🔍 Nova Nova interroge toute la bibliothèque par « mot-clé ». Mode clair / sombre. 🔮 Oracle Oracle répond à une question posée en langage courant, en s'appuyant sur les passages les plus pertinents de la bibliothèque
🧵  Le Fil d'Ariane ?Le Fil d'Ariane s'adresse à qui aime feuilleter, sans but précis, simplement curieux d'un thème, on y parcourt notamment l'équivalent des tables des matières de ces grands bulletins de sociétés savantes — pour découvrir, au fil des pages, ce qu'ils renferment. Si vous trouvez une information éveillant votre curiosité, les deux outils ci-dessus : Nova et Oracle prennent le relais, interrogez-les !... ✦   ✦   ✦
03.0 Dictionnaire historique — DORÉ – DURAS

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

❧   ❧   ❧
↩   Retour au sommaire

250 entrées

Rechercher un mot dans toutes les sections de ce document.
DORÉ, (Pierre) Dominicain, docteur de Sorbonne, professeur de théologie dans son ordre, mort en 1566, a été désigné, à ce qu'on croit, par Rabelais, sous le nom de notre maître Doribus. Il n'est connu que par des ouvrages écrits bizarrement, et intitulés de même; c'étoit le goût de son siècle. Les plus burlesques sont: I. La Tourterelle de viduité, 1574, in-12. II. Le Pas- sereau solitaire. III. Les neuf Médicaments du Chrétien malade. IV. Les Allumettes du Feu divin. V. Le Chef spirituel. VI. La Conserve de Grace, prise du psaume Conserva me. On a encore de lui plusieurs autres Ecrits en latin.
DORFLING, célèbre officier Prussien, parvint de l'état de tailleur au grade de feld-maréchal, sous l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume. Il se signala sur-tout contre les Suédois en 1665. L'histoire de ce héros est singulière. En sortant d'apprentissage à Tangermunde, il eut l'ambition de vouloir aller travailler à Berlin. Comme il falloit passer l'Elbe dans un bac, et qu'il n'avoit pas de quoi payer, le passage lui fut refusé. Piqué de cet affront, il dédaigna un métier qu'il en crut la cause, jeta son havresac dans le fleuve, et se fit soldat. Il marcha à pas de géant dans cette carrière. Il eut bientôt l'estime de ses camarades, ensuite de ses officiers, et enfin de l'électeur son maître. Ce grand prince qui aimoit la guerre, qui la savoit et qui étoit forcé à la faire, avança rapidement un homme qui joignoit les vertus du citoyen à tous les talens du militaire. Dorfling fut fait feld-maréchal, et remplit l'idée qu'on doit se former d'un homme qui, de l'état de soldat, parvient au généralat. Une fortune si considérable excita la jalousie des cœurs sans élévation. Il y eut des hommes assez bas pour dire que Dorfling, pour être devenu grand-seigneur, n'avoit pas perdu l'air de son premier état: Oui, dit-il à ceux qui lui rapportèrent ce discours, j'ai été tailleur, j'ai coupé du drap ; ... mais maintenant, continua-t-il, en portant la main sur la garde de son épée, voici l'instrument avec lequel je coupe les oreilles à ceux qui parlent mal de moi. I. DORIA, (Simon) de l'illustre famille de ce nom, se fit troubadour, c'est-à-dire poète, dans le 13e siècle. Il est auteur de divers *Tensons*, dans l'un desquels il demande lequel est préférable de mériter les faveurs d'une dame, ou seulement de les obtenir. *Crescimbéni*, dans ses additions aux Vies des poètes Provençaux, dit « que Simon étoit frère de *Percival Doria* de Gênes, autre troubadour, mais dont on ne connoit en France aucune pièce. »
II. DORIA, (André) noble Génois, le plus grand homme de mèr de son siècle, naquit en 1468, à Oneille, petite ville de la côte de Gênes, dont *Cera Doria*, son père, étoit co-seigneur. Il commença par porter les armes sur terre, et se distingua pendant plusieurs années au service de divers princes d'Italie. De retour dans sa patrie, il fut employé deux fois en Corse, et fit la guerre avec succès contre les rebelles de cette isle, qui rentrèrent sous l'obéissance de la république. La réputation de valeur et de prudence que *Doria* s'étoit acquise, le fit nommer, vers 1513, capitaine général des galères de Gênes; et il est à remarquer qu'il avoit plus de vingt-quatre ans, lorsqu'il commença le métier de la guerre maritime. Les pirates Africains, qui infectoient alors la Méditerranée, lui fournirent les premières occasions de se signaler. Il les poursuivit sans relâche, et s'enrichit en peu de temps de leurs dépouilles, dont le produit, joint au secours de ses amis, le mit en état d'acheter quatre galères. Des révolutions arrivées dans le gouvernement de Gênes, déterminèrent dans la suite *Doria* à entrer au service de *François I*. Après la prise de ce prince à Pavie, mécontent des ministres de France, et recherché par *Clément VII*, il s'attacha à ce pontife, qui le fit son amiral. Mais Rome ayant été prise par le connétable de *Bourbon* en 1527, le pape se trouva hors d'état d'entretenir *Doria* à sa solde, et lui persuada de rentrer au service de la France. *François I* le reçut à bras ouverts, et le nomma général de ses galères, avec trente-six mille écus d'appointemens, et y ajouta depuis le titre d'amiral des mers du Levant. *Doria* étoit alors propriétaire de huit galères bien armées. C'est à lui que les François furent principalement redevables de la réduction de Gênes, d'où les *Adornes* furent chassés cette même année 1527. L'année suivante, *Philippin Doria*, son neveu et son lieutenant, qu'il avoit envoyé avec huit galères sur les côtes du royaume de Naples, pour y favoriser les opérations de l'armée Françoise, commandée par *Lautrec*, remporta une victoire complète sur l'armée navale de l'empereur à Capo-d'Orso, près du golfe de Salerne. La flotte impériale détruite, Naples assiégé par *Lautrec*, ne pouvoit plus être secouru par mer : il étoit prêt à succomber, et la prise de la capitale alloit entraîner la conquête de tout le royaume, lorsque tout-à-coup *Doria* abandonna la France pour servir l'empereur. Cette défection fit échouer l'entreprise sur Naples, et causa la décadence entière de nos affaires en Italie. Quant aux motifs qui le portèrent à ce changement, il paroît que les ministres de *François I*, jaloux du crédit de cet étranger, qui les traitoit d'ailleurs avec la hauteur d'un républicain et la franchise d'un homme de mer, avoient cherché à la perdre dans l'esprit du roi, et y avoient en partie réussi. *Doria*, aigri et indigné, n'attendoit qu'un prétexte pour faire éclater son dépit; ses ennemis le firent bientôt naître. Ils persuadèrent au roi de s'approprier la ville de Savonne, appartenante aux Génois; d'agrandir son port, et d'en faire une rivale de la métropole. En vain, pour l'empêcher, *Doria* fit des représentations au nom de la république; non-seulement elles ne furent point écoutées, mais elles furent mal interprétées; et on le peignit au roi comme un homme qui s'opposoit ouvertement à ses volontés. On fit plus: on lui persuada de le faire arrêter; et douze galères, sous la conduite de *Barbezieux*, eurent ordre d'aller d'abord à Gênes, pour s'y assurer de sa personne, et de passer ensuite à Naples pour s'y emparer de ses galères, commandées par *Philippin*, son neveu. Mais *Doria* avoit prévenu le coup, en se retirant à Lerice, dans le golfe de la Spézia, d'où il dépêcha un brigantin à *Philippin*, pour le rappeler promptement auprès de lui. Il se croyoit d'autant plus autorisé à se conduire ainsi, que le terme de son engagement avec le roi venoit d'expirer. De ce moment, *Doria* ne pensa plus qu'à conclure son engagement avec l'am- l'empereur, qui le recherchoit depuis long-temps. On vit alors, par un retour assez ordinaire, mais dont tout l'honneur fut pour *Doria*, *François I* chercher à le regagner par toutes sortes d'avances; mais ni les promesses les plus magnifiques, ni la médiation même du pape *Clément VII*, ne purent changer sa résolution. Ce qui doit honorer à jamais la mémoire de *Doria*, c'est le refus qu'il fit, en cette occasion, de la souveraineté de Gênes, qui lui fut offerte de la part de l'empereur. Préférant le titre de restaurateur à celui de maître, il stipula que Gênes resteroit libre sous la protection Impériale, au cas qu'elle vint à secouer le joug de la domination Françoise. Il ne manquoit plus à sa gloire que d'être lui-même le libérateur de sa patrie. Le malheureux succès de l'expédition de Naples l'enhardit, cette même année, 1528, à tenter l'entreprise; et s'étant présenté devant Gênes avec treize galères et environ cinq cents hommes, il s'en rendit maître en une seule nuit, et sans répandre une goutte de sang. Cette expédition lui mérita le titre de *Père* et de *Libérateur de la Patrie*, qui lui fut décerné par un décret du sénat. Le même décret ordonna qu'il lui seroit érigé une statue, et qu'on lui achèteroit un palais des deniers publics. Un nouveau gouvernement fut formé alors à Gênes par ses conseils, et ce gouvernement est le même qui subsiste encore aujourd'hui; de sorte qu'il fut non-seulement le libérateur, mais encore le législateur de sa patrie. *Doria* trouva auprès de l'empereur *Charles-Quint* tous les avantages qu'il pouvoit désirer: ce prince lui 336 DOR accorda toute sa confiance, et le créa général de la mer, avec une autorité entière et absolue. Il avoit alors en propriété douze galères, qui par son traité devoient être entretenues au service de l'empereur; et ce nombre fut porté depuis jusqu'à vingt-deux. Doria continua de se signaler par plusieurs expéditions maritimes, et rendit à l'empereur les services les plus importants. Il enleva aux Turcs, en 1532, les villes de Coron et de Patras, sur les côtes de la Grèce. La conquête de Tunis et du fort de la Goulette, où Charles-Quint voulut se trouver en personne en 1535, fut principalement due à la valeur et à l'habileté de Doria. Ce fut malgré lui, et contre son avis, que l'empereur fit, en 1541, la malheureuse expédition d'Alger, où il perdit une partie de sa flotte et de ses soldats, et Doria onze de ses galères. La fortune ne le favorisa pas plus à la rencontre de la Prevèze en 1539. S'étant trouvé avec la flotte Impériale, jointe à celle des Vénitiens et aux galères du pape, en présence de l'armée Turque, commandée par Barberousse, et beaucoup inférieure à la sienne, il évita d'engager le combat sous différens prétextes, et laissa échapper une victoire assurée. C'est le reproche que lui ont fait plusieurs historiens. Quelques-uns même ont prétendu, « et c'étoit, dit Brantôme, un bruit public en ce temps-là, qu'il y avoit un accord secret entre Barberousse et lui, par lequel ils étoient convenus d'éviter mutuellement entr'eux les occasions décisives, afin de prolonger la guerre qui les rendoit nécessaires, et qui leur fournisoit les moyens de s'enrichir. » Les corsaires d'Afrique n'eurent jamais d'ennemi plus redoutable que Doria; il leur enleva des dépouilles immenses, tant par lui-même que par ses lieutenans. Le fameux Dragut, entr'autres, fut pris par Jeannetia Doria, son neveu, avec neuf de ses bâtiments. Le zèle et les services rendus par ce grand homme à Charles-Quint, lui méritèrent l'ordre de la Toison d'or, l'investiture de la principauté de Melphes et du marquisat de Tursi au royaume de Naples, pour lui et ses héritiers, et la dignité de grand-chancelier de ce royaume. Ce ne fut que vers 1556, à l'âge de près de quatre-vingt-dix ans, qu'il cessa de monter ses galères et de commander en personne. Accablé alors par le poids des années, Philippe II, roi d'Espagne, lui permit de choisir Jean-André Doria, son neveu, pour son lieutenant. Voyez DRAGUT-RAIS et LOUCHALI. Il termina sa longue et glorieuse carrière le 25 novembre 1560, à 93 ans, sans postérité, quoiqu'il eût été marié, et sans laisser à beaucoup près d'aussi grands biens qu'on pourroit le présumer d'après les occasions qu'il avoit eues de s'enrichir; mais l'excès de sa magnificence, et son peu d'attention pour ses affaires domestiques, avoient bien diminué sa fortune. Peu d'hommes, sans sortir d'une condition privée, ont joué sur la scène du monde un aussi grand rôle que Doria: dans Gênes, honoré par ses concitoyens, comme le libérateur et le génie tutélaire de sa patrie; au dehors, tenant pour ainsi dire, avec ses seules galères, le rang d'une puissance maritime. Peu d'hommes de même, dans le cours d'une si longue vie, ont joui d'une prospérité prospérité plus constante. Deux fois sa perte fut tramée : l'une en 1547, par la conjuration du comte Jean-Louis de Fiesque, dirigée principalement contre lui; mais l'entreprise échoua par la mort du chef, au moment même de l'exécution : la seconde fois, peu de temps après, par celle de Jules Cibo, qui fut découverte, et qui coûta la tête à son auteur. Ces deux conjurations n'eurent d'autre effet, que d'accroître encore à Gênes et dans toute l'Italie le crédit et la réputation de ce grand homme. Quelques auteurs l'accusent d'avoir été quelquefois trop cruel, et en rapportent cet exemple : Le marquis de Marignan, qui prit Porto-Hercole en 1555, y ayant fait prisonnier Ottobon de Fiesque, frère de Louis, et complice de sa conspiration, le mit entre les mains de Doria, pour venger, comme il lui plairait, la mort de Jeannetia Doria, qui avoit été tué dans cette conspiration. André, enflammé de colère, fit coudre Fiesque dans un sac, comme un parricide, et le fit jeter dans la mer. Ceux qui ont écrit pour louer Doria, ont passé prudemment cette action sous silence, comme indigne de lui... Un jour un de ses pilotes, qui l'importunait souvent, s'étant présenté devant lui, témoigna qu'il n'avoit que trois paroles à lui dire. Je le veux, répondit Doria; mais souviens-toi que si tu en dis davantage, je te ferai pendre. Le pilote, sans s'étonner, reprit la parole et lui dit : ARGENT ou CONGÉ. André Doria, satisfait de cette réponse, lui fit payer ce qui lui étoit dû, et le retint à son service.
III. DORIA, (Paul-Matthias) de l'illustre famille de son nom, est mort à Naples en 1745, à l'âge de 84 ans, il est auteur de divers Ouvrages de mathématiques, de philosophie et de politique. Le plus remarquable est intitulé : Della Educazione del Principe, in-4.º On en a fait plusieurs éditions. L'auteur y développe très-bien les principes de la société et du droit politique; il y donne d'excellentes leçons à ceux qui gouvernent, et à ceux qui sont gouvernés.
IV. DORIA, (Antoine) célèbre capitaine Génois, parent du précédent, se signala dans le même temps. Nous avons de lui une Histoire abrégée des événements arrivés dans le monde sous Charles-Quint; à Gênes, 1571, in-4.º —Simon DORIA, ancien poète de la même famille, vivoit suivant Crescimbeni dans le 13e siècle. On a conservé de lui un Tenson, où il examine lequel est préférable de mériter les faveurs d'une dame, ou simplement de les obtenir ? I. DORIGNY, (Michel) peintre et graveur, natif de Saint-Quentin, disciple et gendre du fameux Vouet, suivit de fort près sa manière. Il grava à l'eau forte la plus grande partie de ses ouvrages, et leur donna le véritable caractère de leur auteur. On connoit de lui l'estampe appelée la Mansarde. Le célèbre Mansard ayant proposé d'établir un impôt sur les arts, Dorigay le représenta dans cette estampe, monté sur un malet qui le conduit à Montfaucon, avec un St. Jean en croupe qui lui porte un parasol. On a de cet artiste plusieurs tableaux estimés au château de Vincennes, et à l'hôtel 338 DOR de Hollande à Paris. Cet artiste mourut professeur de l'académie de peinture à Paris, en 1663, à 48 ans.
II. DORIGNY, (Louis) fils du précédent, se distingua dans le même art que son père. Né à Paris en 1654, il passa la plus grande partie de sa vie à Venise et à Vérone, où il mourut en 1742. Le prince Eugène l'appela à Vienne en 1711, et il orna son palais de tableaux précieux. On en voit plusieurs autres à Prague. Les plus estimés sont : le St. Bernard qui se voit chez les Feuillans de Foligno, et les Saints peints à fresque dans la coupole de la cathédrale de Trente. — Nicolas DORIGNY, son frère cadet, excella dans la gravure. On lui doit les cartons de Raphaël, que l'on conserve à Hamptoncourt en Angleterre. Le roi Georges I le combla de biens, et le créa chevalier. Nicolas Dorigny est mort à Paris en 1746, à l'âge de 89 ans. Il étoit membre de l'académie de peinture de cette ville. Le premier orna le palais du prince Eugène à Vienne de plusieurs morceaux intéressans. Le second a laissé plusieurs gravures bien exécutées.
III. DORIGNY, V. ORIGNY.
DORIMON, (N.) comédien, donna au théâtre de Lyon en 1658, le Festin de Pierre, pièce en cinq actes, imprimée à Paris chez Loyson en 1661. Dorimon attaché au théâtre de Mademoiselle, y donna diverses pièces : l'Inconstance punie, Rozélie, les Amours de Trapolia, l'Amant de sa femme, la Précaution inutile, etc. La plupart de ces pièces furent jouées en 1661, et imprimées dans le même temps. Un auteur dramatique pourroit en rajeunir quelques-unes qui offrent du sel, et d'assez bonnes plaisanteries.
DORING, ou DORINK, (Matthias) Franciscain Allemand, professeur de théologie dans son ordre, mourut à Kiritz sa patrie en 1494. Il est auteur, à ce qu'on prétend, de l'Abrégé du Miroir Historial de Vincent de Beauvais, continué jusqu'en 1493. On croit que c'est ce qu'on appelle communément la Chronique de Nuremberg, parce que la première édition en fut faite en cette ville, in-4°, en 1672. Quelques écrivains attribuent, peut-être avec plus de raison, cette chronique à Haltman Scheder. L'auteur, quel qu'il soit, a été, à quelques égards, le précurseur de Luther. Il s'élève avec aigreur contre les vices des cardinaux, des évêques, des papes, et même contre les jubilés et les indulgences.
DORION, musicien Égyptien, voyagea dans la Grèce, et s'établit long-temps à la cour de Nico-crén, tyran de Chypre, et de Philippe de Macédoine. Il jouoit parfaitement de la flûte, et inventa sur cet instrument le mode appelé Dorionien, de son nom, que ses disciples opposèrent à ceux qui suivoient la méthode d'Antigénide. Athéée nous a conservé plusieurs saillies de Dorion, qui étoit tout à la fois bon musicien et agréable convive.
DORIS, (Mythol.) fille de l'Océan et de Thétis, épousa son frère Nérée, dont elle eut cinquante Nymphes appelées les Néréides. D'ORLÉANS, (le Père) V. V. VI. ORLÉANS. I. DORMANS, (Les SEPT) sept frères qu'on prétend avoir souffert le martyre à Éphèse, sous l'empereur Déce, en 250, et qu'on dit s'être endormis dans une caverne dans laquelle ils s'étoient mis à l'abri de la persécution, pendant 155 ans. Mais tout ce qu'on dit d'eux paroît fabuleux. Grégoire de Tours est le premier qui en ait parlé, et l'on sait combien il aimoit les contes. Métaphraste, qui valoit bien Grégoire de Tours pour la crédulité, a brodé ce fait à sa manière.
II. DORMANS, (Jean de) cardinal, évêque de Beauvais, chancelier de France sous Charles V, mort le 7 novembre 1373, dans un âge avancé, avoit fondé à Paris en 1370 le collège de Dormans, dit de Saint-Jean-de-Beauvais. Sa réputation d'homme habile et équitable, fut causé de sa fortune. Son père n'étoit qu'un procureur, qui se fit appeler de Dormans, parce qu'il étoit de ce bourg. Ses fils achetèrent ensuite la seigneurie de leur patrie. Ce cardinal eut pour neveu Milon de DORMANS, successivement évêque d'Angers, de Bayeux, et de Beauvais, et chancelier en 1380. Cette famille s'éteignit vers 1580.
DORNAVIUS, (Gaspard) médecin, orateur et poète, né à Zigenrick dans le Voigtland, mourut en 1631, dans un âge avancé, conseiller et médecin des princes de Brieg et de Lignitz. On a de lui plusieurs ouvrages, qu'on a appelés de savantes facaises. Les plus connus sont : I. Amphitheatrum sapientiae Soraticæ, 2 vol. in-fol., Hanovre 1619. II. Homo diabolus, hoc est, Auctorum veterum et recentiorum, de Calumniæ naturæ et remediis, sud lingud editorum, Sylloge 1 à Francfort 1618, in-4.º III. De incremento dominationis Turcicæ, etc.
DORNEVAL, Parisien, mort en 1766, a passé sa vie à travailler pour la Foire, seul, ou en société. Ses meilleures pièces se trouvent dans le Théâtre de la Foire, qu'il a rédigé avec le Sage, 10 vol. in-12.
DORNKRELL, (Jacques) théologien et ministre Luthérien, né à Lunebourg en 1643, mort à Hambourg en 1704, à 61 ans, laissa un ouvrage estimé des savans, sous le titre de Biblia Historico-harmonica, etc.
DOROTHÉE, (Sainte) vierge et martyre à Césarée en Cappadoce, est, dit Baillet, inconnue aux Grecs, mais célèbre dans l'église Latine. On dit qu'ayant été livrée par son juge à deux femmes perdues, elle les retira de la corruption et de l'idolâtrie. On ajoute qu'en allant au supplice, elle convertit aussi un jeune avocat nommé Théophile, qui lui avoit demandé, en raillant sur son divin époux, des fleurs et des fruits du jardin de cet époux.—Il y a eu une autre Sainte DOROTHÉE, vierge et martyre à Alexandrie vers l'an 311.
DOROTHÉE, (St.) disciple du moine Jean, surnommé le Prophète, et maître de Dosithée, fut à la tête d'un monastère en Palestine vers l'an 560. On a de lui des Sermons, ou instructions pour les moines, traduits en françois par l'abbé de Bancé, 1686, in-8º; et des Lettres en grec et en latin. Ces ouvrages se trouvent dans l'Auctuarium de la Bibliothèque des Pères, de l'an 340 DOR 1623. Le style de Dorothée est assez simple, mais plein d'onction.
DORPIUS, Voy. X. MARTIN.
DORSANE, (Antoine) natif d'Isoudun en Berri, docteur de Sorbonne, chantre de l'église de Paris, fut grand vicaire et official du même diocèse, sous le cardinal de Noailles. Il mourut en 1728, presque subitement, de la douleur que lui causa l'acceptation pure et simple que le cardinal de Noailles avoit faite de la Bulle Unigenitus. Nous avons de lui un Journal, contenant l'histoire et les anecdotes de ce qui s'est passé de plus intéressant à Rome et en France, dans l'affaire de la constitution Unigenitus, 2 vol. in-4°, ou 6 vol. in-12, en y comprenant le Supplément. Villefore, auteur des Anecdotes de la Constitution Unigenitus, s'étoit beaucoup servi de ces Mémoires dans la composition de son ouvrage; aussi on retrouve dans le commencement du Journal, une bonne partie des faits rapportés dans les Anecdotes. Ceux qui ne demandent que les principaux faits bien rendus, et dépouillés des circonstances minutieuses, aiment mieux ce dernier ouvrage. Ceux qui veulent qu'on leur rende compte des plus petits détails, préfèrent l'autre. L'auteur des Anecdotes ne conduit son histoire que jusqu'en 1718; le journaliste l'a continuée jusqu'en 1728. La narration du premier est vive et coulante; celle du second est simple et naturelle. Comme il écrivait les événements à mesure qu'il les apprenoit, on y trouvera quelques négligences de style et quelques répétitions. La meilleure édition de ces Mémoires, est la seconde, donnée en 1756. Elle a été corrigée sur le manuscrit original, et augmentée d'une Table des matières. L'éditeur de ce Journal peint l'abbé Dorsane comme un homme pieux, instruit des règles, exact à les faire observer, prudent et circonspect, mais remplissant ses fonctions avec autant de fermeté que de dignité. Il ajoute qu'il étoit accommodant; mais son opposition constante à recevoir la constitution, sans des explications, prouve que son caractère ne se ploit pas aussi facilement qu'on l'auroit voulu.
DORSET, (Thomas SACKVILLE, comte de) grand trésorier d'Angleterre, né en 1536, voyagea en France et en Italie. Il s'y perfectionna dans l'histoire, dans les langues et dans la politique. A son retour en Angleterre, il prit possession des grands biens que son père, mort en 1556, lui avoit laissés. Il en dissipa en peu de temps la plus grande partie. Créé baron de Buckhurst, dans le comté de Dorset, il fut envoyé ambassadeur en France, vers Charles IX, l'an 1571, et vers les Provinces-Unies en 1587. Le succès avec lequel il s'acquitta de ces différentes commissions, le fit élire chevalier de l'ordre de la Jarretière en 1589, et chancelier de l'université d'Oxford, en 1591; enfin, en 1598, grand trésorier d'Angleterre. Il remplit cette place avec honneur jusqu'à sa mort, arrivée le 19 avril 1608, à 72 ans. On a de lui: I. Le Miroir des Magistrats, en vers, avec une préface en prose. L'introduction qui suit cette préface, est pleine d'une poésie vraiment pittoresque. II. L'Histoire, en vers, de l'infortuné Duc de Buckingham, du temps de Richard III. — Il ne faut pas le confondre avec Charles SACKVILLE comte de Dorset, descendant du grand trésorier. Charles naquit en 1637, et mourut à Bath en 1706. Courtisan ingénieux et bel esprit aimable, il plut à Charles II, et s'attacha à Jacques II; mais les mesures fausses ou violentes que prenoit ce prince, l'obligèrent de se tourner vers le prince d'Orange, qui l'admit dans son conseil privé. Nous avons de lui des Poésies qui se trouvent avec celles de Rochester et de Roscommon, à Londres, 1731, in-12. — De la même famille étoit Charles, vicomte de SACKVILLE, né en 1716, qui prit le titre de Lord Germaine, comme héritier en 1770, de Lady B. Germaine son épouse. En 1775, le roi d'Angleterre le créa ministre des colonies: place qu'il quitta en 1782. Il mourut trois ans après en août 1785, dans sa terre de Saint-Roneland, laissant deux fils et trois filles. Les Lettres de Junius attribuées à M. Burke, sont, dit-on, de Lord Germaine.
DORUS, (Mythol.) second fils d'Hellon, suivant quelques mythologues, et selon d'autres de Neptune et d'Alope, fut exposé par sa mère, et nourri par des jumens. Il abandonna la Phthiotide où régnoit son père, pour aller établir une colonie au bas du mont Ossa, entre l'Acarnanie, l'Etoile, la Phocide et la Thessalie, et qu'on appela Doride, du nom de ce fondateur.
DORVILLE, Voy. ORVILLE.
DORYCLÈS, étoit un Grec, qui, par ses talens militaires et son intrépidité dans les combats, mérita l'honneur d'un monument public qu'on lui consacra dans la Laconie.
DORYLAS, fut un de ceux qui embrassèrent les intérêts de Persée, à la cour de Céphée, roi d'Arcadie. Ses richesses étoient immenses, et surpassoient celles des plus opulens Lybiens. Il mourut par la main d'Alcyonée, géant qui habitoit les environs de Corinthe.
DOSA, (Georges) paysan de la Ciculie, contrée de la Transylvanie, fut couronné roi de Hongrie en 1513, par les paysans de ce royaume, lorsqu'ils privent les armes contre le clergé et la noblesse. Jean, vaivole de Transylvanie, les défit l'année d'après, et prit leur roi, qu'on fit asseoir sur un trône de fer rouge, une couronne sur la tête, et un sceptre à la main, l'un et l'autre du même métal et aussi ardent. On lui ouvrit ensuite les veines, et l'on fit avaler un verre de son sang à son frère Lucas, qui avoit secondé ses projets. Neuf paysans qui avoient été condamnés à un jeûne de quinze jours, eurent ordre de se jeter sur le misérable Dosa, et de le déchirer avec les dents. Après ces cruelles opérations, il fut écartelé. Ce malheureux souffrit ces inhumanités sans se plaindre: tout ce qu'il demanda, fut qu'on épargnât son frère. Le reste des prisonniers fut empalé ou écorché vif, excepté quelques-uns qu'on laissa mourir de faim. Quoique Dosa se fût rendu coupable de beaucoup de barbarie contre les principaux royalistes, les supplices raffinés par lesquels lui et ses compagnons d'armes périrent, révoltent tout cœur sensible. Voy. Nicolai Istrasfi Hist. Hunga- ricæ, libri xxxiv, Cologne, 1685, in-folio : livre curieux et peu commun en France.
DOSCHES, (François) disciple insensé de l'insensé Simon Morin. Les maladies de l'esprit seroient-elles épidémiques comme celles des corps ? Oui : Dosches est une preuve que les fous, tels que Morin, peuvent en former d'autres. Celui-ci se crut illuminé, l'autre, en conversant avec lui, se crut illuminé comme lui. Les écrits où il a consigné ses rêves extravagans, sont de la plus extrême rareté, et ne méritent d'être recherchés que par les philosophes pécunieux, qui veulent savoir dans quels égaremens l'esprit de l'homme peut donner. Ils trouveront dans un écrit très-rare de Dosches, imprimé en 4 pages in-4° seulement, sous ce titre : Abrégé de l'Arsenal de la Foi, jusqu'où ce sectaire avoit porté ses délires.
DOSIO, (Jean-Antoine) architecte, né à Florence, en 1503, y exerça d'abord la profession d'orfèvre et de sculpteur. Il étudia ensuite l'architecture avec le plus grand succès. Rome renferme plusieurs de ses édifices. On lui doit encore le palais de l'archevêché de Florence, et la belle chapelle de Ste-Croix, pour la famille Nicolini. I. DOSITHÉE, officier Juif, fils de Bacénor, défit l'armée de Timothée, battit Gorgias, et le fit prisonnier ; mais comme il l'emmenoit, un cavalier des ennemis lui abattit l'épaule d'un coup de sabre. Dosithée mourut de cette blessure, l'an 163 avant J.C., après avoir rendu de grands services à sa patrie par son courage mêlé de prudence.
II. DOSITHÉE, magicien de Samarie, qui se disoit le Messie, est regardé comme le premier hérésiarque. Il s'appliquoit toutes les prophéties qui regardent J.C. Il avoit à sa suite trente disciples, autant qu'il y avoit de jours au mois, et n'en vouloit pas davantage. Il avoit admis, parmi eux, une femme qu'il appeloit la Lune. Il observoit la circoncision et jeûnoit beaucoup. Pour persuader qu'il étoit monté au ciel, il se retira dans une caverne ; et là, loin des yeux du monde, il se laissa mourir de faim. La Secte des Dosithéens estimoit beaucoup la virginité. Entêtée de sa chasteté, elle regardoit le reste du genre humain avec mépris. Un Dosithéen ne vouloit approcher de quiconque ne pensoit et ne vivoit pas comme lui. Ils avoient des pratiques singulières, auxquelles ils étoient fort attachés : telle étoit celle de demeurer vingt-quatre heures dans la même posture où ils étoient lorsque le sabbat commençoit. Cette immobilité des Dosithéens étoit une conséquence de la défense de travailler pendant le sabbat. Avec de semblables pratiques, les Dosithéens se croyoient supérieurs aux hommes les plus éclairés, aux citoyens les plus vertueux, aux ames les plus bienfaisantes ; en restant pendant vingt-quatre heures debout, et la main droite ou la main gauche étendue, ils croyoient plaire à Dieu bien autrement qu'un homme qui s'étoit donné beaucoup de mouvement pour consoler les affligés, ou pour soulager les malheureux. Cette secte subsiste en Égypte jusqu'au sixième siècle. Un des disciples de Dosithée étant mort, il prit à sa place Simon, qui surpassa bientôt son maître, et devint chef de secte; ce fut Simon le Magicien. Voyez son article.
DOSMA DELGADO, (Roderic) chanoine de Badajoz en Espagne, sa patrie, étoit savant dans les langues Orientales: on a de lui plusieurs ouvrages sur l'Écriture sainte, entr'autres un traité De auctoritate sanctae Scripturae, 1534, in-fol. Il mourut en 1607, dans sa 74e année.
DOSSE, (les) furent frères, et se distinguèrent également dans la peinture. Ils travailloient d'ordinaire aux mêmes ouvrages, et réussissaient mieux dans le paysage que dans les compositions d'histoire. Ils sont morts dans le seizième siècle. Le cabinet du roi de France possédoit autrefois une Nativité peinte par ces deux artistes.
DOTO, (Mythol.) une des Néréides à laquelle les Grecs consacrèrent un temple, élevé dans la ville de Gabalès.
DOUBLET, (N.) médecin de Paris, mort en 1795, fut professeur de pathologie aux écoles de Médecine, et attaché à l'hospice de St-Sulpice. En 1781, il publia un Mémoire sur les symptômes et le traitement de la maladie vénérienne dans les enfants nouveaux-nés, in-12; en 1783, des Remarques sur la fièvre puerpérale, in-8°; en 1791, de nouvelles Recherches sur cet objet, in-12.
DOUCIN, Voyez DULCIN.
DOUCIN, (Louis) Jésuite, né à Vernon, mort à Orléans le 21 septembre 1716, remplit différentes places dans sa société. Il fut, dit-on, l'auteur du fameux Problème Théologique. Voy. l'article du cardinal de NOAILLES. Il fut admis dans ce que les Jansénistes appeloient la cabale des Normands, composée des Pères Tellier, Lallemand et Daniel; son zèle vif et actif servit bien ce triumvirat. Il fut envoyé à Rome, dans le temps des disputes sur la constitution Unigenitus, pour laquelle il montra beaucoup de zèle. On a de lui: I. Histoire du Nestorianisme: in-4°, Paris, 1698; curieuse et assez estimée. Ce qui regarde cette fameuse hérésie, y est exactement discuté, et les allusions qu'il fait de temps en temps aux partisans des erreurs du dernier siècle, servirent à la rendre plus piquante. II. Histoire de l'Origénisme, in-4°, où l'on trouve des recherches et de la critique. III. Mémorial abrégé touchant l'état et les progrès du Jansénisme en Hollande, composé par l'auteur, lorsqu'il se rendit, en 1697, à la suite du comte de Créci, au congrès de Ryswick. IV. Une foule de Brochures sur les affaires du temps, inconnues à présent, et qui auroient du toujours l'être; elles sont infectées de l'esprit du parti, et elles servirent à le répandre.
DOUDASCH, passe pour le même que le Mahaleel des Hébreux. Il demeura toujours attaché au service de Seth, et fit la guerre aux descendants de Cain. On dit qu'il ne se servoit d'aucune arme offensive ni défensive, et qu'il combattoit nu depuis la tête jusqu'au nombril, avec la seule force de ses bras.
DOUFFET, (Gérard) habile peintre, naquit à Liège, le 16 août 1594. Vers l'an 1609, il alla à Anvers, où le célèbre Babens le reçut au nombre de ses élèves: il y fit de grands progrès. En 1614, il se rendit à Rome et y demeura sept ans, joignant à l'étude des grands modèles, celle de la poésie et de l'histoire. Il revint dans sa patrie l'an 1622. Les Églises et les maisons des personnes distinguées fournissent encore des preuves de son savoir. Il excelloit également dans l'histoire et dans le portrait. Ses attitudes sont bien choisies, ses airs de tête d'une variété admirable, son coloris est d'une grande douceur. Il mourut l'an 1660.
DOUGADOS, (Vénance) né dans un village près de Carcassone en 1764, entra fort jeune chez les Capucins, où il fut conduit par un dépit amoureux. Il s'y fit connoître par ses talens poétiques, sous le nom de père Vénance de Carcassone. Il publia des vers assez agréables, pour recevoir, d'un de ses rivaux, le surnom de père Tibulle. Un capucin faisant des vers, parut un prodige. Mad. de Ballainvillers, intendant de Languedoc, le prit sous sa protection. Une princesse Polonaise de la maison Poniatowski en fit son secrétaire, après avoir obtenu de Rome sa sécularisation. Dougados la suivit à Nice et ensuite à Gênes. Né avec une imagination ardente et inquiète, il devint professeur d'éloquence et d'histoire à son retour en France, et voulut jouer un rôle dans la révolution. L'esprit d'ambition et d'intrigue, et ses relations d'amitié avec le député Biroteau, le jetèrent dans le parti des Fédéralistes, qu'il embrassa avec un enthousiasme qui le conduisit à l'échafaud. Il fut exécuté au commencement de 1794, âgé d'environ trente ans. Ses amis déplorèrent une mort si prématurée et si cruelle. Ses Poésies ont de la facilité et un ton d'originalité qui plaît; elles sont déparées par des fautes de langage et de goût. On distingue parmi elles une élégie sur l'Ennui, la Quête du Blé, et un cantique sur le Jour de Noël. Elles ont été recueillies et imprimées à Nice. I. DOUGLAS, (Guillaume de) seigneur Écossois dans le quatorzième siècle, d'une des plus anciennes maisons de ce royaume, dont Buchanan a écrit l'Histoire. Robert de Brus, roi d'Écosse, ayant fait vœu de se croiser contre les Infidelles, et n'ayant pu l'accomplir pendant sa vie, ordonna à Douglas de porter son cœur en Palestine après sa mort, et de le présenter au St. Sépulcre. Le roi étant mort en 1327, Douglas partit pour la Terre Sainte; mais il fut tué, dit-on, en chemin avec toute sa suite, composée de la plus brillante noblesse du pays.
II. DOUGLAS, (Jacques) anatomiste Anglois, qui excella dans la pratique des accouchemens. Il professoit la médecine à Londres au commencement du dix-huitième siècle. Nous lui sommes redevables des ouvrages suivans: I. Bibliographiæ Anatomicae specimen, imprimé, pour la première fois, à Londres, et dans la suite, avec des augmentations, à Leyde, 1734, in-8. II. Miographiæ comparatæ specimen; Londres, 1706, abrégé court mais bon. L'auteur y marque la différence des musées dans l'homme et dans le chien. On l'a traduit en latin, et imprimé à Leyde en 1729. III. Description du Pérotoine, en anglois; Londres, 1730. Il décrit cet organe d'une manière neuve et exacte.
DOUJAT, (Jean) né à Toulouse, d'une famille de distinction, mort à Paris, le 27 octobre 1688, à 79 ans, étoit doyen dès docteurs-régens de la faculté de droit de Paris, premier professeur royal en droit canon, historiographe de sa majesté, et membre de l'Académie Françoise. Il fut choisi par Périgni, premier précepteur du grand Dauphin, pour donner à ce prince la première teinture de l'histoire et de la fable. Ses ouvrages et ses services lui acquirent les éloges des savans, et des pensions du trône. Il fut encore plus estimable par sa modestie, sa probité et son désintéressement au milieu des écueils de la cour, que par ses livres. Les principaux sont : I. Abrégé de l'Histoire Grecque et Romine, traduite de Velleius Paterculus, in-12, Paris, 1679 et 1708. Cette version est très-foiblement écrite : le traducteur l'orna de supplémens, tirés des meilleurs auteurs de l'antiquité, et d'une chronologie. M. l'abbé Paul en a donné une meilleure en 1770, in-8° et in-12. II. Une bonne Edition de Tite-Live : ouvrage composé, comme le précédent, pour l'usage du Dauphin, enrichi de notes savantes, 6 vol. in-4°. III. Prænotiones canonicae et civiles; Paris, 1587, in-4° : c'est son meilleur ouvrage. IV. L'Histoire du Droit Canonique, 1685, in-12. V. Celle du Droit Civil, Paris, 1678, in-12, en latin. VI. Une Edition latine des Institutions du Droit Canonique de Lancelot; Paris, 1684, 2 vol. in-12, avec beaucoup de notes. VII. Dictionnaire de la langue Toulousaine.
DOULCET, (N.) médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, mort en 178..., est auteur d'un très-bon mémoire sur la Fièvre puer-pérale. D'OULTREMAN, Voy. OUL-TREMAN.
DOUSA, (Janus) appelé vulgairement Vander Doks, seigneur de Norwick, sa patrie, naquit en 1545. Ayant été nommé gouverneur de Leyde, il défendit cette ville contre les Espagnols, l'an 1574, avec autant de courage que de prudence. Le général Espagnol sollicitant les bourgeois par lettres à se rendre, Dousa ne répondit que par ce vers, qu'il mit au bas d'une de ces lettres : Fistula dulce canit, volucrem d'am decipit Auceps. Quand la flûte aux doux sons leurre un crédule oiseau, Le perfide oiseleur le prend dans son réseau. Les assiégés ayant été secourus à temps, les Espagnols furent obligés de lever le siège. Le poète guerrier fut nommé, l'année suivante, premier curateur de l'université de Leyde, qui venait d'être fondée. Il étoit digne de cet emploi par son érudition, qui lui mérita le nom de Varron de Hollande. Il mourut à la Haye, en 1604, de la peste, à 59 ans. A beaucoup de courage et de savoir, il joignoit une douceur extrême. On a de lui : I. Les Annales de Hollande, en vers élégiaques et en prose, in-4°, à Leyde, en 1601; cet ouvrage, commencé par Janus Dousa le fils, et continué, jusqu'en 1520, par Dousa le père, fut réimprimé en 1617, avec un commentaire du savant Hugues Grotius. II. Des Notes sur Salluste, sur Pétrone, sur Catulle, Tibulle et Properce, sur Horace. 346 DOU
III. *Echo* sive *Lusus imaginis jocosæ*; la Haye, 1603, in-4.º IV. *Poemata*; Leyde, 1609. L'élégance, la pureté du style, la variété des images, ne doivent pas lui en faire pardonner plusieurs qui sont obscènes... Dousa laissa quatre fils, qui soutinrent la réputation de leur père. Les plus connus furent : *JANUS*, poète, philosophe et mathématicien, garde de la bibliothèque de Leyde, où il mourut en 1597, à 26 ans. On a de lui des *Poésies latines*, 1607, in-8.º Et *GEORGE*, savant dans les langues, qui voyagea à Constantinople, et publia une *Relation de son Voyage*; Anvers, 1599, in-8.º On a encore de lui, *Georgii Codini selecta de originibus Constantinopolitanis*, en grec et en latin; Genève, 1607, in-8.º *Georges Dousa* mourut en 1599, dans l'isle de St-Thomas, en faisant route pour les Indes. D'OUVILLE, *Voy. OUVILLE*. I. DOUVRE, (Thomas de) trésorier de l'Église de Bayeux, né en cette ville, d'une ancienne famille, est le premier Normand que *Guillaume* le Conquérant plaça sur le siège d'Yorck en Angleterre. Il en étoit digne, par ses vertus et par sa science. Il rebâtit son église cathédrale, inscrusit son peuple par ses discours et par ses exemples, fit de grands biens à son clergé, et composa quelques *Livres sur le Chant ecclésiastique*. Il mourut l'année 1100, après avoir siégé vingt-huit ans.
II. DOUVRE, (Thomas de) neveu du précédent, clerc d'*Henri I*, roi d'Angleterre, fut aussi archevêque d'Yorck en 1108. Son père, *Samson de Douvre*, avant de devenir chanoine de Bayeux, et ensuite évêque de Worcester en Angleterre, avoit été engagé dans le mariage, et eut encore au moins un autre fils, *Richard II*, qui fut évêque de Bayeux. *Thomas* eut de grands débats avec *St. Anselme*, archevêque de Cantorbery, à l'occasion de la primauté de leurs églises. On rapporte que, dans une griève maladie, les médecins lui ayant indiqué un remède opposé à la pureté, il déclara qu'il aimoit mieux s'exposer à mourir, que de racheter sa vie à un tel prix. Dieu bénit sa constance et sa foi : il lui rendit sa première santé. Ce pieux archevêque mourut en 1114.
III. DOUVRE, (Isabelle de) de la même famille que les précédens, fut maîtresse de *Robert*, comte de Gloucester, bâtard de *Henri I*, roi d'Angleterre, et en eut un fils (*Richard*) que ce prince nomma à l'évêché de Bayeux, en 1133. Se voyant dans l'arrière-saison de l'âge, et dégoûtée du monde, qui s'étoit dégoûté d'elle, *Isabelle* se retira à Bayeux, pour y finir ses jours, et y mourut vers l'an 1166, dans une extrême vieillesse. On croit que c'est sur son tombeau qu'a été placée cette épitaphe originale, qu'on voit contre l'un des murs extérieurs de l'église cathédrale ; *Quarta dies Paschæ fuerat, cum clicus ad hujus* *Quæ jacet hic vetulæ, venimus exequidas ;* *Lætinæque diem magis amississe dolemus,* *Quàm centum, tales, si caderent vetulæ.* On trouve une imitation de ce quatrain dans les *Œuvres de Séances*.
DOVIA, (Paul-Matthias) né à Naples d'une illustre famille, se distingua par ses connaissances mathématiques et philosophiques. On lui doit un *Cours* de philosophie et un *Traité* sur l'éducation des princes, qui a obtenu trois éditions. L'auteur y combat avec énergie les principes de *Machiavel*. Il est mort à Naples, au mois de mars 1745, à l'âge de 84 ans.
DOW, (Gérard) né à Leyde, en 1613, d'un vitrier, fut élève du célèbre *Rembrandt*, et fit beaucoup de progrès sous ce maître. Cet artiste ne s'est occupé qu'à de petits tableaux, qu'il faisoit payer à proportion du temps qu'il y mettoit. Sa coutume étoit de régler son prix sur le taux de vingt sous du pays par heure : il n'y a rien de plus achevé que ses tableaux : il faut le secours des loupes pour en démêler tout le travail. Ses figures, quoique très-fines, ont un mouvement et une expression singulière. Son coloris a beaucoup de fraîcheur et de force. *Dow* n'épargnoit pas le temps à ce qu'il faisoit. Il fut trois jours à représenter le manche d'un balai, et cinq à peindre la main de Mad. *Spierenger*, femme d'un résident de Suède en Hollande, qui vouloit avoir son portrait. On le regarde comme inventeur de la méthode ingénieuse de réduire un grand tableau en petit, en posant entre lui et son modèle, un châssis divisé par des carreaux de fil de soie, et en plaçant les mêmes parties dans autant de petits carreaux tracés sur la toile. Pour donner plus d'éclat à ses couleurs, il les broyoit sur un crystal, et faisoit lui-même ses pinceaux. Il fermoit soigneusement sa palette, crainte que la poussière n'en ternit l'éclat. On ne connoit qu'un seul tableau de lui en grand; c'est une Décollation de *St. Jean*. Gérard *Dow* a eu pour élèves *Scalken* et *Mieris*. Nous ignorons l'année de sa mort; mais il mourut dans un âge avancé.
DOUXMENIL, (N) mort à Paris, en 1777, a publié quelques opuscules, et entr'autres, des Mémoires sur la vie de Mlle. de l'*Enclos*, 1751, in-12.
DOYAC, (Jean de) homme de néant, vassal du duc de Bourbon, gagna la confiance de Louis XI par le vil métier d'espion et de délateur. Il voulut se signaler, en attaquant les officiers et la personne même du duc de Bourbon; mais ce prince fut absous des calomnies intentées contre lui. Son ennemi, loin d'être puni, fut fait gouverneur d'Auvergne et procureur-général du parlement, et il se rendit le tyran de ceux qui auroient dû être ses maîtres. Louis XI le recommanda en mourant à Charles VIII. Son crédit l'aveugla, et il eut l'insolence d'entreprendre sur les biens et sur la personne de quelques princes. Ses attentats ne restèrent pas impunis : en 1484, il eut la langue percée au pilori de Paris, et une oreille coupée, après avoir reçu le fouet par la main du bourreau; ensuite on le conduisit à Montferrat en Auvergne, lieu de sa naissance, où l'on réitéra la flagellation et on lui coupa l'autre oreille. On accorda, en 1516, à son petit fils, des lettres de rémission.
DRABICIUS, (Nicolas) ministre Protestant, né l'an 1587 à Stransnitz en Moravie, fut chassé de son pays, et se retira en Hon- grie l'an 1628. Il renonça au ministère pour se livrer à l'ivrognerie. Cette conduite le rendant méprisable, il s'avisa, pour se remettre en estime, de feindre des révélations. Ses rêveries, toutes démenties par l'événement, n'avoient pour but que d'exciter la guerre contre la communion Romaine et contre la maison d'Autriche, ennemie des Calvinistes. Les Impériaux se vengèrent de ses écrits séditieux, en le faisant périr. D'autres prétendent qu'il mourut en Turquie, où il s'étoit réfugié. Son principal ouvrage est intitulé : Lux in tenebris, Amsterdam 1657; titre bien peu convenable à l'obscurité de la matière, et à la bizarrerie des idées de l'auteur. Le prince Ragotski se servit de ses visions, comme d'une machine, pour remuer le peuple; mais il n'y ajoutoit pas la moindre foi. Voyez KOTTER.
DRACIUS, fut un capitaine Grec auquel Epéus confia le commandement d'une partie de ses troupes, lorsqu'il marcha contre les Troyens. I. DRACK, (François) l'un des plus grands hommes de mer de son temps, naquit près de Tavistock, dans le comté de Devon en Angleterre, d'une famille assez obscure. Son père, ministre d'un vaisseau Anglois, le remit à un pilote de sa connoissance, qui lui laissa en mourant son petit navire, ou plutôt sa barque. Le jeune homme continua quelque temps le commerce de son bienfaiteur; mais ayant appris qu'on équipoit des vaisseaux à Plimouth pour l'Amérique, il vendit sa barque en 1567, et vint offrir ses services à Jean Hawkins, capitaine de la flotte. Il perdit tout ce qu'il avoit dans ce premier voyage. Ayant réparé ses pertes, il arma deux vaisseaux, fit des courses sur les Espagnols, et rentra à Plimouth en août 1573, avec de grandes richesses. En 1577, Drack partit encore avec cinq bâtiments, que divers accidens réduisirent à un seul, fit en trois ans le tour du monde, remporta des avantages considérables sur les Espagnols, leur prit diverses places, et un grand nombre de navires chargés richement. Il revint à Plimouth en septembre 1580, après avoir pris possession, au nom de sa souveraine, des côtes de la Californie, qu'il nomma la Nouvelle Albion. La reine Elisabeth revétit de la dignité de chevalier ce citoyen, qui rapportoit à sa patrie des matières d'or et d'argent, et des richesses plus précieuses encore, des connoissances utiles. Cette princesse voulut diner à Derpfort, sur le vaisseau avec lequel il avoit fait le tour du monde; et fit faire des inscriptions qui transmettoient à la postérité un voyage si mémorable. Une nouvelle expédition en 1585, lui acquit une nouvelle gloire: il s'empara de quelques places dans les Canaries et dans les isles du Cap-Verd, dans celle de Saint-Domingue, dans la province de Carthagène, et dans plusieurs autres de l'Amérique. La reine Elisabeth ajouta à la dignité de chevalier, celle de vice-amiral. Elle l'envoya contre les Espagnols en 1588 et 1589. La première année, il coula à fond 23 vaisseaux dans le port de Cadix, et la seconde, il se signala avec l'amiral Haward contre la flotte Espagnole; mais ils ne purent parvenir à leur objet: c'étoit de rétablir Antoine sur le trône de Portugal. Ce mauvais succès fut attribué à Drack, qui nvoit négligé de faire avancer sa flotte jusqu'à Lisbonne. En 1594, ce célèbre navigateur se mit encore en mer avec une flotte de 28 vaisseaux. Il se rendit maître de Sainte-Marthe en Amérique, de Rio de la Hacha, et de plusieurs autres villes; mais il échoua dans l'entreprise principale, qui étoit de se rendre maître de Porto-Rico. Le chagrin qu'il en conçut lui donna un flux de sang mortel, et en revenant à Porto-Bello, il termina sa glorieuse carrière le 28 janvier 1596. Son corps n'eut d'autre tombeau que la mer, le théâtre de ses exploits. C'est ce qui donna lieu à cette épitaphe: Quem timuit s'avis etiam Neptunus in undis, Et rediit toto victor ab Oceano. Fædifragos pellens pelago prostravit Iberos
DRACKIUS: huic cumulus æquoris unda fuit. « Jadis craint de Neptune en ses grottes profondes, Alors qu'il parcouroit l'Océan en vainqueur, Le vengeur des traités sur l'ibère infracteur,
DRACK a sa sépulture au vaste sein des ondes. » Nous avons ses Voyages traduits en françois, 1627, in-8.° L'abbé Lenglet en indique une édition, à Paris, 1641, in-4.° Voy. l'article de BASSANO.
II. DRACK (Jacques) médecin Anglois, né à Cambridge en 1667, quitta la médecine pour se livrer à l'étude de l'histoire. On lui doit: I. Mémorial pour l'église d'Angleterre, in-8.° II. Historia Anglo-Scotica, 1703, in-8.° L'auteur mourut à Westminster, le 2 mars 1707. — Un autre
DRACK a publié à Londres, en 1737, en un vol. in-fol. L'Histoire et les Antiquités de la ville d'Yorck.
DRACON, législateur d'Athènes, l'an 624 avant J. C., se rendit recommandable dans sa république par sa probité autant que par ses lumières. Déclaré archonte, il fit, pour la réforme de ses concitoyens, des lois qui inspiroient une sévérité cruelle. L'assassin, et le citoyen convaincu d'oisiveté, étoient également punis de mort. Assez juste pour ne favoriser personne, il ne fut pas assez philosophe, dit un homme d'esprit, pour savoir qu'il commandoit à des hommes. Lorsqu'on lui demandoit les motifs de sa rigueur, il répondit: « Que les plus petites transgressions lui avoient paru mériter la mort, et qu'il n'avoit pu trouver d'autre punition pour les plus grandes. » Ses lois, écrites avec du sang, suivant l'expression de l'orateur Demades, eurent le sort des choses violentes; elles furent d'abord adoucies, et ensuite négligées. Le sage Solon les abrogea toutes, à l'exception de celle qui regardoit les meurtres. La fin de Dracon fut aussi triste que glorieuse. Ayant paru sur le théâtre, le peuple lui applaudit par des acclamations réitérées, et lui jeta tant de robes et de bonnets, selon la coutume de ce temps-là, qu'il fut étouffé sous les marques d'estime qu'il reçut. On a recueilli ce qui nous reste des lois de Dracon, dans un ouvrage imprimé à Lyon en 1558, sous ce titre: Jurisprudentia vetus Draconis Pradulpho Pratio collectore interprete. L'auteur en rapporte onze. I. Sabstenir du bien d'autrui. II. Si quelqu'un éloigne des bêtes de somme du chemin qu'elles doivent suivre, il sera coupable de vol. III. Condamner à mort les gens oisifs. IV. Punir de la même peine celui qui vole des herbes dans un jardin ou des fruits à écorce molle. V. Il est permis de tuer sur son territoire un homicide. VI. Il n'est point permis d'accuser d'homicide ceux qui sont en exil. VII. On ne peut mettre à mort celui qui a tué dans sa propre maison l'amant de sa femme, de sa sœur, de sa fille ou de la concubine qui nous a donné des enfans. VIII. On ne doit point punir quiconque a tué son ennemi dans le cas d'une légitime défense. IX. Dans le cas de mort violente d'un citoyen, on doit arrêter tous ses parens pour connoître la cause de la mort. X. On doit priver les homicides du feu, de l'eau, de l'usage des libations et des vases sacrés. XI. Tout ce qui porte la mort doit être sévèrement puni, soit qu'un homme, un animal ou une chose inanimée l'aient procuré.
DRACONITES, (Jean) ministre Protestant, de Carlostadt en Franconie, entreprit une Polyglotte de la Bible, qu'il ne put achever, étant mort en 1566, à 70 ans; mais on a imprimé le commencement en 1565; il contient les Pseaumes, les Proverbes de Salomon, les prophéties de Michée et Joël, en hébreu, en chaldéen, en grec, en latin et en allemand. On a de lui des Commentaires sur les Evangiles des Dimanches, en latin, in-fol; et d'autres ouvrages, où l'on trouve quelques points de littérature assez bien discutés.
DRACONTIUS, poète Chrétien, Espagnol, vers le milieu du 5e siècle. On a de lui : I. Un Poème sur l'ouvrage des six jours de la Création. II. Une Élégie adressée à l'empereur Théodose le jeune; Leipzig 1653, in-8.° Le père Sirmond en avoit aussi donné une édition in-8°, en 1619, avec les Poésies d'Eugène, évêque de Tolède.
DRAGUT-RAIS, c'est-à-dire Capitaine, né de parens obscurs dans la Natolie, d'abord domestique d'un corsaire, devint ensuite favori de Barberousse, et enfin son successeur. Il mena les compagnons de ses vols maritimes au butin, avec autant de bonheur et de capacité que ce fameux pirate. Il se signala d'abord sur les côtes du royaume de Naples et de la Calabre. Mais en 1550, il fut surpris sur les côtes de la Corse, et fait prisonnier avec plusieurs de ses vaisseaux, par Jeannetin Doria, neveu et lieutenant du fameux André Doria, qui ne lui rendit sa liberté qu'au bout de quelques années, et moyennant une rançon. Cette longue détention ne corrigea point ce brigand. En 1560, il vint relâcher dans le havre de l'isle de Gerbes. André Doria vint l'y bloquer avec ses galères, qui jetèrent l'ancre à l'embouchure du havre, pour lui couper toute retraite. Le corsaire se voyant enfermé, imagina, pour se tirer de là, un moyen qui lui réussit. Il fit croire à Doria, par l'attention qu'il eut de fortifier les bords du havre, qu'il avoit résolu d'en défendre l'entrée jusqu'à l'extrémité. Il faisoit aplanir dans le même temps un chemin, qui commençoit à l'endroit où ses galères étoient mouillées, et sur lequel on éleva un exhaussement composé de plusieurs pièces de bois, qu'il fit couvrir de planches frottées de suif, pour faciliter le passage à tout ce qu'il voudroit faire glisser dessus. On guinda ensuite, par la force des cabestans, ses galères sur ces planchers; et avec des rouleaux de bois, on les fit avancer jusqu'à un endroit de l'isle où le terrain étoit beaucoup plus bas. Il avoit fait creuser de ce côté un nouveau canal, opposé au canal de Cantara, (c'étoit celui où se trouvoient les Espagnols) par lequel ses galères passèrent d'une mer à l'autre. *Doria* n'apprit cette nouvelle extraordinaire, que par la perte de la capitale de Sicile, que *Dragut* enleva presqu'à sa vue. C'est ainsi que le corsaire se tira du danger: ressource qu'avoient employée long-temps auparavant les Tarentins, conseillés par *Annibal*. Il s'étoit rendu maître de cette isle par une perfidie bien horrible. Ayant fait venir à Tripoli, sous prétexte d'amitié, un certain *Soliman* qui en étoit le seigneur, il le fit pendre, et la lui enleva. Cinq ans après, en 1565, *Soliman II* ordonna à *Dragut* de se trouver devant Malte qu'il venoit assiéger; le pirate y vint avec quinze galères. Un jour qu'il reconnoissoit la brèche, un coup de canon qui donna contre une muraille, en fit sauter un éclat de pierre, dont le corsaire fut frappé à l'oreille avec tant de violence, qu'il en mourut quelque temps après.
DRAHOMIRE, femme d'*Uratislas*, duc de Bohème. Irritée de ce que son mari avoit laissé en mourant le gouvernement de ce pays à sa mère, elle la fit étrangler en 929. Une action si noire fut suivie de plusieurs autres crimes. Elle poussa son fils *Boleslas*, qui étoit idolâtre et très-ornel, à tuer dans un festin son frère *Venceslas*, dont la vie sainte et innocente étoit insupportable
DRÀ 351 à cette mère dénaturée. Mais de si grands forfaits ne demeurèrent pas long-temps impunis: elle périt dans un précipice auprès de la ville de Prague, où il sembloit que la terre se fût entr'ouverte exprès pour l'engloutir.
DRAKENBERG, (Chrétien-Jacob) centenaire du Nord, dont on a parlé très-souvent dans les papiers publics, mourut à Aarrhus en 1770, dans la 146$^{e}$ année de son âge. Il étoit né à Stavanger en Norwège, en 1624. Il étoit resté garçon jusqu'à l'âge de 113 ans, et avoit épousé alors une veuve âgée de 60 ans. Pendant les dernières années de sa vie, il reçut la visite des personnes du plus haut rang, qui admiroient son bon sens, sa présence d'esprit et sa santé vigoureuse.
DRAKENBORCH, (Arnaud) professeur en histoire et en éloquence à Utrecht, mort en 1743, s'est fait connoître par quelques ouvrages, et sur-tout par sa belle édition de *Tite-Live* en 7 vol. in-4$^{o}$, Leyde 1738. Les notes dont il l'a accompagnée, font beaucoup d'honneur à son savoir; mais elles en font moins à son goût: la plupart manquent de précision. Il a donné aussi une édition de *Silius Italicus*, 1717, en 1 vol. in-4$^{o}$. Elle est dans le même goût que la précédente, et assez estimée.
DRAN, (Henri-François le) *Voyez LEDRAN*.
DRANCÈS, courtisan du prince *Latinus*, haïssoit mortellement *Turnus*, dont les nombreux exploits excitoient sa jalousie. Il excelloit dans la politique et l'éloquence, mais il étoit plus propre à décrire une entre- 352 DRA prise périlleuse qu'à en suivre l'exécution.
DRAPIER, (Roch) avocat au parlement de Paris, né à Verdun en 1685, mort à Paris en 1734 à 49 ans, laisse quelques ouvrages de droit. I. *Recueil de Décisions sur les matières Bénéficiales*, dont la meilleure édition est en 2 vol. in-12, 1732. II. Un autre *Recueil de Décisions sur les Dimes*, réimprimé en 1748, in-12, augmenté par Brunet d'un *Traité du Champart*.
DRAPPIER, (Gui) curé de la paroisse de Saint-Sauveur à Beauvais, mourut en 1716, à plus de 91 ans, après l'avoir gouvernée pendant 59. Les principaux ouvrages qui nous restent de lui, sont: I. *Un Traité des Oblations*, in-12, Paris 1685. II. *Tradition de l'Église touchant l'Extrême-Onction*, où l'on fait voir que les curés en sont les ministres ordinaires; Lyon, 1699, in-12. III. *Gouvernement des Diocèses en commun*, Basle 1707, 2 vol. in-12. IV. *Défense des abbés commendataires et des curés primitifs*, 1685. C'est une invective coutinuelle contre les uns et les autres, quoique le titre promette autre chose. L'auteur combat le droit des curés primitifs, avec plus d'érudition que de solidité. Il réclame sur-tout la liberté de l'office du jour du Patron, objet pour lequel il eut des contestations toute sa vie avec le chapitre de Saint-Vaast, curé primitif de sa paroisse. Ces disputes firent faire bien de la bile à Drappier, et elle s'évapore dans son ouvrage. V. *Plusieurs Écrits en faveur du P. Quesnel*, son ami.
DRAUDIUS, (Georges) auteur Allemand, a publié en deux gros vol. in-4°, une *Bibliothèque Classique*, Francfort 1625, dans laquelle il a ramassé le titre de toutes sortes de livres. C'est à peu près une compilation des ouvrages qui ont paru aux foires de Francfort; mais elle n'est pas en assez bon ordre, et elle fourmille de fautes. On en a corrigé beaucoup dans les dernières éditions qu'on en a données; et cette Bibliothèque, quoique imparfaite, ne laisse pas d'être utile aux bibliographes, sur-tout pour la connoissance des productions germaniques.
DRAYTON (Michel) poète Anglois, né en 1563 dans le comté de Warwick, se fit estimer par ses élégies, ses chansons et l'agrément de ses poésies. Il mourut en 1631, et fut enterré à Westminster. On a recueilli ses *Œuvres* en 1748, in-fol.
DREBEL, (Corneille) philosophe alchimiste, né l'an 1572 à Alcmaër en Hollande, mort à Londres en 1634, à 62 ans, avoit une aptitude singulière pour les machines, mais il ne faut pas croire tout ce qu'on a raconté de la sagacité de ce philosophe. Il faisoit, dit-on, certaines machines pour produire la pluie, la grêle et les éclairs, aussi naturellement que si ces effets venoient du ciel. Il produisoit par d'autres machines un froid pareil à celui de l'hiver. On prétend qu'il en fit l'expérience, à la prière du roi d'Angleterre, dans la salle de Westminster; et que le froid fut si grand, qu'on ne put le supporter. Il avoit construit un verre, qui attiroit la lumière d'une chandelle mise à l'autre bout d'une salle, et qui donnoit assez de clarté, pour qu'à cette lucur on pût lire aisément. Mais tous ces prodiges doivent être renvoyés dans le pays des chimères. Ce philosophe laissa quelques ouvrages de physique; le principal est intitulé : *De naturâ Elementorum*, in-8.º On prétend qu'il trouva, le premier, le secret de teindre en écarlate : secret qu'il confia à sa fille. *Cuffier*, qui l'épousa, en fit usage à Leyde long-temps avant qu'on l'employât aux Gobelins. Une singularité de cette belle couleur, c'est qu'elle ne s'attache qu'à la laine et aux matières animales, et non au coton, au lin et au chanvre. Quelques-uns ont fait honneur à *Drebel* de l'invention du *Télescope*. On pense assez généralement qu'il fut l'inventeur du *Microscope* et du *Thermometre*, deux instrumens très-utiles, dont le premier ne fut d'abord connu qu'en Allemagne. Il parut, pour la première fois, en 1621. *Fontana* s'en attribua mal-à-propos l'invention, environ trente ans après.
**DRELINCOURT**, (Charles) ministre de l'Église prétendue réformée à Charenton, né à Sédan en 1595, mort à Paris en 1669, à 74 ans, s'acquit l'estime de ceux de sa communion par des mœurs exactes, par un caractère bienfaisant, et par divers ouvrages contre les Catholiques. Les principaux sont : I. Un *Catéchisme*, un vol. in-8.º II. Un *Abrégé de Controverse*, pleins l'un et l'autre des préjugés de sa secte. III. *Consolations contre les frayeurs de la Mort*, Amsterdam 1724, 2 vol. in-8.º IV. *La Préparation à la Sainte Cène*; ouvrage écrit avec onction, ainsi que le précédent. V. Trois volumes in-8.º de *Sermons*. VI. *Le Hibou des Jésuites*, etc. Ce dernier ou- vrage est assez recherché par les ennemis de la société. — *Charles DRELINCOURT*, son fils, médecin de Montpellier, dont on a des *Opuscules*, in-4.º, 1727, mourut à Leyde en 1697. Ce médecin avoit des connaissances et de la vertu. Il étoit modeste; il défendit, en mourant, qu'on fit son oraison funèbre : il n'aimoit pas cet usage, qui souvent fait bâiller les vivans, sans rien apprendre sur les morts. — *Laurent DRELINCOURT*, frère du médecin, mort à 56 ans en 1680, à Niort où il étoit ministre, laissa des *Sermons* et un recueil de *Sonnets Chrétiens*, à Amsterdam 1766, in-12.
**DRENZEN**, (Alméric) comte de *Cilley*, devint gouverneur de la Croatie, et soutint long-temps avec courage la guerre contre les Turcs. Dans un combat livré par lui au bacha de Bosnie, il fut trahi par le comte *Frangipani* qui le livra à ce dernier. Celui-ci l'envoya prisonnier au sultan *Bajazet II*, et il mourut dans cette captivité.
**DREPANIUS FLORUS**, *Voy. FLORUS*, n.º II.
**DRESSER**, (Matthieu) théologien Luthérien, né à Erford en 1536, étudia à Wittemberg sous *Luther* et *Mélanchthon*. Après avoir enseigné avec distinction le grec et l'éloquence en diverses académies, il fut, l'an 1581, professeur d'humanités à Leipzig, où il mourut en 1607, à 71 ans. C'étoit un Luthérien rigide, et un homme d'un caractère souple et adroit. Lorsqu'il étoit à Oxford, il sut si bien tourner l'esprit de ses collègues, qu'ils consentirent qu'on enseignât la confession d'Aubourg et 354 D R E l'hébreu dans l'académie. On a de lui divers ouvrages de littérature et de théologie : I. *Rhetorica libri quatuor*, in-8.º II. *Tres libri Progymnasmatum Littératuree Græcæ*, in-8.º III. *Isagoge Historica*, en allemand, in-fol. : cet écrit n'est point estimé. IV. *De festis et præcipuis uani partibus Liber*. V. *De festis diebus Christianorum, Judæorum et Ethnicorum Liber*, in-8.º : il y discute savamment plusieurs sujets curieux.
DREUILLET, (Élisabeth) née à Toulouse, où elle épousa un président du parlement de cette ville, s'attacha à la cour de la duchesse du Maine, et en fit les délices par les agrémens de son esprit. Auteur de plusieurs vers agréables, de chansons, de contes, elle mourut à Sceaux en 1730. *L'Anthologie* renferme quelques-uns de ses ouvrages.
DREVET, (Pierre) nom de deux graveurs célèbres, père et fils, nés à Sainte-Colombe en Lyonnois, ont gravé des portraits d'après le célèbre *Bigaud*, qui sont des chefs-d'œuvre de l'art. La délicatesse, l'agrément et la précision caractérisent leur burin. *Pierre Drevet* le fils, membre de l'académie de Peinture, mourut à Paris en 1739, à 42 ans; et le père la même année, à 75 ans. Les portraits des *Drevet* les plus renommés sont ceux de *Louis XIV*, de *Louis XV*, de la duchesse de *Nemours*, du duc de *Villars*, de *Despréaux*, et sur-tout celui de *Bossuet*. C'est à *Drevet* fils que l'on doit les belles estampes de la *Présentation* au temple, et de la *Prière* au jardin des Olives. — *Claude DREVET*, leur parent, a soutenu leur réputation avec honneur.
DREVETIÈRE, (La) *Voyez LISLE*, n.º IV.
DREUX, *Voyez PHILIPPE* de..., n.º XXV.
DREUX DU RADIER, (Jean-François) avocat, né à Châteauneuf en Thimerais le 10 mai 1714, occupa pendant quelque temps la place de lieutenant particulier de cette petite ville. Préférant de bonne heure la littérature au barreau, il quitta sa charge, et composa un grand nombre d'écrits en vers et en prose. On peut se dispenser de donner la liste de ses productions poétiques, parce qu'il n'y a point de poésie : c'est une versification lâche, prosaïque, trainante. Mais plusieurs de ses ouvrages en prose sont curieux. Les principaux sont : I. *Bibliothèque historique et politique du Poitou*, 1754, 5 vol. in-12. Quoiqu'il annonce de la critique dans le titre, il lonc plus qu'il ne censure; mais il relève les fautes des bibliographes qui l'avoient précédé, et presque toujours avec justesse. II. *L'Europe Illustre*, 1755 et années suivantes, 6 vol. in-4.º C'est le recueil des portraits des grands Hommes par *Odieuxre*. *Du Radier* s'étoit chargé des notices historiques, moyennant un écu par notice; et il y en a quelques-unes intéressantes. III. *Tablettes anecdotes des Bois de France*, 3 vol. in-12 : l'auteur a rassemblé dans ce recueil les paroles remarquables, les pensées ingénieuses, les bons mots de nos rois, ou attribués à nos rois. IV. *Histoires anecdotes des Reines et Régentes de France*, 6 vol. in-12. Les femmes qui s'attendoient à lire cette histoire comme un roman, l'ont trouvée un peu pesante. V. *Récréations* historiques, critiques, morales et d'érudition, 2 volumes in-12. L'analyse de ce dernier écrit par Fréron, est si mordante et si dure pour l'auteur, que les feuilles de l'Année littéraire en furent quelque temps suspendues par l'autorité. Tous ces ouvrages supposent que l'auteur a fait des recherches dans des livres peu communs; mais son style est diffus, négligé, familier, et il manque d'ordre dans la distribution des faits, et d'agrément dans la narration. Dreux du Radier fit aussi quelques Mémoires pour le barreau, entr'autres pour Jean-François Corneille; et il avoit précisément le style des mauvais avocats: des traits injurieux, une profusion de maximes triviales; « enfin, dit Fréron, en parlant de son mémoire pour Corneille, il entassoit des phrases d'écolier qui ne renfermoient aucune idée. » Cet auteur mourut le 1er mars 1780. Quoique son esprit fût un peu caustique, son caractère étoit officieux, et il se chargeoit avec plaisir de faire des recherches pour des familles, ou des littérateurs qui avoient besoin du secours de sa plume ou de son érudition.
DREXELIUS, (Jérémie) Jésuite d'Ausbourg, prédicateur de l'électeur de Bavière, mourut à Munich en 1638, âgé de 57 ans. Il laissa divers Ouvrages de piété, imprimés à Anvers 1643, en 2 volumes in-folio, et en plusieurs volumes in-24. Ils ont été fort répandus autrefois. L'auteur confirmoit par ses exemples ce qu'il enseignoit par ses livres.
DRIDEN, Voy. DRYDEN.
DRIEDO ou DRIDGENS, (Jean) de Turnehout en Bra- bant, fut docteur et professeur de théologie à Louvain, Chanoine de Saint-Pierre, curé de Saint-Jacques, dans la même ville, et mourut en 1535. On a de lui divers Traités de théologie, en 4 volumes in-folio et in-4. Les plus importants sont: I. De Eccl. Scripturis. II. De libertate Christiand. III. De captivitate et redemption generis humani. IV. De concordia liberi Arbitrii et Prædestinationis. V. De Gratia et libero Arbitrio, etc.
DRIESCHES, Voyez DRUSIUS.
DRIESSEN, (Antoine) théologien Hollandois, ministre à Utrecht, puis à Groningen, mourut dans cette dernière ville en 1748, à 64 ans. Il est auteur d'un grand nombre d'Ouvrages de théologie et de controverse, où il y a plus d'érudition que de goût et de modération.
DRIMAQUE, esclave qui gémissoit sous le joug d'un maître rigoureux, parvint à briser ses chaînes, et se réfugia sur les hautes montagnes de l'isle de Chio, où il devint chef d'une troupe de vagabonds qui ravagèrent le pays, et forcèrent le peuple à mettre à prix sa tête. Drimaque ayant appris cette nouvelle, se sentant déjà affoibli par les années, pria un jeune homme de le tuer, et d'aller recevoir la somme promise. Celui-ci refusa d'abord cette proposition, et ne consentit à l'exécuter qu'après les plus vives sollicitations. Les habitans de Chio admirant le courage de Drimaque, lui élevèrent un temple, et le surnommèrent le Héros pacificateur. Il étoit honoré par les fripons et les escrocs qui le croyoient leur 356 DRO protecteur, et lui faisoient offrande d'une partie de leurs vols.
**DRIPETINE**, fille de *Mithridate* le *Grand* et de *Laodice*, suivit son père après sa défaite par *Pompée*, l'an 66 avant J. C.; mais étant tombée malade, elle se fit donner la mort par un esclave, qui se tua lui-même après cette action qu'il n'avoit faite que malgré lui. On dit qu'elle avoit un double rang de dents.
**DRIVÈRE**, (Jérémie) connu sous le nom de *Trivérius*, né à Brackelle en Flandres, professeur de médecine à Louvain, mourut en 1554, âgé de 52 ans. Il a laissé plusieurs ouvrages : I. *De missione sanguinis in pleuritide*, in-4.º II. *Medicina methodus*, in-8.º III. *Des Commentaires sur Celse et sur Hippocrate*, in-folio. IV. *Paradoxa de vento, aère, aquà et igne*, in-8.º
**DROLINGER**, (Charles-Frédéric) conseiller de la cour du margrave de Bade-Dourlach, son archiviste privé et son bibliothécaire, ne se borna pas à ce que ses emplois pouvoient exiger de lui : il cultiva avec grand soin, la langue allemande et la poésie, et excella dans l'une et dans l'autre. Ses *Œuvres poétiques*, imprimées à Basle en 1743, in-8°, un an après sa mort, ont toute la pureté, l'élégance et la force que comporte sa langue. C'est du moins ce qu'en ont jugé quelques connoisseurs.
**DROMEUS**, fameux athlète, étoit de Symphale, ancienne ville du Péloponnèse. *Pausanias*, qui en parle dans la description de la Grèce, *Liv. VI*, dit qu'il fut couronné deux fois à Olympie, pour avoir doublé le stade avec succès; autant de fois à Delphes, trois fois à Corinthe, et cinq fois à Nemée. Le même historien ajoute qu'il passe pour le premier qui commença à se nourrir de viandes. Avant lui, dit-il, les athlètes ne mangeoient que des fromages, que l'on faisoit égoutter dans des paniers, *Pausanias* parle encore d'une statue qu'on avoit érigée à *Droméus*, et qui étoit un ouvrage de *Pythagore* le *Statuaire*.
**DROTTÉ**, (Saint) appelé vulgairement *St. Trotteins*, naquit dans le diocèse d'Autun, et se mit de bonne heure sous la conduite de l'évêque *St. Germain*. Il fut le premier abbé du monastère fondé à Paris par le roi *Childebert*, et qui devint dans la suite l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. *Drotté*, après avoir soumis un grand nombre de Religieux à la régie, et leur avoir donné l'exemple de toutes les vertus, mourut vers l'an 580. *Gislemar*, moine de son monastère, a écrit la *Vie* de cet abbé dans le neuvième siècle.
**DROU**, (N.) avocat au conseil, se distingua par ses lumières et son zèle à défendre les opprimés. Il ne refusa jamais la cause du pauvre, et d'attaquer pour le secourir l'homme puissant qui abusoit de son autorité. Interdit plusieurs fois pour cette raison, il ne reparoissoit ensuite dans l'arène qu'avec plus de force et de courage. Ses *Mémoires* sont recherchés comme des modèles de bonne logique. Il est mort à Paris au mois de juin 1783.
**DROU**, *Voy. LEDROU*. **I. DROUAIS**, (Hubert) peintre, né à la Roque en Normandie l'an 1699, mort à Paris le 9 février 1767, à 68 ans, fils d'un peintre, fut entraîné par son goût dans la même profession. Il n'étoit pas riche : il fut non-seulement l'artisan de sa fortune, mais il se vit obligé de créer jusqu'à l'instrument dont il devoit se servir pour l'élever. Il vint à Paris, et paya son voyage de l'argent qu'il avoit gagné peu à peu. Il fut élève de *de Troy*, et excella dans le portrait en grand, et dans ceux en miniature. A mesure qu'il faisoit des progrès, il alloit à Rouen ; l'approbation paternelle et les encouragements de ses compatriotes étoient plus doux à son cœur, que tous les éloges qu'il a obtenus depuis n'ont flatté son amour propre. Il semble que le ciel se soit plu à récompenser son ancienne piété filiale. Ce respectable vieillard a eu la satisfaction de partager les justes applaudissemens que toute la France a accordés à *DROUAIS* son fils, qui a suivi la même carrière.
**II. DROUAIS**, (Germain Jean) fils de ce dernier, naquit à Paris en 1763, et mourut à Rome d'une fièvre inflammatoire en 1790. Il étoit élève de l'académie de Peinture, et élève digne d'être maître. Son émulation étoit extrême. Quand on lui disoit que le travail altéreroit sa santé, il répondoit : *Vaincre ou mourir ; il faut que je sois peintre ou rien*. Son père disoit : « Il fait avec facilité à dix ans ce que je faisois avec peine à dix-huit. » Quoique la nature lui eût donné une figure douce, noble, régulière, il fuyoit les femmes. *Meritons*, disoit-il, *la gloire*, avant que de songer au plaisir. Son tableau de la *Cananéenne*, qui fut son morceau de concours pour le prix des élèves, est un chef-d'œuvre qui étonne les hommes de l'art. Il n'avoit pas encore été à Rome, lorsqu'il le composa ; et cependant on y admira la noble simplicité et la majestueuse expression de *Baphaël*. Ce beau tableau orne maintenant le *Muséum* de Versailles, sous le n.º 86.
**DROUARD**, (Jérôme) imprimeur renommé du 17$^{e}$ siècle, a publié le *Folybe grec* et latin, in-folio, *Suetone*, in-folio, *St. Cyrille*, in-folio, et l'*Eucharisticum* de Jacques Sirmoud. Il prenoit pour devise un diamant, avec ces mots : *Nil me Duriás*.
**DROUARD**, *Voyez*
**II. BOUSSET**.
**DROUET**, (Étienne-François) bibliothécaire des avocats de Paris sa patrie, naquit le 8 novembre 1725, et mourut en 1779. Nous ne le plaçons ici que parce qu'il a été l'éditeur du *Moréri* de 1759, et de la *Méthode pour étudier l'Histoire* de l'abbé *Lenglet*. *Voy. LENGLET* et *MORÉRI*. C'étoit un homme laborieux plutôt qu'un bon écrivain. Il étoit savant en histoire et en bibliographie. On lui doit la Table des 25 volumes de l'*Histoire ecclésiastique* de *D. Cellier*, et la Traduction du *Catéchisme historique* de *Fleury* du françois en latin, 1761, in-12.
**DROUIN**, (Réné) neveu du célèbre père *Serry*, Jacobin, entra comme lui dans l'ordre de Saint-Dominique, et s'y acquit une haute réputation d'esprit et de vertu. Les affaires du temps, dans lesquelles il entra, l'obl- 358 DRU gèrent de sortir de France. Il professa la théologie à Chambéri et à Verceil, et mourut en 1742, à Yvrée en Piémont, dans la soixantième année de son âge. On a de lui un *Traité dogmatique et moral des Sacraments*, imprimé à Venise en 1737, 2 vol. in-folio. Cet ouvrage décèle une profonde érudition, et une grande connoissance du dogme et de la morale. On l'a réimprimé à Paris en 1775, 9 vol. in-12.
DRUMMOND, (Guillaume) Écossois, né en 1585, vint en France pour y étudier la littérature; et de retour dans son pays, il publia une *Histoire d'Écosse* depuis 1423 jusqu'en 1643, in-8. Cet historien étoit aussi un poète agréable, et on a recueilli ses vers à Édimbourg en 1711, in-folio. Drummond est mort en 1649. I. DRUSILLE, fille d'*Agrippa le Vieux*, et sœur d'*Agrippa le Jeune*, rois de Judée, la plus belle femme de son temps, fut promise par son père à *Epiphanès*, fils du roi *Antiochus*, sur la parole qu'il lui donna de se faire circoncire. Ce prince n'ayant pas voulu tenir sa promesse, *Agrippa le Jeune* la maria à *Azize*, roi des Éméséniens, qui embrassa le Judaïsme pour lui plaire. *Drusille* se dégoûta bientôt de son époux; elle l'abandonna pour épouser *Félix* gouverneur de la Judée. L'envie qu'elle portoit à sa sœur *Bérénice*, la jeta dans ce travers, et lui fit même abûver sa religion. C'est devant *Drusille* et *Félix* que *St. Paul* comparut, comme on peut le voir dans les Actes des Apôtres.
II. DRUSILLE, (Livie) fille de *Germanicus* et d'*Agrippine*, et arrière-petite-fille d'*Auguste*; naquit à Trèves l'an 15$^{e}$ de J. C. Elle épousa *Lucius Cassius* en premières noces, et en secondes son frère *Marcus Lépidus*. Ses débauches la rendirent un objet de mépris pour les Romains. L'empereur *Caligula* son frère eut avec elle un commerce incestueux. Il l'aima si passionnément, qu'étant tombé dangereusement malade, il l'institua héritière de l'empire et de tous ses biens. La mort la lui ayant enlevée l'an 38 de J. C., il la fit mettre au rang des Déesses, malgré le nom infame que ses impudicités scandaleuses lui avoient mérité. Les Romains jusqu'alors n'avoient point connu de pareilles divinités; aussi leur fut-elle autant odieuse dans son ciel imaginaire, qu'elle l'avoit été sur la terre.
III. DRUSILLE, *Voy. CÉSONIE* et *LIVIE*. I. DRUSIUS, ou DRIESCHES, car *Drusius* est son nom latinisé, (Jean) né à Oudenarde en 1550, professeur à Leyde en Hollande, puis à Franeker dans la Frise, fut un des plus modérés Protestans du 16$^{e}$ siècle. Les enthousiastes lui firent un crime de sa modération; mais les sages ne l'en estimèrent que plus. On a de lui: I. D'excellentes *Notes sur l'Écriture*, données séparément, tant in-folio qu'in-4$^{o}$. II. Un *Recueil des fragments des Hexaples*. III. Une *Grammaire Hébraïque*, in-4$^{o}$ *Voyez* II. ELIE. IV. Un *Traité des trois Sectes des Juifs*, dans un recueil intitulé: *Trium Scriptorum, de tribus Judæorum Sectis, Syntagma*; Delft 1703, 2 volumes in-4$^{o}$, et d'autres ouvrages. *Driesches* étoit très-versé dans la connoissance de la langue hébraïque. Richard Simon parle de lui comme d'un interprète habile. Il n'étoit point de ces érudits, qui ne savent que ce qui est dans les Dictionnaires ou les Grammaires ordinaires ; il avoit consulté les anciens, et les meilleurs d'entre les auteurs modernes. Il ne se jeta point dans les questions de controverse, comme tant d'autres interprètes Protestans ; il se borna à développer le sens littéral. Ses ouvrages sur l'Écriture étoient rares, avant qu'on les réimprimât dans le recueil des Critiques sacrés, publié en Angleterre. Il mourut à Franeker en 1616. I. DRUSIUS, (Jean) fils du précédent, prodige d'érudition, dans un âge où les autres enfans commencent à lire. A cinq ans, il avoit quelque teinture de la langue latine. A sept ans, il expliquoit le pseautier hébreu sans hésiter. A neuf, il lisoit l'hébreu sans points, et ajoutoit les points qu'il falloit selon les règles. A douze, il écrivoit en vers et en prose à la manière des Hébreux. A dix-sept, il fit une Harangue latine à Jacques I, roi d'Angleterre, laquelle surprit et charma toute sa cour. Ce génie prématuré mourut de la pierre, à 21 ans, en 1609, après avoir commencé de mettre d'hébreu en latin l'Itinéraire de Benjamin de Tudèle, et la Chronique du second Temple. I. DRUSUS, (Marcus Livius) étoit fils de ce Drusus, qui fut collègue de Caius Gracchus dans le tribunat du peuple. Il naquit, comme son père, avec de grandes qualités, beaucoup d'éloquence, d'esprit et de courage : mais son ambition excessive les ternit. La faction du sénat et celle des chevaliers divisoient alors la ville. Drusus, naturellement porté à rendre au sénat ses premiers droits, étoit retenu par la crainte de s'attirer l'immitié des chevaliers. Il proposa de remplacer les sénateurs qui manquoient, par autant de chevaliers ; et d'accorder en même temps à ces nouveaux magistrats le droit de juger, tel que l'avoient les sénateurs anciens. Il vouloit concilier les deux partis, et il les irrita l'un et l'autre. Le mécontentement augmenta lorsqu'il voulut faire revivre la loi des Gracques touchant la distribution des terres au peuple, et celle d'accorder au peuple Latin les privilèges des citoyens de Rome. Drusus n'ayant pu faire passer la loi du partage des terres, qui avoit trouvé les plus grandes oppositions, voulut au moins tenir la parole qu'il avoit donnée aux étrangers. Mais comme il retournoit chez lui, suivi d'une multitude de Latins qui étoient venus pour le secourir, il fut assassiné à l'entrée de sa maison. Il tomba mort en proférant ces paroles très-belles, si elles étoient vraies : Je n'ai jamais eu d'autres intérêts que ceux de la république, et personne ne lui sera plus sincèrement attaché que moi. C'étoit vers l'an 90 avant J. C. — Il ne faut pas le confondre avec JULIUS DRUSUS PUBLICOLA, citoyen Romain, aussi recommandable par sa sagesse que par sa rare probité. Sa maison étoit bâtie de façon que ses voisins voyoient tout ce qui s'y faisoit. Un architecte croyant l'obliger, lui proposa de lui en construire une autre differemment disposée, pour une somme de cinq talens ou de 15,000 livres. Je vous en donnerai dix, lui dit Drusus. 360 DRU si vous voulez la bâtir de manière que non-seulement mes voisins, mais tous les citoyens, puissent voir comment on s'y comporte. Plutarque.
II. DRUSUS, ( Nero Claudius ) fils de Tibère-Néron et de Livie qui épousa depuis Auguste, et frère de l'empereur Tibère, naquit l'an 38 avant J. C. Il signala son courage de bonne heure. Après avoir soumis les Grisons, il vainquit les Gaulois et les Germains, et fut élevé à la charge de préteur. La même année qu'on lui conféra la préture, il retourna sur le Rhin, le passa, et acquit tant de gloire dans cette expédition, qu'on lui décerna les honneurs du triomphe, et qu'il fut nommé proconsul dès qu'il eut cessé d'être préteur. Les armées toujours victorieuses sous lui, l'honorèrent du titre d'imperator; mais Auguste ne jugea pas à propos de le lui confirmer. Il se prépara à continuer ses conquêtes: il porta même ses armes jusqu'au bord du fleuve de l'Elbe; mais ayant fait de vains efforts pour le traverser, il se contenta d'y élever des trophées, pour faire connoître qu'il avoit pénétré jusque-là. Dion prétend qu'il fut détourné du passage de ce fleuve, par l'apparition d'une femme d'une taille gigantesque, qui lui dit: Drusus, ton ambition n'aurait-elle point de bornes? Les destins ne te permettent pas d'aller plus loin; tu touches au terme de tes exploits et de ta vie. Quoi qu'il en soit de ce conte, Drusus mourut bientôt après, d'une châte de cheval, à l'âge de trente ans, la IXe année avant J. C. Rome perdit en lui un prince plein de bravoure, de bonté et de vertu, digne de remplacer Auguste, et qui auroit préservé l'empire d'un monstre tel que Tibère. C'est Drusus qui fit tirer le canal du Rhin à l'Issel. Il eut de sa femme Antonia trois enfans, Germanicus, Livie et Claude.
III. DRUSUS, fils de Tibère et de Vipsanie, eut plusieurs des défauts de son père, la cruauté, l'emportement, l'amour des plaisirs; mais il ne les eut pas tous. Après avoir été questeur l'an Xe de J. C., on l'envoya au bout de cinq ans, en l'annonie, pour appaiser les légions révoltées lors de la mort d'Auguste. La sagesse et la fermeté qu'il fit paroître en cette occasion, lui méritèrent le consulat. Il ne se signala pas moins dans l'Illyrie, d'où il fomenta adroitement les divisions qui déchiroient les Allemands. Le sénat lui décerna les honneurs de l'Ovation, pour le récompenser de ses succès. Drusus, revenu à Rome, fut fait consul avec l'empereur son père. Il partagea ensuite avec lui la puissance tribunitienne. Ces dignités sembloient assurer l'empire à ce prince; mais Séjan, fourbe audacieux, à qui il avoit donné un soufflet, corrompit Livie, femme de Drusus, et, de concert avec elle, le fit empoisonner par un ennuque. Le médecin de Livie, qui étoit aussi un de ses amans, entra dans ce lâchecomplot. Le poison fut lent; mais il n'emporta pas moins Drusus, l'an 23 de J. C.
IV. DRUSUS, fils de Germanicus et d'Agrippine, jouit d'abord d'une grande faveur, et obtint des postes importants; mais l'artificieux Séjan chercha à le perdre auprès de Tibère, et y réussit. Cet empereur le fit renfermer, et défendit à tous ceux qui le gardoient dans sa prison, de laisser passer aucun aliment. On le trouva mort au bout de 9 jours, ayant mangé la bourre de ses matelas, l'an 33 de J. C. Tibère eut encore la lâche cruauté de l'accuser dans le sénat après sa mort.
DRUTMAR, ( Chrétien ) natif d'Aquitaine, moine de Corbie dans le 9e siècle, enseigna au monastère de Malmedy, dans le diocèse de Liège. Nous avons de ce savant religieux un Commentaire sur St. Matthieu, qui fit beaucoup de bruit dans le 16e siècle. Les novateurs de ce temps-là le firent imprimer à Strasbourg en 1514, in-fol., avec quelques additions. On prétend que les éditeurs y semèrent habilement quelques propositions erronnées sur la transubstantiation. Le venin ayant été découvert, le livre fut exactement supprimé; ce qui l'a rendu rare. En 1530, on en fit une autre édition à Haguénan, qui fut supprimée aussi, comme étant conforme à la précédente.
DRYADES, ( Mythol.) nymphes qui présidoient aux bois et aux forêts, n'étoient point attachées à certains arbres, comme les Hamadryades. I. DRYANDER, ( Jean ) médecin et mathématicien de Wetteren dans le pays de Hesse, enseigna à Marpurg; et y mourut Protestant le 20 décembre 1560. On a de lui plusieurs ouvrages de médecine et de mathématique, qui étoient consultés avant les bons livres du dernier siècle et de celui-ci. La plus grande obligation qu'on lui a, c'est qu'il fit des découvertes en astronomie, qu'il inventa quelques instruments de mathématiques, ou perfectionna ceux qui étoient inventés. Son Anatomia capitis, Marpurg 1537, in-4°, avec fig., a été estimée.
II. DRYANDER, ( François ) frère du précédent. Voyez ÉNZINAS.
DRYAS, ( Mythol. ) fille de Faune, étoit honorée comme déesse de la chasteté et de la pudeur. Les femmes lui faisoient des offrandes dans un temple magnifiquement décoré, dont l'entrée étoit interdite aux hommes.
DRYDEN, ( Jean ) né à Oldiwinde dans le comté d'Huntington en 1631, d'une famille distinguée, montra, jeune encore, un génie fécond et facile, et des talens supérieurs pour la poésie. Il se fit Catholique en 1688, sous le règne de Jacques II, à la cour duquel il fut toujours tres-bien accueilli. Les ennemis que ses talens, son caractère ou son changement de religion, lui avoient suscités, firent des cabales pour le perdre. Le roi Guillaume lui retrancha ses pensions; et ce poète, qui a fait tant d'honneur à sa patrie, mourut dans la misère, le premier mai 1701, à 70 ans, d'une inflammation au pied, causée par la croissance d'un ongle sous la chair. Dryden jouit de la familiarité des grands, sans s'avilir. Un seigneur Anglois lui reprochoit que dans une de ses tragédies le héros causoit avec son amante, et que lui, il auroit mieux su profiter du temps.—Mais aussi vous m'avouerez, mylord, que vous n'êtes pas un héros.—Le duc d'Albermale le rencontra un soir sortant d'un lieu suspect: D'où venez-vous, monsieur le poète?—Supprimous les qualités, mylord, lui répondit Dryden, 362 DRY la nuit je voyage incognito. Ses critiques, semblables, dit l'ope, à ces mocherons qui ne sont jamais si nombreux qu'au soleil couchant d'un beau jour d'été, harcélèrent sa vieillesse. Voyez SHEFFIELD. Dryden s'est signalé dans tous les genres de poésie. Ses ouvrages sont pleins de détails naturels à la fois et brillants, animés, vigoureux, hardis, passionnés. Sa réputation seroit sans altération, s'il n'avoit fait que la dixième partie de ses ouvrages. Il avoit une grande facilité, mais il en abusoit : de là des inégalités étonnantes, et ce mélange de bas et de noble, de puérilité et de raison. Ses principales productions sont : I. Des Tragédies, qui offrent de grandes beautés semées çà et là, mais qui, dans le total, ne sont que des farces sublimes : Atterbury en traduisit deux en vers latins, Achitopel et Absalon. II. Des Comédies, d'une licence que le théâtre François ne supporteroit point. La nature paroît sans voile sur la scène Angloise, et Dryden ne s'est que trop conformé à l'usage de son pays. III. Des Opéra, et plusieurs autres Pièces de Poésie, parmi lesquelles on distingue la fameuse Ode sur le Pouvoir de l'Harmonie, traduite en vers françois par Dorat : elles ont été recueillies dans ses Œuvres dramatiques, en 3 volumes in-fol., à Londres en 1721. On y trouve, à la tête, une longue Dissertation en forme de dialogue sur la poésie dramatique. Chaque pièce est accompagnée d'une dédicace, et d'une préface savante et curieuse. IV. Des Fables, in-8.º V. Une Traduction de Virgile en vers anglois, qui lui a fait beaucoup d'honneur dans sa nation. VI. Une autre des Satires de Juvénal et de Ferse. VII. Une Version en prose du poème latin de l'Art de la Peinture, du célèbre Alfonse du Fresnoy. Elle est enrichie des Remarques de de Piles sur cet ouvrage, et d'une belle Préface, dans laquelle il compare la poésie à la peinture. Il laissa trois fils, dont l'un se fit religieux, et les deux autres furent huissiers du palais de Clément XI. Le premier, Charles, se noya dans la Tamise, en 1704; le second, Jean, étoit mort à Rome, en 1701. Ils se méloient aussi de poésie. I. DRYOPE, (Mythol.) femme qui habitoit l'isle de Lemnos, et dont Vénus emprunta la figure pour engager toutes celles du pays à se défaire de leurs époux.
II. DRYOPE, (Mythol.) fut une nymphe d'Arcadie, aimée de Mercure. Tenant un jour son fils entre ses bras, elle arracha une branche de lotos pour l'amuser. Bacchus, à qui cette plante étoit consacrée, en fut si irrité, qu'il la métamorphosa en arbre. Elle n'eut que le temps d'appeler sa sœur pour prendre l'enfant, qui auroit été enfermé avec elle sous l'écorce.
DSINGU, héroïne du Japon, accompagna son époux, l'empereur Tsien-ti, dans la conquête de la Corée, l'an 201. Ce dernier étant mort au milieu de ses victoires, Dsingu en continua le cours, réduisit toute la Corée sous son obéissance, et donna des lois sages au Japon.
DSISOO, (Mythol.) dieu qui, selon les Japonais, préside aux grandes routes, et met les voyageurs à l'abri de tout danger. On trouve souvent sur les chemins sa statue couronnée de fleurs par les passans. Elle est placée sur un piédestal de la hauteur d'environ six pieds. On met d'ordinaire près d'elle deux pierres beaucoup moins élevées, et qui ont chacune dans leur centre une cavité où les voyageurs qui implorent les secours de *Duisoo* posent des flambeaux, qu'ils allument en son honneur.
**DUAREN**, (François) né à Moncoutour, à trois lieues de Saint-Brieux en Bretagne, fut un célèbre professeur de droit à Bourges. Il mourut dans cette ville en 1559, à 50 ans. C'étoit, suivant de *Thou*, le plus savant jurisconsulte de son temps après *Alciat*. Il fut le rival de *Cujas* dans l'université de Bourges; mais celui-ci rendant justice à son mérite, se retira à Valence. Il avouoit qu'il devoit une partie de son savoir à l'émulation que *Duaren* avoit excitée en lui. Ce jurisconsulte joignit à l'étude de la jurisprudence celle des belles-lettres, et une exacte connoissance de l'antiquité. On a de lui: I. *Pro libertate Ecclesiæ Gallicæ adversis Romanam*, *Defensio Parisiensis Curiae*. II. *De sacris Ecclesiæ Ministeriis ac Beneficiis libri octo*. III. *Des Commentaires* sur le code et le digeste. IV. Une *Lettre* écrite en 1549 à François Balduin sur les *Plagiaires*. On a quatre éditions des ouvrages de *Duaren*; la première, de Lyon, 1554, in-fol.; la seconde, aussi de Lyon, 1578, 2 vol. in-fol., peu commune; la troisième, de Francfort, en 1598, in-folio; la dernière, de Genève, 1603, in-fol. moins recherchée. Il arriva aux écrits de *Duaren*, ce que *Cujas* craignoit pour les siens. Ses écoliers ajoutèrent aux ou- D U B 363 vrages qu'il avoit composés, tout ce qu'ils lui avoient entendu dire dans ses explications; et ce mélange ne contribua pas à sa gloire.
**DUBOCAGE**, (Marie-Anne LE PAGE) née à Rouen, épousa un financier, dont elle devint veuve encore jeune, et réunit aux charmes de la figure les agrémens de l'esprit et du caractère. Quelques pièces de vers couronnés à l'académie de Rouen, commencèrent sa réputation; elle l'acerut par des ouvrages plus considérables. *Le Paradis perdu*, poème en six chants, imité de *Milton*, parut en 1748. Il offre des descriptions intéressantes et le talent de peindre; mais ce fut une entreprise trop hardie de vouloir suivre le poète Anglois: la démarche gracieuse et légère d'une femme ne put atteindre au vol hardi de son modèle; et l'auteur fut forcé de réduire à une miniature agréable le tableau le plus grand et le plus terrible qui ait été fourni à l'Épopée. *Voltaire* lui adressa sur ce poème ce compliment agréable: Milton dont vous suivez les traces Vous prête ses transports divins, Ève est la mère des humains, Et vous êtes celle des Graces. Comment n'ait-elle pas séduit La raison la plus indomptable? Vous lui donnez tout votre esprit; Adam étoit bien pardonnable. Sa faute a perdu l'univers; Elle ne doit plus nous déplaire; Et son erreur nous devient chère Dès que nous lui devons vos vers. Ève par sa coquetterie Nous a fermé le paradis: L'Amour, les Graces, le Génie, Nous l'ont d'ouvrir dans vos écrits. Le poème de la Colombiade, en dix chants, suivit de près celui du Paradis terrestre. La découverte et la conquête d'un nouveau monde, le contraste des mœurs Européennes avec celles des nations sauvages, la simplicité et les vertus de la nature en opposition avec la cupidité, les vices et les talens des peuples policés, appeloient toute l'énergie de la poésie épique; Mad. Dubocage a plutôt esquissé que rempli son sujet. On y trouve cependant de grandes idées et de très-beaux vers, comme celui-ci qui termine le portrait du démon des orages : Pour sceptre dans ses mains est la clef des tempêtes. Et ceux-ci, où l'auteur passe en revue les divers peuples de la terre : Ces Ottomans jaloux peuplent de vastes champs, Où brillèrent jadis des empires puissans; Le berceau des beaux arts, l'Égypte utile au monde; L'opulente Assyrie, en voluptés féconde; La Phénicie où l'homme osa braver les mers. Et tant d'autres états, dont l'éclat, les revers, Dans l'abyme des temps se perdent comme une ombre, La renommée oublie et leurs faits et leur nombre; Tout péris, tout varie; et la course des ans Change le lit des eaux et la face des champs. Dans sa tragédie des Amazones, Mad. Dubocage eut pour but de prouver que des lois bizarres peuvent bien pendant quelques temps réprimer la nature mais non la dompter. On doit encore au même auteur : I. Mélanges de vers et de prose, traduits de l'anglois, 1751, 2 vol. in-8. II. L'Opéra, ode, 1750. III. Le Temple de la Renommée, poème traduit de Pope. IV. Une Traduction de l'Oraison funèbre du prince Eunène, écrit en italien par le cardinal Passionei. V. Une autre du petit ouvrage italien intitulé : De la conjuration de Valstein. VI. Voyages en Angleterre, en Hollande et en Italie; ils sont curieux et agréablement écrits. Son voyage à Rome lui procura l'association à l'académie des Arcades. La duchesse d'Arcé, âgée de seize ans, lui fit dans cette société une répartie pleine d'esprit : Mad. Dubocage enchantée de sa figure, lui disoit : Vous paroissez la divinité de Rome. Non, Madame, répondit la duchesse; les Romains prirent toujours leurs dieux chez les étrangers; et c'est vous qui êtes devenue leur déesse. En effet, toutes les familles distinguées de Rome et les cardinaux se firent un plaisir de voir Mad. Dubocage, et de lui donner des preuves de leur estime. Le pape Benoît XIV sur-tout et le cardinal Passionei, tous les deux octogénaires, ne la quittoient pas. Il étoit curieux de voir ces vieillards lutter auprès d'elle d'attentions et de prévenances. Le pape voyant passer le cardinal dans sa voiture avec l'aimable Françoise, leur donna une triple bénédiction, et dit en plaisantant : Et Homo factus est. En allant en Italie, Mad. Dubocage fut reçue à l'académie de Lyon. Voltaire qui se trouvoit alors dans cette ville, lui adressa encore ces jolis vers : Muse nouvelle, aimable grace, Allet au Capitole; allet, rapporte, nous. *Les mythes de Pétrarque et les lauriers du Tasse;* *Si tous deux revivoient, ils chante- roient pour vous;* *Et voyant vos beaux yeux et votre poésie,* *Tous deux mourroient à vos genoux Ou d'amour ou de jalousie.* On doit avouer, malgré les éloges de *Voltaire* et des poètes contem- porains, que les vers de Mad. *Du- bocage* ne sont guères au-dessus de ceux des poètes du troisième ordre. Elle étoit faite pour le flageolet, et auroit dû laisser la trompette hé- roïque, et le cothurne. Aimée pour ses qualités douces et bienfai- santes, elle parvint à l'âge de 92 ans. « Elle joignoit, dit Mad. de *Beauharnois*, dans une notice consacrée à la mémoire de son amie, à la politesse majestueuse du siècle de *Louis XIV*, l'amabi- lité fine du sien. Ses jugemens étoient sages, son goût exquis; elle racontoit avec précision et simplicité. C'étoit toujours lors- qu'il le falloit, jamais plus que les autres, et jamais plus qu'on n'auroit voulu. On ne pouvoit écouter, ni parler plus obligeam- ment qu'elle. On aimoit à lui plaire; on la quittoit ordinaire- ment avec l'espérance d'y avoir réussi; cependant ce n'étoit point à soi, c'étoit à elle qu'on l'attri- buoit... Ses talens n'otèrent rien à ses vertus privées... Je l'ai vue, ajoute Mad. de *Beauharnois*, glacée par les ans, accablée par les maux, recouvrer des forces pour dire des choses aimables à ceux qui l'entouroient, envisager sa fin avec la tranquillité d'une ame pure et d'un caractère inacces- sible à la foiblesse. » Mad. *Du- bocage* est morte à Paris, au mois de juillet 1802. La plupart de ses écrits ont été recueillis à Lyon en 1762 et forment 3 vol. in-8.º
DUBOIS, (le Cardinal) *Voyez Bois*, (Guillaume du) n.º VII.
DUBOIS, ou plutôt BOSCH, (Jérôme) peintre de Bois-le- Duc, florissoit au commence- ment du 16ᵉ siècle. Il excelloit dans les grotesques, les figures bouffonnes et les fantômes. Il a peint un *Enfer* d'une manière si vive, si vraie et si terrible, que le spectateur est saisi en le voyant, comme s'il étoit dans ce lieu d'horreur. L'expression, la force et la variété des carac- tères, la magie de son coloris; tout contribue à faire rechercher ses ouvrages, et à en rendre le prix excessif.
DUBOIS, *Voy. SYLVIUS.*
DUBOS, *Voyez Bos et* Bosc.
DUBOS, (Jean-Baptiste) né à Beauvais en 1670, fit ses pre- mières études dans sa patrie, et vint les achever à Paris. Après avoir été reçu bachelier de Sor- bonne en 1691, il entra dans le bureau des affaires étrangères, sous *Torcy*. Ce ministre, juste appréciateur du mérite, reconnut et employa celui de l'abbé *Dubos*. Il fut chargé d'affaires importantes dans différentes cours de l'Europe, en Allemagne, en Italie, en An- gleterre, en Hollande, et il s'en acquitta en homme consommé dans les négociations. On sait la part qu'il eut aux traités conclus à Utrecht, à Bade et à Bastadt. Le duc d'Orléans et le cardinal *Dubois* firent de ses talens le même usage que *Torcy*, et avec le même succès. Les services de l'abbé *Dubos* furent récompensés par des bénéfices et des pensions, 366 D U B et enfin par l'abbaye de Notre-Dame de Ressons près de sa patrie. Il mourut à Paris le 23 mars 1742, à 72 ans, secrétaire perpétuel de l'académie Françoise. Une maladie longue et douloureuse l'avoit préparé à la mort. Il répétoit, quelques jours avant que de finir, ces mots d'un ancien: *Que le trépas est une loi et non pas une peine*. Il ajoutoit que trois choses doivent nous consoler de la perte de la vie: *Les amis que nous avons perdus; le peu de gens dignes d'être aimés que nous laissons après nous; et enfin le souvenir de nos sottises et l'assurance de n'en plus faire*. Il étoit d'une société douce, et d'un caractère poli et obligeant. Ses ouvrages sont une preuve de la variété et de l'étendue de ses connoissances. Les principaux sont: I. *Réflexions Critiques sur la Poésie et sur la Peinture*, 1719, in-12, 2 vol.: et réimprimé en 1740, in-12, 3 vol. Ce qui fait la bonté de cet ouvrage, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, c'est qu'il n'y a que peu d'erreurs, et beaucoup de réflexions vraies, nouvelles et profondes. Il manque cependant d'ordre et sur-tout de précision; il auroit pu être écrit avec plus de feu, de grace et d'élégance; mais l'écrivain pense et fait penser. Il ne savoit pourtant pas la musique, il n'avoit jamais pu faire des vers, et n'avoit pas un tableau; mais il avoit beaucoup lu, vu, entendu, ou réfléchi. La littérature ancienne lui étoit aussi connue que la moderne, et les langues savantes et étrangères autant que la sienne propre. II. *L'Histoire des quatre Gordiens, prouvée et illustrée par les médailles*, Paris, 1695, in-12. On n'en admet ordinairement que trois: l'auteur soutient avec beaucoup d'érudition, mais en même temps avec beaucoup de modestie, qu'il y en a eu quatre. Son sentiment ne paroit pas avoir été adopté. III. *Histoire critique de l'établissement de la Monarchie Françoise dans les Gaules*, 1734, 3 vol. in-4°, réimprimée en 1743, avec des augmentations et des corrections, en 2 vol. in-4° et 4 vol. in-12. Cet ouvrage a séduit beaucoup de gens, dit un auteur qui l'a réfuté, parce qu'il est écrit avec beaucoup d'art; parce qu'on y suppose éternellement ce qui est en question; parce que plus on y manque de preuves, plus on y multiplie les probabilités. Le lecteur oublie qu'il a douté, pour commencer à croire. Mais quand on examine bien, on trouve un colosse immense qui a des pieds d'argile; et c'est parce que les pieds sont d'argile, que le colosse est immense. Si le système de l'abbé *Dubos* avoit eu de bons fondemens, il n'auroit pas été obligé de faire trois mortels volumes pour le prouver. Il faut avouer pourtant, avec le président *Hesaault*, qu'il a fort bien démêlé plusieurs points obscurs sur l'origine de notre nation. On peut voir ce qu'a dit cet illustre écrivain pour modifier son système. L'opinion de l'abbé *Dubos*, est que les peuples des Gaules ont appelé les Francs pour les gouverner. Il fait de *Clovis* un politique plutôt qu'un conquérant; et, suivant de meilleurs écrivains, ce prince étoit encore plus conquérant que politique. Quelque erronée que puisse être l'opinion de *Dubos*, il réfute savamment quelques erreurs de *Daniel*, et les idées fausses de *Boulainvilliers*. Il y prouve avec évidence que la loi *salique* n'étoit qu'une coutume ancienne, et non une loi écrite. IV. *Histoire de la Ligue de Cambrai*, faite en 1580, contre la république de Venise, dont la meilleure édition est de 1728, 2 vol. in-12. La guerre qui suivit cette ligue dura huit ans. Tout le monde sait combien elle a coûté à la république de Venise. Elle mit plus d'une fois les Vénitiens sur le bord du précipice, et s'ils évitèrent leur ruine totale, ce ne fut qu'en laissant de riches dépouilles entre les mains des princes ligués. L'auteur y fait connoître les intérêts des princes, les intrigues des cours, les manœuvres des négociateurs, les usages et les mœurs du temps; et c'est un modèle en ce genre. On lui a reproché, ainsi qu'à l'historien du *Traité de Westphalie*, de manquer quelquefois de chaleur et d'intérêt; d'être long et diffus; mais c'était un défaut nécessaire. Les événements se succèdent lentement dans leurs récits, parce qu'il en faut développer les causes. C'est moins un précis qu'ils vouloient faire qu'un tableau détaillé qui pût servir aux ambassadeurs et aux secrétaires d'ambassade. V. *Les intérêts de l'Angleterre mal entendu dans la guerre présente*; Amsterdam 1704, in-12: livre qui, suivant l'abbé *Lenglet*, fut fort goûté en France, mais qui ne fit pas beaucoup d'impression sur les Anglois. Cependant il annonçait à ce peuple ce qui lui est arrivé 70 ans après, la séparation de ses colonies de la métropole. Il faisait dans ce livre d'autres prédictions funestes à l'Angleterre, qui ne se vérifièrent pas; et un plaisant dit à ce sujet que pour réponse à l'écrivain prophète et à ses conseils charitables, il n'y avoit qu'à chan- D U B 367 ger ainsi le titre de son livre: *Les intérêts de l'Angleterre mal entendus par M. l'abbé Dubos*. VI. *Manifeste de Maximilien*, électeur de Bavière, contre *Léopold* empereur d'Allemagne. Il a pour objet la succession d'Espagne, et est écrit avec une éloquence douce et majestueuse. La *Jésuite Souciat* en a fait une traduction latine.
DUBOSC DE MONTANDRÉ, (N\*\*) mort à la fin du 17$^{e}$ siècle, a publié: I. *Suite historique* des ducs de la basse Lorraine, 1662. L'auteur entreprit d'y justifier le droit de la France sur la Lorraine. II. *Histoire et Politique* de la maison d'Autriche, 1663, in-fol. *Dubosc* ne commence cette histoire qu'à *Rodolphe* de Hapsbourg jusqu'à *Philippe IV* roi d'Espagne, et à l'empereur *Ferdinand III*. Il donne un motif religieux à l'abdication de *Charles-Quint*, et réfute les opinions qui supposent que cette action fut déterminée par des vues politiques.
DUBOUCHER, (Matthieu) né à Dax en 1757, mort à Bordeaux le 9$^{e}$ pluviose en l'an 9$^{e}$; se fit avocat, et après avoir donné quelques mémoires judiciaires, il se fit auteur. Ses productions méritent peu de lecteurs. Elles consistent, I. en un drame, ayant pour titre: *Dorbessan* ou *le Dévouement paternel*; II. en un poème sur l'*Amitié*; III. en un opéra en trois actes non représenté, intitulé *Cora*. Le sujet en est tiré de l'histoire des *Incas*, 1798, in-8.$^{o}$
DUBOULAY, *Voy. BOULAY et FAVIER*.
DUBRAW ou *DUBRAVIUS SCALA*, (Jean) évêque d'Olmutz en Moravie, dans la 16$^{e}$ siècle, 368 D U B naquit à Pilsen en Bohême, et mourut en 1553, avec la répu- tation d'un prélat pieux et éclairé. Les fonctions de l'épiscopat ne l'empêchèrent pas d'être ambas- sadeur en Silésie, puis en Bohême, et président de la chambre établie pour faire le 'proces aux rebelles qui avoient eu part aux troubles de Smalkalde. On a de Dubrow divers ouvrages ; entre autres, une Histoire de Bohême, en trente-trois livres, fidelle et exacte. Les meilleures éditions sont celles de 1575, avec des tables chronologiques ; et celle de 1688, à Francfort, augmentée de l'Histoire de Bohême, d'Èneas Sylvius.
DUBREUL, Voyez BREUL.
DUBRICE, (St.) né en Angleterre, dans le comté de Warwick, se plut à expliquer l'écriture sainte, et à attirer près de lui un grand nombre de dis- ciples qu'il exhortoît à la pénitence. Nommé archevêque de Caërleon en 495, il se démit de sa dignité en faveur de St. David, et se retira dans l'isle de Deuly, sur la côte de la province de Caërnarvon, où il finit ses jours. L'historien Camden dit que plus de vingt mille hermites vinrent y habiter près de St. Dubrice, et y furent enterrés.
DUBROC, (N.) Basque de nation, devint un célèbre danseur de corde. Il commença à paroître à Paris en 1708, au jeu de Bertrand ; c'est le premier qui ait fait le saut du tremplin.
DUBY TOBIESEN, (Pierre Auger) interprète de la biblio- thèque du roi, avoit d'abord servi dans la colonelle générale des Suisses. Mais ayant eu une cuisse emportée à la bataille de Fon- tenoi, ils se consacra entièrement aux lettres. Il fit des recherches sur les monnoies ; et on a de lui les Pièces obsidionales et de nécessité ; Paris, 1786, in-4.º Il étoit né à Housseau, canton de Soleure ; nous ignorons l'année de sa mort. I. DUC, (Fronton du) Fronto Ducæus, jesuite, né à Bordeaux, en 1558, d'un conseiller au par- lement, professa dans différentes maisons de son ordre, à Pont- à-Mousson, à Bordeaux, à Paris. Il mourut dans cette dernière ville le 27 septembre 1624, à 66 ans, des douleurs de la pierre : celle qu'il portoit dans la vessie, étoit du poids de cinq onces. Le père du Duc étoit versé dans tous les genres d'érudition ; mais sa partie principale étoit la con- noissance de la langue Grecque, et la critique des auteurs. On lui est redevable : I. D'une édition des Œuvres de St. Jean-Chry- sostôme, en 6 vol. in-fol. Richard Simon en a dit beaucoup de bien. Il seroit à souhaiter, selon lui, que nous eussions un St. Chry- sostôme entier de la main de ce jésuite. Pour compléter cette édition, il faut prendre ce que St. Chrysostôme a fait sur le Nouveau Testament, de l'édi- tion de Morel ou de Commelin, 4 ou 2 vol. in-fol. Fronton du Duc a donné une édition toute latine de St. Chrysostôme, 1613, 6 vol. in-folio : celle-là est com- plète. Voyez SAVILL. II. Plu- sieurs autres Editions d'anciens auteurs, sûr-tout des Pères, dont quelques-unes sont accom- pagnées de notes, et dont la meilleure et celle de Nicéphore Caliste. III. Trois vol. in-8º de Controverse contre Duplessis Mornai. IV. L'Histoire tragique de de la Pucelle de Domremi, autrement d'Orléans, à Nanci, 1581, in-4°. C'est une tragédie qui fut pompeusement représentée devant Charles III, duc de Lorraine. Ce prince en fut si content, qu'il fit donner une somme considérable au poète, pour s'acheter une robe neuve. A la vérité, l'auteur, homme habile et mortifié, en avoit une alors qui sentoit un peu trop la pauvreté évangélique. C'étoit un homme détaché de toutes les douceurs de la vie; il aimoit encore plus ses devoirs de piété, que ses études. Il n'usa jamais de vin dans ses repas, et il se réduisit de bonne heure à n'en faire par jour qu'un seul, bien modique.
IL DUC, (Nicolas le) prêtre du diocèse de Rouen, fut d'abord curé de Trouville en Caux, bénéfice qu'il quitta après y avoir fait beaucoup de bien, pour se retirer à Paris. Il fut pendant quinze ans, vicaire de Saint-Paul; mais ayant été interdit en 1731, par l'archevêque Vintimille, auprès duquel il avoit été accusé de Jansénisme, il se renferma dans son cabinet. Il contribua beaucoup à la traduction de l'Histoire du président de Thou, 16 vol. in-4°. Nous avons encore de lui: L'Année Ecclésiastique, 15 vol. in-12; une Imitation avec des prières et des réflexions, in-12; et la traduction du Chemin du Ciel, et du Plus court Chemin pour aller à Dieu, du cardinal Bona, in-12.
DUCANGE, Voyez CANGE.
DUCAS, Voy. VIII. ALEXIS, et II. JEAN. I. DUCAS, (Michel) historien Grec, sur la vie duquel on ne sait rien, sinon qu'il avoit été employé en différentes négocia- tions. On a de lui une Histoire de l'empire Grec, depuis le règne du vieil Andronic, jusqu'à la ruine de cet empire. On préfère Ducas à Chalcondyle, quoiqu'il écrive d'un style barbare, parce qu'il raconte des faits qu'on ne trouve point ailleurs, et qu'il les raconte en homme sensé, qui a été un témoin fidèle de la plupart. Son ouvrage fut imprimé au Louvre en 1649; in-folio, par les soins d'Ismaël Bouillaud, qui l'accompagna d'une version latine et de savantes notes. Le président Cousin la traduisit ensuite en françois, et elle termine le huitième volume de son Histoire de Constantinople, imprimée à Paris, in-4°, en 1672 et 1674; et réimprimée en Hollande, 1685, in-12.
II. DUCAS, (Démétrius) Grec d'origine, devint un imprimeur célèbre du 15e siècle. Le premier, il publia des ouvrages entiers en langue grecque, à Milan en 1476. — Fontenay, dans son Dictionnaire des Artistes, l'a confondu avec Démétrius Chalcondyle.
DUCASSE, (François) célèbre canoniste, né dans le diocèse de Leictoure, fut d'abord grand-vicaire et official de Carcassonne. Il devint ensuite chanoine, archidiacre et official de Condom, où il termina ses jours en 1706, dans un âge avancé. On a de lui deux Traités estimés des jurisconsultes; l'un, de la Juridiction ecclésiastique contentieuse, à Agen, in-8°, 1695; et l'autre, de la Juridiction volontaire, imprimé aussi à Agen, in-8°, 1697. L'auteur étoit profondément versé dans l'Écriture, les saints Pères, et les canonistes anciens et modernes. Ses mœurs A a 370 DUC étoient dignes d'un homme de son état.
DUCÈNE, *Voyez* EUPHRO-SINE.
DUCERCEAU, *V.* CERCEAU et ANDROUET.
DUCHANGE, (Gaspard) graveur, né à Paris en 1660, mort le 6 janvier 1757, à 96 ans, fit connoître ses talens par les estampes d'*Io*, *Léda* et *Danaé*, qu'il grava d'après le *Corrège*. L'indécence de ces sujets lui ayant causé des remords, il eut le courage d'en mutiler les cuivres à grands traits de burin. Parmi plusieurs ouvrages de cet artiste, on compte les tableaux de Saint-Martin-des-champs à Paris, qu'il a supérieurement rendus, dans le *Repas du Pharisien* et les *Vendours chassés du Temple*. On y trouve ce bel empâtement de tailles, ces oppositions de travaux, cette fierté d'outil et cette finesse de touche, qui font passer sur le cuivre le moëlleux, le caractère et l'esprit de *Jouvenet*. *Duchange* a gravé avec le même succès, la *Naissance de Marie de Médicis* et l'*Apothéose d'Henri IV*, d'après *Rubens*. — DUCHAT, (Jacob le) né à Metz, en 1658, d'un commissaire des guerres. Sa famille étoit originaire de Troyes en Champagne, d'où elle avoit fui en 1572, avec plusieurs autres familles Protestantes. Un de ses ancêtres, *Louis* — *François le Duchat*, avoit cultivé, dans le 16$^{e}$ siècle, la poésie françoise et latine; mais ses ouvrages sont peu connus aujourd'hui. *Jacob le Duchat* suivit le barreau jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes. Retiré à Berlin, il fut conseiller à la justice supérieure Françoise de cette ville, et y mourut le 25 juillet 1735, à 77 ans, regardé comme un très-bon littérateur, sur-tout pour la partie qui regarde les anciens auteurs Gaulois. La lecture de ces écrivains avoit des charmes pour lui: mais elle n'avoit pas servi à perfectionner son style. Il nous a donné de nouvelles éditions de plusieurs, enrichies de remarques savantes, mais souvent trop prolixes. Les principales sont: I. Celle de la *Confession de Sancy*, à la suite du *Journal de Henri III*, par *Pierre de l'Étoile*, de l'édition de 1720, en 2 vol. in-8$^{o}$. II. Celle de la *Satire Ménippée*, en 3 vol. in-8$^{o}$, 1714, augmentée de nouvelles remarques, et de plusieurs pièces qui servent à éclaircir les endroits les plus difficiles. III. Des *Aventures du Baron de Fœneste* par *T. A. d'Aubigné*, augmentées de plusieurs remarques, de la Vie de l'auteur, et de la *Bibliothèque de Maître Guillaume*, 1729, 2 vol. in-12. IV. Une édition des *Œuvres de Rabelais*, avec un *Commentaire*, 1715, en 5 vol. in-8$^{o}$, et en 3 vol. in-4$^{o}$, ornée de figures gravées par le fameux *Picart*. Celle-ci est la plus estimée. A l'exemple de tous les commentateurs, le *Duchat* voit dans son auteur des finesses et des mystères que tout autre n'y auroit pas découverts. Il ne s'attache pas moins à expliquer les termes orduriers dont *Rabelais* abonde. V. Une édition des *Quinze joies du mariage*, ouvrage ancien, qu'il publia in-12 en 1734, et qu'il accompagna de remarques et de diverses leçons. VI. L'*Apologie pour Hérodote*, ouvrage de *Henri Etienne*, plein d'obscénités et d'indécences, 1735, 3 vol. in-8$^{o}$, avec des notes. On a publié après la mort de *Duchat* un *Ducatiana*, en 2 vol. in-8°, 1744 : compilation de remarques, dont quelques-unes sont curieuses, et la plupart très-indifférentes. L'auteur en avoit fourni plusieurs à *Bayle*, avec lequel il étoit en commerce de lettres. Il vécut dans le célibat. Exempt de tous soins, cultivant ses amis, et jouissant d'une fortune honnête et d'une santé ferme, il eut presque tout ce qui est nécessaire pour être heureux. — L'un de ses ancêtres, *François le DUCHAT*, donna au théâtre François en 1561, la tragédie d'*Agamemnon*, imprimée la même année à Paris chez *Royer*.
**DUCHATEL**, (Gaspard) député des deux Sèvres à la Convention, s'y distingua par son courage à défendre *Louis XVI*. Dans un discours très-énergique, il s'efforça de prouver qu'on ne pouvoit exiger de ce dernier que son abdication. Lors du jugement de ce monarque, *Duchâtel* malade, apprenant que l'opinion de rigueur alloit prédominer, se fit porter à l'assemblée, et y vota en bonnet de nuit pour le bannissement de l'illustre accusé. Quelque temps après, *Danton* l'accusa d'avoir voulu sauver le Roi, et *Duchâtel* répondit que tel avoit été effectivement son vœu; bientôt, sous le prétexte qu'il entretient des correspondances avec les royalistes de la Vendée, il fut traduit au tribunal révolutionnaire, et condamné à la mort en novembre 1793.
**DUCHATELET** — D'HARAU-COURT, (Louis-Marie-Florent duc) né à Sémur en Bourgogne, se distingua dans le service et la carrière diplomatique. Devenu colonel du régi- ment des Gardes — François, après le maréchal de *Biron*, il chercha à y établir une discipline plus sévère; ce qui fit naître quelques mécontentemens. Nommé député de la noblesse du Barois aux états de 1789, il s'y opposa souvent aux innovations dangereuses. Emprisonné après l'affaire du 10 août, il fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, au mois de novembre 1792, à l'âge de 66 ans. Il avoit été ambassadeur en Angleterre, et il a laissé des Mémoires sur cette mission, qui ont été publiés dans ces derniers temps.
**DUCHÉ DE VANCY**, (Joseph-François) né à Paris le 29 octobre 1668, d'un gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Son père le fit élever avec soin; mais ce fut tout son héritage. La médiocrité de sa fortune le fit poète. La marquise de *Maintenon* ayant vu quelques-uns de ses essais, le choisit, pour fournir des *Poésies sacrées* à ses élèves de Saint-Cyr. Cette dame le recommanda si fortement à *Pontchartrain*, secrétaire d'état, que le ministre prenant le poète pour un homme considérable, alla lui rendre visite. *Duché*, voyant entrer chez lui un secrétaire d'état, crut qu'on alloit le conduire à la Bastille; mais il fut bientôt rassuré par les politesses du ministre. *Duché* les méritoit. Il avoit autant de douceur dans le caractère, que d'agrément dans l'esprit. Il ne se permit jamais aucun trait satirique : éloge bien rare pour un poète ! *Rousseau* et lui faisoient ensemble les charmes des sociétés où ils se trouvoient; mais l'impression que faisoit *Duché*, quoique moins vive d'abord, étoit plus durable. Il plaisoit encore A a 2 372 DUC par le talent de la déclamation, qu'il possédoit dans un degré peu commun. L'académie des inscriptions et belles-lettres se fit un plaisir de l'admettre dans son corps. Elle le perdit le 14 décembre 1704, à 37 ans. Duché donna au théâtre François trois tragédies, Jonathas, Absalon et Débora, dont la seconde, qui offre plusieurs scènes pathétiques, se joue encore; et au théâtre de l'Opéra, les Fêtes galantes, les Amours de Momas, ballets; Théagène et Cariclé, Cephale et Procris, Scylla, Iphigénie. Le dernier opéra est son premier ouvrage. « Il est dans le grand goût, dit un homme d'esprit; et quoique ce ne soit qu'un opéra, il retrace ce que les tragédies Grecques avoient de meilleur. » Desmarets en fit la musique. On a encore de cet auteur un recueil d'Histoires édifiantes, qu'on lisoit à Saint-Cyr avec autant d'édification que de plaisir. On les a quelquefois confondues avec les Histoires de piété et de morale de l'abbé de Choisi. Ces deux ouvrages ont le même but, celui de détourner la jeunesse des lectures frivoles. Le recueil du poète est moins connu que celui de l'abbé; mais il ne lui est point inférieur, par l'élévation des sentiments, par la vérité des caractères, et même par la douceur du style. Voyez MARCHAND III.
DUCHEMIN, DUCHESNE, Voyez CHEMIN, CHESNE.
DUCHEMIN, (Nicolas) graveur et fondeur, s'attacha particulièrement à la gravure des caractères de musique et à l'impression des airs. Il publia en 1554, un recueil de Chansons spirituelles; en 1558, des Messes mises en musique par différens maîtres. On lui doit aussi l'impression du livre intitulé : Institution musicale.
DUCHOUL, Voy. CROUL. I. DUCLOS, (Marie-Anne) célèbre actrice tragique du commencement du siècle dernier, naquit à Paris. Son nom de famille étoit Châteauneuf : elle le cacha sous celui de Duclos, qu'avoit porté son aïeul, acteur de l'hôtel de Bourgogne. Elle fut applaudie pendant plus de quarante ans à la comédie Françoise, quoiqu'elle n'eût pour tout mérite qu'une belle voix, avec peu d'ame et peu d'esprit. Ses rôles favoris étoient ceux de reine et de princesse : elle excelloit sur-tout dans celui d'Ariane. On rapporte que, dans Inès de Castro, la Duclos, piquée de voir rire les spectateurs à l'arrivée des enfans au cinquième acte de cette tragédie, eut la hardiesse de les apostropher : Ris donc, s'écria-t-elle, sot Parterre, à l'endroit le plus touchant de la Pièce ! Cette brusque vivacité, qui auroit eu des suites pour toute autre, ne produisit, heureusement pour cette actrice, d'autre effet que d'apprêter à rire plus fort. Elle avoit épousé, en 1730, le comédien Duchemin, dont elle fut séparée trois ans après. Elle mourut en 1748, à 78 ans, après avoir quitté le théâtre vers sa soixante-deuxième année.
II. DUCLOS, (Charles-Dineau) né à Dinant en Bretagne sur la fin de 1705, d'un marchand chapelier, reçut une éducation distinguée à Paris. Son goût pour les lettres lui ouvrit les portes des plus célèbres académies de la capitale, des pro- vînces et des pays étrangers. Celle des Inscriptions l'adopta en 1739, et l'académie Françoise en 1747. Élu, après la mort de Mirabeau, secrétaire perpétuel de cette dernière compagnie, il remplit cette place en homme qui aimoit la littérature et qui savoit la faire respecter. Quoique domicilié à Paris, il fut nommé, en 1744, maire de Dinant, et en 1755, il fut anobli par des lettres-patentes du roi, en récompense du zèle que les états de Bretagne avoient montré pour le service de la patrie. Cette province ayant eu ordre de désigner les sujets les plus dignes des graces du souverain, Duclos fut unanimement nommé par le tiers-état. Il mourut à Paris le 26 mars 1772, à 68 ans, avec le titre d'historiographe de France. Sa conversation étoit aussi agréable qu'instructive et gaie. Les vérités neuves et intéressantes lui échappent comme des saillies. Il pensoit fortement et s'exprimoit de même. Ses maximes étoient souvent protivées par des anecdotes bien choisies. Naturellement vif et impétueux, il fut souvent le censeur sévère de tout ce qui avoit des prétentions sans avoir des titres. Il disoit, par exemple, d'un mauvais écrivain : Un tel est un sot ; c'est moi qui le dis, et c'est lui qui le prouve. Mais l'âge, l'expérience, l'usage du monde, un grand fonds de bonté, lui apprirent qu'il faut réserver, pour les hommes en général, ces vérités dures, qui déplaisent toujours aux particuliers. Son austère probité, principe de cette franchise un peu dure, qu'on lui reprochoit dans la société, (Voy. BOUGAINVILLE.) sa bienfaisance, et ses autres vertus, lui acquirent des droits à l'estime publique. « Peu de personnes, dit M. le prince de Beauvau, connoissoient mieux les devoirs et le prix de l'amitié. Il savoit servir courageusement ses amis et le mérite oublié : il avoit alors un art dont on ne se défoit pas, et qu'on n'auroit pas même attendu d'un homme, qui aima mieux toute sa vie montrer la vérité avec force, que l'insinuer avec adresse. » Il avoit d'abord été du parti connu sous le nom de philosophique ; mais les excès du chef principal de ce parti, et de quelques-uns de ses soldats, l'avoient rendu plus circonspect. Il blâmoit, dans sa conversation comme dans ses écrits, ces écrivains téméraires qui, sous prétexte d'attaquer la superstition, cherchent à saper les fondemens de la morale, et donnent atteinte aux liens de la société ; d'autant plus insensés, qu'il seroit dangereux pour eux-mêmes de faire des prosélytes. « Le funeste effet, dit-il, qu'ils produisent sur les lecteurs, est d'en faire dans la jeunesse de mauvais citoyens, des criminels scandaleux, et des malheureux dans l'âge avancé. » Il répétoit souvent, en apprenant les abus que des enthousiastes impies faisoient de leur esprit : Ils en feront tant, qu'à la fin ils me rendront dévôt. Aimant d'ailleurs son repos et son bonheur, il n'avoit garde d'imiter leurs excès, même en tâchant de se ménager ou leur amitié, ou leurs suffrages. Duclos est à la fois droit et adroit, disoit Diderot, son ami. C'est par une suite de cette adresse, ou plutôt de sa sagesse, qu'il ne voulut rien publier, pendant sa vie, de ce qu'il avoit écrit en qualité d'historiographe de France. On m'a souvent pressé, dit-il dans la Pré- A a 3 face de ses *Mémoires secrets sur Louis XV*, de donner quelques morceaux du règne présent. J'ai toujours répondu que je ne voulais ni me perdre par la vérité, ni m'avilir par l'adulation. Mais je n'en remplis pas moins mon emploi. Si je ne puis parler aux contemporains, j'apprendrai aux fils ce qu'étoient leurs pères. *Duclos* ne composoit jamais qu'après s'être échauffé l'imagination par quelque vive conversation avec ses amis. « Avec ce secours, disoit-il, je trouve, en un moment, ce qui m'auroit coûté des journées entières dans mon cabinet, ce que peut-être même je n'aurois jamais trouvé. La conversation anime toujours plus que de penser tout seul. » Ses ouvrages sont : I. Des *Romans* piquans et ingénieux ; les *Confessions du Comte de \*\*\**, in-12 ; la *Baronne de Luz* ; *Mémoires sur les Mœurs du dix-huitième siècle*, chacun en un volume in-12 ; *Acajou*, in-4° et in-12, avec figures. « Il a mis en action dans les *Confessions*, ce qui paroît sec et un peu décousu dans ses *Considérations sur les Mœurs*. A l'exception de deux ou trois caractères de fantaisie, plus bizarres que vrais, dit M. *Pallissot*, le reste nous a paru tracé de main de maître. Les situations, à la vérité, n'y sont pas aussi développées qu'elles pourroient l'être ; l'auteur a négligé les gradations, les nuances ; le roman n'est point assez dramatique. Mais l'histoire intéressante de Mad. de *Selve*, prouve que M. *Duclos* savoit achever aussi bien qu'esquisser. » Ses autres romans sont inférieurs aux *Confessions*. La *Baronne de Luz* est l'histoire d'une femme qui succombe trois fois malgré elle. Les aventures en parurent peu vraisemblables, et la plupart des caractères forcés ou odieux. — Les *mémoires sur les Mœurs du dix-huitième siècle*, sont remplis d'un grand nombre d'idées justes et fines sur les femmes, sur les hommes à la mode, sur l'amour ; mais ils manquent d'imagination et d'intérêt, et le style est bien moins rapide que celui des *Confessions*. — *Acajou* n'est qu'un conte de fées ; mais plein de sel et d'enjouement. « Il est impossible, dit un écrivain, de répandre plus de graces sur un sujet aussi léger, et de l'assaisonner d'une critique plus fine et plus aimable. L'invention est un peu forcée, mais aussi elle est un tour de force. On avoit gravé des estampes pour un conte qui s'étoit perdu ; sur ces estampes, par un espèce de défi, *Duclos* imagina un nouveau conte. » L'épître dédicatoire au public, a de l'originalité ; sa brièveté permet de la rapporter. « Je ne sais, mon cher public, si vous approuverez mon dessein ; cependant il m'a paru assez ridicule pour mériter votre suffrage ; car, à vous parler en ami, vous réunissez tous les âges, pour en avoir tous les travers. Vous êtes enfant pour courir après la bagatelle : jeune, les passions vous gouvernent ; dans un âge plus mûr, vous vous croyez plus sage, parce que votre folie devient triste, et vous n'êtes vieux que pour radoter. Vous parlez sans penser, vous agissez sans dessein, et vous croyez juger parce que vous prononcez. Je vous respecte beaucoup, je vous estime très-peu ; vous n'êtes pas digne qu'on vous aime : voilà mes sentimens à votre égard ; si vous en exigez d'autres, je suis votre très-humble et très-obéissant serviteur. » II. *L'Histoire de Louis XI*, en 2 vol. in-12, 1745; et *Pièces justificatives*, 1746, 1 volume : dont les recherches sont curieuses, et dont le style est concis et élégant, mais trop coupé et trop épigrammatique. Se proposant pour modèle *Tacite*, dont il n'a cependant approché que de loin, il s'est moins occupé du détail exact et circonstancié des faits, que de leur ensemble et de leur influence sur les mœurs, sur les lois, les usages et les révolutions de l'État. Quoiqu'on ait critiqué sa façon d'écrire, il faut avouer que sa narration vive et précise, mais un peu sèche, est plus supportable que l'emphase ridicule que presque tous nos auteurs ont employée dans un genre où la déclamation et l'exagération sont les plus grands défauts. III. *Considérations sur les Mœurs de ce siècle*, in-12 : livre plein de maximes vraies, de définitions exactes, de discussions ingénieuses, de pensées neuves et de caractères bien saisis. « Mais on y trouve, dit M. *Palissot*, un style quelquefois obscur à force de vouloir être précis, et de temps en temps une affectation de néologisme, qu'un écrivain sévère sur le goût ne se seroit point permise. Ce défaut est racheté par un zèle ferme et raisonnable pour le vrai, pour le bien, pour la probité, pour la bienfaisance, pour toutes les vertus civiles et morales. » *Louis XV* dit de ce livre : « C'est l'ouvrage d'un honnête homme. » C'est le meilleur de *Duclos*. Cet écrivain, a-t-on dit, n'a jamais ces expressions pittoresques, ces tours originaux, ces formes dramatiques, ces mouvemens variés qui animent les tableaux de la *Bruyère*; mais si d'autres moralistes l'ont surpassé par l'énergie des peintures et l'importance des résultats, nul ne jeta sur les travers de la société qui l'environnoit, un coup d'œil plus sûr et plus perçant, et jamais la raison d'un sage ne se montra plus ingénieuse. On trouve presque toujours dans ses pensées, de la justesse et de la lumière au défaut de l'étendue et de la profondeur. Cet auteur n'a peint malheureusement que l'homme du siècle, et non l'homme de tous les temps. Il s'attache aux nuances de la mode, qui change sans cesse, bien plus qu'à la nature qui ne change point. Déjà même ses observations sont devenues moins intéressantes. Les mœurs, les hommes et les choses ont pris une face toute nouvelle, et l'on sent plus d'une fois, que le pinceau de l'auteur n'a point jeté de traits assez profonds pour les rendre ineffaçables. On croit voir entre le style de la *Bruyère* et de *Duclos* le même contraste qu'entre les personnages des deux époques où ils vécurent. Les passions et même les physionomies du siècle de *Louis XIV*, ont quelque chose de vif, de mâle, de grand et d'original. Au contraire, dans l'âge suivant, tout s'efface et s'éteint, les esprits, les caractères, et jusqu'aux visages. IV. *Remarques sur la Grammaire générale de Port-Royal*. Voy. l'art. d'*Antoine ARNAULD*, où nous donnons tout au long le titre de cet ouvrage, digne d'un grammairien philosophe. V. *Plusieurs Dissertations* dans les *Mémoires* de l'académie des belles-lettres. On y remarque beaucoup d'érudition, tempérée par les agrémens de l'esprit, et ornée d'une A a 4 diction claire, aisée, correcte, et toujours proportionnée à la matière. VI. Il eut plus de part que personne à l'édition de 1762 du *Dictionnaire de l'Académie Française*, dans lequel on trouve toute la justesse et la précision de son esprit. VII. Il avoit commencé un essuie à l'histoire de cette compagnie; mais il reste que l'éloge de Fontenelle dans les éloges des Académiciens, par d'Alembert, qui acheva ce que *Duclos* avoit projeté. VIII. *Voyage en Italie*, ou *Considérations sur l'Italie*, in-8°, 1791. On le lit avec plaisir, parce qu'on y trouve l'esprit d'observation de l'auteur, sa philosophie libre et mesurée, sa manière de peindre par des faits, des anecdotes, des rapprochements heureux. Ce Voyage fut fait et écrit en 1767 et 1768. *Duclos* se trouva, en quelque façon, forcé de l'entreprendre, pour échapper à la persécution dont il étoit menacé, à cause de la liberté de ses propos sur *M. de la Chalotais*, son ami, et sur les ennemis de ce magistrat. Il étoit du petit nombre de ces écrivains que leur considération personnelle empêche de mettre à la Bastille. Son absence fut donc une sorte d'arrangement entre lui et les ministres. IX. *Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et de Louis XV*, 1791, 2 vol. in-8°. On y remarque des anecdotes curieuses, et quelques faits hasardés. Ce sont des matériaux pour l'histoire du règne de *Louis XV*; mais il ne s'étend guère sur les événements publics connus des lecteurs. Son principal mérite est de peindre avec énergie et vérité les personnages, et de semer sa narration de réflexions qui rappellent la profondeur de *Tacite*. Son morceau sur la guerre de 1756 est neuf, et développe bien les causes de nos malheurs, qu'il trouve dans les intrigues de la cour, dans l'impéritie des ministres et des généraux. *Duclos* n'aimait point la poésie, et lorsqu'il ne pouvoit s'empêcher d'applaudir à de beaux vers, il s'écroit: *En vérité, cela est beau comme de la prose!* Ses œuvres ont été recueillies à Paris, en l'an X, par *Desessart*, 5 vol. in-8°. On y trouve, outre les ouvrages précédents, des Mémoires curieux sur les Druides, sur l'art théâtral chez les Romains et les François, sur les épreuves appelées jugemens de Dieu, sur l'origine et les révolutions des langues Celtique et Française.
DUCOS, (Jean-François) né à Bordeaux, où il exerça la profession de négociant, fut député de cette ville à la législature et ensuite à la convention. Il y soutint avec chaleur le parti de ses collègues, connu sous le nom de la *Gironde*. *Robespierre* l'ayant renversé et proscrit ceux qui le formoient, ménagea *Ducos*, et chercha à l'attirer à lui; mais celui-ci ayant continué de défendre avec énergie ses amis malheureux, il fut compris dans leur acte d'accusation, et condamné à la mort, à la fin de 1792, à l'âge de 38 ans. Pendant sa détention à la conciergerie, il célébra sa fuite à Provins et son arrestation, dans une chanson pleine de sel et de gaieté.
DUCOURNEAU, (Pierre) avocat à Bordeaux, devint l'une des victimes du règne de la terreur. Enfermé à la conciergerie, il y témoigna beaucoup de tranquillité d'ame et de courage. Le jour de son jugement, il adressa à un homme âgé, qui arrivoit dans la prison, le couplet suivant: « O toi, vieillard vénérable, Quoique tu viennes trop tard, Tu parois convive aimable, A nos plaisirs prends donc part; Et tréné dans cette école D'un malheur trop solennel, De notre ame qui s'envole Reçois l'adieu fraternel. » Ducourneau périt à l'âge de trente ans. Après sa condamnation il composa d'autres complets, que les prisonniers s'amusoient à répéter tous les soirs.
DUCREUX, (N.) né à Paris, acquit de la réputation par l'éclat et le fini de ses portraits au pastel. Il fut appelé à Vienne par Marie-Thérèse, pour y faire ceux de sa fille, depuis reine de France, et de plusieurs dames de sa cour. Ducreux s'y plaignoit souvent du peu de sérénité du ciel, et l'impératrice lui dit un jour: Excusez-moi, Monsieur, si en vous invitant à venir, je n'ai pu faire venir de même les jours de Paris. Ducreux aimoit à se peindre lui-même; et aux divers sallons d'exposition, il s'est représenté riant, baillant, dormant, et en joueur désesnéré. Dans le courant de thermidor de l'un X, il se rendoit à pied à Saint-Denis, lorsqu'il fut frappé d'une attaque d'apoplexie, à laquelle il succomba en trois minutes, au milieu du grand chemin, à l'âge de 64 ans.
DUCROISY, (Philibert Gassau) gentilhomme du pays de Beauce, ayant le goût le plus vif pour la comédie, entra dans la troupe de Molière, et en fut l'un des meilleurs acteurs. Ce dernier fit pour lui le Tartuffe, que Ducroisy jouoit parfaitement. Sur la fin de ses jours, il se retira à Conflans, où il devint l'ami intime de son curé.
DUCROS, Voyez CROS.
DUDEFFANT, (N***) femme renommée par les graces de son esprit, son goût sûr dans le jugement des ouvrages, et les agrémens de sa société, ennemie de toute gêne et de toute affectation. Elle réunit long-temps dans sa maison à Paris les écrivains les plus remarquables, et les étrangers les plus distingués par leur savoir. Ses opinions y faisoient loi. Elle avoit beaucoup vécu avec Voltaire, Diderot, Mad. Duchâtelet, la duchesse de Boufflers, Pont-de-Veyle, etc. Elle disoit un jour à ce dernier: « Depuis que nous sommes amis, c'est-à-dire depuis 40 ans, il n'y a jamais eu de nuage dans notre liaison? — Non Madame. — N'est-ce pas parce que nous ne nous aimions guères plus l'un que l'autre? — Cela peut être, Madame. » Cette conversation sert à peindre combien tous les deux étoient insensibles à l'amitié, et la froideur de la plupart des liaisons de la capitale. Mad. Dudeffant disoit encore à l'une de ses amies qui s'étoit chargée d'élever une petite Angloise: Vous aimiez donc beaucoup cet enfant? cela est bien heureux; car pour moi je n'ai jamais pu rien aimer. Sur la fin de sa vie elle voulut vainement se faire dévote: elle écrivoit alors en parlant des choses auxquelles elle vouloit renoncer: Pour ce qui est du rouge et du Président, je ne leur ferai pas l'honneur de les quitter. Celui-ci étoit le président Hénault, qui avoit passé long-temps pour son amant, mais qui étoit 378 DUD alors déjà vieux. Elle se faisoit lire les Épitres de St. Paul par sa femme de chambre, et s'impatientant souvent de ne point saisir le style figuré de l'Apôtre, elle s'écrioit : Mademoiselle, est-ce que vous comprenez quelque chose à tout ce que vous me lisez. Dans sa dernière maladie, le curé de Saint-Sulpice vint la voir, elle lui dit alors : Monsieur le curé, vous allez sûrement être content de moi; mais pour que je le sois de vous, faites-moi grace de trois choses : ni questions, ni raisons, ni sermons. Mad. Du-deffant mourut en 1780, âgée de 84 ans; il y en avoit trente qu'elle étoit aveugle.
DUDINCK (Josse) savant Allemand, a publié à Cologne en 1643 in-8°, un savant ouvrage de bibliographie, sous ce titre : Palais d'Apollon et de Pallas. Il mourut quelque temps après.
DUDITH (André) né à Bude en Hongrie, le 6 février 1533, d'une famille distinguée, montra dès sa jeunesse de l'esprit, de l'imagination, de la mémoire. Il cultiva le latin, le grec, la poésie et l'éloquence avec succès. Cicéron étoit son auteur favori; le style de cet orateur lui plaisoit tant, qu'il en écrivit trois fois toutes les Œuvres de sa main. L'empereur Ferdinand II l'employa dans des affaires importantes. Il lui donna l'évêché de Tina en Dalmatie, l'an 1560. Le clergé de Hongrie le députa au concile de Trente, deux ans après, où il ne tint pas à lui qu'on n'accordât le mariage aux prêtres; c'est là sans doute qu'il connut le Cardinal Polus, qui le prit pour un de ses secrétaires. Son penchant pour les nouvelles erreurs scandalisa cette assemblée, et l'empereur fut obligé de le rap- peler. Dudith, déjà protestant dans le cœur, épousa en secret à son retour une des filles d'honneur de la reine, se démit de son évêché, et professa publiquement la religion prétendue réformée. On préend que de protestant il devint socinien; et qu'enfin il mourut le 23 févr. 1589, à 56 ans, sans avoir aucun sentiment fixe sur la religion. Il passa à de secondes noces, après la mort de sa première femme, dont il eut un fils qui lui causa de cruels chagrins. On prétend que la nuit qu'il mourut, il laissa à son épouse les vers suivans : O cæcas animi latebras, et nescia corda Crastina venturo quid ferat hora die! Quis noctem me illam, convivia et illa putasset Ultima, tam caro ducere cum capite? On a de Dudith un grand nombre d'Onvrages de Controverse, de Physique, de Poésie. On trouve ceux-ci dans le 2e vol. des Délices des Poètes Allemands. Les mœurs de Dudith étoient, dit-on, fort réglées: il haissoit les vicieux; mais il almoit les hommes, et tâchoit de faire du bien à tous. Voy. un article curieux sur cet homme célèbre, dans le tome XVII des Mémoires de Nicéron. I. DUDON, doyen de Saint-Quentin, envoyé en députation par Albert, comte de Vermandois, vers Richard I, duc de Normandie, en fut comblé de bienfaits. Ce fut par reconnaissance que Dudon écrivit l'Histoire des premiers Ducs de Normandie, en trois livres; mais les savans conviennent que cet ouvrage, écrit plutôt par un romancier que par un historien, ne mérite pas plus de croyance que la Théogonie d'Hésiode ou l'Iliade d'Homère. Dudon vivait encore en 1026.
IL DUDON, (Pierre-Jules) fils d'un avocat général au parlement de Bordeaux sa patrie, avocat général lui-même, et ensuite procureur général au même parlement, montra de grands talens, et servit sa compagnie de ses lumières dans les affaires les plus importantes. Il tâcha surtout de lui inspirer sa sagesse et sa modération. Son Compte rendu des Constitutions des Jésuites, Bordeaux, 1762, in-12, a été comparé à celui de La Chalotais sur le même sujet; mais le style est bien différent. Le caractère des deux magistrats l'étoit encore davantage. La Chalotais avait une vivacité extrême; sa conversation étoit semée de saillies et de bons mots dont quelques-uns lui furent funestes. Dudon étoit froid, grave, et pesoit toutes ses paroles. Il aimoit et respectoit la religion; et les sentimens qu'elle lui inspiroit devinrent sa consolation de les malheurs qu'éprouva sa famille sous le régime de la terreur, et dans les persécutions qu'il essuya lui-même. Il les supporta avec une fermeté qu'on n'auroit pas dû attendre de son âge. Il mourut avec le même courage le 16 brumaire an 9, à 83 ans. On a de lui un grand nombre de Réquisitoires écrits d'un style convenable à un magistrat, et des conférences instructives sur la coutume de Bordeaux. Cet ouvrage n'a pas été imprimé.
DUELLI, (Raimond) mort en 1740, se fit chanoine régulier de Saint-Augustin, et s'attacha particulièrement à l'histoire ecclésiastique et généalogique. On lui doit: I. Des Mélanges littéraires, extraits de divers manuscrits, 1723, in-4. II. Une Histoire de l'ordre Teutonique, 1727, in-fol. Cet ouvrage, écrit en latin, est plein de recherches curieuses. III. Excerpta genealogico-historica, 1725, in-fol.
DUELLIUS, Voyez DUILLIUS.
DUEZ (Nathanael) grammairien Hollandois, enseigna longtemps dans sa patrie un grand nombre de langues, et a publié plusieurs Dictionnaires, allemand, françois, latin, italien, imprimés à Amsterdam et à Cologne, à la fin du 17e siècle. I. DUFAY, (Charles-Jérôme de Cisternai) capitaine aux gardes, né à Paris en 1662, eut une jambe emportée d'un coup de canon, au bombardement de Bruxelles, en 1695. Il n'étoit alors que lieutenant : il obtint une compagnie; mais il fut obligé d'y renoncer, par l'impossibilité de monter à cheval. Heureusement il aimoit les lettres, et elles furent sa consolation. Il s'adoua à la recherche des livres rares en tous genres, des belles éditions de tous les pays, des manuscrits qui avoient quelque mérite. Il se forma une bibliothèque bien assortie, de 25 mille écus. Le catalogue en fut dressé en 1725, in-8°, par le libraire Martin. Le possesseur de ce trésor littéraire étoit mort deux ans auparavant, en 1723, à 65 ans.
II. DUFAY (Charles-François de Cisternai) fils du précédent, servit quelque temps comme son père; mais ayant quitté l'état militaire, il se consacra entièrement à la chimie et à la botanique. Reçu membre de l'académie des Sciences, il eut l'inten- 380 DUF dance du jardin royal, entièrement négligé avant lui, et qu'il rendit, en très-peu de temps, un des plus beaux de l'Europe. Il étoit né à Paris en 1698, et il y mourut en 1739, à 41 ans. Cet académicien avoit des mœurs douces, une gaieté fort égale, une grande envie d'obliger; et ces qualités n'étoient mêlées de rien qui déplût, d'aucun air de vanité, d'aucun étalage de savoir, d'aucune malignité, ni déclarée, ni enveloppe. Par son testament, il fit sa mère sa légataire universelle. Jamais, dit Fontenelle, sa tendresse pour elle ne s'étoit démentie. Ils n'avoient point discuté juridiquement leurs droits réciproques, ni fait de partage. Ce qui convenoit à l'un lui appartenoit, et l'autre en étoit sincèrement persuadé. Quoique ce fils, si occupé, eût besoin de divertissemens, quoiqu'il les aimât, quoique le monde, où il étoit fort répandu, lui en offrit de toutes les espèces, il ne manquoit presque jamais de finir ses journées par aller tenir compagnie à sa mère avec le petit nombre de personnes qu'elle s'étoit choisies. Considéré comme savant, Dufay fit des recherches nouvelles sur le phosphore du baromètre, sur le sel de la chaux, inconnu jusqu'à lui aux chimistes, sur l'aimant, et enfin sur l'électricité. Il en découvrit deux sortes, qu'il désigna sous les noms d'électricité vitreuse, et d'électricité résineuse. Ses travaux, en ce genre, sont consignés dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, où l'on trouve aussi son Éloge, par Fontenelle — Voyez l'art. HUET, n° 14 de ses ouvrages.
III. DUFAY (Jean-Gaspard) Jésuite, mort en 1774, prêcha avec un succès peu commun. Ses Sermons sont en neuf volumes, qui parurent successivement depuis 1738 jusqu'en 1743. Le talent de l'action leur donnoit une beauté et une force, qu'ils perdirent presque entièrement sur le papier.
DUFORT, (Elisabeth) célèbre danseuse de l'Opéra, fut connue sous le nom de Babet. Elle débuta vers l'année 1690, et mourut en 1702, laissant le public affligé de sa perte. C'est la première qui ait dansé en Arlequine.
DUFOT, (Anne-Amable-Augier) né à Aubusson, le 14 mars 1733, se livra à l'étude de la médecine, et quitta jeune sa patrie pour aller se former sous d'habiles maîtres à Paris. Il se retira ensuite à Soissons, où il devint professeur de l'art des accouchemens, et y mourut en 1775. On lui doit quelques ouvrages en médecine et en littérature. Les premiers sont: I. De Morbis ex aëris intemperie, 1759, in-12. II. Traité du mouvement du cœur, en latin, 1763, in-12. III. Mémoire sur les maladies épidémiques du pays Laonnois, 1770, in-12. IV. Mémoire sur les moyens de préserver les bêtes à laine de la maladie épizootique, 1773, in-8. V. Catéchisme sur l'art des accouchemens, 1775, in-12. Les autres ouvrages de Dufot sont: Journal historique de tous les tremblements de terre, 1756, in-12. Traité de la politesse et de l'étude, 1757, in-12. Considérations sur les mœurs du temps, 1759, in-12. Les Jésuites convaincus de ladrerie, 1759, in-12. Tous ces écrits n'ont point survécu à leur auteur. I. DUFOUR, (Dom Thomas) Bénédictin de Saint-Maur, a laissé une *Grammaire hébraïque*; in-8°, fort méthodique; Paris 1644. Il mourut à Jumièges, en 1647, parvenu à peine à sa 34$^{e}$ année. Sa science et sa piété étoient dans un degré égal. Nous avons encore de lui un *Testament spirituel pour servir de préparation à la mort*, in-12; et quelques autres ouvrages de piété. — IL DUFOUR, (Philippe-Sylvestre) habile antiquaire, et marchand droguiste à Lyon, étoit de Manosque. Il entretenoit commerce de lettres avec tous les savans antiquaires de son temps, et principalement avec *Jacques Spon*, qui lui communiquoit ses lumières, et auquel il ouvroit généreusement sa bourse. *Dufour* étoit riche, et il faisoit sur-tout de grandes libéralités à ceux de sa secte. Après la révocation de l'édit de Nantes, il se retira dans les pays étrangers. Il mourut à Vevai en Suisse, en 1685, à 63 ans. On a de lui : *L'Instruction morale d'un Père à son Fils qui part pour un long voyage*, in-12. Cet ouvrage a eu plusieurs éditions. *IL Traités nouveaux et curieux du Café, du Thé et du Chocolat*, Lyon, 1671, in-12. Il approuve l'usage de ces boissons, mais avec quelques restrictions. On lui doit encore une Lettre sur une *Momie*; elle est insérée dans les Œuvres du Père *Kircher*. Son style est assez mauvais, et ses raisonnemens ne sont pas toujours concluans. Ces ouvrages sont estimés, et le dernier est curieux.
III. DUFOUR, (Charles) curé de Saint-Maclou à Rouen, et ensuite abbé d'Aulnai, mort en 1679, s'est fait connoître par ses disputes avec le P. *Brisacier*, et par son zèle contre la morale relâchée. Il est auteur de divers *Écrits Ecclésiastiques* ou *Polémiques*. On ne les lit plus.
DUFOURNY, (Honoré Caille) auditeur de la chambre des comptes à Paris, acquit une connaissance de l'histoire de France, et des anciens titres et archives qu'on garde à Paris, qui lui fit un nom. Mais sa modestie et son zèle à obliger ses amis, le rendirent encore plus recommandable. Un de ceux avec qui il se lia d'amitié, fut le Père *Anselme de la Vierge-Marie*, Augustin déchaussé, qui avoit publié en 1674, *L'Histoire généalogique et chronologique de la Maison de France, et des Grands Officiers de la Couronne*. *Dufourny* lui prodigua ses avis pour une nouvelle édition, lui fit corriger un très-grand nombre de fautes; et lorsque ce religieux fut mort en 1694, il continuait de travailler à perfectionner ce grand ouvrage. Cependant, dans la nouvelle édition qui vit le jour en 1712, il voulut que les corrections parussent être toutes du premier auteur, et il ne s'attribua que l'honneur d'avoir continué la suite des Grands Officiers jusqu'à cette année. Ce savant homme mourut en 1713 à 83 ans. *L'Histoire des Grands Officiers* est à présent en 9 vol. in-folio, publiés depuis 1726 jusqu'en 1733, par les Pères *Ange* et *Simplicien*, Augustins déchaussés, continuateurs de cette utile compilation. Le P. *Simplicien*, nommé dans le monde *Pierre Lucas*, est mort en 1759, à 76 ans. I. DUFRESNE ou DEFRESNE, (Hennequin, marquis) né avec des passions violentes, devint éperdument amoureux de *Marie-Élisabeth Girard du Tilley*, fille 382 DUF d'un président de la chambre des comptes. Il l'enleva, et se fit donner la bénédiction nuptiale par un de ses valets de chambre déguisé en prêtre. Le père de Mad. *Dufresne* le poursuivit vivement; mais sa famille obtint de M. du *Tilley*, qu'en célébrant le mariage dans les formes, il auroit lieu. La mésintelligence ne tarda pas à se mettre dans le ménage; le marquis *Dufresne*, résolu de se défaire de sa femme, la conduisit dans l'état de Gênes, pour y trouver un vaisseau qui partit pour Constantinople. Il avoit dessein de l'y embarquer, et de la faire vendre comme esclave: renfermée dans un sérail, on n'en eût plus entendu parler. La marquise, qui s'en doutoit, confia ses craintes au voiturier, qui lui procura le moyen de se sauver dans les états du duc Savoie. Le marquis ne tarda pas à la joindre, et ses violences donnèrent des protecteurs à sa femme. Alors il changea de ton, et parvint à persuader de la droiture de ses intentions. Sa femme lui fut remise, à condition d'en répondre au roi de France et au duc de Savoie. Pour prévenir une demande en séparation, il imagina de faire écrire par sa femme vingt-quatre *Lettres*, plus libres les unes que les autres, comme si elle les eût adressées à ses amans; mais pendant un moment d'absence de son mari, qui étoit allé parler à quelqu'un, elle en cacha deux feuillets, ce dont son mari ne s'aperçut pas. Revenue en France, elle forma sa demande en séparation, et l'obtint, par sentence du 17 mars 1673, et par arrêts des 30 août 1675 et 22 août 1680. *Gratien de Courtils* a bâti sur cette aventure un *Roman* en un volume in-12, qui a eu du succès, quoique assez mal écrit.
II. DUFRESNE, (Jean) un des frères du savant du *Cange*, naquit comme lui à Amiens, et fut un avocat distingué au parlement de Paris. On a de lui un *Commentaire sur la Coutume d'Amiens*, dans le Coutumier de Picardie, 2 vol. in-fol. C'est cet habile jurisconsulte qui commença le *Journal des Audiences*, continué par d'autres avocats, Paris, 1755, 7 vol. in-fol.
III. DUFRESNE, (Abraham-Alexis Quinault) naquit d'une famille attachée au théâtre depuis long-temps, et qui a fourni d'excellens sujets à la scène françoise. Son père avoit débuté avec succès en 1695, et s'étoit retiré en 1717. *Dufresne* étoit extrêmement jeune quand il parut pour la première fois sur le théâtre. Il débuta, le 7 octobre 1712, par le rôle d'*Oreste*, dans la tragédie d'*Electre*, où *Crébillon* a déployé un génie véritablement tragique. Une taille noble et haute, des yeux éloquens, un organe enchanteur, n'étoient pas les seuls avantages qui contribuèrent aux succès et à la gloire de *Dufresne*: les leçons de *Ponteuil*, et sa propre intelligence, achevèrent de perfectionner en lui ce que la nature avoit commencé. Depuis la retraite du célèbre *Baron*, le vrai goût de la déclamation s'étoit absolument perdu au théâtre; *Dufresne* le rétablit. Il étoit, ainsi que *Baron*, d'un caractère extrêmement hautain. Il disoit modestement, en parlant de lui: *On me croit heureux: erreur populaire! Je préférerais à mon état celui d'un Gentilhomme, qui mange tranquillement douze mille livres de rente dans son vieux château.* — *Dufresne* jouoit le *Glorieux* d'après nature. *Destouches* avoit ou le bon esprit de punir, à la fin de sa pièce, le comte de Tuffières; mais le comédien qui n'étoit pas fait, disoit-il, pour être maltraité, contraignit l'auteur à gâter la dénouement... Il ne tint pas à lui que le chef-d'œuvre du célèbre Piron, la Métromanie, louée, dit un homme d'esprit, par ceux qui ne louent rien, ne fût pas admise au théâtre : il la trouvoit indigne d'exercer son sublime talent, et comme telle, il en avoit abandonné le manuscrit aux rats qui rongeoient son ciel de lit. Dufresne ne déposoit pas ses airs superbes avec ses brodequins : dans le particulier, il parloit à peine à ses domestiques; et lorsqu'il étoit question de payer un fiacre ou un porteur de chaise, il se contentoit de faire un signe, ou de dire d'un air dédaigneux : Qu'on paye ce malheureux ! Il mourut en 1767, à 72 ans. Sa femme étoit aussi comédienne, mais ses talens n'égaloient pas ceux de son époux. Dufresne avoit un frère aîné et trois sœurs qui se distinguèrent sur le théâtre françois. Le premier, J. B. Maurice QUINAULT, excellent acteur comique, mort en 1744, étoit aussi musicien. Des trois sœurs, la plus connue au théâtre par ses rôles de soubrette et de caractère, étoit Jeanne-Françoise, qui se retira en même temps que Dufresne, son frère. — DUFRESNOY, (Charles-Alphonse) né à Paris en 1611, d'un père apothicaire, fut destiné à la médecine par ses parens, à la poésie et à la peinture par la nature. Les beaux arts l'emportèrent sur la pharmacie, malgré les mauvais traitements que sa famille lui fit essuyer. Il prit d'abord des leçons de dessin chez Parrier et chez Vouet. De cette école il passa dans celle d'Italie, sans autre secours pour vivre que son pinceau. Dufresnoy fut obligé, pour subsister, de peindre des ruines et des morceaux d'architecture; et il se vit si à l'étroit, qu'il ne se nourrissait que de pain et d'un peu de fromage. Pierre Mignard, avec lequel il lia une amitié qui dura jusqu'à la mort, vint le trouver à Rome, et l'aida à se tirer de l'indigence. Chaque jour étendoit la sphère de ses connoissances; il étudioit Raphaël et l'antique : et à mesure qu'il avançoit dans la théorie de son art, il écrivoit ses remarques en vers latins, pour s'aider dans la pratique. De ces observations rassemblées, naquit son poème De arte Graphica, de l'art de la Peinture : production estimable pour les préceptes, mais dénuée d'ornemens et de graces. (Nous en parlerons plus au long dans l'article de l'abbé DE MARSY.) Dufresnoy prenoit tour-à-tour la plume et le pinceau. Il approche du Titien pour le coloris, et de Carrache pour le dessin. Ses tableaux et ses dessins ne sont pas communs. Il mourut de paralysie en 1665, à 54 ans, chez un de ses frères, au village de Villiers-le-Bel, à 4 lieues de Paris. Son Poème sur la Peinture a été traduit en françois en 1684, par Roger de Piles; et cette version a été retouchée en 1753, par M. de Querlon. La meilleure édition de ce poème est celle de Paris, 1673, qu'on a ornée des figures de Leclerc, in-12. — Voy. son éloge dans la Vie des Peintres par de Piles.
DUFRESNY, (Charles-Rivière) né à Paris en 1648, passoit pour petit-fils de Henri IV, et lui ressemblait. Il joignoit à un 384 DUF goût général pour tous les arts, des talens particuliers pour la musique et le dessin. Sans crayon, sans pinceau, sans plume, il faisoit des tableaux charmans : il prenoit de différentes estampes, des parties d'hommes, d'animaux, de plantes, dont il formoit un sujet, dessiné seulement dans son imagination. Il excelloit sur-tout dans l'art de distribuer les jardins. Ce talent lui valut le brevet de contrôleur des jardins du roi, et le privilège d'une manufacture de glaces. *Dufresny*, extrêmement prodigue, le céda pour une somme médiocre. Il se fit rembourser en même-temps une rente viagère de 3000 livres, que *Louis XIV* avoit ordonné aux entrepreneurs de lui faire. Ce prince disoit : *Il y a deux hommes que je n'enrichirai jamais, Dufresny et Bontems*. C'étoient ses deux valets de chambre, et presque aussi dissipateurs l'un que l'autre. On lit quelque part qu'il dit un jour à ce prince, qui l'aimoit beaucoup : « *SIRÉ*, je ne regarde jamais le *Louvre*, sans m'écrier : *Superbe monument de la magnificence d'un de nos plus grands Rois, vous seriez achevé, si l'on vous avoit donné à un des Ordres mendians, pour tenir son chapitre et loger son Général.* » *Dufresny* quitta la cour, après avoir vendu toutes ses charges. La contrainte de Versailles ne pouvoit s'accommoder avec son caractère. Il aimoit tellement la liberté, qu'il avoit quatre appartemens à la fois; quand on le savoit dans l'un, il se réfugioit dans l'autre. Retiré à Paris, il se mit à travailler pour le théâtre, en société avec *Regnard*. On a prétendu que la comédie du *Joueur* étoit plutôt l'ouvrage du premier que du dernier. Il faut connoître bien peu le génie et les talens des auteurs, pour avoir eu une telle idée. *Dufresny* donna sa comédie du *Chevalier Joueur*, après celle de *Regnard*. Les gens de goût, qui en firent la comparaison, n'eurent pas de peine à en sentir la différence. Le *Joueur* de *Regnard* est représenté tous les jours avec de nouveaux applaudissemens, et celui de *Dufresny* ne paroît plus sur aucun théâtre. Ce n'est pas que cet ingénieux écrivain n'eût du mérite; mais ce n'étoit pas le mérite de *Regnard*. Il rend les mœurs et les ridicules de son siècle avec décence et avec finesse; mais il n'a point cette gaieté et cette force comique de l'auteur du *Légataire* et des *Menechmes*. Ses portraits sont vifs, piquans et légers. *Dufresny* obtint en 1710 le privilège du *Mercure Galant*, après la mort de *Visé*. Il y mit de l'enjouement et des saillies : mais il en céda bientôt après le privilège, moyennant une pension. Il mourut à Paris le 6 octobre 1724, à 76 ans. Il s'étoit marié deux fois par distraction, ou plutôt pour faire ressource. *Le Sage*, dans son *Diable Boiteux*, dit à cette occasion : « Je veux envoyer aux Petites-Maisons un vieux garçon de bonne famille, lequel n'a pas plutôt un ducat qu'il le dépense, et qui ne pouvant se passer d'espèces, est capable de tout faire pour en avoir. Il y a quinze jours que sa blanchisseuse, à qui il devoit trente pistoles, vint les lui demander, en disant qu'elle en avoit besoin pour se marier à un valet de chambre qui la recherchoit : *Tu as donc d'autre argent*, lui dit-il; *car où est le valet de chambre qui voudra devenir ton mari pour trente pistoles ?* — *Hé mais*, répondit-elle, *j'ai encore outre cela deux cents ducats.* — *Deux* — Deux cents ducats, répliqua-t-il avec émotion ? malépeste ! tu n'as qu'à me les donner à moi, je t'épouse, et nous voilà quitte à quitte ; » et la blanchisseuse devient sa femme. — Un des amis de Dufresny lui disoit : Pauvreté n'est pas vice. — C'est bien pis, répondit-il... Ce poète, qui s'étoit brouillé avec la fortune chaque fois qu'elle l'avoit caressé, se voyoit, dans le temps du Système, sans ressources. Il s'avisa de présenter un placet au duc d'Orléans, régent. « Monseigneur, il importe à la gloire de votre Altesse royale, qu'il reste dans le monde un homme assez pauvre pour retracer à la nation la misère dont vous l'avez tirée ; je vous supplie donc de me laisser dans mon état. » Le prince mit NEANT au bas, et donna ordre à Law de compter deux cent mille francs à Dufresny. C'est de ce même argent qu'il fit bâtir cette belle maison, qu'il appela la maison de Pline. Ses ouvrages ont été recueillis en 1731, en six vol. in-12, et imprimés à Paris, chez Briasson, en 1747. Ils renferment : I. Ses Pièces de Théâtre. Celles qui ont été conservées sur la scène, sont : La Réconciliation Normande ; le double Veuvage ; la Coquette de village ; le Mariage fait et rompu ; l'Esprit de contradiction ; le Dédit ; le Jaloux honteux ; la Noce interrompue, le Négligent. D'Alembert a fait un parallèle ingénieux de Destouches et de Dufresny, dont nous donnons un abrégé, parce qu'il peut beaucoup servir au lecteur pour connoître le génie particulier de celui-ci. « Tous deux se distinguèrent sur la scène par des qualités différentes et presque opposées ; Destouches étoit naturel et vrai, sans être jamais ignoble ou né- gligé ; Dufresny, original et neuf, sans cesser d'être vrai et naturel. L'un s'attachoit à des ridicules plus apparens ; l'autre saisissoit des ridicules plus détournés. Le pinceau de Destouches étoit plus égal et plus sévère ; la touche de Dufresny plus spirituelle et plus libre. Le premier dessinoit avec plus de régularité la figure entière ; le second donnoit plus de traits et de jeu à la physionomie. Destouches étoit plus réfléchi dans ses plans, plus intelligent dans l'ensemble ; Dufresny animoit par des scènes piquantes sa marche irrégulière. L'auteur du Glorieux savoit plaire également à la multitude et aux connoisseurs ; son rival ne faisoit rire la multitude, qu'après que les connoisseurs l'avoient avertie. Tous deux enfin occupèrent au théâtre une place qui leur est propre : Dufresny, par un mélange heureux de verve et de finesse, par un genre de gaieté qui n'est qu'à lui, par un style qui réveille toujours le spectateur : Destouches, par une sagesse de composition et de pinceau, qui n'ôte rien à l'action et à la vie des personnages ; par un sentiment d'honnêteté et de vertu, qu'il sait répandre au milieu du comique même ; par le talent de lier et d'opposer les scènes entre elles ; enfin par l'art, plus grand encore, d'exciter à la fois le rire et les larmes. » II. Des Cantates, qu'il a mises lui-même en musique. III. Plusieurs Chansons, dont quelques-unes sont très-agréables, entr'autres la Dormeuse, et Philis plus avare que tendre. Elles sont insérées dans l'Anthologie françoise. IV. Les Amusemens sérieux et comiques : petit ouvrage souvent réimprimé, et plein de peintures vives et plaisantes de la plupart des états de B b 386 DUG la vie. V. Des *Nouvelles historiques*, etc. On remarque dans toutes ces productions une imagination enjouée et singulière.
DUGAS (Charles) sieur de *Valderese*, lieutenant assesseur criminel du présidial de Lyon, mourut en 1703 à Saint-Chamond sa patrie, âgé de 77 ans, avec la réputation d'un magistrat intègre et d'un savant jurisconsulte. Il avoit publié à Lyon, I. *Sommaire* des principales règles et maximes du droit civil et canonique, 1673. II. *Dictionnaire* étymologique des droits royaux, 1693. III. *Usage* de la pratique civile sur les saisies réelles, 1696. IV. *Conclusion* sur plusieurs questions de droit, 1696. *Charles Dugas* avoit laissé un grand nombre de manuscrits, tels que la suite du *Dictionnaire* étymologique des fiefs et des devoirs honoraires des vassaux; le *Dictionnaire* des censives et directes; les *Codes* criminel, civil et marchand, avec leurs commentaires. L'un de ses petits-fils possédoit ces ouvrages qui ont péri dans l'incendie du quartier de l'arsenal de Lyon, qui a eu lieu pendant le siège de cette ville.
DUGDALE, (Guillaume) né à Shustock dans le comté de Warwick en 1605, d'une famille noble, mourut le 10 février 1686, à 81 ans. Il passa une partie de sa vie à visiter des archives, à copier d'anciens monuments, et à chercher la vérité dans les décombres que le temps avoit épargnés. Le comté d'*Arundel*, instruit de son mérite, lui procura une place de héraut d'armes, et une pension de 20 liv. sterlings, avec un logement dans le palais des hérauts d'armes. *Dugdale* étoit un homme laborieux et sage, qui cultiva les lettres au milieu des orages qui agitèrent de son temps sa turbulente patrie; et à force de soins et de recherches, il vint à bout de donner les meilleurs ouvrages qu'on ait sûr les antiquités d'Angleterre. Les principaux sont: I. *Monasticon Anglicanum*, à Londres, en 3 volumes in-fol. Le premier parut en 1655, le second en 1661, le troisième en 1673. Voyez MARSHAM. *Stevens* donna un supplément à ce livre, Londres, 1722 et 1723, 2 vol. in-fol. en anglois, ainsi que tous les ouvrages suivants II. *Les Antiquités du comté de Warwick*, illustrées par les actes publics, et enrichies de cartes. Londres, 1656, in-fol. III. *Histoire de l'église de Saint-Paul de Londres*, tirée des manuscrits, etc. Londres, 1658, in-fol. IV. *Histoire des troubles d'Angleterre*, depuis 1638 jusqu'en 1659; Oxford 1681, in-fol. V. *L'Histoire de la Noblesse d'Angleterre*, Londres, 1675 et 1676, 2 vol. in-fol. VI. *Mémoires historiques touchant les lois d'Angleterre, les cours de justice*, etc. Londres, 1672, in-fol.
DUGHET, *Voy. GUASTRE.*
DUGNA, *Voy. DIGNA.*
DUGOMIER, (N.) général-François, naquit à la Martinique, et y possédoit une fortune considérable que la révolution lui ravit. Nommé colonel des Gardes nationales de sa patrie, il y défendit le fort Saint-Pierre contre M. de Blague. Venu en France en 1793, il y devint général en chef de l'armée d'Italie, et y obtint des succès sur les Autrichiens à Gillette et à Hutel. Bientôt après il se rendit maître de Toulon après cinq jours et cinq nuits de combats consécutifs. Envoyé en 1794 contre les Espagnols, il les battit à Oms, à Cap-Béarn, les chassa de Céret, de Collioure, et se rendit maître des forts Saint-Elme et de Port-Vendre. Ces premiers avantages furent suivis d'autres victoires. Il gagna les batailles des Alberdes et de Saint-Laurent de la Mouga, où l'armée Espagnole, forte de près de 50 mille hommes, fut défaite par des forces inférieures. *Dugoinier* fut tué par un obus le 17 novembre 1794, au combat de Saint-Sébastien, comme il commençoit à mettre en déroute l'aile gauche des Espagnols. Il réunis soit le sang froid à la valeur, et un coup d'œil juste à la prudence. Son nom a été inscrit sur une colonne au Panthéon. On a imprimé, en 1795 chez *Desessarts* à Paris, une Notice sur la vie de ce général. —
**DUGUAY-TROUIN**, (René) lieutenant-général des armées navales de France, commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et l'un des plus grands hommes de mer de son siècle, naquit à Saint-Malo; le 10 juin 1673. Son père étoit un riche négociant de cette ville et un habile marin. Le jeune *Duguay-Trouin*, entraîné par son exemple, fit sa première campagne en 1689. Il obtint de sa famille la permission de s'embarquer en qualité de volontaire sur une frégate de dix canons. Pendant cette campagne, il fut continuellement incommodé du mal de mer; une tempête affreuse lui montra de près le danger, et bientôt après il fut témoin d'un abordage sanglant. Ces spectacles d'horreur ne purent le détourner de la guerre sur mer. Sa famille, étonnée de son courage, lui confia en 1691 une frégate de quatorze canons. Il n'avoit alors que 18 ans. Il fut jeté par la tempête sur les côtes d'Irlande; il s'y empara d'un château, et brûla deux navires, malgré l'opposition d'un nombre de troupes assez considérable qu'il fallut combattre. En 1694, il fit une descente dans la rivière de Limerick, où il prit un brûlot, trois bâtiments, et enleva deux vaisseaux Anglois, qu'il attaqua avec une frégate, dont le roi lui avoit confié le commandement. Le combat qu'il soutint avec la même frégate pendant quatre heures contre quatre vaisseaux Anglois, fit briller son courage; mais il fut enlevé, fait prisonnier, et enfermé à Plimouth. Sa prison ne fut pas longue. *Duguay-Trouin* étoit aussi aimable que courageux; il avoit su plaire à une jeune Angloise; ce fut elle qui brisa ses fers, et l'amour rendit un héros à la France. Peu de jours après son retour, il alla croiser sur les côtes d'Angleterre, où il prit deux vaisseaux de guerre. *Duguay-Trouin* n'avoit alors que 21 ans; il commençoit à fixer l'attention du gouvernement: *Louis XIV*, après cette action, lui envoya une épée. En 1695, il prit sur les côtes d'Irlande trois vaisseaux Anglois, considérables par leurs forces, et encore plus par leurs richesses. L'année d'après, monté sur le *Sans-Pareil*, vaisseau Anglois qu'il avoit pris, il alla croiser sur les côtes d'Espagne, et s'y rendit maître, par stratagème, de deux vaisseaux Hollandois. En 1696, le baron de *Wassae*, depuis vice-amiral de Hollande, escortant une flotte marchande avec trois B b z 388 DUG vaisseaux, fut rencontré par *Duguay-Trouin*, qui le combattit avec des forces inégales, et enleva le vaisseau qu'il commandoit, avec une partie de la flotte. Son premier soin, en arrivant au Port-Louis, fut de s'informer de l'état du baron de *Wasnaër*; et, dès qu'il fut guéri, il le présenta lui-même à *Louis XIV*. Ce monarque se plaisoit à entendre de sa bouche le récit de ses actions. Un jour qu'il racontrait un combat où il commandoit un vaisseau nommé la *Gloire*: *J'ordonnai*, dit-il, à la *Gloire de me suivre*. — *Elle vous fut fidelle*, reprit *Louis XIV*. *Duguay-Trouin* passa, en 1697, de la marine marchande, à la marine royale: ce fut à la suite de son fameux combat contre le baron de *Wasnaër*. Il eut d'abord le titre de capitaine de frégate légère; en 1704, il fut nommé capitaine en second sur le vaisseau du roi la *Dauphive*, commandé par le comte de *Hautefort*. La guerre pour la succession d'Espagne s'étant allumée, *Duguay-Trouin* attaqua un vaisseau de guerre Hollandois de trente-huit canons, qui fut enlevé en moins d'une demi-heure. L'année 1704 fut marquée par la prise d'un vaisseau Anglois de soixante et douze canons, quoique celui qu'il montoit n'en eût que cinquante-quatre. Il joignit, en 1707, quatre vaisseaux qu'il commandoit, à une escadre du roi armée à Dunkerque, qui enleva une flotte Angloise, escortée de cinq vaisseaux de guerre. Le roi récompensa ses exploits par des lettres de noblesse, dans lesquelles il est dit, « qu'il avoit pris plus de trois cents navires marchands et vingt vaisseaux de guerre. » De toutes ses expédi- tions, la plus connue est la prise de *Rio-Janeiro*, une des plus riches colonies du Brésil. En onze jours, il fut maître de la place et de tous les forts qui l'environnoient: la perte des Portugais fut de plus de 25 millions. A son retour de cette expédition, qui est de 1711, tout le monde s'empressoit de le voir. Une pension de 2000 liv. fut la récompense de sa valeur. Le roi lui en avoit déjà accordé une de 1000 liv. en 1707. *Duguay-Trouin* écrivit alors au ministre, pour le prier de faire tomber cette pension sur *Saint-Auban*, son capitaine en second, qui avoit en une cuisse emportée: *Je suis trop récompensé*, ajoutoit-il, si j'obtiens l'avancement de mes officiers. Après la mort de *Louis XIV*, le duc d'Orléans, qui s'intéressoit à la compagnie des Indes, crut ne pouvoir mieux en assurer le succès, qu'en se réglant par les avis de *Duguay-Trouin*. Il lui accorda une place honorable dans le conseil de cette compagnie. Le guerrier donna de très-bons conseils au prince, tant sur l'administration générale, que sur les détails, qu'il ne faut jamais négliger. *Louis XV*, instruit des services de *Duguay-Trouin*, le fit, en 1728, commandeur de l'ordre de Saint-Louis et lieutenant-général. Il lui confia, en 1731, le commandement d'une escadre destinée à soutenir l'éclat de la nation Françoise dans le Levant et dans toute la Méditerranée. Elle fit rentrer les corsaires de Tunis dans le devoir, raffermit la bonne intelligence entre notre nation et le dey de Tripoly, et régla les intérêts du commerce à Smyrne et dans d'autres villes. Après tant de triomphes, *Duguay-Trouin* vint terminer sa carrière à Paris, le 27 septembre 1736, à 64 ans. *Duguay-Trouin* avoit une physionomie noble, une taille avantageuse, beaucoup d'adresse pour tous les exercices du corps. Porté naturellement à la mélancolie, et s'occupant de grands projets, il ne montroit pas dans la société toute l'étendue de son génie. Souvent, après lui avoir parlé long-temps, on s'apercevoit qu'il n'avoit ni écouté, ni entendu. Son esprit étoit cependant vif et juste; il voyoit bien, et voyoit de loin. Lorsqu'il formoit quelque projet, il sembloit qu'il ne comptoit pour rien sa valeur, tant il combinoit avec sagesse; et lorsqu'il exécutoit, on auroit dit qu'il avoit oublié sa prudence, tant il agissoit avec hardiesse, et même avec témérité. Ses *Mémoires* ont été imprimés en 1740, à Paris, 1 vol. in-4°, par les soins de M. de la Garde, son neveu, qui les a continués depuis 1715, où *Duguay-Trouin* les avoit finis. On en avoit donné auparavant une édition infidelle en Hollande, in-12.
DUGUESCLIN, *Voy. GUESCLIN.*
DUGUET, (Jacques-Joseph) né à Montbrison le 9 décembre 1649, commença ses études chez les Pères de l'Oratoire de cette ville. Il les étonna par l'étendue de sa mémoire et la facilité de son esprit. Le jeune *Duguet* n'étoit qu'à la fin de sa troisième, et avoit à peine douze ans, lorsque l'*Astrée* de d'Urfé lui tomba entre les mains; il résolut de composer une histoire dans le même goût. Il suffit à un génie heureux de concevoir un dessein, pour l'exécuter. Le jeune homme remplit son projet, et montra ses essais à sa mère. *Vous seriez bien malheureux*, lui dit cette femme vraiment chrétienne, si vous faisiez un mauvais usage des talens que vous avez reçus. Cet enfant écouta cet avis sans murmurer, et, par un mouvement de vertu qui l'emporta sur l'amour propre, il jeta son petit roman au feu. Des études plus sérieuses vinrent occuper son esprit. Devenu membre de la congrégation à laquelle il devoit son éducation, il professa la philosophie à Troye, et peu de temps après la théologie à Saint-Magloire à Paris. C'étoit en 1677. Au mois de septembre de cette année, il fut ordonné prêtre. Les conférences qu'il fit pendant les deux années suivantes 1678 et 1679, lui acquirent une grande réputation. Tant d'esprit, de savoir, de lumières et de piété, dans un âge si peu avancé, surprenoient et charmoient les personnes qui venoient l'entendre; et le nombre en étoit grand. Sa santé, naturellement délicate, ne put soutenir long-temps le travail qu'exigeoient ces conférences: il demanda, en 1680, d'être déchargé de tout emploi, et il l'obtint. Cinq ans après, en 1685, il sortit de l'Oratoire, pour se retirer à Bruxelles auprès du grand *Arnauld*, son ami. L'air de cette ville ne lui étant pas favorable, il revint en France à la fin de la même année, et vécut dans la plus grande retraite au milieu de Paris. Quelque temps après, en 1690, le président de *Menars*, désirant posséder chez lui un tel homme, lui offrit un appartement dans sa maison. L'abbé *Duguet* l'accepta, et en jouit jusqu'à la mort de ce magistrat. Les années qui suivirent cette perte, furent moins ben- L b 3 reuses pour cet illustre écrivain. Son opposition à la constitution *Unigenitus*, et son attachement à la doctrine de *Quesnel*, son ami, l'obligèrent de changer souvent de demeure, et même de pays. On le vit successivement en Hollande, à Troye, à Paris; mais toujours conservant, dans ces différens endroits, le même esprit de douceur et de modération. Ces qualités brillèrent en lui jusqu'à sa mort, arrivée à Paris le 23 octobre 1733, à 84 ans. De sa plume aussi ingénieuse que chrétienne, sont sortis un grand nombre d'ouvrages, écrits en général avec pureté, avec noblesse, avec élégance. C'est le caractère de son style. Mais on y trouve quelques défauts. « *Duguet*, solide et touchant, dit l'abbé *Trublet*, tient de *Nicole* et de *Fénelon*; mais il est inférieur à l'un et à l'autre. Dangereux peut-être, parce qu'il est brillant, ingénieux, trop coupé dans son style, inépuisable en tours heureux, mais pas assez variés, et qui d'ailleurs ne présentent souvent que le même fonds de pensées. Si sa grande piété étoit moins connue, on sonpannerait de la recherche et de l'affectation dans sa manière d'écrire, et peut-être y en avoit-il eu d'abord; mais dans la suite, cette manière lui étoit devenue naturelle, et même si facile, qu'il dictoit la plus grande partie de ce qu'il composoit. » L'abbé *Bignon*, qui l'avoit connu à l'Oratoire, où ils avoient passé l'un et l'autre plusieurs années, disoit que dans sa jeunesse *Duguet* avoit beaucoup travaillé à se faire un style. C'est le moyen d'écrire peu naturellement; car, pour que la diction soit naturelle, il faut qu'elle naisse, sans effort, de la netteté et de la vivacité des idées. Au reste, nous ne sommes pas les seuls qui ayons fait à l'abbé *Duguet* le reproche de l'affectation du style. Quelques Jésuites ont prétendu que le docteur *Antoine Arnauld* disoit de lui : *Cet homme a un clinquant qui m'éblouit les yeux*. Certaines Lettres de *Duguet* prouvent, en effet, qu'il donnoit quelquefois dans les expressions recherchées, et sembleraient justifier le mot un peu dur qu'on attribue à *Arnauld*, et qu'il n'a vraisemblablement pas dit; mais ses ouvrages n'en ont pas moins été recherchés. Les principaux sont : I. *La conduite d'une Ame chrétienne*, in-12, composée pour *Mad. d'Aguesseau*, vers l'an 1680, et imprimée en 1725. II. *Traité de la Prière publique et des saints Mystères*; deux traités séparés, et imprimés dans le même volume in-12. On ne peut trop les recommander à ceux qui approchent des autels. III. *Traités dogmatiques sur l'Eucharistie, sur les Exorcismes et sur l'Usure*; ouvrages pleins de lumière, imprimés ensemble en 1727, in-12. IV. *Commentaires sur l'Ouvrage des six jours et sur la Genèse*, composés à la prière du célèbre *Rollin*, en 6 vol. in-12. Le 1$^{er}$ vol., imprimé séparément sous le titre d'*Explication de l'Ouvrage des six jours*, est un morceau excellent; l'utile y est partout agréable. V. *Explication du Livre de Job*, 4 volumes in-12. VI. *Explication des 75 Pseumes*, 6 vol. in-12. VII. *Explication du Prophète Isaïe, de Jonas et d'Habacuc*, avec une Analyse d'Isaïe par l'abbé d'*Asfeld*, en 7 vol. in-12. *Duguet* s'attacha moins à lever les difficultés de la lettre de ces différens commença- taires, qu'à faire connoître la liaison de l'ancien Testament avec le nouveau, et à rendre attentif aux figures qui représentaient les mystères de J. C. et de son église. Ce dessein étoit sans doute très-louable; mais il l'entraîne souvent dans des explications plus pieuses que solides. VIII. *Explication des Rois*, d'*Esdras* et de *Néhémie*, en sept volumes in-12. IX. *Explication du Cantique des Cantiques* et de la *Sagesse*, 2 vol. in-12. X. *Règles pour l'intelligence de l'Écriture Saizte*, dont la préface seule est de l'abbé d'*Asfeld*, in-12. XI. *Explication du mystère de la Passion de N. S. J. C. suivant la Concorde*, en 14 vol. in-12. XII. *Jésus-Christ crucifié*, 2 vol. in-12. XIII. *Traité des Scrupules*, in-12, estimé, et estimable. XIV. *Les Caractères de la Charité*, in-12. XV. *Traité des principes de la Foi Chrétienne*, 3 vol. in-12. L'auteur les met dans tout leur jour, avec autant d'élégance que de force. XVI. *De l'Institution d'un Prince*, ou *Traité des qualités, des vertus et des devoirs des souverains*, in-4°, et en 4 volumes in-12, réimprimé avec un abrégé de la *Vie* de l'auteur, par l'abbé *Goujet*. L'historien de *Duguet* prétend que ce livre, qu'on pourroit appeler le *Bréviaire des Souverains*, s'il étoit plus court, fut composé pour la fils aîné du *Duc de Savoie*. *Voltaire* dit le contraire, je ne sais sur quel fondement; il ajoute même qu'il a été achevé par une autre main. Nous croyons qu'il faut préférer le témoignage de l'abbé *Goujet*, profondément instruit des anecdotes bibliographiques, sur-tout de celles qui regardent les ouvrages de l'abbé *Duguet*, avec lequel il avoit été lié. XVII. *Conferences Ecclésiastiques*, 2 vol. in-4°, qui contiennent soixante-sept Dissertations sur les écrivains, les conciles, et la discipline des premiers siècles de l'Église. XVIII. *Deux Écrits*, où il donne des avis au sujet des *Convulsions* qui ont fait tant de tort au Jansénisme, et qui ont tant déshonoré la raison; et au sujet de la feuille hebdomadaire, intitulée : *Nouvelles Ecclésiastiques*. L'abbé *Duguet* pensoit, avec raison, qu'une religion aussi pure et aussi sainte que le Christianisme, ordonne de souffrir les persécutions, même injustes; et non pas d'employer la satire et la médisance contre les persécuteurs, ou contre ceux qu'on croit tels. Ce ne sont point là les armes des Chrétiens, ni même celles des véritables philosophes. XIX. *Un Recueil de Lettres de piété et de morale*, en 9 volumes in-12, etc. etc. On trouve dans le troisième volume de ce recueil une Lettre de controverse, imprimée d'abord séparément, sous le nom d'une Carmélite, qui l'adressoit à une dame Protestante de ses amies. Le grand *Bossuet* dit en la lisant : *Il y a bien de la théologie sous la robe de cette Religieuse!* « *Duguet*, dit *Dupin*, avoit du goût pour tous les arts, comme pour toutes les sciences, et sans avoir approfondi les premiers, il en parloit souvent mieux et avec plus de justesse que ceux qui y étoient consommés. Ses décisions sur la morale sont sûres autant que lumineuses; et il est sans contredit le premier casuiste qui ait paru dans ces derniers temps. Ajoutons que la traité de l'*Institution d'un Prince* le fera re- B b 4 garder comme le premier politique Chrétien.» On a extrait de cet ouvrage plusieurs *Maximes importantes*, dont on a donné un recueil : c'est une brochure de 28 pages, in-12.
**DUHALDE**, (Jean-Baptiste) Jésuite, né à Paris en 1674, mort dans cette ville le 18 août 1743, à 70 ans, avoit été secrétaire, pendant quelque temps, du fougueux Père le *Tellier*. Il étoit aussi doux que celui-ci étoit emporté. Les ouvrages que nous avons de ce pieux et savant religieux, sont : I. *Description historique, géographique et physique de l'Empire de la Chine, et de la Tartarie Chinoise*, en 4 volumes in-folio, 1735. Cette date dément ce que dit l'abbé *Barral*, que cet ouvrage n'a paru qu'après la mort de son auteur. On en a fait une édition à la Haye en 1736, en 4 vol. in-4°, avec quelques additions ; et en anglois, à Londres 1539, en 4 volumes in-8°, avec divers retranchemens. Cette description est la plus ample et la meilleure qui ait été faite, dans aucune langue, du vaste empire de la Chine. La curiosité y est pleinement satisfaite sur tous les points intéressans, sur la religion, les lois, les mœurs des Chinois. Le style simple, uni, judicieux, semble toujours dirigé par la vérité et par la raison. Peut-être que le Père *Duhalde* flatte un peu trop la nation dont il parle; mais, s'il trompe en cela quelquefois ses lecteurs, on voit que c'est bien malgré lui, et qu'il a été trompé le premier. II. *Lettres d'infinites et curieuses*, in-12, écrites des missions étrangères, depuis le neuvième recueil jusqu'au vingt-sixième. Cette collection, digne de son titre, offre quelques faits incroyables, et plusieurs remarques utiles sur les sciences et les arts, sur le moral et le physique des pays que ces missionnaires ont parcourus. III. Des *Harangues* et des *Poésies* latines, in-4° **I. DUHAMEL**, (l'abbé Robert-Joseph-Alexis) né à Lille en 1700, mort le 22 mars 1769, s'attacha à l'évêque d'Auxerre, *Caylus*, qui l'employa à l'éducation de la jeunesse. On a de lui diverses brochures *polémiques*, dont les plus connues sont ses vingt-huit *Lettres flamandes*, contre l'abbé de *Prades*, 1752-1753, in-12.
**II. DUHAMEL**, (Jacques) avocat de Normandie, a donné un théâtre François à la fin du dernier siècle, *Acoubar*, *Sichem ravisseur*, tragédies. Le sujet de la première pièce est tiré du vieux roman des *Amours de Piston et de Fortunie en leur voyage en Canada*.
**III. DUHAMEL**, (Jean-Baptiste) naquit en 1624, à Vire en Normandie, d'un père avocat, qui, malgré le caractère attribué à son pays, et même malgré son intérêt particulier, ne songeoit qu'à accommoder les procès. Son fils fut auteur dès l'âge de dix-huit ans. Il entra chez les Pères de l'Oratoire à dix-neuf ans, et en sortit dix ans après pour être curé de Neuilly-sur-Marne. Son inclination pour les sciences, pour la physique et les mathématiques étoit d'autant plus forte, qu'elle étoit soutenue par le talent. En 1663, il quitta sa cure pour la dignité de chancelier de l'Eglise de Bayeux. Alors il se livra entièrement à son penchant. Sa réputation commença à s'étendre. Le grand *Colbert* le choisit en 1666, pour être secrétaire de l'académie des Sciences, l'ouvrage de ses soins et de son zèle pour la gloire de la France. Deux ans après, *Colbert de Croissy*, plénipotentiaire pour la paix d'Aix-la-Chapelle, l'y mena avec lui. *Duhamel* l'accompagna encore en Angleterre. Il fit ce voyage en philosophe : sa principale curiosité fut de voir les savans, surtout l'illustre *Boyle*, qui lui ouvrit, dit *Fontenelle*, tous les trésors de la physique expérimentale. De Londres il passa à Amsterdam, et y porta le même esprit. Il recueillit dans ces deux voyages des richesses dont il orna ses livres. De retour en France, il ne cessa de travailler jusqu'à sa mort, arrivée le 6 août 1706, à 82 ans. Peindre les mœurs de ce savant, ce seroit, dit *Fontenelle*, faire le panégyrique d'un saint. « Pendant qu'il fut en Angleterre, ajoute-t-il, les Catholiques Anglois, qui alloient entendre sa messe chez l'ambassadeur de France, disoient communément : *Allons à la Messe du saint Prêtre*. Ces étrangers n'avoient pas eu besoin d'un long temps pour prendre de lui l'idée qu'il méritoit. Un extérieur très-simple, et qu'on ne pouvoit jamais soupçonner d'être composé, annonçoit les vertus du dedans, et trahissoit l'envie qu'il avoit de les cacher. On voyoit aisément que son humilité étoit, non pas un discours, mais un sentiment fondé sur sa science même ; et sa charité agissoit trop souvent, pour n'avoir pas quelquefois, malgré toutes ses précautions, le déplaisir d'être découverte. Le désir d'être utile aux autres étoit si connu en lui, que les témoins gnages favorables qu'il rendoit, en perdoient une partie du poids qu'ils devoient avoir par eux-mêmes. » Il fut pendant toute sa vie dans une extrême considération auprès de nos plus grands prélats ; cependant il n'a jamais possédé que de très-petits bénéfices, et il n'en a point possédé, dont il ne se soit dépouillé en faveur de quelqu'un. Les principaux fruits de sa plume sont : I. *Astronomia Physica*, et un traité *De Meteoris et Fossilibus*, imprimés l'un et l'autre en 1660, in-4.º « A la forme de dialogue qu'ont ces deux ouvrages, et à cette manière de traiter la philosophie, on reconnoit, dit *Fontenelle*, que *Cicéron* a servi de modèle ; mais on le reconnoit encore à une latinité pure, et à un grand nombre d'expressions ingénieuses et fines. Son imagination fleurie et ornée a répandu ses agrémens sur la sécheresse de la matière. » II. *De corporum affectionibus*. III. *De mente humana*. IV. *De corpore animato* : ouvrage dans lequel tout est appuyé sur l'expérience et sur l'anatomie. Dans ce livre, il fait entendre qu'on lui reprochoit de ne point décider les questions, et d'être trop indéterminé entre les différens partis ; mais ce reproche est une preuve de sa sagesse. V. *De consensu veteris et novæ Philosophiae*, Rouen 1675, in-4.º C'est l'écrit le plus fameux de *Duhamel*. On y trouve une espèce de physique générale, ou plutôt un traité des premiers principes. « Ce que le titre promet, dit l'ingénieux Secrétaire de l'académie, est pleinement exécuté. L'esprit de conciliation que l'auteur avoit pris de son père, tout Normand et tout praticien qu'il étoit, triomphe dans cet ouvrage. Il y examine les sublimes et inintelligibles rêveries de *Platon*, et ces grands mots des autres philosophes anciens, qu'on n'employait que parce qu'on n'en avoit pas d'autres. » Le sage moderne rapporte tout à la physique expérimentale, et sur-tout à la chimie, pour laquelle il avoit un goût décidé. VI. *L'Histoire de l'Académie des Sciences*, en latin, dont la dernière édition est celle de 1701, in-4. VII. *Opera Philosophica*, et *Astronomica*; Nuremberg, 1681, 4 tomes in-4. VIII. *Philosophia vetus et nova*, ad usum *Scholæ accommodata*, 1700, 6 volumes in-12. Cours de philosophie, composé suivant les principes répandus dans l'ouvrage précédent, à l'usage de l'abbé *Colbert* qui enseignoit au collège de Bourgogne. C'est le premier livre de ce genre, où l'on ait combiné avec impartialité les idées anciennes avec les nouvelles, et où l'on ait substitué les raisonnemens, les expériences, aux vaines subtilités de l'école. Cet ouvrage, très souvent réimprimé autrefois, ne pourroit être dicté à présent dans les écoles, qu'après avoir été retouché et augmenté par une main habile. La physique est bien différente de ce qu'elle étoit dans le temps auquel *Duhamel* écrivoit. IX. *Theologia speculatrix et practica*, 1691, 7 vol. in-8, en beau latin. « La théologie, dit *Fontenelle*, a été long-temps remplie de subtilités, ingénieuses à la vérité, mais assez souvent excessives. On négligeoit alors un peu trop la connoissance des Pères, des Conciles, de l'Histoire ecclésiastique, enfin tout ce qu'on appelle aujourd'hui *Theologie positive*. Mais enfin des vues plus saines et plus nettes firent donner une entière préférence à cette dernière théologie. *Duhamel* l'a réunie dans son ouvrage avec la scolastique. C'est la positive qui donne du corps et de la solidité à celle-ci; et il fit pour la théologie ce qu'il avoit fait pour la philosophie. On voit de part et d'autre, ajoute *Fontenelle*, la même étendue de connoissances, le même désir et le même art de concilier les opinions, le même jugement pour choisir, enfin le même esprit qui agit sur différentes matières. » Cependant son ouvrage est peu consulté aujourd'hui, soit que l'élégance du style ait persuadé qu'il n'y avoit pas mis assez de profondeur, soit que les théologiens scolastiques n'y aient pas trouvé diverses questions, qu'ils auroient voulu y trouver. X. *Theologia Clericorum Seminaris accommodata Summarium*, 5 vol. C'est un abrégé du Cours précédent, augmenté et corrigé. XI. *Institutiones Biblicae, seu Scriptura sacra prolegomena, una cum selectis annotationibus in Pentateuchum*. Cet ouvrage fut l'avant-coureur d'une grande *Bible*, 1706, in-folio, enrichie de notes pleines de savoir, de piété et d'élégance sur tous les endroits qui en demandaient. Dans ces différentes productions, un jugement droit et sûr (pour me servir de l'expression de son panégyristé), est l'architecte qui choisit et dispose les matériaux que fournit une vaste éradition.
IV. DUHAMEL DU MONCEAU, (Henri-Louis) inspecteur de la Marine, étoit membre de l'académie des Sciences de Paris, sa patrie, de la société royale de Londres, et de plusieurs autres académies. Il consacra toute sa vie à étendre et à perfectionner les connaissances qui ont rapport à l'agriculture, au commerce, à la marine, aux arts mécaniques. Il fit un grand nombre d'observations nouvelles, et plusieurs expériences utiles. Nullement avare de son savoir, il répandit ses instructions dans nos provinces et dans les pays étrangers, et répondit avec la plus grande exactitude à tous ceux qui eurent recours à ses lumières. Sa modestie égaloit son savoir. Dans le temps qu'il étoit inspecteur de la marine, un jeune officier cherchant peut-être à l'embarrasser, lui fit un jour une question. La réponse du philosophe fut dans cette circonstance, comme dans bien d'autres: *Je n'en sais rien.* — *A quoi sert-il donc d'être de l'Académie*, lui dit le jeune homme? Un moment après, interrogé lui-même, il se perdit dans des réponses vagues, qui déceloient son ignorance. *Monsieur*, lui dit alors *Dukamel*, vous voyez à quoi il sert d'être de l'Académie; c'est à ne parler que de ce qu'on sait. Il avoit donné un mémoire pour augmenter la sureté du port de Toulon. Le département de la marine trouva son projet ridicule. Quelque temps après, le ministre l'ayant consulté sur un mémoire important venu de Toulon, il reconnut son mémoire qu'on s'étoit approprié. Ses ouvrages sont: I. *Traité de la fabrique des Manœuvres pour les Vaisseaux*, ou l'*Art de la Corderie perfectionné*, in-4.º II. *Éléments d'Architecture Navale*, ou *Traité pratique de la construction des Vaisseaux*, 1758, in-4.º III. *Moyens de conserver la santé aux équipages des Vaisseaux*, avec la *Manière de purifier l'air des salles des Hôpitaux*, in-12, 1759. IV. *Traité général des Pêches maritimes, des Rivières et des Etangs*, grand in-folio, partagé en plusieurs sections, avec un grand nombre de figures. V. *Éléments d'Agriculture*, 2 vol. in-12, plusieurs fois réimprimés. VI. *Traité de la culture des Terres*, suivant les principes de M. *Tull*, 6 vol. in-12. VII. *Traité des Arbres et Arbustes qui se cultivent en France en pleine terre*, 2 vol. in-4°, 1755. VIII. *La Physique des Arbres*, 2 volumes in-4°, 1758. L'auteur traite, dans cet excellent ouvrage, de l'anatomie des plantes, de l'économie végétale, et de divers objets qui ont rapport à la Botanique. IX. *Des semis et plantations des Arbres*, 1760, in-4.º Il y expose une méthode pour multiplier et élever les arbres, pour les planter en massifs et en avenues; pour former les forêts et les bois, les entretenir, et rétablir ceux qui sont dégradés. X. *De l'exploitation des Bois*, ou Moyen de tirer un parti avantageux des taillis, demi-futaies et haute-futaies, et d'en faire une juste estimation, avec la description des arts qui se pratiquent dans les forêts, 1764, 2 vol. in-4°, figures. XI. *Du Transport, de la conservation et de la force des Bois*, in-4.º On trouve dans ce livre les moyens d'attendrir les bois, de leur donner diverses courbures, sur-tout pour la construction des vaisseaux, et de former des pièces d'assemblage, pour suppléer au défaut des pièces simples. XII. *Traité complet des Arbres à fruit*, deux vol. grand in-4°, orné de près de deux cents planches en taille-douce, dessinées et gravées, d'après nature, par les meilleurs artistes. XIII. *Traité de la con-* 396 DUH servation des Grains, et en particulier du Froment, 1 vol. in-12, avec un Supplément publié aussi in-12. XIV. Traité de la Garance et de sa culture, in-12. XV. L'istoire d'un Insecte qui dévore les grains de l'Angouais, avec les moyens que l'on peut employer pour le détruire; in-12, figures. On a encore de cet infatigable académicien, les arts de l'Epinglier, par Réaumur, avec des additions, 1761, in-4°; du Cirier, du Cartier, 1763, de la Forge des Enclumes, avec l'Art d'adoucir le Fer fondu, de Réaumur, 1763, in-folio; de raffiner le Sucre, 1764, in-folio; de la Draperie, 1764, in-folio; de friser et raffiner les Etoffes de Laine, 1765, in-folio; du Couvreur, 1765; de faire des Tapis, façon de Turquie, 1765, in-folio; de la Forge des Ancres; du Serrurier, 1767. L'Art du Potier de terre; Fabrique de l'Amidon; l'Art du Savonnier; l'Art de faire des Pipes à fumer; de faire de la Colle forte; du Charbonnier, ou Manière de faire le Charbon de bois, 1766, in-folio, etc. etc. dans la Description des arts, donnée par l'académie des sciences. Ces différens ouvrages sont écrits avec clarté, avec méthode, sans déclamation et sans lieux communs étrangers à son sujet. Mais on désirerait qu'il eût un peu plus resserré son style. L'auteur mourut doyen de l'académie des sciences le 23 août 1782, dans sa quatre-vingt-deuxième année, justement regretté.
DUHAN, (Laurent) professeur de philosophie au collège Duplessis à Paris, est mort chanoine de Verdun en 1730. On lui doit un livre sur l'art d'argumenter, intitulé: Philosophus in utramque partem, in-12.
DUILLIUS ou DUELLIUS, (Caius) surnommé Népos, consul Romain, fut le premier de tous les capitaines de la république, qui remporta une victoire navale sur les Carthaginois, et leur prit 58 vaisseaux. Duillius après cette victoire, fit lever le siège de Ségeste, et prit d'assaut la ville de Macella dans la Calabre. Le sénat le récompensa de ses succès, en lui accordant l'honneur du premier triomphe naval, l'an 260 avant J. C.; et la permission particulière d'avoir une musique et des flambeaux, aux dépens du public, à l'heure de son souper. C'était par ces légères récompenses, dit un historien, que les Romains payoient la véritable gloire. La fausse, ajoute-t-il, se vend plus chèrement aujourd'hui. On frappa des médailles en mémoire de l'expédition de Duillius, et l'on érigea une colonne rostrale, qui subsiste encore aujourd'hui. Celle-ci fut frappée de la foudre vers l'époque de la seconde guerre Punique; elle fut retrouvée et relevée en 1565; l'inscription du piédestal est très-mutilée, mais Ciaconius et Juste-Lipse ont cherché à en remplir les lacunes. Dans sa vieillesse quelqu'un lui reprocha la puanteur de son haleine. Duillius, de retour dans sa maison, se plaignit à sa femme de ce qu'elle ne l'avoit jamais averti de ce défaut: Je l'aurois fait, lui dit-elle, si je n'eusse cru que tous les hommes avoient l'haleine puante. Plutarque rapporte la même chose de la femme d'Héron roi de Sicile.
DUISBOURG, ou DUSBURG, (Pierre de) natif de Duisbourg, dans le duché de Clèves, publia en latin, dans le 16e siècle, une Chronique de Prusse, depuis l'an 1226 jusqu'en 1325. *Harcknochius*, savant Allemand, publia cette Chronique à Francfort, in-4°, avec la continuation d'un anonyme jusqu'en 1426, et dix-neuf *Dissertations*, où l'on trouve beaucoup d'érudition. Quoiqu'elles jettent un grand jour sur l'histoire de Prusse, on doit regarder cet écrivain comme un auteur laborieux, qui a compilé des faits, et dont l'ouvrage est plutôt un amas de morceaux historiques, qu'une histoire même. I. DUJARDIN, (Carle) peintre Hollandois, né vers 1640, à Amsterdam, mort à Venise en 1674, à 34 ans, excelloit dans les Bambochades. Il fut élève de *Berghem*: on reconnoit dans ses tableaux la touche spirituelle, l'harmonie et le ton de couleur de son maître. Ses *Marchés*, ses *Scènes* de charlatans, de voleurs, ses *Paysages*, sont animés et peints d'une manière ingénieuse et vraie. Il y a encore de lui une petite *Œuvre* d'environ cinquante estampes, qu'il a gravées à l'eau forte, avec autant de légèreté que d'esprit. Ses productions sont aussi recherchées que difficiles à acquérir.
II. DUJARDIN, (N.) né à Neuilly-Saint-Front dans le Soissonneis en 1738, mort le 5 février 1773, a donné le premier volume de *l'Histoire de la Chirurgie*, publiée en 1774, in-4° M. *Périlhe* l'a continuée.
DULARD, (Paul-Alexandre) secrétaire de l'académie de Marseille sa patrie, succéda à *La Viscède* dans cette place; mais il n'en jouit pas long-temps, étant mort le 7 décembre 1760, à 64 ans. Cétoit un homme sé- rieux et froid, qui ne connoissoit point les graces qui donnent du brillant dans la société; mais il avoit les qualités qui concilient l'estime et l'amitié. Nous avons de lui : I. Un poème des *Grandeurs de Dieu dans les merveilles de la Nature*, in-12, plusieurs fois réimprimé. « Ce n'est, dit l'abbé de la Porte, que le *Spectacle de la Nature*, mis en vers par le poète *Roussard*. Il manque d'imagination, de vivacité et de chaleur, quoiqu'il ait été enfanté sous le soleil de Provence. C'est de la glace faite au feu. Il y a pourtant quelques détails bien rendus et même quelques beaux vers, et les notes sont instructives. » II. *Œuvres diverses*, 1758, 2 vol. in-12. On y trouve, comme dans l'ouvrage précédent, quelques tirades heureuses; mais on y cherche en vain ce beau génie qui fait les poètes.
DULAU, (Jean-Marie) naquit au château de la Côte près de Périgueux, en 1738, devint agent général du Clergé de France en 1770, et y fut l'ame des délibérations. Nommé archevêque d'Arles en 1775, il fut appelé aux États-Généraux de 1789. Sa timidité naturelle l'empêcha de se faire entendre à la tribune; mais il publia successivement divers Opuscules, et entr'autres une *Adresse* au roi sur le décret du 26 mai 1792, qui condamnoit à la déportation les prêtres non assermentés. C'est un modèle de force et de sensibilité. Quelques jours après, ce prélat fut arrêté, traduit dans la prison des Carmes; et lorsque les assassins du deux Septembre vinrent y chercher des victimes, il s'offrit le premier, et périt sous leurs 398 D U L coups sans proférer une seule plainte.
DULAURENT, (N.) né en Artois, embrassa l'état monastique, apostasia ensuite, et se retira en Hollande où il vécut du produit de ses ouvrages licencieux. Il avait des connaissances et de l'imagination, un style rapide; et il eût été à désirer qu'il eût fait un meilleur usage de ses talens. Ses deux poèmes du Manche à balai et de la Chandelle d'Arras, offrent plus de dissolution que de goût. L'Arêta moderne, en 2 vol. in-12; Imirce ou la Fille de la Nature, en 2 vol. in-12, n'ont point eu autant de succès que son Compère Matthieu, en 3 volumes. Sous un cadre piquant, l'auteur a répandu les poisons de sa haine sur la religion et les mœurs. D'un autre côté, cet écrit peut être considéré comme la critique la plus vive et la plus gaie des écarts de la philosophie moderne. Dulaurent est mort dans ces derniers temps.
DULCIN, ou DOUCIN, né à Novartre en Lombardie, adopta les opinions de Segarel, et après la mort de son maître, fut chef des Apostoliques.—Voy. SEGAREL.
DULIN, (Pierre) peintre, né à Paris vers l'an 1670 ou 1671, fut élevé à Rome, et peignit divers tableaux pour différentes églises de Paris. Il est principalement connu par ceux du Sacre de Louis XV, qui ont été gravés en un vol. in-folio.
DULLAART, (Jean) poète Hollandois, a composé dans la langue de son pays des Comédies et des Tragédies qui ont eu de la réputation. Il est mort vers la fin du 17e siècle.
DULLAERT, (Jean) né à Gand, devint professeur de philosophie à Paris, et y mourut en 1512. Il a publié 3 volumes in-folio de Questions sur les livres de la physique d'Aristote et les Œuvres de Porphyre.
DULLART, (Herman) peintre et poète, né à Rotterdam en 1636, montra de bonne heure beaucoup de vivacité et de jugement. Comme il étoit d'une complexion très-délicate, ses parents lui laissèrent le choix de l'objet principal de son application; il choisit la peinture. Il fut envoyé à Amsterdam, sous le fameux Rembrandt, dont il imita si bien la manière, que l'on prit, dit-on, plusieurs fois les ouvrages du disciple pour ceux du maître. La faiblesse de sa santé ne lui permit pas de suivre son ardeur pour le travail, et l'on n'a de lui que peu de pièces. Il avoit joint, dès la première jeunesse, à l'étude de la peinture, celle des langues et des sciences; et il se délassoit par les exercices de la musique et de la poésie. Il avoit une belle voix, et faisoit assez bien les vers. On le sollicita, en 1672, d'entrer dans la magistrature à Rotterdam; mais il ne croit pas se devoir prêter aux instances de ses amis. Il mourut en 1684, à 48 ans.
DULUC, Voyez II. Luc.
DUMARSAIS, Voyez MAR- SAIS. I. DUMAS, (Louis) fils naturel de Jean-Louis de Montcalm, seigneur de Candiac, et d'une veuve de condition de Rouergue, naquit à Nîmes en 1676. La jurisprudence l'occupa d'abord; mais les mathématiques, la philosophie et les langues, le possédèrent ensuite tout entier. Le Père *Malebranche* le connut et l'estima. Quoique d'un abord très-froid et d'un caractère tranquille, il avoit une imagination vive et féconde. Son esprit étoit inventif et très-méthodique. C'est à son génie qu'on est redevable du *Bureau Typographique* qu'il inventa, et dont on se sert avec succès dans la capitale et dans plusieurs provinces. Cette méthode est d'autant plus ingénieuse, qu'elle réduit en récréation l'art épineux de lire et d'écrire, et les premiers élémens de toutes les langues. Après avoir conçu l'idée de cette invention, il en fit les premiers essais sur le jeune de *Candice*, prodige d'esprit dans l'âge le plus tendre. Son élève se fit admirer à Paris et dans les principales villes du royaume, où *Dumas* l'accompagna toujours. La mort le lui ayant enlevé en 1726, avant qu'il eut atteint sa septième année, il pensa en perdre la tête. Une maladie dangereuse fut la suite de ses chagrins; et il seroit mort sans secours, si *Boindia*, qui, malgré son athéisme, avoit quelques vertus sociales, ne l'avoit tiré de son galetas pour le faire traiter chez lui. *Dumas* se retira ensuite chez *Mad. de Vaujour*, à deux lieues de Paris, et y mourut en 1744, âgé de 68 ans. C'étoit un vrai philosophe, et pour l'esprit et pour le caractère. Nous avons de lui : I. *L'art de transposer toutes sortes de Musiques, sans être obligé de connoître ni le temps ni le mode*; traité curieux, mais qui n'est d'aucun usage, publié à Paris, in-4°, 1711. II. Un vol. in-4°, imprimé aussi à Paris en 1733, sous le titre de *Bibliothèque des Enfans*, en quatre parties, où il met dans un jour lumineux le système et l'économie de son *Bureau Typographique*. Cette invention eut, comme toutes les choses nouvelles, des approbateurs et des contradicteurs; mais l'auteur la défendit avec beaucoup de succès dans les journaux et dans quelques brochures particulières. Ce recueil est devenu rare. Le *Bureau Typographique* a été perfectionné par M. *Reybert*, citoyen d'Avignon, qui l'a enrichi d'un grand nombre de cartes renfermant des instructions utiles et agréables sur la *Géographie*, *l'Histoire*, *la Fable*, etc. etc. III. *Mémoires de l'Écosse sous le règne de Manet* (Stuart), écrits par *Crawford*, traduits de l'anglais. Cette version manuscrite se trouvoit dans la nombreuse bibliothèque du feu marquis d'*Aubais*, avec qui notre grammairien philosophe avoit eu d'étroites liaisons.
II. DUMAS, (Hilaire) docteur de la maison et société de Sorbonne, s'est fait connoître par une *Histoire des cinq propositions de Jansémius*, Trevout 1702, en 3 vol. in-12, assez bien écrite. On l'attribua au Père le *Tellier*; mais ce Jésuite n'écrivoit pas avec autant de modération. On a encore de l'abbé *Dumas* une *Traduction de l'Imitation de J. C.*, et d'autres écrits, moins connus que son *Histoire*.
DUMAY, *Voyez* MAY.
DUMBAR, (Gérard) mort le 6 avril 1744 à Deventer sa patrie, est auteur d'une *Histoire* de cette ville, en 3 vol. in-8. Elle est curieuse et savante.
DUMÉE, (Jeanne) Parisienne, fut instruite dès son en- 400 DUM fance dans les belles-lettres. On la maria fort jeune; mais à peine avoit-elle atteint l'âge de 17 ans, que son mari fut tué en Allemagne à la tête d'une compagnie qu'il commandoit. Elle profita de la liberté du veuvage, non pour s'abandonner à l'amour, comme tant d'autres femmes, mais pour se livrer avec plus d'ardeur à l'étude. Elle s'appliqua à l'astronomie, et donna en 1680 un volume in-4°, à Paris, sous ce titre : Entretiens de COPERNIC touchant la mobilité de la terre, par Mlle Jeanne Dumée, de Paris. Elle explique avec netteté les trois mouvemens qu'on donne à la terre; et les raisons qui établissent ou qui combattent le système de Copernic, y sont exposées avec impartialité.
DUMÉES, ( Antoine-François-Joseph ) lieutenant-bailli d'Avesnes, où il mourut en 1765, étoit né à Esclaibes en Hainaut en 1722. Il a donné la Jurisprudence de cette province, 1750, in-4°, et les Annales Belgiques, 1761, in-12.
DUMESNIL, ( N. Gaudin ) ancien professeur de rhétorique en l'université de Paris, a publié, à l'imitation de l'abbé Girard, des Synonymes latins, où l'on trouve souvent la finesse et la précision de son modèle. Il est mort à Valognes, à 82 ans, le 10 floréal an 10.
DUMNORIX, Voyez DAMNORIX.
DUMOLARD-BERT, ( Charles ) né à Paris le 22 juillet 1709, mort le 16 mai 1772, a publié un Voyage d'Italie, en 3 vol. in-8°. Il étoit membre des académies d'Angers et de Berlin. I. DUMONT, Voy. XIV. ROBERT.
II. DUMONT, ( Henri ) maître de musique de la chapelle du roi, touchoit supérieurement de l'orgue. Il étoit né dans le diocèse de Liège en 1610; et il mourut à Paris, abbé de Silly, en 1684, à 74 ans. L'abbé Dumont est le premier musicien François, qui ait employé dans ses ouvrages la basse continue. Il nous reste de lui des Motets estimés, et cinq Grandes Messes dans un très-bean plain chant, appelées Messes Royales, qu'on chante encore dans les églises de Paris, ainsi que dans plusieurs églises de province.
III. DUMONT, ( Jean ) baron de Carlscroon, historiographe de l'empereur Charles VI, réfugié en Hollande après avoir servi sans beaucoup de fruit en France, est connu par divers écrits. Les principaux sont: I. Des Mémoires politiques, pour servir à l'intelligence de la paix de Ryswick; a la Haye, 1699, 4 vol. in-12, dont les actes ont aussi 4 vol. in-12, 1705. Cet écrit, instructif et intéressant, contient en abrégé ce qui s'est passé de plus considérable dans les affaires, depuis la paix de Munster, jusqu'à la fin de l'an 1676. II. Des Voyages en France, en Italie, en Allemagne, à Malte et en Turquie; 1699, quatre volumes in-12: recueil assez curieux, quoique peu exact. III. Corps universel diplomatique du droit des gens, comprenant les traités d'alliance, de paix et de commerce, depuis la paix de Munster jusqu'en 1709; 8 vol. in-fol. Les quatre premiers parurent en 1726, deux autres en 1728, et les deux derniers en 1731. 1731. Cet ouvrage n'est pas exempt de fautes ; mais il a son utilité. En y ajoutant les Traités faits avant J. C., publiés par Barbeyrac, ceux de Rousset, de Saint-Priest, ceux de Munster et d'Osnabrug, cela forme une collection de 19 vol. in-fol. IV. Lettres historiques, depuis janvier 1652 jusqu'en 1710. Une autre main, moins habile que celle de Dumont, les a continuées. V. d'autres Recueils en assez grand nombre. Cet auteur écrivait d'une manière languissante et incorrecte ; mais on trouve des recherches dans tout ce qu'il nous a laissé. Il mourut vers 1726, dans un âge avancé.
IV. DUMONT, (François) sculpteur Parisien, orna quelques églises de la capitale de ses statues, et fut tué à Lille par la chute d'un échafaud posé pour placer son beau mausolée du comte de Melun : ce fut en 1726. Cet excellent artiste n'avoit que 38 ans. Il ne faut pas le confondre avec le suivant. V. DUMONT, (N.) peintre du roi, surnommé le Romain, est mort à Paris en 1781, dans un âge très-avancé. Il avoit acquis de la réputation, et il fut recteur de l'académie de peinture où il avoit été reçu dès 1728. Pour se former dans son art, il avoit entrepris le voyage d'Italie à pied et sans argent. Son pinceau étoit énergique et tranchant dans le coloris. Il se plaisoit à des tours de force, et à présenter des parties en raccourci, ce qui est rarement agréable et heureux. Son caractère avoit contracté un peu de la dureté de son pinceau. Il eut des vertus, mais de l'aspérité dans les ma- nières ; ce qui lui faisoit fuir la société. L'un de ses meilleurs tableaux fut fait pour les Chartreux de Paris.
VI. DUMONT, (George-Marie Butel) né à Paris le 28 octobre 1725, et mort vers l'an 1788, fut d'abord nommé secrétaire de la commission de l'Acadie, puis secrétaire d'ambassade à Pétersbourg. Il a publié divers ouvrages qui réunissent à la profondeur le mérite de l'utilité publique. I. Traité sur le commerce, traduit de l'anglois de Josias Child, 1754, in-12. II. Histoire du commerce des colonies Angloises, 1755, in-12. III. Etat présent du commerce d'Angleterre, 1755, 2 vol. in-12. IV. Conduite des François par rapport à la nouvelle Ecosse, 1755, in-12. V. Les Ruines de Paestum, traduites de l'anglois, 1769, in-fol. VI. Théorie du luxe, 1771, 2 vol. in-8. L'auteur entreprend d'établir dans cet ouvrage que le luxe est un ressort politique, utile aux états. VII. Traité de la circulation et du crédit, 1771, in-8. VIII. Essai sur les causes principales qui ont contribué à détruire les deux premières races des rois de France, 1776, in-8. Cet écrit obtint le prix de l'académie des inscriptions et belles-lettres. IX. Recherches historiques et critiques sur l'administration publique et privée des terres des Romains, 1779.
DUMOURRIER, (Antoine-François Duperrier) né à Paris en 1707, mort en 1767, fut employé avec succès comme commissaire des guerres dans diverses armées, et sur-tout en 1759 dans celle du maréchal de Broglie. A 55 ans, au milieu des douleurs 402 DUN de la pierre, il eut le courage de composer le poème de *Richardet*, imitation libre de celui de *Fortiguera*, sous le même titre, 2 vol. in-8.º *Dumourrier* a réduit à douze chants, les trente dont l'original est composé. Il s'est assujetti à rendre les octaves de ce poème, par des stances françoises, également de huit vers; dans l'essai qu'il donna, en 1765, des six premiers chants. Cependant sa traduction est libre et aisée, et ses vers sont assez agréables. Outre ce poème, on doit à cet auteur des traductions de comédies Italiennes, Espagnoles et Angloises, des poésies fugitives, une tragédie de *Démétrus*, et un opéra de *Grisclidis*. — DUNAAN, Juif de nation, roi des Homérites, peuple de l'Arabie heureuse, vivoit au commencement du sixième siècle. On dit, qu'ayant été vaincu dans une grande bataille, il déchargea sa colère sur les Chrétiens qui habitoient dans ses terres. Il y avoit une ville nommée Nagran, qui en étoit remplie; il y mit le siège, et y exerça des cruautés incroyables contre les fidelles qui ne voulurent pas renier J. C. Le martyre d'Aretas, et celui d'un enfant de cinq ans, sont des plus remarquables pour la barbarie: le *Martyrologe Romain* en fait mention le 24 octobre. *Elesbaan*, roi d'Éthiopie, à la prière du patriarche d'Alexandrie, vint venger les Chrétiens, et fit mourir le *Néron* Juif, après avoir défait ses troupes. — I. DUNCAN, (Martin) né à Kampen en 1505, curé en Hollande, se fit une grande réputation par son zèle contre les Protestans, dont il ramena un grand nombre dans le sein de l'église. Il mourut à Amersfoort l'an 1590, à 85 ans. Il a laissé des *Traités* de l'Église, du *Sacrifice de la Messe*, du *Culte des Images*, etc. etc. Tous ses ouvrages sont en latin, et prouvent le zèle dont l'auteur étoit animé pour la religion catholique.
II. DUNCAN, (Marc) gentilhomme Ecossois, s'établit à Saumur en Anjou, où il fut professeur de philosophie, et principal du collège des Calvinistes. Il exerçoit en même temps la médecine, et avec tant de réputation, que *Jacques I*, roi d'Angleterre, voulut l'attirer auprès de lui; mais *Duncan*, marié à Saumur, sacrifia sa fortune à son amour pour sa femme. Il mourut dans cette ville en 1640. On a de lui quelques ouvrages de philosophie, et un *Livre contre la possession des Religieuses Ursulines de Loudan*. Cet écrit fit tant de bruit, que *Laubardemont*, commissaire pour l'examen de la possession démoniaque de ces filles, lui en auroit fait une grande affaire, sans le crédit de la maréchale de *Brezé*, dont il étoit médecin. — *Voyez* CERISANTES.
III. DUNCAN, (Daniel) autre médecin de la même famille que le précédent, membre de la faculté de médecine de Montpellier, se retira en 1690 à Genève. Il en fut chassé par l'envie des médecins de cette ville. Il passa à Berne, ensuite à la Haye, et enfin à Londres, où il mourut en 1735, à 86 ans. On a de lui: I *Explication nouvelle et méthodique des fonctions animales*. II. *Chimie naturelle*, qu'il traduisit en latin, et qu'il augmenta considérablement sous ce titre : *Chimie naturalis specimen*. III. *Avis salutaire contre l'abus des choses chaudes, et particulièrement du Café, du Chocolat et du Thé* ; Rotterdam 1685, in-8° : ouvrage traduit en anglois, et rare, dans lequel on trouve d'excellens conseils avec une théorie assez mauvaise. Tous ces écrits sont estimés par les maîtres de l'art.
DUNGAL, écrivain du IXe siècle, étoit vraisemblablement Hibernois. Il vint en France, et l'on croit qu'il fut moine de Saint-Denis, ou du moins fort attaché à cette abbaye. *Charlemagne* le consulta, en 811, sur les deux éclipses de soleil qu'on disoit être arrivées l'année précédente. *Dungal* répondit à ce prince, dans une *Lettre* assez longue, qui se trouve dans le tom. x in-4°, du *Spicilège* de Dom *Luc d'Achéri*. On a aussi imprimé, dans la Bibliothèque des Pères, un *Traité de Dungal pour la défense du Culte des Images*, imprimé séparément, 1608, in-8°.
DUNI, ( Gilles - Romuald ) célèbre musicien, pensionnaire de la comédie Italienne de Paris, naquit à Matera près d'Otrante, le 9 février 1709, et mourut le 11 juin 1775. Après avoir exercé son talent à Rome, à Naples et à Venise, il vint à Paris, où il mit en musique divers opéra comiques, tels que le *Peintre amoureux*, où l'on distingue une scène charmante ; *Nina et Lindoré*, *l'Isle des Foux*, où le morceau de l'avare passe pour le chef-d'œuvre de l'auteur ; *Mazet*, *la Fée Urgelle*, *les Moissonneurs*, *les Sabots*, etc. etc., et divers autres où l'on trouve une foule d'airs agréables et faciles. On ne peut oublier que *Duni* fut le premier qui nous fit connoître le charme de la mélodie Italienne, et s'efforça d'en substituer le goût aux cadences uniformes, aux longues roulades, et aux éclats de voix de notre ancienne musique.
DUNOD DE CHARNAGE, ( François-Ignace ) professeur en droit à Besançon, sa patrie, mort dans cette ville le 20 mars 1751, y jouit d'une estime générale par ses lumières et sa probité. On a de lui : I. *Histoire des Séquanois*, ou *Mémoire du Comté de Bourgogne* ; 1735, 1737, 1740, 3 vol. in-4°. II. *Histoire de l'église, ville et diocèse de Besançon*, 1750, 2 vol. in-4°. III. *Traité des prescriptions*, 1730, in-4°. IV. *De la main-morte, et des retraits*, 1733, in-4°. Il justifie par d'assez mauvaises raisons l'usage des seigneurs qui ont le droit de main-morte sur leurs vassaux. — Son fils *Joseph DUNOD*, avocat à Besançon, mort en 1765, a laissé beaucoup d'*Observations* manuscrites sur les ouvrages de son père. — *Pierre DUNOD*, savant Jésuite, de la même famille, donna en 1697 un livre curieux, intitulé : *La découverte de la ville d'Antre en Franche-Comté*, avec des *Questions sur l'histoire de cette province*.
DUNOIS, ( Jean d'ORLÉANS, comte de ) et de Longueville, fils naturel de Louis duc d'Orléans, assassiné par le duc de Bourgogne, naquit le 23 novembre 1707. Voyez VALENTINE. Le jeune héros commença sa carrière par la défaite de Warwick et de Suffolk, qu'il pour-uvit jusqu'à Paris. Orléans ayant été assiégé C C 2 par les Anglois, il défendit courageusement cette ville, et donna le temps à Jeanne d'Arc de lui apporter du secours. La levée du siège fut suivie d'un grand nombre d'autres succès. Le comte de Dunois eut presque tout l'honneur d'avoir chassé les ennemis de la Normandie et de la Guienne. Il leur donna le coup mortel à Castillon, en 1471, après avoir pris sur eux Blaie, Fronsac, Bordeaux, Baïonne. Charles VII dut son trône à son épée. Ce monarque ne fut pas ingrat à l'égard de Dunois : il lui donna le titre de Restaurateur de la Patrie, lui fit présent du comté de Longueville, et l'honora de la charge de grand-chambellan de France. Louis XI ne l'estima pas moins. Le comte de Dunois entra, sous le règne de ce prince, dans la ligue du Bien public, et en fut l'âme par sa conduite et son expérience. Ce héros mourut, le 24 novembre 1468, à 61 ans, regardé comme un second Du Guesclin, et redouté des ennemis de l'état, autant que respecté des bons citoyens, par sa bravoure accompagnée de prudence, par sa grandeur d'âme, sa bienfaisance, et par toutes les vertus qui font le grand homme. Sa mère étoit Marie d'Enghien, femme d'Aubert le Flamène, dont l'un des ancêtres avoit été Maréchal de France sous Philippe-le-Bel.
DUNOYER, Voyez NOYER.
DUNS, (Jean) dit Scor, parce qu'il étoit natif de Donston en Écosse, entra dans l'ordre de Saint-François. Il s'y distingua par sa subtilité à expliquer les plus grandes difficultés de la théologie et de la philosophie de son temps. C'est ce qui lui mérita le nom de Docteur subtil, quoique quelques-uns pensent qu'on le lui donna, pour avoir défendu avec force l'opinion de l'immaculée Conception de la Ste. Vierge. Jean Scot, après avoir étudié et enseigné la théologie à Oxford, s'int en donner des leçons à Paris. Il se piqua de soutenir des sentimens opposés à ceux de St. Thomas. C'est ce qui produisit, dans l'école, les deux sectes des Thomistes et des Scotistes : Duns, qui étoit à la tête de ceux-ci, soutint leur parti, par un merveilleux talent pour les chicanes scolastiques. Il mourut à Cologne où il étoit allé, le 8 novembre 1308, âgé d'environ 30, 33 ou 35 ans, regardé comme un grand homme, par tous ceux qui tenoient pour l'universel à parte rei; et comme un homme opiniâtre et d'un caractère épineux, par ceux qui tenoient pour l'universel à parte mentis. C'étoit le sentiment d'Octum, disciple de Scot, et son rival dans ces sottises célèbres. Le théologien Écossois, qui avoit une admirable facilité à pointiller sur tout, n'en avoit pas moins à barbouiller du papier. Ses Ouvrages, de l'édition de Lyon, 1639, renferment douze grands volumes in-folio. On y trouve la Vie de l'auteur, écrite par Vading, et les témoignages des auteurs qui ont parlé de ce prétendu grand homme. Plusieurs écrivains ont regardé Jean Duns comme l'auteur de l'opinion de la Conception immaculée de la Ste. Vierge, qui a fait depuis tant de progrès. Elle semble néanmoins avoir été proposée dès le milieu du XIIe siècle. La Lettre de St. Bernard au cha- pître de Lyon, peut en être une preuve. Il est vrai que Scot soutint ce sentiment avec plus d'éclat; mais il ne le donne point comme un dogme certain.
DUNSTAN, (Saint) né en 924, sous le règne d'Addest, roi d'Angleterre, dont il étoit parent, parut d'abord à la cour. Les courtisans l'ayant desservi auprès du prince, il se bâtit une cellule, et se consola, avec le Créateur, des perfidies des créatures. Le démon troubla son repos. Un jour qu'il le tentoit plus violemment qu'à l'ordinaire, il lui saisit le nez avec des pincettes brûlantes, à ce que disent les Légendaires; et l'esprit malin fut forcé de disparaître. Edmond, successeur d'Addest, tira le saint homme de sa retraite, et se servit utilement de ses conseils pour gouverner son royaume. Dunstan avoit rassemblé, depuis quelque temps, un grand nombre de moines dans un monastère qu'il avoit fait bâtir à Glaston. Les vertus et les lumières qui y brillèrent sous ce saint abbé, firent de cette maison le séminaire des abbés et des évêques. Les sujets qui en sortirent, contribuèrent beaucoup, par leur piété et leur doctrine, au rétablissement de la religion en Angleterre. Dunstan recueillit le fruit de ses travaux. Il fut fait évêque de Worcester, ensuite archevêque de Cantorbery, reçut le Pallium du pape, et fut légat du saint siège dans toute l'Angleterre. Edwy étant monté sur le trône, et scandalisant ses sujets par ses déréglemens, Dunstan lui parla plusieurs fois avec la liberté d'un homme apostolique. Il pousse un jour la fer-sacré jusqu'à entrer dans une chambre, où le roi s'étoit enfermé avec une de ses concubines, et le tira, par force, d'entre ses bras. Le roi, excité par cette malheureuse, envoya en exil le saint archevêque, qui passa en Flandre. Cet exil ne fut pas de longue durée, et il mourut dans son archevêché en 988. Il fut le restaurateur des lettres en Angleterre, ainsi que de la vie monastique. Il reste de lui quelques Écrits. On place sa fête le 19 mai; ce fut apparemment le jour de sa mort.
DUPARC. Voyez II. SAUVAGE.
DUPARC, (Lenoir) né à Pont-Audemer en 1702, entra dans la société des Jésuites, et professa avec succès la Rhétorique au collège de Louis-le-Grand à Paris. On lui doit plusieurs Ouvrages utiles; des Réflexions sur le Dictionnaire des trois siècles, des Plaidoyers à l'usage des Élèves qui suivent les cours d'éloquence, des poèmes latins, et l'édition des Œuvres Spirituelles du P. Judes, 1781, 2 vols. in-12.
DUPATY, (N**) d'abord avocat général au parlement de Bordeaux, ensuite président à mortier au même parlement, né à la Rochelle, mort à Paris en 1738, dans un âge peu avancé, étoit un magistrat intègre, éclairé et éloquent. Il se fit beaucoup d'honneur par son courage dans la révolution de la magistrature en 1771. Il s'en fit davantage en arrachant au supplice trois malheureux de Chaumont, condamnés à la roue. Le Mémoire qu'il publia pour les défendre, est plein de force et de sensibilité. Ses Réflexions historiques sur les lois criminelles, méritent C c 3 406 DUP le même éloge, et ont servi à faire améliorer le code criminel en France. Le président *Dupaty* s'occupa long-temps de la réforme de ce code, et il montra, dans les obstacles qu'il éprouva pour détruire d'anciens préjugés, autant de lumières que de zèle. On a de lui, comme littérateur, des *Discours Académiques* et des *lettres sur l'Italie*, 2 volumes in-8°, 1788. On en a fait plusieurs autres éditions en divers formats. L'auteur avoit voyagé en homme sensible aux chefs-d'œuvres des Arts et aux beautés de la nature. Son livre, souvent animé par le sentiment et l'enthousiasme, est quelquefois défiguré par des recherches d'esprit, et des tournures, dont la plupart sont originales et quelques-unes touchent de trop près à l'affectation. Le président *Dupaty* avoit trop cherché à imiter *Diderot* et *Thomas*, qui lui ont fourni plusieurs de leurs phrases. Ses ennemis ont répandu que *Voltaire*, consulté sur ses talons comme Magistrat, avoit répondu: *C'est un bon Littérateur*; et quand on voulut le faire expliquer sur ses dispositions pour les lettres et les arts, il dit: *C'est un bon Magistrat*. Un de ses fils suit avec distinction la carrière littéraire et dramatique. — DUPERRAY, (Michel) avocat au parlement de Paris en 1661, bâtonnier de son corps en 1715, mourut à Paris doyen des avocats, en 1730, âgé d'environ 90 ans. Il étoit fort versé dans la jurisprudence civile et canonique. Ses ouvrages sont remplis de recherches; mais ils manquent de méthode, de style, et renferment plus de doutes que de décisions. Les principaux sont: I. *Traité historique et chronologique des Dixmes*, réduit et augmenté par M. Brunet, avocat, en 2 vol. in-12. II. *Notes et Observations sur l'Edit* de 1695, concernant la juridiction ecclésiastique, 1723, 2 vol. in-12: c'est le meilleur ouvrage de l'auteur mais ils est devenu inutile, ainsi que la plupart de ceux qui sont sortis de sa plume. III. *Traité sur le partage des fruits des Bénéfices*, in-12. IV. *Traité des Dispenses de Mariage*, in-12. V. *Traité des moyens canoniques pour acquérir et conserver les Bénéfices*, 4 volumes in-12. VI. *Traité de l'état et de la capacité des Ecclésiastiques pour les Ordres et les Bénéfices*, 2 vol. in-12. VII. *Observations sur le Concordat*, in-12, etc.
DUPERRIER, *Voyez* II. PERRIER.
DUPERRON, *Voy.* PERRON, n.º 1 et II... et HAYER.
DUPHOT, (N.) Général de la République Françoise, né à Lyon, servit avec distinction dans l'armée d'Italie, et fut chargé d'organiser en 1796 celle de la République Cisalpine. Etant venu à Rome à la fin de 1797, il y fut assassiné dans un attroupement populaire que les troupes du Pape parurent favoriser, ou que du moins elles ne cherchèrent pas à dissiper. Après cet événement, l'Ambassadeur de France se retira à Florence; et, pour le venger, la France s'empara des états de l'Eglise.
DUPIN, *Voy.* TOUR-DUPIN. I. DUPIN, (Jean) moine de Citeaux, dans l'abbaye de Notre-Dame-du-Vaucelles, près Cambray; mort en 1372, âgé d'environ 70 ans, est auteur du *Camp vertueux*, in-4°, en vers françois, imprimé en lettres gothiques, et écrit d'un style semblable. — IL DUPIN, (Louis-Ellies) né à Paris le 17 juin 1657, d'une famille ancienne originaire de Normandie, fut élevé avec soin par son père. Il fit paroître, dès son enfance, beaucoup d'inclination pour les belles — lettres et pour les sciences. Après avoir fait son cours d'humanités et de philosophie au collège d'Harcourt, il embrassa l'état ecclésiastique, et reçut le bonnet de docteur de Sorbonne en 1684. Il avoit déjà préparé des matériaux pour sa *Bibliothèque universelle des Auteurs Ecclésiastiques*, dont le premier volume parut in-8°, en 1686. Les huit premiers siècles étoient achevés, lorsque la liberté avec laquelle il portoit son jugement sur le style, la doctrine et les autres qualités des écrivains ecclésiastiques, déplut à *Bossuet*, qui en porta ses plaintes à *Harlay*, archevêque de Paris. Ce prélat obligea *Dupin* à donner une rétractation d'un assez grand nombre de propositions, dont quelques — unes étoient susceptibles d'un sens favorable. L'auteur, en se soumettant à tout ce qu'on voulut, espéroit que son ouvrage ne seroit pas supprimé. Il le fut cependant le 16 avril 1693; mais on lui accorda la liberté de le continuer, en changeant seulement le titre. Cet ouvrage immense, capable d'occuper lui seul la vie de plusieurs hommes, ne l'empêcha point de donner au public plusieurs autres écrits sur des matières importantes. L'activité de son génie suffisoit à tout. Il étoit commissaire dans la plupart des affaires de la faculté; il étoit obligé de remplir sa chaire de philosophie au collège royal; il travailla pendant plusieurs années au *Journal des Savans*; il étoit le conseil de plusieurs écrivains, fournissant des mémoires aux uns, donnant des avis aux autres. Malgré cette multiplicité d'occupations, il trouvoit encore le moyen de se délasser, une partie de la journée, avec ses amis. Né avec un caractère facile et sociable, il ne se refusoit à personne. La douceur de sa vie fut troublée par l'affaire du cas de conscience; il fut l'un des docteurs qui signèrent ce cas. Cette décision lui fit perdre sa chaire et le séjour de la capitale. Exilé à Châtelleraut en 1703, il obtint son rappel en se rétractant; mais il ne put jamais obtenir sa place de professeur royal. *Clément XI* remercia *Louis XIV* de ce châtiment; et dans le bref qu'il adressa à ce monarque, il appela ce docteur un homme d'une très-mauvaise doctrine, et coupable de plusieurs excès envers le Siège Apostolique. — *Dupin* ne fut pas plus heureux sous la régence. Il étoit dans une étroite liaison avec l'archevêque de Cantorbery, et même dans une relation continuelle. On soupçonna du mystère dans ce commerce; et, le 10 février 1719, on fit enlever tous ses papiers. « Je me trouvai au Palais-Royal au moment qu'on les y apporta, dit *Lafticau*, évêque de Sisteron, de qui nous empruntons ces anecdotes, il y étoit dit que les principes de notre Foi peuvent s'accorder avec les principes de la religion Anglicane. On y avançoit que, sans altérer l'intégrité des dogmes, C c 4 408 D U P on peut abolir la confession au-riculaire, et ne plus parler de la Transsubstantiation dans le sa-crement de l'Eucharistie, anéan-tir les vœux de religion, retran-cher le jeûne et l'abstinence du carême; se passer du pape, et permettre le mariage des pré-tres. » Les ennemis de *Dupin* prétendent que sa conduite étoit conforme à sa doctrine; qu'il étoit marié, et que sa veuve se présenta pour recueillir sa suc-cession. Si ce célèbre docteur étoit tel qu'ils nous le représen-tent, le pape auroit eu quelque raison de lui donner les qualifi-cations dont il le charge; mais rien n'est plus faux que tous ces bruits scandaleux. Le projet de réunion de l'église Anglicane avec l'église Romaine, n'étoit point un mystère: c'étoit plutôt le fruit de l'esprit conciliant de *Dupin*, qu'une suite de son penchant pour l'erreur. Le cardinal de *Noailles*, et le procureur-gé-néral du parlement de Paris, *Joly de Fleury*, l'avoient approuvé. Nous savons de très-bonne part, et par des personnes qui avoient lu les projets de *Dupin*, avec des yeux moins fascinés que ceux de l'évêque de Sisteron, qu'il n'y avoit rien dans son écrit qui dût paroître suspect à un théologien judicieux et modéré. Ce fut par les mêmes vues de paix que, pendant le séjour du czar *Pierre* à Paris, il fut consulté sur quel-ques projets de réunion, qui malheureusement n'ont point eu d'effet. Enfin, quelque jugement qu'on porte de sa façon de penser et de sa conduite, on ne peut lui refuser un esprit net, précis, méthodique, une lecture im-nieuse, une mémoire heureuse, un style, à la vérité, peu cor-rect, mais facile et assez noble, et un caractère moins ardent que celui qu'on attribue d'ordinaire aux écrivains du parti avec le-quel il étoit lié. Cet homme cé-lèbre mourut à Paris le 6 juin 1719, à 62 ans, regretté de ses amis et du public. *Vincent*, son libraire, honora son tombeau d'une pierre de marbre, avec une épitaphe de la composition du célèbre *Rollin*. Les principaux ouvrages de ce laborieux écri-vain sont: *L Bibliothèque des Auteurs Ecclésiastiques*, conte-nant l'*Histoire de leur vie*, le *Catalogue*, la *Critique*, la *Chro-nologie de leurs ouvrages*, tant de ceux que nous avons, que de ceux qui se sont perdus; le som-maire de ce qu'ils contiennent; un jugement sur leur style, leur doctrine, et le dénombrement des différentes éditions de leurs ou-vrages, en 58 volumes in-8°; réimprimée en Hollande en 19 volumes in-4°. Dom *Cellier* a donné dans le même genre un ouvrage qui est plus exact, mais qui se fait lire avec moins de plaisir. L'abbé *Dupin* juge pres-que toujours sans partialité et sans prévention, et sa critique est ordinairement dégagée des préjugés du vulgaire: mais la vitesse avec laquelle il travaillait, lui a fait commettre un grand nombre de fautes. Les derniers volumes ne sont pas faits avec le même soin que les premiers. Les Vies qu'il donne sont trop abrégées; les faits ne sont ni assez développés, ni assez bien discutés. Les tables chronologi-ques sont souvent en contradic-tion avec l'ouvrage même. Les ca-talogues des livres ne sont guère plus exacts. Les principales er-reurs qu'on lui reprocha, en flé-trissant son ouvrage, étoient: 1. D'affoiblir le culte d'hyper- dulie que l'église rend à la mère de Dieu. 2. De favoriser le Nestorianisme. 3. D'affoiblir les preuves de la primauté du Saint-Siège. 4. D'attribuer aux saints Pères des erreurs sur l'immortalité de l'âme, et sur l'éternité des peines de l'enfer. 5. De parler d'eux avec trop peu de respect, etc. etc. etc. II. Une *Edition de Gerson*, en 5 volumes in-folio. III. *Traité de la Puissance Ecclésiastique et Temporelle*, 1707, in-8.º L'auteur n'y a pas mis son nom. C'est un commentaire étendu des quatre propositions de la déclaration du Clergé en 1682. IV. *Histoire de l'Église en abrégé*, en 4 volumes in-12. V. *Histoire Profane*, 6 volumes in-12. Cet ouvrage et le précédent, faits à la hâte, manquent d'exactitude. Dans l'abrégé de l'histoire de l'Église, il ne donne rien ni à la prévention, ni à la passion. Il raconte, et rien de plus. On sent bien pour qui est son cœur; mais au moins son cœur n'égare pas sa plume. C'est le jugement que portèrent de cet ouvrage les Journalistes de Trévoix, qui d'ailleurs n'étoient pas favorables à *Dupin*. VI. *Bibliothèque universelle des Historiens*, en 2 vol. in-8°, suivant le plan de sa Bibliothèque Ecclésiastique, mais qui n'a pas été achevée. VII. *Histoire des Juifs depuis J. C. jusqu'à présent*, 1710, en 7 vol. in-12. C'est l'ouvrage du ministre *Basnage*, que *Dupin* s'appropria, en y faisant quelques changements. Voy. V. BASNAGE. VIII. *De antiquá Ecclésiæ disciplinad*, 1686, in-4.º Cet écrit fut censuré par le cardinal de *Noailles*, archevêque de Paris. IX. *Liber Psalmorum cum notis*, in-8.º X. *Traité de la Doctrine chrétienne et orthodoxe*, 1 vol. in-8°, qui étoit le commencement d'une théologie française qui n'a pas eu de suite. XI. *Traité historique des Ecommunications*, in-12. XII. *Méthode pour étudier la Théologie*, in-12 : bon ouvrage, réimprimé en 1769, avec des augmentations et des corrections, par M. l'abbé *Dinouart*. XIII. *Une Edition d'Optat de Milève*, Paris, 1700, in-folio, estimée. XIV. On lui attribue encore l'écrit intitulé : *Défense de la monarchie de Sicile contre les entreprises de la cour de Rome*, 1716. Il fut composé par ordre de la cour de Turin, et imprimé à Amsterdam, sans nom d'auteur ni d'imprimeur. C'est une réfutation d'un ouvrage de *Baronius*. Le continuateur de *Ladvocat* veut qu'on arrange ainsi la Bibliothèque de *Dupin* : Les trois premiers siècles, 1698, 2 volumes. — Quatrième siècle, 1702, 3 volumes. — Cinquième siècle, 1690, 2 vols; et la seconde partie du cinquième siècle, 1702, 2 vol. — Sixième siècle, 1 vol. — Septième et huitième siècles, 1 vol. — Supplément des quatrième et huitième siècles, 1 vol. — Neuvième, dixième et onzième siècles, chacun un vol. — Douzième siècle, 2 vol. — Treizième et quatorzième siècles, chacun un volume. — Quinzième siècle, 2 vol. — Seizième siècle, 5 vol. — Dix-septième siècle, 7 vol. — *Histoire Ecclésiastique* du dix-huitième siècle, 4 volumes — Et la Bibliothèque du même siècle, 2 vol. — *Discours préliminaire sur la Bible*, 3 volumes. — *Table*, 5 vol. On y ajoute : — La Doctrine Chrétienne, in-8.º — La Puissance Temporelle, in-8.º — La Bibliothèque des Auteurs séparés de la Communion Ro- 410 DUP maine, 4 vol. — Dissertations sur la Bible, in-8.º — L'Amour de Dieu, in-8.º — Liber Psalmorum, in-8.º — Le Supplément de l'abbé Goujet, 3 vol. — Les Remarques sur la Bibliothèque de Dupin, Paris, 1691, 5 volum. in-8.º La Critique de Dupin, par Simon, 1730, 4 vol. in-8.º : alors, il y a 62 volumes. Mais cet entassement de livres disparates est plus d'un libraire qui veut vendre des ouvrages qui l'embarrassent, à la faveur de ceux qui ont eu du succès, que d'un bibliographe homme de goût. Voyez le second vol. des Mémoires du P. Niceron, qui ne donne que 47 volumes à la Bibliothèque de Dupin.
III. DUPIN, (Pierre) avocat au parlement de Bordeaux, mourut dans cette ville, le 22 novembre 1745, à 64 ans. Il étoit né, en 1681, d'un notaire de Tartas, dans les Landes, et il avoit exercé pendant quelque temps l'office de procureur. On a de lui : I. Traités des Peines des secondes Noces, Paris, 1743, In-4.º : livre curieux et savant. II. Conférences de toutes les questions traitées par M. le Ferron, avec le Commentaire de Bernard Automne, Bordeaux, 1746, in-4.º III. Une Edition de ce Commentaire. Voy. AUTOMNE. Dupin étoit souvent consulté par les magistrats et les avocats.
DUPLANIL, (J. D.) médecin de Paris, mort en 1802, a traduit de l'anglois divers ouvrages relatifs à son art, et entre autres, une Méthode de guérir les Maladies vénériennes par Clare, 1785, in-8.º, et la Médecine Domestique de Buchan, dont la cinquième édition imprimée sur la dixième de Lon- dres, a paru en 5 vol. in-8.º On doit encore à Duplanil la Médecine du Voyageur, 1800, 3 vol. in-8.º I. DUPLEIX, (Scipion) naquit à Condom, en 1566, d'une famille noble originaire du Languedoc. Son père avoit servi avec distinction sous le maréchal de Montluc. Scipion, s'étant fait connoître à la cour de la reine Marguerite, alors à Nérac, vint à Paris, en 1605, avec cette princesse, qui le fit depuis maître des requêtes de son hôtel. Il devint ensuite historiographe de France, et travailla long-temps sur l'histoire de ce royaume. Il s'occupa dans sa vieillesse, d'une compilation sur les libertés de l'église Gallicane; mais le chancelier Seguier, ayant fait brûler en sa présence le manuscrit pour lequel il demandoit un privilège, il en mourut de chagrin peu de temps après à Condom, en 1661, à 92 ans. Dupleix étoit parvenu jusqu'à l'âge de 80 ans, sans avoir ni foiblesses, ni infirmités. « Je n'ai jamais eu, disoit-il alors, les puissances de l'âme plus entières, ni les fonctions des organes plus libres. Ma vue, qui devoit être usée par de continuelles lectures et par de longs écrits, est de tous mes sens le moins altéré, et n'a besoin d'aucun secours artificiel. J'en pourrois dire autant de l'ouïe et des autres organes. » On a de lui plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Les Mémoires des Gaules, 1650, in-fol., qui forment la première partie de son Histoire de France. Ils sont plus estimés que tout le reste : on voit que l'auteur avoit été aux sources. Cependant, ce livre étant mal écrit, est peu connu, et en- core moins lu. II. Histoire de France, en 5, et puis en 6 vol. in-fol. La narration de Dupleix, quoique assez nette, est peu agréable, non-seulement par le langage qui a vieilli, mais encore par les platitudes empoulées dont il l'a semée. Le cardinal de Richelieu y fut fort flatté, parce qu'il vivait lorsque l'historien écrivit; et la reine Marguerite, quoique sa bienfaitrice, y est peinte comme une Messaline, parce qu'elle étoit morte, et que l'auteur n'avoit plus rien à en attendre. Il sacrifioit très-souvent la vérité à de mauvaises antithèses et à des pointes grossières. La vile adulation, qui perce dans tous les endroits où il parle du cardinal de Richelieu, déplut beaucoup à Matthieu de Morgues, et au maréchal de Bassompierre. Ils le convainquirent l'un et l'autre d'ignorance et de mauvaise foi. Dupleix leur répondit le moins mal qu'il put. Après la mort du cardinal, il voulut refondre une partie de son Histoire; mais sa vieillesse ne lui permit pas d'exécuter ce projet. III. Histoire Romaine, en 3 vol. in-folio, masse énorme, sans esprit et sans vie. IV. Un Cours de Philosophie, en françois, 3 vol. in-12. V. La Curiosité naturelle rédigée en questions; Lyon, 1620, in-8. Ce livre, plein de questions obscènes, et tiré en partie des problèmes d'Aristote, d'Alexandre d'Aphrodisée, et des plus célèbres médecins et naturalistes, renferme des choses curieuses et quelques-unes de dangereuses. VI. La Liberté de la langue Françoise, contre Vaugelas: c'est Pradon qui veut donner des avis à Racine! Si quelqu'un, dit Sorel, a reproché à Vaugelas qu'étant Savoyard, il ne pouvoit nous enseigner les graces de la langue Françoise, que ne devoit-on pas dire à Dupleix, qui étoit Gascon? D'ailleurs, Vaugelas parloit fort nettement dans la conversation, au lieu que Dupleix avoit les termes et l'accent de son pays. Au reste, Dupleix a presque toujours tort dans ses remarques; mais il a quelque raison de se plaindre qu'on avoit aboli une foule de termes énergiques, sans leur en substituer d'équivalens, et que, sous prétexte de polir la langue, on l'avoit quelquefois appauvrie. — Voyez, sur cet Historien, la Bibliothèque des Historiens de France, par le Père le Long, de la dernière édition.
II. DUPLEIX, (Joseph) — célèbre négociant François, rival de la Bourdonnaye dans l'Inde, aussi actif que lui et plus méditatif, fut envoyé dans ces contrées lointaines en 1730, pour y diriger la colonie de Chander-Nagor qui dépérissoit faute de fonds. Dupleix lui redonna la vie. Il étendit le commerce de cette colonie dans toutes les provinces du Mogol, et jusqu'au Tibet. Il expédia des vaisseaux pour la Mer-Rouge, pour le golfe Persique, pour Goa, pour les Maldives et pour Manille. Il fit bâtir une ville et forma un vaste établissement. Son zèle et son intelligence furent récompensés, en 1742, par le gouvernement de Pondichery. En 1746, la Bourdonnaye s'empara de Madrass; la place capitula. Dupleix secrètement jaloux du vainqueur de Madrass, cassa la capitulation, s'empara de ses vaisseaux, voulut même le faire arrêter, et ses délations à la cour de France furent cause, qu'en 412 DUP arrivant à Paris, il fut enfermé à la Bastille. Voyez BOURDONNAYE. Dupleix répara cette faute honteuse, en défendant en 1748 Pondichery pendant quarante-deux jours de tranchée ouverte contre deux amiraux Anglois, soutenus de deux Nadabs du pays. Il servit de général, d'ingénieur, d'artilleur, de munitionnaire. Le cordon-rouge et le titre de marquis furent le prix de cette belle défense, qui rendit le nom François respectable dans l'inde. Il reçut deux ans après du grand-Mogol une patente de Nadab, après avoir mis en possession du Décan Salabetzingue. Ainsi un simple négociant devint, pour ainsi dire souverain, et les Indiens le traitèrent souvent en Roi et sa femme en Reine. Cette prospérité ne fut pas de longue durée. Il s'éleva en 1751 deux prétendans à la Nadabie d'Arcate. Les Anglois favorisèrent le rival du Nadab soutenu par les François. Les deux compagnies Angloise et Françoise se firent une véritable guerre, dont le succès ne fut pas pour celle-ci. Pondichery resta dans la disette, dans l'abattement et dans la crainte. On envoya des mémoires contre Dupleix, comme il en avoit envoyé contre la Bourdonnaye : tant la providence tient la balance égale entre les hommes ! Dupleix fut rappelé en 1753 ; il partit en 1754, et vint à Paris désespéré. Il intenta un procès contre sa compagnie, à laquelle il demandoit des millions qu'elle lui contestoit, et qu'elle n'auroit pu payer, si elle en avoit été debitrice. Il donna un long Mémoire, qui fut lu dans le temps avec empressement, et dont on ne se souvient presque plus aujourd'hui. Enfin, il mourut peu de temps après, du chagrin que lui causèrent sa chute après tant de grandeur, et sur-tout la nécessité douloureuse de solliciter des juges après avoir régné. Ceux qui étoient, par leurs lumières, en droit de décider du mérite de la Bourdonnaye et de Dupleix, disoient que l'un avoit les qualités d'un marin et d'un guerrier, et l'autre celles d'un prince entreprenant et politique. C'est ainsi qu'en parle un auteur Anglois, qui a écrit les Guerres des compagnies Angloise et Françoise ; et c'est le jugement qu'a adopté l'auteur du Siècle de Louis XV. Ajoutons que ces deux rivaux de gloire et de fortune, périrent l'un et l'autre par une mort triste et prématurée, sans que leur exemple puisse corriger les ambitieux.
DUPLESSIS, Voy. PLESSIS.
DUPONT, Voyez BASSAN et PONTANUS.
DUPORT, Voy. II. TERTRE.
DUPORT, (François-Mathurin) conseiller au parlement de Paris, et député aux états de 1789, s'y montra l'ennemi de la cour, et l'un des chefs du parti révolutionnaire. Il y proposa la formation d'un comité de quatre personnes, pour prendre connaissance des accusations de haute trahison ; ce qui produisit le comité des recherches. Il y fit décréter la suppression de la gabelle, l'admission des hommes de tous les cultes aux droits de citoyen, l'établissement des jurés, et le code pénal. Ses relations intimes avec le duc d'Orléans entraînèrent sa perte ; le tribunal révolutionnaire le condamna à mort et le fit exécuter le 20 avril 1794, à l'âge de 46 ans. I. DUPRAT, (Antoine) d'une famille noble d'Issoire en Auvergne, parut d'abord au barreau de Paris. Il fut fait ensuite lieutenant général au bailliage de Montferrant, puis avocat-général au parlement de Toulouse. Elevé de charge en charge, il devint premier président du parlement de Paris en 1507, et chancelier de France en 1515. Il avoit commencé, dit-on, par être solliciteur de procès à Cognac, pour la comtesse d'Angoulême, mère de François I. Cette princesse lui confia l'éducation de son fils, dont il gagna la confiance. Quelques historiens prétendent que Duprat dut sa fortune et son crédit à un trait hardi et singulier. Il s'aperçut que le comte d'Angoulême, son élève, étoit amoureux de Marie, sœur de Henri VIII, roi d'Angleterre, épouse jeune et belle de Louis XII, mari infirme qui étoit sans enfans. La reine avoit accordé un rendez-vous au jeune prince, qui se glissa, pendant la nuit, par un escalier dérobé. Il étoit prêt d'entrer dans l'appartement de Marie, lorsqu'un homme robuste l'enlève tout-à-coup et l'emporte interdit et furieux. Cet homme ne tarda pas à se faire connoître: c'étoit Duprat... Quoi ! dit-il au comte avec vivacité, vous vouliez vous donner vous-même un maître; et vous alliez sacrifier un trône à un instant de plaisir ! Le comte d'Angoulême, loin de lui savoir mauvais gré de cette leçon, lui en marqua sa reconnaissance dès qu'il fut roi. Pour s'affermir dans les bonnes graces de ce prince, qui cherchoit sans cesse de l'argent, et qui n'en trouvoit pas toujours, il lui persuada de vendre les charges de judicature. Ainsi, l'art si noble de juger les hommes, fut mis en vente comme une métairie. Ce fut encore lui qui lui suggéra de créer une nouvelle chambre au parlement de Paris, qui n'en avoit déjà peut-être que trop. Cette chambre, composée de vingt conseillers, forma ce qu'on appelle la Tournelle. Les tailles furent augmentées, et de nouveaux impôts établis, sans attendre l'octroi des États, contre l'ordre ancien du royaume. Duprat, fort du crédit de Louise de Savoie, mère du roi, se permit tout, sans rien craindre. Ayant suivi en Italie François I, il persuada à ce prince d'abolir la Pragmatique - Sanction, et de faire le Concordat, par lequel le Pape remit au roi le droit de nommer aux bénéfices de France, et le roi accorda au Pape les annates des grands bénéfices sur le pied du revenu courant. Voyez FRANÇOIS I. et LEON X. Ce Concordat, signé le 19 décembre 1515, le rendit d'autant plus odieux aux magistrats et aux ecclésiastiques, qu'on l'accusa de s'être vendu au pape. Il recueillit bientôt les fruits de son dévouement à la cour de Rome. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il fut élevé successivement aux évêchés de Meaux, d'Albi, de Valence, de Die, de Gap, à l'archevêché de Sens, enfin à la pourpre en 1527. Nommé légat à latere en France, il couronna la reine Eléonore d'Autriche. Un auteur Italien prétend qu'il voulut se faire pape en 1534, après la mort de Clément VII. Cet auteur ajoute qu'il le proposa au roi, auquel il promit de contribuer pour sa nomination jusqu'à quatre cent mille écus; mais ce monarque se moqua de son ambition, et retint son argent qu'il se fit apporter. Ce fait paroît pourtant peu vraisemblable : car outre que *Paul III* obtint la tiare vingt jours après la mort de *Clément VII*, il n'y a pas apparence que *Duprat*, qui étoit âgé et incommodé, songeât à quitter la tranquillité de sa maison pour les agitations de la cour pontificale. D'ailleurs, il s'étoit fait tant d'ennemis, qu'il ne faut pas adopter tout ce qu'on a dit et écrit contre lui. Un des reproches qu'on lui a faits, c'est son défaut de science. *Sadolet* loue cependant la doctrine de ce cardinal; et les efforts que *Duprat* fit pour attacher l'évêque de Carpentras au service du roi, marquent qu'il se connoissoit en mérite littéraire. *Duprat* devint si gros sur la fin de ses jours, qu'on fut obligé d'échancer sa table pour placer son ventre. La chair d'anon étoit pour lui un mets exquis, et tous ses courtisans et ses parasites la trouvoient par conséquent excellente. *Mécène* avoit le même goût. *Duprat* se retira sur la fin de ses jours, au château de Nantouillet, où il mourut le 9 juillet 1535, à 72 consumé par les remords et par les maladies. Ses intérêts furent presque toujours sa seule loi. Il leur sacrifia tout; il sépara l'intérêt du roi, du bien public; il mit la discorde entre le conseil et le parlement; il établit cette maxime si fausse, et si contraire à la liberté naturelle, qu'il n'est point de *Terre sans Seigneur*. Né avec un cœur bas et une âme avide, il employa les moyens les plus illégitimes pour s'enrichir. Le roi, las de ses demandes continuelles, lui répondit par ce demi-vers de *Virgile* : *SAI PRATA BIBERE*; allusion ingénieuse à son nom. On dit que *François I*, voulant avoir une partie de l'argent qu'il avoit amassé, fit répandre le bruit que le pape étoit mort; que *Duprat*, dans l'espérance d'obtenir la tiare par sa protection, lui donna deux tonnes d'or; qu'il apprit bientôt après que le pontife se portoit bien, et que lorsqu'il redemanda son argent, le roi lui répondit : *si le pape n'est pas mort, il est sûr qu'il mourra*. On a aussi prétendu, peut-être sans fondement, que *Duprat* irrita *Louise* de *Savoie* contre le connétable de *Bourbon*, se flattant de profiter de sa dépouille. Ce prélat ne fit rien pour les diocèses confiés à ses soins. Il fut long-temps archevêque de Sens, dit le Père *Bertier*, et il ne s'y montra pas une seule fois. Aussi sa mort n'inspira aucun regret, pas même à ses courtisans. Il fit cependant bâtir, à l'Hôtel-Dieu de Paris, la salle qu'on nomme aujourd'hui la salle du légat. *Elle sera bien grande*, dit le roi, *si elle peut contenir tous les pauvres qu'il a faits*. Les grands événemens armés pendant son ministère dans l'État et dans la Religion, la prise de *François I*, le sac de Rome, la détention du pape *Clément VIII*, les nouveautés introduites dans la Religion par *Luther*, le schisme d'Angleterre, ont donné lieu au proverbe : *Il a autant d'affaires que le Légat*.
II. DUPRAT, (Guillaume) fils naturel du précédent, évêque de Clermont, assista au concile de Trente, sous le pape *Paul III*; fonda le *Collège de Clermont*, à Paris, pour les Jésuites, et mourut en 1560, à 53 ans, avec la réputation d'un prélat zélé et éclairé. Il avoit une barbe des plus touffues. M. de *la Place* prétend que s'étant présenté dans sa cathédrale pour faire l'office, le Doyen du chapitre voulut la lui couper, parce que les statuts de ce corps portaient que, pour entrer au chœur, il falloit avoir le menton tondu. Le prélat s'agita en défendant sa barbe, et finit par prendre la fuite vers son château de Beauregard, où la fièvre le prit, et l'emporta quelques jours après. I. DUPRÉ DE GRUYER, (Jean) est le nom d'un hermite architecte, à qui l'on a attribué un talent qui tient du merveilleux. Il bâtit, dit-on, aidé par son seul valet, dans le roc, l'Hermitage de Fribourg en Suisse. Le clocher et la cheminée de la cuisine, sont ce qui excite le plus l'admiration des voyageurs : le canal de cette cheminée a quatre-vingt-dix pieds de haut. Est-il croyable que deux hommes seuls aient pu faire, même en vingt ans, un si étonnant ouvrage ? Au reste, ce maçon anachorète avoit peut-être le don des miracles, comme celui qui bâtit le pont d'Avignon.
II. DUPRÉ, (Claude) sieur de Vau-Plaisan, naquit à Lyon vers l'an 1543. Ses ancêtres y avoient été distingués dans la robe et dans la littérature ; un autre Claude DUPRÉ, mort en 1550, et enterré aux Jacobins de cette ville, a composé un Traité des connoissances générales du Droit. Celui-ci fit ces études dans sa patrie, et prit des grades dans l'université de Toulouse, en 1565, après avoir soutenu, avec succès, ses Thèses publiques. Quatre ans après, il fut pourvu d'une charge de conseiller, en la sénéchaussé et siège présidial de Lyon, qu'il exerça avec beaucoup d'honneur. C'est en considération de ses services, que Marie de Médicis lui fit accorder, par le roi son fils, des Lettres-patentes, qui lui permettoient de résigner son office, en conservant le titre, et les honneurs et la préséance. Ces Lettres sont du 26 mai 1611 : il avoue avoir été redevable de cette grace aux soins du chancelier de Silleri, qui le protégeoit, et qui le présenta à la reine. Il a fait, en latin, Compendium veræ Originis et Genealogiæ Franco-Gallorum ; et un recueil intitulé : Pratum Claudii Prati, Parisiis, 1614, in-8.º C'est dans ce dernier ouvrage, divisé en quatre livres, qu'il établit la nécessité d'écrire sur les sciences et la philosophie en françois, et l'utilité de la philosophie pour étudier la jurisprudence. Il étoit neveu d'Antoine de Sève, avocat au parlement de Paris, dont la famille est connue à Lyon ; et frère de Nicolas DUPRÉ, homme de lettres, mort l'an 1571, et enterré à Saint-Maurice en Roannois, où se voit son Épitaphe.
III. DUPRÉ, (Marie) fille d'une sœur de des Marêts de Saint-Sorlin, de l'académie Françoise, naquit à Paris, et fut élevée par son oncle. Elle avoit un génie facile et beaucoup de mémoire. Après avoir lu une partie des bons livres écrits en notre langue, elle apprit le latin, et lui Cicéron, Ovide, Quinte-Curce, Justin. Ces auteurs lui étoient devenus familiers. Son oncle lui enseigna ensuite la langue grecque, la rhétorique, la poétique et la philosophie : non cette philosophie de l'école, hérissée de chicanes et de mauvaises subtilités ; mais une philosophie plus pure, plus solide. Elle étudia 416 DUP avec tant d'application celle de Descartes, qu'on la surnommoit la Cartésienne. Elle faisoit aussi des vers François très-agréables, et possédoit assez bien la langue italienne. Elle étoit en commerce d'amitié et de littérature, avec plusieurs hommes savans de son temps, de même qu'avec Mlle de Scadéri et de la Vigne. Les Réponses d'Iris à Climène, c'est-à-dire, à Mlle de la Vigne, qui se trouvent dans le Recueil des Vers choisis, publié par le Père Bouhours, sont de cette fille ingénieuse et savante.
IV. DUPRÉ-D'AUNAY, (Louis) Parisien, de plusieurs académies, commissaire des guerres, directeur général des vivres, et chevalier de l'ordre de Christ, mourut en 1758. Nous avons de lui: I. Lettres sur la génération des Animaux. II. Traité des subsistances militaires, 1744, 2 vol. in-4°. III. Réception du docteur Hecquet aux Enfers, 1748, in-12. IV. Réflexions sur la Transfusion du Sang, 1749, in-12. V. Aventures du faux chevalier de Warwick, 1750, 2 vol. V. DUPRÉ DE ST.-MAUR, (Nicolas-François) maître des comptes à Paris sa patrie, mort dans cette ville, le 1 décembre 1774, à 80 ans, joint d'une grande considération par la manière dont il remplit sa place, par l'usage qu'il faisoit de sa fortune, par les lumières de son esprit et les agrémens de son commerce. L'académie Françoise le mit au nombre de ses membres en 1733. Il fut un des premiers qui nous ait fait connoître le mérite de la littérature Angloise. Nous avons de sa plume: I. La Traduction du Paradis perdu de Milton, en 4 vol. petit in-12. qui comprennent le Paradis reconquis, traduit par un Jésuite, et les remarques d'Addisson sur le Paradis perdu. Cette version, d'où l'on a fait disparaître les principaux défauts de l'original, en y faisant des changements et des retranchemens, est écrite d'un style vif, énergique et brillant. Mais elle est plus élégante que fidèle. L'abbé de Saint-Léger dit, que Dupré ne savoit pas l'anglois, et qu'il avoit acheté cette traduction. II. Essai sur les monnoies de France, 1746, in-4°; ouvrage plein de recherches curieuses, et justement estimé. III. Recherches sur la valeur des Monnoies et le prix des Grains, 1761, in-12; estimables et utiles. IV. Table de la durée de la Vie des Hommes, dans l'Histoire naturelle de M. de Buffon. L'auteur qui avoit cultivé dans sa jeunesse les fleurs de l'imagination, consacra sa vieillesse à des études relatives à l'économie, à l'agriculture et aux autres sciences qui intéressent l'humanité.
VI. DUPRÉ, (Guillaume) sculpteur habile. La statue de Henri IV sur le Pont-neuf à Paris, étoit de cet artiste. Ce pont commencé en 1614, ne fut achevé qu'en 1635.
DUPREAU, Voyez PRATROUS.
DUPUGET, (Edme-Jean-Antoine) né à Joinville en 1743, mort à Paris en l'an 9, entra dans le service de l'artillerie, et fut envoyé par le gouvernement dans les colonies des Antilles en qualité d'inspecteur général. Il y passa plusieurs années, en étudia la minéralogie, la situation, le sol, les productions, et en rapporta divers manuscrits qui ne sont point encore publiés. Il a observé observé un grand nombre d'indices de minéraux précieux, dans la partie de Saint-Domingue qui nous a été cédée par les Espagnols. Le Muséum national lui doit beaucoup de plantes rares, et sur-tout celle du Baobab qui s'étoit perdue, et qui est maintenant très-multipliée. On a de lui un petit nombre de mémoires insérés dans le Journal des mines. Dupuget étoit doux et bienfaisant, mais peu communicatif. On dit qu'il n'avoit jamais fait une seule réprimande à ses domestiques. L DUPUIS, (Claude) célèbre graveur, né à Paris en 1685, mort dans cette ville en 1742, fut élève de Gaspar Duchange et membre de l'Académie. Il a gravé pour le cabinet de Crozat la galerie du Palais-royal et celle de Versailles.
IL DUPUIS, (Gabriel-Nicolas) frère du précédent, graveur comme lui, né à Paris en 1698, mort en 1777, épousa la fille de Duchange, son maître. La précision, la légèreté et la douceur de son hurin se font remarquer dans tous ses ouvrages, et en particulier dans le portrait de M. de Tournehem, modèle en ce genre. L DUPUY, (Raimond) DE PODIO, 2e grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, succéda, en 1120, à Gérard, l'éstituteur de cet ordre. Il étoit du Dauphiné, ou peut-être du Languedoc. Beaucoup de gentils-hommes capables de manier les armes, s'étant rangés sous sa bannière, il établit une milice pour défendre la religion contre ses ennemis. Il rassembla le premier chapitre général, et y fit de nouvelles constitutions confirmées, en 1123, par le pape Calixte II, et, en 1130, par Innocent II. Ayant rassemblé des troupes, il offrit ses services à Baudouin roi de Jérusalem, qu'il accompagna au siège d'Ascalon, où il signala son courage. La ville se rendit en peu de jours. Anastase IV ayant appris cette conquête, accorda, l'an 1154, de grands privilèges à son ordre. C'est depuis cette époque, quoi qu'en dise l'abbé de Vertot, que l'ordre fut partagé en trois classes, de chevaliers, de sergeins d'armes, et de chapelains. Auparavant, il n'y avoit que deux classes de frères, celle des clercs et celle des laïcs. Raimond mourut, en 1160, à 80 ans, et il est révéré comme un Bienheureux. Quoique nous ayons dit qu'il étoit le second grand-maître de l'ordre, il est certain qu'il fut le premier qui prit ce titre; Gérard n'ayant que celui de recteur de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Le brave Montbrun étoit de la même famille. Voyez son article.
IL DUPUY, (Henri) Ericus PUTEANUS, dont le nom vulgaire étoit Vandeputte, né à Venloo dans la Gueldre en 1574, fut disciple de Juste-Lipse. Il voyagea en Italie, et obtint une chaire d'éloquence à Milan. Sa réputation le fit choisir par le roi d'Espagne pour son historiographe. L'archiduc Albert, désirant de le posséder dans les Pays-Bas, lui donna la place de professeur qu'avoit Juste-Lipse, le gouvernement de la citadelle de Louvain, et une charge de conseiller d'état. Ces récompenses étoient dues au mérite de Dupuy et aux qualités de son cœur. Il avoit D d 418 DUP autant de modestie que de savoir. Il mourut au château de Louvain le 27 septembre 1646, à 72 ans. On a de lui un grand nombre de Traités d'histoire, de rhétorique, de mathématiques, etc. Les principaux sont : I. *Statera Belli et Pacis*, 1633, in-4°, dans lequel il veut persuader aux Espagnols de faire la paix. On prétend que ses principes pacifiques, et la façon dont il les exposa, faillirent à l'exposer à des affaires fâcheuses. II. *Historia Iusubrica* Lipsiae, 1676, in-fol. Il reçut en récompense un collier d'or de l'archiduchesse *Isabelle*. III. *Orchestra Burgundica*, in-folio. IV. *Theatrum Historicum Imperatorum*, etc. in-fol. V. *Comus*, seu *De luxa*, traduit en françois par *Nicolas Pelloquia*, sous le titre de *Comus* ou le *Banquet dissolu des Cimmériens*, Paris, 1613, in-12. VI. *Traité* de l'usage d'une bibliothèque, avec le catalogue de l'*Ambroiseine* ; Milan, 1606, in-8°. VII. *Auspices* de la bibliothèque publique de Louvain, 1639, in-4°. C'est un autre ouvrage de bibliographie. VIII. Divers autres ouvrages, dont plusieurs ont trouvé place dans les *Antiquités Romaines*. Voy. *NICERON*, tome xvi. Le style de *Heuri Dupuy* n'est pas celui des anciens; il imite *Juste-Lipse* son maître, et il en a quelquefois les défunts. Il forma cependant d'excellens élèves, et leur inspira le goût de la vertu, autant que celui des belles-lettres.
III. DUPUY, (Claude) né à Paris d'un avocat au parlement, apprit les belles-lettres sous *Turnèbe*, et le droit sous *Cujas*. Après avoir fait un voyage en Italie, il fut reçu conseiller au parlement, et fit honneur à cette compagnie par son intégrité et son esprit. Employé dans plusieurs affaires importantes, il y fit briller l'une et l'autre. Il mourut à Paris le 1er décembre 1594, à 49 ans, honoré des regrets de tous les gens de lettres. *Claude Dupuy* joignit à une éradition profonde un discernement juste, qui le faisoit regarder comme un des meilleurs critiques de son siècle. Quoique sa fortune fût médiocre, et sa famille nombreuse, il se signala par des actes de générosité. Il étoit allié du célèbre président de *Thou*; mais ils étoient encore moins unis par le sang, que par la conformité des sentimens et des goûts.
IV. DUPUY, (Christophe) fils aîné du précédent, suivit à Rome le cardinal de *Joyeuse*, en qualité de son protonotaire. Il s'y trouva dans le temps que la congrégation de l'*Index* vouloit mettre au nombre des livres hérétiques, la 1re partie de l'Histoire du président de *Thou*, et il empêcha que cette compagnie ne se déshonorât par cette condamnation. De retour en France, il se fit Chartreux à Bourg-Fontaine. Son mérite l'éleva à la place de procureur général de son ordre à Rome, où il mourut le 28 juin 1554, à 75 ans, prieur de la Chartreuse de cette ville. Pendant qu'il étoit aumônier du roi, et auprès du cardinal du *Perron*, il fit le *Perroniana*, recueil plein de choses hasardées, imprimé in-12, en 1669, par les soins de *Daillé* le fils. V. DUPUY, (Pierre) frère du précédent, et 3e fils de *Claude Dupuy*, né à Paris en 1582, fut élevé avec un soin extrême par son père. Il perfectionna les talens dont la nature l'avoit doué, par un voyage en Hollande, dans lequel il accompagna l'ambassadeur de France. A son retour, il travailla avec une ardeur infatigable à la recherche des droits du roi, et à l'inventaire du trésor des Chartres. Tant de pièces rares qui avoient passé sous ses yeux, lui donnèrent une si grande connoissance de toutes les parties de notre histoire, que peu de personnes y ont fait d'aussi heureuses découvertes. Le roi ayant des droits à faire valoir sur des dépendances des évêchés de Metz, Toul et Verdun, que le duc de Lorraine avoit usurpés, Dupuy fut chargé de cette commission avec le Bret et de l'Orme. Il en porta lui seul tout le poids, et dressa toutes les pièces nécessaires pour cette grande affaire. Reçu conseiller au parlement et garde de la Bibliothèque du roi, il se signala dans ces deux charges, par son amour pour la patrie et pour les lettres. Il s'intéressoit à tous les savans qui travailloient, et leur communiquiot ce qu'il avoit de plus curieux et de plus rare, dans un vaste recueil de Mémoires qu'il avoit amassés pendant 50 ans. Son caractère obligeant, ses mœurs douces le firent aimer de toutes les personnes de mérite, entre autres du président de Thou, qui le regardoit comme un autre lui-même. Cet habile homme mourut à Paris le 14 décembre 1651, à 69 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. Traité touchant les droits du Roi sur plusieurs Etats et Seigncuries, 1655, infolio. Le cardinal de Richelieu charges de cet ouvrage intéressant Théodore Godefroy, qui y travailla de concert avec Dupuy. Le mérite de cette collection justifia le choix du cardinal. Nul autre ouvrage ne décrit mieux l'origine des souverainetés qui se formèrent du débris des états de Charlemagne, et du démembrement des royaumes de Bourgogne et d'Arles. II. Recherches pour montrer que plusieurs Provinces et Villes du Royaume sont du domaine du Roi: livre digne du précédent. III. Preuves des Libertés de l'Eglise Gallicane, dans le Traité sur les Libertés, à Paris, 1731, 4 vol. in-fol. Cet ouvrage déplut à la cour de Rome, et empêcha Urbain VIII de faire du bien à Christophe Dupuy, frère de l'auteur. IV. Histoire véritable de la condamnation de l'Ordre des Templiers, Bruxelles, 1751, in-4°, et 2 vol. in-12: collection très-curieuse et très-intéressante. Il résulte de ce recueil, qu'il y avoit quelques coupables dans ce corps; mais falloit-il condamner l'Ordre entier pour les dérèglements de quelques particuliers? V. Histoire générale du Schisme qui a été dans l'Eglise depuis 1378 jusqu'en 1428, in-4°: 1654: ouvrage exact, parce qu'il est fait sur les titres du trésor des chartres du roi. VI. Mémoire de la Provision aux Prélatures de l'Eglise. VII. Différends entre le Saint-Siège et les Empereurs pour les investitures. VIII. Histoire du Différend entre le Pape Boniface VIII et le Roi Philippe-le-Bel, Paris, 1655, infol. Baillet a depuis publié une autre histoire sur le même sujet, et qui est le complément de celle-ci. IX. Traité de la Loi Salique. X. Histoire des Favoris, in-4°, et en 3 vol. in-12. XI. Du Concordat de Bologne, entre le pape Léon X et le roi François I. XII. Traité des Régions et Majorités des Rois de France, 1655, in-4°, ou 2 vol. in-8°. XIII. Traité des Contributions que les Ecclésiastis D d 2 ques doivent au Roi en cas de nécessité. XIV. Mémoire du Droit d'Aubaine. XV. Traité de l'Interdit Ecclésiastique. XVI. Mémoire et Instruction pour servir à justifier l'innocence de Messire François-Auguste de Thou. XVII. Apologie de l'Histoire de M. le Président de Thou, etc., dans le Recueil des Pièces Historiques, Delft, 1717, in-12. Ces différens ouvrages sont absolument nécessaires à quiconque veut écrire notre Histoire. Dupuy s'est appliqué, dans presque tous ses écrits, à réprimer l'autorité ecclésiastique; mais il faut avouer aussi que la force de la vérité lui a arraché des témoignages favorables à cette autorité. Tel est celui-ci : « Ce qui regarde la religion et les affaires de l'Eglise, doit être examiné et décidé par les ecclésiastiques, et non par les séculiers : ce principe est reconnu des deux partis. » Il apporte en preuve le concile de Sardique, les paroles d'Osius à Constance, (Voyez Osius de Cordone.) et les plaintes de saint Hilaire au même empereur. Il poursuit : « Comme il y a deux sortes d'états dans le monde ; celui des ecclésiastiques ou des prêtres, et celui des séculiers ; il y a aussi deux puissances qui ont droit de faire des lois, et de punir ceux qui les violent, l'ecclésiastique et la séculière. » (Libertés de l'Eglise Gallicane, tom. 1er, p. 13, et xxiᵉ édit. 1731.) Nicolas Rigault son ami, à écrit sa VIE; elle fait honneur à l'un et à l'autre.
VI. DUPUY, (Jacques) frère du précédent, et 5ᵉ fils de Claude Dupuy, devint prieur de Saint-Sauveur, et garde de la bibliothèque du roi. Il continua de tenir dans cette bibliothèque les savantes Conférences qui avoient procuré tant de gloire à son frère et tant d'avantages aux gens de lettres. Il mourut à Paris le 17 novembre 1656, âgé d'environ 70 ans, avec une grande réputation de savoir et de probité. C'est à lui que le public est redevable de la plus grande partie des Ouvrages de son frère.
VII. DUPUY, (Claude-Thomas) fils d'un négociant de Paris où il étoit né, s'éleva par son mérite. Il fut conseiller du roi, d'état, maître des requêtes honoraire; intendant de la Nouvelle France au Canada; et avocat général au grand-conseil pendant 12 ans. Il s'étoit acquis l'estime des savans par ses talens pour les sciences et les beaux arts, et surtout pour la mécanique. Il est le premier qui ait fait des sphères mobiles suivant le Système de Copernic. Les machines hydrauliques de son invention, ont mérité l'attention des savans de Paris, et des étrangers. Il mourut en 1738, à 58 ans.
VIII. DUPUY, (Michel) né à Lyon en 1657, devint vicaire général du diocèse de Grenoble. Il a publié en 1713, quelques lettres sur les affaires du temps, et d'autres à une supérieure sur sa conduite à l'égard de ses religieuses.
IX. DUPUY, (Jean Cochon) médecin de la marine à Rochefort, correspondant de l'académie des Sciences, né à Niort en Poitou, l'an 1674, mort en 1757, publia en 1698 une brochure curieuse, intitulée : Histoire d'une enflure du bas-ventre, très-particulière. C'étoit un homme fort habile dans sa profession, qu'il a exercée long-temps avec le plus grand zèle. X. DUPUY, (Louis) secrétaire de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, naquit à Clarey en Bugey, le 23 novembre 1709, fit ses études au collège de Lyon, et vint à Paris en 1732, où le savant *Fourmond* l'initiat à son savoir dans les langues et dans les mystères de l'érudition. Occupé de la plus grande partie de la rédaction du *Journal des Savans*, il ne cessa pendant 30 ans d'enrichir ce recueil d'une foule de dissertations et d'extraits pleins de recherches, et où une critique judicieuse s'unit à la variété des connaissances. Nommé bibliothécaire du prince de *Soubise*, il rendit le dépôt qui lui étoit confié, l'un des plus riches de la capitale. *Dupuy* savait le grec et l'hébreu, et assez bien les mathématiques pour se faire un nom par elles, s'il n'eût préféré en obtenir un dans l'histoire et les antiquités. Aussi disoit-on de lui, qu'il étoit une moyenne proportionnelle entre l'académie des Sciences et celle des Inscriptions. Celle-ci le nomma son secrétaire après la mort de *Le Beau* en 1753. Il y prononça l'éloge de douze de ses confrères, et publia les volumes 36, 37, 38, 39, 40 et 41 des *Mémoires* de cette Compagnie. Ses autres écrits sont : I. Des Observations sur les infiniment-petits et les principes métaphysiques de la géométrie. Elles sont insérées dans le *Journal des Savans* 1759. II. *Une Traduction* de quatre tragédies de *Sophocle*, 1762, 2 vol in-12. Cette traduction est estimée. Le texte grec y est rendu avec fidélité et une sorte d'élégance. *Dupuy* s'est borné à nous faire connoître les D U Q 421 pièces du Tragique Grec que *Dacier* et le *P. Brumoy* n'ont pas traduites. Ce sont les *Trachiniennes*, *l'Ajax*, *l'Édipe* à *Colonne* et *l'Antigone*. III. *Traduction* d'autres fragments Grecs d'*Anthemius* sur des paradoxes de mécanique, avec des notes, in-4. Elle renferme une explication curieuse du miroir d'Archimède et de ses effets. IV. Plusieurs *Mémoires* sur l'état de la monnoie Romaine, la valeur du denier d'argent au temps de *Charlemagne*, sur la manière dont les anciens allumont le feu sacré dans leurs temples, les voyelles hébraïques, etc. Ces *Mémoires* sont remplis de recherches, et écrits avec clarté : ils font partie du recueil de l'Académie. *Dupuy*, sévère pour lui seul, étoit indulgent pour les autres. Avec une probité scrupuleuse, une franchise rare et l'envie d'obliger, il étoit souvent consulté, et se plaisoit à donner d'utiles conseils aux littérateurs. Après huit ans de souffrances produites par une strangurie, il a succombé à ses douleurs le 12 avril 1795.
DUQUESNAY, *Voyez* QUESNAY.
DUQUESNE, (Abraham) né en Normandie en 1610, apprit le métier de la guerre sur mer sous son père, habile capitaine de vaisseau. Dès l'âge de dix-sept ans, il servit avec un succès distingué au siège de la Rochelle. En 1637, il se trouva à l'attaque des isles Sainte-Marguerite, et l'année d'après, il contribua beaucoup à la défaite de l'armée navale d'Espagne devant Cattari. Ce ne furent, depuis, que des actions hardies ou des victoires. Il se signala devant Taragone en 1641, devant Barcelone D d 3 422 DUQ en 1642; et l'an 1643, dans la bataille qui se donna au cap de Gates contre l'armée Espagnole. L'année suivante, 1644, il alla servir en Suède, où son nom étoit déjà connu avantageusement. Il y fut fait major de l'armée navale, puis vice-amiral. Il avoit ce dernier titre dans la bataille où les Danois furent entièrement défaits, et il auroit fait prisonnier le roi de Danemarck lui-même, si ce prince n'avoit été obligé, par une blessure dangereuse, de sortir la veille de la bataille, du vaisseau qu'il montoit. Duquesne, rappelé en France en 1647, fut destiné à commander l'escadre envoyée à l'expédition de Naples. Comme la marine de France étoit fort déchue de son premier lustre, il arma plusieurs navires à ses dépens en 1650. Ce fut avec sa petite flotte qu'il obligea Bordeaux, révolté contre son roi, à se rendre. Les Espagnols étoient arrivés dans la rivière en même temps que lui; mais il entra à leurs yeux et malgré eux. Ce qui a le plus contribué à son éclatante réputation, ce sont les guerres de Sicile. Ce fut là qu'il eut à combattre le grand Ruyter, et quoiqu'inférieur en nombre, il vainquit dans trois batailles les flottes réunies de Hollande et d'Espagne, le 8 janvier, le 22 avril et le 2 juin 1676. Le général Hollandois fut tué dans le second combat. Il courut à ce sujet une Epigramme singulière, qui fait deux allusions au nom de Ruyter : Terrai in Oceano jam solo nomine classes ; Ter nunc in Siculo terrius ipse rui. Si vera inversum quondam dedit omina nomen, Nunc Rui-Ter nomen verius omn babes. L'Asie et l'Afrique furent ensuite témoins de la valeur de Duquesne, et ne l'admirèrent pas moins que l'Europe. Les vaisseaux de Tripoli qui étoit alors en guerre avec la France, se retirèrent dans le port de Chio sous une des principales forteresses du Grand-Seigneur, comme dans un asile assuré. Duquesne alla les foudroyer avec une escadre de six vaisseaux; et après les avoir tenus bloqués pendant long-temps, il les obligea à demander la paix à la France. Alger et Gênes furent forcés de même par ses armes, à implorer la clémence de Louis XIV. Ce prince ne pouvant récompenser le mérite du vainqueur avec tout l'éclat qu'il auroit souhaité, parce qu'il étoit Calviniste, lui donna, pour lui et pour sa postérité, la terre de Bouchet, qui est une des plus belles du royaume, auprès d'Estampes, et l'érigea en marquisat, avec cette condition, qu'elle s'appelleroit la Terre Duquesne, pour immortaliser la mémoire de ce grand homme. Ce fut le seul qu'il excepta de la proscription lancée contre les Calvinistes, par la révocation de l'édit de Nantes. Il mourut à Paris, le 2 février 1688, après avoir vécu 78 ans dans une vigueur de tempérament qui ne se démentit jamais. Il fut inhumé dans sa terre, sur le revers d'un des fossés du château. Le métier de la guerre n'avoit pas été à Duquesne la sensibilité. Dans ses différentes expéditions en Afrique, il donna la liberté à un grand nombre d'esclaves Chrétiens, sans exiger la moindre rançon. Une autre qualité de ce héros fut la modestie. Voyez RENAU. Il fit de grandes choses sans faste, et sut servir sa patrio sans en ambitionner les honneurs. Il mourût avec le titre de Général des armées navales de France. Cet homme illustre laissa quatre fils, qui héritèrent de sa valeur. Le plus célèbre est Henri, marquis de DUQUESNE, son fils aîné, qui se distingua par son habileté dans la guerre et dans la marine. Il mourut à Genève en 1722, à 71 ans. Sa probité et la douceur de son caractère le firent également aimer et esfimer. Il avoit une érudition peu commune dans un homme de son état. On a de lui des Réflexions anciennes et nouvelles sur l'Eucharistie, 1718, in-4°, dont les Protestans font un cas singulier.
DURANCI, (N.) fille de la célèbre Darimatel, actrice de l'Opéra comique, fut consacrée au théâtre dès sa jeunesse. Elle débuta en 1759 à la comédie Françoise, dans les rôles de sou-brette, et passa en 1762 à l'Opéra, où elle représenta les reines. Quoique laide, la noblesse de sa démarche, la vérité de son jeu, faisoient oublier sa figure. Elle est morte le 28 décembre 1781. I. DURAND, (David) ministre François du temple de Saint-Martin de Londres, et membre de la société royale de cette ville, a été tiré de l'oubli par M. L'essessarts, qui est le premier biographe qui en ait fait mention. Né près de Beziers en 1679, il embrassera tous les genres de littérature, et fut tout à la fois poète, traducteur et historien. Il mourut à Londres le 15 janvier 1763, à l'âge de 84 ans. M. Barbier, bibliothécaire du conseil d'état, a publié dans le Magasin encyclopédique une Notice sur les ouvrages de ce savant. Les principaux sont: I. Vie de Vanini, 1717, in-12. II. La Religion des Mahométans, tirée du latin de Reland, 1721, in-12. III. Histoire de la peinture ancienne, extraite de Pline, avec des remarques, 1725, in-folio. IV. Histoire naturelle de l'or et de l'argent, extraite du même auteur, avec des remarques, et un Poème sur la chute de l'homme et les ravages de l'or et de l'argent, 1728, in-fol. Ce poème a de la chaleur et des images. V. Histoire du seizième siècle; Londres, 1729, 6 vol. in-8°. Elle a été réimprimée à la Haye, en 1734, 4 vol. in-12. VI. Traduction des onzième et douzième vol. de l'Histoire d'Angleterre, par Rapin Thoyros; la Haye, 1734, in-8°. VII. Traduction des Académiques de Cicéron, avec des remarques, Londres 1740, in-8°. Ce volume extrêmement rare, a été réimprimé à Paris en 1796, chez Barbou, par les soins de Copperonnier, 2 vol. in-12. Elle est aussi insérée dans le recueil des Œuvres philosophiques de Cicéron, 10 volumes in-12. VIII. Dissertation en forme d'entretien sur la prosodie françoise, Genève 1760, in-12. Il fait suite au Traité de l'abbé d'Olivet sur ce même sujet. IX. Durand fournit à l'édition du Télémaque fait à Hambourg en 1731, la Vie de Fenelon et les imitations des poètes Latins que celui-ci avoit employées dans son ouvrage. X. Il a laissé en manuscrit une Traduction du Traité de Cicéron, de Fato, et une Vie de Jacquelot.
II. DURAND, né au Neubourg dans le diocèse d'Evreux, moine de Fécamp, puis abbé de Troarn, au onzième siècle, est auteur d'une savante Epière sur l'Eucharistie contre Béranger. D d 4 424 DUR qui est à la suite des *Œuvres* de *Laphrone*, Paris 1648, in-folio. *Guillaume* le *Conquérant*, duc de Normandie, faisoit grand cas de ses conseils, et lui donna des marques publiques de son estime. Il mourut en 1689. *Voy. CALLY*. — III. DURAND, (Guillaume) troubadour du 12$^{e}$ siècle, mourut de chagrin de la perte de sa maîtresse. Comme on l'enterroit, on retira du tombeau son amie qu'on avoit cru morte. — IV. DURAND, (N.) tailleur à Pernes, petite ville près d'Avignon, se distingua par ses poésies dans le 13$^{e}$ siècle. Sujet zélé du *Comte de Toulouse*, il s'indigna du traité humiliant par lequel ce prince céda en 1229, le duché de Narbonne à la France. Il s'en plaint dans un *Sirvente*. Dans un autre, il cherche à rallumer la guerre contre *St. Louis*, etc. Elle commence ainsi : « La guerre me plaît, quoiqu'amour et ma maîtresse me la fassent toute l'année. Par la guerre, je vois multiplier les fêtes, les dous et les chants. La guerre fait d'un vilain un courtois. Je voudrois donc voir la trêve rompue, maints chevaux bais et blancs, maints coups frappés à la hâte, maintes murailles et tours ébranlées, maints châteaux forcés et emportés. » *Durand* n'eut pas la satisfaction de voir rendre au *Comte de Toulouse* les états qu'on lui avoit pris. — Il ne faut pas confondre ce poète avec *Pierre DURAND*, troubadour Provençal dont il est resté quelques pièces. L'une d'elles blâme *Raimond de Miravuls* d'avoir répudié sa femme parce qu'elle faisoit de jolis vers. Il l'exhorte à se réconcilier avec elle, a lui laisser faire de *gentilles rimes*, et à lui passer un amant à qui elle puisse tenir de *doux propos*. V. DURAND, (Guillaume) surnommé le *Spéculateur*, né à Puimoisson dans le diocèse de Riez, disciple de *Henri de Suze*, prit le bonnet de docteur à Bologne, et passa de là à Modène, pour y professer le droit canon. Le pape *Clément IV* lui donna la charge de son chapelain, et d'auditeur du palais. Il fut ensuite nommé légat de *Grégoire X* au concile de Lyon, tenu l'an 1274, et enfin évêque de Mende en 1286. Il refusa depuis l'évêché de Ravenne, que *Nicolas IV* lui offrit, et mourut en 1296, à 64 ans. On lui donna le surnom de *Père de la Pratique*, à cause de son habileté dans les affaires. On a de lui différens ouvrages : I. *Speculum Juris*, à Rome 1474, in-folio, qui lui mérita le nom de *Speculator*. II. *Repertorium Juris*, Venise 1496, in-folio, moins connu que le précédent. III. *Lationale divinorum Officiorum*, qui parut pour la première fois à Mayence en 1459. Cette édition est très rare et fort recherchée des connoisseurs. C'est le second ouvrage imprimé en caractères de fonte. Il est in-folio, sur deux colonnes. On ne connoit avant lui que le *Pseautier* de 1457. Depuis, ce livre a été réimprimé en différens endroits.
VI. DURAND, (Guillaume) neveu du précédent, et son successeur dans l'évêché de Mende, mourut en 1528. On a de lui un excellent traité *De la manière de célébrer le Concile général*, divisé en trois parties, et imprimé à Paris en 1671, dans un *Recueil* de plusieurs ouvrages sur le même sujet, donné au public par *Faure*, docteur de Sorbonne. On le trouve plus facilement, séparé. Il y en a une édition faite à Paris en 1545, in-8.º *Durand* composa son ouvrage à l'occasion du concile de Vienne, auquel il fut appelé en 1310 par le pape *Clément V*. Il a été très-utile dans le temps des assemblées convoquées pour réformer les mœurs des Chrétiens, particulièrement celles des premiers pontifes, des prélats, des ecclésiastiques et des religieux.
VII. DURAND DE SAINT-POURÇAIN, né dans la ville de ce nom, au diocèse de Clermont, fut Dominicain, docteur de Paris, maître du sacré palais, évêque du Puy en 1318, et enfin de Meaux en 1326. Il mourut l'an 1333. Son siècle lui donna le nom de *Docteur très-résolatif*, parce qu'il avança beaucoup de sentimens nouveaux, et que, sans s'assujettir à suivre en tout un écrivain, il prit des uns et des autres ce qui lui convint davantage. Il a laissé des *Commentaires sur les quatre Livres des Sentences*, Paris 1550, 2 volumes in-folio; un *Traité sur l'origine des Juridictions*, in-4°, et d'autres *Traités*, où il montre plus de sagacité, que n'en avoient les théologiens de son temps. Le docteur *Merlin* a donné une édition de ses Œuvres.
VIII. DURAND, (N.) jurisconsulte de Paris, fit imprimer dans cette ville chez *Cramoisy* en 1621, un recueil intitulé: *Edits et Ordonnances des eaux et forêts, et sur le port d'Arquebuses*, in-8.º Il le dédia au premier président de *Verdun*.
IX. DURAND, (Ursin) Bénédictin, né à Tours en 1701, a contribué aux savans ouvrages de ses collègues D. *Martenne* et D. *Clémence*. On lui doit une partie du savant travail de la collection *Veteran Scriptorum*, en 9 volumes in-folio, de l'*Art de vérifier les Dates*, et du *Thesaurus novus Anecdotorum*, en 5 volumes in-folio. Ce savant religieux est mort vers 1773, à 90 ans. X. DURAND, (Catherine) femme de M. *Bedacier*, conserva cependant le nom de *Durand*, parce qu'elle a commencé d'écrire sous ce nom. Elle avoit de l'esprit, et le génie romanesque. Nous avons d'elle plusieurs ouvrages dans ce dernier genre, qui n'est pas le meilleur de la littérature. Les principaux sont: I. *La Comtesse de Mortagne*, Paris 1699, 2 vol. in-8.º Les événements en sont singuliers, quoique naturels; les caractères sont bien marqués et bien soutenus: mais le style est diffus et trop familier. II. *Les Mémoires de la cour de Charles VII*, 1700, 2 parties. III. *Le Comte de Cardonne*, ou la *Constance victorieuse*, Paris 1702, in-12. IV. *Les Belles Grecques*, ou *Histoire des plus fameuses Courtisances de la Grèce*, in-12; Paris, 1712. V. *Les Amours de Grégoire VII* (*), du cardinal de *Itichelieu*, de la princesse de *Condé*, de la marquise d'*Urfe*, 1700, in-12. *Voy. HENRI*, duc des *Vandales*. Ces romans, qui réunis, forment six volumes in-12, sont foibles, et aucun n'est placé au premier (*) Et non *Grégoire VIII*, comme on le lit dans le *Dictionnaire Historique de Ludovac*, 426 DUR rang, ni même au second. Nous avons encore de cette dame, bel esprit, des Comédies en prose, qui ne valent pas mieux que ses Romans; et des Vers françois, inférieurs aux unes et aux autres. — DURANDE, (N.) médecin de Dijon, et membre de l'académie de cette ville, s'est fait connoître par ses connoissances en chimie et en botanique. Ses vertus privées donnoient du prix à ses lumières. On lui doit les ouvrages suivans : I. Elémens de chimie, 1778, in-8.º L'auteur travailla à cet ouvrage de concert avec MM. Maret et de Morveau, 1778, in-8.º II. Notions élémentaires de botanique, pour servir au cours public de l'académie de Dijon, 1781, in-8.º III. Flore de Bourgogne, ou Catalogue des Plantes naturelles à cette province, 1783, 2 volumes in-8.º IV. Mémoire sur la coraline articulée des boutiques, 1783. V. Nouveau moyen de multiplier les arbres étrangers, Dijon 1784. VI. Mémoire sur le champignon ridé, et sur les autres plantes de la même famille, 1785. VII. Mémoire sur l'abus de l'ensévelissement des morts, Strasbourg 1789, in-8.º VIII. Observations sur l'efficacité du mélange d'éther sulfurique, et d'huile volatile de térebinthe dans les coliques hépatiques, produites par des pierres biliaires, 1790 in-8.º Durande est mort à Dijon dans le cours de l'an 7, et son éloge a été lu dans la séance publique de l'académie de cette ville le 10 messidor de la même année. — DURANT, (Gilles) sieur de la Bergerie, avocat au parlement de Paris, se distingua par son esprit et par son érudition. Il fut, à ce qu'on croit, un des neuf avocats commis par la cour pour travailler à la réformation de la coutume de Paris. Le temps que lui laissoit la jurisprudence, il le donnoit à la poésie. Il faisoit des vers plaisans au milieu des horreurs de la Ligue. Les gens de goût, qui sont un peu versés dans la littérature Gauloise, connoissent ses Vers à sa Commère, sur le trépas de l'ASNE Ligueur, qui mourut de mort violente durant le siège de Paris en 1590. Cette lamentation a toute la naïveté et tout l'enjouement qui peuvent être dans une pièce de ce genre. Cet ouvrage ingénieux se trouve dans le premier volume de la Satire Ménippée, de l'édition de 1717, in-8.º On a de ce poète aimable d'autres productions, qui ne manquent ni de sel, ni de facilité; mais quelques-unes sont d'une licence, qui en a interdit la lecture aux personnes sages. — Il y eut un DURANT rompu vif le 16 juillet 1618, avec deux frères Florentins de la maison des Patrices, pour un libelle qu'il avoit fait contre le roi; mais on a des raisons de penser que ce n'étoit pas notre poète, quoique quelques savans l'aient prétendu. Ses ouvrages ont été imprimés en 1594. Ses Imitations tirées du latin de Jean Bonnefons, etc. 1717, sont recherchées des curieux. Voy. aussi POGGE, n.º VI de ses ouvrages. — DURANTHON, (Antoine) né à Bourges, et mort le 8 janvier 1772, dans la maison de Sorbonne, a publié une Réponse aux Lettres contre l'immunité des biens ecclésiastiques, 1750, 2 vol. in-12. On lui doit la collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé depuis 1760, in-folio.
DURANTI, *Voyez BONRE-CUEIL.* — DURANTI, (Jean-Étienne) fils d'un conseiller au parlement de Toulouse, fut capitol en 1563, ensuite avocat général, enfin nommé 1er président au parlement par *Henri III*, l'an 1581. C'étoit dans le temps des fureurs de la Ligue. *Duranti* y étoit fort opposé; mais il ne put arrêter les factieux, ni par les menaces, ni par les caresses. Après avoir échappé plusieurs fois à la mort, en voulant calmer la sédition du peuple mutiné, un des rebelles le tua d'un coup de mousquet le 10 février 1589. Pendant que *Duranti* levoit les mains au ciel, priant Dieu pour ses assassins, le peuple se jeta sur lui comme sur une bête féroce, le perça de mille coups, et le traîna par les pieds à la place de l'échafaud. Comme il n'y avoit point de potence dressée, on le mit sur ses pieds attaché au pilori, et on cloua derrière lui le portrait du roi *Henri III*. Les uns lui arrachoient la barbe; les autres, le suspendant par le nez, lui disoient: *Le Roi t'étoit si cher ! te voilà maintenant avec lui*. Telle fut la récompense des soins qu'il s'étoit donnés l'année précédente pour garantir Toulouse de la peste. A ce service, on doit joindre celui de la fondation du collège de l'Esquille, magnifiquement construit par ses ordres; l'établissement de deux confréries, l'une pour marier les pauvres filles, et l'autre pour soulager les prisonniers; et enfin ses libéralités envers plusieurs jeunes gens qui donnoient des espérances, etc. etc. L'Église ne lui de- voit pas moins pour son excellent livre *De Rittibus Ecclesiae*, faussement attribué à *Pierre Danès*, et imprimé à Rome in-fol. en 1591. Sa *Vie* a été publiée par *Martel*, avocat, dans ses Mémoires. Le lendemain de la mort de *Duranti*, on l'enterra secrètement au grand couvent des Cordeliers, et on ne lui donna pour l'ensévelir d'autre drap qu'un tableau représentant *Henri III*, qui avoit été pendu auprès de son cadavre. Ses héritiers lui firent élever un tombeau, quand les troubles furent appaisés, avec cette épitaphe: *Conditus exigua magnus Durantus in urna,* *Dormit soporem ferrem.* *Seela peremarunt hunc ferrea: ferrem ille est* *Qui novit ista, nec gemit.* *Una namque jacet patria decus omne, suque* *Et crimen urbis et dolor.*
DURAS, *Voyez FERVESHAM.* — GARA. — et JEANNE, n° V.
DURAS, (Jacques-Henri de Durfort, duc de) d'une famille illustre, originaire des provinces de Guienne et de Foix, servit dans les guerres de Louis XIV, terminées par la paix des Pyrénées; mais il se distingua tellement à la conquête de la Franche-Comté, que le roi l'en fit gouverneur. Il eut le bâton de maréchal de France en 1675, après la mort de son oncle le maréchal de Tureune, dont il étoit un des meilleurs élèves. Ses services et son expérience lui firent donner le commandement de l'armée d'Allemagne, sous le *Dauphin*, en 1688 et 1689. Dans la première année, il prit Philisbourg et Manheim. Dans la seconde, se trouvant trop foible pour contraindre les Impériaux de lever le siège de Mayence, il pénétra dans le Wirtemberg, harcela les ennemis, prit diverses places, et revint à Philisbourg où il amena une grande quantité de prisonniers. Il ne servit depuis que comme capitaine des Gardes du Corps, et mourut en 1704, à 74 ans. Sa terre de *Duras* avoit été érigée en duché en 1685. *Voyez LORGES*.