grecs jusques sur le rivage du Thermodon, lorsqu'ils furent conquérir la Toison d'or.
DASSIER, (Jean) né à Genève en 1678, d'un graveur des monnoies de la république, surpassa les talens de son père. Après s'être perfectionné en France, en Allemagne et en Italie, il résolut de graver les principaux événements de l'Histoire Romaine, et en 1743 il exécuta ce projet sur soixante jetons. Il avait déjà gravé une partie des grands hommes du siècle de *Louis XIV*, les réformateurs du 16e siècle, les plus célèbres rois et savans d'An- D A T 169 gleterre. Peu d'artistes ont eu autant d'exactitude et de rapidité. Il faisait sauter l'acier sous ses instruments, comme un scupteur fait sauter le marbre sous son ciseau. Il y a du génie et de l'invention dans presque toutes ses médailles historiques, et dans les revers des autres. Ses têtes étoient très-ressemblantes. Il mourut en 1763. *Jacques-Antoine*, son fils, né en 1715, et mort à Copenhague en 1759, partagea la gloire et seconda tous les travaux de son père. On trouve le catalogue des médailles gravées par ces deux artistes, dans le 3e volume de l'*Histoire Littéraire de Genève*, par *Senebier*. D'ASSOUCI, *Voyez ASSOUCI*.
DASYPODIUS, (Pierre) grammairien, mort à Strasbourg en 1559, a publié un *Dictionnaire latin, grec et allemand*, dans lequel, sans s'assujettir pour tous les mots à l'ordre alphabétique, il a placé les composés sous les simples, et les dérivés sous les racines primitives.
DATHAME, fils de *Castamare*, qui de simple soldat devint capitaine des gardes du roi de Perse, fut un des plus grands généraux d'*Artaxerces Ochus*, *Voy*, ce mot; commanda ses armées avec beaucoup de valeur et de prudence, et remporta des victoires signalées sur les ennemis. Ses envieux l'ayant desservi auprès de son maître, et ce monarque ne l'ayant pas assez ménagé, il fit révolter la Cappadoce, défit *Artabase*, général d'*Artaxerces*, l'an 361 avant J. C., et fut tué peu de temps après en trahison par le fils d'*Artabase*. 170 D A T
DATHAN, fils d'Éliab, un des Lévites séditieux qui furent engloutis dans la terre. Voyez ABIRON et CORÉ. I. DATI, (Augustin) né à Sienne en 1420, écrivit l'Histoire de cette ville en trois livres. Le sénat l'en avoit chargé, et il s'en étoit acquitté avec sincérité; mais après sa mort, son fils Nicolas Dati en retrancha beaucoup de choses par politique, et gâta cet ouvrage. Le père et le fils furent secrétaires de la république de Sienne, et protégèrent l'un et l'autre les gens-de-lettres. Le premier mourut en 1478, à 58 ans, et le second en 1498. On a de l'un et de l'autre plusieurs autres ouvrages. Les Lettres d'Augustin Dati furent imprimées à Paris en 1517. Il y a quelques particularités curieuses. Les Œuvres du même parurent à Sienne en 1503, in-folio, et Venise 1516. Augustin Dati étoit un petit homme fort vif et fort gai, dont le caractère étoit franc et les mœurs réglées. Il s'étoit proposé pour modèle Tite-Live, dont il ne fait le plus souvent qu'adapter les phrases aux faits qu'il raconte.
II. DATI, (Carlo) poète et littérateur Italien, mort en 1675, professa les belles lettres avec distinction à Florence sa patrie. Tous les voyageurs, gens-de-lettres, qui ont passé à Florence de son temps, se louent beaucoup de ses politesses; et ce sont principalement ces éloges qui l'ont rendu célèbre. On a de lui un Panégyrique de Louis XIV, en italien, publié à Florence en 1669, in-4°, réimprimé à Rome l'année suivante, et traduit en françois. Cet ouvrage avoit été précédé de plusieurs autres en vers et en prose. Parmi ses productions, on distingue la Vie des Peintres anciens, en italien, 1667, in-4°, quoique ce ne soit qu'un essai d'un plus grand ouvrage que l'auteur vouloit donner.
DAVAL, (Jean) médecin de Paris, natif de la ville d'E. professa son art avec beaucoup de réputation. Son mérite et ses succès le mirent en si grand crédit, que Fagon le demanda à Louis XIV pour lui succéder dans sa place de premier médecin. Le roi y consentit; mais Daval peu ambitieux, et jaloux de sa liberté, refusa ce poste, et s'excusa sur la délicatesse de son tempérament. Ce médecin philosophe mourut en 1719, à 64 ans.
DAVANZATI, (Bernard) Florentin, mort en 1606, âgé de 77 ans, s'est fait un nom par la Traduction italienne qu'il a faite de Tacite, Venise, 1658, in-4°; et Paris 1760, 2 volumes in-12. Il a employé de vieux mots toscans, inusités, qui rendent sa version quelquefois inintelligible aux Italiens mêmes. On a encore de lui : I. Coltivazione delle viti, Florence, 1604 et 1734, in-4° II. Scisma d'Inghilterra con altre opere tre, Padone 1754, in-8°; et quelques autres écrits en italien.
DAVAU, (N.) est auteur de l'Homme marin, comédie jouée au théâtre italien, en 1726. On ne connoit ni la patrie ni la vie de cet auteur. I. DAUBENTON, (Guillaume) Jésuite, né à Auxerre, suivit en Espagne le roi Philippe V, dont il étoit le confesseur. Il eut le plus grand crédit auprès de ce prince, et les courtisans jaloux le firent renvoyer en 1708. A force de sollicitations il fut rappelé en 1716, pour reprendre sa place, et il eut plus de pouvoir encore. On a prétendu que lorsque *Philippe V*, dégoûté du trône, voulut abdiquer, il lui confia son dessein, que *Daubenton*, qui craignoit de le suivre dans sa retraite, découvrit ce secret au duc d'*Orléans*, régent de France, qui projetoit alors le double mariage de M.$^{lle}$ de *Montpensier* sa fille avec le prince des *Asturies*, et celui de *Louis XV* avec l'*Infante*, âgée de cinq ans. On ajoute que le Jésuite crut que l'intérêt du régent le forceroit à détourner *Philippe* de sa résolution; que le duc d'*Orléans* envoya la lettre du confesseur au roi, qui la montra à *Daubenton* sans lui dire un seul mot; que ce Père tomba à la renverse; qu'une apoplexie le saisit au sortir de sa chambre, et qu'il mourut peu de temps après en 1723, à 75 ans. Ce fait, que nous garantissons d'autant moins que le maréchal de *Noailles* n'en parle pas dans ses *Mémoires*, est rapporté par l'auteur du *Siècle de Louis XV*, qui cite l'*Histoire civile de Bellando*, pag. 306 de la quatrième partie. Il est clair seulement par les *Mémoires de Noailles*, que *Daubenton* s'opposa à l'abdication du roi d'Espagne. M. l'abbé *Grosier*, dans une Lettre insérée dans l'*Année littéraire*, 1777 n° 18, nié, 1.º Que *Daubenton* ait révélé au régent aucun secret qui eût rapport à ce que *Philippe V* pouvoit lui avoir confié en confession; 2.º que ce Jésuite soit mort comme *Voltaire* le fait mourir d'après *Bellando*, historien inexact, dont l'ouvrage fut supprimé en Espagne. 3.º Il prétend que, loin que *Daubenton* fût un intrigant, un *moine ambitieux*, capable de s'opposer à l'abdication de *Philippe*, pour n'être point éloigné de la cour, il sollicitoit sa retraite depuis plusieurs années. Nous renvoyons le lecteur à cette lettre, qui mérite d'être lue, par la critique sage qui y règne. Nous ajouterons seulement que *Duclos* donne du caractère de *Daubenton* la même idée que *Voltaire*. Ce Jésuite avoit prêché avec quelque succès. On a de lui des *Oraisons funèbres* assez médiocres, et une *Vie de St. François Regis*, in-12.
II. DAUBENTON, (Jean-Louis-Marie) de l'académie des sciences, né à Montbar dans l'Auxois, en mai 1716, étudioit en médecine, lorsque *Buffon* son compatriote, le prit en 1735, pour son collaborateur. Il se chargea de la partie anatomique de son *Histoire naturelle*, et mit dans ce travail autant d'exactitude que de clarté et de sagacité. Le cabinet d'Histoire naturelle de Paris qu'il dirigea ensuite, n'avoit été jusqu'en 1750, que le simple droguier de *Geoffroi*. Il devint par l'augmentation et par l'arrangement méthodique de toutes les productions de la nature, l'une des plus précieuses curiosités de la capitale. Ce fut à *Daubenton* autant qu'à *Buffon*, qu'on en eut l'obligation. Reçu à l'académie des sciences, en 1744, il enrichit considérablement le recueil des *Mémoires* de cette compagnie, par une foule de découvertes anatomiques, d'expériences sur la naturalisation des espèces, l'amélioration des laines et le traitement des maladies des animaux. La minéralogie, la physique végétale lui durent aussi de nouvelles lumières. Le pre- 172 D A U mier, il publia une *Méthode* pour la classification des minéraux. Après dix ans de secousses révolutionnaires, qui n'interrompirent pas ses études, *Daubenton* fut nommé membre du Sénat Conservateur. Une apoplexie l'emporta bientôt après, le 31 décembre 1799, à l'âge de plus de quatre-vingts ans. Cet interprète de la nature mourut orné du laurier littéraire et de la palme civique. Sa douceur, sa bonté, son amour éclairé de la patrie, son attachement à tous ses devoirs et ses succès dans les matières qu'il a traitées, lui méritoient cette double couronne. Il a fourni à l'*Encyclopédie* la partie qui concerne l'histoire naturelle; et ce n'est pas la moins bien traitée de ce vaste recueil; il a travaillé aussi à la collection académique de *Berryot*, et au magasin encyclopédique. On lui doit encore : I. *Instruction* pour les bergers et les propriétaires des troupeaux, 1796. C'est la troisième édition. II. *Mémoire* sur les indigestions qui commencent à être plus fréquentes pour la plupart des hommes à l'âge de 40 à 45 ans. III. *Traité* des qualités des arbres et arbustes. IV. *Mémoire* sur le premier drap de laine superfine du cru de France, 1784, in-8.º « *Buffon*, dit *Cuvier*, n'écoutoit guères que son imagination; *Daubenton* étoit presque toujours en garde contre la sienne. Le premier étoit plein de vivacité; le second de patience. Le premier vouloit plutôt deviner la vérité que l'observer; le second remarquoit tous les détails, et se défoit toujours de lui-même. » — Pendant le régime de la terreur, *Daubenton* eut besoin d'un certificat de civisme. Il fut présenté à sa sec- section sous la qualification d'un *berger* qui donnoit tous ses soins à multiplier en France la race des moutons d'Espagne. *Daubenton* aimoit à lire de temps en temps quelques romans. Il appeloit cela *mettre son esprit à la diète*. D'AUCOUR, *Voyez* AUCOUR.
DAUCUS, donna naissance à *Laride* et à *Tymber*, tous deux capitaines fameux des Latins, et qui furent tués par *Pallas*, fils d'*Evandre*, qui commandoit les troupes d'*Enée*.
DAUDÉ, (Pierre) né à Marvejols, diocèse de Mende, mort le 11 mai 1754, âgé de 74 ans, est auteur de la traduction des *Réflexions* de *Gordon* sur *Tacite*, Amsterdam 1751, 3 vol. in-12; et de la *Vie* de *Michel de Cervantes*, 1740, in-12. D'AUDIQUIER, *Voy*. AUDIQUIER.
DAVEL, (Jean-Daniel-Abraham) fils d'un ministre de Culi, bourg situé sur le lac de Genève, porta les armes avec distinction en Piémont, en Hollande, en France, et dans sa patrie. On le connoissoit comme un homme sincère, désintéressé, charitable, pacifique, bon ami, bon parent, brave soldat, officier habile et expérimenté. Les magistrats de Berne le firent l'un des quatre majors établis dans le pays de Vaud, pour exercer de temps en temps les milices. Ils lui donnèrent une pension annuelle, et affranchirent ses terres. Au milieu de ces distinctions *Davel* se rappela une vision qu'il avoit eue à l'âge de dix-huit ans. S'appuyant sur cette rêverie, il entreprit de soustraire le pays de Vaud à la domination de Berne, pour en former un quatorzième canton. Comme il se préparoit à exécuter son dessein, il fut arrêté. On l'appliqua à la question, pour l'obliger à découvrir ses complices; mais il déclara qu'il n'en avoit aucun; qu'il avoit agi par l'ordre de Dieu, qui lui étoit apparu plusieurs fois; et que c'étoit pour cette raison qu'il avoit pris peu de monde, sans poudre ni plomb. Il montra une sérénité et une patience inconcevables dans les tourmens. Son courage ne se démentit point, lorsqu'il eut la tête tranchée, le 24 avril 1723, à 54 ans. I. DAVENANT, (Jean) de Londres, docteur et professeur de théologie à Cambridge, né en 1570, devint évêque de Salisbury. C'étoit un théologien sage, qui cherchoit, avec zèle, le moyen de réunir les Chrétiens sur leurs divers sentimens. Son livre intitulé : *Adhortatio ad communionem inter Evangelicas Ecclesias*, est un monument de sa modération. Il se distingua par son érudition, par sa modestie, et par sa grande pénétration. Ce savant estimable mourut à Cambridge en 1640, à 70 ans. Ses productions sont : I. *Prælectiones de judice controversiarum*, 1631, in-folio. II. *Commentaria in Epistolam ad Colossenses*. Ces divers ouvrages décèlent un homme qui connoissoit l'antiquité ecclésiastique et profane.
II. DAVENANT, (Guillaume) né à Oxford en 1606, d'un cabaretier, marqua dans sa jeunesse beaucoup de talent pour la poésie, et sur-tout pour le théâtre. Après la mort de Johnson en 1637, il fut déclaré Poète lauréat. *Charles I* y ajouta le titre de chevalier en 1643. *Davenant* fut toujours attaché à ce prince infortuné; quelque temps avant sa mort tragique, le poète passa en France, et se fit Catholique. Il revint en Angleterre, lorsque *Charles II* monta sur le trône de ses ancêtres, et mourut le 7 avril 1668, à 62 ans. Les plus beaux esprits de son temps, le comte de *Saint-Albans*, *Milton* et *Dryden* furent en liaison d'amitié et de littérature avec lui. Le chevalier *Davenant* travaillait avec ce dernier. Tous ses *Ouvrages* ont été publiés en 1673, in-fol. Ce recueil offre des *Tragédies*, des *Tragicomédies*, des *Mascarades*, des *Comédies*, et d'autres Pièces de poésie. C'est à lui que l'Angleterre dut un Opéra Italien.
III. DAVENANT, (Charles) fils de Jean, né en 1656, et mort à Londres en 1712, à 56 ans, s'est fait un nom célèbre en Angleterre par plusieurs *Ouvrages* de politique et de poésie. On cite, parmi les écrits de ce dernier genre, son opéra de *Circé*, qui fut reçu avec beaucoup d'applaudissement.
DAVENNE, ou plutôt DAVESNES, (François) surnommé le *Pacifique*, né à Fleurence dans le bas-Armagnac, fut un des principaux disciples de *Simon Morin*, fameux fanatique. Le disciple égala le maître. Il fut mis en prison l'an 1651, pour des *Libelles* contre le Roi, dictés par sa folie et son fanatisme. On le relâcha l'année suivante. On croit qu'il mourut avant son maître, en 1682. Tous ses écrits sont remplis de visions, d'enthousiasme et de singularités. Il y prédit l'arrivée du dernier jugement, la rénovation du monde : il l'an- 174 DAV nonce aux pontifes et aux rois, et il l'annonce en homme qui n'a plus de tête. Ses ouvrages les plus stupuliers sont : I. *Les huit Bénéficiaires de deux Cardinaux*, Richelieu et Mazarin, confrontées à celles de J. C. II. *La Phiole de l'ire de Dieu, versée sur le siège du Dragon et de la Bête, par l'Ange et le Verbe de l'Apocalypse*. III. *Factum de la Sapière éternelle au Parlement*. IV. Plusieurs autres Ouvrages, dans le même genre et le même genre de fanatisme. *Voyez* le tome 27$^{e}$ des *Mémoires* du P. Nicéron, qui a le courage de donner le catalogue de toutes les folles productions de *Davenne*.
DAVENPORT, (Christophe) né à Coventry dans le comté de Warwick en Angleterre, vers l'an 1598, passa à Douai en 1615, et de là à Ypres, où il prit l'habit de S. François : il reçut le nom de *François de Ste-Claire*, sous lequel il est connu dans son ordre. Après avoir professé avec beaucoup de réputation la philosophie et la théologie à Douai, il fut envoyé missionnaire en Angleterre. Obligé de se retirer sous le gouvernement tyrannique de *Cromwell*, il reparut lorsque *Charles II* eut été rétabli sur le trône. Ce prince le choisit pour son théologien : emploi qu'il étoit bien capable de remplir, par ses connaissances dans la philosophie, dans la théologie, dans les Pères, dans l'histoire ecclésiastique, etc. Ce savant Franciscain mourut à Londres, le 31 mai 1680, à 82 ans. Tous ses ouvrages, excepté son *Traité de la Prédestination*, et son *Système de la Foi*, ont été recueillis en 2 vol. in-folio à Douai, en 1665. L'auteur s'étoit acquis l'amitié des Protestans et des Catholiques, par ses mœurs, sa franchise et sa droiture ; il se la conserva par ses ouvrages, aussi savans que modérés. Il faut remarquer qu'il prenoit aussi quelquefois le nom de *François de Coventry*, du lieu de sa naissance, et non *François Coventrie*, comme dit l'éditeur de *Ladvocat*, qui a doublé mal-à-propos cet article. I. DAVESNE, (Beaudoin) frère d'un comte de *Haynaut*, vivoit en 1289. Il est auteur d'une *Chronique* des comtes de *Haynaut*, qui n'a été imprimée qu'en 1693, par les Soins de *Jacques le Roi*. — Son frère *Bouchard D'AVESNE*, évêque de Metz, brava la puissance de l'empereur *Rodolphe*, se mit à la tête d'une armée, défit le duc de *Lorraine*, et le força à demander la paix. Ce prélat guerrier mourut en 1296, et fut enterré dans la cathédrale de Metz, où on lui éleva un tombeau de marbre.
II. DAVESNE, (N. Bertin) né à Dinan, vint de bonne heure à Paris, où il fit le charme des meilleures sociétés, par son esprit. Il mourut hydropique en 1742, à l'âge de 30 ans. Il a donné au théâtre Italien le *Frère ingrat*, comédie en trois actes, et *Arlequin apprenti Philosophe*. On reprocha à cette dernière pièce plusieurs traits de ressemblance avec d'autres. I. DAVID, fils d'*Isai* ou *Jessé*, de la tribu de *Juda*, né à Bethléem l'an 1085 avant J. C., fut sacré roi d'Israël par *Samuel*, pendant qu'il gardoit les troupeaux de son père. Dieu l'avoit choisi pour le substituer à *Sail*. *David* n'avoit alors que vingt- D A V . 175 deux ans ; mais il étoit déjà connu par des actions qui marquoient du courage. Sa valeur augmenta avec ses années. S'étant offert à combattre le géant *Goliath*, il le tua d'un coup de pierre, et en porta la tête à *Saül*. Dès ce jour-là même, *Saül* voulut avoir auprès de lui ce jeune héros ; et pour se l'attacher, il lui donna le commandement d'une troupe de gens de guerre. Mais les applaudissemens que *David* recevoit sur son passage, changèrent bientôt le cœur de *Saül*. Il se laissa aller à un mouvement de jalousie contre lui, sur ce que les femmes sortoient de toutes les villes sur leur route, en chantant et en dansant au son des instrumens, et que le refrein de leurs chansons étoit : *Saül en a tué mille*, et *David dix mille*. Ces paroles proférées sans dessein, mais indiscrètement, déplurent à *Saül*, et lui inspirèrent contre *David* une haine mortelle. Il chercha dès-lors tous les moyens d'ôter la vie à celui qui venoit de le sauver, lui et son peuple. Un jour qu'il étoit saisi de l'esprit malin, et que *David* jouoit devant lui, il l'eût percé d'un trait, s'il n'eût évité le coup en se détournant. Il tâcha ensuite de le faire mourir par la main des Philistins, en le mettant souvent aux prises avec eux. Il lui avoit promis *Mérob*, sa fille aînée, en mariage ; il la donna à un autre, et lui offrit *Michol*, sa cadette, *Voyez* ce mot, qu'il lui fit encore acheter au prix de cent prépuces des Philistins. La haine de *Saül* contre son gendre augmentant de jour en jour, *David*, obligé de s'enfuir, se retira à la cour d'*Achis*, roi de *Geth*, qui lui donna la ville de *Siceleg*, pour lui et pour ses gens. La guerre s'étant allu- mée entre les Juifs et les Philistins, *David* devoit combattre avec ces derniers contre les Juifs ; mais avant que d'en venir aux mains, il se retira à *Siceleg*. Cette ville avoit été détruite et brûlée par les Amalécites, qui avoient emmené ses femmes et celles de toute la troupe. Il tomba sur ces barbares, et leur enleva leur butin. *Saül* le poursuivoit toujours, malgré des actes de générosité qui auroient dû toucher son cœur. Lorsqu'ils étoient dans le désert, *David* auroit pu le tuer deux fois, l'une dans une caverne et l'autre dans sa tente ; mais il se contenta de lui faire connoître que sa vie avoit été entre ses mains. *Voyez* *SAÜL*. Une mort funeste vint terminer la vie de ce prince vindicatif et perfide. Sa couronne passa à *David*, qui pleura non-seulement celui auquel il succédoit, mais qui le vengea, et punit de mort ceux qui se vantoient de l'avoir tué. Il fut sacré de nouveau, roi à *Hébron*, l'an 1054 avant J. C. C'étoit pour la seconde fois qu'il recevoit l'onction royale. *Abner*, général des armées de *Saül*, fit reconnoître pour roi *Isboseth* son fils ; mais ce général ayant été tué, tout Israël proclama *David*. Ce prince s'étant rendu maître de la citadelle de *Syon*, y établit le lieu de sa demeure, et y fit bâtir un palais, d'où lui vint le nom de *Cité de David*. Jérusalem devint ainsi la capitale de son empire. Il y fit transporter l'arche, et forma dès-lors le dessein de bâtir un temple au Dieu qui lui avoit donné la couronne. Sa réputation s'étoit étendue au loin. Il avoit vaincu les Philistins, subjugué les *Moabites*, mis la Syrie sous sa puissance, battu les Ammonites : mais ces actions furent obscurcies par son adultère avec *Bethsabde*, suivi de la mort d'*Urie*, mari de cette femme. Il passa un an, presque entier, sans qu'il conçoit des remords de son crime. Le prophète *Nathan* le fit rentrer en lui-même par une parabole ingénieuse. Les maux que ce prophète lui avoit prédits, commencèrent à se faire sentir, et dans sa propre maison même. Un de ses fils viole sa sœur; le frère ensuite assassine le frère; *David* se voit contraint de fuir devant *Absalon* son fils, qui veut arracher la couronne et la vie à son propre père. Tout Israël suit le rebelle et abandonne son roi. Cette révolte ne finit que par la mort d'*Absalon*. Une nouvelle faute attira sur son royaume un fléau, qui fit périr en trois jours soixante et dix mille hommes. *David*, dominé par un mouvement de vanité, avoit fait faire le dénombrement de son peuple. Il appaisa le Ciel irrité contre lui, en sacrifiant dans l'aire d'*Arcina*, qu'il avoit achetée pour y bâtir un temple au Seigneur. Ayant déclaré *Salomon* son successeur, malgré les brigues d'*Adonias*, son fils aîné, il fit sacrer et couronner ce prince, et mourut bientôt après, l'an 1015 avant J. C., dans la 70$^{e}$ année de son âge, et la 40$^{e}$ de son règne. Il laissa un royaume tranquille au dedans et au dehors.—C'est une question fort agitée par les savans, si *David* est l'auteur de tous les 150 *Pseaumes*, ou s'ils ont été composés par plusieurs. Quelques-uns prétendent que chaque Pseaume en particulier a été composé par celui dont il porte le nom; qu'ainsi *David* en a composé 70, et que les autres sont de *Moïse*, de *Samuel*, de *Salomon*, des enfans de *Coré*, d'*Ethan*, d'*Idithun*, etc. Mais l'opinion la plus suivie, soit parmi les Juifs, soit parmi les Chrétiens, est que *David* est l'auteur de tout le recueil des Pseaumes, et que ceux dont le nom est dans le titre, sont les Chantres, à qui le roi prophète avoit donné ordre de mettre ces Pseaumes en musique. *Voy. ASAPH.* Plusieurs sont relatifs aux différens états où il s'est trouvé. Toujours envié, haï, persécuté par *Saïl*, il avoit été contraint de vivre en fugitif, de s'exiler de sa patrie, d'errer de ville en ville et de désert en désert. Ses sentimens, dans ces différentes situations, sont exprimés avec force et quelquefois avec onction. A côté de la menace et des châtimens, marchent toujours l'espérance, les consolations et les faveurs. L'enthousiasme poétique et le génie Oriental n'ont pas toujours permis à l'auteur des Pseaumes le choix des images, l'ordre et la liaison des idées, la netteté du style. Mais les ames pieuses qui savent les méditer y trouvent tout ce qu'il faut pour vivre en paix avec elles-mêmes, avec les hommes et avec Dieu. La morale, renfermée dans ces divins cantiques, est qu'il faut être toujours vrai dans ses paroles, n'user jamais de fraudes, rendre à chacun ce qui lui appartient, exercer la justice sans avoir égard à la condition des personnes, protéger la veuve et l'orphelin, s'acquitter des vœux que l'on a faits, ne point donner d'argent à usure, ne calomnier personne, ne faire jamais de mal à qui que ce soit, pas même à son ennemi. Une seule chose pourroit faire penser que la morale des Pseaumes est éloignée de la douceur et de la charité chrétienne: ce sont les imprécations que l'on y fait contre les pécheurs et les ennemis des justes. On y souhaite qu'ils soient confondus, confondus, qu'ils périssent, qu'ils tombent dans les pièges qu'ils ont tendus, que leurs demeures deviennent désertes, que la mort les poursuive, qu'ils descendent tout vivans dans les enfers. Mais les imprécations, dit du Pin, ne tombent que sur des impies, des scélérats, des ennemis de la paix, des persécuteurs des justes, des méchans qui tendent continuellement des pièges au bien et à la vie des gens de bien. « Il est de l'intérêt public, dit l'auteur cité, que ces sortes de personnes soient punies, et qu'elles périssent plutôt, si elles sont incorrigibles, que de faire périr les autres. La réflexion qu'il faut faire, est que les auteurs des Pseaumes ne souhaitent pas la perte par un esprit de vengeance, pour leur propre satisfaction; mais afin que la justice de Dieu éclate, qu'il fasse connaître qu'il protège les innocents, et qu'il punit sévèrement les pécheurs. » Les savans ne sont pas d'accord sur l'authenticité des titres des pseaumes; quelques-uns les regardent comme inspirés, et faisant partie des saints cantiques, dont ils sont la clef; et quelques autres les rejettent absolument comme tréspeu importans pour l'intelligence du texte, et ajoutés au hasard. Entre ces deux sentimens, il y a un milieu sûr à tenir, qui est de se servir des lumières qu'on peut tirer de quelques-uns de ces titres, pour découvrir l'occasion qui a fait composer le pseaume, et pour déterminer la matière qui y est renfermée, sans les regarder comme des garans sûrs et infaillibles. Le livre des Pseaumes est regardé avec justice comme le précis de l'Écriture-Sainte. Il contient, dit St. Augustin, tout ce que l'on trouve dans les autres livres sacrés : Psalmorum liber quæcumque utilia sunt ex omnibus continet. Les nations infidelles sont, comme nous, frappées de la beauté de divers Pseaumes; elles en ont des versions dans leurs langues. Spon parle dans ses Voyages, d'une Traduction de plusieurs Pseaumes en vers Turcs, composée par un renégat Polonois, nommé Halybeg. Les versions et les commentaires qui en ont été publiés dans les autres langues, seront indiqués dans les divers articles de ce Dictionnaire.
II. DAVID Ier, roi d'Écosse, fit, pendant 21 ans qu'il occupe le trône, le bonheur de ses sujets. Il rendit lui-même la justice dans des causes importantes; il punit les juges prévaricateurs; il dote le clergé de ses états, et mourut le 11 mai 1153. On a uni son nom à ceux des saints honorés particulièrement en Écosse. Son petit-fils Macolm IV lui succéda.
III. DAVID II, roi d'Écosse, fils de Robert Brus, fut couronné en 1329. Il étoit enfant. Il régna d'abord sous la tutelle du comte de Marrai, Édouard Bailleul, fils de Jean Bailleul, qui avoit pris le titre de roi d'Écosse, voulant faire valoir les droits de son père sur ce royaume, y entra avec une nombreuse armée, remporta plusieurs victoires, et força David de se retirer en France. Les Écossois, honteux de sa fuite, le rappelèrent, le remirent sur le trône, et l'obligèrent de déclarer la guerre aux Anglois, qui avoient soutenu Édouard. Mais cette seconde guerre ne fut pas plus heureuse que la première : David fait prisonnier par les troupes d'Angleterre, en 1346, n'obtint sa 178 DAV liberté qu'à force d'argent, et après une captivité de 10 années. Ce prince infortuné mourut en 1371, à 47 ans. C'étoit un roi juste et humain, qui manqua plutôt de fortune que de prudence. Il ne laissa point de postérité de Jeanne, fille d'Edouard II, roi d'Angleterre.
IV. DAVID ou le PRÊTE-JEAN, roi d'Éthiopie, fils de Nahu, succéda à son père en 1507. Il remporta de grandes victoires sur ses ennemis, et envoya des ambassadeurs à Emmanuel, roi de Portugal, et au pape Clément VII. Son règne fut d'environ 36 ans. Les titres qu'il prenoit tenoient beaucoup de l'emphase orientale. Les voici: DAVID aimé de Dieu, colonne de la foi, du sang et de la lignée de Juda; fils de David, fils de Salomon, fils de la colonne de Sion, fils de la semence de Jacob, fils de la main de Marie, fils de Nahu, par la chair; Empereur de la grande et haute Éthiopie, et de tous les royaumes et états, etc. etc. V. DAVID, de la famille impériale des Comnène, dernier empereur de Trébisonde, ayant succédé à Jean son frère, fit alliance avec Usum-Cassan, roi de Perse. Mahomet II, après la prise de Constantinople en 1453, tourna ses armes contre David, et le détrona. Ce malheureux prince fut conduit à Constantinople. On dit que Mahomet II, qui s'étoit engagé par la capitulation à lui conserver un apanage considérable, se dispensa de tenir sa parole, en lui proposant d'embrasser le Mahométisme, sous peine d'être massacré avec ses fils. David aima mieux mourir que de renoncer à sa re- logion. On ajoute que Mahomet; pour augmenter les horreurs de sa mort, le rendit témoin de la circoncision de l'un de ses fils, qui se sauva en Perse et ensuite à Mania dans la Laconie. Ce prince fugitif s'appeloit NICÉPHORE. Les Maniotes, peuple qui est un reste des anciens Spartiates, le déclarèrent Protogeros, c'est-à-dire premier sénateur: dignité qui demeura héréditaire dans sa famille, et qui fut transmise à sa postérité. L'un de ses descendants, Démétrius Comnène, étoit dernièrement capitaine de cavalerie en France. Voyez le précis historique de la Maison impériale des Comnène; Amsterdam (Paris), 1784, iii-12.
VI. DAVID, duc de Rothsai, fils de Robert III roi d'Écosse, devoit succéder à son père, lorsque son cruel oncle, le duc d'Albanie, le fit enfermer et assassiner dans le vieux château de Falkland. La vie de ce jeune prince fut prolongée pendant quelque temps par la charité de deux femmes, dont l'une lui passait à travers les grilles de sa prison des gâteaux d'avoine, l'autre le nourrissait avec du lait qu'elle lui versoit par le moyen d'un tuyau. Mais elles furent toutes les deux découvertes et mises à mort par ordre du tyran.
VII. DAVID-EL-DAVID, faux Messie des Juifs, vers l'an 933, persuada à sa nation qu'il alloit la rétablir dans Jérusalem, et la délivrer du joug des infidelles. Il leva l'étendard de la révolte contre le roi de Perse, qui s'étant saisi de lui, exigea qu'il donnât une marque de son pou- moin David répondit qu'il s'offroit à avoir la tête coupée, et qu'après le supplice il revivroit aussitôt; mais ce fourbe ne fit cette demande, que pour éviter de plus grands tourmens. On le mit en prison; il s'échappa. Il fallut, pour se délivrer de ce fourbe, que son beau-père, gagné par de grandes sommes d'argent, le poignardât pendant la nuit. Les Juifs, en haine de leur imposteur, furent accablés en Perse de toutes sortes de taxes et d'impôts, et réduits à la dernière misère.
VIII. DAVID, le plus grand philosophe de l'Arménie, florissoit vers le milieu du cinquième siècle. Il puisa à Athènes les connoissances de la langue et de la philosophie des Grecs. Il traduisit ceux de leurs livres qu'il jugea les plus utiles. Loin de suivre avec superstition Platon ou Aristote, comme nos docteurs Européens des siècles d'ignorance, il choisit dans l'un et dans l'autre ce qui lui parut le plus vrai et le plus judicieux, en réfutant en même temps leurs erreurs. On conservoit ses Écrits dans la bibliothèque du roi. Ils sont méthodiques autant que solides. Son style est coulant, exact et précis.
IX. DAVID GANZ, historien Juif du XVIe siècle, dont on a une Chronique en hébreu, intitulée: Tsemath David, qui est rare; Prague, 1592, in-4. Vorstius en a traduit une partie en latin, avec des notes; Leyde, 1644, in-4. X. DAVID DE POIS, médecin Juif du 16e siècle, se disoit d'une ancienne famille de la tribu de Juda. On a de lui: L Un traité De Senum affectibus, Ve- mise, 1588, in-8. II. Dictionnaire de la Langue Hébraïque et Rabbinique, en hébreu et en italien, publié à Venise en 1587, in-fol., fort utile à ceux qui veulent lire les rabbins, et plein de savantes remarques sur la littérature des Juifs.
XI. DAVID DE D'ANAT, hérétique, vers le commencement du XIIIe siècle, étoit disciple d'Amanri, et enseignoit que Dieu étoit la matière première. Son système étoit assez semblable à celui de Spinoza. Il a été réfuté par St. Thomas et par d'autres théologiens.
XII. DAVID, (Georges) hérétique, natif de Gand, fils d'un bateleur, s'imagina, vers l'an 1523, qu'il étoit le vrai Messie, le 3e David, né de Dieu non par la chair, mais par l'esprit. Le Ciel, à ce qu'il disoit, étant vide, il avoit été envoyé pour adopter des enfans dignes de ce royaume éternel, et pour réparer Israël, non par la mort comme Jésus-Christ, mais par la grace. Avec les Saddacéens, il rejetoit la vie éternelle, la résurrection des morts, et le dernier jugement; avec les Adamites, il réprouvoit le mariage, et approuvoit la communauté des femmes; et avec les Manichéens, il croyoit que le corps seul pouvoit être souillé, et que l'ame ne l'étoit jamais. La guerre que les Catholiques firent aux sectateurs de ce visionnaire, l'obligea de passer à Bâle, où il mourut en 1556. Pour couronner ses rêveries, il promit en mourant, à ses disciples, qu'il ressusciteroit 3 jours après. Le sénat de Bâle fit déterrer son cadavre le 3e jour, et le fit brûler avec ses écrits, tristes monumens du plus absurde fanatisme.
XIII. DAVID, (Jean-Pierre) chirurgien en chef de l'Hotel-Dieu de Rouen, et membre de l'académie de cette ville, est mort le 19 août 1784. Les ouvrages qu'il a produits sur l'exercice de son art sont savans et utiles. Ils ont pour titre : I. *Recherches* sur la manière d'agir de la saignée, 1763 in-12. II. *Dissertation* sur ce qu'il convient de faire pour diminuer ou supprimer le lait des femmes, 1763 in-12. III. *Observations* sur la nature, les causes et les effets des épidémies varioliques, Paris, 1764, in-12. IV. *Dissertatio de sectione cæsare*, 1766, in-4. V. *Dissertation* sur le mécanisme et les usages de la respiration, 1766, in-12. VI. *Dissertation* sur la cause de la pesanteur, Amsterdam, 1767, in-8. VII. *Traité* de la nutrition et de l'accroissement, Rouen, 1771, in-8. VIII. *Dissertation* sur les effets du mouvement et du repos dans les maladies chirurgicales, Rouen, 1779, in-12. IX. *Observations* sur la nécrose, 1782, in-8.
XIV. DAVID, (Nicolas-Joseph) mort à Paris le 5 août 1784, remplit avec distinction la place de professeur au collège de Montaigu. Il a réfuté dans un volume in-12, publié en 1730, l'opinion d'un philosophe Car-tésien sur la présence réelle dans l'Éucharistie.
DAVIDIS, (François) Soci-nien Hongrois, sur-intendant des églises réformées de Transylvanie, mourut enfermé dans le château de Dève, l'an 1579. C'est un des héros des Unitaires. Il avoit été Luthérien, Sacré-menteire, Arien, Trithéiste, Samosatien, etc. Il reste de lui quelques ouvrages dans la *Bibliotheca Fratrum Polonorum*, remplis de blasphèmes et de contradictions, mais assez bien écrits. I. DAVIES, (Jean) poète Anglois né en 1570, parvint par ses talens à la place de *Lord chief justice* (premier juge) du banc du roi ; mais il mourut subitement en 1626, avant d'en avoir pris possession. Il passoit pour être plus versé dans les lettres que dans la jurisprudence. La liste de ses ouvrages, donnée par *Wood* dans ses *Athenae oxon*, est très-nombreuse. Son poème, intitulé *Nosce te ipsum*, est le premier poème philosophique qui ait paru en Angleterre : le style en est pur et soigné. Il est sur-tout heureux dans ses comparaisons.
II. DAVIES, (Jean) cha-noine d'Ély, né à Londres en 1679, mort en 1731, a donné de savantes éditions de César, de *Maxime de Tyr*, de *Minutias Félix*, des ouvrages philosophiques de Cicéron. Celle-ci est en six vol. in-8°, 1709 à 1728. I. DAVILA, (Henri-Cathe-rine) d'une famille illustre du royaume de Chypre, naquit à Succo dans le Padouan, en 1576. *Antoine Davila* son père, con-nétable de Chypre, fut obligé de quitter cette isle pour se dérober à la tyrannie des Turcs, qui s'étoient rendus maîtres de son pays en 1570 et 1571. Son fils alla chercher des secours à Avila en Espagne, où il avoit des parens. Comme il n'en put tirer aucun soulagement, il vint en France, et se fit connoître avantageusement à la cour de Henri III et de Henri IV. Il se signala sous ce dernier prince, devant Honfleur en Normandie, et devant Amiens où il fut blessé. Depuis, il se retira à Venise, et reçut du sénat de quoi subsister en homme de sa condition. Il fut tué d'un coup de pistolet dans un voyage qu'il faisoit par ordre de la république; c'étoit vers l'an 1631. Il étoit âgé d'environ 55 ans. Davila avoit avec lui un fils, âgé de 18 ans, qui se jeta sur le meurtrier et le mit en pièces. Il laissa quatre garçons et cinq filles. Ce fut à Venise qu'il travailla à son Histoire des Guerres Civiles de France, en xv livres, depuis la mort de Henri II, en 1559, jusqu'à la paix de Vervins, en 1598. Cet historien sait attacher ses lecteurs, par la manière dont il rend les détails, et par l'heureux enchaînement de ses récits. Il peint supérieurement un assaut, une bataille, une émeute populaire. Ses descriptions topographiques, telles que le plan intérieur et extérieur d'une ville, l'aspect général du pays, le tableau particulier de chacune de ses parties, sont chez lui d'une vérité frappante. Il rend nettement une négociation; il saisit la finesse du dialogue, l'a-propos des réponses, les ruses des interlocuteurs, et présente adroitement les gestes, les coups d'œil et tous ces mouvemens involontaires qui trahissent quelquefois les négociateurs les plus habiles. Il cherche sur-tout à pénétrer dans l'esprit des princes; et ne le devine pas toujours. Il auroit reçu plus d'éloges, s'il en avoit moins donné à son héroïne Catherine de Médicis, bienfaitrice de sa famille; (c'est en l'honneur de cette princesse et de Henri III, qu'il avoit été nommé Henri-Catherine, ou Catherin;) et s'il avoit retranché de son Histoire quelques harangues, que ce siècle philosophe place au nombre des mensonges oratoires. On lui reproche aussi quelques erreurs dans l'orthographe des noms propres des villes et des hommes. Le président de Thou et lui ont travaillé quelquefois sur des relations partiales, comme sont presque toujours celles que la curiosité, la malignité ou l'amour de la nouveauté font courir avant qu'on ait approfondi les événements. Chacun d'eux a adopté celles qui étoient le plus selon son goût. On peut donc se défier de Davila, quand il cite des faits favorables à la cour; et du président de Thou, quand il parle contre elle. L'Histoire de Davila, écrite en italien, fut imprimée au Louvre l'an 1644, en 2 vol. in-fol.; à Venise, 1733, 2 vol. in-fol.; et Londres, 1755, 2 vol. in-4.º Baudouin et l'abbé Mallet l'ont mise en françois: la traduction du dernier, qui n'a pas entièrement éclipsé l'autre, a paru depuis sa mort. Pierre-François Cornazano a publié, en 1743, à Rome, une traduction latine du même ouvrage, en 3 vol. in-4.º
IL DAVILA, (Pierre-François) directeur du cabinet d'histoire naturelle à Madrid, et membre de l'académie de Berlin, mort au commencement de 1785, cultiva, avec succès, la conchyliologie et la minéralogie. Il entretenoit une correspondance suivie avec les savans de l'Europe, qui faisoient cas de ses lumières, et émoient son caractère officieux. Le catalogue de son cabinet, publié en 3 vols., est estimé des naturalistes.
III. DAVILA, Voyez AVILA.
DAVILER, Voy. AVILER (d).
DAVIS, (Jean) navigateur Anglois, parcourut, en 1585, l'Amérique septentrionale, pour trouver un passage de la aux Indes orientales; mais, pour tout succès de trois voyages qu'il y ait, il découvrit un détroit, auquel il donna son nom, et il périt dans une expédition aux Indes en 1604, Voyez MINUTICS FÉLIX.
DAVIRON, Voy. AVIRON.
DAVITY, (Pierre) gentilhomme du Vivarais, né à Tournon en 1573, s'est fait connoître par un ouvrage qui parut d'abord sous le titre d'Etat et Empire du Monde, en 1 vol. in-folio: livre fort au-dessous du médiocre. Ranchin et Bocoles augmentèrent cette compilation de 5 vols., et ne la rendirent que plus mauvaise. Davity mourut à Paris, en 1635, à 63 ans.
DAULIS, (Mythol.) nymphé qui habitait, dit-on, les environs de Daulie, ville à laquelle elle donna son nom.
DAULLE, (Jean) célèbre graveur, né à Abbeville en 1797, mort à Paris en 1763, à gravé d'après le Corrège, Boucher, et a laissé divers portraits d'hommes célèbres. Il excelloit dans cette partie. On distingue le portrait de la comtesse de Feuquière, fille de Mignard, celui de Maupertuis, ceux des fils de Rubens, la Magdelaine au désert, l'Amour d'après Vandick.
DAUMAT; Voyez DÔMIS (Jean).
DAUMIUS, (Christian) natif de Misnie, recteur du collège de Zwickau, mourut en 1687, à 75 ans, avec la réputation d'un des plus grands littérateurs de son siècle. Il savoit les langues mortes et vivantes. On lui doit des Editions de beaucoup d'ouvrages de l'antiquité, et plusieurs autres écrits: témoignage de son ardeur pour le travail, encore plus que de la supériorité de ses talens. Les plus estimés sont: I, Tractatus de causis amissarum quarumdam Linguae Latinae radicum, 1642; in-8° II. Indagator et restitutor Graecae Linguae radicum, in-8° III. Epistolae; Iene, 1670, in-4°; Dresde, 1673, in-8° IV. Des Poésies, etc.
DAUN, (Léopold, comte de) — prince de Tiano, chevalier de la Toison d'or, grand croix de l'ordre de Marie-Thérèse, feld-maréchal, ministre d'état, président du conseil, aulique de guerre, naquit en 1705; d'une famille ancienne et illustrée. Il fut colonel d'un régiment d'infanterie en 1740, et se distingua dans la guerre que Marie-Thérèse eut à soutenir pour conserver les états que Charles VI lui avoit laissés. La guerre suivante lui procura une réputation plus brillante encore. Le prince Charles de Lorraine étoit assiégé dans Prague; Daun, à la tête d'une armée rassemblée à la hâte, prend la résolution de faire lever le siège, combat le roi de Prusse à Chotzemitz, le 18 juin 1757, et remporte une victoire complète. C'est à cette occasion que l'impératrice — reine établit l'ordre militaire qui porte son nom. La bataille de Hochkirchen, en 1758, ajoute de nouveaux lauriers à ceux du libérateur de Prague. En 1760, il fit lever, au roi de Prusse, le siège de Dresde, par une suite de mesures profondément méditées, qui avoient déjà délivré Olmutz en 1758. Il attaqua, en 1759, les Prussiens à Pirna, enleva toute l'armée commandée par le général *Finck*, et la fit prisonnière de guerre. Il n'eut pas le même bonheur à Siplitz, près de Torgau, en 1760, où l'ennemi, déjà vaincu, reprit, après qu'une blessure dangereuse eut fait retirer le maréchal, une supériorité qui décida la victoire en sa faveur. La paix de Habsbourg vint mettre en 1763 fin à ses succès. Il mourut à Vienne le 5 février 1766, à 61 ans, avec la réputation d'un général expérimenté, brave, circonspect, prévoyant, examinant toutes les démarches de son ennemi avant de se décider à un combat; humain et compatissant, alliant les vertus chrétiennes avec les vertus militaires. Les occasions où la prudence étoit plus nécessaire que l'activité, lui ont été particulièrement favorables. Son coup d'œil étoit sûr; mais, quand le besoin du moment ne lui permettoit pas la maturité de la réflexion, il avoit de la peine à prendre un parti vigoureux. Aussi ses victoires furent souvent sans effet, et les vaincus, par des manœuvres hardies et rapides, réparèrent quelquefois leur défaite avant que la renommée l'eût publiée.
DAUNUS, fils de *Pilumnus* et de *Danaë*, se transporta de la Dalmatie dans la Pouille. Il eut un fils nommé comme lui, qui, ayant épousé *Vénilie*, dévint le père de *Turnus*, rival de gloire d'*Enée*.
DAVOT, (Gabriel) né à Auxone en 1677, professeur en droit dans l'université de Dijon, mort en 1743, laissa un monument de son savoir. C'est son *Institution au Droit François*, publiée en 1751, 6 vol. in-12, par *Bannelier* son confrère. Les matières y sont traitées suivant la jurisprudence du parlement de Dijon.
DAUPHIN-BERAUD, (appelé le *Sire de Combronde*) étoit fils de *Jean de l'Espinasse*, chevalier, sire dudit lieu, et de *Blanche - Dauphine*, dame de Saint - lipise et de Combronde. A la mort de sa mère, il quitta le nom de *l'Espinasse*, et prit le nom de *Dauphin*, pour posséder les biens de cette maison. Dans sa jeunesse, il servit en Guienne, sous le comte de *Foix*, avec ses francs-archers, et les volontaires de Saint - lipise et de Combronde, qu'il y conduisit par ordre de son père. En 1470, il accompagna *Guillaume Cousinot*, le comte *Dauphin d'Auvergne* son parent, et le comte de *Comminges*, dans la guerre de Bourgogne. *Louis XI* lui donna sa confiance en Auvergne: il le fit chambellan, et général de l'armée qu'il envoyait, en 1475, contre le comte de *Roussi*, maréchal de Bourgogne. Il avoit, sous ses ordres, le ban d'Auvergne, celui des terres du duc de *Bourbon*, celui de Beaujolais, et les francs-archers et volontaires de *Geoffroi de Chabanus*. Il se conduisit avec toute la prudence d'un grand général. 184 DAU et battit l'armée du maréchal de Bourgogne, le 21 juin, à Mont-Reuil, près la rivière d'Yonne en Nivernois. Le comte de Roussi fut prisonnier de Dauphin; ses héritiers plaidèrent pour se faire payer de la rançon du maréchal, qui lui appartenait; et le 24 février 1499, il y eut arrêt du parlement en leur faveur. Les deux maisons se réunirent, par l'alliance d'Antoinette d'Amboise sa petite-fille, avec Louis, prince de Luxembourg, comte de Roussi. Dauphin-Beraud épousa, en premières noces, Antoinette de Chazeron; et, en secondes, Antoinette de Polignac. De la 2re, il eut Louise, femme de Jacques de Miolans, gouverneur du Dauphiné; de la 2e, il eut Françoise, femme de Guy d'Amboise, sire de Ravel. Il mourut en 1490, bailli du Velay.
DAUPHIN, (Pierre) Voyez DELPHINUS.
DAUSQUAI, (Claude) Dausqueius, né à Saint-Omer, Jésuite, puis chanoine de Tournai, mourut le 17 janvier 1644. Ce savant connoissoit fort bien le latin et le grec; mais il écrivoit assez mal. Son style est affecté, obscur, et rempli de vieilles phrases. On a de lui divers ouvrages; les plus rares sont: I. Traité de l'Orthographe Latine, Tournai, 1632, 2 vol. in-fol. Il y en a des exemplaires qui ont des titres de Paris, 1677. II. Terra et Aqua, seu Terra fluctuantes, Tournai, 1633, in-4°, etc. De petites isles flottantes près de Saint-Omer lui fournirent l'occasion d'écrire avec une très-grande érudition, toutes les singularités observées au sein des mers. III. Il a traduit en latin les Harangues de St. Basile de Séleucie, et y a ajouté des notes, 1604, in-8°. IV. On lui doit encore un commentaire sur Quintus Calaber, 1614, in-8°. Il combattit l'opinion de quelques cardeliers qui soutenaient que St. Joseph et St. Paul avoient été sanctifiés dès le ventre de leur mère.
DAUTHEVILLE DES AMOURETTES, (Charles-Louis) lieutenant-colonel des grenadiers royaux, né à Paris en 1716, mort vers 1762, est auteur d'un Essai sur la Cavalerie, 1756, in-4°, et de quelques autres écrits sur l'art militaire. D'AUTREAU, D'AUVIGNY. Voyez AUTREAU et AUVIGNY.
DAZÈS, (l'Abbé) de Bordeaux, mort à Naples en 1766, prit parti dans l'affaire des Jésuites, en faveur desquels il publia divers écrits. I. Le Compte rendu des Comptes rendus. II. Il est temps de parler. Comme cet écrit parut dans le temps que les Jésuites étoient chassés d'Espagne, un homme qui faisoit le plaisant à contre-temps (puisqu'on ne doit jamais rire des malheureux), dit qu'on auroit dû l'intituler: Il est temps de partir. III. Le Cosmopolite... Ces ouvrages pourroient être plus modérés.
DEAGEANT DE SAINT-MARCELLIN, (Guichard) fut d'abord clerc de Barbin, que le maréchal d'Ancre avoit fait contrôleur-général des finances. Arnauld d'Andilli le fit ensuite connoître au duc de Luynes. Déageant s'acquit la faveur de ce duc en le servant utilement contre le D É B 189 maréchal d'Anere, son bienfaiteur. On le chargea de plusieurs commissions et négociations importantes, dont il s'acquitta avec succès. Devenu veuf, Louis XIII voulut lui donner l'Évêché d'Évreux; mais Déageant préféra un second mariage, et les intrigues de la politique, aux dignités et à l'état ecclésiastique. Il fit néanmoins paroître beaucoup de zèle contre les Calvinistes: ce qui fit dire au cardinal de Richelieu, que s'il avoit terrassé l'hérésie, Déageant pouvoit se vanter de lui avoir donné la premier coup de pied.—Déageant essuya les caprices de la fortune, après en avoir éprouvé les faveurs. Il fut disgracié, et eut ordre de se retirer en Dauphiné, où il mourut l'an 1639, dans un âge assez avancé, premier président de la chambre des Comptes. On a de lui des Mémoires envoyés au Cardinal de Richelieu, contenant plusieurs choses particulières et remarquables arrivées depuis les dernières années du roi Henri IV, jusqu'au commencement du ministère de M. le Cardinal de Richelieu; c'est-à-dire jusqu'en 1624. Ces mémoires furent imprimés à Grenoble en 1668, in-12, par les soins de son petit-fils: on les trouve aussi dans les Mémoires particuliers pour l'Histoire de France, 1756, 3 vol. in-12. Ils manquent quelquefois de fidélité dans les faits, et presque toujours d'élégance dans le style; mais il y a des choses curieuses.
DESÉZIEUX, (Balthasar) né à Aix en 1655, d'un avocat, fut consul et procureur du pays en 1692. Il étoit né pour des emplois plus considérables et plus difficiles à remplir. L'étude du droit à laquelle il s'étoit appliqué toute sa vie, avoit déjà fait de lui un grand jurisconsulte. Il mit à profit ses lumières dans l'office de président de la chambre des enquêtes du parlement d'Aix, dont il fut revêtu en 1693. Il ne porta jamais aucune opinion, qu'il ne la soutint par les principes de la loi, qu'il possédoit parfaitement. Il rédigeoit dans son cabinet les questions qu'il avoit jugées au palais, et en a composé 4 gros vol. in-folio, tous écrits de sa main. Il a eu soin de joindre aux arrêts rendus sur ces questions, les motifs qui l'avoient déterminé dans sa décision. Cet ouvrage a été imprimé à Paris, 1750, en 1 vol. in-folio, comme une continuation de Boniface, arrêtiste du parlement d'Aix, avec lequel il a une liaison naturelle. Cet habile magistrat mourut en 1722, à 67 ans, également regretté des gens de bien et de ses confrères.
DÉBONNAIRE, (Louis) né à Troyes, entra dans la congrégation de l'Oratoire, dont il sortit dans la suite. Il étoit prêtre, et mourut en 1752, à Paris, dans le jardin du Luxembourg, de mort subite, dans un âge avancé, qui avoit, dit-on, affoibli son esprit. On a lui; I. Une Imitation, avec des réflexions, in-12. II. Leçons de la Sagesse, 3 vol. in-12, bon livre; mais la sagesse y parle avec peu d'onction, quelquefois avec peu de clarté. III. L'Esprit des Lois quintessencié, 2 vol.; mauvaise critique, moitié sérieuse, moitié bouffonne, où la matière est traitée trop superficiellement, et l'auteur de 186 DEB l'Esprit des Lois trop lestement. IV. La Religion Chrétienne méditée, avec le P. Jard, 6 vol. V. La Règle des devoirs, 4 vol. in-12; et différens ouvrages en faveur de la constitution. L'abbé Débonnaire étoit un homme grand, sec et maigré, qui avoit de l'imagination et des connoissances, mais qui étoit trop porté à critiquer et à désapprouver ceux qui ne pensaient pas comme lui. I. DEBORA, femme de Lapidoth, prophétesse des Israélites, ordonna de la part de Dieu, à Barach, fils d'Abinovem, de marcher contre Sicara, général des troupes de Jabin. Barach ayant refusé, à moins que la prophétesse ne vint avec lui, elle y consentit, battit le général ennemi, et chanta un célèbre Cantique en action de graces de sa victoire, vers l'an 1285 avant J. C. Un auteur a cru ce cantique connu d'Homère et le germe de son Iliade. Débora gouverna pendant 40 ans avec sagesse le peuple Hébreu. On a remarqué que l'Écriture-sainte qui blâme la défiance de Moïse, l'imprudence de Josué, l'incontinence de Samson, la chute de David, la prodigalité de Salomon, n'a trouvé rien à reprendre dans Débora. • II. DÉBORA, femme du rabbin Ascaliel, Juif établi à Rome au commencement du 17e siècle, réussit dans la poésie italienne, et a traduit en vers plusieurs pièces de l'hébreu. Ses œuvres ont été imprimées à Venise en 1602 et 1609.
DEBURE, (Guillaume François) libraire de Paris, très-versé dans la connoissance des livres rares, est connu par sa Bibliographie instructive, 1763, 7 vol. in-8° ou in-4°, et par son Catalogue de M. Guignat, deux vol. in-8°. On lui reprocha quelques fautes bien pardonnables; mais la plus grande faute c'est d'attacher quelque prix à une foule de bonquins que personne ne peut lire. Il y a quelques bons ouvrages peu communs; mais il est une foule d'autres productions, qui ne doivent leur rareté qu'à leur médiocrité; et c'est ce que Débure et les autres bibliographes n'ont presque jamais distingué. Ce libraire mourut à Paris le 15 juillet 1782, à 50 ans. Née a publié en 1782 un Supplément à la table de sa Bibliographie. C'est en même temps un errata pour ce livre. graphie instructive, 1763, 7 vol. in-8° ou in-4°, et par son Catalogue de M. Guignat, deux vol. in-8°. On lui reprocha quelques fautes bien pardonnables; mais la plus grande faute c'est d'attacher quelque prix à une foule de bonquins que personne ne peut lire. Il y a quelques bons ouvrages peu communs; mais il est une foule d'autres productions, qui ne doivent leur rareté qu'à leur médiocrité; et c'est ce que Débure et les autres bibliographes n'ont presque jamais distingué. Ce libraire mourut à Paris le 15 juillet 1782, à 50 ans. Née a publié en 1782 un Supplément à la table de sa Bibliographie. C'est en même temps un errata pour ce livre.
DÈCE, (Curius Metius Quintus Trajanus Decius) né l'an 201 à Bubalie, dans la Pannonie inférieure, avec l'air et le cœur d'un héros. Il s'avança dans les armes, et parvint aux premiers grades. Il y eut en 246 une révolte de soldats dans la Mœsie. L'empereur Philippe l'envoya pour punir les coupables; mais, au lieu de le faire, il se fit proclamer empereur, et marcha en Italie contre son bienfaiteur. La mort de Philippe et de son fils, dont il souilla sa main, lui assura l'empire. Le nouvel empereur se signala contre les Perses et les Goths qui désoloient la Mœsie et la Thrace. Il périt en poursuivant ce dernier peuple. Ses troupes ayant plié dans une surprise, il poussa son cheval dans un marais profond, où il s'enfonça. « On rapporte de lui en cette triste occasion, dit Crevier, un trait de fermeté et de grandeur d'ame, tout semblable à celui que l'histoire loue dans D É C 187 Crassus au milieu de ses infor- tines vis-à-vis des Parthes. On dit que le fils aîné de Déce, qu'il venoit d'élever au rang d'au- guste, ayant été tué dans le combat, ce père généreux, loin de succomber à la douleur, en- treprit de consoler ses troupes, et de les animer à bien faire, en leur disant que la perte d'un soldat n'étoit pas la ruine d'une armée. Son courage lui fut inu- tile dans l'affrense position où il se trouvoit. Enfoncé dans la fange, percé de traits par un ennemi qui tiroit de loin sans se commettre, Déce, son fils et toute l'armée Romaine, sol- dats et officiers, périrent, sans qu'il en échappât un seul. C'est ainsi que la justice divine ven- gea le sang de ses saints, cru- llement répandu par ce violent persécuteur. Le règne de Déce ne dura qu'un peu plus de deux ans. Sa mort arriva à la fin de novembre, ou au commencement de décembre de l'an de J. C. 251. Il laisse un fils, Hostilien, qui fut la victime de la perfidie de Gallus. Il paroît que Déce est, moit la décence dans la con- duite, et souhaitoit la réforme des mœurs. Trébellus Pollio rapporte que Déce étoit en Hyrie, écrivit au sénat pour ordonner l'élection d'un censeur, et que le choix de la compagnie tomba sur Valérien, qui fut dopuis empereur. Les historiens, en blâmant son ambition, ont beaucoup loué son courage et son amour pour la justice. Son exprit étoit solide, délié, actif, propre aux affaires; ses mœurs étoient réglées, et il les avoit perfectionnées par l'étude. Le sénat le déclara, par un décret, égal à Trajan, et l'honora du titre de Très-bon. Il ne mérita pas ce titre dans la persécution violente qu'il fit aux Chrétiens, qui ont détesté sa barbarie. Il employa le fer et le feu contre eux, en haine de Philippe qui les avoit aimés et protégés.
DÉCEBALE, roi des Daces, prince également sage et vaillant, eut des succès heureux contre l'empereur Domitien, et battit deux de ses généraux; mais Trajan l'ayant vaincu, il fut obligé de demander la paix. Il l'obtint de l'empereur et du sénat. Décebale reprit bientôt les armes, et voulut soulever les princes voisins contre les Ro- mains. Trajan marcha de nou- veau contre lui, et après avoir défait ses troupes en différentes occasions, il l'obligea à se tuer, 105 ans après J. C. Le vainqueur fit porter la tête du vaincu à Rome, et érigea la Dacie en province Romaine.
DÉCENTIUS, (Magnus) frère de Muguenée, fut fait César, et eut le commandement des troupes dans les Gaules; mais ayant été battu par les Germains, et consterné de la mort de son frère, il se poadit de désespoir à Seus, en 393.
DÉCHARLES, Voyez CHALES (de).
DÉCIANUS, (Tibérius) ju- risconsulte d'Udine, au XVIe siècle, dont on a des Consulta- tions et d'autres ouvrages en cinq vol. in-fol. il mourut en 1581, à 73 ans. Sa réputation n'a point passé jusqu'à nous: car il est très-peu connu aujourd'hui.
DECIMA, (Mytho) y déesse des Romains, dont la charge étoit de garantir le fœtus de tout danger, dès qu'il approchoit du 9e mois. 188 DÉC I. DÉCIUS-MUS, (Publius) consul Romain, manifesta de bonne heure son courage. Il n'étoit que simple tribun dans l'armée, lorsqu'il tira le consul Cornélius d'un pas désavantageux, et eut beaucoup de part à la victoire remportée sur les Samnites. Consul avec Manius Torquatus, l'an 340 avant J. C. il se dévoua aux Dieux infernaux dans la bataille donnée contre les Latins. Décius-Mus, son fils, héritier des vertus et de la superstition de son père, se dévoua aussi à la mort durant son 4e consulat. Son petit-fils imita son exemple dans la guerre contre Pyrrhus. Si l'on en croit un auteur, le dévouement de ce consul fut d'autant plus glorieux, que Pyrrhus lui avoit fait dire que s'il s'avisoit de le faire, on seroit sur ses gardes pour ne pas lui donner la mort; mais qu'on le prendroit vivant, pour le punir du dernier supplice. Celui qui se sacrifioit, après quelques cérémonies et quelques prières que faisoit le pontife, s'armoit de toutes pièces, et se jetoit dans le fort de la mêlée. Il en coûtoit la vie à l'enthousiaste; mais sa superstition, secondée par les troupes auxquelles elle donnoit un nouveau courage, sauvoit quelquefois la patrie.
DÉCIUS, empereur. Voyez DÉCE.
II. DÉCIUS, (Jean Barovius) né à Tolna, voyagea en Hongrie, en Moldavie, en Russie, en Pologne et en Prusse, et a publié le récit de ses voyages en vers, sous ce titre : Hodeporicon itineris Transylvanici, 1587, in-4.º On lui doit encore un Abrégé du droit public d'Allemagne et de Hongrie, et un recueil de maximes, intitulé : Adagia latino - Hungarica. Ce savant est mort à la fin XVIe siècle.
III. DÉCIUS, (Philippe) jurisconsulte Milanois, professeure en droit à Pise et à Pavie, obtint la chaire de Pise à l'âge de 21 ans. S'étant avisé de soutenir les décisions du concile de cette ville, lorsqu'il professoit à Pavie, Jules II l'excommunia, et sa maison fut pillée. Contraint de se retirer en France, il obtint de Louis XII une chaire à Valence, et une charge de conseiller au parlement de Grenoble. Il mourut à Sienne en 1535, à 80 ans. On a de lui beaucoup d'ouvrages, dont on a donné plusieurs éditions. Les plus connus sont : I. Consilia, Venise 1581, 2 t. in-fol. II. De regulis Juris, in-fol. Le célèbre Dumoulin a fait des notes sur la plupart des ouvrages de Décius. I. DECKER DE WALHORN, (Jean) né à Fauquemont, dans le duché de Limbourg, en 1583, conseiller au grand-conseil en Brabant, mourut à Bruxelles l'an 1646, à 63 ans. On a de lui : L. Dissertationum Juris et decisionum Libri duo. La meilleure édition de cet ouvrage estimable, est celle de Bruxelles, en 1673, in-folio. II. Philosophus bananensis, Bruxelles, 1674 in-8.º
II. DECKER ou DECKHER, (Jean) avocat de la chambre impériale, et procureur de la même chambre à Spire. Son principal ouvrage est intitulé : De scriptis adespotis, pseudepigraphis et supposititis Conjectura. On le trouve dans le Theatrum anonymorum et pseudonymorum de Flaccius, 1708, in-folio. Il vivoit dans le XVIIe siècle.
III. DECKER ou DECKER, (Jean) Jésuite pieux et savant, né vers 1559, à Hazebrouck en Flandre, enseigna la philosophie et la théologie scolastique à Douai, puis à Louvain. Il fut ensuite envoyé dans la Stirie, et devint chancelier de l'université de Gratz, où il mourut en 1619, à 69 ans. Son principal ouvrage traite de l'année de la naissance et de la mort de J. C. Il est intitulé : *Verificatio, seu Theoremata de anno ortis ac mortis Domini*. Gratz, 1616, in-4.º On a encore de lui : *Tabula chronographica, à captat per Pompeium Jerosolymá, ad deletam à Tito urbem*; Gratz, 1605, in-4.º Il avoit une grande érudition, et s'étoit rendu habile dans la chronologie.
IV. DECKER, (Jean-Henri) est auteur d'un livre assez rare, *De Spectris*, Hambourg, 1690, in-12. Il y a eu aussi un DECKER, poète Anglois, au dernier siècle, célèbre, dans sa patrie, par ses drames. V. DECKER, (Léger-Charles) doyen de la métropole de Malines, où il mourut en 1723, à 77 ans, étoit né à Mons en 1645. On a de lui une réfutation des systèmes de Descartes, intitulé : *Cartesius se ipsum destruens*; elle fut imprimée en 1673, in-12, à Louvain, où il professoit la philosophie. Il y a quelques observations utiles. L'auteur y soutient que le pape Zacharie ne condamna pas Vigile pour avoir établi la doctrine des antipodes, mais pour ne pas croire que ces peuples pussent être descendans d'Adam. On doit encore à Decker une histoire du Baianisme et une autre du Jansénisme. D É D 189
DÉDALE, artiste Athénien, le plus industrieux de son temps, eut Mercure pour maître. Il inventa plusieurs instruments, et fit même des statues supérieures à toutes celles qu'on avoit vues jusqu'alors. Ses grands talens ne l'empêchèrent pas de se livrer aux bassesses de l'envie. Talus, fils de sa sœur, inventeur d'une sorte de roue pour les potiers, excita sa jalousie : il le précipita du toit d'une maison. Obligé de s'enfuir, il se réfugia à la cour de Minos, roi de Créte. C'est là qu'il construisit le labyrinthe, si célébré par les poètes. Dédale fut la première victime de son invention ; car ayant favorisé les amours de Pasiphaé, fille de Minos, éprise d'un taureau, c'est-à-dire de quelque seigneur qui portoit le nom de Taurus, il fut enfermé avec son fils dans le labyrinthe. Ils en sortirent l'un et l'autre, par le secours des ailes artificielles, qu'il colla à ses épaules et à celles de son fils Icare : ces ailes sont probablement les voiles du vaisseau sur lequel il monta pour se sauver. Cocale, roi de Camique dans la Sicile, lui donna un asile, où il demeura jusqu'à sa mort. Les poètes ont donné de grands éloges à Dédale. On lui a attribué l'invention de la coignée, du niveau, et des voiles des navires. On a dit que ses statues étoient autant d'automates mouvans au moyen du vif argent qu'ils renfermoient. Il fut le premier sculpteur Grec qui détacha les pieds, les mains et les yeux du bloc. Mais M. Goguet pense avec raison que ces ouvrages tant vantés dans l'antiquité, durent la plus grande partie de leur réputation à la grossièreté et à l'ignorance des siècles dans lesquels ils pa- rurent. *Pausanias*, qui avoit vu plusieurs de ces statues, avouoit qu'elles étoient choquantes; les proportions en étoient outrées et colossales. Quant à son labyrinthe, on le voit encore aujourd'hui; il n'a rien de merveilleux. « Ce n'est, dit un célèbre observateur, qu'un conduit naturel que des personnes curieuses ont pris plaisir de rendre praticable en faisant agrandir la plupart des routes trop resserrées, pour servir d'asile à plusieurs familles dans les guerres civiles. »
DÉDALION, frère de *Céix*, fut si touché de la mort de *Chioné* sa fille, tuée par *Diane*, à qui elle avoit osé se préférer pour la beauté, qu'il se précipita du sommet du mont Parnasse en bas. *Apollon* le changea en épervier.
DEDEKIND. (Frédéric) Allemand, publia dans le XVIIIe siècle un ouvrage dans le goût de l'*Eloge de la Folie*, d'*Erasme*. C'est un éloge ironique de l'impolitesse et de la grossièreté, intitulé: *Grobianus, sive de incultis moribus et inurianis gestibus*, Francfort, 1558, in-80. L'auteur paroît avoir eu plus de finesse dans l'esprit, que n'en avoient alors ses compatriotes.
DÉE, (Jean) naquit à Londres en 1527. Il se fit un nom par sa passion pour l'astrologie judiciaire, la cabale et la recherche de la pierre philosophale. Il disoit à ceux qui ne croyoient point à ces inepties: *Qui non intelligit, aut discut, aut taceat*. Après avoir débité ses rêveries en France et en Allemagne, il revint en Angleterre, où, malgré sa science de faire de l'or, il tomba dans une grande misère: c'est le partage ordinaire de tous ceux qui ont été attaqués de la même folie. La reine *Elizabeth*, qui l'avoit rappelé, lui donna quelques secours, et l'honoroit quelquefois du titre de son *philosophe*. Il mourut en 1607, à 81 ans. Il avoit un cabinet rempli de choses curieuses, dont plusieurs étoient de son invention. *Casambon* a fait imprimer la plus grande partie de ses écrits à Londres en 1659, in-fol., et les a ornés d'une savante préface. Ce *Recueil*, rare même en Angleterre, est recherché par ceux qui sont curieux de connoître les superstitions et les extravagances auxquelles l'esprit humain s'est abandonné.
DÉJANIRE. (Mythol.) fille d'*Enée*, roi de Calydon en Étoile, fut d'abord fiancée à *Achéloïa*, puis à *Hercule*; ce qui excita une querelle entre ces deux héros. *Achéloïa* ayant été vaincu dans un combat singulier, la jeune princesse fut le prix du vainqueur qui l'emmenoit dans sa patrie, lorsqu'il fut arrêté par le fleuve Événe, dont les eaux étoient extrêmement grossies. Comme il délibérait s'il retournerait sur ses pas, le centaure *Nessus* vint s'offrir de lui-même pour passer *Déjanire* sur son dos. *Hercule* y ayant consenti, traversa le fleuve le premier; arrivé à l'autre bord, il apperçut le centaure, qui, loin de passer *Déjanire*, se disposoit à lui faire violence. Alors le héros, indigne de son audace, lui décocha une flèche teinte du sang de l'hydre de Lerne, et le perça. *Nessus*, se sentant mourir, donna à *Déjanire* sa tunique ensanglantée, en lui disant que si elle pouvait persuader à son mari de la porter, ce seroit un moyen sur de se l'attacher inviolablement, et de lui donner du dégoût pour toutes les autres femmes. La jeune épouse, trop crédule, accepta ce présent à dessein de s'en servir dans l'occasion. Quelque temps après ayant su qu'Hercule étoit retenu en Eubée par les charmes d'Ione, fille d'Eurite, elle lui envoya la tunique de Nessus par un jeune esclave appelé Lychas, à qui elle recommanda de dire de sa part à son mari les choses les plus tendres et les plus touchantes. Hercule, qui ne soupçonnoit rien du dessein de sa femme, reçut avec joie ce fatal présent; mais il n'en fut pas plutôt revêtu qu'il se sentit déchiré par des douleurs si cruelles, que, devenu furieux, il saisit Lychas, et le lança dans la mer, où il fut changé en rocher. Après quoi le héros, toujours en proie aux douleurs qui le dévoroient, et ne pouvant plus les supporter, coupa des arbres sur le mont Ete, en dressa un bûcher, sur lequel s'étant couché, il pria son ami Philoctète d'y mettre le feu. Quand Déjanire eut appris la mort d'Hercule, elle en conçut tant de regret, qu'elle se tua elle-même. Les poètes disent que de son sang sortit une plante appelée Nymphée ou Héracléon.
DEJAURE, (N.) littérateur et poète agréable, mort jeune et subitement en octobre de l'an huit, a laissé au théâtre le franc Breton, Montano, l'opéra de Lodoïska qui a eu du succès. On lui doit encore un éloge de J. J. Rousseau, publié en 1792, et quelques romans où la simplicité des détails relève le mérite des situations. I. DÉICOON, roi des Troyens, étoit un des plus fidelles amis d'Enée. Il fut tué par Agamemnon, avant la prise de Troie.
II. DÉICOON, (Mythol.) fils d'Hercule et de Mégare, fut, dit-on, tué par son père à qui Junon suscita la fureur étrange qui lui fit consommer ce crime. I. DÉIDAMIE, fille de Lycomède, roi de Scyros, de laquelle Achille eut Pyrrhus, lorsqu'il étoit caché dans la cour de ce prince.
II. DÉIDAMIE ou HIPPO-DAMIE, fille d'un prince d'Argos, devint la femme de Pirithoüs, roi des Lapithes. Ce fut à leurs noces que commença l'affreuse querelle de ces peuples contre les Centaures.
DEIDIER, (Antoine) étoit de Montpellier, professeur en médecine dans l'université de cette ville. Nous avons de lui une dissertation De morbis venereis, imprimée en 1723. Cet auteur donne aux maux vénériens un principe plus subtil que solide. Il établit la cause de cette maladie dans la communication d'une infinité de petits animaux, qui, passant du corps infecté à celui qui est sain, y produisent, par leurs morsures venimeuses, tous les maux qu'entraîne la débauche.
DEIDRICH, (George) poète de Transylvanie, est auteur d'une Description en vers de la Hongrie et d'une grande partie de l'Allemagne. Elle a été publiée à Strasbourg en 1589. Deidrich est mort à la fin du xviè siècle.
DÉIMACHUS, père d'Autolycus, fut un de ceux qui quit- tèrent la Thessalie, pour suivre *Hercule* dans sa conquête des Amazones.
**DEJOCÈS**, premier roi des Mèdes, fit secouer à ce peuple le joug des Assyriens. Après les avoir gouvernés quelque temps en forme de république, avec autant d'équité que de prudence, il fut choisi pour régner sur eux. Son règne fut marqué par des établissements utiles. Il bâtit, selon *Herodote*, la ville d'Écbatane. Elle étoit environnée de sept enceintes de murailles; la dernière renfermoit le palais du roi. Dès que la ville fut en état d'être habitée, *Dejocès* la peupla et lui donna des lois, dont il soutint l'autorité par la crainte des châtimens. Il mourut l'an 646 avant J. C., après un règne de 53 ans.
**DÉION**, fils d'*Éole*, fut roi des Phocéens. S'étant uni avec *Dioméda*, fille de son oncle *Xuthus*, il naquit de ce mariage plusieurs enfans, entr'autres *Céphale*.
**DÉIOPÉE**, (Mythol.) l'une des plus belles nymphes de la suite de *Junon*, qui la promit à *Éole*, à condition qu'il feroit périr la flotte d'*Enée*.
**DÉJOTARUS**, l'un des tétrarques de Galatie, obtint du sénat Romain, le titre de roi de cette province et de la petite Arménie. La guerre civile ayant éclaté entre *César* et *Pompée*, il prit le parti de ce dernier. *César*, irrité, l'accabla de reproches, et le priva de l'Arménie mineure. Le vainqueur l'obligea de le suivre contre *Pharnace*, roi de Pont, et ne lui laissa que le titre de roi. *Déjotarus* ayant été accusé par *Castor*, son petit- fils, d'avoir attenté à la vie de *César*; il fut défendu par *Cicéron*, qui prononça alors sa belle harangue pro *Rège Déjotaro*. Le dictateur fut assassiné quelque temps après. *Déjotarus* rentra dans ses états, et joignit *Brutus* en Asie avec de bonnes troupes. On ne sait pas positivement en quelle année il mourut; mais il étoit extrêmement âgé, dès l'an 50 avant J. C. Il avoit toujours été fort superstitieux. Sa femme, qui étoit stérile, le pria de donner des héritiers au trône, et lui présenta une belle captive. Elle reconnut pour légitimes, les enfans nés de ce commerce, les aima comme s'ils eussent été les siens, et les éleva en princes, faits pour tenir un jour le sceptre.
**DEIPHILE**, fille d'*Adraste* roi d'Argos, devoit prendre en mariage un sanglier suivant la prédiction d'*Apollon*. En effet, son père la fit épouser à *Tydée*, qui se faisoit honneur d'être revêtu de la peau d'un de ces animaux, en mémoire de celui que *Mélégère* dont il descendoit avoit tué aux environs de la ville de Calydon.
**DÉIPHYLUS**, fils de *Sténélus*, un des principaux chefs de l'armée Grecque, étoit l'ami de *Capande*, brave et courageux guerrier qu'il accompagna à la guerre de Thèbes.
**DÉIPHOBE**, fils de *Priam*; épousa *Hélène*, après la mort de *Pâris*; mais lorsque *Troie* fut prise, *Hélène* le livra à *Ménelas*, pour rentrer en grave avec son premier mari. Les Grecs le mutilèrent cruellement, et le firent mourir. — Il y a eu aussi une ribylle du nom de
**DEIPHOBE**, fille fille de *Glaucus*, qui rendoit ses oracles à Cumes en Italie.
DÉIPHON, (Mythol.) fils de *Triptolème* et de *Méganire*, ou, selon d'autres, fils d'*Hyppothon*. *Cérès* l'aima tellement, que, pour le rendre immortel, et pour le purifier de toute humanité, elle le faisoit passer par les flammes. *Méganire*, mère de ce prince, alarmée d'un tel spectacle troubla par ses cris, les mystères de cette déesse, qui remonta aussitôt sur un char traîné par des dragons, et laissa brûler *Déiphon*.
DÉIPNUS, (Mythol.) Dieu qui fut regardé par les Achéens comme le premier qui a établi les festins.
DÉLA, Grec, fut chef d'une colonie qui vint peupler l'Irlande.
DELAMET, (Adrien-Augustin de Bussi) d'une famille illustre de Picardie, reçut le bonnet de docteur de Sorbonne en 1650, après avoir fait éclater, pendant le cours de sa licence, autant de lumières que de vertus. Le cardinal de *Iietz*, son parent, l'attira auprès de lui. *Delamet* le suivit dans sa prospérité et dans ses disgraces, en Angleterre, en Hollande, en Italie. Cette vie errante lui déplut enfin; il revint à Paris, et se livra, dans la maison de Sorbonne, lieu de sa retraite, à l'étude, à la prière, à l'éducation d'un grand nombre de pauvres écoliers, et à la direction de plusieurs maisons religieuses. Son ardente charité le fit choisir pour exhorter à la mort ceux qui étoient condamnés au dernier supplice. Il mourut au milieu de ces bonnes œuvres, le 29 juillet 1691, à 70 ans. On a imprimé *Tome IV.* après sa mort, en 1714, un vol. in-80, qui renferme ses *Résolutions* et celles de *Fromageau*. Les cas de conscience y sont traités suivant la morale, la discipline de l'Eglise, l'Écriture-sainte, les Conciles, les Pères, les Canonistes et les Théologiens. Ce recueil, d'autant plus utile, que l'auteur avoit été associé au célèbre *Ste-Beuve*, son ami, dans la résolution des cas de conscience, devoit avoir 5 volumes; mais la difficulté de mettre en ordre les matériaux qui devoient composer ce grand ouvrage, en arrêta la publication jusqu'en 1732. Ce fut alors qu'on donna ce recueil de décisions par ordre alphabétique, en forme de dictionnaire, en 2 volumes in-fol. On le joint ordinairement aux trois volumes de *Pontas*.
DELAN, (François-Hiacinthe) chanoine de Rouen où il mourut en 1754, à 82 ans, publia divers ouvrages contre la constitution *Unigenitus*, et l'*Usure condamnée par le droit naturel*, 1753, in-12, où il adopte les principes des anciens casuistes sur le prêt à intérêt.
DELAUDUN, (Pierre) fils d'un mauvais poète d'Uzès, né à Aigaliers, s'occupa encore plus que son père de la poésie française. Il se fit connoître dans son temps par un *Art poétique* français, 1559, in-16, et par d'autres *Pièces de poésie* écrites dans le style de *Ronsard*. Il mourut de la peste au château d'Aigaliers, en 1620. Outre son *Art poétique*, on connoit de lui la *Franciade*, 1604, in-12: poème insipide, divisé en neuf livres, dédié à *Henri IV*, qui méritait un plus bel hommage. Deux tragédies, *Dioclétien* et *Horace*, repré- sentées et imprimées à Paris en 1596. L'auteur étoit juge d'Uzès.
DELCOUR, (Jean) célèbre sculpteur, né à Hamoir sur la rivière d'Ourte, dans la principauté de Stablo, vers le milieu du XVIIe siècle, fit deux fois le voyage d'Italie pour se perfectionner dans son art; il s'établit ensuite à Liège. Vauban, instruit de ses talens, voulut l'engager à faire la statue équestre de Louis XIV, qui devoit être posée dans la place des Victoires à Paris, et qui fut exécutée depuis par Desjardins de Breda; Delcour s'excusa sur son grand âge et ses infirmités. Il mourut à Liège le 4 avril 1707. Cette ville lui doit la belle fontaine de la place Saint-Paul dont les figures sont en bronze; le Sauveur au sépulcre dans l'église des religieuses des Bons enfans; et la statue de St. Jean-Baptiste dans l'église de ce nom. Sa modestie et sa probité l'honorecient presque autant que ses talens. Ses compositions sont d'un grand goût, ses contours élégans, et ses draperies bien jetées. Delcour avoit un frère qui s'est distingué dans la peinture.
DELEYRE, (Alexandre) né à Bordeaux, d'un huissier au parlement, vint de bonne heure à Paris, où il se lia avec les encyclopédistes. On ne parloit en France alors, que de la philosophie et des grandes vues de Bacon; Deleyre donna l'Analyse des ouvrages de ce célèbre chancelier, 1755, 3 vol. in-12. Cet extrait fait avec soin, découvrit dans son auteur de la sagacité, du discernement et l'esprit d'analyse. Le Génie de Montesquieu, in-12, l'Esprit de St-Evren, in-12, et quelques articles de l'Encyclopédie, parurent dignes de son premier ouvrage. C'est à tort qu'un critique a dit que Deleyre donnoit l'esprit des autres, en attendant qu'il prouvât le sien. L'auteur de l'Analyse de Bacon ne passera jamais pour un homme sans génie. Les philosophes, ses amis, voulant le tirer de l'état de médiocrité où se trouvoit sa fortune, le firent mettre au nombre des instituteurs du duc de Parme. Après avoir contribué à cette éducation, il revint à Paris, où il aida l'abbé Raynal dans le choix des matériaux de son Histoire du Commerce des deux Indes. Deleyre partageoit la façon de penser de ce fameux écrivain sur les droits des peuples: aussi, embrassa-t-il la révolution avec enthousiasme. Nommé membre de la convention, il suivit les opinions exagérées; on dit qu'il s'en repentit ensuite. Le régime de Robespierre lui ouvrit les yeux. Le spectacle des actes répétés d'un despotisme sanguinaire aigrit son humeur que l'âge n'avoit pas adoucie. Il se montra morose dans les sociétés, et inquiet dans son ménage. Enfin, succombant au chagrin, et peut-être aux remords, il mourut en mars 1797. Il prenoit le titre d'ami de J. J. Rousseau, et il en avoit adopté plusieurs principes, et même quelques paradoxes. Il n'étoit pas moins partisan de Thomas, dont il a écrit la Vie 1791, in-8° et in-12. C'est son dernier ouvrage. La critique lui a reproché de l'avoir écrit, comme ses autres productions, d'un style sentencieux, souvent emphatique, quelquefois sec et dur, et d'avoir employé des constructions embarrassées, et quelques phrases louches. Le fond du portrait est pourtant ressemblant ; mais si l'auteur avoit été plus simple, il auroit intéressé un plus grand nombre de lecteurs. On trouve dans cet ouvrage l'analyse des écrits de *Thomas* ; et cette analyse offre quelquefois des idées profondes et fines. *Deleyre* a laissé en manuscrit, le commencement d'une traduction en vers du poème de *Lucrèce*, et les *Héliades*, roman politique. Lié d'amitié avec l'abbé *Prévost*, il a ajouté un volume au recueil des Voyages de celui-ci. On lui doit encore la jolie romance, je l'ai planté, je l'ai vu naître, ce beau rosière, etc. dont J. J. Rousseau a fait l'air.
**DELFAU**, (Dom François) né à Montet en Auvergne, l'an 1637, entra dans la congrégation de Saint-Maur en 1656, et se fit un nom dans son ordre et dans l'église. Le grand *Arnaud* ayant engagé les Bénédictins de Saint-Maur à entreprendre une nouvelle édition de *St. Augustin*, D. *Delfau* fut chargé de cette entreprise. Il en publia le *Prospectus* en 1671, et il étoit déjà avancé dans son travail, lorsque le livre intitulé, *L'Abbé Commandataire*, in-12, qu'on lui attribua, la fit reléguer à Saint-Mahé en Basse-Bretagne. Les lettres de cachet étoient alors la seule réponse qu'on opposât à ceux qui s'élevoient contre les abus. Il périt sur mer à 39 ans, le 13 octobre 1676, comme il passoit de Landevenec à Brest. On a encore de lui, une *Dissertation latine sur l'Auteur du livre de l'Imitation*, imprimée trois fois.
**DELISLE**, *Voyez LISLE*.
**DELIUS** ou
**DILIUS**, (*Quintus*) un des généraux d'*Antoine*, fut envoyé vers *Cléopâtre*, pour l'obliger à venir rendre compte de sa conduite, il persuada à cette reine de paroître devant le conquérant dans la plus riche parure. Elle le crut, et elle gagna le cœur d'*Antoine*, l'an 41 avant J. C. *Délius* passa sa vie à changer de parti : il servit tour-à-tour *Dolabella*, *Cassius*, *Antoine*, *Octavien* ; quitta l'un pour l'autre, suivant ses intérêts : ce qui lui fit donner les noms de *Cheval des relais de la république*, et de *Voltigeur des guerres civiles*. Il avoit écrit l'histoire de son temps.
**DELLA MARIA**, *Voyez MARIA*.
**DELMATIUS**, (*Flavius-Julius*) petit-fils de *Constance Chlore*, étoit neveu de *Constantin*, qui aimoit en lui un excellent naturel et des talens distingués. Cet empereur le fit nommer consul en 333, le déclara César en 335, et lui donna, dans le partage qu'il fit de l'empire, la Thrace, la Macédoine et l'Achaie. Il devoit posséder ces provinces en propre ; mais après la mort de *Constantin*, arrivée en 337, les troupes ne voulurent reconnoître pour empereur que ses trois fils, et assassinèrent ceux qui prétendoient à la succession impériale. *Delmatius* fut de ce nombre. On dit que ce fut *Constance* qui sollicita lui-même les soldats à le priver de la vie. Ce prince méritoit un meilleur sort : il avoit les traits, la figure et les bonnes qualités de *Constantin*, sans en avoir les défauts.—*Voyez CALOCER*.
**DELMONT**, (Déodat) peintre né à Saint-Tron, en 1581, reçut une éducation distinguée, et devint savant dans les langues anciennes, dans la géométrie et l'astronomie. Il fut employé dans sa jeunesse, en qualité d'ingénieur, par la cour d'Espagne; et il eût suivi pour toujours cette profession, si la vue des tableaux de Bubeus et l'amitié de ce grand artiste n'eussent développé son goût et ses talents pour la peinture. Il suivit ce dernier en Italie; et à son retour à Anvers, il répandit dans cette ville plusieurs ouvrages très-estimés. Il y mourut en 1634.
DELOBEL, (Nicolas) peintre médiocre, mort à Paris en 1763, à 70 ans, étoit peintre ordinaire du roi.
DELORME, Voy. LORME.
DELPHIDIUS, (Attius-Tiro) fils du rhéteur Patère, Gaulois d'origine, se fit un grand nom par ses poésies et par son éloquence; mais il ternit ses talents par son ambition et son penchant pour les accusations. On ne doit pas oublier cette anecdote: En 358, il accusa de péculat devant Julien, alors César, Numérius, gouverneur de la Narbonnoise, qui nia les faits qu'on lui imputoit. Delphidius ne pouvant les prouver: Quel coupable, s'écria-t-il, illustre César, ne passera pas pour innocent, s'il suffit de nier ses crimes? — Et quel innocent, lui répliqua sur-le-champ Julien, ne passera pas pour coupable, s'il suffit d'être accusé?
DELPHINUS, (Pierre) savant général des Camaldules, mourut dans l'état de Venise en 1525. On a de lui des Lettres, écrites avec assez d'esprit. Elles furent imprimées à Venise en 1524, in-fol. Ce volume est très-une et très-cher. On trouve de nouvelles lettres de cet auteur dans la collection de Dom Martenne.
DELPHUS, (Mythol.) fils d'Apollon et de Thyas, habitoit les environs du mont-Parnasse. Il bâtit Delphes, a laquelle il donna son nom. Il fut père de Pythis, qui donna aussi le sien à cette même ville.
DELRIO, (Martin-Antoine) né à Anvers vers 1551, se fit Jésuite à Valladolid en 1580, après avoir exercé, avec autant de fidélité que de prudence, la charge de conseiller du parlement de Brabant, et celle d'intendant d'armée. Ses supérieurs l'employèrent, dans les Pays-Bas, à enseigner la philosophie, les langues et les lettres sacrées. Il mourut à Louvain, le 29 octobre 1608, à 57 ans. Tout son temps étoit partagé entre la prière et l'étude. Il aimoit la tranquillité; et ce furent en partie les troubles des Pays-Bas, qu'il prévoyoit ne devoir pas finir sitôt, qui le dégoûtèrent du monde, et lui inspirèrent le dessein de chercher la paix dans l'état religieux. Ce Jésuite avoit commencé de bonne heure la carrière d'écrivain. Dès l'âge de 20 ans, il mit au jour Sollin, corrigé sur les manuscrits de Juste Lipse son ami. Les ouvrages qui ont le plus fait parler de lui, sont: I. Ses Disquisitiones Magieæ, à Mayence, in-4.º 1624. Duchesne en donna un Abrégé en françois, Paris 1611, in-8.º Comme l'esprit humain est curieux des histoires extraordinaires qui amusent sa crédulité, cet ouvrage eut beaucoup de cours. Il auroit dû se former à citer les passages de l'Écriture et des Pères qui prouvent la réalité de la magie, et non une foule d'écrivains, la plupart obscurs et inconnus. « Il entasse, sans examen, quantité de fables et de contes, dit Nicéron, que l'auteur adopte malgré leur puérilité et leur peu de vraisemblance. » II. Des Commentaires sur la Genèse, la Cantique des Cantiques et les Lamentations, 3 vol. in-4.º Ces commentaires, imprimés à Lyon, la Genèse et Jérémie en 1608, et le Cantique des Cantiques, en 1607, sont en latin. « L'auteur, dit Nicéron, savoir le latin, le grec, l'hébreu et le chaldaïque. Mais il faut qu'il n'ait su ces dernières langues que légèrement, ou qu'il lui ait manqué quelque autre chose pour s'appliquer utilement à l'explication de l'Écriture; puisque les savans n'ont pas témoigné faire beaucoup de cas de tout ce qu'il a fait en ce genre. » III. Les Adages sacrés de l'Ancien et du Nouveau-Testament, à Lyon, 1612, en latin, 2 tom. in-4.º IV. Trois volumes des Passages les plus difficiles et les plus utiles de l'Écriture-sainte: ouvrage qui peut servir aux prédicateurs. V. Des Commentaires et des Paraphrases sur les Tragédies de Sénèque, précédés du recueil des fragmens qui nous restent des anciens tragiques Latins. Delcio avoit beaucoup de lecture et de savoir; mais il étoit, dit Nicéron, fort crédule et fort prévenu. Son style est assez pur, mais dur et affecté. —Il est différent de Jean DELBIO de Bruges, doyen et grand-vicaire d'Anvers, mort en 1624, qui a donné des Commentaires sur le Pseumme 118°, in-12, 1617.
DELVAUX, ( Laurent ) sculpteur, né à Gand, et mort à Nivelles le 24 février 1778, âgé de 83 ans. Le David, les Adorateurs de la chapelle de la cour à Bruxelles, l'Hercule qui est au pied du grand escalier, les Statues qui ornent la façade du palais, la Chaire de la cathédrale de Gand, et un grand nombre d'autres ouvrages, sont des monuments de ses talens. Sa manière dirigée et formée par les modèles antiques, avoit plus de force que de graces, plus d'invention que de fuif. Delvaux n'employa jamais son ciseau à ce qui auroit pu offenser la décence et les mœurs. Benoit XIII, Charles VI, Marie-Thérèse, et le duc Charles de Lorraine ont estimé et récompensé les talens de cet artiste célèbre.
DELUENTINUS, (Mythol.) Dieu des Romains, qu'ils invoquaient pour être garantis des ravages de la guerre.
DEMADES, Athénien, de marinier devenu orateur, fut fait prisonnier à la bataille de Chéronée, gagnée par Philippe de Macédoine. Son éloquence lui acquit un grand pouvoir sur l'esprit de ce prince. Un jour Philippe s'étant présenté aux prisonniers avec tous les ornemens de la royauté, et insultant inhumainement à leur misère: Je m'étonne, lui dit Demades, que la fortune vous ayant donné le rôle d'Agamemnon, vous vous amusiez à faire celui de Théristes!.. Demades étoit aussi intéressé qu'éloquent. Antipater son ami, ainsi que celui de Phocion, disoit: « Qu'il ne pouvoit faire accepter des présens à celui-ci, et qu'il n'en donnoit jamais assez à l'autre pour satisfaire son avidité... » Demades fut mis à mort, comme suspect de trahison, l'an 332 avant J. C. Nous avons de lui, Oratio de Duodecanali, gr. lat. 1619, in-8°; et dans Ilhetorum Col- lectio, Venisa, 1513, 3 tom. in-fol. Voy. DRACON. I. DÉMARATE, fils d'Aris- ton, et son successeur dans le royaume de Sparte, fut chassé de son trône par les intrigues de Cléomènes, qui le fit dé- clarer, par l'oracle qu'il cor- rompit, fils supposé du dernier roi, parce qu'il étoit venu au monde à sept mois. Demarate se retira en Asie, l'an 424 avant J. C. Darius, fils d'Hystaspes, le reçut avec beaucoup de bonté. On lui demandoit un jour, pour- quoi, étant roi, il s'étoit laissé exiler? C'est, répondit-il, qu'à Sparte la loi est plus puissante que les rois. Quoique comblé de biens à la cour du roi de Perse, et trahi par les Lacédémoniens, il les avertit des préparatifs que Xerces faisoit contre eux. Pour plus grande sureté, il écrivit l'avis sur une planche de bois enduite de cire.
II. DEMARATE fut l'un des principaux citoyens de Corinthie, de la famille des Bacchiades, vers l'an 658 avant J. C. La domi- nation de Cypsele, qui avoit usurpé dans cette ville l'autorité souveraine, étant un joug trop pesant pour lui, il sortit du pays avec toute sa famille, passa en Italie, et s'établit à Tarquinie en Toscane. C'est là qu'il eut un fils nommé Lucamon, qui fut depuis roi de Rome, sous le nom de Tarquin l'Aucien.
DEMARCHUS, (Myth.) de la ville de Parrhacie en Arcadie, fut transformé en loup par Jupiter, pour avoir osé toucher et manger une victime humaine qu'on sa- crifioit à ce Dieu. Les anciens Grecs affirmoient qu'après dix ans de métamorphose, il étoit rentré dans son état primitif, et avoit concouru avec succès aux jeux olympiques.
DEMARTEAU, (Gilles) graveur, né à Liège en 1722, mort à Paris l'an 1776, excelloit dans la manière de graver, qui imite le crayon, comme on peut le voir par son Licurgue blessé dans une sédition, pièce faite pour sa réception à l'académie royale de peinture. On croit que c'est le premier qui ait employé cette manière de graver.
DEMESTE, (Jean) docteur en médecine, capitaine et chi- rurgien-major des troupes de l'évêque-prince de Liège, mem- bre de plusieurs académies, mou- rut à Liège, sa patrie, le 20 août 1783, à 38 ans. Ses Lettres sur la Chimie, Paris 1779, 2 vol. in-12, lui ont fait un nom distingué parmi les physiciens de son siècle. S'il s'y trouve quelques hypothèses nouvelles que l'auteur a adoptées avec trop de facilité, on ne peut y mécon- notre un grand fond de savoir, et le résultat précieux d'une mul- titude d'expériences. Ce qui re- lève infiniment le mérite de ce médecin, ce sont l'exercice actif, charitable et désintéressé de son art, sa modestie et son attache- ment aux bons principes.
DEMÉTRIADE, jeune dame Romaine, renommée pour sa beauté, quitta l'Italie livrée à la fureur des Goths, et se réfugia à Carthage avec sa mère Julienne. Touché d'un discours de Saint Augustin sur la virginité, elle fit vœu de l'embrasser. St. J.- rôme, St. Augustin et le pape Innocent I ont adressé plusieurs épîtres à Démétriade. I. DEMETRIUS, Poliorcète, (c'est-à-dire, le Preneur de villes), fils d'Antigone, l'un des successeurs d'Alexandre le Grand, fit la guerre à Ptolomée Lagus, avec des succès divers. Il se présenta ensuite à la tête d'une puissante flotte devant le port d'Athènes, s'en rendit maître, ainsi que de la citadelle, en chassa Démétrius de Phalère, et rendit au peuple le gouvernement des affaires qu'il avoit perdu depuis quinze jours. Voyez STILPONT. Après avoir défait Cassandre aux Thermopyles, il revint à Athènes, où ce peuple, autrefois si fier, et alors esclave, lui dressa des autels, ainsi qu'à ses courtisans. Séléucus, Cassandre et Lysimachus, réunis contre lui, remportèrent la fameuse victoire d'Ipsus, l'an 299 avant J. C. Après cette défaite, il se retira à Ephèse, accompagné du jeune Pyrrhus. Il voulut ensuite se réfugier dans la Grèce, qu'il regardoit comme l'asile où il seroit le plus en sureté; mais des ambassadeurs d'Athènes vinrent à sa rencontre, pour lui annoncer que le peuple avoit résolu, par un décret, de ne recevoir aucun roi. Il retira alors ses galères de l'Attique, et fit voile vers la Chersonèse de Thrace, où il ravagea les terres de Lysimachus, et emporta un butin considérable. Après avoir désolé l'Asie pendant quelque temps, Agathocles, fils de Lysimachus, le força d'abandonner la conquête de l'Arménie et de la Médie, et de se réfugier dans la Cilicie. Séléucus, auquel il avoit fait épouser sa fille Stratonice, irrité contre lui par ses courtisans, le força de se retirer proche le mont Taurus. Pour toute grace, il lui assigna la Cathaonie, province limitrophie de la Cappadoce, ayant soin de faire garder les défilés et les passages de Cilicie en Syrie. Il ne tarda pas de rompre les barrières qu'on lui opposoit. Il marcha pour surprendre Séléucus dans son camp, durant la nuit; mais ayant été trahi par ses soldats, il fut obligé de se sonmettre à la clémence du vainqueur. Séléucus l'envoya dans la Chersonèse de Syrie, et ne négligea rien de ce qui pouvoit adoucir les rigueurs de son exil. Démétrius y mourut trois ans après, l'an 286 avant J. C., d'une apoplexie causée par des excès de table. « Ce prince, dit Rollin, avoit une taille avantageuse et une beauté singulière. On voyoit sur son visage, de la douceur, mêlée de gravité; quelque chose de serein, et en même temps qui inspiroit de la terreur; une vivacité de jeunesse, tempérée par un air héroïque et par une majesté véritablement royale. On trouvoit le même contraste dans ses mœurs. Pendant qu'il n'avoit rien à faire, il étoit d'un commerce délicieux: c'étoit le plus magnifique, le plus voluptueux, et le plus délicat de tous les princes. L'alloit-il combattre? C'étoit le plus actif et le plus vigilant de tous les hommes. Rien n'égaloit sa vivacité et son courage, que sa patience et son assiduité au travail. » Plutarque fait observer en lui, comme un trait qui le distinguoit des autres princes de son temps, le profond respect qu'il avoit pour son père et pour sa mère. Antigone, de son côté, avoit pour son fils une tendresse vraiment paternelle, qui, sans rien diminuer de 200 D É M l'autorité de père et de roi, formoit entreux une union et une confiance exempte de toute crainte et de tout soupçon. Un jour qu'*Antigone* étoit occupé à donner audience à des ambassadeurs, *Démétrius* revenant de la chasse, entra dans la salle, salua son père d'un baiser, et s'assit auprès de lui, tenant encore ses dards dans ses mains. *Antigone* rappela les Ambassadeurs qui sortoient, et leur dit à haute voix : *Vous direz à vos Maîtres la manière dont nous vivons mon fils et moi*. Lorsque *Démétrius* fut sur le trône, il n'eut point la sage politique de se faire aimer de ses soldats, et il s'en vit souvent abandonné ; mais il fut toujours ferme dans l'adversité, autant qu'ambitieux et emporté dans la prospérité. *Démétrius* est célèbre dans l'histoire par les machines de guerre qu'il inventa, et les galères qu'il fit contraire à quinze et seize rangs de rames. « Il étoit insatiable, dit *Platarque*, de la traduction d'*Amyot*. »
II. DÉMETRIUS Ier, *Soter* ou *Sauveur*, petit-fils d'*Antiochus* le Grand, et fils de *Seléucus Philopator*, fut envoyé en otage à Rome par son père. Quand il fut mort, *Antiochus Epiphanes*, et après lui son fils *Antiochus Eupator*, l'un oncle, l'autre cousin de *Démétrius*, usurpèrent la couronne de Syrie. Ayant réclamé vainement la protection du Sénat, le prince détrôné prit le parti de sortir secrètement de Rome pour aller faire valoir ses droits. Les troupes Syriennes se déclarèrent pour lui. Elles chassèrent *Eupator* et *Lysias* du palais. Le nouveau roi les fit mourir, et s'affermit sur son trône. *Al-cime*, qui avoit acheté le souve- rain pontificat des Juifs, d'*Antiochus Eupator*, vint demander à *Démétrius* la confirmation de sa dignité. Pour mieux réussir, il dépeignit *Judas Macchabre* comme un tyran, et comme un ennemi des rois de Syrie. *Démétrius* envoya *Nicanor* contre ce grand homme, le défenseur de sa patrie et de sa religion ; et ensuite *Bacchides*, qui lui livra une bataille dans laquelle l'illustre Juif perdit la vie. *Démétrius*, fier de ce succès, irrita tous les princes voisins. Ils secondèrent à l'envi les desseins d'*Alexandre Bala*, qui passoit pour fils d'*Antiochus Epiphanes*. Cet *Alexandre* lui ayant présenté le combat et l'ayant défait, *Démétrius* fut tué dans sa fuite, après un règne d'onze améles, 150 ans avant Jésus-Christ.
III. DÉMÉTRIUS II, dit *Nicanor*, c'est-à-dire, *Vainqueur*, étoit fils du précédent. *Ptolome Philométor*, roi d'Égypte, le mit sur le trône de son père, après en avoir chassé *Alexandre Bala*. Le jeune prince s'abandonna à la débauche, et laissa le soin du gouvernement à un de ses ministres, qui régnoit et tyrannisoit sous son nom. *Diadore Tryphon* entreprit de chasser du trône un prince si peu digne de l'occuper. Il se servit d'un fils d'*Alexandre Bala*, pour usurper la Syrie, et en vint à bout. *Démétrius*, uni avec les Juifs, marcha contre les Parthes, pour effacer la honte de sa mollesse ; mais il fut pris par *Tryphon*, qui le livra à *Phraates*, leur roi. Ce prince lui fit épouser sa fille *Rodogane*, l'an 141 avant J. C. *Cléopâtre*, sa première femme, épousa, par dépit, *Sidites*, frère de *Démétrius*. *Sidites* ayant été tué dans un combat contre les Parthes, l'an 130 avant J. C. *Démétrius* fut remis sur le trône, qu'il occupa 4 ans. Ses premières fautes ne l'avoient pas corrigé. Son orgueil le rendit insupportable à ses sujets. Ils demandèrent à *Ptolomée Physcon*, roi d'Égypte, un roi de la famille des Séléncides. *Démétrius*, chassé par son peuple, et ne trouvant aucun asile, se serva à *Ptolémaïde*, où étoit *Chaptre*, sa première femme. Cette princesse lui fit fermer les portes de la ville. Il fut obligé de s'enfuir jusqu'à Tyr, où il fut tué par ordre du gouverneur, l'an 126 avant J. C. *Alexandre Zébina*, que *Ptolomée* avoit mis à sa place, récompensa de ce meurtre les Tyriens, en leur accordant de vivre selon leurs lois particulières. Les Tyriens firent de cette année une époque depuis laquelle ils datoient.
IV. DÉMÉTRIUS de *PHALÈRE*, fut ainsi nommé, parce qu'il étoit *de Phalère*, port d'Attique. Il fut au nombre des plus célèbres disciples de *Théophraste*. Il acquit tant de pouvoir sur l'esprit des Athéniens, par les charmes de son éloquence, et sur-tout par ses vertus, qu'il fut fait archonte l'an 309 avant J. C. Pendant dix ans qu'il gouverna cette ville, il l'embellit de magnifiques édifices, et rendit ses concitoyens heureux. Leur reconnoissance lui décerna autant de statues d'airain, qu'il y avoit de jours dans l'année. Son mérite excita l'envie. Il fut condamné à mort, et ses statues furent renversées. *Au moins*, répondit-il à celui qui lui annonça cette nouvelle, *ils ne m'ôteront pas la vertu qui me les a méritées*. La philosophe se retira, sans se plaindre, chez *Ptolomée Lagus*, roi d'Égypte. Ce prince le consulta sur la succession de ses enfans. On dit qu'il lui conseilla de mettre la couronne sur la tête des fils d'*Euridice*. *Philadelphie*, fils de *Bérénice*, fut si outré de ce conseil, qu'après la mort de son père, l'an 283 avant J. C., il le relégua dans la haute Égypte. *Démétrius*, ennuyé de son exil, et dégoûté de la vie, se donna la mort, en se faisant mordre par un aspic. C'est du moins ce qu'assure *Diogène-Laërce*, contredit par d'autres auteurs. Ceux-ci assurent que *Démétrius* eut beaucoup de crédit auprès de *Ptolomée Philadelphie*; qu'il enrichit sa bibliothèque de 200 mille volumes, et qu'il engagea ce prince à faire traduire la *Loi des Juifs* d'hébreu en grec. Tous les ouvrages que *Démétrius de Phalère* avoit composés sur l'*Histoire*, la *Politique* et l'*Eloquence*, sont perdus. La *Rhétorique* que plusieurs historiens lui attribuent, et dont la dernière édition est de Glasgow, 1745, in-4°, est de *Denys d'Halicarnasse*. V. DÉMÉTRIUS, évêque d'Alexandrie. *Voy. I. ORIGÈNE*.
VI. DÉMÉTRIUS PÉPAGOMÈNE, médecin de l'empereur *Paléologue*, vivoit dans le trézième siècle. Il a laissé un traité de *Podagré*, gr. lat. Paris, 1558, in-8°. On lui attribue un traité de *Fauconnerie*, et le *Cynosophion* ou *Traité des Chicas*, publié sous le nom d'un philosophe *Phæmon* inconnu aux critiques. Ce dernier manuscrit, trouvé au siège de Rhodes, fut vendu par un soldat à *Jean Fresler*, médecin de Dantzig. Sa première édition parut avec des notes d'*Aurifaber* à Wirtemberg, 202 D É M 1545, in-8.º On a réimprimé cet ouvrage, en 1654, in-4.º; et à Londres, chez Thomas Johnson, en 1700, in-8.º
VII. DÉMÉTRIUS, orfèvre d'Éphèse, dont le principal trafic étoit de faire des niches ou de petits temples de Diane, qu'il vendoit aux étrangers. Cet homme voyant que les progrès de l'Évangile nuisaient à son commerce, suscita une sédition contre St. Paul et les nouveaux Chrétiens, qu'il accusa de vouloir détruire le culte de la grande Diane d'Éphèse.
VIII. DÉMÉTRIUS, philosophe Cynique. Caligula voulut l'attacher à ses intérêts par un présent; il répondit: Si l'empereur a dessein de me tenter, qu'il m'envoie son diadème. L'empereur Vespasien, peu accoutumé à cette liberté plus brutale que philosophique, le chassade Rome avec tous les autres philosophes, et le relégua dans une isle. Le Cynique égaya son exil en vomissant des injures contre l'empereur. Ce prince lui fit dire: Tu fais tout ce que tu peux pour que je te fasse mourir; mais je ne m'amuse pas à faire tuer tous les chiens qui aboient. Ce Démétrius avoit été disciple d'Apollonius de Thyane. Il mourut sur la paille, craint des méchans, respecté des bons, et admiré de Sénèque, qui dit de lui: « La nature l'avoit produit pour faire voir à son siècle, qu'un grand génie peut se garantir de la corruption de la multitude. » Voyez BATHILLE.
IX. DÉMÉTRIUS, Grec de l'isle de Nègrepont, homme plein de bravoure, d'esprit et d'intrigue, embrassa le Mahométisme, pour gagner l'amitié des grands de la Porte. Mahomet II l'envoya au grand maître de Rhodes, d'Aubusson, pour lui offrir la paix, sous la condition d'un tribut, mais, dans le fond, pour le surprendre. D'Aubusson ne vit dans le renégat que ce qu'il devoit y voir, un traître dont il avoit à se défier, et non un homme sincère avec lequel il pût négocier. Démétrius, piqué, anima son maître contre les chevaliers de Rhodes, et lui fit prendre la résolution d'assiéger cette isle. Démétrius accompagna le pacha Paléologue, général de l'armée dans cette entreprise. Il se distingua par son courage au commencement du siège; mais son cheval étant mort sous lui, il fut foulé aux pieds et écrasé par la cavalerie. X. DÉMÉTRIUS CHALCONDYLE, Voyez CHALCONDYLE.
XI. DÉMÉTRIUS GRISKA EUTROPÉIA, d'une famille noble, mais pauvre, de Gèreslau, d'abord moine de l'ordre de Saint Basile, naquit avec une figure agréable, accompagnée de beaucoup d'esprit. Un religieux du même monastère que lui, fâché qu'un tel homme restât enséveli dans le cloître, entreprit de le placer sur le trône. Après que ce vieux moine eut donné au jeune homme des instructions sur le rôle qu'il devoit jouer, il l'envoya en Lithuanie au service d'un seigneur distingué. Démétrius, ayant été un jour maltraité par son maître, se mit à pleurer, et dit qu'on n'en agirait pas de la sorte si on le connoissoit. Et qui es-tu donc, lui demanda le seigneur Lithuanien? — Je suis, répondit le jeune Moscovite, fils du Czar IWAN Basilowitz: l'usurpateur Boris voulut me faire assassiner; mais on substitua à ma D É M 203 place le fils d'un Prêtre qui me ressemblait parfaitement, et on me fit ensuite évader. Le Lithuanien, frappé de l'air de vérité que ce fourbe avoit mis dans son récit, le reconnut pour le véritable Démétrius. Ce seigneur l'ayant recommandé au vaivode de Sandomir, la Pologne arma pour lui, à condition qu'il établiroit la religion Romaine en Moscovie. Ses succès étonnèrent les Russes; ils lui envoyèrent des députés, pour le prier de venir prendre possession de ses états. On lui livra le czar Fædor et toute sa famille. L'usurpateur fit étrangler la mère et le fils de ce prince. La résolution que prit Démétrius d'épouser une Catholique Romaine le rendit bientôt odieux; c'étoit la fille du vaivode de Sandomir. Le peuple vit avec horreur, un roi et une reine catholiques, une cour composée d'étrangers, sur-tout une église qu'on bâtissoit pour des Jésuites. Un Boiard, nommé Zuinski, se met à la tête de plusieurs conjurés, au milieu des fêtes qu'on donnoit pour le mariage du Czar. Il entre dans le palais, le sabre dans une main et une croix dans l'autre, et casse la tête à l'imposteur d'un coup de pistolet. Son corps, traîné sur la place qui étoit devant le château, demeura exposé pendant trois jours à la vue du peuple. Le vaivode de Sandomir, son fils et sa fille furent mis en prison. Zuinski, chef de la conspiration, fut élu grand duc et couronné le 1er juin 1606. On prétend que ce qui irrita le plus les Moscovites contre Démétrius, fut que ce prince ne demanda pas au patriarché la permission de coucher avec sa femme; qu'il ne se lavoit point dans certaines étuves, après avoir couché avec elle, suivant l'usage du pays, et que la nouvelle mariée et les autres dames Polonoises, jouant au piquet, avoient marqué leurs points avec de la craie sur le revers d'une image de St. Nicolas. —Voyez BORIS.
XII. DÉMÉTRIUS, fils du précédent, et de la fille du vaivode de Sandomir. Sa mère accoucha de lui dans la prison. On la veilla de fort près, pour s'assurer de l'enfant: mais elle trouva le moyen de le faire passer entre les mains d'un Cosaque, homme de confiance. Le prêtre qui le baptisa, lui imprima sur les épaules, avec de l'eau-forte, des caractères qui désignoient sa naissance. Le jeune homme vécut jusqu'à 26 ans dans une entière ignorance de ce qu'il étoit. Un jour qu'il se lavoit dans un bain public, on apperçut les marques qu'il portoit sur ses épaules. Un prêtre Russe les déchifra, et y lui: DEMÉTRIUS, fils du Czar Démétrius. Le bruit de cette aventure se répandit. Ladislas, roi de Pologne, appela Démétrius à sa cour, et le traita en fils de Czar. Après la mort de ce prince, les choses changèrent de face. Démétrius fut obligé de se retirer en Suède, et de là dans le Holstein; mais, malheureusement pour lui, le duc de Holstein avoit alors besoin des Moscovites. Un ambassadeur qu'il envoyoit en Perse, ayant emprunté en son nom une somme considérable sur le trésor du grand duc, il s'acquitta de cette dette en livrant le malheureux Démétrius. Son arrêt de mort lui fut prononcé, et exécuté en 1635. Michel Fædorowitz lui fit couper la tête et les quatre membres, qu'on éleva sur 204 D É M des perches devant le château de Moscou. Le tronc du corps fut laissé sur la place et dévoré par les chiens.
DÉMÉTRIUS-DUCAS, Voyez Ducas.
DÉMOCÈDE, de Crotone, le plus fameux médecin de son temps, étoit fils de Calliphron, et ami de Polycrates, tyran de Samos. Cet oppresseur ayant été tué par Orontes, Darius, fils d'Hystapes, fit mourir l'assassin, et transporter à Suze toutes ses richesses avec ses esclaves. Démocède étoit confondu avec eux; mais ayant guéri le roi, qui s'étoit défait le pied en descendant de cheval, cette cure le mit en crédit. On lui donna à Suze une maison magnifique. Il eut l'honneur de manger à la table de Darius, et on ne pouvoit obtenir de grace à la cour que par son canal. Démocède ayant guéri Atesse, fille de Cyrus et femme de Darius, d'un ulcère à la mamelle, il obtint par le crédit de cette princesse d'être envoyé comme espion dans la Grèce. A peine y fut-il arrivé, qu'il s'enfuit à Crotone et y épousa une fille du fameux lutteur Milon, vers l'an 520 avant J. C.
DÉMOCHARE, orateur et historien Grec, neveu de Démosthène, fut envoyé avec d'autres en Ambassade vers Philippe de Macédoine. Après lui avoir exposé les instructions dont ils étoient chargés, le roi leur demanda poliment ce qu'ils croyoient qu'il pût faire d'agréable aux Athéniens: C'est de vous pendre, répondit Démochare. Ses collègues indignés et confus de cette réponse, demeurèrent dans le silence. Philippe sans s'émouvoir les congédia, en leur disant: Demandez aux Athéniens à qui il appartient de commander, ou à ceux qui tiennent de tels discours, ou à ceux qui les écoutent patiemment. Cicéron dit qu'outre plusieurs harangues, Démochare avoit écrit l'histoire de son temps, mais en orateur et non en historien. Voyez PHILIPPE n° 1, vers la fia, et MOUCHY. I. DÉMOCOON, (Mythol.) fils d'Hercule et de Mégare, subit le même sort que sa mère et ses frères, qui furent tués par Hercule dans un transport de fureur que Junon lui avoit inspiré pour se venger de la mort de Lycus.
II. DÉMOCOON, fils naturel de Priam prince Troyen, fut fait gardien des haras de ce dernier à Abydos, ville d'Asie sur l'Hellespont. Emporté par l'ardeur de combattre et par l'exemple de son père, il alla à la guerre de Troie, où il fut tué par les Grecs. I. DÉMOCRITE, naquit à Abdère dans la Trace, d'un homme qui logea chez lui Vercès dans le temps de son expédition en Grèce. Ce prince lui laissa par reconnoissance quelques mages qu'il chargea de l'éducation du jeune Abdéritain. Ils lui enseignèrent la théologie et l'astrologie. Il étudia ensuite sous Leucippe, qui lui apprit le système des atomes et du vide. Son goût pour les sciences et pour la philosophie le porta à voyager dans tous les pays où il pourroit acquérir de nouvelles connoissances. Il vit les prêtres d'Égypte, ceux de Chaldée, les sages de Perse, et on prétend même qu'il pénétra jusques dans les Indes, pour conférer avec les gymnosophistes. Ses voyages augmentèrent ses lu- D É M 205 mières ; mais ils épuisèrent son patrimoine, qui montoit à plus de cent talens. Il fut sur le point d'encourir une note d'infamie comme dissipateur. Le philosophe voulant prévenir cet op-probre, alla trouver les magistrats, et leur lut son grand *Diacosme*, un de ses meilleurs ouvrages. Ils en furent si charmés, qu'ils lui firent présent de cinq cents talens, lui érigèrent des statues, et ordonnèrent qu'après sa mort le public se chargerait de ses funérailles. S'étant trouvé un jour à la cour du roi *Darius Ochus*, et ne pouvant réussir à le consoler de la mort de la plus chère de ses femmes, il promit de la faire revivre, pourvu qu'on lui trouvât le nom de trois personnes qui n'eussent point essuyé d'adversités dans la vie, pour les graver sur le tombeau de la reine : la chose étoit impossible, et *Darius* se consola. *Démocrite* n'aimait pas la tristesse. On prétend qu'il rioit toujours, et ce n'étoit pas sans raison : il ne pouvoit s'empêcher de se moquer des hommes, en les voyant si foibles et si vains, passant tour-à-tour de la crainte à l'espérance, et d'une joie excessive à des chagrins immodérés. Les Abderitains, étonnés de ce rire continuel, et craignant que leur philosophe ne tombât en démence, écrivirent à *Hippocrate*, pour lui recommander sa tête. Le médecin s'étant rendu auprès du sage, le vit occupé à lire, à dis-séquer, à étudier la nature. Il fut seulement un peu choqué de l'air railleur que prit *Démocrite* dès la première conversation. Il lui en demanda la raison. Le philosophe lui répondit en lui faisant un tableau piquant des bizarreries et des disparates de l'es- pèce humaine. Il fit voir que rien n'est plus comique, ni plus risible que la vie. « On l'emploie, dit-il, à chercher des biens imaginaires et à former des projets qui demanderaient plusieurs vies. Qu'arrive-t-il ? c'est qu'elle échappe au moment même où l'on compte le plus sur sa durée. Ce n'est enfin qu'une illusion perpétuelle, qui séduit d'autant plus aisément qu'on porte en soi-même le principe de la séduction. Si l'univers se dérouloit tout d'un coup à nos yeux, qu'y verrions-nous ? des hommes foibles, légers, inquiets, passionnés pour des bagatelles, courant après des grains de sable ; des inclinations basses et ridicules, qu'on masque du nom de vertu ; de petits intérêts, des démolés de famille, des négociations pleines de tromperies dont on se félicite en secret, et qu'on n'oscroit produire au grand jour ; des liaisons formées par hasard ; des choses que notre foiblesse, notre extrême ignorance nous font regarder comme belles, héroïques, éclatantes, quoiqu'au fond elles ne soient dignes que de mépris. » Ce discours remplit *Hippocrate* de surprise et d'admiration. Il conçut tant de vénération pour son esprit et pour sa vertu, qu'il ne put s'empêcher de dire aux Abderitains, qu'à son avis, ceux qui s'estimoient les plus sains, étoient les plus malades. *Hippocrate* avoit, dit-on, avec lui une fille lorsqu'il rendit visite à *Démocrite*. Le philosophe la salua, comme vierge, la première fois qu'il la vit : mais le jour d'après il la traita de femme, parce qu'on en avoit abusé pendant la nuit. « *Démocrite* , dit le caustique *Gui Tatin* , n'auroit guères reçu de visite à Paris ; on auroit trop 206 D É M appréhendé l'indiscrétion de son art. » Mais l'historiette de *Démocrite* paroît un conte fait à plaisir. » Croyons, dit un homme d'esprit, que l'on s'est plu à répandre, sur la vie des philosophes, autant d'aventures prodigieuses, que sur celle des baladins. » Il n'est pas moins faux qu'il se soit aveuglé, pour méditer plus profondément. *Démocrite* mourut à l'âge de 109 ans, 362 avant J. C. Il ne reste aucun des ouvrages qu'il avoit composés. Il croyoit que les atômes et le vide étoient les principes de toutes choses : qu'ils rouloient et étoient portés dans l'univers, et que de leur rencontre se formoient le feu, l'eau, l'air et la terre. Il pensoit, suivant *Lucien*, que l'ame meurt avec le corps. Comme il ne croyoit point aux revenans, des jeunes gens se masquèrent en spectres hideux, et vinrent le trouver la nuit dans sa retraite, qui étoit une espèce de sépulcre hors de la ville. Le philosophe, sans se troubler de la vue de ces prétendus fantômes, leur dit tout en écrivant : *Cessez donc de faire les fous*.
DÉMODICE, devint l'épouse de *Crêthée* roi d'Iolchos ville de Thessalie. Ce fut elle qui accusa injustement *Phrixus* d'avoir voulu attenter à son honneur, et l'obligea de fuir pour se soustraire à la colère de son père. I. DÉMODOCUS, chantre célèbre dont *Homère* nous a transmis le nom, célèbre en présence d'*Ulysse* et d'*Alcinoüs*, chefs de l'armée Grecque, les amours de *Mars* et de *Vénus*. On prétend que les Muses, l'ayant privé de la vue, voulurent le dédommager en le faisant exceller dans le chant.
II. DÉMODOCUS, guerrier Troyen, s'étant attaché à *Enée*, accompagna ce héros fugitif après l'incendie de sa patrie, et s'établit ainsi que lui en Italie, sous la protection de *Latinus*.
DÉMOLÉON, fils d'*Anténor* un des principaux chefs de l'armée Troyenne, périt par la main d'*Achille*. Un compagnon d'*Hercule* qui suivit ce héros à la conquête des Amazones, portoit le même nom.
DÉMOLÉUS, soldat de l'armée Grecque, soutint long-temps et avec courage un combat opiniâtre contre *Enée*, défenseur de Troie, sous les murs de cette ville. I. DÉMON ou DÉMENÈTES, Athénien, fils de la sœur de *Démosthènes*, gouverna la république d'Athènes, pendant l'absence de son oncle, l'an 323 avant J. C. Il écrivit et parla en public pour procurer le retour de ce grand orateur. Il obtint enfin qu'on lui enverroit un vaisseau pour revenir, et que non-seulement les 30 talens auxquels il étoit condamné lui seroient remis, mais encore qu'on en tire-roit 30 autres du trésor public pour ériger sur le port de Pirée une statue à *Jupiter Conservateur*, en actions de graces de ce qu'il avoit conservé ce grand homme.
II. DÉMON, peintre d'Athènes, contemporain de *Parrhasius*, se rendit célèbre par ses ouvrages et son orgueil. Il se qualifioit prince de la peinture et descendant d'*Apollon*. On es- timoit sur-tout de lui une représentation de *Cybèle*.
**DÉMONAX**, philosophe Crétois, d'une maison illustre et opulente, méprisa ces avantages pour s'adonner à la philosophie. Il n'embrassa point de secte particulière ; mais il prit ce qu'il y avoit de bon dans chacune. Il se rapprochoit beaucoup de *Socrate* pour la façon de penser, et de *Diogène* pour celle de vivre. Il se laissa mourir de faim, sans rien perdre de sa gaieté, et fut enterré aux dépens du public. Il dit à ceux qui étoient autour de son lit ; *Vous pouvez vous retirer, la farce est jouée*, (mot pareillement attribué à *Auguste*). Ce philosophe pratiqua la vertu sans trop d'ostentation, et reprit le vice sans aigreur. Il fut écouté, respecté et chéri pendant sa vie, et préconisé par *Lucien* même après sa mort. Il vivoit sous l'empereur *Adrien*, vers l'an 120 de J. C.
**DÉMONICE**, jeune fille d'Éphèse, vendit sa patrie à *Brennus*, chef des Gaulois, qui l'assiégeoit. Après en avoir obtenu parole qu'on lui donneroit les colliers et bracelets des autres femmes de la ville, elle en ouvrit une des portes. *Brennus*, maître d'Éphèse, ordonna à ses soldats de jeter à la tête de *Démonice* tous les joyaux d'or et d'argent qu'ils avoient enlevés ; et elle périt sous cette sorte de lapidation. **I. DÉMOPHILE**, évêque de Bérée, embrassa la secte d'*Arius*, et assista au concile de Rimini, où il soutint son erreur avec beaucoup d'adresse. Placé ensuite sur le siège de Constantinople, il en fut chassé par l'empereur *Théodose*, et mourut l'an 386.
**II. DÉMOPHILE** ou
**HIÉROPHILE**, sibylle née à Cumes en Éolide, apporta à *Tarquin l'Ancien* les livres sibyllins écrits en vers. Après que ce roi en eût fait l'acquisition par la somme de 300 pièces d'or, il les fit déposer sous le faîte du Capitole, et en confia la garde à deux prêtres particuliers, qu'on appela *Duumvirs*. Ces livres étoient consultés dans les grandes calamités ; mais il falloit un décret du sénat pour y avoir recours, et il étoit défendu sous peine de mort, aux gardiens, de les laisser voir à personne. Ce recueil d'oracles périt dans l'incendie du Capitole, arrivé sous la dictature de *Sylla*.
**DÉMOPHOON**, fils de *Thésée* et de *Phèdre*, revenant du siège de Troie avec des vents contraires, aborda sur les côtes de Thrace, et se rendit chez le roi *Lycurgue* dont il épousa la fille appelée *Philis*. Après y être resté long-temps caché, la mort de son père l'ayant rappelé à Athènes pour lui succéder, il oublia sa femme, à qui cependant il avoit juré en partant de revenir dans peu de temps. Cette princesse, au désespoir de se voir si lâchement abandonnée, se pendit de fureur.
**DÉMORGOGON**, (Myth.) génie de la terre, habitoit son intérieur et créa le ciel, le soleil et la lumière. Il fut particulièrement adoré en Arcadie ; et on y avoit un tel respect pour son nom qu'on n'osoit pas le prononcer. **I. DÉMOSTHÈNES**, naquit à Athènes, l'an 381 avant J. C. non d'un forgeron, comme *Juvenal* veut le faire entendre, mais d'un homme assez riche, 208 D É M qui faisoit valoir des forges. Il n'avoit que sept ans, lorsque la mort le lui enleva. Des tuteurs intéressés volèrent à leur pupille une partie de son bien, et laissèrent perdre l'autre. Son éducation fut entièrement négligée, et la nature fit presque tout en lui. Il se porta de lui-même à l'étude de l'éloquence, et prit des leçons sous Isée et Platon, profitant des traités d'Isocrate qu'il avoit eus en secret. Son premier essai fut contre ses tuteurs. Il plaida dès l'âge de 17 ans, et les obligea à lui restituer une grande partie de son bien. Une difficulté de prononcer très-remarquable, et une poitrine très-foible, étoient de puissans obstacles à ses progrès. Il vint à bout de les vaincre, en mettant dans sa bouche de petits cailloux, et en déclamant ainsi plusieurs vers de suite et à haute voix, sans s'interrompre, même dans les promenades les plus rudes et les plus escarpées. Pour donner encore plus de force à sa voix, il alloit sur le bord de la mer, dans le temps que les flots étoient le plus violemment agités, et y prononçoit des harangues. C'est ainsi qu'il s'accoutuma au bruit confus, pour n'être point déconcerté par les émeutes du peuple et les cris tumultueux des assemblées. Il fit plus : il s'enfermoit des mois entiers dans un cabinet souterrain, se faisant raser exprès la moitié de la tête, pour se mettre hors d'état de sortir. C'est là qu'à la lueur d'une petite lampe, il composa ces harangues, chefs-d'œuvres d'éloquence, dont ses envieux disoient qu'elles sentoient l'huile; mais que la postérité a mises au-dessus de tout ce que nous a laissé l'ancienne Grèce. Après avoir exercé son talent dans quelques causes particulières, il se mit à traiter les affaires publiques. Les Athéniens par leur mollesse étoient, pour ainsi dire, devenus les complices de ceux qui vouloient les asservir; il ranima leur patriotisme. Il tonna, il éclata contre Philippe roi de Macédoine, et inspira à ses concitoyens la haine dont il étoit pénétré. Voyez PROCION.—I. CTÉSIPHON.—et DÉMON. Il se trouva même l'an 328 avant J. C. à la bataille de Chéronée, où il prit la fuite. Il voulut cependant prononcer l'éloge funèbre des guerriers morts dans cette célèbre journée. Mais Eschine son rival, ne manqua pas de relever cette inconséquence dans le discours qu'il prononça contre lui. « Comment, s'écria-t-il, comment avec ces mêmes pieds qui ont si lâchement quitté leur poste dans le combat, as-tu osé monter sur la tribune, pour y louer ces mêmes guerriers que tu as conduits à la mort? » Car c'étoit par son conseil que la bataille avoit été livrée. Eschine représenta en même temps aux Athéniens que s'ils accordoient à Démosthènes une couronne d'or, les pères, les mères et les enfans de tous ceux qui étoient morts par sa faute à Chéronée, pousseroient des cris d'indignation de ce que tant de braves guerriers étoient morts sans vengeance, et de ce que Démosthènes, qu'on pouvoit regarder comme leur assassin, recevait un honneur public devant toute la Grèce assemblée. Ces désagréments ne ralentirent pas le zèle patriotique de l'ennemi de Philippe. Après la mort de ce prince, Démosthènes se déclara contre Alexandre son fils, avec non moins moins de véhémence; mais s'étant laissé corrompre par le présent d'une coupe d'or, il fut obligé de sortir de la ville. On avoit dit auparavant de lui, « que tout l'or de Philippe ne le tentoit pas plus que celui de Perse n'avoit tenté Aristide. » Sa vertu se démentit en cette occasion. Après la mort d'Alexandre le Grand, il revint à Athènes, et continua à baranguer contre les Macédoiniens. Mais il fut bientôt contraint d'en sortir, parce que sa vie n'étoit plus en sureté, surtout depuis qu'Antipater s'étoit rendu maître de la Grèce. Il se retira à Calaurie dans un asile inviolable consacré à Neptune. Mais à peine y fut-il arrivé, qu'Antipater envoya un comédien pour se saisir de lui. Il voulut d'abord lui persuader de le suivre, et lui jura qu'il n'avoit rien à craindre : mais voyant que Démosthènes n'étoit pas disposé à le croire, il le menaça de l'enlever de force. Alors il fit semblant de céder à ses instances, et le pria d'attendre qu'il eût écrit un mot à ses domestiques; en même temps tirant de son écritoire une plume comme pour écrire, il avala le poison dont elle étoit remplie, et qu'il réservoit pour cet usage, l'an avant J. C. 3.2. On peut remarquer comme une chose singulière, que les deux plus grands orateurs d'Athènes et de Rome ont fini leur vie par une mort funeste. Cet homme, qui eut le courage de se donner lui-même la mort, la craignoit sur le champ de bataille. Voyez Lixis. Les Athéniens lui érigèrent une statue de bronze avec cette inscription sur la base : Si tu avois eu, Démosthènes, autant de bravoure que tu avois d'intelligence, les armes de Ma- cédoine n'eussent jamais triomphé de la Grèce. C'est ce qu'un poète latin a rendu par ce dis-tique : Si tibi par menti robur, Vir magne, fuisset. Gracis non Maceda succubuiset hero. Démosthènes passe avec raison pour le prince des orateurs. C'est le rang que lui donnoit Cicéron, son rival de gloire. « Il remplit, dit-il, l'idée que j'ai de l'éloquence. Il atteint à ce degré de perfection que j'imagine; mais que je ne trouve qu'en lui seul. » Son éloquence étoit rauide, forte, sublime, et d'autant plus frappante, qu'elle paroissoit sans art, et naître du sujet. « Démosthènes, dit Fénelon, paroît sortir de soi pour ne s'occuper que de sa patrie... Il se sent de la parole comme un homme modeste de son habit pour se couvrir. Il tonne, il foudroie; c'est un torrent qui entraine tout... On pense aux choses qu'il dit et non à ses paroles : on le perd de vue; on n'est occupé que de Philippe qui envahit tout. » A cette éloquence mâle et toute de choses, il joignoit une déclamation véhémente et pleine d'expression. C'étoit, selon lui, la partie la plus importante de l'art oratoire. Un Athénien lui ayant demandé à trois différentes reprises : quelle étoit la qualité la plus nécessaire à l'orateur ? Il répondit chaque fois : la déclamation. Ce talent supplée en partie aux autres, et couvre presque tous les défauts. Un autre Athénien l'ayant prié de prendre en main sa défense contre un homme qui l'avoit maltraité, lui faisoit tranquillement le récit des injures reçues par lui. Des in- 210 D É M jures ! lui répondit Démosthènes, cela n'est pas possible. Comment, s'écria cet homme avec colère, je n'ai point été maltraité ? Oh ! présentement, répliqua Démosthènes, j'entends la voix d'un homme qui a été réellement outragé. Démosthènes se conformoit aux leçons qu'il donnoit. Le feu de ses yeux, l'action de son visage, la véhémence de ses gestes, étoient comme des coups de foudre qui terrassoient ses adversaires. Un des grands avantages que l'on peut tirer de ses harangues politiques, c'est d'y recueillir une foule de maximes utiles au gouvernement des états ; c'est d'y apprendre à connoître le peuple d'Athènes par les moyens divers qu'il sait employer pour l'animer contre Philippe, lui faire prendre les armes, et le déterminer au bien public. Son génie tiroit encore une nouvelle force de son zèle pour la patrie, de sa haine pour ses ennemis, et de son amour pour la gloire et la liberté. Son nom rappellera toujours de grandes idées, les idées de courage, de patrie et d'éloquence. On a souvent comparé Démosthènes avec Cicéron, et on ne sait pas encore lequel on doit préférer. Tout ce qu'on peut dire de plus sensé, c'est que ces deux grands hommes prirent des routes opposées pour parvenir au même but. La meilleure édition de ses Harangues, est celle de Francfort, 1604, in-folio, avec la Traduction latine de Wolfius. Toureil en a traduit quelques-unes en françois, et a orné sa version de deux préfaces excellentes sur l'état de la Grèce. Cette version a été éclipsée par la Traduction complète que M. l'abbé Auger en a donnée avec celle d'Eschine, Paris, 1789, 6 volumes in-8. M. Taylor, savant Anglois, a publié à Londres une nouvelle édition de Démosthènes.
II. DÉMOSTHÈNES, vicaire du préfet du prétoire sous Valens, fauteur ardent des Ariens, persécuteur des Catholiques, étoit maître-d'hôtel du même empereur, lorsqu'il s'avisa de critiquer quelques discours que St. Basile faisoit à ce prince. Il lui échappa un barbarisme : Quoi ! lui dit St. Basile en souriant, un Démosthènes qui ne sait pas parler !... Démosthènes piqué lui fit des menaces ; et St. Basile lui répondit : Mélez-vous de bien servir la table de l'empereur, et non pas de parler de théologie. Devenu vicaire du préfet, il bouleversa toutes les églises, assembla des conciles d'évêques Ariens, et exerça des vexations horribles contre les soutiens de la bonne cause. — Il y a aussi eu un célèbre médecin Marseillois du nom de Démosthènes.
III. DÉMOSTHÈNES, Voy. NICIAS et GYLIPPE.
DEMOURS, ( Pierre ) oculiste, médecin du roi, garde du cabinet d'histoire naturelle, naquit à Marseille. Il s'acquit la plus grande réputation par ses connaissances et la légèreté de sa main dans les opérations relatives aux maladies des yeux. Il fut membre de l'académie des sciences de Paris, et mourut dans cette ville le 26 juin 1795, à l'âge de 93 ans. Ses ouvrages sont : I. Essai sur l'Histoire Naturelle du polype, insecte, traduit de l'Anglois de Backer, 1744, in-12. II. Description du ventilateur de Hales, 1744, in-12. III. Méthode de traiter les plaies d'armes à feu, traduite de l'anglois de *Ramby*, 1746, in-12. IV. *Observations de Médecine* de la société d'Édimbourg, traduites de l'anglois, 1759, onze vol. in-12. V. *Transactions Philosophiques*, traduites de l'anglois, depuis 1737 jusqu'en 1746, 5 vol. in-4.º VI. *Table générale des Mémoires de l'académie des sciences* depuis 1747 jusqu'en 1768, 3 vol. in-4.º VII. *Lettre à M. Petit* sur une maladie de l'œil, 1767, in-8.º VIII. *Réflexions* sur la lame cartilagineuse de la cornée, 1770, in-8.º
**DEMPSTER**, (Thomas) gentilhomme Écossois, né au château de Cliffbog en 1579, s'expatria durant les guerres civiles d'Écosse. Il vint à Paris; mais, comme il étoit extrêmement violent, il s'y fit des affaires, et fut obligé de passer en Angleterre. Il revint bientôt à Paris, amenant avec lui une très-belle femme, que ses écoliers lui enlevèrent à Pise où il enseigna pendant quelque temps. De là il passa à Bologne, où il professa avec applaudissement jusqu'en 1625, année de se mort. *Dempster* étoit jurisconsulte, historien, poète, orateur. On a de lui des ouvrages dans ces différents genres. Le plus célèbre est son *Histoire Ecclésiastique d'Écosse* en 19 livres, imprimée in-4.º à Bologne en 1627. Elle est littéraire autant qu'ecclésiastique. Il crut honorer sa patrie, en faisant naître en Écosse une foule d'écrivains étrangers, et il s'honora très-peu lui-même. On a encore de lui, *De Etruria regali*, à Florence, 1723 et 1724, 2 vol. in-fol., auxquels *Passeri* a donné un supplément, Lucques 1767, in-fol., et une édition des *Antiquités Romaines de Rosin*, in-folio, avec des notes, dans lesquelles il prodigue une érudition profonde, mais fatigante par le style et par les citations.
**DENATTÉS**, (François) curé de Saint-Pierre à Auxerre, mort en 1765, à 70 ans, a paraphrasé l'ouvrage d'Opstraet, de *Conversione peccatoris*, dans son *Idée de la Conversion d'un pécheur*, 1732, 2 vol. in-12.
**DENELLE**, scélérat obscur, à qui l'énormité de ses crimes a fait accorder un instant de célébrité, se montra partisan de *Marat* dans la révolution, et devint à Paris, membre de la section de *Popincourt*. Incarcéré après la mort de *Robespierre*, on lui rendit bientôt la liberté; et il en profita pour empoisonner sa femme et ses quatre enfans. Le poison n'agissant point avec assez de force, il les assomma tous cinq. Le plus jeune de ses fils étoit au berceau. *Denelle* se cacha parmi les malades de l'Hôtel-Dieu; il y fut découvert, et après avoir avoué qu'il avoit fait diverses tentatives pour s'empoisonner lui-même, l'échafaud délivra la société de ce monstre.
**DENER**, (Jean Christophe) faiseur de flûtes, mort à Nuremberg en 1709, inventa les clarinettes.
**DENESLE**, *Voyez NESLE*.
**DENHAM**, (le chevalier John) né en 1615 à Dublin, montra dans sa jeunesse plus d'inclination pour le jeu que pour l'étude. Son père, irrité contre lui, le corrigera un peu de son penchant. Le fils écrivit même. 212 DEN un *Essai contre le Jeu*, pour preuve de son changement; mais après la mort du père, il fut plus joueur que jamais. En 1641 il publia une tragédie, intitulée *le Sophi*. Ces prémices de sa veine poétique surprirent d'autant plus, que personne ne s'attendoit à de pareils ouvrages de la part d'un pilier de brelan. *Charles II*, après son rétablissement sur le trône, le nomma sur-intendant des bâtiments royaux. Un second mariage qu'il contracta fut si malheureux qu'il en perdit l'esprit; mais les remèdes et le régime le rétablirent. Il mourut en mars 1668, et fut enterré dans l'abbaye de Westminster, auprès de ses confrères *Chaucer*, *Spencer* et *Cowley*. L'amour du jeu n'étoit pas sa seule passion; il en avoit une non moins forte pour la poésie. Outre sa tragédie du *Sophi*, on a de lui plusieurs autres *Pièces de Poésie*, Londres 1719, in-12, qui lui acquirent beaucoup de réputation. Sa *Montagne de Kooper* est pleine d'idées brillantes et de descriptions faites d'après nature. La précision et la netteté sont les principales qualités qui lui manquent.
DENIS, *Voyez* DENYS.
DENISART, (Jean-Baptiste) procureur au Châtelet de Paris, né près de Guise en Picardie, et mort à Paris le 4 février 1765, à 51 ans, étoit également recommandable par sa probité et par ses lumières. On a de lui un ouvrage plusieurs fois réimprimé, sous le titre de : *Collection de Décisions nouvelles et de Notions relatives à la Jurisprudence actuelle*; Paris 1771, 4 vol. in-4. Ce recueil, dont on prépare une édition très-aug- augmentée en 12 vol., peut servir également de dictionnaire pour le droit civil et pour le canonique. Il est utile non-seulement aux jurisconsultes, mais aux personnes dont l'étude des lois ne constitue point l'état. *Denisart* s'étoit proposé de réunir dans un seul livre, des notions précises sur chaque point, d'appuyer les principes par des exemples et sur-tout par les décisions nouvelles et importantes. Ce plan étoit très-bien vu; mais il se glissa dans l'exécution quantité de fausses citations, d'erreurs et de contradictions. Les nouveaux éditeurs se sont chargés de refaire la plupart des articles, de vérifier les passages, de rectifier les méprises; et l'obligation sera complète, s'ils ont la précision, la clarté et la méthode du premier auteur. On lui doit encore une édition des *Actes de notoriété du Châtelet*, 1769, in-4. avec des notes qui prouvent beaucoup de savoir. Ce recueil avoit été d'abord publié par *Jean le Camus* lieutenant civil, mort en 1710, à 74 ans, avec la réputation d'un magistrat intègre et éclairé. *Denisart* étoit extrêmement laborieux, et c'est sans doute son application continuelle qui a avancé sa mort.
DENISOFF, vaillant général des Kosaques, se distingua dans la guerre faite par *Catherine II* aux Turcs et aux Suédois. Ce fut lui qui enleva les équipages du roi de Suède dans la bataille d'Aborfors en 1790. A la paix, *Gustave* voulut connoître celui qui l'avoit privé de vétemens; *Lenisoff* lui fut présente; et le monarque le combla d'amitiés. Le Kosaque étoit alors très-âgé; il est mort quelque temps après.
**DENNER**, (Balthasar) peintre célèbre, né à Hambourg en 1685, n'a été surpassé par personne dans le portrait. Tous les souverains du nord l'appellerent à leur cour pour être peints de sa main. L'impératrice de Russie le demanda et lui offrit mille ducats pour son portrait; mais *Denner* se trouvant alors trop âgé, refusa de faire le voyage de Pétersbourg. L'empereur *Charles VI* acheta 5875 florins une tête de vieille, qu'il plaça dans un cabinet particulier dont lui seul avoit la clef. *Denner* fit encore le pendant de cette vieille pour le même prince : c'est une tête de vieillard qui est un second chef-d'œuvre. Ce peintre est mort dans sa patrie en 1747.
**DENNYS**, (Jean) célèbre critique, fils d'un sellier de Londres, y naquit en 1657 et y mourut le 17 décembre 1733. Il fut en Angleterre ce que *Gacon* étoit alors en France, le *Zoïle* de tous les poètes célèbres, et sur-tout de *Pope*, qui ne manqua pas de le placer dans sa *Dun- ciade*. « Il est mort, dit l'abbé *Prévôt*, dans un âge fort avancé, et aussi couvrit de gloire et de blessures, que peut l'être un critique qui n'a fait que mordre et recevoir des morsures pendant toute sa vie. Ceux qui ne considèrent que les atteintes qu'il a reçues, le regardent comme l'homme du monde qui a été le plus à plaindre et le plus maltraité. Ceux au contraire qui ne jettent les yeux que sur les coups terribles qu'il a portés, doivent le regarder comme un champion redoutable, avec lequel il n'y avoit jamais d'avantage à combattre. On a fait quantité de vers sur sa mort, dans les- quels on lui donna le titre honorable de *dernier Critique* et de *dernier Esprit classique du règne de Charles II*, à peu près dans le sens qu'on a nommé *Brutus* le dernier des Romains. Son humeur caustique et presque insociable lui avoit attiré deux malheurs, qui ont dû lui faire regarder la mort comme un bien : il n'avoit point d'amis, et il étoit réduit à la dernière pauvreté. » *Pour et contre*, tome troisième, p. 68. Outre ses brochures critiques, on a de lui deux tragédies, *La Liberté défendue*, 1704; *Appius et Virginie*, 1709; et divers poèmes très-médiocres.
**DENORES**, *Voy. NORES*.
**DENTATUS**, *Voyez CURIUS*, No I.
**DENTRECOLLES**, (François-Xavier) Jésuite, né à Lyon en 1664, se consacra à la mission de la Chine avec le Père *Parrennin*. Il y fut employé autant d'années que lui, et mourut également en 1741, à 77 ans. Son caractère aimable, son esprit insinuant, et ses manières douces et affables, lui gagnèrent l'estime et l'affection des lettrés et du peuple. Il fit imprimer un grand nombre d'ouvrages en langue Chinoise, soit pour persuader la vérité de la religion aux Gentils, soit pour maintenir les nouveaux fidèles dans la piété. Outre ces écrits qui ne peuvent nous être connus, nous avons de lui plusieurs morceaux intéressants dans le recueil de *Lettres édifiantes et curieuses*, et dans *l'Histoire de la Chine de du Halde*. Les principaux ont pour objet les *Monnaies* de la Chine, et la manière d'y faire la porcelaine. I. DENYS, (Saint) dit l'Aréopagite, un des juges de l'Aréopage, fut établi évêque d'Athènes, après avoir été converti par St. Paul. Il finit sa vie dans cette ville par le martyre, vers l'an 95 de J. C. « Les Grecs depuis le 9e siècle, dit Baillet, avoient cru qu'il avoit passé de la Grèce dans les Gaules, et qu'il avoit eu la tête coupée à Paris, dont il étoit devenu évêque. Mais cette opinion, née du temps de Louis le Débonnaire, ne vivra pas apparemment plus long-temps depuis que tant de savans en ont montré la fausseté. » On lui attribua plusieurs ouvrages dans les siècles d'ignorance; mais, aujourd'hui que l'on met les fausses traditions dans la balance de la critique, on est revenu de ce préjugé. Le style de ces ouvrages et leur méthode sont fort éloignés de la manière dont on écrivoit dans le 1er et le 2e siècles, et paroissent être du 5e. On les a tous réimprimés en deux vol. in-fol. grec et latin, à Anvers en 1634, recueillis par le P. Balthasar Corder, Jésuite. Le 1er volume contient les Préfaces de Saint Maxime et de George Pachimère, le livre de la Hiérarchie céleste en 15 chapitres, celui de la Hiérarchie ecclésiastique en 7, et celui des Noms divins en 13. Le 2d vol. renferme la Théologie mystique en cinq chapitres, et quelques Épîtres. On trouve sa Liturgie dans un petit vol. in-8°, Cologne 1530, rare, intitulé : Ritus et Observationes antiquissime. Ses ouvrages sont aussi dans la Bibliothèque des Pères.
II. DENYS, (Saint) célèbre évêque de Corinthe au 2e siècle, avoit écrit plusieurs Lettres. Essèbe en a conservé des fragments intéressans.
III. DENYS, (St.) premier évêque de Paris, fut envoyé dans les Gaules sous l'empire de Philippe vers l'an 245. Il fut honoré de la palme du martyre, et eut la tête tranchée avec ses compagnons, Rustique et Eleuthère, l'un prêtre et l'autre diacre. On a confondu très-mal à propos ce saint évêque avec Denys l'Aréopagite. Hilduin, abbé de Saint-Denys, fut le premier qui entreprit de prouver dans le neuvième siècle, que l'évêque de Paris étoit le même que l'évêque d'Athènes. Ce fut lui qui avance que le saint martyr avoit porté sa tête entre ses mains. Cette opinion passa de Paris à Rome par Hilduin; des Romains chez les Grecs, par Méthodius son contemporain; et de la Grèce elle repassa en France, par la traduction que fit Anastase, de la Vie de St. Denys, composée par Méthodius. Ce sentiment a été long-temps au nombre de ceux qu'il étoit dangereux d'attaquer; mais à présent il est entièrement réprouvé, même par les légendaires les plus crédules.
IV. DENYS, (S.) patriarche d'Alexandrie, successeur d'Héraclas dans ce siège l'an 247 de J. C., se convertit en lisant les Épîtres de St. Paul. Son courage, son zèle, sa charité parurent avec éclat pendant les persécutions qui s'élevèrent contre son église, sous l'empire de Philippe; et sous celui de Déce l'an 250. Ses vertus ne brillèrent pas moins durant le schisme des Novatiens contre le pape Corneille, et dans les ravages que faisait l'erreur de Sabellius, qui confon doit les trois personnes de la Trinité. Cette hérésie désoloit la Pentapole : Denys la foudroya par plusieurs lettres éloquentes. Il mourut en 264, après avoir gouverné l'église d'Alexandrie durant 11 ans. De tous ses ouvrages, nous n'avons plus que des Fragmens et une Lettre canonique insérée dans la collection des Conciles. Son style est élevé ; il est pompeux dans ses descriptions, et pathétique dans ses exhortations. Il possédoit parfaitement le dogme, la discipline et la morale. Aux argumens les plus forts contre ses adversaires, il joignoit la modération et la douceur. V. DENYS, (Saint) Romain, successeur de St. Sixte dans le souverain pontificat, gouverna l'église de Rome, l'édifia et l'instruisit pendant dix ans et quelques mois. Il fut placé sur la chaire de St. Pierre le 22 juillet 259, et mourut le 26 décembre 269. Il tint un synode l'an 291, dans lequel il anathématisa l'hérésie de Sabellius, et l'erreur opposée, soutenue depuis par Arius. On trouve dans les Epistolae Romanorum Pontificum de D. Coustant, in-fol. des Lettres de ce pape contre Sabellius.
VI. DENYS, (Saint) évêque de Milan, défendit, au concile de cette ville en 355, la foi du concile de Nicée. Il eut ensuite la foiblesse de souscrire à la condamnation de St. Athanase ; mais ayant réparé sa faute, l'empereur Constance l'envoya en exil en Cappadoce. Il y mourut quelque temps après.
VII. DENYS, tyran d'Héraclée dans le Pont, profita des conquêtes d'Alexandre le Grand sur les Perses, pour affermir sa tyrannie ; mais il ne se maintint qu'à force de souplesse pendant la vie de ce héros. Après sa mort, il fut inquiété par Perdiccas, l'un de ses successeurs. Celui-ci ayant été tué l'an 321 avant J. C., le tyran épousa Amestris, fille du frère de Darius, prit le titre de roi, et unit à ses états plusieurs places importantes qu'il conquit aux environs d'Héraclée. Le reste de sa vie ne fut rempli que par les plaisirs. Il étoit d'une si prodigieuse grosseur, qu'il n'osoit produire en public sa lourde masse. Lorsqu'il donnoit audience, ou lorsqu'il rendoit justice, il s'enfermoit, dit-on, dans une armoire de peur qu'on ne vit son visage. Quelques bannis d'Héraclée l'appellent le Gros Pourceau dans une comédie de Ménandre. Il dormoit presque toujours d'un sommeil si profond, qu'on ne pouvoit l'éveiller qu'en lui enfonçant des aiguilles dans la chair. Cet homme monstrueux mourut à 55 ans, l'an 304 avant J. C., laissant deux fils et une fille sous la régence de sa femme. Ses sujets le regrettèrent beaucoup, parce qu'il les avoit traités avec douceur.
VIII. DENYS Ier, tyran de Syracuse, fils d'Hermocrate, de simple greffier devint général des Syracusains et ensuite leur tyran. Il déclama avec force contre les anciens magistrats, les fit déposer, en fit créer de nouveaux, et se mit à leur tête l'an 405 avant J. C. Pour établir sa tyrannie, il augmenta la paye des soldats, rappela les bannis, et se fit donner des gardes par le peuple. Il soutint presque toujours la guerre contre les Carthaginois, mais avec des succès divers. 116 DEN La ville de Géla ayant été prise par ceux-ci, les Syracusains se soulevèrent contre lui. Le tyran les réprima, ordonna le massacre des Carthaginois répandus dans la Sicile, et jura une haine éternelle à Carthage. A la passion de commander, il joignit celle de versifier. Il envoya à Olympie son frère *Théodore*, pour y disputer en son nom le prix de la poésie et celui de la course des chevaux. Ses ouvrages furent utilisés. Ne pouvant se venger des tailleurs, il se vengea sur ses sujets. Tous les beaux esprits de Syracuse qui mangeaient à sa table, avoient attention de louer le guerrier, mais encore plus le poète. *Voyez ARISTIPPE*. Il n'y eut qu'un certain *Philoxène*, célèbre par ses *Dithyrambes*, qui ne se laissa point entraîner au torrent. *Denys* lui lut un jour une pièce de vers, sur laquelle il le pressa de lui dire son sentiment: cet homme franc lui déclara sans hésiter qu'elle étoit mauvaise. Le prince ordonna qu'on le conduisit aux carrières; mais, à la prière de sa cour, il le fit élargir. Le lendemain, il choisit ce qu'il croyoit être son chef-d'œuvre, pour le montrer à *Philoxène*. Le poète, sans répondre un seul mot, se tourna vers le capitaine des gardes, et lui dit: *Qu'on me remène aux carrières*. Le tyran fut jugé moins sévèrement à Athènes. Il y fit représenter une de ses tragédies pour le concours du prix; on le déclara vainqueur. Ce triomphe le flatta plus que toutes ses victoires. Il ordonna qu'on rendit aux Dieux de solennelles actions de graces. Il y eut pendant plusieurs jours des fêtes somptueuses à Syracuse. L'excès de sa joie ne lui permit pas de se modérer à table, et il mourut d'une indi- gestion, après 38 ans de tyrannie, 386 ans avant J. C., dans sa 63e année. *Denys* avoit tous les vices d'un usurpateur; il étoit ambitieux, cruel, vindicatif, soupçonneux. Il fit bâtir une maison souterraine, environnée d'un large fossé, où sa femme et ses fils n'entroient qu'après avoir quitté leurs habits, de peur qu'ils n'eussent des armes cachées. Il portoit toujours une cuirasse. Son barbier lui ayant dit que sa vie étoit entre ses mains, il le fit mourir, et se vit réduit à se brûler lui-même la barbe. Un jour que son frère, en lui faisant la description d'un terrain, prit la hallebarde d'un des gardes qui étoient présens, pour en tracer le plan sur la table, *Denys* entra en fureur et tua le garde qui avoit donné sa hallebarde si facilement. Sa défiance tyrannique est consacrée par un monument qui subsiste encore en Sicile: c'est une caverne d'une grandeur énorme, nommée l'*Oreille de Denys le tyran*. Elle est creusée dans le roc, et a exactement la forme d'une oreille humaine; sa hauteur est de 80 pieds sur 250 de long. On dit qu'elle étoit construite de façon que tous les sons qui s'y produisoient, étoient rassemblés et réunis, comme dans un foyer, en un point qui s'appeloit le tympan. Le tyran avoit fait faire au bout du tympan un petit trou qui communiquoit à une chambre où il avoit coutume de se cacher: il appliquoit son oreille à ce trou, et il entendoit distinctement tout ce qui se disoit dans la caverne. Dès que cet ouvrage fut achevé, et qu'on en eut fait l'épreuve, il fit mettre à mort tous les ouvriers qui y avoient travaillé. Il y emprisonna ensuite toutes les personnes qu'il regardoit comme ses ennemis; et après avoir entendu leur conversation, il les condamnoit, dit-on, ou les renvoyait absous. Son impiété n'est pas moins connue que sa méfiance. Ayant ôté un manteau d'or à la statue de Jupiter, il en substitua un de laine, disant: *Qu'un manteau d'or étoit bien pesant en été, et bien froid en hiver, et que le bon fils de Saturne devoit se contenter d'un manteau plus simple.* Une autre fois, il arracha une barbe d'or à Esculape, en ajoutant, qu'il étoit indécent qu'il en portait une, tandis que son père Apollon n'en avoit point. Il pilla le temple de l'oserpine à Locres: et comme il eut un vent favorable pour s'en retourner: *Vous voyez, dit-il en se moquant de ceux qui l'avoient suivi dans cette expédition, que les Dieux immortels favorisent la navigation des sacrilèges. Denys informé qu'une vieille femme prioit les Dieux de prolonger la vie à son souverain, voulut savoir quels étoient les motifs d'une prière si assidue. C'est, répondit cette femme, qu'ayant été gouvernée par un mechant prince dont je souhaitois la mort, et qui périt, et ayant vu dans son successeur un tyran plus abominable encore, je crains qu'il ne soit remplacé par un monstre pire que toi. Denys avoit épousé deux femmes dans le même jour: Doris de Locres, et Aristomaque, fille d'un des principaux citoyens de Syracuse. Il eut de la première Denys, qui lui succéda. Nous ajouterons, en finissant cet article, que nous y avons peint Denys d'après l'idée commune. Mais la vérité de l'histoire exige que nous disions, d'après Rollin, que ce tyran tempéroit les vices de son ambition et de son des-* despotisme par de grandes qualités. Il souffrit souvent la contradiction sans marquer ni ressentiment, ni colère. Il eut en général pour le peuple de Syracuse, des manières gracieuses et populaires. « La familiarité avec laquelle il conversoit avec les moindres bourgeois, et même avec les ouvriers, l'égalité qu'il gardoit entre ses deux femmes, les égards et le respect qu'il avoit pour elles; tout cela marque, selon Rollin, que *Denys* avoit plus d'équité, de modération, de bonté, de générosité qu'on ne le pense ordinairement ». Il ne fut point tyran comme *Phalaris*, comme *Néron*. Quant à sa manie poétique, *Rollin* dit encore qu'il valoit mieux que *Denys* employât ses heures de loisir à l'art des vers qu'à la bonne chère et à des plaisirs non moins pernicieux. Ce fut la réflexion de *Denys* le jeune, pendant qu'il étoit à Corinthe. *Philippe de Macédoine* lui demanda, d'un ton ironique: *En quel temps son père avoit pu composer ses Gdes et ses Tragédies?* Vous voilà bien embarrassé, répondit *Denys*; il les composa aux heures que vous et moi passons à boire et à nous divertir. Voyez DAMOCLÈS et DAMON.
IX. DENYS II, surnommé le Jeune, successeur et fils du précédent, fit venir Platon à sa cour, par le conseil de Dion son beau-frère. Le philosophe n'adoucit point le tyran. *Denys*, séduit par ses flatteurs, exila Dion, et fit épouser sa femme à un autre. Cet affront mit la vengeance dans le cœur de Dion, qui attaqua *Denys*, et l'obligea d'abandonner Syracuse l'an 343 avant J. C. Il rentra dix ans après, et en fut 218 DEN encore chassé pas *Timoléon*, général des Corinthiens. *Denys* le *Vieux* avoit prédit à son fils ce qui devoit lui arriver. Un jour il lui reprochoit la violence qu'il avoit faite à une dame de Syracuse, et lui demandoit en colère s'il avoit jamais entendu dire que dans sa jeunesse il eût commis de telles actions; *C'est*, lui dit le jeune homme emporté, que vous n'êtes pas né fils de roi. — *Et toi, tu n'en seras jamais père!* prédiction qui fut accomplie. En effet, *Denis* le *Jeune*, plus cruel encore que son père, et moins politique, ayant été chassé de Syracuse, se réfugia à Corinthe, où il ouvrit, dit-on, une école, pour se conserver encore, dit *Cicéron*, une espèce d'empire. On auroit pu faire cette plaisanterie à *Denys* le *Jeune* lui-même; car il paroît qu'il entendoit alors raillerie, et savoit y répondre. Interrogé. *Pourquoi il n'avoit pas su se maintenir sur le trône de son père? Ne vous en étonnez pas*, répondit-il; *mon père, en me laissant ses biens, ne m'a pas transmis la fortune qui les lui avoit fait acquérir*. Un Corinthien entrant dans sa chambre, et voulant se moquer de lui, secouoit son manteau, comme chez un tyran, pour faire voir qu'il n'avoit point d'armes cachées; mais *Denys* se saisissant du trait qu'on vouloit lui lancer, le fit rejaillir sur le railleur: *Mon ami*, lui dit-il, *secoue plutôt ton manteau quand tu sortiras*; pour lui faire entendre qu'il le croyoit très-capable d'emporter quelque chose. — Un autre Corinthien cherchant à le railler sur le commerce qu'il avoit eu avec les philosophes, pendant qu'il étoit dans sa plus grande splendeur, lui demanda, comme par insulte, à quoi toute la sagesse de *Platon* lui avoit servi: *Trouvez-vous donc*, répliqua-t-il, que je n'aie tiré aucune utilité de Platon, en me voyant porter mon infortune comme je fais? Sa profession de maître d'école a paru une fable à *Hewman*, docteur d'Allemagne, qui a fait, sur ce sujet, un gros in-4.$^{o}$ X. DENYS, roi de Portugal, né en 1261, succéda à son père *Alphonse*, et se montra ami des lettres et des bonnes lois. Il institua une université à Lisbonne, qu'il transféra ensuite à Coimbre; ce fut par les lumières de celle-ci que la langue l'ortugaise commença à se fixer. Après l'abolition de l'ordre des Templiers, il fonda celui du *Christ*, en lui accordant les biens que les premiers possédoient dans ses états. Ce monarque s'occupoit à embellir ses villes, à bâtir celle de Montréal, lorsque la révolte de son fils vint mettre un terme à son bonheur. En vain la reine *Elisabeth*, son épouse, ménagea-t-elle diverses fois la réconciliation entre le père et le fils, le roi vit sa santé s'altérer par les chagrins domestiques, et mourut le 7 janvier 1325.
XI. DENYS D'HALICARNASSE, naquit à Halicarnasse, autrefois *Zéphyre*, ville de la Carie, la demeure ordinaire des rois de cette province; c'étoit aussi la patrie d'*Hérodote*. *Denys* la quitta vers l'année 30$^{e}$ avant J. C., et vint à Rome, où il demeura 22 ans. Il y apprit la langue latine, pour se mettre en état de consulter les histories du pays. Il se lia avec tous les savans de Rome, et eut, avec eux, de fréquens entretiens. Il fit une étude sérieuse de tous les auteurs, tant Grecs que Latins, qui avoient parlé du peuple Romain. C'est avec ces secours qu'il composa les *Antiquités Romaines* en vingt livres, dont il ne nous reste que les onze premiers qui vont jusqu'à l'an 312 de la fondation de Rome. L'abbé *Bellenger*, docteur de Sorbonne, en a donné une *Traduction* françoise, avec des notes, en 1723, à Paris, 2 vol. in-4°. Il y en a eu une aussi vers le même temps par le *P. le Jai*, Jésuite. Elles ont chacune leur mérite particulier, mais dans un genre différent. Les écrivains anciens et modernes qui ont fait mention de *Denys*, reconnoissent en lui, suivant le *P. le Jai*, un génie facile, une érudition profonde, un discernement exact, et une critique judicieuse. *Henri Etienne* dit que l'Histoire Romaine ne pouvoit être mieux écrite, que l'a fait en grec *Denys* d'Halicarnasse, et *Tite-Live* en latin. Ce jugement n'est pas exactement vrai, par rapport au style. Celui de l'historien Latin est bien autrement beau, noble, élevé, grand, vif, que celui de l'historien Grec, presque toujours foible, prolixe et languissant. Ce qu'ils ont de commun, c'est qu'ils sont quelquefois trop crédules; mais *Denys* est plutôt un compilateur d'antiquités, qu'un historien. Ce dernier, a-t-on dit, se parant d'une fausse exatitude, entre souvent dans un vain détail de circonstances qui ne paroissent que le fruit de son imagination, et dont il est impossible qu'il fût bien informé. Deux ou trois endroits de son histoire, où il paroît examiner les faits en bon critique, ont ébloui sur tout le reste; et sur la foi de ces exemples, on a cru qu'il n'avoit admis aucun autre fait sans l'avoir examiné avec la même sévérité. On a encore de lui des *Comparaisons de quelques anciens Historiens*. Ces morceaux se trouvent dans l'édition de ses *Œuvres*, publiée à Oxford en 1704, 2 vol. in-folio, par *Jean Hudson*, en grec et en latin, la meilleure que nous ayons jusqu'à présent. On estime aussi celle de *Sylburge*, à Francfort, 1586, in-fol. Son traité *De structura Orationis*, Londres, 1702, in-8°, n'est pas commun.
XII. DENYS D'HALICARNASSE, descendant du précédent, vivoit sous l'empire d'*Adrien*, et fut renommé par ses ouvrages sur la musique. Il publia l'*Histoire* de cet art en 36 livres, des *Commentaires* en 24 livres, et des *Institutions musicales* en vingt-deux.
XIII. DENYS, peintre ancien, fut surnommé l'antropophage, parce qu'il ne peignoit que des hommes.
XIV. DENYS, fils de *Timarthis*, sculpteur ancien, fit la statue de *Junon*, qu'on voyoit à Rome sous les portiques d'*Octavie*.
XV. DENYS DE CARAX, ou le *Periégète*, géographe, né à Carax dans l'Arabie Heureuse, auquel on attribue une *Description de la terre* en vers grecs. *Voyez* GUION. Les uns le font vivre du temps d'*Auguste*; mais *Scaliger* et *Saumaise* le reculent jusqu'au règne de *Sèvère* ou de *Marc-Aurèle*, et cette opinion paroît la mieux fondée. Son ouvrage vit le jour à Oxford, 1697, 1704 et 1710, in-8° L'édition de 1710 est plus ample; mais il y a des cartes dans celle de 1704, qui ne sont ni dans l'édition de 1697, ni dans celle de 1710. On en a une autre édition en grec et latin, par Tannegui le Fèvre; Saumur, 1676, in-8.
XVI. DENYS, surnommé le Petit à cause de sa taille, naquit en Scythie. Il passa à Rome, et fut abbé d'un monastère. C'est lui qui a introduit le premier la manière de compter les années depuis la naissance de J. C., et qui l'a fixée suivant l'époque de l'ère vulgaire, qui n'est pourtant pas la véritable. (L'ère vulgaire précède de 4 ans l'ère chrétienne.) On a de lui un Code de Canons approuvé et reçu par l'église de Rome, suivant le témoignage de Cassiodore, et par l'église de France et les autres Latines, suivant celui d'Hinemar. Justel a donné une édition de ce recueil en 1628. Denys l'augmenta d'une Collection des Décretales des Papes, qui commence à celles de Sirice, et finit à celles d'Anastase. On a encore de lui la Version du Traité de St. Grégoire de Nisse, de la création de l'Homme. Le sens est rendu fidèlement et intelligiblement, mais non pas en termes élégans et choisis. Cassiodore, qui l'a comblé d'éloges, assure qu'il savait le grec si parfaitement, qu'en jetant les yeux sur un livre de cette langue, il le lisait en latin, et un latin en grec. Denys mourut vers l'an 540.
XVII. DENYS le Chartreux, natif de Rikel dans le diocèse de Liège, vécut 48 ans chez les Chartreux de Rurmonde, et mourut en 1471, à 69 ans, après avoir servi l'église par son savoir et ses vertus. Son attachement continué à la contemplation, lui fit donner le nom de Docteur Exta-tique. Ce titre ne me paroît pas très-bien fondé, dit l'abbé Goupel; ceux qui savent quelle est la multitude de ses ouvrages, juge-ront aisément qu'il ne s'est guères donné le loisir de méditer et de se laisser aller à l'extase pendant qu'il écrivoit. Il envoya des lettres au pape et à plusieurs princes Chrétiens, pour leur apprendre que la perte de l'empire d'Orient étoit un effet de la colère de Dieu, justement irrité contre les fidèles. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, pleins d'instructions salutaires, et d'une onction touchante, mais écrits sans politesse et sans élévation. Eugène IV disoit que l'Eglise étoit heureuse d'avoir un tel fils.—Denys avoit beaucoup lu, et ne manquoit pas d'érudition dans les choses communes, et appliquoit heureusement les passages de l'Écriture. Il étoit sobre et sage dans la spiritualité, et il n'y a guères d'auteurs mystiques dont les ouvrages se lisent avec plus de plaisir et de fruit. Les siens ont été recueillis en 21 volumes in-folio. Cologne, 1549, en y comprenant ses Commentaires. Son Traité contre l'Alcoran, en cinq livres, Cologne, 1533, in-8°, est devenu rare. Le Traité De bello instituendo adversus Turcas, compris au premier livre, fut supprimé pour certaines applications forcées et pour quelques visions singulières.
XVIII. DENYS, (Jean-Baptiste) médecin ordinaire du roi, mort l'an 1704, à Paris sa patrie, où il professa la philosophie et les mathématiques avec distinction. Il tenoit chez lui des Conférences sur toutes sortes de matières, qui ont été imprimées in-4. Ces Conférences commencèrent en 1664, et continuaient encore en 1672. On trouve dans les Mémoires beaucoup de choses curieuses et intéressantes. Il donna encore, en 1668, deux *Lettres* in-8°, dont l'une a pour objet plusieurs expériences de la transfusion du sang, faites sur des hommes; l'autre roule sur une folie guérie par la transfusion. Il étoit grand partisan de cette pratique; mais elle fut défendue par un arrêt du parlement, informé de quelques mauvais effets qu'elle avoit produits. *Voy. DESGABETS.*
**XIX. DENYS**, (Pierre) né à Mons en 1658, manifesta, dès sa jeunesse, son goût pour les arts, et en particulier pour le travail du fer. Il se perfectionna à Rome et à Paris jusqu'en 1690, année dans laquelle il se consacra à Dieu dans l'ordre de Saint-Benoit, en qualité de *Commis*. C'est ainsi qu'on nommoit les laïques qui s'engageoient, par un contrat civil, à garder certaines règles, et à s'occuper, selon l'ordre des supérieurs, dans les arts et métiers dont ils étoient capables. Il vécut pendant 43 ans dans l'abbaye de Saint-Denys, avec beaucoup d'édification, et il y mourut en 1733, à 70 ans. On l'a regardé comme le plus habile ouvrier en fer qu'il y ait eu en France. Personne n'a encore approché de la délicatesse, de la beauté, de la perfection de ses ouvrages. C'est à lui qu'on doit la belle grille, la suspension des lampes du chœur, la balustrade et les rampes du grand escalier, la chaire du réfectoire, la plupart des autres ornements en fer de l'abbaye de Saint-Denys, qui sont généralement estimés des connoisseurs, et admirés même de ceux qui n'en connoissent pas tout le prix. Il a fait encore la grille de la cathédrale drale de Meaux et celle du chœur de l'abbaye de Chelles.
**XX. DENYS**, (Michel) bibliothécaire de l'empereur à Vienne, mort en 1800, à l'âge de 71 ans, s'est fait connoître, 1° par des *Poésies*; 2° par une *Traduction d'Ossian*; 3° par un *Supplément* aux annales de *Maittaire*; 4° par une *Introduction* à la connoissance des livres rares, 2 volumes in-4°; 5° Enfin, par le *Catalogue* raisonné des manuscrits de la bibliothèque dont on lui avoit confié le soin. Ce dernier ouvrage est en latin, et en 2 vol. in-fol., dont le premier a été publié en 1793, et le second en 1801.
**DENYSART**, *Voyez DENYSART.*
**DENYSOT**, (Nicolas) peintre et poète François, né au Mans en 1515, peignoit assez bien et versifioit assez mal. Il excella surtout dans le dessin. Il mourut à Paris l'an 1559. Ce poète se piquoit d'imiter *Jodelle*: mauvaise copie d'un mauvais modèle. Il publia des *Cantiques*, 1553, in-8°, sous le nom de *Conte d'Alsynois*, qui est l'anagramme du sien. On croit qu'il a eu part aux *Contes de Despériers*.
**DÉO-DATUS**, *Voyez DIEUDONNÉ et DIÉ.*
**DEO-GRATIAS**, (Saint) élu évêque de Carthage, à la prière de l'empereur *Valentinien III*, vers 454, du temps du roi *Genseric*, se distingua par sa charité envers les pauvres et les captifs, et mourut en 457.
**DÉON**, *Voyez ÉON.*
**DEPARCIEUX**, *Voyez PARCIEUX.* 222 DER
DERCETIS, ou ATERGATIS, (Mythol.) jeune fille, qui s'étant repentie de s'être abandonnée à un jeune homme à la sollicitation de Vénus, se précipita dans un étang, où son corps n'ayant pas été retrouvé, on présuma qu'elle avoit été changée en poisson; et on l'adora comme déesse chez les Sidoniens.
DERCYLLIDAS, général des Lacédémoniens, vers l'an 400 avant J. C., prit plusieurs villes aux Perses. Sur le point d'en venir à une bataille, il engagea adroitement Pharnabaze et Tissapherne général d'Artaxerces, à signer un traité par lequel les Perses s'obligeoient de laisser les villes Grecques en liberté, l'an 397.
DERCYNUS et ALIBION frères, (Mythol.) étoient fils de Neptune et d'Amphitrite. Après s'être emparés furtivement des bœufs qu'Hercule avoit enlevés à Géryon qu'il avoit vaincu, ils les emmenèrent en Italie.
DERHAM, (Guillaume) recteur d'Upminster dans le comté d'Essex, membre de la société royale de Londres, et chanoine de Vindson, naquit à Stowton près de Worcester en 1651. Il se fit de bonne heure un nom célèbre par ses talens pour la physique, et sur-tout par l'usage qu'il en a fait. En 1711 et 1712, il remplit la fondation de Boyle avec le plus grand éclat. Il mourut à Londres en 1735, à 78 ans. On a de lui la Théologie Physique et la Théologie Astronomique, traduites en françois, l'une en 1729, et l'autre en 1730, et dignes de l'être dans toutes les langues, toutes deux sont in-8°. Le premier ouvrage lui mérita des lettres de docteur en théologie, que l'université d'Oxford lui envoya, sans exiger de lui aucune des formalités accoutumées. Ces deux écrits sont le précis des sermons qu'il avoit prêchés en 1711 et en 1712. La religion y est prouvée par les merveilles de la nature. On a encore de lui plusieurs autres ouvrages dans les Transactions Philosophiques.
DERRAND, (François) Jésuite, né en 1558 dans le pays Messin, mort à Agde en 1644, est connu par son Architecture des Voûtes, Paris, 1643, infol. La Rue, architecte de Paris, en a donné en 1728 une nouvelle édition fort augmentée. C'est sur ses dessins qu'a été bâtie l'église de St. Louis, rue Saint-Antoine, à Paris, qui est regardée comme un assez mauvais ouvrage, surchargé de sculpture, et dont les axes des colonnes ne sont point à plomb.
DES-ACCORDS, Voyez TABOUROT.
DES-ADRETS, Voyez ADRETS.
DESAGULIERS, (Jean-Théophile) célèbre physicien, né à la Rochelle en 1683, étoit fils d'un ministre Protestant. A la révocation de l'édit de Nantes, son père passa en Angleterre. Le jeune Desaguliers, après avoir étudié à Oxford sous les plus habiles maîtres, fut fait prêtre par l'évêque d'Eli, en 1717, et chargé de deux cures. La physique expérimentale l'occupa plus que la théologie : il en fit à Londres, depuis 1710 jusqu'en 1740, différens cours, qui lui ouvrirent les portes de la société royale, et qui l'annoncèrent à l'Europe comme l'un des premiers physiciens de son siècle. La Hollande l'appela pour y aller faire des cours de physique. Il se rendit d'abord à Rotterdam, et ensuite à la Haie, où il eut le plus grand succès : c'étoit en 1730. La société royale dont il étoit membre, fâchée d'avoir perdu un tel homme, le rappela bientôt pour continuer ses expériences en Angleterre, avec un honoraire annuel de 30 livres sterlings. A la dextérité de la main et à une grande sagacité, *Desaguliers* joignoit l'esprit d'invention ; c'étoit tous les jours quelque nouvelle machine hydraulique ou astronomique. Pour que le public jouit du fruit de ses lumières, il mit ses leçons en ordre, et les publia sous le titre de *Cours de physique expérimentale*, en 2 vol. en anglois, enrichis d'un grand nombre de figures et d'observations importantes. Le P. *Pezenas* l'a traduit en françois, Paris 1750, 2 vol. in-4°. La fin de sa vie fut malheureuse. Il perdit, dit-on, le jugement. Il s'habilloit tantôt en *Arlequin*, tantôt en *Gilles* ; et c'est dans ces accès de folie qu'il mourut en 1743, âgé de 60 ans. Nous ne garantissons pourtant pas ces derniers faits.
DÉSAIDES, *Voyez* DEZÈDE.
DESAIX, ( Louis-Charles-Antoine) né au mois d'août 1768, au chateau de Végou près de Riom, d'aïeux qui depuis plusieurs générations suivoient la carrière militaire, l'embrassa comme eux. Il venoit d'achever ses études à l'école d'Effiat, lorsqu'il entra en qualité de sous-lieutenant au régiment de Bretagne. Si-tôt que la révolution françoise eut amené la guerre, le général *Custine* l'employa comme aide-de-camp ; et il contribua par ses conseils à arrêter les suites funestes que pouvoit avoir la prise des lignes de Weissenbourg. Blessé à Lauterbourg d'une balle qui lui perça la joue, il ne voulut ni quitter le champ de bataille, ni se faire panser avant d'avoir rallié les bataillons mis en désordre. Nommé successivement général de brigade et de division, il seconda par sa valeur et ses lumières la retraite savante et glorieuse de *Moreau*, forcé de se replier des bords du Danube jusque sur les bords du Rhin. Il passa ce fleuve le 24 juin 1796, dispersa l'armée d'Allemagne, et enleva Offenbourg au corps de *Condé* ; dans la sanglante bataille de Rastadt, il commanda l'aile gauche des François, et obligea le prince *Charles* à se retirer : le combat dura depuis 9 heures du matin jusqu'à 10 heures du soir. Placé quelque temps après à la tête du pont de Kehl, *Desaix* le défendit avec vigueur, et fut blessé. Son intelligence et sa bravoure lui acquirent dès-lors l'entière confiance des soldats. A peine le traité de Campo-Formio avoit-il préparé la paix entre l'Autriche et la France, que *Bonaparte* partant pour l'Égypte, demanda *Desaix* pour l'un des compagnons de sa gloire. Celui-ci fut chargé tour-à-tour de favoriser le débarquement, de repousser les Mameloucks et les Arabes d'Yambo, et de faire échouer les entreprises de *Mourad-Bey*. Chargé du gouvernement de la haute Égypte, il lui fallut livrer chaque jour de nouveaux combats, et gagner chaque portion de terrain par un nouveau triomphe. Vainqueur à Aba-Grigé, à Sédiman, à Faïoum, à Samanhoult, à 224 DES Kéné, à Aboumana, à Benout, à Cosséir, les ennemis étoient sans cesse battus et non détruits; ils renaissoient à l'approche de chaque village, où les paysans couroient en armes se réunir aux débris de l'armée vaincue. C'est alors que *Desaix* fit preuve de sa prudence et de toute son habileté. Il eut à surmonter la chaleur excessive du climat, le manque d'eau et souvent d'alimens, l'ignorance des lieux et des positions, un peuple entier animé par les plus fortes passions de l'homme, la vengeance et le désir de conserver son culte. A force d'art et de valeur, les chefs Arabes et Égyptiens disparurent. *Elphi - Bey* fut repoussé, le chérif *Han* perdit la vie à Benout. *Mourad* fut forcé d'aller se réfugier jusqu'au-dessus des cataractes du Nil, dans l'affreux pays de Brèbe. *Bonaparte* étoit de retour en Europe; et par le traité d'El-Arich signé par *Desaix* avec les Turcs et les Anglois, celui-ci put s'embarquer et y revenir. Porteur des ordres du grand-visir, accompagné d'un officier Anglois, chargé de faire respecter le traité, il arriva à Livourne, où l'amiral *Keith* ne craignit pas de déclarer son prisonnier, et de le traiter avec ironie en lui demandant ce qu'il desiroit. *Desaix* lui répondit, dit-on, ces mots : « Je ne vous demande rien que de me délivrer de votre présence; faites, si vous le voulez, donner de la paille aux blessés qui sont avec moi; j'ai traité avec les Mameloucks, les Turcs, les Arabes du grand Désert, les Éthiopiens, les Noirs de Darfour; tous respectaient la parole qu'ils avoient donnée, et ils n'insultoient pas aux hommes dans le malheur. » *Desaix* arrivé en France, y apprit que *Bonaparte* déclaré : « consul, étoit parti pour reconquerir l'Italie; il alla le rejoindre aussitôt, et obtit le commandement de deux divisions. Marengo devint alors le théâtre des plus grands exploits. Un tiers de l'armée Françoise étoit hors de combat, lorsque le corps sous les ordres de *Desaix* arrive : malgré une marche forcée de dix lieues, malgré l'artillerie ennemie qui le fondroyait, il se forme en bataillons serres, et tournant à droite sur San-Stephano, il coupe entièrement l'aile gauche Autrichienne. Dans ce moment décisif et glorieux, *Desaix* tomba sous une balle mortelle, le 25 prairial an 8, et n'eut que le temps de proférer ces mots : « Allez dire au premier consul que je meurs avec le regret de n'avoir pas assez fait pour vivre dans la postérité. » Il n'avoit rejoint le quartier-général que depuis trois jours, et il disoit à ses aides-de-camp, la veille de la bataille : « voilà longtemps que je ne me bats plus en Europe; les boulets ne nous connoissent plus; il nous arrivera quelque chose. » Son corps transporté en poste à Milan, y fut en bœuf; et le gouvernement François ordonna qu'il seroit transféré dans l'hospice du mont St.-Bernard, où un monument lui seroit élevé. *Desaix* gauda jusqu'à sa mort la plus grande simplicité dans son extérieur. Sa physionomie étoit pensive, son visage pâle, son regard ardent : son sang fioit fut toujours inalterable. Il étoit ordinairement vêtu tout en bleu, sans aucune boderie, avec un chapau sans plumes et sans gelons. Il réunit au courage la plus exacte probité. Cette Cette vertu lui mérita de la part des habitans du Caire le titre de *Sultan juste*. Jamais homme n'aima moins l'argent, et il n'en sentit véritablement le besoin que lorsqu'il voulut obliger. On a imprimé en l'an 10 une notice in-12, sur la vie de ce général, à qui M. de Fontanes a consacré ces quatre vers chantés à Paris, dans la fête du 14 juillet 1802 : *Tu meurs, brave Desaix ! tu meurs ! ah ! peux-tu croire* *Que l'éclat de ton nom s'éteigne avec ses jours ?* *L'Arabe en ses déserts s'entretient de ta gloire ;* *Et ses fils à ses fils la rediront toujours.*
DES - ARGUES, *Voyez* ARGUES. I. DESAULT, (Pierre) docteur en médecine, né à Arsac dans la Chalosse en 1765, mort à Bordeaux en 1737, à l'âge de 62 ans, très-versé dans la théorie et heureux dans la pratique, publia en 1733, in-12, à Bordeaux sa patrie, un *Traité sur les maladies vénériennes*, contenant une méthode de les guérir sans flux de bouche, sans risque et sans dépense. Il avoit embrassé le système de *DEIDIER*. On trouve dans le même volume une *Dissertation* sur la rage, et une autre sur la phthysie et la manière de la guérir. En 1736, le même auteur fit imprimer une *Dissertation* sur la pierre des reins et de la vessie, avec une réponse à la critique d'Astruc contre son *Traité sur les maladies vénériennes*. Cette réponse décente et modeste, fit honneur à *Desault*, d'autant plus que l'expérience a fait adopter son procédé. Il a laissé en mourant un ouvrage manuscrit sur l'épilepsie. *Tome IV.* On lui a attribué aussi, mais sans preuve, un ouvrage anonyme, publié en 1727, sous ce titre : *Nouvelles Découvertes en Médecine*, où l'on prouve que les remèdes extraits des métaux et des minéraux, sont préférables à ceux des végétaux et des animaux. *Caillau*, médecin de Bordeaux, a publié en 1800 une notice intéressante sur la vie et les écrits de *Desault*.
II. DESAULT, (Pierre-Joseph) né le 6 février 1744, à Magni-Vernois, près de Mâcon, reçut une éducation simple, mais soignée. On ne l'instruisit point dans les arts d'agrément, on le forma aux arts utiles. Dernier enfant d'une nombreuse famille, on le destina d'abord à l'état ecclésiastique; son goût s'y opposa; et son père ne voulant point le contrarier, l'envoya à l'hôpital militaire de Béfort y étudier les principes de la chirurgie. Trois ans après, le jeune *Desault* vint les approfondir à Paris en 1764; il n'avoit alors que 19 ans. Disciple du célèbre *Antoine Petit*, qui dans ses leçons répandoit les graces de la diction sur l'aridité des détails, il apprit sous ce maître habile à le surpasser un jour. Dès 1766, il ouvrit lui-même des cours d'anatomie, où il traça bientôt un nouveau système de divisions pour l'enseignement de cette science; il y présensa un cadre plus vaste, plus lumineux, plus complet que ceux où l'on étoit circonscrit par les leçons de *Deidier*, de *Verdier* et des autres professeurs anciens. En vain l'envie voulut-elle en éloigner les élèves, on s'aperçut que dans tous les examens et dans toutes les places, l'avantage restoit toujours 226 DES à ceux qui avoient étudié sous *Desault*. L'orgueil des autres maîtres fut obligé d'adopter sa méthode, et de plier sous la loi de la volonté publique. Il professoit depuis 10 ans avec le plus grand succès, lorsqu'il fut reçu en 1776, membre du collège et de l'académie de chirurgie. Nommé chirurgien-major de l'hôpital de la Charité, il quitta cette place distinguée pour une plus importante, celle de chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Paris, où il succéda à *Ferrand*. Ses travaux augmentèrent alors et fixèrent sa réputation. Il y observa d'abord les plaies de la tête, qui dans les hôpitaux ne tardent pas à se compliquer d'un état fébrile, qui dénature la suppuration, enflamme le péricrane, et fait périr le malade. *Desault* reconnut que cet état participoit du caractère des fièvres bilieuses, et par l'usage constant qu'il fit de l'émétique affoibli dans de grands lavages, il rendit nulle une complication funeste. Le premier, il appliqua avec succès le vésicatoire pour prévenir les épanchemens dans le cerveau, produits trop souvent par les violentes contusions de la tête. Dans les cas de déglutition impossible, il imagina de faire couler du bouillon par les narines, et de le porter jusque dans l'estomac, à l'aide d'une longue canule. *Hippocrate* en avoit indiqué l'usage, mais celles dont il servoit, étoient droites, en argent, et portées par la bouche : dès-lors elles augmentoient la suffocation. Celle qu'employa *Desault* fut élastique et courbée; la voie qu'il prit fut plus facile et moins fatigante. Il simplifia le traitement des fractures, et imagina un bandage simple et ingénieux qui a été généralement adopté, sur-tout dans la fracture de la clavicule. Sur l'opération de la nécrose, il confirma les recherches de *David*. Il démontra qu'une simple ligature pouvoit souvent suffire dans le traitement de l'anévrisme, et inventa une aiguille émoussée, très-large, à tige élastique, glissant dans une canule d'argent, et susceptible d'être conduite avec facilité autour de l'artère, la plus profondément située. Pour l'opération de la fistule, il remit en usage le gorgeret de bois de *Marchetis*, et appliqua pour la rescision des amygdales et des polypes, ainsi que pour la division d'un kiste dans la vessie, un instrument utile, de son invention. Au milieu de ses nombreuses occupations, *Desault* continua ses cours, et eut la gloire d'organiser une école de chirurgie clinique, source d'instruction d'autant plus précieuse que la science y devint expérimentale et oculaire. L'affluence de ses élèves fut prodigieuse; et plusieurs souverains étrangers envoyèrent à Paris un grand nombre de jeunes étudiants pour se former sous ses leçons. *Desault* ne profita pas de sa renommée pour accroître sa fortune. Arrêté momentanément pendant les orages de la révolution, le vide immense que causa sa détention, força les gouvernans à le rendre à la liberté. Il n'en jouit pas longtemps, et mourut à 50 ans, le 1er juin 1795. Il a écrit peu d'ouvrages; mais ce qui suffit à sa gloire, c'est le bien qu'il a fait, c'est le grand nombre de chirurgiens célèbres qu'il a formés. Il en est deux qui ont consacré des notices à sa mémoire. L'un, le citoyen *Bichat*, publia avec lui un journal de chirurgie, en 1791 et années suivantes. L'autre, le citoyen *Petit*, chirurgien en chef de l'hospice de Lyon, ouvrit son cours d'anatomie par un éloquent éloge de *Desault* dont il suit les traces. « Ce dernier, dit-il, étoit petit de taille, un peu gros, portant la tête haute et penchée en arrière; il avoit le visage plein, rond et coloré, les yeux petits, mais animés, tous ses traits bien marqués, la démarche précipitée. Il parloit avec lenteur, mais toujours avec force et beaucoup d'accent. Quoique ses occupations sérieuses et répétées eussent tempéré la gaieté naturelle de son caractère, il la retrouvoit toute entière dans ces momens où il s'abandonnoit au repos dans le sein de sa famille et de ses amis. La douce joie des repas lui plaisoit, parce que le moment de les prendre étoit le seul où il fût à lui-même. Il étoit généreux, compatissant; nous l'avons vu verser des larmes de douleur sur des infortunés que l'on conduisoit au supplice; nous l'avons vu répandre sur les indigènes, l'or que vetoit de recueillir sa main, et admettre à l'entendre, sans rétribution, de jeunes élèves recommandés par le malheur. On lui reprocha cependant un peu de dureté et quelques brusques emportemens qu'il ne sut pas toujours modérer; mais quel est l'homme public qui, au milieu d'occupations intéressantes et nombreuses, obligé d'entendre et de répondre à tout le monde, supporterait toujours de sang froid, les détails minutieux et les répétitions fatigantes de gens qui sembleraient vouloir qu'on ne s'occupât que d'eux. Plus on sent le prix du temps, moins on écoute avec tranquillité celui qui le fait perdre; la patience échappe, on s'emporte, et quand un propos dur est sur les lèvres, la bienveillance est dans le cœur. *Desault* avoit reçu de la nature un tempérament robuste qu'aucun excès n'avoit affoibli; et tout lui promettoit une longue carrière, lorsqu'il fut atteint de la maladie qui, dans sept jours, le conduisit au tombeau. » Nous citerons encore du même écrivain ce parallèle ingénieux entre le célèbre anatomiste Anglois *Hunter* et *Desault*: « On appela celui-ci, dit-il, le plus grand anatomiste de l'Europe. Dans la balance de l'opinion, il étoit cependant un homme qui pouvoit la tenir incertaine, et opposer un égal mérite au sien. Londres proclamoit avec orgueil le nom de *Guillaume Hunter*, et revendiquoit pour lui la supériorité. Ici, que l'amour propre national se taise, et que la vérité se fasse seule entendre. *Hunter*, comme *Desault*, naquit avec le don du génie; comme lui, il eut besoin de beaucoup d'opiniâtreté pour surmonter les difficultés du travail. *Desault*, sans appui, sans fortune et sans protecteur, s'éleva par son seul talent; *Hunter* trouva dans *Douglas* et *Monro*, des amis qui surent oublier qu'il avoit été leur disciple. La renommée de *Sharp* avoit attiré dans son amphithéâtre d'innombrables auditeurs, lorsque *Hunter* lui succéda; *Desault* en forma un que n'avoit point encore fréquenté la gloire, et sut l'y fixer par ses travaux. *Hunter* publia d'excellentes observations sur la nature des cartilages et sur leurs maladies, sur les vaisseaux lymphatiques, sur 228 DES l'utérus dans l'état de grossesse, sur la rétroversion de la matrice, sur les accouchemens, sur l'anévrisme variqueux, sur les hernies de naissance; et tout le monde connoit les recherches précieuses de *Desault* sur la taille, sur la nécrose, sur les anévrismes, la fistule à l'anus, les polypes, les maladies de l'urètre, les fractures, les plaies de tête, et en général sur tous les points de l'art dont il fit le sujet de ses méditations. *Hunter* jeta les fondemens d'un cabinet d'anatomie, qui devint une des merveilles de Londres, lorsqu'il l'eut enrichi des travaux de *Sandys*, de *Heusson*, de *Blackall* et de *Falconer*. Pour exécuter le même plan, il ne manqua à *Desault* que les mêmes moyens de fortune; il avoit recueilli un grand nombre de pièces; personne n'étoit plus heureux que lui dans ses injections, et son rival eût admiré la beauté de ses pièces transparentes et son injection de l'artère du cristallin, comme il avoit admiré les injections de la membrane papillaire dans le cabinet d'*Albinus*. *Hunter* ne porta la lumière que sur quelques points d'anatomie; *Desault* en embrassa l'ensemble, et en lia toutes les parties avec art. Le premier travailla davantage pour les savans; le second fit plus pour les disciples. L'un parut ambitionner la gloire; l'autre le modeste honneur d'être utile. Tous deux appliquèrent à la chirurgie le résultat de leurs connoissances anatomiques; mais dans cette nouvelle carrière, *Hunter* ne fut point servi par le même génie, et *Desault* parut encore plus grand chirurgien que fameux anatomiste. L'Anglois fut entraîné souvent par l'esprit de sys- tème, et parut accorder beaucoup à des théories hypothétiques; *Desault* n'expliqua jamais rien, et, fidelle observateur de la nature, ne parla que son langage. *Hunter* ambitionna des honneurs académiques et les obtint; *Desault* se contenta de les mériter et sut les fuir. *Hunter* vivra long-temps dans la mémoire des hommes, parce que chaque société littéraire à laquelle il appartint, s'empressa de recueillir le résultat de ses travaux ou de ses écrits; *Desault* sera peut-être oublié dans des siècles qui jouiront encore du fruit de sa méthode et de ses travaux, parce qu'il n'a point écrit, et que la reconnoissance, comme la mémoire, s'use en traversant les siècles. Ainsi se perpétue d'âge en âge, le souvenir des grands événemens qui agitent le globe, tandis qu'on pense à peine à l'intelligence qui, chaque jour, en maintient l'harmonie. »
DES-AUTELS, *Voyez AUTELS*.
DES-BARREAUX, *Voyez BARREAUX*.
DESBILLONS, (François-Joseph-Terrasse) né à Châteauneuf dans le Berri, le 25 janvier 1711, se fit Jésuite, et enseigna avec distinction la rhétorique pendant quelques années. Appelé à Paris au collège de Louis-le-Grand, il y acquit de la célébrité par ses ouvrages et la pureté avec laquelle il écrivoit en latin; ce qui le fit surnommer le *Dernier des Romains*. — Lorsque l'ordre des Jésuites fut aboli en France, *Desbillons* trouva un asile honorable près de l'électeur Palatin, qui lui accorda une pension de mille écus et une place dans le collège de Manheim. Il mourut dans cette ville le 19 mars 1789. Par un Testament fait en vers latins, il légua sa bibliothèque riche et nombreuse, aux Lazaristes. Les ouvrages de *Desbillons* sont, I. *Fabulae libri xv*; *Barbou* en fut l'éditeur, et cet ouvrage fait suite à sa collection. On en a donné d'autres éditions en Irlande, en Angleterre et en Allemagne. L'auteur les traduisit lui-même en François, et publia cette traduction avec le texte à côté en 1769, Manheim, 2 vol. in-8°. Ces fables offrent autant de graces que de précision. Elles sont dignes de *Phèdre* et d'*Esope*. II. *Nouveaux Eclaircissemens* sur la vie et les ouvrages de *Guillaume Postel*, 1763, in-8°. III. *Histoire* de la vie et des exploits militaires de Mad. de Saint-Balmont, 1773, in-8°. IV. *Ars bene valendi*, 1788, in-8°. Dans ce poème latin, en vers iambiques, sur l'art de conserver sa santé, l'auteur attaque fortement l'usage des boissons chaudes, et sur-tout celui du chocolat, du thé et du café. V. On doit encore à *Desbillons* une superbe édition des *Fables* de *Phèdre*, avec des notes et des observations, Manheim 1786, in-8°; et une autre de l'*Imitation de JESUS-CHRIST*, précédée d'un savant discours où il prouve évidemment que cet ouvrage est dû à *Thomas à-Kempis*. *Desbillons* avoit composé quelques pièces dramatiques en latin, et une *Histoire* de la langue latine, qui sont restées manuscrites. Avec les vertus de son état et la profonde érudition d'un savant, cet écrivain étoit timide et modeste; il parloit peu et toujours bien. I. DESBOIS, (François-Alexandre Aubert de la Chesnaie) né à Ernée dans le Maine le 17 juin 1699, mort dans l'indigence et à l'hôpital à Paris, le 29 février 1784, à l'âge de 85 ans, avoit été quelque temps capucin. Etant rentré dans le monde, il travailla aux feuilles de l'abbé *Desfontaines* et de l'abbé *Cranet*, ou plutôt il compila des extraits pour ces deux journalistes, qui brodoient l'étoffe qu'il leur fournissoit. Ensuite il composa différents ouvrages, mais sur-tout des *Dictionnaires*; car c'étoit alors la mode. Il publia successivement le *Dictionnaire militaire*, 1758, 3 vol. in-8°. Le *Dictionnaire d'Agriculture*, 1751, 2 vol. in-8°. Le *Dictionnaire universel et raisonné des animaux*, 1759, 4 vol. in-4°. Le *Dictionnaire domestique*, en trois vol. in-8°, dont il ne fit que les deux derniers. Le *Dictionnaire historique des mœurs, usages et coutumes des François*, 1767, 3 vol. in-8°. Mais l'ouvrage qui l'emporte sur tous ceux-là en inexactitudes, en défauts de vérité, parce qu'il a fallu la sacrifier à la vanité, c'est son *Dictionnaire de la Noblesse*, contenant les généalogies, l'histoire de la chronologie des familles nobles de la France, 1773 et années suivantes, 12 vol. in-4°, qui ont été suivis d'un supplément en trois. L'*Histoire naturelle de Pline*, avoit été appelée la *Bibliothèque des pauvres*; le *Dictionnaire généalogique* put être nommé la *Bibliothèque des riches*; car la généalogie est plus ou moins longue, selon qu'on a payé plus ou moins le rédacteur. Un très-grand nombre de familles illustres ne s'y trouve point, ou ne s'y trouve que dans un très-petit espace.
DES-BOULMIERS, (Jean-Augustin JULIEN) c'est le nom sous lequel cet auteur s'est fait connoître dans le monde, et qu'il préféra à celui de son père. Il entra dans la cavalerie où il fut officier, et n'y ayant pas fait fortune, il se tourna du côté des lettres. Il débuta par des Romans, donna ensuite quelques Opéra comiques: et compila en 7 vol. in-12, l'Histoire de la Comédie Italienne, et celle de la Foire en 2 vol. Ce recueil prolixe est écrit avec gaieté, mais d'un style incorrect et néologique. Ses Opéra Comiques sont le Bon Seigneur, et Toinon-Toinette. — Des-Boulmiers mourut à Paris sa patrie, d'une maladie de poitrine, en 1771, âgé d'environ 40 ans. C'étoit un homme de plaisir, et qui écrivoit facilement. On a encore de lui des Romans, où il y a des aventures plaisantes: le plus connu est intitulé, De tout un peu. C'est un salmigondis de contes, dont quelques-uns sont agréables. Il y a aussi des vers, qui ne sont pas la partie brillante de ce recueil. Ses Mémoires du marquis de Solanges, son Histoire des Filles du dix-huitième siècle, les Aventures de Rose, ont eu un succès éphémère.
DESBROSSES, Voy. BROSSES. — L DESCARTES, (Réné) naquit le 3 avril 1596, à la Haye en Touraine, d'une famille noble et ancienne. Son père, Joachim Descartes, conseiller au parlement de Bretagne, lui donna le surnom de Du Perron, petite seigneurie dans le Poitou. Le jeune René fit ses études au collège de la Flèche. La logique de ses maîtres lui parut chargée d'une foule de préceptes inutiles ou même dangereux. Il s'occupoit à l'en séparer, comme le statuaire, dit-il lui-même, travaille à tirer une Minerve d'un bloc de marbre informe. Au lieu d'apprendre des inutilités, il doutoit, et l'on commençoit déjà à l'appeler le Philosophe. Le recteur lui permettoit, tant à cause de la délicatesse de sa santé, que de son penchant à la méditation, de demeurer long-temps au lit. Le jeune philosophe prit tellement cette habitude, qu'il s'en fit une manière d'étudier pour toute sa vie. C'est en partie aux matinées qu'il passoit dans son lit, livré à la plus grande obscurité, que nous sommes redevables de ce que son génie a produit de plus important. Engagé par son inclination, autant que par sa naissance, à porter les armes, il servit en qualité de volontaire au siège de la Rochelle, et en Hollande sous le prince Maurice. Il étoit en garnison à Bréda, lorsque parut le fameux problème de mathématique d'Isaac Beecman, principal du collège de Dort: il en donna la solution. Après s'être trouvé à différens sièges, il vint à Paris pour s'adonner à la philosophie, à la morale et aux mathématiques. Il ne voulut plus lire que dans ce qu'il appelait le grand livre du Monde, et s'occupa entièrement à recueillir des expériences et des réflexions. Descartes avoit fait auparavant un voyage à la capitale; mais il ne s'y étoit guères fait connoître dans le monde, que par une passion excessive pour le jeu. Cette passion s'étant éteinte, la philosophie en profita. Il avoit tout ce qu'il falloit pour en changer la face: une imagi- nation brillante et forte, qui en fit un homme singulier dans sa vie privée ainsi que dans sa manière de raisonner ; un esprit très-conséquent ; des connoissances puisées dans lui-même plutôt que dans les livres ; beaucoup de courage pour combattre les préjugés. La philosophie Péripatéticienne triomphoit alors en France : il étoit dangereux de l'attaquer. Descartes se remit à voyager. Le Jubilé de 1625 lui fournit une occasion de satisfaire l'envie qu'il avoit depuis longtemps de voir l'Italie. Après avoir demeuré quelques mois à Rome, il en partit au printemps, et parcourut les principales villes de la Toscane. Il visitoit tous les savans qui se trouvoient sur son passage ; et il est étonnant qu'il ne vit point à Florence le fameux Galilée, dont il ne paroît pas avoir trop connu les ouvrages. Enfin, après différentes courses, il se retira l'an 1630, en Hollande, pour n'avoir aucune espèce de dépendance qui le forçât à ménager la vieille idole du Péripatéticisme. La fortune lui avoit été, de bonne heure, indifférente. Il n'eut qu'environ 7000 livres de patrimoine ; mais il estimoit plus mille francs venant de sa famille, que dix mille qu'il auroit obtenus d'ailleurs. Jamais il ne voulut accepter de secours d'aucun particulier. Le comte d'Avaux lui envoya une somme considérable en Hollande ; il la refusa. Plusieurs personnes de marque lui firent les mêmes offres ; il les remercia, et se chargea de la reconnoissance, sans se charger du bienfait. C'est au public, disoit-il, à payer ce que je fais pour le public. Il se faisoit riche en diminuant sa dépense : son habillement étoit très-philosophique, et sa table très-frugale. Du moment qu'il fut retiré en Hollande, il fut toujours vêtu d'un simple drap noir. Il préféroit à table, comme le bon Plutarque, les légumes et les fruits, à la chair sanglante des animaux. Ses après-dinées étoient partagées entre la conversation de ses amis et la culture de son jardin : après avoir le matin rangé une planète, il alloit le soir cultiver une fleur. Sa santé étoit foible ; mais il en prenoit soin, sans en être esclave. L'importance de conserver ce premier des biens temporels, étoit telle à ses yeux qu'il écrivoit au Père Mersenne : « Je n'ai jamais eu tant de soin de me conserver que maintenant ; et au lieu que je pensois autrefois que la mort ne peut m'ôter que 30 ou 40 ans tout au plus, elle ne sauroit désormais me surprendre sans qu'elle m'ôte l'espérance de plus d'un siècle ; car il me semble voir évidemment que si nous nous gardions seulement de certaines fautes, que nous avons coutume de commettre, au régime de notre vie, nous pourrions, sans autre invention, parvenir à une vieillesse beaucoup plus longue et plus heureuse. » On sait combien les passions influent sur la santé ; Descartes qui le savoit, s'appliqua sans cesse à les régler. C'est ainsi que Fontenelle est parvenu à vivre près d'un siècle. Il faut avouer que ce régime ne réussit pas si bien à Descartes, parce qu'il s'en écartoit quelquefois ; Mais, écrivoit-il un jour, au lieu de trouver le moyen de conserver la vie, j'en ai trouvé un autre bien plus sûr, c'est celui de ne pas craindre la mort. Pendant un séjour de vingt 232 DES ans qu'il fit dans différens endroits des Provinces-Unies, il médita beaucoup, se fit quelques partisans enthousiastes et plusieurs ennemis. Le chevalier Digby, philosophe Anglois, quitta sa patrie et vint en Hollande, dans la seule intention d'y voir Descartes et d'y converser avec lui. On dit qu'il lui conseilla de quitter les spéculations de la philosophie pour méditer sur l'homme et sur les moyens de prolonger son existence, et que c'est d'après ce conseil que Descartes commença ses recherches anatomiques et son Traité de l'Homme. L'université d'Utrecht fut Cartésienne dès sa fondation, par le zèle de Renneri et de Régius, tous deux disciples de Descartes, et dignes de l'être : le premier l'appeloit mea Lux, meus Sol, mihi semper Deus ; le second le regardoit « comme extraordinairement suscité pour conduire la raison des autres hommes. » Mais un nommé Voetius, brouillon orgueilleux, entêté des chimères scolastiques, ayant été fait recteur de l'université d'Utrecht, y défendit d'enseigner les principes du philosophe François. En vain Descartes avoit épuisé son génie à rassembler les preuves de l'existence de Dieu, et à en chercher de nouvelles ; il fut accusé de la nier par cet ennemi du sens commun. Sa philosophie ne trouva pas moins d'obstacles en Angleterre, et ce fut ce qui l'empêcha de s'y fixer dans un voyage qu'il y fit. Il vint quelque temps après a Paris. Louis XIII et le cardinal de Richelieu essayèrent inutilement de l'attirer à la cour : sa philosophie n'étoit pas faite pour elle. On lui assigna pourtant une pension de 3000 livres, dont il eut le brevet, sans en rien toucher ; ce qui lui fit dire en riant, que jamais parchemin ne lui avoit tant coûté. La reine Christine souhaitoit depuis long-temps de voir ce grand homme. Elle voulut l'approcher de son trône. Chanut, ambassadeur de France en Suède, fut chargé de cette négociation, dans laquelle il eut d'abord de la peine à réussir. « Un homme né dans les jardins de la Touraine, écrivoit Descartes au négociateur, et retiré dans une terre où il y a moins de miel à la vérité, mais peut-être plus de lait que dans la terre promise aux Israélites, ne peut pas aisément se résoudre à la quitter pour aller vivre au pays des ours, entre des rochers et des glaces. » Je mets, dit-il ailleurs, ma liberté à si haut prix, que tous les rois du monde ne pourroient me l'acheter. Il céda cependant aux sollicitations, et se rendit à Stockholm, résolu de ne rien déguiser de ses sentimens à cette princesse, ou de s'en retourner philosopher dans sa solitude. Christine lui fit un accueil tel qu'il le méritoit, et le dispensa de tous les assujettissemens des courtisans. Elle le pria de l'entretenir tous les jours à cinq heures du matin dans sa bibliothèque. Elle voulut le faire directeur d'une académie qu'elle songeoit à établir, avec une pension de 3000 écus. Enfin, elle lui marqua tant de considération, que, lorsqu'il mourut en 1650, on prétendit que les grammairiens de Stockholm, jaloux de la préférence qu'elle donnoit à la philosophie sur les langues, avoient avancé, par le poison, la mort du philosophe. Le véritable poison étoit un mauvais régime, une manière de vivre nouvelle, et un climat différent de celui de sa patrie. Descartes avoit dressé, au commencement de 1650, les statuts d'une académie qu'on devoit établir à Stockholm, et il les porta à la reine le 1er jour de février. Ce fut le dernier de sa vie qu'il vit cette princesse. Il sentit, à son retour du palais, des pressentimens d'une maladie qui devoit terminer ses jours, et il fut attaqué, le lendemain, d'une fièvre continué avec inflammation de poumon. Chanut, qui sortoit d'une maladie semblable, voulut le faire traiter comme lui; mais sa tête étoit si embarrassée, qu'on ne put lui faire entendre raison, et qu'il refusa opiniâtrément la saignée, disant, lorsqu'on lui en parloit : Messieurs, épargnez le sang françois ! Il consentit cependant, à la fin, qu'elle se fît; mais il étoit trop tard, et le mal augmentoit insensiblement : il mourut le 11 février 1650, dans sa 54e année. La reine avoit dessein de le faire enterrer auprès des rois de Suède, avec une pompe convenable, et de lui dresser un mausolée de marbre; mais Chanut obtint d'elle qu'il fût enterré avec plus de simplicité dans le cimetière de l'Hôpital des orphelins, suivant l'usage des Catholiques. Son corps demeura à Stockholm jusqu'à l'année 1666. Il fut enlevé alors par les soins de Dalibert, trésorier de France, pour être porté à Paris, où il fut enterré de nouveau en grande pompe, le 24 juin 1667, dans l'église de Sainte-Geneviève-du-Mont. On mit, dans la même église, son buste avec cette Inscription en vers François, par Fieubet :
DESCARTES, dont tu vois ici la sépulture, A dessillé les yeux des aveugles mortels, Et, gardant le respect que l'on doit aux autels, Leur a du monde entier démontré la structure. Son nom par mille écrits, se rendit glorieux; Son esprit, mesurant et la terre et les cieux. En pénétra l'abyme, en perça les nuages. Cependant, comme un autre, il cède aux tois du sort, Lui qui vivroit autant que ses divins ouvrages, Si le sage pouvoit s'affranchir de la mort. Descartes étoit d'une taille un peu au-dessus de la médiocre, mais assez fine et bien proportionnée. Il avoit la tête grosse, le front large et avancé, le teint pâle, la bouche assez fendue, le nez bien fait, les cheveux noirs; les yeux gris-noirs, la vue agréable, le visage toujours serein et le ton de voix fort doux. Louis XVI a fait faire sa statue en marbre par M. Pajou, en 1777. Cet homme illustre méritoit bien cet honneur. Si Descartes eut quelques-unes des foiblesses de l'humanité, il eut aussi les principales vertus du philosophe. Sobre, tempérant, ami de la liberté et de la retraite, reconnoissant, libéral, sensible à l'amitié, tendre, compatissant, il ne connoissoit que les passions douces, et savoit résister aux violentes. Quand on me fait offense, disoit-il, je tâche d'élever mon ame si haut, que l'offense ne parvienne pas jusqu'à elle. L'ambition ne l'agita pas plus que la vengeance. Il disoit, comme Ovide : Vivre caché, c'est vivre heureux. Il pensoit, avec Sénèque le tragique, qu'il est malheureux 234 DES de mourir trop connu des autres, sans s'être connu soi-même. Dans un moment de dépit, occasionné par les tracasseries qu'on lui avoit suscitées, il avoit résolu de ne plus rien faire imprimer, pas même ses *Méditations métaphysiques*, celui de tous ses ouvrages qu'il estimoit le plus. *J'aurois*, dit-il, *une vingtaine d'approbateurs et des milliers d'ennemis. Ne vaut-il pas mieux me taire et m'instruire en silence ?* Cependant, il ne put résister à l'amour paternel; mais, avant que de produire son ouvrage, il le communiqua aux plus savans hommes de l'Europe, et à plusieurs théologiens. *Je veux*, dit-il, *m'appuyer de l'autorité, puisque la vérité est si peu de chose quand elle est seule*. Quoique *Descartes* n'eût pas ce ton léger de la conversation du grand monde, il avoit, dans le commerce, une politesse douce, qui étoit encore plus dans ses sentimens que dans ses manières. Son ame étoit très-sensible et très-humaine. Il traitoit ses domestiques comme des amis malheureux, qu'il étoit chargé de consoler. Sa maison étoit pour eux une école de mœurs, et elle devint, pour plusieurs, une école de mathématiques et de science. *Voyez* II. GILLON. On rapporte qu'il les instruisoit avec la bonté d'un père; et quand ils n'avoient plus besoin de son secours, il les rendoit à la société. Un jour un d'eux voulut le remercier : *Que faites-vous*, lui dit-il ? *vous êtes mon égal, j'acquitte une dette*.—Ce philosophe laissa un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : ses *Principes*, in-12; ses *Méditations*, 2 vol. in-12; sa *Méthode*, 2 vol. in-12; le *Traité des Passions*, in-12; celui de la *Géo-* métrie, in-12; le *Traité de l'Homme*, in-12; et un grand *Recueil de Lettres*, en 6 vol. in-12; en tout, 13 vol. in-12. *Descartes* en avoit composé quelques-uns en latin, et les autres en françois; mais ses amis les ont traduits réciproquement en ces deux langues. L'édition latine, imprimée en Hollande, forme 6 vol. in-4. On trouve, parmi ses Lettres, un petit ouvrage latin, intitulé : *Censura quarundam Epistolarum Balzacis* : « Jugement sur quelques Lettres de Balzac ». Cet écrit est un chef-d'œuvre de goût, suivant l'abbé *Trublet*. *Descartes* n'eût pas été moins capable qu'*Aristote*, de donner des règles d'éloquence et de poésie. Mais ce qui immortalise ce grand homme, c'est l'application qu'il a su faire de l'Algèbre à la Géométrie : idée qui sera toujours la clef des plus profondes recherches de la Géométrie sublime et de toutes les sciences physico-mathématiques. C'est la partie la plus solide et la moins contestée de sa gloire. *Voyez* HARIOT. Il n'a pas été aussi loin que ses sectateurs l'ont cru, dit un homme d'esprit; mais il s'en faut beaucoup que les sciences lui doivent aussi peu que le prétendent ses adversaires. Sa *Méthode* seule auroit suffi pour le rendre immortel. Les principes établis dans cet excellent livre, sont ceux-ci : « Voulez-vous trouver la vérité ? formez votre esprit, rendez-le capable de bien juger. Pour y parvenir, ne l'appliquez d'abord qu'à ce qu'il peut bien connoître par lui-même. Pour bien connoître, ne cherchez pas ce qu'on a écrit ou pensé avant vous; mais sachez vous en tenir à ce que vous reconnoissez vous-même pour évident. Vous ne trouverez point la vérité sans méthode. La méthode consiste dans l'ordre. L'ordre consiste à réduire les propositions complexes à des propositions simples, et à vous élever par degrés des unes aux autres. Pour vous perfectionner dans une science, parcourez-en toutes les questions, enchaînant toujours vos pensées les unes aux autres. Quand votre esprit ne conçoit pas, sachez vous arrêter. Examinez longtemps les choses les plus faciles; vous vous accoutumerez ainsi à regarder fixement la vérité et à la reconnoître. Voulez-vous aiguiser votre esprit, et le préparer à découvrir un jour par lui-même? exercez-le d'abord sur ce qui a été inventé par d'autres. Suivez sur-tout les découvertes où il y a de l'ordre et un enchaînement d'idées; et quand il aura examiné beaucoup de propositions simples, qu'il s'essaie peu à peu à embrasser distinctement plusieurs objets à la fois; bientôt il acquerra de la force et de l'étendue. Enfin, mettez à profit tous les secours de l'entendement, de l'imagination, de la mémoire et des sens, pour comparer ce qui est déjà connu avec ce qui ne l'est pas, et de couvrir l'un par l'autre. » La Dioptrique de Descartes, non moins estimée que sa Méthode, est la plus grande et la plus belle application qu'on eût faite encore de la Géométrie à la physique. Sa métaphysique a jeté les fondemens de la bonne physique et de la saine morale. Par elle, il a solidement prouvé l'existence de Dieu, la distinction du corps et de l'âme, l'immatérialité des esprits. On voit, enfin, dans ses ouvrages, même les moins lus, briller par-tout le génie inventeur. Ceux qui ont traité ses systèmes de romans, n'en auroient pas fait d'aussi ingénieux; aussi a-t-on dit, que de tous les hommes, c'étoit Descartes qui avoit rêvé le mieux. Il faut, dit Fontenelle, admirer toujours Descartes, et le suivre quelquefois. Forcé de créer une physique nouvelle, il ne pouvoit la donner meilleure. L'édifice est vaste, noble et bien entendu; c'est dommage que le siècle où il vivoit ne lui ait pas fourni de meilleurs matériaux. Il osa du moins montrer aux bons esprits, à secouer le joug de la scolastique, de l'opinion, de l'autorité, des préjugés et de la barbarie. Avant lui on n'avoit point de fil dans le labyrinthe de la philosophie; du moins il en donna un, dont on se servit après qu'il se fut égaré. S'il n'a pas payé en bonne monnoie, dit un écrivain, c'est beaucoup d'avoir décrié la fausse. Si l'on cherche, dit M. Thomas, les grands hommes modernes, avec qui on peut comparer Descartes, on en trouvera trois, Bacon, Leibnitz et Newton. En le rapprochant de ces trois philosophes célèbres, j'oserai dire, ajoute-t-il, qu'il avoit des vues aussi nouvelles, et bien plus étendues que Bacon; qu'il a eu l'éclat et l'immensité du génie de Leibnitz, mais bien plus de consistance et de réalité dans sa grandeur; qu'enfin, il a mérité d'être mis à côté de Newton, parce qu'il a créé une partie de Newton, et qu'il n'a été créé que par lui-même; parce que, si l'un a découvert plus de vérités, l'autre a ouvert la route de toutes les vérités. Géomètre aussi sublime, quoiqu'il n'ait point fait un aussi grand usage de la géométrie: plus original par son génie, quoique ce génie l'ait souvent trompé; plus universel 236 DES dans ses connoissances comme dans ses talens, quoique moins sage et moins assuré dans sa marche ; ayant peut-être en étendue ce que Newton avoit en profondeur ; fait pour concevoir en grand, mais peu fait pour suivre les détails, tandis que Newton donnoit aux plus petits détails l'empreinte du génie, etc. etc. » Voyez un autre parallèle de Descartes avec Newton, à l'article IV. CASTEL. La philosophie de Descartes, qui, durant sa vie, avoit en une nuée d'antagonistes, essuya, après sa mort, les plus grandes contradictions en France. On mit tout en usage pour l'anéantir, ou du moins pour la bannir des universités et des écoles. Il y eut une vive querelle dans celle d'Angers, pendant plusieurs années. Le célèbre Père Lami de l'Oratoire, qui enseignoit alors dans cette ville, fut la victime de son attachement au Cartésianisme ; on l'exila à Saint-Martin-de-Miseré, au diocèse de Grenoble. Le général de l'Oratoire défendit à tous les professeurs de sa congrégation, d'enseigner cette nouvelle philosophie : tant celle d'Aristote, quoique ridicule et absurde, avoit jeté de profondes racines ! Cette querelle fit naître plusieurs écrits, oubliés à présent, à l'exception de la Requête de Nossieigneurs du Mont-Parnasse. Elle fut dressée par Bernier, pour se moquer de celle que l'université de Paris vouloit présenter au parlement, pour empêcher qu'on n'enseignât la philosophie de Descartes, comme capable de bouleverser le royaume. On se souvient encore de l'arrêt burlesque dressé en la grand-chambre du Parnasse, en faveur des maîtres-és-arts, médecins et professeurs de l'univer- sité Stagire au pays des Chimères ; pour le maintien de la doctrine d'Aristote. Cette dernière pièce, qui ne manque pas de sel, se trouve dans les Œuvres de Descartes, qui la composa de concert avec Longeois son neveu, Racine et Bernier. Malgré les contradictions qu'éprouva d'abord le Cartésianisme en France, il eut des sectateurs illustres. On peut mettre à la tête le P. Mallebranche, qui ne l'a pas pourtant suivi en tout. Les autres ont été Rohault, Régius, Fontenelle, Privat de Molières, etc. dont on peut consulter les articles. A peine les universités s'étoient-elles soumises à la doctrine de Descartes, auquel elles n'avoient pas voulu d'abord sacrifier Aristote, qu'il a fallu l'abandonner pour Newton. Il y a environ 40 ans qu'il s'éleva en France des partisans du philosophe Anglois, tels que Maupertuis, Voltaire, etc. Ils eurent beaucoup de peine à faire recevoir ses idées ; mais enfin, elles se firent jour dans toutes les académies, et tous les professeurs des universités enseignent aujourd'hui la philosophie Angloise, soit que la mode influe sur les opinions de l'école, soit plutôt que le Newtonianisme ait des fondemens plus solides que le Cartésianisme. Le lecteur voudra bien que nous le renvoyons à l'Éloge de René Descartes par M. Thomas, discours éloquent qui a remporté le prix de l'académie Françoise en 1765. Voyez aussi sa Vie par Baillet, et l'article du même BAILLET dans ce Dictionnaire. On publia à Paris, en 1695, in-12, l'Histoire de la conjuration faite à Stockholm contre DESCARTES. Cette histoire n'est qu'un roman assez plaisant Les Qualités, les Accidens et les Formes substantielles que Descartes avoit rejetées de sa philosophie, sont les terribles ennemis qui conjurent sa perte. La Chaleur se charge d'exécuter leur projet contre ce novateur. Elle agit avec tant de violence dans le corps du philosophe, qu'elle y excita une fièvre avec le transport au cerveau, qui le mit en peu de jours au cercueil. Quatre ans avant cette plaisanterie, le P. Daniel avoit mis au jour son Voyage au monde de Descartes; c'est une critique de ses opinions, qui eut beaucoup de succès; mais qu'on lit peu depuis que les nombreux partisans de Descartes ont disparu, et qu'il n'y a presque aucun Cartésien à combattre.
II. DESCARTES, (Catherine) morte à Rennes en 1706, nièce du célèbre philosophe, soutint dignement la gloire de son oncle par son esprit et son savoir. Un bel esprit a dit d'elle, que l'esprit du grand Réné étoit tombé en quenouille. Elle écrivoit assez bien en vers et en prose. On a d'elle l'Ombre de Descartes, et la Relation de la mort de Descartes; deux pièces, dont la dernière, mêlée de prose et de vers, est écrite d'une manière ingénieuse, naturelle et délicate. Elle étoit l'intime amie de Mad. de Scudéri. I. DESCHAMPS, (François-Michel, et Étienne) Voyez CHAMPS, nos I. et II.
II. DESCHAMPS, (Eustache) fut l'un des plus anciens poètes François, il vivoit dans le 13e siècle. On a conservé de lui une chanson à boire, qui paroît la première en ce genre que l'on connoisse dans notre poésie.
III. DESCHAMPS, (Gérard-Morphy) ami d'Érasme, se fit imprimeur à Paris en 1530. Il a publié avec soin plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue un Dictionnaire Grec et Latin, beaucoup plus correct que tous ceux qui avoient paru jusqu'alors. La devise de Deschamps étoit un sphinx avec ces paroles: Nocet empta dolore voluptas.
IV. DESCHAMPS, (Magdelaine) se distingua par son savoir dans le 16e siècle. On a d'elle quelques poésies en françois, en latin et en grec, dans lesquelles elle célèbre le jurisconsulte François Baudouin. Elle fut la mère de Louis Servin, célèbre avocat général au parlement de Paris sous Henri III. V. DESCHAMPS, (Jacques) docteur de Sorbonne, né à Virunmerville, diocèse de Rouen, le 6 mars 1677, mort le trois octobre 1759, à Dangu dans le même diocèse, où il étoit curé depuis 31 ans, eut les vertus et les connaissances de son état. On a de lui une Traduction nouvelle du prophète Isaïe, qui eut un certain succès, et qui essuya quelques critiques. Elle parut en 1760, in-12. L'abbé Deschamps laissa en mourant son mobilier à sa paroisse, à condition qu'on entretiendroit une maîtresse d'école, et qu'on donneroit chaque année une somme aux pauvres. Il avoit un soin extrême de l'éducation de la jeunesse; et les jeunes plantes, cultivées sous ses yeux, donnèrent des fruits précieux à la religion et à la société.