VI. DESCHAMPS, (Pierre-Suzanne) avocat à Lyon, se distingua dans le barreau de cette 238 DES ville, par son éloquence. Député à l'assemblée constituante de 1789, il y combattit vivement le projet présenté par Mirabeau sur l'inviolabilité des députés. De retour dans sa patrie, il partagea la défense opposée par les Lyonnois à la tyrannie. Blessé mortellement à la sortie, il mourut au pied d'un arbre dans la forêt d'Alix, près de Lyon, en 1793. Il étoit de l'académie de cette ville, et avoit mérité cet honneur par divers opuscules de jurisprudence, et sur-tout par un petit traité sur l'Adultère, très-bien écrit, et inséré dans le dictionnaire des arrêts, publié par son ami Prost-de-Royer.
DÉSÉRICIUS, (Joseph-Innocent) religieux Hongrois, né à Neytra en 1702, professa avec éclat la théologie à Raab, et passa ensuite à Rome où il fut accueilli par le pape Benoit XIV, qui l'envoya comme légat près de Maurocordato hospodar de Valachie. De retour dans sa patrie, Déséricius se consacra entièrement à l'étude, et publia divers ouvrages très-érudits, mais qui manquent de critique et de goût. Les principaux sont : I. Un Traité sur l'existence du purgatoire. II. L'Histoire de Hongrie en latin, 5 vol. in-fol. Elle a été souvent critiquée par George Pray, dans ses Annales des Huns.
DESESSARTS, Voy. ESSARS et HERBERAY.
DESFONTAINES, (l'abbé) Voyez IL FONTAINES. I. DESFORGES - MAILLARD, (Paul) né au Croisic en Bretagne, en 1699, resta parfaitement ignoré, quoiqu'il envoyât de temps en temps des pièces de poésie à différens journaux. N'ayant pas pu réussir sous son nom, il s'avisa, vers l'an 1732, d'écrire des Lettres, moitié prose et moitié vers, sous le nom de Mlle. Malcrais de la Vigne. Tous les poètes à l'envi célébrèrent cette nouvelle Muse, et lui firent même des déclarations très-galantes. Enfin Desforges quitta le masque, et il fut sifflé de ses admirateurs et de ses amans. L'aventure de ce triste hermaphrodite du parnasse devint le sujet de la Métromanie, chef-d'œuvre de Piron. Le poète ridiculisé prit la chose en galant homme, et ne laissa pas de publier le recueil de ses Poésies, 1759, 2 vol. in-12. Une versification lâche et négligée, des détails longs et mal amenés, un style facile, mais diffus : tels sont les défauts qui les ont précipitées dans l'oubli. L'auteur ne leur survécut guère ; il est mort en 1772. C'étoit un homme doux, poli et de bonne compagnie.
II. DESFORGES, (N.) s'est fait connoître par un grand nombre de poésies et par ses malheurs. Il se trouvait à l'opéra en 1749 lorsqu'on y arrêta le Prétendant d'Angleterre. Indigné de cette violation de l'hospitalité, il exprima ses sentiments dans une pièce de vers qui commençait ainsi : Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile, Des princes malheureux tu n'es donc plus l'asile. Desforges ayant eu l'indiscrétion de s'en faire connoître pour l'auteur, fut arrêté, conduit au Mont-Saint-Michel et enfermé pendant trois ans dans la cage : s'étoit un caveau de huit pieds carrés, où l'on ne recevait de jour que par les crevasses des marches de l'église. Le maréchal de Broglie obtint à la fin sa liberté, le fit son secrétaire, et le nomma commissaire des guerres. Desforges avoit soutenu avec courage son affreuse captivité. Il est mort à Paris en août 1768. — DESGABETS, (Robert) né d'une famille noble à Dugni, village du diocèse de Verdun, se fit Bénédictin de Saint-Vanne. Nommé procureur-général de sa congrégation, il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à mettre les sciences en honneur dans son corps. Il essaya la transfusion du sang sur un de ses amis à Paris; mais cette découverte ayant été négligée pour lors, les Anglois se l'approprièrent, quoique Desgabets en eût eu après Libavius, la première idée, et l'eût exécutée. V. DENYS, n° 14. Ce savant Bénédictin mourut à Breuil proche Commerci, en 1678, dans un âge avancé. On a de lui plusieurs ouvrages, la plupart manuscrits. Il écrivit beaucoup sur l'Eucharistie. Il vouloit trouver quelque manière d'expliquer ce mystère ineffable, suivant les principes de la nouvelle philosophie. Il valoit mieux l'adorer humblement selon les principes de la foi. C'est ce qu'il fit, lorsque ses supérieurs lui eurent fait sentir, qu'ils craignoient qu'il ne donnât quelque atteinte à la croyance de l'église. — DESGODETS, (Antoine) architecte du roi, né à Paris en 1653, envoyé à Rome en 1674, par Colbert, fut pris en chemin et conduit à Alger. Après seize mois de captivité supportés avec beaucoup de patience, il passa à Rome et y demeura trois ans. Ce fut pendant ce séjour qu'il composa son livre des Edifices antiques de Rome, dessinés et mesurés très-exactement, 1 vol. in-fol., avec figures, imprimé à Paris en 1682. L'auteur avoit employé beaucoup de temps à dessiner les précieux restes des monumens qui décoroient l'ancienne capitale de l'empire Romain. Il en avoit levé les plans avec la plus grande précision, et dessiné les élévations, les coupes et les profils avec une justesse extrême. Colbert fut si satisfait de son travail, qu'il engagea le roi à faire les frais de la gravure et de l'édition, qui fut toute au profit de l'auteur. Les planches de cet ouvrage important avoient été, depuis la mort de Desgodets, arrivée en 1728, à 75 ans, entre les mains d'un curieux jaloux; mais ses héritiers ont consenti à les livrer, pour en donner une nouvelle édition qui a paru en 1779. On a imprimé, sur les leçons de Desgodets, depuis sa mort, Les Lois des Bâtimens, 1776, in-8°, le Traité du Toisé, in-8°. On trouva parmi ses papiers un Traité des Ordres d'Architecture; un Traité de l'Ordre François; un des Dômes; un autre sur la Coupe des Pierres, etc. mais ces manuscrits n'ont pas été mis au jour. — DESGOUTES, (Jean) né à Lyon, traduisit en 1544 les œuvres de l'Arioste. C'est l'une des premières traductions de ce poète. Desgoutes fut aussi auteur d'un mauvais roman de chevalerie, intitulé: Histoire de Philandre et de Passerose. 240 DES
DESGRANGES, (N.) né à Carcassone d'une bonne famille, entraîné par son goût pour le théâtre, se fit comédien, et excella dans le rôle italien de Scaramouche. Appelé à Paris par sa réputation en 1712, il y obtint beaucoup de succès. Il mourut à Rouen en 1722, après avoir donné aux Italiens deux pièces : Jupiter pris en flagrant délit ; et le Fourbe sincère.
DESGROUAIS, (N.) mort en 1766, à 63 ans, professeur au collège royal de Toulouse, avoit enseigné avec distinction les belles - lettres dans d'autres villes. Il étoit né à Thiers, près Choisi-le-Roi, de parens pauvres, en 1703. Il avoit la modestie et la simplicité de la Fontaine : il préféroit l'obscurité et l'étude à toutes les places. C'étoit d'ailleurs un homme très-instruit et un bon grammairien. On a de lui un ouvrage intitulé : Les Gasconismes corrigés, in-80, dont on a donné en 1769 une nouvelle édition. Ce livre, destiné à corriger les Gascons, peut être utile aux étrangers, et surtout aux réfugiés. L'auteur avoit eu des disputes avec l'abbé des Fontaines, contre lequel il publia des brochures aujourd'hui oubliées.
DESHAYS, (Jean-Baptiste-Henri) peintre, né à Rouen en 1729, mort à Paris en 1765, à 36 ans, avoit reçu de la nature ces rares dispositions qui donnent les plus belles espérances, et il y répondit parfaitement. Ses principaux ouvrages sont : l'Histoire de St. André, en 4 grands tableaux, qu'il fit pour sa patrie ; les Aventures d'Hélène, en huit morceaux, pour la manufacture de Beau- vais ; la Mort de St. Benoit ; pour Orléans ; la Délivrance de St. Pierre, pour Versailles ; le Mariage de la Vierge ; la Résurrection du Lazare ; la Chasteté de Joseph ; le Combat d'Achille contre le Xante et le Simois, etc., ouvrages dont la plupart ont été exposés et généralement applaudis au salon en 1761 et 1763. On lui doit encore Loth et ses filles, Psyché endormie, Céphale enlevé par l'Aurore, Jupiter et Antiope, le comte de Comminge, Hector trainé par Achille autour des murailles de Troie. Ce dernier tableau fut son morceau de réception à l'académie en 1758. C'est l'un des meilleurs de l'auteur, avec celui de la mort de St. Benoit. Les productions de cet habile artiste sont marquées au coin d'un dessin admirable, d'une composition ingénieuse, d'un bon coloris, et d'une exécution facile. La mort prématurée de Deshays l'empêcha de signaler ses talens sur plusieurs morceaux considérables dont il étoit chargé pour le roi, pour Paris et pour sa patrie. Il mourut dans le poste d'adjoint à professeur.
DESHOULIÈRES, Voy. HOULIÈRES.
DESHOUSSAYES, (Jean-Baptiste-Cotton) Voyez CHAMOUSSET. I. DÉSIDÉRIUS, Voyez DIDIER.
II. DÉSIDÉRIUS, frère du tyran Magnence, obtint de ce prince le titre de César vers l'an 351. Il seconda son frère dans sa bonne et mauvaise fortune, et le suivit à Lyon, où il s'étoit retiré après avoir été chassé d'Italie. Magnence, ne voulant pas survivre survivre à ses défaites, se tua en août 353. Ce barbare usurpateur avoit, dit-on, ôté auparavant la vie à sa mère, et il est certain qu'il perça *Dési-dérius* de plusieurs coups. Celui-ci, guéri de ses blessures, alla se jeter aux pieds de *Constance*, qui, à ce qu'on croit, lui conserva la vie.
DESILLES, (N.) né en Bretagne, étoit officier au régiment du roi infanterie, en garnison à Nancy, lorsque M. de Bouillé s'approcha de cette ville pour y rétablir l'ordre parmi les troupes insurgées. *Desilles*, voyant que tout se disposoit à la porte Stainville pour repousser ce général, voulut empêcher l'effusion de sang, et ramener les esprits à la subordination. Il se jeta sur les canons, et arracha à diverses reprises les mèches des mains des canonniers. La mort fut le prix de son zèle: les rebelles tirèrent sur lui et le percèrent de plusieurs balles, le 31 août 1790.
DESIRE, (Artus) mauvais écrivain et prêtre fanatique, étoit animé du zèle le plus ardent contre le Calvinisme; mais, comme les talens lui manquoient, il tâcha d'y suppléer par des bouffonneries et des complots. Il entra dans toutes les fureurs de la ligue, et couvrit sa folie, comme tous les autres furieux imbéciles de ce temps, du masque de la religion. On l'arrêta en 1561, comme il étoit sur la Loire pour se rendre auprès de *Philippe II*, roi d'Espagne. Quelques moines séditieux l'avoient chargé d'une requête à ce prince, pour le prier de venir au secours de la religion catholique, que l'on supposoit prête à périr en D E S 241 France. Le courrier fanatique fut condamné par le parlement à une amende honorable, et à cinq ans de prison chez les Chartreux. Il en sortit peu de temps après, et il revint à Paris où il barbouilla du papier comme auparavant. On ignore l'année de sa mort, ainsi que celle de sa naissance. Ses ouvrages, qui sont en grand nombre, n'ont d'autre mérite que celui de l'absurdité, de la platitude et de l'enthousiasme. Les principaux sont: I. *Dispute de Guillot, le Porcher de la Bergère de Saint-Denis en France, contre Jean Calvin*, in-16, 1568, en mauvais vers. II. *Les Grands jours du parlement de Dieu, publiés par St. Mathieu*, 1574, in-16. III. *Le ravage et le déluge des Chevaux de louage, avec le retour de Guillot le Porcher, sur les misères et calamités de ce règne présent*, etc., 1578, in-8. IV. *Les Batailles du Chevalier céleste contre le Chevalier terrestre*, Paris 1557, in-16. V. *Comparaison de III Chansons de Clément Marot, faussement intitulées par lui Psalmes de David, faite et composée de plusieurs bonnes doctrines et sentences préservatives d'hérésies*, par *Artus DESIRE*; Rouen, *Jean Over*, 1560, in-16; et Paris, *Pierre Gaultier*, 1561 et 1562, in-8. *DESIRE*, voyant le succès que les Pseaumes de Marot eurent d'abord, leur opposa des cantiques pieux, où il ne se pique pas de rendre ponctuellement le sens des Pseaumes, et où il ne songe qu'à contrecarrer la traduction de Marot. VI. *La grande Source et fontaine de tous maux, procédante de la bouche des blasphémateurs du saint nom de Dieu, avec l'Ingratitude des riches envers les* 242 DES pauvres; à Paris, Pierre Gaul-tier, 1561, in-8°, en vers. VII. Ce fut lui qui dressa la requête au roi d'Espagne, qu'on lui trouva lorsqu'il fut arrêté en 1561. Elle se trouve dans le cinquième livre de l'Histoire Ecclésiastique de Théodore de Bès, pag. 731 du 1er volume de l'édition in-8°, en 1580. VIII. L'origine et source de tous les maux de ce monde par l'incorrection des pères et des mères envers leurs enfans, et de l'inobédience d'iceux; ensemble de la trop grande familiarité et liberté donnée aux servans et servantes: avec un petit Discours de la Visitation de Dieu envers son peuple Chrétien, par affliction de guerre, peste et famine; Paris, Jean Dailler, 1571, in-8°, feuill. 50, en prose.
DESJARDINS, (Martin-Bogaert) célèbre sculpteur, né à Bréda, passa en France, et y fit preuve de grands talens. On lui devoit le monument de la place des Victoires à Paris, et la statue équestre de Louis XIV sur la place de Bellecour à Lyon, qui étoit un chef-d'œuvre. Ils furent renversés par la révolution Françoise. Desjardins est mort le 2 mai 1694.
DESLANDES, (André-François Boureau) né à Pondicheri en 1690, commissaire général de la marine à Rochefort et à Brest, de l'académie royale de Berlin, mourut en 1757 à 67 ans à Paris, où il s'étoit retiré après avoir quitté ses emplois. Cet homme, philosophe agréable, citoyen et littérateur, auroit été plus utile à la France, s'il avoit pu mettre un frein à sa liberté de penser. Tous ses ouvrages sont d'un homme d'esprit; mais tous ne sont pas d'un Chrétien. On a prétendu très-faussement qu'il s'étoit rétracté, à sa mort, des sentimens hardis qu'il avoit affichés pendant sa vie; la vérité de l'histoire force d'avouer qu'il mourut comme il avoit vécu. Très-peu de temps avant sa mort, il fit ces vers qui sont d'un matérialiste et d'un épicurien décidé: Doux sommeil, dernier terme Que le Sage attend sans effroi; Je verrai d'un œil ferme Tout passer, tout s'enfuir de moi. Le P. Mallebranche avoit voulu le faire entrer dans sa congrégation. « Mais des considérations de famille, dit-il, jointes à un voyage indispensable que je devois faire dans les pays étrangers, m'empêchèrent de prendre ce parti. Combien ai-je depuis eu lieu de m'en repentir, lorsque sur-tout livré aux hommes, et engagé dans un tourbillon d'affaires, j'ai soupiré après la vie douce et tranquille de l'Oratoire! » Les principaux écrits sortis de sa plume sont: I. L'Histoire critique de la philosophie, 4 vol. in-12, dont les 3 premiers parurent à Amsterdam 1737. Les recherches qu'il lui fallut faire pour cet ouvrage, ne desséchèrent point son imagination. On ne se plaindra pas que son style soit froid et pesant; et assurément ce n'est pas l'esprit, ou, pour ôter toute équivoque, le bel esprit, qui lui manque. On peut même lui reprocher de l'affectation, et Voltaire l'appeloit un vieux écolier précieux, un bel-esprit provincial. Les exposés de la doctrine des divers philosophes ne sont pas toujours exacts, soit qu'il n'ait pas compris cette doctrine, soit qu'il voulût l'ajuster à ses opinions particulières. Cependant Il connoissoit les hommes et les livres. Ses portraits, quelquefois un peu chargés, sont en général ressemblans; et ses discussions, quoique savantes, ne sont point ennuyeuses. II. *Essai sur la Marine et le Commerce*, in-8°; ouvrage qui manque un peu de dialectique, de justesse, et même de goût. Il n'y a presque point de suite dans ses idées, et elles naissent rarement l'une de l'autre. III. *Recueil de différents Traités de Physique et d'Histoire naturelle*, propres à perfectionner ces deux sciences, en 3 vol. in-12. On y trouve quelques morceaux intéressants. IV. *Histoire de Constance, ministre de Siam*, 1755, in-12. Ce ministre n'y est pas peint en beau. V. *Voyage d'Angleterre*; 1717, in-12. VI. *Des Poésies Latines*, qui ne sont pas sans mérite, mais qui n'ont pas celui de la décence. Il faisoit aussi des vers françois; mais ils étoient médiocres ou mauvais. VII. On a encore de lui plusieurs ouvrages obscurs, dont quelques-uns ont été flétris; *Pygmalion*, in-12; la *Fortune*, in-12; la *Comtesse de Montferrat*, in-12; *Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant*, petit in-12. Outre la manie du bel-esprit, nous avons dit que *Deslandes* avoit celle d'esprit fort; et cette manie perce sur-tout dans cette dernière production, qui d'ailleurs n'est pas bien piquante. Les grands hommes qu'il cite sont quelquefois très-petits, et plusieurs de leurs plaisanteries assez insipides. *Voyez GASSENDI*.
DESLAURIERS, comédien de l'hôtel de Bourgogne, qui vivoit en 1634, est auteur des *Fantaisies de Bruscambille*, souvent imprimées in-12. C'est un livre rempli des plus plates-bouffonneries.
DESLON, (Charles) médecin de Paris, mort le 21 août 1788, se fit disciple de *Mesmer*, et soutint son système sur le magnétisme avec esprit et persévérance. Il a publié des *Observations* sur cet agent trop vanté, Paris, 1792. I. DESLYONS, (Antoine) Jésuite, né à Béthune, et mort à Mons le 11 juillet 1648, a laissé des Poésies imprimées à Anvers 1640, et postérieurement à Rome et à Prague. Ces Poésies, au jugement des journalistes de Trévoux, janvier 1704, page 63, ne sont point inférieures à celles du Père *Hosch*. Il a donné plus de liberté à sa versification et imité la vivacité féconde d'*Ovide*.
II. DESLYONS, (Jean) docteur de Sorbonne, doyen et théologal de Senlis, naquit à Pontoise en 1615, et mourut à Senlis, le 26 mars 1700, âgé de 85 ans. C'étoit un homme singulier qui ordonna par son testament de l'enterrer dans un cercueil de plomb. Ce n'étoit pas par pompe, disoit-il, mais pour s'élever contre l'abus presque universel d'ensevelir les morts les uns sur les autres, soit dans les églises, soit dans les cimetières; ce qu'il croyoit être contre le xv° canon du concile d'Auxerre, qui dit : *Non licet mortuum super mortuum mitti*. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, écrits d'un style dur, guindé, et encore plus diffus; mais l'érudition y est versée à pleines mains, et, pour l'ordinaire, accompagnée de beaucoup de solidité. Les principaux sont : I. *Discours Ecclésiastiques contre le Paganisme du Roi-boit*, 1664, réimprimés en 1670, in-12. 244 DES sous le titre de *Traité singulier et nouveau contre le Paganisme du Roi-boit*. Il s'élève fortement contre la superstition du gâteau des rois et la sottise de la fève. *Barthélens*, avocat de Seullis, fit une longue et plate *Apologie du Banquet des Bois*, 1664, in-12. II. *Lettre Ecclésiastique touchant la sépulture des Prêtres*. L'auteur déclame avec non moins de force contre ceux qui prétendent que les prêtres, comme les laïques, doivent être enterrés la face et les pieds tournés vers l'autel. III. *Un Traité de l'ancien droit de l'évêché de Paris sur Pontoise*, 1694, in-8. IV. *Défense de la véritable dévotion envers la Sainte Vierge*, 1651, in-4. Au reste, *Deslyons*, à ses singularités près, étoit un homme très-estimable, savant, passionné pour les anciens usages de l'Église, ne désirant que de les voir rétablis, prêchant autant par son exemple que par ses discours, et pratiquant la vertu avant que de l'enseigner. I. DESMAHIS. *Voyez GROS-TESTE.*
II. DESMAHIS. (Joseph-François-Édouard de Corsembleu) né à Sully-sur-Loire en 1722, mourut le 25 février 1761, dans la trente-huitième année de son âge. Il avoit infiniment d'esprit, et son cœur étoit digne de son esprit : le spectacle des souffrances d'autrui le déchiroit. Plus à ses amis qu'à lui-même, il prévenoit leurs desirs. *Lorsque mon ami rit*, disoit-il, c'est à lui de m'apprendre le sujet de sa joie; lorsqu'il pleure, c'est à moi à découvrir la cause de son chagrin. Jamais il ne sollicita des graces ni des récompenses. Il répétait souvent : *A peu de frais, en vérité; Les Dieux peuvent me satisfaire; Qu'ils me laissent le nécessaire, Et qu'ils m'accordent la santé, Je fais du reste mon affaire.* Il disoit ordinairement : *Si l'union et l'harmonie régnoient parmi les gens-de-lettres, ils seroient, malgré leur petit nombre, les maîtres du monde*. On lui fut un jour un écrit satirique; il dit avec indignation : *Abandonnez pour jamais ce malheureux genre, si vous voulez conserver avec moi quelque liaison. Encore une satire, et nous rompons ensemble*. Modeste au milieu des succès, il dit plusieurs fois à ses amis : *Content de vivre avec les grands hommes de mon siècle dans le cercle de l'amitié, je n'ambitionne point d'être placé auprès d'eux dans le Temple de mémoire*. Il donna, dès sa plus tendre jeunesse, des preuves de la délicatesse de son esprit, et sut mêler aux plaisirs l'étude et la philosophie. On a de lui : la comédie de l'*Impertinent*, qui fut applaudie. Ce n'est pas, à la vérité, le ton de *Molière*; mais on y trouve de jolis portraits, des saillies heureuses, des pensées fines, et le caractère principal est assez bien peint. II. *Des Œuvres diverses*. Une poésie douce et légère, une versification aisée et harmonieuse, un coloris frais, des pensées délicates, des éloges et des traits de satire bien tournés : voilà les caractères de ce recueil, où l'on distingue le *Voyage de Saint-Germain*. On sent que l'auteur s'étoit proposé de bonne heure *Voltaire* pour modèle, et il limite assez heureusement. Il a paru en 1777 une édition complète de ses *Œuvres* d'après ses manuscrits, avec son *Éloge historique*, Paris, vol. in-12. « Ses Poésies, dit l'abbé Sabathier, l'emporteroient même sur celles de Chapelle et de Chaulieu, si l'esprit n'y étouffoit trop le sentiment; ce défaut n'empêche pas qu'elles ne soient supérieures à tout ce qu'on a fait de nos jours en ce genre, pourvu qu'on en excepte les pièces fugitives de Voltaire, de Boufflers, et une grande partie de celles de Gresset. Il a sur-tout un tourneure de pensées, vive, naturelle et délicate. Sa versification est douce, harmonieuse et facile; sa poésie pleine d'images et d'agrémens; sa morale est utile, sans être austère; un peu trop voluptueuse, sans être cependant libertine; philosophique, sans être hardie ni indécente. Sa petite comédie de l'Impertinent est bien versifiée; mais elle est plutôt un tableau piquant qu'une comédie. »
DESMAISEAUX, (Pierre) de la société royale de Londres, étoit né en Auvergne d'un ministre Protestant. Il se retira de bonne heure en Angleterre, et y mourut en 1745, à 79 ans. Il avoit eu des liaisons étroites avec Saint-Evremont et Bayle. Il donna une Edition des Œuvres du premier, en 3 vol. in-4°, Londres, 1705, avec la Vie de l'auteur, exacte, curieuse, mais trop pleine de petits détails et de discussions minutieuses. Il publia aussi l'Histoire du second, et celle de ses ouvrages. Ce dernier écrit offre une idée de tous les livres de Bayle. Il se trouve à la tête de son Dictionnaire, de l'édition de 1730; et il a été réimprimé en 1732 à la Haye, en 2 vol. in-12. Desmaiseaux est encore l'éditeur du Recueil des Œuvres de Bayle, mis au jour la même année, en 4 vol. in-fol. On a de lui d'autres éditions, que l'auteur a souvent accompagnées de remarques, pleines d'anecdotes littéraires.
DESMARAIS, Voyez IL RÉGNIER.
DESMARES, Voyez CHAMP-RESLE. I. DESMARES, (Toussaint) prêtre de l'Oratoire, célèbre par ses sermons, étoit de Vire en Normandie. On le députa à Rome pour défendre la doctrine de Jansénius: il prononça à ce sujet devant Innocent X un Discours, qu'on trouve dans le Journal de Saint-Amour. Son attachement aux opinions du célèbre évêque d'Ypres, fut la cause ou le prétexte de plusieurs affaires qui lui furent suscitées. On le chercha pour le conduire à la Bastille; mais il échappa aux poursuites, et se retira pour le reste de ses jours, dans la maison du duc de Liancourt, au diocèse de Beauvais. Un jour que Louis XIV y étoit, ce seigneur présenta le P. Desmares au roi. Le vieillard dit à ce monarque, avec un ton de candeur et de liberté: SIRE, je vous demande une grace. — Demandez, répondit Louis XIV, et je vous l'accorderai. — SIRE, reprit l'Oratorien, permettez-moi de prendre mes lunettes, afin que je considère le visage de mon Roi. Ce compliment fit tant de plaisir à Louis XIV, qu'il avoua à ceux qui étoient autour de lui, qu'il n'en avoit jamais entendu de plus agréable. Le Père Desmares mourut en 1687, à 87 ans, après avoir composé le Nécrologe de Port-Royal, imprimé en 1723, in-4°.
II. DESMARES, (N.) officier attaché au prince de Condé, donna au théâtre en 1686, Merlin Dra- 246 DES gon et Roxelane. Il mourut dans l'âge le plus avancé, en 1715. I. DESMARETS de St-Sorlin. Voyez MARETS, n° 11. — II. DESMARETS, (Henri) musicien François, né à Paris en 1662, fut page de la musique du roi. Il obtint une pension de 500 livres dès l'âge de 20 ans; ne pouvant occuper, à cause de sa jeunesse, une des places de maître de musique de la chapelle du roi. Dans un voyage qu'il fit à Senlis, il épousa en secret la fille du président de l'élection. Le père le poursuivit comme l'ayant séduite et enlevée, et le fit condamner à mort par sentence du Châtelet. Le musicien passa en Espagne, et ensuite en Lorraine; enfin le parlement le déchargea de la condamnation portée contre lui. Il mourut à Lunéville en 1742, à 80 ans, laissant des Molets et des Opéra qui ne sont pas sans beauté. On estime sur-tout celui d'Iphigénie, retouché par Campra. — III. DESMARETS, (Nicolas) neveu de Colbert, et ministre d'état sous le règne de Louis XIV, puis contrôleur-général des finances, mort en 1721, se montra digne de son oncle par son intelligence et son zèle. Il laissa un Mémoire très-curieux sur son administration. Cet écrit, imprimé plusieurs fois, ne saurait l'être trop souvent pour ceux qui veulent connoître le dédale des finances. On le trouve dans les Annales Politiques de l'abbé de Saint-Pierre. Il fut père du maréchal de Maillebois.
DESMARETTES, Voyez V. BRUN. — DESMARQUETS, (Charles) procureur au Châtelet, mort à Paris le 21 mars 1760, âgé de 62 ans, est connu par un ouvrage utile aux praticiens. Il est intitulé : Style du Châtelet de Paris, 1770, in-4.º Voyez aussi MARQUETS.
DESMARS, (N.) médecin de Boulogne-sur-Mer, mort en 1767, traduisit les Epidémiques d'Hyppocrate, 1767, in-12, et donna quelques brochures sur des matières médicales ou vétérinaires.
DESMASURES, Voyez MASURES.
DESMOLES, (Arnand) peintre François du 16e siècle, excella dans l'art de peindre les vitraux. On admire ceux de la cathédrale d'Auch, où sont représentés divers sujets de l'ancien et du nouveau Testament. Ils sont au nombre de vingt, de 45 pieds de hauteur sur 15 de large. Le dernier porte la date de la fin de l'ouvrage; c'est le 25 juin 1509. Le dessin en est correct, le coloris éclatant. On ne connaît point d'autre ouvrage de Desmoles; on ignore de même le nom de sa patrie et la date de sa mort.
DESMOLETS, (Pierre-Nicolas) bibliothécaire de la maison de l'Oratoire, rue St-Honoré, mort le 26 avril 1760, dans la 83e année de son âge, à Paris sa patrie, s'attacha particulièrement à l'histoire littéraire, et eut un nom en ce genre. Ses mœurs rehaussoient l'éclat de son savoir. Il étoit d'une société aimable et douce. Il comptoit les premiers littérateurs de France parmi ses amis. Son principal ouvrage est une continuation des Mémoires de Littérature de Sallengre, en 11 vol. in-12. (L'abbé Goujet a eu part à cet ouvrage, qui renferme quelques morceaux curieux.) Il fut l'éditeur du traité *De Tabernaculo Fœderis*, du Père *Lami*, et de divers autres livres. *Voyez* POUJET.
**DESMOTTES** ou DE LA MOTHE, (Marie-Hélène) actrice de la comédie Françoise, née à Colmar en 1704, morte à Paris en 1769, débuta d'abord dans la tragédie qu'elle quitta bientôt pour se livrer entièrement aux rôles comiques dans l'emploi des ridicules. Avant elle, ceux de *Mad. Pernelle*, de *Mad. Sottenville*, la comtesse d'*Escarbagnas*, de la *Devincresse*, etc., avoient toujours été remplis par un acteur travesti, et particulièrement par *André Hubert*, comédien très-facétieux, que *Mlle de la Mothe* fit oublier.
**DESMOULINS**, *Voyez* MOULINS.
**DESMOULINS**, (Benoît-Camille) né à Guise en Picardie en 1762, fils du lieutenant-général du baillage de cette ville, déserta jeune de la maison paternelle, et vint se faire recevoir avocat à Paris, où il avait été déjà élevé en qualité de boursier, au collège de *Louis le Grand*. Sa tête ardente, son imagination exaltée, lui firent embrasser avec enthousiasme les principes de la révolution Françoise. Le 13 juillet 1789, après avoir harangué la multitude rassemblée au Palais-Royal, tenant deux pistolets à la main, il lui proposa de prendre une cocarde distinctive et de marcher contre la Bastille. Ces deux propositions furent adoptées : la cocarde fut d'abord verte avant d'être remplacée par la tricolore ; la Bastille fut assiégée et prise. Lié intimement avec *Danton*, il lui resta constamment attaché, et fut avec lui l'un des fondateurs du club des *Cordeliers*. *Desmoulins* figura dans les scènes sanglantes du 20 juin et du 10 août 1792. Député à la Convention, il y défendit le duc d'*Orléans*, dont un grand nombre de membres demandait le bannissement, et y déclama contre les riches. *Robespierre* marchait à la tyrannie ; envieux du succès qu'avoient obtenu les journaux de *Desmoulins*, irrité sur-tout de son attachement pour *Danton*, il jura sa perte. De son côté, *Desmoulins* qui, au milieu de ses transports pour la république, conservait des momens de sensibilité et d'indignation contre la terreur, osa faire entendre à l'assemblée un mot qu'elle avait bannie de son langage : il demanda qu'après avoir établi tant de comités sous différents titres, on créa du moins un comité de *clémence*. Aussitôt un rapport de *Saint-Just* le désigna comme un contre-révolutionnaire déguisé, et le fit envelopper dans le décret d'accusation prononcé contre *Danton*. Arrêté à deux heures après minuit le 31 mars 1794, il ouvrit ses fenêtres et cria au secours contre la tyrannie. Il n'était plus temps ; lui-même avait établi son empire. Voyant que personne ne venait pour le défendre, il demanda aux satellites la permission d'emporter quelques livres ; il choisit dans sa bibliothèque les *Nuits d'Young* et les *Méditations d'Hervey*. Conduit au Luxembourg, il dit à un prisonnier en le quittant pour aller au tribunal : « Je vais à l'échafaud, pour avoir versé quelques larmes sur le sort des malheureux. Mon seul regret en mourant, sera de n'avoir pu les servir. » Dans son interrogatoire, on lui demanda quel âge il avait ; il répondit : *L'âge de J. C.* 248 DES lorsqu'il mourut, c'est-à-dire, 33 ans. Il se défendit avec assez de calme, mais lorsque l'accusateur public déclara que les débats étoient fermés et que Camille qui vouloit parler encore ne devoit plus être entendu, celui-ci entra aussitôt en fureur, reprocha aux juges leurs assassinats multipliés, et on ne put le faire descendre de la salle qu'en employant la force. Elle fut nécessaire encore lorsqu'on le conduisit au supplice. Son visage étoit altéré et sa chemise en lambeaux. Arrivé au pied de l'échafaud, il s'écria : « Voilà donc la récompense réservée au premier apôtre de la liberté. Sa statue va être arrosée par le sang de l'un de ses enfans. Les monstres qui m'assassinent ne me survivront pas long-temps. » Desmoulins passionnément amoureux d'Anne Duplessis, fille d'un premier commis des finances, avoit voulu se tuer, sur le refus des parens de celle-ci, de l'accepter pour gendre. Il vit cependant couronner sa constance pendant la révolution ; et ce qui est remarquable, c'est qu'il ne voulut point être marié par un prêtre assermenté, mais par Berardier, ancien principal du collège de Louis le Grand. Une autre singularité, c'est que les seuls témoins de ce mariage furent Robespierre et Saint-Just, qui devinrent ensuite les seuls auteurs de sa mort. Les écrits de Desmoulins, sont : I. Les Révolutions de France et de Brabant, journal qui eut le plus grand succès. II. Histoire des Brissotins, in-8.º III. Le Vieux Cordelier, journal où il combattit les hommes sanguinaires et commença à prêcher la tolérance. Les feuilles de Desmoulins méritent d'être distinguées de la foule des écrits éphémères qu'a fait naître la révolution. Son style est énergique et pressé ; ses rapprochemens sont curieux et inattendus ; lors même que le lecteur est loin de partager ses opinions, il aime son intrépidité à les énoncer, et ne reste point froid sur l'intérêt qu'il sait répandre sur ses récits et ses paradoxes. Son épouse dont il étoit tendrement aimé, belle, courageuse et spirituelle, demanda à partager son sort. On l'envoya à la mort dix jours après son mari ; elle la subit avec bien plus de courage que ce dernier. Après sa condamnation qu'elle entendit avec calme, elle adressa à ses juges cette prédiction : « Vous éprouverez bientôt le tourment des remords que le crime entraîne toujours après lui, jusqu'à ce qu'une mort infame vienne vous arracher l'existence. »
DESNOS, (Pierre-Joseph-Odolant) né à Alençon, le 21 novembre 1722, perdit son père dès son enfance, et fit ses études à Paris. Livré d'abord à l'étude de la jurisprudence, il la quitta pour celle de la médecine, et de retour dans sa patrie, il eut des succès dans l'exercice de son art. Devenu secrétaire de la société d'agriculture d'Alençon et membre de diverses sociétés savantes, on lui doit plusieurs ouvrages. Parmi un grand nombre d'observations, insérées dans le journal de médecine, on distingue celle sur un estomac percé qui n'avoit pas empêché de vivre, et celle sur le danger de manger les chairs des animaux dont on ignore le genre de mort. Desnos est encore auteur, I. Des Mémoires historiques sur la ville d'Alençon, 1787, 2 vol. in-8.º II. D'une Dissertation sur Serlon, évêque de Séez, et Raoul, archevêque de Cantorbéry, in-8.º III. D'une autre sur les héritiers de Robert IV comte d'Alençon, in-8.º IV. Il a fourni un grand nombre d'articles à l'auteur de la Chronologie des Grands-Baillis de Caen, au Dictionnaire du Maine, à celui de la Noblesse, au Dictionnaire Géographique des Gaules par Expilly, à la nouvelle édition de la Bibliothèque des historiens de France, par Fontette. Desnos y rédigea la plus grande partie de ce qui concerne l'histoire de la ci-devant Normandie. V. Il a laissé un grand nombre de Manuscrits dans lesquels le défaut d'ordre qui s'aperçoit dans ses ouvrages se fait encore plus sentir. Il étoit aimable et bon, mais comme il connoissoit parfaitement son art et l'histoire, et qu'il ne pouvoit ignorer ses forces, il se montroit quelquefois tranchant dans la discussion. Il est mort à Alençon le 11 août 1801, à l'âge de 78 ans. M. Dubois, bibliothécaire à Alençon, a consacré une notice à la mémoire de ce médecin.
DESNOYERS, Voy. NOYERS.
DESCEILLETS, (Mlle) comédienne renommée, qui jouoit les premiers rôles à l'hôtel de Bourgogne, précéda la Champmeslé. Elle excella dans le rôle d'Hermione de l'Andromaque de Racine. Louis XIV disoit « que pour que ce rôle fût rempli avec la plus grande supériorité, il faudroit que Mlle Desœillets jouât les trois premiers actes, et Mlle Champmeslé les deux autres. » La première avoit plus de feu, la seconde, plus de délicatesse.
DÉSORMEAUX, (Joseph Ripault) né à Orléans, et mort à Paris en 1793, à l'âge d'environ 70 ans, devint membre de l'académie des belles-lettres et s'appliqua à l'étude de l'histoire. Il a publié de nombreux ouvrages dans cette partie. Presque tous manquent de force et de chaleur; mais le style a de la grace, un ton de déceuce et de vérité qui plait. On lui doit: I. Quelques volumes de l'Histoire des Conjurations, 1758. II. Histoire de la maison de Montmorency, 1764, 5 vol. in-12. Elle offre de l'intérêt. III. Histoire de Louis de Bourbon, prince de Condé, 1766, 2 vol. in-12; elle est très-foiblement écrite. IV. Histoire de la maison de Bourbon, depuis 1772 jusqu'en 1788, 5 vol. in-4.º L'auteur y loue plus qu'il ne juge. Cet ouvrage est surchargé de digressions. V. Abrégé chronologique de l'Histoire d'Espagne et de Portugal, in-8.º Cet écrit a mérité son succès par sa clarté et sa concision. C'est le meilleur ouvrage de Desormeaux.
DESPAUTÈRE, (Jean) grammairien Flamand, natif de Ninove, mort à Comines en 1520, travailla constamment et assidûment, quoiqu'il n'eût qu'un œil. Il donna des Rudiens, une Grammaire, une Syntaxe, une Prosodie, un Traité des figures et des tropes, imprimés en 1 vol. in-folio, sous le titre de Commentarii Grammatici, chez Robert Etienne, en 1537. Ces ouvrages étoient jadis dans tous les collèges; mais depuis qu'on en a fait de plus méthodiques, ils ne sont plus consultés que par les savans. Ils sont excellens pour entendre le fonds de la latinité. Le Despaute de Robert Etienne est bien différent des Despauteures châtés et mutilés, tels qu'on 250 DES les avoit accommodés pour les écoliers. **I. DESPEISSES**, (Antoine) né à Montpellier en 1595, exerça d'abord la profession d'avocat au parlement de Paris, et ensuite dans sa patrie. Il s'occupa pendant quelque temps de la plaidoirie; mais un petit accident la lui fit abandonner. Comme il étoit à l'audience, il se jeta dans les digressions, suivant l'usage de son temps, et se mit à discourir longuement sur l'Éthiopie. Un procureur qui étoit derrière lui, se mit à dire: *Le voilà dans l'Éthiopie, il n'en sortira jamais*. Ces paroles le troublèrent, et il ne voulut pas plaider davantage. Il mourut en 1658, à 64 ans. Ses *Œuvres* ont été imprimées plusieurs fois. La dernière édition est de Lyon, 1750, en trois vol. in-folio. « Cet auteur, dit *Bretonnier*, est très-louable par son grand travail; mais il l'est très-peu par son exactitude. Ses citations ne sont ni fidelles, ni justes; il ne laisse pas pourtant d'être un bon répertoire. » *Voyez BAUVES*.
**II. DESPEISSES**, (Jacques) *Voyez I. FAYE*. **D'ESPENCE**, *Voy. ESPENCE*.
**DESPERIERS**, *DESPINS*, *Voyez PINS et PERIERS*.
**DESPLACES**, (Louis) graveur de Paris, distingué par la correction du dessin, mourut en 1739, à 57 ans. On estime son portrait de l'actrice *Duclos*, d'après *l'Argillière*; sa gravure du feu et de l'eau, d'après *Louis Boulogne*, etc. **I. DESPORTES**, *Voyez PORTES*.
**II. DESPORTES**, (François) né en Champagne en 1661, manifesta ses talens pour la peinture durant une maladie. Il étoit au lit, il s'ennuyoit; on lui donna une estampe qu'il s'amusa à dessiner, et cet essai indiqua son goût. Le roi l'employa et le récompensa, et l'académie de peinture lui ouvrit ses portes. Il mourut à Paris en 1743, à 82 ans. Son caractère doux et aimable, étoit relevé par des manières nobles et aisées. Il excelloit à peindre des grotesques, des animaux, des fleurs, des fruits, des légumes, des paysages, des chasses, et réussissoit dans le portrait. Son pinceau, vrai, léger et facile, rendoit la nature avec ses charmes. Un riche, peu connoisseur, le pressoit d'admirer un mauvais tableau d'Italie, qu'il mettoit au-dessus de ceux des meilleurs artistes François: *Je n'y connois d'autre mérite*, lui dit *Desportes*, que celui de venir de loin: si c'en est un grand pour vous, ce n'en est pas un pour moi. Un parvenu, revêtu d'une charge importante lui ayant parlé avec fierté; quand je voudrai, lui dit *Desportes*, je serai ce que vous êtes; mais vous ne pourrez jamais être ce que je suis. Il laissa un fils et un neveu, qui soutinrent sa réputation. Ce fils donna au théâtre Italien en 1721, la comédie de la *Veuve Coquette*.
**III. DESPORTES**, (Philippe) né à Chartres en 1546, vint à Paris, et s'y attacha à un évêque avec lequel il alla à Rome, où il apprit parfaitement la langue Italienne. De retour en France, il se livra à la poésie Françoise, qu'il cultiva toute sa vie avec un succès distingué. Il contribuait beaucoup par ses ouvrages, aux progrès et à la pureté de notre langue, qui avant lui n'étoit qu'un jargon barbare, chargé de grécismes, d'épithètes obscures et d'expressions forcées. Peu de poètes ont été aussi bien payés de leurs vers. Henri III lui donna dix mille écus pour le mettre en état de publier ses premiers ouvrages, et Charles IX lui avoit donné huit cents écus d'or pour son Rodomont. L'amiral de Joyeuse fit avoir à l'abbé Desportes une abbaye pour un sonnet. Enfin il réunit sur sa tête plusieurs bénéfices, qui tous ensemble lui produisoient plus de dix mille écus de rente. Henri III faisoit aussi l'honneur à Desportes de l'appeler dans son conseil, et de le consulter sur les affaires les plus importantes du royaume. On prétend qu'il refusa plusieurs évêchés, et même l'archévéché de Bordeaux. Les gens de lettres eurent beaucoup à se louer de son caractère bienfaisant. Non content de les secourir dans le besoin, il forma une riche bibliothèque, qui étoit autant à eux qu'à lui-même. Quand il pouvoit se retirer du commerce du monde, il cherchoit alors la solitude et s'y plaisoit. Les palais n'étoient à ses yeux que les asiles du chagrin et de l'ennui. Un pré tapissé de fleurs, arrosé par des ruisseaux agréables, faisoit plus de plaisir à son ame, que la pompe des honneurs et des richesses. Les critiques que la jalousie lui suscita, ne firent sur lui aucune impression. Comme il avoit emprunté, du moins en partie, des Italiens, le tour délicat et fleuri de son style, le brillant de ses figures, la vivacité de ses descriptions, on lui reprocha ses imitations dans un mauvais livre, intitulé : Rea- contre des Muses de France et d'Italie. Mais Desportes loin de s'en facher, dit, quand il eut vu cet écrit, « qu'il avoit beaucoup plus pris chez les Italiens qu'on ne le disoit dans ce livre; et que s'il avoit su d'avance le dessein de l'auteur, il lui auroit donné de bons Mémoires. » Le plaisir qu'il prenoit à la poésie, l'occu-poit tellement, qu'il négligeoit extrêmement le soin de son extérieur. On dit que s'étant présenté devant Henri III avec un habit mal-propre, le roi lui demanda combien il lui donnoit de pension ? et qu'après sa réponse il répliqua : J'augmente votre pension d'une telle somme, afin que vous ne vous présentiez point devant moi que vous ne soyez plus propre. Après la mort de ce prince, Desportes embrassa le parti de la ligue, et s'en repentit. Il avoit contribué à enlever la Normandie à Henri IV ; il travailla à la faire rentrer sous son obéissance, et obtint de ce monarque ce qu'il pouvoit donner de plus précieux, son amitié et son estime. La langue Françoise lui a de grandes obligations. Desportes mourut en 1606, à 60 ans. Nous avons de lui : I. Des Sonnets. II. Des Stances. III. Des Elégies. IV. Des Chansons. V. Des Epigrammes. VI. Des Imitations de l'Arioste. VII. La Traduction des Pseummes en vers françois, 1598, in-8.º VIII. Et d'autres Poésies, qui virent le jour pour la première fois, en 1573, chez Robert Etienne, in-4.º La Muse de Desportes a une naïveté et une simplicité aimables; il a beaucoup mieux réussi dans les sujets galans que dans les sujets nobles. La plupart de ses pièces en ce genre ne sont que des traductions de Tibullé, d'Ovide, de *Properce*, de *Sannazar*. Il possédoit tous les poètes anciens et modernes, et il les imitoit souvent; mais il n'y avoit que les gens de lettres qui s'en appercussent. Quant à sa *Traduction des Pseaumes*, c'est un de ses moindres ouvrages. Il avoit perdu tout son feu, lorsqu'il la composa; et il avoit d'ailleurs plus de talent pour le profane que pour le sacré. Il donna quelques poésies et prières Chrétiennes, qui sont foibles, lâches et incorrectes. On les trouve à la suite de quelques éditions de ses *Pseaumes*.
IV. DESPORTES, (Jean-Baptiste-Réné Poupée) docteur en médecine, naquit à Vitré en Bretagne, le 28 septembre 1704. Sa famille originaire de la Flèche en Anjou, avoit déjà produit plusieurs médecins: *Desportes* étoit le cinquième de son nom. Son application constante aux études qui avoient distingué ses ancêtres, lui donna promptement une expérience que tant d'autres n'acquièrent qu'à l'aide du temps. Ses talens le firent bientôt connoître. Il n'avoit que 28 ans lorsqu'il fut choisi, en 1732, pour remplir les fonctions de médecin du roi dans l'isle Saint-Domingue; et en 1738 l'académie royale des sciences le nomma pour être un de ses correspondans. Arrivé au Cap-François, il vit qu'il n'existoit aucune description des maladies qui désolent cette isle. A son arrivée il commença ses observations sur cette matière, et il les continua jusqu'à sa mort, pendant l'espace de 14 ans. Nous avons de lui. I. *L'Histoire des Maladies de Saint-Domingue*, à Paris 1771, 3 vol. in-12. II. *Un Traité* des *Plantes usuelles de l'Amérique*, avec une *Pharmacopée* ou *Recueil de Formules de tous les Médicamens simples du pays*. Il renferme la manière dont on a cru, suivant les occasions, devoir les associer à ceux d'Europe, et un catalogue de toutes les plantes que l'auteur a découvertes à Saint-Domingue, avec leurs noms françois, caraïbes, latins, et leurs différens usages; enfin des mémoires ou dissertations sur les principales plantations et manufactures des isles, le sucre, le café, le cacao, l'indigo, le coton, etc.; collection précieuse et intéressante, qui honore à la fois l'académicien et le médecin, et qui caractérise le vrai citoyen. *Non nobis, sed reipublicæ nati sumus*, est la devise qu'il avoit adoptée. Il mourut au quartier Morin, isle et côte de Saint-Domingue, le 15 février 1748, âgé de 43 ans et 5 mois. Parmi les services qu'il rendit à l'humanité dans cette contrée, on doit compter le rétablissement de l'hôpital du Cap, qu'il augmenta de plus de 80 lits. Son zèle lui obtint la confiance de M. le comte de *Maurepas*.
DESPRÉAUX, *Voy.* III. BOILEAU.
DESPRÉMÉNIL, *Voy.* ESPRÉMÉNIL.
DESPRÉS, *Voy.* MONTPÉZAT et JOSSELIN.
DESPUNA, *Voy.* III. THÉODORA.
DESROCHERS, (Étienne-Jehandier) graveur Lyonnois, mort à Paris en 1741, dans un âge très-avancé, s'est fait connoître, moins par la beauté de ses gravures que par leur grand nombre. Sa collection s'étend à plus de 700 portraits d'hommes remarquables; il n'oublia pas le aïen. Tous sont assez froids et sans génie.
DESROCHES, *Voy. ROCHES.*
DESRUES, (Antoine-François) épicier de Paris, né à Chartres, avoit fait trois banqueroutes, lorsqu'il s'avisa d'acheter de M. de la Mothe, la terre de Buisson - Soefve près de Villeneuve-le-Roi-les-Sens, par un acte sous seing privé, 130,000 livres. Ce marché se fit en décembre 1775, et il devoit compter la somme en juillet 1776. Loin d'être en état de remplir ses engagements, il fut obligé de chercher un asile avec sa femme et ses enfans chez ce même seigneur qui lui avoit vendu sa terre. Il y fut reçu et traité en ami jusqu'au mois de novembre qu'il partit pour Paris, sous prétexte d'aller recueillir une succession, qui lui donneroit le moyen de compter la somme stipulée. M. de la Mothe séduit par les promesses de Desrues, par son air de candeur, par son ton pieux et mielieux, envoya le mois suivant à Paris, son fils et sa femme chargée d'une procuration. Desrues leur prodiguant les signes de la reconnoissance et de l'amitié, les engagea à loger chez lui: bientôt il se défit par le poison de la mère et du fils. Le crime de ce scélérat hypocrite fut découvert; il fut rompu vif, et son corps jeté au feu le 6 mai 1777. Il n'avoit que 32 ans. Desrues, constant à nier et à protester de son innocence, souffrit la mort avec une espèce de grandeur d'ame, qui augmenta l'horreur frapirée par ses crimes. Composé dans ses manières, imposait par ses dehors, assidu aux églises, ne lisant que des livres de dévotion, n'ayant dans la bouche que des paroles de piété, calme devant ses juges, paroissant tranquille dans la prison, ce monstre laissa l'idée complète de l'hypocrisie la plus atroce et la plus artificieuse. Sa femme fut condamnée en 1779 à être fouettée, marquée, et renfermée pour le reste de ses jours. Nous serions honteux d'insérer dans notre ouvrage un article si odieux pour l'humanité, si plusieurs lecteurs ne l'avoient demandé; quelques autres nous ont reproché encore les omissions de quelques scélérats, qui ont fait un bruit passager; comme si un Dictionnaire des hommes célèbres devoit être un recueil de mémoires pour l'histoire de la Grève. Au surplus *Baculard d'Araud* et le libraire *Cailleau* ont publié en 1777 celle de Desrues. D'ESSÉ, *Voyez MONTA-LEMBERT.*
DESTIN, (Mythol.) divinité allégorique qu'on fait naître du Chaos. On le représente tenant sous ses pieds le globe de la terre, et dans ses mains l'urne dans laquelle est le sort des hommes. On croyoit ses arrêts irrévocables, et son pouvoir si grand que tous les autres dieux lui étoient subordonnés. I. DESTOUCHES, (André cardinal) né à Paris en 1672, mort en 1749, à 77 ans, accompagna le Père *Tachard*, jésuite, à Siam, avec le dessein d'entrer dans la société après ce voyage. De retour en France, sa vocation changea, et il prit le parti des armes. Ce fut au service qu'il sentit éclore ses ta- 254 DES lens pour la musique; il le quitta pour s'y livrer tout entier. Il se fit bientôt une grande réputation par son opéra d'*Issé*. Le roi le goûta tellement qu'il le gratifia d'une bourse de 200 louis, en ajoutant que ce n'étoit qu'en attendant, et qu'il étoit le seul qui ne lui eût point fait regretter Lulli. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il ignoroit la composition, lorsqu'il fit cette pièce charmante; et il fut obligé d'avoir recours à des musiciens pour ses basses et pour écrire ses chants; mais il avoit pour le chant des talens supérieurs, et, par une suite ordinaire des talens, une forte passion pour son art. Son récitatif est excellent, par l'union du chant et de l'expression. Depuis *Issé*, il apprit les règles: mais elles refroidirent son génie; et ses autres ouvrages, *Amadis de Grèce*, *Marthésic*, *Omphale*, *Télémaque*, *Sémiramis*, tragédies; le *Carnaval* et la *Folie*, les *Élémens*, le *Stratagème de l'Amour*, ballets, n'égalèrent point *Issé*. *Destouches* fit encore la musique d'*Énone* et de *Sémélé*, cantates. Il mourut surintendant de la musique du roi, et inspecteur-général de l'académie royale de musique, avec une pension de 4000 livres. On admire, dans ses ouvrages, un chant gracieux et élégant; mais on lui reproche de la monotonie et un goût maniéré.
II. DESTOUCHES, (Philippe Néricault) né à Tours en 1680, élevé au collège des Quatre-Nations à Paris, volontaire dans un régiment d'infanterie, quitta le service pour s'attacher au marquis de *Puysieux*, ambassadeur auprès du Corps Helvétique. Son talent pour le théâtre se développa en Suisse. Son *Curieux impertinent* y fut joué avec applaudissement, quoique cette pièce, qui annonce du talent, soit triste, froide et invraisemblable. Ses productions dramatiques le firent connoître au régent. Ce prince, sachant qu'il réunissoit au goût pour la littérature, la connoissance des intérêts des cours, l'envoya à Londres en 1717, avec l'abbé *Dubois*, pour l'aider dans ses négociations. Il y passa sept années, fit les affaires de la France, se choisit une femme, et revint dans sa patrie, où le poète et le négociateur furent très-bien accueillis. Pendant qu'il étoit résident, il eut une singulière négociation à traiter pour le cardinal *Dubois*. Ce ministre lui écrivit d'engager le roi *Georges I* à demander pour lui au régent l'archevêché de Cambrai. *Georges* étonné d'une telle demande, la tourna d'abord en ridicule. *Comment voulez-vous*, dit-il à *Destouches*, qu'un prince protestant se mêle de faire un archevêque catholique? le régent en rira, et sûrement n'en fera rien. — *Pardonnez-moi*, *Sire*, répondit *Destouches*, il en rira et fera ce que vous voudrez. *Georges* écrivit, et *Dubois* fut archevêque de Cambrai. Le régent content des services de *Destouches*, lui dit: *Personne n'a mieux servi le roi que vous, personne ne le sait mieux que moi; je vous en donnerai des preuves qui vous étonneront, ainsi que toute la France*. Le duc d'Orléans étant mort, *Destouches* n'eut que le foible plaisir de se figurer la fortune qu'il auroit pu faire, si ce prince avoit vécu. Il avoit été pendant quelque temps à la tête des bureaux; il devoit avoir le département des affaires étrangères. Il perdit son protecteur, ses espérances, ses embarras. Fortoiseau, proche Melun, lui parut une solitude propre à lui faire oublier la fortune et ses caprices. Il l'acheta, et y cultiva, jusqu'à la fin de ses jours, l'agriculture, les Muses et la philosophie. Le cardinal de Fleury voulut l'en tirer, pour l'envoyer à Pétersbourg. Le poète refusé cette ambassade : il aima mieux émonder les arbres de sa campagne, corriger les ridicules de son pays, que d'aller étudier ceux des Boïards de Russie. Destouches disoit quelquefois qu'en taillant les arbres de sa campagne, il y trouvoit l'image assez fidèle de cette nation Russe chez laquelle on avoit voulu l'envoyer. Cette nation soumise et docile, gouvernée par ses souverains, à peu près comme les plantes sauvages par un cultivateur habile, prouvoit à Destouches tout ce que peuvent devenir les hommes par une semblable culture. Mais, ajoutoit-il, arbres pour arbres, j'aime encore mieux les miens, et il avoit raison. Il mourut dans sa terre, le 4 juillet 1754, à 74 ans, membre de l'académie Françoise, laissant une fille mariée à un colonel, et un fils mousquetaire. C'est lui qui a dirigé l'édition des Œuvres de son père, faite au Louvre, en 4 vol. in-4°, 1757, par ordre de Louis XV. Elles ont été depuis réimprimées en 10 vol. in-12. « On ne trouve pas, dans les pièces de Destouches, dit un auteur qui l'a beaucoup connu, la force et la gaieté de Régnard, encore moins les peintures naïves du cœur humain, ce naturel, cette vraie plaisanterie, cet excellent co- mique qui fait le mérite de l'imitable Molière : mais il n'a pas laissé de se faire de la réputation après eux. Il a du moins évité le genre de la Comédie langoureuse, de cette espèce de tragédie bourgeoise qui n'est ni tragique, ni comique : monstre né de l'impuissance des auteurs, et de la satiété du public, après les beaux jours du siècle de Louis XIV. « Celles de ses comédies qui ont eu le plus de succès, sont : I. Le Médisant, en cinq actes, en vers; pièce un peu trop compliquée, et dénuée d'action, mais d'un comique vrai. II. Le triple Mariage, en un acte, et en prose; espèce de petite farce, qui plut beaucoup; elle fut composée sur une aventure arrivée à Paris. Un vieillard avoit fait un mariage secret, qu'il rend public dans un repas où son fils et sa fille se trouvent. Tous les deux, enhardis par la déclaration du père, avouent qu'ils ont imité son exemple; l'un montre son épouse, l'autre son mari : la surprise fait place à la joie, et dans une seule noce on est enchanté de rencontrer trois mariages. Saint-Aulaire, ce philosophe, ce poète charmant, avoit donné, dans sa maison, le sujet de cette pièce, faite d'après ce qui lui étoit arrivé à lui-même et à ses enfans. III. Le Philosophe marié, en cinq actes, et en vers. C'est l'Histoire de l'auteur mise au théâtre. Il dessina le caractère de la femme capricieuse d'après celui de sa bellesœur. Cette pièce est un chef-d'œuvre, par le bon comique, par la conduite et le dénouement. IV. Les philosophes amoureux, qui ne valent pas, à beaucoup près, le Philosophe marié. V. Le Glorieux, en 5 actes, en vers, 256 DES aussi applaudi que le *Philosophe marié*. Cette pièce est ingénieuse, plaisante, semée de traits naïfs et touchans, bien conduite, et bien versifiée : on y rit et on y pleure, avec un plaisir égal. Plus de précision dans le caractère du *Glorieux*, en auroit fait une comédie parfaite. *Voy*. III. FRESNE. On connoit les vers de *Voltaire*, écrivant à l'auteur de cette pièce : *Auteur solide, ingénieux, Qui du Théâtre êtes le maître, Vous qui fites le Glorieux, Il ne tiendroit qu'à vous de l'être.*
VI. *Le Dissipateur*, en 5 actes, et en vers : ingénieuse, bien écrite : mais peu théâtrale, et dont le dénouement, quoique touchant, n'a pas été dicté par *Thalic*; ce n'est pas ainsi que *Bégaard* a terminé son *Joueur*. VII. *L'Homme singulier*, en cinq actes, et en vers : écrite d'un style noble, et semée d'agrémens. VIII. *La Force du naturel*, en cinq actes, et en vers, peu intéressante, quoique les caractères soit bien soutenus, l'intrigue bien développée, et le style d'une élégance propre au brodequin. IX. *L'Irrésolu*, pièce d'abord assez froidement accueillie, mais qui obtint beaucoup plus de succès à la reprise. *L'Irrésolu* après avoir constamment balancé entre deux femmes, fait enfin choix de l'une pour son épouse, et finit la pièce par ce vers de caractère : *J'aurois mieux fait, je crois, d'épouser Célimène.* X. La comédie du *Tambour nocturne* fut traduite par *Destouches*, de l'Anglois *Addisson*. Elle fut ensuite traduite en italien en vers *sciolti*, et condamnée à être brûlée par la congrégation de l'inquisition, le 19. août 1750. XI. *Le Mariage de Ragonde et de Colin*, bagatelle charmante, faite pour Sceaux, et jouée depuis sur le théâtre de l'Opéra, sous le titre des *Amours de Ragonde*. Les œuvres de *Destouches* ont été publiées en 10 volumes in-12, et au Louvre en 1760, en 4 vol. in-4. On trouve rassemblées en 1 vol. in-12, sous le titre de *Chefs-d'œuvres de Destouches*, 4 pièces : le *Glorieux*, le *Philosophe marié*, le *Dissipateur*, et le *Curieux* *impertinent*. Un meilleur choix auroit pu substituer à cette dernière une autre sœur. Un éloge propre aux *Comédies de Destouches*, c'est qu'elles sont presque toutes morales ; on y voit, presque toujours, le sage et le poète. Il a la versification douce et coulante de *Térence* ; mais il en a aussi la froideur, la monotonie, et ce qu'on appelle *penuria comica*. *Destouches* est le premier des comiques dans l'esprit d'un homme vertueux ; et il le seroit aux yeux d'un homme de goût, s'il excitoit plus souvent le rire ; s'il étoit plus gai, plus saillant, et, ce qui est le plus grand obstacle à la saillie, moins diffus. *Voyez* son parallèle avec du *FRESNI*, à l'article de ce dernier. Les vices que ce poète a combattus dans ses comédies, sa conduite les décrioit encore davantage. Un homme qui envoya de Londres 40 milles livres d'épargne à son père, chargé d'une nombreuse famille, pouvoit peindre l'*Ingrat* sans rougir. Un philosophe qui avoit refusé des postes brillans, et qui en avoit perdu d'autres sans regret, étoit bien reçu lorsqu'il mettoit l'*Ambitieux* sur la scène, mène. Pour acquérir les qualités d'un père, d'un parent, d'un époux, d'un ami, il falloit étudier son caractère, autant que ses ouvrages.
DÉTINETZ, (Myth.) jeune homme, qui ayant été pris fortuitement par des Slavons sortis des rives du Danube, fut sacrifié à leurs dieux. Son sang ci- menta les fondemens d'une ville à laquelle ils donnèrent son nom.
DÉTRIANUS, célèbre architecte sous Adrien, rétablit le Panthéon, la Basilique de Neptune, les Bains d'Agrippine et le Forum d'Auguste. Son chef-d'œuvre fut le Môle ou le Sépulcre d'Adrien; et le Pont-Elien, que l'on nomme aujourd'hui le Pont Saint-Ange. On avoit regardé comme une fable l'anecdote, que Détrianus avoit transporté un temple de Cérès, d'un lieu dans un autre; mais le procédé d'un artiste moderne qui, dans ces derniers temps, a fait avancer une grosse tour de quelques pas en Italie, rend celui de l'architecte ancien plus croyable. L'histoire dit aussi que Détrianus transporta le colosse de Néron qui étoit de bronze, et qui avoit 120 pieds d'élévation, par le moyen de vingt-quatre éléphans.
DETTEY, Voy. CAYLUS, n° I.
DEVA, (Mythol.) roi de Tanchuth dans la Tartarie, gouverna ses peuples avec gloire, et mérita après sa mort d'en être honoré comme un dieu.
DEVANDIREN ou DEVENDREN, (Mythol.) divinité des Indiens, fut le prince des demi-dieux. Ils le placent dans un lieu de délices appelé Sorgon, et lui donnent pour compagnes, deux femmes et quelques concubines, d'une beauté rare. C'est dans un palais magnifique et spacieux qu'il occupe le premier rang parmi tous les dieux: il eut différena combats à supporter de la part des géans, qui le forcèrent souvent à abandonner sa demeure; mais aidé des secours de Shiva, de Wishnou et de Brahma, il les défit, et n'ayant plus à redouter leurs incursions, il devint paisible possesseur du Sorgon. Lassé des plaisirs dont il jouis soit, il revint sur la terre. On l'a représenté couvert d'yeux, ayant quatre bras, portant entre ses mains un croc, et monté sur un éléphant.
DEVAUX, (Jean) chirurgien, né à Paris en 1649, mort en 1729, à 80 ans, enrichit le public d'un grand nombre d'ouvrages, écrits purement en françois, et assez élégamment en latin. I. Le Médecin de soi-même, ou l'Art de conserver la santé par l'instinct, in-12; peu commun, quoique souvent imprimé. II. L'Art de faire les rapports en Chirurgie, 1703, in-12, réimprimé plusieurs fois. L'auteur enseigne la pratique, les formules et le style le plus en usage parmi les chirurgiens commis aux rapports. III. Plusieurs Traductions du Traité de la Maladie Vénérienne de Musitan; de l'Abrégé anatomique de Heister; des Aphorismes d'Hippocrate; de la Médecine de Jean Allen. IV. Une édition de l'Anatomie de Dionis, 1728. V. Index funereus Chirurgicorum Parisiensium, ab anno 1315, ad annum 1714; même année, à Trévoux, in-12. Cet ouvrage qui a fait le plus d'honneur à son auteur. 258 DEU contient des recherches curieuses sur l'origine et l'établissement du collège de chirurgie. *Devaux* ne manquoit ni d'esprit, ni de connoissances : mais il embrassa trop d'objets, et il ne connut pas ses forces en traitant certaines matières. C'étoit cependant un homme duquel on pouvoit apprendre bien des choses sur son art, et qui avoit de bonne heure concentré tous ses plaisirs dans son cabinet. I. DEUCALION, (Mythol.) roi de Thessalie, fils de *Prométhée* et de *Pandore*, épouse *Pyrrha*, fille d'*Épiméthée* son oncle. Dans le temps qu'il régnoit en Thessalie, un grand déluge inonda toute la terre et fit périr tous les hommes. Sa femme et lui furent sauvés dans une barque qui s'arrêta sur le mont Parnasse. Lorsque les eaux furent retirées, ils allèrent consulter l'oracle de Thémis, pour savoir comment on pourroit réparer la perte du genre humain, ne le pouvant eux-mêmes à cause de leur grand âge. L'oracle leur ordonna de sortir du temple, de voiler leur visage, et de jeter derrière eux les os de leur grand-mère. *Deucalion*, après avoir réfléchi mûrement sur les paroles de l'oracle, comprit que les pierres étoient les os de la terre, la mère commune de tous les hommes. Ils en ramassèrent donc, et les ayant jetées derrière leur dos, ils apperçurent, dans le moment, que celles que jetoit *Deucalion* étoient changées en hommes, et celles de *Pyrrha* en femmes. Cette fable est fondée sur l'histoire. Le cours du fleuve *Pénée*, sous le règne de *Deucalion*, roi de Thessalie, fut arrêté par un tremblement de terre, à l'endroit où ce fleuve, grossi des eaux de quatre autres, se décharge dans la mer. Il tomba, cette année, une pluie si abondante, que toute la Thessalie fut inondée, vers l'an 1500 avant J. C. Les pierres mystérieuses qui repeuplèrent le pays, sont probablement les enfans de ceux qui se sauvèrent avec *Deucalion* sur le mont Parnasse.
II. DEUCALION, (Mythol.) fils de *Minos* prince Crétois, gouverna l'isle de Crète après la mort de son père, et décida l'union de *Phèdre* sa sœur, avec *Thésée* fils d'*Égée* roi d'Athènes. Il suivit les princes Grecs lorsqu'ils s'embarquèrent pour la conquête de la raison d'or.
DEVELLE, (Claude-Jules) né à Autun en 1692, fit profession chez les Théatins en 1725, et mourut au mois de juin 1765, âgé d'environ 74 ans. On a de lui : I. *Traité de la simplicité de la foi*. II. *Nouveau Traité sur l'autorité de l'Église*. III. *Lettre à M. l'abbé de B$^{me}$ sur l'immortalité de l'Ame*.
DEVERNAY, (N.) curé de Néronde en Forez, naquit à Lay près de Roanne, d'une famille riche, où il abandonna son droit d'ainesse et un héritage immense, pour devenir simple curé en 1750. Dès les premiers jours de sa possession, il abolit tout droit d'offrandes, de quêtes, de baptêmes et d'enterremens. Dans les années chères et désastreuses, il remplissoit ses greniers de chanvre, de blé et de toutes les productions usuelles ; après les avoir achetées cher, il les revendoit à un prix modéré. Il mainte, oit ainsi l'équilibre entre les récoltes et les besoins ; il encourageoit au travail qu'une libé ralité entière auroit fait négliger, il soulageoit l'infortune publique; et sembloit dispenser pour un payement insuffisant, de la reconnoissance qui lui étoit due. L'hiver, il établissoit des feux en divers ateliers. La toilerie étant devenue moins florissante dans les montagnes qui l'entouroient, le pasteur tourut à Lyon chercher un genre d'occupation plus avantageux; il en ramena un ouvrier habile, qui ayant long-temps dirigé les travaux dans les échelles du Levant, vint apprendre aux habitans de Néronde l'art de filer et d'ouvrir le coton. Chaque semaine, il faisoit donner cent livres de pain aux pauvres; chaque année, il leur distribuoit des vêtements de toute espèce. Le presbytère étoit devenu inhabitable, il en fit construire un nouveau à ses frais. C'étoit un revenu qui n'alloit pas à 4000 livres, formé presque uniquement de son patrimoine, qui suffisoit à tant de biens; mais *Devernay*, fort économe pour lui-même, évitoit le faste dans son extérieur, regardoit comme superflue toute dépense qui ne faisoit pas un heureux; c'est le luxe particulier qui dessèche l'âme et la rend avare de bienfaits: *Publicam magnificentiam*, dit Velleius Paterculus, *depopulatur privata luxuries*. Le premier dimanche de chaque mois, il invitoit à sa table douze habitans vertueux; c'étoit un tribunal domestique où venoient s'éteindre les inimitiés personnelles et se terminer tous les procès. *Devernay* avoit fait une excellente analyse de l'Histoire ecclésiastique, un abrégé du corps de droit Canonique, plusieurs volumes de Sermons et de Méditations: à sa mort il ordonne par humilité de brûler ses manuscrits, et celui qui a reçu cet ordre l'a exécuté! Ce modèle des bons curés est mort à la fin de l'année 1777. On a consacré une notice à sa mémoire dans le premier volume du *Conservateur*, imprimé à Lyon en 1783.
DEVERRA, (Mythol.) divinité Romaine, présidoit à la propreté des maisons. On l'honoroit particulièrement en ramassant en tas le blé séparé de la paille, et en balayant après la naissance d'un enfant, la chambre de l'accouchée, de crainte que le dieu *Sylvain* n'y pénétra pour la tourmenter.
DEVERT, *Voyez* VERTH.
DEVONIUS, *Voy*. BALDWIN. I. DEUSINGIUS, (Antoine) professeur de médecine à Groningue, mort dans cette ville en 1666, à 54 ans, est auteur: I. D'un *Traité sur le mouvement du Cœur et du Sang*, 1655, in-12. II. *De vero Systemate mundi*, Amsterdam, 1643, in-4. Ce système diffère de ceux de *Ptolemée* et de *Copernic*. III. *De Mundi opificio*, 1647, in-4. IV. *Exercices Anatomiques*, 1651, in-4. V. *Recueil* de dissertations en latin, 1660. Elles ont pour objet des sujets de l'Écriture sainte qui ont rapport à l'histoire naturelle, et sont au nombre de quinze. VI. *Economie du corps*, en latin, 1661, 5 vol. in-12. *Manget*, auteur de la *Bibliothèque des Écrivains Médecins*, a donné le catalogue des ouvrages de *Deusingius*, dont ce bibliographe paroît faire grand cas. Ce médecin étoit très-savant, et possédoit les langues arabe, turque et persane.
II. DEUSINGIUS, (Herman) fils du précédent, né à Groningue 260 DEX le 14 mars 1654, a publié : I. Une *Histoire allégorique* de l'ancien et du nouveau testament, 1701, in-4°, en latin. II. Une *Explication allégorique* des œuvres de *Moïse*, Utrecht, 1719, in-4°. Il embrassa dans cet ouvrage plusieurs rêveries de *Cocceius*, et mourut trois ans après, le 3 janvier 1722.
DEUTERIE, fut la maîtresse de *Théodebert*, roi de Metz. Ce prince, faisant la guerre dans le Languedoc, fut épris de ses charmes, et l'emmena avec lui l'an 535. *Deuterie* étoit mariée alors, et avoit une fille d'une beauté ravissante. La mère craignant qu'elle ne lui enlevât le cœur de son amant, résolut de s'en défaire. Elles étoient l'une et l'autre à Verdun. Un jour la fille alla se promener, montée sur un char, trainé par deux taureaux. Le cocher, gagné, dit-on, par *Deuterie*, passant sur le pont de cette ville, piqua si vivement les deux animaux, qu'ils se précipitèrent dans la rivière, et entraînèrent avec eux le char. Ce crime ne resta pas impuni. *Théodebert*, touché des remontrances des seigneurs de sa cour, et des murmures qu'excitoit le commerce scandaleux qu'il entretient depuis sept ans avec *Deuterie*, la renvoya enfin pour toujours, après en avoir eu *Thibaud* qui lui succéda.
DEXICRÉONTE, négociant Grec, aborda dans l'isle de Chypre pour les affaires de son négoce; ayant consulté l'oracle de *Vénus*, la prêtresse lui conseilla de ne prendre que de l'eau dans l'isle. Les autres marchands plaisantèrent *Dexicréonte* sur sa cargaison; mais bientôt un calme étant survenu sur la mer, le marchand d'eau trouva à l'échanger contre les objets les plus précieux. Pénétré de reconnaissance, il consacra une partie de son gain à faire élever un temple à *Vénus*.
DEXIPHANÈS, architecte ancien, né dans l'isle de Chypre, rétablit le phare d'Alexandrie, d'après les ordres de la célèbre *Cléopâtre*, reine d'Égypte, et le réunit au continent. Ce phare en étoit auparavant à une assez grande distance.
DEXITHÉE, fille de *Phorbas*, fameux brigand, tué par *Apollon* dans un combat au pugilat, devint la femme d'*Enée*, et en eut plusieurs fils.
DEXTER, (*Julius-Flavius*) préfet du prétoire, sous *Théodose* le *Grand*, fils de *Pacien*, évêque de Barcelone, mérita, par sa vertu et son savoir, que *St. Jérôme* lui dédiât son *Traité des Écrivains Ecclésiastiques*. Les *Chroniques* qu'on a publiées sous le nom de *Dexter*, sont un ouvrage forgé par quelque moine ignorant, dans les siècles de la grossièreté gothique. Elle a été publiée dans les commentaires de *Bivarius*, Lyon, 1627, in-fol.
DEYSTER, (*Louis*) peintre et graveur de Bruges, mort en 1711, à 55 ans, orna sa patrie de ses tableaux. Il étoit secondé par sa fille, morte en 1746, qui se distingua par le talent de faire à l'aiguille, des paysages qui imitoient la peinture. On estime de *Deyster* la mort de la Vierge, la Résurrection et l'Apparition de *Jésus* aux trois *Maries*. Les talens de *Deyster* firent naître à Bruges le goût des tableaux. Les sient offrent beaucoup de caractère dans ses têtes. Ses draperies sont bien jetées ; le clair-obscur ménagé avec art ; il réussissait mieux à représenter les hommes que les femmes. *Deyster* eut la fantaisie de quitter la peinture pour faire des orgues et des clavecins. Il perdit sa fortune qui étoit assez considérable, et finit ses jours dans un état très-voisin de l'indigence.
DEZ, (Jean) jésuite, né à Ste-Menehoud en Champagne, l'an 1643, mourut à Strasbourg en 1712, dans sa 70e année, après avoir été cinq fois provincial. Il laissa quelques écrits, dont les principaux sont : I. *La réunion des Protestans de Strasbourg à l'Eglise Romaine, également nécessaire pour leur salut, et facile selon leurs principes*, in-8°, 1687 ; réimprimé en 1701, et traduit en allemand, quoiqu'il ne soit que médiocre. Cet ouvrage a pourtant un mérite peu commun, celui de la clarté et de la précision. C'est du moins ainsi qu'en juge le P. *Nicéron*. II. *La Foi des Chrétiens et des Catholiques justifiée, contre les Déistes, les Juifs, les Mahométans, les Sociniens et les autres Hérétiques*, in-12, 4 vol., Paris 1714. Il y a plusieurs points de critique à relever dans cet ouvrage. Le P. *Dez* avoit été employé par Louis XIV et le cardinal de *Furstemberg*, à l'établissement d'un collège royal, d'un séminaire et d'une université catholique, confiée aux jésuites François à Strasbourg. Il fut recteur de cette université, et suivit le *Dauphin*, par ordre du roi, en Allemagne et en Flandre, en qualité de confesseur de ce prince. Le P. *Dez*, dit le *Dictionnaire des Auteurs* *ecclésiastiques*, étoit un homme ardent, né pour la controverse, et qui auroit embrassé ce genre par tempérament, s'il ne l'avoit pas choisi par état. Il se signala dans la querelle excitée au sujet des rits de la Chine.
DEZALLIER D'ARGENVILLE, (Antoine-Joseph) né à Paris, et maître des comptes dans la même ville, fit sa principale étude de l'histoire naturelle. Il a fourni les articles d'*Hydrographie* et de *Jardinage*, qui sont dans le Dictionnaire Encyclopédique. On a de lui : I. *La théorie et la pratique du Jardinage*, 1747, in-4°. II. *La Conchyliologie*, ou *Traité sur la nature des Coquillages*. Cet ouvrage intéressant est estimé, et on l'a réimprimé en 1757, 2 vol. in-4°. III. *L'Argenville* a écrit en latin des *Essais de dénombrement de tous les Fossiles qui se trouvent dans les différentes provinces de France*. IV. *L'Oryctiologie*, ou *Traité des Pierres, des Minéraux, des Métaux et autres Fossiles*, Paris, 1755, in-4°. Son goût pour l'histoire naturelle n'étoit point exclusif. Il fut amateur éclairé des beaux arts. On en voit une preuve dans son *Abrégé de la Vie de quelques Peintres célèbres*, 1745, 3 vol. in-4°, ou 1762, 4 vol. in-4°. Il n'épargna ni soins, ni dépenses, pour donner à ses ouvrages la perfection dont ils pouvoient être susceptibles. On trouve son nom dans la liste des académiciens de Montpellier. Il mourut à Paris en 1765.
DEZÈDE ou DÉSAIDE, (N.) musicien agréable, mort dans le cours de la révolution françoise, consacra ses talens au théâtre, et contribua à y faire réussir plu- 262 DHA sieurs pièces. Il a plus travaillé pour l'opéra comique que pour le grand opéra, et celui de *Péronne sauvée* n'obtint pas le succès auquel l'auteur étoit accoutumé. Le récitatif et les accompagnemens en furent critiqués; quoique divers morceaux de chant, les chœurs et les airs de ballet offrissent des beautés. Les meilleurs opéra de *Dezède* sont *Alexis et Justine*, qui a lutté avec avantage contre celui de *Félix* dont le sujet est le même; et *Blaise et Babet* dont la musique est pleine de fraîcheur et d'expression. On lui doit encore la musique de *Zulima*, opéra féerie, qui ne s'est pas soutenu long-temps au théâtre. I. DHAHER-LEEZAZ, septième calife *Fatimite*, régna avec gloire sur l'Égypte et la Syrie, et vengea la mort de son père lâchement assassiné. Il mourut l'an 427 de l'hégire.
II. DHAHER, douzième calife de la race des *Fatimites* en Égypte, parvint au souverain pouvoir l'an 544 de l'hégire. Son règne fut tranquille et heureux, mais ne dura que cinq ans. Les Croisés lui prirent la ville d'Ascalon.
III. DHAHER - BILLAH, trente-cinquième calife de la race des *Abbassides*, fut tiré de prison l'an 622 de l'hégire pour régner. Il étoit alors presque sexagénaire; aussi, dit-il à ceux qui vinrent le chercher, qu'il étoit bien tard pour se mettre en chemin, et sur-tout sur la route périlleuse du trône. Il fut clément et juste. On lui dut un pont bâti sur le Tigre, à Bagdad. D'HÈLE, *Voyez HÈLE*. I. DHOHAK ou ZOHAK, cinquième roi de la première dynastie des rois de Perse, étoit d'origine arabe, et avoit dix mauvaises qualités, qui rendoient son esprit aussi difforme que son corps. Usurpateur de l'empire, il avoit fait périr sous ses coups son prédécesseur. Tyran féroce, il inventa de nouveaux supplices, tels que ceux de faire écorcher vifs et suspendre en croix ceux qu'il condamnoit à la mort. Sa cruauté augmenta sur la fin de ses jours, et lorsqu'il se sentit dévorer par deux chancres qui lui rongèrent les épaules. Il crut se guérir en se faisant appliquer tous les jours la cervelle de deux hommes. Après avoir vidé les prisons de criminels, il fallut immoler des innocens pour fournir cet affreux remède. Les enfans d'un forgeron nommé *Gaz*, ayant été arrêtés pour éprouver ce sort, leur père furieux, amouta le peuple, mit son tablier de cuir au haut d'une perche en forme d'étendard et marcha contre *Dhohak*, qui prit la fuite et se sauva en Syrie. *Féridoun*, élu roi de Perse, l'y poursuivit, et après l'avoir fait prisonnier, le relégua dans une caverne de la montagne de Damavend. L'historien *Khondemir* dit que la nation des Curdes en Asie prétendoit tirer son origine de deux malheureux fugitifs, dont la cervelle devoit servir au soulagement de *Dhohak*. Celui-ci a passé pour le *Nemrod* des Hébreux. Les sultans Gaurides qui ont régné dans le pays de Gaur, situé entre la Perse et les Indes, descendoient de la postérité de *Dhohak*.
II. DHOHAK, poète Persan, vivoit sous le règne de *Nasser*, sultan de la race des *Samanides*. Son esprit vif et brillant le ren-dit célèbre par ses impromptu; les Orientaux ont conservé le souvenir de plusieurs. — DHOUALNOUN, dévot musulman, devint chef des reli-gieux nommés *Sophis*. Sa rési-gnation étoit parfaite. Ayant été mis dans les fers, il dit à ceux qui pleuroient son infortune : « Cette persécution est une grace qui vient de Dieu; tout ce qu'il fait est bon et doux comme le miel, et doit être regardé comme une faveur. » Etant allé trouver en Afrique un soli-taire très-renommé qui employoit les jours et les nuits à l'étude des sciences, celui-ci lui dit : « Pourquoi êtes-vous venu si loin, et quel est votre dessein ? Vous venez chercher Dieu, mais Dieu est par-tout; il ne faut point courir pour le rencon-trer; il se trouve au premier pas que vous avez fait, et c'est en vain que vous le cherchez hors de vous-même. » *Dhoual-noun* mourut en Egypte l'an 245 de l'hégire.
DIACETIUS, *Voyez JACCE-TIUS*.
DIACONO, (Jean) Napoli-tain, dont on a une *Chronique des Evêques de Naples*, vivoit dans le 9$^{e}$ siècle. — *Pierre DIACONO*, chapelain du roi *Lothaire*, publia divers écrits. I. Une *Vie de St. Athanase*. II. Une *Chronique du monastère du Mont-Cassia*, où il avoit été religieux. III. Un *Recueil* des lois Lom-bardes, et des capitulaires de *Charlemagne*.
DIADOCHUS, évêque de Photique en Illyrie vers 460, laissa un *Traité de la perfection spirituelle*, qu'on trouve dans la *Bibliothèque des Pères*.
DIADOCUS, *Voy. III. PRO-CLUS*.
DIADUMÉNIEN, (*Marius-Opilius-Antoninus*) fils de l'em-pereur *Macrin* et de *Nonia Celia*, fut surnommé *Diadumenianus*, parce qu'il vint au monde avec une coiffe, et non couronné d'un diadème, comme le dit *Moréri*. L'armée ayant donné le trône impérial à son père en 217, après la mort de *Caracalla*, il fut fait César, quoiqu'il n'eût qu'envi-ron dix ans. *Macrin* le fit appe-ler *Antonin*, nom cher aux Ro-mains, s'imaginant que ce titre assureroit l'empire dans sa fa-mille. Mais ces précautions fu-rent inutiles; car le père et le fils furent assassinés. *Diadumé-nien* avoit porté le nom de César environ une année, ceux d'Em-pereur et d'Auguste pendant un mois. Il étoit d'une figure aussi belle que noble et intéressante.
DIAGO, (Francisco) Domi-nicain, historiographe d'Aragon, composa plusieurs ouvrages, dont le meilleur est l'*Histoire des comtes de Barcelone*, faite sur les titres originaux, 1603, in-fol.; et celle du royaume de *Valence*, qu'il publia en 1613, in-folio. Il avoit promis la suite de cette dernière; mais il mourut en 1615, avant que d'avoir pu rem-plir sa promesse. I. DIAGORAS, surnommé l'*Athée*, natif de Mélos, fut plongé dans l'Athéisme par un entêtement d'auteur. Il avoit con-fié à un ami un de ses ouvrages poétiques; il intenta un procès au détenteur, qui refusoit de rendre son dépôt. Celui-ci jura que le poème lui appartenoit, et en recueillit les fruits et la gloire. *Diagoras* avoit été jus-qu'alors dévot, et même supers- titieux. Il s'étoit soumis à toutes les pratiques religieuses, et avoit parcouru la Grèce pour se faire initier dans tous les mystères; mais quand il vit l'impunité du plagiaire, il devint Athée. Se trouvant un jour dans un cabaret où le bois manquoit, il prit une statue d'Hercule, et la jeta dans le feu, en disant: Il faut que tu fasses aujourd'hui bouillir notre marmite, ce sera le tréizième de tes Travaux... Une autre fois, il se trouva dans un vaisseau qui essuya une rude tempête. Les passagers se disoient les uns aux autres qu'ils l'avoient bien mérité, puisqu'ils s'étoient embarqué avec un impie. Ilégardez, leur dit l'Athée, le grand nombre de vaisseaux qui essuient la même tempête; croyez-vous que je sois aussi dans chacun de ces bâtiments? Les blasplèmes que Diagoras vomissoit contre la divinité, de vive voix et par écrit, excitèrent le zèle de l'Aréopage. Sa tête fut mise à prix: on promit un talent à qui conque le tueroit, et deux à qui l'amèneroit en vie. Ce malheureux, dont la mémoire fut détestée des Athéniens, vivoit l'an 416 avant J. C. Son imagination ardente l'avoit d'abord jeté dans les écarts de la poésie d'ithyrambique. Malgré ses écarts, il donna de bonnes lois aux Montinéens.
II. DIAGORAS, fut un athlète de l'isle de Rhodes, vers l'an 460 avant J. C., en l'honneur duquel Pindare fit une belle Ode qui nous est parvenue. Elle fut mise en lettres d'or dans le temple de Minerve.
DIANA. (Antonin) casuiste fameux, clerc régulier de Pallerme, mort en 1663 à 77 ans, laissa divers ouvrages de morale, 1667, Anvers, neuf vol. in-fol. Les principaux sont: I. Resolutionum moralium partes duodecim. II. Summa Resolutionum, etc. Sa morale est fort indulgente, et peut-être l'est-elle trop. I. DIANE, (Mythol.) déesse de la chasse, fille de Jupiter et de Latone, étoit sœur d'Apollon. La Fable l'appeloit Lune ou Phœbé dans le ciel, Diane sur la terre, et Hécate dans les enfers. C'est à cause de ces différentes dénominations, qu'on la dépeignoit avec trois têtes et sous trois figures, et qu'on lui donnoit le nom de la triple Hécate. On la représentoit ordinairement sur un char d'or traîné par des biches, armée d'un arc et d'un carquois rempli de flèches, vêtue d'une robe de couleur de pourpre, retroussée jusqu'au genou, avec un croissant sur la tête. On la regardoit comme la déesse de la chasteté, parce qu'elle avoit changé en cerf le chasseur Actéon, qui avoit eu l'indiscrétion de la regarder dans le bain. Voyez DICTYNNE et ENDYMION. Un auteur dit qu'on a feint que Diane étoit la Lune dans le ciel, la déesse de la chasse sur la terre, et Proserpine dans les enfers: parce que « la chasteté brille entre les vertus, comme la lune entre les étoiles; que la chasse est un exercice qui éloigne l'amour; et enfin, que la chasteté fait triompher des enfers. » Cette explication est digne d'un commentateur du quinzième siècle. — Le plus célèbre de tous les temples érigés à Diane, étoit à Ephèse. Cet édifice, que Pline appelle le prodige de la magnificence Grecque, la merveille de l'univers, passoit pour une des sept merveilles du monde. On avoit employé 220 ans à mettre ce fameux ouvrage dans sa perfection, quoiqu'il se fit aux dépens de toute l'Asie mineure. *Pline* observe que l'usage de mettre des colonnes sur un piédestal, et de les orner de chapiteaux et de bases, commença dans ce temple. Il y avoit 227 colonnes, faites par autant de rois. Sa longueur étoit de 425 pieds, et sa largeur de 220. Ses portes étoient de bois de cyprès, toujours luisant et poli. La charpente étoit de bois de cèdre. Ce temple étoit orné d'une foule de statues et de tableaux d'un prix inestimable, et l'on y avoit épuisé l'industrie des meilleurs ouvriers pendant deux siècles. Un fou, nommé *Erostrate*, le brûla pour immortaliser son nom, la même nuit que naquit *Alexandre le grand*, 336 avant J. C. On remarque que ce temple fut brûlé sept fois, et autant de fois rétabli; et qu'*Alexandre* offrit aux Éphésiens tout ce qu'ils voudroient, pour lui rendre son premier éclat, s'ils lui permettoient de mettre son nom dans l'inscription du frontispice. Ils le refusèrent poliment. *Néron*, qui sembloit être né pour la ruine des plus belles choses, le dépouilla de ses richesses; et sous l'empire de *Gallien*, les Scythes le ruinèrent entièrement. Plusieurs savans pensent que la *Diane*, à laquelle ce célèbre édifice étoit consacré, n'étoit pas la *Diane*, déesse de la chasse; mais on autre que les Grecs regardoient comme la mère nourrice de tous les animaux. Ils l'appeloient, à cause de cela, *Multimamma*; aussi, la représentoient-ils avec des mamelles par tout le corps, comme nos Gau- lois la déesse *Isis*. L'une des plus belles représentations de *Diane*, qui nous ait été transmise par l'antiquité, est la belle statue de cette déesse qu'on a placée, l'an X, dans la galerie des Antiques, au musée central des Arts, à Paris. *Diane* est vêtue en chasseresse, tenant son arc d'une main, cherchant de l'autre une flèche dans son carquois; tandis qu'une biche vient se réfugier près d'elle. Ce beau groupe étoit en France depuis *Henri IV*, et ornoit la galerie de Versailles. Les connoisseurs ont cru reconnoître quelque rapport entre lui et l'*Apollon* du Belvédère.
II. DIANE ou DIANE MANTUANA, de Volterre, fille de Jean-Baptiste Mantuan, s'acquit beaucoup de réputation dans le 16e siècle par ses gravures en taille-douce. Sa *Bacchante*, d'après Jules-Romain est un chef-d'œuvre.
III. DIANE DE FRANCE, duchesse de Castro, puis de Montmorency, étoit fille légitimée de *Henri II*, auquel elle ressembloit plus que tous ses autres enfans. Ce prince l'eut d'une demoiselle Piémontoise appelée *Philippe Duc*. L'esprit, la vertu et la beauté de *Diane* plurent infiniment à François I et à *Henri II*. Elle fut élevée avec le plus grand soin; on lui apprit l'espagnol, l'italien, et même un peu de latin. Elle fut mariée, en 1553, avec *Horace Farnèse*, duc de Castro, tué 6 mois après en défendant la citadelle d'Hesdin. Elle épousa le 3 mars 1557 en secondes noces, le maréchal de Montmorency, fils du connétable, et n'en eut qu'un seul fils, mort peu de temps après sa naissance. Elle perdit ce second époux en 1579. La fermeté, la prudence et les autres vertus de *Diane* parurent surtout dans les guerres civiles. La maison de *Bourbon* lui dut sa conservation, et l'état son salut, par la réconciliation qu'elle ménagea entre *Henri III* et *Henri IV*, alors roi de Navarre. Ce dernier, trompé si souvent par la cour de France, avoit la plus grande confiance dans la probité de *Diane*. Il lui écrivait : « Si vous me donnez votre parole que je ne dois avoir aucun sujet de défiance, et qu'on veut agir sincèrement avec moi, toutes stipulations sont inutiles ; j'en crois plus à votre parole qu'à mille pages d'écriture. » *Henri III* lui avoit donné le duché d'Angoulême et celui de Chatellerault, le comté de Ponthieu et le gouvernement du Limousin. *Charles de Valois*, fils de la belle *Touchet* et de *Charles IX*, lui dut sa fortune et ses établissements, et peut-être la vie. Il étoit prisonnier d'état, et il y avoit de violentes présomptions qu'il avoit en part à la conspiration du maréchal de *Biron*. *Diane de France*, sa tante, parla fortement à *Henri IV* en sa faveur, en lui remontrant que l'exemple qu'il donneroit, contre un fils d'un de ses prédécesseurs, pourroit être suivi, et serviroit de titre contre ses propres enfans naturels. Ce raisonnement, la bonté du roi, et son amitié pour *Charles de Valois* le décidèrent à lui accorder sa grace. *Joachim du Bellai* nous apprend, dans ses poésies latines, une anecdote singulière. La première nuit des noces de la princesse avec *François de Montmorency*, une flamme électrique entra par une fenêtre de l'appartement où les époux étoient couchés ; après en avoir parcouru tous les coins, elle vint jusqu'au lit, brûla les coiffures, le linge et les ajustements de nuit de l'épouse, sans lui faire d'autre mal que celui de la peur. Elle mourut âgée de plus de 80 ans, le 3 janvier 1619, sans postérité, après avoir vu sept rois sur le trône de France. Elle fut enterrée dans l'église des Minimes de la place royale à Paris, où on lui éleva un tombeau. L'hôtel d'*Angoulême*, rue pavée, fut bâti par elle, et devint sa demeure. Elle aime passionnément la chasse, et y alla jusques dans un âge très avancé.
DIANE DE POITIERS, *Voyez* POITIERS.
DIANE D'ANDOUINS, *Voyez* GUICHE, n° II.
DIANNYÈRE, (Jean) médecin, né au Donjon, près de Moulins, mort dans cette dernière ville le 13 août 1782, a publié diverses observations sur son art dont l'Histoire de la société de médecine de Paris fait mention. On lui doit sur-tout une très-bonne analyse des eaux minérales de Bardon. L DIAZ, (Michel) Aragonais, compagnon de *Christophe Colomb*, découvrit en 1495 les mines d'or de Saint-Christophe dans le Nouveau-Monde. Il contribua beaucoup à la fondation de la nouvelle Isabelle, depuis appelée *Saint-Domingue*. Il fut plusieurs années après, lieutenant du gouverneur de Porto-Rico, isle célèbre, et y essuya quelques disgraces. Il fut prisonnier en Espagne en 1509, et rétabli ensuite dans sa charge. Il mourut vers l'an 1512.
II. DIAZ, (Jean-Bernard) évêque de Calahorra, étoit bâtard d'une maison illustre d'Espagne. Il se trouva au concile de Trente en 1552, et mourut en 1556. Il est auteur de divers ouvrages en latin et en espagnol : I. *Practica criminalis canonica*, à Alcala, 1594, in-fol. II. *Regula juris*, etc.
III. DIAZ, (Jean) jeune Espagnol, qui vivoit au seizième siècle, mérite une place dans le catalogue des victimes d'un faux zèle. Il fit sa théologie à Paris, et se laissa malheureusement infanter par la lecture des ouvrages de *Luther* et de ses disciples. Enivré de ce poison, il quitta Paris, et alla trouver *Calvia* à Genève; mais n'ayant pu s'accommoder d'un homme si haut et d'un esprit si chagrin, il partit pour Strasbourg, et sympathisa mieux avec *Bucer*, qui étoit d'une humeur plus douce et plus liante. Celui-ci trouvant dans ce disciple de grandes dispositions, l'obtint du conseil de cette ville, pour l'accompagner au colloque de Ratisbonne. *Diaz* n'y fut pas plutôt arrivé, qu'il alla trouver *Malvenda*, qu'il avoit connu à Paris. Effrayé des erreurs de ce jeune homme son compatriote, *Malvenda* employa les raisons les plus fortes et les exhortations les plus vives pour le faire rentrer dans le sein de l'église; mais rien ne fit impression sur l'esprit de *Diaz*, qui persévéra dans son opiniâtreté, et qui ne revit plus *Malvenda*... Le jeune novateur étant allé à Neubourg pour corriger un livre de *Bucer* qu'on y imprimoit, y vit arriver avec surprise un de ses frères nommé *Alfonse*, avocat en cour de Rome, qui, ayant appris son apostasie, s'étoit mis aussitôt en chemin pour tâcher de le ramener. *Alfonse Diaz* ne fut pas plus heureux que *Malvenda*. Mais, au lieu de gémir sur l'endurcissement de son frère, et d'adorer les jugemens de Dieu, qui ouvre ou ferme les yeux à qui il lui plaît, il attenta à la vie de celui qu'il ne pouvoit plus persuader. Il feignit de s'en retourner, et alla en effet jusqu'à Ausbourg; mais dès le lendemain il revint sur ses pas, accompagné d'un guide, et fut de retour à Neubourg au point du jour. La première personne qu'il y chercha fut son frère; il alla droit à son logis avec son compagnon qui étoit déguisé en messager, et demeura au bas de l'escalier pendant que l'autre montoit à la chambre de *Diaz*, à qui il feignoit d'avoir des lettres à remettre de la part de son frère. On réveille *Diaz*; le prétendu messager lui rend les lettres, et pendant qu'il les lit, le perfide lui décharge sur la tête un coup de hache qu'il tenoit cachée sous son manteau, le tue, et se sauve avec son instigateur *Alfonse*. Cet assassinat ayant fait beaucoup de bruit à Ausbourg et ailleurs, on poursuivit vivement les meurtriers, qui furent arrêtés et mis en prison à Anspruch; mais l'empereur *Charles-Quint* arrêta les procédures, sous prétexte qu'il vouloit connoître lui-même cette affaire à la diète prochaine. Cet événement atroce arriva le 27 mars 1546. *Voyez l'Histoire Ecclesiastique du Père Fabre*, liv. 142.
DIB-BACOU, fils d'*Ilmingé*, fut le premier roi des Mogols, suivant *Mirkhond*, et prit le titre de Kan. Il amassa de grands trésors, dont il fit le meilleur usage pour la défense de ses états et le bonheur de ses sujets. Ses lois furent justes, et il sut les faire observer. Il eut pour successeur *Galuk-Kan*.
**DIBON**, ( Roger ) chirurgien - major des cent Suisses, mort en 1777, a publié une *Description des Maladies vénériennes*, en 2 vol. in-12, et différentes brochures sur la même matière, qu'il connoissoit mieux que l'art d'écrire. Il fut l'un des adversaires d'*Astruc*; mais il n'avoit ni sa clarté, ni sa méthode.
**DIBUTADE**, jeune fille de Sycione, imagina d'adoucir les rigueurs de l'absence de celui qu'elle aimoit, et qu'un prochain départ alloit éloigner d'elle, en traçant l'ombre de celui-ci, dont le profil se dessinoit sur une muraille par la lumière d'une lampe. Telle fut, dit-on, l'origine de la peinture. Son père, exerçant la profession de potier, ayant admiré l'invention de *Dibutade*, imagina d'appliquer de l'argile sur ces traits, en observant leurs contours, et de faire cuire dans son fourneau ce profil de terre. De là l'origine de la sculpture en relief. Ainsi, deux arts ingénieux ont dû leur création à l'industrie de l'amour.
**DICÉ**, ( Mythol. ) née de Jupiter et de Thémis, fut une des divinités chargées de rendre justice aux hommes.
**DICÉARQUE**, de Messine, philosophe, historien et mathématicien célèbre, fut un des plus dignes disciples d'*Aristote*. Il profita beaucoup des leçons de ce grand maître dans les excellens ouvrages qu'il composa. Il n'en reste que des fragments. Le plus estimé étoit sa *République de Sparte* en trois livres, que les magistrats faisoient lire tous les ans publiquement pour l'instruction des jeunes Spartiates. On trouve sa *Descriptio montis Pelii*, dans *Geographiæ veteris Scriptores Græci minores*, Oxford, 4 vol. in-8.
**DICENÉE**, philosophe Égyptien, passa par le pays des Scythes, plut à leur roi, lui enseigna la philosophie morale, et adoucit son naturel sauvage, ainsi que celui de ses sujets. Il lui apprit les premiers devoirs de l'homme, l'amour des dieux, de la justice et de la paix. De peur que ses maximes et ses lois ne s'effaçassent de leur esprit, il en fit un *Livre*. Ce philosophe changea tellement ces barbares, qu'ils arrachèrent leurs vignes, et se privèrent absolument de vin, pour ne pas tomber dans les désordres qu'il produit. Il vivoit sous *Auguste*.
**DICKINSON**, ( Edmond ) alchimiste Anglois, né en 1624 dans le comté de Berk, après avoir cultivé long-temps la médecine avec succès, se livra aveuglément à toutes les folies de l'alchimie. On lui doit quelques ouvrages très-érudits, mais remplis d'opinions bizarres. I. *Delphini phœnicizantes*, 1655, in-8. II. *De adventu Noë in Italiam*, in-8. III. *De Origine Druydum*. IV. *Physica vetus et nova*, 1703, in-4. Dickinson est mort en 1707.
**DICKSON**, ( Adam ) agronome Écossois, montra dès sa jeunesse le plus vif empresse- ment pour connoître tous les procédés et les secrets de l'agriculture. Après avoir étudié les auteurs Latins connus sous le nom de *Rei rusticae Scriptores*, il en fit une excellente analyse, imprimée à Londres en 1788, sous le titre d'*Agriculture des Anciens*, 2 vol. in-8°. Il est curieux de comparer dans l'ouvrage les frais de nourriture et d'entretien d'un esclave employé à la culture des champs, d'après *Caton*, et la dépense d'un laboureur d'Écosse. Avant cet écrit, l'auteur avoit publié en 1765 un *Traité* estimé sur l'agriculture. Il est mort à la fin du siècle qui vient de finir.
**DICTYNNE**, (Mythol.) nymphe de l'isle de Crète, à laquelle on attribue l'invention des filets des chasseurs. On croit que c'est la même que *Britomartis*, fille de *Jupiter*, qui se jeta dans la mer pour éviter les poursuites de *Minos*, et qui fut mise au nombre des immortelles à la prière de *Diane*. Cette déesse avoit aussi le surnom de *Dictynne*. **L DICTYS**, de Crète, suivit *Idoménée* au siège de Troie, et composa, dit-on, l'*Histoire* de cette fameuse expédition. Un savant du 15$^{e}$ siècle composa une *Histoire de la guerre de Troie*, qu'il mit sous le nom de *Dictys*. Cet ouvrage supposé fut publié pour la première fois à Mayence, on ne sait en quelle année. Mad. *Dacier* en donna une nouvelle édition à l'usage du *Dauphin*, à Paris en 1680, in-8°, avec *Dares Phrygius... Périzonius* en mit au jour une autre en 2 vol. in-8°, 1702, qu'on joint aux auteurs *cum notis Variorum*. Elle ne vaut pas celle de Mad. *Dacier*, quoiqu'il y ait prodigué l'érudition.
**IL DICTYS**, matelot fameux dans l'antiquité par son extrême agilité, a été célébré par *Ovide*.
**DIDE** ou
**DIDO**, (Mythol.) dieu adoré à Kiew, étoit fils de *Lada*, Vénus Slavonne, et n'avoit d'autre occupation que d'éteindre les feux que l'Amour son frère allumoit.
**DIDEROT**, (Denys) de l'académie de Berlin, naquit à Langres d'un coutelier en 1713. Les Jésuites, chez lesquels il fit ses études, voulurent l'attirer dans leur ordre; un de ses oncles, lui destinant un canonicat dont il étoit pourvu, lui fit prendre la tonsure. Mais son père, voyant qu'il n'avoit aucun goût ni pour l'état de jésuite, ni pour celui de chanoine, l'envoya à Paris pour y continuer ses études. Il le plaça ensuite chez un procureur, où il s'occupa de littérature et point du tout de chicane. Ce goût vif pour les sciences et pour les belles-lettres ne répondant point aux vues que son père avoit sur lui, il cessa de lui payer sa pension, et parut l'abandonner pendant quelque temps. Les talens du jeune *Diderot* pourvurent à sa fortune, et le tirèrent de l'obscurité. Physique, géométrie, métaphysique, morale, belles-lettres, il embrassa tout dès qu'il put lire avec réflexion. Son imagination ardente et élevée paroissoit le porter à la poésie; mais il la négligea pour les sciences exactes. Il se fixa de bonne heure à Paris, et l'éloquence naturelle, qui animoit sa conversation, lui fit des partisans et des protecteurs. Ce qui commença sa grande répu- tation, fut malheureusement un petit recueil anti-chrétien de Pensées philosophiques, réimprimé depuis sous le titre d'Etrennes aux Esprits forts. Ce livre parut en 1746, in-12. Les adeptes de la nouvelle philosophie, le comparèrent, pour la clarté, l'éloquence et la force du style, aux Pensées de Pascal. Mais le but des deux auteurs est bien différent. L'un soutient l'édifice du Christianisme, de tout ce que l'érudition, la logique et le génie peuvent lui fournir de décisif; l'autre emploie les ressources de son esprit à super toutes les religions par le fondement. Il parle avec la même assurance que s'il ne se trompoit jamais. Ce ton ferme en imposa aux demi-savans et aux femmes. Les Pensées philosophiques devinrent un livre de toilette. On crut que l'auteur avoit raison, parce qu'il affirmoit toujours. D'autres lecteurs, plus sages, se méfièrent de lui; et voyant son audace, ils comparèrent Diderot outrageant les livres saints, à Charles XII déchirant le feuillet où Boileau blâme les conquérans. Ils crurent sur-tout qu'il falloit se défier de ces idées sophistiques, qui, en blessant la religion, attaquent la morale, et finissent par corrompre les mœurs des nations. Diderot s'occupa plus utilement, lorsqu'il donna en 1746, avec MM. Eidous et Toussaint, un Dictionnaire universel de Médecine, en 6 vol. in-folio. Ce n'est pas que cette compilation ne soit défectueuse à bien des égards; qu'il n'y ait des articles superficiels, inexacts; mais il y en a d'approfondis; et l'ouvrage fut bien reçu. Ce succès ayant encouragé l'auteur, il forma le projet d'une entreprise plus vaste, du Dictionnaire Encyclopédique. Un pareil monument ne pouvant être élevé par un seul architecte, d'Alembert, ami de Diderot, partagea avec lui les honneurs et les périls de ce travail, dans lequel ils devoient être secondés par plusieurs savans et divers artistes. Diderot se chargea seul de la description des arts et métiers, l'une des parties les plus importantes et les plus désirées du public. Au détail des procédés des ouvriers, il joignit quelquefois des réflexions, des vues, des principes propres à les éclairer. Indépendamment de la partie des arts et métiers, le chef des Encyclopédistes suppléa, dans les différentes sciences, un nombre considérable d'articles qui manquoient. Il eût été à souhaiter que, dans un ouvrage aussi vaste et d'un aussi grand usage, il eût renfermé le plus d'instruction dans le moins d'espace possible, et qu'il eût été moins verbeux, moins dissertateur, moins enclin aux digressions. On lui a reproché encore d'employer un langage scientifique, sans trop de nécessité; d'avoir recours à une métaphysique souvent inintelligible, qui l'a fait appeler le Lycophron de la Philosophie; de s'être servi d'une foule de définitions qui n'éclairent point l'ignorant, et que le philosophe semble n'avoir imaginées que pour faire croire qu'il avoit de grandes idées, tandis que, réellement, il n'a pas eu l'art d'exprimer clairement et simplement les idées des autres. Quant au fonds de l'ouvrage, Diderot convenoit que l'édifice avoit besoin d'être réparé à neuf. Deux libraires voulant donner une nouvelle édition de l'Encyclopédie, voici ce que leur dit l'éditeur de la première, au sujet des fautes dont elle fourmille : « L'imperfection de cet ouvrage a pris sa source dans un grand nombre de causes diverses. On n'eut pas le temps d'être scrupuleux sur le choix des travailleurs. Parmi quelques hommes excellens, il y en eut de foibles, de médiocres et de tout-à-fait mauvais. De là cette bigarrure dans l'ouvrage, où l'on trouve une ébauche d'écolier à côté d'un morceau de main de maître; une sottise voisine d'une chose sublime. Les uns, travaillant sans honoraires, perdirent bientôt leur première ferveur; d'autres, mal récompensés, nous en donnèrent pour notre argent. L'*Encyclopédie* fut un gouffre, où ces espèces de chiffonniers jetèrent pêle-mêle une infinité de choses mal vues, mal digérées, bonnes, mauvaises, détestables, vraies, fausses, incertaines, et toujours incohérentes et disparates. On négligea de remplir les renvois qui appartenoient à la partie même dont on étoit chargé... On trouve souvent une réfutation à l'endroit où l'on alloit chercher une preuve... Il n'y eut aucune correspondance rigoureuse entre les discours et les figures. Pour remédier à ce défaut, on se jeta dans de longues explications. Mais combien de machines inintelligibles, faute de lettres qui en désignent les parties ! » *Diderot* ajouta à cet aveu sincère des détails particuliers sur différentes parties; détails qui prouvoient qu'il y avoit dans l'*Encyclopédie* des objets non-seulement à refaire, mais à faire en entier : et c'est de quoi s'est occupée ensuite une nouvelle société de savans, de gens-de-lettres et d'artistes. La première édition de cet important ouvrage, qui avoit été livrée au public depuis 1751 jusqu'en 1767, 17 vol. in-fol. et 11 de figures, fut bientôt épuisée, parce que ses défauts étoient rachetés en partie par plusieurs articles bien faits, et par différents mémoires qui fournissoient de bons matériaux aux éditeurs à venir. *Diderot*, qui avoit travaillé pendant près de vingt ans à ce Dictionnaire, n'eut pas des honoraires proportionnés à sa peine et à son zèle. Il se vit obligé, peu de temps après la publication des derniers volumes, d'exposer sa bibliothèque en vente. L'impératrice de Russie la fit acheter cinquante mille livres, et lui en laissa la jouissance, sans même exiger une de ces dédicaces, qui font rougir le protecteur et rire le public. Cependant l'*Encyclopédie*, qui attiroit en partie à son éditeur ces récompenses étrangères, avoit été la cause d'un grand scandale dans son pays. Des propositions hardies sur le gouvernement, des opinions très-basardées sur la religion, en firent suspendre l'impression en 1752. On n'avoit alors que deux volumes de ce Dictionnaire; on ne leva la défense d'imprimer les suivans, qu'à la fin de 1753. Il en parut successivement cinq nouveaux tomes. Mais en 1757, il se forma un nouvel orage, et le livre fut supprimé. La suite ne parut qu'environ dix ans après, mais elle se distribua secrètement. On fit même arrêter quelques exemplaires, et les imprimeurs furent mis à la bastille. La source de ces traverses est assez évidente, quoique les Encyclopédistes aient tâché de l'obscurcir. Ils s'en prennent tantôt aux Jésuites, tantôt aux Jansé- nistes : ici, à quelques gens-de-lettres jaloux ; là, à des journalistes enagrins, qui, n'ayant pas été au nombre des coopérateurs de l'*Encyclopédie*, se réunirent tous contre l'ouvrage et les auteurs. Mais, dans auteurs avoient écrit avec une circonspection sage, s'ils n'avaient pas mis leurs opinions trop à découvert, les cris des anti-encyclopédistes auroient été impuissans : l'utilité du livre et le mérite des rédacteurs auroient été un bouclier contre les traits de ceux qui vouloient renverser ce palais des sciences. Quoi qu'il en soit, *Diderot* ne laissa pas étouffer son génie par les épines que ses imprudences et celles de quelques-uns de ses collaborateurs avoient semées sur sa route. Tour-à-tour sérieux et badin, solide et frivole, il donna, dans le temps même qu'il travaillait au Dictionnaire des sciences, quelques productions qui sembloient ne pouvoir guères sortir d'une tête encyclopédique. Ses *Bijoux indiscrets*, 2 vol. in-12, sont de ce nombre. L'idée en est indécente, et les détails obscènes, sans être piquans, même pour les jeunes gens, malheureusement avides de romans licencieux. Il a rarement tiré un parti avantageux des scènes qu'il imagine. Il n'y a pas assez de chaleur dans l'exécution, de fine plaisanterie, de ces naïvetés heureuses qui sont l'âme d'un bon conte. Une certaine pédanterie philosophique se fait sentir, même dans les endroits où elle est entièrement déplacée ; et jamais l'auteur n'est plus lourd, que lorsqu'il veut paraître léger. Le *Fils naturel* et le *Père de Famille*, deux comédies en prose, qui parurent en 1757 et 1758, ne sont point dans le genre des *Bijoux indiscrets*. Ce sont deux drames moraux et attendrissans, où il y a tout à la fois du nerf dans le style et du pathétique dans les sentimens. La première pièce est un tableau des épreuves de la vertu, un conflit d'intérêts et de passions, où l'amour et l'amitié jouent des rôles intéressants. On a prétendu que *Diderot* l'avoit *antée* de *Goldoni* : si cela est, la *Gard* fait honneur à l'original ; et, à l'exception d'un petit nombre d'endroits où l'auteur mêle au sentiment son jargon métaphysique et quelques sentences déplacées, le style est touchant et assez naturel. Dans la seconde comédie, on voit un père tendre, vertueux, humain, dont la tranquillité est troublée par les sollicitudes paternelles que lui inspirent les passions vives et ardentes de ses enfans. Cette comédie philosophique, morale, et presque tragique, a produit un assez grand effet sur divers théâtres de l'Europe. L'Épitre dédicatoire à Madame la princesse de *Nassau-Saarbruck*, est un petit traité de morale, d'un tour singulier sans sortir du naturel. Ce morceau, écrit avec noblesse, prouve que l'auteur avoit dans la tête un grand fonds de pensées et d'idées morales et philosophiques. A la suite de ces deux pièces, réunies sous le titre de *THÉÂTRE de M. Diderot*, on trouve des Entretiens, qui offrent des réflexions profondes et des vues nouvelles sur l'art dramatique. Dans ses drames, il avoit tâché de réunir les caractères d'*Aristophane* et de *Platon* ; et dans ses réflexions, il montre quelquefois le génie d'*Aristote*. Cet esprit d'observation éclate, mais avec trop de hardiesse, dans deux autres ouvrages, ouvrages qui firent beaucoup de bruit. Le premier parut en 1749, in-12, sous le titre de : *Lettres sur les Aveugles, à l'usage de ceux qui voient*. Les pensées libres de l'auteur lui coûtèrent sa liberté. Il fut enfermé pendant six mois à Vincennes. Né avec des passions ardentes et une tête fort exaltée, se voyant tout-à-coup privé de sa liberté et de toute relation avec les humains, il faillit à devenir fou. Le danger étoit grand; pour le détourner, on fut obligé de le laisser sortir de sa chambre, et de lui permettre de fréquentes promenades, et la visite de quelques gens-de-lettres. J. J. Rousseau, alors son ami, alla lui donner des consolations qu'il n'auroit pas dû oublier. La *Lettre sur les Aveugles* fut suivie d'une autre, sur les *Sourds et Muets, à l'usage de ceux qui entendent et qui parlent*, 1751, 2 vol. in-12. L'auteur donna sous ce titre des réflexions sur la métaphysique, sur la poésie, sur l'éloquence, sur la musique, etc. etc. Il y a des choses bien vues dans cet essai, et d'autres qu'il ne montre qu'imparfaitement. Quoiqu'il tâche d'être clair, on ne l'entend pas toujours, et c'est plus sa faute que celle de ses lecteurs. On a dit de tout ce qu'il a écrit sur des matières abstraites, que c'étoit un chaos où la lumière ne brilloit que par intervalles. Les autres productions de *Diderot* se ressentent de ce défaut de clarté et de précision, de cette emphase désordonnée, qu'on lui a presque toujours reprochés. Les principales sont : I. *Principes de la Philosophie morale*, ou *Essai sur le mérite et la vertu*, 1745, in-12, dont l'abbé des *Fontaines* dit du bien dans ses feuilles, quoique cet ouvrage n'ait pas fait une grande fortune. C'étoit le sort de notre philosophe, de beaucoup écrire, et de ne pas laisser un bon livre, ou du moins un livre bien fait. II. *Histoire de Grèce, traduite de l'Anglois de Stanyan*, 3 vol. in-12, 1743; livre médiocre, ainsi que la traduction. III. *Mémoires sur différens sujets de Mathématiques*, 1748, in-8. IV. *Pensées sur l'interprétation de la Nature*, 1754, in-12. Cette interprétation est fort obscure. Son livre, l'un des préludes du *Système de la Nature*, est, selon Clément de Genève, « tantôt un verbiage ténébreux, aussi frivole que savant; tantôt une suite de réflexions à bâtons rompus, et dont la dernière va se perdre à cent lieues de la première. Il n'est presque intelligible que lorsqu'il devient trivial. Mais qui aura le courage de le suivre à tâtons dans sa caverne, pourra s'éclairer de temps en temps de quelques heureuses lueurs. » V. *Le Code de la Nature*, 1755, in-12. Ce n'est point celui de la Religion. Les principes les plus solides y sont quelquefois mis en problème. Son système de politique est peu praticable; et le style lourd, obscur, incorrect de cet ouvrage, ne fait pas regretter le petit nombre de bonnes idées qu'on pourroit y recueillir. VI. *Le sixième Sens*, 1752, in-12. VII. *De l'éducation publique*, 1752, in-12: brochure qu'on distingua parmi celles que l'apparition d'*Emile* et la destruction des *Jésuites* firent éclore. On ne peut pas, à la vérité, adopter toutes les idées de l'auteur; mais il y en a de très-judicieuses, dont l'exécution seroit utile. VIII. *Eloge de Richardson*; plein de feu et de verve. IX. *Vie de Sénèque*. Voy. 274 DID
GRANGE, n.º V.; et SÉNÈQUE, n.º II. Ce fut son dernier ouvrage, et c'est un de ceux de Diderot qu'on lit avec le plus de plaisir, même en n'adoptant pas tous les jugemens qu'il porte sur Sénèque, et sur d'autres hommes célèbres. Il l'augmenta et le publia de nouveau en 2 vol. au lieu d'un, sous le titre d'Essai sur les règnes de Claude et de Néron. L'auteur mourut de mort subite, en sortant de table, le 30 juillet 1784, à 71 ans. Quelque temps avant sa mort, il étoit allé demeurer dans une maison que l'impératrice de Russie avoit fait arranger pour lui. Son caractère est plus difficile à peindre que ses ouvrages. Ses amis ont vanté sa franchise, sa candeur, son désintéressement, sa droiture; tandis que ses ennemis le représentoient comme artificieux, intéressé, et cachant sa finesse, sous un air vif et quelquefois brusque. Il se fit, sur la fin de ses jours, beaucoup de tort, en repoussant par des diffamations, les prétendus outrages qu'il imaginoit exister contre lui dans les Confessions de J. J. Rousseau, son ancien ami. Il est malheureux qu'en gravant cet opprobre sur le tombeau du philosophe Genevois, il ait laissé des impressions fâcheuses de son propre cœur, ou du moins de son esprit. Ce Rousseau qu'il décria tant, l'a loué plus d'une fois avec enthousiasme. Mais il dit dans une de ses Lettres, que, quoique né bon et avec une ame franche, Diderot avoit un malheureux penchant à mésinterpréter les discours et les actions de ses amis; et que les plus ingénues explications ne faisoient que fournir à son esprit subtil de nouvelles interprétations à leur charge. Quoi qu'il en soit, ce philosophe ne sentoit point foiblement, et il s'exprimoit comme il sentoit. L'enthousiasme qu'il montre dans quelques-unes de ses productions, il l'avoit dans un cercle, pour peu qu'il fût animé, ou qu'on contredit ses opinions. Il parloit avec rapidité, avec véhémence, et sa tournure de phrase étoit souvent piquante et originale. On a dit que la nature s'étoit méprise en faisant de lui un métaphysicien, et non un poète: mais, quoiqu'il ait été souvent poète en prose, il a laissé quelques vers qui prouvent peu de talent pour la poésie. La philosophie courageuse dont il se j'ignoit, affecta toujours de braver les traits de la critique, quoiqu'il y fût aussi sensible que Voltaire; et ses nombreux censeurs ne purent le guérir ni de son goût pour une métaphysique peu intelligible, ni de son amour pour les exclamations et les apostrophes qui dominoient dans sa conversation et dans ses écrits. Pour ne pas ressembler aux célibataires du siècle, qui déclament sans cesse contre les célibataires de la Religion, en demeurant eux-mêmes dans un célibat quelquefois scandaleux, il se maria. Il fut sensible et bon dans son ménage; s'irritant facilement, mais se calmant aussi facilement qu'il s'irritoit; cédant à des accès passagers de colère, mais sachant dompter son humeur. Naigeon, ami et disciple de Diderot, a recueilli ses ouvrages en 15 vol. in-8°, Paris, Déterville, 1797. On y trouve divers écrits qui n'avoient point été imprimés, entre autres des Essais sur la peinture. C'est ainsi que l'éditeur juge l'écrivain. « Si l'on excepte les œuvres de Vol- faire, monument immortel du génie de cet homme extraordinaire, il n'a paru dans aucun siècle, et chez aucun peuple, sur des matières d'art, de littérature, de morale et de philosophie, une collection qu'on puisse, je ne dis pas préférer, mais seulement comparer à celle-ci. Condillac et Rousseau, loués avec exagération, et souvent sur parole, n'ont pas, suivant l'expression énergique de Montaigne, les reins assez fermes pour marcher front à front avec cet homme-là : ils ne vont que de loing après... Cette assertion paroîtra sans doute très-paradoxale et une espèce de blasphème à plusieurs; mais avant de prononcer, je les invite à lire, avec attention, le Prospectus et le projet d'une Encyclopédie, la Lettre sur les Aveugles, celle sur les Sourds, les Principes sur la Matière et le Mouvement, l'Entretien d'un père avec ses rafans, celui avec la maréchale de Broglie, le Supplément au Voyage de Bougainville, les trois volumes des Opinions des Philosophes, la Vie de Sénèque, les divers Opuscules, la plupart inédits, qui terminent le second volume de cette Vie, et les Salons de 1765 et de 1767. Ce que ces divers ouvrages, tous écrits d'un style facile et quelquefois même un peu négligé, mais qui, dans ce simple appareil et cet abandon pittoresque, a toujours du mouvement, de l'élégance et de la grace, supposent d'études, d'instruction, de connoissances, d'imagination, de verve, de sagacité, de profondeur et d'étendue dans l'esprit, étonne d'autant plus qu'on a soi-même plus réfléchi sur les divers objets que Diderot a traités. C'est alors que, suivant d'un œil attentif et pénétrant, la marche rapide de cet homme de génie, on apperçoit l'espace immense qu'il a parcouru, les pas qu'il a fait faire à la raison, et la forte impulsion qu'il a donnée à son siècle. » Pour balancer cet éloge un peu trop exagéré, on peut lire le jugement trop sévère qu'a porté de son côté l'auteur des Trois siècles, sur Diderot. I. DIDIER, (Saint) Désidérius, évêque de Langres, martyrisé vers 409, lorsque les Alains, les Suèves et les Vandales ravagèrent les Gaules. Il y a eu un autre DIDIER, évêque de Nantes, vers 451.
II. DIDIER, (Saint) natif d'Autun, succéda à Vêrus, en 596, dans l'archevêché de Vienne. Brunchaut, irritée de ce qu'il lui avoit reproché ses désordres, l'envoya en exil, le rappela croyant le gagner, et le trouvant inflexible, le fit assassiner l'an 607, sur les bords de la rivière de Chalarone, à sept lieues de Lyon. St. Grégoire le Grand lui avoit écrit trois Lettres — Il est différent de St. DIDIER, évêque de Cahors, dont nous avons plusieurs Lettres dans le Canisius de Basange et dans la Bibliothèque des PP. Il mourut le 15 novembre 634.
III. DIDIER, dernier roi des Lombards, fut élu par cette nation après la mort d'Astolphe, en 756. Il étoit auparavant connétable de la couronne et duc de Toscane. Quelques-uns des principaux seigneurs invitèrent Bachis, qui avoit quitté le trône pour s'enfermer dans un cloître, à quitter son monastère. Il se laissa persuader. Pour écarter ce redoutable concernant, Didier offrit au pape, de lui rendre les places envahies par Astolphe, et d'y ajouter le duché de l'errere. L'accord 276 DID se fit, le pontife ayant ordonné à *Rachis* de rentrer dans son couvent, il promit d'appuyer l'élection de *Didier* par un corps de troupes Romaines. Celui-ci, jouant la reconnaissance, feignit d'abord de vouloir vivre en bonne intelligence avec les pontifes de Rome; mais, peu de tems après, il commença les mêmes hostilités que ses prédécesseurs. Il ravagea la Pentapole, fit prisonnier le duc de Spolète, et chassa celui de Bénédicte, parce qu'ils étoient liés avec l'évêque de Rome, soutenu du roi de France. Il ne s'abstint d'en venir aux armes avec celui-ci, que par le sentiment de sa foiblesse. La reine *Berthe*, femme de *Pepin*, ayant voulu marier son fils *CHARLES*, depuis surnommé le *Grand*, avec la fille du roi des Lombards, le pape *Etienne III* craignit que cette alliance ne fût contraire à ses intérêts temporels. Il fit tous ses efforts pour en détourner *Charles*; il lui peignit les Lombards comme une nation infame, dont la race des lépreux avoit tiré son origine; il voulut lui prouver par l'Écriture qu'un tel mariage étoit illicite. *Berthe*, loin d'avoir égard à ces déclamations, alla demander elle-même la fille de *Didier*, et l'amena en France où les noces furent célébrées l'année d'après la mort de *Pepin*, en 769. Cette union ne fut pas heureuse. *Charles*, ennuyé d'avoir une femme toujours malade, et qui ne lui donnoit point d'enfans, la renvoya en Lombardie la seconde année de son mariage. *Didier* sentit vivement cet affront, et commença à s'en venger sur le pape. Après avoir repris plusieurs villes de l'exarcat, il s'avança du côté de Rome, sous prétexte d'aller visiter le tombeau des Apôtres, et ravagea tous les en- virons. *Adrien*, qui étoit alors sur le siège de St. Pierre, eut recours au roi de France, qui vola à son secours. *Didier*, assiégé dans Pavie, se rendit prisonnier l'an 774 à *Charlemagne*, qui le fit enfermer avec sa femme et ses enfans dans l'abbaye de Corbie. Il n'y eut qu'un seul de ses fils qui échappa aux malheurs de sa famille. Il so sauva à Constantinople, où il fut revêtu de la dignité de patrice. C'est ainsi que fut éteint, en Italie, le royaume des Lombards, après avoir duré 206 ans.
IV. DIDIER LOMBARD, docteur de Sorbonne au 13e siècle, écrivit avec *Guillaume de Saint-Amour*, contre les ordres Mendians, qui, pour cette raison, l'ont mis au rang des hérétiques. V. DIDIER-JULIEN, *Didius-Julianus*, empereur Romain, maquit l'an 133, à Milan, d'une famille illustre. Il étoit petit fils de *Salvius-Julius*, habile jurisconsulte, qui fut deux fois consul et préfet de Rome. *Didier* obtint à prix d'argent l'empire, mis à l'encan après la mort de *Pertinax*, l'an 193; mais, à la nouvelle de l'élection de *Sévère*, il fut mis à mort, le 29 septembre, par ordre du sénat, dans son palais, à 60 ans, après un règne de 66 jours. Telle fut la fin d'un vieillard ambitieux, qui, croyant acheter sa fortune, acheta sa mort. La plupart des historiens n'en font pas un portrait avantageux. Il étoit d'une avarice si sordide, qu'il ne se nourrissait que d'herbes et de légumes. Cependant si *Dion* doit en être cru, cet empereur de quelques heures, trouva trop chétif et trop mesquin le souper qui avoit été préparé pour *Pertinax*, et il y substitua un festin également somptueux et délicat; il y joua aux dés, selon le même historien, pendant que le cadavre de son prédécesseur étoit encore dans le palais, et il se donna le divertissement de la comédie. *Spartien* réfute ce récit, comme fondé uniquement sur des bruits malignement répandus par les ennemis de *Didier*. Il soutient que le nouveau prince ne mangea qu'après que le corps de *Pertinax* eut été ensévé; que son repas fut fort triste, et qu'il passa la nuit, non en veilles de divertissemens et de débauches, mais occupé des embarras de sa position, et des mesures qu'il devoit prendre. Il faut avouer que cette dernière façon de raconter les choses, dit *Crevier*, a bien plus de vraisemblance; et *Dion* paroît trop prévenu contre *Didier-Julien*, avec qui il avoit eu des démêlés; au lieu que *Spartien*, qui écrivoit cent ans après, n'avoit aucun intérêt à favoriser ce malheureux prince: enfin, la circonspection dont usa *Didier* à l'égard de la mémoire de *Pertinax*, ne porte pas à croire qu'il ait voulu lui insulter le jour de sa mort. Il se fit une loi de n'en parler jamais en public, soit en bien, soit en mal. La crainte des soldats ne lui permettoit pas les éloges. Les censures et les invectives leur auroient fait plaisir; et il s'en abstint, par respect pour sa vertu. *Voyez SCANTILLA*.
VI. DIDIER, (Guillaume de SAINT-) poète du 12$^{e}$ siècle, né au château de Veillac, dans l'évêché du Puy, mit les *Fables* d'*Esope* en rimes de son pays. Il se fit connoître par d'autres ouvrages, entr'autres par un *Traité des Songes*, dans lequel il donne des règles pour n'en avoir que d'agréables. Ces règles se bornent à celles de vivre sobrement, à ne point surcharger l'estomac d'alimens, pour qu'ils ne portent point à la tête des vapeurs grossières et des idées tristes. *Nostradamus* dit: qu'il aima d'amour *Adélaïde de Claustra*, sœur du dauphin d'Auvergne, et femme du vicomte de Polignac. Cet historien fait mourir *Saint-Didier* en 1185. Il nous est resté quinze pièces de ce poète.—Son fils *Gausserand* fut un troubadour distingué comme son père: il prit pour dame de ses pensées *Béatrix*, comtesse de Viennois, femme de *Gigues-André*, dauphin de Vienne, mort en 1237.
VII. DIDIER, (Saint) *Voy*: LIMOJON.
DIDIER DE LA COUR. *Voyez* COUR (Dom Didier de la)
DIDON, ou ÉLISE, reine et fondatrice de Carthage, étoit fille de *Bélus*, roi des Tyriens. Elle fut mariée fort jeune à *Sichée*, prêtre d'*Hercule*, qui possédoit de grands biens, et que *Pygmalion*, frère de *Didon*, égorgea aux pieds des autels, pour s'emparer de ses trésors. La princesse, avertie en songe par l'ombre de son mari de ce qui s'étoit passé, se saisit elle-même des trésors de *Sichée*, et les fit porter dans un vaisseau où elle s'embarqua promptement avec tous ceux qui fuyoient la cruauté du tyran. Les vents la portèrent sur la côte d'Afrique appelée *Zeugitane*, où regnoit *Jarbas*, roi de Gétulie, qui s'opposa à son établissement sur ses tertes. Mais *Didon* ne lui ayant demandé à acheter qu'autant de terrain qu'elle pourroit en entourer avec la peau d'un bœuf, le roi y consentit, et le lui accorda. Alors la princesse découpa ce cuir en bandes si déliées et si longues, qu'elle entoura un espace assez considérable pour y bâtir la ville de Carthage, avec une citadelle appelée Byrsa, qui signifie cuir ou peau. Quand la ville fut achevée, le roi Jarbas demanda Didon en mariage; mais elle le refusa si constamment, que ce prince, piqué de son refus, résolut de l'y forcer par les armes. Il marcha donc à la tête d'une armée contre Carthage. Didon aima mieux se donner la mort que de violer les promesses qu'elle avoit faites à son premier mari. Virgile a inventé la fable de l'arrivée d'Enée à Carthage, où il lui fait épouser Didon, qu'il abandonne peu après par ordre de Jupiter; ce qui oblige cette reine infortunée à se poignarder de désespoir sur un bûcher, vers l'an 890 avant J. C. Rien n'est plus fabuleux et plus contraire à la vérité historique, que l'aventure de Didon avec Enée, imaginée par Virgile. Il est certain que cette princesse ne vint au monde que 300 ans après le prince Troyen. Peut-être que le poète Latin sentit cette erreur de chronologie; mais il aima mieux se la permettre que de priver son poème d'un épisode si agréable et si intéressant pour les Romains. On y trouve l'origine de la haine qui se forma entre Rome et Carthage, dès le berceau de ces deux villes.
DIDIUS-JULIANUS, Voyes DIDIER-JULIEN.
DIDOT le jeune, (N.) célèbre imprimeur de Paris, fils d'Ambroise Didot, qui a commencé dans l'imprimerie la réputation de son nom, a publié plusieurs éditions, aussi remarquables par la correction du texte que par la beauté des caractères. On distingue sur-tout celles de la Jérusalem délivrée, du Traité des Délus et des Peines, en italien, imprimé sur du papier d'Annonai; les Œuvres de Rousseau, in-4.º Didot le jeune est mort depuis peu, laissant un frère et un fils qui marchent dignement sur ses traces.
DIDYME, Voyez I. THOMAS. I. DIDYME d'Alexandrie, surnommé Chalcentrée ou Entrailles d'airain, à cause de son amour pour l'étude que rien ne fatiguoit, laissa, suivant Sénèque, jusqu'à 4000 Traités. On juge bien qu'ils ne pouvoient pas être fort corrects, ni bien longs. Les anciens ont négligé de nous en donner le catalogue. Ça uroit été pour eux un grand travail, qui d'ailleurs n'eût pas été utile pour nous. L'auteur lui-même étoit souvent embarrassé à répondre sur quelle matière il avoit travaillé. Ce compilateur infatigable étoit un terrible censeur. Le style de Cicéron, tout admirable qu'il est, ne fut pas à l'abri de sa critique; mais Cicéron a subsisté, et qui connoit Didyme?
II. DIDYME d'Alexandrie, quoique aveugle dès l'âge de cinq ans, ne laissa pas d'acquérir de vastes connoissances, en se faisant lire les écrivains sacrés et profanes. On prétend même qu'il pénétra dans les mathématiques, qui semblent demander l'usage de la vue. Il s'adonna particulièrement à la théologie. La chaire de l'école d'Alexandrie lui fut confiée, comme au plus digne. St Jerôme, Ruffin, Pallade, Isidore, et plusieurs autres hommes célèbres, furent ses disciples. Leur maître mourut en 395, à 85 ans. De tous ses ouvrages, il ne nous reste que son Traité du St-Esprit, traduit en latin par St. Jerôme. L'attachement de Didyme au sentiment d'Origène, dont il avoit commenté le livre des Principes, le fit condamner après sa mort par le cinquième concile général. Cet attachement avoit indisposé St. Jérôme contre lui, et il faut convenir que ce n'étoit pas tout-à-fait sans raison. Il paroît que c'est dans l'école d'Alexandrie que se sont formés ceux qui ont été les auteurs des grandes hérésies, qui ont causé de si terribles ébranlemens à l'église Grecque pendant le 4e et le 5e siècles. Les ouvrages d'Origène, qui y étoient admirés, y répandirent un poison subtil, dont plusieurs furent infectés. D'ailleurs, la possession où étoit cette école, d'être regardée comme un oracle que l'on consultoit de tous côtés, engageoit ceux qui en étoient les docteurs, à beaucoup étudier Aristote et Platon; à creuser la métaphysique, pour être en état de satisfaire les philosophes et tous les savans qui proposoient des difficultés sur les vérités de la religion. On eût épargné à l'Église une infinité de maux, si l'on se fût persuadé que les véritables sources de la métaphysique sont dans l'Écriture, et non dans Platon.
DIÉ, (Saint) Déodatus, évêque de Nevers en 655, quitta son siège, et se retira dans les montagnes de Vosges, pour s'y consacrer à la prière et à la méditation. Il mourut vers 684. C'est lui qui a donné son nom à la ville de Saint-Dié, en Lorraine.
DIEGO, Voyez Couvo.
DIEMERBROEK, (Isbrand) né à Montfort, en Hollande, l'an 1609, mort à Utrecht en 1674, à 65 ans, professa l'Anatomie et la Médecine dans cette ville avec beaucoup de distinction. Ses ou- vrages sont : I. Quatre livres sur la Peste, in-4°, insérés aussi dans un Recueil de Traités de Médecine, publiés à Genève en 1721, in-4°. L'auteur rapporte l'histoire de cette maladie funeste, confirmée par le raisonnement et l'expérience. II. Une Histoire des maladies et des blessures qui se rencontrent rarement. Divers autres Ouvrages d'Anatomie et de Médecine, recueillis à Utrecht, en 1685, in-fol., par Timan Diemerbroek, apothicaire d'Utrecht, fils de ce médecin. Ces ouvrages sont pleins de digressions ennuyeuses. Les figures des livres anatomiques ne sont pas exactes, et les observations manquent quelquefois de justesse et de vérité. Son Anatomie, traduite en françois par Prost, Lyon, 1727, 2 vol. in-4°, est peu estimée.
DIENERT (Alexandre-Denys) médecin de Meaux, mort en 1769, est auteur d'une Introduction à la matière médicale, 1765, in-12, et de quelques autres brochures sur des matières de médecine; la plus remarquable est une dissertation sur la prééminence réciproque du sang et de la lymphe, 1759, in-12.
DIEPENBECK, (Abraham) peintre, né à Bois-le-Duc, vers l'an 1607, étudia son art sous Rubens, et s'appliqua d'abord à travailler sur le verre. Il quitta ensuite ce genre, pour peindre à l'huile. Diepenbeck est moins connu par ses tableaux que par ses dessins, qui sont en très-grand nombre. On remarque dans ses ouvrages un génie heureux et facile : ses compositions sont gracieuses. Il avoit beaucoup d'intelligence du clair-obscur; son coloris est vigoureux. Le plus grand ouvrage qu'on ait publié 280 DIE d'après ce maître, est le *Temple des Muses*. Il a beaucoup travaillé à des sujets de dévotion. C'est à lui que les graveurs de Flandre avoient recours pour des vignettes, des thèses, et de petites images à l'usage des écoles et des congrégations. Il mourut à Anvers en 1675, à 68 ans. I. DIETERICH, (Jean-Conrad) né à Butzbach en Wété- ravie, l'an 1612, mort professeur des langues à Giessen, en 1667, à 55 ans, se fit connoître par plusieurs ouvrages, enri'autres par ses *Antiquites du vieux et du nouveau Testament*, 1671, in-fol. semées d'une érudition profonde; et par un *Lexicon etymologicum Græcum*, estimé.
II. DIETERICH, (Jean-Georges) savant d'Allemagne, a donné les *Explications*, dans la langue de son pays, et en latin, des plantes gravées dans l'ouvrage intitulé : *Phytantoza Iconographia*, Ratisbonne 1737, 1745, 4 vol. in-folio, contenant 1025 planches enluminées. Les exemplaires sur grand papier en sont fort recherchés. — Il y a eu du même nom, un peintre mort à Dresde, vers 1770, qui imita assez bien la manière de *Reimbrand* et de *Polembourg*. Il excelloit dans les chutes d'eau, l'écume des ondes, le touffu des arbres. On voit plusieurs de ses tableaux dans la galerie de Dresde. Il a beaucoup gravé à l'eau forte.
DIEU, (Louis de) professeur Protestant dans le collège Wallon de Leyde, né à Flessingue en 1590, mort en 1642, à 52 ans, étoit un savant consommé dans les langues orientales, et qui possédoit beaucoup d'autres langues anciennes et modernes. Son grand-père avoit été domestique de *Charles-Quint*, qui lui accorda des lettres de noblesse, et qui lui donna des marques de bienveillance, quoiqu'il eût embrassé la réformation. Il laissa de savantes observations sur l'Écriture, sous le titre de *Critica Sacra*, Amsterdam 1693, in-fol. On y trouve l'éclaircissement d'un grand nombre de difficultés. II. *Historia Christi*, persicé et latiné, Leyde 1639, in-4°, curieuse et recherchée. Cet ouvrage est une traduction de la *Vie de Jésus-Christ*, écrite en persan par Jérôme Xavier, missionnaire désuite. III. *Grammatica linguarum Orientalium*, Francfort 1683, in-4°; et d'autres ouvrages théologiques. — On connoit encore de ce nom, *Antoine DIEU*, célèbre graveur, qui a travaillé d'après le *Brun*. On remarque son estampe du *Sauveur agonisant* dans le jardin des Oliviers. I. DIEU-DONNÉ Ier, (*DEUS-DEDIT*) pape après Boniface IV, le 13 novembre 614, se signala par sa piété et par sa charité envers les malades. Il mourut en 617, après avoir fait éclater son savoir et ses vertus. C'est le premier pape dont on ait des bulles scellées en plomb.
II. DIEU-DONNÉ II, (*A-DEO-DATUS*) pape vertueux et prudent, succéda au pape *Vitalien*, en avril 672, et mourut le 17 juin 676. Il est le premier qui ait employé dans ses lettres la formule, *Salutem et Apostolicam benedictionem*.
DIGBY, (Kenelme) connu sous le nom de *Chevalier Digby*, étoit fils d'*Évérard Digby*, qui entra dans la conspiration des poudres contre *Jacques I*, et qui 18r fut écartelé en 1606, à 24 ans. Le fils étoit né en 1603, à Gothurst. Instruit par les malheurs du père, il donna tant de marques de fidélité à son prince, qu'il fut rétabli dans la jouissance de ses biens. *Charles I*, qui ne l'aima pas moins que *Jacques*, le fit gentilhomme de sa chambre, intendant-général de ses armées navales, et gouverneur de l'arsenal maritime de la Sainte-Trinité. Il se signala contre les Vénitiens, et fit plusieurs prises sur eux proche le port de Scanderoue. Les armes ne lui firent pas négliger les lettres. Il s'appliqua aux langues, à la politique, aux mathématiques, et sur-tout à la chimie. Ses études ne furent pas infructueuses. Il trouva d'excellens remèdes, qu'il donnoit gratuitement aux pauvres, et à toutes les autres personnes qui envoient besoin. L'attachement de *Digby* à la famille royale ne se démentit point, même dans les malheurs qu'elle essuya. La reine veuve de *Charles I*, l'envoya deux fois en ambassade auprès du pape *Innocent X*. Il vit ses biens confisqués, sa personne bannie, sans se plaindre. Il se retira tranquillement en France, et ne retourna en Angleterre que lorsque *Charles II* eut été rétabli sur le trône. Il y mourut de la pierre le 11 mars 1665, à 60 ans. Il laissa trois fils; l'un d'eux eut deux filles. Les autres moururent sans postérité. On doit au chevalier *Digby*: I. Un *Traité sur l'immortalité de l'Ame*, publié pour la seconde fois, en anglois, l'an 1669, in-4°; traduit en latin et imprimé en 1664 à Francfort, in-8°. L'auteur avoit eu de longues conférences sur ce sujet important avec *Descartes*, et en avoit profité. II. *Dissertation sur la végétation des Plantes*, traduit de l'anglois en latin par *Dapper*, Amsterdam 1663, in-12; en françois par *Trehan*, Paris 1667, in-12. III. *Discours sur la poudre de Sympathie pour la guérison des plaies*; traduit en latin par *Laurent Strausius*: imprimé à Paris en 1658, puis en 1661; enfin en 1730, avec la *Dissertation de Charles de Dionis*, sur le *Ténia* ou *Ver plat*. IV. *Nouveaux secrets pour conserver la beauté des Dames et pour guérir diverses maladies, tirés des Mémoires du chevalier Digby*, 2 vol. in-8°, la Haie, 1715. L'un de ses secrets est de faire manger de la chair de vipère, pour entretenir la beauté. Si ses autres secrets sont du même genre, ce livre ne mérite pas grande attention. I. DIGGES, (Léonard) géomètre Anglois, mort en 1574, a publié: I. Des *Pronostics* ruraux par le soleil, la lune et les étoiles, 1592, in-4°. On y croyoit de son temps. II. La *Manière de mesurer les pierres, les terres et les bois*, 1647, in-4°: ouvrage plus utile que le précédent.
II. DIGGES, (Thomas) fils du précédent, mort en 1595, suivit le même genre d'étude que son père, et est auteur d'une *Arithmétique militaire*, 1579, in-4°, et d'un traité intitulé: *Scalæ mathematicæ*, 1573, in-4°. — Son fils, *Dandley Dracis*, mort le 8 mars 1639, abandonna l'étude des sciences abstraites pour suivre la carrière diplomatique, et fut nommé ambassadeur de *Jacques I* en Russie. On lui doit: I. *Lettre sur le commerce*, 1615, in-4°. II. Le par- 282 D I L fait Ambassadeur, 1655, in-folio. C'est un recueil de lettres de François Walsingham, résidant en France par les ordres de la reine Elizabeth.
DIGNA ou DUGNA, femme courageuse d'Aquille en Italie, aima mieux se donner la mort, que de consentir à la perte de son honneur. Sa ville ayant été prise par Attila, roi des Huns, l'an de J. C. 452, ce prince voulut attenter à sa pudicité. Elle le pria de monter sur une galerie, feignant de lui vouloir communiquer quelque secret d'importance; mais aussitôt qu'elle se vit dans cet endroit qui donnoit sur une rivière, elle se jeta dedans, en criant à ce barbare: Suis-moi, si tu veux me posséder!
DILLEN, (Jean-Jacques) natif de Darmstadt en Allemagne, et professeur de botanique à Oxford, mourut en 1747. On a de lui: I. Catalogus Plantarum circa Giessam sponte nascentium, Francfort 1719, in-12. II. Hortus Elthamensis, 2 vol. in-folio. Londres 1732, avec un grand nombre de figures. III. Historia Muscorum, in-fol.
DILLON, (Arthur comte de) né à Braywick en Angleterre, passa au service de France, où il devint officier-général. Nommé député de la Martinique aux États-Généraux de 1789, il y embrassa le parti populaire, et s'opposa cependant avec chaleur à la liberté indéfinie des Noirs. En 1792, on lui donna le commandement de l'armée de Flandres; mais ayant, après la journée du 10 août, fait prêter de nouveau à ses troupes serment de fidélité au Roi, il fut destitué, puis employé sous les or- dres de Dumourier. Prévoyant l'orage, qui se formoit contre les Modérés, il voulut passer aux isles en 1793, mais il n'en put obtenir la permission du comité de Salut public. Arrêté et enfermé au Luxembourg, il fut traduit au Tribunal révolutionnaire, malgré les efforts de Camille Desmoulins pour le sauver, et il fut envoyé à la mort le 5 avril 1794, à l'âge de 43 ans. — Son parent, Théobald DILLON, commandant un corps d'armée au service de la république Françoise en 1792, reçut ordre d'attaquer Tournai; mais ayant été battu par le général Autrichien d'Happoncourt, il fut massacré par ses soldats qui l'accusèrent de trahison.
DIMITRONICIUS, (Basile) — général d'armée du grand duc de Moscovie, maltraita quelques officiers d'artillerie. Deux d'entre eux prirent la fuite, et furent arrêtés sur les frontières de Lithuanie, et menés au grand-duc. Pour sauver leur vie, ils eurent recours à la calomnie, et dirent à ce prince que Basile avoit dessein de passer au service du roi de Pologne, et qu'il les avoit envoyés pour cela en Lithuanie. Le grand-duc, outré de colère, manda aussitôt le général; et malgré les protestations qu'il faisoit de son innocence, il lui fit souffrir de cruels tourmens. Ensuite il commanda qu'on le liât sur une jument aveugle, attachée à un chariot, et qu'on chassât cet animal dans la rivière. Le malheureux étant sur le bord de l'eau, le grand-duc lui dit à haute voix: que puisqu'il avoit dessein d'aller trouver le Roi de Pologne, il y allait avec cet équipage. Ainsi périt Dimitronicius, moïque innocent. C'est une leçon pour les hommes en place, qui se croient des dieux, et qui se permettent de maltraiter leurs inférieurs sans ménagement.
**DINA**, fille de *Jacob* et de *Lia*, née vers l'an 1746 avant J. C., fut violée par *Sichem*, fils d'*Hémor*, roi de Salem, auquel sa beauté et sa grace à danser avoient inspiré une violente passion. *Siméon* et *Lévi*, frères de la belle outragée, pour venger sa honte, engagèrent *Sichem* à recevoir la circoncision avec son peuple, en lui faisant espérer de lui donner *Dina* en mariage. Ils profitèrent du temps auquel les Sichimites s'étoient fait circoncire, et que la plaie étoit encore fraîche, les massacrèrent tous et pillèrent leur ville.
**DINARQUE**, orateur Grec, fils de *Sostrate* et disciple de *Théophraste*, gagna beaucoup d'argent à composer des harangues, dans un temps où la ville d'Athènes étoit sans orateur. Accusé de s'être laissé corrompre par les présens des ennemis de la république, il prit la fuite, et ne revint que quinze ans après, vers l'an 340 avant J. C. De soixante-quatre *Harangues* qu'il avoit composées, il n'en reste plus que trois, dans la collection des orateurs anciens d'*Étienne*, 1575, in-folio; ou dans celle de Venise, 1513, 3 tomes in-folio.
**DINOCRATE** ou
**DIOCLÈS**, de Macédoine, architecte, qui proposa à *Alexandre le Grand* de tailler le mont-Athos en la forme d'un homme tenant dans sa main gauche une ville, et dans la droite une coupe, qui recevroit les eaux de tous les fleuves qui découlent de cette montagne, pour les verser dans la mer. *Alexandre* ne crut pas qu'un pareil projet pût être exécuté, par la difficulté de nourrir les habitans de la ville; mais il retint l'architecte auprès de lui, pour bâtir Alexandrie. *Pline* assure qu'il acheva de rétablir le temple de *Diane* à Éphèse. Après avoir mis la dernière main à ce grand ouvrage, *Ptolomée-Philadelphe* lui ordonna d'élever un temple à la mémoire de sa femme *Arsinoé*. *Dinocrate* se proposoit de mettre à la voûte de ce monument une pierre d'aimant, à laquelle la statue de cette princesse auroit été suspendue. Il vouloit étonner le peuple par cette merveille, et l'obliger à adorer *Arsinoé* comme une déesse; mais *Ptolomée* et son architecte étant morts, ce dessein ne fut pas exécuté.
**DINOSTRATE**, géomètre, ancien contemporain de *Platon*, fréquentoit l'école de ce philosophe, école célèbre par l'étude que l'on y faisoit de la géométrie. Il est un de ceux qui contribuèrent le plus aux progrès considérables qu'elle y fit. On le croit l'inventeur de la *Quadratrice*, ainsi nommée, parce que, si on pouvoit la décrire en entier, on auroit la quadrature du cercle.
**DINOTH**, (Richard) historien Protestant, né à Coutances, mort vers 1580, a laissé un ouvrage intitulé : *De bello civili Gallico*, écrit sans partialité.
**DINOUART**, (Antoine-Joseph-Toussaint) prêtre. Chanoine du chapitre de St-Benoît à Paris, de l'académie des Arcades de Rome, né d'une famille honnête à Amiens le 1er 284 DIN novembre 1715, mort à Paris le 23 avril 1786. Après avoir rempli les fonctions du ministère sacré dans sa patrie, il vint habiter la capitale pour se livrer aux travaux du cabinet. *Joly-de-Fleuri*, alors avocat-général, lui accorda son estime, sa confiance et sa protection. Il travailla d'abord au *Journal Chrétien*, sous l'abbé *Joannet*; et le rôle avec lequel il attaqua certains écrivains, et sur-tout de *Saint-Foix*, lui procura quelques désagréments. Il avoit dénoncé ce dernier comme un incrédule qui ne cherchoit que l'occasion de glisser son poison dans ses ouvrages. L'auteur, Breton, vif et bouillant, lui intenta un procès criminel, ainsi qu'à l'abbé *Joannet*. Cette petite querelle finit par une espèce de réparation que les deux Journalistes lui tirent dans leur écrit périodique. L'abbé *Dinouart* travailla bientôt pour son compte; en octobre 1760 il commença son *Journal ecclésiastique*, ou *Bibliothèque des sciences ecclésiastiques*, qu'il a continué jusqu'à sa mort. Il avoit formé une correspondance étendue avec les curés de province, qui le consultoient sur les difficultés de leur ministère. Cette correspondance servit à faire valoir son *Journal*, qui étoit rempli d'ailleurs de solides instructions sur toutes les parties de la discipline, de la morale et de l'histoire ecclésiastique. Le rédacteur puisoit à la vérité, sans scrupule, presque tous ses articles dans des livres connus, sans y changer un seul mot; il a inséré, par exemple, dans son *Journal*, toute la partie ecclésiastique de l'*Histoire Ecclésiastique de Hardion*; mais les curés de campa- gne qui n'avoient pas ce livre et quelques autres, étoient charmés de le retrouver dans la compilation périodique de l'abbé *Dinouart*. D'autres critiques lui ont reproché de faire un alliage peu convenable de matières; d'annoncer, par exemple, dans la même feuille le *Baume de Geneviève* et des *Sermons à vendre*, pour les jeunes orateurs qui ne veulent pas se donner la peine d'en composer; mais en cela, l'abbé *Dinouart* ne cherchoit qu'à procurer des secours utiles, soit pour le corps, soit pour l'âme. Il avoit naturellement l'âme bonne et le cœur sensible. La grande vivacité de son caractère qui le jétoit quelquefois dans des emportemens passagers, qu'il condamnoit lui-même, lui donnoit aussi de l'activité pour obliger, et il n'en laissoit pas échapper les occasions. On a de lui: I. L'*Embryologie sacrée*, traduite du latin de *Cangiamila*, in-12. II. Une *Traduction* de la *Sarcotis* de *Masenius*. III. Des *Hymnes* latines. IV. Le *Manuel des Pasteurs*, 3 volumes in-12. Ouvrage très-utile pour l'exercice des fonctions pastorales. V. La *Rhétorique du Prédicateur*, ou *Traité d'éloquence du corps*, in-12, dont le style n'est pas le principal mérite. En général, il écrivait d'une manière diffuse, lâche et incorrecte, en prose comme en vers; car il se mêloit d'être poète françois et latin.
DINUS, natif de Mugello, bourg de Toscane, jurisconsulte et professeur en droit à Bologne, florissoit sur la fin du 13e siècle. Il passoit pour le premier jurisconsulte de son temps, par le talent de la parole, la vivacité de son esprit, et la netteté de ton style. Le pape Boniface VIII le fit travailler à la compilation du quatrième livre des Décrétales, appelé le Sexte. Ce jurisconsulte mourut à Bologne en 1303, du chagrin de n'avoir pas été honoré de la pourpre Romaine. Il est auteur de plusieurs ouvrages sur le droit civil : I. D'un Commentarium in regulas Juris pontificii, in-8.° Cynos, son disciple, assure qu'il contient les principes choisis de cette science; et, si l'on en croit Alciat, c'est un livre qui mérite d'être appris mot à mot. Mais ceux qui savent que Charles du Moulin, en le commentant, y a corrigé une infinité de fautes, verront que ces éloges ont besoin d'être réduits. II. De Glossis contrariis, 2 vol. in-folio, dans lesquels il s'est glissé aussi beaucoup d'erreurs, etc. I. DIOCLÈS, héros révéré chez les Mégariens, qui célébroient en son honneur des jeux nommés Dioclès ou Diocléides.
II. DIOCLÈS, géomètre connu par la courbe, appelée Cycloïde, qu'il imagina pour la solution du problème des deux moyennes proportionnelles, florissoit avant le 5e siècle. —Voyez ÉPICURE.
III. DIOCLÈS, Voy. DINO-CRATE.
IV. DIOCLÈS, fut un de ceux que la Déesse des moissons commit pour présider à la célébration de ses mystères. L'historien Pausanias, dans une citation tirée d'Homère, nous le fait connoître comme très-habile à conduire les chevaux.
DIOCLÉTIEN, (Caius-Valérianus Dioclétianus) dont le nom primitif étoit Dioclès, as- quit à Dioclée dans la Dalmatie, l'an 245. Les uns disent qu'il étoit fils d'un greffier; d'autres, qu'il avoit été esclave. Ce qu'il y a de sûr, c'est que sa famille étoit fort obscure. Il commença par être soldat, et parvint, par degrés, à la place de général. Il avoit le commandement des officiers du palais, lorsqu'il fut élevé à l'empire l'an 284, après l'assassinat de Numérien. On dit qu'il tua, de sa propre main, Aper, meurtrier de ce prince, pour accomplir la prédiction qu'une Druide lui avoit faite, qu'il seroit empereur si-tôt qu'il auroit lui-même immolé Aper. Comme ce mot signifie en latin sanglier, il tuoit auparavant tous les sangliers qu'il rencontroit; mais lorsqu'il eut donné la mort à Aper, il dit à Maximien-Hercule, à qui il avoit confié cette prophétie: Voilà la prédiction de la Druide accomplie! Ce Maximien-Hercule étoit son ami. Ils avoient été simples soldats dans la même compagnie; il partagea avec lui l'empire l'an 286. Ils avoient toujours été fort unis, avant de régner ensemble: ils le furent encore plus étroitement lorsqu'ils régnèrent; et, quoiqu'ils ne fussent pas parens, on les appeloit frères. L'an 292 fut marqué par la défaite d'Achille. Voyez ce mot. Il créa, la même année, deux nouveaux Césars, Constance-Chlore et Galère-Maximien. Cette multiplication d'empereurs ruina l'empire, parce que, chacun d'eux voulant avoir autant d'officiers et de soldats que ses collègues, on fut obligé d'augmenter considérablement les impôts. Ce fut Galère qui inspira à Dioclétien sa haine pour le Christianisme. Il l'avoit aimé pendant plusieurs 286 DIO années, à ce qu'assure *Eusèbe*; il changea tout-à-coup de sentiment. Ses collègues eurent ordre de condamner aux supplices, chacun dans leur département, tous ceux qui professoient la religion Chrétienne, et de faire démolir les églises, de brûler leurs livres, de vendre comme des esclaves les moindres d'entre eux, et d'exposer les plus distingués à des ignominies publiques. Cette persécution, la dernière avant *Constantin*, commença la 19$^{e}$ année du règne de *Dioclétien*, c'est-à-dire l'an 303 de J. C., et 239 ans après la première sous *Néron*: elle dura dix ans, tant sous cet empereur, que sous ses successeurs. Le nombre des martyrs fut si grand, que les ennemis du Christianisme crurent lui avoir donné le coup mortel, et s'en vantèrent dans une inscription qui portait: *Qu'ils avoient aboli le nom et la superstition des Chrétiens, et rétabli l'ancien culte des dieux*. Pour se vanter d'une pareille chose, il falloit qu'on eût fait périr bien des fidelles. Comment donc un auteur célèbre a-t-il osé dire: *Qu'il n'est pas vrai que les provinces furent inondées de sang, comme on se l'imagine?* Cela n'est, malheureusement, que trop vrai. Mais, loin que la persécution accélérât la ruine du Christianisme, elle ne servit qu'à faire triompher la religion. On peut certainement avouer que *Dioclétien* fut un persécuteur, en rendant justice d'ailleurs à ses bonnes qualités. C'est ce qu'a fait *Crevier*, qui en trace ce portrait impartial et fidèle: «A tout prendre, dit-il, ce fut un grand prince; génie élevé, étendu, sachant se faire obéir et même respecter de ceux de qui il ne pouvoit exiger une entière obéissance; ferme dans ses projets, et prenant les plus justes mesures pour l'exécution; actif et toujours en mouvement; soigneux de placer le mérite, et d'éloigner de sa personne les hommes vicieux; attentif à entretenir l'abondance dans la capitale, dans les armées, dans tout l'empire. Mais, avec tant de qualités dignes d'estime, il connut peu l'art de se rendre aimable; et quoiqu'il se fit une gloire d'imiter *Marc-Auréle*, il s'en fallut beaucoup qu'il représentât sa bonté. Outre la persécution cruelle qu'il ordonna contre les Chrétiens, en général son gouvernement fut dur et tendant à fouler les peuples. Toute l'histoire lui a reproché la hauteur, le faste, l'arrogance. Sa prudence même dégénéroit en finesse, et inspiroit la défiance et les soupçons. On a remarqué que son commerce étoit peu sûr, et que ceux qu'il appeloit ses amis, ne pouvoient pas compter sur une affection véritable et sincère de sa part. Son caractère ressembloit beaucoup à celui d'*Auguste*: l'un et l'autre, ils rapportoient tout à eux-mêmes, et ils ne furent vertueux que par intérêt. Mais la modestie et la douceur établissent une différence bien avantageuse en faveur du fondateur de la monarchie des Césars, par-dessus le prince que je lui compare. En ce qui regarde la guerre, le parallèle ne se dément point. Ils ne l'aimèrent ni l'un ni l'autre; il n'y excellèrent point, quoique l'on ne puisse pas dire qu'ils y fussent ignorans, ni qu'ils manquassent de courage dans les occasions qui en demandaient. Tous deux ils supplèrent à ce qu'ils sentoient que l'on pouvoit désirer en eux à net égard, par le choix de bons et habiles lieutenans ou associés. *Dioclétien* n'avoit l'esprit nullement cultivé; et je ne vois rien qui nous invite à croire qu'il ait favorisé et protégé les lettres qu'il ignoroit. » On lui a reproché d'avoir le premier introduit l'usage de se faire baiser les pieds. Tel fut ce prince jusqu'au temps de son abdication. Le 13 décembre 304, *Dioclétien*, attaqué d'une maladie lente, tomba dans une si grande foiblesse, qu'on le crut mort. Il revint; mais son esprit, totalement affoibli, n'eut plus que des lueurs de raison. Cet affoiblissement, joint aux vexations de *Maximien-Galère*, l'obligea de se déponiller de la pourpre impériale dans *Nicomédie*, l'an 305 de J. C. Ayant recouvré sa santé, il vécut encore neuf ans, dans sa retraite de Salone, que quelques-uns ont cru être sa patrie. Il s'amusoit à cultiver ses jardins et ses vergers, disant à ses amis « qu'il n'avoit commencé à vivre que du jour de sa renonciation. » On ajoute même que *Maximien* ayant voulu l'engager à remonter sur son trône, il répondit: *Le trône ne vaut pas la tranquillité de ma vie; je prends plus de plaisir à cultiver mon jardin, que je n'en ai eu autrefois à gouverner la terre*. Les réflexions de sa retraite furent d'un homme sage. Un roi, disoit-il, ne voit jamais la vérité de ses yeux. Il est obligé de se fier aux yeux des autres, et il est presque toujours trompé. On le porte à combler de faveurs ceux qui mériteraient des châtimens, et à punir ceux qu'il devroit récompenser. Malgré la droiture de ses intentions, le meilleur des princes se trouve toujours le jouet de ceux qui lui dérobent la vérité; il est trahi et vendu par eux: *BONUS*, *CAUTUS*, *OPTIMUS VENDITUR IMPERATOR*. Il est vrai que cette vie dut être fort douce pour lui, tant que les Césars, qui lui devoient la pourpre, vécurent, parce qu'ils lui marquaient la plus grande déférence. Mais, lorsque *Constantin* et *Licinius* furent seuls maîtres dans l'occident, *Dioclétien* ne dut pas trouver tant de plaisir à cultiver son jardin. Le premier venoit de faire mourir *Maximien* et *Maxence* son fils, que *Dioclétien* avoit toujours aimés. *Constantin* lui écrivit même pour lui reprocher cette amitié, et le vieillard intimidé résolut, dit-on, de finir sa vie en se refusant les alimens. D'autres attribuent sa mort au chagrin que lui causa la nouvelle des mauvais traitements que *Maximin* exerça contre *Prisca* son épouse et *Valéria* sa fille. L'affliction le jeta dans une maladie de langueur, qui affoiblit sa tête et abrégea ses jours. Il mourut en effet l'an 314 de J. C., à 68 ans. Son règne fut marqué par quelques lois intéressantes, et par les édifices superbes dont il embellit plusieurs villes de l'empire, surtout Rome, Milan, Nicomédie et Carthage. Mais ses dépenses en bâtiments furent un peu onéreuses au peuple, et sa magnificence fastueuse produisit des effets pernicieux. Ses successeurs *Galère-Maximien*, *Maximin Dala* et *Maxence*, limitant sa vanité, sans avoir ses vertus, voulurent à son exemple qu'on les traitât d'*Eternels*, qu'on se prosternât devant leurs statues comme devant celles des dieux. C'est depuis *Dioclétien* que l'empire, épuisé de plus en plus, 288 DIO commença de tomber dans une décadence trop réelle. Écoutons sur ce sujet intéressant l'abbé de *Condillac* : « Depuis *Auguste* jusqu'à *Marc-Aurèle* , dit ce sage écrivain , les Romains se soutinrent sous les bons empereurs , par leurs propres forces bien ménagées ; et sous les mauvais , par l'habitude où l'on étoit de les craindre : on les redoutoit , moins parce qu'ils pouvoient vaincre , que parce qu'on se souvenoit de leurs victoires. Depuis *Marc-Aurèle* jusqu'à *Dioclétien* , tout concuroit à leur ruine ; les plus grands succès furent sans fruit ; il ne leur resta que la gloire de se défendre , et ils se ruinoient par leurs victoires. Les guerres civiles et les guerres étrangères concuroient à dépeupler les provinces ; les dévastations des barbares les appauvrissoient ; les abus qu'on pallioit par intervalles , et qui se reproduisoient avec plus de violence , augmentoient continuellement les désordres ; et les impôts , qui se multiplioient d'autant plus qu'il restoit moins de ressources , achevoient de mettre le comble à la misère. Sous *Dioclétien* , quatre princes et quatre grandes armées furent un surcroît de charges que l'état ne pouvoit supporter qu'en s'épuisant. C'est néanmoins dans ces circonstances que le *faste Asiatique* s'introduisit à la cour des empereurs : *faste* qui coûta quelquefois aux peuples autant que l'entretien même des armées. Alors Rome cessa d'être le centre des richesses de l'empire , parce que les empereurs n'y vinrent presque plus ; elle s'appauvrissoit donc sensiblement , et cependant on continua d'assujettir l'Italie aux mêmes impo- impositions qu'elle payoit auparavant. Enfin l'empire dont les richesses s'épuisoient , manquoit encore de bras pour le défendre. Comme avant *Dioclétien* la condition des soldats étoit la plus heureuse , depuis que les armées disposoient de la dignité impériale , et que prendre le parti des armes , c'étoit changer sa qualité d'esclave en celle d'oppresseur et de tyran ; l'empire trouvoit toujours à sa disposition plus de milices qu'il n'en avoit besoin. Mais lorsque ce prince eut accoutumé les légions à l'obéissance , les armées n'étant plus en état de déposer les empereurs , de piller les peuples , et de se faire donner arbitrairement des gratifications , le sort des soldats ne fut plus envié , et personne ne voulut plus porter les armes. » Les empereurs ayant été réduits à prendre des Barbares à leur solde , ces Barbares sentirent bientôt qu'ils faisoient toute la force de l'empire , et , de vils mercenaires qu'ils étoient d'abord , ils voulurent devenir maîtres ; et dès-lors tout fut perdu. *L'Ere de Dioclétien* ou *des Martyrs* , qui a été longtemps en usage dans l'église , et qui l'est encore chez les Cophtes et les Abyssins , commence le 29 août de l'an 284. On a gravé les *Bains* qu'il fit bâtir , en 1558 , in-folio. On les trouve aussi dans le *Trésor d'Antiquités* de *du Boulai* , in-fol.
DIOCLEUS, descendant d'*Alphée* , gouvernoit Pharès , où abordèrent *Télémaque* et *Pisistrate* fils de *Nestor* , auxquels il fit une pompeuse réception.
DIOCRE, ( Raimond ) nom d'un chanoine de Notre-Dame de Paris , qu'on crut mort en odeur de sainteté l'an 1084. On a conté conté sur lui un miracle, confredit avec raison par les meilleurs critiques. Son corps ayant été apporté, dit-on, dans le chœur de son église, il leva la tête hors du cercueil, à ces mots de la IVe leçon de l'office des morts : *Responde mihi, etc.* et cria tout haut, par trois différentes fois : *Justo Dei judicio accusatus sum... judicatus sum... condemnatus sum.* On ajoute que ce miracle fut la cause de la retraite de St. Bruno. *Gerson* est le premier qui en ait fait mention, mais comme d'une histoire douteuse. *Voyez* la Dissertation de *Launoï : De verá causá secessús Sti Brunonis in Eremum.*
DIODATI, (Jean) ministre, professeur de théologie à Genève, né à Lucques en 1579, mourut à Genève en 1652, à 73 ans. On a de lui : I. Une *Traduction de la Bible en italien*, publiée, pour la première fois, en 1607, à Genève, avec des notes : et réimprimée en 1641, in-folio, dans la même ville. C'est plutôt une paraphrase qu'une traduction. Ses notes approchent plus des méditations d'un théologien, que des réflexions d'un bon critique. II. Une *Traduction de la Bible en françois*, in-folio, à Genève, en 1664, écrite d'un style barbare. III. Une *Version françoise de l'Histoire du Concile de Trente*, par Fra-Paolo; aussi mal écrite que sa Bible, mais assez exacte. *Diodati* avoit été député au fameux synode de Dordrecht, en 1618; et lorsqu'il apprit la malheureuse fin de *Barneveldt*, avocat-général de Hollande, il dit que les canons du synode de Dordrecht avoient emporté la tête de l'Avocat de Hollande; et ce jeu de mots renfermoit une vérité.
DIODÉ, (N.) de l'académie de Marseille, n'est connu que par une comédie intitulée : *La fausse Prévention*. Il est mort vers l'an 1760. I. DIODORE de Sicile, ainsi appelé, parce qu'il étoit d'Agyre, ville de Sicile, écrivoit sous *Jules César* et sous *Auguste*. On a de lui une *Bibliothèque historique*, fruit de 30 ans de recherches. On assure qu'il avoit été lui-même voir les lieux dont il avoit à parler; et le long séjour qu'il fit à Rome, lui donna le moyen de faire des recherches utiles dans les bibliothèques. Son ouvrage étoit divisé en quarante livres, dont il ne nous reste que quinze, avec quelques fragments. Il comprenoit l'histoire de presque tous les peuples de la terre, Égyptiens, Syriens, Mèdes, Perses, Grecs, Romains, Carthaginois. Son style n'est ni élégant, ni orné, il est simple, clair, intelligible; et cette simplicité n'a rien de bas ni de rampant. Prolixe dans les détails frivoles et fabuleux, il glisse sur les affaires importantes. Mais comme il avoit beaucoup compilé, son *Histoire* présente de temps en temps des faits curieux; et on doit beaucoup regretter la perte de ses autres livres, qui auroient jeté de la lumière sur l'histoire ancienne. *Diodore* n'approuve pas qu'on interrompe le fil de l'histoire par de fréquentes et de longues harangues. Il n'en rejette pourtant pas entièrement l'usage, et croit qu'on peut les employer fort à propos, quand l'importance de la matière semble le demander. Après la défaite de *Nicias*, on délibéra dans l'assemblée de Syracuse quel traitement on devoit faire aux prisonniers Athéniens. 290 DIO *Diodore* rapporte les harangues des deux orateurs, qui sont longues et fort belles, sur-tout la première. On ne doit pas compter absolument sur les dates de chronologie, ni sur les noms, soit des archontes d'Athènes, soit des tribuns et consuls de Rome, où il s'est glissé plusieurs fautes. Cette histoire offre, de temps en temps des réflexions fort sensées et fort judicieuses. *Diodore* a sur-tout grand soin de rapporter les succès des guerres et des autres entreprises, non au hasard, ou à une fortune aveugle, comme le font plusieurs historiens, mais à une sagesse et à une providence qui préside à tous les événements. Cet historien a été traduit en latin, en partie, par le *Pogge*, et en françois, par l'abbé *Terrasson*. *Voy. TERRASSON*. On prétend que celui-ci n'entreprit cette traduction, qui forme 7 vol. in-12, que pour prouver combien les admirateurs des anciens sont aveugles. Ce n'est pas plaider de bonne foi la cause des modernes, que de croire leur assurer la supériorité, en les opposant à *Diodore* de Sicile, historien un peu crédule et écrivain du second ordre, mais cependant nécessaire pour l'histoire ancienne. C'est *Homère* qu'il faut comparer à *Milton*; *Demosthène* à *Bossuet*; *Tacite* à *Guichardin*, ou peut-être à personne; *Sénèque* à *Montaigne*; *Archimède* à *Newton*; *Aristoste* à *Descartes*; *Platon* et *Lucrèce* au chancelier *Bacon*. Pour lors, le procès des anciens et des modernes ne sera plus si facile à juger. Nous avons dit que *Diodore* de Sicile étoit crédule : en faut-il d'autre preuve que sa description de l'isle de *Puncaie*, où l'on voit des allées d'arbres odoriférans à perte de vue; des fontaines qui forment une infinité de canaux bordés de fleur; des oiseaux inconnus par-tout ailleurs, qui chantent sous d'éternels ombrages; un temple de marbre de 4000 pieds de longueur? etc. etc. La première édition latine de *Diodore* est de Milan, 1472, in-folio. Les meilleures du texte sont celle de *Henri Etienne*, en grec, 1559, parfaitement imprimée; et celle de *Veisseling*, Amsterdam, en grec et en latin, avec les remarques de différens auteurs, les variantes, et tous les fragmens de l'historien Grec, 1746, 2 vol. in-folio. On estime aussi celle qui a été donnée par *L. Rhodeman*, Hanau, *Wechel*, in-folio, 2 vol., 1604.
II. DIODORE d'Antioche, prêtre de cette église, et ensuite évêque de Tharse, fut disciple de *Sylvain*, et maître de *St. Jean-Chrysostôme*, de *St. Basile*, et de *St. Athanase*. Ces saints donnent de grands éloges à ses vertus et à son zèle pour la foi : éloges qui ont été confirmés par le premier concile de Constantinople. *St. Cyrille*, au contraire, l'appelle l'ennemi de la gloire de J. C., et le regarde comme le précurseur de *Nestorius*; mais ce jugement ne paroît pas fondé. *Diodore* fut un des premiers commentateurs qui s'attachèrent à la lettre de l'Écriture, sans s'amuser à l'allégorie; mais il ne nous reste de ses ouvrages que des fragmens, dans les *Chaines des Pères Grecs*. C'est une petite perte, s'il est vrai, comme on l'a dit, qu'il poussa l'amour pour le sens littéral, jusqu'à détruire les prophéties sur J. C.
DIODOTE, *Voy. TRYPHON*. I. DIOGÈNE, d'Apollonie dans l'isle de Crète, se distingue parmi les philosophes qui fleurirent en Ionie, avant que Socrate philosophât à Athènes. Il fut disciple et successeur d'Anaximènes, dans l'école d'Ionie. Il rectifia un peu le sentiment de son maître touchant la cause première. Il reconnut, comme lui, que l'air étoit la matière de tous les êtres; mais il attribua ce principe primitif à une vertu divine. On prétend qu'il fut le premier qui observa la condensation et la raréfaction de l'air. Il florissoit vers 500 avant J. C. On dit que c'étoit un esprit souple et adroit, susceptible de toutes les formes. Il étoit souvent appelé à la cour des princes qui régnoient dans l'Asie mineure, et qui profitoient de ses lumières, soit pour établir de nouvelles lois, soit pour rédiger par écrit des traités de paix ou d'alliance.
II. DIOGÈNE le Cynique, né à Sinope, ville du Pont, fut chassé de sa patrie pour crime de fausse monnoie. Son père, qui étoit banquier, fut banni pour le même crime. De faux monnoyeur, il devint Cynique: son châtiment fit naître sa philosophie. En se retirant de Sinope, il écrivoit à ses compatriotes: Vous m'avez banni de votre ville, et moi, je vous relègue dans vos maisons. Vous resterez à Sinope, et je m'en vais à Athènes; je m'entretiendrai tous les jours avec les plus honnêtes gens du monde, tandis que vous serez dans la plus mauvaise compagnie. Il emmena avec lui un esclave nommé Ménade, qui l'abandonna bientôt après. Comme on lui conseillit de faire courir après lui, il répondit: Ne seroit-il pas ridicule que Ménade pût vivre sans Diogène, et que Diogène ne pût vivre sans Ménade? Arrivé à Athènes, il alla trouver Antisthène, chef des Cyniques; mais ce philosophe, qui avoit fermé son école, ne voulut pas le recevoir. Il revint de nouveau. Antisthène prit un bâton pour le chasser: Frappez, lui dit Diogène; tant que vous aurez quelque chose à m'apprendre, vous ne trouverez jamais de bâton assez dur pour m'éloigner de vous. Le maître, vaincu par sa persévérance, lui permit d'être son disciple. Jamais il n'en eut de plus zélé. Diogène goûta beaucoup un genre de philosophie qui lui promettoit de la célébrité, et qui ne lui prescrivoit que le renoncement à des richesses qu'il n'avoit point. Il joignit aux pratiques rigoureuses du Cynisme, de nouveaux degrés d'austérité. Il prit l'uniforme de la secte; un bâton, une besace, et n'avoit pour tout meuble qu'une écuelle. Ayant apperçu un jeune enfant qui buvoit dans le creux de sa main: Il m'apprend dit-il, que je conserve du superflu; et il cassa son écuelle. Un tonneau lui servoit de demeure, et il promenoit par-tout sa maison avec lui, comme les limaçons promènent la leur. Qu'on ne croie pas qu'avec son manteau rapiécé, sa besace et son tonneau, il fut plus modeste; il étoit aussi vain sur son fumier, qu'un monarque Persan sur son trône. Ce sophiste orgueilleux étant entré un jour chez Platon, dont la philosophie étoit douce et commode, se mit à deux pieds sur un beau tapis, en disant: Je foule aux pieds le faste de Platon. — Oui, répliqua celui-ci, mais par une autre sorte de faste. — Platon, ayant défini l'homme un animal à deux pieds sans plumes; Diogène pluma un coq, et le jetant dans son école *Voilà*, dit-il, *votre homme*. C'est apparemment alors que *Platon* dit que *Diogène étoit un Socrate fou*. — *Alexandre le Grand* étant à Corinthe, eut la curiosité de voir cet homme singulier ; il lui demanda ce qu'il pouvait faire pour lui ? *Diogène* le prix de se détourner seulement tant soit peu, et de ne pas lui ôter son soleil. Le conquérant fut vaincu dans cette occasion par le philosophe. Cette réponse lui parut si sublime, qu'il dit : « *Si je n'étois pas Alexandre, je voudrois être Diogène.* » *Sensit Alexander, testâ cum vidis in illâ* *Magnum habitatorem, quantò felicior hic, qui* *Nil cuperet, quàm qui totum sibi posceret orbem.*
JUVEN. Sat. XIV. A peine eut-on publié le décret qui ordonnoit d'adorer le vainqueur Macédonien, sous le nom de *Bacchus de l'Inde*, qu'il demanda, lui, à être adoré sous le nom de *Sérapis de la Grèce*. Né avec un esprit plaisant, vif, ingénieux, et avec une âme fière et élevée, il se joua de toutes les folies et brava toutes les terreurs. Il se moquoit des rhéteurs de son temps, qui enseignoient l'art de bien dire et non celui de bien faire, qui s'échauffoient pour les intérêts d'autrui, prenoient les passions de leurs chiens, quoiqu'ils eussent l'âme froide, et à qui l'argent faisoit ouvrir la bouche, tandis que leur cœur étoit fermé à toute pitié. — Un jeune débauché jetoit des pierres contre un gibet : *Courage*, lui dit le Cynique, *tu l'attraperas*. — Un jour le Cynique parut en plein midi dans une place publique, avec une lanterne à la main. On lui demanda ce qu'il cherchoit. *Un homme*, répondit-il. — Une autre fois, il vit les juges qui menoient au supplice un homme qui avoit volé une petite phiole dans le trésor public : *Voilà de grands voleurs*, dit-il, *qui en conduisent un petit*. — Une femme s'étant pendue à un olivier, il s'écria : *qu'il seroit à souhaiter que tous les arbres portassent de semblables fruits*. — Ayant rencontré un jour un enfant mal élevé, il donna un soufflet à son précepteur. — Voyant un vieillard qui cajoloit une jeune fille : *Ne crains-tu point*, lui demanda-t-il, *d'être pris au mot ?* — Le jeune *Denys* de Syracuse, étant réduit à la fonction de maître d'école, et *Diogène* l'ayant rencontré, se mit à soupirer. *Ne t'affliges point*, lui dit *Denys*, *de ma mauvaise fortune ; c'est un effet de l'instabilité des choses humaines*. — *Ce n'est pas aussi ton changement de situation qui m'attriste*, lui répondit *Diogène*, *mais je gémis de ce que tu es plus heureux que tu ne mérites*. — Étant tombé malade, un ami indiscret lui dit qu'il devroit se débarrasser de la douleur par une mort volontaire. *Ceux qui savent ce qu'il faut faire et dire dans le monde, doivent y demeurer ; c'est à toi d'en sortir, qui ne sais ni l'un ni l'autre*. — Quand on lui disoit : *Tu es vieux, il est temps de te reposer*. — *Voulez-vous donc*, répondoit-il, *qu'en courant dans une carrière, je m'arrête lorsque je serai près du but ?* — *Diogène* avoit été quelque temps captif. Comme on alloit le vendre, il cria : *Qui veut acheter un maître ?* On lui demanda : *Que sais-tu faire ? Commander aux hommes*, répondit notre Cynique. — Un noble de Corinthe l'ayant acheté : *Vous êtes mon maître*, lui dit-il; *mais préparez-vous à m'obéir comme les grands aux médecins*. Ses amis voulurent le racheter : — *Vous êtes des imbécilles*, leur dit-il, *les lions ne sont pas esclaves de ceux qui les nourrissent, mais ceux-ci sont les valets des lions*. — *Diogène* s'acquitta si bien de ses emplois chez son nouveau maître, que *Xénides* (c'étoit son nom) lui confia ses fils et ses biens, en disant par-tout : *Un bon Génie est entré chez moi*. On croit qu'il vieillit et mourut dans cette maison, l'an 320 avant J.C., à 96 ans. On le trouva sans vie, enveloppé de son manteau. Il ordonna, dit-on, que son cadavre fût jeté dans un fossé, et qu'on se contentât de le couvrir d'un peu de poussière. *Mais vous servirez de pâture aux bêtes*, lui dirent ses amis. — *Eh bien !* répondit-il, *qu'on me mette un bâton à la main, afin de chasser les bêtes*. — *Et comment pourrez-vous le faire*, répliquèrent-ils, *puisque vous ne sentirez rien ?* — *Que m'importe donc*, reprit Diogène, *que les bêtes me déchirent ?* On n'eut point d'égard à son indifférence pour les honneurs funèbres. Ses amis lui firent des obsèques magnifiques à Corinthe. Les habitans de Sinope lui érigèrent des statues. Son tombeau fut orné d'une colonne, sur laquelle on mit un chien de marbre. C'étoit à cet animal qu'on comparoit les Cyniques, parce qu'ils aboyoient après tout le monde. On rapporte de lui plusieurs belles pensées. « Il y a un exercice de l'âme, et un exercice du corps. Le premier est une source féconde d'images sublimes qui naissent dans l'âme, qui l'enflamment et qui l'élèvent. Il ne faut pas négliger le second, parce que l'homme n'est pas en santé, si l'une des deux parties dont il est composé est malade. — Tout s'acquiert par l'exercice : il n'en faut pas même excepter la vertu; mais les hommes ont travaillé à se rendre malheureux, en se livrant à des exercices qui sont contraires à leur bonheur, parce qu'ils ne sont pas conformes à leur nature. — L'habitude répand de la douceur jusque dans le mépris de la volupté. — On doit plus à la nature qu'à la loi. — Tout est commun entre le sage et ses amis; il est au milieu d'eux comme l'Être bienfaisant et suprême au milieu de ses créatures. — Il n'y a pas de société sans loi : c'est par la loi que le citoyen jouit de sa ville, et le républicain de sa république. Mais si les lois sont mauvaises, l'homme est plus malheureux et plus méchant dans la société que dans la nature. — Ce qu'on appelle *gloire* est l'appât de la sottise ; et ce qu'on appelle *noblesse* en est le masque. — Une république bien ordonnée seroit l'image de l'ancienne vie du monde. — Quel rapport essentiel y a-t-il entre l'astronomie, la musique, la géométrie, la connoissance de son devoir, et l'amour de la vertu ? — Le triomphe de soi est la consommation de toute philosophie. — La prérogative du philosophe est de n'être surpris par aucun événement. — Le comble de la folie est d'enseigner la vertu, d'en faire l'éloge et d'en négliger la pratique. — L'amour est l'occupation des désœuvrés. — L'homme dans l'état d'imbécillité, ressemble beaucoup à l'animal dans son état naturel. — Le médisant est la plus cruelle des bêtes farouches, et le flatteur la plus dangereuse des bêtes privées. — Il faut résister à la fortune par le mépris, à la loi par la nature, aux passions par la raison.—Tâche d'avoir les bons pour amis, afin qu'ils t'encouragent à faire le bien: et les méchans pour ennemis, afin qu'ils t'empêchent de faire le mal.—Tu demandes aux Dieux ce qui te semble bon; et ils t'exaucroient peut-être, s'ils n'avoient pitié de ton imbécillité.—Traite les grands comme le feu, et n'en sois jamais ni trop éloigné, ni trop près.—Les grammairiens s'amusent à gloser sur les fantes des autres, et ne pensent pas à corriger les leurs.—Les musiciens ont soin de mettre leurs instruments d'accord, sans se soucier d'accorder leurs passions.—Les orateurs s'étudient à bien parler, et non pas à bien faire.—Les avares sont sans cesse occupés à amasser des richesses, et ne savent pas s'en servir. » Ces maximes sont excellentes; mais le Cynique en avoit aussi de pernicieuses. Il s'abandonnait avec impudence à des excès indignes, qu'il excusoit en disant: qu'il voudroit pouvoir appaiser avec autant de facilité les desies de son estomac. Il se glorifioit de ses turpitudes, sur lesquelles on est forcé de tirer un voile, et qui ont fait dire qu'il ne falloit pas trop regarder au fond de son tonneau. Son peu de respect pour l'honnêteté publique, son orgueil sous les haillons, sa mordante causticité, et selon quelques-uns, son penchant à l'athéisme, ont fait penser à la postérité, que les vertus de Diogène étoient plutôt le fruit de l'orgueil que de la sagesse. Cependant, comme son caractère avoit un fonds d'enjouement, il est vraisemblable que le tempérament entreut pour beaucoup dans cette insensibilité tranquille et gaie qui lui faisoit mépriser les maux de la nature et les injures des hommes. « C'étoit, dit Montaigne, une sorte de ladrerie spirituelle, qui avoit un air de santé, que la philosophie ne méprise pas. Ce Cynique qui baguenaudoit à part soi, et hauchoit du nez le grand Alexandre, étoit bien juge plus aigre et plus poignant que Thimon, qui fut appelé le haisseur d'hommes; car ce qu'on hait, on le prend à cœur: celui-ci nous souhaitoit du mal, étoit passionné du désir de notre ruine, fuyoit notre conversation comme dangereuse; l'autre nous estimoit si peu, que nous ne pouvions ni le troubler, ni l'altérer par notre contagion; s'il nous laissoit de compagnie, c'étoit pour le dédain de notre commerce, et non pour la crainte qu'il en avoit. Il ne nous tenoit capable, ni de lui bien, ni de lui mal faire. » Diogène Laërce cite plusieurs Traités de Diogène, qui ne sont point parvenus jusqu'à nous. Voy. l'art. I. ZENON.
III. DIOGÈNE le Babylonien, philosophe Stoïcien, ainsi nommé, parce qu'il étoit de Séleucie, près Babylone. Il fut disciple de Chrysippe. Les Athéniens le députèrent à Rome, avec Carnéades et Critolaüs, l'an 155 avant J.C. Diogène mourut à 88 ans, après avoir prêché la sagesse pendant le cours de sa vie, autant par sa conduite que par ses discours. Un jour qu'il faisoit une leçon sur la colère, et qu'il déclamoit fortement contre cette passion, un jeune homme lui cracha au visage. Je ne me fâche point, lui dit Diogène: je doute néanmoins si je dévrois me fâcher.
IV. DIOGÈNE—LAËRCE, né à Laërte, petite ville de Cilicie, philosophe Epicurien, composa en grec la *Vie des Philosophes*, divisée en dix livres. Cet ouvrage est venu jusqu'à nous. Quoiqu'il soit sans agrément, sans méthode, et même sans exactitude, il est précieux aux hommes qui pensent, parce qu'on peut y étudier le caractère et les mœurs des plus célèbres philosophes de l'antiquité. Cet historien manquoit d'esprit. Il se mêloit cependant de faire des vers, et il en a surchargé ses *Vies des Philosophes*: il sont encore plus plats que sa prose. Il avoit composé un livre d'*Epigrammes*, auquel il renvoie fort souvent. Il vivoit vers l'an 193 de J. C. La première édition de ses *Œuvres* est de Venise, 1475, in-folio; la meilleure est celle d'Amsterdam, en 1692, avec les observations de *Ménage*, 2 vol. in-4°. Un écrivain étranger les a traduites en françois, en style allemand. Sa version est imprimée chez *Schneider*, à Amsterdam, et à Rouen, sous le même nom, en 1761, in-12, 3 vol. On y a ajouté la *Vie* de l'auteur, celles d'*Epictète*, de *Confucius*, et un *Abrégé Historique des Femmes philosophes de l'antiquité*. On a une édition de *Diogène*, imprimée à Coire, avec les notes de *Longueil*, 2 vol. in-8°, qu'on joint aux auteurs *cum notis Variorum*. Quelques écrivains, entre autres *Voltaire*, nomment toujours l'historien des philosophes, *Diogène* de *Laërce*: il faut écrire *Diogène-Laërce*, ou *Diogène* de *Laërte*. V. DIOGÈNE, *Voyez* VI. ROMAIN.
DIOGÈNIEN, d'Héraclée dans le Pont, célèbre grammairien Grec du 2$^{e}$ siècle, a laissé *Proverbia Graeca*; Anvers, 1612, in-4°, grec et latin. I. DIOGNÈTE, philosophe sous *Marc-Aurèle*, apprit à ce prince à aimer et pratiquer la philosophie, et à faire des *Dialogues*. L'élève eut toujours beaucoup d'estime pour son maître. On croit que c'est le même à qui est adressée la *Lettre à Diognète*, qui se trouve parmi les ouvrages de *St. Justin*. Il paroît certain que cette *Lettre* n'a pas été écrite à un Juif, comme quelques savans l'ont cru, mais à un Païen. La manière dont l'auteur parle des faux Dieux à celui auquel il écrit, ne laisse presque aucun lieu d'en douter: *Envisagez*, dit-il à Diognète, non-seulement des yeux du corps, mais encore de ceux de l'esprit, en quelle manière et sous quelle forme existent ceux que vous regardez comme des Dieux. L'un est de pierre, l'autre d'airain; cependant vous les adorez, vous les servez! Parleroit-on ainsi à un Juif? Cette *Lettre à Diognète* est un des plus précieux morceaux de l'antiquité ecclésiastique. Rien n'est comparable au portrait que l'auteur y trace de la vie, des mœurs des premiers Chrétiens; et ce qu'il dit des mystères de la religion, est plein de force et de grandeur.
II. DIOGNÈTE, ingénieur Rhodien, contribua par ses machines à défendre sa patrie assiégée par *Démétrus-Poliocertes*. Ce prince, suivant *Vitruve*, avoit ordonné à l'architecte *Epimagne*, de construire une *hélépole* d'une grandeur prodigieuse, c'est-à-dire une tour roulante, qui pût faciliter aux assiégeans le moyen d'aborder sur les remparts de la ville. *Diognète* inonda promptement le terrain où l'hélépole devoit passer. Elle devint dès lors 296 DIO inutile, et *Démétrius* fut forcé de lever le siège. I. DIOMÈDE, *Voyez* HERCULE.
II. DIOMÈDE, fille de *Phorbas*, qu'*Achille* substitua à *Briscis*, pour en faire sa maîtresse, lorsqu'*Agamemnon* lui enleva celle-ci.
III. DIOMÈDE, fils de *Tydée* et de *Déiphile*, fille d'*Adraste*, roi d'*Argos*, étoit roi d'*Étoile*. Il partit avec les princes Grecs pour la guerre de Troie, ses exploits l'y firent regarder comme le plus brave de toute l'armée, après *Achille* et *Ajax*, fils de *Télamon*. *Homère* représente ce héros comme le favori de *Pallas*. Cette déesse le suit partout : c'est par son secours qu'il tue plusieurs rois de sa main ; qu'il soutient des combats singuliers contre *Hector*, contre *Enée*, et les autres princes Troyens ; qu'il se saisit des chevaux de *Rhésus* ; qu'il enlève le Palladium ; enfin, qu'il blesse le Dieu *Mars*, et ensuite *Vénus* même qui s'étoit présentée pour secourir son fils. La Déesse en fut si outrée de dépit, que pour s'en venger, elle inspira à sa femme *Égiale* une violente passion pour un autre. *Diomède*, instruit de cet affront, ne voulut point retourner dans sa patrie : il alla aborder sur les côtes d'*Apulie* ou de la Pouille en Italie, où le roi *Dauus* lui ayant cédé une partie de ses états, il y bâtit des villes, et y mourut. *Voyez* DOLON et II. ÉGIALÉE.
IV. DIOMÈDE, grammairien plus ancien que *Priscien*, puisque celui-ci le cite souvent. Nous avons de lui trois livres, *De orationis partibus*, et *vario Rhe- *torum genere*. Il y en a plusieurs éditions. Celle d'*Élie Putschius*, en 1605, in-4°, passe pour la meilleure. *Voy*. I. DONAT. I. DION, de Syracuse, capitaine et gendre de *Denys l'ancien*, tyran de Syracuse, engagea ce prince à faire venir *Platon* à sa cour. *Dion* chassa de Syracuse *Denys le jeune*, et rendit de grands services à sa patrie. Il fut assassiné par *Callipe*, un de ses amis, l'an 354 avant J. C. « Il est difficile, dit un écrivain, de trouver réunies autant de bonnes qualités qu'on en voit dans *Dion* ; grandeur d'ame, noblesse de sentimens, générosité, valeur heroïque, étendue de vues, fermeté inébranlable dans les plus grands dangers, et dans les revers de la fortune les plus inopinés ; un amour de la patrie et du bien public, porté jusqu'à l'excès ; voilà une partie de ses vertus. Le dessein qu'il forma de délivrer sa patrie du joug de la tyrannie, la hardiesse et la sagesse en même temps avec lesquelles il les mit à exécution, font voir de quoi il étoit capable. S'il est vrai, qu'averti du danger qui le menaçoit, il a constamment refusé de prévenir son assassin, ce seul trait suffit pour combler son éloge. »
II. DION-CASSIUS, de Nicée en Bithynie, fut élevé aux premières dignités par différens empereurs, au rang de sénateur par *Pertinax*, au consulat par *Sévère*, à la place de gouverneur de Smyrne et de Pergame par *Macrin*, et à celle de gouverneur de l'Afrique, de la Dalmatie et de la Pannonie, par *Alexandre-Sévère*. *Dion* revint à Rome, où il fut consul pour la deuxième fois en 229, et retourna ensuite dans son pays, où il finit ses jours. *Dion-Cassius* étoit honnête homme, autant qu'on peut l'être quand on a fait le métier de courtisan. Lorsqu'il étoit à la cour, il se retiroit souvent à Capoue, pour cultiver les lettres et travailler en repos. Après avoir ramassé des mémoires pendant dix ans, il composa une *Histoire Romaine*, en quatre-vingts livres. Elle commençoit à l'arrivée d'*Enée* en Italie, et finissoit au règne d'*Alexandre-Sévère*. Il ne nous reste qu'une partie de cet ouvrage. Les trente-quatre premiers livres sont perdus. Les vingt suivans, depuis la fin du trente-cinquième jusqu'au cinquante-quatrième sont complets; les six qui suivent sont tronqués, et nous n'avons que quelques fragmens des vingt derniers. Il y a un *Abrégé* de cette Histoire depuis le trente-cinquième livre, par *Xyphilin* neveu du patriarche de Constantinople, dans le 11$^{e}$ siècle. *Dion* avoit pris *Thucydide* pour son modèle: il lui est très-inférieur; mais il tâche de l'imiter dans sa manière de narrer, et sur-tout dans ses harangues. Son style est clair, ses maximes solides, sensées, judicieuses; ses termes nobles, sa narration coulante, ses tours heureux; mais on l'accuse d'avoir été crédule, superstitieux, bizarre, partial, également porté à la flatterie et à la satire. Il prend parti pour *César* contre *Pompée*. Il décrie *Cicéron* et *Brutus*. Il peint *Sénèque* comme un homme extrêmement déréglé dans ses mœurs. On peut juger du caractère de son esprit, par le compte qu'il rend lui-même de l'occasion qui le détermina à écrire l'Histoire. Il avoit, dit- dit-il, composé un petit ouvrage sur les *songs* et les *présages*, qui avoient annoncé l'empire à *Sévère*, et il envoya ce mélange de flatterie et de superstition à *Sévère* lui-même, qui fit ses remerciemens à l'auteur par une lettre longue et polie. *Dion* reçut cette lettre sur le soir, et pendant la nuit, il crut voir en songe une Divinité ou un Génie, qui lui ordonnoit d'écrire l'Histoire. Il obéit, et il fit son essai par le règne de *Commode*. Le premier fruit de son travail historique ayant été bien reçu, le succès l'encouragea, et il conçut le dessein de faire un corps complet d'histoire Romaine. Il employa dix ans à ramasser les matériaux d'un si grand ouvrage, et douze à le composer. Cet espace n'est pas trop long, vu la distraction que lui donnoient ses emplois. On annonça dans les journaux littéraires de 1751, les vingt-un premiers livres de l'Histoire de *Dion*, qu'on disoit être récemment découverts, restitués et mis en ordre. Mais cette prétendue découverte, faite à Naples en 1747, se réduisit à une compilation des quatre premières *Vies* d'illustres Romains par *Plutarque*, avec un extrait de *Zonare*. Au reste, ce ne sont pas les commencemens de *Dion*, qu'on doit regarder comme les plus précieux; nous sommes assez riches sur ce qui appartient aux premiers temps de Rome. Mais qui seroit assez heureux pour retrouver les derniers livres de cet historien, sur-tout depuis *Vespasien*, rempliroit, dit *Crévier*, un grand vide, et rendroit un grand service à la littérature. La meilleure édition de *Dion* est celle d'*Herman-Samuel Reimarus*, à Hambourg, 1750, in-fol. 2 vol. et grec et en latin, avec de savantes notes. On estime encore celle de Leunclavius; Hanau, in-folio, 1606. Boisguillebert l'a traduit en françois; Paris, 1674, 2 vol. in-12.
III. DION-CHRYSOSTÔME, ainsi appelé à cause de son éloquence, orateur et philosophe de Pruse en Bithynie, travailla en vain pour persuader à Vespasien de quitter l'empire. Il fut lui-même obligé d'abandonner Rome sous Domitien qui le haïssoit. Il déguisa son nom et sa naissance, et vécut plusieurs années inconnu, errant de ville en ville et de pays en pays, manquant de tout, réduit le plus souvent, pour subsister, à labourer la terre, ou à cultiver les jardins, et honorant cet état par son courage. Il parcourut ainsi la Mœsie et la Thrace, et pénétra jusques chez les Scythes. Lorsque Domitien périt, Dion étoit en habit de mendiant, dans un camp de l'armée Romaine, prête à se révolter. Il se fait connôtre, et appaise la sédition. Dion revint sous l'empereur Trajan. Ce prince, ami des talens, le faisoit mettre souvent dans sa litière, pour s'entretenir avec lui, et le fit monter sur son char de triomphe. On dit que Dion parut souvent en public vêtu d'une peau de lion. La première édition de ses Ouvrages est de Milan, en grec, 1476, in-fol.: la meilleure, de Paris, 1604, in-fol. On y trouve 80 Oraisons qui offrent des morceaux éloquens: et un Traité en 4 livres, Des devoirs des Rois, où la philosophie donne des leçons aux princes. I. DIONIS, (Pierre) conseiller et premier chirurgien de la Dauphine et des Enfans de France, fut nommé démonstrateur des dis- sections anatomiques, et des opérations chirurgicales, à l'érection de cette chaire par Louis XIV dans le jardin royal des plantes. Cet homme habile mourut à Paris sa patrie, le 11 décembre 1718, après avoir produit plusieurs ouvrages bien reçus en France et dans les pays étrangers. La solidité, la méthode, la justesse y sont jointes à la pureté du style. Les plus applaudis, sont: I. Un Cours d'Opérations de Chirurgie, imprimé en 1707; réimprimé pour la troisième fois en 1736, à Paris, in-8°, avec des remarques du célèbre la Feye. II. L'Anatomie de l'Homme: ouvrage traduit en langue tartare, par le P. Parennin, Jésuite; et dont la meilleure édition est de 1729, par Devaux. III. Un Traité de la manière de secourir les Femmes dans leurs accouchemens, in-8°, estimé, etc. Voyez DIGBY.
II. DIONIS, (Charles) médecin de Paris, mort le 16 août 1776, a publié quelques ouvrages sur sa profession, et entraîtres une dissertation sur le Ténia ou ver solitaire, avec une lettre sur la poudre de sympathie, propre contre le rhumatisme simple ou gouttenx, 1749, in-12.
III. DIONIS DU SÉJOUR, (Achille-Pierre) né à Paris le 11 janvier 1734, devint conseiller au parlement, et unit à la science des lois celle de l'astronomie. Simple et modéré dans ses mœurs, quoique jouissant d'une assez grande fortune, Dionis fut toujours supérieur au faste et à toute prétention personnelle. Nommé député de la noblesse de Paris à l'assemblée constituante, ses principes y furent à l'abri d'exagération. Il désira des réformes, mais non un choc entre toutes les parties du gouvernement. Après avoir échappé à la tyrannie dans une profonde retraite, il est mort à la fin d'août 1794. Les mémoires de l'académie des Sciences, dont il étoit membre, renferment plusieurs de ses écrits : les principaux sont, I. Traité des courbes algébriques, 1756, in-12. II. Méthode générale et directe pour résoudre les problèmes relatifs aux éclipses. Cet ouvrage, lu à l'académie, y fit la plus vive sensation. III. Recherches sur la Gnomonique et les rétrogradations des planètes, 1761, in-8. IV. Traité analytique des mouvemens apparens des corps célestes, 1774, 2 vol. in-4. V. Essai sur les comètes en général, et en particulier sur celles qui peuvent approcher de l'orbite de la terre. On trouve dans cet écrit l'histoire de toutes les comètes qui ont paru depuis l'an 837 jusqu'en 1775. VI. Essai sur les Phénomènes relatifs aux disparitions périodiques de l'anneau de Saturne, 1776, in-8. Dionis étoit associé des académies de Londres, Stockholm et Gottingue. Son confrère Lalande lui a consacré une notice dans le journal intitulé l'Abréviateur universel, n° 606.
DIOPHANTE, mathématicien Grec, dont il nous reste six livres des Questions Arithmétiques, imprimés pour la première fois, en 1475, puis à Paris, 1621, in-fol. C'est le premier et le seul des écrits Grecs, ou nous trouvions des traces d'Algèbre : ce qui fait penser qu'il en est l'inventeur. Il y a beaucoup d'adresse dans la manière dont il présente ses solutions, qui ont pour objet des questions d'un genre très-difficile. Ces 6 livres, reste d'un ouvrage en 13, ont d'abord été traduits et commentés par Xylander ; ensuite de nouveau et avec plus d'intelligence, par Meziriac ; et enfin réimprimés avec les notes de Fermat, en 1670. Diophante naquit à Alexandrie vers le milieu du 4e siècle. Il fut contemporain de la célèbre Hypacie, qui avoit commenté ses Questions arithmétiques. Son épitaphe, faite par un poète Grec, étoit elle-même un problème de cette science. Meziriac l'a traduite ainsi en latin : Hic Diophantus habet tumulum qui tempora vitæ, Illius mira denotat arte tibi. Egit sextantem juvenis, lanugine malas, Vessire hinc cæpit parte duodscimâ. Septante uxori post hæc sociatur, et anne Formosus quinto nascitur inde puer Semissem ætatis postquam attigit ille pateræ, Infelix subitâ morte peremptus obit. Quatuor æstates genitor lugere superstes, Cogitur hinc annos illius assequere. « Diophante qui repose dans ce tombeau, laisse deviner par un problème de son art, le temps de sa vie. Il en passa la sixième partie dans l'enfance, et la douzième dans la jeunesse : il se maria, et ce ne fut qu'après avoir passé la septième partie de son âge, et cinq ans de plus avec son épouse, qu'il en eut un fils qui mourut après avoir atteint la moitié de l'âge de son père. Ce dernier cessa de vivre quatre ans après. On peut par cet exposé connoître combien de temps vécut Diophante. » Il vécut 84 ans. I. DIORÉS, jeune Troyen, parent de Priam, accompagna Enée qui fuyoit sa patrie en cendres ; il périt de la main de Turnus, prince des Rutules.
II. DIORÉS, de la race d'Amaryncée, fut choisi par les Grecs pour conduire dix vaisseaux au siège de Troie. Cet armement faisoit partie des forces dont *Ephus*, excellent ingénieur, avoit le commandement. *Diorès* fut blessé mortellement par un Thrace nommé *Pirus*.
DIORPHUS, (Mythol.) naquit d'une pierre et de *Mittras*, qui desiroit un enfant mâle, et avoit fait le vœu de n'avoir aucun commerce avec les femmes. I. DIOSCORE, patriarche d'Alexandrie, auparavant diacre et apocrissaire de cette église, exerçoit cette dernière charge lorsqu'il renouvela la vieille querelle pour la primatie, contre le patriarche d'Antioche. L'affaire ayant été portée dans un synode de Constantinople en 439, *Théodoret*, suffragant d'Antioche, défendit si éloquemment les droits de cette église, que *Dioscore* céda à la force de ses raisons; mais ce fut malgré lui, et il conçoit dès-lors une haine implacable contre son vainqueur. Élu patriarche après la mort de *St. Cyrille*, en 444, il prit l'hérétique *Eutychès* sous sa protection. Il soutint opiniâtrement ses erreurs dans le faux concile d'Ephèse en 449, appelé, avec tant de raison, le *irigandage d'Ephèse*. Toutes les règles furent violées dans cette séditieuse assemblée. Cent trente évêques, gagnés par des caresses, ou intimidés par des menaces, souscrivirent au rétablissement d'*Eutychès*, et à la déposition de *St. Flavien*, qui ne survécut guères à ce mauvais traitement. Après le concile, *Dioscore* osa prononcer contre le pape *St. Léon* une excommunication, qu'il fit signer par dix évêques; mais l'année suivante, il fut déposé dans un concile de Cons- tantinople. Cité au concile général de Chalcédoine, il refusa d'y comparoitre. Cette assemblée, tenue en 451, le déposa, après trois citations, de l'épiscopat et du sacerdoce, comme contumace. Plusieurs personnes présentèrent contre lui des requêtes, où l'on dévoiloit tous ses crimes. L'empereur l'exila à Gangres en Paphlagonie, où il mourut l'an 458.
II. DIOSCORE, diacre de Rome, élu antipape l'an 530, le même jour que *Boniface II* fut placé sur la chaire pontificale, mourut environ trois semaines après. I. DIOSCORIDE, (*Pédacius*) médecin d'Anazarbe en Cilicie, on ne sait en quel temps. L'opinion la plus commune le fait vivre sous *Néron*. Il y a eu autrefois une grande dispute entre *Pandolfe Collénutius* et *Léonicus Thouæus*, pour savoir si *Pline* avoit suivi *Dioscoride*, comme le dernier le croyoit; ou si *Dioscoride* avoit tiré son ouvrage de celui de *Pline*; ce qui étoit le sentiment de *Collénutius*. Quoi qu'il en soit, *Dioscoride* suivit d'abord le métier des armes; et il s'adonna ensuite à la connoissance des simples, sur lesquelles il donna un *Ouvrage*; (Venise, 1499, in-fol. en grec et en latin), suivi de fort près par ceux qui ont traité après lui cette matière, et que *Matthiole* a commenté.
II. DIOSCORIDE, graveur ancien, quitta la Grèce où il étoit né pour se rendre à Rome auprès de l'Empereur *Auguste*, qui lui fit graver son portrait, soit sur un cachet, soit sur des pierres précieuses. Dans la collection d'Antioïe, il doit exister une améthyste, offrant la tête de *Solon*, supérieurement gravée, et sur laquelle on lit en grec le nom de Dioscoride.
DIOTIME, savante Athénienne, donna des leçons de philosophie à Socrate.
DIOTI-SALVI, architecte italien, construisit en 1152 le célèbre Baptistaire de Pise, qu'il acheva en huit ans. C'est une rotonde de marbre, surmontée d'une coupole élégante. On trouve au centre une cuve octogone où l'on monte par trois marches. Elle est entourée de quatre fontaines décorées avec art. DIPŒNUS, Voyez SCYLLIS.
DIPPEL, (Jean-Conrad) écrivain célèbre par des opinions extravagantes, se nommoit dans ses ouvrages Christianus Democritus. Il s'appliqua d'abord à des controverses anti-piétistes, secte contre laquelle il déclama publiquement à Strasbourg. Sa vie scandaleuse l'ayant obligé de quitter cette ville, il revient à Giessen. Il s'y, montra aussi zélé pour le piétisme, qu'il lui avoit été contraire à Strasbourg. Il vouloit une femme et une place de professeur; ayant manqué l'une et l'autre, il leva le masque, et attaqua vivement la religion prétendue-réformée, dans son Papismus Protestantium vapulans. Ce livre ayant soulevé contre lui les protestans, il quitta la théologie pour la chimie. Il fit croire qu'il étoit parvenu, au bout de huit mois, à faire assez d'or pour être en état de payer une maison de campagne, qu'il acheta 50 mille florins. Le faiseur d'or étoit réellement alors dans la misère; il ne trouva d'autre ressource contre les poursuites de ses créanciers, qu'en s'éclipsant. Après avoir parcouru différents pays, Berlin, Copenhague, Francfort, Leyde, Amsterdam, Altona, Hambourg, et avoir, par-tout, essuyé les châtimens de la prison, il fut appelé à Stockholm en 1727, pour traiter le roi de Suède. Le clergé de ce royaume, charmé qu'on guérit le roi, mais fâché que ce fût par un homme qui se moquoit ouvertement de leur religion, obtint que le médecin alchimiste quitteroit la capitale. Dippel retourna en Allemagne, sans avoir changé ni de conduite, ni de sentiment. Le bruit de sa mort s'étant répandu plusieurs fois faussement, cet extravagant publia en 1733 une espèce de patente, dans laquelle il annonçoit qu'il ne mourroit pas avant l'an 1808; prophétie qui ne se vérifia pas: car on le trouva mort dans son lit au château de Widgenstein, le 25 avril 1734, à 62 ans. Dippel méritoit une place dans l'Histoire de la Philosophie Hermétique, ainsi que dans celle des délires du genre humain. L'abbé Lenglet l'a oublié. On lui attribue l'invention du bleu de Prusse.
DIRCÉ, (Mythol.) seconde femme de Lycus roi de Thèbes, voyant Antiope enceinte, quoique répudiée, crut qu'elle vivoit toujours avec son mari. Elle la fit enfermer dans une prison, d'où Jupiter l'ayant tirée, elle alla se cacher sur le mont Citheron, et y mit au monde deux jumeaux, Amphion et Zéthus, qui dans la suite firent mourir Lycus, et attachèrent Dircé à la queue d'un cheval indompté, qui l'emporta sur des rochers où elle fut mise en pièces. Les dieux touchés de son malheur, la changèrent en fontaine de son nom. — Il y eut une autre Dircé, qui, ayant osé comparer sa beauté à celle de Pallas, fut changée en poisson. 302 DIS
DIRES, Voyez EUMÉNIDES.
DIROIS, (François) docteur de Sorbonne, fut d'abord précepteur de Thomas du Fossé, ami des solitaires de Port-Royal. Son élève le lia avec les cénobites de ce monastère célèbre; mais le Formulaire, dont il se rendit l'apologiste, le brouilla avec eux. Il mourut chanoine d'Avranches, où il vivait encore en 1691, fort considéré de ses confrères et de son évêque. On a de lui: I. Preuves et préjugés pour la Religion Chrétienne et Catholique, contre les fausses Religions et l'Athéisme, in -4°; ouvrage assez bon. II. L'Histoire Ecclésiastique de chaque siècle, qu'on trouve dans l'Abrégé de l'Histoire de France par Mézerai, est de lui; et quoiqu'elle soit écrite avec plus de précision que d'élégance, ce n'est pas le moindre ornement de ce livre.
DISCORDE (Mythol.) déesse que Jupiter chassa du ciel, parce qu'elle brouillit continuellement les dieux. Elle fut si piquée de n'avoir pas été invitée aux noces de Thétis et de Pèler, avec les autres Divinités, qu'elle résolut de s'en venger, en jetant sur la table une pomme d'or sur laquelle étoient écrits ces mots: A LA PLUS BELLE. Junon, Pallas et Venus disputèrent cette pomme. On représentaient la Discorde coiffée de serpens, tenant une torche ardente d'une main, une couleuvre et un poignard de l'autre; ayant le teint livide, les yeux égarés, la bouche écumante et les mains ensanglantées. I. DITHMAR, évêque de Merzbourg en 1018, mort en 1028 à 42 ans, étoit fils de Sigefroi, comte de Saxe, et avoit été Bénédictin au monastère de Magdebourg. Il laissa une Chronique pour servir à l'histoire des Empereurs Henri I, Othon II, et III, et Henri II, sous lequel il vivait. Cette Chronique écrite avec sincérité, a été publiée plusieurs fois. La meilleure édition et la seule qui soit sans lacunes, est celle que le savant Leibnitz a donnée dans ses Écrivains servant à illustrer l'Histoire de Brunswick, avec des variantes et des corrections, in-fol.
II. DITHMAR, (Juste-Christophe) membre de l'académie de Berlin, professeur d'histoire à Francfort, mort en cette ville en 1737, étoit né à Rothenbourg en Hesse, d'un ministre protestant. Il a publié plusieurs Écrits sur l'Histoire d'Allemagne, qui prouvent son érudition et l'amour du travail. Les principaux sont: I. Scriptores rerum Germanicarum, 1727, in-fol. II. Dissertation sur l'ordre militaire du Bain, 1729, in-fol. III. Histoire de l'ordre de Saint-Jean, dans le Brandebourg 1728, in-4°, en allemand. IV. Une édition des Annales des duchés de Clèves et de Juliers, par Teschenmacher, qu'il a enrichie de notes et d'observations, 1721, in-fol. On lui doit encore des Dissertations académiques relatives à son cours, et une savante édition de Tacite, De Moribus Germanorum, Francfort, 1725. Voyez LACARRY.
DITTON, (Humfroi) de Salisbury, maître de l'école de mathématiques, érigée dans l'hôpital de Christ à Londres, s'associa au fameux Guillaume Whiston, son ami, pour chercher le secret des longitudes sur mer. Ils se flattèrent tous deux de l'avoir trouvé. Cette découverte étoit une chose plaisante. Ils avoient imaginé de placer des feux d'artifice à certaines distances, qui marqueient les degrés de longitude aux vaisseaux. On ne vit pendant quelque temps, à Londres et aux environs, que de ces bluettes artificielles, pour donner des essais de leur invention. Tout cela leur réussit fort mal : ils en furent pour la honte et pour la grande dépense. Ditton s'occupa plus utilement des preuves de la religion, sur laquelle il a publié l'ouvrage suivant : Démonstration de la Religion Chrétienne, 1712, à Londres, in-8°; traduite en françois par la Chapelle, théologien protestant, sous ce titre : La Religion Chrétienne démontrée par la Résurrection de N. S. JESUS-CARIST, en trois parties, Amsterdam, 1728, 2 vol. in-8°; réimprimée à Paris en 1729, in-4°. L'auteur suit la méthode des géomètres, et s'en sert avec succès contre les Déistes. Il mourut en 1715, à 40 ans.
DIVÆUS ou VAN DIÈVE, (Pierre) né à Louvain l'an 1536, s'appliqua dès sa jeunesse avec beaucoup de succès aux belles-lettres. L'an 1571 il devint greffier du magistrat de Louvain, et fut chargé l'an 1575 de rechercher les privilèges de cette ville. Il abandonna ses emplois en 1582 pour s'attacher au parti du prince d'Orange; ce qui fait croire qu'il abandonna la foi de ses Pères. L'an 1590, Malines ayant été prise par les Anglois et les États confédérés, Divæus fut créé Pensionnaire de cette ville. Il ne jouit pas long-temps de cet emploi; car il mourut l'an 1591. Il fut lié d'une étroite amitié avec plusieurs savans, et sur-tout avec Juste-Lipse, qui a dit plusieurs fois avoir beaucoup profité des D I V 303 connoissances de Divæus. Nous avons de lui des ouvrages sur l'histoire du Brabant, de Louvain, etc. en latin. M. l'aquot les a recueillis à Louvain, 1757, in-folio.
DIVICON, chef et général des Helvétiens, maintenant les Suisses, se rendit célèbre par la défaite de Cassius, et par la fierté avec laquelle il parla à Jules-César. Il avoit été député vers ce conquérant pour lui demander son alliance. César ayant exigé des ôtages, ce brave capitaine lui répondit, que sa Nation n'étoit pas accoutumée à donner des ôtages, mais d'en recevoir; et se retira ensuite, vers l'an 58 avant J. C. Les Suisses sont encore aujourd'hui ce qu'ils étoient sous César. Cette république respectable par la liberté dont elle jouit, ne l'est pas moins par une fidélité inviolable aux puissances qui achètent ses troupes.
DIVINI, (Eustache) artiste Italien, excelloit dans l'art de faire des télescopes. Huyghens fut néanmoins plus habile ou plus heureux que lui; car il découvrit, avec ceux de sa construction, l'anneau de Saturne. Divini lui contesta la vérité de cette découverte, par un ouvrage publié l'an 1660, in-8°, sous ce titre : Brevis annotatio in Systema Saturnium. Ses raisons étoient, qu'il ne voyoit pas cet anneau avec ses télescopes. Huyghens le pulvérisa dans une réponse, à laquelle Divini répliqua vainement. Cet auteur vivoit encore en 1663.
DIVITIAC, Druide et philosophe Gaulois, estimé et aimé par Cicéron et César, qui l'avoient connu, étoit l'un des chefs de la république d'Autun. Il fut le prog 304 D L U mier qui introduisit les Romains dans cette partie des Gaules. *Voy.* DAMNORIX.
DIVITIO, *Voyez* BIBIÉNA.
DIUS-FIDIUS, (Mythol.) fut un ancien Dieu des Sabins, dont je culte passa à Rome. Ce *Dius* ou *Deus-Fidius*, et quelquefois simplement *Fidius*, étoit regardé comme le *Dieu de la bonne-foi*: d'où étoit venu chez les anciens l'usage si fréquent de jurer par cette divinité. La formule du serment étoit *Me Dius-Fidius*, qu'on doit entendre dans le même sens que *Me Hercules*. On le croyoit fils de *Jupiter*, et quelques-uns l'ont confondu avec *Hercule*.
DJAMY, célèbre poète Persan, prit son compatriote *Saadi* pour son modèle, et s'acquit encore, en suivant ses traces, une grande réputation.
DLUGOSS, (Jean) Polonois, chanoine de Cracovie et de Sandomir, nommé à l'archevêché de Léopold, mort en 1480 à 65 ans, après avoir éprouvé bien des persécutions du roi *Casimir*, est auteur d'une *Histoire de Pologne* en latin, Francfort 1711, in-fol., en 12 livres. Le 13$^{e}$ fut imprimé à Leipzig, en 1712, in-fol. L'auteur, quoique exact et fidèle, n'a pas été exempt, dit *Lenglet*, de la barbarie de son siècle. Il commence son Histoire à l'origine de sa nation, et la conduit jusqu'en 1444.
DOBSON, (Guillaume) peintre Anglois, né à Londres en 1610, s'attacha à la manière de *Van-Dyck*, et s'en fit un ami. Ce maître le présenta à *Charles I*, qui le nomma son premier peintre. Il fut si recherché à la cour et à la ville, qu'il ne ponvoit suffire à tout ce qu'on lui demandoit. Sa manière étoit à la fois douce et forte: ses têtes semblent animées. Sa vie fort peu réglée abrégea ses jours; il mourut à Londres en 1647, à 37 ans.
DOCTEURS, (Les IV) de l'Eglise Latine, *Voyez* I. AUGUSTIN, I. AMBROISE, I. JÉRÔME, I. GRÉGOIRE.
DOCTEURS, (Les IV) de l'Eglise Grecque, *Voyez* ATHANASE, III. BASILE, XVII. GRÉGOIRE de *Nazianze*, et VII. JEAN *Chrysostôme*.
DODANE, duchesse de Septimanie ou du Languedoc, dans le 9$^{e}$ siècle, composa pour l'instruction de ses enfans un *Manuel* latin, divisé en 63 chapitres, et qui renfermoit des leçons de morale et de piété. Cet ouvrage fut achevé au mois de février 842.
DODART, (Denys) conseiller, médecin du roi, et premier médecin du prince et de la princesse de *Conti*, et enfin du roi *Louis XIV*, membre de l'académie des sciences, naquit à Paris en 1634, et y mourut le 5 novembre 1707, à 73 ans, universellement regretté. « Il étoit né d'un caractère sérieux, dit *Fontenelle*, et l'attention chrétienne avec laquelle il veilloit perpétuellement sur lui-même, n'étoit pas propre à l'en faire sortir. Mais ce sérieux, loin d'avoir rien d'austère ni de sombre, laissoit assez à découvert cette joie sage et durable, fruit d'une raison épurée et d'une conscience tranquille. » *Guy-Patin*, aussi avare d'éloges que prodigue de satires, l'appe-loit *Monstrum sine vitio*, un prodige de sagesse et de science, sans aucun défaut... On a de lui: *Mémoires pour servir à l'Histoire des Plantes*, Paris 1676, in-fol. ouvrage publié par l'académie, qu'il qu'il orna d'une belle préface. II. Mémoire sur la Voix de l'homme et ses différens Tons, avec deux Supplémens, dans les Mémoires de l'académie des Sciences. III. Statica Medicina Gallica, dans un recueil sur cette matière, en 2 vol. in-12. IV. Des Dissertations manuscrites sur la saignée, sur la diète des anciens, sur leur boisson. Il étudia pendant 33 ans la transpiration insensible, suivant les observations de Sanctorius, illustre médecin de Padoue. Il trouva, le premier jour de carême 1667, qu'il pesoit 116 livres et une once. Il fit ensuite le carême comme il a été observé dans l'église jusqu'au 12e siècle, ne buvant et ne mangeant que sur les 6 heures du soir. Le samedi de Pâques il ne pesoit plus que 107 livres 12 onces; c'est-à-dire que par une vie austère il avoit perdu, en 46 jours, 8 livres 5 onces, qui faisoient la 14e partie de sa substance. Il reprit sa vie ordinaire, et au bout de quatre jours il eut regagné 4 livres. C'étoit lui encore qui avoit observé que 16 onces de sang se réparoient en moins de 5 jours, dans un homme bien constitué. — Jean-Baptiste — Claude DODART, son fils, premier médecin du roi, comme lui, mort à Paris en 1730, laissa des Notes sur l'Histoire générale des Drogues de P. Pomet.
DODD, (Guillaume) ministre Anglican, né en 1729 à Bourne, dans le comté de Leicester, forma le projet, en 1776, d'une édition magnifique de Shakespeare, et fit, sous le nom du comte de Chesterfield son protecteur, de faux billets pour 4000 livres sterlings, comptant de hâter par-là son édition. Il ne fit que hâter sa mort, et fut pendu le 27 juin 1777. Il Tome IV. avoit déjà été chassé de la cour où il étoit chapelain, pour avoir voulu acheter un évêché de la femme d'un ministre. C'étoit un homme d'esprit et une mauvaise tête. On a de lui 3 vol. de Sermons, et il a traduit en anglois ceux de Massillon. Voyez des détails sur sa mort, dans le tome 2 du Tableau de l'Angleterre, par Archenholz.
DODDRIDGE, (Pierre) théologien Anglois, né à Londres en 1702, mort en 1751 à Lisbonne, où il étoit allé pour changer d'air, est auteur de divers ouvrages estimés en Angleterre. Les plus connus en France sont des Sermons, in-8°, écrits avec simplicité et avec assez d'onction.
DODECHIN, prêtre, né dans l'électorat de Trèves, dans le 14e siècle, fit le voyage de la Palestine, dont il a publié la Description. On lui doit encore la continuation de la Chronique de Marianus Scotus, depuis l'an 1083 jusqu'en 1200.
DODIEU (Claude) né à Lyon, devint évêque de Rennes, et fut ambassadeur en Espagne. Ce fut lui qui accepta, au nom de François Ier, le défi de Charles-Quint, et étonna ce dernier par sa fermeté : il remplit diverses autres ambassades. On le connoit bien plus sous le nom de Velly, dans les mémoires du temps, que sous celui de Dodieu. Il mourut à Paris en 1558.
DODOENS ou DODONÉS, (Rambert) de Malines, né en 1518, médecin des empereurs Maximilien II et Rodolphe II, mourut en 1585, à 67 ans. Il laissa plusieurs ouvrages sur son art, entr'autres une Histoire des Plantes, en latin, avec figures, 306 DOD Anvers 1644, in-fol. La description des plantes étrangères, surtout celle des Indes, est empruntée principalement des ouvrages de Charles l'Écluse. II. Une édition de Paul Éginette, Basle 1548. III. *Medicinalium observationum exempla rara*, Anvers 1585, in-8°, etc.
DODWELL, (Henri) né à Dublin en 1641, d'une bonne famille, mais pauvre, fut réduit à une telle nécessité dans ses études, que souvent il n'avait pas d'argent pour acheter des plumes, du papier et de l'encre. Un de ses parens lui donna du secours, et il devint un savant consommé. Son érudition lui procura la place de professeur d'histoire à Oxford en 1688; mais il fut privé de cet emploi en 1691, pour avoir refusé de prêter serment de fidélité au roi Guillaume et à la reine Marie. Il mourut à Shottesbroock le 5 juin 1711, à 70 ans. Son amour pour le travail étoit extrême. Il voyageoit ordinairement à pied, afin de pouvoir lire en marchant. Les livres qu'il portoit alors dans ses poches, étoient la Bible Hébraïque, le Nouveau-Testament en grec, la Liturgie Anglicane, l'Imitation de J. C. Il jeûnoit fort souvent, et l'abstinence lui communiquoit une humeur chagrine, qui se fait quelquefois sentir dans ses livres. On a de lui plusieurs écrits; tout l'argent qu'il en retiroit, étoit destiné à soulager les pauvres. Il étoit si modeste, que, lorsqu'il publioit les lettres de ses amis, il en retranchoit les louanges. Il ne conservoit aucune rancune contre ses ennemis; car ses opinions lui en firent plusieurs, qui le traitèrent souvent d'hérétique. Ses princi- paux ouvrages sont : I. *Discours épistolaires*, où il tâche de prouver par l'Écriture et par les Pères que l'ame est naturellement mortelle, et qu'elle n'acquiert l'immortalité que par le baptême, conféré par des prêtres légitimement ordonnés par des évêques. Cet ouvrage singulier, et dont on pourroit tirer des conséquences dangereuses, parut à Londres en 1706, in-8°. Il prétend que les ames de ceux à qui l'on n'a pas prêché l'Évangile, mourront avec leurs corps. Il conserve les ames des Chrétiens anti-épiscopaux, pour que Dieu les punisse; mais il tient les ames des épiscopaux immortelles. Le célèbre Clarke et d'autres savans réfutèrent une partie de ses rêveries. II. Des *Dissertations latines sur St. Cyprien*, 1684, in-8°. Il y soutient que le nombre des martyrs n'a pas été aussi grand, que le disent les Écrivains ecclésiastiques. D. *Thierri Ruinart* le réfuta avec beaucoup de solidité, dans la savante préface dont il enrichit son édition des *Actes sincères des Martyrs*. Un auteur qui a embrassé le sentiment de Dodwell, prétend que son adversaire n'a pas assez distingué les martyrs, et les morts ordinaires; les persécutions pour cause de religion, et les persécutions politiques. Mais ce jugement n'est pas exact, et il est d'autant moins recevable, qu'il part d'un écrivain qui a travaillé aussi beaucoup de son côté à diminuer le nombre des martyrs. Voyez DIOCLÉTIEN. III. Un *Traité sur la manière d'étudier la Théologie*, en anglais. IV. *Geographiæ veteris Scriptores Graeci minores*, à Oxford, 1698 et 1712, 4 volumes in-8°, rares et estimés. L'auteur a orné cette édition de remarques et de dissertations. V. *De veteribus Cyclis*, Oxford 1701, in-4° VI. *Annales Thucydidis et Xenophontis*, 1702, in-4° : ouvrage recherché. VII. *De estate Phalaridis et Pythagoræ*, Londres 1704, in-8° VIII. Plusieurs *Editions d'Auteurs classiques*, qu'il a éclaircis par de savantes notes. Ceux qui voudront connoître plus en détail ses autres productions, peuvent consulter sa *Vie* en anglois, 2 volumes in-12, publiée par François Brokesby. Les ouvrages de Dodwell prouvent une grande connoissance de l'antiquité profane et ecclésiastique. On a dit de lui ce qu'on avoit dit de Joseph Scaliger, qu'on peut profiter avec ce savant, lors même qu'il se trompe : *Etiam cum errat, docet*. Ses erreurs ne peuvent pas séduire beaucoup de lecteurs; car il rebute par l'obscurité et la prolixité de son style, et par la multitude de ses digressions. Ces défauts venoient sans doute du peu d'attention qu'il avoit eu de se polir l'esprit par l'usage du monde et par la conversation des littérateurs agréables.
DOEG, Iduméen, écuyer de Saül. Ce fut lui qui rapporta à ce prince que David, passant par Nobé, avoit conspiré contre lui avec le grand-prêtre Achimélec. Cette calomnie mit Saül dans une telle colère, qu'il désola la ville de Nobé, et fit donner la mort, par la main du lâche Doeg, au grand-pontife et à quatre-vingt-cinq prêtres, l'an 1061 avant J. C. C'est à cette occasion que David composa les *Pseaumes* 51 et 108.
DOES, Voy. DOUZA et VANDER-DOES.
DOISSIN, (Louis) Jésuite, est connu par deux *Foèmes* latins; l'un sur la *Sculpture*, l'autre sur la *Gravure*, écrits d'un style noble, facile et élégant. Ces deux poèmes virent le jour en 1752, 1 volume in-12, et furent traduits, en 1757, in-12. Les préceptes y sont dictés et embellis par l'imagination. Mais le poète s'est rendu particulièrement estimable dans la description des chefs-d'œuvre de la sculpture, soit ancienne, soit moderne : il fait respirer, dans ses peintures animées, la *Vénus de Praxitèle*, le *Laocoon* du Vatican, la fameuse vache de *Miron*, les belles *Statues* des Tuileries, de Saint-Cloud, de Marly, de Versailles, etc. Le Père *Doissin* mourut en 1793, à 32 ans, et laissa des regrets à ceux qui aiment les Muses Latines.
DOISY, (Pierre) directeur du bureau des comptes des parties casuelles, mort le 10 mars 1760, est auteur d'un ouvrage qui a eu quelque cours, quoiqu'il ne soit pas toujours exact. Il parut sous ce titre : *Le Royaume de France et les États de la Lorraine, en forme de Dictionnaire*, in-4°, 1745-1753. C'est la même édition sous deux dates différentes. Ce Dictionnaire a été plus utile aux directeurs des bureaux de poste, qu'à ceux qui veulent des détails instructifs sur la France.
DOLABELLA, (*Publius-Cornélius*) gendre de Cicéron, se distingua, pendant les guerres civiles de Rome, par son humeur séditieuse, et par son attachement au parti de Jules-César. Il se trouva avec ce grand homme aux batailles du Phar- 308 D O L sale, d'Afrique et de Munda. Élu tribun du peuple, il voulut établir une loi très-préjudiciable aux créanciers. Marc-Antoine s'opposa ouvertement à un dessein qu'il n'avoit formé que pour frustrer ceux à qui il devoit, et pour gagner le peuple. Le retour de César à Rome mit fin à ces troubles. Quelques années après, ce héros étant sur le point de marcher contre les Parthes, fit nommer Dolabella consul à sa place, quoiqu'il n'eût pas l'âge prescrit par les lois. Marc-Antoine, son collègue, traversa cette élection; mais César ayant été tué, il fut obligé de reconnoître Dolabella, qui eut en partage le gouvernement de Syrie. Cassius prévint ce nouveau gouverneur. Dolabella, désespérant de le chasser, s'arrêta à Smyrne, où il fit tuer en trahison Trébonius, gouverneur de l'Asie mineure, l'un des conjurés qui avoient eu part à la mort de César. Ce meurtre le fit déclarer ennemi de la république. Enfin, après quelques succès dans l'Asie mineure, il fut réduit à se donner la mort dans Laodicée, où il fut assiégé par Cassius, l'an 43 avant J. C. Il n'avoit alors que vingt-six à vingt-sept ans. C'étoit un petit homme, qui paroissoit plus propre à figurer dans un cercle de femmes, qu'à soutenir dans un camp les travaux de Mars. Cicéron, qui ne plaisantoit pas toujours finement, le voyant un jour entrer chez lui, avec une épée fort longue à son côté: Qui a donc attaché ainsi mon gendre à cette épée?
DOLCÉ, (Louis) né à Venise en 1568, mort dans la même ville en 1568, à 60 ans, fut mis dans le même tombeau qui avoit reçu Ruscelli, son Zoïle, trois ans auparavant. Il est plus connu par ses ouvrages poétiques, et par différentes Traductions des écrivains anciens, que par ses actions. « C'étoit, dit Baillet, un des meilleurs écrivains de son siècle. Son style a de la douceur, de la pureté et de l'élégance; mais la faim l'obligea souvent à alonger ses ouvrages, et ne lui permit pas d'y mettre toute la correction qu'ils auroient exigée. » On recherche les suivans: I. Dialogo della Pittura, intitolato l'Aretino, Venise 1557, in-8.º Cet ouvrage a été réimprimé avec le françois à côté, à Florence, 1735. II. Cinque primi Canti del Sacripante, Vinegia 1535, in-8.º III. Primaleone, 1562, in-4.º IV. L'Achille et l'Enea, 1570, in-4.º V. La prima imprese del Conte Orlando, 1572, in-4.º VI. Des Poésies dans différens recueils, entr'autres dans celui du Berni. VII. Une Vie de Charles-Quint, et une autre de l'empereur Ferdinand I, l'une et l'autre estimées.
DOLERA, (Clément) cardinal, de l'ordre de Saint-François, dont il fut général, se distingua par sa science et par sa vertu, et mourut à Rome le cinq janvier 1668, dans un âge assez avancé. Le principal de ses ouvrages a pour titre: Compendium Theologicarum Institutionum... Dolera fut regardé comme la lumière de son ordre; mais ce flambeau n'éclaire plus personne aujourd'hui.
DOLET, (Étienne) né à Orléans en 1509, étoit fils, dit-on, de François I, et d'une Orléanoise, nommée Cureau. On ajoute qu'il ne fut point reconnu par ce prince, à cause d'une intrigue de sa mère avec un seigneur de la cour; mais cette anecdote mérite confirmation. Il fit ses études à Paris pendant cinq ans, et passa ensuite en Italie. Il se lia à Padoue avec Simon de Villeneuve qui devint son guide. Après la mort de ce dernier, Dolet exerça pendant trois ans la place de secrétaire d'ambassade auprès de Langiac, ambassadeur de France à Venise. De retour en France, il alla étudier le droit à Toulouse, et vint ensuite s'établir à Lyon en qualité d'imprimeur. Dolet, à la fois poète, orateur et humaniste, étoit exagéré en tout: comblant les uns de louanges, déchirant les autres sans mesure; toujours attaquant, toujours attaqué; extrêmement aimé des uns, haï des autres jusqu'à la fureur; savant au-delà de son âge, s'appliquant sans relâche au travail: d'ailleurs orgueilleux, méprisant, vindicatif et inquiet. Avec un tel caractère, il ne pouvoit que se faire des ennemis. On le mit en prison pour son irréligion. Le savant Castellau lui obtint sa liberté, dans l'espérance que cette correction l'auroit rendu plus sage. Il promit beaucoup, il ne tint rien; et il fut brûlé comme athée à Paris, le 3 août 1546, à 37 ans. On a prétendu que lorsqu'on le menoit au supplice, il dit, en jetant les yeux sur le peuple qui paroissoit touché de sa mort: Non dolet ipse Dolet; sed pia turba dolet; et que le docteur qui l'accompagnait lui répondit: Non pia turba dolet; sed dolet ipse Dolet. D O L 309 Mais c'est un conte peu vraisemblable. On fit cette épigramme sur sa mort: Mortales animas gaudebas dicere pridem; Nunc immortales esse, Dolete, doles. On dit qu'avant de rendre l'âme, il protesta que « ses livres contenoient des choses qu'il n'avoit jamais entendues. » Il étoit donc bien fou d'avoir perdu sa tranquillité pendant sa vie, pour des rêveries qu'il n'entendoit pas, et de s'être exposé à périr d'une mort si cruelle! On a de lui: I. Commentarii Linguæ Latinæ, 2 vol. in-folio, à Lyon, chez Gryphe, 1536-1538, qui devoient être suivis d'un troisième. Cet ouvrage, chef-d'œuvre de typographie, est devenu rare. C'est une espèce de dictionnaire de la langue Latine par lieux communs. On avoue qu'il en connoissoit bien les tours et les finesses, sur-tout celles de Cicéron, son auteur favori; cependant, il n'écrivoit pas naturellement en latin: sa prose sent l'écolier qui fait des thèmes; c'est un tissu de phrases mendées. II. Carminum libri IV, 1538, in-4°: ces Poésies sont pitoyables, sur-tout les lyriques. Ce fut le premier ouvrage qu'il imprima. Il y déplore amèrement le trépas d'une maîtresse nommée Hélène, qu'il avoit tendrement aimée à Venise. III. Formulæ Latinarum locutionum, à Lyon, 1539, in-folio: cet ouvrage est un Dictionnaire qui devoit avoir deux autres parties. IV. De officio Legati, Lyon 1538, in-4°. V. Francisci primi Jata, en vers, Lyon 1529, in-4°. VI. Les mêmes 1540, en prose françoise, sous le titre de Gestes de Fran- 310 D O L çois I, in-4.º VII. *De re navali*, Lyon 1537, in-4.º VIII. *Second Enfer de Dolet*, 1541, in-8.º IX. Un recueil de *Lettres* en vers françois, peu communes, dans lesquelles on trouve des choses singulières sur son emprisonnement à Lyon. Le crime principal dont il avoit été accusé, et dont il se justifie, étoit d'avoir envoyé à Paris un ballot de livres hérétiques. Il se servit dans ses impressions de caractères romains et italiques, mais plus souvent de ces derniers. Sa devise étoit une main qui polissoit avec une doloire un tronc noueux et informe, avec ces mots : *Scabra et impolita adamussim dolo atque perpolio*. — *Née*, libraire de Paris, a donné une *Vie curieuse de Dolet*, 1779, in-8.º
DOLGOROUKI, *Voy. MEN-ZIKOFF*.
DOLIUS, (*Mythol.*) fidelle serviteur d'*Icare*, accompagna *Pénélope*, fille de ce dernier, à Ithaque, et fut le premier qui reconnut *Ulysse* revenant de Troie.
DOLLIÈRES, *Jésuite Lorrain*, partit pour la Chine en 1758, et y montra le plus grand zèle pour la propagation de la religion Chrétienne. Il mourut à Pékin en 1780, après avoir publié quelques Ouvrages de piété. — DOLOMIEU, (*Déodat*) commandeur de l'ordre de Malte, membre de l'académie des sciences de Paris, et ensuite de l'institut de la même ville, fut créé par le gouvernement moderne, inspecteur des mines de France. Ami de la révolution Françoise, il partagea les infortunes que ses orages procurèrent souvent à ses partisans. Il revenoit d'Égypte, où il avoit suivi *Bonaparte*, lorsqu'il fut pris sur mer et jeté ensuite au fond d'un cachot à Messine dans les états du roi de Naples. *Banchs*, président de la société royale de Londres, se trouvant alors en Sicile, s'empressa de prodiguer au prisonnier les égards de l'estime, et tous les secours de l'amitié. Les sociétés savantes et plusieurs cours de l'Europe s'intéressèrent à son élargissement, et il devint l'une des conditions de l'armistice conclu entre les François et le roi de Naples, le 29 pluviôse de l'an 9. Quelles que furent ses opinions politiques, et malgré les reproches qu'on lui a faits d'avoir abandonné les principes de l'ordre de Malte auquel il étoit lié, *Dolomieu* ne mérita pas moins cet intérêt par ses profondes connaissances en minéralogie, et les nombreux ouvrages qu'il a publiés sur cette science. Les plus remarquables sont : I. *Voyage* aux isles de Lipari fait en 1781, ou *Notices* sur les isles Éoliennes, pour servir à l'histoire des volcans, 1783, in-8.º II. *Mémoire* sur les tremblements de terre de la Calabre en 1783, in-8.º III. *Mémoire* sur les isles Ponces, et *Catalogue* raisonné de l'Étna, 1788, in-8.º IV. Le Journal de physique de 1790, renferme une *Dissertation* de *Dolomieu* sur l'origine du Basalte. V. Il a rédigé le *Dictionnaire minéralogique* de la nouvelle Encyclopédie. Sur la fin de ses jours, ce savant parcourut les montagnes primitives de la Suisse, et le *Journal* de son voyage a été publié par d'*Eymar* préfet du Léman. « On eût dit, dit celui-ci, que *Dolomieu* n'étoit à son aise qu'au milieu des glaciers, des cascades, des avalanches, des précipices. Occupé à méditer, à observer, à recueillir des matériaux, à étiqueter des pierres, calme et tranquille, il ne s'apercevoit pas des dangers imminens qui l'environnoient de toute part. Les horreurs de la nature étoient pour *Dolomieu* son livre d'étude; c'est dans son désordre apparent qu'il en, recherchoit la marche constante. Son activité infatigable lassoit les hommes les plus robustes. Il enhardisoit par son exemple ses compagnons et ses guides; et, tandis que ceux-ci succomboient épuisés de fatigue, les obstacles ne faisoient que redoubler son courage et ses forces. » La gaieté ne l'abandonnoit jamais dans ses excursions : par-tout où *Dolomieu* appercevoit une fontaine, il tiroit sa tasse de cuivre, en disant : « Rendons hommage à la naïade. » Dans ce dernier voyage, le naturaliste François a fait des observations nouvelles et multipliées : il en résulte que *Humbold* s'est trompé, lorsqu'il a prétendu que toutes les couches des montagnes de l'Europe et de l'Amérique, avoient la même inclinaison. Lorsque *Dolomieu* se disposoit à publier ces Observations, la mort l'a frappé au mois de frimaire de l'an X, chez une de ses sœurs, à Drée, près de Mâcon. Quelques jours avant de mourir, il écrivoit à l'un de ses amis de Genève : « Je pars dans deux jours pour Paris : j'irai bientôt ébranler les rochers de la Saxe : et d'autres voyages doivent succéder pour chercher, quoi ? Non pas le bonheur, car je suis parfaitement heureux où je suis ; non pas les richesses, j'en ai plus qu'il ne m'en faut ; non pas la renommée, les circonstances m'en ont donné une telle que j'en suis plutôt embarrassé ; et quoi donc ? Je cours après des idées ; j'entasse des pierres qui augmenteront l'embarras et la confusion qui règnent chez moi ; et comme tous les faiseurs de collections, comme l'avare, la mort viendra me surprendre avant d'avoir fait de ce que je possède, l'usage auquel je l'ai destiné. » Cette lettre sembloit une prédiction. Les naturalistes ont appelé *Dolomie* du nom de *Dolomieu*, une pierre curieuse par sa phosphorescence. *Bruin Neergaard* a publié, en l'an X, à Paris, le *Journal* du dernier voyage de *Dolomieu* dans les Alpes, in-8.
DOLON, Troyen, extrêmement léger à la course, qui, ayant été envoyé comme espion au camp des Grecs, fut pris et tué par *Diomède* et *Ulysse*.
DOLOPS, fils de *Lampus*, de la famille de *Laomédon*, fut grièvement blessé au siège de Troie sa patrie, par un Gree nommé *Mégès*, et succomba ensuite sous les coups de *Ménelas*.
DOLUS, de la ville de Bissalte, et *Bucolus* son compatriote, ayant été faits prisonniers par les Chalcidiens, leur facilitèrent la prise de cette cité. Mais loin de les récompenser, la plus cruelle ingratitude devint le prix d'un service si important, ils condamnèrent à mort *Bucolus*. La fureur des dieux se déchaîna contr'eux, jusqu'au moment où, d'après le commandement de l'oracle, ils érigèrent à leur victime un tombeau superbe.
DOMAT ou DAUMAY, (Jean) avocat du roi au siège présidial de Clermont en Auvergne, étoit né dans cette ville en 1625. Il devint l'arbitre de sa province par son savoir, par son intégrité, par sa droiture. Les Solitaires de Port-Royal, avec lesquels il étoit beaucoup lié, prenoient ses avis, même sur les matières de théologie. *Domat* étoit à Paris durant la dernière maladie du grand Pascal. Il reçut ses derniers soupirs, et fut dépositaire d'une partie de ses papiers les plus secrets, comme il l'avoit été des sentimens de son cœur. La confusion qui régnoit dans les lois, le détermina à en faire une étude particulière. Il s'appliqua à ce travail, qui ne devoit d'abord être que pour lui, et pour ceux de ses enfans qui prendroient le parti de la robe. Quelques-uns de ses amis, auxquels il découvrit ses idées, l'engagèrent à les communiquer aux premiers magistrats. *Domat* fixé à Paris, après avoir reçu ordre de Louis XIV d'en faire part au public, montroit son ouvrage aux plus habiles jurisconsultes à mesure qu'il l'écrivoit. *D'Aguesseau*, alors conseiller d'état, lui dit, on écoutant la lecture d'un cahier où il étoit traité de l'usure: *Je savais que l'usure étoit défendue par l'Écriture et par les lois; mais je ne la savais pas contraire au droit naturel.* — Les Lois civiles, dans leur ordre naturel, parurent enfin en 1689, in-4°, chez Coignard. Elles forment 6 volumes, dans lesquels on voit, non-seulement que l'auteur possédoit l'esprit des lois, mais qu'il étoit très-capable d'y faire entrer les jeunes légistes. C'est l'objet principal de son ouvrage, et cet objet parut entièrement rement rempli. Le choix des principes, la méthode qu'il leur donne, l'art de les développer, rendent son livre-digne de servir de modèle aux hommes de génie pour la distribution et l'arrangement de leurs idées. Aucun livre peut-être n'a jamais été mieux fait dans aucune science. « J'avais comparé, dit Boileau dans une lettre à Brossette, les lois du Digeste aux dents du dragon que sema Cadmus; et dont il naissoit des gens armés, qui se tuoient les uns les autres. La lecture du livre de *Domat* m'a fait changer d'avis, et m'a fait voir, dans cette science, une raison que je n'y avais pas vue jusques-là. C'étoit un homme admirable que ce M. *Domat*!... Vous me faites trop d'honneur de mettre en parallèle un misérable faiseur de Satires avec le restaurateur de la raison dans la jurisprudence. » Les trois premiers volumes de son ouvrage in-4°, traitent des lois civiles dans leur ordre naturel, les 4$^{e}$ et 5$^{e}$, du Droit public; et le 6$^{e}$ est un choix de lois. Cet habile homme mourut pauvre à Paris le 14 mars 1696, à 70 ans. Il est triste qu'il n'ait pas joui de la fortune et des récompenses qu'il méritoit. Il avoit épousé M$^{lle}$ Blondel, dont il eut treize enfans. Fils, père, époux vertueux, il mérita les regrets de toute sa famille. La religion étoit le fondement de ses vertus. Il ordonna, par son testament, qu'il seroit enterré avec les pauvres dans le cimetière de Saint-Benoit, sa paroisse. On fit, après sa mort, une édition de son ouvrage, in-folio, 1702, à Luxembourg. L'édition la plus complète est celle de 1777, in-folio, avec un *Supplément par de Jouy*.
**DOMENICHI**, (Louis) natif de Plaisance, a donné beaucoup de Traductions en italien, d'auteurs anciens, tels que *Xénophon*, *Polybe*, *Plutarque*, *Pline* l'ancien, etc.; diverses éditions d'auteurs Italiens et quelques ouvrages de sa façon. I. *Orlando inamorato del conte Boiardo*, Venise, 1553, in-4.º II. *Le due Cortigiane*, *comedia*; Florence, 1563, in-8.º III. *Diatoghi d'amore*; Venise, 1562, in-8.º IV. *Facetie, motti e burle*; Venise, 1581, in-8.º V. *Detti e fatti notabili*, 1565, in-8.º VI. *La nobilità delle Donne*, 1551, in-8.º VII. *La Donna di corte*; Lucques, 1564, in-4.º VIII. *Rime*; Venise, 1544, in-8.º IX. *La Progne*, *trag.*; Florence, 1561, in-8.º, etc. Cet auteur laborieux mourut à Pise à 50 ans, en 1564; et selon *Ladvocat*, en 1574.—Il ne faut pas le confondre avec *Dominique DOMENICHI* théologien Vénitien, mort évêque de Bresce en 1478. Il parut avec distinction au concile de Florence, convoqué en partie pour la réunion des Grecs à l'église Romaine.
**DOMICIUS**, (Mythol.) dieu invoqué par les Romains au moment des noces, pour que l'épousée habitât assidûment dans la maison de son mari.
**DOMIDUCUS**, (Myth.) dieu qu'on invoquoit quand on conduisoit la nouvelle mariée dans la maison de son mari. C'est pour la même raison que *Junon* est aussi surnommée *Domiduca*.
**DOMINICA**, (Albia) fille du patrice *Pétrone*, et épouse de l'empereur *Valens*, étoit d'un caractère violent, et d'un esprit des plus opiniâtres. Elle persé- cuta cruellement les Catholiques, et engagea *Valens* à favoriser l'Arianisme. Quatre-vingts ecclésiastiques étant venus à la cour pour supplier l'empereur de priver un évêque Arien du siège de Constantinople, ce prince, irrité contre eux par son épouse, ne leur répondit qu'en les faisant embarquer sur un vaisseau, auquel on mit le feu en pleine mer. Après la mort de *Valens*, arrivée en 378, *Dominica* soutint le siège de Constantinople contre les Goths; et par les encouragements qu'elle donna aux troupes, ils furent chassés de devant ses murailles. On croit que cette princesse fut envoyée peu de temps après en exil; mais qu'elle obtint ensuite de l'empereur *Théodose*, la liberté de venir terminer ses jours à Constantinople. **I. DOMINICO**, *Voyez BURCHIELLO*.
**II. DOMINICO DE SANTIS**, aventurier de Venise, se mit au service d'un seigneur Indien, qui s'étant rendu à Rome, avoit embrassé le Christianisme et l'état ecclésiastique. Le pape ayant renvoyé le nouveau converti à Goa, pour y être vicaire apostolique, *Dominico* le suivit, et passa quelques années dans les Indes. Lorsqu'il fut de retour à Venise, il fit croire qu'il entendoit parfaitement le commerce de l'Asie, et engagea quelques particuliers à lui confier des marchandises, qui furent perdues par un naufrage. Ce malheur l'obligea de retourner à Goa, où il reçut 800 écus de quelques contributions charitables. Il parcourut ensuite la Perse, séjourna quelque temps à Ispahan, et passa de là en Pologne. Cet aventurier eut l'art de persuader à la cour 314 DOM de Dresde, qu'il connoissoit à fond l'état de l'Asie. Le roi le choisit pour ambassadeur auprès du roi de Perse. L'empereur suivit l'exemple du roi de Pologne; la république de Venise imita l'empereur, et ces trois puissances y firent joindre le pape, pour rendre cette ambassade plus solennelle. *Dominico* étoit aussi avare que fripon. Loin de prendre le train d'un ambassadeur de quatre grands potentats, il arriva en Perse avec un équipage si peu convenable à son caractère, qu'on le considéra moins qu'un simple envoyé. Le roi de Pologne, instruit du peu de cas que l'on faisoit de son ambassadeur, en envoya un second, capable de cette importante fonction. *Dominico*, dépouillé honteusement de son emploi, n'osa retourner en Europe par la Turquie, parce qu'il avoit eu avis qu'on l'épioit à son passage. Le premier ministre de Perse pria un ambassadeur de Russie de le recevoir à sa suite; mais le Moscovite l'ayant mené jusqu'à la Mer-Caspienne, s'en délit adroitement. Le Vénitien fut contraint de retourner à Ispahan, et de là à Goa, où les Portugais le firent embarquer pour Lisbonne. Enfin il se rendit à Venise vers l'an 1680; mais il y fut traité avec le mépris qu'il méritoit. Il s'en fallut peu que le sénat, mal satisfait de sa négociation, ne lui en témoignât son ressentiment par un châtiment sévère. Cet aventurier mourut dans l'obscurité, après avoir eu le triste plaisir de tromper plusieurs souverains et de jouer de grands roles. I. DOMINIQUE, (Saint) l'Encuirassé, ainsi appelé parce qu'il portoit une chemise de mailles de fer, qu'il n'étoit que pour se donner la discipline, habitoit un hermitage dans l'Apennin. Ce n'étoit pas seulement pour lui que *Dominique* se flagelloit; c'étoit pour expier les iniquités des autres. On croyoit alors que cent ans de pénitence pouvoient se racheter par vingt pseaumes, accompagnés de coups de fouet. Trois mille coups valoient un an de pénitence, et les 20 pseaumes faisoient trois cent mille coups, à raison de mille coups par dizaine de pseaumes. *Dominique* accomplissoit cette pénitence de cent ans en six jours. Il acquittoit ainsi les péchés du peuple; mais cette flagellation continuelle rendit sa peau aussi noire que celle d'un Nègre. On est éloigné de blâmer l'usage des pénitences de ce temps-là; mais elles occasionnèrent l'abolissement des pénitences canoniques. Le principal avantage de celles-ci étoit de détruire les mauvaises habitudes, en faisant pratiquer long-temps les vertus contraires; et non pas en faisant flageller un hermite qui n'étoit pas coupable. Un écrivain judicieux a très-bien dit à cette occasion, « que le péché n'est pas comme une dette pécuniaire, que tout autre peut payer à la décharge du débiteur, en quelque monnoie que ce soit; c'est une maladie dangereuse, qu'il faut guérir dans la personne même du malade. » *Dominique* mourut le 14 octobre 1660. Il avoit été d'abord dans le clergé séculier, et élevé à la prêtrise; mais comme ses parens avoient fait des présens à l'évêque pour l'ordination de leur fils, il crut devoir renoncer aux fonctions d'un ordre, qu'il croyoit avoir acquis par une voie illégi- D'OM time. L'auteur du trop fameux *Dictionnaire Philosophique* a confondu St. Dominique l'Encuirassé avec le suivant.
II. DOMINIQUE, (Saint) instituteur de l'ordre des Frères Précheurs, naquit à Calarvega, bourg du diocèse d'Osma, en 1170, de parens nobles et vertueux. A 14 ans, il fut envoyé à Palencia, où étoit alors la plus célèbre école de Castille. Le roi *Alphonse IX* y avoit assemblé les savans de France et d'Italie, et établi des professeurs de toutes les facultés. *Dominique* s'y distingua pendant neuf ans, par le double mérite de l'esprit et de la sagesse. Sorti de cette école, il fut fait chanoine régulier, et sous-prieur de la cathédrale d'Osma. Son évêque ayant été envoyé en France par *Alphonse*, pour accompagner la princesse promise à son fils, *Dominique* le suivit. La mort de cette princesse leur fit perdre le dessein de retourner en Espagne : ils se fixèrent en France, avec des abbés de l'ordre de Citeaux, légats du pape, pour travailler à la conversion des hérétiques Vaudois et Albigeois, dont le Languedoc étoit infecté. La mission prit dès-lors une nouvelle face. Les abbés de Citeaux ne paroissioient qu'avec des équipages de princes. *Dominique* et son évêque les engagèrent, par leurs exemples, à renvoyer leurs valets et leurs chevaux, et tout cet attirail fastueux, qui scandalisoit les hérétiques au lieu de les convertir. Le principal théâtre du zèle de *Dominique* fut la ville d'Albi, qui étoit comme la forteresse des ennemis de l'Église. Ses prédications n'ayant presque rien produit sur des cœurs endurcis, il s'adressa à la Sainte Vierge, et réclama son intercession. On croit que ce fut à cette occasion qu'il institua le *Rosaire*, où la mère de Dieu est invoquée cent cinquante fois, entre quinze répétitions du *Pater*. Les succès de *Dominique* furent bientôt plus marqués. Les premiers fruits de ses Sermons parurent à la conférence de Pamiers, l'an 1206. Le chef des Vaudois y abjura ses erreurs entre les mains de l'évêque d'Osma. *Dominique*, quoique consacré par goût aux austérités du cloître, fit souvent auprès du comte de *Montfort*, général de la Croisade contre les Albigeois, ce que *Moïse* faisoit pour *Josué*, combattant les ennemis du peuple de Dieu. Il travailla à le rendre victorieux, non-seulement par ses prières, mais par ses exhortations et l'exemple de son courage. Souvent on le vit dans les rangs de l'armée, le crucifix à la main, animant les soldats au mépris de la mort. Les travaux de *Dominique* lui méritèrent la charge d'inquisiteur en Languedoc. Il jeta les premiers fondemens de son ordre à Toulouse, approuvé en 1216 par *Honorius III*. Le saint fondateur, de concert avec ses compagnons, avoit embrassé la règle de St. *Augustin*, pour se conformer au concile de Latran contre les religions nouvelles; mais il y ajouta quelques pratiques plus austères. Les Frères Précheurs, dans leur première institution, n'étoient ni mendians, ni exempts de la juridiction des ordinaires, mais chanoines réguliers. L'année d'après la bulle d'*Honorius III*, en 1217, ils obtinrent de l'université de Paris l'église de Saint-Jacques, d'où leur est venu le nom 316 DOM de Jacobius. Dominique fut le premier général de son ordre. Cette nouvelle famille se multi-plia tellement, qu'actuellement elle est divisée en quarante-cinq provinces, dont il y en a onze en Asie, en Afrique et en Amérique, sans compter douze congrégations ou réformes particulières, gouvernées par des vicaires-généraux. Le maître du sacré palais à Rome est toujours un religieux de cet ordre. Ce fut St. Dominique qui persuada à Honorius III d'établir un Lecteur du sacré palais : office peu considérable dans le commencement; mais ceux qui en ont été pourvus depuis, ayant obtenu le titre de Maitres du sacré Palais, sont devenus des officiers de distinction. C'est sur eux que le pape se décharge des discussions qui regardent l'interprétation des Écritures et de la censure des livres. On a pris aussi pendant long-temps de cet ordre les inquisiteurs de la Foi, répandus dans différents pays. Leurs généraux mêmes les nommoient; mais actuellement, les Dominicains n'exercent cet office que dans trente-deux tribunaux d'Italie en qualité d'inquisiteurs provinciaux, délégués par la congrégation du saint-office, ou nommés par le pape. Les Dominicains ont donné à l'Église trois papes, dont le plus célèbre est Pie V, quarante-huit cardinaux, vingt-trois patriarches, quinze cents évêques, six cents archevêques, quarante-trois nonces ou légats, beaucoup de confesseurs des rois de France, d'Espagne, d'Angleterre et de Pologne. Ils ont produit des théologiens, recommandables par leur doctrine, tels que St. Thomas d'Aquin, Albert, dit le Grand, St. Raymond de Penniafort, St. Vincent Ferrier, St. Hyacinthe, St. Antonin, Louis de Grenade, etc. etc. L'ordre de St. Dominique avoit déjà fait de grands progrès à sa mort, arrivée le 6 août 1221. Il n'étoit âgé que de 51 ans; mais ses travaux et ses mortifications l'avoient vieilli. Il avoit fait élire peu auparavant, au chapitre général tenu cette année, huit provinciaux, pour gouverner ses frères répandus en Espagne, en France, en Lombardie, dans la Romagne, en Provence, en Allemagne, en Hongrie et en Angleterre. Le pape Grégoire IX, qui l'avoit connu pendant sa légation de Boulogne, le canonisa quatorze ans après sa mort, en 1235. Quoiqu'il fût mort le 6 août, (et non le 4, comme le disent quelques Dictionnaires,) sa fête fut avancée de deux jours, à cause de Notre-Dame-des-Neiges, qui est le 5, et de la Transfiguration, qui est le 6. Ceux qui voudront connoître plus particulièrement ce fondateur distingué, peuvent consulter la Vie de St. Dominique, publiée à Paris en 1739, in-4°, par le P. Touron. Voy. aussi le Bullarium ordinis Prædicatorum, Rome, 1740, 8 vol. in-folio, publiés par le P. Bremond, provincial, depuis général de l'ordre, mort en 1755, à 64 ans; et l'Année Dominicaine, ou les Vies des Saints, des Bienheureux, des Martyrs de l'ordre des Frères Prêcheurs par le P. Feuillet et Gouges, Paris 1678, in-4°, 3 volumes.
III. DOMINIQUE de San-Geminiano, célèbre jurisconsulte du quinzième siècle, composa des Commentaires sur le sixième livre des Décrétales, 1471, in- follo, et d'autres ouvrages, dans lesquels ni l'ordre ni la critique ne brillent guère.
IV. DOMINIQUE, surnommé le Grec, peintre et sculpteur, mort à Tolède, en 1625, à 77 ans, étudia son art sous le Titien, et imita parfaitement le genre de ce grand peintre. Lui-même fit bâtir une église de Religieuses à Tolède; il l'orna de ses tableaux, et en sculpta les statues. Il a publié des Traités sur les arts qu'il exerçoit avec succès. V. DOMINIQUE, Voy. BIANCOLELLI.—CASTAGNO.—et COLKANGE.
DOMINIQUIN, (Dominico ZAMPIÉRI, dit le) peintre Bolonois, naquit en 1581. Élève des Carrache, il donnoit beaucoup de temps et d'application à ce qu'il faisoit. Ses rivaux disoient que ses ouvrages étoient comme labourés à la charrue. Antoine Carrache même le comparoit à un bœuf. Annibal Carrache, qui voyoit sous cette lenteur d'esprit apparente, de grands talens, répondit que ce bœuf traceroit si bien son sillon, qu'il fertiliseroit le champ de la peinture. Ses envieux, fâchés de voir cette prophétie s'accomplir, semèrent sa vie de chagrins. Ayant été appelé à Naples pour peindre la grande Chapelle de St-Janvier, la cabale des barbouilleurs Napolitains lui suscita tant de traverses, qu'il prit la fuite. Les directeurs de l'église, indignés contre ses ennemis, le rappelèrent. Mais ses jaloux corrompirent ceux qui le secondoient dans son travail, afin qu'il ne répondit point à ce qu'on attendoit de son génie. Tant de contrariétés, causées par de lâches envieux, minèrent sa santé. On prétend même qu'ils avancèrent sa mort par le poison, le 15 avril 1641, à 60 ans. Le Dominiquin étoit modeste, retiré, croyant par-là désarmer l'envie, dont il connoissoit toute la fureur et tous les artifices. Un jour qu'on lui annonça que des peintres avoient vanté quelques-unes de ses figures, il en témoigna un véritable chagrin: J'ai bien peur, dit-il, qu'il ne soit échappé à mon pinceau quelque mauvais trait qui ait plu à ces ignorans. Le Poussin disoit, qu'il ne connoissoit point d'autre peintre que lui pour l'expression. Le Dominiquin répondoit à ceux qui lui reprochoient de mettre trop de temps à ses tableaux: J'ai un maître difficile à contenter; c'est moi-même. Le même Poussin regardoit la Transfiguration de Raphael, la Descente de Croix de Daniel de Volterre, et le St. Jérôme du Dominiquin, comme les trois chefs-d'œuvre de peinture de Rome. Cependant, il n'eut pour cet ouvrage admirable que cinquante écus. Mais ce tableau le lit connoître à Grégoire XV, qui auroit assuré sa fortune, si son pontificat n'avoit pas été si court. Cet illustre maître excelloit surtout dans l'art d'exprimer les différentes passions. Ses attitudes sont bien choisies; ses airs de tête sont d'une simplicité et d'une variété admirables. Son pinceau ne manquoit pas de noblesse, et n'avoit pas assez de légèreté. Ses plus beaux tableaux sont à Naples, à Rome et aux environs. On distingue parmi eux les angles du dome de Saint-André à Rome, le portement de Croix, la Madone du Rosaire, David, Adam et Eve. Ces deux derniers tableaux sont dans la collection nationale de France. 318 DOM
DOMINIS, (Marc-Antoine de) ex-jésuite, étoit de la famille du pape Grégoire X. Ayant passé vingt ans dans la Société de Jésus, où il s'étoit distingué dans tous ses emplois, il fut tenté de devenir évêque, et il succomba à la tentation. L'empereur Rodolphe demanda pour lui l'évêché de Segni, et l'obtint. Diverses querelles qu'il eut avec ses diocésains, l'obligèrent de solliciter l'archevêché de Spalatro, capitale de la Dalmatie, où il fut un peu plus tranquille. N'ayant point d'affaires au-de-dans, il s'en fit au-dehors. Il écrivit, en faveur des Vénitiens ses bienfaiteurs, contre le pape Paul V. L'inquisition censura ses écrits. Le ressentiment que lui inspira cette condamnation, les caresses des Protestans, et l'espérance d'un grand repos et de la liberté, l'attirèrent en Angleterre en 1616. Ce voyage étoit, à ce qu'il disoit, pour travailler à la réunion des religions; mais réellement pour habiter un pays où il pût faire imprimer ses ouvrages, sans craindre les poursuites des inquisiteurs. Il prêcha et écrivit contre la religion Catholique, et fut fait doyen de Windsor. Pendant son séjour en Angleterre, il publia l'Histoire du Concile de Trente, par Fra-Paolo, qui avoit à peu près les mêmes sentimens que lui. Cet archevêque ne fut pas inutile au roi Jacques I, dont la passion dominante étoit celle de paroître docteur. Au milieu des témoignages d'amitié, de respect et d'estime, dont le roi et le clergé Anglois le combloient, il sentit des remords. Ils augmentèrent, lorsque sa présomption, sa vanité et son avarice, qu'il avoit cachées d'abord, et qu'il déve- loopa trop ensuite, lui eurent fait perdre tout crédit en Angleterre. Grégoire XV, son ami et son condisciple, en ayant été averti, lui fit dire par l'ambassadeur d'Espagne qu'il pouvoit revenir à Rome, sans aucune crainte. Dominis, avant de partir, voulut signaler son retour à la foi de l'Église, par une action d'éclat, propre à réparer le scandale de sa désertion. Il monta en chaire à Londres, et rétracta tout ce qu'il avoit dit ou écrit contre l'Église. Jacques I, irrité de ce coup d'éclat, lui ordonna de sortir de ses états sous trois jours. L'archevêque, arrivé à Rome, abjura publiquement ses erreurs, et demanda pardon, dans un consistoire public, de son apostasie. Son humeur inconstante et bizarre ne lui permit pas de jouir en paix des charmes de son nouveau séjour. Des lettres interceptées, firent juger qu'il se repentoit de sa conversion dès 1623, c'est-à-dire, six mois après son retour. Urbain VIII le fit enfermer au château St-Ange, où il mourut de poison, selon quelques historiens, en 1625, à 64 ans. On a de lui: I. Un grand traité De Républica Ecclesiastica, en 3 vol. in-folio, Londres, 1617 et 1620; Francfort, 1658, censuré le 15 décembre 1627, par la faculté de théologie de Paris. Sous prétexte de donner des moyens de concilier les Protestans avec les Catholiques, il avança plusieurs propositions favorables à ceux-là. Les principales étoient: «Que l'Église, sous le pontife Romain, n'est plus l'Église, mais un état humain, sous la monarchie temporelle du pape; que l'Église n'a point une puissance coactive, ni de contrainte extérieure; que les prêtres n'offrent point, à proprement parler, le sacrifice de J. C., mais qu'ils en célèbrent seulement la commémoraison; que l'inégalité de puissance entre les Apôtres, est une invention humaine, qui n'a aucun fondement dans l'Évangile; que le Saint-Esprit est le véritable vicaire de JÉSUS-CHRIST en terre; que Jean Hus avoit été mal condamné par le concile de Constance; que J. C. a promis son Saint-Esprit à toute l'Église, sans l'attacher aux prêtres ou aux évêques, et sans en excepter les laïques; que les évêques succèdent, chacun en son particulier, à la puissance universelle; que l'ordre n'est pas un sacrement; que l'Église Romaine, à cause de la dignité de sa ville, est la première des Églises en excellence, et non en juridiction; que les ministres de l'Église ne sont pas obligés au célibat; que le vœu solennel des moines n'a point d'effet au-delà du vœu simple; que la papauté est une fiction des hommes, etc. » Le traité de Dominis fut brûlé avec le corps de son auteur au champ de Flore, par sentence de l'inquisition. Voy. VI. MARIUS. II. De radiis visus et lucis in vitris perspectivis et Iride, Tractatus; à Venise, 1611, in-4.º Jusqu'à lui, l'arc-en-ciel avoit paru un prodige presque inexplicable: Dominis fut le premier qui développa avec sagacité la raison des couleurs de ce phénomène. Il parle, dans son traité, des lunettes à longue vue, dont l'invention étoit alors très-nouvelle. Il mêla quelques erreurs à la vérité qu'il avoit trouvée; mais Descartes, qui le suivit, le roctifia et le surpassa.
DOMITIA-LONGINA, fille du célèbre Corbulon, général sous Néron, femme de Domitien, se diffama par ses débauches, dont elle faisoit gloire. Elle avoit été mariée d'abord à Lucius Ælius Lamia, auquel Domitien l'enleva. Son commerce avec le comédien Pâris, et ses autres désordres ayant éclaté, l'empereur la répudia; mais il ne put s'empêcher de la reprendre peu de temps après. Domitia, lasse de son époux, entra dans la conjuration de Parthénius et d'Étienne, dans laquelle Domitien perdit la vie. Ce fut ainsi qu'elle s'affranchit de la crainte où elle étoit tous les jours qu'il ne la sacrifiât à son ressentiment et à sa jalousie. On l'avoit acousée d'inceste avec l'empereur Tite, son beau-frère; elle s'en purgea par serment, et l'effronterie avec laquelle elle avouoit ses autres crimes, la rendit croyable en cette occasion. Domitia mourut sous Trajan. Elle avoit une beauté parfaite, des manières engageantes, une grande envie de plaire, un esprit élevé et capable de tout entreprendre. Elle eut un fils de Domitien, qui mourut jeune, et qui fut mis au rang des Dieux. I. DOMITIEN, (Titus Flavius Domitianus) frère de Tite, fils de Vespasien et de Flavia Domitilla, né le 24 octobre l'an 51 de J. C., se fit proclamer empereur l'an 81, sans attendre que Tite fût mort; mais il s'en défit bientôt par le poison, suivant quelques auteurs. Son avènement à l'empire promit d'abord des jours sereins au peuple Romain. Il affecta d'être doux, libéral, modéré, désintéressé, ami de la justice, ennemi de la chicane, des délateurs et des satiriques. Il rétablit les bibliothèques 310 DOM consumées par le feu, et fit venir de divers lieux, particulièrement d'Alexandrie, des exemplaires de plusieurs livres. Il embellit Rome de quelques beaux édifices. Ces commencements heureux finirent par des cruautés inouïes. Il versa le sang des Chrétiens, et voulut en abolir le nom. Il fit enterrer toute vivante Cornélie, la première des Vestales, sous prétexte d'incontinence. Ce ne fut certainement pas par vertu qu'il fit porter un tel jugement; car il vécut long-temps avec sa propre nièce, comme avec sa femme légitime. Non content de se souiller par cet horrible inceste, il se rendit infame par des amours contre nature. Rien n'égaloit sa lubricité, si ce n'étoit son orgueil. Il voulut qu'on lui donnât les noms de Dieu et de Seigneur dans toutes les requêtes qu'on lui présenteroit. Les savans et les gens-de-lettres furent persécutés à leur tour: les historiens sur-tout, parce qu'ils sont les justes dispensateurs de la gloire auprès de la postérité. Ce monstre, troublé par les remords de ses crimes, et par les différentes prédictions des astrologues, étoit dans des transes continuelles. Ses appréhensions lui firent imaginer d'environner la galerie de son palais, sur laquelle il se promenoit ordinairement, de pierres polies, qui renvoyoient l'image à peu près comme un miroir, afin que la réflexion de la lumière lui découvrit si personne ne le suivoit. Pline le jeune peint éloquemment la vie farouche et solitaire qu'il menoit: « Enfermé dans son palais comme une bête féroce dans son antre, tantôt s'y abreuvant, pour ainsi dire, du sang de ses proches, tantôt méditant la mort des plus illustres citoyens, et s'élançant au dehors pour le car- nage. L'horreur et la menace gardoient les portes du palais; et l'on trembloit également d'être admis et d'être exclus. On n'osoit approcher, on n'osoit même adresser la parole à un prince toujours caché dans l'ombre et fuyant les regards, et qui ne sortoit de sa profonde solitude que pour faire de Rome un désert. Cependant, dans ces murs même, et dans ces retraites profondes auxquelles il avoit confié sa sureté, il enferma avec lui un Dieu vengeur des crimes. » En effet, toutes les précautions de Domitien ne lui servirent de rien. Il fut assassiné le 18 septembre de l'an 96 de J. C., par Etienne, affranchi de sa femme Domitia Longina, étant âgé de 45 ans, après en avoir régné quinze et cinq jours. Le sénat le priva de tous les honneurs après sa mort, et même de la sépulture. Il avoit autrefois convoqué ce corps illustre, pour décider dans quel vase il devoit faire cuire un turbot. Une autre fois, il l'assiégea dans les formes, et le fit environner de soldats. Ayant invité à manger, un autre jour, les principaux sénateurs, il les fit conduire en cérémonie dans une grande salle tendue de noir, et éclairée de quelques flambeaux funèbres, qui ne servoient qu'à laisser voir différents cercueils, sur lesquels on lisoit les noms des convives. On vit au même instant, entrer dans la salle des hommes tout nus, aussi noirs que la tapisserie, tenant une épée d'une main, et une torche allumée de l'autre. Ces espèces de furies, après avoir quelque temps épouvanté les sénateurs, leur ouvrirent la porte. Domitien mêlait à ces scènes horribles des scènes ridicules. Il restoit des jours entiers dans son cabinet, occupé à prendre des mouches mouches avec un poinçon fort aigu. On demanda à un plaisant si l'Empereur étoit seul. — Si bien seul, répondit-il, qu'il n'y a pas même une mouche. Voyez aussi l'art. ASCLÉTARION. Il faut convenir que Domitien n'étoit ni aussi fou, ni aussi déréglé, que Caligula et Néron. Tillemont dit qu'il avoit plus de ressemblance avec Tibère par son humeur sombre, par sa méchanceté réfléchie, par une politique aussi artificieuse que cruelle. Au milieu de toutes ses extravagances, il eut l'intention de maintenir la justice dans son empire. Il étoit grand, bien fait; son visage annonçoit la modestie, et il rougissoit très-aisément. Il s'en faisoit honneur, et dans un discours au sénat, il s'en vanta en ces termes: « Jusqu'ici, Messieurs, vous avez approuvé mes sentimens, et la pudeur qui règne sur mon visage. » Mais l'intérieur démentoit bien cette modestie apparente. La rougeur habituelle de son visage étoit en lui, dit Tacite, un préservatif contre la honte, qui n'avoit plus de signe par où se manifester. Il devint chauve de bonne heure, et il en étoit très-mortifié: il s'offensoit même si l'on en faisoit devant lui le reproche à un autre, soit par raillerie, soit sérieusement. C'est pour cela que Juvenal, voulant le désigner d'une façon injurieuse et piquante, l'appelle Néron le Chauve. Néanmoins Domitien, dans un petit écrit qu'il composa sur le soin que demandent les cheveux, et qu'il adressa à un ami chauve comme lui, le consoloit et se consoloit lui-même avec assez de courage sur leur commune disgrace. « Ne voyez-vous pas, lui disoit-il en s'appliquant les paroles d'Achille dans Homère, combien je suis avantagé du côté de la figure et de la taille? cependant mes cheveux éprouvent le même sort que les vôtres, et je supporte, avec constance, le désagrément de voir ma chevelure vieillir pendant que je suis encore jeune. C'est une leçon qui nous apprend, que rien n'est plus agréable ni de plus courte durée que tout ce qui sert à l'ornement. » On voit, par ce morceau, qui ne manque ni de goût, ni d'élégance, que Domitien étoit capable de bien écrire et de bien parler, s'il eût voulu s'en donner la peine. Il avoit d'abord paru aimer la littérature: mais il la négligea tellement ensuite, que, contre l'usage des premiers Césars, il se servoit de la plume d'autrui pour écrire ses ordonnances, ses harangues, et même ses lettres. Il ne lisoit que les Mémoires de Tibère, pour y étudier les maximes de la tyrannie. C'est le dernier des douze empereurs qu'on appelle Césars.
II. DOMITIEN, (Domitius Domitianus) général de l'empereur Dioclétien en Égypte, prit la pourpre impériale dans Alexandrie, vers l'an 288. Il se soutint pendant environ deux ans, et remporta même quelques victoires. On ignore quelle fut sa fin; il y a apparence qu'elle fut tragique. Ses médailles le représentent âgé d'environ 40 ans, avec une physionomie grave et des traits réguliers.
DOMITILLE, (Flavia Domitilla) fille de Flavius Liberalis, greffier des finances, plut à Vespasien, qui l'épousa au commencement de l'an 40 de J. C. Elle mit Titus au monde vers la fin de décembre de la même année, et onze ans après, elle fut mère de Domitien. Les historiens parlent d'elle avec éloge. — Il ne faut 322 DOM pas la confondre avec *FLAVIE DOMITILLE*, épouse du consul *Flavius Clemens*, et nièce de *Domitien*. Elle étoit Chrétienne, aussi bien que son mari. Ils furent tous deux accusés : *Flavius* fut mis à mort par ordre de l'empereur, et sa femme reléguée dans l'isle Pandataire. L'histoire ne nous apprend rien de plus sur *Domitille*; et tout ce qu'on y ajoute est tiré d'actes apocryphes. **I. DOMITIUS**, (*Mythol.*) Dieu que les Païens invoquaient dans les mariages, pour que la nouvelle mariée prit soin de la maison.
**II. DOMITIUS ÆNOBARBUS**, (*Cneius*) consul Romain l'an 96 avant J.C., eut le commandement de la Gaule Transalpine, où il fut envoyé pour appaiser les troubles qui s'y étoient élevés. *Bituit*, roi ou chef des Auvergnats, qui étendoient alors leur domination depuis Narbonne jusqu'aux confins de Marseille, et depuis les Pyrénées jusqu'à l'Océan et au Rhin, ayant passé le Rhône avec une puissante armée, *Domitius* marcha contre lui. Les troupes s'étant rencontrées au confluent de la rivière de Sorgue dans le Rhône, en vinrent aux mains. *Domitius* fut victorieux : vingt mille hommes des troupes de *Bituit* furent taillés en pièces; trois mille furent faits prisonniers. La frayeur que causa aux Gaulois la vue des éléphans, contribua beaucoup à leur défaite. Le vainqueur fit dresser un monument de sa victoire à l'endroit où il l'avoit remportée. Quelques auteurs prétendent que ce trophée fut érigé dans Carpentras, où l'on voit encore aujourd'hui une tour carrée, sur les flancs de laquelle paroissent des captifs enchaînés. *Domitius* étoit plein d'orgueil et d'ambition. On remarque qu'il se faisoit porter, comme en triomphe, sur un éléphant dans toute la province Romaine. Ce fut lui qui soumit l'Occitanie, ou le Languedoc, à la république. Le nom d'ÆNOBARBUS qu'il portoit, étoit le surnom de sa famille à Rome; ce mot signifie proprement *barbe de cuivre*, et ce sobriquet fut donné à quelqu'un de la famille qui avoit la barbe d'un roux tirant sur le rouge. Mais, pour y mettre du merveilleux, on débitoit à Rome que *Castor* et *Pollux* étant venus annoncer une victoire à un certain *C. Domitius*, il ne voulut point les croire; l'un d'eux, pour l'en convaincre, lui passa la main sur les joues et sur le menton, et sa barbe, de noire qu'elle étoit auparavant, devint rousse dans le moment.
**III. DOMITIUS**, *Voyez AFER.*
**IV. DOMITIUS**, grammairien qui florissoit sous *Adrien*. C'étoit un homme vertueux, mais chagrin. Il souhaitoit que les hommes perdissent le don de la parole, afin que leurs vices ne pussent pas se communiquer... *Voyez II. DOMITIEN*; et l'article CÉSAR, vers le milieu.
**DOMNA JULIA**, *Voyez JULIA.* **I. DOMNE I**, ou
**DOMNUS**, Romain, élu pape après la mort de *Dieu-donné*, le 2 novembre 676, mourut le 11 avril 678. *Anastase* parle d'une comète qui parut pendant trois mois sous son pontificat. Il mit fin au schisme de l'église de Ravenne, qui se prétendoit exempte de la juridiction du saint-siège.
II. DOMNE II. Romain, succéda à *Benott VI*, le 20 septembre 972. On ignore le temps précis de sa mort, qui arriva avant le 25 décembre 974.
DOMNINE (Sainte), fuyant les persécuteurs du culte chrétien avec ses deux filles, se trouva arrêtée par une rivière : les soldats alloient l'atteindre, lorsqu'elle se précipita avec ses enfans dans les ondes où elle périt; préférant ainsi une mort volontaire au danger de perdre sa foi ou l'honneur.
DONADO, (Adrien) carme déchaussé, mort à Cordoue en 1630, se distingua par ses talens dans la peinture. On voit plusieurs de ses ouvrages dans sa patrie, entre autres un *Crucifiement* et une *Magdelaine pénitente*, que l'on croiroit du *Titien*. *Donado* avoit autant de modestie que de perfection dans son art. Il étoit toujours tenté d'effacer ce qu'il venoit de faire; et si ses amis ne lui eussent enlevé ses tableaux, il n'en auroit conservé aucun. I. DONAT, (Ælius) grammairien de Rome au 4$^{e}$ siècle, et un des précepteurs de *St. Jérôme*, écrivit des *Commentaires* sur *Térence* et sur *Virgile*, qui sont perdus; ceux qui portent le nom de cet auteur, sont supposés. On attribue le *Commentaire sur Térence* à *Evanthius*. On a de *Donat* un Traité *De Barbarismo et octo partibus orationis*, que *Cassiodore* avoit déclaré être le plus propre à faciliter les études des commençans; aussi, cette grammaire eut-elle le plus grand cours dans les écoles anciennes. Elle fut l'un des premiers livres qui sortirent des presses de *Guttemberg*, inventeur de l'art typographique, qui l'imprima en caractères fixes, sur des tables de bois. On voit à la bibliothèque nationale deux planches qui ont servi à cette impression, et qui ont été acquises à la vente de la bibliothèque de la *Vallière*.
II. DONAT, évêque de Casenoire en Numidie, est regardé comme le premier auteur du schisme des Donatistes. Ce schisme, qui affligea long-temps l'Eglise, commença l'an 311. *Cécilien* ayant été élu pour succéder à *Mensurius* dans la chaire épiscopale de Carthage, son élection fut traversée par une brigue puissante, qu'avoient formée une femme nommée *Lucile*, et deux prêtres, *Brotus* et *Celestius*, qui avoient eux-mêmes prétendu au siège contesté. Ils firent élire *Majorin*, sous prétexte que l'ordination de *Cécilien* étoit nulle, ayant, disoient-ils, été faite par *Felix* évêque d'Aptonge, qu'ils accusèrent d'être traditeur; c'est-à-dire d'avoir livré aux Païens les livres et les vases sacrés pendant la persécution. Les évêques d'Afrique se partagèrent pour et contre. *Donat* se fit le chef des partisans de *Majorin*. Cependant la contestation ayant été portée devant l'empereur, il en remit le jugement à trois évêques des Gaules, *Maternus* de Cologne, *Reticius* d'Autun, et *Marin* d'Arles, conjointement avec le pape *Miltiade*. Ces prélats, dans un concile tenu à Rome en 313, composé de quinze évêques d'Italie, et dans lequel comparurent *Cécilien* et *Donat*, chacun avec dix évêques de leur parti, décidèrent en faveur de *Cécilien*; mais la division ayant bientôt recommencé, les *Donatistes* furent de nouveau condamnés par le concile d'Arles en 314; et enfin par un édit de *Constantin*, du mois de novembre 316. *Donat*, qui étoit retourné en Afrique, y reçut la sentence de déposition et d'excommunication prononcée contre lui par le pape *Miltiade*: *Voyez l'article suivant*.
III. DONAT, évêque schismatique de Carthage, différent du précédent, mais du même parti, et même chef de ce parti, après la mort de *Majorin*, auquel il succéda vers l'an 316. C'étoit un homme habile, éloquent, savant, de bonnes mœurs: mais d'un orgueil si insupportable, qu'il mettoit tout le monde au-dessous de lui. Il confirma le schisme en Afrique, tant par son autorité que par ses écrits. Certains furieux de sa secte, qui se disoient défenseurs de la justice, marchoient les armes à la main, mettant en liberté les esclaves, et obligeant les créanciers à décharger leurs débiteurs. On envoya contr'eux des soldats, qui en tuèrent plusieurs; mais qui, en faisant des martyrs dans l'esprit des Donatistes, firent de nouveaux fanatiques. Ces sectaires, condamnés par différens conciles, furent confondus dans la célèbre conférence tenue à Carthage, l'an 411, entre les évêques Catholiques et les Donatistes. *St. Augustin*, chargé de parler pour les Catholiques, discuta à fond toutes les questions. Les 286 évêques, qui composoient cette assemblée, offrirent, à sa persuasion, de quitter leurs sièges en faveur des évêques Donatistes qui se seroient réunis, si le peuple Catholique paroissoit souffrir avec peine qu'il y eût deux chefs assis sur le même siège. L'éloquence de *St. Augustin*, jointe à la générosité de ces prélats, ne put éteindre entièrement ce malheureux schisme, dont les partisans avoient adopté un grand nombre d'erreurs. Ils soutenoient « que la véritable église avoit péri par-tout, excepté dans le parti qu'ils avoient en Afrique, et regardoient toutes les autres églises comme prostituées, et dans l'aveuglement. Ils prétendoient que le baptême et les autres sacremens conférés hors de l'église, c'est-à-dire, hors de leur secte, étoient nuls; en conséquence ils rebaptisoient tous ceux qui, sortant de l'église catholique, entroient dans leur parti. » Ils assujettissoient les évêques, les femmes, les enfans à une pénitence publique, avant de les admettre à leur communion. S'ils obtenoient une église occupée par les Catholiques, ils la purifioient avec autant de soin qu'un temple des païens. On lavoit le pavé, on grattoit les murs, et l'on brûloit l'autel ordinairement construit en bois. On fondoit les vases sacrés, et les hosties étoient jetées avec horreur et avec mépris. Enfin, ils n'omettoient aucune des cérémonies ignominieuses, qui devoient enflammer et perpétuer l'animosité des factions religieuses. Malgré cette aversion irréconciliable, les Donatistes, répandus dans toutes les villes de l'Afrique, se rencontroient souvent avec les Catholiques, et se trouvoient confondus ensemble dans la société. Ils conservoient le même extérieur qu'eux, le même langage, et à peu près le même zèle, le même culte et la même doctrine. Proscrits par les chefs de l'église et du gouvernement, ils avoient pourtant la supériorité du nombre dans quel- unes provinces, et sur-tout en Numidie. Pour répandre leur secte, ils employèrent contre les Catholiques tous les moyens possibles: ruses, insinuations, écrits captieux, violences ouvertes, cruautés, persécutions. Ce schisme formidable à l'église, par le grand nombre d'évêques qui le soutenaient, eût peut-être subsisté plus long-temps, si les Donatistes ne se fussent d'abord divisés eux-mêmes en plusieurs petites branches, connues sous le nom de Claudianistes, Rogatistes, Urbanistes; et enfin par le schisme qui s'éleva entre eux à l'occasion de la double élection de Priscien et de Maximien pour leur évêque, vers l'an 392 ou 393; ce qui fit donner aux uns le nom de Priscianistes, et aux autres celui de Maximianistes. Ils subsistèrent en Afrique jusqu'à la conquête qu'en firent les Vandales, et l'on en trouve aussi quelques restes dans l'Histoire ecclésiastique des 6 et 7e siècles. Quelques auteurs ont accusé les Donatistes d'avoir adopté les erreurs des Ariens, parce que Donat leur chef y avoit été attaché; mais St. Augustin les disculpe. Il convient cependant que quelques-uns d'entre eux, pour se concilier les bonnes graces des Goths, qui étoient Ariens, leur disoient qu'ils étoient dans les mêmes sentimens qu'eux sur la Trinité; mais en cela même, ils étoient convaincus de dissimulation, par l'autorité de leurs ancêtres; Donat leur chef n'ayant pas été Arien. Les Donatistes sont encore connus dans l'Histoire ecclésiastique, sous les noms de Circoncelliones, Montenses, Campitæ, Ruptæ; dont le premier leur fut donné à cause de leurs brigandages; et les trois autres, parce qu'ils tenoient à Rome leurs assemblées dans une caverne, sous des rochers, ou en pleine campagne. Donat, l'objet de cet article, et à l'occasion duquel nous avons parlé des Donatistes, étoit mort en exil l'an 355. Les meilleurs historiens qui ont parlé de ces schismatiques, sont Tillemont, Mémoires ecclésiastiques, tom. 6e, et Dupin, dans son édition d'Optat de Milève, qu'il a enrichie de notes curieuses, d'actes authentiques, et d'un abrégé exact de toute cette controverse. I. DONATO, architecte-sculpteur, natif de Florence, florissoit dans le 16e siècle. Il fut choisi par la république de Venise, pour ériger à Padoue la statue équestre de bronze que cet état décerna à Gataumellata, général des armées Vénitiennes. Cosme de Médicis l'employa à plusieurs ouvrages non moins importants. Il fit aussi pour le sénat de sa patrie une Judith coupant la tête d'Holopherne, qu'il regardoit comme son chef-d'œuvre.
II. DONATO, (Alexandre) Jésuite de Sienne, mort à Rome en 1640, fit paroître dans cette ville en 1639, in-4°, une Description de Rome ancienne et nouvelle, Roma vetus et recens. Elle est beaucoup plus exacte et mieux travaillée que toutes celles qui avoient paru avant lui. Gravius lui a donné une place dans le 3e volume de ses Antiquités Romaines. On a encore de lui des Poésies, Cologne 1730, in-8°, et d'autres ouvrages.
III. DONATO, (Jérôme) natif de Venise, étoit habile dans les belles-lettres et dans les langues; il commandoit dans 326 DON Bresce en 1496, et dans Ferrare en 1498. Il fut nommé ambassadeur, en 1510, auprès de Jules II, qu'il réconcilia avec la république de Venise. Il mourut à Rome en 1513. Il étoit bon politique. On a de lui : I. Cinq Lettres remplies d'esprit, et imprimées avec celles de Politien et de Pic de la Mirande, 1682. II. La Traduction latine d'un Traité d'Alexandre d'Aphrodizée, en grec. III. Une Apologie pour la Primauté de l'Eglise Romaine, 1525.—Voyez un de ses bons mots, à l'article de CONSANTIN, n° III.
IV. DONATO, (Marcel) comte de Pouzane, et chevalier de Saint-Etienne de Florence, eut des emplois considérables à Mantone, et mourut au commencement du 17e siècle. On a de lui des Scholies sur les Ecrivains Latins de l'Histoire Romaine, à Francfort, 1607, in-8°; ouvrage où il y a de l'érudition.
DONDASCH, (Mythol.) géant que les Orientaux font contemporain de Seth. Il combattoit toujours nu, sans armes et n'employant que la force de son bras.
DONDUS ou DE DONDIS, (Jacques) célèbre médecin de Padone, surnommé Aggrégator, à cause du grand amas de remèdes qu'il avoit fait, n'étoit pas moins versé dans les mathématiques que dans la médecine. Il inventa une horloge d'une construction nouvelle. On y voyoit non-seulement les heures du jour et de la nuit, les jours du mois, et les fêtes de l'année, mais aussi le cours annuel du soleil et celui de la lune. Le succès de cette invention le fit ap- peler Jacques de l'Horloge, nom qui s'est toujours conservé depuis dans sa famille. Ce fut encore Dondus, qui trouva le premier le secret de faire du sel avec l'eau de la fontaine d'Albano dans le Padouan. Il mourut en 1350, laissant quelques ouvrages de physique et de médecine. On a de lui, seul, Promptuarium Medicinæ, à Venise, 1481, in-fol.; et en société avec Jean de Dondis, son fils, De fontibus calidis Patavini agri, dans un traité De Balneis, Venise, 1553, in-fol.
DONDUCCI, Voyez MASTELLETA.
DONEAU, (Hugue) Donellus, de Châlons-sur-Saône, professeur en droit à Bourges et à Orléans, fut sauvé par ses disciples du massacre de la Saint-Barthélemi. Son attachement au Calvinisme l'ayant obligé de passer en Allemagne, il y professa la jurisprudence avec le même succès qu'en France, et mourut à Altorf en 1591, à 64 ans. Ce jurisconsulte excella dans la belle littérature et dans la jurisprudence. Il méla avec art l'utile et l'agréable dans ses ouvrages. On les a recueillis sous le titre de Commentaria de Jure civili, cinq vol. in-fol., réimprimés à Lucques en 12 vol. in-fol., dont le dernier a paru en 1770. On a encore de lui : Opera posthuma, in-8°. Ce qu'il a laissé de plus estimable, est ce qu'il composa sur les matières des Testamens et des dernières volontés : on prétend qu'il a traité ce sujet avec autant de netteté que de savoir. On ne peut lui pardonner sa basse jalousie contre Cujas, dont il ne parloit jamais qu'avec mépris.
**DONI**, (Antoine-François) Florentin, fut d'abord Servite, et ensuite prêtre séculier : Il mourut en 1574, à 61 ans. Il étoit de l'académie des *Peregrini*, et y prit le nom académique de *Bizzaro*, parfaitement convenable à son caractère qui étoit satirique et mordant. On a de lui des *Lettres* italiennes, in-8.º *La Libraria*, 1557, in-8.º *La Zucca*, 1565, quatre parties, in-8.º, figures. *I Mondi celesti, terestri ed infernali*, in-4.º : il y en a une ancienne traduction françoise. *I marmi, cioè Raggio-namenti fatti ai marmi di Fiorenza*, Venise 1552, in-4.º
**DONI** d'ATTICHI, (Louis) d'une famille noble, originaire de Florence, se fit Minime. Le cardinal de *Richelieu*, qui l'avoit connu pendant sa retraite à Avignon, avoit été touché de sa modestie et de son savoir. Il lui fit donner l'évêché de Riez, diocèse où il fit beaucoup de bien. Il passa du siège de Riez à celui d'Antun, et mourut en 1664, à 68 ans. Il a donné : I. Une *Histoire des Minimes*, in-4.º II. *La Vie de la reine Jeanne*, fondatrice des Annonciades, in-8.º III. *Celle du Cardinal de Bérulle*, en latin, in-8.º IV. *L'Histoire des Cardinaux*, en latin, 1660, 2 vol. in-fol., etc. Ses ouvrages latins sont d'un style plus supportable que les françois, dont la diction a vieilli, et n'a d'ailleurs jamais été fort élégante.
**DONINDA**, (Mythol) divinité Celtique, dont le nom seul n'est venu jusqu'à nous que par la découverte d'une inscription, aux environs du lac de Genève et près de Lausanne.
**DONNE**, (Jean) né à Londres en 1573, d'un riche mar- chand, voyagea dans une partie de l'Europe, et se fit aimer dans sa patrie par des productions pleines d'esprit et de graces. Il fit tour-à-tour des *Poésies galantes*, et des *Satires* de son siècle. Les biens et les honneurs furent les récompenses de ses talens. Il fut fait doyen de Saint-Paul. Ce bénéfice lui donna le moyen de se livrer à son caractère généreux. Il étoit marié ; et lorsque son beau-père vint pour lui payer le quartier de sa pension, non-seulement il le refusa, mais il lui rendit le contrat qu'il lui avoit fait. *Donne* mourut le 31 mars 1631 à 57 ans. Ce poète étoit aussi controversiste, prédicateur et écrivain ascétique. On a de lui des ouvrages dans tous ces genres. Les plus connus sont I. Des *Satires*, imitées d'*Horace*, 1633, in-4.º II. Un livre de controverse intitulé : *PSEUDO-MARTYR*, 1613, in-4.º L'auteur le composa par ordre de *Jacques I*, pour servir de réponse aux objections de l'église Romaine contre le serment de suprématie et de fidélité. III. *BIOTHANATHOS*, ouvrage où l'on fait voir, que l'homicide de soi-même n'est pas tellement un péché, qu'en certaines occasions il ne puisse être permis ; en anglois, Londres, 1648, in-4.º *Ibid.* 1664, in-4.º Ce livre est une espèce d'apologie du suicide. L'auteur cite, pour appuyer ses dangereuses idées, l'exemple d'un grand nombre de héros païens, ensuite celui de quelques saints de l'ancien testament, d'une foule de martyrs, de confesseurs, de pénitens, etc. *Jésus-CHRIST* même est amené en preuve de son système. Ce livre fut funeste à beaucoup de ses compatriotes, qui se livrant dit *Nicéron*, à la mélancolie trop 328 DOP ordinaire de la nation, trouvèrent ses raisons assez bonnes pour se donner la mort. Jean Watton publia la Vie de Donne, en anglois, Londres 1658, in-12. Voyez-en un extrait dans les Mémoires de Niceron, tom. VIII.
DONNER, (Raphaël) sculpteur Allemand, mort à Vienne, en 1740, a décoré une place de cette ville de la belle fontaine qu'on y admire. On lui doit encore la statue de l'empereur Charles VI, qu'on voit à Breitenfurt. C'est un ouvrage achevé.
DONOSO, (Joseph) peintre et architecte Espagnol, né à Consuégra, et mort à Madrid en 1686, s'est distingué particulièrement dans la peinture à fresque. On admire sur-tout une Cène dans l'église de Saint-Juste. Donoso a écrit en espagnol des traités d'architecture et de perspective, qui sont estimés.
DONZELLA, (Pierre) fut libraire à Grenade, en 1541, et a célébré les louanges de St. Jean de Dieu. Il devroit être le patron des libraires, puisque c'est le seul d'entre eux qui ait été canonisé.
DOPPEL-MAIER, (Jean-Gabriel) né à Nuremberg en 1677, quitta l'étude du droit auquel ses parens l'avoient destiné, pour les mathématiques, science pour laquelle la nature lui avoit donné un grand talent. Il les professa dans sa patrie, après s'être perfectionné dans des voyages qu'il fit en Hollande et en Angleterre. Les académies de Pétersbourg, de Londres et de Berlin se l'associerent. Il mourut en 1750, à 73 ans. Outre des Traductions allemandes de divers Livres françois et anglois d'As- tronomie et de Mécanique, on lui doit des Ouvrages de Géographie et de Physique, écrits en sa langue. Il en a aussi mis au jour quelques-uns en latin : I. Physica experimentis illustrata, in-4.º II. Art. 15 celestis, in quo triginta Tabula Astronomicae æri incisæ continentur, in-fol., 1742. I. DORAT, (Jean) Auratus, poète Grec, Latin, François, natif du Limousin, s'appeloit Diacmandi ou Disuematin, et il prit celui de la ville de Dorat. C'étoit un bon littérateur, qui, avec un extérieur désagréable, avoit un esprit délicat et une ame noble. Il s'acquit tant de réputation par ses vers, que les poètes ses contemporains lui donnèrent le nom de Pindare François, surnom que la postérité ne lui laissera pas. Charles IX créa pour lui la place de Poëte Royal. Scaliger dit qu'il composa plus de 50 mille vers grecs et latins. On ne publioit aucun livre, qu'il n'en ornait le frontispice de quelques vers. Il ne mouroit presque point de personne un peu connue, que sa muse n'en chantât la perte. Il mourut en 1588, à 80 ans, presque dans l'indigence, parce qu'il étoit fort libéral, et qu'il se faisoit un plaisir de traiter ses amis. Sur la fin de ses jours il perdit sa femme, et se remaria à une jeune fille de 19 ans. Il dit pour excuse à ses amis qui le plaisantoient, que c'étoit une licence poétique, et que lorsqu'il falloit mourir d'un coup d'épée, autant valoit-il en choisir une dont la lame fût neuve, que d'en prendre une gaieté par la rouille. —Ses Poésies, imprimées à Paris, 1586, 2 vol. in-8°, sont pour la plupart sans force, sans délicatesse, sans pureté. S'il eût en limer et polir ses vers lyriques, et sur-tout leur donner cette vigueur, cette force qui caractérisent ceux d'*Horace* et de *Pindare*, il aurait pu avoir quelque part à la gloire de ces deux poètes. *Dorat* fut le premier qui introduisit en France les anagrammes, jeux de collège, qu'il faut-hisser aux faiseurs d'acrostiches et de logogriphes. Le plus grand mérite de *Dorat*, c'est d'avoir beaucoup servi au rétablissement de la langue grecque, qu'il avait apprise sous d'excellens maîtres. Il eut à Paris une chaire de professeur royal en cette langue, dont il fut pourvu en 1560, et la remplit avec beaucoup de réputation. Sa fille *Magdelaine*, épouse de *Nicolas Goulu* à qui *Dorat* céda sa chaire de professeur royal en langue grecque, étoit distinguée par son esprit. Elle savait parfaitement le latin, le grec, l'espagnol et l'italien. Elle mourut en 1636, à l'âge de 88 ans.
II. DORAT, (Claude-Joseph) né à Paris le 31 décembre 1734, d'un auditeur des comptes originaire du Limousin, fit ses études avec distinction au collège du cardinal le *Moine*. Il fut d'abord destiné à la magistrature; mais son esprit léger et agréable, ne pouvoit s'accommoder des études sérieuses que cet état demande. Il entra dans les mousquetaires en 1757, et en sortit bientôt après, pour se consacrer entièrement à la littérature et à la poésie. Il débuta par la tragédie de *Zuliva*, pièce très-foible; et par des *Héroïdes*, qui, malgré quelques beaux vers, ne sont que de longs et fades monologues. Il réussit mieux auprès des gens du monde par des pièces légères, où, à l'imitation de *Voltaire*, il sut saisir à propos les singularités du moment et l'esprit du jour; mais il n'eut ni le coloris-brillant, ni la gaieté spirituelle de son modèle. Il les remplaça par un persiflage facile, et un ton de fatuité qui séduisit les jeunes gens et plut aux femmes. Il dit de lui-même dans ses *Fantaisies* : *Entre l'Amour et la Folie Ce pauvre globe est baleté : Sentir l'un, est ma volupté ; Rire de l'autre, est mon génie.* Cette affectation de rire, dans un homme qui tãchoit de paroître livré à la mollesse et à l'incurie, et qui, au milieu de cette indolence affectée, étoit inquiété par un amour propre trop sensible, ne parut que la grimace d'une coquette qui vouloit tromper le public, sans pouvoir se faire illusion à elle-même. Mais en relevant ce ridicule, assez commun aujourd'hui, nous rendrons justice au caractère doux et honnête de ce poète, et aux sentimens de son cœur capable d'amitié. Il eut des amis, et sut les conserver. Il chercha souvent à appaiser ses critiques à force de prévenances et d'honnêtetés. On peut en juger par sa réponse à cette épigramme, attribuée à *Voltaire* : *Bon dieu ! que est auteur est triste en sa gaieté ! Bon dieu ! qu'il est pesant dans sa légèreté ! Que ses petits écrits ont de longues préfaces ! Ses fleurs sont des pavots, ses rias sont des grimaces. Que l'encens qu'il prodigue est fade et sans odeur !* 330 D O R C'est, si je veux l'en croire, un heureux petit-maître ; Mais si j'en crois ses vers, oh qu'il est triste d'être Ou sa maîtresse ou son lecteur ! Dorat répondit d'une manière qui devroit servir de modèle : Je n'ai point, il est vrai, le feu de la saillie, Tes agrémens ; mais chacun a les siens. On peut s'arranger dans la vie : Si de mes vers, Égle s'ennuie, Pour l'amuser je lui firai les tiens. Linguet dans ses Annales a assez bien jugé Dorat. « Ce poète, dit-il, tiendra toujours un rang parmi ceux qui feront honneur à notre langue ; mais la postérité, en examinant la collection de ses Œuvres, la trouvera trop volumineuse. Il est du nombre de ces écrivains de qui un homme, susceptible lui-même de cet arrêt, a dit : Qu'ils jouiroient d'une réputation sans mélange, s'ils n'avoient fait qu'une partie de leurs ouvrages. La nature avoit doué Dorat d'une excessive facilité pour la versification : des graces dans l'esprit, un coloris séduisant dans l'expression, une abondance singulière de mots si adroitement placés, qu'ils tiennent quelquefois lieu d'idées ; l'art de multiplier les rimes redoublées, sans contrainte, presque toujours avec des chutes heureuses, et de peindre avec aisance, souvent en vers dignes de Boileau, les objets et les préceptes dont il s'occupoit, sont ce qui le caractérise. Il auroit dû sentir dès-lors qu'il étoit destiné à la carrière de Chaulieu, quoiqu'il n'eût pas la sensibilité de ce poète ; mais il avoit l'harmonie, l'agrément et la pureté dans le style, dont Chaulieu est souvent dépourvu Dorat, au lieu de se borner à ses compositions légères, s'est hasardé dans tous les genres : tragédies, comédies, odes, contes, poèmes didactiques, poèmes érotiques, il a voulu essayer de tout ; et avec un style brillant, avec des morceaux bien faits dans presque toutes ses productions, il n'a vraiment réussi que dans les pièces fugitives. Ses tragédies, pleines de beaux vers, ne sont point tragiques. Ses comédies, semées de tirades justement applaudies, sont froides et souvent indécentes. Ses deux Reines, sont un roman absurde ; son Malheureux imaginaire, un drame languissant ; ses Odes sont aussi foibles que maniérées. La pudeur est violée dans ses Contes, et le récit y est pesant. On doit distinguer son poème sur la Déclamation : s'il avoit su se restreindre, s'il ne s'étoit pas opiniâtré à le diviser en quatre chants, comme l'Art poétique ; s'il l'avoit rempli avec d'autres épisodes, ce poème seroit probablement devenu classique. Son dernier chant, celui de la danse, étranger au sujet, est plein de principes faux et foiblement rendus. « Dorat a langu jusqu'à sa mort, sans avoir participé ni aux faveurs pécuniaires du gouvernement, auxquelles il avoit droit par sa détresse, par la douceur de ses mœurs, et par ses travaux ; ni aux honneurs de la littérature, dont le désir le consumoit. Il ne pouvoit se consoler de voir la porte de l'académie Françoise, fermée pour lui, ni se plier au manège qui la lui auroit ouverte. Cette médiocrité de courage empoisonna ses jours, et contribua beaucoup à les abréger : » Il mourut d'une ma- ladie de langueur, à Paris, le 29 avril 1780, après avoir dissipé une fortune assez considérable en magnifiques éditions de ses ouvrages. Celle de ses *Fables* lui coûta trente mille francs, et ne se vendit pas. Des critiques trop malins en coupèrent les estampes, les payèrent au Libraire, et lui laissèrent les vers. Il avoit rédigé quelque temps le *Journal des Dames*. Ses *Œuvres*, ornées de gravures, formèrent plusieurs volumes in-8°. On doit y distinguer son poème de la *Déclamation* en quatre chants, rempli de préceptes sages et de vers très-bien faits. On peut en juger par ceux-ci sur la danse appelée *allemande* : *Connoissez tous ces pas, tous ces enlacemens,* *Ces gestes naturels qui sont des sentimens,* *Cet abandon facile et fait pour la tendresse,* *Qui rapproche un amant du sein de sa maîtresse,* *Ce dédale amoureux, ce mobile cercou,* *Où les bras réunis se croisent en berceau,* *Et ce piège si doux où l'amante enchainée,* *A permettre un larcin est toujours condamnée.* On doit distinguer encore le poème du *Mois de Mai*, qui offre de la mollesse et de riches descriptions ; quelques *Lettres d'une Chanoinesse*, pleines d'intérêt et de feu ; enfin quelques-unes de ses *Fantaisies*, dont les premières, telles que le *Déménagement*, le *Congé*, etc. etc., offrent un coloris brillant, une peinture assez vraie des travers et des ridicules du jour, un ton piquant, original et facile ; mais ayant été trop multipliées, elles ont, dans leur variété même, une sorte de monotonie fatigante. Ses flatteurs le comparoient à *Ovide* : il en avoit la facilité, et il en a quelquefois imité la licence ; mais le poète Latin, toujours pur, toujours correct, n'affectoit point ce jargon éphémère, ce persiflage continuel, ce ton moitié pédant, moitié cavalier, qui peuvent être l'image du style et des mœurs du temps, mais qui ne sont pas faits pour plaire à la postérité. Un homme d'esprit, en peignant ces héros de toilette, qui par leurs feux glacent tous leurs lecteurs, a dit : *Tel fut Dorat, ce fameux, coryphée Des écrivains accueillis à Paphos. Il ne puisoit, dans sa tête échauffée, Qu'un vain jargon et des sentimens faux. Sans cesse il eut la fureur de paroltre Fin persifleur et léger petit-maître. Prompt à vanter les prétendus appas De cent Laïa, qu'il ne connoissoit pas, Suivant la rime il varioit leur forme ; Tout fut changé si-tôt qu'il les chanta. La vieille Iris, malgré sa taille énorme, Entre dix doigts, dans ses vers, s'ajusta ; Et bien qu'elle eût un nez long et difforme, D'un nez fripon sa Muse la dota.* Que toutes les beautés chantées par *Dorat* aient été laides ou imaginaires, c'est ce qu'on ne croit point ; mais il est permis de penser que toutes n'étoient pas charmantes, comme l'assurent ses vers ; et que parmi le nombre de cinq à six que son *Apollon* adoroit en même-temps, il y en avoit quelqu'une qu'il ne connoissoit pas. Les Comédies de ce poète, dont les moins médiocres sont la Feinte par amour et le Célibataire, se firent remarquer par quelques tirades bien versifiées, par quelques rôles subalternes assez plaisants. Mais dans cette dernière pièce, le sujet n'est point traité, et les inconvénients du célibat peu reconnus en général; le grand défaut de l'auteur, comme celui de la plupart des comiques modernes, c'est que ses caractères sont en paroles, et presque jamais en action. Celle de Merlin bel Esprit est une satire contre les philosophes. Celle des Prôneurs en est une autre contre ceux qui n'avoient pas assez prôné l'auteur, et sur-tout contre d'Alembert que l'auteur voulut, dit-on, désigner dans le rôle de Callidès. Ses Tragédies durent leur succès passager à des vers heureux, et à quelques scènes tendres; mais ce génie qui dispose le plan d'une ouvrage, et cette sensibilité vive qui échauffe la diction, lui manquoient presque absolument. Régulus est la plus estimée. C'est une imitation de la pièce du même nom de Métastase. Il la fit jouer le même jour que la Feinte par amour. Un plaisant lui décocha cette épigramme : Dorat qui veut tout éfleurer, Transporté d'un double délire Voulut faire rire et pleurer; Il ne fit ni pleurer, ni rire. La tragédie de Pierre le Grand est le même sujet que l'auteur avoit déjà traité sous le titre de Zulica. C'est la conspiration d'Amilka contre la vie du Czar. On y trouve l'altération de tous les faits connus. Le chef des conjurés propose au favori Menzi- coff, amoureux de sa fille, d'assassiner son souverain; celui-ci refuse de commettre cet attentat; alors, pour l'y déterminer, Amilka se sert du moyen le moins naturel : « Si tu n'égorges l'empereur, lui dit-il, ce soir je tuerai ma fille. » Le style et une bonne versification ne rachètent pas cette invraisemblance. Cette pièce est imprimée avec une préface où l'auteur annonce qu'il ne veut plus être modeste. Sa tragédie de Zoramis, jouée en 1779, est un travestissement de celle de Théagène qu'il avoit mise au théâtre vingt ans auparavant; l'une et l'autre n'eurent aucun succès, sur-tout la dernière qui ne fut pas achevée, et qui n'offre ni la naïveté, ni les graces du roman grec de Théagène et Chariclée, dont elle est tirée. Adélaïde de Hongrie obtint plus de faveur, et a été jouée quelquefois dans la nouveauté. Quelques-uns de ses Contes, tel que celui d'Alphonse, sont d'une tournure agréable; si une main habile les élaguait, ils paroitroient meilleurs. Ses Fables ont des graces qui ne sont pas celles de la Fontaine, et l'affectation du bel esprit écarte presque toujours la simplicité et la naïveté du fabule. Les derniers mélanges de poésie de Dorat sont intitulés: Mes nouveaux Torts; et on a dit avec raison qu'ils remplissoient fort bien leur titre. Ses ouvrages en prose, dénués de force et de naturel, n'ont que le mérite d'un style ingénieux, et qui a de l'harmonie. Une enluminure, composée du néologisme de Marivaux et du persiflage de Crébillon le fils, masque le vide des choses. L'auteur avoit plus d'agrément que de profondeur, plus de saillies que de lumières, plus d'esprit que de jugement, plus de talent que de goût. Le recueil volumineux des Ouvrages de Dorat, a été réduit par un homme d'esprit, en 1786, à 3 volumes petit in-12. Il a très-bien fait de sacrifier les tragédies de Zulika, de Théagène, de Pierre le Grand, de Zoramis; les comédies du Malheureux imaginaire, des Prôneurs, du Chevalier François à Londres, du Chevalier François à Turin, de Roséide, et un grand nombre de petites productions qui ne méritoient pas d'être conservées dans la bibliothèque d'un homme de goût. Voy. DRYDEN, NEWTON, et QUINTE-CURCE.
DORBAY, (François) architecte Français, élève du célèbre le Vau, donna le dessin de l'église du collège des Quatre-Nations, et de plusieurs grands ouvrages au Louvre et aux Tuileries. On lui doit encore l'église et le couvent des Capucines de la place Vendôme, l'église des Prémontrés, de la Croix-rouge, le portail de celle de la Trinité, rue Saint-Denis. Il étoit lié avec Boileau qui se servit de son témoignage pour nuire à Perrault, et disputer à ce dernier la gloire d'avoir fourni les dessins de la colonnade du Louvre. Il mourut en 1697, à Paris sa patrie.